(Onze heures trente-neuf minutes)
La Présidente (Mme Schmaltz) : Alors,
bonjour à tous. Bonjour.
Une voix : ...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Donc,
un petit peu de silence, M. le député. On débute, là. Alors, comme je disais,
bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des transports et de l'environnement ouverte.
Alors, peut-être, juste avant de débuter, vu
qu'on a pris quand même plusieurs minutes de retard, je voulais savoir si on allait empiéter un peu sur le temps
du gouvernement pour finir à l'heure ou, sinon... ou si c'est proportionnel
à tout le monde...
Des voix : ...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Est-ce que c'est... est-ce qu'on a consentement?
M. Derraji : ...neuf minutes. Je ne
peux pas donner plus que ça. Je n'ai pas de temps.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Il
n'y a pas de problème. Parfait.
M. Derraji : Donc, je n'ai pas de
problème.
M. Grandmont : ...donc, oui,
consentement.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Bon,
bien, parfait. Alors, la question est réglée.
Une voix : ...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Bien,
écoutez, quel bel exemple à donner! Ça fait du bien, ce genre d'exemple là.
Alors, la commission réunie afin de poursuivre
les consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 61,
Loi édictant la Loi sur Mobilité
Infra Québec et modifiant certaines dispositions relatives au transport collectif.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
• (11 h 40) •
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Blouin (Bonaventure) est remplacée par Mme Schmaltz (Vimont).
Auditions (suite)
La Présidente (Mme Schmaltz) : Alors,
nous entendrons ce matin les témoins suivants : CDPQ Infra et l'Association
professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec.
Caisse de dépôt et placement du Québec Infra (CDPQ
Infra)
Alors, je
souhaite donc la bienvenue aux représentants de CDPQ Infra. J'ai pratiqué à
bien le dire. Alors, je vous rappelle
que vous avez 10 minutes pour faire votre exposé. Après ça, on va procéder
à un échange avec les parlementaires. Alors, je vous invite à vous
présenter et à nous présenter votre exposé.
M. Arbaud (Jean-Marc) : Très bien.
Bien, je vais inviter mes collègues à se présenter.
Mme Lussier (Sophie) : Bonjour. Je
suis Sophie Lussier, première vice-présidente et cheffe des services
d'entreprise de CDPQ Infra.
M. Batani (Philippe) : Philippe
Batani, premier vice-président, affaires publiques, communication et stratégie
chez CDPQ Infra. Bonjour.
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Et Jean-Marc Arbaud, président et chef de la direction
de CDPQ Infra.
Donc, si vous voulez bien, je vais dire un peu
une allocution, en faire la présentation. Bonjour, Mme la Présidente, M. le
vice-président, Mme la ministre et Mmes et MM. les députés membres de la
commission. Nous remercions la commission de son invitation et de l'opportunité
de nous exprimer sur le projet de loi n° 61. Nous
souhaiterions aujourd'hui partager nos premières réflexions sur les conditions
à réunir pour la réalisation fructueuse de grands projets d'infrastructure au
Québec et la mise en place de Mobilité Infra Québec.
D'abord, qui sommes-nous? Les équipes de CDPQ
Infra couvrent l'ensemble des domaines d'expertise nécessaires pour concevoir,
financer et réaliser des projets de transport collectif. Nos experts viennent
du milieu des transports, de l'ingénierie, de l'environnement, des affaires
publiques, de la finance et de l'immobilier. Au quotidien, ils réalisent des
projets d'infrastructure durables en partenariat avec les gouvernements et les
communautés locales.
Depuis notre création par la CDPQ, en août 2015,
nous avons livré plusieurs mandats d'analyse de solutions de mobilité, dont le Plan
CITÉ pour structurer la mobilité dans la région de Québec. Nous réalisons le
REM, la plus longue ligne de métro léger
automatisé au monde, à des coûts nettement plus compétitifs que des projets
comparables. Nous opérons une première antenne du REM depuis plus d'un
an. Nous venons de déposer, auprès du gouvernement fédéral, avec nos
partenaires, une proposition pour une nouvelle lésion... liaison, excusez-moi,
ferroviaire dans le corridor Toronto, Ottawa, Montréal et Québec.
Le projet de
loi. Améliorer la mobilité passe par l'utilisation de multiples modes de
transport complémentaires. Les infrastructures de transport collectif
sont les principales artères supportant cette mobilité. Pour cette raison, mais
aussi à cause, bien entendu, de la réalité environnementale, il n'y a pas de
doute, il faut, au Québec, se donner la capacité de réaliser plus de projets
d'infrastructure publique.
Pour y parvenir, la première étape est de
planifier. Il faut élaborer une vision globale de la mobilité afin d'établir une stratégie à l'échelle de la
province, des régions et des villes. À partir de cette vision, il faut établir
des plans directeurs qui permettent de planifier et d'échelonner les
projets dans le temps. Cette approche permet de répondre aux besoins les plus
urgents, d'attirer et de conserver une expertise au Québec, d'inviter des
entreprises à s'établir ici sur le long terme et aussi d'inciter les
entreprises à investir pour améliorer leur productivité.
Dans une deuxième étape, les projets doivent
être mis en oeuvre. Pour être en mesure de lancer les grands travaux, une
autorité doit prendre des décisions. Elle doit définir des règles précises pour
permettre à tous les projets de se dérouler dans un cadre commun et cohérent.
En mettant en application un tel cadre, Mobilité Infra Québec faciliterait la
planification, la réalisation et l'opération des projets, le tout dans le
meilleur respect des coûts et des échéanciers. Ce cadre et les règles qui en
découleraient seraient respectés par l'ensemble des acteurs ministères,
municipalités, entreprises, société civile, opérateurs de transport en commun.
Il est impératif que tous soient en mesure
de collaborer, de s'entendre et d'agir rapidement. Cela permettra de répondre
de manière efficace à nos grands défis collectifs.
Dans ce contexte, nous croyons que CDPQ Infra
peut être un partenaire de choix pour la future agence. Au cours des dernières années, nous avons démontré
notre capacité à collaborer efficacement avec l'ensemble des acteurs.
Ensemble, nous pouvons continuer à accélérer la réalisation d'un plus grand
nombre de projets et nous pouvons contribuer à bâtir l'expertise du Québec en
infrastructures. Lorsque les conditions sont réunies, CDPQ Infra peut investir dans des projets. Cela permet aux
communautés de bénéficier d'infrastructures de classe mondiale tout en soutenant
l'économie québécoise de façon durable et en finançant les retraites des
Québécois.
En conclusion, il est crucial de planifier et de
bâtir de grands projets de transport collectif au cours des prochaines années.
Mmes et MM. les membres de la commission, je réitère que CDPQ Infra est prête à
collaborer étroitement avec Mobilité Infra Québec. Nous pourrons ainsi combiner
nos expertises pour répondre aux besoins de mobilité grandissants de nos
communautés. Je vous remercie de votre attention.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Vous
avez du temps encore, hein? Il vous reste du temps, mais c'est...
M. Arbaud (Jean-Marc) : C'est
fini.
La Présidente (Mme Schmaltz) : C'est
fini? Parfait. Bon, alors, je vais me retourner vers, maintenant, la ministre.
Je vais lui céder la parole. Alors, vous avez 4 min 30 s.
Mme Guilbault : Bon, alors, merci, Mme la Présidente. Salutations à tous les collègues.
Salutations, madame, messieurs, un
plaisir de se revoir. On se côtoie souvent, on doit le dire, certainement pas à
la surprise de qui que ce soit, parce qu'on est en train de travailler,
bien sûr, sur le projet CITÉ, et donc, c'est ça, alors merci d'être ici
aujourd'hui, d'avoir accepté de participer à nos consultations.
Évidemment, votre point de vue avisé sur les
projets de transport collectif d'envergure est très intéressant dans la mesure où, comme je le dis souvent, à part
le métro, le seul grand projet de transport collectif d'envergure qu'on ait
fait ces dernières années, c'est le REM, qui est en train d'être mis en
opération graduellement, première antenne, 28 juillet. 27 ou 28? Je pense, 28, 28 juillet 2023, un
vendredi. Donc, alors, bref, très intéressant de vous avoir aujourd'hui,
merci.
Et vous avez
dit juste en terminant : La CDPQ Infra réitère sa volonté de collaborer
avec Mobilité Infra Québec. Je crois déduire de vos propos, et je ne
veux pas vous mettre des mots dans la bouche, vous me corrigerez au besoin, que
vous considérez que c'est une bonne chose de créer Mobilité Infra Québec pour
se donner une capacité de livrer des projets de transport collectif d'envergure
sans dépendre systématiquement, comme je le dis souvent... d'habitude, je le dis, puis vous n'êtes pas dans la pièce, et là vous
êtes là, donc, vous pourrez corriger mes propos au besoin, sans dépendre
systématiquement de la CDPQ Infra, qui, pour toutes sortes de raisons qui sont
les leurs, peut ne pas vouloir ou pouvoir faire un projet de transport
collectif au Québec.
Donc, c'est sain, je pense, pour une nation et
son gouvernement, de se donner... de se — j'ai huit minutes au lieu de
quatre — de
se donner le pouvoir de le faire par lui-même, ce qui n'empêche pas des
collaborations comme ce qu'on va faire dans le tramway et éventuellement... et
ce qu'on est en train de continuer de faire dans le REM de l'Ouest, mais donc
est-ce que ma déduction est bonne?
M. Arbaud (Jean-Marc) : Oui. Ce
que j'ai dit dans mon allocution, c'est que, pour moi, il y a une chose qui est
très importante. Il y a deux niveaux pour les grands projets de transport
collectif. Le premier, c'est de les planifier, mais de les planifier avec une
vision générale. On voit souvent une problématique qui dit : Je vais faire
un projet d'un point A à un point B, mais on ne sait pas s'il est vraiment
nécessaire. Puis on a fait un très bon exercice ensemble, avec la ville de
Québec et le ministère, sur le Plan CITÉ, en mettant une fois pour toutes le
projet à l'échelle de l'agglomération de Québec et ses environs pour dire c'est
quoi, le problème de mobilité, puis ça, c'est une étape fondamentale, puis,
pour ça, c'est clairement une notion pour laquelle il y a une... il y a un
siège vide, je dirais ça comme ça, à ma façon, dire : Il n'y a pas ce
niveau de planification, on ne le voit pas, ni de regard sur les projets. À partir de là, ce qu'on disait, on peut
donner des priorités aux projets, définir lesquels ont le plus de bénéfices
en termes de mobilité, de rationnel.
• (11 h 50) •
La deuxième étape, c'est réaliser. Un des
problèmes que nous avons tous au Québec, pour moi, c'est de retenir de
l'expertise. Ce n'est pas si simple puis ça va avec la même façon, ce que j'ai
essayé de dire dans les... c'est de dire : S'il y a une vision, s'il y a
une planification, si l'ensemble des joueurs peut voir une vraie perspective de
tel projet va se réaliser, il est réaliste, il a... ça fonctionne, ça fait
quoi? Ça fait que les entreprises locales vont avoir beaucoup plus tendance à investir en termes de méthodologie,
d'expertise, de compétence pour améliorer leur productivité et leur
expertise parce que, pour le faire...
On débat souvent : Ah! il faut investir,
pourquoi les entreprises n'investissent pas? Bien, n'importe quelle entreprise,
pour investir, il faut qu'elle puisse avoir une vision à quelques années. Elle
en a besoin, puis je pense qu'on en a besoin, vraiment, de cette consolidation,
au niveau du Québec, sur les projets de transport collectif. Puis, à partir de
là, on a, nous, une expertise, humblement, on pense, on peut amener,
travailler, en partenariat, tout... tout ce qui est sur l'expérience de
réalisation, et plus... plus l'ensemble... plus l'expertise est forte, mieux
c'est pour nous. Ça fait que, finalement, plus la densité d'expertise au Québec
devient forte, le mieux c'est, puis ça fait aussi partie d'un des mandats de la caisse, le développement
économique et le développement de l'expertise, puis je pense que c'est
un des rôles que nous avons joués chez CDPQ Infra.
C'était une réponse longue, peut-être, à votre
affirmation.
Mme
Guilbault : Non, mais c'est parfait. On est ici pour entendre
les... Moi, je parle déjà souvent. Donc, c'est mieux que vous, vous parliez,
parce que vous, vous êtes ici moins souvent que moi, et on est là pour vous
entendre.
Donc, c'est très intéressant, puis, honnêtement,
c'est ça, je le dis, moi, je parle souvent de MIQ, de Mobilité Infra Québec,
dans toutes sortes de contextes, puis, avant le dépôt du projet de loi, j'avais
fait plusieurs entrevues pour essayer de contextualiser puis présenter les
avantages d'une éventuelle nouvelle équipe spécialisée, puis une des choses que
je disais va exactement dans le sens de ce que vous décrivez, d'être capables
d'avoir une... Vous disiez : L'ensemble des joueurs peut avoir une vraie
perspective, aussi, se donner la possibilité de retenir de l'expertise, parce
qu'actuellement au fil des débats, dans les journaux ou ailleurs, sur est-ce
que, oui ou non, on va faire un projet, ça
ne donne possiblement pas le goût à des joueurs importants, avec une capacité,
de venir s'installer ici, que ce soit de bâtir une usine, de la moderniser,
d'améliorer sa productivité, etc., puis à des équipes de venir s'installer.
Si on prend l'exemple du REM, il y a beaucoup de
gens de l'extérieur qui sont venus ici travailler sur le REM parce qu'ils voyaient qu'on avait un projet à
long terme et que ça allait se faire. Donc, ça donne le goût, mais, quand
tu n'es jamais sûr si le projet va se faire,
évidemment, tu ne te donnes pas les chances d'attirer les meilleurs ici. Donc,
c'est exactement l'objectif, de se bâtir une équipe experte qui va avoir le
goût de venir travailler et qui va savoir un peu à quoi se raccrocher en termes
de projets à venir dans le futur, organiser des lignes de production, etc.
Alors, on est bien d'accord là-dessus et, bien
sûr, sans présumer de rien, si on adopte le projet de loi, on va devoir mettre
en place, comme tel, Mobilité Infra Québec. C'est sûr qu'en regardant un peu
les comparables de ce qui se fait la CDPQ
Infra nous vient spontanément à l'idée. Tu sais, on a beaucoup... on a beaucoup
regardé la structure, le fonctionnement de CDPQ Infra, de quelle manière est-ce
qu'on peut s'inspirer... En votre qualité de PDG, ou de directeur, ou madame, est-ce que vous auriez
des... bien, je dirais peut-être pas des suggestions, mais des observations
à faire sur des éléments qui pourraient être
reproduits ou des éléments qui pourraient... qui pourraient guider l'éventuelle
constitution ou l'organisation de l'équipe
de Mobilité Infra Québec pour assurer son agilité, son expertise,
effectivement, évidemment, puis sa capacité de réaliser éventuellement
plus d'un projet en même temps de manière efficace?
M. Arbaud (Jean-Marc) : Wo! Ça,
c'est une longue question. La première chose, nous, on a créé, en août... Ça a pris quand même quelques années pour arriver
à l'état où on est aujourd'hui, CDPQ Infra, avec, on va dire, plus de 120, 130 experts collaborateurs, vraiment, sur le
travail de... mais je les ai résumés un peu dans mon allocution, il y a, pour
les...
La Présidente (Mme Schmaltz) : 30 secondes,
désolée.
M. Arbaud (Jean-Marc) : Ah!
excusez-moi. Bien, pour... Il y a différents métiers qu'il est essentiel de
couvrir, et je les ai donnés dans la... l'allocution, que je pourrais remettre
à la fin de la séance, c'est de vraiment couvrir les métiers de
conception, de réalisation, des affaires publiques, d'environnement, et il faut
être capables d'asseoir tous les gens autour de la table pour évaluer chaque
projet.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Je vous remercie. Je suis obligée de vous couper. Le temps
est écoulé. Avant de continuer, je dois demander le consentement pour que le
député des Îles-de-la-Madeleine remplace le député
de Camille-Laurin. Alors, est-ce qu'il y a consentement? Parfait. Je m'excuse,
on ne l'a pas fait tantôt. Alors donc, maintenant, je vais céder la
parole au porte-parole, donc, de l'opposition officielle pour un temps de 9 min
54 s.
M. Derraji : Bonjour à vous trois, toujours un plaisir de vous
écouter. Vous avez mentionné... vous voulez être un partenaire avec le
MIQ. À quel niveau?
M. Arbaud (Jean-Marc) :
Pour nous, on est... Le développement, le partenariat, il prendrait
différents aspects. Je pense qu'on peut amener beaucoup d'expertise dans la
planification générale, reconduire... notamment, dans les études, tel qu'on l'a
fait sur le projet CITÉ, de dire... aider à bâtir le plan... les bases du plan
directeur point par point, puis,
deuxièmement, sur un projet dans sa phase de réalisation. C'est-à-dire, on a
tout ce qui est structuration, appels d'offres, conception, choix
technologique, etc., donc, ça, c'est aussi un angle fort, et, bien entendu,
parce que c'est aussi notre raison d'être, on est une filiale de la Caisse de
dépôt, de contribuer financièrement, d'investir dans les projets avec...
d'avoir une part d'investissement dans les projets.
M. Derraji : Oui.
Vous avez développé de l'expertise et, j'ai aimé ce que vous venez de dire,
vous êtes arrivé à la maturité au bout de combien d'années au moins?
150 experts...
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Maturité, bien, on n'y sera jamais. Pour moi, c'est une
notion... On progresse, on a... etc., mais on a beaucoup appris du REM, parce
qu'aujourd'hui on a une expertise reconnue, un peu unique, en Amérique du Nord,
en termes de maîtrise d'ouvrage délégué.
M. Derraji : Oui,
mais, sur ce point, vous avez dit qu'on a de l'expertise. La raison de créer le
MIQ, c'est... Justement, on nous dit qu'on a un problème de compétence parce
qu'on n'a pas fait de gros projet depuis le métro. Le REM, vous avez démontré
que vous étiez capable de planifier, de concevoir, de faire des relations
publiques, de même faire... livrer le projet en entier. Je vous repose la
question que M. et Mme Tout-le-monde posent aujourd'hui. Est-ce qu'il n'y a pas
un risque de cannibalisation entre ce que la caisse, la CDPQ Infra fera et le
MIQ?
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Non, je ne pense pas parce que je pense que le... Vous
regardez... Il faut être réaliste. Il y a un
énorme besoin en transport collectif. Puis je ne jugerai pas est-ce que ça
s'est fait, ni parler du passé, mais aujourd'hui c'est clair, pas juste
les infrastructures, la mobilité, à échelle du Québec... la mobilité, c'est lié
à l'économie et à l'environnement, je dirais, sur les deux, et ça devient... Ce
n'est même plus un débat, c'est une nécessité
à l'échelle de la province, puis c'est la combinaison des deux... Ce n'est pas
le rôle de... CDPQ Infra peut intervenir pour dire : Voilà, un
projet, on le réalise.
M. Derraji : C'est
très clair.
M. Arbaud (Jean-Marc) : OK, mais il y a une
vision globale à avoir. Ce n'est pas notre rôle. Ça appartient au gouvernement.
M. Derraji : Oui.
Donc, ce que vous voulez, c'est qu'au niveau du MIQ on s'occupe de la vision
et, vous l'avez dit, transport collectif. Je
vous pose la question : Mission du MIQ doit être concentrée uniquement sur
le transport collectif ou autre chose?
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Ah! je ne pourrais pas répondre à ça. Nous, CDPQ Infra,
on est concentrés sur tout ce qui est mobilité, au sens transport collectif, en
termes de projets.
M. Derraji : C'est bon, mais... (panne de son) ...un expert.
Vous avez dit qu'on en veut, des projets de transport collectif. Vous
êtes un partenaire. Vous gérez le fonds de pension des Québécois. Donc, vous,
vous constatez que là où on a un problème, c'est le transport collectif. Donc,
si vous avez besoin d'avoir des projets où vous souhaiteriez collaborer avec le
gouvernement, j'ai cru comprendre, entre les lignes, ça devrait être des
transports... des projets de transport collectif.
• (12 heures) •
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Tout à fait.
M. Derraji : Donc,
je présume que, si, demain, le gouvernement veut aller avec le troisième lien,
vous n'êtes pas intéressés?
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Non. Sur le troisième lien, on a commenté suffisamment,
ça ne fait pas partie... Je pense que, sur la réalisation d'un pont... Autant
sur l'étude de mobilité, on a une expertise... C'est pour ça que je distingue
bien deux choses. Sur la réalisation d'un projet du type... des ouvrages d'art
du type pont, on n'amène pas une expertise, et la problématique n'est
absolument pas la même que dans un système de transport collectif.
M.
Derraji : C'est excellent. C'est parfait. Donc, vous, la
vision que vous cherchez pour être complémentaires... Moi, j'essaie juste de voir, parce qu'on va
commencer l'étude du projet de loi. On doit faire très bien notre travail. On
doit définir, en tant que législateurs, la mission qu'on veut donner au MIQ. Si
je... J'ai en face de moi des experts de la mobilité. Vous, ce que vous dites
aujourd'hui, ce qu'on a besoin, c'est une vision de la mobilité qui doit être
concentrée sur le transport collectif. Est-ce que j'ai bien résumé la pensée de
CDPQ Infra?
M. Arbaud (Jean-Marc) : Non, on a
besoin d'une vision. Le transport collectif ne peut pas être isolé de la mobilité, OK? Moi, je parle de mobilité et je dis
clairement : Les transports collectifs, c'est une des artères pour
supporter la mobilité et c'est une solution. On a besoin d'extraire...
On a besoin de réaliser beaucoup plus d'artères de transport collectif, en ce sens, je vais avec vous, mais il
faut bien comprendre les besoins de mobilité pour en déduire cela. Donc,
dans ce sens-là, pour moi, oui, c'est :
Mobilité, quels projets faire? Après, il y a une autre chose, c'est comment les
réaliser.
Il y a une autre mission sur laquelle... dont
j'ai parlé, là, pour moi, est fondamentale. J'entends beaucoup de débats, mais,
pour réaliser un projet, pour avoir des gens qui se commettent, vous avez aussi
besoin de savoir quelles règles vont s'appliquer. Vous ne pouvez pas, quand
vous avez 8 000 travailleurs
qui se sont lancés dans un projet, attendre une décision sur un permis, sur des
autorisations. Si vous les connaissez, qu'elles sont précises, qu'elles sont définies par des règles internationales, etc.,
oui, tout le monde le fait, mais, si elles sont subjectives, ou elles pourraient
le devenir, ou ne sont pas les mêmes partout, c'est un gros problème de
compétitivité.
M. Derraji : Oui, mais ça, vous
parlez des règles, vous parlez de normes, ça se fait par des projets de loi.
Pourquoi une agence? Parce que l'exemple du REM est un exemple parfait. Est-ce
que, pour réaliser le REM, qui est un projet complexe... Est-ce qu'on peut
juste s'entendre que le REM est un projet complexe?
M. Arbaud (Jean-Marc) : Oui, on peut
s'entendre sur ça.
M. Derraji : OK, parce que... non,
mais parce que c'est de là que l'idée qu'on nous sert depuis plusieurs mois, ça
ne... En fait, on essaie de faire un lien de causalité : complexité égale
MIQ. Moi, jusqu'à maintenant, j'écoute les
groupes. La ministre fait le calcul du nombre qui ont appuyé, mais j'ai des
experts qui ont réalisé un projet complexe. Est-ce qu'au moment où vous
avez commencé la réflexion avec le gouvernement sur la réalisation du REM, à un
certain moment, vous vous êtes posé la question : Et, si on avait le MIQ,
ça va aller plus vite ou bien le législateur s'adapte? Vous avez raison de
dire : Il y a les règlements, il y a les normes, il y a tout ce qui
handicape un peu la réalisation d'un projet
complexe, et, au bout de la ligne, vous l'avez très bien mentionné, la plus
longue au monde.
M. Arbaud (Jean-Marc) : Mais c'est
un projet. C'est-à-dire que je comprends ce que vous dites, mais c'est... On a
mis... Puis il y a l'entente entre la caisse... on a mis beaucoup... entre la
caisse et le gouvernement, mais on a mis beaucoup d'efforts à réaliser un
projet qui était identifié, dont les besoins étaient clairs, dont... etc.
Pour ma part, puis là je veux peut-être donner
une opinion un peu personnelle, mais, tu sais, au cours des dernières années,
on a vu beaucoup de projets, on en parle, puis lequel faire? La réalité, vous
ne pouvez pas décider... vous ne pouvez pas tous les faire, pardon, puis il
faut les prioriser, j'ai essayé aussi de dire ça dans mon discours, parce qu'il faut être réaliste. Il n'y a pas les
gens, il n'y a pas les... On ne peut pas, du jour au lendemain, faire tout ça.
Justement,
pour moi, le REM, c'est un bon exemple de ça. Donc, ça, c'est une clause
fondamentale. Après, il y a aussi des projets qui sont de moindre
complexité que le REM, là, qui ne sont pas la plus grande du monde à faire,
puis, ceux-là, il y a un besoin de centraliser des compétences. Ce n'est pas le
débat, mais vous voulez faire une ville, il n'y a pas juste Montréal et Québec.
Il y a d'autres villes. Ces villes ne peuvent pas accéder à de la compétence
technique. Ils peuvent y accéder pas réellement, ils ne l'ont pas. Puis donc
c'est important de pouvoir... pour moi, pouvoir le faire. La forme, là, je ne
suis pas là pour débattre de la forme, tu débats... Pour nous, on dit notre
opinion sur le fond à un interlocuteur qui consolide de l'expertise...
La Présidente (Mme Schmaltz) : En
terminant.
M. Arbaud (Jean-Marc) : ...c'est
important.
M. Derraji : Merci à vous trois.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Merci. Alors, je vais céder maintenant la parole au deuxième groupe
d'opposition. Vous avez 3 min 18 s.
M.
Grandmont : Merci, Mme la Présidente. Bon, 3 min 18 s,
on a peu de temps. J'ai quelques questions. D'abord, peut-être revenir...
c'est... le hasard fait bien les choses, aujourd'hui ça fait trois mois que
vous avez déposé le Plan CITÉ incluant... bien, c'était votre analyse, dans le
fond, sur le tramway puis sur la demande, aussi, qui était de
voir à la mobilité interrives également aussi. Le lendemain... Ah! puis je dois
dire que j'avais été quand même... j'ai reçu très favorablement votre rapport,
une belle vision intégrée, très axée sur le transport collectif, avec un
échéancier intéressant, une proposition ambitieuse puis des réelles solutions,
finalement, aux enjeux de mobilité dans la grande région de Québec. Donc, moi,
j'ai... j'ai beaucoup aimé ça. Le lendemain, le premier ministre avait fait sa conférence de presse aussi puis il a annoncé
qu'il lançait la première phase, en fait il s'engageait pour la phase I du
tramway.
Donc, ma première
question, en fait, ce serait de savoir, comme ça fait trois mois, là, que le
premier ministre s'est lancé, est-ce que vous avez déjà signé une entente avec
le gouvernement du Québec pour la réalisation de la phase I du tramway
pour laquelle il s'est engagé.
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Non. Pour l'instant, on a encore des discussions en
train... en cours sur l'entente et différentes choses. Mais vous avez vu qu'il y
a un certain nombre de points qui ont été faits sur notamment la création, au comité de transition, des réunions.
