(Onze heures trente et une minutes)
M. Khadir
: …on est
pas mal perturbés par le vote du Parti libéral qui aurait dû voter en faveur,
parce que c’est véritablement un projet qui n’est pas très loin de l’esprit
colonisé qui a régné au sein du Parti libéral vis-à-vis du secteur minier,
qu’on a dénoncé, que le Vérificateur général a dénoncé en 2009.
Mais avant, pour retrouver un peu nos
esprits, juste simplement dire que la semaine dernière on a voté une motion à
l’unanimité à l’Assemblée nationale reconnaissant la nécessité de tenir des
élections à date fixe, en fait, réitérant l’engagement pris par le ministre
Drainville. Aujourd’hui, j’ai déposé par… je dirais, en m’inspirant de cette
résolution, une modification à la loi sur les élections à date fixe pour que le
gouvernement ne puisse pas décréter la dissolution de l’Assemblée nationale,
suivant son bon vouloir, avant l’expiration d’une législature.
Vous savez que, suivant la loi actuelle,
en principe, les élections sont à date fixe, soit en octobre 2016. Or, on a vu
toute l’incertitude reliée à la possibilité que Mme Marois décide seule de déclencher
des élections. Donc, il y a des lacunes. On s’est rendu compte qu’il y a des
failles dans la loi actuelle et on a dit : Il faut encadrer la possibilité
de dissolution de l’Assemblée nationale à deux exceptions uniquement. D’une
part, lorsqu’il y a un vote aux deux tiers, c’est-à-dire, donc, c’est un verrou
important lorsqu’une forte majorité des membres de l’Assemblée nationale
décident d’aller en élection, laisser cette possibilité-là, mais aussi la
procédure habituelle démocratique, dans les traditions, disons, du
parlementarisme, qui prévoit que, suite à une motion mettant en cause la
confiance de l’Assemblée envers le gouvernement, que, si les députés, à la
majorité, décident de ne pas accorder leur confiance, le gouvernement puisse
aller en élection.
Alors, c’est une proposition. Je recommande
à M. Drainville, de la même manière que, nous, on a reconnu, dans le
projet de loi qu’on avait présenté l’année passée, qu’il y avait des failles,
bien, de reconnaître la faille et d’appeler notre projet de loi qui viendrait
modifier et consolider sa loi et son engagement moral pour que, dorénavant, les
élections soient à date fixe.
Mais ce que je voudrais mentionner aussi, c’est
que l’opposition a fait tomber au feuilleton le projet de loi de la ministre
des Ressources naturelles, le projet de loi n° 43 sur la réforme minière.
Nous, on a voté… on s’est abstenus, parce que le projet de loi était bien en
deçà de tout ce que le Québec s’attendait, après tous les mois, lorsque le
rapport du Vérificateur général a été déposé en 2009, toutes les critiques qui
ont été formulées, toutes les promesses faites par le Parti québécois, tous
les, je dirais, les espoirs suscités par un Daniel Breton qui s’était joint au
PQ avec la publication de son livre sur le Québec maître de ses ressources
naturelles, Maîtres chez nous — enfin — au 21e
siècle. On s’attendait quand même à mieux.
Malheureusement, la loi déposée par la
ministre des Ressources naturelles, à cause du lobby, malheureusement, trop puissant
du secteur minier, encore au Québec, était en deçà des promesses et des
attentes. Nous, on ne pouvait pas, par principe et cohérence pour notre parti,
voter en faveur. Donc, on s’est abstenus pour que la loi, au moins, procède et,
en cours d’examen, on puisse la modifier, la majorer, l’améliorer, faire pression,
mobiliser la population.
Mais on ne comprend pas que le Parti
libéral vote contre. C’est une loi qui n’est pas… qui est vraiment conforme à
l’esprit du Parti libéral. C’est une loi qui laisse encore énormément de marge
de manœuvre à l’industrie minière, qui ne règle en rien le problème fondamental
de l’industrie minière, qui nous fait dire que le Québec, malheureusement, est
considéré par les minières comme une colonie qu’ils peuvent exploiter à leur…
en toute liberté. Tant et aussi longtemps que le «free mining», que…
c’est-à-dire que les lois d’exploration et d’exploitation, les droits
d’exploration et d’exploitation ont préséance sur les lois municipales, sur les
plans d’aménagement des villes et municipalités du Québec, rien de fondamental
va changer au Québec, là.
Là, c’est une question juste d’une
industrie trop habituée à voler littéralement le sous-sol québécois, qui voit
un peu ses appétits et ses ardeurs ralenties par de faibles changements dans le
régime précédent, qui s’oppose à cette réforme-là. Et le Parti libéral a
l’indécence, a le front de prétendre que c’est véritablement un changement puis
bloquer l’étude du projet de loi en commission parlementaire. Nous, on trouve
ça carrément inacceptable et malheureux qu’une formation aussi importante, le
Parti libéral du Québec, soit encore aussi inféodée, aussi colonisée dans son
comportement par rapport à l’industrie minière.
