(Neuf heures quarante minutes)
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Bonjour
à toutes, bonjour à tous. Nous allons commencer nos travaux. Je vous invite à
prendre place, collègues.
Affaires courantes
Déclarations de députés
Nous sommes à
la rubrique Déclaration des députés, et, sans plus tarder, je reconnais Mme la
députée de Saint-François.
Saluer l'initiative du CIUSSS de l'Estrie-CHUS pour mieux
servir les personnes d'expression anglaise
Mme Geneviève Hébert
Mme Hébert : M. le Président,
je salue une initiative du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, dont des représentantes
sont présentes dans nos tribunes, pour mieux servir les personnes d'expression
anglaise sur son territoire, soit près de 41 000 selon le dernier
recensement, en 2021.
Il s'agit pour les membres du personnel
d'arborer, sur une base volontaire, un tournesol à l'intention des usagers ou de leurs collègues, signifiant qu'ils
sont en mesure de parler en anglais, sans nécessairement être parfaits bilingues.
Le projet pilote a démarré en mai 2024 dans
les secteurs de La Pommeraie et de Memphrémagog, qui comptent le tiers de la
clientèle anglophone desservie par le CIUSSS de l'Estrie-CHUS.
Les résultats favorables d'un sondage réalisé en
janvier 2025 ont amené à élargir sa portée, si bien que
4 500 tournesols sont maintenant en circulation en Estrie.
En somme, ces usagers reconnaissent que cet
identifiant porté par le personnel permet un meilleur accès aux services.
Ce projet montre bien, M. le Président, qu'un
petit geste bienveillant fait la différence dans la vie des gens. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la députée de Saint-François. Et la prochaine déclaration revient à
Mme la députée de Vaudreuil.
Souligner la Journée internationale des droits des femmes
Mme Marie-Claude Nichols
Mme Nichols : Merci. Le
8 mars, c'est la Journée internationale des droits des femmes et c'est un
moment pour réaffirmer notre engagement envers l'égalité. Et, comme le souligne
le thème 2026 de l'ONU, Droit. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes
et les filles, au Québec, le chemin vers une représentation politique plus
équitable a été tracé par des femmes déterminées qui ont su prendre leur place
dans des contextes pas toujours évidents. La persévérance, la détermination
ont, entre autres, ouvert la voie à celles qui souhaitent contribuer activement
à la vie politique. En 2025, les femmes représentaient 34 % des personnes
élues à des fonctions fédérales, provinciales ou municipales. À l'Assemblée
nationale, 46 %, comparativement à 27 % 10 ans plus tôt. Cette
progression constante traduit des avancées concrètes de nos institutions.
Dans le cadre
de mes fonctions, je rencontre des jeunes filles qui me disent envisager un
avenir en politique. Je les encourage dans ce parcours en leur rappelant que
notre démocratie se renforce lorsque les femmes et les filles y participent
pleinement.
Bonne Journée internationale des droits des
femmes!
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Vaudreuil. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée
d'Iberville.
Souligner le 30e anniversaire du Club des petits
déjeuners de l'école du Petit-Clocher
Mme Audrey Bogemans
Mme Bogemans : Merci, M. le
Président. Ici, à l'Assemblée nationale, ce matin, je tiens à souligner
l'impact extraordinaire du Club des petits déjeuners de l'école du
Petit-Clocher de Clarenceville. C'est un pilier essentiel de cette école depuis
1994. C'est la sixième école, au Québec, à bénéficier du club.
Depuis
maintenant 30 ans, de fiers supporteurs et des bénévoles en or permettent
la continuité de ce service. Et d'ailleurs certains d'entre eux sont dans les
tribunes aujourd'hui. Plusieurs sont là depuis le tout début, donc 30 ans
d'implication. Et l'équipe-école est là à tout moment pour les épauler.
Mais, M. le
Président, ils ne font pas que servir 70 à 80 déjeuners chauds à tous les
matins, ils transforment concrètement la
réalité des élèves. Les enfants peuvent commencer leur journée avec dignité,
énergie et espoir grâce à un engagement constant de la communauté et le
soutien de généreux donateurs.
Je vous félicite pour
votre implication. Vous êtes une fierté. Et, vraiment, les élèves sont chanceux
de pouvoir compter sur vous.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée d'Iberville. Et je cède maintenant la parole à M. le député
de Maurice-Richard.
Rappeler l'importance des
contrepouvoirs dans le
fondement d'une saine démocratie
M. Haroun
Bouazzi
M. Bouazzi :
M. le Président, respecter cette Assemblée, c'est respecter ses
contrepouvoirs et sa démocratie. En matière d'environnement, ce
gouvernement a affaibli la Régie de l'énergie et le BAPE, aboli le Conseil de
gestion du Fonds vert. Et je ne vous parle même pas de Stablex ou de Northvolt.
En éducation, il
s'est débarrassé des commissaires scolaires. Il a affaibli l'autonomie du
milieu communautaire avec le PL n° 7, le
droit de grève avec la loi n° 89, les syndicats avec
le PL n° 3, le droit de manifester avec le PL n° 13, sans compter notre charte des droits et libertés avec les
lois nos 21,
96, 84 ou le PL n° 9.
Et
tout ceci s'ajoute à l'utilisation du bâillon et des clauses dérogatoires, ou
même cette manie de gouverner par décrets.
Et,
cerise sur le sundae, M. le Président, avec sa Constitution, il s'attaque aux
fondements mêmes de notre État de droit.
M.
le Président, respecter cette Assemblée, ce n'est pas museler ses
contrepouvoirs, c'est les protéger. Ce n'est pas affaiblir notre
démocratie, c'est la renforcer. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Maurice-Richard. Et je
reconnais maintenant Mme la députée de Labelle.
Rendre hommage à
Mmes Marie-Mikaëlle Courtemanche
et Audrey-Ann Lajeunesse
Mme
Chantale Jeannotte
Mme Jeannotte :
Merci, M. le Président. Deux patineuses originaires de Mont-Laurier
s'illustrent sur les scènes nationale et internationale. Il s'agit d'Audrey-Ann
Lajeunesse et de Marie-Mikaëlle Courtemanche.
Dès leur jeune âge,
elles étaient inscrites au Club de patinage artistique de Mont-Laurier et ont
rejoint Les Ailes d'argent. Audrey-Ann fait partie aujourd'hui des
Suprêmes Senior de Saint-Léonard pour une sixième saison. Cette équipe de patinage synchronisée multiplie les
premières places au pays et dans le monde. Depuis 2022, l'équipe a été trois
fois championne au monde. Quant à Marie-Mikaëlle, elle en est à sa première
place dans Les Suprêmes Junior, qui brillent également partout où elles
passent.
Nos deux jeunes
patineuses ont d'admirables parcours de persévérance, de discipline et
d'éthique du travail. Tout au long de leur parcours, elles ont pu compter sur
de fiers parents complices et des entraîneuses dévouées, dont Annie Pelletier,
maman d'Audrey-Ann, du club de patinage de Mont-Laurier et de Ferme-Neuve.
Bravo, Audrey-Ann et
Marie-Mikaëlle! Vous êtes une source d'inspiration et de fierté pour nous tous.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Labelle. Et la prochaine
déclaration revient à Mme la députée de La Pinière.
Souligner le 50e anniversaire
de la Bibliothèque Georgette-Lepage de Brossard
Mme Linda
Caron
Mme Caron :
C'est avec grand plaisir et même avec fierté que je souligne le 50e anniversaire
de la bibliothèque de Brossard Georgette-Lepage.
La petite histoire de
la bibliothèque incarne parfaitement la grandeur que peut prendre un projet
citoyen dont la réussite bénéficie d'une écoute politique.
Sous
l'impulsion de l'Union des familles de Brossard, une bibliothèque d'été est
mise en place en 1969 dans les écoles primaires.
Trois ans plus tard, une première bibliothèque communautaire s'installe dans un
local de la commission scolaire.
Après la
municipalisation de la bibliothèque, le 8 mars 1976, s'ensuivent une
structuration solide et un développement accéléré, diversifié, novateur
et visionnaire.
Félicitations
aux bâtisseuses et aux bâtisseurs de la bibliothèque de Brossard Georgette-Lepage!
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de La Pinière. Et la prochaine déclaration revient à M. le député de Saint-Jean.
Souligner la tenue de la marche de la Nuit la plus froide
de l'année
M. Louis Lemieux
M. Lemieux : M. le Président,
laquelle est la nuit la plus froide? C'est celle où on doit coucher et essayer
de dormir dehors, comme dans sans-abri, comme dans itinérance.
Et, cette année, la Nuit la plus froide, c'est
ce samedi 28 février. En tout cas, ce sera le cas pour des centaines
de villes et de municipalités partout en Amérique du Nord qui vont participer à
l'invitation de la fondation Blue Sky à une
marche communautaire symbolique pour conscientiser leurs concitoyens à la
réalité de l'itinérance chez eux, tout en aidant à financer les groupes
communautaires qui font leur possible pour venir en aide aux sans-abri.
Chez nous, à Saint-Jean-sur-Richelieu, c'est la Corporation
de développement communautaire qui organise la marche, dont les profits iront à Actions Dépendances, qui se consacre à
la lutte aux dépendances de toutes sortes, qui sont intimement reliées
aux réalités de l'itinérance, et qui a relevé le défi de gérer le nouveau
refuge d'urgence qui vient d'ouvrir ses portes, parce que c'est devenu un
besoin et une triste réalité chez nous aussi.
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député de Saint-Jean. Et la prochaine déclaration revient à Mme la
députée de Verchères.
Souligner le 45e anniversaire du 64e groupe
scout Saint-Amable
Mme Suzanne Roy
Mme Roy (Verchères) : Merci, M.
le Président. La semaine dernière avait lieu la semaine des scouts sous la
thématique Le scoutisme, une fierté qui nous unit!. Je suis heureuse de
souligner ces valeurs inspirantes en souhaitant un joyeux 45e anniversaire
aux scouts de Sainte-Amable.
Je salue, en tribune, la vice-présidente,
Catherine Thériault, qui oeuvre depuis près de cinq ans auprès des scouts, ainsi que le trésorier, Vincent Fortin. Et
nous avons aussi Frédérick Bureau, responsable du groupe depuis huit ans.
Et je dois dire que ces deux derniers oeuvrent déjà depuis plus de 12 ans
auprès des scouts de Saint-Amable.
Grâce à vous, les jeunes développent leur
autonomie, leur sens des responsabilités et l'esprit d'entraide. Avec ces
apprentissages dans leur sac à dos, ils sont prêts à s'aventurer très loin,
très loin grâce à vous.
Une association construite sur des bases solides
peut vivre et célébrer encore longtemps. Joyeux anniversaire!
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Verchères. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée
de Laval-des-Rapides.
Souligner le travail du Centre d'entraide du Marigot
Mme Céline Haytayan
Mme Haytayan : Merci, M. le
Président. Je vais avoir le privilège de remettre la Médaille de la députée au
Centre d'entraide du Marigot, un organisme essentiel qui offre un soutien
précieux dans notre communauté.
Fondé en 1985, cet organisme de
Laval-des-Rapides a pour mission d'assurer la sécurité alimentaire des aînés
vulnérables. Leur objectif est de permettre à nos aînés de rester à la maison
le plus longtemps possible.
Le Centre d'entraide du Marigot va bien au-delà
d'un service de popote roulante. Celui-ci combat la solitude en offrant un contact humain, en accompagnant nos
aînés à leurs rendez-vous médicaux et en faisant des appels de sécurité
pour s'assurer que tout va bien.
Je tiens donc à féliciter chaleureusement et à
remercier le Centre d'entraide du Marigot pour leur dévouement et leur désir
d'aider la communauté. Merci beaucoup, M. le Président.
• (9 h 50) •
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de
Laval-des-Rapides. Et la prochaine déclaration revient à Mme la députée
de Pointe-aux-Trembles.
Saluer le travail de l'organisme PartenaireSanté
Mme Chantal Rouleau
Mme Rouleau : Merci beaucoup,
M. le Président. Je souhaite souligner la présence dans les tribunes des
représentants de PartenaireSanté, un regroupement de 20 organismes
caritatifs d'envergure.
À travers ses membres, PartenaireSanté soutien
des centaines de milliers de Québécois vivant avec une maladie chronique ou une condition de santé grave, ainsi
que leurs proches. Sur le terrain, leur contribution est concrète et humaine.
Leur action complète
celles du réseau de la santé. Elle renforce l'accès, l'équité et la continuité
des services pour les personnes vulnérables.
L'organisation est aussi bénéficiaire de la
campagne d'Entraide du gouvernement du Québec, dont j'ai eu le plaisir de
dévoiler les résultats ces trois dernières années.
Je tiens à remercier chaleureusement les équipes
de PartenaireSanté, les organismes membres et le Comité Entraide pour leur
engagement exceptionnel. Merci beaucoup, M. le Président. Et bravo à vous!
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Pointe-aux-Trembles. Je salue les organismes membres de
PartenaireSanté aussi, présents parmi nous.
Et voilà qui met fin à la rubrique Déclarations
de députés.
Nous allons suspendre les travaux quelques
instants.
(Suspension de la séance à 9 h 52)
(Reprise à 10 h 07)
La Présidente : Bonjour, tout
le monde. Mesdames messieurs, bienvenue. Bienvenue chez vous. Le parlement du
Québec, c'est chez vous.
25 février. Alors, nous allons, si vous le
voulez bien, nous recueillir quelques instants.
Je vous remercie beaucoup. Veuillez vous
asseoir.
Nous poursuivons les affaires courantes.
Aujourd'hui, il n'y a pas de déclarations
ministérielles.
Présentation de projets de loi
À la rubrique Présentation de projets de loi, M.
le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Oui, Mme la
Présidente. Je vous demanderais d'appeler l'article a, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 497
La
Présidente : À l'article a du feuilleton, M. le député des Îles-de-la-Madeleine présente le projet de loi n° 497, Loi visant à assurer la qualité de
l'air. M. le député.
M. Youri Chassin
M. Arseneau : Merci, Mme la
Présidente.
Ce projet de loi a pour objet d'assurer la
qualité de l'air dans toutes les régions du Québec et de veiller à la
protection des personnes en favorisant l'accès à l'information et aux outils
nécessaires pour prévenir les risques associés à une mauvaise qualité de l'air.
À cette fin, le projet de loi institue une
stratégie nationale sur la qualité de l'air.
Les buts poursuivis par la stratégie nationale
visent à favoriser, dans une perspective de transparence et de santé publique,
la diffusion d'information sur la qualité de l'air, à assurer le respect des
plus hauts standards reconnus en matière de qualité de l'air et à mettre en
place des mesures d'atténuation et de prévention des effets de la pollution
atmosphérique sur la santé.
Afin d'atteindre les buts poursuivis par la
stratégie nationale, les actions doivent notamment viser à améliorer les normes
de qualité de l'air afin de suivre les recommandations de l'Organisation
mondiale de la santé, à outiller les professionnels de la santé afin qu'ils
puissent donner des conseils adaptés au profil de vulnérabilité de leur
clientèle, à augmenter le nombre
d'instruments de mesure permettant de surveiller la qualité de l'air et à
accroître le verdissement urbain.
Le projet de loi prévoit également l'adoption
d'un plan d'action quinquennal pour assurer la mise en oeuvre de la stratégie
nationale sur la qualité de l'air.
Enfin, le projet de loi prévoit des dispositions
transitoires et finales, Mme la Présidente.
La Présidente : Merci. Est-ce que
l'Assemblée accepte d'être saisie de ce projet de loi? Oui, M. le député.
M. Arseneau : ...
Mise aux voix
La Présidente : Alors, vous demandez
le vote. Pour demander le vote, il doit y avoir cinq députés. Vous êtes cinq
députés. C'est votre droit. C'est le quorum requis selon notre code.
Alors,
mesdames messieurs, vous êtes à vos places, le vote électronique, la période de
vote est maintenant ouverte.
La période de vote est maintenant terminée. M.
le secrétaire général, le résultat.
Le Secrétaire : Pour : 106
Contre :
0
Abstentions :
0
La
Présidente : Cette motion est donc adoptée.
Toujours à la
rubrique Présentation de projets de loi, M. le leader du deuxième groupe
d'opposition.
• (10 h 10) •
M. Cliche-Rivard :
Bonjour, Mme la Présidente. Je vous demanderais d'appeler l'article b du
feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 392
La
Présidente : Oui. À l'article b du feuilleton, Mme la députée de
Verdun présente le projet de loi n° 392, Loi visant à lutter contre le
gaspillage alimentaire. Mme la députée.
Mme Alejandra Zaga Mendez
Mme Zaga
Mendez : Merci. Ce projet de loi vise à lutter contre le gaspillage
alimentaire au Québec en établissant un objectif de réduction de 50 % du
gaspillage alimentaire d'ici 2030. Afin d'atteindre cet objectif, le ministre
doit élaborer un plan d'action pluriannuel et s'assurer de sa mise en oeuvre.
Le projet de loi
prévoit également une obligation pour les transformateurs, les distributeurs et
les détaillants de produits alimentaires
destinés à la consommation humaine d'engager des démarches sérieuses en vue de
conclure des ententes de réduction du gaspillage de produits
alimentaires invendus avec des organismes reconnus.
Le
ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation peut toutefois
prévoir des conditions d'exemption, notamment pour les petits
détaillants.
Le projet de loi
permet au ministre d'imposer aux transformateurs, aux distributeurs et aux
détaillants de produits alimentaires de
conclure une entente avec Recyc-Québec pour la gestion de leurs produits
alimentaires invendus.
Enfin, le projet de
loi prévoit des dispositions pénales et transitoires.
La Présidente :
Et est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi? Oui, M. le leader du deuxième groupe,
je vous écoute.
M. Cliche-Rivard :
...électronique, s'il vous plaît.
Mise aux voix
La Présidente :
Et c'est votre droit absolu.
Alors, vous êtes
toujours toutes et tous à vos places, la période de vote est maintenant
ouverte.
La période de vote
est maintenant terminée. M. le secrétaire général, le résultat.
Le
Secrétaire : Pour : 106
Contre :
0
Abstentions :
0
La
Présidente : Et cette motion est adoptée.
Dépôt de documents
À la rubrique Dépôt
de documents, Mme la ministre de l'Enseignement supérieur.
Mme Biron :
Bonjour, Mme la Présidente. Permettez-moi de déposer les états financiers
de la Fondation universitaire de l'Institution royale pour l'avancement des
sciences de l'Université McGill. Merci.
La
Présidente : Et ce document est déposé. Mme la ministre de l'Emploi.
Mme Déry :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je dépose aujourd'hui le rapport sur la
mise en oeuvre de la Loi visant principalement à améliorer la flexibilité du
régime d'assurance parentale afin de favoriser la conciliation famille-travail.
Merci.
La
Présidente : Ce document est déposé.
Il n'y a pas de dépôt
de rapports de commissions.
Dépôt de pétitions
À la rubrique Dépôt de pétitions, je reconnais,
M. le député de Rosemont.
S'opposer au gel des
embauches et aux mises à pied dans la fonction
publique québécoise afin d'assurer la qualité des services publics
M. Marissal : Merci, Mme la
Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale, signée par 6 901 pétitionnaires. Désignation :
citoyens et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Considérant que les services publics sont
essentiels à une société équitable, démocratique et prospère;
«Considérant que l'accès universel aux services
offerts par une fonction publique québécoise neutre et compétente est un pilier
de l'identité québécoise et un héritage de la Révolution tranquille;
«Considérant que la fonction publique est le
maillon principal de notre filet social et de la lutte à la pauvreté;
«Considérant les lacunes persistantes dans l'accès aux services
publics, comme le rapporte le Protecteur du citoyen;
«Considérant que plusieurs lois ne peuvent être
appliquées adéquatement faute de personnel en enquête et inspection;
«Considérant que le travail administratif est
essentiel au bon fonctionnement de l'État et des services directs à la
population;
«Considérant que le recours croissant à la
sous-traitance nuit à l'expertise interne et coûte plus cher;
«Considérant la surcharge de travail des
fonctionnaires et leur détresse psychologique documentée;
«Considérant que les coupes dans les effectifs
affectent directement les services à la population;
«Considérant
que les 3 000 postes supprimés
en une année et l'intention du gouvernement d'en abolir 6 000 de plus;
«Considérant
que les mises à pied planifiées ou en
cours nuisent à la qualité des services et à la rétention du personnel.
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous, signataires, demandons au gouvernement du
Québec :
«De mettre fin au gel des embauches et aux mises
à pied dans la fonction publique;
«De réinvestir dans les services publics et
l'expertise interne;
«De limiter le recours à la sous-traitance.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition.
La Présidente : Cet extrait de
pétition est déposé.
Il n'y a pas de réponses orales aux pétitions ni
d'interventions portant sur une violation de droit ou de privilège.
Questions et réponses orales
Nous en
sommes maintenant rendus à la période de questions et de réponses orales, et,
pour ce faire, je cède la parole, en question principale, au chef de l'opposition
officielle.
Engagements électoraux de la Coalition avenir
Québec
M. André Fortin
M. Fortin : Mme la Présidente, partout au Québec, les régions ne sont
plus capables du gouvernement de la CAQ.
Chez moi, en Outaouais, la goutte qui a fait déborder le vase, c'est la
décision de définancer le tramway de Gatineau, une décision qui va à
l'encontre des citoyens, qui sont pris dans le trafic à tous les jours, qui va
contre la volonté pas juste de la ville de Gatineau, mais des préfets de
l'ensemble de la région, une décision qui va coûter cher en contrats résiliés. Mais, en plus, ce que le gouvernement de
la CAQ a réussi à faire, c'est de mobiliser toute une région, qui est tannée de
se faire dire non par la CAQ.
Là, c'est non au financement du tramway, une
promesse claire de ce gouvernement-là. C'était non, également, au projet de
campus unifié de l'UQO, qui est inscrit au PQI, pourtant, depuis des années.
C'est non au cégep régional. L'autoroute 50, elle devait passer à
quatre voies en 10 ans, et là, aujourd'hui, il n'y a plus personne
qui sait ce qui se passe, la CAQ a arrêté le
projet. Le pont Alonzo-Wright, la CAQ a été élue en disant que l'échéancier,
c'était... 2025, c'était trop long. Là, on est rendus à 2026, et il n'y
a toujours pas d'échéancier. Le manque à gagner des financements de soins de
santé a augmenté de 57 % sous la CAQ, en Outaouais, alors qu'ils avaient
promis le contraire.
Ce n'est pas compliqué, Mme la Présidente, les
gens de l'Outaouais se sentent déconsidérés, se sentent dévalorisés, se sentent
abandonnés par le gouvernement. Puis vous savez c'est quoi qu'ils veulent
savoir? Ils veulent savoir c'est quoi, la
prochaine promesse que le gouvernement de la CAQ va briser, parce qu'il n'y a
plus personne qui les croit dans la région.
La Présidente : La réponse du
ministre des Transports et de la Mobilité durable.
M. Jonatan Julien
M. Julien : Oui. Mon collègue a
énuméré plusieurs éléments. Je vais m'attarder au premier qu'il a nommé, Mme la Présidente, là, le projet de TramGO.
D'ailleurs, j'en avais parlé avec mon collègue, là, la semaine dernière, puis
justement pour lui préciser l'état de la
situation puis de la suite qu'on lui donnait, puis je pensais l'avoir rassuré.
Donc, je vais répéter ce que je lui ai dit la semaine dernière.
On a pris... on a pris une rencontre
pas jeudi dernier, l'autre jeudi avant. J'ai rencontré la mairesse,
Maude Marquis, on a passé 1 h 30 min ensemble, elle et moi,
à mon bureau, pour lui exprimer comment, ce projet-là, on y tenait, à la CAQ, et on y tenait tellement qu'on a décidé de
prendre Mobilité Infra Québec. Ça, c'est la société qui a été créée pour
faire en sorte que les dossiers d'infrastructure en réseau... de réseau
structurant en mobilité avancent. Ils sont déjà impliqués dans TramCité ici, à
Québec, l'expertise se développe à l'intérieur de cette boîte-là, puis on a
dit : On veut arrêter de multiplier les bureaux de projet dans chacune des
sociétés de transport, l'expertise doit être centralisée.
Et la main tendue que j'ai faite à la mairesse, c'est qu'on va collaborer
ensemble. Ce n'est pas un «takeover» de MIQ.
Alors,
Renée Amilcar, actuellement, est sur place, elle discute avec les différents
intervenants. On va reprendre les ressources. C'est nous qui finance,
c'est nous qui va gouverner.
La
Présidente : Première complémentaire.
M. André Fortin
M. Fortin : Bon, bien, ils viennent de prouver mon point. On dit que la
région est déconsidérée, puis le premier ministre n'ose même pas y répondre.
Mais, si c'était juste une région, ce serait une chose, Mme la Présidente. À
matin, c'est l'Abitibi-Témiscamingue qui sort sur la place publique — il
en est le ministre responsable, j'espère qu'il va répondre — une
région qui produit 12 % du PIB du Québec, mais qui reçoit des miettes,
puis là aussi c'est promesse brisée
par-dessus promesse brisée. Ça fait sept mois que le premier ministre, il
a dit qu'il avait des bonnes nouvelles pour l'Hôpital d'Amos. Il reste
six semaines à son mandat.
Est-ce que, Mme la
Présidente, il a abandonné ce projet-là?
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Oui, merci, Mme la Présidente. Pendant un instant, j'ai eu peur que le chef
par intérim devienne le chef de son seul comté puis qu'il défende seulement les
dossiers de son comté. Mais j'ai remarqué que, quand il parle de l'Outaouais,
il oublie de parler de l'hôpital, il oublie de parler de la 50, il oublie de
parler des primes qu'on a données aux infirmières de l'Outaouais. En fait, il
oublie de dire tout ce qu'on a fait puis ce que lui, il n'a pas fait pendant
15 ans, pendant qu'on avait un gouvernement libéral.
Maintenant, bien,
parlons de l'Abitibi-Témiscamingue. J'étais là il y a quelques mois pour
annoncer des emplois, plus de 100 000 $ par année, chez Agnico-Eagle.
Il y a des projets, actuellement, économiques...
• (10 h 20) •
La
Présidente : Deuxième complémentaire. Et, pour ce faire, je reconnais
le député de Marquette.
M. Enrico Ciccone
M. Ciccone : On va changer de région, Mme la Présidente. En 2020,
la CAQ avait promis que le train de la Gaspésie
se rendrait à Gaspé en 2025. Par la suite, le projet a été repoussé
en 2026 et, par la suite, en 2027. Alors, pouf! Mme la Présidente,
en 2025, imaginez-vous donc, ça a disparu du PQI. Puis là je vous regarde,
vous n'avez pas l'air surprise, Mme la Présidente, puis je vous comprends,
parce que tout le monde ici le sait et comprend que la CAQ, encore une fois, fait des promesses, et, comme
d'habitude, n'a pas livré. Mais je me demande ce que le député de Gaspé en
pense.
La
Présidente : Et, maintenant, je vous demande de ne pas commenter sur
mon visage non plus. J'étais neutre.
La réponse du ministre
des Transports et de la Mobilité durable.
M. Jonatan Julien
M. Julien : Oui, merci, Mme la
Présidente. Ça fait deux fois que mon collègue de Marquette pose des questions
sur la Gaspésie, puis je vais donner la même réponse que j'ai donnée la
dernière fois : Il gagnerait à y aller un peu plus régulièrement pour
prendre vraiment la réalité du terrain, Mme la Présidente. Là, j'entends de
l'écho de sa part, mais il faudrait aller faire un tour en Gaspésie de temps en
temps.
Je suis allé, là,
avec ma collègue, justement rencontrer les différents intervenants de la
Gaspésie spécifiquement sur le train, et le
dossier avance. Naturellement, le dernier tronçon — puis mon collègue de Marquette rigole, mais c'est
à cause qu'il ne connaît pas le dossier — le dernier tronçon, il y avait un «business case»,
il y avait un plan d'affaires qui était fortement lié à la structure LM
Power avec les éoliennes, et, une fois que cette structure-là passe, maintenant,
par du maritime, on se requestionne sur le troisième tronçon, mais les autres
avancent...
Des voix : ...
La
Présidente : C'est très bruyant. J'ai de la difficulté à entendre la
réponse. Et maintenant une seule personne aura le droit de parole, je vous
invite à retrouver le silence, il s'agit de la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Michelle
Setlakwe
Mme Setlakwe :
Mme la Présidente, j'ai un autre exemple de promesse brisée. Dans la région
de Chaudière-Appalaches, en avril 2025, la députée de Lotbinière-Frontenac avait annoncé 3,5 millions pour améliorer la connaissance sur
l'impact environnemental des résidus miniers amiantés. Or, en décembre dernier,
la députée a dénoncé, et je la cite :
«J'ai appris récemment que ce 3,5 millions là était des ETC, emplois temps
complet, ça veut dire plus de fonctionnaires. Moi, je ne suis pas pour
engraisser la machine gouvernementale.» Voilà. Une autre promesse brisée.
La
Présidente : La réponse du ministre responsable des Infrastructures.
M. Benoit Charette
M. Charette :
Merci, Mme la Présidente. Peut-être rassurer la collègue, le dossier de
l'amiante avance bien. C'est une région qui est fortement affectée par une
contamination naturelle de l'amiante, compte tenu de l'exploitation qui s'y est faite, là, pendant des décennies. Pas
plus tard qu'il y a quelques jours, il y a eu une rencontre avec les
responsables de la région, de belles avancées au niveau du traitement
des sols, et il y a d'autres projets qui avancent en ce sens-là. Donc, ce n'est
pas une promesse rompue. Au contraire, nous avançons pour venir en aide à la
région concernée.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la
députée de Bourassa-Sauvé.
Suspension de projets de
construction et d'agrandissement d'écoles
Mme Madwa-Nika Cadet
Mme Cadet : Mme la Présidente, en
2022, dans sa plateforme électorale, la CAQ a promis aux Québécois d'investir
massivement dans la rénovation et l'agrandissement d'écoles. En fait, Mme la
Présidente, une autre promesse brisée. La
seule chose qui a été massive, c'est la longue liste de projets
d'agrandissement ou de construction qui ont été mis sur pause par la
CAQ, 99 projets.
En
Mauricie particulièrement, on a deux écoles qui attendent toujours leur
agrandissement. Pendant ce temps-là, les élèves sont obligés de manger devant
leur pupitre pendant leur lunch ou de... Sinon, ce qu'on voit aussi, c'est des
bibliothèques scolaires qui se transforment en classes de... en salles de
classe parce qu'on n'est pas capables d'agrandir ces écoles-là. À l'époque, on
a le député de Maskinongé qui est allé à l'école Ami-Joie-et-des-Grès, on leur
a annoncé : Ça va être vaste, ça va être grand. Aujourd'hui, cette école,
tout comme l'école Richelieu à Trois-Rivières, attendent leurs agrandissements,
des projets d'infrastructures scolaires qui sont essentielles, qui ne sont
toujours pas livrées.
La ministre répond
quoi aux parents de ces deux écoles non livrées en Mauricie?
La
Présidente : La réponse de la ministre de l'Éducation.
Mme Sonia LeBel
Mme LeBel :
Bien, Mme la Présidente, ça me fait très plaisir de répondre à cette
question-là, ce matin, surtout qu'hier on a eu l'occasion et la chance
d'inaugurer une belle école nouvelle génération avec mon premier ministre et
mon collègue de Chambly... non... c'est ça, député de Chambly, pardon, oui,
donc, et c'était extraordinaire. C'est une école nouvelle génération.
Vous savez, quand on
est arrivés, en éducation, quand on est arrivés au pouvoir, en 2018, une des
choses qui a été mise de l'avant, c'est justement le fait qu'on devait avoir
des milieux d'apprentissage adéquats pour nos élèves. On a mis de l'avant ces
projets d'écoles là, à l'instar de projets de maisons des aînés, ce sont des
écoles extraordinaires. On avance, Mme la Présidente. Malheureusement, pendant
les dernières années, et, quand je parle des dernières années, je parle pendant
les décennies précédentes, on a négligé le parc, le parc immobilier des écoles.
Alors, quand on est arrivés... On a fait la même chose en santé, d'ailleurs. Quand
on est arrivés, on a plus que doublé le budget de PQI. On investit, Mme la
Présidente. On avance. Les besoins sont infinis, mais on continue. Et on va
faire en sorte que les enfants aient des places pour pouvoir recevoir de
l'enseignement et que les enfants soient dans des écoles, des belles écoles,
pour pouvoir faciliter leur apprentissage.
La
Présidente : En première complémentaire, je reconnais la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme Désirée McGraw
Mme McGraw :
Merci, Mme la Présidente. Alors, il y a aussi des promesses brisées en
éducation en Estrie. En août 2022, en pleine campagne électorale, le premier
ministre avait promis la construction d'une nouvelle école Mitchell-Montcalm à
Sherbrooke. La livraison était promise pour 2026. À ce jour, il n'y a aucun
chantier d'amorcé.
Est-ce
que le premier ministre reconnaît qu'il a rompu son engagement personnel envers
les familles de l'Estrie? La CAQ a promis, la CAQ n'aura pas livré.
La Présidente : La réponse du
ministre responsable des Infrastructures.
M. Benoit
Charette
M. Charette :
...clairement, il y a des données qui manquent à nos collègues de
l'opposition. Au cours des dernières années,
là, une centaine de nouvelles écoles ont été construites, 200 agrandissements.
Si on regarde le dernier mandat des
libéraux, on se rapproche de zéro. Donc, ce n'est pas du simple au double. 100
nouvelles écoles, 200 agrandissements, avec un PQI, ma collègue l'a
mentionné, qui a explosé littéralement, notamment au niveau de l'éducation. En
tout et partout, ce sont 100 milliards
qui étaient investis lorsque vous avez quitté le pouvoir. Nous sommes à
164 milliards de PQI, donc, autant en éducation qu'en transport,
qu'en santé. Ce sont des investissements record que...
La Présidente :
Et, M. le ministre, vous vous
adressez à la présidente. Maintenant, deuxième complémentaire. Et, pour
ce faire, je reconnais la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Jennifer Maccarone
Mme Maccarone : À la suite du décès de la
policière Maureen Breau, il y a trois ans, la CAQ avait promis de revoir la
loi P-38. L'objectif était d'améliorer la sécurité de la population face à
la montée des cas d'état mental perturbé. La CAQ va dire qu'ils ont fait
adopter une loi, mais rien sur cette promesse. Les gens de la Mauricie
attendent. Les policiers de la Mauricie attendent.
La CAQ a promis, la
CAQ n'aura pas livré.
La
Présidente : La réponse du ministre de la Justice.
M. Simon Jolin-Barrette
M. Jolin-Barrette :
Mme la Présidente, nous avons mandaté l'Institut québécois de la réforme du
droit pour nous produire un rapport en lien avec la réforme de la
loi P-38, parce qu'il faut penser, Mme la Présidente, aux familles des
gens qui sont en difficulté, en matière de santé mentale. Actuellement, notre
système fait en sorte, trop souvent, de ne
pas soigner les gens qui en ont besoin, de ne pas répondre aux besoins des
individus qui souffrent, mais aussi des familles qui souhaitent le
bien-être des gens qui se retrouvent dans une situation de santé mentale
difficile.
Mme la Présidente, on
y travaille très sérieusement, et il s'agit d'une priorité pour notre
gouvernement, surtout pour éviter que des
événements comme ceux qui sont survenus à Trois-Rivières, dans le décès
de Mme Breau et de plein d'autres cas... on puisse donner les
outils aux professionnels de la santé.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la
députée de Robert-Baldwin.
État de vétusté de l'Hôpital
Sainte-Croix
Mme Brigitte B. Garceau
Mme Garceau : Merci, Mme la Présidente.
En septembre 2022, les députés caquistes de Drummond—Bois-Francs
et de Johnson promettaient la mise à niveau
de l'Hôpital Sainte-Croix de Drummondville. Plus de trois ans plus tard, le
dossier est toujours au point mort. Il n'est pas inscrit au PQI.
Pendant que le
gouvernement reste les bras croisés, l'hôpital se détériore, les patients et le
personnel subissent un environnement moins
sécuritaire et même intenable. L'inaction de la CAQ a un prix. Il est sérieux.
Le dégât d'eau... le dernier dégât d'eau a coûté
11 millions de dollars et a entraîné le report de plus de
187 chirurgies.
Après
avoir promis, année après année, est-ce que la ministre peut enfin reconnaître
l'échec de son gouvernement et admettre qu'il s'agit d'une autre
promesse caquiste brisée? La CAQ a promis, la CAQ n'aura pas livré.
La
Présidente : La réponse du ministre responsable des Infrastructures.
M. Benoit Charette
M. Charette :
Merci, Mme la Présidente. Manifestement, nos amis et collègues libéraux
sont en retard dans leurs informations, dans leur mise à jour. Dans le dernier
PQI, dans le cas de l'hôpital de Drummond, il y avait un engagement. Pour
l'année 2025‑2026, il y aurait une mise à l'étude. Et je vous confirme,
peut-être noter de votre côté, comme ça, ça vous évitera de reposer la
question, la date du 11 mars, dans quelques jours, notez le 11 mars,
il y aura effectivement une suite à donner
pour ce qui est de l'hôpital de Drummond, et on respectera l'engagement qui a
été pris d'une mise à l'étude. Merci, Mme la Présidente.
• (10 h 30) •
La Présidente :
Et je vous rappelle que vous vous
adressez à la présidente, M. le ministre. Première complémentaire. Et,
pour ce faire, je reconnais le député de LaFontaine.
M. Marc
Tanguay
M. Tanguay :
Heille! Il
faut le faire! Il vient encore de repromettre ce qu'ils vont... ce qu'ils vont
rompre. Voyons donc!
L'Hôpital
de La Malbaie dessert, Mme la Présidente, l'est de Charlevoix, le Bas-Saguenay,
la Côte-Nord jusqu'à Forestville. L'Hôpital de La Malbaie est trop petit et
vétuste. En 2019, le premier ministre lui-même, il s'en rappelle, il avait été
sur place, il avait promis la construction d'un nouvel hôpital, le premier
patient allait être soigné en 2025. C'était l'an passé. Aujourd'hui, c'est un
terrain vague de sable qui est clôturé.
La CAQ a beaucoup
promis. La CAQ n'a pas respecté sa parole.
La
Présidente : La réponse de la ministre de la Santé.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Oui, Mme la Présidente.
Bien, justement, j'ai eu l'occasion de rencontrer, il y a quelques jours, ma collègue députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré, et le projet de l'Hôpital de La Malbaie est inscrit au PQI, effectivement. Il est inscrit au PQI, il avance bien. Et donc on sera en mesure, éventuellement, d'annoncer quelles sont les prochaines
phases, Mme la Présidente.
Donc,
le dossier est vraiment en planification. Il y a eu des travaux qui ont été
faits. Peut-être que vous n'êtes pas allés non plus de ce côté-là dans
vos tournées, vous allez y aller bientôt...
La Présidente :
Et, Mme la ministre, vous vous
adressez à la présidente, pas directement à vos collègues. Poursuivez.
Il vous reste 10 secondes.
Mme Bélanger : Je m'excuse, Mme la
Présidente, j'ai tendance à perdre le focus, mais, oui, je vais garder le focus
sur vous.
La Présidente :
En terminant.
Mme Bélanger :
Alors, Mme la Présidente, c'est un... c'est une bonne nouvelle pour, donc, les citoyens...
La
Présidente : Deuxième complémentaire. Et, pour ce faire, je reconnais
le chef de l'opposition officielle.
M. André Fortin
M. Fortin : Si le premier ministre se cherche un bilan, bien, je pense
qu'on vient de le trouver, là. C'est un gouvernement de promesses vides. Tout
ce qu'ils ont fait, c'est promettre mer et monde aux régions, et tout ce qu'ils
ont réussi à faire par la suite, c'est acheter
du temps, continuer à promettre. Mais là ils sont à court de temps puis ils sont
à court d'idées, Mme la Présidente. Tout ce qu'il leur reste, c'est l'insecte
officiel du Québec, le papillon.
Bien,
la dernière fois que ça allait mal, qu'ils ne savaient plus quoi dire,
qu'est-ce qu'ils ont fait? Bien, ils ont fermé le débat, ils ont prorogé
la Chambre.
Est-ce
qu'il peut nous dire que la CAQ, d'ici la fin de leur mandat, ne fermera pas le
débat, ne prorogera pas la Chambre?
Des voix :
...
La Présidente :
Et pas de bravo, vous le savez, M.
le député de LaFontaine. La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault : Oui, bien, Mme la
Présidente, je suis ici aujourd'hui, et j'ai été pas mal ici, puis je vais
continuer d'être pas mal là,
contrairement à Charles... Charles Milliard, oui. Non, non, mais c'est quand
même triste, Mme la Présidente, de voir qu'il n'y a aucun député libéral qui
aime assez Charles Milliard pour laisser sa place pour qu'il puisse être
présent. Oui.
Mais,
concernant les infrastructures, Mme la Présidente, quand les libéraux étaient
là, c'était 100 milliards. C'est rendu 164 milliards. C'est
facile à compter, ça.
La Présidente :
En terminant.
M. Legault :
Une augmentation de 64 % par rapport aux libéraux. Ce n'est quand même pas
rien.
Des voix :
...
La
Présidente : Vous êtes trop bruyants. Mme la députée de Vaudreuil, je
vous entends trop.
En question
principale, une seule personne a le droit de parole, maintenant, c'est la
cheffe du deuxième groupe d'opposition.
Plafonnement des hausses de loyer
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Merci, Mme la Présidente.
Ce matin, il y a un sondage Léger qui montre que 80 % des Québécois
sont d'accord avec Québec solidaire de
limiter la hausse des loyers à l'inflation. Même les propriétaires sont
d'accord, ils sont d'accord à
82 %, Mme la Présidente, c'est sûr, parce que, face à la crise du
logement, bien, c'est une mesure qui est raisonnable, et en plus elle
est populaire.
Il y a des locataires
qui nous écrivent. Moi, je reçois plein de témoignages, sur les réseaux
sociaux, dans nos bureaux, de gens qui, en
ce moment, reçoivent des avis d'augmentation de 11 %, 12 %,
20 %, 30 %, et plusieurs se sentent impuissants, ils nous
écrivent parce que la CAQ est inactive. Les loyers sont tellement, tellement
élevés, tellement chers que les gens travaillent fort puis n'arrivent pas à
payer leurs factures. On les voit, on les entend, ils sont partout. Qui profite
de l'inaction de la CAQ, Mme la Présidente? Ce ne sont ni les locataires ni les
propriétaires. C'est une poignée de spéculateurs immobiliers qui profitent du
far west pour s'en mettre plein les poches puis faire souffrir la classe
moyenne.
Les
Québécois le veulent, ils le démontrent ici, 85 % sont d'accord à limiter
la hausse des loyers à l'inflation. Le
premier ministre, là, il est dans son dernier mille, il pourrait laisser un
legs et agir rapidement. Est-ce qu'il accepte
d'écouter la population québécoise et limiter les hausses de loyer à
l'inflation face à l'urgence de la crise du logement?
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Oui. Mme la Présidente, bon, d'abord, un fait que refuse de reconnaître la
cheffe de Québec solidaire, depuis deux ans il y a eu une augmentation de
200 000 personnes sur l'île de Montréal, 200 000 personnes
de plus. Donc, ça prend plus de logements. Est-ce que la cheffe de Québec
solidaire reconnaît que les propriétaires des nouveaux
logements, bien, doivent regarder leurs coûts pour fixer les loyers? Est-ce
qu'elle reconnaît ça, là, qu'au-delà de l'inflation il faut regarder les
coûts? Même chose pour les propriétaires qui étaient déjà avec des logements,
ils doivent regarder leurs augmentations de
coûts. Il me semble que, si on veut plus de propriétaires, bien, il ne faut pas
leur tirer dans les jambes pour dire : On ne vous permet pas
d'aller rechercher vos coûts.
Donc,
Mme la Présidente, ce qu'il faut, là, c'est plus de logements, puis c'est ce
qu'on fait depuis des années, on a mis des milliards pour des nouveaux
logements, mais c'est quand même difficile, comme dans beaucoup d'endroits dans le monde, parce que,
200 000 personnes de plus juste sur l'île de Montréal, bien, c'est,
en deux ans, à peu près impossible de construire des logements pour tout
ce monde-là.
La
Présidente : Première complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal :
Mme la Présidente, le premier ministre aussi me parle des propriétaires.
Ils sont d'accord. 85 % de la population est d'accord à ce que le
gouvernement agisse rapidement et limite la hausse des loyers à l'inflation. Puis les propriétaires aussi lui disent qu'ils
sont d'accord, parce que la crise est intenable. En ce moment même, là, les gens
sont en train de recevoir des augmentations de 10 %, 20 %, 30 %.
La
CAQ ne peut pas arrêter d'agir. C'est grâce à Québec solidaire que le premier
ministre a reconnu qu'il y a une crise du logement. Est-ce qu'il peut
maintenant agir puis...
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault : Bien, est-ce que Québec
solidaire est en train de dire que notre gouvernement a investi
7 milliards, pas 7 millions, 7 milliards dans le logement à
cause de Québec solidaire? C'est-tu ça qu'elle est en train de dire, là? Je ne savais
pas que le ministre des Finances était aussi à l'écoute...
Une voix : ...
M. Legault : ...inspiré, oui, empathique. Et, Mme la Présidente,
bien, là-dedans il y a 4,1 millions... 4,1 milliards, pardon,
de logements abordables. Ce qu'on a besoin, là, c'est plus de logement
abordable, plus de propriétaires. Mais, c'est sûr, si on demande aux
locataires : Est-ce que vous aimez mieux avoir un gel des loyers?, ils
vont dire oui, mais, à un moment donné, il faut regarder les coûts...
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal :
Mme la Présidente, j'ai l'impression que le ministre n'est pas très
concentré. Ce que... La proposition, la mesure, c'est de limiter la hausse des
loyers à l'inflation. Et ce n'est pas juste les locataires qui sont d'accord, les
propriétaires aussi, à 82 %. Ceux qui ne sont pas d'accord, c'est juste
une poignée de spéculateurs immobiliers, qui sont bien contents que la CAQ ne
fasse rien puis ne dise rien par rapport à la crise du logement, ils sont très
d'accord.
Je lui donne une
dernière chance, hein, pour son legs. Est-ce qu'il accepte d'écouter la
population puis de limiter la hausse des loyers à l'inflation?