Puis ce n'est pas comme si le projet... on ne l'a pas lancé complètement, on a
des discussions dans l'entente... au cours de l'entente, mais on travaille
encore. Ça devrait être prochainement, j'espère.
M.
Grandmont : Parfait. Donc, pour vous, les discussions vont bon train?
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Oui. Non, et tout le monde... Oui. Et ça avance de façon
transparente et... entre les différentes parties.
M.
Grandmont : Puis est-ce que vous vous attendez à une... à une
conclusion rapide?
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Rapide? Oui.
M.
Grandmont : Ça, c'est ce que vous espérez?
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Oui, mais c'est... je pense que c'est nécessaire.
M.
Grandmont : Parfait.
M. Arbaud (Jean-Marc) : Moi, je pense que c'est un bon projet, bien,
sinon on ne le présenterait pas, déjà, pour...
M.
Grandmont : Bien oui, c'est sûr.
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Et c'est... Je sais bien que ce n'est pas toujours
l'unanimité, là, comme tous les projets, mais c'est important, et il faut que
ça... que ça démarre rapidement.
M.
Grandmont : Parfait. On est d'accord, il faut que ça démarre
rapidement. Parfait.
Une autre question,
peut-être, sur le mode collaboratif. Le REM a bénéficié de règles particulières
avec sa propre loi pour être capable de réaliser ce qui s'apparente un peu à ce
qu'on voit dans le projet de loi n° 62. C'est un peu un mode collaboratif que vous aviez la possibilité d'avoir comme
outil pour réaliser le REM, mais vous me corrigerez.
Ma question, ce
serait : Est-ce que vous pensez que les municipalités, les sociétés de
transport devraient avoir les mêmes pouvoirs? Parce qu'à la fin c'est le même
argent, là. Ça fait qu'on... si on peut donner des règles qui nous permettent
de sauver 15 % des coûts puis 25 % des délais, est-ce que les
municipalités, la STM, par exemple, avec
l'entretien de son métro, devraient pouvoir jouer avec les mêmes... les mêmes
règles du jeu et puis éviter peut-être aussi que les entrepreneurs...
les entrepreneurs qui vont réaliser ces projets-là, bien, décident plutôt de
bouder, dans le fond, la municipalité? Je ne veux pas vous mettre des mots dans
la bouche, là, mais...
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Oui, ce n'est pas...
La Présidente (Mme
Schmaltz) : En terminant.
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Oui, mais je ne pourrais pas... sur une question comme
ça, je suis désolé, mais c'est une longue question, ça fait appel à de nombreux
sujets, puis il n'y a pas... c'est ni blanc ni noir.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Je suis désolée, je vais être obligée de couper.
M.
Grandmont : Parfait. Merci.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Le temps est terminé. Alors, je vais céder maintenant la
parole au député des Îles-de-la-Madeleine pour 3 min 18 s aussi.
M. Arseneau :
Merci, Mme la Présidente. Madame,
messieurs, merci d'être là. Merci pour votre présentation. Plusieurs
intervenants nous ont dit qu'il était primordial de définir les rôles et les
responsabilités des différents acteurs de
l'écosystème en matière de mobilité. Comment voyez-vous votre rôle, puis
j'aimerais ça de façon succincte, par rapport à MIQ? Parce qu'on semble
dire que c'est à peu près la même chose, mais différent.
M. Arbaud
(Jean-Marc) : Non, j'ai... je pense, j'ai été clair. Il y a un rôle
d'État ou d'entité d'État, de planification, avoir une vision globale, établir
des règles globales, etc., de priorisation, puis après il y a un rôle où, sur
certains projets, on peut contribuer sous la forme
d'un partenariat, on a appelé ça public-public sur le REM, en contribuant, en
investissant et en mettant notre réalisation. Je pense que le mandat, tel que
je le lis, est beaucoup plus large que juste la réalisation, un, deux ou trois
projets. Nous, on contribue sur un projet ou la mise en place d'un plan
directeur comme pour le projet CITÉ.
• (12 h 10) •
M. Arseneau : Mais ce que vous dites
sur la planification, la priorisation, et tout ça, ce n'est pas le rôle
actuellement dévolu à Mobilité Infra Québec. La ministre elle-même a défini
l'agence comme un mégabureau de projets dont
les responsabilités seraient essentiellement la planification et la réalisation
de projets, mais pas nécessairement le développement d'une vision
d'ensemble. Alors, ça s'apparente, semble-t-il, un peu à votre... à votre
rôle...
M. Arbaud (Jean-Marc) : Bien, ça
dépend...
M. Arseneau : ...c'est-à-dire qu'on
confie un mandat de réaliser un système ou un projet.
M. Arbaud (Jean-Marc) : OK. Mais,
sachant...
M. Arseneau : Ça me semble être très
proche de ce que vous faites.
M. Arbaud (Jean-Marc) : Pour moi,
par exemple... prenez l'exemple du projet CITÉ, on a eu... c'est un bon exemple
de travail collaboratif entre... on a repris l'ensemble du projet à une
échelle... c'est ça que j'essaie de dire, c'est fondamental de voir une vision
globale de la mobilité dans une agglomération pour être sûr que le projet qui
en découle n'est pas... c'est le bon projet, ensuite comment on le met en
oeuvre et puis sous une forme de... Je pense qu'on a eu des bons résultats en
faisant ça.
M. Arseneau : Bien, en fait,
c'est... c'est ce qui est intéressant, c'est à la fois un bon exemple, mais à
la fois le meilleur contre-exemple de ce qu'on devrait faire. C'est-à-dire que
vous faites le dépôt d'une vision d'ensemble, et le gouvernement, dès le
lendemain, va choisir les éléments qui fait son affaire dans le projet et
rejette ceux qui sont un peu moins intéressants, par exemple le lien de
centre-ville à centre-ville. Donc, ce n'est pas ça, un peu, le danger? Si l'entité ne fait pas la planification,
la réalisation et la priorisation, on n'est pas plus avancé. On a une vision
d'ensemble, mais, si on ne la met pas en oeuvre...
La Présidente (Mme Schmaltz) :
...secondes.
M. Arbaud (Jean-Marc) : Bien, pour
moi, je n'ai pas compris ça comme ça. Nous, on a présenté la vision d'ensemble.
Je comprends votre point. L'important : la vision d'ensemble. Et, pour
développer plus, il faut dire : Bien,
OK... Ce qu'on a dit : Centre-ville à centre-ville, ce n'est pas une
priorité pour moi. C'est... C'est de dire : Il faut... Ça doit
avoir lieu dans quatre, cinq ans, 10 ans...
M.
Arseneau : Mais vous avez
aussi dit que le troisième lien, ce n'était pas une priorité, que ce n'était
même pas nécessaire, on l'a retenu...
La Présidente (Mme Schmaltz) :
Malheureusement, c'est tout le temps que nous avons. Je m'excuse, je passe mon
temps à couper les conversations, mais c'est comme ça. Alors, je voulais vous
remercier infiniment pour votre contribution à nos travaux.
Alors, on va suspendre quelques instants pour
accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 13)
(Reprise à 12 h 15)
La Présidente (Mme Schmaltz) :
Alors, parfait. Bonjour. Alors, je souhaite la bienvenue, donc, aux représentants de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec. Bonjour à vous trois. Alors, vous avez
10 minutes pour nous faire votre exposé. Ensuite, on procède à l'échange
avec les parlementaires. Je vous invite à vous présenter et puis à faire
votre exposé. Merci.
Association
professionnelle des ingénieurs
du gouvernement du Québec (APIGQ)
M. Martin (Marc-André) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Donc, je me présente, Marc-André Martin, président
de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec. Je
suis accompagné de M. Andy Guyaz, secrétaire et trésorier de
l'association, ainsi que M. Daniel Boulet, qui est deuxième
vice-président. Donc, Mme la Présidente, Mme la ministre,
mesdames et messieurs de la commission, vous êtes salués. Donc, je vais débuter
ainsi.
Alors, il me fait plaisir de prendre la parole
aujourd'hui au nom de l'association afin de contribuer à cette importante
réflexion, qui est le projet de loi n° 61, qui vise à
instaurer une nouvelle entité, Mobilité Infra Québec, qu'on va appeler le MIQ pour les fins de la rencontre, afin de gérer des
projets complexes d'infrastructures de transport.
Donc, nous, à l'APIGQ, si je me permets de nous
présenter ainsi, on représente plus de 2 000 ingénieurs qui travaillent pour l'État québécois, majoritairement
au ministère des Transports. Donc, vous comprendrez qu'on a à coeur tout ce qui est projets, tout ce qui est
gestion des infrastructures de transport en lien avec son efficacité, sa
transparence, etc. Donc, c'est dans un
esprit de collaboration aujourd'hui qu'on vient vous proposer quelques pistes
de réflexion pour améliorer les processus, mais aussi pour faire face
aux nouveaux défis qui... qui font face à nous.
Donc, on comprend que le projet de loi,
principalement, vient centraliser et spécialiser la gestion des projets
complexes de transport afin d'en améliorer leur efficacité et leur réalisation.
Toutefois, nous, on recommande de concentrer le mandat du MIQ uniquement sur
les projets de transport en commun. C'est une de nos... C'est une de nos premières recommandations. On recommande aussi
de lui octroyer un financement dédié et indépendant. Et, par la suite,
on a certaines recommandations qui concernent les projets d'infrastructures
routières. On vous suggère plutôt de modifier ou plutôt d'améliorer le... les
processus internes au ministère des Transports. On vise une simplification des démarches administratives qui permettrait
d'atteindre les objectifs qui sont visés par le présent projet de loi, là, tout
en facilitant une meilleure collaboration entre les acteurs concernés.
Donc, rentrons tout de suite dans le vif du
sujet. Nos trois recommandations-phares, je vous les présente. La première, qui
est de recentrer le projet de loi n° 61 sur les
projets complexes de transport en commun uniquement. Notre deuxième
recommandation, ça vise aussi de créer un fonds dédié pour le financement des
projets de transport en commun. Et notre
troisième recommandation : améliorer les processus internes au ministère
des Transports plutôt que les dupliquer.
Donc — permettez-moi
une gorgée — si
on retourne à notre première recommandation concernant la mission du
MIQ, on croit que le MIQ devrait se concentrer uniquement sur les projets
complexes de transport en commun. Ça va... Ça va permettre de focaliser sur la
mobilité durable, la planification de la mobilité durable, sans empiéter sur
les responsabilités qui sont déjà couvertes par le ministère des Transports,
notamment en matière d'infrastructures routières. Tel qu'il est rédigé, le
projet de loi risque de complexifier les processus en ajoutant des
responsabilités déjà gérées par le ministère des Transports. L'ajout d'une
entité pour les infrastructures routières pourrait comme diluer les efforts et
alourdir les procédures.
Concernant notre deuxième recommandation, qui
vise à avoir un financement dédié et indépendant pour le transport en commun,
le projet de loi prévoit que Mobilité Infra Québec pourrait se financer à même
le Fonds des réseaux de transport terrestre. L'acronyme, c'est le FORT, pour
les initiés, là, le FORT. Au ministère... Les gens qui font des infrastructures
routières au ministère des Transports connaissent bien l'acronyme. C'est un
fonds qui couvre aussi bien le réseau routier que le transport en commun.
Donc, nous,
ce qu'on appréhende avec le projet de loi sous sa forme actuelle, c'est qu'il y
ait une concurrence, une concurrence entre les besoins d'entretien du
réseau et les besoins de développement du transport collectif. Donc, pour nous,
ces deux volets, ces deux volets sont essentiels au développement économique du
Québec. Ce n'est pas souhaitable de les mettre en concurrence, ce serait
contre-productif. Donc, on recommande la création d'un fonds indépendant afin de garantir une planification
plus efficace des ressources qui pourraient être dédiées au transport
collectif.
• (12 h 20) •
Notre troisième recommandation vise à réformer
les processus au ministère des Transports plutôt que les dupliquer. Et on
s'explique. Avec les années, on a constaté et on constate encore une
accumulation croissante des étapes de vérification, de la bureaucratie crasse,
des contrôles administratifs, etc., qui sont souvent ajoutés sans résoudre vraiment les causes profondes des
problèmes. La bureaucratie excessive augmente considérablement les délais
de réalisation des projets d'infrastructure, puis je vous... je vous fais un
exemple assez simple. Il y a 10 ans, la publication d'un projet de
réparation d'un pont, à partir du moment qu'on décidait de réparer le pont, ça
prenait deux à trois ans avant la mise en chantier, alors qu'aujourd'hui le
même projet de réparation va prendre sept ans avant la mise en chantier. Et le
sept ans, ce n'est pas en lien avec l'ingénierie, ce n'est pas en lien...
L'ingénierie se fait même plus rapidement qu'auparavant. Ce qui s'est alourdi,
c'est l'administratif, c'est la bureaucratie.
Donc, on a une recommandation qui vise
particulièrement l'article 83 du projet de loi aussi. C'est que
l'article 83 vient comme transférer toute la lourdeur administrative du
ministère des Transports. Nous, ce qu'on vous recommande, c'est de réformer les
processus à l'interne du ministère des Transports avant de créer une nouvelle structure. Ça va permettre de rendre la gestion
des projets plus efficace au sein du MIQ, mais aussi pour les nombreux projets
au sein même du ministère des Transports et de la Mobilité durable.
Mme la ministre,
nous avons constaté une augmentation des coûts, des délais des projets
d'infrastructure ainsi qu'une dépendance accrue aux firmes de
génie-conseil. On croit qu'en redonnant aux ingénieurs du secteur public un rôle central, ça pourrait nécessairement améliorer
la supervision des projets tout en réduisant les risques de collusion, les retards
et l'allongement des délais.
Notre
proposition est la suivante : Faites confiance aux ingénieurs, faites
confiance aux ingénieurs du gouvernement du Québec en leur redonnant la gestion
des projets d'infrastructure. C'est en renforçant l'expertise à l'interne, une
expertise qu'on possède déjà mais qu'on se doit de renforcer continuellement...
Comme monsieur de la CDPQ Infra est venu mentionner,
on n'est jamais matures à 100 %. Ça vaut la peine de toujours, toujours,
continuellement tenter de renforcer cette expertise-là.
Donc, par la suite, ce
qu'on suggère justement pour alléger le poids administratif, c'est de
simplifier les processus administratifs.
Actuellement, sur le terrain, ce qu'on entend, c'est que les ingénieurs passent
de 30 % à 50 % de leur temps à faire des tâches administratives,
des tâches que d'autres personnes pourraient effectuer, que ce n'est pas
concentré sur ce que l'ingénieur devrait faire lui-même, c'est-à-dire
l'ingénierie. Ce qu'on recommande, c'est d'embaucher
des employés de soutien, d'embaucher des techniciens administratifs, des
techniciens en travaux publics pour améliorer le tout.
Ensuite, on considère qu'il est... qu'il est
crucial de repositionner l'ingénieur au coeur des décisions si on veut
accélérer le tout. Trop souvent, les décisions sont prises sans notre apport
technique direct. C'est des séries de courriels, c'est des chaînes de courriels
avant que les décisions se prennent. Ça allonge les délais. Donc, en intégrant
davantage d'ingénieurs dans le processus décisionnel, les décisions seront alignées
sur les besoins des projets plus rapidement.
Une dernière chose qu'on voulait vous mentionner
pour améliorer les processus au ministère des Transports, c'est de dédier une
personne au suivi des projets. Et je m'explique. Au ministère des Transports, on
travaille en silo. Donc, ce qu'on propose
plutôt pour l'efficacité, la transparence, le suivi du projet, c'est qu'une
personne qui démarre le projet devrait être la même qui la rend à terme.
C'est une de nos recommandations, c'est-à-dire de dédier une personne pour le
suivi des projets pour améliorer l'efficacité, la transparence et surtout
améliorer les délais.
Donc, bien entendu, si on veut maintenir une
expertise, la développer, on recommande aussi de faire des choses à l'interne,
rapatrier des projets à l'interne, parce que ça vient comme diminuer toutes les
contraintes en lien avec la gestion contractuelle qui maintenant fait office
de... La majorité du temps d'un projet, c'est de la gestion contractuelle, c'est des réunions, c'est tout ce
qui est administratif. Ce n'est pas l'ingénierie qui prend le plus de temps.
Donc, en
conclusion, nous réaffirmons que la mission de Mobilité Infra Québec devrait se
concentrer exclusivement sur les projets de transport en commun. Nous
réaffirmons aussi que le MIQ doit se financer à même une enveloppe budgétaire
dédiée et indépendante du Fonds des réseaux de transport terrestre. Pour finir,
on vous recommande aussi une réforme interne au ministère des Transports, qui
va être nécessaire pour alléger la lourdeur administrative et redonner aux ingénieurs leur rôle central dans la
gestion directe des projets d'infrastructure publique, avec un meilleur
contrôle des coûts, de qualité et de meilleurs délais. Le gouvernement a tout
gagné à nous faire confiance. Nous sommes prêts à travailler...
La Présidente (Mme Schmaltz) : ...
M. Martin
(Marc-André) : Nous sommes prêts à travailler en étroite
collaboration avec vous. Je vous remercie.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Il vous restait 20 secondes, mais ça va? C'est bon?
M. Martin (Marc-André) : Oui, c'est
correct.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Excellent.
Alors là, je vais me retourner maintenant du côté de la ministre. Vous avez
6 min 30 s.
Mme Guilbault : Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Et j'ai mon
collègue de Masson qui aura une question pour vous, qui est membre de votre
ordre professionnel aussi, d'ailleurs. Donc, bonjour, messieurs. Merci beaucoup d'être ici. Puis, d'entrée de jeu, merci
beaucoup pour votre travail. Vous l'avez dit, vous êtes principalement
dans notre ministère des Transports, de la Mobilité durable, donc un très, très
grand merci. Et vous transmettrez mes remerciements à tous vos membres.
Malheureusement, avec 8 000 employés, je n'aurai probablement pas le tour
de faire... pas le temps de faire le tour
des 8 000, même si je reste là quatre ans. Donc, je compte sur vous pour
relayer le message.
Je vais aller
droit au but parce que je n'ai pas beaucoup de temps et je dois dire qu'il y a
beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses intéressantes dans le document
que vous avez transmis. Vous avez parlé d'un délai qui est passé de deux, trois ans, pour l'ingénierie, à environ
sept ans à cause de la lourdeur bureaucratique. Et là je n'ai pas le choix...
parce que vous avez dit tellement de choses
qui ont rapport avec l'augmentation des délais, l'augmentation des coûts, la bureaucratie,
la lourdeur, etc., le fait que vous-mêmes, des fois, vous avez moins le temps
de faire de l'ingénierie parce que vous êtes pris dans toutes sortes de
taponnages administratifs, là, si vous me passez l'expression, Mme la Présidente.
Bref, est-ce que vous êtes allés sur le... Parce
qu'on a, en parallèle de mon projet de loi, le projet de loi n° 62, qui
est une réforme des modes contractuels de l'État et, entre autres, sur des
modifications éventuelles à la directive sur les... sur les projets majeurs,
donc, où on modifie les lois qui relèvent du Conseil du trésor dans le but,
justement, non seulement de nous donner plus de flexibilité pour des nouveaux
modes contractuels, des modes collaboratifs, mais aussi de réduire la lourdeur,
d'éliminer, par exemple, certaines étapes au Conseil du trésor pour certains
types de projets, bonification versus
maintien. On amène certaines nuances où on va réduire, justement, la
bureaucratie pour les projets et pas seulement pour le ministère. Évidemment,
ça va s'appliquer pour... on va avoir des modifications qui vont s'appliquer
pour MIQ, mais qui vont s'appliquer aussi pour l'ensemble des ministères, donc
le ministère des Transports.
Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de
prendre connaissance de ça et/ou de participer aux consultations chez mon
collègue, et donc si vous êtes en mesure de me dire ce que vous en pensez. Si
vous ne l'avez pas vu, sentez-vous
bien à l'aise, là, mais c'est parce que ça me semble aller exactement dans le
sens d'une bonne partie de ce que vous déplorez aujourd'hui.
M. Martin (Marc-André) : Bien, je répondrais en
deux phases. Première phase, je vous dirais qu'à l'époque, il y a une
dizaine d'années, la loi n'a pas... elle n'a pas été changée. Voilà une dizaine
d'années, on faisait deux à trois ans pour faire un projet standard, alors
qu'on est rendus de cinq à sept ans. Et ce n'est pas le législatif qui a
évolué, c'est uniquement les procédures internes, etc. Donc, c'est là-dedans
qu'il faut aller couper dans le gras. Ce n'est pas en remodifiant une loi qui
va nous aider nécessairement à aller plus vite si on retransfère toutes les
procédurites internes, puis la réunionite, et toutes ces affaires-là. Je vous
dis, pour nous, là, c'est vraiment tout ce qui était... La Vérificatrice
générale, elle s'est plongée là-dedans, les deux mains dedans, elle a
dit : Écoutez, là, à chaque fois, là, que je rentre au ministère des
Transports, que je vous fais une recommandation, vous m'ajoutez une procédure,
une directive, une politique, ce qui fait aujourd'hui que c'est devenu
ingérable. Et, à chaque fois que le gouvernement veut faire un projet plus
rapidement, bien, il se voit dire : Bon, je vais être obligé de me sortir
de ce gros marasme là. Comment on le fait? On va essayer de faire une agence.
C'est comme ça qu'on le voit.
En deuxième... En
deuxième pan, concernant le projet de loi n° 62, tu sais, la... les modes
collaboratifs, ce n'est pas nouveau, ce n'est pas nouveau, là, c'est... on ne
réinvente pas le bouton à quatre trous, là. C'est des choses qui existent
depuis longtemps puis c'est quand même bien défini dans la littérature. Les
PPP, ça en faisait partie. Vous retirez la notion... Votre collègue retire la
notion de PPP, puisque les modes collaboratifs, c'est un entrepreneur avec une
firme qui conçoit, construisent et exploitent. Ça, c'est la forme PPP.
Maintenant, les modes collaboratifs, c'est toujours un entrepreneur ou un
consortium avec un entrepreneur, une firme de génie qui viennent concevoir et
construire.
On le voit déjà au
ministère des Transports, on fait des «design-build», qui est
déjà une forme de mode collaboratif. La nouvelle loi vient apporter certaines
nuances, certains flous, mais ça existe déjà présentement, on travaille déjà en
mode collaboratif. Et ce type de mode collaboratif là, le principal avantage,
c'est les délais. Oui, on raccourcit les délais, on est capables de livrer dans
les temps, mais les plus gros désavantages, c'est que ça vient nous coûter
trois fois le prix, et la qualité descend. Les prix font ça, la qualité fait
ça. C'est ça qui arrive avec les modes collaboratifs.
On le voit avec Turcot. Turcot, sept fois... ça a sorti quatre fois l'estimé.
On le voit avec le pont de l'île
d'Orléans à trois fois l'estimé prévu. On le voit avec le pont de
l'Île-aux-Tourtes. Et ce que ça... puis je fais... on va faire un parallèle
avec notre recommandation de faire un fonds dédié.
Écoutez, on le voit,
tous ces... les projets que je viens de mentionner là, ça vient drainer tout
l'argent du ministère des Transports. Et aujourd'hui même, là, aujourd'hui
même, à cause du pont de l'Île d'Orléans, le pont de l'Île-aux-Tourtes, le
tunnel Hippolyte-La Fontaine, qui a tout drainé l'argent, aujourd'hui même, on
arrête des chantiers en pleine construction pour dire : On n'a plus
d'argent. On demande aux ingénieurs, dans la majorité des directions des
territoires : Vous allez couper 20 % dans votre programmation
d'entretien des ponts et des routes. Donc, pour des projets de... en mode
collaboratif qu'on pige dans la même enveloppe, là on vient... on vient arrêter
tout l'entretien du réseau de la province
pour ces projets majeurs là. On y voit des problèmes. Effectivement, il y a
des... il y a nécessairement des problèmes qu'on voit.
• (12 h 30) •
Mme
Guilbault : Vous avez raison de dire qu'on
est pris dans des chantiers d'envergure comme le pont de l'Île-aux-Tourtes, le
pont de l'île d'Orléans, le tunnel Hippolyte-La Fontaine, Turcot parce qu'ils
n'ont pas été entretenus, dans les dernières
années, adéquatement ou ils n'ont pas été pris en charge, pour leur
remplacement ou leur réfection, dans le cas du tunnel, à temps par les
précédents gouvernements. Ça fait que, là, on se retrouve dans des situations
d'urgence.
Puis, par rapport à
la lourdeur, c'est sûr qu'avec les épisodes de corruption très, très majeurs
qu'on a connus dans les précédents
gouvernements, on n'a pas eu le choix d'ajouter des remparts pour assurer
l'éthique puis l'intégrité. Et là peut-être qu'il y a un équilibre à
retrouver entre ces remparts-là... Puis ça a été la même chose au ministère de
la Famille dans le temps où il y a eu des permis de garderie qui ont été
attribués frauduleusement, on a eu... on a été obligés de mettre tellement de remparts que, là, on nuit à notre propre
efficacité en termes de livraison d'infrastructures.
Donc là, on est à la
recherche d'un nouvel équilibre. On a évidemment, tu sais, l'AMP puis on a
des... puis, au ministère, on est très, très surveillés, là. Donc, je le dis au
micro, là, la corruption... la corruption a été endiguée.
Mais donc, quand vous
dites : On fait déjà des modes collaboratifs, on en fait...
La Présidente (Mme
Schmaltz) : ...
Mme
Guilbault : ...ah! mon Dieu, mais... mais ce n'est quand même
pas la norme, et le but avec la réforme, c'est que ça devienne un peu plus la
norme puis qu'on n'ait plus besoin d'avoir des dérogations, puis du taponnage
au Conseil du trésor, puis de faire tout approuver, tu sais. Alors, je résume,
là.
Mais,
bref, je suis désolée, on n'a plus de temps, mais... puis je suis désolée pour
mon collègue de Masson. Mais merci beaucoup, messieurs.
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Merci. Désolée. Donc, le temps... le temps est
écoulé. Alors, je vais me tourner maintenant vers l'opposition
officielle, pour 9 min 54 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bien, premièrement, je tiens à vous remercier et vous saluer. Quel
rapport vous... C'est vraiment, là, un rapport très précis, beaucoup de
recommandations.
Première
question. Vous avez dit : Faites confiance aux ingénieurs de l'État.
Sentez-vous que ce gouvernement ne fait pas confiance aux ingénieurs de
l'État?
M. Martin
(Marc-André) : Ça fait... Écoutez, là, la culture d'entreprise,
puis là je vais parler plus particulièrement pour le ministère des
Transports, puisque ça le vise, là, le projet de loi, la culture d'entreprise a
fait en sorte qu'on a mis sur la voie d'évitement les ingénieurs. Ce n'est pas
nécessairement ce gouvernement-ci, c'est depuis 20 ans. La culture fait en
sorte qu'on veut se lancer plus au niveau administratif. C'est comme... On est
mis sur la voie d'évitement. On a beaucoup plus de monde en avant de nous qui
n'ont aucune étude, aucune notion d'infrastructure, puis c'est... les décideurs
sont là, puis on passe notre temps... ce qui est long, ce qu'on passe notre
temps, c'est à leur expliquer comment ça marche, les infrastructures.
