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Version préliminaire

43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)

Le jeudi 26 février 2026 - Vol. 48 N° 42

Aller directement au contenu du Journal des débats

Intervenants par tranches d'heure

  • 9 h 30

    • Benjamin, Frantz
    • Lemay, Mathieu
    • Maccarone, Jennifer
    • Leduc, Alexandre
    • Gagnon, Yannick
    • Lakhoyan Olivier, Sona
    • Montigny, Yves
    • Gentilcore, Catherine
    • Champagne Jourdain, Kateri
    • Boulet, Jean
    • Tremblay, Suzanne
    • Drainville, Bernard
    • Haytayan, Céline
  • 10 h

    • Roy, Nathalie
    • Blanchette Vézina, Maïté
    • Boulet, Jean
    • Bélanger, Sonia
    • Jolin-Barrette, Simon
    • Martel, Donald
    • Rotiroti, Filomena
    • Allaire, Simon
    • Prass, Elisabeth
    • Tanguay, Marc
    • Girard, Eric
    • Beauchemin, Frédéric
    • Morin, André Albert
    • Roberge, Jean-François
  • 10 h 30

    • Roy, Nathalie
    • Bélanger, Sonia
    • Prass, Elisabeth
    • Ghazal, Ruba
    • Legault, François
    • Zanetti, Sol
    • Julien, Jonatan
    • Grandmont, Etienne
    • Cliche-Rivard, Guillaume
    • Gentilcore, Catherine
    • Girard, Eric
    • Boulet, Jean
    • Blanchette Vézina, Maïté
    • Roberge, Jean-François
    • Fontecilla, Andrés
    • Proulx, Caroline

 

Journal des débats

9 h 30 (version révisée)

(Neuf heures quarante-et-une minutes)

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Alors, bonjour à toutes, bonjour à tous. Nous allons débuter nos travaux. Je vous invite à prendre place.

Affaires courantes

Déclarations de députés

Nous sommes à la rubrique Déclarations des députés. Et, sans plus tarder... Je vous invite à prendre place, collègues. Je reconnais M. le député de Masson.

Inviter la population à participer à la soirée country de l'équipe féminine de volleyball des Phoenix de Terrebonne

M. Mathieu Lemay

M. Lemay : Merci, M. le Président. Nous avons 13 jeunes athlètes passionnée d'une équipe féminine de volleyball des Phoenix de Terrebonne qui auront bientôt la chance de représenter fièrement notre région sur les scènes provinciale, nationale et internationale.

En effet, nos chères Phoenix se préparent à relever des défis majeurs, soit le championnat canadien à Calgary, ainsi qu'un tout aussi important tournoi aux États-Unis. Et ces expériences représentent des occasions extraordinaires de dépassement de soi et d'apprentissage, mais elles entraînent également des coûts importants.

Et voilà pourquoi, M. le Président, que je souhaite inviter la population à les soutenir le 7 mars prochain, lors de leur soirée de levée de fonds sous le thème country au Pavillon du Grand Coteau, à Mascouche. On attend près de 400 personnes pour, entre autres, danser en ligne.

Alors, M. le Président, sortez vos bottes et chapeaux de cowboy et soutenons les Phoenix afin qu'elles rayonnent bien au-delà de notre région. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Masson. Et la parole revient maintenant à Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.

Souligner la Semaine nationale de la lutte contre l'exploitation sexuelle des mineurs

Mme Jennifer Maccarone

Mme Maccarone : Du 1er au 7 mars, nous soulignons la Semaine nationale de la lutte contre l'exploitation sexuelle des mineurs. C'est un moment important pour rappeler l'ampleur de ce fléau qui continue de faire trop de victimes au Québec. Ce n'est pas juste une semaine de sensibilisation, la vigilance doit être de tous les jours. La protection de nos jeunes ne peut pas être occasionnelle, elle doit être constante.

Les chiffres demeurent bouleversants. Au Québec, l'âge moyen d'entrée dans la prostitution est de 14 ans. Au Québec, il y a plus d'un tiers de personnes en situation de prostitution qui sont mineures. Derrière ces chiffres, il y a des jeunes, il y a des familles, des vies brisées.

Pas plus tard que ce matin, la CAQ a voté contre mon mandat d'initiative visant à s'attaquer à ce fléau de la traite des personnes au Québec. Le plan d'action gouvernemental 2021-2026 arrive à échéance cette année. Je demande au gouvernement de renouveler rapidement, avec des mesures concrètes et des ressources à la hauteur des besoins sur le terrain. Il ne faut pas relâcher cette lutte. Protéger nos jeunes doit demeurer une priorité nationale.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Westmount—Saint-Louis. Et <je...

15417 17909 Le Vice-Président (M. Benjamin) : ...Westmount—Saint-Louis, et >je cède maintenant la parole à M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.

Souligner le 30e anniversaire de La Table de quartier Hochelaga-Maisonneuve

M. Alexandre Leduc

M. Leduc : Merci, M. le Président. Aujourd'hui, je souhaite souligner les 30 ans de La Table de quartier Hochelaga-Maisonneuve, un pilier de notre communauté et un moteur essentiel du développement social.

Lieu de réflexion, d'analyse et surtout d'actions concertées, La Table rassemble organismes communautaires, institutions, citoyens et citoyennes autour d'un objectif commun : améliorer les conditions de vie dans Hochelaga-Maisonneuve. Elle mobilise les forces vives du quartier pour faire émerger des solutions durables, ancrées dans les réalités du milieu.

Dans leurs multiples chantiers, il y a eu la revitalisation urbaine intégrée, qui a permis de définir une vision commune et des actions structurantes, notamment au square Dézéry. Pensons aussi à la Brigade verte, qui contribue à la propreté et au verdissement de la rue Sainte-Catherine Est, tout en offrant des opportunités d'insertion sociale. La Table est au cœur des démarches collectives pour l'avenir du quartier. À travers ses différents comités de concertation, elle lutte concrètement contre la pauvreté et l'exclusion sociale tout en renforçant la participation citoyenne.

Je remercie chaleureusement l'équipe actuelle et passée pour son engagement ainsi que son directeur général, Jonathan Alarie, pour son leadership rassembleur. Longue vie à La Table de quartier Hochelaga-Maisonneuve!

15417 17909 Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve. Et je reconnais maintenant M. le député de Jonquière.

Souligner la tenue du Tournoi provincial de basketball de Saguenay

M. Yannick Gagnon

M. Gagnon : Merci, M. le Président. M. le Président, le basketball est un sport magnifique, et arrêtez de chercher si vous voulez voir des bons matchs de basket en fin de semaine. Un endroit au Québec : à Saguenay, M. le Président.

Grâce à des passionnés du développement du sport, des passionnés du développement de l'athlète, c'est-à-dire grâce à Dave McMullen, à Benoit Vallières et à Derek Côté, Saguenay accueille l'ensemble de la famille basket du Québec encore une fois chez nous. 132 équipes, 60 équipes féminines, 50 arbitres, des centaines de bénévoles, bref, à Saguenay en fin de semaine, M. le Président, les hôtels sont pleins, les restaurants sont pleins, les estrades vont être pleines.

Aux joueuses et aux joueuses de basket chez nous en fin de semaine, dans le respect, amusez-vous. Aux parents et à la famille, bienvenue à Saguenay basket!

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Jonquière. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée de Chomedey.

Demander au gouvernement de financer la recherche sur la santé des femmes

Mme Sona Lakhoyan Olivier

Mme Lakhoyan Olivier : M. le Président, les femmes ont parcouru un long chemin, elles ont obtenu le droit de vote et occupent aujourd'hui des fonctions politiques importantes. Mais, malgré ces avancées, la santé de la femme demeure trop souvent ignorée. Dès les premières règles jusqu'à la ménopause, les femmes apprennent à endurer des réalités biologiques, telles que la douleur et les bouleversements hormonaux, qui ont des impacts réels sur leur santé et leur qualité de vie.

Les jeunes filles ont besoin d'encadrement, de prévention et d'écoute. Les femmes ménopausées vivent un véritable enjeu de santé publique qui affecte le vieillissement en santé, et, trop souvent, on leur dit que c'est normal; ce ne l'est pas. Elles ne sont pas suffisamment prises en charge.

À quand des investissements concrets dans la recherche et dans la santé des femmes? Si ce n'est pas maintenant, quand est-ce qu'on va agir? Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Chomedey. Au tour, maintenant, du député de René-Lévesque.

Rendre hommage à M. Marcel Furlong

M. Yves Montigny

M. Montigny : M. le Président, je souligne aujourd'hui le parcours exceptionnel de Marcel Furlong, qui est ici avec nous, un homme dont le nom est désormais indissociable de la Manicouagan. Après 30 ans de dévouement, dont deux mandats marquants à titre de préfet, il tire sa révérence en laissant un héritage colossal.

Marcel a été catalyseur d'un véritable changement d'ère. Sous la bannière Manicouagan, Terre de visionnaires, il a transformé notre rapport au territoire. La Côte-Nord n'est plus une terre que l'on puise mais une région fière que l'on habite avec audace.

Bâtisseur d'unité, il concrétise une réconciliation économique historique avec les communautés de Pessamit, fondant nos relations sur la réciprocité. Par son leadership, il a su instaurer un climat de respect profond entre élus, partenaires, citoyens, renforçant ainsi notre sentiment d'appartenance.

Marcel, ton parcours m'inspire à chaque jour. Merci pour ton implication, tu me guides à tous les jours.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de René-Lévesque. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée de Terrebonne.

Souligner le 10e anniversaire de l'Orchestre Classique de Terrebonne

Mme Catherine Gentilcore

Mme Gentilcore : Merci, M. le Président. Je tiens à souligner la présence dans les tribunes de Manon Riendeau, fondatrice et directrice de l'Orchestre Classique de Terrebonne.

Fondé en 2016, l'orchestre fait résonner depuis 10 ans la passion et la magie de la musique au cœur de notre communauté. À travers des concerts présentés tout au long de l'année et des <matinées...

Mme Gentilcore : ...des >matinées musicales estivales, l'Orchestre Classique de Terrebonne rend la musique classique accessible à tous.

Manon, vous transmettez, vous rassemblez, vous nous entourez de beau. J'ai d'ailleurs eu moi-même l'immense bonheur, le grand honneur de chanter à vos côtés lors de votre plus récent concert des fêtes. Un immense merci pour cette soirée-là, qui était remplie d'émotions, remplie de talents et remplie de magie des fêtes. C'est un moment précieux que je ne suis pas près d'oublier.

Merci de faire résonner la musique dans Terrebonne et bon 10e anniversaire!

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Terrebonne. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée de Duplessis.

Souligner la création de la Trousse Anti-Troll contre la cyberintimidation

Mme Kateri Champagne Jourdain

Mme Champagne Jourdain : Oui, M. le Président, aujourd'hui, je tiens à souligner l'initiative remarquable du service de police de la ville de Trois-Rivières dans la lutte contre la cyberintimidation. En unissant leurs forces et leur expertise, ils ont développé la Trousse Anti-Troll, un outil concret destiné aux jeunes, aux ados, mais aussi aux parents et aux intervenants. Ça permet de mieux les outiller et de prévenir la cyberintimidation, tout en favorisant l'adoption de comportements respectueux sur les réseaux sociaux. Déjà 23 corps de police à travers le Québec et les communautés autochtones y ont adhéré.

Et je tiens à saluer M. Samuel Milot, ici présent, qui a piloté ce projet depuis ses débuts avec détermination. Ce projet est porteur et il a d'ailleurs reçu le prix Excellence Intersection. Ça nous rend tous fiers ici, à l'Assemblée nationale, de voir l'impact concret que peut avoir notre plan d'action gouvernemental pour soutenir des initiatives comme celle-ci qui ont un impact réel.

Encore une fois, bravo à toute l'équipe! Vous faites une réelle différence.

• (9 h 50) •

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Duplessis. Et la parole revient maintenant à M. le député de Trois-Rivières.

Souligner le 70e anniversaire de l'Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec

M. Jean Boulet

M. Boulet : Oui, merci. Je suis particulièrement fier, M. le Président, de souligner aujourd'hui le 70e anniversaire de la loi des diététistes. Cette législation n'a pas eu une portée historique seulement au Québec, mais aussi à l'échelle du Canada où il s'agit de la première loi qui a accordé un statut légal aux diététistes.

Je profite de l'occasion pour saluer le travail de celles et ceux qui sont devenus, au fil du temps, des diététistes-nutritionnistes. Au Québec, c'est plus de 3 500 femmes et hommes dévoués qui prennent soin de notre santé dans tous les milieux, et ils offrent des soins précieux à la population, contribuent à un Québec en meilleure santé en promouvant de saines habitudes alimentaires et en jouant un rôle clé dans la prévention des maladies.

Merci beaucoup à tous les diététistes-nutritionnistes du Québec pour leur contribution et longue vie à leur ordre professionnel! Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Trois-Rivières. Et la prochaine déclaration revient à Mme la députée de Hull.

Souligner le 40e anniversaire du Choeur classique de l'Outaouais

Mme Suzanne Tremblay

Mme Tremblay : Merci, M. le Président. Je suis heureuse de prendre la parole aujourd'hui pour souligner le 40e anniversaire du Choeur classique de l'Outaouais et sa contribution importante à la vitalité culturelle de notre région.

Fondé en 1986, ce grand choeur amateur de haut niveau rassemble plus de 70 choristes qui offrent, année après année, deux séries de concerts d'une grande qualité. Au fil du temps, il s'est distingué par un répertoire original et diversifié porté par l'engagement constant de ses choristes, de ses pianistes et de ses directions musicales. Au côté des grands classiques, il a mis en lumière des œuvres de compositeurs et de compositrices de notre région, contribuant à faire rayonner la création de chez nous. Le chœur se distingue également par ses initiatives en médiation culturelle, utilisant le chant choral comme outil d'inclusion, de dialogue et de mieux-être au sein de la communauté.

Pour marquer ses 40 ans, le chœur présentera le Requiem pour Mathieu de Pierrette Froment-Savoie avec l'Ensemble Prisme. Ce concert sera également repris ici même, à Québec, en collaboration avec l'orchestre Chrysalide.

Je tiens à souligner le travail extraordinaire de Tiphaine Legrand, qui dirige le chœur depuis 15 ans. Je souhaite... je suis fière de l'excellence et de l'engagement du Chœur classique de l'Outaouais et lui souhaite un très heureux 40e anniversaire. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Hull. Et je reconnais maintenant M. le député de Lévis.

Souligner le 60e anniversaire du Club Lions de Saint-Romuald

M. Bernard Drainville

M. Drainville : Merci, M. le Président. Je tiens à souligner le 60e anniversaire d'un organisme qui fait la différence à Lévis, le Club Lions de Saint-Romuald.

Depuis 60 ans, les membres de ce club sont des piliers de l'engagement communautaire et philanthropique à Lévis. Portées par des valeurs de générosité, de solidarité et de compassion, leurs activités ont un impact concret sur la qualité de vie de nombreux citoyens. Leur implication auprès des personnes <handicapées...

M. Drainville : ...personnes >handicapées ou vulnérables contribue à briser l'isolement social. Leur soutien constant auprès des jeunes et des aînés crée un pont entre les générations et renforce notre communauté. Ces bénévoles au grand cœur incarnent la dignité et l'inclusion. Ils nous rappellent l'importance de tendre la main à ceux qui en ont besoin.

Au nom de l'Assemblée nationale du Québec, je souhaite remercier tous les membres du Club Lions de Saint-Romuald pour leur contribution exceptionnelle à notre communauté. Des éminents représentants du club sont ici présents. De la part de lion Bernard, bon 60e et longue vie au Club Lions de Saint-Romuald!

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Lévis. Et la dernière déclaration revient maintenant à Mme la députée de Laval-des-Rapides.

Souligner le travail du Comité national arménien du Québec

Mme Céline Haytayan

Mme Haytayan : Merci, M. le Président. J'aurai l'honneur de remettre la Médaille de la députée au Comité national arménien du Québec, le CNAQ.

Fondé en 1965, M. le Président, le CNAQ est la plus grande et la plus influente organisation de défense des droits de l'homme de la communauté arménoquébécoise. Le CNAQ travaille en coordination avec un vaste réseau de sections, de chapitres, dont celui à Laval, à Laval-des-Rapides, de partenaires, de bénévoles et de membres à travers le Québec puis aussi avec un réseau d'organisations affiliées à travers le monde. Leurs levées de fonds permettent un travail communautaire ainsi qu'une offre d'un large éventail de services, d'activités, de formations et d'ateliers.

