Journal des débats (Hansard) of the Committee on Health and Social Services
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Tuesday, February 6, 2024
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Vol. 47 N° 65
Special consultations and public hearings on Bill 37, an Act respecting the Commissioner for Children’s Well-Being and Rights
Aller directement au contenu du Journal des débats
Intervenants par tranches d'heure
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Provençal, Luc
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Carmant, Lionel
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Garceau, Brigitte B.
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Carmant, Lionel
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Poulet, Isabelle
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Dorismond, Shirley
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Garceau, Brigitte B.
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Garceau, Brigitte B.
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Provençal, Luc
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Carmant, Lionel
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Carmant, Lionel
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Dorismond, Shirley
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Provençal, Luc
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Picard, Marilyne
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Garceau, Brigitte B.
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Carmant, Lionel
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Poulet, Isabelle
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Dorismond, Shirley
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Garceau, Brigitte B.
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Garceau, Brigitte B.
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Provençal, Luc
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Carmant, Lionel
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Carmant, Lionel
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Provençal, Luc
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Poulet, Isabelle
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Garceau, Brigitte B.
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Carmant, Lionel
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Dorismond, Shirley
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Poulet, Isabelle
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Garceau, Brigitte B.
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Garceau, Brigitte B.
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Provençal, Luc
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Carmant, Lionel
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Carmant, Lionel
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Provençal, Luc
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Poulet, Isabelle
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Garceau, Brigitte B.
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Carmant, Lionel
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Carmant, Lionel
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Provençal, Luc
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Garceau, Brigitte B.
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Carmant, Lionel
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Garceau, Brigitte B.
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Garceau, Brigitte B.
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Provençal, Luc
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
9 h 30 (version révisée)
(Neuf heures quarante-cinq minutes)
Le Président (M. Provençal)
:À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la santé et des
services sociaux ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je demande à toutes
les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
La commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 37,
Loi sur le commissaire au bien-être et aux droits des enfants.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Chassin (Saint-Jérôme) est remplacé par Mme Picard
(Soulanges); Mme Caron (La Pinière), par Mme Garceau (Robert-Baldwin);
M. Morin (Acadie), par Mme Prass (D'Arcy-McGee); et M. Marissal
(Rosemont), par M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
Remarques préliminaires
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Nous débuterons ce
matin par les remarques préliminaires puis nous entendrons les témoins suivants :
Mme Régine Laurent, deux ex-commissaires de la Commission spéciale sur les
droits des enfants et la protection de la jeunesse et la Commission des droits
de la personne et des droits de la jeunesse.
J'invite maintenant le... Vous pouvez
prendre votre... une petite gorgée, M. le ministre. Alors, je vais inviter M.
le ministre à... à nous faire ses remarques préliminaires, et vous disposez de six minutes,
M. le ministre.
M. Lionel Carmant
M. Carmant : Parfait.
Merci beaucoup, M. le Président. Très heureux d'être parmi vous aujourd'hui
pour ce projet de loi que je nommerais, je pense, d'historique.
Premièrement, je tiens à remercier mes
collègues, la députée de Robert-Baldwin, qui est là avec nous, le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
et le député de... des Îles-de-la-Madeleine, ainsi que mes collègues, la
députée de Bonaventure, la députée de Soulanges et la députée de
Marie-Victorin, mon adjointe parlementaire, en plus, et toutes les équipes du
ministère, là, qui ont travaillé très fort pour ce projet de loi.
M. le Président, pendant cette semaine, on
va parler de nos enfants. Et vous savez, moi, c'est un... c'est très important,
là, pour moi, les... et c'est mon... ma... pour ça que j'ai... j'ai fait le
saut en politique, pour améliorer la situation des enfants. Et en tant que
pédiatre, on m'a toujours appris que les deux choses les plus importantes pour
nos <enfants...
M. Carmant :
...on
m'a toujours appris que les deux choses les plus importantes pour nos >enfants,
c'est l'amour et la stabilité pour développer leur confiance, leur autonomie,
et s'assurer d'atteindre leur plein potentiel.
Comme vous savez, une des premières choses
que j'ai faites en venant en politique, c'est de déployer le programme Agir tôt,
où ça fait exactement ça, s'assurer, à 18 mois, que tous nos jeunes sont sur la
bonne trajectoire développementale et que les enfants ou les familles puissent
obtenir de l'aide au besoin, assez tôt pour rectifier la trajectoire si c'est
nécessaire. Mais, au gouvernement, quand on m'interpelle à propos des enfants,
on m'interpelle plus sur les mesures de protection des enfants que sur les
mesures à mettre en place pour s'assurer que chaque enfant puisse grandir en
sécurité et atteindre ce plein potentiel.
Alors, nous, ce qu'on veut faire, cette
semaine, c'est parler de prévention, parce qu'on a besoin de plus de prévention
et de moins de signalements, moins de DPJ dans la vie de nos enfants. Puis,
pour renverser cette tendance, je pense que le commissaire dont on va discuter
va avoir un rôle extrêmement important. J'aimerais emprunter les termes d'une
travailleuse sociale, Mme Selleau, que j'ai rencontrée la semaine dernière
à un colloque des avocats sur le... du Barreau sur les personnes vulnérables.
Elle mentionnait à ses équipes qu'il fallait passer de bienveillance à
bientraitance. Et c'est ça que... la prochaine étape, selon moi. Je pense que,
trop souvent, bienveillance se limite à signaler les enfants, alors que
bientraitance nous demanderait de nous impliquer personnellement pour améliorer
la situation de ces enfants.
J'ai toutes sortes d'exemples que
j'aimerais partager avec vous. J'ai rencontré une agricultrice, une fois, qui
m'a dit que son conjoint étant malade, elle a dû avoir son enfant qui
travaillait avec elle le matin avant d'aller à l'école, puis l'enfant, on l'a...
on a signalé cet enfant-là, parce qu'à l'école, on se plaignait qu'il ne
sentait pas bon. C'était vraiment inapproprié, M. le Président. Des enfants,
là, dans certaines communautés culturelles, ou des enfants autistes qui se font
signaler pour des histoires de boîtes à lunch qui sont toujours... qui
contiennent toujours les mêmes aliments, ce n'est pas, ce n'est pas acceptable,
M. le Président. Les communautés culturelles aussi, qui ont des enjeux
particuliers au niveau de développement. Et encore, je pense que l'exemple
qu'on voit le plus souvent, actuellement, ce sont nos familles réfugiées qui
traversent l'Amérique à pied avec leurs enfants pour leur donner un avenir
meilleur, et on n'a pas en place un système pour donner ce que ces enfants ont
besoin, des services. Puis qu'est-ce qu'on fait à la place? On appelle la DPJ.
Ça aussi, c'est inacceptable. C'est notre devoir, de changer ça. M. le
Président.
• (9 h 50) •
Donc, ce qu'on cherche maintenant, c'est
quelqu'un qui va porter la voix de ces enfants, quelqu'un qui va faire ça à
temps plein, qui va être focussé sur le rôle de la société et de nos différents
programmes pour s'assurer que nos enfants aient tout ce dont ils ont besoin
pour se développer de façon adéquate, quelqu'un qui va être vraiment dédié pour
que tout soit, tout soit mis en place. Le droit international l'exige, et la
première recommandation du rapport de la Commission spéciale sur les droits des
enfants et la protection de la jeunesse était la création de cette instance de
commissaire à la défense des droits des enfants. Suivant le dépôt de ce
rapport, puis j'aurai la chance de lui redire tout à l'heure, j'avais dit à Mme Laurent
que le rapport ne serait pas tabletté. Elle disait que c'était un projet de
société, elle nous donnait 10 ans pour le mettre en place. J'avais promis
qu'on le ferait en six ans puis je pense qu'on est toujours sur la cible, M. le
Président, mais, aujourd'hui, tous ensemble, vraiment tous ensemble, il faut
qu'on soit fiers de ça, nous entamons une étape historique pour améliorer le
devenir de nos enfants. Puis je tiens à dire à tous mes collègues ici qu'ils
peuvent compter sur mon... ma plus grande collaboration pour améliorer ce
projet de loi. J'ai pris du temps pour lire tous les mémoires qui ont été
soumis, puis je dois dire qu'on a encore du travail à faire, puis s'assurer que
le rôle de commissaire au bien-être et aux droits des enfants puisse jouer
pleinement son rôle de porte-voix de tous les enfants du Québec.
Voilà pourquoi, M. le Président, j'ai hâte
d'entendre nos invités puis de travailler avec tous mes collègues, ensemble, à
définir la position de notre commissaire par rapport aux autres instances déjà
existantes. Je pense, ça va être quelque chose qui va nécessiter du doigté, en
se rappelant les principes suivants : que cette personne soit dédiée aux
enfants, soit... nous aide à créer une société bientraitante, pas seulement
bienveillante, qu'on veille à l'intérêt des enfants dans les politiques
gouvernementales, faire la promotion de l'importance de la prévention et aussi
avoir une approche spécifique pour nos enfants des Premières Nations et Inuits.
Merci beaucoup, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le ministre. J'invite maintenant la
porte-partole de l'opposition officielle et <députée...
M. Carmant :
...Merci
beaucoup, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
:
Merci beaucoup, M. le
ministre. J'invite maintenant la porte-parole de l'opposition officielle et>
députée de Robert-Baldwin...
(Interruption)
Le Président (M. Provençal)
:Excusez-moi. C'est votre première
fois, j'en suis très impressionné.
Des voix : ...
Le Président (M. Provençal)
:...à nous partager ses remarques
préliminaires pour une durée de 3 min 36 s. Je vous cède la
parole.
Mme Brigitte B. Garceau
Mme Garceau : Merci beaucoup,
M. le Président. C'est... J'apprécie le temps de parole et d'être avec vous
aujourd'hui. Oui, un projet de loi historique, un projet de loi bien attendu,
nous le savons très bien, et c'est pour ça qu'on est ici, c'est pour faire
avancer et progresser le droit des enfants, le respect de leurs droits et
surtout de leur protection. Oui, prévention, mais aussi protection. Et je dis
protection parce qu'on a vu les lacunes, et il faut se le dire, qu'il y a des
lacunes importantes dans notre système de protection de la jeunesse, qui
démontre un manque de services dédiés à la protection des droits des enfants et
au respect de leurs droits. Malheureusement, les amendements à la protection de
la jeunesse qui... ont été adoptés en juin 2022 ne se sont pas concrétisés sur
le terrain. De plus, depuis la pandémie, il y a eu une augmentation fulgurante
de dossiers de violence conjugale, une augmentation de nombre de signalements à
la DPJ, du jamais-vu, une liste d'attente importante au niveau des évaluations
des enfants, un exode significatif de personnel et une pénurie de main-d'œuvre
qui persiste. Et donc la voix des enfants, malheureusement, n'est pas souvent
entendue, que ça soit dans le processus judiciaire ou des évaluations.
Face à ces constats alarmants, des droits
bafoués, des droits des enfants bafoués, lésion de droits également, dans notre
système démocratique, on a eu des constats alarmants, et, en février 2022, il y
a eu cri du cœur, cri du cœur du commissaire Lebon, cri du cœur de la
commissaire, Mme Laurent, que c'était urgent, on avait besoin de notre
chien de garde, ça, on parle de février 2022, un chien de garde pour protéger,
pour assurer de veiller au bien-être des enfants et au respect de leurs droits,
et même la bâtonnière du Barreau du Québec, Me Claveau, un autre cri du
cœur en janvier... en juin... juillet, je m'excuse, 2023, qui lançait un cri du
cœur aux trois ministres, incluant le ministre Carmant, qu'il était urgent
d'agir en matière de protection de la jeunesse. Et le ministre a décidé, une
décision fut prise, de sept recommandations-phares du rapport Laurent, la
première recommandation et même la deuxième, donc nomination d'un commissaire
au bien-être et aux droits des enfants et la charte. Vous avez décidé de mettre
ça dans la deuxième phase, au niveau de... du commissaire, et même la charte,
on est rendus à la troisième phase, qui est pour moi une incohérence
monumentale.
Et donc, nous sommes ici parce que nous
devons nous assurer d'avoir le meilleur régime, système de protection de la
jeunesse. Et je tiens à soulever qu'il manque deux... deux recommandations
fondamentales dans ce rapport, dans ce projet de loi, un concernant le
transfert de toutes les responsabilités et des pouvoirs de la CDPDJ au
commissaire et également la recommandation concernant la nomination d'un
commissaire adjoint au bien-être et aux droits des enfants autochtones, on va
en parler plus amplement lors de nos échanges avec nos... les auteurs des
mémoires. Et donc, oui, une ouverture, j'espère, M. le ministre, à bonifier et
surtout à amender ce projet de loi afin de vraiment pouvoir promouvoir,
protéger les droits de tous les enfants du Québec. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme la députée. Je
vais maintenant inviter le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et
député de Saint-Henri—Sainte-Anne à nous partager ses remarques préliminaires
pour une durée de 1 min 12 s. Je vous cède la parole.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup, M. le Président. Très heureux d'être avec vous aujourd'hui, suivant
mes nouvelles responsabilités de responsable du dossier des services sociaux
pour le deuxième groupe d'opposition.
Déjà, j'ai eu des contacts constructifs
avec M. le ministre Carmant dans les derniers mois. J'espère qu'on pourra
avancer conjointement ensemble de la même façon dans ce projet de loi là. Eu
égard au PL n° 37, c'est un privilège d'être ici avec vous ce matin, mais je
sais aussi qu'on est tous et toutes investis par un sentiment de devoir, de
responsabilité et d'urgence afin de pouvoir faire le mieux possible pour
protéger nos enfants, surtout nos enfants les plus vulnérables.
Évidemment, nous portons un jugement
positif sur le PL, mais nous allons porter une <attention...
M. Cliche-Rivard :
...vulnérables
Évidemment, nous portons un jugement
positif sur le PL, mais nous allons porter une >attention particulière
aux fonctions, aux responsabilités et aux pouvoirs du commissaire, qui
devraient, je pense, être étoffés davantage. On reviendra notamment sur
certains éléments centraux du rapport Laurent, qui mériteraient également de se
retrouver, je pense, dans le projet de loi. Je pense qu'on a une belle base
pour le... sur laquelle on peut travailler, mais que le PL n° 37, comme tout PL,
peut évidemment être perfectible, et j'espère y contribuer au maximum, M. le
ministre. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, M. le député. Nous
allons conclure les remarques préliminaires avec l'intervention du député des
Îles-de-la-Madeleine pour une minute.
M. Joël Arseneau
M. Arseneau : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci, M. le ministre, d'avoir déposé ce projet de loi tant
attendu.
Le rapport de la Commission spéciale sur
les droits des enfants et la protection de la jeunesse date quand même de mai
2021, donc nous avions bien hâte de pouvoir nous pencher sur l'une des recommandations
phares de ce rapport, donc la mise en place d'un commissaire au bien-être et
aux droits des enfants. Il est impératif, évidemment, là, que nous puissions
avoir un regard en continu sur la situation des enfants au Québec. Donc, l'idée
d'avoir le pendant du Vérificateur général pour les enfants avec un rapport
annuel, avec la possibilité de soumettre des avis, des recommandations, une
instance permanente qui est à la fois la voix des enfants, mais également qui
permet aussi de les appuyer dans l'exercice de leurs droits, on souscrit
évidemment à tout ça, y compris, là, les jeunes adultes issus de la DPJ. Donc,
nous allons contribuer positivement, parce qu'on pense, effectivement, que le
projet de loi n° 37 est perfectible, puis on rentrera dans le vif du sujet
dans quelques instants. Merci beaucoup.
Auditions
Le Président (M. Provençal)
:Merci, M. le député, pour vos
remarques préliminaires.
Nous allons maintenant débuter les
auditions. Je souhaite la bienvenue à Mme Régine Laurent. Mme Laurent,
vous aurez 10 minutes pour nous faire part de votre exposé et, par la
suite, nous procéderons aux échanges avec les parlementaires. Je vous cède
immédiatement la parole, madame.
Mme Régine Laurent
Mme Laurent (Régine) : Merci,
M. le Président. Bonjour à vous toutes et toutes. J'aurais aimé être avec vous
en personne à Québec, mais des engagements en début d'après-midi, à Montréal, m'en
empêchent.
Alors, le 26 octobre dernier, j'ai
été profondément touchée par le dépôt de ce projet de loi sur le Commissaire au
bien-être et aux droits des enfants, un projet de loi qui répond à un pan phare
du rapport de la commission spéciale que j'ai eu l'honneur de diriger.
D'ailleurs, l'importance d'instituer un commissaire au bien-être et aux droits
des enfants apparaît dès les premières pages du rapport et constitue l'essence
du premier chapitre, intitulé Respecter et promouvoir les droits des
enfants.
Par le dépôt de ce projet de loi, M. le
ministre, vous avez marqué un pan important de... dans l'histoire de la société
québécoise, celui de reconnaître l'importance de donner une voix aux enfants du
Québec pour leur propre avenir et celui du Québec. Aujourd'hui, entouré de vos
collègues pour étudier ledit projet de loi, je vous remercie tous, de même que
tous les parlementaires qui porteront celui-ci jusqu'à son adoption, pour les
générations d'enfants et de jeunes Québécois qui en bénéficieront.
• (10 heures) •
Dans l'ensemble, le projet de loi proposé
répond aux préoccupations soulevées et recommandations contenues dans le
rapport de la commission eu égard à la mise sur pied du Commissaire au
bien-être et aux droits des enfants. Par ailleurs, des éléments des recommandations
contenues au rapport y sont absents et je souhaite attirer l'attention de la
commission sur certains d'entre eux, croyant toujours à l'importance qu'ils
soient repris dans le projet de loi.
Tout d'abord, dans le préambule du projet
de loi, de nombreux considérants viennent préciser les assises et les
motivations à la base du contenu du projet de loi. Ces considérants reprennent
l'importance du respect des droits des enfants contenus à la Convention
relative aux droits de l'enfant, placent le bien être de l'enfant, son intérêt,
de même que l'importance de l'action préventive pour améliorer son bien-être et
faciliter l'exercice de ses droits à la base de la... de la création du
commissaire. Tous ces considérants sont en cohérence avec le rapport de la
commission, où l'on retrouve, tout au long de celui-ci, l'importance d'agir en
amont, en prévention pour le bien-être de tous les enfants et dans le respect
de leurs droits, ce qui constitue, à mon avis, le cœur de la société
bienveillante que nous voulons pour tous nos enfants et nos jeunes. D'ailleurs,
le titre du rapport de la commission spéciale, c'est Instaurer une société
bienveillante pour nos enfants et nos jeunes, soutient l'importance et le
mandat du commissaire.
Maintenant, l'enfant sujet de droit, pour
moi, c'est une affirmation à rendre visible. Il est peut-être temps de franchir
un pas de plus comme société pour confirmer le poids de nos enfants et de nos
jeunes dans la société que nous voulons construire pour eux et avec eux, la
société qui sera la leur, la société qui sera eux. Pour ce, je propose qu'on
retrouve au sein d'un considérant l'affirmation que le <Québec...
>
10 h (version révisée)
< Mme Laurent (Régine) :...qu'on retrouve au sein d'un considérant l'affirmation que le >Québec
reconnaît ses enfants comme des sujets de droit. Il faut en finir avec l'idée
que les enfants sont des êtres de statut inférieur, sans occulter, bien sûr, qu'ils
ont besoin de notre bienveillance pour assurer leur sécurité et le
développement de leur plein potentiel. Faire un premier pas vers la
reconnaissance des enfants comme sujets de droit est non négligeable. En effet,
cela renforcerait leur capacité de se défendre, de faire respecter leurs
droits, renforcerait leur participation aux discussions sur les droits qui les
concernent. Des témoins nous ont indiqué que plusieurs droits de l'enfant sont
appliqués de façon variable et que le respect des droits des enfants semble
improbable tant qu'ils ne seront pas considérés comme sujets de droit.
Maintenant sur la correction physique.
Pour moi c'est clair dans le rapport, aussi, une violence à reconnaître et à
dénoncer. On n'a... aucune recommandation n'a fait l'objet dans notre rapport,
mais l'enjeu de l'utilisation de la force pour imposer une correction à l'enfant
a fait partie des nombreuses discussions lors de nos travaux. Bien entendu,
comme vous le savez, le Code criminel, qui prévoit à son article 43 le recours
possible à la force pour corriger un enfant, est de juridiction fédérale, ce
qui est bien en dehors, évidemment, du mandat de la commission. Par ailleurs,
dans le cadre de son mandat, la commission ne peut passer sous silence le fait
que le recours à la correction corporelle envers les enfants nuit à leur
développement. Il n'y a pas lieu de laisser planer que l'usage de la force pour
amener un changement de comportement chez un enfant soit justifié, acceptable
ou encore, entre guillemets, un bon geste à poser.
Je me permettrai un parallèle. Il fut un
temps pas si lointain dans nos sociétés occidentales où le droit de correction
maritale était de coutume. En effet, afin de corriger les soi-disant défauts de
sa femme, un homme pouvait lui infliger une correction physique, un châtiment.
Nul besoin de discuter longtemps pour convenir que cette pratique archaïque
était épouvantable, irrespectueuse envers le droit des femmes, contraire au
principe d'égalité entre les femmes et les hommes aujourd'hui reconnu. Et, si
ce n'était déjà fait, cette pratique serait condamnée et abolie de manière
consensuelle dans notre société. Alors, pourquoi ne pas affirmer haut et fort
que le droit d'user de force... de la force pour corriger un enfant est
archaïque, inutile et contraire au respect des enfants?
Comme il en était mention dans notre
rapport, les enfants sont la seule catégorie de personne qui ne soit pas
protégée contre les voies de fait. Cette situation est révoltante,
particulièrement dans un contexte où les enfants sont souvent sans voix et sans
moyens pour protéger leur intégrité physique. Je vous suggère donc un
considérant qui exprime clairement que les corrections physiques sont
contraires aux valeurs de la société québécoise et au respect des droits des enfants.
Cela enverrait un message clair à tous les citoyens et citoyennes sur cet
enjeu. De plus, il permettrait de donner les coudées franches au commissaire et
au commissaire associé dans leur travail d'information, d'éducation à l'égard
du recours à la correction physique envers les enfants et les jeunes, et les
aider aussi à faire la promotion de la valeur de respect de l'intégrité
physique de ceux-ci.
Concernant les fonctions du commissaire,
je salue la mise en place d'un comité consultatif composé d'enfants et de
jeunes afin d'obtenir leur avis sur toute question concernant une matière
relevant de ses fonctions. Cependant, je pense, c'est peut-être un oubli, il n'y
a pas spécifiquement un comité consultatif d'enfants et de jeunes autochtones
aux mêmes fins.
Concernant maintenant l'accréditation des
avocats appelés à exercer un rôle spécial, je plaide en faveur de l'ajout d'un
mandat au Commissaire au bien-être et aux droits des enfants, soit celui de
développer et superviser un mécanisme d'accréditation des avocats désignés pour
représenter des enfants incapables de donner un mandat à leur avocat, tel qu'il
apparaît dans le rapport de la Commission spéciale sur les droits des enfants.
La commission avait repris dans son rapport quelques points contenus dans le
mémoire que lui avait déposé la Commission des services juridiques, qui
détient, à mon avis, une expertise qu'on ne peut contester en matière de
représentation. L'organisme public expliquait que l'avocat travaille souvent à
la frontière des aspects cliniques d'un dossier et de ses composantes
juridiques sans formation adaptée. La Commission des services juridiques était
d'avis que des formations sur mesure devraient être offertes aux avocats
représentant les enfants et ajoutait, et je cite : «On ne peut improviser
avec les droits des enfants.» Et je partage cet avis. Quand il est question des
enfants en bas âge, il n'existe aucune base juridique pour guider l'avocat, qui
doit seul décider si l'enfant a la capacité ou est en mesure de lui donner des directives
en lien avec la situation qu'il l'amène dans le dossier. De plus, dans le <rapport...
Mme Laurent (Régine) :
...dans
le dossier. De plus, dans le >rapport de la commission, on rapporte des
propos tenus par certains témoins à l'effet qu'en l'absence de balises
juridiques, les avocats appliquent des critères disparates dans leur évaluation
de la capacité de l'enfant. Une situation qui ne peut perdurer et pour laquelle
il est impossible d'affirmer qu'elle s'inscrit dans l'intérêt de l'enfant. Pour
toutes ces raisons, je vous demande d'inclure dans les fonctions du Commissaire
au bien-être et aux droits des enfants ce mécanisme d'accréditation des avocats
désignés pour représenter des jeunes enfants incapables de donner un mandat à
leur avocat.
Avant de conclure, je tiens à vous émettre
un souhait, que le commissaire, que le commissaire associé disposent des moyens
humains, financiers, technologiques pour remplir leur mandat.
En terminant, je
témoigne qu'une bonne partie de nos recommandations se retrouvent dans ce
projet de loi. En mon nom et en celui du personnel, particulièrement de
l'équipe de la recherche qui a œuvré à la commission, nous saluons ce projet de
loi. Je vous fais confiance, parlementaires, pour le bonifier, prendre en
compte les modifications proposées, l'adopter dès que possible pour que
l'Assemblée nationale puisse nommer rapidement le commissaire et le commissaire
associé. Je vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme Laurent.
Nous allons maintenant procéder à la période d'échange avec les parlementaires
et, de ce fait, je vais céder la parole au ministre. M. le ministre, allez-y.
M. Carmant : J'ai une période
de temps de...
Le Président (M. Provençal)
:16 min 28 s.
M. Carmant : D'accord. Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, Mme Laurent. Toujours un plaisir.
Mme Laurent (Régine) : Bonjour,
M. le ministre.
M. Carmant : Merci de prendre
le temps de vous joindre à nous ce matin. Bien, peut-être quelques petits
commentaires sur ce que vous avez dit. Je suis tout à fait en accord avec le...
nommer que l'enfant est un sujet de droit. D'autres nous l'ont mentionné, donc
je pense que ça, c'est quelque chose qui va de soi. Au sujet de la correction
corporelle, je ne sais pas si vous êtes au courant, mais le... dans la réforme
du droit de la famille adoptée en juin 2022, mon collègue ministre de la
Justice a clairement introduit que la parentalité doit s'exprimer sans
violence. Est-ce que c'est une modification qui vous satisfait, ou vous
insistez quand même, ou vous appuyez encore sur le besoin que, dans le projet,
qui, en fait, est pour créer le poste de commissaire, on mette ce
considérant-là? Pouvez-vous élaborer un peu plus pour moi?
Mme Laurent (Régine) : Oui,
je comprends, M. le ministre, mais, comme je vous ai dit, si on le met dans le
projet de loi créant le commissaire, l'information, ce qui est important aussi
pour moi, c'est que ça va lui donner les coudées franches pour faire de
l'information à toute la population, faire de l'éducation à toute la
population. Parce que ce qui est du droit de la famille, à moins que j'aie
manqué un bout, mais... il n'y aura pas d'information, de campagne sur ce sujet
spécifique concernant les enfants. Alors, c'est pour ça que le commissaire,
lui, ça lui donnerait... ce serait une partie de son travail de... qui, pour
moi, c'est clair que, quand on parle du bien-être et des droits des enfants, de
l'avoir, lui, dans son projet de loi, ça ne viendrait que renforcer sa capacité
à faire le travail.
• (10 h 10) •
M. Carmant : D'accord,
d'accord. Maintenant, à propos des Premières Nations, plusieurs l'ont mentionné,
le Comité consultatif des jeunes, et je dois vous dire que c'est nos... dans
nos échanges avec les Premières Nations et Inuits qui nous ont suggéré de ne
pas l'inclure dans les... Nous, c'était dans nos intentions, mais ce sont les
groupes représentant les Premières Nations et Inuits qui nous ont demandé de ne
pas l'inclure. Donc, ça, je voulais vous aviser puis aviser tout le monde qui a
fait cette remarque-là, ce n'était pas notre volonté d'exclure ce comité
consultatif là, mais c'est vraiment à la suggestion des groupes Premières
Nations et Inuits. On va en recevoir deux, d'ailleurs, au cours des différentes
consultations.
Mme Laurent (Régine) : Est-ce
que c'est possible, M. le ministre, de nous expliquer leur... leur orientation,
ce qui les a amenés à prendre cette décision-là? Parce que, nous, à la
commission, on avait... on avait consulté des... différents groupes
autochtones. On a fait toute une semaine avec des groupes autochtones. Alors,
j'aimerais juste comprendre ce qui les a amenés à prendre cette position-là.
M. Carmant : Bien, c'était
une question de garder leur autonomie, de ne pas, entre guillemets, influencer
ces jeunes-là. Donc, c'est la raison qu'ils nous ont soulevée. Mais on pourra
leur redemander quand ils vont se présenter, absolument.
Mme Laurent (Régine) : Mais
il y aura quand même...
M. Carmant : Non, allez-y.
Mme Laurent (Régine) : Il y
aura quand même un comité... il y aura quand même un comité consultatif formé
de jeunes autochtones, mais qui... qu'eux vont prendre le «lead», excusez-moi
l'expression, pour... ou il n'y aura pas de comité de jeunes consultatif
autochtones?
M. Carmant : Pour le moment,
il n'y en aura pas, mais, s'ils se présentent à la commission et ils changent
leur <demande...
M. Carmant :
...et
ils changent leur >demande, nous on va... c'est sûr qu'on peut
considérer, parce que, d'emblée, on n'était pas... on était en faveur de ce...
de ce deuxième comité de jeunes là. Bon. La grosse question, c'est...
Mme Laurent (Régine) : Si vous
me permettez une dernière...
M. Carmant : Oui, allez-y.
Mme Laurent (Régine) : Un
dernier petit bout, M. le ministre, j'y tiens beaucoup. C'est que, dans notre...
dans la logique de créer le commissaire, d'être la voix des enfants, pour nous,
c'était important pour l'ensemble des commissaires que les jeunes et les
enfants soient consultés. Alors, je vous invite à essayer encore de convaincre
pour qu'il y ait formellement un comité consultatif formé d'enfants et de
jeunes autochtones.
M. Carmant : Absolument. Ce
sera fait. Une des choses que vous n'avez pas mentionnées, c'est que dans notre
version... dans notre projet de loi, on positionne vraiment le commissaire
comme le porte-parole, le porte-voix de tous les enfants. Alors, on insiste
beaucoup plus sur l'aspect prévention et déploiement des programmes que sur
l'aspect juste de la protection. Pourriez-vous commenter par rapport à ce positionnement
qu'on a choisi?
Mme Laurent (Régine) : Je
n'en ai pas parlé, M. le ministre, parce que, dans le temps qui m'est imparti,
ce qui était conforme à notre rapport, j'ai un peu laissé de côté, mais, pour
nous, c'était important, le Commissaire au bien-être et aux droits des enfants,
puis à chaque fois on le répète, de tous les enfants, et surtout pas uniquement
les enfants de la DPJ, parce qu'il faut qu'il y ait quelqu'un qui soit
au-dessus de la mêlée pour être capable de voir est-ce que telle politique ou
telle réglementation, c'est bon pour l'ensemble des enfants, est-ce que cette
façon de faire va aider au bien-être des enfants, qu'est-ce qu'on fait pour
respecter leurs droits. Alors, pour moi, ça va dans le sens de l'orientation
qu'on a voulue dans le rapport, c'est pour ça que je ne l'ai pas soulevé, M. le
ministre. C'est très important qu'il soit vraiment au-dessus de la mêlée,
porte-voix des enfants.
M. Carmant : Merci beaucoup.
M. le Président, je passerais la parole à la députée de Laporte, qui aurait une
question.
Le Président (M. Provençal)
:Oui. Mme la députée.
Mme Poulet : Bonjour à tous,
chers collègues. Mme Laurent, c'est un honneur pour moi de vous parler, de
vous questionner. Merci pour votre excellent travail, merci d'être présente
aujourd'hui encore.
J'ai une question concernant le mécanisme
d'accréditation. Vous mentionnez qu'il n'y a pas de formation adaptée, il n'y a
pas de base juridique, puis aucune... il y a l'absence... une absence de
balises juridiques. Selon vous, concrètement, quels seraient les étapes, le
contenu d'un mécanisme pour cette accréditation-là? Qu'est-ce que les... dans
les... concrètement, qu'est-ce que les avocats auraient besoin? Qu'est-ce que
vous suggérez? Pouvez-vous développer à ce niveau-là, s'il vous plaît?
Mme Laurent (Régine) : Mme la
députée, écoutez, un enfant de trois ans, par exemple, il a un avocat qui est
désigné pour le représenter, en ce moment il n'y a pas de grille pour évaluer
effectivement la capacité de l'enfant, c'est l'avocat qui décide tout seul. Par
exemple, est-ce qu'on peut dire, aujourd'hui, que tous les avocats désignés ont
une formation sur le développement de l'enfant? Est-ce que tous les avocats
désignés aujourd'hui ont une expertise sur ce que veut dire le temps pour
l'enfant? Vous le retrouvez dans notre rapport, on dit qu'il faut tenir compte
du temps de l'enfant. Un enfant de deux ans, six mois, ça n'a pas du tout la
même importance et la même portée que six mois pour vous et moi. Donc, il faut
être capable d'avoir des avocats qui sont... connaissent le développement de
l'enfant, qui sont capables d'avoir... d'être mieux outillés pour prendre des
décisions qui ont un impact sur la vie de l'enfant, mais que l'enfant n'est pas
capable d'argumenter, à trois ans ou à cinq ans. Alors, pour nous autres,
c'était vraiment important, cette accréditation-là, pour qu'on s'assure que les
formations nécessaires pour représenter un enfant, les avocats aient cette
formation-là. Et c'est pour ça qu'on tenait à cette forme d'accréditation par
le Commissaire au bien-être et aux droits des enfants.
Mme Poulet : OK, merci. Je ne
sais pas si je peux... Oui? J'aurais une autre question pour vous. Depuis le
dépôt de votre rapport, qu'avez-vous remarqué de positif? Qu'est-ce qui a
changé depuis le dépôt de votre rapport, là, tout le travail que vous avez
accompli, toutes les consultations? Depuis ce moment-là, est-ce qu'il y a eu
des avancées?
Mme Laurent (Régine) : Notre
rapport, c'était essentiel. La population avait des attentes. Remettons-nous du
choc qu'on a vécu qui a mis... qui a amené la mise sur pied de la commission.
Il y a une chose importante qui est arrivée, pour moi, c'est les changements
majeurs à la Loi sur la protection de la jeunesse. Nous avions <demandé...
Mme Laurent (Régine) :
...changements
majeurs à la
Loi sur la protection de la jeunesse. Nous avions >demandé
que, par exemple, l'intérêt de l'enfant soit la considération primordiale, et
on le retrouve à différents articles du rapport, le préambule que nous avions
demandé... la loi, pardon, le préambule que nous avions demandé pour
interpréter la loi, c'est présent. Et, je l'ai dit, pour moi c'est important,
ce nouveau... cette nouvelle loi, parce que c'est ça qui sert de guide dans
toutes les décisions qui sont prises pour les enfants qui doivent être pris en
charge par l'État. Donc, il faut leur donner une base. Par exemple, que
l'intérêt de l'enfant soit pris en compte et non pas regarder les droits, les
intérêts d'un parent ou d'un autre, on regarde l'intérêt de l'enfant. Pour moi,
c'est vraiment bénéfique et ça fait partie des choses que vous avez mises en
place mais qu'on va voir les effets au fil des ans, hein, ce n'est pas
instantané. Mais, quand on parle de changer les choses, changer les cultures,
moi, je sais que ça prend un petit peu de temps. Je sais qu'aussi il y a eu...
je ne sais pas où ça en est parce que je ne suis pas sur le terrain, mais la
formation des intervenantes sur la nouvelle loi, ça, c'est vraiment important.
J'espère qu'elles vont avoir, tout le monde, cette formation-là, adéquate,
qu'elles vont avoir le soutien clinique aussi, parce que, tout le long du
rapport, on a parlé, dans le chapitre concernant les intervenantes, que c'est
important, le soutien clinique, leur formation. Alors, moi, je pense que les
choses avancent. Il faut juste s'assurer qu'on continue d'avancer.
Le Président (M. Provençal)
:...de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Bonjour, Mme Laurent.
Mme Laurent (Régine) : Bonjour.
Mme Dorismond : Merci d'être
là aujourd'hui. Et j'aurais une question. Vous avez parlé tout à l'heure aussi
de l'importance de promouvoir les droits des enfants, car les enfants ne
connaissent pas l'ensemble de leurs droits. Pendant votre commission, est-ce
que vous pouvez nous donner des exemples dans lesquels les droits des enfants
sont... sont privés?
Mme Laurent (Régine) : Je me
souviens d'une audience à huis clos avec un jeune, je pense qu'il avait
12 ans, et qui nous exprimait que lui, là, il ne voulait pas aller chez
l'autre parent, en l'occurrence le père, mais il dit : Moi, j'étais obligé
d'y aller, j'avais... Alors, c'est où, le droit de l'enfant? Où est-ce qu'on a
écouté la parole de l'enfant dans cet exemple-là? Et l'enfant, ça l'a vraiment
perturbé parce qu'il n'a pas été respecté. C'est quoi, son droit, l'enfant? Le
droit de l'enfant, c'est de dire : Si je ne suis pas bien à tel endroit,
pouvez-vous me respecter et ne pas m'y envoyer? Alors, ça, c'est le «basic», le
très, très concret quand on n'a pas respecté, et, en tout cas, qu'on n'a pas
entendu la parole d'un enfant.
• (10 h 20) •
Mme Dorismond : Merci
beaucoup.
M. Carmant : ...d'autres
questions de mes collègues? Moi, ça fait...
Le Président (M. Provençal)
:Pas d'autres questions?
M. Carmant : Non, c'est...
Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, s'il n'y a pas d'autres
questions de la part... du côté... Parce qu'il vous reste quelques minutes si
vous voulez poser une dernière question, M. le ministre.
M. Carmant : ...Mme Laurent,
est-ce que... Dans le... dans le positionnement du commissaire, est-ce qu'on...
Comment vous le voyez interagir avec les autres partenaires, le nouveau
protecteur de l'élève, la Commissaire santé et bien-être? Moi, je pense, c'est
le gros travail qu'on doit faire pendant cette commission-là, c'est de bien le
positionner pour qu'il y ait... pour qu'on puisse avoir une synergie entre tous
ces individus.
Mme Laurent (Régine) : Oui, bien,
il le faut, M. le ministre, parce que c'est comme si... pour moi, pour les
cliniques, pour l'imager un peu, c'est comme si toutes ces portes-là sont
ouvertes pour le commissaire. Toutes ces portes-là doivent pouvoir informer le
commissaire, doivent pouvoir répondre aux questions du commissaire. Un des
problèmes majeurs que nous avions, puis on s'en est rendu compte à la
commission : tout le monde travaille en silo. Tout le monde est de bonne
foi, mais tout le monde travaille en silo. Ça, ce ne sera pas possible. Le
commissaire, pour moi, il est au-dessus de tout ça. Il peut et doit questionner
tous les acteurs, tous les organismes dont il a besoin pour évaluer le
bien-être des enfants puis évaluer comment leurs droits sont respectés ou non.
Pour moi, il est au-dessus de tout ce monde-là. Parce que, quand vous me parlez
du protecteur de l'élève, le protecteur de l'élève, c'est très bien, mais il
regarde l'élève, mais, quand l'enfant est <ailleurs...
Mme Laurent (Régine) :
...mais,
quand l'enfant est >ailleurs, qui regarde?
M. Carmant : Tout à fait,
tout à fait. Et on a eu beaucoup aussi de gens qui nous ont parlé du lien avec
les différents organismes sur le terrain. Comment vous voyez cette relation
entre, justement, le commissaire et... et les services qui se donnent, là, sur
le terrain pour nos jeunes?
Mme Laurent (Régine) : Oui,
alors c'est là où j'ai envie de vous dire que de là l'importance d'avoir un
comité consultatif de jeunes, parce que ce sont ces jeunes-là qui consomment, je
n'aime pas le mot, mais qui consomment ou qui font appel à ces services-là.
Donc, c'est eux qu'il faut entendre pour voir comment est-ce qu'ils reçoivent
les services, qu'est-ce qu'ils aimeraient améliorer, qu'est-ce qui correspond à
leur monde d'aujourd'hui. C'est aujourd'hui, et ce n'est pas le même monde
qu'on a connu dans le passé, donc il faut les écouter. Et il faut aussi donner
toute leur importance aux intervenantes et intervenants qui... qui
interagissent avec les jeunes, que ce soit dans les organismes, les
intervenants qui sont dans la rue. Donc, pour moi, c'est important et c'est
pour ça que j'ai... tantôt, j'ai parlé aussi de moyens technologiques et de
moyens humains et financiers, parce qu'il faut que le commissaire puisse avoir
un portrait de ce qui se passe sur le terrain pour les jeunes et pour les
enfants.
M. Carmant : Oui. Puis on s'est
assurés quand même de son indépendance, parce que c'est le Bureau de
l'Assemblée nationale, donc ça, ça va être très important pour moi, là, et puis
je suppose que c'est la même chose pour vous également.
Mme Laurent (Régine) : Ça, M.
le ministre, dans nos discussions, c'était... on est rapidement arrivés à un
consensus. C'était majeur pour l'ensemble des commissaires de trouver une façon
de s'assurer de l'autonomie et de l'indépendance du commissaire. Alors, nommé
aux deux tiers par l'Assemblée nationale, pour nous, c'est une assurance qu'il
va être autonome et indépendant.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Merci, M. le
Président. En lien avec le comité consultatif des jeunes, je me posais comme
question si on devait changer aussi le projet de loi en lien avec qui devrait
siéger dans un autre comité consultatif, exemple, les communautés
ethnoculturelles, une personne en situation de handicap. Est-ce que vous croyez
qu'on devrait changer le projet de loi pour identifier des personnes en lien
avec d'autres cultures pour faire en sorte qu'on est plus cohérent?
Mme Laurent (Régine) : J'ai...
j'ai de la difficulté à trop, trop, trop encadrer le commissaire. Il faut, je
pense, lui donner les coudées franches. Ce qu'on a dit dans notre rapport,
c'est qu'il doit tenir compte des enfants qui sont ici dans la société
québécoise, donc il faut qu'il y ait des enfants de différents âges, qui
doivent communiquer, de différentes régions, de différentes communautés
ethnoculturelles. Donc, c'est à lui, dans son mandat, de réunir tous les jeunes
dont il a besoin pour être sûr de consulter des jeunes qui représentent toutes
les factions de jeunes dans la société.
Mme Dorismond : Parfait.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup.
Mme Dorismond : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je vais maintenant céder la
parole à la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup.
Merci, Mme Laurent, d'être ici. Je dois vous dire, sur le plan personnel,
ayant oeuvré 30 ans dans le domaine du droit de la famille, je dois... et
j'ai représenté quelques enfants, mais beaucoup de parents dans des conflits
assez sérieux, et je vous remercie pour le travail colossal que vous avez fait
pour faire en sorte que le... qu'il y ait une progression au niveau de la
protection des droits de nos enfants et aussi de respecter leurs droits et leur
voix, et de s'assurer que leur voix soit entendue, parce que je trouve que ça,
c'est un des enjeux des plus importants où il y a, Mme Laurent, des
lacunes importantes dans notre régime de protection de la jeunesse.
Et j'ai lu attentivement votre rapport, et
aussi je suis retournée lire le rapport de votre commission, et surtout parce
que vous avez entendu... ça fait... c'est une période de deux ans avec des
centaines de mémoires que vous avez lus, des centaines de témoignages de
représentants dans différentes instances. Vous avez été personnellement
frappée, je crois, par l'ampleur des problèmes, l'ampleur des lacunes dans
notre système, et vous avez fait écho, vous avez parlé de la convention, la
convention des Nations unies, la convention relative aux droits des enfants, que
le Québec a adhéré depuis 1991, une convention très, très <importante...
Mme Garceau :
...vous
avez parlé de la convention, la convention des
Nations unies, la
Convention relative aux droits des enfants que le Québec a adhéré depuis 1991,
une convention très, très >importante, et qu'il découle de cette
convention-là des obligations. Et c'est face à ces obligations-là que vous avez
affirmé, il me semble assez fermement, toute cette question qu'il faut réparer
et remettre à l'ordre du jour une société bienveillante. Ça nécessite des
changements législatifs mais aussi structurels afin de vraiment mettre l'intérêt
supérieur de l'enfant au premier plan, au cœur de toutes les décisions, et que
la voix des enfants, que ça soit des enfants de bas âge, et on va en parler,
jusqu'à l'âge de 25 ans... parce qu'on regarde aussi les jeunes, les
jeunes... la jeunesse, les jeunes adultes... Et, avec tout ça, vous vouliez
créer une institution indépendante de promotion et de défense des droits des
enfants, et donc non seulement la question, comme M. le ministre a mentionné,
de prévention et de promotion de leurs intérêts et de leurs droits, mais
également de protection face aux lacunes dans le système, dans le régime.
• (10 h 30) •
Et je reprends Mme Laurent, et vraiment,
parce que je n'ai pas retrouvé dans votre mémoire... parce que vous avez parlé
de... oui, il y a... le ministère n'a pas repris certaines recommandations dans
votre rapport, et je sais que c'est des recommandations importantes, et je suis
d'accord avec vous qu'elles devraient être dans le projet de loi, mais il y en
a deux en particulier que vous n'avez pas mentionnées dans votre mémoire et que
j'aimerais réviser avec vous. Parce qu'il y en a une en particulier, et ça,
c'est la recommandation, et je vais la lire, «de transférer au commissaire les
pouvoirs et les responsabilités assumés par la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse prévus à la Loi sur la protection de la
jeunesse avec les ressources afférentes». Et donc, ça, c'est vraiment le volet
de la protection des enfants, des intérêts, le respect de leurs droits. Et je
lis ça avec une autre affirmation très importante dans le rapport, alors que
vous voulez créer le Commissaire au bien-être des enfants, aux droits des
enfants, qui va être composé... qui va avoir une équipe qui aurait un large
mandat de promouvoir et d'assurer le bien-être et... et le respect de leurs
droits, parce que ni le Protecteur du citoyen et ni la CDPDJ, la commission, n'y
sont voués exclusivement. Il y avait cette notion, Mme Laurent, dans le
rapport de la commission, de l'exclusivité, que le commissaire, là, c'était
vraiment le chien de garde, comme vous avez mentionné, là, il est au-delà de la
mêlée, là. C'est cette personne-là qui va faire en sorte... qui va intervenir
quand les droits des enfants sont bafoués, quand il y a des lésions de droits,
parce que là, la CDPDJ n'avait pas à intervenir. Qu'est-ce qui s'est passé à
cette... pour moi, cette recommandation, qui est vraiment au cœur des pouvoirs
du commissaire au bien-être? J'aimerais vraiment vous entendre là-dessus.
Mme Laurent (Régine) : Merci,
Mme la députée. Dans notre rapport, comme vous avez pu le voir, il y a une
notion qui était importante pour nous, c'est que c'est clair, puis ça a été
démontré par plusieurs recherches, plusieurs témoins, que, quand la parole de
l'enfant est noyée dans la défense d'autres droits, les droits des enfants et
la parole des... de l'enfant n'est pas ce qui est mis de l'avant en premier.
C'est pour ça... c'est une des raisons pour lesquelles on avait suggéré de...
que tout ce qui concerne la jeunesse, de la CDPDJ, soit transféré au
commissariat. Parce que pour nous, l'enfant, ça prend une personne qui ne fait
que ça, qui n'a que ça comme préoccupation, de regarder avec ses lunettes
qu'est-ce qui se passe avec les enfants et des jeunes dans toutes les sphères
de la société. Et si je ne l'ai pas repris dans mon rapport, c'est...
effectivement, j'ai compris qu'à un moment donné il faut lâcher <prise...
>
10 h 30 (version révisée)
< Mme Laurent (Régine) :...dans mon rapport, c'est... effectivement, j'ai compris qu'à un moment
donné il faut lâcher >prise, là, que ça allait rester à la CDPDJ. Mais
entre vous et moi, je pense que dans un avenir la démonstration va être faite
que ce n'est pas possible, même s'ils vont travailler ensemble, la CDPDJ et le commissaire,
mais les incohérences vont arriver et, dans quelques années, ça va... ça va
arriver, ça va arriver à notre recommandation, j'en suis persuadée.
Mme Garceau : Mais, Mme Laurent,
moi, je regarde d'un autre angle parce que je regarde spécifiquement... je
crois que c'est l'article 6 du projet de loi, parce qu'évidemment il y
a... il y a toute cette... C'est l'aspect d'intervention dans le processus.
Parce que c'est sûr qu'on veut prévenir, on veut tout faire pour ne pas... pour
assurer que les droits des enfants soient respectés, soient bien représentés.