M. Derraji : ...je n'ai pas compris.
Vous expliquez à qui? Juste pour être beaucoup plus précis.
M. Martin (Marc-André) : Bon, nos
ingénieurs, qui sont à la base à l'interne... souvent, ce qui arrive,
c'est : on veut faire un projet simple, mais ce n'est jamais simple, là,
tu sais. La notion de projet complexe... Aussitôt qu'on donne quelque chose au
ministère des Transports, souvent, ça devient complexe. Donc, la... à toutes
les fois qu'on veut faire un projet, les
multiples intervenants, maintenant, qui sont autour d'une table n'ont pas
nécessairement de formation en infrastructures, ça fait que c'est très,
très long, c'est... Qu'est-ce qu'on fait quand on n'a pas de formation dans un
domaine qu'on travaille? Bien, on se penche sur qu'est-ce qu'on connaît :
on fait des tableaux de bord, on se met des indicateurs, on fait des suivis
pour un autre qui fait un suivi, un autre qui fait un suivi, un autre qui fait
un suivi. Ça fait qu'on est pris là-dedans.
Si on enlevait tout cet administratif-là puis
que les... la première couche de cadres, ça serait des ingénieurs ou des gens
avec de l'expertise en infrastructures, on sauverait des années de délais à
tous les projets.
M. Derraji : OK. C'est très clair.
Revenons à une de vos propositions. Vous, vous dites que le MIQ doit se
concentrer sur le transport collectif.
M. Martin (Marc-André) : Oui. Nous,
on trace une ligne. On relit le projet de loi, on trace une ligne dans le sable. Pour nous, ça devrait se concentrer sur le
transport collectif. Nous, au ministère des Transports, on a développé
une expertise, on a des gens avec de l'expertise. L'enjeu, c'est la culture d'entreprise,
qui fait en sorte qu'on nous limite,
justement, dans le développement de ça puis dans notre pleine capacité. Mais on
l'a, l'expertise en infrastructures, on est capables d'en faire, des
projets. Il faut juste nous donner plus de ressources, plus de moyens.
M.
Derraji : Oui. Mais la justification du gouvernement, c'est
que, justement, on n'a pas cette expertise, on a un manque de compétence, on a
un problème de compétence. Dans... À quel niveau vous, vous voyez qu'il y a
manque de... un manque ou une lacune au niveau des compétences et... si
ça existe déjà...
M. Martin (Marc-André) : Moi... Les
lacunes qu'on voit... Nous, c'est sûr qu'on a... on n'a pas une expertise élargie au niveau du transport en
commun, au ministère des Transports. Ça, je l'admets, là. C'est... C'est une
expertise qui n'a pas été développée avec les années, parce que c'est de
juridiction municipale. On ne sent... pas senti le besoin de développer ça.
M. Derraji : Donc, pour les
autoroutes, un troisième lien, ça, ça devrait rester au ministère du Transport.
MIQ ne doit pas toucher au troisième lien, aux autoroutes, selon vous, doit...
M. Martin (Marc-André) : Non, le...
tout ce qui est infrastructures routières, là, on a l'expertise, on est en
mesure de développer, on est en mesure de faire ces choses-là. Heille! nous
sommes, au ministère des Transports, 1 200 ingénieurs,
on est pratiquement le plus gros cabinet de génie-conseil au Québec. C'est sûr
qu'on est capables, là.
M. Derraji : Oui. C'est important.
Donc, juste pour clarifier, parce que vous êtes dans le fond du sujet, j'ai eu les mêmes questions tout à l'heure. Moi, j'ai
cru que vous travailliez avec la Caisse de dépôt. Désolé, je ne vous ai pas
reconnu. Mais vous m'avez entendu parler de la mission. Pour vous, la mission
du MIQ devrait être uniquement, 100 %, du transport collectif.
M. Martin (Marc-André) : Exactement.
M. Derraji : Le reste, l'hypothèse
qu'il n'y a pas d'expertise pour les autres sujets, à savoir les autoroutes, les chantiers de routes, le troisième lien, les
ponts, ça, ce n'est pas vrai, ça existe à l'intérieur du ministère du
Transport.
M. Martin (Marc-André) : Bien oui,
effectivement.
M. Derraji : On est clairs.
Excellent! On avance, c'est parfait. Mais, si vous voulez que le MIQ, selon
vous, se concentre sur les projets de transport collectif, c'est depuis
qu'Infra a fait pas mal de choses en transport collectif : REM de
Montréal, il y a le REM... tramway à Québec, il y a un projet, il y a un bureau
de transition, la ville est impliquée. J'ai rencontré les gens de Gatineau, ils ont un bureau de
projet. Pensez-vous qu'on ne va pas cannibaliser un peu les efforts?
M. Martin (Marc-André) : Au Québec,
on est dans une espèce de système fermé, on a un nombre limité d'ingénieurs, un
nombre limité d'entrepreneurs. Mais, à un moment donné, ce n'est pas juste de
lancer de l'argent, ce n'est pas... tu sais, il y a... Il faut concevoir qu'on
n'est pas en mesure de faire des projets majeurs. On l'a vu au ministère des
Transports, on travaillait sur le pont de l'Île-d'Orléans ainsi que sur le pont
de l'Île-aux-Tourtes, puis ils étaient comme
à capacité maximale, on ne pouvait pas arriver avec un troisième projet majeur
puis travailler là-dessus. Il n'y avait pas assez d'ingénieurs dans les
firmes et à l'interne, au ministère des Transports, pour être capable de tout
prendre ça. Donc, si on fait une nouvelle structure pour faire la même chose,
on fait en sorte qu'on dilue l'expertise. C'est sûr que ça va... les gens vont
s'arracher les... vont s'arracher les ingénieurs. C'est deux expertises
complètement différentes, l'ingénierie au niveau des ponts puis l'ingénierie au
niveau du transport en commun, complètement différent.
M. Derraji : Très d'accord. Donc, on
va s'arracher et on va...
M. Martin (Marc-André) : Oui, on va
se... les gens vont se cannibaliser les experts, c'est sûr.
M. Derraji : OK. C'est très clair.
J'ai...
M. Martin (Marc-André) : Je vais
vous donner le meilleur exemple.
M. Derraji : Oui.
M. Martin (Marc-André) : Le meilleur
exemple aujourd'hui, là, c'est que l'ingénieure, gérante de projet, qui a mené
à terme, et dans les cinq dernières années, le projet du pont de
l'Île-d'Orléans à l'interne, elle vient de quitter au privé.
M. Derraji : Ah oui!
M. Martin (Marc-André) : Oui.
M. Derraji : Et, selon vous,
pourquoi elle a quitté?
M. Martin (Marc-André) : Écoutez, ce
n'est sûrement pas parce que ce n'est pas... elle n'avait pas un projet
intéressant. C'est des histoires de conditions de travail, on le voit, là.
M. Derraji : Donc, le gouvernement
aurait dû travailler sur les conditions de travail de ses ingénieurs pour les
garder au lieu de créer le MIQ, selon vous?
M. Martin (Marc-André) : Notamment.
M. Derraji : OK. C'est très clair.
Bravo! J'espère que la partie gouvernementale vous écoute. Vous avez mentionné,
tout à l'heure, les chantiers, qu'on vous appelle pour arrêter des chantiers.
C'est récent?
M. Martin
(Marc-André) : Oui, oui,
c'est... Là, présentement, c'est ce qui arrive, là, on en entend parler puis...
M. Derraji : C'est des coupures...
c'est des coupures de...
M. Martin (Marc-André) : Ce n'est
pas anecdotique, ce que je vous dis là. Il y a des... Il y a des chantiers, on
est en train de poser... on a posé la couche de base de pavage puis on
dit : Pour la couche de top, on va attendre la prochaine année financière,
arrêtez ça là.
M. Derraji : Ah oui?
M. Martin (Marc-André) : Il y a des
chantiers un peu partout. On va arrêter de faire l'enrochement des berges, il y a des chantiers partout qui se font
arrêter présentement. On n'a pas d'argent pour payer. Il y a des coupures.
M.
Derraji : Et, c'est ça... c'est ça, le gouvernement, vous
dites qu'il n'y a pas d'argent, il faut arrêter les chantiers?
M. Martin
(Marc-André) : Bien, c'est
des directives internes. Écoutez, moi, je ne sais pas si c'est le gouvernement ou
c'est... qui est... qui décide, là.
M. Derraji : Oui. Il n'y a personne
qui va commencer à arrêter, s'il y a un budget.
M.
Martin (Marc-André) : Mais tous les acteurs se disent... le disent,
les acteurs indépendants, même le vérificateur,
on n'est pas en mesure de faire suffisamment de travaux juste pour maintenir
l'état du réseau, puis là on vient couper. Ça fait que c'est sûr que
l'état... l'état du réseau va faire...
M. Derraji :
Bien, ça va... ça va se dégrader davantage, selon vous.
M. Martin
(Marc-André) : Bien oui, à vitesse grand V, là.
M. Derraji :
Et le maintien de l'actif du réseau va se dégrader aussi?
M. Martin
(Marc-André) : C'est la même chose.
M. Derraji : Oui. Ah! c'est très alarmant par rapport à la suite, vous avez raison
de le mentionner. Combien de temps il me reste, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Schmaltz) : 2 min 48 s.
M. Derraji : Deux minutes? Vous avez dit : amélioration des processus à
l'interne. Ça m'a frappé. Comment, en 10 ans, on passe de deux, à
trois ans, à sept ans, maintenant, d'attente? Je sais que vous avez entendu la
ministre parler d'un sujet qu'elle aime
toujours ramener sur la table. Mais j'ai en face de moi des ingénieurs, vous
êtes les meilleurs experts à l'intérieur de la machine. Concrètement,
c'est quoi, les choses qui ont changé, que maintenant ça prend sept ans pour
avancer un projet?
M. Martin
(Marc-André) : Bon, je vous explique rapidement, là. Écoutez, quand
on... quand on gère avec des indicateurs, quand on gère avec des tableaux de
suivi, tu sais, à un moment donné, ça fait en sorte que les gens, on s'éloigne
un peu du technique. À l'époque, on a fait une refonte, au ministère des
Transports, des façons de faire, et maintenant les gens travaillent en silo.
Essentiellement, au ministère des Transports, lorsqu'on fait un projet, on a cinq étapes charnières : l'avant-projet
préliminaire, l'avant-projet, la conception, les plans et devis, plans et devis
définitifs. C'est cinq points de contrôle essentiels avant de faire la
mise en chantier. Eh bien, les personnes qui font le premier point de contrôle,
c'est des personnes différentes qui font le troisième, qui font le quatrième,
qui font le cinquième. Donc, la personne, là, quand on arrive à la fin de la
séquence, son mandat, là, ce n'est pas de remettre en question ce qui a été
décidé la première. Mais des fois il se passe tellement de temps entre
l'initiation du projet, que, quand on arrive proche des plans et devis, que les
besoins ont changé, ce n'est plus réparer une dalle de pont qu'il faut faire,
c'est le remplacer au complet. Ça fait sept ans, il aurait fallu qu'on fasse
des rénovations, puis là ça a tout défoncé. Donc, ça prend tellement de temps
maintenant que les besoins changent, on retourne au... bon, on renvoie ça à
l'étape 1 puis on repart le processus, pour dire : On va faire un
remplacement complet.
• (12 h 40) •
M. Derraji : Et
j'ai aimé ce que vous avez dit tout à l'heure, et d'ailleurs j'ai... ça a été
ça ma question à Pomerleau, c'est que c'est
utopique de dire que ça va coûter moins cher, là, juste qu'on le garde, là,
qu'on l'enregistre, les délais...
M. Martin
(Marc-André) : Non, c'est utopique de dire : Ça va coûter moins
cher. Ça va coûter plus cher. Présentement, l'histoire, ce qu'elle nous dit,
c'est que ça coûte... tout coûte plus cher.
M. Derraji : Et
là ça vient de la bouche des ingénieurs de l'État. Ça va coûter plus cher.
M. Martin
(Marc-André) : Oui, en mode collaboratif, c'est sûr que ça va coûter
plus cher.
M. Derraji : Voilà.
Bien, j'espère que les gens écoutent, ça va être enregistré. On parle de... le
gouvernement veut nous vendre une idée que... Les délais, je suis d'accord,
c'est prouvé, même à l'international, j'ai utilisé l'étude en Australie, en
Angleterre, c'est 45 % d'augmentation. Mais, vous, maintenant, on ne parle
pas de l'Australie, on parle du Québec, les ingénieurs du Québec confirment
aujourd'hui que la volonté du gouvernement... que ça nous coûte moins cher,
c'est utopique, c'est irréalisable, c'est irréaliste.
M. Martin
(Marc-André) : Non, c'est utopique de penser qu'aller dans un mode
collaboratif où est-ce qu'on n'a pas des
ingénieurs du gouvernement ou des ingénieurs qui surveillent ce qui se fait
puis qu'on donne des projets clés en main à un entrepreneur puis à un
consortium... que ça va coûter moins cher.
M. Derraji : Mais
pourquoi le gouvernement veut faire, selon vous, le MIQ dans ce cas?
M. Martin
(Marc-André) : Bien, je vous l'ai dit, c'est des questions de délais.
C'est plus facile de rendre des délais avec
ce mode de contrat là. En entrepreneuriat, tu sais, il y a trois axes, il y a
le délai, le coût puis la qualité, puis chaque aspect là-dedans joue
là-dessus...
La Présidente (Mme Schmaltz) : ...le
temps est écoulé.
M.
Derraji : Merci à vous trois.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Alors, merci à vous. Alors, je me tourne maintenant vers
le deuxième groupe d'opposition pour 3 min 18 s.
M.
Grandmont : Merci, Mme la Présidente. On a très peu de temps. Merci
pour votre présence très claire, très éclairante. Vous avez dit tantôt que le mode
collaboratif, ça causait une augmentation des coûts puis une diminution de la
qualité. Est-ce que vous... Est-ce que... Est-ce qu'on pourrait dire que, dans
le fond, si on va vers ce mode de réalisation de projet, ça va devenir la
norme?
M. Martin (Marc-André) :
Écoutez, je vais revenir un peu dans le temps, puis c'était mon
prédécesseur qui était là, j'étais trop jeune à l'époque, lorsque l'apparition
des PPP est arrivée, c'était comme la meilleure invention depuis le pain
tranché, là. Puis là l'histoire nous dit que... l'histoire récente, même, nous
dit que ça nous a coûté plus cher collectivement, que ce n'étaient pas les bons
choix. Et les modes collaboratifs, tu sais, il y en a plusieurs qui existent.
PPP, ça en était un, sauf qu'on retire la partie exploitation. C'est ça qu'on
voit. Puis le dernier rapport du Vérificateur
général du Canada sur le pont Champlain, il n'est pas tendre là-dessus,
là. Il y a même eu de la collusion.
Donc, les histoires
de mode collaboratif, ça, c'est comme une canne où est-ce que, tu sais, il y a
encore beaucoup de choses nébuleuses, puis c'est... On le voit plus dans
l'industrie, où est-ce qu'il y a des buildings, dans la construction, c'est ça,
de tours de gratte-ciel, parce que des projets... ils appellent ça des projets
clés en main, des «design-build». Des fois,
il peut y avoir des PPP pour des buildings fédéraux. Mais ça finit toujours
que, collectivement, ça nous coûte plus cher pour rendre des choses dans
des délais.
M.
Grandmont : OK. D'accord. Est-ce que vous avez participé à l'audience
sur... aux audiences sur le projet de loi n° 62?
M. Martin
(Marc-André) : Non.
M.
Grandmont : Est ce que vous avez... Est-ce que vous aviez demandé à y
participer?
M. Martin
(Marc-André) : ...
M.
Grandmont : Non plus? OK. Parfait. Je voulais savoir... Bien, c'est
ça, au niveau du développement de l'expertise à l'interne, tu sais, on... Là,
vous dites : OK, il va y avoir une agence, il faut y concentrer le
transport collectif. Est-ce que, considérant que le projet de loi n° 62 va
donner les mêmes règles de fonctionnement à tout le monde... est-ce qu'on ne
ferait pas mieux de développer l'expertise à l'interne, du MTQ, ou si, pour
vous, MIQ, c'est vraiment une bonne idée de créer ça, là?
M. Martin
(Marc-André) : Pour nous, c'est... L'expertise à l'interne, ce n'est
pas juste un must, tu sais, c'est vraiment... on a un autre besoin. Puis, dans
les modes de l'adjudication collaboratifs, nos équipes sont appelées à
travailler avec les entrepreneurs. Nos équipes sont tout le temps sollicitées,
puis c'est déjà comme ça que ça fonctionne. Tu sais, quand on arrive à un
certain... au niveau de l'appel d'offres, on est quand même sollicités, ça fait
qu'on a besoin de l'expertise pour être capables de parler le même langage
qu'avec les ingénieurs d'entrepreneurs, on a besoin de savoir ce qu'ils nous
disent, ce qu'ils nous proposent comme solution, ça va-tu être efficient,
efficace, c'est-tu ça qu'on veut collectivement pour le Québec, des plus petits
piliers, des moins gros piliers, on veut-tu plus élancé, c'est-tu une bonne
idée de mettre du béton blanc juste pour que ce soit beau, mais, quand... on va
faire livrer ça de Boston. C'est ce genre de choses là que nos équipes à
l'interne ont à répondre.
M.
Grandmont : OK. Mais donc est-ce que ce ne serait pas mieux de
développer... Tu sais, vous avez dit, là, qu'il
y a de la bureaucratie, à l'interne du ministère des Transports, qui ralentit
aussi les choses, qui vous empêche de faire votre travail, d'être efficaces.
Est-ce que, dans le fond, on ne devrait pas bâtir... tu sais, travailler à
alléger la bureaucratie à l'interne puis après ça aussi développer
l'expertise à l'interne du ministère des Transports au niveau des transports
collectifs?
M. Martin (Marc-André) : Il n'y a rien qu'on ne
peut pas faire à l'intérieur du ministère des Transports. Il y a quelques années, on a créé la division
ferroviaire, on a créé une division maritime, on a créé une division
aéroportuaire...
M.
Grandmont : Donc, on pourrait l'avoir?
M. Martin
(Marc-André) : Donc, tu sais, il n'y a rien qu'on ne peut pas faire à
l'intérieur du ministère des Transports.
M.
Grandmont : Parfait.
M. Martin (Marc-André) : Mais,
si on veut une planification globale, générale de toute la province, écoutez,
je n'ai pas...
La
Présidente (Mme Schmaltz) : C'est le temps... Le temps est écoulé.
M.
Grandmont : Merci.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Je suis désolée. Alors, on va terminer, donc, les
questions avec le député des Îles-de-la-Madeleine pour
3 min 18 s.
M. Arseneau :
Merci, Mme la Présidente. Merci, messieurs, de ce témoignage fort et
percutant. Je vais continuer sur la même lancée. Vous nous dites
essentiellement qu'il faudrait réformer les façons de faire au sein du ministère. Si on procédait à cette réforme-là,
est-ce qu'on pourrait livrer des projets, y compris des projets de transport
collectif, à l'intérieur du ministère si on
créait, je ne sais pas, moi, une division pour ça, spécialisée, plutôt que de
créer une autre structure qui va justement drainer, entre autres, les
ressources et puis avoir des règles qui sont importées du ministère des
Transports?
M. Martin (Marc-André) : Bien, je vous dirais que
c'est possible, là. Au ministère des Transports, on est quand même capables de
s'ajuster puis s'adapter, là, de créer des divisions puis des directions. Si
vous regardez l'organigramme de voilà 10 ans, vous allez faire un méchant
saut en regardant celui-là de cette année. Ça fait que créer des divisions ou des
directions, on est capables. Ça, c'est sûr qu'on va être capables de mettre du
monde puis des gens là, là.
M. Arseneau :
Oui, mais, en fait, je ne sais pas si vous le dites avec un certain
cynisme, c'est ce que je décode, mais vous nous dites en même temps qu'il ne
faut pas mêler le transport routier au transport collectif. Mais est-ce qu'on
est obligé d'en faire une agence externe, c'est ça ma question, en fait, si on
veut réaliser les projets? Parce que vous nous dites en plus qu'avec le mode
collaboratif actuel ça va nous coûter plus cher, ça va nous prendre moins de
temps, mais on va avoir une qualité médiocre.
M. Martin
(Marc-André) : Je n'ai pas dit «médiocre», j'ai dit que la qualité va
baisser.
M. Arseneau :
Bien, la qualité va descendre.
M. Martin
(Marc-André) : C'est que ce n'est pas la même qualité que si on
faisait en mode traditionnel, qui est plus long. Ça, je l'accorde, là, c'est
plus long en mode traditionnel, mais on a une surveillance accrue, on contrôle
plus la qualité des choses. Ce n'est pas impossible de pouvoir faire le tout à
l'interne du ministère des Transports. Présentement, c'est sûr que, là, on a un
projet de loi qui, j'imagine, veut se donner une vision plus globale, qui veuille aider les municipalités. Il
n'y a rien qui empêche que le ministère peut se doter de cette mission-là
aussi.
M. Arseneau :
OK. Mais vous ne craignez pas que
le ministère des Transports soit le parent pauvre, là, si on crée une nouvelle
agence, en ce qui concerne la capacité d'agir et, justement, de retenir la main-d'oeuvre,
et ainsi de suite?
M. Martin
(Marc-André) : Si l'agence se concentre sur le transport en commun,
comme monsieur de CDPQ Infra a mentionné,
c'est que c'est vraiment deux expertises différentes. Avec 130 experts, on
était capables de faire le REM. On est 1 200 ingénieurs au ministère
des Transports, c'est sûr qu'on est capables de faire des gros projets.
M. Arseneau :
D'accord. On a bien noté aussi la question de la concurrence, là, que vous
avez à juste titre évoquée. J'aimerais
juste... si vous pouvez résumer, là, nous dire pourquoi, justement, les modes
collaboratifs coûtent plus cher, si on résume ça. Parce que vous nous
dites : Voici, ça coûte plus cher, on va réduire les délais, mais on fait
moins de surveillance, mais la qualité descend. C'est uniquement ça? C'est
parce qu'on va trop vite?
M. Martin
(Marc-André) : Non, ce qu'on voit, ce qu'on voit, c'est la gestion du
risque aussi, là. Mais on fait juste regarder, là, de façon historique, les
PPP, ce que ça a donné, tous les «design-build» du dernier cinq ans au Québec, de Turcot, Hyppolite-La Fontaine, pont de
l'Île-aux-Tourtes, pont de l'Île-d'Orléans, tous les coûts ont explosé. Donc,
je n'ai pas besoin de faire une grosse preuve exhaustive, mis à part vous dire
ça, là. Mais on pourrait, là, mais c'est...
M. Arseneau :
Mais je... Oui, je pense que je n'ai plus de temps, mais on s'en reparlera.
Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Parfait. Bien, merci infiniment. Merci, messieurs, pour
votre contribution à nos travaux.
Alors, moi, je vais
suspendre les travaux jusqu'à 14 heures.
(Suspension de la séance à
12 h 49)
(Reprise à 14 h 05)
La
Présidente (Mme Schmaltz) :
Alors, bonjour à tous. Alors, la
commission des travaux et de l'environnement reprend ses travaux. Nous poursuivons donc les consultations
particulières et les auditions publiques sur le projet
de loi n° 61, Loi édictant la Loi sur Mobilité Infra
Québec et modifiant certaines dispositions relatives au transport collectif.
Alors, cet
après-midi, nous entendrons les organismes suivants : la Société de
transport de Laval, la Société de transport de Sherbrooke et la
professeure Florence Junca-Adénot... Adenot, pardon.
Alors, je souhaite
la bienvenue, donc, aux représentants de la ville de Laval... pardon, Société
de transport de Laval. J'ai regardé le maire et j'ai... je me suis un
peu trompée. Alors, écoutez, vous disposez environ de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous allons faire un
échange avec les parlementaires, et puis on va commencer naturellement
avec la banquette gouvernementale. Alors, je vous invite à vous présenter et
puis à faire votre exposé. Merci.
Société de transport de
Laval (STL)
Mme Roy (Josée) : Merci beaucoup. Je me
présente, Josée Roy, directrice générale de la Société de transport de Laval. Et je vois que vous l'avez reconnu, je suis
accompagnée du maire de Laval à côté de moi. Nous souhaitions être en
présentiel aujourd'hui, mais nos agendas, ils ont fait en sorte qu'on
demeure... qu'on devra être en virtuel.
La STL salue le...
la présidente de la commission, Mme la ministre, ainsi que les députés membres
de la Commission des transports et de l'environnement et les remercie pour le
temps accordé aujourd'hui dans le cadre des consultations particulières sur le
projet de loi 61. La STL remercie par ailleurs le gouvernement du Québec, qui
lui a laissé l'occasion de s'exprimer sur le projet de loi.
La Société de
transport de Lavaldéveloppe et offre des services de transport collectif sur
l'ensemble du territoire de Laval, troisième plus grande ville au Québec,
qui... qui habite 450 habitants. Sous la gouvernance de l'autorité
régionale de transport, la STL se positionne comme un acteur clé du
développement du transport collectif métropolitain. Elle exploite un réseau de
transport intégré, de transport adapté et de taxi collectif sur l'ensemble de
l'île de Laval pour près de 17 millions de déplacements annuellement.
Engagée à offrir de la qualité de services répondant aux besoins en mobilité de
ses usagers, la STL est reconnue par ses initiatives innovantes au bénéfice des
usagers. Je vous nomme ici le dernier...
notre dernier bébé, le déploiement de la... de... du paiement par carte de
crédit/débit qui a été mis en place en 2023. La STL est de... est,
d'autre part, engagée dans un plan ambitieux d'électrification de son parc
d'autobus en lien avec les objectifs gouvernementaux du plan d'économie verte.
Actuellement, elle réalise son plus grand projet
d'infrastructure de son histoire avec l'agrandissement de son garage, un projet
de 300 millions qui a débuté en décembre 2022. Et ce projet va bon train
et accueillera, à terme, 145 nouveaux autobus électriques. Les prises de
possession débuteront dans moins d'une année.
Pour commencer, la STL se montre favorable au
projet de loi 61 et salue toute initiative venant soutenir le
développement du transport en commun au bénéfice des usagers existants et
futurs. Nous saluons également la volonté de première... du gouvernement du
Québec d'accélérer la réalisation de projets d'infrastructure de transport complexes et d'en contrôler les coûts et les
échéanciers. La STL ne présente pas de mémoire au nom de son organisation, mais a pris part activement au mémoire de
l'Association du transport urbain du Québec, qui est venue... qui vous a été
présenté il y a deux jours, et adhère pleinement à ses recommandations.
Faisant écho à ce mémoire, nous présentons
aujourd'hui trois éléments plus spécifiques afin d'apporter plus de précisions au projet de loi, soit l'importance
de clarifier ce qu'est un projet collectif... complexe, pardon, l'importance
de clarifier les rôles et responsabilités des parties prenantes au début de
chaque projet et l'importance de clarifier le financement d'un projet complexe
incluant l'entretien, l'exploitation et les coûts reliés au maintien d'actif.
Ce point sera échangé avec vous sûrement dans nos échanges après notre
allocution.
