(Neuf heures quarante-sept minutes)
La Présidente (Mme Bogemans) : Bonjour
à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la Commission des transports et de
l'environnement ouverte.
La commission est réunie pour procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 20, Loi instituant le Fonds bleu et modifiant d'autres dispositions.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Gendron (Châteauguay)
est remplacée par M. Sainte-Croix (Gaspé); et M. Grandmont (Taschereau),
par Mme Zaga Mendez (Verdun).
Remarques préliminaires
La Présidente (Mme Bogemans) : Parfait.
Nous débuterons ce matin par les remarques préliminaires puis nous entendrons par la suite les organismes
suivants, soit le Regroupement des organismes de bassins versants du Québec,
le Réseau Environnement et l'Union des municipalités du Québec.
J'invite le ministre
de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune
et des Parcs à commencer avec les premières remarques préliminaires.
Vous disposez de six minutes.
M. Benoit Charette
M.
Charette : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Déjà, vous
mentionner que je serai plus bref que ces six minutes à ce moment-ci.
Essentiellement, un mot pour remercier les collègues qui prendront part à cet
important projet de loi. Je pense que c'est
une des initiatives les plus conséquentes, là, qu'on aura prise au fil des ans
sur le thème indispensable de l'eau. Donc, déjà, merci beaucoup à celles
et ceux, là, qui contribueront. Merci aux groupes que nous aurons le plaisir
d'entendre. Leur vision, leurs lunettes, nous sera très utile pour la suite des
choses, et la suite des choses, on a voulu la simplifier.
C'est plutôt rare qu'on arrive avec un projet de
loi dont les projets de règlements sont déjà publiés. Souvent, c'est un travail qui se fait par la suite. Et je
peux comprendre, dans certains cas, le fait de ne pas avoir ces règlements-là ou ces projets de règlements là, ça suscite plus de
questions que de réponses. Donc, on a voulu anticiper ces questions-là.
Ce sont des éléments qui sont maintenant publics, qui sont à la portée de tous.
Donc, les
acteurs que nous aurons le plaisir d'entendre au cours des prochains jours
pourront bien naturellement nous parler du projet de loi n° 20 lui-même,
mais, si certains veulent aborder la question des redevances, notamment,
ils pourront le faire, là, avec des données qui seront maintenant connues. Et
je réitère la volonté du gouvernement, oui, adopter le projet de loi. Je vais
souhaiter que l'on puisse procéder le plus rapidement possible, mais aussi je
vais souhaiter une édiction rapide de ces projets de règlements là pour nous
assurer que, dès le 1er janvier 2024, on puisse effectivement les
mettre en vigueur.
• (9 h 50) •
Donc, merci aux collègues. Vous allez me
permettre aussi de saluer les gens qui nous accompagnent, du ministère de
l'Environnement. Comme ministre, depuis quelques années, je me sens très, très
privilégié de pouvoir compter sur une équipe aussi dédiée, une équipe qui est
aussi dévouée. Donc, n'hésitez pas, et je lance le message à l'ensemble des
collègues, si, à tout moment, vous avez besoin, là, d'une précision beaucoup
plus technique, ce sont des gens qui sont là à notre disposition, à nous tous,
comme parlementaires, et qui sont intéressés, là, à vous entendre très, très
certainement.
Donc, aux collègues de l'opposition, aux collègues
du gouvernement, aux groupes que nous entendrons, très, très intéressé à lancer
cette consultation pour que l'on puisse se nourrir de l'expérience de tout le
monde. Donc, merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Bogemans) : Merci
beaucoup, M. le ministre. J'invite maintenant la porte-parole de l'opposition
officielle et députée de Notre-Dame-de-Grâce à faire ses remarques
préliminaires pour une durée de 3 min 36 s. La parole est à
vous.
Mme Désirée McGraw
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente. Avant de partager mes remarques préliminaires, je tiens tout
d'abord à vous saluer et le secrétariat qui vous assiste et qui nous assiste
dans nos travaux en commission. Je veux évidemment saluer le ministre de
l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et
des Parcs et les équipes qui l'accompagnent, qui
accompagnent le ministre. Je salue aussi les députés de la banque
ministérielle, et enfin la collègue de Verdun, de la deuxième opposition.
Alors, à titre de porte-parole de l'opposition
officielle en matière d'environnement et la lutte contre les changements
climatiques, parcs et faune, je suis très heureuse de pouvoir participer à la
Commission des transports et de
l'environnement qui entretient des consultations particulières sur le projet de
loi n° 20, Loi instituant le Fonds
bleu et modifiant d'autres
dispositions. Je tiens à remercier
les groupes et les organismes qui sont présents lors de ces consultations
particulières. Je suis impatiente d'entendre
leurs remarques, commentaires et recommandations sur le projet de loi n° 20
déposé par le ministre le 6 avril dernier.
Le projet de loi n° 20 était attendu depuis
longtemps. D'ailleurs, on pensait qu'il serait déposé lors de la précédente législature. Malheureusement, cela a eu
comme conséquence des redevances perdues pour l'État québécois durant
les dernières années. Nous étudierons avec soin cette nouvelle pièce
législative afin de s'assurer que le niveau proposé
de redevances est adéquat et promet une réelle protection de nos ressources en
eau, notre or bleu, au Québec.
Rappelons-nous que le territoire québécois
détient 3 % des réserves mondiales d'eau douce et près de 40 % de cette eau se concentre dans le bassin
hydrographique du fleuve Saint-Laurent, véritable moteur de notre développement
social et économique. Son importance est
primordiale puisqu'il draine plus de 25 % des réserves mondiales d'eau
douce, et des millions de Québécois et de Canadiens en dépendent pour
leur vie quotidienne tant pour l'eau potable qui est fournie que pour les
emplois qu'il crée.
Pour notre formation politique, la gouvernance
du Fonds bleu fera l'objet d'une attention particulière de notre part. Nonobstant la pertinence de rehausser
les redevances, il faut demeurer conscient que ce défi supplémentaire
s'ajoute sur les épaules de nos entreprises qui auraient besoin d'appui de la
part du gouvernement pour demeurer compétitives.
De plus, je tiens à saluer l'indexation des redevances et l'évaluation
périodique des mesures réglementaires touchant les redevances.
En terminant, Mme la Présidente, il y aurait des
éléments à surveiller, et je suis contente de participer aux présentes
consultations particulières. Comme je l'ai déjà dit, j'ai hâte d'entendre et
d'échanger avec les groupes lors de ces
consultations. J'ai confiance qu'ils pourront nous éclairer, nous, les membres
de la commission, afin de bonifier le projet de loi. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Bogemans) : Merci
beaucoup. J'invite maintenant la porte-parole du deuxième groupe d'opposition
et députée de Verdun à entamer ses remarques préliminaires pour une durée de
1 min 12 s. La parole est à vous.
Mme Alejandra Zaga
Mendez
Mme Zaga Mendez : Merci beaucoup. Je
veux commencer aussi par saluer M. le ministre, les collègues de la banquette
ministérielle, Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Et ce que je veux nous
dire rapidement, c'est qu'on est contents d'être ici, autour de la table, pour
bonifier le projet de loi qui est présenté parce que c'est une grande attente
de la part des groupes. Ça fait longtemps qu'on pousse, avec ma formation
politique, pour mettre à jour et même aller au-delà en ce qui concerne les
redevances sur l'eau. On est assis sur une mine d'or bleu, on en est tous et toutes
conscients, et il faut être capable de se donner les moyens pour la protéger.
Puis c'est avec cet esprit-là que nous allons aborder le PL n° 20,
dans un esprit aussi de collaboration et d'écoute des demandes des différents groupes qui vont nous présenter leur vision et
leur expertise terrain, donc, je crois, qui va être essentielle pour bonifier
ce projet de loi là.
Auditions
La Présidente (Mme Bogemans) : Parfait.
Merci. Nous allons maintenant débuter les auditions. Je souhaite la bienvenue
aux représentants du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec
et je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour faire votre
exposé aujourd'hui, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à commencer
votre exposé, s'il vous plaît.
Regroupement des
organismes de bassins
versants du Québec (ROBVQ)
M. Madison (Mathieu) : Parfait.
Bonjour. Merci de nous inviter, en premier cette fois-ci, pour ce projet de loi
n° 20. Je suis accompagné de Karine, à la direction générale du ROBVQ, et aussi
de Sébastien, qui travaille avec nous sur les
documents qu'on vous présente aujourd'hui. Mon nom est Mathieu. Je suis
président du conseil d'administration
du regroupement et président d'un organisme de bassins versants de la rivière
du Nord, à Saint-Jérôme, pour le secteur des Laurentides.
Aujourd'hui,
on a choisi de vous présenter surtout nos commentaires sur tout le volet Fonds
bleu du projet de loi. Donc, on va,
plus tard, présenter, peut-être, nos... dans le contexte de consultations sur
le règlement sur les redevances, on va pouvoir présenter un autre avis
sur ce sujet-là, mais aujourd'hui on est vraiment là pour la question du Fonds bleu, et le message central, c'est celui de
l'arrimage qu'il y a à faire, à notre avis, entre le Fonds bleu et la loi sur
l'eau, donc, la loi sur l'eau, comme vous le savez, qui est déjà en
vigueur depuis bien longtemps et qui encadre un peu notre compréhension et la valeur qu'on attribue à
l'eau au Québec, mais aussi qui a permis la création des organismes de
bassins versants au Québec et le travail qu'on fait depuis maintenant un peu
plus de 20 ans sur le sujet.
Je vous présente les OBV. Là, en page 4, on a
une petite carte qui vous présente, entre autres, le territoire des différents
organismes de bassins versants du territoire du Québec. Chaque couleur
représente une zone de gestion intégrée de l'eau, et le mandat qu'on a du
gouvernement, dans le cadre de la loi sur l'eau, est de faire la planification
stratégique de l'eau sur l'échelle de chacun de ces territoires-là. Vous
comprendrez que les territoires sont divisés par bassins versants avec l'idée de pouvoir gérer la ressource selon les
limites naturelles que la ressource se situe sur notre territoire, et
notre mandat, en gros, vise à faire trois choses dans un cycle.
Donc, un cycle de gestion intégrée de l'eau, ça
dure à peu près 10 ans, et il y a trois étapes. La première étape, c'est
la planification stratégique, et c'est là qu'on forme, avec les acteurs du
milieu, une table de concertation. Donc, un peu comme le milieu municipal fait
des consultations publiques, nous, on fait de la concertation et on bâtit un
portrait, un diagnostic et un plan d'action pour la gestion des ressources en
eau sur ces différents territoires là. Ça, c'est la première partie du cycle de
la GIRE.
Et, par la suite, la deuxième section, la
deuxième partie dans le cycle de 10 ans, c'est celui de la mise en oeuvre.
Donc, ce qu'on veut faire pendant ces trois ou quatre années suivantes là,
c'est de mobiliser les acteurs, aller chercher
leur engagement pour mettre en oeuvre les actions qui ont été décidées ensemble
en concertation pour pouvoir protéger la ressource en eau.
Et ensuite on fait le suivi un peu de la mise en
oeuvre, pendant le troisième volet du cycle de GIRE, pour voir comment ça s'est
passé, qu'est-ce qu'on peut apprendre de cette expérience-là et comment on fait
mieux le prochain cycle de la GIRE. Ça fait déjà deux fois qu'on passe à
travers ce cycle-là et on commence... en ce moment, on est en train de
finaliser la planification stratégique du plan directeur de l'eau pour le
troisième cycle.
Et donc le résultat de tout ça, c'est qu'on a
maintenant des problématiques prioritaires, établies dans chacun des
territoires de ces 40 organismes de bassins versants là, qui nous
permettent de savoir vraiment c'est quoi, les priorités en matière de l'eau sur
chacun des territoires, à chacune des régions, et ce n'est pas des priorités
qu'on a fait de notre côté, par nous-mêmes, là, avec les professionnels à
l'interne. C'est vraiment des priorités qui sont établies avec les acteurs du milieu, entre autres avec les
gens que vous allez entendre aujourd'hui et dans les futures rencontres
que vous allez avoir, au cours des prochains jours, pour le projet de loi. Ces
acteurs-là sont, en réalité, représentés, à l'échelle de chacune des régions,
sur nos tables de concertation. Et donc, réellement, le plan directeur de
l'eau, c'est issu d'un consensus des acteurs du milieu. Donc, c'est le
troisième cycle. On recommence un peu ce système-là aujourd'hui et on va
arriver avec un nouveau plan directeur de l'eau.
• (10 heures) •
Je dis souvent qu'on est un peu le département
de recherche et développement du gouvernement en matière de gouvernance de l'eau. On a appris beaucoup de
choses dans les différents cycles de GIRE qu'on a eus dans le passé. Les
premiers constats qu'on a, c'est qu'il y a vraiment des solutions importantes
qu'on doit mettre en place pour assurer de
ne pas simplifier la complexité de la gestion de l'eau au Québec. Oui, c'est
compliqué, la qualité de l'eau, les inondations, les problématiques, les
écosystèmes, etc., mais c'est encore plus complexe, les acteurs qui sont
impliqués. Il y a beaucoup de gens qui ont des préoccupations
différentes, des intérêts différents, des vulnérabilités différentes, et
ce serait... c'est une erreur qu'on commet quand on tente de simplifier cette
complexité-là. Il faut vraiment viser l'inclusivité et travailler avec tous les
gens possibles autour de la table pour que tout le monde soit inclus.
Le deuxième constat qu'on fait, c'est qu'il y a
beaucoup de fragmentation qui se fait en gestion de l'eau, beaucoup de travail
en silo, et il faut vraiment défragmenter les choses et intégrer les choses.
Et finalement la notion de succès, c'est un
sujet qu'on va revenir une couple de fois dans notre mémoire. On s'est souvent dotés de cibles environnementales
pour déterminer si on atteint réellement un succès en gestion de l'eau.
Ce n'est pas toujours si simple que ça. Il y a des cibles qui sont difficiles à
comprendre pour les acteurs du milieu. Il y
a des cibles que les gens ont de la misère à s'approprier, qui sont un peu
déconnectées de leur réalité sur le territoire. Donc, nous, on propose souvent de redéfinir la notion de succès autour
de l'opportunité d'agir, la résilience, l'adaptation et, vraiment, un succès axé sur qu'est-ce qui est
vraiment bon pour le milieu, dans les... pour les vraies personnes, sur les vrais
territoires.
On trouve ça très, très intéressant. On salue
beaucoup, là, tout le projet de loi, la redevance, mais surtout le Fonds bleu,
là, c'est vraiment un pas vers l'avant. Ça fait un certain temps qu'on se dit qu'il
y a une limite à faire de la planification stratégique de l'eau et de la
gouvernance, mais il faut... maintenant, il faut faire de la gouvernance de l'eau dans la mise en oeuvre, et là on se dote
d'un outil incroyable pour pouvoir nous aider à faire ça, et essentiellement
on voit une très grande opportunité ici de
ramener sur le terrain des orientations gouvernementales pour la mise en
oeuvre. Il y a des limites à ce qu'on
peut faire avec un fonds avec des orientations gouvernementales. Le vrai
succès, ça se mesure quand ça
atterrit bien sur le territoire, sur des vrais territoires, avec des vraies
problématiques, des vrais enjeux et des vrais humains derrière ça.
Donc, c'est avec ça en tête qu'on vous présente
essentiellement nos recommandations en lien avec le projet de loi, mais surtout
spécifiquement avec la question du Fonds bleu. Notre première recommandation,
en fait, c'est de faire le lien directement... en fait, nos deux premières,
c'est de faire le lien directement entre le Fonds bleu et la loi sur l'eau. On le fait, mais on ne le fait pas
nécessairement autant spécifiquement qu'on pourrait le faire. Donc, dans la
recommandation 1, par exemple, on mentionne que ça serait bien que, quand
on décide comment on investit le Fonds bleu... qu'on fasse un lien directement
avec ce qui est dans le plan directeur de l'eau ou le PGIRE.
Donc, il y a aussi... à côté des OBV, il y a
aussi les tables de concertation régionales pour le fleuve, où ils font le même travail que nous, mais à l'échelle du
fleuve Saint-Laurent. Dans ces documents-là, de planification stratégique, il y a déjà des cibles, il y a déjà des priorités
d'établies. On propose, en réalité, de s'assurer que le Fonds bleu adresse
spécifiquement ce qui a déjà été établi comme consensus dans chacun des
territoires de chacune des régions. C'est essentiellement la
recommandation 1 qu'on apporte, là, c'est de faire un lien direct, clair
et... entre le Fonds bleu et les documents qui sont issus de la loi sur l'eau.
La deuxième recommandation, ici, est vraiment
axée sur l'évaluation du succès du Fonds bleu. Comme on l'a mentionné tantôt,
la redéfinition du succès est importante, là. Il y a des plans qui ont été
établis dans le passé, qui ont ciblé des cibles qui sont difficiles à
atteindre, qui sont mécomprises, qui sont un peu déconnectées des réalités sur
le terrain. Donc, on propose d'assurer de faire une évaluation qualitative des
résultats du Fonds bleu, pas seulement quantitative, pas seulement mesurer le
phosphore dans la rivière puis voir si ça a changé dans le temps, mais aussi se
baser davantage sur la résilience collective, sur l'adaptation, sur
l'opportunité d'agir, sur l'engagement des acteurs comme des cibles qui sont
tout aussi intéressantes pour dire qu'on avance, là.
Ensuite, on arrive à la recommandation 3.
Ici, encore une fois, on vous suggère tout simplement de mentionner directement
les organismes de bassins versants et les tables de concertation régionales
puisque le travail de planification
stratégique pour déterminer de quelle manière on devrait, de manière efficace,
investir des ressources sur la question de l'eau est issu au sein de ce
qu'on fait déjà, nous, depuis deux cycles de GIRE et demi, là.
On mentionne aussi que l'OBV, en général, on se
met à développer un rôle d'orchestration. Ça ne veut pas dire qu'on met en oeuvre
tout à fait toutes les actions du plan directeur de l'eau, loin de là. On n'a
pas le pouvoir ou les ressources pour faire ça dans la plupart des... du temps,
mais on a un pouvoir d'orchestrer, de rassembler, de mobiliser et d'aller
chercher l'engagement des acteurs autour d'une valeur ajoutée pour tous, et
nous, on a ce pouvoir-là, en gros, de régionaliser la gouvernance de l'eau, là.
C'est ce qu'on a développé depuis 20 ans, avec la bonne grâce du
gouvernement, à travers la loi sur l'eau. Donc, on propose, en réalité, qu'on
puisse jouer un rôle central dans la mise en
oeuvre du Fonds bleu parce qu'on est effectivement des ressources qui sont
encore sous-utilisées, à mon avis, sur ce genre de point là.
Finalement, au niveau de la mise en oeuvre,
j'arrive à la recommandation n° 4... Comme je disais
tantôt, le troisième volet de notre mandat, disons, de gouvernance de l'eau,
c'est celui de la mise en oeuvre et... c'est-à-dire, le suivi de la mise en
oeuvre. Donc, on considère que faire le suivi de la mise en oeuvre du Fonds
bleu, c'est comme faire le suivi de la mise en oeuvre du plan directeur de
l'eau. Ça fait qu'on pourrait tout à fait jouer ce rôle-là, pour le gouvernement, de faire, à l'échelle des
40 régions, des 40 ZG, des 40 zones de gestion, le suivi du
Fonds bleu en même temps qu'on fait le suivi de la mise en oeuvre du
plan directeur de l'eau. C'est aussi une autre manière pour mieux utiliser les
ressources que vous avez déjà à votre disposition.
Et on sait qu'en même temps — à la
recommandation n° 5 — il y a un forum d'action sur
l'eau qui se fait en parallèle de cette consultation-ci. Il y a vraiment un
travail en amont qui s'est fait en concertation avec les acteurs à l'échelle
nationale. On propose que ce forum-là continue à exister dans le futur et
puisse jouer un certain rôle de suivi de la manière que le Fonds bleu est
utilisé, l'amélioration continue du Fonds bleu et son fonctionnement.
Donc, c'est,
grosso modo, ça, les recommandations, et, comme je vous disais tantôt, on va
revenir éventuellement avec un avis sur, vraiment, la question de la
redevance. Là, on voulait vraiment prendre le temps de travailler sur la
question du Fonds bleu directement.
La Présidente (Mme Bogemans) : Parfait.
Je vous remercie pour votre exposé. Maintenant, nous allons débuter la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Charette : Bien gentil, merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous. J'allais dire «à vous trois». Il y a une
autre personne qui est en retrait, que je salue également. Écoutez, merci, un,
d'être d'être là avec nous ce matin, mais également pour le travail que vous
faites. Vous l'avez bien mentionné, les organismes que vous représentez jouent
un rôle fondamental dans la mission, là, que l'on s'est donnée, que vous vous êtes
donnée également, et surtout un rôle sur
l'ensemble du territoire québécois, ce qui est, pour le gouvernement du Québec,
une référence, là, qui est importante.
Question qui
peut sembler très, très générale... On a déjà confirmé un
500 millions de dollars, ce qui représente une somme intéressante, très certainement, mais, à
l'annonce de ce montant-là, il y a plein d'organismes, associations,
regroupements qui nous ont fait valoir des projets, et, si on devait tous les
retenir, ce 500 millions de dollars là serait écoulé en un temps... pratiquement instantanément. Comment prioriser,
ultimement, ces sommes-là, qui sont appelées à croître au fil des ans,
mais comment prioriser? Est-ce que c'est à travers une régionalisation? Est-ce
que c'est... Je serais curieux, puis c'est très général comme question, dans un
premier temps, mais c'est le dilemme auquel on aura à faire face assez rapidement, une fois le projet de loi adopté, une
fois la réglementation édictée, et c'est une question, là, à laquelle on
ne pourra pas échapper.
M. Madison (Mathieu) : Merci pour la
question. Elle est très pertinente. Je pense qu'il y a une question d'échelle aussi à la question de la priorisation.
Il y a des priorités nationales, effectivement, qui vont pouvoir s'appliquer
partout au Québec, mais chacune des régions
a tout de même des priorités et des nuances qui s'opèrent sur le territoire. Nous, en fait, ces nuances-là sont déjà établies
dans le travail qui est réalisé au niveau du plan directeur de l'eau. C'est le
mandat que le gouvernement nous a donné, d'établir des priorités qui sont à
l'image de chacune des régions sur lesquelles on travaille.
On vous a mis en annexe du mémoire le travail
qu'on a fait en préambule du Fonds bleu et, entre autres, avec le Forum
d'action sur l'eau, et vous allez voir que les partenaires qui sont proposés
pour les différentes initiatives ou les domaines d'intervention qui sont ancrés
sur les différents territoires, les acteurs de l'eau et bénéficiaires qui sont déjà mobilisés par les OBV sont toutes les autres
organisations qui, comme vous dites, et comme on dit toujours, viennent
discuter de comment utiliser ce fonds-là, là.
Donc, à l'échelle
régionale, les différentes organisations nationales qui revendiquent pour... un
morceau de la tarte, si on veut, sont déjà bien représentées à l'échelle de
chacune des régions. Donc, comment prioriser, c'est déjà un peu fait à l'échelle régionale. Maintenant, à
l'échelle nationale, ça s'établit peut-être au niveau du Forum d'action sur l'eau
en ce moment, mais nous, le travail de priorisation à l'échelle régionale a un
peu déjà été fait. Donc, comment le faire? Il a été fait.
M. Charette :
Et un autre dilemme qu'on aura à gérer, non pas à trancher, mais à
concilier, le plan directeur sur l'eau,
prévu pour 2024, son renouvellement... On a le Forum d'action sur l'eau qui,
lui, d'ici la fin de l'année, dans les prochains mois, devrait nous être
très précieux aussi à travers ce qu'ils nous recommanderont. Comment concilier
les deux? On ne veut pas attendre 2024, mais, en même temps, on ne veut pas
être en contradiction avec ce qui sera fait comme mise à jour du plan
directeur. Comment concilier les deux calendriers?
• (10 h 10) •
M. Madison
(Mathieu) : Je pense que ça se fait bien. Je pense que le timing est
très bien. On pourrait arriver dans un cycle de GIRE où est-ce que notre plan
directeur de l'eau était encore moins prêt que ce qu'il est déjà, mais le travail de concertation a déjà été réalisé à
l'échelle des 45 organismes de bassins versants, d'où l'issue du document
en annexe, là. Ce travail-là a déjà été priorisé. Les problématiques
prioritaires sont déjà établies et les gens sont déjà mobilisés, je dirais,
même, depuis le cycle de la GIRE précédente, là. Les acteurs à l'échelle
régionale sont prêts à passer à l'action. Ils l'étaient dans le plan directeur
de l'eau précédent.
Là, on recommence un
processus de planification. Il y en a qui sont un peu désenchantés de ça, même
qui sont peut-être, des fois, démobilisés par ça. Ils sont prêts à passer à
l'action et ils se demandent pourquoi on repriorise encore des priorités. Donc,
je dirais que le travail est là, et l'arrimage se ferait bien. Je pense que le
point de départ serait probablement les différents domaines d'intervention qui
sont proposés en annexe. Même si le plan directeur n'est pas encore sur la
table, analysé et adopté, ça va ressembler beaucoup à ça parce que c'est déjà
ça qui ressort comme résultat dans la concertation à l'échelle régionale.
M. Charette :
Merci. Pour ne pas accaparer tout
le temps de question trop court, là, qui nous revient, deux petites questions
plus rapides pour faire suite à certains de vos propos.
Vous souhaitiez une
mise à jour, comment ces sommes-là seront utilisées, une sorte de reddition de
comptes ou, sinon, d'évaluation. Le fin détail n'est pas arrêté, mais on pense
peut-être faire un parallèle avec le fonds, sur le fameux FECC, sur l'électrification et les changements climatiques,
c'est-à-dire une mise à jour annuelle, et certainement une démonstration
la plus transparente possible des résultats obtenus à travers les différentes
mesures, là, qui seront mises en place.
Donc, c'est dans
notre intention. Je pense que, pour les différents plans de mise en oeuvre au
niveau de la lutte aux changements climatiques,
c'est un bel exercice de transparence. On voit très clairement ce qui a mieux
fonctionné et ce qui mérite d'être amélioré encore davantage. Donc,
c'est certainement un élément de référence pour nous.
J'aime l'idée...
aussi, vous avez mentionné que ce serait peut-être bien de maintenir ce Forum
d'action sur l'eau. Sans prendre un engagement à ce moment-ci, c'est
certainement quelque chose à considérer. La fréquence des rencontres, une fois
le rapport produit, là, dans les prochains mois, serait sans doute appelée à
être revue, mais c'est certainement dans l'intérêt de tous les acteurs de l'eau
de garder cette mobilisation-là et de continuer à alimenter ce que deviendra le
Fonds bleu et notre réflexion plus générale, là, sur la gestion de l'eau.
Donc, c'est deux
éléments, là, pour lesquels je voulais vous rassurer. Je parlais de questions,
ce n'est pas une question, c'est plutôt des affirmations ou, à tout le moins,
des éléments d'échange, mais, si vous voulez y répondre, soyez bien à l'aise.
Sinon, je sais que j'ai des collègues qui regardent le temps défiler et qui
aimeraient bien pouvoir échanger avec vous aussi.
M. Madison (Mathieu) : Peut-être
très court... Le Forum d'action sur l'eau est vraiment un outil de concertation,
à l'échelle nationale, qui est très puissant, à mon avis, et qu'on sous-utilise
aussi en ce moment. Ça pourrait être un futur mandat du Forum d'action sur
l'eau de se pencher sur la mise en oeuvre du Fonds bleu, mais aussi se pencher sur la gouvernance de l'eau au sens large. Là, on
est dans les fins détails de la priorisation, en ce moment, sur le fonds,
mais la question de la gouvernance au sens large, c'est ce qu'on fait en ce
moment avec nos tables de concertation. C'est très intéressant, ce qui ressort,
à l'échelle régionale, sur la question de la gouvernance.
M. Charette :
Merci beaucoup.
M. Madison
(Mathieu) : Merci beaucoup.
La Présidente
(Mme Bogemans) : Merci. La parole est maintenant à la députée
d'Argenteuil.
Mme Grondin : Merci, Mme la Présidente.
Il reste combien de temps, parce que j'ai tellement de questions que...
La Présidente
(Mme Bogemans) : 9 min 20 s.
Mme Grondin : Neuf
minutes? Donc, M. Madison, Mme Dauphin, bonjour. Merci. Mon collègue
est toujours... Merci d'être là en
personne. Je sais que, pour certains, vous avez voyagé, j'imagine, Saint-Jérôme—Québec.
M. Madison (Mathieu) : Entre
autres.
Mme Grondin : Donc, merci
d'être là en personne. C'est toujours intéressant.
J'ai bien compris, dans vos interventions, que
vous réinsistez ou réitérez le fait que, dans le fond, vous avez déjà régionalisé tout ce qui touche la gouvernance
de l'eau. Vous avez déjà identifié des priorités qui sont spécifiques à chaque
région ou à chaque zone de gestion de l'eau. Vous dites que vous êtes... plus
tôt, votre expertise que vous avez développée,
j'aime bien le fait... quand vous dites que vous êtes un peu la recherche et
développement du gouvernement du
Québec en matière d'eau, que vous avez... que votre expertise que vous avez
développée au cours des 20 dernières années est probablement encore
sous-estimée. J'entends bien le fait que les acteurs de l'eau dans chaque
région sont prêts à passer à l'action. Donc, il y a une mobilisation.
D'ailleurs, ce que je trouve intéressant dans
votre mémoire, c'est que vous faites un lien, je ne l'avais pas vu comme ça,
mais je trouve ça vraiment intéressant, entre la transparence des données, qui
est un élément essentiel à la mobilisation... J'aime bien le lien que vous
faites. Vous parlez... à quelques reprises, je vous ai entendu parler de revoir les facteurs de succès. Vous en avez glissé
un mot rapidement, mais concrètement, ça veut dire quoi? Avez-vous un
exemple concret que je pourrais mieux saisir?
M. Madison (Mathieu) : Dans le
fond, dès le départ, dans nos plans directeurs de l'eau, on avait comme deux
types d'objectifs, ce qu'on... ce que moi, j'avais appelé la cible, donc, le
paramètre environnemental, si on veut, sur la rivière, sur lequel on fait un suivi
à long terme, là, par exemple, le phosphore ou les coliformes fécaux dans la rivière... Ça, c'est des choses sur lesquelles, en
tant que gestionnaires de l'eau ou en tant qu'acteurs de l'eau, on n'a pas de contrôle direct dessus. Donc, quand on décide
qu'on se dote d'une cible ou qu'on s'engage, on ne devrait pas s'engager
directement sur ça parce qu'on ne contrôle pas ce facteur-là, ce paramètre-là.
On devrait plutôt avoir une cible ou un objectif qu'on contrôle, donc, notre
capacité d'agir, et, là-dessus, s'engager sur ce qu'on est capables d'agir
dessus.
Je vais prendre un exemple que je prends tout le
temps, là, puis pas pour critiquer quoi que ce soit, là, mais je vais utiliser le Plan d'agriculture durable comme
point de départ. Dans le Plan d'agriculture durable, il y a des objectifs
qui sont contrôlables par l'agriculteur ou par les acteurs du milieu agricole
comme les pourcentages de terres qui sont
sur lesquelles on utilise des pesticides ou autres. Donc, de s'engager sur une
cible de réduire les terres sur lesquelles on utilise des pesticides,
ça, c'est quelque chose qu'on contrôle directement.
Par contre, il y a aussi une cible qui est
d'augmenter les macro-invertébrés dans les rivières. Ça, ce n'est pas quelque
chose qui est très parlant pour un agriculteur. Ce n'est pas quelque chose
qu'il connaît, ce n'est pas quelque chose
qu'il peut s'approprier facilement, et c'est surtout quelque chose pour
laquelle il se dit que je n'ai pas de contrôle dessus. Donc, qu'est-ce qui arrive, si on mesure, dans 10 ans,
15 ans, 20 ans, les macro-invertébrés dans toutes les rivières
puis qu'on s'aperçoit qu'ils n'ont pas augmenté? Est-ce qu'on est capables de
déterminer qu'on n'a pas réussi le plan d'agriculture durable sur seulement
cette base-là? Probablement pas.
Donc, ce qu'on propose ici, entre autres, dans
la recommandation 3, c'est d'avoir, oui, des paramètres qui sont axés sur
l'environnement, les choses qu'on ne contrôle pas directement, mais mesurer le
succès surtout et aussi sur les choses qu'on
contrôle directement, notre capacité à mobiliser les gens, les actions qui sont
prises, les gens qui sont plus
embarqués dans des projets, l'opportunité d'agir, notre adaptation. Peut-être
qu'on est passés l'étape de protéger la ressource puis on est peut-être rendus à l'étape de s'adapter à
développer notre territoire avec la ressource, la résilience collective. Donc,
ça, c'est des choses qu'on devrait inclure davantage dans notre capacité à
mettre en oeuvre, et faire le suivi, et mesurer le succès sur cette
base-là. Mettons...
Mme Grondin : J'aurais... Vous me
permettez que je vous coupe?
M. Madison (Mathieu) : Bien oui.
Mme Grondin : On a vu le rapport...
Prenons l'exemple des milieux humides et hydriques. On a vu le rapport de la Commissaire
au développement durable. Évidemment, quand elle évalue le succès, elle se base
sur des cibles qui sont surtout
quantitatives. Est-ce qu'on est capables, au Québec, où on doit faire de
l'innovation sociale, de baser, ou d'évaluer, ou d'avoir une reddition
de comptes sur notre capacité d'adaptation?
M. Madison (Mathieu) : Je pense que
ça, c'est un excellent exemple, puis les PRMHH vont nous donner des outils...
le plan régional des milieux humides et hydriques, là, à chacune des MRC, va
nous donner des outils sur lesquels on pourrait mesurer le succès du PRMHH sur
autre chose que seulement la cible d'aucune perte nette. On s'est donné la
cible d'aucune perte nette, mais c'est complexe, cette cible-là. Ce n'est pas
tout le temps des choses qu'on contrôle en tant que gouverneur du territoire ou
gestionnaire d'un territoire, mais il y a des cibles qui vont être établies
dans les plans régionaux qui vont pouvoir mesurer le succès à l'échelle des
différentes régions beaucoup mieux qu'aucune perte nette ou, disons, en
parallèle.
La capacité à une municipalité à mettre en place
une réglementation plus stricte sur la question des milieux humides, de favoriser une utilisation plus durable
de son territoire, ça, c'est des cibles qu'on pourrait se doter dans un PRMHH
ou même, par exemple, dans un fonds bleu, où là on pourrait mesurer rapidement
la capacité à ces acteurs-là de mettre en place
ces choses-là et dire : Oui, on n'a pas... peut-être pas atteint aucune
perte nette au sens large, mais 80 % de nos municipalités ont cru bon
modifier leur schéma d'aménagement avec leur réglementation municipale pour
mieux s'adapter à la question des milieux humides et hydriques sur leur
territoire. Donc, ça, c'est...
Mme Grondin : Vous avez... Je vous
coupe encore, je suis désolée, parce que vous pourriez parler pendant des
heures, j'imagine. Je trouve ça très intéressant, parce qu'à l'annexe 1 vous
avez fait un travail de mobilisation avec différents organismes de bassins
versants. Je n'ai pas compté le nombre de projets que vous proposez, mais, en fait, dans plusieurs de vos organismes de bassins
versants, il y a déjà cet exercice de priorités à l'échelle du bassin versant. Vous
avez identifié les partenaires. Donc, vous seriez prêts, déjà, comme, genre,
demain matin, à passer à l'action?
• (10 h 20) •
M. Madison (Mathieu) : Pour la
plupart, effectivement, des propositions qui sont faites en annexe 1, c'est des
initiatives qui sont déjà discutées à l'échelle de chacune des régions depuis
un certain temps et qui ressortent comme des priorités même depuis le plan
directeur de l'eau précédent. Le rôle de l'OBV, c'est d'orchestrer la mise en
oeuvre de ça. Ça ne veut pas dire que c'est l'OBV qui prend tout l'argent et
qu'il le fait tout de son bord. On n'a pas les ressources ou les capacités de
faire ça, mais les acteurs qui sont là, qui seraient à la fois partenaires, qui
seraient aussi, mettons, collaborateurs dans la mise en oeuvre, mais aussi
bénéficiaires de ces projets-là, eux sont déjà
embarqués, sont déjà mobilisés, et c'est ce qu'on voudrait, de plus en plus,
faire, avec le réseau des OBV, dans la gouvernance de l'eau, c'est de
passer à l'action. C'est vraiment là, là.
Mme Grondin : OK, dernière question,
je pense. Il me reste à peine deux minutes, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Bogemans) : Oui.
Mme Grondin : Donc, une minute pour
moi, une minute pour vous, M. le président. Vous avez fait un lien avec le
fait que peut-être qu'il serait intéressant de voir le Forum d'action sur l'eau
dans... sur la question de la reddition de comptes ou, du moins, sur la
question du suivi. Vous êtes membre du Forum d'action sur l'eau. À votre avis,
manque-t-il des membres ou une expertise dans cette dimension-là, de suivi ou
de reddition de comptes au sein du forum actuellement?
M. Madison (Mathieu) : Je pense que
ce qui est très bien avec le Forum d'action sur l'eau... C'est des gens qu'on
va entendre aussi en commission, ici, là. Vous allez entendre les gens qui ont
déjà participé, en parallèle à cette consultation-ci, qui ont aussi travaillé,
au Forum d'action sur l'eau, sur les priorités du Fonds bleu. Je pense qu'on
est bien entourés et je pense qu'il y a beaucoup d'acteurs intéressants qui
sont là. Il y a un travail qui se fait, veux veux pas, derrière les rideaux,
par rapport à ça, parce que nous, on se met à jouer un peu le rôle
d'orchestration, avec le ROBVQ, et on va chercher ce qui manque un peu à
l'extérieur de ça. On gère la table de concertation de notre côté comme on
ferait à l'échelle des OBV.
La Présidente (Mme Bogemans) : Il
vous reste 30 secondes.
M. Madison (Mathieu) : Puis... mais
il y aurait certainement du cas par cas à discuter. Je pense que ce qui est
important avec le Forum d'action sur l'eau, c'est s'assurer qu'on a une valeur
ajoutée pour tous et qu'on ne soit pas dans la négociation, mais plutôt dans
réellement une collaboration vers un consensus. Donc, je viserais à, si on veut
bonifier les membres de cette table-là... de viser des acteurs qui sont prêts à
faire ce travail-là, mais d'assurer aussi
une... que ça soit équilibré, là, sur la table, et, à mon avis, en ce moment,
ça l'est quand même assez bien, là, tel que ce l'est, mais ce serait
peut-être du cas par cas, là, à mon avis, là, chacun des gens qui pourraient
vouloir être là.
Mme Grondin : C'est fini? Merci
beaucoup. Merci.
La
Présidente (Mme Bogemans) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole à la
députée de l'opposition officielle.
Mme McGraw : Et, juste pour
clarifier, Mme la Présidente, combien de minutes en tout, juste pour clarifier?
La Présidente (Mme Bogemans) : 12 min 23 s.
Mme McGraw : Ah! super, merci
beaucoup. Alors donc, merci beaucoup d'être là et pour le mémoire très intéressant, la présentation aussi. En conclusion,
vous avez dit, à la toute fin : On va revenir sur la question des
redevances, mais je ne sais pas quand
ça va se faire. Donc, je profite de l'occasion, justement, pour parler de...
vous poser des questions là-dessus.
Alors, la
première question, c'est en matière de gouvernance. Est-ce que les mesures dans
le projet de loi, selon vous, sont adéquates pour que les sommes prévues
soient utilisées aux fins prévues?
M. Madison
(Mathieu) : Je pense que c'est un très bon départ... point de
départ, là, très, très bon même. En fait, vous allez entendre beaucoup
d'acteurs qui vont venir vous partager comment devraient être redistribués, en
réalité, ces fonds-là. Puis la question de la
priorisation, je pense qu'on l'a déjà adressée, là, mais je pense que les
outils qui sont dans la loi, la manière que c'est présenté, nous donneraient la
capacité de bel et bien replacer l'argent aux endroits où il y a le plus de
besoins, là. Donc là, si je comprends bien la question, on parle de comment on
utilise la ressource, pas comment on va chercher la ressource financière.
Mme McGraw : Bien,
les mesures, c'est comment... et les sommes aussi... pour que les sommes soient
bien utilisées aux fins prévues. Donc, selon vous, c'est un bon départ...
M. Madison (Mathieu) : Oui, exact, tout à fait,
là. Là, on ne s'adresserait peut-être pas sur... tu sais, j'imagine que
la question n'était pas sur les montants et... qui est identifié dans...
Mme McGraw : Bien,
écoutez, vous êtes libre de répondre. Je vous donne...
M. Madison
(Mathieu) : Ça aussi, je dirais que c'est un bon point de départ, pour
vrai. Il y avait un retard. Je pense qu'on avait accusé un retard sur la
question de la redevance, et là on vient vraiment la rééquilibrer, là, si on
veut. La question de l'utilisation, tu sais, on est vraiment dans une espèce
d'utilisation... utilisateur-payeur, là, dans ce processus-là. C'est sûr qu'en
gouvernance de l'eau on amènerait aussi toute la question du pollueur-payeur.
On pourrait aussi considérer la question de
l'utilisation au sens large de la ressource, pas seulement les grands
préleveurs. Ça, c'est toutes des thématiques qui pourraient faire partie
d'une exploration, si on veut, ou d'une étude éventuelle.
Il y a des modèles,
ailleurs dans le monde, où chaque personne qui utilise l'eau contribue
financièrement à un fonds bleu, en quelque sorte, de l'utilisation de la
ressource pour ensuite redistribuer, pour assurer la protection, l'adaptation,
mais je comprends qu'on n'est peut-être pas rendus là au Québec, pas à cause
que le gouvernement, il n'est pas rendu là, mais parce que même la collectivité
n'a peut-être pas saisi l'importance... On a l'impression qu'il y en a à l'infini, de l'eau, au Québec, mais on
commence à voir beaucoup, dans nos régions... il y a beaucoup de régions...
puis on pourrait revenir sur certains points
qui sont en annexe, là, mais il y a des questions d'accès à la ressource. Il y
a des conflits d'accès à la ressource. Il y a du manque d'eau à certains
endroits.
Je pense que la
culture de l'eau va peut-être changer, et ça va nous amener, en tant que
collectivité, de pouvoir redéfinir qu'effectivement il y a peut-être lieu de
discuter sur la manière dont on utilise l'eau, et peut-être que, là, à ce moment-là, on serait peut-être plus
prêts, en tant que... même en tant que citoyens, de contribuer à un fonds bleu
quand on se fait un bain ou quand on utilise l'eau à la maison, là.
Mme McGraw : Si je comprends bien, vous prévoyez ou vous parlez
un peu d'un projet ou d'un programme, justement, pour sensibiliser les
Québécois, justement, pour accompagner peut-être ces mesures gouvernementales,
réglementaires?
M. Madison
(Mathieu) : En fait, ça, ça a déjà lieu. Il y a beaucoup de travail
qui s'est fait pour travailler sur la
question de l'utilisation durable de la ressource au sein des citoyens. Les OBV
ne sont pas nécessairement... Tu sais, on est beaucoup axés, nous, notre
travail, en concertation avec les acteurs, pas nécessairement avec les
citoyens. C'est de même que le mandat qui nous est donné par le gouvernement
est établi, mais ça ne nous empêche pas, en parallèle, de continuer à faire une
mission de sensibilisation auprès des citoyens, mais ce n'est pas un volet
qu'on utilise ou qu'on fait beaucoup plus... Je dirais qu'il y a d'autres
organisations qui en font plus de ce côté-là, mais... Je pense que les gens
commencent à être sensibilisés, mais je vous dirais que les acteurs commencent
à sentir la pression, là, dans certains cas, du manque d'eau ou la capacité à
approvisionner l'eau pour leurs citoyens, mettons, pour une municipalité. Donc,
ça, ça commence à... ça va se sentir au niveau de notre table de concertation
plus rapidement, et je pense que ça va se sentir au niveau des citoyens. Ça
fait que nous, on va pouvoir lever ce flag-là en premier, là.
Mme McGraw : Parfait.
Merci. Est-ce que, selon vous, la reddition de comptes proposée est assez
robuste?
M. Madison
(Mathieu) : Au niveau de la redevance?
Mme McGraw : De
la gouvernance en général du projet de loi.
M. Madison
(Mathieu) : Je pense que la transparence qui est là et la reddition de
comptes prévue pour faire le suivi de l'utilisation de ça est... propose
effectivement une robustesse intéressante. Je comprends qu'on parle effectivement
du Fonds bleu lui-même, là, si on parle... à travers le projet de loi. Après,
sur la question de la redevance, puis on va statuer probablement là-dessus sous
peu, là, avec notre avis sur le projet de règlement, mais la question de
l'estimation, peut-être qu'on pourrait venir discuter... peut-être qu'il serait
temps de songer à un modèle pour pouvoir avoir des données fiables sur
l'utilisation plutôt que d'avoir des estimations, là.
Mme McGraw : Et,
selon vous, est-ce qu'il y a des angles morts? Il y a-tu des sujets que vous
auriez aimé voir traités dans le projet de loi?
M. Madison (Mathieu) : Bien, nous,
en fait, on est très contents de voir le Fonds bleu. En réalité, là, c'est pour
ça qu'on est surtout venus aujourd'hui et qu'on a présenté le mémoire qu'on
a... qui est là. Donc, nous, on est très satisfaits de
voir qu'on met de l'avant, au Québec, les ressources nécessaires pour mettre en
oeuvre quelque chose qu'on fait déjà depuis deux décennies, là. Puis je ne vous
cacherai pas que les premiers plans directeurs de l'eau avaient beaucoup
d'actions, et les acteurs n'avaient pas les moyens de mettre en oeuvre ces
actions-là. Et donc on voit d'un très bon angle que les moyens pourraient être
à la disposition, maintenant, pour passer à l'action, là.
Mme McGraw : Une
autre question plutôt générale. On sait que c'était un enjeu, d'avoir les
données sur l'utilisation de l'eau. On sait que ça implique des secrets
industriels. Est-ce que la transparence prévue par le projet de loi, selon vous,
est adéquate?
M. Madison
(Mathieu) : Notre position là-dessus a été... En fait, on s'est
positionnés quand il y a eu, entre autres, un dossier médiatisé sur la
question. L'organisme de bassins versants fait un portrait de la ressource en
eau sur son territoire. C'est nécessaire,
pour nous, d'avoir les données nécessaires pour établir l'état de la situation
et pour faire un diagnostic de la qualité de l'eau, de la quantité d'eau
disponible, et autres. Par contre, il y a une limite à ce que ces données-là qu'on... dont on parle, là,
l'utilisation des grands préleveurs, il y a une limite à ce que ça peut nous
servir pour faire notre plan directeur de l'eau.