Ça, il y a... il y a un volet prévention, je le comprends. Mais, dans les
dernières années et même avant, oui, il y a eu le décès, malheureusement, de la
fillette de Granby, mais il y avait, on le sait très bien, il y avait des
problèmes au niveau de... avant ça, concernant le régime de protection de la
jeunesse, concernant la représentation des enfants, parce qu'il y en a, des
procureurs des enfants, qui vont vous dire que c'est très difficile de
représenter les enfants dans le système actuel. Et donc vous n'avez pas... Dans
votre rapport, vous auriez pu dire : Bien, on va... au lieu de nommer un
commissaire, on va restructurer. Peut-être que le commissaire va faire partie
de la CDPDJ. On va faire une... Mais ce n'est pas... Ce n'est pas ça... Et c'est
là où il me semble qu'on manque, dans ce projet de loi, le cœur de... du... de
vos conclusions concernant une voix exclusive qui va intervenir quand c'est
nécessaire, surtout lorsque les droits des enfants sont bafoués. Et on en a
beaucoup, d'exemples, des agressions sexuelles, dernièrement, des habeas corpus
que des... que des avocats doivent aller chercher pour sortir des enfants qui
sont en centre de réadaptation depuis plusieurs mois. Ça continue, là, j'en
passe. On pourrait être ici toute la journée. Je ne veux pas aller là, Mme Laurent,
ce matin, avec vous, mais il me semble que cet... On a dilué à l'article 6
parce que le commissaire n'aura pas vraiment... Il va enquêter sur quoi? Il va
intervenir à quel sujet? Parce que la... la CDPDJ garde tous ses pouvoirs,
toutes ses responsabilités liées à la loi de la protection de la jeunesse,
liées à la charte également. Donc, à mon avis, puis je voulais voir avec vous
si vous partagez mon avis, qu'on a vraiment dilué... Il y a une restriction de
pouvoirs qui, il me semble, ne reflète pas l'esprit de votre rapport.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée, votre temps est
écoulé puis vous ne pourrez même pas avoir la...
Mme Garceau : La réponse.
Le Président (M. Provençal)
:...la réponse, malheureusement.
Mme Garceau : Peut-être
mon collègue.
M. Cliche-Rivard : Votre
collègue a trois minutes.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, c'est ça...
M. Cliche-Rivard : Avec
respect.
Le Président (M. Provençal)
:Je vais maintenant céder la parole au
député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour 3 min 18 s effectivement.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup, Mme Laurent, d'abord, pour votre rapport, votre travail envers
les enfants, envers les plus vulnérables, puis évidemment, envers celui que
vous avez déposé aujourd'hui dans la commission.
Je vais aller sur quelque chose dont on n'a
pas traité eu égard au coroner. Je lis votre rapport, page 62 : «En
conséquence, nous recommandons que le Commissaire au bien-être et aux droits
des enfants ait le mandat d'exercer une vigie et de monitorer la situation des
enfants qui décèdent chaque année au Québec.» Est-ce que vous sentez que cette
recommandation-là et ce besoin-là figurent parmi le projet de loi qu'on étudie
aujourd'hui?
Mme Laurent (Régine) : Je
n'ai pas le nom de l'article, le numéro de l'article, mais je pense que vous
auriez intérêt, très respectueusement, à le préciser, vous, comme
parlementaires, parce que ce qu'on voulait voir, comme c'est le Commissaire au
bien-être, bien, s'il y a des enfants où il y a eu une enquête du coroner, il
faut arrêter de prendre les choses un par un, il faut quelqu'un qui ait un
regard pour dire : Bien, est-ce que... c'est quoi qui se passe qui fait
qu'il y a tant d'enfants dans telle <région...
Mme Laurent (Régine) :
...est-ce
que... c'est quoi qui se passe qui fait qu'il y a tant d'enfants dans telle >région
ou dans telle ville qui ont fait l'objet de l'attention d'un coroner. Alors,
moi, de le bonifier et de le préciser de cette façon-là, je vais être tout à
fait d'accord, parce que, dans le rapport, on disait, bien, notamment les
enfants qui... et aussi les enfants qui ont fait l'objet d'une protection de
l'État.
M. Cliche-Rivard : OK.
Mme Laurent (Régine) : C'est
ce que nous...
M. Cliche-Rivard : Parce que
là on vient modifier la loi sur les... si vous permettez, on vient modifier la Loi
sur les coroners, il va effectivement y avoir un travail à cet effet-là, mais
on ne parle pas d'enfants de manière globale, là, on parle de ceux qui ont fait
l'objet d'un rapport du coroner, on ne parle pas de décès globaux de gens issus
de la DPJ, on ne va pas au-delà de ça. Est-ce que vous pensez que c'est quelque
chose qu'on devrait élargir au sens où le commissaire aurait un rôle de vigie
complet envers les enfants, malheureusement, qui succombent de je ne sais quoi,
là, mais de... malheureusement qui perdent la vie?
Mme Laurent (Régine) : Je
vais être plus concrète, M. le député. Une enfant qui meurt de leucémie, là, le
commissaire n'a pas d'affaire là. C'est extrêmement triste, mais il n'a pas
d'affaire là. Mais cependant des enfants qui ont été pris en charge par l'État,
ça, je pense que c'est important, parce qu'on ne sait pas qu'est-ce que le
commissaire peut trouver et amener comme recommandations à vous, à l'Assemblée
nationale, dans un rapport, et évidemment les enfants qui ont fait l'objet de
l'attention d'un coroner.
M. Cliche-Rivard : Excellent.
Puis je pense que vous portez une belle attention. Peut-être le commissaire
pourrait être compétent dans le cas où on voit qu'il y a plusieurs enfants qui
succombent d'une maladie grave dans une région donnée, là. Donc, je pense que
peut-être il peut y avoir un lien envers les facteurs externes,
environnementaux puis quand même le... la maladie. Mais je comprends ce que
vous voulez dire, que, quand c'est une cause naturelle duquel on ne pouvait
rien y faire puis que les recommandations n'y amèneront rien, bien... Finalement
on comprend ce que vous voulez dire.
Mme Laurent (Régine) : Non,
non. Oui.
M. Cliche-Rivard : Il n'y a
pas de mention de la charte des droits des enfants dont vous parlez dans ce
projet de loi là. Qu'est-ce que vous en concluez?
Mme Laurent (Régine) : J'en
conclus que c'est... j'ai compris, dans le plan, c'est dans une étape
subséquente. Si vous me demandez si j'aurais aimé que ce soit déjà là
aujourd'hui, je vous répondrais oui. D'ailleurs, c'est pour ça que j'ai
insisté, parce que c'est dans la charte qu'on avait mis que... le fait que
l'enfant soit reconnu comme sujet de droit. Alors, comme la charte n'est pas
encore arrivée, ça fait que je me suis dit : Bon, bien, on peut au moins
le mettre en ce moment dans le... dans le projet de loi du commissaire, là.
M. Cliche-Rivard : OK. On va
y faire suite. Merci beaucoup, Mme Laurent.
Le Président (M. Provençal)
:Merci, M. le député.
Mme Laurent (Régine) : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, on va compléter cet échange
avec le député des Îles-de-la-Madeleine. 3 min 18 s
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup, Mme Laurent, d'être présente et si engagée à ce
que les recommandations de votre commission soient mises en œuvre. Votre
travail est remarquable, celui que vous avez fait en commission. Et aujourd'hui
j'aimerais revenir sur, justement, le dernier élément qu'on vient d'aborder.
Vous parlez de l'enfant sujet de droit, mais j'essaie de comprendre de quelle
façon, si la charte n'est pas considérée, comment on pourrait justement
inscrire cet élément-là dans le... dans le projet de loi. Vous parlez d'un
considérant, puis j'essayais de comprendre ce que... ce que vous avez en tête.
• (10 h 40) •
Mme Laurent (Régine) : Oui. Alors,
comme je tentais d'expliquer à votre collègue il y a quelques instants, la
charte des droits de l'enfant, ça doit arriver. Ça doit arriver, et le plus tôt
possible. Cependant, c'est le moyen que j'ai trouvé pour introduire cette
notion d'enfant sujet de droit, qu'il puisse participer à... aux discussions
ou... concernant les droits qui le concernent, et c'est une façon de vous
alerter aussi qu'on y tient, parce que, oui, tout le monde est protégé par la
Charte des droits et libertés, mais nous souhaitions qu'il y ait vraiment une
particularité concernant les droits des enfants, et c'est pour ça qu'on y tient
beaucoup, à la charte. Mais, en attendant, j'ai mis une petite lumière en
parlant d'un considérant.
M. Arseneau : Mais est-ce
qu'on... est-ce qu'on ne procède pas un peu à l'envers si on dit qu'on nomme un
commissaire pour la protection des droits des enfants, mais qu'on n'affirme pas
préalablement quels sont ses droits, justement, au moyen, par exemple, d'une
charte ou d'un autre moyen?
Mme Laurent (Régine) : ...on
n'avait pas un positionnement, à la commission, qu'il fallait faire l'un ou
l'autre avant, ce qui était... Dans notre rapport, on a positionné le
commissaire avec ses fonctions et ensuite on a parlé de l'importance qui est
cette charte des droits des enfants. Donc, moi, je n'ai pas de problème qu'elle
arrive après, j'ai juste envie qu'elle arrive vite.
M. Arseneau : Il ne faudrait...
Il ne faudrait pas trop attendre. Merci, vous êtes très diplomate, Mme Laurent.
J'ai une dernière petite question. Vous
avez parlé de la correction physique. Juste de lire ce que vous écrivez, ça
donne froid dans le dos de penser qu'on doit encore débattre de ces choses-là,
qu'on doit <écrire...
M. Arseneau :
...ça
donne froid dans le dos de penser qu'on doit encore débattre de ces choses-là,
qu'on doit >écrire sur papier ce type d'affirmations à l'effet que la
correction corporelle serait encore admise. Mais j'essaie de comprendre
pourquoi la commission en a discuté et n'a pas émis de recommandations puis
qu'aujourd'hui vous ramenez ça comme si on devait l'inscrire dans une loi, une
loi québécoise, qui n'aurait vraisemblablement aucun pouvoir face au Code
criminel fédéral.
Mme Laurent (Régine) : Oui.
Alors, on en a parlé, parce qu'on a eu beaucoup de témoins, on a eu plusieurs
témoins qui nous ont fait part... et on a eu des jeunes, qui sont jeunes
adultes au moment de la commission, qui nous en ont parlé aussi, de correction
physique, comment ça les avait marqués. On a eu des pédiatres qui sont venus
nous parler des effets néfastes de la correction physique, mais il aurait fallu
prendre beaucoup plus de temps pour étudier la question, faire des recherches
spécifiques sur ce sujet-là. Et on s'est dit : Bien, au moins, on va le
soulever. Mais on n'avait pas le temps d'apporter... parce qu'il aurait fallu
aussi apporter des dispositions concernant les lois du Québec par rapport aux
lois fédérales, donc...
M. Arseneau : D'accord. Je
vous remercie beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Merci, M. le député.
Mme Laurent (Régine) : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme Laurent, de
votre participation à nos travaux.
Sur ce, je vais suspendre ces derniers
pour permettre aux prochains invités de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 10 h 44)
(Reprise à 10 h 45)
Le Président (M. Provençal)
: Nous reprenons nos travaux. Nous
recevons maintenant M. Jean Simon Gosselin et M. Gilles Fortin,
ex-commissaires de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la
protection de la jeunesse. Alors, messieurs, vous allez disposer de 10 minutes
pour votre exposé, et, par la suite, nous procédons à nos échanges. Alors, je
vous cède immédiatement la parole.
Groupe d'ex-commissaires de la Commission spéciale
sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse
M. Gosselin (Jean Simon) : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, merci à vous tous de nous avoir invités à
déposer un mémoire et à présenter nos commentaires. Je suis accompagné de
M. Gilles Fortin, qui a été neuropédiatre, spécialiste de la maltraitance
et aussi, évidemment, un des précurseurs du déploiement de la notion
d'attachement. Moi, j'ai pratiqué comme avocat dans les services sociaux à l'enfance
pendant toute ma carrière, qui a duré 39 ans. Font également partie de
notre groupe Mme Danielle Tremblay, intervenante sociale, qui, elle, a été
toute sa carrière en protection de la jeunesse, dont les 10 dernières
années comme DPJ au Saguenay, Mme Lesley Hill, qui est aussi une
intervenante sociale qui a oeuvré en CLSC, qui a été DG d'un centre jeunesse et
qui a terminé sa carrière comme cadre supérieur au... dans un CIUSSS de
Montréal, à la DPJ aussi, alors... et M. André Lebon, évidemment, que la
plupart d'entre vous connaissez, qui est psychoéducateur et qui est consultant.
Oui, nous cumulons plusieurs années
d'expérience, on a les cheveux blancs, vous le voyez bien, mais on est d'abord
ici pour un peu relayer le... les témoignages, les mémoires des 4 000 personnes
qui ont participé à la commission Laurent. Alors, ce n'est pas nos opinions
personnelles. C'est d'abord et avant tout le reflet de ce qu'on a entendu et
des recommandations, évidemment, qu'on a faites à la lumière de ces... de ces
informations-là.
D'abord, nous le disons d'emblée, nous
appuyons ce projet de loi et nous... Il y a un remarquable effort qui a été
fait pour que ce projet de loi respecte l'intention et la lettre du <rapport...
M. Gosselin (Jean Simon) :
...fait
pour que ce projet de loi respecte l'intention et la lettre du >rapport.
Et là-dessus, bien, nous remercions le ministre, son équipe et le ou les
légistes qui ont travaillé sur ce projet de loi.
Il y a eu quelques choix, puis vous en
avez évoqués, qui sont différents de ce qu'on a mis dans le rapport. On va
revenir avec ceux qui nous semblent essentiels, en les expliquant plus lors des
questions.
D'abord, évidemment, le commissaire, puis vous
l'avez dit, sera le porteur de la voix de tous les enfants au Québec. Il doit
être près d'eux, être capable de les entendre, leurs besoins, leurs désirs,
leurs préoccupations, la façon dont ils vivent, tant dans leur vie personnelle
que dans la sphère publique.
Une petite anecdote. Lors des dernières
élections, il y a eu un sondage sur les 7-15 ans, ce qu'ils pensaient de
l'apport qu'ils avaient au niveau de la société. Ils n'étaient pas contents,
parce qu'ils trouvent que les adultes ne les écoutent pas. Alors, le
commissaire va probablement pouvoir pallier à cette insatisfaction qu'ont les
jeunes — je travaille avec mon iPad parce que l'imprimante ne
fonctionnait plus hier soir, je ne suis pas habitué.
Alors, au Québec, on l'oublie parfois,
mais il y a plus de 1 600 000 enfants, c'est presque 20 %
de la population du Québec. Et tout le monde... ah! les enfants, c'est l'avenir
du Québec, mais, si vous êtes parents ou grands-parents, c'est le présent
aussi, les enfants du Québec, ils sont là. Et on ne leur laisse pas beaucoup de
place pour entendre leur parole, pour leur permettre de s'exprimer, quoique ça
évolue, et il faut que ça continue d'évoluer. On l'a dit dans notre mémoire, il
ne faut pas oublier qu'à l'automne 2019 il y avait 500 000 personnes
à Montréal avec Autumn Peltier, une autochtone ontarienne, et Greta Thunberg,
toutes des adolescentes, à ce moment-là, là.
On salue particulièrement le rôle
systémique du commissaire et on y reviendra lors des questions. La réalisation
d'un portrait annuel de l'état de bien-être des enfants au Québec, c'est important,
puis il y a des indicateurs développés par UNICEF Canada, ça se fait dans
d'autres provinces. Ça, c'est majeur. Et on a parlé d'historique, c'est
historique, effectivement, qu'une personne publique fasse un reflet de comment
les enfants se sentent. Et dans les provinces qui utilisent cet outil-là, et au
Canada, les enfants ne sont pas si heureux qu'on le pense. Alors, il faut le
savoir puis il faut corriger ce qui ne va pas.
• (10 h 50) •
Le préambule. Le préambule, c'est très
important. On a parlé de la charte, il y a eu des questions là-dessus. Dans
notre conception, le commissaire et la charte, ça allait ensemble, au niveau du
rapport, comme un peu la Commission des droits de la personne et des droits de
la jeunesse émane de la charte québécoise, comme le Comité des droits de
l'enfant de l'ONU émane de la Convention internationale sur les droits de
l'enfant. Il n'y a pas de charte, mais il y a un préambule avec plusieurs
considérants, et on suggère ou... on vous suggère, comme législateurs, de renforcer
ce préambule-là. Ça apparaît dans notre mémoire, l'enfant sujet de droit, c'est
très important. Tout le monde dans les juristes le dit, mais ce n'est écrit
nulle part. C'est une déduction des droits qu'on a reconnus aux enfants en 1979
dans la Loi sur la protection de la jeunesse. Affirmons-le clairement, que
l'intérêt de l'enfant soit la considération principale de toutes les décisions
prises à son sujet. Il faut que, pas juste au tribunal, dans des débats très
pointus, parce que ce n'est pas tous les enfants dont la situation passe au
tribunal, il faut que l'intérêt de l'enfant, ce soit une préoccupation de tous
les décideurs.
La correction physique, c'est de
juridiction fédérale, mais je pense qu'il faut l'écrire une fois pour toutes.
Même s'il y a eu des avancées dans le PL n° 2,
c'est... la charte... pas la charte, la loi sur le commissaire va faire quand
même du bruit, là, il va y avoir un rayonnement, alors d'affirmer que les
corrections physiques, on n'en veut plus, au Québec, ça s'impose.
Reconnaître que l'enfant a le droit de
participer à la vie citoyenne, pas juste au niveau local, mais au niveau <régional...
M. Gosselin (Jean Simon) :
...local,
mais au niveau >régional, au niveau national. Puis déclarer que les
enfants ont le droit et la capacité de le faire. Ils ont la capacité
d'influencer les décisions, surtout ceux... celles les concernant. Et ces
ajouts-là au préambule, ça peut sembler beaucoup, mais on parle de cinq ajouts,
ça va permettre de guider le commissaire dans l'exercice de ses fonctions en
explicitant l'objet et la portée de la loi.
Nous avons d'autres recommandations plus
pointues, je les passe plus en vrac. La question du comité des enfants et des
jeunes autochtones, j'ai compris que les... puis c'est peut-être eux les mieux
placés pour... pour donner leur point de vue là-dessus, les communautés
autochtones, mais on pensait que le commissaire associé qu'on retrouve dans le
projet de loi soit appuyé lui aussi d'un comité consultatif de jeunes.
La question du mécanisme d'accréditation
des avocats qui représentent les jeunes enfants. Ceux qu'on ne rencontre pas,
qu'on ne voit pas. Alors, il faut que ces gens-là, ces avocats, ces avocates-là
soient comme qualifiés pour faire ce travail. On aura sûrement des questions là-dessus,
on donnera plus de détails.
La vigie annuelle de tous les décès
d'enfants. On avait deux analystes à la commission. On a tenté de savoir... On
sait qu'il y a 78 000 décès par année au Québec. De zéro à un an, la
périnatalité, c'est précis, précis, précis, mais pour un an à 18 ans, on
ne le sait pas comment qu'il y a d'enfants qui décèdent au Québec. Est-ce qu'il
y a une crise des opioïdes au Québec pour les enfants? Probablement que non,
mais on ne le sait pas. Alors, on veut que le commissaire n'ait pas le rôle du
coroner, le coroner fait bien son travail, mais une vigie sur combien d'enfants
meurent au Québec. Ceux qui meurent de maladies graves, ce n'est pas ceux-là
qui nous inquiètent. Y a-tu des problèmes avec les opioïdes? Y a-tu des
problèmes avec le... la question des voies scolaires?
Il ne me reste plus de temps?
Le Président (M. Provençal)
:...
M. Gosselin (Jean Simon) : Moins
d'une minute. Bien, vous l'avez dit, c'est un moment historique. Je vais
terminer sur une phrase que nous a dite M. Erwin Hellman, qui a été le
défenseur des droits de l'enfant en Ontario pendant 10 ans, qui est
retraité, c'est ses paroles, c'est en anglais, mais je vais le mettre en
français : «Parfois, je suis en avant pour défendre les droits des
enfants. Parfois, je marche côte à côte avec les enfants. Et parfois je marche
derrière eux pour soutenir leur parole.» C'est un peu comme ça qu'on voit le
rôle du commissaire. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:C'est moi qui vous remercie. M. le
ministre, je vous invite à débuter cette période d'échange.
M. Carmant : Oui, merci
beaucoup. Me Gosselin, Dr Fortin, toujours un plaisir de vous revoir.
Puis je tiens à vous assurer, là, que le... la notion de droits des enfants,
là, c'est important pour nous. Donc, ça, c'est... je pense que c'est un acquis,
là.
Puis j'entends également votre... votre
appel pour la correction physique. J'avoue que j'étais un peu surpris, mais je
l'entends.
L'autre point qui revient, que
Mme Laurent a mentionné aussi, c'est l'accréditation des avocats. Ça,
j'aimerais vous entendre un peu plus. Ne serait-ce pas un mandat qu'on donnerait
au commissaire, que le commissaire prendrait en main, que quelque chose qu'on
doit insérer comme un alinéa dans la loi? Pouvez-vous m'expliquer pourquoi,
pour vous, c'est... ça doit être dans la loi?
M. Gosselin (Jean Simon) : En
fait, quand on a tenu les audiences, quand on a rencontré les citoyens lors des
forums, il y a plusieurs sujets qui ont été abordés, mais on a entendu
beaucoup, beaucoup de personnes critiquer le rôle des avocats des enfants. Et
là-dessus, j'ai pratiqué toute ma carrière en droit de la jeunesse et je
plaidais des dossiers, c'est qu'on... c'est à géométrie variable. J'ai connu
des avocates qui allaient voir des enfants de trois ans et demi, trois ans dans
leur famille d'accueil, puis, évidemment, comment la chambre est organisée, y
a-tu un petit animal de compagnie, ça parle beaucoup, ça donne beaucoup
d'informations à cette avocate-là. Puis j'ai connu aussi des avocats qui non
seulement ne rencontraient pas les enfants, ne s'informaient pas sur eux et...
et disaient au tribunal : Je m'en remets au tribunal. Peut-être c'était
bien, parce qu'au moins ils ne faisaient pas de faux pas, mais c'est à géométrie
très <variable...
M. Gosselin (Jean Simon) :
...c'est
à géométrie très >variable. Si on regarde le code de déontologie du Barreau,
qui a plus de 150 articles, il n'y en a aucun qui parle des enfants ou de
la déontologie pour les avocats d'enfants. Nous, on a... on a focussé sur les
petits enfants, parce qu'ils ne peuvent même pas donner de mandat, évidemment,
formel, mais... Puis il y a peut-être une vingtaine d'articles sur l'importance
de la communication entre l'avocat et son client. Voyez-vous le paradoxe? C'est
très important, la communication de l'avocat et son client, mais quand on est
un enfant qui n'est pas capable d'émettre un mandat traditionnel... Puis
encore, à cinq ans, là, si vous avez des enfants, là, ça parle, des enfants, là,
je veux dire. Moi, j'ai un petit-fils, des petits-enfants, des petites-filles,
ça parle, là, pas besoin d'avoir 15 ans pour avoir une opinion. Alors, il
faut que ces gens... Pourquoi? C'est sûr que c'est un... un travail exécutif
pour le commissaire et ce n'est pas l'idéal de le... de le charger d'une tâche
exécutive.
Cependant, les plus vulnérables... Parce
qu'on parle des enfants qui sont traités en vertu de la Loi sur la protection
de la jeunesse essentiellement, mais c'est des milliers d'enfants, là, même en
bas de sept ans, par année, des milliers d'enfants. L'aide juridique nous a dit :
On représente, nous — puis ils ne représentent pas tous les enfants — 12 000
enfants. Alors, ce n'est pas quelques cas d'exception, là, c'est un volume très
important. Il faut que ces gens-là, ces avocats-là, pour avoir une espèce de
dénominateur commun, aient des formations, aient une expérience, aient des
lignes directrices de rencontrer les enfants, d'aller dans leur milieu, de s'informer
auprès des travailleurs sociaux, des éducateurs, de la famille d'accueil, des
parents, de l'école, de la réalité de ces enfants-là. En 1982, dans une cause
de la Cour suprême, Beson, la Cour suprême soulignait l'excellent travail de Me Day
à Terre-Neuve. Et ils avaient fait une espèce de tour d'horizon d'enfants en
bas âge, là, qui n'avaient pas pu vraiment avoir de mandat, de leurs besoins,
de leur histoire. Ils avaient été en mesure d'éclairer adéquatement les
tribunaux. Alors, on pense qu'il faut... il faut cesser la géométrie variable
puis il faut vraiment qu'il y ait une espèce de base minimale pour être qualifié
pour représenter des enfants.
Le point positif qu'on a au Québec,
là-dedans, c'est que l'aide juridique... l'aide juridique paie toujours. On n'a
pas un enjeu... ah! bien, il manque d'argent. Tous les avocats qui représentent
des enfants, que ce soit des permanents de l'aide juridique ou du privé, sont
payés.Donc,
c'est déjà un atout incroyable, là. Au Québec, l'enfant est assuré... Puis on
avait fait une recommandation que le ministre de la Justice a mise en vigueur,
il y a une présomption d'admissibilité, maintenant... Bon. Mais ça veut... Il
faut quand même qu'il y ait des gens qualifiés pour faire ce travail-là.
Une voix : ...
M. Gosselin (Jean Simon) : Oui,
peut-être...
• (11 heures) •
M. Fortin (Gilles) : Oui, je peux
juste brièvement ajouter quelque chose. On a plusieurs jeunes qui sont venus
témoigner à la commission, qui avaient été pris en charge à la protection de la
jeunesse pendant plusieurs années. Je me souviens d'un en particulier qui nous
a dit : Quand j'ai été jeune adulte puis j'ai eu accès à mon dossier, j'ai
découvert que mon dossier avait passé neuf fois devant les tribunaux. Je n'étais
pas au courant. Une seule fois, il y a un avocat qui est venu me dire :
Demain, je te représente, qu'est-ce que c'est que tu veux que je dise?
Alors, pourquoi c'est comme ça? Je vais
faire un parallèle avec la médecine, qui est un milieu que je connais bien. On
a de la médecine interne puis on a des pédiatres. Pourquoi on a ça? Parce que
les problèmes des enfants, ce n'est pas la même chose que les problèmes des
adultes. Et, très souvent, ce qui... ce qui a ressorti de ce qu'on a entendu, c'est
que les gens nous disent : Mais oui, mais les enfants, ils ne parlent pas,
comment est-ce qu'on peut savoir? Mais, quand on est pédiatre, on sait que, les
enfants qui ne parlent pas... on sait comment comprendre ce qui... ce qui les
affecte, on les regarde, on les examine, on les fait jouer, on les fait parler,
il y a une approche particulière.
Les médecins de famille, ils peuvent aussi
bien soigner les enfants que les adultes pour les choses de base, mais quand on
est dans des affaires... quand on est dans des affaires plus complexes, comme
se ramasser au Tribunal de la jeunesse ou comme faire une maladie grave, on a
besoin des spécialistes. Et je pense que c'est incontournable qu'on ait des
gens qui savent comment aborder les enfants et comment aller chercher leurs
paroles. Les enfants sont capables d'exprimer ce qu'ils veulent, ce qu'ils ne
veulent pas, ce qui les fait souffrir et ce qu'ils souhaitent, quelle sorte de
traitement ou d'aide ils souhaitent recevoir.
M. Carmant : D'accord. Un
autre point pour... Peut-être revenir sur l'histoire de décès d'enfants. Moi,
j'étais au même... à la même <place...
>
11 h (version révisée)
<17893
M.
Carmant :
...peut-être revenir sur l'histoire de décès d'enfants.
Moi, j'étais au même... à la même >place que Mme Laurent, tu sais,
on a gardé ça relativement simple pour s'assurer que les décès qui soient
comptabilisés soient ceux dus à des causes non connues, là, tu sais, parce que
si on commence à comptabiliser les décès en lien avec des maladies ou, tu sais,
les pertes foetales, tu sais, ça va être un travail immense, là. Donc, nous, on
voulait vraiment focusser sur ce qui était en lien avec le coroner, mais peut-être
me dire c'est... jusqu'à quel point vous voulez élargir ou vous comptiez
élargir... vous aimeriez qu'on élargisse cette notion-là de suivi des décès?
M. Fortin (Gilles) : Il y a
actuellement, au Québec... il n'y a personne qui est capable de nous dire,
comme on l'a mentionné tantôt, combien d'enfants meurent par année et de quoi
ils meurent. Dans différents secteurs, on a des données : le coroner en a,
la santé publique en a, certains groupes médicaux spécialisés ont des données
sur le nombre de décès d'enfants dans... à l'intérieur de telle maladie, mais
il n'y a personne qui ramasse tout ça, qui compile, qui... Alors, ce qu'on
pense, ce qu'on voudrait, c'est que le commissaire, pas qu'il aille faire le
décompte lui-même, mais qu'il recueille l'ensemble de ces données-là, qu'il voit
dans quelle mesure elles sont complètes, il les collige et nous donne un
portrait de ce qu'il se passe. De zéro à un an, il y a un comité qui est...
du Collège des médecins, qui existe depuis des années, où on étudie la
mortalité périnatale. On a beaucoup d'informations sur les causes du décès,
mais à un an, ça arrête. Le coroner, quand il intervient, il intervient dans
des décès suspects, dans des morts accidentelles, mais il ne compile pas les
gens qui meurent d'une épidémie, que ce soit la COVID ou une autre. La santé
publique a ces chiffres-là sur la maladie, mais personne ne ramasse ça ensemble
et c'est ce qu'on pense que le commissaire devrait faire. Et non pas de
nécessairement mettre sur pied tous les mécanismes, mais être capable de
ramasser les données et... pour donner un portrait de comment nos enfants
vivent, qu'est-ce qui les rend malades, qu'est-ce qui les fait mourir.
M. Carmant : ...maintenant,
le mieux, l'enjeu d'aller chercher les différentes sources. Encore une chose,
une chose que vous n'avez pas reprise, là, qui est importante pour moi, c'est
de voir votre positionnement par rapport à notre positionnement de mettre le commissaire
en amont de la DPJ puis qu'il ait un regard plus global sur tous les enfants,
ce qui est important, mais je veux voir, vous, comment vous vous voyez ce
positionnement-là.
M. Gosselin (Jean Simon) : C'est
fondamental, c'est historique, en fait, qu'une autorité publique au Québec
puisse avoir... porter la parole des enfants, les écouter, les soutenir. Alors,
ça, c'est sûr qu'on applaudit, évidemment, puis c'était le sens de nos
recommandations qui portaient là-dessus. Parce qu'on l'a dit tantôt, là, les
enfants eux-mêmes ils l'expriment, je l'ai dit brièvement tantôt, ils sont...
ils veulent, ils veulent qu'on tienne compte de ce qu'ils pensent et ils ont
des idées, là. Il ne faut pas, il ne faut pas... et c'est certain. Alors, ça va
être un enrichissement. Puis, on l'a écrit dans le mémoire, si on veut que les
jeunes, quand ils deviennent adultes, qu'ils puissent voter, s'engagent, bien,
il faut les entraîner plus tôt un peu, là. Voilà.
M. Carmant : Et... allez-y.
M. Fortin (Gilles) : Le
commissaire, il est là pour le bien-être des enfants, donc de tous les enfants.
Ce n'est pas juste quand il y a des erreurs, quand il y a des accidents, des
incidents, il est là pour s'assurer que la société québécoise crée des
environnements qui est favorables à leur développement, à leur bien-être, à la
bientraitance, je pense que la bientraitance, ça s'inclut dans le bien-être, et
qu'il y a les outils pour aller chercher les informations, pour faire des
recommandations. Un des rôles importants du commissaire, c'est justement d'avoir
des mécanismes qui lui permettent d'aller chercher la parole des enfants. Ça,
tous les... tous les témoins qu'on a rencontrés à la commission qui ont eu l'expérience
de travailler avec l'équivalent d'un commissaire à l'enfance, c'est ce qu'ils
nous ont dit : c'est d'abord de mettre en place des mécanismes pour parler
à tous les enfants, pas juste ceux qui sont mal pris.
M. Carmant : Merci. M. le
Président, je passerai la parole à la députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Merci
beaucoup pour votre présence. Moi, j'avais une question pour les jeunes
vulnérables. Est-ce que vous êtes d'accord de prolonger de 18 à 25 ans? Dans
le <fond...
Mme Dorismond :
...jeunes
vulnérables. Est-ce que vous êtes d'accord de prolonger de 18 à 25 ans?
Dans
le >fond, qu'est-ce que je veux dire, c'est que les jeunes, quand ils
passent par la DPJ ou les centres jeunesse, des fois, bon, on le sait, là, à
18 ans, ils quittent. Mais, pour avoir travaillé avec eux, j'ai travaillé
avec les jeunes de la rue et on allait jusqu'à 25 ans parce qu'on voyait,
on constatait qu'ils étaient vulnérables et, des fois, il y a aussi des
rechutes. Donc, pour nous, c'est vraiment important de prolonger jusqu'à au
moins 25 ans. Là, on dit... selon la loi, on dit que c'est 18 ans,
mais je pense que dans les faits, dans le concret, je pense que ce serait bien
de prolonger, 25 ans, pour protéger ces enfants-là, parce qu'ils ont eu
des manques. Qu'en pensez-vous?
M. Gosselin (Jean Simon) : Bien,
en fait, le projet de loi le propose dans une définition de jeune adulte que
nous, on a trouvé, par rapport à notre rapport, trop restrictive. C'est limité,
essentiellement, aux enfants qui ont été pris en charge par les directeurs de
la protection de la jeunesse ou les directrices ou les directeurs provinciaux.
Si vous êtes parents, et vous l'êtes probablement la plupart, on sait tous qu'à
18 ans, ce n'est pas terminé : il reste encore chez soi, il faut les
aider pour les études, il faut les soutenir, il faut les guider. On pense que
le commissaire, au moins pour les enfants qui ont plus de... qui deviennent des
jeunes adultes qui ont plus de difficultés à faire valoir leurs droits — les
autochtones, les enfants handicapés, puis ça, c'est des notamment, là, mais des
enfants qui proviennent des minorités ethnoculturelles — le
commissaire doit pouvoir porter un regard aussi sur ces jeunes adultes-là.
Alors, nous, ce qu'on suggère, puis c'est
extrait du rapport, c'est d'élargir un petit peu la définition de jeune adulte
pour élargir le périmètre que le commissaire pourra porter un regard, puis il
décidera ou elle décidera jusqu'où il va là-dessus, mais d'élargir un peu son
panorama pour les jeunes qui ont plus de difficultés, les jeunes adultes qui
ont plus de difficultés.
Le Président (M. Provençal)
:M. le ministre...
M. Fortin (Gilles) : ...les
enfants vulnérables, les jeunes vulnérables ne sont pas que des ex-enfants de
la DPJ.
Le Président (M. Provençal)
:M. le ministre.
M. Carmant : Bien, merci. Puis
juste... parce que moi, je voulais juste... En fait, on voulait voir comment,
justement, prolonger jusqu'à 25 ans, mais on ne voulait pas non plus
stigmatiser ou classifier certains jeunes. Donc, le terme que vous utiliserez,
parce que... tu sais, si on commence à faire des définitions, ce n'est jamais
bon dans un projet de loi. Donc, vulnérables, ce serait un terme que... selon
vous, serait acceptable? Puis le... ce sera au commissaire de définir.
• (11 h 10) •
M. Fortin (Gilles) : Oui, je
pense que c'est une excellente façon de positionner les choses, effectivement.
Le commissaire verra à se... à se créer un cadre et plutôt qu'effectivement
stigmatiser des jeunes dans... à travers un projet de loi comme celui-ci.
M. Carmant : Parfait. Bien,
ça, moi, je suis tout à fait d'accord avec ça. Si on a encore un peu de temps,
M. le Président?
Le Président (M. Provençal)
: Une minute.
M. Carmant : Députée de Soulanges?
M. Provençal : Mme la députée
de Soulanges, je pense que vous vouliez poser une question?
Mme Picard : Oui. Merci
beaucoup pour votre apport à nos travaux de la commission. Une fois que le
projet de loi serait adopté, quelles seraient les aptitudes, selon vous, que le
ou la commissaire devrait avoir au niveau formation, compétences? Selon vous,
qui serait le ou la meilleure personne et ses aptitudes?
M. Gosselin (Jean Simon) : En
fait, c'est l'Assemblée nationale qui va nommer le ou la commissaire. Et je
nous vois mal dessiner un profil. Dans la loi, il y a déjà un article qui fait
ça. Nous, en fait, ce qui est important, c'est qu'il y ait une ou un
commissaire et on se fie sur le bon jugement des partis politiques, du premier
ministre pour choisir une personne qui... puis c'est une nouvelle... c'est un
nouveau travail, donc, évidemment, il va se construire, ce travail-là. Dans
10 ans, on pourrait avoir peut-être des avis différents, mais, dans une
étape initiale, nous, on est très heureux de voir que la fonction soit créée,
mais on ne dira pas à l'Assemblée nationale qui choisir.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. Nous allons poursuivre
maintenant nos travaux avec la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci, Messieurs, d'être ici aujourd'hui et de votre... je
vous remercie également, compte tenu du grand travail que vous avez fait pour faire
progresser le droit des enfants.
Et je voulais... j'ai lu attentivement
votre mémoire et les commentaires que vous venez d'apporter. Je suis d'accord
concernant <certaines...
Mme Garceau :
...Je
suis d'accord concernant >certaines recommandations dont vous avez
mentionné dans votre rapport qui ne sont pas incluses dans le projet de loi,
mais j'aimerais vous poser la même question que j'ai posée à Mme Laurent
concernant une des recommandations, dont, moi, je croyais qu'elle était quand
même assez importante et au cœur des pouvoirs, je dirais, du commissaire, qui
était de transférer au commissaire les pouvoirs et les responsabilités assumés
par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse prévus
à la Loi sur la protection de la jeunesse, avec les ressources afférentes. Je
n'ai pas retrouvé dans votre mémoire, messieurs, cette... que vous vouliez que
le ministre... qu'on ajoute cette recommandation qui me semble très importante
et je voulais savoir, est-ce que vous avez changé d'idée concernant cette
recommandation-là?
M. Fortin (Gilles) : Écoutez,
effectivement, dans notre... dans notre rapport, nous avions recommandé que ce
soit fusionné. Par contre, deuxième... en deuxième temps de réflexion, on est
moins certains de... et peut-être que ça vaut la peine d'expérimenter la
situation telle qu'elle est sans fusionner les deux structures pour le moment.
Il faut réaliser que la commission des
droits de la... les commissions des droits de la personne et de la jeunesse
existent, pour les adultes comme pour les enfants, mais il y a aussi quand même
un Protecteur du citoyen. Ici, on a un commissaire à l'enfance puis on a une
DPJ... pardon, une commission des droits de la personne et de la jeunesse. La
commission, la perception qu'on en a, c'est que c'est un organisme plus
essentiellement judiciaire, qui travaille surtout dans des situations où la loi
n'est pas respectée à l'égard des droits des enfants.
Le commissaire, pour nous, c'est beaucoup
plus que ça. Ce n'est pas juste que la loi soit respectée, mais c'est de mettre
ça en place, des fonctionnements, des services à l'enfance pour améliorer leur
bien-être. Donc, c'est souvent agir aussi en amont de la DPJ. On est toujours
bien mal pris avec la DPJ qui est surchargée mais, si on améliore les choses en
amont, c'est une chose qui nous est apparue aussi à travers la commission,
c'est qu'on risque d'améliorer et de réduire les besoins d'intervention de la
DPJ.
Alors, c'est pour ça que je pense que ça
vaut la peine de commencer comme ça, de garder les deux organismes séparés.
C'est sûr qu'ils vont avoir besoin de se parler, comme le Protecteur du citoyen
parle à la Commission des droits de la personne. Il va y avoir certainement une
conjugaison, une harmonisation des pratiques à se faire et peut-être que dans
quelques années on dira : C'est une bonne chose, ou on dira : non, il
faut revenir en arrière. Mais je pense que ce n'est pas un mauvais départ. Le
commissaire a d'abord à s'installer, à créer son organisation, sa façon de
travailler et peut-être que c'est mieux de ne pas lui imposer la charge de
l'intervention judiciaire, qui est très onéreuse et qui souvent... toujours
d'urgence, alors qui devient tout à coup une priorité. Et c'est peut-être pour
ça qu'on a tendance à penser que... commençons en séparant... en gardant les
choses séparées.
Mme Garceau : Merci pour
votre... cette réponse. Mais, avec respect, on s'éloigne quand même de la
constitution d'un commissaire, une institution indépendante qui serait la voix,
une voix, exclusivement, concernant le bien-être, la promotion, la protection
et aussi de veiller aux droits des enfants qui inclut évidemment le côté
d'intervenir. Comme je mentionnais tout à l'heure, on veut, oui, prévenir,
prévenir des incidents, prévenir... on ne veut pas avoir des situations où les
droits des enfants sont lésés. On veut s'assurer que les voix des enfants soient
entendues, mais, durant un processus judiciaire, comme vous l'avez <mentionné...
Mme Garceau :
...judiciaire,
comme vous l'avez >mentionné, M. Gosselin, et ça... et ça, c'est
très préoccupant lorsqu'on a des... les avocats des enfants dans des situations
en DPJ qui vont dire : On s'en remet à la justice, on se remet... on s'en
remet à la décision du juge. Et donc, comment améliorer cet aspect-là dans le
sens de protéger les droits de ces enfants, que les enfants aient une véritable
voix dans toutes décisions qui vont être prises à leur égard si on ne va pas
permettre au commissaire de pouvoir intervenir, de pouvoir corriger le tir?
Parce que c'est là depuis longtemps. Il y a les problèmes qui perdurent depuis
longtemps, et ça ne s'est pas amélioré avec le temps, et c'est pour ça que
quand j'avais lu votre rapport et j'ai vu cet... ce transfert de pouvoir pour
dire : Non, maintenant il va y avoir un commissaire, c'est ce
commissaire-là qui va s'occuper de s'assurer que tous les droits des enfants soient
respectés, soient protégés.
M. Fortin (Gilles) : Écoutez,
notre conception du rôle du commissaire, c'est une conception d'un rôle
systémique, une approche systémique. La commissaire, je pense que c'est sa
façon... ça va... ça devrait être sa façon de travailler. La Commission des
droits de la personne et de la jeunesse a une intervention plus individuelle,
cas par cas. Il n'y a rien qui empêche le protecteur... le, voyons, excusez, le
commissaire, dans son rapport, de parler de la Commission des droits de la
personne et de la jeunesse, d'émettre des opinions à partir de ce qu'il voit et
ce qu'il entend, sur leur efficacité ou non, leur façon d'agir ou non, sans
qu'il ne soit nécessairement responsable de gérer ces approches judiciaires de
cas par cas.
Mme Garceau : Et donc,
d'après vous, si le commissaire intervient suite à des gestes posés par la
CDPDJ ou le manque d'intervention dans des dossiers de la CDPDJ, la CDPDJ va
être liée par ses recommandations? Je tente de voir comment ça va... ça va
fonctionner dans le quotidien, là, en pratique.
• (11 h 20) •
M. Gosselin (Jean Simon) : Bien,
d'abord, le Commissaire au bien-être et aux droits des enfants, nulle part dans
le projet de loi il a un pouvoir d'imposer quoi que ce soit. C'est un pouvoir
de faire un portrait de la situation, d'accompagner les jeunes, de parler pour
eux, de les aider à s'exprimer. Ce n'est pas un organisme qui sanctionne ou qui
adjuge sur des droits.
C'est sûr qu'on... Dans notre rapport, il
y a quelques lignes sur le transfert de responsabilité. Il n'y a pas... il n'y
a pas 15 pages, là, il y a un ou deux paragraphes. Le gouvernement a fait
un autre choix et, comme le dit mon collègue, on accepte ce choix-là pour le
moment parce qu'il y a beaucoup de choses à mettre en place pour le nouveau commissaire
au bien-être et si, dès le départ, il est accaparé... Puis la commission fait
son travail, la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse fait son travail, ils ont l'équipe pour ça. Alors, dans une phase de
démarrage des premières années, que le gouvernement ait choisi de maintenir le
rôle de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse,
nous, on est confortable avec ça. Et il ne faut pas oublier non plus qu'on
parle de la commission sur le volet LPJ, ça, c'est 30 000 enfants
suivis par la DPJ pour 1 600 000, alors c'est beaucoup plus pointu.
Mais il y a tous les droits de la personne, la commission fait aussi du travail
pour de la discrimination, pour des enfants handicapés, bien au-delà de la LPJ,
et ça, ce travail-là, il est bien fait. Alors, je pense qu'on... En misant sur
une articulation, un dialogue entre ces instances-là, dans un processus
initial, dans les premières années, nous, on se rallie à ça personnellement.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup.
M. Gosselin (Jean Simon) : Mais
là on sort du rapport, là, on a comme développé... bien, ça fait trois ans que
le rapport a été publié, en mai. On a quand même réfléchi à cette question-là
puis on en est venu à comprendre pourquoi le projet de loi ne fait pas ce
transfert-là complet.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. On poursuit avec le
député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci à vous deux pour votre excellente présentation. Je reviens à
votre <mémoire...
M. Cliche-Rivard :
...Je
reviens à votre >mémoire et à une des recommandations qu'on n'a pas
beaucoup touchée, celle... la C, recommandation C, eut égard aux ressources
humaines, matérielles, financières. Vous, vous seriez rassuré de voir un
article supplémentaire dans le projet de loi dans lequel on confirme que le
commissaire va avoir tout à sa disposition pour assurer son mandat, ça vous
rassurerait?
M. Gosselin (Jean Simon) : Bien
oui, c'est sûr. Mais évidemment on a été très contents de voir que c'est le
bureau de l'Assemblée nationale qui va quand même avoir un regard là-dessus.
C'est une instance, là, en qui on fait confiance, mais évidemment, on n'est pas
dans le... on n'est pas des spécialistes, là, de la gestion budgétaire. Je vais
vous donner une anecdote, bien ce n'est pas une anecdote, quand l'équivalent du
commissaire du Nouveau-Brunswick est venu, on l'a rencontré par la suite, là,
pour le souper. Et lui... Le Nouveau-Brunswick, c'est 10 % du Québec, il
avait 10 employés. Ça fait que si on fait une règle de trois, là, bien, il
y aurait 100 employés au niveau du commissaire. Mais encore là, là, je ne
dis pas que ça doit être ça, mais comprenez-vous? Alors, on va laisser
l'Assemblée nationale, le gouvernement... Mais, c'est sûr qu'il faut qu'il ait...
Mais je... on fait confiance aussi que si le commissaire n'est pas bien doté,
il va le dire. Mais c'est certain que si on l'inscrit dans la loi, on renforce
cette obligation-là des... des parlementaires, parce que les budgets, c'est
vous qui les votez. On renforce l'obligation que les parlementaires fournissent
à ce commissaire-là les ressources appropriées.
M. Cliche-Rivard : Parfait.
Je ne veux pas vous paraphraser, mais vous avez dit, si j'ai bien
compris : Nous, on a eu une vision de... où il n'y avait pas de
commissaire sans charte, où la charte était intrinsèquement liée au
commissaire.
M. Gosselin (Jean Simon) : Oui.
M. Cliche-Rivard : Donc, vous
nous appelez ou vous appelez le ministre à se dépêcher pour la charte, là, ça
va être important.
M. Gosselin (Jean Simon) : Bien,
à tout le moins de renforcer le préambule avec des éléments... On avait neuf
éléments dans la charte, ce n'était pas... ce n'était pas un catalogue de
droits, là, c'était neuf droits fondamentaux ou principes fondamentaux qu'on
voulait voir, et suivait la création du commissaire.
M. Cliche-Rivard : Puis de
ces neuf-là, la plupart, vous les avez réintégrés dans vos suggestions de
modifications de préambule. La charte va demeurer pertinente par contre parce
qu'elle a un rôle supralégislatif...
M. Gosselin (Jean Simon) : Puis
elle a un rôle transversal...
M. Cliche-Rivard : Transversal.
M. Gosselin (Jean Simon) : Puis
elle a... Dans nos recommandations, elle avait un rôle prédominant aussi sur
les autres lois. Alors là, on était ambitieux, c'est le moins qu'on puisse
dire.
M. Cliche-Rivard : Autrement
dit, on prendrait vos éléments et modifications et on a... on a la charte. Vous
l'avez, là, elle est écrite, presque.
M. Gosselin (Jean Simon) : On
peut dire ça, oui.
M. Cliche-Rivard : Donc, il
n'y a pas vraiment de raison pour laquelle on n'irait pas plus loin et qu'on
finisse la boucle.
M. Gosselin (Jean Simon) : Bien,
vous auriez l'occasion effectivement de faire d'une pierre deux coups.
M. Cliche-Rivard : C'est ce
que vous recommanderiez au ministre?
M. Gosselin (Jean Simon) : Bien,
la charte... la charte, c'est très audacieux, la charte. Il y a très peu de
pays qui ont des chartes des droits de l'enfant, mais on pense que c'était
une... C'était la Commission spéciale sur les droits des enfants.
