(Dix
heures trente-quatre minutes)
Le Président
(M. Provençal)
: Alors,
bon matin à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de la santé et des services sociaux ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et
je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La Commission est
réunie afin de procéder aux consultations particulières et aux auditions
publiques sur le projet de loi n° 66, Loi visant à renforcer le suivi des personnes
faisant l'objet d'un verdict de non-responsabilité criminelle pour cause
de troubles mentaux ou d'inaptitude à subir leur procès.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. Mme Grondin (Argenteuil) est remplacée par M. Allaire (Maskinongé);
Mme Caron (La Pinière), par Mme Maccarone
(Westmount—Saint-Louis); et M. Marissal
(Rosemont), par M. Fontecilla (Laurier-Dorion).
Remarques préliminaires
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Nous
débuterons ce matin par les remarques préliminaires, puis nous
entendrons les témoins suivants : la Sûreté du Québec et la Commission d'examen
des troubles mentaux.
Alors,
j'invite maintenant le ministre de la Sécurité publique à faire ses remarques
préliminaires. Vous disposez de six minutes, M. le ministre.
M. François Bonnardel
M. Bonnardel : ...Merci, M. le
Président. Salutations à la présidence. Salutations à mes collègues
ministériels, à ceux de l'opposition.
Très heureux de vous retrouver après ces vacances d'été. Et l'équipe du
ministère qui est présente avec moi ce matin, les gens de la Sûreté du
Québec, merci d'être là.
Bien,
c'est l'étude... donc, les consultations qui débutent pour deux jours. Par la
suite, on aura l'étude détaillée. On a déjà fait l'adoption de principe.
Sincèrement, c'est le fruit du travail de plusieurs mois, ce PL 66, qui
fait suite à deux tragédies, le triple homicide d'août 2022, la perte, la
disparition de la sergente Breau en mars 2023. Puis, dès que ça, c'est arrivé, j'ai demandé rapidement à
différents ministères qu'on mette... on peut se mettre sur plein de comités
interministériels pour être capables le plus rapidement possible de trouver des
pistes de solution qui, pour moi, étaient immensément importantes pour
améliorer le partage d'informations, améliorer le suivi aussi, suivi, là,
ces... de ces personnes non reconnues
criminellement responsables par la CETM, et que, par la suite, on puisse donner
des outils qui vont répondre
adéquatement aux policiers et policières qui font leur travail au quotidien,
qui font très, très bien leur travail.
Mais
jusqu'à quel point? Quand on a eu le rapport du coroner... quand... de février
2024 sur le triple homicide, le rapport de la coroner Kamel, qui est
déposé aujourd'hui, les auditions, tout ce qu'on avait entendu, je pense
qu'aujourd'hui on devait agir le plus rapidement possible, aller chercher le financement
aussi pour créer ces assises légales pour
créer ce rôle d'agent de liaison. C'est une somme de 11,3 millions sur
cinq ans qu'on a annoncée déjà, 1,8, spécifiquement pour la Sûreté du
Québec.
Donc, j'ai toujours
voulu déposer des projets de loi qui étaient plus souvent qu'autrement
consensuels. Je suis toujours là pour améliorer les projets de loi, parce que,
bon, rien n'est parfait, mais je pense que, dans ce petit projet de loi d'une
douzaine d'articles, sincèrement, je pense qu'on répond positivement aux
principaux enjeux de communication et de suivi de ces personnes. Et là-dessus,
je reste convaincu que, avec les informations que nos partenaires vont nous
donner dans les deux prochains jours, on va peut-être être capables, encore une
fois, là, d'aller chercher des petits points qui... d'amélioration dans ce PL,
qui vont nous permettre d'être encore plus au diapason face aux enjeux que nos
policiers, policières ont au quotidien dans leur travail qui n'est pas
nécessairement simple.
Donc, très fier
d'être là ce matin. Très hâte d'entendre nos gens de la Sûreté du Québec qui
vont pouvoir nous donner un portrait, là, de la situation qu'eux vivent au
quotidien sur le terrain. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, M. le ministre. Je
vais inviter maintenant la porte-parole de l'opposition officielle et députée de Westmount—Saint-Louis à faire ses remarques préliminaires, pour une
durée de 3 min 36 s. C'est à vous.
Mme Jennifer Maccarone
Mme Maccarone : Merci,
M. le Président. Si nous sommes rassemblés aujourd'hui, c'est parce que le 27
mars 2023, malheureusement, il y avait un événement tragique qui bouleversait
le Québec en entier. Et c'est parce que ça fait
maintenant un an, cinq mois et 14 jours qu'une policière, une maman, une
amie, une collègue a perdu sa vie. Et, dans le fond, nous avons une
responsabilité collective d'agir et de s'assurer que ce drame ne se reproduit
pas.
Alors évidemment, avant de débuter même les
échanges, je souhaite encore une fois offrir mes sincères condoléances à tous
les proches de la sergente Maureen Breau. On est toujours touchés par ceci,
puis je pense qu'on va toujours avoir une pensée à elle. C'est la loi de Maureen
Breau, que nous allons commencer nos débats puis les échanges avec tous les
gens qui s'en viennent pour témoigner, pour évidemment alimenter les
modifications lors de l'étude détaillée du projet de loi. J'ai hâte à commencer
cette étape.
C'est clair, le ministre l'a évoqué, on a aussi
la coroner Géhane Kamel, qui a déposé son rapport juste hier. Elle est en point de presse actuellement ou dans
quelques minutes. J'aurais voulu, en temps et lieu, avoir ce rapport avant
le dépôt du projet de loi pour s'assurer que
c'est un projet de loi qui peut répondre vraiment aux 38 recommandations. Ça
fait que le ministre sait déjà que nous, on souhaite avoir une preuve
d'ouverture pour s'assurer qu'on réponde à toutes ces demandes, à toutes ces...
les recommandations de la coroner.
C'est trop tard pour Maureen puis peut-être un
peu trop tôt pour un projet de loi qui est devancé aussi, parce qu'on attend
aussi le rapport de le ministre responsable des Services sociaux en ce qui
concerne les modifications au P-38. Puis ça, c'est quand même un travaux qui se
fait en parallèle avec les travaux que nous faisons ici ensemble. Puis ça
risque aussi peut-être de faire des modifications à nos travaux ici. Ça fait
que je suis un peu perplexe de notre façon de travailler, mais, encore une
fois, je voulais aller vers l'avant. Notre formation politique voulait aussi...
vers l'avant, parce que Maureen et sa famille méritaient ça.
C'est un petit projet de loi de
12 articles, cinq articles sur la concordance en anglais. Ça fait qu'il y
a vraiment juste un article qui est le nerf de la guerre en ce qui concerne les
modifications d'un projet de loi. Le ministre, c'est sûr, il peut compter sur
la collaboration, ma collaboration. Je souhaite que les choses avancent puis
avancent bien pour le bien-être de nos policiers, pour le bien-être du réseau
aussi de santé et services sociaux, aussi, pour les victimes, hein, pour les
personnes concernées. Je sais que c'est un sujet aussi très sensible, il faut
protéger aussi les droits des personnes concernées, hein?
Ça fait que nous allons prendre ça aussi en
considération, parce que tous les acteurs, toutes les parties prenantes sont
des personnes vraiment importantes à prendre en considération. Mais je pense
qu'au bout de tout, on souhaite éviter un autre drame. Je pense que c'est ça,
l'essentiel. Et, encore une fois, je réitère que nous devons vraiment
travailler ensemble pour s'assurer que ce dossier très sensible se réalise.
C'est ça que les familles, je pense, attendent de nous. Je pense que c'est ça
que les policiers aussi s'attendent de nous. C'est ça que la société s'attend
de nous. Alors, merci, M. le Président. Au plaisir de commencer les
auditions.
• (10 h 40) •
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Je vais inviter
maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député de Laurier-Dorion
à faire ses remarques préliminaires. 1 min 12 s, allez-y.
M. Andrés
Fontecilla
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Je salue le ministre ainsi que le personnel du ministère de la
Sécurité publique et mes collègues de la partie gouvernementale et les partis
d'opposition.
Évidemment, j'aborde ce projet de loi avec
beaucoup, beaucoup d'intérêt. Le décès tragique de la policière Maureen Breau a
profondément marqué la société québécoise. Et, comme législateurs, nous avons
le devoir de nous pencher encore une fois
sur les mécanismes entourant le suivi et l'encadrement des personnes reconnues
non criminellement responsables. Évidemment, nous devons atteindre un
sage équilibre en tant que législateurs entre la sécurité du public et les intervenants auprès de ces
personnes-là, en particulier les corps policiers et les nécessaires... la
nécessaire sauvegarde de la relation
thérapeutique de ces personnes qui ne sont pas justement reconnues
criminellement responsables. C'est un équilibre fragile.
Il y a des propositions très intéressantes dans
ce projet de loi. J'aborde avec un esprit de collaboration cet... le projet de loi 66 afin d'augmenter la sécurité
du public, des policiers et policières, et également sauvegarder les intérêts et
les droits de ces personnes... des personnes reconnues non criminellement
responsables. Et donc je nous souhaite un très bon projet de loi. Merci.
Auditions
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le député, pour
vos remarques préliminaires.
Nous
allons maintenant débuter les auditions. Je vais maintenant souhaiter la
bienvenue à MM. Ménard et Boulianne, représentants de la Sûreté du
Québec. Vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, et, par la suite, nous procéderons à
l'échange. Alors, je vous cède immédiatement la parole.
Sûreté du Québec
M. Ménard (Jonathan) : Merci.
M. le Président de la Commission de la santé et des services sociaux, Mmes et
MM. les membres de la commission, je me présente, je suis l'inspecteur-chef
Jonathan Ménard, directeur de la direction des services de proximité aux
communautés à la Sûreté du Québec, que je nommerai Sûreté pour la suite de la présentation. On retrouve notamment,
au sein de cette direction, le service-conseil et soutien opérationnel qui
chapeaute le dossier santé mentale. Je suis
accompagné par le responsable de ce service, le capitaine Daniel Boulianne.
Au nom de la Sûreté, je
souhaite d'emblée vous remercier de me permettre de partager nos réflexions au
sujet du projet de loi n° 66 intitulé Loi visant à
renforcer le suivi des personnes faisant l'objet d'un verdict de
non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux ou d'inaptitude à
subir leur procès.
D'abord, laissez-moi vous présenter la Sûreté,
qui est l'organisation policière qui agit à titre de corps de police nationale
au Québec. Au 31 mars 2024, elle était constituée de
8 415 employés, soit 5 979 policiers et 2 436 membres civils.
Ses ressources desservent 1 041 municipalités réparties dans
88 MRC au Québec. En tant que corps de police nationale, l'organisation
agit sous l'autorité du ministère de la Sécurité publique. La Sûreté a pour
mission de maintenir la paix, l'ordre, la sécurité publique ainsi que la
prévention et la répression du crime sur l'ensemble du territoire du Québec.
Elle assure la préservation de la vie, de la sécurité, des droits fondamentaux
des personnes ainsi que de la protection de leurs biens.
La Sûreté se voit conférer des services
exclusifs en tant que seul corps de police de niveau 6 de la province, tel
que stipulé par la Loi sur la police, mais qui sont aussi à la disposition des
autres corps de police. Parmi ces services exclusifs, la Sûreté gère un système
de renseignements destiné à contribuer à la lutte contre le crime via le Centre
de renseignements policiers du Québec, communément appelé le CRPQ.
Le CRPQ permet de faire des mises à jour,
d'interroger différents systèmes tels que la Société de l'assurance automobile
du Québec, le Centre d'information de la police canadienne et le module
d'informations policières. Il permet notamment de vérifier si une personne est
soumise à des modalités de la Commission d'examen des troubles mentaux, communément
appelée la CETM.
En ce qui concerne le volet des interventions
policières en matière de santé mentale, la Sûreté est une intervenante de
première ligne auprès des personnes dont l'état mental présente un danger pour
elles-mêmes ou pour autrui. L'augmentation
des appels concernant des personnes dont l'état mental est perturbé est en
constante augmentation depuis les
dernières années, et l'organisation doit s'adapter à celle-ci. En effet, le
nombre d'appels liés à des personnes en crise et des tentatives de
suicide traitées par la Sûreté est passé de 22 924 cas en 2020 à
27 329 cas en 2023.
La Sûreté couvre un vaste territoire et doit
collaborer avec plusieurs partenaires au sein de toutes les régions desservies,
dont un nombre important de centres intégrés de santé et de services sociaux et
de centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux. De ce fait,
l'organisation doit s'adapter à des services d'aide en situation de crise et
des établissements de santé qui fonctionnent différemment selon la réalité du
territoire. Elle doit également collaborer avec un grand nombre d'hôpitaux
désignés responsables de personnes visées par un verdict de non-responsabilité
criminelle pour... de troubles mentaux ou d'inaptitude à subir leur procès.
Le présent projet de loi a pour objectif de
renforcer le suivi des personnes qui sont visées par une décision rendue par la
CETM ou par un tribunal en vertu de la partie XX.1 du Code criminel, intitulée
Troubles mentaux. Ce projet de loi représente une initiative qui pourra
contribuer à pallier certains enjeux constatés dans les enquêtes publiques qui
ont suivi plusieurs décès de citoyens et d'une policière. Et, parmi ceux-ci, on
retrouve des difficultés liées à la communication de renseignements entre les
partenaires intervenant auprès des personnes suivies par la CETM, le travail en
silo des différentes instances, la méconnaissance des assises juridiques des
interventions lorsque des manquements à des modalités de la CETM sont constatés
ainsi que des lacunes dans la formation et l'évaluation du risque liées aux
interventions policières.
Parmi les actions mises en place en cohérence
avec l'implantation du projet de loi n° 66,
l'organisation s'est vu octroyer un montant de 1,8 million de dollars
sur cinq ans pour assurer une meilleure coordination et un soutien aux unités
de la Sûreté en matière d'inscriptions au CRPQ et de suivi de ses dossiers.
Le projet de loi n° 66
modifie l'article 76 de la Loi sur les renseignements de santé et de
services sociaux, en y ajoutant un nouveau paragraphe, soit un troisième cas de
figure permettant la communication d'un renseignement détenu par un organisme
du secteur de la santé et des services sociaux à un corps de police. Ce
paragraphe vise l'intervention auprès d'une personne faisant l'objet d'un
verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux ou
d'inaptitude à subir son procès, qui est sous la responsabilité de l'organisme.
Ce renseignement doit être nécessaire à la planification ou à l'exécution d'une
intervention.
Selon la Loi sur la police, la mission des corps
de police, en plus de réprimer le crime, consiste à le prévenir et à maintenir
l'ordre ainsi que la sécurité publique. L'accomplissement de ces volets ne peut
être que du seul ressort des corps policiers. Celui-ci requiert, entre autres,
la concertation et le partenariat avec des intervenants oeuvrant au sein
d'organismes communautaires et du réseau de la santé.
D'ailleurs, l'article 48 de la Loi sur la
police s'est vu bonifier récemment, dans le cadre de l'adoption de la Loi
modifiant diverses dispositions relatives à la sécurité publique et édictant la
Loi visant à aider à retrouver des personnes
disparues, pour y ajouter la concertation et le partenariat. Cette vision va
d'ailleurs dans le sens des pratiques mixtes d'intervention mises en
place à la Sûreté ainsi que dans plusieurs corps de police au Québec au cours
des dernières années.
Considérant
les actes de violence et les homicides perpétrés par des individus visés par
des décisions de la CETM, ces changements sont perçus comme contribuant à
pallier les enjeux actuels de suivi et de communication entre
partenaires en lien avec cette clientèle. La modification apportée par le
projet de loi comporte plusieurs avantages pour les policiers. Avec l'entrée en
vigueur des paragraphes 1° et 2° de l'alinéa 1 de l'article 76 de la
Loi sur les renseignements de santé et de services sociaux en juillet 2024, les
policiers peuvent désormais obtenir des informations
dans le cadre de la planification et l'exécution d'une intervention à la
demande d'un organisme ou dans un contexte de pratique mixte
d'intervention psychosociale et policière.
Dans le cadre du présent projet de loi,
l'élargissement de la portée de la loi via l'ajout du paragraphe 3° est
bénéfique, car cette modification permettra d'avoir plus facilement accès à
l'information pertinente et nécessaire aux interventions
auprès de personnes reconnues non criminellement responsables pour troubles...
cause de troubles mentaux ou inaptes à subir
leur procès. Puisque ces personnes présentent des troubles de santé mentale, il
est d'intérêt que les policiers
puissent avoir accès à certaines informations telles que l'état mental connu
préalablement à une intervention, car cet élément peut avoir un impact
sur le déroulement de celle-ci.
En effet, les
policiers peuvent intervenir dans différents contextes auprès de cette
clientèle, notamment pour une arrestation
dans le cadre d'un manquement à une modalité, pour l'exécution d'un mandat
d'amener ou d'un mandat de dépôt, ou pour l'application d'une délégation
de pouvoirs à la demande de l'hôpital désigné. Les policiers peuvent également
interpeler les personnes visées pour une autre raison et réaliser au cours de
l'intervention, lorsqu'ils font des vérifications au CRPQ, par exemple... que
celle-ci est visée par un tel verdict.
• (10 h 50) •
Les
changements proposés favoriseraient un meilleur arrimage entre les partenaires
impliqués dans le processus, soit l'équipe traitante de l'hôpital
désigné, l'agent de liaison des services correctionnels et les corps de police.
Cette synchronisation améliorée permettrait que tous les partenaires soient
alignés et, du fait même, favoriserait une fluidité et une réactivité accrues
dans la gestion des cas.
Le
processus de la CETM se déroule hors du système judiciaire conventionnel. De ce
fait, il ne bénéficie pas du même mécanisme de liaison que le système
judiciaire régulier. L'ajout d'agents de liaison des services correctionnels dans
le processus permettrait d'améliorer le suivi, la concertation et la
collaboration entre les partenaires. Ceci favoriserait une liaison en continu
quant à l'évaluation du risque que représente la personne visée et quant au
respect de ces modalités. Cette modification
favoriserait des interventions adaptées via l'obtention d'informations qui pourraient
permettre aux policiers de mieux se préparer
en fonction des potentiels comportements de la personne lors de l'intervention.
L'objectif, en fait,
c'est de personnaliser l'intervention selon la réalité et le profil de
celle-ci. Par exemple, dans le cadre de
l'exécution d'un mandat de dépôt où une personne doit être conduite à l'hôpital
désigné suivant une décision de
détention ou sous réserve de modalités, les policiers pourraient être en mesure
d'obtenir de l'information permettant d'adapter leur intervention et
leur approche en fonction de l'état mental connu de la personne. Les policiers pourraient réaliser des évaluations du risque
bonifiées permettant de mieux planifier les interventions et les transports
à effectuer en fonction de la situation.
L'évaluation du
risque, c'est un élément qui a d'ailleurs été relevé par le rapport d'enquête
de la CNESST en lien avec la mort de Maureen Breau comme une pratique devant
être améliorée à la Sûreté. En fonction des informations obtenues, il serait
plus facile d'évaluer les besoins opérationnels, par exemple le nombre et le
type de ressources nécessaires et appropriées à déployer en vue de l'exécution
d'un mandat d'amener enjoignant d'arrêter d'amener une personne devant la CETM
pour assurer sa comparution. Ceci a un impact, entre autres, sur l'efficacité
et la gestion de l'intervention, en plus d'avoir une incidence sur la sécurité
des personnes impliquées.
Le fait d'obtenir
plus de renseignements peut permettre une optimisation de la charge de travail.
Par exemple, dans le cadre d'un signalement
de manquement à une modalité d'une condition de la CETM ou d'une disparition
d'un hôpital désigné, les informations
obtenues pourraient contribuer à retrouver une personne plus rapidement en
identifiant plus facilement les endroits probables où elle pourrait se
trouver.
En somme, M. le
Président, MM. et Mmes les membres de la commission, la Sûreté appuie les
modifications législatives proposées par ce projet de loi portant sur la
communication d'informations nécessaires entre les instances impliquées auprès
de la clientèle visée, puis sur un meilleur suivi de celles-ci. Les actes de
violence et les homicides commis par des individus soumis à des décisions de la
CETM, au cours des dernières années, soulignent la nécessité des changements
proposés. Non seulement ces dispositions permettraient d'assurer plus
efficacement la sécurité des personnes concernées, de la population et des
policiers, mais également une collaboration, une concertation et une communication plus fluides entre les acteurs
impliqués auprès de cette clientèle au bénéfice de tous. Je vous remercie.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup pour votre exposé. Alors, nous allons initier notre période d'échange
avec M. le ministre, et vous disposez de 16 min 30 s.
M. Bonnardel :
Merci, M. le Président. Merci, messieurs, d'être là, de nous avoir exposé
ce mémoire ce matin sur le PL 66. Vous l'avez dit, là, vous avez à
travailler, jour après jour, sur des cas de santé mentale perturbée en
constante augmentation. Vous avez dit 22 924 à plus de 27 000, là,
dans un court laps de temps. Le service de police de Montréal nous disait aussi
la même chose, c'est en constante augmentation.
Puis je pense que
vous l'avez mentionné, puis je l'ai mentionné, puis je pense que tout le monde
en est conscient, le nerf de la guerre, dans le constat qu'on fait, dans le travail
que vous avez à faire, c'est le meilleur... Puis là je ne veux pas vous faire
dire des choses que vous ne voudriez pas, mais on a pas mal tout entendu avec
le rapport du coroner. Puis là-dessus, vous avez aussi été interrogés, les
collègues et autres et autres, puis je pense que le nerf de la guerre, un des premiers points, c'est la
communication. Par la suite, j'y arriverai, c'est le suivi de ces personnes.
Puis, ma première
question serait pas mal plus sur comment vous, vos collègues au quotidien,
travaillez face à ces cas. Bon, les pratiques mixtes, là, vous l'avez nommé,
là, c'est ce que le ministère nous a octroyé aussi en termes d'aide. Je pense
que c'est très, très, très bien reçu dans la majorité, sinon la totalité des
postes où on a une de ces personnes qui
accompagne nos policiers et policières, que ce soit chez vous, que ce soit à
Montréal, à Québec ou ailleurs.
Donnez-moi un petit
peu, là, le quotidien, là, face à un appel où vous connaissez quand même la
personne ou l'individu qui est de l'autre côté de la porte puis comment vous...
comment vous avez... comment vous travaillez présentement. Avant que cette loi
arrive, là, comment vous aviez à travailler ces cas comme tels, là, de santé
mentale perturbée de gens qui, malheureusement, malheureusement, là, amène
souvent, là, des états, là, d'esprit ou autres, là, qui sont plus difficiles
que d'autres, là?
M. Ménard
(Jonathan) : Je commencerais peut-être, M. le ministre, en faisant du
pouce sur ce que vous avez dit, puis mon
collègue, M. Boulianne, à la commission publique, a qualifié de coup de
circuit l'ajout des travailleurs sociaux au niveau de nos équipes policières.
On a présentement 30 intervenants sociaux qui travaillent au sein de nos
unités à la Sûreté du Québec, qui sont vraiment des équipes intégrées avec les
policiers au niveau des interventions. On a
en plus six équipes EMIPIC, policiers, intervenants communautaires qui
travaillent aussi une facette du volet autochtone.
Pour répondre à votre question, bien, le
classique est un appel pour une personne désorganisée. Les préposés aux
télécommunications chez nous font des vérifications des banques de données pour
essayer d'identifier : On a-tu déjà été là? Qu'est-ce qu'on a comme
informations? Et évidemment, dans les plus petites unités, il y a quand même
une connaissance de notre clientèle. Donc, on s'entend que parfois on n'a pas
de surprise, on sait où est-ce qu'on s'en va.
Et, ce qui
est reproché, mais, encore une fois, ça s'inscrit dans... Tu sais, les gens,
dans chacun des organismes, appliquent la loi comme elle est. Bien,
c'est le phénomène des portes tournantes, parce qu'on fait un transport à l'hôpital, puis on nous dit : Bien, ils
ressortent plus vite que nous autres comme policiers en... alors que, tu sais,
on est tous dans la notion de dangerosité.
Je vous dirais que la formation qu'on donne à
nos policiers de plus en plus amène l'intervention terrain dans un volet, je
vous dirais, plus psychosocial où on essaie de désamorcer, de désescalader
l'intervention et ne pas juste passer des
menottes puis embarquer dans l'ambulance, là, si on se parle en termes clairs.
Mais il reste que les dossiers de
santé mentale, vous l'avez vu, l'augmentation est fulgurante et le temps pris
pour ces appels-là est majeur. Donc, ça s'inscrit... Présentement, les policiers ont... je ne veux pas vous
donner de pourcentage, mais la majorité des interventions qu'ils font,
c'est des interventions en matière de santé mentale.
M. Bonnardel : Puis quelle
sorte d'info vous souhaitiez aller chercher dans l'avant, et quelle sorte de renseignement dans les situations x, y, z, vous
souhaiteriez obtenir aussi dans le futur? Parce qu'encore une fois, c'est là
que l'intervention d'une personne, un intervenant de la santé ou d'un agent de
liaison qu'on va mettre en place... Quels
sont les renseignements, quels sont les renseignements, suite aux
interventions, que vous souhaiteriez, que vos collègues souhaiteraient
obtenir pour être capables de mieux répondre?
Puis je sais, là, que c'est le fun de vous
entendre aussi sur les équipes mixtes, parce que, plus souvent qu'autrement,
ces personnes qui vous accompagnent ont ces connaissances. Mais bon, je ne veux
pas dire que les policiers n'en ont pas, là, mais eux ont étudié différemment
pour être capables de répondre à ces cas spécifiques. Puis je pense que ça,
c'est plus, plus, plus que bienvenu, puis je suis content de vous entendre dire
que c'est un coup de circuit de la part de la santé de vous accompagner
là-dedans.
Mais, en termes de renseignements additionnels,
là, que ces intervenants pourront vous donner maintenant versus la difficulté
que vous aviez peut-être à... Parce que le réflexe n'était peut-être pas
toujours là, ou peut-être qu'il était là, mais c'était, vous l'avez dit, là, le
travail en silo, la difficulté d'obtenir rapidement, là, sur le CRPQ : À qui je parle, là? Tu sais, il faut que
j'intervienne puis que je parle à quelqu'un, là, parce que je m'en vais là, là,
parce que l'appel est urgent. C'est un peu ce modus operandi ou ces façons de
faire, là, qui sont intrigants pour nous tous, là.
M. Ménard
(Jonathan) : Si je le prends au sens large, je vous dirais que le
principal enjeu pour les policiers, c'est la compréhension qu'on fait ou, en
fait, la façon dont on interprète le secret professionnel par rapport aux équipes
de santé, qui sont frileux ou, en tout cas, prudents à nous transmettre
certaines informations.
Si je l'applique, par exemple, en termes du
projet de loi, à des cas de CETM, qui sont quand même moins fréquents parce que
c'est vraiment des personnes qui sont sous condition et ordonnance de la Commission
d'examen des troubles mentaux, bien, exemple, on va être appelés par un hôpital
désigné qui va nous dire : Bien, M. X, on évalue le risque assez
élevé, on voudrait que vous nous le rameniez. Bon, là, présentement, on a un
formulaire adapté qu'ils sont censés de nous dire un peu ce que vous me dites,
là, à quoi on devrait être confrontés, mais c'est assez menu comme détails qui
nous sont communiqués.
Mais, dans
les faits, pour vous parler franchement, vous m'appelez, l'hôpital désigné,
puis il faut aller chercher M. Boulianne
parce qu'on pense qu'il y a un risque, bien, je veux savoir : Est-ce qu'il
prend encore ses médicaments? Est-ce que, quand il ne prend pas ses
médicaments, il a des comportements que je dois savoir en termes de violence,
en termes d'être en haut ou en bas? Est-ce qu'il habite seul? C'est important,
parce que, quand on va planifier l'intervention, on arrive-tu dans un
appartement où il y a quelqu'un? Y a-tu une personne contact, des adresses où
je pourrais être en mesure de... Parce que ça arrive qu'on fait le tour de la
ville trois fois pour se rendre compte qu'il est à l'hôpital puis ils ne
veulent pas nous le dire. Ça fait que c'est la réalité. Donc, est-ce que je
pourrais effectivement avoir une façon? Est-ce qu'exemple, le matin, monsieur
consomme moins, donc, au niveau des drogues? Parce qu'on sait qu'il a recommencé à consommer, si vous y
allez le matin, vous avez des chances probablement de l'avoir, tu sais,
plus calme et une intervention...
Parce que l'idée générale ultimement, pour les
policiers, c'est de ne pas recourir à l'emploi de la force, autant pour ne pas
blesser les gens que... puis de faire des interventions qui sont sécuritaires
puis qui, de toute façon, visent à ramener une personne à l'hôpital.
• (11 heures) •
M. Bonnardel : Parce
que, dans la majorité des cas, sinon je dirais 100 %, pour vous, ce n'est
pas nécessairement important de savoir l'état de santé de l'individu,
mais plus comment il réagit, son état mental, comme, exemple, face à
l'uniforme. Comment le monsieur — plus souvent qu'autrement ce sont des
hommes — réagit
face à quelqu'un qui
porte l'uniforme? Vous ouvrez la porte, c'est un policier, une policière, c'est
un peu ça qui, pour vous, est, je pense, en tout cas, là, qui est... les
éléments de réponse que vous souhaitez obtenir, et non l'état de santé global,
là, ce qui est là où le problème de secret
professionnel était soulevé par les intervenants de la santé, médecins,
psychiatres ou autres, là.
M. Ménard
(Jonathan) : Effectivement, je n'ai pas besoin d'un diagnostic.
On n'a pas besoin d'un diagnostic, on a besoin des éléments importants
face à une personne qui est connue du milieu de la santé et qui sera connue des
agents de liaison correctionnels ultimement
avec l'adoption du projet de loi. C'est à quoi je me prépare pour être capable
d'être en mesure de faire une évaluation du risque correct, d'avoir une
intervention adaptée.
On a vu un cas dernièrement, anti... en tout
cas, des comportements hargneux envers la police. Bon, on savait que c'était...
Bien, on a su que la travailleuse sociale qui l'accompagnait avait un très,
très bon contact avec, ça fait qu'on a dénoué l'intervention en mettant la
travailleuse sociale en contact, elle a désamorcé la situation, pourquoi on
était là, etc., le monsieur est sorti puis, regarde, il a embarqué
volontairement avec nous pour s'en retourner à l'hôpital. Ça fait que c'est vraiment... ça rejoint ce que vous dites.
Ce qu'on veut savoir, c'est les éléments importants, qu'on n'aura pas
une surprise quand on va cogner à la porte.
M. Bonnardel : Puis dites-moi, le
CRPQ, là, le fameux centre de renseignements, là, je vous pose la question
pareil : Est-ce que vous aviez assez d'éléments avant? Sur le CRPQ... Si
vous n'étiez pas capable de rejoindre quelqu'un, il y a-tu assez d'éléments sur
le CRPQ pour vous donner des éléments de réponse sur la personne ou c'était couci-couça, là? Parce que, bon, on vous finance de
façon importante pour justement, là, qu'on... je le répétais justement,
qu'on soit capable de vous donner toutes les infos... bien, que vous ayez
toutes les infos pertinentes, que vous soyez capable le plus possible de parler
à quelqu'un, puis je dirais... puis là, ça va être l'autre question que
j'aurais après, l'agent ou l'agente de liaison qui va accompagner ces
personnes... Donnez-moi un petit peu le portrait du CRPQ sur l'avant, puis le
souhait pour l'après.
M. Ménard (Jonathan) : Bon, le CRPQ,
puis le capitaine Boulianne a travaillé au CRPQ, donc il complétera si j'erre un peu dans la technicalité,
mais ce qu'il faut comprendre, c'est une base de données qu'on alimente
de façon manuelle à l'ensemble... à travers l'ensemble de la communauté
policière. Donc, autant un juge qui rend une ordonnance, bien, l'ordonnance
s'en va dans l'unité, dans le poste de police à l'origine du dossier, qu'une
décision de la CETM, ça va être la même chose et elle sera alimentée par le
personnel civil dans nos unités. Et donc, c'est une base de données qui est quand même limitée en termes de champs de
caractères, en termes de ce qu'on peut mettre dedans, là. C'est vraiment statique. Et, là-dedans, bien,
en fait, ce qu'on va avoir, je vais vous dire, exemple rapidement, tu sais, le
numéro du verdict, le numéro de l'événement policier, nom, date de naissance de
la personne qui est concernée par l'ordonnance,
l'adresse, son numéro de dossier au tribunal administratif après sa comparution
à la CETM, des conditions à respecter, des mentions que cette
information est en vigueur jusqu'à la prochaine audience.
L'enjeu qu'on a, pour être transparent, c'est
que, souvent, il y a des conditions qui sont données, mais qui sont
difficilement applicables pour un patrouilleur qui intercepte cet individu-là,
exemple, doit prendre maximum deux
consommations par jour, alcoolisées. Tu sais, je veux dire, c'est difficilement
applicable. Ou, exemple, doit demeurer à l'adresse déterminée par l'équipe traitante. Bien, si ce n'est pas écrit
dans l'ordonnance, c'est quoi, l'adresse de l'équipe traitante? Nous, on
alimente ce qu'on a au niveau de l'ordonnance.
Donc la problématique, si je pourrais dire,
qu'on en a, c'est qu'au niveau du service de santé, je n'ai pas de
numéro 24/7 pour pouvoir dire à minuit le soir, c'est quoi l'adresse que
l'équipe traitante a déterminée ou, exemple, au
niveau de la consommation, vous l'avez jugée comment ou... Ça fait que c'est un
peu ça. Ça fait que ce qui est dans le CRPQ, c'est tout ce qu'on peut
mettre, mais par rapport à l'information qui nous est envoyée. Je ne sais pas
si tu veux compléter...
M. Boulianne (Daniel) : Bien, et aussi
il y a une possibilité au CRPQ, advenant le cas qu'on reçoit de l'information pertinente sur l'intervention, de le
mettre personne d'intérêt policier. C'est un écran qu'on a dans le système, qui
est de l'information supplémentaire qui nous permet de savoir, mettons, bon, à
cette adresse-là, cet individu-là, il y a telle information de type :
prévenir la police de faire attention, je ne sais pas, par exemple, ne réagit
pas bien avec les policiers, a une facilité d'intervenir plus avec le personnel
féminin que masculin. Tu sais, des choses comme ça, ça fait que c'est possible, dans le système, d'aller mettre cette
information-là. Évidemment, il faut l'avoir. Chaque unité, chaque corps de police peut... une fois qu'il y a
l'information, peut décider de faire une fiche au CRPQ, d'aller alimenter cette
personne-là. Ça fait qu'on pense que, justement avec le projet de loi, en
facilitant l'échange d'informations, va nous permettre d'avoir ce
pouvoir-là d'aller inscrire un individu dans le système.
M. Bonnardel : OK. J'arrive sur le
deuxième point, là, on a parlé de la communication déficiente dans une
certaine... dans une certaine mesure. Ce qui était aussi problématique, c'est
le suivi. Bon, je ne mets pas le blâme sur personne dans tout l'échiquier, là,
des organismes qui suivent ces personnes CETM, mais là, on va se donner des
assises légales pour créer justement ces agents de liaison qui étaient des
agents de probation pour des personnes contrevenantes, agents de liaison. On a
créé ce poste pour ne pas stigmatiser ces personnes, parce que tout le monde
comprend... tout le monde comprend ça.
J'ai peut-être la réponse. Je crois, je pense,
je suis persuadé qu'avec ces agents de liaison, ces personnes vont être la
première ressource, selon moi, sur laquelle, le plus rapidement... je ne dis
pas que, 24 sur 24, ces agents vont avoir un téléphone rouge pour répondre, là,
mais je pense, corrigez-moi si c'est la façon que vous le voyez, pour que, justement, un appel à
17 h 15 ou un appel à 20 h 30, que l'agent de liaison soit,
le plus facilement possible, la première personne qui va faire le suivi.
Puis c'est ça, là, qui est le défi, là, de ces personnes avec des conditions x.
Est-ce que monsieur ou madame continue de
prendre sa médication? Est-ce qu'il est allé aussi à son rendez-vous pour le
psy ou autre, ou autre, ou autre? Puis que là, bien, mettons, il ne
vient pas... ou déménage. Parce que j'imagine aussi que vous en voyez, des cas,
il déménage comme ça, puis le gars se ramasse à l'extérieur, puis il n'y a plus
de suivi.
Donc, comment vous
voyez le rôle de l'agent de liaison face aussi au travail que vous avez à faire
au quotidien? C'est 30 000 cas, là, que vous avez annuellement, là.
M. Ménard
(Jonathan) : Vous avez, je pense, bien résumé la façon dont on voit la
lecture du projet, le rôle de l'agent de
liaison. Autrement dit, il n'est pas dans l'équipe traitante, là, ce n'est pas
un médecin, il ne traite pas le volet de santé. Par contre, il assure le
suivi régulier, donc, le respect des conditions. Il est capable, en évaluation
de risque, de savoir si l'individu commence à aller moins bien puis faire les
interventions qu'il y a à faire au niveau de l'hôpital désigné et au niveau du DPCP. Et un peu à la manière des agents de
probation dans le processus régulier, bien, il y a un lien avec les policiers sur le terrain que, si, de
notre côté, on voit des choses qu'on doit rapporter, bien, effectivement, l'agent
de liaison sera un des intervenants.
Et, à l'opposé, s'il
a des choses à nous communiquer, entre autres, vous parliez de changement
d'adresse, le changement d'adresse, c'était une des conditions qui est les plus
fréquemment modifiées, parce qu'il change... ça fait qu'effectivement... Ça
fait que, si la CETM, qui, malgré le suivi thérapeutique, puis ce qu'ils font
au niveau de la leur... pas la CETM, mais l'hôpital désigné fait son suivi,
mais qu'ils n'ont pas vu l'individu depuis x mois, années, bien, évidemment, il peut avoir changé d'adresse
trois fois puis, nous autres, dans nos bases de données, on a ce qu'il y a dans l'ordonnance, puis on n'a jamais été mis à
jour, alors que l'agent de liaison qui aura ce suivi-là rigoureux sera en
mesure, on pense, de nous informer puis de... qu'on soit plus à jour au niveau
du statut de l'individu.
M. Bonnardel :
Rapidement, mon collègue Maskinongé.
Le Président (M.
Provençal)
: ...
M. Allaire : ...Tout d'abord, merci. Premièrement, c'est très
apprécié, particulièrement, votre opinion, parce que vous représentez quand même à peu près... plus de
8 000 policiers et plus, ce qui est important dans le contexte. C'est
clair que vous avez vécu le drame à Louiseville de façon très, très
difficile. Vous l'avez vécu en communauté.
Moi, ce qui
m'intéresse, c'est une question... une première question peut-être plus
qualitative. Quand il arrive une situation comme ça, on s'attend à des
changements, puis ce qui est proposé, votre monde, les
8 000 policiers qui font partie de la Sûreté du Québec, les
8 000 policiers et plus l'ont vu comment, ce dépôt de projet de loi
là?
M. Ménard
(Jonathan) : Bien, je vous dirais, ils voient qu'il s'inscrit dans un
ensemble d'actions. La révision de la
loi P-38, pour nous, c'est... on a des attentes face à ça, parce que c'est
l'autre volet, quand on ne sera pas dans le cadre de la CETM, pour toute
la question de transmission d'information puis de niveau de dangerosité. Ça
s'inscrit dans l'injection de travailleurs sociaux puis de sommes pour créer
des EMIPIC où ils se sentent soutenus et toute
la formation qu'on met en place aussi, au niveau de la Sûreté du Québec,
suivant, effectivement, les événements de Louiseville. Mais je pense
qu'ils sentent qu'ils sont...
En tout cas, bref, à
tout le moins, on se soucie de leur sécurité, puis de leur donner des outils
pour travailler. Je pense que, je vous dirais, ça résume ce que les gens sur le
terrain chez nous pensent. Et j'ai un fils policier, donc je vous dirais que je suis assez groundé pour
savoir. J'ai un fils patrouilleur, donc, quand on en parle, c'est ce qui ressort :
On veut des outils.
M. Allaire : C'est
bon. Puis, dans un contexte comme ça, c'est sûr qu'on amorce une certaine
gestion de changement, puis il y a toujours
des enjeux dans une gestion de changement. On fait des changements législatifs,
mais est-ce que vous voyez quand même des enjeux, des drapeaux rouges,
là, pour assurer, au final, que tous les gestes qu'on est en train de poser
actuellement, ils fonctionnent puis qu'ils fonctionnent le plus rapidement
possible?