M. Robillard (Alexandre)
:
Qu’est-ce que c’est, l’impact des échecs répétés de la refonte de la Loi sur
les mines?
M. Khadir
: L’impact,
les citoyens et les groupes mobilisés… vous savez, il y a 200 groupes de
citoyens à travers le Québec qui sont réunis dans une association qui s’appelle
Pour que le Québec ait meilleure mine! Depuis plusieurs années, tous ces
citoyens essaient d’améliorer un peu la situation, mieux protéger notre
environnement, la qualité de vie en zone urbaine, les pratiques minières pour
faire moins de dégâts, prévoir quelque chose pour réparer les dégâts de
1,2 milliard laissés par l’industrie minière dans les sites abandonnés,
plus de 600 sites abandonnés. Tout ça, là, reste en suspens, on ne peut
rien faire.
M. Robillard (Alexandre)
:
Est-ce qu’il y a un impact économique?
M. Khadir
: Ça a un
impact certainement économique. Tant et aussi longtemps qu’on tarde à le
réformer en faveur de la population pour qu’on dispose d’un peu plus des moyens
législatifs pour des retombées réelles pour le Québec, ça veut dire que c’est
des centaines de millions, sinon quelques milliards de dollars qui nous
échappent.
Rappelons-nous que, pendant à peu près les
10 dernières années, il est sorti du sous-sol du Québec, bon an, mal an,
l’équivalent de 8, 9, 10 milliards de dollars en ressources brutes, et,
là-dessus, au total, quand on fait le bilan de ce qu’on appelle les redevances
effectives, pas sur papier, là, où c’était à 12 %, on l’augmentait, mais
les redevances effectives n’ont jamais dépassé 4 % par année. Autrement
dit, sur chaque dollar sorti du sous-sol du Québec, qui pourtant appartient à
tout le monde, 0,96 $ nous a échappé. Et c’est ça, l’impact dévastateur
économique, ce régime-là va continuer.
M. Gentile (Davide) : Est-ce
qu’il n’y a pas un moyen, là, d’essayer d’en arriver à un consensus, là,
puisqu’à l’évidence, peu importe le point de vue qu’on a, ça représente un gros
désavantage…
M. Khadir
: Le
consensus de qui, M. Gentile? Le consensus de l’industrie? Il y a une
industrie très forte, avec d’importants moyens de propagande, d’intoxication
par des campagnes publicitaires payées à gros prix dans nos médias, qui cherche
à maintenir l’élite politique et économique dans un état de, je dirais,
vraiment de mentalité de colonisé, qui répète un peu ce que j’ai entendu il y a
quelques années en Abitibi, lorsqu’un monsieur s’est levé et a dit :
Monsieur, regardez, là, M. Khadir, vous dépensez votre énergie pour rien;
au Québec, la Loi des mines est au-dessus de la loi divine. Ça en dit long. Ça
en dit long sur notre État. Quand l’Institut Fraser nous place en premier,
deuxième ou troisième lieu de prédilection pour les minières, on devrait s’en
inquiéter. Ce n’est pas bon pour nous, ça. Ça veut dire c’est ici qu’ils font
les plus gros profits. Aux dépens de qui? Aux dépens de nous.
Donc, le consensus de qui? Là, vous parlez
du consensus des chambres de commerce, de la Fédération des chambres de commerce,
ou de l’industrie minière, ou des élites politiques locales qui sont souvent, malheureusement,
prises avec des entreprises qui gravitent alentour de cette industrie, qui ne
pensent qu’à des contrats à court terme et à des jobs, donc à juste se
contenter d’être des porteurs de cailloux. Qu’on soit payé à 20 000 $
par année ou 80 000 $ par année, quand on vient nous prendre notre
sous-sol puis on nous donne juste les jobs, on est des porteurs de cailloux. On
n’est pas maîtres chez nous.
M. Gentile (Davide) : Ça fait
qu’à votre avis est-ce qu’il y a quelque espoir que ce soit que cette loi-là ou
qu’une autre loi finisse par recueillir l’assentiment des gens dans le contexte
actuel du Parlement?
M. Khadir
: Le Québec
a raté une belle occasion. Lorsque le gouvernement du Parti québécois arrive au
pouvoir, puis il y a toute une population derrière elle, a le rapport du
Vérificateur général, a des citoyens mobilisés partout au Québec, des milliers
de citoyens à travers 200 organisations, bien, le gouvernement du Parti
québécois aurait pu tabler sur la population et la volonté de la population
plutôt que de se mettre à genoux devant le lobby des minières. Et là on aurait
pu avoir une véritable loi qui change la donne au Québec. Merci.
(Fin à 11 h 40)