M. Cliche-Rivard : Exact.
M. Gosselin (Jean Simon) : Alors,
on s'est donc permis d'avoir une originalité puis d'avoir un regard sur les
droits des enfants, pas seulement des enfants de la DPJ.
M. Cliche-Rivard : Bien,
j'entends ce que vous dites. Vous nous appelez à faire une pierre deux coups.
J'espère que le... Je pense que le ministre vous entend bien, et puis on
pourrait boucler la boucle avec une belle charte des droits de l'enfant qui
serait annexée ou, peu importe, je ne sais pas comment on le ferait, mais on va...
on va revenir là-dessus. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, M. le député. M. le
député des Îles-de-la-Madeleine, on complète cet échange.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci, messieurs, pour votre présentation et au nom de vos collègues,
aussi, qui sont absents, mais qui signent également le même mémoire, il faut le
comprendre.
J'ai comme l'impression que vous et
Mme Laurent, vous avez déjà travaillé ensemble, vous avez quand même des
points de vue qui se ressemblent, c'est-à-dire que l'enfant sujet de droit... vous
avez travaillé en commission. Je blague, évidemment, mais je vois un lien
entre... et heureusement, d'ailleurs, une cohérence de pensée entre les deux
mémoires : le sujet de droit, évidemment, la question de la correction
physique et puis de l'accréditation des avocats. Je vous remercie
particulièrement, là, d'avoir présenté ce à quoi vous faites référence, à quoi
ça pourrait ressembler, là, les propositions d'ajout au préambule, c'est bien
fait.
Est-ce que, par exemple, l'enfant est une
personne à part entière dans la société et un sujet de droit ou l'autre
proposition concernant la correction physique, dans les discussions que vous
aviez eues en commission, est-ce que ça, c'est suffisamment solide,
suffisamment fort pour que ça fasse une différence?
M. Gosselin (Jean Simon) : Sur
la correction physique, c'est une déclaration de principe parce que c'est... il
y a un article dans le Code criminel qui autorise la correction physique. Il
faut voir que la Cour suprême a vraiment restreint beaucoup en interprétant
des... en donnant beaucoup de limites à ça, mais l'idée c'est de passer un
message, puis qui va être <facile...
M. Gosselin (Jean Simon) :
...ça,
mais l'idée c'est de passer un message, puis qui va être >facile, je
pense, à entendre pour les Québécois, les Québécoises, c'est que...
c'est : on ne frappe plus les enfants, point final. Mais c'est certain que
c'est une déclaration de nature pédagogique aussi, là, parce que c'est...
l'article 43 du Code criminel est toujours là et il crée une défense.
M. Arseneau : D'accord, merci.
Bon, le mécanisme d'accréditation des avocats, effectivement, j'ai bien aimé
l'explication que vous avez donnée sur le fait que l'enfant ne puisse pas
nécessairement donner de mandat, et puis ça peut être assez disparate, et ça,
c'est inquiétant. Donc, la proposition que vous, vous faites est excellente, on
aura l'occasion d'en discuter, j'imagine.
Pour ce qui est des décès d'enfants,
j'aimerais mieux saisir pourquoi c'est si important pour vous que l'on puisse
avoir des données précises? Parce que j'ai compris que vous vouliez quelque
chose d'assez complet, là, comme... comme travail. Qu'est-ce que vous
soupçonnez? Vous avez fait référence aux... opioïdes ou...
M. Gosselin (Jean Simon) : Bien,
on veut un portrait de la situation. On a lu, tout le monde, il y a quelques
jours dans La Presse, un papa, là, qui a dit : Mon petit garçon, il
a consommé des... On pense que ça n'arrive pas. Bien, peut-être que c'est une
anecdote, cette histoire-là, mais peut-être que, si on... on avait un regard
plus détaillé, il y a peut-être un problème plus important qu'on pense. Alors,
évidemment, si on ne le connaît pas, le problème, c'est difficile de demander
aux autorités publiques d'agir sur un problème qui serait occulté.
M. Arseneau : Mais est-ce que
vous avez des indications qu'il y aurait effectivement... que ce serait
davantage que des anecdotes?
M. Gosselin (Jean Simon) : Non.
Non, on n'a pas d'indication, mais... On est dans l'ignorance.
M. Arseneau : D'accord.
M. Fortin (Gilles) : On n'a
pas d'indication, mais on n'a pas de données. Alors, c'est difficile
d'identifier un problème quand on n'a pas de données.
M. Arseneau : Et on pourra
voir les problèmes survenir si on a des données. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Je vous remercie beaucoup, MM. Gosselin
et Fortin, pour votre présence et votre contribution à nos travaux.
Sur ce, je suspends quelques minutes les
travaux pour permettre aux prochains groupes de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 29)
11 h 30 (version révisée)
(Reprise à 11 h 34)
Le Président (M. Provençal)
:Nous poursuivons nos travaux. Je
souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de la Commission des droits
de la personne et des droits de la jeunesse. Vous aurez 10 minutes pour
votre présentation, et par la suite nous procéderons aux échanges. Alors, je
vous cède immédiatement la parole.
Commission des droits de la personne et des droits
de la jeunesse (CDPDJ)
M. Tessier (Philippe-André) :
Merci, M. le Président. M. le ministre, Mmes et MM. les députés, je m'appelle
Philippe-André Tessier, je suis le président de la commission et je suis
accompagné de Me Suzanne Arpin, vice-présidente responsable du mandat jeunesse,
M. Samuel Blouin, chercheur, et Me Karina Montminy, conseillère juridique.
Je... Évidemment, tout d'abord, pour
rappeler que la commission assure le respect et la promotion des principes
énoncés dans la Charte des droits et libertés de la personne. Elle assure
également la protection et le respect de la promotion des droits qui sont
reconnus à l'enfant par la Loi sur la protection de la jeunesse. D'entrée de
jeu, nous tenons à souligner que la commission accueille favorablement la
proposition sous étude.
L'institution d'un commissaire dédié à la
promotion du bien-être et du respect des droits des enfants ainsi qu'à la
protection de l'intérêt de l'enfant constituera une étape charnière dans la
reconnaissance des droits des enfants et des jeunes au Québec. C'est donc avec
beaucoup d'enthousiasme et d'humilité que nous sommes ici pour vous livrer
notre vision de ce que devrait être la mission du commissaire et fournir des
indications quant à la façon dont il devrait exercer ses fonctions et pouvoirs.
Il s'agit également, pour une occasion... pour nous, une occasion de vous faire
part des fonctions et des pouvoirs qui devraient lui être consentis afin qu'il
puisse jouer un rôle d'envergure en faveur de tous les enfants et tous les
jeunes.
Soulignons d'abord que son mandat de
promouvoir le bien-être et le respect des droits, c'est pour les quelque 1,7 million
d'enfants et de jeunes du Québec. L'étendue de sa mission découle de la volonté
du Québec de faire du bien-être des enfants une préoccupation centrale, tel
qu'affirmé dans le préambule. La notion de bien-être, bien, elle invite à s'intéresser
à la situation des jeunes de façon globale, incluant la satisfaction de leurs
besoins matériels, physiques, éducatifs et affectifs. Selon l'UNICEF, cela
implique également le développement des compétences scolaires et sociales nécessaires
pour s'épanouir. Délibérément large, la notion de bien-être au cœur de la
mission du commissaire l'amènerait à avoir une compréhension de l'ensemble des
facteurs qui en... qui affectent la vie des enfants et des jeunes. Ceci nous
apparaît fondamental compte tenu de l'approche préventive dans laquelle s'inscrirait
son action. En cela, il jouerait un rôle unique.
Le commissaire se démarquerait également
par sa compétence à l'égard des jeunes adultes de 18 à 25 ans, dont la
situation a déjà été prise en charge ou qui a fait l'objet d'une mesure de
garde ou de surveillance en vertu de la Loi sur le système de justice pénale
pour adolescents. Cela permettrait de répondre notamment à leurs besoins
spécifiques relativement à la transition à la vie adulte. Ajoutons que le
respect des droits des enfants, que le commissaire aurait aussi pour mission de
promouvoir, est indispensable à l'atteinte de leur bien-être. En effet, la
Convention relative aux droits de l'enfant, à laquelle le Québec s'est déclaré
lié, fournit à cet égard un cadre sur lequel le commissaire pourra s'appuyer
dans l'exercice de ses responsabilités. Elle prévoit en effet les principes qui
doivent guider la mise en œuvre des droits des enfants et énonce plus largement
la responsabilité des États qui doivent réunir les conditions nécessaires à
leur <bien-être...
M. Tessier (Philippe-André) :
...des
États qui doivent réunir les conditions nécessaires à leur >bien-être.
Dans cet esprit, à l'occasion de la
Commission spéciale sur les droits des enfants et de la protection de la
jeunesse, la commission Laurent, la commission a fait valoir qu'il était
primordial d'agir en amont du système de protection de la jeunesse pour
prévenir des situations de compromission de droits. Un tel effort en faveur du
bien-être et des droits des enfants mobilise une variété d'acteurs, dont les
réseaux publics d'éducation et de santé, les organismes communautaires, les
fondations, les municipalités, les milieux de recherche, et j'en passe. Leur
collaboration pour agir efficacement en faveur des enfants et des jeunes est
essentielle, c'est pourquoi la commission recommande que le commissaire puisse
coopérer, lorsqu'il l'estime nécessaire, avec toute organisation dédiée à la
promotion, la défense, la protection des droits des enfants. Il serait ainsi en
mesure de jouer un rôle central de pivot dans l'écosystème que forment ces
acteurs. Et je passe la parole à ma collègue.
Mme Arpin (Suzanne) : Alors,
la vision globale qu'aurait le commissaire le placerait par ailleurs dans une
position privilégiée pour s'assurer que la voix des enfants et des jeunes est
mieux entendue sur divers sujets et que leur... leur intérêt est pris en
considération dans les décisions qui les concernent. En plus de ce qui est déjà
prévu à cet égard dans le projet de loi, la commission recommande que le
commissaire puisse favoriser et assurer par tous moyens la participation des
enfants et des jeunes à la vie démocratique. Cela doit passer tant par des
actions auprès de ces derniers pour mieux les outiller que par des actions
auprès d'acteurs gouvernementaux, institutionnels, communautaires et
associatifs pour qu'ils mettent en place des moyens pour favoriser la
participation des enfants.
Le commissaire aurait aussi pour
responsabilité d'analyser le bien-être des enfants et de réaliser annuellement
un portrait de cet état. La commission appuie cette proposition. Elle est
d'avis que cet outil permettrait aux acteurs concernés de mieux connaître les
besoins des enfants, cibler leurs actions à leur égard et en évaluer
l'efficacité.
Elle anticipe cependant que le commissaire
ait à faire face à un obstacle de taille déjà bien documenté, soit le manque de
données de qualité. Afin de lui permettre de bénéficier des données dont il
aurait besoin, la commission recommande que soit ajouté à ses pouvoirs celui de
conseiller les ministres et organismes publics afin de leur permettre de mettre
en œuvre une collecte de données uniforme et conforme aux droits des enfants. Elle
recommande également que l'état du bien-être présente des données désagrégées,
c'est-à-dire ventilées par motifs interdits de discrimination, de façon à
rendre visibles les inégalités entre les enfants.
• (11 h 40) •
Pour compléter ses responsabilités et
renforcer sa mission axée sur la prévention, la commission recommande que le
commissaire puisse jouer un rôle de surveillance de toutes propositions de loi,
de politiques ou de crédits budgétaires susceptibles d'entraîner des
répercussions sur les enfants, l'exercice de leurs droits et de leurs intérêts,
et ce, dès l'étape de leur élaboration. Ailleurs au Canada et à travers le
monde, de tels processus d'évaluation d'impact des décisions sur les enfants
existent et ont fait leurs preuves.
Toujours dans l'objectif de renforcer la
portée des actions du commissaire, la commission recommande également de
prévoir dans le projet de loi un mécanisme de suivi de ses avis et
recommandations. Les instances concernées seraient ainsi tenues de l'informer
des mesures qui ont été prises pour donner suite aux avis et recommandations
leur étant destinées. Dans la version actuelle sous étude du projet de loi, il
n'existe aucun moyen pour les contraindre à lui rendre des comptes. À terme,
cela pourrait mener le commissaire à dresser la liste des recommandations non
suivies et, le cas échéant, les raisons pour lesquelles elles n'ont pas...
elles ne l'ont pas été, dans un rapport qu'il aurait à déposer à l'Assemblée
nationale.
La commission ne peut passer sous silence
le mandat qu'aurait le commissaire de soutenir les enfants dans l'exercice de
leurs droits et de les accompagner lorsque nécessaire dans leurs démarches.
Cela participerait à la fois à la pleine reconnaissance de l'enfant comme sujet
de droit et à la réalisation de ses droits, dont celui d'exprimer son opinion
sur toute question l'intéressant. Cette fonction de soutien auprès des enfants
devrait néanmoins s'exercer conformément aux droits et devoirs des parents.
Légalement, ceux-ci sont considérés comme les mieux placés pour déterminer ce
qui est préférable pour leur enfant. Ils doivent le guider dans l'exercice de
ses droits tout en tenant compte de son opinion.
Considérant que la part de l'État consiste
alors à accorder aux parents l'aide appropriée dans l'exercice de cette
responsabilité, la commission recommande d'étendre le rôle de soutien du <commissaire...
Mme Arpin (Suzanne) :
...cette
responsabilité, la commission recommande d'étendre le rôle de soutien du >commissaire
dans l'exercice des droits de l'enfant à ses tuteurs.
Enfin, la Commission voit d'un bon œil le
pouvoir d'enquête qu'aurait le commissaire en regard de l'évaluation de la mise
en œuvre des programmes et de la prestation des services destinés aux enfants,
qui relèvent des organismes publics. Ces enquêtes se distingueraient des nôtres
par leur nature et leur finalité, et ce, dans ces deux volets : en
protection de la jeunesse, dans les dossiers de lésion de droits, et en charte,
en matière de discrimination et de harcèlement. Il est entendu que pour mener à
bien l'ensemble de ses fonctions, le commissaire devrait être doté de
ressources conséquentes pour les accomplir.
Me Tessier.
M. Tessier (Philippe-André) : En
terminant, la commission recommande de désigner dans le projet de loi un
ministre responsable pour coordonner la réponse gouvernementale aux constats,
recommandations et avis du commissaire. Cette responsabilité ministérielle
serait complémentaire au rôle de ce dernier, qui consisterait à veiller à la
cohérence et suffisance de l'action gouvernementale en vue d'assurer le
bien-être et le respect des droits des enfants. Les responsabilités
gouvernementales en matière de prévention, d'intervention et de défense des
droits de l'enfant sont actuellement exercées par différents ministères. La commission
persiste à croire que l'attribution d'une telle responsabilité ministérielle
ciblée assurerait une meilleure cohérence des actions gouvernementales au
regard des droits qui sont reconnus aux enfants.
En tout dernier lieu, nous tenons à
réitérer et à vous dire à quel point nous... notre volonté de contribuer, par
tous les moyens possibles, à la mise en œuvre de la mission de cet organisme
dédié à la promotion du bien-être des enfants et au respect de leurs droits est
au cœur de nos priorités. Nous sommes ainsi pleinement disposés à collaborer
avec cette nouvelle institution dans l'objectif commun d'accroître le respect
des droits des enfants et des jeunes au Québec. Nous vous remercions de votre
attention et nous sommes prêts à répondre à vos questions.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Me Tessier et Me
Arpin, pour votre présentation. Nous allons débuter cet échange avec M. le
ministre.
M. Carmant : Merci beaucoup,
M. le Président. Me Tessier, Me Arpin, aux gens qui vous accompagnent, bonjour.
J'aime beaucoup lire, et vous m'avez donné de la lecture.
La première question, celle qui vient tout
de suite à la tête, c'est vos points à la fin, c'est : Comment envisagez-vous
une collaboration ou comment... Parce que nous, notre enjeu, ça va être de bien
positionner ce commissaire pour qu'il ait une vue globale et... de l'enfance.
Comment vous, vous voyez votre collaboration avec ce commissaire-là? Surtout
qu'on a... on a parlé auparavant, là, d'enjeux au niveau des rôles de chacun.
M. Tessier (Philippe-André) : Merci
pour la question. Alors, M. le Président, il est essentiel de bien comprendre
que lorsqu'on parle des droits des enfants, on parle d'un rôle et de
responsabilités qui sont distribués à travers l'ensemble de l'écosystème, je
dis bien, «gouvernemental», puis ça, c'est une des propositions qu'on vous
fait. Oui, les organismes publics ont leur rôle à jouer puis ils sont au cœur
de l'action puis de la réponse de l'État du Québec, mais il ne faut pas
sous-estimer l'apport, et c'est ce que le rapport Laurent disait.... la
commission Laurent disait aussi, l'apport des organismes communautaires,
l'apport aussi de tous les organismes qui ont comme objectif... les instituts
universitaires, les fondations, etc., j'en passe, qui, autour de l'enfant, vont
venir placer cette... ce rôle-là, de prévention, vont venir placer cette
vision-là de tous les enfants. Et le commissaire, lui, va être vraiment au
centre et va pouvoir avoir cette vision-là d'ensemble et coordonner avec comme
seul objectif quelles sont les différentes pratiques, quelles sont les
différentes politiques, quelles sont les différentes actions mises de part et
d'autre, tant gouvernementales qu'au niveau, comme je le disais, là, des
organismes non gouvernementaux. Donc, vraiment d'avoir cette vision large là,
mais de pouvoir après ça faire des recommandations, donc, sur une base
annuelle, dresser ce portrait-là, de l'enfance, mais alimenté par l'ensemble
des travaux de tous ces organismes-là, évidemment, dont le nôtre. Mais
absolument pas... nous ne sommes absolument pas le seul. Il y en a plusieurs
autres.
M. Carmant : Mais je voulais
justement le regarder d'une façon plus spécifique par rapport à votre
organisation.
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
par rapport à notre organisation, assurément qu'une des questions qui pourra
être regardées, c'est quelles sont les recommandations que nous avons
nous-mêmes émises ou quels sont les dossiers que nous avons même mis de
l'avant. Par exemple, que ce soit — ma collègue y a fait référence — que
ce soit en vertu de nos mandats sous la charte en matière de discrimination et
harcèlement, ça peut être, par exemple, les questions d'inclusion scolaire, OK?
Donc, au Québec, les enfants HDAA, c'est une problématique bien documentée,
nous avons d'ailleurs fait un colloque l'automne dernier sur la question, en
collaboration avec le Conseil supérieur de l'éducation, le Protecteur national
de l'élève et le Protecteur du citoyen, donc, cet exercice-là... Puis
évidemment, plein d'organismes non gouvernementaux. Donc, ces exercices-là, que
l'on fait, bien, on les fait déjà, mais là, on va avoir quelqu'un qui va
pouvoir venir... justement, jouer ce rôle-là de coordination de tous ces
acteurs-là, éviter le travail en silo, s'assurer que tous ces <documents-là...
M. Tessier (Philippe-André) :
...coordination
de tous ces acteurs-là, éviter le travail en silo, s'assurer que tous ces >documents-là,
tous ces travaux-là sont repris. Puis il y a cette vision-là cohérente pour les
droits des enfants au Québec.
M. Carmant : Parfait. Merci.
Bon, la grande recommandation, je pense, qui sort du rapport, là, qui... de ma
position, c'est la création d'un ministre responsable des enfants. Pouvez-vous
en dire plus? Est-ce que ça a déjà existé? Est-ce que...
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
effectivement, la responsabilité a déjà été attribuée au niveau... donc,
lorsqu'on regarde... Puis dans notre long mémoire, comme vous l'évoquez, on a
fait une ligne du temps pour faciliter un peu l'exercice, ce regard-là. On a
voulu faire ce survol historique là pour bien comprendre où on est rendu au
Québec. Et donc, en 1997, en 2004, il y a des politiques gouvernementales très
importantes qui sont venues placer dans les politiques familiales... on est
passé d'une... de politiques natalistes, des politiques où le droit et
l'intérêt de l'enfant est au cœur de ces politiques-là, Québec fou de ses
enfants, etc. Donc, tout ce qui a découlé de ça, on est venu les placer. Et, à
ce moment-là, ce qu'on a eu, bien, c'est qu'on a eu des organismes qui sont
venus chapeauter puis suivre ces différentes politiques là, superviser ces
différentes politiques là.
Donc, pour nous, c'est sûr et certain que
toute cette trame historique là, factuelle, il faut en tenir compte aujourd'hui
lorsqu'on vient réfléchir à comment on vient placer les rôles et
responsabilités de cet organisme-là dans l'écosystème actuel québécois.
M. Carmant : Mais nous, on
l'avait positionné comme sous les... santé et services sociaux, mais si on
parle vraiment de quelqu'un de responsable des enfants, ce ne serait pas plus Famille
et Enfant ou... Est-ce que vous avez une vision par rapport à ça?
M. Tessier (Philippe-André) : Pour
ce qui est de... Ça, quant à nous, ça, c'est peut-être... c'est une prérogative
gouvernementale d'attribuer le... Ce qu'on veut juste dire, c'est de bien
distinguer les missions que la mission de l'éducation, la mission de la
protection de la jeunesse, la mission... donc, peu importe, là, on peut faire
le tour ensemble. L'idée, c'est qu'il y ait donc un titulaire parce que, quand
on regarde la logique puis l'architecture du rapport de la commission spéciale,
de la commission Laurent, on a voulu avoir ce... indépendant, donc, qui relève
de l'Assemblée nationale, tout comme le Protecteur du citoyen et le VGQ, donc, qui
fait cette reddition de comptes là.
Donc, s'il fait une reddition de comptes à
l'Assemblée, aux parlementaires, bien, il faut que... donc, au législatif, il
faut que l'Exécutif, il y ait quelqu'un qui soit le responsable, puis pas...
pas d'avoir 10 responsables. Si on veut avoir une vision cohérente avec un
agent indépendant du Parlement, de l'Assemblée nationale, bien, à ce moment-là,
il faut avoir la responsabilité correspondante. C'est un peu la logique qu'on
vous propose dans notre... dans notre mémoire.
M. Carmant : D'accord. Un peu
surpris aussi de votre inquiétude quant au suivi... Tu sais, on était très
fiers de dire : Il faut que ce soit déposé à l'Assemblée nationale, avec
tous les parlementaires qui suivent les dossiers. Pourquoi avez-vous une
inquiétude sur le suivi des recommandations? Puis comment s'assurer que ce
suivi soit fait selon vous?
• (11 h 50) •
M. Tessier (Philippe-André) : Je
pense que, pour nous, ce qui est important, puis je regarde juste mes
collègues, là, mais simplement pour vous dire, pour nous, ce qui est important,
c'est que lorsqu'on regarde ce genre de poste là, puis vous parlez du
positionnement, là... pardon, M. le Président, le ministre parle du
positionnement dans le rôle, un des rôles importants, ça va être justement
cette reddition de comptes là aux parlementaires. Mais, pour ce faire, il faut
créer un espace. Donc, lorsque le Protecteur du citoyen, lorsque le
Vérificateur général émettent leur rapport, il y a des obligations de
commissions parlementaires de se saisir de ces rapports-là, de faire des suivis
appropriés. Lorsque les recommandations ne sont pas suivies, ils ont des
pouvoirs afférents à ça.
Donc, nous, ce qu'on dit, c'est : Si
ce qu'on veut, c'est avoir véritablement ce rôle-là puis donner les pouvoirs
nécessaires pour jouer ce rôle-là, donc donner le pouvoir aux parlementaires de
jouer ce rôle-là, bien, il faut l'écrire de façon explicite dans le projet de
loi, un peu par analogie, ce qui se fait dans la Loi sur le Protecteur du
citoyen ou la Loi sur le vérificateur général du Québec.
M. Carmant : D'accord. Merci.
Il y avait un enjeu sur les données, puis vous savez, comme notre gouvernement
aussi a de l'intérêt pour avoir les bonnes données, vous aviez mentionné qu'à
l'article 8 «il faudrait conseiller les ministres, ministères et
organismes publics pour une collecte de données uniformes et conformes aux
principes inscrits dans la Convention relative aux droits de l'enfant».
Pouvez-vous m'expliquer un peu plus? Moi je vous donnais un exemple, là, par
exemple, pendant la pandémie, on a eu beaucoup de difficultés à avoir des
données, là, qui nous... selon les différents sous-groupes, comment vous
verriez ça, là, s'appliquer pour... pour les jeunes?
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
essentiellement, ce qui existe, puis je pense que nous-mêmes, on fait, comme
commission, qui a analysé les politiques et les pratiques gouvernementales, des
fois, on fait... on fait ce même constat là que j'entends, donc la donnée ne va
pas être nécessairement disponible. Et donc c'est pour ça que ça ne veut pas
nécessairement dire qu'elle n'est pas toujours collectée, elle n'est peut-être
pas rapatriée, elle n'est peut-être pas organisée, mais il y a aussi de la
donnée qui n'est pas collectée, et donc... Et il y a des institutions, par
exemple l'Institut de la statistique du Québec. Il y a d'autres sources et
statistiques sur <lesquelles...
M. Tessier (Philippe-André) :
...par
exemple
l'Institut de la statistique du Québec. Il y a d'autres sources
et statistiques sur >lesquelles on peut s'appuyer, évidemment
Statistique Canada, aussi, qui fournit quand même beaucoup de données pour la
situation au Québec sur toutes sortes de matières. Mais évidemment, si le
commissaire, un de ses rôles, c'est de donner et de dresser un portrait juste
et fidèle de l'état de l'enfance au Québec, bien, encore faut-il qu'il puisse
s'appuyer sur des bonnes données, des données à jour. Et si lui, bien, il
constate qu'il manque telle donnée, bien... pas nécessairement obligé que lui
collecte la donnée, mais il faut qu'il puisse collaborer avec l'INESSS, avec...
peu importe, là, nommez l'organisme que vous voulez, le ministère de
l'Éducation, etc., pour dire : Bien, moi, j'aurais besoin de telle donné
pour pouvoir avoir un portrait juste de la situation. Donc, évidemment, lui, il
va avoir ce rôle-là, fédérateur, donc, d'agrégateur de ces données-là, toujours
dans l'intérêt de l'enfant.
M. Carmant : Et toujours en
collaboration avec les autres...
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
forcément, parce qu'encore là ce serait là faire double emploi de lui
dire : Collecte une donnée qui est déjà collectée ailleurs. Toi, ta
responsabilité, encore là, c'est d'être le pivot, c'est d'être au centre, puis
de faire travailler les acteurs autour de lui en disant : Moi, j'ai besoin
de ça, moi, j'ai besoin de ça, moi, j'ai besoin de ça, pour accomplir ma
mission qui est de produire ce rapport-là aux parlementaires. Et, quand le VG
rentre chez quelqu'un ou le protecteur, l'organisme lui fournit les
informations, parce qu'il sait qu'il va y avoir un rapport à l'Assemblée
nationale, puis que les parlementaires vont s'en saisir. C'est ça, le pouvoir
du commissaire. Il s'appuie sur le... il s'appuie sur l'Assemblée nationale,
son autorité, c'est un deux tiers, elle vient de vous, Mmes et MM. les députés,
puis, à ce moment-là, quand il y a cette reddition de comptes là, bien, vous
pouvez questionner, interpeller, évidemment, le gouvernement, l'exécutif.
M. Carmant : Exact. C'est
clair. Juste... question, un petit détail, là, vous avez mentionné, sur le rôle
dans les... dans les politiques gouvernementales, puis nous, à l'article 5,
alinéa 3, on parle d'analyser les impacts des politiques gouvernementales
sur le bien-être des enfants. Qu'est-ce qu'il y a de plus à dire pour raffiner
le... le rôle du... du commissaire? Est-ce que c'était...
M. Tessier (Philippe-André) : Oui,
bien, essentiellement, c'est parce que, ce qui arrive, c'est que ce rôle-là,
c'est un rôle qui est... évidemment, puis nous, la commission, on est
privilégiés, on a quand même des contacts avec l'ensemble de ce genre
d'organismes là à travers le Canada. Et donc, ça aussi, on le voit. Bon, comme
je vous parlais dans... on parlait dans notre discours d'introduction, les
principes de l'UNICEF, comment on vient un peu faire ces «Child Rights Impact
Assessments», je m'excuse, j'ai l'acronyme en anglais, parce que c'est avec nos
collègues du reste du Canada. Puis, bon, ça se passe souvent en anglais, je
n'ai pas besoin de vous le dire. Donc, ces CRIA là, donc, ces... toutes ces
méthodes-là, elles existent ailleurs, dans d'autres provinces, dans d'autres
pays. Donc, c'est quelque chose qui est bien documenté, mais, encore là, il
faut que cet exercice-là, il soit robuste.
Nous, ce qu'on... ce qu'on vous dit, en
gros, le message, là, ce qu'on veut, c'est, oui, l'idée est là, la... il faut
juste donner cette robustesse-là pour que ce mécanisme-là, il produise
pleinement ces effets-là, puis qu'il y ait ces suivis-là qui soient mis dans le
projet de loi. Donc, vraiment, ce n'est pas... l'idée est là, là, on en
convient, là, l'intention est là. Peut-être juste l'intention du législateur,
peut-être qu'elle soit encore un peu plus précisée, puis c'est un peu ça, le
sens de notre recommandation.
M. Carmant : D'accord. Je
passerais la parole, M. le Président, à la députée de Laporte.
Le Président (M. Provençal)
:...Mme la députée de Laporte.
M. Carmant : Exact.
Mme Poulet : ...merci, M. le
Président. Merci... de votre participation. Pouvez-vous nous parler des droits
économiques et sociaux et aussi, peut-être, le patrimoine des enfants, qui
devrait faire l'objet d'une veille particulière de la part du commissaire?
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
assurément, lorsqu'on dit que le commissaire, un de ses... une de ses
responsabilités, ça va être de travailler en amont, hein, des violations de
droit, donc, travailler sur le bien-être, on l'a bien... Ça, ça a été bien
décrit, puis bien défini encore une fois. Ce qu'on veut... ce qu'on veut... ce
sur quoi on veut insister, c'est que ces droits-là économiques et sociaux,
bien, c'est quoi? Bien, c'est le droit à un logement, le droit à un revenu
suffisant, le droit à l'éducation, le droit à l'information. Dans la charte
québécoise des droits et libertés, il existe des droits économiques et sociaux.
La charte québécoise est d'ailleurs unique au Canada. C'est la seule... c'est
la seule loi de ce type-là au Canada qui contient ces droits économiques là. Et
donc, simplement pour dire qu'on peut prendre appui sur ces éléments-là pour
avoir cette... cette veille-là, puis que... donc, on est capable, déjà, de se...
de se baser sur des éléments existants par rapport à ça.
Puis l'autre chose qu'il ne faut pas
oublier, c'est qu'il y a un ensemble de lois plus particulières puis plus
spécifiques qui font... qui mettent en œuvre ces différents droits là. Le droit
à l'éducation, bien, c'est la Loi sur l'instruction publique. Donc, c'est sûr
et certain qu'encore une fois le commissaire, lorsqu'il va avoir sa vision
d'ensemble, il ne va pas venir dédoubler le travail qui va être fait par les
institutions, mais il va prendre les rapports. Le Protecteur national de
l'élève va faire des constats, va faire des rapports. Le commissaire pourra
prendre ces... ces outils-là, s'alimenter de ces travaux-là pour, lui, faire
ses constats, après ça, par la suite, en toute indépendance.
Mme Poulet : OK, merci...
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Bonjour.
Merci... Dans votre mémoire, vous formulez tout l'aspect de collaboration.
Donc, ma question va comme suit : Que diriez-vous d'obliger, dans le fond,
la collaboration avec des organismes <publics...
Mme Dorismond :
...collaboration
avec des organismes >publics?
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
écoutez, c'est sûr et certain que, pour nous, je pense que le projet de loi a
déjà cette volonté-là. Je pense que l'Assemblée nationale se prononce... ne
parle pas pour ne rien dire. Lorsqu'elle institue ce genre de commissaire là
puis qu'elle dit qu'il a pour mandat de collaborer puis de coopérer, c'est de
la responsabilité des organismes de le faire, puis c'est pour ça qu'on vous a
assuré... puis on... je vous le redis, nous, on comprend très bien l'intention
du législateur puis on va collaborer et coopérer.
Maintenant, ce qu'il faut comprendre
aussi, c'est que tout ça, bien, ça se fait par, souvent, des mécanismes
d'ententes, ça se fait par des... il y a des mécanismes plus formels de
collaboration qui s'installent. Et donc un des gros premiers mandats, il va y
en avoir plusieurs, mais un des premiers mandats de ce commissaire-là va être
de venir placer comment va s'exercer cette collaboration-là, à travers quel
forum, quel canal, quelles ententes il va vouloir prendre avec les organismes.
Tout ça, ça va être un bon travail à mettre de l'avant, disons, dans les premiers
mois de son mandat.
Mme Dorismond : Parfait.
Merci.
Le Président (M. Provençal)
:...M. le ministre? Non, ça va?
M. Carmant : Parfait. Je
voulais vous parler peut-être un peu aussi de... tu sais, on a pris la
décision, encore une fois, là, de garder les choses... de garder la commission
des droits de la personne, droits de la jeunesse avec toutes ses fonctions.
Pour moi, c'est quelque chose, là, qui permet d'avoir le commissaire plus en
amont et d'avoir une vision plus globale de la jeunesse. Avez-vous des
commentaires là-dessus par rapport à ça?
M. Tessier (Philippe-André) : Bien
oui, simplement pour réitérer le fait que, nous, notre rôle puis notre
expertise, elle est spécifique, elle est très précise, elle est... donc, en
matière de lésion de droits, lorsqu'on regarde la Loi sur la protection de la
jeunesse. Et évidemment, je le... je le redis, les enquêtes que nous allons faire,
les... ça va être des éléments sur lesquels on va collaborer avec le
commissaire pour lui fournir ces résultats-là puis, lui, pourra... encore là,
ça va être vrai pour nous et, je l'espère, pour l'ensemble des autres acteurs,
comme je le dis, pas juste gouvernementaux, donc, il va pouvoir s'alimenter de
ça pour faire les constats qu'il aura à faire. Mais les deux missions vont être
différentes, ils vont être complémentaires.
Je vais vous donner un exemple : la
question de l'utilisation des temps d'écran chez les enfants, présentement,
c'est une grande préoccupation. J'ai entendu, là, la question des... de la
toxicomanie. Bien, la... les... nos collègues des autres provinces, bien, ils
font des rapports sur la toxicomanie chez les jeunes, ses impacts, les impacts,
qu'est-ce que ça veut dire pour les organismes gouvernementaux, pour faire ce
genre de recommandations là. Il ne s'agit pas ici de strictes questions de
lésion de droits sur lesquelles on va enquêter. L'utilisation de temps d'écran,
ce n'est pas un motif de compromission à la LPJ, en tout cas pas encore.
• (12 heures) •
Alors, je fais juste dire que ça, bien,
c'est sûr et certain que ce n'est pas une enquête en lésion de droits, mais
est-ce que le commissaire, lui, va pouvoir regarder ce que... ce que l'INESSS
fait là-dessus, l'INSPQ, peu importe, il va... il va avoir tout l'écosystème,
il va pouvoir voir qu'est-ce qui se dit, qu'est-ce qui s'écrit. Évidemment, il
va peut-être travailler avec le ministère de l'Éducation, il y a des nouvelles
politiques qui sont mises en place. Donc, lui, il va pouvoir jouer ce rôle-là
puis, en fonction de la priorité qu'il va pouvoir dégager, bien, il va pouvoir
faire ces constats-là, mais qui ne seront pas une enquête en discrimination et
harcèlement qui mène au tribunal ou une enquête en lésion de droits dans
laquelle on va prendre... il va y avoir peut-être des engagements de la DPJ par
rapport à un enfant en particulier. Mais évidemment, nous, on lui fournira ces
données-là, comme elles sont déjà d'ailleurs publiques, là.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, M. le ministre. Le
temps est terminé.
M. Carmant : Merci beaucoup.
M. Tessier (Philippe-André) : Merci.
M. Carmant : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je vais maintenant céder la
parole à la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup,
M. le Président. Bonjour, Me Tessier, que je connais.
M. Tessier (Philippe-André) : Oui,
bonjour.
Mme Garceau : On était au
même... même bureau. Merci d'être ici. C'est très apprécié. Je vais aller au
cœur du sujet parce que je vois que je n'ai pas beaucoup de temps, M. le
Président. Donc, en ce qui a trait... parce qu'on va se le dire, les critiques
face au rôle, vos responsabilités, de la façon que vous agissez concernant la
protection des enfants, il y a eu plusieurs critiques en termes de manque de
proactivité concernant la protection des droits des enfants. Et évidemment on
a, dans le rapport de la commission Laurent, cette recommandation que tous les
pouvoirs et responsabilités de la CDPDJ soient transférés au commissaire. Et
donc je comprends, là, que vous voyez, compte tenu de qu'est-ce qui a été
déposé en termes du projet de loi, que vous voyez vos rôles étant
complémentaires, c'est ça?
M. Tessier (Philippe-André) : Oui.
Mme Garceau : OK. Mais vous
le voyez également de façon... le côté plus préventif, le côté où... concernant
les mesures préventives, que ça, ça va être plus le rôle du commissaire à agir
dans ces dossiers-là. Est-ce que je comprends bien?
M. Tessier (Philippe-André) :
Tout à fait. Bien, le <commissaire...
>
12 h (version révisée)
<19271
Mme
Garceau :
...là. Est-ce que je comprends bien?
M. Tessier (Philippe-André) :
Tout à fait. Bien, le >commissaire va avoir un mandat, aussi,
qui est fondamental, c'est de porter la voix des enfants, puis on l'a comme...
je n'ai pas eu beaucoup de questions là-dessus, mais je le précise, il ne faut
pas sous-estimer ce mandat-là. On a fait, d'ailleurs, des recommandations par
rapport à ça. Il faut comprendre, encore une fois, qu'il y avait des
institutions, au Québec, qui existaient, qui ont été abolies, puis, bon, la
nature a horreur du vide, donc là, on vient recréer quelqu'un qui va porter la
voix des enfants au Québec. Il y avait le Conseil permanent de la jeunesse, qui
existait jusqu'en 2011, il y avait le Conseil de la famille et de l'enfance,
qui existait jusqu'en 2011. Ils ont été abolis. Donc, c'est sûr et certain que,
là, ce qu'on vient... ce qu'on constate, le Conseil de la famille et de l'enfance
avait, dans les politiques gouvernementales dont on a parlé plus tôt,
1997-2004, avait ce rôle-là, de coordination, et le Conseil permanent de la
jeunesse avait le rôle de porter la voix des jeunes au Québec. Donc, on est
venu abolir ces instances-là en 2011, mais là, évidemment, on se rend compte
que, woup! bien, on n'a pas personne qui porte la voix des enfants au Québec,
ce serait peut-être bon qu'on en ait une, puis on n'a pas personne qui fait des
avis au gouvernement puis à l'Assemblée nationale sur les politiques
familiales, sur les politiques de l'enfance au Québec, ça serait peut-être bon
qu'on en ait. Donc, ça aussi, pour nous... C'est pour ça qu'on a fait, pour le
bénéfice de la commission parlementaire, la ligne du temps, qu'on a mise en
annexe, c'était pour que dans un seul regard visuel, puis pour les gens qui
veulent consulter notre mémoire, pour qu'on voie un peu.
L'autre chose, aussi, qui est importante
de se rappeler, c'est que, depuis récemment, le PL n° 15, justement,
on a recréé la position de DNPJ, donc de directrice nationale de protection de
la jeunesse, qui était une des premières recommandations de la commission
Laurent. Pourquoi? Parce que l'ACJQ, l'Association des centres jeunesse, qui
jouait ce rôle-là de coordination clinique, avait été abolie en 2015. Donc, ce
qu'on est venu faire, en créant la DNPJ, c'est combler le vide laissé par l'absence
de l'ACJQ. Ça, c'est une des premières recommandations de la commission
Laurent, comme vous le savez.
Donc, quand on regarde tous ces éléments-là,
porter la voix de l'enfant, pour nous, c'est essentiel dans ce mémoire... dans notre
mémoire, on le dit, je pense qu'on ne sera pas le seul acteur, en commission
parlementaire, à le dire, donc, de jouer ce rôle-là, d'avoir une réelle
consultation, parce qu'encore là, les principes de droit international auxquels
on fait référence, ce qu'on veut, ce n'est pas juste la consultation d'enfants,
là, ce n'est pas : on paie une pizza, on les rencontre, un 5 à 7, et tout.
Non, il faut avoir des outils pour faire une véritable participation des
enfants pour que, quand le commissaire prenne des positions, il se nourrisse,
il s'appuie sur un véritable comité consultatif composé d'enfants, qui vont
aider, après ça, des orientations gouvernementales, donc, qui vont porter la
voix des enfants. Puis ça, je vous le dis, c'est un mandat... pour nous, là, c'est
un mandat fondamental que personne d'autre ne joue, présentement, dans l'écosystème
québécois. Il va être unique en ce sens là.
Mme Garceau : OK. Je
vous réfère à la page 15 de votre mémoire. Vous avez mentionné : «Au
terme de cet historique — parce que vous avez fait un historique
étoffé au niveau des... de la commission — force est de constater que
plusieurs acteurs, dont la commission, veillent à la protection des droits des
enfants pris en charge par l'État. Or, aucun d'eux n'est dédié à la promotion
du bien-être et du respect de tous les droits de tous les enfants, de la petite
enfance à l'âge adulte, dans tous les aspects de leur vie.» C'est ce qui a
poussé la CSDEPJ à recommander la création du commissaire.
M. Tessier (Philippe-André) :
Tout à fait.
Mme Garceau : Mais en vertu
de la charte... en vertu de la charte, des articles, la charte des droits de la
personne, 71 et 73, ça parle spécifiquement du rôle de la CDPDJ en matière de
protection de l'intérêt de l'enfant, de la promotion des droits, et des enfants
et de la personne. Vous avez ce rôle-là.
M. Tessier (Philippe-André) :
Oui, tout à fait. Mais comme on le dit bien, ce n'est pas la mission
exclusive de notre organisation. Maintenant, l'enfant est une personne, et
donc, par exemple, nous, ce qu'on va avoir dans nos missions fondamentales en
matière de discrimination et de harcèlement, je vous donne l'exemple de l'inclusion
scolaire, tout à l'heure, on a fait, par exemple, nous, beaucoup de dossiers de
profilage racial chez les jeunes. Bien, on va faire ces travaux-là, puis on
espère que ces travaux-là vont alimenter le commissaire. Lui, lorsqu'il va
faire son état annuel de l'enfance, il va tenir compte de ces motifs-là, de discrimination
interdits, il va tenir compte des problématiques des enfants racisés lorsqu'ils
sont interpelés par les autorités policières. On va espérer qu'il va tenir
compte du fait que les élèves HDAA ont des problématiques d'inclusion scolaire
dans les réseaux scolaires. Puis on espère qu'il va prendre appui sur nos
travaux, mais, évidemment, 71, 73 auxquels vous faites référence, mais aussi
nos pouvoirs d'enquête. Nous, ces pouvoirs là, ultimement, on les utilise, c'est...
Pourquoi? C'est pour les amener au tribunal, c'est pour les plaider devant les
tribunaux. Et ça, ça va être aussi une fonction extrêmement différente.
Nous, dans nos enquêtes, on est neutre et impartial.
L'équité procédurale nous y oblige, parce que lorsque l'on prend une décision
de suffisance de preuve, il faut qu'on l'ait fait de façon neutre et impartiale
pour, par la suite, pouvoir plaider le dossier. Et donc, ça aussi, bien, pour
nous, ça, ça va être... c'est au cœur, puis on va continuer à jouer ce rôle-là,
puis on va être juste bien contents que quelqu'un, justement, va pouvoir
regarder sans avoir à se limiter à ces questions-là, de discrimination,
harcèlement ou lésion de droits, et qui va pouvoir avoir ce regard-là, plus
général, OK, qui va être vraiment, donc, la question, par exemple, je vous
donnais... question des temps d'écran. Je vous donne, là, exemple... j'essaie
de vous donner des exemples pour bien comprendre.
Nos collègues des autres provinces, là, qu'est
ce qu'ils font, là? Bien, c'est ça, ils font des Child Rights Impact
Assessment. Ce qu'ils font, c'est qu'ils vont faire des études sur la
toxicomanie. Ce qu'ils vont faire, c'est qu'ils vont regarder un peu les décès
d'enfants, c'est quoi les... qu'est-ce qui se passe, avec les décès d'enfants?
Pourquoi on a... J'entendais l'exemple, là, pourquoi il y a eu beaucoup de décès
d'opioïdes, il y a eu ça en Alberta récemment. Pourquoi? Qu'est-ce qu'il s'est <passé...
M. Tessier (Philippe-André) :
...décès
d'opioïdes, il y a eu ça en Alberta récemment. Pourquoi? Qu'est-ce qu'il s'est >passé?
Là, ils vont regarder une tendance puis ils vont...woup! on vient d'attraper
quelque chose, il y a peut-être quelque chose qu'on peut faire avec ça, aviser
les autorités gouvernementales. Mais ça, ce n'est pas de la discrimination, du
harcèlement, ce n'est pas une lésion de droits, c'est des constats plus généraux,
qui sont dans l'intérêt de l'enfant, que le commissaire va faire. Il va avoir
en masse d'ouvrage, je vous en assure, juste à faire ça. Quand je parle à mes
collègues des autres provinces, je peux vous assurer qu'eux aussi sont
débordés.
Mme Garceau : Il y a une
décision qui a été prise par... je veux juste m'assurer que j'ai bien compris,
par la CDPDJ concernant la non-intervention de la commission devant les
tribunaux en cas de lésion de droits.
M. Tessier (Philippe-André) :
Absolument. Non, il n'y a pas de décision de non-intervention. Ce qu'on a
comme pouvoir, en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse, c'est un
pouvoir d'intervention, oui, dans des dossiers de lésion de droits.
Lorsque la lésion est reconnue par les
parties, nommément la DPJ, bien, on va cesser d'agir. On a une reconnaissance,
on a un engagement. Par exemple, le cas le plus fréquent chez nous, c'est le
droit de communiquer. La... la LPJ prévoit le droit de communiquer de l'enfant
avec ses parents ou ses grands-parents. La DPJ a empêché l'enfant de parler
avec son grand-parent, ils font... ils se disent : Comment ça? Ils nous
appellent : Ils ont empêché de parler avec le grand-parent. Nous, on
appelle : Pourquoi il n'a pas empêché? Ils disent : Ah, on s'excuse,
c'est une erreur, l'intervenante ne le savait pas. On prend un engagement, on
arrête. Puis le droit de communiquer revient. On ne saisit pas le tribunal
là-dedans, on fait une entente, c'est une méthode alternative de résolution de
conflit, tout le... toute la justice au Québec, d'ailleurs, dans le monde, tout
le monde travaille là-dessus.
L'avantage de notre commission, c'est
qu'on est une entité administrative, donc ce qu'on peut faire, on peut avoir la
souplesse d'une enquête administrative pour trouver des solutions plus rapides,
plus efficaces. Cela dit, quand il faut saisir le tribunal, on y va. Puis,
présentement, je le dis, en mars, la commission est devant la Cour suprême du
Canada sur l'interprétation à donner à l'article 91 in fine de la Loi sur
la protection de la jeunesse contre un CIUSSS et le procureur général du
Québec. Nous aussi, en toute indépendance — nous sommes nommés aux
deux tiers — il arrive, avec égard, que nous soyons en désaccord avec
l'interprétation donnée par les DPJ et le procureur général du Québec d'une
loi. Et ça, bien, à ce moment-là, on saisit les tribunaux, puis ça, on ne se
gêne pas pour le faire, juste qu'à la Cour suprême du Canada.
J'entendais la question de la fessée tout
à l'heure. La commission est intervenue en Cour suprême dans ce dossier-là pour
interdire la fessée. Malheureusement, la Cour suprême a dit que c'était
raisonnable en vertu, de un, là, du test de Oakes, mais la position de la
commission, puis ça demeure la position, puis mes collègues des autres
provinces, Suzanne est bien placée pour le savoir, on en parle encore
constamment, de cette question-là, quels sont les leviers, quels sont les
moyens qu'on peut prendre? Parce qu'on a essayé la voie judiciaire, puis, bon,
la Cour suprême a dit non, ça fait qu'il n'y a pas vraiment d'autre appel de
ça. Maintenant, on essaie d'autres façons pour voir comment on peut. Donc, sur PL n° 2,
on est intervenus favorablement aux mesures qu'il y avait dans PL n° 2,
droit de la famille, qui sont venus... le ministre y a fait référence plus tôt
ce matin. C'est sûr et certain que nous, là, on le dit : Interdire les
corrections, c'est une position de la commission. Puis, tant mieux, le commissaire
pourra nous appuyer, puis peut-être qu'on finira, avec les collègues des autres
provinces, à convaincre Ottawa d'abroger 43 du CCR, mais... à suivre.