M. Ménard
(Jonathan) : Moi, je pense qu'assurément ça va prendre un protocole et
des procédures claires pour que chaque
partie impliquée, santé, correctionnel, corps policiers québécois, travaille de
la même façon et des tables d'arrimage, concertation, appelez-les comme
vous voulez, mais pour s'assurer que tout le monde autour de la table,
lorsqu'il y aura, dans une région X, pas la même compréhension qu'ailleurs, on
soit en mesure de régler, puis que tout le
monde travaille dans le même sens, puis qu'on ait la même compréhension commune
de ce que le projet de loi permet, dont, entre autres, qu'est-ce qu'une
information qu'on peut transmettre à la police pour nous aider dans notre travail. Je vous dirais que ça va être, je pense,
le secret. On l'a vu dans différents... on l'a vu dans différents autres
projets ou d'autres choses qu'on a mis en place.
M. Allaire :
Merci.
• (11 h 10) •
Le Président (M.
Provençal)
: Merci
beaucoup. Alors, je vais maintenant céder la parole à la députée de Westmount—Saint-Louis,
12 min 23 s.
Mme Maccarone : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, messieurs, un plaisir de vous avoir avec
nous aujourd'hui. Pour moi, selon moi, mon
interprétation de le projet de loi puis les besoins, c'est la formation, c'est
le manque d'effectifs, puis c'est aussi le manque de communication.
C'est les préoccupations que j'ai actuellement. Je suis reconnaissante qu'on a
un projet de loi qui va nous aider à évoluer, mais, si on écoute quand même les
groupes à la défense des droits des
personnes qui souffrent des problèmes de santé mentale, par exemple, eux, ils
disent leur lecture, puis aussi les légistes nous disent que vous avez
déjà accès à cette information.
Alors, en quoi le projet de loi va changer des
choses pour vous, parce qu'il y a seulement un article qui vous nomme, les
policiers, qui devront avoir accès. Mais, selon eux... puis, encore une fois,
l'interprétation juridique, c'est que vous avez déjà cet accès. Ça fait qu'en
quoi le projet de loi va changer des choses pour vous?
M. Ménard (Jonathan) : Dans un
premier temps, je vous dirais : On a accès à de l'information nominative
et des conditions. Ce qu'on vient dire ici, c'est plus, en temps réel, avoir
l'input du médecin traitant, pour nous dire à quoi on s'attend. Sur ça, je ne
pense pas que la loi prévoit ça présentement.
L'autre volet, c'est l'intégration des agents de
liaison du service correctionnel. Ça, présentement, là, un agent de probation
dans un dossier criminel pur a accès à nous donner de l'information, mais, dans
le modèle CETM, ils ne sont pas présents puis ils n'ont pas juridiction.
C'est... D'où la volonté d'ajouter les agents de liaison correctionnels. Ça
fait que je pense que c'est là, quand vous parliez de communication, le dossier
est issu... ça part toujours de la même chose, une infraction, ça se ramasse
devant le juge. Le juge, pour des raisons x, le rend soit inapte à subir son
procès ou non criminellement responsable. Mais une fois qu'il prend ce
chemin-là, autant... Puis, quand je vous dis que c'est... M. Bonnardel l'a
dit au début, ce n'est pas la responsabilité d'une seule entité.
Nous aussi, il y a des... on a des choses à
améliorer, là. Tu sais, les conditions quand ça tombe en matière CETM, on a du
personnel puis des policiers qui tombent un peu dans le plus nébuleux.
D'ailleurs, on est en train de mettre en place des formations, des guides pour
les aider. Mais, tu sais, la CETM est quand même plus mystérieux, je vous dirais, pour la communauté policière,
parce qu'on en a moins souvent, ce n'est pas les mêmes règles, puis les...
qu'au niveau du Code criminel quand on est dans le côté des accusations criminelles puis qu'on traite
une sanction ou une sentence criminelle. Ça fait que je ne sais pas si
ça répond à votre question.
Mme Maccarone : Oui, mais la
communication, pour moi, c'est plus large que ça. Oui, ça va des deux sens,
puis vous faites bien de nommer les agents de liaison. C'est qui qui devrait
les former? Est-ce que c'est bien qu'ils sont sous la responsabilité, par
contre, de services correctionnels, qu'ils ne sont pas nommés nulle part dans
la loi? Ça aussi je comprends que ça a été
médiatisé. C'est comme ça que le public a compris qu'il va y avoir des
changements, mais ils ne sont pas ici. Selon vous, est-ce que ça
représente peut-être un problème de compréhension? Parce que déjà, comme on dit, vous avez déjà un accès, mais
il y a un manque de communication, ça fait que c'est bien, peut-être
qu'on va élargir pour avoir une compréhension commune, mais eux, ils ne sont
pas nommés. Selon vous, est-ce qu'on devrait peut-être les nommer pour
s'assurer qu'eux aussi ils vont avoir un accès pour éviter un empêchement?
M. Ménard (Jonathan) : Je vous
dirais... Je vais vous répondre prudemment sur celle-là, dans la mesure où nous, on a lu le projet de loi. Comment il va
s'orchestrer? Je comprends qu'il doit y avoir des choses à attacher encore
à ce niveau-là. Pour ce qui est de la Sûreté, on les comprend dans une des
parties impliquées, donc le service correctionnel au sens large, qui veillerait
au suivi des conditions puis à l'évaluation de la dangerosité lors de leur
rencontre puis des suivis. Moi, ça m'apparaît un des acteurs qui doit être inclus
autour de la table.
Mme
Maccarone : OK. Puis est-ce... c'est qui qui devrait faire
cette formation pour eux? Est-ce que c'est vous? Dans tous les mémoires
qu'on a reçus à date, je sais que vous, vous n'avez pas eu accès à ça, mais
évidemment ça soulève quand même des préoccupations puis des questions, les
gens souhaitent savoir c'est qui qui va les former. Est-ce qu'ils devront être
sous la responsabilité des services correctionnels? Est-ce qu'ils devraient
faire partie d'un ordre, par exemple, pour... parce que c'est quand même un
rôle clé. Et on ajoute à ça... À date, on a 18 personnes qui sont nommées
pour environ 1 900 cas. Ça fait que vous, vous voyez... Comment ça va
fonctionner? Est-ce que c'est vous qui devraient faire la formation? Puis combien
de cas est-ce qu'eux ils peuvent avoir en main?
M. Ménard (Jonathan) : Ça, je peux
vous assurer que je ne pense pas que c'est à la Sûreté du Québec à former les
intervenants du service correctionnel en matière de CETM puis de leur rôle, là.
Je pense que ça va devoir être entre la CETM, le ministère de la Justice, et là
je n'ose pas m'avancer. Mais, assurément, je ne pense pas que la Sûreté, c'est
dans notre mandat et on a l'expertise pour former des gens du correctionnel à
cet effet.
Mme Maccarone : Mais en parlant de
formation... je sais que vous n'avez pas peut-être pris connaissance de le
rapport du coroner Kamel parce que ça vient de sortir juste hier, mais c'était
quand même médiatisé. On parle beaucoup de la formation. Lors de la réforme de
la loi de la police, c'était le nerf de la guerre. On a beaucoup parlé de la
formation aussi parce que c'est une grande inquiétude. Et vous, vous parlez de
les deux formations que vous offrez maintenant. Vous avez mis un objectif, par
exemple pour décembre 2025, pour terminer un des deux en ce qui concerne les
interventions pour les états mentals perturbés.
Mais, selon elle, Me Kamel, elle a dit que
c'est quand même une lacune très importante, et je me demande comment vous
allez faire pour les deux formations étant donné qu'on sait que vous faites
face à un manque d'effectifs vraiment important. On l'a entendu de
l'association des policiers et policières du Québec, difficile pour eux d'envoyer leur monde
pour se faire former. Comment voyez-vous la mise en oeuvre de ceci, étant donné
qu'on sait que c'est important? Et,
si vous me permettez, je peux même dire dans le rapport que je comprends,
peut-être vous n'avez pas lu, de... le coroner, elle a dit que même, à
titre d'exemple, la sergente Breau avait eu sa dernière formation en emploi de
la force en 2014, malgré qu'elle l'avait demandé à plusieurs reprises, d'avoir
cette formation. Elle ne doit pas être le
seul. Ça fait que comment voyez-vous un peu la mise en oeuvre de ceci, étant
donné qu'on a un grand manque d'effectifs?
M. Ménard
(Jonathan) : Évidemment,
puis vous touchez un bon point, sur une organisation de
5 800 policiers, bien, évidemment, le défi de former et
surtout de libérer nos gens... comme je vous disais tantôt, on ne peut pas
fermer l'usine deux jours pour former tout le monde, on continue à assurer le
service, etc.
Mais je vous dirais que, particulièrement depuis
les événements à Louiseville, ce n'est pas dans ma direction, mais au niveau de
la Direction des ressources humaines, il y a des efforts considérables qui ont
été mis pour améliorer l'offre de formation. Entre autres, vous parliez de la
formation, qu'on a mis comme objectif de terminer en décembre, c'est la formation REMP, réponse état mental perturbé, qui
d'ailleurs Nicolet a repris des éléments de ça, là, au niveau de l'école
nationale, vraiment, formation en désescalade au niveau de la santé mentale. On
a et on va arriver à nos objectifs en
décembre, d'avoir formé l'ensemble des patrouilleurs, superviseurs de relève et
gestionnaires qui ont... qui sont terrain et qui ont besoin d'avoir
cette formation-là.
En parallèle, et je suis dans ma 29e année
de service à la Sûreté, on a toujours eu un modèle de formation au niveau des
armes intermédiaires et armes de service qu'on allait tirer, se requalifier une
fois par année. Certains des policiers avaient l'arme à impulsion électrique,
ils retournaient une fois par année se faire former, l'autre, le bâton
télescopique. Bref, vous comprenez, les armes de support, armes longues. Depuis
le mois de mai, la Direction des ressources humaines, via son service de
formation, a intégré le MCP, le maintien des compétences en intervention
policière. Ça fait qu'au lieu de voir les formations en silo, par appareil ou
équipement qui nous est fourni, bien, ça va être
vraiment plus une formation qui est axée sur l'intervention dans un continuum
d'emploi de la force qui inclut REMP, la désescalade, tout ça, mais dans
des scénarios terrain qu'ils vont moduler à chaque année pour que les gens
soient habiles dans différents... puis qu'on les prenne par surprise un peu
lors des formations. Mais un groupe de quatre policiers
qui interviennent dans un scénario lors de la formation où un a l'arme de
service, l'autre a l'appareil... le Taser... voyons, le... c'est ça,
Taser, et l'autre, là... bon, bref, pour vraiment arriver dans... pas le voir
comme juste : Je suis requalifié puis
je suis formé pour tirer puis je suis formé pour avoir l'impulsion électrique.
Ça fait que c'est un peu ça la volonté. Et ça, ça serait annuel.
Et comment on
va y arriver, bien, entre autres, un des premiers gestes concrets, la
directrice générale a autorisé la nomination
de 10 nouveaux moniteurs en intervention policière, qui vient bonifier les
équipes. Puis là, vous comprenez, puis je ne vous l'apprends pas, le
SPVM est sur une île, le déploiement se passe sur l'île. Nous, bien, on couvre
118 points de service entre Kuujjuaq et les Îles-de-la-Madeleine, donc
évidemment, il y a toute une logistique qui est complexe. Ça fait que c'est un
défi pour la Sûreté, mais je pense qu'on a vraiment une volonté présentement,
puis des gestes concrets qui ont été mis en place pour vraiment améliorer. Puis
je sais que c'est une préoccupation de l'APPQ, là, je suis très conscient,
mais...
Mme
Maccarone : Puis les répartiteurs, dans tout ça, est-ce
qu'eux, ils devront faire partie de cette formation? Vous savez que
c'est...
M. Ménard (Jonathan) : Oui.
Mme Maccarone : Moi, je suis très
contente que finalement on a une entente signée pour eux parce que les centres de gestion des appels sont essentiels. Le
rôle qu'ils occupent est essentiel, mais on ne parle pas d'eux en termes
de cette formation pour la fluidité d'informations.
Puis c'est eux, le premier contact pour le policier, c'est eux qui vont
alimenter vous, quand vous avez un appel. Ça fait que comment que vous voyez
ça?
M. Ménard
(Jonathan) : Vous savez, je pense que je suis responsable des
400 préposés aux télécommunications de la Sûreté, qui sont
maintenant rendus des agents de soutien aux activités policières. Et donc ils
n'ont pas à aller à ces formations-là, qui sont très terrain, techniques
policières.
Par contre,
en parallèle, on est en train de mettre place... en place des formations pour
eux autres sur l'appel... comment on répond à un appel mental perturbé
au téléphone, parce que c'est eux qui traitent avec, comment ils s'assurent de
donner la bonne information à nos policiers. Ça fait qu'en parallèle, comme
filet de sûreté, je vous dirais qu'il y a toute une partie formation qui est en
train de se déployer pour eux, pour justement leur volet à eux autres. Parce
qu'évidemment les envoyer sur des scénarios terrain, ce n'est pas leur réalité,
là. Ils sont en arrière de consoles de travail à répondre puis à répartir les
appels puis supporter nos policiers sur le terrain.
Mme Maccarone : Je ne sais pas
combien de temps qu'il me reste?
Le Président (M. Provençal)
: Trois minutes.
• (11 h 20) •
Mme
Maccarone : OK. J'ai deux derniers questions. Je veux savoir
votre opinion par rapport à la comparaison avec Québec et Ontario. Parce
que, encore une fois, dans le rapport de la coroner, elle a quand même soulevé,
parce qu'il y a quand
même une nuance, une différence qu'eux, ils n'ont pas besoin d'avoir une
évaluation de la dangerosité à ce moment pour effectuer un type de P-38.
Ça fait que votre opinion là-dessus, si nous avons une évolution à avoir, étant
donné qu'on sait que ça aussi, c'est un aspect que nous sommes en train
d'évaluer du côté du gouvernement.
Et la deuxième chose que je souhaite savoir de
vous, puis je vous donne tout le reste de mon temps, c'est les portes
tournantes, c'est quand même un enjeu. Puis malgré qu'on a un projet de loi qui
vous donne un accès plus fluide, plus ouvert de l'information, est-ce que le
projet de loi va régler ça pour vous? Puis, sinon, qu'est-ce que nous devons faire comme élus ici, à l'Assemblée, pour
rejoindre vos besoins pour aider en ce qui concerne ce phénomène? Parce
que c'est quand même important puis ça continue, puis ça continue, puis ça
continue.
M. Ménard (Jonathan) : Si vous
permettez, je vais répondre à votre deuxième question en premier.
Mme Maccarone : Vas-y.
M. Ménard (Jonathan) : Évidemment,
le projet de loi actuel ne va pas nous aider pour les portes tournantes parce
que c'est une clientèle très ciblée, qui est les individus sous ordonnance,
CETM. Ça, c'est le premier point.
Les portes
tournantes, bien... Et je suis prudent quand je le dis, là, on n'est pas en
train de dire que la santé ne fait pas son travail, c'est une
responsabilité partagée avec tout le monde, mais, dans le contexte de P-38,
actuellement, on peut... capitaine Boulianne
et moi, on intervient sur une personne en crise, crise, crise, puis, trois
heures après, quand elle passe au triage, bien, elle est redevenue
calme, puis le docteur, bien, il applique P-38, puis, au moment immédiat, elle n'est pas en... elle n'est pas dangereuse
pour elle-même ou pour autrui. Ça fait que le fait de modifier ça, on espère
que ça pourrait nous aider sur ce volet-là.
Le deuxième, c'est qu'avec les problèmes sociaux
qu'on vit actuellement d'itinérance, etc., bien, je pense qu'au niveau
communautaire, social, c'est ce qui devrait nous aider pour qu'il y ait de la
prise en charge. Parce que le pauvre
policier qui passe trois heures sur l'intervention, qui essaie de tout faire
pour ne pas se rendre à l'hôpital, qui doit se rendre à l'hôpital, que
la personne est remise en liberté, bien, c'est un... il repart sur le même
appel une heure après. Ça fait que c'est un peu sur cet aspect-là que, je vous
dirais... Ça fait que ça, c'était votre deuxième question.
Sur l'aspect du Ontario... T'es-tu familier?
Parce que l'Ontario...
M. Boulianne (Daniel) : ...
M. Ménard
(Jonathan) : OK, bien, je
vais laisser aller le capitaine Boulianne, parce que l'Ontario, je suis... je
sais qu'ils n'ont pas cette notion-là d'immédiateté, mais...
M. Boulianne (Daniel) : Oui, c'est
ça, c'est le concept du danger grave et immédiat, en Ontario, qu'ils n'ont pas.
Ce qu'on sait, c'est que... Puis nous, on a participé, là... l'équipe de
chercheurs qui sont en train de regarder pour une possible refonte de P-38, là,
a rencontré des policiers terrain par... puis on a participé, la Sûreté du
Québec, à ces rencontres-là, et notre équipe, chez nous, a participé aussi à la
rencontre pour... Puis on comprend ce concept-là, qui vient... qui a été nommé
par tous les policiers, là, tu sais, il faut... Puis je sais qu'ils vont
sûrement aller voir aussi, cette équipe-là,
qu'est-ce qui est fait en Ontario, puis qu'est-ce qu'on peut améliorer, ou
qu'est-ce qu'on peut prendre de bon d'eux puis de l'amener ici. Je pense
qu'on va les laisser aller là-dedans.
Mais, effectivement, on comprend que le danger
grave et immédiat, étant... comme Jonathan l'expliquait, étant donné la période
de temps, il peut être grave et immédiat quand le policier est avec la
personne, puis, une fois qu'il est avec le médecin, bien, il est... ce
concept-là, il n'est plus là, ça fait qu'il est libéré, là. Ça... Donc, ça
amène, comme vous le dites, un phénomène de portes tournantes.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup.
Mme Maccarone : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Nous allons terminer cet échange avec
le député de Laurier-Dorion pour 4 min 8 s. M. le député.
M.
Fontecilla : Merci, M. le Président. Et merci beaucoup de nous
apporter votre expertise, votre point de vue, votre analyse sur cette
situation-là.
J'aimerais, en partant, d'emblée, me concentrer
sur l'article 1, l'ajout de ce 3e paragraphe, là, qui vous permet,
grosso modo, d'avoir davantage d'information, et j'aimerais bien comprendre
qu'est-ce que... Si vous aviez déjà pu
compter sur un article de cet ordre-là, qu'est-ce que vous auriez permis
d'améliorer lors de l'intervention auprès de M. Isaac Brouillard
Lessard? Qu'est-ce que ça aurait changé, là, d'avoir cet article-là lors de
cette intervention-là?
M. Ménard (Jonathan) : Je vais être
très prudent, parce que les... cette intervention-là, je n'ai pas participé à
l'enquête, je n'ai pas lu le rapport de la coroner. Qu'est-ce que ça aurait pu
changer? Je vais le mettre pas pour cette intervention-là, si vous permettez,
parce que je ne sais pas ce qui était donné ou demandé.
M. Fontecilla : De façon générale.
M.
Ménard (Jonathan) : Mais, au sens large, quand ils ont sonné à la
porte ou quand ils sont montés en haut de l'escalier, bien, qu'est-ce qu'ils
avaient comme information? Assurément, le projet de loi, ce qu'il va nous permettre de savoir, c'est : Dernièrement,
quand vous l'avez rencontré, c'était quoi, son état d'esprit? Est-ce que c'est
un monsieur qui avait tendance à être
colérique, à avoir... Il a-tu fait des menaces? Est-ce qu'il est antipathique
envers les policiers? Est-ce qu'il habite seul dans le logement? Est-ce qu'on
peut s'attendre à... qu'il a verbalisé d'utiliser des armes? Est-ce
que... C'est tout ça qu'on... C'est... Parfois...
Je
ne vous dis pas qu'à chaque intervention, ça va nous amener un éclairage
nouveau, puis qu'on va se sauver d'un drame, mais c'est un outil de plus
dans le coffre à outils du policier que de n'avoir pas juste ce qui est écrit
dans l'ordinateur au niveau de ses conditions, mais d'avoir un état terrain de
la dernière personne qui a traité avec puis qui est capable de nous donner un
son de cloche plus précis sur comment l'individu réagit présentement ou,
exemple, il est en sevrage de drogue, mais... ou il a recommencé à consommer,
puis ça change complètement son comportement. Parce qu'il y a même des
individus, on est intervenus dans le passé, le lundi, aucun problème, puis le
mercredi, c'est complètement une autre personne.
Ça fait
qu'imaginez-vous, quand ça fait un an que, exemple, la CETM n'a pas eu de
rencontre ou de suivi avec l'individu, on... tout le monde présume de comment
il était, mais, une fois sur place, on peut avoir des surprises. Je ne sais pas
si ça répond à votre question.
M.
Fontecilla : Et on sait, à travers l'étude des différents mémoires qui
nous ont été présentés, qu'il y a des... un travail d'amélioration de
l'organisation, là, pour affronter ce type de problématiques là, vous l'avez
nommé : davantage de formation,
arrimage avec le système de santé, fluidité des informations, concertation,
etc., donc, comment dire, des
aménagements institutionnels, organisationnels. Et vous dites : Cet
élément-là, cet article-là va ajouter un élément de plus, mais
j'aimerais ça que vous nous parliez un peu de différents travaux qui sont en
vue, là, afin d'améliorer l'organisation pour répondre à ce type de demandes.
M. Boulianne
(Daniel) : Bien, écoutez, actuellement, là... deux volets. Au niveau
de la formation, on est en train de travailler avec l'équipe de la formation,
qui a tout réalisé REMP puis MCIP, là, pour faire un volet en lien avec la CETM.
Donc, notre équipe y va graduellement. Puis on va présenter... on a des outils
aussi qu'on est en train de développer qui vont être présentés, puis dans...
Notre but, c'est
aussi de former les moniteurs. Vous parliez tout à l'heure des moniteurs de l'emploi
de la force, les 10 moniteurs supplémentaires. Ces gens-là sont souvent
connectés au terrain, directement, ça fait que nous, en matière de pouvoir et
devoir, en matière de CETM, c'est les gens qu'on va aller voir en premier. On
travaille quotidiennement avec eux, nous, parce que les deux équipes se parlent
régulièrement. Ça fait que c'est un volet.
Votre question,
exactement, juste pour que je revienne...
M.
Fontecilla : En termes de concertation et d'arrimage avec le système
de santé, là.
M. Boulianne
(Daniel) : Bon, au niveau de la concertation, là, l'une des
recommandations, quand on a témoigné dans le cadre de l'enquête publique pour Maureen
Breau, là, c'était qu'on demandait une coordination, OK? Oui, il y a le volet
de l'article... l'alinéa 3°, là, que... dans le projet de loi, mais,
évidemment, au niveau de la coordination,
l'ajout d'agents de liaison des services correctionnels, ça nous permet d'avoir
une certaine coordination. Donc, le
policier, lui, peut s'adresser à quelqu'un qui connaît exactement le dossier et
faire le lien avec la santé au besoin, et ainsi de suite. Ça fait que
nous, on a une personne-ressource à qui on peut s'adresser. Ça fait que tout le
volet de coordination, là, c'est un peu... ça
répond en partie à cette recommandation-là, c'est qu'on va pouvoir avoir une
personne-ressource.
Mon collègue le
disait, tout à l'heure, tu sais, on a... Des fois, nos policiers, ce n'est pas
un... quelque chose qui... Même si on les
forme, puis, tu sais, on va... on leur donne des documents institutionnels, ce
n'est pas quelque chose qu'ils connaissent tous les jours. Mais, à
partir du moment que je suis en mesure d'appeler un agent correctionnel puis qu'il m'explique : Oui, je connais
l'individu, voici, voici, OK, parfait, je vais faire un suivi, on va pouvoir
avoir une meilleure transmission d'informations, là, tu sais, entre
santé, services correctionnels et corps de police. Ça fait que, pour nous, le
concept en général de l'article de loi, là, puis du projet de loi, là, c'est
bien vu.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le député. Le temps est terminé.
Alors, je remercie MM. Ménard et Boulianne de leur collaboration et
de leur contribution à nos travaux.
Sur ce, je suspends
les travaux pour faire place au prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
11 h 29)
(Reprise à 11 h 34)
Le Président (M.
Provençal)
: Nous
reprenons nos travaux. Je veux maintenant souhaiter la bienvenue aux représentantes de la Commission d'examen des troubles mentaux. Alors, mesdames, vous avez 10 minutes pour
votre présentation, et, par la suite, on procède à l'échange. Alors, je
vous cède immédiatement la parole.
Commission
d'examen des troubles mentaux (CETM)
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Merci.
Alors, bonjour, M. le Président. Bonjour à tous. Je suis juge
administratif à la section des affaires sociales du Tribunal administratif du
Québec depuis septembre 2019. Je me présente
personnellement, Marie-Eve Corney-Robichaud, et j'occupe maintenant le poste de
présidente de la Commission d'examen des troubles mentaux et responsable
de la Division de la santé mentale au Tribunal administratif du Québec depuis
le 28 octobre 2023. Cette division regroupe les dossiers de la Commission
d'examen des troubles mentaux ainsi que les recours déposés en vertu de la loi
sur la protection des personnes représentant un danger pour elles-mêmes ou pour
autrui. Je suis accompagnée de Mme Mylène Tessier, adjointe exécutive de
la Division de la santé mentale, et Me Salma Yahyaoui, adjointe
juridictionnelle à la Division de la santé mentale.
Je remercie la Commission de la santé et des
services sociaux pour cette invitation aujourd'hui. Pour ma part, c'est une
première participation à une commission parlementaire. Je vous invite à être
indulgents si je m'écarte de la forme habituelle d'une présentation. Veuillez
noter que mes commentaires n'engagent pas le tribunal administratif... en fait,
les juges administratifs du tribunal, lesquels sont indépendants et impartiaux.
Je ne suis
pas ici pour présenter la Commission d'examen des troubles mentaux. Je pense
que les deux enquêtes publiques tenues dans la dernière année ont permis
aux parlementaires de connaître et de comprendre le rôle et le fonctionnement
de la Commission d'examen des troubles mentaux. Le rapport rendu de la coroner
Géhane Kamel, rendu public hier, brosse un portrait juste et complet de
l'écosystème de la psychiatrie légale et de la Commission d'examen des troubles
mentaux au Québec. J'invite tous ceux qui désirent suivre un cours 101 sur
la commission d'examen à le lire attentivement. Bien sûr, je répondrai à vos
questions sur la commission d'examen, si vous en avez.
L'objectif de notre présence aujourd'hui n'est
pas de sanctionner l'opportunité... législative du projet de loi, mais de
collaborer aux réflexions pour permettre l'atteinte des objectifs visés, soit
une meilleure communication entre les
intervenants agissant auprès des personnes suivies par la commission d'examen
et à améliorer le suivi des modalités ordonnées à certaines de ces
personnes. Je ne répondrai à aucune question concernant un dossier en
particulier, l'opportunité politique, comme je viens de le dire, du projet de
loi, la sphère juridictionnelle des juges ou touchant à toute question touchant
l'indépendance du tribunal.
Dans cette
optique, je vais vous faire part de quelques préoccupations que nous avons
concernant la rédaction actuelle du projet de loi.
D'abord, le projet de loi prévoit
essentiellement des modifications à deux lois.
En ce qui
concerne l'article 76 de la Loi sur les renseignements de santé et de
services sociaux, la modification, comme vous le savez, permet à un
organisme du milieu de la santé de communiquer un renseignement à un corps de
police. Il est primordial que cette communication soit facilitée dans les deux
sens. Des informations obtenues par un corps de police, que ce soit un
changement d'adresse, sur un état mental perturbé, sur un non-respect d'une
modalité ou toute autre information ou situation qui serait pertinente à
l'équipe traitante pour qu'elle remplisse son rôle de traitement et d'assurer la sécurité publique, doivent être transmises au
responsable de l'hôpital. Il n'est pas clair à savoir si la législation
permet déjà cette transmission de l'information dans l'autre sens, mais il est
important pour nous de souligner cet enjeu et de s'assurer d'une communication
qui est bilatérale.
Ensuite,
concernant les modifications à la loi sur le service correctionnel du Québec,
elles touchent essentiellement le
retrait du mot «contrevenantes» pour ne conserver que la définition des
personnes qui leur sont confiées. Je comprends que l'objectif est de
permettre à des agents du service correctionnel d'éclairer les tribunaux et
assurer la prise en charge, dans la
communauté, des personnes faisant l'objet d'un suivi par la commission
d'examen, et non seulement des personnes contrevenantes au sens
traditionnel. C'est d'ailleurs ce qui ressort des rencontres que nous avons
eues avec les équipes du ministère de la Sécurité
publique pour nous décrire le rôle à envisager de ces agents de liaison si le projet
de loi était adopté. J'y reviendrai un peu plus loin.
La difficulté que nous y voyons réside dans
l'emploi du mot «confiées». Dans le système correctionnel, découlant d'une condamnation pénale ou criminelle,
la personne contrevenante est confiée aux services correctionnels pour
sa prise en charge. Cependant, l'esprit de la section XX.1 du Code criminel
prévoit un traitement différent aux personnes qui sont déclarées non
criminellement responsables pour cause de troubles mentaux ou inaptes à subir
leur procès. Cette section du code a été créée en réaction à l'arrêt Swain de
la Cour suprême du Canada en 1991 et expressément pour éviter un traitement
arbitraire et une double stigmatisation des personnes souffrant de troubles
mentaux. Je l'ai entendu tout à l'heure, vous comprenez cette nuance-là.
Le Code criminel prévoit qu'en présence d'un
verdict de non-responsabilité criminelle ou d'inaptitude, la responsabilité du
traitement, de l'encadrement et du suivi de ces personnes est confiée au
responsable de l'hôpital... de l'un des
hôpitaux désignés par le ministère de la Santé et Services sociaux, ces
hôpitaux qui sont prévus dans l'arrêté ministériel. Il appartient à la
Commission d'examen des troubles mentaux de rendre la décision qui est
nécessaire et indiquée, donc la détention avec ou sans modalités, la libération
avec modalités ou la libération inconditionnelle. Cette décision doit être prise en fonction du risque que cette personne
présente pour la sécurité du public en tenant compte de son état mental
et de sa réinsertion sociale. Une fois cette décision rendue, tant qu'une
décision de libération inconditionnelle
n'est pas prononcée, il appartient au responsable de l'hôpital de la mettre en
oeuvre. La personne accusée est donc confiée au système de santé et non
au système correctionnel.
Nous comprenons que l'objectif du ministère de
la Sécurité publique vise à faire intervenir un agent de liaison dans le suivi de certaines personnes
accusées qui font l'objet d'une ordonnance du tribunal ou de la commission
d'examen. C'est-à-dire que l'une des
modalités de libération, si elle est ordonnée, prévoirait expressément que la
personne accusée se soumette au suivi
d'un agent de liaison, ayant un profil dédié au suivi des personnes, sous la
responsabilité de
la commission d'examen. Ce suivi viendrait compléter le travail de prise en
charge de l'hôpital désigné, et non pas prendre la place de ce suivi.
• (11 h 40) •
C'est
pourquoi nous estimons que le terme «personnes confiées aux services
correctionnels» porte à confusion dans
le cadre du système déjà en place. Cette confusion, compte tenu de l'esprit de
la partie XX.1 du Code criminel, pourrait mener à une interprétation restrictive des dispositions du projet de loi
par les juges qui entendront les demandes à ce sujet. Je pense qu'il
était pertinent de vous en faire part.
En terminant, je suis
également préoccupée par l'absence de mention expresse de ces agents de liaison
et de leur rôle particulier dans le projet de loi. Vous l'avez mentionné, Mme
la députée, un peu plus tôt, là, durant le témoignage de la Sûreté du Québec.
Personnellement, j'ai participé à plusieurs rencontres avec les équipes de la
Sécurité publique, je comprends le fonctionnement qu'on veut mettre en place,
mais ce fonctionnement et les balises n'apparaissent nulle part dans le projet
de loi. Donc, rien ne garantit qu'une personne sous la responsabilité de la
commission d'examen ne sera pas suivie par un agent de probation des services
correctionnels. Une fois de plus, je crains
qu'en l'absence de dispositions claires démontrant la complémentarité du
reste... la complémentarité du rôle des agents de liaison au système de la section XX.1 du Code criminel et
qui distinguent leur rôle de la mission des services correctionnels, que le
projet de loi fasse l'objet d'interprétations restrictives ou divergentes de la
part des quorums qui entendront les demandes à ce sujet.
Je suis maintenant
disposée à répondre à vos questions.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, madame, pour votre exposé. M. le ministre, à vous la
parole.
M. Bonnardel : Oui. Merci. Quelques questions. Merci, mesdames, d'être là. C'est
important de vous avoir, parce que,
bon, malheureusement, il n'y avait pas grand monde qui connaissait la CETM.
Dans les dernières années, il a fallu deux événements tragiques pour
comprendre un peu.
Puis, malgré le fait
que peut-être certains d'entre eux... d'entre nous, là, ont lu, là, le document,
j'aimerais ça, juste d'entrée de jeu, puis on a un peu de temps, là, je vous
donnerais un trois minutes, là, pour que vous nous expliquiez un petit peu
c'est quoi, le parcours d'une personne qui se ramasse devant la CETM et qui,
par la suite, a une ordonnance de suivi. Puis là, hormis, hormis ce qu'on a sur
la table, là, présentement, là. Donnez-nous un peu le modus operandi, là, du
CETM face à une personne qui a commis x, et qui s'en vient devant la CETM, et
qui, par la suite, a un verdict, un jugement, là, que vous connaissez, que...
Juste pour qu'on ait... pour notre gouverne, là, qu'on comprenne en deux, trois
minutes, ça fait quoi, la CETM, puis jusqu'à quel point, ça se rend où.
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Oui. Donc... Bien, alors, c'est quelqu'un pour
lequel des accusations sont portées, d'abord, et, lors de... bien, du
procès ou dans l'évaluation de la situation, il y a l'éventualité d'un verdict
de non-responsabilité criminelle ou d'inaptitude. Donc, les parties, la
couronne, la défense ou à la demande du tribunal, conviennent de demander une
évaluation de l'état mental de la personne. On va y aller avec un verdict de
non-responsabilité. Donc, à ce moment-là, il y a un rapport d'un psychiatre
légiste qui arrive à la conclusion que la personne
était non criminellement responsable. Donc, les faits sont admis, mais il n'y a
pas de... ce qu'on appelle la mens rea. Il n'y avait pas la volonté de
commettre un crime, donc, à ce moment-là, la personne est déclarée non
criminellement responsable.
À partir de ce
moment-là, le système fait en sorte qu'il y a un... il doit y avoir un
psychiatre traitant qui prend en charge, il y a un hôpital désigné qui prend en
charge la personne déclarée non criminellement responsable, et le système
judiciaire, donc la Cour du Québec, la cour municipale ou la Cour supérieure,
transmet le dossier à la Commission d'examen des troubles mentaux, qui doit
entendre... qui doit tenir une audience dans les 45 jours ou les
90 jours, selon certaines modalités.
À ce moment-là, on
doit évaluer le risque que représente la personne pour la sécurité du public et
déterminer quelles vont être les modalités pour encadrer ce risque. Donc, il y
a, à l'audience, la personne accusée, on utilise le terme «personne accusée»,
son avocat s'il y a lieu, le procureur de la couronne, dans la plupart des cas
maintenant, aujourd'hui, on est bien contents de ça, il y a soit le... un
représentant du responsable de l'hôpital et le psychiatre traitant, et il peut y avoir d'autres personnes de
l'équipe traitante, la personne responsable de l'hébergement, il peut y avoir la
présence de la victime. Bon. Alors, il peut
y avoir toutes sortes de témoins. Et la preuve est présentée à ce moment-là.
La commission
d'examen, la particularité que nous avons, c'est que c'est un tribunal
inquisitoire. Donc, on n'est pas tributaires de la prépondérance de la preuve
qui va être présentée. Par contre... En fait, c'est-à-dire, pas exactement ça,
mais c'est qu'on peut aller chercher... On n'est pas tributaires de la preuve
qui est présentée par les parties. On peut poser des questions comme un...
comme un... voyons, un enquêteur, comme la Loi sur les enquêtes, qui nous le
permet. Donc, on peut poser des questions et aller chercher la preuve dont on a
de besoin dans le cadre de l'audience. Donc,
c'est important pour nous d'avoir le plus d'information possible lors de
l'audience pour être en mesure de rendre la meilleure décision.
Et cette décision-là,
par exemple, une décision avec... de libération avec modalités parce que c'est
dans ce cas-là que ça s'appliquerait, le projet de loi, va tenir compte de ce
qui nous est présenté par l'équipe traitante : Voici le suivi que ce monsieur ou cette madame va avoir,
voici les ressources que nous avons. Et, dans le cadre de ce qui nous est
présenté comme... à ce moment-là, on est en mesure d'évaluer le risque, si ces
modalités-là sont respectées, que... On va être en mesure d'encadrer le
risque que cette personne-là représente.
Par la suite, pendant l'année qui suit,
normalement, mais il peut y avoir d'autres révisions, ça appartient à l'équipe
traitante, au responsable de l'hôpital, c'est vraiment... c'est le terme qui
est utilisé... c'est le responsable de l'hôpital qui est
responsable de s'assurer du suivi et du respect des modalités. Il y a certains
mécanismes qui font en sorte... Vous avez
probablement entendu parler de la... Il y a la délégation de pouvoir.
C'est-à-dire que, s'il y a une situation qui fait en sorte que l'état de
la personne... pourrait représenter un danger, se dégrade, il y a possibilité
de resserrer les modalités et d'assouplir les modalités sans l'intervention de
la commission d'examen. Il y a possibilité également pour l'hôpital de demander
une révision additionnelle durant l'année. S'il y a un changement dans la
situation de la personne, on peut demander une nouvelle audience pour modifier
les modalités, que ce soit pour assouplir ou pour resserrer. Et il y a
également un système de signalement des manquements qui peut être fait. À ce
moment-là, la personne peut être vue par la
commission plus rapidement et, dans l'intervalle, si un juge de paix, là,
détermine qu'il y a eu... qu'il y a des motifs raisonnables que la
personne ait enfreint une de ces modalités, peut rendre une ordonnance intérimaire, c'est-à-dire qu'il peut modifier les
modalités, comme la commission le ferait, avant que soit le tribunal judiciaire
ou la commission d'examen le revoit.
Et, si vous me... je vous donne un cas.
M. Bonnardel : Ah non! Allez-y.
Allez-y.
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Bon. Et, lorsqu'on arrive en audience, c'est que
la personne, elle ne... en fait, on n'a pas de preuve que la personne
représente un risque important pour la sécurité du public. À ce moment-là,
on est dans l'obligation de la libérer de façon inconditionnelle.
M.
Bonnardel : OK. Prenons le cas... Si je ne me trompe pas, là,
vous avez, quoi, à peu près 1 100... 1 100, 1 200...
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : 2 150,
environ.
M. Bonnardel : 2 150. Puis
combien de ces cas avec modalités, le terme, là?
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Ça,
on tient... on ne tient pas...
M. Bonnardel : La moitié?
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : On
n'a pas...
Une voix : ...
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Pas spécifique. On était plus à 1 800...
autour de 1 800, 1 900. Ça, c'est peut-être ça, mais ça, ce n'est pas spécifique, là. Le nombre de cas
total, on est autour de 2 150, mais... à libération avec modalités,
peut-être plus autour de 1 900, comme il a été mentionné auparavant.
M. Bonnardel : Bon. Si je comprends
bien, prenons le cas d'une modalité, la personne X doit rencontrer son psychiatre, doit être médicamentée, bon, peu
importe, là, je prends des... je prends un cas d'espèce, là, x, puis cette
personne, après un certain temps, doit... je dis ça de même, là, doit
rencontrer son intervenant de la santé une fois par mois, mettons... une fois aux deux mois, une fois aux trois mois,
puis elle ne le fait plus, soudainement. Là, vous me voyez venir : Quelle
était la suite face à la CETM? Est-ce qu'à
chaque cas vous étiez assurés d'avoir de l'information, à savoir que... C'est après
combien de temps que la CETM obtenait l'information d'une personne qui ne
suivait pas ces modalités?
Puis là je veux embarquer sur la communication
qui était peut-être déficiente, là... bien, pas peut-être, qui était déficiente
face... Vous avez entendu, rapidement, les policiers tantôt, de la Sûreté du
Québec, vous avez lu le rapport aussi, là, je pense qu'il n'y a personne qui a
une surprise en se disant qu'il y avait un problème. Puis on essaie de répondre
à ce problème. Donc, je vous laisse rapidement...
