(Neuf
heures quarante et une minutes)
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Alors, bonjour à toutes, bonjour à tous. Nous
allons débuter nos travaux, je vous invite à prendre place.
Affaires courantes
Déclarations de députés
Nous
sommes à la rubrique Déclarations des députés. Et, sans plus tarder... Je vous
invite à prendre place, collègues. Je reconnais M. le député de Masson.
Inviter la population à
participer à la soirée country de l'équipe
féminine de volleyball des Phoenix de Terrebonne
M. Mathieu Lemay
M. Lemay : Merci, M. le Président. Nous avons 13 jeunes
athlètes passionnées d'une équipe féminine de volleyball des Phoenix de Terrebonne qui auront bientôt la
chance de représenter fièrement notre région sur les scènes provinciale,
nationale et internationale.
En effet, nos chères
Phoenix se préparent à relever des défis majeurs, soit le championnat canadien
à Calgary, ainsi qu'un tout aussi important tournoi aux États-Unis. Et ces
expériences représentent des occasions extraordinaires de dépassement de soi et
d'apprentissage, mais elles entraînent également des coûts importants.
Et voilà pourquoi, M.
le Président, que je souhaite inviter la population à les soutenir, le 7 mars
prochain, lors de leur soirée de levée de fonds sous le thème country au
Pavillon du Grand-Coteau, à Mascouche. On attend près de 400 personnes
pour, entre autres, danser en ligne.
Alors,
M. le Président, sortez vos bottes et chapeaux de cowboy et soutenons les
Phoenix afin qu'elles rayonnent bien au-delà de notre région. Merci, M.
le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député de Masson. Et la parole revient maintenant à Mme la députée
de Westmount—Saint-Louis.
Souligner
la Semaine nationale de la lutte contre
l'exploitation sexuelle des mineurs
Mme Jennifer Maccarone
Mme Maccarone : Merci. Du 1er au 7 mars, nous soulignons la
Semaine nationale de la lutte contre l'exploitation sexuelle des mineurs. C'est un moment important
pour rappeler l'ampleur de ce fléau, qui continue de faire trop de victimes
au Québec. Ce n'est pas juste une semaine de sensibilisation, la vigilance doit
être de tous les jours. La protection de nos jeunes ne peut pas être
occasionnelle, elle doit être constante.
Les
chiffres demeurent bouleversants. Au Québec, l'âge moyen d'entrée dans la
prostitution est de 14 ans. Au Québec, il y a plus d'un tiers de
personnes en situation de prostitution qui sont mineures. Derrière ces
chiffres, il y a des jeunes, il y a des familles, des vies brisées.
Pas
plus tard que ce matin, la CAQ a voté contre mon mandat d'initiative visant à
s'attaquer à ce fléau de la traite des personnes au Québec. Le plan
d'action gouvernemental 2021-2026 arrive à échéance cette année. Je demande au
gouvernement de le renouveler rapidement, avec des mesures concrètes et des
ressources à la hauteur des besoins sur le terrain. Il ne faut pas relâcher
cette lutte. Protéger nos jeunes doit demeurer une priorité nationale.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Westmount—Saint-Louis. Et je cède maintenant la parole à M. le député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
Souligner
le 30e anniversaire de La Table de
quartier Hochelaga-Maisonneuve
M. Alexandre Leduc
M. Leduc :
Merci, M. le Président. Aujourd'hui, je souhaite souligner les 30 ans
de La Table de quartier Hochelaga-Maisonneuve, un pilier de notre communauté et
un moteur essentiel du développement social.
Lieu de réflexion,
d'analyse et surtout d'action concertée, la table rassemble organismes
communautaires, institutions, citoyens et
citoyennes autour d'un objectif commun : améliorer les conditions de vie
dans Hochelaga-Maisonneuve. Elle mobilise les forces vives du quartier
pour faire émerger des solutions durables, ancrées dans les réalités du milieu.
Dans
leurs multiples chantiers, il y a eu la revitalisation urbaine intégrée, qui a
permis de définir une vision commune et des actions structurantes, notamment au
square Dézéry. Pensons aussi à la Brigade verte, qui contribue à la propreté et
au verdissement de la rue Sainte-Catherine Est tout en offrant des opportunités
d'insertion sociale. La table est au coeur des démarches collectives pour
l'avenir du quartier.
À travers ses
différents comités de concertation, elle lutte concrètement contre la pauvreté
et l'exclusion sociale tout en renforçant la participation citoyenne.
Je remercie
chaleureusement l'équipe actuelle et passée pour son engagement ainsi que son
directeur général, Jonathan Alarie, pour son leadership rassembleur.
Longue vie à La
Table de quartier Hochelaga-Maisonneuve!
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Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve. Et je reconnais maintenant
M. le député de Jonquière.
Souligner
la tenue du Tournoi provincial de basketball de Saguenay
M. Yannick Gagnon
M. Gagnon :
Merci, M. le Président. M. le Président, le basketball est un sport
magnifique. Et arrêtez de chercher. Si vous
voulez voir des bons matchs de basket en fin de semaine, un endroit au
Québec : à Saguenay, M. le Président.
Grâce à des
passionnés du développement du sport, des passionnés du développement de
l'athlète, c'est-à-dire grâce à Dave
McMullen, à Benoit Vallières et à Derek Côté, Saguenay accueille l'ensemble de
la famille basket du Québec encore
une fois chez nous. 132 équipes, 60 équipes féminines, 50 arbitres,
des centaines de bénévoles. Bref, à Saguenay en fin de semaine,
M. le Président, les hôtels sont pleins, les restaurants sont pleins, les
estrades vont être pleines.
Aux joueuses et aux
joueuses de basket chez nous en fin de semaine, dans le respect, amusez-vous.
Aux parents et à la famille, bienvenue à Saguenay basket!
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député de Jonquière. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée
de Chomedey.
Demander
d'investir dans la
recherche sur la santé des femmes
Mme Sona Lakhoyan Olivier
Mme Lakhoyan
Olivier : M. le Président, les femmes ont parcouru un long chemin. Elles
ont obtenu le droit de vote et occupent aujourd'hui des fonctions politiques
importantes. Mais, malgré ces avancées, la santé de la femme demeure trop
souvent ignorée.
Dès les premières
règles jusqu'à la ménopause, les femmes apprennent à endurer des réalités
biologiques, telles que la douleur et les bouleversements hormonaux, qui ont
des impacts réels sur leur santé et leur qualité de vie.
Les jeunes filles ont
besoin d'encadrement, de prévention et d'écoute. Les femmes ménopausées vivent
un véritable enjeu de santé publique qui
affecte le vieillissement en santé, et, trop souvent, on leur dit que c'est
normal; ce ne l'est pas. Elles ne sont pas suffisamment prises en
charge.
À
quand des investissements concrets dans la recherche et dans la santé des
femmes? Si ce n'est pas maintenant, quand est-ce qu'on va agir? Merci,
M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Chomedey. Au tour,
maintenant, du député de René-Lévesque.
Rendre
hommage à M. Marcel Furlong
M. Yves Montigny
M. Montigny :
M. le Président, je souligne aujourd'hui le parcours exceptionnel de Marcel
Furlong, qui est ici avec nous, un homme
dont le nom est désormais indissociable de la Manicouagan. Après 30 ans de
dévouement, dont deux mandats marquants à titre de préfet, il tire sa
révérence en laissant un héritage colossal.
Marcel a été
catalyseur d'un véritable changement d'ère. Sous la bannière Manicouagan, Terre
de visionnaires, il a transformé notre
rapport au territoire. La Côte-Nord n'est plus une terre que l'on puise mais
une région fière que l'on habite avec audace.
Bâtisseur d'unité, il
concrétise une réconciliation économique historique avec les communautés de
Pessamit, fondant nos relations sur la réciprocité. Par son leadership, il a su
instaurer un climat de respect profond entre élus, partenaires, citoyens,
renforçant ainsi notre sentiment d'appartenance.
Marcel, ton parcours
m'inspire à chaque jour. Merci pour ton implication, tu me guides à tous les
jours.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de René-Lévesque. Et je cède
maintenant la parole à Mme la députée de Terrebonne.
Souligner
le 10e anniversaire de l'Orchestre classique de Terrebonne
Mme Catherine
Gentilcore
Mme Gentilcore : Merci,
M. le Président. Je tiens à souligner la présence, dans les tribunes, de Manon Riendeau,
fondatrice et directrice de l'Orchestre classique de Terrebonne.
Fondé en 2016, l'orchestre fait résonner depuis
10 ans la passion et la magie de la musique au coeur de notre communauté.
À travers des concerts présentés tout au long de l'année et des matinées
musicales estivales, l'Orchestre classique de Terrebonne rend la musique
classique accessible à tous.
Manon, vous
transmettez, vous rassemblez, vous nous entourez de beau. J'ai d'ailleurs eu
moi-même l'immense bonheur, le grand honneur de chanter à vos côtés lors
de votre plus récent concert des fêtes. Un immense merci pour cette soirée-là, qui était remplie d'émotions,
remplie de talent et remplie de magie des fêtes. C'est un moment précieux que je
ne suis pas près d'oublier.
Merci de faire résonner la musique dans Terrebonne.
Et bon 10e anniversaire!
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Terrebonne. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée
de Duplessis.
Souligner la création de la
Trousse Anti-Troll contre la cyberintimidation
Mme Kateri
Champagne Jourdain
Mme Champagne
Jourdain : «Kuei», M. le Président. Aujourd'hui, je tiens à
souligner l'initiative remarquable du service de police de la ville de Trois-Rivières
dans la lutte contre la cyberintimidation.
En unissant leurs forces et leur expertise, ils
ont développé la Trousse Anti-Troll, un outil concret destiné aux jeunes, aux ados, mais aussi aux parents et aux
intervenants. Ça permet de mieux les outiller et de prévenir la cyberintimidation,
tout en favorisant l'adoption de comportements respectueux sur les réseaux
sociaux.
Déjà 23 corps de police à travers le Québec
et les communautés autochtones y ont adhéré.
Et je tiens à saluer M. Samuel Milot, ici
présent, qui a piloté ce projet depuis ses débuts avec détermination. Ce projet
est porteur et il a d'ailleurs reçu le prix Excellence Intersection.
Ça nous rend tous fiers, ici, à l'Assemblée
nationale, de voir l'impact concret que peut avoir notre plan d'action
gouvernemental pour soutenir des initiatives comme celle-ci qui ont un impact
réel.
Encore une fois, bravo à toute l'équipe! Vous
faites une réelle différence.
• (9 h 50) •
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Duplessis. Et la parole revient maintenant à M. le député de Trois-Rivières.
Souligner le
70e anniversaire de l'Ordre des
diététistes-nutritionnistes du Québec
M. Jean
Boulet
M. Boulet : Oui,
merci. Je suis particulièrement fier, M. le Président, de souligner aujourd'hui
le 70e anniversaire de la loi des diététistes. Cette législation
n'a pas eu une portée historique seulement au Québec, mais aussi à l'échelle du
Canada, où il s'agit de la première loi qui a accordé un statut légal aux
diététistes.
Je profite de l'occasion pour saluer le travail
de celles et ceux qui sont devenus, au fil du temps, des diététistes-nutritionnistes. Au Québec, c'est plus de
3 500 femmes et hommes dévoués qui prennent soin de notre santé. Dans
tous les milieux, ils offrent des soins précieux à la population,
contribuent à un Québec en meilleure santé en promouvant de saines habitudes
alimentaires et en jouant un rôle clé dans la prévention des maladies.
Merci beaucoup à tous les
diététistes-nutritionnistes du Québec pour leur contribution. Et longue vie à
leur ordre professionnel! Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député de Trois-Rivières. Et la prochaine déclaration revient à Mme la
députée de Hull.
Souligner le
40e anniversaire du Choeur classique de l'Outaouais
Mme Suzanne
Tremblay
Mme Tremblay : Merci, M. le Président.
Je suis heureuse de prendre la parole, aujourd'hui, pour souligner le 40e anniversaire du Choeur classique de
l'Outaouais et sa contribution importante à la vitalité culturelle de notre
région.
Fondé en 1986, ce grand choeur amateur de haut
niveau rassemble plus de 70 choristes qui offrent, année après année, deux
séries de concerts d'une grande qualité. Au fil du temps, il s'est distingué
par un répertoire original et diversifié, porté par l'engagement constant de
ses choristes, de ses pianistes et de ses directions musicales. Aux côtés des grands classiques, il a mis en lumière des oeuvres de
compositeurs et de compositrices de notre région, contribuant à faire rayonner
la création de chez nous.
Le
choeur se distingue également par ses initiatives en médiation culturelle,
utilisant le chant choral comme outil d'inclusion, de dialogue et de
mieux-être au sein de la communauté.
Pour marquer ses
40 ans, le choeur présentera le Requiem pour Mathieu de Pierrette
Froment-Savoie avec l'Ensemble Prisme. Ce concert sera également repris ici
même, à Québec, en collaboration avec l'orchestre Chrysalide.
Je tiens à souligner
le travail extraordinaire de Tiphaine Legrand, qui dirige le choeur depuis
15 ans.
Je souhaite... je
suis fière de l'excellence et de l'engagement du Choeur classique de
l'Outaouais et lui souhaite un très heureux 40e anniversaire. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Hull. Et je reconnais maintenant M. le député de Lévis.
Souligner
le 60e anniversaire du Club Lions de Saint-Romuald
M. Bernard Drainville
M. Drainville : Merci, M. le Président.
Je tiens à souligner le 60e anniversaire d'un organisme qui fait la
différence à Lévis, le Club Lions de Saint-Romuald.
Depuis
60 ans, les membres de ce club sont des piliers de l'engagement
communautaire et philanthropique à Lévis. Portées par des valeurs de
générosité, de solidarité et de compassion, leurs activités ont un impact concret
sur la qualité de vie de nombreux citoyens.
Leur implication
auprès des personnes handicapées ou vulnérables contribue à briser l'isolement
social. Leur soutien constant auprès des jeunes et des aînés crée un pont entre
les générations et renforce notre communauté.
Ces bénévoles au
grand coeur incarnent la dignité et l'inclusion. Ils nous rappellent
l'importance de tendre la main à ceux qui en ont besoin.
Au
nom de l'Assemblée nationale du Québec, je souhaite remercier tous les membres
du Club Lions de Saint-Romuald pour leur contribution exceptionnelle à notre
communauté. Des éminents représentants du club sont ici présents.
De la part de Lion
Bernard, bon 60e et longue vie au Club Lions de Saint-Romuald!
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député de Lévis. Et la dernière déclaration revient maintenant à
Mme la députée de Laval-des-Rapides.
Souligner
le travail du Comité national arménien du Québec
Mme Céline Haytayan
Mme Haytayan :
Merci, M. le Président. J'aurai l'honneur de remettre la Médaille de la
députée au Comité national arménien du Québec, le CNAQ.
Fondé en 1965, M. le
Président, le CNAQ est la plus grande et la plus influente organisation de
défense des droits de l'homme de la communauté arménoquébécoise. Le CNAQ
travaille en coordination avec un vaste réseau de sections, de chapitres, dont
celui à Laval, à Laval-des-Rapides, de partenaires, de bénévoles et de membres
à travers le Québec, puis aussi avec un réseau d'organisations affiliées à
travers le monde. Leurs levées de fonds permettent un travail communautaire
ainsi qu'une offre d'un large éventail de services, d'activités, de formations
et d'ateliers.
Je
tiens donc à féliciter chaleureusement, à remercier le Comité national arménien
du Québec, toute l'équipe, pour leur travail et leur désir d'aider les
Québécois d'origine arménienne, notamment les aînés, les jeunes et les plus
vulnérables. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Laval-des-Rapides. Alors,
voilà qui met fin à la rubrique Déclarations des députés.
Nous allons suspendre
les travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à
9 h 55)
(Reprise à 10 h 12)
La Présidente : Bonjour, tout le monde. 26 février. Mesdames messieurs, bienvenue.
Bienvenue. Le parlement du Québec, c'est chez vous.
Mmes, MM. les
députés, nous allons nous recueillir quelques instants.
Je vous remercie,
tout le monde. Veuillez vous asseoir.
Alors, nous
poursuivons les affaires courantes.
Aujourd'hui, il n'y a
pas de déclarations ministérielles.
Présentation
de projets de loi
À la rubrique
Présentation de projets de loi, Mme la députée de Rimouski.
Projet de loi n° 592
Mme Maïté Blanchette Vézina
Mme Blanchette
Vézina : Merci, Mme la Présidente.
Ce projet de loi
édicte la Loi sur la régionalisation de l'immigration, ayant pour objet
d'assurer la participation des municipalités dans le processus décisionnel en matière d'immigration. Plus
précisément, cette loi prévoit la constitution d'une table régionale de
l'immigration pour chaque région administrative du Québec. Chaque table est
composée du ministre responsable de la région administrative ainsi que des
préfets des municipalités régionales de comté, des maires ou des préfets
représentant les territoires équivalents et d'un représentant de chacune des
nations ou des communautés autochtones de la
région administrative. Chaque table doit établir un plan d'immigration
régional, qui comprend notamment la capacité d'accueil et d'intégration de la
région administrative et une description des enjeux concernant la mobilité
de la main-d'oeuvre. Le ministre doit tenir
compte du plan lorsqu'il prend des décisions concernant la planification de
l'immigration.
Le
projet de loi modifie diverses lois, dont la Loi sur les compétences
municipales, afin d'y ajouter l'immigration parmi les compétences des
municipalités.
Le projet de loi
prévoit, avec effet rétroactif, qu'une modification à la Loi sur l'immigration
au Québec ou à ses règlements ne s'applique pas à la personne qui se trouve
déjà au Québec, à moins que le ressortissant étranger ou le résident permanent
ne demande de se prévaloir de la nouvelle disposition.
La Présidente :
Et vous aurez tous compris qu'il
s'agissait du projet de loi à l'article a du feuilleton, où Mme la
députée de Rimouski présentait le projet de loi n° 592, loi édictant la
loi sur la régularisation de... la régionalisation, plutôt, de l'immigration afin d'instituer des tables régionales de
l'immigration et d'affirmer le rôle des régions dans l'accueil et
l'intégration des personnes immigrantes. Merci, Mme la députée.
Mise aux voix
Est-ce que
l'Assemblée accepte d'être saisie de ce projet de loi?
Des voix :
Adopté.
La Présidente :
Adopté.
Dépôt de documents
À la rubrique Dépôt
de documents, M. le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie.
M. Boulet : Oui, merci, Mme la
Présidente. Permettez-moi de déposer le rapport annuel 2025
d'Hydro-Québec. Merci.
La
Présidente : Ce rapport est déposé. Mme la ministre de la Santé.
Mme Bélanger : Mme la Présidente,
permettez-moi de déposer le rapport annuel 2024-2025 de la commissaire
nationale aux plaintes et à la qualité des services.
La
Présidente : Ce rapport est déposé. Maintenant, M. le leader du
gouvernement.
M. Jolin-Barrette :
Oui, Mme la Présidente, permettez-moi de déposer, au nom de mon collègue le
ministre de la Culture et des Communications, le rapport annuel de
gestion 2024-2025 du Conservatoire de musique et d'art dramatique du
Québec.
La
Présidente : Ce document est déposé. M. le ministre de l'Agriculture,
des Pêcheries et de l'Alimentation.
M. Martel :
Mme la Présidente, permettez-moi de déposer le rapport
annuel 2024-2025 de l'institut de technologie agricole du Québec. Merci.
La
Présidente : Ce document est déposé. À nouveau, M. le leader du
gouvernement.
M. Jolin-Barrette : Mme la Présidente,
permettez-moi de déposer les réponses aux pétitions déposées le 9 décembre 2025 et le
4 février 2026 par le député de Pontiac ainsi que le
3 février 2026 par le député de Taschereau. Merci.
La Présidente : Et ces documents
sont déposés.
Dépôt
de rapports de commissions
À
la rubrique Dépôt de rapports de commissions, Mme la présidente de la Commission de la culture et de l'éducation et
députée de Jeanne-Mance—Viger.
Consultations particulières
sur le projet de loi n° 10
Mme Rotiroti :
Merci, Mme la Présidente. Je dépose le rapport de la Commission de la
culture et de l'éducation qui, les 24 et 25 février 2006, a tenu des
auditions publiques dans le cadre des consultations particulières sur le projet
de loi n° 10, Loi protégeant les consommateurs contre les pratiques
abusives de revente de billets et de renouvellement d'abonnements en ligne.
Merci.
La
Présidente : Ce rapport est déposé. M. le président de la Commission
de l'économie et du travail et député de Maskinongé.
Étude détaillée du projet de
loi n° 3
M. Allaire :
Merci, Mme la Présidente. Je dépose le rapport de la Commission de
l'économie et du travail qui, les 10 et 11 décembre 2025 ainsi que
les 12, 17, 18, 19, 24 et 25 février 2026, a procédé à l'étude
détaillée du projet de loi n° 3, Loi visant à améliorer la transparence,
la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu
de travail. La commission a adopté le texte du projet de loi avec des
amendements. Merci, Mme la Présidente.
La
Présidente : Et ce rapport est déposé.
Y a-t-il le
consentement pour déroger à l'article 4.4 des règles de fonctionnement
afin de déposer un rapport du comité directeur de la Commission de l'Assemblée
nationale? Consentement? Merci beaucoup.
Modification à la liste
des présidents de séance
Alors, je dépose donc
le rapport du comité directeur de la Commission de l'Assemblée nationale qui
s'est tenu le 25 février 2026 concernant une demande du groupe
parlementaire formant l'opposition officielle afin de modifier la liste des
présidents de séance.
Dépôt de pétitions
À la rubrique Dépôt
de pétitions, je reconnais maintenant Mme la députée de D'Arcy-McGee.
Respecter les recommandations
issues d'évaluations professionnelles
formulées pour les élèves handicapés ou en difficulté
d'adaptation ou d'apprentissage
Mme Prass :
Merci, Mme la Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à
l'Assemblée nationale, signée par 332 pétitionnaires. Désignation :
citoyens et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués
sont les suivants :
«Considérant que le
Québec reconnaît, en vertu de la Loi sur l'instruction publique et de la Charte
des droits et libertés de la personne, le droit de chaque élève handicapé ou en
difficulté d'adaptation ou d'apprentissage à recevoir des services éducatifs
adaptés à ses besoins et à ses capacités;
«Considérant que plusieurs
familles constatent que les recommandations formulées à la suite d'évaluations
par des professionnels de la santé, notamment les rapports neuropsychologiques,
sont trop souvent ignorées ou contredites par les directions d'école;
«Considérant que les
directions d'établissement exercent souvent un pouvoir discrétionnaire qui
retarde ou empêche la mise en oeuvre des mesures d'adaptation prescrites,
limitant ainsi l'accès des enfants aux services auxquels ils ont droit;
«Considérant que cette
situation compromet l'égalité des chances, porte atteinte au droit à
l'éducation et crée des iniquités entre les familles, [désavantage] celles qui
n'ont pas les moyens de compenser par des services privés;
«Considérant que le
refus ou le retard d'application des recommandations professionnelles cause un
préjudice grave au développement scolaire, psychologique et social des élèves
concernés, entraînant des retards d'apprentissage et une perte d'estime de soi;
«Considérant que la
reconnaissance d'un diagnostic professionnel devrait automatiquement entraîner
la mise en place des mesures d'aide nécessaires, sans dépendre de critères
administratifs arbitraires;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous,
signataires, demandons au gouvernement du Québec de rendre obligatoire
l'application, par les établissements scolaires,
des recommandations issues d'évaluations professionnelles reconnues et d'encadrer
le pouvoir discrétionnaire des directions d'école dans la mise en oeuvre
des mesures d'adaptation.»
Je certifie que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition.
• (10 h 20) •
La
Présidente : Et cet extrait de pétition est déposé.
Il n'y a pas de
réponses orales aux pétitions ni d'interventions portant sur une violation de
droit ou de privilège.
Je vous avise
qu'après la période des questions et réponses orales sera tenu le vote reporté
sur la motion de Mme la députée de Bourassa-Sauvé débattue hier aux affaires
inscrites par les députés de l'opposition.
Questions et réponses orales
Nous en sommes
maintenant à la période de questions et de réponses orales, et, pour ce faire,
je cède la parole, en question principale, au député de LaFontaine.
Gestion des finances
publiques
M. Marc Tanguay
M. Tanguay :
Une dernière avant de quitter. Bilan de la CAQ après huit ans, ça va peut-être
l'intéresser, parce je voudrais parler de gaspillage, de décote et des services
qui ne sont pas rendus aux Québécoises et Québécois.
La
CAQ, Mme la Présidente, gère comme des péquistes, des experts en déficit. La
différence entre la CAQ et le Parti québécois, c'est une date de
référendum.
C'est quoi, le coût
de la menace référendaire? Pauline Marois, elle, disait : C'est cinq
années de turbulences économiques. Le chef actuel du Parti québécois dit :
C'est des sacrifices d'une transition d'une année ou deux. Le ministre des
Finances, hier, a dit que la menace référendaire, sur cinq ans, c'était
100 millions de dollars. Parfait.
Alors, caquistes et
péquistes, experts en déficit et en pertes financières. La question, maintenant,
aux experts : Le premier ministre
peut-il avoir la même lucidité et dire aux Québécoises et Québécois combien de
centaines de millions de dollars leur a coûté sa décote?
La Présidente :
La réponse du ministre des Finances.
M. Eric Girard
M. Girard
(Groulx) : Oui, Mme la Présidente. Bien, il y avait plusieurs
affirmations, là. Bon, allons-y avec le déficit. Je pourrai parler de la dette
après.
Alors, le déficit du
Québec, l'an dernier, au sens comptable, c'est-à-dire sur une base comparable
avec les autres provinces, le gouvernement fédéral, était de 0,8 % du PIB.
Celui de cette année est estimé à 1,5 % du PIB, et on a bon espoir,
confiance de le réviser à la baisse lors du prochain budget. Et, en fait, il semble
que nous aurions le deuxième ou le troisième plus petit déficit au Canada,
parce que l'Île-du-Prince-Édouard, la Colombie-Britannique sont à 3 %; le
fédéral, 2,7 %; la Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick ont révisé à la
baisse.
Bref, on gère bien
les finances publiques, Mme la Présidente. On a un plan de retour à l'équilibre
budgétaire crédible, avec des versements au Fonds des générations. Et puis la
dette du Québec est inférieure à ce qu'elle était avant la pandémie...
La Présidente :
En terminant.
M. Girard
(Groulx) : ...et lorsque nous avons pris le pouvoir.
La Présidente :
Première complémentaire. Et, pour ce faire, je reconnais le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin :
Le constat du ministre des Finances, hier, était semi-lucide. Oui, la menace
référendaire nous coûte beaucoup d'argent. Il a même suggéré que ça nous coûtait
cinq points de base, des millions de plus à payer annuellement. Mais ce qu'il oublie de nous dire, cependant, c'est que, depuis
cette décote, le coût de la dette, au Québec, a augmenté de 15 points de
base. Donc, la CAQ est responsable de 10 points de base, des centaines de
millions de dollars de plus, à cause de leur mauvaise gestion.
Est-ce
que le ministre des Finances peut finalement admettre que sa mauvaise gestion,
sa décote nous coûte cher?
La Présidente :
La réponse du ministre.
M. Eric Girard
M. Girard
(Groulx) : Oui, Mme la Présidente. Alors, la décote, on va en
reparler. Alors, il y a... il y avait une menace de tarifs. Alors, la nouvelle
administration, le président est assermenté en janvier, en février il fait des
menaces de tarifer l'ensemble des produits exportés. Et puis les exportations,
c'est extrêmement important pour l'économie québécoise.
Et nous prenons une décision, l'ensemble du gouvernement, d'augmenter les
dépenses en infrastructures, parce que c'est bon à court terme mais aussi à long terme
et puis qu'il y a des besoins. Alors, on fait un investissement
extrêmement important...
La Présidente :
En terminant.
M. Girard
(Groulx) : ...qui nous fait dépasser certains ratios de S&P, mais
c'est un choix du gouvernement.
La
Présidente : Deuxième complémentaire. Et, pour ce faire, je retrouve
le député de LaFontaine.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay :
Alors, Mme la Présidente, on le voit, la gestion caquiste, péquiste, même
combat. Le ministre des Finances, expert en la matière, a dit : Bien, la
menace référendaire, c'est 100 millions sur cinq ans, il l'a reconnu, mais
sa décote à lui, ça ne coûte rien aux Québécoises et Québécois. Ça ne tient pas
la route, Mme la Présidente. En ce sens-là, je comprends le premier ministre de
ne pas se lever sur cette question, qui est son bilan, qui sera son legs, la
décote du Québec, des déficits records.
Comment le ministre
des Finances entrevoit l'avenir quand il sait que son prochain chef sera
péquiste?
La
Présidente : La réponse du ministre des Finances.
M. Eric
Girard
M. Girard
(Groulx) :
Oui.
Mme la Présidente, bien, ce serait vraiment apprécié si les gens
faisaient preuve d'exactitude et reconnaissaient qu'il n'y a pas de déficit
record comme le prétend l'opposition. À 1,5 % du PIB, en fait, on se compare très bien avec les autres
juridictions du Canada. Et, si vous voulez le savoir, ça ne va pas bien en France,
en Angleterre, aux États-Unis non plus. Il y a une guerre tarifaire, il y a une
situation économique difficile. Et on gère bien les finances publiques. Et on
espère bien réviser à la baisse...
La Présidente :
En terminant.
M. Girard
(Groulx) : ...le déficit de 1,5 % du PIB, qui n'est pas un
déficit record.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant le député
de l'Acadie.
Abolition du Programme
de l'expérience québécoise
M. André Albert Morin
M. Morin :
Mme la Présidente, chaque semaine les médias nous dévoilent un nouveau
chapitre de la crise créée de toutes pièces
par le ministre caquiste, isolé, de l'Immigration. 6 300 travailleurs en santé,
un millier d'employés dans le secteur
de l'éducation, maintenant c'est 444 éducatrices dans les centres de la
petite enfance qui risquent de quitter.
À titre d'exemple,
Mme Hellin. Elle est éducatrice, elle est fatiguée d'attendre. Elle est
francophone, qualifiée, intégrée. Son
dossier est en attente dans le PSTQ, pas de son, pas d'image. Elle nous dit
qu'elle ne veut pas finir itinérante avec ses enfants. Elle a acheté ses
billets d'avion, elle va partir.
Mme Blanchard,
elle, nous dit, et je la cite : «Le gouvernement travaille à
contre-courant des besoins sur le terrain. Il ne nous aide pas à réduire la
pénurie de main-d'oeuvre.»
Est-ce que la CAQ
peut arrêter cette catastrophe qui met en péril nos services publics, respecter
sa parole et accorder une clause de droits acquis?
La
Présidente : La réponse du ministre de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge :
Merci, Mme la Présidente. J'ai bien vu les deux reportages de Radio-Canada
en deux jours qui faisaient un lien très, très maladroit entre la fin de permis
de travail de personnes qui sont des personnes avec un statut temporaire, qui
voudraient que leurs permis soient renouvelés, mais il faudrait trouver la
ministre fédérale de l'Immigration pour ça. Tout le monde la cherche. Où est
Lena Diab? C'est pire que les livres Où est Charlie?, Mme la
Présidente. Alors, il faudrait essayer de la trouver. Peut-être que
Mme Mélanie Joly pourrait nous aider à la trouver. Elle a dit : Je vais chercher des solutions. Parce que, lorsque des
personnes arrivent au bout d'un permis de travail, nous, au gouvernement
du Québec, on pense qu'il faut renouveler les permis de travail de ces
personnes-là, évidemment dans les secteurs des services de la famille, de la
garde, de l'éducation, mais pas seulement, dans le manufacturier, dans le
tourisme aussi, à Mont-Tremblant, partout ailleurs où le... ce sont des moteurs
économiques. Mais il n'y a pas de lien entre un programme qui permet d'aller à
la résidence permanente, que ce soit l'ancien programme ou le PSTQ, et la fin des permis de
travail temporaires, lesquels relèvent d'Ottawa. Je pense que mon collègue le
sait mais fait semblant qu'il ne le sait pas.
La
Présidente : Première complémentaire.
M. André Albert Morin
M. Morin :
Alors, voilà, continuons, Mme la Présidente. Les Québécois sont consternés
par les agissements du ministre isolé de l'Immigration. La Presse
nous apprend ce matin, dans un sondage de l'UMQ : 83 % des Québécois
souhaitent garder les immigrants au travail, 83 %.
Alors,
par ses actions, il va priver des milliers d'enfants d'éducatrices. Le ministre
le réalise-t-il? Que va-t-il faire?
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge :
Bien, Mme la Présidente, j'aurais aimé être appelé, lors de la réalisation
de ce sondage, parce que j'aurais dit : Oui, je veux garder ces travailleurs.
Donc, nous faisons partie, nous, membres du gouvernement et du caucus, de ces
83 % de personnes qui souhaitent garder ici les travailleurs temporaires.
Il faut renouveler leur permis de travail et ensuite s'assurer qu'ils ont les
critères minimaux pour obtenir la résidence permanente, donc, évidemment,
maîtriser la langue française, conserver le lien d'emploi.
Avec l'ancien
programme, c'était premier arrivé, premier servi. Avec le nouveau programme, on
sélectionne en priorité les meilleures candidatures, ceux qui travaillent dans
des secteurs particuliers...
La Présidente :
En terminant.
M. Roberge :
...dans des secteurs prioritaires, mais on veut garder ces personnes sur le
territoire.
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. André Albert Morin
M. Morin :
Alors, personne ne suit le ministre. Il est largué par le candidat de
Lévis, il est largué par la candidate de Sanguinet, puis il est largué par
83 % des Québécois. Après une conférence de presse désastreuse, où son cabinet a été obligé de corriger ses propres
chiffres, des experts le contredisent dans les journaux. Et maintenant il publiait,
hier, une déclaration demandant de ne pas croire ce que racontent les médias.
Il en a parlé ce matin.
Quelle crédibilité
reste-t-il au ministre de l'Immigration?
• (10 h 30) •
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge :
Mme la Présidente, parlant de personne larguée, M. Charles Milliard,
il n'y a pas si longtemps, alors qu'il était président de la fédération des
chambres de commerce du travail, disait : «Nous, on n'est pas sortis sur
les seuils d'immigration. Ce qui nous préoccupe, c'est la capacité d'accueil.»
Il était meilleur avant de devenir libéral. «Toutes les entreprises aimeraient
avoir accès...»
Des voix :
...
La Présidente :
Attendez, M. le ministre. Alors,
je vous rappelle l'article 32, tout le monde. On garde le silence.
J'aimerais entendre la réponse. Poursuivez.
M. Roberge :
...rouge, rouge. «Toutes les entreprises aimeraient avoir accès à davantage
de monde, mais il n'y a pas de logement disponible.»
Donc, nous, on veut
garder les travailleurs ici. On veut respecter la capacité d'accueil, comme le
pensait M. Milliard avant de devenir libéral. Je l'aimais mieux avant.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la
députée de D'Arcy-McGee.
Ressources d'hébergement pour
les itinérants en situation de handicap
Mme Elisabeth Prass
Mme Prass : Merci, Mme la
Présidente. Il y a un an, nous avons été informés de la situation tragique de
Mélissa et Jérémie, deux jeunes adultes avec une déficience intellectuelle,
connus des CIUSSS et en situation d'itinérance, qui
habitaient dans le métro depuis plus de deux ans. À la suite de mon
questionnement du ministre des Services sociaux de l'époque, le ministre a
demandé à Santé Québec d'agir pour sortir le couple de la rue le plus
rapidement possible. Bien, un an plus... plus d'un an plus tard, la situation
de Mélissa et Jérémie est la même. C'est deux jeunes qui se retrouvent toujours
en situation d'itinérance après plus de trois ans. Mélissa est toujours dans la
rue, en situation d'itinérance, Jérémie l'a rejointe parce qu'il n'y a aucun
hébergement adapté pour répondre à leur réalité de couple.