Au sujet de Mobilité Infra Québec. En référence
à l'article 4 du projet de loi, selon notre compréhension, notre... du
projet de loi, le MIQ pourrait avoir la charge de développer un projet en lien
avec des activités... des activités des sociétés de transport telles que
l'agrandissement ou la construction d'un garage comme celui que la STL est à sortir de terre. Or, nous jugeons que cette
expertise revient aux sociétés de transport, qui sont plus à même d'évaluer
les besoins en infrastructure selon leur logistique opérationnelle, avec une
volonté d'efficacité et de réduction des coûts d'exploitation.
• (14 h 10) •
Également, nous pensons que les projets de
transport complexes devraient faire référence à des projets structurants de
transport de grande envergure, excluant les projets de développement de moins
grande envergure, tels que les projets de
service rapide par bus, qu'on appelle des SRB, pour lesquels les sociétés de
transport et les... et la ville doivent demeurer les maîtres d'oeuvre. À
notre avis, la définition devrait également exclure les projets opérationnels
en lien avec l'acquisition d'autobus, le maintien des actifs ou le
développement ou l'amélioration des services de transport intelligents au coeur
des opérations des sociétés qui ont... et donc qui ont un impact direct sur
l'usager. Ce type de projet requiert une expertise pointue distincte de l'expertise
en infrastructure et s'éloigne, selon nous, du mandat réel que le gouvernement
souhaite donner à MIQ.
En lien avec la planification et la réalisation
des projets complexes. De l'avis de la STL et en référence à l'article 25
du projet de loi, le MIQ... la loi devrait prévoir que MIQ identifie les
sociétés de transport qui effectuent l'exploitation comme une partie prenante,
et ce, dès les étapes de planification du projet complexe, et qu'elle
explique... qu'elle implique les sociétés de transport aux étapes importantes
et décisionnelles qui auront un impact sur
la... sur leurs responsabilités et sur les futurs utilisateurs. Nous pensons
que cela permettrait de faciliter le transfert entre la phase de
réalisation et la phase d'exploitation, tout en minimisant les coûts et les
impacts sur les usagers.
En conclusion, pour la STL, le projet de
loi 61 doit prendre en considération toutes les parties prenantes au développement des projets complexes, sans oublier
de mettre l'usager du transport collectif au coeur de ses réalisations. En tant qu'opérateur de transport, la STL joue un rôle clé
dans la prise en charge, et la... et la prise en considération, et la
connaissance fine des besoins et des attentes des clients. M. le maire.
M. Boyer (Stéphane) : Merci
beaucoup. Bonjour, Mme la Présidente. Bonjour, Mme la ministre et messieurs
dames les députés. Très heureux d'être ici avec vous aujourd'hui.
D'emblée,
je tiens à souligner que nous sommes très favorables au projet de loi. On
comprend que la volonté, c'est de pouvoir faire une réalisation plus rapide des
projets, et je crois que c'est essentiel. Au Québec, on tourne trop souvent en rond pendant des décennies avant que
les projets voient le jour, donc je trouve que c'est une excellente nouvelle.
Je voulais d'emblée
vous partager trois constats que j'ai pu faire dans... en matière de transport
en commun, à titre de maire, mais à titre aussi d'administrateur de l'ARTM,
administrateur de la CMM et proche partenaire d'une OPTC, soit la STM. Je pense que je n'apprendrai rien à personne, mais je
pense que c'est important de le rappeler, l'argent est rare, il faut
savoir où la mettre, où ça aura le plus d'impact. Il y a beaucoup de projets
qui sont discutés. Il y a beaucoup des projets qu'on... que différents acteurs
souhaitent voir aller de l'avant. Lorsque la MIQ choisira d'aller de l'avant avec un projet, il faut s'assurer que
c'est le projet où le dollar du Québécois ou de la Québécoise ira le plus loin
pour atteindre nos objectifs.
Un des constats que
je vois aussi, un des problèmes que je vois régulièrement, c'est le
requestionnement constant des projets. On est malheureusement dans un contexte
où ces projets-là sont très politisés, autant au niveau municipal, provincial,
fédéral. C'est des projets qui prend plus d'un mandat pour se réaliser et
régulièrement les projets vont être remis en
question, ce qui fait qu'on repart souvent à la case départ. Donc, j'ai espoir
qu'avec la MIQ on puisse... à partir du moment où on choisit d'appuyer
un projet, qu'on puisse aller de l'avant pour la réalisation puis éviter de
continuellement transformer, changer, modifier, remettre en question le projet.
Dernier grand
constat, bien, les délais dans la conception, dans la réalisation des
projets : beaucoup trop lents, beaucoup trop longs, je vous donne un
exemple. On a un projet, à Laval, de faire un bus au niveau du service... du
service sur le boulevard de la Concorde. C'est un projet qui chemine très bien.
Il n'y a pas eu d'enjeu, pas d'obstacle.
Malgré tout, on a commencé à en parler en 2018, et, si tout va bien, il devrait
ouvrir début 2030. Donc, 12 ans pour faire une voie réservée
sur un boulevard existant, c'est beaucoup trop long. J'aimerais garder en tête
aussi que chaque... chaque année qui passe, en fait, c'est une inflation dans
les coûts de construction qui sont vraiment significatifs.
Au niveau des
solutions, parce que je pense que c'est ça qu'on veut, c'est des solutions,
j'espère que le projet de loi va pouvoir permettre d'appuyer des projets en
priorisant des... avec... en fait, avec une... des objectifs qui sont clairs.
Le projet, est-ce qu'on va de l'avant pour réduire les GES, est-ce qu'on va de
l'avant pour augmenter la part modale ou on va de l'avant pour simplement
bonifier un service existant de transport en commun? Pour l'instant, ce n'est
pas clair, c'est quoi qui nous guide dans le choix des projets.
Ensuite, il faut
mieux refléter le potentiel de développement territorial lorsqu'on choisit un
projet. Il y a des secteurs qui ont un grand potentiel de croissance, autant au
niveau résidentiel que du développement économique. Il faut réduire les coûts
d'expropriation, donc il faut qu'on trouve une façon de réaliser les projets en
pouvant s'attacher en amont avec les
promoteurs, les propriétaires des terrains pour réduire les coûts
d'expropriation. Si vous voulez, je pourrai vous en parler plus en
détail...
La Présidente
(Mme Schmaltz) : En terminant.
M. Boyer (Stéphane) : Et,
en terminant, on doit absolument privilégier des projets qui vont intégrer la
construction de logements. Merci.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Alors, merci beaucoup pour votre exposé. Alors, maintenant, je vais céder
la parole à la ministre pour 15 minutes.
Mme Guilbault : Merci, Mme la Présidente. Salutations à tous les collègues
pour ce début de séance cet après-midi. M. le maire, toujours un plaisir.
Mme Roy, merci d'être avec nous cet après-midi. Je comprends très bien les
problèmes d'agenda. Alors, il n'y a aucun problème. C'est déjà... c'est déjà
intéressant que vous preniez le temps de
venir nous... nous présenter en personne le mémoire que vous auriez pu
simplement nous transmettre. Mais donc vous prenez du temps pour nous le
présenter et pour échanger avec nous. Donc, merci beaucoup.
Je
prends note d'emblée du fait que, comme la quasi-totalité des personnes qui
vous ont précédés en auditions particulières, vous accueillez très
favorablement le projet de loi 61 et la création de Mobilité Infra Québec,
parce que... pardon, parce que je pense
qu'une fois pour toutes, en 2024, il faut que le ministère des Transports, le
gouvernement, assume le leadership du développement du transport
collectif au Québec et se donne les moyens de réaliser des projets d'envergure
de transport collectif sans dépendre systématiquement de la Caisse de dépôt,
comme je l'ai dit d'ailleurs devant eux ce matin. Ils sont venus ce matin en
consultation échanger avec nous.
Alors, c'est le
propos du projet de loi, et donc c'est ça. Alors, je note que vous accueillez
très, très favorablement le projet de loi 61. Je vais peut-être... Je ne
pensais pas parler de ça, mais, comme M. le Maire a mentionné les coûts
d'expropriation parmi les choses qu'il faudrait améliorer, je... j'ai été un
petit peu surprise, parce qu'en fait la dernière fois qu'on a été en commission
parlementaire ensemble, c'était sur mon projet de loi pour réformer la loi sur
l'expropriation, que vous aviez salué aussi à l'époque et qui, justement,
visait à diminuer... mais dans le respect, évidemment, de l'expropriant et de
l'exproprié, surtout, en l'occurrence, quand on parle du coût, mais qui visait
justement à rendre plus prévisible et à mieux encadrer les indemnités
d'expropriation.
Alors,
à la suite de l'adoption de cette loi-là, comme on a une loi maintenant
réformée avec des coûts non seulement plus prévisibles, mais mieux encadrés,
vous... quand même, vous... vous considérez néanmoins qu'on devrait baisser à
nouveau les coûts d'expropriation ou qu'est-ce que... qu'est-ce que vous voulez
dire exactement?
M. Boyer
(Stéphane) : Donc, en fait, le projet de loi qui a touché sur
l'expropriation, c'est une bonne nouvelle,
parce que ça permet de réduire la facture lorsqu'on va en expropriation. Mais
la venue d'un mode de transport structurant, c'est un très grand
avantage pour le propriétaire d'un terrain. Les propriétaires de centres
d'achats ou les promoteurs immobiliers ont un intérêt à avoir une bouche de
métro, ou une gare de train, ou un mode structurant à proximité de leur terrain.
Ça leur donne de la valeur. Alors, plutôt que d'avoir des ingénieurs, des
personnes qui travaillent à huis clos dans
un bureau pour définir où ira le projet, où sortira la bouche de métro, je
crois qu'il y a moyen, en amont, de s'entendre avec les propriétaires,
parce que ça prend de la valeur, leur terrain.
Évidemment, il y a
des cas où est-ce qu'on n'aura pas le choix d'aller en expropriation, si c'est
un tout petit lot ou une station de service qui... puis là que la... la gare ou
la station prend tout l'ensemble du lot, on n'aura pas le choix d'acheter le terrain. Mais, quand c'est des
grands ensembles immobiliers, je crois qu'il y a moyen de s'entendre en
amont avec les gens parce qu'il y a un intérêt mutuel. Mais c'est sûr que s'il
n'y a pas, dès le départ, de discussions avec les gens impactés, à ce
moment-là, ils vont attendre le gouvernement du Québec en disant : Bon, tu
veux t'installer sur mon terrain? Paie. Et, par exemple, à Laval, on a cette
opportunité-là avec la ligne orange où on souhaite un prolongement. Il y a
beaucoup de grands centres d'achats, c'est de très grandes propriétés, et il y
aurait très certainement moyen de s'entendre en amont. Donc, je pense qu'en
établissant un canal de communication avant la réalisation, avant de déterminer
le... le trajet spécifique, il y aurait moyen de s'entendre pour réduire la
facture.
Mme Guilbault : ...Voulez-vous parler? Non? OK.
M. Boyer
(Stéphane) : Non, pas du tout.
• (14 h 20) •
Mme Guilbault :
Non, des fois, c'est parce qu'avec l'écran... Bien, effectivement, puis, en
fait, ça fait lien avec mon... mon deuxième point, qui, à l'origine, aurait été
mon premier, toute la question du développement puis des retombées
potentielles. Je ne sais pas si vous avez suivi le... les débats... bien, pas
les débats, c'est-à-dire les... les échanges hier puis même avant-hier, là,
enfin, toute la question du développement immobilier, de la valorisation
immobilière. On en a parlé hier avec la ville de Montréal, avec la ville de
Québec, avec le RTC, avec la STM puis maintenant avec vous, et la stratégie
d'habitation qui a été déposée récemment par ma collègue ministre de
l'Habitation, d'ailleurs, en faisait mention, de... des possibilités. Parce
qu'on a aussi un enjeu de logements, je pense que vous n'êtes pas sans le
savoir, donc on a une occasion de répondre à un double enjeu, actuellement, en
donnant des possibilités supplémentaires de développement le long des projets
ou, en tout cas, à même les actifs des projets de transport collectif.
Donc, est-ce que...
Vous, je comprends que vous êtes favorables à ça, là c'est... ça se retrouve
dans... dans les diverses recommandations, les divers propos.
M. Boyer
(Stéphane) : Absolument.
Mme Guilbault : C'est ça. Exactement. Est-ce que... Là, vous... vous parlez
de la ligne orange, mais est-ce que vous
avez déjà fait une évaluation ou une appréciation potentielle des retombées que
vous pourriez avoir ou est-ce que, pour vous... Comment... tu sais,
comment vous voyez ça? Est-ce que, pour vous, il y a déjà des... comment je
pourrais dire? Compte tenu du potentiel de développement que vous avez dans
votre ville, dans votre esprit, est-ce que, déjà, vous avez une vision de la
manière dont vous pourriez aménager la mobilité ou combiner la mobilité avec
l'aménagement du territoire pour optimiser ce genre de retombées là et
optimiser, évidemment, les revenus ou les redevances qui pourraient en
découler, qui seraient, bien sûr, réinvestis dans... dans la mobilité?
M. Boyer
(Stéphane) : Oui. Bien, définitivement. D'ailleurs, sans même parler
de futurs projets, juste avec qu'est-ce qui existe sur notre territoire, on
a... on a fait une étude, la gare Concorde, le terminus Le Carrefour et le... la station de métro Montmorency, on a déjà fait
une étude où on dit qu'on peut construire 3 500 logements par-dessus
les stationnements incitatifs. On demande depuis des années à ce que... à
pouvoir développer les stationnements incitatifs pour construire du logement.
Sans
même parler de nouvelles redevances, de nouvelles taxes,
3 500 logements, c'est en moyenne 7 000 personnes
qui peuvent habiter dans ces logements-là. Lorsqu'on habite au-dessus d'un
métro, je prends pour acquis que la personne
va acheter des billets de métro, des passes mensuelles. Donc, juste en ayant
plus de densité près des stations existantes, on peut générer des
millions supplémentaires en nouveaux revenus pour le transport en commun en
plus de contribuer à la crise de l'habitation.
Les défis qu'on voit,
c'est que ce n'est pas toujours clair, qui a les droits de développement, des
fois, c'est une propriété ARTM, des fois, c'est une propriété MTQ, des fois,
c'est une propriété Exo, des fois, un opérateur dans le portrait. On ne
souhaite pas toucher les actifs de l'ARTM avant la fin de leur dépréciation
comptable, alors que je crois que, oui, on
pourrait développer, même si... si ça n'a pas... ce n'est pas totalement
amorti. Donc, il y a des... il y a
clairement des enjeux administratifs, en ce moment, qui empêchent l'accélération
de construction de logements, mais c'est clair pour moi qu'on doit aller
dans cette voie-là. C'est une solution pour le financement autonome du
transport en commun et de la crise du logement.
Mme Guilbault : Oui. Puis vous siégez aussi sur le CA de l'ARTM, donc dans
la recherche de revenus perpétuelle et... et, disons, énergivore pour financer
le transport collectif, puis, dans la multitude de solutions puis de documents
puis de discussions qu'il peut y avoir à l'ARTM sur la manière de trouver des
solutions à ça, j'imagine que c'est quelque chose qui est discuté depuis
longtemps et réclamé depuis longtemps. En tout cas, moi, ça va faire deux ans
que je suis là, puis ce n'est pas la première fois qu'on a ces discussions-là.
Il fallait les amener à maturité, parce que, tu sais, l'idée, puis je pense que
c'est important de le dire à chaque fois qu'on a la discussion, c'est
d'éliminer la notion de risque financier, parce qu'on ne veut pas ultimement
que le gouvernement se retrouve à être obligé d'éponger ça, parce qu'on manque
déjà d'argent, comme vous l'avez dit vous-même. Mais il y a quand même
possibilité de faire des beaux projets, là, sans s'embarquer dans des problèmes
de dépassements de coûts, etc.
Alors donc, c'est ça, à titre de membre du CA de
l'ARTM puis sur l'exécutif de la CMM, et tout ça, c'est des discussions, j'imagine, que vous avez depuis
longtemps, avec des possibilités de revenus qui pourraient être réinjectés,
donc diminuer les déficits.
M. Boyer (Stéphane) : Oui, moi,
c'est... avant même d'être maire, c'est un combat que je portais comme
conseiller municipal. Depuis 2019, je pense, qu'on demande de développer les
stationnements sur notre territoire. Ça a bougé dans les deux dernières années,
il y a des comités de travail qui se sont mis en place, il y a différentes
études qui ont été faites. C'est une idée qui fait l'unanimité, mais qui, pour
plein de raisons qui, j'ai envie de dire, presque, m'échappent, c'est comme
s'il n'y a personne qui... qui en voit l'urgence. Ce n'est pas clair. Comme je
dis, des fois, le terrain appartient à une personne, mais les droits aériens, à
une autre, puis là tu as un opérateur comme la STM qui est dans le décor, qu'il a des enjeux opérationnels. Je pense que, comme
n'importe quel sujet qui touche au transport en commun, souvent c'est un
peu trop complexe, puis il y a trop de parties prenantes. Donc, s'il y avait le
moyen de simplifier, justement, un mécanisme pour mettre en valeur le
développement près des actifs, ce serait le bienvenu.
Pour qu'est-ce... Pour ce qui est à construire,
mais pour ce qui existe aujourd'hui aussi, on a déjà une centaine d'aires TOD
identifiées, dans le Grand Montréal, qui ont du potentiel de développement.
Donc, si on développait toutes ces aires TOD
là à leur maximum, sans même de nouveaux... nouvelles... nouveaux projets de
transport en commun, c'est des... potentiellement des centaines de
millions en revenus et des logements supplémentaires.
Mme Guilbault : Oui. Bien, exactement, vous dites qu'il n'y a personne qui
semble en voir l'urgence, bien, en fait,
vous et moi, ça fait déjà deux, et j'ajouterais ma collègue ministre de
l'Habitation, donc on est au moins trois, au Québec, à voir l'urgence.
C'est juste que, comme je disais, il fallait amener les discussions à maturité
pour s'assurer qu'on ne s'embarque pas dans un autre problème parallèle, mais
il existe des possibilités. Puis hier, avec la STM, on parlait de ce qui pourrait être possible sur, entre autres, la station
Lacordaire, de... la future ligne bleue, le prolongement de la ligne bleue. Mais, même dans les actifs
existants, comme vous dites, là, il y a déjà des possibilités latentes, et donc
beaucoup d'argent dormant potentiel. Alors, on est bien d'accord là-dessus.
J'aimerais ça aussi entendre... Il me reste
combien de temps?
La Présidente (Mme Schmaltz) : ...
Mme Guilbault : Quatre minutes.
La Présidente (Mme Schmaltz) : ...52 s.
Mme Guilbault : Bon, alors, bien, peut-être pour être sûre d'avoir le temps d'en parler,
là, la recommandation numéro 12 dans votre mémoire : «Arrimage
avec la directive sur la gestion des projets majeurs d'infrastructure
publique : revoir le plus rapidement possible les processus de la directive
afin de réduire les délais de réalisation des projets», vous... Est-ce que vous
avez été participants pour le projet de loi 62 de mon collègue? Parce que vous savez sans doute que, par ailleurs, on
réforme les modes contractuels de l'État chez mon collègue du Conseil du
trésor avec le projet de loi 62.
M. Boyer (Stéphane) : Oui, on
n'a pas participé, mais on est conscients qu'il y a un projet de loi. Puis ça aussi, on considère que c'est une excellente
nouvelle. Définitivement, là, il faut revoir les processus pour les raccourcir.
Puis peut-être qu'est-ce que j'aimerais dire
là-dessus de manière générale, c'est que, souvent, on met en place des
processus pour minimiser les risques, entre autres les risques financiers, mais
en même temps, des fois, on... le coût de minimiser ces risques-là sont plus
élevés que les risques qu'on encourt. C'est-à-dire que, dans la construction,
on voit une inflation de 10 %, 15 % annuellement. Quand c'est des
projets de centaines de millions de dollars, bien, c'est sûr que chaque année
qu'on perd à suivre un processus qui est trop... trop long, avec trop d'étapes,
au final, on paie vraiment plus cher nos projets.
Donc, c'est le moyen de simplifier la directive,
oui, d'avoir... d'accueillir des projets avec un seuil plus élevé, je crois
qu'il est à 50 millions aujourd'hui, donc de hausser ce seuil-là, mais
aussi de voir comment comprimer les étapes. Je pense que ce serait un grand
gain pour le contribuable québécois. Je ne sais pas, Josée, si tu avais...
Mme Roy (Josée) : C'est
l'usager, c'est l'usager qui est impacté. Plus c'est long, c'est l'usager qui
est impacté. L'usager actuel, celui qui serait intéressé après le transport
collectif. Parce que l'objectif, c'est d'amener des gens dans le transport
collectif.
Mme Guilbault : Oui,
bien, tout à fait. Effectivement, le seuil, c'est 50 millions, pour nos
transports, c'est 100 millions, mais, quand même, 100 millions, c'est
très vite arrivé dans un projet de nos jours. Alors, beaucoup, beaucoup de
bureaucratie, mais... Donc, la directive va être revue dans la foulée des
modifications qui sont faites. Ce n'est pas directement dans le projet de loi,
mais la directive va être revue. Donc, simplement vous dire qu'on répond à
votre recommandation n° 12, pas dans le présent
projet de loi, mais les deux vont ensemble, parce que le mien, il n'aurait pas
vraiment d'utilité ou d'efficacité accrue sans celui de mon collègue.
Bref, dernier point,
sur la planification, vous en parlez à divers endroits, la priorisation des
projets... appelons ça la planification, puis, encore là, vous avez le double
rôle de maire de Laval puis de... puis de membre du CA de l'ARTM, donc... et la
planification, actuellement, est un rôle qui est dévolu à l'ARTM pour le
territoire de la région métropolitaine de Montréal, mais par ailleurs qui a été
prévu aussi dans le projet de loi sur Mobilité Infra Québec, parce que c'est
une entité qui se veut nationale, donc avec une espèce de planification supra
qui dépasse la CMM. Alors, comment voyez-vous ça? Est-ce que vous estimez que
c'est pertinent d'avoir ce rôle-là de planification à Mobilité Infra Québec et
aussi dans le contexte de l'ARTM?
On
attend toujours, tu sais, puis la planification stratégique... Puis l'ARTM est
venue, là, il y a un jour ou deux, en disant : La planification
stratégique, ça s'en vient. Vous le savez, on n'a pas encore réussi à avoir justement
une espèce de portrait de priorisation des projets dans le Grand Montréal,
alors... Alors, d'une part, est-ce que c'est vrai que ça s'en vient, vous devez
travailler là-dessus? Et aussi, d'autre part, comment voyez-vous l'arrimage des
deux et estimez-vous que c'est une bonne chose de se donner aussi cette
possibilité-là de planification à l'échelle nationale?
• (14 h 30) •
M. Boyer
(Stéphane) : Oui, bien, je pense que, définitivement, l'ARTM a son
rôle pour planifier à l'échelle métropolitaine, pour aller au-delà des
frontières municipales. Je crois que c'est conciliable avec l'idée que la MIQ fasse la planification, surtout à partir du moment
où on va de l'avant avec un projet spécifique, de voir comment est-ce
qu'on arrime les différents modes entre eux, etc., donc, je pense que c'est
conciliable. Même chose pour l'idée de le concilier avec une planification qui
est nationale. Je pense que là où il y a encore une lacune aujourd'hui, c'est
que ce n'est pas toujours très clair,
qu'est-ce qui fait qu'on choisit un projet ou un autre, donc. Et puis c'est un
exemple, là, on fait beaucoup, beaucoup de projets sur l'île de
Montréal, mais, souvent sur l'île de Montréal, on fait passer quelqu'un d'un
tramway... bien, d'un autobus vers un tramway ou un utilisateur du métro vers
un REM. Donc, c'est les mêmes utilisateurs, puis on fait juste changer de mode.
On améliore le service, mais on n'agrandit pas le nombre d'utilisateurs du
transport en commun, et donc les revenus autonomes. Et il n'y a pas... pour l'instant,
on...
La Présidente
(Mme Schmaltz) : En terminant.
M. Boyer (Stéphane) : ...l'objectif
qu'on poursuit. Est-ce qu'on veut réduire les gaz à effet de serre ou est-ce qu'on
veut augmenter le nombre d'utilisateurs du transport en commun? Ça, ça nous
aiderait à nous guider. Même chose pour la
MIQ. Quand la MIQ va se saisir d'un dossier pour dire : C'est ce projet-là
que je mets de l'avant, c'est quoi, l'objectif qu'on poursuit? Et je
pense que ça, c'est quelque chose qui est manquant en ce moment.
Mme Guilbault : Merci beaucoup, c'est terminé pour nous. Mais merci
beaucoup à vous deux.
La Présidente
(Mme Schmaltz) : Parfait. Alors, merci. Alors je me retourne
maintenant vers l'opposition officielle. Vous avez 9 min 54 s.
M. Derraji :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour à vous deux, très heureux de vous
recevoir en commission parlementaire. Je vais premièrement commencer par
l'attribution des mandats à Mobilité Infra Québec. Et, première question,
parlant de mission du MIQ, vous, est-ce que le MIQ, on doit... la nouvelle
agence devrait se concentrer sur le
transport en commun ou sur autre chose que le transport en commun? Le besoin,
il est où en termes de planification?
M. Boyer (Stéphane) : Je
vais commencer, puis, si tu veux continuer... C'est sûr que, pour moi, la
plus-value, elle est surtout au niveau du transport en commun, parce
que, dans le transport en commun, il y a non seulement la réalisation, mais il
y a les opérations, qui sont assez complexes, et le développement du transport
en commun fait intervenir une multitude d'acteurs. Donc, d'avoir quelqu'un...
De la façon que j'interprète le projet de loi, c'est de faire ce que la caisse faisait, mais sans objectif de rentabilité
financière. Et donc d'avoir quelqu'un qui prend en charge un projet...
M. Derraji :
Excusez-moi. Excusez-moi, M. le maire, vous avez dit que la nouvelle agence
ressemble à la caisse, qui est CDPQ Infra, sans exigence de rentabilité, c'est
ça?
M. Boyer
(Stéphane) : Bien, de la façon que j'interprète le projet de loi ou
que je le comprends, c'est que l'idée, c'est
d'être plus agiles pour livrer un projet, donc, de réaliser un projet, et ça,
je pense que c'est l'objectif qui doit nous guider. Et je pense que là
où il y a un besoin d'être plus agiles pour livrer un projet, c'est beaucoup en
transport en commun, parce qu'il y a beaucoup de parties prenantes puis il y a
une complexité qui va au-delà, aussi, de la construction des rails et de
l'opérationnalisation par la suite. Donc, je pense que le besoin est plus en
transport en commun que pour des autoroutes, où le MTQ a quand même une
certaine expertise puis certaines coudées franches.
M. Derraji : Bien,
ça rejoint... vos propos rejoignent un peu pas mal de groupes. Donc, pour vous,
demain, si le gouvernement ne veut pas aller dans le sens de donner la mission
au MIQ de se concentrer sur le transport collectif et d'aller aussi à faire des
autoroutes, faire des ponts, je ne sais pas, un troisième lien, ici, ou autre
chose, est-ce que, pour vous... est-ce que c'est... c'est quel message vous
allez recevoir si jamais, demain, on vous dit : Bien, voilà la mission? Nous, on va essayer d'amender, bien sûr, on va
essayer de ramener le focus sur le transport en commun, mais, si jamais le
gouvernement refuse et veut aller un peu, comme vous venez de le dire, sur les
autoroutes, et sur les ponts, ou sur autre chose, ce serait quoi, votre
interprétation?