Donc, on n'a pas
besoin nécessairement d'avoir le chiffre exact de chaque utilisateur, dans
toute cette transparence-là. Nous, ce qui nous importe, c'est de savoir est-ce
qu'il y a... comment on fait pour s'assurer d'avoir une pérennité de
l'utilisation de la ressource. Donc, on ne s'est jamais positionnés à
dire : On a besoin absolument de chacune des données très précises des
grands préleveurs, parce que ça... il y a une limite à ce qu'on pourrait faire
avec en tant qu'organisme de bassins versants. Je comprends qu'il y a d'autres
organisations qui aimeraient mieux... qui aimeraient ça l'avoir, cette information-là,
mais nous, il y a une limite à ce qu'on peut faire avec.
Donc, on préfère de
loin qu'il y ait un partage de ces données-là à travers les acteurs à l'échelle
régionale, qu'un préleveur, par exemple, s'assoie avec l'organisme de bassins
versants pour dire : J'ai un projet sur mon territoire pour protéger la
ressource, voici une idée des données qui sont à ma disposition, que je suis
prêt à partager avec vous, dans un cas très
concret qu'on va utiliser pour faire de la bonne gouvernance de l'eau sur le
territoire. Mais sinon, des données pour juste des données, pour nous,
on ne voit pas autant l'utilité que si c'était vraiment de l'information qui
nous sert spécifiquement dans un cas de mise en oeuvre, par exemple.
• (10 h 30) •
Mme McGraw : Alors là, j'aimerais revenir sur les questions
de... sur vos recommandations. Donc, peut-être commencer avec la
recommandation n° 3, là. Vous suggérez d'incorporer
des mots, justement, du langage pour, justement,
qu'il y ait du financement auprès des organismes de bassins versants et autres
organismes aussi. Alors donc... Alors, vous considérez que le
gouvernement ne finance pas assez les OBV?
M. Madison (Mathieu) : En ce moment, le
financement qui est prévu dans notre mandat a déjà été augmenté dernièrement,
ça ne fait pas si longtemps. En fait, dans le cycle de la GIRE actuel, on est
déjà beaucoup plus... on est plus financés qu'on ne l'était dans le passé. Je
pense qu'on est plus dans la question de l'efficacité de l'utilisation de ça. En ce moment, on a, disons, un financement
statutaire pour faire le plan directeur de l'eau, pour faire la mobilisation,
pour faire le suivi du plan directeur de l'eau. Nous, on s'attarderait
davantage à l'efficacité des livrables qui sont identifiés dans nos conventions
de financement pour faire ce travail-là. Moi, je vois ça complètement séparé de
ce qu'on parle ici, à la recommandation 3. Ici, on n'est pas dans financer
le travail statutaire des OBV, on est davantage dans financer les actions
identifiées dans le plan directeur de l'eau.
Cela dit, je ne peux
pas m'empêcher de dire que j'aimerais ça, un jour, voir qu'on est plus
efficaces dans les livrables qui sont attendus des OBV et s'assurer d'arrimer
les livrables des OBV dans leur financement statutaire à des réalités réelles
sur le territoire en ce moment, telles que les bureaux de projets sur les
inondations, telles que le Fonds bleu et sa mise en oeuvre, telles que les
PRMHH, telles que l'OGAT GIRE qui va... qui sort très bientôt, là, qui va faire le lien entre le PDE et les schémas
d'aménagement. Il y a une opportunité ici d'arrimer le mandat statutaire
des OBV à des réalités, des besoins du gouvernement et des régions
actuellement. Puis ça, il y aurait une efficacité à faire là, mais c'est
vraiment deux choses distinctes par rapport à ce qu'on parle ici, là.
Mme McGraw : Je
crois qu'il nous reste à peu près trois minutes. Donc, une question par rapport
à la recommandation n° 2. Là, vous avez parlé... Puis
je veux juste souligner, si je comprends bien, la Commissaire sur le
développement durable, elle met l'emphase sur les mesures quantitatives et
qualitatives, les deux. Alors là, vous proposez une... plus une évaluation
qualitative. Alors, vous avez expliqué pourquoi.
Donc, deux
questions : Pourquoi, tous les trois ans, faire le suivi? Pourquoi trois
ans? Et est-ce que vous croyez, donc, que les mesures d'évaluation présentes ne
sont pas suffisantes?
M. Madison
(Mathieu) : Non, je pense que c'est... je pense que, quand on évalue
la... le succès d'un programme ou d'un fonds, il y a des cibles qu'on peut
évaluer à plus court terme et d'autres qui méritent d'être évaluées à plus long terme. Je dirais même que,
pour certaines cibles qu'on pourrait se doter, qui seraient avantage sur la question, disons, de la résilience collective, là,
on pourrait mesurer ça vraiment sur une échelle plus de cinq, 10 ans, là.
Donc, c'est... je
pense, c'est variable selon la cible. Il y a des cibles qu'on ne verra pas
changer beaucoup en trois ans, et là on va
se questionner sur le succès par rapport à cette cible-là, tandis qu'il y en a
d'autres qui vont réagir très rapidement. Si on se dote de cibles
davantage axées sur la capacité d'agir des acteurs, là, dans trois ans, on va
commencer à voir des choses vraiment intéressantes qui vont arriver. Mais, sur
des cibles plus comme le phosphore dans une rivière, croyez-moi, on ne va pas
le mesurer en trois ans, le changement, là. Donc là, il y a des choses qui vont prendre plus de temps à mesurer, surtout les choses
qu'on contrôle moins. Mais je pense que trois ans, pour des cibles plus
qualitatives sur la... l'opportunité d'agir, sur la capacité d'adaptation des
acteurs par rapport à la question des eaux et les priorités associées à
l'eau... ça, en trois ans, on arrive à bien mesurer la capacité d'adaptation
des acteurs, la capacité de passer à l'action, là. Ça fait que trois ans, c'est
un peu à la bonne échelle, là.
Mme McGraw : Alors, juste en conclusion, est-ce qu'il y a
d'autres... des ajouts... est-ce qu'il y a des éléments que vous n'avez
pas eu la chance de présenter? Je vous donne... Je vous laisse mon... la
dernière minute, d'avoir le dernier mot. Donc, est-ce qu'il y a des éléments à
souligner que vous n'avez pas eu la chance de présenter?
M. Madison (Mathieu) :
Je pense que je passerais même la parole un peu plus à... donner plus de
temps à vos... à nos collègues, là, mais...
Non, je pense que notre approche a toujours été très systémique, là, quand on
travaille à la question de l'OBV puis la gouvernance de l'eau. Donc,
nous, on approche le Fonds bleu avec une approche systémique par rapport à ce qui est les autres... les autres chantiers
gouvernementaux et régionaux, et donc nécessairement nos propositions ou nos recommandations sont
toujours dans ce sens-là, d'assurer l'arrimage, d'assurer l'intégration, là. Donc,
je pense qu'on a bien couvert un peu ces points-là aujourd'hui, là.
Mme McGraw : ...pour
la présentation et le mémoire. Et je cède le reste de mon temps, Mme la
Présidente, peut-être un 30 secondes qu'il reste.
La Présidente (Mme Bogemans) : Exactement.
Merci beaucoup. Je vais passer la parole à la députée de Verdun,
deuxième groupe d'opposition officielle. Vous disposez de
4 min 8 s.
Mme Zaga
Mendez : Parfait. Merci beaucoup. Merci beaucoup au regroupement des
bassins versants du Québec d'être là avec nous aujourd'hui. Merci pour le
mémoire présenté puis également pour ce travail de réflexion sur la
gouvernance.
Votre première
recommandation a attiré beaucoup mon attention concernant comment mieux le
projet de loi peut venir prendre en considération l'outil qui est essentiel en
termes de gouvernance de l'eau, donc le plan de... directeur de l'eau. Donc, je
voulais vous entendre un peu plus là-dessus puis peut-être y aller sur quelles
sont, en ce moment, les menaces, les plus grandes menaces pour la gestion des
bassins versants au Québec et comment le Fonds bleu vient répondre, pallier ou
pas à ces besoins-là.
M. Madison (Mathieu) :
...effectivement, la recommandation 1, c'est d'être très explicite sur
le lien qui existe entre le Fonds bleu et la
loi sur l'eau. Ce que les OBV font à travers la loi sur l'eau, c'est le plan
directeur de l'eau, c'est l'outil suprême. C'est un peu comme le schéma
d'aménagement quand vous entendrez parler la Fédération québécoise des
municipalités, là. Donc, nous, on propose, en fait, la recommandation 1,
d'être très explicite, de viser directement l'outil de planification
stratégique qui existe à travers la gouvernance régionale et régionalisée.
Et les plus grandes
menaces, pour la deuxième portion de la question, c'est vraiment les trois
points que je présentais en... au départ, là. Le fait
de tenter de simplifier la complexité pour passer à travers le problème, ça,
c'est un grand risque, oui. Il faut être inclusif, il faut
rassembler les gens. Même si a priori il y a des conflits ou des oppositions
dans les intérêts, les vulnérabilités ou les préoccupations des gens, il faut
faire l'effort de le faire, puis c'est ça, la gouvernance de l'eau.
La deuxième menace,
c'est vraiment la question de la fragmentation, le fait qu'on travaille en silo
des dossiers qui méritent d'être travaillés de manière intégrée, pas seulement
à l'échelle du gouvernement, là, même à l'échelle des régions, là. Il y a
des... Il y a du travail et des efforts qui sont prêts... qui sont faits par
les... par exemple, les municipalités ou les acteurs, où on veut faire la bonne
chose, mais on manque un angle mort d'un autre silo qu'on n'a pas pensé. Et c'est là que l'OBV devient comme
la ressource inutilisée, moins utilisée, qui pourrait venir dire : Heille!
intègre donc ça en même temps dans ton projet.
Et
la troisième menace, c'est la notion de succès. Si on se dote de cibles qui
sont mal comprises, déconnectées des réalités locales, on perd la
capacité à engager et mobiliser les gens autour de ça. Donc, il faut redéfinir
cette notion de succès là puis la définir davantage sur la question de
l'opportunité d'agir, des réalités réelles des gens qui sont sur le terrain, la
capacité d'adaptation, la résilience. Ça, c'est des choses que les gens sont
capables de se sentir concernés et d'embarquer, là.
Mme Dauphin
(Karine) : Si je peux en... Excusez. Si je peux en ajouter une quatrième
aussi, c'est la démobilisation aussi, ça, c'est une menace. Le Fonds bleu vient
vraiment répondre à un besoin de passer à l'action, et les acteurs sont vraiment très mobilisés. En fait, on attend un
financement pour lancer des... les projets qui sont déjà sur la table.
Donc, je pense que...
Mme Zaga
Mendez : Est-ce que vous pouvez nous donner un peu d'exemples, ça,
c'est ma... en fait, ma prochaine question, des projets ou des actions qui sont
dans les différents plans directeurs et qu'on n'arrive pas à appliquer par
faute de moyens et comment le Fonds bleu peut venir aider dans ce sens-là?
Mme Dauphin (Karine) : Oui. Bien,
c'est... il y a beaucoup de projets sur, justement, le poisson, les habitats du
poisson, où c'est très rassembleur parce que ça... les menaces proviennent
vraiment du bassin versant. Et donc c'est du financement, souvent, qui manque
pour mobiliser ces gens, pour qu'ils passent à l'action.
M.
Madison (Mathieu) : Dans l'annexe I, on vous a mis un peu les
thématiques qui reviennent souvent, là : la question de l'eau potable...
Maintenant, avec le... la nécessité de faire l'analyse des vulnérabilités à
l'échelle des municipalités, on constate qu'il y a toutes sortes de sujets
superintéressants qui n'étaient pas arrivés avant mais qui arrivent maintenant.
La question de
solidarité amont-aval... Tu sais, une ville en aval qui prend son eau dans la
rivière et qui se dit : Coudon, la ville en amont, elle a un impact sur
l'argent que je dois mettre dans mon usine, et là, tout d'un coup, la... les
silos se défont, la... tu sais, on arrête de simplifier la question de
l'approvisionnement et on vient travailler, à l'échelle du bassin versant, à
une problématique qui, a priori, semblait être très ponctuelle. Ça aussi,
c'est... Vous allez voir qu'il y a beaucoup de choses en annexe I qui
reprennent la question de la protection de l'eau potable mais selon une
approche intégrée, par bassin versant, des risques et des menaces. Et ça,
c'est... pour l'instant, on gratte à peine la surface, là, de ça parce qu'on
n'a pas nécessairement les ressources pour le faire, et là le Fonds bleu
pourrait potentiellement venir nous ouvrir les portes à vraiment faire un
travail d'intégration.
Mme Zaga
Mendez : Il ne me reste plus de temps?
La Présidente (Mme
Bogemans) : Il ne reste plus de temps, malheureusement.
Mme Zaga
Mendez : Bon, bien... Merci.
La Présidente (Mme
Bogemans) : Je vous remercie de votre contribution aux travaux.
On va prendre une
petite pause pour accueillir le prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
10 h 39)
(Reprise à 10 h 44)
La Présidente (Mme
Bogemans) : Bonjour, tout le monde. Je souhaite la bienvenue aux
représentants du Réseau Environnement. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre présentation, suite à quoi nous allons procéder à
une période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à
vous présenter et à commencer directement votre exposé. Merci.
Réseau Environnement
M. Laneuville
(Mathieu) : Merci, Mme la Présidente. Enchanté, mesdames, messieurs.
Mon nom est Mathieu Laneuville. Je suis président-directeur général de Réseau
Environnement et aussi ingénieur spécialiste dans le domaine de l'eau.
Alors,
c'est tout un privilège pour moi d'être avec vous ce matin pour faire le pont
entre l'expertise technique et vous, décideuses et décideurs des
politiques publiques. Je pense que c'est une belle occasion qu'on a pour
pouvoir faire rayonner le savoir des membres de Réseau Environnement, qui,
depuis 60 ans, là, font vraiment... mettent de l'avant les meilleures pratiques environnementales basées sur la science
et qui vont dans une optique d'économie verte. Alors, c'est vraiment, là, ce
qu'on souhaite faire ce matin. Et on est fiers de rassembler, là, ce réseau qui
rassemble autant des joueurs du côté public, on parle des municipalités,
du côté aussi de la société civile, comme des joueurs que vous avez rencontrés,
que vous allez rencontrer dans les prochaines heures. On rassemble aussi des
joueurs du secteur privé, des gens qui vont avoir à payer ces redevances-là.
Ils font partie aussi de nos consultations dans notre groupe, autant que les
entrepreneurs, les consultants. Et aussi on rassemble aussi les académiciens et
académiciennes des universités et des
cégeps. Alors, c'est au nom de toutes ces personnes, là, qu'on vous adresse la
parole aujourd'hui, qu'on va faire nos recommandations.
Avant d'aller dans
nos recommandations qui sont en lien avec le projet de loi n° 20, on
aimerait remettre l'enjeu de l'eau dans un
contexte plus général, parce qu'on salue le projet de loi n° 20, qu'on
attendait depuis longtemps, chez Réseau Environnement, qui, pour nous, va
déboulonner deux mythes. Premièrement, l'eau n'est ni gratuite et elle n'est ni illimitée. Alors, pour nous, ça va être
important de revenir là-dessus, et le projet de loi n° 20
le fait bien en prélevant des sous des gens qui prélèvent de l'eau.
Alors, ça, c'est un bon signal de prix dans le terme d'utilisateur-payeur. On
sait que ça s'applique sur des lois qu'on a déjà au Québec, ce principe
d'écofiscalité. Et, dans un deuxième temps, c'est très avantageux parce qu'on
va prendre ces sommes-là et on va les réinjecter dans des projets de recherche,
des initiatives qui vont protéger nos ressources en eau. Alors, une belle
double action.
Alors, on salue les
centaines de millions de dollars qu'il va y avoir dans ce projet de loi là,
mais on veut relativiser aussi avec les
dizaines de milliers de dollars. On parle d'un déficit de maintien d'actif de
38 milliards de dollars dans nos infrastructures d'eau municipales.
Alors, aussi bien qu'on va bien travailler dans notre projet de loi n° 20, puis c'est ce qu'on veut faire aujourd'hui, il ne
faut pas oublier aussi notre déficit de maintien d'actif, parce que, si on...
aussi beau que notre projet de loi n° 20 va être, si
on n'investit pas assez dans nos infrastructures d'eau municipales,
malheureusement, on ne sera pas en mesure de bien protéger nos ressources en
eau. Alors, pour nous, c'est important de repasser ce message-là.
Et on croit tellement à ça, chez Réseau
Environnement, qu'on a fait une étude avec les HEC Montréal pour démontrer
qu'investir dans nos infrastructures en eau, c'est rentable. Pour chaque dollar
investi, c'est un retour sur investissement de 1,72 $. Alors, on tient à rappeler que c'est
important aussi... en parallèle, oui, il y a le projet de loi n° 20, mais de ne pas oublier... sans tomber dans le sensationnalisme, ne
pas oublier aussi ce déficit de maintien d'actif là et de profiter aussi
de l'occasion qu'on a, parce que, plus tard, ça va coûter plus cher.
Aujourd'hui, on a des occasions de faire de la réhabilitation et non du
remplacement. Alors, profitons de l'occasion qu'on a à ce niveau-là.
Si
maintenant on se penche sur le projet de loi n° 20,
il y a quatre recommandations principales qu'on a pour vous.
Le
premier, c'est sur la fiabilité des données. Alors, pour nous, c'est important
que nos données soient mesurées avec
des compteurs et qu'il n'y ait plus place à l'estimation, comme le ROBVQ vous
l'a mentionné, là, dans... le précédent groupe.
Notre deuxième point,
ça concerne aussi la modulation de la redevance en fonction des régions, des
bassins versants. On le sait qu'on a des
municipalités au Québec qui sont aux prises avec des pénuries d'eau l'été. À
ces endroits-là, on aimerait ça
pouvoir hausser la redevance pour donner un signal encore plus clair que la
ressource d'eau est critique à certains endroits au Québec.
Le troisième point
concerne la transparence. Alors, oui, on est heureux de voir que toutes les
industries qui prélèvent plus que
50 mètres cubes par jour vont avoir à déclarer, mais il y a beaucoup
d'industries qui prélèvent moins que
50 mètres cubes par jour, et, pour nous, c'est nécessaire, pour nos
expertes et experts, quand on veut faire une vision de notre gestion de
l'eau, d'avoir l'ensemble des données disponibles.
Et finalement, le
quatrième point va concerner le Fonds bleu, la bonne gestion de ce fonds-là,
d'ailleurs qui est mené, en termes de cocréation, par la députée d'Argenteuil,
Mme Agnès, et qui mène ça de main de maître.
Alors,
premier point, si on revient au projet de loi n° 20,
c'était sur la fiabilité des données. Alors, la première chose que nos
expertes et nos experts nous disent, c'est : Pour bien gérer notre
ressource, il faut mesurer. Alors, si on n'a
pas de mesure, ça va être difficile de bien gérer, et le projet de loi actuel
laisse encore de la place à de l'estimation. Alors, pour nous, on est en
2023, ça fait des décennies qu'on a des compteurs d'eau qui existent sur le
marché, alors il faudrait avoir... être en mesure de pouvoir avoir des
compteurs d'eau dans l'ensemble de nos industries pour pouvoir... On demande
d'avoir des montants d'argent. C'est comme quand on va à la station-service, on
ne va pas à la caisse en disant : Voici
mon estimation de combien j'ai pris. On a une mesure qui est vérifiée, qui est
calibrée. Alors, c'est ce qu'on
souhaite aussi avec nos prélèvements d'eau, qu'on ait des compteurs dans
l'ensemble de nos industries pour pouvoir, justement, bien gérer cette
ressource-là.
• (10 h 50) •
D'ailleurs, dans le
cadre de la Stratégie québécoise d'économie d'eau potable du gouvernement du
Québec, on voit déjà qu'il y a 60 % des
immeubles non résidentiels au Québec qui sont équipés de compteurs, et ça
continue de progresser. Quand on se
compare aussi avec ailleurs au Canada, on voit que l'Ontario est presque à
100 % de compteurs dans le non-résidentiel. Le Canada aussi a des
taux très élevés, en incluant la moyenne québécoise qui est plus basse. Alors,
vraiment, on voit qu'à ce niveau-là on a une belle occasion de pouvoir,
justement, rattraper ce retard pour bien mesurer.
Réseau Environnement
aussi, je tiens à vous dire qu'on est la section québécoise de l'American Water
Works Association, l'AWWA, qui est la plus
grande association mondiale de l'eau sur la planète, avec plus de
50 000 professionnels de l'eau, et l'AWWA recommande aussi de mesurer pour
bien gérer. Alors, c'est vraiment une recommandation qui vient, oui, de nos
expertes et experts du Québec mais aussi de l'ensemble des professionnels de
l'eau à travers la planète. Alors, je pense qu'on a une belle occasion de se
rapprocher des meilleures pratiques que nous mentionne la science à ce
niveau-là.
Notre deuxième point
maintenant concerne la modulation du taux de redevances. Alors, cet esprit-là,
comme je vous le mentionnais tantôt, c'est
qu'on le sait, au Québec, on peut penser en Estrie, en Montérégie, à chaque
été, il y a des municipalités qui sont aux prises avec des pénuries
d'eau. Comment ça qu'on est en pénurie d'eau? C'est que, des fois, en eaux souterraines, notre nappe, elle
peut se renouveler de façon naturelle à un certain taux, mais, des fois, on
va prélever plus que ce taux naturel là.
Alors, c'est
important qu'on puisse se dire, à des... certains endroits dans des bassins
versants... il y avait le ROBVQ avant nous qui a une excellente connaissance
terrain de ça, mais il y a certains endroits au Québec où est-ce qu'on sait qu'on manque d'eau et, à ces
endroits-là, qu'on pourrait aller avec des redevances plus élevées, d'autant
plus qu'on sait qu'on vient de faire un pas de géant, qu'on salue. Le
gouvernement a eu du courage de mettre ce projet de loi là puis de hausser les
redevances, mais, quand on se compare encore avec l'Europe, on voit qu'il y a
encore une marge de manoeuvre qu'on peut aller chercher quand on se compare aux
meilleures pratiques internationales. Alors, pourquoi
ne pas le faire dans nos municipalités qui sont aux prises... où est-ce qu'on
demande à nos citoyens de faire des avis
de restructuration... des avis de restriction d'utilisation de l'eau pendant
l'été? Alors, à ce niveau-là, on souhaiterait pouvoir moduler.
Chez Réseau
Environnement, dans nos recommandations, on propose trois catégories. La
première catégorie, qui est pour l'ensemble des industries... La deuxième
catégorie serait celle où est-ce qu'on sait déjà, avec des outils comme la
stratégie d'économie d'eau potable... qu'on sait qu'il va y avoir des
modifications, des enjeux qui s'en viennent, notamment dans le contexte des
changements climatiques. Et, la troisième catégorie, il y a des... certains
endroits au Québec où on sait qu'il y a déjà des enjeux qui sont identifiés,
qu'il y a des pénuries d'eau. Alors, on pourrait
y aller en adéquation avec l'urbanisme, l'aménagement du territoire et le
développement économique régional. Ça permettrait aux entreprises en
place de pouvoir être d'autant plus proactives avec le principe
d'utilisateur-payeur, de mettre plus en place des mesures efficaces, mais aussi
des futures entreprises qui s'installeraient... qui voudraient s'installer dans des endroits au Québec, on
pourrait faire un développement économique qui est intelligent pour se dire
que ces industries-là pourraient aller dans
des endroits où est-ce qu'on a de l'eau. Alors, c'est le... notre recommandation
à ce niveau-là.
Le troisième point
concerne la transparence des prélèvements. Alors, l'esprit de nos recommandations
se retrouve dans le projet de loi, dans
lequel qu'on dit que toute industrie, là, qui prélève plus que 50 mètres cubes d'eau par jour doit le déclarer. Ça, on salue le gouvernement
dans cette optique-là. Ce qu'on souhaite de plus, Réseau Environnement, pour
aller dans les meilleures pratiques, c'est qu'il y a quand même des industries
qui prélèvent moins que 50 mètres cubes d'eau par jour... et qu'on
puisse... sans qu'il y ait nécessairement de redevance, parce qu'on sait qu'il
y a un fardeau financier avec ça, on ne veut pas nécessairement mettre ce
fardeau-là, mais d'avoir la donnée de déclaration. Et ça, quand on parle avec
nos expertes et experts des municipalités, ils nous le disent, ils font des
plans directeurs de l'eau. On veut faire une bonne gestion de l'eau pour le
présent et le futur, mais c'est sûr qu'on a besoin de savoir l'ensemble de nos
prélèvements d'eau sur notre territoire pour bien gérer notre eau. Alors, ce
serait une troisième recommandation qu'on aurait.
Et notre quatrième recommandation concerne le
Fonds bleu. Alors, je vous ai beaucoup parlé de quantité d'eau jusqu'à présent,
mais, à travers le Fonds bleu aussi, oui, on veut jouer sur la quantité mais
aussi sur la qualité. C'est les deux axes sur lesquels, là, qu'on joue actuellement.
Sur la
qualité, chez Réseau Environnement, on a fait un document qui s'appelle Assainissement 2.0.
Pourquoi 2.0? C'est qu'il y a
40 ans, au Québec, on a décidé de dire qu'on mettait fin à des rejets
d'eaux usées directement dans nos cours d'eau. On a installé des
installations de traitement des eaux usées pour traiter nos eaux usées.
40 ans plus tard, ces installations-là sont à mettre à jour, et on
aimerait profiter de cette occasion pour ne pas simplement mettre à jour en
fonction des normes d'il y a 40 ans mais aussi en fonction des nouvelles
normes, avec les contaminants d'intérêt émergent et avec les nouvelles données,
les nouvelles technologies qui sont disponibles. Alors, c'est ce qu'on souhaite
mettre de l'avant aussi, là, à travers ce Fonds bleu là. Et d'ailleurs on est
très heureux que le ROBVQ soit présent parce qu'ils ont des très bonnes
connaissances sur le terrain qui sont présentes.
Alors, en conclusion, on le sait que les
changements climatiques exacerbent les pressions sur nos ressources en eau. On l'a vu il y a quelques... dans les
dernières semaines avec les inondations. On va le voir dans quelques semaines
aussi avec les pénuries d'eau. On le voit aussi avec l'accroissement de la
population. Il faut protéger notre ressource, et le projet de loi n° 20
fait un bon pas dans cette direction-là. On salue. Le gouvernement a cette
intention-là, et on revient sur nos quatre recommandations de transparence, de
modulation, du Fonds bleu et de modulation de la redevance. Merci.
La Présidente (Mme Bogemans) : Parfait.
Merci beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant
commencer la période d'échange. J'invite M. le ministre à prendre la parole.
M. Charette : Merci, Mme la Présidente.
À vous trois, messieurs, merci d'être avec nous ce matin pour vous... pour nous
partager votre expertise mais également pour voir comment on peut bonifier
l'approche qu'on met sur la table avec le
début des consultations ce matin. Merci également pour votre présence au niveau
du forum d'action. C'est
effectivement un outil important pour la suite des choses. On a réuni, enfin,
je dirais, les acteurs... les principaux, les incontournables sur la question de l'eau, et votre contribution au sein
de cette instance-là aussi est grandement appréciée.
Quelques petites questions pour ma part, et
déjà, peut-être, vous référer à certains de vos propos, mais d'abord, vous
réitérer un petit peu l'objectif global.
Il y a eu des années qui se sont écoulées sans
qu'on revoie, par exemple, les redevances elles-mêmes. Il y a eu aussi des
années qui se sont écoulées sans qu'on se donne les moyens d'évaluer la portée
de nos lois, la portée de nos règlements, et, autant dans le projet de loi
n° 20 que dans les projets de règlement qui ont été publiés, on veut
mettre fin à ces très longs cycles là. Un, pour les redevances, on évoque déjà
une indexation de 3 % à chaque année. Et surtout on se dit : À chaque
cinq ans, il faudra revoir un petit peu notre approche. Est-ce que les taux
sont les bons? Est-ce qu'il n'y ait pas... Est-ce qu'il n'y a pas lieu de les
augmenter encore davantage? Est-ce qu'il n'y a pas lieu de faire certaines choses différemment? Donc, autant le projet de
loi que les projets de règlement prévoient cette... ces modalités-là. Et
je regardais un petit peu à travers vos écrits, vous parlez aussi d'une
approche d'évaluation qui doit être périodique. Donc, l'indexation annuelle,
est-ce que c'est suffisant? Est-ce qu'une évaluation des modalités aux cinq
ans, c'est suffisant? Donc, j'étais curieux de vous entendre sur la
périodicité, là, que vous évoquiez, là, dans vos écrits.
M. Laneuville (Mathieu) : Oui.
Alors... Bien, on salue le fait qu'on a mis une indexation de 3 %, parce
que, oui, comme on l'a vu, des fois, on fait un projet de loi, puis, par la
suite, ça prend du temps avant qu'on y revienne. Alors, je pense que, là, on a
d'excellents mécanismes en ce moment pour, oui, pouvoir indexer puis aussi,
avec le cinq ans, de pouvoir revenir aussi sur certains éléments.
Dans nos recommandations, quand on parlait, par
exemple, des compteurs d'eau, pour nous, c'est quelque chose que c'est facile.
À l'article 8, paragraphe 6°, on peut enlever la méthode
d'estimation, c'est quelque chose qu'on peut
faire dès aujourd'hui. Mais on est conscients que, par exemple, quand on parle
de la modulation dans certaines régions, c'est quelque chose de
peut-être plus complexe.
Puis
actuellement, chez Réseau Environnement, on est tellement contents que le
projet de loi n° 20 voie le jour. On aime mieux l'imperfection au néant.
Et allons-y avec le projet de loi actuel et pensons... chez Réseau, on aime
être à l'avant-garde, mais pensons à notre prochaine révision, peut-être
que, justement, cette modulation-là pourrait voir le jour. Puis je pense que,
si on regarde, justement, cette table-là, qui peut être à travers le forum ou
d'autres tables... mais qu'on soit prêts, on
n'attendra pas dans cinq ans, mais préparons-nous d'avance. Il y a déjà des
bonnes idées qu'on peut faire pour changer le modèle... le projet de loi
actuel, mais aussi peut-être une révision ultérieure.
M.
Charette : Je vous entendais sur les modulations par région.
C'est déjà une très, très grande transformation qu'on initie avec le
projet de loi et les projets de règlement. Donc, oui, ça peut être intéressant
de réfléchir aux prochaines étapes. Mais,
bon, vous l'avez vu avec la lecture, là, des documents disponibles, de notre
côté, ce n'est pas dans l'immédiat. Mais peut-être vous rassurer, à
partir du moment...
Bien, en fait, déjà vous mentionner, les grands
préleveurs d'eau au Québec ne sont pas dans des régions où il y a un enjeu
disponibilité d'eau. Si on regarde, là, au final, là, que ce soient pâtes et
papiers, que ce soient les minières, ces entreprises-là ne sont pas dans des
régions... ça ne veut pas dire : Il ne faut pas les suivre de près, là,
mais il n'y a pas d'enjeu disponibilité d'eau dans les régions où elles se
situent.
Mais sinon, au niveau du ministère de
l'Environnement, à partir du moment où une nouvelle entreprise veut s'établir
et qu'elle demande un certificat d'autorisation, là, pour amorcer ses travaux,
la question de la disponibilité de l'eau fait partie de l'évaluation qui est
faite de notre côté. Donc, si jamais il y avait une entreprise qui voulait...
Et d'ailleurs, sans vous nommer le secteur, pas plus tard que la semaine
dernière, on a eu des rencontres avec un secteur qui voulait se développer dans
une région bien particulière et on a dit : On n'a pas les données actuellement
nous permettant de vous autoriser à faire ça. Donc, c'est une évaluation qui
est déjà faite pour éviter qu'on se retrouve dans un secteur vulnérable qui le
devienne encore davantage avec l'arrivée de nouvelles entreprises.
• (11 heures) •
Donc, vous dire, c'est intéressant, mais prenons
acte et fait du... que les grands préleveurs ne sont pas dans des régions
vulnérables actuellement et qu'il y a une évaluation, là, qui est faite pour
chaque demande de certificat d'autorisation. Mais je ne nie pas l'importance et
la légitimité, là, d'amorcer une réflexion à ce niveau-là.
Au niveau de la transparence sur les
prélèvements, c'est, là aussi, une grande avancée qui est faite. Vous parlez,
par contre, de l'assujettissement à la transparence de 50. Ce que vient
proposer actuellement le projet de loi et sa réglementation, on passe de 75 à
50, mais, vous, votre souhait serait de... non pas pour les redevances
elles-mêmes mais pour la transparence, passer de 50 à 10. Est-ce que c'est
effectivement le cas?
M. Laneuville (Mathieu) : Oui, c'est
bien le cas. Puis c'est suite, justement, à nos membres, surtout des
municipalités, qui actuellement... justement, eux autres font leurs plans, et
ils regardent c'est quoi, leurs ressources, par
exemple, en eaux souterraines, puis ils se demandent : Comment ça, ma
nappe, elle diminue? Moi, je sais qu'est-ce que je consomme, j'ai quelques déclarations, mais il en manque,
malheureusement. Et, dans certaines régions, comme, plus urbaines, en
bas de 50 mètres cubes, ça ne fait pas nécessairement une grande
différence, mais, dans certaines municipalités, ça fait une grande différence.
Alors, d'avoir cette donnée-là, sans qu'il y ait la redevance, pour nous, ça serait une autre avancée qu'on pourrait faire
dans le projet de loi actuel de façon assez, là, facile, là, dans le projet de
loi.
M. Charette : C'est un élément qui
pourrait être considéré, je vous dirais, possiblement pas dans la première
étape, parce que c'est déjà un gros changement de passer de 75 à 50, mais
éventuellement, on pourra certainement le considérer.
Mais pour répondre à votre préoccupation des
municipalités, c'est aussi ce que je mentionnais tout à l'heure, à partir du moment où il y a un nouveau joueur qui
s'ajoute dans les certificats d'autorisation, il y a cette évaluation-là des
prélèvements qui est faite, et l'autorisation sera souvent conditionnelle à ce
que ces prélèvements-là ne dépassent pas x quantité d'eau. Mais je comprends
que l'information pourrait être utile.
Ça m'amène, justement, au niveau municipal et
des compteurs d'eau. Moi, bien honnêtement, là, en toute transparence, ce n'est
pas l'intention du gouvernement de dire : On va venir généraliser les
compteurs d'eau au niveau industriel, commercial et même résidentiel. Les
municipalités ont cette possibilité-là, donc, avec le principe de l'autonomie
municipale, on leur laisse le soin d'intégrer cette pratique-là si elles le
souhaitent. Mais, non, le projet de loi ne le prévoit pas, les projets de
règlements non plus. Mais les municipalités, certaines le font, d'ailleurs vous
l'avez mentionné, peut-être dans une proportion moindre que ce qui se fait dans
d'autres juridictions, mais la possibilité est là. Mais ce n'était pas
l'intention du gouvernement, là, à ce moment-ci, d'aller dans cette
direction-là.
Et, toujours par rapport aux municipalités, vous
avez raison de nous rappeler... d'ailleurs, j'avais lu, ça fait un an ou deux,
lorsque vous aviez publié cette étude sur l'état des infrastructures
municipales... un autre merci pour votre contribution à ce niveau-là, on le
reconnaît, ce sont des sommes colossales. Mais tout à l'heure, avec le groupe
précédent, je mentionnais, on a un dilemme, on a plusieurs centaines de
millions de dollars à notre disposition, mais déjà on a plus de demandes que
les fonds qui sont nécessaires. Et déjà certaines municipalités nous
disent : Ce serait peut-être une belle idée d'utiliser le Fonds bleu pour
les systèmes de traitement des eaux municipaux. Ce n'est pas l'intention, puis
je ne veux pas les... bien, en fait, je suis très transparent avec elles, je
leur dis : Ce n'est pas le cas, parce qu'on parle, effectivement, de
milliards de dollars, alors que le Fonds bleu parle de centaines de millions.
Mais je réitère auprès des municipalités qu'il y
a des milliards de dollars de disponibles, actuellement, pour la mise à jour des infrastructures d'eau.
Certaines peuvent questionner la possibilité d'entrer ou de se rendre admissibles
à ces programmes-là, ce que ma collègue aux Affaires municipales regarde de son
côté. Mais je ne veux déjà pas laisser entendre que le Fonds bleu servirait à
moderniser les systèmes d'aqueduc municipaux, parce que, bon, le Fonds bleu y
passerait en entier, et ce serait même marginal, comme impact, au final. Donc,
je voulais vous rassurer à ce niveau-là... pas vous rassurer, mais être clair à
ce niveau-là.
Puis le Fonds bleu, bien, écoutez, pour nous, ce
sera un outil, un outil avec des priorités qui ont été... pas priorités, mais
des orientations qui ont déjà été bien, bien établies. Avec le Forum d'action
sur l'eau, avec les plans directeurs qui nous seront proposés l'année
prochaine, on pourra s'assurer, là, de mettre tout ça à profit pour avoir les
meilleurs résultats possible.
Donc, c'était quelques
commentaires. Je ne sais pas si vous souhaitez réagir, parce que j'ai un
collègue qui a aussi des questions pour vous, mais je voulais revenir, là, sur
certains des éléments, là, que vous avez présentés.
M. Laneuville (Mathieu) : Merci, M.
le ministre. Puis, oui, j'aimerais... si c'est possible de commenter.
Premièrement, pour les compteurs d'eau, chez Réseau Environnement, on est tout
à fait aussi pour l'autonomie municipale, là, à ce niveau-là. Et je réitère, là,
on ne parle pas du secteur résidentiel à travers ça, là, on parle vraiment du secteur non résidentiel et on sait qu'on a
beaucoup d'industries qui ne sont pas non plus sur des réseaux municipaux.
Pour nous, ce serait important, là, qu'il
puisse y avoir un compteur, pour qu'on puisse bien mesurer, avec la démonstration
qu'on a faite tantôt.
Et l'autre point, c'est concernant le Fonds
bleu, là. Nous autres, notre idée n'est pas de prendre... Comme vous l'avez dit, c'est... le 500 millions sur
cinq ans, ce n'est rien par rapport aux 38 milliards de déficit plus les
mises aux normes qu'il faudrait faire. Mais dans l'introduction, c'était
de dire : On aura beau de faire la meilleure redistribution de ce
fonds-là, mais si, de l'autre côté, on n'est pas en mesure de pouvoir
effacer... parce qu'on a... ce 38 milliards là, c'est des infrastructures
qui sont en mauvais, très mauvais état. Nos fonctionnaires municipaux font des
miracles avec des infrastructures qui sont désuètes. On a besoin de donner un
coup de barre là. Puis c'est sûr que si, de ce côté-là, on continue de déverser
des eaux usées parce qu'on n'est pas en mesure de pouvoir bien... avoir des
bonnes infrastructures, qu'on a des difficultés à ce niveau-là, bien, ça va
nous pénaliser aussi.
Ça fait que c'était de mettre en contexte, mais
on est tout à fait d'avis que le Fonds bleu est là pour de la recherche, pour pouvoir faire des innovations, et
que c'est deux choses distinctes, là. On ne souhaite pas nécessairement
aller...
M. Charette : Je suis curieux,
peut-être une dernière petite question, désolé auprès de mon collègue. Vous
parliez du milieu municipal, des infrastructures, là, qui sont en déficit
d'entretien. Je mentionnais qu'il y a des milliards de dollars qui sont
présentement disponibles. Est-ce que, pour vous, c'est un frein de
qualification? Pourquoi ces sommes-là ne sont pas davantage utilisées par les
municipalités? Parce qu'elles ont déjà des possibilités de financement
intéressantes. Il y a la part du gouvernement du Québec qui est déjà planifiée
dans le PQI, il y a le gouvernement fédéral aussi qui rend des sommes
importantes disponibles. Donc, est-ce qu'il y a un problème, à votre sens, au
niveau de la qualification des municipalités à ces programmes-là?
M.
Laneuville (Mathieu) : Bien, on salue le travail du... vos collègues au
ministère des Affaires municipales, là,
qui font un excellent travail, là. On parle d'une enveloppe de
750 millions par année, plus celle du fédéral qui vient doubler la
mise. Alors, on a des sous qui sont là, mais qu'est-ce qu'il faut faire, c'est
inciter nos municipalités davantage à pouvoir accroître leurs revenus pour
pouvoir justement... C'est les meilleurs acteurs sur le terrain pour pouvoir faire la différence. C'est de propriété
municipale. Les infrastructures municipales, on parle quand même d'un
parc d'actifs de 200 milliards de dollars, c'est l'une de nos plus grandes
richesses collectives au Québec.
Puis
qu'est-ce qu'on... dans nos recommandations d'Assainissement 2.0, on
parlait d'un meilleur accompagnement, un guichet unique. On le voit de
plus en plus, là, c'est pour ça que le Forum d'action sur l'eau, nous autres,
est une plateforme intéressante. Puis des fois on parle de sous, le
500 millions, mais nous autres, le forum aussi est une belle plateforme
pour dire des fois : On est là aussi pour faire... aider à ce que les
ministères puissent bien se parler, qu'on puisse bien régulariser ces
programmes-là.
Alors, les programmes en place sont là, mais il
va falloir continuer à avancer. On parle notamment des plans de gestion
d'actifs, là, les PGA, de plus en plus, qui vont voir le jour. Il va falloir
miser davantage là-dessus pour régler notre
déficit de maintien d'actif au Québec. C'est un travail qui est de longue
haleine, mais il faut donner le coup de
barre, là, actuel, parce qu'on le voit, si on ne le fait pas aujourd'hui, la
réhabilitation qu'on peut faire aujourd'hui, demain va être du
remplacement qui va coûter plus cher.
M. Charette : Merci beaucoup.
La
Présidente (Mme Bogemans) : Parfait. Je passe maintenant la parole au député
de Masson. Vous disposez de 3 min 20 s.
M.
Lemay : Merci, Mme la Présidente. Merci,
M. Laneuville, M. Gosseries et M. Verreault, d'être avec nous
aujourd'hui.
J'aimerais
continuer un peu sur votre point de transparence des prélèvements, là, parce
que, comme M. le ministre le mentionnait, on passe de 75 mètres
cubes par jour à 50 mètres cubes par jour. Vous venez proposer que tous
les commerces et les industries de... non résidentiel, dans le fond, soient
assujettis ou, du moins, qu'on ait l'information pour les 10 mètres cubes par jour. Vous avez mentionné qu'en
Ontario c'était déjà le cas à 100 % pour le non résidentiel. Est-ce
que vous avez fait une analyse d'impact financière de cette mesure-là puis
de... pour au moins qu'on ait l'information sur les 10 mètres cubes par
jour? Est-ce que vous avez fait cette analyse-là? Ça représenterait quoi, comme
coût, justement?
M. Laneuville (Mathieu) : ...j'ai
fait cette analyse-là en 2011, lorsque j'étais à l'emploi du ministère des Affaires municipales et de l'Habitation, dans le
cadre de la Stratégie québécoise d'économie d'eau potable, et on parle
d'un rapport de trois pour un en termes de retour sur l'investissement. Alors,
on le voit que c'est une mesure rentable de le faire. Actuellement, ce qu'on parle... on
salue le gouvernement de vouloir passer de 75 à 50 mètres cubes, puis là on
parle autant de la déclaration que de la redevance. Alors, ça, c'est un bon
point qui est mis de l'avant. Ce qu'on parle,
c'est, comme je vous le mentionnais, ce n'est pas nécessairement de dire :
On va aller vers des redevances, mais d'avoir de la déclaration.
Puis j'aime bien ce que disait M. le ministre
tantôt, que, quand on parle de nouveaux prélèvements, on le sait, vous faites
un excellent travail à regarder est-ce que, dans la situation actuelle, il y a
un enjeu de pénurie d'eau. Mais, quand on parle, des fois, avec les
municipalités, c'est qu'ils nous disent : Même dans l'existant, des fois,
on n'est pas au courant de qu'est-ce qui était. Ça fait que ce n'est pas
nécessairement juste les nouveaux, c'est dans l'existant.
Si on se rappelle aussi, au Québec, il y a
quelques années, on n'avait même pas les instruments de mesure sur nos
installations de production d'eau potable à savoir ce qu'on produisait. Alors,
on a quand même un retard à faire au Québec
en termes de mesure, de compteurs d'eau pour bien savoir... bien gérer ce qu'on
a. Alors, ce qu'on souhaiterait, ce
serait de pouvoir... on a déjà fait un premier pas en allant à 50 mètres
cubes, et de faire un deuxième pas pour pouvoir, justement, rendre cette donnée-là accessible et qu'on puisse aider nos
municipalités à bien gérer leur eau dans le cadre de leur plan directeur
de l'eau.
• (11 h 10) •
M. Lemay : OK. Puis je ne sais pas
si vous pouvez donner plus d'informations ou sinon, peut-être, on pourrait avoir accès quand même à vos rapports que
vous avez faits. Vous avez mentionné, au niveau du Fonds bleu, là, la
quantité versus la qualité puis l'assainissement... votre rapport
d'Assainissement 2.0, qui mentionne que 40 ans plus tard on a un coup de barre à donner. M. le
ministre le mentionnait, justement, qu'on a d'autres sommes qui proviennent
des Affaires municipales. De mémoire, là, je pense, ça, c'est
2,1 milliards cette année qui est disponible pour les municipalités. Mais, bref, je sais qu'il reste
très peu de temps. Sinon, je serais intéressé de consulter la documentation
que vous avez produite, là.
M.
Laneuville (Mathieu) : Parfait, on pourra vous la partager avec plaisir.
Puis, quand on parle de, justement, ces sommes à investir, là, c'est... oui, on
parle du déficit de 38 milliards de dollars, mais, par-dessus ça,
maintenant, on a les... on entend beaucoup, là, les contaminants
émergents, par exemple, les PFAS, tout ça, de plus en plus. Il y a 40 ans, on avait des connaissances qu'on a...
il y a des connaissances qu'on a aujourd'hui qu'on n'avait pas il y a
40 ans. Il y a des nouveaux
contaminants qui existent, et on a fait l'étude, puis on démontre justement
comment c'est rentable de le faire, pas juste d'un point de vue
économique, mais on inclut aussi tout l'aspect environnemental et l'aspect
aussi sur la santé publique, pour le bien-être aussi des concitoyens,
concitoyennes.
M. Lemay : Merci.
La Présidente (Mme Bogemans) : Je
vous remercie. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle. Vous
disposez de 12 min 23 s.
Mme
McGraw : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, merci
beaucoup et merci beaucoup pour le mémoire et la présentation. C'est
vraiment excellent, et j'aimerais aborder les cinq... les six recommandations,
pardon. On va commencer par la première. Donc, premièrement, le contexte, vous
avez parlé de contexte, on parle... on est dans un contexte, évidemment, de changements climatiques, on sait que les
communautés, les municipalités sont vraiment... ils font face à ces
enjeux-là, ils manquent de ressources.