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Oui. Bien, en fait, on est tributaires de
l'information qui va nous être transmise, lors de l'audience, par le
rapport médical du psychiatre traitant et lors des témoignages lors de
l'audience. Donc, c'est vraiment... Il y
a... La commission d'examen, c'est un tribunal, donc on peut le mettre... on
peut se donner l'image de la Cour du Québec ou de la Cour supérieure. On
ne communique pas avec les parties sauf exception. Mais ce n'est pas... La
commission d'examen ne fait pas le suivi. Elle tient des audiences et, dans le
cadre de ces audiences, elle obtient l'information et elle rend une décision.
Par la suite, la mise en oeuvre de la décision appartient aux parties...
surtout au responsable de l'hôpital, qui a un gros rôle à jouer là-dedans.
• (11 h 50) •
M. Bonnardel : OK. Vous ne pourrez
peut-être pas me répondre, mais je vous pose la question pareil :
Considérez-vous qu'il y avait un manque de communication entre les partenaires,
sans écorcher personne, là? Parce que, bon,
on voit bien qu'il y a un problème de communication. À savoir, pour connaître
l'état mental de la personne x, bien là, avant, les policiers ne
pouvaient pas, à moins que moi, l'intervenant de la santé, j'appelais le
policier ou le poste x en disant : M. Paquette, vous devez aller l'arrêter
pour des raisons x, y, z. Là, j'essayais d'avoir le plus d'info possible, comme
les policiers l'expliquaient tantôt, puis je partais, puis j'arrêtais la
personne concernée. Donc, est-ce que vous
confirmez ça? Vous êtes bien consciente que la communication pouvait être
déficiente sur certains aspects entre tous les partenaires qui étaient
impliqués?
Mme Corney-Robichaud
(Marie-Eve) : Bien, ce que je peux vous dire, c'est que, comme je l'ai
mentionné, le premier point au niveau de la modification, là, de la Loi sur les
renseignements de santé et de services sociaux, qu'il y ait une transmission
d'information envers les corps policiers, c'est louable. On est d'accord avec
ça. Il faut que ça aille dans l'autre sens
également pour permettre aux équipes traitantes de faire le suivi qu'ils
peuvent faire... qu'ils doivent faire.
M.
Bonnardel : OK. Puis là, l'ajout, où, là, vous êtes un peu
ambiguës là-dessus, là, l'ajout des agents de liaison. On crée une
structure, les assises légales, qui n'existaient pas pour ce corps d'emploi, si
on peut l'appeler ainsi, des agents de
liaison. On ne veut pas... Vous comprenez, puis je pense que vous le savez, le
but, ce n'était pas stigmatiser ces personnes. Je pense que tout le
monde en est... tout le monde en est conscient. Puis le rôle de ces agents, qui
grosso modo sont des agents de probation avec un titre différent, avec une
formation x, sous un ordre professionnel x vont accompagner. Puis ils vont
jouer un peu le rôle puis d'être un partenaire entre l'intervenant de la santé
puis l'agent de liaison, comme tel, pour suivre puis s'assurer, s'assurer,
encore une fois, que le partage de renseignements sur une personne... Exemple
aussi banal que de déménager trois fois, comme les policiers nous le disaient,
puis que, là, on perd le fil sur la personne en question. Là, je sais que vous
m'avez parlé de personnes confiées, le rôle d'agent de liaison. Donnez-moi... Je pense que vous êtes consciente... j'espère que
ce rôle va être important dans la suite des choses, même si on crée une
structure légale qui n'existait pas. Puis personnellement c'est un des
points... c'est un des nerfs de la guerre de la situation qu'on a vécue des
deux tragédies, là, des 24 derniers mois, là.
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Au
risque de vous décevoir, ce n'est malheureusement pas le rôle du tribunal de se prononcer sur l'opportunité
législative à ce niveau-là. Par contre, comme je vous mentionnais, ce qu'on
constate dans le projet de loi, c'est
l'absence de précision, justement, sur ce rôle d'agent de liaison, qu'on semble
tous avoir compris, mais qui ne transparaît pas, là, du projet de loi.
M.
Bonnardel : Rapidement, quelle sorte d'attentes vous avez
envers les services correctionnels face à ce projet de loi? Malgré les
discussions que vous avez eues, là, y a-tu des attentes spécifiques dans ce
rôle que... Ou, si vous ne pouvez pas... vous ne voulez pas répondre, c'est
correct aussi, là, mais je vous pose la question quand même.
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Bien, seulement à cet effet-là, que ce soit
clairement défini pour que toutes les personnes intervenantes soient en
mesure de l'appliquer de façon cohérente, dans le sens qui... dans le sens qui
est recherché pour que le projet de loi puisse atteindre ses objectifs visés.
M. Bonnardel : Je fais un petit
lien, vite, vite, là, entre le bracelet antirapprochement, qui a été... qu'on a
adopté en 2022 puis qui impactait le travail indépendant des... quand même, des
tribunaux, où la procédure n'était pas nécessairement inscrite dans le projet
de loi. Quelle différence vous faites entre ce rôle, ce rôle des agents de liaison, versus... Est-ce que je fais un lien qui
est commun, selon vous, ou... L'explication, est-ce qu'elle est louable ou...
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Bien, malheureusement, moi, je n'ai pas pas étudié
ce projet de loi là. Je n'ai pas suivi, là, cette mise en oeuvre là. Ça
nous touche un peu moins. Ce qui est important pour nous, c'est vous
transmettre la préoccupation que, lorsqu'il y a une loi qui n'est pas claire,
elle peut être interprétée de façon différente selon le juge ou les juges
devant qui elle va être plaidée. Donc, c'est important pour nous de vous en informer pour être en mesure d'en tenir compte et
que, selon les choix que le gouvernement en fera, qu'elle puisse mener...
être menée à terme selon ses objectifs, être
interprétée de la façon dont vous le voulez. C'est important de le souligner, que, pour nous, à la lecture, il y a une
imprécision. Est-ce qu'on se trompe à ce niveau-là? Peut-être, peut-être, mais
c'est important de vous le souligner.
M.
Bonnardel : Dernière petite question. Vous ne pourrez peut-être
pas répondre, mais je vous la pose quand même : Sur quel type de dossier
ou de profil de personne vous pourriez estimer que la modalité de se rapporter
à un agent de liaison pourrait être ordonnée par la CETM?
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : ...vraiment
dans la sphère juridictionnelle des juges, donc ça va dépendre de la preuve qui va être présentée devant eux par les équipes,
par la partie qui va le demander à ce moment-là. C'est très, très
difficile de se prononcer sur ça, et ce n'est pas possible. Merci.
Mme Dorismond : ...
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) :
Bonjour.
Mme
Dorismond : ...vous avez
hésité sur le mot «personnes confiées». Quelle proposition que vous nous ferez
pour que le terme soit plus...
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : On
n'a pas nécessairement prévu de proposition. Ce qui est important, c'est de voir... c'est qu'à la lecture, pour nous, il n'y a
pas de différence, là... En fait, il y a une difficulté dans le fait
que... Je reviens. Je recommence. Ce qui en est, c'est qu'on a modifié la loi
sur le service correctionnel pour exclure la précision personnes contrevenantes pour justement pouvoir
le... utiliser les services des agents correctionnels pour d'autres personnes que les personnes
traditionnellement, là, inscrites comme personnes contrevenantes. La mention
«confiées», je vous l'ai expliqué, la difficulté qu'on a, c'est que le système
mis en place avec la section XX.1 confie le
suivi de ces personnes-là au système de santé et non pas au système correctionnel.
Quel texte législatif utiliser, ça vous appartient, mais pour moi,
c'était important de souligner cette confusion-là, que ça pourrait apporter.
Le Président (M. Provençal)
: Est-ce que ça va? Ça va, M. le
ministre?
M. Bonnardel : ...
Le Président (M. Provençal)
: Parfait. Alors, Mme la députée de Westmount,
à vous.
Mme
Maccarone : Bonjour, mesdames. Un plaisir de vous avoir avec
nous aujourd'hui. Merci pour votre exposé.
Je dois avouer qu'on n'a jamais parlé autant de
votre rôle, le CETM, depuis la dernière année. Même qu'on a constaté, que ce
soit dans le rapport de Géhane Kamel ou même avant, dans les autres rapports du
coroner, que les policiers ne sont même pas au courant nécessairement de votre
rôle puis qu'est-ce que vous faites. Alors...
Puis il y a aussi des recommandations dans le
rapport qui a été déposé hier. C'est le 16, qui disait formaliser... «uniformiser et rendre obligatoires les évaluations
structurées de façon annuelle lors des comparutions à la CETM afin de
déterminer des requis thérapeutiques et de sécurité pour assurer la
réadaptation dans un environnement correspondant
aux besoins de la personne». Possible? Comment vous allez faire pour rejoindre
cette recommandation?
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Oui.
Bien, en fait, c'est une recommandation qui s'adresse au ministère de la Santé
et Services sociaux avec la collaboration de la commission d'examen. Il y a des
travaux de hiérarchisation de la psychiatrie légale qui sont en cours actuellement
et qui travaillent sur un immense champ, avec beaucoup de choses, dont
justement l'uniformisation ou l'accompagnement des psychiatres traitants vers
un type de rapport qui sera complet. Donc, il y a un travail à ce niveau-là qui
est fait par les équipes chapeautées, là, par Pinel dans le cadre de la hiérarchisation, travaux auxquels on participe.
Donc, cette collaboration-là, elle est déjà mise en place, et on va
continuer de collaborer avec eux pour s'assurer que ça fonctionne.
Mme Maccarone : OK. Parce que vous
avez quand même un gros charge de travail. Vous l'avez nommé,
2 500 dossiers actifs, mais 1 900 qui ont quand même un suivi
plus accru. Et, c'est sûr, je veux revenir sur le rôle d'un agent de liaison. 1 900 dossiers : Est-ce qu'à l'intérieur
de ces 1 900 dossiers, on souhaite avoir un agent de liaison
qui serait attribué à chaque cas? Parce qu'on comprend que ce qu'on souhaite
faire, dans le fond... Je comprends, le but, c'est la réinsertion sociale, on
veut éviter la stigmatisation, on veut faire un accompagnement de cette
personne. Est-ce que 18 agents de liaison, c'est assez pour remplir ce
travail qu'il me semble est quand même essentiel? Je pense que tout le monde
est en accord qu'on voit que c'est un avancement, même que c'est nommé dans le
rapport du coroner. Comment vous voyez le charge de travail?
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Je vais vous décevoir aussi, mais on revient à
l'opportunité législative avec votre
question. Donc, malheureusement, je ne pourrai pas me prononcer. Une fois que
la loi sera adoptée, le tribunal va l'appliquer...
Mme
Maccarone : Sauf que les agents de liaison ne sont pas nommés
dans la loi. Nulle part, on voit, dans la loi. Alors...
• (12 heures) •
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : C'est
ce qu'on a mentionné également.
Mme Maccarone : Voilà. Ça fait
que... Bien, peut-être, ça me fait penser, dans les échanges que vous avez eus avec le ministre, vous avez parlé de quand
même le juge qui doit peut-être envoyer un dossier à l'agent de liaison, par
exemple. Mais, s'ils ne sont pas nommés dans la loi, est-ce que le juge va
pouvoir les reconnaître? Comment ça va fonctionner?
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Effectivement. En fait, ce qui est discuté... Et
ça va appartenir, là, bien honnêtement, au juge de déterminer de quelle
façon ce sera mis en place. Ce qui est discuté, c'est que ce soit une modalité.
Donc, il y a plusieurs modalités qui sont rendues dans les... lorsqu'il y a une
décision de libération, par exemple, se conformer aux recommandations de
l'équipe traitante, garder la paix, demeurer à une adresse approuvée par
l'équipe traitante, ne pas consommer de drogue. Alors, il pourrait y avoir une
modalité de type suivre... bien, se conformer ou se soumettre à un suivi avec
un agent de liaison des services correctionnels, mais ça appartiendra aux juges
du tribunal de se prononcer sur cette ordonnance-là, sur cette modalité-là
s'ils estiment qu'elle est nécessaire et indiquée dans le cas de la personne en
particulier.
Mme Maccarone : Et la formation de
ces agents de liaison, est-ce que ça devrait être fait par vous, par les policiers? Est-ce que c'est bien placé dans les
services correctionnels ou ailleurs? On entend les groupes qui sont là, quand
même, pour la défense des personnes avec des besoins en santé mentale. Il y a
quand même une stigmatisation de garder ce rôle à l'intérieur de services correctionnels. Vous, en termes
de la réinsertion puis l'accompagnement de ces personnes, comment vous
voyez le placement avec ce regroupement de personnes, ou est-ce qu'on devrait
les placer ailleurs? C'est qui qui devrait
les former? Comment ça devrait fonctionner? Est-ce qu'ils devraient avoir un
ordre professionnel? Tu sais, il me semble, c'est nouveau. Comment vous
voyez le rôle?
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Je
ne pourrais pas répondre à l'entièreté de votre question pour les mêmes motifs.
Par contre, au niveau de la formation, sans dire que ce seraient des gens de la
CETM qui formeraient, par contre, depuis le tout début et avec toutes les
équipes avec qui on collabore, on offre toujours notre collaboration à ce niveau-là. On peut aller donner de la
formation, on peut participer de façon conjointe à des formations. Justement, c'est ce qu'on discutait, là, avec capitaines Boulianne
et Ménard, là, qui sortaient par rapport à la formation. C'est d'ailleurs une des recommandations, également, de la coroner
Kamel. La seule recommandation qui est adressée à la Commission d'examen des troubles mentaux,
c'est d'informer et de former les milieux hospitaliers et les corps policiers
sur les leviers juridiques qui existent, là, lors de la prise en charge des
gens suivis par la CETM. Alors, cette formation-là, on est toujours disponible
pour l'offrir et collaborer avec l'entièreté des intervenants pour s'assurer
d'une cohérence dans le fonctionnement de tout ça.
Mme Maccarone : OK. J'ai lu les
mémoires des autres groupes qui vont témoigner aujourd'hui et demain. Encore une fois, je reviens aux groupes qui
viennent à la défense des personnes qui ont des problèmes de santé mentale.
Puis l'élément de consentement revient souvent parce que... On comprend qu'on
n'a pas jasé de ça encore, mais comment voyez-vous cet élément
introduit? Parce qu'on ne parle pas de ça dans la loi non plus, mais je suis
préoccupée de ça parce que, si on... Je
comprends, on veut protéger la population, on va protéger les policiers, on
veut éviter toutes sortes de drames,
encore une fois, mais la notion de consentement est quand même soulevée parce
qu'on veut aussi protéger les droits de ces personnes qui se retrouvent
peut-être dans une situation de vulnérabilité qui veut... qui peut évoluer. Tu
sais, la santé mentale, c'est en évolution souvent.
Alors,
comment vous voyez cet élément? Comment qu'on peut avoir un consentement libre
et éclairé, s'assurer qu'on protège ces personnes, mais aussi le partage
de l'information? Parce que, là, c'est quand même le nerf de la guerre. C'est
ça qu'on parle ici, dans le projet de loi.
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Il y a... Bien, en fait, par rapport à la... dans
la section 20.1, ce qui est prévu... il y a une section où on ne
peut pas ordonner un traitement, la commission d'examen ne peut pas ordonner un
traitement sans avoir le consentement de la personne accusée.
Pour le reste, les modalités qui peuvent être
imposées lors d'une libération ou d'une... avec modalités ou d'une détention
avec modalités demeurent celles qui sont nécessaires et indiquées et les moins
restrictives possible de liberté en fonction
de la preuve qui est présentée. Donc, il faut vraiment évaluer : Est-ce
que cette modalité-là d'un agent de
liaison, si c'est possible, si ça existe avec un projet de loi, est-ce que
cette modalité-là est nécessaire et indiquée dans le cas de cette
personne-là? C'est au tribunal d'évaluer, lors d'une audience, ce... tout ce
qui concerne : Est-ce qu'on devrait, de quelle façon ça devrait être fait?
On reste dans l'opinion... je m'excuse, ça fait trois fois, on reste dans l'opinion politique, sur laquelle je ne peux
pas me prononcer, pour préserver, là, l'indépendance juridictionnelle du
tribunal et des juges.
Mme Maccarone : OK. Je comprends.
Par curiosité, parce que je ne sais pas la réponse, quand vous parlez d'il va y
avoir des audiences puis les gens peuvent venir témoigner, est-ce que les
policiers peuvent venir témoigner pour
parler des enjeux? Parce qu'on parle beaucoup des portes tournantes puis les
enjeux dont ils font face, puis, souvent, ils vont peut-être connaître
une victime ou une personne concernée. Est-ce qu'eux, ils peuvent venir
témoigner aussi puis partager?
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : S'ils sont assignés comme témoins. S'il y a une
partie qui demande de les assigner comme témoin, ils pourraient l'être. Il faut
que ce soit pertinent, là, à la preuve, à l'évaluation qui va être faite, mais une partie pourrait demander à ce
qu'un policier soit assigné s'il y a une pertinence à son témoignage lors
de l'audience.
Mme Maccarone : OK. Parce que j'ose
croire que... pour eux, je pense que c'est un élément important. Ce n'est pas la première fois que je l'entends d'eux,
avec les échanges que j'ai avec eux. Ils souhaitent que leur voix aussi soit entendue parce que... et, encore une fois, on
veut éviter un autre drame, ce n'est pas la première fois qu'on voit ça, puis
surtout qu'on voit quand même une croissance importante en ce qui concerne le
nombre d'interventions et de cas dont eux, ils font face.
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Si
vous me permettez par rapport à ça?
Mme Maccarone : Oui, allez-y, oui.
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Les audiences sont publiques. C'est sûr qu'on
fonctionne beaucoup par Teams, donc
ça prend un lien de connexion, mais n'importe qui, également les policiers,
s'ils veulent voir comment ça se passe, comment on arrive à une
décision, peuvent participer sur demande aux audiences.
Mme
Maccarone : Intéressant. Je ne savais pas. Merci du partage.
Peut-être une
dernière question que j'aurais pour vous. Puis je regarde la loi, c'est léger.
Comme j'ai mentionné dans mes remarques
préliminaires, dans le fond, il y a un article, les autres articles, c'est de
la concordance, tu sais, c'est... ou
le changement, comme vous avez dit, confier... J'ai entendu la question de ma
collègue, j'avais la même question :
C'est quoi, le mot que nous devons aborder? On va peut-être avoir un débat,
demander aux légistes de nous aider de trouver la bonne terminologie.
Mais, quand on regarde la loi... Est-ce qu'il y a des failles dans la loi
actuelle que nous n'abordons pas dans le projet de loi que nous pourrions
corriger avec la loi, selon votre avis? On a une opportunité de peut-être faire
des modifications qui peuvent vous aider à effectuer votre rôle, que je vois
quand même en évolution aussi. C'est une bonne chose. On devrait tous le faire.
Est-ce qu'il y a quelque chose qui manque que vous souhaitez avoir, qui n'est
pas là actuellement?
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Pas qu'on souhaite avoir, mais ce qui
était... ce qu'on vous a présenté aujourd'hui, c'est les trois préoccupations
qu'on avait sur la rédaction actuelle. Donc, pour bonifier ou corriger des
écueils peut-être éventuels dans l'application, on devait vous transmettre ces
informations-là pour que vous en teniez compte dans votre réflexion et dans les
modifications possibles au projet de loi avant son adoption.
Mme
Maccarone : Bien, merci beaucoup. Ça a été très intéressant de vous
entendre puis aussi de mieux comprendre votre rôle puis comment vous
fonctionnez. Je sais que c'est essentiel. Ça ne doit pas être facile, c'est des
cas qui sont complexes et les suivis aussi sont très complexes. Alors, j'ai
hâte d'avoir la prochaine étape. J'aurais voulu avoir plus d'information. Je pense
que, quand on va continuer à faire les débats, votre rôle est essentiel. Ça
fait que je vous tends la main, si jamais,
pendant que nous sommes en étude détaillée puis vous voyez des améliorations,
des choses que nous pouvons aborder, j'espère que vous allez communiquer
avec les membres de la commission pour nous aider, parce qu'encore une fois on
a une opportunité, une occasion en or pour bonifier ceci, on ne rouvre pas les
projets de loi à chaque jour. Alors, voilà, c'est quand même... Votre rôle essentiel
en ce qui concerne l'adoption d'une loi qui reflète les besoins de tous et
toutes. Merci beaucoup.
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Merci. Ça nous fera plaisir de
collaborer.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, Mme la députée.
Alors, nous allons terminer cet échange avec le député de Laurier-Dorion.
M.
Fontecilla : Merci, M. le Président. Bonjour, madame. Merci beaucoup
d'être ici et de nous éclairer sur le fonctionnement de la Commission d'examen
des troubles mentaux. Effectivement, une instance relativement méconnue qui a
un rôle très important aujourd'hui, en tout cas dans le cadre de ce projet de
loi.
Je voudrais commencer
sur la question des agents de liaison. Nous avons appris que le Québec est la
seule province qui fait appel aux services correctionnels pour le traitement
des patients sous... la gestion des patients sous une ordonnance de la CETM, là.
Donc, c'est assez particulier, là. Et ça, ça correspond à la volonté du
législateur de ne pas considérer ces personnes-là comme criminellement
responsables. Et le système correctionnel, justement, c'est une responsabilité
auprès des contrevenants, donc c'est... ils sont criminellement responsables.
Et la question que je me pose pour vous, en tant que tribunal : Quelle est
la plus-value et/ou, de façon très simple, l'utilité ou la pertinence
d'ajouter... d'inclure les services correctionnels dans le traitement des
personnes non criminellement responsables?
• (12 h 10) •
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Je vais malheureusement devoir vous
donner la même réponse qu'à vos collègues. Je ne me prononcerai pas sur la
pertinence politique, l'opportunité politique de l'adoption du projet de loi.
M.
Fontecilla : Très bien. Est-ce que... Je veux... Je pense... Oui?
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Bien,
je peux peut-être répondre en partie, par contre, sur un élément. En ce
moment, il n'y en a pas, d'agent de liaison du service correctionnel qui suive
les patients, donc ça n'existe pas encore. On comprend qu'on travaille
là-dessus.
Pour les autres
provinces, à ma connaissance personnelle, je ne crois pas. Par contre, vous
allez entendre Mme Anne Crocker, qui est juste en arrière de moi ici, cet
après-midi, qui a une bonne connaissance du système de psychiatrie légale canadien, là... en fait, de l'ensemble des provinces,
peut-être qu'elle pourra répondre à votre question.
M.
Fontecilla : Très bien. Si je me... éclairez-moi. La fonction de la
Commission d'examen des troubles mentaux est de... non pas... ce n'est pas une
approche punitive, comme ça peut l'être dans le système correctionnel habituel, mais une fonction thérapeutique aussi.
Donc, il s'agit d'amener l'individu en question vers une guérison et un rétablissement, etc. Croyez-vous que
l'intervention d'agents de liaison sous la responsabilité du système
correctionnel pourrait constituer une atteinte à la relation
thérapeutique, là, que les services de santé ont avec les individus sous
ordonnance de la Commission d'examen des troubles mentaux?
Mme
Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Oui. Je ne pourrai pas vous donner mon
opinion personnelle à ce sujet-là. Il faudra
voir comment ça va fonctionner. Ce que j'entends, c'est qu'il y a une belle
collaboration entre les gens de la santé et de la sécurité publique pour
l'éventuelle mise en oeuvre, s'il y a lieu, de tout ça.
Il
y a une chose que vous avez mentionnée. Le suivi de la commission d'examen a
deux objectifs, pas seulement la réinsertion sociale. L'objectif
principal est la sécurité du public.
M. Fontecilla : Très bien.
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Ensuite,
le traitement de l'état mental et la réinsertion sociale.
M. Fontecilla : Très bien.
J'aimerais vous amener du côté de la dangerosité, là. Est-ce que vous avez des données concernant la dangerosité des individus
qui sont sous votre... Comment vous faites pour évaluer la dangerosité
d'un individu, par exemple?
Mme Corney-Robichaud
(Marie-Eve) : C'est des évaluations cliniques, là, donc, ça, c'est
fait... ça nous est présenté par les équipes traitantes. Donc, il y a des
outils médicaux, là, des outils d'évaluation du risque qui sont bien connus des criminologues et des psychiatres
traitants. Ils nous sont présentés lors des audiences. Et, lors des audiences,
vous devez savoir qu'on est un tribunal spécialisé, donc on a, au minimum, un
juriste, un psychiatre et un membre psychosocial, donc psychologue ou
travailleur social. Donc, c'est un membre qui est spécialisé, qui connaît ces
outils d'évaluation du risque, qui connaît les éléments à tenir en compte et
qui va les chercher en posant des questions aux équipes traitantes pour être en
mesure de faire cette évaluation-là.
M. Fontecilla : Si le projet de loi
n° 66 est adopté, est-ce qu'il va falloir ajouter, à cette équipe-là dont
vous avez parlé, un agent de liaison? Est-ce que vous prévoyez inclure...
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : À
notre équipe de tribunal?
M. Fontecilla : Oui.
Mme Corney-Robichaud (Marie-Eve) : Non.
L'agent de liaison ne ferait pas partie de l'équipe du tribunal, il ferait
partie du système correctionnel. Donc, pour nous, tel quel, comme il est
rédigé, ça ne change rien à notre fonctionnement.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, M. le député.
M. Fontecilla : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je remercie les trois
représentantes de la Commission d'examen des troubles mentaux pour leur
participation et leur contribution.
Je suspends les travaux jusqu'aux avis touchant
les travaux des commissions vers 15 h 15. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 15)
(Reprise à 15 h 26)
La Présidente (Mme Poulet) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Alors, la Commission de la santé et des services
sociaux reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 66, Loi visant à renforcer
le suivi des personnes faisant l'objet d'un verdict de non-responsabilité
criminelle pour cause de troubles mentaux ou d'inaptitude à subir leur procès.
Cet après-midi, nous entendrons les témoins
suivants : alors, Mme Anne Crocker, Association des groupes d'intervention
en défense de droits et... en santé mentale du Québec, l'Association québécoise
Plaidoyer-Victimes, le Bureau du coroner et le Service de police de
l'agglomération de Longueuil.
Alors, je souhaite donc la bienvenue à Mme
Crocker, qui est également... qui a des personnes qui l'accompagnent, alors je vais vous inviter tantôt à vous
présenter. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé,
puis nous procédons à la période d'échange avec les membres de la commission.
Je vous invite donc à commencer votre exposé.
Mme Anne Crocker
Mme Crocker (Anne) : Merci beaucoup.
On tient à remercier, en fait, la commission de nous accueillir aujourd'hui pour qu'on puisse partager nos
réflexions et nos commentaires par rapport au projet de loi qui est déposé.
Alors, je
m'appelle Anne Crocker, je suis chercheuse et professeure au Département de
psychiatrie et d'addictologie de l'Université de Montréal et à l'École de criminologie. Je détiens la
Chaire de recherche du Canada en santé mentale, justice et sécurité et j'ai aussi le chapeau de directrice de la
recherche et de l'enseignement universitaire à l'institut Pinel. Mes travaux de recherche
portent vraiment sur le régime de non-responsabilité criminelle à travers le
Canada. C'est la majorité des études que je fais. Puis je suis ici en
tant que chercheuse.
Mais je suis ici
aussi pour... avec des collègues et des collaborateurs de recherche. Donc, M.
Luc Vigneault, qui est à ma droite ici, qui
est en fait récipiendaire d'un doctorat honoris causa en pharmacie, justement,
ici, à l'Université Laval, en raison de sa contribution remarquable de
l'avancement des connaissances en rétablissement et dans la lutte à la
stigmatisation en santé mentale. En tant que personne qui vit avec la
schizophrénie, un trouble du déficit de l'attention,
patient partenaire, conférencier, formateur et auteur avec une réputation
internationale, il offre des perspectives précieuses et enrichies par son expérience personnelle significative de
la maladie mentale. Puis on a plusieurs travaux de recherche ensemble.
Et je vous présente
aussi Mme Carolle Brabant, qui est mère d'un fils de 39 ans qui a reçu un
diagnostic de schizophrénie en 2002. De 2002
à 2008, il a été suivi par plusieurs psychiatres et a été hospitalisé à
plusieurs reprises. En 2008, il a été reconnu non criminellement responsable
pour cause de troubles mentaux et a séjourné à l'institut Pinel puis à
la maison l'Entre-Toit, qui est une maison de transition en psychiatrie légale.
Et il continue d'être suivi en externe puis
il va bien. Son mari, sa famille et elle ont toujours été présents auprès de
lui, et elle est toujours sa proche aidante.
Je les ai invités
parce que je pense que plusieurs des points qu'on soulève sont des points qui
sont partagés et par plusieurs membres de notre équipe de recherche en tant que
chercheurs, donc l'observatoire en santé mentale justice, et aussi les patients
partenaires et les proches aidants qui font partie de l'équation ici.
Nous souhaitons de
tout coeur être partenaires dans la recherche de solutions pour éviter que des
drames humains, aux conséquences qu'on connaît, ne se reproduisent. Nous
souhaitons donc partager nos questionnements et nos constats sur la réelle
valeur ajoutée actuelle du projet et de ses conséquences potentielles dans son
ultime objectif, qui est réduire la probabilité d'événements comme ceux dont
nous avons été témoins, particulièrement au cours des deux dernières années.
Ces questionnements sont basés, entre autres, sur l'état de la littérature
scientifique, les pratiques dans les autres provinces et aussi les perspectives
des personnes les plus visées par ces lois-là.
• (15 h 30) •
Alors, on a environ
sept points qu'on veut aborder, selon le temps que je vais réussir à passer. On
va vous remettre... on n'a pas pu le faire avant, mais on va vous remettre les
notes qu'on a avec les descriptions puis les références qu'on a à l'intérieur
de ça, dans les prochains jours.
Le
premier point est vraiment autour de la notion que la loi, telle qu'elle est
écrite, est contraire à l'esprit de la raison de la partie 20.1 du Code
criminel. Vous l'avez un peu entendu ce matin, la question de la
non-responsabilité criminelle, ce n'est ni un acquittement, mais ni une
culpabilité. Et tout l'arrêt Swain a été développé autour du fait que ce
devaient être les soins qui devaient faire le suivi de l'individu et non le
système pénal et correctionnel. On vise les soins de la personne afin de
réduire la récurrence des problématiques de violence. Et, à cet effet, la
présence d'un agent de probation, dans ce contexte, est vue comme pouvant
augmenter la méfiance des accusés et des familles et donc du potentiel de
collaboration dans le processus d'adhésion des interventions médicales.
L'approche soulève, pour plusieurs, des enjeux importants quant à la
stigmatisation accrue qui peut être associée, en associant NCR toujours à
violence, quand on sait que la majorité des personnes qui sont déclarées non
criminellement responsables ne le sont pas pour des actes violents sévères.
Il peut toutefois
arriver qu'une personne soit à double statut, donc qu'il y ait une surveillance
correctionnelle ainsi qu'un suivi à la CETM, auquel cas... comme c'était le
cas, à ma compréhension, dans le contexte du décès de la sergente Breau. Un
agent de probation exerçait un suivi avec M. Isaac Brouillard Lessard en
même temps qu'un suivi de la Commission d'examen des troubles mentaux. Le
risque zéro n'existe juste pas, et
notre investissement dans la
réduction des facteurs de risque et l'amélioration des facteurs de protection
devrait être au centre de nos préoccupations.
Dans cette même
foulée, le Code criminel spécifie clairement que la responsabilité des soins de
suivi revient à l'hôpital, un acteur
supplémentaire qui ne fait pas partie d'une équipe clinique de suivi, qui, de
plus, relève d'un autre ministère, d'une autre culture de travail et qui
a une reddition de compte différente de celui de l'hôpital désigné, pourrait
poser des difficultés de coordination. D'ailleurs, il n'y a aucune autre
province qui utilise ce mécanisme de surveillance, pour ces raisons, entre
autres, et aussi parce que ça porte atteinte à toutes les conclusions qui
avaient été portées avec l'arrêt Swain, et pourrait ouvrir la porte à des
démarches sur la Charte des droits et libertés.
Le deuxième point
important pour nous, c'est que ce projet de loi vient perpétuer les croyances
que le rétablissement est à l'opposé de la sécurité publique, quand, en fait,
c'est le facteur de rémission, rétablissement qui va réduire la problématique
de violence. On se questionne donc sur le fait que des manquements à des
conditions qui mènent aux... On doit donc se questionner à savoir si ce sont
les manquements aux conditions qui mènent aux événements
de violence ou si ce ne sont pas plutôt des facteurs psychosociaux, médicaux,
environnementaux qui mènent à des manquements des conditions dans la
collectivité. On doit donc adresser principalement et prioritairement les
causes plutôt que la conséquence des difficultés psychosociales. Les méthodes
coercitives risquent au contraire de favoriser l'anxiété, la méfiance et
nuisent à l'intégration sociale des personnes et à la stigmatisation, qui sont
à leur tour précipitants potentiels de la violence. Les personnes ayant un
trouble mental rapportent dans les études que leur manque de confiance est très
présent, envers les personnes ayant un mandat légal à leur égard.
Le troisième point,
c'est celui de l'expertise. On parle beaucoup... On a parlé, ce matin,
d'évaluation du risque, mais l'évaluation du
risque en santé mentale, elle se fait auprès des équipes cliniques. Le Québec a
le plus haut taux de verdicts de
non-responsabilité au pays, dont une proportion plus élevée est due à des délits
violents. Alors, quand on réfléchit aux personnes qui doivent être
suivies, elles ne sont pas toutes à un niveau de risque élevé, comme on pourrait le croire quand on voit les médias ou les
événements dont on a eu... dont on a fait foi dans les derniers... dans les dernières années. L'évaluation requiert une
expertise qui fait déjà partie du champ de compétence des professionnels
de la santé et des services sociaux et doit se faire à même les équipes
multidisciplinaires dédiées.
D'ailleurs, c'est la raison
pour laquelle, au point 4 — j'arrive — on ne peut dissocier
les facteurs sociaux, médicaux et non médicaux dans l'évaluation et la gestion
du risque. Ça fait partie d'un tout, un influence l'autre de manière
bidirectionnelle et pas toujours de la même façon. C'est la raison pour
laquelle la plupart des instruments d'évaluation du risque à court et moyen
termes exigent que les évaluations et le plan d'intervention se fassent en cohésion et en équipe multidisciplinaire. Parce
qu'un facteur de risque peut influencer un autre facteur et un facteur dit
de protection, donc, des aspects positifs de la vie d'un individu peut protéger
ou amenuiser un autre facteur. Alors, affirmer
que les agents de liaison ne s'occuperaient que des aspects non médicaux, je
pense que c'est nier l'interrelation bien documentée, très bien
documentée entre les facteurs et n'aurait pas particulièrement de valeur
ajoutée dans la gestion du risque.
Si on passe au point numéro 5, et je
pourrai vous fournir, là, les références pour le reste des sections, les taux
de récidive des personnes qui sont déclarées criminellement responsable, en
particulier les taux de récidive violente, sont,
ici et ailleurs dans le monde, reconnus pour être inférieurs aux taux de
récidive non seulement des personnes qui se trouvent incarcérées, et qui
ont des problèmes de trouble mental, et qui sortent dans la collectivité, mais
aussi des personnes qui n'ont pas de
troubles mentaux. Alors, il faut aussi se questionner sur le nombre de
personnes qu'on vise.
La famille et les proches sont des alliés et des
collaborateurs. L'ajout d'un agent de surveillance non thérapeutique risque de
les mettre en situation de délation par rapport à leurs proches et, comme dit
mon collègue M. Vigneault, de dynamiter
la relation de confiance dans la famille, qui reste pour beaucoup les
fondations stables de la vie de la personne.
Enfin, l'ensemble des travaux du plan d'action
interministériel sont en mouvance, et plusieurs croient que le dépôt du projet est probablement précipité, dans
les circonstances, étant donné que le rapport de la coroner est sorti hier et
aussi qu'il y a des travaux majeurs qui se font sur les corridors de soins en
santé mentale.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. M. le ministre.
M. Bonnardel : Oui. Bonjour,
messieurs dames. Merci d'être là aujourd'hui. Merci pour votre travail, c'est
important. Je comprends que vous vous posez plusieurs questions. J'imagine que
vous avez regardé le rapport de la coroner Kamel, grosso modo, peut-être les
grandes lignes. Est-ce qu'il y a des éléments dans ce rapport — bien,
vous m'avez sûrement entendu, ce matin — sur
lequel j'ai questionné la SQ, les gens de la CETM, la communication déficiente,
le travail en silo, le suivi, je vais dire, déficient dans une certaine
mesure... est-ce qu'il y a des éléments dans le rapport Kamel qui, pour vous...
vous êtes d'accord ou pas d'accord? Première question.
Mme Crocker (Anne) : Je pense que la
majorité des recommandations ne sont pas très étonnantes, quand on a fait
partie de l'enquête, là. Je dois vous dire, j'ai été dans les deux enquêtes,
cette année, il y a beaucoup de points, à mon avis, qui sont des points dont on
discute depuis plusieurs années. Le travail en silo, c'en est un, la
communication, c'en est un autre. Mais il y a aussi tout l'accès aux soins et
les ressources qui sont mises dans la collectivité pour les soins dans le suivi
de la clientèle. Alors, ça aussi, ça fait partie des travaux. Elle soulève
aussi la question de la poursuite des travaux de hiérarchisation qui sont en
cours, je peux vous l'affirmer, qui sont en cours. Mais je pense qu'on est
beaucoup dans une perspective de soutien, dans le suivi de la clientèle.
M. Bonnardel : Vous n'êtes pas...
Vous vous doutez un petit peu que, quand on a eu le triple homicide, le rapport
que vous connaissez, déposé en février 2024, bon, la tragédie de Maureen Breau,
moi, je ne voulais pas rester les bras croisés, là. C'était impossible pour moi
de dire : Je vais attendre le deuxième rapport, en sachant très bien qu'il y en aurait un qui allait se faire pour le
triple homicide. De comprendre les tenants et aboutissants, les questionnements
de tout le monde qui ont été interrogés, un rapport CNESST, table
interministérielle qu'on a mise en place pour comprendre aussi ce qui est
arrivé puis d'être capables de répondre, dans le futur, en majorité, aux
demandes du coroner qui, je crois
humblement... Je pense qu'on répond à deux des principaux problèmes. Est-ce
qu'un des points, là, la
communication qui a été déficiente, là, de permettre maintenant aux policiers
d'obtenir de l'information sans aller... sans enlever le secret
professionnel... je pense, vous m'avez entendu, mais d'obtenir, exemple,
comment la personne, l'autre côté de la porte, réagit, exemple, face à
quelqu'un qui porte l'uniforme... Donc, ça, j'imagine que vous êtes, premier
point, d'accord avec ça, là, pour ce partage d'information.
Mme Crocker (Anne) : Bien, je pense
que le partage d'information, dans la mesure où il est bien encadré, il est dans les bonnes circonstances puis il est
utilisé à bon escient, c'est souhaitable dans des situations d'urgence. Ça... Mais
ce n'est pas nécessaire d'avoir un diagnostic pour avoir ça. Ce n'est pas
nécessaire d'avoir l'histoire complète de l'individu pour savoir ça. Ce n'est
pas nécessaire de savoir sur quelle médication la personne est. Donc... Mais
ça, cette information-là, ça peut être
quelque chose que l'équipe de suivi peut faire, en termes d'évaluation de
risque. En fait, ça fait partie de l'évaluation de risque de savoir s'il
y avait un autre événement... Puis on s'entend, là, il peut y avoir un nouvel
événement. Ça ne veut pas dire qu'il y en a déjà eu, des événements comme ça,
dans la vie de la personne. L'évaluation de risque, c'est ça aussi. S'il y a un
nouvel événement, quelles sont les circonstances que tous les intervenants qui doivent intervenir doivent
savoir? Mais ça, théoriquement, c'est les équipes de suivi qui devraient être
en mesure de développer ça.
• (15 h 40) •
M. Bonnardel : Puis j'imagine que
vous êtes d'accord avec le fait que le policier, là, qui est, dans le moment
présent, là... qui connaît son... qui connaît la personne, grosso modo, mais
qui a besoin plus d'infos, il doit être capable de rejoindre une personne le plus
rapidement possible, que ce soit son... l'intervenant de l'équipe médicale, que
ce soit le psychiatre ou médecin, peu
importe, ou l'agent de liaison. Vous êtes d'accord que l'information qu'il
peut... qu'il doit obtenir rapidement pour répondre à un cas x, c'est
important pour lui, là?
