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(Neuf heures sept minutes)
Mme Blanchette Vézina :
Bonjour à tous. Aujourd'hui, il y a un an, le Canada abolissait la taxe sur l'essence,
là. Ça a fait bénéficier à tous les automobilistes du Canada, sauf au Québec, d'une
baisse de 17,6 sous. Vous comprendrez, là, que le Québec est défavorisé
par rapport au reste du Canada dans ce dossier-là. Ça vient augmenter l'inflation,
augmenter le coût de la vie au Québec. Et hier on était avec, notamment, là, des
producteurs forestiers, des gens du secteur forestier qui mentionnent qu'eux
aussi sont pénalisés puisque doivent... doivent faire transporter la matière
première. Alors, ça impacte toutes les sphères de l'économie.
M. Duhaime (Éric) : Merci,
Maïté. Effectivement, aujourd'hui, c'est un triste anniversaire, hein, ça fait
un an que les Québécois paient plus cher leur essence que partout ailleurs au
Canada, plus de taxes. Le Québec est le seul endroit où la taxe carbone n'a pas
été abolie. Rappelez-vous qu'il y a un an, quand la taxe carbone a été abolie
au fédéral par le premier ministre Carney, on disait, au Québec, que ça n'existait
pas. Le Parti conservateur a contesté cette interprétation tordue, parce que
les Québécois le paient, c'est juste que c'est une taxe hypocrite, hein, c'est
une taxe qu'on ne voit pas quand on paie. On ne sait même pas exactement le
montant de taxe carbone qu'on verse, alors que les cinq autres taxes que les
Québécois paient sur l'essence, on sait c'est quoi. Hein, il y a six taxes au
complet au Québec sur l'essence, on paie près de 40 % du prix de l'essence
que ce n'est pas pour l'essence, c'est pour les taxes.
Et avec la montée récente des prix, avec
le premier anniversaire de la taxe carbone, je pense que ce serait important
que les autres partis commencent à prendre conscience du problème. Je sais que
les deux candidats à la direction de la Coalition avenir Québec, dont un des
deux va être premier ministre dans quelques jours, ont dit qu'ils voulaient
abolir la taxe carbone ou rembourser la taxe carbone pour les agriculteurs. C'est
très bien, on se réjouit, parce qu'effectivement les agriculteurs sont dans une
situation désavantageuse par rapport aux agriculteurs d'ailleurs au Canada.
Cela étant dit, il faut que la taxe carbone soit abolie pour les autres types d'entrepreneurs
puis les autres Québécois, les autres automobilistes.
Comme l'a mentionné Maïté, hier on a
rencontré des producteurs de l'industrie forestière. C'est une industrie qui a
de la grande difficulté, hein? Près de la moitié, près de 30 000 emplois
sont menacés au moment où on se parle. Il y a des scieries qui ferment
pratiquement à toutes les deux semaines. Ces gens-là paient... En moyenne, ça représente,
la taxe carbone, 3 $ du mètre cube de bois de plus produire au Québec que
produire en Ontario? Ça, c'est un coût réel qu'on pourrait... dont on pourrait
soulager les producteurs. Ce n'est qu'un exemple. Et on pense donc que c'est
important.
Puis l'autre affaire qui est assez
surprenante, puis qui démontre l'importance d'avoir Maïté maintenant, qui
représente le Parti conservateur du Québec à l'Assemblée nationale, l'écrasante
majorité des Québécois est d'accord avec nous. Il y a plus de 70 % des
Québécois qui en ont assez, qui pensent que la taxe carbone doit être abolie.
Et malheureusement, il n'y a aucun député des quatre partis traditionnels à l'Assemblée
nationale qui a le courage de dire ça et d'appuyer ce que les Québécois
souhaitent. Il y a 99 % des députés qui représentent un... une très faible
minorité des Québécois sur cet enjeu.
Sur ce, ça va nous faire maintenant
plaisir de répondre à vos questions.
