(Onze heures trente minutes)
Le
Président (M. Jacques) : Bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement
ouverte.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi n° 48, Loi modifiant
principalement le code de la sécurité routière afin d'introduire des
dispositions relatives aux systèmes de détection et d'autres
dispositions en matière de sécurité routière.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Dufour (Mille-Îles) est
remplacée par M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys).
Auditions (suite)
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la secrétaire. Nous entendrons ce matin les organismes suivants :
l'Association des écoles de conduite du Québec, Vélo Québec, ainsi que M.
Antoine Bittar et Mme Elizabeth Rivera.
Je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants de l'Association des écoles de conduite du Québec. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour faire votre exposé, après
quoi nous procéderons aux échanges avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et à débuter votre exposé.
Association des écoles
de conduite du Québec (AECQ)
Mme
Ferrazzano (Karen) : Merci. M. le Président, Mme la vice-première
ministre et ministre des Transports, Mmes
et MM. les députés, bonjour. Je suis Karen Ferrazzano, la présidente des
associations des écoles de conduite du Québec, l'AECQ. Je suis accompagnée de
M. Marc Thompson, qui est à ma droite, directeur général de l'association,
ainsi que de M. Francis Bérubé, à ma gauche,
qui est le directeur des affaires provinciales pour le Québec à la FCEI, notre
organisation étant membre de la fédération.
Fondée en 1958, l'AECQ est un organisme sans but
lucratif constituant le plus important regroupement de propriétaires d'école de
conduite au Québec. Elle représente ses membres et se veut un modèle de
leadership auprès des décideurs publics, avec qui elle agit en tant que
partenaire. L'AECQ a développé, au cours des années, des produits et services qui permettent d'offrir aux
apprenants des cours de conduite automobile, moto et véhicule lourd de qualité.
Elle fait la promotion du professionnalisme au sein de l'industrie des écoles
de conduite. Elle promeut une image valorisante des métiers reliés aux écoles
de conduite, soutient les organisations axées sur la sécurité routière et
coopère avec elles. Elle contribue à former des conducteurs coopératifs, sécuritaires
et responsables, favorisant une éducation
respectueuse de l'éthique et de bonnes pratiques de la part de toutes les
écoles membres. Au cours des années, elle a contribué à la réduction des
accidents, des blessures et des décès sur nos routes grâce à un enseignement de
la conduite compétent et professionnel.
Nous vous remercions de nous recevoir
aujourd'hui dans le cadre des consultations du projet de la loi n° 48, loi modifiant principalement le Code de la
sécurité routière. À la lecture de nos commentaires déposés à la commission,
vous constaterez que nous souhaitons mettre en relief plusieurs déséquilibres
dans notre industrie, induits en raison du plafonnement des tarifs dans notre secteur d'activité. Pour vous en
parler davantage, je cède la parole à Marc Thompson.
M.
Thompson (Marc) : Alors, M. le Président, depuis plus d'une
décennie, nous demandons, année après année, que le marché des cours de conduite au Québec soit véritablement
libéralisé. En dépit de certains progrès, comme l'indexation gouvernementale,
nous souhaitons, par la présente, rappeler que, d'un point de vue
entrepreneurial, l'interventionnisme actuel de l'État dans l'industrie des
écoles de conduite est intenable. Nous considérons, en outre, que la fixation,
par le gouvernement, du prix du cours de conduite prive nos entrepreneurs d'un
levier fondamental pour la gestion de leurs entreprises, c'est-à-dire
l'élaboration d'une politique de prix. En effet, l'approche actuelle du
gouvernement, dans cette industrie, occulte totalement le fait que c'est
l'entrepreneur seul qui assume les risques d'affaires
dans une école de conduite. Il s'agit là d'une situation anormale, qui fait en
sorte que le propriétaire d'une école de
conduite peut difficilement se positionner en fonction de ses propres priorités
et de la réalité du marché dans lequel son entreprise évolue.
Il ne semble
que personne ne saisisse que les salaires, l'essence, les coûts de loyer,
l'acquisition ou l'entretien des véhicules, les assurances, les taxes et
autres dépenses ont augmenté, au cours des dernières années, de façon
exponentielle. Vous savez, au cours des derniers mois, nous avons établi un
partenariat avec Équiterre et avons fait la promotion du
virage vers les véhicules électriques et vers l'écoconduite. Malheureusement,
beaucoup d'écoles ne peuvent se le permettre, à cause des coûts engendrés par
l'achat des véhicules, car leur marge de manoeuvre est trop limitée en raison
de la fixation des tarifs par le gouvernement. Le prix du cours de conduite ne
nous permet aucune flexibilité pour la
rétention du personnel enseignant, compte tenu du salaire que nous sommes en
mesure de leur verser. Le taux de
roulement a atteint des proportions insupportables. Nous sommes face au défi de
l'inflation et de la pénurie de main-d'oeuvre, comme les autres petites
entreprises, et nous n'avons pas les moyens de faire face à la musique.
Nous
avons fait un sondage CROP, et nous avions au-dessus de 2 000 réponses, et
les critères qui font que les gens choisissent une école, le premier, c'est la
proximité; le deuxième, c'est la qualité; et le troisième, c'est le prix. Et
imaginez-vous, là, 88 % des gens, dans notre sondage, ne savaient pas que
c'est le gouvernement qui fixait les prix. Donc, je trouve qu'il n'y a pas
vraiment à se gêner pour enlever le prix, personne ne va s'en apercevoir, si on
regarde ça de façon positive. Alors, je cède la parole à Francis qui pourra
vous en dire davantage.
M. Bérubé
(Francis) : Merci, Marc. Évidemment aussi, en tant que PME, les écoles
de conduite subissent, comme toutes les autres PME, une forte hausse, par
exemple, des tarifs d'électricité, les plus importantes des 25 dernières
années, les hausses du salaire minimum qui induisent un effet domino sur tous
les salaires, sans oublier les hausses parfois fulgurantes des taxes
municipales et des loyers.
Vous savez, lorsqu'on
les interroge, les PME, sur les mesures prises pour combattre l'inflation, il
devient évident qu'au-delà du défi lui-même, les écoles de conduite sont
particulièrement limitées, en termes de marge de manoeuvre pour y faire face.
En effet, la première réaction entrepreneuriale est de hausser les prix pour
affronter l'inflation. Cette option est
presque inenvisageable pour les écoles de conduite, étant limitée par
l'indexation, justement, des tarifs par le gouvernement du Québec.
Suivant cela, la deuxième réaction des propriétaires de PME, c'est de
travailler plus d'heures pour alléger les coûts de main-d'oeuvre. Plusieurs
propriétaires d'école de conduite vivent cette réalité-là. Donc, c'est la
deuxième, c'est... en fait, dans leur cas, c'est presque la première façon
d'affronter l'inflation, c'est de travailler
plus d'heures. Donc, on parle de semaines, en général, de huit jours. La FCEI
avait déposé un rapport pour
démontrer que les heures travaillées, en moyenne, pour les entrepreneurs, en
pénurie de main-d'oeuvre, c'étaient des semaines de 60 heures.
Finalement, bon nombre d'entre eux doivent réduire leurs marges bénéficiaires
qui, dans un contexte réglementé, à l'image des écoles de conduite, voient déjà
le citron déjà pressé au maximum.
En somme, l'État ne
peut, à travers sa régulation, à la fois tabler sur les grands avantages que
comporte le secteur privé pour la délivrance
de cours de conduite au Québec, tout en niant de facto le statut d'entrepreneur
de ceux qui desservent la population.
Avec le temps, cette situation incongrue est devenue la source de contraintes
inconsidérées pour l'industrie.
Je
veux aussi brièvement aborder la question de l'article 41 du projet de
loi, qui soulève certaines appréhensions. Dans l'optique où les formations offertes par les écoles de conduite au
Québec puissent être également dispensées par les établissements
d'enseignement, nous nous retrouverons devant un enjeu d'équité majeur. En
effet, le secteur privé ne pourra, en aucun
cas, demeurer compétitif dans un environnement d'affaires où un service
largement subventionné par l'État, avec des capacités nettement
supérieures de rémunération et sans contrainte de fixation des prix qui influe
sur la rentabilité financière, est mis en place.
Donc, dans de telles
conditions de marché, plusieurs écoles de conduite pourraient fermer leurs
portes. Cela encouragerait incidemment une demande encore plus grande pour une
desserte du secteur public, celui-ci pouvant remplacer, à terme, dans un
scénario, les écoles privées. En définitive, ce changement, s'il adviendrait,
pourrait engendrer des coûts importants pour l'État, et, en conséquence, nous
jugeons que le gouvernement devrait procéder à une analyse d'impact
réglementaire afin d'en faire les estimations, si c'est la direction qui est
prise. Sur ce, je cède la parole à Karine de nouveau. Merci.
• (11 h 40) •
Mme Ferrazzano
(Karen) : Merci. Nous sommes ici aujourd'hui pour parler de la
sécurité routière, et ce qu'il est important de comprendre... la base de la
sécurité routière, bien, c'est nous, les écoles de conduite qui la débutent. On
commence avec tout nouveau conducteur, on lui donne la formation qu'il a besoin
pour être sécuritaire, coopératif et
responsable sur la route, et c'est ce qui va engendrer d'avoir un meilleur
bilan routier, et c'est ce qui va amener à avoir une meilleure sécurité routière. Donc, si, à la base, on ne peut
pas payer à nos employés, moniteurs, instructeurs, leur juste valeur,
malheureusement, on est en train de les perdre, et c'est ce qui se passe
aujourd'hui sur le marché.
Donc, on demande à
nos formateurs, moniteurs ou instructeurs, de faire un minimum de
249 heures, avec une note de passage de
75 %. Donc, ce n'est pas la normale de 60 % qu'on a dans plusieurs
domaines. On leur demande d'être de
bons pédagogues, d'excellents... vulgarisateurs, excusez-moi, des
communicateurs, de travailler à des heures atypiques, le soir, les
week-ends, à des heures coupées, des fins de semaine, d'être ponctuels, d'être
patients, d'être à l'écoute de l'élève, d'être calmes, d'avoir le souci du
détail, de démontrer une empathie.
Aussi, on doit
mentionner qu'on travaille aussi avec beaucoup de personnes qui ont des besoins
spéciaux, donc des personnes qui sont anxieuses sur la route, des personnes qui
ont des TDAH, des personnes qui ont, tu sais, des troubles de l'autisme, donc,
et je peux en nommer plusieurs. Donc, il va falloir qu'on puisse payer à... nos
instructeurs moniteurs à leur juste valeur pour qu'ils puissent gérer cette
situation-là et travailler avec les élèves pour les amener à être sécuritaires.
Tout cela pour une moyenne de salaire, en ce moment, bien souvent près du
salaire minimum. Nous pourrions faire mieux, offrir plus, mais le cadre
réglementaire nous ne le permet pas.
Nous pensons que
notre place, quand nous parlons de sécurité routière, devrait être valorisée
davantage, car tout débute par nous, comme je l'ai dit tantôt. Le premier
contact avec la route, c'est avec nos formateurs qu'il se fait. Partir du bon pied avec une formation de
qualité, c'est une forme de prévention. C'est donc avec plaisir que nous allons
répondre à vos questions et échanger avec vous. Je vous remercie, M. le
Président.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons
commencer les échanges avec la partie gouvernemale... la partie
gouvernementale. Donc, je cède la parole à Mme la ministre pour une période de
13 minutes.
Mme Guilbault : Merci. La partie gouvernemale vous salue, M. le Président, ainsi que
tous les collègues, bien sûr, et
salutations aux gens de l'Association des écoles de conduite, de la FCEI aussi.
Merci beaucoup, madame, messieurs, d'être
ici avec nous aujourd'hui pour cette dernière journée de consultations
particulières. On a déjà entendu plusieurs groupes et il y a certains
groupes comme vous qui sont assez nichés de par leur mission. Alors, très
intéressant que de vous entendre, d'avoir
reçu votre mémoire puis que vous preniez la peine de venir nous le présenter en
personne. Merci beaucoup d'être ici
et salutations aux collègues, aux équipes aussi, là, je ne sais pas si j'avais
salué tout le monde en ce début de journée. Donc, merci beaucoup.
J'ai envie de
commencer, de rebondir sur un peu la chute de votre exposé, madame, ce que vous
avez dit... je paraphrase, là, mais vous êtes, en fait, le premier, le tout
premier intervenant, en quelque part, dans la formation des gens. Et partir du bon pied avec un bon programme,
c'est, en quelque sorte, une des clés de la prévention. Et moi, je suis parfaitement
d'accord avec vous. Je n'aurais pas pu mieux le dire. C'est d'ailleurs la
raison pour laquelle... parce que comme je fais
toujours la mise en contexte, là, quand les... on discute avec les groupes, ce
projet de loi là contient un certain nombre d'éléments qui viennent
donner suite à des mesures du plan d'action en sécurité routière, qui est la
pièce, la plus grosse pièce, si on veut, là, qui contient une foule de mesures
sur six axes. Donc, le projet de loi vient en opérationnaliser quelques-unes,
mais, je dirais, la pièce maîtresse, c'est vraiment le plan d'action en
sécurité routière.
Dans le projet de
loi, on aborde la mesure 26 sur la formation obligatoire, qui va devenir
obligatoire pour le permis commercial, mais,
avant d'en arriver à la formation qui va être introduite, il y a la mesure 24
aussi, dans notre plan, revoir la
formation destinée aux futurs conducteurs. Et ça, donc, c'est aussi une mesure
qui va se faire en collaboration avec vous, parce qu'on y dit, ici, «poursuivre
les activités»... non, pardon, ce n'est pas la bonne, «revoir le contenu des
cours de conduite afin de mettre les usagers
vulnérables au coeur des parcours d'éducation à la sécurité routière», donc.
Et
donc, ça, pour moi, ça va exactement dans le sens de ce que vous avez dit, là,
revoir la formation, toujours... dans le fond, c'est un processus
d'amélioration continue, les formations, parce que... je ne sais pas depuis
combien d'années que vous êtes là-dedans,
mais probablement que vous avez vu déjà plusieurs évolutions au fil des
contenus, avec la mouvance sociale, je dirais, les préoccupations qui
apparaissent, les nouveaux développements, la nouvelle façon d'aménager les
territoires, les rues, et tout ça.
Et
donc, j'aimerais ça vous entendre, comme vous êtes ici aujourd'hui... On a des
gens de la SAAQ, probablement, d'habitude, aussi dans la salle. J'imagine que
vous travaillez beaucoup en collaboration avec la SAAQ. Dans ce
processus de réévaluation puis d'amélioration continue des contenus de
formation pour nos jeunes... parce que vous
avez tellement raison, c'est la clé, la clé... Moi, je me souviens encore de
mes cours de conduite avec mon prof... ici, à Sainte-Foy, et donc je me
rappelle encore des phrases chocs qu'il me disait. Puis, tu sais, un bon prof
de conduite, je pense que ça peut
faire une nette différence dans le comportement du jeune, au moment où il est
jeune, puis, après ça, par la suite.
Donc, de quelle façon
est-ce que vous travaillez avec la SAAQ? De quelle façon est-ce que vous vous
faites au... bien, pas au quotidien, mais, tu sais, d'année en année, de quelle
façon vous gérez cette réévaluation-là, cette collaboration-là
à la faveur du meilleur programme de formation, toujours le plus, je dirais,
moderne, lucide et porteur possible pour nos jeunes?
Mme Ferrazzano
(Karen) : Bien, on travaille en partenariat avec la SAAQ. Donc, comme
vous dites, on les rencontre assez souvent,
ça, c'est vrai. De plus en plus, on se rencontre encore plus... des rencontres
plus rapprochées. Donc, c'était un
peu espacé, le temps que la SAAQ a pris le dessus, après l'AQTR, comme vous
savez très bien, puis là on a des rencontres plus rapprochées. On a
aussi des rencontres avec les regroupements pour venir sur des bases qu'on peut
présenter à la SAAQ ensemble. La SAAQ est en train de travailler sur un
nouveau, justement, PESR, donc un nouveau programme qui va évoluer, d'une
certaine manière, mais, pour le moment, on ne sait pas encore c'est quoi, cette évolution. Donc, on attend de
voir... qu'on voit comment on va grandir avec eux. Je pense que la SAAQ a
dû freiner un moment avec le changement de
leur système, là, durant l'année dernière, comme vous savez très bien, puis il
y a eu comme un petit... tu sais, un petit moment, là...
Mme
Guilbault : On n'en a pas eu connaissance.
Mme Ferrazzano
(Karen) : Oui, c'est ça. C'est ça, vous êtes bien en bonne
connaissance de ça. Donc, je pense qu'ils
ont mis juste ce projet-là un peu de côté, mais ils sont toujours ouverts à ce
qu'on travaille avec eux là-dessus.
Ce que j'aimerais
rapporter, un petit point de plus, si vous permettez, c'est vraiment nos
formateurs qu'on doit bien former, bien entourer. Je vais vous dire,
aujourd'hui, à l'association... l'année passée, on a fait à peu près
13 formations de moniteurs, OK, de classes pleines de moniteurs et c'est
parce qu'il y a un grand roulement, OK. Ils ne
sont pas payés à leur juste valeur et donc ils décident, après avoir commencé
le métier : Bien, écoutez, ça prend trop, je ne suis pas prêt, ce
n'est pas le salaire que je suis payé, ce n'est pas... c'est inadéquat. Donc
là, ils se changent vers d'autres industries, malheureusement. Donc, en
général, on faisait trois à quatre formations par année. L'année dernière, on en a fait 13, puis Marc, l'année
d'avant, je pense que c'est à peu près la même chose. Oui, donc, c'est des
grosses formations, un gros chiffre qu'on doit entraîner.