• (12 h 10) •
Mme Garceau : À... à
suivre, exactement. Je voulais savoir, depuis le dépôt du rapport de la
commission Laurent, là, le 3 mai 2021, est-ce que la commission a intégré,
est-ce qu'il y a eu une mise en oeuvre des... de certaines recommandations?
Le Président (M. Provençal)
:Même si le temps est écoulé, je
voudrais avoir la réponse, s'il vous plaît.
Des voix : ...
M. Tessier (Philippe-André) :
Bien, oui, tout à fait. C'est sûr et certain que nous, on a intégré, on a
fait certaines recommandations, on continue. On travaille constamment avec les
différentes autorités pour bonifier, aussi, certains éléments qui ont été mis
de l'avant, l'intérêt de l'enfant, comment on l'évalue mieux, les outils
cliniques, on fait ces suivis-là, on est avec... justement, avec la directrice
nationale de la protection de la jeunesse, également, on a ces échanges-là pour
s'assurer que la mise en oeuvre de ces éléments-là sont faites.
Puis je fais juste vous dire, aussi, que
la commission, là, nous, là, nos augmentations de lésions de droits, on a
adopté des orientations en matière jeunesse, à la commission, qui sont
publiques, qui sont sur notre site Web. Ma collègue est en train de faire une
tournée de tous les districts judiciaires du Québec pour présenter ces
orientations-là pour qu'elles soient bien comprises par les intervenants
judiciaires parce que, justement... pour faire échec à l'incompréhension comme
quoi on n'intervient plus dans des dossiers jeunesse, ce qui est absolument
faux. C'est juste qu'on a un rôle. Lorsqu'on règle un dossier, bien, on
n'intervient plus, le dossier est réglé. Je n'amène pas un dossier réglé au
tribunal, ça serait une mauvaise utilisation des fonds publics. Mais ça, il a
fallu faire un tour de tout le Québec pour être bien sûr que tout le monde
comprenne bien, puis que les gens, les avocates en DPJ, lorsqu'elles voient des
situations de lésion, qu'elles nous les signalent, pour qu'on puisse les
regarder puis évaluer, à ce moment-là, au cas par cas, c'est quoi le rôle et
l'intervention qu'on peut faire.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Je vais céder
maintenant la parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup pour votre excellente présentation. Je viens à votre
recommandation 5 sur l'élaboration ou le rôle de conseil dans
l'élaboration des mesures prévues par loi ou par règlement. Puis je vous pose
la question, face à ce que vous soumettez, là, ou face à ce qu'on soumet
comme... comme nécessité de préserver l'indépendance dudit commissaire, je me
demande, puis j'aimerais ça vous entendre sur si son rôle ne serait pas plutôt
comme le vôtre aujourd'hui, ici, de venir présenter, une fois le texte élaboré,
vos recommandations puis vos <positions...
M. Cliche-Rivard :
...de
venir présenter, une fois le texte élaboré, vos recommandations puis vos >positions,
plutôt que de jouer un rôle en amont où, finalement, la perspective ou la
vision de l'indépendance pourraient être compromises si le commissaire
participe en amont à la rédaction ou à la proposition législative?
M. Tessier (Philippe-André) :
C'est une excellente question. Cela dit, l'indépendance, ça ne tient pas
qu'à une seule... il y a plusieurs éléments constitutifs de cette
indépendance-là : le processus de domination, les budgets, comment ça
fonctionne, et tout, et tout.
Nous, ce qu'on propose avec cet
élément-là, et puis c'est quelque chose qui est... qui est fait ailleurs puis
qu'on trouve extrêmement intéressant, puis c'est pour ça qu'on le présente dans
le projet, c'est le fait que, justement, comme cette commission... ce commissaire-là
va avoir un mandat préventif, bien, lorsqu'il est informé de différents suivis
de projets gouvernementaux, bien, il est capable de faire, là, un addenda, là,
puis de dire : Écoutez, woup! ici, impact sur les droits de l'enfant. Comme
l'OPHQ va le faire : Ah! impact personnes handicapées. Comme on peut le
faire, droit de l'environnement, woup! impact environnemental. Donc, l'idée,
là, c'est que lorsqu'il y a ces processus-là à l'intérieur de l'État, il y aient
ces notes-là, accrochées, pour dire : Attention, ici, impact droits de
l'enfant.
L'exemple que je peux vous donner, très
récent, notre collègue de Colombie-Britannique vient de sortir un rapport, la
défenseure... bon, l'équivalent de la commissaire, là, ils ont tous des noms
différents d'une province à l'autre, là, je vous le dis tout de suite, donc, en
Colombie-Britannique, ils ont regardé les affectations budgétaires, et ce
qu'ils ont réalisé, c'est qu'en gros, il y avait des budgets pour certains
droits... pour certains projets d'enfants qui n'avaient pas été utilisés pour
ça puis qui avaient été un peu détournés. Donc, ils se sont retrouvés à
attraper ça. Pourquoi? Parce qu'ils étaient à même de constater qu'est-ce qu'il
se passe.
M. Cliche-Rivard : Mais
moi, je voudrais seulement m'assurer, comme législateur, justement, ces
notes-là se rendent jusqu'à nous. Et c'est là où, dans le simple volet
d'élaboration, où ça, c'est peut-être une nuance que moi, je porte, ça serait
important que, pour nous, on sache ce qui a été recommandé ou les drapeaux
rouges qui ont été soulevés en amont pour qu'on puisse bien faire notre travail
jusqu'au... jusqu'au regard. Mais ça, c'est ma considération.
Je vous envoie sur une autre question.
Vous nous parlez d'un ministre responsable. Quel rôle vous voyez, actuellement?
Puis peut-être que la question ne se pose pas, mais on a un ministre
responsable de la Jeunesse. Est-ce que vous ne voyez pas là un lien, ou est-ce
que les rôles sont complètement différents?
M. Tessier (Philippe-André) :
Je veux juste bien dire, là : C'est la prérogative du premier ministre,
du Conseil des ministres de fixer puis d'établir, l'Exécutif, là, qui porte
quel chapeau.
M. Cliche-Rivard : Oui.
M. Tessier (Philippe-André) :
Maintenant, ce qu'on dit, nous, là, c'est que ça serait intéressant s'il y
a un commissaire à l'enfance à... qui vient ici produire aux parlementaires un
rapport annuel de l'état de l'enfance, qu'il y ait un répondant gouvernemental
pour l'ensemble. Maintenant, après ça, c'est une question d'orientation de
l'Exécutif, là.
M. Cliche-Rivard : OK, mais
là, sentez-vous...
M. Tessier (Philippe-André) :
Puis, évidemment, c'est les 0-18 ans. Le Secrétariat à la jeunesse, ce
n'est pas les 0-18, c'est les 18-35, tu sais, ça fait que...
M. Cliche-Rivard : OK.
M. Tessier (Philippe-André) :
Il y a aussi les «brackets» d'âges qui changent. Là, ce dont on parle ici,
c'est les 0-18 et les 18-25 pour les deux exceptions dont on a parlé. Là, il
n'y a pas ça, au Secrétariat à la jeunesse, présentement.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup pour votre présentation.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. On complète avec le député des
Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M.
le Président. Merci, Me Tessier, Arpin et Me... Montminy, c'est ça, et M. Blouin,
de votre mémoire fort intéressant, très costaud.
J'aime ça, aussi, la discussion qu'on a
tenue, parce qu'on a parlé d'indépendance. J'aime bien ça, l'indépendance du commissaire,
oui, mais on a aussi parlé du fait qu'une fois rendu à la Cour suprême, là, il
n'y avait plus d'autres solutions. Nous, on a une autre solution à l'article 1
de notre parti politique, mais c'est hors sujet pour l'instant.
Des voix : ...
M. Arseneau : Je voulais
vous dire, simplement, vous poser la question, j'ai l'impression que, parfois,
tu sais, la façon dont vous nous proposez des choses, pour le commun des
mortels, ça devrait aller de soi qu'on amende le projet de loi pour ajouter un
mécanisme de suivi. Tu sais, on se dirait : Mais il me semble que le commissaire
va faire un suivi sur ses recommandations. Pourquoi est-ce que c'est si
important de l'inscrire dans la loi?
M. Tessier (Philippe-André) :
Bien, c'est parce que pour nous, le contrôle parlementaire, c'est là qu'il s'exerce,
essentiellement. Puis, pourquoi on fait un... pourquoi il y a un suivi plus
spécifique? Bien...
M. Arseneau : Bien,
pourquoi le suivi, on le comprend. Mais pourquoi est-ce que c'est essentiel?
Sinon, vous pensez qu'on ne le ferait pas?
M. Tessier (Philippe-André) :
Non, c'est simplement, c'est que lorsque... dans ces mécanismes-là,
lorsqu'on fait des recommandations, puis que ces éléments-là sont portés à
l'attention, d'avoir des canaux, d'avoir un espace dédié de façon spécifique,
bien, ça permet une compréhension commune à la fois des membres l'Assemblée
nationale, du public, du commissaire, des institutions parlementaires. Et ce
que ça vient donner, ça vient donner, encore là, une robustesse au commissaire,
ça lui donne... Donc lui, il fait une recommandation, ce n'est pas juste lui
qui fait une recommandation, si elle n'est pas suivie, il le dénonce à
l'Assemblée.
M. Arseneau : Parfait.
C'est très intéressant. Vous avez parlé des études, puis des analyses qui sont
faites par vos... vis-à-vis des autres provinces. Si je comprends bien, c'est
le même genre d'organisme que vous, l'équivalent, là, de la commission, mais
eux, ils ont un <mandat...
M. Arseneau :
...c'est
le même genre d'organisme que vous, l'équivalent, là, de la commission, mais eux,
ils ont un >mandat qui s'apparente à celui qu'on va donner à la... au commissaire.
Est-ce que c'est ça qu'il faut comprendre?
M. Tessier (Philippe-André)T :
C'est une excellente question. Il y a 10 provinces, trois territoires,
il y a 13 modèles, OK? Je vais commencer par ça, OK? En gros, quand on
regarde...
M. Arseneau : Juste rapidement,
parce qu'on a juste une minute, pourquoi est-ce que notre modèle serait
meilleur que le leur si c'est...
M. Tessier (Philippe-André) :
Bien, parce qu'il correspond à la réalité québécoise, à l'écosystème
québécois. Au Québec, il y a une Chambre de la jeunesse, il y a une DNPJ, il y
a un PNE, il y a un écosystème qui n'existe pas en Ontario. Il faut... il ne
faut pas prendre les choses de façon désincarnée, il faut regarder, il faut
prendre les bons outils, les bons éléments, puis c'est ce qu'on pense qui a été
fait, puis on en fait quelque chose. Je vous le dis, juste là-dessus, je l'ai
présenté en novembre, PL n° 37, à mes collègues des autres provinces,
ils étaient tous enchantés. Vous pouvez les appeler, c'est ce qu'ils vont vous
dire. J'étais à Toronto avec elles et je leur ai expliqué un peu ce que je vous
ai expliqué ce matin, elles trouvent toutes que c'est un super modèle
intéressant, puis elles disent : Ah, bien, ce serait le fun qu'on ait ça
chez nous aussi.
M. Arseneau : Que le
Québec pave la voie, ça ne serait pas la première fois. Parfait. Maintenant,
dernière question, le ministre. Je comprends qu'il n'y aurait pas un ministre
en titre pour... pour le droit des enfants. Vous avez parlé de la famille, de
la santé et services sociaux, bon, avez-vous une... vous n'avez pas...
M. Tessier (Philippe-André) :
Je vais vous donner...
M. Arseneau : Vous
n'avez pas de préférence?
M. Tessier (Philippe-André) :
Ministre responsable des Aînés, ministre responsable des PNI, c'est ça, un
peu, le modèle qu'on propose. Mais, je le répète, après ça, qui en hérite? Ça,
c'est la prérogative du premier ministre puis de l'Exécutif, on respecte ça.
M. Arseneau : D'accord.
Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, je vous
remercie pour votre contribution, votre participation, et surtout pour la
qualité des échanges que nous avons eus ce matin.
Je suspends les travaux jusqu'après les
avis touchant les travaux des commissions, vers 15 h 15. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 19)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 17)
Le Président (M. Provençal)
:À l'ordre, s'il vous plaît! La
Commission de la santé et des services sociaux reprend ses travaux. Je demande
à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi no° 37, Loi sur
le commissaire au bien-être et aux droits des enfants.
Cet après-midi, nous entendrons les
témoins suivants :le Protecteur national de l'élève, le Collectif Petite
Enfance, M. Camil Bouchard et M. Dominique Goubau, le Protecteur du
citoyen et Mme Nancy Audet.
Nous allons débuter notre après-midi de
travail en recevant les représentants du Protecteur national de l'élève, Me Jean-François
Bernier et Me Simon Dupuis. Alors, je vous rappelle que vous avez 10 minutes
pour votre présentation, et, par la suite, on poursuivra avec les échanges. Je
vous cède immédiatement la parole, Me Bernier.
Protecteur national de l'élève
M. Bernier (Jean-François) :
Merci, M. le Président. M. le ministre, membres de la Commission de la
santé et des services sociaux, Mmes et MM. les députés, il me fait plaisir d'être
devant vous aujourd'hui afin de vous exposer les commentaires du Protecteur
national de l'élève sur le projet de loi no° 37. Je me nomme Jean-François
Bernier, Protecteur national de l'élève, et je suis accompagné, en mode virtuel,
par Me Simon Dupuis, conseiller juridique à notre institution. Je profite
d'ailleurs de cette tribune pour le remercier, ainsi que plusieurs autres
membres de notre jeune institution, de leur contribution en amont de ma
présence devant vous aujourd'hui.
Quelques mots sur la nouvelle institution
qu'est le Protecteur national de l'élève. En action depuis la dernière rentrée
scolaire, il est le nouvel ombudsman de l'éducation au Québec. Nous avons pour
mission de veiller au respect des droits des élèves et de leurs parents au
regard des services scolaires qui leur sont rendus. Nous sommes aussi un
contributeur clé de la protection des élèves en matière d'intimidation et de
violences, dont celles à caractère sexuel. Pour ce faire, les 17 protecteurs
régionaux de l'élève et les autres membres du personnel de l'institution sont
des acteurs de premier plan du nouveau mécanisme de traitement des plaintes et
des signalements en vigueur dans toutes les écoles du Québec. Les protecteurs
régionaux de l'élève, présents partout au Québec, traitent des plaintes et des
signalements concernant les élèves des établissements scolaires du primaire et
du secondaire, et ce, tant au public qu'au privé, ainsi que ceux fréquentant la
formation professionnelle et l'éducation aux adultes, en plus des enfants qui
reçoivent l'enseignement à la maison.
Puisqu'il a pour mission de veiller au
respect des droits des élèves du Québec, le Protecteur national de l'élève voit
d'un bon œil toute initiative ou avancée au bénéfice des enfants, et qui place
leurs intérêts au centre des préoccupations sociétales. Nous accueillons donc
favorablement le projet de loi no° 37 et la mise en place d'un commissaire
au bien-être et aux droits des enfants. Le Protecteur national de l'élève, je
le disais précédemment, est un tout nouvel acteur en matière de protection des
droits et de la sécurité des enfants. Ses responsabilités couvrent également
des personnes majeures dans le contexte particulier de leur parcours et de leur
environnement scolaire. Notre analyse et nos commentaires relatifs au projet de
loi no° 37 se consacreront à certains éléments spécifiques, sachant que d'autres
intervenants sauront également éclairer les membres de la Commission de la
santé et des services sociaux dans le cadre des présentes consultations.
• (15 h 20) •
Le mémoire que nous avons déposé à la
commission et mon allocution d'aujourd'hui proposent certaines bonifications au
projet de loi no° 37. Celles-ci visent essentiellement à s'assurer que le commissaire
soit en mesure de jouer le rôle que veut lui réserver le législateur, à savoir
celui d'une institution garante de la concertation parmi les acteurs étatiques
œuvrant auprès et pour l'intérêt des enfants du Québec, et de porte-voix de ces
derniers. Tout d'abord, le projet de loi no° 37 prévoit que le commissaire aura
pour fonction de promouvoir le bien-être et le respect des droits des enfants
et de veiller à la protection de leurs intérêts. Il se devra donc d'agir dans
une perspective, évidemment, de prévention au bénéfice des enfants, mais aussi
de concertation auprès des autres acteurs pertinents. Bien que le commissaire
ne traitera pas de plaintes et de signalements en milieu scolaire, comme le
fait le Protecteur national et ses protecteurs régionaux de l'élève, ses
fonctions peuvent évidemment l'amener à interagir avec notre institution.
La création d'un nouvel organisme comme
celui du Commissaire au bien-être et aux droits des enfants et le mandat qui
lui serait confié comportent inévitablement un risque de confusion des rôles
avec d'autres organismes publics oeuvrant auprès des enfants. Cette situation nécessite
dès lors un effort de clarification des responsabilités respectives de ces
différents organismes auprès de la population, auprès des enfants et de leurs
parents, tout particulièrement. Considérant les liens étroits et... entre le
mandat du nouveau commissaire et celui du Protecteur national de l'élève, il
nous apparaît conséquemment nécessaire de faire expressément référence à
celui-ci à l'article 6 du projet de loi. Une telle modification aurait l'avantage
de délimiter plus clairement le mandat du commissaire, de minimiser les risques
de confusion chez les citoyens et d'éviter tout chevauchement entre les
fonctions des deux organismes. Cette proposition favoriserait <également...
M. Bernier (Jean-François) :
...entre
les fonctions des deux organismes. Cette proposition favoriserait >également
le recours à l'institution spécialisée en éducation que constitue le Protecteur
national de l'élève, sans toutefois empêcher le nouveau commissaire de soutenir
et d'accompagner l'élève dans l'exercice de ses droits, conformément à
l'article 5, alinéa deux, paragraphe 5° du projet de loi. Le commissaire
pourrait, par exemple, accompagner un élève dans le cadre du dépôt d'une
plainte au Protecteur national de l'élève ou pendant l'enquête qui suivra. La
Loi sur le Protecteur national de l'élève prévoit d'ailleurs, à son article 30,
l'obligation des protecteurs régionaux de l'élève de prêter assistance à toute
personne qui le requiert pour la formulation de sa plainte ou pour toute démarche
qui s'y rapporte. En ce sens, ils doivent également informer les personnes qui
font appel à eux de leur droit d'être accompagnées de la personne de leur
choix. Cette personne pourrait avantageusement être le Commissaire au bien-être
et aux droits des enfants.
Compte tenu de ce qui précède, il est par
ailleurs essentiel qu'une collaboration entre le commissaire et le Protecteur
national de l'élève puisse être formalisée, dans un souci d'une meilleure
synergie d'intervention entre les deux institutions, et ce, dans le respect de
leurs champs de compétence respectifs. Considérant son engagement envers la
sécurité des élèves, la protection de leurs droits et l'amélioration continue
des services scolaires québécois, le Protecteur national de l'élève est tout à
fait disposé à contribuer à certains travaux du commissaire. Puisque le
Protecteur national de l'élève est aujourd'hui un acteur central en matière de
protection des élèves au Québec, nous sommes d'avis qu'il serait pertinent de
souligner, directement dans le projet de loi, l'importance et la nécessité de
la coopération entre le commissaire et nous. Pour ce faire, nous recommandons
de faire expressément référence au Protecteur national de l'élève à l'article 11
du projet de loi n° 37, qui porte déjà sur le devoir de coopération du commissaire
avec d'autres organismes.
En matière de consultation et de
participation des enfants, le Protecteur national de l'élève tient à souligner
l'importance qu'il accorde à l'article 5, alinéa deux, paragraphe 8°
du projet de loi. Celui-ci prévoit la mise en place d'un comité consultatif composé
d'enfants et de jeunes adultes afin d'obtenir leurs avis sur toute question
concernant une matière relevant des fonctions du nouveau Commissaire. Cette
disposition vient en effet placer les intérêts de l'enfant et le respect de son
droit à la participation à l'avant-plan. Elle vient réaffirmer l'engagement du
Québec d'être une société bienveillante pour ses enfants et d'être à leur
écoute. Elle contribue également au respect de leurs droits, et ce, en leur
permettant de prendre davantage part aux décisions qui les concernent,
conformément à la Convention relative aux droits de l'enfant, à laquelle le
Québec s'est déclaré lié en 1991. Cela dit, le Protecteur national de l'élève constate
que le projet de loi ne contient aucune précision sur la composition de ce
comité consultatif. Bien que favorables à la création du comité en soi, nous
sommes d'avis que sa pertinence, sa crédibilité et son efficacité dépendront de
la qualité de sa représentativité. Il nous apparaît donc important que la
composition du comité puisse refléter la grande diversité des enfants du
Québec, et que celle-ci soit définie directement dans le projet de loi n° 37.
En plus des enfants issus des Premières
Nations et Inuits, qui sont déjà considérés, nous pensons plus particulièrement
aux enfants en situation de handicap et à ceux qui sont issus de communautés
ethnoculturelles. Une représentation équitable des différentes régions du
Québec nous apparaîtrait également essentielle. Comme mentionné dans le rapport
de la commission Laurent, le commissaire doit porter la voix de tous les
enfants du Québec. À cet égard, on y affirmait que le futur commissaire devrait
porter une attention particulière aux enfants issus des groupes ayant plus de
difficulté à faire entendre leur voix et à faire valoir leurs droits. Ces
groupes sont, notamment, les enfants membres des Premières Nations et Inuits,
qui sont, d'emblée, pris en considération dans le projet de loi, mais aussi les
enfants en situation, une fois de plus, de handicap et ceux qui appartiennent à
des communautés ethnoculturelles. Le Protecteur national de l'élève constate
que, dans sa forme actuelle, le projet de loi n° 37 est muet à ce sujet.
Nous croyons donc, à l'instar de la commission Laurent, qu'une attention
particulière devrait être portée aux enfants en situation de handicap ainsi
qu'aux enfants issus de communautés ethnoculturelles.
Les plaintes traitées depuis moins de six
mois par les protecteurs régionaux de l'élève permettent déjà de confirmer
l'importance et la complexité des enjeux relatifs aux élèves handicapés ou en
difficulté d'adaptation et d'apprentissage, et à la nécessité que tous les
acteurs concernés contribuent à améliorer la situation. L'arrivée du commissaire
viendra ainsi donner un coup d'épaule à la roue important et essentiel. Le
Protecteur national de l'élève recommande donc d'ajouter au projet de loi
n° 37 une disposition qui exigerait que le commissaire porte une attention
particulière aux enfants en situation de handicap et ceux issus des communautés
ethnoculturelles.
En conclusion, nous tenons à remercier la
Commission de la santé et des services sociaux pour l'invitation de participer
aux consultations particulières concernant ce projet de loi. Bonifié tel que
suggéré dans notre mémoire, ce projet de loi serait susceptible d'atteindre
encore plus ses finalités, dont celles de renforcer la concertation entre les
organismes et les institutions publiques ayant l'intérêt et la protection des
enfants au coeur de leur mission, en plus de leur donner concrètement voix au
chapitre. Le Protecteur national de l'élève suivra évidemment avec un vif
intérêt la suite de vos travaux et <réitère...
M. Bernier (Jean-François) :
...la
suite de vos travaux et >réitère sa volonté de collaborer avec le futur commissaire,
au bénéfice premier des enfants du Québec. Je vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup pour votre
présentation, Me Bernier. Alors, M. le ministre, vous débutez la période
d'échange.
M. Carmant : Merci beaucoup,
Me Bernier. Effectivement, moi aussi... Merci, M. le Président, pour... de me
passer la parole.
Je pense que, d'entrée de jeu, comme vous
le dites, on a parlé du Protecteur du citoyen et des organismes publics, puis,
en lisant les mémoires, plusieurs veulent être nommés au cours de... dans ses
collaborateurs. Puis je suis tout à fait d'accord avec vous, là, que le
Protecteur national de l'élève doit être nommé. Un peu plus tard, on va
peut-être parler de la... directeur de la santé publique, également. Donc, tout
à fait d'accord avec ça. Mais la question que j'ai pour vous, c'est, en ce
moment, après vos... quand même, courte expérience, là, cinq, six mois, comment
vous voyez... comment vous vous voyez collaborer avec le commissaire, là, dans
l'environnement, là, de... que vous connaissez? À quoi on doit s'attendre?
M. Bernier (Jean-François) : Je
crois que l'apport du commissaire sera le regard global et horizontal qu'il
aura, je crois, sur les enfants, leur situation au Québec, le respect de leurs
droits. Beaucoup en prévention, beaucoup en amont, je dirais, de... par des
analyses, des études. Alors, on sera assurément, dans la mesure du respect de
nos obligations légales, évidemment, qui sont dans notre loi, très ouverts à
collaborer, à contribuer, à bonifier les réflexions du commissaire lorsqu'il
nous interpellera, là, sur un sujet ou un autre qu'il... dont il se saisirait.
Donc, on voit... on voit ça de façon très positive et on voit de façon, même...
On a très hâte de le voir arriver pour avoir, justement, ce regard un peu plus
global sur la situation des enfants au Québec.
M. Carmant : Super. Et, avec
votre expérience, qu'est-ce que... quels conseils vous nous donneriez ou
donneriez au commissaire pour... tu sais, un des enjeux qu'on va avoir, c'est
le faire connaître de la population, surtout des jeunes, des jeunes vulnérables
que vous mentionnez, aussi pour s'assurer que la représentation territoriale
est adéquate. J'ai compris, avec vos 17... vous êtes sur tous... dans toutes
les régions administratives, c'est bien ça?
• (15 h 30) •
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
notre territoire est découpé de façon un peu différente, même si le chiffre 17
nous ramène, effectivement, aux 17 régions administratives, on a 13 protecteurs
à temps plein et quatre à temps partiel. Donc, on a redivisé le Québec en 13 régions,
juste pour les fins de vous préciser ça.
Mais comment se faire connaître des
enfants et de leurs parents? Je pense que, déjà, dans la loi, le fait qu'on a
l'intention de créer un comité consultatif sur lequel siégeraient des enfants,
d'où la recommandation qu'il soit le plus représentatif possible de tout ce
qu'il y a au Québec comme réalités... Mais il n'y a pas de secret, hein, pour
la notoriété, mais, effectivement, on a une courte expérience de six mois, en
ce qui concerne le Protecteur national de l'élève, mais, honnêtement, c'est les
efforts individuels et personnels de la personne qui incarnera, qui sera commissaire,
d'être présent, d'aller vers les gens, d'aller faire des présentations en
webinaires, et autres. Le terrain, le terrain, le terrain, encore le terrain.
On peut faire des publicités ou des campagnes de promotion, comme on le fait,
d'ailleurs, actuellement, on est dans une période de quatre semaines où on ferait...
on fait une campagne de promotion plus générale, mais il n'y a rien qui
remplace, honnêtement, puis par mes expériences passées, il n'y a rien qui
remplace le contact direct avec les gens. C'est beaucoup d'efforts, mais le commissaire
et les membres de son équipe pourront assurément mettre l'épaule à la roue, là
aussi, pour contribuer à leur notoriété, là.
M. Carmant : Parfait. Et les
ex-commissaires nous ont aussi mentionné cette... ce souci par rapport aux
populations vulnérables. Vous avez mentionné les personnes en situation de
handicap, les communautés ethnoculturelles. Nous, on est toujours un peu
hésitants, là, à faire des listes de personnes vulnérables. Nous, notre
approche, c'était peut-être, après avoir entendu puis avoir lu les mémoires...
serait de mettre un groupe, inclure les enfants vulnérables, peut-être laisser
le commissaire... un peu de latitude, mais vous, est-ce qu'il y avait une
raison particulière pourquoi vous cibliez ces deux groupes-là en particulier,
que vous aimeriez nous partager?
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
c'est que, traditionnellement, ce qu'on remarque, c'est que c'est... leur voix
est moins présente, pour différentes raisons, et que le fait d'aller les... les
inclure d'emblée dans un comité de cette nature-là, pour moi, ça... pour nous,
comme gouvernement et comme... et comme société, ça nous permet de les inclure
immédiatement et de ne pas... d'avoir le pouls, immédiatement, de leur part.
Mais, effectivement, c'est... j'ai entendu Mme Laurent aussi, ce matin,
préciser que, peut-être, laisser la... le soin au commissaire, c'est une avenue
qui est très défendable aussi, par ailleurs, mais sachant que ces personnes,
ces enfants, historiquement et traditionnellement, sont moins <entendus...
>
15 h 30 (version révisée)
< M. Bernier (Jean-François) : ...historiquement et traditionnellement, sont moins >entendus, et,
même à notre niveau, aller rejoindre les enfants ou les élèves des communautés
ethnoculturelles, c'est difficile. Alors, on a... on sait qu'on a un effort...
on a à doubler nos efforts, redoubler nos efforts pour aller les rejoindre.
M. Carmant : Parfait. Est-ce
que vous voyez des risques ou avez-vous des inquiétudes quant au chevauchement
des rôles, dédoublement de rôles ou... Tu sais, on essaie vraiment de bien
tracer le... le territoire ou le rôle de notre commissaire, là, puis on
aimerait l'avoir un peu, comme vous dites, là, central. Mais, tu sais,
comment... comment on peut s'assurer que... qu'il joue bien son rôle sans
dédoubler le rôle des autres?
M. Bernier (Jean-François) : Moi,
je pense, le volet concertation, qui est déjà présent dans la loi puis qu'on
propose de renforcer, pour s'assurer que chaque acteur qui est directement
concerné, nous, la Commission des droits des personnes et de la jeunesse, etc.,
sachons tous quel rôle nous avons à jouer. Nous, la compréhension, c'est que le
commissaire chapeaute ou... comme je l'ai dit d'entrée de jeu, une vision
horizontale. Et ça, c'est intéressant parce que je crois qu'on ne l'a pas, cette
vision horizontale là, actuellement. Par contre, les acteurs qui vont venir
devant vous, qui sont déjà passés ce matin ou qui vont venir devant vous et qui
sont potentiellement plus directement concernés par l'arrivée du commissaire,
je pense, ils sont tous à la... au même endroit. On ne voit pas son arrivée, du
commissaire, avec crainte, au contraire, mais on pense que c'est important que
les... que les balises et les... je vous dirais, les carrés de sable
respectifs, là, soient très clairs, autant pour les institutions concernées,
mais encore plus pour la population. Et là, ce sera un travail de notoriété et
de bien faire connaître, là, le rôle qu'il a à jouer, mais le rôle de
prévention, le rôle de concertation, le rôle de la voix des enfants. C'est ce
que je trouve intéressant dans ce projet de loi là, c'est vraiment la voix des
enfants.
M. Carmant : Parfait. Est-ce
que je peux passer la parole à la députée de Laporte?
Le Président (M. Provençal)
:Oui. Mme la députée.
Mme Poulet : Oui. Merci, M.
le Président. Merci beaucoup. Merci à vous deux d'être présents.
J'aurais une question : Selon vous,
qu'est-ce qui manque dans le projet de loi, selon votre expérience? Où qu'on
pourrait aller encore plus loin? Vous parlez de prévention, concertation. Vous
allez être en collaboration avec la commission. On peut-tu aller encore plus
loin, vous pensez?
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
hormis ce qui... ce qui vous est recommandé ou proposé dans le mémoire, on n'a
pas de truc très précis. Par prudence, je vous dirais, par expérience
personnelle des derniers... des derniers mois, rien ne vaut la réalité, le
concret, les constats qu'on peut faire d'un rôle que, là, on le voit sur
papier, qui est conceptuel, qu'on imagine, qu'on voit bien, qu'on se projette
dans ce rôle-là. Mais tant et aussi longtemps qu'il n'aura pas concrètement
établi son... ses paramètres, ses balises, son champ d'intervention versus
celui des autres acteurs, c'est difficile d'aller un peu plus loin que ce
que... ce qu'on vous a identifié dans le mémoire.
Mme Poulet : OK. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Allez-y, M. le ministre.
M. Carmant : On va aller dans
le détail puisque je pense qu'on a fait le tour des recommandations. Vous
parlez que l'un de vos rôles, c'est de recevoir, de traiter les plaintes et les
signalements d'actes de violence à caractère sexuel survenant dans le réseau
scolaire. Là, je vois potentiellement, là, un chevauchement avec la Protection
de la jeunesse, avec justement, le commissaire. Comment... quel est votre rôle
également dans... précisément, là, puis comment vous interagissez, j'imagine,
avec la Protection de la jeunesse dans ces situations-là?
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
cet enjeu de chevauchement potentiel et même de l'arrivée d'un nouveau joueur
comme était le Protecteur national de l'élève, il y a quelques mois à peine, et
ce que sera les défis... ce que seront les défis du commissaire lorsqu'il
commencera à mettre en œuvre différents éléments de la loi, c'est justement
comment les autres acteurs voient l'arrivée d'un nouvel acteur.
Dans notre cas à nous, effectivement, la
DPJ a... on a eu des échanges avec la DPJ en amont, s'assurant notamment du
concept de signalement qu'il y a dans notre loi en matière de violence à
caractère sexuel. Donc, toute personne, peu importe qui elle est, peut faire un
signalement en matière de violence à caractère sexuel. Donc, le mot signalement
pour la DPJ, ça a un sens aussi. Mais on s'est assuré de... de s'asseoir avec
les gens de la DPJ, de convenir de... de bien définir ce qu'était notre propre
carré de sable, et on a eu cet enjeu-là de le définir, pour être sûr qu'on ne jouait
pas le rôle de la DPJ, qu'on n'a pas à jouer, qu'on ne voulait... qu'on n'avait
pas à jouer le rôle de la police dans les situations de violence à caractère
sexuel. Nous ne sommes pas les services de police, et on ne veut pas l'être non
plus. Mais comment on pouvait, donc, intervenir pour être une plus-value pour
les victimes. Et on a... on a, je pense, trouvé la voie de passage.
Alors, on est vraiment l'interface qui
reçoit, le cas échéant, des plaintes de victimes ou de signalements en matière
de violence à caractère sexuel et qui intervenons immédiatement auprès de la victime
pour la sécuriser dans ce qu'elle vit actuellement, de faire le signalement à
la DPJ, on devient un signaleur à la DPJ, le signalant à la DPJ nous-mêmes. Immédiatement,
quand l'école ne l'a pas déjà fait, nous on le fait, mais, s'il y a déjà eu un
signalement, on ne prend pas de <chance...
M. Bernier (Jean-François) :
...de
faire le signalement à la DPJ, on devient un signaleur à la DPJ, le signalant à
la DPJ nous-mêmes. Immédiatement, quand l'école ne l'a pas déjà fait, nous on
le fait, mais s'il y a déjà eu un signalement, on ne prend pas de >chance,
on le fait également pour être sûr qu'on respecte les obligations de la LPJ. Et
ensuite on sécurise, donc, la victime dans tout ça, on lui annonce qu'est-ce
qui s'en vient à l'égard de la DPJ, à l'égard des services policiers, le cas
échéant. Et ensuite, nous, on s'assure que l'école gère bien la situation à
très court terme, comment on gère la situation de l'auteur allégué de l'acte et
la victime. Et ensuite, une fois qu'on a... on s'assure de ça, on agit en
prévention. Ça veut dire qu'on analyse le plan de lutte contre l'intimidation
et la violence, qui comporte depuis l'automne dernier un volet, une section
dédiée aux violences à caractère sexuel, entre autres choses, pour s'assurer
qu'il y en a un, qu'il est optimal et, au cas échéant, faire des
recommandations pour l'améliorer, dans un... dans une approche de prévention,
pour s'assurer qu'un événement comme celui-là, dans la mesure du possible, ne
se reproduise plus jamais dans cette école. Et on fera ça dans chacune des
écoles pour lesquelles on devra intervenir et plus globalement dans nos
rapports annuels d'activité, etc. On verra. Mais on est... on est dans cette
perspective-là.
Donc, quand on a expliqué ça à la DPJ et
aux services policiers, déjà, on a eu un... pas un soulagement, mais je dirais
une assurance qu'on était... on était complémentaire à leurs actions et non pas
en chevauchement.
M. Carmant : Parfait. Il y a
plusieurs intervenants ce matin qui nous ont mentionné que, oui, il faut être
le porte-voix des enfants mais également, dans certaines situations, surtout
pour nos plus jeunes enfants, des familles ou des parents, également. Est-ce
que vous avez le même mécanisme? Ou comment vous... les enfants ou les familles
ont accès à vos services?
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
pour les plaintes... quand on considère un plaignant, c'est le... l'élève ou
ses parents, donc l'un ou l'autre.
M. Carmant : OK. Ça, c'est
clair.
M. Bernier (Jean-François) : Les
mineurs peuvent faire une plainte. Donc, c'est... auparavant, c'était interdit.
Maintenant, ils peuvent le faire. Évidemment, un enfant de 12 ans qui
porte plainte, on va lui dire qu'on va en informer ses parents. Donc, il faut
que les parents soient dans le coup, évidemment. À partir de 14 ans, il y
a une zone plus de discrétion, évidemment, du consentement parental là-dedans...
Donc, les parents, comme les élèves peuvent faire des plaintes, des parents ou
d'autres élèves... d'autres parents ou d'autres élèves peuvent également faire
un signalement en matière de violence à caractère sexuel, donc, un parent ou un
enfant qui voit quelque... qui est témoin de quelque chose à l'égard d'un autre
élève peuvent signaler la situation à notre endroit. Donc, c'est parents et
élèves, essentiellement.
M. Carmant : M. le Président,
je passerais...
Le Président (M. Provençal)
:Je céderais la parole à la députée de
Laporte.
• (15 h 40) •
Mme Poulet : Oui, merci, M.
le Président. J'aurais une question. Un précédent groupe mentionnait qu'il
manquait des balises juridiques, qu'il devrait y avoir des mesures
d'accréditation pour les avocats qui sont auprès... qui sont... qui sont là
pour aider nos jeunes. J'aimerais vous entendre à cet effet-là. C'est quoi
votre opinion?
M. Bernier (Jean-François) : J'aurais...
Avant de tenter une réponse, si j'en tente une, j'aimerais savoir quelle est...
quelle était la finalité derrière ce besoin-là ou cette recommandation d'avoir
une accréditation?
Mme Poulet : C'était de bien
assurer un service, un soutien auprès des jeunes. Alors, une mesure d'accréditation,
une formation des avocats.
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
tu sais, on ne peut pas être contre des avancées de cette nature-là aussi.
Est-ce que ça prendrait une accréditation formelle comme un médiateur ou des
choses comme ça? Je laisse le soin aux législateurs. Je pense qu'il y a au
Québec, je pense, beaucoup d'avocats qui se sont développés cette expertise au
fil des ans à l'égard des enfants. Je pense à ceux qui interviennent en matière
de protection de la jeunesse, etc. Mais qu'une formation générale du Barreau ou
une accréditation accordée par le commissaire... il doit y avoir des enjeux
aussi de... je vous dirais, de plein... pleine capacité d'oeuvrer en qualité
d'avocats, là, et il faudra voir. Mais je n'ai pas d'idée arrêtée là-dessus,
là, pour être honnête.
Mme Poulet : OK. Bon. Je ne
voulais pas vous lancer une colle. Je voulais juste avoir votre opinion sur...
M. Bernier (Jean-François) : Non,
non. Mais j'ai essayé d'en... vous donner un début d'opinion.
Mme Poulet : ...les balises
juridiques, là, comme quoi qu'il y aurait une petite carence, une... un manque
à... à cet effet-là.
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
probablement que les gens...
Mme Poulet : Je voulais avoir
votre opinion.
M. Bernier (Jean-François) : OK,
OK.
Mme Poulet : D'accord. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:M. le ministre.
M. Carmant : Oui. Là encore,
on va élargir, là, les demandes. Mais on a parlé de votre interaction avec le
futur commissaire. Maintenant, vous, quand vous êtes arrivé sur la scène,
avez-vous eu des interactions, par exemple, avec le Protecteur du citoyen?
Comment ça s'est déroulé? Il va... il va venir nous rencontrer tout à l'heure,
mais j'aimerais avoir votre version aussi auparavant.
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
rapidement, donc, suite à mon... à ma nomination en août 2022, donc, j'ai eu
presque une année pour mettre en place tout ce qu'il y avait à mettre en place
pour être prêt à recevoir des plaintes à l'automne 2023. Alors, pendant
cette période, évidemment, beaucoup de démarches et d'efforts ont été faits
pour aller à la rencontre des autres. Essentiellement, les acteurs du réseau
sont en colère, et ils sont très nombreux — associations de parents,
d'élèves, de gestionnaires, etc. — mais évidemment, d'autres acteurs
qui étaient amenés à <potentiellement...
M. Bernier (Jean-François) :
...colère,
et ils sont très nombreux
— associations de parents, d'élèves,
de gestionnaires, etc.
— mais évidemment, d'autres acteurs qui
étaient amenés à >potentiellement ou concrètement œuvrer dans les mêmes
paramètres que nous. Le Protecteur du citoyen en est évidemment un, le protecteur
ayant compétence sur le ministère de l'Éducation et non sur son réseau, d'où
notre arrivée et notre création. Donc, on vient compléter un peu ce volet-là — le
protecteur sur le ministère, nous, sur le réseau. Évidemment, la commission des
droits de la personne et de la jeunesse, qui... dans notre loi... notre loi a
modifié la Charte des droits et libertés à 75.1 pour préciser que toute
plainte, en matière de discrimination, est transférée à la commission des
droits, sauf si le plaignant s'y oppose. C'est la même disposition qui
s'applique au Protecteur du citoyen, par ailleurs, à cet égard. Donc, les deux,
M. le président de la commission et M. le Protecteur du citoyen, ont été
contactés par moi pour, justement, se présenter, bien expliquer notre... notre
champ... notre rayon d'action. Donc, c'est des acteurs parmi d'autres. La
représentation nationale des centres jeunesse, des... de la direction de la
protection de la jeunesse également, là. Je reconnais des gens autour de la
table à qui j'ai parlé dans les derniers mois à cet effet.
Le Président (M. Provençal)
:Nous allons poursuivre avec Mme la
députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup,
M. le Président. Bonjour, Me Bernier. Je voulais vous poser des questions
concernant la question des plaintes, parce que vous avez mentionné, ça fait six
mois. Et, à la page cinq de votre rapport, vous parlez des plaintes
traitées depuis moins de six mois par les protecteurs régionaux de l'élève,
elles «permettent déjà de confirmer l'importance et la complexité des enjeux
relatifs aux élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou
d'apprentissage, et la nécessité que tous les acteurs concernés contribuent à
l'amélioration de la situation.» Est-ce que vous pourriez peut-être nous donner
des détails concernant les plaintes?
M. Bernier (Jean-François) : Évidemment,
vous comprendrez, je vais... je vais rester de façon générale dans le portrait.
Mme Garceau : Ou un sommaire?
M. Bernier (Jean-François) : Les
enjeux à cet égard-là, on a... on tourne autour d'au moins 10 % à
15 % de nos plaintes jusqu'à maintenant qui concernent, là, de façon
directe ou indirecte les enjeux d'enfants qui rentrent dans cette catégorie,
avec des besoins particuliers. On a, par exemple, des enjeux d'inclusion
scolaire, donc le fait qu'on les place dans une classe spécialisée ou non, les
enjeux de plan d'intervention qui, aux yeux des parents, ne sont pas optimaux
ou complets, ou qui ne sont pas... qui ne sont pas en adéquation avec les
besoins de leurs enfants. Ça peut aller, dans certaines circonstances, à ce que
vivent ces enfants en matière d'intimidation potentiellement à l'école. Donc,
ça... essentiellement, ça tourne vraiment autour de la... de la façon dont
l'école est en mesure ou pas, dans certaines circonstances, de répondre à des
besoins parfois très particuliers.
On connaît tous les enjeux de ressources
humaines dans le réseau aussi. Donc, on a cette crise-là qui est aussi là, qui
est présente, on ne peut pas en faire abstraction. Mais on est à la recherche
de solutions, hein, dans nos interventions, quand on juge que la plainte est
fondée et qu'on en arrive à cette conclusion-là, on fait des recommandations et
on est un acteur de... on est un acteur, un vecteur de solutions. On essaie de
trouver des solutions, quitte à même en proposer parfois, ça demeure une
recommandation, mais on va jusqu'à dire : Bien, ça, on pourrait envisager
telle chose ou telle chose, là, pour cet enfant. Des fois, c'est des bris de scolarisation
aussi, là, rattachés à ces enfants, parce que... difficulté à les gérer au
quotidien, l'impact sur les autres élèves, ces gens... ces élèves-là, parfois, sont
suspendus ou renvoyés à la maison de façon temporaire. Mais des fois, le
temporaire devient un peu permanent. Alors, on intervient pour s'assurer qu'il
y a moins... qu'il y a le moins possible de bris de scolarisation. C'est des
exemples en matière d'enfants EHDAA.
Mme Garceau : OK. Et vous
avez mentionné... parce que nous connaissons, là, en termes de l'augmentation
de la violence dans nos écoles, que ce soit violence physique, à caractère
sexuel... Donc, quel est le pourcentage de plaintes liées à ces cas-là?
M. Bernier (Jean-François) : Je...
je vais... je vais être prudent dans mon estimation, mais ça tourne, de mémoire,
autour à peu près de ces mêmes chiffres-là, on est entre 10 % et 15 %
de... On me confirme que c'est pas mal ça, 15 %, effectivement. Donc,
j'étais... j'étais pas mal là, là. Donc, ça tourne... matière d'intimidation,
mais parfois l'école va catégoriser ça comme de l'intimidation. Nous, en
intervenant, on... parfois, ça peut arriver, c'est assez rare, mais qu'on peut
réaliser que, oh! on ne qualifie pas ça d'intimidation ou de violence, mais
d'un... d'un acte à... de violence à caractère sexuel, puis ça, le spectre, à
notre <définition...
M. Bernier (Jean-François) :
...le
spectre, à notre >définition qu'on donne, est large de la violence à
caractère sexuel, pour justement s'assurer de ne rien échapper comme situation.
Mais, en intimidation, ça tourne autour de 15 %.
Mme Garceau : OK. Donc,
jusqu'à ce jour, en termes de signalement à la DPJ que vous avez dû faire,
compte tenu de la nature de la... de la plainte, on parle de violence à
caractère sexuel, est-ce qu'il y a d'autres cas, d'autres plaintes d'une autre
nature qui ont été signalés à la DPJ?
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
toutes les situations qui amènent à un signalement en vertu des articles 38
et suivants de la LPJ, nos protecteurs régionaux sont très... ils ont été
formés à cet égard, sont très sensibles à la situation. Même notre équipe, qui
accueille les téléphones et les formulaires de plainte, etc., sont... ont été
formés aussi. Donc, toutes les situations prévues à la Loi sur la protection de
la jeunesse, c'est des situations où on va faire un signalement. Là, en matière
de violence à caractère sexuel, j'ai déjà... je me suis déjà... j'ai déjà
partagé, la semaine dernière devant une autre commission parlementaire, que ça
tourne autour de 14 % du total de nos plaintes qui sont des plaintes de...
en matière de violence à caractère sexuel. Donc, on peut déjà d'emblée dire,
dans l'intimidation, violence, dès que la... la sécurité de l'enfant peut être
mise en jeu, on n'hésite pas, on signale, on... C'est le rôle de la DPJ de
juger si le signalement doit être retenu ou pas, mais on ne prend aucune
chance, même si on est les troisièmes à signaler la situation, on va le faire
quand même.
Mme Garceau : Et donc, de
votre part, en tant que protecteur, est-ce que — ou les protecteurs
régionaux — il y a un suivi qui est fait suite au dépôt de...
évidemment, au signalement, et tout ça? Comment est-ce que ça fonctionne?
M. Bernier (Jean-François) : C'est
là où on a... on a évolué dans nos échanges aussi avec la direction de la
protection de la jeunesse. Évidemment, ils ont la confidentialité de leurs
dossiers. En même temps, j'ai expliqué, à une question de M. le ministre, un
peu notre rôle en matière de violence à caractère sexuel, qui est vraiment de
s'assurer que l'école gère adéquatement la situation mais également qu'on veut
jouer ce rôle-là de transparence ou de rétroactivité maximale auprès de la
victime, ce qui était un manque, là, que bien des groupes de jeunes ont
dénoncé, qu'une fois que la victime signale ou dénonce une situation, elle est
dans la noirceur totale et on ne lui revient pas. Nous, on veut être capable de
jouer ce rôle-là de... pas d'aller dans le détail, de dire : Oh! la police
enquête, ils ont rencontré tel témoin, ou que la DPJ va faire telle chose,
telle chose. On ne veut... Ce n'est pas à nous à dire ça, la DPJ va faire...
mais de lui dire : Bien, voici où en est le processus en général, suite à
ta... à ta plainte ou à votre signalement, surtout les plaignants, dans ce
cas-ci, voici, toi, la victime, où en est le processus. Donc, c'est pour ça
qu'on est en échange constant avec la DPJ, avec le central de la DPJ, pour
s'assurer de... qu'on explique bien notre rôle.
