(Onze heures trente-trois minutes)
La Présidente (Mme Blouin) : À
l'ordre, s'il vous plaît. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de la santé et des services sociaux ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et
je demande à toutes les personnes présentes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 37, Loi sur le commissaire au bien-être et aux droits
des enfants.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Alors, M. Chassin (Saint-Jérôme) est remplacé par Mme Picard (Soulanges); Mme Caron (La Pinière) est
remplacée par Mme Garceau (Robert-Baldwin); M. Morin (Acadie) est
remplacé par Mme Prass (D'Arcy-McGee); et M. Marissal
(Rosemont) est remplacé par M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
La Présidente (Mme Blouin) : Merci.
Alors, ce matin, nous entendrons les témoins suivants, soit le Bureau du
coroner et le Regroupement des Auberges du coeur du Québec.
Comme la séance commence avec un peu de retard,
est-ce qu'il y a consentement pour qu'on poursuive nos travaux jusqu'à
13 heures?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme Blouin) : Parfait.
Et là je comprends aussi qu'il y a le consentement pour que M. le ministre cède
un peu de temps de parole aux oppositions.
Des voix : Consentement.
Auditions (suite)
La Présidente (Mme Blouin) : Parfait.
Merci beaucoup. Donc, je souhaite officiellement la bienvenue aux représentants
du Bureau du coroner. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Alors, je vous invite à vous présenter et à commencer
votre exposé.
Bureau du coroner
M. Bernier (Reno) : Alors,
bonjour, Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les députés membres de la commission. Je suis accompagné aujourd'hui
de Me Géhane Kamel, qui est coroner à temps plein, chargée
notamment du Comité d'examen des décès
d'enfants et du comité d'examen des décès autochtones. Je suis également
accompagné de Me Stéphanie Gamache, coroner à temps plein, qui est chargée
notamment du Comité d'examen des décès liés à la violence conjugale. On a aussi
Paul-André Perron qui nous... qui nous appuie, qui est conseiller stratégique
au Bureau du coroner.
Donc, je vous remercie d'abord pour l'invitation
que vous nous avez offerte de venir échanger avec vous, là, concernant le
projet de loi n° 37 sur le Commissaire au bien-être et aux droits des
enfants.
Je vous propose de débuter par une mise en
contexte qui va rappeler le rôle du Bureau du coroner puis d'enchaîner ensuite
avec nos commentaires sur le projet de loi, puis ça va nous faire plaisir après
aussi d'échanger avec vous sur... pour répondre à vos questions.
Donc, la mission et les activités du Bureau du
coroner sont appuyées par la Loi sur les coroners. Les coroners, c'est des
officiers publics, hein, qui sont nommés par le gouvernement. Ils desservent
chacun un territoire précis de manière à
couvrir l'ensemble du Québec 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Il y a
neuf coroners actuellement nommés à temps plein, il y a également une
centaine d'autres coroners qui exercent leurs fonctions à temps partiel en plus de leurs carrières respectives. Puis, dans
toutes les régions du Québec, le Bureau
du coroner, lui, son travail,
c'est de soutenir ces coroners-là. La mission du coroner, c'est de rechercher
de façon indépendante et impartiale les causes probables, les circonstances des
décès qui sont obscurs, violents ou qui surviennent par suite de négligence
dans un objectif de protéger la vie, d'acquérir une meilleure connaissance des
phénomènes de mortalité et de faciliter la reconnaissance et l'exercice des
droits. Pour faire ça, bien, le coroner réalise des investigations ou des
enquêtes et il va rédiger un rapport qui va résumer ses conclusions. Ce
rapport-là, il contient l'identité du défunt, la date et le lieu du décès, les
causes probables et les circonstances du décès. C'est un rapport qui est public
puis qui peut être remis à toute personne qui en fait la demande.
Les
coroners sur le terrain vont intervenir à la suite de signalements qui leur
sont faits dans certaines situations qui sont prévues par la loi. À
titre d'exemple, le médecin et l'infirmière praticienne spécialisée qui
constatent un décès dont ils ne peuvent établir les causes probables ou qui
leur apparaît être survenu par suite de négligence ou dans des circonstances
obscures ou violentes, bien, ils doivent en aviser un coroner. Le coroner doit
aussi être avisé si le décès survient dans certains lieux, par exemple un
centre de la petite enfance, un service de garde en milieu familial, une
famille d'accueil ou un centre de réadaptation au sens de la Loi sur les
services de santé et les services sociaux pour les autochtones cris.
Chaque année, les coroners vont investiguer
environ 8 % des décès qui ont lieu au Québec, donc c'est grosso modo 6 000 quelques... 6 000 quelques
investigations sur un total de 78 000 décès en 2022. Annuellement, on
va intervenir au Bureau du coroner dans environ 170 décès d'enfants
qui ont moins de 18 ans. Principalement, c'est des décès accidentels, des morts naturelles dont la cause
était inconnue au moment du décès et des décès subits, là, de
nourrissons pendant leur sommeil ou des suicides d'adolescents. On compte entre
cinq et 10 homicides d'enfant par année, la moitié en contexte de violence
conjugale. Les avis obligatoires pour des décès dans certains milieux, comme je
vous ai mentionné tout à l'heure, là, garderie, famille d'accueil, centre
jeunesse, ça représente environ... moins de 10 cas par année en tout.
Par ailleurs, les coroners ont aussi un rôle
important de prévention des décès, là, notamment par la possibilité qu'ils ont de faire des recommandations dans leur
rapport. Ces recommandations-là vont donner souvent lieu à des
changements sociaux. Puis, dans le cadre de ce rôle de prévention, le coroner a
également mis en place au Bureau du coroner trois comités d'examen de certains types de
décès. Le but de ces comités d'examen là, bien, c'est de regrouper autour d'une même table des experts pour
comprendre les phénomènes puis identifier des mesures de prévention des
décès.
Le premier comité permanent qu'on a mis en
place, ça concerne les décès d'enfants âgés de moins de 18 ans. C'est un
comité qui regroupe des pédiatres, des policiers, des représentants du Directeur
des poursuites criminelles et pénales, du directeur de la protection de la
jeunesse, de l'Institut national de santé publique du Québec, du Laboratoire de
sciences judiciaires et de médecine légale ainsi que du Bureau du coroner. Ce
comité-là va procéder à l'étude des cas pour
lesquels le coroner a terminé son investigation ou son enquête pour notamment
identifier les principaux constats, les enjeux systémiques liés au décès
d'enfants, dépister des phénomènes de mortalité chez les enfants et faire des
recommandations qui visent la prévention.
Le deuxième comité concerne la mortalité dans
les Premières Nations et chez les Inuits. C'est un comité qui ne vise pas
uniquement les enfants, mais qui est en lien avec les grands enjeux qui ont été
mis en lumière par la commission Viens, puis il a pour objectif de mieux
comprendre la réalité autochtone pour nous permettre notamment d'adapter nos
services et d'appliquer la Loi sur les coroners avec une plus grande
sensibilité de leur réalité.
• (11 h 40) •
Le troisième comité, lui, concerne les décès
liés à la violence conjugale. Il vise à rassembler les compétences des personnes
représentant plusieurs organisations avec une expertise reconnue sur la
problématique de la violence conjugale encore là pour mieux la comprendre puis
pour mieux la prévenir. Les travaux de ce comité-là ont des retombés en matière de décès en contexte de
violence conjugale. Pour cette raison-là, l'action 45 de la Stratégie
gouvernementale intégrée pour contrer la violence sexuelle, la violence
conjugale et Rebâtir la confiance 2022-2027 prévoit la poursuite en
continu des activités de ce comité.
Maintenant, concernant le projet de loi, la
protection de la vie humaine, c'est au coeur du mandat du coroner, et les décès d'enfants, c'est une préoccupation
constante pour notre équipe. Dans ce contexte-là, nous, on est d'avis
que l'arrivée d'un nouveau Commissaire au bien-être et aux droits des enfants,
c'est une bonne nouvelle. On salue cette initiative
qui répond à l'une des recommandations phares de la commission Laurent. Après
analyse, nous comprenons que le commissaire aura comme fonction
principale de promouvoir le bien-être des enfants, de faire entendre leur voix,
de les accompagner dans la défense de leurs droits, d'assurer une veille et de
coopérer avec l'ensemble des instances. Nous sommes d'avis que ces fonctions
vont permettre sûrement de contribuer à la protection des enfants et aussi à la
prévention des décès.
Le Bureau du coroner, nous, on va être très
ouverts à partager avec le futur commissaire l'expertise qu'on a développée,
notamment dans le cadre de nos comités d'examen, plus précisément le Comité
d'examen des décès d'enfants. Puis on a même
l'intention d'offrir au nouveau commissaire, si les parlementaires décident
d'adopter le projet de loi,
évidemment, mais de lui offrir de le mettre dans la boucle, de le consulter
dans l'élaboration des recommandations de nos coroners qui concernent la
prévention des décès d'enfants. On pense qu'il pourrait avoir une valeur
ajoutée dans ce processus.
On salue
également, au Bureau du coroner, la création du poste de commissaire associé pour
les enfants autochtones, notamment pour la reconnaissance de leurs
particularités culturelles. Là aussi, si le commissaire le juge pertinent,
bien, nous pourrons partager avec lui l'expérience acquise, notamment dans le
cadre des travaux de notre comité d'examen des décès autochtones.
Par ailleurs, on constate qu'il y a deux
dispositions du projet de loi qui concernent spécifiquement la Loi sur les
coroners, c'est le paragraphe 7° de l'article 5 du projet de loi,
d'abord, qui prévoit que le commissaire doit effectuer
une veille de tous les décès d'enfants pour lesquels il y a une investigation
ou une enquête qui a été effectuée en vertu de la Loi sur les coroners.
Il y a aussi l'article 29 du projet de loi qui prévoit une modification à
l'article 99 de la Loi sur les coroners pour préciser que le coroner ou le
coroner en chef doit transmettre au commissaire une copie de tout rapport
d'investigation concernant le décès d'une personne de moins de 18 ans.
On est d'accord avec ces modifications
législatives puis on ne voit pas d'un enjeu ou d'un impact significatif sur le
travail du Bureau du coroner. On va être en mesure d'identifier dans nos
systèmes les décès d'enfants de moins de 18 ans puis on va pouvoir transmettre au
commissaire une copie des rapports d'investigation. On le fait déjà,
d'ailleurs, la transmission d'informations, aux différents partenaires, comme
la Santé publique. Par ailleurs, on comprend que le mandat du commissaire va se
faire en complémentarité avec celui du Bureau du coroner. Donc, si le commissaire
en exprime le besoin, on pourrait également collaborer à sa veille des décès
au-delà de la simple transmission des rapports d'investigation des coroners,
donc, pour assurer une concertation au niveau de la prévention.
Donc, en
terminant, je me permets de mentionner que les coroners, ce sont des hommes et
des femmes de coeur qui travaillent jour après jour pour accompagner les
familles éprouvées par le deuil dans toutes les régions du Québec. Nous avons
la noble fonction d'écrire la dernière histoire du défunt, de lui donner une
voix et d'aider les familles à trouver un sens à leur épreuve pour que les
décès ne soient pas survenus en vain. Je peux... je vous dis que je suis
particulièrement fier de faire partie de cette équipe puis d'avoir le privilège
de la diriger. Puis nous sommes confiants que le nouveau commissaire va être
animé par la même passion du service public, puis on va être prêts à l'appuyer
advenant l'adoption du projet de loi. Alors, je vous remercie de votre
attention.