Journaliste
: C'est
quoi, votre point de vue sur la Constitution? On sait qu'il y a des amendements
qui s'en viennent, mais, sur le principe comme tel, d'une Constitution...
M. Duhaime (Éric) : Bien, j'ai
cru comprendre, effectivement, qu'il y a des amendements qui s'en viennent,
notamment sur la question de l'avortement. Maïté et moi, on avait fait des
représentations en commission parlementaire notamment à cet effet-là. Et, de
façon générale, l'idée de... que le Québec soit doté d'une Constitution, c'est
quelque chose qu'on applaudit. On a toujours été favorables à ce que le Québec se
dote d'une Constitution. D'ailleurs, on va publier, dans quelques semaines, un
essai pour... sur l'autonomie québécoise, là, Destination autonomie, où
il va en être abondamment question. Donc, on appuie l'initiative du
gouvernement à cet égard-là.
La seule crainte qu'on a, c'est que, là,
on a un gouvernement qui est un peu illégitime quand on regarde les sondages. En
fin de mandat, un exercice qui n'a pas fait une consultation aussi importante
que ça aurait été possible, on trouve qu'on devrait peut-être attendre l'arrivée
d'un nouveau gouvernement pour adopter cette Constitution.
Journaliste
: Mais là,
tous les autres partis ont dit qu'ils voteraient contre le projet de loi. Vous,
vous allez... vous dites que c'est illégitime, vous étiez en faveur. Donc, vous
allez voter pour le...
M. Duhaime (Éric) : Bien, je vais
laisser Maïté parler.
Mme Blanchette Vézina : Oui, exact.
Bien, en fait, sur le principe, je pense que c'est important que le Québec s'affirme
sur les valeurs qui lui sont chères. Donc, pour moi, il est certain que, dans
la mesure où le projet de loi cheminera jusqu'à un vote, oui, on pourra... on
pourra voter pour.
Journaliste
: La
critique numéro un, tu sais, des partis d'opposition à l'Assemblée nationale,
bien des organisations syndicales, bien des organisations de la société civile,
c'est : aucune consultation en amont, aucun forum. Je... Mais vous n'êtes
pas aussi fort là-dessus, je devrais dire, dans votre propos, M. Duhaime,
par exemple, que les autres partis là-dessus. Êtes-vous mi-figue mi-raisin par
rapport à ça?
Mme Blanchette Vézina : Bien,
vous l'avez très bien dit, ça a été nommé, il a manqué de consultation en
amont. Ceci étant, sur le principe, même le Parti libéral souhaite qu'il y ait
une... qu'il y ait une Constitution qui soit adoptée. Je pense que c'est
important quand même que le Québec se dote d'une constitution, mais il aurait
pu faire mieux sur... en termes de consultations.
Journaliste
: ...pour
que vous votiez non?
M. Duhaime (Éric) : Écoutez,
le principe, là, on est d'accord avec l'idée d'une constitution. Il faut
arrêter de faire de la partisanerie, là. La Constitution, là, ce n'est pas une
affaire d'un parti ou d'un autre, là, c'est quelque chose... c'est une loi
fondamentale pour l'ensemble des Québécois. Puis, oui, il faut que ce soit
rassembleur. Puis, pour ça, oui, il aurait fallu qu'une consultation plus
importante ait lieu. Sauf que ce que je trouve déplorable, c'est que le Parti
libéral fasse de la petite politique, eux qui ont... qui étaient favorables à
un projet de constitution, là parce que ça ne vient pas d'eux sont contre. Même
le Parti québécois puis Québec solidaire, qui sont supposément des partis
souverainistes... Moi, celui qui m'a convaincu d'être pour une constitution,
là, c'est Daniel Turp, l'ancien député péquiste, l'ancien député du Bloc
québécois. De voir que le Parti québécois, parce que ça ne vient pas d'eux, ils
sont contre, je trouve ça épouvantable. On n'avancera pas de cette façon-là. À
un moment donné, quand il est question de... une question aussi fondamentale,
je pense qu'il faudrait laisser notre... notre partisanerie au vestiaire puis
être capable de s'unir plutôt que de...