Je tiens donc à féliciter chaleureusement, à remercier le Comité national arménien du Québec, toute l'équipe, pour leur travail et leur désir d'aider les Québécois d'origine arménienne, notamment les aînés, les jeunes et les plus vulnérables. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Laval-des-Rapides. Alors, voilà qui met fin à la rubrique Déclarations des députés.

Nous allons suspendre les travaux quelques instants.

(Suspension de la séance à 9 h 55)


 
 

10 h (version révisée)

(Reprise à 10 h 12)

La Présidente : Bonjour, tout le monde. 26 février. Mesdames messieurs, bienvenue. Bienvenue. Le parlement du Québec, c'est chez vous.     Mmes, MM. les députés, nous allons nous recueillir quelques instants.

Je vous remercie, tout le monde. Veuillez vous asseoir.

Alors, nous poursuivons les affaires courantes.

Aujourd'hui, il n'y a pas de déclarations ministérielles.

Présentation de projets de loi

À la rubrique Présentation de projets de loi, Mme la députée de Rimouski.

Projet de loi n° 592

Mme Maïté Blanchette Vézina

Mme Blanchette Vézina : Merci, Mme la Présidente. Ce projet de loi édicte la Loi sur la régionalisation de l'immigration, ayant pour objet d'assurer la participation des municipalités dans le <processus décisionnel en matière d'immigration...

Mme Blanchette Vézina : ...assurer la participation des municipalités dans le >processus décisionnel en matière d'immigration. Plus précisément, cette loi prévoit la constitution d'une table régionale de l'immigration pour chaque région administrative du Québec. Chaque table est composée du ministre responsable de la région administrative ainsi que des préfets des municipalités régionales de comté, des maires ou des préfets représentant les territoires équivalents et d'un représentant de chacune des nations ou des communautés autochtones de la région administrative. Chaque table doit établir un plan d'immigration régional, qui comprend notamment la capacité d'accueil et d'intégration de la région administrative et une description des enjeux concernant la mobilité de la main-d'œuvre. Le ministre doit tenir compte du plan lorsqu'il prend des décisions concernant la planification de l'immigration.

Le projet de loi modifie diverses lois, dont la Loi sur les compétences municipales, afin d'y ajouter l'immigration parmi les compétences des municipalités.

Le projet de loi prévoit, avec effet rétroactif, qu'une modification à la Loi sur l'immigration au Québec ou à ses règlements ne s'applique pas à la personne qui se trouve déjà au Québec, à moins que le ressortissant étranger ou le résident permanent ne demande de se prévaloir de la nouvelle disposition.

Mise aux voix

La Présidente : Et vous aurez tous compris qu'il s'agissait du projet de loi à l'article a du feuilleton, où Mme la députée de Rimouski présentait le projet de loi n° 592, loi édictant la loi sur la régularisation... de la régionalisation plutôt, de l'immigration afin d'instituer des tables régionales de l'immigration et d'affirmer le rôle des régions dans l'accueil et l'intégration des personnes immigrantes. Merci, Mme la députée. Est-ce que l'Assemblée accepte d'être saisie de ce projet de loi?

Des voix : Adopté.

La Présidente : Adopté.

Dépôt de documents

À la rubrique Dépôt de documents, M. le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie.

M. Boulet : Oui, merci, Mme la Présidente. Permettez-moi de déposer le rapport annuel 2025 d'Hydro-Québec. Merci.

La Présidente : Ce rapport est déposé. Mme la ministre de la Santé.

Mme Bélanger : Mme la Présidente, permettez-moi de déposer le rapport annuel 2024-2025 de la commissaire nationale aux plaintes et à la qualité des services.

La Présidente : Ce rapport est déposé. Maintenant, M. le leader du gouvernement.

M. Jolin-Barrette : Oui, Mme la Présidente. Permettez-moi de déposer, au nom de mon collègue le ministre de la Culture et des Communications, le rapport annuel de gestion 2024-2025 du Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec.

La Présidente : Ce document est déposé. M. le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.

M. Martel : Mme la Présidente, permettez-moi de déposer le rapport annuel 2024-2025 de l'institut de technologie agricole du Québec. Merci.

La Présidente : Ce document est déposé. À nouveau, M. le leader du gouvernement.

M. Jolin-Barrette : Mme la Présidente, permettez-moi de déposer les réponses aux pétitions déposées le 9 décembre 2025 et le 4 février 2026 par le député de Pontiac ainsi que le 3 février 2026 par le député de Taschereau. Merci.

La Présidente : Et ces documents sont déposés.

Dépôt de rapports de commissions

À la rubrique Dépôt de rapports de commissions, Mme la présidente de la Commission de la culture et de l'éducation et députée de Jeanne-Mance—Viger.

Consultations particulières sur le projet de loi n° 10

Mme Rotiroti : Merci, Mme la Présidente. Je dépose le rapport de la Commission de la culture et de l'éducation qui, les 24, 25 février 2006, a tenu des auditions publiques dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi n° 10, Loi protégeant les consommateurs contre les pratiques abusives de revente de billets et de renouvellement d'abonnements en ligne. Merci.

La Présidente : Ce rapport est déposé. M. le président de la Commission de l'économie et du travail et député de Maskinongé.

Étude détaillée du projet de loi n° 3

M. Allaire : Merci, Mme la Présidente. Je dépose le rapport de la Commission de l'économie et du travail qui, les 10 et 11 décembre 2025 ainsi que les 12, 17, 18, 19, 24 et 25 février 2026, a procédé à l'étude détaillée du projet de loi n° 3, Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail. La commission a adopté le texte du projet de loi avec des amendements. Merci, Mme la Présidente.

La Présidente : Et ce rapport est déposé.

Y a-t-il le consentement pour déroger à l'article 4.4 des règles de fonctionnement afin de déposer un rapport du comité directeur de la Commission de l'Assemblée nationale? Consentement? Merci beaucoup.

Modification à la composition des commissions parlementaires

Alors, je dépose donc le rapport du comité directeur de la Commission de l'Assemblée nationale, qui s'est tenue le 25 février 2026, concernant une demande du groupe parlementaire formant l'opposition officielle afin de modifier la liste des présidents de séance.

Dépôt de pétitions

À la rubrique Dépôt de pétitions, je reconnais maintenant Mme la députée de D'Arcy-McGee.

Respecter les recommandations issues d'évaluations professionnelles formulées pour les élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage

Mme Prass : Merci, Mme la Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée nationale, signée par 332 pétitionnaires. Désignation : citoyens et citoyennes du Québec.

«Les faits invoqués sont les suivants :

«Considérant que le Québec reconnaît, en vertu de la Loi sur l'instruction publique et de la Charte des droits et libertés de la personne, le droit de chaque élève handicapé ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage à recevoir des services éducatifs adaptés à ses besoins et à ses capacités;

«Considérant que plusieurs <familles constatent que les recommandations formulées à la suite d'évaluations...

Mme Prass : ...considérant que plusieurs >familles constatent que les recommandations formulées à la suite d'évaluations par des professionnels de la santé, notamment les rapports neuropsychologiques, sont trop souvent ignorées ou contredites par les directions d'école;

«Considérant que les directions d'établissement exercent souvent un pouvoir discrétionnaire qui retarde ou empêche la mise en œuvre des mesures d'adaptation prescrites, limitant ainsi l'accès des enfants aux services auxquels ils ont droit;

«Considérant que cette situation compromet l'égalité des chances, porte atteinte au droit à l'éducation et crée des iniquités entre les familles, [désavantage] celles qui n'ont pas les moyens de compenser par des services privés;

«Considérant le refus ou le retard d'application des recommandations professionnelles cause un préjudice grave au développement scolaire, psychologique et social des élèves concernés, entraînant des retards d'apprentissage et une perte d'estime de soi;

«Considérant que la reconnaissance d'un diagnostic professionnel devrait automatiquement entraîner la mise en place des mesures d'aide nécessaires, sans dépendre de critères administratifs arbitraires;

«Et l'intervention réclamée se résume ainsi :

«Nous, signataires, demandons au gouvernement du Québec de rendre obligatoire l'application, par les établissements scolaires, des recommandations issues d'évaluations professionnelles reconnues et d'encadrer le pouvoir discrétionnaire des directions d'école dans la mise en œuvre des mesures d'adaptation.»

Je certifie que cet extrait est conforme à l'original de la pétition.

• (10 h 20) •

La Présidente : Et cet extrait de pétition est déposé.

Il n'y a pas de réponses orales aux pétitions ni d'interventions portant sur une violation de droit ou de privilège.

Je vous avise qu'après la période des questions et réponses orales sera tenu le vote reporté sur la motion de Mme la députée de Bourassa-Sauvé, débattue hier aux affaires inscrites par les députés de l'opposition.

Questions et réponses orales

Nous en sommes maintenant à la période de questions et de réponses orales, et, pour ce faire, je cède la parole, en question principale, au député de LaFontaine.

Bilan du gouvernement en matière d'économie

M. Marc Tanguay

M. Tanguay : Une dernière avant de quitter? Bilan de la CAQ après huit ans, ça va peut-être l'intéresser, parce je voudrais parler de gaspillage, de décote et des services qui ne sont pas rendus aux Québécoises et Québécois.

La CAQ, Mme la Présidente, gère comme des péquistes, des experts en déficits. La différence entre la CAQ et le Parti québécois, c'est une date de référendum. C'est quoi, le coût de la menace référendaire? Pauline Marois, elle, disait : C'est cinq années de turbulences économiques. Le chef actuel du Parti québécois dit : C'est des sacrifices d'une transition d'une année ou deux. Le ministre des Finances, hier, a dit que la menace référendaire, sur cinq ans, c'était 100 millions de dollars. Parfait, alors, caquistes et péquistes, experts en déficits et en pertes financières.

La question maintenant aux experts : Le premier ministre peut-il avoir la même lucidité et dire aux Québécoises et Québécois combien de centaines de millions de dollars leur a coûté sa décote?

La Présidente : La réponse du ministre des Finances.

M. Eric Girard

M. Girard (Groulx) : Oui, Mme la Présidente. Bien, il y avait plusieurs affirmations, là. Bon, allons-y avec le déficit, je pourrai parler de la dette après.

Alors, le déficit du Québec, l'an dernier, au sens comptable, c'est-à-dire sur une base comparable avec les autres provinces, le gouvernement fédéral, était de 0,8 % du PIB. Celui de cette année est estimé à 1,5 % du PIB, et on a bon espoir, confiance de le réviser à la baisse lors du prochain budget. Et, en fait, il semble que nous aurions le deuxième ou le troisième plus petit déficit au Canada, parce que l'Île-du-Prince-Édouard, la Colombie-Britannique sont à 3 %; le fédéral, 2,7 %; la Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick ont révisé à la baisse.

Bref, on gère bien les finances publiques, Mme la Présidente. On a un plan de retour à l'équilibre budgétaire crédible, avec des versements au Fonds des générations, et puis la dette du Québec est inférieure à ce qu'elle était avant la pandémie et lorsque nous avons pris le pouvoir.

La Présidente : En terminant... Première complémentaire, pour ce faire, je reconnais le député de Marguerite-Bourgeoys.

M. Frédéric Beauchemin

M. Beauchemin : Le constat du ministre des Finances, hier, était semi-lucide. Oui, la menace référendaire nous coûte beaucoup d'argent, il a même suggéré que ça nous coûte cinq points de base, des millions de plus à payer annuellement. Mais ce qu'il oublie de nous dire, cependant, c'est que, depuis cette décote, le coût de la dette au Québec a augmenté de 15 points de base. Donc, la CAQ est responsable de 10 points de base, des centaines de millions de dollars de plus, à cause de leur mauvaise gestion.

Est-ce que le ministre des Finances peut finalement admettre que sa mauvaise gestion, sa décote, nous coûte cher?

La Présidente : La réponse du ministre.

M. Eric Girard

M. Girard (Groulx) : Oui, Mme la Présidente. Alors, la décote, on va en reparler. Alors, il y avait une menace de tarifs. Alors, la <nouvelle administration... le président est assermenté en janvier...

M. Girard (Groulx) : ...de tarifs. Alors, la >nouvelle administration... le président est assermenté en janvier. En février, il fait des menaces de tarifer l'ensemble des produits exportés. Et puis les exportations, c'est extrêmement important pour l'économie québécoise. Et nous prenons une décision, l'ensemble du gouvernement, d'augmenter les dépenses en infrastructures parce que c'est bon à court terme, mais aussi à long terme, et puis qu'il y a des besoins. Alors, on fait un investissement extrêmement important...

La Présidente : En terminant.

M. Girard (Groulx) : ...qui nous fait dépasser certains ratios de S&P, mais c'est un choix du gouvernement.

La Présidente : Deuxième complémentaire. Et, pour ce faire, je retrouve le député de LaFontaine.

M. Marc Tanguay

M. Tanguay : Alors, Mme la Présidente, on le voit, la gestion caquiste, péquiste, même combat. Le ministre des Finances, expert en la matière, a dit : Bien, la menace référendaire, c'est 100 millions sur cinq ans, il l'a reconnu, mais sa décote à lui, ça ne coûte rien aux Québécoises et Québécois.

Ça ne tient pas la route, Mme la Présidente. En ce sens-là, je comprends le premier ministre de ne pas se lever sur cette question, qui est son bilan, qui sera son legs, la décote du Québec, des déficits records.

Comment le ministre des Finances entrevoit l'avenir quand il sait que son prochain chef sera péquiste?

La Présidente : La réponse du ministre des Finances.

M. Eric Girard

M. Girard (Groulx) : Oui. Mme la Présidente, bien, ce serait vraiment apprécié si les gens faisaient preuve d'exactitude et reconnaissaient qu'il n'y a pas de déficit record, comme le prétend l'opposition. À 1,5 % du PIB, en fait, on se compare très bien avec les autres juridictions du Canada. Et, si vous voulez le savoir, ça ne va pas bien en France, en Angleterre, aux États-Unis non plus. Il y a une guerre tarifaire, il y a une situation économique difficile, et on gère bien les finances publiques, et on espère bien réviser à la baisse...

La Présidente : En terminant.

M. Girard (Groulx) : ...le déficit de 1,5 % du PIB, qui n'est pas un déficit record.

La Présidente : En question principale, je reconnais maintenant le député de l'Acadie.

État de situation en matière de travailleurs étrangers temporaires

M. André Albert Morin

M. Morin : Mme la Présidente, chaque semaine, les médias nous dévoilent un nouveau chapitre de la crise créée de toutes pièces par le ministre caquiste isolé de l'Immigration : 6 300 travailleurs en santé, un millier d'employés dans le secteur de l'éducation, maintenant, c'est 444 éducatrices dans les centres de la petite enfance qui risquent de quitter.

À titre d'exemple, Mme Hellin, elle est éducatrice, elle est fatiguée d'attendre. Elle est francophone, qualifiée, intégrée. Son dossier est en attente dans le PSTQ, pas de son, pas d'image. Elle nous dit qu'elle ne veut pas finir itinérante avec ses enfants. Elle a acheté ses billets d'avion. Elle va partir. Mme Blanchard, elle, nous dit, et je la cite : «Le gouvernement travaille à contre-courant des besoins sur le terrain. Il ne nous aide pas à réduire la pénurie de main-d'œuvre.»

Est-ce que la CAQ peut arrêter cette catastrophe qui met en péril nos services publics, respecter sa parole et accorder une clause de droits acquis?

La Présidente : La réponse du ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration.

M. Jean-François Roberge

M. Roberge : Merci, Mme la Présidente. J'ai bien vu les deux reportages de Radio-Canada en deux jours qui faisaient un lien très, très maladroit entre la fin de permis de travail de personnes qui sont des personnes avec un statut temporaire qui voudraient que leurs permis soient renouvelés... mais il faudrait trouver la ministre fédérale de l'Immigration pour ça. Tout le monde la cherche. Où est Lena Diab? C'est pire que les livres Où est Charlie?, Mme la Présidente. Alors, il faudrait essayer de la trouver. Peut-être que Mme Mélanie Joly pourrait nous aider à la trouver.

