(Neuf heures quarante-cinq minutes)
Le Président (M. Provençal)
: À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la santé et des
services sociaux ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je demande à toutes
les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
appareils électroniques.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 37, Loi sur le commissaire au bien-être et aux droits des enfants.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Chassin (Saint-Jérôme) est remplacé par Mme Picard
(Soulanges); Mme Caron (La Pinière),
par Mme Garceau (Robert-Baldwin); M. Morin (Acadie), par
Mme Prass (D'Arcy-McGee); et M. Marissal (Rosemont), par
M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
Remarques préliminaires
Le
Président (M. Provençal)
:
Merci beaucoup. Nous débuterons
ce matin par les remarques préliminaires puis nous entendrons les témoins suivants : Mme Régine Laurent,
deux ex-commissaires de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse
et la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
J'invite maintenant le... Vous pouvez prendre
votre... une petite gorgée, M. le ministre. Alors, je vais inviter M. le
ministre à... à nous faire ses remarques préliminaires, et vous disposez de
six minutes, M. le ministre.
M. Lionel Carmant
M. Carmant : Parfait. Merci
beaucoup, M. le Président. Très heureux d'être parmi vous aujourd'hui pour ce
projet de loi que je nommerais, je pense, d'historique.
Premièrement, je tiens à remercier mes
collègues, la députée de Robert-Baldwin, qui est là avec nous, le député de Saint-Henri—Sainte-Anne et le député de... des Îles-de-la-Madeleine, ainsi que mes collègues,
la députée de Bonaventure, la députée de Soulanges et la députée de
Marie-Victorin, mon adjointe parlementaire, en plus, et toutes les équipes du
ministère, là, qui ont travaillé très fort pour ce projet de loi.
M. le Président, pendant cette semaine, on va
parler de nos enfants. Et vous savez, moi, c'est un... c'est très important, là, pour moi, les... et c'est mon...
ma... pour ça que j'ai... j'ai fait le saut en politique, pour améliorer la
situation des enfants. Et en tant que pédiatre, on m'a toujours appris que les
deux choses les plus importantes pour nos enfants,
c'est l'amour et la stabilité pour développer leur confiance, leur autonomie,
et s'assurer d'atteindre leur plein potentiel.
Comme vous savez, une des premières choses que
j'ai faites en venant en politique, c'est de déployer le programme Agir tôt, où
ça fait exactement ça, s'assurer, à 18 mois, que tous nos jeunes sont sur la
bonne trajectoire développementale et que les enfants ou les familles puissent
obtenir de l'aide au besoin, assez tôt pour rectifier la trajectoire si c'est nécessaire. Mais, au
gouvernement, quand on m'interpelle à propos des enfants, on m'interpelle
plus sur les mesures de protection des enfants que sur les mesures à mettre en
place pour s'assurer que chaque enfant puisse grandir en sécurité et atteindre
ce plein potentiel.
Alors, nous, ce qu'on veut faire, cette semaine,
c'est parler de prévention, parce qu'on a besoin de plus de prévention et de moins de signalements, moins de
DPJ dans la vie de nos enfants. Puis, pour renverser cette tendance, je pense que le commissaire dont on va discuter va
avoir un rôle extrêmement important. J'aimerais emprunter les termes
d'une travailleuse sociale, Mme Selleau, que j'ai rencontrée la semaine
dernière à un colloque des avocats sur le... du Barreau sur les personnes vulnérables. Elle mentionnait à ses équipes
qu'il fallait passer de bienveillance à bientraitance. Et c'est ça que... la prochaine étape, selon moi.
Je pense que, trop souvent, bienveillance se limite à signaler les
enfants, alors que bientraitance nous
demanderait de nous impliquer personnellement pour améliorer la situation de
ces enfants.
J'ai toutes sortes d'exemples que j'aimerais
partager avec vous. J'ai rencontré une agricultrice, une fois, qui m'a dit que son conjoint étant malade, elle a dû
avoir son enfant qui travaillait avec elle le matin avant d'aller à
l'école, puis l'enfant, on l'a... on a signalé cet enfant-là, parce qu'à
l'école, on se plaignait qu'il ne sentait pas bon. C'était vraiment
inapproprié, M. le Président. Des enfants, là, dans certaines communautés
culturelles, ou des enfants autistes qui se
font signaler pour des histoires de boîtes à lunch qui sont toujours... qui contiennent
toujours les mêmes aliments, ce n'est
pas, ce n'est pas acceptable, M. le Président. Les communautés culturelles
aussi, qui ont des enjeux particuliers
au niveau de développement. Et encore, je pense que l'exemple qu'on voit le
plus souvent, actuellement, ce sont nos familles réfugiées qui
traversent l'Amérique à pied avec leurs enfants pour leur donner un avenir
meilleur, et on n'a pas en place un système pour donner ce que ces enfants ont
besoin, des services. Puis qu'est-ce qu'on fait à la place? On appelle la DPJ.
Ça aussi, c'est inacceptable. C'est notre devoir, de changer ça. M. le
Président.
• (9 h 50) •
Donc, ce qu'on cherche
maintenant, c'est quelqu'un qui va porter la voix de ces enfants, quelqu'un qui
va faire ça à temps plein, qui va être focussé sur le rôle de la société et de
nos différents programmes pour s'assurer que nos enfants aient tout ce dont ils
ont besoin pour se développer de façon adéquate, quelqu'un qui va être vraiment
dédié pour que tout soit, tout soit mis en place. Le droit international
l'exige, et la première recommandation du rapport de la Commission spéciale sur
les droits des enfants et la protection de la jeunesse était la création de
cette instance de commissaire à la défense des droits des enfants. Suivant le dépôt
de ce rapport, puis j'aurai la chance de lui redire tout à l'heure, j'avais dit
à Mme Laurent que le rapport ne serait pas tabletté. Elle disait que
c'était un projet de société, elle nous donnait 10 ans pour le mettre en
place. J'avais promis qu'on le ferait en six ans puis je pense qu'on est
toujours sur la cible, M. le Président, mais, aujourd'hui, tous ensemble,
vraiment tous ensemble, il faut qu'on soit fiers de ça, nous entamons une étape
historique pour améliorer le devenir de nos enfants. Puis je tiens à dire à
tous mes collègues ici qu'ils peuvent compter sur mon... ma plus grande
collaboration pour améliorer ce projet de loi. J'ai pris du temps pour lire
tous les mémoires qui ont été soumis, puis je dois dire qu'on a encore du
travail à faire, puis s'assurer que le rôle de commissaire au bien-être et aux
droits des enfants puisse jouer pleinement son rôle de porte-voix de tous les
enfants du Québec.
Voilà pourquoi, M. le Président, j'ai hâte
d'entendre nos invités puis de travailler avec tous mes collègues, ensemble, à
définir la position de notre commissaire par rapport aux autres instances déjà
existantes. Je pense, ça va être quelque chose qui va nécessiter du doigté, en
se rappelant les principes suivants : que cette personne soit dédiée aux
enfants, soit... nous aide à créer une société bientraitante, pas seulement
bienveillante, qu'on veille à l'intérêt des enfants dans les politiques
gouvernementales, faire la promotion de l'importance de la prévention et aussi
avoir une approche spécifique pour nos enfants des Premières Nations et Inuits.
Merci beaucoup, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le ministre. J'invite maintenant la
porte-partole de l'opposition officielle et députée de Robert-Baldwin...
(Interruption)
Le Président (M. Provençal)
: Excusez-moi. C'est votre première fois, j'en suis très
impressionné.
Des voix : ...
Le Président (M. Provençal)
: ...à nous partager ses remarques
préliminaires pour une durée de 3 min 36 s. Je vous cède la
parole.
Mme Brigitte B.
Garceau
Mme Garceau : Merci beaucoup, M. le
Président. C'est... J'apprécie le temps de parole et d'être avec vous
aujourd'hui. Oui, un projet de loi historique, un projet de loi bien attendu,
nous le savons très bien, et c'est pour ça qu'on est ici, c'est pour faire
avancer et progresser le droit des enfants, le respect de leurs droits et
surtout de leur protection. Oui, prévention, mais aussi protection. Et je dis
protection parce qu'on a vu les lacunes, et il faut se le dire, qu'il y a des
lacunes importantes dans notre système de protection de la jeunesse, qui
démontre un manque de services dédiés à la
protection des droits des enfants et au respect de leurs droits.
Malheureusement, les amendements à la protection de la jeunesse qui...
ont été adoptés en juin 2022 ne se sont pas concrétisés sur le terrain. De
plus, depuis la pandémie, il y a eu une augmentation fulgurante de dossiers de
violence conjugale, une augmentation de nombre
de signalements à la DPJ, du jamais-vu, une liste d'attente importante au
niveau des évaluations des enfants, un exode
significatif de personnel et une pénurie de main-d'oeuvre qui persiste. Et donc
la voix des enfants, malheureusement, n'est pas souvent entendue, que ça
soit dans le processus judiciaire ou des évaluations.
Face à ces
constats alarmants, des droits bafoués, des droits des enfants bafoués, lésion
de droits également, dans notre système démocratique, on a eu des
constats alarmants, et, en février 2022, il y a eu cri du coeur, cri du coeur
du commissaire Lebon, cri du coeur de la commissaire, Mme Laurent, que
c'était urgent, on avait besoin de notre chien de garde, ça, on parle de
février 2022, un chien de garde pour protéger, pour assurer de veiller au
bien-être des enfants et au respect de leurs droits, et même la bâtonnière du Barreau
du Québec, Me Claveau, un autre cri du coeur en janvier... en juin... juillet, je m'excuse, 2023, qui lançait un cri
du coeur aux trois ministres, incluant le ministre Carmant, qu'il était urgent d'agir en matière de protection
de la jeunesse. Et le ministre a décidé, une décision fut prise, de sept recommandations-phares du rapport Laurent, la
première recommandation et même la deuxième, donc nomination d'un
commissaire au bien-être et aux droits des enfants et la charte. Vous avez
décidé de mettre ça dans la deuxième phase, au niveau de... du commissaire, et
même la charte, on est rendus à la troisième phase, qui est pour moi une
incohérence monumentale.
Et donc, nous
sommes ici parce que nous devons nous assurer d'avoir le meilleur régime,
système de protection de la jeunesse.
Et je tiens à soulever qu'il manque deux... deux recommandations fondamentales
dans ce rapport, dans ce projet de loi, un concernant le transfert de
toutes les responsabilités et des pouvoirs de la CDPDJ au commissaire et
également la recommandation concernant la nomination d'un commissaire adjoint
au bien-être et aux droits des enfants
autochtones, on va en parler plus amplement lors de nos échanges avec nos...
les auteurs des mémoires. Et donc, oui, une ouverture, j'espère, M. le ministre,
à bonifier et surtout à amender ce projet de loi afin de vraiment pouvoir
promouvoir, protéger les droits de tous les enfants du Québec. Merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci
beaucoup, Mme la députée. Je vais maintenant inviter le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député de
Saint-Henri—Sainte-Anne à
nous partager ses remarques préliminaires pour une durée de
1 min 12 s. Je vous cède la parole.
M. Guillaume
Cliche-Rivard
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup, M. le Président. Très heureux
d'être avec vous aujourd'hui, suivant mes nouvelles responsabilités de
responsable du dossier des services sociaux pour le deuxième groupe
d'opposition.
Déjà, j'ai eu
des contacts constructifs avec M. le ministre Carmant dans les derniers mois.
J'espère qu'on pourra avancer conjointement ensemble de la même façon
dans ce projet de loi là. Eu égard au PL n° 37, c'est un privilège d'être ici avec vous ce matin, mais je sais aussi
qu'on est tous et toutes investis par un sentiment de devoir, de
responsabilité et d'urgence afin de pouvoir
faire le mieux possible pour protéger nos enfants, surtout nos enfants les plus
vulnérables.
Évidemment, nous portons un jugement positif sur
le PL, mais nous allons porter une attention particulière aux fonctions, aux responsabilités et aux pouvoirs
du commissaire, qui devraient, je pense, être étoffés davantage. On reviendra notamment sur certains éléments centraux
du rapport Laurent, qui mériteraient également de se retrouver, je pense, dans le projet de loi. Je pense qu'on a une
belle base pour le... sur laquelle on peut travailler, mais que le PL n°
37, comme tout PL, peut évidemment être perfectible, et j'espère y contribuer
au maximum, M. le ministre. Merci.
Le
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le député. Nous allons conclure
les remarques préliminaires avec l'intervention du député des
Îles-de-la-Madeleine pour une minute.
M. Joël Arseneau
M.
Arseneau : Merci beaucoup, M. le Président. Merci, M. le
ministre, d'avoir déposé ce projet de loi tant attendu.
Le rapport de la Commission spéciale sur les
droits des enfants et la protection de la jeunesse date quand même de mai 2021, donc nous avions bien hâte de
pouvoir nous pencher sur l'une des recommandations phares de ce rapport,
donc la mise en place d'un commissaire au bien-être et aux droits des enfants.
Il est impératif, évidemment, là, que nous puissions avoir un regard en continu
sur la situation des enfants au Québec. Donc, l'idée d'avoir le pendant du
Vérificateur général pour les enfants avec un rapport annuel, avec la
possibilité de soumettre des avis, des recommandations, une instance permanente
qui est à la fois la voix des enfants, mais également qui permet aussi de les appuyer dans l'exercice de leurs droits, on
souscrit évidemment à tout ça, y compris, là, les jeunes adultes issus
de la DPJ. Donc, nous allons contribuer positivement, parce qu'on pense,
effectivement, que le projet de loi n° 37 est perfectible, puis on
rentrera dans le vif du sujet dans quelques instants. Merci beaucoup.
Auditions
Le Président (M. Provençal)
: Merci, M. le député, pour vos
remarques préliminaires.
Nous allons
maintenant débuter les auditions. Je souhaite la bienvenue à Mme Régine
Laurent. Mme Laurent, vous aurez 10 minutes pour nous faire
part de votre exposé et, par la suite, nous procéderons aux échanges avec les
parlementaires. Je vous cède immédiatement la parole, madame.
Mme Régine Laurent
Mme
Laurent (Régine) : Merci, M. le Président. Bonjour à vous toutes et
toutes. J'aurais aimé être avec vous en personne à Québec, mais des
engagements en début d'après-midi, à Montréal, m'en empêchent.
Alors, le
26 octobre dernier, j'ai été profondément touchée par le dépôt de ce
projet de loi sur le Commissaire au bien-être
et aux droits des enfants, un projet de loi qui répond à un pan phare du
rapport de la commission spéciale que j'ai
eu l'honneur de diriger. D'ailleurs, l'importance d'instituer un commissaire au
bien-être et aux droits des enfants apparaît
dès les premières pages du rapport et constitue l'essence du premier chapitre,
intitulé Respecter et promouvoir les droits
des enfants.
Par le dépôt de ce projet de loi, M. le
ministre, vous avez marqué un pan important de... dans l'histoire de la société
québécoise, celui de reconnaître l'importance de donner une voix aux enfants du
Québec pour leur propre avenir et celui du
Québec. Aujourd'hui, entouré de vos collègues pour étudier ledit projet de loi,
je vous remercie tous, de même que tous les parlementaires qui porteront
celui-ci jusqu'à son adoption, pour les générations d'enfants et de jeunes
Québécois qui en bénéficieront.
• (10 heures) •
Dans
l'ensemble, le projet de loi proposé répond aux préoccupations soulevées et
recommandations contenues dans le rapport de la commission eu égard à la
mise sur pied du Commissaire au bien-être et aux droits des enfants. Par
ailleurs, des éléments des recommandations contenues au rapport y sont absents
et je souhaite attirer l'attention de la commission sur certains d'entre eux,
croyant toujours à l'importance qu'ils soient repris dans le projet de loi.
Tout d'abord, dans le préambule du projet de
loi, de nombreux considérants viennent préciser les assises et les motivations à la base du contenu du projet de
loi. Ces considérants reprennent l'importance du respect des droits des
enfants contenus à la Convention relative aux droits de l'enfant, placent le
bien être de l'enfant, son intérêt, de même que l'importance de l'action
préventive pour améliorer son bien-être et faciliter l'exercice de ses droits à
la base de la... de la
création du commissaire. Tous ces considérants sont en cohérence avec le
rapport de la commission, où l'on retrouve, tout au long de celui-ci,
l'importance d'agir en amont, en prévention pour le bien-être de tous les
enfants et dans le respect de leurs droits, ce qui constitue, à mon avis, le
coeur de la société bienveillante que nous voulons pour tous nos enfants et nos
jeunes. D'ailleurs, le titre du rapport de la commission spéciale, c'est Instaurer
une société bienveillante pour nos enfants et nos jeunes, soutient
l'importance et le mandat du commissaire.
Maintenant, l'enfant sujet de droit, pour moi,
c'est une affirmation à rendre visible. Il est peut-être temps de franchir un pas de plus comme société pour
confirmer le poids de nos enfants et de nos jeunes dans la société que
nous voulons construire pour eux et avec eux, la société qui sera la leur, la
société qui sera eux. Pour ce, je propose qu'on retrouve au sein d'un
considérant l'affirmation que le Québec reconnaît ses enfants comme des sujets
de droit. Il faut en finir avec l'idée que les enfants sont des êtres de statut
inférieur, sans occulter, bien sûr, qu'ils ont besoin de notre bienveillance
pour assurer leur sécurité et le développement de leur plein potentiel. Faire
un premier pas vers la reconnaissance des enfants comme sujets de droit est non
négligeable. En effet, cela renforcerait leur capacité de se défendre, de faire respecter leurs droits, renforcerait
leur participation aux discussions sur les droits qui les concernent.
Des témoins nous ont indiqué que plusieurs droits de l'enfant sont appliqués de
façon variable et que le respect des droits des enfants semble improbable tant
qu'ils ne seront pas considérés comme sujets de droit.
Maintenant sur la correction physique. Pour moi
c'est clair dans le rapport, aussi, une violence à reconnaître et à dénoncer.
On n'a... aucune recommandation n'a fait l'objet dans notre rapport, mais
l'enjeu de l'utilisation de la force pour imposer une correction à l'enfant a
fait partie des nombreuses discussions lors de nos travaux. Bien entendu, comme vous le savez, le Code criminel, qui prévoit à son article 43 le recours possible à la force pour
corriger un enfant, est de juridiction
fédérale, ce qui est bien en dehors, évidemment, du mandat de la commission.
Par ailleurs, dans le cadre de son
mandat, la commission ne peut passer sous silence le fait que le recours à la
correction corporelle envers les
enfants nuit à leur développement. Il n'y a pas lieu de laisser planer que
l'usage de la force pour amener un changement
de comportement chez un enfant soit justifié, acceptable ou encore, entre
guillemets, un bon geste à poser.
Je me permettrai un parallèle. Il fut un temps
pas si lointain dans nos sociétés occidentales où le droit de correction
maritale était de coutume. En effet, afin de corriger les soi-disant défauts de
sa femme, un homme pouvait lui infliger une correction physique, un châtiment.
Nul besoin de discuter longtemps pour convenir que cette pratique archaïque
était épouvantable, irrespectueuse envers le droit des femmes, contraire au
principe d'égalité entre les femmes et les hommes aujourd'hui reconnu. Et, si
ce n'était déjà fait, cette pratique serait condamnée et abolie de manière
consensuelle dans notre société. Alors, pourquoi ne pas affirmer haut et fort
que le droit d'user de force... de la force pour corriger un enfant est
archaïque, inutile et contraire au respect des enfants?
Comme il en était mention dans notre rapport,
les enfants sont la seule catégorie de personne qui ne soit pas protégée contre
les voies de fait. Cette situation est révoltante, particulièrement dans un
contexte où les enfants sont souvent sans
voix et sans moyens pour protéger leur intégrité physique. Je vous suggère donc
un considérant qui exprime clairement que les corrections physiques sont
contraires aux valeurs de la société québécoise et au respect des droits des
enfants. Cela enverrait un message clair à tous les citoyens et citoyennes sur
cet enjeu. De plus, il permettrait de donner les coudées franches au
commissaire et au commissaire associé dans leur travail d'information,
d'éducation à l'égard du recours à la correction physique envers les enfants et
les jeunes, et les aider aussi à faire la promotion de la valeur de respect de
l'intégrité physique de ceux-ci.
Concernant
les fonctions du commissaire, je salue la mise en place d'un comité consultatif
composé d'enfants et de jeunes afin d'obtenir leur avis sur toute
question concernant une matière relevant de ses fonctions. Cependant, je pense,
c'est peut-être un oubli, il n'y a pas spécifiquement un comité consultatif
d'enfants et de jeunes autochtones aux mêmes fins.
Concernant
maintenant l'accréditation des avocats appelés à exercer un rôle spécial, je
plaide en faveur de l'ajout d'un
mandat au Commissaire au bien-être et
aux droits des enfants, soit celui de
développer et superviser un mécanisme d'accréditation des avocats
désignés pour représenter des enfants incapables de donner un mandat à leur
avocat, tel qu'il apparaît dans le rapport
de la Commission spéciale sur les droits des enfants. La commission avait
repris dans son rapport quelques points contenus dans le mémoire que lui
avait déposé la Commission des services juridiques, qui détient, à mon avis, une expertise qu'on ne peut contester en matière de
représentation. L'organisme public expliquait que l'avocat travaille souvent à la frontière des
aspects cliniques d'un dossier et de ses composantes juridiques sans
formation adaptée. La Commission des services juridiques était d'avis que des
formations sur mesure devraient être offertes aux avocats représentant les
enfants et ajoutait, et je cite : «On ne peut improviser avec les droits
des enfants.» Et je partage cet avis. Quand il est question des enfants en bas
âge, il n'existe aucune base juridique pour guider l'avocat, qui doit seul
décider si l'enfant a la capacité ou est en mesure de lui donner des directives
en lien avec la situation qu'il l'amène dans le dossier. De plus, dans le
rapport de la commission, on rapporte des propos tenus par certains témoins à l'effet qu'en l'absence de balises
juridiques, les avocats appliquent des critères disparates dans leur
évaluation de la capacité de l'enfant. Une situation
qui ne peut perdurer et pour laquelle il est impossible d'affirmer qu'elle
s'inscrit dans l'intérêt de l'enfant. Pour toutes ces raisons, je vous demande
d'inclure dans les fonctions du Commissaire au bien-être et aux droits des enfants ce mécanisme d'accréditation des avocats désignés pour représenter des
jeunes enfants incapables de donner un mandat à leur avocat.
Avant de
conclure, je tiens à vous émettre un souhait, que le commissaire, que le
commissaire associé disposent des moyens humains, financiers,
technologiques pour remplir leur mandat.
En terminant,
je témoigne qu'une bonne partie de nos recommandations se retrouvent dans ce
projet de loi. En mon nom et en celui du
personnel, particulièrement de l'équipe de la recherche qui a oeuvré à la
commission, nous saluons ce projet de loi. Je vous fais confiance,
parlementaires, pour le bonifier, prendre en compte les modifications proposées, l'adopter dès
que possible pour que l'Assemblée nationale puisse nommer rapidement le
commissaire et le commissaire associé. Je vous remercie.
Le
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Mme Laurent. Nous allons
maintenant procéder à la période d'échange avec les parlementaires et,
de ce fait, je vais céder la parole au ministre. M. le ministre, allez-y.
M. Carmant : J'ai
une période de temps de...
Le Président (M.
Provençal)
: 16 min 28 s.
M. Carmant : D'accord.
Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, Mme Laurent. Toujours un
plaisir.
Mme Laurent
(Régine) : Bonjour, M. le ministre.
M. Carmant : Merci
de prendre le temps de vous joindre à nous ce matin. Bien, peut-être quelques
petits commentaires sur ce que vous avez
dit. Je suis tout à fait en accord avec le... nommer que l'enfant est un sujet
de droit. D'autres nous l'ont mentionné, donc je pense que ça, c'est
quelque chose qui va de soi. Au sujet de la correction corporelle, je ne sais pas si vous êtes au courant, mais le... dans la
réforme du droit de la famille adoptée en juin 2022, mon collègue ministre de la Justice a clairement
introduit que la parentalité doit s'exprimer sans violence. Est-ce que
c'est une modification qui vous satisfait, ou vous insistez quand même, ou vous
appuyez encore sur le besoin que, dans le projet, qui, en fait, est pour créer
le poste de commissaire, on mette ce considérant-là? Pouvez-vous élaborer un
peu plus pour moi?
Mme Laurent
(Régine) : Oui, je comprends, M. le ministre, mais, comme je vous ai
dit, si on le met dans le projet de loi créant le commissaire, l'information,
ce qui est important aussi pour moi, c'est que ça va lui donner les coudées
franches pour faire de l'information à toute la population, faire de
l'éducation à toute la population. Parce que
ce qui est du droit de la famille, à moins que j'aie manqué un bout, mais... il
n'y aura pas d'information, de campagne sur ce sujet spécifique
concernant les enfants. Alors, c'est pour ça que le commissaire, lui, ça lui
donnerait... ce serait une partie de son travail de... qui, pour moi, c'est
clair que, quand on parle du bien-être et des droits des enfants, de l'avoir,
lui, dans son projet de loi, ça ne viendrait que renforcer sa capacité à faire
le travail.
• (10 h 10) •
M. Carmant : D'accord,
d'accord. Maintenant, à propos des Premières Nations, plusieurs l'ont
mentionné, le Comité consultatif des jeunes,
et je dois vous dire que c'est nos... dans nos échanges avec les Premières Nations et Inuits qui nous ont
suggéré de ne pas l'inclure dans les... Nous, c'était dans nos intentions, mais
ce sont les groupes représentant les Premières Nations et Inuits qui
nous ont demandé de ne pas l'inclure. Donc, ça, je voulais vous aviser puis
aviser tout le monde qui a fait cette remarque-là, ce n'était pas notre volonté
d'exclure ce comité consultatif là, mais c'est vraiment à la suggestion des
groupes Premières Nations et Inuits. On va en recevoir deux, d'ailleurs, au
cours des différentes consultations.
Mme Laurent
(Régine) : Est-ce que c'est possible, M. le ministre, de nous
expliquer leur... leur orientation, ce qui les a amenés à prendre cette
décision-là? Parce que, nous, à la commission, on avait... on avait consulté
des... différents groupes autochtones. On a fait toute une semaine avec des
groupes autochtones. Alors, j'aimerais juste comprendre ce qui les a amenés à
prendre cette position-là.
M. Carmant : Bien,
c'était une question de garder leur autonomie, de ne pas, entre guillemets,
influencer ces jeunes-là. Donc, c'est la raison qu'ils nous ont soulevée. Mais
on pourra leur redemander quand ils vont se présenter, absolument.
Mme Laurent
(Régine) : Mais il y aura quand même...
M. Carmant : Non,
allez-y.
Mme Laurent
(Régine) : Il y aura quand même un comité... il y aura quand même un
comité consultatif formé de jeunes autochtones,
mais qui... qu'eux vont prendre le «lead», excusez-moi l'expression, pour... ou
il n'y aura pas de comité de jeunes consultatif autochtones?
M. Carmant : Pour
le moment, il n'y en aura pas, mais, s'ils se présentent à la commission et ils
changent leur demande, nous on va... c'est sûr qu'on peut considérer, parce
que, d'emblée, on n'était pas... on était en faveur de ce... de ce deuxième
comité de jeunes là. Bon. La grosse question, c'est...
Mme Laurent
(Régine) : Si vous me permettez une dernière...
M. Carmant : Oui,
allez-y.
Mme
Laurent (Régine) : Un dernier petit bout, M. le ministre, j'y tiens
beaucoup. C'est que, dans notre... dans la logique de créer le commissaire, d'être la voix des enfants, pour
nous, c'était important pour l'ensemble des commissaires que les jeunes
et les enfants soient consultés. Alors, je vous invite à essayer encore de
convaincre pour qu'il y ait formellement un comité consultatif formé d'enfants
et de jeunes autochtones.
M.
Carmant : Absolument. Ce sera fait. Une des choses que vous
n'avez pas mentionnées, c'est que dans notre version... dans notre
projet de loi, on positionne vraiment le commissaire comme le porte-parole, le
porte-voix de tous les enfants. Alors, on
insiste beaucoup plus sur l'aspect prévention et déploiement des programmes que
sur l'aspect juste de la protection. Pourriez-vous commenter par rapport
à ce positionnement qu'on a choisi?
Mme Laurent (Régine) : Je n'en ai
pas parlé, M. le ministre, parce que, dans le temps qui m'est imparti, ce qui
était conforme à notre rapport, j'ai un peu laissé de côté, mais, pour nous,
c'était important, le Commissaire au bien-être et aux droits des enfants, puis
à chaque fois on le répète, de tous les enfants, et surtout pas uniquement les enfants
de la DPJ, parce qu'il faut qu'il y ait quelqu'un qui soit au-dessus de la
mêlée pour être capable de voir est-ce que
telle politique ou telle réglementation, c'est bon pour l'ensemble des enfants,
est-ce que cette façon de faire va aider au bien-être des enfants, qu'est-ce qu'on fait pour respecter leurs
droits. Alors, pour moi, ça va dans le sens de l'orientation qu'on a
voulue dans le rapport, c'est pour ça que je ne l'ai pas soulevé, M. le
ministre. C'est très important qu'il soit vraiment au-dessus de la mêlée,
porte-voix des enfants.
M.
Carmant : Merci beaucoup. M. le Président, je passerais la
parole à la députée de Laporte, qui aurait une question.
Le Président (M. Provençal)
: Oui. Mme la députée.
Mme Poulet : Bonjour à tous, chers
collègues. Mme Laurent, c'est un honneur pour moi de vous parler, de vous
questionner. Merci pour votre excellent travail, merci d'être présente
aujourd'hui encore.
J'ai une question concernant le mécanisme
d'accréditation. Vous mentionnez qu'il n'y a pas de formation adaptée, il n'y a
pas de base juridique, puis aucune... il y a l'absence... une absence de
balises juridiques. Selon vous, concrètement, quels seraient les étapes, le
contenu d'un mécanisme pour cette accréditation-là? Qu'est-ce que les... dans les... concrètement, qu'est-ce que les
avocats auraient besoin? Qu'est-ce que vous suggérez? Pouvez-vous
développer à ce niveau-là, s'il vous plaît?
Mme Laurent (Régine) : Mme la
députée, écoutez, un enfant de trois ans, par exemple, il a un avocat qui est
désigné pour le représenter, en ce moment il n'y a pas de grille pour évaluer
effectivement la capacité de l'enfant, c'est
l'avocat qui décide tout seul. Par exemple, est-ce qu'on peut dire,
aujourd'hui, que tous les avocats désignés ont une formation sur le développement de l'enfant? Est-ce
que tous les avocats désignés aujourd'hui ont une expertise sur ce que veut dire le temps pour l'enfant? Vous le
retrouvez dans notre rapport, on dit qu'il faut tenir compte du temps de l'enfant. Un enfant de deux ans, six mois, ça
n'a pas du tout la même importance et la même portée que six mois pour vous et moi. Donc, il faut être capable d'avoir
des avocats qui sont... connaissent le développement de l'enfant, qui sont capables
d'avoir... d'être mieux outillés pour prendre des décisions qui ont un impact
sur la vie de l'enfant, mais que l'enfant n'est pas capable d'argumenter, à trois ans ou à cinq ans.
Alors, pour nous autres, c'était vraiment important, cette accréditation-là,
pour qu'on s'assure que les formations nécessaires pour représenter un enfant,
les avocats aient cette formation-là. Et c'est pour ça qu'on tenait à cette
forme d'accréditation par le Commissaire au bien-être et aux droits des enfants.
Mme
Poulet : OK, merci. Je ne sais pas si je peux... Oui?
J'aurais une autre question pour vous. Depuis le dépôt de votre rapport,
qu'avez-vous remarqué de positif? Qu'est-ce qui a changé depuis le dépôt de
votre rapport, là, tout le travail que vous avez accompli, toutes les consultations?
Depuis ce moment-là, est-ce qu'il y a eu des avancées?
Mme Laurent (Régine) : Notre
rapport, c'était essentiel. La population avait des attentes. Remettons-nous du
choc qu'on a vécu qui a mis... qui a amené la mise sur pied de la commission.
Il y a une chose importante qui est arrivée, pour moi, c'est les changements
majeurs à la Loi sur la protection de la jeunesse. Nous avions demandé que, par
exemple, l'intérêt de l'enfant soit la considération primordiale, et on le
retrouve à différents articles du rapport, le préambule que nous avions
demandé... la loi, pardon, le préambule que nous avions demandé pour
interpréter la loi, c'est présent. Et, je l'ai dit, pour moi c'est important,
ce nouveau... cette nouvelle loi, parce que c'est ça qui sert de guide dans
toutes les décisions qui sont prises pour les enfants qui doivent être pris en
charge par l'État. Donc, il faut leur donner une base. Par exemple, que
l'intérêt de l'enfant soit pris en compte et non pas regarder les droits, les
intérêts d'un parent ou d'un autre, on regarde l'intérêt de l'enfant. Pour moi,
c'est vraiment bénéfique et ça fait partie des
choses que vous avez mises en place mais qu'on va voir les effets au fil des
ans, hein, ce n'est pas instantané. Mais, quand on parle de changer les choses, changer les cultures, moi, je sais
que ça prend un petit peu de temps. Je sais qu'aussi il y a eu... je ne
sais pas où ça en est parce que je ne suis pas sur le terrain, mais la
formation des intervenantes sur la nouvelle loi, ça, c'est vraiment important.
J'espère qu'elles vont avoir, tout le monde, cette formation-là, adéquate,
qu'elles vont avoir le soutien clinique aussi, parce que, tout le long du
rapport, on a parlé, dans le chapitre concernant
les intervenantes, que c'est important, le soutien clinique, leur formation.
Alors, moi, je pense que les choses avancent. Il faut juste s'assurer
qu'on continue d'avancer.
Le Président (M.
Provençal)
: ...de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Bonjour,
Mme Laurent.
Mme Laurent (Régine) : Bonjour.
Mme
Dorismond : Merci d'être là aujourd'hui. Et j'aurais une
question. Vous avez parlé tout à l'heure aussi de l'importance de promouvoir les droits des enfants,
car les enfants ne connaissent pas l'ensemble de leurs droits. Pendant votre commission, est-ce que vous pouvez nous
donner des exemples dans lesquels les droits des enfants sont... sont
privés?
Mme Laurent (Régine) : Je me
souviens d'une audience à huis clos avec un jeune, je pense qu'il avait 12 ans, et qui nous exprimait que lui, là, il
ne voulait pas aller chez l'autre parent, en l'occurrence le père, mais il
dit : Moi, j'étais obligé d'y aller,
j'avais... Alors, c'est où, le droit de l'enfant? Où est-ce qu'on a écouté la
parole de l'enfant dans cet exemple-là? Et l'enfant, ça l'a vraiment
perturbé parce qu'il n'a pas été respecté. C'est quoi, son droit, l'enfant? Le
droit de l'enfant, c'est de dire : Si je ne suis pas bien à tel endroit,
pouvez-vous me respecter et ne pas m'y envoyer? Alors, ça, c'est le «basic», le
très, très concret quand on n'a pas respecté, et, en tout cas, qu'on n'a pas
entendu la parole d'un enfant.
• (10 h 20) •
Mme Dorismond : Merci beaucoup.
M. Carmant : ...d'autres questions
de mes collègues? Moi, ça fait...
Le Président (M. Provençal)
: Pas d'autres questions?
M. Carmant : Non, c'est... Merci
beaucoup.
Le
Président (M. Provençal)
: Alors, s'il n'y a pas d'autres questions de la
part... du côté... Parce qu'il vous reste quelques minutes si vous
voulez poser une dernière question, M. le ministre.
M.
Carmant : ...Mme Laurent, est-ce que... Dans le... dans le
positionnement du commissaire, est-ce qu'on... Comment vous le voyez
interagir avec les autres partenaires, le nouveau protecteur de l'élève, la
Commissaire santé et bien-être? Moi, je pense, c'est le gros travail qu'on doit
faire pendant cette commission-là, c'est de bien le positionner pour qu'il y
ait... pour qu'on puisse avoir une synergie entre tous ces individus.
Mme Laurent (Régine) : Oui, bien, il
le faut, M. le ministre, parce que c'est comme si... pour moi, pour les
cliniques, pour l'imager un peu, c'est comme si toutes ces portes-là sont
ouvertes pour le commissaire. Toutes ces portes-là doivent pouvoir informer le
commissaire, doivent pouvoir répondre aux questions du commissaire. Un des
problèmes majeurs que nous avions, puis on s'en est rendu compte à la
commission : tout le monde travaille en silo. Tout le monde est de bonne
foi, mais tout le monde travaille en silo. Ça, ce ne sera pas possible. Le
commissaire, pour moi, il est au-dessus de
tout ça. Il peut et doit questionner tous les acteurs, tous les organismes dont
il a besoin pour évaluer le bien-être des enfants puis évaluer comment
leurs droits sont respectés ou non. Pour moi, il est au-dessus de tout ce
monde-là. Parce que, quand vous me parlez du protecteur de l'élève, le
protecteur de l'élève, c'est très bien, mais il regarde l'élève, mais, quand
l'enfant est ailleurs, qui regarde?
M. Carmant : Tout à fait, tout à
fait. Et on a eu beaucoup aussi de gens qui nous ont parlé du lien avec les
différents organismes sur le terrain. Comment vous voyez cette relation entre,
justement, le commissaire et... et les services qui se donnent, là, sur le
terrain pour nos jeunes?
Mme Laurent (Régine) : Oui, alors
c'est là où j'ai envie de vous dire que de là l'importance d'avoir un comité consultatif de jeunes, parce que ce sont
ces jeunes-là qui consomment, je n'aime pas le mot, mais qui consomment ou qui font appel à ces services-là. Donc, c'est
eux qu'il faut entendre pour voir comment est-ce qu'ils reçoivent les
services, qu'est-ce qu'ils aimeraient améliorer, qu'est-ce qui correspond à
leur monde d'aujourd'hui. C'est aujourd'hui, et ce n'est pas le même monde
qu'on a connu dans le passé, donc il faut les écouter. Et il faut aussi donner
toute leur importance aux intervenantes et intervenants qui... qui
interagissent avec les jeunes, que ce soit dans les organismes, les
intervenants qui sont dans la rue. Donc, pour moi, c'est important et c'est
pour ça que j'ai... tantôt, j'ai parlé aussi de moyens technologiques et de
moyens humains et financiers, parce qu'il faut que le commissaire puisse avoir
un portrait de ce qui se passe sur le terrain pour les jeunes et pour les
enfants.
M. Carmant : Oui. Puis on s'est
assurés quand même de son indépendance, parce que c'est le Bureau de
l'Assemblée nationale, donc ça, ça va être très important pour moi, là, et puis
je suppose que c'est la même chose pour vous également.
Mme Laurent (Régine) : Ça, M. le
ministre, dans nos discussions, c'était... on est rapidement arrivés à un
consensus. C'était majeur pour l'ensemble des commissaires de trouver une façon
de s'assurer de l'autonomie et de l'indépendance du commissaire. Alors, nommé aux deux tiers par
l'Assemblée nationale, pour nous, c'est une assurance qu'il va être
autonome et indépendant.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Marie-Victorin.
Mme
Dorismond : Merci, M. le Président. En lien avec le comité
consultatif des jeunes, je me posais comme question si on devait changer aussi le projet de loi en lien avec qui
devrait siéger dans un autre comité consultatif, exemple, les communautés ethnoculturelles, une personne en
situation de handicap. Est-ce que vous croyez qu'on devrait changer le projet de loi pour identifier des personnes en
lien avec d'autres cultures pour faire en sorte qu'on est plus cohérent?
Mme Laurent (Régine) : J'ai... j'ai
de la difficulté à trop, trop, trop encadrer le commissaire. Il faut, je pense, lui donner les coudées franches. Ce qu'on a
dit dans notre rapport, c'est qu'il doit tenir compte des enfants qui
sont ici dans la société québécoise, donc il faut qu'il y ait des enfants de
différents âges, qui doivent communiquer, de différentes
régions, de différentes communautés ethnoculturelles. Donc, c'est à lui, dans
son mandat, de réunir tous les jeunes
dont il a besoin pour être sûr de consulter des jeunes qui représentent toutes
les factions de jeunes dans la société.
Mme Dorismond : Parfait.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup.
Mme Dorismond : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je vais maintenant céder la
parole à la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup. Merci,
Mme Laurent, d'être ici. Je dois vous dire, sur le plan personnel, ayant oeuvré 30 ans dans le domaine du droit
de la famille, je dois... et j'ai représenté quelques enfants, mais
beaucoup de parents dans des conflits assez sérieux, et je vous remercie pour
le travail colossal que vous avez fait pour faire en sorte que le... qu'il y
ait une progression au niveau de la protection des droits de nos enfants et
aussi de respecter leurs droits et leur voix, et de s'assurer que leur voix
soit entendue, parce que je trouve que ça, c'est un des enjeux des plus
importants où il y a, Mme Laurent, des lacunes importantes dans notre
régime de protection de la jeunesse.
Et j'ai lu attentivement votre rapport, et aussi
je suis retournée lire le rapport de votre commission, et surtout parce que
vous avez entendu... ça fait... c'est une période de deux ans avec des
centaines de mémoires que vous avez lus, des
centaines de témoignages de représentants dans différentes instances. Vous avez
été personnellement frappée, je crois, par l'ampleur des problèmes,
l'ampleur des lacunes dans notre système, et vous avez fait écho, vous avez
parlé de la convention, la convention des Nations unies, la convention
relative aux droits des enfants, que le Québec a adhéré depuis 1991, une
convention très, très importante, et qu'il découle de cette convention-là des
obligations. Et c'est face à ces obligations-là que vous avez affirmé, il me
semble assez fermement, toute cette question qu'il faut réparer et remettre à
l'ordre du jour une société bienveillante. Ça nécessite des changements
législatifs mais aussi structurels afin de vraiment mettre l'intérêt supérieur
de l'enfant au premier plan, au coeur de toutes les décisions, et que la voix
des enfants, que ça soit des enfants de bas âge, et on va en parler, jusqu'à
l'âge de 25 ans... parce qu'on regarde
aussi les jeunes, les jeunes... la jeunesse, les jeunes adultes... Et, avec
tout ça, vous vouliez créer une institution indépendante de promotion et
de défense des droits des enfants, et donc non seulement la question, comme M.
le ministre a mentionné, de prévention et de promotion de leurs intérêts et de
leurs droits, mais également de protection face aux lacunes dans le système,
dans le régime.
• (10 h 30) •
Et je reprends Mme Laurent, et vraiment,
parce que je n'ai pas retrouvé dans votre mémoire... parce que vous avez parlé
de... oui, il y a... le ministère n'a pas repris certaines recommandations dans
votre rapport, et je sais que c'est des recommandations importantes, et je suis
d'accord avec vous qu'elles devraient être dans le projet de loi, mais il y en
a deux en particulier que vous n'avez pas mentionnées dans votre mémoire et que
j'aimerais réviser avec vous. Parce qu'il y en a une en particulier, et ça,
c'est la recommandation, et je vais la lire, «de transférer au commissaire les
pouvoirs et les responsabilités assumés par la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse prévus à la Loi sur la protection de la
jeunesse avec les ressources afférentes». Et donc, ça, c'est vraiment le volet
de la protection des enfants, des intérêts, le respect de leurs droits. Et je
lis ça avec une autre affirmation très importante
dans le rapport, alors que vous voulez créer le Commissaire au bien-être des
enfants, aux droits des enfants, qui va être composé... qui va avoir une
équipe qui aurait un large mandat de promouvoir et d'assurer le bien-être et...
et le respect de leurs droits, parce que ni le Protecteur du citoyen et ni la
CDPDJ, la commission, n'y sont voués exclusivement.
Il y avait cette notion, Mme Laurent, dans le rapport de la commission, de
l'exclusivité, que le commissaire, là, c'était vraiment le chien de
garde, comme vous avez mentionné, là, il est au-delà de la mêlée, là. C'est
cette personne-là qui va faire en sorte...
qui va intervenir quand les droits des enfants sont bafoués, quand il y a des
lésions de droits, parce que là, la
CDPDJ n'avait pas à intervenir. Qu'est-ce qui s'est passé à cette... pour moi,
cette recommandation, qui est vraiment au coeur des pouvoirs du
commissaire au bien-être? J'aimerais vraiment vous entendre là-dessus.
Mme Laurent
(Régine) : Merci, Mme la députée. Dans notre rapport, comme vous avez
pu le voir, il y a une notion qui était importante pour nous, c'est que c'est
clair, puis ça a été démontré par plusieurs recherches, plusieurs
témoins, que, quand la parole de l'enfant est noyée dans la défense d'autres
droits, les droits des enfants et la parole des... de l'enfant n'est pas ce qui
est mis de l'avant en premier. C'est pour ça... c'est une des raisons pour
lesquelles on avait suggéré de... que tout ce qui concerne la jeunesse, de la
CDPDJ, soit transféré au commissariat. Parce que pour nous, l'enfant, ça prend
une personne qui ne fait que ça, qui n'a que ça comme préoccupation, de
regarder avec ses lunettes qu'est-ce qui se passe avec les enfants et des
jeunes dans toutes les sphères de la société. Et
si je ne l'ai pas repris dans mon rapport, c'est... effectivement, j'ai compris
qu'à un moment donné il faut lâcher prise, là, que ça allait rester à la
CDPDJ. Mais entre vous et moi, je pense que dans un avenir la démonstration va
être faite que ce n'est pas possible, même
s'ils vont travailler ensemble, la CDPDJ et le commissaire, mais les
incohérences vont arriver et, dans quelques années, ça va... ça va
arriver, ça va arriver à notre recommandation, j'en suis persuadée.
Mme Garceau :
Mais, Mme Laurent, moi, je regarde d'un autre angle parce que je
regarde spécifiquement... je crois que c'est
l'article 6 du projet de loi, parce qu'évidemment il y a... il y a toute
cette... C'est l'aspect d'intervention dans le processus. Parce que
c'est sûr qu'on veut prévenir, on veut tout faire pour ne pas... pour assurer
que les droits des enfants soient respectés,
soient bien représentés. Ça, il y a... il y a un volet prévention, je le
comprends. Mais, dans les dernières années et même avant, oui, il y a eu
le décès, malheureusement, de la fillette de Granby, mais il y avait, on le
sait très bien, il y avait des problèmes au niveau de... avant ça, concernant
le régime de protection de la jeunesse, concernant la représentation des
enfants, parce qu'il y en a, des procureurs des enfants, qui vont vous dire que
c'est très difficile de représenter les enfants dans le système actuel. Et donc
vous n'avez pas... Dans votre rapport, vous auriez pu dire : Bien, on va...
au lieu de nommer un commissaire, on va restructurer. Peut-être que le
commissaire va faire partie de la CDPDJ. On va faire une... Mais ce n'est
pas... Ce n'est pas ça... Et c'est là où il me semble qu'on manque, dans ce
projet de loi, le coeur de... du... de vos conclusions concernant une voix
exclusive qui va intervenir quand c'est
nécessaire, surtout lorsque les droits des enfants sont bafoués. Et on en a
beaucoup, d'exemples, des agressions sexuelles, dernièrement, des habeas
corpus que des... que des avocats doivent aller chercher pour sortir des
enfants qui sont en centre de réadaptation
depuis plusieurs mois. Ça continue, là, j'en passe. On pourrait être ici toute
la journée. Je ne veux pas aller là, Mme Laurent, ce matin, avec
vous, mais il me semble que cet... On a dilué à l'article 6 parce que le
commissaire n'aura pas vraiment... Il va enquêter sur quoi? Il va intervenir à
quel sujet? Parce que la... la CDPDJ garde
tous ses pouvoirs, toutes ses responsabilités liées à la loi de la protection
de la jeunesse, liées à la charte également.
