Cette transcription a été réalisée à l’aide d’un logiciel de reconnaissance vocale. Elle pourrait donc contenir des erreurs.
(neuf heures une minute)
M. Zanetti : Bonjour, tout le
monde! Alors merci de venir ce matin à ce point de presse que je fais avant l'interpellation.
Je vais interpeler aujourd'hui... J'aurais voulu interpeler le ministre de la
Culture, mais on sait qu'il est à l'UNESCO et donc ce sera la ministre du Tourisme
qui viendra répondre à mes questions et que je veux sensibiliser à un problème
très important qui affecte la culture québécoise et qui affecte aussi l'identité
du Québec, ce sont les enjeux qui ont été soulevés récemment en tour...
entourant le financement public de compagnies multinationales américaines comme
Live Nation, qui est, par ailleurs, aux États-Unis, poursuivis en Cour pour
pratique monopolistique.
La compagnie Live Nation est une espèce de
conglomérat international qui... dont le modèle d'affaires est de racheter des
compagnies, des festivals, des salles de spectacles, des billetteries, tout ça,
à l'international, dans le but... des agences d'artistes, dans le but d'avoir
un contrôle total sur la diffusion artistique et c'est quelque chose qui est
très, très avancé en Europe et qui pose un problème extrêmement important pour
l'accès des peuples à leur propre culture.
Au Québec, on commence à voir ce genre de
pratiques monopolistiques arriver avec les acquisitions que Live Nation a faits,
notamment qui a acquis 49 % de la compagnie evenko, qui est possédée aussi
par le groupe CH, qui possède et qui organise les plus grands festivals à
Montréal, mais surtout qui qui reçoit pour 15 millions de dollars
annuellement de subventions publiques, une compagnie qui n'en a pas besoin, une
compagnie qui est profitable, qui fait énormément d'argent et qui, de surcroît,
on le voit, a des taux de spectacles francophones proposés qui sont extrêmement
bas. On parle de l'ordre de 8 % à Montréal.
Alors, aujourd'hui, je vais aller
sensibiliser la ministre du Tourisme à cette affaire-là, aux pratiques
monopolistiques, aux dangers que ça comporte pour la culture québécoise. Et je
vais lui faire trois propositions d'actions qui peuvent être faites dès maintenant
pour contrecarrer les effets de ces pratiques monopolistiques. La première
proposition que je vais faire est une proposition du REFRAIN, un regroupement
de festivals indépendants qui sont partout sur le territoire du Québec, il s'agit
de revoir les critères pour l'octroi de subventions publiques à des festivals,
pour s'assurer que ça ait à la bonne place, que ça ait à des festivals
québécois qui promeuvent la culture québécoise et non à des multinationales
étrangères déjà archi riches comme Live Nation.
La deuxième proposition, elle vient du SMAQ,
les scènes musicales indépendantes du Québec, un regroupement de salles
indépendantes qui dit : Il faut instaurer, comme ça existe ailleurs,
notamment au Royaume-Uni, un système de redevances de solidarité sur les
billets de grande capacité. Alors, si Metallica ou Taylor Swift viennent dans
un... ils remplissent un stade au Québec, bien qu'il y ait une redevance qui
soit prise sur ses billets, que ça pourrait être 2 $, par exemple, qui soient
mis dans un fonds qui aident à subventionner les salles émergentes qui, elles,
sont, elles, qui créent les talents, qui créent l'émergence de talents. Parce
que sans salle émergente au Québec, sans petite salle de 200, 300 personnes,
et bien comment est-ce qu'on aurait aujourd'hui des Lou-Adriane Cassidy qui
voyagent à travers le monde, des Arianne Roy et toutes les autres vedettes
actuelles du Québec qui sont partis de petites salles pour aller finalement
remplir de très, très grandes salles ici et ailleurs. Ça, c'est la deuxième
recommandation.
Et la troisième, en fait, c'est une
recommandation très globale, mais c'est de faire une adaptation québécoise des
recommandations du Reset! network. Le Reset! network est un regroupement
européen qui réfléchit à lutter contre les pratiques monopolistiques, notamment
de Live Nation, et ils ont fait tout un rapport de recommandations, de choses,
de politiques publiques qui peuvent être 17955adaptés
par les pays pour lutter contre ça, pour protéger la découvrabilité de leur
propre culture. Alors, moi, je pense que le gouvernement du Québec doit, de
toute urgence, se saisir des recommandations du Reset! network, adapter ça à la
culture québécoise, à l'écosystème culturel québécois, évidemment, en
partenariat avec le REFRAIN, le SMAQ, l'UDA, tous les acteurs de la culture
concernés par ces mesures-là dans le but d'agir rapidement, parce qu'on ne peut
pas laisser ces choses-là aller ni six mois, ni un an, ni encore moins,
plusieurs années. Les effets vont être extrêmement difficiles à renverser. Les
Européens sonnent l'alarme. Il faut qu'on agisse maintenant au Québec.