La Présidente
(Mme Blouin) : Merci beaucoup pour votre exposé. Alors, on va
débuter la période d'échange avec M. le ministre pour une durée de
12 min 30 s.
M. Carmant : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. M. Bernier, content de vous revoir.
M. Bernier (Reno) : Moi de même, M.
le ministre.
M. Carmant : Merci. Mme Kamel, Mme
Gamache, M. Perron, merci d'être là également.
Bien écoutez, M. Bernier, moi, ma première
question, c'était comment vous voyez votre collaboration avec le... avec le
nouveau commissaire, mais ce que j'entends, c'est... c'est excellent. Et même
si vous allez plus loin, là, que ce qu'on avait proposé, qui est de le
consulter puis de discuter avec lui dans les recommandations... Pouvez-vous
élaborer un peu plus là-dessus?
M. Bernier (Reno) : Oui, tout à
fait. Bien, nous, on pense que tout ce qu'on peut faire pour prévenir les décès
au Québec, c'est une bonne chose, hein? Le Bureau du coroner, il n'a pas le
monopole de la prévention, hein, des décès. On travaille en équipe. Puis le Commissaire
au bien-être et aux droits des enfants va être un expert dans ce domaine-là.
Donc, nous, la question de la collaboration, ce n'est même pas un enjeu. C'est
certain qu'on va le faire. Puis, à titre d'exemple, on fait déjà des
transmissions d'informations contenues dans les rapports à la Santé publique,
notamment. On envoie également nos rapports à des chercheurs, à des organismes
de prévention. Donc, pour nous, ce ne sera pas compliqué de rajouter le
commissaire aux droits dans nos... dans nos échanges.
En ce qui
concerne les recommandations, c'est que nos coroners doivent élaborer des
recommandations lorsqu'ils l'estiment indiqué, puis on veut s'assurer
que leurs recommandations soient... soient réalistes puis applicables. Puis on
a déjà des liens, notamment avec le ministère de la Santé, en santé mentale, on
vient tout juste, là, d'établir un lien avec vous pour pouvoir vous consulter
avant de sortir des recommandations publiquement pour s'assurer qu'elles sont
réalistes. Bon, on voudrait faire la même affaire quand ça concerne les droits
des enfants, travailler en équipe.
M. Carmant : Excellent! Très, très
bien. Juste dans le rapport de la commission, en fait, ils demandaient une
veille de tous les décès. J'étais hésitant à le faire puisque je me demandais
pourquoi on aurait besoin de transmettre au commissaire les décès d'enfants
malades, par exemple, qui sont... qui ont une cause bien définie de leur décès.
Vous, dans vos discussions avec la Santé
publique, parce que je vois que, finalement, c'est 8 %, là, des décès qui
sont... qui sont relevés par le coroner, est-ce que... est-ce que, selon vous,
vous verriez un avantage à faire le suivi de tous les décès au Québec pour ce
commissaire-là?
M. Bernier (Reno) : Bien, nous,
on... C'est sûr que la juridiction du Bureau du coroner, c'est les décès qui
sont signalés au Bureau du coroner. Par contre, on a des liens avec la... avec
la Santé publique, avec toute l'équipe du ministère de la Santé pour le
Registre des événements démographiques, qui couvre tous les décès. Quand...
Dans notre comité d'examen des décès, là, on s'associe à des gens du ministère
de la Santé pour ne pas être limités juste... justement
ne pas être limités juste aux rapports des coroners. Donc, je pense que, via
des mécanismes comme celui-là, on est capables d'avoir une vue
d'ensemble plus large que seulement les cas de décès signalés au coroner. Donc,
je ne vois pas un enjeu, tout dépendant vers où le... jusqu'où va vouloir aller
le commissaire, là. Ça va être possible de le faire avec les moyens qu'on a
déjà.
M. Carmant : OK, je ne connaissais
pas ce registre. Et donc, là, tous les décès sont inclus.
M. Bernier (Reno) : Oui.
M. Carmant : Une des choses qui nous
ont été soulevées par les ex-placés de la DPJ, c'était une... comment on
pourrait identifier les phénomènes... les phénomènes... les décès chez les
personnes qui sont plus en état de vulnérabilité.
Est-ce que, dans vos rapports, il y a des indicateurs qui vont nous permettre
d'identifier population vulnérable, que
ce soit situation de handicap, situation de pauvreté? Est-ce que vous avez...
Que pouvez-vous nous dire là-dessus, là, sur les marqueurs de
vulnérabilité dans les cas de décès?
M. Bernier
(Reno) : Oui. Bien, c'est sûr qu'on pourrait rajouter des cotes
lorsqu'on fait la... lorsqu'on dresse les rapports puis que nos coroners
investiguent. Je vous laisserais peut-être la... en complémentaire, peut-être
un de mes collègues, là, qui connaît davantage, là, l'ensemble des critères que
nous utilisons, peut-être M. Perron, là, qui pourrait vous donner plus de
détails là-dessus, parce qu'on a déjà certains indicateurs et on peut toujours
en ajouter. Alors, M. Perron, si vous voulez compléter.
M. Perron (Paul-André) : Oui, M. le
ministre, ce qui figure dans le rapport de coroner va être gouverné par la
notion de pertinence par rapport aux causes et circonstances du décès. Comme,
par exemple, imaginons deux cas différents, c'est... on pourrait avoir, par
exemple, quelqu'un qui est en vulnérabilité puis qui est suivi par la DPJ, mais
la petite famille qui se promène sur le trottoir, puis est fauchée par un
chauffeur ivre qui tue le parent et ses enfants.
Alors, le fait que l'enfant est suivi par la DPJ ne sera probablement pas nommé
dans le rapport du coroner, parce que ça pourrait être très stigmatisant
et ça n'a pas de lien avec le décès. Donc, c'est une source où on peut trouver
beaucoup de choses à partir du moment où c'est en lien avec le décès, mais ce
ne sera pas un portrait intégral de toute la condition socioéconomique puis
toutes les facettes de la vulnérabilité possible et imaginable d'une personne
décédée, mais c'est déjà quand même un bon commencement.
M. Carmant : OK. Et avez-vous une
base de données avec ces indicateurs-là? Comment... comment vous fonctionnez
exactement?
• (11 h 50) •
M. Perron (Paul-André) : Dans notre
banque de données, on a plus des notions de base, comme on a l'âge, le sexe, on a la cause de décès codifiée selon les
règles de la classification
internationale des maladies, mais on
n'a pas d'indicateur vraiment de la
trajectoire, là... par exemple, la trajectoire sociojudiciaire ou les éléments
de vulnérabilité, comme, par exemple,
le handicap physique ou des choses comme ça, ça, on ne l'a pas. C'est sûr qu'on
a le code postal qui permet d'avoir des données écologiques sur l'indice
de défavorisation, mais ça, c'est une donnée écologique, ce n'est pas associé à
l'individu, c'est associé au milieu où il réside. On peut faire quand même un
petit peu de choses avec ça, mais c'est...
Ce qu'il faut
savoir aussi, c'est que, dans notre loi, il y a un régime d'accès particulier
qui permet de consulter, à des fins
de recherche, les archives du coroner. Ça, ça veut dire tous les documents afférents
qui ont été réunis par le coroner à l'occasion de son investigation,
rapport de police, dossier médical, rapport d'autopsie, ainsi de suite.
Évidemment, ce sont les dossiers confidentiels, mais la confidentialité peut
être levée par le coroner en chef à des fins de recherche si on veut fouiller pour aller chercher des
détails plus spécifiques. Il faut garder à l'esprit que le rapport du coroner
est un document public, donc le coroner, il va faire attention à ce qu'il écrit
dans son rapport parce que tout le monde peut le lire. On trouve beaucoup plus
dans l'ensemble du dossier que dans le rapport d'investigation en lui-même.
M.
Carmant : Tout à fait. Et c'est tout à fait approprié.
Quelle ouverture y aurait-il pour avoir... parce qu'on ne veut pas non
plus... Quelle ouverture y aurait-il pour ajouter des... certains de ces
indicateurs, que l'on veut, que peut-être le commissaire va juger pertinents?
M. Bernier (Reno) : Bien, nous, on
pense que... Dans le fond, comme on l'a dit, on est prêts à collaborer. Et puis
on est habitués à faire ça. Puis on serait très ouverts de s'asseoir avec le
commissaire, lorsqu'il va être nommé, puis de regarder avec lui s'il y a des
éléments complémentaires qui auraient... qui pourraient y avoir un intérêt,
qu'on puisse mettre dans nos systèmes pour le futur, là, dans le fond. Oui, on
est ouverts à ça. Mais c'est plus sur le terrain, je pense, que ça va... ça va
devoir être précisé, rendu là, avec le commissaire.
M. Carmant : Tout à fait d'accord.
Un autre point aussi, dans le document, c'était que, justement, parmi les
situations où il y avait enquête, c'était dans les décès en lien avec les
centres jeunesse. Mais vous dites que cette information-là n'est en général pas
partagée?
M. Bernier (Reno) : M. Perron?
M. Perron (Paul-André) : Oui. Les
décès en centre jeunesse, c'est rarissime, il y en a, quoi, entre zéro et deux
par année. Ça n'a pas toujours été le cas, on a beaucoup avancé au Québec,
parce qu'autrefois, il y a 20, 30 ans, beaucoup
de suicides de jeunes adolescents... en fait, ils étaient des suicides en
centre jeunesse, mais c'est un phénomène qui a presque disparu. Donc, des suicides... des décès en centre
jeunesse rapportés au coroner, c'est souvent zéro, des fois un ou deux,
mais c'est vraiment très, très rare, là. Mais, habituellement, ça, on peut les
identifier parce que le coroner va souvent avoir mentionné ça, parce que, la
plupart du temps, ça va avoir un lien avec le... les causes et circonstances du
décès.
M. Bernier (Reno) : Et évidemment,
on est capables de les identifier, donc le commissaire pourrait savoir lesquels
ont eu lieu, dans quel... en quel endroit, dans quel contexte. On est capables
de le faire, ça. Mais il n'y en a pas beaucoup.
M. Carmant : OK. Bien, parlez-moi de
cette diminution, au fil des ans, des suicides en centre jeunesse. Ça
m'intéresse. Il faudrait qu'on étudie quelles interventions ont été faites, là.
M. Bernier
(Reno) : M. Perron?
M. Perron (Paul-André) : Bien, je
pense que ça s'inscrit dans la baisse générale du taux de suicide au Québec,
hein? Depuis une trentaine d'années, le taux de suicide à Québec a beaucoup
baissé. On a fait beaucoup de... la prévention a donné beaucoup de résultats.
Et la tranche d'âge chez laquelle le suicide a le plus baissé, c'est dans les
tranches d'âge les plus jeunes, hein? Dans les années 90, le suicide chez
les jeunes au Québec était très, très élevé, puis maintenant c'est la tranche
d'âge où le suicide le plus bas parmi toutes les autres. Alors, je pense que ça
s'inscrit là-dedans.