Alors, la première question, c'est une question
plutôt globale. Donc, on comprend que le Québec, à date... et c'est pour ça
qu'on est content de voir ce projet de loi procéder, justement, parce qu'on
est... on fait... le mot que j'ai entendu, on fait un peu pitié à travers le
Canada et le monde, en termes de redevances. Donc, c'est un pas important vers l'avant. Mais est-ce que ça se tient debout?
Dans le sens qu'on comprend qu'en Europe c'est beaucoup plus élevé, mais
là vous proposez trois paliers, je trouve ça très intéressant, mais le désavantage...
Est-ce que les ressources, les redevances
vont être en mesure de bien répondre à la situation d'urgence, dont les
municipalités et les infrastructures? Donc, une question générale pour
commencer : Est-ce que le tout se tient debout?
M. Laneuville (Mathieu) : Comme on
l'a mentionné, le projet de loi n° 20 est un excellent pas dans la bonne
direction, mais, pour nous, c'est un jalon, ce n'est pas une fin en soi. Réseau
Environnement, on aime ça être à l'avant-garde, regarder justement c'est quoi,
les meilleures pratiques à l'international. C'est pour ça qu'on représente
plusieurs associations aussi internationales pour le Québec. Et, quand on se
compare, quand même... Puis là on parle d'un prix sur des redevances,
c'est-à-dire que, quand on parle de redevances, on parle d'un coût pour une
ressource. Puis ça, on l'a vu par rapport à l'Europe ou d'autres endroits, oui,
on peut être loin, mais je suis d'accord sur le fait qu'il faut y aller progressif, tous les petits pas sont bons pour y
aller. Puis sur notre groupe aussi, on avait quand même des industries aussi qui sont là puis qui se
disent : Oui, on est prêts à y aller avec de la prévisibilité, mais je
pense qu'il faut le faire d'une certaine façon, là, où est-ce que c'est
ordonné, avec de la prévisibilité, ce que le projet de loi propose.
En même temps, de l'autre côté, quand on
parle... on parlait tantôt des infrastructures municipales, dans le contexte
général, aussi bien qu'on aura le meilleur projet de loi n° 20, si on...
notre déficit continue de s'agrandir comme que c'est là, bien, c'est sûr qu'au
bout de la ligne on n'atteindra pas l'objectif. Au bout de la ligne du projet
de loi n° 20, c'est de protéger nos ressources en eau. Et, quand on parle
de l'aspect aussi des infrastructures en eau municipales,
ce qu'on peut voir ailleurs aussi, c'est qu'au niveau, là, des... ce qu'on
demande comme effort aux concitoyens, concitoyennes pour contribuer
aussi sur les infrastructures d'eau municipales, c'est-à-dire un service,
d'avoir de l'approvisionnement,
de la distribution, de la collecte et du traitement des eaux usées, on voit que
ça aussi, au Québec, on demande quand même un plus petit effort aux
concitoyens, concitoyennes qu'ailleurs.
Peut-être, justement, que le projet de loi n° 20 va aider à déboulonner ce fameux mythe, là, parce
qu'on pense souvent que l'eau est illimitée,
que l'eau est gratuite, mais je pense que tous ces pas-là qui vont... vont
valoriser notre eau. Puis c'est aussi pour ça que, dans le cadre du
Forum d'action sur l'eau, on propose plusieurs actions, notamment de la
sensibilisation. On a fait une demande au ministère, là, de financement, parce
qu'avec le ROBVQ et le Centre d'interprétation de l'eau, on aimerait faire une
campagne nationale sur autant la quantité que la qualité, l'enjeu de la pénurie
de main-d'oeuvre. Et tous les outils et les connaissances sont là pour qu'on
puisse développer et aller de l'avant avec ces actions-là. Parce que, oui, il y
a un enjeu aussi que nos concitoyens et concitoyennes, si on veut qu'ils adhèrent à des projets de loi comme le
projet de loi n° 20, il faut qu'on prenne conscience que, oui, on a
la chance d'avoir 3 % des réserves d'eau douce mondiale de la
planète, mais, en même temps, il faut y faire attention. Parce qu'actuellement,
avec la pollution qu'on fait dans l'estuaire du Saint-Laurent, on n'aura plus
de crabe, on n'aura plus... Tout qu'est-ce qu'on protège, là, actuellement, là,
c'est dangereux quand même, puis il faut des projets de loi n° 20,
il faut continuer à aller de l'avant. Mais pour aider aussi nos politiciens et
politiciennes à avoir le courage de faire ça, il faut que nos concitoyens et
concitoyennes aient aussi le réflexe d'aimer valoriser notre ressource en eau.
Mme McGraw : Justement, je suis
d'avis que notre richesse, notre or bleu au Québec, ça devrait mener non à un sentiment de complaisance, mais d'ambition,
vraiment d'être chef de file mondial. Alors, c'est mon point de vue.
Pour revenir
à la première recommandation par rapport aux compteurs d'eau, je sais que nous,
notre formation, on a souligné qu'on est... qu'on soutient le
financement de l'installation de compteurs d'eau dans tous les édifices non résidentiels. Donc, c'est un pas dans la bonne
direction. Et justement, je sais qu'il faut... par rapport au... Ontario,
entre autres, le Canada, le monde, il y a du travail à faire.
Donc, est-ce que vous pouvez élaborer sur cette
première recommandation dans votre mémoire?
M. Laneuville (Mathieu) : Oui,
alors... mais, comme qu'on l'a mentionné, là, toutes les expertes et experts,
je pense, peu importent les domaines, là, on parle de l'eau, mais on serait en
finances, on serait en n'importe quoi, si on veut bien gérer, il faut mesurer,
c'est la prémisse. Dans beaucoup de choses, quand on fait des estimations, ça
devient... pardon, très difficile à pouvoir progresser dans nos actions.
Et je pense que dans les... si on regarde, là,
le règlement modifiant le Règlement sur la redevance exigible pour
l'utilisation de l'eau, on a un bel exemple, là, à l'article 8.1, où
est-ce qu'on mentionne que si, des fois, le... on pourrait prendre d'autres
options, comme le volume d'eau journalier maximal que l'autorisation permet ou
la capacité maximale utile de l'installation ou de l'équipement de prélèvement.
Il y a des façons, quand on n'a pas la donnée, de pouvoir inciter des
industries à pouvoir mettre un compteur, parce que, s'ils n'ont pas un
compteur, on prend tout simplement la capacité maximale du tuyau.
Ce qu'on peut voir, comme plusieurs réglementations
municipales, des fois, on voit, c'est justement des mesures qui permettent
d'inciter à ce qu'on puisse mesurer. Et je pense que l'article 8.1 est un
exemple qu'on pourrait aussi appliquer pour l'ensemble des industries, de
dire : On ne permet pas l'estimation, et, si jamais on n'a pas la mesure,
bien, il y a des façons qu'on... le gouvernement va imposer des façons
d'estimer qui ne seront... qui, évidemment, vont surestimer, et si l'entreprise
veut être sérieuse, bien, qu'elle mesure la consommation.
Mme McGraw : Donc, cette distinction
entre, justement, les estimations et les mesures exactes, c'est quand même une
distinction importante.
M. Laneuville (Mathieu) : ...cruciale.
Mme McGraw : Oui, cruciale et...
M. Laneuville (Mathieu) : Sinon, on
va se ramasser dans cinq ans, on va vouloir faire des révisions sur des
estimations, c'est... La première chose de base, c'est de bien mesurer pour
dresser un bon portrait, pour aussi s'aligner dans la suite des choses de nos
actions.
Mme McGraw : En termes de la
deuxième recommandation, on parle de régionalisation. Est-ce que vous avez...
Est-ce que vous parlez davantage des secteurs à risque dans le contexte de changements
climatiques? Oui, alors commencez peut-être avec ça.
M. Laneuville (Mathieu) : Tout à
fait. Alors, on le sait, comme on l'a mentionné, on a des municipalités, des
endroits où est-ce que la nappe phréatique ou que ce soient des lacs, il y a
des régénérations naturelles qui se font.
Alors, il faut respecter le cycle de la nature. Puis il y a des endroits où
est-ce que ce cycle-là se fait de façon plus lente, où qu'on peut avoir une grande population déjà qui est en place,
qu'on peut avoir des nouveaux développements, tout ça.
Alors, à ces endroits-là, bien, il faudrait
lancer un signal à nos industries, de dire : On vous demande... Puis on le
sait, là, le principe d'écofiscalité avec les principes d'élasticité, plus
qu'on augmente le prix, évidemment, bien, plus
que ça incite à de l'innovation. Puis on peut le voir, quand je regardais des
industries qui sont en Ontario, il y a des industries qu'on a les mêmes au Québec qui
consomment deux à 10 fois plus d'eau au Québec qu'en Ontario. Pourquoi?
Parce qu'en Ontario, ce n'est pas compliqué, les industries font l'étude retour
sur investissement, elles aussi. Si elles paient
une ressource ou un coût plus cher du mètre cube, bien, évidemment, le retour
sur investissement, au lieu d'être sur 10 ans, il va être sur deux
ans, vont faire la modification, ils ne la feront pas nécessairement au Québec.
Alors, c'est pour ça que, pour nous, c'est
important qu'on puisse donner un signal à certains endroits critiques. On ne dit pas de le faire partout,
parce qu'évidemment il y a des endroits où est-ce que la criticité est moindre,
mais il y a des endroits que la capacité est limitée, où est-ce qu'on pourrait
faire un effort supplémentaire, donner un signal
supplémentaire autant pour les industries en place que pour notre développement
économique à venir, de donner un signal que si Molson veut une nouvelle
industrie, bien, peut-être qu'on regarde proche du fleuve Saint-Laurent plutôt
qu'aller à Sutton, où est-ce qu'on demande à nos citoyens de restreindre l'eau
pendant l'été.
• (11 h 20) •
Mme
McGraw : Je trouve cette approche des trois paliers
vraiment géniale, et c'est une innovation au niveau des politiques
publiques. Donc, moi, je trouve ça très intéressant.
Est-ce qu'il y aurait, à l'intérieur de ces
trois paliers... pour refléter les priorités identifiées sur le terrain dans
chaque région, donc, si je comprends bien, c'est vraiment l'objectif. Est-ce
que vous pouvez peut-être aussi parler de quelle méthode privilégiez-vous pour
la distribution des sommes issues du Fonds bleu pour... élaborer là-dessus?
M. Laneuville (Mathieu) : Tout à
fait. Alors, les sommes pour le Fonds bleu pourraient justement nous permettre
de poursuivre la réflexion à ce niveau-là. On pourrait, par exemple,
mandater... il y a plusieurs groupes, là, sur
le forum qui pourraient justement faire des études de rentabilité qu'on
pourrait pousser aussi. On parle d'écofiscalité, mais on pourrait
pousser des études aussi. Il y avait votre collègue, tantôt, à l'Assemblée, qui
posait des questions, justement, sur est-ce qu'on a des études sur le retour
sur investissement, sur ces choses-là. Alors, je pense qu'on aurait lieu de
pouvoir le démontrer. Mais c'est quand même des choses qui s'inscrivent non pas
seulement sur nos expertes et experts au Québec, puis le ROBVQ peut être un
très bon joueur à ce niveau-là sur le terrain pour bien cibler par bassin versant comment ça marche. Parce que l'eau, ça n'a pas
de frontière autant provinciale, que municipale, que fédérale, c'est une
ressource qui appartient à tous les citoyens du monde, les citoyennes du monde.
Mais l'autre
chose aussi, c'est que ce principe-là, oui, c'est... on amène une nouveauté
dans le projet de loi n° 20, mais, dans la Stratégie québécoise d'économie
d'eau potable, on fait la même chose, on demande à des municipalités où est-ce
qu'elles sont aux prises avec des capacités plus limitées ou avec des endroits
où est-ce que c'est plus critique d'en faire
plus ou, à d'autres endroits, on va dire : On en fait moins. Puis ça,
c'est le principe où est-ce qu'on veut mettre les énergies au bon
endroit, où est-ce que c'est le plus critique. Et c'est même quelque chose
aussi qu'on va voir... Comme je disais
tantôt, Réseau Environnement, on représente aussi l'American Water Works
Association, et, dans le manuel M36
de l'AWWA, c'est ce qu'on préconise, de dire, justement : Faisons des
interventions plus rigoureuses à certains endroits qui nécessitent plus
d'attention.
Mme
McGraw : Je sais qu'il me reste à peu près deux minutes,
donc j'aimerais... j'ai quand même beaucoup de questions, mais j'aimerais vous
inviter à... s'il y a des enjeux ou des thèmes, vous voulez plus élaborer, je
vous invite à... je vous cède mon temps.
M. Laneuville (Mathieu) : Parfait.
Mme McGraw : Sinon, j'ai des
questions plus spécifiques, mais est-ce qu'il y a des enjeux ou des éléments
que vous voulez prendre plus de temps pour souligner? Sinon, je reviens à mes
questions.
M. Laneuville (Mathieu) : Non, bien,
c'est... nous autres, c'est vraiment important de dire : On a une
occasion, là, aujourd'hui, comme... qu'est-ce qu'on veut dire, c'est... on ne
veut pas ralentir le projet de loi n° 20. Pour nous, c'est important que,
le plus rapidement possible, on soit en mesure de le faire, et on va collaborer
avec le gouvernement pour le faire le plus rapidement possible. Pour nous, sur
la question de la fiabilité des données, on considère
qu'on peut changer facilement, quand même, le règlement en place pour pouvoir
l'adapter. Alors, pour nous, ça, c'est quelque chose qu'on souhaiterait
voir rapidement, à court terme, je pense, qui nous aiderait toutes et tous à
mieux gérer notre ressource en ayant des mesures.
On comprend que, sur la question de la
modulation, on pourrait penser... justement, on parle que... on a prévu de
faire des mises à jour à chaque cinq ans. Je pense, c'est quelque chose qu'on
peut prendre le temps, justement, de bien le
réfléchir dès maintenant, pas attendre dans cinq ans, dès maintenant, pour être
prêt, dans cinq ans, à aller vers ça.
Sur la question de la transparence des
prélèvements, encore une fois, c'est quelque chose qu'on croit qu'on peut faire
dès maintenant dans le projet de loi actuel. Ça ne demande pas trop d'efforts
dans le projet de loi pour qu'on puisse arriver à ces conclusions-là.
Et, sur le Fonds bleu, bien, on va continuer de
travailler avec Mme Grondin, là, à ce niveau-là, pour pouvoir... et
l'ensemble des parties, parce que, je tiens à le souligner, elle a fait un
excellent travail de rassembler beaucoup de parties, puis c'est drôlement
intéressant, parce qu'on avait des échanges corsés, la dernière fois, entre les unions municipales, l'UPA, tout ça. Puis
qu'est-ce que j'aime, c'est que Mme Grondin nous rappelle à l'ordre aussi
en disant : On n'est pas là pour penser juste notre association à nous, on
est là pour penser à la ressource en eau au Québec. Puis je pense qu'une table
comme ça, c'est bon de se dire : On n'est pas là pour des intérêts
personnels, on est là pour la collectivité, pour protéger notre ressource. Puis
ça, je pense qu'on a un excellent forum qu'il va falloir renforcer
pour mettre... investir bien nos fonds pour la suite. Et on les connaît, les
idées, de ces fonds-là. Je pense, chez Réseau, on a des idées, ROBVQ, puis je
pense que tout le monde en a, des bonnes idées, puis c'est vraiment de penser
de façon collective pour le meilleur résultat collectif.
Mme McGraw : Donc, je pense qu'on
est d'accord pour dire : Si on met en place les bonnes mesures, on suit
les recommandations, le Québec a vraiment la possibilité d'être chef de file et
vraiment à la hauteur de notre or bleu ici,
au Québec. On est vraiment très bien positionné, et le Fonds bleu, c'est
vraiment un pas dans la bonne direction. Donc, c'est du positif, il y a encore du travail à faire, mais c'est
vraiment un grand pas, donc, on est d'accord, je pense, là-dessus.
Donc, à moins qu'il y ait d'autres choses à
ajouter, je vais céder mon temps, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme Bogemans) : Il n'y a plus de temps. C'est terminé. Donc, je vais
maintenant céder la parole à la deuxième opposition officielle. Vous
disposez de 4 min 8 s.
Mme Zaga Mendez : Merci beaucoup. Je
veux remercier toute l'équipe du Réseau Environnement pour cette présentation.
Et, pour les
recommandations, j'aimerais vous entendre un peu plus sur la deuxième,
c'est-à-dire la modulation selon les caractéristiques du bassin versant. Je
pense qu'on partage le souhait d'avoir des analyses économiques, d'avoir
des métriques afin d'appliquer cette notion-là. Ça fait que c'est un peu ma
question : Quel type de métriques ou des outils
qu'on pourrait mobiliser pour ajuster les redevances selon la rareté, mais
selon aussi les caractéristiques, les pressions de chacun... chaque
bassin versant?
M. Laneuville (Mathieu) : ...encore
une fois, là, ROBVQ, je pense, qui est un excellent acteur sur le terrain pour
pouvoir nous aider. Dans le cadre de nos consultations avec nos groupes
d'experts, évidemment, il y avait... le ROBVQ était présent, mais les
municipalités, les entreprises, etc. Et c'est probablement l'enjeu où est-ce
que ça a demandé le plus de discussions intellectuelles, quand même, parce que
c'est un enjeu fiscal, de développement régional. Tu sais, il y a beaucoup de
choses, au-delà de l'eau aussi, qui est à travers ça, alors il faut bien le
penser, et l'approche par bassin versant est celle qui nous semble faire le
plus de sens. Comme on disait, l'eau n'a pas de frontière, alors respectons la
ressource eau en premier, plutôt que, des fois, penser à des partages que nous
autres on se fait de façon arbitraire pour bien gérer nos municipalités, etc.
Alors, les trois catégories qu'on voyait, et on
les a déjà... on est capable, par bassin versant, déjà de le savoir. La
première catégorie, c'est... il y a peu ou il n'y a pas d'enjeu lié à l'eau.
Par exemple, on peut penser, la ville de Montréal est entourée du fleuve
Saint-Laurent. On a un bon débit. Actuellement, à la ville de Montréal, qu'est-ce
qui est intéressant, avec les économies d'eau qu'on fait, on est en train de
fermer des usines plutôt que de dire... parce que souvent, on va dire :
L'avantage, c'est de... on va empêcher, on va reporter des investissements.
Alors, on voit qu'il y a des endroits de même que ça va bien.
Il y a d'autres municipalités, il y a d'autres
territoires où est-ce qu'on voit qu'il y a des enjeux à venir dans les
prochaines années, notamment dans un contexte de changements climatiques. On
peut le voir. Et comment qu'on sait ça? Quand vous parliez de métrique, mais
oui, on le sait avec les mesures qu'on a, avec... par exemple, en eau
souterraine, tout ça, on commence à avoir des bonnes connaissances là-dessus.
Mais c'est pour ça que je reviens encore à
ma première recommandation, de dire : On a besoin de mesurer, pas se... de
mesurer, de ne plus estimer, parce que, quand on se fie sur des
estimations, malheureusement, ça peut nous jouer des vilains tours.
Et l'autre chose aussi, de pouvoir déclarer même
qu'est-ce qui est en bas de 50 mètres cubes, pas nécessairement pour aller
chercher des dollars là-dessus, parce que ce serait négligeable, je pense, sur
un fonds comme qu'on parle, mais c'est vraiment le principe de vouloir bien
s'outiller pour prendre des bonnes décisions, faire
des bons diagnostics. Un médecin, on ne lui dit pas, il a besoin de... il a
besoin d'instruments pour pouvoir avoir un diagnostic. C'est la même chose pour
les gestionnaires de l'eau, on a besoin d'instruments de mesure. L'instrument
de mesure de base, ça s'appelle un compteur d'eau. C'est simple et c'est une
technologie qui existe depuis plus de 100 ans.
Et la troisième catégorie, c'est dans des
bassins versants où est-ce qu'il y a déjà des enjeux identifiés. Je peux penser
notamment à la région du ministre, là, où qu'il y a la rivière des
Mille Îles. On le voit, année après année, on peut le voir autant en
termes d'inondation qu'en période de sécheresse, on le sait que ça revient. On
a des endroits où est-ce qu'on sait que c'est critique, et c'est à ces
endroits-là, bien, qu'on se dit, bien, qu'avec une modulation, ça pourrait justement
amener nos entreprises, nos industries à justement faire les modifications
comme qu'on peut voir dans d'autres
juridictions où est-ce qu'on voit que, quand il y a cet incitatif-là, les
entreprises vont optimiser leurs processus.
Puis on pourrait avoir beaucoup d'exemples à ce
niveau-là, mais je ne veux pas prendre du temps là-dessus, et aussi de dire aux
prochaines entreprises : Bien, il y a peut-être des endroits plus
stratégiques où s'installer. Autant que pour les inondations, on ne dit plus
qu'on veut aller en zone inondable, bien, on devrait faire la même chose aussi
à l'inverse, quand on a un manque d'eau, bien, on devrait arrêter d'accroître
les pressions à ce niveau-là.
Mme Zaga Mendez : Et peut-être,
rapidement, quel type de changements vous souhaitez voir dans la loi pour faire
cette modulation? Grosso modo, quel type d'amendements que vous souhaitez avoir
pour...
La Présidente (Mme Bogemans) : 20 secondes.
Mme Zaga Mendez : ...pour
avoir la modulation?
M. Laneuville (Mathieu) : Parfait.
Alors, qu'est-ce qu'on souhaitait avec la modulation, c'est de se dire :
On aimerait prendre le temps, avec toutes les parties prenantes, de le faire
pour la prochaine révision. Par contre, actuellement, c'est le règlement sur la
redevance exigible, on veut arrêter l'estimation puis mettre de la mesure pour
être bien équipés pour quand on va penser à ça dans cinq ans puis qu'on va le
mettre à jour.
La
Présidente (Mme Bogemans) : Je vous remercie beaucoup pour votre contribution
aux travaux parlementaires.
Nous allons prendre quelques instants pour
suspendre la session et accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 29)
(Reprise à 11 h 35)
La Présidente (Mme Bogemans) : Bonjour,
tout le monde. Je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Union des
municipalités du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour faire votre exposé, après quoi nous allons procéder à la période d'échange
entre les parties de la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à
commencer immédiatement votre exposé.
Union des municipalités
du Québec (UMQ)
M. Damphousse (Martin) : Merci.
Martin Damphousse, maire de Varennes et nouvellement président de l'Union des
municipalités du Québec.
Mme
Legault-Bélanger (Charlotte) : Charlotte Legault-Bélanger, conseillère aux
politiques pour les dossiers Environnement et changements climatiques à
l'UMQ.
M.
Damphousse (Martin) : M. le ministre de l'Environnement, de la Lutte
contre les changements climatiques, de la Faune, des Parcs, Mme la
Présidente de la commission, Mmes, MM. les membres de la commission, merci de
nous recevoir aujourd'hui. Vous pourrez compter sur notre appui. Je suis
accompagné aujourd'hui de Mme Charlotte Legault-Bélanger.
D'abord, j'aimerais rappeler que, depuis
maintenant plus de 100 ans, l'UMQ rassemble les gouvernements de proximité
de toutes les régions du Québec afin de mobiliser l'expertise municipale,
accompagner ses membres dans l'exercice de leurs compétences et valoriser la
démocratie municipale. Nos membres représentent plus de 85 % de la
population du territoire du Québec.
L'UMQ tient à saluer la volonté du gouvernement
d'augmenter considérablement les redevances exigibles pour l'utilisation de
l'eau au Québec et de miser sur la transparence des données. Pour l'union,
cette approche devrait améliorer la prévisibilité du financement, la
planification durable du territoire et la protection de la ressource.
Toutefois, l'UMQ souhaite que le législateur profite de cette occasion pour
aller plus loin sur certains aspects du présent projet de loi.
Dans un premier temps, l'UMQ souhaite vous
formuler des propositions concernant l'affectation du Fonds bleu. La loi sur
l'eau positionne l'enjeu de l'approvisionnement des citoyennes et citoyens en
eau potable en fonction du climat actuel et futur comme prioritaire pour la
société québécoise. C'est pourquoi il est primordial, pour l'union, que
l'approvisionnement en eau potable en contexte de changements climatiques soit
ajouté à la liste des matières pouvant être financées par le Fonds bleu.
Plusieurs éléments expliquent l'importance de
notre proposition. Tout d'abord, les municipalités n'ont pas de portrait complet de la demande actuelle et
projetée en eau pour les usages anthropiques ainsi que pour la conservation
des écosystèmes. Elles ne possèdent pas non plus de données relatives à la
disponibilité en eaux de surface et en eaux souterraines
sur leur territoire, en contexte de changements climatiques. Or, la science est
sans équivoque, les changements climatiques génèrent des phénomènes qui
amplifient les risques d'épisodes de manque d'eau, augmentent la
température de l'eau, diminuent la capacité de régénération des nappes d'eau
souterraines et diminuent le facteur de dilution.
Pour l'union, l'acquisition de connaissances sur
la qualité et la disponibilité actuelles et futures de l'eau de surface, et particulièrement de l'eau souterraine,
est primordiale pour que les municipalités puissent utiliser stratégiquement
leurs outils d'aménagement du territoire et
ainsi contribuer à assurer une eau potable de qualité et en quantité suffisante
à leurs populations. Aussi, la plupart des
municipalités du Québec en sont maintenant à préparer des plans de protection
des sources d'approvisionnement en eau potable en fonction des principales
menaces identifiées sur leurs territoires en termes de qualité et de
quantité.
Il est donc essentiel que le gouvernement du
Québec s'engage à appuyer financièrement les municipalités pour la mise en oeuvre des mesures telles que
l'élaboration d'un plan d'inspection des installations septiques autonomes,
la planification de la gestion des eaux pluviales ou encore la revitalisation
des berges. La performance de ces infrastructures
d'eau est essentielle en contexte de changements climatiques, et cela, pour
espérer minimiser les dégâts.
• (11 h 40) •
C'est pour toutes ces
raisons que l'union recommande de modifier le projet de loi afin d'ajouter
l'approvisionnement en eau potable, en climat actuel et futur, à la liste des
matières pouvant être financées par le Fonds bleu.
Toujours en se référant à la loi sur l'eau, le
préambule reconnaît la part fondamentale des milieux associés à la ressource en
eau en ce qui a trait, notamment, à la qualité et à la quantité de l'eau, la
conservation de la biodiversité et la lutte contre les changements climatiques.
À ce sujet, l'union salue l'inclusion, dans le projet de loi, de la conservation des écosystèmes aquatiques
comme action pouvant être financée par le Fonds bleu. L'UMQ souhaite que
cette mesure inclue aussi la prévention et la lutte contre les espèces
exotiques envahissantes.
En effet, la
gestion des espèces exotiques envahissantes comporte des coûts importants pour
les municipalités qui ont un plan d'eau sur leurs territoires, qui sont
affectées ou non par les espèces exotiques envahissantes. Une récente étude de
l'UMQ révèle que 7 millions de dollars par année seraient nécessaires
pour que ces municipalités puissent mener une stratégie de prévention de ces
espèces, tandis que les efforts de lutte pourraient représenter des
investissements allant jusqu'à 114 millions de dollars par année.
Aussi, l'UMQ
souhaite que la conservation des écosystèmes inclue l'encadrement de la
navigation de plaisance. En effet, la présence d'embarcations sur les plans
d'eau contribue à l'érosion des berges, la pollution des eaux, et cela,
en plus d'être le principal vecteur de transmission des espèces exotiques envahissantes,
des éléments qui participent au vieillissement prématuré des écosystèmes
aquatiques.
C'est pourquoi l'union recommande de modifier le
projet de loi afin de préciser que la conservation des écosystèmes à titre de
matière pouvant être financée par le Fonds bleu inclut notamment la prévention
et la lutte contre les espèces exotiques envahissantes ainsi que l'encadrement
de la navigation de plaisance.
En terminant, sur l'affectation du Fonds bleu,
il est primordial de reconnaître le rôle incontournable des gouvernements de
proximité dans la gouvernance de l'eau. Pour l'union, les municipalités jouent
un rôle de premier plan en matière d'aménagement, d'approvisionnement en eau
potable et de protection de l'environnement ainsi que par leur capacité à prendre
en considération les réalités complexes et uniques de leur territoire.
C'est pourquoi l'UMQ recommande de modifier le
projet de loi afin de préciser que le Fonds bleu vise à apporter un soutien
financier prioritaire aux municipalités.
Maintenant, j'aimerais vous parler brièvement de
la possibilité pour le ministre d'intervenir par règlement pour prohiber ou
limiter certains usages de l'eau et encadrer certains contenants et emballages
à usage unique.
L'UMQ est d'avis que l'établissement de ces
nouveaux pouvoirs au ministre doit absolument se faire en concomitance avec
l'abrogation de l'article 118.3.3 de la Loi sur la qualité de
l'environnement. Cette mesure aurait pour objectif de ne pas rendre inopérants
les règlements municipaux qui se retrouveraient à traiter du même sujet que celui du gouvernement, comme à Prévost, Mascouche
et Montréal, où il existe des réglementations visant à encadrer la distribution
de contenants à usage unique. Une nouvelle réglementation provinciale en la
matière rendrait caduques ces avancées innovantes au milieu municipal. Pour
l'union, il est primordial d'éviter un recul environnemental et d'exposer, par
le fait même, le milieu municipal à des poursuites judiciaires en vertu de
l'article 118.3.3, comme on l'observe de plus en plus lorsqu'une
municipalité réglemente sur un sujet environnemental.
C'est pourquoi l'UMQ recommande de modifier le
projet de loi afin d'abroger l'article 118.3.3 de la Loi sur la qualité de
l'environnement.
Je vous remercie de votre attention et nous
sommes maintenant disponibles pour répondre à vos questions.
La Présidente (Mme Bogemans) :
Je
vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Charette : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Merci à vous deux d'être présents avec nous ce matin. Félicitations
pour vos nouvelles responsabilités. Un beau chapeau avec de beaux défis, donc
félicitations.
Peut-être revenir à une question que j'ai posée
au groupe précédent. On parle de revenus confirmés, là, de
500 millions de dollars pour le nouveau Fonds bleu, donc c'est une
somme qui est très certainement intéressante compte tenu que c'est du nouvel
argent et qu'il n'y a jamais eu autant d'argent, là, dédié pour la préservation
de notre eau. En même temps, lorsque l'on reçoit les différentes demandes de
financement, on se rend compte qu'on ne pourra pas tout financer les demandes
qui nous parviennent. Et j'ai bien noté, vous souhaiteriez que le Fonds bleu
finance de façon prioritaire, ce sont vos mots, les municipalités. Les
agriculteurs vont nous dire la même chose, tous les groupes vont nous
dire : Il faudrait qu'on soit priorisés dans le financement. Donc, la réponse
que je vais vous donner, je vais la donner à tous les groupes : Vous ne
serez pas priorisés, ne le prenez pas de façon négative, c'est un travail
collectif.
D'ailleurs, merci, vous êtes aussi membre du
Forum d'action sur l'eau, et ce que sa présidente, la députée d'Argenteuil, réitère à chaque occasion, c'est
qu'il faut s'enlever un petit peu le réflexe de vouloir protéger nos intérêts
personnels, mais penser de façon collective et de façon globale comment on peut
mieux utiliser cette ressource-là, comment s'assurer de sa préservation. Donc,
non, les municipalités ne seront pas les principales bénéficiaires du Fonds
bleu, mais aucun groupe ne sera le principal bénéficiaire du Fonds bleu. Il
faut réellement avoir une vision d'ensemble. Donc, je voulais atténuer les
attentes et être très transparent avec vous. Et c'est sans offense, c'est ce
qui est répété à chacun des groupes.
Mais très
certainement que les municipalités ont un rôle fondamental à jouer sur la
question de la préservation de l'eau. Et je comprends le besoin des
municipalités d'avoir ces informations-là pour gérer un petit peu leur
développement parce que, dans certains cas, c'est problématique. On a des
municipalités, un petit peu partout au Québec et dans
certaines régions en particulier, qui devront revoir leurs plans de
développement, parce qu'on sait qu'il y a des enjeux, là, qui s'adresseront à
elles assez rapidement, et, dans certains cas, c'est déjà le cas.
Mais, en termes de
partenariats, je vous entendais parler de la navigation de plaisance, la
navigation de plaisance elle-même, c'est de compétence fédérale. Je ne pourrais
pas, à travers un projet de loi, légiférer là-dessus. Mais vous avez tout à
fait raison lorsque vous mentionnez que cette navigation-là peut être
l'occasion, par exemple, de favoriser la propagation d'espèces envahissantes,
ce qu'on veut limiter.
Donc, est-ce que, des
projets particuliers où il y aurait des stations de lavage de bateaux, les
municipalités pourraient être partenaires? Naturellement, il doit y avoir un
financement accordé à ce type d'initiative là. Les OBV, qu'on entendait un
petit peu plus tôt, sont aussi intéressés par ces enjeux-là. Donc, quel est le
type d'initiative que vous souhaiteriez
peut-être même piloter vous-même, en tant que municipalités, avec l'appui,
naturellement, financier d'un éventuel Fonds bleu?
M. Damphousse
(Martin) : En fait, votre dernière phrase... Je suis vraiment désolé,
je comprends que, la dernière phrase, il y a
la question, puis je prenais une note intéressante sur ce que vous veniez de
dire. Désolé, M. le ministre.
M. Charette :
Aucun souci. En fait, je
reprenais un petit peu votre préoccupation par rapport aux embarcations
de plaisance, qui peuvent être un facteur de propagation des espèces
envahissantes. On sait qu'on a un réseau de lavage à développer, on sait que
c'est une problématique réelle.
Est-ce que les
municipalités souhaitent s'investir? Est-ce que c'est le type de projet que les
municipalités aimeraient elles-mêmes piloter, moyennant du financement, c'est
bien certain, ou c'est à travers d'autres partenariats que les municipalités
voudraient s'impliquer, là, dans des projets très particuliers?
M. Damphousse
(Martin) : Merci d'avoir repris la question. Je suis désolé, encore
une fois. Dans un premier temps, je
comprends très bien le volet de la navigation du volet fédéral. C'est parfait,
c'est très clair pour moi.
Honnêtement, les
stations de lavage, je suis à Varennes, je longe le fleuve, moi aussi, puis je
pense que ça peut être extrêmement intéressant et pertinent. Mais aujourd'hui
vous comprendrez qu'après seulement cinq jours c'est difficile pour moi de prendre position envers mes membres. Mais
honnêtement, je m'engage à ajouter ce point-là à l'ordre du jour du
prochain conseil d'administration et poser la question, parce que je réalise
que l'enjeu des lacs, la navigation... l'algue bleue, bon, on a entendu toutes
sortes d'histoires, dans les dernières années, puis honnêtement il y a une
préoccupation qui est très grande. Est-ce que de devenir partenaire avec le
gouvernement pour créer des stations de lavage peut être une bonne alternative?
Honnêtement, je trouve la proposition excellente. Laissez-moi juste le temps de
valider, et on vous revient officiellement avec une réponse.
• (11 h 50) •
M. Charette :
Sans problème. Et là je déborde un petit peu du contexte du projet de loi,
mais j'ai aussi le chapeau Faune, et on nous
dit, à travers les différentes associations, que ça devient souvent un enjeu
pour les utilisateurs des plans d'eau d'accéder à tel ou tel plan d'eau
parce qu'une municipalité X va, par exemple, limiter l'accès ou va le réserver
aux résidents du secteur en particulier. Donc, c'est un enjeu.
Et, oui, on parle du
Fonds bleu, mais on parle aussi, dans un contexte plus général, du Plan nature,
où on veut donner aux Québécois accès à la nature, et comment concilier ce
dilemme-là, en rappelant que l'eau n'est pas la propriété des riverains, en
rappelant que l'eau, les lacs sont la propriété de tous, donc, se voir
restreindre l'accès à des plans d'eau parce qu'on n'est pas résident d'un
secteur, c'est aussi une source de déception chez bon nombre d'utilisateurs,
là, de nos plans d'eau au Québec.
M. Damphousse (Martin) :
C'est intéressant, M. le ministre, parce que Varennes fait partie des villes
qui ont été citées comme ayant appliqué une facturation différente pour les
non-résidents. Puis honnêtement, moi, je reste
très ouvert à de bonnes formules, parce que je comprends que le plan d'eau
appartient à tout le monde, mais l'accès... Quand une ville comme
Varennes investit 1 million de dollars, avec l'argent des Varennois,
pour permettre l'accès, de le rendre accessible à tout le monde, sans que les
gens paient plus que les Varennois, il y a une forme d'iniquité. Ça fait que
c'est pour ça qu'on n'interdit pas l'accès, mais il y a une facturation
différente, comme non-Varennois.
Mais honnêtement,
moi, je suis très ouvert à entendre, éventuellement, de nouvelles formulations
pour rendre ça équitable autant pour les
Varennois qui paient puis d'autres... Puis on le voit, là, la rareté des accès,
ça s'est restreint avec les années,
de plus en plus difficile, de plus en plus coûteux. Mais c'est quoi, la
meilleure formule? Honnêtement, je ne
la connais pas. Nous, on a trouvé aujourd'hui un équilibre entre une facture
plus importante, mais, en même temps, ça fait en sorte que Varennes est
plus attractif. Si des gens d'ailleurs, qui n'ont pas d'accès, ont le goût de
vivre à Varennes pour avoir un accès gratuit, bien, ça devient un outil
d'attrait. Mais la formule idéale, honnêtement, je ne la connais pas. Mais je
comprends l'enjeu des non-riverains et cette complexité-là, mais soyons ouverts
à de bonnes solutions, là.
M. Charette :
On regardera...
Mme
Legault-Bélanger (Charlotte) : Si je peux me permettre...
M. Charette :
Est-ce que...
Mme Legault-Bélanger (Charlotte) : Mais,
si je peux me permettre, le...
M.
Charette : Ah! d'accord. J'essayais de voir qui avait pris la parole.
Désolé.
Mme
Legault-Bélanger (Charlotte) : Oui, donc... Bien, c'est sûr que
l'accès... ce n'est pas que les municipalités veulent limiter nécessairement
l'accès au plan d'eau. En fait, l'objectif premier, c'est de limiter la propagation des espèces exotiques envahissantes,
et donc, malheureusement... C'est pour ça qu'on parlait de navigation et qu'on
demande, notamment, un chantier à l'échelle du Québec sur la navigation, avec
tous les partenaires impliqués, dont le fédéral.
Parce qu'en ce moment
les municipalités peuvent réglementer l'accès, justement, aux plans d'eau,
peuvent obliger de nettoyer la coque des bateaux, mais c'est les seules façons
qu'elles ont de protéger les plans d'eau au niveau réglementaire. Donc, c'est sûr
que, malheureusement, ce n'est pas quelque chose pour lesquels on... quelque
chose qu'on encourage, mais, pour le moment, c'est une des seules solutions. Et
on sait très bien que ce n'est pas durable,
donc on veut en discuter avec l'ensemble des parties prenantes, mettre en place
un chantier sur la gouvernance de la navigation.
Et puis, en
attendant, on aimerait que le projet de loi finance des mesures municipales en
matière de gouvernance de la navigation. Il y a des municipalités, comme
Saint-Donat, qui ont... qui, avec le DPCP du fédéral, assurent... doivent payer
pour des bateaux, des patrouilles, des bouées pour s'assurer du respect de la
réglementation fédérale. Parfois, quand elles émettent des constats
d'infraction, bon, ça se judiciarise, et puis l'argent qui est récolté s'en va directement au fédéral. Donc, la
contribution des municipalités, elle est volontaire. Alors, c'est un chantier
qu'on doit adresser et qu'on... selon l'UMQ, là, on ne peut pas
dissocier, là, de la gestion de l'eau.
M. Charette :
Non, vous avez raison. C'est pour
ça que ça se marie bien avec le Plan nature qui est en élaboration,
aussi. Il faut s'attaquer aux espèces envahissantes. Le Fonds bleu a à faire ce
mandat-là, dans les grandes orientations qui sont déjà connues, puis on
regardera comment faire les arrimages.
Tout à l'heure, je
vous ai peut-être déçus en disant qu'on ne priorisera pas en particulier les
municipalités. Je vais vous décevoir de nouveau, je m'excuse, le projet de
loi n° 20 ne réglera pas non plus la question du
fameux article de la LQE. C'est un projet de loi, là, qui est réellement
orienté sur le Fonds bleu. Je comprends qu'il y a des municipalités qui veulent
mettre de l'avant des initiatives, des initiatives qui peuvent être
intéressantes à bien des égards. Je
comprends qu'il y a une crainte que le ministère de l'Environnement ou le
gouvernement vienne dire : Non, non, ce n'est pas conforme avec notre
vision. C'est un échange et c'est des réflexions qu'on pourrait avoir ensemble,
éventuellement, mais ce n'est pas le projet de loi n° 20,
là, malheureusement, là, qui va traiter cette question-là, parce qu'on
s'éloigne un petit peu trop, là, de l'orientation principale du projet de loi.
Sinon, peut-être vous
revenir sur un échange qu'on a eu avec Réseau Environnement, le groupe qui vous
a précédé, au niveau du déficit d'entretien
des infrastructures municipales. C'est un enjeu, là, que l'on reconnaît.
D'ailleurs, il y a plusieurs milliards de dollars, là, qui sont
disponibles à travers le PQI. Là encore, ce n'est pas le Fonds bleu qui va
régler cet enjeu-là, mais on reconnaît que c'est un enjeu qui mérite toute
notre attention.
Et je profiterais de
votre présence pour vous poser la question suivante... Il y a des milliards de
disponibles. Si on additionne la quote du gouvernement du Québec avec celle du
gouvernement fédéral et la participation des municipalités,
ça fait un fonds, au final, là, qui est drôlement intéressant. Quelles sont les
embûches pour les municipalités pour se qualifier à ces programmes-là?
Parce que l'argent est là, mais on voit qu'encore il y a des municipalités qui nous disent : Ce n'est peut-être pas
suffisamment adapté à nos réalités. Quelles seraient les bases sur lesquelles
on pourrait travailler, avec le ministère des Affaires municipales, pour
faciliter la qualification des municipalités à ces différents programmes là?
M. Damphousse
(Martin) : Bien, je vous dirais, M. le ministre, la question est très
intéressante, parce que je vais vous donner un des angles de point de vue par
rapport à ça. Dans un premier temps, merci pour la bonification, je pense que c'est 2,4 milliards, pour le
programme PRIMEAU. C'est apprécié, mais, je vous dirais, il y a un nouveau
phénomène qui est arrivé dans le monde municipal, depuis au moins une année,
puis c'est nouveau.
Je suis maire depuis
14 ans, je l'observe, la rareté de la main-d'oeuvre a fait chuter de façon
drastique le nombre de soumissionnaires. Ça,
c'est partout, pas juste dans un créneau spécifique, là. Que ce soit pour des
modules de jeu ou que ce soit pour
des plans d'infrastructures souterraines, avant, là, honnêtement, on pouvait
recevoir sept, neuf soumissionnaires.
Le plus bas soumissionnaire conforme, il y avait une compétition réelle.
Aujourd'hui, M. le ministre, ce n'est pas rare de n'en recevoir qu'un.
Donc, quand il n'y a pas de compétition, des fois, les coûts explosent.
Et malheureusement il
y a bien des villes qui, tout simplement, reportent les projets ou les
abandonnent parce que leurs estimations
financières ont fait en sorte que, quand c'est le double — on
a vu du 100 % d'augmentation — bien,
les villes retardent. Donc, malheureusement... et c'est triste parce qu'on est
tout à fait conscients qu'il y a un retard dans l'amélioration des
infrastructures souterraines, que ce soit en eau, que ce soit en égout. C'est
le même principe, mais là on est pris avec une nouvelle réalité. On a hâte de
revoir autant de soumissionnaires qu'on avait, avant, mais on craint que ça
prenne, malheureusement, bien du temps. Ça fait qu'on est un peu pris avec
cette nouvelle réalité là.
M. Charette :
Merci beaucoup. Je vais laisser la parole à mes collègues, pour ne pas être
trop accaparant de mon côté. Mais merci pour votre présence aujourd'hui.
M. Damphousse
(Martin) : Merci.
La Présidente
(Mme Bogemans) : La parole est maintenant à la députée d'Argenteuil.
Il reste 2 min 40 s.
Mme Grondin :
Je vais être rapide. Merci, Mme la Présidente. Bonjour. Très heureuse de
vous voir en personne. Je vais y aller rapidement. J'entends bien l'intérêt,
là, pour un chantier sur la navigation, là, je l'entends très bien. En fait, vous parlez dans votre mémoire
de cohérence, de cohérence entre les différents programmes ou plans d'action du gouvernement. J'ai envie de vous
renvoyer la balle, j'ai envie moi aussi de vous parler de cohérence terrain.
On a eu le ROBVQ qui
nous a présenté une trentaine de projets par bassin versant, dans lesquels on
a, par exemple, Nicolet, Centre-du-Québec, Estrie, protection de l'eau potable
selon une approche intégrée des risques, et, dans
les acteurs, je ne vois pas l'UMQ, donc... Puis il y en a plusieurs comme ça où
il y a déjà, dans les bassins versants, un intérêt ou une priorité qui a
été mise soit sur la protection des eaux potables soit sur les espèces
exotiques envahissantes. Est-ce que vous embarquez?
M. Damphousse
(Martin) : J'aurai une réponse courte, mais étant donné qu'il ne reste
pas beaucoup de temps, je vais prendre mon miroir, puis, d'après moi, Charlotte
a plus d'information là-dessus. Mais la réalité, c'est qu'on collabore très
bien déjà avec cet organisme-là, une belle complicité. Mais, si vous
souhaiteriez qu'on soit davantage actifs, bien, d'après moi, ça ne sera pas dur
à convaincre, mais je vais laisser Charlotte préciser.
Mme Legault-Bélanger
(Charlotte) : Effectivement. Puis, bien, j'imagine que, dans ces
programmes-là... bien, pas ces programmes-là, mais ces projets-là, les
municipalités concernées sont impliquées également, là. Mais en tant qu'union,
effectivement, je vais ramener le sujet avec le ROBVQ, puis on verra à trouver
comment l'UMQ peut s'intégrer.
Mme Grondin :
Merci. Est-ce que... J'imagine qu'il ne reste pas beaucoup de temps?
La Présidente
(Mme Bogemans) : ...
Mme Grondin :
45 secondes. En fait, je ne sais pas si vous vouliez un élément
particulier... rajouter en 30 secondes. Je ne vous donne pas beaucoup de
temps.