Elle a dit : Je vais chercher des solutions. Parce que, lorsque des personnes arrivent au bout d'un permis de travail, nous, au gouvernement du Québec, on pense qu'il faut renouveler les permis de travail de ces personnes-là, évidemment dans les secteurs des services de la famille, de la garde, de l'éducation, mais pas seulement, dans le manufacturier, dans le tourisme aussi, à Mont-Tremblant, partout ailleurs où le... ce sont des moteurs économiques.

Mais il n'y a pas de lien entre un programme qui permet d'aller à la résidence permanente, que ce soit l'ancien programme ou le PSTQ, et la fin des permis de travail temporaires, lesquels relèvent d'Ottawa. Je pense que mon collègue le sait mais fait semblant qu'il ne le sait pas.

La Présidente : Première complémentaire.

M. André Albert Morin

M. Morin : Alors, voilà, continuons, Mme la Présidente. Les Québécois sont consternés par les agissements du ministre isolé de l'Immigration. LaPresse nous apprend ce matin, dans un sondage de l'UMQ : 83 % des Québécois souhaitent garder les immigrants au travail, 83 %. Alors, par ses actions, il va priver des milliers d'enfants d'éducatrices.

Le ministre le réalise-t-il? Que va-t-il faire?

La Présidente : La réponse du ministre.

M. Jean-François Roberge

M. Roberge : Bien, Mme la Présidente, j'aurais aimé être appelé lors de la réalisation de ce sondage, parce que j'aurais dit : Oui, je veux garder ces travailleurs. Donc, nous faisons <partie, nous, membres du gouvernement et du caucus, de ces 83 % de personnes...

M. Roberge : ...ces travailleurs. Donc, nous faisons >partie, nous, membres du gouvernement et du caucus, de ces 83 % de personnes qui souhaitent garder ici les travailleurs temporaires. Il faut renouveler leur permis de travail et ensuite s'assurer qu'ils ont les critères minimaux pour obtenir la résidence permanente, donc, évidemment, maîtriser la langue française, conserver le lien d'emploi. Avec l'ancien programme, c'était premier arrivé, premier servi. Avec le nouveau programme, on sélectionne en priorité les meilleures candidatures, ceux qui travaillent dans des secteurs particuliers...

La Présidente : En terminant.

M. Roberge : ...dans des secteurs prioritaires, mais on veut garder ces personnes sur le territoire.

La Présidente : Deuxième complémentaire.

M. André Albert Morin

M. Morin : Alors, personne ne suit le ministre. Il est largué par le candidat de Lévis, il est largué par la candidate de Sanguinet puis il est largué par 83 % des Québécois. Après une conférence de presse désastreuse, où son cabinet a été obligé de corriger ses propres chiffres, des experts le contredisent dans les journaux, et, maintenant, il publiait, hier, une déclaration demandant de ne pas croire ce que racontent les médias. Il en a parlé ce matin.

Quelle crédibilité reste-t-il au ministre de l'Immigration?

• (10 h 30) •

La Présidente : La réponse du ministre.

M. Jean-François Roberge

M. Roberge : Mme la Présidente, parlant de personne larguée, M. Charles Milliard, il n'y a pas si longtemps, alors qu'il était président de la fédération des chambres de commerce du travail, disait : «Nous, on n'est pas sortis sur les seuils d'immigration, ce qui nous préoccupe, c'est la capacité d'accueil.» Il était meilleur avant de devenir libéral. «Toutes les entreprises aimeraient avoir...»

Des voix : ...

La Présidente : Attendez, M. le ministre. Alors, je vous rappelle l'article 32, tout le monde, on garde le silence. J'aimerais entendre la réponse. Poursuivez.

M. Roberge : Rouge, rouge. «Toutes les entreprises aimeraient avoir accès à davantage de monde, mais il n'y a pas de logement disponible.»

Donc, nous, on veut garder les travailleurs ici. On veut respecter la capacité d'accueil, comme le pensait M. Milliard avant de devenir libéral. Je l'aimais mieux avant.

La Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la députée de D'Arcy-McGee.

Ressources d'hébergement pour les itinérants en situation de handicap

Mme Elisabeth Prass

Mme Prass : Merci, Mme la Présidente. Il y a un an, nous avons été informés de la situation tragique de Mélissa et Jérémie, deux jeunes adultes avec une déficience intellectuelle, connus des CIUSSS, et en situation d'itinérance, qui habitaient dans le métro depuis plus de deux ans. À la suite de mon questionnement du ministre des Services sociaux de l'époque, le ministre a demandé à Santé Québec d'agir pour sortir le couple de la rue le plus rapidement possible.

Bien, un an plus... plus d'un an plus tard et la situation de Mélissa et Jérémie est la même. C'est deux jeunes qui se retrouvent toujours en situation d'itinérance après plus de trois ans. Mélissa est toujours dans la rue en situation d'itinérance, Jérémie l'a rejointe, parce qu'il n'y a aucun hébergement adapté pour répondre à leur réalité de couple. La nouvelle ministre a maintenant demandé elle aussi à Santé Québec d'agir, mais, clairement, Santé Québec a échoué, parce que Mélissa et Jérémie sont dans la rue depuis plus de trois ans. Elle ne peut pas nous dire que Santé Québec va s'en occuper.

Donc, Mme la Présidente, je demande à la ministre d'assumer ses responsabilités ministérielles et d'agir...

La Présidente : ...des Services sociaux.

Mme Sonia Bélanger

Mme Bélanger : Oui, Mme la Présidente. Bien, d'abord, je suis extrêmement sensible à la situation de Jérémie et Mélissa. C'est épouvantable de savoir que des personnes dans leur situation, avec certaines limitations, se retrouvent en plus dans la rue.

Alors, oui, effectivement, il y a un an, cette situation a été médiatisée. On se souvient qu'à ce moment-là ils étaient en situation d'itinérance dans un métro, et puis je pense que ça nous a tous captés en termes d'émotions, et, oui, l'ex-ministre avait demandé de trouver une solution, puis il y a une solution qui a été trouvée à ce moment-là. Il y a un hébergement qui a été offert à Mélissa et à Jérémie, mais, malheureusement, puis je ne rentrerai pas dans le détail de la vie privée des personnes, ils n'ont pas voulu y rester.

Alors, c'est ça, Mme la Présidente. Alors, aujourd'hui, je me lève, et puis là on me demande : Qu'est-ce que la ministre va faire?, mais Jérémie est sous curatelle. Il demeure dans une ressource intermédiaire. Alors...

La Présidente : Première complémentaire.

Mme Elisabeth Prass

Mme Prass : Merci, Mme la Présidente. On apprécie la sensibilité de la ministre, mais la sensibilité ne sort pas Mélissa et Jérémie de la rue. La raison pour laquelle ils sont dans la rue, c'est parce qu'il n'y a pas d'hébergement qui répond à leur réalité de couple. La réponse de la ministre n'assume aucunement l'échec ni l'abandon de Mélissa et Jérémie, qui sont dans la rue depuis plus de trois ans. Cette histoire ne fait que démontrer que, sans plan précis, il n'y a pas de responsabilité ni de résultat.

Mme la Présidente, qu'est-ce que la ministre va faire aujourd'hui pour sortir ces deux de la rue?

La Présidente : La réponse de la ministre.

Mme Sonia Bélanger

Mme Bélanger : Mme la Présidente, j'ai entendu un collègue d'en face dire «bravo» à la question que je viens d'avoir, «bravo», vraiment. Alors, écoutez, cette <situation...

>


 
 

10 h 30 (version révisée)

La Présidente : ...la ministre.

Mme Bélanger : Mme la Présidente, j'ai entendu un collègue d'en face dire «bravo!» à la question que je viens d'avoir. Bravo, vraiment? Alors, écoutez, cette situation-là, Mme la Présidente, là, j'étais en train de l'expliquer, OK? Alors, Jérémie demeure dans une ressource intermédiaire. Je n'irai pas plus loin que ça, parce que je ne veux pas rentrer dans la vie privée de Jérémie. Mélissa a fait le choix de rester dans la rue. Alors, est-ce que, Mme la Présidente, le Parti libéral... est-ce que le Parti libéral... est-ce que le Parti libéral est en train de forcer une situation...

Des voix : ...

Mme Bélanger : Oui, Mme la Présidente, parce que Mélissa, elle n'est pas...

La Présidente : Deuxième complémentaire.

Mme Prass : Mme la Présidente, c'est épouvantable d'entendre la ministre de la Santé qui dit que Mélissa a fait le choix de se retrouver dans la rue, une femme avec une déficience intellectuelle à qui, s'il n'y a pas d'hébergement pour répondre à leur réalité... C'est à la ministre de trouver des solutions, pas de blâmer des personnes avec des déficiences intellectuelles de se retrouver en situation d'itinérance.

Est-ce que c'est la ministre qui travaille pour... Est-ce que c'est... c'est Santé Québec qui travaille pour la ministre ou la ministre qui travaille pour Santé Québec? Parce que les lignes administratives, c'est tout ce que j'entends.

Des voix : ...

La Présidente : Pas de commentaire! La réponse de la ministre.

Mme Bélanger : Oui, Mme la Présidente. Contrairement à la députée de D'Arcy-McGee, là, je ne rentrerai pas dans des diagnostics puis des étiquettes. Ici, on parle de la vie privée des personnes, on parle de la vie privée des personnes. Une personne est sous curatelle publique, l'autre ne l'est pas, l'autre ne l'est pas. Ce n'est pas à la ministre de la Santé, Mme la Présidente, de pousser sur la curatelle. Santé Québec s'en occupe, les professionnels sont là, les professionnels sont impliqués, il y a des éducateurs impliqués, des travailleurs sociaux, Mme la Présidente. Alors, je suis cette situation-là de près et je suis confiante que...

La Présidente : En terminant.

Mme Bélanger : ...les intervenants vont trouver une solution à une situation qui est extrêmement...

La Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la cheffe du deuxième groupe d'opposition.

Mme Ghazal : Merci, Mme la Présidente. En 2018, le premier ministre disait qu'il était en politique d'abord et avant tout pour l'éducation. Je le cite : «Le système d'éducation a manqué d'amour. Des écoles ont été laissées à l'abandon, des enfants avec des difficultés d'apprentissage ont été laissés à eux-mêmes.» Fin de la citation du premier ministre.

Aujourd'hui, quand on voit l'état du réseau du système d'éducation, on pourrait dire exactement la même chose. Le bilan du premier ministre n'est pas mieux que celui des péquistes et des libéraux. Hier, ma collègue de Verdun, elle, elle était auprès des directions, des syndicats, des parents qui étaient ici, à l'Assemblée nationale, pour sonner l'alarme pour notre réseau. La CAQ a tellement, tellement improvisé en éducation que les gens du réseau ne savent plus sur quel pied danser. Ils ont besoin de stabilité, pas juste pour eux, mais surtout pour les élèves. Ce n'est pas aux élèves, Mme la Présidente, de payer pour le déficit historique, les gaspillages et les fiascos de la CAQ. Pire, la CAQ nuit aux élèves. Avec l'abolition du PEQ et d'autres mauvaises décisions de ce gouvernement, le réseau va perdre 1 500 employés, alors qu'on a de la misère à en recruter pour s'occuper de nos enfants.

C'est peut-être la dernière question du premier ministre avant de quitter son poste : Est-ce que le premier ministre peut reconnaître que son bilan en éducation est un échec aussi cuisant que celui du Parti québécois et du Parti libéral du Québec?

La Présidente : La réponse...

Des voix : ...

La Présidente : Article 32, on retrouve le silence, je vous prie. La réponse du premier ministre.

M. Legault : Oui, Mme la Présidente. Je ne sais pas c'est quoi, la convention collective chez Québec solidaire, mais moi, je vais être ici jusqu'au 12 avril. Donc, je n'ai pas l'intention de prendre plus que... de congés que ce qui est prévu dans notre calendrier, en tout cas. Donc, peut-être qu'on n'a pas le même calendrier.

Je viens d'entendre la cheffe de Québec solidaire parler d'un déficit historique, même chose qu'on entendait tantôt du député de LaFontaine. Savez-vous... Bon, d'abord, le déficit actuel est de 1,5 % du PIB. Savez-vous combien de fois le déficit du Québec a été de plus que 1,5 % du PIB? Combien de fois? 20 fois. 20 fois. Donc, de dire que c'est historique, bien, je ne sais pas. Quand on est rendus 21e fois, est-ce qu'on appelle ça encore historique? En tout cas, pas chez nous.

Maintenant, bien, parlons d'éducation : depuis sept ans, 58 % d'augmentation du budget. Faites un petit calcul, là...

M. Legault : ...depuis sept ans, 58 % d'augmentation du budget. Faites un petit calcul, là, 58 % divisé par sept, ça, c'est historique. Ça, c'est historique.

Et rappelez vous, Mme la Présidente, quand on a décidé, pour la première fois dans l'histoire du Québec, d'augmenter plus les salaires des enseignants que de l'ensemble des employés, Québec solidaire était contre. Québec solidaire disait : Non, de la Labatt bleue pour tout le monde. Ce n'est pas vrai qu'on va augmenter plus les salaires des enseignants.

Donc, Mme la Présidente...

La Présidente : En terminant.

M. Legault : ...soyons un petit peu sérieux.

La Présidente : Première complémentaire.

Mme Ghazal : Mme la Présidente, tout le monde a noté que le premier ministre a attendu une minute et même plus avant de parler du sujet de l'éducation. Puis je le comprends parce que son bilan, il est mauvais. Ce n'est pas Québec solidaire...

Des voix : ...

La Présidente : Attendez, Mme la cheffe. L'article 32. Gardez le silence. J'aimerais entendre la cheffe poser sa question. Allez-y, il vous reste 18 secondes.

Mme Ghazal : Est-ce que le premier ministre a entendu les gens qui étaient ici hier? Ce n'est pas juste les méchants syndicats, là, comme il dit, il y avait aussi des directions, il y avait des associations de parents, des gens qui connaissent nos enfants par leurs noms.

En ce moment, le système d'éducation, c'est le chaos. Moi, je veux entendre le premier ministre, celui qui est venu ici pour l'éducation. C'est quoi...

• (10 h 40) •

La Présidente : Réponse du premier ministre.

M. Legault : Bien, Mme la Présidente, parlons de l'argent qui est investi dans la rénovation et la construction d'écoles. Quand on est arrivés, les libéraux dépensaient 1,3 milliard par année. 1,3 milliard par année. Savez-vous combien on dépense actuellement? 3,9 milliards par année. Trois fois plus.

Puis là la cheffe de Québec solidaire ose nous parler d'un déficit historique. Qu'elle essaie donc d'être cohérente puis de nous expliquer comment on pourrait dépenser plus tout en ayant un déficit moins historique.

La Présidente : En terminant... Deuxième complémentaire.

Mme Ghazal : Le bilan du premier ministre en éducation, puisqu'il est venu en politique pour ça, c'est annuler 100 projets de construction et de rénovation d'école. C'est aussi faire en sorte que des gens dans nos écoles — 1 500 personnes — perdent leurs emplois à cause des décisions de la CAQ, alors qu'en ce moment, dans ses chiffres, lui-même, il y a près de 3 000 personnes qui manquent pour s'occuper de nos enfants.

C'est quoi, son bilan? Est-ce qu'il est fier? Est-ce qu'il peut au moins reconnaître que c'est à cause de lui que ça va mal dans notre système d'éducation?

La Présidente : La réponse du premier ministre.

M. Legault : ...Mme la Présidente, j'étais à Carignan cette semaine pour inaugurer une nouvelle école avec plus de lumière, plus d'espace. On est rendus à 100 nouvelles écoles. C'est rare qu'un premier ministre est capable d'annoncer la construction puis d'inaugurer l'école.

100 nouvelles écoles, 200 projets d'agrandissement qui sont finis, faits, puis 150 autres projets qui sont en cours. C'est du jamais vu. Ça, c'est historique!

Des voix : ...

La Présidente : Alors, les amis, article 32. On garde le silence. Pas d'applaudissements, pas de cognage sur les bureaux. C'est bon pour tout le monde.En question principale, je reconnais le député de Jean-Lesage.