Et il faut dire aussi que les suicides dans les
centres jeunesse ont fait l'objet d'investigations, de beaucoup de
recommandations dans le passé, et que j'imagine que des efforts de prévention
particuliers ont été portés. Mais là je ne pourrais pas vous donner de détails,
parce que je n'ai pas... je n'ai pas à l'esprit, là, tous ces rapports-là, mais
ça s'inscrit, en général, dans le... dans les tendances macroscopiques de
baisse du taux de suicide au Québec.
M. Carmant : D'accord. Merci. Je
vais faire sortir l'information. Peut-être quelques mots sur... au niveau du
volet autochtone. Est-ce qu'il y aurait des particularités pour lesquelles vous
aurez tendance à nous... à faire des suggestions quant au suivi ou les...
surtout, évidemment, chez nos jeunes autochtones? Je sais que c'est... je sais
que, par exemple, le suicide est un enjeu, et puis, comme vous le savez, le
taux excessif, là, de signalements à la protection de la jeunesse aussi.
M. Bernier (Reno) : Bien, je vais...
je vais vous donner une première partie de la réponse, puis ensuite, si vous me
le permettez, Me Géhane Kamel, qui s'occupe du comité autochtone, pourrait
compléter.
D'abord, nous, là, on est très favorables au
fait qu'il y ait une... qu'il y ait un commissaire ou un commissaire adjoint,
là, qui soit dédié aux affaires autochtones. Nous, on va collaborer avec lui,
peu importe la forme que ça va prendre, puis on va lui... on pourra lui
partager les travaux qui ont été faits par le comité d'examen des décès
autochtones, justement. Et puis, pour vous en dire davantage, là, sur ces
travaux-là, je passerais la parole à ma collègue Me Kamel.
Mme Kamel (Géhane) : Bonjour, M. le
ministre.
M. Carmant : Bonjour.
Mme Kamel (Géhane) : En fait, en ce
qui concerne les décès chez les communautés autochtones, notre préoccupation
actuellement est davantage de s'assurer que les relations que nous avons avec
eux... ils se sentent interpelés pour prendre les orientations dans le futur.
Ça fait qu'on n'a pas posé de diagnostic comme tel. On sait que, dans le Grand
Nord quand on a fait notre tournée, on est allés deux années de suite, là, le Bureau
du coroner, on s'est déplacés, on le sait qu'il y a un taux accru, chez les
Inuits, de suicide. On ne s'est pas concentrés là-dessus.
En fait, notre approche a été différente.
C'est-à-dire qu'on a plutôt amené le bureau à établir des ponts avec eux en ne
trouvant pas de solution préétablie. Ce qui est important pour nous, c'est
d'avoir des agents de liaison, c'est ce qu'on essaie de faire avec les
communautés inuites et ainsi que les 11 nations au Québec, d'établir des
agents de liaison pour lesquelles ils nous permettront d'entrer tranquillement
vers des communautés pour établir des solutions qui soient durables avec... Ça
fait que c'est plus dans cet esprit-là que d'avoir un portrait bien fixe sur le
taux de mortalité chez les autochtones.
M. Carmant : C'est ça. Peut-être un
petit moment, juste pour vous parler, comment ça se passe avec les agents de
liaison? Parce que, justement, nous, on essaie de voir comment on va établir un
beau partenariat, là, avec le commissaire des Premières Nations. Vous, votre
expérience avec les agents de liaison? Brièvement.
Mme Kamel
(Géhane) : Très brièvement, ça dépend de l'implication de la
personne elle-même. Ça fait qu'on a
eu un très beau succès du côté de Kuujjuaq, et malheureusement la personne s'est retirée
parce qu'évidemment les décès qui étaient rapportés... les gens se
connaissent dans la région. Ça fait qu'il nous faut établir une personne qui
arrive à prendre une certaine distance pour être capable de faire le suivi. Et
je vous donnerais un autre exemple de très belle réussite, c'est à Manawan, on
a un agent de liaison qui peut faire le pont entre nous et les familles quand
on n'arrive pas les rejoindre. Puis ça, pour nous, c'est un grand succès.
M. Carmant : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Blouin) : Merci
beaucoup. Merci, M. le ministre. Alors, je cède maintenant la parole à la
députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci. Merci beaucoup
d'être là. Très, très intéressant. Et vous jouez un rôle tellement important en
termes de notre société et vos interventions, surtout auprès des familles suite
à un décès d'un enfant.
J'aimerais réviser
avec vous tout cet aspect de vos recommandations et le suivi que vous faites au
niveau des recommandations. Je trouve très intéressant ce que vous dites concernant
que vous formulez des recommandations qui conduisent à des changements sociaux
significatifs. Ça, c'est quand même très important. Et surtout concernant le groupe trois dans votre rapport, concernant, là, les
décès liés à la violence conjugale et aussi les décès en contexte de... en
violence sexuelle et aussi liés... s'il y a eu des décès, centres jeunesse,
familles d'accueil. Et, évidemment, ça, ça nous touche tous.
Je voulais comprendre
un peu le suivi. Je sais qu'en particulier... parce que je suis aussi
porte-parole en condition féminine, donc vous allez me permettre un peu... le
rapport du coroner du mois de novembre 2022, parce que je l'ai... je l'ai
trouvé... Malheureusement, évidemment, il y a eu 16 décès, mais c'est la
façon... votre méthode d'étude, d'avoir
révisé chaque cas avec une prise... Vous aviez révisé là aussi les
interventions avant le décès. Il y avait eu quand même une enquête ou
une révision, s'il y avait eu un signalement à la DPJ, s'il y avait eu une
plainte à la police, s'il y avait eu, là,
une intervention de quelque nature que ce soit des services sociaux avec la
famille, si les gens étaient en séparation, divorce et s'il y avait de
la violence, et tout. Et vous avez fait plusieurs recommandations. Je pense qu'il y en avait 25, recommandations,
incluant une recommandation que je voyais extrêmement importante compte
tenu du contexte, et ça, c'était la formation, la formation de tous les
professionnels liés... liés à la jeunesse : les juges, les intervenants,
les intervenantes en protection de la jeunesse. Et je voulais savoir...
incluant le contrôle coercitif. Donc, je voulais savoir, de votre côté,
qu'est-ce qui se passe après le dépôt de rapport. Premièrement, ce rapport-là,
il a été remis dans les mains de qui et le suivi qui a été fait par la suite?
• (12 heures) •
M. Bernier
(Reno) : Parfait. Bien, merci pour la question. C'est vraiment... vous
avez raison que les recommandations, c'est très important pour nous autres.
C'est... je vous dirais que c'est une des parties les plus importantes du
travail du coroner parce que ça permet d'éclairer les décideurs, puis
d'améliorer les choses, puis de changer les choses pour le mieux en termes de
prévention. Donc, on fait... on fait plusieurs recommandations à chaque année, là. Il y en a qui sont dans les
rapports des investigations des coroners puis il y en a aussi suite à des
enquêtes publiques ou suite à des comités d'examen. Je vais vous passer la
parole dans quelques instants... à Me Stéphanie Gamache, là, qui coordonne, justement, le Comité d'examen des décès liés
à la violence conjugale, là, qui va... qui va pouvoir vous en parler.
Puis nos recommandations, bien, nous, une fois qu'elles sont... qu'elles sont
émises, bien, on les communique aux
destinataires concernés, donc il y a une communication officielle, là, du Bureau du coroner, c'est moi qui signe la lettre, là, dans le fond, qui est
envoyée au destinataire. Puis on s'attend que le destinataire va nous revenir
pour... lorsqu'il aura fini son analyse, là, parce que, parfois, c'est des
grands changements, donc ça nécessite un certain... un certain temps avant que
le destinataire puisse nous revenir. Puis ensuite, bien, on va faire des
relances puis on va suivre ça de façon assez serrée, là, dans les... dans les
mois, les années suivantes.
Et puis au niveau des
recommandations, il y en a beaucoup, là, on en a parlé tout à l'heure,
rapidement, mais tu sais, toute la... les clôtures autour des piscines, les
programmes de formation pour la natation, et puis il y a justement... on en
parlait, là, tantôt, là, du Comité d'examen des décès liés à la violence
conjugale, là. Il y a deux ans, là, on
avait... le comité avait comparu lors d'un projet de loi qui concernait la Loi sur la protection de la jeunesse puis
il avait recommandé que les... les enfants
qui sont... qui font partie d'un contexte où il y a de la violence conjugale,
ce soit un cas de dénonciation puis de signalement à la protection de la
jeunesse. Ça, ça découle, là, de recommandations des coroners, puis ça, ça a été
accepté, puis ça a été mis en place.
Donc, je laisserais
peut-être la parole à ma collègue Stéphanie Gamache pour vous en dire un petit
peu plus sur les recommandations qui découlent du Comité en question.
Une voix :
Merci.
Mme Gamache (Stéphanie) : Oui, bonjour. Merci, Me
Bernier. Bonjour, Mme la Présidente, Mme la députée, M. le ministre et tous les autres députés.
Effectivement, en fait, notre comité a vu le jour, là, à la fin de décembre
2017. Vous avez spécifiquement fait
référence au deuxième rapport annuel de ce comité, qui s'est concentré sur 11
événements dans lesquels, malheureusement, il y a eu 16 décès d'enfants.
L'approche, en fait, qui a été prise par le comité est vraiment d'avoir regardé
des événements contemporains, initialement, là, dans les premiers... dans le
premier cycle du... des travaux du comité. Et puis, parce qu'il y avait eu une
surreprésentation des décès d'enfants, on a choisi, dans le deuxième cycle des
travaux, de vraiment se concentrer sur des événements où des enfants sont
décédés.
Les...
on a développé des... une grille d'analyse, en fait, qui est la... à la base de
tous les travaux du comité, parce que
c'est important de comprendre que ce comité-là, en fait, ne refait pas les
investigations des coroners, donc, travaille à partir de dossiers de coroners qui sont déjà terminés. Donc, c'est le
rapport et, évidemment, les annexes qui sont regardés. Tous les membres sont tenus à une entente de
confidentialité, mais, en utilisant la grille d'analyse, il y a plusieurs
éléments, des facteurs de risque, qui sont
identifiés. Et donc, c'est sur la base de ces informations-là que les 25
recommandations ont été formulées dans le
cadre du deuxième rapport annuel. Le prochain rapport annuel va avoir une
section spécifique en lien avec le suivi de ces recommandations-là. Il y
a eu un accueil très favorable aux destinataires, qui ont reçu, tous, le
rapport au moment de sa diffusion. Et... et donc, comme je vous disais, les
réponses sont favorables pour, justement, la protection des enfants et
s'assurer de prévenir des décès dans un contexte de violence conjugale.
Puis je pourrais
juste, peut-être, rajouter que c'est, effectivement, la formation auprès des
intervenants, des professionnels, des gens de la magistrature, des avocats qui sont
impliqués dans... dans les dossiers d'enfants qui sont exposés à la violence
conjugale... bien, la formation, c'est central et ça faisait partie,
effectivement, de plusieurs des recommandations qu'on a faites.
Mme Garceau :
Oui, et c'est juste que j'ai trouvé l'analyse tellement révélateur et aussi
pertinente. Donc, je voulais savoir, en termes de destinataires, est-ce que
vous avez... est-ce qu'une liste est disponible pour savoir quels destinataires
ont reçu ce rapport? Est-ce que c'est public?