Mme Crocker (Anne) : C'est important
que la personne qui intervienne aie accès à une information qui va réduire les
risques qu'il y ait des incidents violents, oui. De là à dire que ça doit être
quelqu'un d'additionnel qui doit rentrer dans la boucle, on n'est... je pense
qu'il n'y a personne qui est convaincu ici, dans notre groupe, dans la mesure
où on rajoute un rouage supplémentaire qui augmente aussi un risque
d'information qui puisse soit diverger ou ne pas être là. Qu'on identifie des
personnes clés soit par... Là, je ne sais pas exactement ce qui est présent
dans le CRPQ actuellement, là, je ne suis pas dans le... dans ce niveau de
détail là. Mais qu'il y ait de l'information au sujet de la personne, oui. Mais vice versa aussi. Si la police est au courant
que la personne a déménagé, puis qu'il y a des choses, puis qu'elle a un
lien avec l'équipe traitante, c'est peut-être une bonne occasion de faire un
renvoi de balle de ce côté-là aussi.
M. Bonnardel : J'arrive à un des
points que vous vous questionnez, là, puis... l'agent de liaison, l'assise légale sur laquelle on va créer ce rôle, qui sont
des agents de probation qui seront nécessairement formés, je vais le dire
ainsi, par les équipes du ministère de la Santé, par les équipes du ministère
de la Sécurité publique pour mesurer, comprendre
cette clientèle qui... Grosso modo, ils la connaissent, mais ils ont sûrement
besoin de qualification additionnelle. Vous
ne trouvez pas que, dans ce rôle où on va créer cette assise légale, que c'est
un... c'est complémentaire aux équipes, aux intervenants de la santé,
pour être capable de s'assurer de faire le suivi adéquat?
Puis, vous savez, je vous écoute puis je
comprends votre point, mais je me dis : Si je sauve une vie, moi, grâce à
cette loi, dans les trois, quatre, cinq prochaines années, parce qu'on a un
suivi plus serré, serré, des modalités — c'est le terme qu'on utilise — du
côté de la CETM, des modalités, que ce soit rendez-vous avec ton psy, que ce
soit une médication appropriée ou peu importe, peu importe, moi, je me dis...
Vous ne trouvez pas que c'est une complémentarité qui est intéressante, ces
agents, avec l'équipe de la Santé, pour s'assurer que le suivi qui est demandé
par la CETM pendant un laps de temps x... que cette personne soit...
Puis le but, c'est... Puis pourquoi l'agent de
liaison? Parce que je comprenais que les craintes de certains... Puis, pour
moi, c'était important de ne pas stigmatiser puis de faire la différence entre
un agent de probation puis un agent de liaison. Complètement différent. Mais oui,
ces gens viennent des services correctionnels, je suis absolument d'accord avec
vous. Donc, cette complémentarité-là, pour moi, était importante dans le
travail puis dans le suivi. Parce que c'est un des enjeux majeurs aussi du
rapport, qui dit que le suivi n'est peut-être pas, puis là je ne veux pas
lancer la pierre à personne... que le suivi n'est peut-être pas adéquat pour
s'assurer que, si la personne X déménage — facile comme exemple, là — mais
deux fois, trois fois... Les policiers le disaient, on perd le compte après un
mois, deux mois, trois mois. Donc, là-dessus...
Mme Crocker (Anne) : Bien, moi, à
mon humble avis, la question du suivi doit être assurée par les équipes
traitantes parce qu'elles ont toutes les compétences pour le faire et qu'elles
ont la reddition de comptes à l'hôpital désigné, sous l'égide de la
partie 20.1 du Code criminel. Ça, pour moi, c'est déjà de facto. Si elle
est déficiente, c'est le travail là qui doit être fait en premier, à mon avis.
L'énergie doit être là.
Je salue les initiatives qui cherchent à réduire
le risque. Je pense que mon propos est beaucoup : adressons les causes du
risque au lieu d'adresser les conséquences de la dégradation de l'état mental
de la personne ou la consommation, les choses comme ça. C'est ça qu'il faut
adresser, ce n'est pas tant le fait que la personne ne s'est pas présentée à
son rendez-vous une journée. Ce n'est pas la sanction reliée à ça ou ce n'est
pas le retour relié à ça qui va faire la différence. C'est qu'elle ne se rende
pas là. Puis de ne se rendre pas là, ça veut dire qu'on fait un accompagnement
beaucoup plus serré. Oui, je suis d'accord qu'il y ait un accompagnement serré,
mais qu'il soit clinique en nature. C'est... Je dirais que c'est plus vers
cette orientation-là que je vois.
Mais, comme je dis, je salue les efforts de
tenter de trouver des façons de faire, mais il y a déjà comme toute une
programmation qui est prévue dans le plan d'action interministériel, auquel le
ministère de la Sécurité publique a participé activement, qui, je pense, mérite
le déploiement, dont les équipes de suivi intensif dans la communauté, avec aspects légaux, etc. Donc, c'est un peu,
là... Je peux peut-être laisser mes collègues aussi donner leur point de vue
sur ce point-là.
M. Vigneault (Luc) : Si vous
permettez, oui. Bien, tout d'abord, j'ai envie de vous dire que, quand tu es en
psychose, tu as perdu ta liberté, hein, ta
maladie a pris possession de ton cerveau puis de ton corps. Donc, d'intervenir
par des ordonnances de traitement, des trucs comme ça, ce n'est pas aller
contre les droits de la personne, au contraire, c'est de lui redonner sa
capacité de réfléchir. Et je pense que... Parce que, vous savez, on attend que
la personne perde sa job, perde sa femme,
perde ses enfants, perde son auto, je parle en connaissance de cause, puis là,
quand tu es sur un banc de parc, ah! on va aller chercher une ordonnance de
traitement. Pourquoi vous n'êtes pas intervenus dès le départ? On se
serait sauvé beaucoup de travail, tout le monde. Puis moi, je demeure
convaincu... Puis j'ai été pair aidant dans
un hôpital psychiatrique. Comment les personnes qui commettent des meurtres ont
ce fardeau pour le restant de leurs jours, comment est-ce qu'ils le
regrettent, ce n'est pas une gaieté, là, ce n'est pas le fun.
Puis il faut comprendre que 80 % des gens
qui ont des troubles psychotiques ont des problèmes cognitifs, c'est-à-dire des problèmes de mémoire, de
concentration, de comprendre le non-verbal. On ne comprend pas ça. Puis un des symptômes de la schizophrénie, c'est qu'on a
très, très, très peur des gens, on est craintif. C'est sûr, si notre
intervenant vient de la sécurité publique, bien,
on va fermer notre grosse bouche. Puis, s'il nous demande : Comment ça va?
Ça va très bien, ça va très bien, parce qu'on va avoir peur, on va avoir peur
des conséquences, on va avoir peur de se retrouver en contention, puis des
trucs comme ça... Oui?
M. Bonnardel : C'est intéressant ce
que vous dites, mais... Puis l'expérience que vous avez là, dans le rapport du
coroner, les psychiatres ont dit trouver ça difficile, le double rôle d'une
surveillance puis du traitement en même temps. Qu'est-ce que vous répondez à
ça?
M. Vigneault (Luc) : Bien, c'est
leur job. Je suis désolé. Ils sont formés pour ça, je veux dire, c'est... Ils
ont à jongler entre le devoir de protection puis assurer... donner des soins de
santé. C'est leur job. Ça fait que, moi, je... Ils le font déjà puis ils vont
continuer à le faire. Mais ils ne sont pas tout seuls, ça, c'est important de
le dire. Ils ont une équipe traitante, alentour d'eux, il y a un paquet de
professionnels, dont des pairs aidants, p-a-i-r, là. C'est plus facile de se
confier à un pair aidant qu'à un agent de liaison de la Sécurité publique. Moi,
je comprends ça fait parce que... Tu sais,
s'il nous demande : Est-ce que vous entendez des voix?, c'est sûr qu'on va
dire non, tu sais. On n'est pas fous à temps plein, là : Ha! Ha!
Ha! Tu sais, moi... Non, mais par notre équipe traitante, si le lien de
confiance est là, bien, c'est... je pense,
ça va être mieux. Mais je souligne là, l'idée, c'est... Mais, en même temps, je
suis un peu tanné, excusez, qu'on punisse la maladie. On la punit
encore, notre maladie. Tu sais, on ne l'a pas choisie, là. Pourquoi qu'on ne
nous soigne pas, au lieu de nous punir puis nous envoyer à la justice? Moi,
c'est aussi la question que j'ai.
M. Bonnardel : Êtes-vous habile à me
répondre... Ah! bien, allez-y, madame.
Mme
Brabant (Carolle) : C'est un
peu les mêmes préoccupations que j'ai. Moi, j'ai juste 25 ans d'expérience
de proche aidante auprès d'un schizophrène qui a eu un jugement de
non-responsabilité criminelle. On ne peut pas être là 24 heures sur
24, puis les agents de relation, ils ne seront pas là 24 heures sur 24.
Les événements, ils peuvent survenir sans qu'on les a vus venir.
Moi, ma préoccupation, comme parent, de voir le
service correctionnel dans ma liaison avec mon fils, c'est la confiance que je
vais avoir. Puis, l'échange d'informations, les parents, les proches, ils sont
vraiment un lieu où il y en a beaucoup, d'informations. Il y en a dans les
équipes traitantes, mais il y en a aussi beaucoup chez les proches puis chez
les parents. Et puis, je ne suis pas certaine, en tout cas, de mon point de vue
à moi... je ne suis pas certaine que j'aurais... que ce lien de confiance-là
serait établi avec quelqu'un qui vient du correctionnel.
Je suis d'accord avec vous, M. Bonnardel, il y a
un besoin d'échange d'information. Moi, comme parent, aussi, j'ai besoin
d'échanges d'informations avec les équipes traitantes. Mais il faut que, pour
que cet échange-là soit valable... il faut
qu'il y ait un lien de confiance qui soit établi entre l'équipe traitante,
entre... l'échange d'informations qu'on a. Puis je suis d'accord avec
mon collègue, s'il y a quelqu'un qui vient en qui on n'a pas confiance, bien,
mon fils, il ne manifestera pas de symptôme, il est assez intelligent pour
savoir qu'est-ce qu'il doit dire pour ne pas se retrouver dans un endroit...
Ça fait que donc moi, je pense... Ce qui
m'inquiète là-dedans, c'est que c'est un faux sentiment de sécurité. Je
comprends, puis la sécurité, pour les parents, là, on a ça tous les jours, on
n'est jamais, jamais tranquille. On pense à notre sécurité, à la sécurité des
gens qui nous entourent, à la sécurité du public. Mais je pense que ça, ça va
nous amener un faux sentiment de sécurité parce qu'on ne traite pas l'ensemble
des causes. Comme ma collègue l'a dit tantôt,
ils ont besoin de soins. On veut intervenir avant que ça arrive, cette
affaire-là, avant... Ils ont besoin de soins, ils ont besoin d'accès à
des ressources. Quand on se retrouve... qu'on sort de l'hôpital puis qu'on se
retrouve sur le coin de la rue, ce n'est pas aidant, cette affaire-là. On a
besoin de gens, on a besoin de pairs aidants aussi pour nous faire comprendre,
nous faire voir l'espoir. Ce n'est pas des mesures coercitives, dans mon
esprit, qui vont contribuer à la réduction du risque. Et puis c'est... ça me
rend insécure.
• (15 h 50) •
M. Bonnardel : J'ai peut-être une
dernière petite question, là. La période de suivi ou la fréquence de suivi des
équipes médicales, avec l'expérience que vous avez, ça veut dire quoi
concrètement? C'est-tu... Ça varie de...
Mme Crocker (Anne) : Ça varie, ça
varie. C'est en fonction des personnes, des niveaux de risque, des lieux aussi, des régions, des ressources. C'est pour ça
qu'il y a quand même beaucoup de travail qui se fait pour qu'il y ait soit plus d'équipes ou des équipes mieux équipées. On
sait que, là, il y a quand même un certain nombre de criminologues qui ont été rajoutés dans le système pour des
évaluations pour accompagner les équipes de suivi intensif dans le milieu ou de
suivis d'intensité variable, dans ça. Il y a une première équipe de suivi
intensif forensique qui commence, à Pinel, qui va avoir vraiment cette
spécificité-là puis qui va être disponible pour les autres équipes. Ça fait
qu'un peu partout dans le monde c'est dans les équipes de suivi que ça se fait.
C'est ce soutien-là qui est nécessaire. Et la surveillance, ce n'est pas tant
les conditions, c'est l'état de la personne, comment ça modifie dans le temps,
beaucoup plus.
M. Bonnardel : ...ma collègue
Marilyne.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la ministre la députée de
Soulanges. Une minute.
Mme
Picard : ...surtout, Mme Brabant, pour votre
témoignage, et aussi M. Vigneault. À titre de personne proche aidante, vous l'avez mentionné un peu, mais
qu'est-ce qu'on peut faire le plus pour vous aidez, vous, auprès de votre
enfant?
Mme Brabant
(Carolle) : Bien, j'ai une expérience de proche aidante, de deux
côtés. Moi, j'ai été proche aidante pour mon fils puis je le suis encore, puis
là c'est quasiment lui qui est mon proche aidant. Et puis j'ai aussi été proche
aidante pour mon mari qui a eu un cancer. Puis ça m'a comme ouvert les yeux.
C'est que le... on est sur la même loi de confidentialité, on est sur un même
réseau de santé, mais on n'a pas les mêmes services, on n'a pas les mêmes... le même soutien. On a besoin d'avoir...
La communication, je le disais tantôt, c'est très important. Mon mari avait
un cancer, j'avais une infirmière pivot que je pouvais appeler, qui était au
courant du dossier, qui comprenait le cas de mon mari, qui savait que, s'il
faisait de la fièvre, ce n'était pas important ou... C'est ça que j'ai
besoin... C'est ça que j'aurais eu besoin,
quand mon fils était en crise, de savoir... quelqu'un... quand je parle de
quelqu'un de confiance, de savoir que quelqu'un comprend, connaît son
dossier puis est capable de me donner des indications, des repères. Est-ce que
ça, c'est dangereux? Est-ce que, ça, je devrais aller plus loin? Est-ce que je
devrais faire... déposer des actions? Ça, ça
n'existe pas, en santé mentale. C'est moi qui suis obligée d'aller sur
Internet, qui suis obligée d'aller... Ça
n'existe pas... ou ça n'existait pas. Peut-être que maintenant, j'ai... Je
souligne tous les efforts qui sont faits, puis ça, ce n'est pas pour
rien que je suis ici, je trouve ça important de souligner tous les efforts qui
sont faits puis d'en faire d'autres. Mais on a besoin de ça.
Mme Picard : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: On va prendre la suite avec la
députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme
Maccarone : ...M. le Président. Merci de votre témoignage puis
de votre présence avec nous aujourd'hui. Je veux saluer votre courage,
M. Vigneault puis Mme Brabant, de venir témoigner. On a entendu et lu
dans le rapport du coroner Kamel que
le rôle des familles, la voix des familles n'est souvent pas assez consultée,
ils ne font pas partie de le processus, ça fait que je suis contente de
vous entendre.
Je veux revenir juste un peu au projet de loi,
parce que j'ai plein de questions par rapport à l'agent de liaison, qui ne figure pas, actuellement, dans le projet de
loi, pas pour le moment. Ça se peut qu'on va avoir des modifications.
C'est quelque chose qui a été annoncé dans les médias, mais ça ne figure pas
présentement dans tout ce qui est législatif. Dans la loi, on a un article...
c'est 12 articles, mais il y en a vraiment un, c'est seulement un puis qui
parle de la communication. Ça fait que je
souhaite vous entendre, peut importe c'est qui, mais comment que vous voyez ça?
Parce que l'enjeu, c'est ce que le policier
disait : Mais nous, on n'a pas assez d'information, alors on ne peut pas agir comme il faut quand on a un appel pour un
état mental perturbé. Puis on souhaite clarifier la loi pour s'assurer que
la communication est plus fluide, pour protéger les policiers et aussi les
personnes concernées, les victimes, la société civile. Ça fait que comment que
vous voyez le... ce projet de loi? Est-ce que vous avez des inquiétudes? Ça
rejoint vos besoins? Est-ce que vous le saluez? Vous êtes pour? Vous êtes
contre?
M. Vigneault (Luc) : Bien, si je
peux me permettre, d'abord, concernant la communication, quand il y a un
intervenant qui travaille dans le sens du monde, là, dans les 30 premières
minutes de ton entrevue, tu lui demandes une
autorisation pour parler aux parents, à la police puis au boulanger, si
nécessaire. Ça, c'est de la vraie bonne pratique. Après ça, tu vas faire
avec lui un plan de crise conjoint dans lequel... Si tu es en crise, qu'est-ce
qu'on fait, qui on appelle? Si la police
appelle, qu'est-ce qu'on lui dit? Tout ça est détaillé dans le plan de crise.
Il y a d'ailleurs des études qui se font à Louis-H... excusez,
l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal. Donc, c'est...
Parce que il y a encore cette... j'appelle ça
l'héritage asilaire, hein, il y a encore cette mentalité-là qu'on est des
sans-dessein, qu'on ne comprend rien, puis qu'on ne prend pas le temps de
s'asseoir puis de nous expliquer que... Tu
sais, quand j'ai été opéré dans le dos, bien : Signe là. Il faut que je
parle à l'autre, à l'autre médecin : Signe ici. Après ça, il faut
que je parle à l'infirmière, c'est... Tu sais, on... Dès la première rencontre,
on les a, ces échanges d'informations là. Pourquoi qu'on ne fait pas ça en
santé mentale? Parce que c'est... Ils ont une culture, ils sont renfermés sur
eux autres puis ils ne veulent pas parler. Tu sais, nous les patients, là, on
ne demande pas mieux. Moi, je veux l'aide
médicale à vivre, hein, je ne veux pas l'aide médicale à mourir, en passant. Ça
fait que, tout ce qui va me permettre de vivre, où je signe, je vais
signer. Tu sais, c'est dans... Il faut que le réseau change sa mentalité.
Mme
Maccarone : Ça fait que la notion de consentement, ça ne vous
préoccupe pas? Parce que c'est quelque chose qui a été soulevé, quand
même, par les regroupements de défense des droits des personnes avec des
troubles mentaux. Peut-être votre opinion là-dessus, parce que c'était aussi
soulevé dans le rapport.
Mme Crocker (Anne) : Bien, c'est sûr
que la question de consentement est importante, dans la mesure du possible. Mais, dans des situations d'urgence, on
sait que les mécanismes sont là quand il n'y a pas de possibilité de cette communication-là.
Je pense que ce que M. Vigneault soulève. C'est que, dans la pratique, dès le
départ, pour éviter toujours à se demander si c'est de l'échange d'information
qu'on aurait le droit, si, dans la pratique plus générale, il y avait ces consentements-là dès le départ, ce
serait déjà un peu une étape de franchie. Je ne pense pas que... En tout cas,
de mon point de vue puis de plusieurs
collègues, la notion de consentement quand on est dans une situation d'urgence,
d'immédiateté, je pense que ça, c'est c'est clair que des informations doivent
circuler.
Mme Brabant (Carolle) : Je pense que
le problème de communication... Moi, j'ai été gestionnaire toute ma vie puis j'ai toujours entendu ça, qu'il y avait
des problèmes de communications partout. Je pense que c'est beaucoup de
nommer un responsable puis de savoir qui est ce responsable-là puis qui qui est
responsable 24/7. Là, je veux dire, qu'il y a quelqu'un qu'on... Je pense que c'est
plus ça, c'est plus un mécanisme, un processus qu'il est important de mettre
en place, plus que de donner un... Puis moi,
comme parent, comme je vous ai dit tantôt, le fait que ça, ça relève des
services correctionnels, moi, ça m'interpelle beaucoup.
Mais qu'il y ait un échange d'information dans
des cas d'urgence, qu'il y ait un responsable de cette information-là, de la
gestion de cette information-là... Et, comme Luc l'a dit, si on a, dans les
procédures, que c'est la première... le premier élément dont on discute avec le
patient, moi, je pense que c'est important. Puis, pour vous dire, mon fils a
toujours accepté que l'information soit divulguée, puis j'ai quand même eu cet
écart-là entre la gestion de la confidentialité en santé physique versus la
gestion de la confidentialité en santé mentale. Mon mari avait le même droit de
confidentialité, puis il n'y a pas un médecin qui lui a demandé son
consentement. Puis j'étais là puis je lui parlais, alors qu'avec mon fils, bien
ce n'était pas pareil.
Mme
Maccarone : Puis pour revenir à l'idée de l'agent de liaison,
l'agent de probation, que, selon vous, il y a vraiment un parallèle, parce qu'on... ça réside actuellement dans le
service correctionnel. L'annonce est de 18 personnes, juste pour
vous situer. Je ne sais pas si vous avez suivi les travaux. Puis c'est aussi
nommé dans le rapport de coroner Kamel :
1 900 dossiers actifs, actuellement, 18 personnes. Ça veut dire
une intervention, peut-être deux par année, des suivis. Qu'est-ce que vous
pensez si, mettons, on disait que ce n'est pas des... ce n'est pas des agents
de liaison que nous avons besoin, mais des intervenants? Puis vous, vous avez
mentionné, est-ce qu'au lieu de 18 agents de liaison...
Mme Crocker (Anne) : C'est ça.
Mme Maccarone : ...on aura
18 intervenants pivots puis ce serait mieux?
Mme Crocker (Anne) : Oui, puis...
Mme Maccarone : Oui, mais c'est sûr,
beaucoup plus, 1 900 dossiers...
Mme Crocker (Anne) : Oui, c'est sûr
qu'on va en demander plus, là,l'idée étant que... Par exemple, en
Ontario, puis ça, probablement que mes collègues, demain, de l'ANPQ, vont
pouvoir vous en parler aussi, parce qu'il y a un des psychiatres, là, qui a
travaillé en Ontario, mais ils ont un «case manager» identifié pour chacun des
cas de CETM, et cette personne-là devient l'infirmière pivot. Puis ça peut être
une infirmière aussi, là, tu sais, ça peut être... ça peut être un travailleur
social, une infirmière, un psychologue, un criminologue.
Mme Maccarone : C'est ça, on n'est
pas limité.
Mme Crocker (Anne) : C'est la
personne chez qui l'information majeure va résider puis qui va s'assurer que
cette transmission-là se fasse. En fait, je pense que ce qui est soulevé, c'est
la crainte que ça relève des services correctionnels et non des services de
santé, qui sont les responsables de ce suivi-là et qui ont l'ensemble de la
connaissance de quand est-ce que des événements peuvent se dégrader, quand
est-ce qu'on doit appeler la police pour faire ramener quelqu'un, quand est-ce
qu'on doit intervenir auprès de la famille, parce qu'on a établi un lien de
confiance depuis plusieurs années.
• (16 heures) •
Mme Maccarone : Puis le fait
aussi...
Mme Crocker (Anne) : Donc, ce n'est
pas l'absence de quelqu'un.
Mme Maccarone : Oui, je comprends.
Mme
Crocker (Anne) : C'est quel est son rôle, où est-ce qu'elle se
situe, quelles sont ses redditions de compte puis quels sont ses liens
qu'elle a faits avec les équipes cliniques.
Mme Maccarone : Puis les policiers
peuvent participer dans la formation de ce rôle, avec leur point de vue.
Mme Crocker (Anne) : Absolument,
absolument, absolument.
Mme Maccarone : On parle beaucoup de
communication, quand on parle des changements, puis c'est soulevé, ça fait des années depuis qu'on l'entend,
le travail en silos. Selon vous, qu'est-ce que nous devons faire pour éviter
ou pour avoir une meilleure collaboration, en termes de partage de
l'information, pour assurer la protection de toutes les personnes concernées?
Vous l'avez soulevé, ce n'est pas juste à la société civile, c'est sécurité
publique, mais c'est aussi le
rétablissement, réinsertion de la personne concernée puis leur bien-être. Ça fait que qu'est-ce que nous devons faire en termes de communication? Parce
que c'est vraiment... c'est en silo, puis la coroner Kamel a soulevé que peut-être si on avait une meilleure
communication, on ne serait pas ici face à un drame, le décès de la sergente
Breau.
Mme Crocker (Anne) : Oui. Je pense
que ça peut se... je pense que ça peut se voir à plusieurs niveaux. À très haut
niveau, on pourrait penser avoir un comité provincial qui a comme une vue
d'ensemble sur ces jeux-là, mais qui serait peut-être distinct des ministères comme tels, tu
sais. Ça pourrait être des gens qui voient les choses arriver, des tendances
s'en venir, être capables de faire des recommandations. Ça, c'est à un niveau
très, je dirais, macro qui serait possible.
À un niveau beaucoup
plus micro, je pense, puis je pense que la présidente de la commission d'examen
l'a soulevé, il y a quand même une éducation
générale à faire auprès des différents types d'intervenants sur : C'est
quoi, une commission d'examen, c'est quoi, un suivi avec modalités,
qu'est-ce que ça veut dire. Les policiers, de plus en plus... puis je pense
qu'ils en ont parlé ce matin, qu'ils avaient sur la planche des travaux pour
avoir de l'information un peu plus sur comment ça fonctionne, qu'est-ce qu'ils
peuvent faire, qu'est-ce qui est de leur ressort versus vers quoi... Il peut y
avoir ce même type de formation là de la part des policiers vers les
intervenants aussi, ce qui se fait peut-être un peu moins.
Donc, je pense qu'il
peut y avoir ce type de lieu, de forum d'échange, mais aussi de formation pour
s'assurer que les gens qui ont affaire à consulter le CRPQ savent c'est
pourquoi. Puis ça, je veux dire, je vais vous dire bien franchement, je ne sais
pas exactement comment ça fonctionne, là, je suis certaine qu'il y a plusieurs
collègues autour qui savent très, très bien,
mais qu'est-ce qui est disponible, qu'est-ce que je peux utiliser puis quand je
peux l'utiliser. Parce que, ce que la coroner a soulevé, c'est que tous
les flags étaient là.
Mme
Maccarone : Oui, en effet.
Mme Crocker (Anne) : Ça fait que,
fondamentalement, tous les flags étaient là. Comment on agit en concertation
pour éviter que des drames se passent? Ce n'est pas comme : On l'a manqué,
c'est : Tout était là.
Mme
Maccarone : C'est très lucide, puis je trouve intéressante la
proposition d'avoir des intervenants de pivot.
Je ne sais pas s'il va y avoir une ouverture de la part du gouvernement, mais
je suis d'avis, avec vous, que les suivis devront être faits d'un côté
de santé et services sociaux, puis pas punitif, nécessairement, mais je reste
quand même préoccupée par l'information que les policiers, ils ont avant
d'aller à un appel. Parce que tout ce qu'on est en train de discuter puis en
débattre aujourd'hui ne règle pas la fameuse porte tournante dont ils font
face. Ça fait qu'avez-vous des
recommandations pour ça aussi? Parce que la fameuse porte tournante,
c'est : On va à un appel, on amène la personne à l'hôpital, il
reste là une heure puis là il sort de l'hôpital, puis...
Mme Crocker
(Anne) : Ça, ça fait 20 ans qu'on l'entend, 30 ans qu'on
l'entend, 40 ans qu'on l'entend. Puis la porte tournante, je vous dirais
que c'est encore plus gros que ça, parce que la porte tournante, c'est les gens
qui ont des problèmes de santé mentale, qui
sortent de prison, qui ont été condamnés puis qui se retrouvent dans la rue. Ça
fait que la porte tournante, c'est la rue, la prison, la santé mentale,
le chez-soi possiblement. C'est cet ensemble-là.
Ça fait qu'on ne peut
pas le régler avec une question d'un suivi ou une question d'une communication.
C'est un ensemble d'actions qui doivent être posées. Je pense que ça fait
partie des souhaits qui avaient été faits avec le plan d'action
interministériel. Je ne vois pas... je n'ai pas des lunettes roses non plus,
là, je pense qu'il faut être clair que ça prend des étapes puis ça prend des
développements, mais je pense que le travail qui se fait, entre autres avec l'organisation des trajectoires de soins en
psychiatrie légale, vont être un levier pour aussi ces autres...
éventuellement, ces autres populations là, sorties carcérales, milieu de
l'itinérance et tout ça. C'est imbriqué, ce n'est pas... De tenter de séparer
ces morceaux-là, c'est de perpétuer, je pense, le travail en silo.
Mme
Maccarone : Il me reste un peu de temps, mais...
Le Président (M.
Provençal)
: 30 secondes.
Mme Crocker
(Anne) : Je parle trop. Je parle trop.
Mme Maccarone :
...vous entendre parler de P-38,
parce qu'on est en évolution, le gouvernement est en train de le
réévaluer. Avez-vous des recommandations, des avis?
M. Vigneault
(Luc) : Bien, si je peux me permettre, c'est fondamental. Dès que tu
as la maladie, tu n'es plus apte à consentir
puis il faut intervenir. Moi, c'est non discutable. Encore une fois, il faut
agir dès le début pour éviter... Et
ça, certains psychiatres, parce qu'on parle beaucoup avec eux... il y a comme
une interprétation qu'il va falloir clarifier.
Quand on amène
quelqu'un à l'urgence puis que des tiers disent : Bien, il a fait des
menaces de mort, puis en parlant avec la personne, on voit qu'elle est en
délire parce qu'elle se prend pour Jésus, bien, c'est bien de valeur, là, mais tu restes ici, là, tu sais. Mais c'est encore
la notion du danger imminent qu'il faut changer, comprenez-vous? Moi, je
pense, c'est ça.
Puis je voulais faire
une petite remarque. Je ne voudrais pas être irrévérencieux, là, mais on parle
beaucoup de la policière qui est décédée,
mais il y a un citoyen aussi, Isaac, qui, lui aussi, est décédé. Il ne faudrait
pas l'oublier. Il ne faudrait pas oublier les autres aussi, citoyens,
qui, malheureusement, à cause de leur maladie, qui ont été mal pris en charge,
perdent la vie.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci beaucoup...
Mme Brabant
(Carolle) : Moi, j'ai... En lisant le rapport de la commissaire, j'ai
eu beaucoup, beaucoup, beaucoup d'émotions...
Le Président (M. Provençal)
: Excusez-moi...
Mme Brabant (Carolle) : ...des
parents de ce jeune-là. Parce que je me suis souvenu tout le parcours que moi,
j'ai fait puis je me suis dit qu'ils ont eu du courage pour l'accompagner tout
ce temps-là, pour le suivre tout ce temps-là, pour l'aider tout ce temps-là
sans avoir beaucoup d'aide. Puis, en plus, ils se retrouvent avec le fils qui
est décédé. Puis la responsabilité de voir qu'un meurtre a été commis, ça doit
être très, très difficile à vivre. Moi, je peux vous dire qu'ils ont dû vivre beaucoup de journées de peine, de détresse,
d'angoisse puis d'insomnie. Ça fait que c'est ça, le vécu des parents.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Vous allez m'excuser, mais le temps est...
Malgré tout, je suis obligé d'être le gardien du temps. Alors, M. le député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Merci, mesdames, messieurs, d'être ici avec nous. Très éclairant ce
que vous nous apportez. Évidemment, ici, tout le monde est perdant. Une
policière a été tuée dans l'exercice de ses fonctions et une personne malade
aussi a été... est décédée, là, dans des conditions tragiques, là.
Moi,
j'aimerais vous entendre de façon très globale, là. Il semble y avoir comme
deux objectifs ou deux pôles, d'une part, le rétablissement de la
personne, d'autre part, la sécurité du public, des intervenants, etc., là.
Donc, il y a une tentative ici de concilier, en quelque sorte, si l'on veut...
on est en train d'étudier si c'est... comment dire, si c'est la bonne façon ou pas. Mais moi, j'aimerais vous
entendre, parce que vous n'êtes pas les premiers, est-ce que l'arrivée
des services correctionnels, on va le dire comme ça, par le biais d'un agent de
liaison, pourrait mettre à risque la relation thérapeutique d'un patient avec
ses soignants? Donc, est-ce que l'arrivée du système correctionnel pourrait
compromettre la dynamique de rétablissement?
Mme Crocker (Anne) : Bien, moi, je
vous dirais qu'il y a des risques, ça va dépendre comment ça va se déployer,
mais il y a certainement des risques parce que, là, on ajoute «correctionnel»,
«punitif» dans l'équation. Qu'on le veuille ou non, c'est ça qui ressort. On va
rajouter le volet correctionnel dans un régime qui est supposé être un régime de soins. Alors, oui, ça peut modifier,
comme ça peut modifier la relation avec les proches, comme ça peut... Je veux dire, moi, je ne peux pas vous dire, là,
aujourd'hui : C'est ça qui va arriver. Il n'y a pas d'étude, il n'y a pas
de...
M. Fontecilla : Mais il y a un
risque.
Mme
Crocker (Anne) : Il y a un
risque. Bien, je pense qu'il y a un risque aussi, oui. Effectivement, il y a un
risque.
M. Fontecilla : Plus concrètement,
est-ce que ce nouveau modèle là pourrait miner la relation de confiance
nécessaire au rétablissement?
Mme Crocker (Anne) : Bien, je vais
vous dire, ça pourrait miner comme ça peut ne pas la miner. Ça fait que, selon
les circonstances, ça pourrait être un ou l'autre, mais ce que ça peut faire
aussi, c'est de réduire l'intérêt des équipes à s'attarder à l'ensemble aussi
des problématiques puis de continuer à intégrer l'ensemble des risques. Si on
continue à rediviser que tel morceau du risque, ça appartient à tel organisme,
puis tel morceau, ça appartient... on s'en va à l'encontre de toutes les études
actuelles qui disent que c'est des approches intégrées que ça prend par une
même équipe.
• (16 h 10) •
M. Fontecilla : Est-ce qu'on
pourrait considérer... Par exemple, si cette... les dispositions qu'on est en
train d'étudier se traduisent par la création d'un agent de liaison, est-ce que
ces personnes-là, si elles sont intégrées aux équipes de soins... pourrait être
une avenue intéressante pour favoriser cette interdisciplinarité?
Mme Crocker (Anne) : Tout dépend de
la reddition de comptes puis de l'obligation légale. C'est qui son patron? En
fait, moi, j'ai plein de questions au niveau de l'opérationnalisation. Ça fait
que, là, on vous a présenté un peu nos
préoccupations, ça peut dépendre de la façon dont c'est opérationnalisé, mais
il reste que, fondamentalement, cette personne-là ne relève pas du
responsable de l'hôpital qui, lui ou elle, a la responsabilité du suivi de
cette personne-là, fondamentalement. Si on
le prend vraiment au plus... mais peut-être qu'il y a plein d'articulations,
là, ça, je ne le sais pas, mais «face value», là, pardonnez mon
anglicisme, là...
M.
Fontecilla : Mais, à la
marge, vous êtes sous la fonction elle-même d'un agent de liaison, un
coordonnateur de... vous n'êtes pas opposée à cette idée-là à l'avance,
en elle-même, là, tu sais, c'est ce qui...
Mme Crocker (Anne) : Je ne suis pas
opposée du tout à l'idée d'avoir quelqu'un qui est responsable de faciliter la communication. Il s'agit de voir où
est-ce que cette personne-là doit être, est-ce que c'est la bonne personne
qui doit être là, c'est quoi, ses... c'est
quoi, ses connaissances puis comment elle peut faire cette circulation
d'information.
Le Président (M.
Provençal)
: Écoutez,
c'est très intéressant, puis je vous remercie surtout des témoignages qu'on a
eus du vécu, vous avez fait un partage quand même.
Alors, sur
ce, je vais suspendre les travaux pour permettre au prochain groupe de prendre
place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 13)
(Reprise à 16 h 16)
Le
Président (M. Provençal)
: Nous allons reprendre nos travaux. Alors, je
souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants de l'Association des groupes d'intervention en défense des droits
en santé mentale du Québec. Vous aurez
10 minutes pour votre présentation, et, par la suite, nous procéderons à
l'échange. Alors, je vous cède immédiatement la parole. Merci beaucoup
de votre présence.
Association des groupes
d'intervention en défense de droits
en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ)
M. Winter (François) : Merci.
Bonjour. Vas-y, Julie.
Mme Rivard (Julie) : Bonjour. Je
m'appelle Julie Rivard. Je suis la présidente de l'Association des groupes d'intervention en santé mentale du Québec. Si je
ne parle pas assez fort, juste me le dire. Je suis aussi une personne première
concernée.
Donc,
j'aimerais remercier les membres de la Commission
de la santé et des services sociaux
de nous recevoir pour la présentation de notre mémoire. Et je vous
présente...
M. Winter (François) : François
Winter, je suis porte-parole de l'AGIDD-SMQ. Bonjour.
Mme Rivard
(Julie) : Le projet de loi n° 66
vise à renforcer le suivi des personnes reconnues non criminellement
responsables en raison de troubles mentaux ou d'inaptitudes à subir leurs
procès en modifiant la Loi sur les renseignements de santé et de services
sociaux ainsi que la Loi sur le système correctionnel du Québec. Ce mémoire
critique ce projet de loi en soulignant les implications en termes de stigmatisation
en contexte de panique sociale et d'atteinte aux droits fondamentaux dans des
limites qui ne sont pas raisonnables et qu'elles ne peuvent se justifier dans
le cadre d'une société libre et démocratique et contrevient aux principes de
base de justice fondamentale basés sur la dignité humaine, la liberté et le
respect de l'autonomie, l'urgence d'agir pour rassurer la population en réponse
à la panique sociale et des événements
certes tragiques, mais non moins rarissimes. Et en réaction à l'enquête publique
du coroner Me Kamel, dont le rapport n'est pas encore... oui, il a été
déposé, désolée, il a été déposé hier, ne fait que mettre en lumière l'iniquité grandissante de valeurs entre la sécurité
du public et la décision la moins sévère et la moins privative de
liberté, et ce, en réaction à des événements rarissimes.
De plus, la proposition d'ajouter des agents de
liaison étrangement assimilés aux agents de libération conditionnelle du milieu
carcéral à la Loi sur le système correctionnel du Québec n'engendre que de la
stigmatisation et de la confusion quant au
statut juridique des personnes reconnues non criminellement responsables qui,
faut-il se le rappeler, ne sont pas des contrevenants. En ce sens, les
modifications proposées à la Loi sur les services correctionnels du
Québec ne font qu'exacerber le doute que les personnes sous CETM sont confiées
aux services correctionnels.
Ce mémoire propose également des recommandations
pour améliorer le soutien aux personnes vivant avec des troubles mentaux sans
compromettre leurs droits fondamentaux. Je laisse mon collègue continuer.
M. Winter (François) : Donc, au
niveau de l'analyse... Merci, Julie. Au niveau de l'analyse du projet de loi,
donc en lien avec la communication des renseignements aux policiers, on tient à
rappeler qu'il y a quand même... depuis 2009, les décisions de la commission
d'examen des troubles mentaux sont accessibles aux policiers. Donc, les
policiers ont déjà quand même accès à un certain nombre d'informations.
Pour ce qui
est de l'article 76 de la Loi sur les renseignements de santé et de
services sociaux, la modification, là,
de cette loi-là par l'ajout de l'alinéa 3, nous sommes en désaccord.
Pourquoi on est en désaccord? Parce qu'à notre point de vue, il existe
déjà beaucoup d'outils légaux qui sont disponibles pour les policiers et les
intervenants de la santé pour intervenir auprès des personnes reconnues non
criminellement responsables. Les façons de faire et l'organisation des services
sont à revoir. Bien que tous doivent être égaux devant la loi, les conséquences
de l'ajout de cet article feraient en sorte
d'ouvrir une brèche majeure dans le respect du droit au secret professionnel
des personnes et de créer deux
classes de citoyens devant la loi. Comme j'ai mentionné, cette question-là
relève d'enjeux organisationnels davantage que d'enjeux législatifs.
Le manque d'accès aux renseignements, qui est
décrié par les corps policiers pour justifier la modification de la Loi sur les
renseignements de santé et de services sociaux, ce n'est pas des enjeux légaux,
mais, je le répète, organisationnels, ça relève... c'est lié à la
méconnaissance des corps policiers de ce qu'est la Commission d'examen des troubles mentaux dans son ensemble, comme ça a
été rapporté par Me Yan Paquette, sous-ministre et sous-procureur général de la Justice, lors de son témoignage à
l'enquête publique sur la mort de Maureen Breau et d'Isaac Brouillard Lessard, Me Paquette y présentait d'ailleurs
sommairement le plan d'action du ministère de la Justice du Québec, qui a été
mise en place le... dès le 5 avril 2023, soit
presque au lendemain du drame, plan qui avait, entre autres, l'objectif
d'optimiser et d'uniformiser la
cueillette et l'utilisation de l'information rendue disponible par la CETM via
le Centre de renseignements policiers
du Québec. La coroner Kamel a d'ailleurs fait mention de certains résultats
dans son rapport qui a été déposé hier, notamment l'augmentation de la
présence des procureurs du DPCP aux audiences.