Journaliste : Si je comprends
bien, c'est comme un repartage, un peu, des profits, là, tu sais, que les
grandes, les grandes salles feraient sur des spectacles avec des artistes
anglophones, par exemple?
M. Zanetti : Exact. Bien, notamment.
Journaliste : Est-ce que ce
serait uniquement, notamment, anglophone?
M. Zanetti : Il faudrait, en
fait, établir une redevance sur les billets de spectacle pour les salles de
capacité de 2 000 places et plus, par exemple. Donc, ça ciblerait vraiment
les grandes stars qui remplissent des stades, que ce soient des stades... des
stars locales ou internationales, peu importe. Si c'est Céline Dion qui remplit
le Centre Bell, bien, un 2 $, par exemple, par billet vendu irait dans le
fonds. On calcule... évidemment, c'est des approximations, là, c'est des
estimations, mais ça pourrait ramasser, ça, plusieurs millions de dollars par
année sans affecter les ventes de billets puis... pour aider à subventionner
les salles indépendantes, qui, elles, permettent que la culture québécoise se
renouvelle, permettent aux talents émergents d'apparaître.
Journaliste : Mais vous
faites quoi avec l'explication du gouvernement, qui dit : Nous, on
subventionne les événements qui amènent de l'argent nouveau, là? Ce qui n'est
quand même... ce qui n'est quand même pas... ce qui n'est quand même pas bête,
là, autrement dit.
M. Zanetti : Oui, c'est un...
ça, c'est un bon argument. Le problème, c'est qu'il ne faut pas subventionner
des compagnies qui sont de toute façon, profitables et qui n'ont pas besoin de
ces subventions. Live Nation n'est pas une compagnie qui a besoin de l'argent
des Québécoises et des Québécois. Ils font déjà des profits énormes, puis là je
voudrais vous dire combien, mais le gouvernement, à ma connaissance, n'a même
pas les chiffres. Le gouvernement donne aveuglément à une multinationale
américaine superriche, milliardaire, de l'argent public, pendant qu'il y a des
festivals qui risquent de fermer partout sur le territoire. Alors, moi, c'est
de dire, demandez-leur, minimalement, d'ouvrir les livres, puis, après ça,
revoyez les critères. Est-ce qu'il faut vraiment... est-ce qu'il est plus
pertinent de subventionner Live Nation? Est-ce que ça aurait un meilleur impact
économique ou est-ce que c'est plus pertinent de subventionner tous les autres
festivals?
Journaliste : Est-ce que la
dimension, également, de la tarification dynamique des billets, ça ajoute une
autre couche aussi dans votre préoccupation? Est-ce que vous, vous allez parler
de ça à la ministre ce matin?
M. Zanetti : Oui, on va
parler de la question de la tarification des billets. La tarification des
billets... la tarification dynamique des billets, c'est de l'arnaque, c'est
quelque chose qui ne sert à... puis que c'est... puis qui rend la culture
encore plus inaccessible et qui ne fait que profiter à ces grandes billetteries-là.
Journaliste : Mais est-ce que
le gouvernement aurait une poignée pour essayer d'avoir une poignée pour
essayer? Ou bien, n'a pas...
M. Zanetti : Il doit le
faire. Le gouvernement, le ministre de la Culture a déposé un projet de loi, le
projet de loi n° 10, qui va être bientôt analysé, là.
Cela dit, pour moi, ce sont des mesures qui sont vraiment insuffisantes, et
elles n'empêchent pas la revente de billets. Donc, c'est vraiment quelque chose
d'assez cosmétique, ce qui est proposé par le gouvernement. Nous, on dit :
Il faut qu'il y ait des choses qui soient vraiment intéressantes.
Et la... ma deuxième proposition, celle de
la redevance solidaire sur les billets de grande capacité, ce qui fait son
intérêt, c'est que c'est une façon de subventionner qui n'a aucun poids sur le
fonds consolidé du gouvernement. Ça ne demande pas au gouvernement d'amener de
l'argent neuf, parce que c'est simplement une redistribution à l'intérieur de
l'écosystème vers les grandes stars, Taylor Swift et les artistes émergents.
Journaliste : Deux autres
sujets avant de vous laisser aller, là. Il y a d'autres parlementaires, à
nouveau, là, ce matin, qui accusent votre collègue de tenir des propos
injurieux, là, sur... sur l'Assemblée nationale. Bien, d'abord, êtes-vous
d'accord avec Haroun Bouazzi?
M. Zanetti : Haroun a, donc,
clarifié sa pensée ce matin dans une déclaration qui a été, notamment,
transmise via les réseaux sociaux de Ruba Ghazal, notre cheffe parlementaire.
Et Haroun ne critique ni l'Assemblée nationale, comme institution, ni ses
membres. Il émet des commentaires sur le climat politique, la politique en
général, et donc ce n'est pas quelque chose qui nécessite qu'il s'excuse. Je
pense que c'est un sujet, le climat toxique, qui a fait couler beaucoup d'encre
dans les dernières années, notamment au niveau municipal. Tu sais, ce n'est pas
pour rien non plus que l'Assemblée s'est dotée d'un commissaire au respect et
de politiques antiharcèlement. Les propos d'Haroun sur le climat politique sont
partagés par beaucoup de monde dans la population, et voilà.