Donc, à mon avis, puis je voulais voir avec vous si vous partagez mon avis,
qu'on a vraiment dilué... Il y a une restriction de pouvoirs qui, il me
semble, ne reflète pas l'esprit de votre rapport.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée, votre
temps est écoulé puis vous ne pourrez même pas avoir la...
Mme Garceau :
La réponse.
Le Président
(M. Provençal)
: ...la
réponse, malheureusement.
Mme Garceau :
Peut-être mon collègue.
M. Cliche-Rivard :
Votre collègue a trois minutes.
Le Président
(M. Provençal)
: Alors,
c'est ça...
M. Cliche-Rivard :
Avec respect.
Le Président (M. Provençal)
: Je vais maintenant céder
la parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour 3 min 18 s
effectivement.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup,
Mme Laurent, d'abord, pour votre rapport, votre travail envers les
enfants, envers les plus vulnérables, puis évidemment, envers celui que vous
avez déposé aujourd'hui dans la commission.
Je vais aller sur
quelque chose dont on n'a pas traité eu égard au coroner. Je lis votre rapport,
page 62 : «En conséquence, nous recommandons que le Commissaire au
bien-être et aux droits des enfants ait le mandat d'exercer une vigie et de
monitorer la situation des enfants qui décèdent chaque année au Québec.» Est-ce
que vous sentez que cette recommandation-là et ce besoin-là figurent parmi le
projet de loi qu'on étudie aujourd'hui?
Mme Laurent
(Régine) : Je n'ai pas le nom de l'article, le numéro de l'article,
mais je pense que vous auriez intérêt, très
respectueusement, à le préciser, vous, comme parlementaires, parce que ce qu'on
voulait voir, comme c'est le Commissaire au bien-être, bien, s'il y a
des enfants où il y a eu une enquête du coroner, il faut arrêter de prendre les
choses un par un, il faut quelqu'un qui ait un regard pour dire : Bien,
est-ce que... c'est quoi qui se passe qui fait qu'il y a tant d'enfants dans
telle région ou dans telle ville qui ont fait l'objet de l'attention d'un
coroner. Alors, moi, de le bonifier et de le préciser de cette façon-là, je
vais être tout à fait d'accord, parce que, dans le rapport, on disait, bien,
notamment les enfants qui... et aussi les enfants qui ont fait l'objet d'une
protection de l'État.
M.
Cliche-Rivard : OK.
Mme Laurent (Régine) : C'est ce que
nous...
M.
Cliche-Rivard : Parce que là on vient modifier la loi sur les... si
vous permettez, on vient modifier la Loi sur
les coroners, il va effectivement y avoir un travail à cet effet-là, mais on ne
parle pas d'enfants de manière globale, là, on parle de ceux qui ont
fait l'objet d'un rapport du coroner, on ne parle pas de décès globaux de gens
issus de la DPJ, on ne va pas au-delà de ça. Est-ce que vous pensez que c'est
quelque chose qu'on devrait élargir au sens où le commissaire aurait un rôle de
vigie complet envers les enfants, malheureusement, qui succombent de je ne sais
quoi, là, mais de... malheureusement qui perdent la vie?
Mme Laurent
(Régine) : Je vais être plus concrète, M. le député. Une enfant qui
meurt de leucémie, là, le commissaire n'a
pas d'affaire là. C'est extrêmement triste, mais il n'a pas d'affaire là. Mais
cependant des enfants qui ont été
pris en charge par l'État, ça, je pense que c'est important, parce qu'on ne
sait pas qu'est-ce que le commissaire peut trouver et amener comme recommandations à vous, à l'Assemblée nationale,
dans un rapport, et évidemment les enfants qui ont fait l'objet de
l'attention d'un coroner.
M. Cliche-Rivard : Excellent. Puis je pense
que vous portez une belle attention. Peut-être le commissaire pourrait
être compétent dans le cas où on voit qu'il y a plusieurs enfants qui
succombent d'une maladie grave dans une région donnée, là. Donc, je pense que
peut-être il peut y avoir un lien envers les facteurs externes,
environnementaux puis quand même le... la maladie. Mais je comprends ce que
vous voulez dire, que, quand c'est une cause naturelle duquel on ne pouvait
rien y faire puis que les recommandations n'y amèneront rien, bien...
Finalement on comprend ce que vous voulez dire.
Mme Laurent (Régine) :
Non, non. Oui.
M.
Cliche-Rivard : Il n'y a pas de mention de la charte des droits des
enfants dont vous parlez dans ce projet de loi là. Qu'est-ce que vous en
concluez?
Mme Laurent (Régine) : J'en conclus que c'est...
j'ai compris, dans le plan, c'est dans une étape subséquente. Si vous me
demandez si j'aurais aimé que ce soit déjà là aujourd'hui, je vous répondrais
oui. D'ailleurs, c'est pour ça que j'ai insisté, parce que c'est dans la charte
qu'on avait mis que... le fait que l'enfant soit reconnu comme sujet de droit.
Alors, comme la charte n'est pas encore arrivée, ça fait que je me suis
dit : Bon, bien, on peut au moins le mettre en ce moment dans le... dans
le projet de loi du commissaire, là.
M.
Cliche-Rivard : OK. On va y faire suite. Merci beaucoup,
Mme Laurent.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci,
M. le député.
Mme Laurent
(Régine) : Merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Alors,
on va compléter cet échange avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
3 min 18 s
M. Arseneau :
Merci, M. le Président. Merci beaucoup, Mme Laurent, d'être présente
et si engagée à ce que les recommandations de votre commission soient mises en
oeuvre. Votre travail est remarquable, celui que vous avez fait en commission.
Et aujourd'hui j'aimerais revenir sur, justement, le dernier élément qu'on
vient d'aborder. Vous parlez de l'enfant
sujet de droit, mais j'essaie de comprendre de quelle façon, si la charte n'est
pas considérée, comment on pourrait justement inscrire cet élément-là
dans le... dans le projet de loi. Vous parlez d'un considérant, puis j'essayais
de comprendre ce que... ce que vous avez en tête.
• (10 h 40) •
Mme Laurent
(Régine) : Oui. Alors, comme je tentais d'expliquer à votre collègue
il y a quelques instants, la charte des droits de l'enfant, ça doit arriver. Ça
doit arriver, et le plus tôt possible. Cependant, c'est le moyen que j'ai trouvé pour introduire cette notion d'enfant
sujet de droit, qu'il puisse participer à... aux discussions ou...
concernant les droits qui le concernent, et c'est une façon de vous alerter
aussi qu'on y tient, parce que, oui, tout le monde est protégé par la Charte
des droits et libertés, mais nous souhaitions qu'il y ait vraiment une
particularité concernant les droits des enfants, et c'est pour ça qu'on y tient
beaucoup, à la charte. Mais, en attendant, j'ai mis une petite lumière en
parlant d'un considérant.
M. Arseneau :
Mais est-ce qu'on... est-ce qu'on ne procède pas un peu à l'envers si on
dit qu'on nomme un commissaire pour la protection des droits des enfants, mais
qu'on n'affirme pas préalablement quels sont ses droits, justement, au moyen,
par exemple, d'une charte ou d'un autre moyen?
Mme Laurent
(Régine) : ...on n'avait pas un positionnement, à la commission, qu'il
fallait faire l'un ou l'autre avant, ce qui
était... Dans notre rapport, on a positionné le commissaire avec ses fonctions
et ensuite on a parlé de l'importance qui est cette charte des droits
des enfants. Donc, moi, je n'ai pas de problème qu'elle arrive après, j'ai
juste envie qu'elle arrive vite.
M. Arseneau : Il
ne faudrait... Il ne faudrait pas trop attendre. Merci, vous êtes très
diplomate, Mme Laurent.
J'ai une dernière petite question. Vous avez
parlé de la correction physique. Juste de lire ce que vous écrivez, ça donne
froid dans le dos de penser qu'on doit encore débattre de ces choses-là, qu'on
doit écrire sur papier ce type d'affirmations à l'effet que la correction
corporelle serait encore admise. Mais j'essaie de comprendre pourquoi la commission en a discuté et n'a pas émis de
recommandations puis qu'aujourd'hui vous ramenez ça comme si on devait l'inscrire dans une loi, une loi québécoise, qui
n'aurait vraisemblablement aucun pouvoir face au Code criminel fédéral.
Mme Laurent (Régine) : Oui. Alors,
on en a parlé, parce qu'on a eu beaucoup de témoins, on a eu plusieurs témoins
qui nous ont fait part... et on a eu des jeunes, qui sont jeunes adultes au
moment de la commission, qui nous en ont parlé aussi, de correction physique,
comment ça les avait marqués. On a eu des pédiatres qui sont venus nous parler
des effets néfastes de la correction physique, mais il aurait fallu prendre
beaucoup plus de temps pour étudier la
question, faire des recherches spécifiques sur ce sujet-là. Et on s'est
dit : Bien, au moins, on va le soulever. Mais on n'avait pas le temps d'apporter... parce qu'il
aurait fallu aussi apporter des dispositions concernant les lois du
Québec par rapport aux lois fédérales, donc...
M. Arseneau : D'accord. Je vous
remercie beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, M. le député.
Mme Laurent (Régine) : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Mme Laurent, de
votre participation à nos travaux.
Sur ce, je
vais suspendre ces derniers pour permettre aux prochains invités de prendre
place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 10 h 44)
(Reprise à 10 h 45)
Le Président (M. Provençal)
: Nous reprenons nos travaux. Nous
recevons maintenant M. Jean Simon Gosselin et M. Gilles Fortin,
ex-commissaires de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la
protection de la jeunesse. Alors, messieurs, vous allez disposer de 10 minutes
pour votre exposé, et, par la suite, nous procédons à nos échanges. Alors, je
vous cède immédiatement la parole.
Groupe
d'ex-commissaires de la Commission spéciale sur les
droits des enfants et la protection de la jeunesse
M. Gosselin (Jean Simon) : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, merci à vous tous de nous avoir invités à déposer un mémoire et à présenter nos
commentaires. Je suis accompagné de M. Gilles Fortin, qui a été
neuropédiatre, spécialiste de la maltraitance et aussi, évidemment, un des
précurseurs du déploiement de la notion d'attachement. Moi, j'ai pratiqué comme
avocat dans les services sociaux à l'enfance pendant toute ma carrière, qui a
duré 39 ans. Font également partie de notre groupe Mme Danielle
Tremblay, intervenante sociale, qui, elle, a été toute sa carrière en
protection de la jeunesse, dont les 10 dernières années comme DPJ au
Saguenay, Mme Lesley Hill, qui est aussi une intervenante sociale qui a
oeuvré en CLSC, qui a été DG d'un centre jeunesse et qui a terminé sa carrière
comme cadre supérieur au... dans un CIUSSS de Montréal, à la DPJ aussi,
alors... et M. André Lebon, évidemment, que la plupart d'entre vous
connaissez, qui est psychoéducateur et qui est consultant.
Oui, nous cumulons plusieurs années
d'expérience, on a les cheveux blancs, vous le voyez bien, mais on est d'abord ici pour un peu relayer le... les
témoignages, les mémoires des 4 000 personnes qui ont participé à la
commission Laurent. Alors, ce n'est pas nos opinions personnelles. C'est
d'abord et avant tout le reflet de ce qu'on a entendu et des recommandations,
évidemment, qu'on a faites à la lumière de ces... de ces informations-là.
D'abord, nous le disons d'emblée, nous appuyons
ce projet de loi et nous... Il y a un remarquable effort qui a été fait pour
que ce projet de loi respecte l'intention et la lettre du rapport. Et
là-dessus, bien, nous remercions le ministre, son équipe et le ou les légistes
qui ont travaillé sur ce projet de loi.
Il y a eu quelques choix, puis vous en avez
évoqués, qui sont différents de ce qu'on a mis dans le rapport. On va revenir
avec ceux qui nous semblent essentiels, en les expliquant plus lors des
questions.
D'abord, évidemment, le commissaire, puis vous
l'avez dit, sera le porteur de la voix de tous les enfants au Québec. Il doit
être près d'eux, être capable de les entendre, leurs besoins, leurs désirs,
leurs préoccupations, la façon dont ils vivent, tant dans leur vie personnelle
que dans la sphère publique.
Une petite anecdote. Lors des dernières
élections, il y a eu un sondage sur les 7-15 ans, ce qu'ils pensaient de l'apport qu'ils avaient au niveau de la société.
Ils n'étaient pas contents, parce qu'ils trouvent que les adultes ne les
écoutent pas. Alors, le commissaire va
probablement pouvoir pallier à cette insatisfaction qu'ont les jeunes — je
travaille avec mon iPad parce que l'imprimante ne fonctionnait plus hier
soir, je ne suis pas habitué.
Alors, au
Québec, on l'oublie parfois, mais il y a plus de
1 600 000 enfants, c'est presque 20 % de la
population du Québec. Et tout le monde...
ah! les enfants, c'est l'avenir du Québec, mais, si vous êtes parents ou
grands-parents, c'est le présent aussi, les enfants du Québec, ils sont là. Et on ne leur
laisse pas beaucoup de place pour entendre leur parole, pour leur
permettre de s'exprimer, quoique ça évolue, et il faut que ça continue
d'évoluer. On l'a dit dans notre mémoire, il ne faut pas oublier qu'à
l'automne 2019 il y avait 500 000 personnes à Montréal avec
Autumn Peltier, une autochtone ontarienne, et Greta Thunberg, toutes des
adolescentes, à ce moment-là, là.
On salue particulièrement le rôle systémique du
commissaire et on y reviendra lors des questions. La réalisation d'un portrait annuel de l'état de bien-être des enfants au
Québec, c'est important, puis il y a des indicateurs développés par
UNICEF Canada, ça se fait dans d'autres provinces. Ça, c'est majeur. Et on a
parlé d'historique, c'est historique, effectivement, qu'une personne publique
fasse un reflet de comment les enfants se sentent. Et dans les provinces qui utilisent cet outil-là, et au
Canada, les enfants ne sont pas si heureux qu'on le pense. Alors, il faut le
savoir puis il faut corriger ce qui ne va pas.
• (10 h 50) •
Le préambule. Le préambule, c'est très
important. On a parlé de la charte, il y a eu des questions là-dessus. Dans
notre conception, le commissaire et la charte, ça allait ensemble, au niveau du
rapport, comme un peu la Commission des droits de la personne et des droits de
la jeunesse émane de la charte québécoise, comme le Comité des droits de l'enfant de l'ONU émane de la
Convention internationale sur les droits de l'enfant. Il n'y a pas de
charte, mais il y a un préambule avec
plusieurs considérants, et on suggère ou... on vous suggère, comme
législateurs, de renforcer ce préambule-là. Ça apparaît dans notre
mémoire, l'enfant sujet de droit, c'est très important. Tout le monde dans les juristes le dit, mais ce n'est écrit nulle part.
C'est une déduction des droits qu'on a reconnus aux enfants en 1979 dans la
Loi sur la protection de la jeunesse. Affirmons-le clairement, que l'intérêt de
l'enfant soit la considération principale de toutes les décisions prises à son sujet. Il faut que, pas
juste au tribunal, dans des débats très pointus, parce que ce n'est pas
tous les enfants dont la situation passe au
tribunal, il faut que l'intérêt de l'enfant, ce soit une préoccupation de tous
les décideurs.
La correction physique, c'est de juridiction
fédérale, mais je pense qu'il faut l'écrire une fois pour toutes. Même s'il y a eu des avancées dans le
PL n° 2, c'est... la charte... pas la charte, la loi sur le
commissaire va faire quand même du bruit, là, il va y avoir un
rayonnement, alors d'affirmer que les corrections physiques, on n'en veut plus,
au Québec, ça s'impose.
Reconnaître que l'enfant a le droit de
participer à la vie citoyenne, pas juste au niveau local, mais au niveau
régional, au niveau national. Puis déclarer que les enfants ont le droit et la
capacité de le faire. Ils ont la capacité d'influencer
les décisions, surtout ceux... celles les concernant. Et ces ajouts-là au
préambule, ça peut sembler beaucoup, mais on parle de cinq ajouts, ça va
permettre de guider le commissaire dans l'exercice de ses fonctions en
explicitant l'objet et la portée de la loi.
Nous avons d'autres recommandations plus
pointues, je les passe plus en vrac. La question du comité des enfants et des
jeunes autochtones, j'ai compris que les... puis c'est peut-être eux les mieux
placés pour... pour donner leur point de vue
là-dessus, les communautés autochtones, mais on pensait que le commissaire
associé qu'on retrouve dans le projet de loi soit appuyé lui aussi d'un
comité consultatif de jeunes.
La question du mécanisme d'accréditation des
avocats qui représentent les jeunes enfants. Ceux qu'on ne rencontre pas, qu'on
ne voit pas. Alors, il faut que ces gens-là, ces avocats, ces avocates-là
soient comme qualifiés pour faire ce travail. On aura sûrement des questions
là-dessus, on donnera plus de détails.
La vigie
annuelle de tous les décès d'enfants. On avait deux analystes à la commission.
On a tenté de savoir... On sait qu'il
y a 78 000 décès par année au Québec. De zéro à un an, la
périnatalité, c'est précis, précis, précis, mais pour un an à 18 ans, on ne le sait pas comment qu'il
y a d'enfants qui décèdent au Québec. Est-ce qu'il y a une crise des
opioïdes au Québec pour les enfants? Probablement que non, mais on ne le sait
pas. Alors, on veut que le commissaire n'ait pas
le rôle du coroner, le coroner fait bien son travail, mais une vigie sur
combien d'enfants meurent au Québec. Ceux qui meurent de maladies
graves, ce n'est pas ceux-là qui nous inquiètent. Y a-tu des problèmes avec les
opioïdes? Y a-tu des problèmes avec le... la question des voies scolaires?
Il ne me reste plus de temps?
Le Président (M. Provençal)
: ...
M. Gosselin (Jean Simon) : Moins
d'une minute. Bien, vous l'avez dit, c'est un moment historique. Je vais
terminer sur une phrase que nous a dite M. Erwin Hellman, qui a été le
défenseur des droits de l'enfant en Ontario pendant
10 ans, qui est retraité, c'est ses paroles, c'est en anglais, mais je
vais le mettre en français : «Parfois, je suis en avant pour défendre les droits des enfants.
Parfois, je marche côte à côte avec les enfants. Et parfois je marche
derrière eux pour soutenir leur parole.» C'est un peu comme ça qu'on voit le
rôle du commissaire. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: C'est moi qui vous remercie. M. le
ministre, je vous invite à débuter cette période d'échange.
M. Carmant : Oui, merci beaucoup.
Me Gosselin, Dr Fortin, toujours un plaisir de vous revoir. Puis je
tiens à vous assurer, là, que le... la notion de droits des enfants, là, c'est
important pour nous. Donc, ça, c'est... je pense que c'est un acquis, là.
Puis j'entends également votre... votre appel
pour la correction physique. J'avoue que j'étais un peu surpris, mais je
l'entends.
L'autre point
qui revient, que Mme Laurent a mentionné aussi, c'est l'accréditation des
avocats. Ça, j'aimerais vous entendre un peu plus. Ne serait-ce pas un
mandat qu'on donnerait au commissaire, que le commissaire prendrait en main, que quelque
chose qu'on doit insérer comme un alinéa dans la loi? Pouvez-vous m'expliquer
pourquoi, pour vous, c'est... ça doit être dans la loi?
M. Gosselin (Jean Simon) : En fait,
quand on a tenu les audiences, quand on a rencontré les citoyens lors des forums, il y a plusieurs sujets qui ont été
abordés, mais on a entendu beaucoup, beaucoup de personnes critiquer le rôle des avocats des enfants. Et là-dessus, j'ai
pratiqué toute ma carrière en droit de la jeunesse et je plaidais des
dossiers, c'est qu'on... c'est à géométrie variable. J'ai connu des avocates
qui allaient voir des enfants de trois ans et demi, trois ans dans leur famille
d'accueil, puis, évidemment, comment la chambre est organisée, y a-tu un petit
animal de compagnie, ça parle beaucoup, ça donne beaucoup d'informations à
cette avocate-là. Puis j'ai connu aussi des avocats qui non seulement ne
rencontraient pas les enfants, ne s'informaient pas sur eux et... et disaient
au tribunal : Je m'en remets au tribunal. Peut-être c'était bien, parce
qu'au moins ils ne faisaient pas de faux pas, mais c'est à géométrie très
variable. Si on regarde le code de déontologie du Barreau, qui a plus de
150 articles, il n'y en a aucun qui
parle des enfants ou de la déontologie pour les avocats d'enfants. Nous, on
a... on a focussé sur les petits
enfants, parce qu'ils ne peuvent même
pas donner de mandat, évidemment, formel, mais... Puis il y a peut-être une
vingtaine d'articles sur l'importance de la communication entre l'avocat
et son client. Voyez-vous le paradoxe? C'est très important, la communication
de l'avocat et son client, mais quand on est un enfant qui n'est pas capable
d'émettre un mandat traditionnel... Puis
encore, à cinq ans, là, si vous avez des enfants, là, ça parle, des enfants,
là, je veux dire. Moi, j'ai un petit-fils, des petits-enfants, des
petites-filles, ça parle, là, pas besoin d'avoir 15 ans pour avoir une
opinion. Alors, il faut que ces gens...
Pourquoi? C'est sûr que c'est un... un travail exécutif pour le commissaire et
ce n'est pas l'idéal de le... de le charger d'une tâche exécutive.
Cependant, les plus vulnérables... Parce qu'on
parle des enfants qui sont traités en vertu de la Loi sur la protection de la
jeunesse essentiellement, mais c'est des milliers d'enfants, là, même en bas de
sept ans, par année, des milliers d'enfants. L'aide juridique nous a dit :
On représente, nous — puis
ils ne représentent pas tous les enfants — 12 000
enfants. Alors, ce n'est pas quelques cas d'exception, là, c'est un volume très
important. Il faut que ces gens-là, ces avocats-là, pour avoir une
espèce de dénominateur commun, aient des formations, aient une expérience, aient des lignes directrices de rencontrer les
enfants, d'aller dans leur milieu, de s'informer auprès des travailleurs
sociaux, des éducateurs, de la famille
d'accueil, des parents, de l'école, de la réalité de ces enfants-là. En 1982,
dans une cause de la Cour suprême,
Beson, la Cour suprême soulignait l'excellent travail de Me Day à
Terre-Neuve. Et ils avaient fait une espèce de tour d'horizon d'enfants
en bas âge, là, qui n'avaient pas pu vraiment avoir de mandat, de leurs
besoins, de leur histoire. Ils avaient été en mesure d'éclairer adéquatement
les tribunaux. Alors, on pense qu'il faut... il faut cesser la géométrie
variable puis il faut vraiment qu'il y ait une espèce de base minimale pour
être qualifié pour représenter des enfants.
Le point
positif qu'on a au Québec, là-dedans, c'est que l'aide juridique... l'aide
juridique paie toujours. On n'a pas
un enjeu... ah! bien, il manque d'argent. Tous les avocats qui représentent des
enfants, que ce soit des permanents de l'aide juridique ou du privé,
sont payés. Donc,
c'est déjà un atout incroyable, là. Au Québec, l'enfant est assuré... Puis on avait fait une recommandation que le
ministre de la Justice a mise en vigueur, il y a une présomption
d'admissibilité, maintenant... Bon. Mais ça veut... Il faut quand même
qu'il y ait des gens qualifiés pour faire ce travail-là.
Une voix : ...
M. Gosselin (Jean Simon) : Oui,
peut-être...
• (11 heures) •
M. Fortin (Gilles) : Oui, je peux
juste brièvement ajouter quelque chose. On a plusieurs jeunes qui sont venus
témoigner à la commission, qui avaient été pris en charge à la protection de la
jeunesse pendant plusieurs années. Je me
souviens d'un en particulier qui nous a dit : Quand j'ai été jeune adulte
puis j'ai eu accès à mon dossier, j'ai découvert que mon dossier avait
passé neuf fois devant les tribunaux. Je n'étais pas au courant. Une seule
fois, il y a un avocat qui est venu me dire : Demain, je te représente,
qu'est-ce que c'est que tu veux que je dise?
Alors, pourquoi c'est comme ça? Je vais faire un
parallèle avec la médecine, qui est un milieu que je connais bien. On a de la médecine interne puis on a des
pédiatres. Pourquoi on a ça? Parce que les problèmes des enfants, ce
n'est pas la même chose que les problèmes des adultes. Et, très souvent, ce
qui... ce qui a ressorti de ce qu'on a entendu, c'est que les gens nous
disent : Mais oui, mais les enfants, ils ne parlent pas, comment est-ce
qu'on peut savoir? Mais, quand on est pédiatre, on sait que, les enfants qui ne
parlent pas... on sait comment comprendre ce qui... ce qui les affecte, on les
regarde, on les examine, on les fait jouer, on les fait parler, il y a une
approche particulière.
Les médecins de famille, ils peuvent aussi bien
soigner les enfants que les adultes pour les choses de base, mais quand on est
dans des affaires... quand on est dans des affaires plus complexes, comme se
ramasser au Tribunal de la jeunesse ou comme faire une maladie grave, on a besoin des
spécialistes. Et je pense que c'est incontournable qu'on ait des gens qui savent comment aborder les
enfants et comment aller chercher leurs paroles. Les enfants sont
capables d'exprimer ce qu'ils veulent, ce qu'ils ne veulent pas, ce qui les
fait souffrir et ce qu'ils souhaitent, quelle sorte de traitement ou d'aide ils
souhaitent recevoir.
M.
Carmant : D'accord. Un autre point pour... Peut-être revenir
sur l'histoire de décès d'enfants. Moi, j'étais au même... à la même place que Mme Laurent, tu
sais, on a gardé ça relativement simple pour s'assurer que les décès qui
soient comptabilisés soient ceux dus à des causes non connues, là, tu sais,
parce que si on commence à comptabiliser les décès en lien avec des maladies
ou, tu sais, les pertes foetales, tu sais, ça va être un travail immense, là.
Donc, nous, on voulait
vraiment focusser sur ce qui était en lien avec le coroner, mais peut-être me
dire c'est... jusqu'à quel point vous voulez élargir ou vous comptiez
élargir... vous aimeriez qu'on élargisse cette notion-là de suivi des décès?
M. Fortin (Gilles) : Il y a
actuellement, au Québec... il n'y a personne qui est capable de nous dire,
comme on l'a mentionné tantôt, combien d'enfants meurent par année et de quoi
ils meurent. Dans différents secteurs, on a des données : le coroner en a,
la santé publique en a, certains groupes médicaux spécialisés ont des données
sur le nombre de décès d'enfants dans... à
l'intérieur de telle maladie, mais il n'y a personne qui ramasse tout ça, qui
compile, qui... Alors, ce qu'on pense, ce
qu'on voudrait, c'est que le commissaire, pas qu'il aille faire le décompte
lui-même, mais qu'il recueille l'ensemble de ces données-là, qu'il voit
dans quelle mesure elles sont complètes, il les collige et nous donne un portrait
de ce qu'il se passe. De zéro à un an, il y a un comité qui est... du
Collège des médecins, qui existe depuis des années, où on étudie la mortalité
périnatale. On a beaucoup d'informations sur les causes du décès, mais à un an, ça arrête. Le coroner, quand il intervient,
il intervient dans des décès suspects, dans des morts accidentelles,
mais il ne compile pas les gens qui meurent d'une épidémie, que ce soit la
COVID ou une autre. La santé publique a ces chiffres-là
sur la maladie, mais personne ne ramasse ça ensemble et c'est ce qu'on pense
que le commissaire devrait faire. Et non pas de nécessairement mettre
sur pied tous les mécanismes, mais être capable de ramasser les données et...
pour donner un portrait de comment nos enfants vivent, qu'est-ce qui les rend
malades, qu'est-ce qui les fait mourir.
M. Carmant : ...maintenant, le
mieux, l'enjeu d'aller chercher les différentes sources. Encore une chose, une chose que vous n'avez pas reprise, là, qui est
importante pour moi, c'est de voir votre positionnement par rapport à
notre positionnement de mettre le commissaire en amont de la DPJ puis qu'il ait
un regard plus global sur tous les enfants, ce qui est important, mais je veux
voir, vous, comment vous vous voyez ce positionnement-là.
M. Gosselin (Jean Simon) : C'est
fondamental, c'est historique, en fait, qu'une autorité publique au Québec
puisse avoir... porter la parole des enfants, les écouter, les soutenir. Alors,
ça, c'est sûr qu'on applaudit, évidemment, puis
c'était le sens de nos recommandations qui portaient là-dessus. Parce qu'on l'a
dit tantôt, là, les enfants eux-mêmes ils l'expriment, je l'ai dit
brièvement tantôt, ils sont... ils veulent, ils veulent qu'on tienne compte de
ce qu'ils pensent et ils ont des idées, là.
Il ne faut pas, il ne faut pas... et c'est certain. Alors, ça va être un
enrichissement. Puis, on l'a écrit dans le mémoire, si on veut que les
jeunes, quand ils deviennent adultes, qu'ils puissent voter, s'engagent, bien,
il faut les entraîner plus tôt un peu, là. Voilà.
M. Carmant : Et... allez-y.
M. Fortin (Gilles) : Le commissaire,
il est là pour le bien-être des enfants, donc de tous les enfants. Ce n'est pas
juste quand il y a des erreurs, quand il y a des accidents, des incidents, il
est là pour s'assurer que la société québécoise crée des environnements qui est
favorables à leur développement, à leur bien-être, à la bientraitance, je pense
que la bientraitance, ça s'inclut dans le bien-être, et qu'il y a les outils
pour aller chercher les informations, pour faire des recommandations. Un des
rôles importants du commissaire, c'est justement d'avoir des mécanismes qui lui
permettent d'aller chercher la parole des enfants. Ça, tous les... tous les
témoins qu'on a rencontrés à la commission
qui ont eu l'expérience de travailler avec l'équivalent d'un commissaire à
l'enfance, c'est ce qu'ils nous ont dit : c'est d'abord de mettre
en place des mécanismes pour parler à tous les enfants, pas juste ceux qui sont
mal pris.
M. Carmant : Merci. M. le Président,
je passerai la parole à la députée de Marie-Victorin.
Mme
Dorismond : Merci beaucoup pour votre présence. Moi, j'avais
une question pour les jeunes vulnérables. Est-ce que vous êtes d'accord
de prolonger de 18 à 25 ans? Dans le fond, qu'est-ce que je veux dire,
c'est que les jeunes, quand ils passent par la DPJ ou les centres jeunesse, des
fois, bon, on le sait, là, à 18 ans, ils quittent. Mais, pour avoir
travaillé avec eux, j'ai travaillé avec les jeunes de la rue et on allait
jusqu'à 25 ans parce qu'on voyait, on constatait qu'ils étaient
vulnérables et, des fois, il y a aussi des rechutes. Donc, pour nous, c'est
vraiment important de prolonger jusqu'à au moins 25 ans. Là, on dit...
selon la loi, on dit que c'est 18 ans, mais je pense que dans les faits,
dans le concret, je pense que ce serait bien de prolonger, 25 ans, pour
protéger ces enfants-là, parce qu'ils ont eu des manques. Qu'en pensez-vous?
M. Gosselin (Jean Simon) : Bien, en
fait, le projet de loi le propose dans une définition de jeune adulte que nous, on a trouvé, par rapport à notre rapport,
trop restrictive. C'est limité, essentiellement, aux enfants qui ont été
pris en charge par les directeurs de la protection de la jeunesse ou les
directrices ou les directeurs provinciaux. Si vous êtes parents, et vous l'êtes
probablement la plupart, on sait tous qu'à 18 ans, ce n'est pas
terminé : il reste encore chez soi, il
faut les aider pour les études, il faut les soutenir, il faut les guider. On
pense que le commissaire, au moins pour les enfants qui ont plus de...
qui deviennent des jeunes adultes qui ont plus de difficultés à faire valoir
leurs droits — les
autochtones, les enfants handicapés, puis ça, c'est des notamment, là, mais des
enfants qui proviennent des minorités ethnoculturelles — le
commissaire doit pouvoir porter un regard aussi sur ces jeunes adultes-là.
Alors, nous, ce qu'on suggère, puis c'est
extrait du rapport, c'est d'élargir un petit peu la définition de jeune adulte
pour élargir le périmètre que le commissaire pourra porter un regard, puis il
décidera ou elle décidera jusqu'où il va
là-dessus, mais d'élargir un peu son panorama pour les jeunes qui ont plus de
difficultés, les jeunes adultes qui ont plus de difficultés.
Le
Président (M. Provençal)
: M.
le ministre...
M. Fortin (Gilles) : ...les enfants
vulnérables, les jeunes vulnérables ne sont pas que des ex-enfants de la
DPJ.
Le Président (M.
Provençal)
: M. le
ministre.
M. Carmant : Bien,
merci. Puis juste... parce que moi, je voulais juste... En fait, on voulait
voir comment, justement, prolonger jusqu'à 25 ans, mais on ne voulait pas
non plus stigmatiser ou classifier certains jeunes. Donc, le terme que vous utiliserez, parce que... tu
sais, si on commence à faire des définitions, ce n'est jamais bon dans un
projet de loi. Donc, vulnérables, ce serait
un terme que... selon vous, serait acceptable? Puis le... ce sera au
commissaire de définir.
• (11 h 10) •
M. Fortin
(Gilles) : Oui, je pense que c'est une excellente façon de positionner
les choses, effectivement. Le commissaire verra à se... à se créer un cadre et
plutôt qu'effectivement stigmatiser des jeunes dans... à travers un projet de
loi comme celui-ci.
M. Carmant : Parfait. Bien, ça, moi, je suis tout à fait
d'accord avec ça. Si on a encore un peu de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Provençal)
: Une minute.
M. Carmant :
Députée de Soulanges?
M.
Provençal : Mme la députée de Soulanges, je pense que vous vouliez
poser une question?
Mme Picard : Oui.
Merci beaucoup pour votre apport à nos travaux de la commission. Une fois que
le projet de loi serait adopté, quelles
seraient les aptitudes, selon vous, que le ou la commissaire devrait avoir au
niveau formation, compétences? Selon vous, qui serait le ou la meilleure
personne et ses aptitudes?
M. Gosselin (Jean
Simon) : En fait, c'est l'Assemblée nationale qui va nommer le ou la
commissaire. Et je nous vois mal dessiner un profil. Dans la loi, il y a déjà
un article qui fait ça. Nous, en fait, ce qui est important, c'est qu'il y ait
une ou un commissaire et on se fie sur le bon jugement des partis politiques,
du premier ministre pour choisir une personne qui... puis c'est une nouvelle...
c'est un nouveau travail, donc, évidemment, il va se construire, ce travail-là. Dans 10 ans, on pourrait avoir
peut-être des avis différents, mais, dans une étape initiale, nous, on est
très heureux de voir que la fonction soit créée, mais on ne dira pas à
l'Assemblée nationale qui choisir.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci.
Nous allons poursuivre maintenant nos travaux avec la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau :
Merci beaucoup, M. le Président. Merci, Messieurs, d'être ici aujourd'hui
et de votre... je vous remercie également, compte tenu du grand travail que
vous avez fait pour faire progresser le droit des enfants.
Et je voulais... j'ai
lu attentivement votre mémoire et les commentaires que vous venez d'apporter.
Je suis d'accord concernant certaines
recommandations dont vous avez mentionné dans votre rapport qui ne sont pas
incluses dans le projet de loi, mais j'aimerais vous poser la même question que
j'ai posée à Mme Laurent concernant une des recommandations, dont, moi, je croyais qu'elle était quand même assez
importante et au coeur des pouvoirs, je dirais, du commissaire, qui était de transférer au commissaire
les pouvoirs et les responsabilités assumés par la Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse prévus à la Loi sur la protection de la jeunesse, avec
les ressources afférentes. Je n'ai pas retrouvé dans votre mémoire, messieurs,
cette... que vous vouliez que le ministre... qu'on ajoute cette recommandation
qui me semble très importante et je voulais savoir, est-ce que vous avez changé
d'idée concernant cette recommandation-là?
M. Fortin (Gilles) : Écoutez, effectivement,
dans notre... dans notre rapport, nous avions recommandé que ce soit
fusionné. Par contre, deuxième... en deuxième temps de réflexion, on est moins
certains de... et peut-être que ça vaut la peine d'expérimenter la situation
telle qu'elle est sans fusionner les deux structures pour le moment.
Il faut réaliser que
la commission des droits de la... les commissions des droits de la personne et
de la jeunesse existent, pour les adultes comme pour les enfants, mais il y a
aussi quand même un Protecteur du citoyen. Ici, on a un commissaire à l'enfance
puis on a une DPJ... pardon, une commission des droits de la personne et de la
jeunesse. La commission, la perception qu'on en a, c'est que c'est un organisme
plus essentiellement judiciaire, qui travaille surtout dans des situations où
la loi n'est pas respectée à l'égard des droits des enfants.
Le commissaire, pour
nous, c'est beaucoup plus que ça. Ce n'est pas juste que la loi soit respectée,
mais c'est de mettre ça en place, des
fonctionnements, des services à l'enfance pour améliorer leur bien-être. Donc,
c'est souvent agir aussi en amont de la DPJ. On est toujours bien mal
pris avec la DPJ qui est surchargée mais, si on améliore les choses en amont,
c'est une chose qui nous est apparue aussi à travers la commission, c'est qu'on
risque d'améliorer et de réduire les besoins d'intervention de la DPJ.
Alors,
c'est pour ça que je pense que ça vaut la peine de commencer comme ça, de
garder les deux organismes séparés.
C'est sûr qu'ils vont avoir besoin de se parler, comme le Protecteur du citoyen parle à la Commission des droits de la personne. Il va y avoir certainement une conjugaison,
une harmonisation des pratiques à se faire et peut-être que dans quelques
années on dira : C'est une bonne chose, ou on dira : non, il faut
revenir en arrière. Mais je pense que ce
n'est pas un mauvais départ. Le commissaire a d'abord à s'installer, à créer
son organisation, sa façon de travailler et peut-être que c'est mieux de
ne pas lui imposer la charge de l'intervention judiciaire, qui est très
onéreuse et qui souvent... toujours
d'urgence, alors qui devient tout à coup une priorité. Et c'est peut-être pour
ça qu'on a tendance à penser que... commençons en séparant... en gardant
les choses séparées.
Mme Garceau :
Merci pour votre... cette
réponse. Mais, avec respect, on s'éloigne quand même de la constitution
d'un commissaire, une institution indépendante qui serait la voix, une voix,
exclusivement, concernant le bien-être, la promotion, la protection et aussi de
veiller aux droits des enfants qui inclut évidemment le côté d'intervenir.
Comme je mentionnais tout à l'heure, on veut, oui, prévenir, prévenir des
incidents, prévenir... on ne veut pas avoir des situations où les droits des
enfants sont lésés. On veut s'assurer que les voix des enfants soient
entendues, mais, durant un processus judiciaire, comme vous l'avez mentionné,
M. Gosselin, et ça... et ça, c'est très préoccupant lorsqu'on a des... les avocats des enfants dans
des situations en DPJ qui vont dire : On s'en remet à la justice, on se
remet... on s'en remet à la décision du
juge. Et donc, comment améliorer cet aspect-là dans le sens de protéger les
droits de ces enfants, que les enfants aient une véritable voix dans
toutes décisions qui vont être prises à leur égard si on ne va pas permettre au
commissaire de pouvoir intervenir, de pouvoir corriger le tir? Parce que c'est
là depuis longtemps. Il y a les problèmes qui perdurent depuis longtemps, et ça
ne s'est pas amélioré avec le temps, et c'est pour ça que quand j'avais lu votre rapport et j'ai vu cet... ce
transfert de pouvoir pour dire : Non, maintenant il va y avoir un
commissaire, c'est ce commissaire-là qui va s'occuper de s'assurer que tous les
droits des enfants soient respectés, soient protégés.
M. Fortin (Gilles) : Écoutez, notre conception
du rôle du commissaire, c'est une conception d'un rôle systémique, une
approche systémique. La commissaire, je pense que c'est sa façon... ça va... ça
devrait être sa façon de travailler. La Commission des droits de la personne et
de la jeunesse a une intervention plus individuelle, cas par cas. Il n'y a rien
qui empêche le protecteur... le, voyons, excusez, le commissaire, dans son
rapport, de parler de la Commission des droits de la personne et de la
jeunesse, d'émettre des opinions à partir de ce qu'il voit et ce qu'il entend,
sur leur efficacité ou non, leur façon d'agir ou non, sans qu'il ne soit
nécessairement responsable de gérer ces approches judiciaires de cas par cas.
Mme Garceau :
Et donc, d'après vous, si le commissaire intervient suite à des gestes
posés par la CDPDJ ou le manque d'intervention dans des dossiers de la CDPDJ,
la CDPDJ va être liée par ses recommandations? Je tente de voir comment ça
va... ça va fonctionner dans le quotidien, là, en pratique.
• (11 h 20) •
M. Gosselin (Jean Simon) : Bien,
d'abord, le Commissaire au bien-être
et aux droits des enfants, nulle part
dans le projet de loi il a un pouvoir
d'imposer quoi que ce soit. C'est un pouvoir de faire un portrait de la
situation, d'accompagner les jeunes, de parler pour eux, de les aider à
s'exprimer. Ce n'est pas un organisme qui sanctionne ou qui adjuge sur des
droits.
C'est sûr qu'on...
Dans notre rapport, il y a quelques lignes sur le transfert de responsabilité.
Il n'y a pas... il n'y a pas 15 pages, là, il y a un ou deux paragraphes.
Le gouvernement a fait un autre choix et, comme le dit mon collègue, on accepte ce choix-là pour le moment
parce qu'il y a beaucoup de choses à mettre en place pour le nouveau
commissaire au bien-être et si, dès le départ, il est accaparé... Puis la
commission fait son travail, la Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse fait son travail, ils ont l'équipe pour ça. Alors, dans
une phase de démarrage des premières années, que le gouvernement ait choisi de
maintenir le rôle de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, nous, on est confortable avec ça. Et il ne faut pas oublier non plus
qu'on parle de la commission sur le volet LPJ, ça, c'est 30 000 enfants
suivis par la DPJ pour 1 600 000, alors c'est beaucoup plus pointu.
Mais il y a tous les droits de la personne, la commission fait aussi du travail
pour de la discrimination, pour des enfants handicapés, bien au-delà de la LPJ,
et ça, ce travail-là, il est bien fait. Alors, je pense qu'on... En misant sur
une articulation, un dialogue entre ces instances-là, dans un processus
initial, dans les premières années, nous, on se rallie à ça personnellement.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci beaucoup.
M. Gosselin (Jean
Simon) : Mais là on sort du rapport, là, on a comme développé... bien,
ça fait trois ans que le rapport a été publié, en mai. On a quand même réfléchi
à cette question-là puis on en est venu à comprendre pourquoi le projet de loi
ne fait pas ce transfert-là complet.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci
beaucoup. On poursuit avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci à
vous deux pour votre excellente présentation. Je reviens à votre mémoire et à une des recommandations qu'on n'a pas
beaucoup touchée, celle... la C, recommandation C, eut égard aux ressources humaines, matérielles, financières.
Vous, vous seriez rassuré de voir un article supplémentaire dans le
projet de loi dans lequel on confirme que le
commissaire va avoir tout à sa disposition pour assurer son mandat, ça vous
rassurerait?
M. Gosselin (Jean Simon) : Bien oui,
c'est sûr. Mais évidemment on a été très contents de voir que c'est le bureau
de l'Assemblée nationale qui va quand même avoir un regard là-dessus. C'est une
instance, là, en qui on fait confiance, mais évidemment,
on n'est pas dans le... on n'est pas des spécialistes, là, de la gestion
budgétaire. Je vais vous donner une
anecdote, bien ce n'est pas une anecdote, quand l'équivalent du commissaire du
Nouveau-Brunswick est venu, on l'a rencontré par la suite, là, pour le
souper. Et lui... Le Nouveau-Brunswick, c'est 10 % du Québec, il avait
10 employés. Ça fait que si on fait une règle de trois, là, bien, il y
aurait 100 employés au niveau du commissaire. Mais encore là, là, je ne dis pas que ça doit être ça, mais
comprenez-vous? Alors, on va laisser l'Assemblée nationale, le gouvernement... Mais, c'est sûr qu'il faut qu'il
ait... Mais je... on fait confiance aussi que si le commissaire n'est pas
bien doté, il va le dire. Mais c'est certain
que si on l'inscrit dans la loi, on renforce cette obligation-là des... des
parlementaires, parce que les budgets, c'est
vous qui les votez. On renforce l'obligation que les parlementaires fournissent
à ce commissaire-là les ressources appropriées.
M.
Cliche-Rivard : Parfait. Je ne veux pas vous paraphraser, mais
vous avez dit, si j'ai bien compris : Nous, on a eu une vision de... où il n'y avait pas de commissaire
sans charte, où la charte était intrinsèquement liée au commissaire.
M. Gosselin (Jean Simon) : Oui.
M. Cliche-Rivard : Donc, vous nous
appelez ou vous appelez le ministre à se dépêcher pour la charte, là, ça va
être important.
M. Gosselin (Jean Simon) : Bien, à
tout le moins de renforcer le préambule avec des éléments... On avait neuf éléments dans la charte, ce n'était pas... ce
n'était pas un catalogue de droits, là, c'était neuf droits fondamentaux
ou principes fondamentaux qu'on voulait voir, et suivait la création du
commissaire.
M.
Cliche-Rivard : Puis de ces neuf-là, la plupart, vous les avez
réintégrés dans vos suggestions de modifications de préambule. La charte
va demeurer pertinente par contre parce qu'elle a un rôle supralégislatif...
M. Gosselin (Jean Simon) : Puis elle
a un rôle transversal...
M. Cliche-Rivard : Transversal.
M. Gosselin (Jean Simon) : Puis elle
a... Dans nos recommandations, elle avait un rôle prédominant aussi sur les
autres lois. Alors là, on était ambitieux, c'est le moins qu'on puisse dire.
M. Cliche-Rivard : Autrement dit, on
prendrait vos éléments et modifications et on a... on a la charte. Vous l'avez,
là, elle est écrite, presque.
M. Gosselin (Jean Simon) : On peut
dire ça, oui.
M. Cliche-Rivard : Donc, il n'y a
pas vraiment de raison pour laquelle on n'irait pas plus loin et qu'on finisse
la boucle.
M. Gosselin (Jean Simon) : Bien,
vous auriez l'occasion effectivement de faire d'une pierre deux coups.
M. Cliche-Rivard : C'est ce que vous
recommanderiez au ministre?
M.
Gosselin (Jean Simon) : Bien, la charte... la charte, c'est très
audacieux, la charte. Il y a très peu de pays qui ont des chartes des droits de l'enfant, mais on pense
que c'était une... C'était la Commission spéciale sur les droits des
enfants.
M. Cliche-Rivard : Exact.
M. Gosselin (Jean Simon) : Alors, on
s'est donc permis d'avoir une originalité puis d'avoir un regard sur les droits
des enfants, pas seulement des enfants de la DPJ.
M. Cliche-Rivard : Bien, j'entends
ce que vous dites. Vous nous appelez à faire une pierre deux coups. J'espère que le... Je pense que le ministre vous
entend bien, et puis on pourrait boucler la boucle avec une belle charte
des droits de l'enfant qui serait annexée ou, peu importe, je ne sais pas
comment on le ferait, mais on va... on va revenir là-dessus. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le député. M. le
député des Îles-de-la-Madeleine, on complète cet échange.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci, messieurs, pour votre présentation et au nom de vos
collègues, aussi, qui sont absents, mais qui signent également le même mémoire,
il faut le comprendre.