• (16 h 20) •
Donc, puisqu'un plan d'action a déjà été initié,
qui comprend des mesures qui, je le répète, visent à optimiser le partage
d'informations et de responsabilités, n'y aurait-il pas lieu d'évaluer quels
sont les résultats de ces mesures avant de légiférer? Il y a... Il nous apparaît
ainsi prématuré de modifier une loi alors que les mesures n'ont pas été
évaluées. À cet effet-là, nous suggérons davantage la mise en place d'une
politique gouvernementale qui aurait pu, à tout le moins, solutionner plus en
profondeur les enjeux qui ont été soulevés, notamment par la coroner Kamel,
mais par l'ensemble, là, des différents acteurs qui ont pris part à la
commission... commission d'enquête, là.
Donc, autre
élément aussi... Pourquoi on est en désaccord? Parce qu'il y a des éléments qui
relèvent beaucoup de la formation des policiers, notamment à l'École
nationale de police, puis leur requalification quant aux fonctions de la CETM. Ça nous apparaît davantage un enjeu
prioritaire que de légiférer pour permettre un accès à des renseignements de
santé aux policiers. Donc, avant d'accentuer la brèche dans le secret
professionnel et permettre l'envoi de renseignements médicaux aux personnes
faisant l'objet d'un verdict de non-responsabilité criminelle dans le Centre de renseignements policiers du Québec, le
gouvernement doit se rappeler qu'en matière de droits fondamentaux, il a le devoir
d'appliquer le principe de proportionnalité. Ce principe stipule que toute
restriction des droits fondamentaux doit être nécessaire et proportionnée par
rapport à l'objectif légitime poursuivi. Avant de restreindre les droits
fondamentaux des citoyens, l'État a un devoir d'exemplarité dans... pour
assurer la primauté de la charte des droits et libertés. Il nous apparaît que
ce projet de loi risque de ne pas répondre à ce principe. C'est pour ça qu'on
demande le retrait de cet article-là.
Concernant l'agent de liaison, donc on reconnaît
la pertinence de créer un titre d'agent de liaison pour assurer un meilleur
suivi puis une meilleure consignation des informations. Par contre, la
responsabilité légale du suivi ne relève pas de la Commission d'examen des
troubles mentaux, mais elle relève plutôt de l'hôpital désigné. Donc, cet agent de liaison là devrait plutôt être
créé et relever de l'hôpital désigné, donc de la santé et des services sociaux et
non des services correctionnels. Ainsi, la modification de la Loi sur les
services correctionnels ne nous apparaît pas nécessaire, évitant une
surstigmatisation puis une confusion à l'effet que les personnes non criminellement
responsables soient perçues comme des
contrevenants, soit une confusion sur leur statut juridique, évitant notamment
une surjudiciarisation.
Advenant que
le projet de loi, tel que proposé, aille de l'avant, l'AGIDD invite fortement à
définir précisément le rôle et le mandat d'un agent de liaison qui
relèverait des services correctionnels en limitant leur intégration à l'équipe
traitante.
Dans — je vais passer aussi en revue
certains éléments — notamment...
dans les intentions du ministre, lorsque le projet de loi a été déposé, il
était question d'un outil standardisé pour l'évaluation de la dangerosité.
Donc, on désire mettre en garde ou souligner nos préoccupations en lien avec
cette façon de faire là, qui pourrait créer de la stigmatisation, notamment
pour ce qui est de la pauvreté, pour ce qui est des références culturelles.
Donc, ça pourrait amener un biais... un
biais négatif pour une... ou surévaluation de la dangerosité. Et puis de
rappeler aussi que la personne qui
fait l'objet d'une décision de non-responsabilité criminelle, elle est
également présumée apte à consentir à ses soins, donc il faut y aller
dans ce sens-là.
Puis aussi, pour le droit à l'accompagnement, je
voulais signifier cet aspect-là, il y a beaucoup de personnes qui sont accompagnées par les groupes de promotion
en défense de droits. Donc, dans le processus de la Commission d'examen des troubles mentaux,
donc, à cet effet là, il serait important, selon nous, que ce soit davantage
valorisé. Donc, je vais laisser la parole à ma collègue pour présenter
nos recommandations.
Mme Rivard (Julie) : Voici nos
recommandations. L'AGIDD-SMQ demande le retrait de l'article 1 du projet de loi n° 66
et ainsi de ne pas procéder à la modification à la Loi sur les renseignements
de santé et des services sociaux;
valoriser et investir les initiatives visant le déploiement d'équipes mixtes
d'intervention de crise en octroyant les ressources financières
nécessaires pour que tous les corps policiers du Québec aient accès facilement
et en tout temps à un service d'aide en
situation de crise; une harmonisation de cette offre de services sur l'ensemble
du territoire québécois est également recommandée.
Un financement adéquat des alternatives
communautaires à l'hospitalisation, centres de crise, travailleurs de rue,
centres de prévention du suicide, etc., permettrait de prévenir les crises et
la violence chez les personnes; inclure une référence aux groupes de défense
des droits en santé mentale de la région dans le dépliant d'information sur les
droits remis aux personnes concernées par le
CETM; prendre le temps de compléter la mise en oeuvre du plan d'action
du comité piloté par le ministère de la Justice et d'en apprécier les retombées
avec des tableaux de bord permettant de suivre efficacement l'action
gouvernementale; revoir et clarifier le rôle des agents de liaison afin de
limiter leur mandat et leur rôle au suivi des conditions de libération et
l'évaluation de la dangerosité.
Donc, notre présentation est faite, donc on est
prêts pour les questions.
Le
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup de votre
présentation. Alors, M. le ministre, je vous cède la parole.
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. Bonjour, monsieur, dame. Quelques questions. Bien, vous n'êtes pas
sans savoir que le fruit de ce petit projet de loi répond à un premier rapport
du coroner déposé en février 2024 sur un triple meurtre,
triple homicide, les consultations en amont, même chose pour le rapport qui
vient d'être déposé par la coroner Kamel, CNESST, discussions avec les
différents partenaires interministériels. Puis, bon, je comprends, je vous écoute, les deux enjeux majeurs que j'ai...
qu'on a définis en discutant avec tout le monde, c'est la communication
et le suivi.
Si je vous suis, pour ce qui est de la
communication entre les intervenants de la santé versus les équipes... la
police, on va le dire ainsi, vous n'êtes pas d'accord. Premier point.
Voulez-vous répondre là-dessus? Là, c'est parce que, là, ce qu'on souhaitait faire, c'était nécessairement, au-delà d'un
intervenant de la santé qui appelle le poste de Granby, exemple, pour
dire : Bon, bien, M. Paquette, untel, là, ne suit pas ses modalités,
ou, peu importe, là, médication x, y, s'il vous plaît, allez voir si le monsieur
est à la maison pour l'amener à l'hôpital. Ça, c'est un fait x.
L'autre fait, c'est que, ce qu'on souhaitait,
c'est que le policier puisse questionner l'équipe, l'équipe comme telle
médicale qui suit le dossier de monsieur ou de madame x pour être capable
d'obtenir les informations sans lever le secret professionnel, c'est ce que
j'ai toujours dit, mais d'être capable de comprendre dans quel état le monsieur
pourrait être de l'autre côté de la porte, à savoir l'exemple que je donne tout
le temps, quelle réaction il a face à quelqu'un qui porte l'uniforme, ou peu
importe, ou autre. Ce bout-là, vous n'êtes pas d'accord, c'est ça?
M. Winter (François) : Bien, en
fait, là où on n'est pas d'accord, c'est que ça lève le secret professionnel,
ce que vous venez de mentionner, M. le ministre, avec respect. Donc, à cet
effet-là, il y a bien d'autres mesures... tu sais,
puis, nous... on est attristés, nous aussi, là, de ce qui est arrivé, notamment
à Mme Breau, à M. Brouillard Lessard et puis les gens aussi,
là, dont M. Shaikh je crois, puis les personnes dont j'ai malheureusement
oublié le nom pour le moment, là. Mais a priori, l'enjeu, c'est... il y a
d'abord un enjeu de connaissance. Pourquoi est-ce que les policiers ne connaissent pas ce qu'est la Commission d'examen des troubles mentaux? Pourquoi est-ce que cette information-là n'était
pas... n'était pas à leur disposition pour toutes sortes de raisons que la coroner
Kamel a expliquées? Donc, à cet effet là, il y aurait davantage, avant
d'appliquer une restriction, de créer une ouverture. Il nous semble que ça
aurait été plus pertinent de mettre en place d'autres mesures avant.
M. Bonnardel : Bien, je veux vous
rassurer, je peux faire les deux choses en même temps, et c'est ce qu'on va
faire aussi, là. Une des recommandations, c'est d'améliorer la formation, de
mieux faire connaître la CETM par les policiers qui, oui, soit dit en passant,
était méconnue pour plusieurs, plusieurs, plusieurs d'entre eux. Donc, autant
du côté de l'École nationale de police, que de la requalification, que la CETM,
soyez assurés que c'est en cours présentement
et tous les policiers et policières qui... pourront obtenir ces formations
additionnelles et même les aspirants, les recrues qui sont à l'École
nationale de police. Donc, ça, c'est... ça, pour moi, c'est déjà... c'est déjà
en marche.
• (16 h 30) •
Je vais vous reposer la même question que j'ai
posée tantôt à la chercheure. Le suivi, les rapports nous confirment qu'il y a
une problématique avec le suivi pour une personne qui a des modalités et des
conditions de suivi. Puis la question que
j'ai posée tantôt, c'est : Vous ne trouvez pas que ces agents de
liaison... Le terme pour moi était adéquat pour ne pas stigmatiser.
Vous, vous trouvez qu'on stigmatise quand même. Pour ne pas stigmatiser ces
personnes, vous ne trouvez pas que ces agents de liaison, le travail qu'ils
feront sera complémentaire à l'équipe médicale? Il n'y a pas un, là... L'équipe
médicale reste l'équipe médicale, puis eux vont continuer le travail à faire. Sauf que l'agent de liaison, lui, va s'assurer du
suivi comme tel, aussi facile que... d'un déménagement, d'une personne
qu'on perd de vue pour des raisons x, y, qui a le droit de déménager, vous
allez me dire, mais que, dans ces suivis-là, le policier, bien là,
soudainement, il pensait que c'était tel monsieur qui était à telle porte. Ce
n'est plus lui qui est là parce qu'il y a
déménagé. Vous ne trouvez pas que cette complémentarité-là, selon ce que le
rapport du coroner nous dit aussi, c'est qu'il était déficient, puis je
reste convaincu que c'est une complémentarité puis un travail que ces agents vont faire avec l'équipe médicale pour être
capables de faire un meilleur suivi puis de s'assurer que la personne qui a des
modalités, des conditions, bien, les suivre pour le temps que la CETM l'aura
défini, là.
M. Winter (François) : En matière de
suivi, comme on l'a dit tout à l'heure, l'agent de liaison, nous, on voit
davantage son rôle en lien avec la santé, parce qu'en bout de ligne le suivi
relève de la santé. Donc, le suivi des conditions,
oui, ça peut relever du domaine de la sécurité publique, on en convient.
Cependant, si on veut qu'il y ait... L'agent
de liaison, à notre avis, ne peut pas être assis sur les deux côtés de la
clôture. Donc, c'est, ou il relève de la santé, ou il relève de la
sécurité publique. Nous, on pense que ce serait plus aidant si ça relevait de
la santé.
Puis aussi, avec respect, moi, ça fait quand
même 23 ans, bientôt 24 ans, là, que je fais ce travail-là. Il me
semble avoir assisté à au moins quatre changements d'orientation en matière de
psychiatrie légale. Donc, peut-être qu'il y aurait lieu de donner des
orientations claires à mettre en place rapidement. Bon, on sait qu'en 2026...
Puis, si vous avez lu le rapport de la coroner, on avait souligné cet aspect-là
dès 2011. Le ministère de la Santé donnait des orientations. Ça a changé avec la création des CISSS, des CIUSSS, tout
ça. Donc, il y a peut-être un peu de confusion dans ce domaine-là. Puis,
à cet effet-là, 53 centres désignés, donc, est-ce qu'il y a du personnel
spécialisé? On peut se poser la question, là. Ça fait davantage partie du
problème que la présence ou non d'un agent de liaison, avec respect, là.
M. Bonnardel : OK. Pas d'autre
question, merci.
Le
Président (M. Provençal)
: Pas d'autre question?
Est-ce qu'il y a des membres qui auraient des questions? Non? OK. Alors,
on va aller du côté de la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone :
...présence, merci pour votre mémoire. Évidemment, je souhaite continuer avec
le rôle de l'agent de liaison, parce que j'ai bien compris, c'est très bien...
c'est très clair dans votre mémoire, puis votre présentation ici est
très claire, on voit vraiment le parallèle quand c'est sous la responsabilité
de services correctionnels. Mais les groupes qui ont présenté, juste avant
vous... la chercheure Crocker, elle, elle nous a partagé de peut-être avoir un
intervenant pivot à l'intérieur de... les milieux de santé et services sociaux,
au lieu d'avoir un agent de liaison, parce que le but, c'est d'accompagner la
personne, on ne veut pas que ce soit punitif. Que pensez-vous de cette idée
puis cette suggestion?
M. Winter (François) : Ça nous
apparaît une meilleure idée.
Mme
Maccarone : Puis vous, vous
avez dit que vous êtes personnellement interpelé par tout ce que... et votre
expérience personnelle. Que souhaiteriez-vous voir en termes d'accompagnement?
Parce que le ministre, ce qu'il dit est juste, c'est vrai, les suivis sont très
difficiles puis, évidemment, ce qu'on se retrouve pour les policiers, c'est
qu'ils n'ont pas de l'information lors des interventions et des appels. Ça fait
que vous, qu'est-ce que vous souhaitez voir
pour faire un accompagnement, pour aider la personne concernée qui sera juste
pour protéger les droits, mais aussi équiper les équipes qui doivent
intervenir?
Mme Rivard
(Julie) : OK. Mon... On se
parle entre nous, entre personnes concernées, et j'ai entendu beaucoup d'histoires, la façon qu'ils sont abordés par la
police, pas toujours... Quand ils arrivent, la personne est peut-être un peu
confuse, puis là les policiers peuvent être insistants avec elle. Donc, c'est
sûr que ça pourrait être... la personne peut devenir agressive. Il y a une
façon... Il faut vraiment former les policiers, ça, c'est clair.
Moi, j'ai été chanceuse, je n'ai jamais été
abordée par la police, parce que je suis quelqu'un de très autonome puis etc.
Mais mon frère jumeau, lui, oui. Donc, je suis une personne aidante aussi.
Donc, j'ai vu les deux côtés de la mesure... de la médaille, et la
confidentialité est très importante. Je le comprends, parce que je le vois. Mon
frère, il a le droit de donner ses informations à qui qu'il veut. Même si je
suis sa jumelle, s'il ne veut pas, il a le droit, je l'accepte. Pour les policiers, la chose... pivot, là, moi, je trouve que
c'est intéressant, parce que si c'est une personne style agent correctionnel,
c'est sûr, pas toujours, bien, la personne risque de se braquer, elle risque
d'avoir moins confiance. Ça dépend
toujours de chaque personne. Mais moi, personnellement, un agent pivot, ce
serait mieux qu'un... Il faut que... il faut que ça relève de la santé
plus que du correctionnel.
Mme
Maccarone : OK, c'est intéressant.
Puis j'aime aussi votre recommandation... je pense que c'est la deuxième
recommandation. Vous n'êtes pas les seuls à faire la recommandation pour les
équipes mixtes. On a beaucoup entendu
parler... La SQ, qui a passé ce matin, aussi a fait valoir le bénéfice de ceci.
Mais je sais que c'est un... le financement de ceci, dans le fond, ne
suit pas le besoin. Puis, si on regarde juste le rapport de la coroner Kamel,
qu'elle a déposé hier, elle a dit, en termes d'effectifs, à Louiseville... les
effectifs sont de deux patrouilleurs, de jour et quart de soir, nuit, et ce,
pour desservir 12 municipalités, une population d'environ
24 000 personnes. Et le poste de Louiseville est composé de
26 patrouilleurs. Ça fait que, déjà, on fait face à beaucoup de difficultés,
qui répond un peu à votre besoin en termes
de formation. Parce que, si on n'a pas assez d'effectifs, comment est-ce qu'ils
vont se virer pour faire cette formation, que tout le monde est
d'accord, je pense, est essentielle?
Vous parlez aussi beaucoup de la notion de
consentement dans votre mémoire, mais vous n'en avez pas parlé dans vos remarques. Peut-être, vous pourriez nous
partager un peu votre point de vue là-dessus, parce que, moi aussi, j'ai cette
préoccupation. Mais on a entendu aussi, des groupes qui ont passé juste avant
vous, que la notion de consentement, pour eux, ce n'est pas une
préoccupation.
M. Winter (François) : Bien,
pour nous, c'en est une dans la... dans l'opérationnalisation de la chose.
Parce que, tu sais, il faut comprendre que,
quand on utilise la coercition envers... que ce soit envers les gens qui ont
des problèmes de santé mentale, mais envers qui que ce soit, là, en
matière thérapeutique, les effets de ça, l'adhésion au traitement, ça peut être
très, très difficile. Donc, dans... à cet effet-là, d'augmenter la coercition,
ça vient un peu créer ce qu'on appelle un
faux choix, c'est-à-dire que la personne va se plier aux mesures pour donc,
consentir aux soins pour pouvoir avoir...
être libérée de ces conditions-là. Donc, à cet effet-là, il serait davantage
pertinent d'axer sur d'autres approches, là, l'approche plus dans la
communauté.
Tu sais, c'est une exception, les gens qui
doivent être mis sous ce régime-là, mais, par contre, la brèche que ça crée...
notamment dans le partage d'informations, ça crée des enjeux majeurs. Puis, le
ministre l'a souligné tout à l'heure, il y a un certain nombre de mesures qui
ont été mises en place depuis l'an dernier, depuis que le... ces événements
tragiques là sont arrivés. Donc, à cet effet-là, pourquoi pas évaluer leur
impact? Parce que de restreindre les droits fondamentaux, de faire ce que bien
d'autres législations ont fait, c'est-à-dire réagir à des situations de crise en renforçant la coercition, bien, ça mène aux
mêmes mauvais résultats qu'il y a eu ailleurs. Donc, c'est là où on tient
à souligner cet aspect-là. On sait qu'on va être probablement dans les seuls à
porter ce message-là. On souhaiterait quand même qu'il soit entendu et
considéré.
Mme Maccarone : C'est ça, la
démocratie, c'est bien que vous partagiez avec nous. Peut-être une dernière
question. Vous avez sans doute entendu, puis vous le savez probablement, que la
P-38 est en train d'être évaluée. On attend
après le rapport, qui va être déposé peut-être d'ici un an. Votre opinion à
ceci? Qu'est-ce que vous souhaiteriez voir en termes de cette révision
de la P-38? Parce qu'on a entendu aussi... il y a des gens, ils souhaitent
peut-être être inspirés par Ontario. La différence avec
Ontario, comme vous le savez, ils n'ont pas nécessairement besoin d'avoir la
notion de dangerosité pour agir, ils peuvent agir pour amener la personne à
l'hôpital contre son gré. Ça fait que vous, votre opinion, c'est quoi?
• (16 h 40) •
M. Winter
(François) : Bien, moi, je n'ai jamais entendu autant de gens vanter
l'Ontario, première des choses, là. C'est... ça reste...
Mme Maccarone :
Pas moi. Moi, j'entends beaucoup Ontario.
M. Winter
(François) : Oui, mais, depuis un an, là, c'est étonnant. Je dirais,
par rapport à ça, il y a peut-être des amalgames puis des facilités
d'arguments, là, qui sont présentés, là, par les différents intervenants, dont,
notamment, on n'a pas le même régime de droit civil en Ontario. Comme dans le
reste du Canada, ils sont sur ce qu'on appelle la common law. Donc, ici, c'est
le droit civil québécois. C'est... ce n'est pas tout à fait la même chose. Puis
l'Ontario, ces mesures-là sont...
Tu sais, si on passe
outre le consentement, les droits fondamentaux qui sont dans le Code civil, les
droits des personnes, bien, il nous semble qu'on crée deux classes de citoyens,
des sous-citoyens, qui ont des problèmes de santé mentale, qu'on considère
comme pas importants, qu'on considère comme étant marginaux, un peu... donc qui
n'auront pas à consentir aux soins, puis les citoyens qui n'auront pas de
diagnostic ou qui, eux, vont être... Donc, en lien avec ça, la révision de la
P-38, si tant est que ça arrive, en lien avec... en ligne avec l'Ontario, ça va
nous amener dans une direction comme ça, donc. Puis pourquoi cibler les
personnes qui ont des problèmes de santé mentale? Pour nous, c'est sûr que
c'est une question qui est très, très, très émotive.
Puis là on entend
toutes sortes de messages, ce qui est un peu contradictoire. Il est en train
d'être étudié par l'institut... l'IQRDJ. Il n'y a pas de réforme, actuellement,
là, qui est en cours. Donc, la P-38, il y a un certain nombre de solutions qui
ont été mises de l'avant il y a assez longtemps, mais qui n'ont pas été
considérées par les différents gouvernements, notamment la révision des
procédures en... une harmonisation des procédures en matière civile. Ça avait
été recommandé par le Barreau en 2011, donc. Puis la P-38, on pourrait en
parler bien longtemps, mais, vous savez, avant de réviser une loi, ça peut être
important de commencer à l'appliquer. On ne commence à l'appliquer que depuis
2018, réellement, soit 20 ans après sa mise en vigueur. Il me semble qu'on
pourrait évaluer ça avant de réviser cette loi-là. Mais je vais m'arrêter
là-dessus, parce que je pense qu'on va en avoir pour une heure.
Mme Rivard
(Julie) : Moi, je veux juste rajouter une petite chose là-dessus,
parce qu'entre personnes concernées on se parle, et j'ai posé la question dans
mon groupe d'entraide, ceux qui sont passés par la P-38, et une grande
majorité, ils n'ont même passé en cour. Ça a été fait dans leur dos, ils n'ont
même pas été informés.
M. Winter
(François) : ...
Mme Rivard
(Julie) : Oui, ou que leur médecin leur disait : Ah! non, non,
vas-y pas, ça va être anxiogène pour toi. Je ne compte pas de niaiserie, là,
c'est vraiment vrai, qu'est-ce que je raconte. Donc, c'est pour ça que je suis
en défense des droits, parce qu'on me raconte trop de choses.
Mme Maccarone :
Ça revient beaucoup, la
préoccupation de communication, communication, communication. Ça fait
que, peu importe de qui on parle...
Mme Rivard
(Julie) : C'est ça.
Mme
Maccarone : ...c'est que les intervenants se... on a des lacunes.
M. Winter
(François) : L'autre chose aussi sur la communication, si je peux me
permettre, il est question qu'on communique des renseignements ou non à
différents intervenants, que les policiers disent qu'ils n'ont pas assez de
renseignements. Mais les gens, ils ne veulent pas communiquer, ils veulent
recevoir de l'information. Donc, si on
communique prioritairement avec les personnes puis qu'on leur demande :
Bien, est-ce que tu souhaites que je... est-ce que tu es d'accord que je
partage tes renseignements, par exemple, à X, Y ou Z... Mais ce n'est pas ça
qu'on fait.
Donc, quand on entend
des choses, bon, c'est différent en santé physique qu'en santé mentale, bien
peut-être que les approches sont différentes aussi, à ce moment-là. Donc, si on
a une approche où on dit : Bien, voici pourquoi je souhaiterais
communiquer avec les proches, les gens, en général, ils ne refusent pas ça.
Puis, de toute façon, les renseignements de santé, ils appartiennent aux
personnes qu'on a un problème de santé mentale ou un problème de santé
physique. On est tous des citoyens puis on doit tous... traités comme des
citoyens égaux. Puis, notamment, ce projet de loi là, mais d'autres mesures qui
nous pendent un peu, là, je dirais, au bout du nez, n'amènent pas cet
aspect-là, malheureusement.
Mme
Maccarone : Merci beaucoup. Merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Alors,
M. le député de Laurier-Dorion, à vous la parole.
M. Fontecilla : Merci,
M. le Président. Bonjour, madame, monsieur, merci beaucoup d'être ici avec
nous. Vous nous apportez un point de vue nécessaire, je pense, au débat sur ce
projet de loi là. Et j'aimerais vous entendre plus spécifiquement, là, sur
l'ajout d'un paragraphe, là, à l'article 76, concernant l'accès par les forces
policières, là. Et vous dites que... c'est ce j'ai cru comprendre, je veux bien
comprendre... les policiers... en tout cas, normalement, les services... les
corps de police pourraient avoir accès ou devraient avoir accès à l'ensemble
d'informations qui leur permettent d'assurer
des interventions en bonne et due forme, mais qu'il n'est pas nécessaire
d'ajouter cet élément-là.
Et on a aussi entendu, par des mémoires ou des
témoignages des interventions, des corps policiers qui nous disent qu'ils n'ont pas accès à l'information
requise pour bien planifier des interventions. Vous avez aussi fait mention
qu'il y a un problème de mécanique, non pas tellement un problème juridique,
là. Qu'est-ce qui... Donc, je crois comprendre, de votre intervention, que vous
êtes, au fond, d'accord avec l'accès à un certain niveau d'informations, et que
le système mis en place en ce... existant en ce moment devrait pouvoir fournir
ces informations-là aux corps policiers. Est-ce que je me trompe?
M. Winter (François) : En fait, ce
qu'on dit, c'est plutôt que... Bien, il y a plusieurs... il y a plusieurs
éléments à votre question. Ce qu'on dit, c'est qu'il y a déjà des mécanismes
qui sont prévus notamment en situation d'urgence. La loi sur la santé et
services sociaux précise déjà... si ma mémoire est bonne, c'est l'article
19.0.2... le précise déjà qu'en situation d'urgence il peut y avoir
communication d'informations. Les policiers ont aussi déjà accès à l'information que... en lien avec la
Commission d'examen des troubles mentaux. Mais, vous savez, j'ai assisté
aux audiences de la coroner Kamel puis je pense que, sur les quatre policiers
qui sont... en fait, bon, les trois policiers qui sont... qui ont témoigné, là,
qui étaient... je pense qu'il y en avait un seul qui en connaissait
l'existence. Donc, ça nous semble davantage être une priorité de vraiment
optimiser, de... avant de mettre une restriction sur les droits fondamentaux
des personnes. Donc, c'est notre position.
Dans le fond, les lois existantes permettent
déjà un certain nombre d'informations en... dans des moments opportuns, de circuler. Bien, à ce moment-là,
pourquoi créer une... je dirais, une facilité? Puis aussi, où est-ce qu'elle va
se ramasser cette information-là? Je
ne doute pas du professionnalisme des uns et des autres puis des... de leurs
intentions, mais, au final, si les renseignements de santé vont dans le Centre
de renseignements policiers du Québec, est-ce que ça ne créera pas de la
méfiance pour consulter? Est-ce que ça ne créera pas... Ça aussi, c'est un
aspect qui est à considérer.
M. Fontecilla : De la méfiance de
qui?
M. Winter (François) : La méfiance
des personnes directement concernées. Donc, les gens, il y a déjà des enjeux en
lien avec les interventions policières, puis les policiers sont laissés bien
seuls, bien souvent, là, pour être des intervenants de premier contact avec les
personnes, mais... puis, au final, il devrait y avoir davantage de services dans la communauté. Mais est-ce que... En lien
avec les enjeux qui sont rencontrés par les personnes, il devrait y avoir davantage
de... Comment dirais-je? Je pense que je viens de perdre mon idée, là.
Mme Rivard (Julie) : Une équipe
mixte.
M. Winter
(François) : Une équipe mixte. Oui, c'est ça. C'est des mesures
porteuses. C'est des mesures qui sont plus porteuses, donc.
M. Fontecilla : Vous avez utilisé le
terme, tantôt, «prématuré»...
M. Winter (François) : Oui.
M. Fontecilla : ...pour ce projet de
loi là. Dans votre mémoire, vous recommandez de prendre le temps de compléter
la mise en oeuvre du plan d'action du comité piloté par le ministère de la
Justice et d'en apprécier les retombées.
Pourriez-vous nous parler de ce plan d'action du comité piloté par le ministère
de la Justice? De quoi s'agit-il?
M. Winter (François) : Bien, le
ministre a agi avec diligence, de ce qu'on en comprend là, rapidement. À la
suite, là, du décès de Mme Breau l'an dernier, il y a eu un comité, là,
qui a été mis en place entre le ministère de la Justice, la Sécurité publique
et puis la Santé. Évidemment, nous, on n'est pas dans ces comités-là, mais
pour... on a assisté aux audiences, on a eu
accès à la preuve, tout ça, puis il y a eu quand même certaines actions qui ont
été mises en place, puis, la coroner Kamel le soulignait, d'ailleurs, il
y a eu une augmentation de la présence des procureurs aux audiences de la
Commission d'examen des troubles mentaux.
Donc, il y a... il semble y avoir une mécanique
de suivi qui est davantage mise de l'avant, l'utilisation des outils existants. Donc, on se dit : Bien,
pourquoi légiférer maintenant? Donc, ça nous... Quand on parlait de principe de
proportionnalité, c'est là où ça ne
rencontre pas le test. Donc, mettons en place les mesures avant de... puis assurons-nous
qu'elles fonctionnent, avec des tableaux de bord, des données, avant de
restreindre les droits puis de créer une brèche qui va en ouvrir d'autres par
la suite.
M.
Fontecilla : Quand vous dites «en ouvrir d'autres»,
pourriez-vous être plus... Qu'est-ce que vous craignez plus
particulièrement, là?
• (16 h 50) •
M.
Winter (François) : Que les policiers aient accès aux renseignements
de santé. Les personnes craignent ça, donc la relation... Vous savez, pour
beaucoup de gens qui vivent avec un problème de santé mentale, la première
relation avec les services, c'est d'être dans une voiture de police puis de se
faire amener à l'urgence en psychiatrie. Pour
beaucoup de gens, c'est ça. Puis certains... Lorsqu'on est en crise, en
général, on ne vit pas les meilleurs moments de notre vie. Bien, à cet effet-là, il est possible que les policiers aient
à utiliser la force, selon leur niveau de connaissance ou de... leur
niveau d'habiletés sociales, je dirais, là.
Donc, à cet effet-là,
bien, moi, j'ai rencontré beaucoup de gens qui m'ont dit : Bien, j'ai
connu la psychiatrie quand je me suis fait
mettre la face sur le bitume, ou quand je me suis fait lancer dans l'auto de
police, ou... Donc, c'est ce que les gens nous rapportent. Donc, à cet
effet-là, bien, on souhaiterait que les gens aient d'autres contacts puis on
souhaiterait aussi que les policiers soient davantage soutenus, notamment les
équipes mixtes. C'est une avenue qui est
porteuse, qui réduit l'utilisation de la P-38. En tout cas, en Beauce, entre
autres, c'est quelque chose qui a été constaté. Donc, à cet effet-là, il
y a bien d'autres choses à faire avant d'entrer dans les droits et libertés
fondamentales.
Mme Rivard
(Julie) : Puis grâce...
Le Président (M.
Provençal)
: Merci
beaucoup.
Mme Rivard (Julie) : Juste une petite affaire.
Grâce aux équipes mixtes, il y a moins de... il y a moins de P-38. J'ai
vu les chiffres grâce... justement, de la Beauce, donc ça fonctionne.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, alors,
pour votre contribution et votre participation. Alors, je remercie M.
Winter et Mme Rivard pour leur présence à nos travaux.
Je suspends ces
derniers pour laisser place au prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
16 h 53)
(Reprise à 16 h 56)
Le Président (M.
Provençal)
: Alors,
nous reprenons nos travaux, maintenant, en recevant l'Association québécoise Plaidoyer-Victimes. Alors, deux
personnes qui vont prendre la parole, je vous la cède immédiatement pour
un 10 minutes, et, par la suite, on procède aux échanges. Alors, à vous.
Association québécoise Plaidoyer-Victimes (AQPV)
Mme Mac Donald
(Karine) : Merci. Bonjour. L'Association québécoise
Plaidoyer-Victimes, l'AQPV, vous remercie de nous accueillir aujourd'hui. Je me
présente, je suis Karine Mac Donald, directrice générale. Je suis accompagnée
aujourd'hui de ma collègue Léa Serier, responsable des dossiers politiques.
Depuis 40 ans
maintenant, l'AQPV défend les droits et les intérêts collectifs des personnes
victimes d'actes criminels et leurs proches et veille à rendre ces droits
accessibles et effectifs. Pour ce faire, on offre des programmes de formation,
de l'information, on organise également des activités de mobilisation et de
représentation. L'AQPV met son expertise à
contribution non seulement au Québec, mais également au Canada. Nos valeurs
sont guidées par la solidarité, l'équité et la rigueur. L'association compte
plus de 200 membres, provenant de différents milieux : la justice,
la sécurité publique, le milieu communautaire, l'éducation, santé et services sociaux.
Plus récemment,
l'AQPV a aussi mené un projet... c'est ce qui nous amène ici aujourd'hui... les
personnes victimes d'actes criminels devant la Commission d'examen des troubles
mentaux. Ce projet-là avait pour objectif d'examiner un petit peu, d'explorer
cette réalité-là, qui était quand même méconnue, de dresser un état des lieux,
et surtout, approfondir la réflexion sur
l'exercice des droits des personnes victimes devant la CETM. Donc, c'est ce qui
nous amène aujourd'hui, là, à vous présenter le fruit de nos réflexions,
qui découlent de ce projet-là, entre autres.
Avant toute chose, on
souhaite mentionner qu'on souligne quand même, là... on salue le projet de loi n° 66. C'est un premier pas pour assurer une meilleure
protection du public, particulièrement la sécurité des personnes victimes...
commises par des personnes inaptes à subir leur procès ou non criminellement
responsables. Aujourd'hui, par contre, on
souhaite soulever plusieurs préoccupations ou constats, dont certains sont déjà
ressortis dans notre projet CETM. Le projet de loi est relativement
court, vous l'avez dit tout à l'heure, et on observe que de nombreux enjeux ne
sont pas traités. Entre autres, on constate qu'il est inexistant, le concept de
personne victime dans le projet de loi, donc ça contribue vraiment à les
invisibiliser. Pourtant, le projet de loi ne concerne-t-il pas, justement, les
personnes victimes d'infractions criminelles?
De plus, le projet
semble être une réaction surtout aux récents événements, mais ne donne pas d'information
sur la façon dont ces mesures seront mises en oeuvre. Il met l'accent sur la
surveillance des conditions de libération conditionnelle... des libérations,
pardon, une fois qu'il y a une infraction qui a été commise, mais non pas
avant, en prévention, afin d'éviter qu'il y en ait une qui soit commise, une
première infraction. Et, finalement, le projet de loi ajoute un nouvel acteur, qui est l'agent de liaison, appelons-le l'AL.
Ces AL sont prévus, mais il ne mentionne pas son rôle, qu'est-ce qu'il
va faire exactement. Donc, ça soulève plusieurs interrogations.
On va vous partager trois des enjeux principaux
qu'on a soulevés. Je vais commencer par celui qui nous tient le plus à coeur, je vous dirais, la prise en
compte des personnes victimes et leur sécurité. L'AQPV recommande d'intégrer
systématiquement le
point de vue des personnes victimes à toutes les étapes du processus, pour
assurer une évaluation complète du risque de dangerosité que représente
la personne ISP ou NCR, pour garantir la sécurité de la personne victime, parce
que chaque décision aura un impact sur la personne victime.
On se demande, entre
autres, ce serait quoi, les critères utilisés par la CETM pour déterminer si le
suivi des conditions doit se faire par un agent de liaison ou non. Est-ce que
le point de vue de la personne victime sera pris en compte, à ce moment-là? Puis, concrètement, comment on va prendre en
compte le point de vue de la personne victime? On propose quelques
pistes de réflexion. Par exemple, est-ce que ça pourrait être la déclaration de
la victime qui pourrait être prise en
compte, à ce moment-là, pour avoir son point de vue? Mais il faut aussi prévoir
des possibilités ou il n'y en a pas, de déclaration de la victime, dans
les cas, par exemple, où est-ce que c'est inapte à subir son procès.
D'autre part, la CETM
pourrait solliciter plus souvent le DPCP, dont on a parlé tout à l'heure, juste
avant nous, où quand, dans les situations où il y a un dossier où est-ce que
c'est suivi par un agent de liaison, est-ce que l'agent de liaison pourrait se faire la personne qui rapporte le point
de vue de la personne victime? Justement, si un agent de liaison est dans un dossier, on se
demande : Est-ce qu'il est prévu que cette personne-là contacte
systématiquement... avec la personne victime? Sinon, comment on va
prendre en compte le point de vue de celle-ci? Si un contact est prévu, pour nous, c'est essentiel qu'il y ait un
mécanisme qui soit balisé et structuré afin d'assurer la sécurité psychologique
de la personne victime. On propose, dans
notre mémoire, plusieurs pistes de solution à cet... plusieurs pistes de
réflexion à cet égard.
• (17 heures) •
Toujours concernant
le rôle de l'agent de liaison, on se demande comment va s'articuler le rôle de
celui-ci en lien avec l'équipe traitante. Lors des révisions annuelles, est-ce
qu'il va être présent? Si oui, ça va être quoi, son rôle et le poids de ses
recommandations? Si, par exemple, il y a une divergence d'opinions entre les
deux équipes, les deux personnes, donc, qui aura primauté dans les prises de
décisions? Ces questions sont importantes et doivent être répondues, parce que, pour nous, c'est essentiel
que les craintes de la personne victime relatives à sa sécurité soient bien
considérées et prises en compte. Donc, je vais laisser la parole à ma collègue
Léa.
Mme Serier
(Léa) : Bonjour à toutes et tous. Donc, un autre enjeu que l'on
souhaite maintenant mettre en lumière, c'est celui de l'information aux
personnes victimes. Donc, déjà, lors de la réalisation de notre projet CETM, on
avait constaté que les personnes victimes avaient difficilement accès à
l'information pour exercer pleinement leurs droits. Donc, avec ce projet de
loi, le nombre d'intervenantes et d'intervenants avec qui la personne victime
va interagir augmente. Donc, potentiellement, il va y avoir des agents de
liaison, et puis, aussi, il se peut que l'équipe dédiée aux personnes victimes
aux centres de services correctionnels du Québec, les SCQ, offre des services,
ou bien transmette des informations aux personnes victimes. Donc, ce nombre
d'interlocuteurs, il peut générer de l'anxiété et un sentiment d'insécurité chez la personne victime. Par exemple, en cas
de non-respect des conditions constatées par la personne victime, à qui
doit-elle s'adresser, au service de police, à l'agent de liaison ou encore à
l'équipe dédiée aux personnes victimes aux
centres des SCQ? Aussi, comment le rôle de cette équipe dédiée aux personnes
victimes va-t-il s'articuler avec
celui de l'agent de liaison? Quels services seront offerts et comment
collaborera-t-elle avec les organismes... d'aide aux personnes victimes?
L'AQPV
propose de mettre en place un mécanisme d'information clair et structuré pour
les personnes victimes. Ce mécanisme, il prévoirait, par exemple, de les
informer de leurs droits, de valider leurs besoins d'information, de les
informer des personnes susceptibles de les contacter et des personnes qu'elles
peuvent contacter et du rôle et des services offerts par tous ces acteurs.
Particulièrement, il serait important de les informer de l'équipe dédiée aux
personnes victimes au sein des SCQ. Enfin, des protocoles de collaboration
pourraient aussi être élaborés avec les organismes d'aide et de services aux
personnes victimes.
Un troisième et
dernier enjeu qui est, pour nous, crucial, c'est celui de la formation. Et on
en a entendu un peu parler aujourd'hui, et le rapport de la coroner le
mentionne aussi. Qu'est-il prévu en matière de formation sur la victimisation
criminelle, de formation sur les enjeux spécifiques des personnes victimes,
d'une personne déclarée ISP ou NCR? Pour assurer une évaluation complète, une
gestion adéquate du risque et ainsi agir en prévention, il est nécessaire pour
nous que tous les acteurs impliqués dans les AL reçoivent une formation adaptée
sur l'intervention auprès des personnes victimes.