• (12 heures) •
Mme Legault-Bélanger
(Charlotte) : Bien, en fait, pour revenir, M. le ministre, sur le fait
de prioriser certains acteurs plutôt que d'autres, c'est certain que, bien, les
municipalités ont aussi l'avantage de pouvoir fédérer les citoyens également. Ils sont élus, c'est un gouvernement de
proximité. Puis, comme vous aviez annoncé l'annonce pour le bassin du
lac Saint-Charles avec Québec, c'est un modèle qui, je crois, pourrait être répliqué,
donc... bien sûr, en collaboration, à l'échelle du bassin versant, avec tous
les acteurs impliqués. Mais je crois quand même et je réitère que les gouvernements de proximité ont cet
avantage-là de connaître autant la réalité terrain et puis de fédérer également
les... tous les acteurs autour, oui, les organismes à but non lucratif, les
organismes de bassin versant, mais également les citoyens.
La Présidente (Mme Bogemans) : Je
vous remercie beaucoup. Maintenant, je vais céder la parole à la représentante
de l'opposition officielle, pour 12 min 23 s.
Mme McGraw :
Merci, Mme la Présidente. Et j'aimerais enchaîner, justement, là dessus,
mais tout d'abord, j'aimerais vous
féliciter, M. Damphousse, sur votre élection à la présidence, depuis
quelques jours, donc, à l'UMQ. Donc, merci d'être avec nous, les
collègues, ce matin. C'est bien apprécié, le mémoire et la présentation.
Et je voudrais
justement enchaîner là-dessus, parce que, je pense, avec tout le respect pour
le ministre, on comprend très bien que, les municipalités, en tant que
gouvernement de proximité, ce n'est pas des intérêts privés, ce sont des intérêts collectifs. Ce sont... c'est
l'intérêt public, et nous, on reconnaît l'importance, la crédibilité et la proximité
des municipalités.
Alors, là-dessus,
avec ça comme contexte, on comprend que vous êtes des experts sur le terrain.
Vous êtes au front, vous faites face au
front sur les changements climatiques, beaucoup d'enjeux environnementaux,
économiques, entre autres. Alors, on
sait très bien qu'il y a une volonté de contribuer des municipalités, que les
municipalités veulent contribuer, et
c'est une contribution exemplaire, mais on comprend aussi qu'on manque les
moyens et les informations. Donc, mes premières questions vont être
là-dessus.
Si on peut parler,
premièrement, de moyens, donc... Dans la recommandation n° 5, on parle
justement... pour un peu enchaîner la discussion avec le ministre, on parle
d'un soutien financier prioritaire aux municipalités. Alors, j'aimerais vous
inviter à élaborer sur cette recommandation importante.
M. Damphousse
(Martin) : J'aurai probablement une courte réponse, puis si Charlotte
a le goût de bonifier, ça va me faire
plaisir. Vous le savez tous, dans la dernière semaine, on a amplement parlé
d'adaptation aux changements climatiques, puis le réseau d'eau potable
en fait partie. Donc, il y a des inquiétudes manifestées par plusieurs municipalités, on le vit, que ce soit dans les
eaux de surface, les eaux souterraines, les réseaux d'aqueduc. Donc, on a une
pression additionnelle. Tout le monde reconnaît... Puis honnêtement j'ai
entendu, même, le premier ministre, lorsque j'ai été invité par Mme Roy, à la
ville de Varennes, on a été invités, il y a quelques semaines, puis il y a une
reconnaissance unanime, il faut s'adapter aux changements climatiques. Le
climat, avec ses particularités, met une pression énorme.
Puis je rajouterais
les chaleurs extrêmes. Bon, on parle beaucoup d'inondations, mais on vit des
chaleurs extrêmes à l'échelle planétaire,
puis j'ai toujours entendu que, l'or bleu du Québec, notre eau, finalement, on
l'a toujours imaginée inépuisable. C'est un
discours qu'on entend depuis très, très, très longtemps. Bien, aujourd'hui, le
monde municipal veut travailler avec son gouvernement pour s'assurer
d'économiser cette ressource-là, parce que je crains qu'un jour elle ne
devienne pas autant inépuisable qu'on a toujours rêvé à cause des changements
climatiques. Ça fait que, dans ce contexte-là... bien sûr qu'on a besoin de
sommes additionnelles, parce que ce sera la plus importante dépense, l'adaptation aux changements climatiques,
mais il y a assurément une inquiétude face à l'eau potable. On est
gâtés, au Québec, assurons-nous de rester gâtés pour des générations futures.
Mme Legault-Bélanger
(Charlotte) : Effectivement, puis la notion de prévention puis de
précaution est particulièrement importante quand on parle d'eau potable. On l'a
vu, dans les derniers mois, avec la saga des PFAS, donc les contaminants
émergents. Quand ça arrive, les municipalités doivent trouver une nouvelle
source d'eau potable, c'est carrément ça.
Donc, on veut absolument éviter ça, ce sont des mesures qui coûtent énormément
cher pour les municipalités.
Et
puis, donc, voilà, c'est... particulièrement, le rôle incontournable des
municipalités s'explique principalement du fait qu'elles sont responsables d'assurer l'approvisionnement en eau
potable de surface mais également souterraine à leurs citoyens. Et c'est
le lien qu'on fait avec la loi sur l'eau, donc, les objectifs de la loi sur
l'eau, qui vise à assurer une eau en... de qualité et de quantité suffisante
pour les générations actuelles mais également futures. Alors... puis c'est la raison pour laquelle aussi on propose
d'insérer, dans le préambule de la LQE, la notion d'adaptation, puisque la pression
est de plus en plus forte sur la ressource en eau.
Mme McGraw : Puis
on comprend très bien qu'investir maintenant ça va nous coûter moins cher plus
tard. Donc, ça coûte plus pour réagir que de
prévenir. Donc, on comprend très bien l'aspect économique de tout ce qui
soutient l'environnement et l'écologie.
J'aimerais
revenir, justement, sur les informations. Donc, la question c'étaient les
moyens, que les municipalités manquent
les moyens et peut-être aussi les informations pour justement vraiment passer à
l'action et vraiment répondre à ces
enjeux. Donc, est-ce que, selon vous, vous avez... puis c'est la... surtout, on
parle d'espèces exotiques envahissantes, donc la recommandation n° 4. Est-ce que vous avez les informations
pour bien faire votre travail en tant que municipalités? Est-ce que...
Comment est-ce qu'on peut regarder vous accompagner là-dedans, donc?
M. Damphousse
(Martin) : Bien, je vous dirais que, sur le volet des espèces
envahissantes, je laisserais davantage
Charlotte répondre, mais il y a un volet sur les données. La petite histoire
que j'ai le goût de vous raconter, puis je vais faire rapidement, l'eau
embouteillée, quand on regarde son évolution, il y a 20 ans, 30 ans,
quand c'est arrivé sur le marché, c'était comme une ressource, encore une fois,
un peu inépuisable, de l'eau de source. C'était fascinant. On a vu le marché
des... je n'ai pas besoin de nommer les noms des entreprises, vous les
connaissez tous, il y a eu une progression.
Honnêtement, jamais je ne pouvais m'imaginer voir autant de gens sortir de chez
Costco, on voit les mêmes, là, avec autant de paniers de petites
bouteilles embouteillés. Ça fait que, là, on réalise : OK, ils siphonnent
notre ressource, qui est notre or bleu, je l'ai dit tantôt.
Quels sont les
volumes réels? Ça fait partie des données que, je pense, il est essentiel
d'avoir et de partager, puis c'est pour ça que je fais du millage sur l'initiative
de la ville de Prévost, qui a mis une nouvelle réglementation pour l'utilisation des bouteilles à usage unique
de plastique. Puis on sait à quel point c'est un fléau, là. De mémoire, je pense
qu'il y avait 700 millions par année de petites bouteilles de plastique.
Quand on analyse ce chiffre-là, ça ne fait pas de sens.
Ça fait qu'il est
clair qu'il faut travailler ensemble pour trouver une façon de limiter ça.
Bien, ça, ce sont les données qui sont
essentielles pour le milieu municipal, parce que l'eau est... c'est notre or
qui est pris sous nos pieds, puis on doit travailler ensemble pour
s'assurer de contrôler mieux ça.
Pour le volet des
espèces envahissantes, je vais laisser Charlotte vous en parler, face aux
données.
Mme McGraw : Peut-être
que j'ajouterais juste... espèces envahissantes exotiques, aussi les... par
exemple, les contaminants émergents aussi, au niveau des informations pour
pouvoir agir, réagir.
Mme
Legault-Bélanger (Charlotte) :
Merci. Donc, pour les espèces exotiques envahissantes, en fait, je pense, puis l'étude était claire, là, commandée par le
caucus des municipalités locales, ça coûte beaucoup moins cher d'investir
dans... en prévention. Il y a des programmes qui existent déjà pour les
stations de lavage, et il faut que ça continue. Il faut qu'il y ait des sommes supplémentaires pour ces initiatives-là,
mais la prévention, c'est également un suivi de l'état des lacs, suivi de la prolifération des espèces
exotiques envahissantes. Et puis c'est également des patrouilles, donc des inspecteurs
également pour s'assurer que la réglementation est respectée.
Donc, pour les
espèces exotiques envahissantes, la prévention, je crois qu'il y aurait
davantage d'aide qui pourrait être offerte de la part du gouvernement. Il ne
faut pas oublier la lutte non plus, donc installation de toiles, l'arrachage,
etc. Ça, c'est pour les espèces exotiques envahissantes. Puis le deuxième...
M. Damphousse
(Martin) : PFAS...
Mme McGraw : ...PFAS,
etc.
• (12 h 10) •
Mme
Legault-Bélanger (Charlotte) : Oui. Bien, honnêtement, pour ce dossier-là, là, je
souligne, d'ailleurs, là, la
collaboration du ministère de l'Environnement, qui sont particulièrement
proactifs et qui ont un souci de collaborer avec l'ensemble des acteurs pour... Nous, on n'est
pas des scientifiques, là, donc, on s'appuie sur l'expertise du ministère
de l'Environnement, et puis on se sent, là, très bien accompagnés à ce
niveau-là.
Mme McGraw : Merci.
Et donc, si je comprends bien, il y avait une présentation antérieure où on
parlait... Et ce n'est pas un manque de
technologie, on a le savoir-faire, justement, pour faire face à ces
contaminants, les espèces envahissantes,
mais c'est, effectivement, manque d'information et surtout manque de
financement, manque de moyens.
Donc,
j'aimerais revenir sur une question plutôt générale par rapport au Fonds bleu.
En matière de gouvernance, est-ce que les mesures... est-ce que vous
trouvez que les mesures sont adéquates pour que les sommes prévues soient
utilisées aux fins prévues?
M. Damphousse
(Martin) : Wow! Grande question. En fait, sans être sûr de ma réponse,
j'ai presque le goût de dire que,
traditionnellement, dans les programmes gouvernementaux, puis là je vise tous
les ministères, ce qu'on observe, le milieu municipal, c'est une forme
de lourdeur administrative. On souhaite, à peu près partout, trouver une
formule plus simplifiée, plus facilitante pour qu'on perde le moins de temps.
Puis plus on se retrouve avec des municipalités
petites, plus des études, qui sont souvent nécessaires, demandées, occasionnent
des frais énormes. Ils n'ont pas
d'employés suffisants pour être capables de faire ça, puis, les mandats
extérieurs, bien, ils n'ont pas ces moyens-là. Ça fait que peut-être qu'une des façons serait de trouver des
formules... sans dire, miracles, mais des formules facilitantes, parce
qu'on la voit, là, la progression de la lourdeur administrative puis
probablement... parce que, vous aussi, vous manquez peut-être d'employés, un
peu comme partout, ça fait que ça amène... ça étire des délais, mais, à la fin,
c'est le gouvernement de proximité qui subit ces délais-là, mais...
Mme McGraw : Je suis consciente du temps, je regarde Mme la
Présidente, il me reste moins que deux minutes. Je voulais juste vous inviter, avec le temps qui reste... Est-ce que,
selon vous, il y a des angles morts? Il y a-tu des sujets que vous
auriez aimé voir traiter dans le projet de loi? Et sinon, est-ce que vous avez
d'autres choses à ajouter avec le temps qui reste?
Mme
Legault-Bélanger (Charlotte) : Bien, je reviendrais quand même sur
l'article 118.3.3. Je comprends que ce n'était pas dans l'initiative...
bien qu'il n'y aura pas d'amendement à ce sujet-là pour le moment, mais c'est
important de continuer les discussions, puis même avant qu'il y ait un projet
de règlement qui donne suite aux deux nouveaux pouvoirs, là, qu'on s'y attarde.
L'article 118.3.3, pour l'information de tous, en fait, il mentionne qu'un
règlement... municipal ne peut pas porter
sur le même objet qu'un règlement provincial en environnement, et la LQE a...
Il y a 84 règlements associés à la Loi sur la qualité de l'environnement. Donc, le champ environnemental est très bien
couvert par le provincial, donc la marge de manoeuvre municipale est limitée.
Donc, ça fait... par
exemple, on parle d'eau. Ça fait des situations où une municipalité ne peut pas
augmenter la distance minimale entre une source de protection... une source de
prélèvement d'eau et une activité quelconque. Donc, une municipalité ne peut
pas aller plus loin en environnement que ce que fait le provincial. Pour nous,
c'est contraire à l'autonomie municipale. C'est contre le principe de
subsidiarité de la Loi sur le développement durable.
La Présidente (Mme
Bogemans) : En terminant.
Mme
Legault-Bélanger (Charlotte) : Ça va également à l'encontre du
principe de précaution, et donc c'est pour cette raison-là qu'on suggère de
l'abroger. Et puis, pour votre information, il y a déjà l'article 3 de la
Loi sur les compétences municipales — je
vois mon temps qui file — donc,
qui permettra au gouvernement de garder, là, l'orientation politique en
matière d'environnement.
La Présidente (Mme
Bogemans) : Merci beaucoup. Je vais maintenant céder la parole aux
représentants du deuxième groupe de l'opposition officielle. Vous disposez de
4 min 8 s.
Mme Zaga Mendez : Merci
beaucoup. Merci à l'Union des municipalités de venir nous exposer vos demandes
et vos questions. Ma question portait justement sur l'article abrogé,
l'article 118.3.3. Puis, peut-être pour faire suite, vous parlez du
principe de subsidiarité. Bien, tantôt, j'avais une discussion sur la
modulation selon les régions. Est-ce que vous sentez qu'en abrogeant
l'article ça permettrait aussi de mettre d'autres dispositions régionales et
locales afin de préserver l'eau?
Mme
Legault-Bélanger (Charlotte) : Oui, effectivement. Bien, en fait,
abroger cet article-là permettrait aux municipalités de réglementer en fonction
des particularités du territoire, donc, comme elles le font pour tous les autres domaines. C'est vraiment spécifique à
l'environnement que ce mécanisme-là... existe. D'ailleurs, c'est seulement au
Québec qu'il existe, et donc il est là depuis 1972, là, depuis l'édiction de la
LQE. Alors, on soutient que, depuis... bien,
il y a plusieurs outils législatifs, là, qui se sont développés, notamment, là,
les... reconnaître les municipalités comme gouvernement de proximité, la
Loi sur le développement durable. Donc, ça doit... La réflexion doit être
faite, mais, pour nous, pour répondre à votre question, effectivement, ça
permettrait, là, de protéger davantage le territoire, et notamment la ressource
en eau... par rapport aux spécificités, là, de chaque municipalité.
Mme Zaga Mendez : Merci. Puis ma
deuxième question portait sur votre recommandation n° 7, que vous... vous suggérez d'élargir la déclaration, donc avoir
un peu plus de transparence en termes de prélèvements relativement aux
milieux agricoles, piscicoles et hydroélectriques. Donc, je voulais vous
entendre un peu plus là-dessus.
Mme Legault-Bélanger
(Charlotte) : Oui. En fait, ça, ce n'est pas par rapport au projet de
loi, mais c'est par rapport au projet de règlement sur les déclarations. Ce
n'est pas une nouveauté, ça existait déjà, mais on prend la peine, là, d'en parler. En fait, c'est... Le
règlement sur les déclarations prévoit que tous les préleveurs de
50 000 litres et plus par
jour, même s'ils ne paient pas de redevance, doivent déclarer leurs données au
ministère de l'Environnement. Et donc ces données-là, avec le projet de
loi, donc, vont devenir transparentes.
Il y a trois exclusions à cette formulation-là,
et donc c'est le milieu agricole, piscicole et hydroélectrique. Et, par mesure d'équité et de cohérence, en fait, et
pour appuyer également, là... pour faciliter, là, le rôle des municipalités
en matière d'aménagement du territoire de façon durable, on suggère, là, de
supprimer cette exclusion-là.
Mme Zaga Mendez : Merci. Combien de
temps il me reste?
La Présidente (Mme Bogemans) : ...
Mme Zaga Mendez : Donc, je voulais
juste vous inviter... s'il y avait d'autres sujets, on a parlé rapidement
d'adaptation aux changements climatiques, mais est-ce que vous voyez là des
amendements ou des idées qu'on pourrait pousser dans le cadre de cette étude de
projet de loi concernant l'adaptation?
M. Damphousse (Martin) : Honnêtement,
mon plaidoyer sur l'adaptation aux changements climatiques, je le fais depuis
une grosse semaine chargée. Donc, s'il y a une opportunité puis il y a une
écoute d'intégrer des... un volet additionnel pour nous aider... En fait, on
souhaite le faire avec le gouvernement, on ne souhaite pas juste 100 %
l'argent provenant des deux paliers de gouvernement, on a... J'ai visé surtout
le gouvernement québécois, mais honnêtement il y a le fédéral aussi, là. Ils
ont une part de responsabilité. Comme gouvernement de proximité, vous le savez,
on est sur le terrain, on est là tous les jours, on s'en occupe, mais
l'adaptation, c'est un phénomène nouveau qui est d'une ampleur importante. Donc,
c'est ce coup de main là qui devient nécessaire. Ça fait que, si le Fonds bleu
avait des options additionnelles, on serait très contents.
Mme Legault-Bélanger (Charlotte) : Puis,
bien, de façon plus technique, c'est sûr que de l'inscrire dans le préambule de
la Loi sur la qualité de l'environnement, ce serait un message fort, et je
pense qu'on est rendus là également. Merci.
Mme Zaga Mendez : ...tout le temps.
La Présidente (Mme Bogemans) : Merci.
Il reste 15 secondes.
Mme Zaga Mendez : Bien, je vous
remercie pour votre temps aujourd'hui. Merci.
La
Présidente (Mme Bogemans) : Je vous remercie également pour la contribution
aux travaux parlementaires.
Nous allons suspendre les travaux jusqu'après
l'avis touchant les travaux des commissions, soit autour de 15 h 15.
Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 18)
(Reprise à 15 h 22)
Le Président (M. Jacques) : Bonjour
à tous. La Commission des transports et de l'environnement reprend ses travaux.
Nous poursuivons les consultations particulières et les auditions publiques sur
le projet de loi n° 20, Loi instituant le Fonds bleu et modifiant d'autres
dispositions.
Cet après-midi, nous entendrons les organismes
suivants : la Fédération québécoise des municipalités, le Centre québécois du droit de l'environnement, le Conseil de l'industrie forestière du Québec,
le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du
Québec et le Conseil de la transformation alimentaire du Québec.
Je souhaite la bienvenue aux représentants de
l'union municipale... de la fédération municipale des municipalités, et je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi,
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter puis à commencer votre exposé.
Fédération québécoise
des municipalités (FQM)
M.
Demers (Jacques) : Merci beaucoup. Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités.
M. Châteauvert (Pierre) : Pierre Châteauvert, directeur des politiques de la
fédération.
M. Demers (Jacques) : La Fédération québécoise des municipalités, à titre de
porte-parole des régions, réunit plus de 1 000 municipalités membres,
dont l'ensemble des MRC du Québec.
Merci à la commission de
nous recevoir aujourd'hui. Nos propositions sont faites dans une optique
constructive, qui vise à favoriser une vision cohérente et à long terme de la
gestion des ressources de l'eau dans l'ensemble
de nos régions, afin d'assurer la protection et d'assurer la pérennité des
activités qui dépendent... et surtout, qui garantit aussi la
disponibilité en qualité pour l'ensemble des Québécoises et des Québécois.
La FQM tient d'abord à saluer le dépôt du projet
de loi n° 20, qui donne suite à l'engagement pris par le premier ministre
de créer un fonds pour assurer la conservation et une gestion durable de la
ressource de l'eau. Avec les changements climatiques, les communautés sont
désormais confrontées à des enjeux de nature et d'ampleur parfois inédites,
notamment au niveau de la gestion de l'eau. Qu'on pense aux inondations qui
sont... récemment frappé plusieurs de nos communautés, qui ont des impacts
importants sur nos infrastructures, et qu'on doit aussi planifier les fréquences
et les intensités des sécheresses, de plus en plus nombreuses de ce côté-là.
Déjà, dans toutes les régions du Québec, les
élus sont engagés dans la lutte contre les changements climatiques et dans la
protection de l'environnement. Leur leadership en matière de protection des
milieux naturels, d'aménagement est le plus résilient possible, et la qualité
de l'eau, ça mobilise, ça engage l'ensemble des acteurs du territoire. En ce
sens, la création du Fonds bleu peut constituer un levier financier important
pour soutenir les municipalités et les MRC dans les nouveaux défis.
M. Châteauvert (Pierre) : Merci, M. Demers. Je vais tenter d'y aller
tranquillement et de ne pas lire trop vite, comme on me reproche trop souvent.
Comme mentionné, la FQM accueille favorablement la mise en place du fonds dédié
à l'eau. Les nombreux enjeux relatifs aux ressources en eau auxquels sont
confrontées les municipalités nécessiteront des investissements substantiels au
cours des prochaines années. Toutefois, il nous apparaît nécessaire que soient
apportées au projet de loi certaines modifications, ajustements afin d'assurer
l'atteinte des objectifs visés par la mise en place du Fonds bleu.
Premièrement, le projet de loi prévoit, à
l'article 4, certaines matières visées pour... par les mesures financées
par le fonds. Pour la FQM, il est nécessaire que certaines matières
supplémentaires soient nommément prévues à la loi. Il est ici question de la
lutte à... et à l'adaptation aux changements climatiques, de la mise en oeuvre
des plans régionaux des milieux humides et hydriques et de l'intégration des
connaissances dans les planifications territoriales. Trois éléments.
Comme mentionné par M. Demers, les
changements climatiques ont et auront un impact considérable sur les ressources
en eau dans l'ensemble des régions du Québec. Il nous apparaît donc essentiel que
les mesures visant à aménager nos territoires de façon à s'adapter aux
conséquences des changements climatiques et à préserver la qualité et la
disponibilité en eau puissent bénéficier de financement... du financement via
le Fonds bleu.
Par... pardon, par ailleurs, la mise en oeuvre
de plans régionaux des milieux humides et hydriques devrait être ajoutée comme matière visée par le
financement du fonds. L'élaboration, par les MRC, de ces plans est une
obligation légale, découlant de l'adaptation de la loi sur les conservations
des milieux humides et hydriques. Cet exercice important étant bientôt
complété, des investissements majeurs seront nécessaires pour soutenir les
municipalités dans la mise en oeuvre de leurs PRMHH, et ainsi assurer la
protection de ces milieux naturels indispensables à la lutte et à l'adaptation
aux changements climatiques, à la protection de l'eau et la biodiversité.
Actuellement, aucun fonds n'est dédié à la mise
en oeuvre des PRMHH, notamment au volet hydrique des plans et leur intégration
dans les outils de planification des MRC puis des municipalités. Seuls les
projets de création de restauration sont admissibles au programme et de... au programme,
rien pour l'acquisition ou la mise en valeur, alors
que les bénéfices de la conservation des milieux humides sur le
réapprovisionnement des nappes phréatiques, sur la qualité de l'eau, sur
le contrôle des inondations ne sont plus à démontrer. Enfin, considérant les
sommes investies et à venir dans
l'acquisition de connaissances sur les ressources en eau, tant souterraines que
de surface, il nous apparaît important
que le projet visant l'intégration de ces connaissances sur les ressources en
eau aux planifications territoriales soit considéré par le Fonds bleu.
Deuxièmement, sur la question de la gouvernance
du Fonds bleu, le projet prévoit que le ministre est responsable de la
gestion... de sa gestion. Les MRC ont la responsabilité de l'aménagement du
territoire et de la gestion des cours d'eau,
tel que prévu à la Loi sur les compétences municipales, et à l'élaboration et
la mise en oeuvre des PRMHH. La FQM est d'avis qu'une partie des sommes
du Fonds bleu soit... devrait être directement attribuée aux MRC, afin qu'elles bénéficient d'un
financement prévisible et récurrent pour la mise en oeuvre... la mise en place de
mesures pour assurer la protection, la restauration, la mise en valeur et la
gestion durable de l'eau sur le territoire. Ces sommes pourraient notamment
servir à la mise en oeuvre des PRMHH et être utilisées selon les priorités et problématiques identifiées au plan d'action. Nous
sommes convaincus que ces sommes auraient un impact positif, à court terme,
dans l'ensemble des territoires, répondant ainsi aux objectifs soutenus par la
création d'un fonds dédié à l'eau.
Troisièmement, le projet de loi propose
l'introduction, à la disposition préliminaire de la Loi sur la qualité de
l'environnement, d'une référence à la gestion durable de l'eau ainsi qu'à la
transparence et à l'accès aux renseignements qui concernent les prélèvements
d'eau. La FQM se réjouit, et on l'a souvent demandé, de la volonté du ministre de favoriser plus de transparence
quant à l'utilisation de l'eau. Les MRC et les municipalités doivent avoir accès
à l'ensemble des données relatives aux volumes d'eau prélevés sur leur
territoire afin d'assurer une gestion durable de la ressource et une
planification cohérente du territoire, qui tienne compte des effets cumulatifs
réels de ces prélèvements, d'autant que les
changements climatiques pourraient entraîner des pénuries d'eau potable dans
certaines régions du Québec dans les prochaines années.
Considérant l'importance des enjeux liés à la
disponibilité et à la qualité de l'eau, et la nécessité, pour les MRC, d'évaluer les besoins en eau pour soutenir le
développement de leur territoire et la pérennité des activités qui y ont
cours, l'accès à ces
informations est crucial. Ainsi, nous recommandons de modifier le libellé de
l'article 5 du projet de loi afin de... qu'il vise à assurer, plutôt
qu'à favoriser un meilleur accès aux renseignements qui concernent les
prélèvements d'eau.
En
conclusion, il nous semble opportun de soulever la question de la cohérence...
de la cohésion gouvernementale, c'est
synonyme. Avec le dépôt du projet de loi n° 20, le gouvernement du Québec
démontre l'importance qu'il accorde à la protection de l'eau, notre
richesse collective. La FQM salue la volonté gouvernementale d'agir pour
préserver nos ressources en eau, une priorité identifiée par nos membres lors
de la dernière campagne électorale, dans notre plateforme électorale. La FQM
souhaite que cette reconnaissance soit la prémisse à une réflexion plus large
au sein de l'État, tant au niveau de la
protection juridique que des enjeux liés à la préséance des règlements du gouvernement
qui limitent la capacité des municipalités à appliquer des normes adaptées à
leur territoire.
Nous aimerions également rappeler au ministre
notre demande concernant l'importance d'accorder aux municipalités une forme
d'immunité, lesquelles auront à appliquer des plans et des normes découlant
d'un mandat du gouvernement, comme la
cartographie et la protection des milieux humides. En effet, les municipalités
locales et régionales n'ont pas à défrayer les coûts juridiques et ceux
des compensations de cette mesure qui découlent de ces nouvelles
responsabilités.
• (15 h 30) •
Par ailleurs,
à l'aube du débat... du dépôt des plans régionaux des milieux humides et
hydriques pour... par l'ensemble des MRC du Québec, et afin que ceux-ci
puissent pleinement remplir leur rôle et se déployer à travers les outils de
planification, il nous apparaît essentiel que la protection de l'eau soit une
priorité claire pour l'ensemble des ministères, et non l'apanage du seul
ministère de l'Environnement et de la lutte et changements climatiques. Déjà,
en réponse à la mobilisation des élus et aux
propositions de la FQM, le projet d'orientations gouvernementales en aménagement
du territoire, les OGAT, rendu public, lundi
dernier, par la ministre des Affaires municipales, propose des modifications
intéressantes au processus de limitation des
territoires incompatibles à l'activité minière, afin de faciliter la protection
de l'eau et des milieux d'intérêt naturels.
Nous attendons avec intérêt les décisions qui
découleront de la consultation actuellement menée par Mme la ministre des
Ressources naturelles et des Forêts sur la modernisation de l'ensemble de la
réglementation du secteur minier et sur la préséance de la Loi sur les mines.
Nous souhaitons qu'elles permettent aux municipalités et aux MRC d'assurer la
protection des ressources en eaux souterraines et de surface sur leur
territoire et d'en garantir la disponibilité et la qualité de l'ensemble... à
l'ensemble de leurs citoyens. Nous vous remercions puis nous sommes maintenant
disponibles pour répondre à vos questions. Merci.
Le
Président (M. Jacques) : Merci, M. Châteauvert et M. Demers. Je cède
maintenant la parole à M. le ministre pour une période de
16 min 30 s.
M. Charette : ...le Président. À
vous deux, messieurs, un gros merci. Merci d'être avec nous cet après-midi, toujours un plaisir d'échanger avec vous. Merci
également... je le mentionnais aux autres groupes qui vous ont précédés ce
matin... merci d'être des acteurs très impliqués au niveau du Forum d'action
sur l'eau, une instance, là, qui a réellement pris son erre d'aller, qui donne
de beaux résultats au niveau de la concertation. Merci également, c'est la
période des remerciements, pour le leadership qui est exercé. Et on le sent au
niveau municipal, encore plus depuis quelques
années. Donc, pour nous, voir des partenaires s'ajouter aux groupes intéressés
à faire une différence, là, c'est apprécié.
Ceci dit, j'ai pris quelques notes. J'ai bien lu
la documentation que vous nous avez fait parvenir également. Peut-être juste
une petite précision, à la base, ce n'est pas un projet de loi sur les
garanties d'approvisionnement en eau. Je
comprends que c'est une préoccupation, là, qui est partagée par plusieurs
groupes, mais il ne faut pas... il ne
faut pas y voir la réponse à travers
ce projet de loi là. C'est réellement un projet de loi qui crée, oui, un fonds
bleu, un fonds bleu qui aura des
objectifs à rencontrer, bien précis, notamment au niveau de la qualité de
l'eau, au niveau de la lutte aux espèces envahissantes.
Et je comprends, j'ai bien noté, là, que la FQM
a des attentes par rapport au financement de la réalisation des plans... j'ai toujours de la misère, même avec nos
propres acronymes à nous, plans régionaux sur les milieux humides et
hydriques — un
petit défi de prononciation, cet acronyme-là — mais aujourd'hui je ne suis
pas en mesure de vous dire : ce sera
financé à travers le Fonds bleu, tout simplement parce qu'on a demandé au Forum
d'action de mettre en place et d'établir les priorités. Donc, si, à
travers le forum d'action, ça devient un élément prioritaire, on pourra
regarder comment le réaliser par la suite, mais je ne suis pas en mesure
aujourd'hui de vous dire : On va financer ceci, cela. Et je disais au
groupe qui vous a précédés, vos collègues et nos collègues de l'UMQ : Je
ne peux pas aujourd'hui dire : C'est principalement les municipalités qui
seront récipiendaires, là, des fruits du Fonds bleu. C'est réellement un
travail, là, qui se complète actuellement à travers le forum d'action.
Sinon, pour ce qui est des PRM... j'ai de la
misère avec l'acronyme en question, PRMHH, voilà, j'irai plus lentement, on a
financé la réalisation des études menant à leur élaboration. Je comprends qu'il
y a des attentes pour la mise en place de ces plans-là. Est-ce que le Fonds
bleu pourra répondre en partie à ces demandes-là? Comme je le mentionnais, ça
reste à voir. Sinon, au niveau du ministère, on sera intéressé à continuer les
échanges avec la FQM, l'UMQ également, parce
que, oui, on voulait des plans régionaux, mais on ne veut pas que ça demeure
des plans sans qu'ils soient mis en action. Donc, on pourra travailler
ensemble à trouver une façon, là, de bien les réaliser.
Au niveau de
l'approvisionnement en eau, je le mentionnais tout à l'heure, c'est une
inquiétude. Moi, l'inquiétude que
j'ai, c'est la suivante : dans bien des régions, on a déjà des défis
d'approvisionnement en eau, et, malgré tout, il y a des
attentes importantes. Tantôt, c'est le secteur agricole qui veut développer des
nouvelles cultures, tantôt, c'est des municipalités
qui aimeraient soit un secteur industriel à développer davantage, soit des
nouveaux quartiers littéralement résidentiels, alors qu'on sait qu'il y
a des enjeux de disponibilité d'eau dans ces secteurs-là. Donc, c'est là où le forum d'action doit continuer à nous permettre de
travailler ensemble et de voir à renoncer, dans certains cas, à certains
projets, compte tenu de cet enjeu-là.
Et je vous sais partenaires à ce niveau-là, mais
c'est une discussion qui doit continuer à se tenir. Je le disais tout à
l'heure, je ne me souviens plus avec quel groupe, encore la semaine dernière,
on rencontrait... je ne veux pas nommer la région, encore moins le type de
culture, mais des projets agricoles qui étaient, pour le moment, à tout le moins, en analyse parce on évoque des
possibilités, là, de difficultés d'approvisionnement en eau. Donc, c'est des
réalités, il y a quelques années à
peine, qu'on pouvait à peine imaginer, mais qui sont maintenant incontournables
dans la réflexion. Mais le forum d'action va répondre à ces enjeux-là, va
permettre aux interlocuteurs de pouvoir s'y pencher.
Sinon, le Fonds bleu lui-même, les PRMHH, c'est
une chose, sinon, la priorisation... C'est un petit peu la question piège qui
est sur toutes les lèvres. 500 millions, ça peut sembler intéressant, c'est
effectivement une somme conséquente, c'est
du nouvel argent. Jamais le secteur de l'eau n'avait été aussi bien financé par
le passé, mais, en même temps, c'est très peu par rapport à une
multitude de projets qui pourraient nous être soumis.
Vous avez évoqué, oui, les plans régionaux,
sinon la priorisation avec le Forum d'action sur l'eau. Comment l'établir et
comment s'assurer, là, que chacun de ces dollars-là puisse avoir le plus grand
impact possible?
M. Demers (Jacques) : Peut-être différentes choses dans ce qu'on se dit là. Parce
que, oui, vous avez raison, 500 millions, on peut dire : Oh! vraiment
intéressant, bon, mais on peut le dépenser après-midi si on décide juste de parler des barrages. Puis ça serait légitime de
parler des barrages. Il y a plein de barrages qui appartiennent à des petites
municipalités qui n'auront jamais les moyens de les mettre à niveau. Il y a des
barrages qui sont complètement partis, au Québec — on pourrait nommer
Dixville, on pourrait nommer certaines places — parce que la municipalité a
dit : Bien, faites ce que vous voulez, on n'aura jamais les moyens de
payer. Dans ce cas-là, ça a bien été parce que, même sans barrage, l'impact ne
semble pas avoir été trop important, mais il y a des endroits qu'on ne peut pas
se permettre que le barrage, à un moment donné, soit désuet puis risque de
céder ou qui crée des impacts importants. Juste de ce côté-là, c'est
incroyable, ce qu'on pourrait investir.
Puis là on
pourrait parler des barrages privés aussi, d'autres barrages qui sont situés...
Est-ce qu'on a vraiment le suivi de ce côté-là? Puis est-ce qu'on a
l'argent pour... On a donné beaucoup de responsabilités aux municipalités, pas
nécessairement en ayant de l'argent pour autant de ce côté.
Vous avez raison qu'il va falloir investir.
D'abord, je pense, c'est les connaissances, c'est de savoir, justement, les
secteurs. Quand on parle, oui, il y a un secteur qui manque d'eau, tout à fait
légitime de dire : Bien là, il y a des
restrictions qui vont nous obliger à se limiter de ce côté-là. Mais il faut les
avoir, puis je pense que d'investir de ce côté-là... pour être sûr que,
là où on avance, là où on installe des personnes aujourd'hui, dans cinq ans,
10 ans ou 20 ans, on ne dira
pas : Heille! As-tu vu qu'est-ce qu'ils ont fait à cet endroit-là? Qui qui
a pensé à ça? On est rendus, aujourd'hui,
qu'on peut avoir certaines données. Puis il y a beaucoup de données là-dessus
qui devraient être cumulées pour vraiment qu'on puisse comprendre ce qui
se passe dans notre sous-sol en particulier. Oui?
M. Châteauvert (Pierre) : Bien, en fait, par rapport aux PRMHH — oui,
moi non plus, ça ne fait pas longtemps — en
fait, on a demandé... Vous savez, il y a toujours l'exercice des demandes
budgétaires. Ça fait au moins trois ans, quatre ans, parce que ça fait
longtemps qu'on discute de toute cette obligation-là puis cette... M. Demers
pourra vous décrire qu'est-ce que ça
a permis en termes d'acquisition de connaissances et de mobilisation des élus
et de l'ensemble de l'appareil municipal pour la protection de
l'environnement. Je trouve que c'est fantastique, mais effectivement, la mise
en oeuvre, il n'y a pas de sous. Puis on le demande... ça fait, je ne sais pas
combien, trois ou quatre fois, puis on comprend,
là, que, bon, les choses s'en viennent, et tout ça, mais ce qu'on dit dans
notre mémoire, c'est qu'effectivement... puis je pense que je le dis
aussi... c'est moi qui représente la FQM au niveau du forum de... tu sais, de
dire que c'est une priorité.
Les milieux
humides et hydriques sont essentiels à la qualité de l'environnement au Québec
puis à son amélioration, et il faut
qu'il y ait des investissements majeurs, pas seulement ce qu'on a comme
compensation actuellement, puis des choses
comme ça, parce que... puis, en plus, qu'ils sont ciblés puis... Il faut
qu'on... Il y a un chantier à lancer par rapport à la mise en valeur, la
protection des milieux humides, parce que ce qu'on est en train de faire, la
cartographie, là, c'est qu'on va avoir un impact énorme sur le territoire,
puis, pour que ça paraisse, il va falloir des fonds autour de ça. Puis c'est
certain que les... en région, et tout ça, les entités, ils n'ont pas de... les
entités municipales n'ont pas les moyens pour livrer, pour mettre en oeuvre ce
qui doit être fait.
• (15 h 40) •
M.
Charette : Peut-être deux éléments par rapport au barrage,
notamment intéressant que vous le mentionniez, il y a des budgets. Je comprends, là, qu'ils ne sont pas illimités, mais
il y a des budgets qui sont disponibles, qui ont été d'ailleurs
reconduits. Mais, pour les barrages privés, il y a quand même un ajout
important qui a été fait à travers l'étude du projet de loi n° 102 pour
une municipalité, d'imposer des travaux et ensuite d'aller récupérer l'argent
investi auprès des propriétaires qui n'ont pas voulu faire les travaux par
eux-mêmes. Parce que, oui, c'est un enjeu qui est réel, et, oui, il y a des
barrages qui, dans certains cas, peuvent même être de petites contenances qui,
dans l'éventualité qu'ils cèdent, pourraient avoir des conséquences
importantes. Donc, ça, c'est un pouvoir, là, qui a été ajouté à travers
l'adoption du projet de loi n° 102, ça fait un petit peu plus d'une année
de ça, sinon, des budgets aussi pour les municipalités.
Et, pour ce qui est des plans
régionaux — je
vais simplifier ça, au lieu de dire l'acronyme, je vais simplement dire «plans régionaux» — est-ce
que vous avez pu, de votre côté, évaluer quels seraient les coûts de leurs
réalisations? Là, ils sont en grande partie complétés, réalisés... bien,
c'est-à-dire, les études sont en grande partie faites, mais, pour la
réalisation, est-ce que c'est une évaluation qui a été faite de votre côté?
M.
Demers (Jacques) : On n'a pas ces chiffres-là pour l'instant,
mais ils vont varier tellement d'une MRC à l'autre. Tu sais, il y a des
territoires que l'impact est minime, d'autres, il est très, très important.
Quand on parle de terres protégées, il y a des pourcentages à certains endroits
qui va se rapprocher de ce qu'on veut faire en biodiversité, là. Ça fait que, oui, ça a une grande importance, mais, à
votre question, la réponse courte, c'est... À moins que Pierre me dise
qu'il a eu des chiffres plus précis?
M. Châteauvert (Pierre) : En fait, habituellement, il y a... je pense que c'est 35 plans qui ont été
déposés, là. On est à peu près à ce chiffre-là. Donc, il en reste
beaucoup. C'est juin... fin juin, la date. Donc là, on va avoir une idée beaucoup plus précise, mais on sait déjà que
100 millions, ce qui était notre demande, ce n'est pas suffisant. Mais ce
qu'on avait compris aussi par rapport à... et c'est avec des discussions, dans
le passé, qu'on a eues avec votre ministère,
c'était que ce montant-là était nécessaire pour partir la roue du processus, et
tout ça, mais que ça va demander des
investissements. Mais probablement que, l'été prochain, on va savoir, grosso
modo, ce que ça prend comme... plus de mesures.
M. Charette :
...formule qui serait souhaitée, ce serait comme d'autres projets
d'infrastructure, c'est-à-dire...
M.
Châteauvert (Pierre) : Des projets de mise en valeur.
M. Charette :
...financement un tiers, un tiers, un tiers, municipalité, fédérale,
gouvernement du Québec, pour mettre l'épaule à la roue?
M.
Demers (Jacques) : Ça dépend tellement. On
ne peut quasiment pas faire du mur-à-mur dans ces dossiers-là. Parce que je reviens à mes petits barrages dans une petite
municipalité, quand qu'il y a un grand territoire, puis on leur
demanderait d'investir le tiers... Je pense que, si on pense à ça d'une façon
collective, il faut le penser aussi parce que l'impact dans cette petite
municipalité là, qui est peut-être plus haute, est aussi grand sur celle qui va
la recevoir par la suite. Ça fait que, de quelle façon, je ne serais pas prêt
aujourd'hui de dire : Heille! On embarque là-dedans, puis les gens vont
adhérer. On a des cas variés là-dessus, là, que ce n'est pas pareil.
M.
Châteauvert (Pierre) : ...en Abitibi... à
peu près tout l'Abitibi puis le nord du Lac-Saint-Jean est en milieu humide. On a été obligés, d'ailleurs, de
modifier toute la notion de cartographie à cause de cette réalité-là. Mais
là, quand que la totalité du... avec, je ne
sais pas, 25 000, 27 000 de population sur un territoire de MRC, ou
30 000, en tout cas, je n'ai pas
les chiffres en tête, sur des territoires immenses comme un pays européen,
c'est certain qu'un tiers, un tiers, un tiers, ça ne pourrait pas
fonctionner, là. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas... C'est impensable.
M. Charette : On pourra regarder les modalités, mais vous me
faites penser, lorsque... Oui, l'Abitibi-Témiscamingue, c'est un milieu humide en soit, le Saguenay—Lac-Saint-Jean également. On est venus aussi modifier,
lors du précédent mandat... on est venus relativiser le poids d'une région à
l'autre en fonction de leur réalité. Ça a été une belle avancée, mais je
comprends qu'au niveau de la réalisation il y a des attentes, puis on regardera
comment les travailler. Mais, encore là, ce
n'est pas forcément le Fonds bleu lui-même qui sera la réponse à ces collaborations,
là, qui pourront être développées.
Je sais qu'on a un
temps limité. Je sais que j'ai des collègues qui souhaiteraient aussi
intervenir, mais déjà un gros merci, encore une fois, là, pour votre présence.
Le Président (M.
Jacques) : Merci, M. le ministre. Je cède la parole maintenant à la
députée d'Argenteuil. Mme la députée d'Argenteuil.
Mme Grondin :
Merci, M. le Président. Combien de temps il me reste?
Le Président (M.
Jacques) : Il vous reste 3 min 18 s.
Mme Grondin :
3 min 18 s? Vous êtes chanceux. J'avais plusieurs questions.
M. Demers, M. Châteauvert, bonjour. Enfin, une petite question, dans
le fond... parce que M. le ministre a mis... a posé des belles questions sur
les plans régionaux des milieux humides et hydriques, et effectivement j'aurais
voulu vous entendre sur des actions concrètes ou toute la mobilisation que ça a
mené dans différentes régions du Québec. Mais on pourra en reparler un autre jour, parce que, dans le fond, j'aurais bien
aimé que vous me parliez de tout ce qui touche le transfert de connaissances.
C'est votre recommandation 3. Je trouve que,
dans le cadre des discussions du Forum
d'action sur l'eau, on n'en a pas
beaucoup parlé, puis j'aimerais ça vous entendre sur cette question-là.
M.
Châteauvert (Pierre) : En fait, c'est à partir de plusieurs de nos
membres. Vous savez, on a été... M. Demers et moi, on a été
rencontrer des gens des Jardins-de-Napierville. C'est le potager du Québec.
C'est la MRC... Il n'y a aucun cours d'eau, mais c'est
des utilisateurs d'eau à outrance. Enfin, «à outrance», le mot est excessif,
là, mais d'énormes utilisateurs d'eau pour la culture, et tout ça.
Mais effectivement, le comportement par rapport
aux nappes phréatiques, c'est une préoccupation majeure des maires, hein? Ils
nous parlaient de ça, le niveau... assurer le niveau d'approvisionnement.
Et aussi la connaissance est importante pour des
analyses... la réutilisation de l'eau. Actuellement, là, les règlements, là,
empêchent la possibilité de réutiliser l'eau... les eaux grises qui viennent
des municipalités, mais aussi de l'eau qui a été, genre, pour nettoyer les
légumes, des choses comme ça, dans ces usines-là, qui sont dans ces coins
agricoles là.
Mais c'est ça qu'on a besoin. Les gens ont
besoin de comprendre comment... qu'est-ce qui se passe avec l'eau sur le
territoire actuellement. C'est des préoccupations qu'on entend beaucoup dans
toute la Montérégie, les endroits où est-ce qu'il y a de la forte... de la
production agricole. Ça va jusque dans le Bas-Saint-Laurent, et tout ça. Les
gens demandent à comprendre le mouvement de l'eau, le cycle de l'eau sur leur
territoire, autant en surface que souterrain.
Et ça va... Et il y a déjà des investissements importants qui se font là-dedans
parce qu'il y a une préoccupation majeure.
Et nous, c'est pour ça qu'on... dans la foulée
de la mise à jour des schémas d'aménagement, on pense que l'État devrait
accompagner tout le monde pour comprendre vraiment tout ce qui se passe sur le
territoire par rapport à l'utilisation de l'eau, puis aussi les réserves en
eau, puis le renouvellement des réserves en eau.
Mme
Grondin : Les organismes de bassin versant ont longtemps
joué ce rôle-là, de concertation, d'éducation, de sensibilisation, tu
sais, d'amener les acteurs de l'eau à se mobiliser puis à trouver des
solutions. Est-ce que c'est une façon de... Tu sais, concrètement, ça voudrait
dire quoi, d'accompagner en termes de transfert de connaissances ou de
mobilisation? Vous le voyez comment?
