Journal des débats de l'Assemblée nationale
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)
Le
jeudi 26 février 2026
-
Vol. 48 N° 42
Aller directement au contenu du Journal des débats
Intervenants par tranches d'heure
-
-
Benjamin, Frantz
-
Lemay, Mathieu
-
Maccarone, Jennifer
-
Leduc, Alexandre
-
Gagnon, Yannick
-
Lakhoyan Olivier, Sona
-
Montigny, Yves
-
Gentilcore, Catherine
-
Champagne Jourdain, Kateri
-
Boulet, Jean
-
Tremblay, Suzanne
-
Drainville, Bernard
-
Haytayan, Céline
-
-
Roy, Nathalie
-
Blanchette Vézina, Maïté
-
Boulet, Jean
-
Bélanger, Sonia
-
Jolin-Barrette, Simon
-
Martel, Donald
-
Rotiroti, Filomena
-
Allaire, Simon
-
Prass, Elisabeth
-
Tanguay, Marc
-
Girard, Eric
-
Beauchemin, Frédéric
-
Morin, André Albert
-
Roberge, Jean-François
-
-
Roy, Nathalie
-
Bélanger, Sonia
-
Prass, Elisabeth
-
Ghazal, Ruba
-
Legault, François
-
Zanetti, Sol
-
Julien, Jonatan
-
Grandmont, Etienne
-
Cliche-Rivard, Guillaume
-
Gentilcore, Catherine
-
Girard, Eric
-
Boulet, Jean
-
Blanchette Vézina, Maïté
-
Roberge, Jean-François
-
Fontecilla, Andrés
-
Proulx, Caroline
9 h 30 (version révisée)
(Neuf heures quarante-et-une minutes)
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Alors, bonjour à toutes, bonjour à tous. Nous allons débuter nos travaux. Je
vous invite à prendre place.
Affaires courantes
Déclarations de députés
Nous sommes à la rubrique Déclarations des
députés. Et, sans plus tarder... Je vous invite à prendre place, collègues. Je
reconnais M. le député de Masson.
Inviter la population à participer à la soirée
country de l'équipe féminine de volleyball des Phoenix de Terrebonne
M. Mathieu Lemay
M. Lemay : Merci, M. le
Président. Nous avons 13 jeunes athlètes passionnée d'une équipe féminine
de volleyball des Phoenix de Terrebonne qui auront bientôt la chance de
représenter fièrement notre région sur les scènes provinciale, nationale et
internationale.
En effet, nos chères Phoenix se préparent
à relever des défis majeurs, soit le championnat canadien à Calgary, ainsi qu'un
tout aussi important tournoi aux États-Unis. Et ces expériences représentent
des occasions extraordinaires de dépassement de soi et d'apprentissage, mais
elles entraînent également des coûts importants.
Et voilà pourquoi, M. le Président, que je
souhaite inviter la population à les soutenir le 7 mars prochain, lors de
leur soirée de levée de fonds sous le thème country au Pavillon du Grand
Coteau, à Mascouche. On attend près de 400 personnes pour, entre autres,
danser en ligne.
Alors, M. le Président, sortez vos bottes
et chapeaux de cowboy et soutenons les Phoenix afin qu'elles rayonnent bien au-delà
de notre région. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Masson. Et la parole revient maintenant à Mme la
députée de Westmount—Saint-Louis.
Souligner
la Semaine nationale de la lutte contre l'exploitation sexuelle des mineurs
Mme Jennifer Maccarone
Mme Maccarone : Du 1er au 7 mars,
nous soulignons la Semaine nationale de la lutte contre l'exploitation sexuelle
des mineurs. C'est un moment important pour rappeler l'ampleur de ce fléau qui
continue de faire trop de victimes au Québec. Ce n'est pas juste une semaine de
sensibilisation, la vigilance doit être de tous les jours. La protection de nos
jeunes ne peut pas être occasionnelle, elle doit être constante.
Les chiffres demeurent bouleversants. Au
Québec, l'âge moyen d'entrée dans la prostitution est de 14 ans. Au
Québec, il y a plus d'un tiers de personnes en situation de prostitution qui
sont mineures. Derrière ces chiffres, il y a des jeunes, il y a des familles,
des vies brisées.
Pas plus tard que ce matin, la CAQ a voté
contre mon mandat d'initiative visant à s'attaquer à ce fléau de la traite des
personnes au Québec. Le plan d'action gouvernemental 2021-2026 arrive à
échéance cette année. Je demande au gouvernement de renouveler rapidement, avec
des mesures concrètes et des ressources à la hauteur des besoins sur le
terrain. Il ne faut pas relâcher cette lutte. Protéger nos jeunes doit demeurer
une priorité nationale.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la députée de Westmount—Saint-Louis. Et <je...
15417
17909
Le Vice-Président (M.
Benjamin) :
...Westmount—Saint-Louis, et >je cède
maintenant la parole à M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
Souligner
le 30e anniversaire de La Table de quartier Hochelaga-Maisonneuve
M. Alexandre Leduc
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Aujourd'hui, je souhaite souligner les 30 ans de La Table de
quartier Hochelaga-Maisonneuve, un pilier de notre communauté et un moteur
essentiel du développement social.
Lieu de réflexion, d'analyse et surtout
d'actions concertées, La Table rassemble organismes communautaires,
institutions, citoyens et citoyennes autour d'un objectif commun : améliorer
les conditions de vie dans Hochelaga-Maisonneuve. Elle mobilise les forces
vives du quartier pour faire émerger des solutions durables, ancrées dans les
réalités du milieu.
Dans leurs multiples chantiers, il y a eu
la revitalisation urbaine intégrée, qui a permis de définir une vision commune
et des actions structurantes, notamment au square Dézéry. Pensons aussi à la
Brigade verte, qui contribue à la propreté et au verdissement de la rue
Sainte-Catherine Est, tout en offrant des opportunités d'insertion sociale. La
Table est au cœur des démarches collectives pour l'avenir du quartier. À
travers ses différents comités de concertation, elle lutte concrètement contre
la pauvreté et l'exclusion sociale tout en renforçant la participation
citoyenne.
Je remercie chaleureusement l'équipe
actuelle et passée pour son engagement ainsi que son directeur général,
Jonathan Alarie, pour son leadership rassembleur. Longue vie à La Table de
quartier Hochelaga-Maisonneuve!
15417
17909
Le Vice-Président (M.
Benjamin) : Merci, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve. Et je
reconnais maintenant M. le député de Jonquière.
Souligner
la tenue du Tournoi provincial de basketball de Saguenay
M. Yannick Gagnon
M. Gagnon : Merci, M. le
Président. M. le Président, le basketball est un sport magnifique, et arrêtez
de chercher si vous voulez voir des bons matchs de basket en fin de semaine. Un
endroit au Québec : à Saguenay, M. le Président.
Grâce à des passionnés du développement du
sport, des passionnés du développement de l'athlète, c'est-à-dire grâce à Dave
McMullen, à Benoit Vallières et à Derek Côté, Saguenay accueille l'ensemble de
la famille basket du Québec encore une fois chez nous. 132 équipes, 60 équipes
féminines, 50 arbitres, des centaines de bénévoles, bref, à Saguenay en
fin de semaine, M. le Président, les hôtels sont pleins, les restaurants
sont pleins, les estrades vont être pleines.
Aux joueuses et aux joueuses de basket
chez nous en fin de semaine, dans le respect, amusez-vous. Aux parents et à la
famille, bienvenue à Saguenay basket!
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Jonquière. Et je cède maintenant la parole à Mme la
députée de Chomedey.
Demander
au gouvernement de financer la recherche sur la santé des femmes
Mme Sona Lakhoyan Olivier
Mme Lakhoyan Olivier : M. le
Président, les femmes ont parcouru un long chemin, elles ont obtenu le droit de
vote et occupent aujourd'hui des fonctions politiques importantes. Mais, malgré
ces avancées, la santé de la femme demeure trop souvent ignorée. Dès les
premières règles jusqu'à la ménopause, les femmes apprennent à endurer des
réalités biologiques, telles que la douleur et les bouleversements hormonaux,
qui ont des impacts réels sur leur santé et leur qualité de vie.
Les jeunes filles ont besoin
d'encadrement, de prévention et d'écoute. Les femmes ménopausées vivent un
véritable enjeu de santé publique qui affecte le vieillissement en santé, et,
trop souvent, on leur dit que c'est normal; ce ne l'est pas. Elles ne sont pas
suffisamment prises en charge.
À quand des investissements concrets dans
la recherche et dans la santé des femmes? Si ce n'est pas maintenant, quand
est-ce qu'on va agir? Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la députée de Chomedey. Au tour, maintenant, du député de
René-Lévesque.
Rendre
hommage à M. Marcel Furlong
M. Yves Montigny
M. Montigny : M. le
Président, je souligne aujourd'hui le parcours exceptionnel de Marcel Furlong,
qui est ici avec nous, un homme dont le nom est désormais indissociable de la
Manicouagan. Après 30 ans de dévouement, dont deux mandats marquants à
titre de préfet, il tire sa révérence en laissant un héritage colossal.
Marcel a été catalyseur d'un véritable
changement d'ère. Sous la bannière Manicouagan, Terre de visionnaires, il a
transformé notre rapport au territoire. La Côte-Nord n'est plus une terre que
l'on puise mais une région fière que l'on habite avec audace.
Bâtisseur d'unité, il concrétise une
réconciliation économique historique avec les communautés de Pessamit, fondant
nos relations sur la réciprocité. Par son leadership, il a su instaurer un
climat de respect profond entre élus, partenaires, citoyens, renforçant ainsi
notre sentiment d'appartenance.
Marcel, ton parcours m'inspire à chaque
jour. Merci pour ton implication, tu me guides à tous les jours.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de René-Lévesque. Et je cède maintenant la parole à Mme
la députée de Terrebonne.
Souligner
le 10e anniversaire de l'Orchestre Classique de Terrebonne
Mme Catherine Gentilcore
Mme Gentilcore : Merci, M. le
Président. Je tiens à souligner la présence dans les tribunes de Manon
Riendeau, fondatrice et directrice de l'Orchestre Classique de Terrebonne.
Fondé en 2016, l'orchestre fait résonner
depuis 10 ans la passion et la magie de la musique au cœur de notre
communauté. À travers des concerts présentés tout au long de l'année et des <matinées...
Mme Gentilcore :
...des
>matinées musicales estivales, l'Orchestre Classique de Terrebonne rend
la musique classique accessible à tous.
Manon, vous transmettez, vous rassemblez,
vous nous entourez de beau. J'ai d'ailleurs eu moi-même l'immense bonheur, le
grand honneur de chanter à vos côtés lors de votre plus récent concert des
fêtes. Un immense merci pour cette soirée-là, qui était remplie d'émotions,
remplie de talents et remplie de magie des fêtes. C'est un moment précieux que
je ne suis pas près d'oublier.
Merci de faire résonner la musique dans Terrebonne
et bon 10e anniversaire!
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Terrebonne. Et je cède
maintenant la parole à Mme la députée de Duplessis.
Souligner
la création de la Trousse Anti-Troll contre la cyberintimidation
Mme Kateri Champagne Jourdain
Mme Champagne Jourdain : Oui,
M. le Président, aujourd'hui, je tiens à souligner l'initiative remarquable du service
de police de la ville de Trois-Rivières dans la lutte contre la
cyberintimidation. En unissant leurs forces et leur expertise, ils ont
développé la Trousse Anti-Troll, un outil concret destiné aux jeunes, aux ados,
mais aussi aux parents et aux intervenants. Ça permet de mieux les outiller et
de prévenir la cyberintimidation, tout en favorisant l'adoption de
comportements respectueux sur les réseaux sociaux. Déjà 23 corps de police
à travers le Québec et les communautés autochtones y ont adhéré.
Et je tiens à saluer M. Samuel Milot, ici
présent, qui a piloté ce projet depuis ses débuts avec détermination. Ce projet
est porteur et il a d'ailleurs reçu le prix Excellence Intersection. Ça nous
rend tous fiers ici, à l'Assemblée nationale, de voir l'impact concret que peut
avoir notre plan d'action gouvernemental pour soutenir des initiatives comme
celle-ci qui ont un impact réel.
Encore une fois, bravo à toute l'équipe!
Vous faites une réelle différence.
• (9 h 50) •
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Duplessis. Et la parole
revient maintenant à M. le député de Trois-Rivières.
Souligner
le 70e anniversaire de l'Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec
M. Jean Boulet
M. Boulet : Oui, merci.
Je suis particulièrement fier, M. le Président, de souligner aujourd'hui le 70e anniversaire
de la loi des diététistes. Cette législation n'a pas eu une portée historique
seulement au Québec, mais aussi à l'échelle du Canada où il s'agit de la
première loi qui a accordé un statut légal aux diététistes.
Je profite de l'occasion pour saluer le
travail de celles et ceux qui sont devenus, au fil du temps, des diététistes-nutritionnistes.
Au Québec, c'est plus de 3 500 femmes et hommes dévoués qui prennent
soin de notre santé dans tous les milieux, et ils offrent des soins précieux à
la population, contribuent à un Québec en meilleure santé en promouvant de
saines habitudes alimentaires et en jouant un rôle clé dans la prévention des
maladies.
Merci beaucoup à tous les
diététistes-nutritionnistes du Québec pour leur contribution et longue vie à
leur ordre professionnel! Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Trois-Rivières. Et la
prochaine déclaration revient à Mme la députée de Hull.
Souligner
le 40e anniversaire du Choeur classique de l'Outaouais
Mme Suzanne Tremblay
Mme Tremblay : Merci, M.
le Président. Je suis heureuse de prendre la parole aujourd'hui pour souligner
le 40e anniversaire du Choeur classique de l'Outaouais et sa contribution
importante à la vitalité culturelle de notre région.
Fondé en 1986, ce grand choeur amateur de
haut niveau rassemble plus de 70 choristes qui offrent, année après année,
deux séries de concerts d'une grande qualité. Au fil du temps, il s'est
distingué par un répertoire original et diversifié porté par l'engagement
constant de ses choristes, de ses pianistes et de ses directions musicales. Au
côté des grands classiques, il a mis en lumière des œuvres de compositeurs et
de compositrices de notre région, contribuant à faire rayonner la création de
chez nous. Le chœur se distingue également par ses initiatives en médiation
culturelle, utilisant le chant choral comme outil d'inclusion, de dialogue et
de mieux-être au sein de la communauté.
Pour marquer ses 40 ans, le chœur
présentera le Requiem pour Mathieu de Pierrette Froment-Savoie avec
l'Ensemble Prisme. Ce concert sera également repris ici même, à Québec, en
collaboration avec l'orchestre Chrysalide.
Je tiens à souligner le travail
extraordinaire de Tiphaine Legrand, qui dirige le chœur depuis 15 ans. Je
souhaite... je suis fière de l'excellence et de l'engagement du Chœur classique
de l'Outaouais et lui souhaite un très heureux 40e anniversaire. Merci, M.
le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Hull. Et je reconnais
maintenant M. le député de Lévis.
Souligner
le 60e anniversaire du Club Lions de Saint-Romuald
M. Bernard Drainville
M. Drainville : Merci,
M. le Président. Je tiens à souligner le 60e anniversaire d'un organisme
qui fait la différence à Lévis, le Club Lions de Saint-Romuald.
Depuis 60 ans, les membres de ce club
sont des piliers de l'engagement communautaire et philanthropique à Lévis. Portées
par des valeurs de générosité, de solidarité et de compassion, leurs activités
ont un impact concret sur la qualité de vie de nombreux citoyens. Leur
implication auprès des personnes <handicapées...
M. Drainville :
...personnes
>handicapées ou vulnérables contribue à briser l'isolement social. Leur
soutien constant auprès des jeunes et des aînés crée un pont entre les
générations et renforce notre communauté. Ces bénévoles au grand cœur incarnent
la dignité et l'inclusion. Ils nous rappellent l'importance de tendre la main à
ceux qui en ont besoin.
Au nom de l'Assemblée nationale du Québec,
je souhaite remercier tous les membres du Club Lions de Saint-Romuald pour leur
contribution exceptionnelle à notre communauté. Des éminents représentants du
club sont ici présents. De la part de lion Bernard, bon 60e et longue vie au
Club Lions de Saint-Romuald!
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Lévis. Et la dernière déclaration revient maintenant
à Mme la députée de Laval-des-Rapides.
Souligner
le travail du Comité national arménien du Québec
Mme Céline Haytayan
Mme Haytayan : Merci, M. le
Président. J'aurai l'honneur de remettre la Médaille de la députée au Comité
national arménien du Québec, le CNAQ.
Fondé en 1965, M. le Président, le CNAQ
est la plus grande et la plus influente organisation de défense des droits de
l'homme de la communauté arménoquébécoise. Le CNAQ travaille en coordination
avec un vaste réseau de sections, de chapitres, dont celui à Laval, à Laval-des-Rapides,
de partenaires, de bénévoles et de membres à travers le Québec puis aussi avec
un réseau d'organisations affiliées à travers le monde. Leurs levées de fonds
permettent un travail communautaire ainsi qu'une offre d'un large éventail de
services, d'activités, de formations et d'ateliers.
Je tiens donc à féliciter chaleureusement,
à remercier le Comité national arménien du Québec, toute l'équipe, pour leur
travail et leur désir d'aider les Québécois d'origine arménienne, notamment les
aînés, les jeunes et les plus vulnérables. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la députée de Laval-des-Rapides. Alors, voilà qui met fin à la
rubrique Déclarations des députés.
Nous allons suspendre les travaux quelques
instants.
(Suspension de la séance à 9 h 55)
10 h (version révisée)
(Reprise à 10 h 12)
La Présidente : Bonjour, tout
le monde. 26 février. Mesdames messieurs, bienvenue. Bienvenue. Le parlement
du Québec, c'est chez vous. Mmes, MM. les députés, nous allons nous
recueillir quelques instants.
Je vous remercie, tout le monde. Veuillez
vous asseoir.
Alors, nous poursuivons les affaires
courantes.
Aujourd'hui, il n'y a pas de déclarations
ministérielles.
Présentation de projets de loi
À la rubrique Présentation de projets de
loi, Mme la députée de Rimouski.
Projet de loi n° 592
Mme Maïté Blanchette Vézina
Mme Blanchette Vézina :
Merci, Mme la Présidente. Ce projet de loi édicte la Loi sur la régionalisation
de l'immigration, ayant pour objet d'assurer la participation des municipalités
dans le <processus décisionnel en matière d'immigration...
Mme Blanchette Vézina :
...assurer
la participation des municipalités dans le >processus décisionnel en
matière d'immigration. Plus précisément, cette loi prévoit la constitution
d'une table régionale de l'immigration pour chaque région administrative du
Québec. Chaque table est composée du ministre responsable de la région
administrative ainsi que des préfets des municipalités régionales de comté, des
maires ou des préfets représentant les territoires équivalents et d'un
représentant de chacune des nations ou des communautés autochtones de la région
administrative. Chaque table doit établir un plan d'immigration régional, qui
comprend notamment la capacité d'accueil et d'intégration de la région administrative
et une description des enjeux concernant la mobilité de la main-d'œuvre. Le
ministre doit tenir compte du plan lorsqu'il prend des décisions concernant la
planification de l'immigration.
Le projet de loi modifie diverses lois,
dont la Loi sur les compétences municipales, afin d'y ajouter l'immigration
parmi les compétences des municipalités.
Le projet de loi prévoit, avec effet
rétroactif, qu'une modification à la Loi sur l'immigration au Québec ou à ses
règlements ne s'applique pas à la personne qui se trouve déjà au Québec, à
moins que le ressortissant étranger ou le résident permanent ne demande de se
prévaloir de la nouvelle disposition.
Mise aux voix
La Présidente : Et vous aurez
tous compris qu'il s'agissait du projet de loi à l'article a du feuilleton, où
Mme la députée de Rimouski présentait le projet de loi n° 592, loi
édictant la loi sur la régularisation... de la régionalisation plutôt, de
l'immigration afin d'instituer des tables régionales de l'immigration et
d'affirmer le rôle des régions dans l'accueil et l'intégration des personnes
immigrantes. Merci, Mme la députée. Est-ce que l'Assemblée accepte d'être
saisie de ce projet de loi?
Des voix
: Adopté.
La Présidente
: Adopté.
Dépôt de documents
À la rubrique Dépôt de documents, M. le
ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie.
M. Boulet : Oui, merci,
Mme la Présidente. Permettez-moi de déposer le rapport annuel 2025
d'Hydro-Québec. Merci.
La Présidente : Ce rapport
est déposé. Mme la ministre de la Santé.
Mme Bélanger : Mme la
Présidente, permettez-moi de déposer le rapport annuel 2024-2025 de la
commissaire nationale aux plaintes et à la qualité des services.
La Présidente : Ce rapport
est déposé. Maintenant, M. le leader du gouvernement.
M. Jolin-Barrette : Oui,
Mme la Présidente. Permettez-moi de déposer, au nom de mon collègue le ministre
de la Culture et des Communications, le rapport annuel de
gestion 2024-2025 du Conservatoire de musique et d'art dramatique du
Québec.
La Présidente : Ce document
est déposé. M. le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de
l'Alimentation.
M. Martel : Mme la
Présidente, permettez-moi de déposer le rapport annuel 2024-2025 de
l'institut de technologie agricole du Québec. Merci.
La Présidente : Ce document
est déposé. À nouveau, M. le leader du gouvernement.
M. Jolin-Barrette : Mme
la Présidente, permettez-moi de déposer les réponses aux pétitions déposées le
9 décembre 2025 et le 4 février 2026 par le député de Pontiac
ainsi que le 3 février 2026 par le député de Taschereau. Merci.
La Présidente : Et ces
documents sont déposés.
Dépôt de rapports de commissions
À la rubrique Dépôt de rapports de
commissions, Mme la présidente de la Commission de la culture et de l'éducation
et députée de Jeanne-Mance—Viger.
Consultations particulières sur le projet de
loi n° 10
Mme Rotiroti : Merci,
Mme la Présidente. Je dépose le rapport de la Commission de la culture et de
l'éducation qui, les 24, 25 février 2006, a tenu des auditions
publiques dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi n° 10,
Loi protégeant les consommateurs contre les pratiques abusives de revente de
billets et de renouvellement d'abonnements en ligne. Merci.
La Présidente : Ce rapport
est déposé. M. le président de la Commission de l'économie et du travail et
député de Maskinongé.
Étude détaillée du projet de loi n° 3
M. Allaire : Merci, Mme
la Présidente. Je dépose le rapport de la Commission de l'économie et du
travail qui, les 10 et 11 décembre 2025 ainsi que les 12, 17, 18, 19,
24 et 25 février 2026, a procédé à l'étude détaillée du projet de loi
n° 3, Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le
processus démocratique de diverses associations en milieu de travail. La
commission a adopté le texte du projet de loi avec des amendements. Merci, Mme
la Présidente.
La Présidente : Et ce rapport
est déposé.
Y a-t-il le consentement pour déroger à
l'article 4.4 des règles de fonctionnement afin de déposer un rapport du
comité directeur de la Commission de l'Assemblée nationale? Consentement? Merci
beaucoup.
Modification à la composition des commissions
parlementaires
Alors, je dépose donc le rapport du comité
directeur de la Commission de l'Assemblée nationale, qui s'est tenue le
25 février 2026, concernant une demande du groupe parlementaire
formant l'opposition officielle afin de modifier la liste des présidents de
séance.
Dépôt de pétitions
À la rubrique Dépôt de pétitions, je
reconnais maintenant Mme la députée de D'Arcy-McGee.
Respecter les recommandations issues d'évaluations
professionnelles formulées pour les élèves handicapés ou en difficulté
d'adaptation ou d'apprentissage
Mme Prass : Merci, Mme
la Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale, signée par 332 pétitionnaires. Désignation : citoyens et
citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les
suivants :
«Considérant que le Québec reconnaît, en
vertu de la Loi sur l'instruction publique et de la Charte des droits et
libertés de la personne, le droit de chaque élève handicapé ou en difficulté
d'adaptation ou d'apprentissage à recevoir des services éducatifs adaptés à ses
besoins et à ses capacités;
«Considérant que plusieurs <familles
constatent que les recommandations formulées à la suite d'évaluations...
Mme Prass :
...considérant que plusieurs >familles constatent que les
recommandations formulées à la suite d'évaluations par des professionnels de la
santé, notamment les rapports neuropsychologiques, sont trop souvent ignorées
ou contredites par les directions d'école;
«Considérant que les directions
d'établissement exercent souvent un pouvoir discrétionnaire qui retarde ou
empêche la mise en œuvre des mesures d'adaptation prescrites, limitant ainsi
l'accès des enfants aux services auxquels ils ont droit;
«Considérant que cette situation
compromet l'égalité des chances, porte atteinte au droit à l'éducation et crée
des iniquités entre les familles, [désavantage] celles qui n'ont pas les moyens
de compenser par des services privés;
«Considérant le refus ou le retard
d'application des recommandations professionnelles cause un préjudice grave au
développement scolaire, psychologique et social des élèves concernés,
entraînant des retards d'apprentissage et une perte d'estime de soi;
«Considérant que la reconnaissance
d'un diagnostic professionnel devrait automatiquement entraîner la mise en
place des mesures d'aide nécessaires, sans dépendre de critères administratifs
arbitraires;
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous, signataires, demandons au
gouvernement du Québec de rendre obligatoire l'application, par les
établissements scolaires, des recommandations issues d'évaluations
professionnelles reconnues et d'encadrer le pouvoir discrétionnaire des
directions d'école dans la mise en œuvre des mesures d'adaptation.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition.
• (10 h 20) •
La Présidente
: Et cet
extrait de pétition est déposé.
Il n'y a pas de réponses orales aux
pétitions ni d'interventions portant sur une violation de droit ou de
privilège.
Je vous avise qu'après la période des
questions et réponses orales sera tenu le vote reporté sur la motion de Mme la
députée de Bourassa-Sauvé, débattue hier aux affaires inscrites par les députés
de l'opposition.
Questions et réponses orales
Nous en sommes maintenant à la période de
questions et de réponses orales, et, pour ce faire, je cède la parole, en
question principale, au député de LaFontaine.
Bilan du gouvernement en matière d'économie
M. Marc Tanguay
M. Tanguay
: Une
dernière avant de quitter? Bilan de la CAQ après huit ans, ça va peut-être
l'intéresser, parce je voudrais parler de gaspillage, de décote et des services
qui ne sont pas rendus aux Québécoises et Québécois.
La CAQ, Mme la Présidente, gère comme des péquistes,
des experts en déficits. La différence entre la CAQ et le Parti québécois,
c'est une date de référendum. C'est quoi, le coût de la menace référendaire?
Pauline Marois, elle, disait : C'est cinq années de turbulences
économiques. Le chef actuel du Parti québécois dit : C'est des sacrifices
d'une transition d'une année ou deux. Le ministre des Finances, hier, a dit que
la menace référendaire, sur cinq ans, c'était 100 millions de
dollars. Parfait, alors, caquistes et péquistes, experts en déficits et en
pertes financières.
La question maintenant aux experts :
Le premier ministre peut-il avoir la même lucidité et dire aux Québécoises et
Québécois combien de centaines de millions de dollars leur a coûté sa décote?
La Présidente
: La
réponse du ministre des Finances.
M. Eric Girard
M. Girard (Groulx) : Oui,
Mme la Présidente. Bien, il y avait plusieurs affirmations, là. Bon, allons-y
avec le déficit, je pourrai parler de la dette après.
Alors, le déficit du Québec, l'an dernier,
au sens comptable, c'est-à-dire sur une base comparable avec les autres
provinces, le gouvernement fédéral, était de 0,8 % du PIB. Celui de cette
année est estimé à 1,5 % du PIB, et on a bon espoir, confiance de le
réviser à la baisse lors du prochain budget. Et, en fait, il semble que nous
aurions le deuxième ou le troisième plus petit déficit au Canada, parce que l'Île-du-Prince-Édouard,
la Colombie-Britannique sont à 3 %; le fédéral, 2,7 %; la
Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick ont révisé à la baisse.
Bref, on gère bien les finances publiques,
Mme la Présidente. On a un plan de retour à l'équilibre budgétaire crédible,
avec des versements au Fonds des générations, et puis la dette du Québec est
inférieure à ce qu'elle était avant la pandémie et lorsque nous avons pris le
pouvoir.
La Présidente
: En
terminant... Première complémentaire, pour ce faire, je reconnais le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin : Le
constat du ministre des Finances, hier, était semi-lucide. Oui, la menace
référendaire nous coûte beaucoup d'argent, il a même suggéré que ça nous coûte
cinq points de base, des millions de plus à payer annuellement. Mais ce qu'il
oublie de nous dire, cependant, c'est que, depuis cette décote, le coût de la dette
au Québec a augmenté de 15 points de base. Donc, la CAQ est responsable de
10 points de base, des centaines de millions de dollars de plus, à cause
de leur mauvaise gestion.
Est-ce que le ministre des Finances peut
finalement admettre que sa mauvaise gestion, sa décote, nous coûte cher?
La Présidente
: La
réponse du ministre.
M. Eric Girard
M. Girard (Groulx) : Oui,
Mme la Présidente. Alors, la décote, on va en reparler. Alors, il y avait une
menace de tarifs. Alors, la <nouvelle administration... le président est
assermenté en janvier...
M. Girard (Groulx) :
...de
tarifs. Alors, la >nouvelle administration... le président est
assermenté en janvier. En février, il fait des menaces de tarifer l'ensemble
des produits exportés. Et puis les exportations, c'est extrêmement important
pour l'économie québécoise. Et nous prenons une décision, l'ensemble du
gouvernement, d'augmenter les dépenses en infrastructures parce que c'est bon à
court terme, mais aussi à long terme, et puis qu'il y a des besoins. Alors, on
fait un investissement extrêmement important...
La Présidente
: En
terminant.
M. Girard (Groulx) :
...qui nous fait dépasser certains ratios de S&P, mais c'est un choix du
gouvernement.
La Présidente : Deuxième
complémentaire. Et, pour ce faire, je retrouve le député de LaFontaine.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay : Alors, Mme
la Présidente, on le voit, la gestion caquiste, péquiste, même combat. Le
ministre des Finances, expert en la matière, a dit : Bien, la menace
référendaire, c'est 100 millions sur cinq ans, il l'a reconnu, mais sa
décote à lui, ça ne coûte rien aux Québécoises et Québécois.
Ça ne tient pas la route, Mme la Présidente. En ce
sens-là, je comprends le premier ministre de ne pas se lever sur cette
question, qui est son bilan, qui sera son legs, la décote du Québec, des
déficits records.
Comment le ministre des Finances entrevoit
l'avenir quand il sait que son prochain chef sera péquiste?
La Présidente : La réponse du
ministre des Finances.
M. Eric Girard
M. Girard
(Groulx) :
Oui.
Mme la Présidente, bien, ce serait vraiment apprécié si les gens
faisaient preuve d'exactitude et reconnaissaient qu'il n'y a pas de déficit
record, comme le prétend l'opposition. À 1,5 % du PIB, en fait, on se
compare très bien avec les autres juridictions du Canada. Et, si vous voulez le
savoir, ça ne va pas bien en France, en Angleterre, aux États-Unis non plus. Il
y a une guerre tarifaire, il y a une situation économique difficile, et on gère
bien les finances publiques, et on espère bien réviser à la baisse...
La Présidente
: En
terminant.
M. Girard (Groulx) :
...le déficit de 1,5 % du PIB, qui n'est pas un déficit record.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant le député de l'Acadie.
État de situation en matière de travailleurs
étrangers temporaires
M. André Albert Morin
M. Morin : Mme la
Présidente, chaque semaine, les médias nous dévoilent un nouveau chapitre de la
crise créée de toutes pièces par le ministre caquiste isolé de
l'Immigration : 6 300 travailleurs en santé, un millier d'employés
dans le secteur de l'éducation, maintenant, c'est 444 éducatrices dans les
centres de la petite enfance qui risquent de quitter.