Ça
fait que, de mon avis à moi et de notre avis à nous, c'est qu'il faut vraiment
cibler notre personnel, OK, pour pouvoir... que eux, ils puissent, justement,
bien former ces étudiants-là, ces nouveaux conducteurs là, avec un nouveau PESR
qu'on va travailler avec la SAAQ, bien sûr.
Mme
Guilbault : Vous avez combien de
formateurs au sein de l'association? Combien de personnes environ qui sont des
formateurs?
M. Thompson
(Marc) : Je dirais autour de 1 000.
Mme
Guilbault : Donc, ce que vous dites, c'est
que le taux de roulement a augmenté, si bien que vous faites plus de formation
pour le même bassin de formateurs.
M. Thompson
(Marc) : Oui. C'est incroyable, autant moniteurs qu'instructeurs. Puis
on a aussi quelques cours en anglais, on n'a pas le choix, parce qu'il y a des
gens qui sont anglophones, là.
Puis il y a une autre
chose aussi, c'est qu'on a pris les devants sur plusieurs sujets, comme, par
exemple, l'écoconduite. On a mis, dans nos
cours aussi, on a mis les véhicules électriques, on a mis aussi les aides à la
conduite qui n'existent pas dans le PESR actuellement. Il y a des...
beaucoup de choses. On a aussi de la formation continue pour les formateurs,
moniteurs, instructeurs, ils appellent ça maintenant formateurs, alors on a...
on fait... puis on met ça aussi sur notre site Internet par la suite. Alors, on
est vraiment proactifs, puis je pense que notre réputation auprès de la SAAQ est excellente. On a établi des liens,
puis on travaille souvent ensemble, puis on se téléphone, puis on a même...
à quelques occasions, on a les numéros personnels de certains employés. Ça fait
qu'on est vraiment proactifs.
• (11 h 50) •
Puis
on a pris une... on a des partenariats avec Équiterre, avec l'AQRP, parce que
l'AQRP... les gens âgés, souvent, ont besoin d'avoir des
rafraîchissements ou tout ça, alors on a une entente avec l'AQRP. Ça, c'est
très intéressant. Puis on a plusieurs partenariats comme ça, Alco Prévention...
Alors, on prend bien soin d'éduquer notre monde et de s'assurer qu'ils transmettent
aux élèves. On a aussi beaucoup de choses qui viennent de la FCEI parce qu'on a
un partenariat. Toutes nos écoles sont
membres de la FCEI et c'est l'association qui paie leur abonnement. Alors, ils
ne peuvent pas dire : Je n'ai
pas les moyens, on paie pour eux autres, ça fait qu'à partir... à même la
cotisation, si on veut. Alors, on a un excellent partenariat avec la
FCEI. Ils nous aident beaucoup et ils nous donnent aussi beaucoup de documents.
C'est très intéressant pour ça. Alors, c'est un peu la façon dont on travaille.
Mme
Guilbault : Puis pour le contenu, je
disais tout à l'heure, vous êtes probablement... le contenu du PESR, vous êtes probablement, c'est ça, en
amélioration continue. Comment ça fonctionne? Est-ce que vous le modifiez?
Est-ce que vous vous le réanalysez en permanence puis, à une certaine
périodicité, vous faites des changements? Parce que, j'imagine, si vous le
changez toujours... vous ne pouvez pas toujours reformer vos formateurs. Puis
donc comment est-ce que vous procédez pour les mises à jour? Est-ce qu'il y a
une périodicité, est-ce que c'est au besoin, est-ce que c'est en continu?
M. Thompson (Marc) : Malheureusement, le guide
de formation des moniteurs ou des instructeurs commence à être désuet.
Il date de 2012. Alors, on est obligés d'en ajouter. Alors, Karen, par exemple,
qui enseigne, qui fait de la formation, puis on a d'autres... on a même une
personne qui vient de chez Chisasibi, parce qu'on forme aussi... on a des ententes avec les Cris, on a des ententes
aussi avec le Nunavik, avec la commission scolaire Kativik. Alors, on a des
ententes puis on fait de la formation pour les autochtones.
Alors, on est
vraiment en avance, je peux dire, puis ça, ce n'est pas nécessairement dans le
PESR, mais on utilise vraiment le PESR, mais
on a rajouté des choses. Notre volume est plus important, disons, que seulement
le Carnet d'accès à la route.
Mme Ferrazzano
(Karen) : Si je peux me permettre de rajouter à ça, nos formations
pour les membres de l'AECQ... donc, les écoles de conduite qui sont membres de
l'AECQ, on leur donne de la formation continue. Donc, on a, si vous voulez, un petit groupe qui travaille sur de la formation
continue et qui envoie ces informations-là à tous nos moniteurs instructeurs
existants. Et, comme M. Thompson l'a dit, dans les formations, nous, les
maîtres formateurs qui formons, donc, des moniteurs et des instructeurs,
on rajoute au programme de la SAAQ pour pouvoir combler le besoin d'aujourd'hui, parce que la réalité de
2012, on s'entend, ce n'est pas la réalité d'aujourd'hui. Donc, c'est tout du travail
qui est fait à l'interne et... tous les rajouts qu'on rajoute pour nos
moniteurs, instructeurs.
Et on aimerait
partager ça avec la SAAQ puis on leur a déjà dit. Mais, je pense, votre question
à vous, c'était comment est-ce qu'on fait avec la SAAQ? On n'est pas rendu à
travailler encore le PESR avec la SAAQ. Donc, comme
j'ai dit, je pense qu'il y a eu un stop à cause de la situation de l'année
passée, et donc on n'est pas revenus là-dessus, mais ils vont nous
consulter là-dessus pour pouvoir développer ce volet-là.
M. Thompson
(Marc) : Mais c'est parce qu'aussi il faut dire qu'il y a eu certaines
choses qui sont devenues plus prioritaires, comme prenons, par exemple, la
classe 1, ce qui fait que ça retarde le PESR, parce que c'est urgent de régler la classe 1. Sinon, je pense qu'on
serait plus avancé sur PESR. S'il y en a qui ne savent pas c'est quoi, le PESR,
c'est le Programme d'enseignement en sécurité routière. Alors, à cause de ça,
des fois, on a des retards, parce que le ministère
des Transports dit à la SAAQ : Non, non, non, il faudrait s'occuper de
tout ça tout de suite. Ça fait que, là, nous autres, on se déplace un
peu, mais une chance, on est capables de s'organiser quand même.
Mme Guilbault : Parce que... En effet, il ne me reste vraiment pas beaucoup
de temps, mais je vais donc l'aborder, parce que, c'est ça, vous avez raison,
la mesure... en fait, c'est qu'on a les deux mesures dans le PASR, à ne pas confondre avec le PESR. Moi, mon plan
d'action en sécurité routière, je l'appelle PASR, mais il y a aussi la mesure,
là, puis qui est l'objet, entre autres, de votre mémoire, rendre obligatoire la
formation pour l'obtention d'un permis pour conduire un véhicule commercial.
Et donc, là, ce que vous dites, c'est qu'on vous
a demandé de prioriser le nouveau contenu de formation qui va devenir
obligatoire... avec, pour échéance, cette année, alors que l'autre, on avait
donné en échéance, en continu, 2024, 2028, en se disant justement que ça allait
être un travail peut-être de plus longue haleine pour refaire une mise à jour
complète, à la lumière, en plus, de ce qu'on a mis là-dedans, en termes de
nouveaux aménagements, et tout ça, les zones scolaires, et tout, que ça se
reflète dans la formation de nos jeunes.
Mais en terminant... Il me reste quoi, une
minute?
Le Président (M. Jacques) : 22 secondes.
Mme Guilbault : Ah! bien, 22 secondes, ça fait qu'en fait je ne
pourrai même pas poser de question, mais simplement vous remercier. Et on a
besoin de vous pour pouvoir mener à terme ces deux mesures-là. Alors, un très,
très grand merci pour votre travail.
Mme Ferrazzano (Karen) : Merci
à vous.
Le
Président (M. Jacques) : Merci. Ceci met un terme aux échanges avec la
partie gouvernementale. Je cède maintenant la parole à l'opposition
officielle, à M. le député de Nelligan.
M. Derraji : Oui, merci, M. le
Président. Bienvenue à vous trois, et je trouve ça intéressant que vous êtes venus avec la FCEI, que je tiens à saluer, donc,
parce qu'au niveau des études qu'elle met sur la table... Et vous avez vu,
le Parti libéral, depuis le retour, il a un thème, c'est le thème des PME.
Moi, quand j'ai lu votre mémoire, il y avait pas
mal d'informations, mais l'information qui m'a le plus touché, c'est l'état de situation de votre industrie. Parce qu'on
vient... on veut bien dire aujourd'hui qu'on veut compter sur vous en
termes de collaboration, mais si votre industrie souffre, on ne peut plus
compter sur vous. Il ne faut pas se raconter des histoires. Donc... pouvez
juste nous éclairer sur vos demandes dans ce cadre. Parce que, là, j'ai vu les
fixations de tarifs, et vous avez même dit que ça affecte un peu la survie de
votre industrie. Donc, moi, je pense qu'on
ne peut pas passer à côté de cela. Si votre industrie ne va pas bien, on manque
un bout important dans la chaîne de la sécurité routière.
Mme
Ferrazzano (Karen) : Effectivement, c'est... on est les premiers
répondants, si vous voulez, de la sécurité routière, et donc notre demande à nous aujourd'hui, c'est d'enlever,
justement, le plafonnier du prix des cours de conduite pour pouvoir
atténuer à toutes les augmentations qu'il y a eu. Que ça soit salaires,
dépenses, loyer, assurances, tout a augmenté et de beaucoup... mais aussi les
salaires d'employés pour qu'on puisse leur payer leur juste value, comme j'ai dit un peu plus tôt, pour qu'ils puissent,
justement, fournir ce travail-là pour la sécurité routière, parce qu'on ne veut
pas enfreigner la sécurité routière, étant
donné qu'on ne pourra plus avoir de bons moniteurs instructeurs dans le prix.
M. Derraji : Oui, mais ça, je suis
d'accord. Notre porte-parole en économie, il est juste à côté de moi.
Moi, j'aimerais bien qu'on parle de la situation
économique parce que je pense que vous êtes le premier groupe qui nous partage
cette situation. On ne peut pas passer à côté, surtout quand vous êtes dans
toutes les régions du Québec. Parlez-nous de la situation avec du détail, parce
que, là, j'ai vu le coût de l'énergie, j'ai vu la pression sur le salaire minimum, j'ai vu les hausses parfois
fulgurantes des taxes municipales. Ça, c'est réel, c'est des coûts directs qui
affectent votre industrie. Donc, élaborez plus, comme ça la plupart des élus
vont être conscientisés par rapport à la
réalité de votre industrie, et, par la suite, on va parler de l'impact parce
qu'on a besoin de vous. Si j'ai des écoles qui ferment demain, je ne pense pas qu'on aide le secteur de la sécurité
routière, à part que c'est très important d'un point de vue économique.
M. Bérubé (Francis) : Bien, si je
peux ajouter, en fait, parce que... en fait, la réalité actuelle des PME est difficile, je pense que je n'apprends pas rien à
personne. Là, on voit, dans les journaux, des fermetures de plus en plus
régulières. C'est parce que la réalité,
c'est que les écoles de conduite... ce que j'expliquais tantôt, c'est que les
mesures pour affronter l'inflation,
actuellement, c'est d'augmenter les prix, mais la réglementation
gouvernementale, actuellement, ne
permet pas aux entrepreneurs, les écoles de conduite, d'augmenter ces prix-là.
Donc, la première réaction pour survivre, ils ne peuvent pas la mettre
en oeuvre, cette augmentation des prix.
Ensuite,
c'est de... les trois premières réactions entrepreneuriales des PME, ensuite,
c'est le... c'est de travailler plus d'heures. Mais je parlais avec les
entrepreneurs du secteur, puis c'est des semaines... c'est du sept jours sur
sept, là, pratiquement, là. Donc, on vient
épuiser ces entrepreneurs-là parce que d'abord ils cherchent à compenser en
travaillant plus d'heures. L'autre élément, c'est de puiser dans ses
marges bénéficiaires, mais les marges bénéficiaires dans ce secteur-là sont extrêmement limitées. On est dans
un contexte de pénurie de main-d'oeuvre. Ils ne peuvent pas offrir des salaires compétitifs sur le marché. Puis, même
s'il y a une indexation des tarifs, là, même s'il y a une indexation, là,
l'IPC, là, ce n'est pas la... ce n'est pas une mesure qui est
nécessairement représentative pour toutes les entreprises.
Puis certains éléments de l'inflation
peuvent être plus importants. Par exemple, l'augmentation des carburants va affecter de façon plus disproportionnée les
écoles de conduite. La pénurie de main-d'oeuvre à Montréal est importante,
mais elle est plus aiguë en Abitibi-Témiscamingue, et ils vont être en
compétition pour le marché du travail avec, par exemple, des minières qui
offrent des salaires très compétitifs, à Ottawa, avec la limite avec la
fonction publique. Donc, il y a tous ces
éléments-là. Donc, même s'il y a l'indexation, ça ne demeure pas une mesure
fiable pour prendre une photographie de la réalité entrepreneuriale de
ces écoles-là, en fait.
• (12 heures) •
M. Derraji : Oui. Vous avez marqué, dans votre mémoire, parmi
les 63 juridictions aux États-Unis et au Canada, le Québec est la seule qui impose, aux écoles de
conduite, un prix maximum. Moi, je vous demande aujourd'hui, d'une manière très
claire, c'est quoi votre demande, parce que, là, il y a pas mal de choses. Il y
a des choses directes et des choses indirectes qui affectent votre
industrie, mais on s'entend que tout le monde autour de la table est conscient
de l'apport des écoles de conduite. Mme la ministre vient de le mentionner.
Mais maintenant, concrètement, vous êtes à la
FCEI, vous êtes... vous représentez les écoles de conduite. C'est quoi vos
demandes, concrètement, sur la table pour que vous puissiez jouer votre
rôle convenablement?
M. Thompson
(Marc) : C'est enlever le prix plafond et laisser le libre marché.
M. Derraji : Comme
dans le cas des motos...
M. Thompson (Marc) : Comme dans les motos, et,
dans les motos, là, il n'y a jamais eu d'exagération, jamais. Le marché est
stable à peu près partout à travers la province. Les prix se ressemblent
beaucoup sans qu'ils soient fixés, là. Puis je suis certain... puis
d'ailleurs, avant qu'il y ait le cours obligatoire, le marché des cours de
conduite existait et il n'y avait pas de guerre de prix. Il n'y avait rien de
tout ça. Ça fait que les gens, là...
M. Derraji :
Parlez-nous des prix, parce que ce n'est pas tout le monde qui est au
courant de ce qui se passe. Parlez-nous des
prix. Dites-nous qu'est-ce qu'il se passe dans l'industrie, pourquoi c'est très
important aujourd'hui, pour vous, de demander une libéralisation, comme à
l'image de ce qui se passe au niveau de l'enseignement de la moto. Mais parlez-nous, plus ou moins, c'est quoi les...
c'est quoi la tarification... qu'aujourd'hui, là, on ne peut plus aller là, là.
Ce prix maximum, ça ne nous aide pas.
M. Thompson (Marc) : Non, parce qu'il y a des
besoins qui sont différents, dépendant des endroits, premièrement. Alors, il y a des endroits aussi où
les salaires sont beaucoup plus élevés. Puis ensuite, le cours de conduite,
le prix n'est pas un frein, malgré ce que
certains pensent, n'est pas un frein au fait d'aller chercher son permis de
conduire. Ça coûte moins cher que...
Souvent, ça coûte moins cher que d'avoir un téléphone cellulaire, mais le cours
de conduite sert toute, toute votre
vie, puis vous le payez une fois, puis ça sert toute votre vie. Ça fait que,
même s'il monte à 1 200 $ ou 1 300 $, ça ne fera pas
une différence, puis ensuite, la concurrence va exister de toute façon.
Puis
un des problèmes qu'il y a actuellement, c'est que... prenons, par exemple, les
voitures, la moyenne d'âge des voitures des écoles de conduite, actuellement,
est de huit ans. Et ça, ce n'est pas moi qui l'invente, là, ça vient des
ingénieurs de la SAAQ qui s'occupent de...
les vérifications. Alors, ça, c'est un autre exemple. Alors, quand les gens...
beaucoup ont acheté des véhicules électriques, là.
M. Derraji :
Oui, j'en ai vu, oui.
M. Thompson
(Marc) : On en commande, puis on pousse là-dessus. Puis on a un
partenariat, d'ailleurs, avec une entreprise pour les aider, comme on a un
partenariat avec les assurances, avec une compagnie d'assurance. Tu sais, on
essaie de sauver de l'argent, mais c'est... ce n'est pas suffisant. Puis c'est
certain que, si le plafond est enlevé, il y
a des endroits puis il y a des gens qui vont augmenter leurs prix. Mais le
prix, par contre, ils vont être clairs sur
le... parce qu'il ne faut pas oublier une chose, hein, ceux qui n'arrivent pas,
ils trouvent des moyens d'arriver, en dehors du... Puis ça, je pense que
la SAAQ est au courant, puis tout le monde est au courant.
