Journal des débats (Hansard) of the Committee on Health and Social Services
Version préliminaire
43rd Legislature, 3rd Session
(début : May 5, 2026)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Wednesday, June 3, 2026
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Vol. 49 N° 6
Special consultations and public hearings on Bill 23, An Act mainly to provide better support to persons whose mental state could present a risk for their own safety or that of others
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11 h (version non révisée)
(Onze heures trente-trois minutes)
Le Président (M. Provençal)
:À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant
constaté le quorum. Je déclare la séance de la Commission de la santé et des
services sociaux ouverte. La Commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 23,
Loi visant principalement à mieux accompagner les personnes dans l'état mental,
pourrait représenter un risque pour leur propre sécurité ou celle d'autrui. Mme
la secrétaire, il y a des remplacements.
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne) est remplacé par M. Fontecilla
(Laurier-Dorion).
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Ce matin, nous entendrons
des témoins suivants : La clinique juridique itinérante et l'Association
des spécialistes en médecine d'urgence du Québec. Je tiens à vous mentionner qu'on
va prolonger nos travaux jusqu'à 13 h, compte tenu qu'on débute en retard.
Merci. Je vais maintenant souhaiter la bienvenue aux représentants de la
clinique juridique itinérante, à savoir Me Tremblay, M. Bussières et M. Lévesque.
Alors, vous avez 10 minutes pour votre présentation et on procèdera aux
échanges par la suite. Je vous cède la parole immédiatement...
11 h 30 (version non révisée)
M. Lévesque (Félix) : Merci
beaucoup, Monsieur le Président, Madame la ministre, chers membres de la
commission.
Je m'appelle Félix Lévesque, je suis
coordonnateur de la Clinique juridique itinérante et je suis accompagné aujourd'hui
de Me Donald Tremblay, fondateur et directeur de la Clinique juridique
itinérante, et de Sébastien Foccroulle-Bussières, coordonnateur des affaires
publiques de la clinique. Depuis 2014, la Clinique juridique itinérante
contribue à favoriser l'accès à la justice des personnes en situation d'itinérance,
grâce au travail d'une cinquantaine de bénévoles étudiants qui œuvrent dans
plus de 25 refuges à Montréal, Québec et Ottawa.
La clinique offre principalement un
service de vulgarisation, d'information juridique et un service d'accompagnement
socio-juridique afin d'aider ces personnes vulnérables à naviguer le système de
justice.
Depuis le début de ces activités, la
Clinique juridique itinérante a rencontré plus de 8 000 usagers. En
parallèle, la CJI est intervenue dans différents… devant de différents
tribunaux afin de défendre les droits fondamentaux des personnes en situation d'itinérance.
Au fil des années, la Clinique juridique
itinérante a développé une connaissance et une expertise importante quant aux
enjeux que font face ces personnes en situation d'itinérance. Et c'est donc dans…
à la lumière de cette expérience que nous vous présentons notre mémoire portant
sur le projet de loi numéro 23.
Notre intervention, aujourd'hui, vise à
partager nos inquiétudes quant aux conséquences importantes que pourrait avoir
l'assouplissement du critère de dangerosité que prévoit le projet de loi 23
sur les droits des personnes vulnérables, comme les personnes en situation d'itinérance.
Tout d'abord, bien que plusieurs jugements
de la Cour d'appel du Québec aient circonscrit la notion de dangerosité de
manière stricte afin d'éviter que des conditions de vie de citoyens les plus
vulnérables soient interprétées comme constituant un risque psychiatrique, en
pratique, nous constatons que les usagers de la CJI se retrouvent maintenus en
établissement de santé contre leur gré et de manière récurrente et
disproportionnée.
Il existe… il existe donc un écart entre
ces principes jurisprudentiels et la réalité de leur application par les
tribunaux de première instance au Québec. Nous sommes donc inquiets que l'assouplissement
du critère de dangerosité que le projet de loi 23 prévoit n'accentue cette
tendance.
Et cette préoccupation n'est pas seulement
théorique ou fondée sur notre propre perception, mais soutenue par la
littérature scientifique. En effet, plusieurs recherches que nous citons dans
notre mémoire montrent que la situation d'itinérance des individus contribue à
accroître la perception que ceux-ci sont dangereux et que les acteurs
judiciaires et du système de santé tendent à confondre la dangerosité et les
comportements dérangeants ou perturbateurs.
Et cette confusion-là, qui est appelée
dérangerosité dans la littérature, tend vraiment à élargir significativement la
portée de la garde préventive, de manière qui tend à le transformer en un outil
de contrôle social plutôt qu'en mesure d'exception.
Ainsi, en remplaçant la notion de
dangerosité grave et imminente par celle de situation où il existe un danger
pour elle-même ou pour autrui, le projet de loi 23 supprime nettement le
critère permettant de mettre sous garde temporaire une personne et risque d'accroître
cette confusion entre dangerosité et le caractère dérangeant d'individus
vulnérables.
Cette nouvelle définition se veut beaucoup
moins contraignante en ce qu'elle inclut à son article sept, vous le savez, le
risque de subir une détérioration importante de son état mental.
Deuxièmement, le lien entre ce risque
potentiellement dangereux et l'état de la personne concernée est également
significativement assoupli, puisqu'il ne devra plus… puisqu'il ne devra alors
qu'être lié en tout ou en partie à l'altération de son état mental.
Et, donc, ce double assouplissement risque
d'être particulièrement préjudiciable aux personnes en situation d'itinérance,
dont les conditions de vie sont susceptibles d'être interprétées comme des
manifestations de dangerosité ou des accélérateurs de la détérioration de leur
état mental.
En effet, l'exposition aux intempéries, l'instabilité
résidentielle, la difficulté d'accès aux soins, de même que la désorganisation
du quotidien qui caractérise l'itinérance, pourront être perçues comme des
indicateurs de détérioration de leur état mental, alors qu'elles relèvent
plutôt de déterminants sociaux sur lesquels les personnes n'ont que très peu de
contrôle.
La formulation, en tout ou en partie,
risque dès lors de laisser une marge discrétionnaire considérable aux
professionnels de la santé appelés à évaluer des personnes dont la
vulnérabilité sociale se superpose étroitement à la vulnérabilité clinique.
Ainsi, ce nouveau critère risque de mener
à une augmentation significative des gardes de personnes en situation d'itinérance
contre leur gré. Et je passe maintenant la parole à mon collègue.
M. Foccroulle-Bussières
(Sébastien) : Il est important de reconnaître que les personnes en
situation d'itinérance sont plus susceptibles d'être hospitalisées contre leur
gré en psychiatrie.
Lorsque ça arrive, elles subissent des
effets délétères plus prononcés, comme de la contention physique ou chimique,
et sont plus à risque d'être réadmises dans les 30 jours suivant leur
congé, dû à l'absence de logement stable à leur sortie.
L'Hospitalisation peut donc constituer un
facteur de risque. Par contre, cela ne signifie pas que, même si elle est
volontaire, l'hospitalisation est toujours sans utilité.
M. Foccroulle-Bussières
(Sébastien) : … pour la population itinérante. Il est démontré qu'une
hospitalisation bien, bien encadrée et coordonnée avec des services
communautaires peut augmenter la probabilité d'obtenir un logement à leur
congé. Or, cet élément est absent du projet de loi n° 23, qui abaisse le seuil
d'intervention sans pour autant augmenter les ressources communautaires qui
sont essentielles à la transition post-hospitalière. Il nous apparaît donc
primordial de privilégier des interventions préventives axées sur le dépistage.
L'article 10 de la charte québécoise décrit les motifs discriminatoires
prohibés dans la condition sociale, sachant que les conditions
socio-économiques sont fréquemment invoquées au soutien des gardes en
établissement et que cette population est largement touchée par des problèmes
de santé mentale. Nous croyons que les personnes en situation d'itinérance
seront discriminées dans l'exercice de leur droit à la liberté et à
l'intégrité, puisqu'ils seront hospitalisés contre leur gré de manière
disproportionnée.
• (11 h 40) •
Nos observations sur le terrain nous
permettent de voir, avec le critère actuel, que les hospitalisations de
personnes en situation d'itinérance ne relèvent pas strictement de leur santé
mentale. Et craignant que si ces critères étaient assouplis, ces situations se
produiraient davantage. Une application qui excède la présence d'une
dangerosité importante nous paraît aller à l'encontre des droits fondamentaux
des personnes en situation d'itinérance. Il est important de se rappeler que
pour cette population, les interventions policières et leurs expériences
d'hospitalisation forcée sont souvent traumatisantes et qu'elles contribuent à
créer un climat de méfiance envers le système. Cette méfiance les amène
régulièrement à refuser les soins et les suivis, ce qui contribue à la
dégradation de leur état mental et au phénomène des portes tournantes.
Récemment, la clinique a rencontré un
homme racisé de 25 ans qui a subi l'application de la P-38 puisqu'il parlait au
cellulaire avec un volume de voix élevé dans un restaurant. Les policiers
avaient été appelés parce que son comportement dérangeait les clients, même
s'il n'était ni agité, ni agressif. Après plus d'une semaine d'hospitalisation,
la demande de garde en établissement a été rejetée, puisque le juge considérait
que monsieur ne présentait pas un danger pour lui-même ou pour autrui. Pendant
son hospitalisation, il a été capable d'aller…, il a été incapable d'aller
payer la chambre qu'il louait dans une maison de chambre et s'est donc retrouvé
en situation d'itinérance à sa sortie d'hôpital. Un autre usager de la
clinique, lors d'une audience devant la Cour du Québec pour une ordonnance de
garde provisoire, ne pouvait faire appel à une contre-expertise qui coûte
environ 1 600 $, puisqu'il était prestataire de l'aide sociale et n'avait
pas les moyens de la payer. L'une des plaintes les plus exprimées par les
usagers de la clinique juridique itinérante, qui ont subi le processus d'une
garde préventive ou une ordonnance de soins, c'est de ne pas avoir la
possibilité d'obtenir une évaluation psychiatrique autre que celle des psychiatres
de l'institution où ils sont gardés. Cette réalité ne fait qu'accentuer la
méfiance à l'égard du système de santé, en plus d'un sentiment d'injustice. La
clinique juridique itinérante observe une tendance profonde à confondre la
détresse sociale et un risque psychiatrique. Cette confusion se fait au
détriment de personnes particulièrement vulnérables, déjà marginalisées et
fragilisées par des circonstances de vie difficiles. Nous sommes d'avis que
l'élargissement du critère de la dangerosité risque d'accentuer cette
fragilité. En raison du caractère particulièrement attentatoire de la garde en
établissement aux droits et libertés de la personne. La clinique juridique
itinérante accueille le projet de loi n° 23 avec de grandes réserves. Nous
sommes d'avis qu'une garde temporaire ou en établissement devrait demeurer une
mesure strictement exceptionnelle. Les personnes en situation d'itinérance, en
raison de leur vulnérabilité, sont à plus grands risques d'un dérapage
institutionnel lors de l'application d'une garde temporaire ou en
établissement. Puisque la définition du concept de situation, il existe un
danger qui se trouve à l'article 7 du projet, élargit les possibilités
d'interpellation. La clinique juridique itinérante privilégie des interventions
préventives non coercitives auprès de la population itinérante axée sur le
dépistage, pour éviter le risque d'aggravation des détresses, et privilégie le
financement des ressources communautaires qui répondent à leurs besoins
immédiats. Nous reconnaissons qu'il est opportun et essentiel d'agir en
prévention avant qu'une forme de dangerosité se manifeste, sans que cette
prévention implique d'aussi importantes restrictions aux droits et libertés de
la personne. La réforme envisagée ne doit pas devenir un outil de contrôle
social. …, sans investissement structurant en prévention et en accès aux soins.