À titre d'exemple, Mme Hellin, elle
est éducatrice, elle est fatiguée d'attendre. Elle est francophone, qualifiée,
intégrée. Son dossier est en attente dans le PSTQ, pas de son, pas d'image.
Elle nous dit qu'elle ne veut pas finir itinérante avec ses enfants. Elle a
acheté ses billets d'avion. Elle va partir. Mme Blanchard, elle, nous dit,
et je la cite : «Le gouvernement travaille à contre-courant des besoins
sur le terrain. Il ne nous aide pas à réduire la pénurie de main-d'œuvre.»
Est-ce que la CAQ peut arrêter cette
catastrophe qui met en péril nos services publics, respecter sa parole et
accorder une clause de droits acquis?
La Présidente : La réponse du
ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Merci, Mme
la Présidente. J'ai bien vu les deux reportages de Radio-Canada en deux jours
qui faisaient un lien très, très maladroit entre la fin de permis de travail de
personnes qui sont des personnes avec un statut temporaire qui voudraient que
leurs permis soient renouvelés... mais il faudrait trouver la ministre fédérale
de l'Immigration pour ça. Tout le monde la cherche. Où est Lena Diab? C'est
pire que les livres Où est Charlie?, Mme la Présidente. Alors, il
faudrait essayer de la trouver. Peut-être que Mme Mélanie Joly pourrait
nous aider à la trouver.
Elle a dit : Je vais chercher des
solutions. Parce que, lorsque des personnes arrivent au bout d'un permis de
travail, nous, au gouvernement du Québec, on pense qu'il faut renouveler les
permis de travail de ces personnes-là, évidemment dans les secteurs des
services de la famille, de la garde, de l'éducation, mais pas seulement, dans
le manufacturier, dans le tourisme aussi, à Mont-Tremblant, partout ailleurs où
le... ce sont des moteurs économiques.
Mais il n'y a pas de lien entre un
programme qui permet d'aller à la résidence permanente, que ce soit l'ancien
programme ou le PSTQ, et la fin des permis de travail temporaires, lesquels
relèvent d'Ottawa. Je pense que mon collègue le sait mais fait semblant qu'il
ne le sait pas.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. André Albert Morin
M. Morin : Alors, voilà,
continuons, Mme la Présidente. Les Québécois sont consternés par les
agissements du ministre isolé de l'Immigration. LaPresse
nous apprend ce matin, dans un sondage de l'UMQ : 83 % des Québécois
souhaitent garder les immigrants au travail, 83 %. Alors, par ses actions,
il va priver des milliers d'enfants d'éducatrices.
Le ministre le réalise-t-il? Que va-t-il
faire?
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Bien, Mme
la Présidente, j'aurais aimé être appelé lors de la réalisation de ce sondage,
parce que j'aurais dit : Oui, je veux garder ces travailleurs. Donc, nous
faisons <partie, nous, membres du gouvernement et du caucus, de
ces 83 % de personnes...
M. Roberge :
...ces
travailleurs. Donc, nous faisons >partie, nous, membres du gouvernement
et du caucus, de ces 83 % de personnes qui souhaitent garder ici les
travailleurs temporaires. Il faut renouveler leur permis de travail et ensuite
s'assurer qu'ils ont les critères minimaux pour obtenir la résidence
permanente, donc, évidemment, maîtriser la langue française, conserver le lien
d'emploi. Avec l'ancien programme, c'était premier arrivé, premier servi. Avec
le nouveau programme, on sélectionne en priorité les meilleures candidatures,
ceux qui travaillent dans des secteurs particuliers...
La Présidente
: En
terminant.
M. Roberge : ...dans des
secteurs prioritaires, mais on veut garder ces personnes sur le territoire.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. André Albert Morin
M. Morin : Alors,
personne ne suit le ministre. Il est largué par le candidat de Lévis, il est
largué par la candidate de Sanguinet puis il est largué par 83 % des
Québécois. Après une conférence de presse désastreuse, où son cabinet a été
obligé de corriger ses propres chiffres, des experts le contredisent dans les journaux,
et, maintenant, il publiait, hier, une déclaration demandant de ne pas croire
ce que racontent les médias. Il en a parlé ce matin.
Quelle crédibilité reste-t-il au ministre
de l'Immigration?
• (10 h 30) •
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Mme la
Présidente, parlant de personne larguée, M. Charles Milliard, il n'y a pas
si longtemps, alors qu'il était président de la fédération des chambres de
commerce du travail, disait : «Nous, on n'est pas sortis sur les seuils
d'immigration, ce qui nous préoccupe, c'est la capacité d'accueil.» Il était
meilleur avant de devenir libéral. «Toutes les entreprises aimeraient avoir...»
Des voix : ...
La Présidente : Attendez, M.
le ministre. Alors, je vous rappelle l'article 32, tout le monde, on garde
le silence. J'aimerais entendre la réponse. Poursuivez.
M. Roberge : Rouge,
rouge. «Toutes les entreprises aimeraient avoir accès à davantage de monde,
mais il n'y a pas de logement disponible.»
Donc, nous, on veut garder les
travailleurs ici. On veut respecter la capacité d'accueil, comme le pensait
M. Milliard avant de devenir libéral. Je l'aimais mieux avant.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant la députée de D'Arcy-McGee.
Ressources d'hébergement pour les itinérants en
situation de handicap
Mme Elisabeth Prass
Mme Prass : Merci, Mme
la Présidente. Il y a un an, nous avons été informés de la situation tragique
de Mélissa et Jérémie, deux jeunes adultes avec une déficience intellectuelle,
connus des CIUSSS, et en situation d'itinérance, qui habitaient dans le métro
depuis plus de deux ans. À la suite de mon questionnement du ministre des
Services sociaux de l'époque, le ministre a demandé à Santé Québec d'agir pour
sortir le couple de la rue le plus rapidement possible.
Bien, un an plus... plus d'un an plus tard
et la situation de Mélissa et Jérémie est la même. C'est deux jeunes qui se
retrouvent toujours en situation d'itinérance après plus de trois ans. Mélissa
est toujours dans la rue en situation d'itinérance, Jérémie l'a rejointe, parce
qu'il n'y a aucun hébergement adapté pour répondre à leur réalité de couple. La
nouvelle ministre a maintenant demandé elle aussi à Santé Québec d'agir, mais,
clairement, Santé Québec a échoué, parce que Mélissa et Jérémie sont dans la
rue depuis plus de trois ans. Elle ne peut pas nous dire que Santé Québec va
s'en occuper.
Donc, Mme la Présidente, je demande à la
ministre d'assumer ses responsabilités ministérielles et d'agir...
La Présidente : ...des
Services sociaux.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Oui, Mme
la Présidente. Bien, d'abord, je suis extrêmement sensible à la situation de
Jérémie et Mélissa. C'est épouvantable de savoir que des personnes dans leur
situation, avec certaines limitations, se retrouvent en plus dans la rue.
Alors, oui, effectivement, il y a un an,
cette situation a été médiatisée. On se souvient qu'à ce moment-là ils étaient
en situation d'itinérance dans un métro, et puis je pense que ça nous a tous
captés en termes d'émotions, et, oui, l'ex-ministre avait demandé de trouver
une solution, puis il y a une solution qui a été trouvée à ce moment-là. Il y a
un hébergement qui a été offert à Mélissa et à Jérémie, mais, malheureusement,
puis je ne rentrerai pas dans le détail de la vie privée des personnes, ils
n'ont pas voulu y rester.
Alors, c'est ça, Mme la Présidente. Alors,
aujourd'hui, je me lève, et puis là on me demande : Qu'est-ce que la
ministre va faire?, mais Jérémie est sous curatelle. Il demeure dans une
ressource intermédiaire. Alors...
La Présidente : Première
complémentaire.
Mme Elisabeth Prass
Mme Prass : Merci, Mme
la Présidente. On apprécie la sensibilité de la ministre, mais la sensibilité
ne sort pas Mélissa et Jérémie de la rue. La raison pour laquelle ils sont dans
la rue, c'est parce qu'il n'y a pas d'hébergement qui répond à leur réalité de
couple. La réponse de la ministre n'assume aucunement l'échec ni l'abandon de
Mélissa et Jérémie, qui sont dans la rue depuis plus de trois ans. Cette
histoire ne fait que démontrer que, sans plan précis, il n'y a pas de
responsabilité ni de résultat.
Mme la Présidente, qu'est-ce que la
ministre va faire aujourd'hui pour sortir ces deux de la rue?
La Présidente
: La
réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Mme la
Présidente, j'ai entendu un collègue d'en face dire «bravo» à la question que
je viens d'avoir, «bravo», vraiment. Alors, écoutez, cette <situation...
>
10 h 30 (version révisée)
La Présidente : ...la ministre.
Mme Bélanger : Mme la
Présidente, j'ai entendu un collègue d'en face dire «bravo!» à la question que
je viens d'avoir. Bravo, vraiment? Alors, écoutez, cette situation-là, Mme la
Présidente, là, j'étais en train de l'expliquer, OK? Alors, Jérémie demeure
dans une ressource intermédiaire. Je n'irai pas plus loin que ça, parce que je
ne veux pas rentrer dans la vie privée de Jérémie. Mélissa a fait le choix de
rester dans la rue. Alors, est-ce que, Mme la Présidente, le Parti libéral...
est-ce que le Parti libéral... est-ce que le Parti libéral est en train de
forcer une situation...
Des voix : ...
Mme Bélanger : Oui, Mme
la Présidente, parce que Mélissa, elle n'est pas...
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme Prass : Mme la
Présidente, c'est épouvantable d'entendre la ministre de la Santé qui dit que
Mélissa a fait le choix de se retrouver dans la rue, une femme avec une
déficience intellectuelle à qui, s'il n'y a pas d'hébergement pour répondre à
leur réalité... C'est à la ministre de trouver des solutions, pas de blâmer des
personnes avec des déficiences intellectuelles de se retrouver en situation d'itinérance.
Est-ce que c'est la ministre qui travaille
pour... Est-ce que c'est... c'est Santé Québec qui travaille pour la ministre
ou la ministre qui travaille pour Santé Québec? Parce que les lignes
administratives, c'est tout ce que j'entends.
Des voix : ...
La Présidente
: Pas de
commentaire! La réponse de la ministre.
Mme Bélanger : Oui, Mme
la Présidente. Contrairement à la députée de D'Arcy-McGee, là, je ne rentrerai
pas dans des diagnostics puis des étiquettes. Ici, on parle de la vie privée
des personnes, on parle de la vie privée des personnes. Une personne est sous
curatelle publique, l'autre ne l'est pas, l'autre ne l'est pas. Ce n'est pas à
la ministre de la Santé, Mme la Présidente, de pousser sur la curatelle. Santé
Québec s'en occupe, les professionnels sont là, les professionnels sont impliqués,
il y a des éducateurs impliqués, des travailleurs sociaux, Mme la Présidente.
Alors, je suis cette situation-là de près et je suis confiante que...
La Présidente
: En
terminant.
Mme Bélanger : ...les
intervenants vont trouver une solution à une situation qui est extrêmement...
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant la cheffe du deuxième groupe d'opposition.
Mme Ghazal : Merci, Mme
la Présidente. En 2018, le premier ministre disait qu'il était en politique d'abord
et avant tout pour l'éducation. Je le cite : «Le système d'éducation a
manqué d'amour. Des écoles ont été laissées à l'abandon, des enfants avec des
difficultés d'apprentissage ont été laissés à eux-mêmes.» Fin de la citation du
premier ministre.
Aujourd'hui, quand on voit l'état du
réseau du système d'éducation, on pourrait dire exactement la même chose. Le
bilan du premier ministre n'est pas mieux que celui des péquistes et des
libéraux. Hier, ma collègue de Verdun, elle, elle était auprès des directions,
des syndicats, des parents qui étaient ici, à l'Assemblée nationale, pour
sonner l'alarme pour notre réseau. La CAQ a tellement, tellement improvisé en
éducation que les gens du réseau ne savent plus sur quel pied danser. Ils ont
besoin de stabilité, pas juste pour eux, mais surtout pour les élèves. Ce n'est
pas aux élèves, Mme la Présidente, de payer pour le déficit historique, les
gaspillages et les fiascos de la CAQ. Pire, la CAQ nuit aux élèves. Avec l'abolition
du PEQ et d'autres mauvaises décisions de ce gouvernement, le réseau va perdre
1 500 employés, alors qu'on a de la misère à en recruter pour s'occuper
de nos enfants.
C'est peut-être la dernière question du
premier ministre avant de quitter son poste : Est-ce que le premier
ministre peut reconnaître que son bilan en éducation est un échec aussi cuisant
que celui du Parti québécois et du Parti libéral du Québec?
La Présidente
: La
réponse...
Des voix : ...
La Présidente
: Article 32,
on retrouve le silence, je vous prie. La réponse du premier ministre.
M. Legault : Oui, Mme la
Présidente. Je ne sais pas c'est quoi, la convention collective chez Québec
solidaire, mais moi, je vais être ici jusqu'au 12 avril. Donc, je n'ai pas
l'intention de prendre plus que... de congés que ce qui est prévu dans notre
calendrier, en tout cas. Donc, peut-être qu'on n'a pas le même calendrier.
Je viens d'entendre la cheffe de Québec
solidaire parler d'un déficit historique, même chose qu'on entendait tantôt du
député de LaFontaine. Savez-vous... Bon, d'abord, le déficit actuel est de
1,5 % du PIB. Savez-vous combien de fois le déficit du Québec a été de
plus que 1,5 % du PIB? Combien de fois? 20 fois. 20 fois. Donc, de dire
que c'est historique, bien, je ne sais pas. Quand on est rendus 21e fois, est-ce
qu'on appelle ça encore historique? En tout cas, pas chez nous.
Maintenant, bien, parlons d'éducation :
depuis sept ans, 58 % d'augmentation du budget. Faites un petit calcul, là...
M. Legault : ...depuis
sept ans, 58 % d'augmentation du budget. Faites un petit calcul, là,
58 % divisé par sept, ça, c'est historique. Ça, c'est historique.
Et rappelez vous, Mme la Présidente, quand
on a décidé, pour la première fois dans l'histoire du Québec, d'augmenter plus
les salaires des enseignants que de l'ensemble des employés, Québec solidaire
était contre. Québec solidaire disait : Non, de la Labatt bleue pour tout
le monde. Ce n'est pas vrai qu'on va augmenter plus les salaires des
enseignants.
Donc, Mme la Présidente...
La Présidente
: En
terminant.
M. Legault : ...soyons un
petit peu sérieux.
La Présidente : Première
complémentaire.
Mme Ghazal : Mme la
Présidente, tout le monde a noté que le premier ministre a attendu une minute
et même plus avant de parler du sujet de l'éducation. Puis je le comprends
parce que son bilan, il est mauvais. Ce n'est pas Québec solidaire...
Des voix : ...
La Présidente
:
Attendez, Mme la cheffe. L'article 32. Gardez le silence. J'aimerais
entendre la cheffe poser sa question. Allez-y, il vous reste 18 secondes.
Mme Ghazal : Est-ce que le
premier ministre a entendu les gens qui étaient ici hier? Ce n'est pas juste
les méchants syndicats, là, comme il dit, il y avait aussi des directions, il y
avait des associations de parents, des gens qui connaissent nos enfants par
leurs noms.
En ce moment, le système d'éducation,
c'est le chaos. Moi, je veux entendre le premier ministre, celui qui est venu
ici pour l'éducation. C'est quoi...
• (10 h 40) •
La Présidente : Réponse du
premier ministre.
M. Legault : Bien, Mme la
Présidente, parlons de l'argent qui est investi dans la rénovation et la
construction d'écoles. Quand on est arrivés, les libéraux dépensaient 1,3 milliard
par année. 1,3 milliard par année. Savez-vous combien on dépense
actuellement? 3,9 milliards par année. Trois fois plus.
Puis là la cheffe de Québec solidaire ose
nous parler d'un déficit historique. Qu'elle essaie donc d'être cohérente puis
de nous expliquer comment on pourrait dépenser plus tout en ayant un déficit
moins historique.
La Présidente : En
terminant... Deuxième complémentaire.
Mme Ghazal : Le bilan du
premier ministre en éducation, puisqu'il est venu en politique pour ça, c'est
annuler 100 projets de construction et de rénovation d'école. C'est aussi
faire en sorte que des gens dans nos écoles — 1 500 personnes — perdent
leurs emplois à cause des décisions de la CAQ, alors qu'en ce moment, dans ses
chiffres, lui-même, il y a près de 3 000 personnes qui manquent pour
s'occuper de nos enfants.
C'est quoi, son bilan? Est-ce qu'il est
fier? Est-ce qu'il peut au moins reconnaître que c'est à cause de lui que ça va
mal dans notre système d'éducation?
La Présidente : La réponse du
premier ministre.
M. Legault : ...Mme la
Présidente, j'étais à Carignan cette semaine pour inaugurer une nouvelle école
avec plus de lumière, plus d'espace. On est rendus à 100 nouvelles écoles.
C'est rare qu'un premier ministre est capable d'annoncer la construction puis
d'inaugurer l'école.
100 nouvelles écoles,
200 projets d'agrandissement qui sont finis, faits, puis 150 autres
projets qui sont en cours. C'est du jamais vu. Ça, c'est historique!
Des voix : ...
La Présidente : Alors, les
amis, article 32. On garde le silence. Pas d'applaudissements, pas de
cognage sur les bureaux. C'est bon pour tout le monde.En question
principale, je reconnais le député de Jean-Lesage.
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. Alors, hier, le gouvernement canadien annonçait des coupures de
5 milliards dans le transport collectif. Encore une fois, le Canada fait
ses choix avec notre argent. Ce qui est le plus choquant là-dedans, c'est que,
du fonds de maintenant 25 milliards que le Canada a mis sur pied, le
Québec n'est pas allé chercher une cenne. Notre argent s'en va à Ottawa, puis
après ça en Ontario, puis en Alberta, puis en Colombie-Britannique, puis il ne
revient pas au Québec pour le transport collectif.
Je comprends, là, que le gouvernement de
la CAQ veut obtenir des ententes pour aller chercher notre argent sans
condition, je le comprends, mais la seule entente qui va faire ça, Mme la
Présidente, c'est l'indépendance du Québec.
Des voix : ...
M. Zanetti : Ce que je veux...
Ce que je veux savoir : C'est quoi, le rapport de force d'un gouvernement
provincial fédéraliste pour aller chercher de l'argent, notre argent à Ottawa?
C'est quoi, le rapport de force? Nommez-le.
Une voix : ...
La Présidente : M. le premier
ministre, je vous entends. La réponse du ministre des Transports et de la
Mobilité durable.
M. Julien : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Mon collègue de Jean-Lesage dit non seulement des inexactitudes,
mais un terme que je ne peux pas utiliser, donc c'est minimalement inexact...
M. Julien : ...dit non
seulement des inexactitudes, mais un terme que je ne peux pas utiliser, donc
minimalement inexact. On obtient toujours notre part dans le financement. Puis
oui, on travaille de manière plus... plus précise sur le respect des
compétences et des conditions des transferts. Mais, dans les dernières années,
il y a eu 24 milliards d'investis; on a obtenu 6,7 milliards de ces
24 milliards là, 28 %, c'est plus que notre poids relatif. Donc,
historiquement, on le fait, on le fait bien puis on le fait sans condition,
selon nos conditions.
J'étais avec le ministre fédéral, Gregor,
et avec le ministre des Transports, cette semaine à Vancouver, puis j'ai eu ces
discussions-là. Le transfert de 5 milliards qu'ils envisagent, c'est
pour... pour bâtir une collectivité forte. On est en train de regarder, ces
sommes-là, quelles sont les conditions, puis il faut que ça respecte nos
conditions. Mais le transfert des sommes va être pour le transport collectif.
On ne baissera pas les bras, on va avoir notre juste part, comme on l'a
toujours eue, soyez sans inquiétude, mon collègue de Jean-Lesage. Et ce n'est
certainement pas un référendum qui va nous permettre d'avoir les résultats
historiques qu'on a eus dans les dernières années.
La Présidente
: Et je
vous rappelle, M. le ministre, que vous vous adressez non pas aux collègues,
mais à moi. Première complémentaire, allez-y.
M. Zanetti : C'est tellement
triste d'entendre le ministre se réjouir de réussir à obtenir notre argent dans
certains dossiers.
Moi, la question que je pose et à laquelle
il n'a pas répondu, et c'est très significatif, je pense que le Parti libéral
ne serait pas capable de répondre non plus : C'est quoi, le rapport de
force d'un gouvernement provincial fédéraliste dans cette fédération-là?
La Présidente
: La
réponse du ministre.
M. Julien : Encore là, Mme la
Présidente, mon collègue de Jean-Lesage parle du rapport de force, et moi, je
parle de résultats concrets, démontrés, chiffres à l'appui. Donc, actuellement,
on a obtenu, je le mentionnais, 6,7 milliards d'un montant de
24 milliards. Donc, mon collègue de Jean-Lesage peut prendre sa
calculatrice, faire... faire le ratio, c'est 28 %. Pourquoi on obtient
28 %, plus que notre poids relatif, dans ces sommes-là? C'est parce qu'on
collabore, on négocie puis on met nos conditions. Donc, le résultat est
probant. Bien, c'est un rapport de force : on a réussi à négocier ça puis
on a obtenu plus que notre juste part. On est très heureux de ça.
La Présidente
:
Deuxième complémentaire, et, pour ce faire, je reconnais le député de
Taschereau.
M. Grandmont : Merci, Mme la
Présidente. Alors, le fédéral coupe 5 milliards de dollars qui
étaient prévus pour le transport collectif. Le... La STM, pendant ce temps-là,
la Société de transport de Montréal, enregistre un déficit de maintien d'actif
important, 7 milliards de dollars pour son métro. On sait combien
c'est vital, c'est important. Chaque dollar investi dans le transport en commun
peut générer 29 $ de retombées économiques.
Alors, je sais que le ministre des
Finances sait compter, mais est-ce qu'il sait se battre pour aller chercher les
5 milliards de dollars qui nous sont dus pour le transport collectif?
La Présidente
: La
réponse du ministre.
M. Julien : Encore là, Mme la
Présidente, mon collègue de Taschereau se trompe, encore là, également. Il
parle de sommes qui ont été engagées, investies dans d'autres provinces. Bien,
le fonds dont il fait mention, là, c'est un fonds qui commence en avril 2026.
Donc, on s'entend-tu qu'actuellement, là, les engagements, bien...
Puis nous, quand on négocie, parce qu'on a
une colonne vertébrale, on négocie selon nos conditions puis on ne va
certainement pas commencer à fléchir là-dessus. Mon collègue de Taschereau, il
se trompe s'il pense ça. On obtient des résultats, mais on le fait à la
vitesse... pour respecter nos conditions et certainement pas pour ne pas
respecter les nôtres, parce qu'on est fiers de ça.
La Présidente
: En
question principale, je reconnais maintenant le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Mettez de
l'argent de côté pour votre santé car sinon, là, bien, vous risquez vraiment
d'être dans le pétrin. Lorsqu'on est en urgence et qu'on a besoin des services,
le système, il n'est pas là.
Ça, ce sont les conseils de M. Couillard
qui, excédé par les délais pour une chirurgie importante, est allé se faire
soigner au privé, en France, Mme la Présidente. À entendre ça, on se croirait
aux États-Unis. Bien non, on parle du Québec de la CAQ de 2026.
Cette semaine, là, c'était aussi le cas de
Mme Lequin qui faisait les manchettes. Elle, abandonnée par le système, là, eh
bien, elle s'est endettée puis elle a payé 40 000 $ pour aller
chercher une chirurgie au privé, 40 000 $, Mme la Présidente. Ça n'a
aucun sens payer et s'endetter pour rester en vie au Québec en 2026. Les
Québécois paient deux fois : ils paient toute leur vie avec leurs impôts
puis ils paient encore avec la carte de crédit quand vient le temps d'avoir des
soins de santé. Ce n'est pas ça, le Québec, Mme la Présidente.
Qu'est-ce que la ministre de la Santé va
faire pour rassurer les Québécois incapables d'obtenir des soins de santé au
public, au Québec?
La Présidente
: La
réponse de la ministre de la Santé.
Mme Bélanger : Mme la
Présidente, je suis d'accord en grande partie avec mon collègue député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
il y a trop de Québécois qui attendent trop longtemps encore en chirurgie et
qui décident d'aller au privé...
Mme Bélanger : ...député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Il y a trop de Québécois qui attendent trop longtemps encore en chirurgie et
qui décident d'aller au privé. Je suis d'accord avec ça. Alors, par contre,
c'est sur le ton, c'est sur le ton, c'est là, la différence.
Et il faut quand même être fiers de ce
qu'on est en train de faire avec notre système de santé, au Québec, puis nos
listes d'attente. Nos listes d'attente en chirurgie ont constamment diminué
depuis les quatre dernières années. On est passés de 20 000 personnes
qui étaient en attente d'une chirurgie depuis plus d'un an, au 1er janvier
2023, à, maintenant, 5 000 personnes qui attendent.
Alors, oui, c'est encore trop, mais est-ce
que c'est une amélioration? Oui, c'est une amélioration, puis on va continuer
de le faire. Il y a des salles d'opération qui sont fermées actuellement dans
une grande majorité des hôpitaux au Québec par faute de personnel, pas par
manque de budget...
La Présidente
: En
terminant.
Mme Bélanger : ...parce qu'on
manque de personnel, puis on est en train de rétablir ça, Mme la Présidente.
La Présidente
:
Première complémentaire.
M. Cliche-Rivard : Fiers de
ce qu'on fait au Québec? Mme la Présidente, pendant qu'il y a des patients qui
s'endettent à 40 000 $ pour aller chercher une chirurgie au privé, pendant
qu'il y a du monde qui s'en va en France pour chercher une chirurgie au privé aussi,
puis on est fiers de ce qu'on fait? Voyons donc, Mme la Présidente, on est
rendus à 1 000 médecins québécois qui ont quitté le régime public. Ça, là,
c'était 460 en 2019. Ça ne fait complètement que continuer, puis ça, c'est des
milliers de patients qui n'ont pas de médecin.
Qu'est-ce qu'elle va faire, la ministre,
pour éviter l'hémorragie puis défendre le système public?
• (10 h 50) •
La Présidente : La réponse de
la ministre.
Mme Bélanger : Mme la
Présidente, je vois que la question, là, maintenant, est sur les médecins, puis
comment on fait pour défendre notre système public au Québec, mais on est le
gouvernement qui a le plus investi, Mme la Présidente, dans notre système de
santé. On a un budget, juste pour les établissements, de près de
50 milliards de dollars dans le système de santé. Mon collègue
ex-ministre de la Santé a travaillé pour les agences de placement... pour
sortir le personnel des agences de placement dans les établissements, puis,
aujourd'hui, on a des résultats exemplaires. On a réussi à ramener ce
personnel-là, à ce qu'ils aient des postes...
La Présidente
: En
terminant.
Mme Bélanger : ...à assurer de
la stabilité dans nos établissements. On travaille sur tous les fronts, Mme la
Présidente.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. Cliche-Rivard : Mme la
Présidente, chez les spécialistes, là, c'est 95 % des demandes des
médecins d'aller pratiquer au privé qui sont acceptées depuis avril 2025.
95 %, c'est scandaleux, Mme la Présidente. Puis, pendant ce temps-là, on a
130 salles d'opération qui sont fermées au Québec, puis le trois quart de
celles qui sont ouvertes sont sous-utilisées, puis le privé, là, on le sait, ça
nous coûte plus cher, encore plus cher, Mme la Présidente. Je n'ai entendu
aucune réponse de la ministre.
Qu'est-ce qu'elle va faire pour défendre
notre système de santé public?
La Présidente : La réponse de
la ministre.
Mme Bélanger : Mme la
Présidente, bien, écoutez, on continue d'améliorer notre système de santé. On
investit. On travaille pour obtenir plus de postes. On a une entente avec la
FMOQ, qui s'est traduite dans un projet de loi. On a, donc, vous le savez,
notre objectif de faire en sorte que, d'ici le 30 juin, 500 000 Québécois
soient affiliés à un GMF, qu'ils aient un médecin de famille. On est en train
de travailler pour rehausser le rôle des IPS, Mme la Présidente. Donc, ce n'est
pas juste le travail sur les médecins, Mme la Présidente, c'est le travail sur
tous les autres professionnels de la santé. C'est comme ça qu'on va
l'améliorer, notre système de santé, en améliorant la première ligne et en
misant sur le rôle de tous les professionnels, pas seulement les médecins, Mme
la Présidente.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant la députée de Terrebonne.
Mme Gentilcore : Le passage au
ministère de l'Économie et de l'Innovation de la députée de Sanguinet,
candidate à la chefferie de la CAQ, se confirme aujourd'hui comme un
rendez-vous manqué avec la prospérité du Québec. Le constat d'une étude de HEC
Montréal est dévastateur. La politique d'innovation à
2,4 milliards de dollars pilotée par l'ancienne ministre de
l'Économie était un échec annoncé. Les chercheurs sont catégoriques. Cette
réforme-là va alourdir la facture fiscale sans corriger les faiblesses
structurelles du Québec. Alors, encore une fois, on mise tout sur les grandes
entreprises, alors que l'efficacité de l'aide fiscale diminue, elle, à mesure
que la taille des entreprises augmente. C'est ça, le sceau de la CAQ. On signe
des chèques en blanc aux grandes entreprises sans aucun résultat en retour.
Est-ce que le ministre de l'Économie et de
l'Innovation partage les conclusions de HEC Montréal, soit que la réforme à
2,4 milliards de dollars de sa candidate à la chefferie est la
chronique d'un autre échec annoncé de son gouvernement?
La Présidente
: La
réponse du ministre des Finances.
M. Girard (Groulx) : Oui, Mme
la Présidente. Bien, au niveau de la fiscalité, c'est certain que le ministère
des Finances travaille avec le ministère de l'Économie. Et j'ai lu l'étude des
HEC, qui, malheureusement, utilisait des données jusqu'à 2019, mais, bon...
Alors, ça précède la réforme qui a été faite sur la recherche et développement
au Québec. Suite à une... à une consultation de...
M. Girard (Groulx) : ...mais,
bon... Alors, ça précède la réforme qui a été faite sur la recherche et
développement au Québec. Suite à une... une consultation de l'ensemble des
acteurs de l'industrie, nous avons créé un nouveau crédit à l'innovation qui
permet, Mme la Présidente, les dépenses en capital, parce qu'autrefois
c'étaient uniquement des salaires de chercheurs. Là, on permet les dépenses en
capital, et, initialement, uniquement recherche et développement, et là on
élargit jusqu'à la précommercialisation. Donc, plus d'activités, plus de
dépenses en capital, un long processus de consultation qui a été souligné par
l'ensemble de l'industrie, une réforme qui est appréciée.
La Présidente : Première
complémentaire.
Mme Gentilcore : J'ai bien de
la peine de vous contredire, mais les experts de HEC Montréal, eux, sont sans
appel : le Québec a choisi la voie de contournement plutôt que
l'efficacité. Le niveau des dépenses privées en recherche au Québec est
60 % plus faible que dans les autres pays de l'OCDE.
Est-ce que le ministre de l'Économie
reconnaît l'expertise du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC
Montréal et se range derrière ses constats, soit que la politique d'innovation
de sa candidate à la chefferie est un... un véritable échec annoncé?
La Présidente
: La
réponse du ministre.
M. Girard (Groulx) : Oui.Bien,
écoutez, le chercheur s'appelle Robert Gagné, il utilise les données de 2019.
Les chercheurs sont indépendants. On finance ses recherches parce que c'est une
chaire de recherche, puis on est ouverts à toutes les opinions. Mais je
rappelle qu'au niveau de l'innovation on a fait une très large consultation
pour permettre les dépenses en capital en plus des salaires de chercheurs,
qu'on a élargi le cycle de l'innovation et que l'ensemble de l'industrie nous a
remerciés et souligné cette avancée.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme Gentilcore : Continuons
donc dans la catégorie des désastres annoncés. Ce n'est pas ça qui manque du
côté de la CAQ. La députée de Sanguinet a tout fait pour mettre en place le
projet controversé de TES Canada à l'encontre de l'acceptabilité sociale des
citoyens et de certains élus.