Alors, c'est certain
que ça, ça va se résorber. Tu sais, il n'y aura pas de monde qui va vendre des
livres à 80 $, là. Pourtant, ça existe,
là, il ne faut pas se faire d'illusions. Peut-être que ça vous fait rire, là,
mais nous, on assiste à la Driving School Association of America. On va là, aux
conférences, à tous les ans, puis, à un moment donné, il y a un de mes
administrateurs qui m'a demandé : Coudon, le Québec, c'est-tu un pays
communiste? Parce que le prix des cours était fixé.
Des voix :
Ha! Ha! Ha!
M. Derraji :
Pas sûr que Mme la ministre est communiste, je peux vous le dire.
M. Thompson
(Marc) : Puis ensuite, écoutez, même si Mme la ministre dit qu'il faut
des améliorations au PESR, puis que nous, on
le croit, puis tout ça, il reste que c'est le meilleur cours qu'il y a en
Amérique du Nord. Moi, là, j'ai les cours des 51 États américains
puis de tout ce qui se passe au Canada. J'ai des communications avec les gens de la Colombie-Britannique. Il n'y a pas de cours
meilleur que le cours PESR que nous avons au Québec, sauf qu'il y a plus
d'heures que partout. On a 15 heures de pratique alors que le Minnesota,
par exemple, en a sept. Alors, tu sais, tout ça, là, il y a de l'argent
derrière de ça.
M. Derraji :
Il me reste une minute. Je vous remercie parce que ça a été très clair par
rapport à ce plaidoyer. Est-ce que vous avez vu l'étude d'impact réglementaire
publiée? Et il y a eu aussi un mémoire qui a été déposé au Conseil des
ministres. Vous avez vu les deux?
M. Bérubé
(Francis) : L'étude d'impact réglementaire...
M. Derraji :
Oui. Et c'était quoi, votre constat?
M. Bérubé
(Francis) : Bien, écoutez, nous, on soulève un des éléments, là, qui
n'a pas été analysé, mais une des choses
qu'on demande, c'est que, si, par exemple, il y a un transfert vers le secteur
public, s'il y a une reconnaissance des
établissements d'enseignement... ça va nécessairement engendrer des coûts
minimalement pour l'État puis ça peut avoir
un impact aussi sur les entreprises, tu sais, parce qu'il y aurait des
possibilités de fermeture. Parce que compétitionner contre un secteur largement subventionné, qui ne
vit pas avec les mêmes contraintes que les entreprises privées, ça va être
impossible.
Ça fait que c'est...
Donc, c'est ça, l'enjeu. Donc, ça, c'est un des éléments qu'on juge qui devrait
être évalué, s'il y a un transfert, en fait,
des cours de conduite vers le secteur public, et la porte nous semble ouverte
avec ce qui est dans le projet de loi.
M. Derraji :
O.K. Je vous remercie pour votre passage. Et sûrement on fera un autre
suivi avec vous. Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup, M. le député de Nelligan. Je cède donc la parole à M. le député
de Taschereau pour 3 min 30 s.
M. Grandmont :
Merci, M. le Président. On a peu de temps. J'aimerais ça couvrir deux
questions avec vous. La première concerne les prix. On en a beaucoup parlé,
puis j'ai quand même, moi, une certaine crainte que, si on libéralise les prix,
bien, dans certains secteurs du Québec, la Côte-Nord, l'Abitibi, par exemple,
on se retrouve avec... Il y a peu de
joueurs, il y a peu d'écoles de conduite. On pourrait se retrouver avec des
hausses de prix assez importantes. On
n'a pas l'offre et la demande pour être capable, justement, de créer cette
compétition-là. Est-ce que, si on ne va pas dans ce sens-là, une
augmentation des prix fixée par règlement pourrait répondre à votre demande
aussi?
M. Thompson (Marc) : Bien, on a ouvert
dernièrement, là, à Malartic, Rouyn... puis là il y a Amos qui s'ouvre. Ça fait
qu'il y en a des nouvelles écoles qui s'ouvrent dans ce coin-là. Puis moi, je
sais que les prix qu'il y a là-bas sont maintenus près du... très près
du prix maximum fixé par le gouvernement puis je n'ai jamais vu des écoles
augmenter leur nombre d'élèves comme il augmente actuellement. J'ai vu une
école, là, aller chercher des centaines d'élèves en l'espace d'un an. C'est
incroyable. Ça fait que le prix... Comme je disais, là, le prix, c'est le
facteur trois...
M.
Grandmont : Oui. Bien, c'est parce qu'il est fixe, en fait.
M. Thompson
(Marc) : ...du cours de conduite, ça fait que...
M.
Grandmont : Donc, c'est sûr que ce n'est pas un critère.
Mme Ferrazzano (Karen) : Je veux rajouter un petit
point. Il ne faut pas oublier que, dans le temps, il y avait un moratoire, donc
on ne pouvait pas ouvrir des écoles de conduite un peu partout, tandis
qu'aujourd'hui on n'a plus ça. Donc, la compétition va être saine. Nous, en
tant qu'association, si on va trouver que, disons, en Abitibi, je ne sais pas,
le prix devient 4 000 $, on
va dire : Bien, c'est exagéré. On va peut-être suggérer à quelqu'un
d'aller ouvrir une école là, avoir un prix qui est plus normal, et donc
ça va faire que la compétition va ramener le prix vers le bas.
M.
Grandmont : O.K. On aura sûrement l'occasion d'en reparler pendant
l'étude détaillée, là, mais je... En tout cas, c'est parce que je veux vraiment
couvrir l'autre point aussi, qui est important pour moi, là, mais je ne suis
pas tout à fait convaincu, mais on pourra en jaser.
Lors des
consultations, en 2017, il y avait des intervenants qui avaient émis
l'hypothèse qu'on devrait faire... refaire des requalifications du permis de
conduire, au moins d'un point de vue théorique, c'est-à-dire que les gens
refassent une formation comme dans différents domaines, dans le travail en
général, les cours de sauveteur pour donner
un autre exemple. Qu'est-ce que vous pensez de ça, l'idée de, périodiquement,
aux cinq, aux 10 ans, de demander aux Québécois et aux Québécoises
de refaire... une requalification, une revérification, une évaluation?
Mme Ferrazzano (Karen) : Absolument d'accord avec
vous. Moi, je donne des formations au niveau corporatif, donc, c'est des gens
qui conduisent depuis 30 et 40 ans, et les erreurs que ces gens-là font
dans les voitures... Ils ont besoin d'un rafraîchissement. Ce n'est pas
parce qu'ils ne connaissent pas la loi ou ils ne veulent pas appliquer la loi, mais c'est parce qu'en tant que conducteur...
Premièrement, la loi change, mais deuxièmement, en tant que conducteur,
on tombe avec des habitudes. Ah! je n'ai pas mis mon clignotant, il n'y a rien
qui s'est passé. Je ne l'ai pas mis encore,
il n'y a rien qui s'est passé. Ça fait que je tombe à ne plus le mettre, ça
devient comme une habitude. Mais, tu sais, là, la journée où il fallait que je mette mon clignotant puis je ne l'ai
pas mis, là, c'est... on se rend compte, bien, il y a eu un accident.
Donc, c'est très important de faire un rafraîchissement au moins à tous les
10 ans.
M.
Grandmont : Là, vous n'avez rien dans votre mémoire par rapport à ça,
à ma connaissance.
Mme Ferrazzano
(Karen) : Non.
M.
Grandmont : Si vous avez déjà des idées là-dessus, peut-être juste les
envoyer à la commission...
Mme Ferrazzano
(Karen) : Oui, ça va me faire plaisir.
M.
Grandmont : ...pour qu'on puisse en prendre connaissance. On pourrait
éventuellement en discuter, là.
Mme Ferrazzano
(Karen) : Ça va me faire absolument plaisir.
M.
Grandmont : Je ne dis pas qu'on prend position là-dessus, mais...
M. Thompson (Marc) : Actuellement, comme je
disais, on le fait avec l'AQRP pour les retraités provinciaux du
secteur...
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci met fin aux échanges avec les membres de la commission.
Je vous remercie pour votre participation.
Et je suspends
quelques instants pour faire place au prochain groupe.
(Suspension de la séance à
12 h 10)
(Reprise à 12 h 12)
Le Président (M.
Jacques) : Nous reprenons nos travaux. Et je souhaite la bienvenue à
la représentante de Vélo Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à débuter votre exposé.
Vélo Québec
Mme Bebronne (Magali) : Merci, M. le Président.
Mme la ministre, Mmes et MM. les membres de la commission, représentants du
ministère des Transports et de la Société d'assurance automobile du Québec,
merci d'avoir convié Vélo Québec à ces auditions dans le cadre de l'étude du
projet de loi n° 48. Je m'appelle Magali Bebronne et je suis directrice
des programmes chez Vélo Québec.
Depuis plus de
50 ans, Vélo Québec fait la promotion du vélo sous toutes ses formes, pour
le tourisme, pour les loisirs, mais, bien
sûr et plus que jamais, comme moyen de transport. Vélo Québec est connu pour
son expertise en matière de vélo, mais vous savez peut-être moins que nous nous
préoccupons, depuis bien longtemps, de la sécurité des piétons et
particulièrement des déplacements actifs et sécuritaires des enfants vers
l'école.
Depuis 2005, avec le
programme À pied, à vélo, ville active, Vélo Québec et ses partenaires ont
réalisé plus de 675 plans de déplacements scolaires dans toutes les
régions du Québec. En plus du guide technique aménagé pour les piétons et les cyclistes, Vélo Québec publiera
également, en 2024, un guide de sécurisation des abords des écoles, avec
le soutien du Fonds de la sécurité routière.
D'emblée, nous tenons à saluer le plan d'action en
sécurité routière très exhaustif présenté par Mme la ministre en août dernier
et le dépôt rapide de ce projet de loi afin de concrétiser, sans tarder,
certaines des mesures phares de ce plan.
Ce leadership fort est nécessaire et bienvenu face à la dégradation récente du
bilan routier, en particulier chez les usagers non protégés.
Dans
le mémoire que nous vous avons soumis, vous retrouverez plusieurs propositions
qui vous paraîtront parfois dépasser la portée de ce projet de loi, mais
qui nous paraissent indissociables d'une stratégie de sécurité routière.
Notre
première proposition porte sur le principe de prudence dont vous ont également
entretenu nos collègues de Piétons
Québec. En tant que représentants d'usagers dits vulnérables, nous tenons à
réitérer, comme nous le faisons d'ailleurs
depuis l'introduction du principe de prudence, en 2018, dans le CSR, que le troisième
alinéa de l'article 3.1 vient affaiblir toute la portée du principe
cardinal supposé guider nos approches en sécurité routière. Alors qu'il devrait
établir une hiérarchie claire de responsabilité entre les différents usagers de
la route, avec cet alinéa, on vient créer une fausse équivalence entre
l'obligation de se protéger et l'obligation de ne pas mettre en danger les
autres. C'est problématique.
Conduire un véhicule
de deux tonnes ou plus vient avec de grandes responsabilités, comme le rappelle
très pertinemment d'ailleurs votre porte-parole Katherine Levac, dans
l'excellente campagne qui soutient le plan d'action en sécurité routière. Cela
ne peut en aucun cas être mis sur un pied d'égalité avec le fait de se déplacer
à pied ou à vélo. Malheureusement, la façon dont l'article 3.1 est rédigé
ouvre grand la porte aux dérives.
Nous avons ainsi
dénoncé récemment des messages de partage de la route qui mettaient davantage,
voire exclusivement, l'emphase sur des comportements attendus des usagers vulnérables
pour assurer leur propre sécurité plutôt que
sur la responsabilité des plus gros envers les plus vulnérables. Nous proposons
donc, dans un premier temps, de
corriger cette incongruité pour aligner notre principe de prudence sur ceux
adoptés par d'autres pays et conventions.
Dans
un second temps, nous aimerions que cet article soit suivi d'effets et puisse
ouvrir la fois... la voie, pardon, à des sanctions accrues lorsqu'un
comportement dangereux met à risque un usager ou une usagère non protégée.
Notre deuxième orientation vient rappeler
l'importance, comme dans n'importe quelle stratégie de santé et sécurité, de réduire le risque à la source. En
sécurité routière, le risque de décès et de blessures graves est directement
proportionnel au nombre de déplacements motorisés. La stratégie Réduire,
transférer, améliorer, mise de l'avant par notre politique de mobilité durable,
est donc sans doute un de nos meilleurs outils pour améliorer la sécurité
routière. Réduire le nombre de trajets à
effectuer et provoquer un transfert modal vers des modes plus durables, qui
sont aussi des modes plus
sécuritaires, c'est une stratégie légitime de sécurité routière. Développer le
transport en commun, multiplier les aménagements cyclables, rendre
confortables les déplacements à pied, améliorer l'intermodalité sont autant de stratégies qui doivent permettre à ces modes
d'être plus attractifs, mais aussi plus compétitifs par rapport à l'auto solo.
C'est dans cet esprit que nous vous soumettons plusieurs propositions qui
permettraient de rendre plus efficaces et attrayants
les déplacements à vélo. Cela passe par des mesures très concrètes, comme la
création de passages prioritaires pour
cyclistes, mais aussi l'autorisation, pour les cyclistes, de traiter les arrêts
comme des céder le passage, comme c'est déjà le cas dans huit États
américains.
Sur les questions très spécifiques aux vélos,
permettez-moi d'exprimer notre très grande déception que ce projet de loi n'ait
pas permis de régler une bonne fois pour toute la question de la définition des
vélos à assistance électrique que nous attendons maintenant depuis quatre ans.
Alors que les engins de tout acabit prennent d'assaut les pistes cyclables du Québec, y compris des
scooters, voire des motos électriques qui se font passer pour des vélos à
assistance électrique à cause du flou réglementaire, nous sommes
préoccupés que le resserrement tant attendu par nos usagères et usagers de
pistes cyclables se fasse toujours attendre.
Quant aux appareils de contrôle automatisés, nous
soutenons entièrement la volonté gouvernementale de massifier et de simplifier le traitement des infractions constatables
par des ACA. Comme d'autres groupes avant nous, nous sommes d'avis que
Québec devrait viser un taux de couverture suffisant pour réellement changer de
paradigme. Notre approche ne devrait pas
être de saupoudrer quelques photoradars dont les automobilistes connaissent par
coeur les emplacements, mais bien de créer une conscience permanente que
tout excès de vitesse ou feu rouge brûlé pourrait se solder par une sanction pécuniaire. Ce que l'on vise, ce n'est pas le
respect de 500 radars, mais bien le respect de l'ensemble des
vitesses et de la signalisation présentes sur notre territoire.
Nous sommes conscients que la demande pour les
systèmes de détection sera très forte et nous comprenons que ceux-ci se
concentrent en premier lieu sur des infractions de vitesse et de respect des
feux rouges. Nous vous soumettons tout de
même, dans notre mémoire, des exemples d'autres infractions qui pourraient être
surveillées de façon automatique, notamment celles qui ont pour effet de mettre
à risque les cyclistes le long d'axes cyclables très achalandés. On
pourrait ainsi assurer un meilleur respect des feux verts en forme de flèche
qui offrent aux cyclistes des phases de traverse protégées des virages de
véhicules.
Je vous le disais, chez Vélo Québec, les
déplacements actifs des élèves vers l'école sont une préoccupation de longue
date. Dans les centaines de plans de déplacements scolaires que nous avons
réalisés, nous prenons toujours soin de
cartographier les codes postaux des élèves fréquentant une école afin
d'identifier les cheminements prioritaires à sécuriser pour répondre aux
besoins des familles. Vous trouverez un exemple de ce genre de cartographie
dans notre mémoire. Cela permet de constater en un coup d'oeil l'ensemble des
rues où circulent, matin et soir, les familles qui vivent à moins de
15 minutes de marche de l'école. Et, sans surprise, on est bien loin de la
simple zone scolaire.
C'est pourquoi nous nous joignons à tous les
groupes qui, ces derniers jours, sont venus vous dire que la sécurisation des
déplacements vers l'école devrait viser un périmètre bien plus vaste que les
abords immédiats du terrain de l'école.
C'est aussi notre conviction, et j'ajouterais que, même si nous avons toujours
priorisé les déplacements à pied, il faudra à l'avenir également
proposer des voies cyclables sécuritaires dans les diagnostics et les mesures
de sécurisation. Il nous paraît inconcevable
qu'aujourd'hui encore, certaines écoles interdisent carrément à leurs élèves de
venir à vélo.
En complément des efforts de sécurisation
physique des écoles qui sont à juste titre priorisés par le plan d'action
gouvernemental, permettez-moi de sensibiliser les membres de cette commission
aux efforts d'éducation que Vélo Québec
déploie, depuis 2015, pour former les jeunes du primaire à la pratique
sécuritaire et autonome du vélo. Avec
son programme Cycliste averti, Vélo Québec s'est inspiré des meilleures pratiques
pour offrir une éducation au vélo exhaustive comprenant des occasions de
pratique sur route, un examen individuel et un bulletin personnalisé pour
chaque élève participant. Si nous avons pu compter, ces dernières années, sur
le soutien de la SAAQ, du ministère de l'Éducation et du ministère de
l'Environnement pour accompagner la croissance du programme, nous espérons que celui-ci continuera à bénéficier d'un soutien
continu et prévisible pour les années à venir afin que nous puissions à notre
tour répondre à la demande des milieux scolaires pour cette initiative.