Mme Gamache
(Stéphanie) : Bien, en fait, tous les destinataires sont nommés dans
le rapport, donc tous les destinataires sont nommés, et donc tous les
destinataires ont reçu le rapport. Et, comme je vous disais, il y a eu un suivi
au niveau des réponses qui nous ont été fournies. Le Coroner en chef parlait du
suivi qui est effectué dans les rapports de coroners. Effectivement, notre...
notre entité, étant une entité administrative, n'est pas soumise aux
dispositions de la loi, mais on fait un suivi rigoureux, justement pour, à
chaque année, faire... faire état des réponses qui sont reçues. Puis, comme je
vous indiquais, dans le prochain rapport annuel, là, qui va... qui va sortir
cette année, il y aura un suivi de ces recommandations-là.
Mme Garceau : OK, très bien. Et donc je présume, avec le
commissaire du bien-être et des droits, il va y avoir cette collaboration, également, en tant que... la
transmission de ces rapports au commissaire, pour que le commissaire ou
la commissaire puisse faire un suivi également?
M. Bernier (Reno) : Oui, puis dans
le fond, ce qu'on... ce qu'on veut faire, là, c'est en amont et en aval. Dans
le fond, on veut impliquer le commissaire. Donc, autour de la table, là, il
pourrait y avoir un représentant du commissaire parce qu'il pourrait amener une
expertise complémentaire, puis, après ça, bien, dans le suivi des recommandations, c'est certain qu'on est... on est
pas mal certains que le commissaire va avoir beaucoup d'intérêt à ce que
ce suivi-là soit fait auprès de toutes les parties prenantes. Donc, on va le
mettre dans la boucle.
Mme
Garceau : Merci. Juste une dernière question, parce qu'on a
eu certaines interventions, surtout le collectif, hier, des ex-placés de la DPJ qui avaient quand
même une préoccupation au niveau d'itinérance, suicide, et dans le
groupe, là, au-delà de 18 ans. Et donc,
compte tenu de la définition des jeunes que nous avons au projet de loi
actuellement, qui...
La Présidente (Mme Blouin) : Je suis
désolée, c'est ce qui conclut cette portion de l'échange. On est serrés dans
l'horaire, désolée. On va poursuivre avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Merci, Mme la Présidente. Merci pour votre excellente présentation. Je vais
vous poser une question spécifique sur l'article qui modifie l'article 99 sur
la Loi du coroner. On voit que le coroner ou le Coroner en chef va transmettre
une copie du rapport d'investigation. Ce rapport là, par contre, il ne contient
pas, si je me permets, les éléments de preuve, là, comme un rapport médical, ou
les témoignages d'enquête, ou... C'est vraiment le rapport final?
M. Bernier (Reno) : Bien, en fait,
effectivement, c'est le rapport final, une fois que l'investigation est
terminée, le rapport signé par le coroner qui a fait l'investigation. Par
ailleurs, les annexes ne sont pas communiquées lors de cet envoi-là, mais il y
a un régime d'accès, là, qui est encadré par la Loi sur les coroners
spécifiquement pour les annexes puis il y a des cas législatifs, là, où les
demandeurs peuvent y avoir accès ou pas, là, aux annexes. Puis vous avez nommé,
là, rapport médical, etc.
M.
Cliche-Rivard : Est ce que vous auriez... Auriez-vous une
ouverture à ce qu'on élargisse un petit peu le 99 pour donner au commissaire plus qu'accès seulement
au... au rapport d'investigation, mais, finalement, accès aux dossiers?
M. Bernier (Reno) : Je ne suis pas
certain que ce serait nécessaire. Puis là les légistes pourront le regarder
davantage, là, mais... Parce qu'on a déjà, dans notre loi, la possibilité de
donner les annexes à des organismes publics qui en ont besoin pour faire leur
mission, là.
M. Cliche-Rivard : Donc, vous
dites : Ça ne serait pas nécessaire parce qu'il y a un autre mécanisme qui
le donne, mais vous n'êtes pas fermés non plus... vous n'êtes pas fermés à
cette proposition-là?
M. Bernier (Reno) : Non, on n'est
pas fermés...
M. Cliche-Rivard : Parfait.
M. Bernier (Reno) : ...pour plus de
précisions. Mais, honnêtement, je pense qu'on a le mécanisme, déjà, qui est
nécessaire dans notre loi.
M.
Cliche-Rivard : Puis dans les annexes dont vous mentionnez, c'est
l'ensemble du dossier, c'est les rapports, c'est les documents, ou...
M. Bernier (Reno) : Bien, vous allez
avoir essentiellement... Tu sais, ça peut être... c'est tout dépendant de la
situation. Mais tu as le dossier médical ou les extraits du dossier médical, tu
as les rapports de police, rapports d'autopsie, rapports de toxicologie, etc.
M. Cliche-Rivard : Parfait.
M. Bernier (Reno) : Donc, c'est
essentiellement des documents comme ceux-là.
M. Cliche-Rivard :
Puis, dans son rôle d'officier public, là, ce que je comprends, c'est que
le commissaire aurait une capacité de faire cette demande-là au Coroner en chef?
M. Bernier (Reno) : Oui.
M.
Cliche-Rivard : Parfait. Je vous ramène à l'autre article, 5,
alinéa 7°, où, là, justement, il y a des
discussions. Le ministre parlait de la
Commissaire Laurent, qui parlait d'élargir, là, au-delà des simples décès ou
des décès qui sont en lien avec le coroner. J'aimerais ça vous entendre
sur la distinction, parce que, là, le projet de loi parle d'une veille ou d'une
vigie, là, j'oublie le terme exact. Ça, ce n'est pas la même chose qu'une
investigation, finalement, là. C'est complètement différent du travail que vous
faites.
M. Bernier
(Reno) : Oui, bien, en fait, on a deux volets à notre
travail. Le premier travail, c'est les investigations, hein, puis les
enquêtes. Bien, ça, c'est concernant un individu X, là, très... puis là on fait
une investigation. Quand on a terminé, on
rédige un rapport, puis ce rapport-là est public. Donc, ça, c'est le volet
d'investigation. Ça n'a pas rapport avec ce qui est... ce qui est
envisagé pour le Commissaire. Donc, nous, on comprend que ça ne touche pas à
ça, ce qu'on veut faire faire au
commissaire. Le commissaire, ce qu'on comprend, c'est l'autre bout, c'est la
veille des rapports une fois qu'ils sont terminés. Et là on tombe dans
le volet, probablement, que nous, on peut dire de la prévention des décès, et
puis ça non plus, on ne voit pas d'enjeu à ce qu'il fasse une veille, le
commissaire, là. Comme on l'a dit tout à l'heure, là, le Bureau du coroner, il
n'a pas le monopole de la prévention, là. Plus qu'on va avoir de gens qui vont
travailler ensemble pour prévenir des décès, mieux ça va être.
• (12 h 10) •
M. Cliche-Rivard : Donc, d'élargir
sa veille au-delà de ce qui concerne le coroner, ça peut être une bonne idée
aussi?
La
Présidente (Mme Blouin) : On a terminé, M. le député. Merci beaucoup,
désolée. On enchaîne avec M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Oui, merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci pour votre présentation. Est-ce que vous voulez
répondre à la question de mon collègue?
M. Bernier (Reno) : Oui, bien, c'est
ça, c'est que ce qu'on disait tout à l'heure, là, dans une réponse à la question du ministre, sur quelque chose
qui ressemblait à la même question, c'est qu'on est capables d'aller chercher
les autres décès autrement, là, il y a... il y a le Registre des événements
démographiques qui existe, puis l'Institut de la statistique, le ministère de
la Santé, qui ont aussi d'autres... d'autres informations que celles du
coroner. Ça fait qu'on comprend que le commissaire pourrait également y avoir
accès. Ceci étant dit, nous, notre juridiction, c'est les décès, là, qui sont
signalés au coroner.
M.
Arseneau : D'accord. Mais justement, moi, ma question, qui
est plus générale, est-ce qu'il est possible qu'on en échappe, des cas
qui ne sont pas signalés ou qui ne vous sont pas rapportés? Est-ce qu'on a
besoin d'une vigie?
On a laissé entendre, dans certains mémoires,
dans certaines présentations, qu'on n'avait peut-être pas le portrait complet,
là. Je réfère, par exemple, à l'un des mémoires présentés par les
ex-commissaires-experts de la commission,
qui nous disent qu'on connaît le nombre de décès totaux, là, pour 2022,
78 400, le chiffre que vous ramenez dans votre propre mémoire, mais on ne sait pas le nombre de décès
d'enfants. Puis je regardais dans votre mémoire, puis je ne le vois pas
non plus. Je sais que vous avez investigué sur 170 décès. Est-ce que...
est-ce qu'il nous manque de la donnée? Puis je sais que ce n'est pas
nécessairement votre rôle, mais je... est-ce qu'on devrait travailler
là-dessus?
M. Bernier (Reno) : Je vais... je
vais vous dire, là, il y a beaucoup de données qui existent au Québec, il y en a déjà beaucoup, beaucoup. Elle n'est peut-être
pas optimisée puis elle n'est peut-être pas suffisamment utilisée,
mais... Les détails, je vais laisser Paul-André, M. Perron, vous donner
deux, trois informations plus précises, mais il y a déjà beaucoup de choses,
là, qui existent.
M. Perron (Paul-André) : Oui, il y a
environ, on va dire que c'est une approximation, là, environ entre 500 et 600
décès d'enfants par année au Québec. Chaque décès...
M. Arseneau : Oui, le chiffre,
excusez-moi, c'est combien?
M. Perron (Paul-André) : C'est entre
500 et... entre 500 et 600. Je n'ai pas le chiffre... 500 et 600, je n'ai
pas le chiffre précis, parce que les tableaux publiés par l'ISQ coupent à
19 ans, donc il y en a un peu plus que ce qui intéressera le commissaire,
mais c'est un bon ordre de grandeur, là.
La plupart de ces décès-là, une grosse partie,
là, plus de la moitié, c'est des décès dans la première année de vie, c'est des
décès, essentiellement, après l'accouchement, les morts naturelles, ou dans la
période critique à la première année de vie.
Chaque décès
au Québec fait l'objet d'un formulaire qui s'appelle SP-3, qui indique les
causes de décès, l'âge de la personne
décédée, le sexe, son adresse, ainsi de suite, et c'est colligé dans le
Registre des événements démographiques.
La donnée, elle existe, il
y a une petite... il y a des petites manoeuvres à faire pour y accéder, mais,
si on veut avoir un regard 365 sur tous les décès au Québec, la donnée,
elle existe, et des gens compétents pour les exploiter, il y en a beaucoup, particulièrement à l'INSPQ, là,
j'ai beaucoup de collègues, là, qui sont vraiment des experts là-dedans.
M. Arseneau : Parce qu'on avait
évoqué que la donnée n'était pas... n'était pas connue, bon, là, vous nous
donnez un ordre de grandeur, puis qu'on disait, effectivement, qu'entre zéro et
un an c'était très clair, mais, après ça, que
c'était un... ça l'était un peu moins. Mais, en fait, je ramène l'idée qu'on
nous disait qu'il y a peut-être des phénomènes qui nous échappent sur la
consommation de médicaments, et ainsi de suite. Est-ce que votre sentiment,
c'est qu'on... c'est qu'il est possible d'aller plus loin puis d'avoir une
meilleure compréhension de... des décès chez les jeunes?