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Bien, Mme la Présidente, si c'est vrai que les propriétaires sont d'accord,
bien, ils ont juste à faire des
augmentations de loyer à l'inflation. Non, non, mais, écoutez, écoutez... Bien,
il y a des propriétaires, là, qui ne sont pas tous des gros méchants
spéculateurs puis qui ont besoin de tenir compte de leurs coûts. C'est comme ça
que ça marche, l'économie, il faut que tu regardes tes coûts. Puis le problème,
c'est qu'il manque de logement. Il y a un problème de déséquilibre entre
l'offre et la demande. Il y a une demande qui a augmenté trop vite, puis la
cheffe de Québec solidaire sait pourquoi.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant le député
de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Abolition
du Programme de l'expérience québécoise
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard :
Mme la Présidente, après les 6 000 travailleuses de la santé, une
autre couche s'est ajoutée hier au fiasco
caquiste du PEQ. Au moins 1 000 employés du réseau de l'éducation
risquent de quitter le Québec. Et ce n'est pas tout, Mme la Présidente.
Aujourd'hui, ce sont nos CPE, déjà frappés par une grave pénurie de
main-d'oeuvre, qui risquent de perdre près de 500 éducatrices.
La terrible décision
du ministre de l'Immigration menace nos services publics de jour en jour. C'est
une catastrophe, Mme la Présidente. Puis,
pendant ce temps-là, les deux potentiels chefs de la CAQ ont littéralement jeté
le ministre sous l'autobus,
promettant des clauses de droits acquis. Mais le Québec ne peut pas attendre,
Mme la Présidente, là. Il y a des billets d'avion qui sont déjà achetés,
il y a des gens qui partent. Les familles québécoises sont inquiètes. Elles ne
veulent pas perdre l'éducatrice de leur enfant, l'infirmière de leur parent, la
prof de leur ado.
Quand est-ce que le
ministre va arrêter d'affaiblir nos services publics?
• (10 h 40) •
La
Présidente : La réponse du ministre de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Mme Présidente, ce
qui est terrible, c'est que je pense que mon collègue sait que ce qu'il dit
n'est pas exact, et c'est ça qui est terrible, parce qu'il n'y a aucune
corrélation entre le fait qu'il y a 1 000 personnes qui travaillent
dans le réseau de l'éducation dont le permis viendra à échéance dans la
prochaine année... Les permis, ils sont
délivrés par le gouvernement fédéral. La plupart, d'ailleurs, seront renouvelés
automatiquement, parce qu'en éducation c'est 20 %, le seuil. Tu
peux avoir, dans un lieu de travail, plus de 20 %... autour de 20 %
des personnes qui sont des travailleurs
étrangers temporaires. Donc, ce n'est pas parce que ton permis arrive à
échéance qu'il ne sera pas renouvelé, que tu vas devoir quitter. Donc,
première erreur de faits.
Deuxième
erreur de faits, ce n'est pas le gouvernement québécois qui émet les permis de
travail, c'est encore moins le gouvernement québécois qui les retire.
Ça, c'est sûr et certain. Le fait que le Programme de l'expérience québécoise soit aboli et qu'on se dirige vers le PSTQ n'a
aucun lien avec le fait que ces personnes-là pourraient devoir quitter. S'ils
quittent, c'est parce que le gouvernement canadien leur retire leurs permis de
travail.
Le
même nombre d'immigrants sera sélectionné cette année, que ce soit avec l'ancien
programme ou le nouveau programme, c'est autour de
29 000 personnes, économique, et on va prioriser, avec le nouveau...
La
Présidente : Première complémentaire.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Mme la Présidente, comme les
Québécois et Québécoises, je suis découragé des réponses du ministre, complètement découragé. Est-ce qu'il
réalise que ce sont des centaines, des milliers de travailleurs, de
travailleuses dans nos services publics qui vont devoir quitter?
Moi, je n'ai plus aucune attente
envers le ministre de l'Immigration, je vais poser ma question à la ministre de
la Famille. Est-ce qu'elle, elle va se lever pour les familles du
Québec, pour défendre son réseau? Chaque éducatrice qui part, c'est huit
enfants qui perdent leur éducatrice. Est-ce qu'elle va se lever pour son
réseau, oui ou non?
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Mme la Présidente, mon collègue peut répéter des choses inexactes avec
beaucoup d'émotion, ça demeure inexact. On se demande tous : Mais où est
la ministre Diab, la ministre de l'Immigration? Où est-elle? Où est la ministre
Mélanie Joly, qui est la ministre responsable du Développement économique du
Canada pour les régions du Québec?
Le
30 janvier, sur les ondes de Radio-Canada, Mme Joly a dit : «On
doit garder les gens ici, qui ont le droit d'être ici. On doit être
capables d'offrir à notre système de santé le personnel nécessaire.» Elle a
dit : «Les gens veulent juste qu'on fasse notre job. Je vais passer le
message, et on va être en mode solution.» À qui Mélanie Joly a-t-elle passé le
message? Est-ce que la ministre Diab... Est-elle toujours au pays? Va-t-elle
faire sa job un jour?
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Mme
la Présidente, dur revers hier encore pour le ministre de l'Immigration alors
que le président du Mouvement
Desjardins affirme que de mettre fin au PEQ, c'est fragiliser les entreprises,
c'est affaiblir les régions. Pour un gouvernement qui se dit fort en économie, là, puis
en région, là, bien, c'est échec sur toute la ligne. C'est un bilan
catastrophique.
Je
vais poser la même question au ministre que lui a posée Patrick Lagacé il y a
une couple de semaines : Qui, qui, au Québec, l'appuie encore dans
sa réforme bâclée du PEQ? Qui?
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Mme la Présidente, avec
l'ancien programme, 60 % des gens étaient sélectionnés sur l'île de
Montréal. Selon la dernière invitation, de janvier, c'était 30 %.
Donc, on continue d'en sélectionner à Montréal, bien sûr, mais on sélectionne
surtout des gens à l'extérieur de Montréal. Et on les sélectionne en priorité
en santé, en éducation, dans les services de garde mais aussi, bien sûr, dans
le secteur manufacturier. Mon collègue est contre ça. Il voulait qu'on
sélectionne des gens dans les secteurs non prioritaires à Montréal. C'est son
problème.
Une voix :
...
La
Présidente : Je vous ai entendu, M. le leader. Vous n'avez pas le
droit de parler.
En question
principale, je reconnais maintenant le député des Îles-de-la-Madeleine. La
parole est à vous.
Projet de loi visant notamment
l'amélioration de l'accès aux services
médicaux et la prise en charge médicale de la population
M. Joël Arseneau
M. Arseneau : Merci, Mme la Présidente.
On sait déjà depuis des semaines que la CAQ a complètement capitulé
devant les médecins. Le gouvernement leur a accordé tout ce qu'ils voulaient,
sans l'ombre d'une contrepartie formelle, précise ou contraignante, que ce soit
pour le mode de rémunération ou pour la prise en charge.
Et,
parlant de prise en charge, on sait que cette notion, dans le projet de loi
n° 19 sur les services médicaux, bien, c'est carrément de la poudre aux yeux. Au début, là, dans la dernière
année, le gouvernement voulait affilier 1,5 million de Québécoises
et Québécois qui n'ont pas de médecin de famille. Au début, on leur promettait
un médecin pour chaque Québécoise et Québécois. Finalement, l'entente permet
l'inscription de 500 000 personnes à un guichet, à un guichet, pas à un médecin. Je pense que la nuance est
importante. Encore pire, dans un article du Devoir, ce matin, on apprend
que les médecins sont payés... des médecins sont payés en triple pour
des patients qu'ils ne voient pas.
Alors,
comment la ministre de la Santé peut-elle justifier une entente où des médecins
sont payés pour des patients qu'ils ne voient pas?
La
Présidente : La réponse de la ministre de la Santé.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Oui, Mme la Présidente. Écoutez, très contente d'avoir cette question du
député... député des Îles-de-la-Madeleine. D'ailleurs, on a terminé l'étude du
projet de loi n° 19 mercredi dernier. Le Parti québécois n'est même pas
venu une seule minute, Mme la Présidente. Ils n'ont pas siégé, Mme la
Présidente.
Des
voix : ...
La
Présidente : M. le député, quel est votre rappel au règlement? Je veux
vous entendre. Allez-y.
M. Arseneau : Vous savez, Mme la
Présidente, qu'il n'est pas permis d'identifier la présence ou non des gens dans
les travaux parlementaires...
Des voix : ...
La Présidente :
Je suis debout. Merci. Je suis
debout. Merci beaucoup, M. le leader. Vous pouvez vous rasseoir. Vous pouvez
vous rasseoir, M. le leader. Vous pouvez vous rasseoir. Vous avez raison. Je
vous donne raison. Ici, je rappelle que
nous ne pouvons pas souligner l'absence des collègues, et c'est bon d'un côté
comme de l'autre. Alors, Mme la ministre, faites attention. On ne
souligne pas l'absence. Et poursuivez dans votre réponse.
Mme Bélanger : Mme la Présidente, je
vais me reprendre. En fait, ils n'ont fait aucune intervention dans le cadre
de ces travaux, qui sont fort importants,
Mme la Présidente. Et puis je suis très satisfaite du travail qu'on a fait avec
les oppositions, puis je vais les nommer, notamment le Parti libéral et Québec
solidaire. Puis on a réussi ensemble à regarder vers le futur. C'est quoi, le
futur, avec le PL n° 19? C'est d'inscrire 500 000 patients,
Mme la Présidente, d'ici le 30 juin. Puis je vais en ajouter, parce
que peut-être que vous avez oublié de suivre aussi...
La Présidente :
Et, Mme la ministre, vous vous adressez à moi.
Mme Bélanger : ...peut-être qu'ils ont
oublié de suivre aussi l'actualité. La FMOQ, en plus, va affilier directement
les personnes vulnérables, les 180 000, d'ici le 31 mars, Mme la
Présidente, avant la date qui est prévue...
La Présidente :
Première complémentaire.
M. Joël Arseneau
M. Arseneau : Mme la Présidente, dans
le projet de loi n° 19, on a effacé complètement l'action gouvernementale
et législative de la dernière année. Bravo! On peut s'en enorgueillir. Retour à
la case départ et même auparavant. Mais elle ne répond pas à ma question, Mme
la Présidente : Comment peut-on inscrire dans un projet de loi la
chose suivante : «...ce médecin peut
être ainsi rémunéré bien qu'il n'ait pas fourni lui-même [le] service»? Dans
quel monde, dans quel univers est-ce qu'on rémunère des gens, en santé,
quand ils n'ont pas fait le travail?
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Oui, Mme la Présidente.
Je comprends qu'ils ne sont pas en faveur de l'entente qui a été entérinée
par la FMOQ au mois de décembre, Mme la Présidente.
Alors,
on travaille en collaboration avec la FMOQ. Je travaille vers l'avenir. On est
en train de rétablir la confiance. Les médecins, ils vont être au
rendez-vous.
Puis il n'y aura pas
seulement les médecins, Mme la Présidente. Vous savez qu'on est en train de
transformer notre première ligne, au Québec,
et on a même, dans cette... dans ce projet de loi, un amendement spécifique sur
les IPS. C'est drôle, je n'en entends pas parler ce matin. Les 2 000 IPS
au Québec, je souhaite, comme ministre de la Santé, qu'elles puissent aussi
inscrire directement des patients.
Alors, Mme la
Présidente, on est à la bonne place et on va continuer...
La Présidente :
Deuxième complémentaire.
M. Joël Arseneau
M. Arseneau :
Mme la Présidente, j'entends la ministre de la Santé dire qu'elle souhaite
que les IPS puissent prendre en charge des patients, mais les souhaits, ce
n'est pas suffisant, les voeux pieux. Pourquoi la ministre a-t-elle refusé d'inscrire de façon concrète et
contraignante le fait que les IPS puissent jouer leur rôle avec les compétences
qu'on leur reconnaît? Encore aujourd'hui, dans l'article qu'elle
mentionne, dans le projet de loi, là, c'est strictement si les médecins sont
d'accord. Pourquoi ne pas permettre une pleine et entière autonomie aux IPS?
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Mme la Présidente, écoutez, je vais garder mon calme. Je pense que le
député, en tout respect, n'est pas au courant qu'au Québec il y a
16 cliniques IPS, des cliniques qui sont publiques, que les IPS, au
Québec, inscrivent déjà des patients et que la volonté,
c'est que les IPS, au sein des GMF, puissent aller au maximum de leur champ de
pratique professionnelle. C'est ça qu'on est en train de faire, Mme la
Présidente, on dirait que ça dérange le Parti
québécois, au lieu de se réjouir, de mettre en place des professionnels dans
des groupes de médecins pour que les médecins soient vraiment dédiés à voir les personnes qui sont malades, Mme la
Présidente, parce qu'ils vont être entourés d'une équipe
interdisciplinaire. C'est une bonne nouvelle...
• (10 h 50) •
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant le
député... En question principale, je reconnais le député d'Arthabaska.
Politique en matière
d'immigration
M. Alex
Boissonneault
M. Boissonneault : Merci,
Mme la Présidente. Le système d'asile a été saboté par le gouvernement fédéral — le
mot est fort, mais il est juste — tout
d'abord avec son laxisme à la frontière, en invitant tous les demandeurs
d'asile de la planète à venir s'installer ici, ça, c'était en 2017, puis, en
2019, avec son processus de révision de dossier qui a fait que 25 000 demandeurs d'asile ont été acceptés sans
audience pour diminuer les retards. Résultat, en 2024, le Canada a accepté
80 % des dossiers. À titre de comparaison, l'Irlande en a accepté
30 %.
Le système de
demande d'asile au Canada, et donc celui du Québec, est brisé. En fait, le
fédéral utilise le système actuel pour contourner nos seuils
d'immigration.
Dans les
médias, on a appris que le ministre de l'Immigration est au courant. Il est
même sous le choc. Ma question, Mme la Présidente : Qu'est-ce qu'il
va faire? Est-ce que le ministre de l'Immigration réalise que la troisième voie
nous a amenés dans un cul-de-sac? Qu'est-ce qu'il va faire? Demander toujours
au fédéral puis se faire dire non? Est-ce que la roue va tourner tout le temps?
La Présidente : La réponse du
ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration.
M. Jean-François
Roberge
M. Roberge : Oui, bien, Mme la
Présidente, je peux vous dire qu'on ne fera pas un référendum. Je ne sais pas
si mon collègue... Je ne commente pas... je ne commente pas souvent les
sondages, là, mais...
Des voix : ...
La Présidente : ...la
réponse.
M. Roberge : ...ça, là. Eux
autres, ils veulent le faire quelque part à la fin d'un mandat qu'ils n'auront
pas. Donc, ça n'arrivera pas.
Donc, Mme la
Présidente, effectivement, c'est le temps qu'Ottawa se remette à reprendre le contrôle
des frontières. Je sais qu'à Québec solidaire puis au Parti libéral ça
ne les intéresse pas tellement, mais je sais qu'au Parti québécois on a
des alliés pour défendre la nation québécoise puis pour s'assurer qu'Ottawa
fasse sa job.
C'est inquiétant de voir, en fin de semaine, que
M. James Yousif, qui est un ancien directeur des politiques à Immigration,
Réfugiés et Citoyenneté Canada, disait, dans un reportage... dans une étude de
C.D. Howe, que plus de 25 000 demandeurs
d'asile ont été admis par le gouvernement fédéral sans faire de réelle enquête,
sans faire d'entrevue. Puis M. Yousif
dit : C'est la parfaite recette pour admettre ici des gens qui ne
devraient pas être acceptés. Dans certains cas, ça pourrait être des
gens qui posent, même, des dangers pour la sécurité nationale. Donc, on
s'attend à ce qu'Ottawa fasse son travail.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Alex
Boissonneault
M. Boissonneault : Mme la
Présidente, on demande, on se fait dire non. On demande, on se fait dire non.
Ça fait huit ans que le gouvernement essaie
d'avoir des gros gains en immigration, puis il n'y a rien qui se passe. La
ministre fédérale de l'Immigration refuse de parler aux médias, mais, une
bonne chose, elle a réussi... le ministre a réussi à la rencontrer, ils ont eu une rencontre en janvier pour échanger sur leurs
priorités communes, ce sont ses mots à elle. Est-ce que, dans cette
liste de priorités là, il y avait saboter notre système d'immigration, Mme la
Présidente?
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Jean-François
Roberge
M. Roberge : Je
peux vous dire que, dans le cadre de cette rencontre-là, je lui ai fait part de
la position du Québec par rapport à une répartition des demandeurs
d'asile qui soit équitable sur le territoire canadien. Encore une fois, Québec solidaire, le Parti québécois ne sont pas intéressés
à ça, mais nous, on défend la nation québécoise puis on veut respecter la capacité
d'accueil.
Et je l'ai bien exprimé à M. Lightbound et
à Mme Diab, qui étaient sur la ligne ce jour-là, que ça n'a pas de sens
que le Québec reçoive de 35 % à presque 50 % des demandeurs d'asile
alors qu'on est 22 % de la population canadienne. Et, en plus, ce qu'on
comprend, c'est qu'ils ne font pas des entrevues sérieuses pour s'assurer que
ces gens-là ne posent pas de danger pour la sécurité nationale. Donc, moi, j'ai
hâte de voir quand est-ce qu'Ottawa va dire qu'ils revoient leur manière de procéder
puis qu'ils vont respecter la capacité d'accueil.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. Alex
Boissonneault
M. Boissonneault : Mme la
Présidente, c'est toujours la même chose. C'est toujours la même chose. Le
ministre comprend que le gouvernement ne peut pas, ici, faire respecter notre
capacité d'accueil, il comprend que le fédéral ne fait pas son travail, mais il
est... il est incapable de répéter autre chose que la même question :
Est-ce que le gouvernement fédéral peut nous aider? La troisième voie, c'est la
voie d'accotement.
Donc là, ma question, c'est : Sous le
premier ministre sortant, on n'a rien obtenu avec un mandat fort, est-ce que le
ministre croit qu'avec la députée de Sanguinet on pourrait faire mieux sans
mandat, Mme la Présidente?
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Jean-François
Roberge
M. Roberge : Oui. Mme la
Présidente, le Parti québécois, ici, a une mémoire sélective. Il a oublié de
souligner le fait qu'on a réussi à obtenir la fermeture du chemin Roxham, à
rétablir des visas pour, notamment, des ressortissants indiens et mexicains. C'était à notre demande, et on a eu gain de cause.
On a eu aussi un engagement important de la part d'Ottawa de réduire le nombre de PMI, Programme de mobilité
internationale, de presque... presque 100 000 personnes en
trois ans. Ils ont posé des gestes dans cette direction-là.
Donc, on n'a
pas toujours gain de cause, mais on a souvent gain de cause. Mais évidemment le
Parti québécois ne le reconnaît pas. Ils ne sont pas de bonne foi
là-dessus.
La Présidente : Et la bonne foi se
présume.
En question principale, je reconnais maintenant
le député d'Abitibi-Est.
Plan de développement de la
région de l'Abitibi-Témiscamingue
M. Pierre
Dufour
M. Dufour : Mme la Présidente,
vous serez certainement d'accord avec moi, les régions sont populaires lors
d'une année électorale. J'écoute les candidats à la chefferie et le discours
des partis. On parle d'autonomie énergétique, de souveraineté, de souveraineté
minérale, mais rarement de ceux qui rendent ces ambitions possibles.
L'Abitibi-Témiscamingue est au coeur de ce
Québec productif. Sa pleine occupation économique est une condition essentielle
pour sécuriser les approvisionnements, protéger les intérêts stratégiques et
assurer l'autonomie économique du Québec.
Développer la région n'est pas qu'un réflexe régionaliste, c'est d'avoir une
vision, d'avoir quel type de vision on peut avoir pour une région comme
l'Abitibi-Témiscamingue. Merci.
La Présidente : La réponse du
ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie.
M. Jean
Boulet
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Évidemment, le développement économique régional est une priorité
pour nous. La région de l'Abitibi-Témiscamingue, il y a eu des projets. Il y en
a actuellement qui font l'objet d'accompagnement. Il y aura des annonces bientôt
à faire. C'est un territoire qui est extrêmement effervescent. Il y a beaucoup
de minéraux stratégiques. On fait de l'accompagnement, notamment avec le Fonds
de développement économique, Investissement Québec. Quand il y a des projets,
on est là non seulement pour l'aide financière, mais l'expertise et
l'accompagnement pour diversifier ces marchés, pour s'assurer que la région
soit la plus prospère possible. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Pierre
Dufour
M. Dufour : Je n'entends pas de
vision dans ce dossier-là présentement, Mme la Présidente. Si le Saguenay—Lac-Saint-Jean
revendique les redevances de ses barrages, que les régions qui accueillent
présentement des projets d'éolienne sont compensées, l'Abitibi-Témiscamingue
a le droit de revendiquer du gouvernement une équité monétaire pour
l'exploitation de son sol exploité. À quand un réel pacte territorial?
La Présidente : M. le ministre
responsable des régions. Allez-y.
M. Eric
Girard
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Oui.
Mme la Présidente, on reconnaît tous l'importance des régions comme
l'Abitibi-Témiscamingue, le Saguenay—Lac-Saint-Jean. C'est des régions qu'on a
investi beaucoup dans les dernières années, Mme la Présidente. On va continuer
d'investir, Mme la Présidente, dans ces régions-là.
J'ai été
visiter l'Abitibi-Témiscamingue, j'ai été avec mon collègue. On est allés dans
des entreprises manufacturières, on a
rencontré beaucoup de gens, des organisations de développement économique
régional. On a même, Mme la Présidente, réglé le programme accès PME, justement, pour les acteurs dans nos MRC.
On vient de régler les fonds locals d'investissement, les fonds locals
de solidarité.
On répond aux besoins des MRC, Mme la Présidente,
et on va être présents, on va continuer d'être présents. Puis on a à coeur le
développement de nos régions. On connaît nos régions, Mme la Présidente.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. Pierre
Dufour
M. Dufour : Mme la Présidente,
peut-être que le ministre devrait savoir que l'Abitibi-Témiscamingue, c'est 20 % de fonds publics versus 80 % de
fonds privés. On est la première région du Québec. Alors, si je la compare,
exemple, avec la Capitale-Nationale, 56 % au public, 42 % au privé. Donc, ce n'est pas avec des
petits projets comme le FLI qu'on va être capables de faire en sorte que
l'Abitibi-Témiscamingue ait le droit à son sol exploité et qu'elle puisse avoir
les fonds nécessaires pour se développer. On ne veut pas être un camp
minier.
La Présidente : On écoute maintenant
le ministre délégué au Développement économique régional.
M. Eric
Girard
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Je le redis encore une fois, Mme la Présidente,
chaque région possède ses forces, ses
qualités. On a investi, Mme la Présidente, dans nos régions. On a réalisé
quelque 25 000, Mme la Présidente, interventions avec Investissement Québec, Mme la Présidente.
95 % de ces interventions-là ont été réalisées dans des PME, Mme la Présidente, plus de 50 % dans des MRC, Mme la
Présidente, dans nos régions administratives. C'est le coeur de l'économie
régionale, nos régions, Mme la Présidente, on
le sait. On a des travailleurs, des travailleuses qui ont à coeur ce développement-là. Puis nous, Mme la Présidente, on
investit dans nos emplois, on investit en région puis on investit dans
nos travailleurs. Puis l'Abitibi-Témiscamingue...
La Présidente : Et, en question
principale, je reconnais maintenant la députée de Bourassa-Sauvé.
Services aux élèves
vulnérables ou en difficulté d'apprentissage
Mme Madwa-Nika
Cadet
Mme Cadet : Mme la Présidente,
dans le rayon des promesses brisées toujours, la CAQ, en 2022, promettait aux
familles québécoises d'offrir plus de services aux élèves en difficulté. Ça,
normalement, Mme la Présidente, ça devait se traduire par l'embauche de plus de
personnel professionnel, des orthophonistes, des psychoéducateurs. Mais ce qu'on a vu au cours de ce mandat, c'est plutôt
la baisse du nombre de professionnels dans nos écoles, dans nos centres
de services scolaires. Ça a été le cas, notamment, au centre de services
scolaire des Laurentides, où à la dernière rentrée scolaire, bien, on a appris que des postes d'orthophoniste, de
psychoéducateur et de... des professionnels scolaires avaient été abolis
ou non remplacés.
Mme la Présidente, aujourd'hui, à l'Assemblée
nationale, nous avons la Coalition des partenaires en éducation qui sont ici pour demander à la ministre de
l'Éducation d'offrir plus de stabilité au réseau. On le sait, plus de
stabilité, bien, ça se traduit par plus de services aux élèves.
Est-ce que la
ministre de l'Éducation, aujourd'hui, peut se lever, et, au nom des services
aux élèves, rassurer la Coalition des partenaires en éducation, et leur
dire que, oui, dans le prochain budget, il y aura plus de stabilité?
• (11 heures) •
La Présidente : La réponse de la
ministre de l'Éducation.
Mme Sonia
LeBel
Mme LeBel : Merci,
Mme la Présidente. Bien, vous savez, la première... une des premières choses
que j'ai faites quand je suis arrivée en poste en éducation, en
septembre dernier, c'est d'écouter le réseau de l'éducation, c'est de voir comment on pouvait faire en sorte d'améliorer les façons de
maximiser les budgets, qu'on leur a déjà, d'ailleurs, augmentés de façon
exponentielle depuis les dernières années. On a ajouté beaucoup de gens pour
les services aux élèves, on a ajouté des aides à la classe, on a ajouté des
professionnels, mais il fallait faire en sorte également que ces gens-là, dans les centres de services scolaires,
soient capables d'utiliser pleinement les budgets. On a parlé des plafonds
d'ETC, qui sont devenus maintenant
des cibles, pour leur permettre d'embaucher, justement, et de ne pas toucher aux
services à l'élève.
Alors, le réseau
demande de la prévisibilité, demande de l'agilité. C'est là-dessus qu'on
travaille avec eux, Mme la Présidente. Et on
va leur permettre, justement, de donner les services dont les élèves ont
besoin, parce que c'est ça, notre priorité, Mme la Présidente, c'est
l'éducation.
La
Présidente : Et cela met fin à cette période de questions et de
réponses orales.
Motions sans préavis
Comme
il n'y a pas de votes reportés, nous allons passer à la rubrique Motions sans
préavis, et, pour ce faire, je cède la place au troisième vice-président de
l'Assemblée nationale. Merci, tout le monde, pour votre attention. Merci, Simon.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Alors, nous sommes à la rubrique des motions sans
préavis. En fonction de nos règles et de l'ordre des présentations des motions
sans préavis, je reconnais un membre du deuxième groupe d'opposition, M. le
député d'Hochelaga.
Rendre hommage à M. Jean
Dorion et offrir des
condoléances à sa famille et à ses proches
M. Leduc :
Merci, M. le Président. Je sollicite le consentement de cette Assemblée
pour présenter la motion suivante
conjointement avec le député de Blainville, la députée de Notre-Dame-de-Grâce, la députée de Terrebonne et le député de Rosemont :
«Que
l'Assemblée nationale rende hommage à Jean Dorion, sociologue, militant
indépendantiste de la première heure et ancien député du Bloc québécois,
décédé le 23 janvier dernier;
«Qu'elle
souligne son engagement indéfectible envers le Québec, notamment à la tête de
la Société Saint-Jean-Baptiste de
Montréal, où il a défendu la langue française, mis sur pied le Prix du Mérite
en histoire dédié aux élèves s'étant démarqués par l'obtention d'une moyenne de 95 % et plus en histoire de 4e secondaire,
relancé le défilé de la fête nationale et contribué à faire vivre un
mouvement national ancré dans la société civile;
«Qu'elle
rappelle que son parcours fut guidé par un souverainisme profondément ancré
dans la démocratie, la culture et le
dialogue, et qu'il a su défendre une vision inclusive de l'identité québécoise,
notamment à travers la publication de son livre Inclure : quelle
laïcité pour le Québec?;
«Qu'elle
exprime ses plus sincères condoléances à sa conjointe, à ses cinq enfants,
ainsi qu'à ses proches et à toutes celles et ceux qui ont marché à ses
côtés pour un Québec libre, juste et ouvert sur le monde.» Merci.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette
motion?
M. Lévesque
(Chapleau) :
...consentement pour un débat de deux minutes de
rigueur par intervenant dans l'ordre
suivant : le député d'Hochelaga-Maisonneuve, le député de Blainville,
la députée de Notre-Dame-de-Grâce et la députée de Terrebonne.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Alors,
je comprends qu'il y a consentement pour un débat de rigueur et qui commencerait
par, comme premier intervenant, M. le député d'Hochelaga.
M. Alexandre Leduc
M. Leduc :
Merci, M. le Président. J'aimerais d'abord saluer, dans les gradins, la
famille de M. Jean Dorion, sa
conjointe, Hiromi Tsunezuka, et son fils, Émile Dorion, ainsi que la
successeure de M. Dorion à la direction de la Société
Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Mme Marie-Anne Alepin. Bonjour.
C'est
avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de M. Jean Dorion
le 23 janvier dernier. M. Dorion a toujours porté une vision
d'un nationalisme inclusif. Il était, pour plusieurs militants et militantes, une
grande source d'inspiration, notamment au sein de ma famille politique. C'est
un grand Québécois qui nous quitte, un militant de la première heure du
mouvement indépendantiste, ayant participé au RIN dans les années 60.
Plus
tard dans son parcours, il a fait son chemin jusqu'au cabinet des ministres
Jacques Couture et Gérald Godin pour
mener une politique d'immigration inclusive et appliquer la nouvelle
loi 101. Jean Dorion défendait l'idée qu'aller vers les gens issus
de l'immigration et de s'en faire des amis était la meilleure façon de les
guider dans le développement de leur
identité québécoise. Alors que les débats sur la place de l'immigration et de
la laïcité ont pris une plus grande place dans l'espace public, il a
toujours défendu une vision d'un Québec qui tend la main et qui fait une place
à la table pour ceux et celles qui nous
rejoignent. Son essai Inclure : quelle laïcité pour le Québec? a
marqué de manière constructive le débat sur la laïcité au Québec.
Il
a été délégué général du Québec au Japon dans les années 90. Il aura même
mérité la médaille de l'Ordre du Soleil Levant, l'une des plus grandes
distinctions offertes par le Japon, et donc la preuve que son passage ne
laissait personne indifférent.
Son militantisme à la
présidence générale de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal ainsi que de
la fête nationale a notamment été marqué par le retour du grand défilé de la
Saint-Jean, après 20 ans d'absence, et la mise sur pied du Prix Mérite en
histoire, dédié aux élèves s'étant démarqués par l'obtention d'une moyenne de
95 % et plus en histoire de quatrième
secondaire. Son tour du chapeau militant culmine par son élection comme député
du Bloc québécois dans le comté de Longueuil—Pierre-Boucher en 2008.
J'ai assisté à ses
funérailles à la Maison Ludger-Duvernay, à Montréal, et j'ai été marqué par la
qualité, la quantité et la beauté des éloges
et témoignages à son égard. En plus d'être un citoyen exemplaire, c'était
visiblement aussi un bon père et surtout un bel humain.
En terminant, je
souhaite offrir mes plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches.
Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député d'Hochelaga. La prochaine intervention revient à M. le député de Blainville.
M. Mario Laframboise
M. Laframboise :
Merci, M. le Président. C'est avec beaucoup d'émotion que je rends hommage,
aujourd'hui, à M. Jean Dorion, décédé
le 23 janvier dernier. Sociologue de formation, Jean Dorion aura consacré
sa vie à la défense et la promotion du Québec. Il faisait partie de ces hommes
pour qui l'engagement n'était pas une posture, mais une conviction
profonde, réfléchie, assumée.
Élu député du Bloc
québécois à la Chambre des communes, il a porté la voix du Québec à Ottawa avec
rigueur et détermination. J'ai eu le
privilège de siéger avec lui à Ottawa. J'ai pu constater de près son sens du
devoir, sa loyauté envers ses valeurs et son profond respect des
institutions démocratiques. Avec sa verve légendaire et son français
impeccable, il intervenait toujours avec sérieux, animé par le désir sincère de
faire avancer le Québec.
Au-delà de la colline
Parlementaire, Jean Dorion a aussi représenté le Québec à l'étranger, notamment
à Tokyo, à titre de délégué général. Là
encore, il a contribué à faire rayonner notre nation, à tisser des liens et
affirmer l'existence de l'ambition du Québec sur la scène
internationale.
Jean Dorion laisse
derrière lui l'héritage d'un homme engagé. Il aura été de ceux qui ont consacré
leur parcours à la défense de notre langue,
de notre culture et de notre avenir collectif. À sa famille, à ses proches et à
tous ceux qui ont milité à ses côtés, j'offre, au nom du gouvernement du
Québec, mes plus sincères condoléances.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député de Blainville. Et je reconnais maintenant Mme la députée de
Notre-Dame-de-Grâce.
Mme Désirée McGraw
Mme McGraw :
Merci, M. le Président. Nous prenons aujourd'hui la parole pour rendre un
hommage sincère à M. Jean Dorion, sociologue, diplomate, député et homme
d'engagement, qui a marqué la vie publique québécoise. Homme de conviction, il a consacré sa carrière à défendre la vitalité de
la langue française et à nourrir le débat démocratique.
Deux
fois président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, il a
contribué de manière déterminante au rayonnement
de notre culture et de notre langue commune. On lui doit notamment le retour du
défilé de la fête nationale, un geste important qui a ravivé l'esprit
rassembleur de cette célébration.
Son engagement a
également dépassé nos frontières. Délégué général du Québec à Tokyo de 1994 à
2000, il a oeuvré au rapprochement entre le Québec et le Japon, renforçant les
liens culturels, économiques et institutionnels. Cette contribution lui a
d'ailleurs valu l'Ordre du Soleil Levant, distinction très prestigieuse du
gouvernement japonais.
Convaincu du rôle
essentiel de l'histoire, il rappelait que la mémoire partagée cultive la
confiance d'un peuple en son avenir.
Lorsqu'il s'est penché sur la question de la laïcité, dans son ouvrage Inclure : quelle
laïcité pour le Québec?, on
retrouvait cette même cohérence, une volonté d'apaiser plutôt que de diviser,
de proposer une réflexion ouverte, nuancée, guidée par la recherche
d'équilibre, de justice et d'inclusion, effectivement de créer un sentiment
d'appartenance et de confiance chez tous les Québécois et toutes les
Québécoises, peu importent leurs origines.
Nous saluons la
contribution exceptionnelle de M. Dorion et nous offrons nos plus sincères
condoléances à sa famille et à ses proches. Que son souvenir demeure vivant.
Merci.
• (11 h 10) •
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Et
je cède maintenant la parole à Mme la députée de Terrebonne.
Mme Catherine Gentilcore
Mme Gentilcore :
Merci, M. le Président. Jean Dorion a fait partie de cette génération de
penseurs qui ont refondé le Québec. Il est,
avec d'autres sociologues engagés, comme Fernand Dumont et Guy Rocher, l'un des
architectes de la Révolution tranquille.
Jean
Dorion est tout particulièrement cher à la mémoire de ma formation politique.
Membre fondateur du Parti québécois, il était déjà engagé pour
l'indépendance nationale aux côtés de Pierre Bourgault, avant même que René Lévesque fonde notre mouvement, et tout le monde, tant au Parti québécois que
chez nos collègues du Bloc québécois, peut témoigner que la ferveur
de son engagement de la toute première heure ne s'est jamais refroidie.
Toute sa vie, Jean
Dorion a été un compagnon de route de tous les indépendantistes, de tous les
nationalistes, de tous les défenseurs de la langue française au Québec. Il a
défendu les causes du Québec, de ses valeurs et de la langue française pendant
toute sa carrière, aussi bien dans les cabinets de Gérald Godin et de Jacques
Couture, dans les années 70 et 80, que pendant son mandat comme président
de la Société Saint-Jean-Baptiste. Il a porté la voix et défendu les intérêts des Québécois autant à la
Chambre des communes, comme fier député
du Bloc québécois, qu'en poste comme délégué général du Québec à Tokyo.
Après tant d'années
de dévouement au service public, Jean Dorion laisse dans toutes les mémoires le
souvenir d'un homme engagé, d'un véritable humaniste et d'un bâtisseur du
Québec moderne. Au nom du Parti québécois, j'aimerais donc adresser mes plus
sincères condoléances à ses proches.
Merci,
M. Dorion. Merci, M. le Président.
Mise aux voix
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Terrebonne. Alors, cette
motion est-elle adoptée?
Des voix :
Adopté.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Oui?
Une voix :
...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci beaucoup, M. le leader, de le demander. Donc,
nous allons observer une minute de silence à la mémoire de M. Jean
Dorion.
• (11 h 13
— 11 h 14) •
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Je vous remercie. M. le leader, oui.
M. Cliche-Rivard :
...j'aimerais qu'une copie de la motion soit envoyée à la famille ainsi qu'à la
Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, s'il vous plaît.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Ce sera fait, M. le leader.
Et la prochaine
motion revient au troisième groupe d'opposition, et je reconnais M. le député
d'Arthabaska.
Demander au gouvernement
fédéral de mettre en place une enquête
publique et indépendante sur les contrats informatiques fédéraux
M. Boissonneault : Merci, M. le Président.
Je sollicite le consentement des membres de cette Assemblée afin de présenter,
conjointement avec le député de Jean-Lesage, la motion suivante :
«Que l'Assemblée
nationale exprime sa profonde préoccupation quant à la gestion faite par le
gouvernement fédéral des projets informatiques Phénix, ArriveCAN et Cúram;
«Qu'elle
constate que le projet Phénix, initialement budgété à 309 millions de
dollars, a finalement coûté 5,5 milliards de dollars, que le projet ArriveCAN, initialement budgété à
80 000 dollars, a coûté 60 millions de dollars et que le
projet Cúram, initialement budgété à 1,75 milliard de dollars, a
finalement coûté 6,6 milliards de dollars;
«Qu'elle
rappelle que les dépassements de coûts significatifs des projets informatiques
du gouvernement fédéral sont un gaspillage des taxes et impôts payés par
les contribuables québécois;
«Par
conséquent, qu'elle demande au gouvernement fédéral de mettre en place une
enquête publique et indépendante sur les contrats informatiques
fédéraux.»
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette
motion?
M. Lévesque
(Chapleau) : ...sans débat, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Il y a consentement, sans débat. M. le député des
Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
J'aimerais qu'on tienne un vote électronique, s'il vous plaît.
Mise aux voix
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Un vote électronique a été demandé. La période de
vote est ouverte.
La période de vote
est terminée. Mme la secrétaire générale.
La
Secrétaire : Pour : 107
Contre :
0
Abstentions :
0
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Cette
motion est donc adoptée. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : M.
le Président, j'aimerais que copie de cette motion soit transmise à la Chambre
des communes, au cabinet du premier ministre du Canada ainsi qu'aux
chefs des partis politiques représentés au Parlement du Canada.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Ce
sera fait, M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
Et la prochaine motion revient au gouvernement,
et je reconnais M. le premier ministre.
Exprimer la solidarité de l'Assemblée envers le peuple
ukrainien
M. Legault : Oui.
Merci, M. le Président. Donc, je sollicite le consentement de cette Assemblée
afin de présenter la motion suivante conjointement avec le chef de
l'opposition officielle, la cheffe du deuxième groupe d'opposition, le chef du
troisième groupe d'opposition, les députés de Taillon, Rimouski, Saint-Laurent
et Rosemont :
«Que l'Assemblée nationale du Québec rappelle
que, depuis quatre ans, l'invasion de l'Ukraine par la Russie engendre de
terribles conséquences humaines et matérielles;
«Qu'elle réaffirme toute sa solidarité envers le
peuple ukrainien et les Québécois d'origine ukrainienne;
«Qu'elle salue la résilience admirable du peuple
ukrainien;
«Qu'elle
réitère l'importance de poursuivre les efforts internationaux d'aide à
l'Ukraine, notamment pour sa défense et sa reconstruction;
«Qu'elle
réaffirme son soutien au respect de l'intégrité territoriale de l'Ukraine et
aux valeurs de démocratie et d'État de droit;
«Qu'elle
soutient l'importance d'un dénouement diplomatique à cette guerre pour parvenir
à une paix durable, avec des garanties de sécurité, et négociée par toutes
les parties;
«Qu'enfin, l'Assemblée nationale observe une
minute de silence à la mémoire des victimes de cette invasion.»
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Y
a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
M. Lévesque (Chapleau) :
...M.
le Président, il y a consentement pour un débat de trois minutes de
rigueur par intervenant dans l'ordre suivant : le premier ministre, le
chef de l'opposition officielle, le député de Laurier-Dorion et le député de Jean-Talon.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Alors,
je comprends qu'il y a consentement afin qu'il y ait un débat de
trois minutes. Et je commencerai par céder la parole à M. le premier
ministre.
M. François Legault
M. Legault : Oui.
Merci, M. le Président. Donc, quatre ans après l'invasion de Vladimir
Poutine, le peuple ukrainien lutte toujours pour sa liberté, il résiste
toujours à cette attaque qui viole le droit international, et le Québec est
toujours derrière l'Ukraine.
Aujourd'hui,
on souligne le courage, la détermination, la résilience des Ukrainiens. La
guerre, malheureusement, a déjà fait
des centaines de milliers de morts. Donc, j'ai une pensée pour tous ceux qui
ont perdu leur vie, mais aussi pour tous ceux qui ont perdu un être
cher.
Donc, au nom des Québécois, je réitère notre
appui à l'aide civile, humanitaire et militaire que le gouvernement du Canada
apporte à l'Ukraine. On appuie aussi les sanctions contre la Russie de Poutine.
Je veux saluer le consul honoraire d'Ukraine à
Montréal, Eugène Czolij, oui, qui est rendu notre ami, là, qu'on commence à
bien connaître. Je veux le saluer, saluer aussi toute la délégation qui
l'accompagne, dans nos tribunes. Et je veux
l'assurer que le Québec va toujours être aux côtés de l'Ukraine, tant qu'il va
le falloir, pour que cette agression arrête, pour que les Ukrainiens
retrouvent la paix et la liberté. «Slava Ukraini!»
• (11 h 20) •
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le premier ministre. La parole revient maintenant au chef de l'opposition
officielle.
M. André Fortin
M. Fortin : Aujourd'hui, aujourd'hui, M. le Président, on se lève pour
exprimer notre soutien au peuple ukrainien. On se lève pour souligner la
résilience, le courage, la détermination, la fierté, la droiture des Ukrainiens,
des gens qui continuent, malgré toutes leurs
difficultés quotidiennes, à se battre, à défendre leur pays et à mener un
combat pour leur liberté. On se lève parce que, depuis quatre ans
déjà, 6 millions d'Ukrainiens ont dû quitter leur pays, fuir leur pays, leur patrie, bien malgré eux, M. le
Président, car personne ne devrait avoir à quitter sa résidence, sa terre, son
pays à cause de guerres insensées. On se lève parce que, depuis
quatre ans déjà, les enfants ukrainiens grandissent dans la guerre, jamais en parfaite sécurité, jamais à l'abri
d'attaques. On se lève parce que, depuis quatre ans déjà, plus de
100 000 soldats ukrainiens sont décédés, plus de
15 000 civils ukrainiens ont péri, et on a arraché la vie à près de 200 enfants de la nation, un destin injuste,
des conséquences irrécupérables, fruit d'une invasion traître et d'actions
militaires illégales de la part du pays voisin.
M. le Président, il
nous incombe encore aujourd'hui de rappeler notre soutien total à l'intégrité
territoriale de l'Ukraine. Mais autant il
est important de souligner l'incroyable résistance de l'Ukraine, autant il est
terrifiant de constater que plus le temps passe, plus cette guerre
devient une guerre d'usure, avec une résolution claire de moins en moins certaine. Les crimes de guerre, les crimes contre
l'humanité, les frappes aériennes sur les villes, sur les civils, des attaques contre les infrastructures d'énergie qui plongent
des régions entières dans le noir, dans le froid, tout ça, M. le Président,
parce que la Russie veut conserver sa place sur l'échiquier géopolitique
mondial.
Alors, oui, nous
réitérons l'appui formel, infaillible du Parti libéral du Québec mais de
l'ensemble de notre Assemblée à l'Ukraine et à sa quête pour une solution
durable, et nous offrons notre soutien indéfectible au peuple ukrainien et à toute la communauté ici, au Québec,
qui, encore, quatre ans plus tard, se lève tous les jours inquiets pour leurs
proches. «Slava Ukraini!»
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le chef de l'opposition officielle. Et
je reconnais maintenant M. le député de Laurier-Dorion.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla :
Merci, M. le Président. Il y a quatre ans, l'invasion de l'Ukraine par la
Russie a replongé l'Europe et le monde dans
une guerre d'une brutalité que l'on croyait appartenir au passé. Depuis, des
dizaines de milliers de vies ont été perdues, des villes ont été
détruites et des millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer.
Mais derrière ces chiffres il y a des visages, des histoires de famille, des
enfants qui grandissent au son des sirènes, des
bombes qui touchent leurs cibles et le bruit du vol des drones, des parents qui
vivent dans l'angoisse quotidienne, des personnes âgées déracinées après
toute une vie bâtie dans leurs communautés. Cette guerre, comme toutes les
guerres, est d'abord et avant tout une tragédie humaine.
Aujourd'hui,
l'Assemblée nationale du Québec réaffirme sa solidarité envers le peuple
ukrainien, un peuple qui, malgré l'horreur, continue de défendre sa liberté, sa
démocratie et son droit de décider de son avenir. Nous pensons aussi aux
Québécoises et Québécois d'origine ukrainienne, pour qui cette guerre n'est pas
lointaine. Elle est vécue dans l'inquiétude pour leurs proches, dans le deuil
et dans l'espoir. Nous saluons la résilience extraordinaire du peuple ukrainien, résilience des civils qui maintiennent
la vie quotidienne malgré les bombardements, résilience des travailleurs
et travailleuses qui continuent de faire fonctionner
les services essentiels, résilience d'une société qui refuse de disparaître.
Cette
solidarité doit s'accompagner d'un engagement clair de la communauté
internationale. La paix durable ne se construira pas seulement avec des
armes déposées, elle se construira aussi avec des écoles rebâties, des
infrastructures restaurées et des communautés réunies.
Nous réaffirmons
également notre attachement au respect de l'intégrité territoriale et du droit
international. Le respect du droit international, c'est aussi le respect de la
souveraineté des États, de leur intégrité territoriale et du droit des peuples
à disposer d'eux-mêmes. Ces principes ne sont pas abstraits, ils sont la
condition minimale pour que les relations entre nations reposent sur des règles
plutôt que sur la loi du plus fort. Mais nous devons aussi affirmer une vérité fondamentale : aucune population ne
devrait être condamnée à vivre indéfiniment dans la guerre. L'objectif doit
rester une paix juste et durable, une
paix qui garantisse la sécurité de l'Ukraine, qui respecte sa souveraineté et
qui soit négociée de manière crédible par toutes les parties concernées.
La diplomatie n'est pas un signe de faiblesse, elle est la condition nécessaire
pour mettre fin aux souffrances.
Aujourd'hui plus que
jamais, le Québec se tient du côté des peuples, du côté du droit, du côté de la
paix. Et surtout nous nous souvenons. Nous
nous souvenons des victimes civiles, des soldats, des enfants, des familles
entières dont les vies ont été brisées par cette invasion. Leur mémoire nous
oblige à ne pas détourner le regard. «Slava
Ukraini!» Merci.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Laurier-Dorion. Et je cède
maintenant la parole à M. le député de Jean-Talon.