M. Demers (Jacques) : Bien, si on prend cet exemple-là, ce qu'ils nous ont
démontré, eux, c'est qu'ils avaient besoin
de volumes d'eau importants pour nettoyer des légumes. C'était assez
incroyable, quand ils ont visité une municipalité, puis ils disent : On
pourrait sauver un pourcentage très important de notre eau, mais on n'a pas le
droit à cause de certaines normes qui existent. Est-ce que ces normes-là
sont essentielles?
Ce qu'on veut regarder, si vraiment c'est vrai
que l'eau, une fois qu'on l'a utilisée pour nettoyer des légumes, ne pourrait pas en nettoyer d'autres?
Est-ce que de l'eau de ruissellement ou qui est... qui vient peut être
utilisée, à ce moment-là, à des fins d'arroser à l'intérieur de leurs
champs? Il y a...
Le Président (M. Jacques) : Merci,
monsieur...
M. Demers (Jacques) :
C'est un peu d'écouter localement. Ils ont beaucoup...
Le
Président (M. Jacques) : Merci, M. Demers. Ça termine l'échange avec la
partie gouvernementale. Je vais maintenant inviter la députée de Notre-Dame-de-Grâce
pour une période de 12 min 23 s. Mme la...
Mme
McGraw : Merci, M. le Président. C'est bien apprécié.
Merci, messieurs, d'être avec nous cet après-midi. Le mémoire et la
présentation sont bien appréciés.
Alors, je commencerais avec des questions plus
générales, et, si on a le temps, on ira dans les questions plus spécifiques par rapport aux recommandations. On
reconnaît, premièrement, que les municipalités sont des gouvernements de proximité. Vous êtes les experts sur le
terrain, et on sait qu'il y a une bonne volonté de vraiment contribuer. Et
cette volonté, je devrais dire, de contribuer est vraiment exemplaire
et...
Alors là, si je comprends bien, c'est vraiment
les moyens et aussi les informations qui manquent souvent. Donc, avec ça comme
contexte, je regarde tout de suite la recommandation n° 4,
qui recommande que le projet de loi prévoie qu'une partie des sommes... qu'une
partie des sommes soit directement attribuée aux MRC pour assurer notamment la prise en oeuvre des PRMHH, est-ce
que... Donc, premièrement, si vous pouvez élaborer là-dessus, justement,
c'est pour le... si je comprends bien, pour
un financement prévisible et récurrent. Est-ce que vous envisagez d'autres...
à d'autres fins ou ce serait juste la mise en oeuvre par rapport aux milieux
humides et hydriques?
• (15 h 50) •
M. Châteauvert (Pierre) :
En fait, notre demande, c'est ce qu'on... suite à la discussion, comme on a...
celle qu'on avait avec le ministre, c'est qu'effectivement il s'en vient... À
la fin du mois de juin, normalement, en fait, la très grande majorité des plans
régionaux préparés par les MRC vont être déposés, et, avec ça, il va y avoir
toute une série de propositions de travaux
d'aménagement, de mise en oeuvre pour la mise en valeur et la valorisation,
puis aussi, des fois, de remettre en état des milieux humides. Ça va
demander énormément de sous. Ça fait plusieurs années qu'on demande des sous.
Ça s'en vient, et tout ça. Et nous, ce qu'on demande, c'est que le Fonds
bleu... c'est une proposition qu'on fait, puis effectivement on en a déjà parlé
au forum, puis on refait cette demande-là aujourd'hui, c'est un financement
prévisible, ce qu'on a besoin pour planifier, pour faire...
Des fois, des projets, ça peut se réaliser sur
plusieurs années. Il va y avoir une forme de pression populaire aussi, parce
qu'on le sait, les milieux humides, là, c'est maintenant devenu un objectif
partagé par à peu près tous les citoyens,
là, au niveau de la protection, et tout ça. Détruire un milieu humide, ce n'est
plus quelque chose d'acceptable. En fait, on le sait, là, de plus en
plus, mais sauf qu'à ce moment-là il faut une protection, une mise en valeur,
et ça, ça demande des sous. Donc, c'est ce qu'on demande, une prévisibilité.
Il y a un Fonds bleu qui
s'installe, qui se met en place. À chaque fois qu'on l'évoque, nous, on demande
toujours la même chose par rapport à ça, c'est : On veut... On
apprécierait beaucoup que tout ce qu'on a comme responsabilités soit soutenu
par le gouvernement à travers le Fonds bleu en ce domaine.
Mme McGraw : Merci. En parlant,
comme, de sommes, ce matin, il y a un groupe, le groupe qui est venu nous parler du... les infrastructures municipales
en termes d'eau, la gestion d'eau, et on a parlé d'un 38 milliards de
dollars. Est-ce que vous pouvez
élaborer là-dessus? Parce que j'essaie de faire un peu le... de regarder
comment ça se tient debout, justement,
le Fonds bleu, et justement l'investissement qu'il va devoir...
qu'on va devoir faire dans ces infrastructures, si on comprend bien que
prévenir, c'est mieux que de remplacer, de réagir, ça nous coûte moins à long
terme. Donc, est-ce que vous pouvez réagir à cette...
M. Demers (Jacques) : Évidemment, quand on investit dans nos infrastructures, il
y a des coûts immenses. C'est pour ça que, tantôt, on parlait du
500 millions, mais on dit : Le 500 millions peut paraître
beaucoup, mais, dans le fond, on pourrait
rapidement le mettre dans des infrastructures. Ce qu'on a besoin, si on veut
vraiment protéger l'eau, c'est d'abord l'information. Ce qu'on a besoin,
c'est de bien connaître notre territoire, être sûr que, là où on y rajoute des
maisons ou là où qu'on y fait de l'agriculture, bien, ça convient, puis on
s'installe là pour un bon bout.
C'est pour ça que je dis, la première chose, ce
n'est pas tout le temps ce qui coûte le plus cher, mais c'est d'avoir des plans
dans ce qu'on veut avancer quand on veut faire quoi que ce soit, pour être sûr
qu'après ça, les étapes... si on veut y arriver, je pense que ça va prendre
absolument ces données-là.
Il y a des municipalités qui ont interdit
carrément des territoires dans leurs municipalités, qu'il n'y a plus de
construction présentement, parce qu'ils se sont aperçus qu'ils ont des
problèmes d'eau importants. On ne s'attendait pas
à ça. On pensait, il me semble, depuis toujours : Si tu n'as pas d'eau,
creuse un peu plus creux, tu vas en avoir, tu sais. Ça semblait tellement
simple, tout ce qui variait, mais il faudrait aujourd'hui consulter nos
puisatiers, c'est des données qu'on a, pour voir, dans les mêmes
régions, à quelle profondeur on est rendus qu'on puise présentement pour aller chercher la même nappe phréatique, puis c'est ces
données-là qu'il faut utiliser, puis des fois dans des bassins beaucoup
plus grands que celui de notre MRC, de là les bassins versants puis
l'importance de chacun dans l'équation.
Mais à votre
question première, ce montant-là paraît gigantesque, mais c'est des faits, il y
aura des investissements importants à faire de plus en plus. Essayons
d'abord d'aller chercher les connaissances pour être sûr qu'on ne fait pas
d'erreurs importantes sur des données qu'on devrait avoir, là.
Mme McGraw : Puis
justement, on parlait de moyens, mais là, justement, j'allais passer aux
informations puis, justement, avoir
les bonnes informations. Donc, selon vous, puis je regarde aussi la
recommandation n° 5, justement, on parle accès aux
renseignements qui concernent les prélèvements d'eau, soit en termes de, par
exemple, contaminants émergents, les espèces envahissantes. Selon vous, selon
votre expérience, quelles informations vous faut-il et est-ce qu'elles sont...
est-ce qu'elles vous sont transmises dans un délai raisonnable qui vous permet
de faire votre travail?
M. Demers (Jacques) : C'est des données que présentement on n'a pas, là. Quand on
parle, entre autres, de ce qui existe sous le sol, notre nappe phréatique est à
quelle profondeur, elle a baissé de combien dans les 20, 30, 40 dernières
années, de quelle façon, il y a certains qui l'ont. On en a qui les ont faites,
les études, mais, de façon générale, non, les municipalités n'ont pas ces données-là,
qui seraient, à mes yeux, très importantes.
Quand on parle d'espèces envahissantes, bien,
ça... il y a plein de choses, là. Tu sais, souvent, nos lacs sont aussi nos
réservoirs d'eau potable. Il faut les protéger. En même temps, c'est des
territoires qui sont immenses. C'est des territoires qui ne sont pas clôturés.
C'est des... Tu sais, quand on veut vraiment les protéger, trouvons la façon.
Oui, on parle maintenant de laver les bateaux,
de faire différentes choses, mais il faut d'abord sensibiliser les gens, parce
que ça en prend juste un ou deux qui ne suivent pas la norme puis, on va se
dire, tout l'argent investi... On ne peut
pas mettre des personnes partout. Puis laver des bateaux, c'est une belle chose
à faire, mais on a tellement de lacs au Québec qu'il n'y a pas personne qui va
penser qu'on va en avoir partout, des installations. Puis souvent ils
communiquent. Qu'on parle de n'importe quelle espèce qui va dans le cours
d'eau, si plus haut il n'y a personne qui s'en occupe, ça va descendre quand
même dans ton lac. La rivière va suivre son cours, la même chose.
Ça fait qu'il
y a beaucoup de sensibilisation aussi. Il faut que les gens comprennent
l'impact. J'ai l'impression que tout le monde, au Québec, veut sauver la
planète, veut être très environnemental, être proche de ça. Bien, il y a
des efforts, puis tout le monde va devoir faire ces efforts-là, qui, des fois,
auront l'air très simples pour certains, mais qui semblent compliqués pour
d'autres. C'est de laver ton bateau avant de partir de chez vous, là. Ce n'est
pas la fin du monde. Ça peut faire toute la différence, mais ce n'est qu'un
exemple.
Mme McGraw : Puis justement on
a entendu... on a répété, ce matin, que l'eau, ce n'est pas une ressource
inépuisable, illimitée, justement. Puis il y a de la sensibilisation à faire.
Puis mon point de vue, les collègues le savent,
c'est cette... ce 3 % que détient le Québec, ça devrait nous mener à être
un chef de file mondial et non complaisant, et il y a un travail de sensibilisation. Et justement, en termes des
sommes, est-ce qu'il y a d'autres actions ou des solutions en particulier, par exemple, vis-à-vis les espèces
exotiques, que vous aimeriez voir financées? Par exemple, la
sensibilisation ou c'est l'accès à l'information? Est-ce qu'il y a des enjeux
spécifiques?
M. Demers (Jacques) : Bien, c'est un tout, hein, là-dedans. Je pense qu'il faut
informer les gens pour qu'ils comprennent aussi pourquoi qu'on utilise de
l'argent municipal pour ces éléments-là. Bien, c'est de la sensibilisation en même temps. Ça va en prendre aussi pour avancer. Au
niveau de l'information, de quelle façon ces espèces envahissantes là, surtout
quand on parle des végétaux, quelle façon qu'on peut les détruire, quelle façon
qu'on peut faire que... s'ils ont déjà pris place, est-ce que c'est possible de
diminuer au moins leur croissance? Il y a...
M.
Châteauvert (Pierre) : ...
M.
Demers (Jacques) : Je ne sais pas si tu
avais des...
M. Châteauvert (Pierre) : ...la formation scientifique là-dedans, là, aussi l'aide, et tout ça, ça,
c'est... l'accompagnement, hein?
M.
Demers (Jacques) : Oui.
Mme McGraw : ...peut-être
revenir là-dessus. Je voulais... En matière de gouvernance, donc, une question plutôt générale, est-ce que, dans le projet de loi,
les mesures... est-ce que vous trouvez que les mesures sont adéquates
pour que les sommes prévues soient utilisées aux fins prévues? Est-ce que vous
avez des...
M.
Châteauvert (Pierre) : En fait, comme M.
le ministre disait, on comprend que c'est la constitution d'un fonds bleu puis que tout ça va être discuté, et
tout ça, puis ça va venir plus tard. Nous, c'est des recommandations qu'on
donne. On a besoin de prévisibilité.
Tantôt, vous avez
parlé de 38 milliards. Il y a un nouveau programme, le PRIMEAU, qui a été
annoncé, et ce qu'on apprécie beaucoup, c'est sur 10 ans. On était très
contents, sur 10 ans. Quand on parle de prévisibilité, c'est ça qu'on cherche. Donc, à ce moment-là, la discussion
qu'on va mener avec le gouvernement à travers les travaux du forum
présidé par Mme la députée d'Argenteuil, elle va... c'est un moyen, là, pour
continuer cette discussion-là avec le gouvernement.
Mais nous, nos
propositions sont là-dedans. Nous, on veut de la prévisibilité pour notre
monde, notre monde pour qui... Nous autres,
les PRMHH, c'est quelque chose de majeur, qu'on demande depuis longtemps, et la
connaissance autour de tout ça. Et on
veut de la... moi, ce n'est pas le PRMHH, là, c'est prévisibilité, là, qu'on
aimerait avoir là-dedans, dans les investissements à avoir,
prévisibilité.
Mme McGraw : Parfait.
Je pense qu'il me reste à peu près deux minutes. Donc, peut-être une dernière
question, dépendamment de la réponse. Donc, selon vous, est-ce qu'il y a des...
parce que, premièrement, on va dire qu'on trouve que c'est un projet important,
un pas important qui va dans la bonne direction. Mais, selon vous, est-ce qu'il
y a des angles morts? Y a-tu des sujets que vous auriez aimé voir traités dans
le projet de loi? Et est-ce qu'il y a d'autres choses, avec le temps qu'il vous
reste, de... que vous voulez souligner?
M.
Demers (Jacques) : Souvent, c'est la
cohérence de toutes ces choses-là. Là, on est en train de protéger l'eau.
Tantôt, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais, quand on disait : Qu'est-ce
qu'on est en train de faire avec les claims?
Qu'est-ce qu'on est en train de faire avec les mines? Qu'est-ce qu'on est en
train de faire avec d'autres choses?, c'est de voir... parce que l'idée
est très intéressante, ce qu'on est en train de faire avec le Fonds bleu, mais
il faudrait faire attention pour que toutes
ces belles intentions là ne soient pas détournées par un autre ministère, qui
est en train de faire des choses, qui, lui aussi, pense qu'elles sont
bonnes. Mais il faut qu'il y ait une cohérence pour être certain qu'un ne frappe pas l'autre, là, ce qui nous
semble un peu évident présentement à plusieurs endroits, là. On a quelques
exemples, là, mais...
• (16 heures) •
M. Châteauvert (Pierre) : Bien, c'est comme la démarche, actuellement, en aménagement. Puis le
document qu'on a publié en décembre dernier par rapport à ça, c'est
toute la cohésion puis la cohérence du gouvernement. Effectivement, les ministères ne sont pas toujours sur la même longueur
d'onde. Le cas des mines, des TIAM, les territoires incompatibles,
démontre... On a des membres qui se battent pour protéger des territoires qui
approvisionnent plus de 100 000 personnes,
pour assurer l'approvisionnement, là. Les puits sont là, et ils ne peuvent pas
le faire... parce qu'ils ont été
chercher, ils ont fait des études, ils ont investi des centaines de milliers de
dollars pour comprendre, justement, le comportement de l'eau et que les
zones de recharge des puits, c'est...
En fait, c'est
l'histoire du mont Rigaud de Vaudreuil-Soulanges, et la MRC a investi
énormément d'argent. La zone de recharge, c'est le parc. Ils veulent protéger
le parc au complet, mais on ne leur permet pas à cause... le TIAM ne fonctionne
pas. Donc, à ce moment-là...
Mais
actuellement, on est en discussion avec le ministère. On a une belle écoute. Il
y a des nouvelles... Ça a avancé suite à la pression, mais il faut aller
plus loin. La cohésion, la cohérence...
Le Président (M.
Jacques) : Merci, messieurs. Ceci termine la période d'échange avec
Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Je cède maintenant la parole à Mme la
députée de Verdun pour un temps de 4 min 8 s.
Mme Zaga
Mendez : Merci, M. le Président. Merci, M. Demers et
M. Châteauvert, pour votre présentation. J'allais
vous poser une question, justement, sur la recommandation 6. Et là, tout à
l'heure, vous disiez qu'il faut qu'on aille plus loin pour protéger la
ressource d'eau puis en termes de cohérence. Ça fait que je vous laisserais
élaborer un peu plus là-dessus, qu'est-ce
qu'on peut faire présentement pour protéger nos ressources d'eau dans nos municipalités.
M. Demers
(Jacques) : C'est une bonne question, mais c'est pour ça qu'on
parle, entre autres, des TIAM, mais chaque
dossier... Il me semble que ça me rappelle toutes nos affaires municipales. Il
y a 20 ans, on avait toujours une
case qui était l'environnement, qu'on finissait par parler. À cette heure,
l'environnement, on en parle dans chacune des cases, en développement économique, en tout. On l'a amené ailleurs,
mais l'eau, il faut faire la même chose. Il faut maintenant que l'eau,
on se dise : Quand on prend une décision locale, quel impact que ça a?
Bien, la même chose pour chacun des ministères, quand ils prennent une décision
qui peut avoir un impact sur l'eau, si collectivement... parce que ce que
j'entends depuis tantôt, je pense que tout le monde est très conscient de
l'importance que ça a, on n'est plus à se défendre là-dessus. Bien, essayons
d'être cohérents...
M. Châteauvert (Pierre) : C'est le coeur de notre... la demande du mouvement de la
FQM, c'est des centaines de personnes qui ont participé, notamment, tu sais, à
la rédaction, l'Assemblée des MRC au complet, les préfets. C'est la cohésion,
la cohérence, on ne parle... la question des mines, donc, à laquelle vous
faites référence, là. L'Assemblée des MRC, vous étiez... vous la présidez, il y
a eu une discussion, la totalité des préfets, sur la façon d'apporter... Notre
idée est claire, le schéma d'aménagement... et c'est la façon... En fait, le gouvernement
participe à la rédaction du schéma, et tout ça. Nous, on demande... notre
demande historique, c'est la... de mettre fin à la préséance de la Loi sur les mines, mais on comprend que ça ne peut pas
se faire, c'est... Il y a un processus pour amener à ça, donc, mais, à
quelque part, le schéma, si le processus des TIAM... et il y a des discussions
intéressantes, je tiens à le dire,
actuellement, si le processus des TIAM permettait, à travers le schéma
d'aménagement, d'identifier les territoires qui ne fonctionnent pas...
Là, actuellement, ce qui a été publié, cette
semaine, lundi, dans les OGAT, les nouvelles orientations gouvernementales en
aménagement, c'est que les distances séparatrices en milieu de villégiature de
protection sont les mêmes que... C'est déjà un gros gain. Ça, c'était notre
demande du mois de l'automne, de la première lettre où, tu sais, on est
intervenus... ça fait plusieurs années qu'on intervient là-dedans, mais de
façon très intense, l'automne, les préfets, c'était une des demandes qui a été
faite. Ça, c'est le 1er décembre, je crois, et ça a été accordé.
L'autre chose, c'est effectivement le processus
d'autorisation des TIAM, qu'il corresponde plus à la réalité du milieu, du
terrain. L'exemple de Vaudreuil est un bon exemple, mais, en même temps,
l'Abitibi, eux autres fonctionnent avec des mines. Eux autres, ils n'ont pas de
problème avec la... Ils ont une pratique, et tout ça. Donc, c'est vraiment le
schéma dans lequel on transcrit ce qui doit être la... cette gestion-là. C'est
le lieu où est-ce que la communauté locale, la communauté régionale d'affinité,
de MRC, inscrit la façon de gérer cette question-là. Et ça se fait non pas
juste les élus, ça se fait avec les intervenants, la population, les
entreprises, le gouvernement, et tout ça.
M. Demers (Jacques) : Puis à peu près tous les ministères... c'est pour ça que,
souvent, quand on parle de biodiversité, on parle de différentes choses. Bien,
mettez ça à l'intérieur du schéma, là, ils sont à une cohérence et même une
obligation d'atteinte d'objectif que la MRC peut faire à ce moment-là, parce
que, si on n'y trouve pas un lieu d'atterrissage, on va en parler, mais
concrètement on n'y arrive pas, tandis que, quand on arrime ça à l'intérieur,
quand les six, sept ministères qui ont à le regarder pour le rendre, puis il y
a une autorisation à la fin du ministère des Affaires municipales, bien, tout
le monde l'a vu, puis les discussions, puis le public, toutes les associations,
tout le monde peut donner son mot à l'intérieur de ça, là, c'est la place.
Mme Zaga Mendez : Je pense, j'ai peu
de temps. Huit secondes. Bien, je vous remercie, parce que vous avez vraiment
élaboré sur des questions qui m'intéressent beaucoup. Merci beaucoup.
Des voix : ...
Le Président (M. Jacques) : Merci,
messieurs, pour votre contribution aux travaux de la commission.
Et je suspends les travaux quelques instants
afin que l'on puisse accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 16 h 05)
(Reprise à 16 h 11)
Le
Président (M. Jacques) : Bonjour. Nous reprenons nos travaux. Je souhaite
la bienvenue aux représentants du Centre québécois du droit de
l'environnement, et je vous invite à vous présenter, et vous disposez de
10 minutes pour votre exposé.
Centre québécois du
droit de l'environnement (CQDE)
M. Voghel (Merlin) : Merci, M. le
Président. Donc, bonjour, Mmes, MM. les parlementaires. Mon nom est Merlin
Voghel. J'ai le plaisir de représenter aujourd'hui le Centre québécois du droit
de l'environnement, le CQDE, qui vous remercie de l'invitation. Notre organisme
est un organisme qui est fondé en 1989, qui est le seul organisme qui dispose d'une expertise juridique indépendante
en droit de l'environnement. Notre action s'articule majoritairement autour de trois axes d'intervention, notamment la
vulgarisation et l'accès à l'information en droit de l'environnement, les veilles législatives et réglementaires et les
interventions judiciaires. Donc, le CQDE tient sa crédibilité de l'implication,
notamment au sein de
son comité juridique, de sommités en droit de l'environnement, notamment des
avocats, des professeurs universitaires, des docteurs en droit, des
politologues.
Donc, aujourd'hui, je
vais aborder successivement les recommandations du Centre québécois du droit de
l'environnement, telles qu'exposées dans le
mémoire qui a été transmis à la commission. À l'exclusion, cependant, des
recommandations n° 1 et 2, soit les versements de sanctions
administratives et pénales au Fonds bleu et l'énonciation de la participation
citoyenne au préambule de la Loi sur la qualité de l'environnement, non pas
parce qu'ils nous tiennent moins à coeur, mais par simple souci de concision.
Si j'ai du temps, j'y reviendrai, tout simplement.
Donc, le CQDE est
conscient que le mandat de la commission aujourd'hui porte strictement sur le
projet de loi n° 20. Ceci étant, vous
n'êtes pas sans savoir... et j'imagine... en fait, j'ai entendu même que vous
en avez déjà parlé, ce matin, que ce
projet de loi là est difficilement dissociable de deux projets de règlements
qui ont été présentés par le gouvernement en matière de redevances sur
l'eau et de déclarations en matière de prélèvement d'eau. Donc, certains
commentaires, incidents que je vais présenter aujourd'hui vont nécessairement
porter sur ces deux règlements-là. Majoritairement, le Centre québécois du
droit de l'environnement accueille favorablement le projet de loi n° 20,
qui est une manifestation claire d'un désir d'une plus grande transparence, un
désir clair aussi de doter le ministre de pouvoirs accrus afin de protéger
l'eau du Québec. Donc, le CQDE souhaite appuyer ces efforts, nécessairement, en
proposant certaines bonifications, cependant.
Donc,
j'attire immédiatement votre attention sur la recommandation n° 3 qui
apparaît en page 7 du mémoire du Centre québécois du droit de
l'environnement, qui s'intéresse à l'article 9 du projet de loi n° 20
qui vise la modification de
l'article 95.1 de la Loi sur la
qualité de l'environnement. C'est une
modification qui vise à instaurer une évaluation aux cinq ans de la
réglementation, mais uniquement de la réglementation en matière de redevances.
L'objet de cette évaluation cyclique est, de
façon affirmée, d'assurer une utilisation durable de l'eau. Le Règlement sur la
déclaration des prélèvements,
notamment des volumes d'eau, donc, n'est pas prévu... ou, en fait, ne serait
pas assujetti à une telle évaluation cyclique. Il n'est pas visé.
Or, le règlement sur
la déclaration, selon notre compréhension, est le seul règlement qui permet de
suivre les prélèvements effectués en termes
de volume, notamment pour les préleveurs non assujettis à la déclaration
obligatoire. C'est aussi le seul
règlement qui prévoit un seuil d'assujettissement d'un préleveur...
pardonnez-moi, d'assujettissement d'un préleveur à une obligation de
déclaration et de redevance. Donc, c'est le seul règlement qui permet d'évaluer
si l'encadrement actuel favorise réellement une utilisation durable de l'eau en
termes de volume, par opposition à un encadrement des redevances qui vise
davantage une dimension financière.
Dans ce contexte-là,
et alors qu'on parle de raréfaction de la ressource d'eau, le Centre québécois
du droit de l'environnement considère qu'une évaluation cyclique du règlement
sur la déclaration s'impose, tout autant pour la... le règlement de la déclaration,
pardon, que pour le règlement qui s'intéresse aux redevances. Par exemple,
est-ce qu'il ne serait pas opportun de réviser le seuil d'assujettissement d'un
préleveur en termes de quantité d'eau prélevée de façon cyclique aux cinq ans?
Même chose, est-ce qu'il ne serait pas, aux cinq ans, possible de revoir?
Est-ce qu'on n'instaure pas une troisième catégorie de déclarants, c'est-à-dire
les préleveurs qui ne doivent pas encore payer de redevances, mais qui tout de
même devraient déclarer les quantités prélevées? Donc, une zone mitoyenne entre
les deux zones présentement prévues par règlement.
Bien entendu, le
Centre québécois du droit de l'environnement reste aussi conscient de la
nécessité d'efficience gouvernementale, et donc notre proposition est ici de
confier la révision de ces deux règlements-là, donc sur les redevances et sur la déclaration, au Bureau des connaissances
sur l'eau, qui est déjà prévue à la loi sur l'eau, donc, la Loi
affirmant le caractère collectif des ressources en eau, et que les conclusions
de cette révision quinquennale là apparaissent au rapport du Bureau des
connaissances sur l'eau, qui est déjà prévu, encore une fois, à la loi sur
l'eau de façon quinquennale. Donc, de façon
à vraiment assurer une cohérence de ce qui est déjà prévu dans des différentes
lois sur l'eau, ces mesures, selon nous,
viennent renforcer la transparence qui est souhaitable en matière d'eau et qui
fait partie de la manifestation du désir du législateur lorsqu'on
regarde le projet de loi n° 20.
Je passe maintenant à
la recommandation n° 4 du CQDE, donc en page 11 de notre mémoire.
C'est un ajout au projet de loi. Le CQDE constate, bien entendu, un énoncé d'un
désir de transparence. Cependant, ce que nous recommandons,
c'est de renforcer, de conforter cette transparence-là par un élargissement de
sa portée réelle, par la sûreté aussi
qu'offre une incorporation des modalités d'application de la transparence à la
loi plutôt qu'à un règlement. Et je m'explique.
En termes tangibles, ce que le projet de loi n° 20 prévoit, en matière de
transparence, c'est une modification du préambule de la Loi sur la
qualité de l'environnement.
En droit, un
préambule ne revêt qu'une force interprétative, il ne s'agit pas d'une
disposition qui est contraignante. Les modalités d'application de la
transparence, en l'occurrence, sont davantage prévues dans les deux règlements
qui sont proposés par le gouvernement et que salue le CQDE et... bien entendu,
et nous ferons valoir des commentaires précis sur ces règlements lors des
consultations sur les règlements en propre.
Cependant, nonobstant
cette question sur les commentaires qui visent les règlements, le CQDE
considère que les modalités d'application de la transparence devraient se
retrouver à la loi elle-même pour offrir davantage de garanties de pérennité.
La modification... en fait, les deux modifications que suggère le CQDE, la
première est une modification de l'article 7 de la loi sur l'eau de façon
à déplacer des termes qu'on y voit apparaître, qui se lisent ainsi, donc, dans les conditions et les limites
définies par la loi.. Vous allez le voir à notre mémoire en page 11 et
suivantes. Donc, pourquoi déplacer ces termes? Bien, simplement pour
venir donner toute sa place à la transparence et pour que la transparence devienne un principe applicable à
toutes les informations sur l'eau détenues par une autorité publique,
parce qu'aucune exception ne saurait se justifier pour le bien commun qu'est
l'eau, l'eau qui est si fondamentale.
Subsidiairement,
le CQDE recommande la création d'un registre sur les informations relatives à
l'eau à même la Loi sur la qualité de
l'environnement, ce qui aurait pour effet d'assujettir toute modification
ultérieure au processus démocratique que revêt la modification d'une
loi, par opposition à la modification d'un règlement.
Je
passe maintenant à la recommandation n° 5 du Centre québécois du droit de
l'environnement, donc vous allez le
trouver à la page 15 et suivantes de notre mémoire. Le CQDE constate que
le projet de loi n° 20 prévoit l'assujettissement du Fonds
bleu à la compétence du... de la
Vérificatrice générale, bien entendu, le vérificateur, si on parle de
l'institution, en termes financiers, donc la vérification des états
financiers, notamment, du Fonds bleu.
Cependant,
ce qu'on constate, c'est que le Fonds bleu échappe à la compétence du Commissaire au développement durable,
Mme Lambert, en ce moment. Et, selon le CQDE, puisque nous avons un chien de
garde doté d'une expertise solide en environnement, nous considérons
qu'il serait souhaitable de pouvoir bénéficier de son expertise quant au Fonds bleu, alors que la Commissaire au
développement durable exerce déjà des... une compétence en matière de constats
et de recommandations quant au Fonds vert.
Considérant la similarité entre les deux régimes que sont le Fonds vert et le Fonds bleu, on considère, bien entendu, que le
fait de bénéficier des lumières de la Commissaire au développement durable serait un gain important ici quant au
projet de loi n° 20. Ça complète un peu mes représentations, mais, bien
entendu, je demeure disponible pour des questions, Mmes et MM. les
députés.
• (16 h 20) •
Le Président (M.
Jacques) : Merci, Me Voghel. Je cède la parole à M. le ministre pour
une période de 16 min 30 s.
M. Charette :
Merci beaucoup, M. le Président, temps que je partagerai avec mes
collègues, mais merci puis merci pour vos
commentaires. Le Centre québécois du droit en environnement a été une source
d'inspiration pour plusieurs aspects, autant du projet de loi que de la
réglementation. Donc, merci pour votre présence aujourd'hui, mais merci d'avoir
mis l'emphase sur cet enjeu-là au cours des dernières années, très apprécié.
Vous l'avez noté, à
juste titre, les projets de règlement ont été diffusés à peu près
essentiellement au même moment que le projet
de loi. Généralement, on procède par étapes. On dépose un projet de loi, on
l'étudie, on l'adopte, et la réglementation qui en découle survient, là,
dans les mois, sinon dans les années qui suivent, mais on voulait, cette
fois-ci, y aller de façon... simultanément, parce qu'on sait fort bien que la
question des redevances, les taux, notamment, allait faire l'objet de
discussions. Donc, si on avait juste évoqué, dans le projet de loi, une hausse
des taux et avec une indexation de 3 % par année, les questions auraient
été entièrement sur : Oui, c'est beau une hausse, mais ça veut dire quoi,
concrètement? Donc, on a cette information-là.
Et là je prends bonne
note, par contre, de vos commentaires sur les règlements. Je comprends, là, que
vous avez des souhaits que la révision aux
cinq ans s'applique aux deux projets de règlement et non pas à un seul des
deux. C'est un élément, là, qui est pris en considération de notre côté.
Cependant, vous êtes très, très familiers avec la démarche, étant donné que
c'est une consultation externe au projet de loi. N'hésitez pas... on le prend
en note de notre côté, mais n'hésitez pas
aussi à faire valoir vos commentaires à travers le processus régulier, là, de
consultations prévues pour les projets de règlement, en consultations.
Sinon, je prends
aussi note que vous souhaiteriez que ce soit davantage explicite dans la loi,
cette volonté de transparence. C'est vrai que les projets de règlement sont
très clairs à ce niveau-là. C'est vrai que c'est mentionné dans le projet de
loi à travers le préambule. On regardera, là, de notre côté, s'il n'y a pas
lieu de renforcer cette obligation-là, parce que c'est réellement l'intention
du gouvernement, du législateur, là, de retenir la plus grande des
transparences possible à ce niveau-là.
Et peut-être une
question sur un des derniers éléments, là, que vous avez mentionnés. Oui, c'est
assujetti, le Fonds bleu, à la... au
Vérificateur général. Vous dites : Bien, pourquoi pas non plus le
Commissaire au développement durable? Dans notre logique à nous, le
Commissaire au développement durable relève du Vérificateur général. Donc,
c'est autant les aspects financiers que les aspects qui pourraient être
proprement de nature qualitative plutôt que quantitative, ou même au niveau de
la gestion des sommes elles-mêmes. Donc, pour nous, ça couvre le Commissaire au développement durable, mais, si vous n'en êtes
pas certain ou si vous voulez nous parler davantage de cet aspect-là, là,
soyez bien à l'aise de le faire.
M. Voghel
(Merlin) : Merci de l'opportunité. Je ne vous cacherai pas, M. le
ministre, qu'on s'est posé la question nous-mêmes. On s'est demandé,
effectivement : Est-ce que la compétence de la Vérificatrice générale
emporte nécessairement compétence de la Commissaire au développement durable?
Et ce qu'on constate, c'est que, par rapport au Fonds vert, il y a bel et bien
une mention explicite d'assujettir le fonds à la compétence, nommément, du Commissaire au développement durable. Vous
allez voir ça en page 15 de notre mémoire. On le voit à
l'article 43.1 de la Loi sur le vérificateur général.
Donc, face à une
nécessité de spécifier pour le Fonds vert la compétence du CDD, là, si vous me
permettez d'abréger, on se disait :
Bien, nécessairement, il sera requis de le faire aussi pour le Fonds bleu, de
façon à mettre les choses très claires, mettre la table très claire et
asseoir correctement la compétence, là, de la Commissaire au développement
durable.
M. Charette :
C'est vrai pour le Fonds d'électrification des changements climatiques,
cependant, on n'a pas les deux. Donc, votre
souhait, ce serait que ce soit spécifiquement le commissaire ou la Commissaire
au développement durable, et non pas l'entité du Vérificateur général?
M.
Voghel (Merlin) : Non. En fait, ce serait qu'effectivement ce soit
assujetti à la compétence de la Vérificatrice générale pour ce qui est
de l'aspect financier de la chose, mais au pouvoir de constats et de
recommandations du Commissaire au développement durable pour ce qui est des
activités du fonds.
Par exemple, est-ce que le Commissaire au
développement durable ne pourrait pas se prononcer sur des aspects qui
débordent le cadre financier? Je donne l'exemple, à savoir : Est-ce que le
Fonds bleu investit dans des programmes qui redonnent aux ressources où les
prélèvements d'eau ont réellement été effectués?
M.
Charette : Parfait. C'est gentil. Je vois le temps qui file.
J'ai des collègues aussi qui souhaitaient intervenir, mais un gros merci, là.
Naturellement, la tradition veut qu'après les auditions on se déplace pour
aller serrer la main. Ce ne sera pas possible. Donc, considérez-vous
salué et remercié déjà.
M. Voghel (Merlin) : J'apprécie.
Nerci.
Le
Président (M. Jacques) : Merci, M. le ministre. Je cède maintenant la
parole à Mme la députée d'Argenteuil.
Mme Grondin : Merci, M. le
Président. Donc, il reste 11 minutes?
Le Président (M. Jacques) : 11 min 7 s.
Mme Grondin : Donc, merci beaucoup.
Me Voghel, bonjour, très heureuse à chaque fois de voir le Centre québécois du
droit de l'environnement intervenir dans... sur les questions d'environnement,
notamment pour ma part, parce que c'est
toujours une forme d'éducation que vous amenez, parce que j'ai plus un volet
écologique, donc d'avoir cette dimension-là du droit est toujours très
intéressante à ce niveau-là.
Vous avez... recommandation n° 2, vous
nous parlez... en fait, «reconnaître explicitement le droit de toute personne de participer aux décisions ayant une
incidence sur les ressources en eau», je comprends le principe derrière ça.
Je comprends toute cette notion de démocratie, de science citoyenne, de
participation, mais concrètement, pour avoir vu l'évolution des organismes de
bassins versants, comment vous voyez cette participation-là de tout citoyen à
l'exercice?
M. Voghel (Merlin) : C'est une belle
question. Je me la suis posée. Vous savez, en fait, ce principe-là, je ne l'ai
pas sorti... ce n'est pas un lapin que je sors du chapeau, là, il est déjà
reconnu à la loi sur l'eau, à son... à l'article 7, comme un des principes
directeurs en matière d'eau. Lorsqu'on regarde, en matière de réglementation,
le p.l. n° 20, tout ce qui est mis sur la table à l'heure actuelle, on
peut se questionner sur la capacité d'un citoyen, notamment, à exprimer son
opinion dans le cadre d'une révision cyclique des règlements sur les redevances
ou sur les déclarations obligatoires.
Donc, la possibilité pour un citoyen d'émettre
des commentaires, à l'instar des commentaires que tout citoyen peut émettre sur
un projet de loi via le site de l'Assemblée nationale, est-ce que ça, ce n'est
pas justement une méthode de participation au processus décisionnel? Donc,
est-ce qu'ici résiderait, justement, la réponse à la question que vous me
soumettez? Je pense qu'il est possible pour un citoyen de participer aux
décisions en matière d'eau en se prononçant sur des évaluations aux cinq ans,
des règlements en matière d'eau, notamment, ça peut être une belle forme de
participation citoyenne.
Bien entendu, on est conscient qu'il n'est pas
possible pour les citoyens de participer à toute et chacune des petites
décisions à toutes les étapes de celles-ci et à chacune des occasions. Il faut
demeurer réaliste. On ne pourrait pas consulter l'entièreté de la population à
toutes les étapes. Cependant, pour les personnes qui sont suffisamment
mobilisées, il y a des outils qui existent et qui permettent effectivement déjà
une participation. Donc, le fait de reconnaître ce qu'énonce déjà la loi sur
l'eau à titre de principe dans un préambule qui énonce aussi des principes ne
fait qu'assurer la cohérence entre deux lois. Est-ce que ça répond bien à votre
question?
Mme Grondin : Oui, oui. Merci
beaucoup. Peut-être une autre petite question, parce qu'en fait... Et là vous
m'excuserez parce que la réflexion n'est pas terminée, je prends au bond
certains commentaires qui ont été amenés ou recommandations qui ont été amenées
par des organisations précédentes, dont cette notion-là de redéfinir les
facteurs de succès. Je ne sais pas si vous avez... Tu sais, dans la gestion de
l'eau, à l'heure actuelle, dans la gestion intégrée de l'eau, on en parlait,
justement, il y a des sommes, mais ce n'est pas la seule chose qui est
importante pour faire de la gestion intégrée en eau. On entend beaucoup cette
notion-là de mobilisation des acteurs, l'importance de passer à l'action.
Est-ce que, selon vous... On entendait, par
exemple : On n'a pas juste besoin d'aller évaluer les taux de phosphore
comme un facteur de succès, mais de voir cette mobilisation-là citoyenne, de
voir des municipalités qui adoptent des règlements précis pourrait être aussi
des indicateurs ou des... en termes de reddition de compte, de facteurs de succès.
Est-ce que c'est quelque chose que vous considérez qui est un exercice
intéressant?
• (16 h 30) •
M. Voghel (Merlin) : Oui,
certainement. C'est sûr que la participation du public, des municipalités, de
toutes les parties prenantes, c'est un indicateur de succès. Si on obtient une
participation importante, on voit que le sujet... Les gens tiennent à coeur
l'eau, c'est sûr que c'est un indicateur de succès. Pour ce qui est des normes,
comme la vérification du phosphore, je ne vous cacherai pas cependant que le
CQDE n'a pas l'expertise pour se prononcer, là, en matière de normes plus scientifiques. Nous sommes des
juristes, nous nous intéressons majoritairement aux normes de droit. De
là à vous dire : Bien, est-ce que, vraiment, de la... du phosphore, par
exemple, dans une nappe d'eau... est-ce qu'on y verrait là un indicateur de
succès suffisant? Je ne saurais pas vous le dire, là, en toute honnêteté.
Mme Grondin : Bien, en fait, c'était
un peu ça, ma question, c'était... Je comprends, c'est souvent plus facile de
mettre des indicateurs plus scientifiques, plus quantitatifs, et là de voir si
on réussit ou pas. C'est pour ça que je vous
posais la question. Peut-être des indicateurs plus sociaux? Vous êtes dans un
domaine, oui, de la législation, mais vous touchez davantage aussi à
l'aspect plus social de cette gestion-là intégrée. Donc, je voulais juste voir
si c'était quelque chose qui vous apparaissait intéressant comme reflet d'un
succès, ou comme indicateur, ou comme... de suivi, ou comme capacité de reddition
de comptes.
M. Voghel (Merlin) : Oui, oui, tout
à fait. L'implication des communautés dans les révisions ou dans les prises de
décision, via les outils qui seraient proposés par l'État, bien, certainement
que c'est un indicateur de succès ou de... qui est intéressant, là, ça, je ne
peux pas le nier. Au contraire, je ne pourrais que le saluer.
Mme Grondin : Merci beaucoup.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la députée. Je cède maintenant la parole à M. le ministre.
M. Charette : Rebonjour, rebonjour.
En fait, l'occasion se prête bien. Vous avez parlé des projets de règlement
concernant la réévaluation aux cinq ans. Donc, je vous mentionnais que c'est
quelque chose qu'on pourra considérer. Mais
vous n'avez pas abordé la question des redevances elles-mêmes. Vous avez
peut-être vu certains des mémoires déjà déposés, il y a des groupes qui
étaient assujettis, qui demeurent assujettis, qui vont nous demander de ne plus être assujettis. Et c'est dans la nature
humaine, il n'y a personne qui aime se faire taxer, mais, en même temps, je
pense que, s'ils étaient assujettis, c'est encore très, très légitime de
continuer à les assujettir, voilà. Donc, première question : Est-ce qu'on
doit maintenir les mêmes groupes qui étaient assujettis ou on doit en retirer?
Et les redevances elles-mêmes, la progression,
on... pour certains groupes, on nous propose d'y aller de façon plus atténuée,
de façon plus progressive. Je suis curieux : La progression que l'on
propose, est-ce qu'elle vous semble adéquate, là, dans les circonstances?
M. Voghel (Merlin) : Merci de la
question, M. le ministre. Mon premier réflexe, c'est de vous dire : Je ne
crois pas qu'il soit légitime de retirer un quelconque groupe déjà assujetti à
une redevance à la redevance instaurée ou à l'augmentation d'une redevance, là.
Au contraire, si on a déjà jugé, par le passé, que son assujettissement était
nécessaire, je ne vois pas pourquoi il le serait moins aujourd'hui, alors qu'on
se préoccupe des ressources en eau.
Ceci étant, pour ce qui est des redevances, le
CQDE compte se prononcer davantage dans le cadre de la consultation
réglementaire, donc je n'ai pas toutes ces données-là avec moi présentement,
j'en suis désolé. J'aurais aimé ça vous
donner un premier goût, là, de ce qu'on risque d'énoncer dans nos commentaires.
Mais, ceci étant, il faut aussi faire attention. Comme je le disais à la
députée d'Argenteuil, généralement, nous ne nous prononcerons pas
nécessairement sur les normes d'application, parce que ça échappe à notre
expertise, et nous ne voudrions pas nous mettre
les pieds dans les plats, là, ou dépasser le cadre de notre expertise. Mais
assurément, nous allons nous prononcer, là, sur les redevances et sur
les aspects, là, propres aux déclarations, bien entendu.
M. Charette : Parfait. Je le
comprends. Et peut-être, une erreur des dernières années, je remonte, là, aux
10, 12 dernières années, c'est qu'il n'y avait aucun processus d'indexation de
prévu, ce qui fait qu'il y a eu, oui, instauration il y a, quoi, il y a 12 ans
maintenant, du principe, puis on est restés au même taux pendant une douzaine
d'années. C'est nécessaire et c'est une bonne chose de prévoir une indexation,
là, systématique année après année?
M. Voghel (Merlin) : Tout à fait,
surtout lorsqu'elle est conjuguée à une révision ou une réévaluation cyclique
de la réglementation. Donc, je pense que les deux outils combinés permettent
d'avoir un regard très évolutif sur le taux souhaitable de redevances,
notamment. Je pense que ce sont deux outils qui sont complémentaires.
M. Charette : Et avez-vous eu
l'occasion ce matin... je ne me souviens plus quel groupe faisait référence...
je pense que c'est le Réseau Environnement... sur ce qui prévalait en Europe
notamment. Donc, c'est certain que, dans
certains cas... On peut même évoquer le Danemark. La redevance, elle est
beaucoup, beaucoup plus élevée, mais le
Danemark va financer, avec les fruits de sa redevance, l'entretien et le
développement des réseaux d'aqueduc, ce qui n'est pas la finalité de la
redevance, là, qui nous occupe cet après-midi. Mais avec ce que l'on propose
par rapport à la réalité nord-américaine, on
se situerait où, si le projet de loi était adopté? Et si, ultimement, les
projets de règlements étaient
édictés, on devient en position de leader ou on suit le groupe? Où on se
situerait une fois ces deux étapes là franchies?
M. Voghel (Merlin) : Si je me
rappelle correctement ma lecture du rapport de l'ENAP qui a été préparé sur
une... un comparatif des systèmes de redevance qui existent, avec la
réglementation qui serait adoptée, là, peu importe qu'elle le soit sous forme
de loi ou de règlement, mais on serait en avance sur l'ensemble des provinces
canadiennes sur la majorité des aspects. Notamment, là, sur la réévaluation, je
crois que, de mémoire, c'est peu prévu au Canada, bien que ce soit prévu dans certaines
juridictions, comme la France et Singapour, si ma mémoire est juste.
Donc, je crois qu'effectivement, sur ces questions-là, au Canada, on atteint un
terme de leader.
Par contre, pour ce qui est des déclarations, ça
reste à voir, sur les seuils d'assujettissement à la déclaration obligatoire. Là, si je me fie à ma mémoire
seulement, il me semble qu'il y a des provinces qui prévoient des quantités
de volume d'eau prélevées beaucoup plus basses avant d'être assujetties à une
déclaration obligatoire.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour cet échange. Je cède maintenant la parole à l'opposition
officielle. Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce, pour une période de
12 min 23 s.