L'AQPV propose dans
son mémoire plusieurs pistes de réflexion à cet effet, mais on pense notamment
que cette formation devrait couvrir les réalités des personnes victimes, en
particulier lorsqu'elles sont confrontées à des personnes ISP ou NCR. Il serait
particulièrement pertinent d'y inclure les enjeux liés à la violence
intrafamiliale, et notamment pour comprendre les dynamiques qui rentrent en jeu
quand la personne victime est aussi une proche de la personne ISP ou NCR.
Évidemment, cette formation devrait permettre la compréhension approfondie des
enjeux de santé mentale, des réalités des personnes ISP ou NCR et des
différentes instances qui interviennent auprès d'elles, particulièrement de la CETM. Cette liste n'est bien sûr
pas exhaustive. Enfin, il est indispensable que cette formation soit élaborée
et donnée par... en collaboration avec des personnes, des organismes ou des
instances experts sur ces enjeux-là.
Donc, pour terminer,
ce projet de loi est vraiment un premier pas important, mais, selon nous, il
reste incomplet sur plusieurs aspects
cruciaux liés notamment à la sécurité, au bien-être et aux droits des personnes
victimes. Ces dimensions ne sont pas suffisamment prises en compte dans
les discussions actuelles, et il est indispensable de pousser la réflexion plus
loin.
Nous vous remercions
pour votre écoute et tenons à ce que vous sachiez que l'AQPV se tient prête,
bien sûr, à contribuer activement aux discussions futures sur tous ces enjeux.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre
présentation. Alors, je cède immédiatement la parole à M. le ministre.
M.
Bonnardel :
Merci, M. le Président. Merci, mesdames, d'être là aujourd'hui. Si je vous
écoute puis si je comprends bien... J'ai vu
vos recommandations, à la fin, qui se concentrent majoritairement à la CETM.
Présentement, vous êtes... les victimes sont oubliées dans tout
l'échiquier, là, je vous... J'essaie de voir s'il y a des aspects positifs, il n'y en a pas beaucoup, sinon pas du tout, là,
dans tout l'échiquier, là, post CETM ou postdécision. C'est-tu... est-ce que c'est
bien ça? Il y a...
Mme Mac Donald
(Karine) : Oui, effectivement.
M.
Bonnardel : Il y a zéro, là.
Mme Mac Donald
(Karine) : Oui.
M.
Bonnardel : OK. Moi, je vais vous rassurer, de notre côté, c'est
certain que les agents de liaison ne vont pas laisser les victimes, là, en
plan, là, sans minimalement vous accompagner, vous comprendre et de vous
supporter du mieux qu'on pourra, là. C'est pour ça que... J'essaie juste de
comprendre de quelle façon la communication avec les agents et les victimes pourrait être maximisée, tiens, si je peux le
dire... si je peux le dire ainsi, là. Parce que moi, je n'ai pas l'intention de
vous oublier pour ce qui est de ce côté. Puis, de l'autre côté, bien, veux veux
pas, je comprends, là, que la
majorité, là, des recommandations que vous mettez là-dedans, là... Je vais
avoir une sous-question par la suite, mais je veux juste vous entendre, là, sur
le rôle des agents puis ce que vous souhaiteriez, là, obtenir, là, du mieux
que... du mieux qu'on pourra, là.
Mme Mac Donald (Karine) : Bien, en fait, on le
mentionne dans notre mémoire, c'est sûr que, si c'est prévu, là, que
l'agent de liaison communique avec la personne victime, c'est important
d'informer la personne victime au préalable.
Dès que la personne est reconnue ISP ou NCR, de l'informer qu'il y aura un
agent de liaison qui va contacter la personne victime, lui expliquer c'est
quoi, son rôle, la préparer à cet appel-là. Parce que, comme Léa le disait,
quand il y a un grand nombre d'interlocuteurs, ça peut amener beaucoup
d'anxiété. La personne, déjà, doit gérer les conséquences de la victimisation
qu'elle a vécue, puis là, en plus, elle se perd dans un dédale, et en plus dans
un système qui est plus ou moins connu, qui est la CETM. Donc, c'est important
de clarifier les rôles de chacun et s'il peut y avoir aussi des partenariats
qui sont faits avec des organismes, soit l'équipe dédiée au SCQ ou des
organismes d'aide aux personnes victimes qui peuvent peut-être accompagner la
personne victime lors des contacts avec l'agent de liaison... le ou les
contacts, là. On ne sait pas qu'est-ce qui est prévu exactement, mais c'est de
s'assurer que ce soit bien balisé, ces contacts-là.
M. Bonnardel :
Puis comment, dans le rôle que
vous avez, là... Les victimes qui ne vous connaissent pas, là... qui ne
connaissent pas votre organisme sont un peu dépourvues, là, ils n'ont pas de
support comme tel, à part si quelqu'un dit : Heille! Oui, moi, je les
connais, puis appelle tel organisme qui va nous... vous aider dans les... qui
vont les aider dans les dédales d'informations. À part les CAVAC, peut-être,
c'est ça?
Mme Mac Donald
(Karine) : Exactement. Nous, on n'est pas un organisme de soutien
individuel aux personnes victimes, donc...
M.
Bonnardel : Oui. C'est les CAVAC, surtout, là, qui...
Mme Mac Donald (Karine) : C'est les CAVAC,
exactement. On ne voulait pas les nommer, les mettre sur la sellette,
là, mais les CAVAC seraient sûrement un très bon organisme pour ça.
M.
Bonnardel : OK. Puis une dernière question, les recommandations que
vous mettez là-dedans ou les constats, là, est-ce que vous avez déjà discuté de
ça avec la CETM, ou y a-tu... C'est-tu... Oui?
Une voix : ...
M.
Bonnardel : Plusieurs fois?
Mme Serier (Léa) : Oui, oui. Ça a été un
projet qui a été mené par une de nos collègues sur à peu près deux ans. Et, oui, il y a eu des consultations avec des
personnes de la CETM, avec des intervenantes et intervenants qui agissent
auprès des personnes victimes et qui ont accompagné des personnes victimes
auprès de la CETM, et des discussions avec les personnes victimes. Donc, on a
un bilan qui n'est pas joint ici, là c'est juste les recommandations qui
étaient envoyées aux instances concernées. Mais oui, dans ce bilan-là, on
explique toutes les problématiques rencontrées par les personnes victimes et
qui sont ressorties aussi des personnes qui sont à la CETM, là.
M. Bonnardel : OK. Puis le constat
qu'eux ont fait... Je ne veux pas les mettre au banc, là, mais le constat
qu'eux ont fait face à ce que vous demandez, y a-tu de l'ouverture ou...
Mme Mac Donald
(Karine) : ...sont en cours.
M. Bonnardel : Ah! OK. Là, vous
répondez à ma question. OK. OK. Bon, bien, voilà. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: M. le député de Maskinongé.
M. Allaire : ...M.
le Président. En fait, j'ai juste une question. Tantôt, là, vous avez parlé un
peu de... d'une certaine façon, d'une communication idéale et vous avez
parlé dans votre réponse de... qu'il serait important, d'une certaine façon, de
clarifier les rôles. Selon vous, comment qu'on peut davantage clarifier les
rôles d'un agent de liaison pour qu'il puisse optimiser, là, son rôle auprès
des victimes aussi?
• (17 h 10) •
Mme Mac Donald (Karine) : ...premièrement,
il faudrait clarifier qu'est-ce que l'agent de liaison fait et, en amont de ça,
informer la... Donc, je ne sais pas si ça passerait par la CETM ou si ça
passerait par, disons, le CAVAC, mais de
contacter... Parce que le réseau des CAVAC a déjà des systèmes d'information
aux personnes victimes, donc, dans le cas où il faudrait qu'il y ait
quelque chose qui s'articule pour qu'il y ait un intervenant psychosocial qui a
cette formation-là, d'intervenir auprès des personnes victimes... puisse
expliquer à la personne victime qu'est-ce qui s'en
vient, c'est quoi, le processus qui s'en vient, dont le rôle de l'agent de
liaison, pourquoi il va l'appeler à ce moment-là, ce sera quoi,
l'objectif de cet appel-là, également, c'est quoi, les attentes qu'elle peut
avoir par rapport à l'appel.
Parce que des... certaines personnes... Tu sais,
je ne le sais pas, si son point de vue... Tu sais, on le nomme beaucoup dans
notre rapport, là, le point de vue de la personne victime. Est-ce que ce n'est
que pour faire bonne figure seulement qu'on
va appeler la personne victime? Est-ce que son point de vue va vraiment être
pris en compte dans une quelconque évaluation? Donc, d'avoir des
attentes réalistes aussi par rapport au rôle de l'agent de liaison. Donc, c'est
clarifier tout ça.
M. Allaire : Puis pensez-vous qu'on
va y arriver?
Mme Mac Donald (Karine) : C'est
possible. Tout est possible.
Mme Serier (Léa) : ...dans nos
recommandations, on parle de la manière dont toutes ces informations-là
pourraient être acheminées aux personnes victimes, mais il reste aussi la
question de qui va être en charge de construire
ce mécanisme d'information, justement, que nous, on propose. Donc, on n'a pas
mentionné quelqu'un ou un organisme en particulier, mais il reste à
décider qu'une personne instance soit en charge de construire ce mécanisme et
s'assurer qu'il soit suivi pour que chaque personne victime reçoive les mêmes
informations.
M. Allaire : Merci.
Le
Président (M. Provençal)
: Ça va? M. le ministre, ça va? Est-ce qu'il y a
d'autres membres... Pas de questions? Ça va. Alors, Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci beaucoup, M.
le Président. Bonjour, mesdames, un plaisir de vous avoir avec nous
aujourd'hui. Merci d'aborder un autre point de vue en termes de ce projet de
loi puis aussi les circonstances de tout le monde qui sont interpelés lors d'un
drame comme on a vu avec Maureen Breau. Je trouve très intéressant de vous
entendre, étant donné que, un peu comme mes collègues, le CETM, bien, ce n'est
pas de ce que nous sommes en train de
débattre aujourd'hui, ce n'est pas à l'intérieur du projet de loi, mais j'entends
bien vos revendications puis je suis contente de savoir que vous avez
déjà une communication ouverte avec eux, puis j'espère bien qu'ils vont
intégrer quelques-unes de vos
recommandations. Je souhaite vous entendre en termes de la définition de victime.
Parce que, là, je ne sais pas votre expérience personnelle ou les
personnes... qui vous êtes en train de représenter, mais quand on parle de
victimes, comme on a entendu aussi avec le groupe qui ont témoigné juste avant
vous, ça peut être la famille de la personne concernée, ça peut être la... oui,
la famille, mettons, de Maureen Breau, par exemple. Mais qui est la victime
dans ça? Parce que, si on lit le rapport de la coroner Kamel, elle parle
beaucoup de victimes, et les victimes collatérales, c'est vraiment les familles
qui accompagnent la personne qui a des besoins en santé mentale. Ça fait que
votre définition un peu pour nous situer.
Mme Mac Donald (Karine) : Bien, pour
nous, une victime, c'est une victime d'infraction criminelle, donc selon le
Code criminel. Par contre, c'est
certain qu'il y a des victimes collatérales. Donc, par exemple, justement, dans
la situation de Maureen Breau, Maureen Breau est la victime directe,
mais sa famille ou... à mon sens à moi, c'est une
personne victime également. Donc, pour nous, c'est ces personnes-là dont on
parle. Puis, comme Léa le spécifiait aussi,
trop souvent dans les dossiers où la personne est ISP ou NCR, la personne
victime est aussi un proche, ce n'est pas une personne inconnue. Donc, il y a une dynamique qui est vraiment
importante à tenir en compte dans l'évaluation du risque de dangerosité.
Si on décide
de prendre le point de vue de cette personne-là en compte, on pourrait croire
dans certaines situations où est-ce que la personne pourrait minimiser,
disons, sa propre évaluation, de peur de nuire à son proche, de peur... Parce que, tu sais, si pour nous c'est complexe
tout ça, la CETM et tout ça, bien, imaginez pour eux. Donc, d'appeler la police,
pour eux, pourrait dire : Bien, mon proche va être criminalisé si
j'appelle la police pour avoir de l'aide. Quand c'est...
c'est fort possible que la personne ne soit pas criminalisée, mais c'est
difficile à comprendre pour eux. Donc,
c'est... Il y a vraiment une espèce de dynamique complexe. Donc, cette
dynamique-là doit être... doit faire partie de la formation, là, des...
de toutes les personnes qui vont travailler, graviter auprès des personnes
victimes.
Mme
Maccarone : OK, puis en...
toujours avec la notion de victime, c'est vrai, c'est inexistant, la notion de
victime dans le projet de loi.
Avez-vous une recommandation pour nous de comment l'intégrer pour rejoindre vos
préoccupations puis vos besoins?
Mme Serier (Léa) : ...déjà, la
première chose que nous, on demande, là, c'est que le point de vue de la personne victime soit pris en compte dans tout le
mécanisme. Donc, ça, c'est notre première préoccupation. Comment on peut
la prendre en compte? Ça, c'est des... c'est plus des questions de moyens,
qu'on a proposés, là, mais nous, ce serait vraiment ce qui est le plus
important. Pour comment intégrer dans le projet de loi, ce serait de prévoir
que le point de vue de la personne victime est pris en considération. Parce
que, si on veut correctement évaluer les risques de dangerosité, il faut aussi
comprendre quelles sont les craintes pour la sécurité, pour sa sécurité, les
craintes de la personne victime, en tout cas, pour sa propre sécurité. Donc,
prévoir comment concrètement prendre ce point de vue en compte. Puis il y a
plusieurs manières de le faire, comme on l'a dit, là, mais il faut aller plus
loin que juste le mentionner, parce que, si on prend en compte juste la
déclaration de la victime par exemple, ça, ça pourrait ne pas fonctionner dans
le cas où est-ce qu'il n'y en a pas. Donc, il faut trouver des alternatives.
Mme Maccarone : Ça fait
qu'aujourd'hui, si vous avez besoin d'avoir de l'information, qu'est-ce que
vous faites? On appelle le policier? Qu'est-ce qu'on fait?
Mme Mac Donald (Karine) : Bien,
c'est ça qui est complexe. C'est ce que notre rapport, justement qu'on a fait
suite au projet CETM... Avoir de l'information, c'est comme un peu les
12 travaux d'Astérix, là. C'est vraiment complexe
à avoir. Donc, c'est... on peut appeler à la CETM, il y a certaines instances,
mais ce n'est pas simple. J'ai oeuvré... avant d'être directrice générale, j'ai oeuvré 20 ans auprès des
personnes victimes d'actes criminels, puis, dans des situations comme
celles-là, j'étais aussi perdue qu'elles, là, ce n'est pas évident.
Mme Maccarone : Mais ce n'est pas le
rôle de CETM de partager ces informations avec les victimes? Parce que je sais
qu'on parle beaucoup en long et en large de l'agent de liaison, c'est quoi, le
rôle, c'est quoi, la formation. On a très
peu d'informations, ça fait que vous faites bien de soulever dans votre
mémoire. On a... Tout le monde a les mêmes
questions, ça va avoir l'air de quoi? Est-ce que ça devrait être sous la
responsabilité de services correctionnels? On a entendu d'autres groupes
qui disaient que ça devrait être peut-être un intervenant pivot, parce qu'on ne
souhaite pas qu'ils ont un rôle clinique, parce que ça ne fait pas partie de
leurs responsabilités.
Si la réhabilitation puis réinsertion sociale,
c'est le but ultime, ce n'est pas le rôle de CETM de vous partager ces informations? Un élargissement de leur
mandat... parce qu'aussi c'est le rôle de la SQ. La SQ aura un rôle, j'ai leur mandat
devant moi : «Vocation première est le maintien de la paix, de l'ordre, de
la sécurité publique, prévention et répression du crime. Plus encore,
l'engagement de ses membres à assurer la sécurité des personnes et des biens, à
sauvegarder des droits et des libertés, être
attentif aux besoins des victimes et à collaborer avec la communauté pour... la
mission.»
Ça fait que
je souhaite comprendre pourquoi que ça devrait être l'agent de liaison qui
partage ces informations avec les victimes. Aucune idée comment cette personne
va être formée. Présentement, ils ont quand même un lien avec un agent
de probation. Si on parle de protéger aussi la personne concernée, qui doit
être une préoccupation, on parle des citoyens en général, il me semble... je
questionne pourquoi que ce n'est pas le CETM qui devrait faire ceci.
Mme Serier
(Léa) : ...des informations dont on parle, en fait. C'est
parce que, si on parle juste des informations relatives aux conditions
de libération, alors, oui, là, c'est la CETM. Et, depuis l'entrée en vigueur de
la loi S-12, ça a changé, il y a une
petite case à cocher dans la déclaration de la victime et elle peut accéder à
certaines informations, par exemple les conditions de libération,
l'endroit où habite la personne ISP ou NCR.
Mais là, nous, ce qu'on demande, c'est des
informations par rapport à qui sont les interlocuteurs, surtout si on ajoute un
agent de liaison, donc à qui elles doivent s'adresser, particulièrement dans le
cas où est-ce qu'il y a un non-respect de conditions, que la victime va
constater. Alors là, ça va être quoi, son rôle? Est-ce qu'elle va appeler la
police? Est-ce qu'elle appelle l'agent de liaison? Est-ce qu'elle appelle
l'équipe dédiée aux personnes victimes au sein des SCQ? Donc, c'est toutes ces
informations-là que la personne victime a besoin de savoir, et pas forcément,
oui, juste les conditions de libération, ça, c'est la CETM.
Mme Mac Donald (Karine) : ...présentement,
une personne victime, qui n'est pas victime dans un contexte, là, de non
criminellement responsable, l'équipe dédiée aux personnes victimes du service
correctionnel québécois va informer la personne victime, justement, de la date
de libération, donc va avoir un suivi, c'est de façon... La victime doit en
faire la demande, mais, après ça, de... la personne victime n'a pas besoin
d'aller chercher l'information. Donc, son... il y a un dossier et la personne
va être informée, là, à chaque fois qu'il y a des changements. Donc, c'est un
peu la même chose. Est-ce que c'est le rôle de l'équipe dédiée aux services
correctionnels, qui devrait s'en charger? Est-ce que c'est l'agent de liaison?
C'est là que, tu sais, on pose des questions. Nous, on ne recommande pas
nécessairement que ce soit l'agent de liaison, mais, si c'est le cas, si c'est
son rôle à lui, qu'il doit être formé.
Mme
Maccarone : Puis, si on voulait consulter lors de la mise en oeuvre de
ce nouveau rôle, est-ce que c'est votre organisation qu'on devrait consulter
pour s'assurer que la personne est formée comme il faut? Parce que, ça aussi, la notion de formation revient souvent,
formation de nos policiers, policières, qu'on comprend, c'est un enjeu, c'est
important, surtout avec la notion d'état mental perturbé, puis ils travaillent
là-dessus, formation en ce qui concerne le CETM, parce qu'on a beaucoup
entendu, vous l'avez aussi évoqué, on n'a jamais autant parlé de la CETM depuis
les 12 derniers mois. Ça fait que tout le monde en parle. Je pense que le
citoyen en général commence à avoir une notion de c'est quoi, le CETM. Qui
devrait former, mettons, si on a des agents de liaison qui vont voir le jour
d'ici 12 mois? Qui devrait les former? Puis comment est-ce qu'on peut
intégrer le point de vue des victimes à l'intérieur de cette formation?
• (17 h 20) •
Mme Serier
(Léa) : Bien, encore une fois, ça dépend de ce sur quoi porte la
formation. Comme, si c'est une formation sur la CETM, je pense que la CETM
pourrait aussi être l'instance concernée. Mais, pour ce qui est des impacts de la victimisation ou des besoins des
personnes victimes, alors, oui, on est un des organismes, je pense... on offre de
la formation, ça fait partie de notre mission. Et puis, si c'est plus
concrètement comment intervenir, il y a d'autres organismes qui interviennent
directement auprès des victimes qui, je pense, offrent aussi des formations.
Mais, oui, nous, on offre des formations,
mais ça dépend du sujet aussi, donc en fonction des spécialisations de chaque
organisme, personnes, instances.
Mme
Maccarone : OK, parce que, c'est ça, je reviens aussi... j'ai
plusieurs préoccupations. Parce qu'on comprend,
on a entendu, il y a 1 900 dossiers actifs, on parle de
18 agents, ça fait peut-être une ou deux interactions par année. Vos attentes de communication sont quoi?
Comment ces 18 personnes avec autant de charges de travail vont pouvoir communiquer
aussi avec les victimes? Ça fait que j'essaie d'optimiser puis de comprendre
c'est quoi, vos besoins. Parce que, là, on
est en train de réfléchir. Vous, vous souhaitez quoi? Une communication chaque
fois il y a un événement, une fois
par mois, une fois par année? Qu'est-ce que vous cherchez exactement? Parce que
18 personnes, 1 900 dossiers, je ne sais pas si vous
serez le top de la liste, mais juste deux appels avec la personne concernée par
année, ça va être beaucoup. Ça va être beaucoup.
Mme Mac Donald
(Karine) : Oui. Bien, on ne souhaite pas nécessairement qu'elle
contacte la personne victime. Tu sais, peut-être juste une première prise de
contact pour que la personne sache à qui se référer, si elle a à se référer à cette personne-là, mais c'est surtout
le mécanisme d'information. Donc, quand il y a des choses importantes, qu'elle
soit au courant. Donc, est-ce que ça relèvera de l'agent de liaison, est-ce que
ça relèvera de l'équipe dédiée du SCQ? Est-ce que ça relèvera d'un organisme
d'aide aux personnes victimes? Ce n'est pas tant le nombre de fois qu'ils vont
contacter avec la personne victime, c'est de... la clarification des rôles qui
est le plus important. J'ai perdu mon autre idée, sûrement que tu vas
pouvoir...
Mme
Maccarone : Les attentes. Je me demandais c'était quoi, dans le fond,
les attentes.
Mme Serier
(Léa) : Bien... bien, oui. Peut-être parler des attentes... la
considération du point de vue de la victime,
en fait. C'est parce qu'on... tout de suite, nous, ce qu'on a pu imaginer,
c'est de se dire : Cet agent-là de liaison va avoir un contact avec
la personne victime. Alors, est-ce que lui pourra... ou elle pourra être en
mesure de, comme, entendre le point de vue de la victime et puis à un moment
dans le processus? Lequel, lors des révisions annuelles, lors du suivi en général? En tout cas, mettre ce
point de vue là en avant puis le prendre en compte dans les évaluations
différentes.
Mme Mac Donald (Karine) : Parce qu'ils sont souvent
les mieux placés pour... surtout quand c'est une personne proche, là,
pour évaluer justement le risque de dangerosité, ils connaissent très bien la
personne depuis, disons, 10, 15, 20 ans, là, qu'elle est malade, ils
connaissent les drapeaux rouges, et tout ça. Donc, c'est ce point de vue là
qu'on veut prendre en compte. On l'a vu, là, dans la situation de Maureen
Breau, le père l'avait dit, il dit : Il va finir par tuer quelqu'un, puis
malheureusement c'est ce qui est arrivé. Donc, il le savait, ce qui allait
arriver, puis on n'a pas pris en compte ça, on ne l'a pas pris au sérieux.
Donc, c'est ça qu'on aimerait que ce soit... qui soit fait, là.
Mme Serier
(Léa) : Puis, même dans le cas où est-ce que ce n'est pas une personne
proche de la personne ISP ou NCR, ça reste
que c'est une personne victime d'infraction criminelle de cette personne, et
donc elle a des craintes qui sont valides et qui sont concrètes et qu'il
faut écouter puis mettre de l'avant quand on va faire ces évaluations-là.
Mme
Maccarone : C'est très intéressant. Merci beaucoup. Merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci.
Merci, Mme la députée. Alors, M. le député de Laurier-Dorion, vous prenez
la suite?
M.
Fontecilla : Oui. Merci, M. le Président. Bonjour, mesdames. Je n'ai
pas... Vous apportez un point de vue... un angle mort, en quelque sorte, pour
le PL n° 76. Je n'ai pas l'impression que ce projet de loi là prend en
considération les besoins, les droits des victimes. Est-ce que vous partagez
cet avis-là?
Mme Mac Donald (Karine) : Tout à
fait.
Mme Serier (Léa) :
C'est notre conclusion, oui.
Mme Mac Donald (Karine) : Oui.
M. Fontecilla : Très bien. À la...
Je parcours votre mémoire, il y a beaucoup, beaucoup de matériel, et
plusieurs... une grande quantité de recommandations, en quelque sorte, des
pistes. Vous les appelez des pistes de solutions.
Est-ce que vous pensez qu'à la Commission d'examen des troubles mentaux, le
système qui prend en considération
les besoins des victimes existe? Est-ce qu'on... le CETM prend en considération
les victimes, ou il reste beaucoup de travail à faire?
Mme Serier
(Léa) : Oui. Bien, il reste du travail à faire, mais c'est
sûr qu'avec l'entrée en vigueur de la loi S-12, il y a une facilité...
Il faut que la personne victime soit proactive pour recevoir de l'information,
etc., mais il y a une plus grande facilité pour accéder à toutes ces
informations-là, et puis... J'ai perdu mon point, je m'excuse.
M. Fontecilla : Donc, l'appareillage
de... qui prend en considération les victimes au CETM.
Mme Serier (Léa) : Oui. Oui, c'est
ça, oui. Il y a aussi... C'est ça, il y a aussi eu la modification de la directive du DPCP, là, TRO-1, qui elle, justement,
préconise au DPCP d'être plus fréquemment présent aux audiences de la
CETM, et d'écouter les craintes de la personne victime, notamment relativement
à sa sécurité, et donc de les faire parvenir lors des audiences de la CETM.
Donc, il y a ces deux éléments-là qui existent déjà. Mais voilà, il faut que la
personne victime soit proactive, il faut qu'elle dépose une DV, il faut que le
DPCP soit là aux audiences. Et donc, nous, on se demande si ajouter le... s'il
y a un agent de liaison, ajouter cette personne-là lors des audiences, ça
ajouterait encore plus de poids au point de vue de la personne victime.
M. Fontecilla : Très bien. J'essaie
de faire le lien avec les dispositions proposées dans le PL n° 66. Il y a la
possibilité... même si ce n'est pas clairement spécifié tel quel, là, c'est une
conséquence, là, du projet de loi n° 66, la création de... du poste d'agent
de liaison sous la supervision... en tout cas, embauché par le système
correctionnel. On a entendu d'autres opinions aujourd'hui de différents
intervenants qui nous disent que c'est... qu'ils sont plutôt critiques à cet...
à l'arrivée du service correctionnel, qui préfèrent que les personnes soient
suivies par des gens de... des employés du
système de santé et services sociaux. Et, considérant les besoins de la
victime, qu'est-ce que vous préférez?
Mme Serier (Léa) : Bien...
M.
Fontecilla : Système de santé et services sociaux versus
système correctionnel, du point de vue des victimes.
Mme Serier (Léa) : C'est sûr qu'on
ne s'est pas particulièrement prononcés là-dessus, puisque ça concerne un petit
peu, de manière plus éloignée, mettons, les besoins de la personne victime,
mais il reste qu'on est comme d'avis que de confier ça aux services de santé et
services sociaux serait quand même plus adéquat, parce qu'il y a déjà une forme de formation puis d'implication,
mais aussi parce que, oui, le SCQ peut... les SCQ peuvent avoir comme un
effet peut-être plus néfaste dans la réhabilitation des personnes ISP ou NCR,
en tout cas, et donc avoir, de fil en aiguille, un effet sur la sécurité des
personnes victimes. Mais on ne s'est pas prononcés particulièrement là-dessus dans le mémoire, parce que ça sortait un peu plus
de notre champ d'expertise. Mais, si on devait se prononcer, oui, je pense
qu'on est d'accord de plutôt confier ces AL.
M.
Fontecilla : Je veux comprendre votre propos. Vous dites plus
néfaste, vous faites référence à l'intervention des services
correctionnels?
Mme Serier (Léa) : Oui, c'est ça,
dans le fond. Si...
M. Fontecilla : OK. Donc, vous
pensez que la réhabilitation, dans le cas des personnes non criminellement
responsables... l'intervention des services correctionnels n'est pas optimale,
là, si...
Mme Serier (Léa) : Oui, ça... il
pourrait y avoir peut-être plus de difficultés. Le fait que ce soit associé aux
services correctionnels pourrait avoir un impact sur la personne ISP ou NCR,
comme on a pu l'entendre aujourd'hui. Il y a plusieurs personnes qui ont avancé
ce point-là, le fait que le lien de confiance n'est peut-être pas vraiment
toujours là, parce qu'il y a eu des mauvaises expériences avec la Sécurité
publique en général. Donc, oui, dans ce cas-là, si la volonté, c'est de vouloir
améliorer la réinsertion sociale des personnes ISP ou NCR et donc minimiser le
risque de récidive et de danger pour la personne victime, ça pourrait avoir un
impact, lointain mais potentiel, sur la sécurité de la personne victime.
M. Fontecilla : J'aimerais préciser
avec vous la notion de victime dans toute la thématique des personnes non criminellement responsables. D'une part, ça
peut être une personne qui a été... qui a subi, par exemple, une agression
d'une personne avec des problématiques de santé mentale, mais ça peut être
aussi un proche, on l'a entendu juste avant vous, des proches aidants, des...
ou, par exemple, d'une personne qui est atteinte de problématiques de santé mentale. Mais le... est-ce que les besoins de ces deux types
de victimes là, si je peux les catégoriser ainsi, sont les mêmes pour vous?
Mme Mac Donald (Karine) : Bien,
c'est sûr qu'il y a des besoins qui sont similaires, tout ce qui est relié à la
victimisation criminelle, donc anxiété, trouble de stress post-traumatique, et
tout ça, mais la personne qui va être un
proche victime va vivre des enjeux différents, parfois, pourrait sentir un
sentiment de trahison par rapport aux proches s'il dénonce l'acte
criminel, il va avoir une certaine crainte de briser le lien avec cette
personne-là. Il va avoir... Il y a vraiment un enjeu qui est... une dynamique
relationnelle qui est à prendre en compte, ça, c'est certain, là.
Donc, les
besoins... dans notre projet, là, qu'on a fait, les besoins qui sortaient...
qui ressortaient, c'était justement de savoir comment maintenir le lien,
malgré le fait d'avoir dénoncé. C'était de... le besoin, c'était de s'assurer
que la personne soit suivie, qu'elle est en sécurité, et pour elle-même, et
pour autrui également. Donc, c'étaient vraiment les besoins qui ressortaient
pour les proches victimes.
Le
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors, je tiens à remercier la
directrice générale et la responsable des
dossiers politiques de l'Association québécoise de... Plaidoyer-Victimes pour
leur collaboration et leur contribution à nos travaux. Merci beaucoup.
Je suspends les travaux pour faire place au
prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 30)
(Reprise à 17 h 40)
Le Président (M. Provençal)
: Nous poursuivons nos travaux. Nous
recevons présentement Me Kamel et Me Bernier,
du Bureau du coroner. Alors, vous aurez 10 minutes pour votre
présentation, et, par la suite, nous procéderons aux échanges avec les
membres de la commission. Sur ce, je vous cède la parole.
Bureau
du coroner
M. Bernier (Reno) : Alors, M. le
Président, M. le ministre, Mmes, MM. les membres de la commission, je vous
remercie de nous donner l'occasion d'échanger avec vous concernant le projet de
loi n° 66 qui vise à renforcer le suivi des personnes faisant l'objet d'un
verdict de non-responsabilité criminelle pour troubles de santé mentaux ou
d'inaptitude à subir leur procès.
Je me permets
d'abord de vous présenter celle qui m'accompagne aujourd'hui, il s'agit de
Me Géhane Kamel, qui est coroner en chef adjointe et qui a notamment mené
dans la dernière année deux enquêtes publiques importantes dont les
recommandations sont en lien avec le projet de loi n° 66. Elle pourra vous
en parler tout à l'heure.
Mais avant je vous propose de débuter par une
mise en contexte sur le rôle du Bureau du coroner et d'enchaîner avec nos
commentaires concernant le projet de loi. Ensuite, nous aurons le plaisir de
répondre à vos questions. Je me chargerai
des questions d'ordre davantage général, et Me Kamel pourra répondre à vos
questions plus spécifiques sur les enquêtes publiques qu'elle a réalisées.
Donc, je commencerais par la mission du Bureau
du coroner. Les coroners, c'est des officiers publics qui rendent des services
directs à la population dans toutes les régions du Québec 24 heures sur 24
et sept jours sur sept. Il y a
11 coroners, actuellement, qui sont nommés à temps plein, puis une
centaine de coroners exercent dans la... dans les différentes régions du
Québec à temps partiel. En plus d'accompagner les... environ
7 000 familles éprouvées par le
deuil à chaque année, les coroners produisent des rapports qui permettent
d'informer le public, de faciliter l'exercice des droits et d'alimenter des bases de données soutenant la Santé
publique, les chercheurs, d'autres partenaires qui oeuvrent en matière de
prévention des décès. Le travail des coroners est au coeur de plusieurs
chantiers comme la Stratégie nationale de
prévention du suicide, la Stratégie gouvernementale intégrée pour contrer la
violence sexuelle, la violence conjugale et Rebâtir la confiance, ainsi
que la Stratégie nationale de prévention des surdoses de substances
psychoactives.
Les coroners jouent un rôle important également
en matière de prévention par la possibilité qu'ils ont de formuler des
recommandations. Les recommandations nourrissent les débats publics et donnent
souvent lieu à des changements concrets dans les façons de faire pour mieux
protéger la vie humaine. Dans le cadre de son mandat, le coroner doit
rechercher de façon indépendante et impartiale les causes et les circonstances
des décès qui apparaissent obscurs, violents
ou survenus par suite de négligence. Et, pour faire ce travail, le coroner va
réaliser une investigation ou tenir une enquête publique lorsque cette
dernière est ordonnée par le Coroner en chef. Il va ensuite rédiger son rapport qui va résumer ses conclusions, et ce
rapport va contenir l'identité du défunt, la date et le lieu du décès ainsi que
les causes probables et les circonstances qui ont entouré les décès. Il
peut également contenir des recommandations pour prévenir des décès similaires.
Dans la
dernière année, pour vous situer, les coroners ont réalisé près de
7 000 investigations, ce qui représente environ 8 % des
décès enregistrés au Québec. Puis au niveau des enquêtes publiques, il y a eu
six nouvelles enquêtes publiques qui ont été ordonnées et il y en a
six autres qui ont été complétés. Au niveau des enquêtes publiques, c'est
le Coroner en chef qui peut les ordonner lorsqu'il estime que la tenue d'une
enquête publique permettrait de recourir à l'audition de témoins pour obtenir
les informations propres à établir les causes ou les circonstances du décès,
donc lorsqu'on va croire que c'est nécessaire de recourir à l'audition des
témoins pour ça, également l'audition de témoins pour permettre à un coroner de formuler des
recommandations pour mieux protéger la vie humaine, et enfin, lorsqu'on va
estimer que c'est nécessaire pour informer le public sur les causes probables
ou les circonstances du décès.
Dans la dernière année, ma collègue Géhane Kamel
a tenu deux enquêtes publiques importantes qui sont en lien avec le projet
de loi n° 66. C'est d'abord l'enquête publique tenue à l'automne 2023
concernant les décès de MM. André
Lemieux, Mohamed Belhaj, Alexis Levis-Crevier et Abdulla Shaikh. Dans son
rapport d'enquête déposé en février 2024, Me Kamel a d'abord
mis en lumière les causes et les circonstances qui entouraient ces
quatre décès. Elle a ensuite présenté ses constats et a formulé
22 recommandations qui étaient destinées notamment au ministère de la Sécurité publique, mais beaucoup aussi au
ministère de la Santé et des Services sociaux, au ministère de la Justice
et à d'autres parties prenantes.
Les
recommandations dans ce rapport-là concernaient, entre autres, l'application de
la loi P-38, l'organisation et la
disponibilité des ressources puis le partage d'information. Les réponses qu'on
a reçues des destinataires des recommandations depuis ce dépôt sont
positives. Puis on nous a informés que plusieurs actions seraient réalisées, ou
sont déjà réalisées, ou sont en cours à ce sujet pour y donner suite.
D'ailleurs, le projet de loi n° 66, dont on va parler tout à l'heure, c'en
est un bon exemple. On va y revenir.
La deuxième enquête publique pertinente, c'est
celle tenue à l'hiver 2024 par Me Kamel concernant le décès de la sergente Mme Maureen Breau et de M. Isaac Brouillard Lessard. Concernant ce rapport d'enquête
là de Me Kamel, bien, il a été rendu public hier et il a fait
l'objet d'une conférence de presse ce matin. Il contient
38 recommandations destinées à une
dizaine de ministères et d'organismes en lien avec la problématique des
personnes non criminellement responsables ou inaptes à suivre leur
procès. Nous allons pouvoir en discuter tout à l'heure également avec vous. Par
ailleurs, comme le rapport vient d'être déposé, il faudra laisser le temps aux
destinataires des recommandations d'en faire l'analyse et de se positionner.
Mais ce qu'on entend déjà depuis hier, c'est positif en termes d'accueil.
Concernant le projet de loi comme tel, nos
commentaires. Eh bien, de façon générale, on trouve que c'est un pas dans la bonne direction. On veut saluer la
proactivité du ministre de la Sécurité publique, M. Bonnardel, et sa
volonté d'appliquer des recommandations formulées par Me Kamel,
plus particulièrement les recommandations qui sont répondues par le projet de loi. Il y en a trois. La première, c'est de
revoir la législation afin de permettre la transmission d'informations
pertinentes à une intervention, qui est dans l'intérêt véritable du patient,
par le personnel soignant lorsqu'il requiert
une intervention policière. La deuxième recommandation, c'était d'implanter une
structure d'agents de liaison pour le
suivi des modalités et des antécédents judiciaires des personnes qui sont
prises en charge par la Commission
d'examen des troubles mentaux. Et c'était également de développer un mécanisme
législatif pour octroyer des pouvoirs nécessaires à ces agents de
liaison pour leur permettre d'agir pour le suivi ou les manquements aux
modalités qui sont constatés par une
personne qui a un intérêt véritable pour le patient, notamment ses proches et
son équipe traitante.
Plus précisément, l'article 1 du projet de
loi propose de modifier la Loi sur les renseignements de santé et de services sociaux et d'apporter des
assouplissements pour permettre aux policiers d'obtenir les renseignements
médicaux nécessaires. Cela permettra notamment de moduler leurs
interventions en fonction de l'état de la personne concernée. C'est ce genre de partage de l'information, là,
qui était visé par le rapport Shaikh et nous sommes donc en faveur. De plus,
l'article 2 du projet de loi propose,
quant à lui, de mettre en place un réseau d'agents de liaison et d'adopter des
changements législatifs pour leur
accorder les pouvoirs requis. Ces pouvoirs viseraient à leur permettre
d'intervenir plus efficacement auprès des personnes déclarées non
criminellement responsables ou inaptes à suivre leur procès. C'est également un
article qui donne suite à une recommandation du rapport Shaikh. Donc, nous
appuyons également cette proposition puis on est d'avis qu'elle va avoir un
impact positif.
Le défi qu'il va y avoir à relever par ailleurs,
autant pour le partage de l'information que pour la mise en place des agents de
liaison, ça va en être un de... si les parlementaires adoptent le projet de
loi, ça va en être un d'opérationnalisation. Ça va être important d'arrimer ces
nouvelles façons de faire là avec les autres intervenants du réseau, les
professionnels de la santé, les corps de police, les agents de probation, les
autres intervenants impliqués. Puis Mme... Me Kamel pourra en parler davantage
tout à l'heure, mais les experts qui sont venus témoigner lors des auditions publiques qu'elle a tenues et l'analyse
qui a été réalisée démontrent que les enjeux associés à la santé mentale sont
complexes et que la concertation, c'est une chose essentielle dans toute mesure
qu'on va vouloir mettre en place.