• (12 h 20) •
Je terminerai ce court exposé en abordant la
question des données. Vous le savez sans doute, ce qu'on ne mesure pas ne
compte pas. Alors, quand on regarde les données de sécurité routière qui sont
compilées par la SAAQ, il faut garder à
l'esprit que celles-ci occultent toutes les blessures subies par des usagers
vulnérables sur la voie publique lorsqu'aucun véhicule moteur n'est impliqué.
Alors qu'un automobiliste est comptabilisé et peut être indemnisé pour
s'être blessé en déneigeant son auto, les
piétons et cyclistes blessés dans des collisions vélo-vélo, vélo-cycliste,
vélo-piéton ou même vélo-scooter électrique se faisant passer pour un
vélo électrique ne sont ni comptabilisés ni indemnisés.
Lors du projet de loi n° 22 présenté par le
ministre des Transports de l'époque, M. Bonnardel, nous avons plaidé pour une
indemnisation universelle des usagers de la route. Le ministre a alors mandaté
un groupe de travail de la SAAQ afin de quantifier ces victimes invisibles et
proposer des avenues pour leur indemnisation. Ce groupe doit
rendre ses conclusions dans les prochaines semaines. Nous avons hâte d'en
prendre connaissance et nous espérons qu'il sera donné rapidement suite à ses recommandations
éventuelles. Alors que les Québécois bénéficient, pour une troisième année
consécutive d'un congé de contribution d'assurance sur leur permis de conduire,
nous pensons qu'il n'y aurait pas de meilleur moment pour faire ce choix de
société. Je vous remercie pour votre attention.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Nous allons commencer les échanges avec les membres
de la commission, avec Mme la ministre des Transports et de la Mobilité durable
pour 15 minutes.
Mme Guilbault : Oui, merci. Merci, merci beaucoup, M. le Président. Merci à
vous d'être ici avec nous aujourd'hui, de vous être déplacée ici pour nous
présenter le mémoire très intéressant. Nous, on était heureux d'avoir Vélo Québec qui venait, bien, d'abord saluer le
plan, c'est toujours agréable d'avoir des gens qui viennent saluer le plan,
mais amener, justement, l'angle des cyclistes, et je trouve ça intéressant.
Il y a plusieurs choses dans la présentation,
mais il y a peut-être certains éléments sur lesquels je voudrais revenir, puis
le premier qui me saute aux yeux, moi, en tout cas, quand je regarde le projet
de loi, parce que dans le... Je le disais, le Plan d'action sécurité routière,
il contient 27 mesures, vous l'avez regardé certainement dans son
ensemble, qui touchent, pour une grande part, soit directement, soit
indirectement, les cyclistes. C'est sûr qu'il y a plusieurs choses. Il y a six axes, mais ultimement... puis la campagne
de communication, notamment avec Katherine Levac, dont on est bien fier
aussi.
Mais un des éléments qui est important pour la
répression, puis là on pourra parler aussi des systèmes de détection, mais
c'est l'augmentation des amendes qu'on prévoit en l'article 61, 62, 63, je
pense, ou quelque chose comme ça, en tout
cas à partir de l'article 61. Alors, je me demandais si... bien,
premièrement, est-ce que vous avez eu l'occasion de le regarder un peu
plus en détail. Parce que moi, je... tu sais, je me suis fait sortir la liste
des articles du CSR qu'on modifie, puis vous
voyez cinq, six, sept... Il y a, au minimum, sept infractions qui touchent les
cyclistes qui vont augmenter, tu sais : le conducteur qui a suivi
une distance qui n'était pas prudente; conducteur qui, en effectuant un virage, n'a pas respecté la priorité accordée
aux piétons et aux cyclistes à une intersection; le conducteur, accédant
à une propriété privée, n'a pas cédé le
passage aux véhicules, aux cyclistes ou aux piétons; conducteur, face à un feu
rouge, n'a pas immobilisé son véhicule avant d'effectuer un virage à
droite et n'a pas cédé le passage aux piétons ou aux cyclistes; conducteur,
faisant face à un feu de circulation défectueux ou inopérant, n'a pas
immobilisé son véhicule et n'a pas cédé le
passage aux piétons ou aux cyclistes; conducteur, faisant face à un panneau
d'arrêt, n'a pas immobilisé son véhicule et n'a pas cédé le passage aux
piétons ou aux cyclistes; et le conducteur faisant face à un panneau d'arrêt
n'a pas immobilisé son véhicule et n'a pas cédé le passage aux piétons ou aux
cyclistes.
Je le dis parce qu'hier on se disait que la
façon dont le projet de loi est rédigé, c'est des renvois d'article en article,
puis ultimement, on ne sait pas vraiment clairement, dans le projet de loi
comme tel, de quoi on parle. Ça fait que je pense que, pour le bénéfice de tout
le monde, de savoir qu'il y a au minimum six articles du CSR qui vont être
modifiés avec des amendes à la hausse, qui touchent les cyclistes puis les
piétons aussi, là, mais aujourd'hui, parlons des cyclistes, alors moi, je
trouve que c'est une bonne chose. Ça fait que je me demandais, vous, ce que
vous en pensiez. Est-ce qu'on fait le tour? Est-ce qu'il y a des choses que
vous auriez ajoutées, modifiées, que vous n'auriez peut-être pas... des
articles que vous n'auriez peut-être pas mis là ou autres observations
là-dessus?
Mme Bebronne (Magali) : Écoutez, on
avait bien pris connaissance de ces changements-là. C'est sûr que c'est
fastidieux dans un projet de loi, mais on avait bien fait nos devoirs. C'est
une excellente chose. Je pense que Piétons Québec avait bien mis de l'avant
comment des situations qui résultent un peu... qui ont les mêmes résultats en termes de non-respect de la priorité piétonne,
étaient traitées complètement différemment en termes de montants des
sanctions, en termes de points d'inaptitude également. Puis c'est malheureux,
mais j'ai le sentiment que parfois, au Québec,
on respecte mieux un panneau qu'on respecte un humain. Alors, de remettre de
l'avant, d'harmoniser d'une part et
puis de rehausser les sanctions pour toutes ces infractions-là qui sont, en
fait, un refus de priorité, c'est une excellente chose. On le salue, on
en est bien content.
Mme Guilbault : Puis est-ce que... Selon ce que vous observez, parce que
c'est sûr qu'il y a une tendance aussi à la
mobilité active de plus en plus, que ce soit à pied, à vélo et... Et
d'ailleurs, dans le plan, on a un projet pilote pour les nouvelles
mobilités, à, ldonc la trottinette qui... Bon, il y a des enjeux autour de ça,
mais ces nouvelles mobilités là qui apparaissent mais qui ne sont pas
actuellement encadrées, notre objectif, c'est éventuellement de les encadrer.
On ne pourra pas éternellement faire fi de leur existence, donc aussi bien les
encadrer. Mais pour le vélo, est-ce que,
selon vous, puis je pense aussi au... comment on l'appelle? La bicyclette assistée,
je pense, bicyclette intelligente, qui est de plus en plus populaire
aussi pour les gens qui n'ont pas envie de l'aspect athlétique nécessairement,
mais qui aiment se déplacer en vélo.
Qu'est-ce qui, pour vous, en termes
d'encadrement ou comment est-ce que... est-ce que vous trouvez que c'est suffisamment encadré? Ou comment est-ce que
vous voyez un encadrement éventuel davantage dans la mesure où, entre
autres, il y a de plus en plus de vélos, il y a du vélo assisté, il y a, comme
un... puis c'est combiné avec la façon dont on aménage maintenant, de plus en
plus, nos rues, il y a de plus en plus de pistes cyclables, etc. Avez-vous une
réflexion là dessus?
Mme
Bebronne (Magali) : On était bien content de voir le projet pilote, au
mois de juillet, sur la micromobilité, les ATPM, les appareils de
transport personnel motorisés. De venir clarifier qu'est-ce qui est une
trottinette légale et qu'est-ce qui est une trottinette
illégale, c'est une excellente chose. Ça montre qu'on a appris de nos erreurs
et qu'on n'attend pas que les rues soient
envahies de ces véhicules-là pour légiférer. Donc, bravo pour la proactivité de
ce côté-là.
On était contents de voir aussi la limite de
vitesse, la limite de puissance qui était imposée sur les trottinettes, les gyroroues. Je vous dirais qu'on aurait aimé
voir le même genre de proactivité du côté des vélos à assistance électrique,
parce qu'eux aussi, ils sont vraiment déjà sur nos rues. On a des scooters
électriques et des motos électriques, et c'est très, très clair, quand on sonde nos membres, et puis ça nous arrive de
tout bord, tout côté, à quel point les gens se sentent mis en danger de devoir partager des voies
cyclables et des pistes cyclables avec des scooters, des cyclomoteurs et des
motocyclettes qui n'ont rien à faire sur ces voies cyclables.
Alors, ça, pour nous, c'était vraiment la
priorité. On est en contact avec le ministère et on sait que le travail se
poursuit. On aurait beaucoup aimé que, tant qu'à rouvrir le Code de la sécurité
routière en ce début d'année, ce soit l'occasion de régler, une bonne fois pour
toutes, cette question, parce que les tensions, et les frustrations, et les frictions sont assez vives, que ce soit sur les
voies cyclables urbaines, tout comme les réseaux régionaux qui ne relèvent
pas de la voie publique... mais on le sait
que, le jour où on va régler tout ce qui touche la voie publique, ça va
nécessairement avoir une incidence sur le marché. Et malheureusement,
chaque nouvelle saison où on n'a pas légiféré à ce sujet là, eh bien, c'est un
nouveau lot de véhicules incompatibles avec la sécurité des autres usagers qui
se rajoutent sur nos voies cyclables.
Mme Guilbault : Oui, bien, tout à fait. Exactement, ce que vous dites, là,
c'est ce que je nommais... puis là je cherchais, c'est la mesure 18, ici,
dans le plan, Encadrer la circulation sécuritaire des appareils de transport personnels motorisés. Puis là on a trois
sous-mesures : prévoir un encadrement temporaire, donc, c'est le projet
pilote qui est publié cette année
pour la circulation sécuritaire des trottinettes électriques, des appareils
gyroscopiques — ça,
je ne sais pas exactement c'est quoi, mais
en tout cas — et
d'autres appareils de micromobilité; mettre en... par la suite, mettre
en oeuvre une stratégie de communication pour informer les citoyens du nouvel
encadrement concernant les ATPM; et
ultimement, d'ici 2025, c'est l'échéance qu'on se donne, évaluer la sécurité
des ATPM, pour exactement ce que vous dites là, là. Ces choses-là sont
apparues, puis on ne sait pas exactement... puis déjà la cohabitation, je
pense, entre les vélos et les voitures puis même les piétons là-dedans,
des fois, c'est des espaces partagés, c'était déjà un... en soi, ça nécessitait
déjà en soi d'être encadré, donc, en ajoutant tout ça.
Alors, est-ce
que vous considérez que c'est une bonne chose? La mesure en trois sous-mesures
puis l'échéancier qu'on se donne pour en arriver avec un encadrement,
considérez-vous que c'est la bonne chose à faire?
Mme Bebronne (Magali) : Oui, bien
sûr. Ce qui est important aussi, dans des projets pilotes, c'est de pouvoir
mesurer les choses. Je pense que ça fait partie des questions que nous avions
au mois de juillet, quand le projet pilote a été prononcé ou édicté, de
s'assurer qu'on mesure bien les choses, parce que, malheureusement, toutes ces choses-là qu'on ne mesure pas... je le disais,
les statistiques de la SAAQ ne reflètent pas les collisions qui peuvent
justement se produire entre des
trottinettes, des vélos, des piétons, tant qu'il n'y a pas de véhicule moteur
immatriculé d'impliqué. Alors, de prendre le soin de bien mesurer
l'effet de ce projet pilote pour éventuellement y apporter des justifications,
c'est une très bonne chose.
Je pense qu'un des principes qui doit nous nous
guider dans les contraintes et les règlements qu'on édicte autour de ça, c'est
de toujours regarder non seulement les risques associés à un mode de transport,
mais également les bénéfices. Et je vous dirais qu'entre un vélo, un vélo à
assistance électrique où on doit pédaler, et un vélo qui a un simple accélérateur, et une trottinette, il y en a
un qui permet de faire de l'activité physique, donc qui vient nous aider à
rejoindre nos objectifs en santé, et puis il y en a aussi qui sont plus
dangereux que d'autres, hein? Une trottinette, ça reste qu'on n'a pas beaucoup de points d'appui, les roues sont plus
petites, etc. Donc, de mesurer le niveau de contrainte qu'on applique à
chacun de ces appareils-là, non seulement en fonction des risques, mais
également en fonction des bénéfices...
• (12 h 30) •
Mme Guilbault : Tout à fait. Vous avez fait une recommandation aussi sur...
puis je trouve ça intéressant parce que vous
passez juste après l'Association des écoles de conduite, puis on en a beaucoup
parlé avec eux, numéro 4.5, assurer la mise à jour des connaissances des
conducteurs, conductrices. Et donc on en a parlé pendant 10, 15 minutes,
pour ma part, avec les gens qui vous ont
précédés. Est-ce que... puis eux sont en démarche pour... avec la SAAQ pour justement...
en fait, on a compris que c'est en quelque sorte une espèce de mise à jour
permanente, mais là il y a... les travaux
ont été un petit peu ralentis par d'autres occupations que la SAAQ a eues dans
la dernière année, mais c'est la mesure 24 du plan d'action en
sécurité routière, donc. Alors ça, pour nous, c'était très important aussi,
parce que les choses changent, justement,
là, ne serait-ce que l'apparition de tous ces nouveaux modes là de transport
actifs, mais aussi la façon d'aménager... les villes, de plus en plus,
elles font des aménagements autour des écoles, mais pas seulement autour des
écoles, des rues piétonnes, des choses comme ça.
Alors donc, est-ce que vous... je ne sais pas si
vous avez déjà collaboré, si vous collaborez avec la SAAQ dans ces
réflexions-là, sur les éventuels contenus de formation, qu'ils appellent le
PESR, dans les écoles de conduite. Est-ce
que vous avez connaissance, si la cohabitation avec les vélos, l'existence de
cyclistes et de ces nouvelles mobilités là fait partie des formations
actuellement? Est-ce que les nouveaux conducteurs sont sensibilisés? Est-ce que
vous collaborez avec les... que ce soit
l'Association des écoles de conduite et/ou avec la SAAQ sur toutes ces
questions-là?
Mme
Bebronne (Magali) : Ce n'est pas tant le cas actuellement, mais je
vous dirais qu'on est très ouverts à le faire, à faire en sorte que les
nouveaux conducteurs puissent être formés à la réalité de la cohabitation avec
des usagers plus vulnérables. On a vu que, notamment dans
le PESR, l'an dernier, on a pu enfin introduire l'ouverture pivot ou la portière hollandaise, selon comment on
l'appelle. Donc, c'est vraiment de développer cet automatisme, pour un
conducteur ou une conductrice, lorsqu'ils sortent de leur véhicule, d'ouvrir
leur portière avec la main opposée pour
s'obliger à regarder en arrière. On sait que les incidents d'emportiérage,
c'est la crainte numéro un des cyclistes en milieu urbain, et à juste
titre. Il y a énormément de collisions qui sont causées par des conducteurs
inattentifs qui ne font pas attention en
ouvrant leur portière. Donc, de voir, par exemple, ce genre de modification là
dans le PESR, c'est extrêmement positif. La SAAQ nous a d'ailleurs
soutenus nous-mêmes pour faire une campagne de sensibilisation à ce nouvel
automatisme, ce geste qui peut vraiment sauver des vies.
Le
point 4.5, qu'on avait dans notre mémoire, c'était de dire : c'est
une chose, de mettre à jour la formation initiale des conducteurs, mais comment est-ce qu'on
s'assure peut-être, justement, aux 10 ans, que toutes ces nouvelles
dispositions, qui sont inscrites dans le Code de la sécurité routière ou
dans le programme d'éducation, ne touchent pas seulement les nouveaux conducteurs, mais bien tous ceux qui
conduisent depuis 10, 20, 30, 40 ans et qui ne se sont pas mis à jour dans
leurs connaissances. C'est assez aberrant, parfois, ça reste anecdotique, mais
à quel point les gens ignorent qu'ils
peuvent... qu'ils doivent, par défaut, changer de voie pour dépasser des
cyclistes, qu'ils ont le droit, par exemple, de franchir des lignes
continues ou des lignes doubles pour le faire, que les cyclistes ne sont pas
tenus d'emprunter une piste cyclable même s'il en existe une, etc. Alors, il y
a beaucoup d'éducation à faire, non seulement auprès des nouveaux conducteurs,
mais surtout auprès des conducteurs existants.
Mme Guilbault : Puis un dernier point, parce qu'il ne me reste pas beaucoup
de temps, sur les... implanter suffisamment... c'est 4.1, implanter
suffisamment de systèmes de détection. Alors, vous avez sans doute évidemment
remarqué, là, que l'introduction de davantage de systèmes de détection avec des
lieux désignés, notamment les zones scolaires et les zones de chantier, fait...
occupe une grande partie du plan d'action puis fait l'objet d'une partie du
projet de loi aussi. Alors, j'imagine que vous considérez que c'est une bonne
chose. Et, comme cycliste... j'imagine, vous
êtes cycliste vous-même ou, en tout cas, vous connaissez bien la façon...
comment ça se passe pour les gens qui font du cyclisme au Québec, donc est-ce
qu'actuellement les radars photo ou la présence de radars photo, que ce soient
des radars pédagogiques qui servent à sensibiliser les conducteurs à leur
vitesse ou des véritables radars qui génèrent des contraventions, est-ce que vous considérez que ça fait un certain effet,
que vous vous sentez plus en sécurité? Est-ce que vos membres se sentent
plus en sécurité? Est-ce que, pour eux, c'est une bonne chose d'avoir à la fois
des radars pédagogiques et des vrais radars photo sur le réseau?