La nouvelle ministre
a maintenant demandé, elle aussi, à Santé Québec d'agir, mais clairement Santé
Québec a échoué, parce que Mélissa et Jérémie sont dans la rue depuis plus de
trois ans. Elle ne peut pas nous dire que Santé Québec va s'en occuper.
Donc, Mme la
Présidente, je demande à la ministre d'assumer ses responsabilités
ministérielles et d'agir...
La
Présidente : ...des Services sociaux.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Oui, Mme la Présidente. Bien, d'abord, je suis extrêmement sensible à la
situation de Jérémie et Mélissa. C'est épouvantable de savoir que des personnes
dans leur situation, avec certaines limitations, se retrouvent en plus dans la
rue.
Alors, oui,
effectivement, il y a un an, cette situation a été médiatisée, on se souvient
qu'à ce moment-là ils étaient en situation d'itinérance dans un métro, et puis
je pense que ça nous a tous captés, en termes d'émotions. Et, oui, l'ex-ministre avait demandé de trouver une
solution, puis il y a une solution qui a été trouvée à ce moment-là. Il y a un
hébergement qui a été offert à Mélissa et à Jérémie, mais, malheureusement,
puis je ne rentrerai pas dans le détail de la vie privée des personnes, ils
n'ont pas voulu y rester. Alors, c'est ça, Mme la Présidente.
Alors,
aujourd'hui, je me lève, et puis là on me demande : Qu'est-ce que la
ministre va faire?, mais Jérémie est sous curatelle, il demeure dans une
ressource intermédiaire. Alors... Et Mélissa...
La
Présidente : Première complémentaire.
Mme Elisabeth Prass
Mme Prass :
Merci, Mme la Présidente. On apprécie la sensibilité de la ministre, mais
la sensibilité ne sort pas Mélissa et Jérémie de la rue. La raison pour
laquelle ils sont dans la rue, c'est parce qu'il n'y a pas d'hébergement qui
répond à leur réalité de couple. La réponse de la ministre n'assume aucunement
l'échec ni l'abandon de Mélissa et Jérémie,
qui sont dans la rue depuis plus de trois ans. Cette histoire ne fait que
démontrer que, sans plan précis, il n'y a pas de responsabilité ni de
résultat.
Mme la Présidente,
qu'est-ce que la ministre va faire aujourd'hui pour sortir ces deux de la rue?
La Présidente :
La réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Mme la Présidente, j'ai entendu un collègue d'en face dire «bravo» à la question
que je viens d'avoir, «bravo», vraiment.
Alors, écoutez, cette
situation-là, Mme la Présidente, là, j'étais en train de l'expliquer. OK?
Alors, Jérémie demeure dans une ressource intermédiaire. Je n'irai pas plus
loin que ça, parce que je ne veux pas rentrer dans la vie privée de Jérémie.
Mélissa a fait le choix de rester dans la rue. Alors, est-ce que, Mme la
Présidente, le Parti libéral, est-ce que le Parti libéral... est-ce que le
Parti libéral est en train de forcer une situation? Oui, Mme la Présidente,
parce que Mélissa, elle n'est pas...
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
Mme Elisabeth Prass
Mme Prass :
Mme la Présidente, c'est épouvantable d'entendre la ministre de la Santé
qui dit que Mélissa a fait le choix de se
retrouver dans la rue, une femme avec une déficience intellectuelle, à qui... S'il
n'y a pas d'hébergement pour répondre
à leur réalité, c'est à la ministre de trouver des solutions, pas de blâmer des
personnes avec des déficiences intellectuelles de se retrouver en
situation d'itinérance.
Est-ce
que c'est la ministre qui travaille pour... Est-ce que c'est... c'est Santé Québec qui travaille pour la ministre ou la ministre qui travaille pour Santé Québec? Parce que les lignes administratives, c'est tout ce que j'entends.
Des voix :
...
La Présidente :
Pas de commentaire. La réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Bien, Mme la Présidente, contrairement à la députée de D'Arcy-McGee, là, je
ne rentrerai pas dans des diagnostics puis des étiquettes. Ici, on parle de la
vie privée des personnes. On parle de la vie privée des personnes. Une personne
est sous curatelle publique, l'autre ne l'est pas. L'autre ne l'est pas. Ce
n'est pas à la ministre de la Santé, Mme la Présidente, de pousser sur la
curatelle. Santé Québec s'en occupe. Les professionnels sont là. Les
professionnels sont impliqués. Il y a des éducateurs impliqués, des
travailleurs sociaux, Mme la Présidente.
Alors, je suis cette
situation-là de près et je suis confiante que...
La Présidente :
En terminant.
Mme Bélanger :
...les intervenants vont trouver une solution, à une situation qui est extrêmement
difficile...
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la cheffe
du deuxième groupe d'opposition.
Bilan
du gouvernement en matière d'éducation
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal :
Merci, Mme la Présidente. En 2018, le premier ministre disait qu'il était en
politique d'abord et avant tout pour
l'éducation. Je le cite : «Le système d'éducation a manqué d'amour. Des
écoles ont été laissées à l'abandon. Des enfants avec des difficultés
d'apprentissage ont été laissés à eux-mêmes.» Fin de la citation du premier
ministre.
Aujourd'hui, quand on
voit l'état du réseau, du système d'éducation, on pourrait dire exactement la
même chose. Le bilan du premier ministre n'est pas mieux que celui des
péquistes et des libéraux.
Hier, ma collègue de Verdun,
elle, elle était auprès des directions, des syndicats, des parents qui étaient
ici, à l'Assemblée nationale, pour sonner l'alarme pour notre réseau. La CAQ a
tellement, tellement improvisé, en éducation, que les gens du réseau ne savent
plus sur quel pied danser. Ils ont besoin de stabilité, pas juste pour eux mais
surtout pour les élèves.
Ce n'est pas aux
élèves, Mme la Présidente, de payer pour le déficit historique, les gaspillages
et les fiascos de la CAQ. Pire, la CAQ nuit aux élèves. Avec l'abolition du PEQ
et d'autres mauvaises décisions de ce gouvernement, le réseau va perdre
1 500 employés, alors qu'on a de la misère à en recruter pour
s'occuper de nos enfants.
C'est peut-être la
dernière question du premier ministre avant de quitter son poste : Est-ce
que le premier ministre peut reconnaître que son bilan en éducation est un
échec aussi cuisant que celui du Parti québécois et du Parti libéral du
Québec?
La Présidente :
La réponse...
Des voix :
...
La Présidente :
Article 32. On retrouve le silence, je vous prie. La réponse du premier
ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Oui, Mme la Présidente. Je ne sais pas c'est quoi, la convention collective,
chez Québec solidaire, mais moi, je vais être ici jusqu'au 12 avril. Donc,
je n'ai pas l'intention de prendre plus que... de congés que ce qui est prévu
dans notre calendrier, en tout cas. Donc, peut-être qu'on n'a pas le même
calendrier.
Je viens d'entendre
la cheffe de Québec solidaire parler d'un déficit historique, même chose qu'on
entendait tantôt du député de LaFontaine. Savez-vous... Bon, d'abord, le
déficit actuel est de 1,5 % du PIB. Savez-vous combien de fois le déficit
du Québec a été de plus que 1,5 % du PIB? Combien de fois? 20 fois. 20
fois. Donc, de dire que c'est historique,
bien, je ne sais pas, quand on est rendus 21e fois, est-ce qu'on appelle
ça encore historique? En tout cas, pas chez nous.
Maintenant,
bien, parlons d'éducation. Depuis sept ans, 58 % d'augmentation du budget. Faites un petit calcul, là. 58 % divisé par
sept, ça, c'est historique. Ça, c'est historique.
Et,
rappelez-vous, Mme la Présidente, quand on a décidé pour la première fois dans
l'histoire du Québec d'augmenter plus
les salaires des enseignants que de l'ensemble des employés, Québec solidaire était contre. Québec solidaire
disait : Non, de la Labatt bleue pour
tout le monde, ce n'est pas vrai qu'on va augmenter plus les salaires des
enseignants. Donc, Mme la Présidente...
La Présidente :
En terminant.
M. Legault :
...soyons un petit peu sérieux.
La
Présidente : Première complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Mme la Présidente, tout
le monde a noté que le premier ministre a attendu une minute et même plus avant
de parler du sujet de l'éducation, puis je le comprends, parce que son bilan,
il est mauvais. Ce n'est pas Québec
solidaire...
Des voix :
...
La Présidente :
Attendez, Mme la cheffe. L'article 32. Gardez le silence. J'aimerais
entendre la cheffe poser sa question. Allez-y. Il vous reste 18 secondes.
Mme Ghazal :
Est-ce que le premier ministre a entendu les gens qui étaient ici hier? Ce
n'est pas juste les méchants syndicats, là, comme il dit, il y avait aussi des
directions, il y avait des associations de parents, des gens qui connaissent
nos enfants par leurs noms.
En ce moment, le
système d'éducation, c'est le chaos. Moi, je veux entendre le premier ministre,
celui qui est venu ici pour l'éducation. C'est quoi...
• (10 h 40) •
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Bien, Mme la Présidente, parlons de l'argent qui est investi dans la
rénovation et la construction d'écoles. Quand on est arrivés, les libéraux
dépensaient 1,3 milliard par année, 1,3 milliard par année.
Savez-vous combien on dépense actuellement? 3,9 milliards par année, trois
fois plus.
Puis là la cheffe de Québec
solidaire ose nous parler d'un déficit historique. Qu'elle essaie donc d'être
cohérente puis de nous expliquer comment on pourrait dépenser plus...
La
Présidente : En terminant.
M. Legault :
...tout en ayant un déficit moins historique.
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal :
Le bilan du premier ministre en éducation, puisqu'il est venu en politique
pour ça, c'est annuler 100 projets de construction et de rénovation
d'écoles. C'est aussi faire en sorte que des gens dans nos écoles, 1 500 personnes, perdent leurs emplois à
cause des décisions de la CAQ, alors qu'en ce moment, dans ses chiffres,
lui-même, il y a près de 3 000 personnes qui manquent pour
s'occuper de nos enfants.
C'est quoi, son
bilan? Est-ce qu'il est fier? Est-ce qu'il peut au moins reconnaître que c'est
à cause de lui que ça va mal dans notre système d'éducation?
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Mme la Présidente, j'étais à Carignan, cette semaine, pour inaugurer une
nouvelle école avec plus de lumière, plus d'espace. On est rendus à
100 nouvelles écoles. C'est rare qu'un premier ministre est capable d'annoncer la construction puis d'inaugurer
l'école. 100 nouvelles écoles, 200 projets d'agrandissement qui sont
finis, faits, puis 150 autres projets qui sont en cours. C'est du
jamais-vu. Ça, c'est historique.
Des voix :
...
La Présidente :
Alors, les amis, article 32.
On garde le silence. Pas d'applaudissements. Pas de cognage sur les
bureaux. C'est bon pour tout le monde.
En question
principale, je reconnais le député de Jean-Lesage.
Transferts
fédéraux en matière de transport en commun
M. Sol Zanetti
M. Zanetti :
Merci, Mme la Présidente. Alors, hier, le gouvernement canadien annonçait
des coupures de 5 milliards dans le transport collectif. Encore une fois,
le Canada fait ses choix avec notre argent. Ce qui est le plus choquant
là-dedans, c'est que, du fonds de maintenant 25 milliards que le Canada a
mis sur pied, le Québec n'est pas allé chercher une cenne. Notre argent s'en va
à Ottawa, puis après ça en Ontario, puis en Alberta, puis en Colombie-Britannique,
puis il ne revient pas au Québec pour le transport collectif.
Je
comprends, là, que le gouvernement de la CAQ veut obtenir des ententes pour
aller chercher notre argent sans condition,
je le comprends, mais la seule entente qui va faire ça, Mme la Présidente,
c'est l'indépendance du Québec.
Ce que je veux... ce
que je veux savoir : C'est quoi, le rapport de force d'un gouvernement
provincial fédéraliste pour aller chercher de l'argent, notre argent à Ottawa?
C'est quoi, le rapport de force? Nommez-le.
Des voix :
...
La Présidente :
M. le premier ministre, je vous
entends. La réponse du ministre des Transports et de la Mobilité
durable.
M. Jonatan Julien
M. Julien :
Oui. Merci, Mme la Présidente. Mon collègue de Jean-Lesage dit non
seulement des inexactitudes, mais un terme que je ne peux pas utiliser. Donc,
c'est minimalement inexact. On obtient toujours notre part dans le financement. Puis, oui, on travaille de manière
plus... plus précise sur le respect des compétences et des conditions des
transferts. Mais, dans les dernières années, il y a eu 24 milliards
d'investis. On a obtenu 6,7 milliards de ces 24 milliards là, 28 %. C'est plus que notre poids relatif.
Donc, historiquement, on le fait, on le fait bien, puis on le fait sans
condition, selon nos conditions.
J'étais avec le
ministre fédéral, Gregor, et avec le ministre des Transports cette semaine, à
Vancouver, puis j'ai eu ces discussions-là. Le transfert de 5 milliards
qu'ils envisagent, c'est pour... pour bâtir une collectivité forte. On est en
train de regarder, ces sommes-là, quelles sont les conditions, puis il faut que
ça respecte nos conditions. Mais le transfert des sommes va être pour le
transport collectif. On ne baissera pas les bras. On va avoir notre juste part,
comme on l'a toujours eue. Soyez sans
inquiétude, mon collègue de Jean-Lesage. Et ce n'est certainement pas un référendum
qui va nous permettre d'avoir les résultats historiques qu'on a eus dans les
dernières années.
La Présidente :
Et je vous rappelle, M. le ministre, que vous vous adressez non pas aux collègues
mais à moi. Première complémentaire. Allez-y.
M. Sol Zanetti
M. Zanetti : C'est tellement triste d'entendre le ministre se
réjouir de réussir à obtenir notre argent dans certains dossiers.
Moi, la question que
je pose et à laquelle il n'a pas répondu, et c'est très significatif, je pense
que le Parti libéral ne serait pas capable de répondre non plus : C'est
quoi, le rapport de force d'un gouvernement provincial fédéraliste dans cette
fédération-là?
La Présidente :
La réponse du ministre.
M. Jonatan Julien
M. Julien :
Encore là, Mme la Présidente, mon collègue de Jean-Lesage parle du rapport de
force, et moi, je parle de résultats
concrets, démontrés, chiffres à l'appui. Donc, actuellement, on a obtenu, je le
mentionnais, 6,7 milliards d'un montant de 24 milliards. Donc,
mon collègue de Jean-Lesage peut prendre sa calculatrice, faire... faire le
ratio, c'est 28 %. Pourquoi on obtient
28 %, plus que notre poids relatif, dans ces sommes-là? C'est parce qu'on
collabore, on négocie puis on met nos conditions. Donc, le résultat est
probant. Bien, c'est un rapport de force. On a réussi à négocier ça puis on a
obtenu plus que notre juste part. On est très heureux de ça.
La Présidente :
Deuxième complémentaire. Et, pour ce faire, je reconnais le député de
Taschereau.
M. Etienne Grandmont
M. Grandmont :
Merci, Mme la Présidente. Alors, le fédéral coupe 5 milliards de
dollars qui étaient prévus pour le transport
collectif. Le... La STM, pendant ce temps-là, la Société de transport de Montréal, enregistre un déficit de maintien d'actif important,
7 milliards de dollars pour son métro. On sait combien c'est vital,
c'est important. Chaque dollar investi dans le transport en commun peut
générer 29 $ de retombées économiques.
Alors, je sais que le
ministre des Finances sait compter, mais est-ce qu'il sait se battre pour aller
chercher les 5 milliards de dollars qui nous sont dus pour le transport
collectif?
La Présidente :
La réponse du ministre.
M. Jonatan Julien
M. Julien : Encore là, Mme la Présidente, mon collègue de Taschereau
se trompe, encore là, également. Il parle de sommes qui ont été
engagées, investies dans d'autres provinces. Bien, le fonds dont il fait
mention, là, c'est un fonds qui commence en avril 2026. Donc, on s'entend-tu
qu'actuellement, là, les engagements, bien...
Puis nous, quand on
négocie, parce qu'on a une colonne vertébrale, on négocie selon nos conditions.
Puis on ne va certainement pas commencer à
fléchir là-dessus. Mon collègue de Taschereau, il se trompe, s'il pense ça. On
obtient des résultats, mais on le
fait à la vitesse... pour respecter nos conditions, et certainement pas pour ne
pas respecter les nôtres, parce qu'on est fiers de ça.
La Présidente : En question principale,
je reconnais maintenant le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Accès aux soins de santé
M. Guillaume
Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : «Mettez de l'argent de côté pour votre santé, car
sinon, là, bien, vous risquez vraiment d'être dans le pétrin. Lorsqu'on est en
urgence et qu'on a besoin des services, le système, il n'est pas là.» Ça, ce
sont les conseils de M. Couillard, qui, excédé par les délais pour une
chirurgie importante, est allé se faire soigner au privé, en France, Mme la Présidente.
À entendre ça, on se croirait aux États-Unis. Bien non, on parle du Québec de
la CAQ de 2026.
Cette semaine, là, c'était aussi le cas de Mme Lequin
qui faisait les manchettes. Elle, abandonnée par le système, là, eh bien, elle
s'est endettée puis elle a payé 40 000 $ pour aller chercher une
chirurgie au privé, 40 000 $, Mme la Présidente. Ça n'a aucun sens,
payer et s'endetter pour rester en vie, au Québec, en 2026.
Les Québécois
paient deux fois. Ils paient toute leur vie avec leurs impôts puis ils paient
encore avec la carte de crédit quand vient le temps d'avoir des soins de
santé. Ce n'est pas ça, le Québec, Mme la Présidente.
Qu'est-ce que
la ministre de la Santé va faire pour rassurer les Québécois incapables
d'obtenir des soins de santé au public, au Québec?
La Présidente : La réponse de
la ministre de la Santé.
Mme Sonia
Bélanger
Mme Bélanger : Mme la Présidente, je suis d'accord en grande
partie avec mon collègue député de Saint-Henri—Sainte-Anne, il y a trop de Québécois qui attendent trop longtemps encore, en chirurgie,
et qui décident d'aller au privé. Je suis d'accord avec ça.
Alors, par contre, c'est sur le ton. C'est sur
le ton. C'est là, la différence.
Et il faut quand même être fiers de ce qu'on est
en train de faire avec notre système de santé, au Québec. Puis nos listes
d'attente, nos listes d'attente, en chirurgie, ont constamment diminué depuis
les quatre dernières années. On est passés
de 20 000 personnes qui étaient en attente d'une chirurgie depuis
plus d'un an, au 1er janvier 2023, à, maintenant, 5 000 personnes qui attendent. Alors,
oui, c'est encore trop, mais est-ce que c'est une amélioration? Oui, c'est une
amélioration, puis on va continuer de le faire.
Il y a des
salles d'opération qui sont fermées, actuellement, dans une grande majorité des
hôpitaux au Québec par faute de personnel, pas par manque de budget...
La Présidente : En terminant.
Mme Bélanger : ...parce qu'on
manque de personnel, puis on est en train de rétablir ça, Mme la Présidente.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Guillaume
Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Fiers de ce
qu'on fait, au Québec, Mme la Présidente, pendant qu'il y a des patients qui
s'endettent à 40 000 $ pour aller chercher une chirurgie au privé,
pendant qu'il y a du monde qui s'en va en France pour chercher une chirurgie au
privé aussi, puis on est fiers de ce qu'on fait? Voyons donc, Mme la
Présidente!
On est rendus
à 1 000 médecins québécois qui ont quitté le régime public. Ça, là,
c'était 460 en 2019. Ça ne fait complètement que continuer. Puis ça,
c'est des milliers de patients qui n'ont pas de médecin.
Qu'est-ce qu'elle va faire, la ministre, pour
éviter l'hémorragie puis défendre le système public?
• (10 h 50) •
La Présidente : La réponse de la
ministre.
Mme Sonia
Bélanger
Mme Bélanger : Mme la
Présidente, je vois que la question, là, maintenant, est sur les médecins puis
comment on fait pour défendre notre système public, au Québec. Bien, on est le
gouvernement qui a le plus investi, Mme la Présidente,
dans notre système de santé. On a un budget, juste pour les établissements, de
près de 50 milliards de dollars, dans le système de santé. Mon
collègue ex-ministre de la Santé a travaillé pour les agences de placement,
pour sortir le personnel des agences de placement dans les établissements, puis
aujourd'hui on a des résultats exemplaires. On a réussi à ramener ce
personnel-là, à ce qu'ils aient des postes...
La
Présidente : En terminant.
Mme Bélanger : ...à assurer de la stabilité dans nos
établissements. On travaille sur tous les fronts, Mme la Présidente.
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard :
Mme la Présidente, chez les spécialistes, là, c'est 95 % des demandes
des médecins d'aller pratiquer au privé qui sont acceptées depuis avril 2025,
95 %. C'est scandaleux, Mme la Présidente. Puis, pendant ce temps-là, on a
130 salles d'opération qui sont fermées, au Québec, puis le trois quarts
de celles qui sont ouvertes sont sous-utilisées. Puis le privé, là, on le sait,
ça nous coûte plus cher, encore plus cher, Mme la Présidente.
Je
n'ai entendu aucune réponse de la ministre. Qu'est-ce qu'elle va faire pour
défendre notre système de santé public?
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Mme la Présidente, bien,
écoutez, on continue d'améliorer notre système de santé. On investit. On
travaille pour obtenir plus de postes. On a une entente avec la FMOQ qui s'est
traduite dans un projet de loi. On a, donc, vous le savez, notre objectif de
faire en sorte que, d'ici le 30 juin, 500 000 Québécois soient
affiliés à un GMF, qu'ils aient un médecin de famille. On est en train de
travailler pour rehausser le rôle des IPS, Mme la Présidente. Donc, ce n'est pas juste le travail sur les
médecins, Mme la Présidente, c'est le travail sur tous les autres
professionnels de la santé. C'est comme ça qu'on va l'améliorer, notre système
de santé, en améliorant la première ligne et en misant sur le rôle de
tous les professionnels, pas seulement les médecins, Mme la Présidente.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la députée
de Terrebonne.
Stratégie québécoise de
recherche et
d'investissement en innovation
Mme Catherine Gentilcore
Mme Gentilcore : Le passage au ministère de l'Économie et de
l'Innovation de la députée de Sanguinet, candidate à la chefferie de la
CAQ, se confirme aujourd'hui comme un rendez-vous manqué avec la prospérité du
Québec. Le constat d'une étude de HEC Montréal est dévastateur. La politique
d'innovation à 2,4 milliards de dollars pilotée par l'ancienne
ministre de l'Économie était un échec annoncé. Les chercheurs sont catégoriques,
cette réforme-là va alourdir la facture fiscale sans corriger les faiblesses
structurelles du Québec. Alors, encore une fois, on mise tout sur les grandes entreprises, alors que l'efficacité de
l'aide fiscale diminue, elle, à mesure que la taille des entreprises augmente.
C'est ça, le sceau de la CAQ. On signe des chèques en blanc aux grandes
entreprises, sans aucun résultat en retour.
Est-ce
que le ministre de l'Économie et de l'Innovation partage les conclusions de HEC
Montréal, soit que la réforme à 2,4 milliards de dollars de sa
candidate à la chefferie est la chronique d'un autre échec annoncé de son
gouvernement?
La Présidente :
La réponse du ministre des Finances.
M. Eric Girard
M. Girard
(Groulx) : Oui, Mme la Présidente. Bien, au niveau de la fiscalité,
c'est certain que le ministère des Finances travaille avec le ministère de
l'Économie. Et j'ai lu l'étude des HEC, qui, malheureusement, utilisait des
données jusqu'à 2019, mais bon. Alors, ça précède la réforme qui a été faite
sur la recherche et développement au Québec. Suite à une... à une consultation
de l'ensemble des acteurs de l'industrie, nous avons créé un nouveau crédit à
l'innovation qui permet, Mme la Présidente, les dépenses en capital, parce
qu'autrefois c'étaient uniquement des salaires de chercheurs, là on permet les
dépenses en capital, et, initialement, uniquement recherche et développement,
et là on élargit jusqu'à la précommercialisation. Donc, plus d'activités, plus
de dépenses en capital, un long processus de consultation qui a été souligné
par l'ensemble de l'industrie, une réforme qui est appréciée.
La
Présidente : Première complémentaire.
Mme Catherine Gentilcore
Mme Gentilcore : J'ai bien de la peine de vous contredire, mais
les experts de HEC Montréal, eux, sont sans appel. Le Québec a choisi la voie
de contournement plutôt que l'efficacité. Le niveau des dépenses privées en
recherche, au Québec, est 60 % plus faible que dans les autres pays
de l'OCDE.
Est-ce que le ministre de
l'Économie reconnaît l'expertise du Centre sur la productivité et la prospérité
de HEC Montréal et se range derrière ses constats, soit que la politique
d'innovation de sa candidate à la chefferie est un... un véritable échec
annoncé?
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Eric
Girard
M. Girard (Groulx) : Oui, bien,
écoutez, le chercheur s'appelle Robert Gagné, il utilise les données de 2019.
Les chercheurs sont indépendants. On finance ses recherches, parce que c'est
une chaire de recherche, puis on est ouverts à toutes les opinions. Mais je
rappelle qu'au niveau de l'innovation on a fait une très large consultation
pour permettre les dépenses en capital en plus des salaires de chercheurs,
qu'on a élargi le cycle de l'innovation et que l'ensemble de l'industrie nous a
remerciés et souligné cette avancée.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme Catherine
Gentilcore
Mme Gentilcore : Continuons
donc dans la catégorie des désastres annoncés. Ce n'est pas ça qui manque du
côté de la CAQ.
La députée de Sanguinet a tout fait pour mettre
en place le projet controversé de TES Canada, à l'encontre de l'acceptabilité sociale des citoyens et de
certains élus. Est-ce que le nouveau ministre de l'Économie considère, lui aussi,
que c'est un projet magique, comme sa prédécesseure?
La Présidente : La réponse du
ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie.
M. Jean
Boulet
M. Boulet : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Donc, TES Canada, on s'est déjà prononcés, c'est un projet qui est purement privé, qui est entre les mains de
cette entreprise-là, qui a l'intention d'investir jusqu'à
4 milliards de dollars dans la filière énergétique, dans des
secteurs où la décarbonation est beaucoup plus complexe. Évidemment, il y a un défi d'acceptabilité sociale, mais c'est un projet
d'entreprise qui va suivre les processus réguliers des réglementations au
Québec. Et le BAPE est d'ailleurs dû pour débuter très bientôt. Et la compagnie
continue son travail d'information et de sensibilisation de la population.
La Présidente : En terminant.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente : En question
principale, je reconnais la députée de Rimouski.
Projet de loi édictant la Loi
sur la régionalisation de l'immigration
Mme Maïté
Blanchette Vézina
Mme Blanchette Vézina : Merci.
«Mettre fin au PEQ, c'est affaiblir les régions.» Et ça, Mme la Présidente, ce n'est pas moi qui le dis, c'est le président du
Mouvement Desjardins et l'ensemble du Québec, en fait, qui le dit et qui sonne
l'alarme en demandant une clause de droits acquis pour les travailleurs
immigrants. Et qu'est-ce que fait le
gouvernement? Bien, il choisit de prioriser un projet de loi pour reconnaître
le papillon amiral comme emblème national.
Alors, si le gouvernement se cherche un projet
de loi pertinent, concret pour les Québécois, pour les régions du Québec, j'en
ai déposé un aujourd'hui, Mme la Présidente, le projet de loi n° 592, qui
propose de véritablement régionaliser l'immigration et qui intègre une clause
de droits acquis, comme tout le monde le demande.
Alors, ma question est simple : Est-ce que
le gouvernement va appeler ce projet de loi, qui répond concrètement à la crise
vécue par les régions, ou va-t-il continuer à détourner les yeux de la... du
problème qu'il a créé?
La Présidente : La réponse du
ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration.
M. Jean-François
Roberge
M. Roberge : Merci, Mme la
Présidente. Bien, on va prendre le temps d'analyser la proposition de la
collègue, parce que la régionalisation de l'immigration, c'est extrêmement
important pour le gouvernement.
Il faut se
souvenir que les gouvernements qui nous ont précédés, eux, disaient :
Bien, on va laisser les immigrants arriver, s'installer, la grande
majorité va être à Montréal, puis après on va essayer de les convaincre de
déménager en région. Ça n'a pas fonctionné, Mme la Présidente, pas du tout, du
tout, du tout.
Alors,
ce qu'on veut faire, en ce moment, c'est... Il y a des gens qui ont été attirés
avec des permis de travail, qui travaillent dans toutes les régions du Québec,
qui rendent de fiers services à notre économie régionale dans tous les
secteurs. Oui, certains sont en santé, en éducation, en génie, mais il y en a
qui sont aussi dans nos écoles, dans notre secteur
de la santé. Et ce qu'on veut faire, c'est s'assurer que le fédéral renouvelle
les permis de ces personnes-là et que, graduellement, à mesure que les
gens accumulent des années d'expérience, le bon niveau de français... qu'on
puisse les sélectionner puis leur donner le certificat de sélection du Québec,
la permanence.
Sous
l'ancien programme, que certains réclament encore, 60 % d'immigrants
étaient à Montréal. Sous le nouveau programme, c'est plus de 60 %
des gens qui sont à l'extérieur de Montréal.
La
Présidente : En terminant.
M. Roberge :
C'est un grand changement de paradigme. Je pense qu'on est sur la bonne
voie.
La
Présidente : Première complémentaire.
Mme Maïté Blanchette Vézina
Mme Blanchette
Vézina : Bien, je suis contente d'entendre l'ouverture du ministre,
mais en fait je pense qu'il faut agir plus rapidement. Les entreprises
demandent de la prévisibilité. Les municipalités demandent plus de pouvoirs.
C'est ce qu'on offre. Pour un gouvernement qui se dirait un gouvernement des
régions, il y a une solution sur la table plus forte que de simplement regarder
certains programmes, qui, comme vous l'avez dit, n'a pas l'impact espéré.
Alors,
est-ce que vous vous engagez à déposer et à appeler le projet de loi
n° 592 rapidement d'ici la fin de la session?
• (11 heures) •
La
Présidente : Et, Mme la députée, je vous rappelle que vous vous
adressez à la présidente. La réponse du ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge :
Bien, Mme la Présidente, on va analyser le projet de loi, bien sûr, comme
on analyse tous les projets de loi qui sont
déposés, puis on va avancer dans le sens de l'intérêt économique des Québécois
puis de notre intérêt national aussi,
s'assurer que, les gens qu'on accueille ici, on est capables de les accueillir
mais de les loger, les scolariser, les soigner, les intégrer à la nation
québécoise. On a maintenant une loi sur l'intégration à la nation québécoise.
On a tourné la page sur le
multiculturalisme, qu'on a renvoyé dans les limbes de... de l'histoire, au
grand malheur du Parti libéral et de Québec solidaire, mais nous, on
s'affirme. Régionalisation, intégration, francisation.
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
Mme Maïté Blanchette Vézina
Mme Blanchette Vézina : Bien,
je suis contente d'entendre que ce sont les priorités du ministre, Mme la
Présidente, puisque c'est exactement
ce que le projet de loi propose. Alors, rapidement, j'ai l'impression qu'on
aurait la collaboration de plusieurs personnes ici, on pourrait appeler
le projet de loi. Ça permettrait de régler cette crise qu'on voit dans nos
régions, d'arrêter l'insécurité de plusieurs entreprises, de plusieurs
organismes, gouvernementaux notamment. Alors, ça viendrait régler des solutions
en attendant d'avoir un nouveau chef à la CAQ.
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Oui, Mme la Présidente.
Juste rappeler quand même que, sur 10, 15 ans, on a toujours eu, au
Québec, autour de 50 000 immigrants permanents. On est à
45 000 en ce moment. Et, qu'on ait un programme ou un autre, on va avoir
autour de 28 000, 29 000 immigrants économiques, de toute
manière. La question, c'est de les sélectionner le mieux possible, franciser,
accueillir, loger, intégrer, leur permettre de travailler et de rendre des
services dans toutes les régions.
Mais
j'aimerais ça que ma collègue se joigne à nous pour dire que, dans
l'intervalle, pendant qu'on analyse toutes ces candidatures-là, il faut
s'assurer qu'Ottawa ne leur enlève pas leurs permis de travail.
La
Présidente : En question...
Des voix :
...
La Présidente :
Article 32. Je vous en prie. Nous poursuivons.
En question
principale, je reconnais le député de Laurier-Dorion.
Hausses
de loyer dans les coopératives d'habitation
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla :
Merci, Mme la Présidente. Nous avons appris cette semaine que près d'une
centaine d'aînés de la Coopérative
d'habitation Émile-Nelligan, à Montréal, viennent de recevoir une hausse de
loyer de 10 % pour cette année. Pourquoi? Parce que la Société
d'habitation du Québec oblige les coops à suivre les prix du marché, qui
montent en flèche ces dernières années. Ces aînés vulnérables ont subi, depuis
quelques années, une augmentation de 33 % en trois ans, là.
Pourtant, la solution
est simple, Mme la Présidente. La ministre de l'Habitation pourrait demander à
la Société d'habitation du Québec d'utiliser la clause d'abandon d'exigences qui
existe déjà dans les conventions qui lient la SHQ avec les coops.
Avec le coût de la
vie qui explose, le logement devrait être un rempart, justement, pour les
populations vulnérables. Ceci est une main
tendue à la ministre de l'Habitation. Est-ce que la ministre est prête à
utiliser ses prérogatives et agir pour éviter les hausses de loyer
excessives dans les coopératives d'habitation?
La
Présidente : La réponse de la ministre responsable de l'Habitation.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx :
Dans les habitudes de QS, on lit toujours juste une partie de l'article,
Mme la Présidente. Donc, heureuse de pouvoir répondre à cette question-là. Les
gens sont devant le Tribunal administratif du travail... du travail... du
logement, pardon. C'est un outil qui est à la disposition des Québécois et des
Québécoises, lorsque ces hausses-là sont démesurées, de se présenter devant le
tribunal.
Alors,
Mme la Présidente, pour le moment, la ministre de l'Habitation ne va pas se
substituer au tribunal. Il y a des travaux qui vont être menés là-bas,
qui vont être entendus de la part des locataires. Et le travail du tribunal est
rigoureux, et on va suivre ces travaux-à, Mme la Présidente. Pour le moment, on
va laisser le tribunal faire ce qu'il a à faire, Mme la Présidente.
La
Présidente : Première complémentaire.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla :
Mme la Présidente, on s'entend, les coopératives d'habitation, c'est du
logement social, et souvent le secteur du logement social sert à maintenir les
loyers plus bas dans l'ensemble du secteur locatif. On parle ici d'une
coopérative qui se porte bien financièrement. On ne parle pas de hausses
nécessaires pour faire des travaux, pour
faire du maintien d'actif, c'est seulement pour répondre à une commande administrative
qui est dans les conventions de la SHQ. Il n'y a pas besoin de faire des
hausses.
Est-ce que la
ministre pourrait...
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx :
Merci, Mme la Présidente. Au risque de me répéter, il y a un tribunal qui
est là, qui existe. D'ailleurs, avec le
projet de loi n° 20, l'intention du gouvernement du Québec, Mme la
Présidente, c'est justement d'éviter que les gens se ramassent au Tribunal
administratif du logement, qu'on puisse, en amont, discuter et trouver des solutions. C'est d'ailleurs une des grandes
mesures qui est mise de l'avant avec le projet de loi n° 20,
qu'on aura d'ailleurs l'occasion, avec les collègues, de discuter au
cours des prochaines semaines. C'est ça, l'objectif.
Maintenant, Mme la
Présidente, je veux rassurer tout le monde, le Tribunal administratif du
logement fait un extraordinaire travail et va accompagner main dans la main...