M. Zanetti : Merci, Mme la Présidente. Alors, hier, le gouvernement canadien annonçait des coupures de 5 milliards dans le transport collectif. Encore une fois, le Canada fait ses choix avec notre argent. Ce qui est le plus choquant là-dedans, c'est que, du fonds de maintenant 25 milliards que le Canada a mis sur pied, le Québec n'est pas allé chercher une cenne. Notre argent s'en va à Ottawa, puis après ça en Ontario, puis en Alberta, puis en Colombie-Britannique, puis il ne revient pas au Québec pour le transport collectif.

Je comprends, là, que le gouvernement de la CAQ veut obtenir des ententes pour aller chercher notre argent sans condition, je le comprends, mais la seule entente qui va faire ça, Mme la Présidente, c'est l'indépendance du Québec.

Des voix : ...

M. Zanetti : Ce que je veux... Ce que je veux savoir : C'est quoi, le rapport de force d'un gouvernement provincial fédéraliste pour aller chercher de l'argent, notre argent à Ottawa? C'est quoi, le rapport de force? Nommez-le.

Une voix : ...

La Présidente : M. le premier ministre, je vous entends. La réponse du ministre des Transports et de la Mobilité durable.

M. Julien : Oui. Merci, Mme la Présidente. Mon collègue de Jean-Lesage dit non seulement des inexactitudes, mais un terme que je ne peux pas utiliser, donc c'est minimalement inexact...

M. Julien : ...dit non seulement des inexactitudes, mais un terme que je ne peux pas utiliser, donc minimalement inexact. On obtient toujours notre part dans le financement. Puis oui, on travaille de manière plus... plus précise sur le respect des compétences et des conditions des transferts. Mais, dans les dernières années, il y a eu 24 milliards d'investis; on a obtenu 6,7 milliards de ces 24 milliards là, 28 %, c'est plus que notre poids relatif. Donc, historiquement, on le fait, on le fait bien puis on le fait sans condition, selon nos conditions.

J'étais avec le ministre fédéral, Gregor, et avec le ministre des Transports, cette semaine à Vancouver, puis j'ai eu ces discussions-là. Le transfert de 5 milliards qu'ils envisagent, c'est pour... pour bâtir une collectivité forte. On est en train de regarder, ces sommes-là, quelles sont les conditions, puis il faut que ça respecte nos conditions. Mais le transfert des sommes va être pour le transport collectif. On ne baissera pas les bras, on va avoir notre juste part, comme on l'a toujours eue, soyez sans inquiétude, mon collègue de Jean-Lesage. Et ce n'est certainement pas un référendum qui va nous permettre d'avoir les résultats historiques qu'on a eus dans les dernières années.

La Présidente : Et je vous rappelle, M. le ministre, que vous vous adressez non pas aux collègues, mais à moi. Première complémentaire, allez-y.

M. Zanetti : C'est tellement triste d'entendre le ministre se réjouir de réussir à obtenir notre argent dans certains dossiers.

Moi, la question que je pose et à laquelle il n'a pas répondu, et c'est très significatif, je pense que le Parti libéral ne serait pas capable de répondre non plus : C'est quoi, le rapport de force d'un gouvernement provincial fédéraliste dans cette fédération-là?

La Présidente : La réponse du ministre.

M. Julien : Encore là, Mme la Présidente, mon collègue de Jean-Lesage parle du rapport de force, et moi, je parle de résultats concrets, démontrés, chiffres à l'appui. Donc, actuellement, on a obtenu, je le mentionnais, 6,7 milliards d'un montant de 24 milliards. Donc, mon collègue de Jean-Lesage peut prendre sa calculatrice, faire... faire le ratio, c'est 28 %. Pourquoi on obtient 28 %, plus que notre poids relatif, dans ces sommes-là? C'est parce qu'on collabore, on négocie puis on met nos conditions. Donc, le résultat est probant. Bien, c'est un rapport de force : on a réussi à négocier ça puis on a obtenu plus que notre juste part. On est très heureux de ça.

La Présidente : Deuxième complémentaire, et, pour ce faire, je reconnais le député de Taschereau.

M. Grandmont : Merci, Mme la Présidente. Alors, le fédéral coupe 5 milliards de dollars qui étaient prévus pour le transport collectif. Le... La STM, pendant ce temps-là, la Société de transport de Montréal, enregistre un déficit de maintien d'actif important, 7 milliards de dollars pour son métro. On sait combien c'est vital, c'est important. Chaque dollar investi dans le transport en commun peut générer 29 $ de retombées économiques.

Alors, je sais que le ministre des Finances sait compter, mais est-ce qu'il sait se battre pour aller chercher les 5 milliards de dollars qui nous sont dus pour le transport collectif?

La Présidente : La réponse du ministre.

M. Julien : Encore là, Mme la Présidente, mon collègue de Taschereau se trompe, encore là, également. Il parle de sommes qui ont été engagées, investies dans d'autres provinces. Bien, le fonds dont il fait mention, là, c'est un fonds qui commence en avril 2026. Donc, on s'entend-tu qu'actuellement, là, les engagements, bien...

Puis nous, quand on négocie, parce qu'on a une colonne vertébrale, on négocie selon nos conditions puis on ne va certainement pas commencer à fléchir là-dessus. Mon collègue de Taschereau, il se trompe s'il pense ça. On obtient des résultats, mais on le fait à la vitesse... pour respecter nos conditions et certainement pas pour ne pas respecter les nôtres, parce qu'on est fiers de ça.

La Présidente : En question principale, je reconnais maintenant le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.

M. Cliche-Rivard : Mettez de l'argent de côté pour votre santé car sinon, là, bien, vous risquez vraiment d'être dans le pétrin. Lorsqu'on est en urgence et qu'on a besoin des services, le système, il n'est pas là.

Ça, ce sont les conseils de M. Couillard qui, excédé par les délais pour une chirurgie importante, est allé se faire soigner au privé, en France, Mme la Présidente. À entendre ça, on se croirait aux États-Unis. Bien non, on parle du Québec de la CAQ de 2026.

Cette semaine, là, c'était aussi le cas de Mme Lequin qui faisait les manchettes. Elle, abandonnée par le système, là, eh bien, elle s'est endettée puis elle a payé 40 000 $ pour aller chercher une chirurgie au privé, 40 000 $, Mme la Présidente. Ça n'a aucun sens payer et s'endetter pour rester en vie au Québec en 2026. Les Québécois paient deux fois : ils paient toute leur vie avec leurs impôts puis ils paient encore avec la carte de crédit quand vient le temps d'avoir des soins de santé. Ce n'est pas ça, le Québec, Mme la Présidente.

Qu'est-ce que la ministre de la Santé va faire pour rassurer les Québécois incapables d'obtenir des soins de santé au public, au Québec?

La Présidente : La réponse de la ministre de la Santé.

Mme Bélanger : Mme la Présidente, je suis d'accord en grande partie avec mon collègue député de Saint-Henri—Sainte-Anne, il y a trop de Québécois qui attendent trop longtemps encore en chirurgie et qui décident d'aller au privé...

Mme Bélanger : ...député de Saint-Henri—Sainte-Anne. Il y a trop de Québécois qui attendent trop longtemps encore en chirurgie et qui décident d'aller au privé. Je suis d'accord avec ça. Alors, par contre, c'est sur le ton, c'est sur le ton, c'est là, la différence.

Et il faut quand même être fiers de ce qu'on est en train de faire avec notre système de santé, au Québec, puis nos listes d'attente. Nos listes d'attente en chirurgie ont constamment diminué depuis les quatre dernières années. On est passés de 20 000 personnes qui étaient en attente d'une chirurgie depuis plus d'un an, au 1er janvier 2023, à, maintenant, 5 000 personnes qui attendent.

Alors, oui, c'est encore trop, mais est-ce que c'est une amélioration? Oui, c'est une amélioration, puis on va continuer de le faire. Il y a des salles d'opération qui sont fermées actuellement dans une grande majorité des hôpitaux au Québec par faute de personnel, pas par manque de budget...

La Présidente : En terminant.

Mme Bélanger : ...parce qu'on manque de personnel, puis on est en train de rétablir ça, Mme la Présidente.

La Présidente : Première complémentaire.

M. Cliche-Rivard : Fiers de ce qu'on fait au Québec? Mme la Présidente, pendant qu'il y a des patients qui s'endettent à 40 000 $ pour aller chercher une chirurgie au privé, pendant qu'il y a du monde qui s'en va en France pour chercher une chirurgie au privé aussi, puis on est fiers de ce qu'on fait? Voyons donc, Mme la Présidente, on est rendus à 1 000 médecins québécois qui ont quitté le régime public. Ça, là, c'était 460 en 2019. Ça ne fait complètement que continuer, puis ça, c'est des milliers de patients qui n'ont pas de médecin.

Qu'est-ce qu'elle va faire, la ministre, pour éviter l'hémorragie puis défendre le système public?

• (10 h 50) •

La Présidente : La réponse de la ministre.

Mme Bélanger : Mme la Présidente, je vois que la question, là, maintenant, est sur les médecins, puis comment on fait pour défendre notre système public au Québec, mais on est le gouvernement qui a le plus investi, Mme la Présidente, dans notre système de santé. On a un budget, juste pour les établissements, de près de 50 milliards de dollars dans le système de santé. Mon collègue ex-ministre de la Santé a travaillé pour les agences de placement... pour sortir le personnel des agences de placement dans les établissements, puis, aujourd'hui, on a des résultats exemplaires. On a réussi à ramener ce personnel-là, à ce qu'ils aient des postes...

La Présidente : En terminant.

Mme Bélanger : ...à assurer de la stabilité dans nos établissements. On travaille sur tous les fronts, Mme la Présidente.

La Présidente : Deuxième complémentaire.

M. Cliche-Rivard : Mme la Présidente, chez les spécialistes, là, c'est 95 % des demandes des médecins d'aller pratiquer au privé qui sont acceptées depuis avril 2025. 95 %, c'est scandaleux, Mme la Présidente. Puis, pendant ce temps-là, on a 130 salles d'opération qui sont fermées au Québec, puis le trois quart de celles qui sont ouvertes sont sous-utilisées, puis le privé, là, on le sait, ça nous coûte plus cher, encore plus cher, Mme la Présidente. Je n'ai entendu aucune réponse de la ministre.

Qu'est-ce qu'elle va faire pour défendre notre système de santé public?

La Présidente : La réponse de la ministre.

Mme Bélanger : Mme la Présidente, bien, écoutez, on continue d'améliorer notre système de santé. On investit. On travaille pour obtenir plus de postes. On a une entente avec la FMOQ, qui s'est traduite dans un projet de loi. On a, donc, vous le savez, notre objectif de faire en sorte que, d'ici le 30 juin, 500 000 Québécois soient affiliés à un GMF, qu'ils aient un médecin de famille. On est en train de travailler pour rehausser le rôle des IPS, Mme la Présidente. Donc, ce n'est pas juste le travail sur les médecins, Mme la Présidente, c'est le travail sur tous les autres professionnels de la santé. C'est comme ça qu'on va l'améliorer, notre système de santé, en améliorant la première ligne et en misant sur le rôle de tous les professionnels, pas seulement les médecins, Mme la Présidente.

La Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la députée de Terrebonne.

Mme Gentilcore : Le passage au ministère de l'Économie et de l'Innovation de la députée de Sanguinet, candidate à la chefferie de la CAQ, se confirme aujourd'hui comme un rendez-vous manqué avec la prospérité du Québec. Le constat d'une étude de HEC Montréal est dévastateur. La politique d'innovation à 2,4 milliards de dollars pilotée par l'ancienne ministre de l'Économie était un échec annoncé. Les chercheurs sont catégoriques. Cette réforme-là va alourdir la facture fiscale sans corriger les faiblesses structurelles du Québec. Alors, encore une fois, on mise tout sur les grandes entreprises, alors que l'efficacité de l'aide fiscale diminue, elle, à mesure que la taille des entreprises augmente. C'est ça, le sceau de la CAQ. On signe des chèques en blanc aux grandes entreprises sans aucun résultat en retour.

Est-ce que le ministre de l'Économie et de l'Innovation partage les conclusions de HEC Montréal, soit que la réforme à 2,4 milliards de dollars de sa candidate à la chefferie est la chronique d'un autre échec annoncé de son gouvernement?

La Présidente : La réponse du ministre des Finances.

M. Girard (Groulx) : Oui, Mme la Présidente. Bien, au niveau de la fiscalité, c'est certain que le ministère des Finances travaille avec le ministère de l'Économie. Et j'ai lu l'étude des HEC, qui, malheureusement, utilisait des données jusqu'à 2019, mais, bon... Alors, ça précède la réforme qui a été faite sur la recherche et développement au Québec. Suite à une... à une consultation de...

M. Girard (Groulx) : ...mais, bon... Alors, ça précède la réforme qui a été faite sur la recherche et développement au Québec. Suite à une... une consultation de l'ensemble des acteurs de l'industrie, nous avons créé un nouveau crédit à l'innovation qui permet, Mme la Présidente, les dépenses en capital, parce qu'autrefois c'étaient uniquement des salaires de chercheurs. Là, on permet les dépenses en capital, et, initialement, uniquement recherche et développement, et là on élargit jusqu'à la précommercialisation. Donc, plus d'activités, plus de dépenses en capital, un long processus de consultation qui a été souligné par l'ensemble de l'industrie, une réforme qui est appréciée.

La Présidente : Première complémentaire.

Mme Gentilcore : J'ai bien de la peine de vous contredire, mais les experts de HEC Montréal, eux, sont sans appel : le Québec a choisi la voie de contournement plutôt que l'efficacité. Le niveau des dépenses privées en recherche au Québec est 60 % plus faible que dans les autres pays de l'OCDE.

Est-ce que le ministre de l'Économie reconnaît l'expertise du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal et se range derrière ses constats, soit que la politique d'innovation de sa candidate à la chefferie est un... un véritable échec annoncé?

La Présidente : La réponse du ministre.

M. Girard (Groulx) : Oui.Bien, écoutez, le chercheur s'appelle Robert Gagné, il utilise les données de 2019. Les chercheurs sont indépendants. On finance ses recherches parce que c'est une chaire de recherche, puis on est ouverts à toutes les opinions. Mais je rappelle qu'au niveau de l'innovation on a fait une très large consultation pour permettre les dépenses en capital en plus des salaires de chercheurs, qu'on a élargi le cycle de l'innovation et que l'ensemble de l'industrie nous a remerciés et souligné cette avancée.

La Présidente : Deuxième complémentaire.

Mme Gentilcore : Continuons donc dans la catégorie des désastres annoncés. Ce n'est pas ça qui manque du côté de la CAQ. La députée de Sanguinet a tout fait pour mettre en place le projet controversé de TES Canada à l'encontre de l'acceptabilité sociale des citoyens et de certains élus.

Est-ce que le nouveau ministre de l'Économie considère lui aussi que c'est un projet magique, comme sa prédécesseure?

La Présidente : La réponse du ministre de l'Économie, de l'Innovation et l'Énergie.

M. Boulet : Oui. Merci, Mme la Présidente. Donc, TES Canada, on s'est déjà prononcés, c'est un projet qui est purement privé qui est entre les mains de cette entreprise-là qui a l'intention d'investir jusqu'à 4 milliards de dollars dans la filière énergétique dans des secteurs où la décarbonation est beaucoup plus complexe. Évidemment, il y a un défi d'acceptabilité sociale, mais c'est un projet d'entreprise qui va suivre les processus réguliers des réglementations au Québec. Et le BAPE est d'ailleurs dû pour débuter très bientôt, et la compagnie continue son travail d'information et de sensibilisation de la population.

La Présidente : En terminant.

M. Boulet : Merci, Mme la Présidente.

La Présidente : En question principale, je reconnais la députée de Rimouski.

Mme Blanchette Vézina : Merci. «Mettre fin au PEQ, c'est affaiblir les régions.» Et ça, Mme la Présidente, ce n'est pas moi qui le dis, c'est le président du Mouvement Desjardins et l'ensemble du Québec, en fait, qui le dit et qui sonne l'alarme en demandant une clause de droits acquis pour les travailleurs immigrants. Et qu'est-ce que fait le gouvernement? Bien, il choisit de prioriser un projet de loi pour reconnaître le papillon amiral comme emblème national.

Alors, si le gouvernement se cherche un projet de loi pertinent, concret pour les Québécois, pour les régions du Québec, j'en ai déposé un aujourd'hui, Mme la Présidente, le projet de loi n° 592 qui propose de véritablement régionaliser l'immigration et qui intègre une clause de droits acquis comme tout le monde le demande.