Journaliste : Il y a eu
800 organisations qui étaient contre le projet de constitution, les
syndicats, les groupes... beaucoup de groupes communautaires, environnementaux,
les partis. Donc, c'est au-delà de la question que ce n'est pas juste eux qui
ont proposé la Constitution, il y a... il y a une grogne. Le Barreau du Québec
est contre ça. Donc, vous, vous dites... Vous... vous n'êtes pas sensibles, en
fait, à ces groupes-là?
M. Duhaime (Éric) : On ne
fait pas de conscient pour des lobbies, là, on fait une concession pour le
peuple québécois. Est-ce que la population québécoise est en faveur d'une
Constitution? La réponse, c'est oui. Donc, le... Pour nous, ce qui est
important, là, c'est de voir pourquoi on fait une Constitution. Parce qu'on a
des valeurs communes? Parce qu'on veut avoir une loi fondamentale, une loi-cadre?
On est... on est... on est tous ici, à l'Assemblée nationale... en tout cas,
officiellement, on est tous nationalistes, hein? C'est le Québec d'abord. Puis,
pour ça, ça commence par une loi structurante comme un projet de constitution.
Journaliste : ...immigrant
de... que... que ça... qu'on devrait accueillir de façon... de plus, au Québec,
si on rouvrait le... le PEQ? Vous, vous pensez quoi de ça? Bien, votre...
d'ailleurs, votre position sur le PEQ, rappelez-moi-la, c'est... Vous demandez
qu'on le...
Mme Blanchette Vézina : On a
déposé un projet de loi, d'ailleurs, il y a quelques semaines, là, pour
régionaliser l'immigration. Puis, à l'intérieur de ça, il y a une clause de
droits acquis. Il faut comprendre, le 125 000 est sur plusieurs années,
là, ça fait... ça équivaut à environ 20 000 par année. Et nous... nous,
notre posture, elle est claire, c'est il faut tenir compte de la capacité
d'accueil dans les régions. C'est ça qu'on n'a pas comme données en ce moment.
Puis, je pense que tous les partis, aujourd'hui, demandent à ce que le ministre
rentre en... fasse preuve de transparence, rende disponible les données. Dans
les régions, les gens sont déjà installés, alors... Et nous, ce qu'on souhaite,
c'est que cette capacité d'accueil là, elle soit réellement comprise et notée
par... par une régionalisation réelle de l'immigration.
Journaliste : Donc, ce n'est
pas alarmant pour vous, le fait qu'il y en ait autant, que le chiffre soit si
élevé?
Mme Blanchette Vézina : Bien,
quand on regarde sur les années dans lequel on prend ce calcul-là, c'est
certain que c'est moins gros, là. C'est un chiffre qui a été, je pense, lancé
de manière à... à donner un effet, un effet alarmant. Ceci étant, je pense
qu'en régionalisant l'immigration, on peut réellement tenir compte de la
capacité d'accueil de chacune des régions. C'est ça qui nous manque en ce
moment. 125 000 immigrants à Montréal, c'est probablement plus difficile
de les accueillir, mais dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, il y en a,
de la capacité d'accueil.
Journaliste : Sauf qu'il y a
des motions et du Parti libéral et du Parti québécois. Vous êtes plutôt
d'accord. Vous allez les appuyer ces motions qui demandent essentiellement plus
de... de données, en fait?
Mme Blanchette Vézina : Mais
plus de transparence, effectivement.
Journaliste : Est-ce que vous
trouvez ça problématique, là, le fait que des logements dits abordables, là,
subventionnés ne le soient pas vraiment? On avait un cas ce matin, d'une dame
qui habite dans un logement abordable à Montréal, qui doit consacrer 90 %
de son revenu à se loger. Comment est-ce que vous voyez ce dossier-là?