La Présidente :
En terminant.
Mme Proulx :
...les gens qui se présentent devant ce tribunal-là, Mme la Présidente.
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Merci, Mme la Présidente.
Il y a quelque 8 000 ménages qui pourraient être affectés par ces
hausses automatiques décrétées par une convention liant les coopératives
financées par l'ancien programme
AccèsLogis à la Société
d'habitation du Québec, là. C'est une hausse automatique, bureaucratique, qui
n'est pas fondée sur des besoins réels.
La
ministre, elle, elle a... elle possède la prérogative d'agir. Pourquoi ne pas
au moins s'ouvrir à étudier la possibilité, d'étudier cette possibilité?
La Présidente : La réponse de la
ministre.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx : Je suis full ouverte, Mme la Présidente, puis on
en discutera durant le débat du projet... du projet de loi n° 20, Mme la Présidente.
La Présidente : Et voil. Cela met
fin à cette période de questions et de réponses orales.
Je vous invite à demeurer en place, puisqu'il y
a un vote reporté. Et, pour ce faire, je vais céder la place au troisième
vice-président de l'Assemblée nationale, juste le temps de vous souhaiter une
bonne fin de journée, tout le monde. Et surtout profitez bien de ces deux
semaines de travail en circonscription. Merci, tout le monde.
Votes reportés
Motion proposant que l'Assemblée reconnaisse la nécessité
de tenir
des états généraux sur le système d'éducation
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Alors,
à la rubrique des votes reportés, comme annoncé précédemment, nous allons
maintenant procéder au vote reporté sur la motion de Mme la députée de Bourassa-Sauvé
débattue hier aux affaires inscrites par les députés de l'opposition et qui se
lit comme suit :
«Que l'Assemblée nationale reconnaisse la
nécessité de tenir des États généraux sur le système d'éducation au Québec.»
Le vote est maintenant ouvert.
La période de vote est terminée. M. le secrétaire
général.
Le
Secrétaire : Pour : 31
Contre : 68
Abstentions :
0
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Cette
motion est donc rejetée.
Motions sans préavis
Nous allons poursuivre à la rubrique des motions
sans préavis. En fonction de nos règles et de l'ordre de présentation des motions sans préavis, je
reconnais un membre du groupe... du troisième groupe d'opposition. M. le député
de Matane-Matapédia.
Demander au gouvernement de s'engager à mener une enquête
nationale sur la violence en milieu scolaire
M. Bérubé : Merci, M. le
Président. Vous me permettrez de saluer les représentants et représentantes
d'une vaste coalition contre... pour l'élimination de la violence à l'école qui
sont parmi nous.
Je sollicite
le consentement des membres de cette Assemblée afin de présenter, conjointement
avec les députés de Bourassa-Sauvé, Gouin, Abitibi-Est, Chomedey, Laporte,
Rimouski, Rosemont
et Saint-Laurent, la motion suivante :
«Que l'Assemblée nationale demande au gouvernement
de s'engager à mener une enquête nationale sur la violence en milieu scolaire
en se basant sur une définition commune de celle-ci.»
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion? Consentement, sans
débat. M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : ...un vote
électronique, s'il vous plaît, M. le Président.
Mise aux voix
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Un vote électronique a été demandé. La période de vote est ouverte.
La période de vote est terminée. M. le
secrétaire général.
Le
Secrétaire : Pour : 96
Contre :
0
Abstentions :
0
• (11 h 10) •
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Cette motion est adoptée.
Nous allons
poursuivre avec la prochaine motion, qui revient au gouvernement, et je
reconnais Mme la ministre de la Condition féminine.
Souligner la Journée
internationale des droits des femmes
Mme Proulx :
Merci, M. le Président. Je sollicite le consentement de cette Assemblée
afin de présenter la motion suivante
conjointement avec les députés de Robert-Baldwin, Terrebonne, Chomedey,
Rosemont, Saint-Laurent, Rimouski et Laporte :
«Que l'Assemblée
nationale du Québec souligne la Journée internationale des droits des femmes;
«Qu'elle exprime une
profonde tristesse et une vive préoccupation face aux féminicides qui ont
endeuillé le Québec récemment, avec plusieurs femmes assassinées dans des
contextes conjugaux ou post-conjugaux au cours des dernières semaines et [des]
derniers mois;
«Qu'elle rappelle que
cette réalité tragique illustre la persistance d'une violence liée au genre qui
continue de frapper notre société et laisse des familles dans le deuil;
«Qu'elle reconnaisse
que les féminicides constituent l'expression la plus extrême de la violence
faite aux femmes, violence qui se manifeste aussi par des agressions physiques,
psychologiques et sexuelles à l'intérieur et hors des relations intimes, que
cette violence demeure un enjeu de santé publique et de sécurité qui exige une
attention permanente;
«Qu'elle rende
hommage à toutes les victimes de violence faite aux femmes, à leurs proches et
aux familles affectées par ces pertes inacceptables;
«Qu'elle salue les
efforts déployés par le gouvernement du Québec pour mettre en oeuvre une grande
part des recommandations issues des travaux en matière de prévention de la
violence conjugale et pour soutenir l'égalité entre les femmes et les hommes, y
compris la mise en place de stratégies gouvernementales, d'investissements [et
de] projets en égalité et de prix honorifiques reconnus à celles et ceux qui
font avancer cette cause;
«Qu'elle reconnaisse
cependant qu'il reste encore beaucoup [de chemin] à faire, notamment dans la
prévention des violences, [de] la protection des femmes à risque, [de] la
formation continue des intervenants de première ligne et [de] la mise en place
de mesures structurantes pour prévenir les drames futurs;
«Qu'enfin
elle réaffirme son engagement à travailler de façon constructive avec toutes
les instances concernées — gouvernementales, communautaires,
municipales et citoyennes — pour
faire de la sécurité des femmes et de l'égalité de fait des objectifs
prioritaires, ici au Québec et au-delà [des] frontières.»
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette
motion?
Mme LeBel :
...consentement, sans débat.
Mise aux voix
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Il y a consentement, sans débat. Cette motion
est-elle adoptée?
Des voix :
Adopté.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Adopté.
La prochaine motion
revient à l'opposition officielle, et je reconnais Mme la députée de
Bourassa-Sauvé.
Souligner le Mois de
l'histoire des Noirs
Mme Cadet :
M. le Président, je tiens tout d'abord à saluer les nombreux invités que
nous avons dans nos tribunes pour l'occasion.
M.
le Président, je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de présenter
la motion suivante conjointement avec le ministre responsable de la Lutte
contre le racisme, le député de Laurier-Dorion, le député d'Arthabaska, le
député de Taillon, la députée de Laporte, le député de Rosemont, la députée de
Saint-Laurent et la députée de Chomedey :
«Que l'Assemblée
nationale souligne l'édition 2026 du Mois de l'histoire des Noirs dont le thème
est "Élevons nos voix ensemble";
«Qu'elle
souligne une fois de plus l'importance de reconnaître et de promouvoir la
contribution passée, présente et future des Québécoises et des Québécois
des communautés noires dans le tissu social du Québec;
«Qu'elle reconnaisse
et salue l'histoire des luttes pour la justice, l'égalité et la dignité des
communautés noires au Québec;
«Qu'enfin l'Assemblée
nationale déplore les inégalités et les manifestations de racisme qui demeurent
envers les communautés noires au Québec et souligne le travail à poursuivre
afin de parvenir à une société plus inclusive».
Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette
motion?
Mme LeBel :
...M. le Président, il y a consentement pour un débat de deux minutes de
rigueur par intervenant dans l'ordre suivant : la députée de Bourassa-Sauvé,
le ministre responsable de la Lutte contre le racisme, le député de Laurier-Dorion
et le député d'Arthabaska.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Alors, je comprends qu'il y a consentement afin
qu'il y ait un débat de deux minutes de
rigueur, qui commencera par une première intervenante, et je reconnais Mme la
députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Madwa-Nika Cadet
Mme Cadet :
Il y a une époque pas si lointaine, quand certains de nos filles et nos
fils aspiraient à s'élever, certains sourires narquois s'esquissaient. Les
quolibets ponctuaient furtivement les palabres. Des adultes se sentaient
légitimés d'agir en garde-fous de rêves d'enfants. Des pères à qui l'on avait
érigé des murs itéraient à leur tour ces propos, parfois parce qu'ils avaient
amèrement été dépossédés de leurs propres ambitions, mais aussi,
épisodiquement, parce que la crainte de voir l'un des leurs se buter à la vie
ouvrait une plaie si béante qu'ils se persuadaient qu'à tout le moins ils leur
éviteraient la douleur de se brûler les ailes trop près du soleil.
Élever nos voix
ensemble, soit le thème de la 35e édition du Mois de l'histoire des
Noirs au Québec, c'est lutter farouchement contre ces éteignoirs et plutôt
incarner la philosophie Ubuntu : Je suis parce que nous sommes. Élever nos voix ensemble signifie se célébrer les uns les
autres. C'est tintamarrer de fierté face à l'épopée triomphale de nos filles
et nos fils prodiges. C'est tâter le trophée
d'un champion et ainsi effleurer une parcelle de liberté. Face au passé, c'est
honorer le récit de notre terroir métissé. À l'égard du présent, c'est
s'ériger en rempart contre les comportements iniques et porter haut et fort la
parole de celles et ceux contraints au mutisme.
En ce Mois de
l'histoire des Noirs, il nous incombe donc à tous de veiller à cultiver des
espaces permettant aux voix québécoises
afrodescendantes de se faire entendre dans toute leur singularité, à l'abri des
soliloques. Ainsi, nous bâtirons tous ensemble une société harmonieuse
et unie.
Tous
ensemble, entonnons un choeur en faveur d'un Québec fou de tous ses enfants,
parce qu'élever nos voix ensemble, c'est redonner à nos enfants le droit
de rêver dignement, librement. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Bourassa-Sauvé. Je reconnais maintenant M. le ministre
responsable de la Lutte contre le racisme.
M. Christopher Skeete
M. Skeete :
Merci, M. le Président. Célébrer le Mois de l'histoire des Noirs est un
moment de mémoire, de reconnaissance et d'engagement. Pour moi, c'est aussi
profondément personnel. Étant d'origine afrodescendante, cette commémoration
résonne au-delà des institutions et des discours. Elle me rappelle le parcours
personnel, mais aussi de plusieurs
personnes, de résilience, de courage, de contribution, qui ont façonné nos
sociétés, souvent dans l'ombre, parfois dans l'adversité, mais toujours
avec dignité.
L'histoire des
personnes noires ne se limite pas par un mois, elle fait partie intégrante de
l'histoire du Québec et du monde. Elle est
faite d'innovateurs, d'artistes, d'entrepreneurs, de penseurs, de leaders. Elle
est aussi faite de bâtisseurs qui ont contribué à notre prospérité
collective.
Souligner ce mois, ce
n'est pas... non seulement reconnaître les apports, c'est aussi admettre que le
travail n'est pas terminé. Les inégalités
persistent, les préjugés existent encore, et notre responsabilité collective,
et même personnelle, est de continuer à bâtir une société plus juste,
plus inclusive et plus équitable.
Comme élu, je suis
profondément au courant que la représentation, elle compte. Votre présence sur
ce trône, M. le vice-président, compte, la
présence de madame... de la députée de madame... de Bourassa-Sauvé compte, Mme la députée de Marie-Victorin compte, la présence,
aussi, du député de Taillon compte, M. le Président, et, vous savez, elle inspire, elle ouvre des portes, elle envoie
un message clair aux jeunes générations que votre place est ici pleinement, que
votre voix, elle est essentielle.
En
ce Mois de l'histoire des Noirs, prenons le temps d'apprendre, d'écouter et de
célébrer, mais surtout engageons-nous à vivre ces valeurs à tous les jours,
tout au long de l'année, parce que la diversité, ce n'est pas une faiblesse. Plus
que jamais, elle est une source de force, je dirais une richesse. Merci.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le ministre responsable de la Lutte
contre le racisme. Et je reconnais maintenant M. le député de Laurier-Dorion.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Merci, M. le Président.
Je salue également les représentants et représentantes des communautés
noires du Québec. Merci beaucoup d'être ici avec nous.
Février 2026
marque la 35e édition du Mois de l'histoire des Noirs au Québec. Ça
devient une tradition. Et c'est l'occasion de célébrer plus de 300 ans de
présence des communautés noires en territoire québécois, l'occasion de célébrer
des personnes qui, par leurs actes remarquables, ont non seulement fait
progresser leur communauté, mais aussi le Québec tout au complet.
Je pense à Mathieu Da Costa, premier Noir
reconnu au Québec, qui, dès 1606, participait aux explorations de Samuel de
Champlain. Je pense à Marie-Josèphe Angélique et à Olivier Le Jeune, des noms
qui nous rappellent que l'esclavage a bel et bien existé
au Québec. Je pense aux étudiants de l'université Sir-Georges-Williams,
aujourd'hui Concordia, qui, en 1969, ont
occupé le Pavillon Henry-Hall pour dénoncer la discrimination qu'ils
subissaient. Je pense à la Dre Yvette Bonny, pédiatre et
hématologue pionnière, qui a consacré sa carrière à la recherche et au
traitement des enfants atteints de cancer et d'anémie falciforme.
Je
pense aux familles, aux femmes et aux communautés qui se mobilisent depuis des
décennies contre le profilage racial. Leurs exploits et leurs luttes
témoignent du fait que les communautés noires ne sont pas étrangères à la
société québécoise. Elles en sont une part vivante, essentielle et
indissociable.
Soyons donc fiers et
célébrons l'apport inestimable de ces Québécois et Québécoises dans la
construction du Québec d'aujourd'hui, un Québec plus juste, plus égalitaire,
plus respectueux de la dignité de tous. Soyons fiers, mais n'oublions pas,
beaucoup reste encore à faire. C'est pourquoi il est nécessaire de faire de
leurs luttes actuelles et passées notre
lutte aujourd'hui à tous et à toutes. Restons solidaires avec celles et ceux
qui continuent à se battre pour l'égalité et contre la discrimination.
Et, pour terminer,
élevons nos voix ensemble pour répéter haut et fort : L'histoire des Noirs
est partie intégrante de l'histoire du Québec. Je me souviens. Merci, M.
le Président.
• (11 h 20) •
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Laurier-Dorion. Et la
prochaine déclaration ou plutôt la prochaine intervention revient à M. le
député d'Arthabaska.
M. Alex Boissonneault
M. Boissonneault : Merci, M. le Président.
Permettez-moi aussi, d'abord, de saluer les membres de la communauté qui
sont ici avec nous aujourd'hui.
Cette année, le Mois
de l'histoire des Noirs est célébré sous le thème Élevons nos voix ensemble,
ensemble, parce que, si nous soulignons les réalisations et l'immense
contribution de la communauté noire, nous reconnaissons surtout qu'elle fait
partie intégrante de notre identité collective, de ce que nous sommes comme
Québécois et comme Québécoises. Votre histoire fait partie de notre histoire, c'est
une histoire partagée. Trop souvent mise de côté, elle est pourtant
profondément enracinée dans la construction de notre nation, dans
l'industrialisation, les transports, la culture, l'économie et dans la
transmission de nos valeurs communes.
Ici même, à
l'Assemblée nationale, des pionniers ont ouvert la voie. Je pense, entre
autres, à Jean Alfred et à Maka Kotto, dont
l'engagement a marqué notre démocratie et démontré que l'inclusion passe aussi
par la participation. Je pense évidemment à Oscar Peterson, à Oliver
Jones, à Willie O'Ree, qui ont contribué, à leur manière, à faire rayonner leur communauté. Et je pense à ma circonscription,
Arthabaska, à des bâtisseurs d'aujourd'hui comme Thierno
Habib Nimaga, du complexe 905, ainsi qu'à Dior et Ibra Seck, du
café Mame Babacar, au centre-ville de Victoriaville, qui participent activement
au dynamisme socioéconomique de notre région.
Enfin, je pense à
toutes ces femmes et ces hommes moins connus qui, jour après jour, forgent leur
communauté et lui donnent tout le dynamisme qu'on lui connaît.
Notre devise est Je
me souviens. Souvenons-nous aujourd'hui non seulement des luttes et
réalisations passées de la communauté noire,
mais de celles qui façonnent au présent et surtout de celles qui impliquent
pour l'avenir. Beaucoup de chemin a
été parcouru, beaucoup reste à faire. Élevons nos voix ensemble pour un Québec
plus juste, plus fort et plus libre. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député d'Arthabaska. Alors, cette
motion... Oui?
Une voix :
...
Mise aux voix
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Un vote électronique a été demandé. La période de
vote est ouverte.
La période de vote
est terminée. M. le secrétaire général.
Le
Secrétaire : Pour : 91
Contre :
0
Abstentions :
0
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Cette motion est donc adoptée. M. le leader de l'opposition
officielle.
M. Tanguay :
M. le Président, nous aimerions que cette motion soit envoyée à la Table
ronde du Mois de l'histoire des Noirs, au Sommet socioéconomique pour le développement
des jeunes des communautés noires et à la Maison d'Haïti. Merci.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Ce sera fait, M. le leader de l'opposition
officielle.
Vous m'en voyez
réjoui, de l'adoption de cette motion. Donc, je remercie tous les collègues
ayant favorisé son adoption à l'unanimité.
Et j'en profite pour saluer les membres des communautés noires qui sont ici,
parmi nous, présents, dont plusieurs sont des visages amis et familiers.
Pour la prochaine motion...
(Applaudissements)
Le Vice-Président (M. Benjamin) : La prochaine motion revient au deuxième groupe
d'opposition, et je reconnais Mme la cheffe du deuxième groupe
d'opposition.
Demander au gouvernement de
s'engager à déposer un projet de loi
inspiré de la loi de Clare afin de prévenir de nouveaux féminicides
Mme Ghazal : Merci, M. le Président.
Je sollicite le consentement de cette Assemblée pour présenter la motion
suivante conjointement avec le ministre de
la Sécurité publique, la députée de Robert-Baldwin, la députée de Terrebonne, la députée
de Rimouski, le député de Rosemont, la députée de Laporte et la députée de Saint-Laurent :
«Que l'Assemblée
nationale déplore les six féminicides survenus au Québec depuis le début de
l'année 2026;
«Qu'elle
rappelle que plusieurs auteurs présumés de ces féminicides présentaient des
antécédents de violence conjugale;
«Qu'elle reconnaisse
que la Loi de Clare, née au Royaume-Uni après un féminicide et qui permet la
divulgation encadrée des antécédents violents d'un partenaire à des fins de
prévention, constitue l'un des outils pouvant permettre de sauver des vies;
«Qu'enfin l'Assemblée
nationale demande au gouvernement du Québec de s'engager à déposer un projet de
loi inspiré de la Loi de Clare afin de prévenir de nouveaux féminicides.»
Merci beaucoup.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette
notion?
Une voix :
...
Mise aux voix
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Un vote électronique a été demandé. La période de
vote est ouverte.
La période de vote
est terminée. M. le secrétaire général.
Le
Secrétaire : Pour : 88
Contre :
0
Abstentions :
0
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Cette motion est adoptée. M. le leader du
deuxième groupe d'opposition.
M. Cliche-Rivard :
M. le Président, est-ce qu'une copie de cette motion peut être envoyée à
Rachel Renaud, la soeur de Gabie Renaud, ainsi qu'au regroupement des maisons
d'hébergement, s'il vous plaît.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Ce sera fait M. le leader. Oui, M. le leader de
l'opposition officielle?
M. Tanguay :
Avec votre permission, nous aimerions enregistrer le vote du collègue de Nelligan.
Pour.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Consentement?
Des voix :
Consentement.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Consentement. Merci.
La prochaine motion
revient à Mme la députée de Chomedey.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci,
M. le Président. Je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de
présenter la motion suivante :
«Que
l'Assemblée nationale reconnaisse que les réalités
hormonales liées notamment aux menstruations et à la ménopause
peuvent entraîner des impacts importants sur la santé
physique, la santé mentale et la qualité de vie
des femmes;
«Qu'elle souligne que
les femmes représentent près de 50 % des élus [ici] et des membres du
Conseil des ministres et que l'Assemblée nationale a la responsabilité d'exercer
un leadership en matière de santé des femmes;
«Qu'elle affirme
l'importance d'une approche accrue en prévention, en recherche et en suivi
structuré afin de garder nos filles et nos femmes en santé le plus longtemps
possible;
«Qu'elle exprime la
volonté du Québec de devenir un leader mondial en recherche sur la santé des
femmes et un modèle en matière de politiques publiques;
«Et qu'enfin elle
demande au gouvernement du Québec d'amorcer les travaux en vue de la mise en
place d'une politique nationale sur la santé des femmes.»
Merci, M. le
Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour
débattre de cette motion?
Une voix :
...
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Il n'y a pas de consentement.
Avis touchant les travaux des
commissions
Et nous sommes
maintenant rendus à la rubrique des avis des travaux touchant... touchant les
travaux des commissions. Mme la leader adjointe du gouvernement.
• (11 h 30) •
Mme LeBel :
Excusez-moi. Merci. Merci, M. le Président. Désolée pour mon moment de distraction.
Alors, je donne avis
à la commission... à cette Assemblée que la Commission de l'économie et du
travail poursuivra l'étude détaillée du
projet de loi n° 11, Loi modifiant diverses dispositions
principalement aux fins d'allègement de fardeau réglementaire et
administratif, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 13 heures
et de 14 heures à 16 h 30, à la salle Marie-Claire-Kirkland;
La Commission des
finances publiques poursuivra l'étude détaillée du projet de loi n° 7,
Loi visant à réduire la bureaucratie, à accroître l'efficacité de l'État et à
renforcer l'imputabilité des hauts fonctionnaires, aujourd'hui, après les
affaires courantes jusqu'à 13 heures et de 13 h 30 à
16 heures, à la salle Louis-Hippolyte-La Fontaine;
La Commission des relations
avec les citoyens poursuivra l'étude détaillée du projet de loi n° 9,
Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec, aujourd'hui, après les
affaires courantes jusqu'à 13 heures et de 14 heures à
16 h 30, à la salle Louis-Joseph-Papineau;
Enfin, la Commission
de l'aménagement du territoire poursuivra l'étude détaillée du projet de loi n° 13, Loi favorisant la... à favoriser... Loi visant à
favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et modifiant
diverses dispositions, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à
13 heures et de 14 heures à 16 h 30, à la salle
Pauline-Marois.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la leader adjointe du gouvernement. Y a-t-il consentement pour déroger
à l'article 143 du règlement concernant l'horaire des travaux des
commissions?
Des voix :
Consentement.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Consentement.
Renseignements sur les travaux
de l'Assemblée
À la rubrique
Renseignements sur les travaux de l'Assemblée, je vous avise que
l'interpellation prévue pour le vendredi 20 mars 2026 portera sur le sujet
suivant : Le laisser-aller de longue durée : symbole de l'échec caquiste envers les aînés. Mme la députée de La Pinière s'adressera alors à Mme la ministre responsable des Aînés et des
Proches aidants.
Affaires du jour
La
période des affaires courantes étant terminée, nous allons maintenant passer
aux affaires du jour. Mme la leader adjointe du gouvernement.
Mme LeBel :
Oui, merci, M. le Président. Je vous demande d'appeler l'article 15 du
feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 19
Reprise du débat sur
l'adoption
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : À l'article 15 du feuilleton, l'Assemblée
reprend le débat, ajourné le 25 février 2026, sur l'adoption du projet de
loi n° 19, Loi visant notamment l'amélioration de l'accès aux services
médicaux et la prise en charge médicale de la population.
Nous en étions avec
l'intervention de M. le député de Nelligan.
M. Monsef Derraji (suite)
M. Derraji : Merci, M. le Président.
Je ne sais pas combien de temps il me restait hier, mais... Pour faire plaisir
à...
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Il vous reste à peu près 29 minutes.
M. Derraji :
Oui. Pour faire plaisir à Mme la ministre. Ça va être plus qu'une minute.
Voilà.
Bien, écoutez, M. le Président, nous étions,
hier, en train de... nous avons échangé hier par rapport au projet de loi n° 106 et... parce que je voulais faire
la genèse, un peu, de tous les changements, tous les changements du gouvernement dans le cadre de la prise en charge des
patients, et, par rapport à ce projet de loi, donc, où nous étions en train de
parler du 106, hier, j'évoquais les promesses caquistes en matière du réseau de
la santé. Donc, on parle de la réforme du
réseau, on parle de Santé Québec, on parle plan pour l'accès à la chirurgie et aux
soins, mais, sur le terrain, il n'y avait pas de résultat. C'est ce
qu'on a constaté, M. le Président.
Après, en 2022-2023,
il y avait le déploiement du GAP, donc le guichet d'accès, le fameux guichet
d'accès, mais les listes d'attente demeurent toujours longues, l'accès à un
médecin de famille reste difficile pour certains... pour des centaines de
milliers de Québécois. Puis, 2024, la création de Santé Québec. Et, avec la
création de Santé Québec, il y avait une centralisation, une centralisation des
pouvoirs, mais sans amélioration visible pour la population jusqu'à maintenant.
Vous avez vu et vous
étiez témoin, M. le Président, que les relations avec les fédérations médicales
étaient tendues, trop souvent ciblées comme étant la cause des échecs du
gouvernement et ses mesures mal ficelées.
L'accès aux soins à
la première ligne, hier, vous m'avez entendu, M. le Président, que j'ai
beaucoup parlé de l'accès à la première ligne. J'ai pas mal insisté que le nerf
de la guerre du réseau, c'est l'accès à la première ligne. Je vais... Je vous ai aussi parlé d'un rapport d'un
comité d'experts qui était fort pertinent, ce comité d'experts qui nous a
avisés par rapport à des recommandations au niveau de la première ligne.
Donc, pendant qu'on
naviguait un peu d'une manière, je dirais, à la limite, obscure, par rapport au
réseau de la santé, le projet de loi
n° 106, il est venu dans un moment où le gouvernement de la CAQ traînait
les échecs en matière de santé. Et, la refonte forcée, et je parle
toujours de ce projet de loi, le gouvernement voulait lier la rémunération à des cibles statistiques. Et, à l'époque, on disait
que le gouvernement risquait de transformer la médecine familiale en une
course aux indicateurs. Ça, ça a été lors du
dépôt du projet de loi n° 106. Et, au-delà de ça, c'est créer la lourdeur
bureaucratique qui pourrait détourner temps et ressources des soins
directs aux patients. Pourquoi? Parce que le gouvernement voulait instaurer des cibles, lier la rémunération à ces
cibles, mais il a oublié la lourdeur bureaucratique. Donc, au lieu de corriger
ses propres ratés, le gouvernement choisit de transférer la responsabilité de
l'échec de l'accès aux médecins directement sur les épaules des médecins
eux-mêmes.
Donc,
M. le Président, une fois, le gouvernement a déposé le projet de loi
n° 106, bien, vous avez vu qu'il y avait beaucoup, beaucoup, beaucoup d'enjeux, un climat d'insécurité pour les
patients à la suite de départs annoncés de plusieurs médecins, il y
avait plusieurs associations qui se sont mobilisées et il y a des patients qui
se sont ramassés sans médecin de famille.
Mois de juin,
fermeture du Parlement, fin de la session. Le ministre passe l'été à négocier
avec les associations. La CAQ est en bas dans les sondages. Le premier ministre
décide finalement de prendre le contrôle et de changer le narratif dans un
ultime geste de reprendre un peu le contrôle. Et il a choisi une bataille,
comme les autres batailles avec l'immigration, la laïcité, l'économie, mais il
a choisi aussi une bataille avec les médecins pour envoyer un message à la
population qu'il est en contrôle de quelque chose.
Le problème, il n'est
pas là, M. le Président. C'est que, pendant ce temps que le gouvernement essaie
de remonter dans les sondages, il y a des patients qui ont perdu leur médecin
de famille, il y a des gens qui ont quitté, il y a des gens qui n'ont pas pu
voir leur médecin parce qu'il y avait cette espèce de bras de fer entre les
fédérations des médecins et le gouvernement.
Bien, figurez-vous, M. le Président, qu'a fait le gouvernement après des mois
et des mois d'attente en lien avec le
projet de loi n° 106? Bien, il le jette dans la poubelle. Il le jette dans
la déchiqueteuse, M. le Président.
Il y avait une
prorogation. On recommence à zéro les projets de loi. Qu'est-ce qu'on fait? Le
gouvernement ne renouvelle pas le projet de loi n° 106,
redépose un autre, ça s'appelle le projet de loi n° 2,
ce projet de loi n° 2, cette loi exhaustive adoptée
après prorogation, parce que ça a été déposé après la prorogation. Et là on
passe de 52 articles, dans la loi n° 106,
l'ancien projet de loi n° 106, à 214 articles et
on dépasse complètement le cadre initial du 106.
Maintenant, le 106
essaie d'introduire le modèle de rémunération par capitation combiné à des
mécanismes de performance. Mais la
transformation, avec le projet de loi n° 2, c'est l'ajout des
sanctions administratives et pénales et, figurez-vous, l'encadrement accru
des moyens de pression. Donc, deux éléments, M. le Président, où on se posait
la question : OK, le gouvernement nous
a vendu le projet de loi n° 106, ça va révolutionner la prise en charge. On
ferme le Parlement. On recommence à zéro. Le gouvernement pense que,
pour améliorer l'accès, il doit ajouter des sanctions administratives et
pénales, encadrement accru des moyens de pression.
• (11 h 40) •
Avec le dépôt de ce
projet de loi, le bras de fer a été lancé, M. le Président. Je n'ai pas besoin
de vous refaire un peu la genèse de ce qui a été fait et dit pendant l'automne,
mais ça a été un triste spectacle avec la loi n° 2.
Pourquoi je vous dis et je vous partage le
triste spectacle? Parce qu'on a tout vu. Un premier ministre qui était... qui
disait, sur la place publique : C'est impossible qu'on va reculer,
c'est impossible qu'on va empêcher les médecins de nous écouter. Il y avait un bras de fer tout au long de
l'automne, M. le Président, entre le gouvernement et les associations
représentant les médecins.
Maintenant, M. le
Président, est-ce que le gouvernement avait le choix d'aller de l'avant avec la
loi n° 2? La loi n° 2 a été déposée par l'ex-ministre de la Santé, et ça parle d'«instaurer
la responsabilité collective quant à l'amélioration de l'accès aux
services médicaux et à assurer la continuité de la prestation de ces services».
Donc, la réelle volonté, à l'époque, du gouvernement, c'est vraiment instaurer
la responsabilité collective.
Maintenant, M. le
Président, qu'est-ce qui s'est passé entre le dépôt du projet de loi n° 2 et aujourd'hui? Entre le dépôt du projet de loi n° 2, M. le Président, et
aujourd'hui, il y avait deux éléments importants. Premièrement, la loi, le projet de loi n° 2
déposé par l'ex-ministre de la Santé, a été adoptée par bâillon. Et, ce qu'on a
constaté, M. le Président, c'est la suite, la suite de l'adoption de ce projet
de loi, où, malheureusement, soit le gouvernement n'a pas beaucoup pensé
à appuyer l'ex-ministre ou bien le gouvernement n'a pas cru bon que, pour améliorer
l'accès à la première ligne, tout ce qui est mesures appliquées dans le cadre
de ce projet de loi ne va pas améliorer l'accès aux soins.
Maintenant,
je ne vais pas perdre le temps, M. le Président, pour parler du projet de loi n° 2. Pourquoi? Parce que, malheureusement, on ne parle
plus du projet de loi n° 2, même si ce projet de loi
a été voté par... sous bâillon. Mais, ce qu'on a constaté depuis, c'est un
retour à la case de départ. Et, quand on dit un retour à la case de départ,
c'est, encore une fois, après le 106 et après le 2, deux projets de loi qu'on a
presque envoyés à la déchiqueteuse.
Alors, M. le
Président, je ne sais pas, est-ce que les Québécois, ils ont payé le prix d'une
improvisation législative? Parce que c'est ce qu'on constate, c'est soit on ne
croyait pas au plan initial de dire : On a un problème d'accès à la
première ligne... Et il se situe où le problème? Est-ce que c'est au niveau de
la prise en charge des médecins généralistes? Est-ce que c'est au niveau de
l'interdisciplinarité? Est-ce qu'il faut élargir la prise en charge via
d'autres professionnels de la santé, notamment les IPS?
Mais,
malheureusement, nous avons perdu un temps précieux, un temps précieux. Parce
qu'il y avait deux réalités. Au
début, on pensait que le ministre de la Santé jouissait d'une... d'un certain
pouvoir et d'un appui gouvernemental dans la démarche du changement. Et ça se
voyait. J'ai eu l'occasion de siéger avec M. le ministre, à l'époque, dans
le... en 2021, où il y avait le début de l'instauration du GAP.
Alors,
M. le Président, quand on voit l'année 2025, en fait, au bout de la ligne,
est-ce qu'on a avancé dans la prise en charge? Est-ce qu'on a avancé à
améliorer l'accès à la première ligne? Est-ce qu'on a offert aux Québécois plus
d'opportunités de voir un médecin, mais pas uniquement voir un médecin, mais
avoir une réelle prise en charge? La réponse est non. Parce qu'en parallèle il
y avait des discussions avec les deux fédérations, que ce soit la fédération représentant les médecins généralistes ou celle
des spécialistes. Et on voit aujourd'hui ce qui circule avec les rendez-vous
et avec la volonté d'aller atteindre 500 000, dont
180 000 patients vulnérables. On voit, on est encore loin de
l'objectif, OK, M. le Président.
Je n'ai pas besoin,
aujourd'hui, de parler uniquement qu'il y a des gens qui vont être... des
médecins qui vont être payés même s'ils ne voient pas le patient parce que ce n'est
pas inscrit au nom de... c'est inscrit au nom du médecin, on ne va pas avoir le
rôle de l'infirmière qui va voir le patient, mais c'est... le médecin ne va pas
le voir. Je vais rester juste sur le processus législatif, l'ensemble des
projets de loi qui, je tiens à le rappeler... C'est un processus qui vise à
améliorer la vie des gens. Et là, dans ce cas où on parle, maintenant, c'est
améliorer la prise en charge, c'est améliorer l'accès à la première ligne.
C'est là où on est aujourd'hui.
Donc, on peut dire
qu'on a perdu 2025, M. le Président, on a perdu 2025, parce que... Est-ce que
le ministre de la Santé, l'ex-ministre de la Santé avait l'appui nécessaire? Je
ne peux pas le savoir, je ne suis pas autour de la table du Conseil des ministres. Mais il y avait deux
pièces législatives, projet de loi n° 106 et la loi n° 2. Aujourd'hui, ils ne sont plus là. Ça, c'est un constat. Ça,
c'est un constat.
Mais qu'est-ce qu'on
fait par la suite, et pour les prochaines minutes, je vais parler plus du
projet de loi n° 19, M. le Président.
Avec 19, bien, qu'est-ce qu'on fait? On vient faire Ctrl+Alt+Supprimer de tout
ce qui a été déposé avant. Donc, ce qu'on avait, c'est un projet de loi
qui comportait 214 articles et... le projet de loi, désolé, le projet de
loi n° 2, qui comportait 214 articles, mais, avec le dépôt du projet
de loi n° 19, on vient abroger 99, on vient abroger 99. Je tiens à
rappeler que le projet de loi n° 2 comportait 214 articles. On dépose
un 19, troisième projet de loi en même pas un an, pour abroger 99, soit près de
la moitié de l'ancienne réforme.
Je sais que c'est un
débat très technique, mais, M. le Président, au bout de la ligne, depuis avril — et
Dieu sait qu'on ne peut pas déposer un projet de loi juste comme ça, c'est des
mois de préparation — je
peux dire qu'on était dans un chaos législatif, depuis presque un an et
quelques poussières, parce qu'on ne savait plus quelle est la meilleure
démarche pour faire fonctionner la première ligne, quelle est la meilleure stratégie
ou politique gouvernementale pour faire améliorer l'accès à la première ligne.