Alors, ma question est simple : Est-ce que le gouvernement va appeler ce projet de loi qui répond concrètement à la crise vécue par les régions ou va-t-il continuer à détourner les yeux de la... du problème qu'il a créé?

La Présidente : La réponse du ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration.

M. Roberge : Merci, Mme la Présidente. Bien, on va prendre le temps d'analyser la proposition de la collègue, parce que la régionalisation de l'immigration, c'est extrêmement important pour le gouvernement.

Il faut se souvenir que les gouvernements qui nous ont précédés, eux, disaient : Bien, on va laisser les immigrants arriver, s'installer, la grande majorité va être à Montréal, puis après on va essayer de les convaincre de déménager en région. Ça n'a pas fonctionné, Mme la Présidente, pas du tout, du tout, du tout.

Alors, ce qu'on veut faire en ce moment, c'est... Il y a des gens qui ont été attirés avec des permis de travail, qui travaillent dans toutes les régions du Québec, qui rendent de fiers services à notre économie régionale, dans tous les secteurs. Oui, certains sont en santé, en éducation, en génie, mais il y en a qui sont aussi dans nos écoles...

M. Roberge : ...en éducation, en génie, mais il y en a qui sont aussi dans nos écoles, dans notre secteur de la santé. Et ce qu'on veut faire, c'est s'assurer que le fédéral renouvelle les permis de ces personnes-là et que, graduellement, à mesure que les gens accumulent des années d'expérience, le bon niveau de français, qu'on puisse les sélectionner puis leur donner le certificat de sélection du Québec, la permanence.

Sous l'ancien programme, que certains réclament encore, 60 % d'immigrants étaient à Montréal. Sous le nouveau programme, c'est plus de 60 % des gens qui sont à l'extérieur...

La Présidente : En terminant.

M. Roberge : ...de Montréal. C'est un grand changement de paradigme. Je pense qu'on est sur la bonne voie.

La Présidente : Première complémentaire.

Mme Blanchette Vézina : Bien, je suis contente d'entendre l'ouverture du ministre, mais, en fait, je pense qu'il faut agir plus rapidement. Les entreprises demandent de la prévisibilité. Les municipalités demandent plus de pouvoirs. C'est ce qu'on offre. Pour un gouvernement qui se dirait d'un gouvernement des régions, il y a une solution sur la table plus forte que de simplement regarder certains programmes qui, comme vous l'avez dit, n'a pas l'impact espéré.

Alors, est-ce que vous vous engagez à déposer et à appeler le projet de loi n° 592 rapidement d'ici la fin de la session?

• (11 heures) •

La Présidente : Et, Mme la députée, je vous rappelle que vous vous adressez à la présidente. La réponse du ministre.

M. Roberge : Bien, Mme la Présidente, on va analyser le projet de loi, bien sûr, comme on analyse tous les projets de loi qui sont déposés, puis on va avancer dans le sens de l'intérêt économique des Québécois puis de notre intérêt national aussi, s'assurer que les gens qu'on accueille ici, on est capables de les accueillir, mais de les loger, de les scolariser, de les soigner, de les intégrer à la nation québécoise. On a maintenant une loi sur l'intégration à la nation québécoise. On a tourné la page sur le multiculturalisme, qu'on a renvoyé dans les limbes de... de l'histoire, au grand malheur du Parti libéral et de Québec solidaire. Mais nous, on s'affirme : régionalisation, intégration, francisation.

La Présidente : Deuxième complémentaire.

Mme Blanchette Vézina : Bien, je suis contente d'entendre que ce sont les priorités du ministre, Mme la Présidente, puisque c'est exactement ce que le projet de loi propose. Alors, rapidement, j'ai l'impression qu'on aurait la collaboration de plusieurs personnes ici. On pourrait appeler le projet de loi, ça permettrait de régler cette crise qu'on voit dans nos régions, d'arrêter l'insécurité de plusieurs entreprises, de plusieurs organismes, gouvernementaux, notamment. Alors, ça viendrait régler des solutions en attendant d'avoir un... un nouveau chef à la CAQ.

La Présidente : La réponse du ministre.

M. Roberge : Oui, Mme la Présidente. Juste rappeler quand même que, sur 10, 15 ans, on a toujours eu, au Québec, autour de 50 000 immigrants permanents. On est à 45 000 en ce moment. Et, qu'on ait un programme ou un autre, on va avoir autour de 28 000, 29 000 immigrants économiques, de toute manière. La question, c'est de les sélectionner le mieux possible, franciser, accueillir, loger, intégrer, leur permettre de travailler et de rendre des services dans toutes les régions.

Mais j'aimerais ça, que ma collègue se joigne à nous pour dire que, dans l'intervalle, pendant qu'on analyse toutes ces candidatures-là, il faut s'assurer qu'Ottawa ne leur enlève pas leur permis de travail.

La Présidente : En question...

Des voix : ...

La Présidente : Article 32. Je vous en prie. Nous poursuivons.

En question principale, je reconnais le député de Laurier-Dorion.

M. Fontecilla : Merci, Mme la Présidente. Nous avons appris cette semaine que près d'une centaine d'aînés de la Coopérative d'habitation Émile-Nelligan, à Montréal, viennent de recevoir une hausse de loyer de 10 % pour cette année. Pourquoi? Parce que la Société d'habitation du Québec oblige les coops à suivre les prix du marché qui montent en flèche ces dernières années. Ces aînés vulnérables, ils subissent depuis quelques années une augmentation de 33 % en trois ans, là.

Pourtant, la solution est simple, Mme la Présidente : la ministre de l'Habitation pourrait demander à la Société d'habitation du Québec d'utiliser la clause d'abandon d'exigence qui existe déjà dans les conventions qui lient la SHQ avec les... les coops. Avec le coût de la vie qui explose, le logement devrait être un rempart justement pour les populations vulnérables.

Ceci est une main tendue à la ministre de l'Habitation. Est-ce que la ministre est prête à utiliser ses prérogatives et agir pour éviter les hausses de loyers excessives dans les coopératives d'habitation?

La Présidente : La réponse de la ministre responsable de l'Habitation.

Mme Proulx : Dans les habitudes de QS, on lit toujours juste une partie de l'article, Mme la Présidente. Donc, heureuse de pouvoir répondre à cette question-là. Les gens sont devant le Tribunal administratif du travail... du travail, du logement, pardon. C'est un outil qui est à la disposition des Québécois et des Québécoises, lorsque ces hausses-là sont démesurées, de se présenter devant le tribunal.

Alors, Mme la Présidente, pour le moment, la ministre de l'Habitation ne va pas se substituer au tribunal. Il y a des travaux qui vont être menés là-bas, qui vont être entendus de la part des locataires. Et le travail du... du tribunal est rigoureux, et on va suivre ces travaux-à, Mme la Présidente. Pour le moment, on va laisser le tribunal faire ce qu'il a à faire, Mme la Présidente...


 
 

11 h 03 (version non révisée)

Mme Proulx : ...rigoureux et on va suivre ces travaux-là, Mme la Présidente. Pour le moment, on va laisser le tribunal faire ce qu'il a à faire, Mme la Présidente.

La Présidente : Première complémentaire.

M. Fontecilla : Mme la Présidente, on s'entend, les coopératives d'habitation, c'était du logement social, et souvent, le secteur du logement social sert à maintenir les loyers plus bas dans l'ensemble du secteur locatif. On parle ici d'une coopérative qui se porte bien financièrement. On ne parle pas des hausses nécessaires pour faire des travaux, pour faire du maintien d'actifs, c'est seulement pour répondre à une commande administrative qui est dans les conventions de la SHQ. Il n'a pas besoin de faire des hausses. Est-ce que la ministre pourrait...

La Présidente : La réponse de la ministre.

Mme Proulx : Merci, Mme la Présidente. Au risque de me répéter, il y a un tribunal qui est là, qui existe. D'ailleurs, avec le projet de loi n° 20, l'intention du gouvernement du Québec, Mme la Présidente, c'est justement d'éviter que les gens se ramassent au Tribunal administratif du logement, qu'on puisse en amont discuter et trouver des solutions. C'est d'ailleurs une des grandes mesures qui est mise de l'avant avec le projet de loi n° 20, qu'on aura d'ailleurs l'occasion, avec les collègues, de discuter au cours des prochaines semaines. C'est ça, l'objectif.

Maintenant, Mme la Présidente, je vais rassurer tout le monde. Le Tribunal administratif du logement fait un extraordinaire travail et va accompagner main dans la main les gens qui se présentent devant ce tribunal-là, Mme la Présidente.

La Présidente : Deuxième complémentaire.

M. Fontecilla : Merci, Mme la Présidente. Il y a quelque 8 000 ménages qui pourraient être affectés par ces hausses automatiques décrétées par une convention liant les coopératives financées par l'ancien programme AccèsLogis à la Société d'habitation du Québec, là. C'est une hausse automatique, bureaucratique qui n'est pas fondée sur des besoins réels. La ministre, elle, elle a, elle possède la prérogative d'agir. Pourquoi elle n'est pas, au moins... s'ouvrir à étudier la possibilité d'étudier cette possibilité?

La Présidente : La réponse de la ministre.

Mme Proulx : Je suis full ouverte, Mme la Présidente, puis on en discutera durant le débat du projet de loi n° 20, Mme la Présidente.

La Présidente : Et voilà, cela met fin à cette période de questions et de réponses orales. Je vous invite à demeurer en place puisqu'il y a un vote reporté. Et, pour ce faire, je vais céder la place au troisième vice-président de l'Assemblée nationale, juste le temps de vous souhaiter une bonne fin de journée, tout le monde. Et surtout, profitez bien de ces deux semaines de travail en circonscription.

Merci, tout le monde...

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Alors, à la rubrique des Votes reportés, comme annoncé précédemment, nous allons maintenant procéder au vote reporté sur la motion de Mme la députée de Bourassa-Sauvé, débattue hier aux affaires inscrites par les députés de l'opposition et qui se lit comme suit :

«Que l'Assemblée nationale reconnaisse la nécessité de tenir des états généraux sur le système d'éducation au Québec.»

Le vote est maintenant ouvert.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : La période de vote est terminée. M. le secrétaire général.

Le Secrétaire : Pour : 31

Contre : 68

Abstentions : 0

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Cette motion est donc rejetée. Nous allons poursuivre à la rubrique des Motions sans préavis. En fonction de nos règles et de l'ordre de présentation des motions sans préavis, je reconnais un membre du groupe du troisième groupe d'opposition, M. le député de Matane-Matapédia.

M. Bérubé : Merci, M. le Président. Vous me permettrez de saluer les représentants et représentantes d'une vaste coalition contre... pour l'élimination de la violence à l'école, qui sont parmi nous. Je sollicite le consentement des membres de cette Assemblée afin de présenter, conjointement avec les députés de Bourassa-Sauvé, Gouin, Abitibi-Est, Chomedey, Laporte, Rimouski, Rosemont et Saint-Laurent, la motion suivante :

«Que l'Assemblée nationale demande au gouvernement de s'engager à mener une enquête nationale sur la violence en milieu scolaire en se basant sur une définition...


 
 

11 h 08 (version non révisée)

M. Bérubé : ... de celle-ci.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion?

Des voix : Consentement.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Consentement sans débat. M. le député de Jean-Talon.

M. Paradis : J'aimerais demander un vote électronique, s'il vous plaît, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Un vote électronique a été demandé. La période de vote est ouverte.

La période de vote est terminée, M. le secrétaire général.

Le Secrétaire : Pour : 96

Contre : 0

Abstentions : 0

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Cette motion est adoptée. Nous allons poursuivre avec la prochaine motion qui revient au gouvernement, et je reconnais Mme la ministre de la Condition féminine.

Mme Proulx : Merci, M. le Président. Je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de présenter la motion suivante conjointement avec les députés de Robert-Baldwin, Terrebonne, Chomedey, Rosemont, Saint-Laurent, Rimouski et Laporte.

«Que l'Assemblée nationale du Québec souligne la Journée internationale des droits des femmes;

 «Qu'elle exprime une profonde tristesse et une vive préoccupation face aux féminicides qui ont endeuillé le Québec récemment, avec plusieurs femmes assassinées dans des contextes conjugaux ou postconjugaux au cours des dernières semaines et des derniers mois;

«Qu'elle rappelle que cette réalité tragique illustre la persistance d'une violence liée au genre qui continue de frapper notre société et laisse des familles dans le deuil;

«Qu'elle reconnaisse que les féminicides constituent l'expression la plus extrême de la violence faite aux femmes, violence qui se manifeste aussi par des agressions physiques, psychologiques et sexuelles à l'intérieur et hors des relations intimes;

«Que cette violence demeure un enjeu de santé publique et que la sécurité qui exige une attention permanente;

«Qu'elle rende hommage à toutes les victimes de violences faites aux femmes, à leurs proches et aux familles affectées par ces pertes inacceptables;        «Qu'elle salue les efforts déployés par le gouvernement du Québec pour mettre en œuvre une grande part des recommandations issues des travaux en matière de prévention de la violence conjugale et pour soutenir l'égalité entre les femmes et les hommes, y compris la mise en place de stratégies gouvernementales, d'investissements et de projets en égalité et de prix honorifiques reconnus à celles et ceux qui font avancer cette cause;

«Qu'elle reconnaisse cependant qu'il reste encore beaucoup de chemin à faire, notamment dans la prévention des violences, de la protection des femmes à risque, de la formation continue des intervenants de première ligne et de la mise en place de mesures structurantes pour l'avenir des drames... pour prévenir, pardon, les drames futurs;

«Qu'enfin, elle réaffirme son engagement à travailler de façon constructive avec toutes les instances concernées, gouvernementales, communautaires, municipales et citoyennes, pour faire de la sécurité des femmes et de l'égalité de fait des objectifs prioritaires ici, au Québec, et au-delà des frontières.»

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion?

Une voix : Consentement sans débat.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Il y a consentement sans débat. Cette motion est-elle adoptée?

Des voix : Adoptée.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Adoptée. La prochaine motion revient à l'opposition officielle, et je reconnais Mme la députée de Bourassa-Sauvé.

Mme Cadet : M. le Président, je tiens tout d'abord à saluer les nombreux invités que nous avons dans nos tribunes pour l'occasion. M. le Président, je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de présenter la motion suivante, conjointement avec le ministre responsable de la Lutte contre le racisme, le député de Laurier-Dorion, le député d'Arthabaska, le député de Taillon, la députée de Laporte, le député de Rosemont, la députée de Saint-Laurent et la députée de Chomedey.

«Que l'Assemblée nationale souligne l'édition 2026 du Mois de l'histoire des Noirs, dont le thème est Élevons nos voix ensemble...


 
 

11 h 13 (version non révisée)

Mme Cadet : ...«Qu'elle souligne une fois de plus l'importance de reconnaître et de promouvoir la contribution passée, présente et future des Québécoises et des Québécois des communautés noires dans le tissu social du Québec;

«Qu'elle reconnaisse et salue l'histoire des luttes pour la justice, l'égalité et la dignité des communautés noires au Québec;

«Qu'enfin l'Assemblée nationale déplore les inégalités et les manifestations de racisme qui demeurent envers les communautés noires au Québec et souligne le travail à poursuivre afin de parvenir à une société plus inclusive». Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion?

Mme LeBel : ...M. le Président, il y a consentement pour un débat de deux minutes de rigueur par intervenant dans l'ordre suivant : la députée de Bourassa-Sauvé, le ministre responsable de la Lutte contre le racisme, le député de Laurier-Dorion et le député d'Arthabaska.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Alors, je comprends qu'il y a consentement afin qu'il y ait un débat de deux minutes de rigueur, qui commencera par une première intervenante, et je reconnais Mme la députée de Bourassa-Sauvé.

Mme Cadet : Il y a une époque pas si lointaine, quand certains de nos filles et nos fils aspiraient à s'élever, certains sourires narquois s'esquissaient. Les quolibets ponctuaient furtivement les palabres. Des adultes se sentaient légitimés d'agir en garde-fou de rêves d'enfants. Des pères à qui l'on avait érigé des murs itéraient à leur tour ces propos, parfois parce qu'ils avaient amèrement été dépossédés de leurs propres ambitions, mais aussi, épisodiquement, parce que la crainte de voir l'un des leurs se buter à la vie ouvrait une plaie si béante qu'ils se persuadaient qu'à tout le moins ils leur éviteraient la douleur de se brûler les ailes trop près du soleil.