Mme Bebronne (Magali) : Écoutez, je
pense que beaucoup de gens qui sont venus ici, au cours des deux, trois derniers jours, ont cité toutes les données
probantes qui montrent que les radars pédagogiques... les radars photo, pardon, ont vraiment un effet sur la vitesse
pratiquée, le taux de contravention, etc. On a eu des bons experts, notamment
Marie-Soleil Cloutier, etc. Donc, nous, on
est en faveur de tout ce qui va permettre de faire respecter cette... la vitesse
affichée, les feux de circulation.
C'est vrai qu'en tant que cyclistes, on n'est
pas sur un trottoir, au... en tant que piétons, c'est souvent aux intersections
qu'on est... donc, qu'on est mis à risque. En tant que cyclistes, on est amenés
à cohabiter vraiment sur la même route, et ça peut être très effrayant de
devoir cohabiter avec des véhicules qui vont beaucoup trop vite. C'est bien sûr une question aussi d'aménagement, mais,
en ce sens, on est complètement favorables à l'orientation de ce projet
de loi de vraiment massifier le nombre de radars. Et, comme on le dit très bien,
il ne s'agit pas de donner peur de ce radar-ci
en particulier, parce qu'on sait qu'il se situe à tel endroit et qu'on peut
s'attendre... et puis c'est tellement bien affiché, on fait attention à
cet endroit-là et puis on repart en fou. Il faut vraiment créer cette espèce de
changement de paradigme où on craint en tout temps, et ce qu'on respecte, ce
n'est pas le radar, mais c'est la signalisation partout.
Donc, on vous
encourage à les déployer. Si certaines municipalités, comme la ville de
Montréal, souhaitent aller plus loin, puis on voit que les besoins sont
immenses, qu'ils puissent éventuellement le faire également.
Mme
Guilbault : J'imagine,
j'ai... il me reste très peu de temps. Alors, encore une fois, merci, merci
beaucoup d'être venue nous rencontrer aujourd'hui.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Je cède
maintenant la parole à M. le député de Marguerite-Bourgeoys pour
11 min 15 s.
M. Beauchemin : Merci beaucoup, M.
le Président. Merci à vous d'être ici aujourd'hui.
Je veux
commencer à propos de «cédez le passage». On l'a vu, c'est un peu... huit
États, je pense, aux États-Unis qui...
il y a huit États, aux États-Unis, qui permettent le «cédez le passage», puis
je me rappelle, il n'y a pas si longtemps, à Montréal, il y a eu un
groupe de cyclistes, en fait, qui avait décidé de démontrer par l'absurde comme
quoi que... bon, d'absolument, tout le
temps, faire son stop, dépendamment de la région, évidemment, là, de Montréal,
pouvait créer un chaos incroyable dans le trafic. Et puis je pense que
c'est le long du corridor de la route de Maisonneuve, au centre-ville de
Montréal, à tous les arrêts, tous les cyclistes... un groupe a fait son arrêt,
puis ça a créé des bouchons, c'était impossible
de... Ça fait que, par l'absurde, ils ont prouvé le point comme quoi que, bon,
bien, il y a des moments, effectivement, où est-ce qu'un stop, en
cycliste, ça peut être plus optimal.
La question que je me pose... parce que c'est,
évidemment, pour permettre une meilleure fluidité aussi, d'une certaine
façon... La question que je me pose, c'est : Maintenant qu'il y a,
effectivement, les trottinettes, les vélos assistés,
etc., comment voyez-vous le vivre-ensemble de tout ce monde-là avec... si on
allait de l'avant avec ça? Parce que moi, personnellement, pour un cycliste, je suis
totalement d'accord de céder le passage, là, de céder le passage, mais quand on
en arrive, justement, avec une trottinette qui va, des fois, plus vite que des
vélos, avec tout... Comment vous voyez ça, vous?
Mme Bebronne
(Magali) : Bien, il faut veiller, d'une part, à ce qu'on fasse
respecter les limites de vitesse sur ces véhicules-là. Là, la limite des
trottinettes a été fixée à 25 kilomètres-heure. C'est une vitesse qui est tout
à fait compatible avec la vitesse moyenne pratiquée par les cyclistes
eux-mêmes. Donc, c'est 32 kilomètres-heure au niveau des vélos à assistance
électrique. Si vous nous demandez, c'est un petit peu trop rapide, puis c'est
un peu le problème d'avoir tant tardé à légiférer, c'est que, maintenant qu'on
a tant de véhicules sur... de ce type de véhicule sur nos routes, c'est trop
tard pour revenir en arrière.
Quoi qu'il en soit,
l'énergie cinétique, la vision périphérique, la distance de freinage de tous
ces véhicules n'ont aucune commune mesure avec celles d'un véhicule de deux
tonnes. Donc, de vouloir faire du mur-à-mur... puis on entend souvent ça, hein,
du mur-à-mur, et dire que ce qui est bon pour un automobiliste dans un véhicule
de deux tonnes circulant à 50 kilomètres-heure, doit également s'appliquer
exactement de la même façon à un cycliste qui roule à 20, 25 kilomètres-heure,
sur un véhicule beaucoup plus léger, il y a quelque chose de non proportionnel,
et ça ne fait pas de sens.
Il y a des études qui
ont été menées... parce que vous savez que ce qu'on appelle l'arrêt Idaho a été
implanté en Idaho dès les années 80. Il y a des études, bien sûr, qui ont été
menées pour mesurer si c'était un comportement qui était plus dangereux. Ce
qu'ils ont trouvé, c'est que, dans la première année d'implantation, il n'y
avait pas eu d'effet sur les décès et qu'on avait constaté une baisse de
14 % et quelques dans les blessures des cyclistes. Ça peut vraiment
paraître contre-intuitif, mais la réalité, c'est que, si vous vous arrêtez
complètement et que vous devez repartir, vous êtes exposé plus longtemps dans
l'intersection, le temps que vous repartiez, à très, très basse vitesse.
• (12 h 40) •
Alors,
de dire que l'exigence, ça deviendrait de ralentir suffisamment pour pouvoir
faire une bonne évaluation de l'intersection, et, si la voie est libre, on
pourrait poursuivre, ça ne veut absolument pas dire qu'on viendrait
absoudre les cyclistes de l'obligation de céder le passage pour les piétons.
Puis d'ailleurs le renforcement des sanctions, et puis l'emphase qu'on met sur
tous ces articles qui touchent le «cédez le passage», ils s'appliquent aussi
aux cyclistes. Et c'est une excellente chose
qu'on vienne dire : Ce qui est important, c'est l'humain, et ce qu'on respecte,
et à qui on cède le passage, c'est l'humain, et non pas le panneau
rouge. Alors, pour toutes ces raisons-là, c'est important de le faire.
L'autre
avantage de sécurité que ça représente, c'est que ça permet de quitter
l'intersection avant les véhicules. Transport for London, qui est quand
même une entité qui fait beaucoup, beaucoup de recherches et de données, s'étonnait du fait que les femmes cyclistes soient
trois fois plus nombreuses à avoir des accidents mortels avec des véhicules
lourds, alors qu'elles ne représentaient qu'un quart de la population cycliste.
Et l'hypothèse qu'ils ont eue derrière ce phénomène, c'est de dire que les femmes sont tellement respectueuses de
la signalisation — désolée
de faire des généralisations — que ça les a amenées à se
mettre à risque, là où les hommes, justement, prenaient plus de libertés et
quittaient les intersections avant les manoeuvres dangereuses, par exemple, de
virage des véhicules lourds.
Je ferais un dernier
parallèle. Lors de la révision du Code de la sécurité routière, en 2017‑2018,
on a permis aux cyclistes d'utiliser les phases piétonnes des feux de
circulation pour justement traverser et avoir une longueur d'avance sur le reste de la circulation pour
pouvoir traverser de façon sécuritaire et visible. Ça a été largement accepté.
Je ne sais pas vous, je n'ai jamais entendu qu'il y avait eu un enjeu avec ce
genre de permission ou d'adaptation du Code de la sécurité routière aux
cyclistes.
M.
Beauchemin : Bien, c'est fort intéressant. Je comprends, en fait,
qu'une des choses qu'indirectement vous suggérez, c'est que, par exemple, sur
les pistes cyclables, qu'il n'y ait pas de différentiel de vitesse permise,
dépendamment du machin sur lequel on se transporte, là, si je comprends bien, là.
Mme Bebronne (Magali) : Oui. C'est certain que
l'arrivée et la multiplication du vélo à assistance électrique, d'abord,
c'est une excellente chose, on va se le dire. Ça met sur deux roues tout un pan
de la population qui n'avait jamais envisagé de faire du vélo. Alors, on parle
souvent des problèmes, je veux quand même rappeler que le vélo à assistance
électrique, c'est avant tout une opportunité. Mais ce que ça veut dire, avec la
multiplication du nombre d'engins qu'on va avoir, c'est que les infrastructures
vont devoir s'adapter, et avoir 1,5 mètre, quand on va avoir des différentiels
de vitesse, ça va provoquer des manoeuvres de dépassement dangereuses.
Alors,
les nouveaux standards qu'on voit désormais, que ce soient les axes de Réseau
express vélo, à Montréal, ou les corridors Vélo cité dont on vient
d'annoncer un plan ambitieux ici, à Québec, c'est un... c'est le nouveau
standard qu'il faut viser. Il faut viser des
voies cyclables suffisamment sécuritaires pour que deux usagers puissent se dépasser
l'un l'autre, si, justement, il y a des différentiels de vitesse
importants.
M. Beauchemin :
Sur, disons, le respect des
vitesses, sur le respect des moeurs à suivre, etc., j'assume que, bon, les
corps policiers ont un rôle à jouer pour s'en assurer. Croyez-vous qu'il y ait
une éducation à faire aussi au niveau des corps policiers, à savoir
quelle est la réalité des gens à vélo, versus ceux qui sont à pied et ceux qui
sont en automobile? Parce qu'il y a un traitement qui est aussi sévère, je
crois, en ce moment, là, pour des cyclistes, OK, malheureusement, par rapport à
ce que les automobilistes ont à avoir.
Mme Bebronne (Magali) : Écoutez, on
siège sur le comité vélo du service de police de la ville de Montréal, par
exemple, donc, on a vraiment souvent l'occasion d'échanger avec eux. Les
services de police dans des milieux très urbanisés, où le
transport actif est une réalité qui prend de plus en plus d'ampleur, sont quand
même bien sensibilisés à cette réalité. Et, s'il y a bien un service de police,
je pense, qui comprend ça, c'est le SPVM. Eux ont déjà dit, par le passé,
qu'ils se contentaient d'un ralentissement marqué à une intersection munie d'un
arrêt. Alors, il y a cette compréhension-là, d'autant qu'un certain nombre
d'eux patrouillent eux-mêmes à vélo, que c'est irréaliste de demander un arrêt
complet.
Puis je rajouterais que c'est un peu donner des
munitions à l'espèce de discours anticyclistes, là. De tenir les cyclistes à un
standard qui est irréaliste et non nécessaire, ça donne beaucoup de munitions à
ceux qui aiment tellement taper sur les cyclistes qui ne respectent pas les
arrêts. C'est certain que, si on avait des règles qui étaient plus adaptées à
leur réalité, on enlèverait cet élément de friction parce que les attentes
seraient plus claires pour tout le monde.
M. Beauchemin : Tout à l'heure, vous
avez parlé de... Je pense que c'était... le mot spécifique que vous avez
utilisé, mais d'infrastructures routières, là, pour assister, là, aider la
protection des cyclistes. Ce n'est pas uniforme partout au Québec. Les routes
numérotées, comme on parle lorsqu'on est à la campagne, parfois, il n'y a aucun
accotement, des fois, il y en a, etc. Est-ce que vous pouvez un peu élaborer
là-dessus, votre opinion, sur l'ensemble routier du Québec?
Mme Bebronne (Magali) : Quand on
vient parler des accotements, effectivement, je pense que c'est une politique
du MTMD de faire en sorte que, quand on refait des routes, désormais, on ajoute
des accotements. On sait que c'est non seulement bénéfique pour la sécurité des
cyclistes, mais, en plus, ça augmente la durabilité des routes. Alors, on
aurait vraiment tort de s'en priver. Ça reste que, parfois, ce n'est pas très
bien entretenu et ça peut être dangereux de rouler à cet endroit-là. Donc, bien
sûr, il faut développer tout ça.
Là encore, on ne peut pas avoir une approche mur
à mur, et c'est pour ça qu'on a des experts qui regardent vraiment, selon la
réalité d'un milieu, si la piste cyclable doit être physiquement séparée de la
circulation ou si, dans des rues locales, un
simple apaisement de la circulation peut faire l'affaire. On a quand même
beaucoup de municipalités avec lesquelles on travaille. On sent vraiment
cette volonté-là. Beaucoup de municipalités aussi qui font appel à nous pour des plans de déplacements scolaires parce
qu'ils comprennent l'importance de pouvoir promouvoir les déplacements à
pied, à vélo vers l'école.
M.
Beauchemin : Je vois que vous êtes constructive. Je vois que
vous êtes positive par rapport au projet de loi. Vous en émettez
certaines critiques, évidemment, c'est correct, là, c'est normal.
J'ai une question à vous poser à propos des
données, du data. Est-ce que vous avez, par exemple, des données sur d'autres
juridictions, que ce soit au Canada, mais, disons à l'étranger, comme, par
exemple, l'Australie, que je sais que, les dimanches, on peut être en vélo sur
les autoroutes? Est-ce que vous avez des données comme ça qui pourraient
être... qui pourraient nous éclairer au niveau de, justement, comment intégrer
le monde des vélos un peu plus, là, dans le quotidien?
Mme Bebronne (Magali) : Je
pense que chaque pays vient avec ses défis, puis on sait à quel point... Nous,
le grand trou dans les données qui nous préoccupe, c'est justement à quel point
on est dans le flou sur les collisions qui impactent deux usagers vulnérables
entre eux, qui ne sont comptabilisées nulle part. C'est anecdotique, mais on a
déposé récemment au Fonds de la sécurité routière une demande pour faire une
campagne de sensibilisation à destination
des cyclistes sur l'importance du respect de la priorité piétonne. Et une des
questions qu'on nous demande, c'est comment cela va améliorer le bilan routier.
Bien, je suis désolée de dire qu'on n'a aucune donnée pour pouvoir affirmer que
ça va améliorer le bilan de sécurité routière puisque le bilan ne recense pas
ce genre d'incidents.
Alors, ça nous amène à devoir prendre des
décisions sur la base parfois d'anecdotes et de ressentis, etc. Si on pouvait
mesurer ces incidences, ça nous permettrait de prendre des décisions plus
éclairées. Et puis je vous le mentionnais aussi, ça vient toucher à toute la
question de l'indemnisation. Actuellement, si on voulait élargir
l'indemnisation et la rendre universelle pour l'ensemble des victimes de la
route, on ne sait pas combien ça nous coûterait. Peut-être que le groupe de
travail de la SAAQ, dans les prochaines semaines, sera en mesure de chiffrer
ça, mais on avance à l'aveugle, et c'est très regrettable.
Le Président (M. Jacques) : ...ceci
met fin aux échanges avec l'opposition officielle. Je cède maintenant la parole
à M. le député de Taschereau pour 3 min 45 s.
M. Grandmont : Oui. Merci, M.
le Président. Merci, Mme Bebronne, pour votre participation. Je voulais
aller d'abord... Bien, je peux commencer par quand même souligner quelque chose
d'important. Selon les documents que vous produisez, là, l'état du vélo du
Québec, là, il y a 4,5 millions de cyclistes au Québec, dont
1,1 million sont des enfants, 2,7 millions qui en font toutes les
semaines puis 2,1 millions qui l'utilisent comme moyen de transport. Donc, c'est quand même assez considérable. Vous
parlez au nom de vos membres, vous l'avez dit quelques fois, mais vous
représentez encore quand même une large part de la population qui circule sur
nos routes à vélo. Donc, je voulais juste comme le placer, aller après ça sur
la question, là, des indemnisations.
Actuellement, là, il y a... Ce n'est pas
couvert, en fait, là, par la SAAQ, ou, en tout cas, certains cyclistes ont pu
aller chercher des indemnisations, mais ce n'est pas tout le temps facile. De
mémoire, j'amène ça, mais est-ce que... En fait, qu'est-ce que ça changerait,
en fait, pour les cyclistes de pouvoir être indemnisés par la SAAQ?
Mme Bebronne
(Magali) : Écoutez, puis vous avez raison de rappeler que les
cyclistes, c'est M. et Mme Tout-le-monde, puis la moitié des Québécois font du
vélo. Alors, quand on dit les cyclistes, ce sont aussi les automobilistes. Et typiquement, quand vient le temps de parler
d'indemnisation, c'est fou de penser que, selon nos chiffres, neuf cyclistes sur
10 possèdent un permis de conduire, contribuent au fonds d'indemnisation de la
SAAQ, mais que si, un jour J, ils décident de prendre leur vélo plutôt que leur
auto et qu'ils se blessent, que ce soit tout seul ou dans une collision avec un
autre vélo ou avec un piéton, le choix sécuritaire qu'ils auront fait pour le
reste de la société, celui qui évite quatre à sept fois le risque qu'un
automobiliste court lui-même et qu'il fait encourir au reste de la population,
il a fait ce choix-là, il nous aide à répondre à nos défis et il sera pénalisé
parce qu'il n'aura... ses traitements ne seront pas couverts, son revenu ne
sera pas couvert, etc.