M. Pascal Paradis
M. Paradis :
Je me souviens, c'est notre devise. Je me souviens que, le
24 février 2022, la Russie a lancé une agression
à grande échelle contre l'Ukraine. Je me souviens que ce n'était pas le début
de la guerre en Ukraine, la Russie ayant envahi la Crimée en 2014. Je me
souviens de la longue histoire de la résistance de l'Ukraine contre
l'envahisseur russe. Je me souviens du
massacre de Boutcha et de tous les crimes de guerre et crimes contre l'humanité
commis par la Russie, dont les attaques indiscriminées contre les
civils, les écoles et les hôpitaux. Je me souviens des victimes de ces crimes
internationaux, dont les centaines de milliers de civils et militaires tués,
ainsi que les 6 millions de réfugiés ukrainiens. Je me souviens des
milliers d'enfants ukrainiens kidnappés par les Russes et toujours disparus. Je
me souviens que les territoires occupés, y compris dans les régions de la
Crimée, de Kherson, de Zaporijjia, de Donetsk, de Louhansk et de Kharkiv, appartiennent toujours à l'Ukraine. Je me
souviens que l'Ukraine se bat pour sa liberté et son indépendance. Je me
souviens que l'Ukraine tient tête avec courage à l'une des plus importantes
puissances militaires du monde. Je me
souviens que nos seuls vrais alliés, nos seuls vrais partenaires stratégiques
dans le monde sont ceux qui ont un attachement sincère à la liberté et
aux valeurs démocratiques, ceux qui appuient l'Ukraine.
Et
parce que je me souviens j'exprime mon admiration pour la résistance et la
résilience de l'Ukraine. Je rends hommage aux Ukrainiennes et aux Ukrainiens,
qui, au péril de leur vie, luttent pour leur droit à l'autodétermination et à
l'existence nationale, parce que mieux vaut mourir debout que vivre à genoux.
Je salue les Ukrainiennes et les Ukrainiens qui sont désormais parmi nous, au
Québec, mais qui craignent pour les leurs restés en Ukraine.
Je nous appelle à
joindre les actes à la parole de façon à renforcer le camp de la paix et de la
démocratie contre la guerre et l'autoritarisme. Je nous appelle à bâtir et
maintenir nos alliances de façon à assurer que la paix mondiale ne puisse pas
être menacée par des tyrans tels que Vladimir Poutine. Je nous appelle à faire
en sorte qu'il n'y ait pas de décision concernant l'Ukraine sans l'Ukraine à la
table. Je nous appelle à ne jamais fléchir dans notre appui à la liberté et à
l'indépendance de l'Ukraine. Vive l'Ukraine libre! «Slava Ukraini!»
Mise aux voix
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député de Jean-Talon. Alors, cette motion est-elle adoptée?
Des voix :
Adopté.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Nous allons maintenant observer une minute de
silence en solidarité avec le peuple ukrainien, avec les Québécois d'origine
ukrainienne.
• (11 h 30
— 11 h 31) •
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Je vous remercie.
Et la prochaine
motion revient à l'opposition officielle, et je reconnais M. le leader de
l'opposition officielle.
M. Tanguay :
M. le Président, je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de
présenter la motion suivante conjointement avec la députée de Laporte et la
députée de Chomedey :
«Que l'Assemblée
nationale reconnaisse qu'il serait malavisé de tenir un référendum sur l'avenir
politique du Québec dans un contexte de turbulences économiques.»
Des voix :
...
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : S'il vous plaît! S'il vous plaît! Y a-t-il consentement
pour débattre de cette motion?
Une voix :
...
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Il n'y a pas de consentement.
Avis
touchant les travaux des commissions
Alors, nous
poursuivons les travaux. Nous sommes rendus, maintenant, aux avis touchant les
travaux des commissions. M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque (Chapleau) : ...cette
Assemblée que la Commission
de l'économie et du travail va poursuivre
l'étude détaillée...
Des voix :
...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Attendez, attendez, attendez. M. le leader, un instant. S'il vous plaît, collègues! S'il vous plaît!
Des voix :
...
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : S'il vous plaît! Les travaux sont en cours. S'il
vous plaît!
Poursuivez, M. le
leader adjoint.
M. Lévesque
(Chapleau) : Merci beaucoup, M. le Président.
Et donc j'avise cette
Assemblée que la Commission de l'économie et du travail va poursuivre l'étude
détaillée du projet de loi n° 3, la Loi visant à
améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de
diverses associations en milieu de travail, aujourd'hui,
après les affaires courantes jusqu'à 13 heures et de 15 heures à
18 h 30, à la salle Marie-Claire-Kirkland;
La Commission des
finances publiques va poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 5, la Loi visant à accélérer
l'octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets
prioritaires et d'envergure nationale, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 13 heures,
à la salle Louis-Hippolyte-La Fontaine;
La
Commission des finances publiques va poursuivre l'étude détaillée du projet de
loi n° 7, la Loi visant à réduire la bureaucratie, à accroître l'efficacité de l'État et à
renforcer l'imputabilité des hauts fonctionnaires, aujourd'hui, de 15 heures à
18 h 30, à la salle Louis-Hippolyte-La Fontaine;
La Commission de la
culture et de l'éducation va poursuivre les consultations particulières et les
auditions publiques sur le projet de loi n° 10, la Loi
protégeant les consommateurs contre les pratiques abusives de revente de
billets et de renouvellement d'abonnements en ligne, aujourd'hui, après les
avis touchant les travaux des commissions jusqu'à 12 h 50 et de
15 heures à 17 h 25, à la salle Pauline-Marois;
La Commission des
relations avec les citoyens va poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 9, la Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec, aujourd'hui,
après les affaires courantes jusqu'à 13 heures et de 15 heures à
18 h 30, à la salle Louis-Joseph-Papineau.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le leader adjoint du gouvernement. Pour
ma part, je vous avise que la Commission de l'économie et du travail se réunira en séance de travail le
jeudi 26 février 2026, de 8 heures à 8 h 30,
à la salle Louis-Hippolyte-La Fontaine, afin de statuer sur la possibilité
que la commission se saisisse d'un mandat d'initiative portant sur
l'accompagnement et le soutien des parents en situation de deuil périnatal.
Je vous avise
également que la Commission de l'aménagement du territoire se réunira en séance
de travail le jeudi 26 février 2026, de 8 h 30 à
9 heures, à la salle Louis-Hippolyte-La Fontaine, afin de statuer sur
la possibilité que la commission se saisisse
d'un mandat d'initiative portant sur la civilité au sein des conseils
municipaux et, plus largement, sur la
dégradation du respect envers les élus de tous les paliers de gouvernement et
les enjeux liés au harcèlement et aux menaces envers ceux-ci.
Enfin, je vous avise
que la Commission des institutions se réunira en séance de travail le
jeudi 26 février 2026 à la salle RC.171, de 8 heures à
8 h 30, afin de statuer sur la possibilité que la commission se
saisisse d'un mandat d'initiative portant
sur l'impact de la criminalité organisée et de l'extorsion dans l'industrie des
bars et des restaurants au Québec et,
de 8 h 30 à 9 heures, afin de statuer sur la possibilité que la
commission se saisisse d'un mandat d'initiative portant sur la situation
de la traite des personnes au Québec.
La période des
affaires courantes étant terminée, nous allons maintenant passer aux affaires
du jour.
Une voix :
...
Renseignements sur les
travaux de l'Assemblée
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Oui, M. le leader. Oui, allez-y.
M. Tanguay :
M. le Président, renseignements sur les travaux de ce qui est à l'agenda du
gouvernement. Nous aimerions savoir, question toute simple : Est-ce que le
gouvernement a compris quelque chose hier? Le gouvernement va-t-il faire
cheminer le projet de loi n° 496 pour reconnaître le
papillon amiral blanc? Va-t-il faire cheminer ça en article par article ou il a
compris puis il ne va pas l'appeler cette semaine, M. le Président?
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque (Chapleau) : Oui.
Merci beaucoup, M. le Président. Peut-être une réponse au collègue de
l'opposition officielle, là. Je pense qu'il a manqué une bonne game cette
semaine. D'ailleurs, on débat et on discute de plusieurs projets de loi, autant
dans les commissions qu'ici, au salon rouge, quelques exemples : le projet
de loi n° 1 visant à doter le Québec d'une constitution, le
projet de loi n° 3 sur la démocratie syndicale, le projet de loi n° 7 sur l'allègement de la bureaucratie, le projet de loi n° 9 sur le renforcement de la laïcité, le projet de loi... le projet de loi n° 11
sur l'allègement réglementaire, le projet de loi n° 13
sur la sécurité, M. le Président, et j'en passe.
Donc, il y a
d'immenses, de nombreuses priorités, au gouvernement, sur lesquelles on
travaille, ce qui ne nous empêche pas de travailler aussi sur d'autres
dossiers. Merci beaucoup, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Une dernière intervention. Allez-y, monsieur.
M. Tanguay :
La question est toute simple : Oui ou non, papillon?
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Alors, je vous invite, à ce moment-là, M. le
leader, à poursuivre la discussion afin d'arriver à des ententes pour
poursuivre nos travaux.
Affaires du jour
Alors, pour
l'instant, je vais retourner à M. le leader adjoint du gouvernement pour la
suite des travaux.
M. Lévesque (Chapleau) :
Merci
beaucoup, M. le Président. Et je demande de bien vouloir appeler l'article 1
du feuilleton, s'il vous plaît.
Projet
de loi n° 1
Adoption du principe
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : À l'article 1 du
feuilleton, M. le ministre de la Justice et ministre responsable des Relations
canadiennes propose l'adoption du principe du projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de
2025 sur le Québec.
Je reconnais, dans un premier temps, M. le
ministre de la Justice.
M. Simon Jolin-Barrette
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Chers collègues, la semaine dernière se sont conclues les
consultations publiques sur le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle
de 2025 sur le Québec. Ces consultations ont été les plus vastes de la présente
décennie. Ce n'est pas banal, M. le Président, plus de 300 intervenants
ont participé aux consultations, plus de 200 groupes sont venus présenter
leurs mémoires et échanger avec les députés en commission parlementaire, une
consultation large, vaste, où on a entendu tout le monde, M. le Président.
Elles ont... elles nous ont permis
d'entendre des groupes issus de divers horizons : citoyens, professeurs,
organismes communautaires, société civile, et j'en passe.
D'ailleurs, je tiens une fois de plus à
remercier tous ceux et celles qui sont venus et qui se sont prêtés à cet
exercice fort utile. Nous avons entendu des citoyens, M. le Président. Toute la
population québécoise était convenue. Nous avons eu droit à un vaste éventail
de points de vue et à de nombreuses recommandations que nous aurons l'occasion
d'analyser.
Quoi qu'on en dise, ces consultations témoignent
d'un engouement certain pour le projet de constitution du Québec. On pense souvent à tort que le débat constitutionnel
n'intéresse plus les Québécois. Or, nous avons pu le constater, M. le Président, qu'il anime encore bien des
coeurs et qu'il revisite et ressuscite un intérêt qui était caché, M. le
Président, et qui était en dormance. Si les débats des dernières
semaines ont prouvé quelque chose, c'est que les questions constitutionnelles
sont fondamentales et importantes pour la nation québécoise.
Nous avons entendu des témoignages en faveur du
projet de constitution et des commentaires qui ne vont pas dans le même sens
que le projet que nous proposons aux Québécois, et c'est tout à fait normal. Le
processus d'adoption des lois au Québec est profondément démocratique et permet
de faire entendre une pluralité de voix et d'avoir des débats d'idées. Je pense, M. le Président, que les consultations
générales du projet de loi n° 1 en sont le meilleur exemple.
Le projet d'une constitution pour le Québec
n'est pas nouveau. Elle a été longtemps souhaitée, longuement discutée. Elle a même été tentée, mais jamais réalisée.
Ce que nous proposons aux Québécois, c'est de corriger ce qu'on peut qualifier d'anomalie historique. M. Antonin-Xavier
Fournier, de l'organisme Droits collectifs Québec, l'a d'ailleurs rappelé
lors de son passage en commission, vous me permettrez de le citer : «Il y
a plus de 100 États fédérés à travers le monde qui ont leur propre
Constitution. Alors, c'est une anomalie, en quelque sorte, que, dans un État
plurinational comme le Canada, le Québec ne puisse pas avoir sa propre
Constitution.»
J'ajouterais
à cela, M. le Président, qu'il est d'autant plus anormal qu'une partie de nos
textes fondateurs se retrouve à Ottawa, dans une forme à laquelle nous
n'avons jamais adhéré. Nous ne pouvons plus tolérer que le seul texte
constitutionnel dans lequel les Québécois doivent tenter de se reconnaître soit
la Loi constitutionnelle de 1982, adoptée sans
l'assentiment du Québec. Il est plus que nécessaire de regrouper dans un texte
profondément québécois les fondements de notre État et de notre
existence comme nation.
L'étude détaillée sera l'occasion de constater
que le projet de loi n'est que le reflet de plusieurs grandes avancées de... et de réalisations collectives dont
nous pouvons être fiers. Pensons notamment à la charte québécoise des droits
et libertés de la personne, à la loi 101, bonifiée par le projet de loi
n° 96, ou encore à la loi n° 21.
Permettez-moi, d'ailleurs, de citer à cet égard
le Pr François Côté, qui a affirmé, lors des consultations, que «le projet de constitution,
le projet de loi n° 1, en ce sens, est une entreprise
ambitieuse, légitime et nécessaire qui va permettre de formaliser la réalité
qui est que le Québec, en tant qu'État, soit doté jusqu'ici d'un ensemble de
lois, de normes, de règles, de coutumes et
d'usages à valeur quasi constitutionnelle qui n'attendaient que d'être
formellement reconnus pour pouvoir s'élever dans le grand ordre
constitutionnel de cette fédération».
• (11 h 40) •
Je le dis et
je le répète, M. le Président, la Constitution, c'est d'abord un outil pour protéger
les Québécois, protéger les droits, l'identité et les spécificités de la nation
québécoise. Elle renforcera nos institutions, notre caractère distinct et
notre vision des droits et libertés, et
notamment elle renforcera notre Assemblée nationale, et surtout elle propose de
rassembler tous les Québécois, qu'ils soient originaires d'ici ou
d'ailleurs, autour de nos valeurs communes.
D'ailleurs, je tiens à le réitérer en ces murs,
la Constitution reconnaît les 11 nations autochtones avec qui nous partageons le territoire du Québec ainsi que leurs
droits ancestraux ou issus de traités. Elle reconnaît aussi les institutions
de la communauté québécoise d'expression
anglaise et n'affecte en rien leurs droits. Comme l'a souligné le Pr Guy
Laforest, au Québec, on parle de ces choses-là depuis quatre ou cinq
décennies. Donc, il me semble clair que le gouvernement a toute la légitimité
d'agir sur ce front-là.
Avec le projet de loi n° 1, M. le
Président, nous mettons la balle au jeu, nous ouvrons un dialogue avec l'ensemble des parlementaires et nous faisons une
proposition constitutionnelle concrète aux Québécois. Nous avons ouvert
la discussion avec les Québécois.
Le projet de constitution
ne clôt pas le débat, il propose plutôt de l'entamer. Le texte que nous vous
proposons est un point de départ. Ce
que nous proposons à cette Assemblée, c'est de saisir une image du cadre
constitutionnel québécois tel qu'il est aujourd'hui sans pour autant le cristalliser à jamais. Les
parlementaires, au nom des Québécois et des Québécoises, sauront, j'en
suis persuadé, continuer à faire vivre cette Constitution pour les décennies à
venir.
Comme l'a
souligné le Mouvement national des Québécois et des Québécoises, dans certains
cas, et nous pensons que nous sommes devant un tel cas, il est dans
notre intérêt national de dépasser la partisanerie, de faire les efforts
nécessaires pour arriver à des compromis, déposer des amendements, suggérer des
flexibilités et des ouvertures.
Vous me permettrez, M. le Président, de faire
miennes ces sages paroles et d'inviter mes collègues des oppositions à faire
preuve d'ouverture dans les prochaines semaines, alors que nous entamerons
l'étude détaillée du projet de loi. Il en va de l'intérêt de la nation
québécoise, M. le Président. Et ce serait une erreur, M. le Président, d'agir
comme l'ont fait le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti
québécois dans un geste de fermeture. Et,
s'ils refusent de débattre, M. le Président, et s'ils font en sorte d'allonger
les procédures parlementaires pour éviter que le texte soit adopté, M.
le Président, ce serait, M. le Président, d'une grande tristesse pour la nation
québécoise. D'avoir trois formations politiques qui priveraient le Québec d'un
outil juridique et constitutionnel pour assurer davantage d'autonomie au peuple
québécois, à la nation québécoise, ce serait une grande erreur, M. le
Président, parce que ça affaiblirait le Québec. Et le Québec a besoin de tous
les outils à sa portée pour faire des gains à l'intérieur du Canada.
Il s'agit d'un test de leadership aussi, de
transparence, d'intégrité et de franchise envers la nation québécoise. Parce
que, si le Parti libéral du Québec bloque le texte, M. le Président, ils ne
pourront se réclamer du nationalisme, ils ne pourront se réclamer de défendre
les valeurs québécoises, ils ne pourront se réclamer de leur nouveau chef, Charles Milliard, qui souhaite tendre la main aux
Québécoises et aux Québécois. Et ça voudra dire également, M. le Président, que
les régions ne seront pas mises de l'avant par le Parti libéral du Québec.
Même
chose au niveau de Québec solidaire. Il faut écouter les gens en dehors de
Montréal, M. le Président. Il ne faut pas être montréalocentrique. Il faut
faire en sorte de faire preuve d'ouverture envers l'ensemble de la population
québécoise.
Et, pour le Parti québécois, M. le
Président, il faut penser à la patrie avant le parti, M. le Président, parce
que cette Constitution-là, peu importe qu'elle vive à l'intérieur du Canada ou
à l'extérieur du Canada, elle défendra les prérogatives de la nation
québécoise, de son Assemblée nationale, de ses institutions, de ses tribunaux,
de la primauté du droit, des valeurs québécoises et de notre vivre-ensemble
collectif, car, si nous sommes distincts, M. le Président, il faut bien l'inscrire à quelque part. Et quoi de
mieux de le faire que dans notre Constitution québécoise? Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le ministre de la Justice. Et, prochain intervenant, je reconnais M. le
député de l'Acadie.
M. André Albert Morin
M. Morin : Merci,
M. le Président. Alors, étape importante du projet de loi n° 1,
nous sommes à l'adoption du principe. Et ce projet de loi qui est proposé par
le gouvernement et le ministre de la Justice, en fait, comporte trois documents
législatifs, la Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, la Loi sur
l'autonomie constitutionnelle du Québec, la Loi sur le Conseil constitutionnel,
et, par la suite, des modifications à la Loi constitutionnelle de 1867.
Dans un premier temps, M. le Président, avant de
m'attaquer au texte proposé par le gouvernement dans une constitution caquiste,
je vais faire quelques remarques globales sur ce que devrait être... ce que
doit être un véritable texte constitutionnel. Et je vous dirai d'emblée, M. le
Président, que le Parti libéral du Québec, ma formation politique, n'est pas
contre l'idée d'une constitution, bien au contraire. Et là je vois M. le
ministre, là, qui nous... qui nous fait des petits signes comme ça, là. Mais,
non, non, soyons sérieux, et je suis très sérieux, le Parti libéral du Québec
n'est pas contre l'idée d'une constitution. Il y a une différence entre une
constitution pour une nation et une constitution qui émane d'un gouvernement caquiste. Là, on parle d'autre chose. Mais,
quand on parle de constitution, il n'y a pas de souci. Je vous dirai, M.
le Président, que ça va faire bientôt... en fait, presque 60 ans que le
Parti libéral du Québec parle de constitution.
Et je vous
réfère à M. Paul Gérin-Lajoie, qui, dès 1967, demandait un rapport au
Comité des affaires constitutionnelles de la Commission politique de la
Fédération libérale du Québec, et ce, dans le but de définir l'organisation et
le fonctionnement de l'État québécois. Paul
Gérin-Lajoie voulait que le Québec occupe toute sa place au sein de la
fédération canadienne et que le Québec occupe, dans le monde, toute sa
place dans ses champs de compétence. Il voulait que le Québec, que la nation québécoise puisse défendre ses intérêts, mais en
étant rassemblés autour d'une vision qui fait consensus. Et le mot-clé, ici, M. le Président, c'est
«consensus», parce que, fondamentalement, une constitution, un texte
constitutionnel doit faire consensus au sein d'une population. Et donc
Gérin-Lajoie voulait, avec cette vision, suite à l'obtention d'un consensus, aider le Québec à relever les défis qui
l'attendent. Il voulait une constitution pour le Québec soumise à l'approbation
de l'ensemble du peuple québécois.
Je vous rappelle qu'on était en 1967 et ce
qu'il souhaitait, évidemment... c'était un texte législatif qui allait
évidemment permettre au Québec de s'affirmer dans son développement économique,
dans la pérennité du français, dans la
vitalité de la culture québécoise, dans l'intégration des immigrants, la
francisation, particulièrement dans le respect des libertés
fondamentales, une constitution qui allait traiter de domaines aussi importants
que la santé, l'éducation, la culture,
l'environnement, le logement, l'agriculture, une constitution qui allait se
faire en partenariat avec les Premières Nations et les Inuits. Et là je vous parle de travaux de réflexion au sein de ma
formation politique, le Parti libéral du Québec, depuis les
années 60.
• (11 h 50) •
Mais
ce n'est pas tout. On se rappelle le regretté Benoît Pelletier, ancien député
de Chapleau, ministre, qui voulait également adopter une constitution
pour le Québec, doter le Québec d'une loi fondamentale afin de lui permettre de
se développer au sein de la fédération canadienne.
Plus récemment, les membres du Parti libéral du
Québec, en congrès à Lévis, votaient une résolution pour doter le Québec d'une
loi fondamentale, d'une constitution, et ce, fondamentalement pour trois
raisons. D'abord, pour affirmer la place du Québec au sein de la fédération
canadienne, pour permettre aux Québécois de se définir, d'affirmer leurs valeurs, leur identité, leur rôle au sein de
la fédération canadienne, et, bien sûr, une constitution qui allait renforcer
les droits et libertés de tous les Québécois et les Québécoises.
Une
constitution qui allait rassembler l'ensemble de la nation. Je référais, il y a
quelques instants, à l'importance d'un consensus, et c'est fondamental
quand on parle d'un texte constitutionnel. Un projet unificateur avec une
vision renouvelée pour le Québec, une loi à
laquelle les Québécois et les Québécoises pourraient s'identifier, s'unir,
faire consensus. Une loi qui doit
être rédigée, après de larges consultations populaires, par un comité
transpartisan composé, évidemment, de citoyens.
Je vous rappelle, M. le Président, que, dans le
rapport d'expert qui a été présenté au ministre de la Justice, le rapport Proulx-Rousseau,
rapport qui a été confectionné, réfléchi à la demande du gouvernement et du
ministre de la Justice, un des éléments
hyperimportants, c'était de dire qu'il fallait une consultation transpartisane.
Donc, c'est un élément qu'il faut retenir.
Je vous dirai
également qu'il faut un projet de constitution travaillé en amont, travaillé
avec les Premières Nations et les
Inuits. Et donc une constitution, dans une vision libérale de la chose,
reposerait sur l'ensemble de ces éléments-là et, bien sûr, aurait pour
effet d'enchâsser la charte québécoise des droits et libertés de la personne et
la Charte de la langue française.
Une constitution qui mettrait de l'avant les
compétences du Québec dans le but de prévenir et d'empêcher des empiétements du fédéral dans nos champs de
compétence, une constitution qui laisserait une grande part aux régions du Québec afin d'avoir un Québec prospère, une
constitution qui reconnaîtrait les droits des Québécois d'expression anglaise, assurant
leur droit à des services en anglais dans la gestion de leurs institutions en
éducation, en santé.
Une
déclaration rédigée avec les Premières Nations et les Inuits. Une constitution
qui ferait la place à la Déclaration des Nations unies sur les droits
des peuples autochtones, une constitution qui ferait consensus.
Un consensus, quand on parle d'un texte aussi
important avec les éléments essentiels que je viens de citer, c'est la première
étape, M. le Président. Parce qu'il ne faut jamais oublier qu'une constitution
appartient au peuple. Elle est développée
par le peuple, pour le peuple. C'est ça, une véritable constitution. Et
j'écoutais attentivement M. le ministre à la toute fin de son exposé et je lui répondrai globalement qu'une
constitution du peuple c'est exactement l'inverse de ce que la CAQ nous
propose, carrément. Et il n'y a aucune ambiguïté là-dessus.
Le projet de constitution
caquiste, et c'est comme ça que je vais l'appeler parce que c'est tout sauf une
constitution du peuple, c'est un projet de loi qui divise et qui fait
tout sauf un consensus. Et le ministre voudrait, c'est ce qu'il disait à la fin, que l'opposition officielle, on soit
d'accord avec ça. Eh bien, non, on ne peut pas être d'accord avec ça, parce que
c'est un projet qui divise. Et là, dans les minutes qui suivent, je vais avoir
l'opportunité de vous expliquer pourquoi.
Et le premier élément qui a divisé tout le monde
dans un projet de constitution rédigé dans le bureau du ministre — ce
n'est pas très transpartisan, ça, M. le Président — bien, je vais référer,
dans le projet de loi, à la loi qui s'appelle
la Constitution. À l'article 29 : «L'État protège la liberté des
femmes d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse.» En fait,
avec cette disposition-là, le ministre a réussi un consensus contre lui, une
levée de boucliers. Mais ce qui est particulier avec cette idée du
ministre, c'est que, peu de temps avant, sa collègue, alors qu'elle était
ministre de la Condition féminine, a songé à
légiférer sur l'interruption volontaire de grossesse. Et, à ce moment-là, les
groupes de femmes, juristes, professeures, médecins, infirmières, lui
ont toutes dit : C'est une fausse bonne idée. S'il vous plaît, ne faites pas ça, n'y allez pas. L'interruption
volontaire de grossesse, c'est un soin de santé au Canada, au Québec, c'est protégé,
ne touchez pas à ça. Qu'à cela ne tienne, le ministre de la Justice a
recommencé le même procédé, la même recette,
l'inclure dans un texte législatif. Fascinant! Pensait-il obtenir un résultat
différent? Habituellement, en cuisine, quand on fait exactement la même
recette, on obtient habituellement le même résultat, tu sais. Vous faites un
gâteau, vous allez avoir le même gâteau. C'est clair, là. Vous ne changez rien,
là. Qu'est-ce qu'il n'avait pas compris, le ministre, de sa collègue? Sa collègue, d'ailleurs, qui a reculé puis qui a
dit : Bien, écoutez, on va plutôt travailler avec des groupes pour
être capables de mettre en place des mécanismes qui vont... qui vont assurer
l'accès à l'interruption volontaire de grossesse.
Alors, le ministre, avec son idée, a fait en
sorte que, dans les consultations populaires... Et puis on a été obligés de
forcer pour avoir des consultations générales, avec très peu de temps par
intervenant. Mais ce qu'il a réussi, c'est d'alarmer tous les groupes de
femmes, des spécialistes, des professeurs, des chercheurs, des médecins, des
infirmières. 37 groupes sont venus nous parler. Sur les 37, M. le Président, il
y en a 36 qui étaient contre cet article-là, unanimement, un pour. Et on a entendu des femmes qui étaient
apeurées, qui ne comprenaient pas, qui lui disaient : S'il vous plaît, ne
touchez pas à ça, on a déjà vécu le drame,
on ne veut pas le revivre, pour toutes sortes de bonnes raisons, mais le
ministre s'est entêté.
• (12 heures) •
On aurait pu prendre ce temps-là pour entendre
d'autres groupes, avoir plus de temps avec des groupes. Cinq, six, sept, huit
minutes par groupe, ce n'est pas très long quand on a des experts pour parler
d'un texte aussi fondamental qu'une constitution. Mais, non, le ministre s'est
entêté. Tout le monde sonnait l'alarme. Finalement, on a terminé les consultations. L'opposition officielle, on a même
demandé une session de travail pour revenir sur la question puis essayer
de faire comprendre au gouvernement que ça n'allait pas nulle part.
Heureusement, il y a une
course à la chefferie à la CAQ. Donc, les candidats, candidates ont rappelé que
ce n'était pas une très bonne idée. Et là le
ministre a reculé, reculé. Le même ministre qui nous disait il y a quelques
minutes : On espère que les libéraux puis l'opposition officielle
ne vont pas s'opposer à mon projet de loi. Bien non! Imaginez si on n'avait
rien dit. Le ministre veut avoir une caution avec ce qu'il fait, très peu pour
moi, M. le Président. On va travailler ça
comme on a fait avec l'article 29. Il y avait ma collègue la députée de
Robert-Baldwin qui m'accompagnait, qui a évidemment mené la charge,
elle, également. Et on a rencontré des groupes de femmes qui ne comprenaient
pas, ne saisissaient pas, qui étaient apeurées. Alors, ça a donné quoi? Bien,
ça a donné que le gouvernement a apeuré tout le
monde, puis là il a reculé. Est-ce que c'est ça, l'idée d'une constitution pour
la nation québécoise, M. le Président? C'est ça, faire un... rallier les gens? Pas du tout. Ça, c'était un exercice
d'alarme pour les gens. Heureusement, ça va disparaître de là, mais il y en a combien, d'autres articles
comme ça, dans son projet de loi de constitution caquiste? Et ça, je tenais
à le souligner.
Étonnamment, alors que les candidats, candidates
à la chefferie de la CAQ parlaient du projet de constitution, le ministre, lui,
soutenait qu'il était souverain. Alors, le souverain a reculé, mais que de
temps avons-nous perdu en commission, mais revenons à la Constitution, revenons
au processus que le ministre a décidé de mettre en place pour consulter les gens et parlons de ce qu'il a mis en
place pour aller recueillir l'information des Premières Nations, un désastre,
littéralement.
D'abord, vous regarderez le texte du projet de
loi n° 1, M. le Président, essayez de trouver un article où on accorde des droits aux Premières Nations, vous
allez chercher longtemps, il n'y en a pas. Il y a trois considérants, c'est
tout, dans le préambule. Bien sûr, le
préambule fait partie de la loi. Ça interprète la loi, ça donne un peu
d'indications sur ce que le gouvernement veut faire, mais une
reconnaissance des droits des Premières Nations, non, cherchez, vous n'en
trouverez pas.
Quel désastre en consultations, d'abord, avec le
chef de l'Assemblée des Premières Nations, et je vais le répéter, M. le Président, l'Assemblée des
Premières Nations. Pourquoi? Parce que le ministre, en commission,
l'appelait le chef de l'association des Premières Nations. Ce n'est
pas... ce n'est pas un organisme à but non lucratif, ça, c'est une assemblée
délibérante de grands chefs de nations. Alors, si on veut parler de nation à
nation comme ce gouvernement nous invite à le faire, bien, il faudrait
peut-être au moins reconnaître qu'il s'agit d'une assemblée, pas d'une
association, mais ça n'a rien donné, rien donné, sept, huit minutes.
On a eu également le grand chef des nations
cries, qui sont venues nous voir, Me Murdoch, quelques minutes, le grand chef
de la nation wendat qui était là, même chose. Pensez-vous sincèrement, M. le
Président, que, pour des éléments aussi
importants, dans un cadre réglementaire assez strict, celui de nos règlements,
on va être capables de tendre la main aux Premières Nations en sept,
huit minutes puis à leur dire : Bien, écoutez, on a un texte ici, trois
considérants, qu'est-ce que vous en pensez? Bien non, ça ne fonctionne pas. Ça
ne fonctionne pas comme ça. Ça ne fonctionne pas du tout comme ça.
D'ailleurs, d'ailleurs, on a été privilégiés,
cependant, parce qu'en commission on a reçu plusieurs experts et expertes qui
sont venus nous parler de, normalement, ce qu'on devrait faire quand on veut
faire une vraie constitution, et
permettez-moi, puisque je vous parlais des Premières Nations, de référer au
mémoire de la Pre Millaire, une Wendate, professeure à l'Université de
Montréal, à la Faculté de droit. Elle écrit d'emblée, et c'est son
opinion : «Le présent mémoire démontre que le projet de loi
n° 1 est inconstitutionnel tant sur la forme que sur le fond.»
Alors, c'est sûr, c'est l'opinion d'une experte
en droit autochtone, mais, pour une avocate professeure, c'est quand même fort
comme énoncé, et, moi, comme parlementaire, quand je lis ça et que je
l'entends, bien, je me dis : Attendez un instant, là. Nous, là, dans
l'opposition officielle, là, on regarde, on regarde tous les projets de loi
avec énormément d'attention. Et, quand on vient me dire en commission :
Écoutez, c'est probablement inconstitutionnel, puis le ministre me dit : Bien, on espère que l'opposition officielle
ne va pas s'y opposer... Bien, voyons donc! On peut peut-être regarder
la constitutionnalité du document.
Alors, ça commence comme ça. Et, par la suite,
elle nous dit, et je cite son mémoire à la page 3 : «Le projet de loi
n° 1 pourrait mener à des violations graves de droits
constitutionnels — rien
de moins que ça — à
l'égard des Premières Nations.» Elle nous
rappelle le principe de l'honneur de la Couronne. Eh oui, c'est un principe en
droit, bien établi, qui souligne que,
quand un gouvernement négocie, que ce soit celui du Québec ou du fédéral, avec
les Premières Nations, il doit le faire avec ouverture et de bonne foi.
Alors, pour moi, l'ouverture et la bonne foi, ça se traduit par plus que six, ou sept, ou huit minutes en commission
parlementaire, avec des représentations... avec des représentants des nations autochtones.
Donc, violations graves de droits constitutionnels.
Et elle nous rappelle la Déclaration des Nations
unies sur les droits des peuples autochtones. Et je vous rappelle, M. le Président, que l'Assemblée nationale a
adopté une motion validant ce document. Ce n'est pas dans une loi québécoise,
mais on a une motion de l'Assemblée
nationale. Et le gouvernement, le ministre de la Justice connaît très bien ce
document des Nations Unies, qui, lui, a été rédigé après de vastes
consultations auprès des peuples autochtones de par le monde.
Et c'est très intéressant parce que, dans ce
document, bien, là, il y en a une, recette, une bonne recette pour être capable
de travailler avec les peuples autochtones. Et permettez-moi de vous lire
l'article 18 de la déclaration, qui dit ceci :
«Les peuples autochtones ont le droit de participer à la prise de décisions sur
des questions qui peuvent concerner leurs droits, par l'intermédiaire de représentants qu'ils ont eux-mêmes
choisis conformément à leurs propres procédures, ainsi que le droit de
conserver et de développer leurs propres institutions décisionnelles.»
«Les États — article 19 — se
concertent et coopèrent de bonne foi avec les peuples autochtones intéressés — par
l'intermédiaire de leurs propres institutions représentatives — avant
d'adopter et d'appliquer des mesures législatives ou administratives
susceptibles de concerner les peuples autochtones, afin d'obtenir leur
consentement préalable, donné librement et en [toute] connaissance de cause.»
Pensez-vous sincèrement,
M. le Président, que des consultations de huit, neuf, 10 minutes, mettons
15 ou 20, c'est conforme aux articles 18 et 19 de la déclaration? Moi, je
ne le vois pas. Et ce qui aurait dû être fait, parce que les Premières Nations
occupent le territoire tout comme nous... ce qui aurait dû être fait, c'est de
travailler en codirection avec eux, avec ces nations, s'asseoir.
• (12 h 10) •
Je ne dis pas
au gouvernement... Parce qu'évidemment il y a le secret des délibérations au
Conseil des ministres, on parle d'un projet de loi lorsqu'il est déposé à
l'Assemblée nationale. Ça, je le conçois très bien. Je ne dis pas qu'il
faut envoyer une copie du projet de loi avant, ce n'est pas ce que je dis. Mais
le gouvernement devrait être capable de s'asseoir avec les représentants des
Premières Nations et dire : Voici le projet que nous voulons mettre de
l'avant, et vous êtes concernés, et nous voulons travailler avec vous, et nous voulons
travailler en codirection avec vous pour qu'il y ait véritablement un
consensus. C'est exactement ce que la déclaration dit, c'est exactement ce que
le professeur Millaire recommandait. Est-ce
que le gouvernement de la CAQ a fait ça? Non, du tout, aucunement. Donc, il y a
un enjeu majeur en commençant.
Mais il y a d'autres éléments. Si vous regardez
le projet de loi, on dit, entre autres, que les droits collectifs de la nation québécoise s'interprètent de façon
extensive. Est-ce que ça va avoir pour effet de réduire les droits des Premières Nations? C'est autant de questions qu'on va avoir à poser
à M. le ministre. Mais il y a une chose qui est sûre, c'est que ce n'est
pas clair.
Et il y a un
autre élément qui est très important dans le document, je le note, et c'est
l'article 50 de la Constitution : «Le gouvernement soutient
activement l'essor des communautés francophones et acadienne.» C'est louable.
Qu'en est-il des Premières Nations? Est-ce que c'est un oubli? Ce serait
étonnant, M. le Président, parce qu'il y a référence aux Premières Nations dans les considérants. Alors, que fait le
gouvernement? Ça aurait été intéressant aussi qu'il y ait une disposition qui
traite des droits de la communauté anglophone. Est-ce que c'est aussi un
oubli? Parce que c'est juste un considérant jusqu'à maintenant.
Mais il y a beaucoup plus que ça, M. le
Président, et il y a beaucoup plus d'éléments qui sont troublants dans ce
projet de loi. Les Pres Karazivan et Valois, deux professeures de la Faculté de
droit de l'Université de Montréal, soutiennent
que, par les modifications que le gouvernement veut apporter à la charte
québécoise, notamment dans la partie V, article 24, la charte s'interprète malgré l'utilisation de termes
similaires qui sont distincts de la charte canadienne. Et là on ne sait
pas trop ce que ça va donner en bout de piste parce que, d'une part,
présentement, les tribunaux interprètent déjà la charte québécoise
distinctement, mais, pour certains dossiers, pour le bien des citoyens, et des
citoyennes, et des résidents du Québec, les tribunaux peuvent cumuler l'effet
des droits individuels de la charte canadienne et de la charte québécoise pour aider, bien sûr, et reconnaître des droits aux
résidents et aux citoyens qui sont au Québec. Est-ce que la charte va
venir modifier ça avec les dispositions prévues dans le projet de loi du
ministre? On ne le sait pas. On ne le sait pas.
Et, d'ailleurs, les professeures nous disaient,
Karazivan et Valois, et je les cite à la page 9 : «En instaurant la
prédominance des droits collectifs de la nation québécoise, le projet de loi
constitue un recul important dans l'effort global et local de protection des
droits fondamentaux.» Alors, ce n'est pas banal. Encore là, c'est leur opinion.
On aura l'opportunité d'en discuter. Mais, quand un gouvernement nous présente
un projet de loi et que des experts viennent nous
dire qu'il s'agit là d'un recul important dans la protection des droits
fondamentaux, alors que la protection des droits fondamentaux, ça fait partie de l'ADN de ma formation politique, le
ministre voudrait qu'on saute de joie, qu'on soit d'accord. Je ne crois
pas. Au contraire. Au contraire. Et, ça, il faut le dire. Il ne faut pas se
gêner pour en parler.
Donc,
présentement, dans notre régime fédéral, les gens bénéficient de la protection
à différents niveaux, et c'est un volet qui est important. Et, comprenez-moi
bien, je vais être très clair, M. le Président, là, je ne vous dis pas, là, que
le rapatriement de la Constitution unilatéral de 1982, c'est une bonne chose.
Non, non, non. Comprenez-moi bien. Ça s'est
fait d'une façon qui n'a pas d'allure. On ne va pas signer ça, c'est bien clair.
Clairement. Mais, une fois que j'ai dit ça, sincèrement, est-ce qu'il y a un juriste... est-ce
que le Procureur général du Québec va nous dire que la charte canadienne ne
s'applique pas au Québec? Est-ce qu'il plaiderait, demain matin, dans un procès
pénal, qu'un accusé n'a pas le droit aux droits énoncés dans la charte
canadienne? Il va plaider ça, le Procureur général? Je ne pense pas, non.
Alors, on a
ici une addition de différents types de droits dans des documents qui sont
fondamentaux. Et ça, c'est pour le
bénéfice des gens qui sont ici. Et les tribunaux, n'en déplaise à M. le
ministre, surtout les tribunaux supérieurs, bien, ils vont continuer
d'interpréter la charte québécoise et la charte canadienne, absolument.
Mais il n'y a pas que ça. Si seulement on
arrêtait là, ce ne serait pas si pire, mais on a également entendu en
commission le Barreau du Québec, un ordre professionnel indépendant composé de
juristes. Et ce que le Barreau est venu nous
dire, et ce n'est pas banal : Le projet de loi est un affaiblissement du
régime québécois de protection des droits fondamentaux et libertés de la
personne. Écoutez, la charte québécoise des droits de la personne, c'est une
réalisation libérale dont on est excessivement fiers, mais nous, les libéraux,
on ne veut pas qu'elle soit charcutée à tout bout de champ, on veut qu'elle
prenne sa pleine vigueur, sa pleine force, son plein effet, pour que les gens
qui sont ici puissent invoquer des droits qui leur sont énoncés.
Et ça, c'est effectivement très important, mais
le Barreau nous dit également que, compte tenu de la façon dont les lois sont
rédigées présentement, ça risque de créer plusieurs contentieux. Alors, je ne
sais pas si c'est ce que le ministre veut
faire, mais on peut penser qu'il y aura plusieurs litiges à cause de son projet
de loi. Et ça, il faut le mentionner, il faut le mentionner.
Je vous parlais, au départ... Il y a
trois pièces législatives, dans le projet de loi n° 1, dont celle sur
l'autonomie constitutionnelle du Québec. Le Barreau nous dit, dans leur
mémoire, que le fait de vouloir interdire à des centaines d'organismes de
contester la constitutionnalité de certaines lois, ça va avoir un impact et ça
va diminuer des contre-pouvoirs. Et, comprenez-moi bien,
quand on regarde l'article 5 de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle,
que j'ai lu et relu à plusieurs reprises, ça ne dit pas que les organismes,
notamment, qu'on retrouve à l'annexe I, et il y en a une série, on pourra en reparler, ça ne dit pas qu'ils
ne peuvent pas s'adresser aux tribunaux. Non, non, non, c'est beaucoup plus subtil
que ça. Ce que ça dit, c'est que ces organismes-là, dont les ordres
professionnels, dont les ministères, dont les universités,
dont les commissions scolaires, ne pourront pas utiliser des sommes provenant
du fonds consolidé du revenu, provenant
des impôts, des taxes, de droits, de sanctions, ils ne pourront pas contester,
alors que le Parlement, lui, aura pu déclarer
qu'une disposition qui protège la nation québécoise ainsi que l'autonomie
constitutionnelle et les caractéristiques fondamentales du Québec aurait été
décrétée. Donc, si le Parlement décrète ça, ah! ces organismes-là ne pourront
pas utiliser des fonds publics pour les contester. Ils vont pouvoir les
contester, mais pas avec des fonds publics, alors... Et puis il y a... il n'y a
pas que ça, hein? Si jamais les membres et administrateurs de ces organismes-là
approuvaient l'utilisation de telles sommes, ils pourraient en être
responsables solidairement, personnellement. Presque pas revanchard, comme
texte de loi. Des organismes ont contesté certaines lois québécoises du
gouvernement de la CAQ, et la CAQ, en fin de
régime, nous propose ceci au menu : On n'a pas aimé vos contestations,
vous n'en ferez plus. Ça, dans une constitution, c'est pas mal fort, M.
le Président.
• (12 h 20) •
Et le Barreau s'est élevé contre ça, absolument,
mais le Barreau soutient également que ce projet de loi va créer un affaiblissement du régime québécois de la
protection des droits et libertés de la personne. Il y aura à nouveau une
modification de la charte québécoise,
l'article 9.1, qui peut justifier une atteinte aux droits et libertés. Il
y aura désormais huit critères, alors qu'au début il n'y en avait pas
puis qu'il y en a trois qui ont été ajoutés en 1982. L'obligation pour les tribunaux de concilier des droits individuels
et des droits collectifs. Dans mon livre à moi, les tribunaux sont indépendants,
mais là on ne sait pas trop où on va atterrir.
Et, quand on regarde la liste des organismes qui
sont visés par l'article 5, c'est à l'annexe I, on y retrouve une série
d'organismes publics, dont la Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse. Donc, si jamais, si jamais le Parlement adoptait une loi
qui venait limiter leurs pouvoirs ou qui avait un impact sur les droits, alors
qu'ils sont là pour, évidemment, promouvoir, enquêter, bien, ils ne pourraient
pas contester avec des fonds publics. Mais
la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, je vois
mal comment ils pourraient avoir des revenus autrement que par des fonds
publics. Alors, ils vont organiser, quoi, des tombolas, des bingos, pour
financer? Quand on dit qu'il y a là une attaque et qu'on veut arrêter des
organismes dans la défense de leurs droits, bien ça, c'est un exemple concret.
Quand on veut diminuer des contre-pouvoirs, c'est un exemple concret.
Vous avez le protecteur de l'intégrité, le
Protecteur national de l'élève, vous avez tous les ordres professionnels et vous avez aussi les établissements
d'enseignement de niveau universitaire. Ils sont tous visés, tous. Et c'est
pour cette raison que le Barreau, dans son mémoire, à la page 3,
disait que cela va créer une diminution des contre-pouvoirs dans notre État de
droit. Et c'est ce qui faisait dire au Barreau que ça va affaiblir notre État
de droit. Interdictions ciblées, des centaines d'organismes au service de la
société seront muselés. Ce n'est quand même pas banal. Il faut le dire.
Donc, dorénavant, est-ce que les commissions
scolaires anglophones pourront s'adresser aux tribunaux si un gouvernement adopte des lois qui auront un impact?
Ils ne pourront pas le faire avec des fonds publics. Quand ça touche des individus, parfois, il y a des organismes qui
vont défendre ces individus-là, parce qu'un recours, évidemment, en droit
constitutionnel coûte excessivement cher.
Donc, souvent, ils sont les porteurs de ce que les citoyens vivent. Dorénavant,
ce sera excessivement difficile.
