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(Quatorze heures quinze minutes)
Le Président: A l'ordre, mesdames et messieurs!
Un moment de recueillement. Veuillez vous asseoir.
Affaires courantes.
Déclarations ministérielles.
Dépôt de documents.
M. le ministre des Affaires culturelles.
DÉPÔT DE DOCUMENTS
Avis de la Commission des biens culturels et
sondage
M. Vaugeois: M. le Président, pour me conformer à
l'article 29 de la Loi sur les biens culturels, j'ai le plaisir de
déposer les avis reçus de la Commission des biens culturels.
Egalement, il me fait plaisir de déposer une enquête, un sondage
sur "Le comportement des Québécois en matière
d'activités culturelles de loisir".
Le Président: Documents déposés. Merci.
Dépôt de rapports de commissions élues.
M. Lavoie: M. le Président...
Le Président: M. le député de Laval.
Pétition sur la consultation populaire
M. Lavoie: ... en vertu de l'article 180 et à la demande,
à ce qu'on me dit, de 500 citoyens du Québec qui ont signé
une pétition, tel que ce droit est reconnu en vertu de la Charte des
droits et libertés de la personne, je voudrais déposer cette
pétition. Je crois que, pour l'information de cette Chambre et pour les
fins du journal des Débats, je pourrais lire très
brièvement trois courts paragraphes qui consistent dans la conclusion de
la pétition.
Le Président: M. le député de Laval.
M. Lavoie: Nous exigeons, premièrement, que le
référendum pose clairement la question de la souveraineté
du Québec; qu'il soit assuré que ce référendum
révélant la volonté du peuple lie tout à fait le
gouvernement du Québec, quel que soit le parti politique qui le forme.
Deuxièmement, que soient retirées de la loi 92 sur les
consultations populaires toutes les dispositions qui conduisent à
limiter le plein droit d'expression et d'association pendant la période
référendaire, telle l'exclusivité du financement des
options représentées par les deux comités-parapluies.
Troisièmement, que le débat à l'Assemblée nationale
sur la question référendaire soit précédé
d'une commission parlementaire à l'occasion de laquelle toutes les orga-
nisations, tous les groupes et individus intéressés pourront se
faire entendre sur le libellé de la question et sur les
éléments de la loi 92 qui contredisent la démocratie la
plus élémentaire.
Le Président: Merci. Pétition
déposée, M. le député de Laval.
Nous revenons au dépôt de rapports de commissions
élues.
Dépôt de rapports du greffier en loi sur les projets de loi
privés.
Présentation de projets de loi au nom du gouvernement.
Présentation de projets de loi au nom des
députés.
Questions orales des députés. M. le chef de l'Opposition
officielle.
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
Le Libellé de la question
référendaire
M. Ryan: M. le Président, je n'ai pas coutume de me
nourrir de sondages. Notre parti organise son action à partir de
critères qui reposent beaucoup plus sur le contact direct avec les
citoyens.
Un sondage substantiel a été dévoilé, en fin
de semaine, dans lequel de nombreuses questions portaient sur des sujets
reliés au futur référendum. On a interrogé
longuement les personnes qui ont été l'objet de ce sondage pour
connaître leur opinion au sujet du projet de question, tel qu'il est
présentement devant cette Chambre. Or, les résultats des
questions posées aux personnes interrogées sont
éloquents.
J'ai déjà illustré clairement dans cette Chambre,
d'une manière qui n'a été réfutée par
personne, que, dans des sondages tenus dans d'autres pays, on a toujours
procédé à l'aide de questions claires, portant sur un
référendum, et qui entraînaient une réponse
dépourvue de toute ambiguïté.
Or, le sondage dont on a dévoilé les résultats, en
fin de semaine, indique que 46% des personnes interrogées trouvent que
la question n'est pas claire. Quand on leur demande d'indiquer si elles
estiment qu'une réponse affirmative au référendum
permettrait aux gens de dire clairement s'ils s'engagent en faveur de la
souveraineté politique que préconise le Parti
québécois, en faveur de l'association économique, les
résultats sont extrêmement décevants. On a l'impression
qu'on s'en va vers une aventure remplie de confusion.
Au sujet de l'honnêteté, je ne m'attarde pas davantage. Le
gouvernement obtient un coefficient de 57%. C'est encore plus bas que ce que
j'avais pensé. Je pensais que c'était 60%. Il y a certains
examens qu'on passe avec 60%, avec risque de manquer son coup la fois suivante.
(14 h 20)
Pour tout résumer, on demande aux personnes interrogées:
Pensez-vous qu'à l'occasion du débat qui aura lieu à
l'Assemblée nationale, la
question devrait être modifiée afin de la rendre plus
claire, plus précise, plus honnête, selon les attentes de chacun?
Il y a 54% des personnes interrogées qui émettent l'opinion que
la question devrait être modifiée de manière à
être plus satisfaisante et plus acceptable pour tout le monde. Seulement
35% estiment que la question devrait rester ce qu'elle est. Et 11% n'ont pas
d'opinion.
Je demande au premier ministre quelle responsabilité ultime de
cette opération, dont il nous dit qu'elle sera l'une des plus
importantes depuis le début de la Confédération... A-t-il
l'intention de persévérer dans le dessein qu'il a
manifesté jusqu'à maintenant, depuis le début du
débat sur la question? A-t-il l'intention de s'enfoncer dans
l'obstination dont a fait preuve le gouvernement, c'est-à-dire de
refuser, de continuer de refuser à discuter la question pendant le
débat référendaire?
Deuxièmement, aurait-il l'intention de réviser la
volonté de son gouvernement pour ce qui a trait au libellé de la
question, de manière à la rendre plus claire, plus
précise, plus acceptable?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, il est
évident que nos amis d'en face multiplient, depuis le début, sur
la lancée du député d'Argenteuil, les adjectifs les plus
péjoratifs qu'ils peuvent trouver dans leur vocabulaire. Il n'y a pas
beaucoup de démonstration, mais il y a beaucoup d'adjectifs. Quand ce
n'est pas frauduleux, c'est obscur. Quand ce n'est pas obscur, cela dissimule
des intentions, etc. On multiplie les adjectifs les plus péjoratifs de
son vocabulaire d'une façon qui finit par être proprement, le
moins qu'on puisse dire, proche d'odieuse sur une question dont j'ai entendu
une série de gens de l'autre côté dire que, sur cinq
éléments qu'elle comporte, il y en a quatre pour lesquels on
voterait volontiers. On voterait peut-être en surface; on voterait
peut-être en façade, mais on voterait pour quatre sur cinq. On
aura l'occasion d'examiner sûrement et en détail cette question
jusqu'à la fin. Je sais une chose, M. le Président, qui explique
les intentions répétées qui maintenant débordent du
débat et qui viennent du camp du non jusqu'à la période
des questions. C'est que leur non a été dit par anticipation. On
était coulé dans le ciment, dans une attitude négative,
avant même de savoir ce que serait la question.
Maintenant, par amendement et par déformation
systématique, jour après jour, sans jamais aller sur le fond du
sujet, nos amis d'en face font des efforts désespérés pour
que nous posions une question qui justifierait leur non. Ils vont je
dois le dire, M. le Président coucher avec leur non
jusqu'à la fin.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: Le premier ministre répliquerait-il aux 54% de
répondants, qui ont émis honnêtement, sans affiliation
partisane, le désir de voir la question modifiée de
manière qu'elle soit plus claire, plus précise et plus
acceptable, par les mêmes qualificatifs dont il honore l'Opposition?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Non, M. le Président; non
pour deux raisons. La première, c'est qu'une bonne partie des gens qui,
en pleine élection fédérale cela s'est ouvert et
cela s'est terminé au moment où on ne parlait que
d'élection fédérale ont été
sollicités par ce curieux sondage jusqu'à une boîte
à scrutin bidon, étaient peut-être parfaitement confus
là-dessus. Deuxièmement, il se peut aussi qu'un certain nombre
soit victime de l'espèce d'arrogance superficielle intellectuellement
dont font preuve et le député d'Argenteuil et ses acolytes depuis
un certain temps autour de la question. Mais cela ne change pas le fait que
nous prétendons que le fond de cette question, tout en n'excluant
absolument pas qu'on puisse faire des efforts pour la clarifier davantage, mais
sans en changer le fond, est honnête; il dit exactement ce que nous
prêchons depuis treize ans et il va continuer de dire l'essentiel de ce
que nous prêchons depuis treize ans.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: D'abord, je voudrais rappeler au premier ministre que,
si nous posons quelques questions à ce sujet, à ce stade, c'est
parce que, dans le débat proprement dit, il n'y a pas moyen de dialoguer
avec nos amis d'en face. Cela a été des exercices de propagande
depuis le début. Vous-même, M. le Président, avez
émis une décision précise au début du débat.
Ils se sont moqués de la décision depuis le début du
débat. On ne se plaint pas, excepté qu'on veut profiter des rares
occasions qui nous sont données pour poser quelques questions dans
l'espoir d'arracher des éléments d'opinions et de clarification
de la part du gouvernement.
Cela s'en vient, M. le leader, ne vous pressez pas.
J'ai cité l'autre jour dans mon discours une dizaine d'exemples
de questions claires qui ont été posées à
l'occasion de référendums historiques dans d'autres pays. J'ai
dit que n'importe quelle de ces questions aurait été parfaitement
acceptable à l'Opposition. Je demande au premier ministre s'il peut me
citer des exemples de référendums tenus sur une question aussi
importante et qui l'auraient été avec une question aussi bidon
que celle du gouvernement.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Pour ce qui est d'assister à
un dialogue de sourds depuis le début, je dirais simplement au
député d'Argenteuil: A qui le dites-vous? On essaie d'aller
au-delà des avocas-series de l'Opposition, qui sont des avocasseries
particulièrement pernicieuses, purement bourrées de qualificatifs
sans aucune démonstration, jamais du bien-fondé. J'ai rarement vu
d'ailleurs, tous
les observateurs l'ont noté une série de gens s'en
allant du côté négatif avant même que la question
soit posée, se répéter de telle façon que
finalement on n'apprenne strictement rien dans l'opinion publique ce
sont les échos qu'on en a de ce que pourrait être pour ces
gens la question du Québec lui-même et non pas simplement leurs
chinoiseries de plomberie.
Maintenant, le chef de l'Opposition dit qu'il a cité des
exemples. Bien sûr qu'on peut citer des exemples de choses où
c'est parfaitement clair, où les échéances sont absolument
fixées devant les gens. Ce n'est pas le cas dans l'état actuel de
l'évolution du Québec. Il y a des étapes. A ce point de
vue-là, M. le Président, j'espère que le
député d'Argenteuil ne reniera pas ce produit de son jugement
politique comme il a renié le livre beige à partir du moment
où le livre beige s'est mis à sentir un peu mauvais. "Combien
plus périlleuse...", écrivait, je le rappelle, un
éditorialiste du Devoir... Il ne faut pas faire de grimaces, le
député d'Argenteuil, parce que c'est vous qui écriviez
ça, du fond de vos convictions, en 1976, en donnant de paternels
conseils à M. Trudeau, lui disant de ne pas s'attendre que soit
bousculée par une question qui prétendrait devancer
révolution... que soit bousculée, donc, par une question qui
prétendrait aller trop loin, la population du Québec.
Vous disiez ceci, M. le député d'Argenteuil: "Combien
périlleuse pour M. Trudeau" plus périlleuse que d'autres
histoires, justement "pourrait se révéler une
démarche à deux paliers qui consisterait" décembre
1976, ce n'est pas précisément dans les premiers écrits de
l'actuel chef du non; c'est récent "dans un premier temps,
à demander aux Québécois s'ils autorisent leur
gouvernement à rechercher par la négociation, une nouvelle
alliance avec le reste du Canada, fondée sur le principe que le
Québec forme une nation distincte, ou encore sur l'objectif d'un nouveau
pacte" un vrai, je suppose "entre les deux nations, et, dans un
second temps" disait ce même esprit politique hautement
désintéressé, à ce moment-là "dans un
second temps, à inviter les Québécois à se
prononcer sur les résultats obtenus et à conclure en
conséquence. Une démarche formulée dans le sens que nous
envisageons..." Je crois que là, on comprend toute révolution et
surtout là où se trouve actuellement le député
d'Argenteuil, ancien éditorialiste du Devoir. "Une démarche
formulée dans le sens que nous envisageons, écrivait-il, aurait
de très fortes chances d'être appuyée par une solide
majorité d'électeurs."
C'est ça qui les inquiète. (14 h 30)
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: Une dernière question supplémentaire au
premier ministre, M. le Président.
Une Voix: Pas de commentaire.
M. Ryan: Est-ce que je peux demander au premier ministre,
premièrement, puisqu'il a cité un article que j'avais
écrit je crois que c'était en décembre 1976,
n'est-ce pas?
Une Voix: ...
M. Ryan: Oh non! Je l'ai. Je voudrais demander au premier
ministre s'il a lu tous les autres articles que j'ai écrits entre
décembre 1976 et janvier 1978. Deuxièmement, est-ce que le
premier ministre est en mesure de nier ou de mettre en doute devant cette
Chambre que, dans tous ces articles, j'ai sans cesse pressé le
gouvernement de poser au référendum une question franche,
honnête et directe? Est-il en mesure de nier cela?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, je dois
avouer au député d'Argenteuil que je n'ai pas lu ses oeuvres
complètes. J'aurai peut-être un jour la chance de me reprendre,
mais je n'ai pas le temps présentement. Si le député
d'Argenteuil veut renier celui-là, c'est son affaire. On sait que
l'évolution des gens les amène parfois à de curieuses
sincérités successives.
Une Voix: Oui.
M. Lévesque (Taillon): Maintenant, pour ce qui est de nier
les objurgations du député d'Argenteuil, non seulement je n'ai
pas le goût de les nier... Justement on a fait le maximum qu'il nous
paraissait possible de faire, quitte à clarifier encore davantage s'il
le faut, pour ne rien cacher, mais ne rien précipiter non plus en ce qui
concerne la démarche que nous proposons aux Québécois.
Nous considérons que, fondamentalement, c'est honnête et autrement
plus honnête que ce que j'ai entendu en cette Chambre de l'autre
côté durant les trois jours qu'a duré le débat la
semaine dernière.
Le Président: Mme la députée de
L'Acadie.
Engagement du ministre
des Affaires sociales à l'égard
des centres d'accueil
Mme Lavoie-Roux: Merci, M. le Président. Ma question
s'adresse au ministre des Affaires sociales. On se souviendra que la semaine
dernière, en cette Chambre, à la suite d'une question que je lui
posais touchant des sommes qu'il s'était engagé à verser
aux centres d'accueil sur une période de trois ans, le ministre s'est
quelque peu emporté et a dénoncé l'attitude du
président des centres d'accueil disant qu'il ne s'agissait que d'un
engagement moral, que le président présumait des sommes qui
seraient versées en 1980/81 et que, de toute façon, une somme de
$5 millions avait été versée en 1978/79. Le ministre
pourrait-il nous dire encore et réaffirmer que, pour l'année
1979/80, il n'y a pas eu d'engagement formel de sa part contrairement à
ce qu'un communiqué des centres d'accueil, publié peu de temps
après la déclaration du ministre en Chambre, disait: "Cet en-
gagement du ministre n'a pas été respecté. Le
ministre nous confirme un versement de $3 200 000 alors qu'il s'était
engagé à verser $5 500 000 pour 1979/80".
Est-ce que le ministre veut soit corriger l'impression qu'il a
laissée aux centres d'accueil et à la population et nous dire
s'il y avait véritablement ou non un engagement de sa part pour
l'année 1979/80?
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: M. le Président, je dois répéter
à la députée de L'Acadie ce que j'ai dit la semaine
dernière. C'est l'Association des centres d'accueil, à la suite
de cette rencontre, qui a parlé dans son communiqué de presse
d'un engagement. Je mets la députée de L'Acadie au défi de
déposer toute pièce que ce soit, communiqué de presse ou
encore correspondance de ma part, qui engageait le ministère des
Affaires sociales ou le gouvernement. J'ai dit, la semaine dernière, que
nous avions eu cette rencontre avec l'exécutif de l'Association des
centres d'accueil, rencontre au cours de laquelle l'exécutif nous a fait
part des besoins en personnel additionnel pour les centres d'accueil. J'ai dit
à ce moment que nous étions sensibles à ces besoins et
j'ai dit que nous allions faire l'impossible pour obtenir, dans les quelques
années qui viennent, des montants équivalents au montant de $5
300 000 que nous avons obtenus pour la première de ces années. M.
le Président, si l'Association des centres d'accueil a cru bon, encore
une fois, de venir sur la place publique pour essayer de forcer la main du
gouvernement alors que le discours du budget n'est même pas encore
prononcé il sera prononcé le 25 mars je pense que
cela a été une erreur, au moins une erreur de
stratégie.
J'ai été en contact avec l'exécutif de
l'Association des centres d'accueil, je l'ai rencontré vendredi dernier
à Montréal, il y a quelques jours, et, encore une fois, je pense
que l'exécutif a bien compris cette fois-ci qu'on n'a pas besoin de
monter un procès sur la place publique, qu'on n'a pas besoin d'engager
un débat sur la place publique. L'exécutif a aussi compris que
nous faisions l'impossible pour obtenir des fonds afin de permettre l'embauche
de nouveau personnel.
Le Président: Mme la députée de
L'Acadie.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, le ministre nous parle
encore du budget à venir pour l'année 1980/81. Ma question
portait sur l'engagement qu'il avait pris pour l'année 1979/80.
J'aimerais ici le référer à un compte rendu du
comité conjoint de l'Association des centres d'accueil du Québec
et du ministère des Affaires sociales. L'on retrouve, à la page
12, ce paragraphe: "Les besoins en personnel des centres d'accueil. M. Lazure
informe l'Association des centres d'accueil du Québec qu'une somme de
l'ordre de $5 millions à $5 500 000 sera injectée cette
année dans ce domaine; de plus, un montant de $500 000 et ainsi
de suite, pour une autre fin ceci permettra de répondre à
la norme dans tous les centres d'accueil concernés et de grossir le
volume des quelque 300 postes octroyés l'an passé." Il s'agit
d'un compte rendu d'une réunion tenue le 25 mai 1979.
Le ministre peut-il encore affirmer qu'il n'y a pas eu d'engagement de
sa part pour l'année 1979/80?
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: M. le Président, je ferai remarquer à
cette Assemblée que ce que la députée de L'Acadie est en
train de lire, si je ne m'abuse, c'est le compte rendu fait par l'Association
des centres d'accueil d'une réunion. C'est l'interprétation par
l'Association des centres d'accueil. Bon!
Je soutiens encore une fois, M. le Président, que nous avons
respecté l'engagement. Quand on parle de cette année, il s'agit
de l'année 1978/79 et, effectivement, nous avons ajouté $5 300
000 nouveaux au cours de l'année 1978/79 pour embaucher du personnel
additionnel. Il n'y a jamais eu d'autre engagement que de dire à
l'Association des centres d'accueil: Voici ce que nous avons pu faire pour
1978/79, $5 300 000 de plus; nous allons continuer de faire l'impossible pour
obtenir des sommes équivalentes pour les années qui viennent.
Le Président: Mme la députée de
L'Acadie.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, j'allais soulever une
courte question de privilège, je vais l'introduire dans ma question. Il
s'agit d'un rapport d'un comité conjoint de l'Association des centres
d'accueil et du ministère des Affaires sociales, en date du 6 juin. Je
ne sache pas que ce compte rendu qui est normalement accepté par les
deux parties ait été répudié par le
ministère des Affaires sociales. Alors, il s'agit donc d'un compte rendu
conjoint et non pas d'une fabulation des centres d'accueil du
Québec.
Mais compte tenu que les centres d'accueil avaient l'impression,
puisqu'il y avait cet engagement de la part du ministre, qu'ils recevraient une
somme additionnelle de $5 millions à $5 500 000 en 1979/80, et qu'ils
ont orienté leur développement et leurs services en fonction de
ces budgets qui leur avaient été promis ou, du moins, qui
étaient prévus, le ministre peut-il nous dire, pour ne pas
désorganiser les centres d'accueil, s'il songe à faire une autre
démarche auprès du Conseil du trésor pour répondre
à cet engagement qu'il avait pris et que l'on retrouve consigné
dans ce rapport du comité conjoint des centres d'accueil et du
ministère des Affaires sociales?
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: M. le Président, je n'ai pas besoin des
incitations de Mme la députée de L'Acadie
pour faire mon travail auprès du Conseil du trésor ou
auprès du Conseil des ministres. Ces incitations et ces demandes
pressantes, de notre part, auprès des autorités, qu'il s'agisse
du Conseil des ministres ou du Conseil du trésor, elles ont
été faites.
Je conclurais, M. le Président, en répétant, encore
une fois, que l'Association des centres d'accueil choisit une mauvaise
stratégie en voulant faire de cette question importante, un débat
public qui sème une certaine inquiétude auprès des
bénéficiaires des centres d'accueil, auprès des personnes
âgées.
M. le Président, j'en profite encore une fois pour rassurer les
personnes âgées; après la rencontre avec l'exécutif
de cette association, contrairement à ce qui a été
annoncé par l'Association des centres d'accueil, il n'y a pas un
arrêt des admissions dans les centres d'accueil. Les personnes
âgées qui ont un besoin urgent d'entrer dans un centre d'accueil
continuent d'y entrer. Heureusement les directeurs de centres d'accueil ont
pris leurs responsabilités. (14 h 40)
Cela étant dit, nous allons continuer à obtenir les sommes
additionnelles qu'il faut pour engager un personnel supplémentaire le
plus tôt possible.
Le Président: Mme la députée de
L'Acadie.
Mme La voie-Roux: Je suis fort heureuse de voir que le ministre
réalise la nécessité de continuer de faire des pressions
pour obtenir du personnel supplémentaire pour les centres d'accueil.
Peut-être que les intéressés seraient moins obligés
de faire de la stratégie, selon les termes du ministre, si ce dernier
remplissait ses engagements.
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: M. le Président, encore une fois, Mme la
députée de L'Acadie fait des insinuations. Et je la mets au
défi de déposer dans cette Chambre tout document qui confirmerait
ce qu'elle avance, à savoir que j'ai pris un engagement. Ce qu'elle va
déposer c'est un compte rendu d'une réunion, compte rendu qui a
été rédigé par l'Association des centres d'accueil.
Et c'est bien loin d'être un engagement du ministre, M. le
Président.
Encore une fois, je répète que dès la
première année de ces conversations, nous avons versé un
montant additionnel de $5 300 000 et nous allons continuer d'augmenter ces
sommes pour les centres d'accueil.
Le Président: M. le député de
Bellechasse.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, question de
privilège.
Le Président: Mme la députée de
L'Acadie.
Mme Lavoie-Roux: Est-ce que, avec l'assentiment de la Chambre, je
pourrais déposer ce comp- te rendu conjoint, pour faire suite à
la demande du ministre lui-même?
Le Président: II y a consentement. Document
déposé.
M. le député de Bellechasse.
Projet de production de méthanol
M. Goulet: Merci, M. le Président. Avec votre permission,
nous ferons une courte incursion dans le domaine énergétique et
économique. Nous vivons une période durant laquelle il est
fortement question de recherche de nouvelles sources d'énergie.
Il y a quelques semaines, le ministre de l'Energie annonçait la
création de Nouveler, société québécoise des
énergies nouvelles. L'orientation donnée par le ministre va dans
le sens de dire que les scientifiques québécois devraient pouvoir
élargir leur champ d'action en matière de production de carburant
à partir du bois de nos forêts. S'ajoutaient à cela les
propos de M. Renaud Lapierre, sous-ministre à qui on attribue une grande
responsabilité dans la création de la nouvelle institution. M.
Lapierre, sous-ministre, a exprimé l'avis que le projet d'implantation
d'une usine de méthanol, l'utilisation de la matière ligneuse, du
bois des forêts pour la production de carburant, a maintenant largement
dépassé les études de "faisabilité" et que Nouveler
devrait pouvoir, avec son fonds initial de fonctionnement de $2 500 000, faire
avancer les choses plus rapidement qu'auparavant.
On sait également, M. le Président, que les études
de la société internationale Sandwell, faites pour le compte du
ministère de l'Energie, ont conclu, et ce l'année
dernière, je crois, à l'utilité de construire une usine de
méthanol.
M. le Président, au même moment où le sous-ministre
tenait ces propos, le ministre de l'Industrie et du Commerce disait ceci: "Pour
produire du méthanol à partir du bois, il faut d'abord
transformer le bois en gaz, et la technique de gazéifac-tion du bois,
complexe et mal connue, est encore à mettre au point. On n'en est
qu'à l'étape de la recherche. La réalisation d'un
prototype commercial ne peut-être envisagée avant 1985". Le
ministre devait continuer en disant: "Aucun projet avancé de
gazéifaction du bois n'existe présentement dans aucun pays".
J'imagine qu'il incluait également le Canada et la province de
Québec à l'intérieur de ce terme.
M. le Président, j'aimerais savoir qui a raison, le ministre de
l'Energie ou le ministre de l'Industrie et du Commerce ou surtout le
sous-ministre de l'Energie.
Je voudrais savoir également si les intentions du gouvernement
sont maintenant arrêtées quant à ce projet. Je voudrais
savoir en plus qui parle au nom du gouvernement dans ce dossier. Est-ce le
ministre de l'Industrie et du Commerce, le sous-ministre de l'Energie ou le
ministre de l'Energie? J'aimerais également savoir, M. le
Président, si la construction prochaine d'une usine expérimentale
est vraiment envisagée et, si oui, dans quel délai.
Le Président: M. le ministre de l'Energie et des
Ressources.
M. Bérubé: M. le Président, les deux ont
raison. Les deux ont raison, d'abord, parce que les gazogènes pour la
fabrication de gaz de combustion à partir de différentes
matières premières existent, sont connus depuis longtemps. Les
gazogènes au bois sont donc très couramment répandus.
Cette technologie existe.
Cependant, ce qu'il faut régler, c'est obtenir un gaz dont la
composition soit la plus proche possible de la composition
stoechiométrique excusez-moi l'expression chimique qui
permette la production de méthanol à un coût le plus
avantageux possible. Ce problème a été réglé
dans le cas de la fabrication de gazogènes qui utilisent des
résidus du maïs, par exemple. Cependant, dans le cas du bois, ce
problème n'a pas été réglé. Par
conséquent, tout projet de fabrication de méthanol qui serait
basé sur la matière ligneuse devrait nécessairement passer
par une étape préliminaire de développement au stade de
l'usine pilote pour optimiser le fonctionnement de l'usine en question avant de
passer véritablement à une implantation industrielle. Par
conséquent, les deux réponses étaient exactes. Il
s'agissait simplement de les relier l'une à l'autre.
M. Goulet: M. le Président, je pense qu'on pourra relire
les propos du ministre de l'Industrie et du Commerce et les propos du
sous-ministre. Le sous-ministre disait je le cite encore une fois
"L'utilisation de la matière ligneuse, le bois des forêts, pour la
production de carburant a maintenant largement dépassé les
études de faisabilité". Selon les études, il semble que la
région immédiate du sud du Québec pour bien se
situer, la région immédiate du sud du Québec comprend les
comtés de Bellechasse, Dorchester, Beauce-Nord, Beauce-Sud, Montmagny et
également Frontenac réponde à tous les
critères nécessaires et exigés pour l'implantation d'une
telle usine expérimentale, parce qu'on y retrouve la matière
première en abondance, des facilités d'exploitation, la
main-d'oeuvre qualifiée, la proximité du fleuve et des grands
réseaux routiers, des raffineries dans la région et ainsi de
suite. J'aimerais savoir si c'est le cas et si le ministre peut nous dire s'il
a l'intention d'appuyer ce dossier, même si dans trois des comtés
que j'ai énumérés tout à l'heure le
représentant à l'Assemblée nationale n'est pas un
représentant du côté ministériel.
Le Président: M. le ministre de l'Energie et des
Ressources.
M. Bérubé: M. le Président, je ne voudrais
pas réciter la fable Perrette et le pot au lait, chacun se battant pour
obtenir une usine avant qu'on ait démontré qu'elle serait
rentable. Par conséquent, je sympathise, évidemment, avec la
préoccupation du député de Bellechasse quant à son
désir de voir cette usine s'implanter chez lui. Je dirais que j'ai les
mêmes préoccupations au niveau de l'Abitibi, les mêmes
préoccupations au niveau de la
Mauricie, les mêmes préoccupations au niveau des
Appalaches, du comté de Frontenac également, comme le disait mon
collègue il y a quelques instants, de la Gaspésie, de la
vallée de la Matapédia. En fait, tout le monde s'arrache l'usine
et l'usine n'est pas construite. On en est encore au stade du
développement de procédés.
Cependant, je dois dire une chose: II est vrai que des études de
faisabilité nous ont montré que, si le gallon d'essence pouvait
se vendre $1.40, la fabrication de méthanol, avec les technologies
connues, pourrait être concurrentielle.
Il existe cependant un problème de rentabilité
vis-à-vis de la production du méthanol à partir du gaz
naturel. C'est un deuxième problème. Je ne voudrais pas entrer
dans ce sujet un peu trop complexe. Mais ceci pour dire, M. le
Président, que lorsqu'on a une politique énergétique
à ce point aberrante que l'on fait croire aux citoyens que le gallon
d'essence coûte $1, alors qu'en pratique, ils doivent emprunter $0.50
pour pouvoir se payer les subventions, forcément la rentabilité
du développement de tout produit énergétique concurrent
c'est vrai pour les sables bitumineux, comme c'est vrai pour le
méthanol s'en trouve fortement mise en cause et une bonne partie
de ces développements va dépendre de politiques
énergétiques intelligentes. Malheureusement, je n'en ai pas
encore vu du côté d'Ottawa.
Le Président: Dernière question, M. le
député de Bellechasse.
M. Goulet: Merci, M. le Président. Il est vrai que tout le
monde est intéressé à avoir des usines dans sa
région, mais le ministre est là pour décider; ce sera
à lui à trancher la question. Il semblerait qu'à ce
niveau-là, M. le Président, le ministre a décidé
que ça prenait une usine de méthanol au Québec.
Est-ce vrai également que les études démontrent, de
façon non équivoque, que la région du sud du Québec
devrait être le premier choix du ministre et que le ministre
répète à qui veut l'entendre que ça se
défend mal politiquement? C'est ça, le but de ma question.
Le Président: M. le ministre de l'Energie et des
Ressources.
M. Bérubé: Mon collègue en arrière
des banquettes me suggère Longueuil comme étant le site
idéal, Laval également. Est-ce qu'il n'y a pas d'autres
candidats...
Je ne voudrais pas décevoir le député de
Bellechasse, je m'excuse. Cependant, les études préliminaires
nous ont dirigés davantage vers les régions où nous aurons
des résidus de sciage en quantité importante, de manière
à avoir la matière ligneuse au plus bas coût. Par
conséquent, il y a également la région de l'Abitibi, il
faut le reconnaître, qui est une région extrêmement
favorable pour une telle implantation à l'échelle pilote, Matane
également, je l'oubliais, oui, je m'excuse. (14 h 50)
Le Président: M. le député de
Saint-Louis.
M. Blank: J'ai une question à poser au ministre du
Travail. Il est encore disparu? Je vais attendre le ministre du Travail, parce
que c'est une question très importante...
Des Voix: Les grèves, encore les grèves, toujours
les grèves.
Le Président: M. le député de Rouyn-Noranda.
On reviendra au député de Saint-Louis.
M. Samson: M. le Président, je voudrais poser...
D'accord.
Le Président: M. le député de
Saint-Louis.
Grève des cols bleus de Montréal
M. Blank: M. le Président, la semaine dernière,
quand j'ai posé une question au ministre du Travail à propos de
la grève des cols bleus à Montréal et l'effet
sérieux qu'elle a sur la ville, il m'a dit que cela n'allait pas
très mal parce qu'il a reçu des rapports de gens qui lui
rapportent que la situation n'est pas très mauvaise.
Ce qui est intéressant, c'est que le lendemain, une manchette
d'une hauteur de trois pouces dans la Presse disait: "Montréal, une
patinoire". Ce matin, c'est encore la même chose. Ce matin,
Montréal était fermée. Il n'y avait pas d'autobus qui
circulaient dans les rues de Montréal. Les autobus de Montréal
n'ont pas circulé ce matin. Ce matin, jusqu'à onze heures, il n'y
avait pas d'autobus à Montréal. M. le premier ministre, demandez
cela aux gens de Montréal. Les autobus scolaires des écoles
protestantes, les autobus scolaires des écoles catholiques n'ont pas
circulé dans les rues ce matin non plus. Je vous dis franchement que les
deux secrétaires de mon bureau de comté ne sont pas
arrivées avant onze heures. Elles étaient dans la rue depuis huit
heures, attendant les autobus. Montréal est une patinoire
complète. La ville était fermée. Nonobstant tout cela, le
ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre attend encore des rapports. M. le
ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre, il y a d'autres moyens de
régler ce problème; pas seulement par des lois. Vous avez le
droit de suspendre le droit de grève pour 30 jours et, durant ces jours,
au moins, les gens de Montréal pourront vivre. Le ministre a-t-il
l'intention de faire quelque chose aujourd'hui?
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, je vais d'abord relever deux
faussetés ou, enfin, deux inexactitudes de la part du
député de Saint-Louis. Le code ne prévoit pas une
suspension de 30 jours, il prévoit une suspension de 90 jours. Dans le
fond, le choix... Non, mais la différence est de taille. Le choix pour
le député de Saint-Louis, c'est peut-être effectivement que
les villes soient encombrées de neige, qu'il y ait de la glace à
certains endroits ou qu'on subisse la vermine à Montréal, comme
cela est arrivé sous votre gouvernement, en 1972, quand, effectivement,
il y a eu une suspension du droit de grève. Au lieu d'avoir des gens qui
patinaient, il y a eu des rats dans la ville de Montréal pendant sept
semaines à cause de la suspension que vous aviez accordée. Le
choix, c'est celui-là. C'est gai comme choix! C'est à peu
près ce à quoi on fait face.
Deuxièmement, quand le député de Saint-Louis
affirme qu'il n'y avait pas d'autobus ce matin à onze heures, je
regrette. Cela a été confirmé par le président de
la Commission de transports de la Communauté urbaine de Montréal,
M. Hanigan, à qui des gens de mon bureau ont parlé à 11 h
30 ce matin: à huit heures ce matin, à Montréal, 85% du
trafic de surface de la CTCUM fonctionnait et, à dix heures ce matin,
100% des autobus en surface roulaient. Le député de Saint-Louis a
dit: A onze heures, ce matin, la ville était bloquée.
M. Blank: Question de privilège, M. le
Président.
M. Johnson: M. le Président...
M. Blank: Si le ministre du Travail a bien entendu, j'ai dit
à 11 heures.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Blank: Question de privilège. Si le ministre du Travail
a bien entendu...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Saint-Louis, sur votre question de
privilège.
M. Blank: Je veux répéter que, si le ministre du
Travail a bien entendu ce que j'avais dit, c'est qu'à 11 heures, les
autobus circulaient, que plus de bonne heure le matin, ils ne circulaient pas.
A 8 heures, j'ai entendu dire à la radio, en descendant à mon
bureau, que les autobus ne circulaient pas dans la ville.
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, brièvement, avant de
passer au reste de la question du député, je comprends que le
député, pour une raison ou pour une autre, parce qu'il appartient
à une formation qui est faite d'une bande de faucons et d'oiseaux de
malheur dans notre société, les croque-morts de la paix sociale,
je comprends, dis-je, que le député est prêt à
raconter n'importe quoi. Je répète que, ce matin, à 8
heures, le trafic de surface de la CTCUM fonctionnait à 85% et
qu'à 10 heures, il fonctionnait à 100%. Je pense que cela
démontre que le député, encore une fois, raconte n'importe
quoi. Deuxièmement, je pense qu'effectivement, la situation est des plus
ennuyeuses et des plus encombrantes pour les citoyens de Montréal et
qu'elle mérite autre chose que le genre de quolibets qu'on entend de
l'autre
côté en ce moment. Je pense que les citoyens ont assez
souffert des conditions qui viennent de cela sans qu'en plus, le
député de Laurier continue ses invectives et passe son temps
à placoter. Dans les circonstances, le ministère semble
malheureusement être le seul qui, d'abord, ait à coeur
l'état de la situation dans les rues de Montréal.
En effet, M. Désilets, que j'ai nommé la semaine
dernière médiateur, après le double refus de la part du
syndicat et de la ville de Montréal, ou enfin une acceptation tellement
conditionnelle que c'est un refus, a rencontré les parties face à
face à deux reprises. Il a d'autre part rencontré les parties ex
parte, c'est-à-dire séparément chacune de leur
côté, à de nombreuses reprises. Il a eu l'occasion de
constater, lors d'une de ces rencontres avec l'une et l'autre des parties, que
les représentants du syndicat des cols bleus et les représentants
de la ville de Montréal trouvaient qu'on était pressé de
régler au ministère du Travail. C'est le genre de commentaires
qu'on a entendus à la table de négociation. Les
représentants syndicaux et les représentants de la ville de
Montréal trouvent qu'on est pressé de tenter de régler la
situation. Effectivement, on est pressé de tenter de la régler
pour les citoyens de Montréal. Je pense que c'est cela, le rôle du
ministère là-dedans, sauf qu'on ne peut pas prendre la place des
parties et cela, le député de Saint-Louis le sait.
Dans les circonstances, M. Désilets a commencé, hier soir,
à rédiger un rapport qu'il soumettra aux parties pour qu'elles le
soumettent à leurs mandants, c'est-à-dire, dans le cas des cols
bleus, à l'assemblée des travailleurs, et, dans le cas de la
ville de Montréal, que M. Girard, qui est le représentant, le
remette aux autorités de la ville.
Ce rapport de M. Désilets sera complété à
partir, entre autres, d'une dernière rencontre qui doit avoir lieu
à trois heures cet après-midi. Il devrait pouvoir remettre le
rapport aux parties pour qu'elles le soumettent, chacune de son
côté, aux autorités responsables dans le syndicat et
à la ville, demain soir, normalement, ou au plus tard jeudi matin.