Élever nos voix ensemble, soit le thème de la 35e édition du Mois de l'histoire des Noirs au Québec, c'est lutter farouchement contre ces éteignoirs et plutôt incarner la philosophie Ubuntu : Je suis parce que nous sommes. Élever nos voix ensemble signifie se célébrer les uns les autres. C'est tintamarrer de fierté face à l'épopée triomphale de nos filles et nos fils prodiges. C'est tâter le trophée d'un champion et ainsi effleurer une parcelle de liberté. Face au passé, c'est honorer le récit de notre terroir métissé. À l'égard du présent, c'est s'ériger en rempart contre les comportements iniques et porter haut et fort la parole de celles et ceux contraints au mutisme.

En ce Mois de l'histoire des Noirs, il nous incombe donc à tous de veiller à cultiver des espaces permettant aux voix québécoises afrodescendantes de se faire entendre dans toute leur singularité, à l'abri des soliloques. Ainsi, nous bâtirons tous ensemble une société harmonieuse et unie. Tous ensemble, entonnons un chœur en faveur d'un Québec fou de tous ses enfants. Parce qu'élever nos voix ensemble, c'est redonner à nos enfants le droit de rêver dignement, librement. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Bourassa-Sauvé. Je reconnais maintenant M. le ministre responsable de la Lutte contre le racisme.

M. Skeete : Merci, M. le Président. Célébrer le Mois de l'histoire des Noirs est un moment de mémoire, de reconnaissance et d'engagement. Pour moi, c'est aussi profondément personnel. Étant d'origine afrodescendante, cette commémoration résonne au-delà des institutions et des discours, elle me rappelle le parcours personnel, mais aussi de plusieurs personnes, de résilience, de courage, de contribution qui ont façonné nos sociétés, souvent dans l'ombre, parfois dans l'adversité, mais toujours avec dignité.

L'histoire des personnes noires ne se limite pas par un mois, elle se fait partie intégrante de l'histoire du Québec et du monde. Elle est faite d'innovateurs, d'artistes, d'entrepreneurs, de penseurs, de leaders. Elle est aussi faite de bâtisseurs qui ont contribué à notre prospérité collective.

Souligner ce mois, ce n'est pas non seulement reconnaître les apports, c'est aussi admettre que le travail n'est pas terminé. Les inégalités persistent, les préjugés existent encore, et notre responsabilité collective et même personnelle est de continuer à bâtir une société plus juste, plus inclusive...


 
 

11 h 18 (version non révisée)

M. Skeete : ...plus équitable. Comme élu, je suis profondément au courant que la représentation, elle compte. Votre présence sur ce trône, M. le Vice-Président, compte, la présence de madame... la députée de madame... de Bourassa-Sauvé compte, Mme la députée de Marie-Victorin compte, la présence aussi du député de Taillon compte, M. le Président. Et, vous savez, elle inspire, elle ouvre des portes, elle envoie un message clair aux jeunes générations que votre place est ici pleinement, que votre voix, elle est essentielle.

En ce mois de l'histoire des Noirs, prenons le temps d'apprendre, d'écouter et de célébrer, mais, surtout, engageons-nous à vivre ces valeurs à tous les jours, tout au long de l'année, parce que la diversité, ce n'est pas une faiblesse, plus que jamais, elle est une source de force, je dirais, une richesse. Merci.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le ministre responsable de la Lutte contre le racisme. Et je reconnais maintenant M. le député de Laurier-Dorion.

M. Fontecilla : Merci, M. le Président. Je salue également les représentants et représentantes des communautés noires du Québec. Merci beaucoup d'être ici avec nous.

Février 2026 marque la 35e édition du Mois de l'histoire des Noirs au Québec. Ça devient une tradition et c'est l'occasion de célébrer plus de 300 ans de présence des communautés noires en territoire québécois. L'occasion de célébrer des personnes qui, par leurs actes remarquables, ont non seulement fait progresser leur communauté mais aussi le Québec tout au complet. Je pense à Mathieu da Costa, premier Noir reconnu au Québec, qui, de 1606, participait aux explorations de Samuel de Champlain. Je pense à Marie-Josèphe Angélique et à Olivier Lejeune, des noms qui nous rappellent que l'esclavage a bel et bien existé au Québec. Je pense aux étudiants de l'Université Sir Georges William, aujourd'hui Concordia, qui, en 1969, ont occupé le pavillon Henry Hall pour dénoncer la discrimination qu'ils subissaient. Je pense à la Dre Yvette Bonny, pédiatre et hématologue pionnière, qui a consacré sa carrière à la recherche et au traitement des enfants atteints de cancer et d'anémie falciforme.

Je pense aux familles, aux femmes et aux communautés qui se mobilisent depuis des décennies contre le profilage racial. Leurs exploits et leurs luttes témoignent du fait que les communautés noires ne sont pas étrangères à la société québécoise. Elles en sont une part vivante, essentielle et indissociable.

Soyons donc fiers et célébrons l'apport inestimable de ces Québécois et Québécoises dans la construction du Québec d'aujourd'hui, un Québec plus juste, plus égalitaire, plus respectueux de la dignité de tous. Soyons fiers, mais n'oublions pas, beaucoup reste encore à faire. C'est pourquoi il est nécessaire de faire de leur lutte actuelle et passée notre lutte aujourd'hui à tous et à toutes. Restons solidaires avec celles et ceux qui continuent à se battre pour l'égalité et contre la discrimination.

Et pour terminer, élevons nos voix ensemble pour répéter haut et fort : l'histoire des Noirs est partie intégrante de l'histoire du Québec. Je me souviens. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Laurier-Dorion. Et la prochaine déclaration, ou plutôt la prochaine intervention revient à M. le député d'Arthabaska.

M. Boissonneault : Merci, M. le Président. Permettez-moi aussi d'abord de saluer les membres de la communauté qui sont ici avec nous aujourd'hui. Cette année, le Mois de l'histoire des Noirs est célébré sous le thème Élevons nos voix ensemble. Ensemble, parce que si nous soulignons les réalisations et l'immense contribution de la communauté noire, nous reconnaissons surtout qu'elle fait partie intégrante de notre identité collective, de ce que nous sommes comme Québécois et comme Québécoises. Votre histoire fait partie de notre histoire. C'est une histoire partagée. Trop souvent mise de côté, elle est pourtant profondément enracinée dans la construction de notre nation, dans l'industrialisation, les transports, la culture, l'économie et dans la transmission de nos valeurs communes. Ici même, à l'Assemblée nationale, des pionniers ont ouvert la voie, je pense, entre autres, à Jean Alfred et à Maka Kotto, dont l'engagement a marqué notre démocratie et démontré que l'inclusion passe aussi par la participation. Je pense évidemment à Oscar Peterson, à Oliver Jones, à Willie O'Ree, qui ont contribué à leur manière à faire rayonner leur communauté. Et je pense à ma circonscription, Arthabaska, à des bâtisseurs d'aujourd'hui comme Thierno Habib Nimaga du complexe 905, ainsi qu'à Dior et Ibra Seck du café Mame Babacar au centre-ville de Victoriaville, qui participent activement au...


 
 

11 h 23 (version non révisée)

M. Boissonneault : ...dynamisme socio-économique de notre région. Enfin, je pense à toutes ces femmes et ces hommes moins connus qui, jour après jour, forgent leur communauté et lui donnent tout le dynamisme qu'on lui connaît. Notre devise est Je me souviens. Souvenons-nous aujourd'hui, non seulement des luttes et réalisations passées de la communauté noire, mais de celles qui façonnent au présent et surtout de celles qui impliquent pour l'avenir. Beaucoup de chemin a été parcouru. Beaucoup reste à faire. Élevons nos voix ensemble pour un Québec plus juste, plus fort et plus libre.

Merci... M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député d'Arthabaska. Alors, cette motion...

Une voix : ...

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Oui?

Une voix : ...

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Un vote électronique a été demandé. La période de vote est ouverte.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : La période de vote est terminée. M. le secrétaire général.

Le Secrétaire : Pour : 91

Contre : 0

Abstentions : 0

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Cette motion est donc adoptée. M. le leader de l'opposition officielle.

M. Tanguay : M. le Président, nous aimerions que cette motion soit envoyée à la Table ronde du Mois de l'histoire des Noirs, au Sommet socio-économique pour le développement des jeunes des communautés noires et à la Maison d'Haïti.

Merci.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Ce sera fait, M. le leader de l'opposition officielle. Vous m'en voyez réjoui de l'adoption de cette motion. Donc, je remercie tous les collègues ayant favorisé son adoption à l'unanimité. Et j'en profite pour saluer les membres des communautés noires qui sont ici parmi nous présents, dont plusieurs sont des visages amis et familiers.

Pour la prochaine motion...

(Applaudissements)

Le Vice-Président (M. Benjamin) : ...La prochaine motion revient au deuxième groupe d'opposition. Et je reconnais Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition.

Mme Ghazal : Merci, M. le Président. Je sollicite le consentement de cette Assemblée pour présenter la motion suivante, conjointement avec le ministre de la Sécurité publique, la députée de Robert-Baldwin, la députée de Terrebonne, la députée de Rimouski, le député de Rosemont, la députée de Laporte et la députée de Saint-Laurent :

«Que l'Assemblée nationale déplore les six féminicides survenus au Québec depuis le début de l'année 2026;

«Qu'elle rappelle que plusieurs auteurs présumés de ces féminicides présentaient des antécédents de violence conjugale;

«Qu'elle reconnaisse que la loi de Clare, née au Royaume-Uni après un féminicide et qui permet la divulgation encadrée des antécédents violents d'un partenaire à des fins de prévention, constitue l'un des outils pouvant permettre de sauver des vies;

«Qu'enfin, l'Assemblée nationale demande au gouvernement du Québec de s'engager à déposer un projet de loi inspiré de la loi de Clare afin de prévenir de nouveaux féminicides.»

Merci beaucoup.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette notion?

Des voix : Consentement.

Une voix : ...

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Un vote électronique a été demandé. La période de vote est ouverte.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : La période de vote est terminée. M. le secrétaire général.

Le Secrétaire : Pour : 88

Contre : 0

Abstentions : 0

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Cette motion est adoptée. M. le leader du deuxième groupe d'opposition.

M. Cliche-Rivard : ...Président, est-ce qu'une copie de cette motion peut être envoyée à...


 
 

11 h 28 (version non révisée)

M. Cliche-Rivard : ...la sœur de Gabie Renaud, ainsi qu'au regroupement des maisons d'hébergement, s'il vous plaît.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Ce sera fait M. le leader. Oui, M. le leader de l'opposition officielle?

M. Tanguay : Avec votre permission, nous aimerions enregistrer le vote du collègue de Nelligan. Pour.

Des voix : Consentement.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Consentement?

Des voix : Consentement.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Consentement. Merci. La prochaine motion revient à Mme la députée de Chomedey.

Mme Lakhoyan Olivier : Merci, M. le Président. Je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de présenter la motion suivante.

«Que l'Assemblée nationale reconnaisse que les réalités hormonales liées, notamment, aux menstruations et à la ménopause, peuvent entraîner des impacts importants sur la santé physique, la santé mentale et la qualité de vie des femmes;

«Qu'elle souligne que les femmes représentent près de 50 % des élus ici, et des membres du Conseil des ministres, et que l'Assemblée nationale a la responsabilité d'exercer un leadership en matière de santé des femmes;

«Qu'elle affirme l'importance d'une approche accrue en prévention, en recherche et en suivi structuré afin de garder nos filles et nos femmes en santé le plus longtemps possible;

«Qu'elle exprime la volonté du Québec de devenir un leader mondial en recherche sur la santé des femmes et un modèle en matière de politique publique et;

«Qu'enfin, ellle demande au gouvernement du Québec d'amorcer les travaux en vue de la mise en place d'une politique nationale sur la santé des femmes.»

 Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion?

Une voix : ...

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Il n'y a pas de consentement. Et nous sommes maintenant rendus à la rubrique des avis des travaux touchant... touchant les travaux des commissions. Mme la leader adjointe du gouvernement.

Mme LeBel : ...dérange pas si vous voulez abandonner vos travaux... parlementaires.

Des voix : ...

Mme LeBel : Excusez-moi, merci. Merci, M. le Président, désolée pour mon moment de distraction. Alors, je donne avis à la Commission... à cette Assemblée que la Commission de l'Économie et du travail poursuivra l'étude détaillée du projet de loi n° 11, Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins d'allègement de fardeaux réglementaires et administratifs, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 13 h, et de 14 h à 16 h 30, à la salle Marie-Claire Kirkland. La Commission des Finances publiques poursuivra l'étude détaillée du projet de loi n° 7, Loi visant à réduire la bureaucratie et à accroître l'efficacité de l'État et à renforcer l'imputabilité des hauts fonctionnaires, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 13 h, et de 13 h 30 à 16 h, à la salle Louis-Hyppolite Lafontaine. La Commission des relations avec les citoyens poursuivra l'étude... détaillée du projet de loi n° 9, Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 13 h, et de 14 h à 16 h 30, à la salle Louis-Joseph Papineau. Enfin, la Commission de l'aménagement du territoire poursuivra l'étude détaillée du projet de loi n° 13, Loi favorisant la... à favoriser... Loi visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et modifiant diverses dispositions, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 13 h, et de 14 h à 16 h 30 à la salle Pauline Marois.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la leader adjointe du gouvernement. Y a-t-il consentement pour déroger à l'article 143 du règlement concernant l'horaire des travaux des commissions?

Des voix : Consentement.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Consentement. À la rubrique Renseignements sur les travaux de l'Assemblée, je vous avise que l'interpellation prévue pour le vendredi 20 mars 2026 portera sur le sujet suivant : Le laisser-aller de longue durée, symbole de l'échec caquiste envers les aînés. Mme la députée de La Pinière s'adressera alors à Mme la ministre responsable des Aînés et des proches aidants. La période des affaires courantes étant terminée, nous allons maintenant passer aux affaires du jour. Mme la leader adjointe du gouvernement.

Mme LeBel : Oui. Merci, M. le Président. Je vous demande d'appeler l'article 15 du feuilleton, s'il vous plaît.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : À l'article 15 du feuilleton : l'Assemblée reprend le débat ajourné le 25 février 2026 sur l'adoption du projet de loi n° 19, Loi visant notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en charge médicale de la population. Nous en étions avec l'intervention de M. le député de Nelligan.

M. Derraji : Merci, M. le Président. Je ne sais pas combien de temps il me restait hier, mais...

Des voix : ...

M. Derraji : Pour faire plaisir à...

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Il vous reste à peu près 29 minutes.

M. Derraji : Oui, pour faire plaisir à Mme la ministre, ça va être un peu plus qu'une minute. Voilà, bien, écoutez, M. le Président, nous étions, hier, en train de... nous avons échangé, hier, par rapport au projet de loi n° 106 et... parce que je voulais faire la genèse, un peu, de tous les changements, tous les changements du gouvernement dans le cadre de la prise en charge des patients. Et par rapport à...


 
 

11 h 33 (version non révisée)

M. Derraji : ...ce projet de loi, donc, où nous étions en train de parler de... du 106. Hier, j'évoquais les promesses caquistes en matière de... du réseau de la santé. Donc, on parle de la réforme du réseau, on parle de Santé Québec, on parle plan pour l'accès à la chirurgie et aux soins, mais, sur le terrain, il n'y avait pas de résultat, c'est ce qu'on a constaté, M. le Président. Après, en 2022-2023, il y avait le déploiement du GAP, donc le guichet d'accès, le fameux guichet d'accès, mais les listes d'attente demeurent toujours longues, l'accès à un médecin de famille reste difficile pour certains... pour des centaines de milliers de Québécois. Puis, 2024, la création de Santé Québec. Et, avec la création de Santé Québec, il y avait une centralisation, une centralisation des pouvoirs, mais sans amélioration visible pour la population jusqu'à maintenant. Vous avez vu et vous étiez témoin, M. le Président, que les relations avec les fédérations médicales étaient tendues, trop souvent ciblées comme étant la cause des échecs du gouvernement et ses mesures mal... mal ficelées.