M. Bernier (Reno) : Bien, c'est
toujours... c'est toujours possible, là, de forer davantage, évidemment, là, plus qu'on va recueillir de l'information, plus on
va pouvoir préciser. Puis, c'est... il ne faut pas se le cacher, il y a
des cas qui nous... qui échappent, là, qui ne sont pas nécessairement portés
à... signalés au coroner ou bien qui ne sont pas nécessairement suffisamment
documentés, oui, c'est possible, mais... mais il faut d'abord utiliser au
maximum ce qu'on a déjà comme info.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Blouin) : Je dois
mettre fin, malgré toute la pertinence du propos. Un immense merci à vous pour
votre contribution aux travaux de cette commission.
Alors, je suspends quelques instants, le temps
de permettre à nos prochains invités de s'installer.
(Suspension de la séance à 12 h 14)
(Reprise à 12 h 15
)
La Présidente (Mme Blouin) : Je
souhaite maintenant la bienvenue aux représentantes du Regroupement des
Auberges du coeur du Québec. Alors, je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, après quoi suivra une séance de discussion
avec les membres de la commission. Alors, je vous invite tout de suite à vous
présenter et à débuter votre exposé.
Regroupement des
Auberges du coeur du Québec (RACQ)
Mme
Dalphond (Paule) : Parfait, merci. Alors, Paule Dalphond, je suis
directrice générale du Regroupement des Auberges du coeur du Québec. Je
suis accompagnée de ma collègue Grace Tabaka, qui est directrice à la défense
des droits des jeunes au Regroupement des Auberges du coeur.
Alors, le Regroupement des Auberges du coeur,
vous savez, c'est 32 membres, 32 Auberges du coeur, mais je dirais
34 maisons, quand même, on a deux membres qui possèdent deux lieux
d'hébergement. C'est un service qui existe
depuis 1987, le regroupement, mais les maisons ont plus de 40 ans,
certaines. C'est un service 24 heures par jour, sept jours par semaine, plus de
3 500 jeunes par année qui gravitent autour des Auberges, soit en
hébergement ou au niveau du post-hébergement. C'est quand même
193 places en appartements supervisés et 379 places en hébergement.
Le mandat du Regroupement des Auberges, bien
sûr, est de regrouper ses membres et d'être là pour les appuyer, défendre
l'existence et l'autonomie des ressources communautaires d'hébergement pour les
jeunes. Ensuite, le Regroupement agit aussi comme porte-parole auprès des
jeunes en situation d'itinérance ou de vulnérabilité auprès des instances
politiques, administratives. Un autre aspect central de notre mission, c'est de
favoriser les échanges entre les maisons d'hébergement jeunesse, partenaires de
la communauté, de chacune des Auberges du coeur, mais aussi, au-delà des
membres des Auberges du coeur, il y a 48 ressources d'hébergement
communautaire jeunesse, et on est aussi un lien pour les autres qui ne sont pas
membres du regroupement. On a à coeur de promouvoir, bien sûr, le développement
des ressources additionnelles du même type.
Vous comprendrez qu'on a une clientèle qui
s'adresse de 12 à 35 ans. Donc, on a des auberges qui hébergent des jeunes
mineurs de 12 à 17 ans. On a des membres qui hébergent des jeunes mineurs,
majeurs avec un maximum de tranche d'âge de sept ans entre les deux, parce
qu'on ne voulait pas avoir des jeunes de 16 ans en contact avec des jeunes
de 28-29 ans. On trouvait que c'est un peu non approprié. Donc, dans nos
critères d'adhésion, c'est le maximum, c'est
de sept ans de tranche d'âge. La majorité, c'est du 16-23 ans. On a des
auberges qui hébergent des jeunes majeurs du 18-30 ou du 18-25. C'est à
peu près le tiers des membres, là, répartis sur les 32 auberges. Alors, je
vais inviter ma collègue à vous parler plus précisément du projet de loi n° 37
et de nos interrogations et... voilà.
• (12 h 20) •
Mme Tabaka (Grace) : Parfait. Donc,
bonjour à vous. Notre mémoire porte particulièrement sur certaines
responsabilités du commissaire dans le cadre de ses fonctions, notamment sa
responsabilité de mettre en place des moyens pour recueillir les préoccupations
et les opinions des enfants, entre autres à ce qui... ce qui a trait aux enjeux
de la société.
Tout d'abord,
nous soutenons fortement l'idée de reconnaître la voix des enfants. C'est
d'ailleurs le battement du coeur du Regroupement des Auberges du coeur.
Nous souhaitons et nous prônons que les besoins des jeunes enfants et adultes soient
entendus et pris en compte. Cependant, nous sommes préoccupés par la mise en
oeuvre de cette démarche. Il est
important de garantir la représentativité des enfants de tous les milieux pour
que cette démarche soit véritablement inclusive et de ne pas en échapper
certains.
Notre deuxième préoccupation se porte sur la
fonction, la responsabilité du Commissaire, qui est de soutenir les enfants dans l'exercice de leurs droits en les
dirigeant vers des ressources appropriées et en les accompagnant,
lorsque nécessaire, dans les démarches.
C'est d'un regard admiratif que cette responsabilité soit... figure dans les
fonctions du commissaire. Mais l'inquiétude repose sur la capacité du
commissaire à avoir une large connaissance des ressources disponibles et
surtout la portée de son pouvoir dans le processus de redirection étant donné
les difficultés d'accès aux services. Donc, nous pensons que l'effectivité de
cette responsabilité repose sur une collaboration étroite entre les acteurs...
avec les acteurs et actrices du secteur jeunesse et une réelle reconnaissance
de leur expertise pour s'assurer une adéquation entre les ressources suggérées
et les besoins réels des jeunes enfants et adultes. Enfin, recevoir les jeunes
qui échappent au filet social est le rythme cardiaque des Auberges du coeur.
Donc, le projet de loi, il s'intitule Loi sur le
commissaire au bien-être et aux droits des enfants. Nous comprenons que
l'esprit derrière la loi se porte sur les enfants, mais il y a une fenêtre, qui
est une fenêtre ouverte, dans l'alinéa 9°, qui permet au commissaire de prendre
en charge aussi ou de soutenir aussi des jeunes adultes, soit des personnes
âgées d'au moins 18 ans ou de plus de 25 ans qui ont déjà été prises
en charge par le directeur de la protection de la jeunesse ou qui ont déjà fait
l'objet d'une mesure de garde ou surveillance en vertu de la Loi sur le système
de justice pénale pour adolescents.
À ce stade, au-delà d'une inquiétude, c'est plutôt
une crainte que nous exprimons face à cette définition restrictive du jeune
adulte, parce que la réalité qu'il y a des jeunes qui auraient dû être pris en
charge par le DPJ, par le... justement, le système de la protection de la
jeunesse, mais qui ne l'ont pas été tout simplement parce qu'il n'y a pas eu de
signalement, peut-être, ou il y a eu une erreur de jugement au moment de
l'évaluation, mais, dans tous les cas, ces jeunes ont les mêmes besoins et
vivent la même réalité que les autres jeunes. Donc, nous pensons réellement que
ces jeunes ont tout aussi besoin d'être sous la responsabilité du commissaire
et d'être soutenus. C'est un peu ça le point de notre mémoire.
La Présidente (Mme Blouin) : Merci
beaucoup à tous les deux. Alors, on va débuter la période d'échange avec M. le
ministre.
M. Carmant : Super. Merci beaucoup,
Mme Dalphond, d'être... de vous être déplacée, Mme Tabaka aussi. Très
heureux de vous voir. Moi, j'aimerais savoir comment ça se passe de... ce que
vous faites, Mme Tabaka. Parce que moi, je pense à L'Entre-Temps, là, où
je suis, là, à la maison, l'Auberge du coeur près de... dans mon comté. Je n'ai
jamais rencontré quelqu'un qui jouait votre rôle, là. Donc, qu'est-ce que vous
faites exactement? Je trouve que c'est tellement une bonne idée, là.
Mme Tabaka (Grace) : Bien, merci.
Justement, mon rôle, c'est de faire ce pont entre les besoins des jeunes et les
personnes qui doivent prendre des décisions. Donc, je reporte les besoins des
jeunes en les... les faisant valoir à travers des mémoires, en observant un peu
les projets de loi pour voir quelles sont les décisions qui sont prises,
quelles sont les politiques qui sont prises et surtout quel est l'impact sur la
réalité des jeunes. Donc, mon travail, c'est de veiller à ce que les besoins
des jeunes soient pris en compte par les politiques et que les politiques
puissent être écrites en faveur des jeunes, notamment les jeunes des auberges,
les jeunes en situation de vulnérabilité, mais dans certaines situations, tous
les jeunes.
M. Carmant : Et faites-vous des
tournées des auberges pour rencontrer les jeunes?
Mme Tabaka (Grace) : Effectivement,
tournées des auberges pour rencontrer les jeunes et comprendre la réalité de
ces jeunes-là en... Des fois, c'est des tournées physiques, des fois, ce sont
des sondages, mais pour toutes les questions qui touchent les jeunes au
quotidien, oui.
M.
Carmant : Ah! bravo! Bravo! Puis d'ailleurs... Bien, je
pense qu'on a tous entendu hier avec les ex. On parlait initialement d'avoir un comité consultatif, mais
on se rend compte que, si on veut avoir une représentation
significative, comme vous dites, là, de la
population et de tous les jeunes, incluant les jeunes vulnérables, il va nous
falloir des comités régionaux, et
qui, eux, pourraient envoyer un représentant national, là. Vous, est-ce que
vous... vous organisez ce type de concertation?
Vous nous avez parlé de la Grande Consultation Jeunesse. Qu'est-ce que...
qu'est-ce que c'est, exactement?
Mme Dalphond (Paule) : Bien, la
Grande Consultation Jeunesse, hein, c'est que... c'est Interjeunes qui la
porte. C'est donc les organismes communautaires jeunesse qui sont membres
d'Interjeunes qui invitent leurs jeunes à venir débattre, exprimer leurs
opinions. Ça se fait toujours à Québec, c'est une fois par année. La prochaine
est en avril. Il y a deux moments précis,
dont une est portée par la Coalition Interjeunes, qui est la Grande
Consultation Jeunesse, mais il y a aussi la Journée des jeunes des
Auberges du coeur, qu'on va tenir en mars prochain ici même, aussi à Québec,
qui est un moment privilégié pour nous, parce que, tu sais, nous, au
regroupement, on ne les côtoie pas tant, hein? On a l'écho des directions, des
inters, mais des journées comme ça, annuelles, sont un moment privilégié, pour
nous, de rencontrer les jeunes et de les entendre sur leur réalité. Alors, il y
a deux événements par année, la Journée des jeunes des Auberges du coeur et la
GCJ, la Grande Consultation Jeunesse, portée par la Coalition Interjeunes.
M. Carmant : Et
ça, c'est des jeunes de toutes les régions du Québec?
Mme Dalphond (Paule) : De toutes les
régions du Québec, oui.
M. Carmant : Bien, je vais y aller
cette année.
Mme Dalphond (Paule) : Bien, on va
vous inviter, M. Carmant, aux deux événements.