Élargir la contrainte risque surtout de déplacer le problème plutôt que de le
résoudre. Comme recommandations, la clinique juridique itinérante propose
premièrement de maintenir le critère central de danger grave et immédiat pour
elle-même ou pour autrui de la P-38 telle qu'elle est définie par la
jurisprudence. Deuxièmement, de préserver le caractère exceptionnel de la loi
actuelle et de prioriser des interventions préventives axées sur le dépistage
et l'accès rapide aux soins. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, on va débuter la période
d'échange avec Mme la ministre. À vous la parole.
Mme Bélanger : Oui. Alors,
merci beaucoup, M. le Président. D'abord, je veux vraiment vous remercier de
participer à ces consultations. Ça me touche beaucoup de vous entendre…
Mme Bélanger : ...un grand
merci pour le travail que vous faites, excusez-moi, pour avoir travaillé en
lien avec les organismes en itinérance à Montréal au cours de ma carrière, ça
m'a toujours beaucoup touché, p uis merci, parce que la défense des droits que
vous faites auprès des personnes en situation d'itinérance est remarquable,
remarquable. Vous avez mentionné que, depuis 2014, 8 300 personnes, que vous
avez accompagnées. Je comprends votre argumentaire et ça me touche beaucoup,
mais j'ai une question à vous poser. Est-ce que vous avez remarqué, au fil des
dernières années, dans les 8 300 personnes, là, que vous avez accompagnées,
qu'il y avait eu des transports forcés à l'hôpital? Est-ce que vous avez des
données là-dessus?
M. Tremblay (Donald) : Bien,
je vais répondre, Mme la ministre. C'est sûr que l'expérience terrain qu'on a,
nous... nous démontre des cas, oui, où est-ce qu'il y a des transports forcés.
Est-ce qu'on a des statistiques? On n'est pas une clinique qui se spécialise
dans l'étude des gardes en établissement, mais on serait capable d'en produire,
ça, c'est sûr. Mais c'est sûr que nous, on a plutôt les pots cassés, c'est
qu'on va les voir non pas avant, mais après que la mesure ait été invoquée,
puis appliquée. Et comme on le dit dans notre mémoire, le problème pour les
personnes en situation d'itinérance, c'est déjà des gens qui sont très
vulnérables, c'est des gens qui sont... qui sont à la rue, c'est des gens
qui... qui vont déranger parce qu'ils n'ont nulle part autre où aller.
Et malheureusement, souvent, les
interventions policières vont faire en sorte qu'il y a une dégradation d'une
situation qui devient problématique. Tu sais quand... quand la police
intervient auprès des personnes en situation d'itinérance, la plupart du temps,
ce n'est pas une première fois, là, c'est une... c'est la Xième fois après
avoir eu des interactions qui souvent, parfois virent de façon très négative.
Ça fait que oui, dernièrement, on a vu l'exemple qu'on vous donne du jeune
homme racisé qui est dans un McDo, qui est au cellulaire, qui parle fort, mais
là on appelle la police, il dérange, ça fait que, qu'est-ce qu'on fait?
L'ambulance arrive, on met la contention, on embarque, puis on l'amène à
Notre-Dame. Ça fait que ça c'est... il n'y a... il n'y a même pas un mois.
Ça fait que c'est quelque chose qui
arrive, puis le problème, puis notre plus grande inquiétude c'est, est-ce qu'on
va rendre la psychiatrie ou... l'institutionnalisation en psychiatrie
temporaire, le moyen pour résoudre ça, cette problématique-là, bien nous, notre
opinion, c'est non. La problématique, puis c'est un peu le dilemme de l'État
québécois, la problématique, c'est l'investissement en prévention et
naturellement, travailler avec des personnes en situation d'itinérance qui ont
des problèmes de santé mentale, ça nécessite un grand investissement.
Ça fait que pour nous, ici, le projet de
loi n'apporte pas vraiment une vraie solution. Elle va empirer une situation
déjà qui est, pour nous, à nos yeux, inacceptable. C'est vraiment d'aller en
prévention qu'on a intérêt à investir.
Mme Bélanger : Je comprends
très bien, là, que... Puis d'ailleurs, dans le projet de loi, on parle aussi de
mettre l'emphase sur les partenaires, les organismes communautaires, donc
continuer de développer les différents programmes qui sont en... qui ont été
développés, notamment les programmes PRISME.
M. Tremblay (Donald) : Oui.
Mme Bélanger : Qui sont des
projets qui sont vraiment importants et intéressants. Je ne peux pas faire fi
de mon expérience de vie comme gestionnaire du système de santé, vous avez
parlé de l'hôpital Notre-Dame, j'ai géré ce centre hospitalier, puis j'ai
connu, au fil des décennies, toutes sortes de situations en lien avec les
personnes en situation d'itinérance à l'hôpital Notre-Dame, mais aussi à
l'hôpital de Verdun, où des personnes en situation d'itinérance arrivaient par
elles-mêmes à la salle d'urgence et étaient chassées par les intervenants pour
qu'ils ne restent pas dans la salle d'urgence. J'ai connu ça dans ma carrière
et je ne peux pas dire que c'était quelque chose qui me réjouissait, là,
c'était pour moi, c'était inadmissible, mais j'ai connu ça. J'ai connu aussi
des personnes en situation d'itinérance qui étaient évaluées rapidement à
l'urgence, puis retournées dans la rue, puis ça aussi, ça brise le cœur. Alors
donc, des fois, dans des... En ne sachant pas où ces gens-là allaient
retourner, là. Alors, ce projet de loi, là, ne vise pas les personnes en
situation d'itinérance. Je comprends les messages, les recommandations que vous
faites, on va tenir compte de vos propos, mais ne vise pas spécifiquement...
Mme Bélanger : …les personnes
en situation d'itinérance, et c'est là que ça va être important de faire une
nuance. Ça vise les personnes qui ont un trouble mental, qui se déconditionne,
qui ne deviennent plus aptes, je vais prendre ce mot là, à prendre des décisions
pour elles-mêmes parce qu'ils sont en psychose, etc., et peuvent représenter un
danger pour eux-mêmes, puis, on le voit, il arrive des accidents puis des
événements ou ils… elles peuvent représenter un danger pour autrui. Et ça
aussi, on le voit. Puis je ne veux pas… il faut faire attention, là, l'idée
c'est d'accompagner puis de bien accompagner les personnes qui ont un trouble
mental, puis de faire en sorte qu'ils puissent donc avoir une vie qui est
satisfaisante puis, et qu'ils soient stabilisés. Mais pour les personnes en
situation d'itinérance, c'est d'autres choses, là. L'objectif ne vise pas à ce
que toutes les personnes en situation d'itinérance… au dernier dénombrement,
c'est un dénombrement, là, c'était plus de 10 000 personnes, c'est probablement
plus que ça, mais c'est le dénombrement, l'objectif, ce n'est pas de mettre les
10… les 10 000 personnes en hospitalisation forcée, là. Ce n'est vraiment
pas l'objectif, ça fait que c'est pour ça que je veux vous entendre là-dessus.
Parce que les personnes en situation d'itinérance, je termine avec ça, ont
aussi le droit à avoir des services de santé. Et je pense que c'est ça qu'on a
comme défi, comme société.
• (11 h 50) •
M. Tremblay (Donald) : C'est,
Mme le ministre, je vous dirais que c'est sûr que les objectifs du projet de
loi, en somme, sont très louables, sont nobles. Il y a des problématiques,
certainement, avec la définition de qu'est-ce que c'est que la dangerosité?
Malheureusement, comme dans tout autre chose, même si spécifiquement ça ne
cible pas les personnes en situation d'itinérance, ceux et celles qui vont la
subir de façon disproportionnée face au nombre de population, au nombre de
pourcentage de la population qu'ils sont, ça va être les personnes en situation
d'itinérance. Je vous donne juste un parallèle, là, en droit criminel, là, les
personnes en situation d'itinérance, qui représentent, quoi, 5 % de la
population, ont deux fois plus de dossiers criminels, parce qu'ils sont sur…
ils sont sur ciblés, ils sont dans l'espace public. Et ça va être la même chose
avec cette loi-là. Si les critères proposés dans le projet de loi ne sont pas
changés, bien, là, il y a encore une plus grande marge de manœuvre pour dire à
une personne en situation d'itinérance… parce qu'eux autres, ils vont les avoir
des interactions avec la population, avec la police, on va appeler… qu'on
appelle pourquoi? On est entièrement d'accord que, si la personne est en
psychose, elle a besoin d'être traitée, ça, c'est sûr. Il n'y a pas personne
qui est ici… qu'il n'y aura pas un consensus là-dessus, on est tous d'accord.
Le problème, c'est qu'on ne veut pas amener une pratique où une personne qui
dérange va être forcée d'être mis dans… en institution à l'encontre de ses
droits, parce qu'en bout de ligne, ici, il y a quand même une question
fondamentale de droit à respecter la liberté. Puis ce n'est pas à cause qu'on
est dans la rue, ce n'est pas à cause qu'on… qu'on dérange, que nous on croit
qu'on devrait y aller d'une façon aussi drastique avec l'application du critère
qui devient très, très lousse. Je comprends que quelqu'un qui est malade a
besoin d'être soigné. Mais encore là, les défis à ce niveau-là sont ailleurs,
hein? Le système de santé, pour pouvoir arrimer les besoins en santé mentale de
ces gens-là, c'est un autre défi, mais ça, on ne va pas les régler avec ce
projet de loi là, là.
Mme Bélanger : OK. Mais,
écoutez, j'entends bien, il faut faire la différence entre la dangerosité et la
dérangerosité. Une personne en situation d'itinérance qui dérange le quartier
parce qu'elle vit dans une tente, puis que bon, qu'il y a des déchets autour
d'elle et qu'elle fait du bruit la nuit, c'est une affaire, mais quelqu'un qui
se décompense et qui devient une menace pour elle-même ou pour autrui, c'est une
autre chose, et puis je comprends le risque que vous amenez. Je veux aussi
quand même juste vous dire, puis je vais passer ma… après à ma collègue, mais
savez-vous ce que je me disais dans ma carrière? Je me disais : Bien,
c'est pas mal mieux qu'on les amène à l'hôpital, puis qu'on les stabilise, que
de les amener dans un poste de police. C'est aussi ça que je me disais quand je
voyais les différentes situations. Puis on a investi dans des patrouilles
mixtes, vous le savez, puis il faut continuer de le faire. Il y a plus d'une
cinquantaine de patrouilles mixtes au Québec, où on a des policiers avec des
travailleurs sociaux qui sont dans le même véhicule, puis qu'ils patrouillent
en particulier de soir, justement pour éviter que ces gens… parce que vous l'avez
vécu, vous êtes des experts dans ce domaine-là, étaient amené directement au
poste de police, ce n'est pas la bonne réponse du tout… du tout qu'on doit
faire. Ça aussi, c'est traumatisant. Alors donc, c'est une question de comment,
avec empathie, on accompagne ces personnes. Mais je suis soucieuse de vous
entendre, alors je laisserais la parole à ma collègue.
M. Tremblay (Donald) : Bien,
est-ce que je peux vous répondre à la même ministre?
Mme Bélanger : Oui, oui,
allez-y.
M. Tremblay (Donald) : …C'est
évident que priver n'importe qui que sa liberté, que ce soit de les emmener en
prison ou en institution psychiatrique, là, c'est pas… ce n'est pas le but là.
Ce n'est pas à cause qu'on dérange qu'on doit être interné.
Mme Bélanger : Non.
M. Tremblay (Donald) : Je
pense qu'on a passé au Québec, on n'est plus dans les années 50, où il y avait
des instituts comme Saint-Michel-Archange à Québec, que vous avez certainement
vu la grosseur, aussi qu'on remplissait à pleine capacité. On n'est plus là.