Est-ce que le nouveau ministre de
l'Économie considère lui aussi que c'est un projet magique, comme sa
prédécesseure?
La Présidente
: La
réponse du ministre de l'Économie, de l'Innovation et l'Énergie.
M. Boulet : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Donc, TES Canada, on s'est déjà prononcés, c'est un projet qui
est purement privé qui est entre les mains de cette entreprise-là qui a
l'intention d'investir jusqu'à 4 milliards de dollars dans la filière
énergétique dans des secteurs où la décarbonation est beaucoup plus complexe.
Évidemment, il y a un défi d'acceptabilité sociale, mais c'est un projet
d'entreprise qui va suivre les processus réguliers des réglementations au
Québec. Et le BAPE est d'ailleurs dû pour débuter très bientôt, et la compagnie
continue son travail d'information et de sensibilisation de la population.
La Présidente
: En
terminant.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente : En question
principale, je reconnais la députée de Rimouski.
Mme Blanchette Vézina : Merci.
«Mettre fin au PEQ, c'est affaiblir les régions.» Et ça, Mme la Présidente, ce
n'est pas moi qui le dis, c'est le président du Mouvement Desjardins et
l'ensemble du Québec, en fait, qui le dit et qui sonne l'alarme en demandant
une clause de droits acquis pour les travailleurs immigrants. Et qu'est-ce que
fait le gouvernement? Bien, il choisit de prioriser un projet de loi pour
reconnaître le papillon amiral comme emblème national.
Alors, si le gouvernement se cherche un
projet de loi pertinent, concret pour les Québécois, pour les régions du
Québec, j'en ai déposé un aujourd'hui, Mme la Présidente, le projet de loi n°
592 qui propose de véritablement régionaliser l'immigration et qui intègre une
clause de droits acquis comme tout le monde le demande.
Alors, ma question est simple :
Est-ce que le gouvernement va appeler ce projet de loi qui répond concrètement
à la crise vécue par les régions ou va-t-il continuer à détourner les yeux de
la... du problème qu'il a créé?
La Présidente : La réponse du
ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration.
M. Roberge : Merci, Mme la
Présidente. Bien, on va prendre le temps d'analyser la proposition de la
collègue, parce que la régionalisation de l'immigration, c'est extrêmement
important pour le gouvernement.
Il faut se souvenir que les gouvernements
qui nous ont précédés, eux, disaient : Bien, on va laisser les immigrants
arriver, s'installer, la grande majorité va être à Montréal, puis après on va
essayer de les convaincre de déménager en région. Ça n'a pas fonctionné, Mme la
Présidente, pas du tout, du tout, du tout.
Alors, ce qu'on veut faire en ce moment,
c'est... Il y a des gens qui ont été attirés avec des permis de travail, qui
travaillent dans toutes les régions du Québec, qui rendent de fiers services à
notre économie régionale, dans tous les secteurs. Oui, certains sont en santé,
en éducation, en génie, mais il y en a qui sont aussi dans nos écoles...
M. Roberge : ...en éducation,
en génie, mais il y en a qui sont aussi dans nos écoles, dans notre secteur de
la santé. Et ce qu'on veut faire, c'est s'assurer que le fédéral renouvelle les
permis de ces personnes-là et que, graduellement, à mesure que les gens
accumulent des années d'expérience, le bon niveau de français, qu'on puisse les
sélectionner puis leur donner le certificat de sélection du Québec, la
permanence.
Sous l'ancien programme, que certains
réclament encore, 60 % d'immigrants étaient à Montréal. Sous le nouveau
programme, c'est plus de 60 % des gens qui sont à l'extérieur...
La Présidente : En terminant.
M. Roberge : ...de Montréal.
C'est un grand changement de paradigme. Je pense qu'on est sur la bonne voie.
La Présidente : Première
complémentaire.
Mme Blanchette Vézina : Bien,
je suis contente d'entendre l'ouverture du ministre, mais, en fait, je pense
qu'il faut agir plus rapidement. Les entreprises demandent de la prévisibilité.
Les municipalités demandent plus de pouvoirs. C'est ce qu'on offre. Pour un
gouvernement qui se dirait d'un gouvernement des régions, il y a une solution
sur la table plus forte que de simplement regarder certains programmes qui,
comme vous l'avez dit, n'a pas l'impact espéré.
Alors, est-ce que vous vous engagez à
déposer et à appeler le projet de loi n° 592 rapidement d'ici la fin de la
session?
• (11 heures) •
La Présidente : Et, Mme la
députée, je vous rappelle que vous vous adressez à la présidente. La réponse du
ministre.
M. Roberge : Bien, Mme la
Présidente, on va analyser le projet de loi, bien sûr, comme on analyse tous
les projets de loi qui sont déposés, puis on va avancer dans le sens de
l'intérêt économique des Québécois puis de notre intérêt national aussi,
s'assurer que les gens qu'on accueille ici, on est capables de les accueillir,
mais de les loger, de les scolariser, de les soigner, de les intégrer à la
nation québécoise. On a maintenant une loi sur l'intégration à la nation
québécoise. On a tourné la page sur le multiculturalisme, qu'on a renvoyé dans
les limbes de... de l'histoire, au grand malheur du Parti libéral et de Québec
solidaire. Mais nous, on s'affirme : régionalisation, intégration,
francisation.
La Présidente : Deuxième complémentaire.
Mme Blanchette Vézina : Bien,
je suis contente d'entendre que ce sont les priorités du ministre, Mme la
Présidente, puisque c'est exactement ce que le projet de loi propose. Alors,
rapidement, j'ai l'impression qu'on aurait la collaboration de plusieurs
personnes ici. On pourrait appeler le projet de loi, ça permettrait de régler
cette crise qu'on voit dans nos régions, d'arrêter l'insécurité de plusieurs
entreprises, de plusieurs organismes, gouvernementaux, notamment. Alors, ça
viendrait régler des solutions en attendant d'avoir un... un nouveau chef à la
CAQ.
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Roberge : Oui, Mme la
Présidente. Juste rappeler quand même que, sur 10, 15 ans, on a toujours
eu, au Québec, autour de 50 000 immigrants permanents. On est à
45 000 en ce moment. Et, qu'on ait un programme ou un autre, on va avoir
autour de 28 000, 29 000 immigrants économiques, de toute
manière. La question, c'est de les sélectionner le mieux possible, franciser, accueillir,
loger, intégrer, leur permettre de travailler et de rendre des services dans
toutes les régions.
Mais j'aimerais ça, que ma collègue se
joigne à nous pour dire que, dans l'intervalle, pendant qu'on analyse toutes
ces candidatures-là, il faut s'assurer qu'Ottawa ne leur enlève pas leur permis
de travail.
La Présidente : En
question...
Des voix : ...
La Présidente
:
Article 32. Je vous en prie. Nous poursuivons.
En question principale, je reconnais le
député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci, Mme la
Présidente. Nous avons appris cette semaine que près d'une centaine d'aînés de
la Coopérative d'habitation Émile-Nelligan, à Montréal, viennent de recevoir
une hausse de loyer de 10 % pour cette année. Pourquoi? Parce que la Société
d'habitation du Québec oblige les coops à suivre les prix du marché qui montent
en flèche ces dernières années. Ces aînés vulnérables, ils subissent depuis
quelques années une augmentation de 33 % en trois ans, là.
Pourtant, la solution est simple, Mme la
Présidente : la ministre de l'Habitation pourrait demander à la Société
d'habitation du Québec d'utiliser la clause d'abandon d'exigence qui existe
déjà dans les conventions qui lient la SHQ avec les... les coops. Avec le coût
de la vie qui explose, le logement devrait être un rempart justement pour les
populations vulnérables.
Ceci est une main tendue à la ministre de
l'Habitation. Est-ce que la ministre est prête à utiliser ses prérogatives et
agir pour éviter les hausses de loyers excessives dans les coopératives
d'habitation?
La Présidente : La réponse de
la ministre responsable de l'Habitation.
Mme Proulx : Dans les
habitudes de QS, on lit toujours juste une partie de l'article, Mme la
Présidente. Donc, heureuse de pouvoir répondre à cette question-là. Les gens
sont devant le Tribunal administratif du travail... du travail, du logement,
pardon. C'est un outil qui est à la disposition des Québécois et des
Québécoises, lorsque ces hausses-là sont démesurées, de se présenter devant le
tribunal.
Alors, Mme la Présidente, pour le moment,
la ministre de l'Habitation ne va pas se substituer au tribunal. Il y a des
travaux qui vont être menés là-bas, qui vont être entendus de la part des
locataires. Et le travail du... du tribunal est rigoureux, et on va suivre ces
travaux-à, Mme la Présidente. Pour le moment, on va laisser le tribunal faire
ce qu'il a à faire, Mme la Présidente...
11 h 03 (version non révisée)
Mme Proulx : ...rigoureux
et on va suivre ces travaux-là, Mme la Présidente. Pour le moment, on va
laisser le tribunal faire ce qu'il a à faire, Mme la Présidente.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Fontecilla : Mme la Présidente,
on s'entend, les coopératives d'habitation, c'était du logement social, et souvent,
le secteur du logement social sert à maintenir les loyers plus bas dans l'ensemble
du secteur locatif. On parle ici d'une coopérative qui se porte bien financièrement.
On ne parle pas des hausses nécessaires pour faire des travaux, pour faire du
maintien d'actifs, c'est seulement pour répondre à une commande administrative
qui est dans les conventions de la SHQ. Il n'a pas besoin de faire des hausses.
Est-ce que la ministre pourrait...
La Présidente : La réponse de
la ministre.
Mme Proulx : Merci, Mme
la Présidente. Au risque de me répéter, il y a un tribunal qui est là, qui
existe. D'ailleurs, avec le projet de loi n° 20, l'intention
du gouvernement du Québec, Mme la Présidente, c'est justement d'éviter que les
gens se ramassent au Tribunal administratif du logement, qu'on puisse en amont
discuter et trouver des solutions. C'est d'ailleurs une des grandes mesures qui
est mise de l'avant avec le projet de loi n° 20, qu'on
aura d'ailleurs l'occasion, avec les collègues, de discuter au cours des
prochaines semaines. C'est ça, l'objectif.
Maintenant, Mme la Présidente, je vais
rassurer tout le monde. Le Tribunal administratif du logement fait un extraordinaire
travail et va accompagner main dans la main les gens qui se présentent devant
ce tribunal-là, Mme la Présidente.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. Fontecilla : Merci, Mme
la Présidente. Il y a quelque 8 000 ménages qui pourraient être
affectés par ces hausses automatiques décrétées par une convention liant les
coopératives financées par l'ancien programme AccèsLogis à la Société
d'habitation du Québec, là. C'est une hausse automatique, bureaucratique qui n'est
pas fondée sur des besoins réels. La ministre, elle, elle a, elle possède la
prérogative d'agir. Pourquoi elle n'est pas, au moins... s'ouvrir à étudier la
possibilité d'étudier cette possibilité?
La Présidente : La réponse de
la ministre.
Mme Proulx : Je suis full
ouverte, Mme la Présidente, puis on en discutera durant le débat du projet de
loi n° 20, Mme la Présidente.
La Présidente : Et voilà,
cela met fin à cette période de questions et de réponses orales. Je vous invite
à demeurer en place puisqu'il y a un vote reporté. Et, pour ce faire, je vais
céder la place au troisième vice-président de l'Assemblée nationale, juste le
temps de vous souhaiter une bonne fin de journée, tout le monde. Et surtout,
profitez bien de ces deux semaines de travail en circonscription.
Merci, tout le monde...
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Alors, à la rubrique des Votes reportés, comme annoncé précédemment, nous
allons maintenant procéder au vote reporté sur la motion de Mme la députée de Bourassa-Sauvé,
débattue hier aux affaires inscrites par les députés de l'opposition et qui se
lit comme suit :
«Que l'Assemblée nationale reconnaisse la
nécessité de tenir des états généraux sur le système d'éducation au Québec.»
Le vote est maintenant ouvert.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
La période de vote est terminée. M. le secrétaire général.
Le
Secrétaire : Pour : 31
Contre : 68
Abstentions : 0
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Cette motion est donc rejetée. Nous allons poursuivre à la rubrique des Motions
sans préavis. En fonction de nos règles et de l'ordre de présentation des
motions sans préavis, je reconnais un membre du groupe du troisième groupe d'opposition,
M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Merci, M. le
Président. Vous me permettrez de saluer les représentants et représentantes d'une
vaste coalition contre... pour l'élimination de la violence à l'école, qui sont
parmi nous. Je sollicite le consentement des membres de cette Assemblée afin de
présenter, conjointement avec les députés de Bourassa-Sauvé, Gouin, Abitibi-Est,
Chomedey, Laporte, Rimouski, Rosemont et Saint-Laurent, la motion suivante :
«Que l'Assemblée nationale demande au
gouvernement de s'engager à mener une enquête nationale sur la violence en
milieu scolaire en se basant sur une définition...
11 h 08 (version non révisée)
M. Bérubé : ... de celle-ci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
Des voix : Consentement.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Consentement sans débat. M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : J'aimerais
demander un vote électronique, s'il vous plaît, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Un vote électronique a été demandé. La période de vote est ouverte.
La période de vote est terminée, M. le secrétaire
général.
Le
Secrétaire : Pour : 96
Contre : 0
Abstentions : 0
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Cette motion est adoptée. Nous allons poursuivre avec la prochaine motion
qui revient au gouvernement, et je reconnais Mme la ministre de la Condition
féminine.
Mme Proulx : Merci, M. le
Président. Je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de présenter la
motion suivante conjointement avec les députés de Robert-Baldwin, Terrebonne, Chomedey,
Rosemont, Saint-Laurent, Rimouski et Laporte.
«Que l'Assemblée nationale du Québec
souligne la Journée internationale des droits des femmes;
«Qu'elle exprime une profonde tristesse
et une vive préoccupation face aux féminicides qui ont endeuillé le Québec
récemment, avec plusieurs femmes assassinées dans des contextes conjugaux ou
postconjugaux au cours des dernières semaines et des derniers mois;
«Qu'elle rappelle que cette réalité
tragique illustre la persistance d'une violence liée au genre qui continue de
frapper notre société et laisse des familles dans le deuil;
«Qu'elle reconnaisse que les féminicides
constituent l'expression la plus extrême de la violence faite aux femmes, violence
qui se manifeste aussi par des agressions physiques, psychologiques et sexuelles
à l'intérieur et hors des relations intimes;
«Que cette violence demeure un enjeu de
santé publique et que la sécurité qui exige une attention permanente;
«Qu'elle rende hommage à toutes les
victimes de violences faites aux femmes, à leurs proches et aux familles
affectées par ces pertes inacceptables; «Qu'elle salue les efforts
déployés par le gouvernement du Québec pour mettre en œuvre une grande part des
recommandations issues des travaux en matière de prévention de la violence
conjugale et pour soutenir l'égalité entre les femmes et les hommes, y compris
la mise en place de stratégies gouvernementales, d'investissements et de
projets en égalité et de prix honorifiques reconnus à celles et ceux qui font
avancer cette cause;
«Qu'elle reconnaisse cependant qu'il reste
encore beaucoup de chemin à faire, notamment dans la prévention des violences,
de la protection des femmes à risque, de la formation continue des intervenants
de première ligne et de la mise en place de mesures structurantes pour l'avenir
des drames... pour prévenir, pardon, les drames futurs;
«Qu'enfin, elle réaffirme son engagement à
travailler de façon constructive avec toutes les instances concernées,
gouvernementales, communautaires, municipales et citoyennes, pour faire de la
sécurité des femmes et de l'égalité de fait des objectifs prioritaires ici, au
Québec, et au-delà des frontières.»
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
Une voix : Consentement sans
débat.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Il y a consentement sans débat. Cette motion est-elle adoptée?
Des voix : Adoptée.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Adoptée. La prochaine motion revient à l'opposition officielle, et je reconnais
Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : M. le Président,
je tiens tout d'abord à saluer les nombreux invités que nous avons dans nos
tribunes pour l'occasion. M. le Président, je sollicite le consentement de
cette Assemblée afin de présenter la motion suivante, conjointement avec le
ministre responsable de la Lutte contre le racisme, le député de
Laurier-Dorion, le député d'Arthabaska, le député de Taillon, la députée de
Laporte, le député de Rosemont, la députée de Saint-Laurent et la députée de
Chomedey.
«Que l'Assemblée nationale souligne l'édition
2026 du Mois de l'histoire des Noirs, dont le thème est Élevons nos voix ensemble...
11 h 13 (version non révisée)
Mme Cadet : ...«Qu'elle
souligne une fois de plus l'importance de reconnaître et de promouvoir la
contribution passée, présente et future des Québécoises et des Québécois des
communautés noires dans le tissu social du Québec;
«Qu'elle reconnaisse et salue l'histoire
des luttes pour la justice, l'égalité et la dignité des communautés noires au
Québec;
«Qu'enfin l'Assemblée nationale déplore
les inégalités et les manifestations de racisme qui demeurent envers les
communautés noires au Québec et souligne le travail à poursuivre afin de
parvenir à une société plus inclusive». Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
Mme LeBel : ...M. le
Président, il y a consentement pour un débat de deux minutes de rigueur par
intervenant dans l'ordre suivant : la députée de Bourassa-Sauvé, le
ministre responsable de la Lutte contre le racisme, le député de Laurier-Dorion
et le député d'Arthabaska.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Alors, je comprends qu'il y a consentement afin qu'il y ait un débat de deux
minutes de rigueur, qui commencera par une première intervenante, et je
reconnais Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Il y a une époque
pas si lointaine, quand certains de nos filles et nos fils aspiraient à s'élever,
certains sourires narquois s'esquissaient. Les quolibets ponctuaient
furtivement les palabres. Des adultes se sentaient légitimés d'agir en
garde-fou de rêves d'enfants. Des pères à qui l'on avait érigé des murs itéraient
à leur tour ces propos, parfois parce qu'ils avaient amèrement été dépossédés
de leurs propres ambitions, mais aussi, épisodiquement, parce que la crainte de
voir l'un des leurs se buter à la vie ouvrait une plaie si béante qu'ils se
persuadaient qu'à tout le moins ils leur éviteraient la douleur de se brûler
les ailes trop près du soleil.
Élever nos voix ensemble, soit le thème de
la 35e édition du Mois de l'histoire des Noirs au Québec, c'est lutter
farouchement contre ces éteignoirs et plutôt incarner la philosophie Ubuntu :
Je suis parce que nous sommes. Élever nos voix ensemble signifie se célébrer
les uns les autres. C'est tintamarrer de fierté face à l'épopée triomphale de
nos filles et nos fils prodiges. C'est tâter le trophée d'un champion et ainsi
effleurer une parcelle de liberté. Face au passé, c'est honorer le récit de
notre terroir métissé. À l'égard du présent, c'est s'ériger en rempart contre
les comportements iniques et porter haut et fort la parole de celles et ceux
contraints au mutisme.
En ce Mois de l'histoire des Noirs, il
nous incombe donc à tous de veiller à cultiver des espaces permettant aux voix
québécoises afrodescendantes de se faire entendre dans toute leur singularité,
à l'abri des soliloques. Ainsi, nous bâtirons tous ensemble une société
harmonieuse et unie. Tous ensemble, entonnons un chœur en faveur d'un Québec
fou de tous ses enfants. Parce qu'élever nos voix ensemble, c'est redonner à
nos enfants le droit de rêver dignement, librement. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la députée de Bourassa-Sauvé. Je reconnais maintenant M. le
ministre responsable de la Lutte contre le racisme.
M. Skeete : Merci, M. le
Président. Célébrer le Mois de l'histoire des Noirs est un moment de mémoire,
de reconnaissance et d'engagement. Pour moi, c'est aussi profondément
personnel. Étant d'origine afrodescendante, cette commémoration résonne au-delà
des institutions et des discours, elle me rappelle le parcours personnel, mais
aussi de plusieurs personnes, de résilience, de courage, de contribution qui
ont façonné nos sociétés, souvent dans l'ombre, parfois dans l'adversité, mais
toujours avec dignité.
L'histoire des personnes noires ne se
limite pas par un mois, elle se fait partie intégrante de l'histoire du Québec
et du monde. Elle est faite d'innovateurs, d'artistes, d'entrepreneurs, de
penseurs, de leaders. Elle est aussi faite de bâtisseurs qui ont contribué à
notre prospérité collective.
Souligner ce mois, ce n'est pas non
seulement reconnaître les apports, c'est aussi admettre que le travail n'est
pas terminé. Les inégalités persistent, les préjugés existent encore, et notre
responsabilité collective et même personnelle est de continuer à bâtir une société
plus juste, plus inclusive...
11 h 18 (version non révisée)
M. Skeete : ...plus équitable.
Comme élu, je suis profondément au courant que la représentation, elle compte.
Votre présence sur ce trône, M. le Vice-Président, compte, la présence de madame...
la députée de madame... de Bourassa-Sauvé compte, Mme la députée de Marie-Victorin
compte, la présence aussi du député de Taillon compte, M. le Président. Et,
vous savez, elle inspire, elle ouvre des portes, elle envoie un message clair
aux jeunes générations que votre place est ici pleinement, que votre voix, elle
est essentielle.
En ce mois de l'histoire des Noirs,
prenons le temps d'apprendre, d'écouter et de célébrer, mais, surtout,
engageons-nous à vivre ces valeurs à tous les jours, tout au long de l'année, parce
que la diversité, ce n'est pas une faiblesse, plus que jamais, elle est une
source de force, je dirais, une richesse. Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le ministre responsable de la Lutte contre le racisme. Et je
reconnais maintenant M. le député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Je salue également les représentants et représentantes des
communautés noires du Québec. Merci beaucoup d'être ici avec nous.
Février 2026 marque la 35e édition
du Mois de l'histoire des Noirs au Québec. Ça devient une tradition et c'est l'occasion
de célébrer plus de 300 ans de présence des communautés noires en
territoire québécois. L'occasion de célébrer des personnes qui, par leurs actes
remarquables, ont non seulement fait progresser leur communauté mais aussi le
Québec tout au complet. Je pense à Mathieu da Costa, premier Noir reconnu au
Québec, qui, de 1606, participait aux explorations de Samuel de Champlain. Je
pense à Marie-Josèphe Angélique et à Olivier Lejeune, des noms qui nous
rappellent que l'esclavage a bel et bien existé au Québec. Je pense aux
étudiants de l'Université Sir Georges William, aujourd'hui Concordia, qui, en
1969, ont occupé le pavillon Henry Hall pour dénoncer la discrimination qu'ils
subissaient. Je pense à la Dre Yvette Bonny, pédiatre et hématologue
pionnière, qui a consacré sa carrière à la recherche et au traitement des
enfants atteints de cancer et d'anémie falciforme.
Je pense aux familles, aux femmes et aux
communautés qui se mobilisent depuis des décennies contre le profilage racial.
Leurs exploits et leurs luttes témoignent du fait que les communautés noires ne
sont pas étrangères à la société québécoise. Elles en sont une part vivante,
essentielle et indissociable.
Soyons donc fiers et célébrons l'apport
inestimable de ces Québécois et Québécoises dans la construction du Québec d'aujourd'hui,
un Québec plus juste, plus égalitaire, plus respectueux de la dignité de tous.
Soyons fiers, mais n'oublions pas, beaucoup reste encore à faire. C'est
pourquoi il est nécessaire de faire de leur lutte actuelle et passée notre
lutte aujourd'hui à tous et à toutes. Restons solidaires avec celles et ceux
qui continuent à se battre pour l'égalité et contre la discrimination.
Et pour terminer, élevons nos voix
ensemble pour répéter haut et fort : l'histoire des Noirs est partie
intégrante de l'histoire du Québec. Je me souviens. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Laurier-Dorion. Et la prochaine déclaration, ou
plutôt la prochaine intervention revient à M. le député d'Arthabaska.
M. Boissonneault : Merci, M.
le Président. Permettez-moi aussi d'abord de saluer les membres de la
communauté qui sont ici avec nous aujourd'hui. Cette année, le Mois de l'histoire
des Noirs est célébré sous le thème Élevons nos voix ensemble. Ensemble, parce
que si nous soulignons les réalisations et l'immense contribution de la
communauté noire, nous reconnaissons surtout qu'elle fait partie intégrante de
notre identité collective, de ce que nous sommes comme Québécois et comme
Québécoises. Votre histoire fait partie de notre histoire. C'est une histoire
partagée. Trop souvent mise de côté, elle est pourtant profondément enracinée
dans la construction de notre nation, dans l'industrialisation, les transports,
la culture, l'économie et dans la transmission de nos valeurs communes. Ici
même, à l'Assemblée nationale, des pionniers ont ouvert la voie, je pense,
entre autres, à Jean Alfred et à Maka Kotto, dont l'engagement a marqué notre
démocratie et démontré que l'inclusion passe aussi par la participation. Je
pense évidemment à Oscar Peterson, à Oliver Jones, à Willie O'Ree, qui ont
contribué à leur manière à faire rayonner leur communauté. Et je pense à ma
circonscription, Arthabaska, à des bâtisseurs d'aujourd'hui comme Thierno Habib
Nimaga du complexe 905, ainsi qu'à Dior et Ibra Seck du café Mame Babacar
au centre-ville de Victoriaville, qui participent activement au...
11 h 23 (version non révisée)
M. Boissonneault : ...dynamisme
socio-économique de notre région. Enfin, je pense à toutes ces femmes et ces
hommes moins connus qui, jour après jour, forgent leur communauté et lui
donnent tout le dynamisme qu'on lui connaît. Notre devise est Je me souviens.
Souvenons-nous aujourd'hui, non seulement des luttes et réalisations passées de
la communauté noire, mais de celles qui façonnent au présent et surtout de
celles qui impliquent pour l'avenir. Beaucoup de chemin a été parcouru.
Beaucoup reste à faire. Élevons nos voix ensemble pour un Québec plus juste,
plus fort et plus libre.
Merci... M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député d'Arthabaska. Alors, cette motion...
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Oui?
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Un vote électronique a été demandé. La période de vote est ouverte.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
La période de vote est terminée. M. le secrétaire général.
Le
Secrétaire : Pour : 91
Contre : 0
Abstentions : 0
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Cette motion est donc adoptée. M. le leader de l'opposition officielle.
M. Tanguay : M. le
Président, nous aimerions que cette motion soit envoyée à la Table ronde du
Mois de l'histoire des Noirs, au Sommet socio-économique pour le développement
des jeunes des communautés noires et à la Maison d'Haïti.
Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Ce sera fait, M. le leader de l'opposition officielle. Vous m'en voyez
réjoui de l'adoption de cette motion. Donc, je remercie tous les collègues ayant
favorisé son adoption à l'unanimité. Et j'en profite pour saluer les membres
des communautés noires qui sont ici parmi nous présents, dont plusieurs sont des
visages amis et familiers.
Pour la prochaine motion...
(Applaudissements)
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
...La prochaine motion revient au deuxième groupe d'opposition. Et je reconnais
Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition.
Mme Ghazal : Merci, M.
le Président. Je sollicite le consentement de cette Assemblée pour présenter la
motion suivante, conjointement avec le ministre de la Sécurité publique, la
députée de Robert-Baldwin, la députée de Terrebonne, la députée de Rimouski, le
député de Rosemont, la députée de Laporte et la députée de Saint-Laurent :
«Que l'Assemblée nationale déplore les six
féminicides survenus au Québec depuis le début de l'année 2026;
«Qu'elle rappelle que plusieurs auteurs présumés
de ces féminicides présentaient des antécédents de violence conjugale;
«Qu'elle reconnaisse que la loi de Clare,
née au Royaume-Uni après un féminicide et qui permet la divulgation encadrée
des antécédents violents d'un partenaire à des fins de prévention, constitue l'un
des outils pouvant permettre de sauver des vies;
«Qu'enfin, l'Assemblée nationale demande
au gouvernement du Québec de s'engager à déposer un projet de loi inspiré de la
loi de Clare afin de prévenir de nouveaux féminicides.»
Merci beaucoup.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Y a-t-il consentement pour débattre de cette notion?
Des voix : Consentement.
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Un vote électronique a été demandé. La période de vote est ouverte.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
La période de vote est terminée. M. le secrétaire général.
Le
Secrétaire : Pour : 88
Contre : 0
Abstentions : 0
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Cette motion est adoptée. M. le leader du deuxième groupe d'opposition.
M. Cliche-Rivard : ...Président,
est-ce qu'une copie de cette motion peut être envoyée à...
11 h 28 (version non révisée)
M. Cliche-Rivard : ...la sœur
de Gabie Renaud, ainsi qu'au regroupement des maisons d'hébergement, s'il vous
plaît.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Ce sera fait M. le leader. Oui, M. le leader de l'opposition officielle?
M. Tanguay : Avec votre
permission, nous aimerions enregistrer le vote du collègue de Nelligan. Pour.
Des voix : Consentement.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Consentement. Merci. La prochaine motion revient à Mme la députée de Chomedey.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci,
M. le Président. Je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de
présenter la motion suivante.
«Que l'Assemblée nationale reconnaisse que
les réalités hormonales liées, notamment, aux menstruations et à la ménopause,
peuvent entraîner des impacts importants sur la santé physique, la santé
mentale et la qualité de vie des femmes;
«Qu'elle souligne que les femmes
représentent près de 50 % des élus ici, et des membres du Conseil des
ministres, et que l'Assemblée nationale a la responsabilité d'exercer un
leadership en matière de santé des femmes;
«Qu'elle affirme l'importance d'une
approche accrue en prévention, en recherche et en suivi structuré afin de
garder nos filles et nos femmes en santé le plus longtemps possible;
«Qu'elle exprime la volonté du Québec de
devenir un leader mondial en recherche sur la santé des femmes et un modèle en
matière de politique publique et;
«Qu'enfin, ellle demande au gouvernement
du Québec d'amorcer les travaux en vue de la mise en place d'une politique
nationale sur la santé des femmes.»
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Il n'y a pas de consentement. Et nous sommes maintenant rendus à la rubrique
des avis des travaux touchant... touchant les travaux des commissions. Mme la
leader adjointe du gouvernement.
Mme LeBel : ...dérange pas si
vous voulez abandonner vos travaux... parlementaires.
Des voix : ...
Mme LeBel : Excusez-moi, merci.
Merci, M. le Président, désolée pour mon moment de distraction. Alors, je donne
avis à la Commission... à cette Assemblée que la Commission de l'Économie et du
travail poursuivra l'étude détaillée du projet de loi n° 11,
Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins d'allègement de
fardeaux réglementaires et administratifs, aujourd'hui, après les affaires
courantes jusqu'à 13 h, et de 14 h à 16 h 30, à la salle
Marie-Claire Kirkland. La Commission des Finances publiques poursuivra l'étude
détaillée du projet de loi n° 7, Loi visant à réduire
la bureaucratie et à accroître l'efficacité de l'État et à renforcer l'imputabilité
des hauts fonctionnaires, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 13 h,
et de 13 h 30 à 16 h, à la salle Louis-Hyppolite Lafontaine. La Commission
des relations avec les citoyens poursuivra l'étude... détaillée du projet de
loi n° 9, Loi sur le renforcement de la laïcité au
Québec, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 13 h, et de 14 h
à 16 h 30, à la salle Louis-Joseph Papineau. Enfin, la Commission de
l'aménagement du territoire poursuivra l'étude détaillée du projet de loi n° 13, Loi favorisant la... à favoriser... Loi visant à
favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et modifiant
diverses dispositions, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 13 h,
et de 14 h à 16 h 30 à la salle Pauline Marois.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la leader adjointe du gouvernement. Y a-t-il consentement pour
déroger à l'article 143 du règlement concernant l'horaire des travaux des
commissions?