M. Carmant : Bien oui, absolument.
Bien oui.
Mme Dalphond (Paule) : Oui. Vous
tous, d'ailleurs...
M. Carmant : Absolument. On a hâte
de voir ça.
Mme Dalphond (Paule) : Bon, bien,
alors c'est noté, nous vous inviterons tous.
M. Carmant : Super! Et comment vous
jugeriez la représentation de nos populations les plus vulnérables dans ces...
dans ces journées-là? Est-ce que... est-ce qu'ils ont la chance de... Ma
question, c'est : Comment on va les chercher, tu sais?
Mme
Dalphond (Paule) : Bien, c'est... bien, c'est... c'est un enjeu très
difficile d'aller chercher les jeunes, effectivement, en situation de
vulnérabilité. Tu sais, on a fait des reportages journalistiques, cette année,
avec les jeunes, ils sont comme un peu
craintifs. Ils ont l'impression qu'il ne faut pas qu'ils dévoilent leur vie,
leur histoire. Ils sont toujours un
peu craintifs, donc on doit vraiment créer un climat de confiance. Et souvent,
quand on réussit à faire ça... parce que le jeune, il est accompagné de
son intervenant, puis il y a un lien de confiance avec l'intervenant. Alors,
c'est plus l'intervenant qui va lui dire : Jusqu'où tu as envie d'aller?
Puis on va t'accompagner dans ça.
Et on a beaucoup de jeunes qui disent :
Moi, je suis prêt à parler à un journaliste, mais je ne veux pas lui dire mon
nom, je ne veux... je ne veux pas qu'il sache mon nom. Parce qu'ils ont... ils
ont tous le réflexe de dire... Même si le milieu familial a été hypertoxique,
ils n'ont pas envie d'identifier le milieu familial, ça fait que c'est souvent
un facteur de protection.
Ça fait que, pour être capable de consulter ces
jeunes-là, on va avoir besoin de l'équipe d'intervention qui accompagne, au
«day-to-day», ces jeunes-là, si on veut être capable de les sensibiliser.
M.
Carmant : OK. Puis, une fois que vous avez conclu ces
journées-là, j'imagine qu'il y a un rapport qui sort.
Mme Dalphond (Paule) : Oui, oui.
M. Carmant : Qu'est-ce... qu'est-ce
que... qu'est-ce qu'on fait avec? Qu'est-ce que notre gouvernement fait avec,
actuellement?
Mme
Dalphond (Paule) : Bien, notre... notre rapport, il est... La Grande
Consultation Jeunesse, elle est financée par le Secrétariat à la
jeunesse, et le rapport est remis au Secrétariat à la jeunesse, est remis...
Maintenant, c'est M. Lacombe qui est notre ministre délégué. Mais, avant,
on envoyait aussi copie du rapport au premier ministre, de la Grande Consultation Jeunesse, parce que c'est
lui qui avait la prérogative du dossier Jeunesse. Et c'est un peu la
même chose, là, pour la Journée des jeunes. Il y a un rapport qui est remis au
Secrétariat à la jeunesse. On en fait même une vidéo. Il y a des vox pop qui se
fait, les jeunes sont sollicités, il y a des oeuvres murales... collectives qui
sont faites. Donc les jeunes laissent leur trace autant écrite que visuelle.
M.
Carmant : Et avez-vous un suivi de... des recommandations?
Comment... comment ça se passe jusqu'à présent?
Mme Dalphond (Paule) : C'est plus
difficile.
M. Carmant : Puis qu'est-ce que...
Comment... comment le commissaire pourrait améliorer ce processus-là?
Mme Dalphond (Paule) : C'est plus
difficile au niveau des suivis de ces recommandations-là des jeunes. Peut-être
que ça serait une place importante, pour le commissaire, d'assister à ces
journées de consultation jeunesse, qu'il pourrait aussi entendre ce qui... ce
qui en ressort. Mais cette place-là, elle est vraiment réservée aux jeunes. Les
intervenants n'interviennent pas. Quand on invite des gens de l'externe, ils
n'interviennent pas. C'est les jeunes, c'est la place aux jeunes.
M. Carmant : OK. Vous allez me
bâillonner quand je vais venir?
Mme Dalphond (Paule) : Oui! Mais on
peut vous inviter à prendre parole et à les encourager, ces jeunes-là. Mais
après ça, quand on les consulte...
M. Carmant : Non,
non, je blaguais. Ne vous inquiétez pas. Et, vous, comment vous voyez votre
relation avec le commissaire?
Mme Dalphond (Paule) : Bien, pour
nous... On l'a dit, hein? C'est... On a souligné ce... Le commissaire, on est
fiers qu'il y ait cette... ce projet de loi là, mais, on le rappelle... Tu
sais, nous, le bémol, il est vraiment sur le concept du 18-25, qui... passé par
le système de la protection de la jeunesse, parce qu'on le dit : Il y a
plein de jeunes que nous, on côtoie, qui ont passé dans les mailles du filet et
qui auraient peut-être eu juste un signalement, mais le signalement n'a pas
donné de suite, mais qui aurait eu lieu... place à un placement ou à... peu
importe. Nous, ces jeunes-là, on les a, là, dans nos auberges et, souvent, on
se dit : Il y a quelque chose à quelque part qui manque, là. On est là, on a beau créer le filet social, mais
jusqu'où on peut aller accompagner ces jeunes-là qui ont vécu, je pense,
des traumatismes très grands mais qui n'ont pas passés par la protection de la
jeunesse?
M. Carmant : Oui. Vous n'êtes pas la
première qui nous le dit, puis je pense qu'on est tous d'accord qu'on va
élargir à «vulnérable», là. Il y en a qui nous ont proposé certaines listes,
là, mais moi, je suis toujours hésitant à mettre des listes, parce qu'ensuite
ça veut dire qu'il y a des gens qui sont refusés
Mme Dalphond (Paule) : Ça devient
restrictif.
M. Carmant : C'est ça. Donc, je
pense que le commissaire pourra prendre les décisions sur qui... qui est
vulnérable. Mme la Présidente, je pense que je passerais la parole...
La Présidente (Mme Blouin) : Bien
sûr.
M. Carmant : ...si vous me
permettez.
La Présidente (Mme Blouin) : Mme la
députée de Soulanges.
• (12 h 30) •
Mme Picard : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous deux. Merci pour votre visite en commission
parlementaire. Je ne sais pas si vous avez visionné les autres personnes...
groupes qui sont venus ici, en commission. Il
y en a plusieurs qui nous ont parlé que certains jeunes ne connaissaient pas ou
très peu leurs droits. Certains même... Certains même se disaient en
quelque sorte avoir des lésions de droits. Est-ce que c'est quelque chose que
vous avez remarqué dans vos Auberges du coeur? Est-ce que c'est quelque chose
que vous pouvez nous partager?
Mme Dalphond (Paule) : Quand ils
arrivent, les jeunes, effectivement, connaissent très peu leurs droits. C'est
un des mandats des membres des auberges d'informer les jeunes le plus possible
sur leurs droits et aussi leurs responsabilités, mais c'est un mandat qu'on se
donne, là, très, très fortement.
Et
d'ailleurs, là, on a une application mobile qui s'appelle Des outils pour
l'autonomie, qui va... la version 2.0 va sortir, et on a travaillé
avec justement des organismes au niveau des droits des jeunes pour bonifier
cette application mobile là. Elle n'est pas tout à fait sortie, le 2.0, mais
c'est une super application mobile, et on l'a faite, cette année... elle est...
d'abord été financée par le Secrétariat à la jeunesse, et on a continué avec le
MSSS pour un financement de trois ans pour bonifier et élargir les volets que
cette application-là pourrait faire, puis on va recontinuer, là, à bonifier
cette application-là avec le Secrétariat à la jeunesse, mais c'est un outil.
Mais effectivement les jeunes connaissent très,
très peu leurs droits quand ils arrivent chez nous, là, dans les auberges, et,
en plus de connaître peu leurs droits, sont aussi très craintifs par rapport à
toute cette machine-là qui est... au niveau
de la justice, ils sont très, très, très craintifs. Ça fait que, tu sais, il y
a comme tout un apprentissage de désamorcer
cette crainte-là puis de dire : Bien... Bien, tu as des droits, puis on va
t'accompagner dans ce processus-là.
Mme
Picard : Est-ce que cette application-là est disponible
pour tous les jeunes ou seulement que les membres?
Mme Dalphond (Paule) : Bien sûr,
pour tout le monde...
Mme Picard : OK. Super.
Mme Dalphond (Paule) : ...pour tout
le monde. Elle est disponible dans l'App Store et le Google Play. Vous pouvez
tous la télécharger. Elle s'appelle Des outils pour l'autonomie, c'est OPA, et
bientôt la version 2.0 va sortir, ça va vous inviter à télécharger la
nouvelle version, puis il va y avoir bonification de cette application-là.
Mme
Picard : Merci. Je vais la partager à tout le monde. Merci.
Je n'ai pas d'autre question, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Blouin) : Parfait.
Alors, on enchaîne avec M. le ministre.
M. Carmant : Oui, et je vais vous le
poser à vous parce qu'on a peut-être un peu de temps, mais c'est quoi...
comment... est-ce que vous voyez un profil pour le commissaire? Est-ce qu'il y
a un type de profil que vous privilégieriez?
Mme Dalphond
(Paule) : Bien, c'est sûr et certain que je pense que le commissaire
aura, en tout cas, à côtoyer autant, je pense, le milieu institutionnel, mais
le milieu communautaire, puis je pense que c'est essentiel qu'il ait cette
ouverture-là, parce que, je le dis toujours, le communautaire est le filet
social de ces jeunes-là. Tu sais, nous, les jeunes qu'on a dans les auberges,
en grande partie, ont passé par les centres jeunesse, une très grande partie.
Donc, on travaille à la prévention à l'itinérance, hein, ça fait qu'on est
aussi peut-être un avant centre jeunesse ou une porte de sortie à ne pas aller
en centre jeunesse quand on parle... avec les auberges mineurs, on travaille
beaucoup à la prévention.
Donc, le jeune qui va passer dans une auberge du
coeur à 14, 15 ans va savoir qu'il y a un réseau, qu'il y a quelque chose
à quelque part qui peut le soutenir, en tout cas, du moins, jusqu'à
30 ans. Beaucoup moins à risque d'itinérance.
Puis souvent on va faire que le jeune ne passera pas dans les centres jeunesse.
Il n'y aura pas de signalement, il n'y aura pas de placement, on va
travailler plus avec la famille qu'avec le jeune plus souvent qu'autrement,
mais ça reste qu'on est en prévention.
Mais, tu sais, des jeunes au niveau majeur,
souvent, sont des jeunes qui sortent... Je n'aime pas ça, le dire, là, je trouve ça plate, là, mais le «bonne fête, bye»,
là, qui... les jeunes, à la sortie des centres jeunesse, bien, ils arrivent
chez nous, vont vivre une période un peu
de... d'euphorie, là, de liberté, mais, une fois qu'on n'a plus de sous, puis
que son chum est tanné de nous prêter son divan, puis qu'il commence à
faire froid, ils vont se retrouver dans une ressource d'hébergement
communautaire jeunesse.