Puis qu'est-ce qu'on a besoin d'avoir,
comme information, ce n'est pas le détail de l'intervention de la DPJ, mais où
ils en sont, pour qu'on puisse être en mesure de rassurer la victime puis de
rétroagir minimalement avec des informations qu'on est en mesure de lui donner.
• (15 h 50) •
Mme Garceau : Et, en termes de...
le rôle du commissaire, une fois la nomination... est-ce que vous voyez un rôle
que le commissaire va pouvoir jouer spécifiquement concernant ces dossiers
lorsqu'il y a un signalement à la Protection de la jeunesse?
M. Bernier (Jean-François) : C'est
là, l'enjeu, d'éviter les chevauchements, là. Je pense que la DPJ a développé,
au fil de ses nombreuses années d'expertise, un champ qu'elle est la mieux
placée puis un rôle qu'elle est la mieux placée à jouer. Le Protecteur national
de l'élève, déjà, avec les 400 et plus plaintes et signalements traités en
moins de six mois, on va rapidement développer une expertise fine dans notre
champ d'intervention.
Moi, comme je le répète, je pense que la
plus-value d'une institution comme celle du commissaire, ça va être d'être...
justement d'être... d'aller... être capable d'aller voir ce que fait le Protecteur
national de l'élève, ce que fait et quel impact a la commission des droits,
quel impact a tel autre acteur, puis d'avoir cette vision globale là, puis
d'aller voir ces acteurs-là puis qu'on puisse être des... l'alimenter dans ses
réflexions, peut-être, ses analyses qui sont... qui seront horizontales,
justement, là, sur une situation très particulière d'un enfant, mais qui aura,
au cours de sa vie ou de sa vie d'enfant, peut-être eu à faire affaire avec le
protecteur national ou avec la direction de la protection de la jeunesse, etc.
Mme Garceau : OK. Parce
qu'évidemment une des... dans le rapport de la commission Laurent, on parle
beaucoup de veiller, de respecter les droits des enfants, et donc, en termes de
représentation des enfants, pour assurer cette... le respect de leurs droits et
d'assurer qu'ils ont une voix dans tout ce processus-là, parce que <souvent...
Mme Garceau :
...leurs
droits et d'assurer qu'ils ont une voix dans tout ce processus-là, parce que >souvent...
et on le connaît, que les voix des enfants ne sont pas entendues. Quel rôle est-ce
que vous jouez à cet égard? Et est-ce que le commissaire n'a pas un rôle à
jouer également, ou en amont, ou... Je voulais juste vous entendre à ce sujet.
M. Bernier (Jean-François) : Notre
compréhension de la volonté du législateur derrière ce projet de loi, c'est de
s'assurer, justement, et je pense que le président de la Commission des droits
de la personne l'a un peu relaté ce matin, de jouer un rôle qui est actuellement
absent dans notre société, qui est ce rôle-là, je le répète, de chapeauter, je
vous dirais, d'autres acteurs qui, eux, sont plus proches du terrain au
quotidien, dont nous — on ne peut pas être plus proche du terrain que
ça, là, dans le cadre de nos plaintes, qu'on soit d'une école ou d'une autre, à
chaque jour depuis qu'on est en poste.
Donc, on a ce pouls-là que le commissaire
n'aura pas ou pourra avoir par l'intermédiaire d'enfants qui pourront faire
appel à lui ou avec qui il aura des interactions. Mais nous, on sera en mesure
de dire : Bien, voici, par rapport à une telle... à telle problématique,
l'intimidation en milieu scolaire, les violences à caractère sexuel en milieu
scolaire, bien, on va pouvoir lui donner le pouls de ce que nous, on voit à
travers nos plaintes et nos signalements. Je pense que ça, il ne pourra pas
l'avoir parce qu'il ne fera pas de traitement de plainte. Son rôle est à un
autre niveau. Et je pense que son enjeu va être — son principal
enjeu, pour moi — celui de la concertation puis avoir cette vision
d'ensemble là.
Mme Garceau : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. Je vais maintenant céder la
parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup pour l'excellente présentation. D'abord, vous parlez d'entente-cadre
ou, en tout cas, d'entente avec la DPJ. J'aimerais savoir, c'est... c'est-tu
disponible, c'est-tu public? Est-ce qu'on peut le voir...
M. Bernier (Jean-François) : Il
n'y a pas d'entente...
M. Cliche-Rivard : Il n'y a
pas d'entente? OK.
M. Bernier (Jean-François) : Il
n'y a pas d'entente, c'est des... c'est des échanges qu'on... qu'on a avec...
Puis là on a mis... on a formalisé un peu une petite table d'échange, là, pour
s'assurer s'il y avait, en cours de route, des... dans une région ou une autre,
des enjeux. Moi, ce que j'ai comme échos des protecteurs régionaux de l'élève
partout au Québec, c'est qu'actuellement, la collaboration est extraordinaire
avec les DPJ régionales, que c'est fluide, puis ça nous permet de faire nos
enquêtes pleinement et d'être en mesure de rétroagir auprès des victimes dans des
cas de situations de violence à caractère sexuel pour leur donner un maximum
d'informations.
M. Cliche-Rivard : Parfait. Donc,
on pourrait venir un peu plus tard dans l'exercice... peut-être à le mettre par
écrit. Mais là, pour l'instant, vous êtes en table de discussion.
M. Bernier (Jean-François) : Exact.
M. Cliche-Rivard : Je vous
ramène à votre mémoire. Il y a des propositions d'amendement sur l'article 6
et sur l'article 11. J'aimerais que vous m'expliquiez comment vous
comprenez bien la distinction, là, entre, finalement, «le commissaire exerce
ses fonctions en respectant ses responsabilités», puis là vous voulez ajouter
aussi les responsabilités, finalement, du protecteur de l'élève. Mais votre
autre recommandation aussi, à l'article 11, d'ajouter une obligation de
coopération aussi avec le protecteur... Bref, de nous expliquer la nuance entre
6 et 11, ce serait utile.
M. Bernier (Jean-François) : ...ça
met la table sur la compétence, elle-même, du commissaire, donc, le fait qu'on
ait déjà inscrit à l'article 6 la commission des droits et... et la...
ainsi que la... bien, le rôle de la commission des droits en... pour venir
préciser directement, dans la loi, le champ d'action, le rayon d'action de la
commission et du commissaire. On juge qu'à cause de la nature de ce qu'on fait
comme mandat et comme mission depuis les derniers mois, d'être... les élèves,
c'est... les enfants, c'est... c'est nos... c'est les gens dont on prend soin
dans... au quotidien dans le traitement des plaintes, bien, qu'on le précise
dans la loi aussi, qu'il y a... que le lecteur... qu'on sache d'emblée qu'il y
a... qu'il y a trois grands acteurs. Les voici, ils sont inscrits à l'article 6.
Par ailleurs, l'article 11, c'est cette obligation-là, à quelque part,
de... qu'on donne au commissaire, qu'on demande au commissaire, de se concerter
avec d'autres. Alors, on a mis le Protecteur du citoyen, on a mis la commission
des droits, puis je pense qu'à cause de ce que je viens de vous exprimer, au
niveau de notre rôle à l'égard des enfants, bien, ça va de soi pour nous, que
le protecteur national soit ajouté.
M. Cliche-Rivard : Dans les
deux. Est-ce que le commissaire pourrait venir à enquêter ou faire des
recommandations, finalement, sur la manière dont vous exercez votre travail?
Est-ce que c'est possible, ça, de...
M. Bernier (Jean-François) : Je
ne pense pas que la loi va dans ce sens-là. Par ailleurs, je vous... je vous
informe que le Protecteur du citoyen a compétence sur mon organisation. Donc,
c'est lui, je suis un organisme public assujetti à la compétence du Protecteur
du citoyen. Ça fait que, s'il y en a un qui peut venir intervenir à ce
niveau-là, ça serait plus le Protecteur du citoyen.
M. Cliche-Rivard : OK. Donc,
ça ne serait pas au protecteur, ici... au commissaire de dire : Je pense
que ce serait... Il y a des enjeux, mettons, systémiques sur comment le protecteur
de l'élève traite les plaintes, par exemple...
M. Bernier (Jean-François) : Non.
M. Cliche-Rivard : Ce ne
serait pas à lui de faire ça?
M. Bernier (Jean-François) : Ce
ne serait pas lui.
M. Cliche-Rivard : Parfait,
c'est très clair. Et donc, est-ce qu'il pourrait avoir une clause de
dédoublement, où, finalement... Moi, j'ai peur, quand c'est la... le problème
de tout le monde. Des fois, ça peut devenir le problème de personne. Et est-ce
qu'il ne faudrait pas prévoir que le commissaire, en finalité, si personne
d'autre n'est compétent, c'est lui qui est compétent?
Le Président (M. Provençal)
:Une réponse rapide s'il vous plaît.
M. Bernier (Jean-François) :
La façon que le législateur a pensé le projet de loi, je ne pense pas que c'est
ça qu'il a eu en <tête...
M. Bernier
(Jean-François) :
...la façon que le législateur a pensé le
projet de loi, je ne pense pas que c'est ça qu'il a eu en >tête quand...
en instaurant le commissaire. Je... mais je pense que jusqu'à maintenant, les
acteurs qui sont là, avec l'ajout du Protecteur national de l'élève, je pense
que...
M. Cliche-Rivard : On couvre
tout le monde.
M. Bernier (Jean-François) :
...en tout cas, je pense qu'on a eu des avancées, plus d'autres dispositions,
là, qui ont été intégrées dans les lois récemment.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M.
le Président. Merci pour votre présentation. Je pense que les recommandations
que vous faites sont... sont très claires.
J'ai aussi une préoccupation, là,
concernant les chevauchements possibles, les dédoublements, voire de s'assurer
que tout le monde comprenne véritablement quel rôle doit jouer le commissaire
par rapport aux autres instances, dont la vôtre. Puis d'ailleurs vous l'évoquez
à la page 2... je trouve intéressant... de votre mémoire, vous parlez des
responsabilités à bien... à bien clarifier, particulièrement auprès de la
population, des enfants, les parents. Moi, je pense que c'est le nerf de la
guerre aussi. À un moment donné, même à nos propres bureaux de député, les gens
ne savent pas souvent à quelle porte frapper. Et vous donnez l'exemple à la
page 3 qu'on pourrait, par exemple, avoir le commissaire de... le
commissaire au bien-être qui accompagne l'élève, qui va vous voir pour déposer
une plainte. Tout ça me semble parfaitement logique.
Ma question, c'est : Comment
est-ce qu'on applique ça quand on est, par exemple, dans une circonscription
éloignée, rurale, comme la mienne, où on ne voit pas ni le commissaire en chair
et en os ni le protecteur en chair et en os? J'aimerais que vous nous donniez
une idée, là, pour les parents, pour les enfants peut-être, qui nous regardent au
retour de l'école, parce qu'il y en a beaucoup, pour essayer de voir comment ça
pourrait se déployer sur le terrain, vraiment, là, d'une polyvalente, à La
Vernière, aux Îles-de-la-Madeleine.
M. Bernier (Jean-François) :
Les actions de chacun vont être importantes. Nous, par exemple, on a des
affiches partout, dans toutes les écoles du Québec, pour informer les élèves
sur leurs droits en matière de plainte. On va vers les bureaux de
circonscription. Chaque protecteur régional a des attentes à mon égard, à
mon... de ma part, pour aller vers les bureaux de circonscription, pour aller
présenter vos... à vos personnels de bureaux de circonscriptions ce qu'on est,
ce qu'on n'est pas, le cas échéant. On est un ombudsman. Par définition, un
ombudsman, c'est la... en bon... en bon français, la «no wrong door policy».
Donc, quand quelqu'un appelle chez nous, on ne dit pas : Ah! tu n'es pas à
la bonne place, tant pis pour toi, arrange-toi. Nous, on l'accompagne, on le
réfère, à la limite, on... on appelle pour elle à l'autre... à l'autre endroit.
Donc, on accompagne vraiment. On assiste, c'est dans notre loi aussi, on
assiste vraiment la personne. Donc, un élève ou un parent qui appellerait, et, si
finalement — au commissaire — peut-être vers qui il devrait
se tourner, on va savoir qu'il existe, on aura une connaissance de ce qu'il
fait puis on pourra référer vers... vers le commissaire aussi.
• (16 heures) •
M. Arseneau : Bien, en
fait, ma question est savoir, tu sais, et s'assurer, ça viendra plus tard, après
l'adoption de la loi et tout ça, que la première porte, le guichet unique, le
premier... la première étape soit bien comprise. Parce que si on veut que le
commissaire accompagne l'enfant pour aller vous voir, par exemple, bien, il ne
faut pas qu'il aille d'abord frapper à votre porte parce qu'il n'est pas
accompagné. Vous comprenez?
M. Bernier (Jean-François) :
Oui.
M. Arseneau : Alors,
cette espèce de chevauchement là ou de cheminement aussi de... des jeunes, je
pense qu'il est... il est fondamental. Et en ce sens, votre... vos
préoccupations, là, vos demandes d'amendement me semblent tout à fait
recevables et intéressantes pour qu'on puisse discuter de la façon dont on va
tenter de guider nos jeunes, les enfants, pour qu'ils cheminent correctement,
et leurs parents également. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Me Bernier, et
aussi Me Dupuis, qui nous a écouté très attentivement.
Alors, sur ce, je vais suspendre les
travaux pour permettre au prochain groupe de venir s'asseoir. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 01)
16 h (version révisée)
(Reprise à 16 h 03)
Le Président (M. Provençal)
:Nous reprenons nos travaux. Et nous
allons recevoir, maintenant, Mme Elise Bonneville, directrice du Collectif
de la petite enfance. Alors, madame, je vous invite à nous faire votre
présentation pendant 10 minutes, et, par la suite, nous allons procéder à
un échange. Je vous cède immédiatement la parole.
Collectif Petite Enfance
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Bonjour. Vous m'entendez bien?
Une voix : ...
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Parfait. Bonjour. Merci beaucoup d'accueillir le Collectif Petite Enfance.
Donc, ça me fait plaisir de vous le présenter brièvement avant de me lancer
dans notre mémoire. Donc, le collectif est une organisation qui regroupe 23 organisations,
donc 23 réseaux différents à travers tout le Québec, qui, eux, rallient
des milliers de personnes qui oeuvrent pour la petite enfance à travers tout le
Québec. Et on porte une mission, c'est faire de la petite enfance une priorité
dans la société. En fait, on se positionne comme le porte-voix des tout-petits
et on souhaite contribuer à la mise en place des conditions qui vont permettre
le succès et assurer le plein développement, le bien-être et l'avenir des
tout-petits, du début de la grossesse à l'entrée à la maternelle.
Donc, pour... pour nous, considérant la
mission du collectif, considérant aussi qu'au Collectif Petite Enfance, on s'engage,
aussi, au respect des droits des enfants depuis plusieurs années, c'était tout
naturel pour nous de porter un intérêt intéressant, là, sur le projet de loi
pour le Commissaire au bien-être. Il faut dire qu'on veut reconnaître, là, l'excellent
travail qui est proposé dans le projet de loi, c'est d'une très grande qualité.
Puis aujourd'hui, nous, ce qu'on souhaite... bien, moi, ce que je souhaite, c'est
apporter certains éclairages sur des éléments qu'on considère importants pour
les tout-petits 0-5 ans, donc, notamment, sur l'utilisation efficiente des
ressources qui sont vouées aux tout-petits et à leurs familles, les notions de
prévention et d'universalisme proportionné se retrouvent aussi à travers le
mémoire, la place des parents, et je vais terminer avec quelques mots sur le commissaire
adjoint pour les enfants autochtones.
Donc, plus en détails, le premier volet du
mémoire : Se servir de notre filet social. Donc, au Québec, on a la chance
de pouvoir compter sur un filet social incroyable, des réseaux d'organismes
communautaires de la société civile qui se consacrent aux enfants, à leurs
familles et à la période périnatale. Le commissaire, dans son mandat, aura
entre autres comme mandat de rejoindre les enfants et de les consulter sur
plusieurs sujets. Or, on sait que consulter et rejoindre les enfants comporte
plusieurs défis. Je vous entendais, ce matin, avec d'autres invités, c'est
clair que ce n'est pas simple de rejoindre les enfants, de les consulter et,
quand on pense aux tout-petits, c'est un double défi. Donc, c'est pourquoi on a
permis... on s'est permis d'émettre des éclairages et des recommandations à cet
effet. On pense que pour les... pour faciliter les stratégies qui permettront
de rejoindre les tout-petits et de les entendre, il serait primordial de
pouvoir collaborer avec les organismes qui se dédient au bien-être des enfants
de par leur mission... devraient, en fait, faire partie des proches partenaires
du Commissaire au bien-être.
On pense aussi que, pour rejoindre les
familles, les enfants et leurs familles, le commissaire doit être présent
physiquement sur l'ensemble du territoire du Québec. Là encore, une
collaboration étroite avec les organismes sera bénéfique au mandat du
commissaire parce qu'ils sont tous déjà très impliqués aux quatre coins du
Québec. En plus, il s'agit d'une opportunité pour joindre les familles que les
réseaux étatiques n'arrivent pas à rejoindre, pour plusieurs raisons que je
pourrai détailler dans les... la période de questions.
La notion de la prévention. Donc, pour
nous, c'est important d'apporter cette notion-là. Peu importe le domaine, on le
sait, que prévenir est toujours une meilleure alternative que de guérir, hein?
On pense que... dans le mandat du commissaire au bien-être, on constate qu'il y
a plusieurs... plusieurs aspects de son mandat qui portent sur la prévention, d'autres
qui sont d'action peut-être un peu plus curative. Donc, pour nous, par exemple,
au niveau de la prévention, on voit bien que de produire un bilan annuel va
permettre un regard préventif, de faire de la promotion des droits, de <consulter...
Mme Bouchard-Bonneville
(Elise) :
...va permettre un regard préventif, de faire de la
promotion des droits, de >consulter les enfants sur les différents
sujets, des enjeux de notre société, notamment, sont des belles actions, des
bonnes actions de prévention. On considère, par contre, que... pas par contre,
mais on considère qu'au niveau du... des actions plus curatives, la
responsabilité d'effectuer une veille des décès des enfants lui prendra
beaucoup de temps. Le devoir d'enquêter sur les plaintes qu'il reçoit ou sur
des problématiques systémiques sont aussi plus dans la direction d'actions
curatives.
En fait, on veut apporter une crainte qui
concerne, notamment, la place que sera capable de prendre la prévention face au
curatif dans son mandat. On le voit partout, quand un même organisme doit
éteindre des feux et les prévenir, il finit souvent par prendre toute l'énergie
disponible pour les éteindre et n'arrive plus à les prévenir. On est dans cette
perspective-là. Donc, nous pensons qu'il faut préciser et rendre très concret
le rôle de prévention que doit jouer le commissaire, notamment dans les visées
de ses enquêtes et dans les thématiques de ses rapports. En somme, le commissaire
doit permettre d'inverser la tendance générale et mettre de l'avant la
prévention dans l'ensemble de ses services aux enfants et leurs familles, comme
faisait appel le rapport de la commission Laurent, notamment.
L'importance de considérer les parents. Il
y a un fort consensus, au Québec, du fait que le parent, c'est le premier
éducateur de son enfant. Aussi, on sait que le noyau familial fait une
différence dans le développement des tout-petits. Pour les tout-petits 0-5 ans
comme pour les jeunes enfants, le mandat du commissaire implique implicitement
les parents. Par exemple, pour faire un bilan du bien-être des enfants au
Québec, nous, au collectif, on pense qu'il faut aussi prendre en compte le
bien-être de leurs parents, c'est indissociable. Aussi, lorsqu'il est question
qu'un enfant porte plainte parce qu'il pense que ses parents ne sont pas... il
pense que ses droits ne sont pas respectés, pour les plus jeunes d'entre eux,
donc les plus petits, il est probablement... en fait, il est beaucoup plus
probable que ce sera le parent qui portera plainte au Commissaire et non pas
l'enfant lui-même. Ainsi, le collectif est d'avis qu'il serait judicieux de
réfléchir à la place des parents dans le mandat du commissaire. On pourrait encadrer
leur prise en compte, leur participation et veiller à l'accessibilité du commissaire
pour eux aussi, en cohérence avec les diverses réalités familiales.
• (16 h 10) •
La notion de l'universalisme proportionné.
Je vous lis une petite définition : «L'universalisme proportionné, c'est
une approche qui vise à appliquer des principes universels tout en ajustant les
ressources et les interventions selon les besoins spécifiques de différents
groupes ou individus pour assurer l'équité.» On accueille vraiment très
favorablement le fait que le Commissaire au bien-être ait à prendre en compte
tous les enfants plutôt que seulement ceux ayant... ayant eu ou étant en
trajectoire de service de protection de la jeunesse. Cela correspond bien à
l'idée de la prévention dont on a parlé plus haut. Cependant, suivant cette
même logique de prévention et de l'idée de l'équité, il ne faut pas que sa
mission générale à l'égard de tous les enfants l'empêche de se pencher plus
spécifiquement sur certains groupes que l'on sait plus vulnérables que
d'autres. On va plus en détail dans le mémoire, mais on pense principalement
aux... aux minorités religieuses, culturelles, linguistiques, aux enfants ayant
besoin de soutien particulier, aux ménages à faibles revenus, aux quartiers défavorisés
et aux enjeux de disparités régionales.
Pour conclure, je voudrais simplement
apporter un petit mot concernant le commissaire adjoint pour les enfants
autochtones. Le collectif, de par sa nature intersectorielle, compte des
membres et certains réseaux des Premières Nations au sein de son membership, et,
pour nous, c'est important de spécifier qu'on sait qu'ils seront en commission
parlementaire demain matin, je pense, et qu'ils seront, bien sûr, les plus...
les mieux placés pour apporter leurs propres préoccupations. On sait aussi
qu'ils ont été critiques lors de la sortie du projet de loi. On veut simplement
apporter, pour notre part, l'importance de l'autodétermination lorsqu'il est
question de la petite enfance et de la famille pour les Premières Nations.
On va aussi dans une recommandation de
minimalement, pour le présent projet de loi... Nous pensons que la
recommandation 1.1.2.2 de la commission Laurent devrait être respectée, et
je vous la lis, donc : «Donner une voix aux enfants autochtones en nommant
un commissaire adjoint destiné aux enfants et aux jeunes autochtones, et qui
serait nommé selon les mêmes modalités que le commissaire, suite aux
suggestions des autorités» des Premières Nations.
Merci beaucoup. Je serai heureuse de
répondre à vos questions.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, merci beaucoup, Mme Bonneville,
pour votre présentation. M. le ministre, on débute.
M. Carmant : Merci. Merci,
Mme Bonneville, pour votre présentation, vous qui, actuellement, êtes,
comme vous l'avez mentionné, là, le porte-voix de nos jeunes et de leurs
familles.
Qu'est-ce que... quelles sont les
priorités, selon vous, à améliorer au niveau de la <prévention...
M. Carmant :
...à
améliorer au niveau de la >prévention?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Merci pour la question, c'est une excellente question. Lorsqu'on pense à la
prévention dans une perspective ou à travers le prisme du 0-5 ans, pour le
Collectif Petite Enfance, on pense à travailler même en amont de la trajectoire
de services dans laquelle peuvent s'inscrire certains enfants. Donc, comment
peut-on améliorer la... les différentes trajectoires qu'un enfant, un
tout-petit, pourra prendre pour éviter qu'il puisse et ait besoin de se rendre
dans une trajectoire de services plus étatique? Donc, on pense plutôt à
observer les facteurs de risque, les facteurs de protection qui sont déjà
identifiés autour de l'enfant et de... Pour le commissaire, ce serait un bon
moyen de pouvoir identifier des recommandations sur l'amélioration de... des
systèmes qui vont faire que le tout-petit ne se rende pas ou les enfants ne se
rendent pas dans des trajectoires plus officielles, donc, de travailler à
quelques pas... On fait quelques pas de reculons pour éviter d'arriver dans une
trajectoire plus formelle.
M. Carmant : Puis,
actuellement, quel serait le... parce que j'y travaille depuis cinq ans, là, quel
serait le principal obstacle pour réussir cet objectif de... tu sais, d'agir
avant qu'il rentre dans la... dans le réseau, quoi, dans le réseau public, là?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Bien sûr, c'est une grande question. Je sais que vous y travaillez très
fort. Ce qui est clair, c'est que plusieurs enfants... bien, en fait, la
majorité des enfants gravitent dans différents milieux et se développent dans
différents milieux de vie, et ces milieux de vie, en fait, se traduisent par
des organisations et des réseaux qui sont complémentaires aux réseaux plus
formels. Donc, les réseaux des organismes communautaires, des organismes en
périnatalité vont devenir des alliés extrêmement importants à considérer dans
l'équation lorsqu'il est question d'agir en prévention, donc, dans un même pied
d'égalité, puis c'est sûr que la collaboration officielle devient un levier
extrêmement important et extrêmement intéressant à explorer lorsqu'il est
question de saisir les opportunités en amont de l'entrée dans ces trajectoires
un peu plus officielles.
M. Carmant : OK, très, très
intéressant. Puis comment vous qualifierez actuellement le partenariat ou la
collaboration entre le réseau public et les organismes communautaires? Là, on
vient de lancer un projet avec le réseau de périnatalité, avec les maisons
bleues. Mais, ce... à ma grande surprise, plusieurs de nos hôpitaux ne
connaissaient pas ces ressources-là, là. Donc, tu sais, comment vous qualifiez la
collaboration actuellement, puis comment on peut l'améliorer? Quel mandat vous
donneriez au commissaire pour ça, pour améliorer les choses?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
C'est effectivement aussi une bonne question. Je ne suis pas l'experte de
l'ensemble de la qualité des collaborations entre les différents réseaux. Cela
dit, j'ai quand même cette collaboration avec les différents réseaux du collectif
qui, eux, collaborent avec les réseaux étatiques, et, sans pouvoir avoir, là,
fait le travail en profondeur, assurément que — et ça, je pense qu'on
l'a déposé dans quelques mémoires, même au collectif — de développer
des cadres de collaboration plus officiels entre ces réseaux est encore
manquant dans l'équation, de façon plus transversale, pour les organisations
des différents réseaux. Bien sûr que c'est... La complexité... Dans l'ensemble
de votre discussion que vous avez eue avec les différents groupes, comment on
ne se dédouble pas, comment on peut s'assurer de développer des passerelles,
c'est une question qu'on doit constamment réinvestir et réintégrer. Mais
assurément que pour ce qui est de la collaboration entre les différents
réseaux, certainement que des mécanismes officiels peuvent être réfléchis pour
qu'on puisse favoriser la transversalité et l'aller-retour de la collaboration.
En fait, c'est plus là où les enjeux continuent à persister, et je pense qu'il
y a une volonté d'amélioration continue, mais c'est sûr que ça pourrait
faciliter, et on l'émet dans une des recommandations du mémoire.
M. Carmant : C'est ça, parce
que même, à un moment donné, vous parlez... puis c'est ça qui m'avait un peu
attiré l'attention, vous avez parlé de faciliter l'accès direct et physique au commissaire,
donc ouvrir... Tu sais, nous, on pensait l'envoyer peut-être dans les écoles ou
dans... tu sais, dans des différents lieux, là, mais, même dans les organismes
communautaires, il devrait... Est-ce que c'est à ça que vous pensiez quand vous
avez...
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Assurément que dans les différentes régions du Québec, il y a déjà des
réseaux de collaboration qui sont établis, des organisations communautaires qui
sont communautaires, de la société civile, en périnatalité, donc de
différents.... dans différentes missions entourant les enfants, qui sont déjà
en contact direct avec les tout-petits, donc ils sont très bien informés de
leur <bien-être...
Mme Bouchard-Bonneville
(Elise) :
...déjà en contact direct avec les tout-petits, donc
ils sont très bien informés de leur >bien-être, des ressources qui sont
disponibles sur le territoire donné et qui contribuent à leur bien-être de
façon proximale. Donc, je ne pourrais pas émettre une recommandation précise
sur comment avoir un lieu physique par territoire. Cela dit, je vois bien des
opportunités, de par la mobilisation qui est déjà palpable et réelle dans les
différents territoires du Québec, pour réfléchir cette question-là avec eux. Je
pense que c'est plus à eux de pouvoir ramener leur savoir, de comment ils
peuvent... et comment ils sont organisés par région.
M. Carmant : Parfait. Et une
chose qui m'intéresse aussi, c'est... comment vous verriez un genre de
formalisation de ces ententes-là? Est-ce que vous avez déjà réfléchi à ça?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Encore là, c'est sûr qu'au collectif, on n'est pas des experts des rouages
administratifs, là, qui peuvent prendre place entre les différents réseaux.
Cela dit, les membres du collectif, en collaboration, peuvent réellement
contribuer à cette réflexion. Je pense que c'est réellement une possibilité, et
ça demanderait une expertise croisée de différents interlocuteurs pour bien le
réfléchir.
M. Carmant : Merci. M. le
Président, je passerais la parole...
Le Président (M. Provençal)
:Oui. Je... Excusez-moi. Mme la
députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Bonjour.
Merci d'être là. Vous parlez que vous êtes la voix des tout-petits. J'aimerais
ça vous entendre, comment vous faites, vous, pour aller... pour entendre leur
voix puis aller chercher leur pouls, en lien avec votre coalition?
• (16 h 20) •
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Oui, merci pour la question. C'est assurément par les différents réseaux
qu'on arrive à avoir une vue transversale des réalités des tout-petits. Donc,
par la collaboration intersectorielle, c'est sûr qu'il y a davantage de regards
croisés qui sont permis. Donc, dans l'intersectorialité, donc, des différentes
organisations, qui, elles, représentent les tout-petits, on réussit à avoir
accès à des organisations autant de façon locale, régionale et nationale,
croisées, aussi, avec beaucoup du milieu de la recherche, donc, par exemple,
l'Observatoire des tout-petits, des collaborateurs de différentes universités
aussi. Donc, on arrive à avoir une vue plurielle pour le bien-être des
tout-petits.
C'est un travail qui... qui est de tous
les instants, aussi, dans la volonté de consulter, la capacité d'établir des
mécanismes de dialogue, de communication, de représentation qui est diverse.
Donc, il y a plusieurs stratégies à mettre en place, et c'est pourquoi, la... dans
le projet de loi qu'on voit et le mandat du commissaire au bien-être, il y a
davantage de leviers qu'on pense, dans la société, qui existent déjà, qui
peuvent être mis à la contribution de ce commissaire-là pour arriver à
connecter avec les organisations qui, elles, sont, à tous les jours, auprès des
tout-petits, les organismes communautaires Famille, les centres de la petite
enfance, les haltes-garderies, les centres de périnatalité, les Premières
Nations, donc, une transversalité d'acteurs qui sont engagés autour des
tout-petits. C'est sûr qu'on a ce privilège-là au Québec, et je pense vraiment
que de... plusieurs stratégies pour le commissaire, on pourrait en dégager
quelques-unes pour l'aider à chercher cette voix-là. Merci.
Mme Dorismond : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:M. le ministre.
M. Carmant : Au niveau de...
je réfléchis... oui, vous aviez une... vous avez mentionné une inquiétude, puis
je la partageais avec vous aussi. On va dans le détail de votre document, parce
que je pense que le reste était, quand même, très clair, là. Vous aviez partagé
une inquiétude par rapport au rôle, là, de surveillance des décès. J'ai posé la
question à certains qui disaient qu'en fait, on n'allait pas assez loin dans le
projet de loi. Eux, ils m'ont dit que ce ne serait pas une veille active, mais plutôt
un rôle de récupérer l'information des différents sites, par exemple, l'INSPQ,
le coroner, etc., et de faire un résumé, avec une vue globale, encore une fois,
du nombre de décès et des causes de décès chez les enfants. Est-ce que vous
seriez à l'aise avec ce rôle, quand même, moins prenant, comme vous dites, là?
Parce que moi aussi, au début, j'étais inquiet, je me dis, bon, s'il faut
comptabiliser tous les décès au Québec, ils ne feront que ça, là. Mais ça,
est-ce que vous verriez une... que c'est plausible, avec tout le reste qu'il
lui reste à faire?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
En fait, merci pour cette question. Assurément que le <collectif...
Mme Bouchard-Bonneville
(Elise) :
...en fait, merci pour cette question. Assurément que
le >collectif, on ne s'est pas penché de façon précise sur cette tâche
dans le mandat, parce que ce n'est pas du tout dans notre expertise.
Cela dit, ce qu'on... ce que je peux
réitérer, c'est que, d'une part, les résultats... donc, j'entendais même, ce
matin, là, les anciens commissaires de la commission qui disaient : On ne
sait pas de quoi décèdent les enfants. Dans une perspective de prévention,
d'avoir accès aux informations pourront nous permettre et permettre au commissaire
par la suite d'émettre des recommandations en matière de prévention pour
prévenir les orientations de... de qu'est-ce qui peut... qu'est-ce qui se
produit, qu'est-ce qui sont les causes de ces décès-là. Donc, assurément, je ne
peux pas répondre à la question par rapport à l'ampleur de sa tâche, de ce qui
est décrit dans le projet de loi, mais assurément que ce sera des informations
pertinentes et précieuses pour ensuite renverser la vapeur pour agir en
prévention. Ce qui est préoccupant, et, tu sais, je pense que je peux le
répéter, c'est vraiment le fait que, si cette tâche est colossale, le commissaire
ait les moyens d'avoir tout autant d'effort au niveau de ce qui est préventif,
à la hauteur de l'effort qu'il mettra à veiller sur les raisons des décès, donc
qu'on puisse être dans un équilibre des capacités de ce... de ce mandat-là pour
qu'on puisse agir sur les deux fronts en même temps.
M. Carmant : D'accord, merci.
Mais je pense que si on...
Le Président (M. Provençal)
:...allez-y, mais après ça j'ai une
députée qui va...
M. Carmant : Ah! D'accord,
mais je pense que, comme je vous dis, si c'est un rôle de recueillir
l'information que d'autres suivent, je pense que c'est plus jouable. Mais
évidemment, il y a... on va parler un peu quand même, si on a du temps, de
l'enjeu des Premières Nations et Inuits. Ce qu'il faut savoir, c'est que... ça,
je l'ai mentionné plus tôt aujourd'hui, en ce qui a trait au comité consultatif
des jeunes des Premières Nations et Inuits, on était à l'aise avec le fait
d'aller de l'avant, mais c'est plutôt les groupes que l'on a rencontrés, des
Premières Nations, Inuits qui nous ont demandé de ne pas l'inclure. Donc, on va
attendre de discuter avec eux par rapport à ça. Mais en général, tu sais, nous,
dans le... dans la nouvelle Loi sur la protection de la jeunesse, dans le...
dans le préambule, on nomme clairement qu'on... que ce sont... les Premières
Nations, Inuits sont les mieux placés pour prendre soin de leurs enfants. Et on
veut quand même s'assurer qu'ils soient complètement inclus dans le processus
du commissaire associé. Mais comment vous voyez le... la détermination entre
les 11 nations et les 40 et plus communautés? Est-ce qu'on va être
capable de cerner un individu qui... qui fera l'unanimité?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Merci pour la question. Effectivement que les Premières Nations ont émis
leurs préoccupations à la sortie du projet de loi. Et assurément qu'ils seront
les mieux placés pour réfléchir ces questions-là. Et je... je suis persuadée
qu'ils ont potentiellement des propositions intéressantes à faire en cette
matière, ce que je ne détiens pas comme information. Vraiment, c'est... dans ce
que nous, on réitère, c'est vraiment l'importance de l'autodétermination en
matière d'action pour les tout-petits, les enfants et les familles pour les
Premières Nations. Et je pense qu'à la présentation, demain, de l'Assemblée
nationale... à l'Assemblée nationale, je pense qu'ils pourront éclairer vos
lumières par rapport à ça. Parce que ce n'est pas des... des informations que
moi-même, je détiens, mais je sais qu'ils se sont bien penchés sur la question.
M. Carmant : OK, merci.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Laporte.
Mme Poulet : ...
Le Président (M. Provençal)
:2 min 30 s.
Mme Poulet : 2 min 30 s.
Merci de votre présence, madame. Mme Laurent mentionnait, tantôt, il a été
question de mécanismes d'accréditation, comme quoi qu'il n'y aurait aucune base
juridique pour guider l'avocat qui doit seul décider si l'enfant a la capacité
ou est en mesure de lui donner des directives en lien avec la situation qui
l'emmène dans le dossier. J'aimerais savoir, vous qui faites partie de
différents réseaux, que vous collaborez avec d'une façon intersectorielle,
quelle est votre opinion par rapport à des mécanismes d'accréditation, des
formations pour les avocats?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Merci de la question. C'est une très bonne question à laquelle le collectif
ne s'est pas penché du tout. Et je ne serais pas en mesure de répondre de façon
vraiment précise à votre question. Une chose est certaine, dans la
collaboration entre les différents réseaux, il y a certainement des mécanismes
à intégrer pour qu'on puisse être dans une réelle collaboration. Mais par
rapport à l'accréditation, ce n'est pas un champ d'expertise que je... que je
maîtrise, je vous avoue.
Mme Poulet : Non, mais je
pensais que peut-être que ça aurait été discuté, soulevé, vu que vous êtes dans
un... dans <différents...
Mme Poulet :
...non,
mais je pensais que peut-être que ça aurait été discuté, soulevé, vu que vous
êtes dans un... dans >différents réseaux. Alors, c'était le but de ma
question, là, savoir si vous en aviez entendu parler, si l'enjeu avait été
soulevé.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Non, malheureusement.
Mme Poulet : OK. Bien, merci,
je n'ai pas d'autre question.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Merci.
M. Carmant : ...faire plaisir.
Agir tôt, est-ce que c'est... comment... qu'est-ce que vous en pensez? Au
niveau de la prévention et comment l'optimiser?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
C'est une très bonne question, oh! attendez.
M. Carmant : Quand même.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
C'est audacieux, effectivement. C'est une bonne question. C'est sûr que
j'ai difficilement la capacité de faire des liens autres que ceux de dire que,
quand on pense au mandat du Commissaire au bien-être dans une action de prévention,
bien sûr que le programme Agir tôt fait partie de la trajectoire possible pour
un tout-petit, pour un enfant, en collaboration avec les autres réseaux, pour
qu'on puisse vraiment capter très tôt qu'est-ce qui se passe chez un
tout-petit. On le sait que, pour les tout-petits, la période de développement,
elle est phénoménale, du 0-5 ans, elle ne reviendra pas non plus. Donc, bien
sûr d'arrimer les efforts de la société civile, donc dans des différents
réseaux, au programme Agir tôt, assurément qu'il y a des pas de géant de fait,
il y en a d'autres à faire. Et pour ce qui est du Commissaire au bien-être,
bien sûr que c'est un lien, c'est un lien qui est important à maintenir dans le...
dans le référencement possible, là, mais je ne pourrais pas aller plus loin
dans cette réflexion en ce moment.
M. Carmant : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Nous allons poursuivre avec Mme la
députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci, M. le
Président. Bonjour, Mme Bonneville, merci d'être ici. D'entrée de jeu, je
sais que vous avez mentionné que les groupes de Premières Nations, les Inuits,
et tout ça, vont venir témoigner et rendre leurs commentaires concernant le
projet de loi. Mais j'ai vu, dans votre mémoire, qu'il y a quand même une préoccupation
du collectif à ce sujet, au niveau de l'autodétermination des peuples
autochtones. Et vous le voyez comme étant une priorité, le collectif, que c'est
un enjeu très important pour vous?
• (16 h 30) •
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Dans la composition intersectorielle du collectif, bien sûr que les
priorités sont nombreuses. Celles des Premières Nations font partie, bien sûr,
du porte-voix qu'on occupe. Donc, bien sûr que ce sont des actions qu'eux
portent, et nous, on est en collaboration sur cette question là. C'est
davantage pour le bien être des tout-petits où on se préoccupe, où on doit
s'assurer d'être dans les meilleures collaborations pour ces tout petits là.
Donc, c'est comme... c'est cette lecture-là qui s'est... que l'on a au collectif.
Mme Garceau : Est-ce que le collectif
a des propositions, des mesures concrètes à nous transmettre concernant la
nomination du commissaire dédié aux enfants, au bien-être et aux enfants
autochtones, et comment rencontrer les besoins des enfants autochtones? Est-ce
que le collectif a des propositions à faire?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Merci pour la question. En fait, le collectif n'aura pas de recommandations
précises à ce niveau. Considérant la volonté, l'expertise précise et la connaissance
de leur propre communauté, les Premières Nations sont les mieux placées et, je
crois, les seules à pouvoir émettre ce genre de recommandations. Concernant
votre question, bien sûr qu'on est... qu'on sera à l'écoute de leurs
recommandations, mais je... le collectif ne pourra pas... et n'en émettra pas,
en fait.
Mme Garceau : Très bien,
compris. En ce qui a trait... Vous avez, à quelques reprises, parlé de la
nécessité d'avoir une représentation... que les enfants vont avoir une
représentation régionale, que ça soit des bureaux de commissaires dans toutes
les régions du Québec. Est-ce que c'est ça, le souhait du collectif, et même de
le mettre dans le projet de loi, de l'intégrer, qu'il va avoir des bureaux dans
les 17 régions du Québec?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
En fait, le collectif souhaite surtout mettre en lumière des éléments qui
sont disponibles et des préoccupations, mais on n'a pas, en fait, la volonté
d'émettre des amendements précis par rapport au commissaire. Ce qu'on observe,
c'est que, par rapport à l'accès aux enfants, les différentes dynamiques du
territoire québécois et les expertises <plurielles...
>
16 h 30 (version révisée)
< Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :...aux enfants, les différentes dynamiques du territoire québécois et les
expertises >plurielles qui s'y retrouvent nous amènent à la... en fait,
l'émission de cette recommandation de les considérer dans l'équation comme
étant des collaborateurs très importants pour le commissaire. Donc, les
organisations des différentes régions connaissent bien les dynamiques
familiales, connaissent bien les besoins des enfants, savent comment les
rejoindre. Notamment, on sait, là, que certaines familles sont moins rejointes
par les réseaux étatiques, donc comment allons-nous faire si on n'a pas d'accès
sur les différents territoires pour ce commissaire et comment ces enfants-là
pourront trouver l'accès au commissaire s'ils ne se trouvent pas dans l'ensemble
des régions du Québec? Donc, on... c'est très bien documenté, là, l'impact de
la mobilisation par territoire, les stratégies sont différentes, les ressources
sont différentes selon la dimension des territoires et des populations, donc c'est
plus un élément de réflexion qu'on voulait amener à votre attention en disant :
On n'est pas les experts pour réfléchir à comment ça pourrait s'inscrire dans
un amendement, mais de le considérer comme un des leviers importants de notre
société mais aussi des enjeux que ça pourrait générer de ne pas le considérer,
pour donner cet accès-là à tous les enfants au Québec.
Mme Garceau : Intéressant. À
la page 19, j'ai trouvé très intéressante la référence aux résultats des
travaux... l'étude Esposito qui était citée dans votre rapport et les
disparités importantes dans la probabilité de votre... de l'implication des
services de la protection de la jeunesse dans la vie des familles vivant dans
les régions rurales par rapport à celles vivant dans les régions urbaines. Vous
avez fait, là... Il y avait des constats concernant... «27 % plus d'enfants
issus des régions rurales feront l'objet d'une évaluation au signalement
retenu, 29 % plus d'enfants issus des régions rurales verront leur
signalement retenu après l'évaluation et 52 % plus d'enfants issus des
régions rurales feront l'objet d'un placement.» Et vous avez mentionné, par
rapport à ce dernier élément : «Nous nous permettrons de réitérer la
recommandation faite plus tôt, à savoir qu'un engagement clarifié sur la
présence du Commissaire au bien-être et aux droits des enfants dans chaque
région du Québec est essentiel.»
Donc, je reviens à mon point en tant
que... pour bien comprendre ce que le collectif demande de la commission :
Est-ce que vous voulez que, dans le projet de loi, nous allons spécifier, nous
allons avoir des dispositions liées à cette... pour l'inégalité régionale?
Est-ce qu'il y a quelque chose spécifique que vous aimeriez qu'on ajoute?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
En fait, je pense que les parlementaires, vous avez cette expertise
peut-être plus précise de prendre la préoccupation que le collectif apporte et
de le mettre dans un libellé ou dans un amendement précis. Ce qui est clair
dans les constats qui sont sortis de l'étude de M. Tonino Esposito et
aussi par l'expertise des différents réseaux du collectif, c'est qu'il est
important de le considérer, lorsqu'on réfléchit une offre de services qui
est... ou un programme ou un service qui s'adresse à toute une population,
donc, l'importance des disparités régionales et des réalités. Et les données
démontrent qu'il y a des impacts si les services ne sont pas au rendez-vous
dans les différentes régions.
Donc, c'est une invitation à réfléchir
comment on pourrait l'inclure dans le projet de loi, s'il a besoin d'être
précisé, mais considérant ma non-expertise en matière légale, je dirais que ce
sera peut-être une rencontre entre cette préoccupation et la capacité à le
préciser dans le projet de loi.
Mme Garceau : OK. Bonne...
bonne idée, bonne réflexion. Il me reste combien...
Le Président (M. Provençal)
:Deux minutes.
Mme Garceau : Ah! OK. Page 10,
il y avait une référence, lors d'une conférence de presse que le ministre... le
ministre a insisté à plusieurs reprises sur l'idée que le commissaire devait
pouvoir assurer l'accès aux services de la première ligne pour tous les
enfants. Le collectif a mentionné que vous vouliez codifier de manière beaucoup
plus explicite dans le projet de loi cet accès aux services de première ligne.
Est-ce que c'est ça que vous demandez?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
En fait, on précise que l'important... l'importance de permettre aux
enfants d'avoir accès à des services de façon plus formelle dans une action de <prévention...
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
...permettre aux enfants d'avoir accès à des services de façon plus
formelle dans une action de >prévention. Donc, c'est ce qu'on... c'est
ce qu'on propose dans le mémoire, c'est de permettre... d'avoir... pour que ce
commissaire ait plus de possibilités, d'intégrer les différentes trajectoires,
les différents réseaux de première ligne en réelle prévention pour les enfants.
Mme Garceau : Et que ce soit
intégré dans le projet de loi?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Oui.
Mme Garceau : Parfait. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:M. le député. Alors, M. le député?
M. Cliche-Rivard : Oui, merci
beaucoup. Merci pour votre excellente présentation.
Je vais aller vite. Au deuxième point,
deuxième recommandation, vous parlez d'établir des ententes avec des
organisations de la société civile et évidemment le commissaire. J'imagine,
c'est un travail important, là, qui toucherait différents organismes. Ça va être
nécessairement lié ou ce serait lié à une enveloppe de financement, j'imagine? Ce
ne serait certainement pas d'une manière bénévole, sur le peu de temps que vous
avez. Est-ce que je me trompe ou...
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
C'est une excellente question à laquelle on ne s'est pas... on n'a pas été
jusque-là dans notre réflexion, en fait. Au collectif, ce n'est pas... c'est à
chacun des réseaux de réfléchir leurs moyens de collaboration. Donc, ce sera...
ce serait certainement à explorer avec les différentes organisations avec
lesquelles la collaboration serait possible.
Cela dit, ce qui est important dans la
collaboration entre les différents réseaux, c'est davantage de préciser quelles
sont les attentes de collaboration, quels sont les moyens attendus et comment,
de façon... de façon transversale, les organisations pourraient collaborer.
Mais on n'est pas allés jusqu'à cette réflexion très intéressante.
M. Cliche-Rivard : OK, donc,
tout dépendant de ce qui est demandé, d'une certaine façon, mais ce sera aux
organismes individuellement de prendre leurs décisions.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Tout à fait.
M. Cliche-Rivard : Vous
parlez de rendre plus explicite le rôle que doit jouer le commissaire dans la
prévention et la promotion de la prévention. En termes de projet de loi, là, ou
en termes du libellé, qu'est-ce que vous voulez dire, concrètement? Comment on
peut rendre ça plus explicite?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
En fait, comme je le mentionnais tout à l'heure, les préoccupations du
collectif est de les apporter jusque dans le projet de loi et dans la
consultation d'aujourd'hui. C'est de considérer ces éléments comme étant
probants sur l'action que... les actions que le commissaire pourrait faire pour
rejoindre les enfants, les tout petits, 0-5 ans. Cela dit, dans ce qui est
de la... comment le libeller dans le projet de loi, ce n'est pas là où on a
cette expertise. Donc, on était... on était vraiment dans cette volonté
d'apporter ces préoccupations et de voir comment vos expertises, peut-être,
peuvent se croiser à nos préoccupations.
M. Cliche-Rivard : OK. Donc...
Parce que là, à la lecture première, puisque c'est ce que vous commentez, là,
vous sembliez inquiètes, inquiets que ça ne soit potentiellement pas ça qui
soit le rôle explicite, central, puis que le mandat puisse être dévié. C'est ce
que vous... c'est ce que vous aviez lu?