Mais, s'il n'y avait que ça... Mais, non, on
continue, on n'arrête pas. Et, d'ailleurs, le bureau de coopération universitaire... interuniversitaire est venu nous
rencontrer en commission. Et eux, ils s'inquiètent de la liberté
académique et de l'autonomie des universités. D'ailleurs, et ça, on pourra en
reparler dans le cadre de l'étude article par
article, mais, quand on parle d'une constitution qui veut jeter les bases d'une
société libre et démocratique, ça aurait pu être intéressant, ça aurait
pu être une bonne idée de reconnaître l'autonomie des universités et la liberté
académique. Mais non, ce n'est pas le cas. Donc, c'est assez étonnant parce
que, si mon souvenir est bonne, c'est le gouvernement de la CAQ, en 2022, qui
avait fait adopter la Loi sur la liberté académique dans le milieu
universitaire. Et là moi, personnellement, j'y vois un manque de cohérence,
parce que, quand on est un gouvernement, si on veut, évidemment, être cohérent avec ce qu'on fait et construire
pour le futur, bien, puisqu'ils ont fait adopter cette loi-là, bien, ils
auraient dû, normalement, prévoir des éléments, dans le texte
constitutionnel, pour protéger ces éléments-là, mais il n'en est rien.
Au contraire, au contraire, je vous ai parlé de
l'article 5 de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, ils sont visés.
Donc, si jamais il y avait une disposition du gouvernement, une loi qui mettait
à mal la liberté universitaire, la liberté académique, comment est-ce qu'ils
vont contester? Ils n'auront rien à dire? Ils vont s'asseoir puis être heureux?
Je ne penserais pas, à moins de créer des
fondations qui seraient gérées uniquement avec des fonds privés. Mais on pourrait
penser, M. le Président, dans notre société, que, si une université a une
fondation, elle serait peut-être mieux d'investir cet argent-là dans la recherche, dans des cours, développer des
programmes, des programmes performants, mais non, ça semble être
difficile.
Bien, le bureau nous disait qu'ils sont
également inquiets de voir que le projet de loi n° 1 va venir modifier les
articles 30, 31 et 79.1 du Code de procédure civile afin de renforcer les
pouvoirs d'appel de plein droit du Procureur général en encadrant strictement les conditions pour
obtenir un sursis d'une application d'une loi contestée. Et le bureau nous dit : «Ces modifications — et
je les cite, page 3 — font
courir un risque considérable aux établissements universitaires afin de
subir des atteintes irréparables à leurs droits et libertés.»
Et le ministre, tout à l'heure, nous invitait à
être heureux, à l'acclamer, à ne pas contester son document. M. le Président,
dans quelle société on va vivre? Nos universités, là, c'est des moteurs de
recherche, c'est aussi des moteurs économiques dans les régions, c'est ce qui
fait avancer notre société. Une institution de haut savoir avec un esprit critique, ça fait avancer les débats. Alors, dans son
document, le Procureur général du Québec, qui nous parlait tout à l'heure, veut s'organiser pour qu'au fond si un
organisme... une fois qu'il aura passé toutes les barrières et les difficultés
de l'article 5, va avoir de la
difficulté avec le Code de procédure civile, et ça n'a pas de bon sens, et je
tiens à le dénoncer totalement.
• (12 h 30) •
Mais je continue. Si seulement on arrêtait là.
Non, non, non, ce n'est pas fini. Dans la loi qui traite de l'autonomie
constitutionnelle, on a les articles 16, 17 et 18, mais attardons-nous
d'abord à 16 et à 17, parce que ces articles-là
vont permettre au gouvernement de donner des directives, on ne sait pas
lesquelles, mais le gouvernement se donne ce droit-là, puis on parle
toujours, évidemment, des organismes dont je vous parlais tantôt, dont
notamment les universités, «de refuser toute somme transférée par une
institution fédérale en lien avec l'initiative en question;
«2° de suspendre ou de résilier toute entente
avec une institution fédérale[...];
«3° de
n'assister, de ne participer ou de ne contribuer à aucune activité de
communication du gouvernement fédéral[...];
«4° de ne pas participer aux travaux
parlementaires[...];
«5° de ne pas participer à l'élaboration de
règlements fédéraux; et évidemment
«6° toute autre conduite qu'il juge appropriée.»
Là, M. le Président, comprenez-moi bien, je ne
vous dis pas que c'est une bonne affaire quand le fédéral, avec son pouvoir de dépenser, vient dépenser dans les
sphères de compétence du Québec. Ce n'est pas ça que je dis. Ça, il faut
l'encadrer. Il y a des domaines qui relèvent
du Québec, ça nous appartient, le gouvernement fédéral doit comprendre ça,
mais là ça va beaucoup plus large que ça. Et là c'est le gouvernement qui se
donne ce pouvoir-là.
Alors, j'ai
bien hâte de dire et d'entendre, surtout, ce que le ministre va nous raconter,
parce que, théoriquement, théoriquement, le gouvernement pourrait
empêcher un ordre professionnel de travailler ou d'assister à une commission
parlementaire fédérale. Et, en passant, le gouvernement fédéral, dans ses
sphères de compétence, adopte des lois, je n'ai qu'à penser au Code criminel,
qui touchent l'ensemble des Canadiens et des Canadiennes, puis des ordres professionnels du Québec commentent, participent,
vont en commission parlementaire pour enrichir la législation. Est-ce que
ça voudrait dire que, dorénavant, le gouvernement du Québec empêcherait ça?
Mais ça peut être aussi beaucoup plus large que
ça. Qu'est-ce qui arriverait, M. le Président, si un chercheur, dans une
université au Québec, applique pour un fonds de recherche fédéral, il y en a,
il reçoit de l'argent, puis que le gouvernement de la CAQ n'aime pas le sujet
de recherche? Est-ce que le ministre va signifier un refus? On ne le sait pas,
mais il y a une chose qui est sûre, c'est que sa législation n'est tellement
pas claire que ce n'est pas du tout évident maintenant que ça l'empêcherait, et
là il y a un impact direct sur la liberté académique, et ça, je tiens à le
dénoncer. C'est important, mais il n'y a pas juste ça. Il n'y a pas juste ça,
et là on tombe dans l'arbitraire, là.
Alors, quand je vous disais tout à l'heure que
c'est un document revanchard, c'est un document qui attaque les droits, c'est un document qui attaque les
libertés, bien là, je vous ai donné des exemples très concrets, M. le
Président, de ce que ça fait, mais ce n'est pas tout. Ce n'est pas tout.
Et ça, je dois avouer, M. le Président, que c'était... Ça, c'est un moment
suave qu'on a vécu en commission. Parce que, figurez-vous, nous avons, au
Québec, une ville magnifique, une ville importante, une ville dans une belle
région, la ville de Gatineau. Le député de Chapleau va être d'accord avec moi,
c'est une belle ville, bien oui, voilà, la plus belle. Bien, savez-vous, M. le
Président, que, dans leur mémoire, ils sont venus nous parler d'une réalité?
Parce qu'à Gatineau, bien, il y a la Commission de la capitale nationale fédérale,
il y a des projets fédéraux, il y a des
immeubles fédéraux. Les autorités municipales de Gatineau siègent dans des
conseils fédéraux. Bien, quand on regarde le projet de loi actuel, pas
évident. Théoriquement, le ministre ou le gouvernement pourrait dire : Ah!
non, non, non, vous n'allez plus là, vous ne participez pas à ci, à ça. Ça n'a
aucun bon sens. Et c'est un enjeu de taille. C'est un enjeu de taille.
Et Gatineau nous a aussi parlé de l'article 5
de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec, parce qu'évidemment les
villes vont être visées. Donc, un gros, gros problème, gros problème, et ça
inquiète, évidemment, les élus. C'est normal. C'est normal. C'est un impact sur
Gatineau. C'est une ville qui est unique au Québec dans cette situation-là,
mais c'est quand même étonnant de voir que le projet de loi ne semble pas en
tenir compte. Et on a une série d'exemples
de situations qui pourraient être impactées par le projet de loi. Je vous le
mentionnais, participation à des instances fédérales. La mairesse de Gatineau a
un poste d'observatrice au conseil d'administration de la Commission de
la capitale nationale. Elle a un poste d'administratrice au conseil
d'administration du Centre national des Arts à Ottawa. Elle participe aux consultations prébudgétaires fédérales. Elle participe à des consultations sur des
programmes fédéraux.
Il y a présentement des projets importants à
Gatineau, mais qui sont interreliés avec la Commission de la capitale
nationale, et le gouvernement fédéral, et le gouvernement de l'Ontario, le
Comité tramway Gatineau-Ottawa, entre autres, travaux sur les ponts, il y a des
musées fédéraux à Gatineau, autant, autant d'éléments, autant d'éléments qui
n'ont pas été pris en compte dans le projet de loi et qui pourraient avoir un
impact sur une très grande ville du Québec.
Et, ça aussi, il faut en parler et il faut le souligner. Et, croyez-moi, nous
allons y veiller avec beaucoup d'attention.
Donc, si on regarde l'ensemble de l'oeuvre, en
terminant, il me reste quelques minutes, j'aimerais aussi vous référer au
mémoire qu'a déposé le professeur émérite Daniel Turp à la Faculté de droit de l'Université
de Montréal. On ne peut pas dire que le Pr Turp est contre une
constitution du Québec. Ça fait des décennies qu'il en parle. Mais ce qui est très, très intéressant, c'est que, dans
son mémoire... Je vous parlais... je vous parlais, au début de mon exposé, de
Paul Gérin-Lajoie, de la façon dont on doit rédiger une constitution. Bien, ce
qui est intéressant, c'est que, dans le mémoire du Pr Turp, on fait
référence aux écrits du Pr Jacques-Yvan Morin, qui a été vice-premier
ministre du Québec dans le gouvernement de M. Lévesque, un gouvernement du
Parti québécois. Non seulement on parle de constitution mais de consultations, mais le Pr Morin écrivait qu'il était
fondamental, dans une constitution, de reconnaître, pas dans un considérant,
dans le texte, l'apport des nations autochtones et de la communauté anglophone.
Et je cite : «Ces droits doivent être enchâssés dans la future
Constitution du Québec.» C'est à la page 8 du mémoire du Pr Turp.
Donc, c'est pour vous dire
comment il y a un consensus sur la question puis c'est pour vous dire comment
le ministre actuel a raté le bateau. Ces textes-là, là, ils existent
depuis des décennies. La recette, elle est connue.
• (12 h 40) •
Et je demandais au
Pr Turp, à la fin : Vous en avez parlé, d'une constitution, depuis
des années, vous allez faire quoi avec ça?
Moi, je m'attendais sincèrement à ce qu'il dise : Écoutez — un
peu comme le ministre disait tantôt, là, quand il parlait de droits
collectifs — on
a une opportunité, il faut aller de l'avant, dépêchons-nous, blablabla, là.
Non, non. Il a dit : Écoutez, moi, je
me réserve le droit, on verra ce que ça va donner pour la suite. J'ai
dit : Bien, voyons donc, vraiment? Oui, oui, oui. Ça fait que c'est
pour vous dire comment ce projet de loi là est mal ficelé, là. Écoutez, c'est
hallucinant. C'est hallucinant.
Et le ministre
voudrait, sans tambour ni trompette, qu'on soit d'accord. Non, il disait même,
dans son texte tout à l'heure, j'ai essayé de prendre ça, là, par écrit,
là : Ah! écoutez, il ne faut pas... il ne faut pas s'opposer, c'est... c'est l'intérêt national, etc. Donc, quand le
ministre de la Justice parle d'intérêt national, lui, il a décrété,
probablement parce qu'il est souverain, que ça s'appliquait à tout le
monde puis qu'on ne pouvait pas rien dire. Ça ne fonctionne pas comme ça en
démocratie, M. le Président.
Le ministre, là, il
avait une chance, il avait une chance de présenter quelque chose où les
Québécois auraient pu se reconnaître. Il avait une chance de le faire, d'abord,
au début du mandat, pas deux, trois mois avant la fin, là, avec une commission
transpartisane, incluant les citoyens, où on aurait pu travailler longuement
avec les régions, faire en sorte qu'on puisse écouter le peuple, puis qu'après
ça on rédige quelque chose. Et là le peuple aurait pu se reconnaître dans son
document. Une constitution, ce n'est pas le legs d'un ministre, c'est un cadeau
qu'on donne à un peuple. Ce n'est pas la même chose. Et, pour le faire, il faut
que ça se fasse avec le peuple. Ça, c'est fondamental. Ça, c'est très, très
fondamental.
Il aurait pu s'asseoir
avec les communautés des Premières Nations. Est-ce que ça prend du temps? Oui,
mais on n'est pas pressés. Une constitution, ça ne se rédige pas sur le coin du
bureau d'un ministre. Il n'y a pas de course. Ses propres experts lui
demandaient de consulter largement. Puis, désolé, là, nous, on a poussé pour
des consultations générales, parce qu'il ne voulait pas au départ, puis on a eu
à peu près un 15 minutes, là. Moi, comme membre de l'opposition
officielle, là, pour poser des questions à des experts, là, j'ai eu huit, neuf,
10 minutes. Pour un texte fondamental, un texte qui veut être fondateur,
bien, ça ne fonctionne pas comme ça. Puis, avec les Premières Nations, il faut être capables de s'asseoir avec eux, tous
ces membres-là, puis travailler en codirection. C'est fondamental. Et là on
aurait pu arriver avec quelque chose de bon, de grand, et on aurait pu aller de
l'avant.
Et c'est tellement
triste, parce que, comme je le mentionnais au départ dans mon exposé, ça fait à
peu près 60 ans qu'on en parle, mais ce n'est pas quelque chose qu'on peut
forcer. Puis, si on veut le forcer, bien, au moins, essayons d'avoir des
conditions gagnantes, parce que, si, en plus de forcer un texte de loi aussi
important que celui-là, vous voulez affaiblir l'État de droit, vous voulez
empêcher les gens de contester, vous ne savez même pas si ça va avoir un impact fondamental sur des éléments
cruciaux de notre société, puis il y a plein d'éléments qui ne sont pas dedans,
notamment le droit à un environnement sain, pour ne nommer que celui-là, bien,
ça ne marche pas. Ça ne marche pas. Et que
de temps perdu avec son fameux article 29 sur l'interruption volontaire de
grossesse, débat inutile, alarmant, pour rien.
Donc, c'est un
mauvais projet de loi. Parce que, là, on est juste à l'étape du principe. Tu
sais, dans le principe, on regarde ce qu'on va faire avec ça. Bien, je l'ai
déjà dit, il n'y a rien à faire avec ça. Il n'y a rien à faire. Un projet de
loi qui attaque des droits individuels, un projet de loi qui veut donner un
contrôle énorme au gouvernement, un projet
de loi qui attaque l'indépendance judiciaire, qui veut empêcher des gens de
parler, un projet de loi revanchard. Et le ministre voudrait qu'on soit
d'accord? Jamais de la vie. Jamais. Il est mieux de nous arriver avec quelque
chose de neuf puis de pas mal bon, parce qu'il est bien mal parti, M. le
Président.
Donc,
non seulement on va voter contre le principe, primo, mais, si le ministre était
sérieux, il recommencerait puis il retirerait son projet de loi. Merci.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de l'Acadie. Nous poursuivons
ce débat sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1,
et je reconnais Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Marie-Claude Nichols
Mme Nichols : Oui. Merci beaucoup.
Merci, M. le Président. D'emblée, bien, je remercie mon collègue porte-parole
de l'opposition officielle qui vient de
faire tout un discours d'une heure sur l'adoption du... On est à l'adoption du
principe sur le projet de loi n° 1, la loi
constitutionnelle de 2025 du Québec, et les points qui sont apportés, ils sont
plus que pertinents. C'est difficile de
passer après le... après mon collègue de l'Acadie puisqu'il a été très
éloquent, très éloquent dans ses propos. Toutefois, M. le Président,
chers collègues, c'est à titre de porte-parole de l'opposition officielle en
matière d'affaires municipales que je prends la parole et que je souhaite
intervenir sur le projet de loi n° 1.
Et
d'ailleurs je fais une parenthèse. On en est quand même à l'adoption du
principe, M. le Président, et j'ai beaucoup de difficultés à comprendre, là, la
stratégie du gouvernement sur un projet de loi aussi important. Il
s'appelle, d'ailleurs, le projet de loi
n° 1, là. Si le gouvernement l'a déposé comme projet de loi n° 1,
c'est parce que c'est représentatif pour eux puis c'est important. On
parle d'une loi constitutionnelle. Et qu'il n'y ait pas plus d'interventions
que ça de la partie gouvernementale, M. le
Président, ça me surprend énormément. Et que le ministre porteur de ce projet
de loi là ait parlé pendant 7 min 56 s de son projet de
loi, je suis sans mot. Ça nous démontre à quel point il accorde une importance
privilégiée, disons-le comme ça, avec beaucoup d'ironie, au projet de loi
n° 1.
Mon propos va donc
s'articuler autour d'un angle clair, et ça va concerner les municipalités, les
municipalités, qui sont, pour nous, importantes mais qui sont surtout un
gouvernement de proximité, des gouvernements de proximité qui
ont carrément été mis à l'écart dans un exercice qui prétend, entre autres,
refonder notre contrat social. Ce n'est quand
même pas rien. Le député de l'Acadie en a parlé, c'est un contrat social
important. Or, on sait bien, M. le Président, que sans les villes, sans les municipalités, sans nos MRC, sans nos
villages, sans nos communautés locales, bien, il n'y en a pas, de Québec
vivant, il n'y a pas de services au quotidien puis il n'y a
donc pas d'État qui peut se tenir debout. Donc, je suis d'avis que nos
municipalités, que nos gouvernements de proximité auraient dû être consultés
préalablement au dépôt du projet de loi
n° 1 et non pas être simplement invités à venir faire de courtes
allocutions. On parlait autour de, quoi, 20 minutes que les parties... que les parties avaient quand ils
venaient en consultations particulières. Donc, c'est inconcevable, M. le
Président.
J'irais, en
commençant mon premier point... Parce que, quand j'ai rédigé un peu pour
pouvoir prendre la parole ici, quand je me
suis mise à rédiger, je me dis... le premier élément qui venait en tête, c'est
que c'est vraiment un moment historique raté par un processus partisan.
Je ne peux pas le dire autrement. Ça fait longtemps, on l'a dit, ça fait plus
de 60 ans que c'est demandé, au Québec,
une constitution québécoise. Alors qu'il y a une possibilité de consulter tout
le monde, de consulter la nation québécoise, bien non, on en fait un
processus... la CAQ en a fait un processus partisan. On aurait voulu saluer un geste rassembleur, une démarche à
la hauteur de l'histoire, parce que, oui, c'est un moment historique de créer
une... de créer une constitution du Québec. Donc, le ministre responsable des
Relations canadiennes avait l'occasion d'entrer dans l'histoire en devenant le
père de la Constitution québécoise portée par l'ensemble de la société. Il a
préféré en faire une constitution
caquiste conçue sur un coin de table, politisée à outrance. Ce qui devait nous
unir, M. le Président, va nous diviser.
• (12 h 50) •
Rappelons qu'au
départ, là, il ne voulait même pas de consultation générale. C'est incroyable,
là, un projet de loi d'une telle importance sans consultation générale. Il a
fallu de la pression de tous les partis de l'opposition pour qu'il rouvre la
porte, puis, encore là, un petit, quoi, 30 minutes par groupe. C'était
moins que ça, là. C'est comme ça qu'on
construit la loi la plus importante, la loi fondamentale d'un peuple? Bien, à
mon avis, non, M. le Président, ce n'est pas comme ça que ça devrait se
passer.
Le ministre a
beaucoup, entre autres, là, référé au rapport Rousseau-Proulx pour justifier la
consultation, une consultation informelle, là, puis je le mets entre
guillemets, là, alors que, même dans ce rapport, on recommande une démarche
transpartisane nourrie par un large éventail d'expertises et par la société
civile. Je pense qu'ici les mots sont importants.
La société civile doit pouvoir y participer. Lorsque Daniel Turp lui-même dit
qu'il ne peut pas appuyer le texte de... du projet de loi n° 1, soit le
texte de la loi constitutionnelle de 2025 du Québec, quand il dit qu'il ne peut
pas l'appuyer sans correctif majeur, bien, c'est clair, M. le Président,
que le chantier a complètement déraillé.
À mon avis, les
municipalités sont les grands... les grandes oubliées d'une constitution qui
prétend tout refondre. Les municipalités, là, je reviens... je reviens à nos
municipalités, à nos villes, à nos collectivités, c'est l'essentiel de nos
milieux. Puis je pense, entre autres, à l'union... à l'UMQ, l'Union des
municipalités du Québec, qui a déploré ne pas avoir été préalablement
consultée, malgré les conséquences importantes que le projet de loi entraîne
pour les villes et les MRC. Et ils l'ont levé, le drapeau. Ils ont dit :
C'est inacceptable. Quiconque qui a déjà siégé, là, dans une salle de conseil
municipal sait que l'équilibre quotidien des services, de la taxation, de
l'aménagement de... du territoire, de l'habitation, de l'environnement, bien,
ça tient à des arbitrages fins. C'est souvent complexe et c'est toujours concret. C'est les municipalités qui sont
sur les lignes de front sur ces sujets-là. Donc, c'est la moindre des choses
qu'on les consulte. C'est les municipalités qui sont sur la ligne de front.
C'est les municipalités qui déneigent, qui planifient,
qui logent, qui protègent, qui aménagent, qui accueillent les gens. Les laisser
à l'écart d'un texte aussi fondateur qu'une loi constitutionnelle du Québec, M. le Président, c'est amputer leur légitimité. C'est pesant, là, ces mots-là, là,
mais je... je le pense sincèrement, que, quand on les tasse comme ça, bien, on
vient amputer carrément leur légitimité.
Pire encore, je vous
dirais, M. le Président, au coeur du projet de loi, il y a l'article 5,
mon collègue en a parlé, l'article 5 de
la Loi sur l'autonomie constitutionnelle qui vient limiter la capacité des
organismes publics, y compris des villes,
parce que les villes sont aussi des organismes publics... Donc, on vient
limiter leur capacité de contester des lois, des lois qui sont dites protectrices
de la nation. Et comment? Avec des fonds publics. Concrètement, là, M. le
Président, une ville ne pourrait pas utiliser, parce que c'est... c'est ce
qu'on vient dire, là, on vient dire que, concrètement, une ville ne
pourrait pas utiliser ses taxes municipales pour défendre en justice ses
prérogatives ou protéger ses citoyens contre une loi qui l'affecte directement.
Ça sert à quoi, d'abord, une municipalité, si ce n'est pas de protéger ses
citoyens?
On muselle... Je vais
aller, même, un petit peu plus loin que... plus loin que ça, M. le Président.
Je vais vous dire que, concrètement, là, si
la ville ne peut pas utiliser ses taxes municipales... C'est incroyable, là. Si
une ville ne peut pas utiliser ses
taxes municipales pour défendre en justice ses prérogatives, pour protéger ses
citoyens contre... contre une loi qui pourrait être... qui pourrait l'affecter
directement, là, bien, aussi bien dire qu'on vient museler ici les
contre-pouvoirs démocratiques naturels, parce que je vais dire que c'est
un contre-pouvoir démocratique naturel de vouloir protéger son citoyen. Donc,
je suis d'accord avec les municipalités. Je ne sais pas où est-ce qu'on... où est-ce
qu'on s'en va.
L'UMQ... Puis il y a
d'autres intervenants qui se sont, entre autres, opposés à cette mesure, puis
ils se sont opposés haut et fort, M. le Président. On les a entendus. Ils sont
venus en commission parlementaire. Ils ont réclamé, entre autres, que leurs
membres soient exclus. Au nom de quoi? Au nom de l'intérêt public. Ce n'est quand
même... ce n'est quand même pas rien. C'est fort. Puis ils ont... ils ont
raison. Ils ont raison. Restreindre l'accès aux tribunaux, bien, c'est affaiblir la démocratie municipale.
C'est, entre autres, frapper le portefeuille, c'est bâillonner la parole de nos
citoyens, de nos municipalités. Je ne pensais jamais dire ça d'un...
d'un projet de loi. Ça fait 12 ans que je suis ici, à l'Assemblée
nationale, puis je ne pensais jamais me lever puis en arriver là, à dire qu'un
projet de loi vient museler des droits, qu'un projet de loi vient restreindre
l'accès aux tribunaux. C'est incroyable, M. le Président.
Puis
qu'est-ce que le gouvernement répond? Qu'est-ce que le gouvernement répond aux
municipalités? Qu'est-ce que le gouvernement répond à l'UMQ? Qu'est-ce
que le gouvernement répond? Que ce n'est pas grave, là, il y a juste peu de lois qui vont être
visées, puis que les organismes, là, bien, ils pourront payer de leurs poches.
Bien, voyons, M. le Président! Ça n'a
aucun sens, là. Chacun comprend que, dans les faits, là, on attaque l'accès à
la justice. Impensable, là, en 2026, ici, au Québec, surtout pour les
acteurs locaux, dont les budgets sont déjà serrés. On le sait, on les voit dans
toutes les tribunes. On les voit dans les
journaux, on les voit à la télévision, on les voit ici manifester devant
l'Assemblée nationale. Le Barreau du Québec a d'ailleurs averti que ces mécanismes menacent la séparation des
pouvoirs, musellent les contre-pouvoirs, créent une instabilité juridique et
affaiblissent les droits fondamentaux, au risque d'éroder l'État des droits...
de droit. Un État de droit, c'est important.
Un État de droit, c'est... c'est ce pour quoi on se lève presque
quotidiennement ici.
Pour les
villes, bien, qu'est-ce que ça signifie, tout ça? Ça signifie plus
d'incertitudes, moins de moyens, des citoyens moins protégés. Je pense
que ce n'est pas ça qu'on veut ici, au Québec, M. le Président.
Ça a aussi un effet domino sur les dossiers
municipaux, ce projet de loi là, un effet domino sur les divers champs de compétence des municipalités, soit le
logement, le verdissement, la sécurité publique, les transports. Pourquoi
ça nous concerne-t-il autant du point de vue
municipal? Bien, c'est clair, parce qu'on vient limiter la capacité de
contester une loi, surtout si elle touche l'aménagement, l'environnement, la
fiscalité municipale, la gouvernance intermunicipale. Ça expose nos milieux de vie. Puis je suis prête à
citer certains exemples, M. le Président. Entre autres, en habitation, en
aménagement, si une loi provinciale impose des paramètres qui fragilisent les
plans d'urbanisme ou les règlements en inclusion,
bien, les municipalités, là, c'est elles qui doivent garder la possibilité de
faire valoir leurs droits et ceux de leurs citoyens devant les tribunaux
sans craindre une sanction financière. Bien, ici, c'est le contraire.
Environnement, résilience climatique, ça aussi,
c'est une des responsabilités des municipalités. Puis ils jouent très bien leur rôle, d'ailleurs, que ce soient les
villes, les municipalités ou même les MRC. Entre autres, je pense, entre autres,
aux zones inondables, je pense à la protection des milieux naturels, je pense
aux îlots de chaleur. Les villes sont imputables devant leur population. Les
empêcher de plaider lorsqu'elles ont un... lorsque l'intérêt local est menacé, bien, c'est d'affaiblir l'adaptation climatique au
quotidien. C'est quand même... Ce n'est quand même pas rien, là. Ça vient
restreindre tous ces droits-là, sans parler, évidemment, M. le Président, de la
sécurité publique et des biens collectifs. Des enjeux comme la sécurité
routière, la cohabitation urbaine, la gestion des grands événements, ça
nécessite un cadre juridique clair et la possibilité d'arbitrage judiciaire lorsque
surviennent des conflits normatifs. On ne peut pas le retirer, cet outil-là, M.
le Président. Même chose pour les transports, la mobilité. Les décisions sur la
gouvernance, le financement des transports collectifs ont un impact direct sur
les villes. Limiter la contestation prive nos collectivités d'un recours
essentiel si l'équité ou la... ou la compétence locale est mise en cause.
M. le Président, c'est des enjeux... c'est des
enjeux importants qui ont été portés à notre attention. On ne peut quand même
pas les ignorer ou on ne peut pas faire comme si on ne le savait pas. Il y a
quand même une ministre des Affaires
municipales. Bien qu'elle ait annoncé qu'elle se... qu'elle ne se représentait
pas, elle est encore là, elle a un rôle à jouer. Quand elle voit le projet de loi n° 1, je ne peux pas croire
qu'elle ne se lève pas ou qu'elle ne lève pas un petit drapeau rouge en
disant : M. le ministre, ça ne fonctionne pas avec le but de...
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Mme la députée, j'imagine
que vous... que vous comptez poursuivre votre intervention à la reprise
des débats.
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci.
Alors, compte tenu de l'heure, le présent débat est ajourné.
Nous allons suspendre les travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 13 heures)
(Reprise à 15 h 01)
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Vous
pouvez vous asseoir.
Affaires inscrites par les députés de l'opposition
Motion proposant que l'Assemblée reconnaisse la nécessité
de
tenir des états généraux sur le système d'éducation
Donc, nous poursuivons nos travaux aux affaires
inscrites par les députés de l'opposition. À l'article 70 du feuilleton, aux affaires inscrites par les députés de l'opposition, Mme la députée de Bourassa-Sauvé présente la
motion suivante :
«Que l'Assemblée nationale reconnaisse la
nécessité de tenir des États généraux sur le système d'éducation au Québec.»
Je vous informe que la répartition du temps de
parole pour le débat restreint sur la motion inscrite par Mme la députée de Bourassa-Sauvé s'effectuera
comme suit : 10 minutes sont réservées à l'auteure de la motion pour
sa réplique, 50 minutes sont allouées au groupe parlementaire
formant le gouvernement, 25 min 43 s sont allouées au groupe parlementaire formant l'opposition officielle,
15 min 43 s sont allouées au deuxième groupe d'opposition,
8 min 34 s sont allouées
au troisième groupe d'opposition. Une enveloppe de 10 minutes est allouée
aux députés indépendants, sous réserve d'un maximum de
1 min 30 s chacun. Dans le cadre de ce débat, le temps non
utilisé par les députés d'opposition, par les députés
indépendants ou par l'un des groupes parlementaires sera redistribué entre les groupes
parlementaires selon la proportion établie
précédemment. Mis à part ces consignes, les interventions ne seront soumises à
aucune limite de temps. Enfin, je
rappelle aux députés indépendants que, s'ils souhaitent intervenir au cours de
ce débat, ils ont 10 minutes à partir de maintenant pour en aviser
la présidence.
Je cède sans tarder la parole à Mme la députée
de Bourassa-Sauvé.
Mme Madwa-Nika Cadet
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Mme la Présidente, donc, cet après-midi, le Parti libéral du Québec
a convié les parlementaires afin que l'Assemblée nationale reconnaisse la
nécessité de tenir des états généraux sur le système d'éducation au Québec.
Mme la Présidente, ça fait déjà quelque temps
que j'ai l'honneur d'être porte-parole en matière d'éducation pour notre
formation politique, et je vous dirais qu'au cours, donc, de ces plus... de ces
mois, de ces mois qui se sont succédé, j'ai
eu l'occasion, en ma qualité, de pouvoir rencontrer des directions d'école, de
faire des visites d'écoles, de rencontrer
des enseignants, des enseignantes et les organisations qui les représentent,
les membres du personnel professionnel, orthopédagogues, psychoéducateurs, orthophonistes, les membres du
personnel de soutien, les éducatrices spécialisées, au premier chef les membres qui s'occupent, donc, du
service de garde, également j'ai mentionné les directions d'école, les
centres de services scolaires et, bien évidemment, les commissions scolaires
anglophones et les parents, les parents.
Mme la Présidente, s'il y a bien un sujet au
Québec qui, parfois... un dossier au Québec qui, parfois, donc, peut faire
l'objet de plusieurs tensions, de divergences d'opinions, parce que
l'éducation, bien, c'est très personnel, bien, je me suis autodivulgâchée, Mme la Présidente, donc, on parle, bien, donc,
du réseau de l'éducation. C'est un sujet qui, parfois, divise, un sujet qui,
parfois, tranche parce que, bon, on n'a pas tous la même opinion. Je l'ai dit,
c'est très... excessivement personnel. Quand on est parent, on veut le meilleur
pour ses enfants. Puis, dans le milieu dans lequel ils étudient, bien, parfois, donc, les gens qui ont la responsabilité,
donc, de s'en occuper, bien, parfois, on ne sera pas toujours d'accord sur
plusieurs... sur certains de ces points-là.
Ceci dit, ce que j'ai constaté, malgré, donc,
ces divergences d'opinions qui existent à l'intérieur du réseau, c'est que l'ensemble des partenaires que je vous
ai nommés, d'ailleurs ils étaient, plus tôt... je ne sais pas s'il y en a
encore, certains d'entre eux qui sont encore dans l'enceinte de
l'Assemblée ou qui nous écoutent, les membres de la Coalition des partenaires en éducation, bien, c'est que, sur
le sujet des états généraux en éducation, bien, à peu près tout le monde est
d'accord.
Mme la Présidente, je vous nomme déjà, donc,
quelques groupes qui nous ont dit : C'est important qu'on puisse s'organiser, donc, des états généraux en
éducation. On pense à l'association des médecins spécialistes en adaptation
scolaire du Québec, on pense à la Fédération
autonome de l'enseignement, à
l'Association québécoise du personnel de direction des écoles, à la Fédération québécoise des
directions d'établissement d'enseignement, on pense à l'Association québécoise
des troubles d'apprentissage, au Syndicat de l'enseignement de la région de
Québec, au mouvement citoyen Debout pour
l'école! et à la Centrale des syndicats du Québec, la CSQ, qui représente à son
tour les enseignants... certains enseignants, les membres du personnel
de soutien et les membres du personnel professionnel. Donc, vous comprendrez,
juste avec certains des groupes que je vous ai nommés, puis, on s'entend, il y
en a vraiment plusieurs dans le réseau de l'éducation, on a déjà, juste avec
ceux-ci, une pluralité, une pluralité de groupes qui nous disent : Bien,
écoutez, c'est important, au Québec, qu'on
puisse avoir une réflexion nationale, des états généraux, une commission Parent
2.0, appelez ça comme vous voulez, Mme la Présidente, mais qu'on puisse
s'asseoir, prendre un pas de recul puis penser à notre système d'éducation.
Je vous ai nommé, donc, les groupes qui sont sur
le terrain puis qui, eux-mêmes, bien, ont commencé à le demander au cours des
dernières années. Mais, bien évidemment, dans mon rôle de porte-parole, oui, je
vous indique que c'est important que l'Assemblée nationale se positionne sur
cet enjeu, d'une part pour être à l'écoute du terrain, mais c'est aussi parce
que, comme formation politique, nous nous inscrivons dans la lignée de ceux
qui, au cours des dernières décennies, ont décidé d'avoir une vision en matière
d'éducation. Puis, dans cette réflexion-ci, bien, notre chef, Charles Milliard,
s'était engagé, donc, bien avant, donc, d'obtenir, donc, cette demande, donc,
ces demandes successives, donc, qui nous
arrivent, donc, des groupes, des groupes qui connaissent les jeunes, qui
travaillent avec eux, qui ont à coeur, donc, leur réussite académique,
leur réussite éducative, bien, notre chef, Charles Milliard, donc, déjà, il y a deux ans, nous disait : Moi, là, avec
la vision que j'ai pour le Québec, d'une part, je priorise l'éducation. Et
prioriser l'éducation, bien, c'est s'assurer d'avoir cette discussion
nationale, c'est de s'assurer de prendre ce pas de recul là pour avoir cette
réflexion.
Alors, vous demanderez, Mme la Présidente :
Bien, pourquoi, au Parti libéral du Québec, on se dit que c'est le moment, c'est le moment d'avoir des états généraux? Bien, d'une part, on le sait, la
dernière fois que... bon, que le Québec a eu une discussion, donc, d'envergure sur le réseau de l'éducation,
bien, ça fait quand même déjà... ça fait quand même déjà quelques
décennies. Donc, on le sait, le réseau de l'éducation a grandement changé
depuis.
Mais, au-delà de ça, pour nous, quand on repense
au mandat, au mandat, qui prend fin, de la Coalition avenir Québec,
qui forme le gouvernement en ce moment, bon, on se demande... et moi,
personnellement, puis je l'ai dit plus tôt en point de presse, je
demande, donc : Quelles sont, donc, les grandes réalisations du
gouvernement caquiste en matière d'éducation?
Est-ce que c'est le vouvoiement, Mme la Présidente? Est-ce que c'est
l'interdiction des téléphones cellulaires dans les classes, Mme la
Présidente?
Vous savez,
moi, j'ai siégé moi-même, donc, sur la commission spéciale sur l'impact des
écrans chez les jeunes, donc je ne suis pas en train de dire qu'enlever
les écrans ou qu'enlever les téléphones cellulaires dans les classes, dans les écoles, c'était une
mauvaise idée; au contraire, je l'ai moi-même recommandé au gouvernement. Mais
vous comprendrez que de prendre les travaux d'une commission spéciale
transpartisane, c'est une chose, mais avoir une vision à long terme pour notre
réseau de l'éducation, c'en est une autre. Et manifestement, au cours des huit
dernières années, malgré le fait que la CAQ, que le premier ministre du Québec
nous avait dit... il nous a dit, ad nauseam, que l'éducation était la priorité des priorités et qu'il fallait
investir massivement, qu'il fallait nous assurer, donc, de prioriser nos
jeunes, que c'est pour ça qu'il faisait de la politique, que c'est pour
ça qu'il était revenu en politique, bien, ce qu'on a vu, Mme la Présidente,
c'est une certaine forme de myopie de la part de la CAQ, au cours des deux
derniers mandats, en matière d'éducation. Ça
a été une gestion à courte vue. Ça a été une gestion à la petite semaine, sans
véritablement se dire : OK, bien, quels sont donc les grands défis que
l'on a en matière d'éducation? Puis comment est-ce qu'on peut s'assurer que tout
le monde ensemble, on soit là pour se moderniser?
Je vous
donne déjà, donc, quelques enjeux, parce que, bien évidemment, donc, ça va bien
au-delà, donc, du bilan caquiste des huit dernières années. Si on se dit
qu'on veut avoir cette discussion nationale en matière... en matière
d'éducation, encore faut-il se poser des questions sur certains enjeux, donc, à
prioriser.
Bien, d'abord, je vous renvoie à la mission de
l'école, la mission de l'école, Mme la Présidente, qui se décline, donc, en
trois aspects : socialiser, éduquer, donc instruire, et qualifier. Donc,
lorsqu'on parle d'instruire nos jeunes, de les éduquer, bien, ça renvoie, donc,
à la mission, donc, première de nos institutions d'enseignement, puis nous
dire : Bien, comment est-ce qu'on
s'assure de raccrocher nos jeunes? On le sait, au Québec, dans les, bon, 40, 50
dernières années, on a quand même
connu un certain rattrapage, qui est justement, donc, le fruit de la Révolution tranquille, qui est le fruit, donc, de... des grandes
révolutions, des grands réaménagements qui ont eu lieu, donc, à une autre
époque, alors qu'on s'est posé des
questions franches sur notre système d'éducation, puis quelles étaient les
priorités que nous en avions, donc, pour le Québec, puis de s'assurer
qu'on puisse avoir ce rattrapage et que nos jeunes se scolarisent de plus en
plus.
• (15 h 10) •
Donc, on a
vu, donc, autour... jusqu'en 2018, en fait, qu'année après année, bien, on
continuait d'avoir des meilleurs taux
de qualification, donc des meilleurs taux de persévérance scolaire.
Malheureusement, évidemment, la déclinaison, elle est petite, elle est... on ne parle pas, donc,
d'un énorme écart, j'en conviens, mais c'est sûr que, lorsqu'on parle de
persévérance scolaire — puis,
la semaine dernière, on soulignait, justement, donc, les Journées de la
persévérance scolaire — on
n'a pas le luxe d'échapper qui que ce soit, Mme la Présidente, on n'a pas le
luxe de se dire : Ah! bien là, on est en train de stagner, bien, on a peut-être atteint notre bout;
ah! là, on voit un certain déclin, ah! mais ça, ce n'est peut-être pas
statistiquement significatif. Non, Mme la Présidente. Quand on regarde,
donc, des chiffres comme ceux-là — ils ont décliné surtout chez les garçons — bien, on a des questions à se poser. Il faut qu'on
se demande : Bien, est-ce qu'on est en train... est-ce qu'on a les bonnes infrastructures, les bonnes
méthodes, le... un environnement, donc, qui permet, donc, à chaque personne de pouvoir se réaliser à son plein potentiel? Mais
il faut qu'on soit capables d'intervenir puis de poser des questions au réseau.
Donc, oui, donc, la première de ces
priorités-là, donc, l'impératif de pouvoir tenir des états généraux en matière d'éducation, bien, c'est d'abord, donc, se poser
des questions sur le plan pédagogique, de comment est-ce qu'on s'assure
que nos jeunes, bien, continuent de persévérer, comment est-ce qu'on s'assure,
donc, de les diplômer avec toutes les qualifications requises.
Puis les diplômer avec toutes les qualifications
requises, Mme la Présidente, bien, c'est aussi s'attaquer au décrochage du personnel, parce qu'on le sait, au
Québec, donc, on vit, donc, deux défis en
matière de décrochage, donc, celui... bon, celui, donc, des élèves, celui qui
nous préoccupe, à la base, parce que... Je vous donne aussi certains...
certains chiffres, ici, à cet égard, Mme la Présidente. Donc, chaque année, ce
sont 10 000 jeunes qui quittent l'école sans diplôme ni
qualification. Et, on le sait, un jeune sans diplôme, bien, gagne en moyenne
10 000 $ de moins par année qu'un diplômé du secondaire, donc on parle de près d'un demi-million de dollars sur
une vie active. Donc, c'est pour ça que je vous disais : Ici, on parle de l'assise de notre réseau de
l'éducation, puis du point central à des discussions à avoir en matière
d'éducation, puis la raison pour laquelle il faut convoquer des états
généraux.
Bien, comme
j'avais commencé à l'expliquer, bien, quand on parle de décrochage, bien, on
vit cette seconde crise, celle du
décrochage enseignant, celle du décrochage du personnel, puis ça, au cours des
huit dernières années, Mme la Présidente, on a vécu une crise du maintien à
l'emploi de nos enseignants. On le sait, au cours des huit dernières années,
on a posé souvent la question ici, au salon rouge, et précédemment, donc, au
salon bleu, au gouvernement, à savoir, bien, qu'est-ce qu'il comptait faire,
comment est-ce qu'on s'assurerait d'avoir assez de profs dans nos classes,
parce que le déclin est assez effarant. Donc, les... l'actualité nous...
abonde, en fait, dans ce sens. Les différents articles de journaux nous
indiquent de façon périodique qu'il manque de profs dans nos écoles.
L'ancien ministre de l'Éducation nous
disait : Bien, écoutez, ce n'est pas grave, en fait, là, l'urgence, c'est
d'avoir des adultes dans nos classes. Bien, cette phrase-là a tellement marqué
le gouvernement que... ça fait déjà, quoi, deux
ans, trois ans, donc quelques rentrées scolaires, Mme la Présidente, puis moi,
quand je vais sur le terrain, les parents, les membres du personnel, les gens qui représentent les acteurs du
réseau et même les jeunes, en fait, les jeunes eux-mêmes qui sont... qui, en ce moment, donc, fréquentent
le réseau ou qui viennent à peine d'en sortir... il y en avait quelques-uns qui
étaient ici dans le cadre des Rencontres Action Jeunesse de Force Jeunesse,
hier et aujourd'hui, bien, même dans ce cadre-là, Mme la Présidente, on nous a
parlé de cette phrase-là, on nous a parlé du fait que, mon Dieu! ça n'a donc bien
pas de bon sens, le gouvernement ne peut pas tout simplement, donc, nous
abandonner en nous disant : Ça nous prend tout simplement des adultes dans
nos classes. Au contraire, tout le monde nous dit, Mme la Présidente, que ça
nous prend du personnel qualifié. Puis ça ne nous prend pas juste, donc, des
gens, donc, qui arrivent dans les nouveaux programmes
de formation, parce que, ça, j'entends déjà, donc, le gouvernement nous
dire : Bien, regardez, on a eu, donc, certaines hausses d'inscriptions, par exemple, à l'Université Laval, mais, Mme la Présidente, notre enjeu, en ce moment, quand on
parle de la pénurie... puis là je vais parler, donc, de la pénurie de profs,
bien, c'est particulièrement un enjeu de rétention du
personnel, et ça, bien, si on n'a pas une discussion publique, si on n'est pas
en train de pouvoir asseoir tous les acteurs du réseau de l'éducation... Je
vous ai nommé, donc, tous ceux, donc, qui oeuvrent au quotidien, mais
évidemment, donc, des états généraux, bien, ça comprend aussi, bien, nos
facultés, donc celles-là mêmes, donc, qui ont
à qualifier, donc, nos prochains profs, les prochains professionnels, qui
eux-mêmes, donc, vont interagir avec notre réseau scolaire. Bien, si on n'a pas, donc, cette
discussion-là pour bien comprendre, bien, comment est-ce qu'on prépare, donc,
les enseignants, donc, à l'école d'aujourd'hui pour qu'ils restent, pour qu'ils
y restent, puis qu'on offre de la stabilité à nos jeunes?
Bien, selon moi, Mme
la Présidente, on va manquer le bateau puis on va avoir un trou qui va être
percé, parce que c'est un peu ça qu'on a constaté au cours des huit dernières
années, ça a été un bateau à la dérive, ça a été, donc, un radeau qui a été
complètement percé. Parce qu'on disait : Bien, regardez, s'il vous plaît,
intégrez nos... nos programmes de formation, devenez prof, tu sais, vos stages
ne seront pas rémunérés, mais, s'il vous plaît, devenez prof... Ça, c'est un autre enjeu, Mme la Présidente. Bien, à ce
moment-là, comment est-ce qu'on va s'assurer d'avoir, donc, des
enseignants, donc, qualifiés, donc, à l'entrée, mais qui seront capables de
rester?
Mme la Présidente,
aujourd'hui, ce sont le quart des enseignants, donc, qui intègrent nos écoles,
nos centres de services scolaires puis qui quittent à... dans un intervalle de
cinq ans. Donc, des états généraux, ça va nous permettre de voir, d'une part, quelles sont les solutions,
il y en a quelques-unes qui sont proposées par la FSE, en ce moment, mais
de voir quelles sont les solutions sur le
long terme à travers chacun des acteurs du réseau de l'éducation pour s'assurer
que le... que les profs, bien, qui arrivent, bien, aient tous les
outils, aient envie de rester, que le... que la classe, donc, soit adaptée,
mais que la formation qu'ils reçoivent, quand ils en reçoivent une, parce
qu'évidemment on le sait, on a énormément d'enseignants qui sont non légalement
qualifiés dans le réseau, qui font leur possible, mais qui n'ont pas les outils pour vraiment se dire : Ouf! Moi,
je suis capable, donc, de prendre cette charge-là avec les outils qui sont à ma
disposition... Bien, à ce moment-ci,
Mme la Présidente, on n'y arrivera pas, donc on a besoin d'asseoir tout le
monde dans le réseau puis de voir, bien, comment est-ce qu'on assure une
meilleure rétention des enseignants.