M. Boyer (Stéphane) : Bien, de
ce que je comprends, c'est que la volonté c'est déjà de faire du transport en
commun. Je crois que ça doit être le focus principal. Après ça dans des projets
complexes, je peux comprendre... Par exemple, comme le REM, on construit des
ponts, on construit... on refait certains tronçons de route. Donc, je peux
comprendre que la mission soit un peu plus large. Mais je crois que le
problème, c'est dans la réalisation des projets de transport en commun. C'est
là qui est le plus gros problème à adresser. Je prendrais l'exemple de
l'autoroute 19 à Laval. Le MTQ est assez autonome dans la réalisation du
projet, tu sais, je ne vois pas quelle serait la plus-value. Cela étant dit, je
ne connais pas tous les enjeux du MTQ à ce niveau-là, par contre.
M. Derraji : Oui,
mais vos... mais vos propos sont très clairs et justes. Merci beaucoup, vous
m'avez répondu sur cette question.
L'autre point
où j'aimerais vous entendre, c'est... vous avez mentionné le rapport de l'Association du transport urbain du Québec
et vous avez dit à Mme la directrice que vous êtes d'accord avec l'ensemble des
recommandations. Une des recommandations, c'est que, dans le projet de loi
présenté, que vous avez devant vous, l'ATUQ demande carrément que... retirer l'article portant sur la vente d'immeuble — parce
qu'on pense que c'est comme une plus-value, c'est dans le projet de loi — ou
d'une partie d'immeuble, considérant que ce pouvoir est déjà octroyé aux
sociétés dans la loi constitutive. Vous l'avez déjà, là, tu sais, vous pouvez
vendre des terrains. L'enjeu, il est ailleurs, c'est diversifier vos sources de revenus, c'est permettre à faire du
développement immobilier. Moi, la tournée que j'ai eue... d'ailleurs,
j'ai eu l'occasion de visiter la Société de transport de Laval, on parle
beaucoup de développement... à l'image de
Vancouver, et je ne sais pas si vous avez vu mon projet de loi que j'ai déposé
il y a quelques mois, 791. Justement, l'ensemble des articles vous donne
ce droit de pouvoir faire un développement avec une tierce personne.
Vous, aujourd'hui, tel que libellé... Parce que,
là, on parle qu'on vous donne des pouvoirs. Moi, je ne vois pas qu'on vous
donne un pouvoir en vous donnant ce que déjà vous avez : vendre un
terrain. Je ne pense pas que la Société de transport de Laval veut vendre juste
des terrains, veut faire du développement avec une partie tierce pour pouvoir
faire du logement et avoir des revenus récurrents. Est-ce que j'ai bien résumé
ce que la Société de transport de Laval espère?
Mme Roy (Josée) : Bien, c'est
comme... si vous avez travaillé dans nos bureaux, vous avez la réponse que je
vous donnerais. Effectivement, l'objectif, c'est d'avoir des revenus qui sont
pérennes et qui se... qui s'ajoutent d'année en année, et non seulement un
revenu qui arriverait d'un coup si on avait un terrain à vendre.
M. Derraji : ...merci pour votre
appui. Je tiens à vous rassurer, comme je l'ai mentionné à l'ensemble des intervenants, on va amender cette partie, on va
demander le retrait de cet article. J'espère que la partie gouvernementale
va vous écouter, parce que c'est très important. Vous êtes des alliés sur le
terrain, et on va essayer de vous donner ce pouvoir
parce que je pense que c'est une bonne solution, densification, et régler la
crise du logement, mais aussi vous donner des moyens financiers
récurrents.
Parlant du financement, je ne peux pas m'empêcher
de ne pas vous citer, parce que je trouve une citation qui parle, c'est en lien
avec les... le retrait de la ligne express 942, vous êtes au courant. Et,
moi, ce qui m'interpelle dans tout cela,
c'est que vous avez dit : «Sans un cadre financier stable, pérenne et,
surtout, suffisant attendu du gouvernement du Québec pour les années à
venir, l'offre en transport collectif risque encore d'écoper.» Je vous
comprends. Vous étiez obligés de faire, si
je peux dire, de la rationalisation, mais des... prendre des décisions
difficiles. Là, on parle du MIQ, on parle d'une agence. Le nerf de la guerre,
c'est le financement. Vous êtes en train de le vivre sur le terrain.
Pensez-vous qu'aujourd'hui, avec la situation actuelle, vous avez assez
de moyens pour pouvoir juste maintenir l'offre de service que vous avez?
Mme Roy
(Josée) : Non. C'est sûr que le financement doit être
prévisible. Le contrôle de nos dépenses peut... va être... est plus
facile, plutôt que de le gérer d'année en année, puis que... il faut avoir une
prédiction sur le contrôle de dépenses, et que... et, là encore, c'est nos
usagers qui sont impactés par la situation actuelle.
M. Derraji : Mais, vous savez, vous
l'avez très bien dit, le retrait de la ligne obligera les usagers à endurer des
trajets beaucoup plus longs. Donc, en quelque sorte, vous avez un problème, un
enjeu financier. Le...
Mme Roy (Josée) : Un enjeu financier
quotidien.
M. Derraji : Oui. Vous avez entendu
Mme la ministre, elle vous dit qu'il n'y a plus d'argent, il n'y a plus d'argent. Ils doivent construire des écoles et des
hôpitaux. On vous a demandé un audit. L'audit, on attend les résultats.
Mais, au bout de la ligne, en quoi le MIQ, demain, va changer votre vie?
M.
Boyer (Stéphane) : Bien, je pense, si on se met en mode solution, de
construire plus de logements, ça va amener... proches des modes de transport en
commun, ça va amener des nouveaux utilisateurs, avec des nouveaux revenus autonomes. Je mentionnais l'importance
d'appuyer les meilleurs projets. Exemples très concrets : ligne bleue,
ligne orange. L'AMT avait étudié les
différents prolongements de lignes, jugeait que le prolongement de la ligne
orange à Laval était celui qui avait
le plus grand potentiel. Ligne bleue, 20 000 nouveaux utilisateurs,
les... excuse, 20 000 utilisateurs
par jour, ligne orange, 37 000 utilisateurs par jour pour une
distance similaire. On a pris la ligne bleue. Pourquoi? Tractations
politiques. Mais aujourd'hui le déficit du métro, c'est tout le monde qui
l'assume. Laval aussi l'assume. Donc, en ne
choisissant pas toujours les projets basés sur qu'est-ce qui est le meilleur
projet, là où le dollar va le plus loin, collectivement, on paie ces
choix-là.
M. Derraji : Mais
vous avez raison...
M. Boyer (Stéphane) : Donc, je pense que le
MIQ, en choisissant les bons projets, peut venir apporter une solution.
M. Derraji : Mais
vous avez raison, M. le Maire, mais, quand on parle de diversification et
diversifier les sources de revenus, ce que j'ai dans le projet de loi, il donne
aux sociétés de transport quelque chose qu'ils ont déjà, vendre un immeuble. Ça ne donne pas des revenus
supplémentaires à l'agence qui gère le transport dans votre ville. C'est...
Ce qu'on demande, c'est amender le projet de
loi. Aujourd'hui, au moment où on se parle, le projet de loi ne vous donne
pas des ressources supplémentaires pour pallier aux lacunes de transport en
commun à Laval.
• (14 h 40) •
Mme Roy
(Josée) : Il ne règle pas le problème dans les zéro, trois ou quatre
ans. Il règle des problèmes qui... pour la
venue de nouveaux... si on prend l'exemple que M. le maire vient de donner, la
venue de nouveaux logements, de
nouveaux... de nouveaux habitants. Le problème du... de maintenant jusqu'à la
fin 2028, là, ou 2027 n'est pas réglé. Ça, c'est un problème en
parallèle au niveau du financement.
M. Derraji : Oui.
Combien il reste...
La Présidente (Mme
Schmaltz) : 45 secondes.
M. Derraji : Oui.
Un autre sujet en lien avec la concertation. Vous, vous dites que nous, on
connaît très bien notre secteur, on aimerait
être un partenaire dès le départ. De la planification jusqu'à quelle étape? Où
Laval aimerait être interpelée?
Mme Roy (Josée) : Bien, l'hypothèse qu'on prend, comme le... c'est que c'est nous qui
allons assurer l'exploitation. Donc,
il faut... on est partie prenante tout le long du projet pour assurer un transfert
aux opérations, sans impact sur le client, et avec une connaissance
financière de ce qui va être ajouté dans notre... dans notre budget.
M. Derraji : OK.
Bien, merci beaucoup, merci pour votre passage.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Parfait, parfait. Alors, merci beaucoup. Je me tourne
maintenant vers le deuxième groupe d'opposition pour 3 min 18 s.
M.
Grandmont : Merci beaucoup. Merci, M. le Maire, d'être là. Madame,
content de vous rencontrer. On n'a pas beaucoup de temps,
3 min 18 s, donc je vais y aller pour quelques questions. M. le
maire, vous avez parlé, là, de ce qui ralentissait, entre autres, les projets,
c'est... vous avez nommé la politisation des projets, là, qui peut ralentir
leur mise en oeuvre. Actuellement, là, dans le projet de loi n° 61,
MIQ n'a pas toute l'autonomie nécessaire, selon moi, mais j'aimerais vous entendre là-dessus, là, pour être capable de
prendre ses décisions par elles-mêmes, c'est-à-dire que c'est des
projets qui vont lui être donnés par la ministre ou le ministre des Transports.
Donc, j'aimerais vous entendre sur... est-ce que, de la façon que c'est écrit
actuellement... est-ce qu'on a cette autonomie-là? Est-ce qu'on... est-ce qu'on vient soulager... est-ce qu'on vient enlever le problème de
politisation des projets? Sinon, bien, qu'est-ce qu'on devrait faire?
M. Boyer
(Stéphane) : Je pense que c'est correct qu'il y ait un débat de
société, qu'il y ait un débat politique, au démarrage des projets, dans la
définition initiale des projets. Ensuite, lorsqu'on a... puis c'est un peu le
défi de l'ARTM, là, toutes les municipalités, tout le monde propose des
projets, puis que, là, ils en listent 60 parce qu'ils veulent... et la liste est trop longue. Donc là, le MIQ devra
choisir dans la liste lequel il souhaite mettre en réalisation. Donc, cette étape-là est très cruciale, d'avoir
une idée claire sur quel est le meilleur projet parmi ceux qui sont proposés
sur la table.
Par contre, une
fois... à partir du moment où on dit : C'est le projet B qu'on va mettre
en mode réalisation, il faut qu'on puisse un peu le cadenasser pour que le
reste du projet se poursuive bien parce que, si, à tout moment du processus...
Et, quand on suit les... quand on suit la directive des projets majeurs, ça
peut prendre 10 ans, là, faire un projet.
Donc, si deux ans plus tard, après qu'on ait commencé à faire la planification
puis la réalisation du projet, le parti qui est dans l'opposition critique le projet, puis là, ensuite, devient
le gouvernement, finalement, veut le remettre à sa sauce, à sa main, on
reprend les études, on reprend les plans parce que, finalement, on veut une
nouvelle station ailleurs, on ne s'en sort pas, on tourne en rond.
Donc,
je pense qu'il faut un débat politique, un débat de société au départ, il faut
des guides clairs qui vont nous aider de choisir quel projet on met en
réalisation. Mais, une fois qu'on le met en réalisation, une fois que le MIQ a donné le mandat de dire go avec ce
projet-là, je crois qu'on doit leur donner les coudées franches pour aller
jusqu'à la livraison, la complétion du projet.
M. Grandmont :
Mais j'imagine que vous avez
suivi le dossier à Québec avec le tramway, puis la commande qui a été faite à
la CDPQ Infra de présenter un projet pour la mobilité. Tu sais, le gouvernement
a donné le mandat à CDPQ Infra de proposer un projet de mobilité pour la
grande région de Québec, puis, à partir de là, CDPQ Infra a mis... a utilisé son expertise pour proposer
quelque chose qu'après ça le gouvernement s'est approprié. Est-ce que ce n'est
peut-être pas ça, la meilleure façon de
fonctionner pour éviter, justement, des débats? C'est-à-dire, oui, d'accord sur
la partie cadenassage par la suite,
mais même pour l'identification des projets, plutôt que ça se fasse pendant les
campagnes électorales, on propose ci, on propose ça.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Rapidement.
M. Grandmont :
Est-ce que, dans le fond,
l'approche qui avait été privilégiée à Québec pourrait être une bonne
solution?
M. Boyer
(Stéphane) : Je suis moins familier avec... Honnêtement, je regarde
surtout les problèmes qu'on a chez nous, à Laval, donc je suis moins familier
avec tout qu'est-ce qui s'est passé avec le tramway à Québec. Mais, comme je disais, je pense que c'est correct
d'avoir un débat, mais, à un moment donné, il faut pouvoir aller de l'avant...
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Désolée, désolée, je dois couper...
M.
Grandmont : Merci, on s'en reparlera.
La Présidente (Mme Schmaltz) : ...le
temps est écoulé, malheureusement. Alors, on termine avec le député des Îles-de-la-Madeleine
pour 3 min 18 s.
M. Arseneau :
Merci, Mme la Présidente. Merci, Mme Roy, M. le maire. Je vais
continuer un peu sur la même lancée, c'est-à-dire que vous parliez du fait
qu'on doit choisir les bons projets, mais vous savez qu'à l'article 4 du projet
de loi ce n'est pas l'agence qui choisit les projets, c'est le gouvernement qui
donne des mandats, donc c'est lui qui choisit les projets. Donc, à ce moment-là,
on ne va pas résoudre le problème que vous soulevez, parce qu'évidemment
l'agence doit travailler sur les mandats qui sont donnés par le gouvernement,
et non pas sur les mandats qu'elle décide de choisir. Est-ce que ça pose un
problème? Je vous pose un peu la même question que mon collègue de Taschereau : Est-ce que l'indépendance ne devrait pas
être plus grande, de la part de MIQ, pour, justement, choisir les bons projets? Et aussi, puis j'en
profite pour ajouter une deuxième question, est-ce qu'on devrait non seulement
calculer les coûts et les... de la planification et de la réalisation, mais
également les coûts d'exploitation lorsqu'on part un projet?
M. Boyer (Stéphane) : Oui, bien, en fait, je
pense qu'à partir du moment où le ministère ou la ministre s'aiguille des
bons critères pour choisir qu'est-ce qui entre en réalisation on va être
corrects. C'est certain qu'il y a une ouverture,
justement, pour que ce soit politisé. J'ai envie de vous dire, l'ARTM n'est pas
exempte d'influence politique non plus. Ça reste que l'ARTM est aussi
prise entre plein de villes qui, elles aussi, tirent la couverte de leur côté, tente de jouer un rôle plus rationnel, plus
méthodique, mais ça reste une organisation qui est entre les priorités de Québec
puis les priorités de ces nombreuses villes touchées. Donc, eux aussi sont, à
quelque part, tiraillés par les influences politiques.
Pour ce qui est de la
question sur les opérations, définitivement, au-delà des coûts des
réalisations, il faut regarder les coûts d'opération, il faut essayer de ne pas
construire quelque chose qui vient juste voler des utilisateurs à un autre mode. Au contraire, il faut que ça
s'additionne, il faut qu'on agrandisse la tarte du nombre d'utilisateurs, il
faut éventuellement, convertir des
gens qui prennent la voiture vers le transport en commun, puis, par la suite... Là-dessus, peut-être, un
petit commentaire éditorial. Beaucoup, beaucoup de projets vont à Montréal,
mais ce n'est pas là qu'il y a des gros gains à faire en termes de nouveaux
utilisateurs, c'est sur les couronnes où on peut aller chercher des nouveaux
utilisateurs. Et donc, ça, c'est des nouveaux revenus autonomes. Donc, oui, on
doit le voir comme étant combiné.
M. Arseneau :
J'aimerais...
Mme Roy
(Josée) : Les coûts... je m'excuse... coûts d'exploitation doivent
faire partie du montage financier, c'est évident.
M. Arseneau :
Vous avez parlé des voies réservées tout à l'heure dans votre présentation,
mais quels sont les grands projets pour lesquels vous pensez que l'agence
pourrait être un plus chez vous, là, à Laval? Parce qu'on a... on a posé la
question sur Québec. Moi, je vous la pose sur Laval.
M. Boyer (Stéphane) : Pour
nous, à Laval, c'est définitivement le prolongement de la ligne orange.
Pourquoi? Parce que c'est en plein coeur de la ville. On a, en ce
moment, 41 000 logements en préparation par les grands promoteurs
immobiliers et propriétaires des grands centres d'achats. On est en discussion
avec eux. Tantôt, je parlais de l'idée...
La Présidente (Mme
Schmaltz) : En terminant.
M. Boyer (Stéphane) : ... de s'obstiner avec
eux pour réduire les frais d'expropriation. Je crois que c'est possible
à Laval de faire des projets qui coûteraient beaucoup moins cher en frais
d'expropriation. Donc, c'est clairement un projet intéressant pour le MIQ.
M. Arseneau :
Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Parfait. Alors, merci beaucoup. Donc, on a épuisé le temps
que nous avions. Merci beaucoup pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Pour ma part, je vais
suspendre quelques instants pour accueillir le prochain groupe. Bonne journée.
(Suspension de la séance à
14 h 48)
(Reprise à 14 h 50)
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Alors, bonjour. Je souhaite la bienvenue
aux représentants de la Société de transport de Sherbrooke. Alors, vous avez un
temps de 10 minutes pour votre exposé, par la suite on procède à un échange avec les parlementaires. Alors, je vous
invite à vous présenter et puis, naturellement, faire votre exposé. Merci.
Société de transport de Sherbrooke (STS)
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Donc, bonjour. Moi, c'est Laure Letarte-Lavoie, conseillère
municipale à la ville de Sherbrooke, présidente de la Société de transport de
Sherbrooke et présidente du comité exécutif de la ville également. Je vais
laisser mon collègue se présenter.
M. Dobson (Patrick) : Bonjour. Moi, c'est
Patrick Dobson, je suis le directeur général de la Société de transport
de Sherbrooke.
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Donc, bonjour, Mme la Présidente. Mmes, MM. les députés,
membres de la commission, Mme la ministre des Transports et de la Mobilité
durable, merci de prendre le temps aujourd'hui de nous entendre sur nos réflexions sur les modalités du projet de loi
n° 61 et certaines de nos préoccupations par rapport à la portée de
l'agence.
Tout
d'abord, si on est ici, c'est qu'on a tous à coeur d'assurer le succès de la
mission de Mobilité Infra Québec. La ville de Sherbrooke et la Société
de transport de Sherbrooke s'unissent pour vous présenter les recommandations
de notre mémoire conjoint. Cette collaboration importante entre la ville et la
Société de transport de Sherbrooke s'illustre
notamment dans le développement d'un réseau structurant en transport, que nous
développons actuellement. Nous sommes donc favorables à la création de
l'agence Mobilité Infra Québec tant qu'elle donne l'impulsion tant attendue
pour le développement de grands projets de transport collectif.
On croit quand même
important de soulever quelques points de vigilance pour clarifier le rôle que
devraient jouer les municipalités et les sociétés de transport dans la création
de projets complexes en mobilité sur le territoire. Assurer une offre de
service fréquente, efficace, abordable sur un territoire aussi grand que celui
de Sherbrooke, la sixième plus grande ville
au Québec, représente un défi de taille, que la STS relève avec brio. On
connaît une hausse de notre achalandage global de 8 % en 2023 par
rapport au niveau prépandémique de 2019.
Dans le contexte
actuel, marqué par une crise du logement, par l'urgence climatique, la ville de
Sherbrooke et la STS sont plus que jamais
conscientes de repenser l'aménagement du territoire ainsi que les modes de
déplacement de la population. C'est ainsi que la ville de Sherbrooke et
la STS font équipe pour réfléchir l'offre de service et d'infrastructures, de
sorte qu'elle soit favorable à la mobilité durable et que celle-ci soit
diverse, accessible pour tous et toutes, abordable et compétitive à l'auto
solo.
Nos premiers
commentaires spécifiques sur le projet de loi n° 61 portent sur l'enjeu
primordial de la collaboration entre l'agence, les municipalités et les sociétés
de transport. Nous insistons sur l'importance d'une association entre
l'exploitant du projet et Mobilité Infra Québec. Se restreindre à un exercice
de consultation, tel que le prévoit le projet de loi actuel, c'est courir le
risque de passer à côté de l'expertise locale sur l'aménagement du territoire
et l'urbanisme. Vous le savez, la grande sensibilité des enjeux d'acceptabilité
sociale, de cohabitation, de densification nécessite l'apport des compétences
des municipalités.
À
l'automne 2023, la ville de Sherbrooke a entamé des démarches pour se
doter d'un plan d'urbanisme, mettant sur
pied une équipe interdisciplinaire dédiée à l'élaboration de ce plan en
concertation avec le conseil municipal et avec les partenaires clés, notamment
avec la société de transport, car notre plan d'urbanisme a été travaillé de
façon à s'arrimer avec notre projet de réseau structurant que l'on souhaite
développer.
La ville de Sherbrooke
représente donc une alliée du gouvernement provincial en matière d'aménagement
du territoire. Nous sommes prêts à offrir le même soutien en ce qui concerne la
gouvernance des projets complexes de transport et de planification en mobilité.
Que ce soit par le schéma d'aménagement et de développement ou le plan d'urbanisme, les villes possèdent la vue
d'ensemble ainsi que le leadership relatif au développement de leur territoire.
Tout comme nous le faisons entre la ville et la
Société de transport de Sherbrooke, nous sommes d'avis qu'un partenariat s'impose dans le processus d'évaluation et de
planification des projets relevant de Mobilité Infra Québec. Plusieurs projets d'envergure, on le sait, sont
attendus au sein des municipalités québécoises. Toutefois, leur financement, de
même que la gestion des nouvelles infrastructures et le maintien de celles-ci,
soulèvent des inquiétudes.
Ainsi, nous souhaitons que le gouvernement
précise comment se feront la priorisation des projets et la répartition du
financement à travers la province. Considérant que nous, à Sherbrooke, on a un
projet de réseau structurant bien avancé en réflexion, il serait dommage qu'un
projet arrive de l'agence sans arrimage ni prise en compte du travail entamé.
Il serait intéressant de spécifier comment, de notre côté, nous, les
municipalités, on peut vous signifier lorsque nous avons un projet de prêt. La
ville et la STS sommes d'avis que les projets structurants et mobilisateurs
doivent se planifier et se réaliser en coconstruction avec les gouvernements de
proximité et les sociétés de transport en commun. Nous proposons donc de
retirer les articles 33 et 36 afin d'éviter l'imposition d'un projet qui
n'aurait pas l'appui du milieu et d'ajouter une section qui viendra clarifier
les rôles et responsabilités des villes, des MRC et des sociétés de transport
en commun dans l'analyse des besoins et les devis de conception des projets.
Compte tenu des importants enjeux de financement
vécus par les municipalités locales et par les sociétés de transport, la
capacité financière de chacune des parties prenantes doit être considérée en
amont des projets et doit absolument faire l'objet d'une entente pour ne pas
mettre en péril les finances d'une municipalité. L'exploitation des systèmes de transport collectif devrait être une
responsabilité financière partagée entre les parties prenantes, incluant le
gouvernement provincial. Un moyen novateur pour financer le transport collectif
serait d'octroyer aux municipalités locales et aux sociétés de transport le
pouvoir de créer et de gérer des immeubles locatifs à même les sites de
stations actuelles ou futures de transport collectif. Cela viendrait aider au
développement de l'achalandage et augmenterait, en conséquence, les revenus
autonomes. Alors que les coûts et les risques doivent être assumés par les
municipalités ou par l'exploitant, selon le projet de loi, ces derniers
devraient donc avoir la liberté d'utiliser les profits suivant leurs besoins, soit pour l'exploitation ou pour
l'entretien, et non pas seulement pour le développement de projets complexes.
Au sujet des droits de propriété sur les biens
visés par la planification ou la réalisation d'un projet complexe de transport,
le gouvernement se réserve le droit de déterminer à qui reviendra la propriété
d'un bien construit ou reconstruit, incluant
lui-même. Selon nous, cette décision devrait être prise conjointement, étant
donné que les biens dont il est question sont susceptibles d'appartenir
à la ville ou à la société de transport. Il ne serait pas logique qu'une
municipalité finance l'entièreté de l'ouvrage qui deviendrait ensuite la
propriété du gouvernement
Ce qui nous ramène à la responsabilité des coûts
reliés à l'entretien qui devraient faire l'objet d'une entente à laquelle la
ville de Sherbrooke et la STS proposent d'inclure une réserve financière dédiée
au maintien des actifs, comme le veulent les
saines pratiques en matière de gestion. Cela permettrait d'assurer un principe
d'équité intergénérationnelle, en amont des grands projets, pour
équilibrer les dépenses à long terme.
En
conclusion, les villes et les sociétés de transport en commun ont l'expertise
des besoins, la fine connaissance du terrain et des habitudes de leur
population en mobilité. Il est nécessaire de les inclure dès le départ dans la
conception des projets visés par l'agence. Le gouvernement peut compter sur
notre collaboration dans le partage des connaissances, mais doit respecter les
compétences des municipalités en matière d'aménagement du territoire, en
urbanisme, en mobilité ainsi que nos capacités financières.
La ville de Sherbrooke et la STS souhaitent que
les règles d'admissibilité des projets soient établies dès le départ. Pour ce faire, un mécanisme d'appel de
projets doit être établi pour sortir de l'approche descendante «top-down»,
parce que Mobilité Infra Québec doit assurément être alimentée par les besoins
des collectivités et les visions des villes. Au bout du compte, un esprit de
collaboration doit exister entre les membres de Mobilité Infra Québec et les
acteurs terrain afin de coconstruire des projets en transport collectif qui
sauront répondre aux besoins des populations et à la capacité financière des
collectivités visées. C'est notre souhait le plus cher. Merci de votre écoute.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Merci.
Est-ce que c'est terminé?
Mme Letarte-Lavoie (Laure) : Oui.
La
Présidente (Mme Schmaltz) :
Il vous restait encore un petit
peu de temps, là, vous aviez encore 2 min 30 s, là. C'est
correct?
Mme Letarte-Lavoie (Laure) : On
a fait le tour de nos...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Vous
avez fait le tour? Parfait. Alors, on va rajouter, donc, le temps du côté du
gouvernement? Non, vous allez... Bon, parfait. Alors, on y va avec vous, Mme la
ministre, 16 min 30 s.
Mme Guilbault : Oui, merci, Mme la Présidente. Merci beaucoup à vous deux d'être avec
nous cet après-midi. Une autre... Puis je le disais à toutes les
sociétés de transport, c'est vrai pour vous comme c'était vrai pour le RTC, la STM et la STL juste avant, mais la collaboration
est excellente avec la Société de transport de Sherbrooke. En tout cas,
depuis les deux ans que je suis ministre des Transports, on a eu certaines
rencontres, depuis que vous avez pris le relais aussi,
Mme Letarte-Lavoie, donc. Alors, tu sais, on a fait une belle annonce,
d'ailleurs, en électrification. La dernière fois qu'on s'est vus en personne,
il me semble que c'était pour l'annonce des autobus électriques à la STS. Alors, toujours un plaisir de travailler avec vous
et de vous avoir, donc, cet après-midi pour le projet de loi n° 61 pour Mobilité Infra Québec.