J'ai comme l'impression que vous et
Mme Laurent, vous avez déjà travaillé ensemble, vous avez quand même des points de vue qui se ressemblent,
c'est-à-dire que l'enfant sujet de droit... vous avez travaillé en
commission. Je blague, évidemment, mais je vois un lien
entre... et heureusement, d'ailleurs, une cohérence de pensée entre les deux mémoires : le sujet de droit,
évidemment, la question de la correction physique et puis de l'accréditation
des avocats. Je vous remercie particulièrement, là, d'avoir présenté ce
à quoi vous faites référence, à quoi ça pourrait ressembler, là, les
propositions d'ajout au préambule, c'est bien fait.
Est-ce que, par exemple, l'enfant est une
personne à part entière dans la société et un sujet de droit ou l'autre
proposition concernant la correction physique, dans les discussions que vous
aviez eues en commission, est-ce que ça, c'est suffisamment solide,
suffisamment fort pour que ça fasse une différence?
M. Gosselin (Jean Simon) : Sur la
correction physique, c'est une déclaration de principe parce que c'est... il y a un article dans le Code criminel qui autorise
la correction physique. Il faut voir que la Cour suprême a vraiment
restreint beaucoup en interprétant des... en donnant beaucoup de limites à ça,
mais l'idée c'est de passer un message, puis qui va être facile, je pense, à entendre pour les Québécois, les
Québécoises, c'est que... c'est : on ne frappe plus les enfants,
point final. Mais c'est certain que c'est une déclaration de nature pédagogique
aussi, là, parce que c'est... l'article 43 du Code criminel est toujours
là et il crée une défense.
M. Arseneau : D'accord, merci. Bon,
le mécanisme d'accréditation des avocats, effectivement, j'ai bien aimé l'explication que vous avez donnée sur le
fait que l'enfant ne puisse pas nécessairement donner de mandat, et puis
ça peut être assez disparate, et ça, c'est inquiétant. Donc, la proposition que
vous, vous faites est excellente, on aura l'occasion d'en discuter, j'imagine.
Pour ce qui
est des décès d'enfants, j'aimerais mieux saisir pourquoi c'est si important
pour vous que l'on puisse avoir des données précises? Parce que j'ai
compris que vous vouliez quelque chose d'assez complet, là, comme... comme travail.
Qu'est-ce que vous soupçonnez? Vous avez fait référence aux... opioïdes ou...
M.
Gosselin (Jean Simon) : Bien, on veut un portrait de la situation. On a
lu, tout le monde, il y a quelques jours dans La Presse, un papa,
là, qui a dit : Mon petit garçon, il a consommé des... On pense que ça
n'arrive pas. Bien, peut-être que c'est une anecdote, cette histoire-là, mais
peut-être que, si on... on avait un regard plus détaillé, il y a peut-être un
problème plus important qu'on pense. Alors, évidemment, si on ne le connaît
pas, le problème, c'est difficile de demander aux autorités publiques d'agir
sur un problème qui serait occulté.
M.
Arseneau : Mais est-ce que vous avez des indications qu'il y
aurait effectivement... que ce serait davantage que des anecdotes?
M. Gosselin (Jean Simon) : Non. Non,
on n'a pas d'indication, mais... On est dans l'ignorance.
M. Arseneau : D'accord.
M. Fortin (Gilles) : On n'a pas
d'indication, mais on n'a pas de données. Alors, c'est difficile d'identifier
un problème quand on n'a pas de données.
M. Arseneau : Et on pourra voir les
problèmes survenir si on a des données. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Je vous remercie beaucoup,
MM. Gosselin et Fortin, pour votre présence et votre contribution à nos
travaux.
Sur ce, je suspends quelques minutes les travaux
pour permettre aux prochains groupes de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 29)
(Reprise à 11 h 34)
Le Président (M. Provençal)
: Nous poursuivons nos travaux. Je
souhaite maintenant la bienvenue aux représentants
de la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse.
Vous aurez 10 minutes pour votre présentation, et par la suite nous
procéderons aux échanges. Alors, je vous cède immédiatement la parole.
Commission des droits
de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ)
M. Tessier
(Philippe-André) : Merci, M. le Président. M. le ministre, Mmes et
MM. les députés, je m'appelle Philippe-André
Tessier, je suis le président de la commission et je suis accompagné de Me
Suzanne Arpin, vice-présidente
responsable du mandat jeunesse, M. Samuel Blouin, chercheur, et Me Karina
Montminy, conseillère juridique.
Je... Évidemment, tout d'abord, pour rappeler
que la commission assure le respect et la promotion des principes énoncés dans
la Charte des droits et libertés de la personne. Elle assure également la
protection et le respect de la promotion des droits qui sont reconnus à
l'enfant par la Loi sur la protection de la jeunesse. D'entrée de jeu, nous
tenons à souligner que la commission accueille favorablement la proposition
sous étude.
L'institution d'un
commissaire dédié à la promotion du bien-être et du respect des droits des
enfants ainsi qu'à la protection de
l'intérêt de l'enfant constituera une étape charnière dans la reconnaissance
des droits des enfants et des jeunes au Québec. C'est donc avec beaucoup
d'enthousiasme et d'humilité que nous sommes ici pour vous livrer notre vision
de ce que devrait être la mission du commissaire et fournir des indications
quant à la façon dont il devrait exercer ses fonctions et pouvoirs. Il s'agit
également, pour une occasion... pour nous, une occasion de vous faire part des
fonctions et des pouvoirs qui devraient lui être consentis afin qu'il puisse
jouer un rôle d'envergure en faveur de tous les enfants et tous les jeunes.
Soulignons d'abord que son mandat de promouvoir
le bien-être et le respect des droits, c'est pour les quelque 1,7 million
d'enfants et de jeunes du Québec. L'étendue de sa mission découle de la volonté
du Québec de faire du bien-être des enfants une préoccupation centrale, tel
qu'affirmé dans le préambule. La notion de bien-être, bien, elle invite à s'intéresser à la situation des jeunes de
façon globale, incluant la satisfaction de leurs besoins matériels,
physiques, éducatifs et affectifs. Selon
l'UNICEF, cela implique également le développement des compétences scolaires et
sociales nécessaires pour s'épanouir.
Délibérément large, la notion de bien-être au coeur de la mission du
commissaire l'amènerait à avoir une compréhension de l'ensemble des
facteurs qui en... qui affectent la vie des enfants et des jeunes. Ceci nous
apparaît fondamental compte tenu de l'approche préventive dans laquelle s'inscrirait
son action. En cela, il jouerait un rôle unique.
Le commissaire se démarquerait également par sa
compétence à l'égard des jeunes adultes de 18 à 25 ans, dont la situation
a déjà été prise en charge ou qui a fait l'objet d'une mesure de garde ou de
surveillance en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour
adolescents. Cela permettrait de répondre notamment à leurs besoins spécifiques relativement à la transition à la vie
adulte. Ajoutons que le respect des droits des enfants, que le
commissaire aurait aussi pour mission de promouvoir, est indispensable à
l'atteinte de leur bien-être. En effet, la Convention relative aux droits de l'enfant, à laquelle le Québec s'est déclaré lié,
fournit à cet égard un cadre sur lequel le commissaire pourra s'appuyer
dans l'exercice de ses responsabilités. Elle prévoit en effet les principes qui
doivent guider la mise en oeuvre des droits des enfants et énonce plus
largement la responsabilité des États qui doivent réunir les conditions
nécessaires à leur bien-être.
Dans cet esprit, à l'occasion de la Commission
spéciale sur les droits des enfants et de la protection de la jeunesse, la
commission Laurent, la commission a fait valoir qu'il était primordial d'agir
en amont du système de protection de la jeunesse
pour prévenir des situations de compromission de droits. Un tel effort en
faveur du bien-être et des droits des enfants mobilise une variété
d'acteurs, dont les réseaux publics d'éducation et de santé, les organismes
communautaires, les fondations, les municipalités, les milieux de recherche, et
j'en passe. Leur collaboration pour agir
efficacement en faveur des enfants et des jeunes est essentielle, c'est
pourquoi la commission recommande que le commissaire puisse coopérer,
lorsqu'il l'estime nécessaire, avec toute organisation dédiée à la promotion,
la défense, la protection des droits des enfants. Il serait ainsi en mesure de
jouer un rôle central de pivot dans l'écosystème que forment ces acteurs. Et je
passe la parole à ma collègue.
Mme Arpin (Suzanne) : Alors, la
vision globale qu'aurait le commissaire le placerait par ailleurs dans une
position privilégiée pour s'assurer que la voix des enfants et des jeunes est
mieux entendue sur divers sujets et que leur... leur intérêt est pris en
considération dans les décisions qui les concernent. En plus de ce qui est déjà
prévu à cet égard dans le projet de loi, la
commission recommande que le commissaire puisse favoriser et assurer par tous
moyens la participation des enfants et des
jeunes à la vie démocratique. Cela doit passer tant par des actions auprès de
ces derniers pour mieux les outiller que par des actions auprès
d'acteurs gouvernementaux, institutionnels, communautaires et associatifs pour
qu'ils mettent en place des moyens pour favoriser la participation des enfants.
Le commissaire aurait aussi pour responsabilité
d'analyser le bien-être des enfants et de réaliser annuellement un portrait de cet état. La commission appuie cette
proposition. Elle est d'avis que cet outil permettrait aux acteurs
concernés de mieux connaître les besoins des enfants, cibler leurs actions à
leur égard et en évaluer l'efficacité.
Elle anticipe cependant que le commissaire ait à
faire face à un obstacle de taille déjà bien documenté, soit le manque de
données de qualité. Afin de lui permettre de bénéficier des données dont il
aurait besoin, la commission recommande que
soit ajouté à ses pouvoirs celui de conseiller les ministres et organismes
publics afin de leur permettre de mettre en oeuvre une collecte de
données uniforme et conforme aux droits des enfants. Elle recommande également
que l'état du bien-être présente des données désagrégées, c'est-à-dire
ventilées par motifs interdits de discrimination, de façon à rendre visibles
les inégalités entre les enfants.
• (11 h 40) •
Pour
compléter ses responsabilités et renforcer sa mission axée sur la prévention,
la commission recommande que le commissaire puisse jouer un rôle de
surveillance de toutes propositions de loi, de politiques ou de crédits
budgétaires susceptibles d'entraîner des répercussions sur les enfants,
l'exercice de leurs droits et de leurs intérêts, et ce, dès l'étape de leur
élaboration. Ailleurs au Canada et à travers le monde, de tels processus
d'évaluation d'impact des décisions sur les enfants existent et ont fait leurs
preuves.
Toujours dans l'objectif de renforcer la portée
des actions du commissaire, la commission recommande également de prévoir dans le projet de loi un mécanisme de suivi de ses
avis et recommandations. Les instances concernées seraient ainsi tenues
de l'informer des mesures qui ont été prises pour donner suite aux avis et
recommandations leur étant destinées. Dans la version actuelle sous étude du
projet de loi, il n'existe aucun moyen pour les contraindre à lui rendre des comptes. À terme, cela pourrait
mener le commissaire à dresser la liste des recommandations non suivies et, le cas échéant, les raisons pour lesquelles
elles n'ont pas... elles ne l'ont pas été, dans un rapport qu'il aurait à
déposer à l'Assemblée nationale.
La commission ne peut
passer sous silence le mandat qu'aurait le commissaire de soutenir les enfants
dans l'exercice de leurs droits et de les accompagner lorsque nécessaire dans
leurs démarches. Cela participerait à la fois à la pleine reconnaissance de
l'enfant comme sujet de droit et à la réalisation de ses droits, dont celui
d'exprimer son opinion sur toute question l'intéressant. Cette fonction de
soutien auprès des enfants devrait néanmoins s'exercer conformément aux droits
et devoirs des parents. Légalement, ceux-ci sont considérés comme les mieux
placés pour déterminer ce qui est préférable
pour leur enfant. Ils doivent le guider dans l'exercice de ses droits tout en
tenant compte de son opinion.
Considérant que la part de l'État consiste alors
à accorder aux parents l'aide appropriée dans l'exercice de cette responsabilité, la commission recommande
d'étendre le rôle de soutien du commissaire dans l'exercice des droits
de l'enfant à ses tuteurs.
Enfin, la
Commission voit d'un bon oeil le pouvoir d'enquête qu'aurait le commissaire en
regard de l'évaluation de la mise en
oeuvre des programmes et de la prestation des services destinés aux enfants,
qui relèvent des organismes publics. Ces enquêtes se distingueraient des
nôtres par leur nature et leur finalité, et ce, dans ces deux volets : en protection de la jeunesse, dans les dossiers de
lésion de droits, et en charte, en matière de discrimination et de
harcèlement. Il est entendu que pour mener à bien l'ensemble de ses fonctions,
le commissaire devrait être doté de ressources conséquentes pour les accomplir.
Me Tessier.
M. Tessier (Philippe-André) : En
terminant, la commission recommande de désigner dans le projet de loi un
ministre responsable pour coordonner la réponse gouvernementale aux constats,
recommandations et avis du commissaire. Cette responsabilité ministérielle
serait complémentaire au rôle de ce dernier, qui consisterait à veiller à la cohérence et suffisance de l'action
gouvernementale en vue d'assurer le bien-être et le respect des droits des
enfants. Les responsabilités
gouvernementales en matière de prévention, d'intervention et de défense des
droits de l'enfant sont actuellement
exercées par différents ministères. La commission persiste à croire que
l'attribution d'une telle responsabilité ministérielle ciblée assurerait
une meilleure cohérence des actions gouvernementales au regard des droits qui
sont reconnus aux enfants.
En tout dernier lieu, nous tenons à réitérer et
à vous dire à quel point nous... notre volonté de contribuer, par tous les moyens possibles, à la mise en oeuvre de
la mission de cet organisme dédié à la promotion du bien-être des
enfants et au respect de leurs droits est au coeur de nos priorités. Nous
sommes ainsi pleinement disposés à collaborer avec cette nouvelle institution
dans l'objectif commun d'accroître le respect des droits des enfants et des
jeunes au Québec. Nous vous remercions de votre attention et nous sommes prêts
à répondre à vos questions.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Me Tessier et Me
Arpin, pour votre présentation. Nous allons débuter cet échange avec M. le
ministre.
M. Carmant : Merci beaucoup, M. le
Président. Me Tessier, Me Arpin, aux gens qui vous accompagnent, bonjour.
J'aime beaucoup lire, et vous m'avez donné de la lecture.
La première question, celle qui vient tout de
suite à la tête, c'est vos points à la fin, c'est : Comment envisagez-vous
une collaboration ou comment... Parce que nous, notre enjeu, ça va être de bien
positionner ce commissaire pour qu'il ait une vue globale et... de l'enfance.
Comment vous, vous voyez votre collaboration avec ce commissaire-là? Surtout
qu'on a... on a parlé auparavant, là, d'enjeux au niveau des rôles de chacun.
M. Tessier
(Philippe-André) : Merci pour la question. Alors, M. le Président, il
est essentiel de bien comprendre que lorsqu'on parle des droits des
enfants, on parle d'un rôle et de responsabilités qui sont distribués à travers
l'ensemble de l'écosystème, je dis bien, «gouvernemental», puis ça, c'est une
des propositions qu'on vous fait. Oui, les organismes publics ont leur rôle à
jouer puis ils sont au coeur de l'action puis de la réponse de l'État du
Québec, mais il ne faut pas sous-estimer l'apport, et c'est ce que le rapport
Laurent disait... la commission Laurent disait aussi, l'apport des organismes
communautaires, l'apport aussi de tous les organismes qui ont comme objectif...
les instituts universitaires, les fondations, etc., j'en passe, qui, autour de
l'enfant, vont venir placer cette... ce rôle-là, de prévention, vont venir placer cette vision-là de tous les enfants. Et le
commissaire, lui, va être vraiment au centre et va pouvoir avoir cette vision-là d'ensemble et
coordonner avec comme seul objectif quelles sont les différentes
pratiques, quelles sont les différentes
politiques, quelles sont les différentes actions mises de part et d'autre, tant
gouvernementales qu'au niveau, comme je le disais, là, des organismes non
gouvernementaux. Donc, vraiment d'avoir cette vision large là, mais de pouvoir
après ça faire des recommandations, donc, sur une base annuelle, dresser ce
portrait-là, de l'enfance, mais alimenté par l'ensemble des travaux de tous ces
organismes-là, évidemment, dont le nôtre. Mais absolument pas... nous ne sommes
absolument pas le seul. Il y en a plusieurs autres.
M.
Carmant : Mais je voulais justement le regarder d'une façon
plus spécifique par rapport à votre organisation.
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
par rapport à notre organisation, assurément qu'une des questions qui pourra
être regardées, c'est quelles sont les recommandations que nous avons
nous-mêmes émises ou quels sont les dossiers
que nous avons même mis de l'avant. Par exemple, que ce soit — ma
collègue y a fait référence — que
ce soit en vertu de nos mandats sous
la charte en matière de discrimination et harcèlement, ça peut être, par
exemple, les questions d'inclusion scolaire, OK? Donc, au Québec, les
enfants HDAA, c'est une problématique bien documentée, nous avons d'ailleurs fait un colloque l'automne
dernier sur la question, en collaboration avec le Conseil supérieur de l'éducation, le Protecteur
national de l'élève et le Protecteur du citoyen, donc, cet exercice-là... Puis évidemment, plein
d'organismes non gouvernementaux. Donc, ces
exercices-là, que l'on fait, bien, on les fait déjà, mais là, on va avoir
quelqu'un qui va pouvoir venir...
justement, jouer ce rôle-là de coordination de tous ces acteurs-là, éviter le
travail en silo, s'assurer que tous ces documents-là, tous ces
travaux-là sont repris. Puis il y a cette vision-là cohérente pour les droits
des enfants au Québec.
M. Carmant : Parfait. Merci. Bon, la
grande recommandation, je pense, qui sort du rapport, là, qui... de ma position,
c'est la création d'un ministre responsable des enfants. Pouvez-vous en dire
plus? Est-ce que ça a déjà existé? Est-ce que...
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
effectivement, la responsabilité a déjà été attribuée au niveau... donc,
lorsqu'on regarde... Puis dans notre long mémoire, comme vous l'évoquez, on a
fait une ligne du temps pour faciliter un peu l'exercice, ce regard-là. On a
voulu faire ce survol historique là pour bien comprendre où on est rendu au
Québec. Et donc, en 1997, en 2004, il y a des politiques gouvernementales très
importantes qui sont venues placer dans les
politiques familiales... on est passé d'une... de politiques natalistes, des
politiques où le droit et l'intérêt de l'enfant est au coeur de ces politiques-là, Québec fou de ses enfants, etc. Donc,
tout ce qui a découlé de ça, on est venu les placer. Et, à ce moment-là,
ce qu'on a eu, bien, c'est qu'on a eu des organismes qui sont venus chapeauter
puis suivre ces différentes politiques là, superviser ces différentes politiques
là.
Donc, pour nous, c'est sûr et certain que toute
cette trame historique là, factuelle, il faut en tenir compte aujourd'hui
lorsqu'on vient réfléchir à comment on vient placer les rôles et
responsabilités de cet organisme-là dans l'écosystème actuel québécois.
M. Carmant : Mais nous, on l'avait
positionné comme sous les... santé et services sociaux, mais si on parle
vraiment de quelqu'un de responsable des enfants, ce ne serait pas plus Famille
et Enfant ou... Est-ce que vous avez une vision par rapport à ça?
M. Tessier
(Philippe-André) : Pour ce qui est de... Ça, quant à nous, ça, c'est
peut-être... c'est une prérogative gouvernementale d'attribuer le... Ce
qu'on veut juste dire, c'est de bien distinguer les missions que la mission de l'éducation, la mission de la protection de la
jeunesse, la mission... donc, peu importe, là, on peut faire le tour
ensemble. L'idée, c'est qu'il y ait donc un titulaire parce que, quand on
regarde la logique puis l'architecture du rapport de la commission spéciale, de
la commission Laurent, on a voulu avoir ce... indépendant, donc, qui relève de
l'Assemblée nationale, tout comme le Protecteur du citoyen et le VGQ, donc, qui
fait cette reddition de comptes là.
Donc, s'il
fait une reddition de comptes à l'Assemblée, aux parlementaires, bien, il faut
que... donc, au législatif, il faut
que l'Exécutif, il y ait quelqu'un qui soit le responsable, puis pas... pas
d'avoir 10 responsables. Si on veut avoir une vision cohérente avec un agent indépendant du Parlement, de
l'Assemblée nationale, bien, à ce moment-là, il faut avoir la
responsabilité correspondante. C'est un peu la logique qu'on vous propose dans
notre... dans notre mémoire.
M. Carmant : D'accord. Un peu
surpris aussi de votre inquiétude quant au suivi... Tu sais, on était très
fiers de dire : Il faut que ce soit
déposé à l'Assemblée nationale, avec tous les parlementaires qui suivent les
dossiers. Pourquoi avez-vous une
inquiétude sur le suivi des recommandations? Puis comment s'assurer que ce suivi
soit fait selon vous?
• (11 h 50) •
M. Tessier
(Philippe-André) : Je pense que, pour nous, ce qui est important,
puis je regarde juste mes collègues, là, mais simplement pour vous dire,
pour nous, ce qui est important, c'est que lorsqu'on regarde ce genre de poste
là, puis vous parlez du positionnement,
là... pardon, M. le Président, le ministre parle du positionnement dans le
rôle, un des rôles importants, ça va
être justement cette reddition de comptes là aux parlementaires. Mais, pour ce
faire, il faut créer un espace. Donc,
lorsque le Protecteur du citoyen, lorsque le Vérificateur général émettent leur
rapport, il y a des obligations de
commissions parlementaires de se saisir de ces rapports-là, de faire des suivis
appropriés. Lorsque les recommandations ne sont pas suivies, ils ont des
pouvoirs afférents à ça.
Donc, nous, ce qu'on dit, c'est : Si ce
qu'on veut, c'est avoir véritablement ce rôle-là puis donner les pouvoirs
nécessaires pour jouer ce rôle-là, donc donner le pouvoir aux parlementaires de
jouer ce rôle-là, bien, il faut l'écrire de façon explicite dans le projet de
loi, un peu par analogie, ce qui se fait dans la Loi sur le Protecteur du
citoyen ou la Loi sur le vérificateur général du Québec.
M.
Carmant : D'accord. Merci. Il y avait un enjeu sur les
données, puis vous savez, comme notre gouvernement aussi a de l'intérêt
pour avoir les bonnes données, vous aviez mentionné qu'à l'article 8 «il
faudrait conseiller les ministres,
ministères et organismes publics pour une collecte de données uniformes et
conformes aux principes inscrits dans la Convention relative aux droits
de l'enfant». Pouvez-vous m'expliquer un peu plus? Moi je vous donnais un
exemple, là, par exemple, pendant la pandémie, on a eu beaucoup de difficultés
à avoir des données, là, qui nous... selon les différents sous-groupes, comment
vous verriez ça, là, s'appliquer pour... pour les jeunes?
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
essentiellement, ce qui existe, puis je pense que nous-mêmes, on fait, comme commission, qui a analysé les politiques et
les pratiques gouvernementales, des fois, on fait... on fait ce même
constat là que j'entends, donc la donnée ne va pas être nécessairement
disponible. Et donc c'est pour ça que ça ne veut pas
nécessairement dire qu'elle n'est pas toujours collectée, elle n'est peut-être
pas rapatriée, elle n'est peut-être pas organisée, mais il y a aussi de la
donnée qui n'est pas collectée, et donc... Et il y a des institutions, par
exemple l'Institut de la statistique du
Québec. Il y a d'autres sources et statistiques sur lesquelles on peut
s'appuyer, évidemment Statistique Canada, aussi, qui fournit quand même
beaucoup de données pour la situation au Québec sur toutes sortes de matières.
Mais évidemment, si le commissaire, un de ses rôles, c'est de donner et de
dresser un portrait juste et fidèle de
l'état de l'enfance au Québec, bien, encore faut-il qu'il puisse s'appuyer sur
des bonnes données, des données à jour.
Et si lui, bien, il constate qu'il manque telle donnée, bien... pas
nécessairement obligé que lui collecte la donnée, mais il faut qu'il
puisse collaborer avec l'INESSS, avec... peu importe, là, nommez l'organisme
que vous voulez, le ministère de l'Éducation, etc., pour dire : Bien, moi,
j'aurais besoin de telle donné pour pouvoir avoir un portrait juste de la
situation. Donc, évidemment, lui, il va avoir ce rôle-là, fédérateur, donc,
d'agrégateur de ces données-là, toujours dans l'intérêt de l'enfant.
M. Carmant : Et toujours en
collaboration avec les autres...
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
forcément, parce qu'encore là ce serait là faire double emploi de lui dire : Collecte une donnée qui est déjà
collectée ailleurs. Toi, ta responsabilité, encore là, c'est d'être le pivot,
c'est d'être au centre, puis de faire travailler les acteurs autour de
lui en disant : Moi, j'ai besoin de ça, moi, j'ai besoin de ça, moi, j'ai
besoin de ça, pour accomplir ma mission qui est de produire ce rapport-là aux
parlementaires. Et, quand le VG rentre chez quelqu'un ou le protecteur,
l'organisme lui fournit les informations, parce qu'il sait qu'il va y avoir un
rapport à l'Assemblée nationale, puis que les parlementaires vont s'en saisir.
C'est ça, le pouvoir du commissaire. Il
s'appuie sur le... il s'appuie sur l'Assemblée nationale, son autorité, c'est
un deux tiers, elle vient de vous, Mmes et MM. les députés, puis, à ce
moment-là, quand il y a cette reddition de comptes là, bien, vous pouvez
questionner, interpeller, évidemment, le gouvernement, l'exécutif.
M.
Carmant : Exact. C'est clair. Juste... question, un petit
détail, là, vous avez mentionné, sur le rôle dans les... dans les
politiques gouvernementales, puis nous, à l'article 5, alinéa 3, on
parle d'analyser les impacts des politiques gouvernementales sur le bien-être
des enfants. Qu'est-ce qu'il y a de plus à dire pour raffiner le... le rôle
du... du commissaire? Est-ce que c'était...
M. Tessier (Philippe-André) : Oui,
bien, essentiellement, c'est parce que, ce qui arrive, c'est que ce rôle-là,
c'est un rôle qui est... évidemment, puis nous, la commission, on est
privilégiés, on a quand même des contacts avec l'ensemble de ce genre d'organismes là à travers le Canada. Et donc, ça
aussi, on le voit. Bon, comme je vous parlais dans... on parlait dans notre discours d'introduction, les
principes de l'UNICEF, comment on vient un peu faire ces «Child Rights Impact Assessments», je m'excuse, j'ai l'acronyme
en anglais, parce que c'est avec nos collègues du reste du Canada. Puis, bon, ça se passe souvent en anglais, je n'ai
pas besoin de vous le dire. Donc, ces CRIA là, donc, ces... toutes ces méthodes-là, elles existent ailleurs, dans
d'autres provinces, dans d'autres pays. Donc, c'est quelque chose qui est
bien documenté, mais, encore là, il faut que cet exercice-là, il soit robuste.
Nous, ce qu'on... ce qu'on vous dit, en gros, le
message, là, ce qu'on veut, c'est, oui, l'idée est là, la... il faut juste
donner cette robustesse-là pour que ce mécanisme-là, il produise pleinement ces
effets-là, puis qu'il y ait ces suivis-là
qui soient mis dans le projet de loi. Donc, vraiment, ce n'est pas... l'idée
est là, là, on en convient, là, l'intention est là. Peut-être juste
l'intention du législateur, peut-être qu'elle soit encore un peu plus précisée,
puis c'est un peu ça, le sens de notre recommandation.
M. Carmant : D'accord. Je passerais
la parole, M. le Président, à la députée de Laporte.
Le Président (M. Provençal)
: ...Mme la députée de Laporte.
M. Carmant : Exact.
Mme Poulet : ...merci, M. le
Président. Merci... de votre participation. Pouvez-vous nous parler des droits
économiques et sociaux et aussi, peut-être, le patrimoine des enfants, qui
devrait faire l'objet d'une veille particulière de la part du commissaire?
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
assurément, lorsqu'on dit que le commissaire, un de ses... une de ses
responsabilités, ça va être de travailler en amont, hein, des violations de
droit, donc, travailler sur le bien-être, on l'a bien... Ça, ça a été bien décrit, puis bien défini encore une fois. Ce
qu'on veut... ce qu'on veut... ce sur quoi on veut insister, c'est que ces droits-là économiques et sociaux,
bien, c'est quoi? Bien, c'est le droit à un logement, le droit à un
revenu suffisant, le droit à l'éducation, le droit à l'information. Dans la
charte québécoise des droits et libertés, il existe des droits économiques et sociaux. La charte québécoise est d'ailleurs
unique au Canada. C'est la seule... c'est la seule loi de ce type-là au
Canada qui contient ces droits économiques là. Et donc, simplement pour dire
qu'on peut prendre appui sur ces éléments-là pour avoir cette... cette
veille-là, puis que... donc, on est capable, déjà, de se... de se baser sur des
éléments existants par rapport à ça.
Puis
l'autre chose qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'il y a un ensemble de lois
plus particulières puis plus spécifiques
qui font... qui mettent en oeuvre ces différents droits là. Le droit à
l'éducation, bien, c'est la Loi sur
l'instruction publique. Donc, c'est sûr et certain
qu'encore une fois le commissaire, lorsqu'il va avoir sa vision d'ensemble, il
ne va pas venir dédoubler le travail qui va
être fait par les institutions, mais il va prendre les rapports. Le Protecteur national de l'élève va faire des
constats, va faire des rapports. Le commissaire pourra prendre ces... ces
outils-là, s'alimenter de ces travaux-là pour, lui, faire ses constats, après
ça, par la suite, en toute indépendance.
Mme Poulet : OK,
merci...
Le Président (M.
Provençal)
: Mme la
députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond :
Bonjour. Merci... Dans votre
mémoire, vous formulez tout l'aspect de collaboration. Donc, ma question
va comme suit : Que diriez-vous d'obliger, dans le fond, la collaboration
avec des organismes publics?
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
écoutez, c'est sûr et certain que, pour nous, je pense que le projet de loi
a déjà cette volonté-là. Je pense que
l'Assemblée nationale se prononce... ne parle pas pour ne rien dire. Lorsqu'elle
institue ce genre de commissaire là puis
qu'elle dit qu'il a pour mandat de collaborer puis de coopérer, c'est de la
responsabilité des organismes de le faire, puis c'est pour ça qu'on vous a
assuré... puis on... je vous le redis, nous, on comprend très bien l'intention
du législateur puis on va collaborer et coopérer.
Maintenant, ce qu'il
faut comprendre aussi, c'est que tout ça, bien, ça se fait par, souvent, des
mécanismes d'ententes, ça se fait par des...
il y a des mécanismes plus formels de collaboration qui s'installent. Et donc
un des gros premiers mandats, il va y en avoir plusieurs, mais un des
premiers mandats de ce commissaire-là va être de venir placer comment va s'exercer cette collaboration-là, à travers quel
forum, quel canal, quelles ententes il va vouloir prendre avec les organismes. Tout ça, ça va être un bon
travail à mettre de l'avant, disons, dans les premiers mois de son
mandat.
Mme
Dorismond : Parfait. Merci.
Le Président (M.
Provençal)
: ...M. le
ministre? Non, ça va?
M. Carmant : Parfait.
Je voulais vous parler peut-être un peu aussi de... tu sais, on a pris la
décision, encore une fois, là, de garder les
choses... de garder la commission des
droits de la personne, droits de la
jeunesse avec toutes ses fonctions. Pour moi, c'est quelque chose, là,
qui permet d'avoir le commissaire plus en amont et d'avoir une vision plus
globale de la jeunesse. Avez-vous des commentaires là-dessus par rapport à ça?
M. Tessier (Philippe-André) : Bien
oui, simplement pour réitérer le fait que, nous, notre rôle puis notre
expertise, elle est spécifique, elle est très précise, elle est... donc, en
matière de lésion de droits, lorsqu'on regarde la Loi sur la protection de la
jeunesse. Et évidemment, je le... je le redis, les enquêtes que nous allons
faire, les... ça va être des éléments sur lesquels on va collaborer avec le
commissaire pour lui fournir ces résultats-là puis, lui, pourra... encore là, ça va être vrai pour nous et, je l'espère,
pour l'ensemble des autres acteurs, comme je le dis, pas juste
gouvernementaux, donc, il va pouvoir
s'alimenter de ça pour faire les constats qu'il aura à faire. Mais les deux
missions vont être différentes, ils vont être complémentaires.
Je
vais vous donner un exemple : la question de l'utilisation des temps
d'écran chez les enfants, présentement, c'est une grande préoccupation.
J'ai entendu, là, la question des... de la toxicomanie. Bien, la... les... nos
collègues des autres provinces, bien, ils font des rapports sur la toxicomanie
chez les jeunes, ses impacts, les impacts, qu'est-ce que ça veut dire pour les
organismes gouvernementaux, pour faire ce genre de recommandations là. Il ne
s'agit pas ici de strictes questions de lésion de droits sur lesquelles on va
enquêter. L'utilisation de temps d'écran, ce n'est pas un motif de
compromission à la LPJ, en tout cas pas encore.
Alors, je fais juste
dire que ça, bien, c'est sûr et certain que ce n'est pas une enquête en lésion
de droits, mais est-ce que le commissaire, lui, va pouvoir regarder ce que...
ce que l'INESSS fait là-dessus, l'INSPQ, peu importe, il va... il va avoir tout
l'écosystème, il va pouvoir voir qu'est-ce qui se dit, qu'est-ce qui s'écrit.
Évidemment, il va peut-être travailler avec le ministère de l'Éducation, il y a
des nouvelles politiques qui sont mises en place. Donc, lui, il va pouvoir jouer ce rôle-là puis, en fonction
de la priorité qu'il va pouvoir dégager, bien, il va pouvoir faire ces
constats-là, mais qui ne seront pas une enquête en discrimination et harcèlement
qui mène au tribunal ou une enquête en lésion de droits dans laquelle on va
prendre... il va y avoir peut-être des engagements de la DPJ par rapport à un
enfant en particulier. Mais évidemment, nous, on lui fournira ces données-là,
comme elles sont déjà d'ailleurs publiques, là.
• (12 heures) •
Le Président (M.
Provençal)
: Merci
beaucoup, M. le ministre. Le temps est terminé.
M. Carmant : Merci
beaucoup.
M. Tessier
(Philippe-André) : Merci.
M. Carmant : Merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Alors,
je vais maintenant céder la parole à la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup, M. le
Président. Bonjour, Me Tessier, que je connais.
M. Tessier
(Philippe-André) : Oui, bonjour.
Mme Garceau : On
était au même... même bureau. Merci d'être ici. C'est très apprécié. Je vais
aller au coeur du sujet parce que je
vois que je n'ai pas beaucoup de temps, M. le Président. Donc, en ce qui a
trait... parce qu'on va se le dire, les critiques face au rôle, vos
responsabilités, de la façon que vous agissez concernant la protection des
enfants, il y a eu plusieurs critiques en termes de manque de proactivité
concernant la protection des droits des enfants. Et évidemment on a, dans le rapport de la commission Laurent, cette
recommandation que tous les pouvoirs et responsabilités de la CDPDJ
soient transférés au commissaire. Et donc je comprends, là, que vous voyez,
compte tenu de qu'est-ce qui a été déposé en termes du projet de loi, que vous
voyez vos rôles étant complémentaires, c'est ça?
M. Tessier (Philippe-André) : Oui.
Mme
Garceau : OK. Mais vous le voyez également de façon... le
côté plus préventif, le côté où... concernant les mesures préventives, que ça, ça va être plus le
rôle du commissaire à agir dans ces dossiers-là. Est-ce que je comprends bien?
M. Tessier
(Philippe-André) : Tout à
fait. Bien, le commissaire va avoir un mandat, aussi, qui est
fondamental, c'est de porter la voix des enfants, puis on l'a comme... je n'ai
pas eu beaucoup de questions là-dessus, mais je le précise, il ne faut pas
sous-estimer ce mandat-là. On a fait, d'ailleurs, des recommandations par
rapport à ça. Il faut comprendre, encore une fois, qu'il y avait des
institutions, au Québec, qui existaient, qui ont été abolies, puis, bon, la
nature a horreur du vide, donc là, on vient recréer quelqu'un qui va porter la
voix des enfants au Québec. Il y avait le Conseil permanent de la jeunesse, qui
existait jusqu'en 2011, il y avait le Conseil de la famille et de l'enfance,
qui existait jusqu'en 2011. Ils ont été abolis. Donc, c'est sûr et certain que,
là, ce qu'on vient... ce qu'on constate, le Conseil de la famille et de l'enfance
avait, dans les politiques gouvernementales dont on a parlé plus tôt,
1997-2004, avait ce rôle-là, de coordination, et le Conseil permanent de la
jeunesse avait le rôle de porter la voix des jeunes au Québec. Donc, on est
venu abolir ces instances-là en 2011, mais là, évidemment, on se rend compte
que, woup! bien, on n'a pas personne qui porte la voix des enfants au Québec,
ce serait peut-être bon qu'on en ait une, puis on n'a pas personne qui fait des avis au gouvernement puis à
l'Assemblée nationale sur les politiques familiales, sur les politiques
de l'enfance au Québec, ça serait peut-être bon qu'on en ait. Donc, ça aussi,
pour nous... C'est pour ça qu'on a fait, pour le bénéfice de la commission
parlementaire, la ligne du temps, qu'on a mise en annexe, c'était pour que dans
un seul regard visuel, puis pour les gens qui veulent consulter notre mémoire,
pour qu'on voie un peu.
L'autre chose, aussi, qui est importante de se
rappeler, c'est que, depuis récemment, le PL n° 15, justement, on a
recréé la position de DNPJ, donc de directrice nationale de protection de la
jeunesse, qui était une des premières recommandations de la commission Laurent.
Pourquoi? Parce que l'ACJQ, l'Association des centres jeunesse, qui jouait ce rôle-là de coordination clinique, avait
été abolie en 2015. Donc, ce qu'on est venu faire, en créant la DNPJ,
c'est combler le vide laissé par l'absence de l'ACJQ. Ça, c'est une des
premières recommandations de la commission Laurent, comme vous le savez.
Donc, quand on regarde tous ces éléments-là,
porter la voix de l'enfant, pour nous, c'est essentiel dans ce mémoire... dans
notre mémoire, on le dit, je pense qu'on ne sera pas le seul acteur, en
commission parlementaire, à le dire, donc, de jouer ce rôle-là, d'avoir une
réelle consultation, parce qu'encore là, les principes de droit international
auxquels on fait référence, ce qu'on veut, ce n'est pas juste la consultation
d'enfants, là, ce n'est pas : on paie une pizza, on les rencontre, un 5 à
7, et tout. Non, il faut avoir des outils pour faire une véritable
participation des enfants pour que, quand le commissaire prenne des positions,
il se nourrisse, il s'appuie sur un véritable comité consultatif composé
d'enfants, qui vont aider, après ça, des orientations gouvernementales, donc, qui
vont porter la voix des enfants. Puis ça, je vous le dis, c'est un mandat...
pour nous, là, c'est un mandat fondamental que personne d'autre ne joue,
présentement, dans l'écosystème québécois. Il va être unique en ce sens là.
Mme Garceau : OK. Je vous
réfère à la page 15 de votre mémoire. Vous avez mentionné : «Au terme
de cet historique — parce
que vous avez fait un historique étoffé au niveau des... de la commission — force
est de constater que plusieurs acteurs, dont la commission, veillent à
la protection des droits des enfants pris en charge par l'État. Or, aucun d'eux
n'est dédié à la promotion du bien-être et du respect de tous les droits de
tous les enfants, de la petite enfance à
l'âge adulte, dans tous les aspects de leur vie.» C'est ce qui a poussé la
CSDEPJ à recommander la création du commissaire.
M. Tessier (Philippe-André) : Tout
à fait.
Mme Garceau : Mais en vertu de la
charte... en vertu de la charte, des articles, la charte des droits de la
personne, 71 et 73, ça parle spécifiquement du rôle de la CDPDJ en matière de
protection de l'intérêt de l'enfant, de la promotion des droits, et des enfants
et de la personne. Vous avez ce rôle-là.
M. Tessier (Philippe-André) : Oui,
tout à fait. Mais comme on le dit bien, ce n'est pas la mission exclusive de
notre organisation. Maintenant, l'enfant est une personne, et donc, par
exemple, nous, ce qu'on va avoir dans nos missions fondamentales en matière de
discrimination et de harcèlement, je vous donne l'exemple de l'inclusion scolaire,
tout à l'heure, on a fait, par exemple, nous, beaucoup de dossiers de profilage
racial chez les jeunes. Bien, on va faire ces travaux-là, puis on espère que
ces travaux-là vont alimenter le commissaire. Lui, lorsqu'il va faire son état annuel de l'enfance,
il va tenir compte de ces motifs-là, de discrimination interdits, il va tenir
compte des problématiques des enfants racisés lorsqu'ils sont interpelés
par les autorités policières. On va espérer qu'il va tenir compte du fait que
les élèves HDAA ont des problématiques d'inclusion scolaire dans les réseaux
scolaires. Puis on espère qu'il va prendre appui sur nos travaux, mais,
évidemment, 71, 73 auxquels vous faites référence, mais aussi nos pouvoirs
d'enquête. Nous, ces pouvoirs là, ultimement, on les utilise, c'est...
Pourquoi? C'est pour les amener au tribunal, c'est pour les plaider devant les
tribunaux. Et ça, ça va être aussi une fonction extrêmement différente.
Nous, dans nos enquêtes, on est neutre et
impartial. L'équité procédurale nous y oblige, parce que lorsque l'on prend une
décision de suffisance de preuve, il faut qu'on l'ait fait de façon neutre et
impartiale pour, par la suite, pouvoir plaider le dossier. Et donc, ça aussi,
bien, pour nous, ça, ça va être... c'est au coeur, puis on va continuer à jouer
ce rôle-là, puis on va être juste bien contents que quelqu'un, justement, va
pouvoir regarder sans avoir à se limiter à
ces questions-là, de discrimination, harcèlement ou lésion de droits, et qui va
pouvoir avoir ce regard-là, plus général,
OK, qui va être vraiment, donc, la question, par exemple, je vous donnais...
question des temps d'écran. Je vous donne, là, exemple... j'essaie de
vous donner des exemples pour bien comprendre.
Nos collègues des autres provinces, là, qu'est
ce qu'ils font, là? Bien, c'est ça, ils font des Child Rights Impact
Assessment. Ce qu'ils font, c'est qu'ils vont faire des études sur la
toxicomanie. Ce qu'ils vont faire, c'est qu'ils
vont regarder un peu les décès d'enfants, c'est quoi les... qu'est-ce qui se
passe, avec les décès d'enfants? Pourquoi on a... J'entendais l'exemple,
là, pourquoi il y a eu beaucoup de décès d'opioïdes, il y a eu ça en Alberta
récemment. Pourquoi? Qu'est-ce qu'il s'est passé? Là, ils vont regarder une
tendance puis ils vont...woup! on vient d'attraper quelque chose, il y a peut-être quelque chose qu'on peut faire avec ça,
aviser les autorités gouvernementales. Mais ça, ce n'est pas de la
discrimination, du harcèlement, ce n'est pas une lésion de droits, c'est des
constats plus généraux, qui sont dans l'intérêt de l'enfant, que le commissaire
va faire. Il va avoir en masse d'ouvrage, je vous en assure, juste à faire ça.
Quand je parle à mes collègues des autres provinces, je peux vous assurer
qu'eux aussi sont débordés.
Mme Garceau : Il y a une
décision qui a été prise par... je veux juste m'assurer que j'ai bien compris,
par la CDPDJ concernant la non-intervention de la commission devant les
tribunaux en cas de lésion de droits.
M. Tessier
(Philippe-André) : Absolument. Non, il n'y a pas de décision de
non-intervention. Ce qu'on a comme pouvoir, en vertu de la Loi sur la
protection de la jeunesse, c'est un pouvoir d'intervention, oui, dans des
dossiers de lésion de droits.
Lorsque la
lésion est reconnue par les parties, nommément la DPJ, bien, on va cesser
d'agir. On a une reconnaissance, on a un engagement. Par exemple, le cas
le plus fréquent chez nous, c'est le droit de communiquer. La... la LPJ prévoit
le droit de communiquer de l'enfant avec ses parents ou ses grands-parents. La
DPJ a empêché l'enfant de parler avec son
grand-parent, ils font... ils se disent : Comment ça? Ils nous
appellent : Ils ont empêché de parler avec le grand-parent. Nous,
on appelle : Pourquoi il n'a pas empêché? Ils disent : Ah, on
s'excuse, c'est une erreur, l'intervenante
ne le savait pas. On prend un engagement, on arrête. Puis le droit de
communiquer revient. On ne saisit pas le
tribunal là-dedans, on fait une entente, c'est une méthode alternative de
résolution de conflit, tout le... toute la justice au Québec,
d'ailleurs, dans le monde, tout le monde travaille là-dessus.
L'avantage de notre commission, c'est qu'on est
une entité administrative, donc ce qu'on peut faire, on peut avoir la souplesse
d'une enquête administrative pour trouver des solutions plus rapides, plus
efficaces. Cela dit, quand il faut saisir le tribunal, on y va. Puis,
présentement, je le dis, en mars, la commission est devant la Cour suprême du
Canada sur l'interprétation à donner à l'article 91 in fine de la Loi sur
la protection de la jeunesse contre un CIUSSS et le procureur général du
Québec. Nous aussi, en toute indépendance — nous sommes nommés aux deux tiers — il
arrive, avec égard, que nous soyons en désaccord avec l'interprétation donnée
par les DPJ et le procureur général du Québec d'une loi. Et ça, bien, à
ce moment-là, on saisit les tribunaux, puis ça, on ne se gêne pas pour le
faire, juste qu'à la Cour suprême du Canada.
J'entendais la question de la fessée tout à
l'heure. La commission est intervenue en Cour suprême dans ce dossier-là pour interdire la fessée.
Malheureusement, la Cour suprême a dit que c'était raisonnable en vertu, de un,
là, du test de Oakes, mais la position de la
commission, puis ça demeure la position, puis mes collègues des autres
provinces, Suzanne est bien placée pour le savoir, on en parle encore
constamment, de cette question-là, quels sont les leviers, quels sont les
moyens qu'on peut prendre? Parce qu'on a essayé la voie judiciaire, puis, bon,
la Cour suprême a dit non, ça fait qu'il n'y a pas vraiment d'autre appel de
ça. Maintenant, on essaie d'autres façons pour voir comment on peut. Donc, sur
PL n° 2, on est intervenus favorablement aux mesures qu'il y avait
dans PL n° 2, droit de la famille, qui
sont venus... le ministre y a fait référence plus tôt ce matin. C'est sûr et
certain que nous, là, on le dit : Interdire les corrections, c'est une position de la commission.
Puis, tant mieux, le commissaire pourra nous appuyer, puis peut-être
qu'on finira, avec les collègues des autres provinces, à convaincre Ottawa
d'abroger 43 du CCR, mais... à suivre.
Mme Garceau : À... à suivre,
exactement. Je voulais savoir, depuis le dépôt du rapport de la commission
Laurent, là, le 3 mai 2021, est-ce que la commission a intégré, est-ce
qu'il y a eu une mise en oeuvre des... de certaines recommandations?
Le Président (M. Provençal)
: Même si le temps est écoulé, je
voudrais avoir la réponse, s'il vous plaît.
Des voix : ...
• (12 h 10) •
M. Tessier
(Philippe-André) : Bien, oui, tout à fait. C'est sûr et certain que
nous, on a intégré, on a fait certaines recommandations, on continue. On
travaille constamment avec les différentes autorités pour bonifier, aussi,
certains éléments qui ont été mis de l'avant, l'intérêt de l'enfant, comment on
l'évalue mieux, les outils cliniques, on fait ces suivis-là, on est avec...
justement, avec la directrice nationale de la protection de la jeunesse,
également, on a ces échanges-là pour s'assurer que la mise en oeuvre de ces
éléments-là sont faites.