Il y avait une pièce
maîtresse, qui est le rapport sur la première ligne, mais, le gouvernement, c'est
à blâmer, aujourd'hui, par rapport à cette perte de temps, parce que la
finalité était d'améliorer l'accès à la première ligne. La finalité était
d'éviter les urgences pleines. La finalité était : Qu'est-ce qu'on fait
avec la première ligne? Mais là, clairement, sans rentrer dans le détail,
aujourd'hui, 19... parce qu'entre moi... entre vous et moi, je ne vais même pas
perdre cinq minutes sur le projet de loi
qu'on est en train d'étudier, qui est le projet de loi n° 19, parce que
l'essentiel a commencé avant, avec le
projet de loi n° 106 et le projet de loi n° 2,
parce que, là, le gouvernement, il recule complètement, un recul
complet, M. le Président. Bien, dites-nous, depuis le début, négociez avec les
fédérations, mettez de l'argent sur la table, donnez les augmentations que vous
avez déjà prévues, et on règle, et on passe à autre chose, et on va suivre la
prise en charge, s'il y a prise en charge, parce que, là, maintenant, tout
passe par le GAP. Bien, j'espère que les gens vont
avoir accès à plus qu'un rendez-vous. Donc, c'est là où on est, M. le
Président, c'est là où on est. Et je refuse de jouer dans le jeu que le
19 est une... Il n'y aura pas de révolution avec le 19. Il y a un amendement
que, je peux vous le dire, c'est
l'amendement où j'ai insisté à l'ajout des infirmières praticiennes
spécialisées, des IPS. Parce que, si on veut parler... et ça, c'est un débat qui remonte avec
l'ex-ministre de la Santé, à 2021, où on parlait de la multidisciplinarité, de
l'interdisciplinarité.
• (11 h 50) •
Alors, M. le
Président, aujourd'hui, le constat, il est très clair. Il y a un chaos
législatif qui a été provoqué par la CAQ en matière de santé et, surtout,
l'accès à la première ligne. Perte de temps énorme avec le projet de loi
n° 106, perte de temps énorme avec le
projet de loi n° 2. Arrive maintenant le projet de loi n° 19,
qui est l'objet de nos discussions aujourd'hui, et, malheureusement, les
patients québécois paient le prix de cette improvisation législative.
Aujourd'hui, le gouvernement espère, avec l'argent qu'il a mis sur la table,
d'aller chercher 500 000 patients d'ici juin. Mais 500 000 en
six mois, est-ce qu'on a le droit de se poser la question? Est-ce qu'on parle
réellement d'une réelle prise en charge? On est où par rapport à la
responsabilité collective lancée par l'ancien ministre de la Santé? On est où
par rapport aux objectifs de performance? On
est où par rapport à la responsabilité territoriale? Donc, clairement, il y
avait deux visions, ou, probablement, une vision, mais, malheureusement, le
gouvernement n'a pas donné suite à cette vision de performance parce que ça
ratait sa cible, selon l'ensemble des intervenants.
Et, pendant que le gouvernement
réécrit ses lois... C'est quand même hallucinant, en même pas un an et quelques
mois, trois pièces législatives. Pendant que le gouvernement écrit des lois,
abroge des articles, réécrit une loi, l'abroge, redépose un projet de loi,
bien, les urgences, M. le Président, débordent, et l'accès à la première ligne
demeure insuffisant. Donc, est-ce qu'après huit ans, huit ans de ce
gouvernement on peut dire aujourd'hui que le gouvernement a gagné son pari
d'améliorer l'accès à la première ligne? La réponse, entre vous et moi, est
non, tout simplement, parce que les listes
d'attente sont encore pleines, nos urgences débordent, des médecins qui
quittent ou qui songent quitter, et, au bout de la ligne, ce sont les patients
qui paient les frais de cette improvisation. Il n'y a aucun Québécois aujourd'hui,
M. le Président... Et Dieu sait que j'en
reçois, plusieurs appels, à mon bureau de comté, des gens qui peinent à trouver
un médecin de famille, des gens qui,
avant, avaient un cheminement facile, un GMF, clinique sans rendez-vous.
Maintenant, c'est tellement rendu complexe qu'on se perd dans ce réseau.
Et on est encore loin, on est encore loin d'une bonne expérience client au
patient.
Sachant que ce
système nous coûte 64 milliards de dollars, c'est l'équivalent de
42 % du budget de l'État, alors, M. le Président, est-ce qu'on n'a pas le
droit, aujourd'hui, de se poser la question, que le gouvernement était malmené
dans un chaos législatif, un chaos législatif qui nous a fait perdre beaucoup
de temps précieux et qui a, malheureusement, eu un impact direct sur la qualité
de vie des patients? Et ça, il n'y a personne qui va dire le contraire, parce
que vous êtes tous des élus de la nation, vous recevez des appels à vos bureaux
de comté, où les gens se demandent : Je n'arrive plus à voir ou à
rencontrer mon médecin de famille, soit il a quitté, soit il ne veut plus faire
partie du réseau public, soit j'essaie avec le GAP puis je n'arrive pas à
trouver ma place, soit c'est même si je réussis à avoir un rendez-vous via le
GAP, mais j'ai un autre enjeu, j'ai un seul rendez-vous. Sérieusement,
posons-nous la question : Est-ce qu'on
va régler des problèmes chroniques avec un seul rendez-vous? Une réelle prise
en charge, est-ce que ça passe uniquement par un médecin de famille ou
une équipe multidisciplinaire?
Les IPS, qu'on
n'arrive même pas à recruter malgré qu'elles veulent faire plus, malgré
qu'elles veulent faire plus, les
infirmières, les IPS veulent contribuer, M. le Président. Et c'est là où je me
sens, je dirais... je sens cette fierté que, dans le cadre de ce projet
de loi, nous avons, notre formation politique, le Parti libéral du Québec...
nous avons ajouté les IPS pour faire ce qu'elles devaient faire. La loi leur
permet de faire des suivis. La loi leur donne accès à suivre des patients. J'espère qu'on va élargir pour qu'elles
puissent aussi enregistrer des patients, et, comme ça, on va probablement
régler l'enjeu de la première ligne.
Alors, M. le
Président, le chaos législatif qui a duré depuis plusieurs mois a
malheureusement eu un impact sur nos patients. Et je veux m'adresser à ceux que
je représente, à Nelligan, et leur dire qu'on va continuer cette bataille avec
l'ensemble de mes collègues parce que l'accès à la première ligne est
hyperimportant. On ne peut pas voir un réseau
de santé performant si on n'améliore pas l'accès à la première ligne. Est-ce
que toujours ça doit passer par l'accès via un médecin? Je pense qu'on
est rendus ailleurs. Mais on ne peut pas, aujourd'hui, dire à des patients
vulnérables, à des patients avec de la comorbidité, à des patients qui
souffrent d'une maladie chronique : La seule solution qu'on a pour vous, cherchez un rendez-vous via le GAP. Il
est où, le suivi, M. le Président? Il est où, le suivi? Elle est où, la prise
en charge? Merci pour votre écoute, M. le Président. Elle est où, l'écoute?
Elle est où, la prise en charge? Et rebienvenue, M. le Président. Elle
est où, l'écoute? Depuis quand la prise en charge d'un patient, c'est
uniquement un rendez-vous via un GAP?
Alors, M. le
Président, aujourd'hui, on va probablement fermer l'épisode triste, mais qu'on
doit tous retenir. Parce qu'aujourd'hui on
ne parle pas uniquement du 19, du projet de loi n° 19. Le projet de loi
n° 19 arrive à un moment important, le projet de loi n° 19
arrive après une succession de projets de loi, un 106 et un 2 qui se termine
avec un 19, je ne sais pas si les gens vont retenir les chiffres, au moins ils
vont avoir trois sur six, un 106, et un 2 et un 19, à un chaos législatif, à un
chaos législatif où... qui a poussé même l'ex-ministre de la Santé à quitter
son parti parce qu'il n'avait plus l'appui, à un chaos législatif, M. le
Président, qui a laissé tomber les patients québécois. Et c'est pour cela
qu'aujourd'hui je me lève et je prends tout mon temps pour dénoncer, dénoncer
la perte de temps en matière de la première ligne. On ne peut pas... On ne peut
jamais, jamais, jamais dire aux Québécois qu'un système qui nous coûte
42 % du budget total, 56 milliards ou 54 milliards, on n'est
même pas capables de leur offrir une première ligne capable de les soigner,
capable de les prendre en charge, capable de leur donner des soins de qualité.
C'est ça, l'échec caquiste en matière de santé.
Et, M. le Président,
Dieu sait que j'ai passé pas mal de temps de ma vie au niveau de la première
ligne, ce qui m'a poussé, même, à écrire un doctorat par rapport à la première
ligne. Et, ce que je vois aujourd'hui, il y avait des bons chantiers lancés par l'ex-ministre, il y avait des bons chantiers,
mais on a perdu du temps de qualité, en 2025. Il y a un chaos législatif
que nous avons vécu entre 2025 et 2026, c'est... malheureusement, ce sont les
citoyens et les patients québécois qui ont... qui vont payer ce prix.
Et j'espère, j'espère
que l'argent que le gouvernement a mis sur la table avec la Fédération des
médecins va nous permettre pas uniquement de
donner des rendez-vous, mais qu'on va avoir une réelle prise en charge. Parce
que je reste convaincu que, pendant le chaos législatif, plusieurs
patients, leur état de santé s'est détérioré. Beaucoup de patients ont perdu
confiance dans le système, qu'ils paient cher avec leurs taxes et impôts.
Et au bout de la
ligne, M. le Président, je ne peux pas, au nom de ma formation politique,
cautionner ce chaos législatif, du jamais
vu, d'un gouvernement qui a perdu la boussole en matière de santé. Rendu que,
même pas en un an, trois pièces législatives... Je viens de vous le
dire, M. le Président. Voilà, ils sont là, les projets de loi. Ça a commencé
avec le n° 106, après, c'est le n° 2,
après, c'est le n° 19. Et le résultat est le
même : aucune prise en charge, juste des rendez-vous, avec un système qui
nous coûte au-delà de 50 milliards l'année. C'est ça, l'échec caquiste en
matière d'accès à la première ligne. C'est ça, l'échec caquiste, M. le
Président.
Alors,
écoutez, M. le Président, pour nous, le projet de loi n° 19,
il n'y a pas de nouveauté. Nous avons essayé avec tous les moyens de le
faire... de lui donner un peu de jus, hein? Il y avait deux amendements,
d'ailleurs, qui ont été acceptés, je remercie la ministre, notamment un tableau
de bord périodique au moins une fois l'année et ajouter les IPS dans la première
ligne. Nous nous... Je suis très content de cette acceptation. Mais, M. le
Président, le projet de loi n° 19 ne règle en
rien l'accès à la première ligne, qui est très déficient. Merci, M. le
Président.
• (12 heures) •
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Nelligan.
J'en
profite, collègues, pour vous informer que deux débats de fin de séance se
tiendront aujourd'hui, à 13 heures. Le premier débat portera sur
une question adressée par Mme la députée de D'Arcy-McGee à Mme la ministre de
la Santé concernant la situation inadmissible de Mélissa et Jérémie, un couple
de sans-abri vivant avec une déficience intellectuelle,
qui vivent dans la rue depuis trois ans. Le deuxième débat portera sur une
question adressée par M. le député de Laurier-Dorion à Mme la ministre
responsable de l'Habitation concernant l'augmentation des loyers dans les
coopératives d'habitation.
Nous revenons au
projet de loi n° 19. Est-ce qu'il y a d'autres
intervenants? Il n'y a pas d'autre intervenant.
Alors,
le projet de loi n° 19, Loi
visant notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en
charge médicale de la population, est-il
adopté? M. le leader de l'opposition officielle.
M. Tanguay :
Je vous demanderais un vote électronique, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Un vote électronique a été demandé.
Une voix : ...
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Alors, nous allons... qu'on appelle les députés.
Les travaux sont
suspendus.
(Suspension de la séance à
12 h 02)
(Reprise à 12 h 11)
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Alors, nous sommes rendus à l'étape de l'adoption
du projet de loi n° 19.
Mise aux voix
Le
projet de loi n° 19, Loi visant
notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en charge
médicale de la population, est-il adopté?
Un vote électronique
a été demandé. La période de vote est ouverte.
La période de vote
est terminée. M. le secrétaire général.
Le
Secrétaire : Pour : 72
Contre :
4
Abstentions :
0
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Le projet de loi n° 19 est donc adopté. Mme
la leader adjointe du gouvernement.
Mme LeBel :
Merci, M. le Président. Je vous demande d'appeler l'article 1 du
feuilleton.
Projet de loi n° 1
Reprise du débat sur
l'adoption du principe
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : À l'article 1 du feuilleton, l'Assemblée
reprend le débat ajourné le 25 février 2026 sur l'adoption du principe du
projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur
le Québec.
Y a-t-il des
interventions? Je reconnais M. le député de Jean-Lesage.
M. Sol Zanetti
M. Zanetti :
Merci, M. le Président. Très apprécié. Alors, M. le Président, lorsqu'un
gouvernement décide de se doter d'une constitution, il ne pose pas un geste
ordinaire, il ne modifie pas simplement une loi, il touche à la charpente même
de l'État, il redessine les fondations sur lesquelles reposent nos
institutions, nos droits et notre manière de
vivre ensemble. Or, avant même d'examiner le contenu d'un tel projet de loi, il
faut se poser une question simple mais fondamentale : Qui a été
invité à participer à l'écriture de cette Constitution?
Dans le cas du projet de loi n° 1,
c'est une gifle à la nation québécoise et un recul radical de notre
réconciliation avec les Premières Nations et Inuits. Il faut le dire
clairement, les peuples anichinabé, attikamek, w8banaki, naskapi, wendat, eeyou, innu,
kanien'kehà:ka, micmac, wolastoqiyik et inuit n'ont pas été consultés en
amont. Ils n'ont pas été associés à
la démarche. Ils n'ont pas été appelés à coconstruire ce texte qui prétend
pourtant s'appliquer sur leurs territoires, à leurs peuples, à leurs
descendants sur les sept prochaines générations. Autrement dit, le gouvernement
a entrepris d'écrire la loi la plus
fondamentale du Québec sans consulter les peuples qui habitent ce territoire
depuis des millénaires. Et cela, à
lui seul, devrait faire rougir d'embarras le ministre de la Justice et les
députés du gouvernement. On ne construit pas une maison commune en excluant une
partie de celles et ceux qui y vivent. On ne redessine pas les règles du
vivre-ensemble en fermant la porte à des nations entières. Et pourtant
c'est ce que fait le projet de loi n° 1.
La Constitution n'est pas seulement un texte
juridique, c'est un pacte, un pacte entre des peuples, un pacte entre des générations, un pacte qui doit être
accepté, compris, reconnu comme légitime. Or, ici, le processus a été inversé.
Le texte a été écrit d'abord, la consultation est venue ensuite, et encore, une
consultation partielle, tardive, sans pouvoir réel
de transformation. Dans un contexte de réconciliation, cette façon de faire est
plus qu'un simple faux pas, c'est une rupture. Ça envoie un message que,
malgré les discours, malgré les excuses, malgré les commissions d'enquête et
les appels à l'action, des décisions
fondamentales peuvent encore être prises sans les peuples autochtones. Ce n'est
pas ainsi que l'on bâtit la confiance. Ce n'est pas ainsi que l'on
répare des relations brisées. Ce n'est pas ainsi qu'on écrit une constitution.
Le Québec connaît pourtant une autre voie, M. le
Président. Ce qui rend la situation d'autant plus préoccupante, c'est que le
Québec connaît déjà une autre voie, une voie plus lucide, une voie plus
respectueuse. Dans son histoire politique, le Québec a déjà reconnu que les
nations autochtones ne sont pas de simples groupes culturels mais des nations
politiques avec lesquelles il faut dialoguer de nation à nation.
Il y a 50 ans, le 11 novembre 1975,
les Cris, les Inuits, le Québec et le Canada signaient la Convention de la Baie James et du Nord québécois. Cette convention s'appuyait sur un arrêt
marquant qui reconnaissait que les Cris et les Inuits avaient des droits juridiquement exécutoires sur leurs
territoires et que le Québec avait des obligations juridiquement
exécutoires envers eux. Ces deux instruments présentent un point tournant dans
la politique québécoise en affirmant la
volonté de l'État québécois de reconnaître que les nations autochtones sont
détentrices de droits et en affirmant sa volonté d'entamer un processus
de réconciliation.
Je pense ici à l'approche portée par René
Lévesque, une approche qui, bien qu'imparfaite, repose sur une idée fondamentale : On ne peut pas construire
l'avenir du Québec contre les peuples autochtones ni au-dessus d'eux mais
seulement avec eux. Cette approche
s'est incarnée dans la politique québécoise, notamment par l'adoption des
15 principes constituant le fondement de l'action gouvernementale à
l'égard des peuples autochtones du gouvernement du Québec en 1983 et dans la résolution de l'Assemblée nationale sur la
reconnaissance des droits des autochtones en 1985, toutes deux adoptées sous le
premier ministre René Lévesque. Cette vision a mené à des ententes négociées
plutôt qu'imposées, à des discussions politiques plutôt qu'à des déclarations
unilatérales, à une reconnaissance au moins partielle du fait que le territoire
québécois n'est pas un espace vide mais un territoire partagé.
À l'échelle
internationale, cette même logique a été consacrée par la Déclaration des
Nations unies sur les droits des peuples autochtones, une déclaration qui
reconnaît explicitement le droit des peuples autochtones à l'autodétermination,
à leurs institutions, à leurs territoires et surtout au consentement préalable,
libre et éclairé lorsqu'une mesure législative les concerne. Ces engagements ne
sont pas symboliques, ils devraient guider toute démarche constitutionnelle sérieuse.
Où en sommes-nous? En 2019, le gouvernement et
tous les parlementaires s'étaient engagés à mettre en oeuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits
des peuples autochtones. Je lis la motion qui avait été adoptée à
l'époque :
«Que l'Assemblée
nationale prenne acte des conclusions de la Commission Viens exprimées le
30 septembre 2019 quant à la responsabilité de l'État québécois envers les
constats accablants et douloureux énoncés dans [...] son rapport;
«Qu'elle
reconnaisse, comme l'ont affirmé les chefs [et] toutes les formations
politiques représentées à l'Assemblée nationale, l'importance de poser des
gestes concrets, dès maintenant, afin de mettre un terme à la discrimination
envers les membres des Premières nations et [les] Inuits et de tisser des
rapports égalitaires avec ceux-ci;
«Qu'elle prenne acte que le rapport de la
commission Viens appelle le gouvernement du Québec à reconnaître et mettre en
oeuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones,
une recommandation que formulait également le rapport de l'Enquête nationale
sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées déposé en mai
dernier;
«Que l'Assemblée nationale demande au
gouvernement du Québec de reconnaître les principes et de s'engager à négocier la mise en oeuvre de la Déclaration des
Nations Unies sur les droits des peuples autochtones avec les Premières
nations et [...] Inuits.»
• (12 h 20) •
Cette motion,
présentée par ma collègue de Sainte-Marie—Saint-Jacques, six ans plus tard, silence radio de la part du gouvernement. Elle a été adoptée, mais rien ne
se passe par rapport à ça. Si ça, ce n'est pas un bris de la parole engagée de
cette Assemblée, je ne sais pas ce que c'est.
C'est la revendication principale de nos frères
et soeurs autochtones. La première étape de la réconciliation législative,
c'est de coconstruire la mise en oeuvre de la Déclaration des Nations unies au
droit à l'autodétermination des peuples autochtones au Québec. C'est la CAQ...
Si la CAQ avait tenu son engagement, sa parole, nous n'en serions pas là
aujourd'hui, au plus mal dans nos relations avec les gouvernements des peuples
autochtones.
Le projet de loi n° 1, c'est un projet de
loi qui est colonial. M. le Président, à la lumière de ces principes, il faut
nommer les choses clairement. Le projet de loi n° 1 peut être qualifié de
projet de loi colonial. Pourquoi? Parce qu'il reproduit les mécanismes mêmes
que la réconciliation cherche à démanteler.
D'abord, le
projet de loi affirme l'intégrité territoriale de l'État québécois et consacre
la souveraineté de la nation québécoise sans jamais reconnaître la
souveraineté préexistante des peuples autochtones. C'est comme si on
redessinait une carte en ignorant ceux qui y vivaient
déjà, comme si on affirmait : Ce territoire est désormais régi par une
seule souveraineté, sans discussion, sans consentement, sans reconnaissance des
autres. Cette affirmation unilatérale est au coeur
de la logique coloniale. Elle repose sur l'idée que l'État peut décider seul,
même lorsqu'il s'agit de territoires qui n'ont jamais été cédés.
Ensuite, les
peuples autochtones sont relégués à une mention dans le préambule, une
reconnaissance symbolique, culturelle, presque décorative, mais leurs droits
politiques, leur autodétermination, leur capacité de gouverner leurs
propres affaires ne sont pas inscrits dans le corps du texte. En droit
constitutionnel, cette distinction est cruciale. Ce qui n'est pas dans le corps
du texte n'est pas protégé de la même manière. Autrement dit, on reconnaît la
présence, mais on refuse la pleine reconnaissance des droits. Le projet de loi
se limite à reconnaître l'existence des nations autochtones et leur droit de
maintenir et de développer leurs langues et leurs cultures d'origine, sans toutefois
s'inscrire... inscrire ces droits dans le
corps du texte. Surtout, il leur refuse la reconnaissance comme peuples
souverains capables de négocier d'égal
à égal avec l'État québécois. C'est une vision qui réduit des nations
politiques à des réalités culturelles, une vision qui infantilise, une
vision qui efface.
Cette approche est incompatible avec les
obligations internationales du Québec. La Déclaration des Nations unies sur les
droits des peuples autochtones est claire. Lorsqu'un État adopte une mesure
législative susceptible d'avoir un impact sur les peuples autochtones, et une
constitution est la mesure la plus fondamentale qui soit, il doit obtenir le
consentement préalable, libre et éclairé. Lire l'article 19 de la
déclaration.
Ici, aucun consentement n'a été recherché,
aucune négociation n'a été engagée, aucune coconstruction n'a été amorcée. Le
projet de loi n° 1 bafoue donc non seulement
l'esprit, mais aussi la lettre de cette déclaration. Il place le Québec en
contradiction avec ses propres engagements. Il fragilise sa crédibilité
lorsqu'il se présente comme un État respectueux
des droits humains et de la réconciliation. Plus grave encore, il envoie un
message dangereux, celui selon lequel les
grandes décisions peuvent encore être prises sans les peuples autochtones, tant
qu'on leur accorde une reconnaissance symbolique.
Une constitution devrait ouvrir des chemins.
Elle devrait créer des ponts. Elle devrait offrir un cadre souple permettant d'imaginer des relations renouvelées,
fondées sur le respect et la coopération. Le projet de loi n° 1 fait l'inverse. En constitutionnalisant une vision unilatérale
de la souveraineté, il rigidifie les rapports de pouvoir. Il transforme des
enjeux politiques, le territoire, la gouvernance, la souveraineté partagée en
vérités constitutionnelles difficiles, voire impossibles à remettre en
question. C'est comme si on coulait du béton là où il faudrait laisser place au
dialogue, comme si on fermait des portes qui devraient rester ouvertes.
Plusieurs mémoires l'expriment clairement, ce projet de loi risque de figer des
rapports coloniaux au lieu de permettre leur transformation.
Je cite les propos du chef Francis
Verreault-Paul, de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador :
«Nous sommes devant un texte qui consolide un État québécois à travers une
entreprise nettement dominatrice, au prix de l'effacement juridique et
politique des Premières Nations, une marque caractéristique du colonialisme.»
On ne peut qu'être d'accord avec chef
Verreault-Paul. La Constitution caquiste est une démarche coloniale qui fait
abstraction des droits ancestraux et des titres issus de traités des
11 peuples autochtones qui cohabitent le territoire avec la nation
québécoise.
Et pourtant des voix positives existent. Les
mémoires déposés ne se contentent pas de critiquer, ils proposent des solutions
concrètes, réalistes et porteuses d'avenir. Ils parlent de consultations en
amont menées spécifiquement auprès des Premières Nations et des Inuits. Ils
parlent de négociations de nation à nation fondées sur la reconnaissance mutuelle et le respect. Ils parlent de
coconstruction d'un cadre constitutionnel qui reconnaît explicitement
l'autodétermination des peuples autochtones et, ce faisant, adopte et
met en oeuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones. Ils parlent d'institutions partagées, de mécanismes permanents de
dialogue, de reconnaissance des 11 nations comme peuples distincts. Ces
propositions ne sont pas radicales. Elles sont cohérentes avec le droit
international. Elles sont fidèles à l'histoire politique du Québec lorsqu'il a
su faire preuve de courage et de lucidité. Elles sont compatibles avec une
vision solidaire et progressiste de l'avenir.
M. le Président, une constitution ne peut pas
être écrite contre les peuples autochtones. Elle ne peut pas être écrite sans
eux. Elle ne peut pas ignorer leur souveraineté, leurs droits et leur existence
politique. Le projet de loi n° 1 échoue à cet égard. Il reproduit une logique
coloniale. Il bafoue les engagements internationaux du Québec. Il compromet
le processus de réconciliation législative.
Québec solidaire s'oppose donc au principe de ce
projet de loi. Nous croyons qu'un autre chemin est possible, un chemin fondé sur l'écoute, un chemin fondé sur
la reconnaissance, un chemin fondé sur une relation de nation à nation, de
peuple à peuple, et c'est ce chemin que nous continuerons de défendre. Merci,
M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Jean-Lesage. Je reconnais maintenant M. le député de Jean-Talon.
M. Pascal Paradis
M. Paradis : Lorsque le premier
ministre du Québec, dans une déclaration ministérielle, a annoncé le dépôt de ce projet de loi, qui contient, notamment, un
projet de constitution du Québec, j'ai donné la réplique à cette déclaration
ministérielle au nom du Parti québécois et j'ai d'abord souligné que ce projet
de loi, qui n'est qu'un projet de loi... Parce que tout le monde parle de la
Constitution. Il y a deux autres éléments dans ce projet de loi. Mais c'est un
projet de loi déposé par le gouvernement à
la fin de son mandat. Alors que le temps des travaux parlementaires nous
manque, alors qu'on est à la fin des huit années de pouvoir de la CAQ,
le gouvernement arrive avec ce projet de loi. Et j'ai dit, j'ai mentionné, essentiellement, qu'il s'agissait d'une
continuation de l'illusion de la troisième... de la troisième voie, cette
troisième voie qui est à la base de la création de la Coalition avenir Québec.
La Coalition avenir Québec dit : Bien, il y
a un débat sur l'avenir du Québec, et nous, on va proposer une autre façon de le voir. On est des fédéralistes, mais on
va aller chercher des gros gains avec une nouvelle stratégie qui est exposée
dans un document, le nouveau programme pour les nationalistes québécois, et qui
dit : Nous, on va être capables de réussir à changer le fédéralisme tout
en restant dans le Canada. Et il y a une liste de revendications qui sont
essentielles, selon la CAQ, selon la Coalition avenir Québec. Elle nous
dit : Notre raison d'être, c'est celle-là, au départ. Il a dit : C'est ça que nous avons... nous allons mettre de
l'avant. Donc, la promesse principale de la CAQ, celle qui est son ADN, c'est
celle de nous... de réussir là où il n'y a jamais personne qui a réussi depuis
la création du Canada en 1867, c'est-à-dire obtenir des oui à des
revendications légitimes du Québec, parce que ce n'est pas dans ce sens-là que
se développe le fédéralisme canadien. C'est un fédéralisme qui se développe à
l'encontre des volontés fondamentales du Québec.
Et ce qui est intéressant, c'est qu'il y a un
tableau dans le document de la CAQ, que j'ai évoqué, donc, en réponse à la déclaration ministérielle du premier
ministre, avec la liste des demandes essentielles. Il y en a 21. Et ça,
j'invite les Québécois à aller la voir, cette liste-là. Moi-même, je
l'ai publiée dans quelques-unes de mes... de mes publications, mais elle est sur le site de la CAQ. Tout le monde
peut aller la voir. Donc, ce n'est pas le député de Jean-Talon
qui parle, ce sont les faits qui parlent. Et, sur les 21 demandes,
il y en a exactement zéro qui a trouvé une réponse favorable, zéro.
• (12 h 30) •
Et le premier
ministre et ses ministres, année après année, ont réitéré des demandes. Par
exemple, en immigration, le premier ministre a écrit des lettres, le
premier ministre du Québec a écrit des lettres au premier ministre du Canada,
le mettant devant un énième ultimatum, en disant : Nous voulons tous les
pouvoirs en immigration parce que nous voulons déterminer nous-mêmes notre
politique d'immigration. Ça a été un refus sur toute la ligne. Protection du
français, il y a des demandes dans le programme de la CAQ, échec sur toute la
ligne. Aucune des demandes de la CAQ n'a trouvé une réponse favorable. La
nomination des juges... de juges québécois à la Cour suprême, donc un pouvoir
sur le choix des juges à la Cour suprême, c'est refusé. Le ministre de la
Justice continuer à prétendre qu'il y a du travail là-dessus, mais il n'y a aucun résultat, aucun résultat, il n'y en a
jamais eu, et le gouvernement fédéral jamais n'abdiquera ce pouvoir-là.
Transfert de points d'impôt aux provinces, zéro,
aucun... aucune avancée. Des transferts fédéraux équivalant au vieillissement
de la population, c'est dans le programme de la CAQ, zéro, aucune avancée.
Rapport d'impôt unique. En voulez-vous, un
exemple des problèmes de la paperasse, des dédoublements que cause le
fédéralisme, puis à quel point ça coûte cher? Une double fonction publique, un
double rapport d'impôt. Les Québécois, ils le voient à chaque année,
qu'est-ce que ça coûte, faire partie du Canada. Ça, c'est une
revendication : On va rapatrier ça au Québec. Zéro.
Les transferts de fonds fédéraux pour les
infrastructures. C'est intéressant, actuellement, on a... on a un débat sur
pourquoi ça a recommencé à coûter plus cher au Québec d'emprunter que l'Ontario
sur les marchés. Le ministre des Finances
inscrit lui-même, dans son analyse de la décote de Standard & Poor's, il écrit : Bien, c'est notamment parce que notre situation financière a été compliquée
parce que le fédéral ne nous envoie pas assez de fonds pour les
infrastructures. Ça, c'est dans sa déclaration écrite du
16 avril 2024.
Application
de la loi 101 aux entreprises à charte fédérale, zéro, aucune... aucun
gain. Prépondérance du Québec en matière de langue, d'immigration et de
culture, rien, zéro.
J'en passe, là, mais reconnaissance
constitutionnelle du Québec comme nation, c'est une revendication vieille comme
le monde dans notre fédération, toujours pas.
Encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans
les champs de compétence provinciale, parce que ça, on le sait, là, quand on
parle du ver dans la pomme du fédéralisme au Québec, c'est ça, c'est que, peu
importe ce que dit la Constitution, que voici ce que sont les champs de compétence
du gouvernement fédéral, et voici ce que sont les champs de compétence du
Québec et des autres provinces, et voici comment on devrait gérer le pays. Ce
qui s'est passé au fil des décennies, c'est que le fédéral a envahi tous les
champs de compétence du Québec, parfois dans le normatif, mais souvent en
dépensant de l'argent de nos impôts et souvent à l'encontre de la volonté de l'Assemblée
nationale du Québec.
Donc là, la CAQ dit : Nous, on a trouvé la
solution. On va vous livrer ça, l'encadrement du pouvoir de... du pouvoir
fédéral de dépenser. Zéro. Il n'y a rien qui a avancé là-dessus. Bilinguisme
obligatoire pour les juges de la Cour
suprême, zéro. Droit de veto du Québec sur les modifications
constitutionnelles, zéro. On va dans... On va... On va dans le sens inverse. On va dans le sens inverse. Nous,
on va modifier la structure de notre pays, mais on va le faire... même
si le Québec n'est pas d'accord, on va le faire.
Abolition aux réformes du Sénat, zéro. Abolition
de la fonction de lieutenant-gouverneur, ça, c'est dans le programme de la CAQ,
non seulement on ne l'a pas abolie, on l'a applaudie à tout rompre la dernière
fois qu'elle est venue ici. Donc, on continue à maintenir les structures de la
monarchie à l'intérieur de notre régime parlementaire. La monarchie, M. le
Président.
Donc, ça, c'est le bilan de la troisième voie
caquiste. Et arrive le projet de loi n° 1, qui est le
même miroir aux alouettes. Je veux dire, il
n'y a rien qui a fonctionné dans ce qu'on nous a... dans ce qu'on vous a dit
qu'on allait faire, et on va continuer à faire exactement la même chose.
Puis on va vous le mettre dans un document qui va tenter de donner l'illusion
au Québec qu'on a une constitution dont l'article premier dit que c'est le
document... la loi des lois puis qu'elle a préséance sur tout. Jamais cette
constitution qui est proposée par le projet de loi n° 1
n'aura préséance sur la Constitution canadienne.
Donc, l'article 1 de ce projet de
constitution contient cette continuation du rêve caquiste qui s'est transformé
en cauchemar, qui s'est transformé en échec monumental. La CAQ aura servi à
ça : faire réaliser à l'ensemble des Québécois qu'on
aura beau penser à le refaire, puis à lui donner des noms, puis à faire du
marketing sur la façon de réformer le fédéralisme de l'intérieur, ça n'arrivera
jamais. Le grand soir, le grand soir où le gouvernement fédéral va respecter le
Québec puis il va dire oui à ses demandes légitimes à l'intérieur du régime
fédéral, ce n'est pas arrivé. Pour que ça arrive, il va falloir qu'on se dise
oui et qu'on fasse un pays. Pour avoir une vraie constitution au sens juridique
du terme, ça prend un pays. Et, tant qu'on n'a pas de pays, on n'a pas de
véritable constitution au sens du document qui prévaut sur tous les autres, qui
est le contrat de société qu'on se donne tout le monde ensemble, et qu'on dit : Nous, comme société, voici comment on a
décidé de fonctionner. C'est ça, le véritable... la véritable intention d'une
constitution, et ça, on ne l'aura jamais tant qu'on restera dans le Canada.
Donc, ce que nous avons devant nous, c'est un
simple projet de loi d'une loi qui va s'insérer dans le cadre fédéraliste, qui
va rester soumis au carcan fédéral. Ça ne changera rien... donc rien au rapport
de force, malgré qu'on continue encore de prétendre que ça va le faire, que ça
va être un bouclier.
Bon, d'abord, je trouve ça paradoxal que, pour
des fédéralistes, on nous indique que, pour survivre à l'intérieur du Canada,
on a besoin d'un bouclier. Si on a besoin d'un bouclier, ça veut dire qu'on a
un problème avec le régime fédéral dans lequel on vit. Mais ça ne fera pas ça.
Ça ne changera rien parce que c'est encore la Cour suprême du Canada qui va
interpréter les lois fondamentales du pays en fonction de la vision fédéraliste
du fonctionnement de notre société, de la même Constitution canadienne qui a
fait en sorte qu'au fil des décennies le gouvernement fédéral a étendu ses
tentacules partout, qui fait qu'on paie 90 milliards de nos taxes et
impôts pour un gouvernement fédéral qui ne livre à peu près aucun service puis
qui vient en plus se mêler de nos affaires.
Donc, ce n'est pas une loi fondamentale, comme
le prétend le ministre de la Justice, parce qu'elle demeure subordonnée à la Constitution
canadienne qui, il faut le rappeler ici aujourd'hui, nous a été imposée, et, en
quelque sorte, certains nous ont même dit que c'est une... que c'est une entreprise
qui va donner de la légitimité à la Constitution de 1982, qui n'a jamais été acceptée par aucun parti politique à aucun
moment de la vie démocratique du Québec depuis qu'elle nous a été
imposée. Cette constitution a été négociée pendant la nuit entre les premiers
ministres de toutes les provinces et le premier ministre du Canada pendant
qu'on a laissé le premier ministre du Québec dormir. Et le matin, quand il
s'est réveillé, il y avait une constitution, le contrat fondamental du pays,
qui nous avait été imposée.