• (16 h 40) •
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
On était préoccupé de l'interprétation possible que la place de la prévention
pourrait prendre ou pas dans le mandat. Mais c'est surtout parce que l'histoire
nous l'a souvent raconté, que... et l'analogie d'éteindre un feu et de le
prévenir en même temps, comment on fait pour s'assurer qu'on a tout
l'équipement possible pour et agir en amont et l'éteindre en même temps? C'est
là où c'est potentiellement dans l'étude du projet de loi, dans... par
amendement que ce sera possible d'aller le préciser. Mais donc, c'était plus
d'apporter cette préoccupation-là, considérant que c'est souvent l'enjeu dans
tous les réseaux, dans tous les systèmes, qu'on doit éteindre le feu et qu'on
n'est plus capables de s'assurer qu'on le prévient. Donc, c'était plus une
préoccupation qu'on apportait en se disant qu'on allait potentiellement vous entendre
sur comment bien l'intégrer, ou peut-être qu'il se retrouve déjà là, mais notre
préoccupation, c'est de... par rapport aux tout petits.
M. Cliche-Rivard : De le
souligner.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Oui, surtout, oui, tout à fait, parce que...
M. Cliche-Rivard : Bien, un
grand merci pour votre temps. Merci beaucoup.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci, Mme Bonneville, pour la présentation, pour les
réflexions que vous amenez aussi.
En fait, vous allez nous faire travailler
pas mal, dans la mesure où vos préoccupations sont claires. Comment est-ce
qu'on peut les traduire dans un texte législatif, ce sera quand même à
considérer, est-ce que c'est déjà présent, est-ce que ça l'est suffisamment.
Je trouve ça fort intéressant que vous
nous rameniez certaines données, là, sur les études que vous faites valoir sur,
par exemple, le fait qu'il faut regarder l'enfance plutôt que... l'enfance dans
toutes ses dimensions plutôt que les enfants individuellement, je pense que
c'est une réflexion qui est intéressante. Je vous poserais un peu la même <question...
M. Arseneau :
...Je
vous poserais un peu la même >question : Est-ce que vous avez une
idée comment on peut faire ça? Je sais que vous voulez nous faire travailler,
vous allez probablement répondre la même chose — c'est à vous de le
mettre dans un libellé légal — mais quand même.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Effectivement que la réflexion par rapport à répondre aux besoins de
chacun, bien sûr, dans les propositions ou dans les réflexions puis les
préoccupations qu'on apporte, il y a quand même des moyens qui sont déjà
disponibles dans la société pour y réfléchir de façon efficace, il y a des...
il y a des grands projets, il y a des... il y a des organisations qui se
penchent sur ces questions-là. Donc, en fait, je crois qu'il y a plusieurs
réponses qui se trouvent à l'intérieur de notre société, mais que je ne
pourrais pas vous les traduire en langage légal, malheureusement, parce que ce
n'est pas là où j'ai mon expertise.
M. Arseneau : Je voudrais
aussi, en tout cas, faire valoir la portion de votre mémoire sur l'attention
particulière à apporter à certains groupes, là, agir selon les principes
d'égalité et de l'équité, là, en fait, surtout de l'équité, ce que je
comprends, notamment, là. Bon, la question des ménages à faible revenu, des
quartiers défavorisés, tout ça, ont de quoi faire réfléchir, nous dites-vous à
la page 18. C'est... c'est réussi, ça nous fait réfléchir aussi. Et
notamment les inégalités régionales, vous parlez de différentes régions, là.
Votre préoccupation à cet égard, est-ce que c'est qu'on ait une organisation
qui soit centralisée, qui soit plutôt bureaucratique, puis qui soit moins sur
le terrain? Je voudrais comprendre la nature précise de votre préoccupation à
cet égard-là des inégalités régionales dans le service qui pourrait être offert.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Oui, merci pour la question. La préoccupation par rapport aux disparités
régionales, elle... elle se recoupe à travers, en fait, l'ensemble des données
qu'on présentait aussi dans le mémoire, où on va un peu plus loin, du fait
qu'on sait pertinemment que les enfants, et les tout-petits particulièrement,
sont très impactés dans les... par les milieux où ils se développent. Donc, ils
ont besoin d'avoir accès à plusieurs milieux, milieux de vie, plusieurs
ressources pour permettre leur plein développement et permettre qu'on puisse
vraiment agir de façon rapide sur les problématiques qui se présentent dans
cette période et cette vitrine tellement précieuse de la petite enfance.
Et lorsqu'on pense aux disparités
régionales, bien, on se dit qu'on voit bien que certaines régions ont moins
accès à des services, ont des territoires plus éloignés. Et la collaboration et
l'accès à ces familles ou aux services est un enjeu assez important. Donc, pour
nous, c'est une préoccupation qu'on voulait apporter à votre attention parce
que ce commissaire, comme il aura un mandat de rejoindre tous les enfants, on
voudrait assurément penser à certaines régions qui, par certaines données,
démontrent des vulnérabilités qui sont plus importantes. Donc, de ne pas
oublier de peut-être permettre à ce commissaire de donner un effort plus
accentué selon les enjeux territoriaux qui peuvent se présenter.
M. Arseneau : Donc, je
comprends que la fracture est déjà observable. Maintenant, au commissaire
d'essayer de travailler à la résorber un tant soit peu, ou complètement,
idéalement.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
De réfléchir à des stratégies pour permettre de répondre à ça, oui,
effectivement.
M. Arseneau : Merci. Je sais
que mon temps est écoulé. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Mme Bonneville, pour votre
contribution, votre présence à nos travaux.
Maintenant, je vais suspendre ces derniers
pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 46)
(Reprise à 16 h 50
)
Le Président (M. Provençal)
:Merci. Alors, nous poursuivons nos
travaux. Je souhaite la bienvenue à M. Camil Bouchard et M. Dominique
Goubau. Je vous rappelle, 10 minutes de présentation et on poursuit nos
échanges. Merci. Je vous cède la parole.
MM. Camil Bouchard et Dominique Goubau
M. Bouchard (Camil) : Alors merci,
M. le Président. Nous vous remercions de nous accueillir à cette séance. Vous
avez des bonnes journées, on le sait, alors on tentera d'être le plus clair
possible.
Alors, on salue d'emblée la création du
poste de Commissaire au bien-être et aux droits des enfants. Cependant, nous
constatons qu'il manque au projet de loi n° 37 un volet qui serait nommé,
affirmé, explicite, incontournable, de prévention. Et nous constatons un
mutisme aussi, un mutisme étonnant en ce qui a trait à la maltraitance envers
les enfants.
Le mot clé du projet de loi serait, selon
nous : prévention, prévention, prévention. Vous allez me répondre que
c'est implicitement partout dans le projet de loi, mais ce qui n'est pas nommé
n'existe pas dans une loi. La référence à la prévention est plus... est plus
que discrète selon nous dans le projet. Elle se manifeste une seule fois, et
assez timidement, dans les considérants, qui fait référence à la volonté de
l'État plutôt qu'à son obligation d'avoir une approche préventive. Nous pensons
que le projet de loi n° 37 manque ici une occasion unique de marteler
cette absolue nécessité d'un meilleur leadership en matière de prévention et de
faire un pied de nez à toutes ces incantations que l'on entend à chaque fois
qu'il y a un dérapage, une cassure, un droit lésé, un drame, on entend
soudainement le mot «prévention» alors qu'on est incapable d'identifier
clairement comment, et qui, et par qui on arrivera à assurer un meilleur
système en prévention, notamment en prévention de la maltraitance.
À cet égard, nous proposons que le
commissaire ait la responsabilité de veiller à ce que les autorités compétentes — ici
nous nommons explicitement le directeur national de la santé publique et les
directeurs régionaux — fixent annuellement des objectifs nationaux et
régionaux en matière de bien-être des enfants. Il y a... il y a un haut
fonctionnaire du gouvernement du ministère de la Santé qui disait jadis :
Quand on ne sait pas où on s'en va, on arrive ailleurs. Donc, qu'on ait cette
préoccupation d'objectifs nationaux et régionaux en ce qui a trait notamment à
la <réduction...
M. Bouchard (Camil) :
...en
ce qui a trait notamment à la >réduction de la maltraitance avérée
envers les enfants et les jeunes, autrement le risque est grand que le
commissaire porte quasi exclusivement son attention sur les soins et les
services curatifs ou de correction en matière de protection.
Je vous rappelle, M. le Président, que la
Commission spéciale sur le droit des enfants et protection de la jeunesse a
très clairement reconnu la maltraitance envers les enfants comme un enjeu de
santé publique. Les directions de santé publique peuvent directement engager
leur responsabilité à cet égard. La Loi sur la santé publique,
l'article 55, reconnaît nettement au directeur de santé publique ce
pouvoir de rassembler les services concernés lorsqu'il y a une menace de
morbidité envers un groupe dans la population et les groupes n'ont pas le droit
de refuser l'invitation. Vous lirez l'article 55, c'est intéressant.
L'examen des données produites par les
directeurs de la protection de la jeunesse durant les 30 dernières années
nous indique aussi que les taux de maltraitance varient considérablement d'une
région à l'autre ou d'une période économique à l'autre. À notre avis, il est
très clair que les directeurs de santé publique régionaux sont les mieux placés
pour orienter, accompagner les services de prévention dans l'atteinte de leurs
objectifs et le commissaire doit s'assurer qu'ils le fassent.
Nous soulignons également que ce projet de
loi répond à une recommandation de la commission spéciale créée suite au drame
de Granby. Il est étonnant à ce sujet que le projet de loi ne manifeste
d'aucune manière une obsession légitime et nécessaire vis-à-vis la réduction de
la maltraitance envers les enfants et les jeunes, et que cela n'apparaisse pas
clairement et explicitement dans la commission... dans la mission du
commissaire. Cherchez le mot «maltraitance» dans le projet de loi, là, je ne
pense pas que vous puissiez le trouver. Le projet de loi ne serait pourtant
sans doute pas sur la table de cette commission, n'eût été le drame de Granby et
du constat répété ad nauseam, depuis des années, de l'augmentation constante du
taux de maltraitance avérée depuis les années 90. Prévenir la
maltraitance, il ne faut pas rater l'occasion, il ne faut vraiment pas rater
l'occasion.
Enfin, nous sentons... nous ne sentons pas
dans ce projet de loi un sentiment d'urgence à l'effet d'opérationnaliser la
création de ce poste. L'article 30 donne au commissaire cinq ans pour la
production d'un rapport sur la mise en œuvre du présent projet de loi; on pense
que deux ans seraient assez. Les membres de cette commission ont en main les
six recommandations explicites que nous faisons en ce qui a trait à la
prévention de la maltraitance et à l'urgence de la situation. Je vous remercie.
Je passe la parole à Dominique Goubau.
M. Goubau (Dominique) : Bonjour.
M. le Président, M. le ministre, mesdames, messieurs, je me joins à mon
collègue Camil Bouchard pour vous remercier de nous recevoir aujourd'hui et
nous permettre de participer à vos travaux.
Le deuxième point que nous voulions
soulever concerne également la mission du commissaire ou, de façon plus large,
le positionnement du commissaire dans le portrait général des institutions qui
sont concernées par la problématique que vous étudiez aujourd'hui. Et nous
pensons que le premier... le tout premier considérant du préambule est tout à
fait significatif et lourd de conséquences pour votre projet considérant que le
Québec s'est déclaré lié par la convention relative aux droits de l'enfant en
1991. On peut... cette référence est capitale, on peut en inférer que la
mission du commissaire s'inscrit donc résolument dans le cadre des engagements
internationaux du Québec et, plus précisément, dans le cadre de la Convention
internationale sur les droits de l'enfant.
Or, cette convention, elle est assez
particulière, elle est assez remarquable, non seulement parce qu'elle concerne
les droits civils et politiques des enfants, mais également dans un même
instrument les droits sociaux et économiques, ce qui est tout à fait
exceptionnel sur le plan des conventions internationales. Elle est particulière
aussi parce qu'elle vise non seulement ces droits tellement importants qui vous
occupent aujourd'hui, de la... du droit des enfants à la protection, du droit
des enfants à ce qu'on appelle les prestations, mais disons la prévention, mais
il y a également le droit de participation consacré par la convention au même
niveau que les droits à la protection. Alors, si la protection des enfants et
les mesures de prévention sont évidemment hyperimportantes et doivent être au
cœur de la mission du commissaire, il reste que c'est... le droit à la
participation, les droits d'autonomie des jeunes est également primordial, et
on retrouve cette notion dans le projet de loi à l'article 5, qui concerne
la mission du commissaire. Au point 8, on dit bien que le commissaire doit
former un comité consultatif composé d'enfants et de jeunes adultes afin
d'obtenir leur avis sur les questions qui concernent les matières qui relèvent
de sa compétence.
Le projet de loi va même plus loin
puisqu'il invite le commissaire à prendre en considération et à mettre en place
les moyens pour <recueillir...
M. Goubau (Dominique) :
...prendre
en considération et à mettre en place les moyens pour >recueillir les
préoccupations des jeunes pour tout ce qui concerne des enjeux de société qui
les concernent. Et, en ce sens, le projet de loi est dans la droite ligne de la
Convention internationale sur les droits de l'enfant. Et je pense qu'il est
important, donc, de souligner qu'au-delà des droits à la protection et à la
prévention, qui sont capitaux, évidemment, il y a toutes sortes d'autres droits,
il y a toutes sortes d'autres domaines que celui de la simple protection,
d'éviter que des enfants soient en situation de compromission. Il y a tous les
autres, il y a, je ne sais pas, 1,5 ou 1,6 million d'enfants au Québec qui
sont concernés par l'enseignement, par les loisirs, par les rapports familiaux,
par le droit à la santé physique, mentale, par la participation démocratique — songez
par exemple au débat sur l'éventuel vote des jeunes à 16 ans plutôt qu'à
18 ans. Tout cela sont des sujets qui préoccupent les jeunes et qui font,
je pense, éminemment partie de ce que le projet de loi appelle les enjeux de
société dont peut se saisir et, à mon avis, dont doit... devra se saisir le
commissaire. Et par conséquent...
Et j'ajoute un dernier point, la convention
internationale prévoit en son article 42 que les États parties — c'est
une obligation du Québec sur le plan international — les États
parties s'engagent à faire largement connaître les principes et les
dispositions de la présente convention par des moyens actifs et appropriés. On
retrouve cette obligation en filigrane dans l'article 5 du projet, au
paragraphe 4°, lorsqu'il est énoncé que le commissaire devra informer le
public au sujet du bien-être et des droits des enfants et des sensibilités aux
questions qui s'y rapportent, etc., mais tout cela nous paraît trop en
filigrane. Et donc ce rôle du commissaire devrait être un rôle, à notre avis,
décrit de façon plus explicitement comme un rôle qui dépasse le seul domaine de
la protection et de la prévention des situations qui permettrait de réduire le
nombre de cas d'enfants en situation de compromission. Et il y a tous les
autres, il y a tous les autres cas et je pense que nous avons ici, au Québec,
une occasion unique de reprendre un petit peu le «lead» que nous avons eu
pendant des années et des années en droits de l'enfance. Vous savez, d'un point
de vue international, le Québec est désigné comme une des juridictions les plus
à l'avant-garde pour ce qui est de la reconnaissance des droits de l'enfant. Par
exemple, le droit de l'enfant de s'exprimer devant les tribunaux, ça fait 30 ans
qu'on l'affirme ici et la plupart des pays qui nous ressemblent étaient un
petit peu à la traîne. Mais là, sur cette question d'un ombudsman ou un
commissaire qui aurait pour mission de veiller au respect des droits auxquels
le Québec s'est internationalement engagé, je pense qu'il était temps. Et
j'applaudis, nous applaudissons, donc, l'idée d'un tel organisme, mais nous
pensons que la mission devrait être décrite de façon plus large que ce qui est
actuellement décrit, donc on a fait des propositions plus concrètes que vous
verrez dans les recommandations exprimées dans le... à la fin de notre rapport.
Je vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Le temps de votre
présentation étant écoulé, je vais demander à M. le ministre de commencer les
échanges.
• (17 heures) •
M. Carmant : Bien, je vous
remercie tous les deux, MM. Bouchard et Goubau. Moi, je penche plus de
votre côté, mais j'imagine que... Moi, je vois plus un rôle plus large, puis
laissez-moi m'expliquer. Moi, je pense que la prévention, c'est vraiment
central à ce poste-là et, justement, j'aurais peut-être un malaise à nommer une
cause spécifique comme prédominance sur tous les autres enjeux que vivent nos
enfants. Et je suis d'accord que c'est la maltraitance qui a fait débouler tout
ça et qui nous amène là, mais, tu sais, ça... la députée de Robert-Baldwin
pourrait nous parler de violence conjugale, moi, je pourrais vous parler...
moi, je pense qu'un gros fléau de la société ici, c'est les abus sexuels
intrafamiliaux qui détruisent les familles. Donc, tu sais, il y a plusieurs
causes que l'on pourrait parler puis mettre de l'avant. Donc, moi, je pense que
c'est... Le rôle du commissaire est vraiment de regarder les choses dans
leur... dans son ensemble et même encore plus en amont.
Cependant, je me souviens de la discussion
qu'on avait eue avec le PL 15, et juste vous dire qu'on a quand même fait
des progrès. Les autorités de santé publique ont adopté récemment un plan de
surveillance de la santé maternelle, foeto-infantile et de la petite enfance
ainsi qu'un plan de surveillance de la maltraitance avec les enfants. Donc, on
commence... ça commence à se déployer dans les différentes régions du Québec,
et, oui, on va faire un suivi de ça.
Moi, ce que je pense, puis j'aimerais
avoir votre avis, M. Bouchard, moi, je pense qu'une chose qu'on pourrait
renforcer dans le projet de loi, ce serait parler vraiment de... de nommer la
santé publique comme un collaborateur important avec le commissaire et mettre
l'emphase là-dessus plutôt que sur la maltraitance en soit. Est-ce que...
qu'est-ce que vous en pensez?
M. Bouchard (Camil) : On n'est
vraiment pas d'accord, tout simplement parce que je constate depuis des <années...
>
17 h (version révisée)
<17893
M.
Carmant :
...maltraitance en soit. Est-ce que... Qu'est-ce que vous
en pensez?
M. Bouchard (Camil) :
On
n'est vraiment pas d'accord, tout simplement parce que je constate depuis des >années
qu'on fait des progrès assez importants et spectaculaires dans plusieurs... sur
plusieurs enjeux concernant les jeunes. Pensons, par exemple, aux grossesses
précoces, toute la question de l'alcoolisme ou de la dépendance aux drogues
chez les jeunes. Il y a toutes sortes d'enjeux sur lesquels on a eu pas mal de
succès, où on a fait beaucoup de progrès, mais on a un échec retentissant du
point de vue de la maltraitance envers les enfants.
Et si on a... D'abord, ça n'exclut rien à
ajouter au projet de loi un «notamment». Je ne pense pas que ça exclut le
reste, mais ça met l'accent sur un... sur un enjeu qui devrait nous préoccuper
jour et nuit. Durant les 17 dernières années, il y a une augmentation de
101 % des signalements traités en protection de la jeunesse. En termes de
taux sur 1 000 enfants, là, je n'ai pas le score exact parce qu'il
faut faire la soustraction des récidives, puis des... des signalements qui...
qui ont... qui sont à répétition sur un même enfant, mais on est autour d'une
augmentation de 75 % sur les taux... les taux par 1 000 enfants,
sur les retenus, autour de 50 % d'augmentation durant les sept à huit
dernières années. C'est un enjeu de santé publique de premier ordre.
Et je... Moi, je rêve du jour, M. le
Président, où le ministre pourra dire : Nous modifions la loi pour désormais
biffer la question de maltraitance comme une priorité. Mais on n'est pas là. On
est dans... On est dans une situation où, année après année, on constate une
augmentation graduelle et, des fois, plus que spectaculaire du taux de
signalement. Et le... ce taux de signalement là n'augmente pas par le fait que
les voisins ou les gens de la communauté signalent davantage. Il augmente parce
que les policiers signalent davantage, parce que les écoles signalent davantage
et parce que les intervenants de première ligne, qui sont plus démunis, qui
sont démunis devant des problèmes qui se posent, et qui se posent trop
tardivement dans... dans le scénario d'intervention, donc, les signalements
augmentent par cette porte d'entrée là qui ne devrait pas être une porte d'entrée,
qui devrait être une... au contraire, une antichambre de solutions pour les
enfants et leurs familles. Alors, moi, je maintiens cette idée qu'il faut
ajouter un «notamment» le plus... le plus souvent possible concernant la
prévention et la prévention de la maltraitance.
Je reviens à cette histoire de l'explicitation
dans le projet de loi. À lire le projet de loi, le commissaire a une fonction
qui dépasse très largement. On le reconnaît, là, puis il faut que ce soit ça,
la protection des enfants et l'intervention au niveau des drames que l'on
connaît et qui sont signalés à la protection de la jeunesse. Et vous aurez
remarqué que, sur l'ensemble des interventions que vous aurez entendues durant
la journée, peut-être des mémoires que vous aurez reçus, il y a beaucoup plus
de préoccupations explicites par rapport aux services de protection que par
rapport aux services de prévention. Et c'est toujours le cas. C'est toujours le
cas. Et moi, quand j'ai vu le mot «préventive» dans les considérants, je l'ai
vu associé avec une volonté de l'État, et non pas avec une obligation de l'État.
Et ça aussi, c'est un signal qui est... le signal n'est pas, à mon avis, assez
fort en ce qui concerne le message que l'on doit envoyer à l'effet qu'il y a un
leadership à assumer au niveau national, que ce leadership-là doit être... doit
avoir un... doit avoir un écho dans le projet de loi, dans la création du poste
de commissaire, et que celui-ci peut demander et doit demander des comptes aux
directeurs régionaux et au directeur national de santé publique sur l'évolution
des taux par région et au niveau national.
On sait très bien qu'on va régler le... on
ne va pas régler, mais on va diminuer les taux de signalement au niveau
national si on aborde le problème régionalement. On ne peut pas faire
autrement. Et tantôt j'entendais une discussion au sujet des déterminants de la
maltraitance envers les enfants, puis on pense toujours en termes de
décroissance économique puis de détresse économique, etc. Mais vous avez des
régions au Québec où le taux de négligence envers les enfants augmente parce
que l'économie locale ou régionale connaît une croissance fulgurante. Et vous
avez à ce moment-là des drames familiaux, des drames qui concernent la
consommation de drogue. Le marché de la drogue devient plus lucratif dans
ces... dans ces endroits, dans ces régions. Alors, il y a toutes sortes
d'enjeux comme c'est là... ceux-là où les directeurs régionaux sont directement
en <contact...
M. Bouchard (Camil) :
...toutes
sortes d'enjeux comme c'est là... ceux-là où les directeurs régionaux sont
directement en >contact avec les grands déterminants qui ont un impact
sur le bien-être et sur la sécurité des enfants. Et c'est pour ça que j'insiste
là-dessus. Je salue les progrès qui ont été faits depuis la discussion que nous
avons eue, M. le ministre, je suis très content. Et que ce soit explicite dans
le projet de loi, parmi les collaborateurs, ce serait encore mieux, et que leur
mission soit surveillée par le commissaire, je pense que ce serait un plus,
également.
M. Carmant : D'accord. Et, de
votre côté, M. Goubau, vous... vous ne trouvez pas que de spécifier
certaines problématiques, ça n'enlève pas ce... ce volet prévention plus global
dans le rôle?
M. Bouchard (Camil) : ...souper
à la maison, il a besoin d'être d'accord.
M. Goubau (Dominique) : Vous
comprenez que nous avons fait ce travail de présentation à deux et
qu'évidemment je suis entièrement d'accord avec les... les propos de Camil
Bouchard là-dessus. Mais son... comment dire, sa réponse, de dire : Mais
on pourrait ajouter le «notamment» pour édulcorer un petit peu sa... notre
proposition initiale, me paraît tout à fait sage.
M. Carmant : D'accord.
D'accord. Qu'est-ce que je voulais vous demander? Bon. Le trois ans... le cinq
ans. On a rencontré le protecteur de l'élève, là, qui est quand même un rôle
qui, selon moi, est un peu plus limité que ce qu'on va mettre sur pied. Il nous
a dit que ça lui a pris un an juste pour s'installer. Ça ne donne pas beaucoup de
temps, si on ne lui donne que deux ans, là, pour déposer un premier rapport à
l'Assemblée nationale. Peut-être que cinq ans, c'est trop long, peut-être qu'on
va décider de couper la poire en deux, la... entre... entre parlementaires,
mais je pense que si on veut avoir des... des données de qualité, je pense
qu'il faut lui donner un peu plus de temps. Deux ans, je trouve ça un peu
hâtif.
M. Bouchard (Camil) : Peut-être
bien, peut-être bien. C'est très arbitraire, que de dire deux ou trois ans,
dans les circonstances, là. Mais le signal qui m'apparaît important de donner,
c'est, s'il y avait un changement, qu'on raccourcisse ce délai-là et qu'on...
qu'on fasse, donc, œuvre de sensibilisation au sujet de l'urgence de la
situation. Cinq ans, ça m'apparaît très confortable, pas dans l'urgence tout à
fait.
M. Carmant : Parfait.
M. Goubau (Dominique) : J'ajouterais,
si vous permettez, que j'ai bien compris qu'enfin... que le commissaire ne
devra pas prendre à bout de bras tous les problèmes de la jeunesse au Québec.
Il y a d'autres institutions, comme la commission des droits, comme le Protecteur
du citoyen, comme bien d'autres, qui ont leur rôle. Bien, comme la direction de
la protection de la jeunesse, qui ont un rôle bien précis à jouer. Il ne faudrait
pas que le commissaire déborde des platebandes. Et là, évidemment, ça lui
prendra beaucoup plus de temps, mais je pense que, s'il se concentre sur les
grands enjeux dont nous avons parlé ici, le... ce délai de cinq ans paraît très
long avant d'arriver à quelque chose de probant, compte tenu de l'urgence du
dossier.
• (17 h 10) •
M. Carmant : Je suis
d'accord... c'est... Il faut aller... C'est quand même urgent, effectivement, et...
D'accord... M. le Président, je passerais la... la parole.
Le Président (M. Provençal)
:...Mme la députée de Laporte.
Mme Poulet : Oui. Merci, M.
le Président. Merci à vous deux, c'est très intéressant, les échanges. Mme Laurent
mentionnait dans son mémoire que le Québec reconnaît ses enfants... propose un
considérant... que le Québec reconnaît ses enfants comme sujet de droit, que
cela renforcerait leur capacité de se défendre, de faire respecter leurs droits,
renforcer leur participation aux discussions sur les droits qui les concernent.
Ma question est : Croyez-vous qu'il soit nécessaire de rappeler dans le
préambule que l'enfant est un sujet de droit? Si oui, pourquoi?
M. Goubau (Dominique) : On
peut le rappeler, ça ne va pas nuire, mais je me méfie des grandes déclarations
qui peuvent donner bonne conscience, et, de toute façon, de dire aujourd'hui,
en 2024... qu'il faut dire que les enfants sont sujets de droit, je veux dire,
au Québec, ça fait 40 ans que c'est le cas. Et certainement, depuis que
nous avons adhéré aux principes de la convention, c'est une évidence. Et
maintenant, de rappeler une fois de plus l'évidence, c'est sûr qu'on peut le
faire, mais je pense qu'il y a... il y a des choses plus urgentes que
d'inscrire ce type de grand principe.
Et, vous savez, ça me rappelle un petit
peu toutes les discussions qu'il y a eu autour de l'importance d'avoir une
charte des droits des enfants et de rappeler notamment ce principe-là, alors
qu'en réalité, cette charte, elle existe déjà. Et le Québec s'est dit lié
internationalement par cette grande charte très complète qu'est la convention.
Il suffirait d'une disposition dans ce projet de loi pour intégrer la
convention dans le droit interne québécois. Ce n'est pas fait. Donc, on est
internationalement lié depuis 1991, mais en... vous savez comme moi que la
convention ne fait pas partie de notre droit interne, même si c'est un outil
d'interprétation. Il suffirait, si on veut vraiment une charte ou si on veut
vraiment affirmer l'importance une fois de plus de l'enfant comme sujet de
droit, bien, je pense qu'il <faudrait...
M. Goubau (Dominique) :
...vraiment
affirmer l'importance une fois de plus de l'enfant comme sujet de droit, bien,
je pense qu'il >faudrait peut-être avoir le courage de le dire : Eh
bien, la convention internationale sera d'application directe et nous allons
l'inscrire dans une disposition de la loi, puisque c'est la condition, dans
notre système juridique, pour intégrer le droit international en droit interne.
Mme Poulet : OK... J'ai
déjà posé la question à d'autres groupes. Je vous la... Je vous la pose. Au
niveau des mécanismes d'accréditation, Mme Laurent disait qu'il n'y avait
aucune base juridique. Selon vous, quel est, au niveau de la protection des
enfants, au niveau de... du suivi, au niveau des avocats, d'un meilleur
service, est-ce que vous pensez que les avocats devraient avoir... Est-ce qu'il
devrait y avoir un mécanisme d'accréditation pour eux?
M. Goubau (Dominique) : Alors,
ça fait longtemps que le Barreau milite en faveur et a fait des études dans les
années 80, 90, sur l'importance de reconnaître que... que le droit des
enfants et la représentation des enfants devant les tribunaux... devant les
tribunaux est une... est une pratique spécialisée qui est de plus en plus
complexe. Et le Barreau, depuis des années, a proposé une spécialisation
reconnue par une forme d'accréditation. À l'époque, j'ai... j'ai applaudi cette
idée et je pense, effectivement, que c'est une... c'est une avenue qui est
intéressante. Et si on veut aller dans le sens d'une accréditation, je pense
que ça vaut la peine d'aller relire le dernier rapport de... du Barreau du
Québec, qui est très complet, sur les avantages et les inconvénients, pour
conclure que cette accréditation serait nécessaire, et comme garantie d'un...
d'un meilleur service aux enfants. Donc, oui, je pense que ce serait une bonne
idée, l'accréditation des avocats.
Mme Poulet : D'accord. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Il reste encore un
2 min 30 s. Oui, M. le ministre.
M. Carmant : On va
revenir à la santé publique. Quelle serait le... l'interaction avec les santés
publiques régionales que vous verriez pour le... le commissaire?
M. Bouchard (Camil) : Je
pense que le commissaire pourrait jouer un rôle d'autorité dans le sens où il
demanderait des comptes à chacun des directeurs régionaux sur les efforts qui
ont été consentis par les partenaires qui entourent la santé publique dans les
efforts de prévention en ce qui a trait notamment à la maltraitance. Ce serait
un rôle de surveillance de ce que la santé publique déploie comme efforts
spécifiques dans leur région.
Moi, j'ai eu une expérience assez
extraordinaire comme bénévole sur la Côte-Nord, comme vous le savez, M. le
ministre. Et nous avons eu accès durant ces années où j'étais bénévole là-bas
avec André Lebon, à la banque de données de la DPJ au niveau régional...
C'était comme si on s'était installé dans la... dans le siège de la direction
publique d'une certaine façon, parce qu'on avait accès aux 145 ou
150 éléments d'annotation de ce qui se passe dans chacun des signalements
durant l'année qui... ou les années qui précédaient notre étude. Et je pense
qu'il y a là un matériel de connaissances, à partir des intervenants jusqu'aux
gens qui font la planification et l'installation des programmes de prévention,
il y a une somme extraordinaire de connaissances qui peut être utilisée par les
directeurs de santé publique dans leurs fonctions de surveillance de la santé
et du bien-être des enfants. Cette connexion-là entre la direction de la santé
publique, la banque de données dont dispose le ministère et les directeurs de
santé publique est essentielle si on veut arriver à aboutir à identifier des
programmes de prévention qui soient efficaces et efficients auprès de nos enfants
et de nos familles. Et il y en a dans plusieurs domaines, mais celui de la...
de la maltraitance, je le connais mieux.
Et je pense que... Donc, pour répondre
très... plus brièvement, le commissaire doit se... doit se préoccuper à... à
l'effet que les directeurs régionaux et le directeur national remplissent bien
leur rôle de surveillance et d'animation autour d'objectifs régionaux et
nationaux de réduction des méfaits envers les enfants.
M. Carmant : Merci.
M. Bouchard (Camil) : Je
vous en prie.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, la suite va appartenir à Mme
la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Très
intéressant, messieurs. Merci beaucoup pour cette présentation. J'aimerais
revenir à deux éléments. Évidemment, la prévention de la maltraitance, je
comprends que c'est un enjeu très important, qu'il y a eu une augmentation
fulgurante. Et donc, outre toute la question de... le rôle qu'un commissaire va
jouer dans la réduction, en termes de la maltraitance, vous avez parlé de fixer
des objectifs nationaux et régionaux. Est-ce que vous <prévoyez...
Mme Garceau :
...régionaux.
Est-ce que vous >prévoyez... Est-ce que vous... Est-ce qu'il y a
d'autres façons que vous envisagez que vous aimeriez que nous intégrions au
projet de loi? J'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Bouchard (Camil) : Bien, il
y a dans le projet de loi des dispositions concernant le rôle que peut jouer le
commissaire, que doit... doit jouer le commissaire en matière d'information du
public sur la santé et le bien-être des enfants, un rapport annuel qu'il va
commenter. On va tourner la page, puis le lendemain, on n'en entendra plus
parler. C'est ça qui arrive. Et moi, je pense qu'un commissaire doit remplir ce
rôle-là de façon continue, constante, intense, auprès du public.
Je ne sais pas vous, mais moi, le Dow
Jones, ça ne me dit pas grand-chose, en termes de composition d'indices, là. Mais
à tous les soirs, on nous parle de... d'indices économiques dont on ne comprend
pas la nature, mais on sait que c'est important. Mais quand vient le temps de
la santé et le bien-être des enfants, on n'a rien. On a très rarement une
indication de comment se portent nos enfants de façon régulière. Pourtant, on
pourrait avoir accès à une quantité très importante d'indicateurs du bien-être
et de la santé de nos enfants qu'on pourrait diffuser régulièrement en
changeant d'indice une fois par semaine. Vous... Vous n'arriverez pas encore au
bout de la liste.
Alors, il y a un effort à faire pour
embarquer les gens autour de cette dimension-là et qu'ils deviennent des...
qu'ils deviennent des gens qui ne peuvent plus invoquer la méconnaissance ou
l'ignorance de la situation. Comme citoyen, on peut être, je pense, alimenté
par un commissaire à la santé et au bien-être des enfants qui remplit cette
fonction-là.
Mme Garceau : Je vais revenir
concernant la convention internationale. Et il y a le considérant, évidemment,
dans le préambule. On avait Mme Laurent cet avant-midi. On a parlé
évidemment du fait que, dans le premier chapitre, évidemment, du rapport de la
commission Laurent, on parle évidemment du rôle du commissaire de veiller au
niveau des droits des enfants, de... de la promotion de leurs droits, de
respect de leurs droits. Et, évidemment, avec la nomination du commissaire, qui
était la première recommandation, la deuxième recommandation était évidemment
la charte des droits. Et donc, cet aspect-là, au niveau... on a eu discussion
concernant le fait que, oui, aujourd'hui, on regarde le volet concernant la
nomination du commissaire, mais on regarde... c'est uniquement la charte à la
troisième phase de la mise en œuvre des recommandations. Donc, ça, ça va être
dans quelques années. J'aimerais vous entendre à ce sujet-là.
• (17 h 20) •
M. Goubau (Dominique) : On...
Quand on lit la littérature dans... dans le domaine du droit de l'enfance, la
question de la nécessité d'une charte spécifique pour les enfants a fait couler
beaucoup d'encre. Et il y a des pour, il y a des contre, un petit peu comme le
débat sur la... une éventuelle charte pour les personnes aînées, hein? Et la
plupart des intervenants répondent en disant : Les enfants sont... ont les
mêmes droits que les adultes. Et nous avons une charte très moderne, encore
aujourd'hui, même si elle date de 1975, la Charte des droits et libertés, qui
inclut évidemment les enfants. Les enfants sont des sujets de droit à part
entière dans le cadre de la... de la Charte des droits et libertés. Et les
enfants qui sont sous le coup de la Loi sur la protection de la jeunesse, eux
bénéficient d'une charte particulière, et c'est comme ça que les observateurs
la désignent. Et la première partie de la Loi sur la protection de la jeunesse édicte
un certain nombre de droits qui sont les droits importants des jeunes qui sont
aux prises avec la Loi sur la protection de la jeunesse. Voilà donc deux
chartes, si vous voulez, déjà, qui... dont les enfants bénéficient.
J'ajoute la troisième, qui est celle de la
convention, et ça ne prendrait pas grand-chose pour que cette convention fasse
partie directement de notre droit interne. Et je pense que, sur le plan
symbolique aussi, ce serait quelque chose d'intéressant. Mais est-ce que la
situation des enfants dont Camil Bouchard a parlé et est-ce que les impératifs
que nous venons de... d'exposer vont trouver une solution parce qu'il y a
encore une charte des droits des enfants? Franchement, je ne pense pas. Mais,
bon, ça ne peut jamais nuire, hein? Personne n'est contre la vertu. On peut ajouter
encore des déclarations solennelles qui affirment tel droit fondamental. Mais
moi, je soumets respectueusement, comme on dit, que ces droits sont déjà
reconnus par la charte québécoise des droits. Il y a même des personnes qui
disent... il y a même des groupes de défense des <droits...
M. Goubau (Dominique) :
...des
groupes de défense des >droits des enfants qui sont tout à fait contre
l'idée d'une charte des droits des enfants parce qu'ils considèrent que c'est
faire insulte aux enfants que de leur dire : Vous n'êtes pas comme les
adultes. Non, vous bénéficiez, comme n'importe qui, des avantages de la Charte
des droits et libertés. Et si vous êtes mal pris dans la Loi sur la protection
de la jeunesse, et, bien, vous avez des droits particuliers. Est-ce qu'il faut
en ajouter une autre? Je ne suis pas convaincu.
Mme Garceau : Donc, comme
vous avez mentionné, en termes de la convention internationale, que... on
pourrait l'intégrer dans un cadre législatif?
M. Goubau (Dominique) : Bien,
vous savez, la convention internationale aujourd'hui, elle est... elle est
utilisée. La Cour suprême l'a mentionnée plusieurs fois, pour interpréter des
dispositions légales au Canada ou dans certaines provinces. Donc, la charte
fait déjà éminemment partie de notre arsenal juridique quand il s'agit
d'interpréter le droit interne. Mais il n'est... la charte n'est pas
d'application directe. Tout ce que je dis ici, c'est que, de créer un outil
aussi extraordinaire que le commissaire et qui... et je le vois bien, ce
commissaire, comme la plupart des pays l'ont fait, c'est un commissaire qui
s'inscrit directement dans la philosophie de la convention internationale. Je
pense que ce n'est pas pour rien que vous avez mis dans le premier considérant
cette référence à cet engagement du Québec. Donc, c'est un outil qui va devoir
veiller au respect des droits des enfants et donc, au respect des droits tels
qu'énoncés dans la convention internationale. C'est un tout petit... c'est un
tout petit pas que de dire : Eh bien, tant qu'à faire, intégrons cette
convention dans notre droit interne, comme on l'a fait pour le droit... pour
l'adoption internationale. L'adoption internationale, la Convention de La Haye
de 2006, elle est... de 1996, elle est inscrite dans une loi du Québec.
L'enlèvement international, une convention de La Haye, est intégré dans une loi
québécoise sur l'enlèvement international qui reprend au mot à mot les termes
de la convention. Rien n'empêcherait d'une simple petite phrase, pas dans le
préambule, mais dans un article de la loi, de dire : Désormais, la convention
fait partie du droit interne du Québec. C'est un peu audacieux, mais... mais je
pense que l'enjeu...
Mme Garceau : Pas tant que
ça.
M. Goubau (Dominique) : ...l'enjeu
que vous avez étudié ici est suffisamment important que... pour être audacieux.
Mme Garceau : Bien, pas tant
que ça. Nous l'avons, de toute façon, la Convention de La Haye, au niveau de
l'enlèvement des enfants, ça a été ça. On l'a intégré dans le droit interne. On
a une loi spécifique qui intègre les principes de la Convention de La Haye. On
pourrait... on pourrait faire la même chose ici.
M. Goubau (Dominique) : Absolument.
Mme Garceau : Oui.
M. Goubau (Dominique) : Et
les tribunaux ont rappelé que la simple référence aux obligations
internationales d'une province ou du fédéral, la simple référence à une
convention et au fait que le... la juridiction est internationalement tenue par
cette convention n'est pas suffisante pour répondre aux critères d'intégration
du droit international dans le droit interne. Ça prend un outil exprès
d'intégration. Donc, ça prendrait une disposition, par exemple dans cette
loi-ci, pour intégrer la convention.
Mme Garceau : Mais juste en
terminant, les droits tels que... Parce que je l'ai ici, la convention, là, les
droits tels que décrits dans cette convention internationale est pas mal
complète. Est-ce qu'il y aurait d'autres droits à ajouter?
M. Goubau (Dominique) : Ah!
je pense que c'est très complet. Ça va du droit contre la torture au droit de
jouer. Je... C'est une convention qui a pris 10 ans à être écrite. C'est
la convention qui a été signée par le plus grand nombre de pays au monde et
c'est une convention qui a mûri pendant une dizaine d'années. Le Canada était
d'ailleurs un des promoteurs de cette convention, et, on va dire, on est allé
très loin dans l'affirmation des... des droits des enfants. Et donc, c'est
vraiment une véritable charte des droits des enfants.
Mme Garceau : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Merci, Mme la députée. Nous allons
poursuivre avec M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Extrêmement intéressant. Je vais rester sur la question de la charte et
de la convention possiblement. Vous n'en faites pas une recommandation directe,
là, dans le mémoire, qu'on intègre la convention de droits internes, mais là,
devant nous, vous la faites pas mal clairement, par contre.
M. Goubau (Dominique) : Oui.
Je dois dire que lorsque nous avons fait notre rapport, nous avons, à deux,
désigné les deux points qui nous paraissaient les plus importants et... sans
noyer dans d'autres points, qui peuvent être importants aussi, mais le premier
point est celui de la prévention, prévention qui mérite d'être mieux exprimée
dans le projet. Et puis le deuxième, ce rôle du commissaire qui concerne tous
les enfants du Québec et non pas seulement ceux qui sont sous le coup de la LPJ
ou qui risquent un jour de tomber sous le coup de la LPJ. Il y a des enfants
qui ne sont pas en situation... qui ne seront jamais en situation de
compromission, mais qui ont des choses à faire valoir. Et, en quelque sorte...
et ça, on le dit dans le mémoire, le rôle... et, à mon avis, un des rôles très
importants du commissaire, c'est de devenir non seulement le porte-voix, mais
le promoteur des droits des enfants dans la société. Et, en ce sens-là... Et
alors, du coup... Mais peut-être que je réponds à côté de la... du coup... Et
je reviens au délai des deux ans. Il ne faut pas <surcharger...
M. Goubau (Dominique) :
...réponds
à côté de la... du coup... Et je reviens au délai des deux ans. Il ne faut pas >surcharger
le commissaire parce que là sont ses rôles principaux. Et j'ai entendu dire,
quelqu'un, qu'il fallait éventuellement transférer les missions de la commission
des droits vers le commissaire, je pense que ce serait une très mauvaise idée.
Ça réduirait le commissaire, comme ça se voit dans certaines provinces. Et
comme on le voit dans certains pays, ça réduirait l'ombudsman créé, au fond,
dans la philosophie de la convention, à un autre rouage de protection de la
jeunesse. Et là n'est pas véritablement son rôle. Il a un rôle beaucoup plus
systémique. Et, si on le surcharge avec des... des choses comme cela, il ne
pourra pas jouer son rôle le plus original et probablement le plus utile, celui
de la prévention et celui de s'intéresser aux enjeux de société pour les enfants.
M. Cliche-Rivard : Donc,
c'est ce que vous dites, on fait une disposition express dans le cadre
législatif provincial et on notifie l'instrument international, je devine, de
cette ratification, et le tour est joué, on est lié par la convention. C'est
comme ça que ça fonctionne?
M. Goubau (Dominique) : Bien,
on est lié, au Québec, pour ce qui relève des compétences du Québec. Bien sûr,
oui.
M. Cliche-Rivard : Bien sûr,
bien sûr. Et là, après, bon, il demeure que le droit international n'est pas
nécessairement un outil quasi constitutionnel comme pourrait l'être une charte.
Il y a quand même des nuances. Cela dit, vous nous ramenez sur l'élément qu'on
a notre charte québécoise qui, elle, va entériner, de toute façon, ce rôle-là
quasi...
M. Goubau (Dominique) : C'est
ça. Et je me plais à souligner ici la similitude entre la charte québécoise des
droits et la convention. La charte québécoise, contrairement à toutes les
chartes des droits et libertés qu'on voit ailleurs au Canada, est une charte
qui intègre et les droits civils et politiques et les droits socioéconomiques.
C'est la richesse... enfin, c'est une des richesses de la charte, la convention
reflète cela aussi.
M. Cliche-Rivard : Donc, il
n'y aurait pas création de droits substantifs absolument énormes, là. Ces
droits-là, ça existe déjà dans notre cadre législatif principalement.
M. Goubau (Dominique) : Oui...
Mais il faut faire attention d'un raisonnement comme celui-là, parce que c'est
un raisonnement qui est utilisé par des personnes qui disent : Ça ne vaut
même pas la peine...
M. Cliche-Rivard : Je
comprends.
M. Goubau (Dominique) :
...d'intégrer la convention puisque, de toute façon, nous sommes encore plus
généreux à l'égard des enfants. Mais il faut comprendre que les engagements,
dans le cadre de la convention internationale, est une... et... sont des
engagements aussi sur les droits socioéconomiques, donc, sur la prévention, à
mesure de la capacité de l'État qui est engagé. Ce qui... Et ça, c'est très
important, ça veut dire que le Québec s'est engagé internationalement à en
faire plus en termes de prévention, parce que nous sommes un pays riche, ou en
tout cas, une juridiction riche, et ça, c'est très clair. On n'en demande pas
autant au Bangladesh qu'on a le droit d'en demander au Québec. Et c'est pour ça
que ce... ce luxe que nous nous payons en ayant un commissaire qu'on va payer,
avec du personnel, c'est un luxe qu'on peut se payer, mais que nous avons
l'obligation internationalement de payer, parce que nous avons les moyens de le
faire, et que notre engagement, c'est de prendre les meilleurs outils pour nos
enfants.
M. Cliche-Rivard : Un grand
merci.
Le Président (M. Provençal)
:...Merci beaucoup. Alors, nous allons
compléter cet échange avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
• (17 h 30) •
M. Arseneau : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci, MM. Bouchard et Goubau, pour cette passionnante
rencontre et ces échanges fort enrichissants.
On a bien compris votre obsession pour la
prévention, et vous la partagez très bien, face à la maltraitance, évidemment,
et toute la question, là, de l'implication de la santé publique. On a très bien
compris le message, le devoir plutôt que la volonté. On a déjà eu ces débats-là
d'ailleurs dans le projet de loi sur la santé et dans d'autres projets de loi.
Mais je vais aborder deux autres éléments.
Le Dow Jones du bien-être des enfants, je trouve intéressant, mais avant que ça
arrive, avec la collaboration des médias, je me demandais si vous suggérez...
Parce que, quand vous mentionnez, M. Bouchard, qu'une fois le rapport
déposé, bien, on tourne la page, on passe à autre chose, ce matin, on avait la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse qui nous disait :
Il faut des mécanismes de suivi, des avis, des recommandations. J'imagine que
vous êtes dans cet esprit-là?
M. Bouchard (Camil) : En effet,
oui.
M. Arseneau : C'est
essentiel. D'accord. Et puis, pour la question de la santé publique, j'ai
l'impression... puis dites-moi si j'ai mal saisi, c'est comme si, d'emblée,
vous nous dites : La santé publique ne joue pas son rôle à l'égard de...
de ce problème de santé publique qu'est la maltraitance envers les enfants. Il
faudrait que le commissaire, lui, serre la vis à la... au directeur de la santé
publique et aux santés publiques régionales, aux directions de santé publique
régionale. Est-ce que ce ne serait pas aussi nécessaire de réviser la Loi sur
la santé publique puis leur serrer la vis de cette façon-là?
M. Bouchard (Camil) : ...qu'il
faut que les directeurs de santé publique régionaux, le directeur national
soient mandatés pour le faire. Il faut qu'ils reçoivent un signal très clair de
la part de l'État que c'est leur rôle que de consacrer une partie de leurs
efforts, du moins, à la prévention de tel ou de tel enjeu de santé dans leur
population. Et une fois... une fois ce rôle identifié, une fois cet enjeu
identifié, une fois cette mission identifiée, le commissaire peut alors, lui, à
titre de commissaire, se donner l'obligation, le devoir de vérifier si cette <mission-là...