L'accès aux soins à la première ligne. Hier, vous m'avez entendu, M. le Président, que j'ai beaucoup parlé de l'accès à la première ligne. J'ai pas mal insisté que le nerf de la guerre du réseau, c'est l'accès à la première ligne. Je vais... Je vous ai aussi parlé d'un rapport d'un comité d'experts qui était fort pertinent, ce comité d'experts qui nous a avisés par rapport à des recommandations au niveau de la première ligne.

Donc, pendant... pendant qu'on naviguait un peu d'une manière, je dirais, à la limite, obscure par rapport au réseau de la santé, le projet de loi n° 106, il est venu dans un moment où le gouvernement de la CAQ traînait les échecs en matière de santé. Et la refonte forcée... et je parle toujours du... de ce projet de loi, le gouvernement voulait lier la rémunération à des cibles statistiques. Et, à l'époque, on disait que le gouvernement risquait de transformer la médecine familiale en une course aux indicateurs. Ça, ça a été lors du dépôt du projet de loi n° 106. Et, au-delà de ça, c'est créer la lourdeur bureaucratique qui pourrait détourner temps et ressources des soins directs aux patients. Pourquoi? Parce que le gouvernement voulait instaurer des cibles, lier la rémunération à ces cibles, mais il a oublié la lourdeur bureaucratique. Donc, au lieu de corriger ses propres ratés, le gouvernement choisit de transférer la responsabilité de l'échec de l'accès aux médecins directement sur les épaules des médecins eux-mêmes.

Donc, M. le Président, une fois le gouvernement a déposé le projet de loi n° 106, bien, vous avez vu qu'il y avait beaucoup, beaucoup, beaucoup d'enjeux, un climat d'insécurité pour les patients à la suite de départs annoncés de plusieurs médecins. Il y avait plusieurs associations qui se sont mobilisées et il y a des patients qui se sont ramassés sans médecin de famille.

Mois de juin, fermeture du Parlement, fin de la session. Le ministre passe l'été à négocier avec les associations. La CAQ est en bas dans les sondages. Le premier ministre décide finalement de prendre le contrôle et de changer le narratif dans un ultime geste de reprendre un peu le contrôle. Et il a choisi une bataille... comme les autres batailles avec l'immigration, la laïcité, l'économie, mais il a choisi aussi une bataille avec... avec... avec les médecins pour envoyer un message à la population qu'il est en contrôle de quelque chose. Le problème, il n'est pas là, M. le Président. C'est que, pendant ce temps que le gouvernement essaie de remonter dans les sondages, il y a des patients qui ont perdu leurs médecins de famille, il y a des gens qui ont quitté, il y a des gens qui n'ont pas pu voir leurs médecins, parce qu'il y avait ce... cette espèce de bras de fer entre les fédérations des médecins et le gouvernement. Bien, figurez-vous, M. le Président, qu'a fait le gouvernement après des mois et des mois d'attente en lien avec le projet de loi n° 106...


 
 

11 h 38 (version non révisée)

M. Derraji : ...bien, il le jette dans la poubelle. Il le jette dans la déchiqueteuse, M. le Président. Il y avait une prorogation, on recommence à zéro les projets de loi, qu'est-ce qu'on fait? Le gouvernement ne renouvelle pas le projet de loi n° 106, redépose un autre, ça s'appelle le projet de loi n° 2. Ce projet de loi n° 2, cette loi exhaustive adoptée après prorogation, parce que ça a été déposé après la prorogation... et là, on passe de 52 articles dans la loi n° 106, l'ancien projet de loi n° 106, à 214 articles, et on dépasse complètement le cadre initial du n° 106. Maintenant. Le n° 106 essaie d'introduire le modèle de rémunération par capitation combiné à des mécanismes de performance. Mais la transformation avec le projet de loi n° 2, c'est l'ajout des sanctions administratives et pénales et, figurez-vous, l'encadrement accru des moyens de pression. Donc, deux éléments, M. le Président, où on se posait la question... OK, le gouvernement nous a vendu le projet de loi n° 106, ça va révolutionner la prise en charge, on ferme le Parlement, on recommence à zéro. Le gouvernement pense que, pour améliorer l'accès, il doit ajouter des sanctions administratives et pénales, encadrement accru des moyens de pression.

Avec le dépôt de ce projet de loi, le bras de fer a été lancé, M. le Président. Je n'ai pas besoin de vous refaire un peu la genèse de ce qui a été fait et dit pendant l'automne, mais ça a été un triste spectacle avec la loi n° 2. Pourquoi je vous dis et je vous partage le triste spectacle? Parce qu'on a tout vu. Un premier ministre qui disait sur la place publique : C'est impossible qu'on va reculer, c'est impossible qu'on va empêcher les médecins de nous écouter. Il y avait un bras de fer tout au long de l'automne, M. le Président, entre le gouvernement et les associations représentant les médecins. Maintenant, M. le Président, est-ce que le gouvernement avait le choix d'aller de l'avant avec la loi n° 2? La loi n° 2 a été déposée par l'ex-ministre de... de la Santé, et ça parle d'instaurer la responsabilité collective quant à l'amélioration de l'accès aux services médicaux et à assurer la continuité de la prestation de ces services. Donc, la réelle volonté, à l'époque, du gouvernement, c'est vraiment instaurer la responsabilité collective.

Maintenant, M. le Président, qu'est-ce qui s'est passé entre le dépôt du projet de loi n° 2 et aujourd'hui? Entre le dépôt du projet de loi n° 2, M. le Président, et aujourd'hui, il y avait deux éléments importants. Premièrement, la loi, le projet de loi n° 2, déposé par l'ex-ministre de la Santé a été adopté par bâillon et ce qu'on a constaté, M. le Président, c'est la suite, la suite de l'adoption de ce projet de loi où, malheureusement, soit le gouvernement n'a pas beaucoup pensé à appuyer l'ex-ministre, ou bien le gouvernement n'a pas cru bon que pour améliorer l'accès à la première ligne, tout ce qui est mesures appliquées dans le cadre de ce projet de loi ne va pas améliorer l'accès aux soins. Maintenant, je ne vais pas perdre le temps, M. le Président, pour parler du projet de loi n° 2. Pourquoi? Parce que, malheureusement, on ne parle plus du projet de loi n° 2, même si ce projet de loi a été voté par... sous bâillon. Mais ce qu'on a constaté depuis, c'est un retour à la case de départ. Et quand on dit un retour à la case de départ, c'est encore une fois, après le n° 106 et après le n° 2, deux projets de loi qu'on a presque envoyés à la déchiqueteuse. Alors...


 
 

11 h 43 (version non révisée)

M. Derraji : ...M. le Président. Je ne sais pas, est-ce que les Québécois, ils ont payé le prix d'une improvisation législative? Parce que c'est ce qu'on constate, c'est soit on ne croyait pas au plan initial de dire : On a un problème d'accès à la première ligne, il se situe où le problème? Est-ce que c'est au niveau de la prise en charge des médecins généralistes? Est-ce que c'est au niveau de l'interdisciplinarité? Est-ce qu'il faut élargir la prise en charge via d'autres professionnels de la santé, notamment les IPS? Mais malheureusement nous avons perdu un temps précieux, un temps précieux parce qu'il y avait deux réalités. Au début, on pensait que le ministre de la Santé jouissait d'une... d'un certain pouvoir et d'un appui gouvernemental dans la démarche du changement, et ça se voyait, j'ai eu l'occasion de siéger avec M. le ministre à l'époque, dans le... en 2000... 2021, où il y avait le début de l'instauration du GAP.

Alors, M. le Président, quand on voit l'année 2025, en fait, au bout de la ligne, est-ce qu'on a avancé dans la prise en charge? Est-ce qu'on a avancé à améliorer l'accès à la première ligne? Est-ce qu'on a offert aux Québécois plus d'opportunités de voir un médecin, mais pas uniquement voir un médecin, mais avoir une réelle prise en charge? La réponse est non, parce qu'en parallèle, il y avait des discussions avec les deux fédérations, que ce soit la fédération représentants les médecins généralistes ou celle des spécialistes. Et on voit aujourd'hui ce qui circule avec la... les rendez-vous et avec la volonté d'aller atteindre 500 000, dont 180 000 patients vulnérables. On voit, on est encore loin de l'objectif, OK, M. le Président. Je n'ai pas besoin aujourd'hui de parler uniquement qu'il y a des gens qui vont être... des médecins qui vont être payés même s'ils ne voient pas le patient, parce qu'il se n'est pas inscrit au nom de... c'est inscrit au nom du médecin, on ne va pas avoir le rôle de l'infirmière qui va voir le patient, mais c'est... le médecin ne va pas le voir. Je vais rester juste sur le processus législatif, l'ensemble des projets de loi qui, je tiens à le rappeler, c'est un processus qui vise à améliorer la vie des gens. Et là, dans ce cas, où on parle maintenant, c'est améliorer la prise en charge, c'est améliorer l'accès à la première ligne. C'est là où on est aujourd'hui. Donc, on peut dire qu'on a perdu 2025, M. le Président, on a perdu 2025, parce que est-ce que le ministre de la Santé, l'ex-ministre de la Santé, avait l'appui nécessaire? Je ne peux pas le savoir. Je ne suis pas autour de la table du Conseil des ministres. Mais il y avait deux pièces législatives, projet de loi n° 106 et la loi 2. Aujourd'hui, ils ne sont plus là. Ça, c'est un constat, ça, c'est un constat. Mais qu'est-ce qu'on fait par la suite?

Et, pour les prochaines minutes, je vais parler plus du projet de loi n° 19, M. le Président. Avec 19, mais qu'est-ce qu'on fait? On vient faire Ctrl-Alt-supprimer de tout ce qui a été déposé avant. Donc, ce qu'on avait, c'est un projet de loi qui comportait 214 articles et... le projet de loi, désolé, le projet de loi n° 2, qui comportait 214 articles. Mais, avec le dépôt du projet de loi n° 19, on vient abroger 99, on vient abroger 99. Je tiens à rappeler que le projet de loi n° 2 comportait 214 articles. On dépose un 19, troisième projet de loi en même pas un an, pour abroger 99, soit près de la moitié de l'ancienne réforme.

Je sais que c'est un débat très technique, mais, M. le Président, au bout de la ligne depuis avril, et Dieu sait qu'on ne peut pas déposer un projet de loi juste comme ça, c'est des mois de préparation, je peux dire qu'on était dans un chaos législatif depuis presque un an et quelques poussières, parce qu'on ne savait plus quelle est la meilleure démarche pour faire fonctionner la première ligne, quelle est la meilleure stratégie aux politiques gouvernementales pour faire améliorer l'accès à la première ligne. Il y avait une pièce maîtresse, qui est le rapport sur la première ligne, mais le gouvernement... c'est à blâmer aujourd'hui par rapport à cette perte de temps, parce que la finalité était d'améliorer l'accès à la première ligne. La finalité était d'éviter les urgences pleines. La finalité était qu'est-ce qu'on fait..


 
 

11 h 48 (version non révisée)

M. Derraji : ...avec la première ligne. Mais là, clairement, sans rentrer dans le détail aujourd'hui, 19, parce qu'entre moi... entre vous et moi, je ne vais même pas perdre cinq minutes sur le projet de loi qu'on est en train d'étudier, qui est le projet de loi n° 19. Parce que l'essentiel a commencé avant, avec le projet de loi n° 106 et le projet de loi n° 2. Parce que là, le gouvernement, il recule complètement. Un recul complet, M. le Président. Bien, dites... depuis le début, négociez avec les fédérations, mettez de l'argent sur la table, donnez les augmentations que vous avez déjà prévues, et on règle et on passe à autre chose et... on va suivre la prise en charge s'il y a prise en charge, parce que là, maintenant, tout passe par le GAP, j'espère que les gens vont avoir accès à plus qu'un rendez-vous. Donc c'est là où on est, M. le Président, c'est là où on est. Et je refuse de jouer dans le jeu que le 19 est une... Il n'y a pas de révolution avec le 19. Il y a un... un amendement que je peux vous le dire, c'est l'amendement où j'ai insisté à l'ajout des infirmières praticiennes spécialisées, des IPS. Parce que si on veut parler... Ça, c'est un débat qui remonte avec l'ex-ministre de la Santé, à 2021, où on parlait de la multidisciplinarité, de l'interdisciplinarité.

Alors, M. le Président, aujourd'hui, le constat, il est très clair : Il y a un chaos législatif qui a été provoqué par la CAQ en matière de santé et surtout l'accès... l'accès à la première ligne. Perte de temps énorme avec le projet de loi n° 106, perte de temps énorme avec le projet de loi n° 2. Arrive maintenant le projet de loi n° 19, qui est l'objet de nos discussions aujourd'hui, et malheureusement, les patients québécois payent le prix de cette improvisation législative. Aujourd'hui, le gouvernement espère, avec l'argent qu'il a mis sur la table, d'aller chercher 500 000 patients d'ici juin. Mais 500 000 en six mois, est-ce qu'on a le droit de se poser la question? Est-ce qu'on parle réellement d'une réelle prise en charge? On est où par rapport à la responsabilité collective lancée par l'ancien ministre de la Santé? On est où par rapport aux objectifs de performance? On est où par rapport à la responsabilité territoriale? Donc clairement, il y avait deux visions, ou probablement une vision, mais malheureusement, le gouvernement n'a pas donné suite à cette vision de performance parce que ça ratait sa cible, selon l'ensemble des intervenants. Et pendant que le gouvernement réécrit ses lois... c'est quand même hallucinant. En même pas un an et quelques mois, trois pièces législatives. Pendant que le gouvernement écrit des lois, abroge des articles, réécrit une loi, l'abroge, redépose un projet de loi, bien, les urgences, M. le Président, débordent, et l'accès à la première ligne demeure insuffisant. Donc, est-ce qu'après huit ans, huit ans de ce gouvernement, on peut dire aujourd'hui que le gouvernement a gagné son pari d'améliorer l'accès à la première ligne? La réponse, entre vous et moi, est non, tout simplement, parce que les listes d'attente sont encore pleines, nos urgences débordent, des médecins qui quittent ou qui songent quitter. Et au bout de la ligne, ce sont les patients qui payent les frais de cette improvisation. Il n'y a aucun Québécois aujourd'hui, M. le Président, et Dieu sait que j'en reçois, plusieurs appels, à mon bureau de comté, des gens qui peinent à trouver un médecin de famille. Des gens qui, avant, avaient un cheminement facile. Un GMF, clinique sans rendez-vous. Maintenant, c'est tellement rendu complexe qu'on se perd dans ce réseau. Et on est encore loin, on est encore loin d'une bonne expérience client au patient.

Sachant que ce système nous coûte 64 milliards de dollars, c'est l'équivalent de 42 % du budget de l'État. Alors, M. le Président, est-ce qu'on n'a pas le droit, aujourd'hui, de se poser la question? Que le gouvernement était malmené dans un chaos législatif, un chaos législatif qui nous a fait perdre beaucoup de temps précieux et qui a malheureusement eu un impact direct...


 
 

11 h 53 (version non révisée)

M. Derraji : ...sur la qualité de vie des patients. Et ça, il n'y a personne qui va dire le contraire, parce que vous êtes tous des élus de la nation, vous recevez des appels à vos bureaux de comté, où les gens se demandent : Je n'arrive plus à voir ou à rencontrer mon médecin de famille, soit il a quitté, soit il ne veut plus faire partie du réseau public, soit j'essaie avec le GAP puis je n'arrive pas à trouver ma place, soit c'est même si je réussis à avoir un rendez-vous via le GAP, mais j'ai un autre enjeu, j'ai un seul rendez-vous. Sérieusement, posons-nous la question : Est-ce qu'on va régler des problèmes chroniques avec un seul rendez-vous? Une réelle prise en charge, est-ce que ça passe uniquement par un médecin de famille ou une équipe multidisciplinaire? Les IPS, qu'on n'arrive même pas à recruter malgré qu'elles veulent faire plus, malgré qu'elles veulent faire plus, les infirmières, les IPS veulent contribuer, M. le Président. Et c'est là où je me sens, je dirais... je... je sens cette fierté que, dans le cadre de ce projet de loi, nous avons, notre formation politique, le Parti libéral du Québec, nous avons ajouté les IPS pour faire ce qu'elles devaient faire. La loi leur permet de faire des suivis. La loi leur donne accès à suivre des patients. J'espère qu'on va élargir pour qu'elles puissent aussi enregistrer des patients. Et comme ça, on va probablement régler l'enjeu de la première ligne.