Donc, en
terminant, nous, ce qu'on souhaite d'abord, c'est de réitérer nos sympathies à
l'attention des familles, des personnes décédées qui sont visées par nos
travaux. C'est pour ceux qui nous ont quittés, mais aussi pour ceux qui restent
qu'on accomplit notre mission puis que vous réalisez vos travaux. Du côté des
coroners, on a la noble fonction d'écrire la dernière histoire des défunts, de
leur donner une voix et d'aider les familles à trouver un sens à leur épreuve pour que les décès ne soient pas
survenus en vain. Et, par leurs recommandations, les coroners vont contribuer
à changer les choses, en soutien aux parlementaires et aux nombreux autres
partenaires impliqués. Dans l'ensemble, avec le projet de loi n° 66, nous, on
est confiants que les changements qui sont entrepris à la suite des enquêtes
publiques vont contribuer à cet objectif-là, puis ils vont améliorer la
protection de la vie humaine. Et nous appuyons donc le projet de loi en ce
sens. Donc, ça nous fera plaisir d'échanger avec vous pour répondre à vos
questions.
• (17 h 50) •
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors, on y va immédiatement avec M. le ministre.
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. Me Bernier, Me Kamel, merci d'être avec nous ce soir. Ce
n'est pas évident, vous l'avez dit, ça a été deux tragédies, Me Kamel, sur
lesquelles vous avez eu à faire deux rapports dans les 24 derniers mois. Puis vous l'avez dit un peu, Me Bernier, on
n'a pas... Moi, je ne voulais pas attendre, je ne voulais pas attendre.
Je savais que, déjà, Me Kamel travaillait sur un premier rapport, voilà
24 mois, un rapport qui a été déposé en début de cette année. Puis on a
mis un comité interministériel en place pour être capable aussi de mesurer les conséquences, les tenants
et aboutissants de ce qui s'est passé, d'essayer d'arriver à la même équation
que les deux rapports Kamel.
Et puis, la première question que j'aurais, puis
sincèrement, je pense humblement qu'on n'y répond... Tu sais, il n'y a jamais
rien de parfait, mais je pense qu'on fait un premier pas intéressant. Mais ma
première question, je pense qu'elle irait à Me Kamel. Me Kamel,
qu'est-ce qui vous a frappé, là? Les deux rapports que vous avez déposés
dans un horizon de 12 mois ou après... même pas. Vous avez... vous y avez
travaillé presque 24 mois. Qu'est-ce qui vous a frappé? C'est certain que
c'est... le suivi, les communications. Qu'est-ce qui est... pour vous, là, a
été l'impact majeur des deux rapports que vous avez déposés dans les
12 derniers mois?
Mme Kamel (Géhane) : Bien, tout
d'abord, je... M. le Président, M. le ministre, mesdames et messieurs, membres
de la commission, je veux vous remercier pour l'invitation. Pour moi, c'est
important de le souligner. C'est une invitation qui est significative pour le
Bureau du coroner.
Ce qui m'a marquée, M. le ministre, c'est
particulièrement le nombre d'intervenants qu'il y a sur le terrain puis le très
peu de concertation qu'il y a entre eux. Avec le projet de loi n° 66,
vous avez fait vraiment un pas vers la bonne direction. Et moi, depuis que je
suis coroner, je suis complètement apolitique, mais je tiens à vous dire ce
soir, puis je suis contente de le saluer publiquement, c'est la première fois,
depuis que je fais des enquêtes du coroner, qu'un ministre prend les devants avant
les conclusions d'un rapport du coroner pour aller de l'avant avec un projet de
loi. C'est... Pour moi, c'est significatif et c'est important. C'est un moment
historique, je pense.
Les agents de liaison que vous allez mettre en
place, ils vont être louables dans l'optique où les gens pourront travailler
ensemble, c'est-à-dire que, si on continue à travailler de la façon dont on le
fait actuellement... Puis ça a été le cas dans Abdulla Shaikh, ça a été le cas
avec Isaac Brouillard Lessard. Beaucoup de ressources autour de ces
deux jeunes hommes là, très peu de communication entre eux. Ça fait que le
fait d'ouvrir cette possibilité de communication... Puis ce qui est important
que les gens comprennent, c'est qu'on ne remet pas un dossier médical au policier ou on ne remet pas un dossier médical à
un agent de liaison. Ce qu'on fait, c'est qu'on donne de l'information
importante et cruciale pour être capable de faire une intervention qui soit
digne de ce nom. Ça fait que dans les deux cas,
c'est ce qui m'a frappée : le manque de concertation entre les acteurs du
réseau de la santé et du monde policier.
M. Bonnardel : Est-ce que... Puis,
je ne veux pas mettre au ban personne, là, je l'ai déjà dit, il y en a certains
qui disent... bien, vous l'avez peut-être lu ou entendu, là, il y a certains
groupes qui nous disent que ce n'est pas la bonne façon de faire, qu'on aurait dû
se concentrer sur plus le travail des intervenants de la santé.
Vous avez interrogé de multiples, multiples,
multiples personnes pendant ces deux dernières années. Moi, je reste
convaincu... Puis j'ai utilisé le mot «complémentaire», complémentaire dans le
travail entre les agents puis les intervenants
de la santé qui sont... qui auront à travailler ensemble pour s'assurer des...
d'un suivi des modalités, je vais dire ainsi, des conditions que la CETM
pourrait définir.
Êtes-vous à la même place là-dessus ou vous vous
dites : Bien, les intervenants ont un rôle un peu plus important que les agents? Comment vous les...
Comment vous évaluez la... Quand vous avez mis cette recommandation en
place, vous vous êtes dit : Est-ce que c'est l'argent qui est prédominant
face aux intervenants, ou pas du tout, ou le mot «complémentaire», c'est le
bon, ou vous en avez un meilleur que vous pourriez utiliser pour moi?
Mme Kamel
(Géhane) : Bien, en fait «complémentaire», «collaboratif»,
pour moi, ça, c'est... c'est exactement ça, c'est... vous avez mis le doigt dessus. Je serais... Vous connaissez
mon honnêteté, ma sincérité. Je me suis fait poser la question par des
organismes, où on m'a dit : Mais est-ce qu'on va dénaturer le rôle de
l'agent de liaison s'il est sous le MSP? Est-ce qu'on... Est-ce qu'il n'y a pas
des craintes qu'il soit vu comme un agent de probation? Moi, personnellement, ce n'est pas du tout ma position,
ce n'est pas du tout mon rôle de vous dire sous quel ministère il doit être.
Moi, j'ai demandé, dans mes deux rapports,
d'avoir des agents de liaison qui soient capables de faire le suivi des
modalités, peu importe le ministère sous lequel ils se retrouvent. Moi, je
pense que ces gens-là vont travailler en complémentarité et ils doivent travailler
en complémentarité avec le réseau de la...
M.
Bonnardel : Est-ce que le... Bien, vous avez entendu comme
moi, j'imagine, aussi le mot «stigmatisation». Certains ne voulaient pas
qu'on stigmatise cette... je vais l'appeler cette clientèle, ces personnes.
Bon, le terme «agent de liaison» vient de
vous. Je pense que c'était adéquat de nommer ça de cette façon. Oui, ce sont
des anciens... ce seront des anciens agents de probation qui seront
formés par... bien, qui auront une formation additionnelle par le MSSS, par le MSP aussi. Donc, vous êtes à la même
place, j'imagine, parce que vous avez dit : Il faut créer ces agents
de liaison. Donc, vous y avez pensé, vous y avez répondu, je pense, par les
craintes que certains organismes avaient soulevées face à cette stigmatisation.
Est-ce que je suis à la même place?
Mme Kamel (Géhane) : Bien, en fait,
pour moi, dès le moment où l'agent de liaison... puis, comme je vous le répète, là, moi, là, peu importe le ministère
sous lequel il est, le rôle qu'on va lui attribuer va être important. Puis «agent
de liaison», c'est tout à fait correct comme
appellation, puisque je l'ai écrit. Ça fait que je pense que c'est cette
voie-là qu'il faut adopter. Ce n'est pas des agents correctionnels, ce
n'est pas des agents de probation. Puis je comprends la crainte que certains
peuvent avoir de se dire : Bien, s'ils sont... s'ils sont sous le
ministère de la Sécurité publique, est-ce qu'on va quand même garder le fait
que ces gens-là ont été reconnus non criminellement responsables puis qu'ils ont besoin de soins? Puis moi, je fais
appel à l'intelligence des gens qui seront nommés là pour faire ce suivi-là en
conséquence des mandats que vous leur donnerez.
M. Bonnardel : Puis
un des points importants que vous avez aussi, bien, évalué, écrit, c'est la
communication, la communication entre les intervenants de la santé, je
vais appeler ça l'équipe médicale, versus le policier qui, plus souvent
qu'autrement, ne pouvait pas avoir l'info, à part si l'équipe médicale
communiquait avec le poste de police et lui disait :
Bien, tel M., là, Bonnardel, là, il ne suit pas ses modalités, ses conditions.
Il faut que tu ailles le chercher à la maison puis que tu l'amènes à
l'hôpital. Donc, c'étaient les seules façons où le policier pouvait avoir des
infos. Ça fait que, là, de l'autre côté, bien, on amène le policier.
Puis certains nous
ont soulevé aussi : Oui, bien là, là, le secret professionnel va être
levé. Le policier pourrait... Moi, je persiste et signe en disant : Ce
n'est pas l'état complet du monsieur ou de la madame que le policier veut
savoir, c'est : Monsieur qui est l'autre côté de la porte, dans ses...
présentement, là, il réagit comment, exemple, l'exemple que je donne souvent,
face à quelqu'un qui porte l'uniforme? Est-ce qu'il y a une réaction x, y
face à cela ou...
Donc, c'est un peu ce
point qui, pour moi, était immensément important. Puis, bon, vous l'avez
sûrement entendu vous aussi, là, qu'on allait... qu'on allait chercher un
peu... on allait un peu trop loin face aux infos que le policier ou la
policière pourrait obtenir. Mais je pense que c'est un élément qui est non
négligeable pour être capable de donner un outil additionnel aux policiers, aux
policières, de faire leur travail de la bonne façon.
Mme Kamel
(Géhane) : Bien, ça, c'est la première des choses. Puis la deuxième,
ça va éviter probablement des portes
tournantes si les policiers sont au courant de la situation. C'est-à-dire, ce
que... ce qu'on ne veut pas, c'est... Il n'aura pas le pedigree. Il ne
faut certainement pas tomber dans le pedigree de la personne visée par la
commission d'examen, mais il faut à tout le moins que les policiers soient au
courant d'un minimum d'informations dont les modalités de la CETM. Ça, c'est un
minimum.
M. Bonnardel : Excusez-moi, j'avais une
question en direct, là. Bien, je pense que vous y avez répondu, là, la question
qu'on se posait. C'est : Comment les agents de liaison vont améliorer les
manquements de communication dont vous avez un peu décrié dans vos deux
rapports, là?
Mme Kamel
(Géhane) : Bien, les agents de liaison vont devenir des chiens de
garde pour s'assurer que le suivi des modalités soit respecté. C'est
extrêmement important.
M. Bonnardel :
Merci.
Mme Kamel
(Géhane) : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
• (18 heures) •
Mme Maccarone : Oui. Merci beaucoup, M.
le Président. Un plaisir de vous avoir, Me Bernier et Me Kamel,
avec nous aujourd'hui. Évidemment, vous êtes une personnalité connue. Ça fait
qu'on a hâte d'échanger avec vous deux. Je ne sais pas si vous êtes
reconnaissant, mais, depuis 2022, vous avez fait 58 recommandations
en lien avec le ministère de Sécurité publique. Alors... Puis on est face à
un... Le projet de loi n° 66, dans le fond, c'est un article parce qu'on parle... C'est 12, mais il y a en
cinq, qui est de la concordance en anglais, puis le reste, c'est un changement
de terminologie. On n'adresse pas l'agent de liaison dans le projet de loi. Ce
n'est pas nommé. Puis je comprends que c'était nommé dans les médias, mais ce
n'est pas évoqué dans le projet de loi.
Puis vous parlez
beaucoup de communication. J'ai lu votre rapport. C'est superintéressant. Puis
vous parlez beaucoup de rapports. Est-ce que ce projet de loi va résoudre les
problèmes de communication? Parce qu'à mon avis... Puis je suis pour. Je suis
pour parce que, dans le fond, j'ai milité pour ça depuis le décès de Maureen
Breau. Ça fait qu'un avancement pour équiper nos policiers, c'est essentiel
parce qu'on veut éviter un autre drame. Mais, quand je regarde ce projet de
loi, je vois un moyen pour les policiers d'avoir plus d'information, mais pas
nécessairement quelque chose qui va s'assurer qu'il y ait une communication
entre toutes les parties prenantes pour éviter ce travail en silo.
Qu'est-ce qu'on a
besoin de mettre dans ce projet de loi pour rejoindre votre principale
recommandation? Il me semble, c'est ça, c'est la communication qui est
manquante. Ça fait que qu'est-ce que nous devons faire pour assurer que c'est
quelque chose qui sera fait, puis c'est ancré dans la loi?
Mme Kamel (Géhane) : Bien, en fait, il y a
deux choses à votre question, si vous me permettez. La première,
c'est que le projet de loi n° 66, c'est un pas vers la bonne direction,
mais ce n'est assurément pas l'ensemble de l'oeuvre qui va couvrir les
38 recommandations par le projet de loi n° 66. Il y a une révision,
actuellement, judiciaire qui est importante, qui doit se faire, pour laquelle
les parlementaires vont devoir réfléchir. Puis j'y tiens mordicus, presque
autant que mes agents de liaison, au tribunal spécialisé. Ça fait qu'il y aura
à se poser la question sur comment on
ouvre... comment on soutient les familles quand ils ont des problèmes avec un
de leurs membres de leur famille qui a un problème de santé mentale.
Puis
la fameuse P-38, la loi communément appelée P-38, c'est la même chose, il va y
avoir une révision judiciaire aussi
qui doit s'être adressée sur les pouvoirs ou, en fait, les leviers au niveau du
secret professionnel qui pourrait être levé. Ça fait que le projet de
loi n° 66, c'est une très belle avancée.
Maintenant, au niveau de la collaboration, je
pense, puis peut-être que j'ai été mal informée, mais je pense qu'il y a
actuellement des comités interministériels qui sont assis ensemble pour
justement coordonner les travaux. C'est ce qu'on m'a dit,
en tout cas, pendant les enquêtes, que des gens faisaient atterrir ces
recommandations-là, et ils s'assurent de
travailler en concertation pour que ça puisse descendre dans chacune des
organisations puis que les gens puissent se parler. Une chose qui va
être extrêmement importante, le jour où on aura des responsables d'hôpitaux
désignés, le jour où on aura un gestionnaire de cas dans les hôpitaux désignés
et le jour où l'agent de liaison va être nommé,
ces trois personnes-là vont travailler ensemble pour s'assurer que la
communication est fluide autour d'un même individu. Ça fait que le
projet de loi n° 66, c'est un... c'est une belle avancée, mais il reste des pas
à faire.
Mme Maccarone : Est-ce qu'on a des modifications que nous devons aborder par le biais
d'amendements suite à vos 38 recommandations?
Mme Kamel
(Géhane) : Je ne crois pas, dans le projet de loi n° 66, puis ça,
je vous laisserai discuter entre vous, entre les parlementaires, parce que
cette portion-là ne m'appartient pas, mais, si vous me posez la question sur
est-ce qu'on a une belle avancée, la réponse est certainement oui, mais est-ce
qu'il faudra réfléchir un peu plus pour être capables d'arrimer chacun des
chantiers? La réponse est aussi oui.
Mme
Maccarone : Je suis les deux rapports, celui de 2022 et celui de 2024.
Vous évoquez souvent les mêmes recommandations. Comme les équipes mixtes, ça
revient encore. Plusieurs personnes l'ont partagé dans leur mémoire puis dans
leur témoignage. Il me semble, c'est quelque chose que nous pourrons peut-être
penser de mettre dans une loi pour s'assurer que ce serait fait, parce que, je
comprends, il y a des besoins financiers rattachés à ceci, mais, de toute
évidence, c'est quelque chose que nous pouvons utiliser pour, comme vous avez
dit, éviter les P-38 ou les diminuer, accompagner toutes les personnes et aussi
protéger les droits de toutes les personnes concernées, parce qu'on a beaucoup
parlé de le drame avec Maureen Breau, mais il y a aussi toutes les autres
victimes collatérales que vous avez souligné, avec justesse, dans votre
rapport.
Puis là on parle
beaucoup aussi de la formation. Vous l'avez évoqué aussi à maintes reprises. Il
me semble, aussi, c'est un amendement que nous pourrions aborder dans un projet
de loi. On l'a fait dans la réforme de loi de la police puis on n'a pas allé
aussi loin. Vous, vous faites une recommandation de 45 heures. Je ne sais pas
si vous savez, mais l'association des policiers, policières du Québec partage
votre avis, et ils étaient prêts à le mettre noir sur blanc dans un projet de
loi.
Et je reviens quand
même à la recommandation des agents de liaison. Je comprends que c'est une idée
qui est très intéressante. On a des préoccupations que nous avons entendues
puis, oui, on comprend, on veut aussi rejoindre les citoyens qui seront
affectés par ceci. Dans votre rapport 2022, vous dites qu'un agent de liaison
pivot devrait être assigné à des unités de psychiatrie, et, dans votre rapport
de 2024, vous parlez d'un lien avec le ministère de Sécurité publique. Je vous ai entendu avec votre échange
avec le ministre. Ça fait que je veux juste savoir qu'est-ce qui est arrivé
dans votre évolution de pensée.
Mme Kamel
(Géhane) : En fait, on est à peu près à la même place, c'est-à-dire
que le... on a juste redéfini dans l'enquête de Maureen parce que, pour nous
aussi, quand on a vécu l'enquête d'Abdulla, c'était beaucoup d'information
qu'on recevait en même temps. Je dirais que, malheureusement, le décès de
Maureen nous a permis d'un peu mieux
comprendre le système dans lequel on gravite. L'agent de liaison pivot auquel
on faisait référence dans l'enquête d'Abdulla, dans cette enquête-ci, il
faut le voir comme celui qui est le gestionnaire de cas.
Ça fait que c'est la
même chose. Tu sais, pour nous, il y a quelqu'un dans l'établissement,
absolument, qui doit être responsable de la gestion du cas de la personne qui
est dans... qui va recevoir ces soins, mais, en plus du gestionnaire de cas, on
souhaite un agent de liaison. Qu'il soit sous le MSP ou qu'il soit sous le
ministère de la Santé, pour nous, ça ne change rien. Pourquoi on l'a mis sous
le MSP? Parce qu'il y avait déjà eu une annonce qu'il serait... qu'il y aurait des nominations sous le MSP, puis, honnêtement,
pour nous, coroners, ça ne change rien sous quel ministère il soit.
L'important, c'est qu'il y ait quelqu'un qui fasse le suivi des gens qui ont
des modalités sur la CETM. La portion de qui est son patron, ultimement,
ça, ça ne nous regarde pas.
Mme
Maccarone : On a déjà entendu des préoccupations des personnes qui ont
témoigné avant vous que, si c'est un rôle clinique, parce qu'on parle de les
soins de santé et services sociaux, bien, c'est quelqu'un qui ne devrait pas
être sous la responsabilité des services correctionnels, puis le ministre dit
aussi que ça va être un ancien agent de probation,
par exemple. Ça fait qu'on est loin de penser de comment que nous allons
accompagner toutes les personnes puis on a... s'ils ont entendu puis
compris aujourd'hui que cet intervenant pivot ou... pas un intervenant pivot,
mais agent de liaison aura les responsabilités d'aussi travailler avec les
victimes... On a entendu les groupes de victimes qui ont passé juste avant vous, mais on comprend qu'il y a
1 900 dossiers dans les mains de le CETM et on a seulement 18 postes
qui sont annoncés. Est-ce qu'on a besoin de plus? Parce que, sinon, votre
recommandation me semble... La charge de travail pour ces personnes, ce serait
impossible à rejoindre tous les besoins qui sont évoqués puis toutes les
responsabilités qu'ils vont avoir.
M. Bernier
(Reno) : Pour ce bout-là... Je ne sais pas si vous m'entendez bien? Bon,
désolé. Écoutez, ça appartient aux parlementaires de déterminer si vous devez
mettre des choses dans votre projet de loi. Il y a d'autres choses qui peuvent peut-être aller dans un
règlement puis il y a peut-être d'autres choses aussi qui vont au niveau de la
mise en oeuvre opérationnelle, qui relèvent de l'opérationnalisation.
Puis, au niveau du nombre
de ressources, etc., nous, c'est vraiment l'expertise du gouvernement puis de
l'administration qui va gérer ces mesures-là puis qui peut vous éclairer
là-dessus, mais nous, comme Me Kamel vous l'a
dit, l'important, c'est qu'il y en ait, puis, maintenant, c'est que ce soit
bien concerté puis que ça atterrisse comme il faut.
Mme Maccarone : OK. C'est juste
qu'évidemment, tu sais, la crainte, c'est de s'assurer que ces effectifs seront
efficaces dans leur rôle parce que la charge de travail, on comprend que ça va
être vraiment monumental. Les recommandations aussi que vous avez écrites dans
votre rapport, Me Kamel, vous vous êtes adressée à la SQ beaucoup, mais pas les
policiers. Ça fait que je me demande : Est-ce que c'est parce que les
recommandations... Pour les policiers
municipals, par exemple, est-ce que c'est différent ou est-ce que les
recommandations s'appliquent à eux aussi? Y a-t-il une différence?
Mme Kamel
(Géhane) : Bien, en fait, quand ça s'adresse à l'ensemble des
policiers, quand une recommandation va s'adresser à l'ensemble des policiers,
on va l'adresser au ministère de la Sécurité publique directement. Pour
la... dans ce cas-ci, c'était la Sûreté du Québec qui était visée par
l'enquête, ça fait que c'est à eux qu'on s'adresse. Si ça avait été le SPVM, ça aurait été à eux qu'on se serait
adressés. Ça fait que, dans ce cas-ci, la formation visait particulièrement,
là, les patrouilleurs de la Sûreté du Québec.
Mme Maccarone : Puis est-ce que nous
devons aussi offrir une formation à nos répartiteurs qui travaillent dans les
centres de gestion d'appels? C'est une préoccupation. Ils sont quand même...
C'est un rôle essentiel dans le partage de
l'information, surtout en lien avec l'information qui est partagée avec les
policiers avant de quitter pour un appel, mais ce n'est pas évoqué dans
le rapport.
• (18 h 10) •
Mme Kamel
(Géhane) : Mais en fait on en parle un peu, des répartiteurs,
là, qui sont aux centres de gestion des appels en disant qu'il faut s'assurer, là, qu'ils soient à jour, puis je
pense que la Sûreté du Québec était très préoccupée de ça aussi. Tu
sais, j'ai même évoqué l'appel, là, qu'il y avait eu entre le père et le centre
de gestion des appels. On finit l'appel en disant : Si vous n'êtes pas
content, vous ferez affaire à la déontologie. Il y a quand même un... C'est
beaucoup plus que juste la transmission de l'information. Il y a aussi un
service client avec la population qui devra être
travaillé, mais là j'avais l'impression que je sortais un peu de mon mandat si
j'allais jusque-là. Je l'ai évoqué dans mon rapport, mais sans plus.
Mme
Maccarone : Bon, bien, c'est excellent pour moi. Merci
beaucoup pour vos informations. C'était un plaisir d'échanger avec vous.
Mme Kamel (Géhane) : Merci à vous.
Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, Mme la députée. Alors, on
poursuit avec le député de Laurier-Dorion.
M.
Fontecilla : Merci, M. le Président. Me Bernier, Me Kamel,
merci beaucoup d'être ici avec nous. Je vous félicite pour votre
excellent travail.
Écoutez,
j'aimerais mieux comprendre la différence dans votre esprit entre la fonction
d'un gestionnaire de cas qui travaille dans un hôpital désigné et un agent de
liaison. Quelle est... quelles sont les fonctions de ces deux entités-là?
Mme Kamel (Géhane) : En fait, le
gestionnaire de cas doit s'assurer que les... tous les services de santé vont être coordonnés pour un individu X, Y, Z. Alors,
si Isaac... si on prend le cas d'Isaac, s'il y avait eu un gestionnaire de cas,
s'il s'était promené d'un hôpital à l'autre puis il avait... on avait eu... on
lui avait donné des services communautaires, c'est le gestionnaire de
cas qui s'assure d'arrimer tous les services de santé pour ce jeune homme là,
tandis que l'agent de liaison, le travail qu'on s'attend de l'agent de liaison,
c'est qu'il suive les modalités d'un jeune homme qui est sous la CETM pour s'assurer qu'il respecte ses conditions, qu'il y a
un pont entre le milieu hospitalier et les policiers puis qu'il soit un
peu la roue de transmission entre l'ensemble des partenaires.
M. Fontecilla : Dans votre
esprit, l'agent de liaison serait en communication avec la personne... la
personne malade pour faire le suivi de ses conditions, entre guillemets?
Mme Kamel (Géhane) : Bien, en
fait, si ce n'est pas lui qui fait le pont, parce qu'il peut être en liaison
avec le gestionnaire de cas, mais assurément... Puis ça, vous verrez comment
vous voulez descendre le libellé de cet agent de
liaison là. Moi, je n'avais pas réfléchi jusque-là dans mon esprit, là. Dans ma
tête, c'est qu'il fallait qu'il y ait quelqu'un qui s'assure du suivi
des modalités qui sont à la CETM. Est-ce que cette personne-là va être en ligne
directe avec la personne qui est suivie, qui
est considérée NCR, ou elle va faire le pont avec le gestionnaire de cas et
l'équipe traitante? Ça, vous devrez arrimer cette portion-là, mais,
assurément, ces deux rôles-là sont extrêmement importants.
M. Fontecilla : Si j'ai bien
compris votre propos, pour vous, il importe peu qu'en particulier l'agent de liaison soit sous la... à l'emploi du ministère de
la Sécurité publique, dans le service correctionnel, ou au ministère de la
Santé, tant et aussi longtemps qu'il accomplit la fonction pour laquelle il
a... bien, son poste a été... ça a été créé, mais, selon vous, est-ce
que l'agent de liaison devrait faire partie de l'équipe traitante ou c'est une
entité à part? Parce qu'à la lecture, entre autres, du mémoire des médecins psychiatres, ils nous
disent que l'agent de liaison ne devrait... ne ferait pas partie de l'équipe traitante pour des raisons
de confidentialité, mais, pour vous, c'est deux entités qui travaillent en
complémentarité, mais pas nécessairement dans une même unité?
Mme Kamel (Géhane) : Bien, en
fait, il pourrait travailler... Vous auriez pu faire le choix de mettre ces
agents de liaison là sous le MSSS. Le choix qui a été fait, c'est de le mettre
sous le MSP, puis moi, je m'excuse, j'ai l'impression que... Je ne veux pas
être ennuyeuse, mais cette portion-là ne m'appartient pas, c'est... En fait,
c'est une décision des parlementaires, du
ministre, puis votre décision à vous tous, au niveau de la commission, de
recommander ou non que cette personne-là soit sous le ministère de la
Sécurité publique ou du MSSS. Moi, tout ce que je dis, c'est que je salue le fait qu'on ait déjà mis en branle
l'affichage des agents de liaison, puis je suis heureuse de voir que ça bouge
puis que ça a bougé bien avant que mon rapport soit déposé. Je ne peux que
saluer ça. Plus vite on va avancer pour être
capables d'encadrer les gens qui sont sur la CETM, surtout ceux qui sont à haut
risque, mieux ça va être pour tout le monde.
M. Fontecilla : Je vous
remercie.
Mme Kamel (Géhane) : Merci.
Le
Président (M. Provençal)
:
J'aurais tendance à vouloir poser
une question, mais je ne sais pas si M. le ministre va me le permettre, parce que vous avez quand même
travaillé sur deux dossiers majeurs. Vous avez déposé deux rapports avec 56 recommandations au total. Dans tous
les échanges que vous avez eus, est-ce que vous avez senti qu'il va y avoir
une maturité — mais
maturité n'est peut-être pas bonne, là — pour vraiment que les ponts
qu'on a de besoin qu'ils soient réalisés se fassent?
Mme Kamel (Géhane) : Écoutez,
je ne vous aurais peut-être pas dit ça au mois d'octobre dernier, mais, après l'enquête de Maureen Breau, je dirais que la
terre a un peu tremblé, là. Ça a résonné quelque chose chez chacun de nous,
chez chaque citoyen au Québec. Ça a résonné une problématique qui était grande.
Puis moi, je pense qu'on est arrivés... qu'on a mûri l'idée de cette
nécessaire collaboration, parce que c'est une policière qui est décédée, c'est M. Brouillard Lessard qui est décédé, mais, à
l'automne, c'est trois personnes, qui auraient pu être vous, moi, qui ont été
tuées au hasard. Je pense qu'on est rendus à
une étape, à un rendez-vous que j'oserais dire historique, pour l'ensemble
des organisations, pour travailler ensemble.
Le Président (M. Provençal)
: Bien, merci beaucoup de votre
précision et de votre réponse. Je tiens à vous remercier tous les deux de votre
contribution puis de votre collaboration.
Et, sur ce, je vais suspendre les travaux pour
permettre à un prochain groupe d'intervenir. Merci beaucoup et bonne soirée.
(Suspension de la séance à 18 h 17)
(Reprise à 18 h 19)
Le Président (M. Provençal)
: Alors, nous allons terminer notre
journée de travail avec le représentant du Service de police de l'agglomération
de Longueuil, M. Arruda. Alors, je vous cède immédiatement la parole pour
votre présentation de 10 minutes, et par la suite on poursuit avec les
échanges. À vous.
Service de police de
l'agglomération de Longueuil (SPAL)
M. Arruda
(Michael) : Parfait. Merci beaucoup. Avant de commencer,
j'aimerais juste me présenter rapidement. Je suis policier retraité du
service de police de Montréal, enseignant au service de police, où j'ai...
j'étais responsable du dossier intervention
auprès des personnes qui ont des problèmes de santé mentale pour presque 20 ans
de ma carrière. Par la suite, je suis allé enseigner aux aspirants
policiers en intervention de crise auprès des personnes qui ont des problèmes de santé mentale, et, présentement, je
suis conseiller à la formation au Service de police de l'agglomération
de Longueuil, et je tiens vraiment à remercier le ministre et son cabinet,
ainsi que cette commission qui est ici aujourd'hui, pour avoir pris la peine...
Je sais que vous devrez être fatigués rendus à cette heure-ci. Vous devrez être
vraiment fatigués, mais je tiens à vous
remercier pour avoir pris la peine... et effectivement de l'introduction de cette
loi ici aujourd'hui.
• (18 h 20) •
Rapidement,
il faut dire aussi que je tiens à ce dossier à coeur parce qu'en 2006 j'ai été
un des instigateurs pour... avec le président de la Commission d'examen
des troubles mentaux pour introduire les informations dans le CRPQ, et c'est suite à ce travail-là qu'en 2008-2009...
que les informations qu'on a aujourd'hui dans le CRPQ ont été introduites,
et c'est pour ça qu'aujourd'hui, presque 15
ans plus tard, on est en train d'améliorer ou tenter d'améliorer ces interventions.
Cela étant dit, le MSP est soucieux d'améliorer
la sécurité publique et d'assurer un meilleur filet de sécurité auprès des personnes ayant obtenu un verdict de
non criminellement responsable à cause de troubles mentaux ou inaptes à subir leur procès, entre autres pour éviter que de nouveaux
drames ne se produisent. Le projet de loi vise à favoriser l'échange de
renseignements entre les organismes du secteur de la santé et de services
sociaux et les corps de police. Il introduit
le partage d'information et devrait faciliter l'implication du nouvel
intervenant, soit un agent de liaison des services correctionnels du
Québec.
À ce titre, le Service de police de
l'agglomération de Longueuil souhaite soumettre quelques suggestions afin
d'assurer les meilleurs suivis possibles ainsi que les interventions plus
efficaces auprès des personnes déclarées non criminellement responsables à
cause des troubles mentaux et vivant dans la collectivité. Comme vous le savez,
les policiers peuvent être appelés à intervenir
lorsque la personne ne respecte pas les modalités établies par la Commission
d'examen des troubles mentaux, lorsque son état se détériore, qu'elle se
désorganise, qu'elle devient dangereuse ou, en dernier recours, lorsque les
proches ont tenté de faire appel à l'équipe traitante, mais sans succès. Ils
peuvent également avoir à intervenir auprès d'une telle personne dans un
contexte non relié, c'est-à-dire un appel de bruit excessif ou autre, enquête
de voisinage, etc.
Les services de police reçoivent de la part...
Pour votre information, on parlait beaucoup... L'information qu'on reçoit du Tribunal
administratif du Québec, c'est une fiche signalétique sur chaque individu
déclaré non criminellement responsable vivant dans sa collectivité. Cette fiche
contient le nom, la date de naissance, l'adresse, l'hôpital désigné sans une
personne-contact et les modalités et conditions de libération lorsque la
Commission d'examen des troubles mentaux
émet les telles modalités. Cette fiche fait l'objet d'une inscription au CRPQ.
Cette fiche n'offre malheureusement
pas l'information suffisante et pertinente pour permettre d'ajuster et de
bonifier l'intervention policière à ce stade.
Maintenant, au niveau des constats, je vais vous
faire quelques constats qu'on a vus dernièrement. Afin d'aller plus vite, je
vais faire un résumé des constats.
Sur la prise en charge des personnes non
criminellement responsables et inaptes à subir leur procès, le premier constat
qu'on fait comme service de police, et que je fais aussi, c'est : les
proches sont les mieux placés pour observer le non-respect des conditions ou la
dégradation de l'état mental, et, effectivement, c'est... souvent, je
dis : C'est qui, les experts en santé mentale? Et, veux veux pas, c'est la
personne qui vit la maladie et les proches de cette personne-là. Souvent, c'est
eux qui vivent avec la personne 24/7.
La prise en charge par l'équipe traitante doit
être rapide après un signalement. Malheureusement, l'évaluation par l'équipe traitante
peut se faire après plusieurs jours. Vous comprenez, quand vous êtes pris avec
une situation difficile, les parents cherchent à voir qui on devrait appeler
puis avoir une prise en charge rapidement, eh bien,
la crise peut être passée ou le comportement atypique atténué, mais le suivi
médical à date est sûrement nécessaire.
Le constat n° 3 : les policiers doivent avoir un accès immédiat aux
personnes-ressources qualifiées. Ça devient problématique, surtout quand
les policiers travaillent 24/7, et on fait des interventions à toute heure, à
tout moment de la journée. Les policiers
doivent avoir... et souvent on n'a pas accès à ces informations-là ou à une
personne-ressource qualifiée.
Le constat n° 3...
quatre, excuse, la personne... le personnel de première ligne de l'hôpital
désigné n'a pas toujours les connaissances
de suivi de la Commission d'examen des troubles mentaux. Qu'est-ce qu'on
constate, c'est que, dans les
hôpitaux spécialisés, parfois, il va y avoir des équipes qui se spécialisent
dans le suivi de la Commission d'examen des troubles mentaux, mais, dans
les hôpitaux généraux, on a beaucoup de misère à trouver quelqu'un,
effectivement, qui ont... qui sont au courant, et parfois il y a un refus de
prise en charge de l'individu en question.
N° 5 est : sans
accès rapide à l'équipe traitante, les policiers doivent arrêter et détenir la
personne... recours à l'appareil judiciaire surchargé par des cas de santé...
Quand le policier ne trouve pas personne, à ce moment-là, on n'a pas le choix, il faut le détenir, le faire
passer en avant du juge, puis vous pouvez imaginer tout ce que ça prend pour,
effectivement, ramener la personne dans un milieu hospitalier. Aussi, au niveau
de la prise en charge, les... présenter les
pistes d'amélioration pour optimiser la prise en charge des personnes non
criminellement irresponsables et inaptes à subir son procès.
Au niveau de quelques connaissances et au niveau
de la compréhension des processus, effectivement, je pense que... Et je m'excuse que je me répète aujourd'hui. Je sais qu'il
y a eu beaucoup d'experts qui se sont présentés aujourd'hui, et ça se
peut très bien que je me répète, en sachant très bien aussi qu'il y a déjà des
travaux qui ont amorcé et qu'il y a effectivement le rapport de Me Kamel, qui
vient de sortir il n'y a pas longtemps, qui va répéter qu'est-ce que je viens de dire ou je vais dire. Il y a un manque de
connaissance, et de compréhension de processus et des responsabilités des intervenants, et je l'ai
constaté et je le vois, qu'effectivement il y a une confusion, je dirais,
auprès des intervenants de première ligne à tous les niveaux. Il
devrait... Nous, on propose, comme service de police, de mandater un comité multidisciplinaire, multisectoriel
pour développer une capsule de formation destinée aux intervenants de
première ligne. J'ai entendu parler qu'il y a... ça se parle déjà, de faire une
sorte de formation ou d'information uniformisée, que tout le monde est d'accord
avec cette formation-là.
Deuxième... au niveau de la prise en charge médicale,
la prise en charge médicale est parfois lente après le signalement. Il faut
effectivement structurer des équipes spécialisées dans tous les hôpitaux ou les
associer aux hôpitaux spécialisés. C'est-à-dire qu'il y a présentement, dans
certains hôpitaux qui se spécialisent au niveau de la psychiatrie légale... il
y a des équipes qui existent déjà, qui font les suivis de la Commission
d'examen des troubles mentaux... et favoriser l'admission rapide à l'hôpital
pour évaluation pour l'équipe traitante.
Au niveau des accessibilités au niveau des
agents de liaison, est-ce qu'on va avoir de la difficulté rapide... est-ce
qu'on va avoir de la difficulté à rejoindre rapidement les agents de liaison?
C'est une des préoccupations des policiers.
Comme dans les hôpitaux, à 4 heures du matin, à 3 heures du matin, à 2 heures
du matin, est-ce qu'il va y avoir quelqu'un
qui va nous répondre? C'est là le problème. En temps normal, durant le jour, on
a accès à différents endroits, mais, après 4
heures, la boîte se ferme. Malheureusement, la police ne ferme pas la boîte. On
continue jusqu'à la fin. Qu'est-ce qu'on
fait avec dans ce temps-là? Est-ce qu'on peut prévoir des numéros d'urgence, un
central pour les urgences si la structure actuelle ne le permet pas,
avoir quelque chose qu'on peut rapidement contacter?
Et la question qui
tue, l'information, le partage d'information. Présentement, on parle de notion
pertinente... peut être un frein, mais on
peut-tu dire toute... à la place de parler juste de l'information pertinente,
mais toute information susceptible
d'être utilisée par le policier pour une intervention efficace, est-ce que ça,
ça serait quelque chose d'intéressant? Présentement, les services de
police ne sont pas partie prenante de la Commission d'examen des troubles
mentaux. Pour avoir participé à plusieurs, on est là comme observateurs, mais
on ne fait pas partie de quoi que ce soit au niveau... C'est surtout au niveau
du DPCP ou le procureur de la défense qui va prendre parole là-dedans. Est-ce
qu'effectivement on peut considérer que les policiers aussi fassent partie de
cette... lors des audiences?
Et aussi le problème
dans les interventions, échanges et suivis relatifs aux dossiers de la CETM...
constituer des comités intersectoriels
régionaux pour faciliter la collaboration et la résolution des enjeux locaux.
Est-ce qu'on peut effectivement mettre des comités en place pour régler
des situations rapidement?
Et,
en conclusion, le SPAL, le Service de police de l'agglomération de Longueuil,
vise à soumettre les réflexions suivantes pour assurer l'efficacité des
nouvelles mesures : rapidement, assurer l'accessibilité à l'information
24/7, instaurer des mesures qui garantissent la prise en charge adéquate par
les parties prenantes, et, troisième, constituer un comité multisectoriel qui veillera à la mise en oeuvre et la suite de
l'application efficace des modalités. Voilà, merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci beaucoup. Alors, M. le
ministre.
M.
Bonnardel : Merci, M. le Président. Merci, M. Arruda, d'être là.
Parlez-moi un petit peu de votre implication avec le SPAL, là, parce que, là,
ça m'intéresse de savoir... Les recrues qui sortent de l'École nationale de police ont des formations, plusieurs formations.
Vous, vous avez une expérience assez concentrée sur les états mentals...
l'état mental perturbé, peu importe comment
on va appeler ça, la santé mentale, comme telle, de gens sur lesquels, dans le
quotidien, les policiers ont à intervenir jour après jour. La SQ le disait ce
matin, là, c'est près de 27 000, 28 000 appels annuellement. Le SPVM me
le disait aussi, c'est presque un appel sur deux qui est centré sur des
problèmes de santé mentale.