Le Président: M. le député de
Saint-Louis.
M. Blank: Je constate que, chaque fois, l'autre côté
n'a pas de réponse; il insulte l'Opposition et tout le monde. C'est
très simple, leur affaire. Quand ils n'ont pas de réponse dans
les débats, ils répondent par des insultes. A la question que je
posais au ministre du Travail, la semaine passée, il nous a dit: Le
médiateur a ça en main et, vers la fin de semaine, on va avoir un
règlement et, lundi, tout va être réglé. Maintenant,
c'est intéressant de savoir que ce fameux rapport sera remis au ministre
ou à la Chambre jeudi quand la Chambre terminera ses travaux. Cela veut
dire que ça va aller à mardi prochain encore, si c'est
nécessaire de faire quelque chose. Il y a d'autres moyens. Si la
suspension du droit de grève n'est pas la façon de régler,
le ministre a d'autres moyens de le faire. Est-ce qu'il a peur de prendre ses
responsabilités?
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, je pense que le
député de Saint-Louis connaît les relations de travail,
comme vous d'ailleurs, puisque vous avez déjà fait du droit dans
ce domaine; vous savez très bien tous les deux que, quand une
médiation est en cours, la traîner sur la place publique risque
beaucoup plus de la mettre en péril et de retarder le règlement
qu'autre chose. Je pense que c'est ça qu'on essaie de démontrer
depuis trois ans au Québec, que les conflits de travail, on essaie de
les régler là où ils doivent se régler,
c'est-à-dire entre les parties. En attendant, il y a des citoyens qui
souffrent et le mieux qu'on puisse faire dans les circonstances, c'est
effectivement de donner toutes ses chances à cette médiation de
réussir. La médiation devrait prendre fin demain soir avec le
dépôt du rapport de M. Désilets ou au plus tard jeudi
matin, s'il faut travailler toute la nuit pour compléter les textes.
Entre autres, les parties ont remis, encore une fois, pas plus tard qu'hier,
des documents de 75 pages à M. Désilets touchant trois des
chapitres de la convention collective. C'est un travail considérable.
C'est un travail qui n'a pas été fait par les
représentants de la ville, c'est un travail qui n'a pas
été fait par les représentants des cols bleus. C'est le
ministère du Travail qui va tenter de le faire avec eux et,
malheureusement, largement puisqu'on doit arriver à un rapport pour eux
et à leur place en espérant, évidemment, et en
étant convaincu que, dans le cas des cols bleus, il faudra que ce
rapport soit soumis à l'assemblée générale des
syndiqués, donc, probablement puisqu'ils savent
déjà que ça viendra qu'ils devraient
déjà se préparer à une assemblée
générale, qui devrait se tenir avant la fin de semaine. (15
heures)
Le Président: M. le député de Rouyn-Noranda,
vous avez le temps pour une très brève question.
Application de la loi no 92 sur la consultation
populaire
M. Samson: M. le Président, ma question s'adresse à
l'honorable premier ministre. Il m'a semblé que le droit à
l'autodétermination des peuples est une chose qui avait fait
l'unanimité de cette Chambre. Le droit à
l'autodétermination des peuples, ça veut dire le droit pour le
Québec de décider par lui-même, sans ingérence. Or,
je retrouve dans le journal La Presse de ce matin un article qui dit que les
députés fédéraux utiliseront leur franc pour
communiquer avec les électeurs pour défendre une option
que je n'ai pas à qualifier au cours de la période
référendaire, c'est-à-dire gratuitement, à
rencontre de la loi 92.
Les avis qui ont été donnés à ce sujet
révèlent que Me Joseph Maingot, avocat de la Chambre des
communes, a suggéré que la législation
fédérale en cette matière prévaudrait contre la
légis-
lation provinciale. Le directeur du financement des partis politiques du
Québec, pour sa part, soutient le contraire; il soutient que, si tel est
le cas, si de telles choses se produisent, ça devrait être
comptabilisé au comité qui aura été desservi par ce
genre de chose.
Ce que je voudrais savoir du premier ministre, M. le Président...
d'abord, dans des conditions comme celles-là, quand les poursuites
arrivent, c'est après les élections, donc, quand le jeu des
élections est passé, quand le mal a été fait, il me
semble que les poursuites ne valent plus rien.
Un député du Québec, qui devrait avoir des
privilèges et des droits, n'a pas présentement le
privilège que les députés fédéraux ont en
vertu des avis qui leur sont donnés; la loi 92 nous empêchera, en
tant que députés québécois, d'envoyer des messages
à nos électeurs et que ces messages soient payés par
l'Assemblée nationale, autrement qu'en étant comptabilisés
dans un ou dans l'autre des comités nationaux.
J'aimerais savoir d'abord si le gouvernement a l'intention d'amender la
loi 92, advenant qu'on ne puisse, d'une façon ou de l'autre,
empêcher les députés fédéraux d'utiliser ce
genre de chose, pour qu'on puisse au moins donner aux députés
provinciaux une équivalence.
Deuxièmement, est-ce que le premier ministre peut me dire si par
suite de l'étude de ce dossier, c'est l'intention du gouvernement de
demander un avis au Conseil du référendum.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Pour ce qui est d'amender, M. le
Président, la loi 92 dans le sens qu'évoque le
député de Rouyn-Noranda, j'en doute très fort, parce qu'il
nous semble normal que, passé l'émission des brefs
référendaires, tout ce qui émane, en particulier, des
parlementaires québécois, puisque c'est eux qui ont,
jusqu'à un certain point, la responsabilité, au moins, de
l'application initiale, eux qui sont au centre de l'action
référendaire tout amendement, dans le sens
qu'évoque le député de Rouyn-Noranda ne nous
paraîtrait pas très indiqué doive être
compta-bilisé de la part de ceux qui seront pour le oui ou de la part de
ceux qui seront pour le non.
En ce qui concerne l'attitude dont parle de la part de
parlementaires fédéraux également le
député de Rouyn-Noranda, je m'en tiendrais, jusqu'à nouvel
ordre, à l'avis qu'a déjà donné le directeur du
financement des partis politiques. S'il faut lui demander des avis
additionnels, on le fera. Mais il nous semble que la moindre décence
devrait interdire ce genre d'action qu'évoque le député de
Rouyn-Noranda de la part des fédéraux.
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Samson: M. le Président, une question
supplémentaire. Je voudrais demander au premier ministre, étant
donné que ce n'est pas l'intention du gouvernement d'amender la loi 92,
qu'est-ce qui arriverait si un député provincial décidait
de rédiger un texte pour l'envoyer à tous ses électeurs et
de le faire contresigner par un député fédéral. Il
me semble que la loi 92 serait contournée et que le message de ce
député provincial se rendrait dans toutes les maisons de son
comté. Or, il me semble qu'il y a là un trou dans la loi 92, qui
n'a pas été prévu et qui peut permettre... M. le
Président, quoi qu'on en pense, d'un côté ou de l'autre de
la Chambre, ce n'est que par esprit de justice que je pose ce genre de
question, parce qu'il me semble qu'il y aura une grave injustice de commise, si
on le laisse faire.
Le Président: Je signale, M. le député de
Rouyn-Noranda, que votre question est un peu de la nature d'une demande d'avis
juridique et à la fois une question hypothétique.
M. le premier ministre, puisque vous souhaitez vous lever.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, avec la
prudence que vous me rappelez, que j'oublie à l'occasion, j'ai envie de
dire comme vous: C'est une question hypothétique qui demande un avis
juridique. Je vais la prendre en délibéré, en disant
simplement ceci; Si un député provincial qui s'en va se faire
camoufler sous la contresignature d'un député
fédéral, je n'ai pas l'impression qu'il va avoir un grand poids,
ni au référendum, ni dans l'avenir.
Le Président: Fin des questions. Motions non
annoncées.
M. le ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions
financières.
Condoléances aux familles Gagnon, Dorion,
Pouliot et Maher
M. Joron: M. le Président, le monde financier
québécois, par le décès de Jacques Gagnon ce matin,
perdait l'une de ses personnalités les mieux connues et les plus
attachantes. Je voudrais faire motion pour que nous offrions à sa
famille et à ses collaborateurs nos plus sincères
condoléances.
Sans avoir été moi-même de ses collaborateurs, ni
être membre de sa famille non plus, mais ayant eu quand même
l'occasion de le connaître depuis quelques mois, depuis que j'ai la
responsabilité du ministère des Institutions financières,
j'ai été profondément bouleversé par cette
nouvelle, ce matin, parce que, pour moi, comme pour bien d'autres
Québécois qui l'ont sans doute été aussi, Jacques
Gagnon va demeurer un modèle d'une espèce de bâtisseur
infatigable, quelqu'un, d'ailleurs, qui répétait partout qu'il
fallait cesser d'avoir peur, se retrousser les manches, assumer ses
responsabilités.
M. le Président, je souhaite que la trop brève
carrière de Jacques Gagnon, marquée cependant par
l'extraordinaire développement des caisses d'entraide économique,
reste longtemps une sour-
ce d'inspiration pour tous ceux qui, comme lui, étaient
essentiellement voués au développement économique du
Québec.
Le Président: Est-ce qu'il y a consentement à la
présentation de la motion? Il y a consentement. M. le chef de
l'Opposition officielle.
M. Ryan: M. le Président, je voudrais associer
l'Opposition officielle à l'expression de douleur qui vient d'être
exprimée par le ministre des Consommateurs, Coopératives et
Institutions financières à l'occasion du décès de
M. Jacques Gagnon, président fondateur du mouvement des caisses
d'entraide économique du Québec.
A titre de membre moi-même d'une caisse d'entraide
économique qui existe dans mon comté, je suis en mesure de parler
en connaissance de cause du rôle très utile que jouent les caisses
d'entraide économique dans le Québec. M. Gagnon est celui qui a
fondé la première caisse d'entraide économique à
Aima; il m'a été donné d'aller le visiter chez lui il y a
déjà plusieurs années et je l'ai revu à maintes
reprises depuis. Il incarnait, je pense, l'esprit d'entreprise dans ce qu'il a
de meilleur. Il avait été formé, d'ailleurs, à
l'école de l'entreprise privée. Il avait lui-même
rédigé une entreprise locale pendant plusieurs années
avant de fonder une coopérative où lui et d'autres hommes
d'affaires de sa région mettaient leurs épargnes ensemble. Il a
eu une idée géniale très simple; alors que le mouvement
coopératif, tout en faisant des progrès spectaculaires dans le
secteur de l'épargne, dans le secteur financier était
porté à obéir à des critères plutôt
prudents, il a été un homme d'audace.
Il a mis l'accent sur le développement de l'économie
régionale, sur l'aide de la coopérative à des entreprises
capables d'incarner et de promouvoir le développement régional.
Il a fait un succès formidable de son mouvement dont l'actif total
aujourd'hui dépasse je pense les $700 millions ou $800
millions.
M. Levesque (Bonaventure): $1 milliard. (15 h 10)
M. Ryan: $1 milliard maintenant. Je regrette d'autant plus la
mort soudaine de M. Gagnon que nous attendions, dans la région de
Montréal, que son mouvement vienne enfin s'implanter sur l'île de
Montréal. Il avait été très habile. Il avait
commencé par établir des caisses d'entraide autour de l'île
de Montréal. Il s'en venait sur l'île de Montréal où
nous avons grand besoin d'un mouvement comme celui-là. Encore une fois,
je demande à la famille de M. Gagnon, à ses collègues du
mouvement des caisses d'entraide économique et du mouvement
coopératif en général d'accepter les vives sympathies de
l'Opposition dans le deuil qui les frappe.
Le Président: Merci.
M. le chef de l'Union Nationale.
M. Le Moignan: M. le Président, s'il est un homme qui a
marqué l'évolution du Québec pendant les 20
dernières années, c'est certainement M. Jacques Gagnon quand il
lança, avec 25 collaborateurs, les caisses d'entraide
économique.
Aujourd'hui, on compte 75 caisses d'épargne avec plus de $1 300
000 000 d'actif, et ceci au profit de l'autodéveloppement
régional, car M. Gagnon fut avant tout un régionaliste. Il
déclarait que c'est à nous, dans chacune de nos régions,
qu'il appartient de penser à bâtir le Québec,
précisant qu'il faut arrêter de croire que notre
développement régional descendra d'en haut comme une manne
céleste. "En bâtissant chez nous, aimait-il à dire, on
bâtit le Québec." Sa formule: une épargne productive pour
servir au financement d'entreprises. Son grand mérite: avoir
réussi à canaliser l'épargne régionale et à
démystifier l'argent. Son oeuvre: les caisses d'entraide
économique, mais aussi une motivation entraînante en faveur du
développement régional.
M. Jacques Gagnon, d'Alma, leader dans la régionalisation des
capitaux, a reçu en 1977 le prix de développement industriel au
Canada. "En régionalisant nos capitaux, nous voulons présider
à notre développement, disait-il. Nos épargnes doivent
servir à nous développer et c'est avec nos épargnes que
nous réglerons nos problèmes."
Le Québec vient de perdre un de ses grands bâtisseurs. Il
faut que d'autres Québécois poursuivent son oeuvre. Il nous faut
encore d'autres Jacques Gagnon. Merci.
Le Président: Merci, M. le chef de l'Union Nationale.
M. le député de Rouyn-Noranda.
M. Samson: M. le Président, je veux joindre ma voix
à ceux qui m'ont précédé. M. Jacques Gagnon, le
président des caisses d'entraide économique, que j'ai eu
l'occasion de connaître, était toujours disponible et près
de la population. Le but des caisses d'entraide économique qu'il avait
fondées était de renforcer les économies
régionales. Les caisses d'entraide économique fondées par
M. Gagnon ont souvent prêté des fonds à des petites et
moyennes entreprises qui se seraient vu autrement refuser des fonds par les
autres institutions financières parce que, justement, le but premier des
caisses d'entraide économique était de se coller à la
réalité régionale. C'est la profonde attache aux
différentes régions et la connaissance du milieu des
administrateurs qui avaient accepté d'oeuvrer aux côtés de
M. Gagnon qui les ont rendues remarquables.
Je voudrais, en terminant, M. le Président, offrir à tous
les membres de sa famille, au nom du Parti démocrate créditiste,
mes plus sincères condoléances.
Le Président: Merci, M. le député de
Rouyn-Noranda.
L'enregistrement...
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): Je pense que cette Chambre n'aurait
pas d'objection à ajouter autre chose à cette motion pour
laquelle nous venons de manifester l'unanimité la plus complète.
N'y aurait-il pas lieu, M. le Président... On me permettrait d'ajouter
ce qui suit à cette motion, motion que nous venons d'adopter qui signale
la disparition de quelqu'un qui a apporté une contribution
extrêmement importante dans le domaine économique. Est-ce que je
puis simplement rappeler que nous perdons encore aujourd'hui trois grands
Québécois? Le premier est relié à la justice, Me
Noël Dorion; un autre aux sciences, M. Adrien Pouliot, et un autre aux
forêts, M. Thomas Maher. Est-ce que je pourrais, M. le Président,
faire motion pour qu'on ajoute ces noms?
Le Président: Est-ce qu'il y a consentement? Des Voix:
Oui.
Le Président: II y a consentement, M. le leader
parlementaire de l'Opposition officielle. Est-ce que la motion sera
adoptée?
Des Voix: Adopté.
Le Président: Adopté.
Nous en sommes à l'enregistrement des noms sur les votes en
suspens.
Recours à l'article 78 du
règlement
Avant les affaires du jour, j'aimerais donner lecture d'un avis qui
m'est parvenu dans le délai requis par notre règlement: "Le 11
mars, 1980. "M. le Président,
Conformément à l'article 78 de notre règlement, je
désire vous informer qu'avant l'appel des affaires du jour à la
séance d'aujourd'hui, j'ai l'intention de proposer que soit tenu un
débat pour discuter une affaire importante, de la compétence de
l'Assemblée, et dont l'étude s'impose d'urgence, à savoir
la situation grave et dangereuse qui prévaut à Montréal en
raison de la grève des employés cols bleus de la ville de
Montréal. "Veuillez agréer, M. le Président, l'expression
de mes sentiments les meilleurs".
C'est signé par le député de Portneuf.
M. le député de Portneuf, il ne fait aucun doute dans mon
esprit que presque tous les critères sur lesquels on doit s'appuyer pour
juger si on peut accorder un débat d'urgence sont conformes, en tout
cas, à votre demande. La seule chose qui m'inquiète et sur
laquelle je voudrais m'entendre, la seule hésitation que j'ai, c'est
que, normalement, suivant une tradition, suivant une jurisprudence constante ou
à peu près constante que vous connaissez bien, quand nous sommes
en période de médiation un peu spéciale, la
présidence a généralement été
réticente à accorder un débat d'urgence. J'aimerais
surtout vous entendre là-dessus. Je vous dis qu'immédiatement,
mon opinion n'est pas faite sur ce cas. M. le député de
Portneuf.
M. Pagé: Merci, M. le Président. Très
brièvement, je vais vous faire part des motifs qui m'incitent
aujourd'hui à vous formuler une telle requête. Tout d'abord, je
suis convaincu que, si le règlement pouvait permettre... Le
règlement, malheureusement, ne permet pas à mon collègue
le député d'Anjou et ministre du Travail d'intervenir sur la
requête que je vous ai formulée, je suis convaincu et ce,
d'emblée qu'il ajouterait sa voix à la mienne pour donner
son appui favorable à ce qu'un tel débat puisse se tenir parce
que c'est lui-même qui, il y a quelques jours, dans un communiqué
du ministère du Travail, soit le 21 février dernier, disait, et
je le cite: "II suffirait d'une tempête de neige moyenne pour transformer
les inconvénients dus à la grève, qui n'ont pas encore
atteint le stade de la catastrophe jusqu'ici, en situation d'urgence." Je
conviens, à la lecture même du communiqué émis par
le ministère du Travail sous la signature du ministre du Travail, qu'il
y a effectivement une situation d'urgence aujourd'hui à
Montréal.
Nous avons eu l'occasion, mes collègues de l'Opposition
officielle et moi, de soulever à quelques reprises cette question de la
grève qui touche la ville de Montréal de par le débrayage
des 5600 travailleurs manuels de la ville. Il y a beaucoup d'impact, M. le
Président. Je pourrais vous en énumérer quelques-uns: Le 7
mars dernier, le juge Samuel Bard constate que la sécurité des
piétons et des automobilistes est gravement atteinte et que cela peut
entraver l'accès aux hôpitaux et le travail de secours des
pompiers, etc. Le 11 mars, aujourd'hui même, M. le Président, la
situation est pire que la situation analysée par le juge Bard dans sa
décision relative à l'injonction le 7 mars dernier. Plusieurs
routes et rues sont bloquées dans le moment à Montréal. Le
service de transport en commun est largement perturbé. Les ordures
s'accumulent un peu partout, M. le Président. L'entretien des
réserves et des réseaux d'aqueduc et d'égouts devient
impossible.
Le ministre du Travail nous a dit qu'il y avait effectivement une
médiation. Or, M. le Président, un tel débat d'urgence
permettrait tout au moins au gouvernement, permettrait à l'Opposition
aussi d'avoir de plus amples informations, à savoir ce qui se passe
effectivement dans le dossier. Tout à l'heure, j'ai été
surpris, lorsque le ministre du Travail nous a dit: II y a une
médiation, nous aurons un rapport d'ici quelques jours. Si ce n'est pas
demain soir, ce sera jeudi matin. On pourra le rendre public. En même
temps, M. le Président, le ministre du Travail nous disait: Les conflits
doivent se régler entre les parties. Le gouvernement nous dit: On ne
peut pas imposer la suspension du droit de grève dans ce cas, c'est 90
jours. M. le Président, des éléments comme ceux-là
pourraient véritablement être débattus, être
analysés, étudiés, il pourrait y avoir des
échanges; je suis convaincu qu'ils
seraient certainement très fructueux entre le gouvernement du
Québec, le ministre du Travail et les représentants de
l'électorat, M. le Président, parce qu'en tant que porte-parole
du dossier du ministère du Travail, du côté de l'Opposition
officielle, je dois vous dire qu'à chaque jour, j'ai des pressions de la
part de mes collègues sur la situation qui prévaut à
Montréal. (15 h 20)
On se retrouve aujourd'hui devant une impasse, M. le Président.
Le ministre nous a dit... Le ministre a reculé, s'est caché
à l'arrière du paravent de la médiation. S'il faut, M. le
Président, et c'est là l'essentiel de mon argumentation, qu'un
membre du gouvernement puisse se servir de l'action administrative de son
ministère pour ne pas répondre des actes du gouvernement devant
l'Assemblée, ce serait une grave entorse au système parlementaire
et démocratique, l'institution suprême au Québec, qui est
là pour permettre qu'un parlementaire, à l'occasion de situations
d'urgence comme celle-là, puisse faire valoir au gouvernement son point
de vue et demander au gouvernement de rendre compte. Mais je ne crois pas, M.
le Président, que ce soit l'essentiel, que ce soit ce qui est
recherché par notre règlement, que le gouvernement puisse se
cacher en arrière du paravent d'une action administrative pour ne pas
faire en sorte que le débat puisse se faire, effectivement.
M. le Président, je vous demande de tenir ce débat, je
vous demande qu'on puisse le tenir dans les meilleurs délais pour que,
enfin, on puisse avoir des réponses précises aux questions qu'on
se pose, aux questions que le public de Montréal se pose. Pourquoi le
gouvernement n'intervient-il pas dans ce dossier, comme il le fait dans
d'autres dossiers? Combien de temps le conflit devra-t-il durer?
Cela fait 29 jours que c'est grave; cela fait 29 jours, et ça
risque de devenir plus grave de jour en jour. Le gouvernement a attendu, dans
certains cas, un peu moins longtemps. On sait que, entre autres, dans le cas
d'Hydro-Québec, il a laissé les gens sans service pendant une
quinzaine de jours avant d'intervenir; on sait que, dans le domaine des
hôpitaux, il a laissé traîner la situation pendant plusieurs
jours avant d'intervenir. Alors, M. le Président, on voudrait demander,
et c'est là...
Non, ne vous fâchez pas, c'est vrai que vous avez laissé
traîner les problèmes au Québec. C'est vrai que les
négociations dans le secteur public, ça n'a pas d'allure, M. le
Président.
Le Président: Très bien, M. le député
de Portneuf!
M. Charron: ... M. le Président.
M. Pagé: Enfin, M. le Président, par un tel
débat... On sait que le ministre du Travail nous ramène souvent
aux parties, le droit sacré des parties. Cette occasion permettrait,
à l'Opposition officielle et au public en général, d'avoir
un compte rendu le plus exhaustif possible de ce qui se passe
véritablement à la médiation, de savoir pourquoi la
conciliation a achoppé et quels sont les problèmes aux tables de
négociation.
M. Charron: M. le Président.
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: Je ne veux pas argumenter sur le fond, mais bien sur
la pertinence qu'il y ait un débat d'urgence...
M. Lavoie: ...
Le Président: M. le député de Laval, en
vertu de 42 et 43, parce que...
M. Lavoie: La présidence a besoin d'éclairage?
Le Président: Oui, justement, c'est un cas, M. le
député de Laval, qui est assez embarrassant et j'ai même
des questions à poser au leader parlementaire du gouvernement sur son
argumentation.
M. Charron: En fait, M. le Président, je veux abonder dans
le même sens que vous; ce que vous avez vous-même pris la peine de
signaler avant de céder la parole au député de Portneuf.
Il y a une jurisprudence, en ce domaine, dans l'octroi des débats
d'urgence. Si je le fais, ce n'est pas parce que je ne veux pas que les choses
évoluent ou changent à l'occasion, mais parce que je crois que
celle-ci vous l'avez vous-même expliqué est
particulièrement bien fondée à être maintenue et a
toujours été acceptée et reconnue par tous les partis de
cette Assemblée.
Effectivement, M. le Président, quand les mécanismes sont
en cours et que ceux dont on parle ceux de Montréal sont
en cours avec terminus demain soir, à 20 heures ou aux alentours,
rapport devant être fait, prononciation des deux parties sur le rapport
de la médiation d'ici 48 heures, je crois que c'est plus qu'être
en cours, c'est croire qu'effectivement, le dénouement heureux de cette
situation à Montréal peut être à l'horizon d'ici 48
heures.
En conséquence, M. le Président, il est plus
impérieux que jamais que la jurisprudence s'applique encore à
nouveau cette fois-ci, c'est-à-dire que, tant que ce processus est en
cours, l'Assemblée se garde d'intervenir, de débattre pour deux
raisons: d'abord, parce qu'elle risquerait, comme vous l'avez vous-même
signalé dans d'autres cas, plutôt que d'aider les choses, de les
envenimer, du fait qu'elle risquerait d'apporter, sur le plan public...
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, question de
règlement.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): Puis-je rappeler, M. le
Président, à cette Chambre les dispositions de l'article 78?
Elles me semblent claires. Ce n'est plus simplement une question de
règlement que soulève présentement le
député, ministre et leader parlementaire du gouvernement. Voici
les dispositions de l'article 78, deuxième paragraphe: "La motion ne
doit être accompagnée que de brèves explications"
ç'a été le cas du député de Portneuf
"et, sans qu'il y ait discussion..."
Or, M. le Président, nous assistons présentement à
une discussion qui est en quelque sorte une réponse aux propos tenus par
le député de Portneuf. Je pense que c'est enfreindre le
règlement que de permettre la continuation des propos du leader
parlementaire du gouvernement.
Le Président: M. le leader parlementaire du gouvernement,
si vous permettez, j'aurais une question à vous poser. Je comprends que
la présidence je l'ai dit tout à l'heure a toujours
été réticente durant une période de
médiation à accorder un débat d'urgence. Est-ce à
dire que cette règle qui a été appliquée
traditionnellement doive recevoir une application absolue? En d'autres termes,
est-ce que, si vous m'informiez aujourd'hui ou s'il était de
notoriété publique que la médiation doit se poursuivre
durant un mois, je me verrais interdit d'accorder un débat d'urgence,
pour prendre un exemple absurde, j'en conviens?
M. Charron: M. le Président, la réponse, je la
fournirai en vous rappelant vos propres paroles du 11 décembre 1979,
à la page 4273 du journal des Débats. La réponse est
celle-ci: "Lors d'un conflit de travail, lorsqu'il y a négociation,
lorsqu'il y a médiation en cours..." je cite le président...
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Charron: "Lors d'un conflit de travail, lorsqu'il y a
négociation, lorsqu'il y a médiation en cours, la
présidence a toujours refusé que soit tenu un débat
d'urgence, afin, évidemment, de laisser surgir sans contrainte de la
part de l'Assemblée les mécanismes normaux qui sont de nature
à donner espoir, du moins, que le conflit pourrait être
réglé". Or, il est de notoriété publique
vous disiez cela, M. le Président, le 11 décembre 1979; le
ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre l'a confirmé lors de la
période de questions d'aujourd'hui; c'est aussi vrai aujourd'hui
que des médiateurs ont été nommés et qu'ils feront
des recommandations demain soir probablement. Nous sommes aujourd'hui dans le
même cas que le 11 décembre 1979. Il n'y a pas de
médiation, M. le Président, qui s'annonce pour 40 jours. Comme le
11 décembre 1979, vous disiez: Ils feront des recommandations demain
soir. Je termine avec la conclusion de votre citation: "Pour ces raisons, je ne
puis, en vertu de tous nos précédents qui sont unanimes en la
matière il n'y a pas d'exception qui infirme la règle
per- mettre aujourd'hui la tenue d'un débat d'urgence." Je vous
prie, M. le Président, d'appliquer la même règle
aujourd'hui.
Le Président: M. le leader parlementaire du gouvernement,
est-ce que je peux tenir pour acquis que si je l'accordais pour jeudi, à
la suite du rapport de la médiation... parce que je n'hésiterais
pas une seconde à infirmer cette jurisprudence, si vous deviez me dire
que ça nous reporte à mardi de la semaine prochaine. Cela
m'apparaîtrait absolument inacceptable. Je pense que le principe de la
médiation ne doit pas recevoir une application si absolue que ça
interdise aux parlementaires de discuter. Si vous me dites que vous consentez
pour jeudi à être d'accord pour respecter la jurisprudence
établie... mais si vous me dites que vous ne consentez pas, je vais
suspendre quelques minutes pour en décider.
M. Charron: M. le Président, je ne veux pas consentir pour
jeudi. Je veux vous donner la conséquence, la suite même du texte
que je viens de citer, et vous avez votre propre réponse, encore une
fois. Vous disiez, à ce moment, au député de
Nicolet-Yamaska qui avait demandé un débat d'urgence sur
Hydro-Québec, que "si la médiation ne devait pas réussir
et si une nouvelle demande pour un débat d'urgence devait être
formulée, à ce moment seulement nous pourrons ensemble
réévaluer la gravité de la situation et examiner de
nouveau s'il y a urgence et utilité de tenir un débat sur le
même sujet en tenant compte des circonstances du moment." C'est aussi ma
réponse.
Le Président: Je vous signale, M. le leader parlementaire
du gouvernement, que la médiation se poursuit déjà depuis
un certain temps. De toute manière, M. le député de
Portneuf, pour respecter la tradition, aujourd'hui, je vais refuser le
débat, mais si la médiation n'a pas réussi, ce sera jeudi
après-midi. On ne reportera pas à mardi.
M. Pagé: Une question de règlement. M. Charron:
Un instant.
Le Président: M. le leader parlementaire du gouvernement,
un instant, s'il vous plaît. J'ai dit tout à l'heure que le
principe ne pouvait recevoir une application absolue; autrement, on tomberait
dans l'absurde. On ne peut pas, simplement sur la base du fait qu'il y a une
médiation qui se poursuit indéfiniment, empêcher les
parlementaires de discuter d'une situation aussi urgente que celle-là.
Alors, je vous dis que je ne peux pas accepter, en principe, qu'on
déborde cette semaine, c'est-à-dire qu'on aille jusqu'à la
semaine prochaine. (15 h 30)
M. Johnson: Une question de privilège, si vous me
permettez.
Le Président: Une question de privilège, M. le
ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: Parce que, entre autres, le député de
Portneuf m'a mis en cause tout à l'heure. M. le Président, si
vous avez décidé, à tout événement,
d'accorder un débat jeudi, je vous demande de l'accorder maintenant
parce que, pour moi, ce qui compte, ce n'est pas le placotage en Chambre; c'est
effectivement le règlement. Alors, qu'on en discute aujourd'hui pour
permettre aux parties de régler jeudi.
M. Pagé: M. le Président, question de
règlement.
Débat d'urgence sur la grève des cols
bleus de Montréal
Le Président: Très bien, le débat est
accordé aujourd'hui; on peut l'entreprendre immédiatement.
M. le député de Portneuf.
Une Voix: C'est ça quand on fait du bluff!
M. Michel Pagé
M. Pagé: Merci, M. le Président. Ce à quoi
on vient d'assister, vous savez, c'est le style de stratégie qui
représente bien le gouvernement du Québec, le gouvernement qui
nous administre depuis 1976, stratégie chancelante, sans trop savoir
où on s'en va: un ministre qui vient dédire et demander
exactement le contraire de ce que son leader soutient. De toute façon,
M. le Président, les gens seront à même de juger ce qui
s'est effectivement passé ici, aujourd'hui, à l'Assemblée
nationale: dans un premier temps, un gouvernement qui ne veut pas... M. le
Président, pourriez-vous rappeler à l'ordre le
député de Saint-Maurice, s'il vous plaît?
Le Président: A l'ordre! M. le député de
Portneuf.
M. Pagé: Alors, M. le Président, comme le public du
Québec et les gens de Montréal en particulier, on a
été à même de voir, il y a quelques minutes, un
gouvernement qui, dans un premier temps, par la voix de son leader, plaide,
soutient que la grève qui perdure à Montréal ne
revêt pas un caractère d'urgence et un ministre du Travail et de
la Main-d'Oeuvre qui se lève et qui, lui, vient nous dire: Si c'est
urgent, M. le Président, j'aime autant que ce soit traité tout de
suite, après que lui-même se fut inscrit en faux contre la tenue
d'un tel débat.
La situation est la suivante: coordonnées
générales, il y a 5450 travailleurs du Syndicat canadien de la
fonction publique qui sont en grève à Montréal. La
grève a débuté le 12 février dernier; 29 jours que
les citoyens ont à vivre avec une telle grève Je conviens que le
degré de patience, l'habitude chez les citoyens du Québec a
commencé à se faire de plus en plus coriace parce qu'au
Québec, on a l'occasion, régulièrement, de vivre de tels
conflits dans le secteur public, que ce soit conflit d'une municipalité,
conflit du gouvernement du Québec ou encore conflit de certaines
sociétés ou de certains organismes publics ou parapublics. Je
pense que le quota, la capacité d'absorption de la part d'un citoyen en
matière de grève, est atteint. On a eu, depuis un an, de
nombreuses grèves répétées, soutenues, constantes,
régulières, dans le secteur des affaires sociales et sans dire
qu'elles étaient prolongées, des grèves dans le secteur de
l'éducation. Cela s'est terminé il y a quelques jours seulement,
avec plus de 15 millions de jours/étudiants/école qui ont
été perdus au Québec et on veut bâtir un pays avec
cela. Le ministre de l'Education devrait en rougir, notamment. Et voilà
que les citoyens de Montréal, depuis 29 jours, ont à subir une
grève de leurs employés.
M. le Président, cette convention collective est échue
depuis le 31 décembre 1979. Il y a eu dépôt des offres et
des demandes syndicales le 1er juillet 1979. Il y a eu beaucoup de
procédures dans ce conflit; c'est un conflit qui revêt un
caractère aigu depuis le début, des démarches, des
procédures, des demandes devant les tribunaux, demandes d'injonction,
etc.
Le dossier est passé par plusieurs étapes au
ministère du Travail et, aujourd'hui, je ne voudrais pas jeter le
blâme en particulier sur les fonctionnaires du ministère du
Travail qui, selon moi, ont déployé des efforts très
appréciables pour tenter, dans un premier temps, de rapprocher les
parties, de favoriser la conciliation et de faire en sorte que ce dossier
puisse se régler dans les meilleurs délais.
Or, M. le Président, le ministre nous a dit à ce sujet que
les parties semblaient demeurer sur leurs positions. J'espère que dans
sa réplique, tout à l'heure, il pourra nous dire quel est le fond
du problème et, de toute façon, je reviendrai avec mes questions
à la fin de mon intervention.
On a eu, dans un premier temps, dans ce conflit, la nomination d'un
enquêteur antibriseurs de grève, le 21 février 1980. On a
assisté à la nomination de deux conciliateurs, encore une fois,
le 21 février 1980. Ajournement de la conciliation le 26 février
1980. Le dimanche, 2 mars dernier, le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre, M. Johnson, recommande une médiation-arbitrage. Le lundi,
c'est-à-dire le 3 mars, soit le lendemain, les parties refusent
d'accepter la formule de médiation-arbitrage proposée par le
ministre comme tentative de solution du problème. La grève dure
toujours, évidemment, depuis 29 jours.
Un peu plus loin, M. le Président, le ministre nous dit que dans
ce conflit... Je présume que le ministre du Travail est certainement
bien au fait de l'impact d'un tel conflit pour avoir vécu et
assisté, comme ministre du Travail, aux nombreux conflits qu'a connus le
Québec, combien la situation a pu être perturbée et combien
les gens du Québec et de plusieurs villes ont été
affectés par de tels conflits. C'est ainsi que lui-même, à
la lumière de l'expérience qu'il a comme ministre du Travail,
déclarait et je vais me permettre de citer à nouveau le
ministre du Travail; c'est M. Johnson
qui parle, dans un communiqué émis par son
ministère le 21 février: "II suffirait d'une tempête de
neige moyenne pour transformer les inconvénients dus à la
grève qui n'ont pas encore atteint le stade de la catastrophe jusqu'ici
en situation d'urgence. L'état de la circulation, déjà
passablement perturbée par les nombreux feux de circulation
défectueux, atteindrait immanquablement un point critique si, en plus,
il fallait que les rues de Montréal soient devenues de véritables
patinoires."
Or, M. le Président, on a posé des questions en ce sens la
semaine dernière, après la déclaration du ministre. On a
demandé au ministre du Travail ce qu'il avait l'intention de faire, s'il
avait l'intention d'agir personnellement dans le conflit, dans quelle avenue il
entendait se diriger pour régler ce problème et ce, M. le
Président, à la lumière d'informations voulant, la semaine
dernière, qu'il y aurait de la neige qui tomberait sur le sol de
Montréal. On s'est fait répondre, un peu comme mon
collègue, le député de Saint-Louis, vous le disait tout
à l'heure, d'une façon un peu trop arrogante, à notre
goût. Vous vous rappellerez ce que le ministre nous disait à ce
moment-là: La neige, ce n'est pas de notre juridiction, patati, patata.
C'est de juridiction fédérale. On ne peut pas présumer
qu'il y en aura, etc. Mais aujourd'hui, il y a de la neige. Il y en a, M. le
Président et la situation est devenue urgente.
M. Johnson: Question de privilège, M. le Président.
Vous permettez, M. le Président?
Le Vice-Président: M. le ministre, sur une question de
privilège.
M. Johnson: Le député de Portneuf induit la Chambre
en erreur. C'est le député de Gatineau qui a fait la blague de
dire que la météo, c'était de juridiction
fédérale.
M. Pagé: Vous l'avez reprise.
Le Vice-Président: M. le député de Portneuf,
à vous la parole.
M. Pagé: Vous l'avez reprise. Lisez le journal des
Débats. C'est dedans.
M. le Président, le ministre du Travail, comme ministre, a fait
valoir, depuis deux ans ou environ, depuis sa nomination il l'a
d'ailleurs fait sentir par ses déclarations et ses prises de position
que lui-même, personnellement, interviendrait le moins possible
dans des conflits de travail, ce qui est justifiable, M. le Président,
à certains égards. Ce que le ministre voulait dire,
c'était: On a un Code du travail qui a des règlements. On a un
Code du travail qui donne des droits à chacune des parties. On a un Code
du travail qui est là pour servir et c'est aux parties à se
servir du Code du travail. Je n'interviendrai pas personnellement et ce sont
les mécanismes normalement prévus dans ce code qui doivent
prévaloir.