On a eu des cas complètement déchirants, même,
de cyclistes qui ont dû se battre pendant cinq ans, s'endetter de
50 000 $ pour faire valoir leurs droits, pour prouver qu'un véhicule
avait été impliqué dans la collision qui leur a causé des dommages immenses. Je
pense au cas de Béatrice Létourneau à Rimouski. Ce n'est pas normal, surtout
quand on contribue à un service d'assurance, de ne pas pouvoir bénéficier de
cette protection-là.
• (12 h 50) •
M. Grandmont : Parfait. Merci.
C'est un exemple qui est très éloquent, effectivement. J'aimerais vous amener
aussi sur les ACA, les appareils de contrôle automatisés, là. On le voit, dans
la loi, il y a une flexibilité qui est donnée pour l'évolution des systèmes de
détection. Vous listez quelques cas où ça devrait ou pourrait être utilisé
éventuellement. On a parlé précédemment aussi, là, de la possibilité d'utiliser
pour les traverses piétonnes. Vous ne le nommez pas, mais je comprends que
c'est peut-être plus porté par Piétons Québec. Mais quels sont les autres cas
où vous aimeriez que ce soit utilisé éventuellement pour constater les
infractions?
Mme Bebronne (Magali) : Oui,
tout à fait. Bien, d'abord, on est bien heureux que ce soit, justement, inscrit
dans un règlement. On sait qu'on n'aura pas besoin de rouvrir le Code de la
sécurité routière pour pouvoir intégrer des nouvelles infractions constatables
automatiquement.
Un des exemples qu'on cite, c'est justement le
long des nouveaux standards de piste cyclable, les corridors Vélo cité, les
Réseaux express vélos. Il y a vraiment un soin particulier qui est apporté à
faire en sorte que le phasage des feux de circulation permette aux cyclistes de
traverser à une phase qui est protégée, c'est-à-dire une phase qui ne permet
pas le virage des véhicules. On sait que le virage à droite, c'est un des scénarios
de collision les plus fréquents entre des automobiles et des cyclistes, alors
on vient créer vraiment un phasage parfait. Et puis, là, on a des
automobilistes qui ne semblent pas comprendre le sens d'une flèche allant tout
droit et qui se permettent de tourner dans
la voie. C'est un exemple de choses... en plus, on sait exactement où ça se
situerait. De faire en sorte que ce genre de comportement soit mieux contrôlé,
ce serait fort intéressant. On peut aussi citer le cas de l'interblocage qui
met aussi à risque les piétons et les
cyclistes. Là aussi, ce sont des points généralement très, très bien connus. Je
pense à Montréal aux abords du pont Jacques-Cartier. Quand le service de police
s'est décidé à faire une opération, ils ont remis énormément de tickets.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci met fin aux interventions de M. le député de Taschereau.
Je vous
remercie pour votre participation aux travaux et je suspends les travaux pour
quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 52)
(Reprise à 12 h 56)
Le
Président (M. Jacques) : Nous reprenons nos travaux. Je souhaite maintenant
la bienvenue à M. Antoine Bittar et Mme Elizabeth Rivera. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi
nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à débuter votre exposé.
MADD Montréal
Mme Rivera (Elizabeth) : Merci.
Bonjour, M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés. Je
m'appelle Elizabeth Rivera, je siège dans le conseil d'administration de MADD
Montréal comme présidente.
M. Bittar (Antoine) : Bonjour.
Antoine Bittar, je suis directeur dans le conseil d'administration de MADD
Montréal, MADD Canada.
Mme Rivera (Elizabeth) : MADD
Montréal est un organisme de bienfaisance qui vient en aide aux victimes et
autres... de la conduite avec les capacités affaiblies. Elle aussi sensibilise
la population au fléau qui est la conduite avec les capacités affaiblies.
Nous sommes
devenus membres en 2017 suite au décès de notre fille. Tout a commencé à
quatre heures et demie du matin, le 20 mars 2017, quand les deux
policiers sont venus à notre porte pour nous annoncer l'inimaginable.
Cette phrase que tout parent redoute, mais
aucun parent ne mérite entendre : Votre fille est décédée, ce matin, d'un
accident de voiture. Tout d'un coup,
notre vie change. Je ne peux pas décrire la douleur, la détresse et le
désespoir qui a changé complètement ma vie ce jour-là et celle de ma
famille. Je pourrais passer beaucoup de temps à vous parler de ce que je vis et ce que j'ai vécu, mais je trouve que le plus
important, c'est de dire que celle qui a perdu le plus, c'est ma fille. Elle a perdu le droit de vieillir, de
s'épanouir professionnellement. Elle a perdu le droit de choisir sa robe de
mariée, de bâtir une famille, de
conseiller ses petits frères qui sont maintenant adultes et d'un jour veiller
sur nous, ses parents vieillissants.
Depuis cette perte, moi, je me suis dit que...
je ne me suis jamais demandé pourquoi. Je me suis toujours demandé : Comment? Comment je vais faire pour
que son décès ne soit pas en vain? Comment faire pour ne pas l'oublier, ne pas oublier sa voix, son rire et sa
personnalité? Elle était incroyable. Et surtout, comment faire pour que cette
perte ne se reproduise plus? Alors,
mon mari et moi, on a ce combat... notre cheval de bataille qui est les
sanctions administratives à 0,05. Je laisse Antoine continuer.
M. Bittar (Antoine) : Oui. Vous avez
reçu le mémoire de MADD Canada qui a été soumis. Je vais parler un... je vais
reprendre un petit peu les textes, parce qu'on trouve que c'est important,
parce que vous avez déjà eu beaucoup
d'experts qui sont venus pour expliquer les bienfaits, si je peux dire, du 0,05
au 0,08. Alors, je vais juste me permettre... c'est sûr que nous avons
regardé le projet de loi n° 48, et tout de suite, ce qui nous a... aperçu,
c'est qu'il manquait un article sur les sanctions administratives ou les
mesures administratives à partir de 0,05, alors, à partir du document de MADD
Canada.
• (13 heures) •
Et je veux juste clarifier les choses, MADD
Canada n'est pas contre l'alcool. MADD Canada demande juste aux gens que, si vous consommez, pour vous, pour
les gens autour de vous, pour les gens sur votre rue, de ne pas conduire
de véhicule, et il y a beaucoup de moyens de
retourner à la maison en toute sécurité aujourd'hui. Il y a peut-être
20 ans, 15 ans, ce ne l'était pas, mais c'était... Maintenant,
c'est quelque chose d'automatique.
Vous avez les... pour nous aussi, c'est un petit
peu la bataille des ceintures de sécurité. Au début, c'était très dur les implémenter, c'était dur de faire
comprendre aux gens, c'était pour la sécurité, le courage politique a été fait.
Ça a été fait, et les chiffres
prouvent que ça a sauvé énormément de vies, comme les études présentement sur
le 0,05, sur les sanctions administratives. Vous avez eu des experts,
comme je vous dis, alors, on ne va pas revenir là-dessus.
Alors, je reviens juste un petit peu sur le
texte. Il demande que le Québec doit mettre en place une suspension
administrative de permis de conduire d'une période de sept jours et une mise en
fourrière administrative du véhicule pour une période de sept jours pour les
conducteurs interceptés dont le taux d'alcool dans le sang, établi à l'aide
d'un appareil de détection approuvé, se situe entre 0,05 % et
0,079 %. Ce programme de sanctions administratives devrait inclure une
pénalité financière, des frais de rétablissement du permis de conduire, des
amendes croissantes en cas de récidivisme et l'obligation de se soumettre à un
programme de réhabilitation pour toute récidive durant une période de 10 ans. Les recommandations ont été faites
dans un rapport qui a été publié en 2022. Donc, vous avez le lien sur le
document.
Dans les années 70, les autres provinces
ont commencé à le faire, mais ils avaient mis une suspension de 24 heures.
Au cours des 15 dernières années, les provinces et les territoires ont
reconnu la nécessité de renforcer les sanctions
pour un taux... pour les taux d'alcool dans le sang se situant dans une zone
d'avertissement, en augmentant la période de suspension de 24 heures
à trois jours ou à sept jours pour une première infraction, avec des
conséquences croissantes pour chaque
récidive. Plus récemment, les provinces ont ajouté des périodes de mise en
fourrière des véhicules. Ces
programmes de suspension administrative sont efficaces, peu coûteux et
respectueux de la Constitution canadienne.
Sur la base d'une conception erronée, des
craintes ont été soulevées, estimant que l'industrie des bars et des
restaurants subirait des pertes de revenus catastrophiques avec la mise en
place d'un programme de suspension administrative. Les... pardon, les faits
n'appuient pas une telle croyance. Les études ont montré que les programmes de
suspension administrative pour les conducteurs ayant un taux d'alcool dans le
sang de 0,05 ont peu d'impact à long terme sur l'industrie qui... de plus,
presque toutes les provinces et territoires du Canada ont adopté un programme
de suspension de permis et de sanctions administratives pour les conducteurs
dont le taux d'alcool dans le sang se situe à 0,05, et leur industrie de
l'hospitalité n'a pas subi de dommages significatifs ou permanents.
Dans la conclusion, sans un programme bien
structuré de suspension administrative de permis, il manque au Québec un
élément législatif clé pour mettre... qui pourrait faire une réelle différence
et avoir un impact significatif dans la lutte contre la conduite avec les
capacités affaiblies. Un tel programme de suspension immédiate de permis est un
outil important pour retirer du réseau routier les conducteurs aux capacités
affaiblies par l'alcool et ainsi réduire le
nombre de décès et de blessures qui découlent de ce comportement irresponsable
et, en plus d'être dissuasif, efficace pour empêcher les conducteurs de
prendre le volant, s'ils ont consommé.
La mise en place d'un programme de suspension
administrative de permis pour les conducteurs dont le taux d'alcool dans le sang est de 0,05 et plus... et
plus a été étudiée, débattue et analysée. Le concept est présentement...
présenté à la Commission des transports et de l'environnement en 2007 et
en 2010. Ces programmes sont soutenus par les organisations
de sécurité routière. En 2009, il s'agissait... ils faisaient partie des
recommandations de la Table québécoise de sécurité routière. Des
sondages récents ont montré que les Québécois et Québécoises soutiennent la
mise en place d'un tel programme. Dans un sondage mené en novembre 2023 par la
SOM... les Coops de l'information, 61 % des répondants ont affirmé être en
accord avec cette mesure. Des sondages effectués l'an dernier par l'Association
pour la santé publique du Québec ont montré que 50 % des répondants en
mars 2023 et 57 % des répondants en mai 2023 soutenaient un tel programme.
Le coroner Yvan Garneau a également fait la recommandation dans son rapport déposé en décembre 2023. Et pourtant, jusqu'à
maintenant, la province de Québec n'a pas encore démontré son intérêt à mettre en place une... cette importante mesure de
lutte contre la conduite avec des capacités affaiblies par l'alcool, qui
sauve des vies.
Le résultat, au Québec, un
individu peut conduire un véhicule motorisé avec un taux d'alcool dans le sang
unanimement reconnu comme dangereux presque partout au Canada et dans la
plupart des pays développés. Nous demandons
à la Commission sur les transports et l'environnement et le gouvernement du
Québec de faire en sorte que le réseau
routier soit plus sécuritaire pour que tous les usagers... pour tous les
usagers en mettant en place un programme complet de suspension
administrative immédiate de permis pour les conducteurs dont le taux d'alcool
dans le sang est de 0,05.
Une chose qu'on voudrait dire, c'est que, quand
on a perdu Jessica, quelques années après, on a appris que ça avait déjà été
discuté et on était vraiment en colère. Pour nous, c'est une incompréhension,
et on se demandait combien de vies auraient pu être sauvées, si les gens
avaient pu prendre la décision qui était flagrante pour nous. Et quand on parle à toutes les personnes face à face,
tout le monde le sait, puis on est la seule province qui ne le font pas.
Alors, aujourd'hui, on vient vous demander, s'il vous plaît... J'ai entendu
hier le courage. Je vous demande d'avoir le courage de faire un amendement à la
loi. Merci.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre exposé. Je cède
maintenant la parole à Mme la ministre pour 16 min 30 s.
Mme Guilbault : Oui. Merci, M. le Président. Mme Rivera,
M. Bittar, merci beaucoup d'être ici aujourd'hui avec nous, très, très courageux. On avait tous lu votre mémoire. C'est
une chose d'envoyer un mémoire, c'en est une autre de prendre le temps
de venir nous rencontrer. Je sais que vous habitez dans la grande région de
Montréal, donc de vous déplacer ici et
d'avoir le courage de faire l'exposé que vous avez fait en plaçant le contexte
de l'épreuve terrible que vous avez vécu, merci beaucoup, beaucoup. Je
pense qu'il y a peu de gens ici qui peuvent s'imaginer la douleur que vous avez
vécue, sinon, fort probablement ma collègue de Soulanges, qui est ici présente,
avec qui je vous ai d'ailleurs rencontrés la
première fois, l'automne dernier, avec qui vous travaillez sur ce dossier-là
notamment puis sur toute la question
de la sécurité routière depuis plusieurs mois. Donc, merci beaucoup d'être ici
avec nous aujourd'hui. Je vais échanger avec vous sur certains éléments
et je sais qu'il y a mes collègues de René-Lévesque et d'Iberville, ici aussi,
qui auront des questions aussi ou, en tout cas, un intérêt à échanger aussi
avec vous.
Je voudrais commencer par peut-être situer... parce
que le projet de loi dont on parle aujourd'hui, c'est le projet de loi
n° 48, comme vous savez, qui donne suite à certaines mesures qui sont
contenues dans le plan d'action en sécurité
routière que j'ai déposé l'automne dernier, qui contient plusieurs mesures, qui
ne contient pas la mesure sur laquelle vous venez nous entretenir
aujourd'hui, mais qui en contient quand même plusieurs.
Vous avez évoqué le coroner. J'ai moi-même passé
plusieurs années au bureau du coroner et dans certaines... dans le cadre de certaines investigations.
D'ailleurs, on travaillait avec le groupe MADD pour certains aspects. Vous avez
parlé de la ceinture de sécurité, il y a eu le texto au volant aussi, il y a eu
plusieurs, comme ça, grands sujets qui se sont imposés au fil des années.
Et donc, je me demandais si vous avez pris
connaissance de ce plan d'action là sur la sécurité routière, parce que je sais que votre groupe est très actif sur
divers éléments de la sécurité routière. Alors, je me demandais d'abord si vous
aviez eu l'occasion d'en prendre connaissance et ce que vous en pensiez, à
titre de personnes très, très activement impliquées dans la sécurité, notamment
en ce qui touche les aménagements, la formation, ce qui touche aussi les campagnes de sensibilisation qui font
souvent l'objet de recommandations de coroners depuis plusieurs années et
qui sont des avancées, à mon sens, du moins, qui sont présentes dans ce plan
d'action là.
M. Bittar (Antoine) : Je vais vous
dire, Elizabeth et moi, on est vraiment comme bénévoles et on travaille
beaucoup avec Montréal. Ce que MADD Canada, MADD Québec font, c'est plutôt du
côté... d'un certain côté, avec Marie Claude Morin, de Canada, qui analyse le
tout, et on échange. Alors, voir le projet au complet, je veux être franc avec vous, non. Je sais qu'on a regardé
certaines choses. On parle et on reconnaît qu'il y a eu des avancées qui ont été
faites sur la réhabilitation, et tout.
Nous, ce qu'on s'aperçoit, c'est qu'il y a
beaucoup de... on est vraiment peut-être chef de file pour, ce que je vais dire, le médicament. Nous, ce qu'on vous
demande, c'est de la prévention, c'est de régler le problème avant que ça
vient. Parce que quelqu'un qui a une maladie
et qu'on lui donne un bon médicament, c'est bien, mais si on peut d'avance
régler que la personne ne tombe pas malade, c'est ça qu'on regarde.
Alors, il y a beaucoup de choses qui ont été
faites en réhabilitation. Même moi, mon fils, on a déjà été parler à un organisme qui s'appelle Point zéro, c'est des
personnes qui ont été... qui ont eu un... qui se sont fait attraper, si je
peux dire. Et je peux vous dire que, quand on leur explique notre histoire, ils
se lèvent, ce n'est plus la même chose. Quand ils rentrent, c'est : Ah! il
faut encore passer une heure à faire notre programme. Et quand on leur
parle, ils comprennent. Ils disent : Si
j'avais pu... on est chanceux de ne pas avoir tué quelqu'un. C'est ce qu'ils
nous disent, puis ils disent, ça revient à la même chose : si on a
pu retourner en arrière, on le ferait.
C'est ça qu'on essaie de vous expliquer. Ça fait
que, oui, il y a des choses qui sont faites pour les gens qui se font attraper,
mais il faut voir l'avant, il faut la prévention. Et c'est... comme on dit,
c'est quelque chose de... c'est déjà en
place, ça peut être fait tellement vite. Vous descendez de 0,08 à 0,05, je ne
pense pas qu'il y a beaucoup de choses qui doivent être faites à la
SAAQ, avec les corps policiers.