Mme McGraw : Merci, M. le Président,
et merci beaucoup pour le mémoire et la présentation. D'ailleurs, je vais suivre un peu le questionnement du ministre,
parce qu'on a reçu un mémoire ce matin. Le Réseau Environnement y a
parlé... ils ont parlé de trois paliers, justement, parce qu'ils ont regardé,
si je comprends bien, l'exemple de l'Europe,
qui sont beaucoup, beaucoup plus loin que le Québec. Donc, même si le Québec,
après le projet de loi n° 20, soit...
devient ici, au Canada, un chef de file, si je comprends bien, au niveau du
monde, les meilleures pratiques sont en Europe, entre autres.
Par contre, si je comprends bien, avec les trois
paliers, on regarde vraiment... Donc, on ne va pas aussi loin dans les
redevances, mais ce qui est intéressant, la proposition de Réseau
Environnement, c'est vraiment les trois paliers, selon la situation au niveau
des risques. Est-ce que vous êtes au courant de ces... parce que je voulais
savoir votre réaction. Donc, je vais juste trouver la section qu'on a proposée
puis, entre-temps, je vais demander, donc, si les trois paliers proposés par
Réseau Environnement... En tout cas, ils regardent le niveau de risque. Donc,
les redevances, c'est en fonction des risques. Je ne sais pas si... je ne vous
donne pas assez d'information. On va passer à une autre question puis on va
revenir.
Une question plus générale...
M. Voghel (Merlin) : Je suis désolé.
Je trouvais le sujet très intéressant, mais je n'ai pas d'information,
malheureusement, pour vous éclairer sur le sujet.
Mme McGraw : Je comprends. Bien oui,
je suis... Oui, oui, je vais vous expliquer, mais, en attendant, une question
plus générale en matière de gouvernance. Donc, c'est une question que je pose à
tous les groupes. J'aimerais savoir votre
appui... avoir votre appui. En matière de gouvernance, est-ce que les mesures
qui sont envisagées dans le projet de loi n° 20 sont adéquates pour
que les sommes prévues soient utilisées aux fins prévues... (panne de son)
...sommes prévues soient utilisées aux fins prévues?
M. Voghel (Merlin) : Vous savez...
Mme McGraw : Donc, on parle de la
gouvernance, oui.
M. Voghel (Merlin) : Oui, bien, vous
savez, lorsque je regarde les différents garde-fous qui sont instaurés au projet de loi n° 20, ce que je constate
notamment, c'est qu'on a un assujettissement à la compétence de la
Vérificatrice générale comme chien de garde spécialisé en termes de
gestion financière. Je ne vous cacherai pas que je le vois comme une garantie
importante, là, que les sommes prévues soient utilisées conformément aux visées
ou à l'objet du Fonds bleu.
Ceci étant, avec le second garde-fou qu'on vient
proposer aujourd'hui par l'assujettissement à la compétence de la Commissaire
au développement durable, on vient non seulement s'assurer de l'effectivité
financière, mais aussi de l'effectivité en termes de mesures environnementales,
avec les deux fonctions de ces commissaire et Vérificateur général
là. Donc, je vous dirais que, oui, avec ces deux mesures-là, si, effectivement,
notre cinquième recommandation était suivie, j'aurais confiance que,
oui, les mesures pour s'assurer de l'efficience du Fonds bleu par rapport à son
objet sont suffisantes au PL n° 20.
Mme McGraw : Merci. Est-ce que la
reddition de comptes envisagée est assez robuste, selon vous, dans le projet de
loi?
M. Voghel (Merlin) : Révision...
révision de comptes, vous voulez parler, par la Vérificatrice générale?
Mme McGraw : Entre autres, oui. Vous
pouvez revenir sur ce point.
M. Voghel (Merlin) : Je crois que
oui. On parle d'états...
Mme McGraw : Oui?
• (16 h 40) •
M. Voghel (Merlin) : Oui.
Mme McGraw : Autre question, parce
qu'on a parlé... avec d'autres groupes, on a parlé des moyens, mais aussi des
informations qui sont disponibles, par exemple, vis-à-vis les municipalités.
Vous avez parlé aussi de... vous avez parlé de
participation publique. On sait que c'était un enjeu d'avoir les données sur
l'utilisation de l'eau et on sait que ça implique, dans certains cas, des
secrets industriels. Est-ce que la transparence prévue au projet de loi est
adéquate, selon vous?
M. Voghel
(Merlin) : Selon le CQDE, la transparence souhaitable en matière
d'eau, c'est une transparence complète, par la modification de l'article 7
de la loi sur l'eau, comme quoi toute information détenue par une autorité publique qui concerne l'eau devrait être publique
et, plus encore, devrait être publiée sur le site du ministère, et partagée,
là, et accessible. Il n'y a pas de motif
pour lesquels le secret industriel devrait s'appliquer en matière d'eau, pas
pour une ressource qui est aussi
fondamentale à la vie que l'eau. Pourquoi le secret industriel? On y prévoit
déjà des exceptions dans la Loi sur
la qualité de l'environnement, notamment l'article 118.4. La jurisprudence
retient que le secret industriel ne
s'applique pas aux éléments qui sont visés à 118.4 de la Loi sur la qualité de
l'environnement. On parle notamment de
contaminants, de sols et d'accès à l'information. Donc, si on prévoit déjà des
exceptions, pourquoi ne pas en prévoir pour quelque chose qui est
qualifié de bien commun?
Plus encore, il n'y a
pas si longtemps, la jurisprudence, et encore à l'heure actuelle, retient que
l'information sur l'eau est parfois
assujettie au secret... constitue, pardon, un secret industriel, et, avec le PL
n° 20, avec les règlements, ce que le gouvernement fait en ce
moment, c'est de travailler à lever ce secret industriel là. Dans ce cas-ci,
pourquoi ne pas aller plus loin et englober
l'ensemble des renseignements? Donc, à notre sens, effectivement, des efforts
pourraient être faits pour augmenter encore
la transparence, et je crois comprendre que l'ensemble des parties travaillent
en ce sens-là.
Mme McGraw : Excellent, merci. En lisant ma revue de presse ce
matin, il y avait un article, dans Le Devoir, qui parlait,
justement, du Québec et de l'eau, comment le Québec fera grimper le prix de son
eau, et on cite... je cite : «Le Québec
est un des rares États sur la planète à accorder à l'eau un statut juridique.»
Donc, en principe, c'est une bonne idée,
mais, en pratique, ça a peut-être eu un effet moins positif. J'aimerais avoir
votre avis là-dessus, le statut juridique de l'eau au Québec.
M. Voghel (Merlin) :
Êtes-vous en train de me poser, d'une façon un peu détournée, une question
sur la personnalité juridique de l'eau, sur laquelle je n'oserais pas m'avancer
aujourd'hui? Je vous fais un petit clin d'oeil, Mme la députée. En fait, c'est
une question très complexe, sur laquelle je ne veux pas nécessairement
m'avancer, mais effectivement, c'est sûr que le CQDE salue le statut
particulier de l'eau, sans nécessairement me prononcer sur la forme que devrait
revêtir ce statut-là pour l'instant. Elle semble bénéficier... l'eau bénéficie
d'une protection qui est importante, et il n'est que souhaitable que cela
demeure.
Mme McGraw : Je
voulais juste... Ce n'était pas une question piège du tout.
M. Voghel
(Merlin) : Je le sais bien.
Mme McGraw : Et
c'est... Je regardais un peu à l'international. À l'ONU, le Law of the Sea,
justement, pendant des décennies, c'était propriété commune. Donc, en principe,
c'était une superbonne idée, mais, en pratique, il y avait beaucoup d'exploitation. Donc, je voulais juste avoir votre
ami, mais... votre avis, ce n'était... ce n'était pas du tout une
question piège.
Est-ce que, selon
vous, en regardant le projet de loi dans son ensemble, est-ce que vous
trouvez... est-ce qu'il y a des angles morts ou est-ce qu'il y a des sujets que
vous auriez aimé voir traités dans le projet de loi?
M. Voghel
(Merlin) : Il y a cette question-là que j'ai déjà abordée, mais qui
mérite d'être mise sur la table à nouveau,
le fait de procéder par règlement, pour certains principes, plutôt que dans la
loi. Je me permets d'exprimer cette opinion, là, à l'effet que c'est
possiblement une question de structure de la Loi sur la qualité de
l'environnement, qui est quand même, maintenant, tentaculaire, dans une
certaine mesure, là, c'est-à-dire qu'on légifère beaucoup par réglementation,
parce qu'elle est ainsi faite.
Est-ce que c'est un
bon réflexe? Est-ce que ça méritera, éventuellement, d'être réfléchi? Il ne
m'appartient pas de le dire aujourd'hui.
Ceci étant, ça emporte certaines implications en termes de garantie
démocratique, assurément, et sans reproche pour un gouvernement ou
l'autre. Mais il y a des implications en termes de révision, de participation
démocratique à la révision de nos lois environnementales, qui méritent,
éventuellement, d'être questionnées. C'est peut-être le seul angle, là, qui
mériterait d'être soulevé à nouveau, et je vous remercie de l'opportunité de le
faire.
Mme McGraw : Alors,
peut-être une dernière question : Est-ce que vous avez d'autres... Là, on
a regardé les recommandations, cinq
recommandations. Est-ce qu'il y aurait un aspect, un élément sur lequel vous
voulez élaborer, avec le temps qui reste, ou souligner?
M. Voghel (Merlin) : Non, je vous remercie. Je
pense que ça couvrait l'ensemble des sujets que je souhaitais aborder.
Je vous remercie.
Mme McGraw : Merci,
Me Voghel.
Le Président (M. Jacques) : Merci.
Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Verdun.
Mme
Zaga Mendez : Merci. Combien de temps qu'il me reste...
Le Président (M.
Jacques) : 3 min 42 s, mais ça va être ajusté.
Mme Zaga
Mendez : OK. Merci beaucoup pour votre présentation, Me Voghel.
Et j'aimerais vous entendre un peu plus sur votre première recommandation, on
n'a pas eu le temps d'élaborer. Je la trouve très, très intéressante. Alors, je
vous demanderais d'élaborer un petit peu plus et peut-être nous donner des
exemples d'autres juridictions qui appliquent ce principe-là d'utiliser les
fonds de pénalités pécuniaires pour des fonds de préservation.
M. Voghel
(Merlin) : Certainement. Merci de l'opportunité, d'ailleurs,
d'élaborer sur cet aspect-là, là, que je n'ai pas pu aborder dans ma
présentation. Bien, la proposition, elle est, somme toute, assez simple. Vous
n'êtes pas sans savoir qu'au Québec, lorsque des sanctions administratives ou
des amendes pénales, minimalement, là, sont perçues
ces fonds-là sont versés au fonds
consolidé du revenu, en vertu de
l'article, notamment, 318 du Code de
procédure pénale. Donc, pour le CQDE, il serait important que les
sanctions administratives et les amendes pénales perçues en application des
deux règlements, sur les redevances et sur les déclarations, soient versées au
Fonds bleu.
Pourquoi une
exception à un principe si bien établi? Simplement parce que, lorsqu'on observe
les omissions ou les axes qui sont visés par ces sanctions pénales là ou... ces
sanctions administratives, pardon, et ces amendes pénales là aux deux
règlements, ce qu'on constate, c'est que ce sont des actes ou des omissions qui
s'intéressent uniquement, si ce n'est exclusivement, à des — donnez-moi
un petit instant, je retourne à mes notes — à des rapports qui seraient faussés, en matière de tenue de registre sur les
volumes d'eau prélevés, par exemple, ou aux prélèvements qui seraient
réellement effectués, ou encore, sur des omissions de consigner ou d'évaluer
avec adéquation les redevances qui devraient être payées, ou encore, une
omission d'être dotés d'un équipement de mesure qui est conforme et
fonctionnel. Donc, toutes ces infractions-là ou ces actes et omissions-là, ce
qu'elles ont, c'est un lien direct avec les ressources en eau, c'est-à-dire une
utilisation de l'eau qui est non conforme. Pourquoi? Parce que mal déclarée.
Donc, c'est dans cet
esprit-là que le CQDE observe l'objet du Fonds bleu. Quel est-il? Lorsqu'on
retourne directement aux dispositions, c'est d'assurer la protection, la
restauration, la mise en valeur et la gestion de l'eau. Or, lorsqu'on est face
à un préjudice qu'on peut soupçonner en raison de la nature de l'acte ou de
l'omission qui est posée, n'est-il
pas normal que la somme perçue vienne contribuer à réparer ce préjudice-là pour
le bien commun qu'est l'eau? C'est un peu dans cet esprit-là que le CQDE vous
soumet la recommandation n° 1 dans son mémoire.
Ceci étant, vous me
posiez la question à savoir : Est-ce que j'ai des exemples, dans d'autres
juridictions, de façons de fonctionner de la sorte? Malheureusement, je n'en ai
pas à proposer aujourd'hui. Si vous m'en donnez le mandat, il me fera plaisir
de faire la vérification, mais je n'ai pas fait la vérification, à savoir, des
comparatifs. Pourquoi? Parce que ça nous
apparaissait naturel et être conforme à l'intention aussi du projet de loi
n° 20, c'est-à-dire créer un fonds qui vise à protéger l'eau puis
assurer sa restauration lorsque c'est nécessaire.
Mme Zaga
Mendez : ...pour cette réponse assez complète. Donc, ce que je
comprends, c'est une exception. Alors, je ne sais pas si vous avez... ou on
peut... on peut discuter ailleurs sur des exemples de ce type d'exception là
dans les lois québécoises.
Et je voulais votre
avis sur une discussion qu'on a eue tantôt avec les municipalités, puis vous
nous direz, là, si vous êtes en mesure de répondre à notre question aujourd'hui
sur l'abrogation de l'article 118.3.3 dans la loi de la qualité de
l'environnement que... Entre autres, on a eu une discussion sur donner plus de
pouvoirs puis respecter le principe de subsidiarité envers les municipalités.
Je ne sais pas si vous en aviez... avez un avis sur cette question-là?
M. Voghel
(Merlin) : Vous me parlez de... J'ai mal saisi, vous me pardonnerez,
ça a coupé un petit peu, là. Vous m'avez dit 118.3.3, mais de quel texte?
Mme Zaga
Mendez : Ah! de la Loi sur la qualité de l'environnement.
M. Voghel
(Merlin) : Donnez-moi juste un petit moment, je vais regarder
rapidement.
Mme Zaga
Mendez : Comme on a le temps.
• (16 h 50) •
M. Voghel
(Merlin) : Mais je vous avoue que, de mémoire, je n'ai pas
d'information sur cette question-là elle-même.
Mme Zaga
Mendez : Il n'y a aucun problème. Ça faisait peut-être un peu un lien
avec la question précédente de ma collègue sur une modulation des redevances
selon les caractéristiques régionales. Est-ce que vous vous êtes penché sur cette question-là, ou de voir, par exemple, comment
on peut inclure des caractéristiques de certains bassins versants, sur la question de la rareté, par exemple, ou d'autres
facteurs? Juste vous entendre, votre avis général là-dessus.
M. Voghel
(Merlin) : Assurément. Vous savez, lorsqu'on recommande d'assujettir
le fonds à la compétence de la Commissaire au développement durable, un des aspects qu'on trouve intéressants, c'est
de s'assurer que les fonds ou les mesures déployées en vertu du Fonds
bleu viennent répondre aux besoins des ressources qui sont affectées,
notamment, par les prélèvements, dans une forme d'équité.
Donc, si on vient financer
des programmes de soutien à la préservation de l'eau, est-ce qu'on ne devrait
pas s'assurer qu'il y a une certaine adéquation pour qu'on vienne aussi
répondre aux besoins des régions qui ont été affectées
par les prélèvements en question? C'est peut-être, justement, une des
dimensions qui vient à être intéressante avec la compétence, l'expertise
de la commissaire au développement. Ensuite de cela, ça relève davantage, là,
de l'application d'une norme, à savoir comment seront employés les fonds
disponibles au Fonds bleu pour répondre aux besoins des différentes régions.
Mme Zaga Mendez : Je vous remercie
pour vos réponses. Je pense qu'il nous reste...
Le Président (M. Jacques) : 1 min 30 s.
Mme Zaga Mendez : 1 min 30 s.
Je ne sais pas si vous voulez ajouter quelque chose d'autre à la...
M. Voghel (Merlin) : Peut-être un
petit élément sur votre question, juste avant, sur l'article 318 du Code
de procédure pénale, les sanctions administratives, les amendes pénales. Vous
me demandiez : Est-ce qu'on a d'autres exemples? Non. Par contre, je
tenais à porter à votre attention que l'article 318 prévoit explicitement
la possibilité de déroger à cette disposition-là, donc... commence en indiquant
«sauf indication contraire». Si ma mémoire est juste, là, ce sont les termes
précis de la disposition. Donc, cette possibilité, elle est prévue, elle
existe.
Mme Zaga Mendez : Bien, merci. Ça
veut dire qu'il y a une porte ouverte à ça dans la loi. Bien, merci. Je vous
remercie pour votre présentation et vos réponses.
M. Voghel (Merlin) : Merci à vous.
Le Président (M. Jacques) : Merci
pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques minutes pour
accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 16 h 53)
(Reprise à 16 h 57)
Le Président (M. Jacques) : La Commission
des transports et de l'environnement reprend ses travaux. Je souhaite la
bienvenue aux représentants du Conseil de l'industrie forestière du Québec. Je
vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après
quoi, nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à commencer votre exposé.
Conseil de
l'industrie forestière du Québec (CIFQ)
M. Samray
(Jean-François) : Oui, M. le Président, merci beaucoup. Merci à tous
les membres de la commission d'être présents. Mon nom est Jean-François
Samray, je suis le PDG du Conseil de l'industrie forestière du Québec.
Le conseil est le principal porte-parole de
l'industrie et représente les intérêts des entreprises de sciage, résineux,
feuillus, de déroulage, de pâtes et papiers, de cartons et panneaux, fabricants
de bois d'ingénierie, et les entreprises de biens et services qui les
supportent. Donc, je suis accompagné aujourd'hui de Rachel Thibault, qui est
directrice adjointe, Environnement, au CIFQ; de M. Léon Marineau, qui est
vice-président, Environnement, chez Cascades; ainsi que M. Sylvain Girard, qui
est vice-président et directeur général chez Papiers White Birch.
Donc, d'entrée de jeu, le CIFQ tient à saluer
l'initiative du gouvernement de proposer l'instauration du Fonds bleu. L'eau a
une grande valeur, et doit être utilisée judicieusement, et protégée. Nous
comprenons que ce fonds sera alimenté à même
la redevance sur l'eau, dont les montants seront établis par une modification
des règlements existants. D'autres sommes, provenant notamment des
crédits alloués par le gouvernement, alimenteront aussi le Fonds bleu, comme
l'a annoncé le gouvernement.
Ceci étant, le CIFQ ne peut dissocier le projet
de loi du règlement sur la redevance exigible pour l'eau et pour l'utilisation de l'eau, publié le
12 avril dernier. C'est pourquoi les commentaires que nous formulerons
aujourd'hui, et que nous avons
formulés dans notre mémoire, intègrent les effets de la hausse annoncée des
redevances dans ce règlement.
Donc, allons-y avec l'industrie forestière et la
consommation d'eau. L'eau est une composante essentielle de la fabrication des
pâtes, papiers et cartons. La quantité d'eau requise pour la fabrication a
considérablement diminué au cours des
40 dernières années, essentiellement en raison de la recirculation dans
les différentes étapes des procédés de
fabrication. Bien que la quantité d'eau utilisée pour produire le papier, le
carton et les pâtes varie d'une usine à l'autre, notamment en fonction des
procédés de fabrication, la tendance générale est résolument à la baisse. Entre
1981 et 2020, il y a eu une baisse de 67 % de la quantité totale
d'eau utilisée.
En 2010, un rapport intitulé Évaluation des
rejets d'eaux usées des usines de pâtes et papiers du Québec en fonction du
milieu récepteur, du ministère de l'Environnement, mentionnait que «le
secteur des pâtes et papiers a su relever le défi de normes réglementaires de
plus en plus exigeantes et, de façon générale, a poursuivi ses efforts pour atteindre des niveaux de rejets bien en dessous de
ces normes réglementaires. Aujourd'hui, ce secteur peut être considéré, à plusieurs égards, comme un pionnier dans l'adoption de
bonnes pratiques environnementales.» En matière d'eau consommée, selon
l'analyse d'impact réglementaire déposée en soutien de la modification du
règlement relatif aux redevances, ce sont
quelque 335 entreprises qui paient actuellement des redevances. En 2021,
le secteur papetier représentait 32 % des sommes versées.
• (17 heures) •
Selon la projection
de 2025 dans le document, le secteur papetier assumerait 41 % des
redevances, soit 44 % du volume déclaré. Ce faisant, le secteur de la
fabrication du papier serait le plus grand contributeur aux redevances des
secteurs industriels visés. Nous tenons à rappeler que les usines de pâtes et
papiers du Québec retournent la quasi-totalité de l'eau aux cours d'eau après
traitement. En effet, c'est plus de 90 % de l'eau prélevée de ces usines
qui est retournée aux cours d'eau après avoir fait l'objet d'un traitement
primaire, secondaire, en respectant les objectifs environnementaux de rejet,
basés sur les critères de qualité de l'eau de surface et les normes en vigueur.
C'est pourquoi le CIFQ, dès les débuts de la réflexion gouvernementale
concernant la protection des ressources d'eau, recommandait et recommande
toujours une approche basée sur la consommation réelle d'eau, eau prélevée
moins eau rejetée, plutôt que sur la quantité d'eau utilisée. Voilà.
Donc,
la hausse drastique et les effets cumulatifs, maintenant. Pour le secteur
des pâtes et papiers, c'est une
hausse... cette hausse du taux de redevances de 1 400 %, dès
2024, qui est proposée par le projet de règlement déposé par le gouvernement,
cette augmentation aura un impact de 11,2 millions, dès 2024, et l'analyse
d'impact réglementaire du projet fait état de 83 millions sur sept ans. Il
s'agit d'une hausse drastique et rapide qui aura un impact financier important
pour les usines papetières et leur compétitivité.
C'est
pourquoi nous recommandons une hausse plus progressive afin de notamment donner
le temps nécessaire aux usines de rechercher et de mettre en place des
solutions réalistes sur le plan technico-économique pour améliorer les usages
de l'eau. Et là-dessus mes collègues se feront un plaisir de vous partager leur
réalité.
De plus, les actions
requises pour diminuer davantage des quantités d'eau utilisées pour la
fabrication des pâtes et papiers requerront
des investissements importants. C'est pourquoi nous recommandons également
qu'une partie du montant de
redevances soit rendue disponible pour les entreprises assujetties afin
d'appuyer des projets de réduction des prélèvements.
À
cette hausse drastique s'ajoutent plusieurs initiatives gouvernementales
portant sur l'énergie et l'environnement qui ont entraîné et
entraîneront des coûts additionnels aux entreprises du secteur forestier.
Pensons notamment à la hausse des tarifs d'électricité de 6,4 % pour les
tarifs G et M et 4,2 % pour le tarif L, la modification du système de
plafonnement et d'échange des droits d'émission pour la période 2024‑2030,
le Règlement sur l'intégration du contenu à
faible intensité carbone dans l'essence et le diesel, cela sans compter les
coûts d'acquisition de la matière ligneuse, qui a crû à une vitesse dépassant
largement l'inflation, qui a généralement grimpé jusqu'à environ 8 % dans
l'ensemble de l'économie, alors que les coûts reliés à la récolte de
bois ont affiché des hausses de plus de 20 % en 2021‑2022.
C'est
pourquoi nous considérons essentiel de tenir compte de l'enjeu de l'effet
cumulatif des mesures adoptées par le législateur afin d'éviter d'affecter la
compétitivité des entreprises de notre secteur et fragiliser leur croissance.
Finalement, Ontario
et le transfert des coûts associés à la redevance de l'eau. Rappelons que le
système de redevances de l'eau de l'Ontario,
souvent comparé à celui du Québec, ne s'applique pas aux usines de pâtes et
papiers et de produits du bois dans cette province. Le CIFQ recommande donc au
législateur québécois d'avoir une approche similaire à celle de
l'Ontario en cette matière afin de conserver la compétitivité du secteur
forestier.
Rappelons finalement
qu'alors que certains secteurs d'activité auront la possibilité d'augmenter le
prix de leurs biens et services pour transférer aux consommateurs une part de
la hausse des redevances, le coût relié à la hausse de 83 millions sur
sept ans pour le secteur des pâtes et papier ne pourront être transférés aux
consommateurs, étant donné la structure industrielle du secteur forestier, dont
le prix des produits demeure toujours le reflet de l'offre et de la demande sur
l'échelle mondiale. Il s'agit, selon nous, d'un élément non négligeable pour le
législateur, et le législateur devrait en tenir compte dans ses décisions à
l'égard du projet de loi n° 20 mais également dans différents règlements
qu'il serait appelé à modifier au cours des prochaines semaines et qui auront
certainement un impact important sur la compétitivité des entreprises du
secteur forestier, des pâtes et papiers.
Donc, sur ce, M. le
Président, je vous remercie. Et nous sommes là pour éclairer la commission et
répondre aux questions.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre présentation. Je cède maintenant la parole à M. le ministre
pour une période d'échange de 16 min 30 s.
M. Charette :
Merci beaucoup, M. le Président. Vous quatre, merci d'être avec nous cet
après-midi. Vous disiez d'entrée de jeu que votre industrie a fait de grands
efforts, au cours des dernières années, pour diminuer son utilisation de l'eau.
C'est certainement exact, et on vous en remercie. Mais, en même temps, vous
conviendrez sans doute qu'on peut faire encore mieux. Et je comprends fort bien
que ce n'est jamais agréable de se faire proposer des augmentations de tarifs, qu'on soit une entreprise, qu'on soit un
individu. Enfin, en même temps, il faut voir la finalité de ces nouveaux
tarifs.
Vous conviendrez qu'à
2,50 $ le million de litres, c'est donné. C'est un prix qui ne fait pas de
sens. C'est un prix qui n'a pas été rehaussé, là, depuis plusieurs années. Et
1 million de litres, on perd souvent la mesure de ce que c'est. C'est
énorme. 1 million de litres, c'est la consommation en eau de
4 000 personnes par jour, notamment. Donc, 2,50 $ pour une
quantité d'eau aussi importante, c'est complètement dépassé.
Donc, dans votre cas, il y a deux tarifs. Dans
votre cas, vous avez le tarif le plus bas. C'est déjà et ce sera toujours le
cas avec la hausse qui est proposée. On passe de 2,50 $ à 35 $,
essentiellement, et même à 35 $ le million de
litres... C'est quand même une ressource qui ne vous appartient pas, hein?
C'est l'esprit même de la loi. L'eau n'appartient pas à des individus,
n'appartient pas à des entreprises, c'est une ressource qui est collective.
Donc, pour une ressource qui est collective, à 35 $ le million de litres,
ça demeure tout à fait justifiable.
Maintenant, vous
dites : Il faudrait ne pas assujettir les entreprises de pâtes et papiers.
Déjà, là, on ne peut pas, on ne reculera pas... on ne reculera pas là-dessus.
Vous êtes déjà assujettis depuis plusieurs années, donc on ne retire pas de
groupes qui étaient déjà assujettis. Et vous nous demandez de considérer
uniquement l'eau qui est réellement captée et non pas l'eau qui est rejetée. Ça
non plus, on ne peut pas, pour des raisons évidentes. À partir du moment où
vous utilisez cette eau-là, vous l'altérez en partie, à travers différents
additifs qui peuvent être ajoutés à l'eau,
donc l'eau que vous retournez n'est pas dans l'état qu'elle était initialement.
Donc, il faut considérer également cet élément-là.
Donc, dans les deux
cas, j'aime mieux être transparent pour vous... avec vous, on ne peut pas ne
pas vous assujettir, vous l'êtes déjà, et on ne peut pas considérer uniquement
l'eau qui est captée, par rapport à tout ce qui a été utilisé au final. C'est
des questions d'équité, et il faut que vous preniez conscience que l'eau que
vous utilisez et que vous rejetez n'est pas la même eau qui a été au départ captée.
Donc, c'est des principes, là, pour lesquels on doit convenir, là, que c'est
une simple forme d'équité.
Maintenant,
vous parlez de circulation, de recirculation. Je serais très intéressé à vous
entendre davantage là-dessus, parce qu'effectivement vous n'intégrez pas
une partie... une grande partie de l'eau que vous utilisez. Vous l'utilisez à
des fins de procédé, oui, mais sans l'intégrer dans vos produits, pour
l'essentiel. Quels sont les efforts qui ont été faits, au cours des dernières
années, pour augmenter cette recirculation-là et dans quelle mesure on pourrait
en faire davantage, d'efforts, à ce niveau?
• (17 h 10) •
M. Samray
(Jean-François) : Oui. Bien, écoutez, merci, M. le ministre, pour les
éclaircissements. On convient, le CIFQ convient avec vous que l'eau est une
ressource publique, c'est-à-dire qui appartient à tous les citoyens, pas plus à
un qu'à l'autre, et nous en convenons. Je pense que, derrière ça, à titre de
citoyen corporatif, les membres du CIFQ, principalement les usines de pâtes et
papiers et de carton, font leur part. L'eau n'est pas gratuite, elle entraîne
un coût de par leur utilisation, le pompage, les traitements qui sont faits.
Et je pense que le
schéma dans les graphiques, à notre mémoire, à la page 4, démontre ce qui
a été réalisé. Derrière ça, je pense que ce qu'il faut retenir, ce n'est pas le
prix, mais bien le choc tarifaire : 1 400 % d'un coup, c'est
quand même nettement considérable, vous en conviendrez, de votre côté, avec
nous aussi. Donc, je vais laisser mes collègues amener des éclaircissements,
comment ont-ils réussi à faire cette baisse de 68 %... 67 %,
68 % au cours des... depuis 1980. Donc,
MM. Marineau ou Girard, si vous pouviez donner des exemples de cette réalité
que vous avez réalisée. Il faut ouvrir votre micro.
M. Marineau
(Léon) : Premièrement, dans l'industrie, il y a plusieurs types de
production, donc plusieurs types d'usines, et donc la réalité, en fait, entre
chacune des usines est... peut être très différente. Mais oui, l'industrie a
besoin d'une grande quantité d'eau et selon le type de procédé, on peut plus ou
moins...
Pour imager, je
pense, quand même, clairement, ce que l'on fait chez nous, par exemple, chez
Cascades, on réutilise la même goutte d'eau entre 10 et 20 fois avant, donc, de
la rejeter au cours d'eau. Donc, quand... C'est une image globale, mais, si on
prend la quantité d'eau qui rentre à la machine à papier versus l'affluent
final, c'est qu'on la réutilise 10 à
20 fois. Donc, déjà, il y a des efforts importants de faits, de réutilisation
d'eau. Puis c'est dans l'intérêt de l'industrie de le faire, pour deux
raisons : consommation... réduction d'énergie, parce qu'on travaille au
niveau de l'eau qui est plus chaude que l'eau du cours d'eau, et aussi
une meilleure récupération de la fibre, donc, des incitatifs à réduire nos
consommations d'eau.
Et c'est pour ça que,
sans redevances... Ça fait bien des années qu'on travaille à réduire les
consommations d'eau, mais, comme tout bon procédé, c'est sûr qu'il y a une
limite. Il y a une limite physique, à un moment donné, à pouvoir réutiliser
tout le temps la même eau, puisqu'effectivement, vous l'avez mentionné, on
altère l'eau et donc, à un moment donné, il faut procéder au traitement et sa
disposition.
Donc, ça fait
longtemps, chez nous, qu'on fait des programmes de réduction de consommation
d'eau à travers des moyens technologiques.
Dans une usine de pâtes et papiers, il y a des centaines et des centaines de
mètres de tuyauterie de toutes sortes de types d'eau. Et donc, quand on parle
de réduction de consommation d'eau, ça demande... ce sont des projets
qui sont importants en capital, parce que ce n'est pas de fermer une valve,
mais c'est de rediriger des eaux à d'autres endroits, et tout, donc c'est
d'intervenir dans le procédé.
Et pour reprendre un
commentaire qui a été fait sur la disponibilité du Fonds bleu, bien, si on veut
que l'industrie continue à s'améliorer, je crois que ça va passer par des
projets d'investissements. Et, si on peut avoir accès à une partie des fonds qu'on va avoir fourni, bien, ça va nous
aider à faire une certaine transformation, parce que ce n'est pas... il y a peu
d'eau qui est gaspillée, et, pour la réutiliser davantage, ça passe par des
projets d'investissements.
M. Charette :
Ces investissements-là seraient
effectivement bienvenus. Et déjà je salue toute l'innovation, là, que l'on retrouve chez Cascades, pour avoir visité
déjà vos installations, vous êtes certainement un leader en la matière.
Mais malheureusement, tous les joueurs de l'industrie ne sont pas à la même
place et n'ont pas eu les mêmes réflexes au cours des dernières années. Donc,
c'est certainement une industrie qui peut continuer à s'améliorer à ce
niveau-là.
Vous parliez d'eau
qui est captée, d'une eau qui est traitée avant d'être rejetée. Une fois
traitée, vous conviendrez avec moi qu'il reste encore des contaminants, ce
n'est pas une eau... oui, des contaminants qui sont conformes à la
réglementation, j'en conviens, mais vous admettrez que l'eau qui est rejetée
n'est pas une eau qui est pure comme elle pouvait l'être au moment, là, de sa
captation.
M. Marineau
(Léon) : Je vais laisser Sylvain prendre la parole, peut-être.
M. Girard (Sylvain) : Bien,
effectivement... Le micro est ouvert? Oui, effectivement, il reste des sels dans
l'eau, la dureté est différente, la
conductivité est différente. On respecte l'ensemble des normes fédérales,
provinciales, mais ce n'est pas une eau qui est potable. Comme l'eau,
quand on la prélève dans la rivière, bien, elle n'est pas potable non plus, on doit la nettoyer pour être
capable d'opérer et produire du papier avec cette eau-là. Bien, effectivement,
après le traitement secondaire, on a
réoxygéné, c'est une eau de qualité, mais ce n'est pas de l'eau potable,
effectivement.
Je reviendrais un petit peu sur les explications
que M. Marineau a données tantôt. Effectivement, au niveau... concernant les
efforts, c'est sûr que c'est différent pour chacune des usines. Quand on
regarde la courbe, là, qui est mentionnée dans le dépôt, à la page 4, on
voit une baisse qui est quand même constante, et elle est assez abrupte jusqu'à... ou autour des années 95. C'est
l'année où on a fait les traitements secondaires dans les usines. Ça fait qu'il
y a des décisions stratégiques qui
sont prises à ce moment-là. Ça fait qu'il y a des stratégies qui ont été prises
dans différentes usines, puis c'est à peu près là qu'on a gelé les
concepts.
Puis maintenant on travaille pour s'améliorer,
mais on vit aussi avec ces grandes orientations là qui ont été données dans le
temps. Ça fait que, quand on arrive pour modifier pour s'améliorer, c'est là
qu'on tombe dans la tuyauterie, on tombe dans les travaux civils, les
caniveaux, les... pour faire de la recirculation. Ce n'est pas qu'on ne peut
pas s'améliorer, mais ça explique souvent l'écart qu'il peut y avoir entre
différentes usines.
En ce qui nous concerne, des efforts, il y en a
eu de faits pour réduire la consommation. On a des groupes de travail qu'on
fait avec les employés. On l'a fait dans nos usines, à différentes périodes,
pour sauver de l'eau et aussi sauver de l'énergie, parce que c'est intimement
lié. Puis il y a des activités qui étaient faites pour aller chercher les
projets ou les modifications, les recirculations qu'on pouvait faire, je vous
dirais, avec des coûts qui sont quand même raisonnables. Ça fait que ça, ça
s'est fait au cours des dernières années.
Pour aller plus loin, maintenant, bien, ce qu'il
faudrait faire, c'est mettre des tours de refroidissement, parce que plus on va recirculer, et plus on va remonter
la température de l'effluent, et là on va devoir installer des échangeurs de
chaleur ou installer des tours de refroidissement. Parce que des échangeurs de
chaleur, c'est haut. On reste toujours dans le même dilemme. Donc, ça prend des
tours de refroidissement, ça prend d'autres systèmes pour être capable de
baisser les températures pour réduire... et réduire les consommations à
l'intérieur de l'usine. Ça fait que ça demande des investissements qui sont...
je vous dirais, qui sont majeurs. Je ne dis pas que c'est impossible, je ne dis
pas que ça ne se fait pas, mais c'est quand même des investissements qui sont
majeurs.
M. Samray (Jean-François) : Donc,
sur cette base, M. le ministre, on comprend que le principe de
l'utilisateur-payeur est à la base du projet de loi. Mais peut-être que ce que
les membres du CFIQ vous disent, c'est que,
pour réaliser les investissements à venir, y inclure également le principe du
payeur-utilisateur du Fonds bleu pourrait être une bonne idée.
M. Charette : Là-dessus, on aura
l'occasion d'aborder la question au moment de l'étude article par article, mais
le projet de loi rend possible une aide, mais l'aide comme on la perçoit, comme
on la conçoit à ce moment-ci, l'aide ne pourra jamais excéder le prix de la redevance
payée. Donc, si jamais une entreprise investit x montants, mais que la
redevance payée au fil des années aura été de x, ça ne pourra jamais excéder le
fruit de sa propre redevance. Donc, ça, c'est quelque chose qui est envisagé.
Parce que le but du projet de loi, je le
réitère, ce n'est pas d'engranger de l'argent, c'est de préserver la ressource
et de favoriser des changements de comportement. Donc, la possibilité, elle est
prévue dans le projet de loi. Reste à voir
les programmes qui pourront être mis en place, mais déjà, réitérer une chose,
ça ne pourra jamais excéder le prix qu'une entreprise en particulier
aura payé à travers sa redevance.
J'ai des
collègues qui veulent intervenir. Le temps est malheureusement limité et, vu
que vous êtes à distance, déjà, je vous remercie, là, pour votre
présence, cet après-midi, étant donné que je n'aurai pas l'occasion d'aller
vous serrer la main. Donc, merci d'être avec nous cet après-midi.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole au député de Masson pour une
période de 3 min 30 s.
M. Lemay : Merci, M. le Président.
Bonjour à vous tous. Alors, j'ai bien lu votre mémoire puis j'ai bien compris
aussi que vous mentionnez subir l'impact cumulatif, là, des différentes
réglementations, là, ne serait-ce que l'augmentation des tarifs d'Hydro-Québec,
là. Vous avez mentionné le tarif L, G M. Vous avez mentionné aussi que, malgré que l'inflation soit de 8 %, là, votre
industrie a des impacts plutôt de l'ordre de 20 % et que, tu sais, vous
demandez qu'on ne considère pas, de façon isolée, les éléments des différentes
réglementations. Ça, je l'ai bien compris. Vous avez aussi mentionné que votre
principe de... tu sais, vous faites un prélèvement, mais que vous en utilisez
une certaine quantité puis vous en
retournez. Donc, ce que j'ai pu comprendre aussi, que c'était juste 10 %
que vous retournez, donc, tu sais... en fait, c'est... Allez-y, madame,
vous semblez...
M. Samray (Jean-François) : Bien, en
fait, sur 100 % qui est prélevé, 90 % est retourné et il n'y a que
10 % qui est consommé. Et cette consommation-là, la majeure partie, là, je
vous dirais, est perdue dans le séchoir, où là il y a évaporation de l'eau. On sèche la feuille de papier, qui arrive
très... à environ 98 % humide et qui est donc séchée.
• (17 h 20) •
M. Lemay :
OK. Parfait. Puis la question, c'est, en fait... puis le
ministre vient de l'aborder dans la question précédente,
concernant, là, les redevances qui sont payées versus des projets, pour,
justement, réduire les prélèvements : Est-ce que vous avez déjà
fait une analyse d'impacts financiers sur comment ça peut coûter, par exemple,
pour être en circuit fermé, tu sais, versus
le... Est-ce que ce serait excédentaire au montant de redevance? Est-ce que
c'est quelque chose que vous avez déjà évalué?
Je comprends qu'on
doit mettre des mesures supplémentaires puis avoir les évaporateurs, mais... En
fait, tu sais, pour essayer d'être le plus
possible en circuit fermé, est-ce qu'on... Malgré le fait que vous avez déjà
fait beaucoup d'efforts, là, on l'a vu dans votre mémoire, est-ce que c'est
possible, éventuellement, d'arriver en circuit fermé ou ce ne sera jamais... ce
ne sera jamais possible à cause de la perte que vous avez en condensation?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
je vous dirais, il faut comprendre à quoi sert l'eau, hein, dans une papetière
ou une cartonnerie. L'eau sert à deux
choses : répondre à des besoins d'échange thermique, donc en
thermodynamique, puis elle sert de vecteur à prendre une fibre de bois
qui est sur un copeau et aller la déposer sur un lit de feutre où on va avoir
une feuille uniforme. Et ça, il n'y a pas vraiment une usine qui a la même
technologie, qui a la même... qui produit le même produit. Donc, une usine
générique, ça n'existe pas, il faudrait le faire usine par usine.
Donc, je vais laisser
à M. Marineau ou Girard à l'effet de dire est-ce que, chez eux, ils l'ont
calculé ou est-ce que c'est quelque chose qui pourrait être calculé.
M. Marineau
(Léon) : Oui, bien, de notre côté, on est déjà en circuit d'eau
relativement fermé, donc c'est sûr que nous, pour aller plus loin, donc, c'est
plus difficile. Mais, pour vous... répondre à votre question, concernant l'augmentation des redevances anticipées, là,
selon le facteur de 14 fois, ça représente peut-être 1 % des
investissements qu'on devrait faire, sans compter que, plus que la
valeur de l'augmentation de la redevance... on aurait des coûts d'opération
encore plus importants.
Donc, juste les coûts
d'opération seraient plus importants que la redevance, puis je ne calcule même
pas les coûts d'investissement, qui seraient au moins 100 fois plus
importants. Donc, il n'y a pas de...
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci termine les interventions avec le gouvernement, avec la partie gouvernementale. Je cède maintenant la parole à l'opposition
officielle, à Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce, pour un temps de
parole de 12 min 23 s.
Mme McGraw : Merci, M. le Président. Et merci à vous, messieurs
et madame, d'être avec nous aujourd'hui. Alors, je voudrais rentrer un
peu dans le concret.
Vous avez parlé des
impacts anticipés du projet de loi n° 20 sur les entreprises, sur votre
industrie, sur le secteur et sur la compétitivité. Alors, j'inviterais de
parler un peu plus du concret au niveau des membres qui sont peut-être des PME. Est-ce que vous pouvez nous en
discuter et nous en parler, l'impact sur les PME, ou est-ce que c'est plutôt
juste des grandes entreprises qui sont membres?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
écoutez, on a des PME qui sont membres chez nous, mais les principaux impactés
sont les usines de pâtes, papier et de carton. Et ça, pour faire une telle
usine, c'est dur d'être une PME, quand il faut lever environ
1 milliard pour construire une usine, donc... Mais l'additionalité,
l'impact de l'ensemble des réglementations
qui s'ajoutent puis de l'ajustement des tarifs, ça, ça touche autant les
grandes que les petites entreprises qui viennent les supporter.
Mais,
chose certaine, comme MM. Marineau et Girard l'ont mentionné, si, pour
recirculer moins d'eau, il faut installer des échangeurs thermiques pour
utiliser de l'électricité pour refroidir l'eau, ce qu'on gagne d'un côté, avec
l'eau, on le perd de l'autre côté avec
l'électricité. Et ce qu'on comprend, c'est que l'électricité n'est pas une
ressource qui est indéfinie. Donc, il
y a un projet de loi qui va être déposé, il y a une consultation qui va se
faire à ce sujet, mais ça aussi, ça va avoir un impact. Donc, il y a des
choix stratégiques à faire là-dessus.
Mme McGraw : Merci.
Et je retiens ce que le ministre avait dit, qu'on ne va pas reculer, on ne va
pas aller en arrière et que, justement, on
comprend que le Québec, à date, a été, dans le monde... au Canada, mais dans le
monde entier, on est un peu en arrière. Par contre, on comprend, donc, on pense
que le projet de loi, c'est un pas important vers l'avant, mais on
comprend qu'il y a des impacts sur des secteurs et des industries importantes
au Québec.
Alors, je vous
inviterais... Lorsqu'on va regarder, on va passer en étude détaillée, est-ce
qu'il y aurait des éléments particuliers que vous voudriez souligner, par
exemple, des outils qui seraient nécessaires pour faire face à l'application de cette loi éventuelle? Donc,
est-ce que vous avez des précisions, lorsqu'on va rentrer en étude détaillée,
pour qu'on puisse prendre en considération...
M. Samray
(Jean-François) : Bien, je vous dirais, je pense que peut-être... Oui,
je vous dirais que, tel qu'on l'a mentionné tout à l'heure, à la question du
ministre, je pense que le principe d'utilisateur-payeur est là pour le
prélèvement de l'eau, mais avec 43 % des fonds qui vont venir de
l'industrie, d'avoir... d'enchâsser dans la loi également le principe du
payeur-utilisateur du Fonds bleu... parce que c'est ce secteur qu'on a ciblé
pour faire le plus grand pas en avant,
malgré le fait qu'il en a fait déjà 67 %, de pas en avant. Si on veut lui
demander de faire le prochain pas,
bien, ça va prendre, à quelque part, de la capitalisation. Là-dessus, je pense
que M. Girard voulait ajouter des choses.
M.
Girard (Sylvain) : Bien, peut-être pour rendre ça un peu plus concret,
pour White Birch, trois usines, l'augmentation
de 1 400 %, ça représente 1,2 million par année. Pour l'usine de
Québec, ça représente une augmentation de 855 000 $. Ça veut
dire que l'année prochaine, janvier, donc, ce qu'on aurait à payer, en 2025,
pour l'année 2024 représenterait 925 000 $. C'est quand même
majeur. Et puis avec la majoration de 3 % par année, ça veut dire...
comptez trois ans plus tard, on va être rendus à 1 million de redevances.
Ça fait que c'est ça, l'impact qu'on a.
Disons que ça fait
quelques semaines qu'on le sait, puis, si ça, ça rentre en force en 2024,
disons que ça ne donne pas de temps pour
s'adapter, pas de temps pour s'ajuster. Et on a besoin de temps pour faire des
investissements, se préparer pour réduire l'impact de cette taxe-là. Ça
fait qu'une chose : ça prendrait du temps.