M. le Président, dans certains cas et c'est ce que nous
soutenons de ce côté-ci de la Chambre le gouvernement, et
particulièrement par la voix de son ministre du Travail, ne peut
s'abstenir, ne peut se cacher derrière le paravent des procédures
prévues au Code du travail. Il se doit d'intervenir. Il y a plusieurs
types d'interventions possibles: une intervention personnelle du ministre
responsable du dossier, ce qui est possible, ce qui, dans certains cas, a
donné des résultats concrets et très probants.
Il y a une autre possibilité d'intervention, M. le
Président, c'est de convoquer une commission parlementaire pour faire en
sorte que les parties viennent ici devant l'Assemblée nationale, le
Parlement, l'organisme démocratique souverain au Québec qui a
entière juridiction sur des lois de cette nature, viennent en commission
parlementaire expliquer le fond du problème et ce qui les sépare
comme parties, de chaque côté de la table. Ce à quoi cela
sert, M. le Président, une commission parlementaire et on en a eu
dans le cas de Montréal, dans le cas du transport en commun
déjà, je me rappelle, en 1974 ou en 1975, si ma mémoire
est fidèle c'est de permettre dans plusieurs cas de créer
une pression additionnelle sur les parties en cause pour les obliger, les
inciter à s'asseoir à la table, négocier et se rapprocher.
Or, M. le Président, ce serait peut-être un mécanisme ou
une formule qu'il faudrait envisager si la médiation échoue.
Il y a un autre élément, M. le Président. C'est
l'intervention directe du gouvernement. Ayant constaté que les
mécanismes prévus au Code du travail ne servent plus ou ne
peuvent plus servir à rapprocher les parties et à aboutir
à une solution du problème, je crois qu'à ce
moment-là, c'est une responsabilité qui incombe au gouvernement,
particulièrement lorsqu'il constate, premièrement, qu'il n'y a
pas moyen de rapprocher les parties et qu'il n'y a pas moyen de régler;
deuxièmement, que la santé et la sécurité publiques
sont en cause. (15 h 40)
C'est d'ailleurs, M. le Président, sous l'égide de ce
motif que le gouvernement se sentait habilité à intervenir par
voie législative l'automne dernier. On se rappellera la loi
spéciale, la loi qui a été adoptée ici à
l'Assemblée pour suspendre le droit de grève qui appartenait aux
travailleurs de l'enseignement, aux travailleurs des hôpitaux, aux
professionnels du gouvernement, au Syndicat des fonctionnaires provinciaux,
etc. Le gouvernement, à l'automne, après que des grèves
eurent perturbé le droit, pour les citoyens du Québec, d'avoir
des services adéquats et des services pour lesquels ils paient des
taxes, a dit: C'est fini; on ne pourra pas assister à un rapprochement
des parties; on devra subir une grève et on suspend ce droit de
grève. Le gouvernement était intervenu par voie
législative. D'ailleurs, on a appuyé le gouvernement dans cette
démarche.
Un peu plus tard, en décembre, même situation, mais cette
fois à Hydro-Québec où, en raison,
encore une fois, du caractère d'urgence, parce qu'il faisait
froid au Québec des foyers étaient privés
d'électricité depuis quinze jours le gouvernement s'est
senti dans l'obligation d'adopter une loi spéciale qu'il a
présentée à l'Assemblée, qu'on a débattue,
qu'on a discutée après avoir entendu les parties en commission
parlementaire et constaté qu'il devenait quasiment impossible d'en
arriver à une solution dans des délais assez brefs; c'est ce qui
risquait de mettre en cause la santé et la sécurité
publiques.
Or, la santé et la sécurité publiques à
Montréal dans le moment sont en cause et sérieusement en danger.
D'ailleurs, le ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre lui-même,
député de la région de Montréal,
député d'Anjou, a déclaré le 21 février
dernier qu'il suffirait d'une neige pour que cela puisse devenir presque une
catastrophe. Il y a une médiation qui dure. On n'a aucune information
sur le résultat possible, le résultat hypothétique, d'une
telle médiation. Le rapport de médiation sera
déposé jeudi prochain.
Si, M. le Président là, je vous le dis bien
vous aviez refusé le débat ou si le débat n'avait pu
être tenu aujourd'hui ou jeudi, advenant que le rapport du
médiateur ou des médiateurs ne soit pas accepté, on se
serait vu dans une situation où l'Assemblée nationale n'aurait pu
être saisie de ce problème, combien grave, qui perdure à
Montréal, avant mardi de la semaine prochaine. Je crois qu'aujourd'hui
même, le ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre doit répondre
à certaines questions. En quoi le gouvernement s'est-il cru
justifié d'attendre le rapport de la médiation après 30 ou
31 jours de grève durant lesquels les services ont été
perturbés? Pourquoi le gouvernement a-t-il attendu aussi longtemps avant
d'agir? Si la médiation échoue jeudi prochain, quelles sont les
positions que le gouvernement du Québec entend prendre comme Parlement
souverain qui a une responsabilité à l'égard du public et,
particulièrement à l'égard du public de Montréal?
Est-ce que le gouvernement convoquera une commission parlementaire pour la
semaine prochaine? Est-ce que le gouvernement entend adopter une loi
spéciale ou si le gouvernement entend suspendre le droit de grève
à l'égard de ce conflit, comme ce droit lui appartient en vertu
des Lois et du Code du travail?
Aujourd'hui, le ministre nous a dit c'est un
élément que je n'ai pas particulièrement
apprécié dans sa réponse vous savez, ce serait
créer beaucoup d'inconvénients s'il fallait que le droit de
grève soit suspendu pour une durée de 90 jours.
Le ministre, je ne sais pour quel motif, a introduit la notion de
certains problèmes qu'il pourrait y avoir avec les rats à
Montréal, etc. M. le Président, je pense que ce n'est pas le
temps de faire des farces à ce sujet. Le gouvernement doit nous dire
sérieusement pourquoi il refuse de suspendre le droit de grève
pour une durée de 90 jours dans ce dossier, après qu'une
grève ait perturbé la situation depuis déjà 29
jours. Si on considère que le rapport de médiation sera
vérita- blement rendu public jeudi seulement, cela fera 31
journées consécutives que les gens de Montréal auront eu
à souffrir de cette situation.
Je lance les questions. J'espère que le ministre du Travail et de
la Main-d'Oeuvre pourra y répondre de façon calme et sereine.
Qu'est-ce qu'il envisage comme procédure? J'espère que la
médiation pourra résulter en un règlement du conflit. Vous
savez, M. le Président, quand on lit des articles comme celui que je
lisais ce matin alors qu'il était bien dit, sous la signature de M.
Jean-François Lebrun, dans le Journal de Montréal: "Cols bleus,
une entente impossible", on peut présumer, tout au moins ce que je peux
dire, c'est qu'on ne doit pas écarter la possibilité que le
rapport des médiateurs soit refusé purement et simplement.
Dans ce cas, vu que ce sera jeudi, que le temps ne semble pas devoir
être clément, vu qu'il y a plusieurs services qui sont
perturbés à Montréal - il y a les feux de
circulation, des problèmes d'aqueduc, d'égouts,
l'enlèvement de la neige, des ordures ménagères et tous
les problèmes que cela peut créer est-ce que le
gouvernement prévoit intervenir dès jeudi soir ou dès
vendredi matin, et comment entend-il intervenir au cas où la
médiation ne donnerait pas de résultats positifs? Est-ce qu'il
entend suspendre le droit de grève ou est-ce qu'il entend convoquer
l'Assemblée nationale pour adopter une loi spéciale? Est-ce qu'il
entend convoquer une commission parlementaire pour créer une pression de
dernière minute sur les parties pour véritablement leur faire
prendre conscience non pas de la responsabilité qu'elles ont l'une
envers l'autre mais particulièrement de la responsabilité
qu'elles ont envers le public en général, envers les
contribuables qui paient des taxes et des impôts à
Montréal?
M. le Président, ce sont les trois questions que je voulais
formuler cet après-midi et la grande question que j'ai posée au
début: Pourquoi le gouvernement a-t-il attendu et laissé pourrir
encore une fois ce conflit pendant 29 jours avant d'intervenir comme il aurait
dû le faire et comme il pourrait encore aujourd'hui le faire? Merci, M.
le Président.
Le Vice-Président: M. le député de Richmond.
M. Yvon Brochu
M. Brochu: M. le Président, j'aimerais également
joindre ma voix à celle de mon collègue dans le présent
débat concernant la situation qui prévaut actuellement à
Montréal avec cette grève des cols bleus qui affecte
sérieusement la population montréalaise. Ce n'est pas la
première fois que l'Assemblée nationale se trouve affectée
par de tels débats et je ne crois pas non plus que ce soit la
dernière, à moins que l'on ne prévoie d'autres
mécanismes qui viennent modifier un peu les règles du jeu dans le
domaine du travail et surtout dans les secteurs public et parapublic.
Le conflit qui prévaut actuellement à Montréal
je n'ai pas l'intention de le décrire longue-
ment ainsi que les conséquences que ce conflit porte avec lui
dure déjà depuis de trop nombreux jours à notre
avis et il a des conséquences graves pour la population de
Montréal dont la sécurité est en danger. Je pense que,
dans une civilisation dite moderne, quand on se voit de plus en plus
régulièrement aux prises avec des grèves de la sorte,
où les citoyens sont en quelque sorte pris en otage, il y a quelque
chose qui ne fonctionne pas. Il y a quelque chose de fondamentalement
illogique, dans cette société dite moderne, à se retrouver
encore aux prises avec des moyens qui n'ont plus cours si cette
société veut avoir la responsabilité de bien administrer
ses citoyens et avoir du respect pour tous et chacun des citoyens qui la
composent.
Nous sommes évidemment dans une situation un peu
particulière cette fois-ci puisqu'on nous annonce que la
médiation doit avoir demain soir comme terme final et qu'à ce
moment-là, on sera en mesure de savoir exactement de quel
côté on va se brancher suivant le résultat de cette
situation. C'est un peu différent de ce qu'on avait lorsqu'on a eu le
conflit d'Hydro-Québec, alors que le gouvernement a choisi de voter une
loi spéciale, puisque la médiation, semble-t-il, prévoit
dans ses cadres un délai fixe après lequel on pourra avoir une
réponse définitive.
J'aimerais, dans les brefs propos qui seront les miens aujourd'hui,
souligner que, pour le gouvernement, cette situation est peut-être une
fois de plus l'occasion d'aller plus loin dans sa réflexion sur ce droit
de grève qui existe dans les secteurs public et parapublic et qui
affecte de plus en plus nos concitoyens du Québec. On assiste à
des grèves de plus en plus nombreuses dans ces secteurs et, en fin de
compte, les citoyens du Québec et les syndiqués eux-mêmes,
qui sont souventefois obligés de fonctionner à l'intérieur
de ce système archaïque que nous avons actuellement, sont
pénalisés parce que les règles du jeu ne sont pas
suffisamment repensées pour voir la possibilité d'autres
avenues.
Le Québec est donc aux prises avec de plus en plus de
grèves et les Québécois, en plus d'être les gens
on nous le dit dans les sondages les plus sondés
actuellement en ce qui concerne le référendum ou autre chose,
sont en même temps les gens les plus affectés par le nombre de
grèves en Amérique du Nord. Justement, dans une civilisation qui
se dit moderne, évoluée, je pense qu'il y a là quelque
chose d'anormal et c'est le rôle et la responsabilité du
gouvernement de saisir l'occasion de repenser son action, de repenser les
mécanismes qui jouent à l'intérieur de ces situations. (15
h 50)
Dans le passé ce sera encore le cas, si cela se reproduit,
à moins de changer les règles du jeu l'Assemblée
nationale procédait par des lois spéciales, comme cela a
été le cas pour HydroQuébec.
J'ai demandé à différentes occasions: Quand le
gouvernement va-t-il prendre la responsabilité de revoir les
règles du jeu? Ce n'est jamais le temps parce que soit qu'il n'y a pas
de conflit en cours ou, lorsqu'il y a un conflit en cours, on dit: II ne faut
pas modifier les règles du jeu durant la partie.
Je profite de l'occasion pour dire au gouvernement que c'est
peut-être le temps maintenant qu'il s'assoie à la table et qu'il
aille plus loin dans la réflexion qu'il nous dit avoir à ce
sujet. La semaine dernière, j'ai eu l'occasion de questionner quelques
ministres à l'Assemblée nationale concernant une motion que
l'Union Nationale a inscrite au feuilleton de la Chambre afin de convoquer une
commission parlementaire pour revoir les mécanismes qui devraient jouer
dans le secteur public et parapublic au lieu de la grève qu'on voit
régulièrement. Ce n'est même plus un moyen qu'on utilise en
dernier ressort, cela devient un moyen qu'on utilise à tort et à
travers actuellement, dès les premiers pas des négociations ou
pour forcer à aller plus loin. Donc, j'ai posé des questions au
ministre concerné à ce sujet. Je sais que le ministre de la
Fonction publique est on dit en période de
réflexion à ce sujet pour voir de son côté les
mécanismes. Les questions que j'ai posées au ministre du Travail
indiquaient, dans le même sens, une volonté d'aller plus loin dans
ce secteur et de repenser aussi les mécanismes. Le premier ministre a
d'ailleurs indiqué certaines choses dans ce sens.
Il y a aussi le député de Joliette-Montcalm, qui est un
spécialiste, qui est ici en cette Chambre avec nous, dans ce domaine
à cause de la longue expérience qu'il a là-dedans. Je
pense que c'est également la préoccupation profonde du
député de Joliette-Montcalm de voir à ce qu'un jour
bientôt j'espère que c'est là sa volonté
à lui aussi le gouvernement puisse procéder à un
réaménagement à l'intérieur des règles du
jeu qui existent actuellement pour que, et la population et les
syndiqués du secteur public et parapublic et les gouvernements, n'aient
plus à être victimes en quelque sorte de règles du jeu qui
ne fonctionnent, à mon sens, au profit de personne dans la
société québécoise moderne.
J'en veux comme preuve les déclarations, très
récentes d'ailleurs, que le député de Joliette-Montcalm a
rendues publiques à cet effet. Je cite ici un article du Droit d'Ottawa,
du jeudi 6 mars, où il est dit ceci sous la plume de Pierre Bergeron en
parlant du député de Joliette-Montcalm: "Cet appel
réfléchi à la maturité collective a d'autant plus
de poids que son auteur, député péquiste de
Joliette-Montcalm, a une feuille de route bien remplie dans le domaine. Son
diagnostic, pour être sévère, n'en demeure pas moins fort
juste et les changements qu'il suggère constitueraient une brisure
heureuse et bienvenue d'avec le déplorable climat de confrontation qui a
marqué avec constance les relations de travail au Québec tout au
long des années soixante-dix." On voit que cela va en s'accentuant. Je
continue ici la citation: "Ainsi, pour pallier au plus pressé et au plus
dramatique, le député Chevrette estime à bon droit qu'il
faudrait repenser les lois sur les services essentiels et remettre à un
groupe d'arbitres spécialisés la définition des ser-
vices à assurer dans les hôpitaux en temps de
grève."
Evidemment, le député a peut-être touché des
secteurs beaucoup plus larges, mais sur la question des services essentiels,
par exemple, dans les hôpitaux, de la façon avec laquelle c'est
administré actuellement, c'est absolument illogique. J'ai aimé la
comparaison qui a été employée dans ce sens lorsqu'on dit
que ce sont les syndicats eux-mêmes qui doivent définir les
services essentiels. On citait plus loin, ce doit être une citation du
député de Joliette-Montcalm, que ce serait à peu
près comme de remettre au renard la responsabilité de faire
l'inventaire dans le poulailler. C'est à peu près ce qui existe
actuellement et j'ai aimé sa description dans ce sens.
Donc, il y a du côté du gouvernement une
préoccupation et je pense que c'est également le cas du
côté de l'Opposition; cela en a été une et cela en
est encore une fondamentalement du côté de l'Union Nationale
de revoir ces vieilles règles du jeu désuètes qui
ne rendent service à peu près à personne. On se retrouve
avec des situations où nos vieillards, nos familles, nos gens dans le
domaine scolaire ou autre sont pris en otage dans certains cas, aussi bien que
les syndiqués eux-mêmes qui n'ont souvent pas le choix de jouer
autre chose que ce jeu puisqu'il n'existe pas d'autres règles du
jeu.
Je rappellerai simplement à cette Chambre que l'Union Nationale a
proposé une motion pour que soit convoquée la commission
parlementaire du travail afin d'étudier toutes les avenues possibles
autres que le droit de grève, afin de moderniser nos institutions dans
ce sens et d'arriver à d'autres mécanismes qui jouent en faveur
des travailleurs, en faveur des syndiqués des secteurs public et
parapublic et aussi de permettre un fonctionnement beaucoup plus normal de
l'appareil gouvernemental. Cette motion a été adoptée par
l'Assemblée nationale. Elle apparaît encore au feuilleton. Je
demande encore au gouvernement et à son leader d'appeler cette motion le
plus rapidement possible parce qu'elle devient plus actuelle dans le contexte
qu'on a maintenant qu'elle l'était.
Je n'accepterai pas plus longtemps l'argument volant qu'on ne doive pas,
vu qu'il y a une grève en cours, remettre en question toutes les
règles du jeu, parce que c'est toujours la même raison qui revient
continuellement. Je trouverais malheureux que le gouvernement laisse mourir
cette motion au feuilleton de l'Assemblée nationale, puisqu'on sait que
la session va s'ajourner assez rapidement au début du mois de mai,
après les interventions sur le discours du budget, et qu'il emprunte
l'avenue d'un sommet sur cette question à l'extérieur de la
Chambre, alors que les parlementaires ont voté en bonne et due forme une
motion pour que soit convoquée la commission parlementaire du travail et
de la main-d'oeuvre afin d'étudier cette question spécifique.
Je pense que c'est maintenant entre les mains des parlementaires, c'est
aux parlementaires à régler cette question et à revoir ces
règles du jeu.
En terminant, M. le Président, dans le présent conflit, je
souhaite que la médiation réussisse. L'avenir très
prochain va nous le dire, puisqu'il s'agit de demain, mais je demande au
ministre du Travail, qui a la responsabilité de tout ce dossier, de
prendre position en ce qui concerne la convocation de cette commission
parlementaire, pour donner ainsi suite aux voeux exprimés par
l'Assemblée nationale afin de donner à l'outil
démocratique par excellence, à l'Assemblée nationale, le
droit de regard pour rouvrir cette enveloppe poussiéreuse des vieilles
règles du jeu dans le domaine des relations de travail, en ce qui
concerne les secteurs public et parapublic.
Le Vice-Président: Merci. M. le député de
Laurier.
M. André Marchand
M. Marchand: M. le Président, devant l'incohérence
de ce gouvernement, devant les grèves au Québec, devant la
division ministérielle que nous avons constatée ce midi,
c'est-à-dire les contradictions entre le leader parlementaire et le
ministre du Travail vis-à-vis de cette grève, grève qui
dure déjà depuis le 12 février, c'est-à-dire 29
jours nous sommes rendus au 11 mars, M. le Président j'ai
moi-même constaté ce matin, M. le Président, que les
déchets traînent non seulement dans les parcs indiqués par
les autorités municipales, mais également sur les principales
artères de la ville de Montréal. Pour donner un exemple frappant,
les déchets sont allongés le long de la rue Saint-Denis et, ce
qui est encore pire, devant la clinique médicale située entre les
rues Crémazie et Guizot.
M. le Président, les feux de circulation ne fonctionnent plus
à plusieurs endroits et cela, aux intersections les plus importantes.
Comme exemple, au coin des rues Crémazie et Saint-Denis, plusieurs
accidents ont déjà eu lieu et la circulation, surtout aux heures
de pointe, est perturbée à un point inadmissible.
Déjà ce matin, à partir de sept heures, la radio
annonçait la fermeture de plusieurs écoles parce que les
autorités scolaires ne voulaient pas continuer afin de ne pas mettre la
vie des enfants en danger. En grand nombre, ce matin, les autobus de la CTCUM
sont retournés à leur garage devant le danger jugé
par les chauffeurs de la CTCUM de conduire leur véhicule en
exposant les travailleurs qui utilisent leur service.
Aussi, M. le Président, devant les assertions de ce gouvernement
qui devait être un bon gouvernement, qui devait régler tous les
problèmes, devant l'incurie de ce gouvernement, devant le manque de
capacité du ministre à régler les conflits, tant celui des
cols bleus de Montréal que les autres grèves qui ont eu lieu
depuis 1976, je demande au ministre, pour une fois, de prendre ses
responsabilités il connaîtra ce que c'est et d'agir
dans le plus bref délai, afin de rétablir un meilleur climat et
l'ordre dans la ville de Montréal.
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président: M. le député de
Saint-Louis.
M. Harry Blank
M. Blank: Mr Speaker, I would like to add my voice to those of
the Member for Portneuf and the Member for Laurier in discussing this problem
before the National Assembly.
The motion which was granted by the Speaker was one of an urgent debate
and certainly it is an urgent matter to do anything that is possible to perhaps
shorten this strike.
I may say that I must compliment the minister on disagreeing with his
leader in allowing this debate to take place today, because I think that is the
logical way to handle this matter. (16 heures)
Obviously, last week, when the minister told me, after I asked a
question and I might say it was interesting the questions and the
answers were very polite. The minister was not frustrated; he was not tense.
Obviously, the situation in Montréal has reached such an extent that it
has frustrated him, I do not know, what one calls it, he is a doctor, he
perhaps knows the term better than I do. But, his reaction today was very
surprising to me. The hostile, insulting reaction they have for the Opposition,
that we had the arrogance to ask questions, it is terrible!
Obviously, there is something wrong. Yes, it is wrong that Opposition
asked a question. The minister seems to think that we are here only to occupy
our seats and let the government do what they want to do or, as in this case,
do nothing. It is obvious they want to do nothing. They are afraid, for one
reason or another, to assume their responsibilities towards the citizens of
Montréal in this particular instance.
Last week, as I mentioned, the minister told me and this House that the
mediation would be through toward the end of the week and there was a strong
possibility almost an assurance that the strike would be settled
by Sunday night. We all took his word for it. After all, he knows what is going
on in the hall, he knows what the parties are saying and doing. He gets reports
from the civil servants, from his mediator and the persons involved in the
issues. Well, we come here today and we find that we are very, very far from a
settlement. The minister himself, in his answer today, after he got rid of all
the trappings of accusing the Opposition I was going to use the
expression "péchés d'Israël", but I do not think it is
proper in my particular case. He finally said that the mediator himself has
reached an impasse. The mediator has reported back to the minister to the
effect that it is impossible for both sides to settle, that is the way he sees
it. The only thing he can do is perhaps write a report, make his report to the
minister, make the report to both parties and maybe they will accept it. The
minister implied in his discussion, in his answer to me and if you listen to
what the leader of the government said, that if they do not settle on Thursday,
Friday, Saturday or Sunday; maybe next week, we will do something. But, that is
too late. Another week of this in Montréal will be a catastrophe. The
danger to the security and health of the population is terrible.
Perhaps the minister is a little removed from what actually goes on in
the city. I do not blame him. He is busy with his ministry, with his propaganda
show on the referendum question. He does not get down to brass tacks, he does
not get down to the street. I walk to work every day. I walk about three
quarters of a mile on the streets of Montréal to work and I assure you
this morning that at least one quarter of that mile was sliding. I was one of
the few lucky ones that did not fall. All around me, on Sherbrooke Street, one
of the great arteries of Montréal, people were falling on the
sidewalk.
M. Ryan: That was not Hanigan's report.
M. Blank: That was not Hanigan's report. I do not know if Hanigan
got his report, but I was on Sherbrooke Street, and there were not any buses.
Perhaps Mr Hanigan was correct in saying that he had ordered the buses into the
street. That is great. But the "chauffeurs" refused, they returned to the
shops. That is what Mr Hanigan tells you. But listen to the radio reports: they
have reporters on the scene at the MUCTC garages and the buses were there. They
were not on the streets. They did not get out on the streets until 11 o'clock.
They went out on the streets at 15 o'clock, but they went back in. Because I
was in Montréal this morning, Mr minister, I saw it. Last night, it
rained in Montréal. The temperature was roughly zero degree centigrade
or 32 degrees Fahrenheit. It was a beautiful rainstorm. It was nice; it was
washing the snow, but by some quirk of fate, the temperature dropped and it
dropped greatly this morning. At about 5 o'clock, all this rain froze. On the
streets, you had sheets of ice and on the sidewalks, you had ice over snow
which is even worse than the ice on the street. People could not walk in
Montréal this morning, not until about 10 or 11 o'clock in the downtown
area and I am sure that on the sidestreets, they still cannot walk. In the
riding of the deputy of Anjou they have snow clearers, but the deputy for
Saint-Jacques, the Leader of the House, I am sure that in his riding, nobody
can climb a hill from Ontario Street to Sherbrooke Street, because it is
absolutely impossible. No traffic can move either up or down those streets even
now.
So, I do think that this debate today is going to serve a purpose,
perhaps both sides, and I am not putting the blame on either side. Both sides
will see that this House is serious about this conflict and that if this matter
is not settled, perhaps we will be here on Friday if that requires it. If we
pass this message on to these people to put a little water in their wine,
perhaps and I say that with fingers crossed they will accept the
mediator's report and perhaps Montreal will come back to its normal senses.
The situation that I mentioned earlier is rather serious, apart from the
fact that traffic cannot move. And we have some of the greatest traffic
jams I have ever seen in Montreal during the rush hours in the morning
and in the evening; the question of the traffic lights is really a very serious
matter. The intersections, some of the most important intersections in Montreal
have no traffic light or the traffic lights are stuck in a yellow or in a red
position. And what makes matters even worse, when a driver arrives at an
intersection where the traffic lights are working, he does not know at a
given point if they are working or not and you find cars going through
red lights, not really intentionally, they think it is not working because it
happens to be a long light at that particular corner. And more accidents have
been caused on account of these lights. We are not taking it very seriously but
I think the last figure I saw was somewhere in the neighborhood of 150
intersections that have defective lights. I may be wrong by five or ten either
way, but it is somewhere in that neighborhood because I think the figure on
Sunday was 117; by today, I am sure it is going to be about 150.
But what is also important is the life and limbs of the pedestrians. The
great majority of older people are not venturing into the street at all, they
are staying home. But those who have to get out, and those that have to walk to
go to work, are suffering the consequences. You will check with any emergency
clinic, of any hospital, in Montreal, and you will find that they have anywhere
from 300% to 400% more broken limbs, sprained ankles, broken noses, as result
of this strike, as result of a situation that have been created by this strike.
And these maybe the Minister got his report someplace else are
the reports that the newspapers are publishing after obtaining information from
each one of these emergency clinics.
So, it is time that we, in this House, discuss the urgency of this
matter. Perhaps, I understand that the workers are looking for particular
modifications to the type of work they do; they want classification, they want
to keep certain classifications and I understand that the city, on the other
side, wants the mobility of personnel, they want to be able to shift the job.
They both perhaps are right, up to a point but if they cannot get together on
it, it is us, it is up to us. We are responsible to the people, we are
responsible to a million people in Montreal and Montreal is the center, the
heart of this province. If we let Montreal stagnate or die, we are in a real
problem. And it is up to us to take our responsibilities, not to ship them off.
I know it is difficult for the Government to take the responsibility; they will
do anything in the world not to do it.
As a matter of fact, I was struck by what the Minister said earlier in
answer to my question today, when the question came up of whether he should
suspend the right to strike for 90 days; he inferred that perhaps, if he did
that, we would have a form of civil disobedience, that it would not work. To
see a Minister of the Crown take that attitude in advance, to say that an Order
in Council or a law passed by this Legislature has a chance of not being
followed by the citizens, I think that it is going a little far. We must
presume that they will follow the law; we must take whatever steps are
necessary to have a law or an Order in Council, if necessary, to see that the
strike is brought to an end.
Obviously, there is an impasse; what I gather from the leaders of the
unions, for what they are saying, they are getting nowhere with the city. The
city claims that the unions are asking a little too much. We do not hear too
much from either side, I am wondering why we are kept in the dark so much. But
I am waiting, with baited breath, for the Minister to get up in his replique,
in his response; perhaps he can give us a little opening on what is really
happening. Because, I may say that, as a citizen of Montreal, as a legislator,
I am mostly in the dark of what is really going on in this negotiation,
conciliation and now, mediation. (16 h 10)
I therefore call upon the minister and the government, if they have to
wait until the mediation reports are made on Thursday and if they are not
accepted, to come down hard the day after. Do something for the people of
Montreal!
Le Vice-Président: M. le député de
Maisonneuve.
M. Georges Lalande
M. Lalande: M. le Président, je pense qu'on a très
bien illustré, de ce côté-ci de la Chambre, le fait que la
situation est véritablement alarmante à Montréal.
Evidemment, le 21 février dernier, le ministre du Travail disait
on l'a souligné tout à l'heure, il suffit de le relire
qu'il "suffirait d'une tempête de neige moyenne pour transformer les
inconvénients dus à la grève, qui n'ont pas encore atteint
le stade de la catastrophe jusqu'ici, en situation d'urgence". Voilà! Le
mauvais temps arriva et la situation d'urgence est là.
Les gens du sud-est de Montréal je pense surtout à
ceux qui sont en bordure de la rue Notre-Dame et, de façon plus
particulière, à ceux des comtés de Saint-Jacques,
Sainte-Marie, Maisonneuve et Bourget subissent à l'heure
actuelle, outre tous les inconvénients que les autres ont, une situation
d'enclave. On constate que ce sont surtout les petites rues qui sont de plus en
plus glacées et qui empêchent toute circulation. Les grandes
artères sont encore à ce moment-ci praticables. Or, on ne peut
sûrement pas se fier au fonctionnement normal de la négociation
pour régler ces grèves puisque cette situation d'urgence risque
de s'éterniser. Qu'on se rappelle les grèves de la
Société des alcools, des enseignants, des fonctionnaires de
l'Etat et, dans deux cas bien précis, des secteurs public et parapublic
avec la loi 62 et d'Hydro-Québec avec la loi 88. Dans ces deux cas, on a
dû recourir à des lois spéciales pour les terminer.
Dans ce cas-ci, la situation est grave à l'heure actuelle. Elle
risque de le devenir de plus en plus et, encore une fois, c'est à cause
de l'inaction du gouvernement qui, depuis 1976 et je parle du
sud-est de Montréal alors qu'il avait l'occasion de
débloquer la rue Notre-Dame pour en faire un grand boulevard, pour en
faire une voie rapide, n'a rien fait. La situation maintenant, c'est qu'on se
retrouve sans aucune voie véritable pour acheminer les travailleurs vers
le centre-ville où ils doivent se rendre tous les jours pour travailler
et de même pour ceux qui doivent aller vers les raffineries de l'est pour
y faire justement du piquetage dans le cas de Pétrofina et autres. Ces
gens sont enclavés dans Maisonneuve et ne peuvent pas s'y rendre. Je
pense que c'est lié de façon directe à l'inaction du
gouvernement qui n'a justement pas bougé dans ce secteur. Les gens de
Maisonneuve le disent aisément: La seule chose qui a bougé avec
le gouvernement péquiste dans Maisonneuve depuis 1976, c'est que l'herbe
a poussé dans les endroits où on avait démoli.
Voilà! Je n'entends pas parler le député de Saint-Jacques,
ni le député de Sainte-Marie, ni le député de
Bourget. Ils n'ont absolument rien à dire concernant leurs concitoyens
qui sont eux aussi tout à fait enclavés dans leur coin
aujourd'hui.
Une Voix: Ils sont partis!
M. Lalande: Ils sont partis, n'est-ce pas? Bon! Il faudrait aussi
se rappeler qu'en 1976 et cette inaction devient chronique de la part du
gouvernement actuel le ministre des Transports d'alors, l'ancien,
décidait d'arrêter les travaux de construction de l'autoroute
Ville-Marie dans le sud-est de Montréal. Quelques mois plus tard, en
février 1977, l'Association du camionnage du Québec disait que
cela n'avait pas de bon sens. Elle désapprouvait le ministre qui, le
mois suivant, déclarait ne pas encore avoir vraiment pris position quant
à l'autoroute et que, de toute façon, sa décision serait
connue à l'automne.
Une Voix: M. le Président, la pertinence du
débat.
M. Lalande: Non, mais ce que j'essaie de démontrer, M. le
Président, c'est que, si le gouvernement avait bougé, si le
gouvernement avait construit cette autoroute, si on avait fait quelque chose,
les gens ne seraient pas enclavés aujourd'hui et ils ne seraient pas
pris dans les petites rues.
Des Voix: La pertinence.
M. Lalande: J'y arrive de toute façon.
Une Voix: Parfait!
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Maisonneuve.
M. Lalande: De toute façon, M. le Président, nous
sommes rassurés. Nous sommes rassurés parce que la grève
risque peut-être même de durer assez longtemps pour qu'on ait le
temps de terminer l'autoroute est-ouest.
Le 6 novembre 1978, huit jours avant la tenue des élections
partielles, voilà que, dans le comté de Maisonneuve, nous arrive
le nouveau ministre des Transports; pas l'ancien, mais le nouveau qui est
là. Il est flanqué à droite, en tout cas, à
côté de lui de la ministre d'Etat à la Condition
féminine et il est flanqué, de l'autre côté, du chef
de cabinet de la ministre d'Etat à la Condition féminine. Je
pense que le député de Saint-Jacques suivait en arrière.
Tout ce monde-là s'amène dans le comté de Maisonneuve et
vous dit: "Vos problèmes sont finis, on va vous les régler, on va
construire une voie rapide." Mais il n'y a pas eu de voie rapide de
construite.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Lalande: Les gens du comté de Maisonneuve sont
enclavés, à l'heure actuelle, chez eux. Ils ne peuvent pas sortir
parce que les petites rues sont glissantes.
M. Johnson: M. le Président, question de
règlement.
Le Vice-Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre sur une question de règlement.
M. Johnson: Si vous me le permettez, évidemment, M. le
Président. Je comprends que le député de Maisonneuve
intervient si rarement en cette Chambre pour ses concitoyens qu'il se sert
d'une première occasion, sur le dos des Montréalais, pour mousser
ses dossiers de comté. Il y a quand même des limites, M. le
Président. Rappelez-le...
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît! La
pertinence du débat, j'ai déjà eu l'occasion de le dire,
c'est très difficile à évaluer. Compte tenu du fait, comme
je l'ai déjà dit et que la présidence l'a
déjà dit, que la chance doit aller au coureur, M. le
député de Maisonneuve, tout en vous disant qu'il vous reste
quatre minutes.
M. Lalande: M. le Président, je vous remercie. Je voudrais
simplement rappeler au ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre que ce n'est
pas seulement le comté de Maisonneuve qui est pris dans le conflit.
C'est beaucoup plus que cela. A moins qu'on ne considère que l'est de
Montréal, c'est marginal. Encore, j'y reviens, il y a le comté de
Saint-Jacques qui est pris avec ce problème, il y a le comté de
Sainte-Marie, il y a le comté de Bourget, également, de
même que le comté de Maisonneuve. Je ne pense pas que ce soit
là un simple dossier de comté. Mais que le ministre du Travail et
de la Main-d'Oeuvre soit rassuré. Cela ne fait pas longtemps que je suis
ici; je suis ici depuis le 14 novembre, mais il aura l'occasion de m'entendre
parler. Chaque fois que j'ai la chance, je prends la parole. S'il me la
laissait plus souvent! Si on avait fait un partage un peu plus
équitable, conformément à la loi no 92, peut-être
qu'il aurait l'occasion de m'entendre parler un peu plus au cours du
débat référendaire.
Une Voix: Où sont les députés de la ville de
Montréal?
M. Lalande: Où sont les députés de la ville
de Montréal? Ils sont tous de ce côté-ci de la Chambre, en
tout cas ceux qui sont représentés.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Une Voix: Ils sont dans leur bureau.
M. Lalande: M. le Président, je termine là-dessus.
M. le ministre du Travail et de la Main-d'Oeu-vre, je termine là-dessus.
On ne peut pas prévoir à cette heure-ci, on n'a aucune
indication, d'abord de par la volonté politique du gouvernement actuel,
que le conflit va être réglé par les mécanismes
ordinaires des relations de travail, que le dossier va être
complété et que le conflit va être réglé dans
les plus brefs délais.
Je demande encore une fois au ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre
ce qu'il a l'intention de faire. Il faut se rappeler cela est bien
misérable encore une fois que ce n'est pas seulement dans le
comté de Maisonneuve, mais à cause de l'eau qui est
déversée de la rue Sherbrooke et qui s'écoule le long de
la rue Chambly, par exemple, dans le comté de Maisonneuve, cela est
bloqué à l'heure actuelle. Les gens ne peuvent pas sortir. De
façon plus criante encore, il y a même des automobiles, une bonne
quantité d'automobiles qui étaient stationnées en bordure
de la route et qui ont été inondées. Finalement, cela a
gelé et les automobiles sont prises là, dans le ciment, un peu
comme le PQ en face.
Je pense qu'il faut demander au ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre ce qu'il a l'intention de faire pour régler ce conflit qui
est plus particulièrement grave pour les gens du secteur sud-est de
Montréal.
M. Pierre-Marc Johnson
Le Vice-Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, j'aimerais simplement d'abord
commencer par rectifier deux choses. Je pense que ce débat se
déroule dans la mauvaise enceinte. Il devrait, en ce moment, se
dérouler au conseil municipal de la ville de Montréal.
Une Voix: Oui, c'est cela.
M. Johnson: On est au mauvais endroit.
Une Voix: C'est cela.