Puis
je fais juste vous dire, aussi, que la commission, là, nous, là, nos
augmentations de lésions de droits, on a adopté des orientations en matière jeunesse, à la commission, qui sont
publiques, qui sont sur notre site Web. Ma collègue est en train de faire une tournée de tous les
districts judiciaires du Québec pour présenter ces orientations-là pour
qu'elles soient bien comprises par les intervenants judiciaires parce que,
justement... pour faire échec à l'incompréhension comme quoi on n'intervient
plus dans des dossiers jeunesse, ce qui est absolument faux. C'est juste qu'on
a un rôle. Lorsqu'on règle un dossier, bien,
on n'intervient plus, le dossier est réglé. Je n'amène pas un dossier réglé au
tribunal, ça serait une mauvaise utilisation des fonds publics. Mais ça, il a
fallu faire un tour de tout le Québec pour être bien sûr que tout le monde comprenne bien, puis que les
gens, les avocates en DPJ, lorsqu'elles voient des situations de lésion,
qu'elles nous les signalent, pour qu'on puisse les regarder puis évaluer, à ce
moment-là, au cas par cas, c'est quoi le rôle et l'intervention qu'on peut
faire.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Je vais
céder maintenant la parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup pour votre excellente présentation. Je viens à votre
recommandation 5 sur l'élaboration ou le rôle de conseil dans
l'élaboration des mesures prévues par loi ou par règlement. Puis je vous pose
la question, face à ce que vous soumettez, là, ou face à ce qu'on soumet
comme... comme nécessité de préserver l'indépendance dudit commissaire, je me
demande, puis j'aimerais ça vous entendre sur si son rôle ne serait pas plutôt comme le vôtre aujourd'hui, ici, de venir
présenter, une fois le texte élaboré, vos recommandations puis vos
positions, plutôt que de jouer un rôle en amont où, finalement, la perspective
ou la vision de l'indépendance pourraient être compromises si le commissaire
participe en amont à la rédaction ou à la proposition législative?
M. Tessier
(Philippe-André) : C'est une excellente question. Cela dit,
l'indépendance, ça ne tient pas qu'à une seule... il y a plusieurs éléments
constitutifs de cette indépendance-là : le processus de domination, les
budgets, comment ça fonctionne, et tout, et tout.
Nous, ce qu'on
propose avec cet élément-là, et puis c'est quelque chose qui est... qui est
fait ailleurs puis qu'on trouve extrêmement
intéressant, puis c'est pour ça qu'on le présente dans le projet, c'est le fait
que, justement, comme cette commission... ce commissaire-là va avoir un
mandat préventif, bien, lorsqu'il est informé de différents suivis de projets
gouvernementaux, bien, il est capable de faire, là, un addenda, là, puis de
dire : Écoutez, woup! ici, impact sur les droits de l'enfant. Comme l'OPHQ
va le faire : Ah! impact personnes handicapées. Comme on peut le faire,
droit de l'environnement, woup! impact environnemental. Donc, l'idée, là, c'est
que lorsqu'il y a ces processus-là à l'intérieur de l'État, il y aient ces
notes-là, accrochées, pour dire : Attention, ici, impact droits de
l'enfant.
L'exemple que je peux
vous donner, très récent, notre collègue de Colombie-Britannique vient de
sortir un rapport, la défenseure... bon, l'équivalent de la commissaire, là,
ils ont tous des noms différents d'une province à l'autre, là, je vous le dis tout de suite, donc, en
Colombie-Britannique, ils ont regardé les affectations budgétaires, et
ce qu'ils ont réalisé, c'est qu'en gros, il
y avait des budgets pour certains droits... pour certains projets d'enfants qui
n'avaient pas été utilisés pour ça puis qui avaient été un peu détournés. Donc,
ils se sont retrouvés à attraper ça. Pourquoi? Parce qu'ils étaient à même de
constater qu'est-ce qu'il se passe.
M. Cliche-Rivard :
Mais moi, je voudrais seulement m'assurer, comme législateur, justement,
ces notes-là se rendent jusqu'à nous. Et c'est là où, dans le simple volet
d'élaboration, où ça, c'est peut-être une nuance que moi, je porte, ça serait
important que, pour nous, on sache ce qui a été recommandé ou les drapeaux
rouges qui ont été soulevés en amont pour
qu'on puisse bien faire notre travail jusqu'au... jusqu'au regard. Mais ça,
c'est ma considération.
Je vous envoie sur
une autre question. Vous nous parlez d'un ministre responsable. Quel rôle vous
voyez, actuellement? Puis peut-être que la question ne se pose pas, mais on a
un ministre responsable de la Jeunesse. Est-ce que vous ne voyez pas là un
lien, ou est-ce que les rôles sont complètement différents?
M. Tessier
(Philippe-André) : Je veux juste bien dire, là : C'est la
prérogative du premier ministre, du Conseil des ministres de fixer puis
d'établir, l'Exécutif, là, qui porte quel chapeau.
M. Cliche-Rivard :
Oui.
M. Tessier
(Philippe-André) : Maintenant, ce qu'on dit, nous, là, c'est que ça
serait intéressant s'il y a un commissaire à
l'enfance à... qui vient ici produire aux parlementaires un rapport annuel de
l'état de l'enfance, qu'il y ait un
répondant gouvernemental pour l'ensemble. Maintenant, après ça, c'est une
question d'orientation de l'Exécutif, là.
M. Cliche-Rivard :
OK, mais là, sentez-vous...
M. Tessier (Philippe-André) : Puis,
évidemment, c'est les 0-18 ans. Le Secrétariat à la jeunesse, ce n'est pas
les 0-18, c'est les 18-35, tu sais, ça fait que...
M. Cliche-Rivard :
OK.
M. Tessier (Philippe-André) : Il
y a aussi les «brackets» d'âges qui changent. Là, ce dont on parle ici, c'est
les 0-18 et les 18-25 pour les deux
exceptions dont on a parlé. Là, il n'y a pas ça, au Secrétariat à la jeunesse, présentement.
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup pour votre présentation.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci.
On complète avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Merci, M. le Président. Merci, Me Tessier, Arpin et Me... Montminy,
c'est ça, et M. Blouin, de votre mémoire fort intéressant, très costaud.
J'aime
ça, aussi, la discussion qu'on a tenue, parce qu'on a parlé d'indépendance.
J'aime bien ça, l'indépendance du commissaire, oui, mais on a aussi
parlé du fait qu'une fois rendu à la Cour suprême, là, il n'y avait plus
d'autres solutions. Nous, on a une autre solution à l'article 1 de notre
parti politique, mais c'est hors sujet pour l'instant.
Des voix : ...
M. Arseneau : Je voulais vous dire,
simplement, vous poser la question, j'ai l'impression que, parfois, tu
sais, la façon dont vous nous proposez des choses, pour le commun des mortels,
ça devrait aller de soi qu'on amende le projet de loi pour ajouter un mécanisme
de suivi. Tu sais, on se dirait : Mais il me semble que le commissaire va
faire un suivi sur ses recommandations. Pourquoi est-ce que c'est si important
de l'inscrire dans la loi?
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
c'est parce que pour nous, le contrôle parlementaire, c'est là qu'il
s'exerce, essentiellement. Puis, pourquoi on fait un... pourquoi il y a un
suivi plus spécifique? Bien...
M. Arseneau : Bien, pourquoi le suivi,
on le comprend. Mais pourquoi est-ce que c'est essentiel? Sinon, vous
pensez qu'on ne le ferait pas?
M. Tessier (Philippe-André) : Non,
c'est simplement, c'est que lorsque... dans ces mécanismes-là, lorsqu'on
fait des recommandations, puis que ces éléments-là sont portés à l'attention,
d'avoir des canaux, d'avoir un espace dédié
de façon spécifique, bien, ça permet une compréhension commune à la fois des
membres l'Assemblée nationale, du public, du commissaire, des
institutions parlementaires. Et ce que ça vient donner, ça vient donner, encore
là, une robustesse au commissaire, ça lui donne... Donc lui, il fait une
recommandation, ce n'est pas juste lui qui fait une recommandation, si elle
n'est pas suivie, il le dénonce à l'Assemblée.
M. Arseneau :
Parfait. C'est très intéressant. Vous avez parlé des études, puis des
analyses qui sont faites par vos...
vis-à-vis des autres provinces. Si je comprends bien, c'est le même genre
d'organisme que vous, l'équivalent, là,
de la commission, mais eux, ils ont un mandat qui s'apparente à celui qu'on va
donner à la... au commissaire. Est-ce que c'est ça qu'il faut
comprendre?
M. Tessier
(Philippe-André)T : C'est une excellente question. Il y a
10 provinces, trois territoires, il y a 13 modèles, OK? Je vais
commencer par ça, OK? En gros, quand on regarde...
M. Arseneau :
Juste rapidement, parce qu'on a juste une minute, pourquoi est-ce que notre
modèle serait meilleur que le leur si c'est...
M. Tessier (Philippe-André) : Bien,
parce qu'il correspond à la réalité québécoise, à l'écosystème québécois. Au Québec, il y a une Chambre de la
jeunesse, il y a une DNPJ, il y a un PNE, il y a un écosystème qui n'existe pas
en Ontario. Il faut... il ne faut pas
prendre les choses de façon désincarnée, il faut regarder, il faut prendre les
bons outils, les bons éléments, puis c'est ce qu'on pense qui a été
fait, puis on en fait quelque chose. Je vous le dis, juste là-dessus, je l'ai présenté en novembre, PL n° 37, à mes
collègues des autres provinces, ils étaient tous enchantés. Vous pouvez les
appeler, c'est ce qu'ils vont vous
dire. J'étais à Toronto avec elles et je leur ai expliqué un peu ce que je vous
ai expliqué ce matin, elles trouvent
toutes que c'est un super modèle intéressant, puis elles disent : Ah,
bien, ce serait le fun qu'on ait ça chez nous aussi.
M. Arseneau : Que le Québec pave la
voie, ça ne serait pas la première fois. Parfait. Maintenant, dernière
question, le ministre. Je comprends qu'il n'y aurait pas un ministre en titre
pour... pour le droit des enfants. Vous avez parlé de la famille, de la santé
et services sociaux, bon, avez-vous une... vous n'avez pas...
M. Tessier
(Philippe-André) : Je vais vous donner...
M. Arseneau :
Vous n'avez pas de préférence?
M. Tessier
(Philippe-André) : Ministre responsable des Aînés, ministre
responsable des PNI, c'est ça, un peu, le modèle qu'on propose. Mais, je le
répète, après ça, qui en hérite? Ça, c'est la prérogative du premier ministre
puis de l'Exécutif, on respecte ça.
M. Arseneau :
D'accord. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors, je vous
remercie pour votre contribution, votre participation, et surtout pour la
qualité des échanges que nous avons eus ce matin.
Je suspends
les travaux jusqu'après les avis touchant les travaux des commissions, vers
15 h 15. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 19)
(Reprise à 15 h 17)
Le Président (M. Provençal)
: À l'ordre, s'il vous plaît! La
Commission de la santé et des services sociaux reprend ses travaux. Je demande
à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi no° 37, Loi sur le commissaire
au bien-être et aux droits des enfants.
Cet
après-midi, nous entendrons les témoins suivants : le Protecteur national
de l'élève, le Collectif Petite Enfance, M. Camil Bouchard et
M. Dominique Goubau, le Protecteur du citoyen et Mme Nancy Audet.
Nous allons débuter notre après-midi de travail
en recevant les représentants du Protecteur national de l'élève,
Me Jean-François Bernier et Me Simon Dupuis. Alors, je vous rappelle
que vous avez 10 minutes pour votre présentation, et, par la suite, on
poursuivra avec les échanges. Je vous cède immédiatement la parole, Me Bernier.
Protecteur national de
l'élève
M. Bernier (Jean-François) : Merci,
M. le Président. M. le ministre, membres de la Commission de la santé et des
services sociaux, Mmes et MM. les députés, il me fait plaisir d'être devant
vous aujourd'hui afin de vous exposer les commentaires du Protecteur national
de l'élève sur le projet de loi no° 37. Je me nomme Jean-François Bernier, Protecteur national de l'élève, et je
suis accompagné, en mode virtuel, par Me Simon Dupuis, conseiller
juridique à notre institution. Je profite d'ailleurs de cette tribune pour le
remercier, ainsi que plusieurs autres membres de notre jeune institution, de
leur contribution en amont de ma présence devant vous aujourd'hui.
Quelques mots sur la nouvelle institution qu'est
le Protecteur national de l'élève. En action depuis la dernière rentrée
scolaire, il est le nouvel ombudsman de l'éducation au Québec. Nous avons pour
mission de veiller au respect des droits des élèves et de leurs parents au regard
des services scolaires qui leur sont rendus. Nous sommes aussi un contributeur
clé de la protection des élèves en matière d'intimidation et de violences, dont
celles à caractère sexuel. Pour ce faire, les 17 protecteurs régionaux de
l'élève et les autres membres du personnel de l'institution sont des acteurs de
premier plan du nouveau mécanisme de traitement des plaintes et des
signalements en vigueur dans toutes les écoles du Québec. Les protecteurs
régionaux de l'élève, présents partout au Québec, traitent des plaintes et des
signalements concernant les élèves des établissements scolaires du primaire et
du secondaire, et ce, tant au public qu'au privé, ainsi que ceux fréquentant la
formation professionnelle et l'éducation aux adultes, en plus des enfants qui
reçoivent l'enseignement à la maison.
Puisqu'il a
pour mission de veiller au respect des droits des élèves du Québec, le Protecteur national de l'élève voit d'un bon oeil toute initiative ou avancée au
bénéfice des enfants, et qui place leurs intérêts au centre des
préoccupations sociétales. Nous accueillons
donc favorablement le projet de loi no° 37 et la mise en place d'un
commissaire au bien-être et aux droits des enfants. Le Protecteur
national de l'élève, je le disais précédemment, est un tout nouvel acteur en
matière de protection des droits et de la sécurité des enfants. Ses
responsabilités couvrent également des personnes majeures dans le contexte particulier de leur parcours et de leur
environnement scolaire. Notre analyse et nos commentaires relatifs au
projet de loi no° 37 se consacreront à certains éléments spécifiques, sachant
que d'autres intervenants sauront également
éclairer les membres de la Commission de la santé et des services sociaux dans
le cadre des présentes consultations.
• (15 h 20) •
Le mémoire que nous avons déposé à la commission
et mon allocution d'aujourd'hui proposent certaines bonifications au projet de
loi no° 37. Celles-ci visent essentiellement à s'assurer que le
commissaire soit en mesure de jouer le rôle
que veut lui réserver le législateur, à savoir celui d'une institution garante
de la concertation parmi les acteurs
étatiques oeuvrant auprès et pour l'intérêt des enfants du Québec, et de
porte-voix de ces derniers. Tout d'abord, le projet de loi no° 37
prévoit que le commissaire aura pour fonction de promouvoir le bien-être et le
respect des droits des enfants et de veiller
à la protection de leurs intérêts. Il se devra donc d'agir dans une
perspective, évidemment, de prévention au bénéfice des enfants, mais aussi
de concertation auprès des autres acteurs pertinents. Bien que le commissaire
ne traitera pas de plaintes et de signalements en milieu scolaire, comme le
fait le Protecteur national et ses protecteurs régionaux de l'élève, ses
fonctions peuvent évidemment l'amener à interagir avec notre institution.
La création d'un nouvel organisme comme celui du
Commissaire au bien-être et aux droits des enfants et le mandat qui lui serait confié comportent
inévitablement un risque de confusion des rôles avec d'autres organismes
publics oeuvrant auprès des enfants. Cette
situation nécessite dès lors un effort de clarification des responsabilités
respectives de ces différents organismes auprès de la population, auprès des
enfants et de leurs parents, tout particulièrement. Considérant les liens
étroits et... entre le mandat du nouveau commissaire et celui du Protecteur
national de l'élève, il nous apparaît conséquemment
nécessaire de faire expressément référence à celui-ci à l'article 6 du
projet de loi. Une telle modification aurait l'avantage de délimiter plus
clairement le mandat du commissaire, de minimiser les risques de confusion chez
les citoyens et d'éviter tout chevauchement entre les fonctions des deux
organismes. Cette proposition favoriserait également le recours à l'institution
spécialisée en éducation que constitue le Protecteur national de l'élève, sans toutefois empêcher le nouveau commissaire de
soutenir et d'accompagner l'élève dans l'exercice de ses droits,
conformément à l'article 5, alinéa deux, paragraphe 5° du projet
de loi. Le commissaire pourrait, par exemple, accompagner un élève dans le
cadre du dépôt d'une plainte au Protecteur national de l'élève ou pendant
l'enquête qui suivra. La Loi sur le Protecteur national de l'élève prévoit
d'ailleurs, à son article 30, l'obligation des protecteurs régionaux de
l'élève de prêter assistance à toute personne qui le requiert pour la
formulation de sa plainte ou pour toute démarche qui s'y rapporte. En ce sens,
ils doivent également informer les personnes qui font appel à eux de leur droit
d'être accompagnées de la personne de leur choix. Cette personne pourrait
avantageusement être le Commissaire au bien-être et aux droits des enfants.
Compte tenu de ce qui précède, il est par
ailleurs essentiel qu'une collaboration entre le commissaire et le Protecteur
national de l'élève puisse être formalisée, dans un souci d'une meilleure
synergie d'intervention entre les deux institutions, et ce, dans le respect de
leurs champs de compétence respectifs. Considérant son engagement envers la
sécurité des élèves, la protection de leurs droits et l'amélioration continue
des services scolaires québécois, le Protecteur national de l'élève est tout à
fait disposé à contribuer à certains travaux du commissaire. Puisque le Protecteur
national de l'élève est aujourd'hui un acteur central en matière de protection
des élèves au Québec, nous sommes d'avis qu'il serait pertinent de souligner,
directement dans le projet de loi, l'importance et la nécessité de la coopération entre le commissaire et nous. Pour ce
faire, nous recommandons de faire expressément référence au Protecteur
national de l'élève à l'article 11 du projet de loi n° 37, qui porte
déjà sur le devoir de coopération du commissaire avec d'autres organismes.
En matière de consultation et de participation
des enfants, le Protecteur national de l'élève tient à souligner l'importance
qu'il accorde à l'article 5, alinéa deux, paragraphe 8° du
projet de loi. Celui-ci prévoit la mise en place d'un comité consultatif
composé d'enfants et de jeunes adultes afin d'obtenir leurs avis sur toute
question concernant une matière relevant des
fonctions du nouveau Commissaire. Cette disposition vient en effet placer les
intérêts de l'enfant et le respect de son droit à la participation à
l'avant-plan. Elle vient réaffirmer l'engagement du Québec d'être une société
bienveillante pour ses enfants et d'être à leur écoute. Elle contribue
également au respect de leurs droits, et ce,
en leur permettant de prendre davantage part aux décisions qui les concernent,
conformément à la Convention relative aux
droits de l'enfant, à laquelle le Québec s'est déclaré lié en 1991. Cela dit,
le Protecteur national de l'élève constate que le projet de loi ne
contient aucune précision sur la composition de ce comité consultatif. Bien que
favorables à la création du comité en soi, nous sommes d'avis que sa
pertinence, sa crédibilité et son efficacité dépendront de la qualité de sa
représentativité. Il nous apparaît donc important que la composition du comité
puisse refléter la grande diversité des enfants du Québec, et que celle-ci soit
définie directement dans le projet de loi n° 37.
En plus des
enfants issus des Premières Nations et Inuits, qui sont déjà considérés, nous
pensons plus particulièrement aux enfants en situation de handicap et à
ceux qui sont issus de communautés ethnoculturelles. Une représentation équitable des différentes régions
du Québec nous apparaîtrait également essentielle. Comme mentionné dans
le rapport de la commission Laurent, le commissaire doit porter la voix de tous
les enfants du Québec. À cet égard, on y affirmait que le futur commissaire
devrait porter une attention particulière aux enfants issus des groupes ayant plus de difficulté à faire entendre leur
voix et à faire valoir leurs droits. Ces groupes sont, notamment, les
enfants membres des Premières Nations et Inuits, qui sont, d'emblée, pris en
considération dans le projet de loi, mais aussi les enfants en situation, une
fois de plus, de handicap et ceux qui appartiennent à des communautés
ethnoculturelles. Le Protecteur national de l'élève constate que, dans sa forme
actuelle, le projet de loi n° 37 est muet à ce sujet. Nous croyons donc, à
l'instar de la commission Laurent, qu'une attention particulière devrait être
portée aux enfants en situation de handicap ainsi qu'aux enfants issus de
communautés ethnoculturelles.
Les plaintes traitées depuis moins de six mois
par les protecteurs régionaux de l'élève permettent déjà de confirmer
l'importance et la complexité des enjeux relatifs aux élèves handicapés ou en
difficulté d'adaptation et d'apprentissage, et à la nécessité que tous les
acteurs concernés contribuent à améliorer la situation. L'arrivée du
commissaire viendra ainsi donner un coup d'épaule à la roue important et
essentiel. Le Protecteur national de l'élève recommande donc d'ajouter au
projet de loi n° 37 une disposition qui exigerait que le commissaire porte
une attention particulière aux enfants en situation de handicap et ceux issus
des communautés ethnoculturelles.
En conclusion, nous tenons à remercier la
Commission de la santé et des services sociaux pour l'invitation de participer
aux consultations particulières concernant ce projet de loi. Bonifié tel que
suggéré dans notre mémoire, ce projet de loi serait susceptible d'atteindre
encore plus ses finalités, dont celles de renforcer la concertation entre les
organismes et les institutions publiques ayant l'intérêt et la protection des
enfants au coeur de leur mission, en plus de
leur donner concrètement voix au chapitre. Le Protecteur national de l'élève
suivra évidemment avec un vif intérêt la suite de vos travaux et réitère
sa volonté de collaborer avec le futur commissaire, au bénéfice premier des
enfants du Québec. Je vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre
présentation, Me Bernier. Alors, M. le ministre, vous débutez la période
d'échange.
M. Carmant : Merci beaucoup, Me
Bernier. Effectivement, moi aussi... Merci, M. le Président, pour... de me
passer la parole.
Je pense que, d'entrée de
jeu, comme vous le dites, on a parlé du Protecteur du citoyen et des organismes
publics, puis, en lisant les mémoires,
plusieurs veulent être nommés au cours de... dans ses collaborateurs. Puis je
suis tout à fait d'accord avec vous, là, que
le Protecteur national de l'élève doit être nommé. Un peu plus tard, on va
peut-être parler de la... directeur de la santé publique, également.
Donc, tout à fait d'accord avec ça. Mais la question que j'ai pour vous, c'est, en ce moment, après vos... quand
même, courte expérience, là, cinq, six mois, comment vous voyez...
comment vous vous voyez collaborer avec le commissaire, là, dans
l'environnement, là, de... que vous connaissez? À quoi on doit s'attendre?
M. Bernier (Jean-François) : Je
crois que l'apport du commissaire sera le regard global et horizontal qu'il aura, je crois, sur les enfants, leur situation au
Québec, le respect de leurs droits. Beaucoup en prévention, beaucoup en
amont, je dirais, de... par des analyses, des études. Alors, on sera
assurément, dans la mesure du respect de nos obligations légales, évidemment,
qui sont dans notre loi, très ouverts à collaborer, à contribuer, à bonifier
les réflexions du commissaire lorsqu'il nous
interpellera, là, sur un sujet ou un autre qu'il... dont il se saisirait. Donc,
on voit... on voit ça de façon très positive et on voit de façon,
même... On a très hâte de le voir arriver pour avoir, justement, ce regard un
peu plus global sur la situation des enfants au Québec.
M. Carmant : Super.
Et, avec votre expérience, qu'est-ce que... quels conseils vous nous donneriez
ou donneriez au commissaire pour...
tu sais, un des enjeux qu'on va avoir, c'est le faire connaître de la
population, surtout des jeunes, des jeunes vulnérables que vous
mentionnez, aussi pour s'assurer que la représentation territoriale est
adéquate. J'ai compris, avec vos 17... vous êtes sur tous... dans toutes les
régions administratives, c'est bien ça?
• (15 h 30) •
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
notre territoire est découpé de façon un peu différente, même si le
chiffre 17 nous ramène, effectivement, aux 17 régions
administratives, on a 13 protecteurs à temps plein et quatre à temps
partiel. Donc, on a redivisé le Québec en 13 régions, juste pour les fins
de vous préciser ça.
Mais comment
se faire connaître des enfants et de leurs parents? Je pense que, déjà, dans la
loi, le fait qu'on a l'intention de créer un comité consultatif sur
lequel siégeraient des enfants, d'où la recommandation qu'il soit le plus
représentatif possible de tout ce qu'il y a au Québec comme réalités... Mais il
n'y a pas de secret, hein, pour la notoriété,
mais, effectivement, on a une courte expérience de six mois, en ce qui concerne
le Protecteur national de l'élève, mais, honnêtement, c'est les efforts
individuels et personnels de la personne qui incarnera, qui sera commissaire, d'être présent, d'aller vers les gens, d'aller
faire des présentations en webinaires, et autres. Le terrain, le terrain, le
terrain, encore le terrain. On peut faire
des publicités ou des campagnes de promotion, comme on le fait, d'ailleurs,
actuellement, on est dans une période de quatre semaines où on ferait... on
fait une campagne de promotion plus générale, mais il n'y a rien qui remplace,
honnêtement, puis par mes expériences passées, il n'y a rien qui remplace le
contact direct avec les gens. C'est beaucoup d'efforts, mais le commissaire et
les membres de son équipe pourront assurément mettre l'épaule à la roue, là aussi,
pour contribuer à leur notoriété, là.
M. Carmant : Parfait. Et les
ex-commissaires nous ont aussi mentionné cette... ce souci par rapport aux populations vulnérables. Vous avez mentionné les
personnes en situation de handicap, les communautés ethnoculturelles.
Nous, on est toujours un peu hésitants, là, à faire des listes de personnes
vulnérables. Nous, notre approche, c'était peut-être,
après avoir entendu puis avoir lu les mémoires... serait de mettre un groupe,
inclure les enfants vulnérables, peut-être laisser le commissaire... un
peu de latitude, mais vous, est-ce qu'il y avait une raison particulière
pourquoi vous cibliez ces deux groupes-là en particulier, que vous aimeriez
nous partager?
M. Bernier
(Jean-François) : Bien, c'est que, traditionnellement, ce qu'on
remarque, c'est que c'est... leur voix est moins présente, pour
différentes raisons, et que le fait d'aller les... les inclure d'emblée dans un
comité de cette nature-là, pour moi, ça... pour nous, comme gouvernement et
comme... et comme société, ça nous permet de les inclure immédiatement et de ne pas... d'avoir le pouls, immédiatement,
de leur part. Mais, effectivement, c'est... j'ai entendu
Mme Laurent aussi, ce matin, préciser que, peut-être, laisser la... le
soin au commissaire, c'est une avenue qui est très défendable aussi, par ailleurs, mais sachant que ces personnes, ces
enfants, historiquement et traditionnellement, sont moins entendus, et, même à notre niveau, aller rejoindre
les enfants ou les élèves des communautés ethnoculturelles, c'est
difficile. Alors, on a... on sait qu'on a un effort... on a à doubler nos
efforts, redoubler nos efforts pour aller les rejoindre.
M.
Carmant : Parfait. Est-ce que vous voyez des risques ou
avez-vous des inquiétudes quant au chevauchement des rôles, dédoublement
de rôles ou... Tu sais, on essaie vraiment de bien tracer le... le territoire
ou le rôle de notre commissaire, là, puis on aimerait l'avoir un peu, comme
vous dites, là, central. Mais, tu sais, comment... comment on peut s'assurer
que... qu'il joue bien son rôle sans dédoubler le rôle des autres?
M. Bernier (Jean-François) : Moi, je
pense, le volet concertation, qui est déjà présent dans la loi puis qu'on
propose de renforcer, pour s'assurer que chaque acteur qui est directement
concerné, nous, la Commission des droits des personnes et de la jeunesse, etc.,
sachons tous quel rôle nous avons à jouer. Nous, la compréhension, c'est que le
commissaire chapeaute ou... comme je l'ai
dit d'entrée de jeu, une vision horizontale. Et ça, c'est intéressant parce
que je crois qu'on ne l'a pas, cette vision horizontale là, actuellement. Par
contre, les acteurs qui vont venir devant vous, qui sont déjà passés ce matin
ou qui vont venir devant vous et qui sont potentiellement plus directement
concernés par l'arrivée du commissaire, je
pense, ils sont tous à la... au même endroit. On ne voit pas son arrivée, du
commissaire, avec crainte, au contraire, mais on pense
que c'est important que les... que les balises et les... je vous dirais, les
carrés de sable respectifs, là, soient très clairs, autant pour les
institutions concernées, mais encore plus pour la population. Et là, ce sera un
travail de notoriété et de bien faire connaître, là, le rôle qu'il a à jouer,
mais le rôle de prévention, le rôle de concertation, le rôle de la voix des
enfants. C'est ce que je trouve intéressant dans ce projet de loi là, c'est
vraiment la voix des enfants.
M. Carmant : Parfait. Est-ce que je
peux passer la parole à la députée de Laporte?
Le Président (M. Provençal)
: Oui. Mme la députée.
Mme Poulet : Oui. Merci, M. le
Président. Merci beaucoup. Merci à vous deux d'être présents.
J'aurais une question : Selon vous,
qu'est-ce qui manque dans le projet de loi, selon votre expérience? Où qu'on
pourrait aller encore plus loin? Vous parlez de prévention, concertation. Vous
allez être en collaboration avec la commission. On peut-tu aller encore plus
loin, vous pensez?
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
hormis ce qui... ce qui vous est recommandé ou proposé dans le mémoire, on n'a
pas de truc très précis. Par prudence, je vous dirais, par expérience
personnelle des derniers... des derniers
mois, rien ne vaut la réalité, le concret, les constats qu'on peut faire d'un
rôle que, là, on le voit sur papier, qui est conceptuel, qu'on imagine,
qu'on voit bien, qu'on se projette dans ce rôle-là. Mais tant et aussi
longtemps qu'il n'aura pas concrètement établi son... ses paramètres, ses
balises, son champ d'intervention versus celui des autres acteurs, c'est
difficile d'aller un peu plus loin que ce que... ce qu'on vous a identifié dans
le mémoire.
Mme Poulet : OK. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Allez-y, M. le ministre.
M. Carmant : On va aller dans le
détail puisque je pense qu'on a fait le tour des recommandations. Vous parlez
que l'un de vos rôles, c'est de recevoir, de traiter les plaintes et les
signalements d'actes de violence à caractère
sexuel survenant dans le réseau scolaire. Là, je vois potentiellement, là, un
chevauchement avec la Protection de la jeunesse, avec justement, le
commissaire. Comment... quel est votre rôle également dans... précisément, là,
puis comment vous interagissez, j'imagine, avec la Protection de la jeunesse
dans ces situations-là?
M. Bernier
(Jean-François) : Bien, cet enjeu de chevauchement potentiel et même
de l'arrivée d'un nouveau joueur comme était le Protecteur national de
l'élève, il y a quelques mois à peine, et ce que sera les défis... ce que seront les défis du commissaire lorsqu'il
commencera à mettre en oeuvre différents éléments de la loi, c'est
justement comment les autres acteurs voient l'arrivée d'un nouvel acteur.
Dans notre cas à nous, effectivement, la DPJ
a... on a eu des échanges avec la DPJ en amont, s'assurant notamment du concept
de signalement qu'il y a dans notre loi en matière de violence à caractère
sexuel. Donc, toute personne, peu importe qui elle est, peut faire un
signalement en matière de violence à caractère sexuel. Donc, le mot signalement
pour la DPJ, ça a un sens aussi. Mais on s'est assuré de... de s'asseoir avec
les gens de la DPJ, de convenir de... de bien définir ce qu'était notre propre
carré de sable, et on a eu cet enjeu-là de le définir, pour être sûr qu'on ne
jouait pas le rôle de la DPJ, qu'on n'a pas à jouer, qu'on ne voulait... qu'on
n'avait pas à jouer le rôle de la police dans les situations de violence à
caractère sexuel. Nous ne sommes pas les services de police, et on ne veut pas
l'être non plus. Mais comment on pouvait, donc, intervenir pour être une
plus-value pour les victimes. Et on a... on a, je pense, trouvé la voie de
passage.
Alors, on est vraiment l'interface qui reçoit,
le cas échéant, des plaintes de victimes ou de signalements en matière de
violence à caractère sexuel et qui intervenons immédiatement auprès de la
victime pour la sécuriser dans ce qu'elle vit actuellement, de faire le
signalement à la DPJ, on devient un signaleur à la DPJ, le signalant à la DPJ
nous-mêmes. Immédiatement, quand l'école ne l'a pas déjà fait, nous on le fait,
mais, s'il y a déjà eu un signalement, on ne prend pas de chance, on le fait
également pour être sûr qu'on respecte les obligations de la LPJ. Et ensuite on
sécurise, donc, la victime dans tout ça, on
lui annonce qu'est-ce qui s'en vient à l'égard de la DPJ, à l'égard des
services policiers, le cas échéant. Et ensuite, nous, on s'assure que l'école
gère bien la situation à très court terme, comment on gère la situation de l'auteur allégué de l'acte et la victime. Et
ensuite, une fois qu'on a... on s'assure de ça, on agit en prévention. Ça veut dire qu'on analyse le plan de
lutte contre l'intimidation et la violence, qui comporte depuis
l'automne dernier un volet, une section dédiée aux violences à caractère sexuel,
entre autres choses, pour s'assurer qu'il y en a un, qu'il est optimal et, au
cas échéant, faire des recommandations pour l'améliorer, dans un... dans une
approche de prévention, pour s'assurer qu'un événement comme celui-là, dans la
mesure du possible, ne se reproduise plus jamais dans cette école. Et on fera
ça dans chacune des écoles pour lesquelles on devra intervenir et plus
globalement dans nos rapports annuels d'activité, etc. On verra. Mais on est...
on est dans cette perspective-là.
Donc, quand on a expliqué ça à la DPJ et aux
services policiers, déjà, on a eu un... pas un soulagement, mais je dirais une
assurance qu'on était... on était complémentaire à leurs actions et non pas en
chevauchement.
M. Carmant : Parfait. Il y a
plusieurs intervenants ce matin qui nous ont mentionné que, oui, il faut être
le porte-voix des enfants mais également, dans certaines situations, surtout
pour nos plus jeunes enfants, des familles ou des parents, également. Est-ce que vous avez le
même mécanisme? Ou comment vous... les enfants ou les familles ont accès
à vos services?
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
pour les plaintes... quand on considère un plaignant, c'est le... l'élève ou
ses parents, donc l'un ou l'autre.
M. Carmant : OK. Ça, c'est clair.
M. Bernier
(Jean-François) : Les mineurs peuvent faire une plainte. Donc,
c'est... auparavant, c'était interdit. Maintenant,
ils peuvent le faire. Évidemment, un enfant de 12 ans qui porte plainte,
on va lui dire qu'on va en informer ses parents. Donc, il faut que les
parents soient dans le coup, évidemment. À partir de 14 ans, il y a une
zone plus de discrétion, évidemment, du consentement parental là-dedans...
Donc, les parents, comme les élèves peuvent faire des plaintes, des parents ou d'autres élèves... d'autres parents ou d'autres
élèves peuvent également faire un signalement en matière de violence à caractère sexuel, donc, un parent ou un enfant qui
voit quelque... qui est témoin de quelque chose à l'égard d'un autre
élève peuvent signaler la situation à notre endroit. Donc, c'est parents et
élèves, essentiellement.
M. Carmant : M. le Président, je
passerais...
Le Président (M. Provençal)
: Je céderais la parole à la députée de
Laporte.
• (15 h 40) •
Mme Poulet : Oui, merci, M. le
Président. J'aurais une question. Un précédent groupe mentionnait qu'il
manquait des balises juridiques, qu'il devrait y avoir des mesures
d'accréditation pour les avocats qui sont auprès... qui sont... qui sont là pour
aider nos jeunes. J'aimerais vous entendre à cet effet-là. C'est quoi votre
opinion?
M. Bernier
(Jean-François) : J'aurais... Avant de tenter une réponse, si j'en
tente une, j'aimerais savoir quelle est... quelle était la finalité
derrière ce besoin-là ou cette recommandation d'avoir une accréditation?
Mme
Poulet : C'était de bien assurer un service, un soutien
auprès des jeunes. Alors, une mesure d'accréditation, une formation des
avocats.
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
tu sais, on ne peut pas être contre des avancées de cette nature-là aussi.
Est-ce que ça prendrait une accréditation formelle comme un médiateur ou des
choses comme ça? Je laisse le soin aux législateurs. Je pense qu'il y a au
Québec, je pense, beaucoup d'avocats qui se sont développés cette expertise au
fil des ans à l'égard des enfants. Je pense à ceux qui interviennent en matière
de protection de la jeunesse, etc. Mais qu'une formation générale du Barreau ou
une accréditation accordée par le commissaire... il doit y avoir des enjeux
aussi de... je vous dirais, de plein... pleine capacité d'oeuvrer en qualité
d'avocats, là, et il faudra voir. Mais je n'ai pas d'idée arrêtée là-dessus,
là, pour être honnête.
Mme Poulet : OK. Bon. Je ne voulais
pas vous lancer une colle. Je voulais juste avoir votre opinion sur...
M. Bernier (Jean-François) : Non,
non. Mais j'ai essayé d'en... vous donner un début d'opinion.
Mme Poulet : ...les balises
juridiques, là, comme quoi qu'il y aurait une petite carence, une... un manque
à... à cet effet-là.
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
probablement que les gens...
Mme Poulet : Je voulais avoir votre
opinion.
M. Bernier (Jean-François) : OK, OK.
Mme Poulet : D'accord. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: M. le ministre.
M. Carmant : Oui. Là encore, on va
élargir, là, les demandes. Mais on a parlé de votre interaction avec le futur commissaire. Maintenant, vous, quand vous
êtes arrivé sur la scène, avez-vous eu des interactions, par exemple,
avec le Protecteur du citoyen? Comment ça s'est déroulé? Il va... il va venir
nous rencontrer tout à l'heure, mais j'aimerais avoir votre version aussi
auparavant.
M. Bernier (Jean-François) : Bien,
rapidement, donc, suite à mon... à ma nomination en août 2022, donc, j'ai eu presque une année pour mettre en place
tout ce qu'il y avait à mettre en place pour être prêt à recevoir des
plaintes à l'automne 2023. Alors,
pendant cette période, évidemment, beaucoup de démarches et d'efforts ont été
faits pour aller à la rencontre des
autres. Essentiellement, les acteurs du réseau sont en colère, et ils sont très
nombreux — associations
de parents, d'élèves,
de gestionnaires, etc. — mais
évidemment, d'autres acteurs qui étaient amenés à potentiellement ou concrètement oeuvrer dans les mêmes paramètres que
nous. Le Protecteur du citoyen en est évidemment un, le protecteur ayant
compétence sur le ministère de l'Éducation et non sur son réseau, d'où notre
arrivée et notre création. Donc, on vient compléter un peu ce volet-là — le
protecteur sur le ministère, nous, sur le réseau. Évidemment, la commission des
droits de la personne et de la jeunesse, qui... dans notre loi... notre loi a
modifié la Charte des droits et libertés à 75.1 pour préciser que toute
plainte, en matière de discrimination, est transférée à la commission des
droits, sauf si le plaignant s'y oppose.
C'est la même disposition qui s'applique au Protecteur du citoyen, par
ailleurs, à cet égard. Donc, les deux, M. le président de la commission
et M. le Protecteur du citoyen, ont été contactés par moi pour, justement, se
présenter, bien expliquer notre... notre champ... notre rayon d'action. Donc,
c'est des acteurs parmi d'autres. La représentation nationale des centres jeunesse,
des... de la direction de la protection de la jeunesse également, là. Je
reconnais des gens autour de la table à qui j'ai parlé dans les derniers mois à
cet effet.
Le Président (M. Provençal)
: Nous allons poursuivre avec Mme la
députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup, M. le
Président. Bonjour, Me Bernier. Je voulais vous poser des questions concernant
la question des plaintes, parce que vous avez mentionné, ça fait six mois. Et,
à la page cinq de votre rapport, vous
parlez des plaintes traitées depuis moins de six mois par les protecteurs
régionaux de l'élève, elles «permettent déjà de confirmer l'importance et la complexité des enjeux relatifs aux
élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage, et la nécessité que tous les
acteurs concernés contribuent à l'amélioration de la situation.» Est-ce
que vous pourriez peut-être nous donner des détails concernant les plaintes?
M. Bernier (Jean-François) : Évidemment,
vous comprendrez, je vais... je vais rester de façon générale dans le portrait.
Mme Garceau : Ou un sommaire?
M. Bernier (Jean-François) : Les
enjeux à cet égard-là, on a... on tourne autour d'au moins 10 % à
15 % de nos plaintes jusqu'à maintenant
qui concernent, là, de façon directe ou indirecte les enjeux d'enfants qui
rentrent dans cette catégorie, avec des besoins particuliers. On a, par
exemple, des enjeux d'inclusion scolaire, donc le fait qu'on les place dans une
classe spécialisée ou non, les enjeux de plan d'intervention qui, aux yeux des
parents, ne sont pas optimaux ou complets, ou qui ne sont pas... qui ne sont
pas en adéquation avec les besoins de leurs enfants. Ça peut aller, dans
certaines circonstances, à ce que vivent ces enfants en matière d'intimidation
potentiellement à l'école. Donc, ça... essentiellement, ça tourne vraiment
autour de la... de la façon dont l'école est en mesure ou pas, dans certaines
circonstances, de répondre à des besoins parfois très particuliers.
On connaît tous les enjeux de ressources
humaines dans le réseau aussi. Donc, on a cette crise-là qui est aussi là, qui est présente, on ne peut pas en faire
abstraction. Mais on est à la recherche de solutions, hein, dans nos
interventions, quand on juge que la plainte est fondée et qu'on en arrive à
cette conclusion-là, on fait des recommandations et on est un acteur de... on
est un acteur, un vecteur de solutions. On essaie de trouver des solutions,
quitte à même en proposer parfois, ça demeure une recommandation, mais on va
jusqu'à dire : Bien, ça, on pourrait envisager telle chose ou telle chose, là, pour cet enfant. Des
fois, c'est des bris de scolarisation aussi, là, rattachés à ces enfants,
parce que... difficulté à les gérer au
quotidien, l'impact sur les autres élèves, ces gens... ces élèves-là, parfois,
sont suspendus ou renvoyés à la
maison de façon temporaire. Mais des fois, le temporaire devient un peu
permanent. Alors, on intervient pour s'assurer qu'il y a moins... qu'il
y a le moins possible de bris de scolarisation. C'est des exemples en matière
d'enfants EHDAA.
Mme Garceau : OK. Et vous avez
mentionné... parce que nous connaissons, là, en termes de l'augmentation de la
violence dans nos écoles, que ce soit violence physique, à caractère sexuel...
Donc, quel est le pourcentage de plaintes liées à ces cas-là?
M. Bernier
(Jean-François) : Je... je vais... je vais être prudent dans mon
estimation, mais ça tourne, de mémoire, autour à peu près de ces mêmes
chiffres-là, on est entre 10 % et 15 % de... On me confirme que c'est
pas mal ça, 15 %, effectivement. Donc, j'étais... j'étais pas mal là, là.
Donc, ça tourne... matière d'intimidation, mais parfois l'école va catégoriser
ça comme de l'intimidation. Nous, en intervenant, on... parfois, ça peut
arriver, c'est assez rare, mais qu'on peut réaliser que, oh! on ne qualifie pas
ça d'intimidation ou de violence, mais d'un... d'un acte à... de violence à caractère sexuel, puis ça, le
spectre, à notre définition qu'on donne, est large de la violence à caractère
sexuel, pour justement s'assurer de ne rien échapper comme situation. Mais, en
intimidation, ça tourne autour de 15 %.
Mme Garceau : OK. Donc, jusqu'à ce
jour, en termes de signalement à la DPJ que vous avez dû faire, compte tenu de la nature de la... de la plainte,
on parle de violence à caractère sexuel, est-ce qu'il y a d'autres cas,
d'autres plaintes d'une autre nature qui ont été signalés à la DPJ?
M. Bernier
(Jean-François) : Bien, toutes les situations qui amènent à un
signalement en vertu des articles 38 et
suivants de la LPJ, nos protecteurs régionaux sont très... ils ont été formés à
cet égard, sont très sensibles à la situation. Même notre équipe, qui
accueille les téléphones et les formulaires de plainte, etc., sont... ont été
formés aussi. Donc,
toutes les situations prévues à la Loi
sur la protection de la jeunesse,
c'est des situations où on va faire un signalement. Là, en matière de
violence à caractère sexuel, j'ai déjà... je me suis déjà... j'ai déjà partagé,
la semaine dernière devant une autre commission parlementaire, que ça tourne
autour de 14 % du total de nos plaintes qui sont des plaintes de... en matière de violence à caractère sexuel. Donc, on
peut déjà d'emblée dire, dans l'intimidation, violence, dès que la... la
sécurité de l'enfant peut être mise en jeu, on n'hésite pas, on signale, on...
C'est le rôle de la DPJ de juger si le signalement doit être retenu ou pas,
mais on ne prend aucune chance, même si on est les troisièmes à signaler la
situation, on va le faire quand même.
Mme Garceau :
Et donc, de votre part, en tant
que protecteur, est-ce que — ou
les protecteurs régionaux — il
y a un suivi qui est fait suite au dépôt de... évidemment, au signalement, et
tout ça? Comment est-ce que ça fonctionne?
M. Bernier
(Jean-François) : C'est là où on a... on a évolué dans nos échanges
aussi avec la direction de la protection de la jeunesse. Évidemment, ils ont la
confidentialité de leurs dossiers. En même temps, j'ai expliqué, à une question
de M. le ministre, un peu notre rôle en matière de violence à caractère sexuel,
qui est vraiment de s'assurer que l'école gère adéquatement la situation mais
également qu'on veut jouer ce rôle-là de transparence ou de rétroactivité
maximale auprès de la victime, ce qui était un manque, là, que bien des groupes
de jeunes ont dénoncé, qu'une fois que la victime signale ou dénonce une
situation, elle est dans la noirceur totale et on ne lui revient pas. Nous, on veut être capable de jouer ce rôle-là
de... pas d'aller dans le détail, de dire : Oh! la police enquête, ils ont
rencontré tel témoin, ou que la DPJ va faire telle chose, telle chose. On ne
veut... Ce n'est pas à nous à dire ça, la DPJ va faire... mais de lui dire : Bien, voici où en est le processus en
général, suite à ta... à ta plainte ou à votre signalement, surtout les
plaignants, dans ce cas-ci, voici, toi, la victime, où en est le processus.
Donc, c'est pour ça qu'on est en échange constant avec la DPJ, avec le central
de la DPJ, pour s'assurer de... qu'on explique bien notre rôle.
Puis qu'est-ce qu'on
a besoin d'avoir, comme information, ce n'est pas le détail de l'intervention
de la DPJ, mais où ils en sont, pour qu'on puisse être en mesure de rassurer la
victime puis de rétroagir minimalement avec des informations qu'on est en
mesure de lui donner.
• (15 h 50) •
Mme Garceau :
Et, en termes de... le rôle du commissaire, une fois la nomination...
est-ce que vous voyez un rôle que le commissaire va pouvoir jouer
spécifiquement concernant ces dossiers lorsqu'il y a un signalement à la Protection
de la jeunesse?
M. Bernier
(Jean-François) : C'est là, l'enjeu, d'éviter les chevauchements, là.
Je pense que la DPJ a développé, au fil de ses nombreuses années d'expertise,
un champ qu'elle est la mieux placée puis un rôle qu'elle est la mieux placée à jouer. Le Protecteur national de l'élève, déjà, avec les 400 et plus plaintes et
signalements traités en moins de six mois, on va rapidement développer
une expertise fine dans notre champ d'intervention.