C'est quand vous me dites que c'est mieux de les emmener en psychiatrie, qu'en
prison, je ne suis pas sûr. Je vais vous dire pourquoi, savez-vous pourquoi,
ils vont être arrêtés, puis ils vont être relâchés le lendemain avec une mise
en liberté tandis que vous les emmenez en psychiatrie, et là, le jeune qu'on
vient de vous donner le cas, lui a passé deux semaines, puis il a perdu son
logement. Je vous donne un autre cas, on avait un homme, un homme autochtone
qui lui n'avait pas… était analphabète, puis il ne comprenait pas, on lui
donnait les documents pour se trouver un avocat, il n'était pas capable de
lire, personne ne l'aidait. Il a passé deux mois et demi en psychiatrien. Puis
finalement, on nous a avisé, on est allé le voir, puis on est allé jusqu'à Cour
d'appel, puis on a gagné. C'est une des causes qu'on vous cite dans notre
mémoire. Ça fait que je ne suis pas sûr que l'affirmation de dire que c'est la
psychiatrisation, c'est mieux ça, que d'aller en prison. Je ne suis pas sûr que
face à l'atteinte à liberté… que la loi pourrait faire, je pense sûr que c'est
la solution.
Mme Bélanger : Bien,
c'est-à-dire que je parle de quelqu'un qui est en crise, dans la rue, on est
mieux de l'amener dans une salle d'urgence. Il ne faut...il faut faire
attention de… n'interpréter pas mes propos, là, c'était vraiment dans ce
sens-là. Puis je pense que ça, avec les patrouilles mixtes, on a fait une
grande différence, puis on a formé les intervenants. Et, je veux juste quand
même mentionner qu'il faut qu'on continue de mettre des mesures préventives. Et
l'idéal, c'est que la psychiatrie se retrouve aux endroits, là où se retrouvent
les personnes en situation d'itinérance. On le voit, là, avec Dr. Olivier
Farmer notamment, et tout le travail qui est fait à OBM donc, la Mission Old
Brewery. Et donc, c'est des modèles comme ça qu'il faut. Et les prismes, c'est
aussi ça avec de la psychiatrie. Ça fait qu'on est là-dedans, mais c'est une
panoplie de mesures, puis il faut le faire de façon humaine. Alors, je
laisserais ma collègue là...
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Soulanges, il vous
reste deux minutes 30.
Mme Picard : Merci beaucoup,
M. le Président. Bien, j'aimerais rebondir un petit peu sur ce que dit la
ministre et vos réponses. En fait, est-ce que… est-ce que vous recommandez le
statu quo sur le critère de dangerosité?
M. Tremblay (Donald) : Oui.
Mme Picard : Est-ce que c'est
vraiment ça? Et qu'est-ce que vous dites aux gens qui, dans… on l'a vu dans, à
travers plusieurs médias et à travers l'en-tête… l'enquête de Mme Kamel?
Qu'est-ce que vous dites aux familles qui ont perdu, justement quelqu'un, qui…
que ce critère de dangerosité là, si… s'il venait à être modifié, il pourrait
aider un peu la société.
M. Tremblay (Donald) : Ça
fait que, premièrement, la première chose que j'ai… à toute famille qui a vécu
une tragédie, c'est d'être sympathique avec eux autres là, il n'y a personne
qui veut vivre ça là. C'est des vies humaines là, c'est que naturellement il
faut être… il faut être attentif à… à leur douleur, leur souffrance, c'est
évident. Est-ce que… est-ce que c'est la raison pour laquelle ces tragédies-là
sont arrivées? Ou est-ce que c'est parce que le système de santé n'a pas été
capable de répondre à ces gens-là, à travers le parcours de traitement qu'ils
avaient? Souvent ces gens-là arrêtent de prendre leurs médicaments, et
qu'est-ce qu'on fait, il n'y a rien en suivi qui se fait auprès de ces gens-là.
Ça fait que peut-être le problème, il n'est pas vraiment quand la tragédie
arrive, tu sais que le problème sur lequel on devrait s'attarder, il est en
amont. C'est que la personne qui est… qui a une ordonnance de soins, qui doit
prendre ces médicaments, pourquoi, après quatre mois, qu'il ne prend plus ces
médicaments, il n'y a rien qui est fait comme suivi pour le forcer ou ça prend
trop de temps. Et là, la tragédie arrive. C'est que peut-être que
l'investissement devrait être vraiment dans des ressources pour faire les
suivis ordonnés par des cours, pour pouvoir encadrer ces gens-là, pour pas
qu'ils arrivent dans des situations où des tragédies humaines se produisent.
C'est que c'est ça que je dirais, peut-être que le système a, à se revoir, et
voir ses protocoles pour améliorer les suivis, pour pas que des gens tombent
dans le vide quand ils ont besoin d'être traités en psychiatrie, quand ils ont
besoin de prendre des médicaments. Ça, ça, c'est problématique, nous, on en
rencontre des gens qui viennent nous voir, qui… qui ne prennent plus leur… leur
médication. On en en voit, mais nous, on n'est pas des médecins… Moi, je n'ai
pas d'équipe psychosociale pour les traiter, mais ça, c'est un problème, ça, il
y a un problème qu'il faudrait adresser, là. Je suis entièrement d'accord avec
vous, là, qu'il y a une problématique, mais elle n'est pas quand la tragédie
arrive. La problématique, elle est avant, et c'est là que moi, je pense qu'il
faudrait mieux faire pour répondre à cette problématique-là et éviter des
tragédies…
Le Président (M. Provençal)
: Oh, le temps est écoulé...
Le Président (M. Provençal)
:… Alors, je vais céder la parole à
Mme la députée de D'Arcy-McGee.
Mme Prass : Merci, M. le
Président. Merci pour votre présentation aujourd'hui, votre mémoire et le
travail que vous faites au long de l'année pour les personnes les plus
vulnérables, vraiment, … c'est d'une importance capitale. Quelques questions
pour vous. Avez-vous des statistiques sur le nombre de P-38 qui aurait été
appliqué à des personnes en situation d'itinérance? Parce qu'on parle du fait
que l'application est disproportionnée envers les personnes en situation
d'itinérance, puis on vous croit dans le sens que, malheureusement, …, c'est
souvent ces personnes-là. Mais je suis curieux, si vous avez des chiffres.
• (12 heures) •
M. Tremblay (Donald) : …, on
n'a pas des chiffres précis, mais moi, je peux vous donner mon impression
terrain, ça fait quand même 12 ans, là, qu'on est sur le terrain. Ça fait que
je vous dirais certainement annuellement, 10 à 15 % des gens que nous nous
rencontrons ont eu une P-38 dans l'année. Parce que nous, ils vont venir nous
rencontrer quand ils ont une problématique juridique, puis naturellement, quand
ils ont eu une ordonnance de garde en établissement ou encore une ordonnance de
soins, ils viennent nous voir. Puis, naturellement, une des difficultés qu'ils
vont avoir, c'est qu'ils n'ont jamais l'opportunité d'avoir des
contre-expertises quand c'est des ordonnances de soins. Et même les ordonnances
en établissement, c'est deux psychiatres qui signent des formulaires où tout
est déjà fait. …, cocher les cases et tu ajoutes une ligne ou deux, là. Fait
qu'eux autres, le sentiment qu'ils ont, c'est qu'ils n'ont pas le droit de se
défendre. On ne leur donne pas les moyens pour se défendre. Et ça, ça, c'est
vraiment pour eux très frustrant. Ça cause beaucoup d'anxiété chez eux et ils
sentent vraiment une grande injustice face à ça. Ça fait que là, imaginez, si
on élargit le concept de dangerosité, là, ils vont déranger n'importe où et on
va invoquer la P-38. On vous a donné un cas, Monsieur, le 31 décembre, il
fêtait comme tous les Québécois aiment fêter le 31. Bien, il est dans la rue
publique, il dérange, la police l'embarque. Qu'est-ce qu'a fait? P-38, vient-en
à l'hôpital. Naturellement, il est vu finalement un psychiatre le 2 janvier. Il
dit : vous n'êtes pas un cas de psychiatrie, mais un gars qui buvait en
public, qui…, peut-être qui dérangeait parce qu'il buvait. Mais c'est ça la
réalité. Puis, naturellement, lui, c'est l'époque de la P-38 où c'est le
critère de la dangerosité pour soi-même ou autrui. Mais là, quand on arrive
dans un critère qui est beaucoup plus large, écoutez, moi, ça va aller
jusqu'où? Ça va aller? Jusqu'où? Je ne sais pas, mais il y a une aberration
face aux droits qui vont être brimés de ces gens là. Puis, je vous le répète,
ces gens-là, se défendre pour eux autres, là, c'est vraiment très difficile. Tu
sais, là, nous, on est présentement dans des dossiers de cour sur des
campements. Et laissez-moi vous dire que, pour eux autres, le système de
justice, c'est une montagne insurmontable. Puis, ça va venir la même chose avec
les nouveaux critères, ils ne vont pas plus se défendre. C'est sûr que
peut-être on va ramasser du monde, on va nettoyer les rues pendant un certain
temps. Mais est-ce que…, que comme société, c'est qu'est-ce qu'on veut être …,
une société qui ne respecte plus les droits fondamentaux de ses usagers, de ses
citoyens les plus vulnérables? Et c'est là pour nous le danger de cette
dérive-là.
Mme Prass : Et juste pour
faire une démonstration de l'ampleur, vous avez dit entre 10 et 15 % des
personnes itinérantes, il y en a 10 000 par année. Donc, ça représente entre
1000 et 1500 sur une population d'à peu près 12 000. Donc…
M. Tremblay (Donald) : …,
juste dire que nous ce n'est pas scientifique qu'est-ce que je vous dis.
Mme Prass : Oui, mais on
estime, mais…, pareil, ça démontre que.
M. Tremblay (Donald) : C'est
sûr, ils sont dans l'espace public, fait que c'est sûr que c'est les gens qu'on
va voir en premier, c'est les gens qu'on va vouloir balayer de l'espace
public…, dérangent. Et je répète que, s'il y a des problèmes psychiatriques,
ils doivent être…, on est entièrement d'accord que ces gens-là reçoivent les
soins. On a eu plusieurs cas où ces gens-là ont été mis dans des gardes en
établissement, ont eu des ordonnances, et ça les a aidé à sortir de la rue. ..,
oui, lorsqu'il y a une problématique de santé mentale qui doit être adressée,
il faut l'adresser. Mais il ne faut pas juste lui donner l'ordonnance de soins.
Il faut s'assurer que l'ordonnance de soins, il va y avoir les traitements.
Puis, si elle arrête de prendre ces médicaments. Mais il y a quelqu'un dans le
système qui va allumer. Il va dire : Oh, ça pourrait être problématique
dans trois ou quatre mois. Et c'est ça le problème, il y a des abysses où ils
tombent. Et là, on tombe dans les tragédies. Mais naturellement, c'est facile
de faire de la publicité. C'est très…, comment c'est terrible. Mais pourquoi
qu'on ne prend pas le temps d'aller voir notre système qu'on peut améliorer, où
il y a vraiment des enjeux sur lesquels nous on peut travailler en tant que
société. Vous êtes quand même des parlementaires, là, c'est vous qui rédigez
les lois, c'est vous qui mettez en fonction une vision pour notre société. Ça
fait que nous, l'importance qu'on avait de venir ici aujourd'hui, c'était vous
dire, faites attention, là, c'est des populations…
12 h (version non révisée)
M. Tremblay (Donald) : …très
vulnérables, qui sont, déjà en partant, ciblés plus qu'il faut par… les
démarches de cette loi-là.
Essayons d'améliorer le système, non
seulement pour pouvoir éviter des tragédies, mais pouvoir les aider à avoir les
soins qu'ils ont besoin tout au long de leur parcours de vie.
Mme Prass : Je vais revenir
sur ce que vous venez de dire, mais, avant ça, je vais vous poser une question,
parce que vous avez donné l'exemple, par exemple, du jeune homme racisé qui,
lors de… de sa sortie, n'avait plus de logement.