Des voix : Consentement.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Consentement. À la rubrique Renseignements sur les travaux de l'Assemblée, je
vous avise que l'interpellation prévue pour le vendredi 20 mars 2026 portera
sur le sujet suivant : Le laisser-aller de longue durée, symbole de l'échec
caquiste envers les aînés. Mme la députée de La Pinière s'adressera alors à
Mme la ministre responsable des Aînés et des proches aidants. La période des
affaires courantes étant terminée, nous allons maintenant passer aux affaires
du jour. Mme la leader adjointe du gouvernement.
Mme LeBel : Oui. Merci, M. le
Président. Je vous demande d'appeler l'article 15 du feuilleton, s'il vous
plaît.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
À l'article 15 du feuilleton : l'Assemblée reprend le débat
ajourné le 25 février 2026 sur l'adoption du projet de loi n° 19, Loi
visant notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en
charge médicale de la population. Nous en étions avec l'intervention de M. le
député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Je ne sais pas combien de temps il me restait hier, mais...
Des voix : ...
M. Derraji : Pour faire
plaisir à...
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Il vous reste à peu près 29 minutes.
M. Derraji : Oui, pour faire
plaisir à Mme la ministre, ça va être un peu plus qu'une minute. Voilà, bien,
écoutez, M. le Président, nous étions, hier, en train de... nous avons échangé,
hier, par rapport au projet de loi n° 106 et... parce que je voulais faire
la genèse, un peu, de tous les changements, tous les changements du
gouvernement dans le cadre de la prise en charge des patients. Et par rapport
à...
11 h 33 (version non révisée)
M. Derraji : ...ce projet de
loi, donc, où nous étions en train de parler de... du 106. Hier, j'évoquais les
promesses caquistes en matière de... du réseau de la santé. Donc, on parle de
la réforme du réseau, on parle de Santé Québec, on parle plan pour l'accès à la
chirurgie et aux soins, mais, sur le terrain, il n'y avait pas de résultat, c'est
ce qu'on a constaté, M. le Président. Après, en 2022-2023, il y avait le
déploiement du GAP, donc le guichet d'accès, le fameux guichet d'accès, mais les
listes d'attente demeurent toujours longues, l'accès à un médecin de famille
reste difficile pour certains... pour des centaines de milliers de Québécois.
Puis, 2024, la création de Santé Québec. Et, avec la création de Santé Québec,
il y avait une centralisation, une centralisation des pouvoirs, mais sans
amélioration visible pour la population jusqu'à maintenant. Vous avez vu et
vous étiez témoin, M. le Président, que les relations avec les fédérations
médicales étaient tendues, trop souvent ciblées comme étant la cause des échecs
du gouvernement et ses mesures mal... mal ficelées.
L'accès aux soins à la première ligne.
Hier, vous m'avez entendu, M. le Président, que j'ai beaucoup parlé de l'accès
à la première ligne. J'ai pas mal insisté que le nerf de la guerre du réseau, c'est
l'accès à la première ligne. Je vais... Je vous ai aussi parlé d'un rapport d'un
comité d'experts qui était fort pertinent, ce comité d'experts qui nous a
avisés par rapport à des recommandations au niveau de la première ligne.
Donc, pendant... pendant qu'on naviguait
un peu d'une manière, je dirais, à la limite, obscure par rapport au réseau de
la santé, le projet de loi n° 106, il est venu dans un moment où le
gouvernement de la CAQ traînait les échecs en matière de santé. Et la refonte
forcée... et je parle toujours du... de ce projet de loi, le gouvernement
voulait lier la rémunération à des cibles statistiques. Et, à l'époque, on
disait que le gouvernement risquait de transformer la médecine familiale en une
course aux indicateurs. Ça, ça a été lors du dépôt du projet de loi n° 106. Et,
au-delà de ça, c'est créer la lourdeur bureaucratique qui pourrait détourner
temps et ressources des soins directs aux patients. Pourquoi? Parce que le
gouvernement voulait instaurer des cibles, lier la rémunération à ces cibles, mais
il a oublié la lourdeur bureaucratique. Donc, au lieu de corriger ses propres
ratés, le gouvernement choisit de transférer la responsabilité de l'échec de l'accès
aux médecins directement sur les épaules des médecins eux-mêmes.
Donc, M. le Président, une fois le
gouvernement a déposé le projet de loi n° 106, bien, vous avez vu qu'il y avait
beaucoup, beaucoup, beaucoup d'enjeux, un climat d'insécurité pour les patients
à la suite de départs annoncés de plusieurs médecins. Il y avait plusieurs
associations qui se sont mobilisées et il y a des patients qui se sont ramassés
sans médecin de famille.
Mois de juin, fermeture du Parlement, fin
de la session. Le ministre passe l'été à négocier avec les associations. La CAQ
est en bas dans les sondages. Le premier ministre décide finalement de prendre
le contrôle et de changer le narratif dans un ultime geste de reprendre un peu
le contrôle. Et il a choisi une bataille... comme les autres batailles avec l'immigration,
la laïcité, l'économie, mais il a choisi aussi une bataille avec... avec...
avec les médecins pour envoyer un message à la population qu'il est en contrôle
de quelque chose. Le problème, il n'est pas là, M. le Président. C'est que,
pendant ce temps que le gouvernement essaie de remonter dans les sondages, il y
a des patients qui ont perdu leurs médecins de famille, il y a des gens qui ont
quitté, il y a des gens qui n'ont pas pu voir leurs médecins, parce qu'il y
avait ce... cette espèce de bras de fer entre les fédérations des médecins et
le gouvernement. Bien, figurez-vous, M. le Président, qu'a fait le gouvernement
après des mois et des mois d'attente en lien avec le projet de loi n° 106...
11 h 38 (version non révisée)
M. Derraji : ...bien, il
le jette dans la poubelle. Il le jette dans la déchiqueteuse, M. le Président. Il
y avait une prorogation, on recommence à zéro les projets de loi, qu'est-ce qu'on
fait? Le gouvernement ne renouvelle pas le projet de loi n° 106,
redépose un autre, ça s'appelle le projet de loi n° 2.
Ce projet de loi n° 2, cette loi exhaustive adoptée
après prorogation, parce que ça a été déposé après la prorogation... et là, on
passe de 52 articles dans la loi n° 106, l'ancien
projet de loi n° 106, à 214 articles, et on
dépasse complètement le cadre initial du n° 106.
Maintenant. Le n° 106 essaie d'introduire le modèle
de rémunération par capitation combiné à des mécanismes de performance. Mais la
transformation avec le projet de loi n° 2, c'est l'ajout
des sanctions administratives et pénales et, figurez-vous, l'encadrement accru
des moyens de pression. Donc, deux éléments, M. le Président, où on se posait
la question... OK, le gouvernement nous a vendu le projet de loi n° 106,
ça va révolutionner la prise en charge, on ferme le Parlement, on recommence à
zéro. Le gouvernement pense que, pour améliorer l'accès, il doit ajouter des
sanctions administratives et pénales, encadrement accru des moyens de pression.
Avec le dépôt de ce projet de loi, le bras
de fer a été lancé, M. le Président. Je n'ai pas besoin de vous refaire un peu
la genèse de ce qui a été fait et dit pendant l'automne, mais ça a été un
triste spectacle avec la loi n° 2. Pourquoi je vous
dis et je vous partage le triste spectacle? Parce qu'on a tout vu. Un premier
ministre qui disait sur la place publique : C'est impossible qu'on va
reculer, c'est impossible qu'on va empêcher les médecins de nous écouter. Il y
avait un bras de fer tout au long de l'automne, M. le Président, entre le
gouvernement et les associations représentant les médecins. Maintenant, M. le
Président, est-ce que le gouvernement avait le choix d'aller de l'avant avec la
loi n° 2? La loi n° 2 a été
déposée par l'ex-ministre de... de la Santé, et ça parle d'instaurer la
responsabilité collective quant à l'amélioration de l'accès aux services
médicaux et à assurer la continuité de la prestation de ces services. Donc, la
réelle volonté, à l'époque, du gouvernement, c'est vraiment instaurer la
responsabilité collective.
Maintenant, M. le Président, qu'est-ce qui
s'est passé entre le dépôt du projet de loi n° 2 et
aujourd'hui? Entre le dépôt du projet de loi n° 2, M.
le Président, et aujourd'hui, il y avait deux éléments importants.
Premièrement, la loi, le projet de loi n° 2, déposé
par l'ex-ministre de la Santé a été adopté par bâillon et ce qu'on a constaté, M.
le Président, c'est la suite, la suite de l'adoption de ce projet de loi où,
malheureusement, soit le gouvernement n'a pas beaucoup pensé à appuyer l'ex-ministre,
ou bien le gouvernement n'a pas cru bon que pour améliorer l'accès à la
première ligne, tout ce qui est mesures appliquées dans le cadre de ce projet
de loi ne va pas améliorer l'accès aux soins. Maintenant, je ne vais pas perdre
le temps, M. le Président, pour parler du projet de loi n° 2.
Pourquoi? Parce que, malheureusement, on ne parle plus du projet de loi n° 2, même si ce projet de loi a été voté par... sous
bâillon. Mais ce qu'on a constaté depuis, c'est un retour à la case de départ.
Et quand on dit un retour à la case de départ, c'est encore une fois, après le n° 106 et après le n° 2, deux projets
de loi qu'on a presque envoyés à la déchiqueteuse. Alors...
11 h 43 (version non révisée)
M. Derraji : ...M. le
Président. Je ne sais pas, est-ce que les Québécois, ils ont payé le prix d'une
improvisation législative? Parce que c'est ce qu'on constate, c'est soit on ne
croyait pas au plan initial de dire : On a un problème d'accès à la
première ligne, il se situe où le problème? Est-ce que c'est au niveau de la
prise en charge des médecins généralistes? Est-ce que c'est au niveau de l'interdisciplinarité?
Est-ce qu'il faut élargir la prise en charge via d'autres professionnels de la
santé, notamment les IPS? Mais malheureusement nous avons perdu un temps
précieux, un temps précieux parce qu'il y avait deux réalités. Au début, on
pensait que le ministre de la Santé jouissait d'une... d'un certain pouvoir et
d'un appui gouvernemental dans la démarche du changement, et ça se voyait, j'ai
eu l'occasion de siéger avec M. le ministre à l'époque, dans le... en 2000... 2021,
où il y avait le début de l'instauration du GAP.
Alors, M. le Président, quand on voit l'année 2025,
en fait, au bout de la ligne, est-ce qu'on a avancé dans la prise en charge? Est-ce
qu'on a avancé à améliorer l'accès à la première ligne? Est-ce qu'on a offert
aux Québécois plus d'opportunités de voir un médecin, mais pas uniquement voir
un médecin, mais avoir une réelle prise en charge? La réponse est non, parce qu'en
parallèle, il y avait des discussions avec les deux fédérations, que ce soit la
fédération représentants les médecins généralistes ou celle des spécialistes.
Et on voit aujourd'hui ce qui circule avec la... les rendez-vous et avec la
volonté d'aller atteindre 500 000, dont 180 000 patients
vulnérables. On voit, on est encore loin de l'objectif, OK, M. le Président. Je
n'ai pas besoin aujourd'hui de parler uniquement qu'il y a des gens qui vont
être... des médecins qui vont être payés même s'ils ne voient pas le patient, parce
qu'il se n'est pas inscrit au nom de... c'est inscrit au nom du médecin, on ne
va pas avoir le rôle de l'infirmière qui va voir le patient, mais c'est... le
médecin ne va pas le voir. Je vais rester juste sur le processus législatif, l'ensemble
des projets de loi qui, je tiens à le rappeler, c'est un processus qui vise à
améliorer la vie des gens. Et là, dans ce cas, où on parle maintenant, c'est
améliorer la prise en charge, c'est améliorer l'accès à la première ligne. C'est
là où on est aujourd'hui. Donc, on peut dire qu'on a perdu 2025, M. le
Président, on a perdu 2025, parce que est-ce que le ministre de la Santé, l'ex-ministre
de la Santé, avait l'appui nécessaire? Je ne peux pas le savoir. Je ne suis pas
autour de la table du Conseil des ministres. Mais il y avait deux pièces
législatives, projet de loi n° 106 et la loi 2. Aujourd'hui, ils ne
sont plus là. Ça, c'est un constat, ça, c'est un constat. Mais qu'est-ce qu'on
fait par la suite?
Et, pour les prochaines minutes, je vais
parler plus du projet de loi n° 19, M. le Président. Avec 19, mais qu'est-ce
qu'on fait? On vient faire Ctrl-Alt-supprimer de tout ce qui a été déposé
avant. Donc, ce qu'on avait, c'est un projet de loi qui comportait 214 articles
et... le projet de loi, désolé, le projet de loi n° 2, qui comportait 214 articles.
Mais, avec le dépôt du projet de loi n° 19, on vient abroger 99, on vient
abroger 99. Je tiens à rappeler que le projet de loi n° 2 comportait 214 articles.
On dépose un 19, troisième projet de loi en même pas un an, pour abroger 99,
soit près de la moitié de l'ancienne réforme.
Je sais que c'est un débat très technique,
mais, M. le Président, au bout de la ligne depuis avril, et Dieu sait qu'on ne peut
pas déposer un projet de loi juste comme ça, c'est des mois de préparation, je
peux dire qu'on était dans un chaos législatif depuis presque un an et quelques
poussières, parce qu'on ne savait plus quelle est la meilleure démarche pour
faire fonctionner la première ligne, quelle est la meilleure stratégie aux
politiques gouvernementales pour faire améliorer l'accès à la première ligne.
Il y avait une pièce maîtresse, qui est le rapport sur la première ligne, mais
le gouvernement... c'est à blâmer aujourd'hui par rapport à cette perte de
temps, parce que la finalité était d'améliorer l'accès à la première ligne. La
finalité était d'éviter les urgences pleines. La finalité était qu'est-ce qu'on
fait..
11 h 48 (version non révisée)
M. Derraji : ...avec la
première ligne. Mais là, clairement, sans rentrer dans le détail aujourd'hui,
19, parce qu'entre moi... entre vous et moi, je ne vais même pas perdre cinq
minutes sur le projet de loi qu'on est en train d'étudier, qui est le projet de
loi n° 19. Parce que l'essentiel a commencé avant, avec le projet de loi
n° 106 et le projet de loi n° 2. Parce que là,
le gouvernement, il recule complètement. Un recul complet, M. le Président. Bien,
dites... depuis le début, négociez avec les fédérations, mettez de l'argent sur
la table, donnez les augmentations que vous avez déjà prévues, et on règle et
on passe à autre chose et... on va suivre la prise en charge s'il y a prise en
charge, parce que là, maintenant, tout passe par le GAP, j'espère que les gens
vont avoir accès à plus qu'un rendez-vous. Donc c'est là où on est, M. le
Président, c'est là où on est. Et je refuse de jouer dans le jeu que le 19 est
une... Il n'y a pas de révolution avec le 19. Il y a un... un amendement que je
peux vous le dire, c'est l'amendement où j'ai insisté à l'ajout des infirmières
praticiennes spécialisées, des IPS. Parce que si on veut parler... Ça, c'est un
débat qui remonte avec l'ex-ministre de la Santé, à 2021, où on parlait de la
multidisciplinarité, de l'interdisciplinarité.
Alors, M. le Président, aujourd'hui, le
constat, il est très clair : Il y a un chaos législatif qui a été provoqué
par la CAQ en matière de santé et surtout l'accès... l'accès à la première
ligne. Perte de temps énorme avec le projet de loi n° 106, perte de temps
énorme avec le projet de loi n° 2. Arrive maintenant
le projet de loi n° 19, qui est l'objet de nos discussions aujourd'hui, et
malheureusement, les patients québécois payent le prix de cette improvisation
législative. Aujourd'hui, le gouvernement espère, avec l'argent qu'il a mis sur
la table, d'aller chercher 500 000 patients d'ici juin. Mais 500 000 en six
mois, est-ce qu'on a le droit de se poser la question? Est-ce qu'on parle
réellement d'une réelle prise en charge? On est où par rapport à la
responsabilité collective lancée par l'ancien ministre de la Santé? On est où
par rapport aux objectifs de performance? On est où par rapport à la responsabilité
territoriale? Donc clairement, il y avait deux visions, ou probablement une
vision, mais malheureusement, le gouvernement n'a pas donné suite à cette
vision de performance parce que ça ratait sa cible, selon l'ensemble des
intervenants. Et pendant que le gouvernement réécrit ses lois... c'est quand
même hallucinant. En même pas un an et quelques mois, trois pièces
législatives. Pendant que le gouvernement écrit des lois, abroge des articles,
réécrit une loi, l'abroge, redépose un projet de loi, bien, les urgences, M. le
Président, débordent, et l'accès à la première ligne demeure insuffisant. Donc,
est-ce qu'après huit ans, huit ans de ce gouvernement, on peut dire aujourd'hui
que le gouvernement a gagné son pari d'améliorer l'accès à la première ligne?
La réponse, entre vous et moi, est non, tout simplement, parce que les listes d'attente
sont encore pleines, nos urgences débordent, des médecins qui quittent ou qui songent
quitter. Et au bout de la ligne, ce sont les patients qui payent les frais de
cette improvisation. Il n'y a aucun Québécois aujourd'hui, M. le Président, et
Dieu sait que j'en reçois, plusieurs appels, à mon bureau de comté, des gens
qui peinent à trouver un médecin de famille. Des gens qui, avant, avaient un
cheminement facile. Un GMF, clinique sans rendez-vous. Maintenant, c'est
tellement rendu complexe qu'on se perd dans ce réseau. Et on est encore loin, on
est encore loin d'une bonne expérience client au patient.
Sachant que ce système nous coûte 64 milliards de
dollars, c'est l'équivalent de 42 % du budget de l'État. Alors, M. le
Président, est-ce qu'on n'a pas le droit, aujourd'hui, de se poser la question?
Que le gouvernement était malmené dans un chaos législatif, un chaos législatif
qui nous a fait perdre beaucoup de temps précieux et qui a malheureusement eu
un impact direct...
11 h 53 (version non révisée)
M. Derraji : ...sur la qualité
de vie des patients. Et ça, il n'y a personne qui va dire le contraire, parce
que vous êtes tous des élus de la nation, vous recevez des appels à vos bureaux
de comté, où les gens se demandent : Je n'arrive plus à voir ou à
rencontrer mon médecin de famille, soit il a quitté, soit il ne veut plus faire
partie du réseau public, soit j'essaie avec le GAP puis je n'arrive pas à
trouver ma place, soit c'est même si je réussis à avoir un rendez-vous via le GAP,
mais j'ai un autre enjeu, j'ai un seul rendez-vous. Sérieusement, posons-nous
la question : Est-ce qu'on va régler des problèmes chroniques avec un seul
rendez-vous? Une réelle prise en charge, est-ce que ça passe uniquement par un
médecin de famille ou une équipe multidisciplinaire? Les IPS, qu'on n'arrive
même pas à recruter malgré qu'elles veulent faire plus, malgré qu'elles veulent
faire plus, les infirmières, les IPS veulent contribuer, M. le Président. Et c'est
là où je me sens, je dirais... je... je sens cette fierté que, dans le cadre de
ce projet de loi, nous avons, notre formation politique, le Parti libéral du
Québec, nous avons ajouté les IPS pour faire ce qu'elles devaient faire. La loi
leur permet de faire des suivis. La loi leur donne accès à suivre des patients.
J'espère qu'on va élargir pour qu'elles puissent aussi enregistrer des
patients. Et comme ça, on va probablement régler l'enjeu de la première ligne.
Alors, M. le Président, le chaos législatif,
qui a duré depuis plusieurs mois, a malheureusement eu un impact sur le
patient. Et je vais m'adresser à ceux que je représente à Nelligan et leur dire
qu'on va continuer cette bataille avec l'ensemble de mes collègues, parce que l'accès
à la première ligne est hyper important, on ne peut pas voir un réseau de santé
performant si on n'améliore pas l'accès à la première ligne. Est-ce que
toujours ça doit passer par l'accès via un médecin? Je pense qu'on est rendus
ailleurs, mais on ne peut pas aujourd'hui dire à des patients vulnérables, à
des patients avec de la comorbidité, à des patients qui souffrent d'une maladie
chronique : La seule solution qu'on a pour vous, cherchez un rendez-vous
via le GAP. Il est où le suivi, M. le Président? Il est où le suivi? Elle est
où la prise en charge? Merci pour votre écoute, M. le Président. Elle est où l'écoute?
Elle est où la prise en charge? Et rebienvenue, M. le Président. Elle est où l'écoute?
Depuis quand la prise en charge d'un patient, c'est uniquement un rendez-vous via
un GAP? Alors, M. le Président, aujourd'hui on va probablement fermer l'épisode
triste mais qu'on doit tous retenir, parce qu'aujourd'hui on ne parle pas
uniquement du 19, du projet de loi n° 19. Projet de loi 19 arrive à
un moment important, le projet de loi n° 19 arrive après une succession de
projets de loi, un 106 et un 2 qui se terminent avec un 19. Je ne sais pas si
les gens vont retenir les chiffres, au moins ils vont avoir trois sur six. 106,
et un 2, et un 19, chaos législatif, un chaos législatif où... qui a poussé
même l'ex-ministre de la Santé à quitter son parti parce qu'il n'avait plus l'appui,
un chaos législatif, M. le Président, qui a laissé tomber les patients
québécois. Et c'est pour cela qu'aujourd'hui je me lève et je prends tout mon
temps pour dénoncer, dénoncer la perte de temps en matière de la première
ligne. On ne peut pas... on ne peut jamais, jamais, jamais dire aux Québécois
qu'un système qui nous coûte 42 % du budget total, 56 milliards ou 54 milliards,
et on n'est même pas capables de leur offrir une première ligne capable de les
soigner, capable de les prendre en charge, capable de leur donner des soins de
qualité...
11 h 58 (version non révisée)
M. Derraji : ...qualité. C'est
ça, l'échec caquiste en matière de santé. Et, M. le Président, Dieu sait que j'ai
passé pas mal de temps de ma vie au niveau de la première ligne, ce qui m'a
poussé même à écrire un doctorat par rapport à la première ligne. Et ce que je
vois aujourd'hui, il y avait des bons chantiers lancés par l'ex-ministre. Il y
avait des bons chantiers, mais on a perdu du temps de qualité en 2025. Il y a
un chaos législatif que nous avons vu entre 2025 et 2026, c'est malheureusement...
ce sont les citoyens et les patients québécois qui vont payer ce prix. Et j'espère,
j'espère que l'argent que le gouvernement a mis sur la table avec la Fédération
des médecins va nous permettre, pas uniquement de donner des rendez-vous, mais
qu'on va avoir une réelle prise en charge. Parce que je reste convaincu que,
pendant le chaos législatif, plusieurs patients, leur état de santé s'est
détérioré. Beaucoup de patients ont perdu confiance dans le système qu'ils paient
cher avec leurs taxes et impôts. Et au bout de la ligne, M. le Président, je ne
peux pas, au nom de ma formation politique, cautionner ce chaos législatif, du
jamais vu, d'un gouvernement qui a perdu la boussole en matière de santé. Rendu
que même pas en un an, trois pièces législatives... Je viens de vous le dire, M.
le Président. Voilà, ils sont là, les projets de loi. Ça a commencé avec le n° 106, après, c'est le n° 2, après,
c'est le n° 19. Et le résultat est le même. Aucune
prise en charge. Juste des rendez-vous avec un système qui nous coûte au-delà
de 50 milliards l'année. C'est ça, l'échec caquiste en matière d'accès à
la première ligne. C'est ça, l'échec caquiste, M. le Président.
Alors, écoutez, M. le Président, pour
nous, le projet de loi n° 19, il n'y a pas de
nouveauté. Nous avons essayé avec tous les moyens de le faire, de lui donner un
peu de jus, hein? Il y avait deux amendements, d'ailleurs, ils ont été acceptés,
je remercie la ministre, notamment un tableau de bord périodique au moins une
fois l'année et ajouter les IPS dans la première ligne. Nous... Je suis très
content de cette acceptation. Mais, M. le Président, le projet de loi n° 19 ne règle en rien l'accès à la première ligne, qui est
très déficient.
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Nelligan. J'en profite, collègues, pour vous
informer que deux débats de fin de séance se tiendront aujourd'hui à 13 heures.
Le premier débat portera sur une question adressée par Mme la députée de D'Arcy-McGee
à Mme la ministre de la Santé, concernant la situation inadmissible de Mélissa
et Jérémie, un couple de sans-abri vivant avec une déficience intellectuelle qui
vivent dans la rue depuis trois ans. Le deuxième débat portera sur une question
adressée par M. le député de Laurier-Dorion à Mme la ministre responsable de l'Habitation,
concernant l'augmentation des loyers dans les coopératives d'habitation.
Nous revenons au projet de loi n° 19. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants?
Il n'y a pas d'autres intervenants. Alors,
le projet de loi n° 19, Loi visant notamment
l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en charge médicale
de la population est-il adopté?
M. le leader de l'opposition officielle.
M. Tanguay
:
Je
vous demanderais un vote électronique, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Un vote électronique a été demandé...
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Alors, nous allons... qu'on appelle les députés. Les travaux sont suspendus.
(Suspension de la séance à 12 h 02)
12 h 08 (version non révisée)
(Reprise à 12 h 11)
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Alors, nous sommes rendus à l'étape de l'adoption du projet de loi n° 19,
le projet de loi n° 19, Loi visant notamment l'amélioration de l'accès aux
services médicaux et la prise en charge médicale de la population, est-il adopté?
Un vote électronique a été demandé. La
période de vote est ouverte.
La période de vote est terminée, M. le
secrétaire général.
Le
Secrétaire : Pour : 72
Contre : 4
Abstentions : 0
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Le projet de loi n° 19 est donc adopté. Mme la leader adjointe du
gouvernement.
Mme LeBel : Merci, M. le
Président. Je vous demande d'appeler l'article 1 du feuilleton.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
À l'article 1 du feuilleton...
12 h 13 (version non révisée)
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
...l'Assemblée reprend le débat ajourné le 25 février 2026, sur l'adoption
du principe du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
Y a-t-il des interventions? Je reconnais, M.
le député de Jean-Lesage.
M. Zanetti : Merci, M. le
Président. Très apprécié. Alors, M. le Président, lorsqu'un gouvernement décide
de se doter d'une constitution, il ne pose pas un geste ordinaire, il ne
modifie pas simplement une loi, il touche à la charpente même de l'État. Il
redessine les fondations sur lesquelles reposent nos institutions, nos droits
et notre manière de vivre-ensemble. Or, avant même d'examiner le contenu d'un
tel projet de loi, il faut se poser une question simple, mais fondamentale :
Qui a été invité à participer à l'écriture de cette constitution? Dans le cas
du projet de loi n° 1, c'est une gifle à la nation
québécoise et un recul radical de notre réconciliation avec les Premières
Nations et Inuit. Il faut le dire clairement, les peuples anishnabes, attikameks,
wabanakis, naskapis, wendats... innus, kanienkehakas, micmacs, wolastoqs et inuits
n'ont pas été consultés en amont. Ils n'ont pas été associés à la démarche. Ils
n'ont pas été appelés à co-construire ce texte qui prétend pourtant s'appliquer
sur leur territoire, à leurs peuples, à leurs descendants, sur les sept
prochaines générations. Autrement dit, le gouvernement a entrepris d'écrire la
loi la plus fondamentale du Québec sans consulter les peuples qui habitent ce
territoire depuis des millénaires. Et cela, à lui seul, devrait faire rougir d'embarras
le ministre de la Justice et les députés du gouvernement.
On ne construit pas une maison commune en
excluant une partie de celles et ceux qui y vivent. On ne redessine pas les
règles du vivre-ensemble en fermant la porte à des nations entières, et
pourtant c'est ce que fait le projet de loi n° 1. La
Constitution n'est pas seulement un texte juridique. C'est un pacte, un pacte
entre des peuples, un pacte entre des générations, un pacte qui doit être
accepté, compris, reconnu comme légitime. Or, ici, le processus a été inversé.
Le texte a été écrit d'abord, la consultation est venue ensuite, et encore une
consultation partielle, tardive, sans pouvoir réel de transformation. Dans un
contexte de réconciliation, cette façon de faire est plus qu'un simple faux
pas, c'est une rupture. Ça envoie un message que, malgré les discours, malgré
les excuses, malgré les commissions d'enquête et les appels à l'action, des
décisions fondamentales peuvent encore être prises sans les peuples
autochtones. Ce n'est pas ainsi que l'on bâtit la confiance, ce n'est pas ainsi
que l'on répare des relations brisées, ce n'est pas ainsi qu'on écrit une constitution.
Le Québec connaît pourtant une autre voie,
M. le Président, ce qui rend la situation d'autant plus préoccupante, c'est que
le Québec connaît déjà une autre voix, une voix plus lucide, une voix plus
respectueuse. Dans son histoire politique, le Québec a déjà reconnu que les
nations autochtones ne sont pas de simples groupes culturels, mais des nations
politiques avec lesquelles il faut dialoguer de nation à nation. Il y a 50 ans,
le 11 novembre 1975, les Cris, les Inuits, le Québec et le Canada
signaient la Convention de la Baie James et du Nord québécois. Cette convention
s'appuyait sur un arrêt marquant qui reconnaissait que les Cris et les Inuits
avaient des droits juridiquement exécutoires sur leur territoire et que le
Québec avait des obligations juridiquement exécutoires envers eux. Ces deux
instruments présentent un point tournant dans la politique québécoise, en
affirmant la volonté de l'État québécois de reconnaître que les nations
autochtones sont détentrices de droits et en affirmant sa volonté d'entamer un
processus de réconciliation. Je pense ici à l'approche portée par René
Lévesque, une approche qui, bien qu'imparfaite, repose sur une idée
fondamentale : On ne peut pas construire l'avenir du Québec contre les
peuples autochtones, ni au-dessus d'eux, mais seulement avec eux.
Cette approche s'est incarnée dans la
politique québécoise, notamment par l'adoption des 15 principes
constituant le fondement de l'action gouvernementale à l'égard des peuples
autochtones du gouvernement du Québec en 1983 et dans la résolution de l'Assemblée
nationale sur la reconnaissance des droits des autochtones en 1985, toutes deux
adoptées sous le premier ministre René Lévesque. Cette vision a mené à des
ententes négociées plutôt qu'imposées, à des discussions politiques plutôt qu'à
des déclarations unilatérales, à une reconnaissance au moins partielle du fait
que le territoire québécois n'est pas un espace...
12 h 18 (version non révisée)
M. Zanetti : ...vide, mais un
territoire partagé.
À l'échelle internationale, cette même
logique a été consacrée par la Déclaration des Nations unies sur les droits des
peuples autochtones, une déclaration qui reconnaît explicitement le droit des
peuples autochtones à l'autodétermination, à leurs institutions, à leurs
territoires et surtout au consentement préalable, libre et éclairé lorsqu'une
mesure législative les concerne. Ces engagements ne sont pas symboliques, ils
devraient guider toute démarche constitutionnelle sérieuse.
Où en sommes-nous? En 2019, le
gouvernement et tous les parlementaires s'étaient engagés à mettre en œuvre la
Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Je lis la
motion qui avait été adoptée à l'époque :
«Que l'Assemblée nationale prenne acte des
conclusions de la commission Viens, exprimées le 30 septembre 2019, quant à la
responsabilité de l'État québécois envers les constats accablants et douloureux
énoncés dans son rapport;
«Qu'elle reconnaisse, comme l'ont affirmé
les chefs et toutes les formations politiques représentées à l'Assemblée
nationale, l'importance de poser des gestes concrets dès maintenant afin de
mettre un terme à la discrimination envers les membres des Premières Nations et
les Inuits et de tisser des rapports égalitaires avec ceux-ci;
«Qu'elle prenne acte que le rapport de la
commission Viens appelle le gouvernement du Québec à reconnaître et mettre en
œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones,
une recommandation qui formulait également le rapport... que formulait
également le rapport de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles
autochtones disparues ou assassinées, déposé en mai dernier;
«Que l'Assemblée nationale demande au
gouvernement du Québec de reconnaître les principes et de s'engager à négocier
la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones avec les Premières Nations et Inuits.»