Le projet de loi n° 1
ne change rien à ça, ne change rien à l'histoire, ne changera rien au bilan
d'échec complet de la troisième voie caquiste à l'intérieur du régime fédéral.
Et c'est pour ça qu'il fallait donner l'heure juste aux Québécois là-dessus,
puis on n'a pas donné l'heure juste aux Québécois. L'heure juste, je le
réitère, c'est de dire : Pour avoir une
vraie constitution, ça prend un pays. Je l'ai dit et je le réitère, ce que nous
avons devant nous, c'est donc un projet de loi caquiste et fédéraliste
qui continue à entretenir une illusion. Ça, c'est sur le fond.
Et ce qu'on a entendu en consultation générale
ne change rien à ce que je disais au moment où le projet de loi a été déposé. Au contraire, ça renforce les
conclusions. J'ai posé la question à des experts constitutionnalistes qui sont
venus, à des organisations de la société civile qui sont venues,
certaines étaient plus ou moins favorables à ce projet de loi, mais je leur ai
posé la même question : Est-ce que ce projet de loi va changer quelque
chose au fait que tout ce qui est écrit là reste soumis, subordonné à la
Constitution fédérale? Et toutes et tous ont répondu la même chose : Non,
ça ne change rien. En fait, le ministre de la Justice lui-même a été obligé de
l'admettre assez rapidement, que, malgré ce qui est écrit dans sa constitution, non, ce ne sera pas la loi des lois et,
non, ça n'aura pas préséance sur tout le reste, ça va être soumis au
fédéralisme.
Ce qui n'a pas changé non plus, c'est la façon
dont ce projet de loi est arrivé ici. J'entendais le ministre de la Justice,
dans son allocution au début de ce débat, c'était hier, je pense, nous
dire : Je demande à tout le monde de s'élever au-dessus de la
partisanerie, parce que ce n'est pas une constitution caquiste, c'est une
constitution québécoise. Je le réitère, je
ne suis pas d'accord avec ça. C'est une constitution caquiste et fédéraliste.
Mais il nous invite à nous élever au-dessus de la partisanerie. C'est
dommage, mais un exercice qui a démarré dans la partisanerie peut
difficilement, ensuite, être transformé en un exercice collectif qui est fait
avec et pour toutes les Québécoises et tous les Québécois.
• (12 h 40) •
Le ministre de la Justice, avec quelques
personnes autour de lui, a rédigé dans son bureau, sans consultation préalable,
ce qu'il prétend représenter la volonté du peuple québécois. Malheureusement,
c'est très loin d'être la réalité, comme des centaines de personnes sont venues
nous le dire en consultation générale. Les gens disent : Bon, c'est bien,
vous nous convoquez ici, on a huit minutes pour vous dire ce qu'on pense
de tout ce que vous nous présentez, vous avez quelques minutes pour nous
répondre, et c'est ça qu'on a à dire, et c'est comme ça qu'on veut construire
le contrat fondamental de notre société?
Il y en a qui sont venus nous parler des
expériences récentes ailleurs dans le monde, de comment on a bâti une
constitution, comment on a mobilisé la population dans des débats vigoureux
qui, à la fin... Ça va être rare qu'on va dire
que ça fait l'affaire de 100 % des gens dans 100 % des cas, mais au
moins on a mobilisé la population puis on a discuté ensemble de ce qui
est notre contrat fondamental. Ici, on ne l'a pas fait. On ne l'a pas fait.
Plusieurs nous ont dit : Bien, le ministre
nous a téléphoné, on a eu une conversation, mais on n'a jamais vu de document,
on n'a jamais vu de proposition. Puis là le ministre débarque avec ça... en
fait, c'est le premier ministre qui nous l'a
présenté, puis ils débarquent avec ça, puis là ils disent : Ah! ça, ça
représente l'ensemble... ce que l'ensemble de la société veut, puis je veux qu'on se réunisse autour de ça, puis je veux
qu'on fasse preuve de hauteur. Bien, il aurait fallu faire preuve de
hauteur dès le départ.
C'est connu,
archiconnu aujourd'hui que, pour développer une constitution, ça prend une
mobilisation populaire. Il faut que tu en parles avant, il faut que tu
échanges, il faut que tu aies des débats vigoureux. Nous ne les avons
pas eus. Et notamment nous ne les avons pas eus avec les Premières Nations. Et
ça, juste pour cette raison-là, c'est une raison de ne pas avancer avec ce
projet de loi.
J'ai
posé la question au chef Verreault-Paul, qui est venu en consultation générale,
d'autres représentants des Premières Nations et des Inuits sont venus aussi
dire exactement la même chose, j'ai posé la question notamment, la même
question, au Grand Conseil des Cris et je leur ai dit : Est-ce qu'il y a
quelque chose à faire avec ce projet de loi? Est-ce qu'il est récupérable? Et
la réponse, ça a bien sûr été non. Non, parce que les Premières Nations, alors
que c'était la promesse du gouvernement et alors que c'est ce qu'il faut faire
aujourd'hui, en 2026 ou en 2025, au moment où le projet de loi a été
présenté... Il faut traiter de nation à nation. Si nous sommes encore dans le
chemin de la réconciliation, cette réconciliation, elle passe par des
consultations et un véritable dialogue sur le contrat fondamental dont on va se
doter. Et on ne peut pas dire : Bien, on vous a mis dans le préambule,
puis après ça il n'y a rien en ce qui vous concerne, puis là vous êtes ici en
consultation générale, donc c'est suffisant. Non, ce n'est pas suffisant.
Et le mot des
Premières Nations, c'est «irrécupérable». Si le gouvernement s'entête à
continuer avec ce projet de loi, ce n'est pas qu'on va avancer avec les
Premières Nations et les Inuits, c'est qu'on risque de frapper des écueils et
de ne pas contribuer à ce chemin qu'on essaie de tracer tant bien que mal vers
la réconciliation et vers l'établissement d'un contrat qui est à l'avantage
respectif de l'ensemble des Québécois et des Premières Nations et Inuits.
Donc,
cette absence de consultation, elle a été... ça a été, j'allais dire, souligné,
mais c'est quelque chose qu'on a... les gens l'ont... l'ont verbalisé
avec tellement de force que c'est un message qui doit se rendre au gouvernement.
Ce n'est pas la façon de développer un
projet de constitution, de présenter un projet de constitution et de mener un
des débats les plus essentiels qu'on devrait avoir dans notre société.
Ce qui fait en sorte que, si le gouvernement s'entête malgré tant d'opposition, il y aura une étude détaillée
d'un projet de loi qui contient toutes sortes de dispositions très importantes,
mais sur lesquelles il n'y aura ni
consensus, ni mobilisation, ni un... un ensemble d'avis qui va vraiment éclairer
le travail des législateurs que nous sommes.
On va nous
dire : Oui, on a reçu plein de mémoires, mais il y en a tellement qui nous
disent : Oui, mais on est pris avec ce qu'on nous... ce qu'on nous a
présenté puis on est partis de la mauvaise façon. Plusieurs nous ont dit :
Il y a des éléments qui devraient se retrouver dans n'importe quelle
constitution qui ne sont pas là. Pourquoi? Par ailleurs, on a mis plein de...
plein d'articles dont on se demande qu'est-ce qu'ils viennent faire dans un projet
de constitution puis dans un projet de loi
fondamental, ce que moi, j'appellerais les farces et attrapes qu'il y a dans ce
document-là, alors qu'on devrait parler de ce qui nous réunit, de ce qui
fait le plus consensus dans notre société. On n'est pas là. Donc, on n'a pas ce
qu'il faut pour bien travailler.
Alors, à la fin,
est-ce que ce qu'on a devant nous va changer quelque chose sur le partage des
compétences non seulement établies selon la
Constitution de 1867, mais comme il a été dévié de son sens initial par
150 ans de fédéralisme dominateur puis d'incursions dans les champs
de compétence du Québec? Non, ça ne changera pas, le projet de loi ne changera
rien là-dessus. Est-ce que ça va changer quelque chose au pouvoir de la Cour
suprême d'interpréter tous les droits fondamentaux, y compris tout ce qui se
retrouvera dans le projet de loi n° 1, si jamais il
est adopté par loi par le gouvernement? Non, ça ne changera rien, on va rester
soumis à l'interprétation de la Cour suprême du Canada, qui interprète, elle, la Constitution canadienne en
vertu de ce qu'elle... de ce qu'elle contient. On s'en souvient, la
Constitution commence par affirmer la suprématie de Dieu. Elle continue
plus loin en disant que le Canada, c'est un projet multiculturaliste. Bien sûr,
que la Cour suprême du Canada interprète tous les droits fondamentaux en
fonction de cette constitution canadienne.
Est-ce que le projet
de loi n° 1 va changer quelque chose là-dessus? Non, absolument rien.
Est-ce qu'il va changer la composition de la Cour suprême, le pouvoir neutre de
nomination des juges de la Cour suprême, la façon dont les juges de la Cour
suprême maîtrisent le français? Non. Puis ça, ce sont des éléments fondamentaux
à l'avenir du Québec. Est-ce que ça va empêcher la Cour suprême du Canada ou le
gouvernement fédéral, par ses lois souvent adoptées...
où on est minoritaires, hein, dans le régime fédéral, on est minoritaires, et
en diminuant, est-ce que ça va changer cette capacité des institutions
fédérales d'avoir un impact, par leurs actions, sur le Québec, qui est souvent
à l'encontre de la volonté de l'Assemblée nationale? Non, ça ne changera rien à
ça.
Donc, est-ce que ça
va empêcher soit le gouvernement fédéral ou soit la Cour suprême de charcuter,
par exemple, nos lois sur la culture, sur la
langue? Non. Est-ce que ça va nous donner plus de maîtrise sur les politiques
en immigration, qui sont au coeur de nos débats ici, à l'Assemblée
nationale, depuis des années, mais dont tout le monde ici convient qu'il y en a
une grande partie qui n'est pas dans nos mains puis qui est décidée par Ottawa,
souvent à l'encontre de la volonté du Québec? Non, ça ne changera rien, ça, le
projet de loi n° 1.
Est-ce que ça va
changer quelque chose sur le contrôle de nos frontières, de nos taxes et
impôts? 90 milliards qu'on envoie à
chaque année à Ottawa. Est-ce que ça va changer quelque chose à ça? Non, ça ne
changera rien. Est-ce que ça va changer quelque chose au fait qu'on a
juste 20 % des votes au Parlement à Ottawa et que ça va en diminuant? Non, ça ne changera rien. Est-ce que ça va changer
quelque chose au fait qu'on va continuer à se dire... à se faire dire quoi faire
dans la fédération canadienne? Non, ça ne changera rien à ça.
• (12 h 50) •
Donc, nous, au Parti
québécois, on ne peut pas se prêter à un exercice qui vise à maintenir
l'illusion du changement pour plus d'autonomie, plus de respect des compétences
du Québec à l'intérieur de la fédération canadienne. Ce n'est jamais arrivé. Ça
ne s'améliore pas, ça s'empire d'année en année, et ça n'arrivera jamais. Donc,
nous n'entretiendrons pas cette illusion, les risques que posent de plus en
plus... de manière de plus en plus claire le fédéralisme
pour l'avenir du Québec en matière économique, de politiques sociales, de
capacité de décider par nous-mêmes quelle
est notre posture à l'échelle internationale à un moment où plusieurs des
questions qui préoccupent les Québécois au jour le jour sont en partie décidées à l'échelle internationale, en matière
de commerce international, en matière de diplomatie internationale.
Je vais citer le premier ministre du
Canada : «Quand on n'est pas à la table, on est au menu.» Or, le Québec
continue d'être au menu, continue de ne pas être capable de faire entendre sa
propre voix, continue de ne pas être capable de défendre ses propres intérêts. Alors
que les nations européennes, alors que le premier ministre du Canada, alors
que les pays latino-américains, alors que l'ensemble du continent africain est
à la défense, actuellement, du principe de souveraineté, tout le monde parle de
l'importance du principe de souveraineté, c'est plus que jamais important pour le Québec d'assumer son destin en devenant un pays
indépendant, en parlant pour lui-même à l'échelle internationale, en prenant
les décisions, en fonction de ses intérêts, sur l'utilisation des taxes et des
impôts des Québécois, sur l'orientation des politiques publiques dans
tous les secteurs. Il est temps pour nous de faire comme toutes les nations
normales, et de décider par nous-mêmes, et de cesser de se faire dire quoi
faire par Ottawa.
Le projet de
loi n° 1 nous incite à continuer dans cette voie de
l'illusion de la fameuse troisième voie caquiste, qui est un bilan de sept à
huit ans d'échecs. Donc, pour cette raison, nous voterons contre le principe du
projet de loi n° 1. Merci, M. le Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Jean-Talon.
Nous poursuivons toujours sur ce débat, et je reconnais maintenant M. le
député de Saint-Jean.
M. Louis Lemieux
M. Lemieux : Merci
beaucoup, M. le Président. Il y a une phrase magique au Parlement et dans les
commissions : Considérant l'heure, compte tenu de l'heure. Voyant
l'heure, il y a un sujet, dans mon allocution, que je n'avais pas abordé, ce
que je vais donc faire avec vous maintenant, et pour revenir plus tard, en
début d'après-midi, parce que c'est un sujet important. C'est peut-être le
sujet du débat sur la Constitution qui a retenu le plus l'attention, le fameux
article 29, celui qui abordait la question de l'avortement. Ça a fait
parler tout le monde, même ceux qui ne comprenaient pas la dimension
constitutionnelle potentielle, parce que, on le sait, l'avortement, c'est un
sujet hyperdélicat, et, dans le contexte du projet de loi n° 1, ça a
attiré... ça a servi un petit peu de paratonnerre, ça a attiré beaucoup,
beaucoup, beaucoup les commentaires et les questions. Je vais vous dire comment
je vois et comprends ça, en commençant par vous
dire que le ministre de la Justice, qui a déposé le projet de loi n° 1, a
décidé de retirer l'article 29, et c'est pour ça que je voulais
vous en parler. Puis je trouvais que, dans mon allocution, ça faisait un peu
passé date, parce que ça fait déjà quelques jours que le ministre a annoncé
qu'il retirerait l'article lorsqu'on sera rendus en étude détaillée pour le
projet de loi. Je vais vous dire ce que j'en comprends, pas d'un point de vue
légal, quoique j'aime bien jouer aux avocats, mais
c'est des choses que je... que je ne maîtrise pas autant que les avocats,
encore moins que le Procureur général, mais, essentiellement, le
ministre de la Justice voulait s'assurer que, quoi qu'il arrive au cours des
prochaines années, des prochaines décennies,
les femmes du Québec ne se retrouvent pas dans la même position que les femmes
des États-Unis, les femmes
canadiennes, parce qu'on sait qu'au Canada il y a des projets de loi
régulièrement ou, en tout cas, des débats réguliers à la Chambre des
communes sur des matières reliées à l'avortement. Donc, le Procureur général,
dans son projet de loi, voulait... voulait vraiment protéger ce droit des
femmes à choisir au Québec, et donc il avait imaginé une phrase dans l'article 29
pour faire ça. Mais il se trouve que la ministre, à l'époque, la ministre de la
Condition féminine, il y a deux ans, avait aussi pensé et évoqué le fait
qu'elle aimerait légiférer pour la même raison, et, à ce moment-là, le tollé
des groupes de femmes, des groupes féministes, des groupes communautaires, des
spécialistes, entre guillemets, des questions de l'avortement avait dit :
Il ne faut pas faire ça, parce qu'à partir du moment où il y a une loi, au
Québec, sur l'avortement elle deviendra
attaquable, alors que les gens ne soupçonnent pas qu'aujourd'hui il n'y en a
plus, de loi. C'est un service de
santé, l'avortement, c'est décriminalisé, ce n'est plus dans le Code criminel.
Alors, il n'y a rien à attaquer pour ceux et celles qui sont de... ce qu'on
appelait à l'époque pro-vie, qu'on appelle maintenant antichoix, qui voudraient
réduire la capacité pour les femmes du Québec de choisir.
Donc, tout ça pour dire que le débat a été pas
foudroyant, mais a été très présent. Le débat... Au moment du dépôt du projet de loi, le débat en commission
parlementaire, pour les consultations particulières, et il y en a eu pas mal,
a beaucoup tourné autour de cet article 29 parce que ça a attiré
l'attention et parce qu'il y avait deux écoles de pensée. On dit ça souvent, hein, des écoles de pensée,
comme s'il y en avait juste deux possibles, mais, dans les cas où c'est très clivant,
comme celui-là, et surtout dans des cas comme ceux-là, où le commun des mortels
a de la misère à comprendre comment ça se
peut qu'une loi soit attaquée s'il y a quelque chose dans la loi qui dit qu'on
ne veut pas que ça arrive, bien, ça fait jaser.
Et, au final, le ministre s'est rallié, même
s'il a dit qu'il ne partageait pas l'opinion de tous ceux et celles qui lui demandaient de reculer et de retirer l'article 29
du projet de loi n° 1, même s'il n'était pas d'accord puis qu'il craignait,
en son for intérieur, qu'il puisse y avoir des problèmes à l'avenir, comme on
connaît en ce moment aux États-Unis, comme on a eu des épisodes à Ottawa, à la
Chambre des communes, qui pourraient nous affecter. Les femmes, et les groupes
de femmes, et les avocats, et les experts, et les spécialistes, en tout cas,
ceux qui sont venus nous voir en consultations particulières, nous ont
dit : Non, ne touchez pas à ça, ne touchez à rien, ne rentrez pas ça,
parce que, pour l'instant, on a une
meilleure protection, le moment venu que si on expose, en quelque sorte, un article
d'un projet de loi, qui deviendrait une loi, pour que ça puisse être
attaqué par ceux qui veulent l'enlever. Résultat des courses : il
n'y en a plus, d'article 29.
Donc, le projet de loi n° 1, si tant est
qu'on adopte ce principe, et c'est le but de mon allocution que je vous
présenterai au retour de la pause du midi, le projet de loi n° 1 sera
présenté à la Commission des institutions pour étude détaillée au cours, je l'espère, des prochaines semaines pour qu'on
puisse procéder à l'adoption de ce qui, pour moi, est fondamental.
Juste une petite
parenthèse au sujet de l'avortement et de l'article 29. J'étais le
reporter, à l'époque, qui a le plus suivi Chantale Daigle, à partir de son
premier... sa première apparition en Cour supérieure, à Val-d'Or, jusqu'à la fin de cet été-là en Cour
suprême, dans ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Chantale Daigle. À ce
moment-là, on ne pensait pas non plus que ça pouvait être attaqué. Mais,
bon, elle a gagné. Et c'est justement parce qu'elle a gagné qu'on pense
maintenant que c'est correct puis que c'est réglé pour toujours. On verra. Je
suis encore un peu, moi aussi, probablement
comme le ministre de la Justice, pas très certain de ce qui va arriver, mais
certain d'une chose, c'est que le ministre
a fait la bonne chose en ralliant ceux et celles qui lui demandaient de retirer
l'article 29 de son projet de loi pour être capables de procéder,
d'aller de l'avant avec sa constitution, son projet de loi n° 1.
Et je vous vois
debout. Je m'assois et je m'incline, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Saint-Jean. Alors, je
comprends que vous allez vouloir poursuivre.
Une voix :
...
Débats de fin de séance
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merveilleux!
Alors, tel qu'annoncé
précédemment, nous allons maintenant procéder aux débats de fin de séance.
Le premier débat
portera sur une question adressée par Mme la députée de D'Arcy-McGee à Mme la
ministre de la Santé concernant la situation
inadmissible de Mélissa et Jérémie, un couple de sans-abri vivant avec une
déficience intellectuelle, qui vivent dans la rue depuis trois ans.
Je
vous rappelle que, conformément à l'article 310 du règlement, le député
qui a soulevé le débat et le ministre qui lui répond ont chacun un temps de
parole de cinq minutes, et le député a ensuite droit à une réplique de deux
minutes.
Mme la députée, je
vous cède la parole pour une durée de cinq minutes.
Ressources d'hébergement pour
les itinérants en situation de handicap
Mme Elisabeth Prass
Mme Prass :
Merci, M. le Président. Comme vous l'avez évoqué, j'ai posé une question à
la ministre de la Santé et des Services sociaux ce matin à propos de la
situation de Mélissa et Jérémie, deux jeunes adultes avec une déficience
intellectuelle qui se retrouvent dans la rue depuis plus de trois ans. Et, je
vous avoue, M. le Président, je suis encore outrée de la réponse de la
ministre, que c'était le choix de Mélissa de se retrouver dans la rue, une
femme avec une déficience intellectuelle dont le système a échappé.
• (13 heures) •
Le Curateur public
nous dit qu'en 2025 il y avait au moins 64 personnes sous leur tutelle qui
se retrouvaient en situation d'itinérance. Et, quand on demande aux CISSS et
CIUSSS il y a combien de personnes dans des cas similaires que Mélissa et
Jérémie, ils n'ont pas de réponse. Donc, comment est-ce qu'ils sont supposés
prédire et avoir les ressources, les outils en place pour bien accompagner ces
personnes-là quand ils ne savent même pas combien de personnes avec une
déficience intellectuelle se retrouvent en situation d'itinérance? Et j'ai
moi-même un garçon qui a un trouble du spectre de l'autisme et une déficience
intellectuelle et l'idée qu'il se retrouverait dans la rue un jour parce qu'il
n'y a pas de filet social pour lui, je ne peux même pas décrire ce que ça me
fait.
Donc, la ministre
nous dit que Mélissa a refusé l'hébergement qui lui a été offert et qu'elle a
fait le choix de se retrouver dans la rue. L'hébergement qui a été offert à
Mélissa et à Jérémie était dans un quartier qu'ils ne connaissaient pas. Et je
cite : «Le couple était désorienté, et ils avaient perdu leurs repères.»
Donc, ce qu'on
demande, c'est qu'il y ait des... de l'hébergement adapté à travers la
province, à travers Montréal pour que chacun puisse se retrouver dans la
réalité et dans les circonstances dont ils sont... qu'ils connaissent, dont ils sont habitués. On a besoin de financement
pour des refuges et hébergements spécialisés, parce que, clairement, ce
n'est pas le cas présentement.
Depuis le... Dans le
premier mandat de la CAQ, il y a une augmentation de l'itinérance de 44 %,
et plusieurs de ces personnes sont des
personnes extrêmement vulnérables, des personnes en situation de handicap, avec
une déficience intellectuelle ou sur le spectre de l'autisme. C'est de
la maltraitance sociale, ce qu'on voit aujourd'hui.
Les refuges et
logements pour personnes itinérantes ne répondent pas aux besoins spécifiques
de cette population. Et ce n'est jamais à nous de mettre la responsabilité sur
une personne avec une déficience intellectuelle de s'organiser et de
s'orienter. Sans plan précis, il n'y a pas de responsabilité ni de résultat. Le
gouvernement n'a pas de stratégie ciblée pour les personnes ayant une
déficience intellectuelle ou un TSA qui sont en situation ou à risque
d'itinérance. On a besoin d'un gouvernement qui écoute, d'un gouvernement qui
comprend. Les réalités, pour chacun, elles sont différentes.
Quand le plan interministériel sur l'itinérance a été lancé, le
premier ministre avait inclus un mot pour dire que chaque réalité et les
parcours variés doivent être répondus en conséquence, que la situation d'une
personne itinérante, qu'elle ait des enjeux
de santé mentale, de toxicomanie, qu'elle ait perdu son logement parce qu'elle
ne pouvait plus payer son loyer, sont
toutes des situations à laquelle il faut que le gouvernement s'adapte parce que
ce n'est pas aux gens dans la rue qui sont en situation de vulnérabilité
de s'adapter à la réalité du gouvernement.
L'itinérance
ne se règle pas avec des solutions génériques pour des besoins spécialisés. Et Santé Québec a échoué. Et, hier, et je cite la ministre, elle a dit :
«Les personnes vulnérables qui doivent pouvoir recevoir l'accompagnement et le
soutien dont elles ont besoin.» Mais aujourd'hui le ton de la ministre a tout à
fait changé.
Mélissa et Jérémie, en 2025,
quand on les a connus pour la première fois dans les médias, ont dit : «On
ne veut pas vivre dans la rue, on veut un toit.» Un toit qu'ils peuvent
partager, parce que Mélissa et Jérémie, c'est un couple. C'est un couple qui
fait en sorte qu'ils dépendent l'un sur l'autre pour leur vie sociale, pour
leur sécurité, pour leur réalité. Donc, il faut leur trouver un toit qui est
adapté à leur réalité et qui les convient. Parce que, oui, on peut leur offrir
quelque chose, et peut-être ce n'est pas un bon «fit», disons, mais ça ne veut
pas dire qu'on arrête d'essayer. Et le CIUSSS du
Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal, là où la ministre était PDG auparavant, et je
cite, ont dit dans les médias : «Les équipes travaillent dans un contexte
complexe, avec des ressources limitées.» Des ressources limitées. Des
ressources limitées pour, encore une fois, deux jeunes personnes avec une
déficience intellectuelle qui sont très susceptibles quand elles sont en
situation d'itinérance. Ils sont vulnérables. Ils peuvent avoir des abus, les
gens peuvent facilement prendre avantage d'eux, et leur sécurité n'est pas
garantie.
Est-ce que la ministre — et je lui donne
une autre chance — peut
trouver une solution pour Mélissa et pour Jérémie pour qu'après plus de trois
ans dans la rue ils trouvent un toit qui leur convient, adapté à leur réalité?
Merci, M. le Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée. Mme la ministre, je vous cède la parole et je
vous rappelle que vous avez cinq minutes.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Oui. M. le
Président, bien, d'abord, je veux réitérer ici même, au salon rouge, que je
suis très sensible à la situation de Mélissa
et de Jérémie. Elle touche les collègues de cette Assemblée, elle touche les
intervenants sur le terrain, et surtout elle touche des êtres humains
qui vivent une grande vulnérabilité.
Je veux
commencer en le disant clairement : derrière les manchettes et les débats
politiques, il y a deux personnes avec leur parcours, leurs fragilités,
leurs limites, mais aussi leur dignité. Et ça, on ne doit jamais l'oublier.
Tant qu'une personne est reconnue apte, la loi ne permet pas de lui imposer un
hébergement ni des soins contre sa volonté. Et je ne veux pas rentrer dans le dossier personnel de ces deux personnes, mais,
vous le savez, j'ai eu l'occasion de le mentionner, Mélissa est apte, et
ça, ce n'est pas la ministre de la Santé qui décide de l'aptitude des
personnes.
J'ai demandé à Santé Québec de faire les suivis
nécessaires avec les organismes concernés ainsi qu'avec le Curateur public. Et j'espère que le Curateur
public nous écoute aujourd'hui. Les équipes demeurent pleinement mobilisées
et poursuivent l'accompagnement de Mélissa avec rigueur, avec
professionnalisme, avec humanité, dans le respect de ses volontés. M. le
Président, c'est important, le respect des volontés des personnes.
Comme ministre de la Santé, je ne ferai pas de
diagnostic sur ces deux personnes. Ce n'est pas mon rôle. Lorsqu'on a des
doutes sérieux concernant la capacité d'une personne à consentir, bien, il y a
des démarches qui doivent être entreprises auprès du Curateur public. C'est
important. On a une loi au Québec sur la curatelle publique. Il s'agit de processus qui sont très encadrés, qui
relèvent des tribunaux et qui exigent des étapes. Alors, le Curateur public va continuer son travail.
Cela dit, je m'attends à ce que tout soit mis en oeuvre sans délai pour assurer
un accompagnement soutenu, structuré, conforme aux obligations légales,
afin de protéger la sécurité et la dignité des personnes concernées.
Je sais que certains aimeraient que les choses
aillent plus vite, que tout se règle avec un claquement de doigts. C'est une
situation qui est extrêmement complexe, extrêmement complexe. Jérémie habite
maintenant dans une ressource d'hébergement.
Je ne rentrerai pas dans les détails non plus cette fois-ci, M. le Président.
Alors, c'est important, on doit
s'occuper de ces deux personnes. Santé Québec m'a confirmé qu'il y a des
intervenants impliqués dans les dossiers, des éducateurs spécialisés
notamment, mais aussi des travailleurs sociaux. Comme je viens de le
mentionner, je souhaite que le Curateur
public puisse intervenir selon la loi, M. le Président. Alors, la réalité,
c'est qu'il y a des dossiers, des situations comme celle-là, qui sont
complexes, et il faut le faire dans le respect des personnes. Ce n'est jamais
simple, M. le Président, et ce n'est surtout jamais linéaire.
• (13 h 10) •
Dans le cas de Jérémie et de Mélissa, une
proposition d'hébergement commun leur a été faite, elle n'a pas été... et ça
n'a pas fonctionné. Alors, on doit trouver une autre solution. Pour Jérémie,
comme je le disais, il y a actuellement un hébergement. Pour Mélissa, bien, il
faut qu'elle... étant donné qu'elle est apte, qu'elle soit accompagnée dans son
désir d'être hébergée. Alors, c'est important, on ne forcera pas les personnes.
On doit assurer la sécurité dans le respect des
lois, des mécanismes que nous avons au Québec. C'est important d'accompagner
Jérémie et Mélissa, c'est ça qui est le plus important, de les
accompagner en fonction de leurs besoins, et Jérémie et Mélissa n'ont pas les
mêmes besoins. Alors, c'est important que ce travail-là se fasse avec les
intervenants.
Alors, moi,
je m'assure, M. le Président, que les suivis soient faits. Je vais suivre cette
situation de très près, parce qu'elle me touche énormément, et je vais
m'assurer que des suivis soient faits dans le respect des droits des deux
personnes.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la ministre. Mme la députée, vous avez deux minutes pour votre réplique.
Mme Elisabeth Prass (réplique)
Mme Prass : Merci, M. le
Président. Je répète ce que j'ai dit ce matin : La sensibilité de la
ministre, ce n'est pas ça qui va faire en sorte que Mélissa et Jérémie sortent
de la rue. On a besoin d'un plan d'action spécifique pour les personnes avec une déficience intellectuelle ou un
trouble du spectre de l'autisme qui se retrouvent en situation d'itinérance,
car ce n'est pas un cas isolé, Mélissa et Jérémie. Et on
ne sait pas combien d'autres Mélissa et Jérémie sont dans les rues du Québec. Mélissa a également un diabète,
elle se retrouve dans la rue, c'est qui qui est là pour faire le suivi pour Mélissa?
C'est qui qui est là pour s'assurer qu'elle est prise en charge?
Et là la ministre nous dit que Mélissa est apte,
selon elle, mais, M. le Président, une personne avec une déficience
intellectuelle, par définition, malheureusement, n'est pas toujours apte à
prendre des décisions. Les gens qui côtoient
Mélissa, les intervenants dont on a entendu parler ne jugent pas que Mélissa
est apte, jugent qu'elle a besoin d'être encadrée et prise en charge. Donc, je
questionne vraiment le jugement de la ministre à cet égard.
La ministre nous dit que Jérémie est dans une
ressource, mais il dort dans la rue avec Mélissa parce qu'ils veulent être
ensemble, parce que l'un sans l'autre ils ne se retrouvent plus. L'hébergement
commun que la ministre a mentionné était loin de leur réalité, était loin du
coin qu'ils connaissaient, ça les a désorientés. Encore une fois, on parle de gens avec une déficience intellectuelle.
Ce n'est pas facile de s'organiser, de s'installer quelque part de nouveau
et comprendre c'est quoi, nos paramètres.
Est-ce que la ministre va faire le suivi avec
Santé Québec dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, dans les
prochaines années? Parce que le ministre, à l'époque, des Services sociaux,
avait également demandé à Santé Québec la
prise en charge de ces... de Mélissa et Jérémie, et, un an plus tard, ils sont
encore dans la rue. Et ça fait plus
de trois ans. Donc, je demande à la ministre de se mettre à la place de ces
familles, de ces personnes-là, et d'avoir du coeur, de l'empathie, de la
sensibilité, et de s'assurer que le gouvernement les prenne en charge.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée.
Alors, nous allons passer au prochain débat de
fin de séance, qui portera sur une question adressée par M. le député de Laurier-Dorion
à Mme la ministre responsable de
l'Habitation concernant l'augmentation des loyers dans les coopératives
d'habitation.
M. le député, je vous rappelle que vous disposez
de cinq minutes pour votre intervention, et Mme la ministre répondra à son
tour pour une durée de cinq minutes, et suivra votre réplique.
À vous la parole, M. le député, pour une durée
de cinq minutes.
Hausses de loyer dans les coopératives d'habitation
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Donc, aujourd'hui, lors de la période des questions, j'ai posé une question à la ministre, et je dois vous avouer, M.
le Président, que j'ai mis des gants blancs, des gants blancs pour poser cette
question-là, et j'ai expressément utilisé l'expression «c'est une main tendue»,
pour soulever une problématique qui est
l'augmentation des loyers dans les... dans une coopérative d'habitation, et
potentiellement dans beaucoup de coopératives d'habitation, une
situation qui pourrait, à terme, concerner quelque 8 500 logements,
habités souvent par... la plupart du temps par des personnes à faibles revenus
ou, en tout cas, de personnes pas très bien nanties. Et, malheureusement, et
malgré ma prudence, malgré ma bonne volonté, la ministre m'a répondu, comment
dire, de façon très, très sèche, d'une part, bien, ça, ce n'est pas le pire, on
est habitué à ce ton-là, à l'Assemblée nationale, mais, malheureusement, elle
m'a répondu avec des informations qui sont erronées. Et je dois... je dois
aujourd'hui profiter d'un débat de fin de séance
pour replacer certaines informations afin d'informer la ministre de la capacité
qu'elle a d'intervenir dans certaines situations, en tout cas dans la
situation des augmentations de loyer dans les coopératives. Parce
qu'aujourd'hui la ministre, lors de... lors de sa réponse en période de
questions, elle m'a dit que les coopératives peuvent recourir au Tribunal
administratif du logement, ce qui n'est pas exact, M. le Président, et je dois
rétablir les faits.
Je voudrais lui lire l'article 1955 du Code
civil, qui dit : «Ni le locateur ni le locataire d'un logement loué par
une coopérative d'habitation à l'un de ses membres, ne peut faire fixer le
loyer ni modifier d'autres conditions du bail par
le tribunal.» Fin de citation. Donc, on voit très bien que les personnes qui...
les ménages qui habitent dans une coopérative d'habitation ne peuvent
pas aller au TAL. Donc, je profite de ce débat de fin de séance pour informer
la ministre de cette information-là. J'espère que ça va lui être utile lorsque
moi ou d'autres personnes vont lui poser des questions. Les locataires, je
répète, les locataires d'une coopérative d'habitation — en fait, ce
n'est pas des locataires, c'est des membres,
en grande majorité — les
membres d'une coopérative d'habitation ne peuvent pas recourir à la fixation de
loyer au Tribunal administratif du logement.
Ceci étant dit, elle, par contre, elle a la
prérogative, en tant que ministre, d'agir sur la Société d'habitation, parce que, dans toutes les conventions qui lient
la Société d'habitation du Québec à des coopératives d'habitation, il y a une
clause qui dit, je cite encore une fois : «La société — sous-entendu
la Société d'habitation du Québec — peut, si elle est d'avis que la qualité de la gestion de
l'ensemble par l'organisme le justifie, renoncer à des exigences stipulées dans
la présente convention. Cet abandon
d'exigences doit être signifié par écrit par un représentant de la société
dûment mandaté.»
Allons-y,
voir la situation particulière que je lui ai soulevée aujourd'hui, et que,
visiblement, bien, la ministre a touché... a envoyé la balle à l'extérieur du
terrain, là. La coopérative Émile-Nelligan, à Montréal, comporte
142 logements pour des aînés
autonomes qui ont des revenus de moins de 40 000 $. Ce n'est pas
des gens riches, on s'entend. Les loyers, en 2023-2024, il y a
deux ans, trois ans, si... deux ans, c'était de 515 $ par mois.