Puis,
je vous disais, bien, ce décrochage-là, bien, ça touche l'ensemble du personnel
aussi. Dans les derniers mois, on a entendu, bien, plusieurs représentants,
donc, oui, des profs, mais également du personnel professionnel puis surtout,
surtout du personnel de soutien, qui sont venus nous dire : Il y a une
hausse de la violence dans nos écoles. Puis, ça encore, Mme la Présidente,
lorsqu'on fait notre revue de presse dans... et qu'on regarde, donc, quels sont
les défis du réseau de l'éducation, bien, on
constate qu'il y a eu un schisme en quelque part, il y a quelque chose qui a
changé, parce que les données
s'amoncellent année, après année, après année. Donc, il va falloir qu'on
regarde, bien, comment est-ce qu'on s'assure de diminuer, donc, les taux
de violence qu'on a dans nos écoles.
Pas plus tard que ce
matin, encore une fois, dans une autre rencontre de Force Jeunesse, on nous
disait : Bien oui, bon, il y a peut-être un certain travail, donc, qui a
été fait, donc, avec un guide, mais, quelques mois plus tard, on n'en ressent
pas encore les effets. Ça, ça signifie, Mme la Présidente, qu'au-delà, donc,
des petites mesures ou des mesures qu'on peut avoir malgré toute la volonté du
monde, soit on n'est pas capables, encore une fois, d'aller chercher, à
travers, donc, des états généraux... de prendre ce pas de recul là puis de se
dire : OK, bien, comment est-ce que notre conversation nationale, en
profondeur, va nous permettre d'arriver à différents engagements puis à
différents constats? Bien, on n'arrivera pas au bout de cet enjeu-là.
Le gouvernement, sous
l'ancien ministre... avec l'ancien ministre de l'Éducation, donc, qui avait
tenu, donc, sous l'impulsion, d'ailleurs, du
Parti libéral du Québec, donc, une journée, donc, sur la violence, mais
quelles ont été les suites de cette
journée-là, Mme la Présidente? Ça fait deux ans. Moi, j'y étais. Je pense que
les acteurs se disaient : OK, c'est important, on fait ce premier
pas là. Puis, à ce moment-là, on parlait surtout de la violence, je veux dire,
entre les élèves, donc, qui était subie,
donc, par les élèves. Mais je me rappelle, moi, de cette journée-là, où est-ce
qu'on nous disait : OK, bien, ce premier pas là, on l'aime bien,
mais on attend les suites, puis il n'y en a toujours pas eu. Puis, malgré tout ça, dans les thématiques qui sont abordées, bien,
la violence à l'égard du personnel, bien, ce n'était pas un des sujets qui étaient
à l'ordre du jour. Donc, ça, on est encore en train de banaliser cette
situation-là. Si on est encore en train de tout simplement se dire : OK,
bien là, au tournant, on va essayer, donc, d'oser, donc, une... d'apporter,
donc, une certaine solution, bien, Mme la Présidente, on ne viendra pas à bout
de cet enjeu-là.
Puis
j'ai passé beaucoup de temps de ma présentation, tu sais, à vous parler de ces
enjeux, malgré le fait qu'il y en ait énormément d'autres, puis on a encore
quelques minutes pour les aborder, pour se dire que, si on n'a pas le personnel,
si le personnel lui-même se dit : Moi, je n'ai pas l'énergie de pouvoir
travailler, donc, dans ce réseau-là parce que les conditions de travail... Puis les conditions de travail, Mme la
Présidente, ce n'est pas juste les conditions salariales, en passant. Si
les conditions de travail ne me permettent pas d'être à mon meilleur puis de
pouvoir tout offrir aux jeunes qui attendent beaucoup de moi, bien, ça... on ne
viendra pas à bout des défis qui sont vécus dans notre réseau de l'éducation.
• (15 h 20) •
Puis ça m'amène au
personnel professionnel. Ce matin, je posais une question à la ministre de
l'Éducation, parce que c'est... il
s'agissait, donc, d'un des engagements-phares de la CAQ dans sa plateforme de
2022, qui nous disait que c'est important de soutenir les élèves qui sont en
difficulté d'apprentissage. Bien, pour ça, ça nous prend plus de personnel
professionnel : des orthopédagogues, des psychoéducateurs,
psychoéducatrices. Mais, malgré ça, ce qu'on voit dans différentes régions,
puis j'en ai nommé une, j'ai nommé celle des Laurentides ce matin, bien, c'est
une baisse du nombre de professionnels dans
nos écoles. Puis même je comprends, donc, des derniers chiffres que, lorsqu'on
pense précisément, donc, aux psychologues, il y en a déjà, il y a... Je
ne veux pas vous donner, donc, des mauvais chiffres, Mme la Présidente, ça fait
que je vais m'abstenir de le préciser, mais, de ce qu'on me souffle à
l'oreille, la baisse du nombre de psychologues est importante.
Alors, je reviens à l'enjeu précédent, sur les
conditions de travail puis la prévention de la violence en milieu scolaire,
bien, notre personnel professionnel, si on est en mesure, donc, de bien
l'outiller, bien, c'est sûr que, ça, on va en voir, donc, les effets qui vont se répercuter
sur les jeunes, sur la capacité, donc, de pouvoir offrir, donc, un milieu de
vie sain pour nos jeunes. Puis je parlais, récemment, aux
orthopédagogues, qui nous disaient : Bien, en ce moment, on est toujours
en train d'éteindre des feux, puis c'est épuisant, puis c'est la raison pour
laquelle, bien, certains de ceux-ci disent :
Ah! bien, nous, on quitte, on a des meilleures conditions, on s'en va au privé,
on a une meilleure, donc... plus de flexibilité, plus d'agilité dans nos
horaires puis dans nos types de pratique, parce que, quand on est à l'école, on
est toujours en train d'éteindre des feux. Je pense qu'ici, bien, il y a
peut-être certaines... je pense que... encore une fois, donc, ça va nous prendre, donc, une discussion entre tous les acteurs
pour qu'on puisse se regarder puis se dire : OK, bien, comment
est-ce qu'on s'assure que, lorsque ces professionnels-là viennent dans notre
milieu de travail, bien... dans notre
milieu, dans notre équipe-école, lorsqu'ils en font partie, bien, comment
est-ce qu'on s'assure qu'ils soient à leur... qu'ils, eux-mêmes, oeuvrent à
leur plein potentiel? Parce que, quand on nous dit que : Bien, nous, on a
été formés pour qu'on fasse 80 % de prévention puis 20 %, un
petit peu, donc, de, disons... je ne veux pas dire «de répression», là, mais...
qu'on soit plus, OK, dans les mesures de contrôle, qu'on soit plus, donc, dans
les plans d'intervention, bien, 80 % de notre temps devrait plus être à
analyser, donc, notre milieu scolaire puis à mettre en place des différents
leviers pour qu'on puisse agir en amont pour que ça se passe bien pour tout le
monde, y compris les élèves avec des besoins particuliers, des élèves en
difficulté, mais qu'en bout de ligne ces mêmes professionnels nous
disent : Bien, en fait, notre ratio, il
est inversé, on devrait faire du 80 % prévention puis 20 % du reste,
mais en fait on fait 80 % du reste puis 20 % de prévention,
bon, on se comprend, ici, que ce ne sont pas, donc, les annonces ou les
différents communiqués pour dire «bien oui, c'est un enjeu qu'on prend au
sérieux» qui vont faire la différence, Mme la Présidente, c'est être capables,
donc, de s'asseoir puis de dire : OK, mais comment est-ce qu'on revoit
notre système de A à Z pour qu'on ne soit pas juste dans l'éteinte de feux puis
qu'on ne soit pas en train de... de ne pas utiliser, donc, les professionnels
dont nous avons besoin, que la CAQ avait promis, d'ailleurs, au réseau, pour
que notre environnement scolaire nous permette de faire en sorte que l'école
puisse réussir sa mission de socialiser, qualifier et instruire les élèves?
J'arrive sur le «qualifier», Mme la Présidente,
parce que l'un des gros autres enjeux, quand on parlait d'avoir, donc, une
commission Parent 2.0, d'avoir des états généraux en 2026, bon, 2027,
c'est de se dire : Bien, il n'y a pas juste l'école qui a changé, il n'y a
pas juste le nombre d'élèves en difficulté, par exemple, qui a augmenté, qui a
changé puis qui nous demanderait, donc, de
nous poser des questions sur les enjeux d'inclusion ou de voir comment est-ce
qu'on outille mieux les enseignants à pouvoir, donc, offrir, donc, les
services essentiels pour les enfants avec des besoins particuliers, donc, qui intègrent les différentes classes régulières,
mais c'est aussi de se dire, bien, en 2026, là où est-ce qu'on est rendus,
bien, le milieu du travail aussi, il a changé. Alors, lorsqu'on parle de
qualifier, bien... qui est l'un des trois piliers de l'école québécoise,
bien, il faut qu'on puisse... qu'on soit en mesure de se poser des questions
sur les métiers du futur, sur les métiers de l'avenir. Il faut qu'on soit
capables de se poser des questions sur l'impact de l'intelligence artificielle dans notre réseau scolaire, pas juste sur
comment est-ce que les jeunes eux-mêmes l'emploient, parce qu'on sait
que, là, c'est de façon embryonnaire, mais de plus en plus, et de plus en plus
jeune, les jeunes, donc, seront nombreux, donc, à se doter, donc, des
différents outils qui sont à leur disposition, mais de voir, bien, comment
est-ce que le réseau s'adapte à ça.
Encore une fois, moi, j'ai posé cette
question-là à l'étude des crédits budgétaires, l'année passée, au ministre de
l'Éducation, à l'ancien ministre. Il me disait : Bien, regardez, on a un
guide. Mais même, et là, en boutade, on avait posé la question à ChatGPT,
lui-même, nous disait : Bien, est-ce qu'un guide, c'est suffisant? Et ce
qu'on comprenait de la plateforme, c'est : non, un guide, ça ne nous
permet vraiment pas de pouvoir... un guide à lui seul ne nous permet vraiment
pas de pouvoir répondre à tous les enjeux qui concernent, donc, l'encadrement
de l'intelligence artificielle dans notre réseau scolaire.
Alors, quand je vous dis que les défis sont
multiples et qu'actualiser notre réseau, bien, c'est, oui, d'une part, de nous
assurer qu'on ait les humains, le personnel qualifié pour pouvoir offrir des
services aux jeunes, pour pouvoir les outiller, les motiver à persévérer puis
de s'assurer que ceci, bien, se réalise à leur plein potentiel, mais se poser
cette question-là à l'aube de 2030, bien, c'est aussi se demander, bien, quels
seront les métiers d'avenir puis comment est-ce que l'école, dès le départ,
soit véritablement en mesure d'outiller nos élèves. On a beaucoup parlé,
notamment, lorsque je siégeais sur la commission spéciale sur l'impact des
écrans chez les jeunes... bien, on nous parlait de littératie numérique, à ce
moment-là, on a parlé, donc, des défis puis de comment est-ce que l'école
devrait s'adapter à tout ça. Et j'enjoins d'ailleurs, donc, le gouvernement,
donc, à suivre les différentes recommandations que nous avions tous émises,
donc, de façon transpartisane, dans le cadre, donc, du dépôt du rapport sur
l'impact des écrans chez les jeunes. Et se poser des questions sur l'école de
l'avenir, bien, c'est aussi ça, Mme la Présidente.
Donc, vous comprenez... mais vous comprendrez,
Mme la Présidente, qu'aujourd'hui, avec cette motion du mercredi où est-ce que
je demande que l'Assemblée nationale reconnaisse la nécessité de tenir des
états généraux sur le système d'éducation au Québec puis qu'avec tous les
groupes qui sont là puis qui nous disent : Bien, il faut qu'on ait cette
réflexion structurante là parce que l'école est devenue un fourre-tout où il y
a une incohérence entre les attentes et les
ressources, il y a de l'instabilité sur le plan financier, donc, il faut qu'on
se pose des questions sur comment est-ce qu'on offre de la stabilité
budgétaire à long terme à notre école, qu'on se demande, bien, quelles sont les
meilleures pratiques pour les élèves à besoins particuliers — je
l'ai nommé, Mme la Présidente, il y en a de plus en plus — quelle
est notre approche en matière de projets pédagogiques particuliers, parce que
ça aussi, ça fait partie de la réflexion collective, Mme la Présidente, quelle
est notre approche aussi face aux élèves qui sont issus des Premières Nations
et qui, donc... qui ont besoin, donc, d'une approche
adaptée, donc de nation à nation. Donc, comment est-ce qu'on se pose ces
questions-là, Mme la Présidente?
Vous voyez,
donc, les enjeux sont absolument multiples. Mais, dans tous les cas, ce que
l'on comprend de la part de
l'ensemble des groupes, l'ensemble du milieu, l'ensemble des parents, c'est
qu'on a besoin d'une réflexion nationale, c'est
qu'on a besoin, au nom de la réussite éducative de tous nos jeunes, de se poser
des questions sur les colonnes du temple de
notre système, Mme la Présidente. Et, à cet effet, j'espère que le gouvernement
votera en faveur de cette motion et
que nous nous assurerons de faire du système d'éducation une priorité nationale
pour le Québec. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Maintenant, nous poursuivons
avec la prochaine intervenante, je crois, Mme la ministre de l'Éducation.
Je tiens à vous rappeler que votre formation politique a
52 min 24 s en temps. À vous la parole.
Mme Sonia LeBel
Mme LeBel :
Merci, Mme la Présidente. Je vais prendre l'occasion pour saluer ma
collègue de l'opposition, qui est
l'instigatrice de cette motion du mercredi sur l'éducation, un sujet fort
important, Mme la Présidente, puis, je pense, un sujet dont on partage grandement les objectifs et l'importance. Même
si, quelques fois, on n'est pas toujours d'accord sur les chemins qu'il
faut emprunter pour s'y rendre, je pense que la destination, qui est la
réussite de nos enfants, c'est une destination qu'on partage ensemble. Alors,
je vais prendre le temps de la saluer et saluer tous ceux qui sont ici avec
nous dans l'enceinte aujourd'hui et qui nous écoutent.
J'ai eu l'occasion de
le dire, Mme la Présidente, l'éducation est le plus grand projet collectif du
Québec. Quant à moi, c'est la mission... une
des missions les plus importantes de l'État, du gouvernement et c'est une
mission, je viens de le mentionner en saluant ma collègue et mes autres
collègues de l'opposition qui sont porte-parole dans ce dossier, qui doit nous unir, hein, au-delà des partis,
au-delà des cycles électoraux. Donc, quand on parle d'école, Mme la Présidente,
on parle de nos enfants. Et, lorsqu'on parle de nos enfants, bien, on doit
naturellement se placer au-dessus de la mêlée, c'est important.
Certains proposent la
tenue, là, d'états généraux en éducation. Je comprends l'intention, Mme la
Présidente, personne n'est contre la
consultation. D'ailleurs, dans mes fonctions actuelles et dans celles que j'ai
occupées auparavant, j'ai toujours valorisé ce dialogue, le dialogue
social, l'écoute, la concertation. Et c'est encore plus important, je pense, dans le milieu de l'éducation parce que ce sont
nos enfants à tous. Mais je pense qu'il est important de rappeler, Mme la Présidente,
ce qu'on a fait jusqu'à présent et comment le gouvernement de la CAQ, depuis
2018, a abordé l'enjeu de l'éducation.
• (15 h 30) •
On a profondément,
depuis 2018, Mme la Présidente, transformé le réseau de l'éducation. On a
consulté, on a posé des gestes, on a investi
puis on a avancé. On a fait dépasser, sur le plan budgétaire uniquement, pour
commencer... on a fait passer le
budget de l'éducation de 14,9 milliards de dollars à
23,5 milliards en sept ans, qui est une hausse de 58 %, près
de 60 %. Donc, l'importance de l'éducation est marquée dans les
dispositions budgétaires qu'on a faites et les pas budgétaires qu'on a faits
depuis 2018. C'est un facteur, c'est un vecteur, c'est un indicateur.
Le financement des
infrastructures, également, c'est important, on en a parlé pendant la période
de questions, nos écoles, nos
infrastructures, qui, malheureusement, arrivent à une cinquantaine d'années
presque toutes en même temps, donc il
y a beaucoup d'investissements à y faire, donc on a passé de 9 milliards à
23,5 milliards de dollars pour le PQI de l'Éducation, Mme la
Présidente. Ce sont des investissements qui sont majeurs, des investissements
qui sont structurants, qui ont permis de rattraper un sous-financement,
je dirais même, chronique qui s'est accumulé année après année et qui faisait en sorte que, quand on est arrivés en
2018, un constat a été très clair, pour nous : il fallait réinvestir
massivement dans l'éducation.
On a amélioré
également de façon importante les conditions de travail du personnel scolaire,
c'est important pour la rétention, pour l'attraction, pour la valorisation, des
augmentations salariales qui ont été historiques, qui ont été qualifiées
d'historiques même. Je me souviens de la première vague de négociations, en 2020‑2023,
que j'ai faite, et M. Mallette, de la FAE,
a qualifié les ententes de cette époque-là d'historiques, à l'époque. Je l'ai
retenu. On a employé... on a employé des aides à la classe, ajouté des
heures aux éducatrices en milieu scolaire, aux techniciens en éducation spécialisée, plus de soutien dans les classes,
plus de soutien pour nos enfants défavorisés. On a... Aujourd'hui, c'est
environ une classe sur deux, Mme la Présidente, au primaire, qui bénéficie de
ce soutien supplémentaire, il faut le noter, et tout ça dans un seul et
unique but, la réussite des élèves.
Les sommes investies
sont considérables. Notre responsabilité, maintenant, c'est de nous assurer
qu'elles sont utilisées de la manière la plus efficace possible. Les centres de
services scolaires ont des gestionnaires compétents qui connaissent leur
réalité. Notre rôle, nous, comme gouvernement, c'est de les accompagner, de
leur donner des outils, de recentrer le financement sur les élèves et de
préserver la qualité des services éducatifs, tout en assurant une gestion
responsable des fonds publics, parce qu'on est redevables aux Québécois, Mme la
Présidente. C'est leur argent.
Dans
ce contexte, je me pose une question toute simple, la seule qu'on devrait se
poser : Qu'est-ce qui sert le mieux, ici maintenant, l'intérêt des
enfants? Bien, depuis mon arrivée comme ministre de l'Éducation, avec le court
laps de temps que j'avais pour agir, bien, c'est la question que je me suis
posée, puis je me suis donné comme objectif clair celui d'apaiser le
réseau, Mme la Présidente.
Depuis
les dernières années, le réseau a traversé beaucoup de choses. On a fait
beaucoup de changements. Il y a eu la pandémie, les négociations collectives,
qui ont quand même été difficiles malgré des résultats que je considère
historiques, des changements importants. On a refait la structure des
commissions scolaires. Maintenant, ce sont des centres de services scolaires, et c'est des changements qui
ont été structurants et importants. Donc, il y a de la fatigue. Il y a des
attentes. Il y a aussi une immense volonté, de la part des gens qui
travaillent pour les enfants au quotidien, de bien faire.
Donc, mon rôle est de leur apporter des
solutions concrètes, du support. C'est de cette façon-là que moi, je le conçois
et que je l'ai annoncé d'entrée de jeu quand je suis arrivée en poste. Dès mon
entrée en fonction, j'ai ouvert les canaux de communication avec les partenaires, directions d'école,
enseignants, personnel de soutien, syndicats, parents, j'ai écouté, j'ai
entendu, mais j'ai... je l'ai dit clairement, on ne peut pas tout faire en même
temps, il faut prioriser.
À titre d'exemple, dès le début, dans les
premières heures, je dirais même, de ma nomination, il y a eu l'enjeu du
plafond des ETC qui remontait rapidement à la surface, un enjeu qui freinait
l'embauche du personnel dans les écoles, un
irritant majeur pour le réseau. Malgré les objectifs louables de ces plafonds
d'ETC, c'est plutôt des cibles qu'on devait... qu'on devait mettre. On a
rectifié le tir. On a réglé la situation.
Un autre des enjeux qui a été soulevé rapidement
concernait l'implantation du nouveau programme de français, programme
hyperimportant pour l'avenir du Québec, pour le français au Québec, pour notre
culture, d'ailleurs, parce que la culture
est intimement liée à ce programme de français, la culture québécoise. Bien,
tout le monde s'entend sur son importance, Mme la Présidente. Ce n'est
pas ça, l'enjeu. C'est un jalon essentiel pour valoriser notre langue et notre culture, je viens de vous le dire, mais les
équipes-écoles me disaient ne pas avoir le temps nécessaire pour bien
s'approprier le programme avant de l'enseigner.
Donc, on a pris une décision pragmatique, j'ai
pris une décision pragmatique, reporter son implantation à la
rentrée 2027-2028, puis l'année 2026-2027, la prochaine rentrée
scolaire, Mme la Présidente, bien, va... consacrer à la préparation et à l'accompagnement
de nos enseignants, qu'ils puissent implanter correctement, avec l'agilité dont
ils ont besoin, ce programme. Il va y avoir
des formations qui vont leur être offertes pour qu'ils puissent se préparer à
le faire correctement. Ils vont avoir
le temps d'analyser le matériel didactique, de s'approprier le contenu, de se
préparer adéquatement, Mme la Présidente.
Et on pourra aussi prendre connaissance des
résultats, parce que je vous rappellerai qu'il y a un projet pilote, qui est
implanté dans 54 classes à travers le Québec au moment où on se parle, qui
se terminera avec l'année scolaire qui est
en cours. Donc, on pourra analyser ces résultats-là et tenir compte des
commentaires des enseignants qui ont eu à appliquer, expérimenter ce
nouveau programme de français et faire les ajustements nécessaires, le cas
échéant.
Donc, vous
savez, Mme la Présidente, qu'est-ce qu'on fait? On fait les choses dans
l'ordre. On donne les conditions de
réussite. On évite la précipitation. On laisse à notre réseau le temps
d'absorber ces changements fort importants qu'on met de l'avant.
Un autre enjeu majeur qu'on connaît très bien,
tous, c'est la formation des enseignants. La croissance rapide du nombre
d'élèves a créé une pénurie d'enseignements... d'enseignants légalement...
légalement qualifiés, mais une grande pression aussi sur notre PQI, sur les
disponibilités des places dans les classes. Aujourd'hui, on doit donc recourir à des enseignants sans brevet. Je sais qu'il y a,
parmi eux, des personnes engagées et compétentes. Il ne faut pas... il ne faut
pas mêler qualification légale et compétence.
Donc, il y a des personnes engagées, il y a des
personnes compétentes qui ont joint le réseau, et je remercie... d'ailleurs, il
faut les remercier de contribuer à la réussite de nos élèves, mais ça ne peut
pas devenir la norme, Mme la Présidente.
C'est pour ça que j'ai écrit, j'ai écrit à chacun des enseignants sans brevet
pour leur rappeler le caractère temporaire et exceptionnel de leur situation
et l'attente claire qu'ils s'engagent dans un parcours de formation. C'est ça
qu'on veut pour ces gens-là. On veut qu'ils viennent nous donner... prêter
main-forte. Ils ont des qualités exceptionnelles, ils ont des compétences, mais
on veut qu'ils aient les qualifications pour enseigner. Puis il faut continuer
à valoriser le brevet, Mme la Présidente,
donc enseigner... Parce qu'enseigner c'est une profession qui est exigeante,
c'est une profession qui est importante, puis elle mérite donc une
formation solide.
La bonne nouvelle, c'est que les inscriptions
dans les programmes universitaires en enseignement sont passées de plus de
19 000 à près de 23 000. L'attrait de la profession augmente, Mme la
Présidente, et c'est ça qui est important et c'est ça qu'il faut regarder.
L'aiguille bouge et elle bouge dans la bonne direction.
Nous avons également instauré l'obligation de
30 heures de formation continue par période de deux ans. Encore une fois, c'est pour s'assurer que les
enseignants ont la pleine formation, qualification, mais pas à... non seulement
à la sortie de l'école, mais tout au long de leur carrière de professionnel.
L'Institut national d'excellence en éducation aura le mandat de s'assurer que les formations suivies sont pertinentes et
alignées sur les compétences attendues. C'est normal, Mme la Présidente,
d'exiger une telle hauteur de formation parce qu'après tout ces gens-là forment
la génération de demain, celle...
Une voix : ...
Mme LeBel : ...notre
avenir, merci, celle qui prendra soin de nous et qui mènera le Québec vers...
vers son avenir, vers ce qu'il mérite. Donc, on doit élever les standards et on
doit maintenir ces standards-là à un très haut niveau.
Puis c'est toujours, d'abord et avant tout, dans
l'intérêt des élèves. C'est la seule... C'est la seule boussole qu'un ministre de l'Éducation doit avoir et c'est
la seule boussole qu'on doit avoir en matière d'éducation, Mme la Présidente. C'est qu'est-ce qui est bon pour nos enfants ici
maintenant, quels sont les gestes qu'on doit poser pour eux ici maintenant.
Donc, on me parle d'états généraux, Mme la
Présidente. Bien, je comprends l'idée. Je comprends l'idée. Ça se discute, hein? Je comprends l'idée de prendre un
temps d'arrêt collectif. Mais je crois sincèrement... Quand on se pose la
question : Qu'est-ce qui est dans l'intérêt de nos enfants ici
maintenant?, bien, je crois qu'en ce moment ce dont le réseau a le plus besoin,
c'est de stabilité, de clarté, d'agilité, de prévisibilité. Il faut que les
décisions que l'on prend facilitent leur travail dans les écoles. C'est de ça
qu'ils ont besoin au moment où on se parle, Mme la Présidente.
On a déjà des espaces de dialogue, entre autres,
un comité sur le rôle de l'école qui réunit les principaux partenaires et qui
permet d'aborder des questions de fond de manière structurée et continue.
Plusieurs des questions qui ont été abordées
par ma collègue de l'opposition font partie, justement, de ce comité du rôle...
sur le rôle de l'école, pour lequel ma collègue et mon adjointe pourra
vous parler, la députée de Hull. C'est un comité qui est extrêmement important, et les partenaires sont bien représentés. Et ce
sont des sujets qui sont abordés qui sont essentiels pour l'avenir du réseau.
On se pose déjà ces questions-là, Mme la Présidente.
• (15 h 40) •
Vous savez, dans le
temps qu'il me reste pour agir et que j'avais pour agir à partir du mois de
septembre, bien, j'ai fait le choix d'être concrète, j'ai fait le choix d'être
pragmatique, j'ai fait le choix de prioriser, d'aller là où les décisions
peuvent avoir un effet direct et rapide sur les élèves et sur ceux qui les
accompagnent. J'ai fait le choix d'apaiser le réseau, de donner le
nécessaire... le temps nécessaire pour bien implanter les changements que l'on
fait, soutenir la formation des enseignants
puis assurer une gestion rigoureuse des ressources. Ça fait aussi partie de nos
obligations, Mme la Présidente, de nos obligations envers les citoyens
du Québec. C'est peut-être des gestes moins spectaculaires que des états
généraux, mais ils sont essentiels.
L'école a besoin de
cohérence, je le répète, a besoin de prévisibilité. Les élèves ont besoin
d'adultes qui peuvent se concentrer
pleinement sur leur réussite. Ça fait que, donc, c'est, Mme la Présidente...
c'est dans cet état d'esprit là que j'entends
poursuivre ce travail aussi longtemps qu'on me... qu'on me permettra de le
faire, avec sérieux, avec écoute et toujours en gardant l'intérêt des
enfants au centre de nos décisions. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
Mme la ministre. Maintenant, nous allons poursuivre avec l'intervention
de Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal :
Merci. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Ça me fait plaisir aujourd'hui
d'intervenir sur un sujet qui est très important pour moi, comme probablement
la majorité des collègues ici, l'éducation. Vous savez, mon parcours personnel
est le résultat de l'école publique québécoise. D'ailleurs, j'en parle dans mon
livre, je consacre un chapitre au complet sur l'école et l'éducation dans mon
parcours d'intégration, le livre Les gens du pays viennent aussi d'ailleurs.
Je parle de la classe de M. Gilles, mon prof en classe d'accueil au
primaire, d'aussi mon école secondaire Saint-Maxime à Laval. Ça a été vraiment
très, très important et c'est la contribution très importante qu'a eue pour moi
l'école publique québécoise, et je ne veux perdre jamais aucune occasion pour
pouvoir en parler.
Aujourd'hui, on est
ici réunis pour parler d'une motion du Parti libéral du Québec, probablement
sous l'impulsion de son chef, le nouveau chef du Parti libéral, Charles
Milliard:
«Que l'Assemblée
nationale — donc — reconnaisse
la nécessité de tenir des États généraux sur le système d'éducation au Québec.»
Évidemment, Québec solidaire,
nous sommes d'accord avec ça. Ça fait longtemps que nous avons dit que nous
étions d'accord avec ça, et absolument. On a besoin, avec tous les problèmes
qu'on a dans notre système d'éducation, d'états généraux, de reprendre ce qu'on
appelle, et Charles Milliard aussi l'a mentionné, le rapport Parent 2.0.
Ce qui est important aussi pour que ça fonctionne, cet exercice démocratique
là, c'est les conditions, c'est que ce soit une commission totalement
indépendante. Ça peut être des états généraux, par exemple, par une commission
d'enquête sur l'éducation, comme dans les
années 60, qui soit totalement indépendante et où la société civile soit
vraiment partie prenante, donc, pour ne pas que ce soit uniquement un
exercice politique, pour que ce soit vraiment un succès.
Je vais citer ici
quelqu'un : «Si j'annonçais maintenant qu'on fait des états généraux,
pendant un an on va se promener, on va parler, on va consulter, on va prendre
une autre année pour écrire le rapport et au moins une autre année après pour
le mettre en oeuvre.» Ça, Mme la Présidente, c'est l'ancien ministre de
l'Éducation qui avait dit ça, et l'aspirant chef de la CAQ, donc aspirant
premier ministre. Donc, on peut déjà savoir aussi qu'un des aspirants au poste
de chef de la CAQ est contre. On ne sait pas, par exemple, pour l'autre
aspirante cheffe, la députée de Sanguinet, où
elle se place. On a eu maintenant la réponse de la part de la ministre de
l'Éducation, comme quoi, avec le temps qu'on a, on n'a pas eu le temps
de faire ça, et elle nous a parlé du bilan.
Pourtant,
cette... ces états généraux sont extrêmement importants et même essentiels pour
tracer le chemin pour l'école pour sortir... l'école publique
québécoise, pour sortir de la situation dans laquelle on est, où la situation,
malgré tout ce que les gens qui y
travaillent apportent, tout leur coeur qu'ils mettent... à quel point elle a
besoin d'un coup de barre, et ça ne
peut pas arriver comme ça avec des mesures à gauche et à droite, aussi bonnes
soient-elles. Tout n'est pas négatif, de ce qui est mis en place par le
gouvernement, mais ce n'est pas suffisant dans la situation où le... notre
système d'éducation public québécois se trouve.
Maintenant, je vais
revenir à cette proposition d'états généraux. Bien sûr que nous sommes
d'accord, à Québec solidaire, on va voter pour cette motion, mais c'est
vraiment... Vous savez, pendant ces états généraux, il y a... ce serait très... c'est très facile de parier que, si on va
à la source du problème de notre école publique québécoise... c'est impossible,
impossible qu'il y ait ces états généraux puis qu'on ne parle pas d'une des
sources fondamentales des problèmes qu'on se...
avec lesquels on se trouve aujourd'hui dans notre système d'éducation, et,
évidemment, j'ai nommé l'éléphant dans la pièce, qui n'est pas nommé
dans la motion du Parti libéral du Québec, c'est-à-dire l'école à trois
vitesses.
Guy Rocher, qui a
fait partie, évidemment, de la commission Parent dans les années 60, il
qualifie le système actuel dans lequel on vit d'un gâchis humain. Il dit aussi
que la... l'école à trois vitesses aujourd'hui, où est-ce qu'elle est... où
est-ce qu'on est rendus dans notre système d'éducation, ça a été une trahison
de l'esprit du rapport Parent à l'époque. Il y a eu un compromis, à l'époque,
qui a été fait pour donner une place à l'école privée subventionnée avec de l'argent public, sélective. Et plus tard, juste
avant sa mort, il a amèrement, amèrement regretté ce compromis, parce que,
finalement, on ne s'est... on n'a fait que s'enfoncer dans cette école à trois
vitesses.
On ne peut pas, comme le chef du Parti libéral
du Québec, Charles Milliard, se réclamer de la commission et du rapport Parent
sans parler de l'école à trois vitesses puis de l'égalité des chances, sinon ce
serait trahir, ce serait trahir l'esprit de cette
commission, ce serait trahir l'esprit du rapport Parent. On ne peut pas
demander... Le chef du Parti libéral ne peut
pas demander une... des états généraux ou une commission... rapport... du
rapport Parent 2.0, etc., et ne pas
aller au bout des réflexions qui ont eu lieu à l'époque, et une de ces
personnes qui étaient à l'avant-plan, le regretté Guy Rocher... Ça
prendrait une étape de plus, du courage, de la part du chef du Parti libéral,
pour aller plus loin.
On a compris, pour la CAQ, c'est... la réponse,
c'est non, ils n'ont pas l'intention de le faire, quoique j'ai vraiment envie
d'interpeller... Aujourd'hui, je... j'invite la députée de Sanguinet et
candidate à la chefferie de, elle, se positionner par rapport à cette
question-là puisqu'elle s'est positionnée sur d'autres enjeux et elle est allée
à l'encontre de ce qui a été décidé par le gouvernement de la CAQ. Parmi ses
propositions qu'elle met de l'avant, l'éducation. Elle parle d'économie, si on
veut, une économie forte. L'éducation, on ne peut pas passer par-dessus, c'est
fondamental. Donc, je l'invite, elle aussi, à se prononcer là-dessus, comme
j'invite le Parti libéral d'aller au bout de leur démarche et de parler du
coeur du problème de notre réseau de l'éducation, c'est-à-dire l'école à trois
vitesses.
Je vous invite, Mme la Présidente, à lire la
lettre qui est parue aujourd'hui, de mon collègue le député de Gouin et
responsable en matière d'éducation. Il fait un parallèle entre les Jeux
olympiques et le succès des Norvégiens, qui ont
raflé, comme d'habitude, beaucoup de médailles comparativement au Canada et au
Québec, même si leur population est beaucoup moins élevée que la nôtre,
et il parle de la clé du succès dans ce pays par rapport au... le développement
des athlètes en Norvège : accessibilité à tout le monde, refus de la
spécialisation sportive, valorisation du jeu libre. Les classements, ils sont
carrément interdits avant l'âge de 11 ans, c'est très clair.
Et
aujourd'hui on le voit, là, la science aussi est très claire là-dessus, si on
veut que des jeunes soient performants... ou des athlètes qui soient performants en étant adultes, la pire chose à
faire, c'est qu'ils soient spécialisés dans un seul sport. Souvent, ceux
qui ont été spécialisés, par exemple, dans les écoles, même publiques, avec des
programmes particuliers de sport-études, qui
ont été spécialisés, finissent plus tard, même, ils ne font plus de sport plus
tard. Ça, c'est absolument un échec
lamentable de ce système de sport-études, parce qu'ils se spécialisent beaucoup
trop tôt par rapport à ce que les études scientifiques demandent.
Les études, aussi, démontrent que la
surspécialisation à l'enfance ou le fait de regrouper des élèves qui sont très bons ou performants dans certains secteurs,
que ce soit sport, que ce soient les arts, la musique, tout le temps ensemble,
sans qu'il n'y ait un mélange entre les différents élèves, on peut transposer
ça pas uniquement au sport, mais dans d'autres domaines, comme les sciences,
comme la musique, comme les arts, etc., et ce qui est démontré par les études, notamment une dernière étude de la revue
scientifique, c'est que l'élitisme et la culture de la performance précoce
nuisent à l'excellence.
• (15 h 50) •
Et
malheureusement c'est exactement ce que fait notre système d'éducation à trois
vitesses. Et je peux comprendre les
parents de tenir à ce que leurs enfants soient avec les meilleurs si leurs
enfants sont performants et si eux ont l'argent pour pouvoir les amener
à l'école privée. C'est normal, les parents veulent le meilleur pour leurs
enfants, et, souvent, il y a cette fausse
idée de penser qu'en mettant les enfants les plus performants ensemble puis en
ne les mélangeant pas avec les
autres, ils vont vraiment réussir beaucoup mieux. Les études nous démontrent
que ce n'est pas... ce n'est pas un facteur de succès. Ce n'est pas
comme ça que ça se passe.
On ne peut pas parler, en ce moment,
d'éducation, on ne peut pas vouloir le meilleur pour notre système d'éducation,
on ne peut pas vouloir enclencher des états généraux sans parler du... de cet
échec fondamental et très, très nuisible pour nos enfants ici, au Québec, sur
l'éducation à trois vitesses, où est-ce qu'on ségrègue les élèves en fonction de leur performance, en fonction de leur...
s'ils sont bons ou moins bons à l'école et en fonction aussi de l'argent
de leurs parents. C'est un des systèmes
d'éducation... et ça me fait mal de le dire, Mme la Présidente, c'est un des
systèmes d'éducation, au Québec, si on le compare à... au Canada, qui
ségrègue le plus et qui est le plus divisif pour les élèves du Québec.
Pourtant, pourtant, il y a... Moi, je veux
remercier, d'ailleurs, tout le travail qui est fait par la société civile, qui
n'a pas attendu que le gouvernement se réveille, puis décide de faire des états
généraux, puis de s'attaquer à l'école à trois
vitesses. Il y a le...
Debout pour l'école publique, il y a
plein d'autres organisations de la société civile, des parents, des
spécialistes qui se mobilisent pour dire qu'il faut s'y attaquer, parce que
pour eux, l'éducation... si l'éducation est une valeur fondamentale, si c'est
vraiment une priorité, on ne peut pas dire que c'est une priorité sans
s'attaquer à cet enjeu-là. Donc, je veux
saluer les... toutes ces organisations-là, les mouvements qui militent pour une
éducation publique de qualité pour tous les enfants du Québec, peu
importe leur milieu familial ou leur milieu socioéconomique.
J'invite aussi M. Milliard à rencontrer
Stéphane Vigneault, de l'École ensemble, qui a mis en place une proposition
pour régler ce problème de l'école à trois vitesses, avec une proposition et
une mesure vraiment très réfléchie, qui
pourrait... qui fait consensus au Québec, mais qui pourrait aussi faire
consensus dans la classe politique, parce que, malheureusement, ce n'est
pas le cas en ce moment. Et je salue la persévérance de cet... cet organisme-là,
l'École ensemble, qui fait un travail extraordinaire de sensibilisation,
d'éducation pour les élus du Québec, pour la société civile. Et moi, j'ai travaillé main dans la main avec l'École ensemble
pour déposer un projet de loi, le projet de loi n° 895, je l'ai
déposé l'année passée, Loi établissant un réseau scolaire commun afin de
garantir l'égalité des chances, pour que tous les enfants fassent l'école
ensemble. C'est un gage de réussite pas juste pour les élèves, mais aussi
pour... pour notre société. Et, sinon, si on ne s'attaque pas... si, comme le
fait le Parti libéral du Québec et aussi la CAQ... ne s'attaque pas à ce
problème-là fondamental, bien, il y a une incohérence totale, complète.
Moi, je sens que le Parti libéral du Québec
parle des deux côtés de la bouche en disant : C'est important, ce qu'on a fait dans... dans les années 70, avec
le rapport Parent, c'est très important, c'était fondamental, donc faisons
aussi des états généraux aujourd'hui en s'inspirant d'eux. On... Ils ne peuvent
pas... On ne peut pas avancer si... et on ne peut pas être en cohérence
avec l'esprit de cette commission-là et du rapport Parent s'il ne fait pas le
chemin supplémentaire pour s'attaquer aux vrais problèmes
dans notre système d'éducation, ça, c'est... On ne peut pas se réclamer du
rapport Parent et de la commission Parent et trahir son esprit en n'allant pas
au bout de la réflexion et aussi des solutions, c'est... De toute façon, lors des états généraux, ce problème de l'école
à trois vitesses va être présenté, va être traité, sinon c'est
impossible. Puis, si on sort de là puis on laisse... on fait «business as
usual» puis on laisse les choses aller, puis le statu quo... on ne pourra pas
régler des problèmes fondamentaux.
Moi, je me
suis promenée beaucoup dans les écoles, récemment, j'ai été au Salon du livre,
et il y a une prof... pour... pour des dédicaces. Un des moments
préférés que je fais maintenant, je fais la tournée des salons du livre. Et il
y a une prof qui est venue me voir, puis elle m'a dit... elle m'a entendue
parler de l'école publique, comment ça a été important dans mon parcours, puis
elle m'a dit : Encore aujourd'hui... une jeune prof, là, ça ne fait pas encore
cinq ans qu'elle est prof, et elle se pose
beaucoup de questions, elle me dit : Encore aujourd'hui, on a besoin pas
juste d'aides à la classe, d'avoir une paire de bras, on a besoin aussi d'avoir
plus de ressources parce qu'il y a une concentration des élèves avec...
à besoins particuliers, c'est immense, et ça, c'est causé, c'est causé par
l'école à trois vitesses, parce qu'il n'y a pas ce mélange entre les enfants.
Et je veux finir avec ça, Mme la Présidente,
cette proposition de l'École ensemble, elle est populaire. Il y a eu un sondage
qui a été fait l'année passée, je pense, et elle est appuyée largement, à
84 %, par la population, qui dit : Oui,
nous voulons que tous les élèves du Québec aient accès à la meilleure qualité
d'éducation et, oui, nous voulons arrêter de donner de l'argent public
pour des écoles privées et que les enfants fassent l'école ensemble. C'est ça,
le gage de réussite. Donc, j'invite tous les
parlementaires ici, comme la population québécoise, à faire ce pas en avant
pour s'assurer qu'il y ait une... de contrer l'école à trois vitesses.
Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci beaucoup, Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition.
Maintenant, nous allons poursuivre les interventions avec M. le député
de Matane-Matapédia.
M. Pascal Bérubé
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. En ma qualité de porte-parole en éducation pour le Parti québécois,
je me réjouis que le Parti libéral se rallie
à la résolution du Parti québécois, connue depuis l'élection de 2022, réitérée
dans un conseil national, à l'effet que, bien sûr, il y aura une
vaste consultation si, d'aventure, un gouvernement du Parti québécois
est élu l'automne prochain, mais, encore plus que ça, on parle davantage de
commission Parent II.
Donc, la
commission Parent, rappelons-le, a mené à la création du ministère de
l'Éducation, à l'école obligatoire et gratuite jusqu'à 16 ans, à la
naissance des écoles polyvalentes et des cégeps ainsi qu'à un accès élargi aux
études universitaires. C'est quand même pas mal. Ça a été un exercice fort
concluant. Il y a eu, bien sûr, des états généraux, auxquels j'ai moi-même participé doublement, comme citoyen et comme
futur enseignant, lors de l'arrivée du gouvernement Parizeau. Mais on est rendus à un moment où on
doit faire l'inventaire de ce qui fonctionne, des nouveaux défis et comment on
aborde les prochaines années avec notre système d'éducation.
Alors, les
intervenants du milieu scolaire sont unanimes à l'effet qu'il est plus que
temps de repenser en profondeur le
système d'éducation au Québec. Et nous sommes d'accord. D'ailleurs, on a un
comité de sages, à l'extérieur de notre formation politique, qui s'est penché
sur ces questions et qui arrive aux mêmes conclusions. Les enseignants, les
éducateurs spécialisés, les parents d'élèves, les intervenants dans le
débat public, tous s'inquiètent d'un système qui reproduit les inégalités qu'il devrait combattre. Nous avons
besoin de nouvelles réponses, de nouvelles orientations liées à une société qui
a profondément changé depuis les états généraux de 1995-1996.
Quels sont les compétences et les savoirs que
nous devons transmettre aux jeunes pour le XXIe siècle? Question fondamentale. Comment s'assurer que tous
les jeunes au Québec, peu importent leurs origines et leurs revenus,
ceux de leurs parents, ont accès à une éducation de qualité et à des programmes
stimulants qui leur permettent de développer leur
plein potentiel intellectuel, sportif et artistique? Comment revoir
l'administration scolaire pour que toutes les décisions pertinentes
soient prises au plus près des élèves et pour éliminer les lourdeurs
bureaucratiques? Quelle sorte d'éducation à
la citoyenneté et aux valeurs québécoises voulons-nous pour les jeunes du
Québec? Quelle doit être la place du privé dans le secteur de l'éducation au
Québec? Une question qui, je le soupçonne, ne sera pas abordée par le Parti
libéral du Québec. Comment former, et attirer, et retenir les
enseignants et le personnel scolaire en général dans nos écoles?
Prendre l'engagement de tenir des états généraux
de l'éducation, c'est aussi s'engager à aborder toutes ces questions et c'est s'imposer le devoir de les
aborder avec ouverture d'esprit. Au Parti québécois, c'est un engagement qu'on a pris dès le début du mandat, ce n'est pas
d'hier, bien avant l'arrivée de Charles Milliard, et que nous avons constamment
réitéré depuis. Les jeunes du Québec méritent que toute la société se
mobilise pour assurer qu'ils étudient dans les
meilleures conditions.
Donc, c'est une proposition qu'on a faite il y
a... à plusieurs reprises, sans jamais obtenir de réponse du gouvernement
là-dessus, sauf une. L'actuelle ministre de l'Éducation a indiqué, avec la
candeur et la rigueur que je lui connais, qu'il ne restait pas assez de temps
pour aller de l'avant. Bien sûr, si son prédécesseur l'avait fait, elle
n'aurait pas besoin de dire ça. D'ailleurs, c'est assez éclairant qu'elle
indique qu'il reste peu de temps pour un ouvrage de cette envergure quand son collègue de la Justice, lui,
veut faire une constitution quand il reste quelques mois au mandat. Je pense qu'ils
devraient se parler, ce serait certainement utile et non prématuré.
• (16 heures) •
L'ex-ministre
de l'Éducation, le député de Lévis, qui est maintenant candidat à la chefferie
de la CAQ — confidence
pour tout le monde, ce n'est pas une
surprise pour moi, il avait fait la même chose au Parti québécois, puis ça
va probablement finir de la même façon, d'ailleurs — maintenant
candidat à la chefferie de la CAQ et au poste de premier ministre, avait d'autres priorités.
On se souvient tous de son indignation au sujet du roi de la montagne, par
exemple. Ça, il était là. On se
souvient aussi particulièrement de... et ma collègue de Terrebonne aussi, du
vidéo sur la violence à l'école, qu'on voulait
diffuser dans toutes les écoles du Québec le jour d'une élection partielle.
C'était ce genre de priorités là. Pourtant, tout appel à une
reconfiguration de notre réseau et les tentatives qui ont été faites, notamment
de l'administration scolaire, à éliminer les commissaires scolaires... Mais, si
on faisait l'inventaire de ce que ça a donné : pas grand-chose. N'importe quel député de cette Chambre peut
témoigner que, dans le lien, le rapport avec les centres de services scolaires,
ça n'a pas changé grand-chose de très fondamental.