Et puis j'entendais
aussi le ministre, tantôt, parler d'un concept où ceux qui paient plus, bien,
pourraient avoir accès à davantage de fonds. Donc, c'est un peu le principe
d'assignation qu'on a au niveau des GES. Bien, ça pourrait être quelque
chose... C'est intéressant, ça, d'avoir accès à des fonds, je comprends, pas
plus que le montant que tu peux avoir versé ou une certaine portion, mais ça
pourrait aider. Mais ce qu'on a besoin, d'abord et avant tout, là, c'est du
temps et de l'aide pour être capables de faire les changements. Parce que,
comme j'expliquais aussi, tantôt, depuis 1997, on vit avec un bagage génétique,
avec des décisions stratégiques qui ont été prises. Puis là, pour changer ça,
ça va prendre des investissements majeurs puis majeurs dans le sens... c'est
des tours de refroidissement, c'est des réseaux de tuyauterie, c'est des canaux,
c'est des presses de lavage pour faire des séparations entre les départements
de pâtes... techniques, mais en... puis les machines à papier, pour être sûr de
ne pas contaminer tes eaux puis récupérer au maximum. Ça fait qu'en gros c'est
ce que ça représente comme effort.
Mme McGraw : Merci.
Je pense que c'est un portrait très clair. Là, vous avez aussi parlé
d'investissements puis d'innovation. Le secteur a beaucoup évolué, pendant les
40, les 40 années... depuis 40 ans, je devrais dire, alors qu'est-ce
que vous envisagez, dans les prochaines 40 années? Est-ce que vous pouvez
nous parler de ce qu'il y a à venir, en termes de l'utilisation de l'eau, au
niveau du secteur?
M. Samray
(Jean-François) : Bien, écoutez, je pense que... que ce soit en matière
de réduction de l'eau, où le secteur a réduit sa consommation de 67 %, ou
que ce soit en matière de GES, où là également la réduction a été de 67 %, donc, s'il y a un secteur, dans
l'économie québécoise, qui a été performant, qui a démontré... qui a retiré
l'ensemble des «low hanging fruits», qu'on pourrait appeler, des mesures
qui sont facilement atteignables, c'est bien le secteur de l'industrie
forestière, c'est bien le secteur des pâtes, papiers et cartons. Et donc, ça,
je pense que c'est important de le
constater, et qu'on n'a pas attendu qu'il y ait la création d'un fonds bleu ou
d'une bourse du carbone pour agir. Je pense que les actions qui ont été
posées au courant des dernières décennies, elles parlent par elles-mêmes à
l'effet de dire comment est-ce que le secteur a été novateur.
Maintenant,
dans les actions à venir, je pense qu'il va falloir changer certains paradigmes
pour être capables de faire les
prochaines réductions. Puis changer des paradigmes, ça signifie changer des
équipements au complet, redessiner des usines, et ça, bien, ça prend un
certain temps, parce qu'il y a la loi... il y a différentes lois qui
s'appliquent, il y a des demandes de permis,
il y a également... ça prend des plans signés, scellés, et tout ce principe-là
demande du temps, de là notre demande
à l'effet de dire qu'il devrait y avoir, selon nous, une modulation dans le
temps, de cette augmentation, plutôt que de créer un choc tarifaire.
Parce qu'il faut
réaliser que les investissements qui vont être faits pour répondre à la demande
de réduction des volumes d'eau consommée,
bien, c'est des investissements qui ne seront pas mis en recherche et en
développement de nouveaux produits. Il y a un moment donné, dans une
compagnie, il y a une limite à ce qu'il y a pour... de capital pour faire des projets. Et donc, quand on investit
dans la conformité ou dans les... dans des nouvelles exigences qui sont
amenées, bien, on le prend à même les fonds en capitalisation, puis, ces
fonds-là, ou on fait de la R&D pour assurer la pérennité puis la compétitivité avec des nouveaux produits, ou on le
fait pour transformer les lignes de production. Puis, messieurs, allez-y
avec d'autres exemples.
• (17 h 30) •
M. Girard
(Sylvain) : Moi, je pourrais ajouter que dans notre...
M. Marineau
(Léon) : ...une question, sur 40 ans, donc, c'est difficile de se
projeter d'ici 40 ans, mais je pense que les efforts qui vont devoir être
faits dans les usines vont dépendre aussi de la capacité du milieu récepteur. Donc, chaque usine est située sur un bassin
versant pour lequel les quantités d'eau ne sont pas les mêmes. Et, quand on
est rendus à des fractions de la consommation d'eau, on va dire, traditionnelle
ou historique, chaque diminution, évidemment, n'est pas proportionnelle, c'est
plus coûteux à faire.
Donc, il peut y
avoir, dans le futur, dans certaines régions, par exemple, où il y a une
carence d'eau, des efforts additionnels à faire pour réduire davantage, mais ça
va se traduire par des coûts relativement élevés parce que ça va passer par des solutions technologiques qui
sont, bon, moins courantes, mais souvent qui existent puis qui, à notre niveau,
offrent des inconvénients au niveau des coûts d'opération, principalement.
Donc, dans un endroit semi-désertique, on
ne devrait pas faire le même effort que si on est le long du fleuve
Saint-Laurent, ça, c'est certain. Je pense qu'il y a un équilibre à
avoir là. Donc, sur le long terme, il va y avoir des solutions qui vont être
développées en fonction des bassins versants.
M. Samray
(Jean-François) : Puis j'ajouterai, en terminant, qu'il y a un autre
facteur qu'il faut prendre en considération, c'est celui de la disponibilité
des mégawatts. Donc, si on veut remplacer du refroidissement par l'eau par du
refroidissement électrique, bien, l'industrie a besoin de savoir la quantité de
mégawatts qui vont lui être rendus
disponibles pour faciliter la réduction de la consommation d'eau. Ça, c'est un
élément déterminant et fondamental.
Mme
McGraw : Merci. Il y a une proposition, ce n'est pas nécessairement
notre recommandation, mais ça m'intéressait d'avoir votre réaction, proposition
qu'on a entendue : Seriez-vous ouverts à bonifier vos processus de
traitement avant rejet, pour des crédits sur redevance?
M. Samray
(Jean-François) : Messieurs?
Mme Thibault (Rachel) : Bien,
peut-être juste un point, il y a déjà aussi l'application du principe
pollueur-payeur, puis je pense que,
comme détenteur dans ce qu'on appelait anciennement les attestations, le
secteur des pâtes et papiers est déjà aussi un contributeur sous ce
principe-là. Donc, il y a déjà une forme de paiement qui se fait sur les
rejets.
M. Marineau
(Léon) : Concernant la proposition, c'est un peu comme... Je pense, le
ministre l'a mentionné tantôt qu'il est probablement favorable à l'idée de
payeur-utilisateur. Donc, ça, ça va dans le même sens. Il y a des efforts de
l'industrie... qui est fait, qui peut, d'une certaine façon, être reconnu par
le gouvernement. C'est clair que c'est
quelque chose qu'on doit regarder, parce que, dans la... à travers le monde, il
y a toutes sortes de technologies qui existent, et effectivement est-ce que
c'est possible de faire plus qu'actuellement avec les traitements primaires et
secondaires que l'on a? C'est
possible, mais souvent à grands frais. Donc, il faut voir le programme de
support à ce moment-là.
Mme McGraw :
Merci. Je crois qu'il me reste peut-être une minute, même pas, mais je vous
laisse le temps en conclusion. Est-ce qu'il y a des éléments que vous voulez
souligner en conclusion, d'autres éléments?
M. Girard
(Sylvain) : Bien, ce que je voulais vous dire, c'est qu'on va avoir
des choix à faire au niveau des projets en
capitaux, parce que, si on a des millions à mettre... côté de la réduction
d'eau... Puis je ne dis pas que c'est... il ne faut pas le faire, mais, quand
on arrive pour faire des projets de modernisation ou encore de diversification
de produits, on va avoir des choix à faire. Ceci étant dit, quand on
arrive pour faire un projet de diversification, puis on travaille là-dessus,
modification d'une machine à papier majeure, bien, il n'y a rien qui nous
empêche... et puis on le fait, qu'est-ce qu'on pourrait faire pour faire
différemment au niveau de la consommation d'eau, puis tu peux intégrer les deux
aussi en même temps.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci termine l'échange. Je cède maintenant la parole à Mme la députée
de Verdun pour plus ou moins cinq minutes.
Mme Zaga
Mendez : Cinq minutes? Bien, merci, M. le Président. Je veux remercier
les représentants du Conseil de l'industrie
forestière d'être avec nous aujourd'hui. On a entendu vos demandes, puis
j'aurais des questions peut-être un peu plus sur les effets sur les
coûts d'opération. En lisant votre mémoire, vous nous parlez des impacts que les redevances ont sur les coûts d'opération.
Je voulais savoir si vous avez fait le calcul de... Présentement, quel est
le pourcentage des coûts d'opération qui
sont destinés au paiement des redevances maintenant et quel serait le
pourcentage après l'adoption de la loi?
M. Samray
(Jean-François) : Bien, écoutez, je pense, pour répondre à votre
question, on doit... on ne peut pas y
répondre sans prendre les autres augmentations qui sont prises... qui sont
également associées à différentes mesures législatives ou différentes décisions gouvernementales. Donc, vous nous
posez la question à savoir, bon, prise individuellement, la redevance
sur l'eau, qu'est-ce que ça représente, mais cette redevance-là puis l'impact
ne peut pas faire abstraction de
l'ensemble... comme on l'a mentionné, de l'ensemble des autres charges qui ont
été additionnées et qui sont là. Donc, quand on nous... quand on dit
«Québec is open for business», bien, écoutez, à un moment donné, l'industrie a
besoin d'une certitude pour être présente puis pour faire des investissements
en améliorations.
Donc, messieurs, si
vous voulez ajouter...
M. Girard
(Sylvain) : Oui, je peux faire un calcul rapide. Présentement, la
redevance coûte 26 $ la tonne quand je
vends une tonne de papier. On fait 250 000 tonnes. Ça va monter à
4 $ la tonne, si on regarde juste la redevance... juste la
redevance.
Mme Zaga
Mendez : Peut-être juste avec votre exemple, parce que c'est vraiment
intéressant, donc, vous nous dites qu'en ce moment c'est 4 $ la tonne,
puis quel est le coût...
M. Girard
(Sylvain) : Non.
Mme Zaga
Mendez : Non? Pardon, excusez-moi.
M. Girard
(Sylvain) : Non, non, ce n'est pas 4 $, autour de 0,25 $ la
tonne présentement. C'est au travers tous les autres coûts qu'on peut avoir,
là, mais ça, ça va être rendu une dépense quand même assez majeure, là, ça va
être rendu autour de 4 $ la tonne. On prend le montant divisé par le
nombre de tonnes qu'on fait.
Mme Zaga
Mendez : Je comprends, puis comparé au... quel est le coût de production?
M. Girard (Sylvain) : Ah! là,
je ne peux pas... on ne peut pas aller là-dedans, c'est confidentiel.
Mme
Zaga Mendez : Je comprends.
M. Girard
(Sylvain) : C'est vraiment confidentiel, mais ce n'est pas
négligeable. Ce n'est pas négligeable.
Mme Zaga
Mendez : Oui, je comprends, OK. Bien, merci pour cette partie de
réponse. Je trouve ça intéressant de... pour
juste mieux illustrer les effets, là, puis aussi de savoir si vous vous êtes
penchés un peu... Ce que je
comprends, c'est qu'avec la hausse des redevances, on est dans une situation
dans laquelle les coûts d'investissement puis les coûts d'opération sont supérieurs aux bénéfices, là. Donc, on
n'a pas encore atteint ce qu'on appelle les coûts efficients.
Est-ce que, de votre
côté... quelles seraient des redevances qui permettent d'atteindre cette
efficience entre l'investissement et le retour sur investissement?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
je pense que je vous dirais... D'une part, le 4 $ que mentionne M. Girard,
auquel ça deviendrait... il faut réaliser que c'est 4 $ sur un prix
payé par le client, qui est fixé par le client. C'est l'offre et la demande qui fixe. Donc, tout ce que l'industrie peut
faire, c'est contrôler ses coûts. Combien elle va obtenir pour la tonne fabriquée, elle n'en a aucune espèce
d'idée. C'est le marché, l'offre et la demande, qui vient le fixer. Ça,
c'est quelque chose de fondamental qu'il ne faut pas perdre de vue, là.
Donc, peut-être que
M. Marineau veut complémenter sur la question.
M. Marineau
(Léon) : Non, ça va. Quand on dit l'offre et la demande, là, c'est en
dehors d'un marché québécois ou canadien, évidemment, là, un marché mondial,
donc c'est pour ça qu'on n'a pas le contrôle sur le prix vendant des produits.
Donc, tout ce qu'on a, c'est le contrôle des coûts, et on compétitionne
effectivement avec tout le monde qui produit
des produits similaires à travers le monde. De façon concrète, pour nous, au
Québec, dans le fond, le principal compétiteur, c'est les Américains
puisqu'on est passablement intégrés en Amérique du Nord.
Donc, il faut juste
voir que cette redevance-là fait partie de la myriade de coûts, avec d'autres,
et il faut que le tout demeure compétitif. Et il est évident que 2,50 $ le
million de litres, ce n'est pas ça qui amène une papetière sur le bord de la faillite, là, mais c'est
l'ensemble des coûts qu'il faut regarder, et donc que ces coûts-là soient
similaires aux autres endroits, parce qu'encore une fois on ne pourrait
pas vendre au Québec notre produit final plus cher, parce qu'on est un modèle
au niveau de l'économie de l'eau, malheureusement.
Mme Zaga
Mendez : Je vous remercie.
M. Samray
(Jean-François) : Et donc, quand on...
Mme Zaga
Mendez : Excusez-moi, allez-y...
M. Samray (Jean-François) : Et
donc, quand on prend en considération que nos voisins ontariens ont la fibre
nettement moins chère qu'au Québec et qu'en plus ils ont un... ils ne sont pas
assujettis à une telle taxe, bien, voilà, c'est...
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Nous allons suspendre
quelques instants pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à
17 h 39)
(Reprise à 17 h 45)
Le Président (M.
Jacques) : La Commission des transports et de l'environnement reprend
ses travaux. Et je souhaite la bienvenue aux représentants du Regroupement
national des conseils régionaux de l'environnement du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, après quoi, nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à commencer
votre exposé.
Regroupement national des conseils régionaux de
l'environnement du Québec (RNCREQ)
M. Vaillancourt
(Martin) : Bonjour, M. le Président, M. le ministre et les membres de
la commission. Mon nom est Martin Vaillancourt, directeur général du
Regroupement national des conseils régionaux en environnement du Québec. Je suis accompagné de Mme Andréanne
Blais, directrice générale du Conseil régional de l'environnement du
Centre-du-Québec, qui devra nous quitter à 18 h 15 pour un autre
engagement, et de Mme Anne Léger, directrice générale du Conseil régional de
l'environnement des Laurentides. Merci de nous accueillir.
Tout
d'abord, je dois dire, là, d'entrée de jeu, que, globalement, on trouve
l'initiative de créer le Fonds bleu, là, très, très intéressante. Le
Regroupement national des CRE a contribué, au cours de la dernière année, aux
travaux entourant le Forum d'action sur l'eau. Il y a plusieurs éléments
qui ont été discutés dans les différents groupes de travail du Forum d'action sur l'eau qui se retrouvent
aujourd'hui dans les orientations poursuivies par le Fonds bleu. Donc, en soi,
là, c'est une nouvelle intéressante.
Lors
des annonces sur la création du Fonds bleu qui ont eu... d'abord, en août, puis
qui ont été réitérées lors de la COP15, il y a eu plusieurs orientations, de
manière générale, là, qui ont été prises, qui destinaient les sommes du Fonds
bleu. Aujourd'hui, on va aborder, à notre avis à nous, ce qui peut manquer ou
les activités qui pourraient faire l'objet
d'un financement du Fonds bleu, qui sont peut-être dans les angles morts, là,
des discussions qui ont pu avoir... jusqu'à maintenant, et on reprendra
aussi quelques initiatives, là, qui sont identifiées par les travaux du Forum
d'action sur l'eau, qui ont besoin de ce financement-là à travers le Fonds
bleu.
Avant de passer la
parole à mes deux collègues, je vais rapidement dire un mot sur le regroupement
national et les CRE. Donc, vous le savez sans doute, là, les CRE, conseils
régionaux en environnement, existent depuis maintenant...
En fait, le CRE du Lac-Saint-Jean a été fondé il y a 50 ans cette année.
On est... Nous sommes des organisations
issues du milieu. On travaille en collaboration avec les intervenants
régionaux, qu'ils soient municipaux... issus, là, des secteurs
agricoles, forestiers ou de la société civile en général.
Notre principal
outil, c'est celui de la concertation. C'est ce qui nous permet de réaliser des
projets. On va vous en présenter quelques-uns, d'ailleurs, pendant notre
intervention, et le regroupement national ainsi que les CRE sont des acteurs
qui sont très actifs sur les enjeux de l'eau. Certains se sont spécialisés sur
la santé des lacs, d'autres ont contribué grandement à la réalisation des plans
régionaux de conservation des milieux humides et des milieux hydriques, d'autres sont impliqués de d'autres
façons, là. On aura l'occasion d'y revenir. Donc, on trouve fort intéressant,
là, que des sommes supplémentaires soient
réservées au bénéfice de la qualité et de l'accès à de l'eau pour l'ensemble
des Québécois et des écosystèmes aussi présents sur nos territoires.
Je vais donc laisser
la parole à ma collègue Andréanne Blais.
Mme Blais
(Andréanne) : Donc, bonjour à tous. M. le Président, je prends la
parole pour vous partager nos idées d'activités qui n'ont pas été
nécessairement ciblées par le Fonds bleu proposé. On sait à quel point les
milieux humides et hydriques sont essentiels à la bonne gestion de l'eau sur
nos territoires, notamment dans un contexte de changements climatiques,
d'adaptation aussi aux changements climatiques, puis, à ce titre, le
regroupement national recommande d'allouer des sommes, par le Fonds bleu, à la
mise en oeuvre des plans régionaux des milieux humides et hydriques afin
d'aider les MRC à atteindre leurs objectifs.
• (17 h 50) •
On a vu, dans les
dernières années, à quel point les PRMHH ont été un exercice structurant où les
CRE, dans plusieurs régions, ont collaboré. Notamment, le CRE Centre-du-Québec
a été mandataire, là, pour quatre MRC, pour réaliser les PRMHH. Donc, on est en
mesure de voir tout le défi qui s'en vient dans les 10 prochaines années,
et les plans régionaux des milieux humides et hydriques incluent beaucoup
d'actions relatives aux solutions nature, et ce n'est pas sans fondement. Les MRC ont compris que, pour régler nos
problèmes d'inondations, nos problèmes d'accès à une qualité d'eau potable, on
se doit de mettre en oeuvre des actions de conservation de nos milieux humides et
hydriques et, à ce titre-là, on souhaiterait
voir, au niveau du Fonds bleu, des fonds qui seraient attribués à la protection
des prises d'eau potable et des zones de recharge, notamment au niveau des eaux
souterraines.
On peut penser, entre
autres, aussi aux espèces exotiques envahissantes aquatiques. Le CRE Estrie
travaille notamment sur la moule zébrée, qui envahit plusieurs prises d'eau
potable dans les lacs en Estrie. Donc, ça pourrait être un autre
investissement, là, structurant. On pense aussi à toutes les solutions fondées
sur la nature, ces solutions fondées sur la
nature où qu'on vient bénéficier des services écosystémiques rendus par les
milieux naturels pour contrer les inondations, pour contrer l'érosion aussi.
Donc, ces solutions fondées sur la nature pourraient être financées via
le Fonds bleu pour aider l'ensemble des acteurs du territoire à mieux gérer la
gestion des érosions, la gestion, aussi, et la prévention des inondations.
Et finalement, je
parlerais aussi des eaux pluviales. Donc, le Fonds bleu pourrait amener des
fonds pour gérer les infrastructures
municipales, mais on pense beaucoup à des infrastructures naturelles au niveau
de ce fonds. On peut penser notamment au réseau Ville éponge du CRE
Capitale-Nationale.
Donc, je vais céder,
dès maintenant, là, la parole à Mme Léger.
Mme Léger
(Anne) : Alors, moi, je suis ici particulièrement pour vous parler de
lacs. Le CRE Laurentides, on a fait une spécialité, depuis 25 ans,
d'accompagner les acteurs qui veulent travailler à la protection des lacs.
Donc, je ne vous apprendrai rien en vous
disant que c'est une richesse inestimable autant au point de vue social,
économique, environnemental.
On
dénombre 5 000 lacs habités, utilisés au sud du 47e parallèle, au
Québec. J'ai appris, cette semaine, et je vous l'apprends, que, de ceux-ci, il
y a 10 % qui subissent un vieillissement accéléré en raison des activités
humaines. Et comment on le sait? On le sait grâce au Réseau de
surveillance volontaire des lacs du ministère de l'Environnement, qui existe depuis 20 ans, et dont
875 associations de lacs sont membres, et qui prennent des données, et ce
sont les bénévoles de ces
associations de lacs là qui vont prendre les données qui nous renseignent,
d'une part, sur la qualité de l'eau, mais sur une foule d'indicateurs
aussi qui nous informent de l'état de situation des lacs au Québec.
Donc, comme je vous
le mentionnais, le CRE Laurentides accompagne ces acteurs-là. On pense que
c'est très important et on veut souligner à quel point on est heureux de voir
que le Fonds bleu va attribuer des sommes à cet accompagnement-là aux
associations de riverains, qui sont nos yeux et nos bras sur le terrain. Donc,
je conclurais en disant encore une fois qu'on est très heureux de participer
aussi aux travaux du Forum d'action sur l'eau, depuis plus d'un an, et on est
heureux de voir les conclusions aussi qui sont tirées de ces travaux-là. Je
vous remercie.
Le Président (M. Jacques) : Merci à
vous trois pour votre exposé. Nous allons donc commencer la période d'échange
en commençant par... avec M. le ministre pour une période de
16 min 30 s.
M. Charette : Merci
beaucoup, M. le Président. À vous trois, un plaisir de vous retrouver, bien que
ce soit à travers vos écrans respectifs. Merci. Merci d'être avec nous cet
après-midi. Vous l'avez mentionné d'entrée de jeu, vous faites partie du Forum
d'action sur l'eau, également merci pour votre contribution à ce niveau-là.
J'ai bien noté les applications que vous
souhaiteriez qui soient retenues pour l'utilisation du Fonds bleu. Vous savez, par contre, en tant que participants
au forum d'action, que c'est beaucoup le forum d'action qui, au cours
des prochains mois, aura le mandat de dresser, en quelque sorte, une
priorisation des actions à financer. Donc, ce n'est pas à travers l'étude du
projet de loi qu'on pourra dire... c'est effectivement la réalisation... Par
exemple, vous avez nommé les plans régionaux, vous avez nommé aussi les espèces
envahissantes. Donc, ce n'est pas à travers la consultation du projet de loi n°
20 qu'on pourra arrêter ces objectifs-là, mais bien par les travaux du forum
d'action, mais merci, là, déjà, de nous identifier, là, certaines des
priorités.
Pour ce qui est des espèces exotiques
envahissantes, je vous rassure, bien qu'on ne sait pas quelle forme l'appui financier va prendre, ça fait déjà partie
des orientations qui ont été identifiées dès le départ. On veut s'attaquer
à ce phénomène-là. On veut s'assurer de la qualité de nos lacs et de nos
rivières. Vous avez parlé, avec fierté, des Laurentides. Je suis toujours très
fier de parler de cette belle région là aussi et, je sais, dans les
Laurentides, mais on pourrait parler de
l'Estrie... on pourrait parler de bon nombre de régions qui composent avec des
problématiques d'espèces envahissantes, et, oui, il faudra se donner des
moyens, là, de corriger la situation.
Donc, c'est pour les commentaires généraux. Des
questions, par contre, au niveau des solutions basées sur la nature. C'est un concept qui nous tient à coeur
également. Le Fonds bleu sera sans doute un outil parmi d'autres, et je dis
«parmi d'autres» parce qu'on aura aussi, et j'espère, là, qu'on pourra
travailler ce dossier-là ensemble également, à élaborer le Plan nature au cours des prochains mois, et, là aussi, c'est
des moyens supplémentaires. Les deux ensemble, fonds nature... c'est-à-dire, Plan nature avec le Fonds bleu, on parle
essentiellement de 1 milliard de dollars de nouvel argent qui sera
disponible, oui, pour l'eau, à travers le Fonds bleu, mais l'eau également à
travers le Plan nature parce que c'est également propice et en lien avec la
protection de la biodiversité.
Donc, c'est deux outils qui vont se développer,
là, au cours des prochains mois, mais, solution nature, quelle serait la forme de financement que vous
souhaiteriez voir à travers le Fonds bleu ou quels types de projets en particulier
que vous souhaiteriez voir retenus par le Fonds bleu?
M. Vaillancourt (Martin) : Je vais
débuter la réponse puis je laisserai mes collègues poursuivre.
Vous le savez bien, M. le ministre, là, les
infrastructures vertes ou les solutions nature permettent souvent d'agir en
amont. Donc, quand on pense à l'eau, on peut penser à la restauration de
certains milieux humides, à la conservation de certains milieux humides qui
peuvent jouer, là, le rôle de milieux de rétention, donc, de pouvoir contrôler
à la fois les crues soudaines ou d'épurer une partie des eaux avant qu'elles se
rendent, là, dans les cours d'eau. Donc, la mise en place ou la préservation de
ces écosystèmes-là dans la trame, là, du territoire devient une façon
intéressante de réduire les coûts d'investissement d'infrastructures qui
deviennent nécessaires, s'il faut traiter avant d'utiliser l'eau ou avant de la
rejeter, bien sûr, là, en l'absence, là, de telles infrastructures naturelles.
Donc, on est plus dans une perspective de
prévention, si on veut, et ces projets-là, actuellement, prennent toutes sortes
de formes, mais ils n'ont pas toujours un véhicule, là, dédié, là, pour leur
financement. Tantôt, ils sont, en tout cas,
associés à des infrastructures vertes, tantôt à de la restauration de milieux
naturels, mais là on parle vraiment, là,
de conserver des services écosystémiques propres à l'eau, et c'est probablement
l'angle, là, qui est intéressant à prendre.
M. Charette : Je comprends, et, je
vous assure, ce n'était pas une question piège, mais très content de votre
réponse, parce que, dans les faits, lorsqu'on parle de restauration de milieux
humides, effectivement, il y a un rôle indéniable que l'on doit leur accorder,
mais vous avez sans doute vu, au cours des dernières semaines, on a modifié les
normes d'application, pour le fonds, sur les redevances sur les milieux humides,
là, qui ont été altérés. C'est plus de 100 millions de dollars qui
sont disponibles actuellement à travers ce fonds-là.
Donc, au final, je vous dirais, le but, ce sera
toujours d'utiliser le meilleur moyen pour financer le meilleur projet potentiel. Donc, il y a le Plan nature, je
l'évoquais, plusieurs centaines de millions. Il y a également le Fonds bleu,
plusieurs centaines de millions. Il y a ce
fonds-là, également, qui est le fruit des redevances, là, sur les milieux
humides altérés. Donc, c'est
difficile, à travers la présente commission parlementaire, de dire quel sera le
moyen pour financer tel projet, mais
c'est bon de se rappeler qu'il y a quelques moyens, là, qui sont maintenant à
notre disposition pour mettre de l'avant des solutions comme vous
l'évoquez.
• (18 heures) •
Au niveau de la protection des lacs, au niveau
de la protection de nos cours d'eau, de façon générale, on est conscients, les besoins sont très importants. Je
parlais de centaines de millions. C'est toujours intéressant et réconfortant de voir qu'on a ces moyens-là. En même temps, les
besoins sont énormes. On sait fort bien que 500 millions, oui, on pourra
faire du beau travail avec ça, mais qu'on ne pourra pas tout faire. La
priorisation, selon vous, elle passe par où?
Puis je ne veux pas mettre les groupes en
opposition, là, par rapport à ce qu'on a entendu précédemment, mais, par exemple, on a les municipalités qui nous
disent : À travers le Fonds bleu, il faut assurer l'approvisionnement
en eau. Ça veut dire quoi? Ça veut dire : Il faut pouvoir utiliser ces
sommes-là, notamment, pour les réseaux de traitement des eaux. Pour moi, ce
n'est pas l'utilisation du Fonds bleu que je conçois. Il y a d'autres
programmes qui sont à leur disposition à ce
niveau-là. Pour moi, le Fonds bleu, c'est réellement au niveau de la qualité de
l'eau à travers nos cours d'eau, à travers nos lacs, et s'assurer qu'ils
ne se détériorent pas.
Donc, je serais curieux de voir un petit peu le
type de priorisation que l'on doit faire avec ces sommes-là, ultimement.
M.
Vaillancourt (Martin) : Je vais faire attention en utilisant le mot
«priorisation». Je vais parler de recherche d'un certain équilibre puis je m'explique. Je vous rejoins sur les
infrastructures de traitement des eaux, là. Il y a d'autres programmes
qui sont bien dotés, là, pour accompagner les municipalités. Par contre, il
faudrait éviter que le Fonds bleu ne soit
que sur des besoins, disons, des êtres humains, c'est-à-dire il faut aussi que
le Fonds bleu contribue aux besoins des
écosystèmes. Si on a une approche trop anthropocentrique de l'utilisation du
Fonds bleu et qu'on cherche uniquement des
éléments de qualité pour l'alimentation en eau potable, ou d'accès à l'eau pour
assurer des quantités, ou de l'accès aux lacs pour assurer des loisirs,
on va passer à côté de tout ce que les écosystèmes... En fait, les écosystèmes
ont ces mêmes besoins là, et il faut que les... je pense, que l'usage du Fonds
bleu puisse à la fois travailler sur des besoins exprimés par les populations, et par leurs représentants municipaux, et
par les besoins, là, des écosystèmes, tantôt en matière de restauration,
de préservation, de création à des endroits, là, où ils ont été trop impactés.
M. Charette : Je vous rejoins...
M. Vaillancourt (Martin) : Est-ce
que vous voulez rajouter quelque chose?
M. Charette : ...entièrement. Bien,
peut-être juste vous mentionner, là, qu'on se rejoint. L'accès à la nature,
c'est davantage à travers le Plan nature que ce sera couvert. Donc, il n'est
pas question de construire des quais ou quoi
que ce soit, là, avec le Fonds bleu. Ce n'est pas le type d'utilisation que
l'on souhaite retenir. C'est davantage le Plan nature qui pourra
réfléchir, là, à ce type d'utilisation là.
Je ne voulais
pas interrompre... encore moins une collègue de la région des Laurentides.
C'est un petit peu le défi...
Mme Léger (Anne) : J'aurais juste...
j'aurais fait un tout petit complément, en fait, de penser — il y
a un écho — en termes d'atténuation de l'impact des activités
humaines, qu'elles soient agricoles, qu'elles soient forestières, que ce soit la villégiature, que ce soient les
installations sanitaires des résidences isolées, que ce soient les bandes
riveraines, que ce soit... mais de penser en termes de réduire les
impacts aussi, c'est important.
Mme Blais (Andréanne) : Oui. Puis
pour ajouter à ce que Mme Léger vient de mentionner, j'aimerais partager
un projet qui est au Centre-du-Québec, qui s'appelle Ferme progrès, où que
l'UPA, le CRE, les OBV et les MRC se sont unis pour agir au niveau, justement,
des bandes riveraines, des actions en agroenvironnement qui ne sont pas toujours financées par le Prime-Vert ou
par d'autres programmes, et on va faire une action concertée ensemble,
et on fait une mutualisation des services entre les différentes expertises.
Ça fait que
le projet Ferme progrès, c'est vraiment un exemple concret de comment le Fonds
bleu pourrait être utilisé pour structurer une action en lien avec la
qualité de l'eau, l'amélioration de cette qualité-là d'eau dans une région qui... nous, on n'a presque pas de lacs au
Centre-du-Québec, donc on est vraiment dans la gestion de l'eau dans les
cours d'eau.
M. Charette : Malheureusement, on
n'est pas en présentiel, donc je ne peux pas aller vous serrer la main après votre intervention. Donc, je vous salue déjà
et vous remercie pour votre présence. J'ai d'autres collègues qui souhaitent
intervenir. Donc, une belle fin de journée à vous. Merci beaucoup d'être avec
nous aujourd'hui.
Le
Président (M. Jacques) : Merci, M. le ministre. Je cède maintenant la parole
à Mme la députée d'Argenteuil pour 5 min 20 s.
Mme Grondin : Seulement cinq
minutes? Bonjour. Bonjour, M. Vaillancourt, Mme Léger,
Mme Blais. Je regardais le mémoire, merci, c'est très intéressant. Puis
c'est toujours intéressant de voir qu'au tout début, en termes de recherche, vous avez été plusieurs CRE à
contribuer. Ça devait être le fun, le remue-méninges sur cette question-là,
j'imagine, parce que je trouve ça intéressant, Montérégie, Chaudière-Appalaches,
Laval, Abitibi-Témiscamingue, Laurentides. Donc, c'est tout à votre honneur
d'avoir cette couleur-là dans chaque région, puis ça devait être assez
intéressant, là, les réflexions à ce niveau-là.
Effectivement, vous amenez plusieurs éléments de
ce à quoi pourrait servir cette enveloppe-là, magnifique, du Fonds bleu. Et je
suis tout à fait d'accord avec le ministre que... Moi, je retiens vos
propositions qui sont là, mais j'ai un grand
respect pour les membres du Forum d'action sur l'eau, qui ont ce mandat-là
d'établir des priorités et une façon qu'on pourrait... propositions
qu'on pourrait ventiler, à travers le Fonds bleu, les actions qu'on pourrait
faire. Donc, je n'irai pas, donc, sur pourquoi tel ou tel élément qui est plus
important qu'un autre.
Je voulais surtout vous entendre parce que vous
amenez des projets structurants. Vous parlez beaucoup de prévention, dans le
fond, hein, des solutions basées sur la nature, mais cette approche-là qui
n'est pas réactive mais plutôt en
prévention. Au Centre-du-Québec, vous avez parlé... vous avez, Mme Blais,
travaillé beaucoup sur les plans régionaux des milieux humides et
hydriques. Mme Léger, vous avez beaucoup travaillé, je pense, ça fait
20 ans, sur tout ce qui touche les lacs,
la santé des lacs, les espèces exotiques envahissantes. Dans les deux cas, vous
parlez de mobilisation. Vous allez même plus loin avec la science
citoyenne. Moi, j'aimerais ça vous entendre davantage sur est-ce que c'est un
élément qui est fondamental, dans le cadre du Fonds bleu, de mobiliser le
milieu.
M. Vaillancourt (Martin) : Oui,
absolument, puis je vais donner la parole à Anne juste après. Sans chercher à
identifier quelle action doit faire l'objet d'un financement ou pas, je pense
qu'on peut s'entendre sur un principe général que les actions collectives concertées,
là, sont incontournables, c'est-à-dire la complexité des enjeux entourant
la gestion de l'eau au Québec est très grande, si on n'a pas la participation
de l'ensemble des acteurs sur un territoire, on
n'y arrivera pas. Donc, puis cette mobilisation-là, elle peut également être
faite à l'échelle des citoyens, et on l'a vu, là, il y a des façons de
les impliquer qui donnent des résultats intéressants. Anne, si tu veux
compléter.
Mme Léger (Anne) : Oui, bien, je
peux poursuivre en disant que le fait de mobiliser puis d'impliquer les citoyens, ça a aussi des vertus autres que d'aller
chercher de la donnée, puis que de sensibiliser, puis d'éduquer les gens.
À partir du moment où ils commencent à comprendre comment... dans le cas dont
je parle, c'est les lacs, comprennent que c'est un écosystème, que ce n'est pas
qu'un plan d'eau pour s'amuser, ou pour en jouir, ou pour... commencent à changer de comportement. À partir du moment où ils
comprennent... d'ailleurs, c'est le thème du prochain Forum national
sur les lacs : y plonger pour mieux les
comprendre, à partir du moment où
on comprend, on commence à modifier nos comportements. Donc, cette
mobilisation, elle est vraiment fondamentale.
On a des dizaines de milliers de lacs au Québec,
là, tantôt, je parlais seulement du sud du 47e parallèle, on ne peut pas penser qu'on aura un jour les moyens
d'installer des scientifiques sur chacun de ces lacs-là pour les surveiller,
donc, c'est le plus beau partenariat
public-privé, si je peux m'exprimer ainsi, là, entre l'État et puis des
citoyens qui agissent de façon bénévole pour faire de la science au
niveau de la surveillance des plans d'eau.
Mme Blais (Andréanne) : Oui, puis la
mobilisation au Centre-du-Québec a été vraiment gagnante quand le CRE a aussi ouvert... ouvert aux besoins des
intervenants. Tu sais, on apporte notre besoin environnemental, le besoin de comprendre, mais, lorsqu'on amène à comprendre
le besoin des intervenants, c'est là que la mobilisation est gagnante.
Mme Grondin : ...10 secondes,
j'aimerais ça que vous réfléchissiez... parce que je suis tout à fait d'accord
avec vous, mais comment on mesure ça... tu sais, on parle de facteurs de
succès, comment, dans cinq ans, on va dire qu'on a gagné sur la mobilisation,
les changements de comportement.
Le
Président (M. Jacques) : Merci, Mme la députée. Ceci met fin à votre temps
d'intervention. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce
pour une période de 12 min 23 s.
• (18 h 10) •
Mme McGraw : Merci, M. le Président.
Donc, je trouve la question intéressante, donc je voudrais laisser la chance
aux collègues de répondre à la question.
Mme Léger
(Anne) : Je peux répondre... je pourrais répondre. Au
niveau du Réseau de surveillance volontaire des lacs, par exemple, on
pourrait quantifier le nombre de protocoles de caractérisation qui ont été
appliqués par les associations de riverains,
par exemple, ce serait une mesure qui serait quantifiable, le nombre de
nouvelles inscriptions au Réseau de surveillance volontaire des lacs...
Je cherche des mesures qui sont vraiment quantifiables, là. Je laisse mes
collègues compléter. Je vais réfléchir.
Mme Blais (Andréanne) : Oui. Aussi,
on pourrait, comme dans le projet que je vous ai parlé tantôt, de Ferme
progrès... par la mobilisation des acteurs que je vous ai mentionnés. Cet été,
on va aller planter plus de 15 000 arbres en milieu agricole, on va
aller mobiliser plus d'une trentaine de producteurs agricoles, donc on va aller
faire des interventions directes. Donc,
cette mobilisation-là, c'est dans l'action qu'elle va vraiment se concrétiser
puis qu'elle va se mesurer.
Mme McGraw : Excellent. Merci. Donc,
j'espère que ça répond à la question... un début.
Écoutez, vous avez des recommandations, il y en
a 16 en tout, je trouve ça très intéressant. Il y a beaucoup de détails. Donc, je veux vraiment vous donner la
chance... parce qu'il y a tellement de matériel, de vous donner la chance
d'élaborer sur certaines recommandations.
Et j'aimerais peut-être commencer avec,
justement, numéro 6. Puis le ministre a fait référence... oui, il y a le Fonds bleu, évidemment, Plan nature à venir et le
lien entre les deux. Donc, j'aimerais bien que vous parlez davantage de la
priorisation des solutions fondées sur la nature dans la mise en oeuvre des
actions financées et... en tout cas, j'ai d'autres questions.
M. Vaillancourt (Martin) : Bien,
rapidement, je vais peut-être me répéter un peu, mais, comme je le mentionnais,
on est souvent dans un mode de prévention, donc, en amont pour diminuer
l'impact dans la gestion des eaux pluviales, notamment dans les villes. C'est
possible d'avoir des infrastructures vertes ou des infrastructures naturelles
qu'on conserve, qui permettent, là, d'avoir... de rendre un certain nombre de
services écosystémiques, là, qui favorisent la régulation, la qualité de l'eau.
Et la... on a tendance, en fait, on est souvent en rattrapage sur ces
solutions-là. On se rend compte après coup qu'on aurait dû garder les
écosystèmes en place ou les... parce qu'ils nous
rendaient des services, et les pressions de développement ont fait en sorte
qu'on a fait d'autres choix. Donc, d'avoir une vision plus globale, de
se permettre, là, de faire les études puis d'aller chercher la connaissance
avant de faire les projets, bien, ça, c'est des éléments que le Fonds bleu
pourrait mettre de l'avant sur comment on se déploie avec ça.
Mme McGraw : Bien, ce n'était pas
pour vous faire répéter, d'ailleurs, j'ai bien écouté lorsque le ministre a
posé la question un peu... On a parlé des infrastructures de traitement d'eau.
Vous avez parlé d'équilibre, qu'il fallait éviter que le Fonds bleu soit utilisé... ou viser
seulement sur les besoins humains, les populations, ça, c'est légitime, mais
aussi les besoins écologiques et les services et écosystèmes. Donc, j'ai bien
écouté, c'est important, puis je voulais juste souligner... je ne sais pas si
c'était pour utiliser le Fonds bleu pour des infrastructures municipales, c'est
de souligner le fait qu'il y a un manque de 38 millions de dollars, si on
entend bien les collègues plus tôt aujourd'hui, et comment aller combler ces
besoins, justement, pour prévenir et non avoir à remplacer plus tard, que ça va
être plus cher. Donc, ce n'est pas
nécessairement le Fonds bleu, mais d'où va venir ces fonds. Donc, je voulais
juste corriger, en tout cas, c'est ce que moi, j'avais compris par
rapport aux recommandations des municipalités, plus tôt aujourd'hui.
Mais juste pour revenir, donc... Donc, vous avez
parlé aussi d'infrastructures naturelles. Donc, j'aimerais avoir juste plus
d'informations et, par la suite, j'ai des discussions... et aussi où est-ce que
vous verrez intégrées, dans le projet de loi n° 20, ces solutions nature et
les infrastructures naturelles? Parce que... (panne de son) ...procéder, évidemment,
en étude détaillée. Est-ce que vous serez en mesure de proposer où vous verrez
ça au sein du projet de loi?
M. Vaillancourt (Martin) : Ça peut
être une reconnaissance, dans le préambule du projet de loi, à l'effet que... (panne
de son) ...de ce type d'activités là, dans un but, là, de... bien sûr, de
protéger l'eau, que ce soit à la fois pour les besoins humains ou... (panne de
son) ...écosystèmes. Mais je ne pense pas que ça a besoin de faire l'objet d'un
article spécifique.
Mme McGraw : Donc, préambule, en
principe, pas nécessairement dans les... dans ce qui est l'opérationnel, si je
comprends bien. Parfait. Je pense qu'on comprend, donc, on avait de la misère
un peu à entendre.
Je voudrais juste passer à des questions de
gouvernance, puis c'est une question que je pose à tous les groupes, donc j'aimerais avoir votre réaction. En
matière de gouvernance, est-ce que vous trouvez que les mesures dans le
projet de loi sont adéquates pour que les sommes prévues soient utilisées aux
fins prévues? Je peux répéter.
M. Vaillancourt (Martin) : Non, j'ai
bien compris la question. Il y a toutes sortes de façons d'utiliser des sommes
à travers des programmes. Nous, au RN, on pense que les objectifs ou les cibles
à atteindre, là, doivent être des cibles
nationales, c'est-à-dire, après, on peut moduler les programmes puis le
financement qui est attaché à ceux-ci en
fonction de couvrir des besoins qui sont partout les mêmes au Québec et des
besoins peut-être plus précis dans certaines régions qui auraient, par
exemple, là, beaucoup plus de lacs et d'autres beaucoup moins, là, comme l'île
de Laval, par exemple.
Mais la... après, au niveau de la gouvernance,
encore là, c'est une question d'équilibre de... que toutes les sommes soient
gérées uniquement par le ministère, par exemple, ou par le gouvernement, ça
n'apportera peut-être pas l'ensemble des solutions recherchées, mais de
régionaliser la totalité des sommes n'est pas garant non plus, là, d'une action
cohérente et uniforme, là, sur le territoire. Donc, un équilibre dans la
manière, là, que les sommes sont distribuées et que la reddition de comptes ou
la gouvernance en lien avec ces sommes-là soit réalisée.
Mme McGraw : Puis justement...
M. Vaillancourt (Martin) : Je ne
sais pas si ça répond à la question, là, mais...
Mme McGraw : Oui, je pense que ça
répond très bien, et d'ailleurs la prochaine question : Est-ce que vous
trouvez que la reddition des comptes est assez robuste au sein du projet de
loi? C'est-à-dire que nous, on trouve que c'est un pas dans la bonne direction,
mais on cherche toujours à améliorer. Donc, est-ce que vous avez quelque chose
à ajouter au niveau de la reddition des comptes?
M. Vaillancourt
(Martin) : On n'a pas abordé cet élément-là dans notre
mémoire, puis, je pense, c'est peut-être... Il y avait effectivement,
là, plusieurs régions, là, qui se sont intéressées aux questions de l'eau puis
qui ont participé à la rédaction du mémoire, et, spontanément, on n'est pas
allés vers là. Donc, a priori, je vous dirais qu'il n'y a pas de drapeaux jaunes,
là, qui se sont levés, mais on n'a pas eu de suggestions, là, pour bonifier cet
aspect-là pour l'instant.
Mme McGraw : ...vous avez quand même
beaucoup d'autres suggestions et recommandations. Autre question : Est-ce
que vous avez... Même, M. Vaillancourt, au tout début, vous avez parlé
d'angle mort, pour aborder les angles morts. Est-ce qu'il y a d'autres angles
morts ou des sujets que vous auriez aimé voir traités dans le projet de loi qui
n'ont pas été soulignés?
• (18 h 20) •
M. Vaillancourt (Martin) : C'est
traité indirectement au niveau de la connaissance, là, des... pour certains
contaminants ou contaminants émergents, il y a... tu sais, on s'est beaucoup,
beaucoup intéressés au phosphore, là, dans l'eau, au Québec, depuis de
nombreuses années. On commence à peine à s'intéresser aux effets de l'azote
dans l'eau. L'azote, là, qui est principalement de source agricole et
municipale, qui, dans les cours d'eau douce, a un effet relativement limité sur
les écosystèmes, mais, lorsque ce même azote là se rend au Saint-Laurent puis
dans les milieux marins, a des... amène des problématiques, là, particulières.
Donc, je pense que dans notre réflexion
collective, au Québec, on est mûrs, là, pour aussi commencer à travailler sur les enjeux de l'azote. Le Forum
d'action sur l'eau l'a relevé, là, dans ses travaux, au cours de la dernière
année, et c'est peut-être une occasion, à travers... avec le Fonds bleu,
d'insister un peu plus sur cet élément-là pour au moins se donner une feuille
de route sur ce qu'il est possible de faire, puis, bien sûr, là, en
concertation avec tous les
acteurs, je pense aux acteurs du secteur agricole, là, qui ont déjà énormément
de pression à répondre à l'ensemble des règles et des normes environnementales, là, que d'ajouter une de plus,
là, devra faire l'objet, là, d'un accompagnement puis d'y aller, là,
avec un certain rythme, là.