M. Johnson: Deuxièmement, M. le Président, ceux
qui, dans l'Opposition, ont vu entre le leader et moi-même des
contradictions se sont, encore une fois, trompés. La contradiction
était entre celui qui occupait le fauteuil de la présidence et
moi-même, M. le Président, au moment où il a pris sa
décision. La présidence avait décidé, pour une
raison qui m'échappe, compte tenu de la jurisprudence, mais que je
respecte puisque je dois la respecter, qu'il y aurait, de toute façon,
un débat d'urgence. Elle était prête à le permettre
peut-être jeudi, peut-être un autre jour. Dans les circonstances,
comme cette décision était prise, il m'apparaissait normal et
souhaitable qu'on en finisse immédiatement ici sur ce débat
d'urgence, parce qu'en fin de compte, ce qui compte, c'est que cela se
règle à Montréal. Ce que recherchent les citoyens à
Montréal, ce n'est pas d'entendre le député de Portneuf ou
le député de Maisonneuve qui nous parle de son autoroute. Les
citoyens de Montréal veulent une reprise du service des cols bleus
à Montréal. (16 h 20)
Pour qu'il y ait une reprise du service des cols bleus à
Montréal, il faut permettre et se donner toutes les chances de
règlement possibles indépendamment des fantaisies qu'on pourrait
avoir d'agir comme un Dieu qui descendrait du ciel et qui viendrait
régler tout ça. La loi est là, il y a des façons de
faire les choses. D'ailleurs, ces lois ont été adoptées
par cette même Assemblée et le ministère est là pour
travailler dans ce sens.
Qu'est-ce qu'on a en face de nous, M. le Président? On a
essentiellement une Opposition qui n'a pas eu un bilan particulièrement
brillant pendant six ans et ce n'est pas vrai que ce débat d'une heure
et demie va faire oublier les six ans d'incurie qu'elle a fait connaître
au Québec dans ce secteur. En ce moment, les citoyens de Montréal
subissent les inconvénients, majeurs dans certains cas, de toute
évidence, d'une paralysie du secteur de l'entretien de la ville de
Montréal. Cela se manifeste, évidemment, par des encombrements,
par des feux de circulation qui fonctionnent moins bien, par des personnes
âgées qui sont peut-être plus confinées chez elles
qu'elles ne le seraient dans d'autres circonstances parce qu'elles craignent de
sortir. Evidemment, on nous a parlé d'une situation catastrophique du
côté des accidents de la circulation.
Je vais me permettre, cependant, de relever la question des accidents de
circulation. S'il est vrai que les citoyens de Montréal subissent des
inconvénients importants en ce moment à cause de cette
grève parce que la ville de Montréal est incapable de s'entendre
avec les représentants du syndicat des cols bleus, il faut aussi
regarder la réalité comme elle est. En 1979, entre le 11
février et le 11 mars, il y a eu 355 accidents avec 498 blessés
à Montréal. Pour la même période du 11
février au 11 mars 1980, pendant la grève des cols bleus, il y a
eu 152 accidents avec 219 blessés. C'est vrai que c'est grave, sauf
qu'il n'y en a pas plus qu'il n'y en avait avant. Il ne faut quand même
pas jouer les Dracula de la paix sociale. Il faut quand même en revenir.
Les croque-morts en face de nous de la sérénité et du
calme dans les relations de travail devraient comprendre que ce n'est pas
là l'avenir. L'avenir, c'est de regarder les choses comme elles
sont.
Comment sont-elles en ce moment? On fait face à des parties qui
ne se sont pas entendues. Cette convention collective expirait au mois de
décembre dernier. Les négociations avaient commencé quatre
mois avant l'expiration de la convention collective et, au mois de janvier,
respectivement les 7 et 16 janvier, j'ai nommé MM. Boisvert et Gauthier
dans ce dossier parce que nous apprenions, du côté patronal et
syndical, que les parties étaient incapables de s'entendre. Il y a eu
six séances de conciliation, rejet des offres patronales à
l'assemblée générale du syndicat le 26 janvier dans un
vote qu'on me dit être un vote unique, sur un bulletin unique: Est-ce que
vous acceptez les offres patronales ou est-ce que vous les rejetez et donnez un
mandat de grève générale? Répondre dans un des
casiers. A 82%, les travailleurs ont rejeté les dernières offres
patronales. Les points en litige touchent, entre autres, tout le secteur des
sous-contrats, de la sécurité d'emploi par métier, par
âge, etc., et la vonté exprimée par la ville de
Montréal de faire des compressions budgétaires et, donc,
d'accélérer la mobilité du personnel.
C'est un problème complexe sur le plan, du fond. C'est un
problème où les intérêts de la ville de
Montréal en tant que représentant les intérêts
financiers des citoyens de la ville se heurtent aussi au respect qu'on doit
avoir, je pense, des travailleurs qui, dans certains cas, craignent
d'être affectés à des tâches auxquelles ils ne
seraient absolument pas préparés ou pour lesquelles, finalement,
on les obligerait à abandonner des droits qu'ils ont acquis, dans
certains cas, durement.
Dans les circonstances et compte tenu de l'impossibilité pour les
parties de se rapprocher en conciliation d'une façon normale, j'ai
demandé quelques jours plus tard, soit le 21, à mes conciliateurs
de faire en sorte que les parties soient convoquées, comme on dit,
péremptoirement. Cela faisait dix jours que les parties ne
s'étaient pas parlé. On les a assises et on leur a dit: On va
vous obliger à vous parler. Là, encore une fois, c'était
le mur de brique du côté syndical et du côté
patronal.
Et la convocation péremptoire, déjà, est une chose,
est une intervention qui n'est pas usuelle au ministère. Devant cela, et
devant l'impossibilité, encore une fois, pour les parties d'accepter de
se rapprocher, je leur ai proposé une formule qui était la
médiation-arbitrage, qui aurait consisté en la chose suivante:
J'aurais nommé un médiateur qui aurait tenté de rapprocher
les parties et tenté de bien cerner certains des problèmes et
peut-être obtenir qu'ils acceptent certaines choses. A défaut pour
les parties de s'entendre sur certains des éléments, le
médiateur se serait transformé en arbitre et, au moment où
il aurait pris cette décision de devenir un arbitre, les cols bleus
auraient mis fin à leur grève et la ville de Montréal
aurait mis fin à son droit de lock-out. Les parties ont rejeté
cette formule. Je ne peux pas la leur imposer. Les lois du travail
adoptées par cette Assemblée ne me le permettent pas. Je ne peux
pas la leur imposer parce qu'on vit dans un régime de libre
négociation.
Montréal, parce que les gens âgés, parce que les
gens qui tentent de se rendre au travail subissent des inconvénients, le
ministère a tenté des moyens plus qu'habituels, plus
qu'extraordinaires. Devant même leur refus d'accepter la
médiation-arbitrage, j'ai décidé de nommer M. Raymond
Désilets médiateur dans ce conflit. M. Désilets a
rencontré les parties à compter de vendredi dernier. Il les a
rencontrées en leur imposant un face-à-face au cours duquel,
encore une fois, il n'a pas pu se passer grand-chose. Ensuite, il s'est mis
à faire la navette d'un groupe à l'autre. Cela finissait. Entre
autres, dimanche soir, au ministère, je suis sorti en même temps
que M. Désilets, vers à peu près minuit. Il venait de
sortir d'une réunion avec le syndicat. Dimanche soir, cela encore. On a
réuni les parties séparément. Le ministère est
intervenu jour et nuit, et encore cet après-midi, à 15 heures, M.
Désilets était en rencontre avec une des parties sur une des
questions techniques.
On en est à quel stade? On en est au stade où maintenant
le médiateur, un des meilleurs spécialistes dans ce domaine au
Québec, M. Raymond Désilets, va être appelé à
faire un rapport. Ce rapport, il est en train de le rédiger depuis hier,
je pense, depuis hier soir, et malgré cela, à travers la
rédaction, il a eu à faire quelques contacts avec les
représentants syndicaux et patronaux. Il est en train de le
rédiger et il va le remettre aux parties. Une fois qu'il l'aura remis
aux parties, on va voir s'il y a encore un sens des responsabilités
à la ville de Montréal et chez les cols bleus. Les citoyens en
ont assez. Ils vivent des inconvénients, même si on n'est quand
même pas sur le bord de la catastrophe nationale qu'aimeraient
décrire le député de Portneuf et le député
de Saint-Louis. Les inconvénients majeurs que les citoyens subissent, il
faut s'en rendre compte, c'est la ville de Montréal et les cols bleus
qui doivent en porter la responsabilité.
Quand ils auront le rapport de médiation entre leurs mains, quand
ils verront que Raymond Désilets a tenté, à travers tout
cela, de trouver une solution qui tienne compte à la fois de la
nécessité pour la ville de Montréal d'administrer d'une
façon saine et avec le plus de calme possible, je dirais même avec
un calme olympien, les fonds publics, et également de la volonté
pour les cols bleus de faire en sorte qu'on respecte leurs droits, M.
Désilets va trancher cette question et il va essayer de trouver une
solution qui soit la meilleure possible pour les parties, qui tente à la
fois de ne pas renier entièrement les objectifs de la ville de
Montréal, mais en même temps de préserver le droit pour
certains travailleurs de ne pas être pris à faire des travaux
qu'ils ne veulent pas faire, dans certains cas, et qu'ils ont gagné le
droit de ne pas faire.
On va tenter de trancher sur le fond. Encore une fois, c'est complexe.
Il faut que cela se règle. C'est la raison pour laquelle je ne voulais
pas que le débat d'urgence se tienne jeudi et la raison pour laquelle je
me suis entendu là-dessus avec le leader, mais on ne s'entendait pas
avec le président. Jeudi, probablement qu'il y aura un syndicat
confronté avec un rapport de médiation, confronté avec la
décision de recommander ou pas aux
travailleurs un contenu. Comme il y aura un exécutif avec M.
Lamarre, il y aura le directeur du personnel, le directeur adjoint du
personnel, M. Perron, la ville de Montréal ainsi que le maire Drapeau
qui devront décider cela au comité exécutif de la ville de
Montréal, ce ne sera pas le temps de venir agiter l'air avec les
procès et l'autoroute de Maisonneuve. Cela va être le temps
d'essayer de régler le problème et de tenter de faire en sorte
que les parties règlent ce problème grâce à
l'intervention du gouvernement et du ministère qui essaient d'assumer
leurs responsabilités, non pas en politisant les conflits, mais en
mettant les personnes les plus compétentes possible au service des
parties pour qu'elles se rendent compte que ce sont les citoyens de la ville de
Montréal qui en souffrent, pour qu'elles cessent d'être
indifférentes à l'égard des citoyens de la ville de
Montréal. (16 h 30)
C'est beau des paroles, c'est beau de dire: Oui, nous savons que les
citoyens souffrent; le syndicat le dit et la ville de Montréal le dit,
sauf que, en pratique, ça prend un médiateur pour essayer de
trouver une solution. Là, on va voir ce qu'ils vont faire avec le
rapport de médiation. Encore une fois, ce rapport sera imbu d'un esprit
impartial; on tentera de trouver une juste solution à ce
problème. Il faut espérer que, jeudi, l'exécutif syndical
et les représentants syndicaux des cols bleus, comme les
représentants de la ville de Montréal accepteront ce rapport et
accepteront que ce soit là le meilleur des gages pour permettre la
reprise des activités normales, le retour au travail normal pour les
travailleurs de la ville de Montréal et surtout, pour les citoyens de
Montréal, de retrouver la paix.
Je pense que, dans les circonstances, Mme la Présidente, nous
avons fait non seulement ce que nous devions faire, mais nous avons fait
même au-delà de ce que nous imposent les lois, parce que ce qui
nous préoccupe effectivement, ce ne sont pas nécessairement les
structures municipales et les structures syndicales, ce sont les citoyens, ce
sont les gens qui, en ce moment, sont préoccupés par la
situation. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: M. le député de
Saint-Laurent.
M. Claude Forget
M. Forget: Mme la Présidente, il y a quatre ans, le Parti
québécois s'est présenté devant nos concitoyens et
s'est prétendu capable d'offrir un bon gouvernement. Je pense que nous
nous souvenons tous que sa capacité prétendue, à
l'époque, de régler ce que, dans notre jargon, on convient
d'appeler "la paix sociale", c'est-à-dire les relations entre les
syndicats et les patrons, a joué un rôle très important
dans la définition de ce bon gouvernement à venir.
Très franchement, je pense qu'à ce moment-là
beaucoup de gens, même de ce côté-ci, se sont dit: II y a
peut-être effectivement des chances que ce gouvernement améliore
la situation à cet égard, pas seulement, comme semble se
contenter de le faire le ministre du Travail actuel, qu'il maintienne la
situation antérieure, se satisfasse de dire: Nous ne sommes pas pires
que ceux qui nous ont précédés, mais qu'il améliore
effectivement une situation que tout le monde reconnaît être
extrêmement difficile et qui date de longtemps dans le passé.
Malheureusement, il ne semble pas que cet espoir soit satisfait par les
événements qui se sont déroulés depuis. On nous a
parlé pendant des années on a un peu oublié
maintenant cette expression du préjugé favorable du
gouvernement envers les travailleurs, on sait qu'il a payé d'ailleurs le
prix, face aux organisations syndicales, par toutes sortes de réformes,
de ce préjugé favorable. On se doutait que, sans le dire, les
organisations syndicales auraient aussi un préjugé gouvernemental
dans leurs relations dans le secteur public.
Or, qu'est-ce que l'on peut constater? Toutes les dimensions du
problème social au Québec, du problème de la paix sociale,
sont demeurées essentiellement ce qu'elles étaient, par exemple,
sur le plan des grèves. Je ne m'engagerai pas ici dans une bataille de
statistiques ou de chiffres sur le nombre de jours perdus, mais ces jours
perdus se chiffrent par millions et on en a déjà fait
état. Il reste qu'on a été témoin, au cours des
derniers douze ou quinze mois, des grèves les plus dures dans
certains secteurs que le Québec ait jamais connues. Je cite en
particulier la grève des infirmières dans tout l'Est du
Québec, une grève sans précédent au Québec;
on a bloqué le fonctionnement de tous les hôpitaux dans l'Est du
Québec pendant 18 jours.
Des Voix: C'est faux, c'est faux!
M. Charron: Mme la Présidente, j'invoque le
règlement.
La Vice-Présidente: M. le leader parlementaire du
gouvernement, sur une question de règlement.
M. Charron: Mme la Présidente, le député
pourra garder son papier pour n'importe quelle autre occasion que le
règlement prévoit: motion de blâme; discours sur le budget,
qui est déjà à l'horizon, ou n'importe quoi, mais je dois
lui rappeler à lui qu'il intervient sur une demande expresse d'un
débat d'urgence sur la grève des cols bleus à
Montréal et qu'il doit donc s'en tenir à ce sujet, c'est son
propre parti qui l'a demandé.
M. Forget: Mme la Présidente, je pense que nous discutons
de la politique du gouvernement en matière de relations de travail,
telle qu'elle s'applique dans un cas particulier.
M. Charron: Mme la Présidente, j'invoque le
règlement tout de suite; le député de Saint-Laurent vient
de vous dire, la présidence n'a pas
accordé un débat d'urgence cet après-midi sur la
politique du gouvernement en matière de relations de travail. Elle a
accordé un débat d'urgence sur la grève des cols bleus de
la ville de Montréal. C'est de ça qu'on parle. Non pas que je ne
veuille pas avoir cet entretien; à n'importe quelle autre occasion, les
députés sont absolument libres de greffer les motions de
blâme qu'ils veulent au feuilleton et le règlement nous oblige de
les accepter et d'en discuter, mais pas dans le cadre d'un débat
d'urgence sur la grève des cols bleus de Montréal.
M. Lalonde: Une question de règlement, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: Sur une question de règlement,
M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: C'est important, Mme la Présidente, parce que
le leader du gouvernement ne fait pas preuve de cohérence. Il a
plaidé le contraire ici, il y a quelques jours; en transposant son
plaidoyer au cas actuel, comment pouvons-nous parler du règlement d'une
grève des cols bleus sans mettre en cause la politique du gouvernement
en matière de relations de travail?
La Vice-Présidente: Vous devez, pour être pertinents
au débat maintenant, vous exprimer sur la grève des cols bleus de
Montréal selon la motion de M. le député de Portneuf et
vous savez que l'article 78 du règlement fait part de situations graves
et dangereuses.
M. le député de Saint-Laurent.
M. Forget: Je vous remercie, Mme la Présidente. Je disais
que toutes les dimensions des efforts gouvernementaux dans le domaine des
relations de travail, telles qu'on les a vécues, telles qu'on les vit
encore à travers ce conflit, sont tout aussi pernicieuses, tout aussi
graves et décevantes qu'elles ne l'ont jamais été. Nous
avons eu une loi spéciale à deux exemplaires, tel qu'on en a eu
à d'autres occasions dans le passé. Nous avons eu le déni
des services essentiels à la population. Cela a été
dénoncé abondamment et ça se maintient comme ça
s'est déjà produit dans le passé. Nous avons eu enfin la
désobéissance aux lois et aux ordonnances des tribunaux. Toutes
les dimensions, donc, d'une situation insatisfaisante se sont maintenues sous
le régime actuel.
La Vice-Présidente: M. le député de
Saint-Laurent, sur la motion de M. le député de Portneuf.
M. Forget: Oui, toujours, Mme la Présidente. Nous serions
en droit de nous attendre à ce que le gouvernement ait des idées
claires sur la façon d'envisager une amélioration non pas
le maintien d'un état satisfaisant des relations de travail,
particulièrement dans le secteur public.
Nous avions l'occasion le député de Richmond l'a
soulevé tout à l'heure de constater tout récemment
que cette vision claire d'une poli- tique en matière de relations de
travail n'existe pas de l'autre côté et c'est parce qu'elle
n'existe pas, justement, que nous nous retrouvons à nouveau dans des
situations inextricables, des grèves qui se prolongent, sans que
personne de l'autre côté ne soit en mesure de dire: Voici dans
quel cadre tout ceci doit se faire.
Le député de Joliette-Montcalm, qui en prend à ses
aises dans le moment, a invoqué tout récemment la
possibilité, pour régler le problème des services
essentiels, un problème avec lequel nous vivons encore, de revenir
essentiellement à la loi 253 qu'en face on a ridiculisée et qu'on
a détournée. En somme, à quoi rime sa proposition de
donner à des arbitres indépendants et des experts en relations de
travail la décision relativement aux services essentiels, si ce n'est de
revenir exactement au libellé de la loi 253 qui donnait au
président du Tribunal du travail le soin de désigner parmi la
liste des arbitres acceptés par le Conseil consultatif du travail et de
la main-d'oeuvre le soin de décider en quoi consistent les services
essentiels?
Ce genre d'aveu de l'autre côté, Mme la Présidente,
montre très bien que l'on ne sait pas où l'on va. On se jette
tantôt sur une formule, tantôt sur une autre. Le ministre, dans la
réponse qu'il a faite tout à l'heure j'ai
été heureux de l'entendre sur autre chose que sur un point de
règlement ou sur un point de privilège nous a dit
essentiellement: Cela ne va pas si mal que ça. Dans le fond, le
problème, tel qu'il l'envisage, c'est de laisser la machine
administrative gouvernementale régler le problème sans
intervention du gouvernement.
Or, en soi, Mme la Présidente, c'est une orientation qui est
fondamentalement déficiente. Quand le pouvoir politique se
réfugie derrière un processus de conciliation ou de
médiation qui n'a été enclenché que des mois
après que la convention collective était expirée, on peut
se poser de sérieuses questions sur le sens des responsabilités
du gouvernement. (16 h 40)
La convention collective avait expiré le 31 décembre 1979
et la conciliation elle-même n'a suivi que de plusieurs semaines
l'échéance de la convention collective. Dans de telles
circonstances, essentiellement, ce que le ministre nous dit, c'est qu'il faut
encore élever le seuil de tolérance, que la société
dans laquelle on vit n'est pas justifiée de s'indigner d'une situation
de difficultés apparemment sans issue dans un secteur public, à
moins qu'il y ait des décès, des morts à déplorer,
qu'il faut devenir insensible à des perturbations majeures dans le
fonctionnement de la métropole au Québec, sans faire mine qu'il y
a quoi que ce soit qui soit susceptible d'éveiller l'attention du
gouvernement, celui-ci préférant se réfugier, encore une
fois, derrière des délais, derrière des procédures
qui sont essentiellement des procédures de l'administration publique,
qui ont leur place et qui doivent effectivement fonctionner normalement sans
interférence jusqu'au moment où la population et les hommes
politiques qui sont sensés parler en leur nom décident que:
Assez, c'est assez!
Or, le gouvernement nous a dit: Ce n'est pas encore assez; nous voulons
que cela dure un peu plus longtemps; nous voulons que les gens soient vraiment
encore plus écoeurés qu'ils ne le sont. A ce moment-là
je termine là-dessus ce qu'il faut demander au ministre du
Travail et de la Main-d'Oeuvre est ceci: Dans l'intérêt de qui ce
délai va-t-il courir? Quant à sa prétention à
l'impartialité elle n'est que cela, elle n'est qu'une
prétention il sait très bien qu'en laissant courir les
délais, en disant qu'il n'y a pas de drame, qu'il n'y a pas de
difficulté, il joue une partie contre une autre. Cela, il devrait avoir
au moins la franchise de l'avouer.
La Vice-Présidente: M. le député de
Notre-Dame-de-Grâce.
M. Reed Scowen
M. Scowen: Merci. Si mes propos reprennent un peu ceux de mon
collègue, le député de Saint-Laurent, c'est parce que je
suis d'accord avec ses propres idées. Je veux d'abord parler au nom des
citoyens de NDG et de Saint-Pierre qui sont dépourvus de services
maintenant depuis 30 jours, pendant lesquels le gouvernement n'a rien fait. Le
ministre, dans son discours, il y a quelques minutes, disait: Ce n'est pas ici
qu'on doit essayer de parler de ce problème, c'est dans les bureaux de
la ville de Montréal. Moi, je précise que ce n'est pas la
responsabilité directe du gouvernement du Québec de régler
ce conflit, pas directement.
Mais je veux citer le ministre, lors de l'étude de la loi 88, la
loi qui obligeait les employés d'Hydro-Québec à retourner
au travail, en décembre 1979 qui disait: "La situation à laquelle
nous faisons face en ce moment au Québec est la suivante: en plein
hiver, dans un moment où le climat est particulièrement rigoureux
pour cette époque de l'année, il y a des pannes
d'électricité qui, de jour en jour, se multiplient. Nous faisons
face également à une situation où les parties en
présence ne sont pas parvenues à négocier un
règlement."
C'était la même chose; le ministre, à ce moment,
avait le droit de dire: Ce n'est pas ici qu'on doit parler de ce
problème, c'est dans les bureaux d'Hydro-Québec. Mais,
finalement, à cause des pressions de l'Opposition il faut le dire
le gouvernement a accepté d'agir. Je pense qu'on comprend
parfaitement que le gouvernement est dans une situation difficile. Il
préfère parler aujourd'hui d'autre chose. Mais je pense que c'est
le devoir et la responsabilité de l'Opposition de rappeler au
gouvernement qui a aujourd'hui une seule préoccupation
qu'il y a encore aujourd'hui, à Montréal, des gens qui sont
obligés de vivre, dans un cadre fédéral, ou dans n'importe
quel cadre, avec les problèmes auxquels le gouvernement provincial et
les gouvernements municipaux, qui sont les organes finalement du gouvernement
provincial, sont sensés régler pour eux.
Cela m'amène à la question des services es- sentiels. En
décembre 1978, dans un sondage de SORECOM, on constatait que 74% de la
population du Québec se disaient contre le droit de grève dans
les services municipaux. Alors, on peut tenir pour acquis qu'aujourd'hui 74% de
la population de Montréal sont essentiellement, complètement
contre la continuation de cette grève.
Depuis trois ans, ce gouvernement et je pense que je
n'exagère pas n'a rien fait pour améliorer, assainir la
situation patronale-syndicale au Québec. On attendait de lui, comme le
disait mon collègue, quelque chose d'important dans ce domaine, mais
rien n'est arrivé. Il se vante, bien sûr, d'une
amélioration des grèves dans les années 1977 et 1978, mais
tout le monde qui est au courant de ces choses sait que, pendant ces deux
années, la diminution des grèves qui s'est réalisée
un peu partout au Canada était surtout due à la Commission de
lutte contre l'inflation et à l'inutilité de faire des
grèves devant les règlements fédéraux qui
s'imposaient à l'époque.
Dans le domaine des grèves ici, au Québec, il faut dire
qu'une amélioration ne s'est pas réalisée. Dans le secteur
public, on a vécu l'an dernier des négociations pénibles.
On a eu les crises suivies par la loi 62. On a encore des problèmes avec
les enseignants et les professionnels. On a eu une grève de la
Commission de transport de la Communauté urbaine de Québec qui a
duré, je pense, dix mois. M. Parizeau, qui était le grand patron
de ces négociations, a été obligé de faire au
syndicat des concessions qui dépassaient de loin ses prévisions,
que les contribuables de Québec sont obligés de payer. C'est un
ministre des Finances avec un déficit de $2 milliards
déjà, pour cette année, qui aura encore des
déficits causés par les concessions qui ont été
faites pour assurer la paix sociale après des négociations dans
un système qu'il a lui-même développé il y a
quelques années et qui ne marche pas du tout.
Nous avons la nouvelle loi sur les briseurs de grève à
laquelle le gouvernement lui-même a dû contrevenir dans le cas de
la Société des alcools du Québec. Nous avons...
M. Grégoire: Mme la Présidente, question de
règlement.
La Vice-Présidente: Sur la question de règlement,
M. le député de Frontenac.
M. Grégoire: Je me demande si le député de
Notre-Dame-de-Grâce est en train de parler de la grève qui existe
à Montréal à l'heure actuelle. C'est pour cette raison
qu'on a demandé un débat d'urgence et on n'en parle pas du tout.
Demain ou au plus tard aujourd'hui, on entendra le chef de l'Opposition se
lever et dire: La pertinence du débat! Mais qu'il ne vienne plus m'en
parler parce qu'il n'y en a pas un parmi eux qui sait ce que c'est, la
pertinence du débat. Ils n'en parlent pas! Vous n'en parlez pas!
Une Voix: A l'ordre, Mme la Présidente!
M. Grégoire: Mme la Présidente...
La Vice-Présidente: A l'ordre! A l'ordre, s'il vous
plaît, M. le député. J'ai eu plusieurs appels à la
pertinence.
M. Grégoire: Je vous écoute depuis tantôt et
vous ne nous parlez pas de la grève de Montréal!
La Vice-Présidente: A l'ordre, s'il vous plaît! J'ai
eu plusieurs appels à la pertinence. Je vous ferai remarquer que
l'article 78 du règlement, quand il s'agit d'un débat d'urgence,
parle d'un débat pour discuter une affaire déterminée et
importante. La motion de M. le député de Portneuf se lit comme
suit: En demandant un débat d'urgence, on veut parler, dit-il, de la
situation grave et dangereuse qui prévaut à Montréal en
raison de la grève des employés cols bleus de la ville de
Montréal. Je vous demanderais, M. le député, de nous
parler de cette motion d'urgence.
M. Scowen: Merci, Mme la Présidente. Je pense que vous
vous rappelez, Mme la Présidente, que lors de son discours, le ministre
disait que ce n'est pas ici qu'on doit faire le débat sur la motion
d'urgence, mais au conseil municipal de Montréal. Je pense que c'est
important que je fasse suite à cette déclaration pour essayer de
lui expliquer à quel point il est important qu'on discute de cette
question ici à l'Assemblée nationale. Je veux l'expliquer dans le
sens que c'est une question un peu plus large que celle de la ville de
Montréal. Le problème, c'est que nous n'avons aujourd'hui aucune
loi au Québec pour régler le problème des grèves
dans les services essentiels.
Je pense, Mme la Présidente, que vous allez facilement
reconnaître si vous m'écoutez attentivement que j'ai
raison dans mes propos. Cela ne prendra que deux ou trois minutes de plus.
Où en étais-je? Bon! Je me pose la question à cause des
interruptions continuelles du gouvernement, mais je reprends le débat,
Mme la Présidente. Je parlais, au moment où j'ai
été interrompu, du ministre des Finances, du déficit, du
coût aux contribuables, du fait que cela ne marche pas du tout dans le
secteur syndical. (16 h 50)
On parle, Mme la Présidente, depuis maintenant plusieurs mois, de
la question des grèves dans les secteurs essentiels. On tient des
colloques, des mini-débats et des débats du mercredi et on ne
règle rien. En effet, depuis maintenant trois ans, on n'a rien fait ici
pour régler le problème syndical-patronal. Le Code du travail,
qui aurait dû être révisé en profondeur durant cette
période, ne l'a pas été du tout. Nous avons aujourd'hui un
gouvernement qui a développé une hostilité record entre
lui-même et le côté patronal à travers le
Québec. Il a développé une espèce
d'hostilité accrue même avec les syndicats pour lesquels il a
été obligé d'adopter des lois d'urgence brutales: deux
l'an passé et probablement une autre cette semaine ou la semaine
prochaine. Nous avons de plus un déficit record, un déficit
incroyable au Québec causé en partie par le fait que le ministre
des Finances, M. Parizeau, voulait à tout prix régler vite les
grèves pour ne pas causer de problèmes sociaux au
Québec.
Je termine. Au cours de cette session, nous n'avons aucun projet de loi
au feuilleton sur les questions relatives au Code du travail ou sur la question
du droit de grève dans les secteurs privé et public en ce qui
concerne les services essentiels. C'est un gouvernement qui n'a qu'une seule
idée. Toutes les autres idées essentielles pour la direction de
la société québécoise, on dit qu'il les a
laissées tomber. En effet, comme vous le savez, c'est un gouvernement
qui veut la séparation politique du Québec et, pendant ces jours
et ces mois, on ne pense qu'à cela. Il a écoulé les
idées qu'il avait et cela ne pouvait pas marcher.
M. Paquette: Question de règlement, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: M. le député.
Une Voix: Franchement!
M. Scowen: Je vais terminer...
La Vice-Présidente: M. le député, tout en
vous rappelant la motion de M. le député de Portneuf, je dois
vous dire que votre temps est écoulé. Je vous demande de conclure
immédiatement.
M. Scowen: Merci, Mme la Présidente. Je termine. Je veux
vous répéter que ce que je dis, je le dis sur un ton très
sérieux. Nous sommes devant un gouvernement épuisé
après un mandat de trois ans, avec aucune idée nouvelle sur le
plan des relations patronales-syndicales et aucune idée nouvelle sur le
plan sérieux des grèves dans les secteurs public et privé
où vous retrouvez les services essentiels. Le gouvernement n'a qu'une
seule idée: faire l'indépendance du Québec. C'est un
gouvernement épuisé...
Une Voix: Très bien.
M. Scowen: ... avec une seule idée dépassée.
Merci.
Une Voix: Très bien.
M. Saint-Germain: Mme la Présidente...
La Vice-Présidente: M. le député de
Jacques-Cartier.
M. Noël Saint-Germain
M. Saint-Germain: ... en écoutant attentivement le
ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre, j'aurais pu croire que le ministre
avait tiré du journal des Débats un discours que quelque ancien
ministre avait prononcé. C'est toujours la même ritournelle. On
nous parle, premièrement,
de négociations. Lorsque les négociations sont rompues,
c'est la conciliation. De la conciliation, on passe à la
médiation et, ensuite, à l'arbitrage. Pendant tout ce temps, les
citoyens sont privés de services essentiels.
On nous dira que les autorités de la ville de Montréal
et on nous l'a dit agissent selon la loi. Personne ne pourra
blâmer le conseil de ville de Montréal de ne pas accepter toutes
les demandes des chefs syndicaux et des syndicats si, réellement, les
élus du peuple croient que ces demandes sont exagérées et
vont contre les intérêts de la ville.
En deuxième lieu, personne ne pourra blâmer les chefs
syndicaux qui trouvent que les offres de la ville sont insuffisantes et que les
droits et les intérêts de leurs membres ne sont pas
respectés. Que ce soient les élus, que ce soient les chefs
syndicaux, tout ce monde agit réellement dans la
légalité.
Mais, il y a une chose que les autorités gouvernementales
oublient: Montréal, comme les chefs syndicaux, agit dans le cadre d'une
délégation de pouvoirs du gouvernement provincial. Les citoyens,
pendant toutes ces longues discussions, sont privés de services
essentiels. Les syndicats, puisqu'ils se servent de la grève comme moyen
de pression, ne font pas la grève dans la plus belle saison, ils font
habituellement la grève en hiver. Et les tempêtes qui arrivent,
les trottoirs glacés, les rues mal entretenues sont un moyen merveilleux
de faire pression sur les autorités responsables.
Voilà que, cette année, cette situation à
Montréal dure depuis un mois. Mme la Présidente, le seul
élément qui a réellement protégé les
citoyens pendant ce mois, c'est la température. On a eu la chance
d'avoir un hiver qui n'est pas rigoureux et on n'a pas subi ces tempêtes
de neige traditionnelles. Mais tout le monde sait que si, demain ou dans deux
ou trois jours, on allait subir une de ces tempêtes traditionnelles qui
caractérisent nos hivers, personne n'est préparé à
faire face à l'urgence qui résulterait d'une telle situation. Les
citoyens ne se posent pas de questions; ils savent pertinemment qu'il est
juste, qu'il est logique qu'ils reçoivent les services essentiels. Ils
savent que, s'ils n'ont pas ces services essentiels, c'est toujours la faute du
gouvernement provincial qui est en autorité et ils n'admettent pas que
les gouvernements laissent aux autorités locales, dans un moment
d'urgence, l'exclusivité des responsabilités. Qui peut les
blâmer? Si votre maison est en feu et si les pompiers, à cause de
l'état des rues, ne peuvent pas se rendre chez vous, est-ce que vous
pensez à la négociation, à la conciliation, à
l'arbitrage, etc.? S'il y a une personne malade à la maison qui doit
être transportée à l'hôpital, il est logique pour le
citoyen d'avoir du mépris pour l'autorité qui n'a pas su, par ses
lois, lui procurer des services qu'il croit absolument justes dans une
situation donnée.
Je dis que ce gouvernement, qui a, pendant tout le temps de la campagne
électorale et pendant tout le temps qu'il a été dans
l'Opposition, donné à la population l'image d'un gouvernement
compétent dans les relations de travail, qui avait des
préjugés favorables pour les syndicats, qui pouvait régler
définitivement ces relations difficiles que nous avons entre les
employés du secteur public et les autorités, a failli à la
tâche, et les mois et les années où il a été
au pouvoir l'ont amplement prouvé. La raison pour laquelle le ministre
faisait le même discours que les ministres antérieurs, c'est que
le Code du travail régissant les relations de travail dans les services
publics n'a pas été modifié, et lorsqu'il l'a
été, il l'a été par des gens qui ont semblé
ne pas plus comprendre les relations de travail dans les services publics que
leurs prédécesseurs.
Depuis quelques années, nos gouvernements ont été
changés plusieurs fois. Je dis que les difficultés dans les
relations de travail ont été, bien souvent, la raison principale
pour laquelle les gouvernements ont perdu leur crédibilité face
à la population. Je dis que ce gouvernement, comme les gouvernements
passés, a déjà, par les difficultés qu'il a
rencontrées dans ses relations de travail, perdu
énormément de sa crédibilité parce qu'il n'a pas su
apporter au Code du travail les modifications nécessaires qui auraient
permis à la population d'être servie adéquatement
relativement aux services essentiels. La population lui en tiendra rigueur et
surtout les citoyens de la ville de Montréal qui se sentent, depuis un
mois, constamment en état d'insécurité. Ces citoyens ont
un droit strict de voir le gouvernement agir et agir promptement pour qu'on
leur retourne et qu'on leur redonne cette sécurité et ces
services auxquels ils ont droit. (17 heures)
La Vice-Présidente: M. le député de
Rosemont.
M. Gilbert Paquette
M. Paquette: Mme la Présidente, le député de
Maisonneuve, tout à l'heure, se demandait pourquoi les
députés de Montréal n'interviennent pas dans le
débat. Pour son information, j'aimerais préciser que nous en
parlons là où cela compte. Nous en parlons auprès du
ministre. Nous en parlons aussi pour que ce problème, qui est
essentiellement un problème de relations de travail entre la ville de
Montréal et ses employés, nous puissions y contribuer dans les
meilleures conditions possible et non pas en parlant de tout et de rien, comme
l'a fait le député de Maisonneuve. Il nous a parlé de
l'autoroute est-ouest au lieu de nous parler de la grève à
Montréal, en oubliant de dire que c'était justement ce
gouvernement s'il veut parler de l'autoroute, on peut en parler
qui avait arrêté la construction de l'autoroute est-ouest. Je ne
pense pas que lui, s'il avait été au gouvernement, aurait eu le
courage de faire cela. Le député de Notre-Dame-de- Grâce ne
nous a pas parlé de la grève à Montréal lui non
plus. Il nous a dit en gros: S'il y a des poubelles sur le bord des routes,
c'est parce qu'il y a un gouvernement séparatiste à
Québec.
Mme la Présidente, c'est assez amusant d'entendre cela. A lui
aussi je dirais, comme à son collègue, que s'il veut parler de
l'autoroute est-ouest,
on peut faire un débat là-dessus. S'il veut parler de la
question nationale, pourquoi ne laisse-t-on pas les négociateurs faire
leur travail, ne laisse-t-on pas les conciliateurs faire leur travail et ne
revient-on pas au débat référendaire qu'on avait
commencé? On pourra en parler à ce moment. Quand les gens d'en
face nous disent que le gouvernement est essoufflé, on dirait que ce
sont eux qui sont essoufflés par le débat
référendaire. Au moment même où on s'apprêtait
à parler de leur livre beige justement dans le débat, on dirait
qu'ils veulent le cacher. Si le député de
Notre-Dame-de-Grâce veut qu'on parle de l'avenir du Québec, on
peut en parler. Le député de Saint-Laurent, lui, brûle un
petit peu plus. Il ne nous parle pas, lui non plus, de la grève à
Montréal, mais il nous parle des politiques de relations de travail.