Et on s'entend que, évidemment, c'est le
choix de la personne, mais plusieurs personnes qui… qui se retrouvent en situation
d'itinérance avec des enjeux de santé mentale, les remettre dans la rue si,
eux, ils veulent se retrouver en logement, c'est… ça serait approprié, dans
leur plan d'accompagnement de sortie, qu'ils puissent avoir un logement de transition
et… s'ils le veulent.
Mais je pense qu'il faut que ça fasse
partie de… du plan d'accompagnement, parce que, s'ils veulent sortir de la rue,
les remettre dans la rue, dans un environnement qui est désorganisé, quand ils
ont des enjeux de santé mentale, ne va pas faire en sorte que ça va améliorer
leur situation s'ils veulent se retrouver en logement.
Donc, il faudrait… et pour le… le jeune
homme qui a perdu son… son logement, est-ce qu'il ne faudrait pas s'assurer,
lors de la sortie d'hospitalisation de la personne, si elle le veut, qu'on s'assure
qu'il y a un logement, qui… soit que leur logement est disponible ou qu'il y a
un logement disponible pour eux, s'ils le veulent.
M. Tremblay (Donald) : Madame
Prass, là, vous avez raison sur 50 %. Le logement, c'est une pièce
maîtresse, fondamentale, pour les aider à sortir de la rue.
La deuxième pièce qui manque là, c'est l'accompagnement.
Et plus que la personne est vulnérable, plus que la personne a des troubles de
santé mentale, plus qu'il faut les accompagner.
Quand vous avez des personnes qui vivent
en campement depuis des mois, depuis des années, avec des problèmes de troubles
de santé mentale importants, problème de Diogène, là, les sortir de la rue et les
emmener en accompagnement, il faut les accompagner, pas une fois par semaine,
là, aux deux jours.
Tu sais, eux, aller vivre en appartement,
ils ne connaissent pas. Tu sais, faire le party à 3 h du matin, c'est
possible, parce qu'ils n'ont pas la même culture de référence qu'on a. C'est
que là… c'est là que le… le bât blesse.
Les budgets pour accompagner les gens les
plus vulnérables, tant en santé mentale, pour les sortir de la rue, ne sont pas
là.
Ça fait que oui, les logements, c'est la pierre
angulaire, je suis entièrement d'accord. Mais il faut aussi les budgets pour
les accompagner à faire cette transition-là pour qu'ils puissent la réussir.
C'est pour ça que je vous dis, il faut
peut-être regarder un petit peu plus l'amont que la… que des solutions qui sont
bonnes en soi, là. C'est sûr qu'il faut des logements, ça, c'est sûr.
Mme Prass : Vous avez tout à
fait raison, parce qu'un logement en tant que tel, pour une personne qui a des
enjeux de santé mentale, il faut absolument que ça… l'accompagnement, il faut
que ça… ça soit de l'accompagnement en continu, pas pendant une semaine, le
temps qu'ils s'organisent dans leur appartement, parce que, justement, on veut
leur réussite à long terme. Ça fait qu'il faut un investissement de temps et de
financement à long terme.
Deux… j'ai seulement deux minutes qui me
restent, mais je veux vous poser la question, parce que vous avez parlé de la
question de dépistage. Évidemment, on veut agir en prévention pour les gens
qui ont des enjeux de santé mentale.
Mais comment faire pour leur faire un
suivi et leur offrir les bons traitements, justement, considérant la… leur
situation d'être sans abri, parce qu'il n'est pas facile de toujours… repérer
la personne, on ne peut pas les appeler sur un cellulaire, puis leur
dire : vous avez un rendez-vous demain. Comment est-ce qu'on peut
faire davantage pour les rejoindre et leur offrir les services dont ils ont
besoin ?
M. Tremblay (Donald) : Et c'est
là… puis c'est… je comprends que c'est un défi bureaucratique, mais c'est là
que l'État doit sortir des normes 9 à 5.
Si on veut être capable de rejoindre et d'aider
de façon significative les personnes qui sont à contre… à contre-courant d'un
système, il faut être capable de leur donner des ressources qui sont aussi à
contre-courant.
Ça commence à se faire, mais
naturellement, du 9 à 5, ce n'est pas leur cadre de vie dans lequel ils vont
fonctionner assez facilement.
Ça fait que oui, il faut commencer à
penser, comme nous, la Clinique juridique itinérante, on se déplace, on va dans
leur milieu de vie, on va dans leurs campements, puis on y va le soir, aussi.
Ça fait qu'il faut vraiment s'adapter à
une nouvelle réalité de gens qui, pour eux, la réalité institutionnelle est
impossible. Le fardeau pour eux autres de… de fonctionner là-dedans, c'est impossible.
Ça fait que, naturellement, je comprends
qu'il y a… il y a des syndicats avec des normes, puis que ça devient très, très
compliqué pour l'État, mais si on n'est pas capable de regarder les… les
problématiques structurelles fondamentales qui, vraiment, moi, je crois,
devraient être revues, mais ça n'avancera pas, là.
Le Président (M. Provençal)
:Merci.
Mme Prass : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Je vais passer la parole au député de
Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci,
monsieur le président. Bonjour, messieurs.
M. Tremblay (Donald) : Bien…
M. Fontecilla : …je vous ai
posé une question que je pose à pas mal tous les intervenants qui travaillent
plus étroitement avec une population à risque d'avoir des problématiques de
santé mentale, toute confondue, là. Mais, qu'est-ce que… d'après votre
expérience, là, dans la loi actuelle, P-38, une personne qui est passée à
travers P-38 et de façon générale, quel est… à la suite de ces passages-là,
quel est le rapport que cette personne-là entretient avec les services de santé
en psychiatrie plus particulièrement.
• (12 h 10) •
M. Tremblay (Donald) : Il y
en a que c'est très positif… il y en a que c'est très positif, puis il y en a
d'autres, c'est plus difficile. Je vous dirais que la… pour la majorité… les
gens qui ont… qui sont en état de crise en santé mentale… se faire soigner,
bien, ils vont… ils vont être réceptifs, puis ils vont être très heureux de le
faire. Les plus gros problèmes, je vous dirais, c'est les personnalités
antisociales, parce que le Québec n'est pas capable de les aider, parce qu'il
n'y a pas de médicaments pour quelqu'un qui souffre du trouble de la
personnalité antisociale. Ça fait que, tu sais, s'il faudrait des thérapies à
très long terme, ça n'existe pas. Et souvent, il y a des personnes en situation
d'itinérance qui sont affligées du trouble de la personnalité antisociale. Ça
fait que ces gens-là, tu ne peux même pas dire on va les mettre en
hospitalisation, puis ça va les régler. C'est ça… c'est des cas qu'il faut
faire des thérapies à long terme, et ça n'existe pas. Ça fait que ça… ça c'est
problématique. Ça fait que, naturellement, il y a des gens qui ont leur
expérience d'être soignés par le système, ça va être très bon, ça va les aider.
Je l'ai dit, ça les aide à sortir de la rue. Il y a d'autres personnes qui,
malheureusement, l'expérience s'avère très négative. Ça se peut parfois qu'ils
ont été emmenés pour les mauvaises raisons.
Je vous donne un autre exemple. J'avais un
homme qui était profondément religieux, puis il disait toujours : Je suis
en crisse. Puis lui, il voulait dire que le Christ habite en moi. Mais quand on
l'a évalué de façon très, très sommaire, bien, quand il disait : Je suis
en crisse, ils ont dit que c'était un homme qui est violent, il a des propos
violents. Ça fait que des fois, il faut prendre le temps pour comprendre la
personne, et ça, ça prend beaucoup de temps. Tu sais, les psychiatres… on a… le
système leur demande beaucoup, des fois, ils n'ont pas une heure à passer avec
quelqu'un, vraiment pour les écouter quand ils arrivent en garde à un
établissement, ça se fait assez rapidement, on remplit de deux rapports et là,
subséquemment, on va arriver à faire des évaluations plus poussées, ça fait que
naturellement, ça, c'est une autre réalité, là, le temps pour vraiment faire
ces premières évaluations-là, des fois, est… est assez restreint.
M. Fontecilla : J'étais dans
le… profites-en, tu as 15 secondes.
Le Président (M. Provençal)
: Le Député des Îles.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci à vous pour votre présentation, votre présence et votre
travail au quotidien, là, depuis… depuis une douzaine d'années. J'aimerais
revenir sur un élément qui me semble important. On s'apprête à modifier la loi,
et lorsqu'on veut regarder le phénomène actuel, on semble manquer cruellement
de données probantes. Est ce que… est ce que c'est votre sentiment un peu?
Parce qu'on essaie d'avoir les chiffres, par exemple, sur la proportion des
P-38, là, on dit qu'il y en a 20 000. Quand on regarde les statistiques de
l'IQRDJ, ça semble avoir diminué un petit peu depuis cinq ans, passé de 20 000
à environ 18 000. La tendance… est-ce que la tendance lourde, c'est qu'on
a… on a de plus en plus recours à P-38 ou pas? Est-ce… c'est quoi la proportion
des gens pour qui vous travaillez, qui… ou qui sont au cœur de votre mission,
là… c'est quoi la proportion, le nombre absolu et tout ça? En fait, je me pose
la question, est-ce que vous avez un peu le sentiment qu'on… les bases sur
lesquels on travaille sont un peu fragiles? Concernant évidemment votre
clientele.
M. Tremblay (Donald) : Certainement
incomplète, dans le sens que les statistiques qui devraient être pris ne sont
pas pris. Ça fait qu'un exemple, lorsqu'ils arrivent à l'hôpital, est-ce qu'on
prend une statistique pour savoir leur condition sociale? Est-ce qu'ils sont à
la rue? Ça, ça aiderait pour faire des statistiques plus tard. C'est sûr que
nous, l'expérience qu'on a, je vous le disais, par année, il y en a peut-être
10 à 15 % durant l'année, là, qui ont eu une expérience, mais…
M. Arseneau : En chiffres
absolus, ça voudrait dire combien? Parce que si vous parlez de 8300 sur 12 ans,
puis qu'on divisait ça par 12, puis qu'on faisait un pourcentage, ce serait
quoi, près d'une centaine?
M. Tremblay (Donald) : Bien,
on rencontre 800 personnes par année, ça fait que, environ 80.
M. Arseneau : Mais j'imagine
qu'il y a beaucoup de gens qui subissent la P-38 et qui sont en situation
d'itinérance, puis qui ne vont pas vous voir non plus, j'imagine.
M. Tremblay (Donald) : C'est
sûr. Puis l'autre affaire que je vais vous dire, je vous ai dit sur une année,
mais, si je regarde sur leur parcours de vie…
M. Tremblay (Donald) : …mais
là c'est beaucoup plus que 10 à 15 là, je vous dirais que ça va monter
certainement à 30, 40 là qui ont, dans leur vie, à un certain moment, eu soit
une garde en établissement ou une ordonnance de soins.
M. Arseneau : Mais vous
dites, dans vos deux recommandations, maintenir le critère central actuel,
mais, même si vous n'êtes pas vraiment... si je comprends bien là, vous ne
pensez pas que ça fonctionne actuellement?
M. Tremblay (Donald) : Bien
écoutez, moi, n'importe qui qui est un danger pour soi-même ou pour autrui, je
crois qu'il faut aider cette personne-là et qu'il faut l'emmener en garde en
établissement, qu'elle soit une personne en situation d'itinérante ou pas. Si
elle a besoin des soins, il faut… il faut maintenir… Il nous faut quand même un
critère pour pouvoir aider ces gens-là. Ça fait que, pour nous, le critère qui
a été défini par la jurisprudence, la Cour d'appel du Québec, nous paraît…
M. Arseneau : Mais, même
s'ils mettent… mènent à des cas abusifs que vous dénoncez dans votre mémoire,
c'est ça que j'essaie de saisir.
M. Tremblay (Donald) : Bien,
c'est sûr que les cas abusifs sont toujours regrettables, mais c'est une
mauvaise application des critères, ça, c'est sûr.