Aujourd'hui, en ce moment, c'est 619 $ par mois. Et on lui demande... et
on demande à ses locataires, pour l'année 2026-2027, 685 $ par mois,
donc une hausse de 10,7 % pour cette année et une hausse de 33 % en
trois ans, ce qui, pour des locataires aînés qui vivent... qui n'ont souvent que leur pension, est nettement
exagéré. La coop est en excellente santé financière, elle n'a pas besoin
de hausse de loyer pour assumer ses charges.
Donc, ce qui se passe, là,
c'est que la convention dont j'ai parlé tantôt oblige les coopératives d'habitation
à augmenter les loyers automatiquement si
les loyers médians, dans une région donnée, augmentent. C'est une augmentation
automatique. Mais ce qu'on... ce qui est demandé à la ministre, c'est,
justement, d'intervenir pour faire en sorte de garder ces loyers plus bas et ne pas pénaliser davantage les locataires
aînés qui vivent dans ces coopératives d'habitation.
Est-ce que la ministre pourrait au moins
considérer d'utiliser ses pouvoirs? Je comprends qu'elle me dise : Ah non! je vais réfléchir, je ne veux pas me... pour
l'instant, il me manque des éléments. Parfait. Mais est-ce qu'elle pourrait
au moins réfléchir à l'opportunité d'utiliser sa prérogative?
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Laurier-Dorion. Mme la ministre, je vous cède la parole pour une durée de cinq
minutes.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx : Merci, M. le
Président. Ça va me permettre de mettre en perspective, là, les raisons pour
lesquelles les barèmes existent, à la Société d'habitation du Québec,
concernant les augmentations de loyer pour les locataires qui vivent dans des
coops d'habitation.
Au Québec, les coops d'habitation représentent
bien plus qu'un simple... une simple formule de logement, elles incarnent un modèle fondé sur la démocratie,
la solidarité, la prise en charge collective. Puis, pour bien comprendre
le fonctionnement des loyers en coop, c'est essentiel de replacer ce modèle-là
dans son contexte historique.
• (13 h 20) •
Développer... Le développement des coopératives,
ça s'est accéléré au XXe siècle, particulièrement dans les années 60
et 70. Dans un contexte de crise du logement, mobilisation citoyenne, des
organismes comme la Fédération d'habitation
coopérative du Québec ont joué, M. le Président, un rôle majeur dans la
structuration, défense, accompagnement des coops d'habitation à travers
toute la province.
Aujourd'hui, les coops d'habitation offrent une
alternative au marché locatif privé et, contrairement à un immeuble détenu par
un propriétaire unique cherchant un rendement financier, une coop appartient
collectivement à ses membres. Chaque
personne qui y habite est à la fois locataire et membre de l'organisation. Elle
participe aux décisions, contribue à la vie démocratique de la
coopérative. Ça a un impact direct sur la fixation des loyers.
Dans le
marché privé québécois, les hausses de loyers, effectivement, peuvent être
contestées devant le Tribunal
administratif du logement, qui applique un barème annuel pour déterminer les
augmentations raisonnables. En coop, c'est
très différent. Le TAL ne fixe pas les loyers des membres, la hausse des loyers
n'est pas imposée... unilatéralement, pardon, elle est décidée
collectivement.
Concrètement, le conseil d'administration de la
coop prépare un budget annuel. Ce budget tient compte des dépenses
d'exploitation, taxes municipales, scolaires, assurances, entretien,
réparation, services publics ainsi que la nécessité de constituer des réserves
pour des travaux majeurs à venir, comme par exemple une toiture, des fenêtres ou
encore un système de chauffage. À partir de ce budget, le conseil propose une
augmentation de loyer si nécessaire.
Cependant, ce ne sont pas les administrateurs
qui ont le dernier mot. Le budget et les hausses proposées sont présentés en assemblée générale. Chaque membre a
le droit de parole et de vote. La décision finale est donc démocratique. Ce
fonctionnement-là reflète l'un des principes fondamentaux de la coop : un
membre, un vote. L'objectif, ce n'est pas de maximiser les profits, mais
bien d'assurer la viabilité financière de l'immeuble tout en maintenant
l'abordabilité des logements.
En général, les loyers en coop se situent entre
75 % et 95 % du loyer médian du marché pour le logement comparable. Cette marge permet de demeurer en
dessous du prix du marché privé tout en couvrant l'ensemble des coûts
réels ainsi que des dépenses à prévoir.
Il peut arriver qu'un membre refuse la hausse
adoptée en assemblée générale. Dans tel cas, la situation peut devenir
délicate. Comme la décision a été prise démocratiquement, le membre est tenu de
respecter le règlement adopté. S'il refuse de payer le nouveau montant, la coop
peut entreprendre des démarches pouvant mener à son départ. Contrairement à ce
que prétend le député de Laurier-Dorion, elle peut également s'adresser au
Tribunal administratif du logement afin de faire trancher la question.
Toutefois, comme dans tout autre conflit, l'approche privilégiée en coop
demeure le dialogue et la recherche de solutions.
Par ailleurs, certaines personnes à faibles revenus
peuvent bénéficier d'un soutien financier important grâce au programme qu'on
appelle communément les PSL. Le programme permet de plafonner le loyer à
25 % du revenu brut du ménage. Ainsi, même si le loyer réel du logement
est plus élevé, le membre admissible ne paie qu'une part correspondant à sa
capacité financière, la différence est assumée par le programme du gouvernement
du Québec, mécanisme qui contribue à maintenir la mixité sociale au sein des
coops et à garantir l'accès au logement pour les ménages les plus vulnérables.
Les membres
de la coop pourraient également bénéficier du programme Allocation-logement, un
programme qui s'adresse à des personnes, à des familles à faibles revenus qui
utilisent une part trop importante de leur budget pour se loger.
En somme, M. le Président, le modèle coopératif
québécois repose sur un équilibre entre responsabilité financière et
solidarité. La fixation des loyers n'est ni arbitraire ni dictée par la logique
du profit, elle résulte d'un processus démocratique où les membres décident
collectivement des moyens nécessaires pour entretenir leurs milieux de vie. Les coops d'habitation démontrent qu'il est
possible d'offrir des logements abordables, stables et gérés par ceux et
celles qui y vivent. Elles constituent une réponse durable aux défis du
logement en plaçant la communauté et la démocratie au coeur des décisions
économiques de la coop. Merci, M. le Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la ministre.
Alors, M. le député de Laurier-Dorion, vous disposez de deux minutes
pour votre réplique.
M. Andrés Fontecilla (réplique)
M. Fontecilla : Merci,
M. le Président. De toute évidence, la ministre a rectifié un certain nombre
d'informations, mais elle maintient certaines formulations très, très
contestables, comme quoi les locataires, les membres d'une coop peuvent aller contester leur hausse de loyer au Tribunal administratif du logement. Je lui ai lu l'article 1955 du Code civil,
mais elle persiste à dire que c'est possible. Elle est visiblement mal
conseillée.
Ceci étant dit, M. le Président, là, dans le cas
de la coop Émile-Nelligan, là, ni le conseil d'administration de la coopérative
ni l'assemblée générale des membres de la coopérative, là, n'a pu s'opposer à
cette augmentation-là parce qu'elle est imposée par la convention avec... qui
lie la coopérative avec la Société d'habitation du Québec. Elle est obligatoire, elle est automatique, là. Et ce
que je plaide auprès de la ministre, puis évidemment elle ne veut pas utiliser
ses prérogatives, c'est de dire... parce qu'elle peut, elle a la prérogative de
dire à la SHQ : Cet article-là, pour cette coop-là ou pour l'ensemble des coops — là, c'est à elle de voir — on
va faire une exception et on va garder les loyers bas. Parce que ce qui
importe, aujourd'hui, M. le Président, là, et la crise du logement nous le
démontre amplement, la crise du logement, c'est une crise d'abordabilité,
c'est-à-dire que les gens consacrent une trop grande partie de leurs revenus au
loyer. Donc, il faut garder les loyers bas.
La ministre nous dit qu'il existe des
programmes, le PSL ou l'allocation de logement. Fort bien, mais, si on a un
modèle québécois d'habitation qui n'exige pas des investissements mensuels et
substantiels de l'État du Québec, bien,
c'est tant mieux. Essayons d'éviter que les loyers augmentent, surtout que
cette coop n'est pas en situation de... n'est pas en difficultés
financières, n'a pas besoin, dans l'absolu, du point de vue financier,
d'augmenter les loyers. Mais la ministre
refuse obstinément de baisser les loyers. Ça démontre la déconnexion, encore
une fois, de cette ministre et de toutes les autres ministres de
l'Habitation de la CAQ, là, face à la crise du logement.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de
Laurier-Dorion. Alors, voilà qui met fin aux débats de fin de séance.
Je suspends les travaux jusqu'à 14 h 30.
(Suspension de la séance à 13 h 26)
(Reprise à 14 h 31)
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Alors, bon après-midi à toutes
et à tous. Prenez place. Nous allons poursuivre nos travaux.
Projet de loi n° 1
Poursuite du débat sur l'adoption du principe
Nous étions à
l'adoption du principe du projet de loi n° 1, et le débat avait
déjà commencé. Et, pour poursuivre, donc, il y a le député de Saint-Jean,
que je reconnais tout de suite pour la poursuite de son intervention.
M. Louis Lemieux (suite)
M. Lemieux : M. le Président,
merci. Merci parce que c'est un cadeau que vous me faites en m'accordant la parole dans le cadre de ce débat sur l'adoption du
principe du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec,
qui, pour moi, est d'abord et avant tout une belle histoire, je dirais même une
extraordinaire aventure qui, je l'espère, passera à l'histoire,
justement. Et il faut que je vous explique la référence au cadeau, parce qu'à
chaque 24 juin, depuis que j'ai l'honneur d'occuper ce siège de Saint-Jean
en cette enceinte, je prononce un discours patriotique chez nous à midi, le
24 juin, pour la fête nationale, un discours public qui me permet de faire
une sorte de rapport et de rendre des comptes à mes concitoyens sur les
objectifs nationalistes que je m'étais fixés. Parce que, je l'ai toujours dit,
je suis un autonomiste, un partisan de la troisième voie, mais d'abord et avant
tout un grand et fier régionaliste et nationaliste.
Donc, le 24 juin dernier, j'ai rappelé à
mes concitoyens qu'après avoir adopté la Loi sur la laïcité et tout le reste du
bilan législatif du premier mandat de notre gouvernement, dont je suis
extrêmement fier parce que nous avions aussi remis à niveau et même, on peut le
dire et en être fier, remis aux normes la Charte de la langue française avec le
projet de loi n° 96 en 2022, donc, je leur ai
rappelé, à mes concitoyens, que notre gouvernement avait déposé et adopté ce
printemps-là, l'an dernier, le projet de loi n° 84,
la Loi sur l'intégration à la nation québécoise, qui
rajoutait à notre langue officielle et commune une culture commune. Parce que
c'est ça, l'intégration nationale, que je résume à une culture québécoise commune, parce qu'en fait, c'est le contraire du
multiculturalisme canadien, un vrai modèle sur mesure pour l'intégration
des nouveaux arrivants au Québec.
Et, si je vous
parlais de cadeau en me levant, c'est justement parce que ce que je disais à
mes concitoyens le 24 juin dernier, c'est que j'espérais tellement que, le
24 juin prochain, donc bientôt, cette année, je pourrais célébrer avec eux le cadeau que la nation québécoise allait s'offrir
pour sa prochaine fête nationale : l'adoption et l'entrée en vigueur d'une
constitution québécoise pour enchâsser ces lois fondamentales dont je parlais
et qu'on s'est données, justement, ces
dernières années, et quelques autres aussi, et de très importantes, comme la
Charte des droits, par exemple, et
d'autres lois dites fondamentales qui disent comment on veut vivre chez nous.
C'est ça qu'une constitution incarnerait et défendrait, c'est aussi
simple que ça : faire respecter ce que nous sommes dans cette fédération,
ce qu'on a longtemps appelé une société distincte. Ce qui me rappelle, et j'ai
toujours rêvé de prononcer ces paroles en cette enceinte, la fameuse phrase de Robert
Bourassa, vous vous souvenez : «Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le
Québec est, aujourd'hui et pour toujours, une société distincte, libre et
capable d'assumer son destin et son développement.»
Un
peu d'histoire, d'ailleurs, parce que ça, ces phrases-là, ces mots-là de Robert
Bourassa, c'était le 22 juin 1990, au lendemain ou presque de
l'échec du lac Meech, quelque 10 ans après l'échec du premier référendum
et cinq ans avant l'échec du deuxième référendum. Pour ceux qui ont oublié ou
qui sont trop jeunes pour ne pas avoir vécu ces jours politiques trépidants au
Québec, le lac Meech, c'était une tentative de rafistolage constitutionnel dans
la foulée du rapatriement de la Constitution
en 1982, que le Québec, à ce jour, n'a jamais signée. Et les deux référendums
perdus, malgré tout l'espoir qu'ils ont pu susciter, c'étaient des
échecs, de vrais échecs qui nous ont fait mal, pour ne pas dire qu'ils ont
affaibli le Québec.
Moi, je les ai vécus,
parfois même de très près, ces moments de notre histoire, ces échecs. Et c'est
beaucoup pour ça que je suis ici aujourd'hui, depuis sept ans. C'est pour ça
que je voulais venir siéger ici, à Québec, pour sortir le Québec de ce débat
louable et légitime, mais, au final, pas juste stérile, mais parce
qu'affaiblissant, nuisible, même, à notre émancipation, condamnés que nous
étions par cette dualité, ce bipartisme contre-productif. Et donc c'est pour ça
que je suis devenu autonomiste et de la troisième voie. Et c'est pour ça que je
suis de ceux qui appelaient de tous leurs
voeux une première constitution québécoise et que, donc, je suis comblé par le
projet de loi n° 1 que le gouvernement a déposé.
D'ailleurs, au fond,
le débat d'aujourd'hui porte sur le principe du PL n° 1,
avant de retourner l'étudier de manière détaillée en commission parlementaire
pour finalement l'adopter, je l'espère de tout mon être et du fond de mon coeur, cette loi constitutionnelle, cette
constitution qui consacrera ce que nous sommes et ce que nous voulons être comme
État fédéré dans cette fédération canadienne. C'est ça, la troisième voie, celle
du gros bon sens, celle de l'autonomie et
celle qui nous rassemblera tous, fédéralistes et souverainistes, de la gauche à
la droite du spectre politique, mais aussi nous rassembler, tous les
Québécois, les habitants de toujours, ceux d'avant et d'aujourd'hui et ceux de demain, nos enfants, petits-enfants, mais aussi
les nouveaux arrivants. Parce qu'au-delà de nos origines et de nos options et
orientations politiques nous sommes tous 9 millions de Québécois
aujourd'hui et nous devons, parce que nous le pouvons, avec une constitution
québécoise, protéger nos valeurs, notre identité, nos droits et nos
spécificités, en commençant par notre langue officielle et commune et notre
culture commune. Et, en le faisant, nous renforcerons notre autonomie, nos institutions et notre souveraineté parlementaire
pour, oui, rassembler les Québécoises et les Québécois autour d'un
symbole d'affirmation et de fierté.
On vient de tenir la
consultation générale la plus large depuis 10 ans à la Commission des
institutions sur le PL n° 1. 211 groupes, plus de 300 mémoires, des citoyens, des groupes
communautaires, des partis politiques, des spécialistes et des experts
sont venus commenter le contenu et le contenant. Toute la classe politique,
passée et actuelle, s'est fait entendre ici ou dans les médias. Par écrit ou en
ondes, les observateurs, chroniqueurs, analystes, influenceurs, anciens députés
et ministres devenus commentateurs au quotidien ont décortiqué la démarche, sa
manière, son intention, et quoi encore? Le gouvernement a écouté, et le
ministre aussi, lui qui avait préparé et présenté le projet de loi dans la
foulée du rapport, plusieurs mois plus tôt, d'un comité spécial qui avait aussi
consulté et étudié l'ensemble de la vaste question constitutionnelle et soumis
des recommandations, en commençant par l'idée d'une constitution. Le ministre a donc fait ce qu'il faut, il a accueilli toutes
les réactions, commentaires, recommandations et demandes d'ajout ou de retrait
du PL n° 1 et va, comme c'est
son devoir et son habitude, travailler avec les oppositions en étude détaillée,
en commission parlementaire, pour livrer la meilleure loi, la meilleure
Constitution possible à l'Assemblée nationale et aux Québécois. Oui, je sais, c'est compliqué, la procédure
parlementaire, et que dire du droit, de la législation constitutionnelle, et
donc, forcément, le processus qui vient avec aussi, mais nous avons
l'occasion et le devoir de mener ces travaux à terme.
La meilleure
démonstration de ça, je le disais, c'est que, depuis le fameux rapatriement de
1982, on ne s'est jamais entendu avec le
reste de la fédération. Ça fait 44 ans que ça dure et ce n'est sûrement
pas parce que tout le monde était d'accord ou même confortable avec la
Constitution originale.
En parlant de la
Constitution de 1867, rappelons-nous que cette idée d'une constitution
québécoise va et vient depuis le début de la constitution de la fédération, et
même avant, du temps des patriotes, qui se battaient pour le gouvernement responsable, ça fera bientôt
200 ans, et beaucoup aussi depuis notre Révolution tranquille. Daniel Johnson
père en parlait, en 1965, avec son slogan Égalité ou indépendance, et de
nombreux autres, et souvent après lui. Mais, jusqu'à maintenant, on se faisait
dire et on croyait qu'il fallait signer celle d'Ottawa de 1982 ou attendre un
grand soir pour s'en donner une, constitution.
• (14 h 40) •
Pourtant, il y a
cette troisième voie dont je vous parle, et c'est tout simple, on n'a qu'à
utiliser les moyens à notre disposition, et c'est ce que fait le projet de loi n° 1,
pour préserver les caractéristiques fondamentales du Québec en adoptant le PL n° 1, qui va nous
permettre d'accroître notre autonomie et d'assurer notre épanouissement en
fonction de nos priorités, de nos droits, de nos valeurs collectives, parce
que c'est comme ça qu'on vit, au Québec. Et ça, c'est une constitution, le miroir et le bouclier d'une nation. Nous avons une
opportunité historique de faire avancer le Québec, saisissons-la. Et,
s'il vous plaît, ne laissons pas le Québec embourbé dans l'attente pendant des
décennies encore.
Je voterai donc avec enthousiasme, et
empressement, et surtout fièrement pour le principe du projet de loi n° 1,
Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Merci, M. le Président. Et vive le
Québec!
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Saint-Jean. Nous poursuivons le débat. Cette
fois-ci, je reconnais Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme Désirée McGraw
Mme McGraw : Merci, M. le
Président. Alors, c'est à mon tour de prendre la parole aujourd'hui dans le
cadre du débat sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1, la Loi
constitutionnelle de 2025 du Québec.
Tout d'abord, je tiens à mentionner que ma
formation politique et moi déplorons que le gouvernement caquiste ait décidé de
politiser un projet de société qui aurait dû faire l'unanimité ou, du moins, un
consensus clair, net et précis. Je dirais même que c'est une occasion manquée
de rassembler tous les Québécois et toutes les Québécoises, parce qu'une
constitution, la loi de toutes les lois, doit être un projet de société, pas un
projet d'un seul parti et surtout pas un projet d'un seul ministre.
Le ministre de la Justice et ministre
responsable des Relations canadiennes aurait eu la chance d'entrer dans
l'histoire comme étant le père de la Constitution du Québec, mais, à la place,
il ne sera que l'auteur d'une constitution caquiste partisane. Le ministre
aurait pu anticiper et corriger les nombreuses lacunes de son projet de loi
s'il avait choisi de faire une vraie consultation et de nommer un comité
d'experts pour rédiger sa constitution, mais, à la place, il l'a faite sur le
coin de table, dans son bureau, si on comprend bien.
Rappelons qu'au départ le ministre ne voulait
même pas faire des consultations générales. Nous avons dû faire pression pour
qu'il accepte d'entendre la population. Et finalement il n'a accordé que
30 minutes à chaque groupe pour se faire entendre, mais, sérieusement, M.
le Président, c'est loin d'être suffisant pour rendre ce projet de loi
légitime.
Le ministre justifie son processus en disant
qu'il a consulté de façon informelle plusieurs intervenants et qu'il se base sur le rapport du comité Rousseau-Proulx
sur les enjeux constitutionnels, qui, lui, a consulté des dizaines d'experts.
Or, lorsqu'on lit le rapport Rousseau-Proulx, on constate même que les experts,
mandatés par le ministre lui-même, recommandaient une démarche transpartisane
qui prend en compte un large éventail d'avis d'experts et qui met la société
civile à contribution. Même Daniel Turp, avocat, professeur et ancien député de
l'Assemblée nationale, n'était pas capable de donner son appui au projet de
constitution sans savoir si le ministre allait corriger les nombreuses lacunes
de son texte.
Nous ne sommes pas les seuls à critiquer ni la
méthode du ministre ni le contenu de ce projet de loi. Parmi plus de
200 groupes que nous avons entendus, plus de 60 ont exprimé leurs
préoccupations dans le cadre des consultations, et c'est sans compter les
nombreuses lettres d'appui et mémoires qui n'ont pas été entendus.
En effet, l'Institut du Nouveau Monde propose,
et je cite, que «toute loi édictant une constitution du Québec soit fondée sur
une démarche de participation publique ouverte et structurée afin d'en assurer
sa légitimité et de représenter le plus fidèlement possible les besoins, les
intérêts et les aspirations de la population».
De plus, l'Union des municipalités du Québec déplore que, malgré les importantes conséquences
pour celle-ci, elle n'ait pas été
consultée. Le professeur Me Louis-Philippe Lampron souligne que le ministre n'a
pas suivi la recommandation du rapport Rousseau-Proulx et qu'on ne peut
pas considérer les travaux de ce comité comme une validation de l'absence d'une
vraie consultation.
Pour sa part, la Chambre des notaires souligne
que le ministre ne s'est pas inspiré des meilleures pratiques en la matière. Le directeur de l'Observatoire de recherche
sur les enjeux constitutionnels du Québec au sein de la fédération canadienne, Dave Guénette, souligne aussi que le
Québec ne doit pas reproduire à son échelle ce qu'il reproche au gouvernement fédéral. Même Droits collectifs du
Québec, qui était l'un des rares groupes à avoir approuvé le projet loi
du ministre, juge que le processus de consultations aurait pu être mieux.
Le ministre se fait donc critiquer par ses plus
fidèles alliés, M. le Président. C'est grave. Ça fait beaucoup de groupes qui déplorent grandement ce projet de loi,
le contenu et le processus. Il y a plusieurs lacunes. On va parler du contenu. Il
y a plusieurs lacunes au sein de ce projet de loi, et je vais en noter cinq.
Dans un premier temps, je note qu'il n'y a pas
de référence à l'environnement. Et d'ailleurs, en tant que nouvelle députée,
j'ai... mon premier projet de loi que j'ai... que j'ai soumis, que j'ai déposé,
je me suis inspirée de notre ancienne ministre de l'Environnement, Isabelle
Melançon, et j'ai repris son projet de loi, que j'ai proposé, projet de loi n° 193, effectivement, puis c'est un projet de loi qui a...
qui cherchait à modifier la Charte des droits et libertés de la personne afin que le droit de toute personne de vivre dans un environnement sain
et respectueux de la biodiversité soit reconnu
à titre de droit fondamental, donc, pas juste dans le préambule, mais aussi
suite à l'article 1. Donc, tout ça, c'est... on n'en parle même
pas. Il y a beaucoup, beaucoup de groupes qui ont... qui ont parlé de cette
grande lacune.
Dans un
deuxième temps, l'absence de protection et de reconnaissance des droits de la
communauté anglophone, M. le Président, communauté historique au Québec,
qui ont aidé à bâtir le Québec. Et, bien que ma famille n'est pas au Québec depuis trop longtemps, mes parents sont
venus avant que je sois née, sont venus de l'Ontario, des États-Unis, qui ont choisi de faire leur vie ici, qui allaient
rester pendant deux ans, comme prof d'université et aussi étudiante en maîtrise
à l'université de McGill, ils sont tombés en amour avec le Québec. Ils ont
choisi de faire leur vie ici. Ils ont choisi d'envoyer leurs enfants, avant la
loi 101, faire leurs études primaires, secondaires et cégep en français
exclusivement. Et c'est pour ça que je suis ici aujourd'hui, à l'Assemblée
nationale, par ce choix éclairé de mes parents, de m'avoir envoyée, par choix,
à l'école en français. Et c'est toute une fierté, M. le Président, puisque je
suis fière anglophone et francophile. Et je dirais que la plupart, la grande
majorité des anglophones au Québec sont francophiles. C'est pour ça qu'on est
ici, parce qu'on pourrait être ailleurs.
Et on n'est pas juste des anglophones. Moi, je
ne suis pas anglophone de l'Ontario, de la Colombie-Britannique, des
États-Unis. Moi, je suis anglophone du Québec. C'est toute une fierté. Puis on
est différents des autres anglophones justement parce
qu'on vit, on grandit, on étudie, on travaille au sein d'une majorité
francophone. Et c'est une richesse. Et tous
les sondages, les études, même d'Angus Reid, démontrent que 93 % des
anglophones au Québec veulent promouvoir et protéger le français. C'est
un objectif partagé par tous les Québécois. Je dis tout le temps que les
anglophones, nous sommes une solution à cultiver, pas un problème à écarter.
Et, malgré
tout cela, M. le Président, notre fierté d'être Québécois, notre fierté d'être
des anglophones au Québec, on ne
reconnaît pas du tout la protection et la reconnaissance des droits d'une
communauté historique. La seule mention des droits de la communauté
anglophone se trouve dans le préambule de la Constitution, je cite :
«Considérant
que l'État du Québec entend poursuivre cet objectif dans le respect des
institutions de la communauté québécoise d'expression anglaise.»
Or, l'ensemble des groupes de la communauté
québécoise d'expression anglaise nous ont fait part de leurs grandes
préoccupations de ne pas voir leurs droits être inclus dans la Constitution. L'Université
Bishop's souligne d'ailleurs qu'il faut inclure, et je cite, «inclure à la
Constitution du Québec des protections pour les institutions de la communauté
québécoise d'expression anglaise». L'Association des comités des parents
anglophones mentionne que, et je cite, «bien qu'il soit présenté comme une
affirmation de l'identité nationale québécoise, ce projet de loi renforce
considérablement le pouvoir de l'État, réduit la protection des minorités, limite
les recours juridiques et menace les institutions et les droits des anglophones
du Québec».
• (14 h 50) •
Je souligne, je prends le temps, M. le
Président. On comprend très bien que l'anglais est majoritaire au Canada et en Amérique du Nord, on sait, on le comprend,
c'est le... c'est un fait, mais au Québec, dans notre vie quotidienne, santé,
éducation, nous sommes une minorité linguistique. On l'est. C'est un fait.
Malgré qu'on fait partie, oui, d'une majorité anglophone au Canada et aux
États-Unis, mais ici, au Québec, nous sommes une minorité. Il faut protéger. Et
le Parti libéral du Québec, on est pour la protection des droits et libertés
de tous les citoyens, et notamment les minorités. Et ça, ça inclut la
minorité linguistique au Québec, et ça, c'est les anglophones, dont je suis
fière membre, anglophone, francophile, comme la grande majorité des
anglophones.
Le Comité
spécial sur la politique linguistique demande que, et là, je cite, c'est en
anglais, «a chapter of the law should
be dedicated to this recognition, this special status. If not, this legislation creates a structure of a
purely ethnocentric nation
comparable to a 19th century nation-state and not a dynamic, open society of
the 21st century». Le Québec,
ce doit être une société inclusive,
moderne, ouverte sur le monde, confiante, pas sur le repli sur soi-même. Ce
n'est pas le Québec de 2026.
Et je continue. Le English Language Arts Network
ajoute que, et je cite, «plusieurs communautés ne se reconnaissent pas dans ce
projet de loi». L'Association des commissions scolaires anglophones du Québec,
on a le EMSB, qui est basé à NDG, dans
mon... dans ma circonscription, contribuent au débat en disant, et je
cite : «La question que le ministre doit se poser, c'est :
Pourquoi autant d'anglophones ne se reconnaissent pas dans cette nation? Le
projet de loi omet toute reconnaissance des droits historiques de la communauté
anglophone.» Ils rajoutent, et je cite, que «ce
projet de loi porte atteinte à la démocratie québécoise et entraînerait des
répercussions néfastes pour l'ensemble du système d'éducation, avec des
effets particulièrement graves pour la communauté d'expression anglaise en
situation minoritaire». Même Daniel Turp, il
dit, et je cite : «Il faut enchâsser les droits collectifs, établissements
scolaires et certains droits individuels des anglophones.»
Donc, ça,
c'est important, M. le Président, parce que moi, je représente le comté de Notre-Dame-de-Grâce où plus que 50 % des citoyens, des résidents, s'identifient
comme étant anglophones. Et je dis «s'identifient» parce que ce n'est pas
nécessairement un certificat d'éligibilité. Ils s'identifient eux-mêmes comme
étant anglophones. L'identité, c'est : nous-mêmes, on s'identifie. Ça fait
que plus que 50 %. Donc, je tiens, M. le Président, à souligner cette
grande lacune, cette grande lacune.
Dans un troisième temps, il y a la limitation de
la capacité de contester des lois devant les tribunaux. Avec l'article 5
de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, le gouvernement tente de limiter
la capacité des organismes publics à pouvoir contester des lois qui les
impactent. Alors, ici, le gouvernement vient interdire à des organismes de
contester une loi, qu'il considère comme protectrice de la nation québécoise,
avec des fonds publics. Cela veut donc dire
que, par exemple, une université ne pourrait pas utiliser ses frais de
scolarité, une ville ne pourrait pas utiliser des taxes municipales, et
un ordre professionnel ne peut pas utiliser les cotisations de ses membres.
Sérieusement, c'est ridicule.
Et, je me permets de le dire, M. le Président,
on regarde ce qui se passe aux États-Unis, je me permets de le dire parce que je représente l'Assemblée
nationale, je copréside avec d'autres collègues dans la DANREU, c'est-à-dire
la délégation... l'Amérique du Nord et... de l'Assemblée nationale vis-à-vis
les États-Unis. J'y vais souvent, j'ai de la famille, mes parents viennent des
États-Unis. On regarde ce qui se passe aux États-Unis, et c'est très
préoccupant. On ne va pas aller dans cette
direction. D'enlever des droits dans une démocratie, c'est très dangereux. Il
faut porter... apporter une attention très particulière. Et on n'est pas
là pour enlever les droits. Et le droit de contester des lois devant les
tribunaux, c'est une... c'est un droit fondamental.
Donc, il y a beaucoup, beaucoup de groupes qui
se sont prononcés contre cet aspect, cette limitation de la loi : le bureau de coopération universitaire, l'Union
des municipalités, le Conseil
interprofessionnel du Québec, et j'en
passe, et j'en passe, l'Association canadienne des libertés civiles, la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse, le Barreau du Québec,
qui dit, et je cite : «Le projet de Loi constitutionnelle de 2025
introduit des mécanismes qui menacent la séparation des pouvoirs, musellent les
contre-pouvoirs, créent une instabilité juridique et affaiblissent les droits
fondamentaux. Ces changements risquent d'éroder les fondements de notre État de
droit et de compromettre la confiance du public envers ses institutions.» C'est
majeur, M. le Président. C'est le Barreau du Québec. Ce n'est pas moi qui le
dis, c'est le Barreau du Québec.
Dans une quatrième
limitation de ce projet de loi, c'est l'absence de considération des droits des
Premières Nations et Inuits. Les seules mentions de la loi... Et d'ailleurs
j'aurais dû commencer avec ça, j'aurais dû commencer avec ça, M. le Président,
avant de parler des minorités linguistiques, parce que c'est fondamental, les Premiers
Peuples, les Premières Nations, les Inuits. Et on devrait inclure la
déclaration, comme ils l'ont fait ailleurs au Canada, en Colombie-Britannique,
il y a bien des années, la Déclaration des Nations unies sur les droits des
peuples autochtones dans la Constitution, surtout que l'Assemblée a adopté,
dans le passé, une motion unanime pour la reconnaître. Dans tous les cas,
toutes modifications au projet de loi devront être faites en partenariat avec
les Premières Nations. Donc, une limitation majeure de ne pas reconnaître... de
considérer les droits des Premières Nations et Inuits.
Et une cinquième, et, on va dire, dernière
limitation, c'est le droit... c'est l'accès à l'avortement. Nous poussons un
soupir de soulagement que le ministre de la Justice soit finalement revenu à
son... ses sens et choisi de retirer l'article 29. Nous nous questionnions
cependant pourquoi le ministre n'a pas simplement profité de l'opportunité que nous lui avons donnée à maintes reprises, même
quelques heures avant l'heure de la séance de travail, pour corriger le tir,
ma collègue la députée de Robert-Baldwin, notre porte-parole en matière de
condition féminine, et aussi, évidemment, mon collègue porte-parole en matière
de justice, le député de l'Acadie. Malheureusement, le mal est déjà fait.
Malgré le recul, en raison de son entêtement, le ministre a non seulement
donné, pendant plusieurs mois, une opportunité pour les groupes antichoix... Parce que c'est une question de choix, M. le
Président. On peut avoir nos pratiques et nos croyances personnelles, mais on ne les impose pas sur les
autres. C'est ça, être pro-choix. On peut faire ce qu'on veut dans notre vie personnelle, mais on ne l'impose pas aux autres.
C'est ça, être libéral, effectivement : on n'impose pas sur les autres nos
choix et nos croyances personnels.
Mais, en raison de son entêtement, le ministre a
non seulement donné, plusieurs mois, une opportunité pour ces groupes à se
faire entendre mais a forcé les organismes pro-choix à y consacrer des
ressources qui auraient pu être utilisées
pour combattre la désinformation et assurer un service pour les femmes du
Québec, M. le Président. Sans oublier que
le ministre a aussi nui aux travaux de la commission puisqu'en raison de son
débat inutile la commission a eu moins de temps pour se consacrer à
analyser les autres dispositions du projet de loi.
Je vais
terminer avec mon comté, M. le Président, avec le temps qu'il me reste, et je
vais... je vais parler... je vais prendre ce moment de parler en
anglais.
I would like to speak about the
riding that I proudly represent, NDG, Notre-Dame-de-Grâce. It's celebrating its
150th anniversary this year, in 2026, and ours is a community that is
highly diverse, multilingual, and deeply inclusive, a place where Francophones, Anglophones and
allophones live side by side. I often say, “Actually, Québec needs more NDG, more
of that approach, that open, inclusive, diverse approach.”
And Bill 1
constitutionally entrenches the collective rights of the Québec nation, rooted
in its French-speaking majority, which, of course, we recognize, but it does
not provide equivalent constitutional protection for linguistic minorities, including the historic English-speaking
community that has helped build this province for centuries.
English-speaking community has helped build the province. It creates... This
law, this «projet de loi», this
bill creates a hierarchy of rights: collective majority rights elevated to
constitutional status, while minority protections remain statutory, and therefore more easily amended and
overridden. And there is a saying, Mr. President, that the greatness of a nation
is determined by how it treats its minorities. And this bill goes in the
absolutely wrong direction, and therefore undermines the greatness of the
Québec nation. It's going in the wrong direction.
In NDG, the message that's
going to be heard by seniors is that you're not equal, that there are some
citizens that are more important than others. It's going to send that message
to seniors and our youth.