C'est sûr que
nous, ce qu'on demande... on a la pétition, et je remercie M. Derraji, justement,
pour la pétition, son support. C'est sûr qu'on demande le 0,05, on demande
beaucoup plus de prévention, de communication. Il y en a, mais vous savez,
quand vous regardez une publicité à la télévision, vous la comprenez, cinq
minutes après, c'est oublié.
• (13 h 10) •
Et
une chose qui est importante, en faisant cette modification et en appliquant la
loi, c'est qu'il nous faut beaucoup plus de contrôle routier. Parce que
c'est facile, les personnes, ils peuvent boire tant qu'ils veulent, mais sans...
qu'ils ne se font pas attraper, ils ne vont
pas le comprendre. Et je pense que, comme la CAA l'a dit et comme les autres
l'ont dit, on est rendus là, même que
je pense qu'on est... Moi, je pense vraiment qu'on est en retard. Combien de
vies on aurait pu sauver avec un amendement tellement facile. Je reviens
à ma question : Pourquoi on est la seule province qui ne le fait pas
encore?
Mme Guilbault : Bien, vous avez raison de dire que c'est une chose de
mettre une règle, mais s'il n'y a pas une surveillance
ou s'il n'y a pas quelqu'un pour s'assurer du respect de la règle... puis vous
avez parlé de la présence policière,
tout à fait, les barrages policiers, les interceptions policières, c'est, en
fait, la clé pour, des fois, malheureusement, faire respecter les choses
ou sanctionner les infractions, parce que sinon, ça peut se faire impunément.
Je me demandais si vous aviez... parce que,
quand j'étais à la Sécurité publique, si je ne m'abuse... je ne sais pas où on en était quand j'ai quitté, mais on
travaillait avec l'association des propriétaires de bars, parce qu'évidemment
les jeunes boivent notamment dans les bars,
les restaurants, sur les cours qui se donnent ou la sensibilisation du
personnel dans les bars pour détecter les jeunes ou les gens en général, là,
mais ça... il y a beaucoup de jeunes dans les bars. Enfin, je ne sais
pas s'il y a encore des jeunes dans les bars, bref, les gens qui vont boire
dans les établissements licenciés et qui
vont boire de l'alcool... pour détecter, puis agir, puis empêcher ces gens-là
de quitter en état d'ébriété avec leurs clés de voiture puis tout ça.
Est-ce
que, vous, vous avez déjà travaillé avec ces gens-là? Est-ce que vous avez eu
l'occasion de vérifier? Parce que ça, c'est
un des éléments qu'on voulait mettre en place, parce qu'il n'y a pas toujours
un policier sur le chemin du retour à la maison, malheureusement. Donc,
je pense qu'une autre bonne façon à la source, indépendamment du taux d'alcoolémie qui est permis ou non, c'est de
s'assurer que la personne qui a trop bu ne quitte pas l'endroit où elle
a bu cet alcool-là avec sa voiture.
Mme Rivera (Elizabeth) : Moi, je
voulais dire une chose, quand la personne qui conduisait la voiture quand ma fille a décédé, c'était la Saint-Patrick, OK,
lui était au bar depuis une heure de l'après-midi, 13 heures l'après-midi.
Il y a une vidéo qu'il ne pouvait plus
marcher, on continuait à le servir. Après ça, il est parti, il est allé dans un
autre bar et alors il n'y a personne qui n'a dit rien. J'étais dans un
mariage l'année passée, il y avait un monsieur qui était debout, il ne pouvait
plus se tenir debout, et on continuait à lui donner à boire.
Alors, il n'y a pas de... il n'y a personne qui
va dire à quelqu'un : Bien, écoute, donne-moi tes clés, tu ne vas pas
conduire. Moi, jusqu'à maintenant, je n'ai jamais vu ça et je n'ai jamais
entendu ça. Alors ça, je ne pense pas que ça
fonctionne. Et puis déjà, en sachant qu'à 0,05 nos capacités sont affaiblies,
pourquoi on laisse... on continue à dire : Bien, à 0,08, ça peut
passer. Il y a des gens... Moi, je ne comprends pas. Nous, notre question
est : Pourquoi ça ne fonctionne pas? Si
vous me donnez une réponse claire et... moi, je vais dire : Ah! d'accord,
oui, vous avez raison, on va la comprendre. Mais maintenant on ne
comprend pas, et je vous dis que, dans les bars, ça ne fonctionne pas.
M. Bittar (Antoine) : D'un côté, le
barman n'est pas une personne qui peut savoir, en regardant quelqu'un, à quel
niveau il est. Il peut penser... Je veux prendre un petit peu la défense d'un
bar, parce qu'un bar c'est quand même assez
dur. Puis je sais qu'à un certain moment, les jeunes buvaient, je pense, de la
vodka avec du Red Bull. Alors, vous
avez quelque chose qui vous monte et vous avez quelque chose qui vous descend. C'est
dur à une personne, physiquement, de
regarder, dire : Non, toi oui, toi non, prendre la clé. Écoutez, c'est
même dur pour nous, des membres de la famille, des fois, de dire :
On va prendre ta clé. C'est une bataille. Alors, un inconnu qui arrive, et son
travail, c'est de vendre l'alcool, c'est... c'est ça, arriver de le faire, je
ne sais pas.
Je sais que, dans d'autres provinces, ils n'ont
pas les mêmes lois, et il y a des membres de MADD, des victimes de MADD qui
poursuivent les bars et généralement qui gagnent ça. Ça fait que ça peut
arriver, à un certain moment, où est ce
qu'il va y avoir des poursuites suite à un décès parce que la personne est
sortie d'un bar et que personne n'a rien fait. Mais je pense que c'est
de miser sur le mauvais cheval. Ce n'est pas ça... C'est comme n'importe quoi. Tu forces quelqu'un, tu lui dis : Écoute, on
ne sait pas où tu es rendu, tu ne sais pas. Tu penses que tu es... tu penses
que tu es capable de conduire, c'est peut-être de l'insouciance.
Écoutez, on a tous été jeunes, vous savez, je
vais être franc, et mes amis et moi, on a été jeunes, puis il ne s'est rien passé. On ne comprenait pas, on ne
comprend pas. C'est tant que ça ne nous arrive pas, tant qu'on ne l'a pas vécu,
vous ne pouvez pas le comprendre. Et c'est ce qu'on essaie de faire, c'est
qu'on essaie de dire à tout le monde : On n'est pas là pour parler
de Jessica, on veut juste vous éviter... Je vous regarde dans les yeux, on veut
juste vous éviter que vous et votre famille, vous passiez par ce qu'on a passé.
Et il y en a beaucoup plus que vous le pensez.
Je vais être
franc avec vous, les victimes au Québec n'arrivent pas à en parler. C'est très
dur de venir en parler. C'est de revivre, à chaque fois, un moment que vous
aimeriez... que je sais qu'on ne peut pas oublier, et on comprend... En
fin de compte, c'est de l'incompréhension totale de se dire : Bien, voyons
donc, on est en train d'ouvrir un projet de
loi sur la sécurité, et une des plus grosses mortalités qu'il y a sur les
routes, c'est l'alcool. On ne vous demande pas 0,0, on demande 0,05 parce qu'on comprend. Et comme... ce que je vous
dis, c'est que quand on parle aux gens, c'est encore la grande différence, on ne parle pas du 0,05 du Code criminel,
on parle du 0,05 du Code de la sécurité routière. Quand on explique face
à face aux gens et ils comprennent... On est la seule province. Ça fonctionne
ailleurs. Pourquoi on ne le fait pas?
Je ne suis pas le gouvernement. On demande au
gouvernement, on n'a pas de réponse. On se fait dire... je ne veux pas dire...
les réponses qu'on a sont tellement... En tout cas, je n'ai pas de mot pour le
dire. Mais vous savez, au début, on a essayé d'expliquer
quelque chose, on dit... on ne voudrait même pas le souhaiter à notre pire
ennemi ce... par où on passe. Et je vais
être franc avec vous, on n'est pas passé par le pire, parce qu'après il faut
comprendre qu'il y a la cour, il y a
les documents, il y a toute la paperasse. Ça prend un an et demi. Vous n'êtes
jamais satisfait de la condamnation.
Vous ne pourrez jamais l'être. Notre vie, c'est une prison. À chaque fois, on
essaie de parler de la mémoire de notre fille... Vous savez, ma fille,
elle rentrait, c'était : Bonjour, hola, la familia... C'était une lumière
qui rentrait. Je ne sais pas quoi dire. Je sais que je dis quelque chose
puis... écoutez, je dis : Mon rêve, c'était de marcher dans l'allée pour
le mariage de ma fille, avec elle. Tout ce que j'ai pu faire, c'est de marcher
pour l'amener au four crématoire. Évidemment, ce n'est pas normal, puis ça peut
être évité.
Il y a tellement de monde qui peuvent... Combien
de vies ils auraient pu sauver? Je ne sais pas quoi vous dire, c'est... Pour moi, ce n'est même pas une
discussion, ça devrait être deux minutes, point final, c'est... Pourquoi? Ça sauve des vies. Vous avez les chiffres, vous avez
tout devant vous. Qu'est-ce qui vous manque? Un courage? Dites-nous
qu'est-ce qu'on doit faire, parce que je pense que les gens sont prêts. Ils
comprennent. De plus en plus, on en parle. Ah
oui! Les sondages augmentent, 50, 61... C'est sûr que, dans les grandes villes,
c'est plus dangereux, c'est plus facile, on a plus de transports en
commun. En banlieue, plus loin, oui, il y a moins de choses, mais vous avez de
la famille, vous avez des amis, vous avez une responsabilité. Ce n'est pas
juste vous. Je veux dire, quand on dit à quelqu'un : Ah! écoute, on va m'empêcher de prendre deux,
trois bières, moi, je suis capable... OK, si tu penses que tu es capable,
d'accord, mais une autre personne qui a peut-être pris un médicament, qui a
pris deux bières, une bière de moins que toi, va se promener sur ta rue, il va
tuer un de tes enfants. Ah non! Pourquoi tu juges que, pour toi, tu peux le
faire, et quand on te dit qu'un autre peut le faire puis être aussi dangereux,
là, tu commences à comprendre?
Tout le monde est pris dans ce... tout le monde
doit être conscient que c'est un danger puis qu'il y a un moyen. Il n'y a
personne qui peut vous dire : Oui, toi, c'est 0,05, toi, c'est 0,06, tu as
le médicament, tu as la fatigue, tu t'en vas à un certain moment. Tu ne peux
pas. Il faut mettre une règle, il faut partir quelque chose. On s'est aperçu
qu'au 0,08, c'est trop élevé, 0,05, ça réduit de 50 %, la deuxième année,
et plus, les mortalités. 85 l'année dernière, une quarantaine de sauvés. Depuis
2010, ça fait combien? 160? Qui peut dire que vous avez sauvé 160 en faisant un
changement? C'est juste ça.
Mme Guilbault : Merci. Merci beaucoup. Comme le temps avance, je vais céder
la parole à ma collègue d'Iberville, mais, encore une fois, je vous remercie
énormément d'avoir pris le temps de venir nous rencontrer.
Le Président (M. Jacques) : Mme la
députée d'Iberville, pour trois minutes, précisément.
Mme Bogemans : Merci, M. le
Président. Écoutez, c'est extrêmement touchant, le témoignage que vous venez de
livrer. Comme maman, comme plusieurs... comme père aussi, ça vient nous
chercher. La famille, c'est ce qu'on a de
plus précieux, c'est ce qu'on veut protéger à tout prix, vraiment. Vous nous
l'avez bien rendu, là. On ne peut pas faire abstraction, là, de ce que
vous nous avez livré. Mais ce que vous disiez, Mme Riviera, au départ,
c'était... vous êtes sortie de cette
expérience-là en vous demandant : Comment? Comment faire? Puis vous, M.
Bittar, vous disiez que c'était par la prévention. Vous voulez agir, à
partir de maintenant, sur la prévention.
Dans le cadre
du projet de loi qu'on a actuellement, on parle énormément de sensibilisation,
de zones scolaires, de corridors,
même, scolaires, pour élargir. On parle encore d'enfants. Je pense qu'on peut
se retrouver assez facilement sur ce
terrain-là. Puis je voulais savoir... parce que vous parliez, entre autres,
dans votre mémoire, de plus de surveillance, plus de barrages, puis je
voulais savoir ce que vous pensiez... qu'on proposait, en ce moment, dans le
projet de loi, si ça rejoint vos attentes pour protéger les enfants autour des
zones scolaires.
• (13 h 20) •
M. Bittar (Antoine) : Si je peux me
permettre, parce que je m'occupe aussi, dans mon arrondissement, du comité de
sécurité routière puis j'avoue qu'on est très proactifs, justement, sur le
30 %. On allonge les zones qui... On a
une rue, chez nous, qui est une rue principale, tu commences, tu as une école,
tu as un parc, tu continues, tu as un parc, tu traverses à un train, tu
as un chemin pour les écoliers. On commence vraiment... on dit : Toute la
rue devrait être 30 %. Je sais que
c'est une mesure qui peut être un petit peu dure, mais on est tout à fait d'accord
que... et on a des trottoirs. Il faut
comprendre que c'est encore plus dangereux pour les places qu'il n'y a pas de
trottoir. Alors, oui, tout ce qui est pour la sécurité, nous sommes
d'accord.
Mme Bogemans : Puis au niveau,
justement, du renforcement de ces mesures de sécurité là... puis je pense qu'encore on se rejoint sur le sujet, là... vous
tablez, est-ce que vous trouvez que les radars, les lumières, là, les fameux gyrophares
pour sensibiliser, les panneaux arrêt lumineux et puis la présence policière
peuvent faire une différence?
Mme Rivera
(Elizabeth) : ...et nous, on participe souvent avec les
policiers dans les barrages routiers, et il y a des personnes à
0,06 qu'il faut laisser partir parce qu'on on ne peut rien faire. Et c'est
dommage parce qu'on sait que les capacités sont affaiblies. Alors, on les
laisse partir, et c'est vraiment dommage de voir ça comme parent et de voir qu'on est comme... on ne peut rien faire. On ne
peut rien faire, on sait que c'est 0,06, 0,07. Alors, c'est ça qui est comme
une frustration pour nous, si on peut dire, puis une incompréhension.
M. Bittar (Antoine) : Si je peux
ajouter, vous savez, ce qui est drôle... parce qu'on discute avec les
policiers, et on sait que le taux peut
augmenter ou peut descendre. Alors, s'il attrape quelqu'un à 0,06, on le laisse
partir, la personne, deux minutes plus loin, au coin d'une rue, va faire
un accident... Vous savez, on peut vous sortir... on pourrait en parler, puis le pire, c'est que c'est des choses que
j'imagine vous savez déjà. C'est des choses qui sont d'une logique implacable.
On ne devrait pas pouvoir...
Le Président (M.
Jacques) : Ceci met fin aux échanges avec la partie gouvernementale.
Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle, M. le député de
Nelligan, pour 12 min 23 s.
M. Derraji : Merci,
M. le Président. Mme Rivera, M. Bittar, merci pour votre présence. Je
pense qu'autour de la table il n'y a personne qui doit rester insensible à vos
propos. Et je sais que vous ne voulez pas mener ce combat uniquement au nom de
Jessica, mais moi, je tiens à vous saluer parce que j'ai eu à parler avec
d'autres victimes et vous avez raison de
dire : Ils refusent de prendre la parole publiquement, et je les comprends
parfaitement. Et je ne vais pas dire
aujourd'hui : Si je suis dans votre place, est-ce que je vais mener ce
combat? Ce combat, vous le menez depuis très longtemps et vous avez
raison de dire qu'on a les évidences sur la table, l'INSPQ, l'ASPQ. Hier,
54 %... c'est quand... vous avez dit 50 %, c'est 52 % en
Colombie-Britannique, la réduction des collisions.
Mais moi, j'aimerais
bien... parce que ce n'est pas facile, mener ce combat. J'aimerais bien que
vous nous éclairier sur toutes les démarches que vous avez faites depuis le
début. C'est qui les personnes que vous avez rencontrées
pour sensibiliser? Que ça soit la partie gouvernementale, les acteurs de la
société civile, par quel chemin vous avez passé? Parce que je sais que
c'est très dur.
M. Bittar
(Antoine) : Oui, comme je vous dis, on a... quand on s'est aperçu de
ce qui s'est passé, on avait commencé... on a commencé avec notre ville, on a
réussi à mettre un banc commémoratif au nom de Jessica et au nom des victimes. On a continué à travailler avec
MADD. Là, nous avons rencontré, à ce moment-là, M. Carlos Leitão
et, en même temps, je pense, M. Monsef Derraji aussi... bien, enfin, le
rattaché, qui nous ont dit : On est intéressé de travailler avec vous. On a eu une rencontre avec M. Carlos Leitão,
M. Derraji était là, et on avait parlé de faire une pétition, des
lettres ouvertes, et tout. M. Leitão a dit d'accord. Alors, on a fait
des lettres ouvertes dans les journaux, on a fait une pétition, qui était en
2022, si je me souviens bien, avec M. Carlos Leitão.
Par après, on a
demandé une réponse officielle. Il y a eu un nouveau gouvernement, puis on a eu
une réponse très simple : Vous devez la
refaire, parce que, comme c'est une nouvelle législation, on n'est pas obligés
de vous répondre. Alors, nos démarches ont dû recommencer. On ne savait
pas exactement où aller. On s'est fait dire par des personnes qu'il y avait eu
un membre du Parlement qui est passé... qui est victime aussi. Alors, nous nous
sommes adressés à Mme Picard pour voir
si elle pouvait parrainer la pétition. J'ai eu une première réunion avec elle.