Moi, comme je le
répète, je pense que la plus-value d'une institution comme celle du
commissaire, ça va être d'être... justement
d'être... d'aller... être capable d'aller voir ce que fait le Protecteur national de l'élève, ce que fait et quel impact a la commission des droits, quel impact a
tel autre acteur, puis d'avoir cette vision globale là, puis d'aller voir
ces acteurs-là puis qu'on puisse être des... l'alimenter dans ses réflexions,
peut-être, ses analyses qui sont... qui seront horizontales, justement, là, sur une situation très particulière d'un
enfant, mais qui aura, au cours de sa vie ou de sa vie d'enfant, peut-être eu à faire affaire avec le
protecteur national ou avec la direction de la protection de la jeunesse,
etc.
Mme Garceau :
OK. Parce qu'évidemment une des... dans le rapport de la commission
Laurent, on parle beaucoup de veiller, de respecter les droits des enfants, et
donc, en termes de représentation des enfants, pour assurer cette... le respect
de leurs droits et d'assurer qu'ils ont une voix dans tout ce processus-là,
parce que souvent... et on le connaît, que les voix des enfants ne sont pas
entendues. Quel rôle est-ce que vous jouez à cet égard? Et est-ce que le
commissaire n'a pas un rôle à jouer également, ou en amont, ou... Je voulais
juste vous entendre à ce sujet.
M. Bernier
(Jean-François) : Notre compréhension de la volonté du législateur
derrière ce projet de loi, c'est de
s'assurer, justement, et je pense que le président de la Commission des droits
de la personne l'a un peu relaté ce matin, de jouer un rôle qui est
actuellement absent dans notre société, qui est ce rôle-là, je le répète, de
chapeauter, je vous dirais, d'autres acteurs qui, eux, sont plus proches du
terrain au quotidien, dont nous — on ne peut pas être plus proche du
terrain que ça, là, dans le cadre de nos plaintes, qu'on soit d'une école ou
d'une autre, à chaque jour depuis qu'on est en poste.
Donc,
on a ce pouls-là que le commissaire n'aura pas ou pourra avoir par
l'intermédiaire d'enfants qui pourront faire
appel à lui ou avec qui il aura des interactions. Mais nous, on sera en mesure
de dire : Bien, voici, par rapport à une telle... à telle problématique, l'intimidation en milieu scolaire, les
violences à caractère sexuel en milieu scolaire, bien, on va pouvoir lui
donner le pouls de ce que nous, on voit à travers nos plaintes et nos
signalements. Je pense que ça, il ne pourra pas l'avoir parce qu'il ne fera pas
de traitement de plainte. Son rôle est à un autre niveau. Et je pense que son
enjeu va être — son
principal enjeu, pour moi — celui
de la concertation puis avoir cette vision d'ensemble là.
Mme Garceau :
Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Je vais maintenant
céder la parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup pour l'excellente présentation. D'abord, vous parlez
d'entente-cadre ou, en tout cas, d'entente
avec la DPJ. J'aimerais savoir, c'est... c'est-tu disponible, c'est-tu public?
Est-ce qu'on peut le voir...
M. Bernier (Jean-François) : Il n'y
a pas d'entente...
M. Cliche-Rivard : Il n'y a pas
d'entente? OK.
M. Bernier (Jean-François) : Il n'y
a pas d'entente, c'est des... c'est des échanges qu'on... qu'on a avec... Puis là on a mis... on a formalisé un peu une
petite table d'échange, là, pour s'assurer s'il y avait, en cours de route,
des... dans une région ou une autre, des enjeux. Moi, ce que j'ai comme échos
des protecteurs régionaux de l'élève partout au Québec, c'est qu'actuellement,
la collaboration est extraordinaire avec les DPJ régionales, que c'est fluide,
puis ça nous permet de faire nos enquêtes pleinement et d'être en mesure de
rétroagir auprès des victimes dans des cas de situations de violence à
caractère sexuel pour leur donner un maximum d'informations.
M. Cliche-Rivard : Parfait. Donc, on
pourrait venir un peu plus tard dans l'exercice... peut-être à le mettre par
écrit. Mais là, pour l'instant, vous êtes en table de discussion.
M. Bernier (Jean-François) : Exact.
M. Cliche-Rivard : Je vous ramène à
votre mémoire. Il y a des propositions d'amendement sur l'article 6 et sur
l'article 11. J'aimerais que vous m'expliquiez comment vous comprenez bien
la distinction, là, entre, finalement, «le
commissaire exerce ses fonctions en respectant ses responsabilités», puis là
vous voulez ajouter aussi les responsabilités, finalement, du protecteur
de l'élève. Mais votre autre recommandation aussi, à l'article 11,
d'ajouter une obligation de coopération aussi avec le protecteur... Bref, de
nous expliquer la nuance entre 6 et 11, ce serait utile.
M. Bernier
(Jean-François) : ...ça met la table sur la compétence, elle-même,
du commissaire, donc, le fait qu'on ait déjà inscrit à l'article 6
la commission des droits et... et la... ainsi que la... bien, le rôle de la
commission des droits en... pour venir préciser directement, dans la loi, le
champ d'action, le rayon d'action de la commission et du commissaire. On juge qu'à cause de la nature de ce
qu'on fait comme mandat et comme mission depuis les derniers mois,
d'être... les élèves, c'est... les enfants, c'est... c'est nos... c'est les
gens dont on prend soin dans... au quotidien dans le traitement des plaintes, bien, qu'on le précise dans la loi aussi, qu'il
y a... que le lecteur... qu'on sache d'emblée qu'il y a... qu'il y a
trois grands acteurs. Les voici, ils sont inscrits à l'article 6. Par
ailleurs, l'article 11, c'est cette obligation-là, à quelque part, de... qu'on donne au commissaire, qu'on demande au
commissaire, de se concerter avec d'autres. Alors, on a mis le Protecteur
du citoyen, on a mis la commission des droits, puis je pense qu'à cause de ce
que je viens de vous exprimer, au niveau de notre rôle à l'égard des enfants,
bien, ça va de soi pour nous, que le protecteur national soit ajouté.
M.
Cliche-Rivard : Dans les deux. Est-ce que le commissaire pourrait
venir à enquêter ou faire des recommandations, finalement, sur la
manière dont vous exercez votre travail? Est-ce que c'est possible, ça, de...
M. Bernier (Jean-François) : Je ne
pense pas que la loi va dans ce sens-là. Par ailleurs, je vous... je vous
informe que le Protecteur du citoyen a compétence sur mon organisation. Donc,
c'est lui, je suis un organisme public assujetti à la compétence du Protecteur
du citoyen. Ça fait que, s'il y en a un qui peut venir intervenir à ce
niveau-là, ça serait plus le Protecteur du citoyen.
M. Cliche-Rivard : OK. Donc, ça ne
serait pas au protecteur, ici... au commissaire de dire : Je pense que ce
serait... Il y a des enjeux, mettons, systémiques sur comment le protecteur de
l'élève traite les plaintes, par exemple...
M. Bernier (Jean-François) : Non.
M. Cliche-Rivard : Ce ne serait pas
à lui de faire ça?
M. Bernier (Jean-François) : Ce ne
serait pas lui.
M. Cliche-Rivard : Parfait, c'est
très clair. Et donc, est-ce qu'il pourrait avoir une clause de dédoublement,
où, finalement... Moi, j'ai peur, quand c'est la... le problème de tout le
monde. Des fois, ça peut devenir le problème de personne. Et est-ce qu'il ne
faudrait pas prévoir que le commissaire, en finalité, si personne d'autre n'est
compétent, c'est lui qui est compétent?
Le Président (M. Provençal)
: Une réponse rapide s'il vous plaît.
M. Bernier (Jean-François) : La
façon que le législateur a pensé le projet de loi, je ne pense pas que c'est ça qu'il a eu en tête quand... en instaurant le
commissaire. Je... mais je pense que jusqu'à maintenant, les acteurs qui
sont là, avec l'ajout du Protecteur national de l'élève, je pense que...
M. Cliche-Rivard :
On couvre tout le monde.
M. Bernier (Jean-François) : ...en
tout cas, je pense qu'on a eu des avancées, plus d'autres dispositions, là, qui
ont été intégrées dans les lois récemment.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci pour votre présentation. Je pense que les recommandations que
vous faites sont... sont très claires.
J'ai aussi une préoccupation, là, concernant les
chevauchements possibles, les dédoublements, voire de s'assurer que tout le monde comprenne véritablement quel rôle doit jouer
le commissaire par rapport aux autres instances, dont la vôtre. Puis
d'ailleurs vous l'évoquez à la page 2... je trouve intéressant... de votre
mémoire, vous parlez des responsabilités à bien... à bien clarifier,
particulièrement auprès de la population, des enfants, les parents. Moi, je pense que c'est le nerf de la guerre aussi. À un
moment donné, même à nos propres bureaux de député, les gens ne savent pas souvent à quelle porte frapper. Et vous donnez
l'exemple à la page 3 qu'on pourrait, par exemple, avoir le
commissaire de... le commissaire au bien-être qui accompagne l'élève, qui va
vous voir pour déposer une plainte. Tout ça me semble parfaitement logique.
Ma question, c'est : Comment est-ce
qu'on applique ça quand on est, par exemple, dans une circonscription éloignée,
rurale, comme la mienne, où on ne voit pas ni le commissaire en chair et en os
ni le protecteur en chair et en os? J'aimerais que vous nous donniez une idée,
là, pour les parents, pour les enfants peut-être, qui nous regardent au retour
de l'école, parce qu'il y en a beaucoup, pour essayer de voir comment ça
pourrait se déployer sur le terrain, vraiment, là, d'une polyvalente, à La
Vernière, aux Îles-de-la-Madeleine.
M. Bernier
(Jean-François) : Les actions de chacun vont être importantes. Nous,
par exemple, on a des affiches partout, dans toutes les écoles du
Québec, pour informer les élèves sur leurs droits en matière de plainte. On va vers les bureaux de circonscription. Chaque
protecteur régional a des attentes à mon égard, à mon... de ma part,
pour aller vers les bureaux de
circonscription, pour aller présenter vos... à vos personnels de bureaux de circonscriptions
ce qu'on est, ce qu'on n'est pas, le cas
échéant. On est un ombudsman. Par définition, un ombudsman, c'est la... en
bon... en bon français, la «no wrong door
policy». Donc, quand quelqu'un appelle chez nous, on ne dit pas : Ah! tu
n'es pas à la bonne place, tant pis
pour toi, arrange-toi. Nous, on l'accompagne, on le réfère, à la limite, on...
on appelle pour elle à l'autre... à
l'autre endroit. Donc, on accompagne vraiment. On assiste, c'est dans notre loi
aussi, on assiste vraiment la personne.
Donc, un élève ou un parent qui appellerait, et, si finalement — au
commissaire — peut-être
vers qui il devrait se tourner, on va savoir qu'il existe, on aura une
connaissance de ce qu'il fait puis on pourra référer vers... vers le
commissaire aussi.
• (16 heures) •
M. Arseneau : Bien,
en fait, ma question est savoir, tu sais, et s'assurer, ça viendra plus tard,
après l'adoption de la loi et tout ça, que la première porte, le guichet
unique, le premier... la première étape soit bien comprise. Parce que si on
veut que le commissaire accompagne l'enfant pour aller vous voir, par exemple,
bien, il ne faut pas qu'il aille d'abord frapper à votre porte parce qu'il
n'est pas accompagné. Vous comprenez?
M. Bernier (Jean-François) : Oui.
M. Arseneau : Alors, cette
espèce de chevauchement là ou de cheminement aussi de... des jeunes, je pense qu'il est... il est fondamental. Et en ce sens,
votre... vos préoccupations, là, vos demandes d'amendement me semblent
tout à fait recevables et intéressantes pour qu'on puisse discuter de la façon
dont on va tenter de guider nos jeunes, les enfants, pour qu'ils cheminent
correctement, et leurs parents également. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Me Bernier, et
aussi Me Dupuis, qui nous a écouté très attentivement.
Alors, sur
ce, je vais suspendre les travaux pour permettre au prochain groupe de venir
s'asseoir. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 01)
(Reprise à 16 h 03)
Le Président (M. Provençal)
: Nous reprenons nos travaux. Et nous
allons recevoir, maintenant, Mme Elise Bonneville, directrice du Collectif
de la petite enfance. Alors, madame, je vous invite à nous faire votre
présentation pendant 10 minutes, et, par la suite, nous allons procéder à
un échange. Je vous cède immédiatement la parole.
Collectif Petite
Enfance
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : Bonjour.
Vous m'entendez bien?
Une voix : ...
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) :
Parfait. Bonjour. Merci beaucoup d'accueillir le Collectif Petite
Enfance. Donc, ça me fait plaisir de vous le présenter brièvement avant de me
lancer dans notre mémoire. Donc, le collectif est
une organisation qui regroupe 23 organisations, donc 23 réseaux
différents à travers tout le Québec, qui, eux, rallient des milliers de
personnes qui oeuvrent pour la petite enfance à travers tout le Québec. Et on
porte une mission, c'est faire de la petite
enfance une priorité dans la société. En fait, on se positionne comme le
porte-voix des tout-petits et on souhaite contribuer à la mise en place
des conditions qui vont permettre le succès et assurer le plein développement,
le bien-être et l'avenir des tout-petits, du début de la grossesse à l'entrée à
la maternelle.
Donc, pour...
pour nous, considérant la mission du collectif, considérant aussi qu'au
Collectif Petite Enfance, on s'engage, aussi, au respect des droits des
enfants depuis plusieurs années, c'était tout naturel pour nous de porter un
intérêt intéressant, là, sur le projet de loi pour le Commissaire au bien-être.
Il faut dire qu'on veut reconnaître, là, l'excellent
travail qui est proposé dans le projet de loi, c'est d'une très grande qualité.
Puis aujourd'hui, nous, ce qu'on souhaite...
bien, moi, ce que je souhaite, c'est apporter certains éclairages sur des
éléments qu'on considère importants pour
les tout-petits 0-5 ans, donc, notamment, sur l'utilisation efficiente des
ressources qui sont vouées aux tout-petits et à leurs familles, les
notions de prévention et d'universalisme proportionné se retrouvent aussi à
travers le mémoire, la place des parents, et je vais terminer avec quelques
mots sur le commissaire adjoint pour les enfants autochtones.
Donc, plus en détails, le premier volet du
mémoire : Se servir de notre filet social. Donc, au Québec, on a la chance de pouvoir compter sur un filet social
incroyable, des réseaux d'organismes communautaires de la société civile
qui se consacrent aux enfants, à leurs familles et à la période périnatale. Le
commissaire, dans son mandat, aura entre autres comme mandat de rejoindre les
enfants et de les consulter sur plusieurs sujets. Or, on sait que consulter et
rejoindre les enfants comporte plusieurs défis. Je vous entendais, ce matin,
avec d'autres invités, c'est clair que ce n'est pas simple de rejoindre les
enfants, de les consulter et, quand on pense aux tout-petits, c'est un double
défi. Donc, c'est pourquoi on a permis... on
s'est permis d'émettre des éclairages et des recommandations à cet effet. On
pense que pour les... pour faciliter les stratégies
qui permettront de rejoindre les tout-petits et de les entendre, il serait
primordial de pouvoir collaborer avec les organismes qui se dédient au
bien-être des enfants de par leur mission... devraient, en fait, faire partie
des proches partenaires du Commissaire au bien-être.
On pense aussi que, pour rejoindre les familles,
les enfants et leurs familles, le commissaire doit être présent physiquement
sur l'ensemble du territoire du Québec. Là encore, une collaboration étroite
avec les organismes sera bénéfique au mandat du commissaire parce qu'ils sont
tous déjà très impliqués aux quatre coins du Québec. En plus, il s'agit d'une opportunité pour joindre les
familles que les réseaux étatiques n'arrivent pas à rejoindre, pour
plusieurs raisons que je pourrai détailler dans les... la période de questions.
La notion de la prévention. Donc, pour nous,
c'est important d'apporter cette notion-là. Peu importe le domaine, on le sait,
que prévenir est toujours une meilleure alternative que de guérir, hein? On
pense que... dans le mandat du commissaire
au bien-être, on constate qu'il y a plusieurs... plusieurs aspects de son
mandat qui portent sur la prévention, d'autres qui sont d'action
peut-être un peu plus curative. Donc, pour nous, par exemple, au niveau de la prévention, on voit bien que de produire un bilan
annuel va permettre un regard préventif, de faire de la promotion des droits, de consulter les enfants sur les
différents sujets, des enjeux de notre société, notamment, sont des belles
actions, des bonnes actions de prévention.
On considère, par contre, que... pas par contre, mais on considère qu'au niveau
du... des actions plus curatives, la responsabilité d'effectuer une veille des
décès des enfants lui prendra beaucoup de temps. Le devoir d'enquêter sur les
plaintes qu'il reçoit ou sur des problématiques systémiques sont aussi plus
dans la direction d'actions curatives.
En fait, on
veut apporter une crainte qui concerne, notamment, la place que sera capable de
prendre la prévention face au curatif dans son mandat. On le voit
partout, quand un même organisme doit éteindre des feux et les prévenir, il
finit souvent par prendre toute l'énergie disponible pour les éteindre et
n'arrive plus à les prévenir. On est dans cette perspective-là. Donc, nous pensons
qu'il faut préciser et rendre très concret le rôle de prévention que doit jouer
le commissaire, notamment dans les visées de ses enquêtes et dans les
thématiques de ses rapports. En somme, le commissaire doit permettre d'inverser
la tendance générale et mettre de l'avant la prévention dans l'ensemble de ses
services aux enfants et leurs familles, comme faisait appel le rapport de la
commission Laurent, notamment.
L'importance de considérer les parents. Il y a
un fort consensus, au Québec, du fait que le parent, c'est le premier éducateur
de son enfant. Aussi, on sait que le noyau familial fait une différence dans le
développement des tout-petits. Pour les
tout-petits 0-5 ans comme pour les jeunes enfants, le mandat du commissaire
implique implicitement les parents.
Par exemple, pour faire un bilan du bien-être des enfants au Québec, nous, au
collectif, on pense qu'il faut aussi prendre en compte le bien-être de
leurs parents, c'est indissociable. Aussi, lorsqu'il est question qu'un enfant porte plainte parce qu'il pense que ses parents ne
sont pas... il pense que ses droits ne sont pas respectés, pour les plus
jeunes d'entre eux, donc les plus petits, il
est probablement... en fait, il est beaucoup plus probable que ce sera le
parent qui portera plainte au Commissaire et
non pas l'enfant lui-même. Ainsi, le collectif est d'avis qu'il serait
judicieux de réfléchir à la place des
parents dans le mandat du commissaire. On pourrait encadrer leur prise en
compte, leur participation et veiller à l'accessibilité du commissaire
pour eux aussi, en cohérence avec les diverses réalités familiales.
• (16 h 10) •
La notion de l'universalisme proportionné. Je
vous lis une petite définition : «L'universalisme proportionné, c'est une
approche qui vise à appliquer des principes universels tout en ajustant les
ressources et les interventions selon les besoins spécifiques de différents
groupes ou individus pour assurer l'équité.» On accueille vraiment très favorablement le fait que le Commissaire au
bien-être ait à prendre en compte tous les enfants plutôt que seulement
ceux ayant... ayant eu ou étant en trajectoire de service de protection de la
jeunesse. Cela correspond bien à l'idée de la prévention dont on a parlé plus
haut. Cependant, suivant cette même logique de prévention et de l'idée de
l'équité, il ne faut
pas que sa mission générale à l'égard de tous les enfants l'empêche de se
pencher plus spécifiquement sur certains groupes que l'on sait plus vulnérables que d'autres. On va plus en
détail dans le mémoire, mais on pense principalement aux... aux minorités religieuses, culturelles,
linguistiques, aux enfants ayant besoin de soutien particulier, aux
ménages à faibles revenus, aux quartiers défavorisés et aux enjeux de
disparités régionales.
Pour
conclure, je voudrais simplement apporter un petit mot concernant le
commissaire adjoint pour les enfants autochtones. Le collectif, de par
sa nature intersectorielle, compte des membres et certains réseaux des
Premières Nations au sein de son membership,
et, pour nous, c'est important de spécifier qu'on sait qu'ils seront en
commission parlementaire demain matin, je
pense, et qu'ils seront, bien sûr, les plus... les mieux placés pour apporter
leurs propres préoccupations. On sait aussi qu'ils ont été critiques
lors de la sortie du projet de loi. On veut simplement apporter, pour notre
part, l'importance de l'autodétermination lorsqu'il est question de la petite
enfance et de la famille pour les Premières Nations.
On va aussi dans une recommandation de
minimalement, pour le présent projet de loi... Nous pensons que la
recommandation 1.1.2.2 de la commission Laurent devrait être respectée, et
je vous la lis, donc : «Donner une voix aux
enfants autochtones en nommant un commissaire adjoint destiné aux enfants et
aux jeunes autochtones, et qui serait nommé selon les mêmes modalités
que le commissaire, suite aux suggestions des autorités» des Premières Nations.
Merci beaucoup. Je serai heureuse de répondre à
vos questions.
Le
Président (M. Provençal)
: Alors, merci beaucoup,
Mme Bonneville, pour votre présentation. M. le ministre, on débute.
M. Carmant : Merci. Merci,
Mme Bonneville, pour votre présentation, vous qui, actuellement, êtes,
comme vous l'avez mentionné, là, le porte-voix de nos jeunes et de leurs familles.
Qu'est-ce que... quelles sont les priorités,
selon vous, à améliorer au niveau de la prévention?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : Merci
pour la question, c'est une excellente question. Lorsqu'on pense à la
prévention dans une perspective ou à travers le prisme du 0-5 ans, pour le
Collectif Petite Enfance, on pense à travailler même en amont de la trajectoire
de services dans laquelle peuvent s'inscrire certains enfants. Donc, comment
peut-on améliorer la... les différentes trajectoires qu'un enfant, un
tout-petit, pourra prendre pour éviter qu'il
puisse et ait besoin de se rendre dans une trajectoire de services plus
étatique? Donc, on pense plutôt à observer les facteurs de risque, les
facteurs de protection qui sont déjà identifiés autour de l'enfant et de...
Pour le commissaire, ce serait un bon moyen de pouvoir identifier des
recommandations sur l'amélioration de... des systèmes qui vont faire que le
tout-petit ne se rende pas ou les enfants ne se rendent pas dans des
trajectoires plus officielles, donc, de travailler à quelques pas... On fait
quelques pas de reculons pour éviter d'arriver dans une trajectoire plus
formelle.
M.
Carmant : Puis, actuellement, quel serait le... parce que
j'y travaille depuis cinq ans, là, quel serait le principal obstacle pour réussir cet objectif de... tu sais,
d'agir avant qu'il rentre dans la... dans le réseau, quoi, dans le réseau
public, là?
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : Bien sûr, c'est une grande question. Je sais que
vous y travaillez très fort. Ce qui
est clair, c'est que plusieurs enfants... bien, en fait, la majorité des
enfants gravitent dans différents milieux et se développent dans
différents milieux de vie, et ces milieux de vie, en fait, se traduisent par
des organisations et des réseaux qui sont complémentaires aux réseaux plus
formels. Donc, les réseaux des organismes communautaires, des organismes en
périnatalité vont devenir des alliés extrêmement importants à considérer dans
l'équation lorsqu'il est question d'agir en
prévention, donc, dans un même pied d'égalité, puis c'est sûr que la
collaboration officielle devient un levier extrêmement important et
extrêmement intéressant à explorer lorsqu'il est question de saisir les
opportunités en amont de l'entrée dans ces trajectoires un peu plus
officielles.
M. Carmant : OK, très, très
intéressant. Puis comment vous qualifierez actuellement le partenariat ou la collaboration entre le réseau public et les
organismes communautaires? Là, on vient de lancer un projet avec le
réseau de périnatalité, avec les maisons bleues. Mais, ce... à ma grande
surprise, plusieurs de nos hôpitaux ne connaissaient pas ces ressources-là, là.
Donc, tu sais, comment vous qualifiez la collaboration actuellement, puis
comment on peut l'améliorer? Quel mandat vous donneriez au commissaire pour ça,
pour améliorer les choses?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : C'est
effectivement aussi une bonne question. Je ne suis pas l'experte de l'ensemble
de la qualité des collaborations entre les différents réseaux. Cela dit, j'ai
quand même cette collaboration avec les différents réseaux du collectif qui,
eux, collaborent avec les réseaux étatiques, et, sans pouvoir avoir, là, fait
le travail en profondeur, assurément que — et ça, je pense qu'on l'a
déposé dans quelques mémoires, même au
collectif — de
développer des cadres de collaboration plus officiels entre ces réseaux est
encore manquant dans l'équation, de
façon plus transversale, pour les organisations des différents réseaux. Bien
sûr que c'est... La complexité... Dans l'ensemble de votre discussion
que vous avez eue avec les différents groupes, comment on ne se dédouble pas,
comment on peut s'assurer de développer des passerelles, c'est une question
qu'on doit constamment réinvestir et réintégrer. Mais assurément que pour ce
qui est de la collaboration entre les différents réseaux, certainement que des
mécanismes officiels peuvent être réfléchis pour qu'on puisse favoriser la
transversalité et l'aller-retour de la collaboration.
En fait, c'est plus là où les enjeux continuent à persister, et je pense qu'il
y a une volonté d'amélioration continue, mais c'est sûr que ça pourrait
faciliter, et on l'émet dans une des recommandations du mémoire.
M. Carmant : C'est
ça, parce que même, à un moment donné, vous parlez... puis c'est ça qui m'avait
un peu attiré l'attention, vous avez parlé
de faciliter l'accès direct et physique au commissaire, donc ouvrir... Tu sais,
nous, on pensait l'envoyer peut-être
dans les écoles ou dans... tu sais, dans des différents lieux, là, mais, même
dans les organismes communautaires, il devrait... Est-ce que c'est à ça
que vous pensiez quand vous avez...
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : Assurément
que dans les différentes régions du Québec, il y a déjà des réseaux de collaboration qui sont établis, des
organisations communautaires qui sont communautaires, de la société
civile, en périnatalité, donc de
différents... dans différentes missions entourant les enfants, qui sont déjà en
contact direct avec les tout-petits, donc ils sont très bien informés de
leur bien-être, des ressources qui sont disponibles sur le territoire donné et qui contribuent à leur bien-être de façon
proximale. Donc, je ne pourrais pas émettre une recommandation précise sur comment avoir un lieu physique par territoire.
Cela dit, je vois bien des opportunités, de par la mobilisation qui est déjà palpable et réelle dans les différents
territoires du Québec, pour réfléchir cette question-là avec eux. Je pense
que c'est plus à eux de pouvoir ramener leur savoir, de comment ils peuvent...
et comment ils sont organisés par région.
M.
Carmant : Parfait. Et une chose qui m'intéresse aussi,
c'est... comment vous verriez un genre de formalisation de ces
ententes-là? Est-ce que vous avez déjà réfléchi à ça?
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : Encore là, c'est sûr qu'au collectif, on n'est pas
des experts des rouages administratifs,
là, qui peuvent prendre place entre les différents réseaux. Cela dit, les
membres du collectif, en collaboration, peuvent réellement contribuer à
cette réflexion. Je pense que c'est réellement une possibilité, et ça
demanderait une expertise croisée de différents interlocuteurs pour bien le
réfléchir.
M. Carmant : Merci. M. le Président,
je passerais la parole...
Le Président (M. Provençal)
: Oui. Je... Excusez-moi. Mme la
députée de Marie-Victorin.
Mme
Dorismond : Bonjour. Merci d'être là. Vous parlez que vous
êtes la voix des tout-petits. J'aimerais ça vous entendre, comment vous
faites, vous, pour aller... pour entendre leur voix puis aller chercher leur
pouls, en lien avec votre coalition?
• (16 h 20) •
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : Oui, merci pour la question. C'est assurément par
les différents réseaux qu'on arrive à avoir une vue transversale des
réalités des tout-petits. Donc, par la collaboration intersectorielle, c'est sûr qu'il y a davantage de regards croisés qui
sont permis. Donc, dans l'intersectorialité, donc, des différentes
organisations, qui, elles, représentent les tout-petits, on réussit à avoir
accès à des organisations autant de façon locale, régionale et nationale, croisées, aussi, avec beaucoup du
milieu de la recherche, donc, par exemple, l'Observatoire des tout-petits,
des collaborateurs de différentes
universités aussi. Donc, on arrive à avoir une vue plurielle pour le bien-être
des tout-petits.
C'est un travail qui... qui est de tous les
instants, aussi, dans la volonté de consulter, la capacité d'établir des
mécanismes de dialogue, de communication, de représentation qui est diverse.
Donc, il y a plusieurs stratégies à mettre
en place, et c'est pourquoi, la... dans le projet de loi qu'on voit et le
mandat du commissaire au bien-être, il y a davantage de leviers qu'on
pense, dans la société, qui existent déjà, qui peuvent être mis à la
contribution de ce commissaire-là pour
arriver à connecter avec les organisations qui, elles, sont, à tous les jours,
auprès des tout-petits, les organismes communautaires Famille, les
centres de la petite enfance, les haltes-garderies, les centres de
périnatalité, les Premières Nations, donc, une transversalité d'acteurs qui
sont engagés autour des tout-petits. C'est sûr qu'on a ce privilège-là au Québec, et je pense vraiment que
de... plusieurs stratégies pour le commissaire, on pourrait en dégager
quelques-unes pour l'aider à chercher cette voix-là. Merci.
Mme Dorismond : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: M. le ministre.
M.
Carmant : Au niveau de... je réfléchis... oui, vous aviez
une... vous avez mentionné une inquiétude, puis je la partageais avec vous aussi. On va dans le détail
de votre document, parce que je pense que le reste était, quand même,
très clair, là. Vous aviez partagé une
inquiétude par rapport au rôle, là, de surveillance des décès. J'ai posé la
question à certains qui disaient qu'en fait, on n'allait pas assez loin
dans le projet de loi. Eux, ils m'ont dit que ce ne serait pas une veille
active, mais plutôt un rôle de récupérer l'information des différents sites,
par exemple, l'INSPQ, le coroner, etc., et de
faire un résumé, avec une vue globale, encore une fois, du nombre de décès et
des causes de décès chez les enfants. Est-ce que vous seriez à l'aise
avec ce rôle, quand même, moins prenant, comme vous dites, là? Parce que moi
aussi, au début, j'étais inquiet, je me dis, bon, s'il faut comptabiliser tous
les décès au Québec, ils ne feront que ça, là. Mais ça, est-ce que vous verriez
une... que c'est plausible, avec tout le reste qu'il lui reste à faire?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : En
fait, merci pour cette question. Assurément que le collectif, on ne s'est pas
penché de façon précise sur cette tâche dans le mandat, parce que ce n'est pas
du tout dans notre expertise.
Cela dit, ce
qu'on... ce que je peux réitérer, c'est que, d'une part, les résultats... donc,
j'entendais même, ce matin, là, les anciens commissaires de la
commission qui disaient : On ne sait pas de quoi décèdent les enfants.
Dans une perspective de prévention, d'avoir accès aux
informations pourront nous permettre et permettre au commissaire par la suite d'émettre des recommandations en matière
de prévention pour prévenir les orientations de... qu'est-ce qui peut...
qu'est-ce qui se produit, qu'est-ce qui sont les causes de ces décès-là. Donc,
assurément, je ne peux pas répondre à la question
par rapport à l'ampleur de sa tâche, de ce qui est décrit dans le projet de
loi, mais assurément que ce sera des informations
pertinentes et précieuses pour ensuite renverser la vapeur pour agir en
prévention. Ce qui est préoccupant, et, tu sais, je pense que je peux le
répéter, c'est vraiment le fait que, si cette tâche est colossale, le
commissaire ait les moyens d'avoir tout autant d'effort au niveau de ce qui est
préventif, à la hauteur de l'effort qu'il mettra à veiller sur les raisons des
décès, donc qu'on puisse être dans un équilibre des capacités de ce... de ce
mandat-là pour qu'on puisse agir sur les deux fronts en même temps.
M. Carmant : D'accord, merci. Mais
je pense que si on...
Le Président (M. Provençal)
: ...allez-y, mais après ça j'ai une
députée qui va...
M.
Carmant : Ah! D'accord, mais je pense que, comme je vous
dis, si c'est un rôle de recueillir l'information que d'autres suivent, je pense que c'est plus
jouable. Mais évidemment, il y a... on va parler un peu quand même, si
on a du temps, de l'enjeu des Premières
Nations et Inuits. Ce qu'il faut savoir, c'est que... ça, je l'ai mentionné
plus tôt aujourd'hui, en ce qui a trait au comité consultatif des jeunes
des Premières Nations et Inuits, on était à l'aise avec le fait d'aller de
l'avant, mais c'est plutôt les groupes que l'on a rencontrés, des Premières
Nations, Inuits qui nous ont demandé de ne
pas l'inclure. Donc, on va attendre de discuter avec eux par rapport à ça. Mais
en général, tu sais, nous, dans le...
dans la nouvelle Loi sur la protection de la jeunesse, dans le... dans le
préambule, on nomme clairement qu'on... que ce sont... les Premières
Nations, Inuits sont les mieux placés pour prendre soin de leurs enfants. Et on
veut quand même s'assurer qu'ils soient
complètement inclus dans le processus du commissaire associé. Mais comment vous
voyez le... la détermination entre les 11 nations et les 40 et plus
communautés? Est-ce qu'on va être capable de cerner un individu qui... qui fera
l'unanimité?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : Merci
pour la question. Effectivement que les Premières Nations ont émis leurs
préoccupations à la sortie du projet de loi. Et assurément qu'ils seront les
mieux placés pour réfléchir ces questions-là.
Et je... je suis persuadée qu'ils ont potentiellement des propositions
intéressantes à faire en cette matière, ce que je ne détiens pas comme
information. Vraiment, c'est... dans ce que nous, on réitère, c'est vraiment
l'importance de l'autodétermination en matière d'action pour les tout-petits,
les enfants et les familles pour les Premières Nations. Et je pense qu'à la présentation, demain, de l'Assemblée nationale... à
l'Assemblée nationale, je pense qu'ils pourront éclairer vos lumières par
rapport à ça. Parce que ce n'est pas des... des informations que moi-même, je
détiens, mais je sais qu'ils se sont bien penchés sur la question.
M. Carmant : OK, merci.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Laporte.
Mme Poulet : ...
Le Président (M. Provençal)
: 2 min 30 s.
Mme
Poulet : 2 min 30 s. Merci de votre
présence, madame. Mme Laurent mentionnait, tantôt, il a été
question de mécanismes d'accréditation, comme quoi qu'il n'y aurait aucune base
juridique pour guider l'avocat qui doit seul décider
si l'enfant a la capacité ou est en mesure de lui donner des directives en lien
avec la situation qui l'emmène dans le
dossier. J'aimerais savoir, vous qui faites partie de différents réseaux, que
vous collaborez avec d'une façon intersectorielle, quelle est votre
opinion par rapport à des mécanismes d'accréditation, des formations pour les
avocats?
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : Merci de la question. C'est une très bonne
question à laquelle le collectif ne s'est pas penché du tout. Et je ne
serais pas en mesure de répondre de façon vraiment précise à votre question. Une chose est certaine, dans la collaboration
entre les différents réseaux, il y a certainement des mécanismes à
intégrer pour qu'on puisse être dans une réelle collaboration. Mais par rapport
à l'accréditation, ce n'est pas un champ d'expertise que je... que je maîtrise,
je vous avoue.
Mme Poulet : Non, mais je pensais
que peut-être que ça aurait été discuté, soulevé, vu que vous êtes dans un...
dans différents réseaux. Alors, c'était le but de ma question, là, savoir si
vous en aviez entendu parler, si l'enjeu avait été soulevé.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Non, malheureusement.
Mme Poulet : OK. Bien, merci, je
n'ai pas d'autre question.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Merci.
M. Carmant : ...faire
plaisir. Agir tôt, est-ce que c'est... comment... qu'est-ce que vous en pensez?
Au niveau de la prévention et comment l'optimiser?
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : C'est une très bonne question, oh!
attendez.
M. Carmant : Quand
même.
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : C'est audacieux, effectivement. C'est
une bonne question. C'est sûr que j'ai
difficilement la capacité de faire des liens autres que ceux de dire que, quand
on pense au mandat du Commissaire au bien-être dans une action de
prévention, bien sûr que le programme Agir tôt fait partie de la trajectoire
possible pour un tout-petit, pour un enfant, en collaboration avec les autres
réseaux, pour qu'on puisse vraiment capter très tôt qu'est-ce qui se passe chez
un tout-petit. On le sait que, pour les tout-petits, la période de
développement, elle est phénoménale, du 0-5 ans, elle ne reviendra pas non
plus. Donc, bien sûr d'arrimer les efforts de la société civile, donc dans des différents réseaux, au programme
Agir tôt, assurément qu'il y a des pas de géant de fait, il y en a
d'autres à faire. Et pour ce qui est du Commissaire
au bien-être, bien sûr que c'est un lien, c'est un lien qui est important à
maintenir dans le... dans le référencement possible, là, mais je ne
pourrais pas aller plus loin dans cette réflexion en ce moment.
M. Carmant : Merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Nous
allons poursuivre avec Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau :
Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Bonneville, merci d'être ici.
D'entrée de jeu, je sais que vous avez mentionné que les groupes de Premières
Nations, les Inuits, et tout ça, vont venir témoigner et rendre leurs commentaires concernant le projet de loi.
Mais j'ai vu, dans votre mémoire, qu'il y a quand même une préoccupation
du collectif à ce sujet, au niveau de l'autodétermination des peuples
autochtones. Et vous le voyez comme étant une priorité, le collectif, que c'est
un enjeu très important pour vous?
• (16 h 30) •
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : Dans la composition intersectorielle du
collectif, bien sûr que les priorités sont
nombreuses. Celles des Premières Nations font partie, bien sûr, du porte-voix
qu'on occupe. Donc, bien sûr que ce sont des actions qu'eux portent, et
nous, on est en collaboration sur cette question là. C'est davantage pour le
bien être des tout-petits où on se préoccupe, où on doit s'assurer d'être dans
les meilleures collaborations pour ces tout petits là. Donc, c'est comme...
c'est cette lecture-là qui s'est... que l'on a au collectif.
Mme Garceau :
Est-ce que le collectif a des
propositions, des mesures concrètes à nous transmettre concernant la
nomination du commissaire dédié aux enfants, au bien-être et aux enfants
autochtones, et comment rencontrer les besoins des enfants autochtones? Est-ce
que le collectif a des propositions à faire?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : Merci
pour la question. En fait, le collectif n'aura pas de recommandations
précises à ce niveau. Considérant la volonté, l'expertise précise et la
connaissance de leur propre communauté, les Premières Nations sont les mieux
placées et, je crois, les seules à pouvoir émettre ce genre de recommandations.
Concernant votre question, bien sûr qu'on
est... qu'on sera à l'écoute de leurs recommandations, mais je... le collectif
ne pourra pas... et n'en émettra pas, en fait.
Mme Garceau :
Très bien, compris. En ce qui a trait... Vous avez, à quelques reprises,
parlé de la nécessité d'avoir une représentation... que les enfants vont avoir
une représentation régionale, que ça soit des bureaux de commissaires dans
toutes les régions du Québec. Est-ce que c'est ça, le souhait du collectif, et
même de le mettre dans le projet de loi, de l'intégrer, qu'il va avoir des
bureaux dans les 17 régions du Québec?
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : En fait, le collectif souhaite surtout
mettre en lumière des éléments qui sont disponibles et des préoccupations, mais
on n'a pas, en fait, la volonté d'émettre des amendements précis par rapport au
commissaire. Ce qu'on observe, c'est que, par rapport à l'accès aux enfants,
les différentes dynamiques du territoire québécois et les expertises plurielles
qui s'y retrouvent nous amènent à la... en fait, l'émission de cette recommandation de les considérer dans l'équation
comme étant des collaborateurs très importants pour le commissaire. Donc, les organisations des différentes régions
connaissent bien les dynamiques familiales, connaissent bien les besoins
des enfants, savent comment les rejoindre. Notamment, on sait, là, que
certaines familles sont moins rejointes par les réseaux étatiques, donc comment
allons-nous faire si on n'a pas d'accès sur les différents territoires pour ce commissaire et comment ces enfants-là pourront
trouver l'accès au commissaire s'ils ne se trouvent pas dans l'ensemble
des régions du Québec? Donc, on... c'est
très bien documenté, là, l'impact de la mobilisation par territoire, les
stratégies sont différentes, les
ressources sont différentes selon la dimension des territoires et des
populations, donc c'est plus un élément de réflexion qu'on voulait amener à votre attention en disant : On
n'est pas les experts pour réfléchir à comment ça pourrait s'inscrire
dans un amendement, mais de le considérer comme un des leviers importants de
notre société mais aussi des enjeux que ça pourrait générer de ne pas le
considérer, pour donner cet accès-là à tous les enfants au Québec.
Mme Garceau :
Intéressant. À la page 19,
j'ai trouvé très intéressante la référence aux résultats des travaux... l'étude Esposito qui était citée dans votre
rapport et les disparités importantes dans la probabilité de votre... de
l'implication des services de la protection de la
jeunesse dans la vie des familles vivant dans les régions rurales par rapport à
celles vivant dans les régions urbaines. Vous avez fait, là... Il y avait des
constats concernant... «27 % plus d'enfants issus des régions rurales feront l'objet d'une évaluation au signalement
retenu, 29 % plus d'enfants issus des régions rurales verront leur
signalement retenu après l'évaluation et 52 % plus d'enfants issus des
régions rurales feront l'objet d'un placement.» Et vous avez mentionné, par
rapport à ce dernier élément : «Nous nous permettrons de réitérer la recommandation faite plus tôt, à savoir qu'un
engagement clarifié sur la présence du Commissaire
au bien-être et aux droits des enfants dans chaque région du Québec est
essentiel.»
Donc,
je reviens à mon point en tant que... pour bien comprendre ce que le collectif
demande de la commission : Est-ce que vous voulez que, dans le
projet de loi, nous allons spécifier, nous allons avoir des dispositions liées
à cette... pour l'inégalité régionale? Est-ce qu'il y a quelque chose
spécifique que vous aimeriez qu'on ajoute?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : En
fait, je pense que les parlementaires, vous avez cette expertise peut-être
plus précise de prendre la préoccupation que
le collectif apporte et de le mettre dans un libellé ou dans un
amendement précis. Ce qui est clair dans les
constats qui sont sortis de l'étude de M. Tonino Esposito et aussi par
l'expertise des différents réseaux du
collectif, c'est qu'il est important de le considérer, lorsqu'on réfléchit une
offre de services qui est... ou un programme
ou un service qui s'adresse à toute une population, donc, l'importance des
disparités régionales et des réalités. Et
les données démontrent qu'il y a des impacts si les services ne sont pas au
rendez-vous dans les différentes régions.
Donc, c'est une
invitation à réfléchir comment on pourrait l'inclure dans le projet de loi,
s'il a besoin d'être précisé, mais considérant ma non-expertise en matière
légale, je dirais que ce sera peut-être une rencontre entre cette préoccupation
et la capacité à le préciser dans le projet de loi.
Mme Garceau :
OK. Bonne... bonne idée, bonne réflexion. Il me reste combien...
Le Président (M.
Provençal)
: Deux
minutes.
Mme Garceau :
Ah! OK. Page 10, il y avait une référence, lors d'une conférence de
presse que le ministre... le ministre a insisté à plusieurs reprises sur l'idée
que le commissaire devait pouvoir assurer l'accès aux services de la première
ligne pour tous les enfants. Le collectif a mentionné que vous vouliez codifier
de manière beaucoup plus explicite dans le projet de loi cet accès aux services
de première ligne. Est-ce que c'est ça que vous demandez?
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : En fait, on précise que l'important...
l'importance de permettre aux enfants
d'avoir accès à des services de façon plus formelle dans une action de
prévention. Donc, c'est ce qu'on... c'est ce qu'on propose dans le mémoire, c'est de permettre... d'avoir... pour que
ce commissaire ait plus de possibilités, d'intégrer les différentes
trajectoires, les différents réseaux de première ligne en réelle prévention
pour les enfants.
Mme Garceau :
Et que ce soit intégré dans le projet de loi?
Mme Bouchard-Bonneville
(Elise) : Oui.
Mme Garceau :
Parfait. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Provençal)
: M. le
député. Alors, M. le député?
M.
Cliche-Rivard : Oui, merci beaucoup. Merci pour votre excellente
présentation.
Je vais aller vite.
Au deuxième point, deuxième recommandation, vous parlez d'établir des ententes
avec des organisations de la société civile
et évidemment le commissaire. J'imagine, c'est un travail important, là, qui
toucherait différents organismes. Ça va être nécessairement lié ou ce serait
lié à une enveloppe de financement, j'imagine? Ce ne serait certainement pas
d'une manière bénévole, sur le peu de temps que vous avez. Est-ce que je me
trompe ou...
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : C'est une excellente question à laquelle
on ne s'est pas... on n'a pas été jusque-là
dans notre réflexion, en fait. Au collectif, ce n'est pas... c'est à chacun des
réseaux de réfléchir leurs moyens de collaboration. Donc, ce sera... ce
serait certainement à explorer avec les différentes organisations avec
lesquelles la collaboration serait possible.
Cela dit, ce qui est
important dans la collaboration entre les différents réseaux, c'est davantage
de préciser quelles sont les attentes de
collaboration, quels sont les moyens attendus et comment, de façon... de façon
transversale, les organisations pourraient collaborer. Mais on n'est pas allés
jusqu'à cette réflexion très intéressante.
M.
Cliche-Rivard : OK, donc, tout dépendant de ce qui est demandé, d'une
certaine façon, mais ce sera aux organismes individuellement de prendre leurs
décisions.
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : Tout à fait.
M.
Cliche-Rivard : Vous parlez de rendre plus explicite le rôle que doit
jouer le commissaire dans la prévention et la promotion de la prévention. En
termes de projet de loi, là, ou en termes du libellé, qu'est-ce que vous voulez
dire, concrètement? Comment on peut rendre ça plus explicite?
Mme Bouchard-Bonneville
(Elise) : En fait, comme je le mentionnais tout à l'heure, les
préoccupations du collectif est de les apporter jusque dans le projet de loi et
dans la consultation d'aujourd'hui. C'est de considérer ces éléments comme étant probants sur l'action que...
les actions que le commissaire pourrait faire pour rejoindre les
enfants, les tout petits, 0-5 ans. Cela dit, dans ce qui est de la...
comment le libeller dans le projet de loi, ce n'est pas là où on a cette expertise. Donc, on était... on était
vraiment dans cette volonté d'apporter ces préoccupations et de voir
comment vos expertises, peut-être, peuvent se croiser à nos préoccupations.
M. Cliche-Rivard : OK. Donc... Parce
que là, à la lecture première, puisque c'est ce que vous commentez, là, vous sembliez inquiètes, inquiets que ça ne
soit potentiellement pas ça qui soit le rôle explicite, central, puis que
le mandat puisse être dévié. C'est ce que vous... c'est ce que vous aviez lu?
• (16 h 40) •
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : On était préoccupé de l'interprétation possible
que la place de la prévention pourrait
prendre ou pas dans le mandat. Mais c'est surtout parce que l'histoire nous l'a
souvent raconté, que... et l'analogie d'éteindre
un feu et de le prévenir en même temps, comment on fait pour s'assurer qu'on a
tout l'équipement possible pour et
agir en amont et l'éteindre en même temps? C'est là où c'est potentiellement
dans l'étude du projet de loi, dans... par amendement que ce sera
possible d'aller le préciser. Mais donc, c'était plus d'apporter cette
préoccupation-là, considérant que c'est
souvent l'enjeu dans tous les réseaux, dans tous les systèmes, qu'on doit
éteindre le feu et qu'on n'est plus capables de s'assurer qu'on le
prévient. Donc, c'était plus une préoccupation qu'on apportait en se disant
qu'on allait potentiellement vous entendre sur comment bien l'intégrer, ou
peut-être qu'il se retrouve déjà là, mais notre préoccupation, c'est de... par
rapport aux tout petits.