Et je pense
que c'est essentiel que le commissaire ait cette vue d'ensemble là de
dire : Les organismes communautaires jeunesse, c'est le filet
social de nos jeunes vulnérables, ils sont essentiels.
M.
Carmant : J'aime beaucoup ce point-là, là, d'éviter les
centres jeunesse. Est-ce que les écoles sont souvent en contact avec vous?
Parce que...
Mme
Dalphond (Paule) : Oui, oui, oui. Au niveau des auberges mineurs,
la... même les auberges vont faire de la prévention, vont contacter, vont aller dans les écoles, vont rencontrer
les jeunes, beaucoup. Donc, ils sont... ils deviennent de plus en plus,
là, associés aux écoles. Vous avez un collègue, là, qui est un ancien
directeur, là, M. Provençal, qui est un ancien directeur d'école, et M. Provençal faisait beaucoup le pont avec
l'ADOberge, là, qui est Chaudière-Appalaches
et Saint-Georges de Beauce, faisait beaucoup le pont avec les familles en
disant : Peut-être que l'auberge pourrait vous accompagner. Donc, oui, il
y a beaucoup de travail qui se fait à l'intérieur des écoles.
M. Carmant : OK. Et parlez-moi un
petit peu des jeunes qui sont dans vos centres. Est-ce que... Est-ce que c'est
très varié ou est-ce qu'il y a... vous avez de tout?
Mme Dalphond (Paule) : On assiste à
un phénomène assez, je vous dirais... bon, la crise du logement, on n'y échappe
pas, mais, présentement, on assiste à un phénomène où on a les jeunes avec des
problématiques très lourdes en santé mentale, beaucoup, beaucoup médicamentés,
là, qui arrivent avec un ziploc de pilules, puis ils n'ont plus d'identité, ils
s'appellent... Jonathan puis je suis psycho-maniaco-dépressif, hein, c'est
comme ça qu'ils se présentent. C'est triste, mais c'est comme ça qu'ils se
présentent.
Alors, ça, c'est un travail à désamorcer, mais
on a aussi une autre clientèle qui commence à se pointer vers nos ressources,
qui sont les jeunes étudiants, puis ils n'ont pas d'endroit pour se loger,
beaucoup d'immigrants qui sont aux études,
qui n'ont pas de famille, pas de tissu social au Québec, qui sont sans
logement. Ça fait qu'on assiste un peu à ce phénomène-là à cause de la
crise du logement. On a des jeunes qui travaillent, mais qui travaillent à
17 $ de l'heure, ils sont incapables de se loger. Avant, on pouvait penser
à la colocation. Maintenant, ça n'existe plus, de la colocation. Quand tu as
des revenus de 16 $ et 17 $ de l'heure, c'est impensable.
La
Présidente (Mme Blouin) : Merci. Merci beaucoup. Merci, M. le ministre. On
va poursuivre avec Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme
Garceau : Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci à
vous deux d'être ici. Vous faites un travail tellement important auprès
de nos jeunes. Et j'ai été vraiment interpelée par ce que vous disiez au niveau
du manque d'accès aux services. Et, dans votre rapport, je vais y retourner,
mais j'aimerais premièrement, parce que vous avez mentionné que, peut-être il y
en a, des jeunes, que la protection de la jeunesse a manqués... Pouvez-vous
peut-être élaborer là-dessus, s'il vous plaît? Dans quel sens?
Mme Dalphond (Paule) : Il y a plein
de jeunes qui sont chez nous... qu'il y a eu un signalement à la DPJ, mais le
signalement n'a pas donné suite, n'a pas eu écho, bon. On le sait, ils sont à
peu près, comme tout le monde, un peu débordés.
Donc, ces jeunes-là, qui... La réalité qu'on vit
souvent dans les auberges, c'est qu'un jeune de 14, 15, 16 ans n'est pas
la priorité, ce n'est pas le premier dossier. La protection de la jeunesse va
peut-être prioriser les plus jeunes, mais les jeunes, à 14, 15 ans, ne
sont pas priorisés, malheureusement, et souvent ils vont passer dans les
mailles du filet. Et c'est une période qui
est très difficile, l'adolescence, le début de la... d'une certaine maturité,
il y a révolte, il y a beaucoup de conflits familiaux qui éclatent à 13,
14, 15 ans, et l'école va faire un signalement, mais ça n'aboutit pas, il
n'y a pas... Ça fait que le jeune va se retrouver à la rue à 16 ans,
souvent, le parent va le mettre carrément dehors, et il va se retrouver dans
les Auberges du coeur, temporairement, parce qu'un jeune mineur, bien sûr, il y
a la loi, toute la Loi de la protection de la jeunesse,
hein, on ne peut pas l'héberger jusqu'à un an. Donc, c'est des courts séjours.
On va travailler avec la famille, un retour à la famille, il va pouvoir
revenir, bref, c'est un travail qui est assez difficile. Mais souvent ces
signalements-là, de ces âges-là... puis il n'y a pas de suite.
Mme Garceau : Oui, puis c'est quand
même assez préoccupant, là, parce qu'on parle... on ne parle pas des 30 et 35,
on parle des 13, 14, 15 ans.
Mme Dalphond (Paule) : 14, 15, 16,
oui.
Mme Garceau : Et donc, de votre
côté, est-ce qu'il y a des interventions avec la protection de la jeunesse?
Mme Dalphond (Paule) : Oui, il y a
souvent... il peut arriver qu'il y ait des signalements, il peut arriver qu'on
fasse des signalements, il peut arriver qu'on fasse pression.
Mme Garceau : Puis qu'est-ce qui se
passe?
Mme Dalphond (Paule) : On n'a plus
de pouvoir, rendu là. On n'a plus de pouvoir, rendu là.
Mme Garceau : OK. Donc, ça, juste en
soi, là, très préoccupant. J'espère que, M. le ministre, vous le prenez en
note. Et je voulais juste... parce que, lorsque vous parlez, dans votre
rapport, concernant des trous dans le système, c'est ça? Ça fait partie de ça?
Mme Dalphond (Paule) : Oui. Exact.
Exact. C'est ces jeunes-là qui sont échappés.
Mme Garceau : Échappés par...
• (12 h 40) •
Mme Dalphond (Paule) : Échappés par
le système. Échappés par le système. Il y a même des jeunes qu'il n'y aura pas
eu de signalement parce qu'il y a une certaine, je dirais, une certaine façade
de la famille, mais qui vivent peut-être du harcèlement psychologique énorme à
la maison. Mais il n'y aura pas eu de signalement jamais. Ça ne paraît pas
beaucoup, le jeune, à l'école, fonctionne borderline, mais il fonctionne. Il
est toujours un peu à la limite. Et ce jeune-là, souvent, vers 17 ans,
lui-même va décider de quitter la maison. Et, rendu à 17 ans, avec la... même
s'il serait encore sous la Loi de la protection de la jeunesse, bien, il va
avoir... il va développer une certaine autonomie. On va travailler avec le
jeune pour qu'il puisse avoir... se dégager de l'autorité parentale pour qu'il
puisse rentrer, je dirais, dans le monde adulte, même avant son âge de
18 ans, pour justement ne pas... à le retourner dans ce milieu familial
là.
Mme Garceau : Parlez-moi un peu en
termes des difficultés d'accès aux services. On parle de quoi?
Mme Dalphond (Paule) : Écoutez, un
jeune qui a besoin d'un psychiatre, de... Tu sais, on a beau avoir le projet
des aires ouvertes, c'est beau, mais le besoin qu'on décrit depuis tant
d'années, c'est des soins au niveau psychologique pour les jeunes. Ce n'est pas
une infirmière, ce n'est pas un médecin, c'est au niveau psychologique. Et ça,
c'est de plus en plus difficile à obtenir. Et souvent, quand on fait une
démarche avec un jeune, puis je prendrais
une jeune fille, mais jeune fille qui aurait... qui ferait dénonciation, on va
travailler avec un CALACS. Mais même un CALACS, le jeune, il est sur une
liste d'attente.
Quand on
reçoit le téléphone, souvent, le jeune, il va faire : «By the way», ça ne
me tente plus de lui raconter, ça ne me tente plus, je ne suis plus...
Mais, au moment où il nous en a parlé, il était prêt à faire cette démarche-là.
Mais le délai d'attente, bien, c'est la même chose pour les services en
psychologie, en psychiatrie, au moment où il est prêt, c'est là qu'on aurait
besoin du service. Et, si on a un retour d'appel trois mois, quatre mois, cinq
mois, six mois plus tard, ou bien on a perdu le jeune, ou bien on le contacte
puis on lui dit : Écoute, on a eu un appel, il y aurait une place pour
toi... Heille! ça ne me tente plus de le raconter, là, je pense, j'essaie de
faire un ménage, là, puis je vais le mettre en arrière.
Mme Garceau : On parle, je présume,
de jeunes victimes, victimes de violence, d'agression sexuelle?
Mme Dalphond (Paule) : Et des
problématiques en santé mentale lourdes.
Mme Garceau : Oui.
Mme Dalphond (Paule) : Comme je vous
disais, ils arrivent avec un ziploc de pilules. C'est... c'est énorme. C'est
terrible.
Mme Garceau : Vous avez mentionné la
définition des jeunes, elle est restrictive. Je suis d'accord avec vous
là-dessus. On a eu le collectif des ex-placés de la DPJ qui nous avait parlé de
peut-être aller un petit peu plus loin en termes
de l'âge, d'aller de peut-être 25 ans à 30 ans, à 35 ans. Est-ce
que vous êtes d'accord avec ce genre de suggestion?
Mme Dalphond
(Paule) : Bien, moi, je pense que oui. Tu sais, nous, les jeunes, on
les héberge, là, jusqu'à 30 ans. On
s'est même donné l'ouverture d'aller jusqu'à 35 ans. On ne le fait pas
beaucoup parce qu'il y a des ressources, mais il y a des régions où il
n'y a pas de ressources. Et un jeune de 32 ans cognerait à la porte de
l'auberge du coeur à Rimouski, puis, s'il y a de la place, ils vont le prendre,
même si, eux, le mandat s'arrête à 30 ans, ils vont le prendre jusqu'à 32 ans.
Mais, nous, pour nous, la jeunesse, c'est au moins jusqu'à 30 ans. Le Secrétariat
à la jeunesse vise un peu plus que le 25 ans aussi, les centres... les
CJE, hein, vont jusqu'à 35 ans, on dit que c'est un carrefour
jeunesse-emploi, ça fait que... Pour nous, le 25 ans, il devrait être un
peu plus extensionné.
Mme Garceau : OK. Et en termes de
votre... Comment voyez-vous le rôle du commissaire? Surtout avec les jeunes
dont vous avez décrit, où la protection de la jeunesse n'a pas considéré... ou
ne les a pas pris en charge, est-ce qu'il y a un rôle à jouer là-dedans,
d'après vous?
Mme Dalphond (Paule) : Bien,
peut-être que Grace veut le dire, mais moi, je pense qu'il doit être proche du terrain, pas... pas dans un bureau, là. Il faut
qu'il... il faut qu'il aille consulter. Il faut qu'il aille proche de cette
clientèle-là, c'est sûr et certain. Ce sont des jeunes vulnérables, difficiles
d'approche, comme je l'ai dit tantôt, mais il y a moyen d'aller les rencontrer
puis de se servir de leur expérience pour bonifier l'offre de services.