Cette motion, présentée par ma collègue de
Sainte-Marie—Saint-Jacques, six ans plus tard, silence radio de la part du
gouvernement. Elle a été adoptée, mais rien ne se passe par rapport à ça. Si
ça, ce n'est pas un bris de la parole engagée de cette Assemblée, je ne sais
pas ce que c'est.
C'est la revendication principale de nos
frères et sœurs autochtones, la première étape de la réconciliation
législative, c'est de coconstruire la mise en œuvre de la Déclaration des
Nations unies au droit à l'autodétermination des peuples autochtones au Québec.
C'est la CAQ... Si la CAQ avait tenu son engagement, sa parole, nous n'en
serions pas là aujourd'hui, au plus mal dans nos relations avec les
gouvernements des peuples autochtones.
Le projet de loi n° 1, c'est un projet de
loi qui est colonial. M. le Président, à la lumière de ces principes, il faut
nommer les choses clairement. Le projet de loi n° 1 peut être qualifié de
projet de loi colonial. Pourquoi? Parce qu'il reproduit les mécanismes mêmes
que la réconciliation cherche à démanteler.
D'abord, le projet de loi affirme l'intégrité
territoriale de l'État québécois et consacre la souveraineté de la nation
québécoise sans jamais reconnaître la souveraineté préexistante des peuples
autochtones. C'est comme si on redessinait une carte en ignorant ceux qui y vivaient
déjà, comme si on affirmait : Ce territoire est désormais régi par une
seule souveraineté sans discussion, sans consentement, sans reconnaissance des
autres. Cette affirmation unilatérale est au cœur de la logique coloniale. Elle
repose sur l'idée que l'État peut décider seul même lorsqu'il s'agit de
territoires qui n'ont jamais été cédés.
Ensuite, les peuples autochtones sont
relégués à une mention dans le préambule, une reconnaissance symbolique,
culturelle, presque décorative, mais leurs droits politiques, leur
autodétermination, leur capacité de gouverner leurs propres affaires ne sont
pas inscrits dans le corps du texte. En droit constitutionnel, cette
distinction est cruciale : ce qui n'est pas dans le corps du texte n'est
pas protégé de la même manière. Autrement dit, on reconnaît la présence, mais
on refuse la pleine reconnaissance des droits.
Le projet de loi se limite à reconnaître l'existence
des nations autochtones et leur droit de maintenir et de développer leurs
langues et leurs cultures d'origine sans toutefois s'inscrire... inscrire ces
droits dans le corps du texte. Surtout, il leur refuse la reconnaissance comme
peuples souverains capables de négocier d'égal à égal avec l'État québécois. C'est
une vision qui réduit des nations politiques à des réalités culturelles, une
vision qui infantilise, une vision qui efface.
Cette approche est incompatible avec les
obligations internationales du Québec. La Déclaration des Nations unies sur les
droits des peuples autochtones est claire : lorsqu'un État adopte une
mesure législative susceptible d'avoir un impact sur les peuples autochtones — et
une constitution est la mesure la plus fondamentale qui soit — il
doit obtenir le consentement préalable libre et éclairé, lire l'article 19 de
la déclaration. Ici...
12 h 23 (version non révisée)
M. Zanetti : ...aucun
consentement n'a été recherché, aucune négociation n'a été engagée, aucune
co-construction n'a été amorcée. Le projet de loi n° 1
bafoue donc non seulement l'esprit, mais aussi la lettre de cette déclaration.
Il place le Québec en contradiction avec ses propres engagements. Il fragilise
sa crédibilité lorsqu'il se présente comme un État respectueux des droits
humains et de la réconciliation. Plus grave encore, il envoie un message
dangereux, celui selon lequel les grandes décisions peuvent encore être prises
sans les peuples autochtones, tant qu'on leur accorde une reconnaissance
symbolique.
Une constitution devrait ouvrir des
chemins. Elle devrait créer des ponts. Elle devrait offrir un cadre souple
permettant d'imaginer des relations renouvelées, fondées sur le respect et la
coopération. Le projet de loi n° 1 fait l'inverse. En
constitutionnalisant une vision unilatérale de la souveraineté, il rigidifie
les rapports de pouvoir. Il transforme des enjeux politiques, le territoire, la
gouvernance, la souveraineté partagée en vérité constitutionnelle, difficile,
voire impossible à remettre en question. C'est comme si on coulait du béton là
où il faudrait laisser place au dialogue, comme si on fermait des portes qui
devraient rester ouvertes. Plusieurs mémoires l'expriment clairement. Ce projet
de loi risque de figer des rapports coloniaux au lieu de permettre leur
transformation.
Je cite les propos du chef Francis Verreault-Paul
de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador : «Nous
sommes devant un texte qui consolide un État québécois à travers une entreprise
nettement dominatrice, au prix de l'effacement juridique et politique des
Premières Nations, une marque caractéristique du colonialisme.» On ne peut qu'être
d'accord avec chef Verreault-Paul, la constitution caquiste est une démarche
coloniale qui fait abstraction des droits ancestraux et des titres issus de
traités des 11 peuples autochtones qui cohabitent le territoire avec la
nation québécoise. Et pourtant des voix positives existent, les mémoires
déposés ne se contentent pas de critiquer, ils proposent des solutions
concrètes, réalistes et porteuses d'avenir. Ils parlent de consultations en
amont, menées spécifiquement auprès des Premières Nations et des Inuit. Ils
parlent de négociation de nation à nation, fondée sur la reconnaissance
mutuelle et le respect. Ils parlent de co-construction d'un cadre
constitutionnel qui reconnaît explicitement l'autodétermination des peuples
autochtones et, ce faisant, adopte et met en œuvre la Déclaration des Nations
unies sur les droits des peuples autochtones. Ils parlent d'institutions
partagées, de mécanisme permanent de dialogue, de reconnaissance des 11 nations
comme peuples distincts. Ces propositions ne sont pas radicales, elles sont
cohérentes avec le droit international. Elles sont fidèles à l'histoire
politique du Québec lorsqu'il a su faire preuve de courage et de lucidité.
Elles sont compatibles avec une vision solidaire et... progressiste de l'avenir.
M. le Président, une constitution ne peut
pas être écrite contre les peuples autochtones. Elle ne peut pas être écrite
sans eux. Elle ne peut pas ignorer leur souveraineté, leurs droits et leur
existence politique. Le projet de loi n° 1 échoue à
cet égard. Il reproduit une logique coloniale. Il bafoue les engagements
internationaux du Québec. Il compromet le processus de réconciliation
législative. Québec solidaire s'oppose donc à ce principe de ce projet de loi.
Nous croyons qu'un autre chemin est possible, un chemin fondé sur l'écoute, un
chemin fondé sur la reconnaissance, un chemin fondé sur une relation de nation
à nation, de peuple à peuple, et c'est ce chemin que nous continuerons de
défendre. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Jean-Lesage. Je reconnais maintenant M. le député de
Jean-Talon.
M. Paradis : Lorsque le
premier ministre du Québec, dans une déclaration ministérielle, a annoncé le
dépôt de ce projet de loi, qui contient notamment un projet de constitution du
Québec, j'ai donné la réplique à cette déclaration ministérielle au nom du
Parti québécois. Et j'ai d'abord souligné que ce projet de loi, qui n'est qu'un
projet de loi, parce que tout le monde parle de la Constitution, il y a deux
autres éléments dans ce projet de loi, mais c'est un projet de loi déposé par
le gouvernement à la fin de son mandat, alors que le temps des travaux
parlementaires nous manque, alors qu'on est à la fin des huit années de pouvoir
de la CAQ. Le gouvernement arrive avec ce projet de loi, et j'ai dit... j'ai
mentionné essentiellement qu'il s'agissait d'une continuation de l'illusion de
la troisième loi... de la troisième voie...
12 h 28 (version non révisée)
M. Paradis : ...cette
troisième voie qui est à la base de la création de la Coalition avenir Québec.
La Coalition avenir Québec dit : Bien, il y a un débat sur l'avenir du
Québec, et nous, on va proposer une autre façon de le voir. On est des fédéralistes,
mais on va aller chercher des gros gains avec une nouvelle stratégie qui est
exposée dans un document, le nouveau programme pour les nationalistes québécois,
et qui dit : Nous, on va être capables de réussir à changer le fédéralisme
tout en restant dans le Canada. Et il y a une liste de revendications qui sont
essentielles, selon la CAQ, selon la Coalition avenir Québec. Elle nous dit :
Notre raison d'être, c'est celle-là, au départ. Il a dit : C'est ça que
nous allons... nous allons mettre de l'avant. Donc, la promesse principale de
la CAQ, celle qui est son ADN, c'est celle de nous... de réussir là où il n'y a
jamais personne qui a réussi depuis la création du Canada en 1867, c'est-à-dire
obtenir des oui à des revendications légitimes du Québec, parce que ce n'est
pas dans ce sens-là que se développe le fédéralisme canadien. C'est un
fédéralisme qui se développe à l'encontre des volontés fondamentales du Québec.
Et ce qui est intéressant, c'est qu'il y a
un tableau dans le document de la CAQ, que j'ai évoqué, donc, en réponse à la
déclaration ministérielle du premier ministre, avec la liste des demandes
essentielles. Il y en a 21. Et ça, j'invite les Québécois à aller la voir,
cette liste-là. Moi-même, je l'ai publiée dans quelques-unes de mes... de mes
publications, mais elle est sur le site de la CAQ, tout le monde peut aller la
voir. Donc, ce n'est pas le député de Jean-Talon qui parle, ce sont les faits
qui parlent. Et, sur les 21 demandes, il y en a exactement zéro qui a trouvé
une réponse favorable, zéro.
Et le premier ministre et ses ministres,
année après année, ont réitéré des demandes. Par exemple, en immigration, le
premier ministre a écrit des lettres... le premier ministre du Québec a écrit
des lettres au premier ministre du Canada, le mettant devant un énième
ultimatum en disant : Nous voulons tous les pouvoirs en immigration parce
que nous voulons déterminer nous-mêmes notre politique d'immigration. Ça a été
un refus sur toute la ligne. Protection du français, il y a des demandes dans
le programme de la CAQ : échec sur toute la ligne. Aucune des demandes de
la CAQ n'a trouvé une réponse favorable. La nomination des juges... de juges
québécois, la Cour suprême, donc un pouvoir sur le choix des juges à la Cour
suprême, c'est refusé. Le ministre de la Justice continuer à prétendre qu'il y
a du travail là-dessus, mais il n'y a aucun résultat, aucun résultat, il n'y en
a jamais eu, et le gouvernement fédéral jamais n'abdiquera ce pouvoir-là. Transfert
de points d'impôt aux provinces : zéro, aucun... aucune avancée. Des
transferts fédéraux équivalant au vieillissement de la population, c'est dans
le programme de la CAQ : zéro, aucune avancée. Rapport d'impôt unique. En
voulez-vous, un exemple des problèmes de la paperasse, des dédoublements que
cause le fédéralisme puis à quel point ça coûte cher? Une double fonction
publique, un double rapport d'impôt. Les Québécois, ils le voient à chaque
année qu'est-ce que ça coûte, faire partie du Canada. Ça, c'est une
revendication, on va rapatrier ça au Québec : zéro. Les transferts de
fonds fédéraux pour les infrastructures. C'est intéressant, actuellement on a...
on a un débat sur pourquoi ça a recommencé à coûter plus cher au Québec d'emprunter
que l'Ontario sur les marchés. Le ministre des Finances inscrit lui-même dans
son analyse de la décote de Standard & Poor's... il écrit : Bien, c'est
notamment parce que notre situation financière a été compliquée, parce que le
fédéral ne nous envoie pas assez de fonds pour les infrastructures. Ça, c'est
dans sa déclaration écrite du 16 avril 2024. Application de la loi 101 aux
entreprises à charte fédérale : zéro, aucune... aucun gain. Prépondérance
du Québec en matière de langue, d'immigration et de culture : rien, zéro.
J'en passe, là, mais reconnaissance constitutionnelle du Québec comme nation, c'est
une revendication vieille comme le monde dans notre fédération : toujours
pas. Encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans des champs de compétence
provinciale. Parce que ça, on le sait, là, quand on parle du ver dans la pomme
du fédéralisme au Québec, c'est ça, c'est que peu importe...
12 h 33 (version non révisée)
M. Paradis : ...que dit la
Constitution, que voici ce que sont les champs de compétence du gouvernement
fédéral, et voici ce que sont les champs de compétence du Québec et des autres
provinces, et voici comment on devrait gérer le pays. Ce qui s'est passé au fil
des décennies, c'est que le fédéral a envahi tous les champs de compétence du
Québec, parfois dans le normatif, mais souvent en dépensant de l'argent de nos
impôts et souvent à l'encontre de la volonté de l'Assemblée nationale du
Québec. Donc là, la CAQ dit : Nous, on a trouvé la solution. On va vous
livrer ça, l'encadrement du pouvoir de... du pouvoir fédéral de dépenser. Zéro,
il n'y a rien qui a avancé là-dessus; bilinguisme obligatoire pour les juges de
la Cour suprême, zéro; droit de veto du Québec sur les modifications
constitutionnelles, zéro. On va, on va... on va dans le sens inverse, on va
dans le sens inverse, mais on va modifier la structure de notre pays, mais on
va le faire, même si le Québec n'est pas d'accord, on va le faire. Abolition aux
réformes du Sénat, zéro. Abolition de la fonction de lieutenant-gouverneur, ça,
c'est dans le programme de la CAQ. Non seulement on ne l'a pas aboli, on l'a applaudi
à tout rompre la dernière fois qu'elle est venue ici. Donc, on continue à
maintenir les structures de la monarchie à l'intérieur de notre régime
parlementaire, la monarchie, M. le Président.
Donc, ça, c'est le bilan de la troisième
voie caquiste. Et arrive le projet de loi n° 1, qui
est le même miroir aux alouettes, je veux dire, il n'y a rien qui a fonctionné
dans ce qu'on vous a dit qu'on allait faire. Et on va continuer à faire
exactement la même chose, puis on va vous le mettre dans un document qui va
tenter de donner l'illusion, au Québec, qu'on a une constitution dont l'article
premier dit que c'est le document... la loi des lois puis qu'elle a préséance
sur tout. Jamais cette constitution qui est proposée par le projet de loi n° 1 n'aura préséance sur la Constitution canadienne. Donc,
l'article 1 de ce projet de constitution contient cette continuation du
rêve caquiste qui s'est transformé en cauchemar, qui s'est transformé en échec
monumental. La CAQ aura servi à ça, faire réaliser à l'ensemble des Québécois
qu'on aura beau penser à le refaire et à lui donner des noms, puis à faire du
marketing sur la façon de réformer le fédéralisme de l'intérieur, ça n'arrivera
jamais. Le grand soir, le grand soir où le gouvernement fédéral va respecter le
Québec, puis il va dire oui à ces demandes légitimes à l'intérieur du régime
fédéral, ce n'est pas arrivé. Pour que ça arrive, il va falloir qu'on se dise
oui et qu'on fasse un pays. Pour avoir une vraie constitution au sens juridique
du terme, ça prend un pays et tant qu'on n'a pas de pays, on n'a pas de véritable
constitution au sens du document qui prévaut sur tous les autres, qui est le
contrat de société, qu'on se donne tout le monde ensemble, et qu'on dit :
Nous, comme société, voici comment on a décidé de fonctionner. C'est ça, le
véritable... la véritable intention d'une constitution, et ça, on ne l'aura
jamais tant qu'on restera dans le Canada.
Donc, ce que nous avons devant nous, c'est
un simple projet de loi d'une loi qui va s'insérer dans le cadre fédéraliste,
qui va rester soumis au carcan fédéral. Ça ne changera... donc rien au rapport
de force, malgré qu'on continue encore de prétendre que ça va le faire, que ça
va être un bouclier. Bon, d'abord, je trouve ça paradoxal que, pour des
fédéralistes, on nous indique que, pour survivre à l'intérieur du Canada, on a
besoin d'un bouclier. Si on a besoin d'un bouclier, ça veut dire qu'on a un
problème avec le régime fédéral dans lequel on vit, mais ça ne fera pas ça, ça
ne changera rien parce que c'est encore la Cour suprême du Canada qui va
interpréter les lois fondamentales du pays en fonction de la vision fédéraliste
du fonctionnement de notre société, de la même Constitution canadienne, qui a
fait en sorte qu'au fil des décennies, le gouvernement fédéral a étendu ses
tentacules partout, qui fait qu'on paie 90 milliards de nos taxes et
impôts pour un gouvernement fédéral qui ne livre à peu près aucun service puis
qui vient en plus se mêler de nos affaires. Donc, ce n'est pas une loi
fondamentale, comme le prétend le ministre de la Justice, parce qu'elle demeure
subordonnée à la Constitution canadienne qui, il faut le rappeler ici aujourd'hui,
nous a été imposée...
12 h 38 (version non révisée)
M. Paradis : ...et en
quelque sorte, certains nous ont même dit que c'est une... c'est une entreprise
qui va donner de la légitimité à la constitution de 1982, qui n'a jamais été
acceptée par aucun parti politique, à aucun moment de la vie démocratique du
Québec depuis qu'elle nous a été imposée. Cette constitution a été négociée
pendant la nuit entre les premiers ministres de toutes les provinces et le
premier ministre du Canada, pendant qu'on a laissé le premier ministre du
Québec dormir. Et le matin, quand il s'est réveillé, il y avait une constitution,
le contrat fondamental du pays qui nous avait été imposé. Le projet de loi n° 1 ne change rien à ça, ne change rien à l'histoire, ne
changera rien au bilan d'échec complet de la troisième voie caquiste à l'intérieur
du régime fédéral. Et c'est pour ça qu'il fallait donner l'heure juste aux
Québécois là-dessus. Puis on n'a pas donné l'heure juste aux Québécois. L'heure
juste, je le réitère, c'est de dire, pour avoir une vraie constitution, ça
prend un pays. Je l'ai dit et je le réitère, ce que nous avons devant nous, c'est
donc un projet de loi caquiste et fédéraliste qui continue à entretenir une
illusion. Ça, c'est sur le fond.
Et ce qu'on a entendu en consultation
générale ne change rien à ce que je disais au moment où le projet de loi a été déposé.
Au contraire, ça renforce les conclusions. J'ai posé la question à des experts
constitutionnalistes qui sont venus, à des organisations de la société civile
qui sont venues. Certains étaient plus ou moins favorables à ce projet de loi,
mais je leur ai posé la même question : Est-ce que ce projet de loi va
changer quelque chose au fait que tout ce qui est écrit là reste soumis,
subordonné à la constitution fédérale. Et toutes et tous ont répondu la même
chose : Non, ça ne change rien. En fait, le ministre de la Justice lui-même
a été obligé de l'admettre assez rapidement que, malgré ce qui est écrit dans
sa constitution, non, ce ne sera pas la loi des lois et non, ça n'aura pas
préséance sur tout le reste. Ça va être soumis au fédéralisme.
Ce qui n'a pas changé non plus, c'est la
façon dont ce projet de loi est arrivé ici. J'entendais le ministre de la
Justice dans son allocution au début de ce débat, c'était hier, je pense, nous
dire : Je demande à tout le monde de s'élever au-dessus de la partisanerie
parce que ce n'est pas une constitution caquiste, c'est une constitution
québécoise. Je le réitère, je ne suis pas d'accord avec ça. C'est une constitution
caquiste et fédéraliste, mais il nous invite à nous élever au-dessus de la
partisanerie. C'est dommage, mais un exercice qui a démarré dans la
partisanerie peut difficilement ensuite être transformé en un exercice
collectif qui est fait avec et pour toutes les Québécoises et tous les
Québécois. Le ministre de la Justice, avec quelques personnes autour de lui, a
rédigé dans son bureau, sans consultation préalable, ce qu'il prétend
représenter, la volonté du peuple québécois. Malheureusement, c'est très loin d'être
la réalité. Comme des centaines de personnes sont venues nous le dire en
consultation générale. Les gens disent : Bon, c'est bien, vous nous
convoquez ici, on a 8 minutes pour vous dire ce qu'on pense de tout ce que
vous nous présentez. Vous avez quelques minutes pour nous répondre, et c'est ça
qu'on a à dire. Et c'est comme ça qu'on veut construire le contrat fondamental
de notre société. Il y en a qui sont venus nous parler des expériences récentes
ailleurs dans le monde, de comment on a bâti une constitution, comment on a
mobilisé la population dans des débats vigoureux qui à la fin, ça va être rare
qu'on va dire que ça fait l'affaire de 100 % des gens, dans 100 % des
cas, mais au moins on a mobilisé la population puis on a discuté ensemble de ce
qui est notre contrat fondamental.
Ici, on ne l'a pas fait. On ne l'a pas
fait. Plusieurs nous ont dit : Bien, le ministre nous a téléphoné, on a eu
une conversation, mais on n'a jamais vu de document, on n'a jamais vu de
proposition. Puis là, le ministre débarque avec ça, en fait, c'est le premier
ministre qui nous l'a présenté, puis il débarque avec ça puis là, ils
disent : Ah! ça, ça représente l'ensemble, de ce que l'ensemble de la
société veut, puis je veux qu'on se réunisse autour de ça puis je veux qu'on
fasse preuve de hauteur. Bien, il aurait fallu faire preuve de hauteur dès le
départ. C'est connu, archi connu aujourd'hui que pour...
12 h 43 (version non révisée)
M. Paradis : ...une
constitution, ça prend une mobilisation populaire. Il faut que tu en parles
avant, il faut que tu échanges, il faut que tu aies des débats vigoureux. Nous
ne les avons pas eus et, notamment, nous ne les avons pas eus avec les
Premières Nations. Et ça, juste pour cette raison-là, c'est une raison de ne
pas avancer avec ce projet de loi. J'ai posé la question au chef
Verreault-Paul, qui est venu en consultation générale. D'autres représentants
des Premières Nations et des Inuits sont venus, aussi, dire exactement la même
chose. J'ai posé la question, notamment, la même question au Grand Conseil des
Cris, et je leur ai dit : Est-ce qu'il y a quelque chose à faire avec ce
projet de loi? Est-ce qu'il est récupérable? Et la réponse, ça a bien sûr été
non. Non, parce que les Premières Nations, alors que c'était la promesse du
gouvernement, et alors que c'est ce qu'il faut faire aujourd'hui, en 2026 ou en
2025, au moment où le projet de loi a été présenté, il faut traiter de nation à
nation. Si nous sommes encore dans le chemin de la réconciliation, cette
réconciliation, elle passe par des consultations et un véritable dialogue sur
le contrat fondamental dont on va se doter. Et on ne peut pas dire : Bien,
on vous a mis dans le préambule, puis après ça, il n'y a rien en ce qui vous
concerne, puis là, vous êtes ici en consultation générale, donc, c'est
suffisant. Non, ce n'est pas suffisant. Et le mot des Premières Nations, c'est «irrécupérable».
Si le gouvernement s'entête à continuer avec ce projet de loi, ce n'est pas
qu'on va avancer avec les Premières Nations et les Inuits, c'est qu'on risque
de frapper des écueils et de ne pas contribuer à ce chemin qu'on essaie de
tracer tant bien que mal vers la réconciliation et vers l'établissement d'un
contrat qui est à l'avantage respectif de l'ensemble des Québécois et des
Premières Nations et Inuits. Donc, cet ensemble... cette absence de
consultation, il l'a été... ça a été, j'allais dire souligné, mais c'est
quelque chose qu'on a... les gens l'ont... l'ont verbalisé de... avec tellement
de force que c'est un message qui doit se rendre au gouvernement. Ce n'est pas
la façon de... de développer un projet de constitution, de présenter un projet
de constitution et de mener un des débats les plus essentiels qu'on devrait
avoir dans notre société. Ce qui fait en sorte que si le gouvernement s'entête
malgré tant d'opposition, il y aura une étude détaillée d'un projet de loi qui
contient toutes sortes de dispositions très importantes, mais sur lequel il n'y
aura ni consensus, ni mobilisation, ni un... un ensemble d'avis qui va vraiment
éclairer le travail des législateurs que nous sommes. On va nous dire :
Oui, on a reçu plein de mémoires, mais il y en a tellement qui nous disent :
Oui, mais on est pris avec ce qu'on nous... ce qu'on nous a présenté, puis on
est partis de la mauvaise façon. Plusieurs nous ont dit : Il y a des
éléments qui devraient se retrouver dans n'importe quelle constitution qui ne
sont pas là. Pourquoi? Par ailleurs, on a mis plein de... plein d'articles dont
on se demande qu'est-ce qu'ils viennent faire dans un projet de constitution
puis dans un projet de loi fondamental, ce que moi j'appellerais les farces et
attrapes qu'il y a dans ce document-là. Alors qu'on devrait parler de ce qui
nous réunit, de ce qui fait le plus consensus dans notre société, on n'est pas
là, donc on n'a pas ce qu'il faut pour bien travailler.
Alors à la fin, est-ce que ce qu'on a
devant nous va changer quelque chose sur le partage des compétences, non
seulement établi selon la Constitution de 1867, mais comme il a été dévié de
son sens initial par 150 ans de fédéralisme dominateur puis d'incursions
dans les champs de compétence du Québec? Non, ça ne changera pas. Le projet de
loi ne changera rien là-dessus. Est-ce que ça va changer quelque chose au
pouvoir de la Cour suprême d'interpréter tous les droits fondamentaux, y
compris tout ce qui se retrouvera dans le projet de loi n° 1
si jamais il est adopté par loi par le gouvernement?...
12 h 48 (version non révisée)
M. Paradis : ...Non, ça ne
changera rien. On va rester soumis à l'interprétation de la Cour suprême du
Canada qui interprète, elle, la Constitution canadienne en vertu de ce qu'elle...
de ce qu'elle contient. On s'en souvient. La Constitution commence par affirmer
la suprématie de Dieu. Elle continue plus loin en disant que le Canada, c'est
un projet multiculturaliste. Bien sûr que la Cour suprême du Canada interprète
tous les droits fondamentaux en fonction de cette Constitution canadienne. Est-ce
que le projet de loi n° 1 va changer quelque chose là-dessus? Non,
absolument rien. Est-ce qu'il va changer la composition de la Cour suprême, le
pouvoir neutre de nomination des juges de la Cour suprême, la façon dont les
juges de la Cour suprême maîtrisent le français? Non. Puis ça, ce sont des
éléments fondamentaux à l'avenir du Québec. Est-ce que ça va empêcher la Cour
suprême du Canada ou le gouvernement fédéral, par ses lois souvent adoptées...
où on est minoritaires, hein, dans le régime fédéral, on est minoritaires et en
diminuant... Est-ce que ça va changer cette capacité des institutions fédérales
d'avoir un impact par leurs actions sur le Québec qui est souvent à l'encontre
de la volonté de l'Assemblée nationale? Non, ça ne changera rien à ça. Donc,
est-ce que ça va empêcher soit le gouvernement fédéral ou soit la... la Cour
suprême de charcuter, par exemple, nos lois sur la culture, sur la langue? Non.
Est-ce que ça va nous donner plus de maîtrise sur les politiques en immigration
qui sont au cœur de nos débats ici à l'Assemblée nationale depuis des années,
mais dont tout le monde ici convient qu'il y en a une grande partie qui n'est
pas dans nos mains puis qui est décidée par Ottawa, souvent à l'encontre de la
volonté du Québec? Non, ça ne changera rien, ça, le projet de loi n° 1.
Est-ce que ça va changer quelque chose sur le contrôle de nos frontières, de
nos taxes et impôts? 90 milliards qu'on envoie à chaque année à Ottawa, est-ce
que ça va changer quelque chose à ça? Non, ça ne changera rien. Est-ce que ça
va changer quelque chose au fait qu'on a juste 20 % des votes au Parlement
à Ottawa et que ça va en diminuant? Non, ça ne changera rien ça. Est-ce que ça
va changer quelque chose au fait qu'on va continuer à se dire... à se faire
dire quoi faire dans la fédération canadienne? Non, ça ne changera rien à ça.
Donc, nous, au Parti québécois, on ne peut
pas se prêter à un exercice qui vise à maintenir l'illusion du changement pour
plus d'autonomie, plus de respect des compétences du Québec à l'intérieur de la
fédération canadienne. Ce n'est jamais arrivé. Ça ne s'améliore pas, ça s'empire
d'année en année et ça n'arrivera jamais. Donc, nous... nous n'entretiendrons
pas cette illusion, les risques que posent de plus en plus... de manière de plus
en plus claire le fédéralisme pour l'avenir du Québec en matière économique, de
politique sociale, de capacité de décider par nous même quelle est notre
posture à l'échelle internationale, à un moment où plusieurs des questions qui
préoccupent les Québécois au jour le jour sont en partie décidées à l'échelle
internationale, en matière de commerce international, en matière de diplomatie
internationale. Je vais citer le premier ministre du Canada : «Quand on n'est
pas à la table, on est au menu». Or, le Québec continue d'être au menu,
continue de ne pas être capable de faire entendre sa propre voix, continue de
ne pas être capable de défendre ses propres intérêts, alors que les nations
européennes, alors que le premier ministre du Canada, alors que les pays
latino-américains, alors que l'ensemble du continent africain est à la défense
actuellement du principe de souveraineté, tout le monde parle de l'importance
du principe de souveraineté, c'est plus que jamais important pour le Québec d'assumer
son destin en devenant un pays indépendant, en parlant pour lui-même à l'échelle
internationale, en prenant les décisions en fonction de ses intérêts sur l'utilisation
des taxes et des impôts des Québécois, sur l'orientation des politiques
publiques dans tous les secteurs. Il est temps pour nous de faire comme toutes
les nations normales et de décider par nous-mêmes et de cesser de se faire dire
quoi faire par Ottawa. Le projet de loi n° 1 nous incite à continuer dans
cette voie de l'illusion de la fameuse troisième voie caquiste, qui est un
bilan de 7 à 8 ans d'échecs.
Donc, pour cette raison, nous voterons
contre le principe du projet de loi. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Jean-Talon. Nous poursuivons toujours sur ce débat,
et je reconnais maintenant M. le député de Saint-Jean...
12 h 53 (version non révisée)
M. Lemieux : ...merci
beaucoup, M. le Président. Il y a une phrase magique au parlement et dans les
commissions : «Considérant l'heure», «Compte tenu de l'heure». Voyant l'heure,
il y a un sujet dans mon allocution que je n'avais pas abordé, ce que je vais
donc faire avec vous maintenant et pour revenir plus tard en début d'après-midi,
parce que c'est un sujet important, c'est peut-être le sujet du débat sur la
Constitution qui a retenu le plus l'attention : le fameux article 29,
celui qui abordait la question de l'avortement. Ça a fait parler tout le monde,
même ceux qui ne comprenaient pas la dimension constitutionnelle potentielle, parce
qu'on le sait, l'avortement, c'est un sujet hyperdélicat. Et, dans le contexte
du projet de loi n° 1, ça a attiré... ça a servi un petit peu de paratonnerre,
ça a attiré beaucoup, beaucoup, beaucoup les commentaires et les questions.
Je vais vous dire comment je vois et
comprends ça en commençant par vous dire que le ministre de la Justice, qui a
déposé le projet de loi n° 1, a décidé de retirer l'article 29. Et c'est pour ça
que je voulais vous en parler, puis je trouvais que, dans mon allocution, ça
faisait un peu passé date, parce que ça fait déjà quelques jours que le
ministre a annoncé qu'il retirerait l'article lorsqu'on sera rendus en étude
détaillée pour le projet de loi. Je vais vous dire ce que j'en comprends pas d'un
point de vue légal, quoique j'aime bien jouer aux avocats, mais c'est des
choses que je... que je ne maîtrise pas autant que les avocats, encore moins
que le procureur général, mais essentiellement le ministre de la Justice
voulait s'assurer que, quoi qu'il arrive au cours des prochaines années, des
prochaines décennies, les femmes du Québec ne se retrouvent pas dans la même
position que les femmes des États-Unis, les femmes canadiennes, parce qu'on
sait qu'au Canada il y a des projets de loi régulièrement ou, en tout cas, des
débats réguliers à la Chambre des communes sur des matières reliées à l'avortement.