M. Cliche-Rivard : De le souligner.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : Oui,
surtout, oui, tout à fait, parce que...
M. Cliche-Rivard : Bien, un grand
merci pour votre temps. Merci beaucoup.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci, Mme Bonneville, pour la présentation, pour les
réflexions que vous amenez aussi.
En fait, vous allez nous faire travailler pas
mal, dans la mesure où vos préoccupations sont claires. Comment est-ce qu'on
peut les traduire dans un texte législatif, ce sera quand même à considérer,
est-ce que c'est déjà présent, est-ce que ça l'est suffisamment.
Je trouve ça fort intéressant que vous nous
rameniez certaines données, là, sur les études que vous faites valoir sur, par exemple, le fait qu'il faut
regarder l'enfance plutôt que... l'enfance dans toutes ses dimensions plutôt
que les enfants individuellement, je pense que c'est une réflexion qui est
intéressante. Je vous poserais un peu la même question : Est-ce que vous
avez une idée comment on peut faire ça? Je sais que vous voulez nous faire
travailler, vous allez probablement répondre
la même chose — c'est
à vous de le mettre dans un libellé légal — mais quand même.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : Effectivement
que la réflexion par rapport à répondre aux besoins de chacun, bien sûr, dans les propositions ou dans les réflexions puis les
préoccupations qu'on apporte, il y a quand même des moyens qui sont déjà disponibles dans la société pour y réfléchir de
façon efficace, il y a des... il y a des grands projets, il y a des... il y a des organisations qui se
penchent sur ces questions-là. Donc, en fait, je crois qu'il y a plusieurs
réponses qui se trouvent à l'intérieur de
notre société, mais que je ne pourrais pas vous les traduire en langage légal,
malheureusement, parce que ce n'est pas là où j'ai mon expertise.
M.
Arseneau : Je voudrais aussi, en tout cas, faire valoir la
portion de votre mémoire sur l'attention particulière à apporter à certains
groupes, là, agir selon les principes d'égalité et de l'équité, là, en fait,
surtout de l'équité, ce que je comprends, notamment, là. Bon, la question des
ménages à faible revenu, des quartiers défavorisés, tout ça, ont de quoi faire
réfléchir, nous dites-vous à la page 18. C'est... c'est réussi, ça nous
fait réfléchir aussi. Et notamment les inégalités
régionales, vous parlez de différentes régions, là. Votre préoccupation à cet
égard, est-ce que c'est qu'on ait une organisation
qui soit centralisée, qui soit plutôt bureaucratique, puis qui soit moins sur
le terrain? Je voudrais comprendre la
nature précise de votre préoccupation à cet égard-là des inégalités régionales
dans le service qui pourrait être offert.
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : Oui, merci pour la question. La préoccupation par
rapport aux disparités régionales, elle... elle se recoupe à travers, en
fait, l'ensemble des données qu'on présentait aussi dans le mémoire, où on va
un peu plus loin, du fait qu'on sait pertinemment que les enfants, et les
tout-petits particulièrement, sont très impactés dans les... par les milieux où
ils se développent. Donc, ils ont besoin d'avoir accès à plusieurs milieux,
milieux de vie, plusieurs ressources pour permettre leur plein développement et
permettre qu'on puisse vraiment agir de façon rapide sur les problématiques qui
se présentent dans cette période et cette vitrine tellement précieuse de la
petite enfance.
Et lorsqu'on pense aux
disparités régionales, bien, on se dit qu'on voit bien que certaines régions
ont moins accès à des services, ont des territoires plus éloignés. Et la
collaboration et l'accès à ces familles ou aux services est un enjeu assez important. Donc, pour nous, c'est
une préoccupation qu'on voulait apporter à votre attention parce que ce commissaire, comme il aura un mandat de rejoindre
tous les enfants, on voudrait assurément penser à certaines régions qui, par certaines données, démontrent des
vulnérabilités qui sont plus importantes. Donc, de ne pas oublier de peut-être
permettre à ce commissaire de donner un effort plus accentué selon les enjeux
territoriaux qui peuvent se présenter.
M.
Arseneau : Donc, je comprends que la fracture est déjà
observable. Maintenant, au commissaire d'essayer de travailler à la
résorber un tant soit peu, ou complètement, idéalement.
Mme
Bouchard-Bonneville (Elise) : De réfléchir à des stratégies pour permettre de
répondre à ça, oui, effectivement.
M. Arseneau : Merci. Je sais que mon
temps est écoulé. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Mme Bonneville, pour votre
contribution, votre présence à nos travaux.
Maintenant,
je vais suspendre ces derniers pour permettre au prochain groupe de prendre
place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 46)
(Reprise à 16 h 50
)
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Alors, nous poursuivons nos
travaux. Je souhaite la bienvenue à M. Camil Bouchard et M. Dominique
Goubau. Je vous rappelle, 10 minutes de présentation et on poursuit nos
échanges. Merci. Je vous cède la parole.
MM. Camil Bouchard
et Dominique Goubau
M.
Bouchard (Camil) : Alors merci, M. le Président. Nous vous remercions
de nous accueillir à cette séance. Vous avez des bonnes journées, on le
sait, alors on tentera d'être le plus clair possible.
Alors, on
salue d'emblée la création du poste de Commissaire
au bien-être et aux droits des enfants.
Cependant, nous constatons qu'il manque au projet de loi n° 37 un
volet qui serait nommé, affirmé, explicite, incontournable, de prévention. Et nous constatons un mutisme aussi,
un mutisme étonnant en ce qui a trait à la maltraitance envers les
enfants.
Le mot clé du projet de loi serait, selon
nous : prévention, prévention, prévention. Vous allez me répondre que c'est implicitement partout dans le projet de
loi, mais ce qui n'est pas nommé n'existe pas dans une loi. La référence
à la prévention est plus... est plus que discrète selon nous dans le projet.
Elle se manifeste une seule fois, et assez timidement, dans les considérants,
qui fait référence à la volonté de l'État plutôt qu'à son obligation d'avoir
une approche préventive. Nous pensons que le
projet de loi n° 37 manque ici une occasion unique de marteler cette
absolue nécessité d'un meilleur leadership en matière de prévention et de faire
un pied de nez à toutes ces incantations que l'on entend à chaque fois qu'il y
a un dérapage, une cassure, un droit lésé, un drame, on entend soudainement le
mot «prévention» alors qu'on est incapable d'identifier clairement comment, et
qui, et par qui on arrivera à assurer un meilleur système en prévention,
notamment en prévention de la maltraitance.
À cet égard,
nous proposons que le commissaire ait la responsabilité de veiller à ce que les
autorités compétentes — ici
nous nommons explicitement le directeur
national de la santé publique et les directeurs régionaux — fixent
annuellement des objectifs nationaux et régionaux en matière de bien-être des
enfants. Il y a... il y a un haut fonctionnaire du gouvernement du ministère de
la Santé qui disait jadis : Quand on ne sait pas où on s'en va, on arrive
ailleurs. Donc, qu'on ait cette préoccupation d'objectifs nationaux et régionaux
en ce qui a trait notamment à la réduction de la maltraitance avérée envers les
enfants et les jeunes, autrement le risque est grand que le commissaire porte
quasi exclusivement son attention sur les soins et les services curatifs ou de
correction en matière de protection.
Je vous rappelle, M. le Président, que la
Commission spéciale sur le droit des enfants et protection de la jeunesse a très clairement reconnu la maltraitance
envers les enfants comme un enjeu de santé publique. Les directions de santé
publique peuvent directement engager leur responsabilité à cet égard. La Loi
sur la santé publique, l'article 55, reconnaît nettement au directeur de
santé publique ce pouvoir de rassembler les services concernés lorsqu'il y a
une menace de morbidité envers un groupe dans la population et les groupes
n'ont pas le droit de refuser l'invitation. Vous lirez l'article 55, c'est
intéressant.
L'examen des
données produites par les directeurs de la protection de la jeunesse durant les
30 dernières années nous indique aussi que les taux de maltraitance
varient considérablement d'une région à l'autre ou d'une période économique à
l'autre. À notre avis, il est très clair que les directeurs de santé publique
régionaux sont les mieux placés pour orienter, accompagner les services de
prévention dans l'atteinte de leurs objectifs et le commissaire doit s'assurer
qu'ils le fassent.
Nous soulignons
également que ce projet de loi répond à une recommandation de la commission
spéciale créée suite au drame de Granby.
Il est étonnant à ce sujet que le projet de loi ne manifeste d'aucune manière
une obsession légitime et nécessaire
vis-à-vis la réduction de la maltraitance envers les enfants et les jeunes, et
que cela n'apparaisse pas clairement et
explicitement dans la commission... dans la mission du commissaire. Cherchez le
mot «maltraitance» dans le projet de loi,
là, je ne pense pas que vous puissiez le trouver. Le projet de loi ne serait
pourtant sans doute pas sur la table de cette commission, n'eût été le
drame de Granby et du constat répété ad nauseam, depuis des années, de l'augmentation constante du taux de maltraitance
avérée depuis les années 90. Prévenir la maltraitance, il ne faut pas
rater l'occasion, il ne faut vraiment pas rater l'occasion.
Enfin,
nous sentons... nous ne sentons pas dans ce projet de loi un sentiment
d'urgence à l'effet d'opérationnaliser la création de ce poste.
L'article 30 donne au commissaire cinq ans pour la production d'un rapport
sur la mise en oeuvre du présent projet de loi; on pense que deux ans seraient
assez. Les membres de cette commission ont en main les six recommandations
explicites que nous faisons en ce qui a trait à la prévention de la
maltraitance et à l'urgence de la situation. Je vous remercie. Je passe la
parole à Dominique Goubau.
M. Goubau (Dominique) : Bonjour. M. le Président,
M. le ministre, mesdames, messieurs, je me joins à mon collègue Camil Bouchard pour vous remercier de
nous recevoir aujourd'hui et nous permettre de participer à vos travaux.
Le deuxième point que
nous voulions soulever concerne également la mission du commissaire ou, de
façon plus large, le positionnement du commissaire dans le portrait général des
institutions qui sont concernées par la problématique
que vous étudiez aujourd'hui. Et nous pensons que le premier... le tout premier
considérant du préambule est tout à fait significatif et lourd de
conséquences pour votre projet considérant que le Québec s'est déclaré lié par
la convention relative aux droits de
l'enfant en 1991. On peut... cette référence est capitale, on peut en inférer
que la mission du commissaire
s'inscrit donc résolument dans le cadre des engagements internationaux du
Québec et, plus précisément, dans le cadre de la Convention
internationale sur les droits de l'enfant.
Or,
cette convention, elle est assez particulière, elle est assez remarquable, non
seulement parce qu'elle concerne les
droits civils et politiques des enfants, mais également dans un même instrument
les droits sociaux et économiques, ce qui est tout à fait exceptionnel
sur le plan des conventions internationales. Elle est particulière aussi parce
qu'elle vise non seulement ces droits tellement importants qui vous occupent
aujourd'hui, de la... du droit des enfants à la protection, du droit des enfants
à ce qu'on appelle les prestations, mais disons la prévention, mais il y a
également le droit de participation consacré
par la convention au même niveau que les droits à la protection. Alors, si la
protection des enfants et les mesures
de prévention sont évidemment hyperimportantes et doivent être au coeur de la
mission du commissaire, il reste que
c'est... le droit à la participation, les droits d'autonomie des jeunes est
également primordial, et on retrouve cette notion dans le projet de loi
à l'article 5, qui concerne la mission du commissaire. Au point 8, on
dit bien que le commissaire doit former un
comité consultatif composé d'enfants et de jeunes adultes afin d'obtenir leur
avis sur les questions qui concernent les matières qui relèvent de sa compétence.
Le projet de loi va
même plus loin puisqu'il invite le commissaire à prendre en considération et à
mettre en place les moyens pour recueillir les préoccupations des jeunes pour
tout ce qui concerne des enjeux de société qui les concernent. Et, en ce sens,
le projet de loi est dans la droite ligne de la Convention internationale sur
les droits de l'enfant. Et je pense qu'il est important, donc, de souligner
qu'au-delà des droits à la protection et à la prévention, qui sont capitaux,
évidemment, il y a toutes sortes d'autres droits, il y a toutes sortes d'autres
domaines que celui de la simple protection, d'éviter que des enfants soient en
situation de compromission. Il y a tous les autres, il y a, je ne sais pas, 1,5 ou 1,6 million d'enfants au Québec
qui sont concernés par l'enseignement, par les loisirs, par les rapports
familiaux, par le droit à la santé physique,
mentale, par la participation démocratique — songez par exemple au débat sur l'éventuel vote des jeunes à 16 ans plutôt
qu'à 18 ans. Tout cela sont des sujets qui préoccupent les jeunes et qui
font, je pense, éminemment partie de ce que le projet de loi appelle les enjeux
de société dont peut se saisir et, à mon avis, dont doit... devra se saisir le
commissaire. Et par conséquent...
Et
j'ajoute un dernier point, la convention internationale prévoit en son
article 42 que les États parties — c'est
une obligation du Québec sur le plan
international — les
États parties s'engagent à faire largement connaître les principes et
les dispositions de la présente convention par des moyens actifs et appropriés.
On retrouve cette obligation en filigrane dans l'article 5 du projet, au
paragraphe 4°, lorsqu'il est énoncé que le commissaire devra informer le
public au sujet du bien-être et des droits des enfants et des sensibilités aux
questions qui s'y rapportent, etc., mais tout cela nous paraît trop en
filigrane. Et donc ce rôle du commissaire devrait être un rôle, à notre avis,
décrit de façon plus explicitement comme un rôle qui dépasse le seul domaine de
la protection et de la prévention des situations qui permettrait de réduire le
nombre de cas d'enfants en situation de compromission. Et il y a tous les
autres, il y a tous les autres cas et je pense que nous avons ici, au Québec,
une occasion unique de reprendre un petit peu le «lead» que nous avons eu
pendant des années et des années en droits de l'enfance. Vous savez, d'un point
de vue international, le Québec est désigné comme une des juridictions les plus
à l'avant-garde pour ce qui est de la reconnaissance des droits de l'enfant. Par exemple, le droit de
l'enfant de s'exprimer devant les tribunaux, ça fait 30 ans qu'on
l'affirme ici et la plupart des pays
qui nous ressemblent étaient un petit peu à la traîne. Mais là, sur cette
question d'un ombudsman ou un commissaire
qui aurait pour mission de veiller au respect des droits auxquels le Québec
s'est internationalement engagé, je pense
qu'il était temps. Et j'applaudis, nous applaudissons, donc, l'idée d'un tel
organisme, mais nous pensons que la mission devrait être décrite de
façon plus large que ce qui est actuellement décrit, donc on a fait des
propositions plus concrètes que vous verrez dans les recommandations exprimées
dans le... à la fin de notre rapport. Je vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Le temps
de votre présentation étant écoulé, je vais demander à M. le ministre de
commencer les échanges.
• (17 heures) •
M. Carmant : Bien, je vous remercie
tous les deux, MM. Bouchard et Goubau. Moi, je penche plus de votre côté,
mais j'imagine que... Moi, je vois plus un rôle plus large, puis laissez-moi
m'expliquer. Moi, je pense que la prévention, c'est vraiment central à ce poste-là et, justement, j'aurais
peut-être un malaise à nommer une cause spécifique comme prédominance
sur tous les autres enjeux que vivent nos enfants. Et je suis d'accord que
c'est la maltraitance qui a fait débouler tout ça et qui nous amène là, mais,
tu sais, ça... la députée de Robert-Baldwin pourrait nous parler de violence conjugale, moi, je pourrais vous
parler... moi, je pense qu'un gros fléau de la société ici, c'est les abus
sexuels intrafamiliaux qui détruisent les familles. Donc, tu sais, il y a
plusieurs causes que l'on pourrait parler puis mettre de l'avant. Donc, moi, je
pense que c'est... Le rôle du commissaire est vraiment de regarder les choses
dans leur... dans son ensemble et même encore plus en amont.
Cependant, je me souviens de la discussion qu'on
avait eue avec le PL 15, et juste vous dire qu'on a quand même fait des progrès. Les autorités de santé
publique ont adopté récemment un plan de surveillance de la santé
maternelle, foeto-infantile et de la petite enfance ainsi qu'un plan de
surveillance de la maltraitance avec les enfants. Donc, on commence... ça
commence à se déployer dans les différentes régions du Québec, et, oui, on va
faire un suivi de ça.
Moi, ce que
je pense, puis j'aimerais avoir votre avis, M. Bouchard, moi, je pense
qu'une chose qu'on pourrait renforcer
dans le projet de loi, ce serait parler vraiment de... de nommer la santé
publique comme un collaborateur important avec le commissaire et mettre
l'emphase là-dessus plutôt que sur la maltraitance en soit. Est-ce que...
qu'est-ce que vous en pensez?
M. Bouchard (Camil) : On n'est
vraiment pas d'accord, tout simplement parce que je constate depuis des années
qu'on fait des progrès assez importants et spectaculaires dans plusieurs... sur
plusieurs enjeux concernant les jeunes. Pensons, par exemple, aux grossesses
précoces, toute la question de l'alcoolisme ou de la dépendance aux drogues
chez les jeunes. Il y a toutes sortes d'enjeux sur lesquels on a eu pas mal de
succès, où on a fait beaucoup de progrès, mais on a un échec retentissant du
point de vue de la maltraitance envers les enfants.
Et si on a...
D'abord, ça n'exclut rien à ajouter au projet de loi un «notamment». Je ne
pense pas que ça exclut le reste,
mais ça met l'accent sur un... sur un enjeu qui devrait nous préoccuper jour et
nuit. Durant les 17 dernières années, il y a une augmentation de 101 % des signalements traités en
protection de la jeunesse. En termes de taux sur
1 000 enfants, là, je n'ai pas le
score exact parce qu'il faut faire la soustraction des récidives, puis des...
des signalements qui... qui ont... qui sont à répétition sur un même
enfant, mais on est autour d'une augmentation de 75 % sur les taux... les
taux par 1 000 enfants, sur les retenus, autour de 50 %
d'augmentation durant les sept à huit dernières années. C'est un enjeu de santé
publique de premier ordre.
Et je... Moi,
je rêve du jour, M. le Président, où le ministre pourra dire : Nous
modifions la loi pour désormais biffer la question de maltraitance comme
une priorité. Mais on n'est pas là. On est dans... On est dans une situation où, année après année, on constate une
augmentation graduelle et, des fois, plus que spectaculaire du taux de
signalement. Et le... ce taux de signalement là n'augmente pas par le fait que
les voisins ou les gens de la communauté signalent davantage. Il augmente parce
que les policiers signalent davantage, parce que les écoles signalent davantage
et parce que les intervenants de première ligne, qui sont plus démunis, qui
sont démunis devant des problèmes qui se posent, et qui se posent trop
tardivement dans... dans le scénario d'intervention, donc, les signalements
augmentent par cette porte d'entrée là qui ne devrait pas être une porte
d'entrée, qui devrait être une... au contraire, une antichambre de solutions pour les enfants et leurs familles.
Alors, moi, je maintiens cette idée qu'il faut ajouter un «notamment» le
plus... le plus souvent possible concernant la prévention et la prévention de
la maltraitance.
Je reviens à cette histoire de l'explicitation
dans le projet de loi. À lire le projet de loi, le commissaire a une fonction
qui dépasse très largement. On le reconnaît, là, puis il faut que ce soit ça,
la protection des enfants et l'intervention au niveau des drames que l'on
connaît et qui sont signalés à la protection de la jeunesse. Et vous aurez remarqué que, sur l'ensemble des interventions que
vous aurez entendues durant la journée, peut-être des mémoires que vous aurez reçus, il y a beaucoup plus de préoccupations
explicites par rapport aux services de protection que par rapport aux
services de prévention. Et c'est toujours le cas. C'est toujours le cas. Et
moi, quand j'ai vu le mot «préventive» dans les considérants, je l'ai vu
associé avec une volonté de l'État, et non pas avec une obligation de l'État.
Et ça aussi, c'est un signal qui est... le
signal n'est pas, à mon avis, assez fort en ce qui concerne le message que l'on
doit envoyer à l'effet qu'il y a un
leadership à assumer au niveau national, que ce leadership-là doit être... doit
avoir un... doit avoir un écho dans le projet de loi, dans la création
du poste de commissaire, et que celui-ci peut demander et doit demander des
comptes aux directeurs régionaux et au directeur national de santé publique sur
l'évolution des taux par région et au niveau national.
On sait très
bien qu'on va régler le... on ne va pas régler, mais on va diminuer les taux de
signalement au niveau national si on
aborde le problème régionalement. On ne peut pas faire autrement. Et tantôt
j'entendais une discussion au sujet
des déterminants de la maltraitance envers les enfants, puis on pense toujours
en termes de décroissance économique puis de détresse économique, etc.
Mais vous avez des régions au Québec où le taux de négligence envers les
enfants augmente parce que l'économie locale
ou régionale connaît une croissance fulgurante. Et vous avez à ce moment-là
des drames familiaux, des drames qui
concernent la consommation de drogue. Le marché de la drogue devient plus
lucratif dans ces... dans ces endroits, dans
ces régions. Alors, il y a toutes sortes d'enjeux comme c'est là... ceux-là où
les directeurs régionaux sont
directement en contact avec les grands déterminants qui ont un impact sur le
bien-être et sur la sécurité des enfants.
Et c'est pour ça que j'insiste là-dessus. Je salue les progrès qui ont été
faits depuis la discussion que nous avons eue, M. le ministre, je suis
très content. Et que ce soit explicite dans le projet de loi, parmi les
collaborateurs, ce serait encore mieux, et que leur mission soit surveillée par
le commissaire, je pense que ce serait un plus, également.
M. Carmant : D'accord. Et, de votre
côté, M. Goubau, vous... vous ne trouvez pas que de spécifier certaines
problématiques, ça n'enlève pas ce... ce volet prévention plus global dans le
rôle?
M. Bouchard
(Camil) : ...souper à la maison, il a besoin d'être d'accord.
M. Goubau
(Dominique) : Vous comprenez que nous avons fait ce travail de
présentation à deux et qu'évidemment je
suis entièrement d'accord avec les... les propos de Camil Bouchard là-dessus.
Mais son... comment dire, sa réponse, de dire : Mais on pourrait
ajouter le «notamment» pour édulcorer un petit peu sa... notre proposition
initiale, me paraît tout à fait sage.
M.
Carmant : D'accord. D'accord. Qu'est-ce que je voulais vous
demander? Bon. Le trois ans... le cinq ans. On a rencontré le protecteur
de l'élève, là, qui est quand même un rôle qui, selon moi, est un peu plus
limité que ce qu'on va mettre sur pied. Il nous
a dit que ça lui a pris un an juste pour s'installer. Ça ne donne pas beaucoup
de temps, si on ne lui donne que deux
ans, là, pour déposer un premier rapport à l'Assemblée nationale. Peut-être que
cinq ans, c'est trop long, peut-être qu'on va décider de couper la poire
en deux, la... entre... entre parlementaires, mais je pense que si on veut
avoir des... des données de qualité, je pense qu'il faut lui donner un peu plus
de temps. Deux ans, je trouve ça un peu hâtif.
M.
Bouchard (Camil) : Peut-être bien, peut-être bien. C'est très
arbitraire, que de dire deux ou trois ans, dans les circonstances, là. Mais le signal qui m'apparaît
important de donner, c'est, s'il y avait un changement, qu'on
raccourcisse ce délai-là et qu'on... qu'on
fasse, donc, oeuvre de sensibilisation au sujet de l'urgence de la situation.
Cinq ans, ça m'apparaît très confortable, pas dans l'urgence tout à
fait.
M. Carmant : Parfait.
M. Goubau
(Dominique) : J'ajouterais, si vous permettez, que j'ai bien
compris qu'enfin... que le commissaire ne devra pas prendre à bout de
bras tous les problèmes de la jeunesse au Québec. Il y a d'autres institutions,
comme la commission des droits, comme le Protecteur du citoyen, comme bien
d'autres, qui ont leur rôle. Bien, comme la direction de la protection de la
jeunesse, qui ont un rôle bien précis à jouer. Il ne faudrait pas que le
commissaire déborde des platebandes. Et là,
évidemment, ça lui prendra beaucoup plus de temps, mais je pense que, s'il se
concentre sur les grands enjeux dont nous avons parlé ici, le... ce délai de
cinq ans paraît très long avant d'arriver à quelque chose de probant, compte
tenu de l'urgence du dossier.
• (17 h 10) •
M.
Carmant : Je suis d'accord... c'est... Il faut aller...
C'est quand même urgent, effectivement, et... D'accord... M. le
Président, je passerais la... la parole.
Le Président (M. Provençal)
: ...Mme la députée de Laporte.
Mme
Poulet : Oui. Merci, M. le Président. Merci à vous deux,
c'est très intéressant, les échanges. Mme Laurent mentionnait dans son mémoire que le Québec
reconnaît ses enfants... propose un considérant... que le Québec
reconnaît ses enfants comme sujet de droit, que cela renforcerait leur capacité
de se défendre, de faire respecter leurs droits, renforcer leur participation
aux discussions sur les droits qui les concernent. Ma question est :
Croyez-vous qu'il soit nécessaire de rappeler dans le préambule que l'enfant
est un sujet de droit? Si oui, pourquoi?
M. Goubau
(Dominique) : On peut le rappeler, ça ne va pas nuire, mais je
me méfie des grandes déclarations qui peuvent donner bonne conscience,
et, de toute façon, de dire aujourd'hui, en 2024... qu'il faut dire que les enfants sont sujets de droit, je veux dire, au
Québec, ça fait 40 ans que c'est le cas. Et certainement, depuis que nous
avons adhéré aux principes de la convention, c'est une évidence. Et maintenant,
de rappeler une fois de plus l'évidence, c'est sûr qu'on peut le faire, mais je
pense qu'il y a... il y a des choses plus urgentes que d'inscrire ce type de
grand principe.
Et, vous
savez, ça me rappelle un petit peu toutes les discussions qu'il y a eu autour
de l'importance d'avoir une charte des droits des enfants et de rappeler
notamment ce principe-là, alors qu'en réalité, cette charte, elle existe déjà.
Et le Québec s'est dit lié internationalement par cette grande charte très
complète qu'est la convention. Il suffirait d'une disposition dans ce projet de
loi pour intégrer la convention dans le droit interne québécois. Ce n'est pas
fait. Donc, on est internationalement lié
depuis 1991, mais en... vous savez comme moi que la convention ne fait pas
partie de notre droit interne, même si c'est un outil d'interprétation. Il
suffirait, si on veut vraiment une charte ou si on veut vraiment affirmer
l'importance une fois de plus de l'enfant comme sujet de droit, bien, je pense
qu'il faudrait peut-être avoir le courage de
le dire : Eh bien, la convention internationale sera d'application directe
et nous allons l'inscrire dans une
disposition de la loi, puisque c'est la condition, dans notre système
juridique, pour intégrer le droit international en droit interne.
Mme Poulet : OK... J'ai déjà
posé la question à d'autres groupes. Je vous la... Je vous la pose. Au niveau
des mécanismes d'accréditation, Mme Laurent disait qu'il n'y avait aucune
base juridique. Selon vous, quel est, au niveau de la protection des enfants,
au niveau de... du suivi, au niveau des avocats, d'un meilleur service, est-ce
que vous pensez que les avocats devraient avoir... Est-ce qu'il devrait y avoir
un mécanisme d'accréditation pour eux?
M. Goubau
(Dominique) : Alors, ça fait longtemps que le Barreau milite en
faveur et a fait des études dans les années 80, 90, sur
l'importance de reconnaître que... que le droit des enfants et la
représentation des enfants devant les tribunaux... devant les tribunaux est une... est une pratique
spécialisée qui est de plus en plus complexe. Et le Barreau, depuis des années, a proposé une spécialisation
reconnue par une forme d'accréditation. À l'époque, j'ai... j'ai
applaudi cette idée et je pense,
effectivement, que c'est une... c'est une avenue qui est intéressante. Et si on
veut aller dans le sens d'une
accréditation, je pense que ça vaut la peine d'aller relire le dernier rapport
de... du Barreau du Québec, qui est très complet, sur les avantages et les inconvénients, pour conclure que cette
accréditation serait nécessaire, et comme garantie d'un... d'un meilleur service aux enfants. Donc,
oui, je pense que ce serait une bonne idée, l'accréditation des avocats.
Mme Poulet : D'accord. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Il reste encore un
2 min 30 s. Oui, M. le ministre.
M. Carmant : On va revenir à la
santé publique. Quelle serait le... l'interaction avec les santés publiques
régionales que vous verriez pour le... le commissaire?
M. Bouchard (Camil) : Je pense
que le commissaire pourrait jouer un rôle d'autorité dans le sens où il demanderait des comptes à chacun des directeurs
régionaux sur les efforts qui ont été consentis par les partenaires qui
entourent la santé publique dans les efforts de prévention en ce qui a trait
notamment à la maltraitance. Ce serait un rôle de surveillance de ce que la
santé publique déploie comme efforts spécifiques dans leur région.
Moi, j'ai eu une expérience assez extraordinaire
comme bénévole sur la Côte-Nord, comme vous le savez, M. le ministre. Et nous avons eu accès durant ces années où j'étais
bénévole là-bas avec André Lebon, à la banque de données de la DPJ au niveau régional... C'était comme si on s'était
installé dans la... dans le siège de la direction publique d'une certaine façon, parce qu'on avait accès aux
145 ou 150 éléments d'annotation de ce qui se passe dans chacun des
signalements durant l'année qui... ou les années qui précédaient notre étude.
Et je pense qu'il y a là un matériel de connaissances, à partir des
intervenants jusqu'aux gens qui font la planification et l'installation des
programmes de prévention, il y a une somme
extraordinaire de connaissances qui peut être utilisée par les directeurs de
santé publique dans leurs fonctions de surveillance de la santé et du
bien-être des enfants. Cette connexion-là entre la direction de la santé publique, la banque de données dont dispose
le ministère et les directeurs de santé publique est essentielle si on
veut arriver à aboutir à identifier des programmes de prévention qui soient
efficaces et efficients auprès de nos enfants et de nos familles. Et il y en a
dans plusieurs domaines, mais celui de la... de la maltraitance, je le connais
mieux.
Et je pense que... Donc, pour répondre très...
plus brièvement, le commissaire doit se... doit se préoccuper à... à l'effet
que les directeurs régionaux et le directeur national remplissent bien leur
rôle de surveillance et d'animation autour d'objectifs régionaux et nationaux
de réduction des méfaits envers les enfants.
M. Carmant : Merci.
M. Bouchard (Camil) : Je vous
en prie.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, la suite va appartenir à Mme
la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Très intéressant,
messieurs. Merci beaucoup pour cette présentation. J'aimerais revenir à deux éléments. Évidemment, la prévention de la
maltraitance, je comprends que c'est un enjeu très important, qu'il y a
eu une augmentation fulgurante. Et donc,
outre toute la question de... le rôle qu'un commissaire va jouer dans la
réduction, en termes de la maltraitance,
vous avez parlé de fixer des objectifs nationaux et régionaux. Est-ce que vous
prévoyez... Est-ce que vous... Est-ce qu'il
y a d'autres façons que vous envisagez que vous aimeriez que nous intégrions au
projet de loi? J'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Bouchard (Camil) : Bien, il y a
dans le projet de loi des dispositions concernant le rôle que peut jouer le commissaire, que doit... doit jouer le commissaire
en matière d'information du public sur la santé et le bien-être des
enfants, un rapport annuel qu'il va
commenter. On va tourner la page, puis le lendemain, on n'en entendra plus
parler. C'est ça qui arrive. Et moi,
je pense qu'un commissaire doit remplir ce rôle-là de façon continue,
constante, intense, auprès du public.
Je ne sais pas vous, mais moi, le Dow Jones, ça
ne me dit pas grand-chose, en termes de composition d'indices, là. Mais à tous les soirs, on nous parle de... d'indices
économiques dont on ne comprend pas la nature, mais on sait que c'est important. Mais quand vient le
temps de la santé et le bien-être des enfants, on n'a rien. On a très
rarement une indication de comment se portent nos enfants de façon régulière.
Pourtant, on pourrait avoir accès à une quantité très importante d'indicateurs
du bien-être et de la santé de nos enfants qu'on pourrait diffuser
régulièrement en changeant d'indice une fois par semaine. Vous... Vous
n'arriverez pas encore au bout de la liste.
Alors, il y a
un effort à faire pour embarquer les gens autour de cette dimension-là et
qu'ils deviennent des... qu'ils deviennent des gens qui ne peuvent plus
invoquer la méconnaissance ou l'ignorance de la situation. Comme citoyen, on
peut être, je pense, alimenté par un commissaire à la santé et au bien-être des
enfants qui remplit cette fonction-là.
Mme
Garceau : Je vais revenir concernant la convention
internationale. Et il y a le considérant, évidemment, dans le préambule.
On avait Mme Laurent cet avant-midi. On a parlé évidemment du fait que,
dans le premier chapitre, évidemment, du
rapport de la commission Laurent, on parle évidemment du rôle du commissaire de
veiller au niveau des droits des
enfants, de... de la promotion de leurs droits, de respect de leurs droits. Et,
évidemment, avec la nomination du commissaire, qui était la première recommandation,
la deuxième recommandation était évidemment la charte des droits. Et
donc, cet aspect-là, au niveau... on a eu discussion concernant le fait que,
oui, aujourd'hui, on regarde le volet concernant
la nomination du commissaire, mais on regarde... c'est uniquement la charte à la
troisième phase de la mise en oeuvre des recommandations. Donc, ça, ça
va être dans quelques années. J'aimerais vous entendre à ce sujet-là.
• (17 h 20) •
M. Goubau (Dominique) : On... Quand
on lit la littérature dans... dans le domaine du droit de l'enfance, la question de la nécessité d'une charte spécifique
pour les enfants a fait couler beaucoup d'encre. Et il y a des pour, il
y a des contre, un petit peu comme le débat sur la... une éventuelle charte
pour les personnes aînées, hein? Et la plupart des intervenants répondent en disant : Les enfants sont... ont les
mêmes droits que les adultes. Et nous avons une charte très moderne,
encore aujourd'hui, même si elle date de 1975, la Charte des droits et libertés,
qui inclut évidemment les enfants. Les enfants sont des sujets de droit à part
entière dans le cadre de la... de la Charte des droits et libertés. Et les enfants qui sont sous le coup de la Loi sur la protection de la jeunesse, eux bénéficient d'une charte
particulière, et c'est comme ça que les observateurs la désignent. Et la
première partie de la Loi sur la protection de la jeunesse édicte un certain
nombre de droits qui sont les droits importants des jeunes qui sont aux prises
avec la Loi sur la protection de la jeunesse. Voilà donc deux chartes, si vous
voulez, déjà, qui... dont les enfants bénéficient.
J'ajoute la
troisième, qui est celle de la convention, et ça ne prendrait pas grand-chose
pour que cette convention fasse partie directement de notre droit
interne. Et je pense que, sur le plan symbolique aussi, ce serait quelque chose
d'intéressant. Mais est-ce que la situation des enfants dont Camil Bouchard a
parlé et est-ce que les impératifs que nous
venons de... d'exposer vont trouver une solution parce qu'il y a encore une
charte des droits des enfants? Franchement, je ne pense pas. Mais, bon,
ça ne peut jamais nuire, hein? Personne n'est contre la vertu. On peut ajouter
encore des déclarations solennelles qui affirment tel droit fondamental. Mais
moi, je soumets respectueusement, comme on dit, que ces droits sont déjà reconnus par la charte québécoise des droits.
Il y a même des personnes qui disent... il y a même des groupes de
défense des droits des enfants qui sont tout à fait contre l'idée d'une charte
des droits des enfants parce qu'ils considèrent que c'est faire insulte aux
enfants que de leur dire : Vous n'êtes pas comme les adultes. Non, vous
bénéficiez, comme n'importe qui, des avantages de la Charte des droits et
libertés. Et si vous êtes mal pris dans la Loi sur la protection de la jeunesse,
et, bien, vous avez des droits particuliers. Est-ce qu'il faut en ajouter une
autre? Je ne suis pas convaincu.
Mme
Garceau : Donc, comme vous avez mentionné, en termes de la
convention internationale, que... on pourrait l'intégrer dans un cadre
législatif?
M. Goubau
(Dominique) : Bien, vous savez, la convention internationale
aujourd'hui, elle est... elle est utilisée. La Cour suprême l'a
mentionnée plusieurs fois, pour interpréter des dispositions légales au Canada
ou dans certaines provinces. Donc, la charte fait déjà éminemment partie de
notre arsenal juridique quand il s'agit d'interpréter le droit interne. Mais il
n'est... la charte n'est pas d'application directe. Tout ce que je dis ici,
c'est que, de créer un outil aussi
extraordinaire que le commissaire et qui... et je le vois bien, ce commissaire,
comme la plupart des pays l'ont fait, c'est
un commissaire qui s'inscrit directement dans la philosophie de la convention
internationale. Je pense que ce n'est pas pour rien que vous avez mis
dans le premier considérant cette référence à cet engagement du Québec. Donc, c'est un outil qui va devoir veiller au respect
des droits des enfants et donc, au respect des droits tels qu'énoncés
dans la convention internationale. C'est un tout petit... c'est un tout petit
pas que de dire : Eh bien, tant qu'à faire, intégrons cette convention
dans notre droit interne, comme on l'a fait pour le droit... pour l'adoption
internationale. L'adoption internationale, la Convention de La Haye de 2006,
elle est... de 1996, elle est inscrite dans une loi du Québec. L'enlèvement
international, une convention de La Haye, est intégré dans une loi québécoise
sur l'enlèvement international qui reprend
au mot à mot les termes de la convention. Rien n'empêcherait d'une simple
petite phrase, pas dans le préambule, mais dans un article de la loi, de
dire : Désormais, la convention fait partie du droit interne du Québec.
C'est un peu audacieux, mais... mais je pense que l'enjeu...
Mme Garceau : Pas tant que ça.
M. Goubau
(Dominique) : ...l'enjeu que vous avez étudié ici est
suffisamment important que... pour être audacieux.
Mme Garceau : Bien, pas tant que ça.
Nous l'avons, de toute façon, la Convention de La Haye, au niveau de l'enlèvement des enfants, ça a été ça. On l'a
intégré dans le droit interne. On a une loi spécifique qui intègre les
principes de la Convention de La Haye. On pourrait... on pourrait faire la même
chose ici.
M. Goubau (Dominique) : Absolument.
Mme Garceau : Oui.
M. Goubau
(Dominique) : Et les tribunaux ont rappelé que la simple
référence aux obligations internationales d'une province ou du fédéral, la simple référence à une convention et au
fait que le... la juridiction est internationalement tenue par cette
convention n'est pas suffisante pour répondre aux critères d'intégration du
droit international dans le droit interne.
Ça prend un outil exprès d'intégration. Donc, ça prendrait une disposition, par
exemple dans cette loi-ci, pour intégrer la convention.
Mme
Garceau : Mais juste en terminant, les droits tels que...
Parce que je l'ai ici, la convention, là, les droits tels que décrits
dans cette convention internationale est pas mal complète. Est-ce qu'il y
aurait d'autres droits à ajouter?
M. Goubau
(Dominique) : Ah! je pense que c'est très complet. Ça va du
droit contre la torture au droit de jouer. Je... C'est une convention
qui a pris 10 ans à être écrite. C'est la convention qui a été signée par
le plus grand nombre de pays au monde et
c'est une convention qui a mûri pendant une dizaine d'années. Le Canada était
d'ailleurs un des promoteurs de cette convention, et, on va dire, on est allé
très loin dans l'affirmation des... des droits des enfants. Et donc, c'est
vraiment une véritable charte des droits des enfants.
Mme Garceau : Merci beaucoup.
Le
Président (M. Provençal)
: Merci, Mme la députée. Nous allons poursuivre avec
M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Extrêmement
intéressant. Je vais rester sur la question de la charte et de la convention
possiblement. Vous n'en faites pas une recommandation directe, là, dans le
mémoire, qu'on intègre la convention de droits internes, mais là, devant nous,
vous la faites pas mal clairement, par contre.
M. Goubau
(Dominique) : Oui. Je dois dire que lorsque nous avons fait
notre rapport, nous avons, à deux, désigné les deux points qui nous
paraissaient les plus importants et... sans noyer dans d'autres points, qui
peuvent être importants aussi, mais le premier point est celui de la
prévention, prévention qui mérite d'être mieux exprimée dans le projet. Et puis
le deuxième, ce rôle du commissaire qui concerne tous les enfants du Québec et
non pas seulement ceux qui sont sous le coup de la LPJ ou qui risquent un jour
de tomber sous le coup de la LPJ. Il y a des enfants qui ne sont pas en situation... qui ne seront jamais
en situation de compromission, mais qui ont des choses à faire valoir.
Et, en quelque sorte... et ça, on le dit
dans le mémoire, le rôle... et, à mon avis, un des rôles très importants du
commissaire, c'est de devenir non seulement le porte-voix, mais le
promoteur des droits des enfants dans la société. Et, en ce sens-là... Et
alors, du coup... Mais peut-être que je réponds à côté de la... du coup... Et
je reviens au délai des deux ans. Il ne faut pas surcharger le commissaire
parce que là sont ses rôles principaux. Et j'ai entendu dire, quelqu'un, qu'il
fallait éventuellement transférer les
missions de la commission des droits vers le commissaire, je pense que ce
serait une très mauvaise idée. Ça
réduirait le commissaire, comme ça se voit dans certaines provinces. Et comme
on le voit dans certains pays, ça réduirait l'ombudsman créé, au fond,
dans la philosophie de la convention, à un autre rouage de protection de la
jeunesse. Et là n'est pas véritablement son rôle. Il a un rôle beaucoup plus
systémique. Et, si on le surcharge avec des... des choses comme cela, il ne
pourra pas jouer son rôle le plus original et probablement le plus utile, celui
de la prévention et celui de s'intéresser aux enjeux de société pour les
enfants.
M.
Cliche-Rivard : Donc, c'est ce que vous dites, on fait une
disposition express dans le cadre législatif provincial et on notifie
l'instrument international, je devine, de cette ratification, et le tour est
joué, on est lié par la convention. C'est comme ça que ça fonctionne?
M. Goubau (Dominique) : Bien, on est
lié, au Québec, pour ce qui relève des compétences du Québec. Bien sûr, oui.
M. Cliche-Rivard : Bien sûr, bien
sûr. Et là, après, bon, il demeure que le droit international n'est pas
nécessairement un outil quasi constitutionnel comme pourrait l'être une charte.
Il y a quand même des nuances. Cela dit,
vous nous ramenez sur l'élément qu'on a notre charte québécoise qui, elle, va
entériner, de toute façon, ce rôle-là quasi...
M. Goubau (Dominique) : C'est ça. Et
je me plais à souligner ici la similitude entre la charte québécoise des droits et la convention. La charte québécoise,
contrairement à toutes les chartes des droits et libertés qu'on voit
ailleurs au Canada, est une charte qui intègre et les droits civils et
politiques et les droits socioéconomiques. C'est la richesse... enfin, c'est
une des richesses de la charte, la convention reflète cela aussi.
M.
Cliche-Rivard : Donc, il n'y aurait pas création de droits
substantifs absolument énormes, là. Ces droits-là, ça existe déjà dans
notre cadre législatif principalement.
M. Goubau (Dominique) : Oui... Mais
il faut faire attention d'un raisonnement comme celui-là, parce que c'est un
raisonnement qui est utilisé par des personnes qui disent : Ça ne vaut
même pas la peine...
M. Cliche-Rivard : Je comprends.
M. Goubau
(Dominique) : ...d'intégrer
la convention puisque, de toute façon, nous sommes encore plus généreux à l'égard des enfants. Mais il faut comprendre que
les engagements, dans le cadre de la convention internationale, est
une... et... sont des engagements aussi sur les droits socioéconomiques, donc,
sur la prévention, à mesure de la capacité de l'État qui est engagé. Ce qui...
Et ça, c'est très important, ça veut dire que le Québec s'est engagé
internationalement à en faire plus en termes de prévention, parce que nous
sommes un pays riche, ou en tout cas, une juridiction riche, et ça, c'est très clair. On
n'en demande pas autant au Bangladesh qu'on a le droit d'en demander au Québec.
Et c'est pour ça que ce... ce luxe
que nous nous payons en ayant un commissaire qu'on va payer, avec du personnel,
c'est un luxe qu'on peut se payer, mais que nous avons l'obligation
internationalement de payer, parce que nous avons les moyens de le faire, et
que notre engagement, c'est de prendre les meilleurs outils pour nos enfants.
M. Cliche-Rivard : Un grand merci.
Le Président (M. Provençal)
: ...Merci beaucoup. Alors, nous allons
compléter cet échange avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
• (17 h 30) •
M. Arseneau : Merci beaucoup, M. le
Président. Merci, MM. Bouchard et Goubau, pour cette passionnante
rencontre et ces échanges fort enrichissants.
On a bien compris votre obsession pour la
prévention, et vous la partagez très bien, face à la maltraitance, évidemment, et toute la question, là, de
l'implication de la santé publique. On a très bien compris le message, le
devoir plutôt que la volonté. On a déjà eu
ces débats-là d'ailleurs dans le projet de loi sur la santé et dans d'autres
projets de loi.
Mais je vais aborder deux autres éléments. Le
Dow Jones du bien-être des enfants, je trouve intéressant, mais avant que ça
arrive, avec la collaboration des médias, je me demandais si vous suggérez...
Parce que, quand vous mentionnez, M. Bouchard, qu'une fois le rapport
déposé, bien, on tourne la page, on passe à autre chose, ce matin, on avait la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse qui nous disait :
Il faut des mécanismes de suivi, des avis, des recommandations. J'imagine que
vous êtes dans cet esprit-là?
M. Bouchard (Camil) : En effet, oui.
M. Arseneau : C'est essentiel.
D'accord. Et puis, pour la question de la santé publique, j'ai l'impression... puis dites-moi si j'ai mal saisi, c'est comme si,
d'emblée, vous nous dites : La santé publique ne joue pas son rôle à
l'égard de... de ce problème de santé
publique qu'est la maltraitance envers les enfants. Il faudrait que le
commissaire, lui, serre la vis à
la... au directeur de la santé publique et aux santés publiques régionales, aux
directions de santé publique régionale. Est-ce que ce ne serait pas aussi nécessaire de réviser la Loi sur la
santé publique puis leur serrer la vis de cette façon-là?
M. Bouchard (Camil) : ...qu'il faut
que les directeurs de santé publique régionaux, le directeur national soient
mandatés pour le faire. Il faut qu'ils reçoivent un signal très clair de la
part de l'État que c'est leur rôle que de consacrer
une partie de leurs efforts, du moins, à la prévention de tel ou de tel enjeu
de santé dans leur population. Et une fois...
une fois ce rôle identifié, une fois cet enjeu identifié, une fois cette
mission identifiée, le commissaire peut alors, lui, à titre de
commissaire, se donner l'obligation, le devoir de vérifier si cette mission-là
est bien remplie dans chacune des régions du Québec. Et on sait que ça peut
varier d'une région à l'autre.
M. Arseneau : D'accord. Mais, c'est
ça, je veux juste comprendre, c'est que le commissaire n'a pas autorité,
d'emblée, sur la santé publique, le directeur de la santé publique?