Après, c'étaient plus des courriels avec son cabinet, et on a continué.
À un certain moment,
je leur ai demandé, je pense, c'est au mois d'août : Est-ce que je peux
avoir une réponse? Parce que sinon, moi,
j'ai des... j'ai une sorte de pression avec les membres de MADD, les victimes.
Il faut qu'on mette la pétition en place. J'ai vu qu'il n'y avait pas de
réponse en tant que telle, officielle, en disant que, oui, on va vous appuyer.
On a recontacté M. Derraji. Comme je vous dis, il était le premier, avec
M. Leitão qui l'avait fait et on a mis la pétition en place. Est-ce que...
Mme Rivera
(Elizabeth) : Au mois de novembre.
M. Bittar
(Antoine) : Oui, on a mis la pétition...
Mme Rivera
(Elizabeth) : On a fait des lettres ouvertes...
M. Bittar
(Antoine) : Oui, on a fait des lettres ouvertes, et tout.
Mme Rivera (Elizabeth) : ...au ministre des
Transports, à Mme Guilbault aussi, on avait fait une lettre ouverte.
M. Bittar
(Antoine) : ...
Mme Rivera
(Elizabeth) : C'est ça, alors Antoine est allé rencontrer Mme la
députée de Soulanges, Marilyne Picard, puis il a communiqué avec elle,
qu'est-ce qu'on peut faire, et tout. Il y a quelqu'un de son cabinet qui a
communiqué avec Antoine et lui a dit : Écoute, la ministre va être ici
dans une activité cocktail de financement. Alors, on a acheté des billets à
100 $ chaque pour avoir deux minutes avec la ministre.
M. Derraji :
Pouvez-vous juste répéter? Parce que je n'ai pas bien compris. La rencontre,
elle était dans le bureau ou dans un cocktail de financement?
Mme Rivera
(Elizabeth) : Un cocktail de financement. Et c'est ça, alors, mon
mari, il m'a dit : Elizabeth...
M. Derraji : Non,
mais juste une chose. Est-ce qu'on vous a invités à payer les 100 $ chaque
pour rencontrer Mme la ministre dans le bureau de la députée? Juste clarifier,
parce que je n'arrive pas à suivre.
Mme Rivera
(Elizabeth) : Ce n'était pas dans le bureau, c'était dans un
restaurant, il y avait une activité de financement. Il nous a dit : Vous
achetez les billets puis vous rencontrez la ministre, vous avez deux minutes
chacun avec la ministre.
M. Derraji : Vous
avez accepté?
Mme Rivera
(Elizabeth) : Moi, je n'étais pas d'accord. Je vous dis
sincèrement, moi, je n'étais pas d'accord. J'ai dit à Antoine :
Moi, je ne veux pas faire ça, mais on fait tout à deux, et il m'a convaincue.
On a été, on a rencontré la ministre, on a eu nos deux minutes. Puis
honnêtement, quand j'ai quitté l'endroit, j'étais vraiment déçue et j'ai trouvé
ça inacceptable qu'on nous demande de payer 200 $ pour rencontrer la ministre.
M. Derraji : Écoutez, je ne sais
plus quoi dire.
Le
Président (M. Jacques) : ...député de Nelligan, je vous inviterais à
revenir sur le projet de loi en tant que tel. On s'écarte un peu des
discussions en cours.
M.
Derraji : Mais on... Excusez-moi, on ne s'écarte pas.
Excusez-moi, M. le Président. Je pose des questions au groupe. Je respecte mon temps. Ils ont évoqué
quelque chose d'extrêmement important. Moi, j'ai cru que la rencontre
était dans le bureau de la députée. Je pose des questions. Ils sont libres, le
groupe, de répondre ou pas. Sérieux, je ne sais pas comment continuer l'échange
avec vous.
Mme Rivera
(Elizabeth) : ...pour nous, c'était... bien, surtout Antoine,
c'était important qu'on rencontre la ministre. On s'est dit... Il me disait...
C'est l'opportunité de pouvoir parler de notre histoire, du 0,05, et tout.
Comme je vous dis, moi, je trouvais
ça inacceptable. En quittant, j'étais vraiment déçue qu'on ait payé 200 $
pour quatre minutes.
M. Derraji : Je vais revenir à la
mémoire de Jessica. Vous avez eu l'échange avec Mme la ministre, vous avez
aujourd'hui les médias... que nous, on va déposer un amendement, dans le cadre
de ce projet de loi, pour le 0,05, et je
tiens à vous le dire, ça va être un amendement au nom de Jessica. Je sais que
vous ne voulez pas personnaliser le débat, et je sais, et je ressens
votre peine, M. Bittar.
Aujourd'hui, c'est votre moment. Il y a des gens
qui doutent. Il y a des gens qui disent qu'on veut interdire l'alcool. Ce n'est
pas l'alcool, OK, moi, c'est vous qui m'intéresse aujourd'hui. Et je vous le
dis, j'ai parlé avec des victimes, ils ne
veulent pas prendre la parole publiquement parce que c'est extrêmement
difficile. Et c'est très difficile pour n'importe quel élu de prendre parole
parce qu'on essaie de vous... de sentir votre peine. Je préfère que le reste de
l'intervention soit vous. Aux gens qui vont voter contre l'amendement, vous
leur dites quoi aujourd'hui? Parce que j'espère que tout le monde va voter pour
l'amendement, qui sera au nom de Jessica. Mais ceux qui vont voter contre, vous
leur dites quoi aujourd'hui?
• (13 h 30) •
M. Bittar (Antoine) : Écoutez, pour
nous, il n'y a pas de raison de voter contre, à moins qu'il y ait des choses
qu'on ne comprend pas. Moi, j'aimerais savoir pourquoi ils voteraient contre.
C'est la même question qu'on demande au
gouvernement : Pourquoi vous ne le faites pas? Vous savez, ça veut dire
que... Je vais leur dire exactement ce que j'ai déjà dit, ça veut dire
que les personnes qui votent non, je leur pose la question, ça vaut... c'est
quoi, la valeur d'une vie pour eux? Parce
qu'en disant non, vous êtes en train de dire que la mort de Jessica, la mort de
toutes les personnes qui ont... et les prochaines qui vont arriver, ce
n'est pas important. Je ne peux pas... Il n'y a pas de réponse.
Vous savez, c'est simple, ce n'est pas
compliqué. Et je sais que, quand les gens nous parlent, ils disent : Non, non, non, et, quand on leur parle face à face ou
qu'on leur explique, ils comprennent. C'est ça qu'on veut ici, vous faire comprendre.
Je veux dire, s'il y a des personnes ici qui sont prêtes à voter non, posez-moi
des questions, dites-moi pourquoi, essayez de me faire comprendre. Parce que,
même si je ne comprends pas pourquoi vous dites non, je ne voudrais jamais que
ça vous arrive. Je suis en train de vous dire : Ça peut vous arriver, il
n'y a personne qui est à l'abri de ça.
La dernière fois, une fille qui marchait sur la
rue... sur Jean-Talon. Le 31 décembre, deux personnes qui traversent la rue, une lumière verte... Vous
parlez de sécurité. Vous faites ce que vous aviez à faire, des... les lumières,
les... Les gens sont inconscients. Ils ne savent pas ce qu'ils font. Vous ne
pouvez pas les... pas protéger les gens, rendus
où est-ce que vous êtes rendus, il faut avoir des mesures. Et les contrôles...
c'est bien, les préventions, en parler. Je sais qu'Éduc'alcool en fait,
et tout. Il faut travailler ensemble, mais, comme je vous dis, la publicité, ça
vient, ça... regarde, on l'oublie. J'aimerais ça qu'on me dise pourquoi.
Mme Rivera (Elizabeth) : Il faut
dire aussi que conduire, c'est un privilège, mais ce n'est pas un droit. Alors, si tu fais quelque chose qui n'est pas
bien, on t'enlève ton privilège. C'est ça qu'il faut dire. Moi, à mes enfants,
ma famille, ça a toujours été... ça a
toujours été le cas. Malheureusement, ça nous est arrivé, et il y a des gens
qui nous ont dit : Mais vous êtes les dernières personnes à qui ça
devrait arriver, et ça nous est arrivé.
M. Bittar (Antoine) : Une voiture,
c'est une arme.
Mme Rivera (Elizabeth) : Alors,
c'est ça, c'est... moi, je ne comprends pas. J'espère que ça ne va pas arriver
à d'autres personnes pour qu'ils comprennent que c'est quelque chose de très
important. Et on ne le fait pas... on ne le fait pas parce qu'on ne veut pas
que les gens boivent, mais pour la sécurité.
M. Bittar (Antoine) : Sauver des
vies.
M.
Derraji : Combien il me reste...
Le Président (M.
Jacques) : Il reste 2 min 56 s.
M. Derraji : M.
Bittar et Mme Rivera, je sais que ce n'est pas facile. Je sais que les
évidences scientifiques sont sur la table. Vous avez expliqué le pourquoi,
surtout, si des gens voteraient contre. Pour vous, est-ce que l'argument de... ce n'est pas populaire, vous
suffit? Parce qu'on voit les statistiques, c'est 61 %. Vous avez mentionné
le sondage, Les Coops de l'information, c'est 61 %. Pour vous, et avec
toutes les démarches que vous avez effectuées, depuis plusieurs mois, je dirais, années, est-ce qu'il y a quelque chose
d'autre que vous aimeriez que le gouvernement fasse?
Mme Rivera
(Elizabeth) : Moi, je trouve que c'est la mauvaise information. Les
gens ne comprennent pas quand on parle du 0,08 au criminel, et 0,05, sanction
administrative. Les gens ne comprennent pas. Même dans notre entourage, quand
on a expliqué : Non, ce n'est pas criminel, c'est 0,05, c'est
administratif... C'est comme conduire avec
le cellulaire, les ceintures de sécurité. Alors, moi, c'est éduquer les gens à
comprendre que les mesures administratives, c'est administratif, à 0,05,
et on évite... on sauve des vies. C'est ça, le plus important pour nous. C'est
ça qui est important.
M. Bittar
(Antoine) : Si je peux me permettre aussi, c'est quelque chose qu'on a
oublié de dire, c'est que le système judiciaire va en profiter aussi, parce que
c'est les... Si vous êtes poursuivi au criminel, c'est beaucoup plus lourd, beaucoup plus de temps que quand vous avez
une contravention pour un feu rouge ou un stop. Vous le contestez, vous
ne le contestez pas, ça va beaucoup plus vite, ça va vraiment alléger. Et ça,
je vous le dis parce que, dans les autres provinces, ils nous l'ont dit aussi.
Ça a été un avantage pour le gouvernement. C'était juste une parenthèse qui
pourrait être intéressante.
M. Derraji : ...que
c'est des mesures administratives, on ne parle pas du criminel, et ça se fait
ailleurs.
M. Bittar
(Antoine) : Oui, oui, toutes les provinces le font. On est la seule
province qui ne le font... qui ne le fait
pas, et c'est pour ça qu'on se demande, c'est... je ne veux pas dire... on est
bon dans certaines choses, mais qu'est-ce qui peut justifier que le
Québec se dit : On n'en a pas besoin? Comme je vous dis, on a des choses
de réhabilitation, on a des choses, mais...
M. Derraji : Il
reste quelques minutes, mais je vous le dis, encore une fois, je vous laisse le
mot de la fin. Merci. Je ne trouve plus les mots ou les questions, mais je vous
laisse le mot de la fin. Sentez-vous bien à l'aise d'adresser... de refaire un
autre message aux membres de la commission. Je vous laisse la dernière minute.
17923
17937
Le
Président (M. Jacques) : Il reste 20 secondes.
M. Bittar
(Antoine) : Bien, en fin de compte, c'est simple, écoutez, pour moi,
il n'y a aucune raison de ne pas avoir un amendement. Il n'y a aucune raison de
ne pas le mettre à 0,05. On voit que les sondages augmentent à chaque fois. C'est sauver des vies. Et faites le
calcul rapidement, vous avez tous les experts devant vous, il n'y a aucune
raison, il n'y a vraiment aucune raison que ça ne se fasse pas.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup. Ceci met fin à l'échange avec l'opposition
officielle. Je cède maintenant la parole à M. le député de Taschereau pour
4 min 8 s.
M.
Grandmont : Merci, M. le Président. Mme Rivera, M. Bittar, merci
beaucoup pour votre présence, merci pour votre courage, votre témoignage.
J'ai des enfants,
c'est le genre de trucs qui... le genre de pensées qui m'habitent depuis que je
les envoie à l'école toutes seules puis que je les vois grandir aussi. Puis je
les vois revenir tard aussi, elles commencent à sortir. Ma plus vieille est presque majeure, donc elle se promène, va dans des
fêtes d'amis. Puis on y pense malheureusement tout le temps.
Puis on sait qu'on a
des outils qu'on pourrait mettre en place pour être capable d'apporter une
solution, de réduire les chances que ça arrive. Puis je regardais, pendant que
vous parliez, je regardais un peu ce que disait, là, la science par rapport à
ça, puis entre 0,05 puis 0,08, les risques qu'un conducteur soit impliqué dans
un accident mortel, dans une collision
mortelle, sont multipliés par quatre. Donc, c'est majeur, c'est quand même
important. Vous pourrez corriger les chiffres, si vous avez d'autres
chiffres, là, mais c'est quand même assez important. Au Canada, on l'a déjà
dit, on est les seuls à être à 0,08. Toutes les provinces canadiennes sont à
0,05, sauf la Saskatchewan, qui est à 0,04. En Europe, ça va de 0,00 à 0,05,
sauf le Royaume-Uni qui est à 0,08.
La ministre, tout à
l'heure, vous a répondu qu'il y avait beaucoup de prévention, puis c'est vrai,
il y a de la prévention qui se fait depuis plusieurs années, puis on a
progressé sur cet enjeu-là, parce que c'est de plus en plus compris. Maintenant, on voit qu'il y a encore des
accidents causés par l'alcool au volant. Est-ce qu'on pourrait dire que
la sensibilisation, bien, on a atteint la limite de ce que ça peut offrir comme
solution?
Mme Rivera (Elizabeth) : ...oui, je
pense qu'on est prêts à passer à une autre étape. Comme je l'ai dit, la
sensibilisation dans les bars, dans les restaurants, ça ne fonctionne pas, les
gens ne le font pas. Il y en a qui vont le faire, oui, mais je ne pense pas que c'est un
moyen de... C'est sûr qu'il y a plus des barrages routiers aussi par les
policiers, ça aussi, mais, comme je l'ai mentionné tout à l'heure, nous
participons aux barrages routiers, mais il y a des gens qui sont à 0,06, qu'on
doit laisser partir. Alors, oui, je pense que, comme société, comme étant la
seule province au Canada qui ne le faisons pas, c'est le moment de réfléchir et
de passer à... de bouger.
M. Bittar (Antoine) : Si je peux me
permettre, je pense qu'on le dit souvent, si tu veux avoir un impact, des fois, il faut que tu touches le portefeuille ou
priver quelqu'un de quelque chose, et il va s'en souvenir. Voir une publicité
à la télévision, trois jours après, tu vas l'oublier, tandis que, si tu t'es
fait attraper à 0,05, justement, et que ça t'a évité d'avoir un casier
criminel, d'avoir des mesures, ça va rester beaucoup plus longtemps dans le...
et ça va affecter les gens autour. Je me
suis fait arrêter à ça, ça, ça, le message va être beaucoup plus direct, il va
se répandre beaucoup plus rapidement.
M. Grandmont : On sait que dans les
secteurs d'activité, dans le fond, qui sont contre cette mesure-là, là, on parle souvent des tenanciers de bars, des
restaurateurs, qui voient une potentielle perte de revenus, là. Je sais
qu'ailleurs dans le monde on met en place des mesures pour continuer à
encourager les gens à aller quand même au restaurant. Par exemple, les restaurateurs vont offrir le repas à la personne
désignée conductrice pour la soirée. Est-ce que vous avez d'autres
exemples de mesures comme ça qui peuvent être mises en place pour, justement,
enlever cette crainte-là du côté des tenanciers de bars et des restaurateurs?
M. Bittar (Antoine) : Bien, comme je
vous dis, moi, je trouve ça très... vraiment bien de pouvoir donner de... les
boissons, c'est ce qu'on entendait. Les restaurants, c'est vraiment bien aussi.
Je trouve ça très bien.
Ce que je veux dire, c'est qu'à un certain
moment ça se peut très bien que les gens... les restaurants, les bars vont se faire... au civil, vont peut-être se faire
poursuivre. Ça veut dire qu'ils devraient comprendre... Je veux dire, on regarde
dans d'autres provinces, il y a des
associations, avec MADD, de la régie des alcools... Ils font de la publicité,
ils poussent, ils mettent des boîtes dans... Il y a... Tout le monde comprend
qu'il faut travailler ensemble. C'est un fléau. Je veux dire, c'est... Quand on a eu la COVID, tout
le monde s'est mis ensemble... C'est ça qui arrive. C'est la même chose,
plus ou moins la même chose.
M. Grandmont : Merci.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup. Ceci met fin à l'échange avec le
deuxième groupe d'opposition. Je vous remercie pour votre contribution
aux travaux de la commission.
Mémoires déposés
Et, avant de terminer, je dépose les mémoires
des personnes et organismes qui n'ont pas été entendus dans le cadre des
auditions publiques.
La commission ayant accompli son mandat,
j'ajourne ses travaux sine die.
(Fin de la séance à 13 h 40)