Qu'est-ce que vous
amenez de plus à ces policiers que l'École nationale? Puis c'est une drôle de
question, là, mais je suis curieux pareil, là, je vous la pose parce que...
Avec l'expérience que vous avez, qu'est-ce que vous amenez de plus pour ces
policiers, policières que l'École nationale ne donne peut-être pas? Avec
l'expérience terrain que vous avez eue dans
les 30, 35 dernières années, donnez-moi un petit peu le portrait, là, de ce que
vous apportez, puis, je pourrais dire aussi, sous-question, l'évolution
de votre travail du policier, mais de la formation que vous donnez, parce que, bon, le travail a changé dans les 20
dernières années, dans les 10 dernières années parce que, bon, on a des cas
plus, plus précis, plus difficiles pour certains. Donc, question à multiples...
multiples sous-questions, là, mais...
M. Arruda
(Michael) : Je vais essayer de faire ça dans cinq minutes.
M.
Bonnardel : Allez-y, allez-y.
• (18 h 30) •
M. Arruda (Michael) : ...qu'on va finir plus tard, mais rapidement... Effectivement,
présentement, la manière que ça
fonctionne, c'est qu'un aspirant policier... Au niveau collégial, on donne un
cours. Je donne un cours. Présentement, il y a un cours de 60 heures au
niveau collégial. Dans la technique policière, il y a un cours de 60 heures qui
s'appelle Intervention de crise auprès des personnes qui ont des problèmes de
santé mentale et de toxicomanie. Comme ça, un étudiant qui rentre en techniques
policières dans la deuxième année va recevoir un cours de 60 heures en
intervention de crise auprès des personnes qui ont des problèmes de santé
mentale.
Une fois qu'il a fini
son cours, son... sa technique de trois ans, il s'en va à l'École nationale,
et, à l'École nationale, où j'enseigne aussi, qu'est-ce qu'on va faire, c'est
que l'École nationale, il faut comprendre qu'eux c'est où est-ce qu'on va mettre en pratique qu'est-ce qu'on a appris au niveau
collégial. C'est-à-dire que, dans... à l'école de police... à l'École
nationale de police, qu'est-ce qu'on veut, c'est de... la théorie qu'on a vue
au niveau collégial, on va la mettre en place via des scénarios, via des
simulations, via qu'est-ce qu'on fait, l'approche. On va intégrer toutes sortes
de théories et de façons de faire pour intervenir auprès des personnes qui ont
des problèmes de santé mentale.
Et, une fois qu'ils
ont sorti de l'École nationale, et vous voyez, c'est qu'il... qu'est-ce qu'il
faut comprendre, c'est que, quand on donne
la formation aux deuxièmes années, aux aspirants policiers, ils vont aller à
l'École nationale peut-être deux ans plus tard... un an et demi plus
tard, deux ans plus tard. On revient avec la santé mentale, et, après ça, quand ils finissent l'école, ils retournent
dans les services de police. Et là le service de police, effectivement, au
niveau du service de police de Longueuil, on a dit : Où est-ce
qu'on est rendus présentement? Est-ce qu'on devrait aller... Puis pourquoi j'ai été engagé au SPAL, c'est
effectivement de développer une formation innovante, et c'est quoi, cette
formation innovante, qu'est-ce qu'on a compris avec les policiers, c'est qu'il
faut effectivement mettre à niveau les connaissances. C'est-à-dire que, si on
donne une formation puis on fait le «checkbox», il est formé, ce n'est pas la
réalité. Il faut revenir, il faut développer des nouvelles techniques de façons
de faire.
Avant... Je vous
donne un exemple concret. Avant, on parlait... on donnait aux policiers c'est
quoi, quelqu'un qui est en crise, qui est... que la personne est
schizophrène... c'est quoi, les symptômes, c'est quoi, les symptômes de
quelqu'un qui est bipolaire.
Qu'est-ce qu'on a compris avec le temps, c'est
que les policiers vont tout mélanger, toutes les maladies, tous les troubles,
et là ça devient problématique. Et là, qu'est-ce qu'on est en train de voir,
c'est qu'on va aller vraiment avec toutes les maladies, c'est quoi, une maladie qu'on va trouver dans
le DSM-5. Ça va toucher la pensée, les émotions et le comportement. Comme ça, quand on va demander aux policiers
d'intervenir, c'est de dire... on ne veut pas savoir c'est quoi, le diagnostic, on ne veut pas savoir,
mais dis-moi c'est quoi, les pensées, les émotions puis le comportement de
cette personne-là, et est-ce que ça te laisse croire que cette personne-là a un
problème de santé mentale.
Vous voyez que, quand j'ai commencé dans ce
dossier-là, on parlait beaucoup de diagnostic. Aujourd'hui, on parle moins de diagnostic puis on regarde les
comportements. Parce que les policiers, c'est des spécialistes de
l'observation, l'observation du comportement. Et là aujourd'hui, on est
en train de vraiment évoluer, aller ailleurs que juste, c'est quoi, la maladie
mentale, et comment ça fonctionne, une maladie mentale.
M. Bonnardel : Est-ce
que c'est une forme de requalification, ce que vous faites avec le SPAL? Est-ce
qu'on peut qualifier ça de cette façon, ou c'est vraiment une formation
spécifique sur les connaissances que vous avez acquises pendant toutes ces
années?
M. Arruda (Michael) : Bien, ce
n'est pas une requalification, parce qu'il n'y a pas de requalification en
santé mentale. Le SPAL a décidé, a mis de l'avant que l'intervention auprès des
personnes qui ont des problèmes de santé
mentale était importante. Comme vous avez nommé, on reçoit des milliers
d'appels par année pour intervenir, et la direction du SPAL trouvait extrêmement important d'avancer, de trouver
des meilleures façons d'intervenir, qu'est-ce qu'on pouvait mettre en
place, de quelle façon qu'on pouvait le mettre en place afin de donner les
meilleurs outils aux policiers possibles.
Et effectivement, la loi 66, c'est un outil
qu'on regarde avec beaucoup d'intérêt. On parle de formation au niveau de la...
état mental... Commission d'examen des troubles mentaux, excuse-moi, et on...
juste informer nos policiers... On a commencé
à former nos policiers sur la Commission
d'examen des troubles mentaux, comment
ça fonctionne, de quelle façon on le voit. Puis effectivement, c'est
vraiment une mise à niveau de connaissances, puis ce n'est pas une fois on le
fait puis on arrête. Il y a des modules, puis on bâtit sur nos acquis. C'est
une mise à niveau de connaissances, il y a une formation de cinq semaines, on
arrête cinq semaines, on pratique qu'est-ce qu'on a vu sur la rue, on revient,
on fait un suivi et on continue ensuite, deuxième module, troisième module.
M. Bonnardel : Vous avez dit
tantôt, vite, vite, là... vous avez parlé d'hôpitaux ou centres spécialisés.
Mettons on prend Pinel... Puis vous avez dit les hôpitaux généraux. Il y a une
disparité entre les hôpitaux généraux, vous
avez dit, entre... la méconnaissance de la santé mentale. Expliquez-moi un
petit peu plus ce que vous vous voulez dire,
là-dedans, à savoir, là... Dans la loi, ce qu'on souhaite, c'est que le
policier, à partir de maintenant, si on adopte la loi dans les prochaines
semaines, puisse être capable d'obtenir de l'info, ce qui n'était pas le cas
avant. C'était l'équipe médicale, plus souvent qu'autrement, qui
appelait le service de police en disant : Bien, tel monsieur, telle
madame, allez à sa rencontre à la maison, à
l'appartement. Vous devez nous l'amener à l'hôpital pour des raisons x, y, z.
Qu'est-ce que vous voulez dire par cette inégalité...
M. Arruda
(Michael) : C'est qu'il y a... Comme vous le savez, il y a
différentes... puis vous allez m'excuser, je vais utiliser... comme vous
le voyez par mes cheveux ou manque de cheveux, ça fait un bout de temps que je
suis là-dedans... que moi... je vais utiliser des vieux termes au niveau des
hôpitaux, parce qu'ils ont changé dernièrement. Mettons, l'Hôpital Douglas, ou
l'Hôpital Louis-H.-Lafontaine, ou, à Québec, Robert-Giffard, qui est rendu
l'hôpital universitaire de Robert-Giffard et... Tout ça pour vous dire que ces
hôpitaux-là, c'est des hôpitaux qui se spécialisent auprès des personnes qui ont des... pas juste des personnes, mais des
personnes qui ont effectivement des... non criminellement responsables avec... à cause des troubles mentaux
ou inaptitudes. Mais ils ont développé, avec le temps, des équipes qui se
spécialisent, effectivement, de faire le suivi auprès de ces gens-là.
Malheureusement...
et là je ne le sais pas, ce n'est pas dans mon domaine, malheureusement, les
hôpitaux généraux qui ne sont pas
nécessairement... qui ne se spécialisent pas nécessairement en psychiatrie,
eux, n'ont pas nécessairement ces équipes-là qui peuvent suivent cette
personne-là, qui peuvent effectivement... qui connaît comment ça fonctionne,
le pourquoi, dans... quelles façons de faire.
Et on trouve... Mais malheureusement, comme à Longueuil,
on a deux hôpitaux en particulier qui ne se spécialisent qu'en psychiatrie,
mais qui ont des ailes psychiatriques et qui peuvent avoir des gens qui sont
sur la Commission d'examen des troubles mentaux qui est référée à ces
hôpitaux-là. Malheureusement, il n'y en a pas, une équipe qui est dédiée, parce que... et là je présume, je ne le sais pas,
mais peut-être qu'ils n'ont pas le volume nécessaire ou, bien, peut-être
qu'ils ont deux, trois cas, puis de dégager quelqu'un à temps plein pour faire
que ça, ça devient effectivement problématique. On ne les trouve pas.
M. Bonnardel : Oui. Je
comprends, je comprends. Dites-moi, rapidement... je pense que j'ai la réponse,
là, mais je vous la pose pareil. Vous l'avez dit tantôt, le CRPQ, l'information
que les agents vont entrer eux-mêmes, vous
le disiez tantôt, là, on souhaite être capables, peu importe qui va nous
répondre, que ce soit l'agent de liaison ou que ce soit l'intervenant en
santé... ça vous prend un numéro qui, on le souhaite, passé 16 heures...
qu'il y ait quelqu'un qui répond.
M. Arruda (Michael) :
Effectivement, pour le policier, il faut penser aux premiers intervenants sur
le terrain quand on fait affaire avec des
personnes en crise ou qui ne vont pas bien, où que la famille nous appelle, il
n'attend pas avant 4 heures... Tu sais, la crise ne vient pas... Il
n'y a pas une heure en particulier pour la crise, ça peut arriver à n'importe quel moment.
Nous, les policiers, on a besoin d'avoir accès à quelqu'un rapidement pour
effectivement dire qu'est-ce qu'on fait avec cet individu-là. De quelle
façon...
Présentement,
les formations qu'on a dans le CRPQ, c'est minime. Le but en 2008, 2009,
quand... avec le président, quand on avait mis ça dans le CRPQ, mon
objectif à moi, c'était de dire : Quand les policiers vont intervenir
auprès de cette personne-là, on va le savoir, que c'est quelqu'un qui a un
problème de santé mentale et on va modifier nos interventions. Parce que, notre objectif, c'était d'améliorer nos
interventions auprès des personnes qui ont des problèmes de santé
mentale.
Aujourd'hui,
on est rendus ailleurs. C'est sûr que, là, on a besoin de plus d'informations,
c'est-à-dire de quelle façon...
surtout s'il y a quelqu'un qui a la Commission
d'examen des troubles mentaux...
C'est quoi, les modalités? Est-ce que...
Et vous allez voir, dans ces rapports-là, souvent, c'est toujours les mêmes
conditions : Ne pas troubler la paix, ne pas consommer, rester à telle
adresse. Et, pour nous, les policiers, c'est de dire : OK, on l'a vu en
train de consommer. Est-ce que sa consommation va mettre en danger la
sécurité du public ou non? Est-ce que le fait qu'il ne reste pas à telle adresse, est-ce que c'est problématique? Et
on a besoin d'appeler quelqu'un pour demander : Est-ce que vous avez...
qu'est-ce qu'on fait avec ça, de quelle façon on fait?
Et
aujourd'hui, on n'est pas capables. On est obligés de détenir la personne, de
l'amener à l'avant des tribunaux, et, effectivement, pour s'assurer
qu'effectivement cette personne-là est prise en charge.
M. Bonnardel : Merci,
M. Arruda. Ça va pour moi.
Le Président
(M. Provençal)
: Ça va. Y a-tu d'autres
questions? S'il n'y a pas d'autre question, on poursuit avec la...
Mme Maccarone : ...
Le Président (M. Provençal)
: Bien oui. Députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci, M. le Président. Un plaisir de vous avoir
avec nous aujourd'hui, M. Arruda. Est-ce qu'il y a d'autres
M. Arruda dans tous les autres services de police municipale?
M. Arruda (Michael) : Je ne
pense pas. Je ne crois pas. Je ne pense pas, mais ça se peut.
Mme Maccarone : Parce que c'est
la ville qui défraie vos frais, c'est ça? C'est la ville qui a fait le choix de
vous engager, parce que c'est sous la responsabilité municipale.
M. Arruda (Michael) : Oui, oui.
J'avais pris ma retraite et puis je ne savais pas quoi faire de ma vie. Et puis
j'ai retourné...
Mme Maccarone : J'ose croire
qu'il va... après votre témoignage aujourd'hui, qu'il y aura beaucoup d'autres
services de police municipale qui auront un intérêt de vous avoir parmi leurs
rangs.
M. Arruda (Michael) : Merci.
Mme Maccarone : Parce que c'est
vrai, la formation que vous offrez, c'est très intéressant, mais on sait que la
formation, on l'a dit, vous êtes ici presque toute la journée, la formation est
le nerf de la guerre. Puis on fait face à des difficultés à former tous nos
policiers, faute de manque d'effectifs.
M. Arruda (Michael) : Oui,
effectivement, c'est qu'est-ce qu'on constate.
• (18 h 40) •
Mme Maccarone : Oui, c'est...
Mais je comprends. Tout le monde comprend, tout le monde veut avancer, ça fait
qu'au moins tout le monde est sur la même page, mais on fait face à des
difficultés.
Dans le projet de loi, vous m'avez déjà aussi
entendue parler, on ne parle pas de l'agent de liaison, ce n'est pas nommé dans
la loi, mais je comprends que c'est quelque chose qui va peut-être s'en venir.
Selon vous, comment devons-nous former cette personne? Parce que vous, vous
avez des besoins, les victimes ont des besoins, le réseau de santé et services sociaux ont des besoins. Comment
devons-nous former ce rôle puis ce serait quoi la responsabilité de cette
personne?
M. Arruda
(Michael) : Ouf! Mais c'est
une très bonne question. Et, comme vous l'avez entendu aujourd'hui pendant
plusieurs experts qui ont venus témoigner, chacun a ses besoins. Et qu'est-ce
qu'on... Et je pense que la beauté de
travailler ensemble, le partenariat, c'est qu'on peut aller satisfaire
plusieurs personnes en travaillant ensemble.
Je pense que cette formation-là, quand que nous,
on fait une formation... Moi, je tiens... moi, je vous dis que, quand je
développe une formation, il y a deux experts : l'usager, la personne qui
vit avec la maladie, puis la famille. C'est les deux experts qui existent au
niveau santé mentale. Puis je tiens à ça, c'est-à-dire, quand je développe une
formation, par la suite, une fois que ma formation est développée, souvent, je
vais appeler ces deux personnes, ces deux experts, ces deux comités-là... de
venir valider la formation que je donne aux policiers. Est-ce que qu'est-ce qu'on est en train de donner... est-ce que vous êtes
satisfaits avec ça? Est-ce qu'on devrait le changer? Qu'est-ce que vous
attendez avec ça?
Je pense que, dans cette formation-là qu'on
devrait développer pour les agents de liaison, ça prend des gens de tous les
milieux qui vont venir dire : Bien, voici, moi, mes besoins, voici mes
besoins, voici l'autre besoin. Puis ça a l'air compliqué, mais vous allez voir,
quand tout le monde est de bonne foi, on arrive à quelque chose qui est
extraordinaire, qui est concret et qui peut effectivement fonctionner.
Mme Maccarone : Bien, je pense
que tout le monde est d'avis que c'est une bonne idée. Ce n'est pas parce que
l'idée n'est pas bonne, c'est juste : Comment la mettre à l'oeuvre? Comme
on a entendu, est-ce que c'est un agent de liaison? Parce que c'est quand même
un agent de probation qui soulève beaucoup de craintes par rapport à des
personnes concernées, que l'on peut comprendre. Mais aussi, vous, ce que vous
avez évoqué que les policiers ont besoin, c'est un peu une analyse clinique. À
quelques reprises... tu sais, est-ce que... comment la personne va réagir... C'est
quelque chose qui est peut-être à l'extérieur de les responsabilités de cette
personne.
Ça fait que je comprends le désir de peut-être
avoir un intervenant pivot qui sera sous la responsabilité du ministère Santé et Services sociaux. En plus, on
parle de 1 900 cas, 18 personnes. Juste pour vous situer, c'est
peut-être une personne par région administrative au Québec. Une
personne. C'est plus que 100 dossiers par personne. Comment ils vont
réaliser tout ce travail?
M. Arruda
(Michael) : Oui. Et vous allez me corriger, je ne suis pas
dans tous les comités ou les affaires, mais...
Mme Maccarone : Moi non plus.
M. Arruda (Michael) :
...mais... et peut-être que je vais avancer quelque chose qui n'a pas d'allure
ou que ça ne tient pas, mais de qu'est-ce que je comprends, c'est
qu'effectivement, au niveau des agents de probation, ce seraient les cas plus
complexes, les cas qu'on a une crainte plus que... ce n'est pas nécessairement
tous les... les 1 200 cas ou les
1 900 cas... C'est-à-dire que, si on a les cas plus complexes, qui
peuvent devenir dangereux ou peu importe, on aurait accès à l'agent de
liaison.
Maintenant, pour les autres cas, c'est là qu'on
dit : Est-ce qu'on peut avoir quelque chose aussi? Parce qu'on le sait, ça peut... ce n'est pas parce que tu es
un cas complexe ou que tu es... ou que tu n'es pas un cas complexe plutôt,
que tu ne peux pas être dangereux si tu ne suis pas tes modalités ou s'il y a
des modalités qui ne fonctionnent pas. C'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait un
mécanisme.
Tu sais, on parle beaucoup d'agent de liaison ou
d'agent de probation, d'agent pivot. Moi, qu'est-ce qui me concerne, c'est d'avoir un filet, un filet social
alentour de la personne impliquée. Et, quand je parle de filet, c'est-à-dire,
quand on voit l'image d'un filet, tout est connecté, tout fonctionne. Et c'est
ça qui crée le filet. Si on avait juste des lignes
ou des... de la corde qui ne se tient pas, bien, ça va passer à travers. Et
nous, qu'est-ce qu'on veut, c'est vraiment de créer ce filet-là avec les
agents de liaison, avec les hôpitaux, avec les services de police, avec la
famille, avec... et de créer ce filet-là.
Parce qu'une fois que ce filet-là... c'est là qu'on fait de la prévention.
Notre objectif, c'est de... que ces drames-là ne se... ne produisent
plus. Et c'est effectivement dans la prévention qu'on va faire ça.
Mme Maccarone : Puis ce filet
sera soutenu par un numéro d'urgence ou une centrale pour les cas plus urgents
à 4 heures le matin, parce qu'on n'a pas...
M. Arruda (Michael) : Pas
nécessairement. Ce n'est pas juste... Comme je vous dis, un filet, c'est
plusieurs personnes. Mais, à 4 heures du matin, avoir le choix de parler
avec quelqu'un puis me dire : OK, qu'est-ce qu'on fait avec, tu sais,
c'est toujours... je dis toujours : Quand on est... quelqu'un nous tient
par la main ou on tient la main de l'autre, on devient un petit peu plus
sécure, on devient plus à l'aise avec qu'est-ce qu'on fait. Ce n'est pas nécessairement... mais tout seul... et je prends
la décision, je vais détenir pour m'assurer que cette personne-là a brisé ou n'a pas suivi les modalités... mais je vais
l'arrêter puis je vais l'amener en détention. Est-ce que c'est ça que la
personne a besoin vraiment?
Mme Maccarone : Ça fait qu'en
plus de toutes les responsabilités que je viens d'énumérer, travailler avec les
victimes, travailler avec les policiers, travailler avec le milieu de santé, on
a besoin aussi d'avoir une rotation de formation, parce qu'il me semble
qu'appeler un numéro ou une centrale... C'est parce que vous, vous devez...
vous souhaitez parler avec un agent de liaison qui devrait avoir accès
peut-être aux dossiers des autres agents de liaison pour s'assurer que l'information qu'il partage avec vous est appropriée,
parce que c'est quand même sensible. J'essaie d'imaginer comment cet
aspect-là peut fonctionner si on n'ajoute pas des effectifs.
M. Arruda
(Michael) : Oui, bien, je ne sais pas. Au niveau des
effectifs, je ne sais pas comment ça fonctionne, mais au niveau de centraliser
les appels ou avoir des dossiers centralisés, ça devient effectivement plus
facile. Puis ça existe dans d'autres domaines. Présentement, on a ça
ailleurs... qu'on peut... Je vous donne un exemple, je vous donne un exemple. À
4 heures du matin, on a droit à un avocat de la défense. Il y a un numéro
central qu'on appelle, puis c'est distribué parmi tant d'agents... tant
d'avocats de la défense. Quand on arrête quelqu'un, la personne a besoin d'un avocat, on va le transférer, on
appelle un numéro puis on va avoir le service, dans ce cas ici. Est-ce qu'on peut
avoir quelque chose dans d'autres au niveau... Je ne le sais pas, je suis en
train de penser.
Il y a d'autres systèmes à
travers le monde qui existent, effectivement, décentralisés... qui sont
centralisés. Le système PARIS, je crois, je dis ça sous toutes réserves, mais
le système PARIS, PARIS, p-a-r-i-s, en Colombie-Britannique, présentement, où
est-ce qu'effectivement il y a de l'information centralisée sans nécessairement
donner de l'information confidentielle... mais il y a certaines informations
qu'il peut donner pour soutenir les policiers lors des interventions.
Mme Maccarone : Comment
voyez-vous la formation de nos répartiteurs qui travaillent dans nos centres de
gestion d'appels? Parce que leur rôle est essentiel. Comment voyez-vous leur
rôle? Comment que nous devons les accompagner
aussi dans le processus? Parce que c'est eux qui vont fournir les informations
en premier lieu aux policiers.
M. Arruda
(Michael) : C'est... Si vous me demandez personnellement, là,
je ne parle plus au niveau de Longueuil, vous parlez à Michael Arruda, parce que
je n'ai pas discuté ça avec ma direction au niveau des répartiteurs du 911...
Mme Maccarone : Parfait. Selon
votre expérience puis votre expertise.
M. Arruda (Michael) : ...mais
c'est une clé majeure. C'est extrêmement important, parce que l'information
passe par le 911, et cette information-là est transmise au policier, et
parfois, l'information que le policier reçoit, ce n'est pas nécessairement l'information... parce que, pour différentes
raisons, le répartiteur a une, 1 min 30 s pour répondre et envoyer l'information. Il faut qu'il aille
chercher l'essentiel de cette information-là pour donner au policier, parce que
c'est un appel d'urgence pour déplacer les policiers. Vous comprenez que, dans
1 min 30 s pour aller chercher l'essentiel d'un appel
d'urgence, ça devient extrêmement compliqué.
Et c'est-à-dire que, si on veut transférer ces
appels-là ou si on... Comment on fait pour qu'un répartiteur soit capable de
détecter que quelqu'un a un problème de santé mentale ou détecter que je
devrais rester plus longtemps avec cette personne-là au téléphone afin de le
garder jusqu'à temps que les policiers arrivent? C'est sûr que ça prend une formation en particulier, puis, oui, on l'a vu
dans plusieurs enquêtes du coroner... pas plusieurs, mais quelques-unes, je
crois, qu'une formation au niveau du 911, c'est important aussi.
Mme Maccarone : Puis
les équipes mixtes? Nous en avons besoin dans chaque territoire, dans chaque municipalité?
M. Arruda (Michael) : En
passant, c'est moi qui avais développé les équipes mixtes à Montréal pour la
première fois.
Mme Maccarone : Bravo!
M. Arruda (Michael) : On n'a
pas réinventé la roue, hein? Les équipes mixtes, ça existe depuis 40 ans.
Le Car 87, à Vancouver... Car 87, ça s'appelle Car 87, parce que ça a été créé
en 1987, des équipes mixtes, et c'est un modèle qu'on est allés chercher
d'ailleurs, puis on l'a mis ici à notre saveur, ici.
Est-ce que je
crois que les équipes mixtes fonctionnent? La réponse est oui, effectivement.
Mais, encore une fois, la police du futur, est-ce que ça va être toutes
des équipes mixtes? Je pense qu'il faut commencer à penser qu'il ne faut pas
juste mettre des équipes mixtes, ça ne vient pas régler tous les problèmes de
santé mentale.
Puis, rappelez-vous, quand le policier fait
l'intervention auprès de quelqu'un qui vit un problème... qui a un problème de santé mentale, en crise, ça se passe
dans les premières minutes, ça se passe dans les premières 3 à 5 minutes
d'une intervention, où est-ce que ça vire mal. Ça veut dire : le temps que
l'équipe d'intervenants va arriver, c'est... ça peut être une heure,
deux heures plus tard, quand la situation est sous contrôle.
Comme ça, avoir des équipes mixtes, oui, ça aide
beaucoup, mais lorsque la situation est contrôlée. Comme ça, les équipes
mixtes, c'est... à mon opinion, ce n'est pas l'opinion du SPAL...
Mme Maccarone : C'est compris.
M. Arruda (Michael) : ...c'est
mon opinion, il y a... c'est très bon, mais il y a aussi des limites.
• (18 h 50) •
Mme Maccarone : La raison que
je pose la question, c'est... Je ne sais pas si vous êtes de le même avis que moi, qu'on est pour ou on est contre le projet de
loi, il y a un article qui donne un accès aux policiers à le plus
d'informations pour effectuer votre travail. Mais, dans le fond, je ne
sais pas si vous êtes en accord. Est-ce que ça va mettre fin aux portes tournantes?
Est-ce que ça va donner un impact sur les portes tournantes? Parce que c'est un
enjeu aussi principal qu'on entend beaucoup,
en lien aussi avec le P-38 que nous sommes en train de réévaluer. Ça fait que
peut-être que vous pourriez nous situer un peu par rapport à votre
vision là-dessus pour nous aider aussi.
Parce qu'encore une fois, je répète, on a une
occasion en or, nous sommes en train de débattre, on a un ministre qui a une
écoute. Y a-t-il quelque chose qui manque dans le projet de loi que nous
pourrions mettre pour rejoindre un besoin, peut-être?
M. Arruda (Michael) : Il
faut comprendre que oui, je crois aux équipes mixtes. Parce qu'on avait un
problème avec les équipes mixtes,
c'est que les deux travaillaient ensemble... ne me partageaient pas
d'informations, c'est-à-dire que l'objectif... Parce que, dans les équipes
mixtes... Pourquoi on a créé des équipes mixtes? C'était qu'on avait, dans... d'un côté, on avait l'expertise, qui était
l'intervenante sociale, hein, c'est l'expertise, puis, de l'autre côté, on
avait l'autorité qui était le policier, qui pouvait appliquer des lois.
Et on a mis ces deux-là ensemble afin, effectivement, d'améliorer les interventions. J'ai l'expert, puis j'ai la
personne qui est effectivement au niveau de levier légal, qui est ce levier
légal, et on les a mis ensemble. Et
qu'est-ce qu'on souhaitait, c'est qu'il y ait un collage de façons de faire
pour approche auprès des personnes qui ont des problèmes de santé
mentale.
Cela étant dit, c'est
que présentement il y a des services que... l'intervenant avait des
informations, le policier avait des
informations, mais même dans la même auto, bien, c'est confidentiel, je n'ai
pas le droit de le dire puis je ne veux pas me mettre dans le trouble de
le dire. Comme ça, oui, ça prend... Pour ces personnes-là, comme Me Kamel a dit tantôt, on a un paquet de monde qui a un
paquet d'informations, on détient des informations, mais je n'ai pas le droit
de te le dire. Même s'il est dangereux, je n'ai pas le droit de partager ça
avec toi puis tout ce que tu veux. Oui, ça prend cette information-là.
Maintenant, pour le
futur, est-ce qu'on peut améliorer encore mieux ces interventions policières?
La réponse est oui. Je suis d'avis qu'on est
rendus en 2024, il faut... Au Québec, je pense qu'il faut aller au-delà de
qu'est-ce qu'on fait présentement. Donc, je pense qu'on est un pays
fertile pour l'innovation. On est un endroit qui a développé des affaires où le
monde devrait nous regarder, venir ici voir qu'est-ce qu'on fait. C'est à dire
que : Est-ce... que ce soit... nécessairement
la police qui devrait aller intervenir auprès de ces appels-là? Est-ce qu'on
peut envoyer des spécialistes...
Mme Maccarone :
D'autres équipes.
M. Arruda (Michael) : ...terrain pour aller intervenir? Est-ce que les
appels devraient rentrer au service de police?
Mme Maccarone : Puis comment voyez-vous
l'évolution du P-38? Parce que, tu sais, c'était aussi évoqué dans le rapport
de Me Kamel, on a entendu l'autre groupe qui a dit... même les groupes qui
représentent les personnes concernées,
qui disent que peut-être on a quelque chose à apprendre de l'Ontario. Quelle
est votre opinion et votre vision par rapport à ceci? Parce que, comme
vous le savez, c'est en... Ah! c'est terminé.
Le Président
(M. Provençal)
: ...
Mme Maccarone :
Ah! c'est en évolution. On est en train de débattre de ceci.
M. Arruda
(Michael) : Oui, je m'excuse. C'est parce que c'est des sujets qui me
passionnent. Et, quand vous parlez... Vous voyez, quand je parle de ces
sujets-là, je suis animé et je deviens très passionné par le sujet.
Au niveau de la P-38,
il faut comprendre comment que la P-38 a été créée. C'était à la demande des
usagers, hein, c'est... droits et défense
des usagers, qui ne voulaient pas que les policiers prennent en charge des
personnes qui sont en crise. Et la philosophie en arrière de la P-38...
ils ont introduit un intervenant en situation de crise. Et le but, c'était de dire qu'à la place d'envoyer des
policiers, on va envoyer l'intervenant en situation de crise, et eux ils vont
nous le dire si, oui, on est
dangereux ou non. C'était ça, la philosophie, si on regarde puis on lit. Le
législateur, quand il a mis ça dedans, c'était l'intervenant qui venait.
Sauf que, qu'est-ce
qu'on a vu avec le temps, c'est que, dans ces appels-là, ça rentrait souvent
par le 911. Et, quand ça rentre par le 911, c'est qui qui est appelé en
premier? Bien, c'est les policiers. Mais la philosophie déjà en 1998, quand la loi a été introduite par le
législateur, c'est qu'on va avoir des intervenants en situation de crise qui
vont aller faire l'appel. Et, suite à
ça, si eux autres, ils croient qu'effectivement il y aurait un danger grave et
immédiat, là, les policiers, là, la personne aurait été envoyé. C'était
ça, en arrière.
Sauf que souvent les
appels de P-38 rentrent via le 911 et, le 911, les policiers arrivent sur les
lieux, et, effectivement, là, il y a toute une procédure où est-ce qu'ils vont
appeler les intervenants qui vont se déplacer, et c'est beaucoup de... Et là
vous avez de la police, vous avez des intervenants, dans certaines régions, il
y a même les premiers intervenants, il y a les pompiers, il y a les
ambulanciers, il y a... et ça devient extrêmement compliqué. Mais, dans le «minding» du... de la P-38, à ce
moment-là, d'introduire des intervenants de crise, c'est pour... c'était pour
éviter l'intervention policière. Aujourd'hui, on est ailleurs.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup.
Mme Maccarone :
Merci.
Le Président
(M. Provençal)
: On termine avec le
député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla :
Merci, M. le Président. Merci, M. Arruda. À la lecture de votre
mémoire, vous nous faites une brève
description de la fiche signalétique du Tribunal administratif du Québec,
là, qui est incorporée au CRPQ, qui ne...
pas les personnes-contacts, là, soit dit en passant, là. Mais vous faites... je
vous entends, vous faites... vous mettez beaucoup d'emphase sur la nécessité de parler à quelqu'un qui connaît la
personne, un gestionnaire de corps, un agent de liaison, bref, peu
importe, qui fait partie de son équipe de soins. Donc, à vous entendre, c'est
moins important, la fiche signalétique que l'accès à un intervenant, n'est-ce
pas?
M. Arruda
(Michael) : Quand on a... Comme je vous ai dit au début, quand
on a introduit... Pourquoi que j'avais négocié
avec le président à ce moment-là... Je ris parce qu'on a eu, pendant deux ans
de temps, des bonnes discussions là-dessus et je me rappelle de ces
interventions-là. Moi, je disais : On aimerait ça avoir cette
information-là, parce que mon but à moi,
c'est d'améliorer les interventions policières auprès des personnes qui ont des
problèmes de santé mentale. Et le
président, à ce moment-là, a effectivement dit : Bien, Michael, tu sais
que ce n'est pas... Et, pour différentes raisons, j'ai dit : Bien,
moi, si je le sais que je suis en train d'intervenir, avec la fiche
signalétique que je vais avoir, si je le
sais que cette personne-là a des problèmes de santé mentale, parce que ce n'est
pas toujours écrit «problème de santé mentale» dans le front, j'ai... si
je le sais que cette personne-là a un problème de santé mentale, je vais
améliorer mon intervention, OK?
Et, suite à ça, on a eu des discussions, et
effectivement le président et la commission ont décidé que, oui, on va donner l'information à le policier en
disant : Allô! Voici son nom, voici la modalité et voici dans quel
hôpital, qui est responsable pour lui. «That's it, that's all».
Sauf qu'aujourd'hui, moi, je veux savoir... Là,
les policiers se trouvent avec des modalités, et là on se pose la
question : Au niveau de ces modalités-là, est-ce que ça vient changer au
niveau de l'intervention, quelqu'un qui est en
train de se désorganiser ou quelqu'un qui est en train... je dis n'importe
quoi, qui est en train de consommer, est-ce que ça... est-ce que c'est à cause de la consommation qu'il est
désorganisé? Est-ce que c'est à cause de... je ne le sais pas, troubler
la paix... C'est parce qu'il a consommé de l'alcool? Est-ce que le bruit...
Et là, moi,
quand je fais une intervention auprès d'une personne qui est désorganisée, qui
ne va pas bien puis qui est sur la Commission
d'examen des troubles mentaux, moi,
j'ai besoin de savoir : Est-ce que cette personne-là... est-ce
qu'il est dangereux? Moi, j'évalue. Puis, on l'a vu... on a vu, dans certaines
enquêtes du coroner, les policiers ne sont pas
capables d'évaluer le danger, hein? On l'a vu, là, on est au courant, là. Ce
n'est pas les spécialistes. Comme je vous dis, on a mis les équipes
mixtes en place parce qu'on avait ces spécialistes-là, on avait ces experts-là.
Les policiers, on l'a vu dans le cas... puis Me
Kamel y fait référence, dans le cas d'Isaac, trois jours avant, les policiers
ont rencontré Isaac puis ils n'ont pas évalué qu'il y avait un danger, hein? Le
gars, il était assis à... il était assis, il
était en train de fumer sa cigarette, il était en lien avec le policier. Là, le
policier, il dit : Bien, il est articulé. Il est un petit peu
bizarre, mais il est articulé, il est calme. Il n'y a pas de danger. Pourtant,
il est extrêmement dangereux. Et c'est
là-dessus qu'effectivement, au niveau de l'évaluation du danger, les policiers
ne sont pas capables de le faire, il y aurait besoin de quelqu'un de les
guider, de dire : Bien oui, fait attention à ci, fais attention à ça.
As-tu pensé à ci ou as-tu pensé à ça? Ou : Je vais rentrer en contact,
ou : Voici le nom de la personne avec qui on devrait rentrer en contact.
M. Fontecilla : Mais vous nous dites
aussi qu'en l'absence d'informations plus précises à travers une communication
orale, là, avec un intervenant, vous nous dites que les policiers n'ont... et
je vous cite, «n'ont d'autre choix que d'arrêter, de détenir la personne et
rédiger une demande d'intenter des procédures». Donc, pour vous, l'absence de
contact verbal avec un spécialiste de la personne, qui la connaît, ça induit la
judiciarisation.
M. Arruda (Michael) : Bien,
qu'est-ce qui est arrivé, c'est que le policier croit... Parce que, des fois,
les policiers vont croire que quelqu'un est dangereux. Je vous donne un
exemple. Le policier... Quelqu'un dit que... J'ai des idées noires, je
veux me suicider. Le policier, lui, il dit : Ah! bien, la personne est
suicidaire, je devrais l'amener à l'hôpital de force, et là ils vont appliquer
la P-38. Et qu'est-ce qu'on sait, c'est que ce n'est pas parce que tu as des idées noires ou des idées suicidaires que tu es
nécessairement dangereux, et c'est là-dessus qu'on veut éviter... et là on va
forcer un transport, car ce n'était pas nécessaire.
Et là, qu'est-ce qu'on est en train de dire dans
ce cas ici, c'est de dire : Moi, je pense qu'il est dangereux, mais est-ce
qu'il est vraiment dangereux? Vous, vous êtes la personne liaison, vous êtes la
personne... peu importe comment on
l'appelle, avec l'information que vous avez, avec l'équipe traitante, le
contact que vous avez avec l'équipe traitante,
est-ce qu'il est vraiment dangereux ou non? Peut-être que cette personne-là ne
devrait pas être détenue, ne devrait pas aller à l'hôpital, on devrait
la laisser où est-ce qu'elle est.
C'est pour ça
que j'ai besoin de cette information-là, et de dire : Avec l'information
que j'ai, si le policier, lui, il juge qu'effectivement il est dangereux, bien,
avec l'expérience du policier, avec ses observations, à ce moment-là, il
va le... s'il n'est pas capable de rejoindre
personne, il va le détenir, puis il va passer en avant du juge, puis on va
laisser le juge décider qu'est-ce qu'on va faire avec cette personne-là.
• (19 heures) •
M. Fontecilla : Un dernier
élément. Vous apportez la proposition de toute information pertinente, non
seulement les informations, mais... pertinentes, mais toutes les informations
pertinentes. Croyez-vous qu'il y a là... comment dire, une possibilité
d'enfreindre tout ce qui est l'aspect de la confidentialité? Et il n'y aurait
pas moyen de formater cette communication-là par une formation, je ne sais pas?
Mais, lorsqu'il y a toute information pertinente, ça peut être... on peut
obtenir des informations confidentielles, là.
M. Arruda (Michael) : Absolument,
je suis d'accord avec vous, il faut faire attention. C'est quoi, toute information pertinente? C'est de dire : Pour
mon intervention, est-ce que j'ai besoin d'un dossier médical au complet?
La réponse est non. Mais, pour faire mon intervention, pour bien faire mon
intervention, je devrais effectivement avoir certaines informations qui peut
m'aider lors de mon intervention. Est-ce que, exemple, je dis n'importe quoi
là, je pense le numéro de téléphone de la mère ou du père. Je rencontre M. Untel
au milieu de la rue, puis monsieur, il est désorganisé et je veux savoir est-ce
que cet individu-là, il a une adresse. Est-ce qu'il y a quelqu'un qui est dans
le dossier? Qui qu'on
peut... Est-ce que la famille est au courant? Est-ce que... Je dis n'importe
quoi, là, chaud de même, je vous envoie ça de même, mais il y a
certaines informations qu'on aura besoin, qu'on n'a pas nécessairement, là, présentement. Et ça peut nous aider dans notre
intervention. Qui qui connaît mieux la personne plus âgée? C'est souvent
ceux qui sont alentour de lui, les proches, qui peut nous guider là-dedans.
Nous, les policiers, on a besoin de quelqu'un
qui va nous guider, un intervenant, un proche, quelqu'un qui va effectivement
nous aider avec l'intervention. Et c'est là-dessus...
Le
Président (M. Provençal)
: ...député. On a étiré un
petit peu l'élastique pour être certain d'avoir la réponse. Alors, merci
beaucoup pour votre contribution à nos travaux.
J'ajourne des travaux au
mercredi 11 septembre à 8 heures, où la commission se réunira en
séance de travail. Merci. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 19 h 04)