M. Bouchard (Camil) : Non. Non
mais... non mais il aura... il aura cette capacité de faire des observations et des recommandations eu égard à cette mission
que peuvent avoir les directeurs de santé publique. Et je ne connais pas
beaucoup de fonctions, au niveau régional
notamment, qui permet à un intervenant de la santé d'obliger des
partenaires à s'asseoir à la même table, et le directeur de la santé publique
peut le faire.
M. Arseneau : Merci. Je voulais
juste dire, en terminant, je sais qu'il reste à peine quelques secondes, on partage également la volonté que ce soit fait le
plus rapidement possible. Si on regarde, là, la tragédie de Granby,
là, à partir de laquelle on a nommé
une commission, ça remonte à la fin avril 2019. Si on se donne cinq ans après
l'adoption de cette loi-ci, en espérant qu'elle soit adoptée avant mai 2024, ça
nous ramènerait 10 ans plus tard, en 2029. C'est beaucoup trop long, à mon
point de vue. On partage votre point de vue.
M. Bouchard (Camil) : Mais ça fait
longtemps que c'est trop long. Ça fait longtemps que c'est trop long. Ça fait longtemps qu'on observe notre incapacité à
endiguer cette histoire-là de maltraitance, notamment envers les
enfants.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup à vous deux de votre
collaboration, de votre contribution et surtout de nous avoir partagé votre
vision et les éléments que vous aimeriez voir, là. En tout cas, il y a au moins
un mot qu'on doit retenir, parce que vous l'avez d'emblée répété à quelques
reprises. Alors, merci beaucoup.
Sur ce, je vais...
Des voix : ...
Le Président (M. Provençal)
: Prévention, prévention.
Alors, sur
ce, je vais suspendre les travaux pour permettre au prochain groupe de prendre
place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 17 h 34)
(Reprise à 17 h 39)
Le Président (M. Provençal)
: Nous sommes en mesure de poursuivre
nos travaux. Je souhaite la bienvenue aux
représentants du Protecteur du
citoyen. Alors, je vous rappelle que
vous aurez 10 minutes pour votre présentation, et nous poursuivrons par la suite pour des échanges.
Alors, je vous invite à vous présenter et à nous faire votre
présentation. À vous la parole.
Protecteur du citoyen
M. Dowd (Marc-André) : Merci. Merci,
M. le Président. Les personnes qui m'accompagnent, je vous les présente tout de
suite. Donc, je suis accompagné de Mme Claudie Otis, déléguée aux enquêtes
en santé et services sociaux pour le secteur Jeunes en difficulté, et avec
Mme Annie Bergeron, conseillère stratégique aux relations avec les Premières
Nations et les Inuits.
Donc, M. le
Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés membres de la commission, je
veux tout d'abord remercier la Commission de la santé et des services
sociaux d'avoir invité le Protecteur du citoyen à se faire entendre concernant
le projet de loi n° 37, Loi sur le commissaire au bien-être et aux droits
des enfants.
Pour rappel, je précise que le Protecteur du
citoyen reçoit les plaintes de toute personne insatisfaite des services d'un
ministère, ou d'un organisme du gouvernement du Québec, ou d'une instance du
réseau de la santé et des services sociaux, notamment dans le secteur des
jeunes en difficulté. Il mène aussi des enquêtes de sa propre initiative sur
des préjudices à portée collective. Il veille également à l'intégrité des
services publics en traitant des divulgations
d'actes répréhensibles. Lorsqu'il l'estime nécessaire, le Protecteur du citoyen sollicite l'attention d'un dirigeant
d'organisme ou du gouvernement sur des réformes législatives, réglementaires ou
administratives. C'est dans cette optique que je m'adresse aujourd'hui à vous
et que je vous ai transmis par lettre mon analyse du projet de loi n° 37.
• (17 h 40) •
D'entrée de jeu, je veux préciser que
j'accueille avec beaucoup d'ouverture le projet de loi et la création d'un poste de Commissaire
au bien-être et aux droits des enfants.
Ce dernier se consacrera à la cause des jeunes et des enfants, ce qui
lui permettra notamment d'adopter une approche transversale. Cela ne peut que
contribuer à l'amélioration des services qui leur sont destinés et au respect
de leurs droits.
La Commission spéciale sur les droits des
enfants et la protection de la jeunesse, la commission Laurent, recommandait
d'ailleurs la mise en place de ce nouvel acteur, et je souscris pleinement à
cette recommandation.
L'analyse du projet de loi fait d'ailleurs
ressortir des avancées concrètes que je veux souligner. À titre d'exemple, il reviendra au commissaire d'exercer
une vigie sur les programmes et les politiques élaborés pour les enfants
et les jeunes afin qu'ils répondent efficacement à leurs besoins. Dans la
foulée, on donnera la parole à un comité consultatif composé d'enfants et de
jeunes adultes pour renforcer leur pouvoir d'agir et leurs voix. Enfin, il y a
lieu de miser sur le rôle d'information et
d'éducation que jouera le commissaire pour sensibiliser la population et ses
institutions à la place de nos plus jeunes dans la... de nos plus jeunes
citoyens dans la société.
J'en viens maintenant à des aspects du projet de
loi qui m'interpellent particulièrement. D'abord, selon la définition qu'en
donne le ministre responsable des Services sociaux, le commissaire ne traitera
pas les plaintes individuelles. Toutefois,
il pourra mener des enquêtes pour évaluer la mise en oeuvre de programmes et de
services publics destinés aux
enfants. Or, ce volet de la mission du nouveau commissaire peut être mis en
parallèle avec les enquêtes que nous faisons concernant des enfants et des jeunes.
Le projet de loi aborde cette question. Il est prévu, en effet, qu'au besoin
le nouveau commissaire coopère avec nous
tout comme avec la Commission des
droits de la personne et des droits de la jeunesse et avec tout autre
organisme public afin d'harmoniser les interventions des uns et des autres à
l'égard des jeunes.
Il faut
savoir toutefois que les organismes concernés se caractérisent entre autres par
leur indépendance et par des règles
strictes de confidentialité. Afin d'éviter que ces balises, par ailleurs
essentielles, ne compromettent une concertation efficace, je recommande
que le projet de loi prévoie la conclusion d'ententes entre les organismes
visés pour faciliter et encadrer la
transmission de l'information entre eux. Le Protecteur du citoyen fonctionne
déjà selon ce type d'entente avec les organismes qui sont nos
partenaires en intégrité publique. Nos collaborations s'appuient sur des
ententes qui permettent de renforcer nos rôles distincts dans le contexte
d'actions concertées. Par ailleurs, je recommande d'ajouter aux organismes
énoncés dans le projet de loi le Protecteur national de l'élève à titre
d'acteur majeur dédié, lui aussi, aux enfants et aux jeunes.
J'aimerais maintenant attirer votre attention
sur les articles du projet de loi qui prévoient la nomination d'un commissaire
associé dédié au bien-être et aux droits des enfants membres des Premières
Nations et Inuits. Ce commissaire associé
relèverait du commissaire, il assisterait ce dernier en veillant aux intérêts
des enfants et des jeunes issus des Premières Nations et Inuits à la
lumière notamment des facteurs historiques, sociaux et culturels propres au contexte autochtone. Cette proposition fait suite
à une recommandation de la commission Laurent et, bien que je souscrive pleinement à l'intention de donner une juste place
à la voix des enfants membres des Premières
Nations et Inuits au sein de cette nouvelle institution, je désire formuler
quelques commentaires sur les façons dont nous pouvons atteindre cet
objectif. Je rappelle la surreprésentation persistante des enfants membres des Premières
Nations et Inuits en protection de la jeunesse et l'échec du système en place à
répondre à leurs besoins spécifiques. Ces réalités ont d'ailleurs mené à
plusieurs appels à l'action de la Commission d'enquête sur les relations entre
les Autochtones et certains services publics du Québec, la commission Viens.
Comme certains d'entre vous le savent, le Protecteur
du citoyen effectue le suivi des appels à l'action de la commission Viens. Dans
notre premier rapport de suivi, déposé à l'Assemblée nationale en octobre 2023,
nous avons mis l'accent sur la nécessité d'améliorer la
collaboration et la coconstruction — j'insiste sur ce terme — avec
les Premières Nations et les Inuits au moment de déployer des chantiers
structurants pour la société, dont les réformes législatives. Qu'entend-on par
«coconstruction»? C'est un concept qui va au-delà de la consultation. On parle
d'un processus par lequel les acteurs des Premières Nations et des Inuits
concernés et le gouvernement collaborent sur un pied d'égalité à l'atteinte d'un but commun. Cette manière de faire
permet de concevoir et de développer efficacement des projets et
d'enrichir nos relations de nation à nation.
Le présent projet de loi a donné lieu, et je
tiens à le reconnaître, à des consultations avec des représentants des Premières
Nations et des Inuits. Toutefois,
pour véritablement comprendre et intégrer leurs préoccupations, il faut,
selon moi, faire quelques pas de plus. Ce constat revient souvent dans le cadre
du suivi que nous menons des appels à
l'action de la commission Viens et appelle la même conclusion : dès
l'amorce d'un projet, il importe impérativement d'impliquer les
représentants des Premières Nations et des Inuits, à savoir même comment les
représentants des Premières Nations et des Inuits aimeraient en discuter, avec
l'assurance d'une ouverture de leurs vis-à-vis à faire les choses autrement.
Sous l'angle
de la coconstruction, plusieurs éléments du projet de loi doivent être
approfondis avec les représentants des Premières Nations et des Inuits.
C'est le cas, par exemple, du rôle, des fonctions, des ressources du
commissaire associé, de l'utilisation des
données concernant les enfants autochtones et de la nature et des modalités des
interactions entre le commissaire et les gouvernements et institutions des Premières
Nations et des Inuits. Je recommande donc que
les dispositions dans le projet de loi qui concernent le commissaire associé ne
soient pas mises en vigueur dès l'entrée en fonction du commissaire. Ce dernier devrait d'abord mener une
démarche de coconstruction à ce sujet ou minimalement une démarche de
consultation jugée satisfaisante et par le commissaire et par les représentants
des Premières Nations et des Inuits. Si besoin était, le commissaire pourrait
recommander au préalable de procéder à toute modification législative qui lui
paraîtrait nécessaire pour bonifier la proposition actuelle.
Nos travaux en suivi de la commission Viens et
les travaux de la commission Laurent font aussi ressortir le caractère essentiel du respect de
l'autodétermination des Premières
Nations et des Inuits. Il en va de la
reconnaissance formelle de la capacité des peuples autochtones de décider de
leurs propres lois et politiques en matière de protection de la jeunesse et à veiller au bien-être de leurs
enfants. Cette reconnaissance n'apparaît pas au projet de loi. Or, on ne
peut occulter le respect des droits particuliers des Premières Nations et des
Inuits, notamment les droits et les dispositions de la Convention de la Baie
James et du Nord québécois et le droit à l'autodétermination tel que reconnu
par la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Le rapport de la commission
Laurent précisait en ce sens le
soutien et la collaboration dont devrait faire preuve le commissaire auprès des
différentes nations ou communautés autochtones qui décideraient de se
doter d'une institution indépendante. Je recommande donc que le préambule du
projet de loi indique que le commissaire devra offrir son soutien et sa pleine
collaboration aux Premières Nations et Inuits qui décideraient de se doter
d'une institution indépendante veillant au bien-être et aux droits de leurs
enfants.
Enfin, le projet
de loi prévoit que le commissaire... doit, au plus tard cinq ans suivant la
date de l'entrée en vigueur de la loi, faire rapport à l'Assemblée
nationale sur sa mise en oeuvre. Aucun suivi de ce rapport n'est cependant
prévu dans le projet de loi. Je recommande que ce rapport soit étudié par la
commission parlementaire pertinente, celle-ci pourrait entendre les
représentations des personnes et des organismes intéressés.
Pour conclure, je réitère que j'accueille
favorablement la création du Commissaire au bien-être et aux droits des enfants. Ma préoccupation de la meilleure collaboration possible entre les
organismes et acteurs concernés, parmi lesquels les Premières Nations et
les Inuits ont une large part, m'amène à recommander certains ajouts. Je vous
remercie de votre attention.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour cette
présentation. M. le ministre, vous avez sûrement quelques interventions.
M.
Carmant : Absolument. Merci beaucoup, M. le Président. Merci
beaucoup, M. Dowd, et puis, bien, à vos associées également.
La première question, puis c'est celle qu'on
essaie de bien déterminer, c'est comment vous voyez vos futures collaborations
avec le commissaire? Tu sais, comme... de façon bidirectionnelle, en fait.
M. Dowd (Marc-André) : Oui, en fait,
en tant qu'acteur exclusivement dédié au bien-être des enfants et au respect de
leurs droits, je m'attends, et je pense que c'est ce qui est attendu, c'est ce
qui est attendu aussi, à ce que le commissaire exerce un leadership dans la
concertation sur ces questions-là, et, au nom du Protecteur du citoyen, je
l'assure de la pleine collaboration de mon institution.
Je vais vous
donner un parallèle qui... qu'on vit actuellement en matière d'intégrité
publique. Alors, vous savez, le
président de la Commission des droits de la personne, je pense, a utilisé le
terme «écosystème» en parlant des acteurs du... en matière de respect
des droits des jeunes, de protection, de bien-être. Bien, on a un... on a aussi
un écosystème en matière d'intégrité publique, où il y a plusieurs organismes
qui ont chacun leur rôle à jouer, un rôle distinct, mais qui sont appelés à collaborer, à se concerter. On
peut penser à... le Protecteur du
citoyen, l'UPAC, l'Autorité des marchés publics,
on peut penser au Commissaire au
lobbyisme, etc. Or, par des rencontres
régulières où on échange sur les problématiques, on comprend bien quel
est le terrain de jeu, si je peux dire, le carré de sable de chaque acteur,
quels sont ses pouvoirs, quels sont ses
leviers d'intervention, qui est le mieux placé à l'égard d'une situation pour
intervenir, et, dans une saine gestion des
finances publiques, je dirais, éviter les doublons, les enquêtes parallèles sur
le même sujet. Donc, c'est un peu ce genre de modèle là, une concertation
qui serait bâtie entre les différents acteurs, dans le respect de l'indépendance des acteurs, c'est très important, mais on
partage tous, à la base, le même désir, le même objectif, c'est assurer le
bien-être des enfants et assurer le respect de leurs droits. Donc, si tout le
monde travaille de façon positive, bien, je pense que les résultats vont être
très intéressants. C'est les résultats qu'on récolte en matière d'intégrité
publique avec cette démarche-là.
Et, si vous permettez, M. le ministre, j'insiste
sur la recommandation qu'on fait. La notion de transmission d'informations est essentielle, parce
qu'actuellement, si on s'en tient à nos règles de confidentialité qui nous
gouvernent tous, on peut échanger très peu
d'informations entre nous, donc il faut baliser. Il faut comprendre que le
législateur nous envoie un signe comme quoi que, pour une concertation
efficace, on comprend que les organismes vont s'échanger de l'information, et
par des ententes formelles, quelle est la nature de l'information qui peut être
échangée, quel est le canal de communication
pour échanger cette information-là. Donc, on le précise entre les organismes et
on formalise cet échange d'informations.
• (17 h 50) •
M. Carmant : Au moment de faire ces ententes-là.
M. Dowd (Marc-André) : Exact.
M. Carmant : D'accord. Donc, moi, je
suis très content d'apprendre que cette table-là, elle existe déjà, et le
commissaire viendrait se joindre...
M. Dowd
(Marc-André) : Non, non. Cette table-là, l'exemple que je
donnais, c'était le Forum des
partenaires en matière d'intégrité publique, donc, c'est vraiment... c'est vraiment une table
qui existe, mais en matière d'intégrité publique.
M. Carmant : Donc, il faudrait en...
M. Dowd (Marc-André) : Oui, il
faut... il faudrait en créer une. Je vous dirais qu'on a des échanges avec la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse sur des dossiers
communs, mais ce n'est pas encore formalisé au niveau d'une concertation, là,
établie, je dirais.
M.
Carmant : Et on s'attendrait que le commissaire prenne un
leadership là-dedans alors, si je vous comprends bien.
M. Dowd (Marc-André) : Exactement.
M. Carmant : Ce serait bienvenu.
M. Dowd (Marc-André) : Tout à fait.
M. Carmant : OK, parfait. Merci
beaucoup. Et tout à fait d'accord avec l'ajout du protecteur de l'élève. D'ailleurs, on vient de probablement se rajouter
la direction de santé publique dans les partenaires nommés dans le
projet de loi. Donc, au début, on était évidemment un peu hésitants, là, parce
que, quand on fait des listes, il y a toujours des gens qui lèvent la main pour
dire : On n'y est pas. Mais, bon, on commence à voir les partenariats plus
clés qui devraient être nommés. Est-ce que vous... vous aviez d'autres
suggestions?
M. Dowd (Marc-André) : Lorsqu'on a
examiné, c'était vraiment le...
M. Carmant : Le protecteur de
l'élève?
M. Dowd (Marc-André) : ...le cas du Protecteur
national de l'élève, de par sa mission, de par son rôle, qu'il nous paraissait
essentiel d'ajouter à la liste.
M. Carmant : Parfait. Puis, selon
vous, parce que vous êtes quand même le Protecteur du citoyen, quelles...
avez-vous des suggestions ou des idées sur quelles devraient être les priorités
du commissaire à sa création? Est-ce qu'il y a des sujets qui vous...
M. Dowd (Marc-André) : C'est...
Bien, en fait, je pense qu'un des grands... une des grandes avancées, avec
l'instauration du commissaire, c'est aussi de donner la voix aux enfants,
d'être le porte-voix des enfants. Alors, avant d'établir les priorités, je
pense qu'on devrait discuter avec les premiers intéressés, peut-être que des
priorités vont se dégager. Au fil des ans,
le Protecteur du citoyen a mené des enquêtes spéciales qui concernent des
questions qui concernent les enfants. Je pense, entre autres, par
exemple, à la question de la scolarisation à domicile, je pense à la question
de la couverture à la RAMQ pour les enfants nés au Québec de parents qui
avaient un statut d'immigration précaire. Donc,
on a... on a abordé, récemment encore, les services offerts aux élèves du
primaire qui ont des difficultés d'adaptation ou d'apprentissage, notre rapport L'élève avant tout. Donc, ce
sont des enjeux qui étaient criants, des enjeux d'actualité sur lesquels
on a travaillé, mais ce sera intéressant d'échanger avec les différents
partenaires pour dire qui est le mieux placé pour intervenir sur cet enjeu-là.
M.
Carmant : Parfait. J'ai bien entendu puis, moi aussi, je
suis... je mets de l'avant les aspects coconstruction puis je pense que l'idée de mettre un règlement
est une... est une bonne idée. L'enjeu qu'on peut voir, c'est, par
exemple, certains... certains changements dans lesquels on a mis ce type de
règlement puis qu'on a essayé de coconstruire, puis l'exemple qui vient... qui
me vient en tête, parce que c'est le plus récent, ça a été l'adoption et la
tutelle coutumière. Ça nous a pris cinq ans à coconstruire avec eux. Donc,
c'est sûr que ça risque d'engendrer un processus qui risque d'être très long.
M. Dowd (Marc-André) : C'est
pourquoi je vous dirais, M. le ministre, M. le Président, que la proposition
qu'on fait ne vise pas du tout à retarder l'action, hein, on propose qu'on
aille de l'avant avec la nomination du commissaire.
Ce qu'on propose, c'est de dire : Avant de nommer un commissaire associé,
est-ce qu'on peut travailler avec les représentants des Premières
Nations et des Inuits à bâtir une adhésion autour du concept de commissaire
associé, comment eux voient son rôle, comment eux voient sa fonction, sa place
dans l'institution? Je notais aussi la question des données de recherche,
l'utilisation des données de recherche qui concernent les enfants autochtones,
comment les données de recherche peuvent profiter aux nations et aux
communautés, c'est une question qui est hautement sensible. Donc, c'est le
genre de sujet qui va devoir faire l'objet de discussions plus approfondies
dans l'optique de bâtir une adhésion autour, parce que c'est ce qu'on souhaite,
M. le ministre.
M.
Carmant : Parfait. Et, écoutez, l'éléphant dans la pièce,
là, c'est que, bientôt, on va avoir une décision sur le C-92. Avez-vous
des commentaires par rapport à ça, si c'est... dépendamment...
M. Dowd (Marc-André) : On a hâte à
jeudi, donc, oui. Bien, je pense que tout le débat juridique entourant la
notion d'autodétermination, je pense qu'elle va être enrichie par...
nécessairement par la décision de la Cour suprême,
donc, puis je pense que ça va jouer un rôle aussi sur la façon dont on va bâtir
les initiatives, notamment en matière de protection de la jeunesse.
Et c'est assez frappant, quand on parle avec les
représentants des Premières Nations et Inuits, et dans le cadre du suivi des appels à l'action de la commission
Viens, on s'est doté d'un cercle consultatif de personnes, de
représentants qu'on consulte sur une base régulière, et, quand on leur demande
d'identifier quelles sont les priorités, comme vous m'avez demandé de le faire,
du côté des Premières Nations et Inuits, il y en a un, consensus, c'est tout ce
qui concerne le bien-être des enfants, la protection de la jeunesse. Ça sort
comme une priorité qui fait consensus. Alors, on sait qu'il y a un désir de
travailler sur ces questions-là.
Vous allez avoir l'opportunité demain d'entendre
des représentants des Premières Nations et Inuits, tu sais. Je nous invite à
vraiment écouter avec attention les propositions, les réactions, pour voir
comment on peut construire ensemble, bâtir
ensemble un mécanisme qui... où tout le monde va se retrouver. Et c'est ça,
l'objectif, susciter l'adhésion et que ce soit utile.
M. Carmant : OK, puis... Mais,
justement, dans ce «tout le monde va se retrouver», j'ai toujours un peu une
inquiétude... en fait, ce n'est peut-être pas nécessairement bien placé, mais,
vous savez, ils... ils insistent souvent sur le fait qu'il y a 11 nations
distinctes, une quarantaine de communautés. Dans votre expérience, est-ce qu'on
arrive à identifier ou... quelqu'un ou un individu qui peut bien représenter
tout le monde comme ça?
M. Dowd (Marc-André) : Je pense
qu'avant... Bien, c'est un peu le sens aussi de notre proposition. Je pense
qu'avant d'identifier une personne, il faut discuter avec les différents
représentants pour dire quel est le rôle qu'on veut donner à cette personne-là, qu'est-ce qui est attendu de... pour
cette personne-là? Et peut-être qu'en discutant avec les différents
intervenants, il y a des consensus qui vont se bâtir et qui vont permettre de
dégager un profil en disant : Bien, la personne qu'on cherche aurait plus
tel profil. Il ne faut pas précipiter les choses. Ça ne veut pas dire qu'on
n'est pas dans l'action, parce que, quand on construit le consensus comme ça,
pour moi, on est dans l'action parce qu'on bâtit la relation.
M. Carmant : D'accord. Avec les Premières
Nations.
M. Dowd (Marc-André) : Exactement.
M.
Carmant : D'accord. Sur un autre ordre d'idée... Alors, je
vais poser la question que j'ai posée au protecteur de l'élève :
Jusqu'à présent, comment se déroule, depuis les six derniers mois, depuis qu'il
est arrivé dans le portrait, comment ça se déroule, votre collaboration avec le
protecteur de l'élève?
M. Dowd (Marc-André) : Bien, en
fait, ça se déroule assez bien. Bien, très bien, même. La... En fait, le fait
que le Protecteur national de l'élève soit un ancien vice-protecteur du
citoyen, ça aide aussi à ce qu'on parle le même langage, je pense qu'on peut se le dire. Je pense qu'on est dans une optique
de collaboration parce que, de toute façon, nous n'avons pas compétence
sur les plaintes qui originent des centres de services scolaires, alors c'est
un... c'est vraiment une compétence qui appartient au Protecteur national de
l'élève. Nous, notre compétence est à l'égard du ministère de l'Éducation, donc
on est plus au niveau macro des politiques, des directives du ministère, pour
lequel on conserve notre compétence. Donc, j'imagine qu'on va développer — puis
c'est encore très jeune, hein, le fait que le Protecteur
national de l'élève reçoive les
plaintes — on
va développer des mécanismes de collaboration, et le Commissaire au bien-être et aux droits des enfants va nous aider à
renforcer cette collaboration-là grâce à la concertation qui est prévue au
projet de loi.
M.
Carmant : D'accord. Et parallèlement vos interactions avec
le réseau de la petite enfance, là je sais que vous avez des
collaboratrices ici qui travaillent spécifiquement sur les jeunes en
difficulté, comment ça se déroule, puis comment vous voyez le partenariat avec
le commissaire? Parce que vous avez des interactions, je le sais, directes avec
les... le réseau. Donc, comment... comment ça va être modulé par la création?
M. Dowd
(Marc-André) : En fait, en matière de... en vertu de la loi sur
le protecteur des usagers, on intervient généralement en deuxième recours, après le commissaire aux plaintes et à
la qualité des services dans les établissements, les CISSS et les
CIUSSS, mais on peut aussi intervenir directement quand on nous signale une
situation, notamment en matière de protection de la jeunesse.
Je vais peut-être donner à Mme Otis, si
vous permettez, M. le Président... lui demander de détailler le type de
dossiers qu'on peut recevoir et quelle est la collaboration avec le réseau.
• (18 heures) •
Le Président (M. Provençal)
: Mme Otis, la parole est à vous.
Mme Otis
(Claudie) : Merci, M. le Président. En fait, effectivement, on
a... les enjeux qu'on rencontre sont de différents ordres, là. Récemment, entre autres, on a eu à traiter par
exemple des... l'application des mesures de contrôle envers des jeunes
en centre de réadaptation pour jeunes en difficulté. Ça peut être aussi des
enjeux au niveau de la discontinuité des services, des plans d'intervention qui
ne sont pas faits, des droits qui ne sont pas respectés autant au niveau de
l'enfant que du parent, là, qui est pris en charge, là, qui reçoit, bénéficie
les services de la direction de la protection de la jeunesse.
Nous, sur le terrain, au niveau des enquêtes, on
a souvent à... Souvent, les gens vont cogner à plusieurs portes, si on veut,
donc il arrive que les gens vont... vont également formuler une plainte à la Commission
des droits de la personne et la jeunesse. Donc, à ce moment-là, notre rôle est
vraiment d'aller valider auprès de la commission si effectivement il y a une
enquête et s'assurer, là, qu'on agisse en complémentarité.
Maintenant,
c'est certain que les enjeux de confidentialité nous amènent des fois à
rencontrer certains obstacles, là, étant donné qu'on ne peut pas
nécessairement se partager l'information. Donc, comme M. le protecteur nommait
tout à l'heure, là, je pense que ce... ce projet de loi là va nous permettre,
justement, de se concerter de façon plus efficace et plus efficiente aussi.
M. Carmant : Via le processus d'une
entente, c'est bien ça?
M. Dowd (Marc-André) : Exactement.
M. Carmant : D'accord. Donc, ce
n'est pas nécessairement à inclure dans le projet de loi, juste... ça va être
fait naturellement pour, justement, cette...
M. Dowd (Marc-André) : C'est la
recommandation qu'on vous fait d'inclure un alinéa après la disposition qui porte sur la concertation pour prévoir la
conclusion d'ententes formelles entre les organismes concernant le
partage d'informations.
M.
Carmant : D'accord. D'accord. Et quand est-ce que, par
exemple... Qui vous contacte dans ces situations-là, par exemple, de...
est-ce que c'est le parent, l'enfant, c'est... Qui vous contacte?
Mme Otis
(Claudie) : C'est certain que, la majorité des cas, au niveau
du secteur jeunes en difficulté, c'est le parent qui va nous contacter
après avoir soumis sa plainte, en première instance, auprès du commissaire aux
plaintes et à la qualité des services. S'il est insatisfait de la conclusion
reçue du commissaire, à ce moment-là, il va pouvoir exercer son deuxième... son deuxième recours à notre niveau. Puis on
essaie, de plus en plus, d'avoir une visibilité auprès des jeunes
directement. Donc, on commence à avoir quand même des plaintes qui sont
formulées directement par des adolescents, par exemple, qui vont... qui
évoluent en famille d'accueil ou en centre de réadaptation, là, pour jeunes en
difficulté.
M.
Carmant : Donc, il va falloir que je vous intègre dans mon
algorithme. Et... et si la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse ne sont pas dans
le tableau, est-ce que vous allez les... les aviser? Comment ça se passe, l'interaction,
à ce moment-là?
M. Dowd
(Marc-André) : On exerce... Nous, quand on est... quand on est
saisis d'une plainte, on exerce notre juridiction, c'est-à-dire, on
traite la plainte. Je pense que, l'idée de faire le lien avec la commission,
c'est d'éviter les dédoublements ou de...
Mais est-ce qu'il y a deux enquêtes parallèles, c'est déjà pertinent de le
savoir. Si on peut échanger un peu plus, dans le contexte d'une
concertation renforcée, peut-être qu'on en viendra à définir qui est le
meilleur partenaire pour intervenir dans un cas donné ou dans une problématique
complexe. On pourrait dire, par exemple, bien, compte tenu de notre mandat, le Protecteur
du citoyen est très à l'aise de prendre cette portion de l'intervention, mais une autre portion, c'est
un autre partenaire qui va la prendre. Tu sais, l'objectif est de... est que
nos forces convergent vers une action plus efficace pour assurer le
respect des droits des enfants.
M. Carmant : Bien, bravo. Merci
beaucoup.
M. Dowd (Marc-André) : Merci.
M. Carmant : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, M. le ministre. Alors, je vais
inviter maintenant Mme la députée de Robert-Baldwin à poursuivre cet échange.
Mme Garceau : Merci, merci beaucoup,
M. le Président. Merci beaucoup pour cette... cette présentation très
importante.
Concernant...
Et je veux vraiment aller à l'éléphant... l'éléphant. La... le chapitre trois
du projet de loi n° 37 ne reflète pas les recommandations de la
commission Laurent. Vous l'avez mentionné, et je reprends, à votre... à la page
six de votre mémoire : «Le droit à l'autodétermination»... au bas de la
page, là, au milieu de la page, je devrais dire, plus spécifiquement en lien
avec le projet de loi n° 37 : «Au moment de formuler sa recommandation
de mise en place d'un commissaire adjoint et
d'une équipe consacrée exclusivement aux enjeux entourant les enfants membres
des Premières Nations et Inuits, la
Commission Laurent précise dans son rapport l'esprit dans lequel cette
recommandation s'inscrit. Soucieux de
soutenir jusqu'au bout le désir des peuples autochtones de décider pour
eux-mêmes, nous appuyons la mise en place éventuelle d'un commissaire
autochtone aux droits des enfants autochtones, mais indépendant du Commissaire
au bien-être et aux droits des enfants.»
En ce moment,
à la lecture du chapitre trois et des dispositions législatives dans le projet
de loi, on a un commissaire dédié aux droits des enfants autochtones qui
est vraiment un conseiller au commissaire. Deuxième rang, ce n'est pas cette personne-là qui va avoir... qui va être
indépendante et qui va s'occuper de s'assurer de veiller, de protéger les
droits des enfants autochtones. Nous savons très bien que le régime,
malheureusement, de protection de la jeunesse au niveau de... des enfants autochtones, c'est un échec. C'est un grand
échec. Et je ne sais pas si votre collègue, compte tenu que c'est vous
qui... qui est en... qui est responsable, si vous pourriez peut-être nous
donner des détails, en termes de l'ampleur du problème.
Mme Bergeron (Annie) : Bien, en
termes de l'ampleur du problème, je n'ai pas de données, là, spécifiques avec
moi, là. Je n'ai pas apporté ça, mais, par contre, je vous invite vraiment à
regarder les travaux de la commission Viens,
là, qui ont vraiment... Il y a une foule d'informations et de témoignages, là,
qui peuvent vraiment témoigner de l'ampleur du problème. Il y a une
surreprésentation, qui est persistante, des enfants, là, autochtones en
protection de la jeunesse, puis, on sait, le
constat a quand même été clair dans le... dans la commission Viens, qu'il y
a... il y a... il y a eu un échec du
système à bien répondre aux besoins des enfants, Premières Nations et Inuits.
On sait aussi que les impacts des pensionnats se font encore ressentir
aujourd'hui puis que le système de protection de la jeunesse est vu comme un peu une extension, finalement, de ce
système-là. Donc, il y a... il y a beaucoup de noeuds à défaire pour... pour
qu'on puisse dire qu'on... qu'on veille, là, au bien-être, là, des enfants, Premières
Nations et Inuits. Puis ça, ce travail-là doit être fait en concertation, de
très près, là, avec les représentants des Premières Nations et Inuits.
Mme
Garceau : On a mentionné, dans le rapport de la commission
Laurent, que les peuples autochtones sont les mieux placés pour répondre
aux besoins des enfants autochtones. Et s'il y avait un amendement au
chapitre... Parce que je comprends,
M. Dowd, qu'est-ce que vous dites, c'est : On va adopter la loi, mais
en ce qui a trait au chapitre trois... On va le suspendre ou on
l'adopte? Parce que, si on l'adopte tel quel, moi, j'ai un inconfort avec ça,
parce que ça ne répond pas du tout aux témoignages, aux mémoires qui ont été
livrés lors de la commission Laurent.
M. Dowd (Marc-André) : Je vous
dirais, là-dessus, je vois et je reconnais la pertinence d'un commissaire
associé au bien-être et aux droits des enfants autochtones au sein de
l'institution du commissaire, de l'institution générale du commissaire. Il faut respecter le rythme et le choix de
chaque communauté et de chaque nation, et ce n'est pas... ce n'est pas
toutes les communautés ou toutes les nations qui souhaitent, à ce moment-ci,
assumer le... la pleine responsabilité en matière de protection de la jeunesse.
Ce qu'on dit, par contre, c'est que, pour les
communautés et les nations qui souhaiteraient exercer le droit à
l'autodétermination en matière de protection de la jeunesse et qui se
doteraient d'une institution indépendante, on souhaiterait — et
on recommande — de
modifier le préambule, qu'on donne au commissaire une responsabilité
d'apporter son soutien et son support au
développement et au renforcement des mécanismes indépendants autochtones de
respect des droits des enfants membres des Premières Nations et Inuits.
Alors, c'est
sur deux tableaux. Donc, oui, pour les nations et les communautés qui exercent
leur droit à l'autodétermination et qui vont se doter de mécanismes.
Alors là, on demande au commissaire de soutenir et de supporter ces
démarches-là. Mais, pour l'ensemble des communautés, bien, je pense qu'il faut
que le commissaire et le commissaire associé se préoccupent, dans toutes leurs
dimensions, du bien-être et du respect des droits des enfants autochtones.
Alors, c'est important que ce soit aussi au sein de l'institution du
commissaire.
• (18 h 10) •
Mme Garceau : Mais
est-ce qu'à votre avis on ne devrait pas modifier la disposition... Il faut que
je retrouve dans le projet de loi,
concernant le libellé, chapitre trois, commissaire associé dédié au bien-être
et aux droits des enfants autochtones.
Là, on regarde en termes de... Il conseille... L'article 14,
l'article 15... C'est vraiment un rôle de conseiller. Est-ce que
vous êtes d'accord avec ça?
M. Dowd (Marc-André) : Je suis
d'accord avec ça, qu'au sein de l'institution du commissaire, il y ait un
officier — un
officier ou une officière — chargé
de conseiller le commissaire pour s'assurer que toutes les actions du
commissaire prennent en considération les dimensions pertinentes relatives aux
enfants membres des Premières Nations et
Inuits. Mais du même souffle, je
pense qu'on doit inscrire dans la loi que pour les nations et les
communautés qui auront choisi d'exercer leur droit à l'autodétermination, que
le commissaire joue un rôle de support et de soutien aux institutions autonomes
indépendantes en matière de respect des droits des enfants autochtones. Donc,
je pense qu'il faut jouer sur les deux... les deux tableaux, selon moi.
Mme
Garceau : OK. Donc, si tout ça serait intégré au projet de
loi, on pourrait l'adopter avec ces modifications-là, et, pour vous, ce
serait suffisant pour venir...
M. Dowd (Marc-André) : ...je pense
que la principale question aussi, c'est : Qu'en pensent les principaux intéressés, les représentants des Premières Nations et Inuits? Je pense que vous allez avoir l'occasion demain de leur
poser la question. Je pense que la... l'idée que je me fais du rôle du
commissaire en matière de bien-être et de respect des droits des enfants autochtones, bien, ça doit céder le pas aux attentes
des principaux intéressés qui sont les représentants des membres des
Premières Nations et des Inuits.
Mme Garceau : OK. Je voulais
juste, en termes de plaintes que vous recevez liées à la... à la protection de
la jeunesse... Parce que je sais que vous avez... Il y avait un rapport, il y
avait quelques mois, là, concernant le manque de formation en violences
conjugales, et tout ça. Je voulais savoir quel est le suivi par la suite, suite
à vos recommandations? C'est l'évolution du suivi de vos recommandations face
aux plaintes liées à la... à la protection de la jeunesse.
M. Dowd (Marc-André) : Oui.
Avant de parler... Bien là, non, je vais y aller directement.
Mme Garceau : Oui.
M. Dowd (Marc-André) : Oui. Au Protecteur
du citoyen, on ne ferme jamais un dossier avant d'avoir la confirmation que la recommandation qu'on a faite a
été mise en oeuvre. Alors, c'est une chose de dire : On accepte la
recommandation, mais maintenant l'établissement doit nous fournir des preuves
que la recommandation qu'on a faite, elle a
été appliquée. Non seulement elle a été acceptée, mais elle a été mise en
oeuvre. Et ce n'est que lorsqu'on est convaincu...
Par exemple, si on dit : Formez le personnel. Bien, on va demander la
preuve que le personnel a été formé. Si on dit... Bien, c'est un bon exemple, là, je pense. Ce qui fait que je
suis assez confortable de dire que, quand on ferme un dossier, c'est
parce que nos recommandations ont été implantées. Puis je rappelle que nos
recommandations sont retenues, acceptées et implantées dans 98 % des cas.
Mme Garceau : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, on va poursuivre avec le
député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre excellente présentation.
Je veux revenir sur la question Premières
Nations et Inuits. Il y a deux volets, là. Vous dites quand même : Pas
tout de suite, la mise en vigueur. Mais vous dites aussi de l'adopter, donc...
Mais vous dites aussi : Attention, il faudrait
que ce soit fait en coconstruction et de soutenir ceux et celles qui voudront
exercer leur droit à l'autodétermination. Ça fait beaucoup de choses en
même temps, là. J'essaie juste, tu sais, de bien comprendre ce que vous nous
dites.
M. Dowd (Marc-André) : L'idée,
l'idée de base est : on va de l'avant avec la nomination du commissaire,
OK? Le projet de loi, actuellement, tel que rédigé lors de la nomination du
commissaire, les dispositions sur le commissaire associé entrent en vigueur.
C'est le projet de loi...
M. Cliche-Rivard : Exact.
M. Dowd
(Marc-André) : Alors, ce que... ce qu'on vous propose, ce qu'on
vous recommande, c'est de dire : Selon l'information dont on
dispose, on n'est pas à une étape de consultation suffisamment avancée sur des
aspects assez essentiels qui sont détaillés dans notre... dans notre
correspondance. Et ce qu'on propose, c'est que ce soit le commissaire qui
prenne le bâton de pèlerin, si je puis dire, une fois qu'il est nommé, pour
dire : Allez à la rencontre des
représentants des Premières Nations et des Inuits et essayez de, d'abord, écouter,
entendre, coconstruire et bâtir une adhésion autour de ce que pourrait
être le rôle du commissaire associé. Et lorsque le commissaire et les
représentants des Premières Nations auront le sentiment qu'on se comprend, bien là, le commissaire pourra
recommander au gouvernement de mettre en oeuvre
les dispositions du commissaire associé. Et là on procéderait à la nomination
d'un commissaire associé. Ce qu'on dit, c'est qu'il ne faut pas précipiter
la... la nomination d'un commissaire associé. Dans l'état actuel, je ne suis
pas certain que ce serait bien reçu, puis je ne suis pas sûr que ça ferait
oeuvre utile.
M. Cliche-Rivard :
Mais là, dans ce contexte-là, ce qui est dans le chapitre trois puis
dans ce volet là, si on va pour le réécrire, c'est là où je ne suis pas certain
qu'on doit l'adopter. Je pense que peut-être que, là, la réflexion, c'est
plutôt de donner ce mandat-là au prochain commissaire, et on refera le cadre
législatif associé par la suite, plutôt que d'adopter dans le vent, entre
guillemets, des choses qu'on va probablement revenir à réétudier dans un modèle
coconstruit meilleur. C'est là où je...
M. Dowd
(Marc-André) : Çe serait... Oui, ce serait une alternative. Je vous le
concède. Oui.
M. Cliche-Rivard : Je n'ai pas beaucoup de
temps. Vous dites : Déférer... On devrait ajouter aussi de déférer
le rapport de mise en oeuvre, et ça, on le ferait... Parce que là on parle d'un
rapport de mise en oeuvre après cinq ans. Est-ce que vous, vous auriez l'idée
ou la volonté qu'on le fasse à chaque cinq ans? Est-ce que c'est quelque chose
qui devrait être récurrent?
M. Dowd
(Marc-André) : Bien, en fait, dans d'autres lois, la Loi sur l'accès à
l'information, je pense, il y a un rapport de mise en oeuvre de la loi qui est
étudié par une commission parlementaire avec des auditions. Il y a des témoins
qui sont entendus. Dans notre loi qu'on applique, la loi facilitant la
divulgation d'actes répréhensibles à l'égard...
la loi... la loi sur les lanceurs d'alerte, là, même chose. Après le rapport de
mise en oeuvre, il y a une commission parlementaire pertinente qui
entend des témoins. Donc, ça, c'est un mécanisme de suivi, ça fait en sorte que
le rapport ne reste pas sur une tablette, là. Il y a une... Il y a des
parlementaires, il y a une commission parlementaire qui s'en saisit puis il y a
des intervenants qui peuvent être entendus sur ce qui reste à faire, ce qui
doit être changé.
M.
Cliche-Rivard : Ça fait plusieurs projets de loi dans lesquels on nous
dit que, bon, avec la sécurisation culturelle, ce sera réglé, mais on voit
constamment la référence à «autochtones» et non pas «Premières Nations et Inuits».
Est-ce que vous recommanderiez qu'on le corrige en amont, là, puis on verra ce
qui se passera après? Mais là, à force d'attendre après le projet de loi
qui ne viendra je ne sais quand, est-ce qu'on devrait juste tout de suite
mettre «Premières Nations et Inuits»?
M. Dowd (Marc-André) : ...une recommandation
qu'on vous fait, c'est la recommandation cinq, d'adopter la terminologie
«Premières Nations et Inuits» en remplacement du mot «autochtones». Puis je
remarque que, d'ailleurs, le secrétariat,
anciennement Secrétariat aux affaires
autochtones, a... son nom a été
modifié, le Secrétariat aux relations avec les Premières Nations et Inuit. Je pense que c'est... Ça m'apparaîtrait
vraiment approprié de procéder à ce changement de terminologie.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
M. Dowd (Marc-André) :
...plaisir.
Le Président (M.
Provençal)
: On va
conclure l'échange avec le Protecteur du citoyen avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Merci, merci beaucoup pour votre
présentation. J'avais essentiellement la même préoccupation à savoir si, le chapitre trois, on ne devrait pas
tout simplement le suspendre plutôt que l'imposer aux Premières Nations, pour ensuite essayer de coconstruire quelque chose qui est déjà
préétabli dans la loi, mais vous avez répondu à mon collègue. Même chose
pour la question de la mise en oeuvre et d'un rapport cinq ans plus tard. En
fait, vous recommandez... Est-ce que vous recommandez véritablement que ce soit
fait à tous les cinq ans? C'est ce qu'il faut comprendre?
M. Dowd
(Marc-André) : Ma compréhension, c'est que c'est ça, la disposition,
mais ce qui n'est pas prévu, c'est que le rapport soit entendu par une prise en
considération par une commission parlementaire. Alors, on amène un mécanisme de
reddition de comptes, on propose un mécanisme de reddition de comptes qui est
une commission parlementaire qui se saisit du rapport et qui tient des
auditions sur le contenu du rapport. On vient de le vivre actuellement avec le
rapport de mise en oeuvre de la loi sur les lanceurs d'alerte.
M. Arseneau :
Oui. Bien, peut-être que j'avais mal lu, mais je... «Le commissaire doit,
au plus tard cinq ans suivant la date de l'entrée en vigueur de la présente
loi, faire à l'Assemblée nationale un rapport sur la mise en oeuvre de
celle-ci.» C'est un «one-shot»...
M. Dowd
(Marc-André) : C'est un «one-shot». OK.
M. Arseneau :
...à mon sens, là.
M. Dowd (Marc-André) : À
ce moment-là, qu'il soit... je proposerais que la commission parlementaire
décide de la pertinence de...
M. Arseneau :
Donc, on pourrait le faire sur une base régulière...
M. Dowd
(Marc-André) : Oui, tout à fait. Voilà.
M. Arseneau :
...ce qui, évidemment, n'a rien à voir avec les rapports annuels.
M. Dowd
(Marc-André) : Annuels du commissaire.
M. Arseneau :
C'est strictement sur la mise en oeuvre puis du point de vue plus global.
Est-ce que c'est... de votre point de vue, c'est la Commission de
l'administration publique qui devrait faire cette... cette prise en...
M. Dowd
(Marc-André) : Je... Et on a parlé de la commission... la commission
parlementaire pertinente.
M. Arseneau :
Pertinente.
M. Dowd
(Marc-André) : On laisse le soin aux parlementaires de déterminer
quelle est la... Parce que c'est très étendu, hein? Le commissaire va
intervenir sur... sur une vision très transversale du bien-être des enfants,
oui.
• (18 h 20) •
M. Arseneau :
D'accord. D'accord. Vous avez parlé de l'indépendance des différents
organismes et de la confidentialité puis de
la pertinence d'une... en fait, d'entente... de mécanismes, en fait, c'est très
intéressant, et je pense que tout le
monde le retient ici, mais je voulais revenir sur la question de possibles
chevauchements, d'enchevêtrements non seulement du point de vue de ceux
qui sont dans les organismes, mais du point de vue du citoyen en tant que tel.
Qu'est-ce que vous pensez, justement, des démarches qu'on doit faire pour
s'assurer que les gens... Vous avez mentionné
tout à l'heure, madame, que les gens déposaient des plaintes un peu partout.
Est-ce qu'il n'y a pas un enjeu là où
on devrait intervenir? Peut-être pas dans le cadre de la loi, mais, de façon
générale, si les recours se multiplient, puis que les gens ne savent pas à quelle porte... ça peut prendre du temps,
ça peut... on peut référer. Comment vous voyez ça?
M. Dowd
(Marc-André) : Quand je vois dans les mandats qui sont proposés au
commissaire, l'information sur les droits
des jeunes fait partie des responsabilités... peut faire partie. Puis il y a
même un rôle d'accompagnement du commissaire dans l'exercice des droits
qui est prévu au projet de loi. Donc, certainement que le commissaire pourrait
exercer un leadership auprès des partenaires pour que chacun précise un peu
mieux et fasse connaître mieux dans quel contexte il peut... il peut
intervenir.
M. Arseneau : En fait, c'est ça, c'est pour le parent ou pour
l'enfant, c'est de savoir c'est quoi, la première ligne.
M. Dowd
(Marc-André) : Oui. Exact, c'est ça. Exact.
M. Arseneau :
OK. D'accord. On est... D'accord. Merci beaucoup.
M. Dowd
(Marc-André) : ...si vous me permettez de dire aussi que c'est un peu
l'adage qu'on appelle, au Protecteur du citoyen, «no wrong door policy»,
c'est-à-dire que, si une personne nous appelle et on n'est pas le bon recours,
on va s'assurer d'orienter la personne vers le bon recours.