Donc, le procureur général, dans son projet de loi, voulait... voulait vraiment
protéger ce droit des femmes à choisir au Québec. Et donc il avait imaginé une
phrase dans l'article 29 pour faire ça.
Mais il se trouve que la ministre, à l'époque,
la ministre de la Condition féminine, il y a deux ans, avait aussi pensé et
évoqué le fait qu'elle aimerait légiférer, pour la même raison. Et, à ce moment-là,
le tollé des groupes de femmes, des groupes féministes, des groupes
communautaires, des spécialistes, entre guillemets, de... des questions de l'avortement,
avaient dit : Il ne faut pas faire ça parce qu'à partir du moment où il y
a une loi au Québec sur l'avortement elle deviendra attaquable, alors que les
gens ne soupçonnent pas qu'aujourd'hui il n'y en a plus, de loi. C'est un service
de santé, l'avortement. C'est décriminalisé, ce n'est plus dans le Code
criminel, alors il n'y a rien à attaquer pour ceux et celles qui sont de ce qu'on
appelait à l'époque pro-vie, qu'on appelle maintenant anti-choix, qui voudraient
réduire la capacité pour les femmes du Québec de choisir.
Donc, tout ça pour dire que le débat a été...
pas foudroyant mais a été très présent. Le débat au moment du dépôt du projet
de loi, le débat en commission parlementaire pour les consultations
particulières, et il y en a eu pas mal, a beaucoup tourné autour de cet article
29, parce que ça a attiré l'attention et parce qu'il y avait deux écoles de
pensée. On dit ça souvent, hein, des écoles de pensée, comme s'il y en avait
juste deux possibles. Mais, dans les cas où c'est très clivant, comme celle-là,
et surtout dans des cas comme ceux-là où le commun des mortels a de la misère à
comprendre comment ça se peut qu'une loi soit attaquée s'il y a quelque chose
dans la loi qui dit qu'on ne veut pas que ça arrive, bien, ça fait jaser. Et,
au final, le ministre s'est rallié, même s'il a dit qu'il ne partageait pas l'opinion
de tous ceux et celles qui lui demandaient de reculer et de retirer l'article
29 du projet de loi n° 1, même s'il n'était pas d'accord puis qu'il craignait,
en son for intérieur, qu'il puisse y avoir des problèmes à l'avenir, comme on
connaît en ce moment aux États-Unis, comme on a eu des épisodes à Ottawa, à la
Chambre des communes, qui pourraient nous affecter. Les femmes, et les groupes de
femmes, et les avocats, et les experts, et les spécialistes, en tout cas ceux
qui sont venus nous voir en consultations particulières, nous ont dit : Non,
ne touchez pas à ça, ne touchez à rien, ne rentrez pas ça, parce que, pour l'instant,
on a une meilleure protection le moment venu que si on expose, en quelque...
12 h 58 (version non révisée)
M. Lemieux : ...sortent un
article d'un projet de loi... et qui deviendrait une loi pour que ce puisse
être attaqué par ceux qui veulent l'enlever. Résultat des courses, il n'y en a
plus d'article 29. Donc, le projet de loi n° 1, si tant est qu'on adopte
ce principe, et c'est le but de mon allocution, que je vous présenterai au
retour de la pause du midi, le projet de loi n° 1 sera présenté à la Commission
des institutions pour étude détaillée au cours, je l'espère, des prochaines
semaines, pour qu'on puisse procéder à l'adoption de ce qui, pour moi, est
fondamental.
Juste une petite parenthèse au sujet de...
de l'avortement et de l'article 29. J'étais le reporter à l'époque qui a
le plus suivi Chantale Daigle à partir de son premier... sa première apparition
en Cour supérieure à Val-d'Or jusqu'à la fin de cet été-là en Cour suprême,
dans ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Chantale Daigle. À ce moment-là,
on ne pensait pas non plus que ça pouvait être attaqué. Mais, bon, elle a gagné.
Et c'est justement parce qu'elle a gagné qu'on pense maintenant que c'est
correct puis que c'est réglé pour toujours. On verra. Je suis encore un peu moi
aussi, probablement comme le ministre de la Justice, pas très certain de ce qui
va arriver, mais certain d'une chose, c'est que le ministre a fait la bonne
chose en ralliant ceux et celles qui lui demandaient de retirer l'article 29
de son projet de loi pour être capable de procéder, d'aller de l'avant avec sa Constitution,
son projet de loi n° 1. Et je vous vois debout, je m'assois et je m'incline,
M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Saint-Jean. Alors, je comprends que vous allez
vouloir poursuivre.
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merveilleux! Alors, tel qu'annoncé précédemment nous allons maintenant
procéder au débat de fin de séance. Le premier débat portera sur une question
adressée par Mme la députée de D'Arcy-McGee à Mme la ministre de la Santé
concernant la situation inadmissible de Mélissa et Jérémie, un couple de sans-abri
vivant avec une déficience intellectuelle, qui vivent dans la rue depuis trois
ans.
Je vous rappelle que, conformément à l'article 310
du règlement, le député qui a soulevé le débat et le ministre qui lui répond
ont chacun un temps de parole de cinq minutes, et le député a ensuite droit à
une réplique de deux minutes.
Mme la députée, je vous cède la parole
pour une durée de cinq minutes.
Mme Prass : Merci, M. le
Président. Comme vous l'avez évoqué, j'ai posé une question à la ministre de la
Santé et des Services sociaux ce matin à propos de la situation de Mélissa et
Jérémie, deux jeunes adultes avec une déficience intellectuelle qui se
retrouvent dans la rue depuis plus de trois ans. Et je vous avoue, M. le
Président, je suis encore outrée de la réponse de la ministre, que c'était le
choix de Mélissa de se retrouver dans la rue. Une femme avec une déficience
intellectuelle dont le système a échappé.
Le Curateur public nous dit qu'en 2025 il
y avait au moins 64 personnes sous leur tutelle qui se retrouvaient en
situation d'itinérance. Et quand on demande aux CISSS et CIUSSS : Il y a
combien de personnes dans des cas similaires que Mélissa et Jérémie? Ils n'ont
pas de réponse. Donc, comment est-ce qu'ils sont supposés prédire et avoir les
ressources, les outils en place pour bien accompagner ces personnes-là, quand
ils ne savent même pas combien de personnes avec une déficience intellectuelle
se retrouvent en situation d'itinérance? Et j'ai moi-même un garçon qui... qui
a un trouble du spectre de l'autisme et une déficience intellectuelle, et l'idée
qu'il se retrouverait dans la rue un jour parce qu'il n'y a pas de filet social
pour lui... Je ne peux même pas décrire ce que ça me fait.
Donc, la ministre nous dit que Mélissa a...
a refusé l'hébergement qui lui a été offert et qu'elle a fait le choix de se
retrouver dans la rue. L'hébergement qui a été offert à Mélissa et à Jérémie
était dans un quartier qu'ils ne connaissaient pas. Et je cite : «Le
couple était désorienté et ils avaient perdu leurs repères». Donc, ce qu'on
demande, c'est qu'il y ait de l'hébergement adapté à travers la province, à
travers Montréal, pour que chacun puisse se retrouver dans la réalité et dans
les circonstances dont ils sont... qu'ils connaissent, dont ils sont habitués.
On a besoin de financement pour des
refuges et hébergements spécialisés parce que, clairement, ce n'est pas le cas
présentement. Depuis le... Dans le premier mandat de la CAQ, il y a une
augmentation de l'itinérance de 44 %, et plusieurs de ces personnes sont
des personnes extrêmement vulnérables, des personnes en situation de handicap
avec une déficience intellectuelle ou sur le spectre de l'autisme. C'est de la
maltraitance sociale ce qu'on voit aujourd'hui.
Les refuges et le logement pour personnes
itinérantes ne répondent pas aux besoins spécifiques de cette population. Et ce
n'est jamais à nous de mettre la... la responsabilité sur une personne avec une
déficience intellectuelle de s'organiser et de s'orienter. Sans plan précis, il
n'y a pas de responsabilité ni de résultat...
13 h 03 (version non révisée)
Mme Prass : ...Le gouvernement
n'a pas de stratégie ciblée pour les personnes ayant une déficience
intellectuelle ou un TSA qui sont en situation ou à risque d'itinérance. On a
besoin d'un gouvernement qui écoute, d'un gouvernement qui comprend. Les
réalités, pour chacun, elles sont différentes. Quand le plan interministériel
sur l'itinérance a été lancé, le premier ministre avait inclus un mot pour dire
que chaque réalité et les parcours variés doivent être répondus en conséquence.
Que la situation d'une personne itinérante, qu'elle... qu'elle ait... qu'elle
ait des enjeux de santé mentale, de toxicomanie, qu'elle ait perdu son logement
parce qu'elle ne pouvait plus payer son loyer, sont toutes des situations à
laquelle il faut que le gouvernement s'adapte. Parce que ce n'est pas aux gens
dans la rue qui sont en situation de vulnérabilité de s'adapter à la réalité du
gouvernement. L'itinérance ne se règle pas avec des solutions génériques pour
des besoins spécialisés. Et Santé Québec a échoué.
Et hier, et je cite la ministre, elle a
dit : «Les personnes vulnérables qui doivent pouvoir... doivent pouvoir
recevoir l'accompagnement et le soutien dont elles ont besoin.»
Mais aujourd'hui, le ton de la ministre a
tout à fait changé. Mélissa et Jérémie, en 2025, quand on les a connus pour la
première fois dans les médias, ont dit : «On ne va pas vivre dans la rue,
on veut un toit.»
Un toit qu'ils peuvent partager, parce que,
Mélissa et Jérémie, c'est un couple. C'est un couple qui fait en sorte qu'ils dépendent
l'un sur l'autre pour leur vie sociale, pour leur sécurité, pour leur réalité.
Donc, il faut leur trouver un toit qui est adapté à leur réalité et qui les
convient. Parce que, oui, on peut leur offrir quelque chose et peut-être ce n'est
pas un bon fit, disons, mais ça ne veut pas dire qu'on arrête d'essayer.
Et le CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal,
là où la ministre était PDG auparavant, et je cite, a dit dans les médias :
«Les équipes travaillent dans un contexte complexe, avec des ressources
limitées.»
Des ressources limitées. Des ressources
limitées pour, encore une fois, deux jeunes personnes avec une déficience
intellectuelle qui sont très susceptibles quand elles sont en situation d'itinérance.
Elles sont vulnérables, elles peuvent avoir des abus, les gens peuvent
facilement prendre avantage d'elles et leur sécurité n'est pas garantie. Est-ce
que la ministre, et je lui donne une autre chance, peut trouver une solution
pour Mélissa et pour Jérémie, pour qu'après plus de trois ans dans la rue, ils
trouvent un toit qui leur convient, adapté à leur réalité?
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la députée. Mme la ministre, je vous cède la parole et je vous
rappelle que vous avez 5 minutes.
Mme Bélanger : Oui. M. le
Président, bien, d'abord, je veux réitérer, ici même, au salon rouge, que je
suis très sensible à la situation de Mélissa et de Jérémie. Elle touche les
collègues de cette Assemblée, elle touche les intervenants sur le terrain et
surtout, elle touche des êtres humains qui vivent une grande vulnérabilité. Je
veux commencer en le disant clairement : Derrière les manchettes et les
débats politiques, il y a deux personnes avec leurs parcours, leurs fragilités,
leurs limites, mais aussi leur dignité. Et ça, on ne doit jamais l'oublier. Quand
une personne est reconnue apte, la loi ne permet pas de lui imposer un
hébergement ni des soins contre sa volonté. Et je ne veux pas rentrer dans les
dossiers personnels de ces deux personnes, mais vous le savez, j'ai eu l'occasion
de le mentionner, Mélissa est apte. Et ça, c'est pour la ministre de la Santé
qui décide de l'aptitude des personnes. J'ai demandé à Santé Québec de faire
les suivis nécessaires avec les organismes concernés ainsi qu'avec le Curateur
public, et j'espère que le Curateur public nous écoute aujourd'hui.
Les équipes demeurent pleinement
mobilisées et poursuivent l'accompagnement de Mélissa avec rigueur, avec
professionnalisme, avec humanité, dans le respect de ses volontés. M. le
Président, c'est important le respect des volontés des personnes. Comme
ministre de la Santé, je ne ferai pas de diagnostic sur ces deux personnes. Ce
n'est pas mon rôle. Lorsqu'on a des doutes sérieux concernant la capacité d'une
personne à consentir, bien, il y a des démarches qui doivent être entreprises
auprès du Curateur public. C'est important. On a une loi au Québec sur la
curatelle publique...
13 h 08 (version non révisée)
Mme Bélanger : ...il s'agit
de processus qui sont très encadrés, qui relèvent des tribunaux et qui exigent
des étapes. Alors, le Curateur public va continuer son travail. Cela dit, je m'attends
à ce que tout soit mis en œuvre sans délai pour assurer un accompagnement
soutenu, structuré, conforme aux obligations légales afin de protéger la
sécurité et la dignité des personnes concernées. Je sais que certains
aimeraient que les choses aillent plus vite, que tout se règle avec un
claquement de doigts. C'est une situation qui est extrêmement complexe,
extrêmement complexe. Jérémie habite maintenant dans une ressource d'hébergement.
Je ne rentrerai pas dans les détails non plus cette fois-ci, M. le Président.
Alors, c'est important, on doit s'occuper de ces deux personnes, Santé Québec m'a
confirmé qu'il y a des intervenants impliqués dans les dossiers, des éducateurs
spécialisés notamment, mais aussi des travailleurs sociaux. Comme je viens de
le mentionner, je souhaite que le Curateur public puisse intervenir selon la
loi, M. le Président.
Alors, la réalité, c'est qu'il y a des
dossiers, des situations comme celle-là, qui sont complexes, et il faut le
faire dans le respect des personnes. Ce n'est jamais simple, M. le Président, et
ce n'est surtout jamais linéaire. Dans le cas de Jérémie et de Mélissa, une
proposition d'hébergement commun leur a été faite. C'est... elle n'a pas été...
et ça n'a pas fonctionné. Alors, on doit trouver une autre solution. Pour
Jérémie, comme je le disais, il y a actuellement un hébergement. Pour Mélissa,
mais il faut qu'elle... étant donné qu'elle est apte, qu'elle soit accompagnée
dans son désir d'être hébergée, alors, c'est important. On ne forcera pas les
personnes. On doit assurer la sécurité dans le respect des lois, des mécanismes
que nous avons au Québec, c'est important d'accompagner Jérémie et Mélissa, c'est
ça qui est le plus important, de les accompagner en fonction de leurs besoins,
et Jérémie et Mélissa n'ont pas les mêmes besoins. Alors, c'est important que
ce travail-là se fasse avec les intervenants. Alors, moi, je m'assure, M. le
Président, que les suivis soient faits. Je vais suivre cette situation très
près parce qu'elle me touche énormément, et je vais m'assurer que des suivis
soient faits dans le respect des droits des deux personnes.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la ministre. Mme la députée, vous avez deux minutes pour votre
réplique.
Mme Prass : Merci, M. le
Président. Je répète ce que j'ai dit ce matin : La sensibilité de la
ministre, ce n'est pas ça qui va faire en sorte que Mélissa et Jérémie sortent
de la rue. On a besoin d'un plan d'action spécifique pour les personnes avec
une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l'autisme qui se
retrouvent en situation d'itinérance, car ce n'est pas un cas isolé, Mélissa et
Jérémie. Et on ne sait pas combien d'autres Mélissa et Jérémie sont dans les
rues du Québec. Mélissa a également un diabète, elle se retrouve dans la rue, c'est
qui qui est là pour faire le suivi pour Mélissa? C'est qui qui est là pour s'assurer
qu'elle est prise en charge? Et là, la ministre nous dit que Mélissa est apte,
selon elle. Mais, M. le Président, une personne avec une déficience intellectuelle,
par définition, malheureusement, n'est pas toujours apte à prendre des
décisions. Les gens qui côtoient Mélissa, les intervenantes dont on a entendu
parler, ne jugent pas que Mélissa est apte, jugent qu'elle a besoin d'être
encadrée et prise en charge. Donc, je questionne vraiment le jugement de la
ministre à cet égard.
La ministre nous dit que Jérémie est dans
une ressource, mais il dort dans la rue avec Mélissa parce qu'ils veulent être
ensemble, parce que l'un sans l'autre, ils ne se retrouvent plus. L'hébergement
commune que la ministre a mentionné était loin de leur réalité, était loin du
coin qu'ils connaissaient. Ça leur... ça les a désorientés. Encore une fois, on
parle de gens avec une déficience intellectuelle, ce n'est pas facile de s'organiser,
de s'installer quelque part de nouveau et comprendre c'est quoi, nos... nos
paramètres. Est-ce que la ministre va faire le suivi avec Santé Québec dans les
prochaines semaines, dans les prochains mois, dans les prochaines années? Parce
que le ministre, à l'époque, des Services sociaux, avait également demandé à
Santé Québec la prise en charge de ces... de Mélissa et Jérémie, et un an plus
tard, ils sont encore dans la rue et ça fait plus de trois ans. Donc, je
demande à la ministre de se mettre à la place de ces familles, de ces personnes-là,
et d'avoir du cœur, de l'empathie, de la sensibiliser et de s'assurer que...
que le gouvernement les prenne en charge.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Et alors, nous allons passer au prochain débat de fin de séance...
13 h 13 (version non révisée)
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
...qui portera sur une question adressée par M. le député de Laurier-Dorion
à Mme la ministre responsable de l'Habitation concernant l'augmentation des
loyers dans les coopératives d'habitation. M. le député, je vous rappelle que
vous disposez de cinq minutes pour votre intervention, et Mme la ministre
répondra à son tour pour une durée de cinq minutes et suivra votre réplique. À
vous la parole, M. le député, pour une durée de cinq minutes.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Donc, aujourd'hui, lors de la période des questions, j'ai posé une
question à la ministre, et je dois vous avouer, M. le Président, que j'ai mis
des gants blancs, des gants blancs pour poser cette question-là, et j'ai
expressément utilisé l'expression «une main tendue» pour soulever une
problématique qui est l'augmentation des loyers dans les... dans une
coopérative d'habitation et potentiellement dans beaucoup de coopératives d'habitation.
Et une situation qui pourrait, à terme, concerner quelque... 8 500 logements
habités souvent par... et la plupart du temps par des personnes à faibles
revenus ou, en tout cas, de personnes pas très... très bien nanties. Et
malheureusement, et malgré ma prudence, malgré ma bonne volonté, et la ministre
m'a répondu, comment dire, de façon très, très sèche, d'une part, ça, ce n'est
pas le pire, on est habitué à ce ton-là à l'Assemblée nationale, mais, malheureusement,
elle m'a répondu avec des informations qui sont erronées. Et je dois, je dois
aujourd'hui profiter d'un débat de fin de séance pour replacer certaines
informations afin d'informer la ministre de la capacité qu'elle a d'intervenir
dans certaines situations, en tout cas, dans la situation des augmentations de
loyer dans les coopératives. Parce qu'aujourd'hui la ministre, lors de sa
réponse en période de questions, elle m'a dit que les coopératives peuvent
recourir au Tribunal administratif du logement, ce qui n'est qu'il n'est pas
exact, M. le Président, et je dois rétablir les faits.
Je voudrais lui lire l'article 1955 du
Code civil, qui dit : «Ni les locateurs ni les locataires d'un logement
loué par une coopérative d'habitation à l'un de ses membres ne peut faire fixer
les loyers ni modifier d'autres conditions du bail par le tribunal.» Fin de
citation. Donc, on voit très bien que les personnes qui... les ménages qui
habitent dans une coopérative d'habitation ne peuvent pas aller au TAL. Donc,
je profite de ce débat de fin de séance pour informer la ministre de cette
information-là. J'espère que ça va lui être utile lorsque moi ou d'autres
personnes vont lui poser des... des questions, les locataires, je répète, les
locataires d'une coopérative d'habitation... en fait, ce n'est pas des
locataires, c'est des membres, en grande majorité, les membres d'une
coopérative d'habitation ne peuvent pas recourir à la fixation des loyers au
Tribunal administratif du logement.
Ceci étant dit, elle, par contre, elle a
la prérogative, en tant que ministre, d'agir sur la société d'habitation, parce
que, dans toutes les conventions qui lient la Société d'habitation du Québec à
des coopératives d'habitation, il y a une clause qui dit, je cite encore une
fois : La société — sous-entendu la Société d'habitation du
Québecp — peut, si elle est d'avis que la qualité de la gestion de l'ensemble
par l'organisme le justifie, renoncer à des exigences stipulées dans la
présente convention. Cet abandon d'exigence doit être signifié par écrit par un
représentant de la société dûment mandatée.» Allons-y voir la situation
particulière que je lui ai soulevée aujourd'hui, et que, visiblement, bien, la
ministre a touché... a envoyé la balle à l'intérieur du terrain, là. La
coopérative Émile-Nelligan à Montréal comporte 142 logements pour des
aînés autonomes qui ont des revenus de moins de 40 000 $. Ce n'est
pas des gens riches, on s'entend, les loyers, en 2023-2024, il y a deux ans,
trois ans... deux ans, c'était de 515 $ par mois. Aujourd'hui, en ce
moment, c'est 619 $ par mois. Et on lui demande... et on demande à ses
locataires, pour l'année 2026-2027, 685 $ par mois, donc, une hausse de 10,7 %
pour cette année et une hausse de 33 % en trois ans, ce qui, pour des
locataires aînés qui vivent... qui n'ont souvent que leur pension, est nettement
exagéré. La co-op est en excellente santé financière, elle n'a pas besoin des
hausses de loyer pour assumer ses charges.
Donc, ce qui se passe, là, c'est que la
convention, dont j'ai parlé tantôt, oblige les coopératives d'habitation à
augmenter les loyers automatiquement, si les loyers médians, dans une région
donnée, augmentent, c'est une augmentation automatique. Mais ce qui est demandé
à la ministre, c'est justement d'intervenir pour faire en sorte...
13 h 18 (version non révisée)
M. Fontecilla : ...de garder ses
loyers plus bas et ne pas pénaliser davantage les locataires aînés qui vivent
dans ces coopératives d'habitation. Est-ce que la ministre pourrait au moins
considérer d'utiliser ses pouvoirs? Je comprends qu'elle me dise : Ah non,
je... je vais réfléchir et je ne veux pas me... pour l'instant, il me manque
des éléments. Parfait. Mais qu'elle pourrait au moins réfléchir à l'opportunité
d'utiliser sa prérogative.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Laurier-Dorion. Mme la ministre, je vous cède la
parole pour une durée de cinq minutes.
Mme Proulx : Merci, M. le
Président. Ça va me permettre de mettre en perspective, là, les raisons pour
lesquelles les barèmes existent à la Société d'habitation du Québec concernant
les augmentations de loyer pour les locataires qui vivent dans des coops d'habitation.
Au Québec, les coops d'habitation
représentent bien plus qu'un simple... une simple formule de logement, elles
incarnent un modèle fondé sur la démocratie, la solidarité, la prise en charge
collective.
Puis, pour bien comprendre le
fonctionnement des loyers en coop, c'est essentiel de replacer ce modèle-là
dans son contexte historique. Développer le développement des coopératives, ça s'est
accéléré au XXe siècle, particulièrement dans les années 60 et 70.
Dans un contexte de crise du logement, mobilisation citoyenne, des organismes
comme la fédération d'habitation coopérative du Québec ont joué, M. le
Président, un rôle majeur dans la structuration, défense, accompagnement des
coops d'habitation à travers toute la province.
Aujourd'hui, les coops d'habitations
offrent une alternative au marché locatif privé et contrairement à un immeuble
détenu par un propriétaire unique cherchant un rendement financier, une coop
appartient collectivement à ses membres. Chaque personne qui y habite est à la
fois locataire et membre de l'organisation. Elle participe aux décisions,
contribue à la vie démocratique de la coopérative. Ça a un impact direct sur la
fixation des loyers.
Dans le marché privé québécois, les
hausses de loyers, effectivement, peuvent être contestées devant le Tribunal
administratif du logement, qui appliquent un barème annuel pour déterminer les
augmentations raisonnables. En coop, c'est très différent, le TAL ne fixe pas
les loyers des membres, la hausse des loyers n'est pas imposée... unilatéralement,
pardon, elle est décidée collectivement.
Concrètement, le conseil d'administration
de la coop prépare un budget annuel. Ce budget tient compte des dépenses d'exploitation,
taxes municipales, scolaires, assurances, entretien, réparation, services
publics ainsi que la nécessité de constituer des réserves pour des travaux majeurs
à venir, comme par exemple une toiture, des fenêtres ou encore un système de
chauffage. À partir de ce budget, le conseil propose une augmentation de loyer
si nécessaire. Cependant, ce ne sont pas les administrateurs qui ont le dernier
mot. Le budget et les hausses proposées sont présentés en assemblée générale.
Chaque membre a le droit de parole et de vote. La décision finale est donc
démocratique. Ce fonctionnement-là reflète l'un des principes fondamentaux de
la coop : un membre, un vote. L'objectif, ce n'est pas de maximiser les
profits, mais bien d'assurer la viabilité financière de l'immeuble tout en
maintenant l'abordabilité des logements.
En général, les loyers en coop se situent
entre 75 et 95 % du loyer médian du marché pour le logement comparable. Cette
marge permet de demeurer en dessous du prix du marché privé tout en couvrant l'ensemble
des coûts réels ainsi que des dépenses à prévoir. Il peut arriver qu'un membre
refuse la hausse adoptée en assemblée générale. Dans tel cas, la situation peut
devenir délicate. Comme la décision a été prise démocratiquement, le membre est
tenu de respecter le règlement adopté. S'il refuse de payer le nouveau montant,
la coop peut entreprendre des démarches pouvant mener à son départ.
Contrairement à ce que prétend le député de Laurier-Dorion, elle peut également
s'adresser au Tribunal administratif du logement afin de faire trancher la
question. Toutefois, comme dans tout autre conflit, l'approche privilégiée en
coop demeure le dialogue et la recherche de solutions.
Par ailleurs, certaines personnes à faible
revenu peuvent bénéficier d'un soutien financier important grâce au programme
qu'on appelle communément les PSL. Le programme permet de plafonner le loyer à
25 % du revenu brut du ménage. Ainsi, même si le loyer réel du logement
est plus élevé, le membre admissible ne paie qu'une part correspondante à sa
capacité financière. La différence est assumée par le programme du gouvernement
du Québec, mécanisme qui contribue à maintenir la mixité sociale au sein des
coops et à garantir l'accès au logement pour les ménages les plus vulnérables.
Les membres de la coop pourraient
également bénéficier du programme Allocation-logement, un programme qui s'adresse
à des personnes, à des familles à faible revenu, qui utilisent une part trop
importante de leur budget pour se loger.
En somme, M. le Président, le mode... modèle
coopératif québécois repose sur un équilibre entre responsabilité financière et
solidarité. La fixation des loyers n'est ni arbitraire...
13 h 23 (version non révisée)
Mme Proulx : ...ni dictée par
la logique du profit, elle résulte d'un processus démocratique où les membres
décident collectivement des moyens nécessaires pour entretenir leurs milieux de
vie. Les coops d'habitation démontrent qu'il est possible d'offrir des
logements abordables, stables et gérés par ceux et celles qui y vivent. Elles
constituent une réponse durable au défi du logement, en plaçant la communauté
et la démocratie au cœur des décisions économiques de la coop. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la ministre. M. le député de Laurier-Dorion, vous disposez de
deux minutes pour votre réplique.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. De toute évidence, la ministre a rectifié un certain nombre d'informations,
mais elle maintient certaines formulations très... très contestables comme quoi
les locataires... les membres d'une coop peuvent aller contester leurs hausses
de loyer au Tribunal administratif du logement. Je viens... Je lui ai lu l'article
1955 du Code civil, mais elle persiste à dire que c'est possible. Elle est
visiblement mal conseillée.
Ceci étant dit, M. le Président, là, dans
le cas de la coop Émile-Nelligan, là, ni le conseil d'administration de la
coopérative ni l'assemblée générale des membres de la coopérative, là, n'a pu s'opposer
à cette... à cette augmentation-là parce qu'elle est imposée par la convention
avec... qui lie la coopérative avec la Société d'habitation du Québec. Elle est
obligatoire, elle est automatique, là. Et ce que je plaide auprès de la
ministre, puis, évidemment, elle ne veut pas utiliser ses prérogatives, c'est
de dire... parce qu'elle peut, elle a la prérogative de dire à la SHQ : Cet
article-là, pour cette coop-là ou pour l'ensemble des coops, là, c'est à elle
de voir, on va faire une exception et on va garder les loyers bas. Parce que ce
qui importe aujourd'hui, M. le Président, là, et la crise du logement nous le
démontre amplement... la crise du logement, c'est une crise d'abordabilité, c'est-à-dire
que les gens consacrent une trop grande partie de leurs revenus au loyer, donc
il faut garder les loyers bas. La ministre nous dit qu'il existe des programmes,
le PSL ou l'allocation de logement, fort bien, mais, si on a un modèle
québécois d'habitation qui n'exige pas des investissements mensuels et
substantiels de l'État du Québec... mais c'est tant mieux. Essayons d'éviter
que les loyers augmentent, surtout que cette coop ne... n'est pas en situation
de... n'est pas en difficulté financière, n'a pas besoin, dans l'absolu, du
point de vue financier, d'augmenter les loyers. Mais la... la ministre refuse
obstinément de baisser les loyers. Ça démontre la déconnexion, encore une fois,
de cette ministre et de toutes les autres ministres de l'Habitation de la CAQ,
là, face à la crise du logement.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Laurier-Dorion. Alors, voilà qui met fin aux débats
de fin de séance.
Je suspends les travaux jusqu'à 14 h 30.
(Suspension de la séance à 13 h 26)
14 h 28 (version non révisée)
(Reprise à 14 h 31)
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Alors, bon après-midi à toutes et à tous. Prenez place, nous allons
poursuivre nos travaux. Nous étions à l'adoption du principe du projet de loi n° 1 et le débat avait déjà commencé. Et, pour poursuivre,
donc, il y a le député de Saint-Jean, que je reconnais tout de suite pour la
poursuite de son intervention.
M. Lemieux : M. le
Président, merci. Merci, parce que c'est un cadeau que vous me faites en m'accordant
la parole dans le cadre de ce débat sur l'adoption du principe du projet de loi
n° 1 Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec,
qui, pour moi, est d'abord et avant tout une belle histoire. Je dirais même une
extraordinaire aventure qui, je l'espère, passera à l'histoire justement. Et il
faut que je vous explique la référence au cadeau, parce qu'à chaque 24 juin,
depuis que j'ai l'honneur d'occuper ce siège de Saint-Jean en cette enceinte,
je prononce un discours patriotique chez nous, à 12 h, le 24 juin,
pour la fête nationale. Un discours public qui me permet de faire une sorte de
rapport et de rendre des comptes à mes concitoyens sur les objectifs
nationalistes que je m'étais fixés. Parce que, je l'ai toujours dit, je suis un
autonomiste, un partisan de la troisième voie, mais d'abord et avant tout, un
grand et fier régionaliste et nationaliste. Donc, le 24 juin dernier, j'ai
rappelé à mes concitoyens qu'après avoir adopté la Loi sur la laïcité et tout
le reste du bilan législatif du premier mandat de notre gouvernement, dont je
suis extrêmement fier... parce que nous avions aussi remis à niveau, et même,
on peut le dire et en être fier, remis aux normes la Charte de la langue
française avec le projet de loi n° 96, en 2022. Donc,
je leur ai rappelé, à mes concitoyens, que notre gouvernement avait déposé et
adopté, ce printemps-là, l'an dernier, le projet de loi n° 84,
la Loi sur l'intégration à la nation québécoise, qui
rajoutait à notre langue officielle et commune une culture commune. Parce que,
c'est ça, l'intégration nationale, que je résume à une culture québécoise
commune, parce qu'en fait, c'est le contraire du multiculturalisme canadien. Un
vrai modèle sur mesure pour l'intégration des nouveaux arrivants au Québec.