Mme Garceau : En termes de défense
des droits de ces jeunes, et il y avait la question de ma collègue concernant que plusieurs jeunes qui arrivent ne
connaissent pas leurs droits, est-ce que vous avez des... une suggestion,
proposition à faire à ce sujet? Comment est-ce qu'on peut les aider?
Mme Tabaka (Grace) : D'ailleurs,
justement, je pense que c'est quelque chose qui pourrait rentrer dans les fonctions du commissaire, qu'il y ait un volet
d'information et de sensibilisation. On parle de soutien,
d'accompagnement vers les ressources. De manière concrète, ça ressemblerait à
quoi? Une jeune fille fait une dénonciation, appelle le commissaire : Je
ne sais pas quoi faire. Le commissaire dit : OK, je te renvoie vers le
CALACS. Concrètement, ça... il n'y a pas un impact pertinent dans la réalité.
Mais, comme disait Paule, le commissaire qui
connaît, qui comprend la réalité du jeune parce qu'il est sur le terrain est capable de dire : OK, nous avons
un volet d'information, voici ce que tu dois savoir par rapport à tes
droits, voici comment ça se passe et ensuite quelles ressources... je peux
contacter. Ensemble, on va t'accompagner dans ta démarche jusqu'au bout.
Donc, oui, il y a un volet d'information qui est
pertinent. Dans les auberges, on donne des activités financées par le SAJ, où on donne des cours, des ateliers
sur ces notions-là. Mais ça reste quand même qu'il faudrait que ce soit
élargi. Donc, je pense que, si ça rentre dans les fonctions du commissaire, ça
aurait un impact plus important.
Mme Garceau : Le manque de
ressources dont vous parlez, est-ce que vous faites des revendications en
termes de c'est avec qui?
Mme
Dalphond (Paule) : Écoutez, ça fait des années qu'on le porte et
qu'on le crie haut et fort. Ça fait des années.
Mme Garceau : On va se dire les
vraies choses : C'est avec qui?
Mme Dalphond (Paule) : Juste des
ressources d'hébergement communautaires jeunesse, il en manque déjà en partant.
Des jeunes itinérants, il y en a de plus en plus. Avant, l'itinérance, c'était
un monsieur de 50 ans puis qui prenait un coup sur le coin de la rue.
Maintenant, ce n'est plus ça, le portrait de l'itinérance. L'itinérance
jeunesse était une itinérance cachée. Elle est de moins en moins cachée.
Donc, des ressources d'hébergement comme les
Auberges du coeur, il en manque puis il en manque énormément. À toutes les fois
qu'on m'appelle pour me dire qu'on va ouvrir une ressource d'hébergement, je
fais comme : Le noeud de la guerre, c'est le financement, hein?
La Présidente (Mme Blouin) :
Merci...
Mme
Dalphond (Paule) : Je prends
l'exemple de Sorel, qui a eu 190 000 $ de financement pour faire
fonctionner un six lits, on s'entend que ça ne marche pas, ça ne tient pas la
route.
La Présidente (Mme Blouin) : Merci
beaucoup. Merci, Mme la députée. On va procéder tout de suite aux échanges avec
le député des Îles-de-la-Madeleine, s'il vous plaît.
M. Arseneau : Merci beaucoup. Et je
remercie mon collègue de m'avoir donné son autre temps parole. Merci pour votre présentation, pour la passion et
l'engagement, là, envers les jeunes. Je vous trouve humbles dans votre
mémoire, parce que vous ne nous décrivez pas à quel point votre rôle est
fondamental et extraordinaire dans le sens où c'est évidemment un organisme,
enfin, une série d'organisations qui contribuent justement, là, à pallier les
failles, peut-être, de notre filet social. On parle de 32 auberges,
370 lits. Vous faites de l'animation, de l'accompagnement et aussi un
suivi. J'ai remarqué en regardant votre site Web, vous faites du suivi
post-hébergement, vous avez des projets d'hébergement également. Alors,
chapeau! Bravo!
Quelle
est votre relation... Avez-vous une relation avec les organisations, là,
institutionnelles? Quand on... Vous parliez tout à l'heure de la DPJ. Je
ne sais pas, vous n'avez pas parlé de la CDPDJ. Est-ce que vous avez des liens
avec eux à l'occasion? Et quel est votre point de vue sur le soutien qu'on
offre aux jeunes que vous hébergez et que vous accompagnez?
Mme Tabaka (Grace) : Je vais
commencer par la CDPDJ, justement, parce que je suis... je représente le regroupement sur la table jeunesse de la
commission des droits de la personne et de la jeunesse, et c'est un bon
partenariat, parce que, justement, c'est une
table où on peut discuter des enjeux que nous voyons sur le terrain, des enjeux
de jeunesse, et où on est sûr d'avoir, bien, déjà une écoute. Et,
ensemble, on travaille sur des recommandations et comment la commission peut
nous accompagner en ce sens. Donc, nous avons quand même des partenariats
institutionnels. Et même je pense qu'avec le Secrétariat à la jeunesse on peut
parler aussi de la direction et protection de la jeunesse...
Mme Dalphond (Paule) : Au niveau du
PQJ, le PQJ, on a de très bonnes relations aussi avec PQJ. Je vous dirais que chacune des auberges entretient des
liens étroits avec ces groupes-là, surtout les auberges mineurs. Comme
dans n'importe quoi, dans n'importe quelle région, il y en a que ça va très
bien, il y en a que ça va moins bien.
M.
Arseneau : D'accord. Et ça m'amène à vous poser la question
sur le projet de loi en tant que tel. À l'article 11, on dit que le
commissaire coopère avec différentes organisations institutionnelles, la Commission
des droits de la personne et des droits de
la jeunesse, Protecteur du citoyen, ainsi de suite. On ne mentionne pas le milieu
communautaire.
Mme Dalphond (Paule) : Exact.
M. Arseneau : Est-ce qu'il y a une
faille dans le projet de loi où on devrait s'assurer que le commissaire fasse
affaire avec des gens qui, comme vous, sont sur le terrain, en contact avec les
gens?
• (12 h 50) •
Mme Dalphond (Paule) : Exact, oui.
M. Arseneau : Bon, d'accord. On note
et on proposera, vraisemblablement des amendements au projet de loi. Je vous confirme en terminant que nous
serons... enfin, on avait été invités à la Grande Consultation Jeunesse, là,
ça se passe le 9 et 10 avril ici, à
Québec. On sera présents avec beaucoup de plaisir, puis bravo pour votre
travail au quotidien!
Mme Dalphond (Paule) : Merci. Puis
on vous invitera aussi pour la journée des jeunes des Auberges du coeur du
Québec qui va être en mars ici, à Québec.
M. Arseneau : Merci beaucoup. Merci.
La
Présidente (Mme Blouin) : Merci beaucoup, M. le député. Alors, on termine
avec M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Merci pour votre excellent travail. D'ailleurs, j'ai la chance dans le
sud-ouest de Montréal, dans Ville-Émard, d'avoir l'Auberge du coeur, là, sur le
boulevard Monk. Donc, on est...
Mme Dalphond (Paule) : ...du
Sud-Ouest.
M. Cliche-Rivard : ...très chanceux
de les avoir et on les salue, d'ailleurs. Donc, voilà.
Petite question pour vous, vous parliez de
connaissance et promotion des droits, évidemment, pour que les jeunes connaissent leurs droits. Est-ce que vous
pensez qu'il y aurait un impact positif si on venait, comme Mme Laurent le demandait, à créer la fameuse
charte des droits de l'enfant? Est-ce que vous pensez que ce serait important?
Mme Dalphond (Paule) : Bien sûr.
M. Cliche-Rivard : Donc, pour vous,
de voir que ce n'est pas dans le projet de loi actuel, c'est un petit peu une
déception?
Mme Tabaka (Grace) : Je ne dirais
pas une déception, parce qu'il y a beaucoup de points sur lesquels nous sommes
vraiment d'accord, mais, oui, je pense que ça ferait une différence, le fait
que les droits des enfants soient encadrés,
parce qu'on connaît les droits des enfants de façon générale, il y a l'ONU, il
y a la charte, de façon générale, qui protège les personnes, mais avoir
une charte spécifique aux droits des enfants pour effectivement montrer un
intérêt de plus à la protection des enfants... Donc, oui, nous partageons cette
recommandation.
M.
Cliche-Rivard : Il y avait des recommandations un petit peu
similaires quant au fait qu'on pourrait intégrer, là, dans notre droit, la convention internationale
relative aux droits de l'enfant. Est-ce que vous partagez la même appréciation?
Mme Tabaka (Grace) : Je partage,
effectivement, oui.
M. Cliche-Rivard :
Donc, vous pensez que c'est quelque chose qu'on aurait enfin l'occasion de
faire?
Mme Tabaka (Grace) : Effectivement.
Effectivement.
Mme
Dalphond (Paule) : Bien, je pense que ça pourrait être un beau rôle
pour le commissaire, effectivement.
M. Cliche-Rivard : De le... de le
travailler, de le...
Mme Dalphond (Paule) : De le
travailler avec tous les partenaires, je pense que ce serait un beau... un beau
défi puis un beau mandat.
M. Cliche-Rivard : Bon. Mme Laurent
parlait aussi de transférer, vous le savez, tous les pouvoirs de la CDPDJ au
commissaire. Est-ce que vous, vous avez une position ferme là-dessus?
Mme Tabaka (Grace) : Non,
honnêtement non, parce que je pense qu'il y a un travail de collaboration qui peut très bien se faire entre la Commission des
droits de la personne et le commissaire. Donc, à ce niveau, je ne
partage pas complètement cet avis. Je pense, au contraire, à un travail de
collaboration. Et, honnêtement, il y a tellement de problèmes que je pense que
le commissaire tout seul ne pourra pas gérer tout ça.
Mme Dalphond (Paule) : Non, c'est
ça.
M. Cliche-Rivard : Quand vous
dites : Tellement de problèmes, spécifiquement, peut-être juste démêler ça
pour nous. Qu'est-ce que vous voulez dire?
Mme Tabaka (Grace) : Bon, je veux
dire qu'il y a beaucoup de questions sur lesquelles se pencher que je pense qu'il est plus judicieux qu'il y ait
plusieurs organes qui peuvent accompagner. On parlait d'accessibilité. Si
tout est centralisé, on va faire face à une difficulté d'accessibilité. On va
retomber dans les problèmes de longs délais.
Mme Dalphond (Paule) : Exact.
M. Cliche-Rivard : Donc, on laisse
au commissaire ce nouveau travail là, on laisse à la commission... Est-ce qu'on
renforce les pouvoirs de la commission? Est-ce qu'on aide la commission
davantage? Est-ce que vous sentez qu'il y a un besoin d'accompagnement, de
financement?
Mme Tabaka (Grace) : À ce niveau, je
ne peux pas me prononcer. Je n'ai pas vraiment regardé, mais je pense que les
deux organes ont leur place.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Blouin) : Merci
beaucoup. Merci à vous pour votre contribution à nos travaux.
Mémoires déposés
Avant de conclure les auditions, je procède au
dépôt des mémoires des organismes et des personnes qui n'ont pas été entendus
lors des auditions publiques. Merci à tous.
La commission, ayant accompli son mandat,
ajourne ses travaux sine die. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 12 h 54)