• (15 heures) •
Alors, en conclusion, M. le Président, pour
toutes ces raisons-là, les lacunes aussi, l'impact sur ma communauté à
Notre-Dame-de-Grâce, nous allons... la conclusion est simple, le gouvernement
doit retirer le projet de constitution, car il est vicié par son processus
d'écriture, il néglige la reconnaissance et la protection des droits des Premiers
Peuples ainsi que les anglophones, les minorités linguistiques, ne reconnaît
pas le droit à l'environnement et limite l'accès aux tribunaux. En démocratie,
une telle loi ne peut pas être adoptée. Merci, M. le Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Nous poursuivons ce débat
sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1, et je reconnais M. le
député de Maurice-Richard.
M. Haroun Bouazzi
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Quel rendez-vous manqué! Je me lève aujourd'hui devant vous avec une
immense tristesse. Les quatre partis représentés aujourd'hui dans cette
noble institution veulent une constitution. Quel rendez-vous manqué, alors que
nous aurions pu avoir le plus beau des processus, un moment où on donne la
parole au peuple, un moment où on travaille
tous ensemble, et un moment de cohésion, et un moment aussi de réparation avec
les Premières Nations.
Ce projet de loi pose une tonne de problèmes, M.
le Président, et je vais les aborder un par un. D'abord, je vais expliquer dans
quel contexte il arrive, dans un contexte où les reculs des contre-pouvoirs
sont nombreux. Je vais ensuite parler du processus qui a mené à ce... à ce
projet de loi, à ce projet de constitution caquiste, pour ensuite détailler
tous les problèmes qu'il y a en son sein et enfin parler de tout ce dont ce
projet ne parle pas.
Alors, d'abord, le contexte. Il faut comprendre,
M. le Président, qu'il y a quelque chose que je donne à ce gouvernement, c'est une forme de constance, de
rigueur, même, dans l'affaiblissement méthodique, projet de loi par projet
de loi, de nos contre-pouvoirs. Et laissez-moi vous faire une liste non
exhaustive de tout ce qui a été fait depuis l'arrivée de
la CAQ au pouvoir. Déjà, en juin 2019, rappelez-vous, M. le Président, le
même ministre, le ministre de la Justice, en décembre 2019... pardon, en juin
2019, passe la loi n° 9 où il jette à la poubelle
18 000 dossiers d'immigration qui étaient déjà dans la liste
d'attente, reniant ainsi un engagement. Et c'est aussi une constance de ce
gouvernement, c'est de renier des engagements. Le même mois, il adopte la loi n° 21, une loi qui rompt avec une histoire importante du
Québec qu'est l'histoire de la charte, qui a été adoptée, faut-il le rappeler,
à l'unanimité, modifiée à chaque fois à la quasi-unanimité. Non seulement il la
modifie sans unanimité ou quasi-unanimité, à la majorité simple, mais en plus
il le fait en utilisant le bâillon et la
clause dérogatoire, qui déroge à cette même charte. Avouez, M. le Président,
qu'il y a beaucoup de front, si je peux m'exprimer ainsi.
Et je vais accélérer parce qu'il y en a vraiment
beaucoup, et on a beaucoup de choses à aborder aujourd'hui. En décembre 2019, il affaiblit la Régie de l'énergie avec la loi n° 34. En février 2020, il abolit les commissions
scolaires, et on affaiblit, comme ça, les contre-pouvoirs en éducation.
En environnement, en février toujours, la loi n° 44
abolit le conseil de gestion des fonds
verts. Ensuite s'ensuit une longue période de deux ans où on n'affaiblit aucun
contre-pouvoir à travers des lois parce qu'en fait, pendant deux ans,
ils ont même fermé cette Assemblée et gouverné pendant plus de deux ans grâce à
des décrets, M. le Président. Avouez, comme souveraineté parlementaire, on a
déjà vu mieux.
Ensuite, ils reviennent. En juin 2022, la loi n° 96 affaiblit encore une fois la charte, et j'y
reviendrai plus tard. En février 2023, en environnement, encore une fois, avec
la loi n° 2, on affaiblit la Régie de l'énergie. En
santé, avec la loi n° 15 en décembre 2023, on
affaiblit les contre-pouvoirs dans le système de santé, où on enlève la voix du
peuple à l'intérieur des structures de la
santé au Québec. En mars 2025, avec la loi n° 93,
ils passent une loi sur mesure et sous bâillon pour Stablex, pour une
multinationale étrangère qui pollue nos territoires. En février 2024, on
affaiblit les droits des locataires avec la
loi n° 31. Rappelez-vous, M. le Président, la ministre,
qui voulait qu'on investisse dans... que les locataires investissent
dans l'immobilier, a enlevé les... les cessations de bail.
En mars... non, en mai 2025, avec la loi n° 84, on affaiblit encore une fois la Charte des droits et
libertés. En juin 2025, avec la loi n° 69, on affaiblit encore une fois la Régie de l'énergie. En mai
2025, on affaiblit le droit des travailleuses et travailleurs avec la
loi n° 89 qui touche au droit de grève, M. le
Président. En octobre 2025, la loi n° 94, dont on
voit aujourd'hui même les dégâts sur les pauvres dames qui s'occupent de nos
enfants à tous les jours et qui ont le malheur de jouir d'une véritable liberté
de conscience, eh bien, on vient les brimer dans leurs droits, encore une fois,
en utilisant la clause dérogatoire. En
octobre 2025, avec la loi n° 2, on a affaibli les moyens de pression des
médecins. Je dois donner quand même
quelque chose aux médecins, c'est qu'on ne touche pas comme ça aux droits
fondamentaux des millionnaires. Et aujourd'hui même nous avons abandonné
à peu près tout ce qu'il y a dans ce projet de loi là.
Ensuite, on
arrive à ce qu'on a décrit comme étant la stratégie de l'inondation de la zone.
PL n° 3, c'est les syndicats. PL n° 5, c'est le
communautaire... non, c'est le BAPE, pardon. PL n° 7,
c'est le communautaire. PL n° 9, encore une fois, les droits des minorités. PL n° 13, le droit de
manifester. Et, cerise sur le gâteau, et ce dont nous allons parler
aujourd'hui, c'est le projet de constitution. Avouez, M. le Président,
que ça fait vraiment beaucoup.
Donc, parlons d'abord du processus, un processus
illégitime, M. le Président. Ils n'ont aucun mandat électoral. Jamais ils ne
nous ont parlé de ce projet-là en 2022. Pas d'assemblée constituante citoyenne,
Constitution que tous les spécialistes considèrent comme une consultation de
façade, pas de cocréation avec les Premières Nations, rédigée à huis clos par on ne sait pas trop qui — c'est
sûr que le ministre de la Justice en a vraiment rédigé beaucoup, sinon
toutes — manoeuvres
partisanes pour une constitution traitée comme une loi ordinaire, pas de
processus d'adoption aux deux tiers. Avouez, M. le Président, qu'on a déjà vu
mieux.
Et ce n'est pas comme si on ne savait pas
comment faire, M. le Président. L'Organisation des Nations unies, notamment par
le biais du Haut-Commissariat aux droits de l'homme et des notes d'orientation
du secrétaire général, définit plusieurs
bonnes pratiques et principes fondamentaux pour garantir la légitimité d'un tel
processus, la loi des lois. D'abord,
il faut une participation la plus large et la plus inclusive possible. Et l'ONU
insiste sur le fait que les participations doivent se faire avant
l'écriture même de la Constitution. Dans un territoire comme le nôtre, avec
l'histoire coloniale associée à ce territoire, ne pas avoir consulté,
travaillé, cocréé avec les Premières Nations est un véritable scandale, et j'y reviendrai. Il faut une inclusion réelle des
groupes marginalisés et vulnérables. Il ne suffit pas de faire une consultation
ici, au sein de cette institution, il faut aller vers les gens. Et ce n'est pas
comme si on ne savait pas faire, M. le Président. Et enfin il faut une
intégration explicite des droits humains et des normes internationales. Je
rappelle ici que le Québec dit respecter le
Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Depuis 1976, c'est
un engagement. Et, encore une fois, c'est un engagement qu'on renie.
• (15 h 10) •
Ensuite, il y a les mécanismes pour l'écrire et
l'adopter. Il faut mettre sur pied ou une assemblée constituante ou confier la
rédaction à un comité transpartisan. Il faut un vote aux deux tiers et un
référendum, de préférence, une combinaison
de ces différents mécanismes. Et c'est les conditions pour qu'elle soit
légitime, tout simplement, car ce que le ministre nous propose est tout
à fait illégitime.
Ce n'est pas
par hasard, ce n'est pas par hasard que les constitutions françaises commencent
par «le peuple français proclame», que la Constitution américaine commence par
«we, the people of the United States», parce que les constitutions sont
faites par et pour le peuple. Celle-ci est faite par et pour le ministre de la
Justice, et elle devrait commencer par «nous, le ministre de la Justice, nous
proclamons», et c'est irresponsable.
Rentrons maintenant dans les problèmes qui
entourent le contenu même de cette Constitution caquiste, car elle n'est pas vraiment une constitution, appelons-la
caquiste. D'abord, il y a le recul pour les droits des peuples autochtones, l'affaiblissement
de la Charte des droits et libertés, l'affaiblissement du pouvoir judiciaire de
la société civile, la hiérarchisation des droits, qui affaiblit tous les droits
au passage, le droit de libre choix des femmes en matière d'avortement et le
Conseil constitutionnel. Nous allons aborder ces points un par un.
D'abord, pour les peuples
autochtones, ce projet de loi nie leurs droits ancestraux. Il leur refuse le
statut de peuple. Et ce n'est pas par
hasard, M. le Président, car c'est au peuple que les droits sont associés dans
la Déclaration des Nations unies des
droits des peuples autochtones. Il ne reconnaît en fait qu'un seul peuple, et
ce n'est pas eux. Ils se retrouvent seulement dans le préambule.
Vous le savez, M. le Président, une
constitution, dans un territoire comme le nôtre, peut être dans la
réconciliation décoloniale ou coloniale. Elle n'a aucune chance d'être neutre.
Or, elle n'est en aucun cas décoloniale, M. le Président. Pire, elle est un
recul, parce qu'elle nie les droits ancestraux issus des traités garantis dans
l'article 35 de la Constitution canadienne de 1982 et la jurisprudence
constitutionnelle applicable, évidemment, la Déclaration des Nations unies des
droits des peuples autochtones.
Je rappelle, encore une fois, qu'on a renié un
engagement à travers ce projet, le ministre de la Justice a renié un engagement
qu'en 2019, suite à l'Enquête nationale sur les femmes et filles autochtones
disparues ou assassinées, en mai 2019... En septembre 2019, il y avait la
commission Viens. Nous avons été toutes et tous troublés par ce que nous avons entendu, par toute la violence
structurelle, systémique que vivent nos frères et soeurs des Premières Nations. Et nous avons voté à
l'unanimité, dans cette Assemblée, et je cite, une motion qui dit que
l'Assemblée doit reconnaître les
principes... enfin, demande au gouvernement «de reconnaître les principes et
[...] s'engager à négocier la mise en oeuvre de la Déclaration des Nations
Unies sur les droits des peuples autochtones avec les Premières nations et les
Inuits», et cette Constitution fait exactement l'inverse de notre
engagement en 2019.
Ceci étant dit, laissez-moi vous donner un
exemple où il y a une certaine cohérence, malheureusement, dans le non-respect
des droits des peuples autochtones par ce gouvernement. La même année où nous
avons adopté cette motion, en 2019, donc, le
fédéral adopte la loi n° 92, une loi coconstruite avec les Premières
Nations qui affirme l'autonomie gouvernementale de ces derniers en matière de
protection de la jeunesse. S'ensuit deux réactions, une, par exemple, de
la Colombie-Britannique, qui ont adopté une loi qu'ils ont travaillée avec les
Premières Nations pour pouvoir faire en sorte que celles qui le voulaient
puissent avoir leur propre DPJ. L'histoire que nous avons avec les Premières
Nations sur les pensionnats autochtones... Imaginez quel moment important que
les législateurs de la Colombie-Britannique ont fait, ce moment de
réconciliation. Eh bien, au même moment, en 2019, le Québec s'est opposé devant
les tribunaux, devant les tribunaux, au motif que la famille est une compétence
provinciale et qu'il y a seulement deux ordres de gouvernement, provincial et
fédéral.
La Cour d'appel du Québec, en 2022, n'a pas
donné raison au Québec. Et dire qu'il y a seulement deux ordres gouvernementaux
est faux. La Cour suprême, en 2024, parce qu'ils portent appel à chaque fois,
hein, a encore une fois donné tort au Québec et donné le droit à l'autonomie
gouvernementale des Premières Nations de se gouverner, donc, soi-même en
matière de DPJ et de droit à la jeunesse. Malheureusement, dans cette
logique-là, et je pourrais nommer les
décisions qui touchent, par exemple, au manque de consultations par rapport aux
minières, par exemple, où, encore une fois,
ce gouvernement a porté des décisions en appel qui lui donnaient tort
concernant... concernant le non-respect des droits des peuples
autochtones... J'aimerais bien un verre d'eau, si possible. Ça... ça
m'aiderait.
Ensuite,
ensuite, parlons de la charte. La charte, M. le Président, nous l'avons
adoptée, la Charte des droits et
libertés, nous l'avons adoptée en 1975, six ans avant le fédéral. C'est
une fierté. En 1977, nous avons été la première juridiction d'Amérique du Nord à y intégrer la discrimination
sur la base de l'orientation sexuelle, la première, et c'est une fierté. Et, à
chaque fois, ces modifications sont arrivées après... à l'unanimité, ont été
votées à l'unanimité ou à la quasi-unanimité.
Il y avait des restrictions aux droits inscrits
à la charte, qui sont que les décisions, donc, qui... qui parlent des droits
fondamentaux doivent respecter l'ordre public et le bien-être général.
Rappelons, M. le Président, que nous avons
le droit de faire des lois qui sont contraires aux droits ou libertés sans
avoir à n'utiliser aucune dérogation. À partir du moment où il existe un
objectif réel et urgent, et qu'on puisse démontrer la proportionnalité, la
proportionnalité des mesures législatives, eh bien, il est tout à fait correct
de contrevenir, il est tout à fait correct de contrevenir à des droits
fondamentaux.
Rappelons,
par exemple, qu'il n'y a aucune clause dérogatoire utilisée, avant l'arrivée de
la CAQ, pour la loi 101, par exemple. Et donc la cour a décidé
qu'obliger les immigrants d'envoyer leurs enfants à l'école en français, même si c'était contraire à des droits fondamentaux des
immigrants, eh bien, c'était correct parce que la sauvegarde du français
était importante et en péril, et on pouvait
la démontrer si ces politiques-là n'étaient pas mises en place. Ce n'est
d'ailleurs pas ce que ce gouvernement fait.
• (15 h 20) •
Les droits fondamentaux, ce n'est pas rien, M.
le Président. Peut-être faire un peu d'histoire. Tout ceci découle de la
déclaration des Nations unies des droits de l'homme, qui a été faite juste
après... juste après la Deuxième Guerre mondiale, après la Deuxième Guerre
mondiale, après que, dans les années 30, malheureusement, pratiquement
toutes les législations occidentales avaient mis en place des politiques
antisémites.
Ici même,
rappelons-nous, le gouvernement Duplessis avait mis en place des politiques
antisémites, des politiques contre les Témoins de Jéhovah. Rappelons-nous la
loi cadenas contre les syndicalistes. Un moment triste de l'humanité,
les années 30. Et, petit à petit, nous sommes rendus... nous nous sommes
rendus à un certain nombre de gouvernements fascistes
à travers le monde, en Italie, en Allemagne, au Portugal, en Espagne, et il y
avait des collaborateurs, des gens qui ont collaboré avec ces régimes
fascistes, et ça a donné des dizaines et des dizaines de millions de morts,
dont un génocide, dont un génocide de 6 millions de Juifs.
Ils se sont dit : Plus jamais, nous allons
mettre en place des droits fondamentaux, pas des droits seulement, ils sont
fondamentaux — c'est
fou, là, qu'on ait à expliquer le mot «fondamental» — et
pour se dire : Voici comment c'est arrivé, comment est-ce qu'on peut
éviter de remettre en place des politiques qui nous ont menés vers la
catastrophe qu'a été la Deuxième Guerre mondiale, il y a un certain nombre de
règles.
Et j'aimerais vous lire l'article 18
pour que mes collègues de la CAQ et du Parti québécois sachent ce qu'il y a.
Peut-être qu'ils ne l'ont jamais lue, la Déclaration des Nations unies. À
l'article 18, on dit : «Toute personne a droit à la liberté de
pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté de changer
de religion ou de conviction ainsi que la
liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seul ou en commun, tant en
public qu'en privé, par l'enseignement
des pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.» Cette règle-là, là,
c'est pour éviter qu'une majorité diabolise une minorité et commence à
leur enlever des droits gratuitement.
Bref, en 2018, nous
avons une charte dont nous sommes fiers, et là la CAQ arrive, et s'ensuit un
certain nombre de projets de loi qui, un à la fois, dérogent à la charte sans
jamais donner d'explication, mais, en plus, l'affaiblit. La loi n° 21, la loi n° 96, la loi n° 84, la loi n° 94, et maintenant le
projet de loi n° 9, toutes utilisent des clauses dérogatoires pour
déroger aux droits fondamentaux. Ce n'est pas rien. Dans les droits
fondamentaux, il y a le droit à la vie, il y a le droit de ne pas se faire
torturer, il y a le droit à la santé. Ce n'est pas rien de déroger à ces
droits. Mais, en plus, en plus de l'ordre
public et du bien-être général, donc, qui sont les limites déjà inscrites à la
charte, ils rajoutent la laïcité en 2019, la protection du français
en 2022 et le modèle d'intégration en 2025, tout en dérogeant à la même charte.
Pour le modèle d'intégration, c'est quand même, en plus, une innovation.
C'est que les valeurs que c'est censé défendre sont définies par décret par le
ministre, c'est-à-dire que, concrètement, le ministre de l'Immigration va
pouvoir rajouter des choses qui se
retrouvent directement, en fait, à l'intérieur de la charte sans même passer
par cette noble institution. Ça fait que ça, c'est notre situation
actuelle.
Qu'en est-il de cette
Constitution? Tenez-vous bien, M. le Président, parce que, là, ça se complique.
D'abord, plutôt qu'avoir une charte qui est quasi constitutionnelle, au-dessus
de tout le reste, toutes les lois, le Code civil, les règlements — le
Code civil, aujourd'hui, s'interprète en harmonie avec la Charte des droits et
libertés — bien,
on rajoute toutes sortes de choses.
D'abord, dans les conditions, on rajoute les droits collectifs, et j'y
reviendrai plus tard, on rajoute une
section dans la charte qui dit que la charte elle-même s'interprète en harmonie
avec le Code civil — donc,
ce n'est plus juste le Code civil qui est en harmonie avec la charte,
l'inverse est vrai aussi, et donc on affaiblit la charte en faisant ça — mais
aussi en harmonie avec la protection du français, les droits généraux... les
principes généraux du droit, la laïcité, le modèle d'intégration. Bref, on y rajoute toutes sortes de conditions.
Et puis on élève au niveau quasi constitutionnel la Constitution, la laïcité, l'intégration, la Charte de la langue française, l'autonomie constitutionnelle et on inscrit à
l'intérieur de ces lois une clause
qui dit qu'elles protègent la nation, l'autonomie constitutionnelle et les
caractéristiques fondamentales du Québec.
Et
vous me direz : Mais pourquoi inscrire tout ça à l'intérieur? Bien,
figurez-vous, M. le Président, que, malgré le fait qu'ils affaiblissent
cette charte, qu'elle est de moins en moins opérante, en plus, ils ne se
satisfont pas de ça.
L'article 9 dit
qu'une loi peut inclure une clause de souveraineté parlementaire sans
contextualiser ou sans justification, ce qui fait qu'aucune violation du droit
ou d'une liberté ne peut être invoquée. Vous imaginez? N'importe quelle
majorité, demain matin, choisit n'importe quelle loi, rajoute cette clause, et,
bam! sans même besoin de dire ni pourquoi ni dans quel contexte, plus aucun
droit fondamental ne peut s'appliquer devant les tribunaux.
L'article 5
dit que, dès qu'on invoque dans une loi, n'importe laquelle, avec une majorité,
encore une fois, que la loi protège la nation québécoise, l'autonomie
constitutionnelle, les caractéristiques fondamentales, eh bien, les organismes
qui reçoivent de l'argent public ne peuvent
plus la contester de facto parce qu'elles ne peuvent plus utiliser leur argent.
Et, dans la liste, figurez-vous, M. le Président, il y a toutes les
universités, le Barreau, tous les ordres professionnels, la commission des droits de la personne et de la
jeunesse, les municipalités. Donc, imaginez, demain, qu'un gouvernement fasse une loi contre les municipalités, les
municipalités ne peuvent pas aller contre le gouvernement devant les tribunaux.
Aujourd'hui, qui
utilise l'argent public? Je vais vous donner une... un exemple de très mauvaise
utilisation d'argent public en matière de droits fondamentaux. Et ça va vous
parler, M. le Président, j'en suis sûr. Il y a du profilage racial par la
police à travers les politiques d'arrestations dites aléatoires. Les études
pullulent, les études pullulent, qui disent que les Noirs, les Arabes, les autochtones
se font arrêter 400 % plus que les autres sans raison. Eh bien, la
Commission des droits de la personne fait partie des gens qui contestent ce
règlement de la police. Et, à chaque fois que la société civile a gagné devant
les tribunaux, ce gouvernement continue à engager de l'argent public pour
porter en appel et continuer ces politiques
discriminatoires, discriminatoires, qui font en sorte que nos concitoyens
noirs, arabes ou autochtones, malheureusement, ne sont pas les égaux des
autres. Eh bien, la Commission des droits de la personne ne pourra plus
contester des lois de profilage racial avec cette Constitution.
Mais
ce n'est pas tout, monsieur, ce n'est pas tout, M. le Président. Il y a
l'article 31 qui dit qu'il y a une présomption d'intérêt public aux
lois. L'État n'est pas tenu de démontrer que cette règle est à l'avantage du
public. Ça, ça rend tout sursis, toute injonction pratiquement impossible,
étant donné que le juge est obligé de considérer que tout est fait dans
l'intérêt du public. Et il ne peut même pas demander à l'État de se justifier.
Dans les procédures
d'appel, M. le Président, quand il y a un jugement relatif à la
constitutionnalité d'une loi, eh bien, il y a l'article 27 qui fait que
l'appel est accepté automatiquement pour le Procureur général du Québec et sur permission pour les autres parties. Alors, le
Procureur général du Québec, c'est le ministre de la Justice lui-même. Il se
donne des droits tranquillement, alors
qu'aujourd'hui c'est tellement grave, quand il y a une décision sur la
constitutionnalité d'une loi, que
c'est automatique pour tout le monde. Mais là, ce qu'il dit, il dit : Pour
moi, le ministre, c'est automatique, je peux aller à la Cour supérieure sans
avoir à ne donner aucune explication, mais, pour tous les autres, bien, ils
sont obligés de se justifier. En imaginant qu'il y a un sursis qui est
accepté par la cour, à ce moment-là, l'appel du Procureur général du Québec,
qui, rappelons-le, encore une fois, est le ministre lui-même, est accepté
automatiquement, alors qu'il est sur condition aujourd'hui, avouez, encore une
fois, qu'il y a une constance, une rigueur dans cette obsession d'accumuler du pouvoir autour du ministre de la
Justice lui-même, alors qu'une constitution vient justement, au contraire,
définir les règles du jeu et, parmi elles, définir les limites du pouvoir
exécutif.
• (15 h 30) •
M. le ministre, ce n'est
pas tout... M. le Président, ce n'est pas tout. Le... Ce gouvernement nous
dit : Attention! quand il y a un litige
entre le droit, l'égalité entre les hommes et les femmes et la liberté de
religion, nous allons hiérarchiser les
droits et faire en sorte que c'est l'égalité des genres qui gagne. Alors,
d'abord, théoriquement, c'est vraiment n'importe quoi. Bon, le ministre,
il doit être au courant, quand même, il est avocat. Tous les avocats, les
juristes sont passés pour nous dire à peu
près la même chose, un, que la hiérarchisation est contraire aux principes
fondamentaux de la charte, que les droits et libertés forment un tout, qu'ils
doivent s'interpréter les uns par rapport aux autres, car l'objectif n'est pas
d'en choisir un par rapport à l'autre. L'objectif, c'est de s'assurer... de
s'assurer que tous les droits à l'égalité puissent arriver. Les droits se
renforcent les uns les autres, et l'introduction d'une hiérarchie les affaiblit
tous, en fait, y compris le droit à
l'égalité. Et enfin, quand il faut vraiment choisir, bien, la justice,
effectivement, priorise toujours le droit à l'égalité entre les hommes
et les femmes dans la jurisprudence.
Et je vous donnerais quelques exemples de
jurisprudence. Il y a, en 2007, une décision de la Cour suprême qui a établi que la liberté de religion invoquée dans
le cadre d'un divorce religieux devrait s'effacer devant les conséquences discriminatoires
subies par l'épouse. En 2008, il y a des manifestations. Les tribunaux ont
déclaré une injonction contre les manifestations devant les cliniques en
Outaouais, devant une clinique qui... qui opérait des IVG, des avortements, pour que les manifestations se passent plus loin.
Et donc ils ont limité les droits fondamentaux des religieux et religieuses
qui manifestaient devant parce qu'ils considéraient que le droit des médecins,
et des patientes qui allaient là, et des... des infirmières et infirmiers était
plus important que le droit à la libre expression et à la liberté religieuse.
Mais le ministre, il nous sort toujours le même
exemple. Il nous dit... Voici son exemple. Il y a quelqu'un, un jour, qui est arrivé à la SAAQ. Il a dit :
Moi, je ne veux pas me faire servir par une femme. Et la SAAQ a dit oui. Et
donc c'est très grave. La SAAQ est... a demandé l'avis de la Commission des droits de la personne. La Commission des droits de la personne a validé la décision de la SAAQ. Et
donc la commission a décidé que le droit à l'égalité passait après le
droit à la libre religion.
Bon, alors, d'abord, le cas, il date de 2009. Ça
fait que, depuis 17 ans, il n'a pas trouvé un autre cas. Mais, très
étonnamment, M. le Président, je pense que le ministre n'a pas lu la décision.
Et c'est quand même quelque chose, hein, que
le seul cas qu'il nous donne date de 17 ans et qu'il ne l'a pas lu, parce
que je ne peux pas croire qu'il l'a lu. À la page 1 de la décision
de la Commission de droits à la personne, on dit qu'un accommodement
raisonnable ne s'applique pas lorsque la demande vient contredire un autre
droit, par exemple le droit de l'égalité des sexes, ne s'applique pas. Et ça continue à la page 1 pour dire :
«Selon cette politique, l'accommodement proposé — et j'y reviendrai — est de tenter de satisfaire la demande de la
clientèle sans pour autant porter atteinte aux règles de sécurité de droit et à
l'égalité entre les hommes et les
femmes. À cet égard, nous pouvons affirmer qu'il est exact qu'un accommodement
ne serait pas considéré comme raisonnable s'il avait pour conséquence de
porter atteinte au droit à l'égalité.»
Je suis très
heureux, M. le Président, que cette noble... ce noble auditoire, ce noble
auditoire ait rappelé l'importance de
dire les choses exactes, de dire les choses exactes. Et le ministre de la
Justice — je
suis sûr qu'il m'entend — ferait
bien d'aller lire les choses pour ne pas donner des choses inexactes à
la population.
Il n'a pas lu
la conclusion non plus parce que ce qu'elle dit, c'est que... Alors,
l'accommodement, figurez-vous... D'abord, cette personne, là, ce n'est
pas qu'elle ne voulait pas se faire... se faire servir par une femme, elle ne
pouvait pas être toute seule dans une voiture avec une femme. Et la SAAQ
n'était pas d'accord avec ça. La SAAQ lui a dit : Tu sais quoi, on va te remettre dans la file à chaque fois, et, à un
moment, par hasard, tu vas peut-être tomber sur un homme, et puis on va
aller de l'avant. Et ils ont dit : Comme ça, il n'y a personne qui se fait
discriminer parmi les gens qui travaillent à la SAAQ. Et par ailleurs, bien,
toi, tu veux un homme, bien, ou tu veux quelqu'un dans la voiture avec toi, ça
ne marchera pas, ça fait que, bon, on va se débrouiller pour que tu tombes sur
un homme un jour, aussi longtemps que tu refais la file. Vous imaginez? C'est
ça qu'a décrit M. le ministre comme étant la raison pourquoi on est en train de
chambouler tous les principes, tous les principes de droit. Et donc la
conclusion par rapport à cet accommodement dit : «Cet accommodement, tel
qu'appliqué, semble assurer le droit à l'égalité sans discrimination fondée sur
la religion des demandeurs tout en ne portant pas atteinte au droit à l'égalité
fondé sur le sexe des employés de la SAAQ.» Ça, ça veut dire que, même avec son
projet de loi, même en hiérarchisant, la Commission des droits de la personne
peut tout à fait redonner exactement la même décision. Le seul cas que le
ministre apporte. Aïe, aïe, aïe!
Pourtant, M. le Président, en matière d'égalité
entre les hommes et les femmes, il y a vraiment beaucoup à faire, beaucoup à faire. En 2024, le salaire
moyen des femmes était 9 % inférieur à celui des hommes. Et c'est encore
plus grand pour les femmes immigrantes, les femmes qui ne sont pas syndiquées,
qui gagnent en moyenne 14 % moins de l'heure que leurs collègues masculins. C'est aussi une
différence qui augmente avec l'âge, parce que les femmes ont plus souvent
des interruptions du parcours professionnel.
Ce gouvernement pourrait aussi... Et donc il faudrait améliorer l'application
des lois sur l'équité salariale. Ce
gouvernement pourrait augmenter aussi le salaire minimum, parce que, M. le
Président, je suis sûr que vous savez comme moi que les femmes sont plus
nombreuses, sont plus nombreuses au salaire minimum que les hommes. Il pourrait
rendre la contraception gratuite. Ce gouvernement a promis
50 000 places de garderie, il y a encore 30 000 enfants sur
les listes d'attente. Et on sait à quel point le fait de ne pas avoir de place
de garderie nuit particulièrement aux femmes, aux femmes monoparentales, bien
sûr, mais aussi aux autres, qui se retrouvent trop souvent à rester à la
maison. Et ce gouvernement, qui vient nous donner des cours sur l'égalité entre
les hommes et les femmes, qui ne fait pas tout ce que je viens de dire, en
plus, dans son dernier remaniement ministériel, a diminué la place des femmes
autour de la table des décideurs dans le Conseil des ministres.
Alors, ensuite vient le fameux article 29
sur le droit du libre choix des femmes en matière d'avortement. On l'avait dit depuis le début, c'est un écran de
fumée, il a été mis là pour pouvoir être retiré, pour qu'on puisse nous
dire : Oui, oui, on écoute, on
écoute, mais que ça utilise toute la plage de temps possible pour qu'on ne
puisse plus parler de tout ce dont j'ai parlé depuis le début. Mais
malheureusement, M. le Président... D'abord, le mal est fait, parce que, vous savez, les groupes
anti-choix, il y a deux choses qu'ils veulent : un, ils veulent une
loi, c'est ce que l'article 29 proposait, mais, deux, ils veulent un débat sur la question de l'avortement, parce
que plus on en a... en parle, plus ça leur fait de la publicité. Et enfin, en fait, même en enlevant
l'article 29, ce projet de loi est un danger terrible pour le droit à
l'avortement, parce qu'en fait tous les groupes sont venus nous
dire : Ne vous inquiétez pas, n'y touchez pas, parce que nos droits sont
garantis par la jurisprudence, par des décisions de la Cour suprême. Or, M. le
Président, les droits dont on parle, dont la
Cour suprême utilise pour avoir légalisé l'avortement et l'accès à
l'avortement, bien, c'est des droits fondamentaux, c'est le droit à la
vie, le droit à la liberté, le droit à la libre conscience, le droit à la
sécurité, le droit à l'égalité.
Et ce
gouvernement banalise l'utilisation de la clause. Ça fait que, demain, si un
gouvernement arrive et nous dit : Oh là là! c'est catastrophique,
on n'a pas d'enfants, au Québec, ce serait donc bien important, pour le bien de
la nation, de se débrouiller pour que les femmes aient le maximum d'enfants
possible, et qu'ils mettent les fameuses clauses dont je vous ai parlé de
souveraineté parlementaire, les clauses de protection de la nation, etc.,
sachant que même un des conseillers du ministre lui-même, pour cette
Constitution, nous parle, justement, des politiques natalistes, eh bien, il n'y
a plus aucune protection possible pour le droit à l'avortement, aucune. Et
c'est pour ça, M. le Président, que la banalisation
de l'utilisation des clauses dérogatoires, sans avoir à se justifier, mais
c'est un risque absolument incroyable, y compris aux droits des femmes,
y compris au droit au libre choix et à l'avortement.
• (15 h 40) •
Bon, maintenant, les groupes sont venus, et ils
nous ont parlé des vrais problèmes qui touchent à l'accès à la... au droit à
l'avortement, et ils nous ont fait une liste. Et j'espère que la ministre du
Trésor écoute et que le ministre de la Justice lui a fait parvenir, parce que
la situation est loin d'être rose, M. le Président. Et il y a toutes sortes
d'embûches, aujourd'hui, pour que les femmes puissent vraiment faire les choix
qu'elles veulent pour leur corps. Il faut améliorer la disponibilité
géographique, avoir plus de cliniques, déployer de nouveaux points en région,
particulièrement aux Îles-de-la-Madeleine, en Gaspésie, au Témiscamingue. Il
faut accorder un meilleur financement, du financement pérenne aux cliniques communautaires. Il faut créer un comité chargé
d'implanter les normes minimales pour coordonner les services, réduire
les barrières financières et matérielles, instaurer la gratuité des
contraceptifs, couvrir les frais pour les personnes vulnérables qui n'ont pas
de RAMQ, M. le Président, parce que les étudiants étrangers, les étudiantes étrangères, les travailleuses temporaires, les
personnes sans statut, les réfugiés... Ça, c'est les conseils du Collège des
médecins, de Dre Bois, de la Société des obstétriciens et gynécologues
du Canada, etc.
Et donc, plutôt que faire des stratégies avec
une législation et un débat que nous avons déjà eus en 2023, où la ministre de la Condition féminine avait déjà
proposé de mettre un projet de loi en ce sens et qu'ils avaient déjà reculé...
nous perdons du temps, du précieux
temps pour mettre en place... pour mettre en place des politiques réelles qui
améliorent le droit à l'égalité et le droit au libre choix des
Québécoises et Québécois, surtout des Québécoises dans ce cas.
Enfin, il y a
le Conseil constitutionnel, M. le Président. Donc, le Conseil constitutionnel,
c'est une affaire qui n'est pas dans
le système de justice, qui est... D'abord, commençons par ses membres, donc, on
n'exige même pas des connaissances en
droit, on n'exige même pas un amour des droits fondamentaux des Québécoises et
Québécois, on exige une orientation idéologique qui appuierait la vision
de la CAQ en matière de ce qu'ils appellent les droits collectifs. C'est un
conseil à nature politique. Vous savez qui peut demander des conseils à ce
Conseil constitutionnel? Bien, seulement la partie gouvernementale. Vous
imaginez? C'est-à-dire qu'un parti d'opposition, un citoyen, un groupe, la
société civile ne peuvent pas demander si une loi est constitutionnelle ou pas,
seuls l'Exécutif ou une majorité parlementaire ont le droit de poser des questions à ce conseil. Aïe, aïe, aïe!
Et, comme si ça ne suffisait pas, il donne juste des conseils. Ça fait que, si
ce n'est pas constitutionnel, bien oui, «tough luck», on peut continuer quand
même. Sans compter l'interdiction de la dissidence, qui est contraire au
principe de transparence de la justice. Ça va ouvrir la porte à des décisions
du conseil qui sont contraires aux décisions
des cours supérieures ou de la Cour suprême et, excusez-moi le mot, un bordel
pas possible en matière de droit.