Mme McGraw : Merci. Je crois qu'il ne me reste pas beaucoup de
temps, donc je vais... j'aimerais vous remercier, parce que je ne l'ai pas fait en amont, mais merci
pour le mémoire, aussi la présentation, les recommandations. Il me reste
peut-être une minute, alors je vous invite, si vous avez des choses à
inviter... à ajouter, je devrais dire, je vous invite maintenant à le faire.
Sinon, je céderai mon... le reste de mon temps.
M. Vaillancourt
(Martin) : Je peux peut-être souligner un autre exemple de
concertation qui est en train d'être mis en oeuvre par quatre régions, la
Montérégie, Montréal, Laval et les Laurentides, qui porte sur une vaste
concertation sur la réserve d'eau propre de la ville de Montréal, là, donc le
lac des Deux Montagnes, là, où sont les principales
prises d'eau de Montréal. Donc là, c'est une réflexion à quatre régions sur
l'ensemble des bassins versants pour améliorer les pratiques de manière
à protéger davantage cette eau-là. Et ça, c'est des dossiers de très longue
haleine, là, qui nécessitent énormément de rencontres et de discussions avec
les partenaires, là, de façon à se donner un
plan d'action commun qui vise la protection, là, pour une très grande partie de
la population du Québec. Donc, c'est le genre... (panne de son)
...auquel le Fonds bleu, là, pourrait répondre.
Mme McGraw : Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole à la représentante du deuxième groupe
d'opposition, Mme la députée de Verdun, pour 4 min 8 s.
Mme Zaga Mendez : Merci. Merci, M. le
Président. Je veux remercier M. Vaillancourt, Mme Blais et
Mme Léger pour la présentation. Je voulais aborder avec vous s'il
existerait des... comme des principes qu'on pourrait ajouter dans la loi pour
répondre à vos recommandations, parce qu'il y a plusieurs recommandations qui
portent surtout sur l'utilisation du Fonds bleu. Et, de ce que je comprends, on
ne va pas aller légiférer sur comment, jusqu'en détail, le Fonds bleu va être utilisé. Mais est-ce qu'il y a
certains principes que vous aimeriez voir dans la loi pour faire en sorte
qu'on a une utilisation qui reflète les besoins du milieu comme vous les avez
détaillés?
M. Vaillancourt
(Martin) : Je débute, puis après... je te laisse réfléchir, Anne, puis
tu prends la parole. Je vais revenir sur privilégier les actions collectives,
les actions concertées de façon à avoir le plus grand impact possible, là, sur les buts recherchés par le Fonds
bleu, les actions qui se font aussi en partenariat, là, avec les différentes
parties prenantes de la société civile. Je
pense que c'est une manière essentielle d'arriver à des réponses à la complexité,
là, de l'enjeu, etre accompagné par la science aussi dans ces projets-là. Anne,
as-tu...
Mme Léger (Anne) : Oui, tu m'as enlevé les
mots de la bouche, moi, j'allais dire, oui, des actions qui sont basées sur
la science, là, impérativement.
Mme Zaga
Mendez : J'ai une minute peut-être?
Le Président (M.
Jacques) : 1 min 33 s.
Mme Zaga
Mendez : Alors, bon, on a du temps, puis je voulais peut-être vous
entendre un peu plus de façon générale, parce que je sais que vous participez
au forum de l'eau, on en entend parler, qui porte, je pense, beaucoup sur
l'utilisation du Fonds bleu. Puis peut-être vous pourrez juste nous faire un
résumé de comment ça se passe. Est-ce que ça répond à vos attentes? Est-ce
que... selon vous, un véhicule qui permet d'entendre les différentes
organisations sur les besoins en termes de préservation et conservation d'eau?
M. Vaillancourt
(Martin) : Rapidement. En fait, à sa création, là, le Forum d'action
sur l'eau était, à mon avis, un comité interministériel fort intéressant, là.
Il y avait au moins cinq ministères autour de la table, en plus de
représentants de la société civile. Ça a permis un grand partage
d'informations, là, à la fois entre les intervenants gouvernementaux et entre
les participants, là, issus de la société civile et les intervenants
gouvernementaux. Les comités de travail ont pu approfondir les sujets. Il y a
même des comités de travail, là, qui se sont rencontré à de nombreuses reprises
pour produire, là, un premier bilan des activités puis une série... (panne de
son) ...sa deuxième version, là, donc,
depuis l'automne dernier... (panne de
son) ...est un peu différent, mais
la... il y a eu un élargissement aussi des participants autour de la
table pour répondre à des demandes, là, qui étaient faites, disons... je veux
dire, d'observateurs externes qui voyaient, là, l'intérêt à y être. Puis je
pense que c'est... que le gouvernement, là, a répondu adéquatement à ces
demandes-là. Puis il y a, effectivement, là, une plus grande participation de
certains groupes mobilisés sur les enjeux de l'eau, mais aussi de
scientifiques, là, qui ont pu rejoindre le forum, et ça... Et là on est dans un
format où on... il n'y a pas de comité de travail, là, où la discussion est
plus... est partagée, et qu'on réfléchit, là, sur les manières d'identifier
adéquatement les enjeux, et on va arriver à les prioriser éventuellement. Mais ce n'est jamais facile, là, ces processus-là
de cocréation ou de codéveloppement des politiques publiques ou des outils
associés aux politiques publiques. Le modèle est, à mon avis, intéressant, puis
il pourrait très bien être transposé ailleurs, là, dans d'autres ministères.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup. Merci à vous deux... vous trois,
plutôt, pour votre contribution aux travaux de la commission.
Nous allons suspendre quelques instants pour se
préparer à recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 18 h 28)
(Reprise à 18 h 35)
Le Président (M. Jacques) : La
Commission des transports et de l'environnement reprend ses travaux, et je
souhaite la bienvenue aux représentants du Conseil de la transformation
alimentaire du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour faire votre exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé.
Conseil de la
transformation alimentaire du Québec (CTAQ)
Mme Van Campenhout (Annick) : Merci
beaucoup. Bonjour, mesdames et messieurs, distingués membres de la commission. Je m'appelle Annick Van
Campenhout et j'occupe la fonction de vice-présidente Progrès en alimentation
et Développement durable au CTAQ. Je suis accompagnée par mes deux collègues,
Dimitri Fraeys de Veubeke, qui est vice-président Innovation et Affaires
économiques, ainsi que M. Vincent Lambert, qui est notre directeur
Affaires publiques. À tous, merci de nous permettre de vous présenter nos
commentaires et nos propositions en lien avec le projet de loi n° 20
et les règlements qui en découlent.
Le CTAQ est
le principal... regroupement, pardon, d'entreprises oeuvrant dans le secteur de
la transformation alimentaire. Avec
plus de 630 membres, nous regroupons 80 % du volume annuel d'affaires
d'une industrie de 35 milliards. Dans le dossier qui nous occupe
aujourd'hui, nous représentons des entreprises québécoises de grande taille,
mais surtout des PME pour la grande majorité
de nos membres, soit 80 %. Nous sommes la voix d'entreprises qui
contribuent à nourrir les citoyens trois fois par jour, 365 jours par
année, soit approximativement 8,7 milliards de repas par année, une
industrie considérée comme un service essentiel qui est animée par le maintien
de saines habitudes et d'une vie en santé.
Je vous demande de prendre note qu'on a déposé un document comprenant des
commentaires préliminaires et nous déposerons un mémoire complet à la
date de fin de la consultation.
Notre intervention d'aujourd'hui portera
essentiellement sur trois propositions, car, fondamentalement, nous voulons
saluer l'institution du Fonds bleu. Nous applaudissons cette vision tant elle
va permettre la gestion par la connaissance de la situation réelle et des
moyens qui sont pris pour nous... pour que nous préservions la qualité et la
quantité de cette ressource indispensable. Là-dessus, nous sommes tous
d'accord. Nous voulons commencer en attirant votre attention sur la ressource
eau comme un bien commun de santé publique.
Dans son manifeste, La nouvelle culture de
l'eau du XXIe siècle, Pedro Arrojo, professeur de l'Université de Saragosse et membre du comité scientifique de la
fondation One Drop, établit trois usages pour l'eau: l'eau pour la vie, pour la survie, l'eau citoyenne pour les besoins quotidiens
et l'eau économique pour s'enrichir. Les trois sont légitimes, mais il
faut respecter leurs priorités et ajuster le coût de chacune.
En transformation alimentaire, la sanitation est
non seulement une exigence réglementaire, mais c'est un usage pour la vie. Cela fait partie de l'ADN de notre système
alimentaire sécuritaire. À l'instar de l'importance de cette étape de
désinfection dans le secteur de la santé, la transformation des aliments
appelle une vigilance de tous les instants.
En effet, pour cette industrie, il s'agit bien d'une ressource de santé
publique. Nous viendrait-il à l'idée de demander aux services de santé
ou aux hôpitaux de payer une redevance pour l'utilisation de l'eau pour le
nettoyage ou la désinfection des locaux? Je
ne pense pas. Eh bien, il s'agit ici du même degré d'importance, car il y va de
l'innocuité des produits alimentaires. C'est de toute évidence une
question de santé publique.
Le CTAQ salue
la décision du gouvernement d'exclure la production agricole de l'augmentation
des redevances sur l'eau. Dans l'optique où l'agriculture représente le premier
maillon de la chaîne alimentaire et où l'eau joue un rôle crucial, il est tout à fait raisonnable, voire conséquent,
de conserver la tarification actuelle pour les eaux de sanitation et de
procédure à des fins de sécurité alimentaire.
M. Fraeys
de Veubeke (Dimitri) : Je poursuivrai donc. Vient ensuite notre deuxième
proposition. Le CTAQ supporte totalement la proposition d'utiliser les
sommes issues de la redevance pour mettre en place des mesures pour protéger les ressources en eau. Nous
craignons toutefois qu'il soit risqué de miser uniquement sur les revenus d'une
mesure d'écofiscalité, telle que la
redevance, pour financer sur la durée des mesures de protection de l'environnement.
En effet, à long terme, la redevance vise à
réduire l'utilisation de l'eau et donc les montants perçus par l'État
pourraient diminuer avec le temps, si cet objectif était atteint, ce qui
est souhaitable fondamentalement.
Dans ce
contexte, nous appuyons la proposition que le Fonds bleu soit alimenté non
seulement par la redevance, mais également par d'autres sources de financement,
notamment les crédits alloués par le Parlement ainsi que des sommes
virées par le ministère des Finances lors du dernier budget.
• (18 h 40) •
De plus, ce
fonds est affecté à plusieurs mesures, mais ne semble pas considérer la mise en
place de programmes qui permettraient
aux entreprises de réduire l'utilisation de l'eau ou de mieux gérer la
ressource. Des aides financières aux entreprises contribuent à atteindre
plus rapidement l'objectif d'utiliser l'eau plus efficacement et à mieux gérer la ressource. Des programmes
existent déjà en efficacité énergétique pour la réduction de la consommation
d'électricité. Ces programmes
généreux obtiennent des résultats significatifs. Le CTAQ demande au
gouvernement du Québec d'allouer une portion des redevances versées au Fonds
bleu au financement des équipements et au support, à l'implantation de
pratiques responsables de gestion de l'eau dans les entreprises, soit la
réduction, la réutilisation et le traitement.
Lors du Forum
québécois sur l'eau en 2010, Sylvie Paquereau, membre de la fondation One Drop,
disait en substance ceci : «La
reconnaissance de l'eau comme droit humain ne nie pas son aspect économique.
L'eau est un facteur de production
pour trop de bien pour que l'on rejette sa valeur économique. Ainsi, ce n'est
pas l'un ou l'autre, mais c'est bien l'un et l'autre. Il faut cesser de
polariser le débat.»
L'industrie de la
transformation alimentaire fait face, depuis quelques années, à des vents
contraires, ce qui se manifeste par une baisse des marges dans le secteur de la
fabrication des produits alimentaires au cours de l'année 2022, mais
également 2021 et possiblement 2023. À l'heure où le gouvernement actuel
souhaite l'autonomie alimentaire, prône l'achat local, veut soutenir la
compétitivité des entreprises d'ici pour qu'elles demeurent concurrentielles,
il faut donner le temps et les moyens aux entreprises pour qu'elles puissent
s'adapter. Le postulat cité dans l'analyse
d'impact réglementaire est que les entreprises devront changer leur modèle
d'affaires. En cela, je vous le concède, elles devront clairement
changer plusieurs choses, à commencer par les prix de vente qui devront
augmenter, accentuant ainsi un peu plus l'inflation galopante telle qu'elle
existe actuellement.
Mme Van Campenhout
(Annick) : Notre troisième proposition...
Une voix :
...
Mme Van Campenhout
(Annick) : ...merci, concerne la publication des données. Le CTAQ
souligne la pertinence de disposer de ces données pour les pouvoirs publics,
mais questionne lourdement le bien-fondé de cette mesure, qui présente un enjeu
commercial entre les entreprises. À l'instar des déclarations d'impôts ou
d'autres obligations de déclarations légales, il apparaît très peu pertinent de
divulguer publiquement des informations aussi sensibles sans qu'elles n'aient
été agrégées, et c'est ça qu'on vous propose.
Le CTAQ avance que l'agrégation
des données est une option viable, raisonnable et permet au gouvernement d'être
conséquent dans la réalisation de ses objectifs... des objectifs qu'il se fixe.
Le gouvernement a les ressources pour agréger les données et en faire des
outils statistiques beaucoup plus utiles pour la population, sans pour autant miner la compétitivité des entreprises québécoises
et la confiance des citoyens. Le CTAQ souscrit à la déclaration des données
exhaustives aux pouvoirs publics, mais demande une agrégation de celles-ci pour
une divulgation publique.
Nous vous invitons à
prendre connaissance de nos commentaires préliminaires, si ce n'est déjà fait,
et nous vous remercions de votre sollicitude. Nous répondrons à vos questions
avec grand plaisir.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons commencer les
discussions avec M. le ministre, pour une période de
16 min 30 s.
M. Charette :
Merci beaucoup, M. le Président.
Merci à vous trois d'être avec nous cet après-midi. Désolé, j'ai manqué, je
pense, les 30 premières secondes, mais j'avais eu l'occasion de lire déjà
ce que vous nous aviez fait parvenir.
Peut-être quelques
éléments de commentaires, dans un premier temps. Vous avez mentionné, à juste
titre, ça ne peut pas être uniquement les fruits de la redevance qui
constituent le Fonds bleu pour assurer sa pérennité. Je vous rassure, si vous
regardez le budget qui a été présenté le 21 mars dernier, c'est beaucoup,
beaucoup des crédits budgétaires, et la redevance occupe une portion, oui, qui
est appréciable, mais c'est majoritairement des crédits budgétaires. Donc, je vous rassure, ce ne sont pas que les fruits de la
redevance, là, qui viendront garnir le Fonds
bleu.
Vous avez évoqué un
programme ou des programmes d'aide. C'est aussi ce que permet le projet de loi.
Dans les faits, on ne veut pas engranger de l'argent pour engranger de
l'argent, on veut surtout que la consommation d'eau diminue. Et on l'évoquait
tout à l'heure avec l'industrie... c'était pâtes et papiers, notamment, si,
éventuellement, un programme était mis sur pied, ce que permet le projet de
loi, il y aura naturellement des conditions. Un préleveur d'eau ne pourra pas bénéficier davantage de ce
qu'il aura versé sous forme de redevances. Donc, il y aurait une possibilité
de récupérer sa redevance pour justement
diminuer, de façon significative, son utilisation de l'eau. Ce n'est pas un
programme qui est bâti, mais le projet de loi nous permettra de mettre
sur pied un programme de cette nature-là. Mais j'aime bien relativiser les
attentes, parce que, dans les dernières semaines, en échangeant avec les
groupes, certains avaient des visées plus
grandes que leur propre contribution. Donc, si une entreprise x contribue en
redevances un montant x, bien, c'est ce montant-là, de façon maximale,
qui pourrait être reconnu, là, pour des investissements majeurs, en autant que
la quantité d'eau prélevée soit de beaucoup diminuée, ce qu'on devra évaluer de
notre côté.
Là, je serais
intéressé à vous entendre sur... vous avez évoqué un spécialiste de la
fondation One Drop par rapport au type d'usage d'eau. Vous évoquez un concept,
là, qui n'est pas celui qu'on a retenu, c'est-à-dire les eaux de santé publique. Dans les faits, on n'a pas
ajouté de nouvelle catégorie. Ce qui était déjà assujetti l'est, ce sont les
taux qui ont changé. On passe de 2,50 à 35, et pour l'autre taux, pour
celles et ceux qui captent et qui intègrent l'eau, une redevance plus élevée.
Donc, on n'a pas fait
de distinction, à savoir est-ce que c'est une eau de santé publique ou autre,
et il faut garder la distinction actuelle
pour qu'il y ait une cohérence dans l'évolution des taux. On serait
difficilement en mesure de changer du tout au tout le type
d'assujettissement des entreprises. Donc, ce n'est pas quelque chose, là, qui
est considéré à travers le projet de loi ou, sinon, les projets de règlements,
mais je serais quand même intéressé à vous entendre davantage sur ce
concept-là.
Donc, première question...
je vous pose tout de suite la deuxième parce que je sais que j'ai des collègues
qui voudront intervenir aussi par la suite
au niveau de la transparence. C'est un enjeu. Vous n'êtes pas sans savoir qu'il
y a eu des recours devant les tribunaux au cours des dernières années,
qu'il y a eu un engagement d'une plus grande transparence. Et vous l'avez bien
mentionné, l'eau, c'est une ressource, c'est un bien collectif, donc on se doit
d'être transparent à ce niveau-là.
Cependant, quand vous parlez de compétition, ou de compétition déloyale, ou de concurrence
déloyale par rapport à d'autres marchés,
peut-être juste nous rappeler que, du côté de l'Ontario, il y a cette
obligation-là de divulguer. J'avoue, pour avoir fait l'exercice
moi-même, il faut chercher... il faut chercher, mais si on cherche sur les
sites... sur le site ontarien, on peut, pour chaque entreprise, avoir
exactement la quantité d'eau qui a été prélevée, donc il n'y a pas de
concurrence déloyale. On va permettre ce même type d'information, là, du côté
québécois, mais je dois vous avouer que c'est un principe qui est cher au
projet de loi et à la réglementation. C'est une ressource commune, c'est un
bien commun, donc il faut être transparent sur l'utilisation, là, qui en est
faite. Donc, ce serait les deux questions
que j'aurais pour vous dans un premier temps, et je sais que j'ai des
collègues, là, qui voudront prendre le relais par la suite.
Mme Van Campenhout (Annick) : Sur la
transparence...
M. Fraeys
de Veubeke (Dimitri) : Je vais commencer avec celle sur la transparence.
En effet, nous, ce qu'on propose, c'est... Étant donné que c'est
difficile de pouvoir comparer, mettons, une usine qui utilise de l'eau pour faire du jus ou pour des fruits et légumes, ce
serait au moins d'y aller par des... Ça veut dire que ça permettrait effectivement
de pouvoir... aux citoyens de voir, dans une industrie, mettons, l'industrie de
la viande, elle consomme tel montant, dans l'industrie du jus, elle consomme
autant. Et, à partir du moment où c'est agrégé, bien, l'entreprise peut
également se comparer et voir où elle se
situe par rapport à la moyenne. Donc, ça va être, d'après nous, un bon
incitatif pour réduire les utilisations, parce que mettre toutes les
entreprises, ça ne donne pas une information... puisque chaque entreprise peut
avoir un volume d'eau, consommer de l'eau dépendamment de ces systèmes.
Je vous donne un exemple. Vous pouvez avoir deux
entreprises de viande, une à côté de l'autre. La grosse va consommer moins d'eau parce qu'elle a fait des
infrastructures qui lui permettent de recycler son eau, et l'autre à côté va être aussi une industrie de la viande, mais
elle n'aura pas nécessairement investi, donc elle va consommer plus d'eau. Donc, c'est difficile de pouvoir comparer. C'est
pour ça qu'on pense qu'en y allant par objectifs, ça va permettre de pouvoir
atteindre plus rapidement les cibles, qui sont de réduire l'utilisation de
l'eau.
• (18 h 50) •
M.
Charette : Juste un petit commentaire à ce niveau-là. Je
comprends... je comprends le souhait qui est exprimé, mais je vous confirme
que, du côté ontarien, on a cette information-là de disponible. Donc, on ne
pourra pas invoquer une concurrence de marché, là, qui est déloyale.
Mais pourquoi on ne peut pas aller dans cette direction-là? Il y a des groupes
qu'on a pu rencontrer, là, depuis le début de la journée, qui ont été très
clairs, il faut aussi pouvoir faire un lien non seulement avec une entreprise,
mais avec une région en particulier aussi. À partir du moment où on a des
bassins dégradés, à partir du moment où on a une difficulté d'approvisionnement
en eau, que l'entreprise en consomme moins qu'une entreprise de la même
industrie ailleurs, ça n'a pas le même impact. Une région qui est déjà
vulnérable dans sa disponibilité en eau, c'est une région pour laquelle ce type
de donnée là doit être connu.
Donc, on ne peut pas y aller uniquement par
regroupement d'industries, mais il faut y aller aussi sur une base régionale pour qu'on puisse faire les associations
et s'assurer qu'il n'y ait pas de difficultés au niveau de l'approvisionnement
en eau.
M. Fraeys de Veubeke (Dimitri) : Quand
on parle d'objectifs, c'est exactement ça. Si une région a moins d'eau, eh
bien, effectivement, il faut pouvoir évaluer globalement. Et je pense qu'en
ayant un... en offrant une donnée publique, mais de façon globale, ça permet
d'avoir un meilleur portrait. Parce qu'en fait, à un moment donné, il va falloir que le Québec fasse une
cartographie : Où est-ce qu'on a un manque d'eau? Où est-ce qu'on a assez
d'eau? Et les endroits où on a un manque d'eau, il va falloir faire une
évaluation : C'est quoi, la consommation d'eau? Qu'est-ce qu'on a comme
eau disponible? Et comment on fait pour combler cet écart-là? C'est dans ce
sens-là qu'on dit que les données agrégées en fonction des objectifs, bien, ça
nous permet d'atteindre plus rapidement, justement, une meilleure utilisation
de l'eau.
Puis un autre
élément... Si vous dites qu'on veut faire comme en Ontario, bien, à ce
moment-là, pourquoi ne pas mettre la redevance de base au même niveau
que l'Ontario?
M.
Charette : Il faut s'ajuster aux meilleures pratiques. Donc,
sur les redevances, c'est l'Ontario qui se collera sur nous
éventuellement.
Donc, pour la première question, au niveau eau
de santé publique...
Mme Van Campenhout (Annick) : On
fait la différence de consommation d'eau. L'eau de sanitation, c'est... On ne
veut pas d'affaires Buitoni au Québec, on s'entend. Puis je ne sais pas si vous
en avez entendu parler en France. À cause de la sanitation, à cause du manque
de sanitation, on a eu des gros problèmes en France, il y a eu des décès. On ne
veut pas de ça ici, au Québec. L'eau de sanitation, pour nous, n'est pas
tarifable au même titre que l'eau pour les produits agricoles ne l'est pas.
Elle n'est pas tarifable, pourquoi? Parce que c'est un bien de santé publique,
c'est un bien commun, d'accord, mais de santé publique. On ne peut pas éviter
la sanitation, on ne peut pas éviter d'utiliser des eaux de procédés dans nos
usines. Et il est possible, pour nos usines, d'utiliser des compteurs spécifiques pour les eaux de sanitation et des compteurs
spécifiques pour l'utilisation ou pour les produits, à ce moment-là.
M. Charette : J'ai une collègue qui
souhaiterait aussi intervenir. Merci.
Le
Président (M. Jacques) : Merci, M. le ministre. Je cède maintenant la
parole à Mme la députée d'Iberville.
Mme Bogemans : Merci beaucoup. En
fait, c'est un petit peu dans la même veine que les questions du ministre, là.
Tantôt, vous parliez d'aider et de soutenir les initiatives pour que les
entreprises prennent moins d'eau puis arriver à une bonne innocuité des
aliments. Pouvez-vous nous donner des idées de quelles seraient les structures
à mettre de l'avant, par exemple?
Mme Van Campenhout (Annick) : Pour
aider les entreprises?
Mme Bogemans : Oui, c'est ça.
Mme Van Campenhout (Annick) : Certainement.
On a des exemples dans l'industrie. On a fait des projets majeurs avec les plus
grosses industries, les plus grosses usines pour avoir des cycles de l'eau
interne, des cycles... l'eau qui servirait à la sanitation ou qui servirait
aussi au refroidissement des réfrigérateurs, etc. Donc, il existe la
possibilité, moyennant un gros financement, la possibilité de gérer son eau de
façon extrêmement responsable. On a aussi des usines qui traitent leurs eaux et
qui rejettent des eaux beaucoup plus propres qu'éventuellement quand elles entrent, parce qu'on parlait d'innocuité, les
autres procédés ne peuvent pas être des eaux qu'on puise dans le Saint-Laurent
puis ça doit être des eaux très propres.
Donc, à l'entrée, on traite l'eau, à la sortie,
on traite l'eau. Je vous parle ici pour nos plus grosses usines. 80 % de
la transformation alimentaire, ce sont des PME et elles ne sont pas toutes
équipées de ce type d'équipement. Alors, voilà l'exemple parfait de
l'utilisation d'un programme qui supporterait les entreprises à mettre en place
tout un système de traitement de l'eau à l'interne.
Mme Bogemans : Parfait. J'avais un
autre suivi, justement, sur la qualité de l'eau. Ce matin, on a rencontré un
groupe qui disait que les gens puis les gens d'affaires également n'étaient pas
nécessairement bien outillés pour comprendre
la qualité de l'eau puis pour être capables de comprendre l'ensemble des
mesures, par exemple, par rapport à ce que l'eau contient puis pourquoi ne pas
réutiliser certaines... tu sais, certaines eaux usées vis-à-vis de l'eau propre,
particulièrement dans le milieu alimentaire. Vous, votre constat, à ce
niveau-là, serait...
Mme Van Campenhout (Annick) : ...c'est
très clair, nos entrepreneurs s'y connaissent en nourriture, savent comment
nous offrir un morceau de volaille ou un pain. De là à traiter l'eau dans leurs
usines, bien, ce n'est pas leur compétence nécessairement ou pas toujours.
Donc, besoins en équipement et besoins en conseil, certainement, en conseil stratégique pour améliorer les usines,
pour une meilleure gestion de l'eau. Ça, définitivement, on aurait besoin
de programmes comme ça, des programmes plus forts.
M. Fraeys de Veubeke (Dimitri) : Oui.
Si je peux ajouter, quand même, les entreprises sont très conscientes de la
ressource eau. Il y a quand même beaucoup d'entreprises qui sont déjà dans un
processus, exemple, le... et des choses comme ça, donc des plus grandes
entreprises, certaines PME aussi. Donc, elles sont très conscientes de
l'importance de la ressource eau et de l'importance de réduire l'utilisation,
mais il faut aider les entreprises parce que le tissu industriel au Québec, ce
sont des PME. Donc, elles veulent bien faire l'effort, mais, compte tenu que
les marges sont, au Québec, les plus faibles, sont toujours plus faibles au
Québec qu'en Ontario, si on veut garder la productivité au Québec, il faut
avoir un effort pour pouvoir aider ces entreprises-là, justement, à vouloir...
comment je dirais, avoir les moyens de leurs ambitions.
Mme Bogemans : Diriez-vous que, par
un quelconque moyen, on pourrait agglomérer certaines entreprises ensemble
pour, par exemple, l'utilisation de procédés ou des recherches en particulier
dans un milieu?
Mme Van Campenhout (Annick) : Oui,
on l'a déjà fait, il y a six ou sept ans, avec des entreprises. Donc, oui,
définitivement, c'est tout à fait possible et c'est même une volonté de
l'industrie d'aller vers ça. Mais par où commencer? Parce qu'en environnement,
on a les emballages, on a la gestion des matières résiduelles, on a les GES, on
a... Alors, on a beaucoup de matières à améliorer, et donc on a besoin d'aide,
définitivement.
Mme Bogemans : Parfait. Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la députée. Il reste trois minutes. Mme la députée d'Argenteuil.
Mme Grondin : Merci, M. le
Président. Donc, rapidement, effectivement, je vais prendre la balle au bond.
Vous l'identifiez dans votre mémoire, il y a beaucoup d'autres formes de
tarification en matière environnementale. Vous parlez des redevances ou des
contributions financières au niveau de la collecte sélective, au niveau du
système de consigne, de la redevance sur l'élimination
des matières résiduelles, le marché de carbone. Je pense qu'on est rendus en
2023, où il faut réaliser que c'est des coûts réels et que, là, bien, il faut
tranquillement les intégrer, que ça soit au niveau des entreprises ou des
citoyens, parce que tout ça a vraiment des coûts. Et pendant longtemps, on les
remettait à moyen, long terme, on les relarguait, et là ça nous... aux
générations futures. Donc là, c'est cette prise de conscience là qu'il faut
évidemment contribuer ou responsabiliser tous les acteurs de la société.
Moi, j'aimerais ça
qu'on revienne sur la question de la transparence, parce qu'effectivement, on a
entendu les... certaines organisations, dont les municipalités, les MRC, les
organismes de bassins versants, que ça fait plus de 25 ans qui font de la gestion intégrée par bassins versants, qui
nous disent qu'ils ont un besoin d'information comme ça, que ce soit en
termes de plan directeur de l'eau, de diagnostics, que ce soit pour tenter
d'avoir une meilleure prise sur la gestion
des conflits d'usages, donc des données beaucoup plus spécifiques sur les
quantités d'eau. Donc, je ne comprends pas en quoi on ferait un agrégat
de... Cette information-là ne serait pas utile selon ce que les organisations
qui font de la gestion intégrée nous disent.
Mme Van Campenhout
(Annick) : Les données pour les pouvoirs publics, c'est exactement ce
que je vous disais dans mon discours, les données pour les pouvoirs publics,
oui, les données au gouvernement, oui, les données pour les organisations qui
en ont besoin, oui. Pourquoi les rendre publiques?
Mme Grondin :
Bien, en fait, peut-être vous expliquer, une municipalité qui doit
investir, qui doit prendre un règlement d'emprunt pour modifier toutes sortes
de choses concernant l'eau, bien, c'est moi le payeur de taxes.
Le Président (M.
Jacques) : Merci, Mme la...
• (19 heures) •
Mme Grondin :
...donc j'ai envie d'avoir l'info.
Le Président (M.
Jacques) : Merci, Mme la députée d'Argenteuil. Ceci met fin au bloc
d'échange. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci,
M. le Président, et merci à vous d'être avec nous aujourd'hui pour le mémoire.
Mais, si je comprends bien, il va y avoir quelque chose de plus détaillé par la
suite et pour votre présentation.
Alors, si je
comprends bien, il y a plusieurs recommandations préliminaires, puis une... je
voudrais juste m'attarder. Donc, vous proposez une tarification qui distingue
des eaux de santé publique aux eaux comme matières premières et vous
recommandez un peu le... prolonger un peu l'exemption du secteur agricole, si
je comprends bien. Est-ce que vous... et
vous faites la discussion entre l'eau pour la vie, l'eau citoyenne, l'eau
économique. Vous recommandez aussi... vous demandez au gouvernement du
Québec d'allouer une portion des redevances versées au Fonds bleu au financement des équipements et du support, soutien
à l'implantation des pratiques responsables de gestion de l'eau dans les...
Donc, j'aimerais bien que vous élaboriez sur ces deux recommandations. Et j'ai
d'autres questions, mais on va commencer avec ça. Merci.
Mme Van Campenhout
(Annick) : Élaborer là-dessus... La tarification pour l'eau de
sanitation et l'eau de procédés... ce qu'on
demande, c'est qu'il y ait un statu quo. On ne demande pas une exemption, on
demande un statu quo. Ce sont des eaux indispensables. Essentiellement,
c'est notre demande, notre proposition dans le mémoire.
Et la deuxième
m'échappe. La transparence... c'est ça?
Mme McGraw : ...parlé
dans votre... je ne sais pas... c'est une demande au gouvernement du Québec
d'allouer une portion des redevances du Fonds bleu pour soutenir l'implantation
des pratiques responsables, gestion de l'eau dans les entreprises.
Mme Van Campenhout
(Annick) : Oui, c'est exactement ça. Comme je le mentionnais tout à
l'heure, nos entreprises ont besoin de support, veulent faire des efforts,
veulent contribuer à la gestion responsable de ce bien commun, ne savent pas par où commencer, ne savent pas nécessairement
comment le faire, donc ont besoin de ressources externes, d'embaucher
des ressources externes, ont besoin d'acheter des équipements, potentiellement.
Donc, l'idée, c'était... c'est de vous
proposer de se servir d'une partie du Fonds bleu, dans les limites que M. le
ministre nous a dictées, mais pour aider les entreprises à une meilleure
gestion. Puis, quand je dis les «entreprises», comme je vous disais, les
grandes entreprises, souvent, l'ont déjà fait ou sont en processus de... C'est
vraiment les PME qui ont besoin de cette aide-là. PME, on est...
M. Fraeys de Veubeke (Dimitri) : ...80 %.
Dans la structure industrielle au Québec, 80 % des entreprises ont
moins de 50 employés. Ça vous donne l'ordre de grandeur.
Mme McGraw : Mais...
au sein de votre organisme, quel pourcentage sont des PME? C'est la même chose?
C'est 80 %?
M. Fraeys de
Veubeke (Dimitri) : Ah! c'est 80 %. C'est la même chose, oui,
oui, oui.
Mme McGraw : Parfait.
Donc, la question suivante, c'est qu'on a entendu des groupes aujourd'hui qui
voulaient faire la distinction entre les risques, c'est-à-dire par région ou
par... pardon, la capacité de la ressource dans chaque bassin versant. Donc,
c'est régional, un peu regarder est-ce que ça va bien, est-ce qu'il y a des
risques de pénurie et est-ce qu'il y a de la pénurie, et gérer la tarification
selon ces trois paliers.
On a aussi parlé aujourd'hui d'utilisateurs. Là,
on parle de la distinction entre la santé publique et... l'eau pour la santé
publique, la sanitation et... comme étant matière première ou économique, et on
parle d'utilisateurs. Donc, est-ce que vous proposez de faire une distinction
entre les PME et les plus grandes entreprises au niveau des utilisateurs?
M. Fraeys
de Veubeke (Dimitri) : Non. Nous, ce qu'on propose, c'est uniquement par
rapport à la sanitation, donc c'est vraiment par rapport au droit
d'usage, quelle est la finalité de l'eau qu'on utilise. Donc, ce n'est pas...
on ne fait pas une distinction entre la grande ou la petite, on fait vraiment
par rapport au droit d'usage.
Mme McGraw : Je comprends. Donc,
vous ne... Donc, vous nous proposez, en tant que vos utilisateurs, grandes
entreprises, PME, c'est la même chose. Selon vous, c'est seulement selon
l'usage?
M. Fraeys de Veubeke (Dimitri) : Oui,
c'est le même taux, le même taux comme actuellement... statu quo au même taux
qu'actuellement.
Mme McGraw : Parce qu'on comprend
que les meilleures pratiques sont en Europe, ce n'est pas en Ontario et ce ne
sera pas au Québec. Mais, pour mitiger le fait qu'on n'est pas rendus où ils
sont rendus en Europe, avec la pénurie, etc., c'est justement... il y a ces
propositions-là pour justement avoir une approche nuancée au Québec, si je
comprends, selon certaines recommandations. Donc, je voulais savoir si, vous
aussi, vous envisagez une approche nuancée
selon l'utilisation, mais je comprends que c'est vraiment selon... pardon,
selon les utilisateurs et non l'usage. Donc, je veux juste bien
comprendre. Parfait.
Vous parlez aussi, dans votre introduction, de
vos membres et la certification B Corp. Et justement vous avez aussi parlé des
PME, on a parlé des PME. J'aimerais... Donc, j'aimerais en apprendre davantage.
Est-ce que vous pouvez nous élaborer un peu sur les mesures prises par vos
membres en termes, par exemple, d'innovation verte, la certification B Corp,
entre autres?
M. Fraeys de Veubeke (Dimitri) : ...c'est
un processus de communauté. C'est une... En fait, je dirais, c'est un grand
chemin. C'est très, très bien identifié, c'est très bien cartographié. Il y a,
je pense, 60 questions. C'est un processus
qui dure assez longtemps, ça peut prendre deux, trois ans. Et, je dirais, au
niveau du Québec, on a plusieurs entreprises...
bon, il y a des grands, bien entendu, Nortera... Danone, mais aussi des plus
petites, quand je pense... Fourmi bionique, des entreprises de plus
petite taille, qui sont plus bios, donc, mais c'est vraiment une espèce de
mouvement qui commence au niveau de notre
industrie. Et donc c'est une conscientisation, pas juste sur l'eau, sur tout ce
qui est ESG, donc... économie, environnement...
Mme Van Campenhout (Annick) : ...
M. Fraeys de Veubeke (Dimitri) : ...société.
Merci... Et donc c'est... ça va au-delà du développement durable. Ça veut dire
que c'est vraiment... ce n'est pas seulement économique, ce n'est pas seulement
développement durable, c'est vraiment la
gouvernance et toutes les pratiques qui sont remises en question et qui sont
revues de manière, justement, à améliorer, je dirais, l'écologie, mais
au sens large.
Mme McGraw : Oui, oui, oui. Je
connais bien B Corp, mais ce que je cherchais, c'étaient peut-être plus des
exemples ou des...
M. Fraeys de Veubeke (Dimitri) : Bien,
je vous en ai donné quelques-uns, il y a plusieurs entreprises qui sont en
processus.
Mme McGraw : C'était juste... savoir
un peu plus sur les entreprises, un peu... avoir un peu plus de détails, avoir
comme des visuels, mais c'est... ce n'est pas grave, je comprends le concept de
B Corp. C'était plutôt pour des exemples, qu'est-ce qu'ils ont fait pour
avoir... des exemples précis, mais je vais vous laisser...
M. Fraeys de Veubeke (Dimitri) : Bien,
c'est ça, c'est difficile, parce que, tu sais, il y a un questionnaire de
70 questions, et chacune choisit dans lesquelles elle veut mettre de
l'emphase en fonction de leurs objectifs propres, donc c'est difficile de
répondre. Il y en a, ça va être de l'eau, il y en a, ça va être l'emballage
avec l'écoconception, il y en a d'autres, ça va être... ça peut être, je ne
sais pas, peut-être mettre des capteurs solaires sur le toit pour réduire l'électricité. Ça fait que c'est très, très vaste,
ça fait que c'est difficile de vous donner un exemple précis. Il y a plusieurs
exemples, en fait.
Mme McGraw : Parfait. C'est toujours
bien d'apprendre un peu sur les membres. C'était... C'est le but de la
question, mais j'imagine qu'il y a beaucoup de... il y a beaucoup d'exemples.
Mme Van Campenhout
(Annick) : ...en tout cas.
Mme McGraw : Pardon?
Mme Van Campenhout (Annick) : C'est
un mouvement qui est bien amorcé, et on le salue, on l'encourage, même.
Mme McGraw : Excellent. Donc, une
question, les collègues le savent bien, c'est une question que je repose à
plusieurs groupes. J'aimerais savoir, au niveau de la gouvernance qui est
envisagée par le projet de loi n° 20, par... bien, par le Fonds bleu,
est-ce qu'il y a des... est-ce que, selon vous, les mesures sont adéquates pour
que les sommes prévues soient utilisées aux fins prévues?
M. Fraeys de Veubeke (Dimitri) : Bien,
au niveau de la gouvernance, nous, ce qu'on propose, ce serait la mise en place
d'un comité public-privé où il y aurait autant... Étant donné que le fonds va
être alimenté autant par le gouvernement, M. le ministre vous avait... nous
avait bien spécifié qu'il va y avoir 500 millions parce qu'il est dans le
budget, puis, après ça, il va y avoir des sommes du privé, donc c'est pour ça
qu'on propose qu'il y ait un comité pour que le Fonds bleu soit géré
conjointement.
Moi, j'ai l'expérience au... Si vous connaissez
le partenariat canadien au niveau de l'agriculture, qui a été annoncé il y a quelques semaines et pour lequel M.
Lamontagne fait partie prenante, ce fonds-là est géré conjointement par
le ministère de l'Agriculture, par Agriculture Canada, par l'UPA et par nous,
le CTAQ. Donc, ça existe, donc c'est pour ça
que je propose cet outil, que nous utilisons, que nous connaissons, mais, bon,
on propose à l'Assemblée, ici, pour que vous puissiez avoir une espèce
de modèle pour avoir un partenariat. Comme ça, ça fait une espèce d'équilibre
entre le public et le privé.
Mme McGraw : Alors, peut-être une...
le temps pour une dernière question. Je vous inviterais... bien, je pense que
vous avez parlé un peu des angles morts, mais est-ce qu'il y a des angles morts
ou d'autres sujets que vous auriez aimé voir
traités dans le projet de loi ou est-ce qu'il y a des éléments, en conclusion,
que vous voulez souligner pour la commission?
• (19 h 10) •
Mme Van
Campenhout (Annick) : Je pense qu'on a pas mal tout énoncé. C'est sûr
que pour nos entreprises, la transparence ou l'agrégation des données,
on va dire ça comme ça... parce que la transparence, de notre part, les
entreprises, elle est là vis-à-vis des pouvoirs publics, clairement, elle est
là et elle est là de façon exhaustive. Plus vous allez vouloir de données, plus
vous... plus on va vous en donner. Ce n'est pas un problème au niveau des
pouvoirs publics. Là où on a de la difficulté, c'est à cette ouverture à tout
le monde et peut-être... pas peut-être, en Ontario,
ils le font. Ici, au Québec... nous émettons, de la part de nos membres,
beaucoup, beaucoup, beaucoup de réserves, et je mets «beaucoup,
beaucoup, beaucoup».
Mme McGraw : Donc, merci à vous. Et
merci... M. le Président. C'est tout pour nous.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la députée. Je reconnais maintenant Mme la députée de Verdun pour
5 min 30 s.
Mme Zaga
Mendez : Bien, merci beaucoup, M. le Président. Merci à
vous pour votre présentation et la discussion.
Tantôt, on parlait de vos membres qui sont
surtout des PME. Et je voulais voir... Il y a une recommandation, dans la
page 10, lorsqu'on va allouer ou voir la possibilité d'allouer le Fonds
bleu pour soutenir puis accompagner. Je voulais savoir s'il y a une ouverture
de votre côté pour ajouter, par exemple, des critères qui reflètent la réalité
des PME, parce qu'on le sait que ce n'est pas la même chose, s'adapter quand on
est une grande entreprise versus une entreprise,
mettons, à 15, 20 employés. Ça fait que je voulais vous entendre un peu
sur quel type de critères pourraient être ajoutés pour mieux accompagner
les PME.
M. Fraeys de Veubeke (Dimitri) : ...il
est effectivement possible de mettre des critères par rapport, mettons, au
volume d'affaires ou en fonction de... bon, dans ce cas-ci, ça va être des
volumes d'eau, en... Mais, dans les cas de... quand on met en place un
programme au niveau ministériel, c'est très possible, bien entendu, de mettre
des critères, que ce soit la taille de l'entreprise, que ce soit le nombre
d'employés, que ce soit à quel endroit, comment elles utilisent la ressource
d'eau, qu'est-ce qu'elle fait... Donc, oui, c'est très, très possible de le
faire, mais je n'ai pas les... je n'ai pas les détails, là, mais je sais que
c'est possible de le faire. Puis, bon, les équipes ministérielles sont
habituées à faire ce genre d'exercice.
Mme Zaga Mendez : Oui, mais c'est
plus pour voir l'ouverture de votre côté, de vos membres, à ce type de
conditions. Des fois, c'est l'écoconditionnalité ou des conditions basées sur
la taille des entreprises.
Mme Van Campenhout (Annick) : Tout à
fait, il y a des modulations qui sont possibles, des ouvertures. Même si ce
sont des compétiteurs, la plupart du temps, il y a une grande ouverture à l'échange,
à la discussion et à une régulation, parce que les PME sont... ont plus de
difficulté à investir, à innover que les grandes entreprises.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Puis j'aurais une question sur les... la nature des fonds du Fonds bleu. Tantôt,
vous l'avez dit très rapidement lors de
votre présentation, que, bon, l'objectif, c'est bien sûr réduire la
consommation, donc, si les fonds sont
financés par une redevance qui est basée sur l'utilisation... puis là vous êtes
allés très vite sur d'autres types de
sources de financement qui pourraient venir bonifier le Fonds bleu. Je ne sais
pas si vous voulez élaborer là-dessus.
M. Fraeys de Veubeke (Dimitri) : ...on
parlait, c'est... il y a une partie qui vient du privé puis une partie qui
vient du public, M. le ministre l'a mentionné. Puis, dans le cas de la
redevance, il y a... bon, il y a trois niveaux de redevance. Ça fait que ça,
c'est comme ça, puis je comprends que le... les sommes de 30 millions vont
augmenter tranquillement, ça fait que c'est pour ça... c'étaient ça, les
différentes sources dont je parlais. C'est parce que, dans la redevance, il y a
différents niveaux de redevance. Donc, c'était... juste ça que nous, on voulait
mentionner.
Mme Zaga Mendez : OK. Parfait. Je
pensais qu'il y avait une critique ou un ajout que... qui était en lien avec
ça. Je voulais juste voir, mais je ne sais pas s'il y a d'autres choses que
vous voulez ajouter en lien avec soit l'accompagnement des PME ou d'autres...
M. Fraeys de Veubeke (Dimitri) : Bien,
pour l'accompagnement des PME, si... nous, on offre notre... nous, en tant
qu'association, on est habitués à travailler avec les équipes ministérielles
pour travailler conjointement. Ça fait que je l'offre, si jamais le ministère
de l'Environnement veut qu'on travaille ensemble pour voir quel serait le
meilleur outil, justement, pour que les PME puissent réduire l'utilisation de
l'eau. Nous, on offre nos services pour travailler
en commun, pour voir comment est-ce qu'on peut améliorer, parce que je pense
que le... on travaille beaucoup avec le MAPAQ, peut-être pas
suffisamment avec le ministère de l'Environnement. Ça fait que c'est ça, c'est
la... la main est tendue pour, justement,
dans l'avenir, s'il y a moyen de mettre en place, peut-être, des groupes de
travail pour mieux faire avancer l'industrie, c'est... c'est ça que
nous, on prône de l'avant.
Mme Zaga Mendez : Bien, je vous
remercie. Merci beaucoup.
Le
Président (M. Jacques) : Bien, merci beaucoup, Mme la députée. Je vous
remercie aussi pour votre contribution à nos travaux.
Et, compte
tenu de l'heure, la commission ajourne ses travaux au mercredi 10 mai
2023, après les avis touchant les travaux des commissions, où elle
poursuivra son mandat.
(Fin de la séance à 19 h 15)