Et si je vous parlais de cadeau en me
levant, c'est justement parce que ce que je disais à mes concitoyens le 24 juin
dernier, c'est que j'espérais tellement que le 24 juin prochain, donc,
bientôt, cette année, je pourrais célébrer avec eux le cadeau que la nation
québécoise allait s'offrir pour sa prochaine fête nationale...
14 h 33 (version non révisée)
M. Lemieux : ...l'adoption et
l'entrée en vigueur d'une Constitution québécoise pour enchâsser ces lois
fondamentales dont je parlais, et qu'on s'est données justement ces dernières
années, et quelques autres aussi, et de très importantes, comme la Charte des
droits, par exemple, et d'autres lois dites fondamentales qui disent comment on
veut vivre chez nous. C'est ça qu'une Constitution incarnerait et défendrait. C'est
aussi simple que ça. Faire respecter ce que nous sommes dans cette fédération,
ce qu'on a longtemps appelé une société distincte.
Ce qui me rappelle, et j'ai toujours rêvé
de prononcer ces paroles en cette enceinte, la fameuse phrase de Robert
Bourassa, vous vous souvenez? «Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Québec
est aujourd'hui et pour toujours une société distincte, libre et capable d'assumer
son destin et son développement».
Un peu d'histoire d'ailleurs, parce que
ça, ces phrases-là, ces mots-là de Robert Bourassa, c'était le 22 juin 1990,
au lendemain ou presque de l'échec du lac Meech, quelque 10 ans après l'échec
du premier référendum et cinq ans avant l'échec du deuxième référendum. Pour
ceux qui ont oublié ou qui sont trop jeunes pour ne pas avoir vécu ces jours
politiques trépidants au Québec, le lac Meech, c'était une tentative de
rafistolage constitutionnel dans la foulée du rapatriement de la Constitution
en 1982, que le Québec, à ce jour, n'a jamais signé. Et les deux référendums
perdus, malgré tout l'espoir qu'ils ont pu susciter, c'étaient des échecs, de
vrais échecs qui nous ont fait mal, pour ne pas dire qu'ils ont affaibli le
Québec. Moi, je les ai vécus, parfois même de très près, ces moments de notre
histoire, ces échecs. Et c'est beaucoup pour ça que je suis ici aujourd'hui
depuis sept ans. C'est pour ça que je voulais venir siéger ici, à Québec, pour
sortir le Québec de ce débat louable et légitime, mais, au final, pas juste
stérile, mais parce qu'affaiblissant, nuisible même, à notre émancipation,
condamnés que nous étions par cette dualité, ce bipartisme contre-productif. Et
donc c'est pour ça que je suis devenu autonomiste et de la troisième voie, et c'est
pour cela que je suis de ceux qui appelaient de tous leurs vœux une première
constitution québécoise, et que donc je suis comblé par le projet de loi n° 1 que
le gouvernement a déposé.
D'ailleurs, au fond, le débat d'aujourd'hui
porte sur le principe du PL 1. Avant de retourner l'étudier de manière
détaillée en commission parlementaire pour finalement l'adopter, je l'espère de
tout mon être et du fond de mon cœur, cette loi constitutionnelle, cette
Constitution qui consacrera ce que nous sommes et ce que nous voulons être
comme État fédéré dans cette fédération canadienne. C'est ça, la troisième
voie, celle du gros bon sens, celle de l'autonomie et celle qui nous... rassemblera
tous, fédéralistes et souverainistes, de la gauche à la droite du spectre
politique, mais aussi nous rassembler tous les Québécois, les habitants de
toujours, ceux d'avant et d'aujourd'hui, et ceux de demain, nos enfants, petits
enfants, mais aussi les nouveaux arrivants, parce qu'au-delà de nos origines,
et de nos options, et orientations politiques, nous sommes tous 9 millions
de Québécois aujourd'hui. Et nous devons, parce que nous le pouvons avec une
Constitution québécoise, protéger nos valeurs, notre identité, nos droits et
nos spécificités, en commençant par notre langue officielle et commune et notre
culture commune. Et, en le faisant, nous renforcerons notre autonomie, nos
institutions et notre souveraineté parlementaire pour, oui, rassembler les
Québécoises et les Québécois autour d'un symbole d'affirmation et de fierté.
On vient de tenir la consultation générale
la plus large depuis 10 ans à la Commission des institutions sur le PL 1 :
211 groupes, plus de 300 mémoires, des citoyens, des groupes
communautaires, des partis politiques, des spécialistes et des experts sont
venus commenter le contenu et le contenant. Toute la classe politique passée et
actuelle s'est fait entendre ici ou dans les médias. Par écrit ou en ondes, les
observateurs, chroniqueurs, analystes, influenceurs, anciens députés et
ministres devenus commentateurs au quotidien ont décortiqué la démarche, sa
manière, son intention, et quoi encore. Le gouvernement a écouté, et le ministre
aussi, lui qui avait préparé et présenté le projet de loi dans la foulée du
rapport, plusieurs mois plus tôt, d'un comité spécial qui avait aussi consulté
et étudié l'ensemble de la vaste question constitutionnelle et soumis des
recommandations, en commençant par l'idée d'une Constitution...
14 h 38 (version non révisée)
M. Lemieux : ...le ministre a
donc fait ce qu'il faut. Il a accueilli toutes les réactions, commentaires,
recommandations et demandes d'ajout ou de retrait du PL 1 et va, comme c'est
son devoir et son habitude, travailler avec les oppositions en étude détaillée,
en commission parlementaire pour livrer la meilleure loi, la meilleure
constitution possible à l'Assemblée nationale et aux Québécois. Oui, je sais, c'est
compliqué, la procédure parlementaire, et que dire du droit de la législation
constitutionnelle, et donc, forcément, le processus qui vient avec aussi, mais
nous avons l'occasion et le devoir de mener ces travaux à terme.
La meilleure démonstration de ça, je le
disais, c'est que, depuis le fameux rapatriement de 1982, on ne s'est jamais entendu
avec le reste de la fédération. Ça fait 44 ans que ça dure, et ce n'est
sûrement pas parce que tout le monde était d'accord ou même confortable avec la
Constitution originale.
En parlant de la Constitution de 1867, rappelons-nous
que cette idée d'une constitution québécoise va et vient depuis le début de la
constitution de la fédération, et même avant, du temps des patriotes qui se
battaient pour le gouvernement responsable, ça fera bientôt 200 ans, et
beaucoup aussi depuis notre révolution tranquille. Daniel Johnson père en
parlait en 1965 avec son slogan Égalité ou indépendance, et de nombreux
autres et souvent après lui. Mais, jusqu'à maintenant, on se faisait dire et on
croyait qu'il fallait signer celle d'Ottawa de 1982 ou attendre un grand soir
pour s'en donner une, constitution.
Pourtant, il y a cette troisième voie dont
je vous parle, et c'est tout simple, on n'a qu'à utiliser les moyens à notre
disposition, et c'est ce que fait le projet de loi n° 1, pour préserver les
caractéristiques fondamentales du Québec en adoptant le PL 1, qui va nous
permettre d'accroître notre autonomie et d'assurer notre épanouissement en
fonction de nos priorités, de nos droits, de nos valeurs collectives. Parce que
c'est comme ça qu'on vit au Québec. Et ça, c'est une constitution, le miroir et
le bouclier d'une nation. Nous avons une opportunité historique de faire
avancer le Québec. Saisissons-la. Et, s'il vous plaît, ne laissons pas le
Québec embourbé dans l'attente pendant des décennies encore.
Je voterai donc avec enthousiasme et
empressement, et surtout fièrement, pour le principe du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Merci, M. le Président, et vive le
Québec!
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Saint-Jean. Nous poursuivons le débat. Cette fois-ci, je
reconnais Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci, M. le
Président. Alors, c'est à mon tour de prendre la parole aujourd'hui dans le
cadre du débat sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1, la Loi
constitutionnelle de 2025 du Québec.
Tout d'abord, je tiens à mentionner que ma
formation politique et moi déplorons que le gouvernement caquiste ait décidé de
politiser un projet de société qui aurait dû faire l'unanimité ou du moins un
consensus clair, net et précis. Je dirais même que c'est une occasion manquée
de rassembler tous les Québécois et toutes les Québécoises, parce qu'une constitution,
la loi de toutes les lois, doit être un projet de société, pas un projet d'un
seul parti et surtout pas un projet d'un seul ministre.
Le ministre de la Justice et le ministre
responsable des Relations canadiennes aurait eu la chance d'entrer dans l'histoire
comme étant le père de la Constitution du Québec, mais, à la place, il ne sera
que l'auteur d'une constitution caquiste partisane. Le ministre aurait pu
anticiper et corriger les nombreuses lacunes de son projet de loi s'il avait
choisi de faire une vraie consultation et de nommer un comité d'experts pour
rédiger sa constitution, mais, à la place, il l'a faite sur le coin de table dans
son bureau, si on comprend bien.
Rappelons qu'au départ le ministre ne
voulait même pas faire des consultations générales. Nous avons dû faire
pression pour qu'il accepte d'entendre la population, et finalement il n'a accordé
que 30 minutes à chaque groupe pour se faire entendre. Mais, sérieusement, M.
le Président, c'est loin d'être suffisant pour rendre ce projet de loi
légitime.
Le ministre justifie son processus en
disant qu'il a consulté de façon informelle plusieurs intervenants et qu'il se
base sur le rapport du comité Rousseau-Proulx sur les enjeux constitutionnels,
qui, lui, a consulté des dizaines d'experts. Or, lorsqu'on lit le rapport
Rousseau-Proulx, on constate même que les experts mandatés par le ministre lui-même...
14 h 43 (version non révisée)
Mme McGraw : ...recommandait
une démarche transpartisane qui prend en compte un large éventail d'avis d'experts
et qui met la société civile à contribution. Même Daniel Turp, avocat,
professeur et ancien député de l'Assemblée nationale, n'était pas capable de
donner son appui au projet de constitution sans avoir... savoir si le ministre
allait corriger les nombreuses lacunes de son texte. Nous ne sommes pas les
seuls à critiquer ni la méthode du ministre ni le contenu de ce projet de loi.
Parmi plus de 200 groupes que nous avons entendus, plus de 60 ont exprimé
leurs préoccupations dans le cadre des consultations, et c'est sans compter les
nombreuses lettres d'appui et mémoires qui n'ont pas été entendus.
En effet, l'Institut du Nouveau Monde
propose, et je cite : «Que toute loi édictant une Constitution du Québec
soit fondée sur une démarche de participation publique ouverte et structurée,
afin de s'en assurer... d'en assurer sa légitimité et de représenter le plus
fidèlement possible les besoins, les intérêts et les aspirations de la
population.»
De plus, l'Union des municipalités du
Québec déplore que, malgré les importantes conséquences pour celle-ci, elle n'ait
pas été consultée. Le professeur, Me Louis-Philippe Lampron, souligne que le
ministre n'a pas suivi la recommandation du rapport Rousseau-Proulx et qu'on ne
peut pas considérer les travaux de ce comité comme une validation de l'absence
d'une vraie consultation. Pour sa part, la Chambre des notaires souligne que le
ministre ne s'est pas inspiré des meilleures pratiques en matière. Le directeur
de l'Observatoire de recherche sur les enjeux constitutionnels du Québec au
sein de la fédération canadienne, Dave Guénette, souligne aussi que le Québec
ne doit pas reproduire à son échelle ce qu'il reproche au gouvernement fédéral.
Même Droits collectifs du Québec, qui était l'un des rares groupes à avoir
approuvé le projet loi du ministre, juge que le processus de consultations
aurait pu être mieux. Le ministre se fait donc critiquer par ses plus fidèles
alliés, M. le Président. C'est grave.
Ça fait beaucoup de groupes qui déplorent
grandement ce projet de loi : le contenu et le processus. Il y a plusieurs
lacunes. On va parler du contenu. Il y a plusieurs lacunes au sein de ce projet
de loi, et je vais en noter cinq. Dans un premier temps, je note qu'il n'y a
pas de référence à l'environnement. Et d'ailleurs, en tant que nouvelle
députée, j'ai mon premier projet de loi que j'ai... que j'ai soumis, que j'ai
déposé. Je me suis inspiré de notre ancienne ministre de l'Environnement,
Isabelle Melançon, et j'ai repris son projet de loi, que j'ai proposé, projet
de loi n° 193, effectivement, puis c'est un projet de
loi qui cherchait à modifier la Charte des droits et libertés de la personne afin
que le droit de toute personne de vivre dans un environnement sain et
respectueux de la biodiversité soit reconnu à titre d'un droit fondamental, non
pas juste dans la préambule, mais aussi à la suite, à l'article 1. Donc,
tout ça... on ne parle même pas... Il y a beaucoup, beaucoup de groupes qui ont...
qui ont parlé de cette grande lacune.
Dans un deuxième temps, l'absence de
protection et de reconnaissance des droits de la communauté anglophone, M. le
Président, communauté historique au Québec qui a aidé à bâtir le Québec. Et
bien que ma famille n'est pas au Québec depuis trop longtemps, mes parents sont
venus avant que je sois née, sont venus de l'Ontario, des États-Unis... qu'ils
ont choisi de faire leur vie ici, qu'ils allaient rester pendant deux ans comme
prof d'université et aussi étudiante en maîtrise à l'Université de McGill, sont
tombés en amour avec le Québec. Ils ont choisi de faire leur vie ici. Ils ont
choisi d'envoyer leurs enfants, avant la loi 101, à faire leurs études
primaires, secondaires et cégep en français exclusivement. Et c'est pour ça que
je suis ici aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, par ce choix éclairé de mes
parents, m'avoir envoyée par choix à l'école en français. Et c'est toute une
fierté, M. le Président, puisque je suis fière anglophone et francophile. Et je
dirais que la plupart, la grande majorité des anglophones au Québec sont
francophiles. C'est pour ça qu'on est ici, parce qu'on pourrait être ailleurs.
Et on n'est pas juste des anglophones. Moi, je ne suis pas anglophone de l'Ontario,
la Colombie...
14 h 48 (version non révisée)
Mme McGraw : ...avec les
États-Unis. Moi, je suis anglophone du Québec. C'est toute une fierté. Puis, on
est différents des autres anglophones, justement, parce qu'on vit, on grandit,
on étudie, on travaille au sein d'une majorité francophone, et c'est une
richesse. Et tous les sondages, les études, même d'Angus Reid, démontrent que
93 % des anglophones au Québec veulent promouvoir et protéger le français.
C'est un objectif partagé par tous les Québécois. Je dis tout le temps que, les
anglophones, nous sommes une solution à cultiver, pas une... un problème à
écarter. Et, malgré tout cela, M. le Président, notre fierté d'être Québécois,
notre fierté d'être des anglophones au Québec, on ne reconnaît pas du tout la
protection et la reconnaissance des droits d'une communauté historique. La
seule mention des droits de la communauté anglophone se trouve dans le
préambule de la Constitution, je cite : «Considérant que l'État du Québec
entend poursuivre cet objectif dans le respect des institutions de la communauté
québécoise d'expression anglaise».
Or, l'ensemble des groupes de la
communauté québécoise d'expression anglaise nous ont fait part de leur grande
préoccupation de ne pas voir leurs droits être inclus dans la Constitution. L'Université
Bishop's souligne d'ailleurs qu'il faut inclure, et je cite, «inclure à la
Constitution du Québec des protections pour les institutions de la communauté
québécoise d'expression anglaise». L'Association des comités des parents
anglophones mentionne que... que, et je cite : «Bien qu'il soit présenté
comme une affirmation de... de l'identité nationale québécoise, ce projet de
loi renforce considérablement le pouvoir de l'État, réduit la protection des
minorités, limite les recours juridiques et menace les institutions et les
droits des anglophones du Québec».
Je souligne, je prends le temps, M. le
Président, on comprend très bien que l'anglais est majoritaire au Canada et en
Amérique du Nord. On sait, on le comprend. C'est... c'est un... c'est un fait.
Mais, au Québec, dans notre vie quotidienne, santé, éducation, nous sommes une
minorité linguistique. On l'est, c'est un fait. Malgré qu'on fait partie, oui,
d'une majorité anglophone au Canada et aux États-Unis, mais ici, au Québec,
nous sommes une minorité. Il faut protéger. Et le Parti libéral du Québec, on
est pour la protection des droits et libertés de tous les citoyens, et
notamment les minorités, et ça, ça inclut la minorité linguistique au Québec, et
ça, c'est les anglophones, dont je suis fière membre, anglophone, francophile,
comme la grande majorité des anglophones.
Le comité spécial sur la politique
linguistique demande que, et là je cite, c'est en anglais : «A chapter of
the law should be dedicated to this recognition, this special status. If not, this legislation creates a structure of a pearly ethnocentric
nation comparable to a 19th century nation state and not a dynamic open society
of the 21st century». Le Québec, ce doit être une société inclusive,
moderne, ouverte sur le monde, confiante, pas sur le repli sur soi-même. Ce
n'est pas le Québec de 2026.
Et je continue des... le English Language
Arts Network ajoute que, et je cite : Plusieurs communautés ne se
reconnaissent pas dans ce projet de loi». L'Association des commissions
scolaires anglophones du Québec, on a le EMSB, qui est basé à un NDG dans mon...
dans ma circonscription, contribue au débat en disant, et je cite : «La
question que le ministre doit se poser, c'est : Pourquoi autant d'anglophones
ne se reconnaissent pas dans cette nation? Le projet de loi omet toute
reconnaissance des droits historiques de la communauté anglophone». Et rajoute,
et je cite, que «Ce projet de loi porte atteinte à la démocratie québécoise et
entraînerait des répercussions néfastes pour l'ensemble du système d'éducation,
avec des effets particulièrement graves pour la communauté d'expression
anglaise en situation minoritaire». Même Daniel Turp, il dit, et je cite :
«Il faut enchâsser les droits collectifs, établissements scolaires, et certains
droits individuels des anglophones».
Donc, ça, c'est important, M. le Président,
parce que moi, je représente la... le comté de Notre-Dame-de-Grâce, où plus que
50 % des citoyens, des résidents s'identifient comme étant anglophones. Et
je dis «s'identifient» parce que ce n'est pas nécessairement un certificat d'éligibilité,
ils s'identifient eux-mêmes comme étant anglophones...
14 h 53 (version non révisée)
Mme McGraw : ...l'identité, c'est
nous-mêmes, on s'identifie. Ça fait que plus que 50 %... Donc, je tiens, M.
le Président, à souligner cette grande lacune, cette grande lacune.
Dans un troisième temps, il y a la
limitation de la capacité de contester des lois devant les tribunaux. Avec l'article
5 de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, le gouvernement tente de limiter
la capacité des organismes publics à pouvoir contester des lois qui les
impactent. Alors, ici, le gouvernement vient interdire à des organismes de
contester une loi, qu'il considère comme protectrice de la nation québécoise,
avec des fonds publics. Cela veut donc dire que, par exemple, une université ne
pourrait pas utiliser ses frais de scolarité, une ville ne pourrait pas
utiliser des taxes municipales, et un ordre professionnel ne peut pas utiliser
les cotisations de ses membres. Sérieusement, c'est ridicule.
Et, je me permets de le dire, M. le
Président, on regarde ce qui se passe aux États-Unis. Je me permets de le dire
parce que je représente l'Assemblée nationale, je copréside, avec d'autres
collègues, dans la DANREU, c'est-à-dire la délégation... l'Amérique du Nord et...
de l'Assemblée nationale vis-à-vis les États-Unis. J'y vais souvent, j'ai de la
famille, mes parents viennent des États-Unis. On regarde ce qui se passe aux
États-Unis et c'est très préoccupant. On ne va pas aller dans cette direction.
D'enlever des droits, dans une démocratie, c'est très dangereux. Il faut porter...
apporter une attention très particulière, on n'est pas là pour enlever les
droits. Et le droit de contester des lois devant les tribunaux, c'est une... c'est
un droit fondamental.
Donc, il y a beaucoup, beaucoup de groupes
qui se sont prononcés contre cet aspect, cette limitation de la loi, le Bureau
de coopération universitaire, l'Union des municipalités, le Conseil
interprofessionnel du Québec, et j'en passe, et j'en passe, l'Association
canadienne des libertés civiles, la Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse, le Barreau du Québec, qui dit, et je cite : «Le
projet de Loi constitutionnelle de 2025 introduit des mécanismes qui menacent
la séparation des pouvoirs, musèlent les contre-pouvoirs, créent une
instabilité juridique et affaiblissent les droits fondamentaux. Ces changements
risquent d'éroder les fondements de notre État de droit et de compromettre la
confiance du public envers ses institutions.» C'est majeur, M. le Président. C'est
le Barreau du Québec. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Barreau du Québec.
Dans une... une quatrième limitation de ce...
de ce projet de loi, c'est l'absence de considération des droits des Premières
Nations et Inuits. Les seules mentions de la loi... Et d'ailleurs j'aurais dû
commencer avec ça, j'aurais dû commencer avec ça, M. le Président, avant de
parler des minorités linguistiques, parce que c'est fondamental, les premiers...
les Premiers Peuples, les Premières Nations, les Inuits. Et on devrait inclure
la déclaration... comme ils l'ont fait ailleurs au Canada, en
Colombie-Britannique, il y a bien des années, la Déclaration des Nations unies
sur les droits des peuples autochtones, dans la Constitution, surtout que l'Assemblée
a adopté, dans le passé, une motion unanime pour la reconnaître. Dans tous les
cas, toute modification au projet de loi devra être faite en partenariat avec
les Premières Nations. Donc, une limitation majeure, de ne pas reconnaître, de
considérer les droits des Premières Nations et Inuits.
Et une cinquième, et, on va dire, dernière
limitation, c'est le droit, c'est l'accès à l'avortement. Nous poussons un
soupir de soulagement que le ministre de la Justice soit, finalement, revenu à
son... ses sens et choisi de retirer l'article 29. Nous nous questionnions
cependant pourquoi le ministre n'a pas simplement profité de l'opportunité que
nous lui avons donné à maintes reprises, même, quelques heures avant l'heure de
la séance de travail, pour corriger le tir... ma collègue la députée de Robert-Baldwin,
notre porte-parole en matière de condition féminine, et aussi, évidemment, mon
collègue porte-parole en matière de justice, le député de l'Acadie.
Malheureusement, le mal est déjà fait. Malgré le recul, en raison de son
entêtement, le ministre a non seulement donné, pendant plusieurs mois, une
opportunité pour les groupes antichoix... Parce que c'est une question de
choix, M. le Président. On peut avoir nos pratiques et nos croyances
personnelles, mais on ne les impose pas sur les autres. C'est ça, être pro-choix.
On peut faire ce qu'on veut dans notre vie personnelle mais on ne l'impose pas
aux autres. C'est ça, être libéral, effectivement, on n'impose pas sur les
autres nos choix et nos croyances personnelles.
Mais, en raison de son entêtement, le
ministre a non seulement donné plusieurs mois...
14 h 58 (version non révisée)
Mme McGraw : ...une
opportunité pour ces groupes de se faire entendre mais à forcer les organismes
pro-choix à y consacrer des ressources qui auraient pu être utilisées pour
combattre la désinformation et assurer un service pour les femmes du Québec, M.
le Président. Sans oublier que le ministre a aussi nui aux travaux de la
commission puisqu'en raison de son débat inutile la commission a eu moins de
temps pour se consacrer à analyser les autres dispositions du projet de loi.
Je vais terminer avec mon comté, M. le
Président, avec le temps qu'il me reste, et je vais... je vais parler... je
vais prendre ce moment de parler en anglais.
I would like to speak
about the riding that I proudly represent, NDG, Notre-Dame-de-Grâce. It's celebrating its 150th anniversary this year, in 2026, and
ours is a community that is highly diverse… multilingual and deeply inclusive,
a place where francophones, anglophones and allophones live side by side. I
often say : Actually, Québec needs more NDG, more of that approach, that
open, inclusive, diverse approach.
And Bill 1
constitutionally entrenches the collective rights of the Québec nation. It roots
in its French-speaking majority, which, of course, we recognize, but it does
not provide equivalent constitutional protection for linguistic minorities,
including the historic English-speaking community that has helped build this
province for centuries. English-speaking community has helped build the
province. It creates… This law, this «projet de loi», this bill creates a hierarchy of rights : collective majority
rights elevated to constitutional status while minority protections remain
statutory and therefore more easily amended and overridden. And there is a
saying, Mr. President, that the greatness of a nation is determined by how it
treats its minorities, and this bill goes in the absolutely wrong direction and
therefore undermines the greatness of the Québec nation. It's going in the
wrong direction.
In NDG, the message that's
going to be heard by seniors is that you're not equal, that there are some
citizens that are more important than others. It's going to send that message
to seniors and our youth.
Alors, en
conclusion, M. le Président, pour toutes ces raisons-là, les lacunes aussi, l'impact
sur ma communauté à Notre-Dame-de-Grâce, nous allons... la conclusion est
simple : le gouvernement doit retirer le projet de constitution, car il
est vicié par son processus d'écriture, il néglige la reconnaissance et la
protection des droits des premiers peuples ainsi que les anglophones, les minorités
linguistiques, ne reconnaît pas le droit à l'environnement et limite l'accès
aux tribunaux. En démocratie, une telle loi ne peut pas être adoptée. Merci, M.
le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Nous poursuivons ce débat sur
l'adoption du principe du projet de loi n° 1, et je reconnais M. le député de
Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Quel rendez-vous manqué! Je me lève aujourd'hui devant vous avec une
immense tristesse. Les quatre partis représentés aujourd'hui dans cette noble
institution veulent une constitution. Quel rendez-vous manqué, alors que nous
aurions pu avoir le plus beau des processus, un moment où on donne la parole au
peuple, un moment où on travaille tous ensemble, et un moment de cohésion, et un
moment aussi de réparation avec les Premières Nations.
Ce projet de loi pose une tonne de
problèmes, M. le Président, et je vais les aborder un par un. D'abord, je vais
expliquer dans quel contexte il arrive, dans un contexte où les reculs des
contre-pouvoirs sont nombreux. Je vais ensuite parler du processus qui a mené à
ce... à ce projet de loi, à ce projet de constitution caquiste, pour ensuite
détailler tous les problèmes qu'il y a en son sein et enfin parler de tout ce
dont ce projet ne parle pas.
Alors, d'abord, le contexte. Il faut
comprendre, M. le Président, qu'il y a quelque chose que je donne à ce
gouvernement, c'est une forme de constance, de rigueur, même, dans
l'affaiblissement méthodique, projet de loi par projet de loi, de nos
contre-pouvoirs. Et laissez-moi vous faire une liste non exhaustive de tout ce
qui a été fait depuis l'arrivée de la CAQ au...
15 h 03 (version non révisée)
M. Bouazzi : ...pouvoir. Déjà,
en juin 2019, rappelez-vous, M. le Président, le même ministre, le ministre de
la Justice, en décembre 2019, pardon, en juin 2019, passe la loi n° 9
où il jette à la poubelle 18 000 dossiers d'immigration qui étaient déjà dans
la liste d'attente, reniant ainsi un engagement. Et c'est aussi une constance
de ce gouvernement, c'est de renier des engagements. Le même mois, il adopte la
loi n° 21, une loi qui rompt avec une histoire
importante du Québec et l'histoire de la charte qui a été adoptée, faut-il le
rappeler, à l'unanimité, modifiée à chaque fois, à la quasi-unanimité. Non
seulement il la modifie sans unanimité ou quasi-unanimité, à la majorité
simple, mais en plus, il le fait en utilisant le bâillon et la clause dérogatoire
qui déroge à cette même charte. Avouez, M. le Président, qu'il a beaucoup de
front, si je peux m'exprimer ainsi.
Et je vais accélérer, parce qu'il y en a
vraiment beaucoup, et on a beaucoup de choses à aborder aujourd'hui. En
décembre 2019, il affaiblit la Régie de l'énergie avec la loi n° 34,
en février 2020, il abolit les commissions scolaires et on affaiblit comme ça
les contre-pouvoirs en éducation. En environnement, en février toujours, la loi
n° 44 abolit le conseil de gestion des fonds verts, ensuite,
s'ensuit une longue période de deux ans où on n'affaiblit aucun contre-pouvoir
à travers des lois. Parce qu'en fait, pendant deux ans, ils ont même fermé
cette Assemblée et gouverné pendant plus de deux ans grâce à des décrets, M. le
Président. Avouez, comme souveraineté parlementaire, on a déjà vu mieux.
Ensuite, ils reviennent. En juin 2022, la
loi n° 96 affaiblit encore une fois la charte et j'y
reviendrai plus tard. En février 2023, en environnement, encore une fois avec
la loi n° 2, on affaiblit la Régie de l'énergie. En
santé, avec la loi n° 15, en décembre 2023, on
affaiblit les contre-pouvoirs dans le système de santé où on enlève la voix du
peuple à l'intérieur des structures de la santé au Québec. En mars 2025, avec
la loi n° 93, ils passent une loi sur mesure et sous
bâillon pour Stablex, pour une multinationale étrangère qui pollue nos
territoires. En février 2024, on affaiblit les droits des locataires avec la
loi n° 31, rappelez-vous, M. le Président, la
ministre qui voulait qu'on investisse dans... que les locataires investissent
dans l'immobilier à enlever les... les cessations de bail. En mars, non, en mai
2025, avec la loi n° 84, on affaiblit encore une fois
la Charte des droits et libertés, en juin 2025, avec la loi n° 69,
on affaiblit encore une fois la Régie de l'énergie, en mai 2025, on affaiblit
le droit des travailleuses et travailleurs avec la loi n° 89,
qui touche au droit de grève, M. le Président. En octobre 2025, la loi n° 94, dont on voit aujourd'hui même les dégâts sur les
pauvres dames qui s'occupent de nos enfants à tous les jours et qui ont le
malheur de jouir d'une véritable liberté de conscience, et bien, on vient les
brimer dans leurs droits, encore une fois, en utilisant la clause dérogatoire.
En octobre 2025, avec la loi n° 2, on a affaibli les
moyens de pression des médecins. Je dois donner quand même quelque chose aux
médecins, c'est qu'on ne touche pas comme ça aux droits fondamentaux des
millionnaires. Et aujourd'hui même, nous avons abandonné à peu près tout ce qu'il
y a dans ce projet de loi là.
Ensuite, on arrive à ce qu'on a décrit
comme étant la stratégie de l'inondation de la zone. PL n° 3,
c'est les syndicats, PL n° 5, c'est le communautaire,
non, c'est le BAPE, pardon, PL n° 7, c'est le
communautaire, PL n° 9, encore une fois, les droits
des minorités, PL n° 13, le droit de manifester et
cerise sur le gâteau, et c'est ce dont nous allons parler aujourd'hui, c'est le
projet de constitution. Avouez, M. le Président, que ça fait vraiment beaucoup.
Donc, parlons d'abord du processus...
15 h 08 (version non révisée)
M. Bouazzi : ...un processus
illégitime, M. le Président. Ils n'ont aucun mandat électoral, jamais ils n'ont
parlé de ce projet-là en 2022, pas d'assemblée constituante citoyenne,
constitution que tous les spécialistes considèrent comme une consultation de
façade, pas de co-création avec les Premières Nations, rédigé à huis clos par on
ne sait pas trop qui, c'est sûr que le ministre de la Justice en a vraiment
rédigé beaucoup, sinon toutes, manœuvres partisanes pour une Constitution traitée
comme une loi ordinaire, pas de processus d'adoption aux deux tiers. Avouez, M.
le Président, qu'on a déjà vu mieux.
Et ce n'est pas comme si on ne savait pas
comment faire, M. le Président. L'Organisation des Nations Unies, notamment par
le biais du Haut-Commissariat aux droits de l'homme et des notes d'orientation
du Secrétaire général, définit plusieurs bonnes pratiques et principes
fondamentaux pour garantir la légitimité d'un tel processus, la loi des lois. D'abord,
il faut une participation la plus large et la plus inclusive possible. Et l'ONU
insiste sur le fait que les... les participations doivent se faire avant l'écriture
même de la Constitution.