Alors, nous avons parlé de ce qu'aborde cette
Constitution, mais il reste tout ce qu'elle n'aborde pas, M. le Président.
Évidemment, nous avons parlé des droits des peuples autochtones, ma collègue
avant moi a parlé des droits de la minorité anglophone. Il n'y a aucun mot sur
notre démocratie. Aucun. Imaginez, mais imaginez le rendez-vous manqué. Aucun
mot sur notre démocratie, même pas comment marche notre élection. C'était un
moment tellement incroyable pour pouvoir se dire comment nous allons démocratiser
notre démocratie. Les maires et mairesses sont venus nous dire : Mais on n'existe pas dans cette Constitution.
C'est un moment où on peut justement améliorer la prise de décisions
pour qu'elles soient prises au plus proche des citoyennes et citoyens. Il n'y a
rien sur le droit du vivant, sur la préservation du territoire.
Et donc, M. le Président, le ministre de la
Justice, hier, il nous a mis en garde, il nous a dit : Ah! assurez-vous de ne pas faire du temps, etc. Je veux... D'abord,
évidemment, je n'apprécie pas les mises en garde du ministre. Je pense qu'on est tous assez grands pour bien faire notre
travail. Mais, ceci étant dit, je veux le rassurer, il y a une véritable...
comment dire, un engagement à faire
en sorte non pas de respecter ce que le ministre a décidé de faire de cette
consultation, mais de faire ce qu'elle aurait dû être depuis le début,
c'est-à-dire un véritable espace démocratique où nous devons réfléchir à comment travailler sur la décolonisation, la
réconciliation avec les Premières
Nations. Nous devons réfléchir à
comment démocratiser nos
institutions. Que fait-on avec la proportionnelle mixte? Que fait-on avec la
décentralisation du pouvoir?
Et nous devons réfléchir, bien sûr, à
l'écologie. Une constitution, ça doit aussi garantir un avenir viable pour les prochaines générations. Il y a juste un
article qui parle de l'eau comme un bien, comme quelque chose qu'on peut vendre.
Rien sur les forêts, sur l'air, sur le
fleuve Saint-Laurent. Il y a énormément à faire pour faire en sorte que cette
Constitution s'assure... s'assure que les limites des capacités de notre
planète et de notre territoire soient respectées par ce gouvernement et tous ceux qui vont suivre, parce qu'un exercice
constitutionnel, techniquement, ce n'est pas pour une simple... pour
quelques années ou quelques mois.
J'en profite, M. le
Président, pour rappeler que les travaux sur la Charte des droits et libertés
ont commencé 10 ans avant, que la première proposition de texte est
arrivée en 1970, que ça a pris cinq ans pour adopter la Charte des
droits et libertés. Et le ministre nous dit, sans avoir prévenu personne :
Voici mon texte. Il fait une consultation. Il est très heureux d'avoir écouté
autant d'organismes. J'espère qu'il les a vraiment écoutés parce que la plupart
lui ont demandé de s'en débarrasser. Mais en plus, moi, honnêtement, je n'ai
jamais vu ça, c'était une demi-heure par groupe, ils avaient huit minutes
pour s'exprimer sur l'avenir du Québec. Mais, pire encore, on mettait deux,
trois groupes en même temps, ils avaient 2 min 30 s par
groupe pour parler d'un texte de 145 articles qui chamboule tout notre
système juridique, qui affaiblit nos contre-pouvoirs, qui affaiblit la société
civile et qui renforce... et c'est la trame directrice de ce projet de loi, qui
renforce le pouvoir du ministre lui-même.
Alors, j'ai ici, M. le Président — et il
ne me reste pas beaucoup de temps, ça fait que je vais vous épargner ça — une
liste, mais non exhaustive, je vais en lire quelques-uns, là : centrale
syndicale démocratique, la CSD, Centrale des syndicats du Québec, l'association
québécoise de défense des droits de la personne retraitée, l'Association
québécoise de défense des droits des personnes... l'Auberge du coeur, le Foyer,
etc., il y en a, comme ça, des centaines et
des centaines, et des centaines, maisons des jeunes, Mouvement d'aide et de
consultation sur le travail, Regroupement des aveugles et amblyopes du
Montréal métropolitain, regroupement des organismes communautaires de la
Gaspésie-Madeleine, Syndicat canadien de la fonction publique, Regroupement des sans-emploi, Réseau
international sur le processus de production du handicap, le CIUSSS de
l'Est-de-Montréal, le syndicat des travailleuses, travailleurs du CIUSSS de l'Est-de-Montréal, Syndicat des agents de maîtrise
de Telus, l'union des étudiants du Québec, etc. Tous ces gens, ils demandent
une chose, le retrait pur et simple de ce projet de loi.
• (15 h 50) •
Moi, je n'arrive pas à croire, M. le Président,
que ce ministre, très sérieusement, décide d'aller de l'avant. C'est un manque
de respect, vraiment, de ce qu'on aurait dû être... Ce n'est pas se comporter
en homme d'État. C'est décider de faire
quelque chose par lui, pour lui. Nous, notre job, dans cette consultation, M.
le Président, ça va être de s'assurer que cette Constitution, telle quelle, ne voit jamais le jour. C'est un
engagement que je prends devant tous ceux qui sont venus en commission nous dire à quel point ils étaient
terrifiés par les reculs des droits et libertés. C'est un engagement devant
ces centaines et ces centaines d'organismes qui disent qu'il faut absolument
reculer.
Et le plus triste là-dedans, c'est que,
malheureusement, après un exercice aussi grave que celui-là, ça va être
vraiment compliqué de redonner confiance aux gens concernant les processus de
constitution, car, oui, nous avons besoin de constitutions. Nous avons besoin
d'un moment où on se rallie alors que l'extrême droite est en train de monter partout. Trump, là, il adorerait gouverner
avec une constitution qui lui permet de rajouter des clauses pour sortir
des droits fondamentaux, qui lui permet de rajouter des clauses pour pouvoir
empêcher la société civile, le Barreau, la Commission des droits de la
personne, les universités, les municipalités de contester les lois qu'il met en
place, qui lui permet d'avoir des recours automatiques en matière d'appel,
alors que ses opposants ne l'ont pas, qui ne permet pas à ses opposants d'obtenir des sursis ou des
injonctions dans ce qu'il propose. C'est un rêve pour tout autocrate d'avoir
une constitution comme celle-là.
Et, pour conclure, M. le Président, le Québec a
été capable de choses absolument extraordinaires, vraiment. On a parlé, tout à
l'heure, de la charte québécoise des droits et libertés, un moment de
ralliement de tous les partis, de tous les partis, un moment de collégialité,
de travail ensemble. Le Québec a aussi été capable de choses qui ont été
vraiment moins glorieuses. Si on pense à ce qui s'est passé du temps de
Duplessis, si on pense à toutes les violations des droits des peuples
autochtones à travers le temps, eh bien, ce projet de loi ne se place pas du
côté glorieux de notre histoire. Ce projet de loi, à aucun moment, ne va
rassembler tous les législateurs ici présents derrière lui, et encore moins la société civile. Ce projet de loi est un projet d'un seul homme, d'un seul homme qui a décidé, au fur et
à mesure des projets de loi — d'ailleurs
ce n'est pas celui-là le premier, mais celui-là était quand même à l'apogée — de
concentrer, mais tous les pouvoirs possibles et imaginables,
plutôt que, justement, être à la hauteur de ces moments historiques que nous
avons eus.
Vous savez, la Charte des droits et libertés
québécoise, nous l'avons adoptée, personne ne nous l'a imposée. Les
conséquences de cette charte, c'est de limiter notre propre pouvoir. C'est des
moments importants, c'est des beaux moments démocratiques de limiter notre
propre pouvoir. Et qu'est-ce que nous dit ce gouvernement, depuis 2018, c'est :
Je peux déroger aux droits fondamentaux des Québécoises et Québécois sans avoir
à me justifier. C'est vrai sur la loi n° 21, 96, 84,
etc., et c'est encore plus vrai avec cette Constitution.
Il serait temps, à la place de travailler sur ce
morceau de législatif, qu'on espère ne verra jamais le jour, il serait temps de
travailler sur autre chose, et je vous le propose, chers collègues, de
réfléchir nous-mêmes à quelles sont les limites
que nous devons nous donner pour l'utilisation des clauses dérogatoires. Nous
nous sommes engagés, au Québec, à travers un certain nombre de pactes,
qu'il y a des droits fondamentaux dont on ne doit jamais déroger. Le droit à la
vie, par exemple, le droit à l'intégrité
physique. Nous n'avons pas le droit de torturer des gens et nous nous sommes
engagés, au Québec, à travers des accords internationaux, des pactes que nous
déclarons nous-mêmes respecter depuis pratiquement un demi-siècle, que
nous ne torturerons jamais. Et donc l'idée de dire que nous avons le droit
d'utiliser des clauses dérogatoires, appelez
ça souveraineté parlementaire, avec une simple majorité, parfois même sous
bâillon, et de déroger à tous les droits fondamentaux, tous, y compris
le droit à la vie, le droit à l'égalité, le droit à la liberté sans avoir
jamais à se justifier, c'est aussi renier la voix du Québec et faire de nous,
franchement, des parias d'un point de vue droit international et respect des
droits fondamentaux.
Ça fait que plutôt que renforcer notre propre
pouvoir, qui est quand même, avouons-le, quand même déjà bien, bien large, réfléchissons ensemble sur comment...
alors qu'il y a le Front national, en France, qui est aux portes du pouvoir,
alors qu'il y a des groupes qui sont des néonazis qui, tout d'un coup, arrivent
dans les assemblées en Allemagne, alors qu'il y a une
première ministre en Italie qui se dit ouvertement affectueuse de Mussolini,
alors qu'évidemment, au sud de nos
frontières, nous observons avec effroi un président qui a créé une milice qui
est en train d'arracher les enfants de leurs écoles et des travailleuses
et travailleurs dans la rue et qui tue, alors que tout ceci arrive, et puis
même au Canada, M. le Président, en Alberta,
au Manitoba, si je ne me trompe pas, mais... il y a des lois qui contreviennent
aux droits des personnes trans et qui utilisent la clause dérogatoire,
il y a... En Ontario, le premier ministre Ford a voulu utiliser la clause dérogatoire pour pouvoir contredire des
droits fondamentaux des travailleuses et travailleurs. C'est la charte qui fait
en sorte qu'on a le droit de se réunir, qu'on a le droit de s'organiser, qu'on
a le droit de parler, d'avoir un avis.
Et donc
devant la gravité de la situation mondiale, devant les abus possibles, moi, ce
que je propose à mes collègues, c'est un moment où on va être les
adultes dans la place, un moment où nous allons, de manière vraiment belle et
noble, se dire : Bien, nous, nous
allons montrer l'exemple. Comme en 1975, nous avons adopté notre charte avant
1982 et la charte de Trudeau, comme
en 1977, nous avons été la première législation de toute l'Amérique du Nord à
rajouter l'orientation sexuelle dans les motifs de discrimination, bien,
nous serons... nous serons, en 2026, la première législation du Canada à se dire : Voici les règles, voici le
minimum démocratique que nous devons
mettre en place si nous voulons utiliser
des clauses dérogatoires. Nous n'allons pas le faire parce qu'il nous a
été imposé par le fédéral ou les cours, non, non, nous allons montrer l'exemple parce que c'est à nous de décider quelles sont
les limites que nous devons donner à notre propre pouvoir, car le
pouvoir absolu de déroger aux droits fondamentaux, ce n'est juste simplement
pas acceptable.
Ça fait que,
M. le Président, je pense que vous avez deviné, nous allons voter contre le
principe, au cas où il y a un doute — non, il n'y a pas de
doute? — nous
allons voter contre le principe. Nous espérons aussi qu'il va y avoir quelques dissidences du côté de la CAQ, parce que
je pense qu'après tout ce que... peut-être qu'ils ne savaient pas, M. le Président,
mais, après tout ce qu'on leur a dit et tout ce qu'ils ont entendu, je pense
que personne ici ne pense que c'est une
bonne idée de détruire méthodiquement notre État de droit et le contre-pouvoir
judiciaire. Ça fait que je reste persuadé qu'il est temps aussi pour
certains de mes collègues de la partie gouvernementale, peut-être ceux qui ne
veulent pas se représenter, de voter contre ce projet de loi, car la seule
personne qui va entrer dans l'histoire comme étant la personne qui a essayé, et on l'espère et on le croit, qui
ne réussira pas un... comment... je crois que c'est le Barreau... non, ce
n'était pas le Barreau, c'était un juriste qui parlait d'un coup d'État
démocratique, qui a essayé vraiment de détruire nos institutions judiciaires,
eh bien, c'est le ministre de la Justice. Et, comme l'a dit un des
intervenants, s'il y en a un qui n'aura pas une rue à son nom, ce sera bien
lui. Merci, M. le Président.
• (16 heures) •
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Maurice-Richard. Nous poursuivons
les débats sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1, et, cette
fois-ci, je reconnais Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme Brigitte B. Garceau
Mme Garceau : Merci
beaucoup, M. le Président. À mon tour de faire une intervention sur le principe
du projet de loi n° 1, la Loi constitutionnelle de 2025 sur le
Québec.
Une chose est certaine, M. le Président, durant
le processus des consultations générales qui s'est déroulé pendant quatre
semaines, et j'étais présente, lors duquel nous avons entendu 200 groupes de
femmes, de médecins, d'organismes communautaires, de juristes experts, les
grands chefs et cheffes et représentants des nations autochtones, des
citoyennes et des citoyens, la grande majorité contestait vivement ce projet de
loi en exigeant le retrait complet du projet de loi ou le retrait de diverses
dispositions, puisqu'elles portent sérieusement atteinte au principe de
primauté du droit, de... constitutionnalisme, excusez, à la séparation des
pouvoirs, à la fonction juridictionnelle des tribunaux, à l'accès à la justice, à la protection des
minorités, aux droits des peuples autochtones et la protection du droit des
femmes à l'avortement.
Tel que
mentionné par mon collègue le député de l'Acadie, notre porte-parole en matière
de justice, nous allons voter contre l'adoption du principe, puisque le projet
de loi n° 1 découle d'un processus vicié et contient des
principes violés.
Ce que je retiens en particulier du processus de
consultation sur ce projet de loi était l'intensité de la vive contestation des
groupes et des individus en ce qui a trait au processus choisi par le
gouvernement caquiste pour l'adoption d'une loi constitutionnelle québécoise,
décrite comme étant la loi des lois. Au lieu d'être une loi rédigée par le
peuple et pour le peuple afin de protéger les droits fondamentaux des
Québécoises et des Québécois contre des abus de pouvoir d'un gouvernement, nous
nous retrouvons devant un projet de loi rédigé par le gouvernement caquiste à huis clos pour le gouvernement caquiste, et pour
l'augmentation des pouvoirs du gouvernement, et, j'ajouterais, pour des
fins purement électoralistes. Quelle déception et quel manque de respect auprès
des Québécois et des Québécoises.
Mais sommes-nous surpris, M. le Président, après
huit ans de mauvaises décisions prises par ce gouvernement caquiste, le
gaspillage monumental des fonds publics, l'atteinte d'un déficit record de
14 milliards de dollars, l'érosion des
services publics, surtout en matière de santé et en éducation, le saccage de
notre filet social? La CAQ poursuit, avec le projet de loi n° 1,
son modus operandi égocentrique sans égard aux conséquences, et ce sont les
Québécoises et les Québécois qui en paieront le prix.
Tel que mentionné par les professeures de la
Faculté de droit de l'Université de Montréal, Me Noura Karazivan et Me Martine Valois,
le projet de loi n° 1 s'inscrit en faux avec la norme quasi universelle
qui encadre les réformes constitutionnelles dans toute nation démocratique.
Cette norme impose que le gouvernement introduise longtemps en avance le projet de réforme constitutionnelle,
qu'il consulte la population, la société civile et les autres partis en amont.
Le processus unilatéral suivi par le gouvernement caquiste entrave la
légitimité de la Constitution et la légitimité de son contenu.
De plus, tel que mentionné par plusieurs
groupes, incluant la Ligue des droits et libertés, le projet de loi n° 1
est une menace à la démocratie, à l'État de droit et aux droits humains. La
rédaction et l'adoption d'une constitution sont un acte
juridique majeur dans la vie d'une collectivité, qui doit impliquer la
participation pleine et entière de la société civile et l'ensemble de la
population. Plusieurs groupes ont constaté également qu'aucun critère reconnu
en droit international pour l'adoption d'une
constitution légitime n'a été respecté par le gouvernement caquiste dans le
contexte de l'élaboration et du dépôt du projet de loi, et ce, notamment ceux
établis par le Haut-Commissariat des droits de l'homme des Nations
unies. Ce projet de loi est un échec caquiste sur toute la ligne.
Mais, en tant que porte-parole de l'opposition
officielle en matière de condition féminine, je ne peux pas passer sous silence
la décision du ministre de la Justice d'inclure l'article 29 audit projet
de loi, qui se lit comme suit : «L'État protège la liberté des femmes
d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse», et ce, M. le
Président, à mon grand désarroi et au grand
désarroi des femmes au Québec, après des décennies de milliers de femmes qui
sont décédées à la suite
d'avortements clandestins, après des décennies de lutte des femmes pour
décriminaliser le droit à l'avortement et
qu'il n'y ait aucune restriction à ce droit, après cinq décisions de la Cour
suprême du Canada depuis 1988 concluant que l'avortement est un droit fondamental garanti par les articles 7 et
15 de la Charte canadienne des droits
et libertés et que seule la
femme enceinte peut décider de mettre fin à sa grossesse.
La liberté
des femmes de disposer de leur corps est un droit fondamental. Considérant ce
corpus juridique qui vient protéger le droit des femmes à l'avortement
au Canada et au Québec et compte tenu que l'avortement est régi comme un soin de santé essentiel selon la Loi canadienne
sur la santé, le droit à l'avortement est pleinement protégé, au Québec,
il n'y a aucun vide juridique en la matière. Et, malgré ce constat, M. le
Président, et que cette protection est unique au monde, le ministre de la
Justice a procédé à instrumentaliser et à politiser ce droit fondamental par
l'ajout de l'article 29 au projet de loi, d'autant plus que ce geste était
hautement inacceptable parce qu'il a ravivé un débat sur la protection du droit à l'avortement, un débat qui était clos,
un débat, même, dont l'ancienne ministre de la Condition féminine avait également
remis sur la place publique il y a à peine deux ans, suite à son annonce
qu'elle envisageait une loi pour protéger le droit à l'avortement. La ministre,
à l'époque, avait évoqué les mêmes motifs que le ministre de la Justice qu'il a
énoncés depuis le dépôt du projet de loi, notamment le revirement de la
décision en 2022, aux États-Unis, de Roe c.
Wade, et les motions et les projets de loi qui sont déposés au niveau fédéral
pour limiter ou recriminaliser le droit à l'avortement.
Après de
vastes consultations, qui ont eu lieu en 2003 et en 2024, sur les
préoccupations des groupes de femmes, de...
et devant la ministre, il y a eu plusieurs organismes de femmes et d'experts...
Et, d'ailleurs, il faut préciser, M. le Président, que plusieurs des groupes qui ont été consultés
par l'ancienne ministre de la Condition féminine, sont venus en commission parlementaire, lors des dernières semaines,
incluant le Barreau du Québec, le Conseil
du statut de la femme, la Fédération
du Québec pour le planning des naissances, et j'en passe. Et, considérant la
vive contestation de tous ces groupes à l'époque,
incluant une lettre ouverte signée par 402 médecins, l'ancienne ministre
de la Condition féminine avait renoncé à légiférer sur le droit à
l'avortement en 2024. Et elle avait procédé à intégrer certaines
recommandations des groupes consultés liées
aux divers obstacles à l'accès à l'avortement dans un plan d'action
gouvernemental sur l'accès à l'avortement 2024 à 2027 visant à
améliorer et contrer la désinformation.
Donc, devant ce constat, M. le Président, la
question qui se pose est la suivante : Comment se fait-il que le ministre
de la Justice a non seulement procédé à inscrire l'article 29 dans le
projet de loi, mais, jusqu'à tout récemment, c'était seulement vendredi
dernier, il a persisté, persisté à maintenir l'article 29, malgré les cris
du coeur unanimes de tous les groupes et les organismes de femmes et d'experts
lui demandant de retirer l'article 29, le dépôt d'une motion de l'opposition,
du deuxième groupe, jeudi dernier, et notre séance de travail du Parti libéral
du Québec en commission parlementaire exigeant le retrait de l'article 29?
• (16 h 10) •
Un vrai allié des femmes et des groupes
féministes n'aurait jamais posé le geste, jamais posé le geste d'inclure
l'article 29 dans la... dans le projet de constitution. Plusieurs groupes
et organismes de femmes qui défendent le droit des femmes au quotidien, comme la FQPN, ont dû mettre tout de côté. Ils
ont dédié tout leur temps, toutes leurs ressources, pendant quatre mois,
pour refaire la leçon au gouvernement caquiste sur les dangers de légiférer sur
l'avortement. Et, pour couronner le tout, M.
le Président, il y avait un rapport qui a été déposé, en décembre dernier, un
rapport sur l'étude de l'état des lieux des mouvements anti-choix au Québec,
mené non seulement en partenariat avec la FQPN mais financé par ce
gouvernement, financé par le Secrétariat de la condition féminine.
Et, suite au
dépôt, on constate que la première recommandation, M. le Président, dans ce
rapport, un rapport qui a duré... une étude, je devrais dire, qui a duré
deux ans, sur la progression des mouvements anti-choix et leurs tactiques
d'infiltrer les organismes pro-choix, pour continuer leur désinformation auprès
des femmes et particulièrement auprès de
jeunes femmes... Cette étude documente la diversité des acteurs et des actrices
et des stratégies mobilisées pour restreindre l'accès à l'avortement en situant ces dynamiques dans leur contexte
communautaire, numérique et institutionnel. Et la première
recommandation, M. le Président, c'était de ne pas légiférer en matière
d'avortement.
Et pourquoi? Mais on le savait, le ministre de
la Justice le savait, le... la ministre, l'ancienne ministre de la Condition
féminine le savait, parce qu'inscrire l'avortement dans un texte de loi crée
une brèche juridique dont les mouvements anti-choix se serviront pour entamer
des procédures judiciaires afin de restreindre graduellement ce droit, notamment en introduisant des exceptions, des
limites de gestation et des conditions particulières. Et, malgré les
conclusions de cette étude, qu'a fait le ministre de la Justice? Il a continué
à insister sur le maintien, le maintien de l'article 29.
Bien, je vous dis aujourd'hui, M. le Président,
que ce maintien-là était au détriment des droits des femmes. La vraie menace à
la protection de l'avortement était l'article 29. J'ose croire que, oui,
il va être retiré, parce qu'il y a eu une
annonce, mais on n'a pas commencé l'étude détaillée. Cette disposition
législative, dont les mouvements anti-choix attendent depuis longtemps,
doit absolument être retirée. Le ministre est en train... ou était en train
d'ouvrir la boîte de Pandore, d'instiguer un recul sur le droit des femmes en
toute connaissance de cause. Le ministre a inutilement ravivé un débat qui a replongé
les femmes au Québec dans l'incertitude et dans l'angoisse, complètement
inacceptable, et ça, il faut le dénoncer.
Tel que
mentionné par une jeune femme de 31 ans, Mme Anne-Marie Gagné, lors
des consultations, et je la cite, «depuis le dépôt de ce projet de loi, on n'a
jamais parlé autant du droit à l'avortement». Elle et ses amies, ses collègues
n'ont jamais pensé qu'elles se retrouvaient dans cette situation en 2026, dans
un combat pour assurer leur droit, en tant que
femmes, en tant que jeunes femmes, d'être libres de choisir le moment
d'interrompre volontairement une grossesse.
Face au combat sur la protection du droit à
l'avortement remis sur la place publique par le ministre de la Justice, l'angoisse et l'état de découragement des femmes
qui sont venues en commission étaient, M. le Président, palpables. Et, malgré le soulagement des femmes au Québec suite à
l'annonce du ministre, vendredi dernier, qu'il était pour, finalement, retirer
l'article 29, il n'empêche pas que la frustration et colère demeurent
présentes pour les femmes, surtout celles qui
ont dû se mobiliser à deux reprises pour dénoncer les actes de deux ministres,
qui font partie du même gouvernement, afin de protéger le statu quo en
ce qui a trait au droit des femmes à l'avortement au Québec.
Et Dre Geneviève Bois, présidente du Collège
québécois des médecins et médecin elle-même en clinique d'avortement, a fait partie de ces deux mobilisations contre l'intention
du gouvernement de légiférer en matière d'avortement. Et, lors de son passage
en commission parlementaire, Dre Bois a précisé, et je la cite, qu'une loi sur
l'avortement est une loi contre l'avortement. Lors de son entrevue suite
à l'annonce du ministre, Dre Bois a dit sentir une sensation de futilité, puisque ce temps et cette énergie des derniers
mois auraient pu être consacrés au véritable enjeu en matière d'avortement,
soit l'accès, M. le Président, et je la
cite : «Le nerf de la guerre, ce n'est pas le droit, c'est vraiment
l'accès. De nombreuses femmes sont encore freinées par les obstacles
logistiques, financiers et informationnels sur l'avortement.»
Si le ministre, M. le Président, veut réellement
protéger le droit des femmes à l'avortement, qu'il les écoute et que ce
gouvernement mise leurs efforts, énergie et financement sur les vrais
obstacles. Tel que mentionné par Dre Bois et plusieurs groupes de femmes, il
faut augmenter et faciliter l'accès aux services d'avortement et aux services
en santé sexuelle et reproductive, particulièrement en région. Il y a beaucoup
de travail à faire.
Et, M. le
Président, je tiens à remercier, je tiens à remercier tous les groupes de
femmes, les organismes communautaires,
les Québécoises et les Québécois qui m'ont transmis, dans les dernières
semaines, des messages déchirants, crève-coeur, qui ont communiqué avec
moi pour exprimer leur grand désarroi, leurs grandes préoccupations face à ce
projet de loi et particulièrement l'article 29.
De plus, M. le Président, je vais assurer aux
femmes qui sont venues en commission parlementaire et à celles qui m'ont écrit,
qui m'ont laissé des messages sur mes réseaux sociaux que, oui, je vous ai
écoutées en commission parlementaire et je comprends vos défis en ce qui a
trait aux obstacles, à l'accès équitable aux services d'avortement dans toutes
les régions du Québec, tel que mentionné par les représentantes de la Clinique
des femmes de l'Outaouais. C'est une clinique qui est... Cette clinique est
l'unique point de service d'interruption de grossesse pour toute la région de
l'Outaouais. C'est inacceptable. Et j'espère, M. le Président, que, maintenant,
ce gouvernement va prioriser la mise en oeuvre des mesures pour vraiment
améliorer l'accès aux services d'avortement, particulièrement dans nos régions.
Je tiens, M.
le Président, à remercier mon collègue le député de l'Acadie, notre
porte-parole en matière de justice, qui a fait un travail phénoménal et
remarquable depuis le début de ce processus. =
Et qu'est-ce qui est regrettable dans tout le
processus qui a été choisi par ce gouvernement? Lorsqu'on est en train de
regarder, réviser la loi des lois ici, au Québec, et que nous avions à peine
30 minutes avec chaque groupe. Et, des
fois, comme mon collègue l'a mentionné, de Maurice-Richard, des fois, on avait
simplement... parce que des groupes étaient jumelés ensemble, même trois
groupes, on avait juste, comme, quatre minutes pour un échange. Ça aussi,
c'était complètement inacceptable.
Je remercie aussi Gabriel Bourret, notre
recherchiste, et tous les groupes qui sont venus, qui se sont mobilisés pour dénoncer vraiment haut et fort leur
opposition à ce projet de loi, qui est illégitime, un projet qui doit être
retiré dans son intégralité, au complet. Merci beaucoup, M. le
Président.
• (16 h 20) •
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de
Robert-Baldwin. Nous poursuivons ce débat, et, cette fois-ci, je
reconnais M. le député de Laurier-Dorion.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. C'est avec une certaine dose d'émoi que je prends la parole dans
l'étape de l'adoption du principe du projet de loi n° 1, la loi
constitutionnelle sur le Québec.
D'emblée, M. le Président, je tiens à exprimer
quelque chose qui me paraît une évidence même, tombée du sens : une constitution, la Constitution d'un
pays n'est pas une loi comme les autres. Ce n'est pas un outil partisan. Ce
n'est pas un geste de communication politique ou une tentative de faire figurer
son nom dans le livre d'histoire. Une constitution, c'est un socle
commun sur lequel repose une société démocratique telle que la nôtre. Elle doit
être plus haute que le gouvernement, plus
large que les partis qui composent notre Assemblée nationale et plus durable
que les cycles électoraux. Or, malheureusement, le projet de loi
n° 1 échoue à ce test fondamental.
Ma formation
politique, Québec solidaire, s'oppose à son adoption de principe parce qu'il
s'agit d'une constitution, à notre avis, illégitime, élaborée sans
mandat populaire, sans processus constituant et en rupture avec les principes
démocratiques les plus élémentaires. Elle a été élaborée derrière des portes
closes par quelques personnes, avec très peu
de consultations. M. le Président, partout dans le monde, lorsqu'un État
sérieux se dote d'une constitution, il commence par une étape primordiale, fondamentale : consulter le peuple avant
d'écrire le texte, le consulter avant, en amont, et le consulter après,
en aval, lorsque la Constitution a finalement été rédigée. Ici, le gouvernement
en place fait l'inverse. Il l'écrit d'abord, encore une
fois, derrière des portes closes, et il consulte très imparfaitement ensuite.
Il n'a jamais demandé formellement aux Québécoises et aux Québécois s'ils
voulaient une constitution, tout d'abord, ni de quelle constitution ils avaient
besoin.
Comme l'ont affirmé Noura Karazivan et Martine
Valois en commission parlementaire, justement, sur ce projet de loi là, et je cite : «Le processus proposé
inverse la logique même du constitutionnalisme démocratique.» Fin de citation.
Une constitution ne tire pas sa légitimité de la majorité parlementaire du
moment, mais de l'adhésion populaire. La Constitution,
en d'autres mots, M. le Président, n'appartient pas à une majorité relative
dans un moment donné, elle doit appartenir avant tout à la majorité du
peuple.
Et nous faisons nôtres les mots de ces deux
personnes-là : «Une constitution imposée par le haut n'unit pas. Plutôt, elle fracture. Elle nourrit la méfiance
plutôt que le consentement.» Et cela est important parce qu'une constitution
doit susciter l'adhésion d'une très large partie de la population d'un pays,
alors qu'ici on assiste plutôt à une constitution dont on ne sait même pas
quelle est la proportion de la population qui l'appuie effectivement.
Une constitution telle qu'elle nous est
présentée, elle a été écrite sans la participation des Premiers Peuples. Ce
gouvernement a entrepris d'écrire la loi la plus fondamentale de la nation
québécoise sans consulter les peuples qui habitent ces territoires depuis des
millénaires. Et, eux aussi, ils ont un mot à dire sur cette histoire-là, des
peuples avec leurs propres gouvernements, identités, cultures et leurs langues.
Et ce constat à lui seul devrait faire rougir d'embarras le ministre de la
Justice et la plupart des membres de la majorité du gouvernement actuel.
Pour que ce soit clair pour tout le monde, et
c'est important de les nommer parce qu'ils existent, parce qu'ils ont toujours
habité le territoire et parce qu'ils méritent une reconnaissance et une
participation effective à la rédaction de cette loi fondamentale, ces peuples,
les Anichinabés, Attikameks, W8banakis, Naskapis, Wendats, Eeyous, Innus,
Kanien'kehà:ka, Micmacs, Wolastoqiyik et Inuits, ils existent, ils sont là. Ils
ont une souveraineté préexistante de leurs droits ancestraux et titres issus de
traités qui sont reconnus par les tribunaux et dans la Constitution canadienne.
On ne construit pas une maison commune en excluant une partie de celles et ceux
qui y vivent, surtout s'ils ont vécu dans ces territoires depuis des
millénaires. On ne redessine pas les règles du vivre-ensemble en ignorant des
nations entières. Et pourtant c'est ce que fait le projet de loi n° 1.
Encore une fois, une constitution n'est pas
seulement un texte juridique. C'est un socle. C'est un pacte avant tout, M. le Président, un pacte... un pacte entre
des peuples, un pacte entre des générations, un pacte sur sept générations, comme disent nos compatriotes des nations
autochtones, un pacte qui doit être accepté, compris et reconnu comme légitime.
La
Constitution de la CAQ est aux antipodes d'un pacte légitime. C'est un texte
assimilateur qui viole des droits ancestraux
et titres issus des traités des Premiers Peuples. Et, si ce n'est pas déjà
terrible, la CAQ manque malheureusement, en plus, à ses obligations
internationales.
Revenons en arrière. Je nous rappelle qu'en 2019
tous les parlementaires, dont le ministre de la Justice actuel, s'étaient engagés à mettre en oeuvre la
Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones dans une
motion portée par ma collègue de Sainte-Marie—Saint-Jacques. Je nous fais
la lecture de la motion parce que c'est important, M. le Président. Je
cite :
«Que
l'Assemblée nationale prenne acte des conclusions de la commission Viens exprimées
le 30 septembre 2019 quant à la responsabilité de l'État québécois
envers les constats accablants et douloureux énoncés dans son rapport;
«Qu'elle
reconnaisse, comme l'ont affirmé les chefs de toutes les formations politiques
représentées à l'Assemblée nationale, l'importance de poser des gestes
concrets, dès maintenant, afin de mettre un terme à la discrimination envers
les membres des Premières nations et des Inuits et de tisser des rapports
égalitaires avec ceux-ci;
«Qu'elle prenne acte que le rapport de la
commission Viens appelle le gouvernement du Québec à reconnaître et à mettre en oeuvre la Déclaration des Nations
Unies sur les droits des peuples autochtones, une recommandation que formulait
également le rapport de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles
autochtones disparues ou assassinées déposé en mai dernier.»
Et ça finissait avec :
«Que l'Assemblée nationale demande au
gouvernement du Québec de reconnaître des principes et de s'engager à négocier la mise en oeuvre de la Déclaration des
Nations Unies sur les droits des peuples autochtones avec les Premières nations
et les Inuits.»
Cette
déclaration reconnaît explicitement le droit des peuples autochtones à
l'autodétermination, à leurs institutions, à leurs territoires. Ces engagements ne sont pas symboliques. Ils
devraient guider toute démarche constitutionnelle sérieuse.
M. le Président, je porte attention des membres
de la députation de la CAQ sur ces principes de la déclaration des nations sur les droits des peuples autochtones.
Lorsqu'un État adopte une mesure législative susceptible d'avoir un impact
sur les peuples autochtones — et
une constitution est la mesure la plus fondamentale qui soit — il
doit obtenir le consentement préalable, libre et éclairé.
Lisons l'article 19 de la déclaration des
nations sur les droits des peuples autochtones. Ici, aucun consentement n'a été recherché, aucune négociation n'a été
engagée, aucune coconstruction n'a été amorcée. Le projet de loi n° 1
bafoue non seulement l'esprit, mais aussi la lettre de cette
déclaration. Il place le Québec en contradiction avec ses propres engagements. Il fragilise sa crédibilité lorsqu'il
se présente comme un État respectueux des droits humains et de la réconciliation. Le projet de loi n° 1
viole ces droits et affirme encore, plus généralement, que le Québec ne serait
pas lié par les engagements internationaux du Canada, incluant la
déclaration des Nations unies.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Monsieur...
M. Fontecilla : ...
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : C'était ma prochaine question que j'allais vous
adresser. Donc, vous allez poursuivre?
M. Fontecilla : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Excellent.
Ajournement
Alors, compte tenu de l'heure, les travaux sont
ajournés au mardi 17 mars 2026, à 10 heures.
(Fin de la séance à 16 h 30)