Je note... puis je le fais toujours publiquement
parce que j'ai des collègues dans l'opposition qui, comment je pourrais dire,
ne semblent pas apprécier le projet de loi de la même façon que moi, je peux
l'apprécier et que la quasi-totalité des gens qui sont venus en auditions
particulières depuis mardi semblent l'apprécier et semblent en apprécier toute
la pertinence et toute la nécessité en 2024, alors que tout le monde réclame du
transport collectif, tout le monde veut son
projet de transport collectif... mais, avant nous, personne semble ne s'être
attardé, au gouvernement, à se doter
d'une capacité à en faire réellement, et c'est vraiment le propos du projet de
loi n° 61 que d'enfin se donner ces moyens-là pour
pouvoir prendre le contrôle du développement du transport collectif au Québec.
Parce que, je l'ai dit, on est en 2024, on veut tous réduire les GES, on veut
tous se donner les moyens d'atteindre la carboneutralité en 2050, et, pour nous, le transport collectif... ce
n'est pas pour rien qu'on met plus d'argent que jamais dans le transport
collectif à la CAQ, c'est un des moyens d'y arriver. Alors, tous les
partenaires, dont vous, êtes les bienvenus dans cet... dans cet objectif
planétaire, d'ailleurs, de carboneutralité et de réduction des GES.
• (15 heures) •
J'ai envie de commencer par... puis je l'ai fait
avec les autres aussi, là, parce que, depuis hier, on en parle beaucoup... la question du développement immobilier, la question des projets, de la
valorisation qu'on peut faire dans... que
ce soit dans un éventuel projet qu'on sera appelé à développer dans le futur.
Vous disiez que vous êtes en train de travailler, déjà, vous... Puis on
s'est déjà rencontrés là-dessus. Puis d'ailleurs, à l'époque, je vous
disais : Attendons un petit peu, parce
que je vais venir avec un projet, je veux... je veux déposer un projet de loi
pour nous doter, justement, d'une équipe spécialisée capable de réaliser
des grands projets plutôt que d'éparpiller, de multiplier des bureaux de projets dans chaque municipalité ou dans chaque
société de transport, qui nous coûtent cher et qui ne sont pas optimaux parce
qu'on n'arrive pas à concentrer l'expertise.
Bref, alors,
vous, vous avez ça à l'esprit aussi, comme la majorité des grandes villes. Et
donc, au-delà de dire : On veut faire des projets de mobilité en
2024, je pense qu'on se doit aussi d'avoir une vision où la mobilité est
intrinsèquement liée avec l'aménagement du territoire. Et un des objectifs
qu'on peut atteindre, en faisant ça, c'est aussi de répondre à des enjeux de
logement ou à des enjeux de services en général. Je donnais les exemples d'une
garderie ou d'autres services qui peuvent profiter aux citoyens et qui peuvent
aussi profiter à l'achalandage. Donc, c'est...
c'est bénéfique dans les deux sens. Donc, est-ce que vous, vous avez déjà
réfléchi... puis il me semble qu'il y a... il y a une recommandation,
là, je n'ai pas par coeur le numéro, mais vous en parlez... vous en parlez
quelque part. Donc, est-ce que vous, vous avez déjà imaginé la chose, comme
vous êtes en train, déjà, de réfléchir à un futur projet de transport
collectif... j'imagine que vous le pensez en fonction de votre plan
d'aménagement puis en fonction de la façon dont la ville se développe ou la
vision que vous avez pour le développement de votre ville. Est-ce que vous avez
déjà réfléchi à la chose? Est-ce que vous avez déjà, même, évalué des retombées
ou des projets potentiels qui pourraient se faire? Donc, où est-ce que vous en
êtes? Où est-ce que vous vous situez par rapport à cette question-là? Où est-ce
que vous en êtes dans cette réflexion-là?
Mme Letarte-Lavoie (Laure) : Oui,
bien, évidemment, là, le... notre projet, on veut le placer sur une de nos...
une de nos artères principales. Donc, oui, c'est quelque chose qui a été... qui
est réfléchi, là, sur la valorisation immobilière qui pourrait se faire. Par
contre, on n'est pas... on n'est pas à l'étape, je vous dirais, là, d'avoir
fait les études pour nous dire qu'est-ce que... combien ça rapporterait, et
tout ça. Mais, oui, c'est quelque chose que... tu sais, c'est sûr que, si on a
le pouvoir de le faire, c'est quelque chose qui nous intéresse grandement, et
autant du côté de la ville que de la société de transport.
Et ce qui
était... ce qui était mentionné dans le mémoire, entre autres, là, c'était de
pouvoir... pouvoir avoir, là, des
droits d'inspection sur les sites qui seraient... qui pourraient être visés,
là, dans des constructions, parce qu'on sait que ces sites-là nous
reviendraient ensuite dans l'entretien. Donc, c'était... c'était par rapport à
ça, là, dans le mémoire, qui était... qui était mentionné.
Mme Guilbault : Oui. Est-ce que c'est... OK, C'est parce que, des fois,
avec le non verbal, on a l'impression que l'autre personne veut parler, mais
vouliez-vous parler, M. Dobson?
M. Dobson (Patrick) : Non, ça va. Ça
va, merci.
Mme Guilbault : Non? OK, parfait. D'accord. Donc, c'est ça. Alors, les
pouvoirs d'inspection, oui, je comprends bien le sens de la recommandation,
mais, pour vous, est-ce que... Comment je pourrais dire? Parce que le but,
c'est de maximiser les revenus potentiels puis les retombées économiques
potentielles, parce qu'on a tous besoin de nouvel argent en ce moment, personne
n'a d'argent, tu sais, je pense que je l'ai dit et redit, mais il faut quand
même développer des projets, donc toute forme de diversification des revenus.
Puis hier on donnait l'exemple d'une compagnie privée qui finançait une ligne
d'autobus, je ne sais pas, dans une ville de la couronne nord de Montréal, et moi, je trouve que c'est une bonne idée. Je trouve
que c'est une bonne idée que les entreprises privées puissent participer puis
s'organiser du transport pour avoir des employés. Donc, toute façon innovante
de trouver des solutions au financement du
transport collectif est bienvenue, je pense, en 2024, parce que, tu sais, les
mêmes causes entraînent les mêmes effets, comme on dit.
Tout ça pour dire que... Alors, dans
la... dans la... vous n'en êtes pas au stade de la planification, mais donc,
dans la réflexion du futur projet de transport... Parce que supposons
qu'on allait éventuellement de l'avant parce qu'un jour ça va se faire,
forcément, et là, que Mobilité Infra Québec pourrait être le maître d'oeuvre de
ce projet-là, en partenariat avec la ville, avec la STS, est-ce que, pour vous,
c'est dans votre conception des choses que, le moment venu, si on confie un mandat à l'agence ou à la future agence pour faire
un projet de transport collectif à Sherbrooke, que vous l'auriez réfléchi déjà d'une
manière où on maximiserait les retombées, que ce soit en termes de services, de
logement et de redevances financières?
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Tout à fait. Nous, on est... on va être super satisfaits si
on a cette capacité-là, d'aller chercher des revenus puis de pouvoir pérenniser
le projet. Il y a aussi quand on parle de diversification de revenus puis de
s'assurer aussi qu'on puisse financer à long terme nos projets, c'est pour ça
qu'on a aussi la proposition de créer une réserve financière pour le maintien
des actifs. C'est quelque chose qu'on a adopté, aussi, à la ville de Sherbrooke
pour nos infrastructures en général, mais ce serait intéressant de pouvoir
créer, dans les grands projets de transport structurants, une réserve pour le
maintien d'actifs pour le futur puis pour ne pas hypothéquer les prochaines
générations aussi, parce qu'on sait que les coûts d'exploitation peuvent être
importants.
Mme
Guilbault : Puis, sur la collaboration, parce qu'il y a aussi
des diverses... diverses recommandations qui portent là-dessus, puis j'ai posé
la question, peut-être pas à la STL, je m'aperçois que je n'ai peut-être pas eu
le temps, mais toute la question de la collaboration puis des ententes entre...
que ce soit la société de transport ou la municipalité et, éventuellement, Mobilité
Infra Québec, tant pour la participation financière... Bien, premièrement, pour
vous, est-ce que c'est normal de s'attendre à une contribution financière de la
part de la municipalité qui, en fait, va être le principal bénéficiaire de ce
projet-là de transport collectif qui serait réalisé par Mobilité Infra Québec?
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Bien, je pense qu'on peut s'attendre à ce que les
municipalités, dans n'importe quel cas où il y aurait un tel projet, vont
participer d'une façon ou d'une autre. Je pense que c'est surtout dans la façon que ça va être fait. Tu sais, dans
les... Actuellement, dans les grands projets structurants, moi, ce que j'ai compris,
c'est que c'était beaucoup subventionné, entre autres par le fédéral. Donc là,
si nous ne sommes pas maîtres d'oeuvre, qui va aller négocier avec le fédéral
pour ces subventions-là, qui existent? Mais c'est sûr que la ville pourra
contribuer d'une façon ou d'une autre, mais ce qu'on veut, c'est d'être pris...
d'être partenaires en amont de ces discussions-là, puis que ce ne soit pas
imposé, que ça puisse faire... créer, en fait, des problèmes financiers dans
nos... dans notre budget courant aussi, là.
Mme
Guilbault : Oui. Bien, tout à fait. Bien là, vous m'amenez sur
le financement du fédéral. Je pense que je n'ai même pas encore parlé depuis le
début de la commission. Ce serait le moment de dire au micro, entre autres, pour le bénéfice de mes collègues de l'opposition,
que, oui, le gouvernement fédéral a été un partenaire dans plusieurs
projets de transport collectif, mais actuellement les programmes qui finançaient
les projets de transport collectif se sont terminés le 31 mars 2023, et le
prochain est prévu en 2026. Donc, on verra ce qui arrivera. L'élection est de
plus en plus imminente à mesure qu'un parti fédéral prend certaines décisions,
puis on verra ce qui va advenir. Mais, pour l'instant, on va avoir été au
minimum trois ans sans programme fédéral pour financer du transport collectif.
Et inutile de dire qu'ils ne paient plus
pour les routes non plus. Donc, on se retrouve avec des dépenses en mobilité extrêmement
lourdes à l'échelle du Québec. Donc, je fais appel à mes collègues des
oppositions pour porter le message avec moi auprès surtout...
Une voix :
...
Mme
Guilbault : Bien oui, mais c'est parce que, là, surtout si
l'actuel ministre des Transports fédéral aboutit chez mon ami d'en face.
Toujours est-il que... Alors, c'est ça. Donc, les frais sont importants, d'où
la raison... Puis c'est pour ça aussi qu'il faut se donner une capacité, parce
que l'argent est très rare, les partenaires sont incertains. Donc, quand on se retrouve à devoir payer avec une
municipalité... puis c'est pour ça que je dis : Est-ce que c'est normal
pour vous d'avoir une contribution financière des municipalités? Mais c'est
bien évident que les municipalités et le Québec
ne peuvent pas, seuls, assumer les coûts de projets de transport collectif
d'envergure. Mais bref, la parenthèse est faite.
Donc, les articles,
l'article, notamment, 74 dans notre projet de loi prévoit que la collaboration
ou, en tout cas, la nécessité de s'entendre avec les municipalités, les
sociétés de transport, l'ARTM, etc. — dans votre cas, ça ne s'applique pas, l'ARTM — donc, la nécessité de s'entendre est
vraiment formalisée, dans le projet de loi, à l'article 74, où on dit que
le gouvernement doit convenir, avec les municipalités, d'une entente sur les
modalités financières. Ensuite de ça, on parle justement
d'éventuellement l'exploitation, la désignation d'un exploitant. Est-ce que,
pour vous... Puis il y a l'article 31
aussi, hein, de mémoire, hier, qui avait été évoqué par un autre groupe qui est
venu. Donc, bref, est-ce que, pour vous, c'est rassurant de voir qu'on a
pris le... ou on a tenu à spécifier, dans le projet de loi, qu'on doit avoir
des ententes avec les municipalités pour s'assurer d'enchâsser le fait que,
pour nous, la collaboration va de soi parce qu'on ne peut pas... puis je le
disais souvent hier, l'argent étant rare, on n'imposera pas un projet à
quelqu'un. Pour moi, ça n'a pas de sens. Mais, tu sais, il faut... il faut
pouvoir s'entendre avec la municipalité.
Mme Letarte-Lavoie (Laure) : On
souhaite effectivement ardemment qu'il y ait cette collaboration-là, ce
partenariat-là. Ce qui nous inquiète, c'est la façon que c'est écrit, c'est...
à défaut d'entente, ça peut être imposé. Donc, c'est là, je pense, l'inquiétude que vous
avez pu entendre, autant au niveau du financement qu'au niveau de l'exploitant,
que les frais d'exploitation aussi retombent ensuite. Donc, c'est tout
ça, là, on veut qu'il y ait une collaboration pour déterminer tout ça en amont,
dans un réel... une entente de partenariat.
• (15 h 10) •
Mme
Guilbault : Oui, bien, tout à fait. Puis, tu sais, d'autres le
disaient hier, de toute façon, on a intérêt à s'entendre, parce que, tu sais,
un peu comme je le disais, là, il n'y a personne
qui veut se faire imposer un projet, puis le gouvernement, je pense, ne voudra
jamais imposer un projet non plus. Donc, pour nous, c'est une évidence, mais on
tenait quand même à le mettre dans le projet de loi.
Peut-être un autre
élément. Il me reste combien de temps?
La Présidente (Mme
Schmaltz) : 4 min 20 s.
Mme
Guilbault : Quatre minutes. Sur,
justement, la planification, parce que ça a été abordé souvent, la nécessité
d'avoir une meilleure planification de... Tu sais, oui, comme, là, vous, vous
réfléchissez à votre projet à l'échelle de votre ville, vous connaissez votre ville,
vous avez vos idées, on parlait, tout à l'heure, des occasions de développement
auxquelles on peut se raccrocher ou se lier pour penser à un projet, mais,
au-delà de chacune des villes, la nécessité d'avoir une entité capable de faire
une planification nationale qui dépasse le mandat de l'ARTM pour la CMM, qui dépasse chacune des grandes
municipalités qui peuvent être en train de réfléchir, parce que Gatineau aussi réfléchit à un projet de
transport structurant, puis, évidemment, Québec, on a le tramway, donc... et
d'autres villes, Longueuil aussi en veut. Donc, bref, au-delà de ça, d'avoir
une entité nationale qui va pouvoir le réfléchir globalement puis, en plus de
ça, justement, avoir une possible séquence dans les projets, d'avoir une
organisation, un ordonnancement, une priorisation des projets puis, comme on
disait ce matin, que la CDPQ Infra ait une capacité d'attirer puis de retenir
de l'expertise, parce que les gens vont être capables d'avoir une... justement,
une perspective des projets à venir, puis
d'être capables d'organiser un peu le travail, puis de prévoir l'avenir. Bref,
est-ce que, pour vous, c'est une
belle avancée que de se doter de ça à l'échelle du gouvernement, donc de se
donner le contrôle sur l'entièreté du territoire de notre nation?
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Je pense que ce qui est intéressant, vraiment, c'est de
créer cette expertise-là pour tout ce qui est au niveau de la gestion de
projet, de grands projets de transport structurants. Qu'il puisse y avoir cette vision là, nationale, je comprends tout à
fait, puis ce besoin de cohérence là. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'on veut
qu'il y ait une... que ce soit en cohérence, aussi, avec qu'est-ce qui est
entamé comme travail dans chacune de nos communautés, dans nos villes. Tu sais,
comme, nous, là, on a justement... on a un projet, on est en réflexion, on avance, mais là... puis même, à Sherbrooke, on a
adopté la création d'un bureau de projets, puis là on est un peu en attente
parce que, là, qu'est-ce qui se passe... parce que, là, comme vous dites, avec Mobilité Infra Québec, vous ne souhaitez pas qu'il se multiplie
des bureaux de projets. Donc, est-ce que ça, ça tombe? Qu'est-ce qui se passe
avec ça, chez nous? Est-ce que notre projet
est dans votre liste? Comme je vous disais, là, dans mon intervention, comment
on vous fait savoir que nous, on a un projet? Ou c'est seulement vous
qui dites : OK, là, on est rendus chez vous? Ou bien nous, on peut aussi
vous l'amener puis vous dire, tu sais, qu'on... Est-ce que nous, on peut vous
signifier quand on a un projet? Je pense que c'est ça, là. Parce que c'est sûr
que d'avoir des personnes qui font de la gestion de projet, je pense que ça,
c'est super, c'est super pertinent. Mais, après ça, comment mettre en oeuvre un
corridor de transport dans une ville, bien, ça, ça relève des compétences des
municipalités.
Mme
Guilbault : Oui, bien, en fait, pour
répondre peut-être un peu à la question, c'est sûr que les municipalités...
puis, tu sais, je le disais, comme... logiquement, les premiers à vouloir, les
premières à vouloir des projets de transports collectifs de niveau de ceux qui
seraient éventuellement confiés à Mobilité Infra Québec... Tu sais, Mobilité Infra Québec ne va pas s'occuper de
gérer des lignes d'autobus ou des choses comme ça, c'est vraiment pour
des projets plus d'envergure, plus complexes. Donc, c'est sûr qu'on pense à des
territoires plus densifiés, donc aux plus grandes municipalités qui seraient
probablement les premières à vouloir ce genre de projet là. J'ai parlé de
Gatineau, je parlais de vous, Québec, mais on est déjà... on a déjà notre
propre structure. Mais, bref, tout ça pour dire que c'est sûr que les
municipalités vont pouvoir signifier leur intérêt. Puis, ensuite de ça, bien,
la future entité qui va avoir cette vision-là, nationale, va être capable de
prioriser, d'ordonnancer, mais surtout d'être capable d'en réaliser
éventuellement plus qu'un en même temps. Là, en ce moment, on a la CDPQ Infra
qui fait le REM, et là qui fait en collaboration avec nous, qui va commencer le
tramway de Québec, mais, tu sais, c'est compliqué, puis on dépend d'une entité
externe au gouvernement. Alors, tu sais, c'est plus compliqué que si on se
donne nos propres moyens.
Donc, je n'ai presque
plus de temps, alors... mais, en terminant, juste vous remercier aussi pour le
travail. Je n'ai pas eu le temps de parler
du financement du transport collectif, mais ça avance bien, la négociation,
comme vous le savez probablement, et on va pouvoir enfin avoir notre
entente prévisible sur un certain nombre d'années. Alors, je vous remercie pour
ce travail-là, qu'on a fait ensemble, et pour l'ensemble de l'oeuvre. Et je
vous dis encore une fois merci d'être avec nous cet après-midi.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Alors, merci. Donc, le temps est écoulé avec la banquette gouvernementale.
Je me tourne maintenant vers le groupe... voyons, le porte-parole de
l'opposition officielle, désolée, pour 9 min 54 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous deux, très heureux de vous entendre. Et, écoutez,
c'est toujours intéressant voir le point de vue des villes. Ce matin, j'ai
retenu une phrase du PDG de la caisse de dépôt Infra, CDPQ
Infra, que, s'il y a un besoin, en termes de compétences, ça serait dans les villes
autres que Montréal et Québec. Aujourd'hui, la ville de Sherbrooke et la
société de transport, de quoi avez-vous besoin pour réaliser vos projets
d'infrastructures, concrètement?
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : On a besoin de prévisibilité au niveau du financement, je
vous dirais, de pouvoir... C'est...
Justement pour un gros projet comme ça, aussi, on a besoin de savoir ça va
être... ça va être quoi, la collaboration qui va pouvoir être mise de
l'avant puis la hauteur, aussi, de l'aide financière, évidemment.
Je ne sais pas si M.
Dobson voudrait compléter par rapport à ça.
M. Dobson
(Patrick) : Oui. L'enjeu, c'est d'être prévisible, hein, c'est d'être
capable de s'organiser, puis la prévisibilité, la base, c'est vraiment le
financement, parce que, sinon, l'expertise, on est capables de... on en a, de
l'expertise, et on se fait aider aussi, hein. Il y a plusieurs firmes au
Québec, et maintenant ce n'est pas parce qu'une firme est à Montréal qu'elle ne
peut pas aider... qu'elle ne peut pas aider une ville comme Sherbrooke, hein?
Donc, c'est rendu très facile.
M. Derraji :
C'est parfait, ça fait écho à ma tournée des sociétés de transport parce que ce
que j'ai sur la table, amicalement, Mme la
ministre le fait souvent... parce que, tout à l'heure, elle me dit : Mon
ami en face va le rappeler à chaque fois. Oui, c'est ça, le rôle des
consultations, Mme la ministre. Donc, vous avez dit que les compétences, vous
les avez?
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Tout à fait. On connaît les besoins et on connaît notre
terrain. On connaît les besoins de transport.
M. Derraji :
Vous avez la lecture de votre terrain. Vous savez combien de lignes. Si jamais
vous voulez ajouter des lignes, vous savez
combien de bus électriques vous manquent. Vous savez qu'il y a une demande pour
des garages électriques. Vous avez des enjeux avec Hydro-Québec pour
avoir assez de courant pour pouvoir charger les futurs bus électriques. Vous
êtes les maîtres du terrain.
Donc, aujourd'hui, on
va se projeter dans le futur, je le disais hier, la futurologie, un peu. Mais
il ne faut pas oublier les tendances actuelles du gouvernement. La ministre l'a
réglé hier, en fait, c'est la meilleure ligne de ce gouvernement, et je tiens à
la féliciter, il n'y a plus d'argent. Elle a dit qu'ils vont se concentrer sur
les écoles et les hôpitaux. Ça a été dit qu'il y a un déficit de
11 milliards. Là, vous avez vu les articles qu'elle sort, il y a même un
gel d'embauche au niveau du ministère du
Transport. La question que je vous pose : Concrètement, cette nouvelle
agence, en quoi va aider les citoyens de Sherbrooke? Là, les citoyens de
Sherbrooke vous écoutent. Vous êtes en train de dire : C'est une bonne chose, l'agence. Mais les citoyens
de Sherbrooke vont poser la question : Vous défendez maintenant la
création d'une nouvelle agence. Vous allez leur expliquer que cette agence,
elle est bonne. En quoi cette agence va vous aider à faire quelque chose que
vous maîtrisez? Vous savez, vous maîtrisez le terrain, et le président du... le
directeur général, M. Dobson, a dit :
Mais écoutez, les agences existent. On va faire affaire avec une agence à
Montréal. Donc, vous maîtrisez la planification, la conception. Vous
voulez de l'aide par rapport à la réalisation. Mais le nerf de la guerre, c'est le financement. Financement,
vous avez vu, à part le fédéral... Et, sur ce point, je suis d'accord avec Mme
la ministre, il faut absolument que le fédéral bouge. Mais, s'il n'y a pas de
financement, il n'y aura pas de projet. Êtes-vous d'accord avec moi?
Mme Letarte-Lavoie (Laure) : Je ne pense pas qu'on est en mode défense. Tu
sais, ce... Nous, on vient exposer nos préoccupations. Ce qu'on dit,
c'est que, s'il y a une agence qui permet de coordonner la gestion de grands
projets tels que les projets structurants en transport, ça peut être... nous,
on pense que oui, ça peut être positif, mais, après ça, on dit : Évidemment, ça doit être fait en collaboration, en
partenariat avec les communautés locales qui connaissent leur milieu, comme vous l'avez bien mentionné, mais
d'avoir une expertise pour la coordination de tous ces grands projets-là, on
considère que ça peut être positif.
M. Derraji :
C'est parfait. Deux mots clés : coordination, collaboration. On va essayer
de les mettre un peu partout dans le projet de loi, comme ça, on va pousser
pour la collaboration, la coordination, soyons rassurés.
Maintenant, je
reviens à la question du financement. Le financement, c'est le nerf de la
guerre. Vous avez vu l'ATUQ, je ne sais pas si vous avez vu leur mémoire. Vous
avez des terrains, la loi vous permet déjà de les vendre, vous voulez... vous
cherchez des revenus autonomes. Je ne sais pas... Et je m'adresse à vous
deux : Est-ce que vous avez déjà vu le
projet de loi? Je l'utilise souvent parce que c'est une très bonne solution qui
existe sur la table. J'espère que la ministre peut l'utiliser. Je
peux... je peux lui donner sans aucun problème. C'est Loi permettant à des
organismes publics de transport en commun de développer des projets immobiliers
aux abords ou au-dessus de leurs infrastructures
de transport en commun. Ça, c'est une solution pour des revenus autonomes.
Donc, faire du développement — ne pas vendre les
terrains — faire
du développement avec une partie tierce et soit
régler le problème du logement, mais aussi
avoir des revenus récurrents, est-ce que, pour vous, la ville et la société de
transport, c'est quelque chose qui pourrait vous aider?
• (15 h 20) •
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Tout à fait. C'est... ça, c'est... On est... on est certains
là-dessus.
M.
Derraji : Donc, vous aimeriez que le projet de loi que j'ai déjà
déposé figure dans le projet de loi n° 61 déposé par Mme la ministre.
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Comme on a dit, c'est sûr que ça... ça nous aiderait. Puis
il y a... c'est un pouvoir qui... je crois que ça fait longtemps qu'il est
demandé, également.
M. Derraji : Aucun
problème. Je vous promets que je vais amender tous les articles qu'on a la
possibilité pour vous donner ce pouvoir. Et merci pour votre appui.
Projet visé à
l'article 1, projet complexe de transport. Depuis tout à l'heure, vous
avez mentionné quelque chose de très important, vous insistez beaucoup sur le
transport en commun. Vous, comment vous voyez la mission de la future agence? Focus 100 % sur le
transport en commun ou pouvoir faire des ponts, des autoroutes ou un troisième
lien? Ou bien vous voulez juste que la future agence soit uniquement dédiée au
transport collectif?
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Je pense que c'est... c'est un tout, là, la... quand on
parle de mobilité durable, ce n'est pas
seulement... Donc, je pense que ce n'est pas plus à moi de dire c'est quoi que
doit faire l'agence, mais évidemment
on veut qu'elle ait une vue globale sur l'ensemble des éléments qui favorisent
une mobilité durable.
M. Derraji : Donc,
pour vous, que l'agence se lance à construire des autoroutes ou des ponts, ça
ne vous dérange pas, vous voulez que ça touche à l'ensemble des projets.
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Non, je ne pense pas que les... je ne pense pas qu'il faut
mettre en compétition ces éléments-là, parce que, sinon, on le sait, qu'est-ce
qui se passe, il y a beaucoup plus d'argent qui va dans les routes que les
infrastructures de mobilité durable.
M. Derraji : Ah!
mais ce sur quoi nous sommes d'accord, il y a beaucoup d'argent pour
l'autoroute que pour le transport en commun, mais il y a des gens qui vont vous
dire : Écoutez, le ministère existe. Donc, si on va faire la même chose au niveau de l'agence, à quoi
bon? Comment on va accélérer les projets de mobilité durable et du transport
collectif? Vous leur dites quoi?
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Nous, ce qu'on souhaite, c'est qu'on puisse accélérer le
développement des projets de transport collectif.