Donc, le gouvernement de la CAQ ne s'est pas
engagé à en tenir s'il était réélu. Peut-être que ça viendra à travers les
candidatures. Nous, on s'engage à le faire. Il est possible, Mme la Présidente,
que nous ayons à le faire si, d'aventure, nous sommes élus. Nous sommes
convaincus que cet exercice, s'il est abordé avec ouverture, sans préjugé, sans
a priori, peut donner des résultats exceptionnels dans le temps. Ce n'est pas
obligé d'être très long, on peut circonscrire la période pour... et s'assurer
que tout le monde puisse y participer puis qu'après on tranche ensemble pour le
bénéfice de l'éducation au Québec.
Éducation, évidemment, on pense aux enfants, du
primaire, du secondaire, on pense à l'éducation des adultes, puis, moi, c'est
quelque chose qui me touche beaucoup, puis je suis convaincu que mes collègues
aussi, l'éducation des adultes, la formation professionnelle, les élèves avec
des difficultés d'apprentissage, mais ça permet aussi d'avoir une perspective
sur le réseau collégial et tout le cursus universitaire. Donc, voilà où on se
situe sur ces questions.
Donc, évidemment, nous sommes en faveur de cette
proposition qu'on a déjà faite. Nous l'appuyons. J'ai bien compris que Québec solidaire était plutôt
d'accord aussi. C'est toujours fascinant lorsqu'ils citent Guy Rocher, un homme
de notre famille politique, du Parti québécois, qui a réitéré souvent un
certain nombre de préceptes. D'ailleurs, je les invite à suivre tous les engagements
de Guy Rocher, notamment en matière de laïcité. Mais ça, chacun y choisit, j'ai
l'impression, ce qui fait son affaire.
Quant au gouvernement, bien, ça pourrait être un
engagement pris par la candidate ou le candidat de faire cet exercice. Puis,
qu'importe qui remporte à l'automne, bien, on aura un engagement important,
puis ça va intéresser les gens, parce que moi, je suis sûr que ça va intéresser
les gens de participer à un grand exercice qui va être salutaire. Alors, sur
cet enjeu-là, qu'importe qui gagne à l'automne, si on pouvait avoir cet
engagement-là, qui ne coûte rien au gouvernement, hein, il pourrait s'engager à
adopter la motion, puis je pense qu'on serait gagnants, je trouve qu'on aurait
en banque quelque chose d'intéressant qui serait hors, je dirais, du débat
politique et partisan de l'automne. On pourrait
se dire : On sait qu'il y aura ça puis que le gouvernement qui est élu
va... va le faire. En fait, il va démarrer l'exercice, mais ceux et
celles qui vont le faire, c'est les commissaires, c'est les participants, c'est
tous ceux et celles qui voudront bien y participer.
Donc, en
conclusion, Mme la Présidente, le Parti
québécois, évidemment, est en faveur
d'une proposition qu'il a mise au jeu. Il va même plus loin que ça.
Comme le dit le professeur... — j'ai
oublié son nom puis je le connais bien trop — Baillargeon, Normand Baillargeon, c'est davantage
une commission Parent 2.0 qu'on a besoin, qui va beaucoup plus loin
que des états généraux. Et je pense qu'on est capables d'y arriver ensemble,
avec un système d'éducation qui mérite un ajournement et puis une mise à jour
assez importante pour la suite des choses pour l'éducation. Merci de m'avoir
écouté, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
monsieur... M. le député. Maintenant, nous allons poursuivre avec
l'intervention de Mme la députée de Lotbinière-Frontenac.
Mme Isabelle Lecours
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci, Mme la Présidente. Donc, je suis très
heureuse d'intervenir aujourd'hui sur l'éducation. Depuis 2018, notre
gouvernement a posé des gestes structurants en éducation. Lorsque des enjeux
sérieux liés à la sécurité en milieu scolaire ont été soulevés, nous avons...
nous n'avons pas... Excusez-moi, je vais
mettre mes lunettes, ça va être peut-être un petit peu mieux. Lorsque les
enjeux sérieux liés à la sécurité du milieu scolaire ont été soulevés, nous n'avons pas convoqué des états généraux,
nous avons pris nos responsabilités. Il est donc pertinent de faire le
tour de ce que nous avons fait en éducation pour voir le portrait complet.
Plusieurs actions ont été prises, et c'est avec
fierté... et c'est une fierté pour notre gouvernement. Nous l'avons dit et répété à maintes reprises, la sécurité de
nos élèves est notre priorité absolue. C'est au coeur de toutes nos décisions
et c'est pourquoi notre gouvernement
a posé des gestes concrets pour répondre aux préoccupations exprimées par les
élèves, les parents et le personnel scolaire.
Rappelons les
faits. Le 21 mars 2023, un mandat d'enquête générale a été déclenché afin
de faire toute la lumière sur les
mécanismes de protection en milieu scolaire. Quelques mois plus tard, le
7 août, le rapport a été déposé, puis, dès le 1er septembre 2023, notre gouvernement annonçait publiquement son
intention de donner suite à chacune des recommandations formulées. Nous
n'avons pas attendu. Dès ce moment, le ministre de l'Éducation s'est engagé à
corriger les lacunes identifiées et à déposer rapidement un projet de loi. Ce
fut chose faite après des consultations particulières,
des auditions publiques tenues les 30 et 31 janvier 2024. Le projet de loi
n° 47 a été adopté à l'unanimité par l'Assemblée nationale le
9 avril 2024. Les premières dispositions sont entrées en vigueur dès la
rentrée scolaire du 1er septembre 2024. Cette séquence démontre une
chose : lorsqu'il est question de protéger nos élèves, on agit avec
rigueur et détermination.
Ce projet de
loi constitue un jalon majeur pour renforcer la sécurité et la confiance de nos
élèves dans toutes les écoles du Québec. Il crée un cadre plus clair, et
plus rigoureux, et surtout plus humain pour prévenir, détecter et traiter les situations à risque. Il ne s'agit pas simplement
d'ajouter des règles mais de corriger des angles morts et de renforcer les
mécanismes qui protègent concrètement les jeunes. Le PL n° 47
vient clarifier les responsabilités, resserrer les obligations de signalement
et améliorer la circulation de l'information dans les situations sensibles afin
qu'aucun signal préoccupant ne soit ignoré ou minimisé.
Il vient également encadrer de façon beaucoup
plus stricte la portée des clauses d'amnistie. Désormais, certaines inconduites
ne peuvent plus être effacées des dossiers administratifs après un certain
délai. Cela signifie qu'un historique
pertinent ne disparaît plus et que les décisions futures peuvent être prises en
connaissance complète des faits. Cette modification corrige une faille
importante et renforce la capacité du réseau à prévenir la répétition de
comportements inacceptables.
Le PL n° 47 vient
aussi obliger chaque centre de services scolaire et chaque établissement privé
à se doter d'un code d'éthique clair et applicable. Il crée un comité d'enquête
permanent que la ministre peut saisir lorsqu'une situation l'exige. Surtout, il protège celles et ceux qui
dénoncent. Des mesures explicites ont été prévues pour prévenir les représailles,
parce qu'aucun élève, aucun membre du
personnel ne devrait hésiter à signaler une situation par crainte de
conséquences. Les élèves victimes de
violence à caractère sexuel ou d'abus disposent désormais de recours plus
accessibles, plus rapides et mieux adaptés à leur réalité.
• (16 h 10) •
L'objectif est clair et assume... L'objectif est
clair, soit d'assurer que le système protège réellement les jeunes. On s'est donné des outils avec cohérence et
fermeté lorsque la sécurité des jeunes est en jeu. Nous avons également élargi
les mesures de protection qui s'appliquent aux élèves handicapés et aux élèves
mineurs. Ça permet de mieux protéger les
jeunes les plus vulnérables de notre système d'éducation. Le ministre, à
l'époque, avait dit cela par rapport au PL n° 47 :
«La priorité des priorités, c'est la sécurité de nos enfants. Avec cette
nouvelle loi, on fait le choix d'ajouter des mesures préventives musclées pour
mieux les protéger.»
Que ce soit en commission ou au ministère, ce
travail de collaboration a permis d'adopter une loi qui aura un effet concret sur la vie des écoles... la vie de
l'école ou... au bénéfice des enfants. Le PL n° 47,
ce n'est pas qu'une loi, c'est une promesse tenue envers les familles du
Québec. C'est la preuve que, lorsque la sécurité et le bien-être des élèves
sont en jeu, notre gouvernement ne reste pas les bras croisés. Nous
continuerons de suivre la mise en oeuvre des dispositions dans les prochaines
semaines afin que chaque élève, dans chaque école, puisse apprendre et grandir
dans un environnement sain, sécuritaire et respectueux.
Notre gouvernement a aussi mis en place le Protecteur
national de l'élève, un ombudsman centralisé et indépendant qui assure un
processus uniforme, transparent et efficace à travers le Québec tant dans le
réseau de... public que dans le réseau privé. C'était l'une des promesses
électorales, et nous l'avons tenue. Renforcer la protection des élèves ne
pouvait pas se limiter à modifier les règles internes ou à intervenir au cas
par cas. Il fallait revoir en profondeur la façon dont les plaintes sont
traitées dans le réseau scolaire.
Avant, les pratiques variaient d'un endroit à
l'autre. Les délais pouvaient être longs, l'indépendance parfois questionnée,
et les élèves du réseau privé ne bénéficiaient pas d'un recours uniforme. C'est
pourquoi notre gouvernement est allé plus loin. Nous avons réformé
l'institution du protecteur de l'élève et créé le Protecteur national de l'élève.
On a complètement réformé l'ancien mécanisme. Avant, le traitement des plaintes
variait d'une région à l'autre. Les délais pouvaient être longs. L'indépendance
pouvait être questionnée. On a choisi de mettre fin à ça. On a créé un
organisme autonome, externe au réseau scolaire, avec un processus clair et
uniforme partout au Québec. Que l'élève soit
au public ou au privé, au primaire ou au secondaire, en formation professionnelle
ou à l'école à la maison, il a accès aux
mêmes recours indépendants. Ça, c'est un changement majeur. Le processus est
simple, encadré par la loi et limité à un maximum de trois étapes. Les
délais sont prévus. Ce n'est plus improvisé, c'est structuré.
Mais surtout on a placé les violences à
caractère sexuel au coeur de la réforme. Nous avons fait le choix explicite d'intégrer une section distincte à la
loi pour ces situations. La définition des actes de violence à caractère sexuel
est claire, large et adaptée aux réalités contemporaines, incluant les gestes
posés en ligne. Nous avons reconnu que ces situations exigent un encadrement
spécifique et des mécanismes renforcés. Dans les cas de... Dans ces cas, le
traitement peut se faire en urgence. Si un membre du personnel est impliqué, le
plaignant peut s'adresser directement au protecteur régional. Il n'a pas à
passer par toute la chaîne interne. Ce choix est vraiment très important. Il
montre qu'on priorise la protection de l'élève.
On a aussi prévu une protection claire contre
les représailles. Personne ne devrait hésiter à dénoncer par peur de conséquences. Cette garantie est essentielle
pour... pour créer un climat où les victimes se sentent en sécurité pour
parler. On a voulu envoyer un signal fort. La parole de nos élèves doit
être protégée. Ce que cela démontre, c'est que notre gouvernement n'a pas
simplement réagi à des situations, il a structuré un régime permanent de
protection des droits des élèves avec une emphase assumée sur les violences à
caractère sexuel.
Après avoir renforcé le cadre légal avec le
projet de loi n° 47 et mis en place un recours indépendant avec le
protecteur de l'élève, il était essentiel d'agir aussi en amont, parce que
protéger les élèves, ce n'est pas seulement intervenir
lorsqu'un geste est posé, c'est prévenir. C'est dans cet esprit que nous avons
annoncé, le 27 octobre 2023, le plan
de prévention de la violence et de l'intimidation 2023-2028. Ce plan n'a
pas été improvisé. J'y ai moi-même travaillé. Il a été élaboré en collaboration avec le ministère de la Sécurité
publique, le ministère de la Santé et des Services sociaux, le ministère de la
Famille, les associations de directions d'école et la CNESST.
La
prévention de la violence et de l'intimidation est une responsabilité
collective. Il vient également structurer la prévention dans nos... dans nos
écoles du Québec. Il établit un cadre uniforme et obligatoire pour toutes les
écoles. On ne laisse plus la prévention
dépendre uniquement des pratiques locales. Chaque établissement doit avoir un
plan clair, connu et appliqué. Ce plan précise quoi faire lorsqu'un événement
survient, quel soutien offrir, quelle sanction appliquer et comment assurer le
suivi. Il est révisé chaque année et élaboré par la direction, le personnel,
les parents et, au secondaire, les élèves.
On
change la culture. On passe d'une réaction ponctuelle à une approche
préventive. Cette approche est appuyée par des investissements concrets. Le
budget 2023-2024 a réservé une enveloppe de 30 millions sur cinq ans
pour la prévention de la violence et
de l'intimidation dans les écoles. Pour 2024-2025, une somme
additionnelle de 12,3 millions a été consacrée à des... à des
actions ciblées. On parle d'un engagement structuré et financé.
Nous
avons également publié un guide clair pour accompagner les milieux scolaires et
le personnel scolaire avant, pendant et après un acte de violence. Ce
guide est la preuve que l'on peut accomplir beaucoup lorsqu'on travaille ensemble. L'annonce a d'ailleurs été faite en
collaboration avec la Centrale des
syndicats du Québec, qui a contribué
à la démarche. Quand on travaille main dans la main, les résultats sont
concrets.
La réalité de nos
écoles s'est complexifiée : violence verbale, psychologique, cyberintimidation,
violence à caractère sexuel. Face à cette complexité, nous avons fait le choix
d'agir de façon spécifique et déterminée contre les violences à caractère sexuel. Nous accompagnons le réseau éducatif dans
cette transition. Depuis janvier 2024, une formation spécifique sur la
prévention et l'intervention en matière de violence, y compris les violences à
caractère sexuel, est offerte à tout le personnel scolaire. On ne laisse pas
les équipes seules face à ces situations. On les outille pour mieux reconnaître
les signaux, intervenir adéquatement et soutenir les victimes.
Bien que la
prévention commence à la maison, on fait de la prévention aussi en classe. Avec
l'introduction du programme Culture et citoyenneté québécoise, nous avons créé
un espace structuré pour aborder les notions de respect, d'égalité, de
diversité et de civisme. Les notions de sexe et de genre y sont abordées dans
leurs dimensions culturelles et sociales. On
y traite des inégalités entre les hommes et les femmes, des stéréotypes et des
dynamiques de pouvoir. Ce programme
intègre la majorité des contenus en éducation à la sexualité. Il permet de
parler de consentement, de relations égalitaires et de respect. Il développe
aussi la pensée critique des élèves. Cette compétence est essentielle dans un
contexte où certains discours circulent massivement sur les réseaux sociaux, y
compris les discours masculinistes ou dégradants envers les femmes. Les jeunes doivent être capables d'analyser ces
messages, et de les questionner, et de les déconstruire.
• (16 h 20) •
La
dimension biologique du sexe, pour sa part, est abordée dans le cours de
science et technologie, notamment en ce
qui concerne la reproduction sexuée. Les contenus obligatoires en éducation à
la sexualité, du primaire à la cinquième secondaire, couvrent le
consentement, les stéréotypes, les relations égalitaires et le respect du
corps. Ces apprentissages ne sont pas optionnels, ils sont obligatoires.
Cette cohérence entre
les programmes, la formation du personnel et les obligations légales est
importante. Avec le projet de loi
n° 94, nous avons aussi renforcé les devoirs et les responsabilités en
milieu scolaire. Les élèves ont le devoir d'adopter une conduite exempte de
violence, d'intimidation, de racisme ou de discrimination. Cette obligation
doit se refléter dans les règles de conduite
de l'école. Le respect de l'égalité entre les femmes et les hommes fait partie
des valeurs démocratiques de l'école... que l'école québécoise doit
promouvoir.
Le PL n° 94
vient également encadrer plus fermement certains aspects liés à la laïcité et
aux accommodements en milieu scolaire. L'objectif est clair : assurer un
cadre commun, cohérent et respectueux des valeurs fondamentales de la société
québécoise, dont l'égalité entre les femmes et les hommes.
On
ne peut pas parler de protection des élèves sans parler de ce qui se passe en
ligne. La cyberintimidation est bien réelle, et ses conséquences sont
très graves. Le partage d'images intimes sans consentement peut causer des
dommages irréversibles en quelques heures.
C'est pourquoi le projet de loi n° 73, porté par mon collègue ministre de
la Justice, est venu créer un mécanisme simple et rapide pour faire retirer une
image diffusée sans consentement. Avant, les démarches pouvaient s'étirer. Maintenant,
un juge peut intervenir rapidement, et des sanctions importantes sont prévues
en cas de refus. Ce levier légal vient compléter le travail du réseau
scolaire et renforcer les protections des victimes.
La prévention passe
aussi par des gestes concrets dans les écoles. Le règlement sur le civisme,
notamment l'interdiction du cellulaire en classe, s'inscrit dans cette logique.
On sait que plusieurs situations de cyberintimidation prennent naissance
pendant les heures de classe. Cette mesure vise à améliorer le climat scolaire.
La prévention passe
également par la formation et la sensibilisation. Des formations adaptées sont
offertes au personnel scolaire et aux parents. Une formation spécifique sur les
stéréotypes et l'égalité entre les sexes a été déployée pour renforcer les notions d'égalité femmes-hommes intégrées au cours de
culture et citoyenneté québécoise. L'introduction de ce cours permet justement d'aborder le respect,
la diversité et la prévention de la violence de façon structurée et réfléchie
avec nos élèves. Une campagne nationale de
sensibilisation a aussi été menée avec des publicités télévisées, du contenu
sur les réseaux sociaux et des outils éducatifs adaptés selon l'âge.
La
semaine annuelle de prévention de la violence et de l'intimidation mobilise
également tout le réseau scolaire. La deuxième édition, sous le thèmeAs-tu le droit?, viendra rappeler à nos élèves et au personnel
scolaire que tous les droits vont toujours de pair avec les responsabilités.
En parallèle, les
centres de services scolaires ont l'obligation légale d'assurer un milieu
d'apprentissage sain et sécuritaire. Avec le PL n° 94,
la ministre peut intervenir lorsqu'un centre de services scolaire ne respecte
pas ses obligations. Ce pouvoir est clair.
Sur
le plan de la sécurité physique, les plans d'urgence sont en place. Des
protocoles sont harmonisés avec les corps policiers. Les milieux sont
préparés. Personne ne souhaite devoir appliquer ces plans, mais il faut être
prêt.
Le respect commence à la maison, et se renforce à
l'école, et s'étend à toute la société. En posant des gestes clairs, en
outillant les écoles et en soutenant nos enseignants, notre gouvernement essaie
de bâtir un environnement d'apprentissage où chaque élève peut s'épanouir sans
peur, sans intimidation, dans la dignité et la bienveillance. Merci, Mme la
Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, Mme la députée.
Maintenant, nous allons poursuivre avec Mme la députée de Hull.
Mme Suzanne Tremblay
Mme Tremblay : Merci beaucoup.
Alors, je suis très heureuse de prendre la parole aujourd'hui. Ma collègue
ministre de l'Éducation a commencé à parler qu'on avait entamé des discussions,
alors... effectivement, sur le rôle de l'école.
Vous dire, effectivement, puis il y a un constat ici, là, c'est vrai que,
l'école, il y a de grands... il y a de belles réussites dans notre système scolaire, mais on fait face
aussi à différents défis qui ont été nommés ici aujourd'hui, l'augmentation de
la violence, on a une pénurie de personnel, évidemment. Donc, c'est des choses
que la ministère connaît et c'est aussi des... on travaille aussi dans
ce sens-là, parce qu'on est à l'écoute, évidemment. Depuis son entrée en poste,
la ministre de l'Éducation a rencontré de
nombreux groupes, est allée dans de nombreux centres de services scolaires
aussi, est allée dans plusieurs écoles. Elle est extrêmement active mais
aussi extrêmement à l'écoute.
Quand, tantôt, la députée libérale
mentionnait... de Bourassa-Sauvé disait : Bon, on veut, bon, de meilleures
pratiques, de la stabilité, de la
flexibilité, alors, j'ai des bonnes nouvelles, on en discute déjà. On a déjà un
forum qu'on a mis en place dans les dernières semaines, dans les
derniers mois sur, justement, le rôle de l'école et on aborde plusieurs de ces
thèmes-là, parce que c'est important de le faire, parce qu'il faut le faire
maintenant puis il faut... Les discussions sont déjà ouvertes.
Il faut vous dire que ce comité-là qui a été mis
en place a déjà eu plusieurs rencontres, et il y a vraiment, là, une vaste partie des partenaires qui y sont
présents. Puis, quand je dis ça, là, je parle des associations de comités de parents, qui
sont très actifs puis qui apportent leur regard tellement important. On parle
aussi des administrateurs d'école anglaise, de l'Association des
commissions scolaires anglophones du Québec qui est présente, des associations
de DG des commissions scolaires et des centres de services scolaires, les six
associations de cadres, dont les directions d'école, les fédérations des centres de services scolaires, les syndicats, la
CSQ, la FAE, l'APEQ qui sont présents. Donc, plusieurs, plusieurs
groupes font partie des discussions. On est assis à la table. On amène chacun
nos réalités. Et l'objectif de tout ça,
finalement, c'est de dégager des tendances, certains consensus, de voir où
est-ce que sont les réussites, mais aussi où est-ce qu'ils sont, les
difficultés, quels sujets... les sujets qui sont importants de rediscuter.
Alors, vous dire aujourd'hui que ça touche
énormément de sujets qui ont été abordés puis sur lesquels on voit qu'il y a vraiment des lignes directrices qui se
dessinent. Puis je vais vous en reparler, Mme la Présidente, dans le cours de mes prochaines minutes, prochaines
interventions, mais, quand même, on m'a parlé de huit... Il y a huit grands
thèmes, là, qui en ressort, donc, puis c'est ce que je vais aborder dans
les prochaines minutes, parce que... puis en vous parlant un petit peu, là, de
certaines des discussions qu'on a eu la chance d'avoir avec les différents
partenaires qui ont pris place dans différentes discussions puis que je tiens à
remercier, parce que c'est vraiment de beaux échanges, des échanges qui sont
profonds, qui parlent de leur réalité à chacun, que ce soit la réalité de
l'enseignant, la réalité du parent, la réalité
du personnel professionnel, du personnel de soutien, de nos directions
d'établissement. Vraiment, là, tout le monde est assis à la table puis
tout le monde est là parce qu'on a à coeur l'éducation. Je tiens à le dire. Et
c'est extraordinaire, les discussions qu'on
peut avoir quand tout le monde est assis à la table, Mme la Présidente. Alors,
je tiens à les remercier de leur présence, évidemment.
Alors, vous dire... Je disais qu'il y avait huit
thèmes qu'on a abordés. Alors, le premier qui se dégage, là, dans l'ensemble
des discussions puis des comités que l'on a eus : baliser les
responsabilités d'une école et alléger son fonctionnement. Et là il y a
plusieurs choses qui en ressortent, donc les responsabilités et les attentes
envers l'école, qu'est-ce qu'on attend de l'école, parce que, tu sais, le rôle
de l'école, c'est pour ça qu'on appelle ça le rôle de l'école, on lui confie de plus en plus de responsabilités.
Alors, on est venus se questionner sur qu'est-ce qui... qu'est-ce qui appartient
à l'école, qu'est-ce qui appartient à la maison. Puis ça, c'est des belles
discussions à avoir, puis elles sont importantes à avoir déjà ici, maintenant,
avec les acteurs du terrain.
• (16 h 30) •
Alors, aussi, on a parlé des contenus enseignés
aux élèves, parce que, bon, il y a l'ajout de certains contenus ministériels.
Les gens sont venus nous dire : On en ajoute beaucoup, bon, est-ce qu'il
ne faut pas revenir à l'essentiel? Donc, vous
voyez comment c'est important, les discussions qu'on a, Mme la Présidente.
Parce que, bon, durant la pandémie, on a parlé des savoirs essentiels.
Ça fait que c'est toutes des discussions, là, que l'ensemble de la table a.
L'évaluation des apprentissages, ça aussi, c'est
quelque chose qui a amené de belles discussions. C'est quoi, le rôle de l'évaluation? Quel sens on veut lui
donner? Un examen, c'est un examen. Mais un examen, c'est beaucoup plus
que ça, Mme la Présidente, hein? Il y a... C'est large. Qu'est-ce qu'on veut
vraiment évaluer? C'est ce que les gens sont
venus nous dire : C'est quoi, le rôle, le sens qu'on veut lui donner?
Évidemment, pour le prof, ça lui permet d'orienter son enseignement, l'évaluation. L'élève, lui, ça
lui permet... Où est-ce que je suis? Puis le parent, lui, il a besoin de savoir.
Donc, c'est toutes des belles discussions.
Mais il y avait quand même quelque chose qui se dessinait. Il faut vraiment
revoir quel est le sens. On évalue pourquoi, comment. Alors, ça a amené
des superbelles discussions, comme vous voyez, ce point-là.
Évidemment, on m'a parlé aussi des élèves en
difficulté. Alors, évidemment, vous avez entendu, là, hein, on a parlé des aides à la classe qu'on a apportées.
C'est un des gestes qu'on a posés. On parle de stabilité, de flexibilité, de
soutien. Alors, c'est tous ces
thèmes-là aussi qu'on a abordés au niveau des élèves en difficulté. Mais on
sait qu'il faut continuer de les soutenir, de les aider. C'est important pour
leur réussite, évidemment. Et tout le monde était d'accord sur ce point.
On m'a parlé
aussi d'actualiser la mission de l'école. Vous savez, la mission de l'école,
c'est instruire, socialiser, qualifier. Là, les... Puis là les gens ont
dit : Mais c'est bien défini, on a des belles définitions, c'est clair.
Mais instruire, c'était
clair pour tout le monde. Puis là, après ça, qualifier... Mais il y avait des
enjeux au niveau socialiser. Est-ce que, là, on dirait... Bon, c'est quoi, la
compréhension de ça? Ça fait que les gens, ils disaient : Bien, la mission
de l'école, elle est là, elle est
bien définie. Maintenant, il faudrait peut-être en rediscuter, mieux la
comprendre, voir où est-ce qu'on va avec certains de ces mots-là,
notamment, là, «socialiser». Alors, ça aussi, ça a amené de belles discussions,
là, autour de la table. Évidemment, on a parlé de la... des inégalités
sociales, de la marchandisation.
Un point... un autre point qui a été longuement
discuté puis, aujourd'hui, qui a été abordé, la flexibilité et prévisibilité
aux besoins des élèves. Évidemment, la prévisibilité, elle est importante, de
se donner une flexibilité, les gens ont dit qu'au niveau de l'organisation
scolaire c'était important, alors, d'avoir la bonne personne aussi pour soutenir l'élève. Alors, c'est des... ça a fait
partie des discussions qu'on a eues, à travers la table des partenaires, au
niveau du rôle de l'école.
Un autre point qu'on a abordé, qui est aussi
important, qui a été nommé aujourd'hui, bénéficier de temps de reconnaissance
et d'accompagnement, puis on a parlé de la formation, alors optimiser le temps
d'enseignement, parce qu'on l'a dit, quand on parle du rôle de l'école, on
s'aperçoit qu'on en ajoute tout le temps plus, puis ça prend de l'espace, puis
l'espace que ça prend, c'est qu'à un certain moment... c'est que ça diminue le
temps d'enseignement. Ça diminue le temps
que l'enseignant passe auprès de ses élèves, parce que, bon, il y a... dans
l'école, il y a plein de choses. Bon, il y a, par exemple, les campagnes
de vaccination, les photos scolaires, il y a beaucoup, beaucoup... On en
ajoute. À un moment donné, on a parlé du brossage des dents, l'hygiène, les
yeux, bon, et les gens disent : Bon, est-ce qu'il ne faut pas
repenser à tout ça, recentrer le rôle de l'école?
Alors, ça amène des belles discussions. Les gens
sont pragmatiques, disent : Bien, il faut ramener un équilibre, puis surtout se concentrer, optimiser le temps
d'enseignement. Donc, vous dire qu'évidemment vous comprendrez que, là, on est
au... dans ce comité-là, on a des belles discussions, on regarde les différents
points, mais vous dire qu'au moins on
en parle, ça avance, puis on n'est pas à attendre, attendre qu'il se passe
quelque chose, Mme la Présidente. On est dans l'action avec les
partenaires. On parle parce qu'on a une ministre à l'écoute.
Alors là, je vais continuer. Alors, aussi, un
autre point que l'on a abordé, donc, accentuer la communication entre les
parents et l'école. Vous savez, l'école a son rôle à jouer et les parents
aussi. On a beaucoup parlé... Le parent, c'est un collaborateur. Donc, c'est
important, il est là en soutien, parce qu'on... Les enseignants à l'école font
un travail extraordinaire, puis j'en profite pour les saluer, parce qu'on sait
qu'ils sont... Ils passent énormément d'heures chaque jour avec les jeunes, avec les enfants, puis les parents sont
importants, sont importants pour soutenir l'enseignant, parce que, quand il
arrive à la maison, l'enfant, bien, c'est un peu le prolongement... bon,
qu'est-ce que tu as fait à l'école, qu'est-ce qui se passe? Ils sont
importants parce que c'est eux autres, c'est eux qui connaissent bien leurs
enfants.
Donc, le prof a besoin de la collaboration des
parents, et les parents veulent collaborer, c'est ce qu'ils sont venus nous
expliquer, nous dire, être impliqués, être engagés dans leur milieu. On le
sait, qu'ils sont sur le conseil d'établissement. On leur a fait une place
importante. C'est un bon moyen, mais ils veulent vraiment sentir qu'ils font
partie de l'école, et ils ont parlé beaucoup de la communication aussi. Bon,
est-ce qu'on communique assez avec eux? Est-ce que le nombre de communications
est suffisant? Est-ce qu'elle est pertinente? Alors, il y a eu de beaux
échanges en lien avec ça dans nos différentes discussions que l'on a eues.
Un autre point, puis ça a même été abordé,
encore une fois, aujourd'hui, les données, avoir recours aux données puis à la recherche. Alors, on le sait, c'est
important, la recherche en éducation. Il faut se baser sur la recherche,
évidemment. Puis les enseignants, les
enseignantes le disent, on a aussi besoin de formation. Alors, ça aussi, ça a
amené, effectivement, de belles
discussions. Pour tout le monde, bien, la recherche est essentielle. Il faut se
baser sur la recherche et... mais dire que la... ça doit être là pour informer,
évidemment, le terrain. Ce que les gens ne veulent pas, c'est que ce soit imposé,
mais qu'on prépare, puis qu'on informe les enseignants, et qu'on leur donne du
temps aussi pour qu'ils collaborent, participer, se donner des lieux d'échange,
parce que, on le dit souvent, on manque de temps à l'école, donc, de refaire de
l'espace pour, justement, que les gens puissent communiquer, collaborer et
avoir du temps pour se rencontrer, mais l'expertise scientifique est
importante. Elle est même fondamentale.
Alors, ça, on en a aussi parlé, vous dire aussi,
s'appuyer sur... Ah! on a parlé du principe... Ça, c'est compliqué, mais je vais en parler un petit peu, là, du
principe de subsidiarité. Donc, ça veut dire qu'on veut prendre une décision la
plus proche possible des élèves, donc, dans l'école. Alors, ça aussi, là, les
gens ont parlé de ce principe de subsidiarité. En même temps, ce qu'ils
souhaitent, dans ce principe-là, c'est de prendre les décisions, dans chacune
des écoles, adaptées au milieu. Parce qu'on le sait, hein, nos écoles évoluent
dans des milieux qui sont différents, dans des régions qui sont différentes et qui ont des réalités qui sont différentes,
évidemment. Ça a amené à parler, justement, d'avoir de la prévisibilité,
de la flexibilité. On a parlé aussi dans ça des... Tu sais, bon, dans le milieu
scolaire, il y a beaucoup de mesures
budgétaires, bon, qui permettent... bon, qui viennent avec de l'argent,
finalement, comment être redistribué, puis on dit : Bien, ces
différentes mesures-là, il faudrait peut-être avoir plus de flexibilité.
Alors, c'est toutes des belles discussions que
l'on a eues à travers le comité qu'on a mis en place. Et aussi on a parlé d'avoir une meilleure... d'avoir aussi une
meilleure collaboration entre les ministères, se parler davantage. Donc,
il y avait des petits points à améliorer de ce côté-là aussi. Par exemple, on
sait que le ministère de la Santé intervient dans nos écoles, il y a des
infirmières, il y a... Bon, mais de voir son... que le monde comprenne bien son
rôle, que cette personne-là soit stable dans nos écoles. Alors, il y a eu de
belles, belles, belles discussions. Moi, c'est un comité à lequel je crois énormément. Il est fondamental,
à l'heure actuelle, puis c'est beau de voir les échanges qu'il y a à l'intérieur
de ce comité-là.
Alors, vous dire qu'on ne fait pas du surplace,
on a une ministre qui est à l'écoute. Les termes qui ont été nommés aujourd'hui, là, par ma collègue Bourassa-Sauvé
puis aussi les autres oppositions, bien, on est en action, on discute
avec les partenaires. Le rôle de l'école, ce n'est pas terminé, c'est un comité
qui va se poursuivre, il y a des consensus qui vont s'en dégager. On est un gouvernement, Mme
la Présidente, dans l'action et on veut continuer d'améliorer notre
système d'éducation, évidemment. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Maintenant, nous allons poursuivre les
interventions avec M. le député de Saint-Jean.
M. Louis Lemieux
M. Lemieux :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je tiens d'abord à saluer la ministre de
l'Éducation et les deux autres collègues qui
ont participé à ce débat dans le cadre des affaires inscrites par les députés
de l'opposition, une motion présentée par la députée de Bourassa-Sauvé,
qui se lit comme suit :
«Que l'Assemblée
nationale reconnaisse la nécessité de tenir des États généraux sur le système
d'éducation au Québec.»
D'entrée
de jeu, je vais vous dire, Mme la Présidente, qu'on n'a pas besoin d'états
généraux en éducation pour améliorer le système scolaire. Ça fait depuis 2018
qu'on l'améliore, le système scolaire. Quand on a pris le pouvoir, on avait des élections auxquelles très peu de
citoyens participaient, les élections scolaires, pour élire des commissaires
scolaires. Ça coûtait des dizaines,
voire des centaines de milliers de dollars par élection, par commission
scolaire. Chaque commission scolaire était son propre royaume. En
abolissant les commissions scolaires, on a fait un grand pas pour avoir un
réseau scolaire cohérent, qui s'entraide et
qui est surtout imputable. On a aussi normalisé, uniformisé les taxes
scolaires, mais ça, c'est un autre dossier, c'est du côté du ministre
des Finances.
Donc, ce réseau
imputable, c'est ce qui nous permet, aujourd'hui, d'avoir des meilleures
données, également, sur comment ça se passe dans nos écoles. Oui, je sais,
c'est une mode, les tableaux de bord, mais c'est important. Nos données sont
maintenant comparables, entre centres de services scolaires, et on peut mieux
suivre la réussite scolaire des élèves. On a, d'ailleurs, maintenant un tableau
de bord public où on peut suivre un paquet de données : le nombre d'élèves et le nombre d'élèves issus de
l'immigration, le nombre d'écoles qui offrent des projets pédagogiques
particuliers, le taux de diplomation au secondaire et en formation
professionnelle et le taux de réussite aux épreuves ministérielles.
• (16 h 40) •
C'est une bonne chose
que l'on puisse comparer le taux de diplomation des centres de services
scolaires entre eux, ça nourrit l'émulation,
ce qu'on appelle les bonnes pratiques. Cette culture de la donnée et de
l'excellence, c'est un nouveau réflexe qu'on a mis de l'avant. Et, parmi
les actions que l'on a prises dans ce sens, on a créé l'Institut national
d'excellence en éducation. Je vous en parle parce que c'est le ministre
Sébastien Proulx, avant nous, qui avait entamé les travaux, en 2017, en
constituant un groupe de travail. Ce groupe de travail avait remis son rapport
en 2018, et c'est mon collègue le député de
Chambly qui a repris la balle au bond. Le mandat de mon collègue a été marqué
par un cycle de négociations avec le personnel scolaire et, évidemment,
par la pandémie.
Finalement, c'est mon
collègue le député de Lévis qui a pu finaliser le processus de création de
l'INEE grâce à son projet de loi n° 23,
adopté en décembre 2023, l'Institut national d'excellence en éducation. C'est
important parce que ça va permettre d'avoir un acteur neutre qui se positionne
sur les meilleures pratiques, ici comme ailleurs dans le monde, et qui en fait la
diffusion. On veut que les meilleures pratiques dont je vous parlais soient
partagées entre les universités et les écoles, mais aussi entre les
écoles et les centres de services scolaires. Pour mener l'INEE, notre
gouvernement a nommé un président, un directeur
général, a nommé aussi un président de conseil. Et les membres du conseil s'en
viennent. On me dit que ça va prendre encore à peine quelques semaines.
L'important, c'est
qu'en plus d'identifier les meilleures pratiques et leur diffuser... et les diffuser
vers le terrain, l'INEE devient responsable
des programmes de formation à l'enseignement, et ça, c'est fondamental. Je
crois que nos voies de formation vers la progression enseignante... la
profession enseignante doivent continuer d'évoluer. Et ce n'est pas faute
d'essayer d'avoir fait du progrès. On a
maintenant des maîtrises de 45 crédits plutôt que de 60, ou encore des
DESS de 30 crédits. Bref, on y travaille et on y travaille fort.
Mais ce dont je
voulais surtout vous parler et souligner, c'est les infrastructures, parce que,
quand il est question d'éducation, on en
entend parler, c'était le cas encore à la période des questions ce matin, de
l'état des écoles. Vous savez, nos écoles sont dans la cinquantaine. En
fait, c'est des écoles... en tout cas, chez nous, à Saint-Jean-sur-Richelieu,
c'est des écoles de Duplessis, comme on les appelle. La plupart, au Québec, se
sont construites effectivement dans les années 50-60.
On a de grands défis à relever en termes d'infrastructures. Beaucoup de ces défis
sont dus à un sous-investissement grave avant notre arrivée. Et ce n'est
pas seulement le gouvernement d'avant, ni celui d'avant, ni celui d'avant, c'est tous les gouvernements
depuis 30, 40 ans qui ont pelleté vers l'avant les infrastructures, pas seulement
scolaires, mais santé puis routières. D'un côté, on a un parc de
4 000 immeubles dont l'âge moyen est de plus de 50 ans qui ont besoin de beaucoup d'amour. Ces plus de
4 000 immeubles là occupent plus de 18 millions de mètres
carrés, pour vous donner une idée. C'est énorme.
Pour prendre soin de
tous ces immeubles et de ces infrastructures, c'est inévitable, il faut des
investissements, et, des investissements, on
en a fait, Mme la Présidente. On a fait passer les sommes au Plan québécois des infrastructures, le fameux PQI, en éducation, de 9 milliards,
à notre arrivée, à 23,5 milliards de dollars en 2025. Faites le calcul,
c'est 161 % d'augmentations en sept ans. Juste pour l'entretien de
nos écoles, c'est plus de 17 milliards qui sont prévus au dernier PQI. En d'autres mots, notre budget pour la
rénovation et le maintien de nos écoles est actuellement deux fois plus élevé
que le budget total en infrastructures du gouvernement libéral d'avant nous.
C'est important de donner de l'importance, justement, au maintien de nos
infrastructures, les investissements qu'on fait aujourd'hui, parce que ça nous
permet d'économiser bien davantage dans le futur. On est déjà capables de le
remarquer, les sommes que nous avons injectées pour la rénovation de nos écoles
nous permettent de voir déjà des résultats.
En 2023-2024 et 2024-2025,
la proportion des écoles dont l'état est jugé satisfaisant a augmenté de
8 %. C'est un pas énorme dans la bonne
direction, mais il nous reste beaucoup de travail à faire, évidemment. On doit
continuer de construire de nouvelles écoles aussi pour scolariser les
100 000 élèves que l'on scolarise de plus, 100 000 de plus par rapport à 2018, lorsqu'on est arrivés. Depuis
2018, on a ouvert une centaine d'écoles et agrandi 200 écoles. Cette année,
on prévoit inaugurer une quinzaine d'écoles. Reculez dans les archives de
journaux, reculez dans les archives de la Chambre
de l'Assemblée nationale, vous ne verrez pas autant d'écoles sur sept ans.
Et ça prend deux, à trois, à quatre ans, ouvrir une école. Je le sais,
j'en ai une dans ma circonscription, l'école des Colibris, qu'on attend parce
qu'on en a tellement besoin. Mais c'est
compliqué, les terrains avec la ville, les études, mais ça s'en vient. On parle
de milliers de places supplémentaires
pour les élèves, de nouvelles belles écoles partout au Québec. D'ailleurs, il y
en a une qui est... qui a été inaugurée juste à côté de chez moi, à
Carignan, hier.
Depuis la rentrée scolaire 2019, ce sont
plus de 2 000 classes préscolaires et primaires et plus de
28 500 places, élèves au
secondaire, qui ont été créées grâce à nos mises en service. Pour vous donner
un ordre de grandeur, parce que je crois que c'est important de faire
cette comparaison, entre 2014 et 2018, il n'y a eu que 50 projets de construction
d'école annoncés. Depuis que nous sommes au pouvoir, c'est plus de
154 projets de construction qui ont été annoncés.
Vous le savez, Mme la Présidente, le français me
tient beaucoup à coeur. Et, à chaque fois qu'on parle d'éducation, on va dans l'infrastructure, on va dans la gestion, on va
dans la gouvernance, on va dans les études, tout ça, mais le français, c'est
important pour nos jeunes, c'est important pour moi. Et on a lancé un nouveau
programme qui va arriver en 2027,
mais qui est déjà expérimental, pour voir comment ça se passe. Renforcer le
français dans les écoles, c'est fondamental. On ne peut pas parler de
priorité sans parler du français. L'apprentissage du français est un
déterminant incontournable pour la réussite éducative de nos jeunes. Quand un
enfant apprend à bien lire et écrire, il se donne toutes les chances d'avoir un parcours scolaire réussi. On observe que,
dès les premières années du primaire, les garçons prennent du retard sur les filles en lecture et en
écriture. L'écart se reflète dans la différence du taux de diplomation aussi au
secondaire. S'occuper du français, c'est, donc, aussi s'occuper des garçons.
Et je
pourrais vous donner un paquet de chiffres, mais je vois qu'il ne me reste pas
beaucoup de temps. Je voudrais prendre
le temps qu'il me reste pour vous parler d'un des reportages que j'avais fait,
à l'époque, début... fin d'année 1999, début année 2000, mais
je pense que c'était avant 2000, pour l'émission Le Point. J'avais passé
deux semaines à parler à tout ce qui bouge, tout ce qui grouille, tout ce qui
sait de comment ça se passe, comme on dit, sur le terrain des vaches, dans les
écoles, pour les garçons à l'école. Et ça m'avait impressionné parce qu'on
partait de loin, à l'époque, on était encore en train de se rattraper, on était
encore en train de faire des progrès, mais, essentiellement, le problème des
garçons, c'est qu'on leur faisait faire des choses qui ne les intéressaient pas
et on les empêchait de faire ce qui les intéressait. On est arrivés avec une
deuxième récréation. Ça, ça a fait énormément de bien aux garçons, pour aller lâcher leur fou. On a fait plein de choses pour
essayer d'aller les chercher puis de les ramener. Et là, maintenant, ce qu'on va
faire, c'est de travailler avec eux sur le français, tellement important.
Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. Maintenant, je vais céder la parole à Mme la députée de
Bourassa-Sauvé pour son droit de réplique. Et je vous rappelle que vous avez
10 minutes.
Mme Madwa-Nika Cadet (réplique)
Mme Cadet : Merci, Mme la Présidente. Écoutez, Mme la
Présidente, donc, au cours, donc, des, disons, deux dernières heures de
ce débat, donc on a entendu le gouvernement, donc, essentiellement, donc,
décliner ce qu'il considère, donc, être des réalisations. Puis on a surtout
entendu la ministre de l'Éducation elle-même nous dire qu'essentiellement,
bien, elle, elle parle déjà au réseau, donc,
on n'a pas besoin, donc, de faire un autre tour de roue, pas besoin de faire le
tour du réseau avec des états généraux.
Respectueusement, Mme la Présidente, je le
mentionnais d'entrée de jeu lors de mon intervention initiale, aujourd'hui, à
l'Assemblée nationale, nous avions la Coalition des partenaires en éducation,
une coalition qui n'existait pas auparavant,
qui a été créée en juin dernier pour répondre aux compressions caquistes qui
ont eu lieu cet été, puis qui, finalement, donc, se sont... ont résulté, donc,
dans ce que l'on a appelé le yoyo budgétaire. Donc, des compressions, un
réinvestissement. Non, d'autres
compressions, on n'est pas sûr. Puis toute l'instabilité qu'on a connue au
cours des derniers mois, au cours des
dernières semaines, dans le réseau de l'éducation, qui ont mené à la pire
rentrée scolaire qu'on ait connue dans les 15 dernières années.
Donc, vous comprendrez que, si les acteurs du
réseau de l'éducation pensaient que c'était suffisant de tout simplement
s'asseoir avec la ministre ou avec son prédécesseur à l'éducation, bien, je ne
pense pas qu'ils auraient pris le temps de
créer une coalition historique. C'est majeur, là, Mme la Présidente, une
coalition qui rassemble tous les acteurs. Je le répète, donc, on a les enseignants, les membres du personnel
professionnel, les membres du personnel de soutien, les parents, les
directions d'école, les commissions scolaires anglophones, les représentants
des enfants avec des besoins particuliers, qui soient là et qui nous
disent : Bien, nous, tous ensemble, voici quelles sont nos priorités. Et
parfois on a nos divergences, mais là, sur
ce qui est d'offrir de la stabilité au réseau, de s'assurer qu'on réinvestisse,
bien, c'est important. Puis, au
final, bien, les rencontres qu'on a avec la ministre... parce que, bien évidemment,
bien sûr qu'elle les rencontre, la ministre, donc, c'est son travail, c'est la base de son travail, mais ils nous
disent : Bien, malgré tout ça, nous ne sommes pas rassurés sur
l'état du réseau à court terme. Stabilisons-le, mais surtout assurons-nous
d'avoir des états généraux.
• (16 h 50) •
Je le répète,
Mme la Présidente, nous avons l'Association des médecins spécialistes en
adaptation scolaire du Québec, la FAE, la Fédération autonome de
l'enseignement, l'Association québécoise du personnel de direction des écoles,
la Fédération
québécoise des directions d'établissements d'enseignement, l'Association
québécoise des troubles d'apprentissage, le Syndicat de l'enseignement de la région de Québec, le mouvement
citoyen Debout pour l'école! et la CSQ, la Centrale des syndicats du Québec,
qui réclament tous, d'une façon ou d'une autre, une réflexion nationale, des
états généraux, une commission Parent 2.0 en matière d'éducation.