>
17 h 30 (version révisée)
< M. Bouchard (Camil) :...le
commissaire peut alors, lui, à titre de commissaire, se donner l'obligation, le
devoir de vérifier si cette >mission-là est bien remplie dans chacune
des régions du Québec. Et on sait que ça peut varier d'une région à l'autre.
M. Arseneau : D'accord. Mais,
c'est ça, je veux juste comprendre, c'est que le commissaire n'a pas autorité,
d'emblée, sur la santé publique, le directeur de la santé publique?
M. Bouchard (Camil) : Non.
Non mais... non mais il aura... il aura cette capacité de faire des
observations et des recommandations eu égard à cette mission que peuvent avoir
les directeurs de santé publique. Et je ne connais pas beaucoup de fonctions,
au niveau régional notamment, qui permet à un intervenant de la santé d'obliger
des partenaires à s'asseoir à la même table, et le directeur de la santé
publique peut le faire.
M. Arseneau : Merci. Je
voulais juste dire, en terminant, je sais qu'il reste à peine quelques
secondes, on partage également la volonté que ce soit fait le plus rapidement
possible. Si on regarde, là, la tragédie de Granby, là, à partir de laquelle on
a nommé une commission, ça remonte à la fin avril 2019. Si on se donne cinq ans
après l'adoption de cette loi-ci, en espérant qu'elle soit adoptée avant mai
2024, ça nous ramènerait 10 ans plus tard, en 2029. C'est beaucoup trop
long, à mon point de vue. On partage votre point de vue.
M. Bouchard (Camil) : Mais ça
fait longtemps que c'est trop long. Ça fait longtemps que c'est trop long. Ça fait
longtemps qu'on observe notre incapacité à endiguer cette histoire-là de
maltraitance, notamment envers les enfants.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup à vous deux de votre
collaboration, de votre contribution et surtout de nous avoir partagé votre
vision et les éléments que vous aimeriez voir, là. En tout cas, il y a au moins
un mot qu'on doit retenir, parce que vous l'avez d'emblée répété à quelques
reprises. Alors, merci beaucoup.
Sur ce, je vais...
Des voix : ...
Le Président (M. Provençal)
:Prévention, prévention.
Alors, sur ce, je vais suspendre les
travaux pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 17 h 34)
(Reprise à 17 h 39)
Le Président (M. Provençal)
:Nous sommes en mesure de poursuivre
nos travaux. Je souhaite la bienvenue aux représentants du Protecteur du
citoyen. Alors, je vous rappelle que vous aurez 10 minutes pour votre
présentation, et nous poursuivrons par la suite pour des échanges. Alors, je
vous invite à vous présenter et à nous faire votre présentation. À vous la
parole.
Protecteur du citoyen
M. Dowd (Marc-André) : Merci.
Merci, M. le Président. Les personnes qui m'accompagnent, je vous les présente
tout de suite. Donc, je suis accompagné de Mme Claudie Otis, déléguée aux
enquêtes en santé et services sociaux pour le secteur Jeunes en difficulté, et
avec Mme Annie Bergeron, conseillère stratégique aux relations avec les Premières
Nations et les Inuits.
Donc, M. le Président, M. le ministre, Mmes,
MM. les députés membres de la commission, je veux tout d'abord remercier la
Commission de la santé et des services sociaux d'avoir invité le Protecteur du
citoyen à se faire entendre concernant le projet de loi n° 37, Loi sur le
commissaire au bien-être et aux droits des enfants.
Pour rappel, je précise que le Protecteur
du citoyen reçoit les plaintes de toute personne insatisfaite des services d'un
ministère, ou d'un organisme du gouvernement du Québec, ou d'une instance du
réseau de la santé et des services sociaux, notamment dans le secteur des
jeunes en difficulté. Il mène aussi des enquêtes de sa propre initiative sur
des préjudices à portée collective. Il veille également à l'intégrité des
services publics en traitant des divulgations d'actes répréhensibles. Lorsqu'il
l'estime nécessaire, le Protecteur du citoyen sollicite l'attention d'un
dirigeant d'organisme ou du gouvernement sur des réformes législatives,
réglementaires ou administratives. C'est dans cette optique que je m'adresse
aujourd'hui à vous et que je vous ai transmis par lettre mon analyse du projet
de loi n° 37.
• (17 h 40) •
D'entrée de jeu, je veux préciser que
j'accueille avec beaucoup d'ouverture le projet de loi et la création d'un
poste de Commissaire au bien-être et aux droits des enfants. Ce dernier se
consacrera à la cause des jeunes et des enfants, ce qui lui permettra notamment
d'adopter une approche transversale. Cela ne peut que contribuer à
l'amélioration des services qui leur sont destinés et au respect de leurs
droits.
La Commission spéciale sur les droits des
enfants et la protection de la jeunesse, la commission Laurent, recommandait
d'ailleurs la mise en place de ce nouvel acteur, et je souscris pleinement à
cette recommandation.
L'analyse du projet de loi fait d'ailleurs
ressortir des avancées concrètes que je veux souligner. À titre d'exemple, il
reviendra au commissaire d'exercer une vigie sur les programmes et les
politiques élaborés pour les enfants et les jeunes afin qu'ils répondent
efficacement à leurs besoins. Dans la foulée, on donnera la parole à un comité
consultatif composé d'enfants et de jeunes adultes pour renforcer leur pouvoir
d'agir et leurs voix. Enfin, il y a lieu de miser sur le rôle d'information et
d'éducation que jouera le commissaire pour sensibiliser la population et ses
institutions à la place de nos plus jeunes dans la... de nos plus jeunes
citoyens dans la société.
J'en viens maintenant à des aspects du
projet de loi qui m'interpellent particulièrement. D'abord, selon la définition
qu'en donne le ministre responsable des Services sociaux, le commissaire ne
traitera pas les plaintes individuelles. Toutefois, il pourra mener des
enquêtes pour évaluer la mise en oeuvre de programmes et de services publics
destinés aux enfants. Or, ce volet de la mission du nouveau commissaire peut
être mis en parallèle avec les enquêtes que nous faisons concernant des enfants
et des jeunes. Le projet de loi aborde cette <question...
M. Dowd (Marc-André) :
...Le
projet de loi aborde cette >question. Il est prévu, en effet, qu'au
besoin le nouveau commissaire coopère avec nous tout comme avec la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse et avec tout autre
organisme public afin d'harmoniser les interventions des uns et des autres à
l'égard des jeunes.
Il faut savoir toutefois que les
organismes concernés se caractérisent entre autres par leur indépendance et par
des règles strictes de confidentialité. Afin d'éviter que ces balises, par ailleurs
essentielles, ne compromettent une concertation efficace, je recommande que le
projet de loi prévoie la conclusion d'ententes entre les organismes visés pour
faciliter et encadrer la transmission de l'information entre eux. Le Protecteur
du citoyen fonctionne déjà selon ce type d'entente avec les organismes qui sont
nos partenaires en intégrité publique. Nos collaborations s'appuient sur des
ententes qui permettent de renforcer nos rôles distincts dans le contexte
d'actions concertées. Par ailleurs, je recommande d'ajouter aux organismes
énoncés dans le projet de loi le Protecteur national de l'élève à titre
d'acteur majeur dédié, lui aussi, aux enfants et aux jeunes.
J'aimerais maintenant attirer votre
attention sur les articles du projet de loi qui prévoient la nomination d'un
commissaire associé dédié au bien-être et aux droits des enfants membres des Premières
Nations et Inuits. Ce commissaire associé relèverait du commissaire, il
assisterait ce dernier en veillant aux intérêts des enfants et des jeunes issus
des Premières Nations et Inuits à la lumière notamment des facteurs
historiques, sociaux et culturels propres au contexte autochtone. Cette
proposition fait suite à une recommandation de la commission Laurent et, bien
que je souscrive pleinement à l'intention de donner une juste place à la voix
des enfants membres des Premières Nations et Inuits au sein de cette nouvelle
institution, je désire formuler quelques commentaires sur les façons dont nous
pouvons atteindre cet objectif. Je rappelle la surreprésentation persistante
des enfants membres des Premières Nations et Inuits en protection de la
jeunesse et l'échec du système en place à répondre à leurs besoins spécifiques.
Ces réalités ont d'ailleurs mené à plusieurs appels à l'action de la Commission
d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics
du Québec, la commission Viens.
Comme certains d'entre vous le savent, le Protecteur
du citoyen effectue le suivi des appels à l'action de la commission Viens. Dans
notre premier rapport de suivi, déposé à l'Assemblée nationale en octobre 2023,
nous avons mis l'accent sur la nécessité d'améliorer la collaboration et la
coconstruction — j'insiste sur ce terme — avec les Premières
Nations et les Inuits au moment de déployer des chantiers structurants pour la
société, dont les réformes législatives. Qu'entend-on par «coconstruction»?
C'est un concept qui va au-delà de la consultation. On parle d'un processus par
lequel les acteurs des Premières Nations et des Inuits concernés et le
gouvernement collaborent sur un pied d'égalité à l'atteinte d'un but commun.
Cette manière de faire permet de concevoir et de développer efficacement des
projets et d'enrichir nos relations de nation à nation.
Le présent projet de loi a donné lieu, et
je tiens à le reconnaître, à des consultations avec des représentants des Premières
Nations et des Inuits. Toutefois, pour véritablement comprendre et intégrer
leurs préoccupations, il faut, selon moi, faire quelques pas de plus. Ce
constat revient souvent dans le cadre du suivi que nous menons des appels à
l'action de la commission Viens et appelle la même conclusion : dès
l'amorce d'un projet, il importe impérativement d'impliquer les représentants
des Premières Nations et des Inuits, à savoir même comment les représentants
des Premières Nations et des Inuits aimeraient en discuter, avec l'assurance
d'une ouverture de leurs vis-à-vis à faire les choses autrement.
Sous l'angle de la coconstruction,
plusieurs éléments du projet de loi doivent être approfondis avec les
représentants des Premières Nations et des Inuits. C'est le cas, par exemple,
du rôle, des fonctions, des ressources du commissaire associé, de l'utilisation
des données concernant les enfants autochtones et de la nature et des modalités
des interactions entre le commissaire et les gouvernements et institutions des Premières
Nations et des Inuits. Je recommande donc que les dispositions dans le projet
de loi qui concernent le commissaire associé ne soient pas mises en vigueur dès
l'entrée en fonction du commissaire. Ce dernier devrait d'abord mener une
démarche de coconstruction à ce sujet ou minimalement une démarche de
consultation jugée satisfaisante et par le commissaire et par les représentants
des Premières Nations et des Inuits. Si besoin était, le commissaire pourrait
recommander au préalable de procéder à toute modification législative qui lui
paraîtrait nécessaire pour bonifier la proposition actuelle.
Nos travaux en suivi de la commission
Viens et les travaux de la commission Laurent font aussi ressortir le caractère
essentiel du respect de l'autodétermination des Premières Nations et des
Inuits. Il en va de la reconnaissance formelle de la capacité des peuples
autochtones de décider de leurs propres lois et politiques en matière de
protection de la jeunesse et à veiller au bien-être de leurs enfants. Cette
reconnaissance n'apparaît pas au projet de loi. Or, on ne peut occulter le
respect des droits particuliers des Premières Nations et des Inuits, notamment
les droits et les dispositions de la Convention de la Baie James et du Nord
québécois et le droit à l'autodétermination tel que reconnu par la Déclaration
des Nations unies sur les droits des <peuples...
M. Dowd (Marc-André) :
...
Nations
unies sur les droits des >peuples autochtones. Le rapport de la
commission Laurent précisait en ce sens le soutien et la collaboration dont
devrait faire preuve le commissaire auprès des différentes nations ou
communautés autochtones qui décideraient de se doter d'une institution
indépendante. Je recommande donc que le préambule du projet de loi indique que
le commissaire devra offrir son soutien et sa pleine collaboration aux Premières
Nations et Inuits qui décideraient de se doter d'une institution indépendante
veillant au bien-être et aux droits de leurs enfants.
Enfin, le projet de loi prévoit que le
commissaire... doit, au plus tard cinq ans suivant la date de l'entrée en vigueur
de la loi, faire rapport à l'Assemblée nationale sur sa mise en oeuvre. Aucun
suivi de ce rapport n'est cependant prévu dans le projet de loi. Je recommande
que ce rapport soit étudié par la commission parlementaire pertinente, celle-ci
pourrait entendre les représentations des personnes et des organismes
intéressés.
Pour conclure, je réitère que j'accueille
favorablement la création du Commissaire au bien-être et aux droits des enfants.
Ma préoccupation de la meilleure collaboration possible entre les organismes et
acteurs concernés, parmi lesquels les Premières Nations et les Inuits ont une
large part, m'amène à recommander certains ajouts. Je vous remercie de votre
attention.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup pour cette présentation.
M. le ministre, vous avez sûrement quelques interventions.
M. Carmant : Absolument.
Merci beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup, M. Dowd, et puis, bien, à
vos associées également.
La première question, puis c'est celle
qu'on essaie de bien déterminer, c'est comment vous voyez vos futures
collaborations avec le commissaire? Tu sais, comme... de façon
bidirectionnelle, en fait.
M. Dowd (Marc-André) : Oui,
en fait, en tant qu'acteur exclusivement dédié au bien-être des enfants et au
respect de leurs droits, je m'attends, et je pense que c'est ce qui est attendu,
c'est ce qui est attendu aussi, à ce que le commissaire exerce un leadership
dans la concertation sur ces questions-là, et, au nom du Protecteur du citoyen,
je l'assure de la pleine collaboration de mon institution.
Je vais vous donner un parallèle qui...
qu'on vit actuellement en matière d'intégrité publique. Alors, vous savez, le
président de la Commission des droits de la personne, je pense, a utilisé le
terme «écosystème» en parlant des acteurs du... en matière de respect des
droits des jeunes, de protection, de bien-être. Bien, on a un... on a aussi un
écosystème en matière d'intégrité publique, où il y a plusieurs organismes qui
ont chacun leur rôle à jouer, un rôle distinct, mais qui sont appelés à
collaborer, à se concerter. On peut penser à... le Protecteur du citoyen,
l'UPAC, l'Autorité des marchés publics, on peut penser au Commissaire au
lobbyisme, etc. Or, par des rencontres régulières où on échange sur les
problématiques, on comprend bien quel est le terrain de jeu, si je peux dire,
le carré de sable de chaque acteur, quels sont ses pouvoirs, quels sont ses
leviers d'intervention, qui est le mieux placé à l'égard d'une situation pour
intervenir, et, dans une saine gestion des finances publiques, je dirais,
éviter les doublons, les enquêtes parallèles sur le même sujet. Donc, c'est un
peu ce genre de modèle là, une concertation qui serait bâtie entre les
différents acteurs, dans le respect de l'indépendance des acteurs, c'est très
important, mais on partage tous, à la base, le même désir, le même objectif,
c'est assurer le bien-être des enfants et assurer le respect de leurs droits.
Donc, si tout le monde travaille de façon positive, bien, je pense que les
résultats vont être très intéressants. C'est les résultats qu'on récolte en
matière d'intégrité publique avec cette démarche-là.
Et, si vous permettez, M. le ministre,
j'insiste sur la recommandation qu'on fait. La notion de transmission
d'informations est essentielle, parce qu'actuellement, si on s'en tient à nos
règles de confidentialité qui nous gouvernent tous, on peut échanger très peu
d'informations entre nous, donc il faut baliser. Il faut comprendre que le
législateur nous envoie un signe comme quoi que, pour une concertation
efficace, on comprend que les organismes vont s'échanger de l'information, et
par des ententes formelles, quelle est la nature de l'information qui peut être
échangée, quel est le canal de communication pour échanger cette
information-là. Donc, on le précise entre les organismes et on formalise cet
échange d'informations.
• (17 h 50) •
M. Carmant : Au moment de
faire ces ententes-là.
M. Dowd (Marc-André) : Exact.
M. Carmant : D'accord. Donc,
moi, je suis très content d'apprendre que cette table-là, elle existe déjà, et
le commissaire viendrait se joindre...
M. Dowd (Marc-André) : Non,
non. Cette table-là, l'exemple que je donnais, c'était le Forum des partenaires
en matière d'intégrité publique, donc, c'est vraiment... c'est vraiment une
table qui existe, mais en matière d'intégrité publique.
M. Carmant : Donc, il
faudrait en...
M. Dowd (Marc-André) : Oui,
il faut... il faudrait en créer une. Je vous dirais qu'on a des échanges avec
la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse sur des
dossiers communs, mais ce n'est pas encore formalisé au niveau d'une
concertation, là, établie, je dirais.
M. Carmant : Et on
s'attendrait que le commissaire prenne un leadership là-dedans alors, si je
vous comprends bien.
M. Dowd (Marc-André) : Exactement.
M. Carmant : Ce serait
bienvenu.
M. Dowd (Marc-André) : Tout à
fait.
M. Carmant : OK, parfait.
Merci beaucoup. Et tout à fait d'accord avec l'ajout du protecteur de l'élève.
D'ailleurs, on vient de probablement se rajouter la direction de santé publique
dans les partenaires <nommés...
M. Carmant :
...public
dans les partenaires >nommés dans le projet de loi. Donc, au début, on
était évidemment un peu hésitants, là, parce que, quand on fait des listes, il
y a toujours des gens qui lèvent la main pour dire : On n'y est pas. Mais,
bon, on commence à voir les partenariats plus clés qui devraient être nommés.
Est-ce que vous... vous aviez d'autres suggestions?
M. Dowd (Marc-André) : Lorsqu'on
a examiné, c'était vraiment le...
M. Carmant : Le protecteur de
l'élève?
M. Dowd (Marc-André) : ...le cas
du Protecteur national de l'élève, de par sa mission, de par son rôle, qu'il
nous paraissait essentiel d'ajouter à la liste.
M. Carmant : Parfait. Puis,
selon vous, parce que vous êtes quand même le Protecteur du citoyen, quelles...
avez-vous des suggestions ou des idées sur quelles devraient être les priorités
du commissaire à sa création? Est-ce qu'il y a des sujets qui vous...
M. Dowd (Marc-André) : C'est...
Bien, en fait, je pense qu'un des grands... une des grandes avancées, avec
l'instauration du commissaire, c'est aussi de donner la voix aux enfants,
d'être le porte-voix des enfants. Alors, avant d'établir les priorités, je
pense qu'on devrait discuter avec les premiers intéressés, peut-être que des
priorités vont se dégager. Au fil des ans, le Protecteur du citoyen a mené des
enquêtes spéciales qui concernent des questions qui concernent les enfants. Je
pense, entre autres, par exemple, à la question de la scolarisation à domicile,
je pense à la question de la couverture à la RAMQ pour les enfants nés au
Québec de parents qui avaient un statut d'immigration précaire. Donc, on a...
on a abordé, récemment encore, les services offerts aux élèves du primaire qui
ont des difficultés d'adaptation ou d'apprentissage, notre rapport L'élève
avant tout. Donc, ce sont des enjeux qui étaient criants, des enjeux
d'actualité sur lesquels on a travaillé, mais ce sera intéressant d'échanger
avec les différents partenaires pour dire qui est le mieux placé pour
intervenir sur cet enjeu-là.
M. Carmant : Parfait. J'ai
bien entendu puis, moi aussi, je suis... je mets de l'avant les aspects
coconstruction puis je pense que l'idée de mettre un règlement est une... est
une bonne idée. L'enjeu qu'on peut voir, c'est, par exemple, certains...
certains changements dans lesquels on a mis ce type de règlement puis qu'on a essayé
de coconstruire, puis l'exemple qui vient... qui me vient en tête, parce que
c'est le plus récent, ça a été l'adoption et la tutelle coutumière. Ça nous a
pris cinq ans à coconstruire avec eux. Donc, c'est sûr que ça risque d'engendrer
un processus qui risque d'être très long.
M. Dowd (Marc-André) : C'est
pourquoi je vous dirais, M. le ministre, M. le Président, que la proposition
qu'on fait ne vise pas du tout à retarder l'action, hein, on propose qu'on
aille de l'avant avec la nomination du commissaire. Ce qu'on propose, c'est de
dire : Avant de nommer un commissaire associé, est-ce qu'on peut
travailler avec les représentants des Premières Nations et des Inuits à bâtir
une adhésion autour du concept de commissaire associé, comment eux voient son
rôle, comment eux voient sa fonction, sa place dans l'institution? Je notais
aussi la question des données de recherche, l'utilisation des données de
recherche qui concernent les enfants autochtones, comment les données de recherche
peuvent profiter aux nations et aux communautés, c'est une question qui est
hautement sensible. Donc, c'est le genre de sujet qui va devoir faire l'objet
de discussions plus approfondies dans l'optique de bâtir une adhésion autour,
parce que c'est ce qu'on souhaite, M. le ministre.
M. Carmant : Parfait. Et,
écoutez, l'éléphant dans la pièce, là, c'est que, bientôt, on va avoir une
décision sur le C-92. Avez-vous des commentaires par rapport à ça, si c'est...
dépendamment...
M. Dowd (Marc-André) : On a
hâte à jeudi, donc, oui. Bien, je pense que tout le débat juridique entourant
la notion d'autodétermination, je pense qu'elle va être enrichie par...
nécessairement par la décision de la Cour suprême, donc, puis je pense que ça
va jouer un rôle aussi sur la façon dont on va bâtir les initiatives, notamment
en matière de protection de la jeunesse.
Et c'est assez frappant, quand on parle
avec les représentants des Premières Nations et Inuits, et dans le cadre du
suivi des appels à l'action de la commission Viens, on s'est doté d'un cercle
consultatif de personnes, de représentants qu'on consulte sur une base
régulière, et, quand on leur demande d'identifier quelles sont les priorités,
comme vous m'avez demandé de le faire, du côté des Premières Nations et Inuits,
il y en a un, consensus, c'est tout ce qui concerne le bien-être des enfants,
la protection de la jeunesse. Ça sort comme une priorité qui fait consensus.
Alors, on sait qu'il y a un désir de travailler sur ces questions-là.
Vous allez avoir l'opportunité demain
d'entendre des représentants des Premières Nations et Inuits, tu sais. Je nous
invite à vraiment écouter avec attention les propositions, les réactions, pour
voir comment on peut construire ensemble, bâtir ensemble un mécanisme qui... où
tout le monde va se retrouver. Et c'est ça, l'objectif, susciter l'adhésion et
que ce soit utile.
M. Carmant : OK, puis... Mais,
justement, dans ce «tout le monde va se retrouver», j'ai toujours un peu une <inquiétude...
M. Carmant :
...OK,
puis... Mais, justement, dans ce «tout le monde va se retrouver», j'ai toujours
un peu une >inquiétude... en fait, ce n'est peut-être pas nécessairement
bien placé, mais, vous savez, ils... ils insistent souvent sur le fait qu'il y
a 11 nations distinctes, une quarantaine de communautés. Dans votre
expérience, est-ce qu'on arrive à identifier ou... quelqu'un ou un individu qui
peut bien représenter tout le monde comme ça?
M. Dowd (Marc-André) : Je
pense qu'avant... Bien, c'est un peu le sens aussi de notre proposition. Je
pense qu'avant d'identifier une personne, il faut discuter avec les différents
représentants pour dire quel est le rôle qu'on veut donner à cette personne-là,
qu'est-ce qui est attendu de... pour cette personne-là? Et peut-être qu'en
discutant avec les différents intervenants, il y a des consensus qui vont se
bâtir et qui vont permettre de dégager un profil en disant : Bien, la
personne qu'on cherche aurait plus tel profil. Il ne faut pas précipiter les
choses. Ça ne veut pas dire qu'on n'est pas dans l'action, parce que, quand on
construit le consensus comme ça, pour moi, on est dans l'action parce qu'on
bâtit la relation.
M. Carmant : D'accord. Avec
les Premières Nations.
M. Dowd (Marc-André) : Exactement.
M. Carmant : D'accord. Sur un
autre ordre d'idée... Alors, je vais poser la question que j'ai posée au
protecteur de l'élève : Jusqu'à présent, comment se déroule, depuis les
six derniers mois, depuis qu'il est arrivé dans le portrait, comment ça se
déroule, votre collaboration avec le protecteur de l'élève?
M. Dowd (Marc-André) : Bien,
en fait, ça se déroule assez bien. Bien, très bien, même. La... En fait, le
fait que le Protecteur national de l'élève soit un ancien vice-protecteur du
citoyen, ça aide aussi à ce qu'on parle le même langage, je pense qu'on peut se
le dire. Je pense qu'on est dans une optique de collaboration parce que, de
toute façon, nous n'avons pas compétence sur les plaintes qui originent des
centres de services scolaires, alors c'est un... c'est vraiment une compétence
qui appartient au Protecteur national de l'élève. Nous, notre compétence est à
l'égard du ministère de l'Éducation, donc on est plus au niveau macro des
politiques, des directives du ministère, pour lequel on conserve notre
compétence. Donc, j'imagine qu'on va développer — puis c'est encore
très jeune, hein, le fait que le Protecteur national de l'élève reçoive les
plaintes — on va développer des mécanismes de collaboration, et le Commissaire
au bien-être et aux droits des enfants va nous aider à renforcer cette
collaboration-là grâce à la concertation qui est prévue au projet de loi.
M. Carmant : D'accord. Et
parallèlement vos interactions avec le réseau de la petite enfance, là je sais
que vous avez des collaboratrices ici qui travaillent spécifiquement sur les
jeunes en difficulté, comment ça se déroule, puis comment vous voyez le
partenariat avec le commissaire? Parce que vous avez des interactions, je le
sais, directes avec les... le réseau. Donc, comment... comment ça va être
modulé par la création?
M. Dowd (Marc-André) : En
fait, en matière de... en vertu de la loi sur le protecteur des usagers, on
intervient généralement en deuxième recours, après le commissaire aux plaintes
et à la qualité des services dans les établissements, les CISSS et les CIUSSS,
mais on peut aussi intervenir directement quand on nous signale une situation,
notamment en matière de protection de la jeunesse.
Je vais peut-être donner à Mme Otis,
si vous permettez, M. le Président... lui demander de détailler le type de
dossiers qu'on peut recevoir et quelle est la collaboration avec le réseau.
• (18 heures) •
Le Président (M. Provençal)
:Mme Otis, la parole est à vous.
Mme Otis (Claudie) : Merci,
M. le Président. En fait, effectivement, on a... les enjeux qu'on rencontre
sont de différents ordres, là. Récemment, entre autres, on a eu à traiter par
exemple des... l'application des mesures de contrôle envers des jeunes en
centre de réadaptation pour jeunes en difficulté. Ça peut être aussi des enjeux
au niveau de la discontinuité des services, des plans d'intervention qui ne
sont pas faits, des droits qui ne sont pas respectés autant au niveau de
l'enfant que du parent, là, qui est pris en charge, là, qui reçoit, bénéficie
les services de la direction de la protection de la jeunesse.
Nous, sur le terrain, au niveau des
enquêtes, on a souvent à... Souvent, les gens vont cogner à plusieurs portes,
si on veut, donc il arrive que les gens vont... vont également formuler une
plainte à la Commission des droits de la personne et la jeunesse. Donc, à ce
moment-là, notre rôle est vraiment d'aller valider auprès de la commission si
effectivement il y a une enquête et s'assurer, là, qu'on agisse en
complémentarité.
Maintenant, c'est certain que les enjeux
de confidentialité nous amènent des fois à rencontrer certains obstacles, là,
étant donné qu'on ne peut pas nécessairement se partager l'information. Donc,
comme M. le protecteur nommait tout à l'heure, là, je pense que ce... ce projet
de loi là va nous permettre, justement, de se concerter de façon plus efficace
et plus efficiente aussi.
M. Carmant : Via le processus
d'une entente, c'est bien ça?
M. Dowd (Marc-André) : Exactement.
M. Carmant : D'accord. Donc,
ce n'est pas nécessairement à inclure dans le projet de loi, juste... ça va
être fait naturellement pour, justement, cette...
M. Dowd (Marc-André) : C'est
la recommandation qu'on vous fait d'inclure un alinéa après la disposition qui
porte sur la <concertation...
>
18 h (version révisée)
< M. Dowd (Marc-André) :...c'est
la recommandation qu'on vous fait d'inclure un alinéa après la disposition qui
porte sur la >concertation pour prévoir la conclusion d'ententes
formelles entre les organismes concernant le partage d'informations.
M. Carmant : D'accord. D'accord.
Et quand est-ce que, par exemple... Qui vous contacte dans ces situations-là,
par exemple, de... est-ce que c'est le parent, l'enfant, c'est... Qui vous
contacte?
Mme Otis (Claudie) : C'est
certain que, la majorité des cas, au niveau du secteur jeunes en difficulté, c'est
le parent qui va nous contacter après avoir soumis sa plainte, en première
instance, auprès du commissaire aux plaintes et à la qualité des services. S'il
est insatisfait de la conclusion reçue du commissaire, à ce moment-là, il va
pouvoir exercer son deuxième... son deuxième recours à notre niveau. Puis on
essaie, de plus en plus, d'avoir une visibilité auprès des jeunes directement.
Donc, on commence à avoir quand même des plaintes qui sont formulées directement
par des adolescents, par exemple, qui vont... qui évoluent en famille d'accueil
ou en centre de réadaptation, là, pour jeunes en difficulté.
M. Carmant : Donc, il va
falloir que je vous intègre dans mon algorithme. Et... et si la Commission des
droits de la personne et des droits de la jeunesse ne sont pas dans le tableau,
est-ce que vous allez les... les aviser? Comment ça se passe, l'interaction, à
ce moment-là?
M. Dowd (Marc-André) : On
exerce... Nous, quand on est... quand on est saisis d'une plainte, on exerce
notre juridiction, c'est-à-dire, on traite la plainte. Je pense que, l'idée de
faire le lien avec la commission, c'est d'éviter les dédoublements ou de...
Mais est-ce qu'il y a deux enquêtes parallèles, c'est déjà pertinent de le
savoir. Si on peut échanger un peu plus, dans le contexte d'une concertation
renforcée, peut-être qu'on en viendra à définir qui est le meilleur partenaire
pour intervenir dans un cas donné ou dans une problématique complexe. On
pourrait dire, par exemple, bien, compte tenu de notre mandat, le Protecteur du
citoyen est très à l'aise de prendre cette portion de l'intervention, mais une
autre portion, c'est un autre partenaire qui va la prendre. Tu sais, l'objectif
est de... est que nos forces convergent vers une action plus efficace pour
assurer le respect des droits des enfants.
M. Carmant : Bien, bravo.
Merci beaucoup.
M. Dowd (Marc-André) : Merci.
M. Carmant : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci, M. le ministre. Alors, je vais
inviter maintenant Mme la députée de Robert-Baldwin à poursuivre cet échange.
Mme Garceau : Merci, merci
beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup pour cette... cette présentation très
importante.
Concernant... Et je veux vraiment aller à
l'éléphant... l'éléphant. La... le chapitre trois du projet de loi n° 37
ne reflète pas les recommandations de la commission Laurent. Vous l'avez
mentionné, et je reprends, à votre... à la page six de votre mémoire : «Le
droit à l'autodétermination»... au bas de la page, là, au milieu de la page, je
devrais dire, plus spécifiquement en lien avec le projet de loi n° 37 :
«Au moment de formuler sa recommandation de mise en place d'un commissaire
adjoint et d'une équipe consacrée exclusivement aux enjeux entourant les
enfants membres des Premières Nations et Inuits, la Commission Laurent précise
dans son rapport l'esprit dans lequel cette recommandation s'inscrit. Soucieux
de soutenir jusqu'au bout le désir des peuples autochtones de décider pour
eux-mêmes, nous appuyons la mise en place éventuelle d'un commissaire
autochtone aux droits des enfants autochtones, mais indépendant du Commissaire
au bien-être et aux droits des enfants.»
En ce moment, à la lecture du chapitre trois
et des dispositions législatives dans le projet de loi, on a un commissaire
dédié aux droits des enfants autochtones qui est vraiment un conseiller au
commissaire. Deuxième rang, ce n'est pas cette personne-là qui va avoir... qui
va être indépendante et qui va s'occuper de s'assurer de veiller, de protéger
les droits des enfants autochtones. Nous savons très bien que le régime,
malheureusement, de protection de la jeunesse au niveau de... des enfants
autochtones, c'est un échec. C'est un grand échec. Et je ne sais pas si votre
collègue, compte tenu que c'est vous qui... qui est en... qui est responsable,
si vous pourriez peut-être nous donner des détails, en termes de l'ampleur du
problème.
Mme Bergeron (Annie) : Bien,
en termes de l'ampleur du problème, je n'ai pas de données, là, spécifiques
avec moi, là. Je n'ai pas apporté ça, mais, par contre, je vous invite vraiment
à regarder les travaux de la commission Viens, là, qui ont vraiment... Il y a
une foule d'informations et de témoignages, là, qui peuvent vraiment <témoigner...
Mme Bergeron (Annie) :
...là,
qui peuvent vraiment >témoigner de l'ampleur du problème. Il y a une
surreprésentation, qui est persistante, des enfants, là, autochtones en
protection de la jeunesse, puis, on sait, le constat a quand même été clair
dans le... dans la commission Viens, qu'il y a... il y a... il y a eu un échec
du système à bien répondre aux besoins des enfants, Premières Nations et Inuits.
On sait aussi que les impacts des pensionnats se font encore ressentir
aujourd'hui puis que le système de protection de la jeunesse est vu comme un
peu une extension, finalement, de ce système-là. Donc, il y a... il y a
beaucoup de nœuds à défaire pour... pour qu'on puisse dire qu'on... qu'on
veille, là, au bien-être, là, des enfants, Premières Nations et Inuits. Puis
ça, ce travail-là doit être fait en concertation, de très près, là, avec les
représentants des Premières Nations et Inuits.
Mme Garceau : On a mentionné,
dans le rapport de la commission Laurent, que les peuples autochtones sont les
mieux placés pour répondre aux besoins des enfants autochtones. Et s'il y avait
un amendement au chapitre... Parce que je comprends, M. Dowd, qu'est-ce
que vous dites, c'est : On va adopter la loi, mais en ce qui a trait au
chapitre trois... On va le suspendre ou on l'adopte? Parce que, si on l'adopte
tel quel, moi, j'ai un inconfort avec ça, parce que ça ne répond pas du tout
aux témoignages, aux mémoires qui ont été livrés lors de la commission Laurent.
M. Dowd (Marc-André) : Je
vous dirais, là-dessus, je vois et je reconnais la pertinence d'un commissaire
associé au bien-être et aux droits des enfants autochtones au sein de
l'institution du commissaire, de l'institution générale du commissaire. Il faut
respecter le rythme et le choix de chaque communauté et de chaque nation, et ce
n'est pas... ce n'est pas toutes les communautés ou toutes les nations qui
souhaitent, à ce moment-ci, assumer le... la pleine responsabilité en matière
de protection de la jeunesse.
Ce qu'on dit, par contre, c'est que, pour
les communautés et les nations qui souhaiteraient exercer le droit à
l'autodétermination en matière de protection de la jeunesse et qui se
doteraient d'une institution indépendante, on souhaiterait — et on
recommande — de modifier le préambule, qu'on donne au commissaire une
responsabilité d'apporter son soutien et son support au développement et au
renforcement des mécanismes indépendants autochtones de respect des droits des
enfants membres des Premières Nations et Inuits.
Alors, c'est sur deux tableaux. Donc, oui,
pour les nations et les communautés qui exercent leur droit à
l'autodétermination et qui vont se doter de mécanismes. Alors là, on demande au
commissaire de soutenir et de supporter ces démarches-là. Mais, pour l'ensemble
des communautés, bien, je pense qu'il faut que le commissaire et le commissaire
associé se préoccupent, dans toutes leurs dimensions, du bien-être et du
respect des droits des enfants autochtones. Alors, c'est important que ce soit
aussi au sein de l'institution du commissaire.
• (18 h 10) •
Mme Garceau : Mais est-ce
qu'à votre avis on ne devrait pas modifier la disposition... Il faut que je
retrouve dans le projet de loi, concernant le libellé, chapitre trois,
commissaire associé dédié au bien-être et aux droits des enfants autochtones.
Là, on regarde en termes de... Il conseille... L'article 14,
l'article 15... C'est vraiment un rôle de conseiller. Est-ce que vous êtes
d'accord avec ça?
M. Dowd (Marc-André) : Je
suis d'accord avec ça, qu'au sein de l'institution du commissaire, il y ait un
officier — un officier ou une officière — chargé de
conseiller le commissaire pour s'assurer que toutes les actions du commissaire
prennent en considération les dimensions pertinentes relatives aux enfants
membres des Premières Nations et Inuits. Mais du même souffle, je pense qu'on
doit inscrire dans la loi que pour les nations et les communautés qui auront
choisi d'exercer leur droit à l'autodétermination, que le commissaire joue un
rôle de support et de soutien aux institutions autonomes indépendantes en
matière de respect des droits des enfants autochtones. Donc, je pense qu'il
faut jouer sur les deux... les deux tableaux, selon moi.
Mme Garceau : OK. Donc, si
tout ça serait intégré au projet de loi, on pourrait l'adopter avec ces modifications-là,
et, pour vous, ce serait suffisant pour venir...
M. Dowd (Marc-André) : ...je
pense que la principale question aussi, c'est : Qu'en pensent les
principaux intéressés, les <représentants...
M. Dowd (Marc-André) :
...question
aussi, c'est : Qu'en pensent les principaux intéressés, les >représentants
des Premières Nations et Inuits? Je pense que vous allez avoir l'occasion
demain de leur poser la question. Je pense que la... l'idée que je me fais du
rôle du commissaire en matière de bien-être et de respect des droits des
enfants autochtones, bien, ça doit céder le pas aux attentes des principaux
intéressés qui sont les représentants des membres des Premières Nations et des
Inuits.
Mme Garceau : OK. Je
voulais juste, en termes de plaintes que vous recevez liées à la... à la
protection de la jeunesse... Parce que je sais que vous avez... Il y avait un
rapport, il y avait quelques mois, là, concernant le manque de formation en
violences conjugales, et tout ça. Je voulais savoir quel est le suivi par la
suite, suite à vos recommandations? C'est l'évolution du suivi de vos
recommandations face aux plaintes liées à la... à la protection de la jeunesse.
M. Dowd (Marc-André) : Oui.
Avant de parler... Bien là, non, je vais y aller directement.
Mme Garceau : Oui.
M. Dowd (Marc-André) : Oui. Au
Protecteur du citoyen, on ne ferme jamais un dossier avant d'avoir la
confirmation que la recommandation qu'on a faite a été mise en œuvre. Alors,
c'est une chose de dire : On accepte la recommandation, mais maintenant
l'établissement doit nous fournir des preuves que la recommandation qu'on a
faite, elle a été appliquée. Non seulement elle a été acceptée, mais elle a été
mise en œuvre. Et ce n'est que lorsqu'on est convaincu... Par exemple, si on
dit : Formez le personnel. Bien, on va demander la preuve que le personnel
a été formé. Si on dit... Bien, c'est un bon exemple, là, je pense. Ce qui fait
que je suis assez confortable de dire que, quand on ferme un dossier, c'est
parce que nos recommandations ont été implantées. Puis je rappelle que nos
recommandations sont retenues, acceptées et implantées dans 98 % des cas.
Mme Garceau : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, on va poursuivre avec le député
de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre excellente présentation.
Je veux revenir sur la question Premières
Nations et Inuits. Il y a deux volets, là. Vous dites quand même : Pas
tout de suite, la mise en vigueur. Mais vous dites aussi de l'adopter, donc...
Mais vous dites aussi : Attention, il faudrait que ce soit fait en
coconstruction et de soutenir ceux et celles qui voudront exercer leur droit à
l'autodétermination. Ça fait beaucoup de choses en même temps, là. J'essaie
juste, tu sais, de bien comprendre ce que vous nous dites.
M. Dowd (Marc-André) : L'idée,
l'idée de base est : on va de l'avant avec la nomination du commissaire, OK?
Le projet de loi, actuellement, tel que rédigé lors de la nomination du
commissaire, les dispositions sur le commissaire associé entrent en vigueur.
C'est le projet de loi...
M. Cliche-Rivard : Exact.
M. Dowd (Marc-André) : Alors,
ce que... ce qu'on vous propose, ce qu'on vous recommande, c'est de dire :
Selon l'information dont on dispose, on n'est pas à une étape de consultation
suffisamment avancée sur des aspects assez essentiels qui sont détaillés dans
notre... dans notre correspondance. Et ce qu'on propose, c'est que ce soit le
commissaire qui prenne le bâton de pèlerin, si je puis dire, une fois qu'il est
nommé, pour dire : Allez à la rencontre des représentants des Premières
Nations et des Inuits et essayez de, d'abord, écouter, entendre, coconstruire
et bâtir une adhésion autour de ce que pourrait être le rôle du commissaire
associé. Et lorsque le commissaire et les représentants des Premières Nations auront
le sentiment qu'on se comprend, bien là, le commissaire pourra recommander au
gouvernement de mettre en œuvre les dispositions du commissaire associé. Et là
on procéderait à la nomination d'un commissaire associé. Ce qu'on dit, c'est
qu'il ne faut pas précipiter la... la nomination d'un commissaire associé. Dans
l'état actuel, je ne suis pas certain que ce serait bien reçu, puis je ne suis
pas sûr que ça ferait œuvre utile.
M. Cliche-Rivard : Mais
là, dans ce contexte-là, ce qui est dans le chapitre trois puis dans ce
volet là, si on va pour le réécrire, c'est là où je ne suis pas certain qu'on
doit l'adopter. Je pense que peut-être que, là, la réflexion, c'est plutôt de
donner ce mandat-là au prochain commissaire, et on refera le cadre législatif
associé par la suite, plutôt que d'adopter dans le vent, entre guillemets, des
choses qu'on va probablement revenir à réétudier dans un modèle coconstruit
meilleur. C'est là où je...
M. Dowd (Marc-André) : Çe
serait... Oui, ce serait une alternative. Je vous le concède. Oui.
M. Cliche-Rivard : Je
n'ai pas beaucoup de temps. Vous dites : Déférer... On devrait ajouter
aussi de déférer le rapport de mise en œuvre, et ça, on le ferait... Parce que
là on parle d'un rapport de mise en œuvre après cinq ans. Est-ce que vous, vous
auriez l'idée ou la volonté qu'on le fasse à chaque cinq ans? Est-ce que c'est
quelque chose qui devrait être récurrent?
M. Dowd (Marc-André) : Bien,
en fait, dans d'autres lois, la Loi sur l'accès à l'information, je pense, il y
a un rapport de mise en œuvre de la loi qui est étudié par une commission
parlementaire avec des auditions. Il y a des témoins qui sont entendus. Dans
notre loi qu'on applique, la loi facilitant la divulgation d'actes
répréhensibles à l'égard... la loi... la loi sur les lanceurs d'alerte, là,
même chose. Après le rapport de mise en œuvre, il y a une commission parlementaire
pertinente qui entend des témoins. Donc, ça, c'est un mécanisme de suivi, ça
fait en sorte que le rapport ne reste pas sur une tablette, là. Il y a une...
Il y a des parlementaires, il y a une commission parlementaire qui s'en <saisit...
M. Dowd (Marc-André) :
...parlementaire
qui s'en >saisit puis il y a des intervenants qui peuvent être entendus
sur ce qui reste à faire, ce qui doit être changé.
M. Cliche-Rivard : Ça fait
plusieurs projets de loi dans lesquels on nous dit que, bon, avec la
sécurisation culturelle, ce sera réglé, mais on voit constamment la référence à
«autochtones» et non pas «Premières Nations et Inuits». Est-ce que vous
recommanderiez qu'on le corrige en amont, là, puis on verra ce qui se passera
après? Mais là, à force d'attendre après le projet de loi qui ne viendra je ne
sais quand, est-ce qu'on devrait juste tout de suite mettre «Premières Nations
et Inuits»?
M. Dowd (Marc-André) : ...une
recommandation qu'on vous fait, c'est la recommandation cinq, d'adopter la
terminologie «Premières Nations et Inuits» en remplacement du mot
«autochtones». Puis je remarque que, d'ailleurs, le secrétariat, anciennement Secrétariat
aux affaires autochtones, a... son nom a été modifié, le Secrétariat aux
relations avec les Premières Nations et Inuit. Je pense que c'est... Ça
m'apparaîtrait vraiment approprié de procéder à ce changement de terminologie.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup.
M. Dowd (Marc-André) : ...plaisir.
Le Président (M. Provençal)
:On va conclure l'échange avec le Protecteur
du citoyen avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, merci
beaucoup pour votre présentation. J'avais essentiellement la même préoccupation
à savoir si, le chapitre trois, on ne devrait pas tout simplement le suspendre
plutôt que l'imposer aux Premières Nations, pour ensuite essayer de
coconstruire quelque chose qui est déjà préétabli dans la loi, mais vous avez
répondu à mon collègue. Même chose pour la question de la mise en œuvre et d'un
rapport cinq ans plus tard. En fait, vous recommandez... Est-ce que vous
recommandez véritablement que ce soit fait à tous les cinq ans? C'est ce qu'il
faut comprendre?
M. Dowd (Marc-André) : Ma
compréhension, c'est que c'est ça, la disposition, mais ce qui n'est pas prévu,
c'est que le rapport soit entendu par une prise en considération par une
commission parlementaire. Alors, on amène un mécanisme de reddition de comptes,
on propose un mécanisme de reddition de comptes qui est une commission
parlementaire qui se saisit du rapport et qui tient des auditions sur le
contenu du rapport. On vient de le vivre actuellement avec le rapport de mise
en œuvre de la loi sur les lanceurs d'alerte.
M. Arseneau : Oui. Bien,
peut-être que j'avais mal lu, mais je... «Le commissaire doit, au plus tard
cinq ans suivant la date de l'entrée en vigueur de la présente loi, faire à
l'Assemblée nationale un rapport sur la mise en œuvre de celle-ci.» C'est un
«one-shot»...
M. Dowd (Marc-André) : C'est
un «one-shot». OK.
M. Arseneau : ...à mon sens,
là.
M. Dowd (Marc-André) : À ce
moment-là, qu'il soit... je proposerais que la commission parlementaire décide
de la pertinence de...
M. Arseneau : Donc, on
pourrait le faire sur une base régulière...
M. Dowd (Marc-André) : Oui,
tout à fait. Voilà.
M. Arseneau : ...ce qui,
évidemment, n'a rien à voir avec les rapports annuels.
M. Dowd (Marc-André) : Annuels
du commissaire.
M. Arseneau : C'est
strictement sur la mise en œuvre puis du point de vue plus global. Est-ce que
c'est... de votre point de vue, c'est la Commission de l'administration
publique qui devrait faire cette... cette prise en...
M. Dowd (Marc-André) : Je...
Et on a parlé de la commission... la commission parlementaire pertinente.
M. Arseneau : Pertinente.
M. Dowd (Marc-André) : On
laisse le soin aux parlementaires de déterminer quelle est la... Parce que
c'est très étendu, hein? Le commissaire va intervenir sur... sur une vision
très transversale du bien-être des enfants, oui.
• (18 h 20) •
M. Arseneau : D'accord.
D'accord. Vous avez parlé de l'indépendance des différents organismes et de la
confidentialité puis de la pertinence d'une... en fait, d'entente... de
mécanismes, en fait, c'est très intéressant, et je pense que tout le monde le
retient ici, mais je voulais revenir sur la question de possibles
chevauchements, d'enchevêtrements non seulement du point de vue de ceux qui
sont dans les organismes, mais du point de vue du citoyen en tant que tel.
Qu'est-ce que vous pensez, justement, des démarches qu'on doit faire pour
s'assurer que les gens... Vous avez mentionné tout à l'heure, madame, que les
gens déposaient des plaintes un peu partout. Est-ce qu'il n'y a pas un enjeu là
où on devrait intervenir? Peut-être pas dans le cadre de la loi, mais, de façon
générale, si les recours se multiplient, puis que les gens ne savent pas à
quelle porte... ça peut prendre du temps, ça peut... on peut référer. Comment
vous voyez ça?
M. Dowd (Marc-André) : Quand
je vois dans les mandats qui sont proposés au commissaire, l'information sur
les droits des jeunes fait partie des responsabilités... peut faire partie.
Puis il y a même un rôle d'accompagnement du commissaire dans l'exercice des
droits qui est prévu au projet de loi. Donc, certainement que le commissaire
pourrait exercer un leadership auprès des partenaires pour que chacun précise
un peu mieux et fasse connaître mieux dans quel contexte il peut... il peut
intervenir.
M. Arseneau : En fait, c'est
ça, c'est pour le parent ou pour l'enfant, c'est de savoir c'est quoi, la
première ligne.
M. Dowd (Marc-André) : Oui.
Exact, c'est ça. Exact.
M. Arseneau : OK. D'accord.
On est... D'accord. Merci beaucoup.
M. Dowd (Marc-André) : ...si
vous me permettez de dire aussi que c'est un peu l'adage qu'on appelle, au Protecteur
du citoyen, «no wrong door policy», c'est-à-dire que, si une personne nous
appelle et on n'est pas le bon recours, on va s'assurer d'orienter la personne
vers le bon recours.