M. Arseneau : Bien justement,
est-ce qu'on a besoin d'un… de mieux...
Le Président (M. Provençal)
: Voilà, on a terminé.
M. Arseneau : Désolé.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Merci de votre collaboration. Ceci étant
dit, on va suspendre les travaux pour permettre au prochain groupe de prendre
place. Merci énormément de vous être… d'être venus en présentiel.
(Suspension de la séance à 12 h 15)
(Reprise à 12 h 18)
Le Président (M. Provençal)
:Alors nous avons avec nous, en
visioconférence, l'Association des spécialistes en médecine d'urgence du
Québec. Ce sont le Dr Gilbert Boucher, président, M. Simon Bissonnette,
directeur général, et la Dre Karine Plouffe, urgentologue à l'hôpital du
Sacré-Coeur de Montréal. Alors, je vous donne 10 minutes pour votre
présentation et on ira après ça pour les échanges. À vous la parole.
M. Boucher (Gilbert) : Merci,
M. le Président. Mme la ministre. Membres du comité. Alors, je me présente, Dr
Gilbert Boucher, je suis président de l'Association des spécialistes en
médecine d'urgence, urgentologue à l'Institut de cardiologie de Montréal, mais
également 23 ans d'expérience à… au Centre universitaire de santé McGill et à
l'hôpital Lakeshore. Je suis accompagné, comme M. le Président l'a mentionné,
par Dre Karine Plouffe, qui est urgentologue à l'hôpital Sacré-Coeur de
Montréal et ancienne cheffe de l'urgence de Saint-Eustache, qui a plus que 10
ans d'expérience, ainsi que notre directeur général, Simon Bissonnette.
Alors, l'Association des spécialistes en
médecine d'urgence du Québec regroupe plus de 210 spécialistes…
M. Boucher (Gilbert) : …
œuvrant dans les 30 urgences les plus importantes au Québec, dont nous assurons
vraiment une couverture des services d'urgences et intervenons auprès des
populations présentant des problématiques variées, incluant un nombre important
de patients souffrant de troubles de santé mentale. En raison de notre rôle en
première ligne, les médecins d'urgence sont fréquemment appelés à évaluer des
patients dans ces contextes de crise, avec une information partielle dans des
environnements sous pression. Ils doivent prendre des décisions rapides ayant
des impacts immédiats sur la sécurité des patients, celle de leurs proches, du
personnel soignant et du public. En contexte de santé mentale, les membres de
l'ASMUQ collaborent étroitement avec les psychiatres, les intervenants psychosociaux,
les services policiers ainsi que les familles et les proches aidants. Cette
position leur confère une perspective unique sur l'application concrète des
différentes mesures législatives. Les médecins d'urgence sont souvent la porte
d'entrée du système de santé pour ces patients, malheureusement. Ils jouent un
rôle déterminant dans l'évaluation initiale du risque, l'orientation des
trajectoires de soins et la coordination des interventions nécessaires à la
protection des personnes vulnérables.
• (12 h 20) •
L'ASMUQ accueille favorablement le dépôt
du projet de loi n° 23 et tient à souligner que plusieurs des préoccupations
exprimées dans notre mémoire ont trouvé écho dans les orientations proposées
par le législateur, en particulier la modernisation du critère de référence de
dangerosité. La volonté de mieux structurer les mécanismes de concertation
entre les acteurs ainsi que l'encadrement des modalités de garde témoigne d'une
prise en compte des réalités observées sur le terrain. Du point de vue des urgences,
ces avancées sont significatives. Elles vont dans le sens d'un cadre plus
adapté à la prise en charge de patients présentant des troubles de santé
mentale dans des contextes où les décisions doivent être prises rapidement,
souvent avec une information incomplète dans un environnement sous pression.
Les médecins d'urgence constituent, constituent la porte d'entrée, et nous
sommes à même de constater les limitations des 30 dernières années et avons été
mis au courant de plusieurs cas qui avaient été manqués.
L'ASMUQ considère que ces modifications
constituent une base solide. Toutefois, leur pleine efficacité dépendra de leur
capacité à s'intégrer concrètement dans la pratique clinique quotidienne des
équipes d'urgence, des ressources disponibles et de l'organisation du travail.
Bien que la modification du... de la loi soit la première étape, nous avions
été très impliqués en 2018 dans l'application des protocoles et nous, nous
tenons à dire que c'est soit très important que les médecins d'urgence, les
psychiatres soient impliqués dans les protocoles d'applicabilité de la loi dans
les prochaines, dans les prochains mois… Nos quatre recommandations vraiment
vont en accord avec... avec le projet de loi, dans le sens que nous croyons que
l'application de la mise à jour du critère de dangerosité permet une
appréciation clinique tenant compte du risque raisonnable, prévisible, de
l'évolution probable de la situation et des délais réels d'accès au service,
tout en maintenant le respect des droits des patients. Nous… nous étions tous
là à écouter les derniers intervenants. C'est important de comprendre que comme
groupe de médecins, nos urgences débordent déjà beaucoup. On sait qu'on manque
de services. On n'est pas là pour garder les patients. On fait vraiment tout
notre possible pour renvoyer les gens la paix à la maison, leur donner la
chance de faire des suivis à l'externe. Mais des fois, il faut les garder. Je
ferais une petite analogie peut-être avec la maladie cardiaque, juste pour que
les gens peut-être comprennent un petit peu plus. Vous savez, quand les gens se
présentent à l'urgence avec des douleurs thoraciques, on ne les garde pas tous
pour avoir des pontages et avoir des stan. Il y a des critères, mais on ne peut
pas se permettre de toujours attendre qu'il y ait des crises cardiaques avant
d'intervenir. C'est là que le point de vue clinique devient important, que …,
la modernisation du critère de dangerosité …, est fondamentale.
En ce moment, ça nous arrive très souvent
d'avoir les mains liées et d'être obligé d'attendre cette fameuse crise
cardiaque alors qu'on le sait que les artères sont en train d'être bloquées,
que ça évolue depuis deux ou trois semaines. Mais étant donné que le facteur de
risque de danger sévère immédiat n'est pas présent à ce moment-là, des patients
retournent à la maison. L'autre chose qui est très important de voir, c'est que
ce critère là, nous permet aussi de communiquer avec les familles. Vous savez,
on le voit, on le voit tous les jours, les familles, ça leur prend des jours,
des semaines à finalement convaincre le patient de venir à l'urgence. Puis, les
patients le savent, ils disent : je ne veux pas que vous parliez à ma
famille. Alors, nous, on est lié à ça, de juste parler avec un intervenant.
Puis, basé sur ça, il faut faire des, faut prendre des décisions qui peuvent
avoir de graves conséquences. Et c'est toujours désolant de voir les familles
qui nous regardent en disant qu'est-ce que vous voulez qu'on atteigne, qu'on
attende pour revenir avec le patient à l'urgence? Pourquoi est-ce que vous ne
le gardez pas? Alors, c'est vraiment des recommandations qui viennent en, qui
viennent renforcer qu'est-ce qu'on a besoin pour mieux s'occuper des…
M. Boucher (Gilbert) : …
patient. Toujours vraiment dans un contexte de respecter leur, leur, leur vie
privée, leurs droits fondamentaux. Ça, c'est extrêmement important. On n'est
pas là, comme je vous le dis, pour remplir encore plus nos urgences, on essaye
vraiment de faire le tri. Mais en ce moment, je peux vous dire que moi, comme
président de l'association, il ne se passe pas un mois sans que j'entende
parler de patients qui nous disent :non on ne restera pas, faites-vous-en
pas, je collabore. Puis bon, on tourne, les membres tournent le dos à ces
patients-là et puis 2 h après, le patient est retourné à la maison, puis on ne
l'a jamais vu, on n'a pas pu s'en occuper. Alors, c'est des choses qui viennent
rajouter, qui sont très importantes pour nous, de nous permettre de vraiment se
servir de son sens clinique. Monsieur auparavant, parlait des troubles de
personnalité, ce n'est pas parce que quelqu'un de nous dit quelque chose que
c'est toujours la vérité qui sort de leur bouche. Puis, c'est justement en nous
permettant de communiquer avec les autres intervenants qu'on va être capable de
prendre des meilleures décisions. Finalement, la simplification et
l'harmonisation des processus administratifs vient vraiment aider le processus
aux urgences. Ça vient des trois gardes. Le fait qu'on ne pouvait pas demander
une évaluation psychiatrique sans avoir un ordre de cour. Le nouveau, le
nouveau service de garde temporaire, vient vraiment aider le processus.
Finalement, je le réitère une dernière fois, mais c'est essentiel. La loi,
c'est juste le début, il faut le mettre en pratique. Il faut avoir des critères
cliniques, il faut le soumettre sur le terrain. Puis, c'est fondamental que
toutes les …, que les médecins d'urgence soient impliquées dans ce
processus-là. Alors, sur ce, je vais. J'ai terminé ma présentation.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Alors, on va débuter l'échange avec Mme la
ministre.
Mme Bélanger : Oui. Alors,
bonjour, Dr Boucher et Dr Plouffe. M. Bissonnette, ça me
fait vraiment plaisir de, de voir que vous participiez à cette consultation
particulière. Et je vois, en tout cas, j'entends Dr Boucher, que
vous avez entendu le groupe qui était précédemment, puis je pense que vous
savez, peut-être remarqué, ça nous a tous touchés. On est heureux de savoir
qu'il y a des organismes comme ça qui sont sur le terrain pour faire une
différence. Puis, là, on est dans la défense des droits, dans l'accompagnement
au niveau du parcours juridique. Et puis donc, tantôt, j'étais très heureuse
d'aller saluer, d'autant plus que c'est des étudiants en droit. Alors, j'étais
contente de les voir. Mais j'aime toujours, j'ai un faible pour le côté médical
puisque je suis la ministre de la Santé, fait que, merci pour le travail que
vous faites dans les salles d'urgence au Québec, c'est extrêmement important.
Aussi, très satisfait de voir que vous accueillez favorablement ce projet de
loi. Moi, j'ai eu peut-être une petite question de précision. Tu sais, dans les
salles d'urgence, ça va vite, il y a beaucoup de volume, on le sait, les taux
d'occupation sont élevés. Il y a des moments dans, dans une journée, en
particulier, des fois de soir sur le quart de soir où c'est assez intense comme
activité, puis c'est souvent là aussi en soirée ou en début de nuit, que les
personnes en situation peut-être de crise, vont être peut-être plus, vont
souvent plus arriver dans les salles d'urgence. Tu sais, je voudrais peut-être
revenir sur : quelqu'un est amené par une patrouille mixe. Vous savez
c'est quoi les patrouilles mixe? Donc avec policiers et travailleurs sociaux.
On a mis ça en place un peu partout au Québec, puis c'est une bonne pratique,
et quelqu'un amène une personne en situation d'itinérance dans une salle
d'urgence. …, parce que, bon, cette personne-là était en crise ou bon , est-ce
qu'elle est immédiatement mis en P-38? Comment vous réagissez? Non. C'est ça?
Alors tantôt je n'osais pas répondre, mais c'est ce que je comprenais là.
Qu'est-ce que vous faites avec ces gens-là? Oui, parce que c'est ça la nuance. Oui.
M. Boucher (Gilbert) : Je
vais répondre. C'est un processus évolutif. Alors, souvent sur le terrain, ces
patrouilles-là sont, sont appelées en intervention parce qu'il y a des crises,
il y a beaucoup de tension, la pression est haute, il y a des choses des fois
qui sont dit qui ne devraient pas être dit. Juste au moment que ces patients là
soient transportés, le temps que l'intervention ait lieu et les patients
arrivent à l'urgence, il y a souvent eu une désescalade, déjà beaucoup des
critères, et c'est là que, on les met quand même en priorité. C'est quand même
des P-2, il faut les voir rapidement, mais souvent, on est à même de constater
que, bon, c'était une chicane. Puis bon, il y a, il y a des choses qui est, qui
ont, qui ont, qui ont débordé les mots, qui ont débordé les pensées, et on n'a
pas de raison de garder quelqu'un contre son gré pour toute la nuit. Par
contre, des fois, effectivement, la crise se continue, puis ça va prendre
quelques heures de plus pour la, pour la faire désescalader. Puis là, oui, à ce
moment-là, on les qui sont mis en P-38, mais ce n'est pas automatique en fait,
c'est loin d'être un automatisme... Il faut, il faut aller chercher de
l'information de plus. Bien, Dre Plouffe, je ne sais pas si vous
avez quelque chose à rajouter.