Vous comprendrez ici, là, qu'on fait appel,
donc, à un vaste segment du réseau qui nous disent tous que, malgré le fait que la ministre nous ait dit, dans le
cadre du débat sur cette motion : Bien, voyons! Bien, moi, je leur parle,
Mme la députée, on s'intéresse tous à l'éducation, c'est suffisant, on n'a pas
besoin d'états généraux, bien, eux, ils nous disent, donc, les groupes que je vous ai mentionnés, donc, qui
représentent une vaste coalition, disent : Non, nous avons besoin de ce pas
de recul.
Plus tôt, Mme la Présidente, je vous ai nommé,
donc, les priorités, hein, basées sur la mission de l'école québécoise, instruire, socialiser, qualifier, en
disant : Bien, c'est important qu'on se questionne puis qu'on prenne ce pas
pour avoir une vision à long terme, donc, cette vision, donc, qui est nommée
par le chef du Parti libéral du Québec, Charles
Milliard, puis qui dit : Bien, il faut qu'on soit capable de voir, OK,
quel est l'avenir de l'école québécoise, comment est-ce qu'on s'assure que nos jeunes puissent continuer de persévérer,
comment est-ce qu'on s'assure que nos enseignants, que les membres de
notre personnel aient des conditions de travail adéquates pour continuer de
réaliser leur travail et de faire en sorte que les jeunes, bien, ils puissent
s'épanouir et se réaliser à leur plein potentiel. C'est pour ça que l'éducation,
bien, c'est le dossier le plus précieux de toute société. Alors, si la
ministre, comme elle a indiqué dans sa... dans son intervention, dans son
allocution, nous dit : Bien oui, on est tous d'accord, c'est une priorité,
si c'est vrai que c'est la priorité des
priorités, comme le premier ministre nous l'a mentionné maintes fois au cours
des derniers mois, au cours des
dernières années, bien, je pense qu'ici tout le monde devrait être d'accord.
L'Assemblée nationale devrait reconnaître la nécessité, comme le veut
Charles Milliard et le Parti libéral du Québec, de tenir des états généraux sur
le système d'éducation au Québec.
Mme la
Présidente, donc, je vous l'ai dit, donc, ça, ce sont les piliers, mais on
pourrait aussi parler des infrastructures. Parce que j'ai entendu le
député de Saint-Jean en faire mention, lors de son intervention, en nous
disant : Bien, regardez comment est-ce que c'est important, donc, pour
nous, les projets d'infrastructures scolaires. Mais je pense que vous étiez là,
un peu plus tôt, Mme la Présidente, puis vous nous avez entendus lors de la
période des questions, il y a eu, donc, ma collègue de Notre-Dame-de-Grâce qui
a posé une question là-dessus, je l'ai fait également. Dans différentes régions
du Québec, il y a encore plein de projets qui sont sur pause. Le legs de la CAQ
en matière d'infrastructures scolaires,
bien, ça aura été, Mme la Présidente, 99 projets d'infrastructures
scolaires mis sur pause. En Mauricie, comme je l'ai mentionné, en Estrie, comme ma collègue l'a mentionné, ce sont
des promesses qui ont été faites à des parents, à des directions d'école, on leur a dit : Non,
inquiétez-vous pas, vos enfants n'auront plus besoin de manger devant leurs
pupitres leurs lunchs le midi, ils vont avoir des beaux espaces, on va
être capable de le réaliser. On a le député de Maskinongé qui, en 2023, est allé, donc, dans une école dans
sa circonscription, en leur disant : Regardez, ça va être beau, ça va être
grand. En ce moment, donc, ces enfants-là, bien, ils attendent toujours parce
que le projet est mis sur pause, puis personne ne sait quand est-ce
qu'il va repartir. Ça aura été ça, le legs, Mme la Présidente, de la CAQ, en
matière d'infrastructures scolaires, des promesses brisées. Alors, oui, quand
on parle d'avoir une discussion nationale sur l'éducation... Parce que le
député de Saint-Jean nous disait : Bien, regardez nos réalisations. Bien,
encore une fois, manifestement, bien, les gens du milieu le veulent, ils nous
disent : Bien, il faut aussi qu'on se parle d'infrastructures scolaires.
Gouvernance,
parce que j'ai aussi saisi ce ce bout-là de l'intervention du député qui a
clos, donc, les interventions de la partie gouvernementale, qui nous
disait : Ah! ben oui, on nous parle aussi de gouvernance, mais voici ce
qui est important, voici ce qui est important en éducation. Bien, parlons-en,
de gouvernance. Parce qu'un peu plus tôt, donc, je vous ai... j'ai mis la table
sur les priorités, mais, oui, les états généraux en matière d'éducation, Mme la
Présidente, ils vont devoir se pencher sur
les enjeux de gouvernance. Parce que, moi, dans les différentes visites que
j'ai faites à travers le Québec, je me souviens d'une visite qui m'a marquée,
dans une école, d'une directrice, à Québec, qui était presque en larmes, qui me disait : Bien, moi, j'aimerais
pouvoir jouer mon rôle de leader pédagogique dans mon institution scolaire, dans
mon école qui est un milieu de vie, mais, en ce moment, on est tellement train
d'éteindre des feux, puis on nous donne tellement d'autres responsabilités,
puis on n'a tellement pas de marge de manoeuvre, parce que les mesures
budgétaires sont tellement précises que, la mesure budgétaire sur l'aide
alimentaire, par exemple, je ne suis même pas capable
d'acheter des fours à micro-ondes avec ça. Est-ce que vous trouvez, Mme la
Présidente, que ça, c'est donner de la latitude décisionnelle à ceux qui ont un
rôle, techniquement, de leader pédagogique dans leur milieu de vie, dans leur
milieu scolaire? Non, Mme la Présidente.
Alors, oui,
au-delà de tout ce qu'on a mentionné... Parce qu'il y avait... j'ai parlé des
différents décrochages du personnel, bien, ça aussi, on veut aussi
s'assurer que ces mêmes profs là, donc, qui enseignent avec passion puis qui veulent prendre un rôle... jouer un rôle
supplémentaire dans leur milieu de vie, mais qui veulent le faire puis qui se
disent : Heille! moi, j'ai envie de prendre la job de directeur, de
directrice d'école parce que je trouve ça stimulant, plutôt que de se
dire : Bien, tu sais quoi, moi, je vais rester enseigner parce que ça
l'air d'être beaucoup trop de charge de travail par rapport au gain que je
peux réaliser parce qu'en bout de ligne je ne pourrai même pas jouer ce rôle
d'être le capitaine de mon bateau scolaire chez nous, dans mon école,
bien, on comprend qu'on a un enjeu,
Quand on... ils ont l'impression qu'on fait de
la microgestion avec eux, Mme la Présidente, bien, c'est sûr que ça aussi, ça
va être un enjeu. Puis c'est certain que les projets de loi successifs de la
CAQ au cours des deux derniers mandats, qui ont chamboulé la gouvernance en
milieu scolaire, bien, plusieurs personnes nous disent : Bien, on n'est
pas certains que ça a porté fruit. Il va falloir qu'on se rassoit puis qu'on se
pose des questions sur la meilleure manière de
s'assurer que l'école continue d'appartenir à son milieu, parce que la réforme
des commissions scolaires en centres de services scolaires, ça nous a
détachés de nos milieux. Ça, c'est ce qu'on entend. On aimerait pouvoir
l'entendre même des gens qui oeuvrent dans les centres de
services scolaires, mais, malheureusement, à cause de leur obligation, donc, de
loyauté, bien, ils ne sont pas en mesure de pouvoir le crier sur les
différentes tribunes.
Donc, vous
aurez compris, Mme la Présidente, qu'il est impératif que l'on mette fin à la
gestion en mode urgence que l'on a connue au cours des huit dernières
années caquistes pour s'assurer que l'éducation, bien, ce soit une priorité, pour s'assurer qu'on revoie aussi l'éducation des
adultes, on n'en a pas beaucoup parlé, mais c'est une priorité également,
Mme la Présidente, et surtout, surtout que
des états généraux, donc, soient réalisés. Je nous invoque de voter pour la
motion.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, Mme la députée. Merci, Mme la députée. Je vais maintenant mettre aux voix la
motion de Mme la députée de Bourassa-Sauvé, qui se lit comme suit :
«Que l'Assemblée nationale reconnaisse la
nécessité de tenir des États généraux sur le système d'éducation au Québec.»
Cette... M. le leader adjoint du gouvernement.
Une voix : ...
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Donc, un vote électronique est
demandé. M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque (Chapleau) :
...reporter ce vote à demain, s'il vous plaît, Mme la Présidente.
Vote reporté
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Conformément à la demande du leader du gouvernement, le vote sera tenu à
la période des affaires courantes de demain.
Pour la suite des travaux, M. le leader adjoint.
M. Lévesque
(Chapleau) : ...de bien vouloir appeler l'article 15 du
feuilleton, s'il vous plaît, Mme la Présidente.
Projet de loi n° 19
Adoption
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Donc,
à l'article 15 du feuilleton, Mme la ministre de la Santé propose l'adoption du projet de loi n° 19, Loi visant notamment l'amélioration de l'accès aux
services médicaux et à la prise en charge médicale de la population.
Mme la ministre, je vous cède la parole.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Oui, Mme la
Présidente. Alors, c'est une étape importante qu'on franchit aujourd'hui avec l'adoption du PL n° 19,
Loi visant notamment l'amélioration
de l'accès aux services médicaux et la prise en charge médicale de la
population.
Alors, ce projet de loi nous permettra de
concrétiser les gains obtenus pour les Québécois dans l'entente conclue avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec en décembre dernier. À titre de rappel, l'entente
de principe prévoit la prise en charge de 500 000 patients
d'ici le 30 juin 2026, incluant 180 000 patients vulnérables.
Des patients vulnérables, ce sont des
patients qui ont des conditions cliniques, qui ont des problèmes de santé, qui
ont des maladies comme des maladies chroniques, comme le cancer, comme
des problématiques de santé mentale.
• (17 heures) •
Alors, M. le Président, comme je l'ai mentionné
à quelques reprises, 180 000 personnes qui seront prises en charge
individuellement par un médecin de famille, et j'ai le bonheur de vous annoncer
que tout ça doit se faire avant le
30 juin, mais la FMOQ a informé ses membres qu'elle souhaitait que les
180 000 personnes vulnérables soient prises en charge d'ici le
31 mars prochain. Alors, c'est une excellente nouvelle et ça démontre
qu'on a une bonne collaboration de la
part de la FMOQ, qui veut vraiment que cette entente fonctionne pour les
patients, et c'est gagnant-gagnant. J'ai eu l'occasion de le rappeler à
plusieurs reprises, comme ministre de la Santé, je ne travaille pas sur le
passé, je travaille sur l'avenir, et il faut continuer de travailler
pour améliorer notre première partout au Québec, que ce soit dans les grands
centres ou dans les différentes régions.
Permettez-moi de faire quelques mots sur un
élément majeur de ce projet de loi, qui est vraiment la rémunération des
médecins de famille par capitation. Donc, c'est un changement majeur pour
améliorer l'accès. Ça faisait des décennies qu'on avait des propositions de
différents experts pour faire en sorte de mettre en place un nouveau mode de
rémunération pour les médecins, les médecins de famille, qui étaient payés à
l'acte ou au tarif... ou par tarif, alors on vient changer ça. C'est un
changement majeur, ne l'oublions pas, qu'on amène.
Et ce mode de rémunération, qu'est-ce que ça va
faire? Parce qu'on en parle beaucoup, du salaire des médecins. On en parle beaucoup. Alors, c'est... qu'est-ce
que ça va faire, exactement, ce modèle de rémunération? Ça vient introduire
une meilleure interdisciplinarité, un
meilleur travail en équipe. On vient soutenir, dans nos GMF, les médecins qui y
travaillent en ajoutant des infirmières, des travailleurs sociaux, des
physiothérapeutes, au besoin, des nutritionnistes. Alors, ce modèle
de rémunération par capitation favorise la prise en charge globale des
patients, c'est très, très important. Et plus
les médecins vont avoir une équipe interdisciplinaire autour d'eux, bien, plus
ils seront capables de prendre en charge les patients qui, eux, ont besoin
d'avoir un médecin. Alors, c'est un changement majeur qui contribuera à améliorer
l'accès aux soins pour l'ensemble des
Québécois et pas seulement pour les personnes nouvellement prises en charge. Notre
objectif est que le plus de Québécois possible aient accès à un professionnel
de la santé selon ses besoins.
Et, vous le savez, j'ai eu l'occasion d'aller
sur le terrain à plusieurs reprises, et, des témoignages de patients qui sont pris en charge par des IPS, c'est un
élément qui est extrêmement apprécié. Et, c'est important, au Québec, nous
avons plus de 2 000 IPS que nous avons formées. Et il faut donc
s'assurer, et puis on a, donc, un amendement dans le projet de loi... donc, de
s'assurer que les IPS puissent aussi faire de la prise en charge, et ça, c'est
très important. Elles sont capables, les infirmières en pratique
spécialisée, de prendre en charge les patients, de les inscrire comme un
médecin le ferait et elles sont capables de faire des suivis de qualité. Alors,
c'est très important, et on veut donc s'assurer que nos IPS, au Québec,
puissent continuer de travailler vraiment dans une perspective d'autonomie, de travail
en équipe. Elles peuvent aller au maximum de leur champ de pratique à
l'intérieur des GMF, mais aussi en clinique IPS au Québec.
Alors, on est donc en grande discussion, et ça
se continue, avec la FMOQ parce que l'entente, la loi, c'est une chose, mais,
après ça, continuer de réviser le modèle, continuer de faire avancer la
première ligne... bien, on a rétabli la communication puis on est vraiment à la
bonne place. Et je veux saluer le travail, là, qui est fait du côté de la FMOQ,
du côté du ministère de la Santé et des Services sociaux, mais aussi du côté de
la Régie d'assurance maladie du Québec, c'est extrêmement complexe. Et donc il
y a un travail important qui est déjà en cours. On n'a pas attendu que la loi
soit réécrite et éventuellement adoptée, je l'espère, on n'a pas attendu ça
pour commencer le travail.
Alors, les parties se sont entendues sur les
grands principes, et nous sommes donc à finaliser les derniers détails
concernant notamment les IPS. Et je crois profondément que les IPS, que les
pharmaciens, que les travailleurs sociaux peuvent faire une immense différence
dans l'amélioration et l'accès des patients au niveau de la première ligne. L'objectif est clair : travailler moins en
silo, plus de collaboration. Donc, c'est important, et on mise donc sur nos
GMF.
Quelques mots sur les indicateurs de
performance. Vous le savez, on a mis en place un comité parce que, je viens de l'expliquer, c'est complexe, tout cela,
et on veut que ça fonctionne. Alors, on a mis en place un comité de suivi qui
est coprésidé par le gouvernement et la FMOQ. Et donc on s'assure, à chaque
semaine, de suivre l'évolution des résultats pour s'assurer que, le 30
juin, on ait atteint nos cibles, et ça ne s'arrêtera pas là, parce qu'après le
30 juin il va continuer d'y avoir d'autres
patients, mais on aura, donc, fait un virage majeur en peu de temps, et c'est
ça qu'on voulait créer, notamment, avec ce projet de loi.
On a mis en place, donc, des indicateurs. On va
suivre de près le nombre de personnes inscrites, le nombre de personnes
vulnérables, le nombre de rendez-vous, notamment. Alors, on va exercer... et on
va s'attendre à une reddition de comptes de
la part des médecins. C'est ça qu'on est en train de créer, notamment, avec la
FMOQ. Donc, ce sont des gains importants, puis on va s'ajuster, on va
s'ajuster en cours de route. Alors, j'ai eu l'occasion de rencontrer plusieurs
médecins, et je pense qu'on est sur la bonne voie, et on va les mettre à
contribution aussi. Ce n'est pas une approche «top-down»,
là, c'est une approche où on travaille avec nos médecins de famille au Québec.
Puis on a besoin de ces médecins de famille, c'est ça qui va faire que
le système de santé va s'améliorer beaucoup, si on renforce notre première
ligne.
Alors, en
terminant, je veux vraiment remercier les collègues des oppositions, notamment
le Parti libéral et le parti de Québec solidaire, parce que c'est vrai
que ça n'a pas été facile, cet automne, mais, quand je me suis présentée à la commission, pour moi, c'était important de me tourner
vers l'avenir, et puis j'avais besoin d'avoir, donc, cette collaboration
dans nos échanges, dans nos échanges, puis
je veux le souligner, M. le Président. Alors, on a eu des échanges constructifs
qui nous ont permis de faire avancer ce projet de loi. Puis, grâce à son
adoption aujourd'hui, nous posons un geste de plus pour améliorer l'accès aux
soins et aux services de santé pour l'ensemble de notre population. Ça
s'inscrit dans une démarche beaucoup plus
large, j'en ai parlé, de l'accès aux soins, tant en première ligne, mais, j'ai
aussi un message, tant en médecine spécialisée aussi, et c'est important.
Et, la médecine spécialisée, bien, on aura l'occasion, pas à l'intérieur d'un
projet de loi mais par d'autres modalités, de continuer de faire évoluer la
médecine spécialisée au Québec. C'est en
travaillant sur la continuité des services, la collaboration
interprofessionnelle, la pleine place de chacun au sein d'une équipe que
nous nous donnons les moyens de prendre ensemble en charge l'ensemble de la
population. Merci, M. le Président.
• (17 h 10) •
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la ministre. Nous
poursuivons ce débat, et je reconnais maintenant M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup, M. le Président. Comme la ministre vient de le dire, on est
effectivement à l'étape de l'adoption du projet de loi n° 19,
Loi visant notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la
prise en charge médicale de la population.
Avant
d'entrer quand même sur le vif du sujet du PL n° 19,
quand même, M. le Président, vous allez me permettre de faire quand même un
retour en arrière. Je sais que la ministre a les yeux rivés vers l'avant, mais,
quand même, on n'arrive pas là pour rien, là. On arrive, là, quand même,
au bout d'une séquence législative périlleuse, difficile, ce que certains ont
qualifié, quand même, de psychodrame, où, malheureusement, les soins de santé,
pour les Québécois, pour les Québécoises, ont été vivement entachés, et, pour
ça, là, on repart de loin, là.
On peut
parler des projets de loi du printemps dernier, mais, si on se limite seulement
au PL n° 2, à son adoption, la... ce qui est devenu
la loi n° 25, en pleine nuit, un bâillon
complet, vous vous en souvenez, là, M. le Président, procédure qui a coûté au gouvernement deux
ministres, quand même, une députée aussi, mais qui a coûté aussi beaucoup
aux Québécois et Québécoises, qui, jour après jour, ont vu les unes, là, quand
même, se multiplier, avec des risques de fermeture de cliniques, avec des
médecins qui annonçaient ou bien un départ hâtif à la retraite, ou bien un
départ vers l'Ontario, ou bien un départ vers ailleurs, quand même, ce fut un
automne extrêmement difficile, pour arriver, in extremis, à l'application d'un
projet de loi, là, en mode un, deux, trois à la toute fin de la dernière
session, vous vous en souvenez, ça aussi,
projet de loi qui venait à reporter au 28 février l'application, l'ensemble de
l'application du... de la loi... du projet de loi n° 25.
Et finalement, aujourd'hui, on termine cette boucle législative assez complexe
avec un projet de loi n° 19 qui vient sensiblement abroger, là, ce qu'il
restait de l'héritage de l'ancien ministre de la Santé, ce qui avait été mis de
l'avant à ce moment-là, et/ou venir modifier d'autres dispositions dans la loi
qui va permettre, finalement, de retourner à
des ententes négociées, ce qui fait en sorte, comme la ministre l'a dit il n'y
a pas plus longtemps qu'il y a
quelques minutes, que l'entente avec la FMSQ, si entente il y a, là, j'y
reviendrai, n'aura pas besoin de repasser par un processus législatif
parce que la loi n° 19, dans ses principales
modifications, vient effectivement donner ce pouvoir-là d'entente, qui n'a pas
besoin de passer par la loi.
Mais, quand même, plusieurs questions restent en
suspens. On va les étudier aujourd'hui. Plusieurs articles ont découlé, M. le
Président, de l'entente entre la FMOQ et le gouvernement, entente qu'on n'a pas
vue, ni vous, ni moi, ni l'ensemble des parlementaires ici, entente qui va
demeurer confidentielle. On a quelques informations sur cette entente-là. En
fait, ça sort au compte-goutte, fort heureusement grâce au bon travail de
certains journalistes qui nous en apprennent un petit peu plus au quotidien sur
ce qui était dans l'entente, puis fort heureusement grâce aux échanges que nous
avons eus dans la commission parlementaire.
La ministre
l'a bien expliqué, il y a un objectif, objectif de 500 000 nouvelles
inscriptions avant la fin juin 2026, ce
qui donnerait — conditionnel — encore
une fois, accès à une bonification de l'enveloppe de 75 millions. Il n'y a
pas d'engagement pur à cet effet. Ce sont des moyens financiers, des
bonifications financières qui permettront d'y arriver.
Mais posons-nous la question : que
représentent réellement ces 500 000 inscriptions là? Et ça, on a eu
la chance d'en discuter quand même beaucoup en étude détaillée avec Mme la
ministre. Il y a des affiliations, des inscriptions qui sont individuelles, qui
constituent, finalement, une réelle prise en charge, là, quand on a un médecin
de famille, là, par exemple, et des inscriptions collectives. Et le
Dr Bergeron, le sous-ministre, a expliqué que c'était sensiblement
similaire à l'urgence : j'ai un besoin urgent, je reçois une prestation de
services par l'affiliation collective, fin du... je suis... disons, on s'occupe de moi, fin du service, on passe au prochain
appel. C'est ça, une affiliation qu'on dit collective. Donc, distinction
quand même importante entre recevoir vraiment un médecin de famille dans une
inscription individuelle et une inscription collective qui fait en sorte que,
plutôt, bien, quand j'appellerai pour des soins, je serai dirigé vers mon GMF d'affiliation, mais sans plus,
là. Oubliez ça, un bilan de base, oubliez ça, un suivi annuel. Ce n'est
pas ça, la question, là. La question, elle est pure et dure sur : voici le
GMF auquel vous êtes affilié. Donc, il y a là une grande distinction entre une
affiliation collective puis une affiliation individuelle.
On en a eu beaucoup, des échanges sur cette
question-là. Et la ministre a raison de dire qu'elle vise, par l'entente aussi, l'affiliation souhaitée de
180 000 patients vulnérables. La notion est forte... fort bien
choisie, fort heureuse, mais, encore
une fois, dans l'application, il n'y a aucune garantie dans l'entente avec la
FMOQ. Est-ce que ces affiliations-là seront
directement des prises en charge, donc des affiliations individuelles? C'est
souhaité de la part de la ministre, c'est souhaité de la part de tous,
on en conviendra, mais il n'y a aucune garantie dans l'entente avec la FMOQ à
l'effet que ces patients-là soient pris en charge de manière individuelle.
On nous a aussi expliqué que les 500 000 nouvelles
inscriptions seraient conditionnelles à la libération de 500 000 nouvelles
plages de rendez-vous. Bon, tant mieux. Ceci dit, M. le Président, les données
statistiques nous informent que, dans une prise en charge individuelle, dans
une inscription individuelle, bien, une personne qui est prise en charge réellement, là... puis
pensez à un aîné qui a 75, 80 ans, qui a, on va se le dire, par la force
de l'âge, quand même quelques petits bobos, là, bien, ces gens-là vont
nécessiter plus qu'un rendez-vous par année, ils vont nécessiter trois, quatre, cinq rendez-vous, ce qui fait en sorte que
la libération seule de 500 000 rendez-vous, là, ça nous amène
simplement et uniquement à un
rendez-vous par nouvel inscrit par année. Que fait-on avec ceux qui auraient
besoin d'une inscription individuelle,
qui ont besoin d'une réelle prise en charge? Poser la question, c'est y
répondre. Et véritablement on arrive, là, à court de solutions ou à
court de réponses. On souhaite, bien sûr, tous et toutes ici, là, que ces
gens-là aient des solutions, aient des services, mais rien n'est moins sûr à ce
stade-ci, M. le Président.
Alors, quelles sont les garanties avec le PL n° 19? Il n'y en a point. Quand même, saluons le changement
d'attitude gouvernementale. Saluons la collaboration. Je l'ai dit grandement,
que cette attitude-là était beaucoup plus bénéfique
que l'imposition du bâton qu'on avait connue à l'automne. C'est un changement
d'approche qui est salué, qui va fonctionner.
Ceci dit, tout va rester à faire dans la preuve.
La ministre a été claire à l'effet que, oui, on avait des ententes de principe,
mais les détails de cette entente-là, son application, même les clauses de
rémunération, à savoir est-ce que le patient... le médecin qui en affilie
davantage, de manière individuelle ou collective, recevra davantage la
bonification, oui ou non, même ces réponses-là n'ont pas encore fait l'objet de
discussion.
Un autre
élément qu'on a creusé et gratté à l'intérieur du projet de loi, c'est que
signifie une inscription. Est-ce qu'il y aura promesse, engagement de
soins avant, pendant ou après l'atteinte du 500 000 nouveaux patients
inscrits, M. le Président? Grosso modo, quel
engagement formel et quel accès aux soins formel est-ce que les médecins
prennent, la FMOQ prend, disons, par rapport aux 500 000 nouveaux
inscrits? On nous a expliqué, du côté gouvernemental, qu'administrativement
parlant, ce qui était déterminant, c'était l'envoi d'une lettre, M. le
Président. Si vous recevez une lettre
d'affiliation, vous comptez pour un. Si le collègue de Jacques-Cartier reçoit une lettre, il compte pour un. Si moi, je reçois une
lettre, on compte pour un. Est-ce qu'on a vu un médecin? Non, on n'a pas vu de
médecin, mais, si on fait ça 500 000 fois, si la FMOQ fait ça 500 000 fois, la bonification salariale de 75 millions est
disponible. Est-ce qu'on a été vu? Non. Est-ce qu'on sera vu? Peut-être, on le
souhaite, mais la bonification salariale va déjà avoir été versée, et il
n'y a pas d'avoir... il n'y a aucune
promesse, engagement ou garantie d'accès à un rendez-vous ou à un soin avant
l'enveloppe additionnelle de 75 millions.
On nous a expliqué à plusieurs reprises, du côté
gouvernemental, qu'il y avait un «check mark», hein, un crochet, du moment où
la lettre d'affiliation était envoyée. Alors, Québécois, Québécoises qui nous
écoutent, vous recevrez, là, parce qu'il y aura 500 000 lettres,
quand même... recevront les lettres, là. Déjà, des citoyens m'ont montré des
copies de lettres. Ils sont désormais affiliés, attachés. Est-ce que c'est
collectif ou individuel? On ne le sait pas encore,
ça dépendra, le médecin fera l'évaluation. Puis, en échange de l'envoi de
500 000 lettres... Par ailleurs, ça aussi, c'est rémunéré, là.
L'entente, là, ce n'est pas juste gratuit d'envoyer une lettre, là, on est
aussi rémunérés pour l'envoi d'une lettre.
L'envoi de 500 000 lettres fera en sorte que la rémunération additionnelle soit
disponible. Alors, ne venez pas, après
ça, me demander, M. le Président, si on est surpris que l'entente ait été
entérinée, du côté de la FMOQ, avec un taux historique, quand même, s'il
y a des dispositions en ce sens.
• (17 h 20) •
Bon, j'y
reviendrai, à ça, aussi, mais, quand même, on est arrivés là, M. le
Président, je le disais tantôt, là, suivant un psychodrame purement évitable,
suivant des semaines de stages retardés en raison des menaces de la part du
gouvernement, trois cohortes retardées, des menaces de poursuites judiciaires,
des mesures liberticides. Souvenez-vous, dans le bâillon, là, on était
assis ici, là, avec l'ancien ministre de la Santé, qui nous parlait d'amendes,
d'amendes de 500 000 $ pouvant être bonifiées, là, doublées,
triplées, si je me souviens bien, si quelqu'un, incluant cette Chambre... J'ai posé la question, à savoir si les élus étaient
susceptibles de poursuites, on m'a dit que oui, si, de près ou de loin, il
y avait une incitation à une organisation
collective de la part des médecins pour défendre leurs droits et libertés, on
était rendus là, là, incitation, complice, conseil quelconque.
On a même établi, à ce moment-là, que, si on
invitait des médecins à faire une conférence de presse avec nous sur des heures
où normalement ils devaient travailler, autant les médecins que nous étaient
complices d'avoir retardé le travail dans le système de la santé, et donc on
était complices ou susceptibles nous aussi de recevoir des amendes pouvant
aller jusqu'à 500 000 $, quand même, M. le Président.
On avait établi les mêmes faits par rapport aux
associations étudiantes, qui, eux aussi, de manière solidaire, appuyaient les
revendications de leur groupe de médecins. On était rendus là, dans un bâillon
où on a ligoté la parole des oppositions et
de la population, où il a été impossible de poser des questions, finalement,
sur les articles qu'on à découvert, pratiquement, avec l'actuelle ministre
de la Santé, quand on les rayait un par un dans l'étude du projet de loi
n° 19, parce qu'ensemble, nombre
d'articles de la... du projet de loi n° 19 venaient tout simplement rayer des
pans de la loi n° 2, les jetons, exit, plein d'autres
dispositions, exit, on les enlevait, on les retirait, c'était terminé.
Donc, évidemment, le ministre... l'ex-ministre
de la Santé a démissionné, l'ex-ministre des Services sociaux a démissionné
aussi, vous vous en souvenez, et puis, bon, la ministre a été nommée, et
changement d'attitude, je le dis, je le
resouligne encore aujourd'hui, et les discussions se sont poursuivies avec la
FMOQ. Et voilà, on nous a déposé un PL n° 13...
19, pardon, en début de session, et on l'adoptera dans les prochaines heures.
Mais les Québécois et les Québécoises, eux, ils
s'en souviennent, M. le Président, ils se souviennent qu'en Outaouais il y a
24 médecins de famille, neuf médecins spécialistes qui ont quitté depuis
l'adoption de la loi n° 2. 15 000 patients, 15 000 patients
ont perdu leur médecin de famille, M. le Président. Des cliniques qui
desservent des patients vulnérables vont fermer leurs portes ce printemps,
titraient les journaux. L'Agora, ouvert depuis 2018, dans le même complexe que la gare d'autocars de Montréal,
qui compte 6 000 patients, dont 70 % sont jugés vulnérables,
risquait de fermer. La Dre Huchet parle notamment d'enjeux
d'itinérance et d'au moins 800 patients qui ont des problèmes de
toxicomanie : «"Où iront ces patients?", demande-t-elle.
"Je n'en ai aucune idée", en ajoutant que sa clinique avait développé une expertise avec ces derniers, qui ne
connectent pas avec le système de la santé.» On a passé l'automne à dire ça,
alors que la loi n° 2 venait de mettre le feu au réseau.
Il n'y a jamais eu autant de médecins, M. le
Président, qui ont claqué la porte du réseau public. Pas moins de
1 064 médecins étaient désaffiliés de la RAMQ en date du 4 février.
Les deux tiers d'entre eux, près de 700, sont des médecins de famille. Les statistiques. M. le Président : on est
passés de 500 à 700 omnis au privé en un an. Ça, ce sont des gens qui ont fui ou qui sont partis de manière
hâtive du réseau public en raison de la pression, en raison des commentaires,
en raison de l'acharnement législatif des derniers mois de la part du
gouvernement. 700 omnis, là, c'est plus de 95 % de tous les omnis du
Canada dans le secteur privé, tous les omnis... 95 % des omnis privés du
Canada sont au Québec. On est la seule province qui permet la désaffiliation à
ce point-là d'une immense proportion de nos médecins de famille. 700, là, c'est
200 de plus qu'au début 2025.
Et ce sont les cliniques médicales privées qui
s'en frottent les mains, M. le Président, des cliniques médicales, pour
lesquelles on sait que de plus en plus d'actionnaires propriétaires ne sont pas
médecins. On sait que de plus en plus de ces corporations-là sont gérées par
des actionnaires qui n'ont pas de formation médicale et on sait que les
médecins sont de moins en moins nombreux sur les CA et sur les actionnaires de
ces cliniques médicales au fur et à mesure que les années augmentent. Les
médecins du Québec sont de moins en moins ceux qui décident au niveau des soins
privés, et de plus en plus de cliniques recrutent jeunes les médecins qui se
désaffilient du réseau. On est rendus à 700,
700 omnis. Dans le réseau public, là, c'est environ 1 000 patients
par omni. Ça, ça fait 700 000 patients qu'on pourrait
inscrire, mais qui autrement ne sont pas dans le réseau public, sont dans le
réseau privé. Et les Québécois et Québécoises qui sont en capacité de payer,
bien, eux, sortent la carte de crédit puis obtiennent les rendez-vous médicaux,
pendant que les plus vulnérables, qui, souvent, ont les problèmes de santé les
plus chroniques, vous le savez, M. le Président, on les voit dans nos
circonscriptions, bien, eux ne sont pas capables d'accéder aux soins de santé.
Aujourd'hui, j'ai
parlé à Rose, M. le Président, qui est dans ma circonscription. C'est une femme
aveugle de 74 ans. Elle, elle a un
médecin de famille, mais elle est incapable de le voir. En 2024, elle a placé
36 appels à sa clinique pour voir sa médecin, 36 — ah!
c'est drôle, bon — et
elle n'a pas été capable de voir son médecin, au point tel où elle a dû ouvrir une enquête au Protecteur du
citoyen. Le Protecteur du citoyen lui a donné raison. La clinique la renvoyait
vers le site Internet de la clinique, elle est aveugle, M. le Président.
Donc, ce sont les accès aux soins actuels de
ceux qui sont inscrits. Imaginez ceux qui ne sont pas encore inscrits. Imaginez ceux qui vont se battre pour
pouvoir accéder à leurs rendez-vous, s'il y a des gens actuellement inscrits
puis affiliés qui ont de la misère à accéder
à une plage horaire de rendez-vous dans leur propre circonscription, quand
même.
Tout ça, là, M. le Président, l'explosion des omnis puis des gens qui vont au privé, là, c'est le
résultat des politiques catastrophiques des trois dernières années, et
c'est le bilan net, direct, qu'on passe de 500 à 700. Où est-ce que ça va s'arrêter, M. le Président? Est-ce qu'on va se
rendre à 800 omnis privés, 900 omnis privés, 1 000 omnis privés?
Est-ce qu'à un moment donné on va
être rendus avec 50 % des omnis, des médecins de famille qui vont être au
privé puis 50 % des omnis qui vont être au public? C'est où que ça
s'arrête?
Pendant ce temps-là, la pression est encore plus
grande sur le réseau public. Pendant ce temps-là, les médecins qui, eux, restent dans le système avec leurs
cliniques, eux, absorbent, parce que c'est eux qui signent les ententes, c'est
eux qui vont prendre les prises en charge, c'est eux... ce n'est pas les
désaffiliés, là, qui, eux, vont aller gérer ce qu'ils ont à gérer, là. Quand est-ce que ça va s'arrêter, M.
le Président? Ce n'est pas compliqué, là, c'est 700 000 patients qui
pourraient être vus, à 1 000 patients par omni, qui sont
actuellement dans le système privé.
La semaine dernière, on apprenait aussi que le
gouvernement était tout disposé à ouvrir au privé la question des chirurgies.
J'y revenais tantôt, on va y revenir, la... il n'y a pas d'entente encore avec
la FMSQ, qui, par ailleurs, la semaine dernière, ont dit qu'ils allaient partir
une nouvelle ronde de moyens de pression. Personne ne souhaite ça, M. le Président. Tout le monde souhaite une
entente négociée la plus rapide possible, tout le monde souhaite mettre... tout
le monde souhaite mettre ça derrière eux autres, là. C'est... Personne ne
profite de ça. Mais, quand même, on est, somme toute, loin d'une
entente.
Moi, les spécialistes puis les chirurgiens à qui
je parle, ce n'est pas compliqué, ils nous disent que, pendant qu'on va ouvrir
des salles privées puis qu'on va envoyer des chirurgies au privé, on a 134 salles
d'opération qui sont fermées au Québec. Nos salles d'opération, pas celles des
voisins, pas celles du privé, pas celles de l'Ontario, de nos salles
d'opération, il y en a 134 qui sont actuellement fermées, et le trois quarts
des blocs opératoires, actuellement, sont sous-utilisés. Ça veut dire qu'ils
sont souvent ouverts quatre jours par semaine, des fois cinq, qu'ils ferment à
15 heures, 16 heures, qu'ils ferment pour une grande partie, aussi,
de l'été. Faute de personnel, là, il y a deux mois, des fois, que le bloc n'est pas disponible. Plutôt que d'ouvrir nos 134 salles
d'opération, plutôt que de maximiser les heures d'ouverture de ces
cliniques-là... de ces salles-là, non, finalement, on envoie ça au privé, privé
qui finit par nous coûter beaucoup plus cher, les données statistiques
sont évidentes. Le réseau paie beaucoup plus cher, alors qu'il pourrait opérer au public dans notre système, qui a fait
ses preuves. Il y a des hôpitaux qui fonctionnent de manière extraordinaire,
avec une autogestion locale qui fait en
sorte que tout ça roule rapidement, il y a eu des beaux reportages sur l'hôpital
de Saint-Jean-sur-Richelieu, M. le Président, plusieurs autres exemples.
134 salles d'opération fermées. On les comprend,
les spécialistes. Les spécialistes, eux, sont obligés de dire à leurs
patients : Écoutez, là, moi, on me donne une journée de bloc le mois
prochain, je suis désolé, vous ne serez pas tout de suite... vous ne serez pas
tout de suite servi, là, moi, j'ai une liste d'attente, je vais en passer une
trentaine, une trentaine le prochain mois,
j'estime donc que vous allez avoir une opération quelque part en 2027. Le
patient reste bête un peu, hein, M. le Président, quand on entend ça.
• (17 h 30) •
Comment ça se fait que ces salles-là ne sont pas
ouvertes? Parce que le personnel n'est pas là. Où est-ce qu'il est allé, le personnel, M. le Président? Il est
allé au privé, qui lui offre des meilleures conditions de salaire, qui lui
offre un horaire régulier, qui lui offre un paquet de conditions
salariales beaucoup plus attrayantes. Pendant ce temps-là, dans notre réseau public, bien, il y a de moins en
moins de personnes qui sont là, puis on n'est pas capables d'ouvrir les salles.
Même chose, également, pour le temps
supplémentaire. Dès qu'on fait l'horaire de chirurgies puis qu'on voit qu'il
pourrait y avoir quelques minutes supplémentaires, là, en temps supplémentaire,
Santé Québec coupe, il n'y a pas d'argent supplémentaire. Que la chirurgie
dépasse de 10 minutes, de 15 minutes, un risque de 20 minutes de
plus, qu'il soit 4 h 20, là, puis il faudrait payer du temps sup, c'est coupé,
c'est remis. Évidemment, M. le Président, de remettre tout ça, de reporter tout
ça puis éventuellement de l'amener au privé, ça, ça coûte bien plus cher que
d'accorder un 15, 20 minutes de temps supplémentaire à l'équipe médicale
puis de s'assurer que la chirurgie soit faite.
Pendant ce temps-là, le monde attend, le monde
devient plus malade, c'est ça qui se passe, parce que le délai augmente. Puis
plus qu'on est... plus qu'on attend avant d'être opéré, bien, fortes chances
que notre condition s'aggrave et s'empire.
Puis, pendant ce temps-là, bien, les opérations deviennent plus difficiles,
plus complexes, les gens deviennent plus
malades, puis ça finit par coûter plus cher. Donc, les médecins spécialistes,
eux, là, sont en négociations certainement pour l'enveloppe salariale, mais aussi pour une meilleure organisation
des soins. Ils veulent pouvoir ouvrir leur salle d'op, ils veulent pouvoir
travailler. N'importe quel patient... médecin qui devient spécialiste devient
un spécialiste parce qu'il veut travailler, il veut qu'on ouvre ses
salles d'op, il veut qu'on puisse rouler ses chirurgies, il veut pouvoir
répondre positivement à ses clients, à ses demandeurs, à ses patients. C'est
évident. Personne ne souhaite appeler son patient pour lui dire qu'il n'aura pas
d'opération avant l'année prochaine, quand le patient sait que c'est critique,
puis le médecin aussi. Alors, ce qui se
passe, c'est qu'après ça, si on ouvre la porte au privé de l'autre côté, bien,
aussitôt que le délai est passé, bien, avec le projet pilote, ce qu'on
fait, c'est qu'on les envoie au privé, finalement, M. le Président. Puis
pendant ce temps là, c'est les Québécois puis les Québécoises qui sortent la
carte de crédit deux fois, là, qui paient encore plus. Ça
fait que le patient se fait répondre par son médecin : Je ne pourrai pas
te traiter au public, attends un petit peu,
quand tu auras dépassé ton délai, la chirurgie va être remboursable par Santé
Québec, puis je vais te le faire au privé.
C'est ça, les témoignages qu'on a, là, au quotidien, là. Mais pourquoi est-ce
qu'on n'ouvrirait pas tout simplement nos
salles d'op, tout simplement, en respectant le personnel, en leur donnant des
conditions de travail pour qu'ils reviennent, puis en s'assurant qu'on
soit capables de rouler nos salles de chirurgie? Ce serait pas mal plus
efficace, M. le Président. Les spécialistes seraient plus heureux, je le
sais. Ils nous le disent. Leur... leur souhait... certes, il y a une partie
salariale, mais dans l'organisation des soins, il y a là un niveau considérable.
De plus en plus, aussi, de médecins âgés, M. le
Président, ont quitté la RAMQ. Les médecins âgés sont ceux qui ont une plus
grosse prise en charge de patients, puis ils ont quitté la profession à coup de
300 par année entre 2025 et 2026. On les a, les statistiques, là, médecins âgés
qui ont quitté la RAMQ. On avait 117 patients qui ont quitté la... médecins qui ont quitté la RAMQ en 2019, c'était
304 qui ont quitté la RAMQ en 2025, c'est 307 pour 2026. Donc, les
réformes ont poussé les gens vers leur départ, beaucoup trop de gens vers leur
départ.
Les patients, là, qui nous écoutent aujourd'hui
se demandent véritablement : Qu'est ce que le projet de loi n° 19
va venir changer dans leur vie, là? C'est la
question fondamentale qu'on me pose : C'est rendu où, les discussions avec
les médecins? On nous pose ça, là, au quotidien : C'est-tu bon, ça,
l'entente avec la FMOQ? La vérité, là, c'est qu'on va voter, on va voter pour,
là, M. le Président, mais on ne le sait pas, on ne le sait pas parce qu'on n'est
pas à la table de négociation, on ne le sait pas parce que le comité tripartite
du gouvernement n'a pas établi ses indicateurs. On ne le sait pas parce que ce
n'était pas si clair que ça, avec la ministre, si on allait pouvoir avoir les
données d'inscription, puis on ne le sait pas non plus parce qu'on ne sait pas
combien de ces patients-là finissent par se rendre à l'urgence parce qu'ils
n'ont pas d'accès, finalement, réel. Alors, on les aura payés quand même, la
prime pour l'inscription, on aura payé le 50 $
pour l'envoi de la lettre, on aura payé la bonification pour l'accès guichet
GAP, on aura payé aussi la... l'argent pour l'inscription, puis on aura
peut-être payé aussi le frais de consultation médicale. Puis, au bout de ça, si
le service n'est pas bon, bien, on va repayer à l'urgence, quatre fois, cinq
fois, M. le Président, pour que le même patient soit finalement vu et pris en
charge. Poser la question, c'est y répondre. Le Dr Groulx, là, sur le
comité d'experts mandatés par le
gouvernement pour les services de première ligne, il n'y allait pas du dos de
la cuillère, là, hein, il n'y allait pas du revers... il n'y allait pas
de manière... comment je dirais bien ça? Il était assez limpide, hein? Moi, je
ne redirai pas ces mots-là, vous me les avez
fait retirer dans ce salon, mais ça commençait par... par un b. Ça voulait dire
que c'était n'importe quoi, essentiellement, que l'entente ne donnait
pas de garantie claire.
Puis c'est ce
que les regroupements de patients sont venus nous dire, puis c'est ce que la
journaliste Marie-Michèle Sioui nous rapporte dans Le Devoir, là, depuis
plusieurs semaines maintenant : Le gouvernement paie cher pour moins de services pour le patient.
C'est ce que Le Devoir nous dit, parce qu'ils ont réussi à mettre la
main sur une lettre de la RAMQ où on calcule que les rendez-vous médicaux pour
les patients inscrits collectivement coûtent en moyenne plus de
200 $ à l'État. En revanche, un rendez-vous pour un patient inscrit
directement auprès d'un médecin de famille,
ça coûte 93 $. Ça, ce sont les données de la RAMQ, quand même, M. le
Président. Cette simple inscription sur des listes de GMF où le patient doit passer par le GAP n'offre aucune
garantie de service ou de prise en charge pour les patients. C'est ce
qu'on dit quand même depuis un certain temps.
La ministre, tout à l'heure, est venue nous
parler des IPS, dossier fort important. M. le Président. Elles sont venues en commission nous partager l'urgence, la
nécessité de leur permettre d'inscrire à leur nom, de manière individuelle,
le plus souvent possible, les patients. Elles veulent en faire davantage. Il
existe des cliniques d'IPS qui roulent comme ça, en dehors du système GMF, qui
affilient et qui sont responsables d'une patientèle, et ça fonctionne. Elles
inscrivent directement le patient, elles
reçoivent les rémunérations conséquentes, parce qu'elles sont employées de
l'État, finalement, directement affiliées comme un travailleur de la
santé, contrairement aux médecins, et ça roule. Et ça marche. Et elles voudraient
donc pouvoir obtenir la même autonomie et la même capacité d'inscription à
l'intérieur des GMF. Pour l'instant, la
ministre a émis le souhait, le... le voeu d'aller dans ce sens-là. Mais, M. le
Président, elle est ministre de la Santé. On modifie ça dans une loi. Alors, j'entends que les négociations sont
en cours, que tout ça va avancer, qu'on vise vers ça, mais, M. le Président, à un moment donné, il y
a un leadership, là. À un moment donné, il y a une décision, là, qui est prise,
gouvernementalement, puis, à un moment donné, on vote des lois ici, là, et on
décide donc par loi si l'IPS peut inscrire ou ne peut pas inscrire, là, c'est
comme ça que ça se passe. Donc, la ministre a envoyé un message positif. On
souhaite davantage de pleine capacité d'exercice par les IPS. J'en suis. Il va
falloir reconnaître leur pleine autonomie, leur
pleine responsabilité clinique. Il va falloir que ça vienne avec des
obligations de suivi et de responsabilisation face à une patientèle. Mais c'est possible. Et comme ça,
on va ouvrir beaucoup plus grande la porte de l'accès aux soins, M. le
Président.