S'il veut en parler, on peut en parler également lorsque ce sera le
temps et on pourra comparer le bilan du temps où lui était dans
le gouvernement libéral, où on a vu des hôpitaux fermer
pendant des jours et des jours, avec celui du présent gouvernement, Mme
la Présidente.
Finalement, il est intéressant d'entendre le député
de Jacques-Cartier qui lui non plus ne parle pas de la grève à
Montréal, mais, qui nous dit: Les citoyens s'attendent que le
gouvernement du Québec, en quelque sorte, négocie et règle
le problème entre la ville de Montréal et ses employés
à la place de la ville de Montréal. C'est le même
député, avec ses collègues, qu'on entend nous parler
continuellement du respect de l'autonomie municipale. C'est assez amusant
d'entendre cela! Devant cela, vous voyez pourquoi les députés de
ce côté-ci n'interviennent pas dans le débat. Nos
interventions, on les a faites auprès du ministre et si le
député de Maisonneuve veut que cela se règle, qu'il parle
donc à ses amis qui ont travaillé pour lui à la
dernière élection à la ville de Montréal.
Peut-être qu'il va pouvoir avoir un peu d'influence pour qu'ils
règlent le problème. C'est leur rôle de le régler.
Ce sont eux qui sont en négociation et ce sont eux qui peuvent
régler la grève. On ne fera pas d'intervention pour nuire aux
négociations. On va aider. Il y a un rapport de médiation qui
s'en vient et on a autant à coeur que n'importe qui que ce
problème soit réglé dans les meilleurs délais
possible, Mme la Présidente. Je vous remercie.
La Vice-Présidente: M. le député de
Joliette.
M. Guy Chevrette
M. Chevrette: Mme la Présidente Pardon?
La Vice-Présidente: M. le député de...
M. Chevrette: Joliette-Montcalm.
La Vice-Présidente: Montcalm.
M. Chevrette: Je vais garder mon calme, Mme la Présidente.
Je voudrais donner certaines statistiques pour permettre à ces messieurs
de re- garder la réalité bien en face et de comparer. Je voudrais
leur rappeler parce qu'ils ont cité des chiffres tantôt,
ils ont dit: Jamais un gouvernement n'a vécu autant de pertes
jours-homme que cette année une petite statistique. La ronde de
1976, Mme la Présidente, la ronde du gouvernement libéral du
temps, 6 459 260 jours-homme perdus; en 1979, 3 018 000, même pas la
moitié.
Mme la Présidente, quand on essaie de discuter en Chambre en
voulant parler d'urgence sur un tel débat, je pense qu'on fait
même preuve d'infantilisme et on peut risquer de faire avorter la
médiation qui se fait présentement. Ces gens devraient tout au
moins être sérieux. S'ils trouvent que c'est urgent, ils auraient
dû démontrer des situations aberrantes et dire: Ecoutez, c'est
effrayant, il y a tant de bornes-fontaines brisées et l'eau coule dans
les rues; je pensais que c'était ça qu'on allait nous dire. Je
pensais qu'on allait nous dire: II y a tant de feux de circulation
bloqués; il y a eu 1000 accidents; il y a eu des personnes
blessées...
M. Pagé: Mme la Présidente.
M. Chevrette: Mme la Présidente, ça, c'aurait
été la pertinence des débats. Je pense que le
député d'Anjou ou le ministre du Travail a démontré
qu'il y avait même moins d'urgence qu'auparavant de ce côté,
puisqu'il y a moins d'accidents en février et mars 1980, par rapport
à février et mars 1979.
M. Pagé: Est-ce que le député me permet une
question, Mme la Présidente?
La Vice-Présidente: Le député permet-il une
question?
Des Voix: Non, non, non! Pas d'achalage!
M. Pagé: Très brève question, si le
député me le permettait, Mme la Présidente.
M. Chevrette: Mme la Présidente...
La Vice-Présidente: M. le député,
voulez-vous laisser l'intervenant faire son intervention? M. le
député de Joliette-Montcalm, permettez-vous une question? Selon
le règlement, est-ce que vous acceptez qu'on vous pose maintenant une
question?
M. Chevrette: Mme la Présidente, je vais faire mon
intervention et, s'il me reste du temps, je verrai si j'accède à
sa demande. Pour le moment, je voudrais...
La Vice-Présidente: La parole est à vous, M. le
député de Joliette-Montcalm.
M. Chevrette: ... essayer de démontrer ce qu'aurait
été la pertinence d'un tel débat.
Je voudrais vous démontrer, Mme la Présidente, que les
années 1977, 1978, 1979, les trois
compilées ensemble, en termes de jours-homme perdus,
n'égalent même pas l'année record de 1976 des
libéraux. Je vous ferai remarquer que ça comprend la grève
du Devoir!
En 1977, Mme la Présidente, 1 274 980 jours-homme; en 1978, 1 785
730 jours-homme perdus; en 1979, 3 018 620. Si vous faites la compilation de
ces trois années, vous arrivez encore à un million de moins que
l'année record du régime libéral. Vous n'avez aucune
leçon à donner à qui que ce soit, bande de
sépulcres blanchis!
M. Ryan: Mme la Présidente. La Vice-Présidente:
M. le chef...
M. Charron: Mme la Présidente, sur un point de
règlement.
La Vice-Présidente: Sur un point de règlement, M.
le leader parlementaire du gouvernement.
M. Charron: La présidence a accordé, en
début de séance, un débat qui peut, au maximum, durer
jusqu'à 18 heures. En conséquence, en présence d'un
débat restreint, je pense que le devoir de la présidence,
à ce moment, est de partager le temps entre les différentes
formations politiques.
Le président de l'Assemblée nationale, M. le
Président, dont je salue le retour, m'a indiqué, en début
de séance...
M. Lavoie: Minute, papillon!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Charron: M. le Président, le député de
Laval aurait intérêt à se rappeler cette jurisprudence
qu'il a lui-même très heureusement commise, d'ailleurs, qu'en tout
débat restreint, c'est la tâche de la présidence de
partager le temps des formations politiques.
M. Lavoie: Au début du débat. (17 h 10)
M. Charron: Au début du débat, M. le
Président, vous m'avez avisé que ma formation politique avait
droit à 65 minutes. En conséquence, je ne suis pas responsable de
cette partie du travail du président et il est capable lui-même de
l'administrer. Ce que je veux dire, c'est que le principe, en tout cas, du
partage du temps dans un débat restreint, lui, a été
respecté. Il y en a d'autres qui ont subi des accrochages aujourd'hui,
mais celui-là a été respecté. En
conséquence, de même, l'enveloppe de temps que vous aviez remise
au Parti libéral a non seulement été respectée,
mais elle a, jusqu'à ce moment-ci, été largement
utilisée et l'intervention qu'allait faire le député
d'Argenteuil défonçait l'enveloppe que vous avez remise à
l'Opposition officielle.
Le Président: M. le leader parlementaire de
l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, nous ne sommes
pas au bout de nos surprises! Pouvait-on imaginer le culot d'un leader
parlementaire du gouvernement qui alors que nous sommes en train de discuter
une situation urgente l'urgence en a été, M. le
Président, reconnue par la présidence qui touche la
moitié de la population du Québec, ce leader parlementaire du
gouvernement, à ce moment-ci, à quelque 50 minutes de la fin du
débat, tel que prévu par notre règlement, en a assez
d'entendre parler de cela. Le gouvernement décide qu'il n'a rien
à dire, sauf ce qu'ont pu dire le ministre du Travail et les
députés de Rosemont et de Joliette-Montcalm. En dehors de
ça, le gouvernement n'a rien à dire. M. le Président, je
soumets respectueusement que nous sommes présentement à
l'intérieur d'un débat d'urgence accordé par la
présidence en vertu de nos règlements. Or, M. le
Président, qu'est-ce que dit le règlement à ce sujet? Le
règlement dit, à l'article 78, paragraphe 5: "Le débat se
termine à 18 heures."
Alors, M. le Président, je crois... Je puis lire tout le
règlement, et, d'ailleurs, nous avons 47 minutes pour le faire, s'il le
faut.
Une Voix: Lisez tout l'article.
M. Levesque (Bonaventure): Je vais lire l'article, M. le
Président. Je vous fais grâce des trois premiers paragraphes,
parce que je pense qu'il nous faut garder un peu de temps pour le
sérieux de la question. Tout de même, je ne veux pas être
procédurier. Le paragraphe 4 de l'article 78: "Si la motion est
reçue c'est le cas les députés qui prennent
part aux débats ne peuvent parler plus de dix minutes. Le proposeur et
un représentant du gouvernement ont un droit de parole de vingt minutes
et il n'y a pas de réplique. "5. Le débat se termine à 18
heures sauf le vendredi alors qu'il prend fin à 13 heures je n'ai
pas ajouté ça tout à l'heure, M. le Président, nous
ne sommes pas à vendredi S'il prend fin avant, l'Assemblée
entreprend alors l'étude des affaires du jour. Ce débat d'urgence
ne doit entraîner aucune décision de l'Assemblée. Il ne
peut être proposé plus d'un débat de ce genre dans une
même séance." Je ne pensais pas qu'il y avait quelque chose de
pertinent dans ce que je n'ai pas lu la première fois, mais, tout de
même, pour me rendre au désir de nos excellents collègues
d'en face, j'ai fait la lecture des paragraphes 4 et 5 et je pense que cela
couvre le règlement.
Il s'agit, M. le Président vous pourriez sans doute nous
le rappeler d'un débat restreint, parce que, contrairement
à un débat, disons, ouvert, il se termine à 18 heures.
Vous pourriez, M. le Président, à ce moment-là, être
porté à songer à certaines dispositions de notre
règlement qui vous donnent autorité de convoquer les leaders
parlementaires afin de faire un certain partage du temps avant que le
débat ne s'engage.
A votre demande, M. le Président, je me suis rendu à votre
bureau et j'ai constaté que nous étions là tous les deux
seuls. J'ai compris, à ce moment-là, qu'il n'y avait pas
d'intérêt manifesté
par les autres formations politiques quant au partage du temps. J'ai
d'autant bien compris la situation que le leader parlementaire du gouvernement
m'avait fait signe qu'il n'y avait qu'un seul orateur, le ministre du
Travail.
Dans les circonstances, M. le Président, alors que nous avons
établi les règles du jeu, nous nous sommes rendus à votre
invitation probablement que le leader parlementaire du gouvernement
était dans des dispositions un peu... il était sans doute
contrarié, il a voulu vous l'indiquer de cette façon
peut-être en s'en abstenant le leader parlementaire de l'Union
Nationale était en train de parler, on aurait pu imaginer qu'il aurait
pu, peut-être, concourir mais, de toute façon, nous sommes
arrivés à une réunion qui précédait le
débat où il n'y a eu que deux personnes, le président et
votre humble serviteur. A ce moment-là je ne pense pas trahir de
secret nous avons dit: Laissons aller le débat, il va se terminer
de toute façon à 18 heures.
M. le Président, je me permettrai simplement de soumettre un
autre argument contre les prétentions du leader parlementaire du
gouvernement et contre ses suggestions. Nous avons entendu parler
récemment de droits individuels. Nous avons entendu parler de cela
récemment, dans un grand débat, un débat historique,
où chacun devait avoir l'occasion de se prononcer, même dans un
débat restreint de 35 heures. Je déclare que nous avons ici des
députés qui représentent en particulier une région
qui est fortement affectée par les circonstances actuelles, justement
des députés qui voudraient parler de ce cas d'urgence qui affecte
la moitié de la population du Québec.
A ce moment-ci, puisque le leader parlementaire du gouvernement n'a pas
jugé à propos de venir faire valoir ses droits collectifs, nous
voulons, quant à nous, faire valoir nos droits et privilèges
individuels. Je pense qu'à ce moment-ci, vu les circonstances, les
droits individuels qu'on a tellement invoqués de l'autre
côté pour permettre d'avoir un débat de deux contre un dans
le débat référendaire, alors que nous avons une situation
d'urgence, il est bon de pouvoir rappeler l'importance des droits des
députés, des droits individuels, particulièrement des
députés de la région affectée et qui affecte la
moitié de la population du Québec.
M. le Président, il ne reste que 43 minutes avant la fin normale
de ce débat. Je soutiens respectueusement que nous ne pouvons pas,
à cause de l'indifférence manifestée par le gouvernement
vis-à-vis de cette situation, vis-à-vis du silence de presque
tous les parlementaires du gouvernement relativement à cette situation
d'urgence, céder les droits qui sont les nôtres, nous devons nous
occuper justement de cette situation d'urgence, tenter d'avoir des
réponses de ce gouvernement plutôt silencieux, alors qu'il avait
tout le vocabulaire à sa disposition, tout l'arsenal de tous les
ministères pour le soigner dans ses visées
indépendantistes, mais lorsqu'il arrive une question immédiate,
d'aujourd'hui, qui touche les citoyens de Montréal...
Le Président: Bon, M. le leader parlementaire...
M. Levesque (Bonaventure): ... à ce moment-là, ce
silence vaut au moins que nous entendions parler les députés qui
ont à coeur de défendre les intérêts de la
région métropolitaine.
Le Président: Normalement, comme j'ai déjà
eu l'occasion de l'expliquer dans d'autres circonstances, à l'occasion
d'un débat restreint, il y a réunion des leaders parlementaires
et on essaie autant que possible d'aboutir à une entente sur le partage
du temps. Comme je l'ai dit tout à l'heure, à l'occasion d'un
débat restreint, malheureusement, le plus souvent, les droits
individuels des parlementaires ne peuvent pas être respectés
intégralement.
Quand une enveloppe de temps est attribuée, et l'enveloppe que
j'avais l'intention d'attribuer... Bon, à l'ordre! ... A l'ordre, s'il
vous plaît! ... A l'ordre, s'il vous plaît! Quand une enveloppe de
temps est attribuée à une formation politique, en règle
générale, et que cette formation politique ne l'utilise pas,
à l'occasion d'un débat restreint, cette enveloppe normalement ne
doit pas forcément profiter, à moins qu'il y ait consentement,
à une autre formation politique qui, elle, n'a pas été
brimée dans ses droits. (17 h 20)
Dans les circonstances toutefois, il est vrai qu'il n'y a pas eu
d'entente et il est vrai que nous avons décidé de laisser porter
tant que la question ne serait pas soulevée. Vous venez de soulever la
question, M. le leader parlementaire du gouvernement, et je me verrais malvenu
à ce moment-ci, rétroactivement, de modifier les règles du
jeu qui avaient été adoptées au début du
débat. C'est pourquoi je vous invite, si vous voulez le faire, à
prendre le temps qui revient à votre formation politique, qui
était de 42% suivant les règles à peu près
habituelles. Le temps qui revenait à l'Opposition officielle
était de 37%. Comme il ne reste que 40 minutes, finalement, au
débat... Mais je vous indique tout de suite, M. le leader parlementaire
de l'Opposition officielle, que ce n'est pas un maximum. Dans d'autres
circonstances, je dis que je ne pourrais pas accorder à une formation
politique le temps d'une enveloppe qui est accordée à une autre
et qu'elle n'utilise pas. C'est pourquoi, M. le leader parlementaire du
gouvernement, pour régler le problème, je pense que les droits de
personne ne se trouvent brimés en permettant que le débat se
prolonge jusqu'à 18 heures tandis qu'autrement, je risquerais de brimer
certains droits dans les circonstances.
M. Charron: M. le Président, je soulève une
question de privilège. Quand vous avez dit qu'il avait été
convenu de laisser porter les choses sans partage de l'enveloppe de temps, je
m'inscris en faux contre cela. Vous m'avez vous-même indiqué,
à moi, que l'enveloppe de temps dont je disposais pour mon parti
était de 65 minutes. Je vous ai dit à ce moment-là...
Une Voix: ...
M. Charron: ... que parce que je croyais au principe que je vous
avais exprimé avant votre décision, qu'il n'est pas bon que
pareil débat ait lieu pendant la médiation, nous n'allions pas
l'utiliser, à part l'intervention du ministre du Travail, mais je ne
vous ai pas dit que je préférais que vous laissiez aller les
choses. J'ai accepté mon enveloppe. J'ai le droit de vous dire, comme le
leader de l'Opposition l'a dit lui-même le paragraphe 5 de
l'article 78 le dit très clairement que le débat peut
prendre fin avant 18 heures. Ma façon de le faire prendre fin avant 18
heures, c'est de ne pas utiliser totalement cette enveloppe, d'abord parce que
je crois que cela nuit à la médiation en cours, ensuite, parce
que je crois que le point est fait. Mais cela ne veut pas dire, M. le
Président, si vous décidez que le débat doit de toute
façon aller jusqu'à 18 heures, que je renonce. Je ne vous ai
jamais dit que je renonçais à mes 65 minutes comme enveloppe. Je
n'allais tout simplement pas l'utiliser.
Si vous m'aviez dit à ce moment-là ce que vous venez de
dire, que plutôt que des enveloppes, c'était le laisser-aller, il
est bien entendu, M. le Président, que nous aurions participé au
débat. Mais ce que vous m'avez annoncé n'était pas cela.
Vous m'avez annoncé que le gouvernement disposait de 65 minutes.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! A l'ordre,
s'il vous plaît! M. le leader parlementaire du gouvernement, en d'autres
circonstances, au plan du droit parlementaire, vous auriez parfaitement raison,
sauf qu'à cause de la confusion qui a existé autour de ce
débat restreint et des enveloppes respectives des formations politiques,
rétroactivement, il m'apparaîtrait injuste et périlleux de
modifier les règles du jeu. C'est pourquoi je vous invite à
utiliser le temps ou à ne pas l'utiliser. Vous êtes libre de le
faire, mais je reconnaîtrai les membres de votre formation politique
jusqu'à 18 heures.
M. le chef de l'Opposition officielle.
M. Ryan: M. le Président, je me réjouis de la
décision qui vient d'être rendue. C'est un bel exemple de
tentative de bâillonnement comme j'en ai vu heureusement peu souvent dans
cette Chambre.
Des Voix: Oh!
M. Ryan: Peu souvent dans cette Chambre. M. le
Président...
M. Grégoire: M. le Président, sur une question de
règlement.
Le Président: M. le député de Frontenac.
M. Grégoire: Depuis le début du débat, ils
parlent tous, de l'autre côté, et le chef de l'Opposition vient de
parler de bâillonnement. Je lui demanderais de retirer ses paroles.
Des Voix: Oh!
M. Grégoire: On vous a laissé parler tant que vous
avez voulu! M. le Président, toujours sur la même question de
règlement, non seulement ils ont parlé quand ils ont voulu, mais
ils n'ont même pas parlé du sujet du débat et ils parlent
de bâillonnement!
Le Président: Très bien. Alors, M. le chef de
l'Opposition.
M. Claude Ryan
M. Ryan: M. le Président...
Des Voix: ... hypocrisie...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Ryan: Le député aurait été pris
plus au sérieux s'il avait crié aussi fort quand le
député de Joliette-Montcalm a été
complètement en dehors du sujet pendant dix minutes tantôt et que
suivant sa...
Le Président: M. le chef de l'Opposition, puis-je
solliciter votre collaboration, s'il vous plaît?
M. Ryan: M. le Président...
Une Voix: ...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Ryan: ... ils ont déjà donné l'exemple
d'un cas où ils ne voulaient pas me laisser parler. Je suis prêt
à les endurer jusqu'à 18 heures, mais je vous demanderais de
tenir compte du peu de temps qu'ils me laissent pour m'exprimer.
M. le Président, si nous vous parlons aujourd'hui de la
grève des employés manuels, des cols bleus de Montréal,
c'est parce qu'il y a une situation d'urgence à Montréal et c'est
parce que nos concitoyens de la région de Montréal, presque
chaque fois que nous les rencontrons, nous pressent de soulever ce
problème à l'Assemblée nationale. C'est notre rôle
et c'est notre responsabilité.
Je comprends que les députés ministériels aient
appris très vite la leçon qui consiste à aller avoir un
petit conciliabule privé avec le ministre. On leur a dit que
c'était plus efficace. Mais la loi du parlementarisme nous invite
à soulever ici, en cette enceinte, les problèmes que nous jugeons
d'intérêt public et nous n'avons pas besoin des jugements de
valeur de tel ou tel ministre pour former nos opinions là-dessus.
Une chose qui m'a étonné dans les propos du ministre,
c'est cette espèce de placidité
désintéressée avec laquelle il prodigue des leçons
à gauche et à droite quand on l'invite à traiter de ces
problèmes, alors qu'il devrait parler avec une sensibilité plus
exercée des conséquences pratiques innombrables qu'entraîne
pour les citoyens de la région de Montréal une situation comme
celle que nous endurons depuis au-delà d'un mois. Venir nous servir des
statistiques officielles! Vous savez comme moi que les statistiques officielles
ne ren-
dent compte que d'une infime partie de la réalité. Ce sont
les inconvénients subis par les citoyens jour après jour,
matinée après matinée, pour se rendre au travail, pour se
rendre au magasin, pour se rendre à différents endroits, qui
doivent nous préoccuper aujourd'hui. Nous vous disons, M. le
Président, qu'après plus d'un mois de cette situation il y a
situation d'urgence.
Le député de Joliette-Montcalm a essayé
tantôt de nous refiler sur les épaules la responsabilité du
débat qui a lieu cet après-midi. Vous avez dit que nous voulions
le débat cet après-midi pour bousiller la médiation.
Fausseté monumentale. Nous étions entièrement prêts
à accepter la décision du président qui voulait reporter
ce débat à jeudi, c'est-à-dire après...
Une Voix: C'est encore pire.
M. Ryan: ... la publication du rapport du médiateur. C'est
le ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre qui a dit: Je veux avoir ce
débat-là aujourd'hui et c'est lui qui a décidé cela
péremptoirement, d'un seul coup d'éclat de la voix.
Une Voix: C'est vrai.
M. Ryan: Nous autres, nous étions prêts à
nous ranger à la décision du président. On nous aura
reportés après cela... Jeudi, ce n'était pas le bon temps,
le rapport venait de sortir, il fallait attendre d'avoir la réaction des
parties. On gagne encore une semaine. On est rendu à la sixième
semaine, à ce moment-là. Nous voulions un débat cette
semaine.
Ce que nous a dit le ministre je ne parle pas des deux perroquets
qui l'ont suivi, ils n'ont rien dit; il y en a un qui a dit qu'il ne parlait
pas de cela en public et l'autre qui a parlé des affaires de 1976
ne nous éclaire aucunement quant à la ligne de conduite qu'il
entend suivre si le rapport de médiation ne produit pas de fruits.
Qu'est-ce qui va arriver en fin de semaine si le rapport de médiation
n'est pas accepté par les deux parties? Est-ce que nous risquons de nous
retrouver mardi prochain en cette Chambre pas plus avancés que nous ne
l'étions, peut-être avec des tempêtes encore beaucoup plus
considérables sources de difficultés pour les citoyens
que celles que nous avons connues? Quelle est votre politique dans ce
domaine? Est-ce que vous entendez vous réveiller une fois pour toutes et
écouter la voix des citoyens qui demandent qu'on ait autre chose que le
rappel des ritournelles traditionnelles chaque fois qu'on parle de ces
questions-là? On la connaît, la grammaire, comme vous autres de
l'autre côté. Nous en sommes les auteurs en grande partie. Il y a
des chapitres qui ne marchent pas dans cette grammaire; ce n'est pas de notre
faute à nous. Ce n'est pas de votre faute à vous, non plus,
nécessairement, sauf que, quand vous étiez dans l'Opposition,
vous aviez les solutions. Là, on vous dit: Maintenant que vous
êtes aux prises avec les problèmes, parlez-nous d'action.
Une Voix: Ils se sont servi de cela pour prendre le pouvoir.
M. Ryan: On voudrait que nous causions de ces choses en
privé. Vous allez en parler en public chaque fois que nous le jugerons
opportun. J'apprécie beaucoup la chance qui nous a été
donnée aujourd'hui de soulever ce problème publiquement. J'invite
tous mes collègues qui viennent de la région de Montréal,
dans toute la mesure où vous leur laisserez du temps pour parler,
à se prévaloir de leur droit de parole et à montrer
à nos concitoyens que les problèmes des Montréalais nous
intéressent et qu'on ne les traite pas, nous autres, à coup de
statistiques et de rapports officiels, mais à coup de constatations
faites dans le quotidien. C'est, d'ailleurs, de cette façon que nous
gagnons nos élections, M. le Président. Nous allons voir les
citoyens chez eux. Nous ne marchons pas avec des rapports de bureaucrates.
Le Président: M. le leader parlementaire du gouvernement,
vous avez la parole.
M. Claude Charron
M. Charron: M. le Président, je serai fidèle
à la ligne que j'essaie d'expliquer à cette Assemblée
depuis le début de cette séance. Je crois que je n'aurai pas de
difficulté à retrouver au moins, sinon une unanimité, un
consensus parce qu'elle était, jusqu'au début de cet
après-midi, une ligne qui était partagée, appuyée
et soutenue par l'un et l'autre des partis politiques, qu'ils aient
été dans l'Opposition ou qu'ils aient été au
pouvoir.
Quand on est dans l'Opposition, M. le Président, au moment d'une
grève, il est de bonne guerre, de bonne manière nous
l'avons fait, ils le font et tous les partis d'Opposition le referont
également de demander un débat d'urgence pour annoncer
à la population qu'on est vigilant sur le sujet et qu'on s'en occupe.
Soit! Cela peut être une préoccupation très sincère,
cela peut être une préoccupation très partisane et
très électorale comme le dernier intervenant nous l'a
laissé entrevoir. Mais, peu importe, à chaque fois aussi, celui
qui est à ma place, qu'il soit libéral, de l'Union Nationale ou
du Parti québécois, lorsqu'il y a une médiation en cours,
a toujours invoqué auprès du président l'importance de
laisser aller la médiation en disant: Lorsqu'elle aura
échoué pour reprendre les textes mêmes de vos
précédentes décisions il sera toujours temps, bien
sûr, que cette Assemblée et que ses parlementaires
interviennent.
J'ai l'air de répéter des classiques que je vis dans cette
Assemblée depuis dix ans mais puisqu'ils ont semblé être
incompris aujourd'hui, puis-je vous expliquer pourquoi? Je vais vous donner un
exemple. Supposons que ce débat de cet après-midi n'ait pas
été celui auquel nous avons assisté, c'est-à-dire
des attaques en long et en large sur la politique de relations de travail du
gouvernement mais qu'il ait été pertinent, et qu'effectivement
les députés libéraux, plutôt que d'en profiter pour
se faire du pétage de bretelles et essayer de gagner des votes, seraient
vraiment intervenus sur la situation des cols bleus de Montréal.
Supposons qu'un député qui aurait été au
courant du dossier aucun n'est au courant du dossier; on est
juste au courant qu'il y a des vidanges, on est juste au courant qu'il y a de
la glace; malheureusement, tous les citoyens de Montréal sont
parfaitement au courant de cela et personne n'avait besoin d'entendre le
député de Saint-Louis pendant dix minutes aujourd'hui pour
l'apprendre supposons qu'un député ait dit: Ce que demande
le syndicat aux points 3, 4 et 5 de sa demande syndicale actuellement devant le
médiateur est une demande raisonnable, fondée et à
laquelle il doit s'attacher. Et supposons qu'un autre député soit
intervenu et ait dit: La position de la ville de Montréal sur la
sécurité d'emploi est une position tout à fait
raisonnable; ce serait scandaleux que la ville de Montréal laisse aller
pareil morceau. J'invoque les gens qui ont suivi ces négociations dans
le secteur public et qui ont donné des leçons sur ces
négociations à grand renfort de pages éditoriales pendant
plusieurs années.
Le danger inhérent à cela, c'est qu'au moment où un
médiateur est en train de rapprocher les parties dans
l'intérêt de toute la population, on apprend tout à coup
que M. Untel qui voulait se faire du capital politique et apparaître
à la télévision comme étant celui qui est en train
de régler la grève des cols bleus vient de lui apporter son
soutien. Le gars arrive à la table et dit: Aïe, on a le soutien du
Parti libéral pour notre cause. Est-ce que cela facilite un
règlement, M. le Président? Est-ce que ça rapplique un
règlement quand on a l'impression qu'un parti politique, que des
députés qui sont censés être responsables et
intéressés à la situation que vit Montréal
actuellement sont plutôt en train de grignoter des causes et d'appuyer?
Est-ce que c'est ça le bien-fondé des décisions toujours
unanimes de toutes les présidences de l'Assemblée à
l'effet que quand il y a une médiation, dans l'intérêt
public lui-même, il est nécessaire que les députés
attendent cette étape? Quand elle est annoncée pour dans 40 ou 50
jours comme vous le disiez, je comprends très bien l'impatience de
chacun, mais les délais sont là, M. le Président, les
suggestions pourront pleuvoir par la suite, et bien sûr qu'il nous faudra
agir si jamais la médiation échouait.
Il est bien entendu que la situation de Montréal ne peut plus
continuer ainsi très longtemps, mais pouvons-nous prendre le risque,
à partir d'ici, comme des irresponsables, d'aller briser une chance de
médiation? Nous ne la connaissons pas. Jeudi, M. le Président,
cela aurait pu être plus grave. En ce sens, le député
d'Anjou avait parfaitement raison de le signaler. Jeudi, cela aurait
été au moment où les employés auraient
été réunis dans quelque aréna ou dans quelque coin
de la ville pour se prononcer sur le rapport de la médiation. Tout
à coup, au moment où, entre eux, ils sont en train de prendre la
décision, voilà qu'ils apprennent qu'un débat est en cours
à Québec et qu'ils ont l'appui officiel de tel ou tel groupe. (17
h 30)
Pourquoi ajouter des querelles partisanes à la recherche
électorale dans un processus qui est en marche et qui est en train de se
faire? S'il y a échec, M. le Président, cette Assemblée
peut en être saisie dès vendredi, vous le savez. Il y a une
suggestion qui a été émise, la seule que j'ai crue et
sentie pertinente au sujet parce qu'elle date d'un récent passé,
et c'est vrai que, s'il y a échec de la médiation et cela,
on ne le saura pas dans 40 jours, on va le savoir jeudi, quand les parties se
seront prononcées sur le rapport du médiateur la
journée même, une injonction est possible.
Ne nous faisons pas de rêves en couleurs sur la portée
d'une injonction. En 1972, effectivement, il y avait eu une injonction. Cela a
donné quoi comme résultat concret? Cela a stoppé une
grève qui avait eu lieu en février et cela l'a retardée
jusqu'en mai où là, on a eu cinq semaines de grève dans
une des périodes les pires qu'avait connues Montréal, une
période de chaleur, en plus de cela, au moment où les vidanges
étaient ramassées dans tous les parcs de la ville de
Montréal. Est-ce que cela avait été si utile, ce retard
qu'avait apporté l'injonction?
Peut-être devrions-nous nous y résoudre, M. le
Président. Peut-être devrons-nous envisager d'autres solutions et
peut-être que les députés pourront nous les formuler, mais
il y en a une qui est en marche actuellement, il y en a une pour laquelle, je
pense, tous nos efforts doivent être déployés à la
faire réussir. Cette solution va s'achever par le travail de l'un des
hommes les plus compétents que l'on ait actuellement au ministère
du Travail, qui réunit les parties, qui les amène à
délaisser l'une et l'autre l'entêtement qu'elles ont
manifesté depuis le début de ce conflit. Une de ces parties est
élue par la population. Pensons-y avant d'édicter des lignes de
conduite, elle est elle-même aussi redevable à la population de
Montréal. Que ces personnes puissent travailler à rapprocher les
parties, M. le Président, sans ingérence aucune d'un
député libéral qui veut faire son petit tour de piste pour
montrer qu'il est au courant de la situation ou d'un autre député
qui veut nous décrire l'état de la ville de Montréal que
connaissent et que veulent terminer le plus rapidement possible les citoyens de
Montréal.
C'est pour cela que nous nous opposions, c'est pour cela que j'avais
décidé de ne pas utiliser notre enveloppe pour que ce
débat dure le moins de temps possible, afin de laisser toute chance
à la médiation déjà en cours; c'est la seule
solution raisonnable pour le moment. Merci, M. le Président.
Le Président: Mme la députée de L'Acadie. M.
le député de Mercier, vous avez la parole immédiatement
après.
Mme Thérèse Lavoie-Roux
Mme Lavoie-Roux: Merci, M. le Président. Je comprends,
après l'intervention du leader du gouvernement et c'est fort
naturel que le gouvernement aurait souhaité que nous restions
silencieux et que nous attendions un dénouement qui, nous le souhaitons,
pourrait survenir vendre-
di, mais qui, d'après les expériences passées,
pourrait se prolonger bien davantage. On n'a qu'à se rappeler, par
exemple, le cas de la médiation dans le conflit du transport en commun
à Québec. La médiation a échoué et,
après cela, on a attendu et on a attendu, cela a duré neuf mois,
M. le Président. Je comprends que, de leur point de vue, il serait
préférable que nous restions silencieux devant un conflit qui
affecte 1 500 000 personnes au moins de la population du Québec, que
nous ne disions rien. On sait fort bien, par exemple, que, dans le domaine
scolaire, le ministre de l'Education était fort aise que nous ne soyons
pas à l'Assemblée nationale. Pourtant, ce fut un cas où
jamais il n'y a eu, dans le domaine scolaire, une grève aussi longue que
celle que nous avons subie à la fin de janvier.
M. le Président, je ne voudrais pas revenir sur la description
qui a été faite des conditions dans lesquelles vivent les
citoyens de Montréal, même si, probablement, on me trouverait plus
dans la pertinence du débat que si je tentais de dramatiser la
situation. Une chose est certaine, dans tous ces conflits des secteurs public
et parapublic, ce sont les citoyens qui sont tenus en otages. Le ministre du
Travail a voulu évidemment et c'est de bonne guerre dire,
finalement, que ce sont quelques personnes âgées qui
peut-être sortiraient, mais elles se trouvent davantage confinées
à leurs demeures. M. le Président, c'est bien davantage que cela.
Ce sont des situations d'urgence quand les ambulances doivent se rendre aux
hôpitaux, que les rues ne sont pas déneigées et que les
rues sont des patinoires, ce sont les bornes-fontaines dont un certain nombre
ne fonctionnent plus et on sait, encore une fois, que, dans les cas d'incendie,
ordinairement, c'est dans les milieux les plus démunis qu'on en retrouve
le plus grand nombre. On pourrait citer une foule d'exemples; les enfants
privés de transport aujourd'hui, ce sont les enfants handicapés
parce qu'eux ont besoin d'un transport en autobus. (17 h 40)
J'arrête ici mes exemples, et il faut bien reconnaître que,
dans ces cas de conflits publics, si on n'était pas dans un débat
à l'Assemblée nationale où, de part et d'autre, on
défend son point de vue, les gens qui sont de l'autre côté
de cette Chambre seraient prêts à reconnaître que ce sont
toujours ceux qui ont le moins de moyens à leur disposition qui se
trouvent davantage pénalisés dans ces situations.
M. le Président, vous me déclarerez peut-être non
pertinente, mais, tout à l'heure, j'ai presque voulu soulever une
question de privilège. Le député de Joliette-Montcalm et
d'autres ont cité des statistiques pour prouver qu'eux savent comment
fonctionner dans la négociation publique. Permettez-moi de citer ici non
pas une opinion d'un député libéral, parce qu'à ce
moment-là, quelle est sa crédibilité, comme on peut se
poser la même question à l'égard des affirmations des gens
qui sont de l'autre côté de la Chambre, je voudrais simplement
citer quelques extraits d'un article de Pierre Vennat, spécialiste du
domaine du travail, publié le 6 mars 1980. Je le cite au texte,
M. le Président: "A moins de rêver en couleur ou
d'aimer jouer sur les statistiques, force est d'admettre que les
négociations du secteur public n'ont pas mieux réussi cette
année que les fois précédentes. D'ailleurs, dans certains
dossiers comme celui des professionnels du gouvernement, par exemple, elles
sont loin d'être terminées."
Il ajoutait plus loin: "Le ministre Pierre-Marc Johnson, lui, a toujours
préféré citer en exemple les chiffres de 1977 et 1978,
après l'arrivée au pouvoir du Parti québécois, pour
les opposer à 1976, qui fut l'année catastrophique des
libéraux".
Je m'en souviens fort bien et la population s'en souvient
également; ces dernières remarques sont les miennes, je m'en
excuse). "C'est jouer avec les chiffres, car, en 1974 et en 1975, les jours
perdus sous les libéraux avaient été également bas.
Si l'on compilait le nombre de jours-homme perdus pour une période de
six mois entre le 1er novembre 1979, par exemple, au 1er mai 1980, avec les
employés d'hôpitaux et d'Hydro-Québec, les enseignants, le
personnel de soutien scolaire, les cols bleus de Montréal, les
téléphonistes de Bell Canada et maintenant les mineurs
d'Asbestos, on arriverait à un chiffre impressionnant, seulement pour
six mois". (Et il explique). "La seule raison pour laquelle les chiffres ne
sont pas aussi élevés présentement, c'est qu'on n'a pas
connu de grève dans le secteur de la construction, pour la bonne et
simple raison que là, le chômage est extrêmement
élevé et qu'également, à l'intérieur, il y a
des dissensions internes qui rongent, mais, là encore, il n'y a pas
d'entente de signée, les travailleurs sont toujours sans entente
signée avec les entrepreneurs."
Je passe ces remarques sur les lois qui ont été
adoptées dans le domaine du travail.
Tout ceci, M. le Président, pour dire qu'on peut, de part et
d'autre, essayer de jouer aux plus vertueux les uns que les autres. Une chose
demeure, c'est que, dans ces grèves des secteurs public et parapublic,
la population la moins favorisée demeure toujours la plus
pénalisée et que ce que nous faisons aujourd'hui, c'est qu'on ne
peut pas continuellement s'accorder des délais, le gouvernement ne peut
pas continuellement s'accorder des délais pour régler des
conflits aussi importants que celui-là. Nous lui demandons d'agir
immédiatement et avec promptitude, et de ne pas passer d'une
étape à l'autre en tenant la population en haleine et en
entretenant continuellement une situation perturbée pour un trop grand
nombre de nos citoyens. Merci, M. le Président.