Mme Plouffe (Karine) : Mais
effectivement. Puis, des fois, c'est l'information qu'on n'a pas qui nous
permettent de…, qu'on ne peut pas vraiment établir…
Mme Plouffe (Karine) : …si le
patient est apte ou pas, parce que nous, quand on évalue un patient, c'est de
savoir : Est-ce qu'il est apte? Est-ce qu'il peut comprendre les risques
de retourner à la rue? etc. Donc, des fois, juste le fait de venir ici, on lui
offre à manger, on désescalade un peu la situation, il reprend ses esprits,
puis la situation est désescaladée, comme après ça on peut faire une meilleure
évaluation psychiatrique de cette personne-là.
Mme Bélanger : Est-ce que
vous faites donc, ce n'est pas automatique que vous faites une consultation à
un psychiatre. Vous allez donc, traiter cette personne-là comme toute personne
dans la salle d'urgence avec votre jugement clinique. Puis… bon... alors donc,
quand la… si… la crise s'estompe ou si la personne… veut retourner,
naturellement, puis elle... si c'est une personne en situation d'itinérance,
elle retourne dans la rue, mais en tout cas, elle retourne de là où… d'où elle
venait.
• (12 h 30) •
Mme Plouffe (Karine) : Mais
souvent, on lui offre des soins…
Mme Bélanger : Est-ce qu'il y
a un accompagnement ou une référence qui est fait aux organismes ? Oui. Merci.
Mme Plouffe (Karine) : Bien
souvent, on demande au travailleur social de venir évaluer le patient, puis
voir avec lui quelles sortes de ressources il serait ouvert à avoir. Des fois,
il y a des centres de crise aussi. Puis c'est sûr que si c'est en plein hiver,
on… moi, je ne donne pas congé à un patient qui, que je sais très bien qu'il va
retourner à -40 là. On le garde à l'urgence le temps que… le matin ouvre, que
les ressources ouvrent. Mais souvent, ils sont vus, systématiquement, par un
travailleur social avant qu'on le retourne.
Mme Bélanger : OK. Avez vous
des… suffisamment de travailleurs sociaux… dans votre salle d'urgence?
Mme Plouffe (Karine) : Bien,
on en a quand même... c'est sûr qu'on ne les a pas sur les heures non ouvrables
qu'on peut dire, là, mais il y en a tous les jours, sept jours sur sept dans la
plupart des urgences.
Mme Bélanger : OK. Donc… donc
sept jours sur sept dans la plupart...
Mme Plouffe (Karine) : La
plupart du temps…
Mme Bélanger : Dans la
plupart…
Mme Plouffe (Karine) : La
plupart du temps, mais sur des heures ouvrables, c'est sûr qu'ils ne
travaillent pas à… Ils ne sont pas là de nuit, là.
Mme Bélanger : C'est sûr…
Mme Plouffe (Karine) : Mais,
c'est souvent les fois, on les garde pour la nuit de toute façon, parce qu'ils
sont...on ne peut pas les retourner là à -40, là, si on peut donner un exemple
comme ça.
Mme Bélanger : OK
M. Boucher (Gilbert) : On ne
gardera jamais quelqu'un juste pour avoir un travailleur social. Puis vous avez
mentionné le psychiatre, c'est tout le temps important, nous, en médecine
d'urgence, il faut prendre des décisions là, mais on dit toujours 10 % des
patients qui se présentent avec des problèmes de santé mentale, on en fait des
conditions médicales. Puis c'est pour ça que ces patients-là, il faut toujours
qu'ils soient vus par un médecin d'urgence, parce qu'une fois que vous êtes
interné en psychiatrie, le côté médical un petit peu est moins… Vous savez, il
y a des gens qui ont des sodiums qui sont trop bas, qui ont des sucres
débalancés, qui ont des infections puis qui se présentent en psychoses, qui
sont vraiment médicamenteuses. Ça fait que nous, ça fait partie de l'évaluation
qu'il faut faire. Puis, oui, souvent, le psychiatre va finir par être consulté
si…. Si on le garde en P-38, c'est sûr qu'il y a une consultation. Mais, mais
même des fois, quand il n'y a pas de P-38, on peut demander une consultation.
Vous savez qu'il y a beaucoup de patients qui viennent et qui veut… qui veulent
être traités quand même, là.
Mme Bélanger : Oui, mais
c'est le défi aussi. Beaucoup de personnes en situation d'itinérance qui, qui,
pour toutes sortes de raisons, n'ont pas nécessairement toutes les traitements
requis. Puis, je ne parle pas nécessairement des salles d'urgence, mais du
système de santé ou quoi que ce soit, puis c'est multifactoriel là. Est-ce que
vous avez remarqué dans votre pratique, qu'il y avait une augmentation du
nombre de personnes en P-38 ou… de façon générale? Est-ce que vous avez plus
de, vos observations, est-ce qu'il y a plus de P-38 dans les salles d'urgence?
M. Boucher (Gilbert) : Historiquement,
il y a vraiment deux groupes de patients ici. Je vous dirais, historiquement,
en 2018, il y a eu beaucoup de réformes et puis de déploiement de protocoles,
puis depuis ce temps-là, on en a beaucoup diminué. Il y a vraiment eu un beau
travail par rapport à ça, fait qu'il y a moins de P-38. Par contre, quand on
parle de l'itinérance, effectivement, c'est une nouvelle population qui est
très ciblée là. Avant ça, c'était juste au centre-ville de Montréal,
malheureusement, on commence à en voir plus. Ça prend des intervenants, ça
prend… ça prend des choses. Puis, je vous dirais que, le monsieur d'avant
parlait des troubles de personnalité… en médecine d'urgence, on est peut-être
ceux qui en voient le plus puis où on est capable des voir. Si vous avez un
trouble de personnalité, effectivement, ce n'est pas… il n'y a pas de raison de
le garder pour un traitement. Là, par contre, il faut s'assurer qu'il ne soit
pas dangereux pour les autres. Alors ça, ça fait partie du critère puis c'est
là que c'est important que les critères soient modernisés pour nous permettre,
vraiment, de se servir de notre jugement clinique par rapport à ça.
Mme Bélanger : OK. Dr Boucher
ou… et Dre Plouffe, est-ce que vous, vous pensez que ce projet de loi risque
éventuellement d'amener plus de de visites à l'urgence? Est-ce que vous allez
être capable d'absorber ce volume-là? Je parle pour population générale, là.
M. Boucher (Gilbert) : Puis,
c'est effectivement quelque chose... il y a certains de nos membres, là, le
regroupement des chefs d'urgences du Québec, il s'en faisait par rapport à ce
critère-là. C'est sûr que, si… c'est surtout au niveau des intervenants dans la
société, les policiers, travailleurs socials, s'ils commencent vraiment à
l'appliquer trop souvent, il y a un certain risque. Par contre, c'est pour ça
que c'est très important que le...
12 h 30 (version non révisée)
M. Boucher (Gilbert) : …déploiement
de ce… des protocoles par rapport à la loi, on soit impliqué là-dedans, parce
qu'il va, peut-être, y en avoir un petit peu plus, mais ça va… comment je peux…
chaque changement amène des problèmes.
Je pense que vous le savez, madame la
ministre, là, il va y avoir… mais, au final, l'important, c'est de traiter les
bons patients quand ils en ont besoin, parce que, encore là, on le voit, des
patients qui sont presque… ils sont près de la crise cardiaque, mais ils ne
l'ont pas encore eu.
Puis, à cause de ça, ils ne peuvent pas
être traités. Puis, c'est ces patients-là, en fait, que, souvent, on est mieux
de les traiter maintenant que d'attendre qu'il y ait des choses fâcheuses qui
se passent dans la société.
Mme Bélanger : OK, bien,
merci beaucoup. Je laisserai la parole à ma collègue.
Le Président (M. Provençal)
:Madame la Députée de Soulanges.
Mme Picard : Merci beaucoup
pour votre présence. Vous êtes notre… notre dernier groupe.
Je voulais vous entendre principalement
sur les… les personnes proches aidantes, les familles, surtout des jeunes de 14
à 18, là, qui sont dans vos salles, qui ont des… des enjeux de santé mentale.
Comment ça se passe avec les
communications ? Et
est-ce que vous pensez que le projet de loi va mieux les soutenir, puis est-ce
qu'il les soutiendrait assez, selon vous ?
M. Boucher (Gilbert) : ...
Mme Plouffe (Karine) : Mais
en fait, ça va peut-être nous aider à avoir plus d'information auprès de leurs
parents, parce que, des fois, ils ne veulent pas qu'on parle à… aux… à leur
famille et tout ça.
Puis je pense que, si on peut concerter
nos… nos actions avec d'autres communautés, avec d'autres organismes, et tout
ça pour pouvoir faire un meilleur plan d'action.
Si jamais le patient retourne dans son…
dans son milieu, ça va juste être bénéfique pour lui, parce que c'est sûr qu'on
ne veut pas garder… tu sais, il n'y a pas un jeune qui veut rester à l'hôpital,
là, dans une condition comme ça, là. C'est vraiment désagréable pour lui et
même un peu apeurant.
Mme Picard : Puis est-ce que
les… les communications, pour vous, ça va vous aider dans votre travail, là,
avec les personnes proches aidantes en général, là, ou les familles des
patients ?
Mme Plouffe (Karine) : Énormément,
puis, ça va peut-être même nous permettre de pouvoir donner congé à un patient
et pouvoir mettre en place un… un suivi plus rapide et éviter qu'il reste des..
48, 72 heures à l'urgence, parce qu'il n'y a pas de place en psychiatrie.
Donc je pense que ça peut être bénéfique
pour le patient, en bout de ligne.
Mme Picard :… parfait, merci.
M. Boucher (Gilbert) : Les…
les partenaires des patients sont souvent nos meilleurs alliés. Puis, en ce
moment, il y a quand même beaucoup de patients qui se servent de cette… ce
cette partie-là de la loi… on rentre dans la salle… puis, je ne veux pas que
vous parliez à ma famille.
Il faut comprendre que les familles sont
déjà dans un… dans un état de conflit, là. Ils les ont forcés à venir à l'urgence
pour être évalués. Ils ont finalement accepté.
Ça fait que la première chose qu'ils font,
c'est qu'ils nous enlèvent cette partie de l'information là. Puis, c'est
clairement les meilleurs… notre meilleur soutien et puis nos meilleurs alliés.
Ça fait que cette partie-là de la loi est
vraiment très bien reçue de notre part.
Mme Picard : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Madame la Ministre.
Mme Bélanger : Oui, je
continuerais sur, dans le fond, tout le phénomène des portes tournantes.
Pour avoir travaillé dans le réseau de la
santé, des services sociaux et des médecins d'urgence qui connaissaient des
patients par leur prénom, là, parce qu'ils pouvaient être… venir à la salle d'urgence
plus que 20, 25 fois par année, là.
C'était… c'est… ils étaient connus, là,
ils étaient vraiment connus. J'imagine que vous… vous vivez ça aussi dans votre
pratique, là. Certaines personnes qui reviennent régulièrement.
Qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer
ça ? Parce que, tu sais,
que quelqu'un revienne dans une salle d'urgence 25, 30, 35 fois, on peut
appeler ça le… le syndrome de la porte tournante, mais il reste que c'est comme
si on ne réussit pas à régler le problème. Comment vous voyez ça ?