M. Duhaime (Éric) : Mais,
d'abord, le problème de l'habitation, vous avez raison de noter que le logement
est inabordable pour un nombre grandissant de Québécois, je pense que ça, tout
le monde est conscient de ça. Il y a une crise du logement au Québec, tout le
monde est conscient de ça. Maintenant, quelle est la solution? Pour nous, la
solution, ce n'est pas nécessairement de subventionner plus, c'est de permettre
la construction plus rapide de logements à prix abordables. Et on croit à
l'effet de domino aussi, là, même des logements plus chers, plus... vont avoir
un effet, c'est-à-dire que les gens vont libérer potentiellement des... des
logements un peu moins chers pour... pour monter l'échelle sociale, puis
libérer des places, donc, pour ceux et celles qui ont moins les moyens. Donc,
la solution, c'est d'augmenter l'offre. Et c'est pour ça que nous, la solution,
c'est construisons, construisons, construisons. Arrêtons de mettre des bâtons
dans les roues de ceux qui veulent développer, de ceux qui veulent construire
puis faisons... assurons-nous que le prix baisse ou, à tout le moins, cesse de
monter, là.
Journaliste : ...faire
confiance au marché pour ramener l'accessibilité à... aux logements abordables?
M. Duhaime (Éric) : Bien, on
a toujours fait confiance au marché dans l'histoire du Québec, là, c'est... Le
marché a été celui qui a dicté davantage les normes historiquement.
Journaliste : ...si on
construit, on construit, mais on n'intervient pas, là.
M. Duhaime (Éric) : Bien,
c'est-à-dire que plus on va construire, plus... C'est... Moi, je suis... moi,
je suis un capitaliste, là, comprenez-vous, je crois à l'offre et la demande.
Et moi, je pense que présentement on a un problème d'offre parce que la demande
monte puis l'offre n'augmente pas. Donc, il faut s'assurer que l'offre soit au
rendez-vous puis la seule façon de le faire, c'est d'augmenter les... la
construction.
Journaliste : ...on parle de
la crise de l'abordabilité, dans le sens où il y a des logements qui sont
vacants, qui sont des logements de luxe où il n'y a absolument personne dans
ces logements-là parce que les loyers sont trop chers. Donc, d'augmenter
l'offre, si on n'augmente pas des logements pas chers, ça ne va pas
nécessairement aider.
Mme Blanchette Vézina : Mais
les coûts de construction, prenons cet exemple-là on parle d'inflation, là, on
disait tout à l'heure la... la taxe carbone qui a un effet, elle a un effet
aussi sur les coûts de construction, ça fait que d'agir sur une taxe peut avoir
un effet positif à la fin de la chaîne, lorsque les constructions se font. Si
le coût du bois augmente parce que ça coûte plus cher produire, ça coûte plus
cher transformer, à cause d'une taxe sur l'essence par exemple, bien, en
agissant sur cet élément-là, comme on... on l'a mentionné en début de... en
début d'entrevue, en agissant sur la taxe, on vient réduire les coûts de
construction ou, à tout le moins, réduire l'inflation associée aux coûts de
construction.
Journaliste
:
...nécessairement se traduire par des baisses de loyer?
Mme Blanchette Vézina : Bien,
en amont, si ça coûte moins cher puis qu'il y a de l'offre disponible, comme M.
Duhaime le mentionnait, qu'il y a plus d'offres, oui, éventuellement, ça
sera... ça sera effectivement moins cher. Mais là on voit une inflation
galopante, puis ça ne va pas s'améliorer avec l'augmentation du prix de
l'essence.
M. Duhaime (Éric) : Merci
beaucoup.
Mme Blanchette Vézina : Merci.
M. Duhaime (Éric) : Bonne
journée.
(Fin à 9 h 19)