Le Président: Merci, Mme la députée. M. le
député de Mercier.
M. Gérald Godin
M. Godin: M. le Président, l'ancien premier ministre, M.
Maurice Duplessis, disait que l'instruction, c'est comme la boisson: il y en a
qui ne portent pas ça. On pourrait dire que les élections
partielles, c'est comme la boisson; il y en a qui ne
portent pas ça. Il ne se passe pas un débat sans que le
chef de l'Opposition évoque ses succès aux partielles et nous
laisse croire qu'ils se sont rapprochés du peuple tout d'un coup. Ce
parti, qui a gagné ses élections dans le passé avec des
contributions douteuses, loin de la population et qui a copié le Parti
québécois mur à mur, vient nous donner aujourd'hui des
leçons sur la façon dont ils ont gagné deux partielles
où nous étions chez nous.
Une Voix: Un instant...
M. Godin: Mais, en ce qui nous concerne, c'est deux, messieurs,
et ils s'en font des gorges chaudes, M. le Président. Nous, simples
mortels, n'ayant pas les attributs du chef de l'Opposition, nous n'avons pas de
solutions miracles à quelque problème que ce soit. Dans le
domaine des relations vous rirez de moi tout à l'heure, messieurs
de travail à la ville de Montréal, nous avons des
travailleurs qui ont été frappés durement par la hausse du
coût de la vie. Nous avons une administration publique qui a fait des
folies aux Jeux olympiques et qui, aujourd'hui, se serre la ceinture. Parmi ces
folies, le Parti libéral a bénéficié d'un beau $700
000 de cadeau.
Une Voix: Bien oui!
M. Godin: Si l'administration Drapeau l'avait dans ses poches,
peut-être que le conflit serait réglé, M. le
Président. Mais l'administration Drapeau doit couper. Elle s'ouvre enfin
les yeux. Tant mieux! Que ne l'ont-ils fait il y a quelques années, M.
le Président. Du côté des gens du syndicat, qui sont venus
me voir à mon bureau, ils disent que leurs salaires ont
été grugés par la hausse du coût de la vie et qu'ils
veulent obtenir justice. Par conséquent, qu'est-ce qu'un gouvernement
responsable peut faire? Est-ce que nous devons avoir recours aux douze dans le
dos de l'une ou de l'autre partie? Non, le gouvernement, en l'occurrence,
dès le début janvier, a nommé deux conciliateurs qui ont
tenu six séances, a eu recours à la convocation obligatoire des
parties pour les forcer à se rapprocher et a mis au point une formule
originale, une des rares, M. le Président, qui aient été
inventées dans ce domaine délicat et douleu-reux des relations de
travail, la médiation-arbitrage, le fruit d'une réflexion des
experts du gouvernement et du ministre sur la question. Cette proposition qui
aurait pu délier l'impasse a également été
refusée, M. le Président, par les parties, parce qu'on veut
obtenir plus du côté du syndicat et on veut se serrer la ceinture
pour enfin rétablir les finances de la ville de Montréal dans un
état acceptable. On a refusé cette solution et, en fin de compte,
nous en sommes à la médiation. Nous souhaitons de tout coeur que
cette solution règle le problème. Nous souhaitons de tout coeur
que les deux parties, d'un côté, celle du maire Drapeau et, de
l'autre, celle des syndiqués, puissent, grâce à
l'étude du cas qui a été faite par le médiateur,
accepter la proposition qui a été faite.
Il n'y a pas d'autre solution que de tenter de faire entendre raison aux
deux parties. Il n'y a pas d'autre solution pour les conciliateurs, pour le
médiateur, que d'étudier les deux positions, la position de
chacune des parties, et de tenter de trouver une solution mitoyenne qui tienne
compte de la hausse du coût de la vie, tout le monde le sait et surtout
nous des comtés de l'est de Montréal, où vivent un grand
nombre de travailleurs à l'emploi de la ville de Montréal. Nous
savons que leurs salaires ont été grugés; nous savons,
d'autre part, que la ville de Montréal doit réduire ses
dépenses, doit enfin adapter ses budgets à la
réalité de ses revenus. Si les libéraux avaient
été plus vigilants, il y a quelques années, à
l'année des folies olympiques, peut-être que la ville de
Montréal se serrerait moins la ceinture aujourd'hui et
pénaliserait moins ses employés. Mais ils dormaient, M. le
Président. Ils dormaient sur la "switch", comme on dit. Je comprends
qu'ils dormaient; ils collectaient des pots-de-vin par en dessous, cela aide
à dormir. Cela aide à dormir, M. le Président, c'est un
très bon somnifère pour un gouvernement, quand la caisse
électorale collecte. Enfin, c'est un autre sujet.
J'aimerais rappeler ici que le gouvernement a quand même
réfléchi sur la question, malgré les accusations de
l'Opposition que nous n'avons rien fait. Il y a eu la commission
Martin-Bouchard qui s'est penchée sur cette question et qui a
siégé pendant des mois. Nous sommes convaincus que la meilleure
solution à ces problèmes, c'est par la négociation. Nous
en sommes convaincus. Nous allons croire en la négociation
jusqu'à la dernière limite du possible, de l'humainement
possible, M. le Président. Je craindrais que l'Opposition, par son
attitude, n'ait contribué à jeter de l'huile sur le feu
plutôt qu'à provoquer une solution négociée par le
médiateur entre les parties. Je craindrais que c'est le fruit de son
attitude aujourd'hui, alors que le ministère du Travail et de la
Main-d'Oeuvre fait tout en son pouvoir pour rapprocher les parties, alors qu'il
se dépense des heures et des heures de réflexion de la part des
équipes du gouvernement; nous, après avoir pris conscience des
problèmes que les travailleurs de Montréal ont, avons transmis
ces recommandations au ministère et sommes satisfaits, jusqu'à
maintenant, des efforts du ministère. (17 h 50)
C'est la raison pour laquelle, jusqu'à la dernière limite,
nous allons croire en la négociation pour régler ce
problème. Je souhaite que les parties je m'adresse à elles
au-delà des murs de ce parlement, aux travailleurs de la ville de
Montréal qui habitent mon comté et qui sont venus me voir
s'entendent avec l'administration Drapeau et je souhaite que nos amis d'en
face, qui sont très près de l'administration Drapeau, disent
également à leurs amis de l'administration Drapeau, de faire
également leur part, de mettre de l'eau dans leur vin, et de
prêter une oreille attentive, humaine et sympathique aux demandes des
travailleurs de la ville de Montréal. Merci beaucoup, M. le
Président.
M. Lavoie: M. le Président...
M. Charbonneau: M. le Président...
M. Lavoie:... cela fait trois fois que je me lève, M. le
Président.
M. Charbonneau: Merci, M. le Président. M. Lavoie:
Qu'est-ce qui se passe?
M. Charbonneau: M. le Président, je pense qu'il faut crier
parce qu'ici on ne peut pas être entendu si on ne crie pas.
M. Lavoie: Cela fait trois fois que je me lève.
Le Président: Je comprends, M. le député de
Laval, mais il n'y a pas eu du tout alternance au début du débat.
Je comprends. Il reste six minutes, cela permet de rétablir un tant soit
peu un certain équilibre.
M. le député de Verchères.
M. Charbonneau: Merci, M. le Président. M. Lavoie:
Merci, M. le Président.
Le Président: Bienvenue, M. le député de
Laval.
M. Jean-Pierre Charbonneau
M. Charbonneau: M. le Président, on est dans la discussion
d'une motion d'urgence. La semaine dernière, j'étais en
auto...
Une Voix: II connaît Montréal.
M. Charbonneau: Je connais Montréal parce que ma
mère travaille à Montréal. Mon père travaille
à Montréal. Ma femme travaille à Montréal. Est-ce
assez clair?
Le Président: S'il vous plaît! A l'ordre, s'il vous
plaît, M. le député de Verchères! Sinon, vous allez
me mettre dans l'obligation de suspendre si vous voulez user de votre droit de
parole...
M. Charbonneau: M. le Président, s'il y a un
député de la rive sud qui se lève pour parler de la
situation de la grève et de la motion d'urgence qui est devant nous, je
pense qu'il n'y a pas un citoyen de la rive sud qui ne va pas comprendre
pourquoi... Si l'ex-policier voulait me laisser parler, M. le Président,
ce serait peut-être mieux à ce temps-ci.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Verchères.
M. Charbonneau: M. le Président, je disais que la semaine
dernière, j'étais en automobile et j'écoutais les gens
commenter les discussions et les débats à l'Assemblée
nationale. Il y a beaucoup de gens qui déploraient le manque de
sérieux. Je me demande ce que ces gens vont dire aujourd'hui lorsqu'ils
vont écouter les débats de l'Assemblée nationale et qu'ils
vont se rendre compte comment on a traité une motion d'urgence. Une
motion d'urgence, dans un système parlementaire, c'est quelque chose de
sérieux, c'est quelque chose d'important. C'est pour cette raison qu'on
y accorde de l'importance dans les règlements. Le problème, c'est
que, quand on regarde la façon dont on a traité cette motion
d'urgence, dont les gens qui l'ont réclamée l'ont traitée,
on se dit: Est-ce que c'était vraiment urgent? Nous pensons
qu'effectivement il y avait une urgence; peut-être pas une urgence d'en
discuter ici en Chambre, mais une urgence de régler le problème
parce que les gens de la rive sud qui vont travailler à Montréal
le savent, parce que les gens qui attendent sur le pont Jacques-Cartier et sur
les différents ponts le savent, que c'est important. Mais ils savent
aussi ils ne sont pas naïfs, les gens de ma région
que ce n'est pas en faisant des semblants de débats d'urgence, en
traitant cela à la légère, en ne parlant des
inconvénients à aucun moment qu'on va régler le
problème.
Que veulent les gens d'en face, M. le Président? Qu'ont-ils
cherché à faire tout l'après-midi? A régler le
conflit? Non. Est-ce qu'on a parlé de l'urgence et essayé
d'accélérer la négociation, le résultat et
l'entente qui pourrait intervenir? Non. Est-ce qu'on a cherché à
obtenir une solution? Non. On a cherché, comme le disait très
bien le député de Rosemont, à retarder un débat sur
une autre question parce qu'on ne voulait pas en parler, de l'autre question.
Les gens qui ont suivi le débat sur la question
référendaire depuis une semaine le savent très bien. Ils
ne sont pas naïfs. Il ne faut pas prendre les gens pour des
imbéciles.
Une Voix: C'est cela.
M. Charbonneau: Le député d'Argenteuil et chef de
l'Opposition, qui dit très bien comprendre les gens et qui dit souvent,
lui aussi, qu'il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles, ne
devrait peut-être pas se comporter comme il s'est comporté
aujourd'hui. Il ne devrait peut-être pas laisser ses
députés se comporter comme ils se sont comportés
aujourd'hui pour laisser croire aux gens, M. le Président...
M. Lavoie: M. le Président, question de
règlement.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Charbonneau: ... qu'eux sont préoccupés de
la...
M. Lavoie: Question de règlement.
Le Président: M. le député de
Verchères, je m'excuse, il y a une question de règlement qui est
soulevée par M. le député de Laval.
M. Lavoie: Le député de Verchères parle
depuis bientôt cinq minutes. Je voudrais lui faire
remarquer, par votre entremise, M. le Président, qu'il lui reste
environ quatre minutes pour pouvoir au moins aborder la grève des cols
bleus à Montréal.
Le Président: M. le député de
Verchères, s'il vous plaît!
M. Charbonneau: M. le Président, je pense avoir
été dans la pertinence. J'ai parlé de la motion d'urgence
et de la façon dont on l'avait traitée, du sérieux avec
lequel on avait fait ce débat d'urgence. Il n'y a pas un citoyen, le
moindrement intelligent... Ils n'ont pas besoin d'un diplôme
universitaire, ils n'ont pas besoin d'être notaire comme le
député de Laval pour savoir que ce n'était pas
sérieux cet après-midi. Personne n'était dupe de ce qui
s'est passé ici. Personne n'a été dupe dans la population
des intentions de l'Opposition officielle. Personne. Même les gens qui
ont voté pour vous, même les gens qui vous ont élus ne sont
pas dupes de ce qui s'est passé aujourd'hui.
Le Président: A l'ordre! M. le député de
Verchères, une question de règlement est soulevée par M.
le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: M. le Président, l'argumentation du
député de Verchères va à rencontre de votre
décision. Il dit que ce n'est pas sérieux, ce qui s'est
passé cet après-midi, alors que vous-même, en acceptant
cette motion d'urgence, avez accepté le libellé de la motion qui
décrit que la situation est grave et dangereuse, et très
sérieuse. Alors, M. le Président, je vous soumets que le
député est en train de contredire votre décision.
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys, je pense que vous donnez une interprétation
très très large aux propos du député de
Verchères.
M. le député de Verchères.
M. Charbonneau: M. le Président, je n'ai pas dit que votre
décision et que le fait que vous ayez accepté un débat
d'urgence sur cette question ne sont pas une chose sérieuse. Ce que j'ai
dit j'ai l'impression que le député de
Marguerite-Bourgeoys, qui est un avocat, devrait le comprendre c'est que
la façon dont ils ont fait le débat, ce n'était pas
sérieux.
Une Voix: C'est cela.
Une Voix: Ce n'est pas la même chose.
M. Charbonneau: Faire un débat d'urgence quand des
milliers de citoyens ont des problèmes à Montréal et n'en
parler à aucune occasion, ce n'est pas sérieux.
Une Voix: Ils ne s'attendaient pas à l'avoir.
M. Charbonneau: M. le Président, tenter de faire croire
à la population que les conflits se rè- glent par la grâce
du Saint-Esprit ou par la grâce du gouvernement, ce n'est pas
sérieux. Cela fait des années bientôt, on pourra
peut-être dire que cela fait des générations qu'on
vit des problèmes ouvriers, des problèmes de relations de travail
au Québec. Il n'y a plus personne qui pense que les problèmes se
règlent facilement, que les problèmes vont se régler parce
qu'à un moment donné le gouvernement va voter une loi
spéciale. Ils ne l'ont pas dit publiquement, mais on les entendait
murmurer souvent, cet après-midi: Faites une loi spéciale! Comme
si les gens étaient naïfs.
M. Pagé: M. le Président, question de
règlement.
Le Président: M. le député de
Verchères, je m'excuse, M. le député de Portneuf veut
soulever une question de règlement.
M. Pagé: Je conviens que, dans le parlementarisme, il peut
se dire n'importe quoi et je conviens que n'importe quel député
peut dire n'importe quoi ce qui est d'ailleurs le propre du
député de Verchères mais je voudrais qu'il soit
quand même franc et qu'il dise que j'ai formulé trois
questions.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Portneuf.
M. Pagé: M. le Président, je voudrais que le
député de Verchères convienne que j'ai posé trois
questions au gouvernement et qu'il n'a pas osé y répondre. Qu'il
le dise donc!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Verchères, puis-je vous inviter à tirer
les conclusions puisqu'il sera 18 heures dans quelques secondes. (18
heures)
M. Charbonneau: J'espère, M. le Président, que les
gens qui ont entendu l'intervention du chef de l'Opposition, qui a parlé
au début de bâillonnement, ont vu la tactique de gens qui se
prétendent les défenseurs des libertés individuelles. Il
n'y a personne d'assez naïf qui s'imagine aujourd'hui, en 1980, que des
conflits se règlent facilement. Mais les gens ont au moins suffisamment
de maturité au Québec pour se rendre compte que ce n'est pas par
des semblants de débats d'urgence, des semblants de débats qui
ont été menés avec aucun sérieux, avec aucun
argument, qu'on va faire en sorte que les embêtements des gens,
premièrement, de Montréal, deuxièmement, de la
région de Montréal, de ma région, la rive sud, de la rive
nord qui travaillent à Montréal seront réglés
demain matin, qu'ils ne seront pas pris dans des embouteillages à
Montréal demain matin, que demain matin...
Le Président: M. le député de
Verchères, il est maintenant 18 heures.
L'Assemblée suspend ses travaux jusqu'à 20 heures pour les
affaires du jour.
Suspension de la séance à 18 h 1
Reprise de la séance à 20 h 2
La Vice-Présidente: A l'ordre, s'il vous plaît!
Veuillez vous asseoir.
Aux affaires du jour, il s'agit de la reprise du débat sur la
motion du premier ministre et sur les amendements du chef de l'Opposition
officielle, du chef de l'Union Nationale et du député de
Gouin.
M. le ministre de l'Education.
Motion privilégiée relative à la
question devant faire l'objet d'une
consultation populaire sur une nouvelle entente avec
le Canada
Reprise du débat M. Jacques-Yvan Morin
M. Morin (Sauvé): Me permettrez-vous, Mme la
Présidente, au seuil de cette deuxième semaine de débat,
de vous dire à mon tour pourquoi il sera bon que notre Assemblée
adopte la question proposée par le gouvernement et combien il serait
désastreux, au contraire, que nous adoptions les modifications
proposées par le chef de l'Opposition et quelques autres
députés.
Comment ne pas revoir en esprit les générations qui nous
ont précédés et les grands porte-parole politiques de
notre collectivité qui, aux heures les plus sombres de notre histoire,
nous invitaient à tenir en prévision du jour où, les temps
ayant changé, nous serions en mesure de secouer le joug imposé
par l'histoire et de répondre à une question comme celle que nous
propose le premier ministre dans sa motion. Que n'eussent-ils pas donné
pour répondre à une telle question pour avoir la
possibilité de le faire eux qui durent constamment parer les
coups dont l'initiative revenait invariablement à d'autres, eux qui
s'acharnèrent à répondre non aux manoeuvres britanniques
puis anglo-canadiennes?
Nous ne savions, à cette époque, répondre que non
parce que le seul pouvoir politique en mesure de poser les questions ne nous
appartenait pas. Il appartenait à d'autres, même quand nous
étions la majorité. C'est ainsi que nous avons dit non à
la conscription et plus récemment non à la formule
Fulton-Favreau, à ce traquenard qu'on nous tendait et non encore
à la Charte de Victoria.
Toujours non! Nous étions réduits sans cesse à la
négative. Pourquoi? Eh bien, pour la simple raison que les institutions
n'étaient pas faites pour nous permettre à nous de poser les
questions. Elles étaient même faites pour nous empêcher de
poser des questions fondamentales pour notre avenir.
Pourtant, ce n'est pas que l'envie nous ait manqué de nous dire
oui à nous-mêmes, chaque fois que nous l'avons pu. A
l'intérieur du cadre étriqué des constitutions qu'on nous
a imposées les unes après les autres, nous avons tenté de
faire avancer nos droits, nos intérêts. Plus récem- ment,
le désir de changement dans les institutions, la langue, la
répartition des pouvoirs entre Québec et Ottawa a provoqué
l'apparition, en marge de cette Assemblée et des institutions
officielles, de mouvements comme les états généraux, le
mouvement souveraineté-association et le Mouvement du Québec
français. Tous ces mouvements étaient imbus de la volonté
de nous amener à nous dire oui à nous-mêmes. Puis ensuite,
nous avons transformé le mouvement souveraineté-association en
parti politique, nous avons pu prendre le pouvoir à Québec et y
créer une situation carrément nouvelle, dans laquelle nous
aurions l'initiative et le choix des questions, sinon, comme c'est le cas
maintenant, de "la" question.
On comprend le dépit de ceux qui pensaient qu'une telle situation
avait été rendue à jamais impossible par les vieilles
règles de 1763 ou de 1867. On comprend qu'ils veuillent tout faire pour
éviter maintenant que nous ne posions la question telle qu'elle a
été rédigée par le gouvernement. Pour
ceux-là qui sont attachés au statu quo et au vieux régime
par toutes sortes d'intérêts et d'habitudes, pour ceux qu'on a
appelés si bien les "dépendantistes", aucune question
posée par nous-mêmes à nous-mêmes n'est acceptable,
pour autant qu'elle a pour effet de remettre en question le vieux
système constitutionnel; aucune question ne saurait être valable,
par définition pourrait-on dire; aucune question ne leur paraîtra
jamais légitime ou opportune. Quelle que soit la forme que nous donnions
à la question, invariablement, inévitablement, elle sera
qualifiée de fausse, d'hypocrite et que sais-je encore.
Ecoutons-les, d'ailleurs, jour après jour. Ce sont ces gens qui
n'acceptent pas que nous voulions négocier d'égal à
égal. Ils nous ont dit la semaine dernière que cela leur
paraissait impossible. D'ailleurs, dans leur propre projet constitutionnel
qu'ils opposent au nôtre, nous irions nous embourber dans un curieux
organisme plus ou moins imité de la Chambre haute allemande, faite pour
une problématique totalement différente de la nôtre. Nous
n'aurions que le quart des représentants dans ce conseil
fédéral. Qui pensez-vous alors poserait les questions?
Tout est là, M. le Président. Qui pose la question?
Celui-là peut espérer infléchir le destin d'un peuple.
Jusqu'ici, nous n'avons jamais pu poser les questions fondamentales. On nous a
fait perdre beaucoup de temps sur des questions secondaires. Voilà ce
qui est différent, enfin: C'est nous qui posons la question pour la
première fois!
M. le Président, notre peuple possède un instinct profond
et cet instinct lui a toujours fait refuser l'inégalité qu'on
nous imposait sous couvert d'Etat fédéral. Nous savons
très bien que le vieux système constitutionnel était
fondé sur la prémisse que les sujets français de l'Empire
britannique ne devaient pas être en mesure de contrôler le
développement économique du territoire qu'ils habitaient, ni
même d'exiger de la minorité anglophone venue vivre avec nous
qu'elle consentît à parler, un tant soit peu, la langue de la
majorité. Le régime constitutionnel actuel demeu-
re profondément entaché de cette inégalité
originelle. (20 h 10)
D'instinct, les Québécois ont toujours su et savent encore
que le fédéralisme à deux, en particulier, est pour ainsi
dire par essence inégali-taire, lorsque l'un des peuples en
présence est plus nombreux que l'autre. Le pire, c'est que, de la
majorité numérique que nous avons été jusqu'au
milieu du siècle dernier, majorité dont la volonté fut
brisée par la force lorsque cela fut jugé nécessaire, nous
sommes passés, graduellement mais sûrement et cela, en
dépit de notre forte natalité qui n'est plus qu'un souvenir du
passé à l'état de minorité
décroissante à l'intérieur du Canada. J'ai bien peur que,
si nous ne savons pas accepter la question telle que le gouvernement l'a
rédigée, nous soyons appelés à demeurer
perpétuellement dans cet état de minorité
décroissante.
L'instinct, cependant, a dû faire place à l'analyse
systématique du régime. Depuis la Seconde Guerre mondiale, en
particulier, nous avons démonté le mécanisme du
système fédéral pièce à pièce et nous
avons démontré comment il freine notre élan en tant que
peuple, comment il freine notre dynamisme social, économique, culturel.
Bien sûr, l'analyse même, par son effet décapant, nous a
permis de progresser, presque en dépit du système, surtout depuis
ce qu'on a appelé la révolution tranquille.
Nous avons su utiliser les pouvoirs constitutionnels qui étaient
à notre disposition, qu'on a bien voulu nous laisser, presque par erreur
dirait-on! Nous avons créé Hydro-Québec, la Caisse de
dépôt, SIDBEC, la protection du territoire agricole. Nous en
sommes même à poser la question fondamentale des institutions,
à vouloir transformer le régime en profondeur, dans ce qu'il a de
foncièrement et inéluctablement inégalitaire. Ce pas de
plus, ce pas en avant contenu dans la question, s'appelle, depuis 1967
maintenant, la souveraineté-association. Cela constitue l'objet
même de la question que nous débattons.
Comme beaucoup d'autres dans cette Assemblée, j'ai vécu
intensément ces années d'analyse et de remise en question. Comme
beaucoup de citoyens, j'étais enclin à penser que nous pourrions
toujours tirer notre épingle du jeu. J'étais même
très fier de voir un Louis Saint-Laurent devenir premier ministre du
Canada, jusqu'au jour qui se passait dans ces temps-là
où je devins fonctionnaire fédéral. Et c'est alors que
j'ai commencé à ouvrir les yeux et à me rendre compte que
la centralisation était un objectif prémédité et
systématique de la fonction publique fédérale. Je pense
que, s'il s'en trouve d'autres dans cette Assemblée qui ont eu ce
privilège particulier de faire partie de la fonction publique
fédérale, ils savent exactement de quoi je parle.
Je confesse même que j'y ai été associé,
comme le sont tant de Québécois à l'emploi du pouvoir
fédéral, en raison d'un certain phénomène
d'identification qui ne manque jamais, semble-t-il, de se produire.
A compter de ce moment-là, cependant, et parce que la vie m'a
amené à d'autres fonctions, j'ai voulu comprendre les ressorts du
droit constitutionnel canadien et j'ai jeté sur les institutions
fédérales un regard plus critique. Il m'a paru, comme à
d'autres, que le droit peut constituer une arme terrible contre un peuple qui
n'analyse pas correctement sa situation économique, sociale et
politique, et qui ne fait pas le lien entre les intérêts et la
constitution. Sur les entrefaites, en 1964, la formule Fulton-Favreau nous
donna la démonstration irréfutable de cette idée. Le
Québec passa alors à deux doigts de s'empêtrer de
façon définitive dans une sorte de carcan constitutionnel qui
nous eût empêché pour toujours de poser des questions comme
celle que nous posons ce soir. Nous ne pourrions j'en suis
persuadé d'un point de vue constitutionnel, adopter une question
comme celle que le gouvernement propose à cette Assemblée si nous
n'avions pas su dire non en 1965.
Je dois résumer cette évolution qui m'a fait, comme tant
d'autres, quitter le camp fédéraliste pour rechercher un nouvel
équilibre entre les deux peuples. Ce nouvel équilibre, je l'ai
trouvé dans la souveraineté-association comme tant d'autres
citoyens. De l'autre côté de la Chambre, on nie que
l'égalité que nous recherchons soit possible, en alléguant
l'inégalité pour ainsi dire congénitale due au nombre et
à l'économie, mais c'est là passer très exactement
à côté de la question puisque l'évolution du monde
moderne nous démontre tous les jours que des dizaines de peuples ont
recherché l'égalité précisément dans des
solutions comme celle que propose le gouvernement, dans la souveraineté
qui est fondée sur l'égalité juridique des peuples. Bien
sûr, il y aura toujours des rapports de forces, il y aura toujours des
Etats puissants et d'autres qui le seront moins, mais c'est grâce,
justement, à la souveraineté que de petits peuples de quatre ou
six millions d'habitants, dont certains comptent parmi les plus
prospères du monde moderne, peuvent tenir tête à des Etats
dix fois et cent fois plus nombreux.
La souveraineté et l'association dont parle la question sont les
deux grandes tendances complémentaires qui caractérisent le monde
moderne. Le gouvernement n'a rien inventé en proposant sa question. Nous
n'avons fait qu'adapter à notre propre cas des remèdes que
d'autres ont inventés pour mettre fin aux situations
d'inégalité dans lesquelles ils se trouvaient. C'est la
négociation avec le Canada anglais qui nous permettra de faire en sorte
que le nouvel équilibre dont j'ai parlé, cette nouvelle entente,
corresponde à la fois à nos aspirations politiques et aux
réalités socio-économiques.
Même si on a parlé, à propos de ce débat, de
dialogue de sourds, nous ne pouvons renoncer à persuader nos
vis-à-vis de la justesse de notre point de vue. Après tout, la
plupart de ceux qui se sont ralliés à la
souveraineté-association et au oui venaient des vieux partis, des autres
partis politiques. Et le processus continue tandis que nous en parlons, M. le
Président, et que se déroule ce
débat parce que cette solution, la
souveraineté-association, est la seule qui nous permette de sortir du
long Moyen Age politique dans lequel nous avons été
enfermés par les institutions de ce pays.
Toutefois, en attendant que la raison s'impose à nos amis d'en
face, je voudrais au moins les persuader du caractère néfaste de
leur projet constitutionnel. Qu'ils tentent de discréditer la question,
de nous empêcher d'avancer, passe encore, mais qu'ils insistent pour
faire reculer le Québec, voilà, à mon avis, qui
dépasse la mesure, voilà qui tient du masochisme politique! Cela
rejoint, d'ailleurs, leurs attitudes sociales. Au fond, vous allez dire non
à la question pour les mêmes raisons que celles que vous invoquiez
pour dire non à l'assurance automobile et non à la protection du
territoire agricole. Cela sourd d'une même attitude négative
à l'endroit des aspirations sociales et économiques profondes,
des Québécois. Je pourrais aussi mentionner l'exemple plus
récent de la sécurité au travail. Encore non, toujours
non, et pour les mêmes raisons fondamentales. (20 h 20)
Votre livre beige, votre livre blême, est du même acabit.
Non seulement constituerions-nous une minorité décroissante dans
la Chambre basse fédérale, mais nous accepterions d'être
confinés dans l'avenir au quart de la Chambre haute. En somme,
l'inégalité des deux peuples serait désormais
enchâssée dans la constitution et deviendrait intangible. Du moins
ne pourrait-on la modifier sans le consentement de la majorité
anglophone.
Du projet constitutionnel libéral, si contraire à nos
intérêts fondamentaux, M. le Président, je ne retiendrai
qu'un autre exemple qui est sans doute le plus frappant: la règle qu'on
propose quant à la langue d'enseignement. Depuis les
événements de Saint-Léonard et la loi 63, tous les
gouvernements ont essayé de régler ce problème et n'ont
pas réussi.
Le gouvernement précédent, le gouvernement Bourassa, a
tenté, par des tests, de déterminer qui pouvait avoir
accès à l'école anglaise. Nous avions enfin
réglé le problème en établissant un critère
qui présentait des caractères objectifs, celui de la langue
scolaire des parents. M. le Président, la situation commençait
à s'apaiser dans le monde scolaire. Nous avions littéralement
rétabli la paix sociale. Et que propose maintenant ce livre blême?
Eh bien! de revenir de nouveau à un critère qui n'est pas
objectif et qui fera l'objet de contestations sans cesse
renouvelées.
M. le Président, j'en viens, avec votre permission, à mes
conclusions. Je voulais simplement montrer que le projet constitutionnel
libéral est plein d'embûches. Je dirais même que, dans le
cas de la langue scolaire, il compromet la paix sociale.
Le Président: M. le ministre, on me rappelle que votre
temps est à peu près écoulé, alors je vous accorde
quelques secondes pour tirer les conclusions.
M. Morin (Sauvé): Volontiers, M. le Président. En
conclusion, le grand avantage du référendum, c'est que, pour la
première fois, nous avons pris l'initiative de la question et du
changement constitutionnel. Après avoir subi les questions posées
par d'autres depuis deux siècles, c'est nous maintenant qui posons la
question. C'est un changement considérable et il faut saisir cette
occasion d'être maîtres du jeu et de le demeurer. Le oui, bien
sûr, ne règle pas tous les problèmes, mais il nous donne
l'initiative et ouvre toutes grandes les possibilités de notre avenir.
Merci, M. le Président.
Le Président: M. le député d'Outremont.
M. André Raynauld
M. Raynauld: M. le Président, depuis bientôt 20 ans
que je participe au débat référendaire, j'ai toujours
essayé de m'arrêter à l'essentiel. Au cours des
années, j'ai vu le débat simple et limpide au début
s'embrouiller et s'encombrer d'accessoires, de déguisement et de
tactiques électorales pour confondre la population.
La question centrale d'aujourd'hui est toujours la même depuis
1760: Est-il dans l'intérêt de la société ou du
peuple français d'Amérique de faire cavalier seul ou vaut-il
mieux faire notre avenir, comme nous avons gagné notre passé, au
sein d'un régime fédéral canadien? Ce régime est-il
une menace d'assimilation? Sommes-nous des victimes perpétuelles de
discrimination comme on voudrait nous le faire croire et posons la question
franchement: Notre statut de minorité au Canada nous réduit-il
à l'impuissance ou à l'insignifiance?
Voyons d'abord cette question de notre minorité et reconnaissons
d'emblée que, dans un régime fédéral, nous avons
d'abord un gouvernement au Québec au sein duquel nous disposons d'une
forte majorité. L'argument de minoritaires et de colonisés qu'on
nous envoie comme une insulte au visage à chaque discours est donc au
départ une vérité divisée par deux. Or, ce
gouvernement au Québec a une certaine importance, faut-il le dire. Il
est souverain à 100% dans toutes les politiques intérieures, dans
des domaines, en d'autres mots, qui ne débordent pas ou débordent
peu au-delà des frontières. Ainsi en est-il de l'exploitation des
ressources naturelles, de l'aménagement du territoire, des relations de
travail, de la famille, de l'éducation, de la justice, de la
santé, des politiques de soutien du revenu, et j'en passe. Pour
s'acquitter de ces responsabilités, les provinces ont accès
à toutes les sources d'impôt, à l'exception du tarif
douanier. Elles ont pleine et entière liberté d'emprunter partout
dans le monde sans restriction. En outre, le gouvernement fédéral
effectue des transferts de ressources en faveur du gouvernement du
Québec, transferts qui s'élèvent à près de
30% des recettes fiscales du Québec. Depuis 1977, 90% au moins de ces
transferts intergouvernementaux sont inconditionnels. Dans ces cas, les
impôts sont perçus par Ottawa et dépensés par le
Québec à sa discrétion.
De son côté, le gouvernement fédéral s'occupe
essentiellement de champs de compétence qui débordent le
territoire d'une province et s'occupe pour ainsi dire des relations
extérieures des pro-
vinces qui sont d'autant plus importantes que l'interdépendance
économique et politique s'accroît chaque jour dans le monde et au
Canada. Comme souvent les intérêts immédiats des provinces
sont conflictuels, le gouvernement fédéral est amené
constamment à faire des arbitrages qui déplaisent
forcément aux uns et aux autres. Le plus bel exemple d'arbitrage
fédéral à l'heure actuelle est le prix canadien du
pétrole qui est inférieur à celui que l'Alberta
désire et supérieur à celui que les consommateurs
voudraient payer. S'il est indéniable que, comme toutes et chacune des
provinces du Canada, le Québec est minoritaire dans le gouvernement
fédéral, la véritable question est de savoir comment ces
relations avec ses voisins seraient établies et gérées
advenant l'indépendance du Québec. Va-t-on penser un instant que
le Québec imposera ses préférences et ses priorités
au reste du monde? Qui déciderait de la politique monétaire? Qui
déciderait des tarifs douaniers? Serions-nous libres d'exporter
n'importe quel volume de produits laitiers, de porc, de poulet ou d'oeufs ou
les autres provinces voudront-elles aussi protéger leur propre
agriculture?
La réponse à la question posée est la suivante: Un
Québec indépendant, associé ou non, ferait face aux
intérêts et au pouvoir économique des autres provinces
plutôt qu'aux arbitrages fédéraux; au lieu d'avoir à
intervenir dans des conférences fédérales-provinciales, on
aurait à intervenir dans des conférences internationales. Les
mots changeraient, la réalité resterait identique.
Or, à l'heure actuelle, nous participons de plain-pied aux
décisions fédérales, nous avons donc notre mot à
dire sur les politiques des autres provinces à notre endroit, alors que,
indépendants, nous serions au dehors.
La solution de souveraineté est une solution de pouvoir
économique seul; la solution fédérale reconnaît le
pouvoir économique, mais elle le tempère en faisant jouer le
pouvoir politique et surtout la solidarité et le partage entre
compatriotes.
J'insiste sur ce point, M. le Président: parce que notre
système politique est démocratique, nous participons aux
décisions qui sont prises; c'est aux antipodes d'un régime
colonial où, par définition, on impose toujours aux
colonisés. Je ne connais pas d'accusation plus blessante, d'ailleurs,
plus humiliante, plus fausse pour le peuple du Québec que de se faire
traiter à tout moment de colonisé. La population du Québec
ne cesse de se faire ravaler et rabaisser par le Parti québécois,
lorsque celui-ci affirme quotidiennement que le gouvernement
fédéral est un gouvernement étranger et que nous sommes
des colonisés.
La vérité, c'est que notre pouvoir politique, fondé
sur le gouvernement du Québec d'abord et sur notre présence au
gouvernement fédéral, est beaucoup plus fort que le seul pouvoir
de notre économie face au pouvoir de l'économie de nos voisins.
(20 h 30)
Depuis 20 ans, les séparatistes rétorquent que, de toute
façon, avec ou sans notre présence à Ottawa, le
gouvernement fédéral a toujours agi contre les
intérêts du Québec. Autrement dit, le Québec est une
perpétuelle victime de discrimination. Cette thèse est absolument
insoutenable, sans fondement le moindrement sérieux; chaque ministre de
ce gouvernement s'est fait un devoir, depuis trois ans, un devoir de
propagande, de citer des statistiques ou des exemples à tort ou à
travers, avec la mauvaise foi la plus culottée. Même au cours du
présent débat, nous avons entendu tellement
d'énormités que nous ne pouvons pas les relever toutes.
Je dirai essentiellement ceci: II y a des centaines et des centaines de
catégories particulières de dépenses
fédérales et, pour chacune, il est possible de dire que nous ne
recevons pas assez du gouvernement fédéral; il est évident
n'est-ce pas, qu'on devrait toujours en recevoir plus. En réponse, nous
pouvons aussi citer d'autres dépenses où nous recevons plus que
notre part. C'est futile et enfantin.
Le ministre d'Etat au Développement économique, par
exemple, a cité le cas d'une société
fédérale qui compte 1000 employés au Québec et 14
000 dans l'ensemble, dit-il. Je répondrai que dans l'étude de M.
Bonin, étude commandée par le ministre des Affaires
intergouvernementales, on a fixé à 29% le nombre des
employés québécois de l'ensemble des
sociétés fédérales. Le petit nombre
d'employés de la Société canadienne de
développement est, en fait, plus que compensé par la
présence au Québec d'autres sociétés comme le
Canadien National ou Air Canada. Je dis, M. le Président, que c'est un
jeu puéril et le plus souvent mensonger.