M. Boucher (Gilbert) : C'est
sûr que, de notre point de vue, on en parlait un petit peu avant, d'un point de
vue de médecin d'urgence, notre spécialité, c'est, vraiment, une fois qu'on a
la crise, une fois que les patients sont amenés à l'urgence, qu'on a le P38,
nous, c'est vraiment là qu'on intervient.
Puis, la loi vient vraiment nous aider à
mieux encadrer, mieux soigner les patients qui en ont vraiment besoin. Quand on
parle des grands utilisateurs, il y a plusieurs choses.
C'est sûr qu'on parle toujours de
prévention, d'avoir des agents, des… des agents attitrés à ces patients-là. C'est
comme ça pour presque toutes les pathologies à l'urgence.
Parce que oui, la santé mentale est
différente, mais c'est… c'est un petit peu les mêmes… la même approche.
Ça fait qu'au lieu de venir à l'urgence,
ils peuvent intervenir… parler avec quelqu'un, c'est toujours mieux.
Mais, encore là, c'est… ce n'est pas notre
domaine d'expertise, si on veut.
Mme Bélanger : OK. Puis, est-ce
que… je veux revenir, là, sur les services d'accompagnement de crise, vous
savez qu'on en a déployé partout au Québec ?
Est-ce que, comme médecin d'urgence, vous
avez… vous sentez que vos équipes ont des bons liens avec ces… c'est comment… c'est
quoi l'acronyme ? SASQ… alors,
ces services d'accompagnement qui sont importants, là, est-ce que vous sentez
que c'est fluide avec les équipes d'urgence, le personnel d'urgence ?
M. Boucher (Gilbert) : C'est
sûr que ça pourrait… tout peut toujours être mieux, mais, effectivement, ça s'est
beaucoup amélioré dans les dernières années. Il y a beaucoup de…
M. Boucher (Gilbert) : …qu'est-ce
qui arrive, c'est que les patients qui n'ont pas de téléphone, qui ne parlent
pas nécessairement anglais ou français… ça… c'est là, qu'on a moins de soutien.
Mais je vous dirais que la communication va quand même beaucoup mieux que ça
l'était avant, ça fait que, oui, ça l'aide, et ça nous évite beaucoup de
visites aux urgences. On le sait, les patients, ils vont nous dire : Ça
fait deux semaines que je communique avec eux, ils nous ont assuré un suivi,
mais là, ça ne marche plus. Puis c'est un petit peu ça, encore là, c'est la
même chose qu'on fait avec d'autres pathologies, si on est capables d'avoir des
intervenants qui vont être capables d'apporter des modifications, amener…
envoyer des intervenants, des médicaments, ça peut aider. Mais, des fois, quand
la crise est trop grave, c'est là où ils viennent à l'urgence.
• (12 h 40) •
Mme Bélanger : OK. Puis, peut-être
une autre question. Est-ce que… parce que ça nous a été amené là, par
différents groupes, là, est-ce que, dans vos carrières, ça vous est déjà arrivé
que des parents ou des proches amènent quelqu'un à la salle d'urgence, qu'ils
vous disent qu'ils avaient peur de cette personne-là? Qu'ils n'étaient plus
capables de le garder? Qu'est-ce qu'on fait dans… ce n'est pas une question
piège, c'est juste… je sais que c'est extrêmement complexe, mais on fait quoi,
là, quand une mère puis un père arrivent avec leur… leur jeune adulte là, et
qu'ils disent qu'ils n'en peuvent plus puis qu'ils ont peur?
M. Boucher (Gilbert) : Je
vais laissez Dre Plouffe répondre à celle-là.
Mme Plouffe (Karine) : Bien,
on leur apporte notre empathie, on les… on écoute leurs préoccupations. Après
ça, on évalue quand même le patient, puis après ça, c'est sûr qu'on… s'il y a
lieu, on les réfère en pédopsychiatrie ou en psychiatrie, et on s'assure que,
bien, peut-être, des fois, on peut donner, comme je dis, un «break» entre
guillemets, à la famille. Il y a des centres de répit, il y a des centres de
crise, il y a des fois, il y a des centres jeunesse, il y a différentes
ressources pour donner un répit pour la famille. Puis, souvent il faut vraiment
les écouter parce que c'est vraiment un signal d'alarme, parce que
malheureusement, des fois, il y a des… il y a des drames par la suite,
familiaux qu'on voudrait éviter, puis c'est ça un peu notre rôle en première
ligne.
Mme Bélanger : OK. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la Députée de D'Arcy-McGee.
Mme Prass : Merci, M. le
Président. Merci pour votre travail au quotidien et merci pour votre mémoire,
votre présentation. Vous avez mentionné Dre Plouffe, plutôt que les travailleurs-travailleuses
sociales sont uniquement présents de 9 à 5, pas dans les heures atypiques.
Est-ce qu'il y a eu des cas où est-ce qu'il y a des cas où des gens qui
normalement auraient eu leur sortie de l'hôpital, disons, je vous donne un
exemple, à 22 h du soir, doivent attendre, doit passer la nuit à l'hôpital et
remplir un lit parce qu'il n'y a pas de travailleurs-travailleuses sociales
pour… avec qui consulter avant qu'ils fassent leur sortie de l'hôpital?
Mme Plouffe (Karine) : Bien,
pas nécessairement. Des fois, si on attend, entre guillemets, le travailleur
social, c'est parce qu'on ne peut pas donner un congé sécuritaire au patient à
22 h le soir. Puis des fois, nous… tu sais, moi, je suis médecin d'urgence, je
ne connais pas, malheureusement pas toutes les ressources qui existent à ma
portée. Puis des fois, un pas de recul, ça fait aussi besoin… ça fait du bien
aux patients parce que, souvent ils arrivent en crise et tout ça. Puis,
souvent, je leur dis : Bien écoutez, ici, aujourd'hui, vous êtes en
sécurité, on fait un pas de recul, ça permet de laisser passer un peu la
poussière. Puis des fois, les patients sont mieux psychologiquement avant de
repartir dans leur milieu par la suite. Puis le travailleur social permet de
boucler la boucle par la suite, là. Mais, tu sais, ils sont là aussi les congés
fériés, ils sont là la fin de semaine, c'est toujours difficile d'avoir tout le
monde 24 h sur 24, malheureusement, mais c'est un peu utopique de penser à ça.
M. Boucher (Gilbert) : Si
quelqu'un qui est sécuritaire pour repartir à la maison, dans toutes les
urgences, on a des protocoles pour des retours à l'urgence, alors si c'est la
seule chose que vous avez besoin, on va remplit les dossiers, puis quand vous
présentez… vous pouvez vous présentez à 8 h ou 9 h le lendemain matin pour voir
le travailleur social. Ça fait qu'il n'y a pas de… on ne garde pas personne
juste pour le travailleur social. Il y a… il y a… il y a des protocoles par
rapport à ça.
Mme Prass : Parce que ce qui
est proposé dans le projet de loi, c'est que la personne ne puisse sortir sans
avoir un plan d'accompagnement. Puis on se comprend, un plan d'accompagnement,
ça va se faire en concertation avec la santé et avec l'organisme communautaire,
quoi que ce soit. Donc, on veut juste s'assurer, parce que vous l'avez
mentionné plus tôt puis… puis on le sait que, des fois, il y a des lits dans
les urgences qui sont déjà débordées, qui sont occupés par des personnes qui
auraient pu avoir leur sortie plus tôt, mais… et, comme j'ai dit, avec le
projet de loi, là, il va falloir l'élaboration d'un plan d'accompagnement avant
leur sortie. Donc, on veut juste s'assurer que les personnes n'aient pas à
passer plus de temps que nécessaire et à prendre des places dans les urgences
ou prendre des lits d'hôpitaux parce que les effectifs ne sont pas là pour
remplir les critères dont ils ont besoin avant d'avoir leur sortie.
M. Boucher (Gilbert) : Oui,
bien, là, il faut que vous compreniez, encore là, c'est la même chose pour
toutes nos pathologies. Quand on voit les patients, nous, comme médecins
d'urgence, on prend une décision. Si je vois quelqu'un qui a un problème
cardiaque, puis qu'il faut qu'il voit le cardiologue le lendemain, au moment
que je prends la décision, à 10 h le soir, je prends la meilleure décision avec
les connaissances qu'on a. S'il n'y a pas, s'il a absolument, selon moi, besoin
de voir le cardiologue, on va le garder. La même chose pour le travailleur
social. Mais ça se peut que le travailleur social, le lendemain, le voit puis
dise : Bien, avec l'information qu'on a supplémentaire, bien, Louis, le
patient peut retourner à…
M. Boucher (Gilbert) : …à la
maison, mais je ne garderai pas... on ne gardera jamais un patient juste parce
qu'on a besoin d'une consultation, alors que le patient n'est pas dangereux. Si
on pense que le patient est en crise de santé mentale, oui, le plan, c'est de
rencontrer un travailleur social, mais on va le garder à cause de ça. On ne
gardera jamais quelqu'un contre son gré, surtout dans le P-38. Je peux vous
dire, c'est très, très clair pour tout le monde en médecine d'urgence, on
enlève le droit au patient, c'est majeur. On ne fait pas ça juste parce qu'on
attend une consultation le lendemain. On peut leur suggérer que ça va être bon
pour eux, mais… la décision est prise basée sur notre expertise. Puis, comme je
vous le dis, c'est fait pour toutes les pathologies qu'on a à l'urgence. On n'a
pas des neurologues 24 h, on n'a pas des cardiologues 24 h. Alors, on prend des
décisions basées qu'est-ce qu'on connaît. Puis, oui, l'évolution des choses
fait changer les… peut faire changer les choses, mais on ne garde jamais
quelqu'un juste pour voir quelqu'un le lendemain matin.
Mme Prass : Oui, les exemples
que je vous donne, les hypothèses, c'est vraiment une fois que le P-38 est
appliqué, ce n'est pas dans la période d'évaluation de voir si la personne est
en crise ou non. C'est une fois que c'est déterminé que c'est le cas. Vous,
dans votre... dans vos recommandations, vous demandez de faire partie de
l'élaboration des protocoles d'applicabilité. Pourquoi est-ce que vous pensez
que votre… vos connaissances auraient pertinence dans ce processus-là? Et par
exemple, dans les protocoles d'applicabilité, quels sont les éléments que vous
voyez qui seraient importants?
M. Boucher (Gilbert) : Mais
c'est sûr que de définir la modernisation du temps de dangerosité, il va
falloir l'actualiser sur le terrain. Puis, encore là, c'est... On l'a fait en
2018, on faisait partie intégrante de tous les protocoles qu'il y a en ce
moment dans les urgences au Québec, avec plusieurs intervenants, des patients
partenaires, les psychiatres, les infirmières, les différents dirigeants du
milieu de la santé mentale au Québec. Alors, c'est juste important parce qu'en…
comme on le mentionne, la loi, c'est le début, hein, de modifier la loi, oui,
c'est bien, mais nous, sur le terrain, comme vous le dites, le samedi soir à 10
heures, comment cette loi-là, on l'applique? C'est quoi les critères? Qu'est-ce
qui est raisonnable? Il faut qu'on développe des balises puis c'est… ça va être
très important de le faire dans la prochaine année.
Mme Prass : Puis, j'imagine,
dans la plupart des cas, à moins que ça soit... à moins que la personne soit
amenée dans un hôpital psychiatrique, c'est les urgences. Vous êtes les
premiers à recevoir les personnes que les policiers vont emmener avec un P-38
potentiel. Donc, vous êtes vraiment la première ligne, si on veut. Donc, vos
connaissances et votre expérience, justement, pourraient être très
enrichissants pour ces protocoles-là, parce que, bien, vous êtes les premiers
appelés à évaluer la situation de la personne.