M. Derraji : Excellent.
C'est très clair. Merci beaucoup. Mandat de l'agence, vous revenez dans
l'article 4 : «Des balises doivent être prévues afin de bien cerner
les projets qui seront pris en charge par l'agence afin d'assurer sa réussite.» Donc, en quelques termes, vous dites
que l'agence doit avoir un mandat très clair avec son carré de sable.
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Oui, que les responsabilités soient claires puis qu'on sache
aussi qu'est-ce qu'un projet complexe, parce que ce n'est pas nécessairement
bien défini, qu'est-ce qu'un projet complexe.
M. Derraji : C'est
excellent. Article 29, consultation, vous proposez qu'une... une
obligation d'association entre l'exploitant du projet et MIQ doit être
inscrite. Pourquoi vous voulez cette obligation?
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Parce que, comme je l'ai expliqué, une consultation ne
serait pas suffisante. On veut être de vrais partenaires dans la réflexion,
l'élaboration, la planification et pas juste l'exploitation.
M. Derraji : Vous voulez que, dans le mandat de l'agence, on
déclare ou on explique c'est quoi, la nature d'un projet complexe? Parce
que c'est ce qui est prévu.
Mme Letarte-Lavoie
(Laure) : Oui, parce qu'un projet complexe, on... tout le monde
pourrait avoir une définition, là, ça serait bien que ça soit défini plus
clairement.
M.
Derraji : Oui. Au tout début, vous avez parlé de financement
récurrent. Comment elles vont, les finances de la Société de transport de
Sherbrooke?
Mme Letarte-Lavoie (Laure) : Bien,
c'est sûr qu'à Sherbrooke, on a, comme on disait, une situation où on a... on a
repris le... notre achalandage. On est une société de transport qui a été très
bien gérée. Évidemment, comme toutes les
sociétés de transport, on a nos défis aussi, et avec... ça ne nous empêche pas
d'avoir des déficits, mais, en ce moment, on a une... on a une bonne
situation financière.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : En terminant.
M. Derraji : Bien,
merci à vous deux. Merci pour votre passage très pertinent en commission
parlementaire. Mes salutations.
Mme Letarte-Lavoie (Laure) : Merci.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Parfait. Alors, merci beaucoup, nous allons... je me
tourne maintenant vers le deuxième groupe d'opposition pour 3 min 18 s.
M. Grandmont : Merci, Mme la
Présidente. Mme Letarte-Lavoie, M. Dobson, bonjour, content de vous retrouver.
J'irais sur certains éléments, là, du projet de loi qui me semblent... tu sais,
vous faites des propositions, des recommandations qui sont très pertinentes. Je
pense que vous voulez qu'il y ait une forme de partenariat obligatoire entre
l'agence puis la municipalité. Vous voulez qu'on respecte vos compétences,
notamment au niveau de l'aménagement du territoire. Vous voulez, évidemment,
être mis dans le coup le plus rapidement possible.
Vous ne voulez pas vous faire imposer une
participation financière à la réalisation d'un projet, par exemple. Moi, ce
sont des choses qui me semblent aller de soi.
Maintenant, vous les proposez, nous, on va faire
un maximum, dans les oppositions, pour aller dans le sens... Je pense que ça fait pas mal consensus de notre
côté. Si jamais ce n'est pas le cas, si jamais on n'a pas ces garanties-là,
si jamais MIQ peut vous imposer des budgets,
si jamais... des participations financières, si jamais toutes ces choses-là, qu'on
craint, restent dans le projet de loi, est-ce que c'est une bonne agence ou
c'est une mauvaise agence?
Mme
Letarte-Lavoie (Laure) : Je pense que la question, c'est plutôt :
Est-ce qu'on va être capables d'accomplir les projets d'envergure que
l'on souhaite tous collectivement mettre de l'avant? Est-ce qu'on va être
capables de les développer, ces projets complexes, comme on les appelle, de
transport s'il n'y a pas cette prise en compte des besoins du milieu, des visions
des villes, des sociétés de transport? Donc, je pense que c'est plus ça, la
question. Donc, on est tous d'accord qu'on
veut aller de l'avant, mais il faut s'assurer qu'on soit capables de le mettre
en oeuvre.
M. Grandmont : Tout à l'heure, Mme la
ministre vous a posé la question : Est-ce que c'est normal, selon vous,
que la ville contribue à un projet d'infrastructures? Moi, je vous poserais la
question : Est-ce que vous ne contribuez pas déjà, avec tous les coûts qui
sont liés à l'urbanisme, tous les coûts qui sont liés aux infrastructures,
égouts, aqueducs, etc., le pavage des routes, les amener de... les différentes
conduites? Est-ce que c'est déjà quand même une contribution assez... très
grande, en fait, de la part de la ville de Sherbrooke dans des projets de
transports collectifs complexes?
Mme Letarte-Lavoie (Laure) : Oui,
mais c'est pour ça que je disais qu'en fait on contribue de toutes les façons.
Et déjà, effectivement, dans l'aménagement de ces... s'il y a un gros projet,
bien, après ça, on veut rajouter de la mobilité active reliée à ces projets-là,
bien, tu sais, tout ça, ça va être... c'est les villes qui vont... qui vont
faire la conception, qui vont les financer. Donc, effectivement, la
contribution des municipalités va toujours être présente, peu importe.
M. Grandmont : Exact. Je suis bien
d'accord avec vous, puis vous faites bien de nommer les transports actifs. Une
dernière question, peut-être. Est-ce que, pour vous, c'est normal que le
gouvernement du Québec puis le ministère des Transports contribuent aussi aux
opérations des services de transport collectif à Sherbrooke?
Mme Letarte-Lavoie (Laure) : C'est
ce qu'on demande, effectivement. En fait, c'est ce qui... On en entend parler
depuis longtemps, là, quand on a des subventions, des montants pour des
projets, des immobilisations, c'est souvent l'enjeu, c'est...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Rapidement.
Mme Letarte-Lavoie (Laure) : ...qu'après
ça, au niveau de la pérennité pour l'opération, on a besoin d'aide à ce
niveau-là également.
M. Grandmont : Merci beaucoup pour
votre participation, très éclairant.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Merci beaucoup. Alors, je me tourne maintenant vers le député des Îles-de-la-Madeleine
pour 3 min 18 s.
M. Arseneau : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Merci, Mme Letarte-Lavoie, M. Dobson, pour votre présentation. Vous
avez entendu la ministre, dès le départ, s'étonner du scepticisme qu'on peut
avoir sur le projet de loi tel qu'il a été déposé. Mais votre présentation me
permet justement d'identifier ce sur quoi il y a un consensus d'à peu près tous
les groupes, c'est sur les lacunes du projet de loi. Parce que vous avez
mentionné qu'est absente du projet de loi toute la question de la valorisation
immobilière, la collaboration que vous souhaitez en amont, ce n'est pas dans le projet de loi, le respect des
compétences des villes ou des sociétés de transport, ce n'est pas non plus dans
le projet de loi, mais vous souhaitez
que ça soit inclus, et on va travailler pour l'inclure, également, donc, la
reconnaissance de l'expertise des gens qui sont déjà à l'oeuvre dans le
transport collectif un peu partout à travers le Québec, les mécanismes d'appel
de projets que vous voulez pour les projets prioritaires, donc des critères à
définir, la répartition du financement, tout ça, c'est absent du projet de loi.
Donc, ce sont des bonnes idées que vous amenez,
que d'autres ont amenées aussi en grande partie. Puis vous demandez également
de retirer certains articles qui rendraient le projet vraiment difficile à
absorber pour vous, là, par
exemple, l'imposition de projets puis l'imposition d'un financement. Donc,
votre contribution est fort intéressante pour vous associer au consensus
des groupes qu'on a entendus jusqu'à présent.
Maintenant, j'aimerais savoir, dans l'ensemble
des huit recommandations que vous avez, là, est-ce que vous les avez présentées
dans un ordre de priorité? Est-ce qu'il y a vraiment des choses là-dedans qui
vous semblent absolument incontournables, sans quoi on recule plutôt qu'avancer
en matière de transport collectif?
• (15 h 30) •
Mme
Letarte-Lavoie (Laure) : Bien, comme je pense qu'il a été mentionné par pas
mal tous les intervenants qui sont venus et par nous, bien, c'est
vraiment le partenariat qui est incontournable, tant au niveau de l'élaboration
des projets qu'au niveau du financement, parce que, comme je le disais, peu
importe, ce qu'on veut, c'est que ces projets-là arrivent, fonctionnent, soient
mis en oeuvre, et puis, si on est face à un projet, finalement, qu'on n'a pas
les capacités financières de livrer, il n'y a personne qui est gagnant
là-dedans à tous les niveaux.
M. Arseneau : Maintenant, vous avez
parlé de l'idée de sortir du «top-down». Je ne crois pas, à l'heure actuelle
dans l'architecture du projet de loi, que ce soit le cas, mais est-ce que vous
avez un exemple à fournir de ce qu'on pourrait faire? Parce que le... la
question de la coconstruction, là, tout le monde n'a peut-être pas la même
compréhension. Est-ce que vous avez un exemple ou un contre-exemple — moi,
j'en aurais un, là — de
ce que... ce qu'on peut voir qui pourrait nous permettre de comprendre votre
concept de coconstruction?
La Présidente (Mme Schmaltz) : En
30 secondes.
Mme Letarte-Lavoie (Laure) : Bien,
c'est parce que, comme j'expliquais, nous, on a un projet en cours de
réflexion. Donc là, si on doit attendre que l'agence dise : Oui, on est
prêt, on arrive chez vous, ça nous inquiète, on... Nous, il y a un travail qui
est entamé, donc on veut pouvoir, nous aussi, soumettre ces projets-là. Donc, c'est
ça qu'on souhaite, c'est une coconstruction dans l'élaboration et la réflexion,
parce qu'il y a du travail qui a été fait et que ce serait dommage de perdre
une expertise aussi.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Alors, merci beaucoup. Merci pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Pour ma part, je vais suspendre quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci. Bonne journée.
Mme Letarte-Lavoie (Laure) : Merci à
vous.
(Suspension de la séance à 15 h 31)
(Reprise à 15 h 36)
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Alors, on est de retour. Je souhaite donc la
bienvenue à Mme la Pre Florence Junca-Adenot. J'espère de bien prononcer
votre... votre nom de famille. C'est correct? Parfait. Alors, vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, par la suite on va procéder à un échange
avec les parlementaires. Alors, je vous invite donc à vous présenter et puis à,
donc, nous livrer votre exposé.
Mme Florence
Junca-Adenot
Mme Junca-Adenot (Florence) : Alors,
merci de m'avoir invitée. Ma présentation est dans le mémoire, donc je vais
tout de suite aller à la présentation du mémoire en cinq volets.
Le premier volet, l'annonce du réinvestissement
dans les projets de transport collectif est une bonne nouvelle, mais est-ce le
seul modèle? La ministre des Transports, quand elle a lancé le projet de loi, a
dit viser à dépolitiser et mieux gérer les grands projets de transport
collectif, à réduire les délais, diminuer les coûts tout en améliorant le manque d'expertise au Québec. Les
trois premiers chantiers sont annoncés. Cependant, quand on analyse le
projet de loi 61, il n'y a pas de référence aux problèmes à résoudre ni
aux objectifs poursuivis. Le PL 61 accroît la politisation en concentrant
entre les mains du gouvernement toutes les décisions concernant les grands
projets de transport, mais aussi d'autres
décisions en transport. Et pourtant, en même temps, après la bonne loi 22
sur l'expropriation est déposé l'excellent projet de loi 62 qui
s'attaque à une des causes augmentant les coûts, les risques, les délais, le
désengagement des firmes, c'est-à-dire l'obligation du plus bas soumissionnaire
conforme avec des projets clés en main, à prix forfaitaire et date fixe.
La
loi 62 propose d'introduire les contrats en mode collaboratif qui
diminuent les coûts de 15 % à 20 %, partage les risques, etc. Et cette approche n'a pas besoin
d'une agence pour s'appliquer. Cette flexibilité devrait être accordée
aux projets des sociétés de transport et des villes. De plus, si cela n'est pas
fait, les fournisseurs travailleront avec l'agence et ne répondront plus aux
appels d'offres des sociétés de transport. La loi 62 devrait être aussi
accompagnée d'une simplification de la directive du Conseil du trésor sur la
gestion des grands projets. Je me suis permis de mettre en annexe un tableau
des étapes d'autorisation de la directive comparées aux étapes beaucoup moins nombreuses
qui ont été accordées pour le REM. Le Québec ne manque
pas d'expertise pour réaliser les grands projets complexes, ses grandes firmes
de génie-conseil construisent à l'étranger.
Les sociétés
de transport, les autorités régionales, les villes, le ministère des
Transports, les experts disposent des expertises requises pour faire des
études de transport et planifier les projets de transport collectif, d'où deux
recommandations : uno, renforcer la loi 62 pour répondre aux
objectifs de la ministre des Transports pour le PL 61; deuzio,
faire bénéficier les sociétés de transport de la loi 62, dont les contrats
en mode collaboratif, et de la révision nécessaire de la directive du Conseil
du trésor sur la gestion des grands projets.
• (15 h 40) •
Deuxième
volet, le mandat très large confié à l'agence crée des risques importants dans
l'écosystème québécois des transports collectifs. Au lieu de s'attaquer
aux problèmes identifiés par la ministre, l'agence se voit dotée d'un mandat
large loin de la réalisation des projets, soit des mandats d'opportunité,
d'analyse de transport, de mobilité, des mandats de planification, des mandats
de développement des systèmes intelligents, de coordination des services de
transport collectif, de développement immobilier, de gestion du matériel
roulant, donc, par exemple, des garages pour véhicules électriques, des autobus
électriques, etc. Ce mandat étendu empiète sur les rôles et responsabilités des
sociétés de transport, des agences régionales et des villes, et même du ministère
des Transports. Ils ont l'expertise, ce d'autant plus que l'agence devient la
seule responsable des projets qui lui sont confiés.
C'est assez clair que ça va entraîner des
duplications coûteuses et démotivantes, des coûts qui vont augmenter, une dilution
des expertises, des problèmes de gouvernance et de politisation qui vont se
multiplier. Deux recommandations : uno, revoir le mandat de l'agence, si
sa création est retenue, pour la concentrer sur la réalisation de grands
projets complexes de transport et définir ce type de projet qui n'est pas
défini actuellement dans le PL 61; deuxio, éviter les chevauchements de
gouvernance, de responsabilité et de décision.
Troisième volet, les conditions gagnantes d'un
projet de transport : la planification des villes, des services de transport et l'implication des citoyens sont
ignorées dans le PL 61. Trois obligations. À travers le mandat de
planification donné à l'agence apparaît un oubli méthodologique majeur, d'où
trois obligations. La première, la planification d'un projet de
transport doit être intégrée à la planification urbaine, au schéma
d'aménagement, dont il est un moteur de réussite
très interrelié au choix d'activités urbaines à renforcer ou à développer
prioritairement, ça prend des priorités. Des exemples réussis, ça foisonne dans le monde : Bordeaux,
Portland, Oregon, Arlington, Stockholm, le Tripode de Nantes, on peut en citer plein. Puis, à côté,
on a le LLÉO de Taschereau, qui est un magnifique projet intégré d'où,
intégrant la mobilité, le développement de cette artère mal foutue. Mais le
gouvernement l'a suspendu, alors que ça faisait unanimité, et il l'a confié au
CDPQ Infra pour y implanter un REM.
Deuxième obligation, la planification doit
évaluer le système de transport auto et TC dans son ensemble et s'assurer que le projet priorisé retenu réponde
aux besoins de déplacements actuels et futurs, être arrimée et complémentaire
aux services existants tout en les renforçant. Il doit inclure tous les coûts.
La planification doit être efficace pour diminuer l'usage de l'auto solo et
visionnaire quant à la planification, prioriser à court, moyen et long terme et
pas en isolant un projet. Un bel exemple de ce qu'il ne faut pas faire, le REM
de l'Est avec 17 stations collées le long de 17 stations du métro de
la ligne verte pour capturer sa clientèle et ses revenus.
Troisième obligation, un projet de transport...
excusez, un projet de transport structurant ne peut réussir sans une
implication continue de toutes les parties prenantes dès le démarrage du projet
et leur implication à toutes les phases,
incluant l'exploitant qui va hériter du système pour l'exploiter à long terme.
L'agence proposée dans le PL 61 fonctionne en vase clos, d'où trois
recommandations : uno, ne pas faire relever l'agence si elle est créée et
introduire la triple démarche de planification préalable à la réalisation d'un
grand projet de transport; deuzio, l'agence réalise le projet une fois
l'exercice de planification terminé; tertio, assurer la participation au comité
directeur décisionnel du projet des sociétés de transport et villes concernées
pendant la phase de réalisation.
Quatrième volet, le PL 61 augmente la
contribution financière des villes et des sociétés de transport sans source de
revenus additionnels ni réforme du modèle de financement. Le projet de
loi 61 arrive à un bien mauvais moment. La bonne nouvelle est l'annonce de
trois projets majeurs, mais la mauvaise nouvelle est que la réforme du
financement des transports collectifs, annoncée depuis trois ans, n'est
toujours pas sur la table. Le FORT est en déficit, pas d'indexation des
carburants depuis 2013, vente des litres en décroissance, alors qu'il finance
l'entretien, puis le développement du réseau routier, puis des transports
collectifs. Les organismes de transport diminuent les services pour faire face au déficit. Construire un nouveau projet, c'est
bien, mais ses coûts d'opération seront à la charge exclusive des exploitants,
ce, sans ressources additionnelles pour y faire face. Bon exemple, c'est les
190 millions additionnels du REM de l'Ouest, phase I, qui est à payer
actuellement par les autres transporteurs à partir de leurs propres ressources
et donc des coupures qu'ils font sur leurs services. S'y ajoutent les coûts de
mise à niveau des infrastructures existantes.
Le projet de loi annonce en plus que le coût de
construction des nouveaux projets d'infrastructure en site propre ne sera plus
financé à 100 % par le gouvernement mais en partie réparti aux villes et
sociétés de transport, article 74, et, s'il n'y a pas d'entente, le
gouvernement du Québec détermine qui paie, combien et qui va opérer, d'où trois recommandations : uno, conserver
100 % du financement des nouveaux projets de transport collectif par le
gouvernement du Québec; deuzio, prévoir les coûts d'exploitation du
grand projet de transport en même temps que le budget d'immobilisations et
s'assurer de son financement; tertio, adopter la réforme du financement des
transports collectifs avant la création de l'agence afin d'avoir un portrait
clair des règles du jeu.
Cinquième volet, le développement immobilier des
actifs, une source de financement pour les sociétés de transport et une
stratégie urbaine efficace. Afin de diversifier les revenus pour financer les
opérations des organismes de transport est apparue la rentabilisation des
actifs immobiliers des sociétés. Ce n'est pas compliqué, là, il s'agit de construire en s'associant à un partenaire privé puis retirer
un rendement des actifs construits. Cela présente plusieurs avantages :
développer du logement abordable et des services complémentaires autour des
stations, garages et gares, densifier,
accroître l'achalandage des transports collectifs, donc les revenus. Cette
approche est mondialement implantée, que ce soit à Séoul, à Lyon ou à
Vancouver.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : En terminant.
Mme Junca-Adenot (Florence) : Or,
le PL 61 s'approprie cette idée et les revenus qui vont avec, d'où trois
recommandations, si vous me permettez, Mme
la Présidente. Recommandation un, faciliter et alléger les processus
de vente, d'achat et de développement
immobilier des actifs des sociétés; deux, permettre que les sociétés de
transport puissent faire du développement immobilier de leurs actifs
avec un partenaire privé; trois, laisser 100 % des revenus de vente et
rendement à l'exploitant...
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Je suis obligée... je suis désolée, je dois
malheureusement vous quitter parce qu'on a
un temps qu'on doit respecter. Par contre, la discussion, elle se poursuit avec
la ministre pour 16 min30 s. Merci aussi de votre exposé.
Mme Junca-Adenot
(Florence) : Merci, Mme la Présidente.
Mme
Guilbault : Oui, merci. Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Merci pour l'exposé, pour tout le travail aussi,
manifestement, qui a été fait pour nous déposer ce mémoire-là avec plusieurs
recommandations sur plusieurs aspects. Je vous ai entendue puis je pense que je
vais commencer avec, ironiquement, le projet de loi 62, parce que vous
avez vous-même commencé votre exposé avec le projet de loi n° 62,
qui est actuellement travaillé par mon collègue au Conseil du trésor, en disant
que le projet de loi 62 est un excellent projet. C'est ça, c'est ce que je
me suis noté. Mais bref, donc, alors, autrement dit, vous dites qu'une bonne
partie des problèmes qu'on a actuellement et qu'on
dénonce, entre autres dans les projets de transport collectif, mais pas
seulement dans les transports collectifs, là, pour nous, à l'échelle
gouvernementale, c'est dans l'ensemble des projets d'infrastructure où on
souhaite être plus efficaces. Et donc le
projet de loi 62, est-ce que vous, vous avez participé aux consultations
ou à l'exercice des auditions dans le projet de loi 62?
Mme Junca-Adenot
(Florence) : Je n'ai pas participé aux consultations sur le projet de
loi 62, mais j'ai suivi le processus qui était suivi et puis les
commentaires qui étaient faits. Mais le projet de loi 62, je mets l'accent
surtout sur les modes collaboratifs qui sont introduits et qui... et qui
tendraient et qui permettraient de répondre à une critique qui s'est
généralisée, là, qui est le plus bas soumissionnaire conforme avec ce que ça
entraîne en termes de... Au fond, chacune des parties se préserve, augmente
leurs... les coûts. Les coûts augmentent, les délais augmentent, chacun se...
Puis, à un moment donné, les soumissionnaires il y en a moins, il n'y en a
plus. Il faut arriver à sortir de ce modèle-là. C'est pour ça que les modes
collaboratifs qui sont pratiqués ailleurs, là, ce n'est pas une invention
récente, là, ça permet d'introduire les soumissionnaires potentiels plus tôt
dans le processus de planification du projet et ça permet de voir, de partager
des risques, de s'informer mutuellement, de bâtir un projet qui va être plus
près de la réalité plutôt que d'avoir les surprises avec les ordres de
changement, puis la négociation en fin de parcours qui se finit devant les
tribunaux.
• (15 h 50) •
Mme
Guilbault : Oui, tout à fait. Bien, nous,
on le voit comme un incitatif à la performance aussi pour les entrepreneurs ou
éventuellement le consortium et parce que... Puis vous l'avez dit vous-même
aussi, là, c'est une évidence pour nous que les projets d'infrastructure, entre
autres au transport, coûtent cher et prennent beaucoup de temps. Et, ce matin,
on avait des gens puis on avait... en début d'audition, on a eu l'entreprise Pomerleau
qui est venue. On a eu aussi l'Association des constructeurs de grands travaux
du Québec, et d'autres aussi, là, mais je pense à ceux-là actuellement, qui
venaient nous vanter les mérites d'utiliser davantage les modes collaboratifs.
Vous l'avez dit, de toute façon, ce n'est pas une invention, là, on n'a rien
inventé dans le projet de loi parce que ça s'utilise ailleurs. Ce qui est nouveau, c'est d'en faire une espèce de nouvelle
norme ou, en tout cas, une pratique plus régulière parce
qu'actuellement, si on veut sortir un peu des modes traditionnels, ça nous
prend des dérogations, c'est compliqué, il y a une lourdeur administrative qui
vient avec ça.
Donc, on veut que ce
soit plus simple pour nous de recourir à cette façon-là de travailler. Et les
gens qu'on a eus qui représentent
l'industrie nous ont confirmé que ça irait beaucoup mieux et que,
vraisemblablement, ça pourrait coûter moins cher et prendre moins de
temps. Mais on a eu, ce matin, des gens qui sont venus nous dire l'inverse, que
les modes collaboratifs n'amélioreraient pas les choses. C'est pour ça que, là,
je vous entends cet après-midi, vous qui
êtes une experte, et vous nous confirmez un peu ce qui est à l'origine même de
l'existence du projet de loi 62, qui, pour nous, comme
gouvernement, est une évidence qu'il faut se moderniser dans notre façon de
contracter avec le marché parce qu'on se retrouve avec des projets comme à Québec.
Je ne sais pas si
vous avez suivi un petit peu les péripéties du tramway de Québec l'automne
dernier, personne n'a soumissionné sur le tramway. Donc là, on se retrouve...
Et, là encore, on dépend de la CDPQ Infra, comme
d'habitude, pour faire un projet de transport collectif. Puis je fais le lien
avec mon projet de loi à moi. L'objectif du gouvernement, c'est de
pouvoir être autonome dans la réalisation de ces projets de transports
collectifs complexes et non pas de dépendre de la CDPQ Infra qui, actuellement,
est à peu près la seule qui est capable d'en faire en dehors de la STM qui
s'occupe de son métro.
Donc, puis là je vais vous
laisser répondre, donc, sur les modes collaboratifs, vous nous confirmez que,
pour vous, ce serait une nette avancée, ce qu'on va faire avec le projet de
loi 62 et qui va s'appliquer, entre autres, au ministère des Transports,
mais à la SQI aussi et éventuellement à Mobilité Infra Québec. Et est-ce que...
et est-ce que vous ne partagez pas notre souhait qu'une nation comme le Québec
puisse être autonome dans la réalisation de ses projets de transport complexes?
Mme Junca-Adenot (Florence) : Mme
la ministre, dans votre question, il y a deux questions.
Mme Guilbault : Oui, c'est pour ça. Puis là je vous laisse répondre à votre
guise. Prenez le temps dont vous avez besoin.
Mme Junca-Adenot (Florence) : Alors,
sur la première question, je reste convaincue que les modes collaboratifs, ça
vaut la peine d'être implanté, d'être... au besoin, d'être essayé avec des projets
pilotes, mais je vais plus loin, moi, je dis d'être implanté. Je suis du côté
des donneurs d'ouvrage. J'ai été donneur d'ouvrage pendant 30 ans puis
j'ai eu... C'est des projets universitaires, donc c'est des projets avec des
fonds publics. Et le plus bas soumissionnaire conforme, je l'ai expérimenté.
Puis j'ai eu la chance de pouvoir expérimenter, de pouvoir utiliser les modes
collaboratifs dans le cadre d'un projet. Et je l'ai vue, la différence, c'était
beaucoup plus agréable, beaucoup plus facilitant pour toutes les parties.
C'était plus intéressant parce que les soumissionnaires, c'est des
spécialistes, hein, ce n'est pas juste pour nous... pour faire de l'argent, là.
Ils sont capables de nous aider dans la conception, dans les plans, dans le...
Ils sont capables d'aider puis même de faire des suggestions qui, quelquefois,
économisent. Donc, moi, j'y crois.
Maintenant, la notion d'autonomie pour réaliser,
c'est un autre débat, c'est... On n'est pas moins autonome pour réaliser quand
on confie à un ce qu'on appelle un bureau de projets qui va aller chercher
toutes les expertises pour pouvoir passer à travers les différentes étapes.
Parce que, dans un projet, il y a deux grandes étapes, hein, que j'ai dit dans
mon mémoire, là, il y a l'étape de planification du projet, puis ensuite, quand
tout est attaché et accepté, bien, on rentre dans la planification de la
réalisation, hein, c'est deux... deux morceaux. Alors, quand on regarde ça, on
est autonome. Il suffit de mettre en place de bons bureaux de projets avec les
bonnes personnes, savoir de qui on va le faire relever.