M. Arseneau : D'accord. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je tiens à remercier les
représentants du Protecteur du citoyen pour la qualité de cet échange et votre
présentation.
Sur ce, nous allons suspendre les travaux
pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 18 h 22)
(Reprise à 18 h 27)
Le Président (M. Provençal)
:Nous reprenons nos travaux. Alors,
nous allons conclure notre journée de travail en recevant et en souhaitant la
bienvenue à Mme Nancy Audet, qui est journaliste et auteure du livre Plus
jamais la honte, et elle est accompagnée par Me Mylène Leblanc. C'est
ça? Alors, madame, vous avez 10 minutes pour nous faire votre présentation,
et par la suite nous allons faire les échanges. Alors, je vous cède
immédiatement la parole, et merci de votre présence.
Mme Nancy Audet
Mme Audet (Nancy) : Merci à
vous de nous accueillir ici aujourd'hui. Je sais que ça a été une longue
journée pour vous. Journaliste, oui, depuis une vingtaine d'années, 18 ans
dans les salles des nouvelles. Vous comprendrez que, pour moi, <normalement...
Mme Audet (Nancy) :
...comprendrez
que, pour moi, >normalement, je me sentirais plus à l'aise de couvrir
les consultations que d'être ici en tant que participante. Vous allez
comprendre pourquoi je suis ici dans quelques secondes.
En 2019, comme tout le monde, j'ai été
vraiment ébranlée par la mort de la fillette de Granby. J'ai accepté de
témoigner de mon passage, mon propre passage à la direction de la protection de
la jeunesse, lors de la commission Laurent, une décision qui a été difficile à
ce moment-là, que j'ai prise vraiment dans l'espoir d'aider les enfants
victimes de maltraitance. En 2001, vous l'avez dit, j'ai... j'ai publié mon
histoire, Plus jamais la honte, et, en 2022, j'ai publié également Ils
s'appellent tous Courage, en hommage, donc, à la fillette de Granby, mais
aussi un vrai cri du cœur pour les enfants de la DPJ. J'y détaille les
conditions de vie souvent précaires auxquelles sont confrontés ces enfants
retirés de leur foyer biologique, ainsi que les épreuves qu'ils doivent
surmonter.
Depuis deux ans, je parcours le Québec
pour offrir des conférences. Bien sûr que j'utilise mon vécu, mais surtout je
sensibilise les gens et je les invite à s'engager en faveur des enfants les
plus vulnérables de notre société. J'assume aussi le rôle de marraine au sein
de la Fondation des jeunes de la DPJ, un rôle qui est important pour moi. Cet
engagement m'a offert l'occasion de passer beaucoup de temps avec les enfants,
avec les jeunes. Et ma présence sur le terrain avec eux, ça m'a permis
d'identifier, bien sûr, des lacunes significatives dans le système de la
protection de la jeunesse mettant en péril le développement de ces enfants.
Me Leblanc à accepté de m'accompagner, Me
Leblanc qui a une vaste expérience en droit de la jeunesse. Elle m'a aidée à
écrire, beaucoup aidée à écrire ce mémoire, et elle pourra répondre aux
questions au niveau juridique.
Quand j'ai commencé à m'impliquer auprès
des enfants de la DPJ, en 2019, je pensais que la situation avait changé depuis
mon propre passage, donc, à la DPJ, il y a plus de 30 ans. Je ne rajeunis
pas. Rapidement, je me suis rendu compte, en parlant avec les enfants, avec les
ex-placés que... et les gens qui travaillent auprès d'eux aussi, qu'au
contraire les choses n'avaient pas changé et que les enfants souffraient
toujours autant. Non seulement à cause de leur vécu familial, des séquelles
liées à la maltraitance, mais aussi à cause des lacunes du système qui n'arrive
pas à les aider et protéger adéquatement.
• (18 h 30) •
Vous le savez, il y a eu près de 136 000 signalements
l'année dernière au Québec. C'est un triste record. Ça représente 370 enfants
par jour et ça veut dire aussi qu'on a maintenant plus de signalements pour
maltraitance qu'on a de naissances au Québec. Plus de 42 000 signalements
ont été retenus. On parle de négligences, de violences corporelles, de violences
psychologiques, d'agressions sexuelles, d'enfants qui vivent dans un contexte
de violence conjugale depuis de nombreuses années et qui vivent avec un stress
post-traumatique.
Camil Bouchard le disait, la maltraitance
est une urgence de santé publique, et il a raison. Dans le rapport de la
commission Laurent, les commissaires ont écrit que la maltraitance coûte 4 milliards de
dollars chaque année aux Québécois. Derrière ce chiffre énorme, je vois
beaucoup de souffrance, une souffrance qui touche des milliers d'enfants
québécois. Dans les centres jeunesse, je vois des enfants qui subissent des
mesures de contention à répétition, des mesures d'isolement aussi, de jeunes
adolescents qui subissent des fouilles à nu qui les affectent énormément, qui
affectent leur psyché. Je vois des enfants qui vivent dans des unités où il y a
des infiltrations d'eau et de la moisissure, des bains condamnés. Je vois des
enfants qui n'ont plus le droit de voir leur maman à cause de faux cas
d'aliénation parentale qui se multiplient. Je vois des enfants aussi qui n'ont
jamais rencontré leur avocat et qui ne savent pas qu'ils ont des droits. Je
vois aussi, depuis quelques années, de petits enfants de cinq ans que l'on
place maintenant dans les centres jeunesse malgré le fait que ces milieux de
vie ne sont pas adaptés à leurs besoins.
Combiné à l'exode des intervenants et des
éducateurs, les délais judiciaires qui s'allongent... En septembre 2023, la
bâtonnière du Québec, Catherine Claveau, a lancé un cri du cœur : ces
délais causent des torts irréparables aux enfants. Sur le terrain, j'ai vu la
situation se détériorer au cours des dernières années. J'attendais... j'attendais
donc avec <impatience...
>
18 h 30 (version révisée)
< Mme Audet (Nancy) :...J'attendais
donc avec >impatience le dépôt du projet de loi n° 37. La
nomination d'un commissaire est cruciale, et je vous remercie d'être allé de l'avant
avec cette première recommandation du rapport Laurent.
Voici mes deux principales
recommandations. D'abord, l'indépendance et l'engagement du commissaire ne sont
pas négociables. Il doit être libre de toute entrave, qu'elle soit politique ou
bureaucratique, pour pouvoir agir avec la vigueur requise. Deuxièmement, il
faut, comme le recommandaient les commissaires, et je les cite, «transférer au commissaire
les pouvoirs et les responsabilités assumés par la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse prévus à la loi de la protection de la
jeunesse avec les ressources afférentes». L'octroi de pouvoirs étendus, y
compris celui d'imposer des sanctions aux entités qui portent atteinte aux
droits des enfants, n'est pas seulement souhaitable, mais essentiel.
Depuis plusieurs années, la CDPDJ, malgré
ses pouvoirs, ne joue pas pleinement son rôle de chien de garde auprès des
enfants les plus vulnérables de notre société. En 2022, des journalistes
révélaient que la CDPDJ s'était retirée de presque tous les dossiers en lésions
de droits, et ce, au beau milieu des procédures. Difficile d'expliquer à un
enfant une telle décision. Pourtant, juges et avocats réclament avec insistance
sa présence devant les tribunaux. Je parle ici de la Chambre de la jeunesse. On
apprenait également dans cet article que la CDPDJ, c'est moins d'une douzaine d'employés
dont les heures travaillées représentent à peine 10 % du total du temps
rémunéré à la CDPDJ. Ce manque de ressources affecte évidemment les enfants de
notre société, notamment ceux de la DPJ. Le commissaire et son équipe seront,
eux, dédiés à 100 % à la jeunesse.
En 1995, le projet de loi n° 79
visant la fusion de la Commission des droits de la personne avec la Commission
de la protection des droits de la jeunesse était déposé, ça fait presque 30 ans.
À l'analyse des débats parlementaires liés à ce projet de loi, on constate qu'il
y a eu une vive opposition, une très vive opposition. On craignait que la
jeunesse soit reléguée au second plan, et c'est malheureusement ce qui est arrivé.
Vous avez maintenant l'opportunité de réparer cette erreur.
Pour ces raisons, il est impératif que
seul le commissaire doit être investi de tous les pouvoirs liés au bien-être et
droits des enfants, incluant les enfants de la Loi de la protection de la
jeunesse. Le commissaire doit être autonome, indépendant et hautement impliqué
sur le terrain. Il faut aller voir les enfants, il faut aller voir les jeunes,
il faut aller voir les conditions de vie. Le commissaire doit avoir tous les
pouvoirs nécessaires à ses fonctions, dont celui de contraindre des personnes
ou organismes qui lèsent les droits des enfants, et bien sûr que les budgets de
l'organisme doivent être à la hauteur de son mandat. Le commissaire doit faire
preuve d'un réel leadership en se positionnant en gardien du bien-être et des
droits des enfants.
En terminant, je voudrais vous dire que
quatre ans avant le décès de la fillette de Granby, sa mère et sa grand-mère
ont envoyé une lettre à la CDPDJ lui demandant d'intervenir. Elle avait le pouvoir
de le faire. Les droits de cet enfant étaient lésés. Après quelques échanges de
courriels avec la DPJ, la CDPDJ a décidé de fermer le dossier et elle ne s'est
pas présentée au tribunal, alors qu'il est le seul organisme autorisé à le
faire. Malheureusement, nous connaissons la suite. Cette enfant est morte dans
des conditions atroces. On ne peut pas changer le cours de l'histoire, mais
vous pouvez, en tant que parlementaires, prendre la décision d'offrir des
pouvoirs au commissaire qui lui permettront de protéger les enfants les plus
vulnérables de notre société. Parce que la protection des enfants vulnérables,
c'est une valeur fondamentale pour les Québécois, et ça l'a toujours été. Et je
suis convaincue que de cette façon on peut éviter d'autres drames. Merci <beaucoup...
Mme Audet (Nancy) :
...d'autres
drames. Merci >beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme Audet.
Alors, M. le ministre, je vous invite à faire la première intervention.
M. Carmant : Merci beaucoup,
Mme Audet, là, pour ce touchant témoignage. J'ai eu le privilège de lire
vos deux livres, d'ailleurs, qui m'ont également très touché.
Nous, on trouve qu'on a une opportunité
de... de placer le... le commissaire encore plus en amont que la protection de
la jeunesse pour... pour lui permettre d'avoir une action sur... sur tous les
enfants du Québec plus, plus, plus importante. On en a discuté ce matin avec
Mme Laurent, avec les ex-commissaires, puis je pense qu'ils trouvaient
qu'on était à la bonne place. Je pense que ça n'empêchera pas, là, d'avoir
un... un rôle majeur, puis on en a discuté, là, de comment mieux définir le
rôle par rapport à la... à la DPJ ou son... son impact sur la DPJ, mais de
concentrer tous les efforts du... du commissaire sur la... la protection de la
jeunesse, je pense que c'est limiter son action. Comment vous voyez ça?
Mme Audet (Nancy) : Moi,
c'est mes recommandations. Mais de toute façon, le mandat du commissaire est
beaucoup plus large. Je n'ai jamais pensé que le rôle du commissaire serait
strictement pour les enfants de la DPJ.
M. Carmant : OK
Mme Audet (Nancy) : Mais je
pense que, dans la situation actuelle où la maltraitance, c'est une... c'est
une urgence de santé publique, pour moi, c'est un incontournable. Si on est ici,
aujourd'hui, c'est pourquoi? C'est parce qu'il y a eu le rapport Laurent, il y
a eu une commission Laurent. À la suite de ce rapport-là, on a rencontré 4 000 personnes,
et la première recommandation à la suite de ça, à la suite du décès de la
fillette de Granby, la première recommandation, c'était d'avoir un commissaire
pour protéger, entre autres, les enfants les plus vulnérables de notre société.
Un enfant qui a des parents aimants, qui a une maison, qui habite dans une
belle communauté, qui joue au hockey la fin de semaine, dans une équipe, qui a
un filet de sécurité solide, n'a pas besoin de notre protection, il est
protégé. Il reste qu'il y a des milliers d'enfants, au Québec, qui n'ont pas ce
filet de sécurité là, et c'est notre rôle, en tant que société, de les
protéger. Et je pense que ça doit faire partie des rôles du commissaire qui va
représenter tous les enfants du Québec. Mais il y en a qui sont plus chanceux que
d'autres.
• (18 h 40) •
M. Carmant : Oui, donc tout à
fait. On entendait également parler, tout à l'heure, le Protecteur du citoyen,
qui semblait également assumer un rôle dans le... dans ces situations par
rapport aux centres jeunesse, et tout ça. En fait, quand je suis allé leur
parler après, je leur ai dit que dans... souvent, peut-être qu'on utilise peu
ce... cet ombudsman-là pour venir aider dans les situations que... que vous
décriez, peut-être qu'on devrait le faire un peu plus, et qu'il travaille en
collaboration avec la... la Commission des droits de la personne, droits de la
jeunesse. Est-ce que, peut-être, maître...
Mme Leblanc (Mylène) : ...
M. Carmant : Allez-y.
Mme Leblanc (Mylène) : Merci.
Je vais répondre à la question qui... qui est posée. Je vais un petit peu en
arrière pour dire que... Je vous dirais que quand j'ai vu les rapports... le
rapport de la commission Laurent et la première recommandation, moi, j'y adhérais
à 100 %. Je trouve ça extrêmement pertinent d'un point de vue juridique,
évidemment, puis aussi d'un point de vue terrain, parce que moi, je représente
des enfants à qui je dois, justement, expliquer les situations difficiles.
Maintenant, ce qu'il est important de
savoir, c'est... c'est ce qui est un peu alarmant, je vous dirais. Moi, en
fait, ça m'alarme comme juriste dans le projet de loi comme il est
actuellement, c'est parce que les pouvoirs, disons, complets, généraux, je vais
appeler ça des superpouvoirs, la Commission des droits de la personne les a
déjà. Et ce qui est très alarmant, justement, c'est que, comme juriste, on les
interpelle, et c'est l'action terrain qui ne vient pas. On se demande, en fait :
Pourquoi, avec tous les pouvoirs de l'article 23 de la Loi sur la
protection de la jeunesse mais aussi ceux de la Charte des droits et libertés
du Québec, comment ça se fait qu'un organisme aussi puissant, né de la fusion
de la Commission des droits de la personne et celle... je m'excuse, là, je ne
sais pas le nom exact, mais celle des enfants, là, comment ça se fait qu'ils
n'assurent pas déjà ce filet de sécurité là? Et c'est là dessus que je trouve
ça, en fait, que je trouve ça difficile à <comprendre...
Mme Leblanc (Mylène) :
...filet
de sécurité là? Et c'est là-dessus que je trouve ça... en fait, que je trouve
ça difficile à >comprendre, là, comme... juridiquement parlant, puis
aussi sur... l'effet de se faire dire qu'on ne peut pas intervenir. Parfois,
c'est ça qu'on a comme décision de la Commission des droits de la personne et
des droits de la jeunesse. Bien, moi, quand je lis le texte de loi de ma Loi
sur la protection de la jeunesse, ce n'est pas ça qui est écrit. Alors, je
respecte les décisions, mais, comme juriste, c'est alarmant.
Les enfants... Un enfant, dans mon point
de vue, ça naît vulnérable, il naît vulnérable, et nous, on le protège de
toutes sortes de choses. L'enfant qui a... qui subit de la maltraitance, au
sens large, a besoin d'une deuxième protection, celui suivi par la DPJ, une
troisième, celui qui a en plus un diagnostic particulier, une quatrième. Donc,
les institutions qui ont les... qui ont des pouvoirs, à mon... à mon sens à
moi, doivent être des parapluies sur ces enfants-là, et j'écoutais le Protecteur
du citoyen juste avant nous, on ne peut pas jamais faire une porte tournante
avec tout ça. On agit, on les réfère, on les accompagne. Alors, c'est ça qui
est très alarmant, en ce moment. Et de savoir que tous ces pouvoirs-là de la Commission
des droits de la personne... bien là, c'est soit qu'on s'assure qu'ils soient
appliqués à partir d'aujourd'hui ou soit qu'on les met dans le projet de loi,
mais ça ne peut plus... ce n'est plus tolérable comme ça.
M. Carmant : OK. Parce que
les transférer de la CDPDJ au commissaire ne garantit pas de changement...
Mme Audet (Nancy) : Pourquoi?
M. Carmant : Pardon?
Mme Audet (Nancy) : Pourquoi?
Si le commissaire, lui, décide d'utiliser ses superpouvoirs pour jouer son rôle
quand il y a des lésions de droits... Quand des enfants sont victimes de
lésions de droits, il faut... il faut intervenir, parfois. On le voit devant
les tribunaux. Me Leblanc le voit. C'est que ces pouvoirs-là ne sont pas
utilisés. Si ces pouvoirs sont transférés au commissaire, j'ose espérer que le commissaire
va les utiliser puis réunir une équipe compétente. Ça ne sera pas difficile
parce qu'il y a des gens très compétents au Québec qui ont vraiment envie de
faire ce travail-là, M. Carmant.
M. Carmant : OK, mais
c'est... là, il y a un concept qu'on entend, c'est que la CDPDJ perd
juridiction quand c'est devant les tribunaux. Ce n'est pas... Vous êtes... Vous
n'adhérez pas à ça?
Mme Leblanc (Mylène) : Moi,
je n'adhère pas à ça puis je vous explique ma compréhension juridique de la
chose. Lorsqu'on regarde l'article 23 de la Loi sur la protection de la
jeunesse, premièrement, ce qu'il faut... moi, je le prends toujours, je
m'excuse, c'est déformation professionnelle, mais il y a... il y a : «La
commission exerce les responsabilités suivantes», et là on va de a à f.
Lorsqu'on vous parle que la CDPDJ fait un... perd juridiction lorsque le
tribunal est saisi, elle perd juridiction lorsqu'elle fait des enquêtes,
lorsqu'elle enquête sur le terrain et lorsque le tribunal, Cour du Québec, Chambre
de la jeunesse, elle est saisie de la situation de l'enfant, pour ne pas
dédoubler une enquête, évidemment, on ne veut pas dédoubler des enquêtes, et
tout ça. La Commission des droits de la personne va perdre sa compétence au
niveau de l'enquête, mais elle ne perd pas sa compétence d'accompagner, au
tribunal, des enfants, de porter des demandes en lésion de droits. La
Commission des droits de la personne, à l'article 81, elle est une partie
au dossier de tous les enfants. Donc, dès qu'elle souhaite intervenir, elle y a
droit. C'est ça qui est dérangeant, c'est... c'est ça qui est inexplicable puis
qui a été, un peu, mis en lumière... en fait, la communauté juridique en
jeunesse, bien, c'est une situation qui est quand même assez connue, je vous
dirais, mais aussi il y a des juges qui l'ont dit. Puis c'est ça, moi, le
message porteur que je souhaite qui soit entendu, parce qu'il ne faut pas qu'il
y ait de droit ou de possibilité pour les enfants de passer entre les mailles
du filet social de protection qu'on leur... qu'on leur donne.
M. Carmant : OK. Puis Me
Tessier, aujourd'hui, nous disait que, souvent, ils négocient avec la DPJ, ils
règlent avant puis... Ce n'est pas... Ce n'est pas ce que... Ce n'est pas votre
vécu?
Mme Leblanc (Mylène) : Je
vais dire que ce n'est pas mon vécu. Je ne veux pas en faire non plus un
témoignage. Par contre, moi, j'ai... dans mon expérience à moi, il y a parfois
des situations où est-ce que la Commission des droits de la personne est
intervenue au tribunal et elle s'est désistée de dossiers, là. Je suis obligée
de dire la vérité, aujourd'hui, alors, je ne sais pas... je ne sais pas dans
quels dossiers, tu sais, je ne peux pas m'avancer là-dessus, mais, par contre,
moi, je peux vous dire qu'encore régulièrement, parce que je suis une fille qui
croit beaucoup aux institutions, je crois à notre société, j'interpelle
toujours la CDPDJ pour mes <clients...
Mme Leblanc (Mylène) :
...qui
crois beaucoup aux institutions, je crois à notre société, j'interpelle
toujours la CDPDJ pour mes >clients, et c'est très difficile à
comprendre.
M. Carmant : D'accord.
Mme Audet (Nancy)T : Le
Protecteur du citoyen, la semaine dernière, a rendu un rapport d'enquête sur
des conditions de travail douteuses dans un centre jeunesse de Trois-Rivières.
J'ai été bien étonnée que le Protecteur du citoyen soit l'entité qui enquête
là-dessus, et il y a une avocate qui m'a écrit qu'elle était elle aussi très
surprise, parce qu'elle a interpelé la CDPDJ à de nombreuses reprises à ce
sujet-là et elle n'a jamais reçu d'accusé de réception.
Quand je lis les pouvoirs, ici, de la
CDPDJ, je vois que, dans ses pouvoirs, elle peut prendre «les moyens légaux
qu'elle juge nécessaires pour que soit corrigée la situation où les droits d'un
enfant sont lésés; elle élabore et applique des programmes d'information et
d'éducation destinés à renseigner la population [...] générale et les enfants [...]
sur les droits de l'enfant.» Depuis cinq ans, à chaque fois que je croise des
enfants ou des jeunes, la première question que je leur demande, c'est s'ils
connaissent leur avocat et je leur demande s'ils connaissent leurs droits. Il
n'y a pas un seul enfant ou un seul jeune, depuis cinq ans, qui m'a répondu oui
à cette question-là, aucun enfant.
Elle a des pouvoirs vraiment importants,
M. Carmant. C'est intéressant, lire ça. Et, si on transfère ces
pouvoirs-là au commissaire, j'ose espérer qu'on va pouvoir... qu'il va pouvoir
les utiliser, parce que, dans la situation actuelle, et vous êtes au courant,
la situation, les enfants sont très fragilisés, en ce moment, dans le système.
Et je pense qu'il faut agir.
J'entendais, vous avez parlé tout à
l'heure de Mme Régine Laurent. Elle a dit qu'éventuellement il faudrait,
de toute façon, hein, je crois, que... si j'ai bien compris, transférer les
pouvoirs de la CDPDJ au commissaire. Moi, je dis : Pourquoi attendre? Je
ne comprends pas. Les enfants, on ne peut... on ne peut plus les faire
attendre, c'est maintenant. Ça fait déjà deux ans qu'ils attendent un commissaire.
Pourquoi attendre avant de bien faire les choses? Faisons-le maintenant.
M. Carmant : D'accord. Et une
autre inquiétude qu'on a, c'est, si on... si on verse dans... tu sais, est-ce
que ce rôle-là va monopoliser, un petit peu ce que nous disait M. Goubau,
là... J'oublie ce...
Une voix : ...
• (18 h 50) •
M. Carmant : Goubau... En
tout cas, que c'est... il y a toujours la crainte que toutes les énergies
soient mises dans cette urgence-là, dans ces situations individuelles là. Puis,
encore une fois, on a... on a la... on a l'opportunité de faire une différence,
là, pour 1.6 million d'enfants, là, c'est...
Mme Audet (Nancy) : Mais qui
va le faire, M. Carmant, si ce n'est pas le Commissaire au bien-être et à
la protection des enfants?
M. Carmant : Moi, je pense
que, si on... si on agit en amont, on diminue les signalements, on diminue
les... la compromission. On va faire un impact beaucoup plus grand sur les...
sur les enfants au Québec.
Mme Audet (Nancy) : Moi, je
pense que le commissaire peut agir en amont et en prévention tout en protégeant,
en ce moment, les enfants qui sont très, très, très affectés.
M. Carmant : Puis lui, il
aura un rôle de regard sur... sur... avec la CDPDJ et tous les intervenants qui
jouent dans le milieu, dans l'écosystème, comme on a mentionné, de... des
jeunes.
Mme Audet (Nancy) : Je
trouvais ça bien que vous disiez que le commissaire allait avoir accès à tous
les rapports du coroner sur les décès d'enfants où il y a eu des enquêtes. Moi,
ce que j'ai envie de vous dire, c'est que ce serait bien que le commissaire
puisse agir avant qu'il y ait des décès. Ce serait encore mieux.
Des voix : ...
M. Carmant : Bien, c'est sûr
qu'on ne veut pas... on ne veut pas de décès.
Mme Audet (Nancy) : Je trouve
ça bien, là, c'est important. Mais vous comprenez, si le Commissaire, il a...
Vous savez, la CDPDJ est financée à la hauteur de 18 millions de
dollars par année. C'est énorme comme budget. Quand on dit, quand on me répète
qu'ils n'ont pas les ressources, qu'ils n'ont pas l'argent nécessaire, je me
pose des sérieuses questions. Pour moi, qu'on dédie seulement 10 % du
total du temps rémunéré à la jeunesse, ce n'est pas acceptable dans le contexte
actuel. Dans ce cas-là, qu'on prenne cet argent-là, qu'on transfère les
pouvoirs au commissaire et qu'on lui permette de faire ce travail-là. S'il est
bien entouré, je pense qu'il va être capable de livrer la marchandise. Je
l'espère, en tout cas, parce que je pense que les enfants du Québec ont
vraiment besoin d'un commissaire actuellement.
M. Carmant : Puis quel...
quel encadrement permettrait au commissaire de mieux faire le travail que la <CDPDJ...
M. Carmant :
...de
mieux faire le travail que la >CDPDJ?
Mme Leblanc (Mylène) : En
fait... j'ai vu le regard de Nancy. En fait, ce qui... J'ignore, pour être
franche, qu'est-ce qui l'a empêchée, parce qu'il faut se dire qu'une
institution comme le commissaire... comme la CDPDJ, pardon, est là depuis plus
de 30 ans, c'est énorme. Et moi, je n'ai pas de réponse, malheureusement.
J'ignore pourquoi, depuis 30 ans, c'est... l'état de la section jeunesse
est comme ça. Parce que, tu sais, je vous écoutais, tout à l'heure, vous
parliez en amont, et tout ça, moi, je trouve ça très bien, les programmes comme
Agir tôt, là, je vais... je vais... mais, par contre, tu sais, ça, c'est une
partie de ce qu'il faut faire avancer, et ça fait partie, aussi, des rôles de
la CDPDJ actuelle de promouvoir les droits, d'aller, justement, sensibiliser,
de faire des études, de faire des enquêtes, un peu ce que le commissaire au
bien-être... en fait, ce qui est actuellement dans le projet de loi.
Ça fait que tout ce volet-là, en amont,
est super, mais je ne peux pas considérer qu'on attende, par exemple, un autre
30 ans avant... Tu sais, c'est parce que moi, là, les yeux des enfants qui
vont me regarder demain matin, que je vais représenter, là, je ne peux pas...
je ne peux pas me permettre de leur dire : On va encore attendre
30 ans. J'ai besoin aujourd'hui. Ce n'est pas tous les dossiers, là, mais
il y a certains dossiers qui nécessitent une intervention imminente, puis ce
n'est pas contre personne, c'est pour l'enfant, puis je ne peux pas... on ne
peut pas se satisfaire, je pense, comme société québécoise, d'attendre pour les
enfants, parce que vous le savez, vous le savez très bien, le temps a une tout
autre signification.
Alors, c'est ça, l'urgence d'agir pour
savoir qui a les pouvoirs, et peu importe qui les a, au final, l'intérêt de
l'enfant est où, puis comment on peut les faire appliquer. Parce qu'un
désistement judiciaire dans un dossier d'un enfant suivi par la protection de
la jeunesse, c'est inacceptable, à mon avis, c'est inacceptable.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. C'est maintenant le temps de
céder la parole à la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup,
Mme Audet, Me Leblanc, pour votre présentation très éloquente, très
touchante. Merci particulièrement, Mme Audet, je sais que vous avez...
votre parcours a été difficile, mais votre... vous avez un dévouement envers
les droits des enfants, les enfants les plus vulnérables dans notre société, et
je vous en remercie. C'est tout un travail que vous faites et ça prend beaucoup
de persévérance.
Je reviens parce qu'évidemment, la
recommandation, et pour moi, c'était une recommandation qui était vraiment au
coeur des fonctions et des pouvoirs du Commissaire au bien-être et aux droits
des enfants, c'était le transfert de tous les pouvoirs et les responsabilités
de la CDPDJ au commissaire pour que ça soit le commissaire qui porte la voix
des enfants, qui, elle ou lui, va être... va avancer les droits, va les
protéger, va s'assurer que les droits des enfants soient respectés à tous les
niveaux. Donc, pour vous, vous aimeriez, évidemment, qu'on amende, qu'il y ait
un amendement au projet de loi qui va... qui refléterait, évidemment, la
recommandation initiale, là, dans le rapport Laurent. Et j'aimerais vous
entendre au niveau de l'inaction, inaction de la CDPDJ dans les dossiers, qui
fait en sorte que vous... vous insistez sur cette recommandation aujourd'hui.
Mme Audet (Nancy) : Parce
que, pour moi, c'est une incompréhension qu'on ait des pouvoirs aussi
importants d'agir et qu'on ne les utilise pas dans un... en plus, dans un
contexte de grande fragilité. La CDPDJ a des pouvoirs extraordinaires, je ne
sais pas si vous êtes au courant, mais a vraiment la possibilité de changer des
parcours de vie, d'aller aider des enfants qui sont victimes de lésions de
droits qui risquent de leur laisser des séquelles pour... pour toute la vie. Je
vois, dans les centres de réadaptation, des choses, en ce moment, qui sont
tellement <préoccupantes...
Mme Audet (Nancy) :
...dans
les centres de réadaptation, des choses en ce moment qui sont tellement >préoccupantes
et, pour moi, son absence totale du terrain, c'est ce qui me trouble le plus,
son absence totale de présence pour aller voir les enfants dans les milieux de
vie alors qu'elle... elle a les pouvoirs d'y aller. Juste depuis quelques
années, de voir qu'on est rendu à mettre des petits enfants, tout petits,
petits, quatre, cinq ans dans des centres jeunesse, pour moi, c'est très
préoccupant. Et je ne comprends pas que la Commission des droits de la personne
et des droits de la jeunesse ne se soit pas penchée sur la question, qu'elle
n'ait pas levé le drapeau rouge pour dire que ces milieux de vie là, ce n'est
vraiment, vraiment pas adapté à des tout-petits. Je m'excuse de vous le dire,
mais un petit enfant de quatre, cinq ans, ça ne peut pas vivre en centre de
réadaptation. Un petit enfant, ça a besoin d'une famille, ça a besoin d'une
maman qui lui flatte le dos quand il est malade la nuit, ça a besoin d'un papa
qui écoute le hockey avec lui le soir. Ça a besoin d'un milieu de vie normal.
M. Carmant, tantôt, m'a dit : Il
doit représenter tous les enfants. Mais moi, j'ai envie de vous dire
aujourd'hui, ces enfants-là font partie de notre société puis on semble l'avoir
oublié. Ce sont nos enfants, ces enfants-là. Mais on les a tellement mis de
côté, on les a isolés, ils sont cachés dans des foyers de groupes, dans des
centres de réadaptation. On ne les voit pas dans nos communautés, on ne les
voit pas dans nos arénas, on ne les voit... il y en a plein qu'on ne voit pas
dans nos écoles. Comme les dossiers sont confidentiels, bien, on ne les entend
pas puis on ne les voit pas. Mais ces enfants-là sont parmi nous, ils existent.
Moi, je les vois tout le temps. Puis ce qu'ils me crient, là, depuis cinq ans,
c'est un cri à l'aide. Vraiment. Je l'entends, ça résonne fort. Puis je ne sais
plus... je ne sais plus comment vous interpeler puis comment interpeler les
gens. J'aurais envie de remplir la salle ici de ces enfants là, puis qu'on
puisse juste s'asseoir puis les entendre. J'espère que le commissaire va
pouvoir prendre le temps d'écouter la voix de ces enfants-là.
• (19 heures) •
Mme Garceau : Il y a un...
L'article 30 parle d'un délai de cinq ans pour la mise en œuvre des
dispositions. Je voulais vous entendre sur ce délai, compte tenu du fait que le
rapport a été déposé en 2021, et là, maintenant, on est quelques années plus
tard.
Mme Audet (Nancy) : On ne
peut pas. Je crois que Camil Bouchard en a parlé. C'est beaucoup trop long.
Dans la... dans la situation actuelle, les enfants ne peuvent pas attendre cinq
ans.
Mme Leblanc (Mylène) : Tu
sais, le... je crois qu'ils ne peuvent pas attendre, mais une mise en action
sur... En fait, je crois que la... la commission référait à un autre délai, la
commission Laurent, mais cinq ans, c'est... En fait, quand je me place dans la
perspective de l'enfant, que je représente un enfant, par exemple, si mon
enfant a trois ans, il aura huit ans quand ça va... tu sais, quand je vais
pouvoir enfin demander du secours. Parce que... Puis je dis secours parce que
c'est des situations critiques puis ça peut englober n'importe quel enfant
aussi. Mais la situation qu'a traitée le Protecteur du citoyen qui a fait la
manchette cette semaine ou la semaine dernière, c'est connu depuis des années.
La CDPDJ a fait des enquêtes sur ce sujet-là, les conditions de vie,
l'isolement, sur la question des contentions, sur la question... Donc, comment
ça se fait qu'on ne se soit pas mis en action? Et cette mise en action là, pour
nous, adultes, je le répète tout le temps, c'est correct, cinq ans, mais, quand
j'ai cinq ans puis je vais devoir attendre jusqu'à 10 ans dans mon centre
de réadaptation qu'il y ait quelque chose qui soit mis en place pour que je
puisse avoir mon droit à la liberté... On se souviendra le droit à la liberté, Charte
des droits et libertés. C'est ça, moi, que... c'est inexplicable, pourquoi un
enfant qui n'a pas de voix va devoir attendre, alors que, présentement, la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse applique la charte, le
droit à la liberté, à tous les citoyens, puis même les enfants? C'est ce que
c'est censé être. C'est ça, l'urgence d'agir. Je ne pourrais pas... Puis je... C'est
comme si c'étaient mes propres <enfants...
>
19 h (version révisée)
< Mme Leblanc (Mylène) :...si
c'étaient mes propres >enfants. Je ne peux pas regarder mes petits
clients, demain matin, puis ne pas... dans une mesure adaptée à leur âge,
évidemment, mais on ne peut pas mentir là-dessus, je... il va falloir que je
leur dise qu'on n'a pas de solution, il faut qu'ils attendent. C'est terrible.
Mme Garceau : Quel a été
les...
Mme Audet (Nancy) : ...je m'excuse,
vous savez, la CDPDJ a annoncé, il y a deux semaines, la tenue d'une enquête au
sujet des conditions de vie au Mont Saint-Antoine, à Montréal, des conditions
de vie désastreuses, des infiltrations d'eau, de la moisissure. Je l'ai vu
moi-même, j'ai des photos, si ça vous intéresse. Les enfants ont mal à la tête,
les fenêtres dans les chambres des enfants n'ouvrent plus. Il y a... les bains
sont condamnés. Dans une unité, il y a des enfants qui n'ont pas pris de bain
depuis deux ans parce que le bain est condamné. C'est... c'est terrible, les
conditions de vie. Tout le monde le sait, ça fait plus de deux ans que les
enfants habitent dans ces conditions-là. Je ne connais personne ici qui
laisserait ses enfants vivre dans ces conditions-là. On retire des enfants dans
des maisons parce qu'ils vivent dans des conditions comme ça, puis nous, on
accepte que ces enfants-là, vulnérables, habitent dans ces conditions-là.
Que la CDPDJ, après un article dans un
journal, décide de lancer une enquête, je ne comprends pas. Tout le monde est
au courant des conditions de vie désastreuses des enfants au Mont
Saint-Antoine, ça fait deux ans qu'on crie à l'aide, que les intervenants
interpellent les gestionnaires, tout le monde. J'y suis allée, j'ai amené des
gens avec moi.
Mme Leblanc (Mylène) : Peut-être
un exemple concret de quand tout le monde, la société, tout le monde, on est au
courant de ça. Je reviens, moi, comme juriste, à mon article 23, là, de la...
de la Loi sur la protection de la jeunesse, là. On n'est plus dans : J'enquête
sur des conditions de vie. On est dans : «Elle prend les moyens légaux qu'elle
juge nécessaires pour que soit corrigée la situation où les droits [des enfants]
sont lésés.» On est là-dedans, on n'est pas en enquête, là, c'est criant, il n'y
a pas de bains. Ça se termine là. Un enfant, au Québec, doit pouvoir bénéficier
d'un bain, c'est simple comme... comme bonjour.
Mme Garceau : Quel a été l'impact
de la nouvelle directrice de la protection nationale... directrice nationale de
la protection de la jeunesse, Mme Lemay, sur le terrain, face à toutes ces
lacunes, ces enjeux importants, et criants, même?
Mme Leblanc (Mylène) : Je...
je dois vous dire, moi, je n'ai jamais pu... Je pense que je l'ai rencontrée,
comme... dans quelque chose de très public. Je ne connais pas cette personne-là
non plus, puis tout ça. Je comprends le rôle, mais je dois vous avouer que, sur
le terrain, je n'ai aucune idée de ce que ça change ou de ce que ça a changé,
je ne sais pas non plus exactement ce qui se passe. Et ce que je trouve
vraiment, par contre, super difficile du point de vue de l'enfant... Parce que,
tu sais, même si ça nous... comme adultes, ça peut nous choquer, ou quoi que ce
soit, tu sais, je me dis : Comme enfant... C'est parce qu'aucun enfant ne
peut s'adresser à la directrice nationale, en fait, tu sais, je veux dire, des
coordonnées, un site Internet, tu sais, comme une accessibilité, parce que, tu
sais, ne serait-ce que pour voir... Pour un... pour un enfant, à la base, c'est
difficile d'aller chercher l'aide de l'adulte, un adulte inconnu. Maintenant,
je suis en situation critique dans un centre jeunesse, il faut que je sois
capable d'appeler quelqu'un rapidement, et c'est... je pense que c'est ça, on
ramène tout... j'ai entendu une autre personne, j'écoutais plus tôt aujourd'hui,
qui disait beaucoup : Le terrain, le terrain, le terrain. C'est ça. Ce n'est
pas des changements énormes, c'est de le faire, te dire : Bien...
Mme Garceau : C'est d'agir.
Mme Leblanc (Mylène) : C'est
ça. Tu sais, je crie à l'aide, quelqu'un doit répondre.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. On va poursuivre avec
le député de Saint-Henri-Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup à vous deux. Merci, Mme Audet. Je ne pense pas qu'il y ait eu
témoignage plus percutant que ça aujourd'hui, là. On en est, je pense, tous et toutes
bouleversés.
Mais là, j'ai envie de me tourner vers
votre collègue. Je suis avocat, vous êtes avocate, on dirait que le cerveau de
l'avocat ne comprend pas, là, comme... Que se passe-t-il?
Mme Leblanc (Mylène) : ...que
se passe-t-il?
M. Cliche-Rivard : C'est
quoi, la poigne d'interprétation que quelqu'un ne fait pas? Je veux dire, je...
Mme Leblanc (Mylène) : Je...
M. Cliche-Rivard : Ça ne
marche pas, là, comme...
Mme Leblanc (Mylène) : OK.
Ça...
M. Cliche-Rivard : Aidez-moi,
aidez-moi!
Mme Leblanc (Mylène) : Je suis
avec vous sur ça. Écoutez, je suis avec vous sur ce point-là, je ne comprends
pas, et, à tous les jours que je suis au travail, dans mon travail, je me... je
me pose cette question-là, et c'est pour ça que je me dis : Il doit y
avoir quelque chose que je n'ai pas compris, il doit y avoir... puis je
continue à leur écrire, à faire des plaintes. Parfois même, je leur envoie, tu
sais, l'article de loi, puis je ne le sais pas, fondamentalement. Par contre,
quand, pour ma <préparation...
Mme Leblanc (Mylène) :
...de
loi, puis je ne le sais pas, fondamentalement. Par contre, quand, pour ma >préparation,
en fait, pour venir ici, j'ai relu les débats parlementaires de 1995, OK, et
c'était vraiment une grande crainte que ça soit finalement... qu'en fusionnant
les deux institutions, le volet jeunesse soit englouti par le volet charte et
que, finalement... parce qu'il ne faut pas oublier, les enfants, ça ne parle
pas. Alors, qui... qui va venir, je vous dirais, animer, au sens de...
M. Cliche-Rivard : Alimenter.
Mme Leblanc (Mylène) : Alimenter,
vie active pour les enfants, si personne ne le fait, ce volet-là va
nécessairement... tu sais...
M. Cliche-Rivard : Ça fait
que l'explication, c'est que le volet charte prend tout leur temps, énergie,
travail, c'est ça? Puis là, le volet jeunesse est englouti?
Mme Leblanc (Mylène) : Bien,
moi, c'est...
M. Cliche-Rivard : C'est ça,
votre...
Mme Leblanc (Mylène) : C'est
ça, mon explication, parce que je me dis : C'est nécessairement, il y a...
il y a quelque chose qui fait en sorte que ça ne fonctionne pas. Et comme
institution, bien, on se dit : Avec tous ces pouvoirs-là, puis même ceux
de la charte, qui s'appliquent aux enfants, parce que le volet charte devrait
s'appliquer, aussi, aux enfants, qu'est-ce qui cloche? Je ne le sais pas, mais
ça cloche.
M. Cliche-Rivard : Puis on
vous répond quoi? Qu'est-ce qu'on vous répond?
Mme Leblanc (Mylène) : On me
répond, par exemple, tu sais, la chose la plus... c'est : Le tribunal a
été saisi de la question, donc nous n'avons plus juridiction. Et nous, les
juristes, on leur répond : Bien sûr que vous avez juridiction, vous pouvez
être partie au dossier à tout moment, intervenez à la cour. Et c'est comme un
ping-pong.
M. Cliche-Rivard : Puis là
on... Je ne veux pas vous mettre des mots dans la bouche, là, mais, je veux
dire, on vous répond quelque chose qui est erroné. Je veux dire, c'est quoi,
l'explication? C'est quoi, la...
Mme Leblanc (Mylène) : Bien...
à mon sens à moi, oui, mais, je veux dire, je ne suis pas... moi, j'interprète
comme ça, peut-être que c'est moi qui lis mal, je ne sais pas. C'est possible,
là, je veux dire, je ne connais pas tout, mais, en même temps, je suis... j'ai
l'impression qu'une loi comme la Loi sur la protection de la jeunesse puis
comme la charte doivent s'appliquer généreusement, surtout envers l'enfant
vulnérable. Tu sais, il faut... il faut qu'on soit généreux au sens favorable à
l'enfant. Il est en péril, il est vulnérable, on ne peut pas juste... Il faut
être proactif. Il faut être là.
M. Cliche-Rivard : Ça, vous
êtes assez manifestes, toutes les deux, que le statu quo est impossible. Puis, je
pense qu'on vous a tous compris qu'il n'était pas question qu'un enfant qui a
cinq ans aujourd'hui, on lui dise qu'il attend dans 10 ans, et vice-versa,
là. On va prendre ça en considération, je pense que... pour parler de faire un
point, je pense que c'est fait, là.
Mme Leblanc (Mylène) : Merci.
M. Cliche-Rivard : Merci.
• (19 h 10) •
Le Président (M. Provençal)
:On va conclure cet échange-là avec le
député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Oui. Merci, M.
le Président. Merci, Mmes Audet et Leblanc. Les propos que vous tenez, les
témoignages que vous nous rapportez sont troublants à maints égards. On en a
parlé amplement et je pense qu'on a bien compris vos griefs envers la CDPDJ.
Si vous permettez, j'ai juste trois
minutes, je voulais juste faire des petites vérifications sur d'autres éléments
qu'on a entendus, d'ailleurs, aujourd'hui, là, par exemple... bien, je vais
commencer avec ce que vous mentionnez sur l'indépendance du commissaire, sur le
fait qu'il soit entièrement, exclusivement dédié. Vous nous dites ça... est-ce
que c'est parce que vous avez une crainte que ça ne soit pas le cas? Est-ce que
vous lisez quelque chose dans le projet de loi qui vous permettrait de penser
que ça ne serait pas le cas?
Mme Audet (Nancy) : Je pense
que je peux répondre un peu, puis Mylène aussi, peut-être, mais je pense que la
situation actuelle va demander une totale indépendance de la part du commissaire.
De ce que je vois actuellement des gens qui sont impliqués avec les enfants de
la direction de la protection de la jeunesse , je vois souvent des gens qui...
qui ne sont pas totalement libres d'agir de par les liens qu'ils ont, que ce
soit avec l'institution, que ce soit avec le ministère. Je pense vraiment que,
dans la situation actuelle, si on veut que le Commissaire puisse réellement
poser des gestes concrets pour que les choses changent réellement sur le
terrain, il va... il va devoir être totalement indépendant et libre de toute
entrave.
M. Arseneau : Donc, ce que je
comprends, c'est qu'il y a un certain nombre de principes que vous nous amenez
sur l'indépendance, le fait d'être entièrement, exclusivement dédié aux
enfants, d'avoir tous les pouvoirs nécessaires et les moyens, tout ça, c'est
comme une série de principes que vous nous rappelez sur la base de votre
observation de la situation actuelle, en nous disant : Organisez-vous
comme vous voulez, là, mais, dans le libellé de la loi, il faut que ça soit
très clair et absolument, là, impératif. Ça, je comprends ça. C'est un petit
peu comme... en fait, je veux faire une référence à d'autres témoins qui sont
venus avant vous, là, M. Bouchard, notamment, là, qui parlait, lui, de <prévention...
M. Arseneau :
...témoins
qui sont venus avant vous, là, M. Bouchard notamment, là, qui parlait,
lui, de >prévention, il disait... prévention de la maltraitance, il
dit : Si ce n'est pas nommé, bien, on... on a un problème. Donc, il faut l'écrire
partout. C'est un peu ce que vous... j'imagine que vous partagez un peu ce
point de vue là.
Mme Audet (Nancy) : Oui, oui,
vraiment.
M. Arseneau : Y compris sur
la question de la maltraitance aussi, j'imagine que...
Mme Audet (Nancy) : Vraiment,
vraiment. Je suis totalement d'accord.
M. Arseneau : Donc, de le
mentionner explicitement pour éviter toute ambiguïté, d'accord.
Puis la question des avocats, vous avez
parlé tout à l'heure du fait que les enfants ne connaissaient pas leurs droits,
on ne leur... on ne les informe pas de leurs droits, j'imagine. Est-ce que vous
jugez que la question du mécanisme d'accréditation des avocats, c'est un
élément important? On l'a entendu...
Mme Audet (Nancy) : Je vais
laisser Me Leblanc répondre, mais je voulais juste vous dire que, quand je suis
allée en stage d'observation en Chambre de la jeunesse, j'ai été très étonnée
de voir que les avocats ne rencontrent pas les enfants, ils n'ont pas le temps.
Les avocats gèrent environ 350 dossiers par année. Mais je me demande
comment on peut faire pour défendre son client quand on ne le rencontre pas, quand
on ne va pas voir son milieu de vie, on n'est pas en mesure de vérifier si on a
suivi les recommandations du juge. À Sept-Îles, j'ai su que les avocats,
maintenant, parce qu'ils sont débordés, ne rencontrent plus les enfants qui ont
12 ans et moins. Pour moi, ça, c'est vraiment, vraiment préoccupant. C'est
impossible de défendre des clients si on ne les rencontre pas. Ça ne serait pas
acceptable pour un adulte, pourquoi c'est acceptable pour un enfant? Mais, pour
les questions d'accréditation, je pense que Me Leblanc va être meilleure que moi
pour répondre à ça.
Mme Leblanc (Mylène) : Peut-être...
30 secondes, en finissant, ce qui est important, aussi, de comprendre, c'est
que, pour un enfant qui ne parle pas, parce que n'oublions pas qu'on représente
des bébés, des jours à des semaines, à des années, tu sais, tout petits, tout
petits, il faut vraiment bien s'enquérir de la situation. On ne peut pas...
C'est quelque chose qu'il faut inculquer chez les avocats, quant qu'à moi, en
protection de la jeunesse, ou qui veulent en faire, qu'il faut le lire, notre
dossier, aller parler aux gens, aller parler aux parents, la famille d'accueil
pour avoir une vision globale et être capable de la livrer, se présenter à
l'enfant, se présenter chez lui, le rencontrer, etc. C'est essentiel. Donc,
c'est peut-être des balises, accréditation, je ne le sais pas, là, je ne suis
pas très ferrée là-dedans, mais c'est des balises essentielles de connaître cet
enfant.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Mme Leblanc (Mylène) : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je tiens à remercier Mme Audet
et Me Leblanc pour leur contribution, leur participation, bien, en même
temps, de nous avoir partagé vos observations terrain, l'une et l'autre, là. C'est
important pour nous.
Alors, sur ce, la commission ajourne ses
travaux au mercredi 7 février, à 8 heures, où elle se réunira en
séance de travail. Alors, mesdames, merci beaucoup.
(Fin de la séance à 19 h 15)