Ce qui compte, M. le Président, c'est le total. Est-ce que, oui
ou non, le Québec verse plus d'impôts au gouvernement
fédéral que celui-ci ne dépense au Québec? Est-ce
qu'au total, notre argent s'en va ailleurs ou s'il nous revient? Or, cette
réponse a été donnée et elle a même
été acceptée comme exacte par le ministre des Finances.
Depuis 1972 et jusqu'en 1978, le Québec a reçu $11 milliards de
plus qu'il n'a versés au gouvernement fédéral. En 1978
seulement, il a reçu $3 600 000 000 de plus qu'il n'a versés en
impôts et, en 1977, le gain était de $2 700 000 000.
Si donc, en 1978, le Québec avait déclaré son
indépendance, qu'il avait récupéré tous ses
impôts et toutes les obligations fédérales envers le
Québec, c'est une facture additionnelle de plus de $3 milliards qu'il
aurait retrouvée. Comme mon collègue de Notre-Dame-de-Grâce
l'a déclaré la semaine dernière, cette perte pour 1978,
perte annuelle, si elle allait se reproduire, équivaut à plus de
$2000 par année par famille au Québec. Le Québec n'aurait
pas hérité de plus, mais de moins de ressources s'il avait
récupéré ces soi-disant impôts. Il se serait ensuivi
ou bien une augmentation du déficit, une augmentation des impôts,
ou bien une réduction des services rendus. Le rapatriement des
impôts? disons plutôt le rapatriement des comptes payables.
Voilà la situation, M. le Président.
Cette conclusion je le rappelle n'est pas
contestée. Je dois déduire qu'elle est acceptée comme un
fait. Alors, à quoi riment ces décla-
rations ministérielles, à savoir que l'indépendance
nous enrichirait et nous permettrait de régler tous nos
problèmes? Soyons sérieux. On hériterait d'une
souveraineté appauvrie, d'un fardeau fiscal beaucoup plus lourd, alors
qu'il est déjà au Québec de 26% plus lourd qu'en Ontario.
Cessons, donc, M. le Président, de prendre nos rêveries pour des
réalités.
Quelles objections soulève-t-on à ces constatations
irréfutées? Que le gouvernement fédéral nous traite
d'assistés sociaux, parce qu'une partie des versements
fédéraux prend la forme de transferts, comme
l'assurance-chômage et les pensions de vieillesse. Cette affirmation est
ridicule, absolument ridicule, et ce, pour plusieurs raisons. La
première. L'assurance-chômage et les pensions de vieillesse sont
peut-être de l'assistance sociale aux yeux du Parti
québécois, mais, à nos yeux, ce sont là des
programmes de progrès social. Un Québec indépendant,
j'espère, continuerait d'appliquer ces programmes.
Deuxièmement, on se plaint de cette assistance sociale. Inversez
la situation et confiez toute l'assistance sociale au gouvernement du
Québec. Imaginez les protestations! On dirait alors: Le
fédéral nous laisse le social et lui, pendant ce temps, il fait
du développement économique et industriel. Eh bien! il est bon au
contraire que, cette assistance sociale soit divisée entre les deux
niveaux de gouvernement.
Troisièmement, une grande partie des gains du Québec
provient de versements de gouvernement à gouvernement, $3 700 000 000;
dans le budget que vous avez voté au cours de la présente
année financière, $3 700 000 000 de transferts de gouvernement
à gouvernement. Or, le gouvernement du Québec est libre d'en
disposer à son gré, rien ne l'empêche de consacrer ces
ressources au développement économique s'il l'entend ainsi.
Mon dernier point se rapportera à la
souveraineté-association en tant que telle. En effet, lorsqu'on propose
de changer le régime, je suppose qu'on espère que le
régime nouveau sera meilleur que l'ancien. Or, quelle solution la
souveraineté-association off re-t-elle à nos problèmes?
Par quel mécanisme, par quel sortilège la
souveraineté-association créera-t-elle plus d'emplois, plus
d'emplois de qualité pour nos diplômés universitaires?
Comment accroîtra-t-elle les investissements et la productivité au
Québec? Comment la souveraineté-association ouvrira-t-elle de
nouveaux marchés à nos entrepreneurs qui sont de plus en plus
nombreux et dynamiques? Comment la souveraineté-association
réduira-t-elle le fardeau fiscal qui pèse sur les personnes et
sur les entreprises?
La politique monétaire serait-elle différente de celle
d'aujourd'hui? Dans l'association proposée, cette politique est
laissée aux autres puisqu'on y perpétue le statut
d'inégalité. Le ministre de l'Education a déclaré
tout à l'heure que dans le conseil fédéral, on n'aurait
que le quart des sièges dans une nouvelle constitution et qu'on
enchâsserait l'inégalité dans la constitution, disait-il.
Dans l'autorité monétaire que vous proposez, est-ce que vous ne
consacrez pas la même inégalité fonda- mentale? Vous
prévoyez quoi? Vous prévoyez la même chose, le même
régime que celui du conseil fédéral.
Donc, dans la proposition du Parti québécois, la politique
monétaire est, en fait, laissée aux autres. Si, au contraire
parce qu'on ne sait jamais le Parti québécois
optait pour une monnaie séparée, les experts sont unanimes, y
compris ceux du ministère des Affaires intergouvernementales, à
affirmer que ce serait alors un recul, sinon une ruine, par rapport au
régime actuel. J'aime bien cette assurance gratuite du ministre des
Finances quant à la valeur d'une monnaie québécoise,
lorsqu'il estime que la balance des paiements du Québec aurait
été et serait en surplus plutôt qu'en déficit. Je
mets le ministre des Finances au défi de prouver ce qu'il avance. Les
informations disponibles ne permettent pas de tirer une telle conclusion; et la
vérité, c'est que personne ne sait quel serait finalement
l'état de la balance des paiements du Québec à l'heure
actuelle. Nous connaissons seulement une partie des échanges
extérieurs du Québec; nous ne savons rien des revenus de
placements, nous ne savons rien des paiements de dividendes d'une région
à une autre, nous ne savons rien non plus des transferts énormes
de fonds à l'extérieur des entreprises à travers le
Canada.
Par conséquent, on ne peut pas affirmer, à l'heure
actuelle, qu'une monnaie québécoise serait plus forte ou moins
forte que le dollar canadien.
La politique commerciale du Québec souverain et associé
serait-elle différente de celle que nous connaissons? Le livre blanc,
pour nous rassurer sans doute, propose la libre circulation des produits, la
liberté du commerce; rien ne serait perdu à nos échanges
actuels, nous dit-on; aucune rupture et, par conséquent, aucun risque de
perdre les 30% de nos emplois manufacturiers qui dépendent des autres
provinces.
Même si cette position du Parti québécois est
invraisemblable, acceptons-la pour un instant. Je poserai la question suivante:
Y a-t-il, dans ce programme, quelque chose de mieux, quelque chose de plus
avantageux pour le Québec que dans le régime actuel? Rien, M. le
Président. Au mieux, c'est le statu quo et, au pire, c'est pis. Je
répète donc ma question: Par quel mécanisme la
souveraineté-association créera-t-elle des emplois et
assurera-t-elle une plus grande prospérité aux
Québécois? Appuiera-t-elle davantage nos institutions
québécoises en pleine expansion à l'heure actuelle, dans
le cadre de ce même régime fédéral qui est
censé nous rapetisser et nous étouffer? (20 h 40)
Au contraire, je pense que la souveraineté-lassociation ne nous
offre absolument rien de mieux que le régime actuel et, au contraire,
elle nous fait perdre des paiements considérables qui nous viennent de
l'existence du gouvernement fédéral par le truchement des
paiements de transferts intergouvernementaux, par le truchement des paiements
qui sont faits aux individus et qui
rapportent aux Québécois des sommes considérables
chaque année. La souveraineté-association nous offre des
perspectives d'affrontement avec nos voisins, des perspectives de division
entre nous et, comme le dit le ministre des Finances, le
référendum est une marche dans l'escalier nous conduisant
à l'indépendance, mais cet escalier, quant à moi, nous le
prenons en descendant.
Une Voix: C'est bon!
M. Raynauld: Ne nous trompons pas. Le préambule de la
question porte sur la souveraineté, et c'est la souveraineté
pleine et entière qui est le seul objectif ultime du Parti
québécois. Le reste n'est que stratégie, et je devrais
dire stratagème. Merci, M. le Président.
Des Voix: Bravo!
Le Président: M. le ministre des Transports, vous avez la
parole.
M. Denis de Belleval
M. de Belleval: M. le Président, c'est avec, je dirais,
normalement un peu d'indignation, mais certainement beaucoup
d'étonnement que j'ai écouté l'exposé de
l'ex-président du Conseil économique du Canada.
Je pense que le caractère véhément de son
exposé reflétait davantage, dans ce cas-ci, ses sentiments que la
réalité des faits. J'aimerais, en deux ou trois minutes, M. le
Président, rétablir un certain nombre de ces faits. Je pense que
la question...
Une Voix: ... Des Voix: Ah, ah!
M. de Belleval: ... M. le Président, que nous devrions
poser au député d'Outremont...
Des Voix: ...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. de Belleval: ... effectivement, peut-être, ne devrait
pas être celle dont nous discutons depuis maintenant plusieurs jours ici,
presque deux semaines, à cette Assemblée nationale, mais
celle-ci: Le député d'Outremont croit-il encore au Père
Noël? M. le Président, si on écoute son exposé, la
réponse, effectivement, c'est oui. Le député d'Outremont
croit au Père Noël. Il croit que le régime
fédéral, qui a vu tant d'injustices imposées aux
Québécois et aux francophones dans ce pays au fil des
années, est effectivement un bon régime sur le plan
économique. Ce serait un régime qui, sur le plan culturel, aurait
assimilé nos minorités un peu partout dans le reste du Canada,
leur aurait enlevé leurs droits linguistiques, etc., mais leur aurait
rapporté sur le plan économique. Quelle est la
réalité, M. le Président? Le député
d'Outremont dit: C'est le total qui compte. Effectivement, c'est le total qui
compte et les comptes économiques publiés par le gouvernement du
Canada non pas publiés par l'Office de planification et de
développement du Québec démontrent qu'au fil des
années, le Québec a moins reçu d'Ottawa que ce qu'il a
envoyé d'impôts à Ottawa. C'est cela, la
réalité, M. le Président. M. le Président,
exprimez...
Une Voix: Mme la Présidente...
M. de Belleval: Mme la Présidente...
Une Voix: Madame, les ouaouarons!
M. de Belleval: ... si l'on répartit les surplus ou les
déficits annuels fédéraux au prorata de la population du
Québec, Mme la Présidente, on constate que le manque à
dépenser de l'administration fédérale au Québec
pour la période 1961-1978 demeure de $635 millions. Est-ce un
déficit ou un surplus? C'est un déficit pour cette
période, Mme la Présidente.
Quant à l'année 1978, on observe un excédent de
$617 millions par rapport aux recettes fiscales perçues au Québec
après ajustement pour tenir compte du déficit
fédéral.
Une Voix: Ah!
M. de Belleval: Et cet excédent, Mme la Présidente,
est attribué au déficit du fonds d'assurance-chômage,
c'est-à-dire $973 millions. C'est cela, la réalité. Si,
pendant toutes ces années dont je parlais, de 1961 à 1978,
où le déficit est de $5 700 000 000 en dollars constants, on
regarde une année, on se rend compte qu'à un moment donné
c'est à cause du chômage au Québec qu'on peut avoir un
certain surplus dans un certain domaine de dépenses.
En fait, Mme la Présidente, la réalité est la
suivante: des dépenses fédérales qui sont
créatrices d'emplois dans l'ensemble du Canada, seulement 17% de ces
dépenses qui nous permettraient d'abaisser notre niveau de
chômage, sont distribuées au Québec, alors que nous
représentons 27% de la population. Autrement dit, le
fédéralisme nous donne, d'un côté, des paiements
d'assurance-chômage en surplus, beaucoup plus effectivement que ce que
nous fournissons à la caisse fédérale dans ce domaine,
mais, quand vient le temps de créer des emplois au Québec, quand
vient le temps de répartir nos impôts pour créer des
emplois pour nos finissants de CEGEP et d'universités dans des domaines
créateurs d'activités économiques, nous recevons seulement
17% de ces dépenses. Ces chiffres, M. le député
d'Outremont, vous ne les avez jamais réfutés. Je comprends
pourquoi vous ne les avez pas réfutés. Vous avez vous-même
contribué à établir ces statistiques quand vous
étiez président du Conseil économique du Canada.
Le gouvernement fédéral fait les arbitrages, avez-vous
dit. Effectivement, c'est le gouverne-
ment fédéral qui fait les arbitrages dans ce pays. C'est
le gouvernement fédéral qui a fait les arbitrages en
matière de développement régional de sorte que, par
exemple, 90% de l'industrie de l'automobile sont concentrés en Ontario,
98%...
Une Voix: Ah!
M. de Belleval: Oui, M. le Président, 98% de la
fabrication des pièces d'automobiles également sont
concentrées en Ontario. C'est le gouvernement fédéral qui
est responsable de ces politiques de développement régional. Vous
avez dit aussi: Nous avons la souveraineté dans un certain nombre de
domaines déjà, par exemple, vous avez cité la famille.
Sommes-nous responsables de la législation sur le divorce? C'est la
façon dont vous analysez la responsabilité constitutionnelle en
matière de législation sur la famille. Une grande partie de la
législation sur la famille appartient au gouvernement
fédéral. En matière de justice, avez-vous dit, nous avons
la souveraineté. Comment se fait-il que le gouvernement de l'Ontario et
le gouvernement du Québec, ces deux gouvernements le gouvernement
de l'Ontario lui-même réclament au gouvernement
fédéral, depuis de nombreuses années, des centaines de
millions de dollars qui ont été soustraits au trésor
québécois parce que le trésor québécois
assume lui-même les dépenses de sa police, tandis que, dans les
autres provinces du Canada, c'est le gouvernement fédéral qui,
à même nos propres impôts, en partie, assume les
dépenses de la police? Là encore, des centaines de millions de
dollars qui nous échappent.
Vous avez dit que nous avions la souveraineté dans le domaine des
ressources naturelles. Comment se fait-il, dans ce cas-là, que lorsque
nous voulons créer des emplois pour nos finissants de CEGEP et
d'universités dans le domaine de l'amiante, pour nos travailleurs qui
veulent oeuvrer dans des emplois productifs, ceux que nous aurions par la
transformation de l'amiante chez nous, comment se fait-il qu'un gouvernement
provincial ne peut pas obtenir, dans le contexte fédéral actuel,
les capacités juridiques pour amener les compagnies d'amiante à
transformer chez nous cet amiante, plutôt que de pouvoir l'exporter sans
transformation aux Etats-Unis et un peu partout dans le monde où des
dizaines de milliers d'emplois sont créés à même nos
ressources naturelles? Pourquoi? Vous le savez. C'est parce que la juridiction
en matière de relations internationales, en matière
d'échanges internationaux est fédérale et que le
gouvernement fédéral refuse d'imposer une réglementation
qui permettrait de transformer cet amiante chez nous au lieu de le voir
exporter, sans transformation dans des pays étrangers, sans créer
d'emplois chez nous.
Dans tous ces domaines, Mme la Présidente, ce qu'on constate,
c'est qu'effectivement le fédéral fait les arbitrages, mais que
ces arbitrages essentiellement créent des emplois en Ontario et ailleurs
et créent du chômage au Québec. C'est cela, la
réalité.
Des Voix: Bravo! (20 h 50)
La Vice-Présidente: M. le député de
Saint-Laurent et M. le député de Chauveau.
M. Claude Forget
M. Forget: Mme la Présidente, j'ai écouté
avec intérêt les remarques incidentes du ministre de l'Education
lorsqu'il a fait allusion aux propositions constitutionnelles de notre parti.
J'ai écouté jusqu'à la fin en espérant qu'il nous
dirait si le gouvernement dont il fait partie accepterait éventuellement
de faire figurer sur le bulletin référendaire l'amendement
suggéré par le député de Gouin, amendement qui vise
justement à faire paraître l'option fédéraliste sur
le bulletin référendaire. A supposer qu'il ne puisse pas
s'engager, on doit conclure qu'il veut utiliser cet amendement comme un
prétexte pour parler ici d'un sujet qu'il ne veut pas reconnaître
comme valable lorsqu'il s'agit de l'offrir au choix populaire.
On entendra probablement on nous l'a promis d'autres
membres du gouvernement et du parti ministériel soulever les questions
qu'ils ont déjà soulevées dans la presse au sujet du livre
beige. Est-ce qu'ils se décideront à nous dire si, oui ou non,
ils veulent bien accepter de voir figurer ces deux options comme une
alternative offerte au choix populaire? Sinon, encore une fois, nous sommes en
face d'une mesure hypocrite en vue de profiter d'un amendement
présenté par un député indépendant pour
parler d'un sujet dont on ne veut pas, encore une fois, reconnaître qu'il
devrait apparaître sur le bulletin.
A défaut d'une telle opinion, ce débat est non pertinent,
Mme la Présidente. Mais, comme le ministre de l'Education semblait
trouver un malin plaisir à en parler, nous n'avons aucune objection
à en parler, d'autant plus que les arguments invoqués sont
risibles pour la plupart, sont d'une faiblesse remarquable. Le ministre de
l'Education se plaît à dire que nos propositions
constitutionnelles font une trop petite place pour le Québec.
Déjà, le député d'Outremont a souligné dans
son intervention que dans le seul cas où ils ont dû formuler
concrètement une proposition d'association, dans le cas du
fonctionnement de l'union monétaire, ils proposent que la participation
du Québec soit proportionnelle à la population. Cela leur donne
environ 27% contre les 25% du livre beige. Avouez que l'écart est bien
mince, si on ne vote au référendum que pour cette
différence de 2%.
Mais, il y a plus que cela. Le ministre de l'Education a
délibérément négligé d'autres
éléments importants d'un ensemble de réformes qui, dans
leur totalité, donneraient aux provinces et singulièrement au
Québec un pouvoir notablement accru, un pouvoir si accru d'ailleurs que
d'autres de ses collègues invoqueront cette raison pour dire: Le Canada
anglais n'acceptera jamais ça; cela donne beaucoup trop de pouvoirs aux
provinces, ça reconnaît la dualité canadienne, une chose
que vous ne pourrez pas faire accepter.
Comment se fait-il que ces propositions qui paraissent audacieuses
lorsqu'il s'agit de parler de négociation apparaissent trop timides
quand il s'agit de les comparer aux rêves éveillés de nos
amis d'en face? Il y a dans nos propositions de nombreuses mesures qui visent
à renforcer le pouvoir des provinces dans le domaine, par exemple, de la
main-d'oeuvre, dans le domaine des relations de travail, dans le domaine de la
famille, dans le domaine des communications, dans le domaine de
l'administration de la justice. Nous n'avons entendu aucun commentaire sur ces
sujets de la part du ministre de l'Education ou de ses collègues.
J'espère qu'ils s'attaqueront à ces questions lorsque le moment
sera venu.
Nous avons également des propositions qui visent à donner
à la Cour suprême son véritable rôle d'arbitre entre
le pouvoir central et le pouvoir des provinces, un arbitre qui ne
dépende pas de la volonté d'une seule des parties et qui
comporte, quand il s'agit d'entendre des causes constitutionnelles, un
rôle de parité pour les juges en provenance du Québec.
Nous avons également des propositions qui visent à
contraindre l'utilisation des pouvoirs unilatéraux du gouvernement
central et à changer ainsi tout le mécanisme du jeu
fédéral-provincial. Les pouvoirs de dépenser, les pouvoirs
déclaratoi-res qui, jusqu'à maintenant et encore aujourd'hui,
demeurent significatifs pour influencer profondément les
priorités provinciales ne pourraient plus être exercés
unilatéralement par le pouvoir central qui devrait le faire à la
seule condition de bénéficier d'un appui d'une majorité
qualifiée: pas une majorité de 50% plus un, mais une
majorité de 60% des provinces. Pour ce qui est des provinces qui
s'opposeraient par hypothèse, le Québec elles
auraient le pouvoir de se retirer de ces programmes moyennant une pleine
compensation financière. Il s'agirait là non pas de concessions,
mais de droits assis dans la constitution elle-même. De cela,
évidemment, il ne fallait pas s'attendre à recevoir une
description de la bouche du ministre de l'Education. Ce qu'il a dit de plus
gros concernait les droits linguistiques. C'est une affirmation qu'il a faite
d'ailleurs à de nombreuses reprises sans écouter les
démentis nombreux que nous lui avons déjà donnés.
Il a affirmé que le livre beige ne faisait que reprendre le
critère de la loi 22. Il sait pertinemment que c'est faux.
Une Voix: C'est un petit menteur.
M. Forget: La loi 22, au cas où il l'aurait oublié
il était pourtant présent à travers tous les
débats reposait sur le critère de la connaissance
suffisante, un critère pédagogique pour lequel des tests
évidemment étaient les seules mesures de contrôle
appropriées. Mais il oublie encore de façon plus surprenante que
le critère de la loi 101, c'est précisément le
critère de la langue maternelle de ceux qui sont nés au
Québec et le sens de la proposition du Parti libéral est de faire
sauter cette dernière restriction. Il s'agit de la langue maternelle,
point.
Mme la Présidente, nous aurons l'occasion, j'en suis sûr,
au cours des prochains jours, de reprendre un très grand nombre de
faussetés qui sont véhiculées de façon absolument
systématique depuis le 9 janvier, depuis qu'a été
publié le rapport de la commission constitutionnelle de notre parti.
Nous aurons l'occasion d'y revenir et j'aime mieux avertir nos amis d'en face
qu'à chaque occasion que nous aurons de les corriger, nous en
profiterons parce qu'ils ont choisi, semble-t-il, comme stratégie de
deuxième semaine d'essayer de faire porter le débat de ce
côté-ci, voulant encore une fois oublier que la question qui est
posée aux électeurs ne fait aucune place à notre option et
cela, en vertu d'une décision qu'ils ont prise seuls et
unilatéralement.
Mme la Présidente, nous nous conformons aux règles du jeu
dans ce débat qui est loin d'être un débat d'égal
à égal. Je souhaiterais que les membres du gouvernement
respectent les règles du jeu qu'ils ont eux-mêmes
établies.
Le Vice-Président: M. le député de Chauveau.
M. Louis O'Neill
M. O'Neill: Mme la Présidente, le gouvernement du
Québec demande à la nation un mandat pour négocier avec le
reste du Canada une nouvelle entente fondée sur l'égalité
des peuples. Grâce à cette entente, deux Etats souverains, le
Québec et le Canada, s'associeront économiquement. Et soucieux de
démocratie, le gouvernement du Québec s'engage à consulter
la population concernant tout changement de statut politique pouvant
résulter des négociations. Donc, un engagement à tenir un
deuxième référendum, pas question, par conséquent,
de décider par-dessus la tête des gens comme c'est arrivé
en 1867. Voilà, Mme la Présidente, le contenu de la question
référendaire soumise à l'approbation de l'Assemblée
nationale du Québec. (21 heures)
J'appuierai la proposition du premier ministre, parce qu'elle
résume bien le projet de souveraineté-association exposé
dans le livre blanc sur la nouvelle entente. Cette question, les gens que je
rencontre la trouvent claire et honnête. En fait, Mme la
Présidente, ce qui embête nos adversaires, ce n'est pas la
question, c'est la réponse qu'il faudra bien y donner un jour. Car il
n'est pas facile d'inviter les gens à répondre non et de
prétendre en même temps vouloir les intérêts du
Québec, surtout que plusieurs partisans du non, les ennemis du
Québec et ceux qui méprisent le Québec utilisent souvent
les mêmes mots et recourent aux mêmes arguments.
Pourquoi la question parle-t-elle d'une nouvelle entente? Parce que le
régime actuel est dépassé, croulant, il est coûteux,
injuste et plein de distortions et il est nuisible au développement des
deux peuples concernés, même si, à court terme, il semble
satisfaire le Canada anglais.
Il est donc nécessaire et urgent d'en arriver à une
nouvelle entente.
Au cours de ce débat, plusieurs de mes collègues ont
démontré, avec de nombreuses preuves à l'appui, le
pourrissement du régime actuel. S'il fallait une démonstration de
plus, on n'aurait qu'à parler de communications. Depuis Alexandre
Taschereau, en passant par Maurice Duplessis, Jean Lesage, Daniel Johnson et
Jean-Guy Cardinal, Jean-Jacques Bertrand, Robert Bourassa et combien d'autres
hommes politiques, le Québec a dénoncé
l'empiétement du pouvoir fédéral dans les communications.
La maîtrise d'oeuvre dans la majeure partie de ce secteur vital nous
échappe. C'est un territoire occupé par le pouvoir
fédéral.
Dans un pays normal, Mme la Présidente, où prévaut
une culture spécifique, les décisions qui concernent la radio, la
télévision, la câblodistri-bution, le cinéma, les
télécommunications se prennent à l'intérieur du
pays. Dans le cas du Québec, les politiques générales sont
définies de l'extérieur et cela dans un domaine qui affecte
directement la vie culturelle, la vie sociale et l'éducation. De plus,
certaines de ces décisions ont un impact économique
considérable. Par exemple, à lui seul, le refus du CRTC
d'intégrer le câblosélec-teur au service de base
pénalise des milliers de citoyens et retarde l'implantation au
Québec d'une industrie de fabrication de câblosélecteurs.
C'est l'Ontario qui profite de cette décision du CRTC.
La question parle d'égalité; il s'agit
d'égalité réelle, non pas d'une égalité
affirmée du bout des lèvres et démentie par les faits. La
revendication pour l'égalité semble embarrasser certains
partisans du non, par exemple, Mme la députée de Prévost.
Pour elle, si j'ai bien compris, l'égalité serait une affaire de
pouvoir démographique et de gros sous. Nous, nous croyons que c'est une
question de principe, de droit moral, d'un droit reconnu universellement, au
moins en théorie. Et, au sein du Marché commun européen,
par exemple, la puissante Allemagne traite d'égal à égal
avec la Hollande et aussi avec son miniscule voisin le Danemark. Et tout le
monde trouve cela normal.
La question parle de souveraineté-association, une association
d'égal à égal au plan économique et qui va de soi
dans un monde moderne et civilisé. Elle parle de souveraineté, la
véritable souveraineté! Le député d'Outremont nous
a décrit une étrange souveraineté. Nous aurions la
souveraineté, et pourtant nous ne pouvons pas légiférer
comme nous le voulons en français, et pourtant le Québec ne peut
pas faire les politiques qu'il veut dans le domaine des richesses naturelles,
et pourtant, c'est plein de chevauchements où Ottawa a toujours la
meilleure part. Il y a des empiétements partout et il y a des pouvoirs
résiduaires qui appartiennent au pouvoir central. C'est une
étrange souveraineté!
Nous parlons de véritable souveraineté, qui est une
idée étroitement reliée à celle
d'égalité, car seuls les pays souverains peuvent vraiment traiter
d'égal à égal.
Ce mot "souveraineté" choque nos adversaires, comme si le fait
d'avoir son propre gouvernement souverain, de contrôler ses impôts,
d'avoir la responsabilité des lois et de l'administration était
pour un peuple une sorte de calamité, une maladie! Ailleurs dans le
monde, on considère la souveraineté nationale comme une chose
normale pour un peuple libre. Pourquoi cela serait-il bon pour les autres et
mauvais pour les Québécois? Qu'on demande à un
Américain, à un Français, à un Norvégien,
à un Israélien ou à un Irlandais si c'est important, la
souveraineté. Ils trouveront ridicule le fait même de leur poser
la question. Qu'on interroge aussi les peuples en tutelle (ukrainien,
géorgien, lettonien et autres) qui goûtent les plaisirs du
fédéralisme soviétique. La réponse est facile
à deviner. Pourquoi, mais pourquoi donc une aspiration naturelle des
peuples, aspiration que Jean XXIII qualifie de signe des temps de
l'époque contemporaine, serait-elle légitime pour les autres
nations et interdite aux Québécois? Il faudrait que les
adversaires du Québec nous expliquent cela.
Un sous-amendement de M. le député de Gouin propose, Mme
la Présidente, d'ajouter à la question un volet sur le
fédéralisme renouvelé. Mais à partir de quelle
notion de fédéralisme renouvelé faudrait-il ajouter ce
complément? Sûrement pas en s'inspirant du livre beige qui, par
exemple, dans le domaine culturel, prône un recul dramatique pour le
Québec. Le livre beige s'intéresse bien plus aux mythes de la
culture canadienne qu'à l'avenir de la culture québécoise.
Avec la proposition Ryan, les empiétements fédéraux
deviendraient des empiétements de droit. Le gouvernement
fédéral aurait toute liberté d'utiliser son pouvoir de
dépenser pour "proposer des législations et des programmes
à caractère culturel". Il pourrait se mêler d'à peu
près tout sous prétexte "de protéger et développer
le patrimoine culturel de l'ensemble des Canadiens". Il pourrait consolider son
contrôle sur les grandes institutions telles que Radio-Canada, les
Archives nationales, la Bibliothèque nationale, le Musée national
adieu, une fois pour toutes, à la collection Birks
l'Office national du film. Il pourrait ajouter de nouvelles institutions et
accroître le nombre des chevauchements.
Dans le seul secteur des communications, le livre beige contient des
horreurs telles que le congrès d'orientation du Parti libéral a
senti le besoin d'en extirper les plus indécentes. Même M. Robert
Bourassa n'a pu s'empêcher d'avouer son insatisfaction au sujet du livre
beige, particulièrement en ce qui concerne le domaine de la culture et
des communications. Quant à M. Léon Dion, politicologue de grande
réputation, il a formulé une critique vigoureuse dont je retiens
les lignes suivantes, et vous pourrez lire la suite du texte qui est excellente
et qui fait réfléchir; je n'en cite que quelques lignes. Voici ce
que dit M. Dion: "II n'en reste pas moins que le manque de psychologie
élémentaire dont fait preuve le livre beige a blessé
profondément de nombreux Québécois qui se sont sentis
humiliés et bafoués par le peu de cas que le document semble
faire de convictions qu'ils éprouvent par toutes les fibres de leur
être. Ils sont heurtés dans leur fierté nationale."
En fait, Mme la Présidente, c'est toute la philosophie d'ensemble
du livre beige qui interdit d'aller y puiser une proposition qu'on aurait
pu
inclure dans la question. Ce que l'on trouve dans le livre beige, en
vérité, ce n'est pas un projet d'avenir. C'est une
hypothèse de suicide collectif.
Ce document est en rupture avec la continuité historique du
Québec et aussi, sur certains aspects, en rupture avec le passé
du Parti libéral. Ce qu'on propose aux Québécois, c'est le
détachement souverain, l'oubli de soi. Devant l'incapacité des
Canadiens anglais en matière constitutionnelle de faire preuve
d'imagination et de bonne volonté, le livre beige prend la relève
et tente de faire le travail à leur place. Le Québec deviendrait
une province comme les autres. Son statut minoritaire serait inscrit dans les
textes et consacré dans des institutions telles que le Conseil
fédéral. Notre avenir ne ferait plus de doute. Finie
l'incertitude. Nous serions une minorité officielle, en attendant de
devenir une minorité disparue. Mais il nous resterait une consolation,
celle d'avoir pour reprendre l'expression du député de
Maisonneuve "contribuée à la plus grande gloire du
Canada." (21 h 10)
L'hypothèse de M. Ryan rappelle un événement qui
s'est produit chez nous, au début du siècle. Un éminent
évêque britannique était venu nous voir à l'occasion
du congrès eucharistique de Montréal, en 1910. Il fut
émerveillé par la vigueur et la beauté du catholicisme
canadien-français, un catholicisme si grand, si beau, disait-il, qu'il
fallait le répandre partout en Amérique. Mais comme ces
Américains à convertir parlaient anglais, le monseigneur nous
suggéra pieusement de nous angliciser pour la plus grande gloire de
Dieu. Nos gens ont refusé ce projet suicidaire de l'éminent
prélat. Ils pensaient qu'il devait y avoir moyen d'être des
chrétiens au moins passables et d'aimer les Anglais, tout en continuant
de demeurer eux-mêmes et de parler français. Ils voyaient les
choses un peu comme Jeanne d'Arc qui, toute pieuse qu'elle fût,
n'hésitait pas à combattre les Anglais installés en France
et qui disaient: J'y suis, j'y reste! Jeanne croyait qu'on pouvait fort bien
aimer les Anglais sans nécessairement les avoir sur le dos et sur les
talons. Et voilà pourquoi, avec la grâce de Dieu et la pointe de
son épée, elle entreprit de les aider à retrouver le
chemin de leur patrie.
Donc, ce que propose le sous-amendement du député de Gouin
est irréaliste. L'objectif qui motive la question, c'est l'avenir du
Québec et son progrès, et non pas sa mise en tutelle et sa
disparition lente. Le livre beige n'offre pas aux Québécois de
véritable projet d'avenir. C'est plutôt le dernier sursaut d'un
régime à bout de souffle et sans solution de rechange. Le livre
beige apporte tout simplement une preuve de plus qu'il faut chercher le
renouveau ailleurs que dans un système politique en déclin et qui
ne survit qu'au moyen de demi-mensonges, de peur et de chantage.
Mme la Présidente, la question telle que posée est
correcte. Elle mérite de recueillir l'appui massif des
Québécois. Parmi ceux-ci, il y a les jeunes, travailleurs et
travailleuses, étudiants et étudian- tes. Des milliers d'entre
eux sont venus, il y a quelques jours, nous exprimer leur solidarité.
C'était la première fois, dans l'histoire du Québec, que
les jeunes venaient devant le parlement pour approuver le gouvernement; c'est
vraiment nouveau. C'est bon signe, ce qui se passe chez les jeunes
présentement. Quand la jeunesse d'un pays se met en marche et
réclame impérieusement le changement, le renouveau, il est
conseillé aux prophètes de malheur, aux partisans du statu quo,
aux démissionnaires, de se bien tenir. Déjà, une
majorité de jeunes est consciente du fait que seul un oui à la
question est vraiment québécois. Avec la mobilisation qui s'en
vient de la jeunesse de chez nous, le printemps s'annonce bon et beau, Mme la
Présidente. Merci.
La Vice-Présidente: M. le député de
Joliette-Montcalm.
M. Guy Chevrette
M. Chevrette: Mme la Présidente, je suis d'accord avec la
question présentée parce que, premièrement, elle est
honnête, parce qu'elle englobe tous les éléments de
l'option que nous défendons depuis treize ans déjà, parce
qu'elle associe toutes les Québécoises et tous les
Québécois à cette démarche normale de tout peuple,
parce qu'elle assure le contrôle absolu de tout ce processus
démocratique aux citoyens du Québec.
Je suis d'accord aussi parce que cette question permettra je
crois, une fois pour toutes de cesser de parler de cette question, de
gaspiller des énergies, de discourir sur le sujet et, enfin, de
commencer à agir, et ce, dans les plus brefs délais. Vouloir
négocier une nouvelle entente basée sur le principe de
l'égalité des peuples, quoi de plus normal et quoi de plus
honnête?
Déjà, en 1920, on commençait à s'interroger
sur la violation de ce principe fondamental, ce principe
d'égalité. C'est nul autre que le premier ministre libéral
de l'époque, M. Taschereau, qui, lors du dévoilement solennel du
monument de Cartier au parc Montmorency, le lundi 6 septembre 1920, disait:
"Demandons-nous donc si le principe fondamental de la
Confédération tel que l'avait formulé Cartier, qui
consistait à associer les deux nations sur un pied de parfaite
égalité, est entièrement admis et toujours respecté
par les parties au pacte fédératif. Le temps, disait-il,
répondra à cette question et peut-être vaut-il mieux pour
l'instant ne pas tenter d'arracher le voile aux endroits qui laissent voir
comme de légères déchirures."
Une Voix: Et c'était un libéral.
M. Chevrette: Mme la Présidente, si les pères de la
Confédération ont fondé ce pacte fédératif
sur le principe de l'égalité des peuples, si tous les premiers
ministres du Québec et tous les gouvernements ont continuellement
dénoncé ces violations sans cesse croissantes depuis 113 ans, je
pense qu'il devient normal pour nous, il devient
honnête et il devient urgent qu'on en exige son application
intégrale.
Le 4 mars dernier dans cette Chambre, Mme la Présidente, le chef
du clan du non considérait ce principe comme tout à fait normal.
Il a même dit, et je le cite au texte: "A cela, je répondrais oui
tout de suite." S'il est d'accord avec ce principe fondamental, Mme la
Présidente, comment peut-il expliquer qu'il ait, trois jours auparavant,
laissé adopter une recommandation plaçant le Québec au
rang de l'Ile-du-Prince-Edouard? Comment peut-il décemment parler
d'égalité et proposer que les Québécois aient 25%
de représentation au sein d'un conseil fédéral contre 75%
pour la majorité anglophone canadienne? Est-ce honnête que de se
déclarer favorable à un principe d'égalité et, dans
un même souffle, proposer un grand conseil fédéral qui
pourra, à 66% des voix, sans veto pour le Québec, décider
des grandes politiques et des grandes orientations? Que ferions-nous, Mme la
Présidente, avec nos 25% face à des législations et
à des politiques qui défavoriseraient le Québec?
Que cache votre proposition, M. le chef du clan du non? Ayez donc
l'honnêteté, dites donc aux Québécois que vous
voulez institutionnaliser la minorisation du Québec! Ce serait
honnête et vous pourriez vous exempter, à ce moment, de qualifier
de malhonnête une proposition visant une égalité
réelle.
Mme la Présidente, vouloir négocier une nouvelle entente
qui permettrait au Québec d'acquérir son pouvoir exclusif de
faire ses lois, de percevoir ses impôts et d'établir ses relations
extérieures, n'est-ce pas là une demande normale? N'est-ce pas
là une demande honnête pour quelqu'un qui désire traiter
d'égal à égal? Qu'y a-t-il de malhonnête dans cela?