Autrement, et c'est ce que Le Devoir nous
rappelait encore aujourd'hui, à l'intérieur des GMF, sans avoir fait le
travail, ce sont les médecins qui vont encore une fois prendre la rémunération
qui autrement est dédiée au travail de l'IPS, sans jamais n'avoir vu le
patient. Comment est-ce possible, M. le Président, qu'on reçoit une
rémunération puis une bonification sans même avoir effectué le travail? Ça ne
fonctionne pas. On a urgé le gouvernement de permettre l'inscription directe
des IPS à l'intérieur des GMF de manière individuelle. Et là on nous a expliqué
que ça n'allait pas être possible tout de
suite, et les infirmières sont venues nous dire qu'en vertu d'une lettre d'entente
puis d'un protocole, là, tout ça allait être relativement compliqué,
quand même. Il va falloir s'entendre sur les structures avec la FMOQ pour...
M. le Président, pendant ce temps-là, il y a des Québécois, là, puis des
Québécoises qui appellent dans nos bureaux de circonscription puis qui
souhaitent une prise en charge. Les IPS sont aussi venus nous dire qu'il y a un
règlement, qui permettrait de donner
davantage de soins en santé mentale, qui attend sur la table du ministre du
Travail depuis cinq ans. Cinq ans, M. le Président, qu'on nous a dit que
le travail avec l'ordre puis l'Office des professions était complet, et que ça
fait cinq ans que le projet de règlement attend l'approbation du côté
gouvernemental. Cinq ans, un mandat au complet, M. le Président. Pendant ce temps-là, les
Québécois et Québécoises nous demandent de rendre le service de la... de
santé, les services de santé plus accessibles, plus efficaces, et, de l'autre
côté, on passe cinq ans sur un projet de règlement qui devrait permettre des
meilleurs soins. Quand même. Quand même.
• (17 h 40) •
Alors, on
veut évaluer de manière très claire, M. le Président, dans les prochaines
semaines, avec des indicateurs, je le souhaite, qui seront disponibles... Je
souhaite que les oppositions puissent faire leur travail. Surprise! Tout
ça va se terminer le 30 juin. Ni vous ni moi on ne va être ici, dans cette
Chambre, le 30 juin, on va être dans une campagne électorale déjà amorcée,
qu'on se le dise, hein, si elle ne l'est pas déjà pour certains, et les médias
ne seront pas là pour scrummer ou questionner, et les patients ne pourront pas
venir en regroupement en commission parlementaire, on ne pourra pas poser de questions au ministre. Quel
adon, M. le Président, que tout ça tombe le 30 juin 2026. Eh bien. On
dirait que c'est organisé avec le gars des vues.
Alors, on sera là quand même, M. le Président,
on sera là pour poser des questions, on sera là pour s'assurer que les soins
sont là, parce que les Québécois paient très, très, très cher pour leur système
de la santé, mais il y a encore 1,5 million d'orphelins, peut-être qu'il
va y en avoir moins, là, puis il y a encore beaucoup de gens qui, même une fois
affiliés, ont beaucoup, beaucoup, beaucoup
de misère à accéder à leurs services de santé, et ça, ça doit s'améliorer.
Merci, M. le Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne. Nous poursuivons le débat. Cette fois-ci, je reconnais Mme la
députée de Terrebonne.
Mme Catherine Gentilcore
Mme Gentilcore : Merci
beaucoup, M. le Président. Écoutez, je suis ici aujourd'hui en remplacement de
mon collègue le député des Îles-de-la-Madeleine pour... bien, pour constater très tristement que le gouvernement de la
CAQ a complètement capitulé devant les médecins omnipraticiens, il leur
a accordé tout ce qu'ils voulaient, tout ce qu'ils demandaient, et ce, sans l'ombre d'une contrepartie, tant en ce qui a
trait au mode de rémunération des médecins qu'à la prise en charge des
patients par nos médecins omnipraticiens.
Donc,
parlons-en, d'abord, de cette fameuse prise en charge. On le sait maintenant
que ce n'était que de la poudre aux
yeux, ce désir initial, de la part du gouvernement, d'augmenter la prise en
charge par les médecins omnipraticiens, parce que, maintenant, dans ce
projet de loi n° 19, il n'en reste presque rien. Au début, le gouvernement
voulait affilier les 1,5 million de
Québécois et des Québécoises qui n'avaient pas de médecin de famille.
Finalement, la nouvelle entente ne permet l'inscription que de
500 000 personnes à un guichet unique, guichet unique qui ne garantit
en rien, là, qu'ils soient pris en charge
individuellement par un médecin de famille. Donc, quel recul incroyable pour ce
gouvernement-là qui promettait jadis, on se souvient, là, au tout début, là, un
médecin pour chacun des Québécois, chacune des Québécoises. Bien, on est
bien loin de ce résultat-là aujourd'hui, M. le Président.
Au début du processus, le gouvernement de la CAQ
nous disait aussi qu'il demandait la prise en charge de 200 000 personnes vulnérables, hein, parmi ce
1,5 million-là, de 200 000 personnes vulnérables, mais, avec le
nouveau projet de loi, c'est
seulement 180 000 personnes vulnérables qui doivent être prises en
charge. Un autre recul très important du gouvernement dans ce
dossier-là. Mais ce n'est pas tout, évidemment. Je pense qu'on n'est pas au
bout de nos surprises, M. le Président, parce que, ce matin, dans Le Devoir,
qu'est-ce qu'on... qu'est-ce qu'on apprend? On apprend que des médecins sont
payés en triple pour des patients qu'ils ne voient jamais. Jamais. Donc,
2,5 % d'augmentation si les 500 000 personnes sont inscrites
d'ici juin, prime de 50 $ pour chaque inscription d'un patient au guichet
d'accès...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : M.
le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : Je ne voulais
pas interrompre la collègue, mais ce n'est pas un tableau didactique, donc
on ne peut pas présenter ce document.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Effectivement, ce n'est pas un tableau didactique, donc...
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Poursuivez.
Mme Gentilcore : ...sans le
document, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Allez-y,
Mme la députée de Terrebonne.
Mme Gentilcore : Je disais
donc, hein, des... des médecins payés en triple alors qu'ils n'ont jamais vus
le patient. Première... premier versement,
2.5 % d'augmentation si les 500 000 personnes sont inscrites au
guichet d'ici juin. Deuxième versement, prime de 50 $ pour chaque
inscription d'un patient au guichet d'accès, des primes de 100 $ ou de
230 $ quand ils s'inscrivent ces patients-là de manière collective ou
individuelle. Bref, tout ça sans jamais avoir vu le patient en question. En connaissez-vous beaucoup, vous, M. le
Président, des Québécoises, des Québécois qui sont payés alors que c'est
quelqu'un d'autre qui fait la job à leur place? Moi, je n'en connais pas
beaucoup puis je serais bien curieuse de savoir ce qu'ils en pensent à la maison. On peut même le
lire dans la loi, là : «...ce médecin peut être ainsi rémunéré bien
qu'il n'ait pas fourni lui-même [le] service.» C'est quand même fou.
Maintenant, pour ce qui est de la rémunération
des médecins, le gouvernement se vante d'avoir mis en place la rémunération par
capitation, mais ce qu'il oublie de dire puis ce qu'il faut rappeler, je pense,
c'est important, c'est qu'il y a certains
médecins qui étaient déjà payés par capitation, hein, avant que la CAQ
intervienne. Ce que le gouvernement ne
mentionne pas non plus, M. le Président, c'est qu'ils ont retiré tous les
articles qui concernaient la capitation dans le projet de loi n° 2.
Plus rien. Magie. Disparu. Maintenant, la capitation est au choix du médecin.
La capitation collective obligatoire est remplacée par une capitation
collective facultative. Le gouvernement offre une bonification de l'enveloppe des médecins de 14,5 % sur cinq
ans, et ça, ça équivaut à 434 millions de dollars, M. le Président.
Alors que le gouvernement, actuellement, coupe dans tous les services, tous les
services à la population, bien, il trouve quand même 500 millions
pour les médecins du Québec, en plus d'une mesure incitative qui se traduit par
un montant forfaitaire de 75 millions de dollars, en plus d'un
montant dédié pour réduire l'écart de rémunération entre les médecins de
famille et les médecins spécialistes, et ce,
pour tous les médecins de famille au Québec, en plus d'une bonification
supplémentaire de 2,5 %, ce qui équivaut environ à
75 millions de dollars, conditionnels à l'atteinte de la cible de
prise en charge qui, on le rappelle, est
volontaire, hein, dans cette nouvelle entente, en plus d'incitatifs financiers
qui visent l'accès adapté, les heures défavorables et la réorientation des
patients. S'il y a de l'argent à investir dans le réseau de la santé, M. le
Président, ce n'est pas dans les
salaires de nos médecins. Il faut investir dans les services de première ligne,
il faut s'assurer que les patients puissent voir un médecin pour qu'il
puisse avoir accès à des soins dignes de ce nom.
Alors que le premier ministre, lui, a répété à
maintes reprises qu'il n'allait pas reculer, et je le cite, le premier ministre a dit : «Je ne vais pas reculer,
contrairement aux autres gouvernements, qui ont toujours reculé devant le
syndicat des médecins.» Il a juré ça,
là, notre premier ministre, il n'y a pas si longtemps de ça. Bien, je pense que
les patients sont les plus grands perdants aujourd'hui de ce qui se
passe.
Un an plus
tard, le gouvernement a déposé quatre projets de loi, dont un qui a été adopté
sous bâillon, et ce, même pas pour nous ramener à la même place, pour
nous faire reculer, M. le Président. Un recul tel que ce gouvernement-là en a
perdu son ministre de la Santé. Il faut quand même le faire.
Le dernier point que j'aimerais apporter
aujourd'hui, c'est de mentionner le manque de considération pour les équipes interprofessionnelles. On en a parlé beaucoup,
là, depuis un an, on parle seulement des médecins, mais une vraie prise en
charge efficace passe par plusieurs professionnels du réseau, les infirmières,
les pharmaciens, les physiothérapeutes, les nutritionnistes. Tout ce pan là de la première ligne de services de la
santé a été complètement élagué de ce projet de loi.
Donc, en conclusion, à notre avis, ce n'est pas
compliqué, les médecins ont plus d'argent maintenant et moins d'obligations,
moins de redditions de comptes. C'est un énorme recul pour les usagers de notre
système de santé, pour les citoyens qui sont
en attente d'un médecin de famille également, et c'est aussi un énorme recul
pour les Québécoises, pour les Québécois, qui vont payer plus cher pour
moins de services. Ça s'annonce mal pour l'entente avec les médecins
spécialistes. Merci, M. le Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Terrebonne.
Nous poursuivons toujours ce débat, et cette fois-ci je reconnais M. le
député de Jacques-Cartier.
M. Gregory Kelley
M. Kelley : Merci beaucoup, M. le Président. C'est un plaisir
de prendre la parole aujourd'hui pour m'exprimer sur le projet de loi
n° 19. Ça fait environ huit ans maintenant que je suis un élu ici, à
l'Assemblée nationale, M. le Président, puis c'est la première fois que
j'ai siégé sur un projet de loi qui concerne le système de santé. C'est juste une
réalité. Je vois certains de mes collègues
ici. J'ai siégé avec eux autres sur des projets de loi sur l'énergie, des
projets de loi ou quand même des commissions spéciales sur la consigne.
Je peux faire la liste, j'ai siégé sur plein de différents projets de loi, mais
jamais sur un qui porte sur le système de santé. Alors, c'était un plaisir pour
moi d'être là pour accompagner, au début,
mon collègue du Pontiac, puis après ça avec le député de Nelligan.
Je veux, oui, juste mentionner que le ton de la commission était bon,
dans le sens où on... tout le monde a respecté un et l'autre. On a eu des
bonnes discussions, des bons échanges.
• (17 h 50) •
J'avoue, M.
le Président, c'était un projet de loi... Ce n'est pas nécessairement que
c'était complexe, mais c'était une loi exceptionnelle dans ce sens, M.
le Président... on était en train de pas mal abolir une autre loi, et souvent
on dit que de faire ça est difficile. J'ai
entendu des échos quand des politiciens prennent des engagements d'abolir
complètement un projet de loi. Bien, en réalité, de le faire est
difficile parce qu'il faut... Je sais que la ministre dit qu'elle ne veut pas
retourner dans le passé, mais c'est exactement qu'est-ce que nous avons fait
avec le projet de loi n° 19, parce que, souvent,
des articles qu'on est en train d'étudier, M. le Président, l'objet de
l'article, ça a été d'abolir qu'est-ce
qui était mis en place par le projet de loi n° 2
et de retourner au statu quo avant. Alors, souvent, comme des législateurs, il
faut être vigilant, et j'ai posé à
plusieurs reprises à la ministre puis à l'équipe avec elle... d'expliquer.
Bien, on est en train d'abroger un article, mais ça va être remplacé par
quoi exactement, puis on est en train de jouer dans une autre loi. Alors,
chaque fois qu'on a dit ça, on a demandé à l'équipe gouvernementale d'expliquer
ça, puis on a reçu le... Me Paquin qui a bien expliqué ça à nous, ou quand
même Dr Bergeron, mais ce n'était pas facile, et, quand même, on a poussé
le côté... le gouvernement, de réfléchir une couple de fois, mais je n'ai
jamais eu une expérience comme ça avec un projet de loi. Beaucoup des projets de loi où on a vu un paquet
des amendements à la dernière minute, mais jamais, jamais un projet de loi pour
réécrire l'histoire. Je vais te dire ça comme ça, M. le Président, et c'est
exactement qu'est-ce que nous avons fait.
Je veux reprendre un petit peu les
messages et les mots de le collègue de Saint-Henri—Sainte-Anne, M. le Président, parce qu'il demeure beaucoup des questions. Et
encore, pourquoi ce projet de loi était exceptionnel? On était en train de,
oui, abolir l'ancien projet de loi n° 2 ou la loi n° 25, mais, en
même temps, le gouvernement est en train de négocier une entente qui n'est pas
finale, on est en entente en principe. Alors, le président de la commission, le
député de Beauce-Nord, a fait un travail remarquable de garder nous dans le
projet de loi, sur les articles devant nous, mais, en même temps, laisser nous
un petit peu de lousse pour dire : Bien, c'est difficile, on n'a pas parlé
de ce projet de loi, et qu'est-ce qui se passe avec l'entente puis l'engagement
qu'on va voir 500 000 patients pris en charge? Mais comment tout ça va fonctionner, exactement? Et on n'a pas
une chance. On n'est pas autour de la table de négociation. Alors, ça a
laissé nous un peu la chance de poser des questions à la ministre : Bien,
qu'est-ce qui va arriver, exactement?
La ministre vient de
mentionner que les 140 000 patients vulnérables va être pris en
charge avant le 30 mars. C'est bien correct, mais, comme le collègue de Saint-Henri—Sainte-Anne
a mentionné, bien, une prise en charge, c'est... on reçoit une lettre de GMF,
ou un appel, ce n'est pas nécessairement une rencontre. Puis, pour les patients
vulnérables, si on va créer juste 500 000 places puis c'est attaché
avec un rendez-vous médical, une prise en charge avec une lettre, entre ici et
2027, bien, pour un patient vulnérable qui a besoin de voir un médecin à
plusieurs reprises, est-ce qu'eux autres
vont vraiment avoir un meilleur accès à la première ligne? J'ai des réserves
là-dessus, M. le Président. Ce n'était jamais très clair pour moi que
cela va améliorer la situation pour eux.
Et, quand même, M. le
Président, sur la fin de semaine, j'ai posté une vidéo en lien avec
l'intervention que j'ai donnée au début, le projet de loi, sur qu'est-ce qu'on
a vu depuis sept ans avec le gouvernement caquiste dans le système de santé.
Puis j'ai eu plusieurs messages des citoyens, qui ont dit : Oui, je suis
attaché à un GMF, mais, souvent, quand je veux voir un médecin, je dois aller
vers le GAP pour trouver un rendez-vous parce que le médecin n'est pas disponible ou il n'y a pas une rencontre
dans les prochaines semaines. Alors, je dois aller voir le... voir s'il y a un
rendez-vous sur le GAP, puis le rendez-vous qu'il me donnait, c'est une heure
d'ici ou 1 h 30 d'ici. Et pour beaucoup de citoyens dans mon comté,
particulièrement des aînés, ils n'ont pas d'accès à une automobile ou le
transport nécessaire pour aller ou accepter... accepter une rencontre
qui est à Saint-Hyacinthe, M. le Président. Alors, tout ça, pour moi... Est-ce
que ce projet de loi puis l'entente va vraiment améliorer la situation sur le
terrain? J'ai une grosse interrogation là-dessus, au point de... où je pose la
question. On va dire : On verra, mais difficile de voir comment ça va
vraiment améliorer des choses sur le terrain
et c'est sûr que le gouvernement va être capable... 500 000 patients ont été
pris en charge, mais une prise en charge n'est pas un rendez-vous avec un
médecin ni une infirmière praticienne. Alors, il faut garder ça en tête
aussi.
Et
un autre élément qu'on a appris pendant l'étude détaillée, M. le Président,
c'est : c'est tout, c'est 500 000 patients pris en charge, on ne
va pas faire plus. Alors, de mémoire, je n'ai pas les chiffres devant moi, mais
je pense, c'est... il y a toujours 1 million de Québécois qui attendent
d'être pris en charge. Qu'est-ce qui arrive avec eux autres? «Better luck next
time?» Ça, c'est problématique aussi.
Et je reviens parce
que, oui, on va aider le gouvernement de reculer sur le projet de loi... la loi
n° 25, le projet de loi n° 2,
mais, en même temps, j'ai mentionné ça, M. le Président, quand j'ai arrivé ici,
en 2018, il y a eu des cliniques sans rendez-vous qui étaient vraiment
une clinique sans rendez-vous. C'est juste, tu arrivais, je ne sais pas, si tu
étais malade, tu as besoin de voir un médecin pour des antibiotiques, tu allais
là sans rendez-vous, tu étais donné un numéro, tu attendais, tu as vu le
médecin, tu as retourné chez toi, et ce n'était pas nécessaire d'aller à
l'urgence de Lakeshore.
Et j'ai toujours des
inquiétudes, M. le Président, que, sans vraiment régler un accès plus fluide à
des cliniques sans rendez-vous, on va
continuer d'envoyer nos citoyens vers les... l'urgence, à nos hôpitaux, partout
sur le territoire du Québec, qui sont déjà débordés.
Alors, je n'ai pas
beaucoup de temps qui reste encore. Je veux juste dire que je sais que le
député de Nelligan a eu une bonne proposition d'un amendement pour les IPS
qui... que la ministre a accepté. Content de voir que la ministre a eu un
esprit d'ouverture d'écouter nous. Quand même, elle a accepté un amendement
proposé par le collègue de Saint-Henri—Sainte-Anne. C'étaient des bons gestes et des
bons pas dans la bonne direction. Et on va voter en faveur de ce projet de loi,
mais, encore, il y a beaucoup de travail à faire, toujours, pour s'assurer que
nos citoyens a l'accès à la première ligne, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci beaucoup, M. le député de Jacques-Cartier.
Et, sans plus tarder, je reconnais M. le député de Nelligan.
M. Monsef Derraji
M. Derraji : Merci, M. le Président. En premier lieu, je vais remercier mon collègue
le député de Jacques-Cartier, qui m'a accompagné dans le cadre de ce
projet de loi. Toujours de très, très bonnes interventions.
Et d'ailleurs lui et
moi, nous avons assisté, au tout début de cette saga, à une... à une rencontre
extrêmement importante avec des médecins de famille dans notre région. Et ça a
été... ça a été une rencontre qui a révélé beaucoup, beaucoup de choses par
rapport à la façon avec laquelle la CAQ traite les médecins généralistes, mais
aussi la façon avec laquelle la CAQ voit le système de santé. Et ça, c'est un
point extrêmement important. Et je joins ma voix à celle de mon... de mon
collègue, parce que la région qu'on représente, l'Ouest-de-l'Île de Montréal, a
malheureusement une très mauvaise couverture en termes de médecins de famille
et de cliniques GMF. Et nous deux et notre collègue aussi, députée de
Robert-Baldwin, on ramène les préoccupations des gens de l'ouest de l'île qui
souffrent et qui n'ont pas, malheureusement, accès à des médecins de famille.
Il y a beaucoup de fermetures de cliniques, figurez-vous, M. le Président, sur l'île de Montréal. Donc, je vous
laisse le soin d'imaginer les dégâts causés par la CAQ dans le cadre de ces réformes
de... en santé.
Alors, M. le Président, je ne sais pas
si le temps que... qu'il me reste va me suffire aujourd'hui, mais je vous informe
d'avance que je vais continuer demain, parce que je sais qu'on va fermer d'ici
30 minutes. Je vais revenir sur ce sujet, et je vais vous dire pourquoi.
Premièrement, parce que, moi, la première ligne, ça m'intéresse. Ça m'intéresse
beaucoup, la première ligne, parce que ma thèse de doctorat portait sur la
première ligne, M. le Président, et j'ai beaucoup travaillé sur la première
ligne, l'interprofessionnel, la collaboration interprofessionnelle, la
collaboration entre les médecins et les pharmaciens, et les médecins en GMF, et
les médecins en clinique, et les médecins en CLSC.
• (18 heures) •
Mais, écoutez,
dans... depuis sept ans, hein, ça fait sept ans que je suis député, j'ai eu
l'occasion d'être porte-parole, dans notre formation politique, le Parti
libéral du Québec, en matière de santé et services sociaux, la
42e législature, et ça a été pendant un moment extrêmement difficile, la
pandémie, M. le Président, avec le même ministre,
parce qu'on doit le reconnaître, l'ex-ministre, le ministre de... le député de
La Prairie a eu le maximum de temps, en tant que ministre de la Santé, que
personne n'a eu. Et le constat, malheureusement, le constat, malheureusement,
aujourd'hui : que nous avons perdu huit ans, avec la CAQ, en matière de
santé. Nous avons perdu du temps de qualité parce qu'on recule et on n'avance
pas. Souvenez-vous des promesses électorales de la CAQ en 2018. Ils
promettaient à tous les Québécois un médecin de famille. Ça a été ça, la
promesse-phare du premier ministre. Maintenant, il va quitter la vie politique
avec ce legs, qui, malheureusement, n'est pas réjouissant, M. le Président,
parce qu'on voit la première ligne, année après année, il n'y a pas une bonne
couverture.
Et, à chaque fois, on
voit le gouvernement qui tâtonne, qui négocie à la pièce avec le gouvernement.
C'est rendu que ce gouvernement négocie les
bobos. C'est quoi, négocier les bobos? C'est que tu as un bobo, tu as un
rendez-vous. Mais on est loin de la prise en charge. C'est la réalité qu'on
doit dire aux Québécois et on doit être honnête avec eux. Pourquoi? Parce que la seule porte d'entrée
maintenant... Vous allez recevoir, au courant des prochains jours, des
lettres, hein, des lettres envoyées pour un rendez-vous : Contactez-nous.
Mais c'est un rendez-vous, parce que le gouvernement a négocié, dans le cadre
d'une entente, de faire baisser cette liste d'attente qui n'arrête pas de
s'allonger et de devenir de plus en plus importante. Et le problème majeur,
c'est que, si vous avez besoin d'une série de rencontres et de rendez-vous...
mettez-vous à la place de personnes qui souffrent de maladies chroniques, M. le
Président, je ne pense pas qu'on va régler un problème d'un malade ou... qui
souffre d'une maladie chronique avec un rendez-vous, mais il doit encore une
fois refaire la boucle, un bobo, un rendez-vous avec le GAP, pour régler un
bobo, avec une rencontre avec un médecin.
Sortir, si vous avez un suivi, revenir, et espérer qu'il va y avoir une plage
horaire pour vous, si vous voulez rencontrer votre médecin ou un
professionnel de la santé.
Ce
chaos, M. le Président, c'était quoi, le point de départ? Point de
départ, on revient, on recule, plus précisément à 2018. Souvenez-vous...
et la vidéo, je l'ai devant moi, parce que je l'ai utilisée à plusieurs
reprises. Le chef de la CAQ à l'époque et le premier ministre actuel avaient
cette promesse, ils ont essayé de promettre aux Québécois qu'ils vont régler, dans le cadre d'un premier mandat, un
accès à tous les Québécois qui sont en attente d'un médecin de famille,
d'avoir un médecin de famille. Donc, ils ont eu le pouvoir, avec une majorité,
souvenez-vous, M. le Président, avec un bon
surplus budgétaire. On l'oublie, hein, bon surplus budgétaire qui a été
dilapidé par la suite, ça, vous le savez aussi. Et, du coup, M. le Président,
quatre ans, ça ne... entre 2018 et 2022, le gouvernement était pris dans ce
piège qu'il n'a pas rempli sa promesse.
Il fallait trouver
quelque chose, il fallait négocier. Mais vous savez, M. le Président, il y avait
toujours la possibilité, pour certains patients, d'aller à des cliniques sans
rendez-vous, hein, les cliniques sans rendez-vous... régler une problématique.
Bien, le problème, c'est que la CAQ, avec un bilan médiocre, en 2022, en
matière d'accès à la première ligne, ils ont essayé de négocier une espèce
d'entente avec le fameux guichet, le GAP. Et je me rappelle que ce GAP, il est venu sur la table lors d'un échange
où le ministre, à l'époque, l'ex-ministre de la Santé, se promenait au Québec
et il a rencontré une équipe, une équipe à Rimouski, et le modèle a démontré
son efficacité.
Mais, attention,
parce que cet élément est très important, on parle de Rimouski, où il y avait
une bonne prise en charge. Pourquoi? Il y
avait des médecins de famille, les médecins de famille, entre eux, ils se sont
organisés avec un système en ligne où, s'il manque une plage horaire,
les gens de la région peuvent veiller à ce système de gestion de rendez-vous, à
voir quelle plage horaire est disponible, et, bingo, il va rencontrer. Mais ce
que le ministre a oublié... je ne vais pas
aller sur la transférabilité, ça, c'est un sujet qui est très bien documenté
dans la littérature. Mais je veux vous parler de ça, pourquoi? Parce
qu'après vous allez comprendre où on est rendus, hein, où on est rendus
maintenant. Donc, le point de départ, tu as
déjà une bonne répartition des médecins de famille très implantés, avec une
bonne clientèle, 1 000, 1 500, 1 200 patients. Ça veut dire que le taux de couverture,
il est très élevé, vous me suivez, taux de couverture très élevé.
Donc, ceux qui
restaient dans la nature, si je peux le dire, dans la nature parce qu'ils n'ont
pas de médecin de famille, avaient besoin
quand même de rendez-vous disponibles. La région s'est organisée pour avoir un
système qui contrôle un peu, qui
chapeaute un peu les rendez-vous. Ils se sont organisés, ça a donné des
résultats. Les plages horaires étaient pleines, les cliniques sans rendez-vous
pleines. Tout le monde était heureux et content. Les patients, que ce soient
orphelins, qui n'ont pas de médecin de famille, peuvent rencontrer un médecin. S'il y a
un enjeu, bien, ça parle dans la région.
Donc, c'est un modèle
qui a démontré... qui a démontré son efficacité. Ce que le ministre et
l'ex-ministre de la Santé... d'ailleurs, ça a été ça, les questions que je
soulevais dans le cadre de mes échanges avec lui, si ma mémoire, elle est
bonne, 2021. On venait de sortir de la pandémie. Je lui ai dit : Écoute,
pour chaque projet, si on veut le ramener ailleurs, il y a des facteurs de
succès et les clés du succès, de transférabilité d'un projet. Pourquoi? Vous ne
pouvez pas appliquer un modèle et le
transférer à une autre région, si vous n'avez pas les mêmes clés de succès.
C'est quoi, les clés de succès? Une
bonne prise en charge, des médecins qui arrivent à voir une bonne partie de la
population, et le reste, il est gérable avec des plages horaires
disponibles, notamment dans les cliniques sans rendez-vous.
Le
ministre a vu l'opportunité : Écoutez, ça marche, c'est technique... des
tableaux de bord. On était dans cette logique
de performance. Souvenez-vous, à l'époque, le ministre, il était au Trésor, il
y avait un portrait pour chaque ministère. Toi, tu as 90, tu as 80. Donc, il aimait, je dirais, la facilité du...
de la gestion des rendez-vous. Le problème, c'est que, même avec le GAP, à l'époque... Parce qu'on
disait : Ça va venir, ça va venir, ça va venir, le GAP. Rendus à 2022,
même chose, on n'arrive pas à baisser la liste d'attente, et c'est
toujours ça le même problème. Ce qu'on vit maintenant, moi, je ne suis pas surpris. Je vois les gens déchirer la
chemise, je ne suis pas surpris. Le problème, au Québec, et d'ailleurs, je
vais... c'est pour cela, je vous ai dit que j'ai vraiment le goût de parler de
ce rapport d'expert, Soutenir l'élaboration d'une première politique gouvernementale de soins et de services
de première ligne au Québec. Ça,
c'est un excellent rapport d'un groupe d'experts avec six bonnes
recommandations. Je vais en revenir.
Donc, pour moi, la
situation de 2026 ressemble terriblement à la situation de 2022. Pourquoi? Un
gouvernement qui perd de vue la première ligne, soit il se chicane avec les
médecins généralistes, il les traite de toutes sortes de choses, des paresseux,
ils ne veulent pas travailler, etc. Il n'a pas pensé à élargir le champ de
pratique de beaucoup de professionnels, notamment les IPS, hein, je vais en
revenir. Et c'est là l'enjeu, M. le Président, le même portrait de 2022
ressemble au portrait de 2026. Et je me rappelle, à l'époque, une bonne
discussion avec mon collègue Gaétan Barrette sur l'accès à la première ligne.
Et on l'a vu, le gouvernement de négociateurs, vers la fin, où il s'est
rendu... Écoute, il y a une campagne électorale, il faut faire vite, parce que
nos chiffres en matière de prise en charge, en matière de patients en attente
d'un rendez-vous, d'attente d'un médecin de famille... Là, maintenant, on ne
parle plus en attente d'un médecin de famille, en attente de rendez-vous. Et
là, les gens, ils doivent le comprendre, fini, avec la CAQ, un médecin attitré. C'est des rendez-vous, et c'est des
rendez-vous... on ne sait pas si le problème, l'enjeu que vous avez, de santé,
soit réglé ou pas. On ne le sait pas encore. Il y a un 1,2 ou 1,3 million
de Québécois, le gouvernement se donne un objectif, parce que c'est une
année électorale, avant juin, de 500 000. Sur les 500 000, nous avons insisté sur un portrait beaucoup plus serré et un suivi, que
ce soit par un médecin généraliste ou une IPS, d'une population vulnérable
de 180 000.
• (18 h 10) •
La même situation
qu'on vit maintenant, on l'a vécue dans le passé. C'était quoi, la solution du
gouvernement? Un deal. C'est quoi, le deal? Si on paie plus cher le rendez-vous
avec les médecins et que les cliniques sans rendez-vous tendent vers la
disparition, et on remplace ça par le GAP... Je vous donne un exemple. Vous
êtes médecin, j'ai besoin que vous faites...
vous libériez vos plages horaires. Le gouvernement a mis sur la table, à
l'époque, un deal, pour un certain moment dans le temps, où les gens peuvent
être vus via le GAP. Mais qu'est ce qu'on constatait, M. le Président?
On délaissait les cliniques sans rendez-vous. Bien, prenez un instant. Un
patient qui ne suit pas les travaux du Parlement ou qui ne suit pas
l'actualité, qui s'est habitué que, s'il a un problème, il va aller dans une
clinique sans rendez-vous... C'est ce que la
plupart font. Les citoyens dans mon comté ou dans votre comté, M. le Président,
ils vont vous dire : Écoutez, ça a été ça, la façon avec laquelle
j'ai au moins un rendez-vous avec un médecin, si j'ai un bobo ou un problème de
santé. Donc, on a assisté au démantèlement
des cliniques sans rendez-vous. C'est le seul mot qui me vient à l'esprit
maintenant.
On oublie les
cliniques sans rendez-vous. Là, on passe à ce fameux GAP. Mais gardez en tête
ce que je vous ai dit au début, il y avait
des clés de succès de ce GAP : régions, bonne prise en charge, des
médecins généralistes impliqués. Et donc, le peu qu'il reste dans les
rendez-vous qui sont disponibles, où les médecins sont disponibles et le
patient ne vient pas, et les patients qui n'ont pas de médecin de famille se
ramassent dans le néant, ça a été, d'une manière, valorisant pour la région de
permettre à ces gens d'utiliser ces rendez-vous non honorés.
Le problème qu'on a,
M. le Président, c'est que le gouvernement, après 2022, a misé... a tout misé
sur ce GAP, et c'est là où les problèmes,
ils ont commencé. Gouvernement majoritaire en 2022. À chaque fois que je parle
de début de 2022, j'ai juste la SAAQ en tête, parce que ça a commencé,
les problèmes des avenants et du contrat, fractionné entre septembre et
novembre 2022. Mais je vais rester sur la santé, M. le Président. Élections 2022,
gouvernement très majoritaire, le même
ministre de la Santé qui continue et le même problème reste. Le ministre de la
Santé n'a rien fait en 2022, non plus en 2023, parce qu'il disait qu'on
va attendre et on va espérer que le GAP va donner des résultats.
Malheureusement, on a vu qu'avec le GAP il y avait... il n'y avait pas vraiment
une atteinte des résultats escomptés. Oui,
on parlait beaucoup de la collaboration interprofessionnelle, un rôle joué par
les infirmières, un rôle joué par les GMF, élargissement de la portée
des interventions au niveau médical. 2023, la même chose, M. le Président, les
mêmes enjeux, 2024, les mêmes enjeux, ça... arrive 2025.
Et là ça se corse un
peu, M. le Président. Pourquoi? Parce que le gouvernement voit qu'il est à une
année moins... à moins un an de la fin du deuxième mandat. Encore les mêmes
problèmes de prise en charge, les mêmes problèmes de la première ligne. Et il y
avait, M. le Président, une chaire de recherche du Canada, gouvernance clinique
des services de première ligne, unité de
soutien qui a eu un mandat. Il y a un beau document, et ce document... D'ailleurs,
dans le document, les gens qui ont contribué... parce qu'il y a vraiment une
liste importante d'intervenants. Les gens remercient le ministre...
l'ex-ministre de la Santé, remercient aussi le sous-ministre, Dr Bergeron,
les gens qui ont contribué.
Ça, ça a été un
document important pour la première ligne, et ce document a été publié le
31 mars 2025. Bon, vous allez me dire : Mais c'est quoi, le lien avec
tout cela? Normalement, c'est ce document fait par des experts qui doit tracer
la ligne. Chers collègues... Ah! c'est un document... Ce n'est pas un tableau
didactique. Bon, c'est un document d'un groupe d'experts, chers collègues, daté
du 31 mars 2025. Je parle de la première ligne. C'est bon? Voilà. Je vois qu'il y a de l'intérêt, M. le
Président. Donc, je me permets d'échanger avec mon collègue, parce que je sais,
lui aussi, il a à coeur l'accès à la première ligne. Je le sais, il reçoit les
mêmes appels que nous, M. le Président, que vous aussi.
Bon,
je vais revenir à ce sujet, à ce résumé qui est très important. Pourquoi?
Premièrement, ce document, c'est une
ligne... c'est vraiment les bonnes pratiques en matière de première ligne. Et
le résumé, c'est quoi? C'est soutenir l'élaboration d'une première ligne
gouvernementale de soins et services en première ligne au Québec. La
méthodologie : analyse rapide et rigoureuse de la littérature,
consultation de 211 parties prenantes, dont plusieurs usagers et usagères.
Ça, c'est un point important.
Au bout de la ligne,
pourquoi ne sommes là aujourd'hui au Parlement? C'est pour légiférer. Pour qui?
Pour les citoyens. Ce rapport est... ils ont
consulté aussi les usagers et les usagères. Forum pour valider et raffiner les
orientations préliminaires avec 135 personnes, recommandations
adaptées au Québec. Les clés de réussite... Je vous ai dit les clés, tout à
l'heure, d'un modèle à Rimouski. C'est un autre rapport qui parle des clés de
réussite. Veiller à une transition progressive
et adaptée pour une mise en oeuvre tenant compte des capacités du réseau, bien
entendu, éviter des approches fragmentées ou sélectives de certaines
recommandations, planifier des cibles progressives.
Maintenant,
c'est quoi, les recommandations? Élaborer une stratégie de développement des
ressources humaines en SSPL, donc en soins de services de première ligne. Donc,
on parle d'une vraie stratégie de développement humaine, de façon
à augmenter la capacité des équipes et des réseaux locaux de services à
répondre aux besoins de la population à l'intérieur
du système public. Ça veut dire quoi? Augmentation des effectifs et
valorisation des rôles, aiguillages simplifiés avec ancrage dans les
milieux cliniques et participation des usagers et usagères et pairs aidants.
Là, regardez le
deuxième point, maintenir l'inscription à un médecin de famille ou à un
infirmier ou une infirmière praticienne de première ligne, dont les IPS, au
sein d'une équipe interprofessionnelle, sans égard aux caractéristiques
sociodémographiques et cliniques des usagers comme assise de l'accès universel
à des soins et services de première ligne de qualité.
Maintenant, en termes
de recommandation, la recommandation était de... la désignation d'un professionnel
principal responsable — vous
allez me permettre, M. le. Président — désignation d'un
professionnel principal responsable. Maintenant, si je vous pose la question et
je vous dis... vous n'avez pas de médecin de famille, vous utilisez le GAP.
Vous avez reçu une lettre qui vous dit : Voilà le chemin à suivre. Vous
avez eu votre rendez-vous. Est-ce qu'on répond à ça, à la désignation d'un
professionnel principal responsable? Pourquoi la désignation d'un professionnel
principal responsable?
M. le Président, si
vous avez une maladie chronique, et je ne vous la souhaite pas, vous avez
besoin d'un suivi régulier, et ce suivi régulier, malheureusement, on s'éloigne
de ce qu'on voit maintenant. On s'éloigne parce qu'il y a une différence entre
un rendez-vous pour un bobo et une réelle prise en charge. Maintenant, la
responsabilité de l'État dans l'inscription formelle comme mécanisme
administratif et alignement des capacités réseau et diversité des pratiques,
ça, c'est un bon point au niveau de la diversité des pratiques une fois que
vous avez désigné un professionnel principal responsable.
• (18 h 20) •
Maintenant, troisième
point, mettre en place une gouvernance de proximité des soins et services de
première ligne alignée avec la responsabilité populationnelle et articulée de
façon cohérente avec tous les échelons du système de santé et de services
sociaux afin d'assurer... où soins et services de première ligne, les leviers
d'action nécessaires pour organiser et adapter les services en fonction des
besoins de la population et des orientations provinciales. Maintenant, ça dit
quoi? Il faut une décentralisation au niveau des RLS... RLS, donc au niveau des
réseaux locaux de services, ou des CLSC; deuxièmement, coordination
territoriale avec les partenaires intersectoriels et les services spécialisés;
et, encore une fois, la participation des usagers à la gouvernance.
Quatrième point, M.
le Président, c'est un point aussi très important, investir dans la production
du savoir en services... en soins et services de première ligne pour le
déploiement d'un réel système de santé apprenant. Donc, développement,
déploiement d'une infrastructure de données accessible et agile, notamment avec
la disponibilité des rendez-vous, élaboration de stratégies de soutien à la
recherche et à l'innovation définies par les parties prenantes et renforcement
des capacités d'analyse et d'innovation.
La cinquième
recommandation. M. le Président, assurer un financement public spécifique aux
soins et services de première ligne cohérent avec les orientations annoncées et
revoir la contractualisation des milieux cliniques de de soins, de services de
première ligne recevant ces fonds publics, octroi de leviers financiers
destinés à la gouvernance locale, cela... au
niveau de la localité, qu'il y ait des leviers, élargissement de la couverture
publique à des professionnels dans la communauté, encadrement des
milieux privés financés publiquement.
Le dernier point, le
six, suivre au niveau populationnel l'atteinte des orientations annoncées par
un ensemble de mesures de résultats ayant un grand potentiel de valeur ajoutée
pour la population en fonction du quintuple objectif, cibler des résultats à
forte valeur ajoutée, mesure de résultats définis avec les parties prenantes,
développement de tableaux de bord transparents et concentrés.
Ça, M. le Président,
c'est le résumé du groupe qui a travaillé sur l'élaboration de la première
politique gouvernementale de soins et de services de première ligne. Je viens
de passer quelques minutes pour résumer un beau document, bien fait, avec...
comme je vous ai mentionné, avec une bonne revue de littérature et, sérieux, je
le suggère à tous ceux et celles qui veulent lire un peu sur l'accès à la
première ligne.
Maintenant, qu'est-ce
que le gouvernement a fait avec ce rapport et l'ex-ministre de la Santé?
Normalement, vous avez un rapport qui parle de la première ligne, vous avez
échoué de 2018 à 2025... parce que, rappelez-vous, ce rapport a été déposé en
2025. Normalement, soit vous allez attendre le dépôt du rapport, soit vous
allez vous inspirer, M. le Président, de ce
rapport, pour écrire votre projet de loi et mettre en évidence et en action les
recommandations. Non, M. le Président. Non, M. le Président.
En fait, ce qui a été fait,
c'est tout à fait le contraire. Le premier ministre, avec le ministre de la
Santé, ils ont décidé de déposer le projet de loi n° 106. C'est quoi, le
projet de loi n° 106? Loi visant... Regardez tout ce que je viens de vous
dire, et je vais vous lire le titre du projet de loi : Loi visant
principalement à instaurer la responsabilité collective et l'imputabilité des médecins quant à l'amélioration de l'accès aux
services médicaux. Un instant. J'ai
un rapport d'experts mandatés, qui a déposé un rapport au ministre de la Santé.
Le ministre de la Santé l'envoie à la déchiqueteuse et il dépose un projet de
loi... complètement rien à voir avec les recommandations pour améliorer l'accès
à la première ligne.
Vous allez comprendre pourquoi tout cela, M. le
Président. Quand je vous dis que le chaos caquiste, en matière de première
ligne, est le fruit de plusieurs années, ça n'a pas commencé maintenant.
L'échec, il date depuis 2018, et malheureusement, au bout de la ligne, ce sont
les citoyens, ce sont les usagers, ce sont les usagères, ce sont les patients
qui sont en attente d'un rendez-vous, qui n'ont pas de médecin de famille, qui
paient les frais de cette incompétence, M. le Président.
Projet de loi
n° 106, je viens de vous le dire, rien à voir, rien à
voir avec le rapport, qui est extrêmement pertinent pour améliorer l'accès à la
première ligne. Ce projet de loi que je viens de vous mentionner, M. le
Président, les enjeux, c'est des grandes promesses de transformation.
Reculez un peu dans le temps. La nature du ministre lui-même de la Santé,
l'ex-ministre, réforme du réseau, on vient d'instaurer Santé Québec, plan pour
l'accès à la chirurgie et aux soins, mais toujours il y a des résultats mitigés
sur le terrain, absolument. Je vois que ma collègue partage en partie les
résultats mitigés.
Maintenant, M. le Président, je vous ai dit que,
quand on regarde, quand on regarde — vous avez raison, Mme la ministre — quand
on regarde un peu la genèse de tout ce qui a été fait, le GAP, 2022‑2023, Santé
Québec, 2024, on dirait que le gouvernement et le ministre de la Santé ont
oublié l'essentiel. Et l'essentiel, c'est la première ligne. Pourquoi la
première ligne, hein?
Une voix : ...
M. Derraji : Ah! Oui, oui. Ah! Voilà,
voilà. Ah oui, voilà, voilà. Merci, chers collègues.
Mais c'est la première ligne. Pourquoi? Si vous
ne réglez pas les problèmes de la première ligne, les répercussions seront
énormes. Regardez, M. le Président, le taux d'occupation de nos urgences un peu
partout sur le territoire, regardez les répercussions sur la deuxième ligne,
regardez les répercussions sur l'état de santé de ces patients qui souffrent
d'une maladie chronique. Et c'est là, le bobo, M. le Président.
Donc, l'accès aux soins de la première ligne
demeure, pour moi, une lacune majeure, et c'est pour cela que je vous ai dit
que je me suis intéressé et j'ai fait beaucoup de travail terrain par rapport à
la première ligne. Le jour où on va le
régler, probablement, on va commencer à voir le début des fruits de tout ce que
nos professionnels de la santé font, parce que, malheureusement,
plusieurs Québécois se tournent vers le privé, et c'est là, encore une fois, le
vrai problème que... Vous savez, que ce soient les professionnels de la santé,
que ce soient les usagers, que ce soient les patients qui voient que le problème est ailleurs et que le
ministre de la Santé, un habitué des grandes réformes et des structures, je
vous ai dit, pensez au GAP, pensez à
Santé Québec, s'éloigne de la réalité de ces patients, les gens se tournent,
malheureusement, vers le privé.
Et c'est là où je vous ai dit, le démantèlement
de la première ligne... Parce que le gouvernement ne s'est jamais intéressé à
la première ligne. Et je pense que vous voyez toutes ces actions, commençant
par le projet de loi n° 106, M. le Président, où, depuis 2018, faute
d'avoir amélioré l'accès par des mesures, là, maintenant, le ministre voulait
imposer une refonte forcée. Mais vous avez vu, après, ce projet de loi a été
jeté dans la poubelle, mais c'est très bien, rappeler le contexte. Pourquoi?
Parce que nous avons perdu un temps précieux pour les Québécois. Nous avons
perdu un temps précieux pour vos citoyens qui sont dans votre comté, qui
attendent un médecin de famille, qui attendent à ce qu'on règle leurs problèmes
de santé. Mais, non, il fallait un bras de fer avec les médecins, les méchants
médecins, c'est facile, l'imager, M. le Président, or que le rapport, le
rapport des experts ne parle pas, ne parle pas de ça, ne parle pas de ça, parle d'un accès, un accès intelligent
à la première ligne. Mais je me demande pourquoi, pourquoi le ministre ne l'a
pas... n'a pas essayé de le mettre en application, parce que, regardez, depuis
le dépôt de ce rapport, depuis le dépôt de
ce rapport, trois projets de loi, trois : le 106, le 2 et le 19,
M. le Président. C'est du jamais-vu pour une problématique si simple.
Écoutez les experts. Trois projets de loi. 106, déchiqueté. Le 2...
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : M. le député de Nelligan,
je sais que vous m'avez demandé... Je pense que vous souhaitez
poursuivre.
M. Derraji : ...
Ajournement
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Parfait.
Alors, compte tenu de l'heure, nous allons ajourner nos travaux à jeudi 26
février, à 9 h 40.
(Fin de la séance à 18 h 30)