Dans la
région de Montréal, le mandat est donné... a été donné à l'ARTM, à l'Autorité régionale de transport... des
transports de piloter le premier volet, donc la planification. On n'est pas
moins... comment dire, on reste autonome. On a les meilleures firmes
d'ingénieurs-conseils qui construisent à l'étranger parce qu'il n'y a pas assez
de projets ici de toute façon. Alors, je pense que c'est un autre débat. Vous
avez plein de constructions qui se font, et puis on n'en entend pas parler
parce que ça se passe bien...
(Interruption)
Mme Junca-Adenot (Florence) :
Excusez. Je vais prendre la construction du CHUM qui s'est... qui est quasiment... qui est terminée, là. On n'a pas eu besoin
d'une agence pour construire le CHUM. Et on a mis les mécanismes en place une fois les décisions de planification
terminées, qui ont été difficiles, on se le rappelle, il y a eu des changements...
il y a eu tout un paquet... mais c'est normal, c'est des... c'est là que se
font les discussions de planification, de choix et de priorisation. On peut
être content, pas content, c'est autre chose, ça. Mais après on met en place
les structures puis on fait surtout... on fait surtout très clairement relever les
bureaux de projets d'un endroit où des décisions se prennent et où les
intervenants... tous les intervenants soient... sont représentés, parce que ce
n'est pas juste au niveau de la planification, il faut être là tout le long
de... Les intervenants, les partenaires, les parties prenantes, il faut qu'ils
soient présents tout le long du processus de planification et de réalisation, y
incluant la société de transport qui va avoir à exploiter et qui peut lever des
drapeaux verts, là, pour dire... ou des drapeaux rouges pour dire :
Attention, là, faites attention, ça va nous coûter plus cher si vous faites tel
choix. Je ne sais pas si je réponds, mais j'essaie de...
Mme Guilbault : Oui, oui, oui. C'est que je ne savais pas si vous aviez
terminé.
Mme Junca-Adenot (Florence) : Oui.
Désolée.
Mme Guilbault : Oui. Non, non, pas de problème. Mais peut être que, dans un
sens, on dit la même chose, mais différemment, parce que quand vous
dites : Il faut le faire relever de la bonne personne, effectivement, moi
je suis d'accord. Puis, nous, notre... notre prétention, c'est que plutôt que
de créer un bureau de projets pour chaque projet qui relèverait de chacune des
sociétés de transport, on en crée... on crée une entité nationale qui, elle,
justement va relever du gouvernement, parce que c'est essentiellement le gouvernement
qui finance de toute façon les projets, donc
autant les contrôler aussi en contrôler la réalisation et la planification dans
certains cas, s'il y a lieu, là, parce que la planification a été
intégrée à l'article 4 du projet de loi, donc, et là avoir des ressources
expertes capables de possiblement travailler sur plus qu'un projet en même
temps. Parce que vous dites : Il n'y a pas assez de projets au Québec parce que c'est toujours
compliqué, et, nous, multiplier des bureaux de projet avec différentes
conditions selon les municipalités, selon la société de transport...
Et d'ailleurs, depuis le début des
consultations, on a eu la ville de Montréal, la ville de Laval et leur société de transport aussi, la ville de Québec, et qui
sont tous favorables à la création de Mobilité Infra Québec, probablement comme vous et moi, en se disant... Bien, entre vous et moi,
je ne veux pas dire qu'on pense exactement la même chose, manifestement,
il y a des nuances, là, mais eux aussi souhaitent juste qu'on fasse plus de
projets puis qu'enfin on soit capable de les réaliser, de dépasser d'abord le
tiraillement politique puis les... et autres... et autres problèmes et de se
trouver une entité capable de le faire en dehors de la CDPQ Infra avec qui on a
eu des belles réalisations. Mais, vous l'avez dit, tu sais, la Rive-Sud de
Montréal, l'est de Montréal, ils ont été dans le projet, ils se sont retirés du
projet, puis là on se retrouve un peu le bec à l'eau, si vous me passez
l'expression.
Donc l'idée, c'est de
se trouver une sorte de CDPQ Infra, mais qui va être un mandataire du
gouvernement et qu'on va pouvoir... qu'on va... qui va faire partie...
finalement, qui va être une ressource du gouvernement, d'autant plus qu'on
finance une grande partie de ces projets-là.
• (16 heures) •
Mme Junca-Adenot (Florence) : Mme
la ministre, je vous comprends dans votre... votre recherche d'accélérer
puis d'essayer de regrouper, etc., mais il y a une réalité à laquelle on ne
peut pas échapper, c'est que la planification, je dis bien la planification,
des systèmes de transport et d'un projet de transport doit nécessairement
s'intégrer dans la planification urbaine, dans l'aménagement d'une ville, dans
les choix qui sont faits à court, moyen terme dans le système de transport. Donc, je dis bien «dans le système de transport».
Habituellement, on parle... on est dans les villes, hein? Quand on parle comme on parle aujourd'hui,
on est surtout dans les villes, donc, qui, nécessairement, va devoir
travailler sur le système de transport, pas être isolée, pas travailler en vase
clos. Il n'y a pas un grand projet de transport réussi qui n'embarque pas les
parties prenantes depuis le début. Donc, il faut que cet exercice se fasse le
plus... le plus proche possible du terrain, et il va y avoir nécessairement des
bureaux de projets. Il peut y avoir une méthodologie commune, là où je vous
rejoins, méthodologie commune, des étapes communes, mais, même si vous créez
une structure, il va falloir qu'il y ait un bureau de projets pour, mettons,
Gatineau, parce que les conditions, la réalité
locale, tout ce qui va être développé va être propre à Gatineau, avec les
participants et les intervenants de Gatineau, puis Québec, ça va être un autre
bureau de projet, puis l'est, ça va être un autre bureau de projet. Même si on
peut trouver une méthodologie commune, ça ne marchera pas s'il n'y a pas
des bureaux de projet qui sont proches du monde.
Et, je répète, il y a
toujours deux grandes étapes, l'étape de planification, qui conduit à ce qu'on
appelle les esquisses préliminaires, le premier projet, le premier projet qui
se présente, l'avant-projet, puis après on tombe dans la phase de réalisation, planification de la réalisation. Et moi, je
suggère que, si l'agence est créée, d'abord, elle n'embarque pas dans tous
les mandats qui sont là, mais qu'elle se concentre sur la réalisation de
projets. Parce que, dans le projet de loi, les mandats sont extrêmement larges,
puis ça déborde sur les mandats des sociétés de transport. À un moment donné,
on ne va plus s'y retrouver pour voir c'est quoi, les petits, les bébés, et
puis tout, là. Dès qu'on rentre dans les systèmes intelligents, on est dans les
opérations, quand on est dans les achats de matériel... C'est tellement large.
Si ça se concentrait
sur la réalisation — on
se comprend bien, hein, il y a deux grandes phases dans un projet — je
pense qu'on fera un bon pas. Mais les trois obligations que je parle dans mon
mémoire, là, aménagement, système de transport et de participation des
parties prenantes, on ne peut pas y échapper. Il n'y a pas une métropole au
monde, une ville au monde qui fait un grand projet de transport qui ne passe
pas par ces étapes-là, sinon elle va avoir tout le monde contre.
Mme
Guilbault : Oui. Bien, on est d'accord
là-dessus, pour nous, c'est une évidence. Puis tous ceux qui sont venus nous
faire valoir l'importance de la collaboration, on a répondu la même... Bien,
premièrement, je l'ai dit souvent, on ne va jamais imposer un projet à une
ville ou à un territoire quelconque, là, ça n'a pas de bon sens. L'argent est
rare, donc on va faire ceux qui... on va faire les projets qui sont voulus par
les communautés. Puis c'est sûr que les
parties prenantes vont faire partie de l'élaboration du projet, parce que, vous
l'avez dit, là, ça n'a pas de bon... on
ne peut pas être... on ne peut pas être complètement déconnecté, dans un bureau
à Québec et à Montréal, sans parler à personne. Alors, c'est sûr, que,
pour nous, ça va de soi.
Puis aussi cette
communauté-là ou cette coparticipation-là, pour nous, s'étend à l'aspect
financier. Puis là je fais le lien avec une
de vos recommandations qui m'a un petit peu surprise, la recommandation n° 9 : «Conserver 100 % de financement des nouveaux projets de
transport collectif par le gouvernement du Québec.» C'est qu'actuellement, déjà,
il y a des participations par d'autres
partenaires, notamment par le partenaire fédéral, des fois, pas toujours, mais
souvent, quand même, et les municipalités. Puis, pour les intervenants qui vous
ont précédés depuis deux jours, tous ceux qui étaient du palier
municipal, je leur demandais...
La Présidente (Mme
Schmaltz) : En terminant.
Mme
Guilbault : ...est-ce que, pour vous,
c'est... Oh! bon, désolée. J'allais dire qu'ils ont tous dit que, pour eux,
c'était normal qu'il y ait une contribution financière des municipalités, mais
là, malheureusement, vous n'aurez pas le temps de répondre, à moins que les
collègues vous laissent répondre sur leur temps. Mais merci beaucoup de votre
participation.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Merci.
Alors, oui, je vais me tourner maintenant vers l'opposition officielle
pour 9 min 54 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Merci pour votre mémoire. Toujours, on le souligne, faire
un mémoire et le présenter en commission, c'est du temps de qualité. Nous
sommes heureux de vous avoir avec nous en commission.
Ma
première question. Je lis le sommaire, et vous avez dit : «Attendu que le
PL 61 donne à l'agence des mandats larges qui seront sources de conflit de
gouvernance, de coûts additionnels, de dilution des expertises, de politisation
accrue, de démotivation des acteurs.» Vous faites quand même un constat très
dur à l'égard de l'agence. Est-ce que vous êtes à ce point-là sceptique par
rapport à la mission de l'agence?
Mme Junca-Adenot
(Florence) : Bonne question. Je me suis simplement attardée à faire
l'analyse... l'analyse textuelle du projet de loi n° 61. C'est pour ça que
j'ai cité tous les mandats qui sont dans le projet de loi. Et les mandats qui
sont dans le projet de loi, dans plusieurs d'entre eux, sans les répéter, ce
sont des mandats qui sont aussi dans les sociétés de transport, dans les
autorités régionales et même au ministère des Transports. Donc, si le projet de loi crée une nouvelle structure et
confie, sans présider... sans préciser plus et sans préciser ce qu'est un grand
projet complexe, bien, ça va piler sur les pieds des organismes de transport.
Donc, je fais une
analyse littérale, hein, littéraire et littérale du projet de loi. C'est écrit
tel quel, vous pouvez le relire. Je l'ai même mis dans mon mémoire, parce que
c'est très intéressant... j'ai fait un extrait du... un extrait du mandat
large, mandat d'opportunité, donc, on est... mandat d'opportunité, d'analyse,
transport, mobilité, là, on est dans la
phase planification du projet et non pas planification de la réalisation du
projet. Les mandats de développement de systèmes intelligents,
coordination des services de TC, développement immobilier, gestion du matériel
roulant, prenez-les tous, vous les retrouvez aussi dans le rôle des sociétés de
transport.
Alors, quelqu'un qui
est naïf comme moi, bien, je dis : Si on voit les mêmes mandats dans deux
instances distinctes, c'est sûr qu'il va y avoir des problèmes, c'est sûr que
vous allez avoir des coûts, de la démotivation, c'est sûr qu'il va y avoir des problèmes de politisation puis de... C'est pour
ça que ma suggestion, c'est d'enlever tout ça puis de concentrer sur... On veut
vraiment réaliser des projets, bien, qu'on concentre le mandat sur la
réalisation de projets.
M. Derraji : OK.
C'est très clair, c'est très clair, et je vous remercie. Parce que ça m'a
frappé, c'est un paragraphe qui dit beaucoup de choses. Je peux continuer,
parce que vous avez aussi dit : «Attendu que le Québec dispose des
expertises requises pour réaliser des grands projets complexes de transport
collectif», et vous avez parlé du 62. J'ai
eu l'occasion de siéger sur le 62, et, si vous avez suivi les travaux, les
échanges... D'ailleurs, j'étais... j'avais... j'étais avec ma collègue, et on se rappelait... Je disais au ministre...
au collègue de Mme la ministre... Il insiste beaucoup que c'est très important
pour l'agence, ce projet de loi. Bien, on a essayé de mettre le transport
collectif. Bien, sa réponse était : Non, il faut voir avec ma
collègue. Donc, j'espère qu'on va le voir. Mais, vous avez raison, si on
n'utilise pas ce mode de contrat, bien, à quoi bon un projet de loi n° 62?
Je vais revenir à la
mission, parce que, sérieux, vous avez mis le doigt sur le... un point très
important : On veut régler quel
problème pour créer l'agence? Ce qu'on a entendu depuis le début : On veut
faire très vite. Donc, un, délai, variable... Première variable, délai.
Variable n° 2, le coût. Je ne sais pas si vous avez
eu l'occasion d'entendre les groupes de ce
matin. Et les études à l'international, en Australie, il y a une bonne revue de
littérature par rapport à ça. Il n'y
a personne qui nous a démontré qu'il y a une plus-value par rapport au coût,
qu'on va gagner en termes de coût. Donc, ce qui a été démontré par
rapport aux contrats collaboratifs, c'est le délai.
Donc
là, vous dites, vous... vous ramenez un autre point, c'est que l'expertise
existe, et on risque de cannibaliser ou de se cannibaliser avec les
sociétés de transport. Bien, est-ce que je peux lire entre les lignes que, pour
vous, ce qui est très important, c'est le projet de loi n° 62 et non pas
le projet de loi n° 61?
Mme Junca-Adenot
(Florence) : Bien, vous... vous m'amenez à la conclusion que je n'ai
pas eu le temps de dire... de lire, parce que j'ai lu mon texte, je
disais : «Le projet de loi n° 61 ne résiste pas à l'analyse. Pour
réduire les délais de réalisation des
projets de transport collectif et, en conséquence, leurs coûts, c'est plutôt le
projet de loi n° 62 qui est la voie à suivre, en la renforçant.»
Puis, quant au manque d'expertise, pas besoin de faire la démonstration à
nouveau, là, on l'a, l'expertise au Québec, on l'a largement.
M. Derraji : OK.
Donc, devant l'argument qu'on vous dit : Écoute, on a besoin d'une agence pour
accélérer les projets et agir sur les délais, vous n'achetez pas cet
argument-là?
Mme Junca-Adenot
(Florence) : Bien, dans un premier temps, je dis : Ce qui est le
plus facile, travaillons avec le projet de loi n° 62 pour régler une partie
du... une partie du problème, hein, les coûts, les délais, etc., là, puis, si
on veut vraiment...
M. Derraji : Juste
le délai. En tout respect...
Mme Junca-Adenot
(Florence) : ...si on veut vraiment aller plus loin puis avoir une
agence de réalisation, bien, à ce moment-là,
on limite son mandat à la réalisation, qui donne une méthodologie commune,
après avoir modifié le PL 62 et après avoir révisé, parce qu'il ne
faut pas oublier la révision de la directive du Conseil du trésor, qui crée
beaucoup, beaucoup d'étapes, puis des règlements qui se sont renforcés. Alors,
si on ne travaille pas sur tout ça, l'agence, elle ne fera pas mieux.
• (16 h 10) •
M. Derraji : Oui. Oui. Bon, donc,
pour vous, première lecture du projet de loi, les résultats espérés ne seront
pas là parce que la plus grande partie réside dans le projet 62. On va
dire : C'est le même gouvernement, 62... au niveau des contrats. Je tiens
juste à réitérer une chose. Je suis sceptique par rapport aux coûts. On risque
de faire des gains en termes de délais. Je ne suis pas sûr qu'on va faire des
gains en termes d'argent, le coût. Ça, c'est démontré.
Mme Junca-Adenot
(Florence) : Je me permets de vous...
M. Derraji : Oui.
Mme Junca-Adenot (Florence) : Excusez,
monsieur. Je me permets de vous dire que, si on fait des... juste l'équation,
si on fait des économies de délais en conséquence, on va faire des économies de
coûts.
M. Derraji : Bien, en tout respect,
je peux vous partager une revue de littérature qui démontre le contraire.
L'Australie, qui nous a dépassés depuis plusieurs années, l'UK, notamment,
c'est démontré que, oui, on peut agir au niveau
des délais, mais pas forcément au niveau des coûts. Ça a été démontré aussi par
d'autres groupes. Mais ça, c'est un autre débat.
Je veux concentrer l'échange qui nous reste, il
reste deux minutes, sur la mission. Ce que vous ramenez sur la table, pour vous, le MIQ doit se concentrer sur la
réalisation, uniquement la réalisation. Ça, c'est un. Deux, ma question :
Quel type de réalisation? Transport en commun? Autoroutes? Ponts? Viaducs?
Lequel? Quel aspect?
Mme Junca-Adenot (Florence) : Bien,
votre question, elle est dans le projet de loi n° 61. Moi, j'ai compris que le projet de loi n° 61 s'adressait
prioritairement au transport collectif, prioritairement au transport collectif.
Maintenant, c'est clair que, si on peut alléger l'ensemble des processus
suivis pour pouvoir mettre plus d'agilité, plus d'habileté, espérer diminuer
les délais... Et ce qu'il faut, c'est éviter la politisation. Parce qu'on
oublie une chose, c'est : Pourquoi on n'avance pas plus vite dans les
projets au Québec? C'est qu'il y a un projet qui avance au niveau de la
planification, puis il y a quelqu'un au niveau gouvernemental qui met le projet
de côté ou qui... ou qui le met sur la glace.
On recommence, on repart. C'est ça qui explique pourquoi... Il suffit de
prendre l'historique de chacun des projets. Ils ne se rendent pas,
habituellement, souvent, au stade de la réalisation, il est dans les étapes
antérieures.
M.
Derraji : Bien, le REM, le REM, par exemple, ça a été un
projet mené de A à Z par la Caisse... CDPQ Infra, et il roule
maintenant. À quoi vous faites allusion? À quels projets?
Mme Junca-Adenot (Florence) : C'est
le... Le REM est le premier depuis pas mal d'années, depuis les 30 dernières années, où il n'y a pas eu... Il
y a eu une intervention gouvernementale, il a été imposé. Le REM, reprenons
un petit peu, il a été imposé, confié à la
CDPQ Infra, dans un premier temps, parce qu'il fallait qu'on règle le problème,
sur le pont Champlain, du transport des 350 autobus et qu'on ait un
mode... rapidement pour enlever les autobus...
La Présidente (Mme Schmaltz) : En
conclusion.
M. Derraji : Mais on n'avait pas
besoin d'une agence pour le faire.
Mme Junca-Adenot (Florence) : Bien,
c'est une agence, CDPQ Infra.
M. Derraji : Oui. Elle est capable
de le faire comme elle est capable de faire d'autres projets.
Mme Junca-Adenot (Florence) : Elle
était capable de le faire parce que, dans le cadre... Je répète, si vous avez
une minute, dans le cadre du REM de l'Ouest, il n'y avait pas beaucoup de
planification à faire, c'était un remplacement...
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Je suis désolée, le temps est écoulé, malheureusement.
Je suis désolée. Je vais céder la parole maintenant au deuxième groupe
d'opposition pour 3 min 18 s.
M. Grandmont : Merci, Mme la
Présidente. Mme Florence Junca-Adenot, très content de vous retrouver.
Merci pour votre présentation, ça va être très aidant pour l'étude détaillée du
projet de loi, notamment, là. Je retiens notamment le passage, là, qui a été au
coeur des discussions sur le mandat. On ne reviendra pas là-dessus parce qu'on n'a pas beaucoup de temps, là, à peine trois
minutes, mais ça, c'est quand même un élément absolument essentiel.
Vous avez dit
quelque chose tantôt, vous avez dit : Il faut régler le financement des
opérations. On comprend, Mme la ministre l'a beaucoup rappelé, il y a
une négociation ensemble... en cours entre le gouvernement puis les sociétés de
transport. Vous dites : Il faut régler ces règles de financement des
opérations avant d'adopter le projet de loi n° 61. C'est bien ce que vous
avez dit?
Mme Junca-Adenot (Florence) : Exact.
Et ça me fait mal au coeur...
M. Grandmont : Pouvez-vous expliquer
pourquoi?
Mme
Junca-Adenot (Florence) : Ça
me fait mal au coeur de dire ça, moi qui ai toujours défendu les transports
collectifs.
M. Grandmont : Mais pourquoi c'est
important?
Mme Junca-Adenot
(Florence) : Pour qu'on ait... Écoutez, pour se lancer... Quand on se
lance dans des grands projets, il y a un coût d'immobilisation. Dans le projet
de loi, c'est clair que les coûts d'exploitation vont aller intégralement dans
la société qui va l'exploiter, le gérer, avec les coûts qui vont avec. Alors,
alors qu'on n'a pas de... on n'a aucune idée de prévisibilité du financement
pour les prochaines années, les organismes de transport sont en train de faire
le ménage, de couper dans les services. Il y a des factures comme le
190 millions additionnel qui vient du REM de l'Ouest, phase I, qui est à
absorber. Ils n'ont pas les moyens d'absorber, en plus, les coûts
d'exploitation de nouveaux projets sans
revenus additionnels. D'où réformons... De toute façon, c'est dû... comment
dire? Le modèle de financement du transport collectif, il est dû, tout
le monde est d'accord qu'il faut le modifier. Ça fait trois ans que c'est
promis. Bien, faisons-le pour que les règles du jeu soient connues, soient prévisibles.
Puis là, en fonction de ça, on va pouvoir avoir... bien, je dis «on», moi, je
n'en fais pas partie, là, mais on va pouvoir avoir une plateforme, des outils
pour dire, bien, s'il y a un projet qui se présente, comment on va le financer.
M. Grandmont : Parfait. Merci. Sur
le projet de loi n° 62, là, vous dites aussi que c'est évidemment plus
important, ce qui est dans le 62, que dans le 61. Vous avez dit, il me semble
aussi, puis vous me corrigerez, là, au besoin, mais que 62, les règles qu'on se
donne au gouvernement puis à l'agence également aussi, il faut aussi les donner
aux sociétés de transport, autrement les promoteurs... les entrepreneurs, en
fait, vont bouder les sociétés de transport. Je pense que c'étaient vos mots.
Mme Junca-Adenot (Florence) : Exactement.
Exactement.
M. Grandmont : Donc on crée un
régime à deux vitesses. Et ça, c'est tout le maintien des actifs, entre autres
choses.
Mme Junca-Adenot (Florence) : Bien,
c'est exactement ce que j'allais dire. Il ne faut pas oublier que les sociétés
de transport, il faut qu'elles... il y a le maintien des actifs, l'entretien,
les contrats d'entretien, les contrats de remplacement de matériel, etc. S'il y
a deux vitesses, ils ne sont pas fous, les entrepreneurs, ils vont aller vers
l'endroit où il y a le moins de risques puis où ils sont capables de faire...
de faire un projet plus vite.
M. Grandmont : Un grand merci,
madame...
Mme Junca-Adenot (Florence) : Alors,
ils vont bouder les... ils vont bouder les sociétés de transport. On n'est pas
mieux... plus avancés. Et c'est la même chose pour les villes. Tant qu'à faire,
autorisons les villes aussi...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Je
suis désolée, madame...
M. Grandmont : Un grand merci.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Je
vais être encore obligée de vous couper, malheureusement. Alors, on termine
avec le député des Îles-de-la-Madeleine pour 3 min 18 s.
M. Arseneau : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Merci, Mme Junca-Adenot, pour le travail que vous avez effectué et
la présentation qui est extrêmement éclairante, très complexe... ou très
complète. Et je sais que l'analyse a été complexe aussi pour en arriver à ce
résultat.
On essaie de régler, notamment, un problème, au
Québec, par rapport aux projets qui n'avancent pas ou qui prennent un temps fou
à se matérialiser. Pourquoi on n'avance pas plus vite, votre réponse, tout à
l'heure, ça a été : Parce que souvent
il y a trop de politique dans ces dossiers-là. Et vous nous avez dit d'entrée
de jeu que le projet de loi accroît la politisation. J'aimerais vous
entendre là-dessus plus en détail.
Mme Junca-Adenot (Florence) : Le
projet de loi accroît la politisation dans la mesure où toutes les décisions
sont prises par le gouvernement du Québec, qui décide et qui dit à
l'agence : Tu vas faire ça. Et ça déborde le mandat de réalisation de
grands projets. C'est tous les mandats qui sont... qui sont cités dans la loi.
Pourquoi ça accroît la politisation, c'est que ça... Puis c'est normal que le
gouvernement décide, je ne mets pas ça en question, là. Le gouvernement, il paie, il a une mission, des visions, des objectifs,
il a son rôle à jouer. Mais, à partir du moment où, par-dessus tout le monde, c'est ce que je lis, il
décide puis il donne un mandat, et puis que l'agence est seule à s'occuper
du mandat, et qu'il n'y a rien qui... il n'y
a rien qui dit qu'il y a des balises, que ça implique les intervenants locaux,
etc., bien, ça accroît la politisation. Parce que, là, il va y avoir la
ruée des maires, il va y avoir la ruée des organismes de transport, il va y
avoir une ruée des citoyens et des groupes d'intervention qui vont dire :
Vous êtes dans les patates, vous avancez, puis on n'a pas été mêlés à ça. La
décision se prend d'en haut.
D'ailleurs, c'est ce qui s'est passé avec le
REM. Ça a été imposé sans grande consultation. Ça a été décidé, imposé. Par
chance, ça touchait des services... ça touchait des services qui existaient
déjà et qui étaient remplacés, donc, le volet grande planification, il n'y en
avait pas beaucoup, nécessaire. Mais, quand on rentre dans des terrains neutres
comme l'est de Montréal, par exemple, ou Québec, ou Gatineau, bien, si c'est
pris en haut sans qu'il y ait eu la démarche complète de planification qui
implique l'ensemble de la base, ça va politiser.
• (16 h 20) •
M. Arseneau : Et
vous nous dites qu'on n'a pas besoin d'une agence pour faire mieux, qu'il
s'agirait simplement de parler de l'adjudication des contrats et qu'on a
l'expertise. Donc, ça, c'est très bien compris.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Rapidement,
il reste 20 secondes.
M. Arseneau : Donc, pour ce qui est
de la réalisation, comment... comment on fait mieux? Parce que vous avez aussi
parlé des projets, des bureaux de projets locaux qu'on a... dont on aura besoin
de toute façon.
Mme Junca-Adenot (Florence) : Comment
on fait mieux? C'est compliqué et pas compliqué en même temps. À partir du
moment où on a fait une planification...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Bon,
bien, écoutez, désolée pour... on ne pourra pas entendre la suite de votre
réponse, malheureusement.
M. Arseneau : Je suis désolé. On
manque de temps.
La Présidente (Mme Schmaltz) :
...mais le temps qu'on a est important, puis malheureusement il ne reste plus
de secondes ou de minutes. Alors, je vais quand même... Je tiens quand même à
vous remercier pour votre contribution aux travaux de la commission, c'est
apprécié.
Quant à moi,
compte tenu de l'heure, la commission ajourne ses travaux au mardi 17 septembre
2024 à 9 h 45, où elle poursuivra son mandat. Bonne journée.
Merci.
(Fin de la séance à 16 h 21)