Dans un territoire comme le nôtre, avec l'histoire
coloniale associée à ce territoire, ne pas avoir consulté, travaillé, co-créé
avec les Premières Nations est un véritable scandale, et j'y reviendrai. Il
faut une inclusion réelle des groupes marginalisés vulnérables. Il ne suffit
pas de faire une consultation ici au sein de cette institution, il faut aller
vers les gens. Et ce n'est pas comme si on ne savait pas faire, M. le Président.
Et enfin il faut une intégration explicite des droits humains et des normes
internationales. Je rappelle ici que le Québec dit respecter le Pacte
international relatif aux droits civils et politiques depuis 1976. C'est un
engagement. Et, encore une fois, c'est un engagement qu'on renie.
Et ensuite il y a les mécanismes pour l'écrire
et l'adopter. Il faut mettre sur pied, ou une Assemblée constituante, ou
confier la rédaction à un comité transpartisan. Il faut un vote aux deux tiers
et un référendum. De préférence une combinaison de ces différents mécanismes.
Et ce sont les conditions pour qu'elles soient légitimes, tout simplement, car
ce que le ministre nous propose est tout à fait illégitime.
Ce n'est pas par hasard. Ce n'est pas par
hasard que les constitutions françaises commencent par «le peuple français
proclame», que la Constitution américaine commence par «we the people of the
United States», parce que les constitutions sont faites par et pour le peuple.
Celle-ci est faite par et pour le ministre de la Justice, et elle devrait
commencer par «nous, le ministre de la Justice, nous proclamons», et c'est
irresponsable.
Rentrons maintenant dans les problèmes qui
entourent le contenu même de cette Constitution caquiste, car elle n'est pas
vraiment une Constitution, appelons-la caquiste. D'abord, il y a le recul pour
les droits des peuples autochtones, l'affaiblissement de la Charte des droits
et libertés, l'affaiblissement du pouvoir judiciaire de la société civile, la
hiérarchisation des droits qui affaiblit tous les droits au passage, le droit
de libre choix des femmes en matière d'avortement et le Conseil constitutionnel.
Nous allons aborder ces points un par un.
D'abord, pour les peuples autochtones, ce
projet de loi nie leurs droits ancestraux, il leur refuse le statut de peuple.
Et ce n'est pas par hasard, M. le Président, car c'est au peuple que les droits
sont associés dans la Déclaration des Nations unies des droits des peuples
autochtones. Il ne reconnaît en fait qu'un seul peuple et ce n'est pas eux. Ils
se retrouvent seulement dans le préambule. Vous le savez, M. le Président, une
Constitution dans un territoire comme le nôtre peut être dans la réconciliation...
15 h 13 (version non révisée)
M. Bouazzi : ...décoloniale
ou coloniale, elle n'a aucune chance d'être neutre. Or elle n'est en aucun cas
décoloniale, M. le Président. Pire, elle est en recul parce qu'elle nie les
droits ancestraux issus des traités garantis dans l'article 35 de la
Constitution canadienne de 1982 et la jurisprudence constitutionnelle applicable,
et évidemment, la Déclaration des Nations unies des droits des peuples
autochtones. Je rappelle encore une fois qu'on a renié un engagement à travers
ce projet, le ministre de la Justice a renié un engagement, qu'en 2019, suite à
l'enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues ou
assassinées, en mai 2019. En septembre 2019, il y avait la commission Viens, nous
avons été toutes et tous troublés par ce que nous avons entendu, par toute la
violence structurelle, systémique que vivent nos frères et soeurs des Premières
Nations. Et nous avons voté, à l'unanimité, dans cette assemblée, et je cite :
Une motion qui dit que l'Assemblée doit reconnaître les principes... Enfin,
demande au gouvernement de reconnaître les principes et s'engager à négocier la
mise en œuvre de la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples
autochtones, avec les Premières Nations et les Inuits. Et cette Constitution fait
exactement l'inverse de notre engagement en 2019.
Ceci étant dit, laissez-moi vous donner un
exemple où il y a une certaine cohérence, malheureusement, dans le non-respect
des droits des peuples autochtones par ce gouvernement. La même année où nous avons
adopté cette motion, en 2019, donc, le fédéral adopte la loi 92, une loi
co-construite avec les Premières Nations, qui affirme l'autonomie
gouvernementale de ces derniers en matière de protection de la jeunesse. S'ensuit
deux réactions : Une, par exemple, de la Colombie-Britannique, qui ont adopté
une loi qu'ils ont travaillée avec les Premières Nations pour pouvoir faire en
sorte que celles qui le voulaient puissent avoir leur propre DPJ. L'histoire
que nous avons avec les Premières Nations sur les pensionnats autochtones.
Imaginez quel moment important que les législateurs de la Colombie-Britannique
ont fait, ce moment de réconciliation. Eh bien, au même moment, en 2019, le
Québec s'est opposé devant les tribunaux, devant les tribunaux au motif que la
famille est une compétence provinciale et qu'il y a seulement deux ordres de gouvernement :
provincial et fédéral.
La Cour d'appel du Québec, en 2022, n'a
pas donné raison au Québec. Et dire qu'il y a seulement deux ordres
gouvernementaux est faux. La Cour suprême, en 2024... parce qu'ils portent
appel à chaque fois, hein, a encore une fois donné tort au Québec et donné le
droit à l'autonomie gouvernementale des Premières Nations de se gouverner, donc,
soi-même en matière de DPJ et de droit à la jeunesse. Malheureusement, dans
cette logique-là, et je pourrais nommer les décisions qui touchent, par
exemple, au... au manque de consultation par rapport aux minières, par exemple,
où encore une fois, ce gouvernement a porté des décisions en appel qui lui
donnait tort concernant... concernant le non-respect des droits des peuples
autochtones. J'aimerais bien un verre d'eau, si possible, ça m'aiderait.
Ensuite, ensuite, parlons de la Charte. La
Charte, M. le Président, nous l'avons adoptée, la Charte des droits et libertés,
nous l'avons adoptée en 1975, six ans avant le fédéral. C'est une fierté. En
1977, nous avons été la première juridiction d'Amérique du Nord à y intégrer la
discrimination sur la base de l'orientation sexuelle, la première, et c'est une
fierté. Et à chaque fois, ces modifications sont arrivées après...
15 h 18 (version non révisée)
M. Bouazzi : ...à la... à l'unanimité,
sont été votées à l'unanimité ou à la quasi-unanimité. Il y avait des
restrictions aux droits inscrits à la charte qui sont que les décisions, donc,
qui parlent des droits fondamentaux doivent respecter l'ordre public et le bien-être
général.
Rappelons, M. le Président, que nous avons
le droit de faire des lois qui sont contraires aux droits ou libertés sans
avoir à utiliser aucune dérogation. À partir du moment où il existe un objectif
réel et urgent et qu'on puisse démontrer la proportionnalité... la
proportionnalité des mesures législatives, eh bien, il est tout à fait correct
de contrevenir... il est tout à fait correct de contrevenir à des droits fondamentaux.
Rappelons, par exemple, qu'il n'y a aucune clause dérogatoire utilisée avant l'arrivée
de la CAQ pour la loi 101, par exemple. Et donc la cour a décidé qu'obliger les
immigrants d'envoyer leurs enfants à l'école en français, même si c'était
contraire à des droits fondamentaux des immigrants, eh bien, c'était correct
parce que la sauvegarde du français était importante et en péril, et on pouvait
la démontrer, si ces politiques-là n'étaient pas mises en place. Ce n'est
d'ailleurs pas ce que ce gouvernement fait.
Les droits fondamentaux, ce n'est pas rien,
M. le Président. Peut-être faire un peu d'histoire. Tout ceci découle de la
Déclaration des Nations unies des droits de l'homme, qui a été faite juste
après, juste après la Deuxième Guerre mondiale, après la Deuxième Guerre
mondiale, après que, dans les années 30, malheureusement, pratiquement toutes
les législations occidentales avaient mis en place des politiques antisémites. Ici
même, rappelons-nous, le gouvernement Duplessis avait mis en place des
politiques antisémites, des politiques contre les Témoins de Jéhovah. Rappelons-nous
la loi cadenas contre les syndicalistes. Un moment triste de l'humanité, les
années 30. Et, petit à petit, nous sommes rendus... nous nous sommes rendus à
un certain nombre de gouvernements fascistes à travers le monde, en Italie, en
Allemagne, au Portugal, en Espagne. Et il y avait des collaborateurs, des gens
qui ont collaboré avec ces régimes fascistes. Et ça a donné des dizaines et des
dizaines de millions de morts, dont un génocide, dont un génocide de 6 millions
de juifs. Ils se sont dit : Plus jamais. Nous allons mettre en place des
droits fondamentaux.
Ce n'est pas des droits seulement, ils
sont fondamentaux. C'est fou, là, qu'on ait à expliquer le mot «fondamental».
Et, pour se dire : Voici comment c'est arrivé, comment est-ce qu'on peut
éviter de remettre en place des politiques qui nous ont menés vers la
catastrophe qu'a été la Deuxième Guerre mondiale, il y a un certain nombre de
règles. Et j'aimerais vous lire l'article 18 pour que mes collègues de la CAQ
et du Parti québécois sachent ce qu'il y a, peut-être qu'ils ne l'ont jamais lue,
la Déclaration des Nations unies. À l'article 18, on dit : «Toute personne
a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique
la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de
manifester sa religion ou sa conviction, seul ou en commun, tant en public qu'en
privé, par l'enseignement des pratiques, le culte et l'accomplissement des
rites.» Cette règle-là, là, c'est pour éviter qu'une majorité diabolise une
minorité et commence à leur enlever des droits gratuitement.
Bref, en 2018, nous avons une charte dont
nous sommes fiers, et là la CAQ arrive, et s'ensuit un certain nombre de
projets de loi qui, un à la fois, dérogent à la charte sans jamais donner d'explication,
mais, en plus, l'affaiblit. La loi 21, la loi 96, la loi 84, la loi 94 et
maintenant le projet de loi n° 9, toutes utilisent des clauses dérogatoires
pour déroger aux droits fondamentaux. Ce n'est pas rien, là. Dans les droits
fondamentaux, il y a le droit à la vie, il y a le droit de ne pas se faire
torturer, il y a le droit à la santé. Ce n'est pas rien, de déroger à ces
droits. Mais, en plus, en plus de l'ordre public et du bien-être général, donc,
qui sont les limites déjà inscrites à la charte, ils rajoutent la...
15 h 23 (version non révisée)
M. Bouazzi : ...laïcité en
2019, la protection du français en 2022 et le modèle d'intégration en 2025,
tout en dérogeant à la même charte. Pour le modèle d'intégration, c'est quand
même en plus une... une innovation, c'est que les valeurs qu'il est censé
défendre sont définies par décrets, par le ministre. C'est-à-dire que
concrètement, le ministre de l'Immigration va pouvoir rajouter des choses qui
se retrouvent directement, en fait, à l'intérieur de la charte, sans même
passer par cette noble institution. Ça fait que ça, c'est notre situation
actuelle.
Qu'en est-il de cette constitution?
Tenez-vous bien, M. le Président, parce que là, ça se complique. D'abord,
plutôt qu'avoir une charte qui est quasi constitutionnelle au-dessus de tout le
reste, toutes les lois, le Code civil, les règlements... le Code civil aujourd'hui
s'interprète en harmonie avec la Charte des droits et libertés... bien, on
rajoute toutes sortes de choses. D'abord, dans les conditions, on rajoute les
droits collectifs et j'y reviendrai plus tard, on rajoute une section dans la
charte qui dit que la charte elle-même s'interprète en harmonie avec le Code
civil. Donc, ce n'est plus juste le Code civil qui est en harmonie avec la charte,
l'inverse est vrai aussi. Et donc, on affaiblit la charte en faisant ça, mais
aussi en harmonie avec la protection du français, les droits généraux, les
principes généraux du droit, la laïcité, le modèle d'intégration, bref, on y
rajoute toutes sortes de conditions. Et puis, on élève au niveau quasi
constitutionnel la constitution, la laïcité, l'intégration, la Charte de la
langue française, l'autonomie constitutionnelle et on inscrit à l'intérieur de
ces lois une clause qui dit qu'elle protège la nation, l'autonomie
constitutionnelle et les caractéristiques fondamentales du Québec.
Et vous me direz : Mais pourquoi
inscrire tout ça à l'intérieur? Bien, figurez-vous, M. le Président, que malgré
le fait qu'ils affaiblissent cette charte, qu'elle est de moins en moins
opérante, en plus, ils ne se satisfont pas de ça. L'article 9 dit qu'une
loi peut inclure une clause de souveraineté parlementaire sans contextualiser
ou sans justification, ce qui fait qu'aucune violation du droit ou d'une
liberté ne peut être invoquée. Vous imaginez? N'importe quelle majorité, demain
matin, choisit n'importe quelle loi, rajoute cette clause et «bam»! Sans même
besoin de dire ni pourquoi ni dans quel contexte, plus aucun droit fondamental
ne peut s'appliquer devant les tribunaux. L'article 5 dit que dès qu'on invoque
dans une loi n'importe laquelle avec une majorité, encore une fois, que la loi
protège la nation québécoise, l'autonomie constitutionnelle, les
caractéristiques fondamentales, et bien, les organismes qui reçoivent de l'argent
public ne peuvent plus la contester de facto parce qu'elles ne peuvent plus
utiliser leur argent.
Et dans la liste, figurez-vous, M. le
Président, il y a toutes les universités, le Barreau, tous les ordres
professionnels, la commission des droits de la personne et de la jeunesse, les
municipalités... Donc, imaginez demain qu'un gouvernement fasse une loi contre
les municipalités, les municipalités ne peuvent pas aller contre le
gouvernement devant les tribunaux. Aujourd'hui, qui utilise l'argent public? Je
vais vous donner un exemple de très mauvaise utilisation de l'argent public en
matière de droits fondamentaux et ça va vous parler, M. le Président, j'en suis
sûr. Il y a du profilage racial par la police à travers les politiques d'arrestations
dites aléatoires. Les études pullulent, les études pullulent, qui disent que
les Noirs, les Arabes, les Autochtones se font arrêter 400 % plus que les
autres sans raison. Et bien, la Commission des droits de la personne fait
partie des gens qui contestent ce règlement de la police. Et à chaque fois que
la société civile a gagné devant les tribunaux, ce gouvernement continue à
engager de l'argent public pour porter en appel et continuer ces politiques
discriminatoires, discriminatoires qui font en sorte que nos concitoyens noirs,
arabes ou autochtones, malheureusement, ne sont pas les égaux des autres. Et
bien, la Commission des droits de la personne ne pourra plus contester des lois
de profilage racial avec cette constitution.
Mais ce n'est pas tout, monsieur. Ce n'est
pas tout, M. le Président, il y a l'article 31 qui dit qu'il y a une
présomption d'intérêt public aux lois...
15 h 28 (version non révisée)
M. Bouazzi : ...n'est pas tenu
de démontrer que cette règle est à l'avantage du public. Ça, ça rend tout
sursis, toute injonction pratiquement impossible étant donné que le juge est
obligé de considérer que tout est fait dans l'intérêt du public et il ne peut
même pas demander à l'État de se justifier.
Dans les procédures d'appel. M. le
Président, quand il y a un jugement relatif à la constitutionnalité d'une loi,
eh bien, il y a l'article 27 qui fait que l'appel est accepté
automatiquement pour le Procureur général du Québec et sur permission pour les
autres parties. Alors, le procureur général du Québec, c'est le ministre de la
Justice lui-même, il se donne des droits tranquillement, alors qu'aujourd'hui c'est
tellement grave quand il y a une décision sur la constitutionnalité d'une loi
que c'est automatique pour tout le monde. Mais là ce qu'il dit, il dit : Pour
moi, le ministre, c'est automatique, je peux aller à la Cour supérieure sans
avoir à ne donner aucune explication. Mais, pour tous les autres, bien, ils
sont obligés de se justifier. En imaginant qu'il y a un sursis qui est accepté
par la cour, à ce moment-là, l'appel du Procureur général du Québec qui est,
rappelons-le, encore une fois, est le ministre lui-même, est accepté
automatiquement alors qu'il est sur conditions aujourd'hui.
Avouez, encore une fois, qu'il y a une
constance, une rigueur dans cette obsession d'accumuler du pouvoir autour du
ministre de la Justice lui-même, alors qu'une Constitution vient, justement, au
contraire, définir les règles du jeu et parmi elles, définir les limites du
pouvoir exécutif.
Ah! M. le ministre, ce n'est pas tout... M.
le Président, ce n'est pas tout. Le... ce gouvernement nous dit : Attention!
quand il y a un litige entre le droit, l'égalité entre les hommes et les femmes,
et la liberté de lieu de religion, nous allons y hiérarchiser les droits et
faire en sorte que c'est l'égalité des genres qui gagne. Alors, d'abord,
théoriquement, c'est vraiment n'importe quoi. Bon, le ministre, il doit être au
courant quand même, il est avocat. Tous les avocats, les juristes sont passés
pour nous dire à peu près la même chose, un, que la... la hiérarchisation est
contraire aux principes fondamentaux de la charte, que les droits et libertés
forment un tout, qu'ils doivent s'interpréter les un par rapport aux autres,
car l'objectif n'est pas d'en choisir un par rapport à l'autre, l'objectif, c'est
de s'assurer... de s'assurer que tous les droits à l'égalité puissent arriver.
Les droits se renforcent les uns les autres et l'introduction d'une hiérarchie
les affaiblit tous, en fait, y compris le droit à l'égalité. Et enfin, quand il
faut vraiment choisir, bien, la justice, effectivement, priorise toujours le
droit à l'égalité entre les hommes et les femmes dans la jurisprudence.
Et je vous donnerais quelques exemples de
jurisprudence. Il y a, en 2007, une décision de la Cour suprême qui établit que
la liberté de religion invoquée dans le cadre d'un divorce religieux devrait s'effacer
devant les conséquences discriminatoires subies par l'épouse. En 2008, il y a
des manifestations, les tribunaux ont déclaré une injonction contre les
manifestations devant les cliniques en Outaouais, devant une clinique qui... qui
opéré des... des IVG, des avortements pour que les manifestations se passent
plus loin. Et donc ils ont limité les droits fondamentaux des religieux et
religieuses qui manifestaient devant, parce qu'ils considéraient que le droit
des médecins, et des patientes qui allaient là, et des... des infirmières et
infirmiers étaient plus important que le droit à la libre expression et à la
liberté religieuse.
Mais le ministre, il nous sort toujours le
même exemple, il nous dit, voici son exemple : Il y a quelqu'un, un jour,
qui est arrivé à la SAAQ, il a dit : Moi, je ne veux pas me faire servir
par une femme. Et la SAAQ a dit oui. Et donc c'est très grave. La SAAQ a... a
demandé l'avis de la Commission des droits de la personne. La Commission des
droits de la personne a validé la décision de la SAAQ et donc la commission a
décidé que le droit à l'égalité passait après le droit à la libre religion. Bon,
alors, d'abord, le cas, il date de 2009, ça fait que, depuis 17 ans, il n'a
pas trouvé un autre cas. Mais, très étonnamment, M. le Président, je pense que
le ministre n'a pas lu la décision. Et c'est quand même quelque chose, hein,
que le seul cas qu'il nous donne date de 17 ans et qu'il ne l'a pas lu,
parce que je ne peux pas croire qu'il a lu, à la page 1...
15 h 33 (version non révisée)
M. Bouazzi : ...de la
décision de la commission de droits à la personne, on dit qu'«un accommodement
raisonnable ne s'applique pas lorsque la demande vient contredire un autre
droit, par exemple le droit de l'égalité des sexes», «ne s'applique pas». Et ça
continue à la page 1 pour dire : «Selon cette politique, l'accommodement
proposé — et j'y reviendrai — est de tenter de satisfaire
la demande de la clientèle sans pour autant porter atteinte aux règles de
sécurité de droit et à l'égalité entre les hommes et les femmes. Et, à cet
égard, nous pouvons affirmer qu'il est exact qu'un accommodement ne serait pas
considéré comme raisonnable s'il avait pour conséquence de porter atteinte au
droit à l'égalité.»
Je suis très heureux, M. le Président, que
cette noble... cette noble... auditoire, ce noble auditoire ait rappelé l'importance
de dire les choses exactes, de dire les choses exactes. Et le ministre de la
Justice, je suis sûr qu'il m'entend, ferait bien d'aller lire les choses pour
ne pas donner des choses inexactes à la population.
Il n'a pas lu la conclusion non plus parce
qu'elle, ce qu'elle dit, c'est que... Alors, l'accommodement, figurez-vous... D'abord,
le... cette personne, là, ce n'est pas qu'elle ne voulait pas se faire... se
faire servir par une femme, elle ne pouvait pas être toute seule dans une
voiture avec une femme, et la SAAQ n'était pas d'accord avec ça. La SAAQ lui a
dit : Tu sais quoi, on va te remettre dans la file à chaque fois, et, à un
moment, par hasard, tu vas peut-être tomber sur un homme, et puis on va aller
de l'avant. Et ils ont dit : Comme ça, il n'y a personne qui se fait
discriminer parmi les gens qui travaillent à la SAQ. Et, par ailleurs, bien,
toi, tu veux un homme ou tu veux quelqu'un dans la voiture avec toi, ça ne
marchera pas, ça fait que, bon, on va se débrouiller pour que tu tombes sur un
homme un jour, aussi longtemps que tu refais la file. Vous imaginez? C'est ça
qu'a décrit M. le ministre comme étant la raison pourquoi on est en train de
chambouler tous les principes, tous les principes de droit. Et donc la
conclusion par rapport à cet accommodement dit : «Cet accommodement, tel
qu'appliqué, semble assurer le droit à l'égalité sans discrimination fondée sur
la religion des demandeurs, tout en ne portant pas atteinte au droit à l'égalité
fondée sur le sexe des employés de la SAAQ.» Ça, ça veut dire que, même avec
son projet de loi, même en hiérarchisant, la Commission des droits de la
personne peut tout à fait redonner exactement la même décision. Le seul cas que
le ministre apporte. Aïe, aïe, aïe!
Pourtant, M. le Président, en matière d'égalité
entre les hommes et les femmes, il y a vraiment beaucoup à faire, beaucoup à
faire. En 2024, le salaire moyen des femmes était 9 % inférieur à celui
des hommes. Et c'est encore plus grand pour les femmes immigrantes, les femmes
qui ne sont pas syndiquées, qui gagnent en moyenne 14 % moins de l'heure
que leurs collègues masculins. C'est aussi une différence qui augmente avec l'âge,
parce que les femmes ont plus souvent des interruptions du parcours
professionnel. Ce gouvernement pourrait aussi... Et donc il faudrait améliorer
l'application des lois sur l'équité salariale. Ce gouvernement pourrait
augmenter aussi le salaire minimum, parce que, M. le Président, je suis sûr que
vous savez comme moi que les femmes sont plus nombreuses, sont plus nombreuses
au salaire minimum que les hommes. Il pourrait rendre la contraception
gratuite. Ce gouvernement a promis 50 000 places de garderie. Il y a
encore 30 000 enfants sur les listes d'attente. Et on sait à quel point le
fait de ne pas avoir de place de garderie nuit particulièrement aux femmes, aux
femmes monoparentales, bien sûr, mais aussi aux autres qui se retrouvent trop
souvent à rester à la maison. Et ce gouvernement, qui vient nous donner des
cours sur l'égalité entre les hommes et les femmes, qui ne fait pas tout ce que
je viens de dire, en plus, dans son dernier remaniement ministériel, a... a diminué
la place des femmes autour de la table des décideurs dans le Conseil des
ministres.
Alors, ensuite, vient le fameux article 29
sur le droit du libre choix des femmes en matière d'avortement. On l'avait dit
depuis le début, c'est un écran de fumée. Il a été mis là pour pouvoir être
retiré, pour qu'on puisse nous dire : Oui, oui, on écoute, on écoute, mais
que ça utilise toute la plage de temps possible pour qu'on ne puisse plus
parler de tout ce dont j'ai parlé depuis le début. Mais, malheureusement, M. le
Président... D'abord, le mal est fait. Parce que, vous savez, les groupes anti-choix,
il y a deux choses qu'ils veulent. Un, ils veulent une loi, c'est ce que l'article
29 proposait, mais, deux, ils veulent un débat sur la question de l'avortement,
parce que plus on en a... en parle, plus ça leur fait de la...
15 h 38 (version non révisée)
M. Bouazzi : ...publicité. Et
enfin, en fait, même en enlevant l'article 29, ce projet de loi est un
danger terrible pour le droit à l'avortement. Parce qu'en fait, tous les
groupes sont venus nous dire : Ne vous inquiétez pas, n'y touchez pas,
parce que nos droits sont garantis par la jurisprudence, par des décisions de
la Cour suprême. Or, M. le Président, les droits dont on parle dans la Cour
suprême... utilisent pour avoir légalisé l'avortement et l'accès à l'avortement,
bien, c'est des droits fondamentaux. C'est le droit à la vie, le droit à la
liberté, le droit à la libre conscience, le droit à la sécurité, le droit à l'égalité,
et ce gouvernement banalise l'utilisation de la clause. Ça fait que demain, si
un gouvernement arrive et nous dit : Oh là là! C'est catastrophique, on n'a
pas d'enfants au Québec, ce serait donc bien important, pour le bien de la
nation, de se débrouiller pour que les femmes aient le maximum d'enfants
possible, et qu'ils mettent les fameuses clauses dont je vous ai parlé de
souveraineté parlementaire, les clauses de protection de la nation, etc., etc.,
sachant que même un des conseillers du ministre lui-même pour cette constitution
nous parle justement des politiques natalistes, et bien, il n'y a plus aucune
protection possible pour le droit à l'avortement. Aucune. Et c'est pour ça, M.
le Président, que la banalisation d'utilisation des clauses dérogatoires, sans
avoir à se justifier, mais c'est un risque absolument incroyable, y compris aux
droits des femmes, y compris au droit au libre choix et à l'avortement.
Bon, maintenant, les groupes sont venus et
ils nous ont parlé des vrais problèmes qui touchent à l'accès à la... au droit
à l'avortement, et ils nous ont fait une liste. Et j'espère que la ministre du
Trésor écoute, et que le ministre de la Justice lui a fait parvenir, parce que
la situation est loin d'être rose, M. le Président. Et il y a toutes sortes d'embûches
aujourd'hui pour que les femmes puissent vraiment faire les choix qu'elles
veulent pour leur corps. Il faut améliorer la disponibilité géographique, avoir
plus de cliniques, déployer de nouveaux points en région, particulièrement aux Îles-de-la-Madeleine,
en Gaspésie, au Témiscamingue. Il faut accorder un meilleur financement, du
financement pérenne aux cliniques communautaires. Il faut créer un comité
chargé d'implanter les normes minimales pour coordonner les services, réduire
les barrières financières et matérielles, instaurer la gratuité des contraceptifs,
couvrir les frais pour les personnes vulnérables qui n'ont pas de RAMQ, M. le
Président... parce que les étudiants étrangers, les étudiantes étrangères, les
travailleuses temporaires, les personnes sans statut, les réfugiés... Ça, c'est
les conseils du Collège des médecins, la Dre Boie, de la Société des
obstétriciens et gynécologues du Canada, etc., etc.
Et donc, plutôt que faire des stratégies
avec une législation et un débat que nous avons déjà eus en 2023, où la
ministre de la Condition féminine avait déjà proposé de mettre un projet de loi
en ce sens et qu'ils avaient déjà reculés, nous perdons du temps, du précieux
temps pour mettre en place, pour mettre en place des politiques réelles qui
améliorent le droit à l'égalité et le droit au libre choix des Québécoises et
Québécois, surtout des Québécoises dans ce cas.
Enfin, il y a le conseil constitutionnel, M.
le Président. Donc, le conseil constitutionnel, c'est une affaire qui n'est pas
dans le système de justice, qui est... D'abord, commençons par ses membres.
Donc, on n'exige même pas des connaissances en droit, on n'exige même pas un
amour des droits fondamentaux des Québécoises et Québécois, on exige une
orientation idéologique qui appuierait la vision de la CAQ en matière de ce qu'ils
appellent : les droits collectifs. C'est un conseil à nature politique... Vous
savez qui peut demander des conseils à ce conseil constitutionnel? Bien,
seulement la partie gouvernementale. Vous imaginez? C'est-à-dire qu'un parti d'opposition,
un citoyen, un groupe, la société civile ne peuvent pas demander si une loi est
constitutionnelle ou pas, seuls l'exécutif ou une majorité parlementaire ont le
droit de poser des questions à ce conseil...
15 h 48 (version non révisée)
M. Bouazzi : ...projet de
loi qui renforce le pouvoir du ministre lui-même. Alors, j'ai ici, M. le
Président — il ne me reste pas beaucoup de temps, ça fait que je vais
vous épargner ça — une liste, mais non exhaustive. Je vais en lire
quelques-uns, là : centrale syndicale démocratique, la CSD, Centrale des
syndicats du Québec, l'association québécoise de défense des droits de la
personne retraitée, l'association québécoise défense des droits des personnes...
l'Auberge du cœur le Foyer, etc., etc. Il y en a comme ça, des centaines et des
centaines et des centaines. Maisons des jeunes, Mouvement d'aide et de
consultation sur le travail, Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal
métropolitain, regroupement des organismes communautaires de la Gaspésie et...
de Madeleine, Syndicat canadien de la fonction publique, regroupement des sans-emploi,
Réseau international sur le processus de production du handicap, le CIUSSS de l'Est
de Montréal, le syndicat des travailleuses et travailleurs du CIUSSS de l'Est
de Montréal, Syndicat des agents de maîtrise de Telus, l'union des étudiants du
Québec, etc., etc., etc. Tous ces gens-là, ils demandent une chose : le
retrait pur et simple de ce projet de loi.
Moi, je n'arrive pas à croire, M. le
Président, que ce ministre, très sérieusement, décide d'aller de l'avant. C'est
un... un manque de respect, vraiment, de ce qu'on aurait dû être. Ce n'est pas
se comporter en homme d'État, c'est décider de faire quelque chose par lui,
pour lui. Nous, notre job, dans cette consultation, M. le Président, ça va être
de s'assurer que cette constitution telle qu'elle ne voit jamais le jour. C'est
un engagement que je prends devant tous ceux qui sont venus en commission nous
dire à quel point ils étaient terrifiés par les reculs des droits et libertés.
C'est un engagement devant ces centaines et ces centaines d'organismes qui
disent qu'il faut absolument reculer. Et le plus triste, là-dedans, c'est que,
malheureusement, après un exercice aussi grave que celui-là, ça va être vraiment
compliqué de redonner confiance aux gens concernant les processus de
constitution. Car oui, nous avons besoin de constitutions. Nous avons besoin d'un
moment où on se rallie alors que l'extrême droite est en train de monter
partout. Trump, là, il adorerait gouverner avec une constitution qui lui permet
de rajouter des clauses pour sortir des droits fondamentaux, qui lui permet de
rajouter des clauses pour pouvoir empêcher la société civile, le Barreau, la
Commission des droits de la personne, les universités, les municipalités, de
contester les lois qu'il met en place, qui lui permet d'avoir des... des
recours automatiques en matière d'appel alors que ses opposants ne l'ont pas,
qui ne permet pas à ses opposants d'obtenir des sursis ou des injonctions dans
ce qu'il propose... C'est un rêve pour tout autocrate d'avoir une constitution
comme celle-là.
Et pour conclure, M. le Président, le
Québec a été capable de choses absolument extraordinaires. Vraiment. On a parlé
tout à l'heure de la charte québécoise des droits et libertés, un moment de
ralliement de tous les partis, de tous les partis, un moment de collégialité,
de travail ensemble. Le Québec a aussi été capable de choses qui ont été
vraiment moins glorieuses. Si on pense à ce qui s'est passé du temps de
Duplessis, si on pense à toutes les violations des droits des peuples
autochtones à travers le temps, et bien, ce projet de loi ne se place pas du
côté glorieux de notre histoire. Ce projet de loi, à aucun moment, ne va
rassembler tous... tous les législateurs ici présents derrière lui, et encore
moins la société civile...