M. Arseneau :
D'accord. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Provençal)
: Alors,
je tiens à remercier les représentants du Protecteur du citoyen pour la qualité
de cet échange et votre présentation.
Sur
ce, nous allons suspendre les travaux pour permettre au prochain groupe de
prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
18 h 22)
(Reprise à 18 h 27)
Le Président (M. Provençal)
: Nous reprenons nos
travaux. Alors, nous allons conclure notre journée de travail en recevant et en souhaitant la bienvenue
à Mme Nancy Audet, qui est journaliste et auteure du livre Plus jamais
la honte, et elle est accompagnée par Me Mylène Leblanc. C'est
ça? Alors, madame, vous avez 10 minutes pour nous faire votre présentation, et par la suite nous allons
faire les échanges. Alors, je vous cède immédiatement la parole, et
merci de votre présence.
Mme Nancy
Audet
Mme Audet
(Nancy) : Merci à vous de nous accueillir ici aujourd'hui.
Je sais que ça a été une longue journée pour vous. Journaliste, oui, depuis une vingtaine d'années, 18 ans
dans les salles des nouvelles. Vous comprendrez que, pour moi, normalement, je me sentirais plus à
l'aise de couvrir les consultations que d'être ici en tant que
participante. Vous allez comprendre pourquoi je suis ici dans quelques
secondes.
En 2019, comme tout le monde, j'ai été vraiment ébranlée
par la mort de la fillette de Granby. J'ai accepté de témoigner de mon passage, mon propre passage à la direction de la protection de la jeunesse, lors de la commission Laurent, une
décision qui a été difficile à ce moment-là, que j'ai prise vraiment dans
l'espoir d'aider les enfants victimes de maltraitance. En 2001, vous l'avez
dit, j'ai... j'ai publié mon histoire, Plus jamais la honte, et, en
2022, j'ai publié également Ils
s'appellent tous Courage, en hommage, donc, à la fillette de Granby, mais
aussi un vrai cri du coeur pour les
enfants de la DPJ. J'y détaille les conditions de vie souvent précaires
auxquelles sont confrontés ces enfants retirés de leur foyer biologique,
ainsi que les épreuves qu'ils doivent surmonter.
Depuis deux
ans, je parcours le Québec pour offrir des conférences. Bien sûr que j'utilise
mon vécu, mais surtout je sensibilise les gens et je les invite à
s'engager en faveur des enfants les plus vulnérables de notre société. J'assume
aussi le rôle de marraine au sein de la Fondation des jeunes de la DPJ, un rôle
qui est important pour moi. Cet engagement m'a offert l'occasion de passer
beaucoup de temps avec les enfants, avec les jeunes. Et ma présence sur le
terrain avec eux, ça m'a permis d'identifier, bien sûr, des lacunes
significatives dans le système de la protection de la jeunesse mettant en péril
le développement de ces enfants.
Me Leblanc à accepté de m'accompagner, Me
Leblanc qui a une vaste expérience en droit de la jeunesse. Elle m'a aidée à écrire, beaucoup aidée à écrire
ce mémoire, et elle pourra répondre aux questions au niveau juridique.
Quand j'ai
commencé à m'impliquer auprès des enfants de la DPJ, en 2019, je pensais que la
situation avait changé depuis mon
propre passage, donc, à la DPJ, il y a plus de 30 ans. Je ne rajeunis pas.
Rapidement, je me suis rendu compte, en
parlant avec les enfants, avec les ex-placés que... et les gens qui travaillent
auprès d'eux aussi, qu'au contraire les choses n'avaient pas changé et que les enfants souffraient toujours autant. Non
seulement à cause de leur vécu familial, des séquelles liées à la maltraitance, mais aussi à cause des
lacunes du système qui n'arrive pas à les aider et protéger
adéquatement.
• (18 h 30) •
Vous le savez, il y a eu près de
136 000 signalements l'année dernière au Québec. C'est un triste
record. Ça représente 370 enfants par
jour et ça veut dire aussi qu'on a maintenant plus de signalements pour
maltraitance qu'on a de naissances au
Québec. Plus de 42 000 signalements ont été retenus. On parle de
négligences, de violences corporelles, de violences psychologiques,
d'agressions sexuelles, d'enfants qui vivent dans un contexte de violence
conjugale depuis de nombreuses années et qui vivent avec un stress
post-traumatique.
Camil Bouchard le disait, la maltraitance est
une urgence de santé publique, et il a raison. Dans le rapport de la commission
Laurent, les commissaires ont écrit que la maltraitance coûte
4 milliards de dollars chaque année aux Québécois. Derrière ce chiffre énorme, je vois beaucoup de souffrance,
une souffrance qui touche des milliers d'enfants québécois. Dans les
centres jeunesse, je vois des enfants qui subissent des mesures de contention à
répétition, des mesures d'isolement aussi,
de jeunes adolescents qui subissent des fouilles à nu qui les affectent
énormément, qui affectent leur
psyché. Je vois des enfants qui vivent dans des unités où il y a des
infiltrations d'eau et de la moisissure, des bains condamnés. Je vois
des enfants qui n'ont plus le droit de voir leur maman à cause de faux cas
d'aliénation parentale qui se multiplient. Je vois des enfants aussi qui n'ont
jamais rencontré leur avocat et qui ne savent pas qu'ils ont des droits. Je
vois aussi, depuis quelques années, de petits enfants de cinq ans que l'on
place maintenant dans les centres jeunesse malgré le fait que ces milieux de
vie ne sont pas adaptés à leurs besoins.
Combiné à l'exode des intervenants et des
éducateurs, les délais judiciaires qui s'allongent... En septembre 2023, la
bâtonnière du Québec, Catherine Claveau, a lancé un cri du coeur : ces
délais causent des torts irréparables aux
enfants. Sur le terrain, j'ai vu la situation se détériorer au cours des
dernières années. J'attendais... j'attendais donc avec impatience le dépôt du projet de loi
n° 37. La nomination d'un commissaire est cruciale, et je vous remercie
d'être allé de l'avant avec cette première recommandation du rapport Laurent.
Voici mes deux principales recommandations.
D'abord, l'indépendance et l'engagement du commissaire ne sont pas négociables. Il doit être libre de toute
entrave, qu'elle soit politique ou bureaucratique, pour pouvoir agir
avec la vigueur requise. Deuxièmement, il faut, comme le recommandaient les
commissaires, et je les cite, «transférer au commissaire les pouvoirs et les
responsabilités assumés par la Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse prévus à la loi de la
protection de la jeunesse avec les ressources afférentes». L'octroi de pouvoirs
étendus, y compris celui d'imposer des sanctions aux entités qui portent
atteinte aux droits des enfants, n'est pas seulement souhaitable, mais
essentiel.
Depuis plusieurs années, la CDPDJ, malgré ses
pouvoirs, ne joue pas pleinement son rôle de chien de garde auprès des enfants les plus vulnérables de notre
société. En 2022, des journalistes révélaient que la CDPDJ s'était
retirée de presque tous les dossiers en
lésions de droits, et ce, au beau milieu des procédures. Difficile d'expliquer
à un enfant une telle décision.
Pourtant, juges et avocats réclament avec insistance sa présence devant les
tribunaux. Je parle ici de la Chambre
de la jeunesse. On apprenait également dans cet article que la CDPDJ, c'est
moins d'une douzaine d'employés dont
les heures travaillées représentent à peine 10 % du total du temps
rémunéré à la CDPDJ. Ce manque de ressources affecte évidemment les
enfants de notre société, notamment ceux de la DPJ. Le commissaire et son
équipe seront, eux, dédiés à 100 % à la jeunesse.
En 1995, le
projet de loi n° 79 visant la fusion de la Commission des droits de la personne avec la Commission de la protection des droits de la jeunesse
était déposé, ça fait presque 30 ans. À l'analyse des débats
parlementaires liés à
ce projet de loi, on constate qu'il y a eu une vive opposition, une très vive
opposition. On craignait que la jeunesse soit reléguée au second plan,
et c'est malheureusement ce qui est arrivé. Vous avez maintenant l'opportunité
de réparer cette erreur.
Pour ces
raisons, il est impératif que seul le commissaire doit être investi de tous les
pouvoirs liés au bien-être et droits des enfants, incluant les enfants
de la Loi de la protection de la jeunesse. Le commissaire doit être autonome,
indépendant et hautement impliqué sur le terrain. Il faut aller voir les
enfants, il faut aller voir les jeunes, il faut aller voir les conditions de
vie. Le commissaire doit avoir tous les pouvoirs nécessaires à ses fonctions,
dont celui de contraindre des personnes ou organismes qui lèsent les droits des
enfants, et bien sûr que les budgets de l'organisme doivent être à la hauteur
de son mandat. Le commissaire doit faire preuve d'un réel leadership en se
positionnant en gardien du bien-être et des droits des enfants.
En terminant,
je voudrais vous dire que quatre ans avant le décès de la fillette de Granby,
sa mère et sa grand-mère ont envoyé
une lettre à la CDPDJ lui demandant d'intervenir. Elle avait le pouvoir de le
faire. Les droits de cet enfant étaient lésés. Après quelques échanges
de courriels avec la DPJ, la CDPDJ a décidé de fermer le dossier et elle ne s'est pas présentée au tribunal, alors qu'il est
le seul organisme autorisé à le faire. Malheureusement, nous connaissons
la suite. Cette enfant est morte dans des conditions atroces. On ne peut pas
changer le cours de l'histoire, mais vous pouvez,
en tant que parlementaires, prendre la décision d'offrir des pouvoirs au
commissaire qui lui permettront de protéger les enfants les plus vulnérables de notre société. Parce que la
protection des enfants vulnérables, c'est une valeur fondamentale pour
les Québécois, et ça l'a toujours été. Et je suis convaincue que de cette façon
on peut éviter d'autres drames. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Mme Audet.
Alors, M. le ministre, je vous invite à faire la première intervention.
M. Carmant : Merci beaucoup,
Mme Audet, là, pour ce touchant témoignage. J'ai eu le privilège de lire
vos deux livres, d'ailleurs, qui m'ont également très touché.
Nous, on trouve qu'on a une opportunité de... de
placer le... le commissaire encore plus en amont que la protection de la
jeunesse pour... pour lui permettre d'avoir une action sur... sur tous les
enfants du Québec plus, plus, plus importante. On en a discuté ce matin avec Mme Laurent,
avec les ex-commissaires, puis je pense qu'ils trouvaient qu'on était à la bonne place. Je pense que ça n'empêchera
pas, là, d'avoir un... un rôle majeur, puis on en a discuté, là, de comment mieux définir le rôle par
rapport à la... à la DPJ ou son... son impact sur la DPJ, mais de
concentrer tous les efforts du... du commissaire sur la... la protection de la
jeunesse, je pense que c'est limiter son action. Comment vous voyez ça?
Mme Audet (Nancy) : Moi, c'est mes
recommandations. Mais de toute façon, le mandat du commissaire est beaucoup
plus large. Je n'ai jamais pensé que le rôle du commissaire serait strictement
pour les enfants de la DPJ.
M. Carmant : OK
Mme Audet (Nancy) : Mais je pense
que, dans la situation actuelle où la maltraitance, c'est une... c'est une urgence de santé publique, pour moi, c'est un
incontournable. Si on est ici, aujourd'hui, c'est pourquoi? C'est parce
qu'il y a eu le rapport Laurent, il y a eu
une commission Laurent. À la suite de ce rapport-là, on a rencontré
4 000 personnes, et la première
recommandation à la suite de ça, à la suite du décès de la fillette de Granby,
la première recommandation, c'était d'avoir un commissaire pour
protéger, entre autres, les enfants les plus vulnérables de notre société. Un
enfant qui a des parents aimants, qui a une maison, qui habite dans une belle
communauté, qui joue au hockey la fin de semaine, dans une équipe, qui a un
filet de sécurité solide, n'a pas besoin de notre protection, il est protégé.
Il reste qu'il y a des milliers d'enfants, au Québec, qui n'ont pas ce filet de
sécurité là, et c'est notre rôle, en tant que société, de les protéger. Et je
pense que ça doit faire partie des rôles du commissaire qui va représenter tous
les enfants du Québec. Mais il y en a qui sont plus chanceux que d'autres.
• (18 h 40) •
M. Carmant : Oui, donc tout à fait.
On entendait également parler, tout à l'heure, le Protecteur du citoyen, qui semblait également assumer un rôle dans le...
dans ces situations par rapport aux centres jeunesse, et tout ça. En
fait, quand je suis allé leur parler après,
je leur ai dit que dans... souvent, peut-être qu'on utilise peu ce... cet
ombudsman-là pour venir aider dans
les situations que... que vous décriez, peut-être qu'on devrait le faire un peu
plus, et qu'il travaille en
collaboration avec la... la Commission des droits de la personne, droits de la
jeunesse. Est-ce que, peut-être, maître...
Mme Leblanc (Mylène) : ...
M. Carmant : Allez-y.
Mme Leblanc (Mylène) : Merci. Je
vais répondre à la question qui... qui est posée. Je vais un petit peu en arrière pour dire que... Je vous dirais que quand
j'ai vu les rapports... le rapport de la commission Laurent et la
première recommandation, moi, j'y adhérais à 100 %. Je trouve ça
extrêmement pertinent d'un point de vue juridique, évidemment, puis aussi d'un
point de vue terrain, parce que moi, je représente des enfants à qui je dois,
justement, expliquer les situations difficiles.
Maintenant,
ce qu'il est important de savoir, c'est... c'est ce qui est un peu alarmant, je
vous dirais. Moi, en fait, ça m'alarme comme juriste dans le projet de loi
comme il est actuellement, c'est parce que les pouvoirs, disons, complets,
généraux, je vais appeler ça des superpouvoirs, la Commission des droits de la
personne les a déjà. Et ce qui est très alarmant, justement, c'est que, comme
juriste, on les interpelle, et c'est l'action terrain qui ne vient pas. On se
demande, en fait : Pourquoi, avec tous les pouvoirs de l'article 23
de la Loi sur la protection de la jeunesse mais aussi ceux de la Charte des
droits et libertés du Québec, comment ça se fait qu'un organisme aussi
puissant, né de la fusion de la Commission des droits de la personne et celle...
je m'excuse, là, je ne sais pas le nom exact, mais celle des enfants, là, comment ça se fait qu'ils n'assurent pas déjà ce
filet de sécurité là? Et c'est là dessus que je trouve ça, en fait, que
je trouve ça difficile à comprendre, là, comme... juridiquement parlant, puis
aussi sur... l'effet de se faire dire qu'on ne peut pas intervenir. Parfois,
c'est ça qu'on a comme décision de la Commission des droits de la personne et
des droits de la jeunesse. Bien, moi, quand je lis le texte de loi de ma Loi
sur la protection de la jeunesse, ce n'est pas ça qui est écrit. Alors, je
respecte les décisions, mais, comme juriste, c'est alarmant.
Les enfants... Un
enfant, dans mon point de vue, ça naît vulnérable, il naît vulnérable, et nous,
on le protège de toutes sortes de choses. L'enfant qui a... qui subit de la
maltraitance, au sens large, a besoin d'une deuxième protection, celui suivi
par la DPJ, une troisième, celui qui a en plus un diagnostic particulier, une
quatrième. Donc, les institutions qui ont les... qui ont des pouvoirs, à mon...
à mon sens à moi, doivent être des parapluies sur ces enfants-là, et j'écoutais le Protecteur du citoyen juste avant nous, on
ne peut pas jamais faire une porte tournante avec tout ça. On agit, on les réfère, on les accompagne.
Alors, c'est ça qui est très alarmant, en ce moment. Et de savoir que
tous ces pouvoirs-là de la Commission des droits de la personne... bien là,
c'est soit qu'on s'assure qu'ils soient appliqués à partir d'aujourd'hui ou soit qu'on les met dans le projet de loi, mais
ça ne peut plus... ce n'est plus tolérable comme ça.
M. Carmant : OK.
Parce que les transférer de la CDPDJ au commissaire ne garantit pas de
changement...
Mme Audet
(Nancy) : Pourquoi?
M. Carmant : Pardon?
Mme Audet
(Nancy) : Pourquoi? Si le commissaire, lui, décide d'utiliser ses
superpouvoirs pour jouer son rôle quand il y
a des lésions de droits... Quand des enfants sont victimes de lésions de
droits, il faut... il faut intervenir, parfois.
On le voit devant les tribunaux. Me Leblanc le voit. C'est que ces
pouvoirs-là ne sont pas utilisés. Si ces pouvoirs sont transférés au commissaire, j'ose espérer que
le commissaire va les utiliser puis réunir une équipe compétente. Ça ne
sera pas difficile parce qu'il y a des gens très compétents au Québec qui ont
vraiment envie de faire ce travail-là, M. Carmant.
M. Carmant : OK, mais c'est... là, il y a un concept qu'on
entend, c'est que la CDPDJ perd juridiction quand c'est devant les
tribunaux. Ce n'est pas... Vous êtes... Vous n'adhérez pas à ça?
Mme Leblanc
(Mylène) : Moi, je n'adhère pas à ça puis je vous explique ma
compréhension juridique de la chose.
Lorsqu'on regarde l'article 23 de la Loi sur la protection de la jeunesse, premièrement, ce qu'il faut... moi, je le prends toujours, je
m'excuse, c'est déformation professionnelle, mais il y a... il y a : «La
commission exerce les responsabilités suivantes», et là on va de a à f.
Lorsqu'on vous parle que la CDPDJ fait un... perd juridiction lorsque le
tribunal est saisi, elle perd juridiction lorsqu'elle fait des enquêtes,
lorsqu'elle enquête sur le terrain et lorsque le tribunal, Cour du Québec, Chambre de la jeunesse, elle est saisie de la
situation de l'enfant, pour ne pas dédoubler une enquête, évidemment, on
ne veut pas dédoubler des enquêtes, et tout ça. La Commission des droits de la
personne va perdre sa compétence au niveau de l'enquête, mais elle ne perd pas
sa compétence d'accompagner, au tribunal, des enfants,
de porter des demandes en lésion de droits. La Commission des droits de la
personne, à l'article 81, elle est une partie au dossier de tous
les enfants. Donc, dès qu'elle souhaite intervenir, elle y a droit. C'est ça
qui est dérangeant, c'est... c'est ça qui
est inexplicable puis qui a été, un peu, mis en lumière... en fait, la
communauté juridique en jeunesse, bien, c'est une situation qui est
quand même assez connue, je vous dirais, mais aussi il y a des juges qui l'ont
dit. Puis c'est ça, moi, le message porteur que je souhaite qui soit entendu,
parce qu'il ne faut pas qu'il y ait de droit ou de possibilité pour les enfants
de passer entre les mailles du filet social de protection qu'on leur... qu'on
leur donne.
M. Carmant : OK. Puis Me Tessier, aujourd'hui, nous disait que,
souvent, ils négocient avec la DPJ, ils règlent avant puis... Ce n'est
pas... Ce n'est pas ce que... Ce n'est pas votre vécu?
Mme Leblanc (Mylène) : Je vais dire que ce n'est
pas mon vécu. Je ne veux pas en faire non plus un témoignage. Par
contre, moi, j'ai... dans mon expérience à moi, il y a parfois des situations
où est-ce que la Commission des droits de la personne est intervenue au
tribunal et elle s'est désistée de dossiers, là. Je suis obligée de dire la
vérité, aujourd'hui, alors, je ne sais
pas... je ne sais pas dans quels dossiers, tu sais, je ne peux pas m'avancer
là-dessus, mais, par contre, moi, je
peux vous dire qu'encore régulièrement, parce que je suis une fille qui croit
beaucoup aux institutions, je crois à notre société, j'interpelle
toujours la CDPDJ pour mes clients, et c'est très difficile à comprendre.
M. Carmant : D'accord.
Mme Audet
(Nancy)T : Le Protecteur du citoyen, la semaine dernière, a rendu un
rapport d'enquête sur des conditions de travail douteuses dans un centre
jeunesse de Trois-Rivières. J'ai été bien étonnée que le Protecteur du citoyen soit l'entité qui enquête là-dessus, et il
y a une avocate qui m'a écrit qu'elle était elle aussi très surprise,
parce qu'elle a interpelé la CDPDJ à de nombreuses reprises à ce sujet-là et
elle n'a jamais reçu d'accusé de réception.
Quand je lis les pouvoirs, ici, de la CDPDJ, je
vois que, dans ses pouvoirs, elle peut prendre «les moyens légaux qu'elle juge nécessaires pour que soit
corrigée la situation où les droits d'un enfant sont lésés; elle élabore et
applique des programmes d'information et d'éducation destinés à renseigner la
population [...] générale et les enfants [...] sur les droits de l'enfant.» Depuis cinq ans, à chaque fois que je croise
des enfants ou des jeunes, la première question que je leur demande,
c'est s'ils connaissent leur avocat et je leur demande s'ils connaissent leurs
droits. Il n'y a pas un seul enfant ou un seul jeune, depuis cinq ans, qui m'a
répondu oui à cette question-là, aucun enfant.
Elle a des
pouvoirs vraiment importants, M. Carmant. C'est intéressant, lire ça. Et,
si on transfère ces pouvoirs-là au commissaire,
j'ose espérer qu'on va pouvoir... qu'il va pouvoir les utiliser, parce que,
dans la situation actuelle, et vous êtes au courant, la situation, les
enfants sont très fragilisés, en ce moment, dans le système. Et je pense qu'il
faut agir.
J'entendais, vous avez parlé tout à l'heure de
Mme Régine Laurent. Elle a dit qu'éventuellement il faudrait, de toute
façon, hein, je crois, que... si j'ai bien compris, transférer les pouvoirs de
la CDPDJ au commissaire. Moi, je dis : Pourquoi attendre? Je ne comprends
pas. Les enfants, on ne peut... on ne peut plus les faire attendre, c'est
maintenant. Ça fait déjà deux ans qu'ils attendent un commissaire. Pourquoi
attendre avant de bien faire les choses? Faisons-le maintenant.
M.
Carmant : D'accord. Et une autre inquiétude qu'on a, c'est,
si on... si on verse dans... tu sais, est-ce que ce rôle-là va monopoliser,
un petit peu ce que nous disait M. Goubau, là... J'oublie ce...
Une voix : ...
• (18 h 50) •
M. Carmant : Goubau... En tout cas,
que c'est... il y a toujours la crainte que toutes les énergies soient mises
dans cette urgence-là, dans ces situations individuelles là. Puis, encore une
fois, on a... on a la... on a l'opportunité de faire une différence, là, pour
1.6 million d'enfants, là, c'est...
Mme Audet (Nancy) : Mais qui va le
faire, M. Carmant, si ce n'est pas le Commissaire au bien-être et à la
protection des enfants?
M. Carmant : Moi, je pense que, si
on... si on agit en amont, on diminue les signalements, on diminue les... la
compromission. On va faire un impact beaucoup plus grand sur les... sur les
enfants au Québec.
Mme Audet
(Nancy) : Moi, je pense que le commissaire peut agir en
amont et en prévention tout en protégeant, en ce moment, les enfants qui
sont très, très, très affectés.
M. Carmant : Puis lui, il aura un
rôle de regard sur... sur... avec la CDPDJ et tous les intervenants qui jouent
dans le milieu, dans l'écosystème, comme on a mentionné, de... des jeunes.
Mme Audet (Nancy) : Je trouvais ça
bien que vous disiez que le commissaire allait avoir accès à tous les rapports
du coroner sur les décès d'enfants où il y a eu des enquêtes. Moi, ce que j'ai
envie de vous dire, c'est que ce serait bien que le commissaire puisse agir
avant qu'il y ait des décès. Ce serait encore mieux.
Des voix : ...
M. Carmant : Bien, c'est sûr qu'on
ne veut pas... on ne veut pas de décès.
Mme Audet (Nancy) : Je trouve ça
bien, là, c'est important. Mais vous comprenez, si le Commissaire, il a... Vous savez, la CDPDJ est financée à la hauteur de
18 millions de dollars par année. C'est énorme comme budget.
Quand on dit, quand on me répète qu'ils
n'ont pas les ressources, qu'ils n'ont pas l'argent nécessaire, je me pose des
sérieuses questions. Pour moi, qu'on dédie seulement 10 % du total du
temps rémunéré à la jeunesse, ce n'est pas acceptable dans le contexte actuel. Dans ce cas-là, qu'on prenne cet argent-là,
qu'on transfère les pouvoirs au commissaire et qu'on lui permette de
faire ce travail-là. S'il est bien entouré, je pense qu'il va être capable de
livrer la marchandise. Je l'espère, en tout
cas, parce que je pense que les enfants du Québec ont vraiment besoin d'un
commissaire actuellement.
M.
Carmant : Puis quel... quel encadrement permettrait au
commissaire de mieux faire le travail que la CDPDJ?
Mme Leblanc (Mylène) : En fait...
j'ai vu le regard de Nancy. En fait, ce qui... J'ignore, pour être franche,
qu'est-ce qui l'a empêchée, parce qu'il faut se dire qu'une institution comme
le commissaire... comme la CDPDJ, pardon,
est là depuis plus de 30 ans, c'est énorme. Et moi, je n'ai pas de
réponse, malheureusement. J'ignore pourquoi, depuis 30 ans,
c'est... l'état de la section jeunesse est comme ça. Parce que, tu sais, je
vous écoutais, tout à l'heure, vous parliez
en amont, et tout ça, moi, je trouve ça très bien, les programmes comme Agir
tôt, là, je vais... je vais... mais, par contre, tu sais, ça, c'est une
partie de ce qu'il faut faire avancer, et ça fait partie, aussi, des rôles de
la CDPDJ actuelle de promouvoir les droits, d'aller,
justement, sensibiliser, de faire des études, de faire des enquêtes, un peu ce
que le commissaire au bien-être... en fait, ce qui est actuellement dans le
projet de loi.
Ça fait que tout ce volet-là, en amont, est
super, mais je ne peux pas considérer qu'on attende, par exemple, un autre
30 ans avant... Tu sais, c'est parce que moi, là, les yeux des enfants qui
vont me regarder demain matin, que je vais
représenter, là, je ne peux pas... je ne peux pas me permettre de leur
dire : On va encore attendre 30 ans. J'ai besoin aujourd'hui. Ce n'est pas tous les dossiers, là,
mais il y a certains dossiers qui nécessitent une intervention
imminente, puis ce n'est pas contre personne, c'est pour l'enfant, puis je ne
peux pas... on ne peut pas se satisfaire, je pense, comme société québécoise,
d'attendre pour les enfants, parce que vous le savez, vous le savez très bien,
le temps a une tout autre signification.
Alors, c'est
ça, l'urgence d'agir pour savoir qui a les pouvoirs, et peu importe qui les a,
au final, l'intérêt de l'enfant est où, puis comment on peut les faire
appliquer. Parce qu'un désistement judiciaire dans un dossier d'un enfant suivi
par la protection de la jeunesse, c'est inacceptable, à mon avis, c'est
inacceptable.
Le
Président (M. Provençal)
: Merci. C'est maintenant le temps de céder la
parole à la députée de Robert-Baldwin.
Mme
Garceau : Merci beaucoup, Mme Audet, Me Leblanc,
pour votre présentation très éloquente, très touchante. Merci
particulièrement, Mme Audet, je sais que vous avez... votre parcours a été
difficile, mais votre... vous avez un dévouement envers les droits des enfants,
les enfants les plus vulnérables dans notre société, et je vous en remercie.
C'est tout un travail que vous faites et ça prend beaucoup de persévérance.
Je reviens parce qu'évidemment, la
recommandation, et pour moi, c'était une recommandation qui était vraiment au coeur des fonctions et des pouvoirs du
Commissaire au bien-être et aux droits des enfants, c'était le transfert
de tous les pouvoirs et les responsabilités
de la CDPDJ au commissaire pour que ça soit le commissaire qui porte la
voix des enfants, qui, elle ou lui, va
être... va avancer les droits, va les protéger, va s'assurer que les droits des
enfants soient respectés à tous les niveaux. Donc, pour vous, vous
aimeriez, évidemment, qu'on amende, qu'il y ait un amendement au projet de loi qui va... qui refléterait,
évidemment, la recommandation initiale, là, dans le rapport Laurent. Et
j'aimerais vous entendre au niveau de l'inaction, inaction de la CDPDJ dans les
dossiers, qui fait en sorte que vous... vous insistez sur cette recommandation
aujourd'hui.
Mme Audet
(Nancy) : Parce que, pour
moi, c'est une incompréhension qu'on ait des pouvoirs aussi importants
d'agir et qu'on ne les utilise pas dans un... en plus, dans un contexte de
grande fragilité. La CDPDJ a des pouvoirs extraordinaires,
je ne sais pas si vous êtes au courant, mais a vraiment la possibilité de
changer des parcours de vie, d'aller aider des enfants qui sont victimes
de lésions de droits qui risquent de leur laisser des séquelles pour... pour
toute la vie. Je vois, dans les centres de
réadaptation, des choses, en ce moment, qui sont tellement préoccupantes et, pour
moi, son absence totale du terrain, c'est ce
qui me trouble le plus, son absence totale de présence pour aller voir les
enfants dans les milieux de vie alors
qu'elle... elle a les pouvoirs d'y aller. Juste depuis quelques années, de voir
qu'on est rendu à mettre des petits
enfants, tout petits, petits, quatre, cinq ans dans des centres jeunesse, pour
moi, c'est très préoccupant. Et je ne comprends pas que la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse ne se soit pas penchée sur la question, qu'elle n'ait pas levé le drapeau
rouge pour dire que ces milieux de vie là, ce n'est vraiment, vraiment
pas adapté à des tout-petits. Je m'excuse de
vous le dire, mais un petit enfant de quatre, cinq ans, ça ne peut pas vivre en
centre de réadaptation. Un petit enfant, ça a besoin d'une famille, ça a besoin
d'une maman qui lui flatte le dos quand il est malade la nuit, ça a besoin d'un
papa qui écoute le hockey avec lui le soir. Ça a besoin d'un milieu de vie
normal.
M. Carmant,
tantôt, m'a dit : Il doit représenter tous les enfants. Mais moi, j'ai
envie de vous dire aujourd'hui, ces enfants-là font partie de notre
société puis on semble l'avoir oublié. Ce sont nos enfants, ces enfants-là.
Mais on les a tellement mis de côté, on les a isolés, ils sont cachés dans des
foyers de groupes, dans des centres de réadaptation. On ne les voit pas dans
nos communautés, on ne les voit pas dans nos arénas, on ne les voit... il y en
a plein qu'on ne voit pas dans nos écoles. Comme les dossiers sont confidentiels,
bien, on ne les entend pas puis on ne les voit pas. Mais ces enfants-là sont parmi nous, ils existent. Moi, je les vois tout
le temps. Puis ce qu'ils me crient, là, depuis cinq ans, c'est un cri à l'aide. Vraiment. Je l'entends, ça
résonne fort. Puis je ne sais plus... je ne sais plus comment vous
interpeler puis comment interpeler les gens. J'aurais envie de remplir la salle
ici de ces enfants là, puis qu'on puisse juste s'asseoir puis les entendre. J'espère que le commissaire va pouvoir
prendre le temps d'écouter la voix de ces enfants-là.
• (19 heures) •
Mme Garceau : Il y a un...
L'article 30 parle d'un délai de cinq ans pour la mise en oeuvre des
dispositions. Je voulais vous entendre sur ce délai, compte tenu du fait que le
rapport a été déposé en 2021, et là, maintenant, on est quelques années plus
tard.
Mme Audet
(Nancy) : On ne peut pas. Je crois que Camil Bouchard en a
parlé. C'est beaucoup trop long. Dans la... dans la situation actuelle,
les enfants ne peuvent pas attendre cinq ans.
Mme Leblanc (Mylène) : Tu sais,
le... je crois qu'ils ne peuvent pas attendre, mais une mise en action sur...
En fait, je crois que la... la commission référait à un autre délai, la
commission Laurent, mais cinq ans, c'est... En fait, quand je me place dans la perspective de l'enfant, que je
représente un enfant, par exemple, si mon enfant a trois ans, il aura huit ans quand ça va... tu sais, quand je
vais pouvoir enfin demander du secours. Parce que... Puis je dis secours
parce que c'est des situations critiques puis ça peut englober n'importe quel
enfant aussi. Mais la situation qu'a traitée le Protecteur du citoyen qui a
fait la manchette cette semaine ou la semaine dernière, c'est connu depuis des
années. La CDPDJ a fait des enquêtes sur ce sujet-là, les
conditions de vie, l'isolement, sur la question des contentions, sur la question... Donc, comment ça se fait qu'on ne se
soit pas mis en action? Et cette mise en action là, pour nous, adultes,
je le répète tout le temps, c'est correct,
cinq ans, mais, quand j'ai cinq ans puis je vais devoir attendre jusqu'à
10 ans dans mon centre de réadaptation qu'il y ait quelque chose
qui soit mis en place pour que je puisse avoir mon droit à la liberté... On se souviendra le droit à la liberté,
Charte des droits et libertés. C'est ça, moi, que... c'est inexplicable,
pourquoi un enfant qui n'a pas de voix va devoir attendre, alors que,
présentement, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse applique la charte, le droit à la liberté, à tous
les citoyens, puis même les enfants? C'est ce que c'est censé être. C'est ça, l'urgence d'agir. Je
ne pourrais pas... Puis je... C'est comme si c'étaient mes propres
enfants. Je ne peux pas regarder mes petits
clients, demain matin, puis ne pas... dans une mesure adaptée à leur âge,
évidemment, mais on ne peut pas mentir là-dessus, je... il va falloir que je
leur dise qu'on n'a pas de solution, il faut qu'ils attendent. C'est terrible.
Mme Garceau : Quel a été les...
Mme Audet (Nancy) : ...je m'excuse,
vous savez, la CDPDJ a annoncé, il y a deux semaines, la tenue d'une enquête au
sujet des conditions de vie au Mont Saint-Antoine, à Montréal, des conditions
de vie désastreuses, des infiltrations d'eau, de la moisissure. Je l'ai vu
moi-même, j'ai des photos, si ça vous intéresse. Les enfants ont mal à la tête,
les fenêtres dans les chambres des enfants n'ouvrent plus. Il y a... les bains
sont condamnés. Dans une unité, il y a des enfants qui n'ont pas pris de bain
depuis deux ans parce que le bain est condamné. C'est... c'est terrible, les conditions de vie. Tout le monde le sait, ça fait
plus de deux ans que les enfants habitent dans ces conditions-là. Je ne connais
personne ici qui laisserait ses enfants vivre dans ces conditions-là. On retire
des enfants dans des maisons parce qu'ils vivent dans des conditions comme ça, puis nous, on accepte que ces
enfants-là, vulnérables, habitent dans ces conditions-là.
Que la CDPDJ,
après un article dans un journal, décide de lancer une enquête, je ne comprends
pas. Tout le monde est au courant des
conditions de vie désastreuses des enfants au Mont Saint-Antoine, ça fait deux
ans qu'on crie à l'aide, que les intervenants interpellent les
gestionnaires, tout le monde. J'y suis allée, j'ai amené des gens avec moi.
Mme
Leblanc (Mylène) : Peut-être un exemple concret de quand tout le
monde, la société, tout le monde, on est au courant de ça. Je reviens, moi, comme juriste, à mon article 23,
là, de la... de la Loi sur la protection de la jeunesse, là. On n'est
plus dans : J'enquête sur des conditions de vie. On est dans : «Elle
prend les moyens légaux qu'elle juge nécessaires pour que soit corrigée la
situation où les droits [des enfants] sont lésés.» On est là-dedans, on n'est
pas en enquête, là, c'est criant, il n'y a
pas de bains. Ça se termine là. Un enfant, au Québec, doit pouvoir bénéficier
d'un bain, c'est simple comme... comme bonjour.
Mme
Garceau : Quel a été l'impact de la nouvelle directrice de
la protection nationale... directrice nationale de la protection de la jeunesse, Mme Lemay, sur le
terrain, face à toutes ces lacunes, ces enjeux importants, et criants,
même?
Mme
Leblanc (Mylène) : Je... je dois vous dire, moi, je n'ai jamais pu...
Je pense que je l'ai rencontrée, comme... dans quelque chose de très
public. Je ne connais pas cette personne-là non plus, puis tout ça. Je
comprends le rôle, mais je dois vous avouer que, sur le terrain, je n'ai aucune
idée de ce que ça change ou de ce que ça a changé, je ne sais pas non plus
exactement ce qui se passe. Et ce que je trouve vraiment, par contre, super
difficile du point de vue de l'enfant...
Parce que, tu sais, même si ça nous... comme adultes, ça peut nous choquer, ou
quoi que ce soit, tu sais, je me dis : Comme enfant... C'est parce
qu'aucun enfant ne peut s'adresser à la directrice nationale, en fait, tu sais,
je veux dire, des coordonnées, un site Internet, tu sais, comme une
accessibilité, parce que, tu sais, ne serait-ce que pour voir... Pour un... pour un enfant, à la base,
c'est difficile d'aller chercher l'aide de l'adulte, un adulte inconnu.
Maintenant, je suis en situation critique
dans un centre jeunesse, il faut que je sois capable d'appeler quelqu'un
rapidement, et c'est... je pense que
c'est ça, on ramène tout... j'ai entendu une autre personne, j'écoutais plus
tôt aujourd'hui, qui disait beaucoup : Le terrain, le terrain, le
terrain. C'est ça. Ce n'est pas des changements énormes, c'est de le faire, te
dire : Bien...
Mme Garceau : C'est d'agir.
Mme Leblanc (Mylène) : C'est ça. Tu
sais, je crie à l'aide, quelqu'un doit répondre.
Le
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. On va poursuivre avec le député de
Saint-Henri-Sainte-Anne.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup à vous deux. Merci, Mme Audet.
Je ne pense pas qu'il y ait eu témoignage plus percutant que ça
aujourd'hui, là. On en est, je pense, tous et toutes bouleversés.
Mais là, j'ai envie de me tourner vers votre
collègue. Je suis avocat, vous êtes avocate, on dirait que le cerveau de
l'avocat ne comprend pas, là, comme... Que se passe-t-il?
Mme Leblanc (Mylène) : ...que se
passe-t-il?
M. Cliche-Rivard : C'est quoi, la
poigne d'interprétation que quelqu'un ne fait pas? Je veux dire, je...
Mme Leblanc (Mylène) : Je...
M. Cliche-Rivard :
Ça ne marche pas, là, comme...
Mme Leblanc (Mylène) : OK. Ça...
M. Cliche-Rivard : Aidez-moi,
aidez-moi!
Mme
Leblanc (Mylène) : Je suis avec vous sur ça. Écoutez, je suis avec
vous sur ce point-là, je ne comprends pas, et, à tous les jours que je
suis au travail, dans mon travail, je me... je me pose cette question-là, et
c'est pour ça que je me dis : Il doit y avoir quelque chose que je n'ai
pas compris, il doit y avoir... puis je continue à leur écrire, à faire des plaintes. Parfois même, je leur envoie,
tu sais, l'article de loi, puis je ne le sais pas, fondamentalement. Par
contre, quand, pour ma préparation, en fait,
pour venir ici, j'ai relu les débats parlementaires de 1995, OK, et c'était
vraiment une grande crainte que ça soit finalement... qu'en fusionnant les deux
institutions, le volet jeunesse soit englouti par le volet charte et que,
finalement... parce qu'il ne faut pas oublier, les enfants, ça ne parle pas.
Alors, qui... qui va venir, je vous dirais, animer, au sens de...
M. Cliche-Rivard : Alimenter.
Mme Leblanc (Mylène) : Alimenter,
vie active pour les enfants, si personne ne le fait, ce volet-là va
nécessairement... tu sais...
M. Cliche-Rivard : Ça fait que l'explication,
c'est que le volet charte prend tout leur temps, énergie, travail, c'est ça?
Puis là, le volet jeunesse est englouti?
Mme Leblanc (Mylène) : Bien, moi,
c'est...
M. Cliche-Rivard : C'est ça,
votre...
Mme
Leblanc (Mylène) : C'est ça,
mon explication, parce que je me dis : C'est nécessairement, il y a... il
y a quelque chose qui fait en sorte que ça ne fonctionne pas. Et comme
institution, bien, on se dit : Avec tous ces pouvoirs-là, puis même ceux de la charte, qui s'appliquent aux enfants,
parce que le volet charte devrait s'appliquer, aussi, aux enfants,
qu'est-ce qui cloche? Je ne le sais pas, mais ça cloche.
M. Cliche-Rivard : Puis on vous
répond quoi? Qu'est-ce qu'on vous répond?
Mme
Leblanc (Mylène) : On me répond, par exemple, tu sais, la chose la
plus... c'est : Le tribunal a été saisi de la question, donc nous n'avons plus juridiction. Et nous, les juristes,
on leur répond : Bien sûr que vous avez juridiction, vous pouvez
être partie au dossier à tout moment, intervenez à la cour. Et c'est comme un
ping-pong.
M.
Cliche-Rivard : Puis là on... Je ne veux pas vous mettre des mots
dans la bouche, là, mais, je veux dire, on vous répond quelque chose qui
est erroné. Je veux dire, c'est quoi, l'explication? C'est quoi, la...
Mme Leblanc (Mylène) : Bien... à mon
sens à moi, oui, mais, je veux dire, je ne suis pas... moi, j'interprète comme ça, peut-être que c'est moi qui lis mal, je
ne sais pas. C'est possible, là, je veux dire, je ne connais pas tout,
mais, en même temps, je suis... j'ai
l'impression qu'une loi comme la Loi
sur la protection de la jeunesse puis
comme la charte doivent s'appliquer généreusement, surtout envers
l'enfant vulnérable. Tu sais, il faut... il faut qu'on soit généreux au sens
favorable à l'enfant. Il est en péril, il est vulnérable, on ne peut pas
juste... Il faut être proactif. Il faut être là.
M. Cliche-Rivard : Ça, vous êtes
assez manifestes, toutes les deux, que le statu quo est impossible. Puis, je
pense qu'on vous a tous compris qu'il n'était pas question qu'un enfant qui a
cinq ans aujourd'hui, on lui dise qu'il attend dans 10 ans, et vice-versa,
là. On va prendre ça en considération, je pense que... pour parler de faire un
point, je pense que c'est fait, là.
Mme Leblanc (Mylène) : Merci.
M. Cliche-Rivard : Merci.
• (19 h 10) •
Le Président (M. Provençal)
: On va conclure cet échange-là avec le
député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Oui. Merci, M. le
Président. Merci, Mmes Audet et Leblanc. Les propos que vous tenez, les
témoignages que vous nous rapportez sont troublants à maints égards. On en a
parlé amplement et je pense qu'on a bien compris vos griefs envers la CDPDJ.
Si vous permettez, j'ai juste trois minutes, je
voulais juste faire des petites vérifications sur d'autres éléments qu'on a
entendus, d'ailleurs, aujourd'hui, là, par exemple... bien, je vais commencer
avec ce que vous mentionnez sur
l'indépendance du commissaire, sur le fait qu'il soit entièrement,
exclusivement dédié. Vous nous dites ça... est-ce que c'est parce que vous avez une crainte que ça
ne soit pas le cas? Est-ce que vous lisez quelque chose dans le projet
de loi qui vous permettrait de penser que ça ne serait pas le cas?
Mme Audet
(Nancy) : Je pense que je peux répondre un peu, puis Mylène
aussi, peut-être, mais je pense que la situation actuelle va demander
une totale indépendance de la part du commissaire. De ce que je vois
actuellement des gens qui sont impliqués
avec les enfants de la direction de
la protection de la jeunesse , je
vois souvent des gens qui... qui ne
sont pas totalement libres d'agir de par les liens qu'ils ont, que ce soit avec
l'institution, que ce soit avec le ministère. Je pense vraiment que,
dans la situation actuelle, si on veut que le Commissaire puisse réellement
poser des gestes concrets pour que les choses changent réellement sur le terrain,
il va... il va devoir être totalement indépendant et libre de toute entrave.
M. Arseneau : Donc, ce que je
comprends, c'est qu'il y a un certain nombre de principes que vous nous amenez
sur l'indépendance, le fait d'être entièrement, exclusivement dédié aux
enfants, d'avoir tous les pouvoirs nécessaires et les moyens, tout ça, c'est
comme une série de principes que vous nous rappelez sur la base de votre
observation de la situation actuelle, en nous disant : Organisez-vous
comme vous voulez, là, mais, dans le libellé de la loi, il faut que ça soit très clair et absolument, là, impératif. Ça,
je comprends ça. C'est un petit peu comme... en fait, je veux faire une référence à d'autres témoins qui
sont venus avant vous, là, M. Bouchard, notamment, là, qui parlait, lui,
de prévention, il disait... prévention de la maltraitance, il dit : Si ce
n'est pas nommé, bien, on... on a un problème. Donc, il faut l'écrire partout.
C'est un peu ce que vous... j'imagine que vous partagez un peu ce point de vue
là.
Mme Audet (Nancy) : Oui, oui,
vraiment.
M. Arseneau : Y compris sur la
question de la maltraitance aussi, j'imagine que...
Mme Audet (Nancy) : Vraiment,
vraiment. Je suis totalement d'accord.
M. Arseneau : Donc, de le mentionner
explicitement pour éviter toute ambiguïté, d'accord.
Puis la question des avocats, vous avez parlé
tout à l'heure du fait que les enfants ne connaissaient pas leurs droits, on ne leur... on ne les informe pas de
leurs droits, j'imagine. Est-ce que vous jugez que la question du
mécanisme d'accréditation des avocats, c'est un élément important? On l'a
entendu...
Mme Audet
(Nancy) : Je vais laisser Me Leblanc répondre, mais je
voulais juste vous dire que, quand je suis allée en stage d'observation
en Chambre de la jeunesse, j'ai été très étonnée de voir que les avocats ne
rencontrent pas les enfants, ils n'ont pas
le temps. Les avocats gèrent environ 350 dossiers par année. Mais je me
demande comment on peut faire pour
défendre son client quand on ne le rencontre pas, quand on ne va pas voir son
milieu de vie, on n'est pas en mesure de vérifier si on a suivi les
recommandations du juge. À Sept-Îles, j'ai su que les avocats, maintenant,
parce qu'ils sont débordés, ne rencontrent plus les enfants qui ont 12 ans
et moins. Pour moi, ça, c'est vraiment, vraiment préoccupant. C'est impossible
de défendre des clients si on ne les rencontre pas. Ça ne serait pas acceptable
pour un adulte, pourquoi c'est acceptable
pour un enfant? Mais, pour les questions d'accréditation, je pense que Me
Leblanc va être meilleure que moi pour répondre à ça.
Mme Leblanc (Mylène) : Peut-être...
30 secondes, en finissant, ce qui est important, aussi, de comprendre, c'est que, pour un enfant qui ne parle pas, parce
que n'oublions pas qu'on représente des bébés, des jours à des semaines,
à des années, tu sais, tout petits, tout petits, il faut vraiment bien
s'enquérir de la situation. On ne peut pas... C'est quelque chose qu'il faut
inculquer chez les avocats, quant qu'à moi, en protection de la jeunesse, ou
qui veulent en faire, qu'il faut le lire, notre dossier, aller parler aux gens,
aller parler aux parents, la famille d'accueil pour avoir une vision globale et être capable de la livrer, se
présenter à l'enfant, se présenter chez lui, le rencontrer, etc. C'est
essentiel. Donc, c'est peut-être des balises, accréditation, je ne le sais pas,
là, je ne suis pas très ferrée là-dedans, mais c'est des balises essentielles
de connaître cet enfant.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Mme Leblanc (Mylène) : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je tiens à remercier
Mme Audet et Me Leblanc pour leur contribution, leur participation,
bien, en même temps, de nous avoir partagé vos observations terrain, l'une et
l'autre, là. C'est important pour nous.
Alors, sur
ce, la commission ajourne ses travaux au mercredi 7 février, à
8 heures, où elle se réunira en séance de travail. Alors, mesdames,
merci beaucoup.
(Fin de la séance à 19 h 15)