M. Boucher (Gilbert) : Effectivement.
Mme Prass : Et plus tôt, on a
parlé du phénomène des portes tournantes et on a parlé du phénomène de
l'itinérance. Et de façon générale, et vous avez entendu... ce que je
comprends, vous avez entendu le témoignage du groupe qui était juste avant vous
et qui nous parlait d'un exemple d'un jeune homme qui a été arrêté pour un P-38,
qui a été retenu pendant deux semaines, qui a été relâché par la suite et lors
de son sortie n'avait plus de logement parce qu'il avait… il était dans une
maison de chambres puis il n'a pas pu payer son loyer à temps. Justement pour
réduire le phénomène des portes tournantes, est-ce que vous pensez que pour les
personnes qui sont en situation d'itinérance par exemple, lors de leur sortie
de l'hôpital et de l'élaboration de leur plan d'accompagnement, qu'il faudrait
justement s'assurer qu'ils se retrouvent dans un logement, soit un logement de
transition, lit santé mentale dans une résidence intermédiaire, qu'il ne
faudrait pas les retourner dans la rue parce que là… on va augmenter les
chances justement que vous allez les revoir de nouveau parce qu'on les remet
dans un... dans un environnement désorganisé qui ne… qui n'est pas… qui n'est
pas positif pour assurer leur bonne santé mentale, disons.
M. Boucher (Gilbert) : C'est
sûr que, dans un monde idéal, vous avez tout à fait raison… D'autre côté, est-ce
qu'on va garder tous ces patients-là jusqu'à tant qu'il y ait une chambre
quelque part? La réponse c'est non. Ça fait qu'il faut trouver un juste milieu,
c'est évident. Vous savez… les patients sans domicile fixe, c'est un problème
qui est vraiment grandissant depuis deux ou trois ans, qui est en train de se
répandre à travers le Québec. Puis nous, on l'a toujours dit, on est là pour
s'occuper d'eux quand il y a des crises, quand il y a des problèmes, que ça
soit de la santé mentale ou des problèmes médicaux, mais le problème vient
vraiment d'avant. Il faut les accompagner, il faut les encadrer. Une fois que
la personne est rendue sans abri vient à l'urgence, on a un petit peu perdu la
bataille. Puis là, c'est là que pour nous, la loi devient quand même très utile
parce que, encore là, ça nous permet de parler aux autres intervenants, d'avoir
une meilleure idée de qu'est-ce qui se passe, de prendre des meilleures
décisions. C'est quelque chose qui est... c'est un processus qui est dynamique.
On a besoin de ça en ce moment parce que c'est... encore là d'avoir juste une
personne itinérante, d'avoir juste un point de vue, c'est tout le temps très
difficile de prendre des décisions, puis ça va nous permettre de prendre… de
faire des meilleures choses dans…
M. Boucher (Gilbert) : … les
années futures.
Mme Prass : Et dans l'exemple
que j'ai donné pour le logement, ce que je suggérais, parce que vous avez tout
à fait raison, on ne veut pas qu'une personne reste davantage en attendant
qu'un logement ou un lit soit disponible pour eux, mais ça serait plutôt
d'avoir un certain nombre de lits ou de logements de transition qui sont
réservés, compte tenu du nombre de P-38 qu'on sait, qui vont être appliqués
dans une année. Je voudrais vous demander, vous ne l'avez pas, je ne pense pas
l'aborder dans votre mémoire, la question des directives psychiatriques
anticipées. J'ai 30 secondes, donc, vous avez 30 secondes. Je voudrais vous
entendre là-dessus.
• (12 h 50) •
M. Boucher (Gilbert) : … un
petit peu le même principe que pour les autres demandes anticipées pour mourir.
Tant qu'on y a accès, on va être capable de vérifier ce qui se passe, les
remplir, les mettre en œuvre. Ça ne sera pas notre domaine. Ce n'est pas nous,
à l'urgence, qui va commencer à s'asseoir avec les patients. Mais s'ils ont été
écrites, s'ils ont été validés, on va respecter, on va respecter qu'est-ce qui
a, qu'est ce qui a été écrit. Mais ça se fait déjà dans d'autres domaines. … en
ce moment, ce n'est pas un problème.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Monsieur le député de
Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : MerciM.
le Président. Bonjour, Mesdames, Messieurs, écoutez dans votre mémoire et à la
page quatre, vous soutenez que… vous soutenez le principe d'élargissement de la
notion de dangerosité… Parce que c'est une avancée. Mais vous dites, et je
cite : son caractère encore imprécis dans son application soulève des
préoccupations. Vous soulevez, entre autres, la question de l'achalandage. Mais
j'aimerais savoir et est-ce que c'est la seule préoccupation qui soulève. Moi,
j'ai cru comprendre, d'après ce qu'on a entendu, que les critères de
dangerosité utilisés jusqu'à présent, étaient assez bien balisés en termes
juridiques. Et…je crois comprendre aussi qu'il y en a plusieurs qui… Le critère
qui est… de l'altération de l'état de la santé mentale n'est pas très bien… est
imprécis, comme vous le dites, mais quand vous dites imprécis dans son
application, qu'est-ce que vous voulez dire plus pratiquement?
M. Boucher (Gilbert) : Bien,
il va falloir redéfinir un petit peu qu'est ce qu'on… parce qu'avant ça,
c'était danger sévère et immédiat. Alors, c'était, c'était quand même, c'était
dans le béton. Puis, pour revenir à mon… analogie de la crise cardiaque, on
était vraiment pris à attendre juste avant là, les artères étaient en train
d'être bouchées sur le patient, puis là on a le droit d'intervenir, là, ça va
nous permettre de voir, de mieux comprendre qu'est-ce qui s'en vient. On parle
souvent des ressources vous savez, il y a des milieux qu'on est capables
d'avoir des suivis en dedans de 24 h, il y en a que ça peut prendre deux, trois
jours. Il faut prendre ça en considération. Les familles aussi. Il y a des
moyens de soutenir…. est-ce qu'on peut soutenir, les patients avec, avec
d'autres intervenants. Fait que c'est là que… ça va être un, ça va être quelque
chose à redéfinir. Ça nous donne un, ça va te donner la chance d'appliquer plus
nos critères cliniques parce que, malheureusement, depuis cinq, six ans, même
si dans le for, dans mon for intérieur, je savais qu'un patient allait faire du
tort à quelqu'un, allait se faire mal dans les prochains jours. S'il me disait
non, j'étais obligé de le laisser partir. Alors que maintenant, on va pouvoir
justement, voir l'ensemble du patient, voir comment les choses évoluent,
savoir, puis intervenir au bon moment. Il n'y a pas de raison que les familles
amènent des patients en crise. Puis, à cause qu'ils ne soient pas en crise
terminale, qu'on soit pris à les retourner à la maison sans rien faire. Mais
pour nous, c'est sûr qu'il va falloir adapter notre notre pratique parce que
dans les dernières années, ça nous a été complètement enlevé en ce moment.
M. Fontecilla : Et du point
de vue du projet de loi, est-ce que vous pensez qu'il faudrait ajouter des
éléments qui viennent préciser, justement, l'application du principe…,
dangerosité qui est telle qu'il est proposé?
M. Boucher (Gilbert) : Pas
vraiment. On parle vraiment d'une modernisation du principe de dangerosité. On vient
de vraiment rejoindre ce qu'on fait dans les autres provinces… C'est quelque
chose , il faut laisser un petit peu de place au médical aussi, aux
intervenants sur place. Vous savez… on n'est pas, on ne garde pas tout le monde
à l'hôpital, on ne veut pas garder tout le monde pendant deux semaines. On fait
vraiment tous les efforts possibles pour les retourner à la maison. Mais on le
sait, les patients qui vont revenir, on le sait, ceux qui vont venir dans
trois, quatre ou cinq jours, puis là, ça va être la crise, puis ils vont avoir
fait du tort. Ça fait que ça nous permet juste d'intervenir un petit peu plus
tôt lorsque nécessaire. Puis encore là, je peux vous dire que tous nos membres,
nos urgences pleines, on ne peut pas avoir plus de patients, on veut…, sauf que
ça va nous permettre de le faire dans des cas très précis où est-ce que les
gens ont besoin d'aide?
Une voix : …
Le Président (M. Provençal)
:… va appartenir au député des Îles de
la Madeleine.
M. Arseneau : Meri M. Le Président.
Bonjour à vous trois. Merci d'être là. J'ai tout de suite regardé dans votre
mémoire la page quatre, lorsque vous parlez de l'application clinique de la
notion de dangerosité. Vous dites, après consultation, là, que le caractère
demeure encore imprécis dans son application clinique. Et ça soulève des
préoccupations, une orientation qui pourrait entraîner une variabilité dans
l'interprétation et l'application du critère sur le terrain, et même entraîner
une augmentation de l'achalandage dans les services qui sont déjà très
sollicités. Est-ce que… c'est une préoccupation importante chez vos membres qui
semble rejoindre un peu ce qu'on a entendu de certains groupes?
M. Arseneau : …pas
savoir que, avec la révision du critère, on pourrait l'utiliser de façon
beaucoup plus large, beaucoup plus étendue et surcharger les hôpitaux qui
peinent déjà à faire face à la demande.
M. Boucher (Gilbert) : C'est
comme n'importe quel changement, il va toujours avoir des petits accrocs. C'est
transitoire, de manière transitoire, il y a un risque, je l'ai mentionné à
madame la ministre tantôt. Transitoirement., il y a un risque que ça arrive,
mais c'est pour ça que c'est important que ça soit un processus dynamique, que
les gens terrain soient impliqués. Mais, en ce moment, il faut reconnaître
qu'il y a trop de patients qui viennent aux urgences, qui ont besoin de soins
puis qui repartent sans en avoir. Puis ça, ça c'est un problème en ce moment.
La plupart des patients qui ont besoin d'aide ne le savent pas, mais la
définition reste quand même qu'il y a un danger certain. Donc, ce n'est pas
vrai qu'on va pouvoir garder tout le monde basé sur, sur, sur des impressions.
Il va falloir qu'on détermine clairement c'est quoi, un danger. Puis, comme je
vous le dis, ça se fait déjà dans d'autres provinces, puis il n'y a pas d'abus.
C'est juste qu'il faut, qu'on définisse ensemble. Il faut laisser la place au
médical pour, pour prendre ses décisions là des fois.
M. Arseneau : Mon autre
question porte sur les processus administratifs qui vont entourer la garde
temporaire. Est-ce que votre…, en tout cas, votre proposition là-dessus est
basée sur la situation actuelle, à savoir quels sont justement les processus
administratifs aujourd'hui. Est-ce qu'ils sont lourds pour la garde préventive
ou provisoire? Et est-ce que vous voulez alléger ça?
M. Boucher (Gilbert) : Tout à
fait. Écoutez, je peux même vous dire que, entre les différents centres
hospitaliers en ce moment, il y a des protocoles différents par rapport
à : les gardes, quand les demander, comment est-ce qu'on se rend en cours.
Alors, c'est un processus qui est extrêmement complexe, qui est quand même
fluide en ce moment, mais de tout harmoniser ça sous une garde temporaire vient
vraiment rendre les choses plus faciles. Vous savez, si je vous garde contre
votre gré parce que vous êtes en crise de psychose, est-ce que c'est normal…,
qu'il fasse faire une deuxième étape pour obliger un examen psychiatrique par
un psychiatre, ça va un petit peu d'emblée. Puis c'est là que la garde
temporaire vient nous permettre de faire ça de manière beaucoup plus fluide.
Puis pas de perdre des heures et des heures dans des processus administratifs.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Alors,merci à l'Association
des spécialistes en médecine d'urgence du Québec, le Dr Boucher, M.
Bissonnette et la Dre Plouffe, pour votre contribution et votre
participation. Avant de conclure des auditions, je procède au dépôt des
mémoires des personnes et des organismes qui n'ont pas été entendus lors des
auditions publiques. La Commission ayant accompli son mandat, ajourne ses
travaux sine die. Merci à tous. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 12 h 57)