Pouvons-nous traiter d'égal à égal si la majorité
anglophone canadienne, nos vis-à-vis ont le pouvoir de nous assujettir
à leurs lois? Pouvons-nous traiter d'égal à égal si
cette même majorité a le pouvoir, par ses lois, de nous
empêcher de protéger notre langue et notre culture? Pouvons-nous
vraiment nous considérer égaux lorsque la majorité
anglophone canadienne peut nous empêcher par ses lois de
développer nos richesses naturelles à notre façon? Nous
devons leur laisser leurs droits et ils doivent nous laisser nos droits. C'est
cela, Mme la Présidente, l'égalité. C'est honnête.
Cela ne cache rien. C'est cependant très malhonnête, Mme la
Présidente, de se proclamer en faveur de l'égalité et de
laisser par la suite décider les autres à 75 contre 25.
Mme la Présidente, pouvons-nous traiter d'égal à
égal lorsque 50% de nos avoirs collectifs, nos impôts sont
administrés par la majorité anglophone canadienne, nos
vis-à-vis? Pouvons-nous compter sur une chance égale de
développement quand la majorité anglophone, nos vis-à-vis,
veut décider à notre place dans quels secteurs, dans quelles
régions et sous quelle forme doivent se faire les investissements au
Québec? (21 h 20)
Est-ce normal et est-ce honnête, pour un peuple, de
réclamer l'administration entière de ses avoirs et de ses
impôts? Oui, Mme la Présidente, c'est honnête et cela ne
cache absolument rien. C'est cependant très malhonnête de se
proclamer en faveur de l'égalité et d'accepter que la
moitié de son portefeuille soit administrée par 75% contre
25%.
Une Voix: C'est une belle égalité, cela.
M. Chevrette: Si nous voulons établir nous-mêmes nos
relations extérieures, c'est précisément parce que nous
voulons nous ouvrir au monde et non pas conserver cette vision paroissiale,
comme le disait le chef du clan du non lors de son discours devant ses
militants. C'est honnête et c'est normal de vouloir élargir ses
frontières, d'avoir une envergure internationale et de s'ouvrir au monde
et non de s'isoler. Pour ce faire, je vais vous citer un passage d'un homme que
vous admirez sans doute. Je vous citerai un passage de Jean-Paul II lors de son
passage à New York: "Que toutes les nations, même les plus
petites...
M. Ryan: J'espère que vous le citez comme il faut,
celui-là.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Une Voix: Ecoutez!
M. Chevrette: Lui a vraiment l'infaillibilité papale. M.
le Président, en octobre 1979, le pape Jean-Paul II disait ceci à
New York: "Que toutes les nations, même les plus petites, même
celles qui ne jouissent pas encore d'une pleine souveraineté et celles
à qui on l'a dérobée par la force, puissent être
intégrées dans une pleine égalité avec les autres
nations de l'Organisation des Nations Unies." J'espère que vous
reconnaîtrez que c'est un principe acceptable.
M. le Président, réclamer le pouvoir de faire ses lois, de
percevoir ses impôts et d'établir ses relations
extérieures, comment cela s'appelle-t-il? On aurait pu appeler cela de
l'autonomie. On aurait pu appeler cela être maîtres chez nous. On
aurait pu appeler cela égalité ou indépendance. Mais je
vois les gens du clan du non bondir de leur siège si nous avions
appelé cela l'autonomie. Ou encore, si on n'avait même pas
parlé du mot "souveraineté", je les entendrais crier:
Malhonnêteté, tartuferie, camouflage, etc. Nous définissons
clairement notre position. Nous disons: Tout cela, pour nous, c'est la
souveraineté. Encore, nous entendons la même cassette: C'est
malhonnête, cela camoufle quelque chose, c'est de la tartuferie;
qu'est-ce que cela cache, pour semer le doute dans l'esprit des
Québécois. On l'a définie clairement. A vous de vous
ouvrir grand les oreilles et de comprendre.
Vouloir maintenir une association économique avec nos
vis-à-vis, comportant l'utilisation d'une même monnaie nous semble
plus efficace et démontre notre volonté de maintenir des liens
économiques durables. Est-ce normal? Nous vivons dans un même
corridor économique. Nous achetons du boeuf de l'Ouest. Nous achetons
des
grains. Nous achetons des automobiles. Nous vendons du lait. Nous
vendons du bois. C'est tout à fait normal de continuer à
maintenir ces liens. Nous vendons notre textile également. Quoi de plus
normal et de plus honnête que de vouloir maintenir ces relations
économiques qui nous avantagent mutuellement? Libre circulation des
biens et des personnes, pas de passeport, contrairement à ce qu'a dit le
chef du clan du non en cette Chambre, la même union douanière, la
même union monétaire. Est-ce du séparatisme?
Des Voix: Oui.
M. Chevrette: Est-ce de l'isolement? Est-ce de l'esprit de
clocher?
Une Voix: Bravo, Guy!
M. Chevrette: M. le Président, j'ai réussi
pour...
Des Voix: Oui.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Une Voix: II va finir par dire oui.
Des Voix: Bravo!
Une Voix: Appelle-le et il va finir par dire oui, lui aussi.
M. Chevrette: Vous voyez, M. le Président, si nous
étions malhonnêtes, on réussirait à leur faire dire
oui. Il m'apparaît beaucoup plus honnête pour tous les citoyens du
Québec de savoir que leur gouvernement veut maintenir des liens dans une
négociation d'égal à égal que de se voir minoriser
dans une négociation à 75% contre 25%, comme le propose le Parti
libéral.
Enfin, M. le Président, vouloir soumettre ces changements de
statut politique pour ratification lors d'un deuxième
référendum vient donner aux Québécois l'assurance
qu'ils auront le dernier mot dans la décision finale.
Chaque jour au Québec, une multitude de groupes vit ce processus
normal. On prépare d'abord nos positions, on mandate nos dirigeants pour
aller négocier et ils viennent nous présenter les
résultats pour qu'on puisse se prononcer. Quoi de plus
démocratique comme processus, quoi de plus normal? Il me semble, M. le
Président, que c'est tout à fait inconcevable, scandaleux,
irrespectueux qu'avant même que la décision soit prise, qu'avant
même de détenir un pouvoir effectif, le chef du clan du non se
déclare non lié à la volonté du peuple. C'est faire
fi de toutes les règles élémentaires de la
démocratie et il devrait en avoir honte en cette Chambre.
J'imagine les réactions du clan du non si nous avions
proposé une démarche contraire à celle-ci. Je vois leur
chef, le doigt pointé vers nous, parler aux citoyens du Québec en
disant: Ces gens sont malhonnêtes, ces gens veulent vous cacher quel- que
chose, ces gens veulent un mandat en blanc, ils vont négocier n'importe
quoi et vous ne saurez même pas ce qu'ils vont faire. Ce n'est pas cela
qu'on propose, M. le chef du clan du non. On propose aux
Québécois une démarche démocratique avec une
sanction finale dont ils sont les seuls maîtres. Cela, c'est de la
démocratie et vous devriez en tirer une leçon.
M. le Président, ce sera une troisième fois en cette
Chambre que le chef de l'Opposition officielle sera cité; le
député de Vanier l'a fait, le premier ministre l'a fait, mais je
trouve ce passage intéressant à rappeler aux citoyens du
Québec. Je voudrais rappeler une citation du 29 décembre 1976
pour permettre aux Québécois de bien en saisir le sens, de bien
saisir toutes les dimensions de cette approche. C'est l'éditorialiste du
Devoir qui parle à ce moment-là et il dit ceci: "Combien
périlleuse pour M.Trudeau pourrait se révéler une demande
à deux paliers qui consisterait, dans un premier temps, à
demander aux Québécois s'ils autorisent leur gouvernement
à rechercher par la négociation une nouvelle alliance avec le
reste du Canada fondée sur le principe que le Québec forme une
nation distincte ou encore sur l'objectif d'un nouveau pacte entre les deux
nations; dans un second temps, à inviter les Québécois
à se prononcer sur les résultats obtenus et à conclure en
conséquence. Une demande formulée dans ce sens aurait de
très fortes chances d'être appuyée par une solide
majorité d'électeurs." Notre erreur, c'est de ne pas avoir
demandé au chef de l'Opposition de libeller la question pour nous. Il
serait peut-être pour le oui.
Nous aurions peut-être aussi eu avantage à laisser à
la députée de Prévost le soin de libeller la question en
notre nom. Je ne voudrais surtout pas lui faire de peine. Elle a eu sa large
part au cours de ses pérégrinations pancanadiennes dans le cadre
de la commission Pépin-Robarts.
Une Voix: Elle pleurait, en plus.
M. Chevrette: J'ai la conviction qu'elle me pardonnera de lire un
passage qui aurait pu nous inspirer un libellé différent. Vous
verrez. Dans son ouvrage intitulé "Québec année
zéro", Cercle du livre de France 1968, page 131: "Le fossé entre
Canadiens francophones et anglophones, dit-elle, est très profond. Rien
ne sert de le nier. Notre conception de la vie, de l'amour, des
problèmes, de la philosophie diffère. Nous devrions accepter nos
différences et nous employer à les répartir en deux Etats
distincts séparés au sens linguistique, culturel, politique, mais
unis dans une même économie, une même politique
étrangère et un même intérêt financier." (21 h
30)
M. le Président, je laisse les Québécois juger des
propos de la députée de Prévost avant qu'elle siège
en cette Chambre et de ses propos de jeudi dernier en cette Chambre.
Demandez-vous surtout pourquoi ce grand changement d'attitude. Selon moi,
l'unique raison qui pousse nos amis du clan du non à dire non à
tout, y compris à ce avec quoi
ils étaient d'accord avant d'être dans cette Chambre, je
conclus que c'est la seule soif du pouvoir, la partisanerie: le pouvoir au
détriment des intérêts des Québécoises et des
Québécois; le pouvoir au profit du statu quo
déguisé; le pouvoir au prix de la minorisation du Québec
75-25; le pouvoir au point de rendre le Québec à l'égal de
l'lle-du-Prince-Edouard; le pouvoir, un point, c'est tout. Sur tout ce qui
vient du gouvernement et surtout sur ce qu'il a de mieux, c'est un non: non
à l'assurance automobile qui dormait sur les tablettes depuis quinze
ans; non au zonage agricole qui était exigé depuis 40 ans; non
à la fiscalité municipale réclamée par l'Union des
municipalités depuis 30 ans; non à la loi 101 pour
protéger notre langue; non à Loi sur la santé et la
sécurité du travail des travailleurs; en un mot, non, non, non;
non à tout ce qui peut toucher les petits salariés, les
gagne-petit et les salariés moyens. C'est cela qui est la formation
politique du clan du non.
Pour arriver à obtenir un non à cette question vitale, M.
le Président, le clan du non a choisi la peur comme arme. Ses petits
lieutenants-caporaux ont commencé déjà, dans mon
comté, tout au moins, à se promener et à faire accroire
aux personnes âgées qu'elles perdront leurs pensions de
vieillesse, à dire aux vétérans: Vous perdrez vos pensions
de vétérans; à dire aux agriculteurs: Vous savez, les
subsides fédéraux ne viendront plus. Ayez donc
l'honnêteté de leur rappeler au moins que nous avons écrit
rouge sur blanc, à la page 22 du résumé de l'entente: "Les
droits acquis. Désireux que les individus ne soient pas
lésés dans leurs droits par ces changements constitutionnels, le
gouvernement du Québec s'engage à maintenir les droits acquis et,
notamment, les allocations familiales, les pensions de vieillesse et leurs
suppléments, les pensions aux vétérans, les subventions
directes aux producteurs agricoles, la sécurité d'emploi aux
fonctionnaires fédéraux et tous les autres droits
découlant des circonstances actuellement reconnues." Faites peur aux
Québécois.
M. le Président, je ne me trompe pas là-dessus, même
Léon Dion dans son analyse utilise l'expression suivante: "Ici et
là l'auteur", mais là on ne le sait plus de qui il parle parce
que quand il y a des bouts de textes qui sont bons, c'est l'auteur Ryan et
quand ce n'est pas bon, c'est l'auteur Langiois. Donc, on ne le sait pas.
"Mais, ici et là, dit M. Léon Dion, on recourt même
à des arguments démagogiques. Il utilise à sa façon
la peur plutôt que la persuasion pour convaincre les hésitants et
les récalcitrants. Même sous certaines critiques adressées
à la souveraineté-association perce un manque de confiance
à l'endroit de la droiture de caractère et de l'esprit de
tolérance des Québécois." C'est ce qu'écrivait
Léon Dion.
M. le Président, quand on n'a rien à cacher, quand tout
est honnête, on fait appel à la raison et c'est ce que nous
faisons. Mais quand on veut jouer aux malhonnêtes, on utilise la peur
parce qu'ils savent très bien que la peur paralyse la raison.
J'aurais aimé, en terminant, vous dire combien je suis heureux de
participer au clan, au mouvement, non pas au clan, mais au grand mouvement
positif, au mouvement du oui, au mouvement du progrès, au mouvement qui
pense d'abord Québécois, au mouvement de la jeunesse, de notre
future génération et quand je dis cela, je pense à mes
deux enfants. Merci.
Le Vice-Président: M. le chef de l'Opposition
officielle.
M. Ryan: M. le Président... Le Vice-Président:
A l'ordre, s'il vous plaît! Une Voix: Le premier ministre s'en
va. Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M.
Claude Ryan
M. Ryan: ... depuis le début de ce débat, cela fait
à peu près cinq fois que j'entends la même citation
récitée mécaniquement par des orateurs de l'autre
côté. Avec votre permission, nous allons replacer les choses dans
leur vrai contexte et vous aurez un exemple de plus de l'art consommé
avec lequel le parti gouvernemental déforme systématiquement et
malhonnêtement les faits et les textes.
Le député de Joliette-Montcalm, en fidèle
perroquet, après beaucoup d'autres, a repris des extraits d'un article
que j'écrivais en décembre 1976 et dans lequel je me bornais
à formuler des hypothèses sur la manière dont le
gouvernement pourrait se comporter à l'occasion d'une question. A ce
moment-là, on m'accordera la préscience d'avoir vu venir le
gouvernement; à peine un mois et demi après qu'il eut
été élu, j'avais vu clair dans son dessein.
Maintenant, je vais vous dire ce que j'écrivais; je pourrais vous
donner quinze citations différentes, ce serait trop long. Je vais en
donner une pour le député de Joliette-Montcalm, il pourra ajouter
cela dans son bec de perroquet la prochaine fois.
M. Chevrette: Question de privilège, M. le
Président.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Chevrette: M. le Président, je ne voudrais même
pas répondre à l'insulte du chef de l'Opposition, mais je
voudrais lui demander, s'il vous plaît, qu'il se... On pensait qu'en
entrant dans cette Chambre, il relèverait le niveau de la Chambre, qu'il
le prouve, s'il vous plaît!
Une Voix: Vous avez raison.
M. Ryan: Je continue, M. le Président. Je cite un article
que j'écrivais le 28 septembre 1977, plusieurs mois par
conséquent avant que j'aie fait mon entrée dans la politique
active, et dans lequel j'énonçais essentiellement ce que j'ai
toujours dit à propos de la question référendaire.
J'espère que nos amis vont l'entendre, celui-là, et qu'au lieu
de
prendre seulement un texte et de l'isoler des autres, comme ils font
chaque fois qu'ils parlent du fédéralisme, ils vont apprendre
à citer des textes correctement, comme on l'apprend dans les bonnes
écoles.
Voyez ce que je disais: "Si le gouvernement veut être
sérieux en relation avec le référendum 27 septembre
1977 il devra veiller soigneusement à ce que la question soumise
aux électeurs donne lieu à un consensus très large parmi
les tenants des principales solutions en présence. A cette fin, il devra
satisfaire à certaines exigences minimales que l'on pourrait
énoncer ainsi: "1. La question devra être simple, directe, sans
détour, concrète et précise. "2. La question devra inviter
les électeurs à se prononcer sur le fond, c'est-à-dire
à exprimer une préférence portant sur la substance
même de l'enjeu et non uniquement sur des questions de forme"
c'est écrit, entre parenthèses, "si mandat, etc.. fermez la
parenthèse. Cela veut dire que ce n'est pas là-dessus que la
question devait porter. Pour être honnête, elle devait porter sur
le contenu même et non pas seulement sur un mandat. C'est ce que
j'écrivais; c'est ça que vous voulez invoquer comme
autorité? On va vous donner la vraie version. "3....
Une Voix: ...
M. Ryan: En tout cas, elle est la même d'un bout à
l'autre; on va vous apprendre à ne pas citer des petits bouts de texte
à côté du contexte.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Ryan: "3. Nous n'avons pas peur de la discussion
directe... "3. La question devra graviter autour de l'objectif qui
définit la formule mise de l'avant par le Parti québécois,
c'est-à-dire la souveraineté-association. C'est sur ce point
précis que le PQ s'est engagé pas sur un mandat de
négociation, sur le fond à consulter les électeurs.
Toute tentative visant à l'escamoter amoindrirait la
crédibilité du référendum. "4. La question devra
être connue plusieurs mois à l'avance..." Je peux passer ceci,
vous le verrez, il n'y a pas de danger, c'est seulement pour sauver du temps.
"5. La question devra, quant à l'essentiel, avoir reçu
l'approbation non seulement du parti au pouvoir, mais aussi des principaux
partis d'Opposition et aussi d'une portion appréciable des forces qui
oeuvrent à l'extérieur du Parlement: organes de presse, syndicats
et associations patronales, universitaires, spécialistes de la science
politique, etc."
Finalement, je concluais ainsi c'est une citation authentique
encore une fois "Pour satisfaire à ces exigences, il faudra que
le gouvernement s'élève à un niveau de clarté, de
concision de "concision", c'est un mot qui vous échappe
d'expression directe du réel, de limpidité et de substance qui
devra éviter comme la peste la langue élastique et visqueuse dans
laquelle sont souvent formulées les questions des sondages. Car, il ne
sera plus question alors de sentiments, mais d'agir et du sort d'un peuple. Ce
sera moins que jamais le temps de faire croire aux citoyens que l'on peut avoir
son gâteau et le manger en même temps." Ce sont des vraies
citations. J'espère que nos amis vont cesser ce jeu de citations
tronquées qui est un déshonneur pour l'intelligence et pour ce
Parlement. (21 h 40)
Ce qui est un peu attristant dans ce débat, c'est qu'on
répète de manière automatique et machinale les mêmes
refrains faux et partiels sans écouter les réponses qui sont
données. Tantôt, le ministre de l'Education, vice-premier dans ses
loisirs, a attaqué le livre beige du Parti libéral. Le
député de Saint-Laurent lui a donné une réplique
précise et fonctionnelle sans aucune espèce d'insinuation
personnelle. Il y avait des choses très importantes dans ce qu'a dit le
député de Saint-Laurent. Quand nous parlons
d'égalité, nous sommes prêts à faire un débat
avec le parti gouvernemental, n'importe quel temps, sur le concept
d'égalité, parce que nous défendons profondément
nous aussi les valeurs d'égalité. Mais nous les défendons
suivant une interprétation et des applications infiniment plus
réalistes et véridiques que celles que vous proposez.
Mais on a apporté des réponses. Il a dit 25/75. Ce n'est
pas ça du tout. Au Conseil fédéral, le Québec aura
une représentation, d'après le livre beige, de 25%. Dans la
résolution qui a été retenue par le congrès, M. le
Président, le pourcentage n'est même pas là. Le pourcentage
est une matière sujette à négociation.
Non, vous pourrez rire et déformer tant que vous voudrez. Mais
commencez par vous renseigner comme il faut. Mais ce qui est important
je vais expliquer les 2% de différence c'est que les deux
provinces les plus populeuses du Canada étaient invitées par les
auteurs du livre beige à sacrifier chacune quelques points au profit des
provinces les plus petites. Cela a toujours été la loi d'un
fédéralisme respectueux de la diversité. Quand je vous
entends de l'autre côté faire des comparaisons méprisantes
avec l'Ile-du-Prince-Edouard, je trouve que vous trahissez, à son
principe même, les valeurs que vous êtes censés
défendre, parce que, si jamais le Québec devient un Etat
souverain, il devra respecter comme des égaux des Etats qui ont des
populations de 150 000, de 200 000 et de 250 000 et qui sont aux Nations
Unies.
M. le Président, dans certains domaines qui seront
attribués par la constitution renouvelée du système
fédéral canadien à la compétence des provinces,
nous voulons que les provinces soient égales juridiquement, nous le
voulons, nous n'en avons aucunement honte et, chaque fois que nos amis
utilisent cette comparaison, ils versent dans une démagogie indigne
d'hommes publics qui méritent ce nom. Mais nous avons prévu une
foule de mécanismes dans ce projet qui consacrent le be-
soin pour le Québec d'avoir des garanties spéciales dans
le système fédéral canadien. Le député de
Saint-Laurent parlait de la Cour suprême, comme elle serait
constituée sous l'empire de nos propositions. Ni le vice-premier
ministre, ni les deux autres orateurs qui ont parlé de ces questions
n'ont fait mention de cette affaire. Il a parlé des garanties qu'aurait
le Québec dans les cas où le Conseil fédéral,
à une majorité des deux tiers, aurait donné son
assentiment à certaines formes d'interventions fédérales.
On n'en a pas parlé de ces garanties non plus. On déforme la
réalité comme on le fait avec nos articles, comme le premier
ministre l'a fait encore cet après-midi, à la manière d'un
élève de deuxième année qui n'a même pas
appris à citer les choses comme il faut. Nous autres, quand nous vous
citons, nous vous citons correctement.
L'égalité que nous proposons, vous ne parlez pas de
l'égalité fondamentale de droits pour tous les citoyens d'un bout
à l'autre de ce pays. On n'en a pas entendu parler du tout de
celle-là. L'égalité de chances, au point de vue
économique et social, que nous garantissons en vertu du système
fédéral canadien et à laquelle le Québec serait
obligé de renoncer s'il se séparait politiquement, comme vous
dites, cela, vous n'en parlez jamais non plus. C'est une autre forme
d'égalité que nous garantissons dans notre rapport, qui ne serait
pas disponible pour les Québécois si le Québec
était séparé politiquement, comme nous le proposent nos
amis d'en face.
Le seul exemple clair de fonctionnement, de composition concrète
de l'un de ces fameux organismes d'association, dont parle votre livre blanc,
tellement imprécis et vague, c'est l'autorité monétaire.
Là, ce que vous êtes obligé de reconnaître, vous
dites pieusement et timidement: Là, il y aura une représentation
fondée sur le poids relatif de chacune des deux économies. Le
ministre au Développement économique nous le dira, la place de
l'économie du Québec dans l'ensemble, canadien, c'est à
peu près 25%. Nous aurions 25% des voix là et c'est le seul
organisme à propos duquel vous donnez vraiment des choses
précises et, à part cela, tous les premiers ministres du Canada
qui se sont exprimés là-dessus, vous ont dit qu'ils ne voulaient
pas de votre proposition telle qu'exprimée. Non pas parce qu'ils ont du
mépris pour votre parti ou pour le Québec, parce qu'ils trouvent,
en hommes de bon sens et nous sommes du même avis là-dessus
que cela ne pourrait pas marcher et que quant à acheter cette
espèce de plat de lentilles, mieux vaudrait pour eux que vous alliez
jusqu'au bout de votre option véritable que nous vous demandons
d'inscrire franchement et limpidement sur le bulletin de vote.
Nous vous disons là, je m'adresse spécialement au
député de Joliette-Montcalm nous ne vous demandons pas
l'impossible, votre question alambiquée qui demande de répondre
oui en même temps à cinq choses différentes, qui ne sont
pas de même nature, qui ne sont pas sur le même niveau, qui ne sont
pas sur le même plan, rame- nez-les donc à des choses simples,
vraies, limpides et transparentes, comme elles l'étaient au temps
où vous étiez dans l'Opposition. Demandez donc,
premièrement: Pensez-vous que le Québec devrait devenir un Etat
souverain? Nous allons tous comprendre. Vous y tenez, à la
souveraineté, M. le député de Joliette-Montcalm.
Là, ce sera clair; on va vous dire: Nous ne sommes pas de votre avis,
mais nous respectons votre honnêteté. Il n'y aura plus de
débat sur la question, nous irons dans le champ faire le débat
avec nos concitoyens. C'est simple!
Nous vous disons, deuxièmement: Vous tenez à l'association
économique, vous tenez à aller chercher une association
économique par les voies de la négociation...
M. Lavoie: Ce n'est pas sûr!
M. Ryan: Donnons-leur le bénéfice de la bonne foi,
M. le député de Laval. Alors, inscrivez-la en
deuxième.
M. Lavoie: Ils n'en veulent pas.
M. Ryan: Dans l'hypothèse où vous êtes
favorable à l'Etat souverain, voulez-vous que cet Etat souverain cherche
une association économique par voie de négociation avec les
autres? Cela va être clair. Le débat, ici, ne durera pas 35
heures; il n'y aura pas de querelle d'interprétation. Mais c'est parce
que votre question est alambiquée, hypocrite, camouflée,
enveloppée, enrubannée, c'est pour cela que nous vous demandons
avec insistance et nous le ferons pendant tout le temps dont nous
disposerons de la ramener à la vérité des choses et
d'en faire l'interprète et la description fidèle et exacte de vos
véritables intentions, pas de camouflage de ce genre.
M. Lacoste: M. le Président...
Le Président: M. le député de Sainte-Anne,
vous avez maintenant la parole.
M. Jean-Marc Lacoste
M. Lacoste: Merci, M. le Président. J'ai aperçu le
chef de l'Opposition bondir systématiquement de sa banquette, sur la
défensive, sans jamais nier un éditorial qu'il a lui-même
signé en 1976. Jamais. Il est sur la défensive
complètement. D'après moi, il s'en va tout simplement. Il perd
les pédales. Il fait tout simplement tous les gestes possibles, mais
jamais il n'a nié ce que M. le député de Joliette-Montcalm
vient tout juste de citer; il n'a jamais nié cette chose datant de
1976.
M. le Président, une supposée réforme en profondeur
du fédéralisme canadien nous a été proposée
par l'article 3 du sous-amendement déposé par le
député de Gouin. Mais, M. le Président, il y a
déjà près d'un demi-siècle que les premiers
ministres du Québec se battent avec Ottawa afin de renouveler le
régime actuel. Cela fait 50 ans que le Québec réclame ses
droits et
cela fait également 50 ans que le fédéral fait la
sourde oreille.
Quant au livre beige de M. Ryan, qui se veut être une
définition du fédéralisme renouvelé, j'y vois une
véritable fumisterie. Vouloir faire du Québec une province
respectée à l'intérieur de la confédération
actuelle s'avère une utopie, et prétendre, comme le fait si bien
le livre beige, que l'on va remanier le Canada tout entier afin de l'amener
à assurer la survie de la nation québécoise est un propos
loufoque, irréaliste, prononcé sur une base d'immaturité
politique. (21 h 50)
Le livre beige perpétue tout simplement les
inégalités et les disparités entre les régions du
pays et particulièrement au Québec. M. le Président, je
suis donc dans l'obligation de rejeter à la fois le livre beige et la
proposition du député de Gouin pour une raison fort simple. Pour
moi, parler de fédéralisme renouvelé à ce stade-ci
de notre histoire ne signifie rien d'autre que le maintien du statu quo. A
titre d'exemple, regardons le chapitre du livre beige où l'on parle de
l'habitation. On y préconise de remettre aux provinces le pouvoir
d'intervention en matière d'habitation. M. le Président, quel
voeu pieux! Savez-vous que dès 1935, le fédéral
s'octroyait ce droit à l'intérieur d'une juridiction strictement
réservée au Québec, tout comme l'est, d'ailleurs, le
pouvoir d'impôt, et les tenants du livre beige ont la prétention
de réussir là où les Duplessis, Lesage, Johnson et
même Bourassa ont échoué. S'il est un domaine où
l'intervention du fédéral fut désastreuse pour le
Québec, c'est bien celui-là. Le rapport Caston-guay, étude
commandée le 19 décembre 1973 par le gouvernement Bourassa, est
probant à cet égard. Je cite ce qui suit, à la page 331 du
rapport Castonguay, le rapport du groupe de travail sur l'urbanisation au
Québec: "Les politiques fédérales en matière
d'habitation et de fiscalité ne furent d'ailleurs pas le fruit du
hasard. Elles ont en réalité traduit les aspirations ainsi qu'une
certaine philosophie de la classe moyenne canadienne. Il semble bien que ces
aspirations et cette philosophie n'ont pas nécessairement
représenté les sentiments de la société
québécoise."
Je poursuis à la page 329 du rapport Castonguay: "Celui-ci, en
parlant du fédéral, agit directement dans les affaires urbaines
lorsqu'il intervient dans les secteurs de compétence provinciale et de
nature locale. De telles interventions sont généralement
fondées sur le pouvoir de dépenser du Parlement
fédéral." Remarquez bien, sur le pouvoir de dépenser du
gouvernement fédéral.
M. le Président, nous nous heurtons donc à un
problème fondamental. D'une part, le gouvernement central ne
possède pas la compétence constitutionnelle pour intervenir dans
le domaine de l'habitation, mais il intervient quand même depuis 1935
puisque les impôts prélevés au Québec lui donnent ce
pouvoir de dépenser. D'autre part, le gouvernement du Québec
possède juridiquement la compétence légale pour intervenir
à ce chapitre, mais les ressources nécessaires en sont
versées à Ottawa sous forme d'impôts.
Les propos suivants ne sont pas les miens, mais bien ceux du rapport
Castonguay. Ils méritent notre réflexion. Je cite l'annexe 10 du
rapport Castonguay, à la page 10: "Par la nécessité des
choses, il peut y avoir concurrence et même contradiction entre les
objectifs et les politiques des deux niveaux de gouvernement. Bien plus,
même si juridiquement le gouvernement provincial a la compétence
légale, les pouvoirs du gouvernement fédéral en
matière d'habitation et de transport lui permettent d'intervenir avec
force et efficacité au point où l'on croit que le gouvernement
fédéral écoutez bien cela est une cause
importante des disparités régionales."
M. le Président, pour moi, la stupidité du livre beige,
c'est de vouloir récupérer un pouvoir qu'on a déjà
et de ne pas vouloir récupérer un pouvoir qu'on n'a pas,
c'est-à-dire le pouvoir d'impôt.
Cette intrusion du gouvernement fédéral dans un domaine de
juridiction provinciale, c'est chez nous, dans le comté de Sainte-Anne,
le quartier appelé La Petite Bourgogne. Dans le but d'améliorer
les quartiers en dégénérescence et d'aider les personnes
défavorisées à obtenir un logement convenable, Ottawa
décida, en mai 1967, de contribuer à cette rénovation en
versant directement $35 millions à la ville de Montréal et ce,
pardessus la tête du gouvernement québécois. Les
résultats de cette opération furent mirobolants. Deux ans
après l'énoncé du projet, soit en 1969, on diminua la
somme initiale de plus de 50% et elle se chiffrait désormais par $17
millions. Mais, entre-temps, presque tout le quartier avait été
démoli et 60% de sa population, soit 12 000 des 20 000 citoyens avaient
été délogés, évincés et
relogés pour la plupart hors du quartier.
Au moment où je vous parle, M. le Président, soit treize
ans après la décision du fédéral d'investir dans le
domaine de l'habitation à l'intérieur du quartier de La Petite
Bourgogne, les travaux ne sont pas encore terminés. Qui a souffert le
plus de cette ingérence d'Ottawa? Les personnes qui ont vu leurs
habitudes de vie bouleversées, les personnes âgées et
celles à faible revenu. De plus, savez-vous que de 1946 à 1970,
en prenant l'ensemble des sphères d'activité de la
Société centrale d'hypothèques et de logement, organisme
fédéral, dans le domaine de l'habitation pour les groupes
à faible revenu, l'Ontario a bénéficié de 48% du
total canadien des nouveaux logements, mais le Québec n'a reçu
que 28% du total canadien. Pour ce qui est de l'ensemble des logements sociaux,
le rapport est de 1 à 4 en faveur de l'Ontario. Qui a le plus souffert
de cette injustice du système fédéral qui crée des
disparités régionales, comme le dit si bien le rapport
Castonguay? Ce sont surtout les personnes âgées et celles à
faible revenu.
Permettez-moi d'utiliser un autre exemple afin d'expliquer à mes
collègues de l'Opposition, qui semblent un peu embrouillés, les
conséquences du fédéralisme, car le comté de
Sainte-Anne abrite des particularités qui expliquent très bien
l'ingérence et l'inégalité provoquées par la
présence d'un gouvernement fédéral. Reportons-nous
à la
seconde moitié du XIXe siècle, l'industrialisation de
Montréal est en plein essor, le gouvernement fédéral dote
alors la ville des équipements essentiels à ce
développement. Un premier quartier ouvrier apparaît, celui de
Sainte-Anne, au début du siècle.
C'est là que se situe le canal Lachine qui facilite le transport
par eau et par rail et ces écluses qui fournissent une source
d'énergie hydraulique. C'est là aussi que le premier pont
enjambant le fleuve Saint-Laurent est construit. Il s'agit du pont Victoria. 40
ans plus tard, soit en 1911, le quartier de Sainte-Anne est qualifié du
titre de capitale de l'industrie. On y compte plus de 19 000 ouvriers, soit
près du quart de la main-d'oeuvre montréalaise. Mais voilà
que le gouvernement fédéral décide la construction de la
voie maritime réussissant ainsi à minimiser l'importance
portuaire de Montréal au profit des villes ontariennes des Grands lacs.
L'Ontario acquiert donc le secteur des industries de pointe et le Québec
ne conserve que celui des industries traditionnelles. Le rapport Castonguay
lui-même rapporte les propos suivants, le même rapport, à la
page 333: "La construction de la canalisation du Saint-Laurent à l'ouest
de Montréal et l'établissement de tarifs non
représentatifs des coûts réels ont eu pour effet de
réduire de façon significative le rôle du port de
Montréal au profit des ports des Grands lacs". Je poursuis, à la
page 338: "Quant aux interventions fédérales directes, nous
croyons qu'elles ne sont nullement justifiées et que le gouvernement du
Québec doit prendre écoutez bien cela tous les
moyens à sa disposition pour qu'elles cessent".
Le Président: M. le député de Sainte-Anne,
comme il sera 22 heures dans quelques secondes, puis-je vous inviter à
tirer les conclusions.
M. Lacoste: Est-ce qu'il y a consentement pour que je
puisse...
Des Voix: Consentement.
Le Président: II y a un consentement pour vous permettre
de terminer, M. le député de Sainte-Anne. (22 heures)
M. Lacoste: Merci, M. le Président. Qui a souffert le plus
de cette intervention d'Ottawa? Les travailleurs du comté de Sainte-Anne
y sont du nombre, M. le Président. Dans le domaine de l'habitation comme
ailleurs, les contours du cadre fédératif sont peu reluisants. Il
faut que cesse le chevauchement fédéral-provincial dans 143
programmes différents. De plus, lorsque le gouvernement
fédéral profita de la guerre pour s'emparer du champ de
l'impôt sur le revenu, il s'agissait alors, supposément, d'une
mesure temporaire. Mais Ottawa refusa, par la suite, de remettre cette
juridiction aux provinces. Cet empiétement du fédéral dans
des champs d'action du Québec doit avoir un terme.
La solution, M. le Président, elle est claire; le libellé
de la question déposée par le premier mi- nistre nous
présente la souveraineté-association comme étant le
pouvoir exclusif de faire nos lois et de percevoir nos impôts.
Un oui à cette question donnera au gouvernement le droit de
négocier au nom des Québécois une nouvelle entente
fondée sur le principe de l'égalité des peuples qui
permettra au Québec d'acquérir sa souveraineté, ses lois,
ses impôts et ses relations extérieures, tout en maintenant avec
le Canada une association économique. Tout changement de statut
politique résultant de ces négociations sera soumis à la
population par voie de référendum. C'est clair, M. le
Président.
M. le Président, il est un point important qui doit être
soulevé dès maintenant et qui démontre à quel point
le livre beige entraîne les Québécois dans un recul
inacceptable. Depuis Alexandre Taschereau, en 1920, tous les premiers ministres
québécois, tous les ministres responsables et toutes les
commissions d'enquête sept commissions d'enquête sur
le sujet se sont prononcés sur la nécessité de s'opposer
à l'ingérence fédérale dans les secteurs sociaux et
de placer entre les mains du Québec la maîtrise de sa politique
sociale dans son ensemble, l'habitation aussi.
Dans cette continuité historique, et à l'instar de M. Ryan
à l'époque de la célèbre conférence de
Victoria, j'ai moi aussi appuyé M. Bourassa dans les défenses
fermes de cette nécessité pour le Québec.
M. le Président, en fait foi cette lettre datée du 9
juillet 1971, dans laquelle M. Bourassa me remercie de l'intérêt
manifesté à l'administration des affaires publiques. Cette
position constante et unanime du Québec la mienne et celle de mes
concitoyens n'est plus, hélas! celle du chef du non. En ne
réclamant plus la pleine maîtrise de cet instrument vital de notre
vie collective, le chef libéral permet que les pouvoirs actuels du
Québec soient diminués, alors que ceux du gouvernement
fédéral sont confirmés.
C'est ça le fameux fédéralisme renouvelé du
livre beige, une volte-face de M. Ryan pour faire disparaître à
toutes fins utiles la prépondérance reconnue du Québec, un
reniement des demandes et des efforts de tous nos hommes politiques
québécois depuis 35 ans.
A cette illusion de changement que laisse miroiter le livre beige,
à cette utopie qu'est le fédéralisme renouvelé, je
dis: Non, merci. Mais je vais dire oui à une nouvelle entente
fondée sur le principe de l'égalité des peuples; je dirai
oui à ce pouvoir exclusif de faire nos lois et de percevoir nos
impôts. Je dirai oui à une association économique avec
l'utilisation de la même monnaie. Je dirai oui au mandat de
négocier avec le Canada la souveraineté-association. Merci, M. le
Président.
Le Président: M. le député de Roberval. M.
Lessard: M. le Président...
M. Lamontagne: Je demande l'ajournement du débat, M. le
Président.
Le Président: Est-ce que cette motion sera
adoptée?
Des Voix: Adopté.
Le Président: Adopté.
L'Assemblée ajourne ses travaux jusqu'à demain, 10
heures.
Fin de la séance à 22 h 5