Journaliste : C'est ça. Il y
a deux choses là-dedans. Il y a le... sur le fond, là, le climat politique en
tant que tel. Là, il y a sa déclaration, mais il y a sur le fond. Est-ce que
vous le rejoignez quand même dans une partie de ses propos? Est-ce que le
climat politique à l'Assemblée nationale peut être toxique à certains égards?
M. Zanetti : Bien, le
problème, ce n'est pas l'Assemblée nationale. Le problème, c'est certaines
façons de faire de la politique. Puis, évidemment, bien, il y a de la politique
à l'Assemblée nationale. Je pense que, pour que ce soit... Je pense qu'on peut
avoir une réflexion collective au Québec sur le climat politique, sur comment
on pourrait faire en sorte que ce soit plus accueillant, plus constructif. Et
ça, je pense que tout le monde doit y contribuer. Et une façon de contribuer à
ça, c'est de ne pas commencer à se pointer du doigt les uns les autres, mais de
réfléchir là-dessus de façon posée et collective.
Journaliste : Est-ce que
c'est un peu abuser, de la part des autres partis, là... Parce que vous semblez
dire que M. Bouazzi s'est un peu vidé le cœur, tu sais, avec sa pensée sur
le climat politique. C'est-tu abuser, des autres partis politiques, à ce
moment-là, d'essayer de faire taire un peu une voix de...
M. Zanetti : Bien, moi, je
trouverais plus intéressant de savoir ce que ces gens-là pensent du climat
politique que de savoir ce que ces gens-là pensent d'un individu en
particulier. Puis je... Donc, voilà, on ne va pas donner suite à leurs
commentaires.
Journaliste : Un mot sur
la... je vais-tu le dire, la disposition sur l'avortement, qui a été retirée,
donc, du projet de loi de constitution de Simon Jolin-Barrette. Donc, le
ministre de la Justice recule ce matin. Mieux vaut tard que jamais pour vous
ou...
M. Zanetti : Mieux vaut tard
que jamais. Évidemment, il aurait dû faire ça il y a des mois, parce qu'il a
fait perdre du temps à tellement de monde, il a fait perdre du temps à
tellement de monde. Le nombre de personnes dans la société civile qui ont dû se
mobiliser, écrire des mémoires, prendre des congés pour venir à l'Assemblée
nationale s'exprimer en commission parlementaire là-dessus, vraiment, alors que
tout indiquait politiquement qu'il allait devoir abandonner, ça, c'est très
grave. Aussi, ça a monopolisé le débat sur cette constitution-là. Il y a
beaucoup de choses problématiques dans cette constitution-là. L'article 29
était la chose peut-être la plus... qui a suscité la plus grande indignation,
mais il y a des choses là-dedans de l'ordre de l'affaiblissement des
contre-pouvoirs et l'État de droit qui sont extrêmement graves, et là il va
falloir qu'on en parle, parce que, pour nous, ce projet de loi là, il demeure
un projet de loi à retirer complètement.
Journaliste : Est-ce qu'il y
avait une stratégie derrière ça, selon vous, tu sais, de...
M. Zanetti : Il est très
probable qu'il ait voulu mettre ça le plus longtemps possible pour faire écran
à tous les autres problèmes puis toutes les autres choses dangereuses qui se
trouvaient dans sa constitution, que, là, il l'enlève vraiment à la dernière minute,
une fois qu'il est acculé au pied du mur, et c'est très triste. Mais vous
pouvez compter sur Québec solidaire pour continuer à dénoncer tous les
autres... toutes les autres dispositions de ce projet-là qui n'ont pas de bon
sens.
Journaliste : Il reste que,
dans sa lettre... puis je termine là-dessus, il reste que, dans sa lettre,
il... je ne sais pas si vous l'avez lue, là, ce matin, mais il justifie encore
pareil, là, la raison pour laquelle il voulait... il voulait mettre ça plutôt
que de tout simplement dire : Écoutez, on vous a écoutés, on a pris les
consultations, puis finalement je le retire, et voici pourquoi. Il explique
pourquoi il l'a mis aussi d'entrée de jeu. Est-ce qu'il y avait quand même une
conviction profonde, selon vous, de Simon Jolin-Barrette, de protéger le droit
des femmes malgré tout le background qu'il avait avec ce qui avait été fait
auparavant?
M. Zanetti : C'est dur à
dire, là, ce serait comme lui prêter des intentions, puis je ne suis pas dans
son cœur et dans sa tête, mais, clairement, je pense qu'il aurait dû être
beaucoup plus tôt beaucoup plus ouvert au point de vue des autres, au point de
vue des femmes, au point de vue de la société civile puis même au point de vue
de beaucoup de femmes députées dans son caucus à lui.
Journaliste : Merci.
M. Zanetti : Merci à vous.
(Fin à 9 h 14)