Alors, M. le Président, le chaos législatif, qui a duré depuis plusieurs mois, a malheureusement eu un impact sur le patient. Et je vais m'adresser à ceux que je représente à Nelligan et leur dire qu'on va continuer cette bataille avec l'ensemble de mes collègues, parce que l'accès à la première ligne est hyper important, on ne peut pas voir un réseau de santé performant si on n'améliore pas l'accès à la première ligne. Est-ce que toujours ça doit passer par l'accès via un médecin? Je pense qu'on est rendus ailleurs, mais on ne peut pas aujourd'hui dire à des patients vulnérables, à des patients avec de la comorbidité, à des patients qui souffrent d'une maladie chronique : La seule solution qu'on a pour vous, cherchez un rendez-vous via le GAP. Il est où le suivi, M. le Président? Il est où le suivi? Elle est où la prise en charge? Merci pour votre écoute, M. le Président. Elle est où l'écoute? Elle est où la prise en charge? Et rebienvenue, M. le Président. Elle est où l'écoute? Depuis quand la prise en charge d'un patient, c'est uniquement un rendez-vous via un GAP?       Alors, M. le Président, aujourd'hui on va probablement fermer l'épisode triste mais qu'on doit tous retenir, parce qu'aujourd'hui on ne parle pas uniquement du 19, du projet de loi n° 19. Projet de loi 19 arrive à un moment important, le projet de loi n° 19 arrive après une succession de projets de loi, un 106 et un 2 qui se terminent avec un 19. Je ne sais pas si les gens vont retenir les chiffres, au moins ils vont avoir trois sur six. 106, et un 2, et un 19, chaos législatif, un chaos législatif où... qui a poussé même l'ex-ministre de la Santé à quitter son parti parce qu'il n'avait plus l'appui, un chaos législatif, M. le Président, qui a laissé tomber les patients québécois. Et c'est pour cela qu'aujourd'hui je me lève et je prends tout mon temps pour dénoncer, dénoncer la perte de temps en matière de la première ligne. On ne peut pas... on ne peut jamais, jamais, jamais dire aux Québécois qu'un système qui nous coûte 42 % du budget total, 56 milliards ou 54 milliards, et on n'est même pas capables de leur offrir une première ligne capable de les soigner, capable de les prendre en charge, capable de leur donner des soins de qualité...


 
 

11 h 58 (version non révisée)

M. Derraji : ...qualité. C'est ça, l'échec caquiste en matière de santé. Et, M. le Président, Dieu sait que j'ai passé pas mal de temps de ma vie au niveau de la première ligne, ce qui m'a poussé même à écrire un doctorat par rapport à la première ligne. Et ce que je vois aujourd'hui, il y avait des bons chantiers lancés par l'ex-ministre. Il y avait des bons chantiers, mais on a perdu du temps de qualité en 2025. Il y a un chaos législatif que nous avons vu entre 2025 et 2026, c'est malheureusement... ce sont les citoyens et les patients québécois qui vont payer ce prix. Et j'espère, j'espère que l'argent que le gouvernement a mis sur la table avec la Fédération des médecins va nous permettre, pas uniquement de donner des rendez-vous, mais qu'on va avoir une réelle prise en charge. Parce que je reste convaincu que, pendant le chaos législatif, plusieurs patients, leur état de santé s'est détérioré. Beaucoup de patients ont perdu confiance dans le système qu'ils paient cher avec leurs taxes et impôts. Et au bout de la ligne, M. le Président, je ne peux pas, au nom de ma formation politique, cautionner ce chaos législatif, du jamais vu, d'un gouvernement qui a perdu la boussole en matière de santé. Rendu que même pas en un an, trois pièces législatives... Je viens de vous le dire, M. le Président. Voilà, ils sont là, les projets de loi. Ça a commencé avec le n° 106, après, c'est le n° 2, après, c'est le n° 19. Et le résultat est le même. Aucune prise en charge. Juste des rendez-vous avec un système qui nous coûte au-delà de 50 milliards l'année. C'est ça, l'échec caquiste en matière d'accès à la première ligne. C'est ça, l'échec caquiste, M. le Président.

Alors, écoutez, M. le Président, pour nous, le projet de loi n° 19, il n'y a pas de nouveauté. Nous avons essayé avec tous les moyens de le faire, de lui donner un peu de jus, hein? Il y avait deux amendements, d'ailleurs, ils ont été acceptés, je remercie la ministre, notamment un tableau de bord périodique au moins une fois l'année et ajouter les IPS dans la première ligne. Nous... Je suis très content de cette acceptation. Mais, M. le Président, le projet de loi n° 19 ne règle en rien l'accès à la première ligne, qui est très déficient.

Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Nelligan. J'en profite, collègues, pour vous informer que deux débats de fin de séance se tiendront aujourd'hui à 13 heures. Le premier débat portera sur une question adressée par Mme la députée de D'Arcy-McGee à Mme la ministre de la Santé, concernant la situation inadmissible de Mélissa et Jérémie, un couple de sans-abri vivant avec une déficience intellectuelle qui vivent dans la rue depuis trois ans. Le deuxième débat portera sur une question adressée par M. le député de Laurier-Dorion à Mme la ministre responsable de l'Habitation, concernant l'augmentation des loyers dans les coopératives d'habitation.

Nous revenons au projet de loi n° 19. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants?

Il n'y a pas d'autres intervenants. Alors, le projet de loi n° 19, Loi visant notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en charge médicale de la population est-il adopté?

M. le leader de l'opposition officielle.

M. Tanguay :  Je vous demanderais un vote électronique, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Un vote électronique a été demandé...

Une voix : ...

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Alors, nous allons... qu'on appelle les députés. Les travaux sont suspendus.

(Suspension de la séance à 12 h 02)


 
 

12 h 08 (version non révisée)

(Reprise à 12 h 11)

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Alors, nous sommes rendus à l'étape de l'adoption du projet de loi n° 19, le projet de loi n° 19, Loi visant notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en charge médicale de la population, est-il adopté?

Un vote électronique a été demandé. La période de vote est ouverte.

La période de vote est terminée, M. le secrétaire général.

Le Secrétaire : Pour : 72

Contre : 4

Abstentions : 0

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Le projet de loi n° 19 est donc adopté. Mme la leader adjointe du gouvernement.

Mme LeBel : Merci, M. le Président. Je vous demande d'appeler l'article 1 du feuilleton.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : À l'article 1 du feuilleton...


 
 

12 h 13 (version non révisée)

Le Vice-Président (M. Benjamin) : ...l'Assemblée reprend le débat ajourné le 25 février 2026, sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec.

Y a-t-il des interventions? Je reconnais, M. le député de Jean-Lesage.

M. Zanetti : Merci, M. le Président. Très apprécié. Alors, M. le Président, lorsqu'un gouvernement décide de se doter d'une constitution, il ne pose pas un geste ordinaire, il ne modifie pas simplement une loi, il touche à la charpente même de l'État. Il redessine les fondations sur lesquelles reposent nos institutions, nos droits et notre manière de vivre-ensemble. Or, avant même d'examiner le contenu d'un tel projet de loi, il faut se poser une question simple, mais fondamentale : Qui a été invité à participer à l'écriture de cette constitution? Dans le cas du projet de loi n° 1, c'est une gifle à la nation québécoise et un recul radical de notre réconciliation avec les Premières Nations et Inuit. Il faut le dire clairement, les peuples anishnabes, attikameks, wabanakis, naskapis, wendats... innus, kanienkehakas, micmacs, wolastoqs et inuits n'ont pas été consultés en amont. Ils n'ont pas été associés à la démarche. Ils n'ont pas été appelés à co-construire ce texte qui prétend pourtant s'appliquer sur leur territoire, à leurs peuples, à leurs descendants, sur les sept prochaines générations. Autrement dit, le gouvernement a entrepris d'écrire la loi la plus fondamentale du Québec sans consulter les peuples qui habitent ce territoire depuis des millénaires. Et cela, à lui seul, devrait faire rougir d'embarras le ministre de la Justice et les députés du gouvernement.

On ne construit pas une maison commune en excluant une partie de celles et ceux qui y vivent. On ne redessine pas les règles du vivre-ensemble en fermant la porte à des nations entières, et pourtant c'est ce que fait le projet de loi n° 1. La Constitution n'est pas seulement un texte juridique. C'est un pacte, un pacte entre des peuples, un pacte entre des générations, un pacte qui doit être accepté, compris, reconnu comme légitime. Or, ici, le processus a été inversé. Le texte a été écrit d'abord, la consultation est venue ensuite, et encore une consultation partielle, tardive, sans pouvoir réel de transformation. Dans un contexte de réconciliation, cette façon de faire est plus qu'un simple faux pas, c'est une rupture. Ça envoie un message que, malgré les discours, malgré les excuses, malgré les commissions d'enquête et les appels à l'action, des décisions fondamentales peuvent encore être prises sans les peuples autochtones. Ce n'est pas ainsi que l'on bâtit la confiance, ce n'est pas ainsi que l'on répare des relations brisées, ce n'est pas ainsi qu'on écrit une constitution.

Le Québec connaît pourtant une autre voie, M. le Président, ce qui rend la situation d'autant plus préoccupante, c'est que le Québec connaît déjà une autre voix, une voix plus lucide, une voix plus respectueuse. Dans son histoire politique, le Québec a déjà reconnu que les nations autochtones ne sont pas de simples groupes culturels, mais des nations politiques avec lesquelles il faut dialoguer de nation à nation. Il y a 50 ans, le 11 novembre 1975, les Cris, les Inuits, le Québec et le Canada signaient la Convention de la Baie James et du Nord québécois. Cette convention s'appuyait sur un arrêt marquant qui reconnaissait que les Cris et les Inuits avaient des droits juridiquement exécutoires sur leur territoire et que le Québec avait des obligations juridiquement exécutoires envers eux. Ces deux instruments présentent un point tournant dans la politique québécoise, en affirmant la volonté de l'État québécois de reconnaître que les nations autochtones sont détentrices de droits et en affirmant sa volonté d'entamer un processus de réconciliation. Je pense ici à l'approche portée par René Lévesque, une approche qui, bien qu'imparfaite, repose sur une idée fondamentale : On ne peut pas construire l'avenir du Québec contre les peuples autochtones, ni au-dessus d'eux, mais seulement avec eux.

Cette approche s'est incarnée dans la politique québécoise, notamment par l'adoption des 15 principes constituant le fondement de l'action gouvernementale à l'égard des peuples autochtones du gouvernement du Québec en 1983 et dans la résolution de l'Assemblée nationale sur la reconnaissance des droits des autochtones en 1985, toutes deux adoptées sous le premier ministre René Lévesque. Cette vision a mené à des ententes négociées plutôt qu'imposées, à des discussions politiques plutôt qu'à des déclarations unilatérales, à une reconnaissance au moins partielle du fait que le territoire québécois n'est pas un espace...


 
 

12 h 18 (version non révisée)

M. Zanetti : ...vide, mais un territoire partagé.

À l'échelle internationale, cette même logique a été consacrée par la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, une déclaration qui reconnaît explicitement le droit des peuples autochtones à l'autodétermination, à leurs institutions, à leurs territoires et surtout au consentement préalable, libre et éclairé lorsqu'une mesure législative les concerne. Ces engagements ne sont pas symboliques, ils devraient guider toute démarche constitutionnelle sérieuse.

Où en sommes-nous? En 2019, le gouvernement et tous les parlementaires s'étaient engagés à mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Je lis la motion qui avait été adoptée à l'époque :

«Que l'Assemblée nationale prenne acte des conclusions de la commission Viens, exprimées le 30 septembre 2019, quant à la responsabilité de l'État québécois envers les constats accablants et douloureux énoncés dans son rapport;

«Qu'elle reconnaisse, comme l'ont affirmé les chefs et toutes les formations politiques représentées à l'Assemblée nationale, l'importance de poser des gestes concrets dès maintenant afin de mettre un terme à la discrimination envers les membres des Premières Nations et les Inuits et de tisser des rapports égalitaires avec ceux-ci;

«Qu'elle prenne acte que le rapport de la commission Viens appelle le gouvernement du Québec à reconnaître et mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, une recommandation qui formulait également le rapport... que formulait également le rapport de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées, déposé en mai dernier;

«Que l'Assemblée nationale demande au gouvernement du Québec de reconnaître les principes et de s'engager à négocier la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones avec les Premières Nations et Inuits.»

Cette motion, présentée par ma collègue de Sainte-Marie—Saint-Jacques, six ans plus tard, silence radio de la part du gouvernement. Elle a été adoptée, mais rien ne se passe par rapport à ça. Si ça, ce n'est pas un bris de la parole engagée de cette Assemblée, je ne sais pas ce que c'est.

C'est la revendication principale de nos frères et sœurs autochtones, la première étape de la réconciliation législative, c'est de coconstruire la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies au droit à l'autodétermination des peuples autochtones au Québec. C'est la CAQ... Si la CAQ avait tenu son engagement, sa parole, nous n'en serions pas là aujourd'hui, au plus mal dans nos relations avec les gouvernements des peuples autochtones.

Le projet de loi n° 1, c'est un projet de loi qui est colonial. M. le Président, à la lumière de ces principes, il faut nommer les choses clairement. Le projet de loi n° 1 peut être qualifié de projet de loi colonial. Pourquoi? Parce qu'il reproduit les mécanismes mêmes que la réconciliation cherche à démanteler.

D'abord, le projet de loi affirme l'intégrité territoriale de l'État québécois et consacre la souveraineté de la nation québécoise sans jamais reconnaître la souveraineté préexistante des peuples autochtones. C'est comme si on redessinait une carte en ignorant ceux qui y vivaient déjà, comme si on affirmait : Ce territoire est désormais régi par une seule souveraineté sans discussion, sans consentement, sans reconnaissance des autres. Cette affirmation unilatérale est au cœur de la logique coloniale. Elle repose sur l'idée que l'État peut décider seul même lorsqu'il s'agit de territoires qui n'ont jamais été cédés.

Ensuite, les peuples autochtones sont relégués à une mention dans le préambule, une reconnaissance symbolique, culturelle, presque décorative, mais leurs droits politiques, leur autodétermination, leur capacité de gouverner leurs propres affaires ne sont pas inscrits dans le corps du texte. En droit constitutionnel, cette distinction est cruciale : ce qui n'est pas dans le corps du texte n'est pas protégé de la même manière. Autrement dit, on reconnaît la présence, mais on refuse la pleine reconnaissance des droits.

Le projet de loi se limite à reconnaître l'existence des nations autochtones et leur droit de maintenir et de développer leurs langues et leurs cultures d'origine sans toutefois s'inscrire... inscrire ces droits dans le corps du texte. Surtout, il leur refuse la reconnaissance comme peuples souverains capables de négocier d'égal à égal avec l'État québécois. C'est une vision qui réduit des nations politiques à des réalités culturelles, une vision qui infantilise, une vision qui efface.

Cette approche est incompatible avec les obligations internationales du Québec. La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones est claire : lorsqu'un État adopte une mesure législative susceptible d'avoir un impact sur les peuples autochtones — et une constitution est la mesure la plus fondamentale qui soit — il doit obtenir le consentement préalable libre et éclairé, lire l'article 19 de la déclaration. Ici...


 
 

12 h 23 (version non révisée)

M. Zanetti : ...aucun consentement n'a été recherché, aucune négociation n'a été engagée, aucune co-construction n'a été amorcée. Le projet de loi n° 1 bafoue donc non seulement l'esprit, mais aussi la lettre de cette déclaration. Il place le Québec en contradiction avec ses propres engagements. Il fragilise sa crédibilité lorsqu'il se présente comme un État respectueux des droits humains et de la réconciliation. Plus grave encore, il envoie un message dangereux, celui selon lequel les grandes décisions peuvent encore être prises sans les peuples autochtones, tant qu'on leur accorde une reconnaissance symbolique.

Une constitution devrait ouvrir des chemins. Elle devrait créer des ponts. Elle devrait offrir un cadre souple permettant d'imaginer des relations renouvelées, fondées sur le respect et la coopération. Le projet de loi n° 1 fait l'inverse. En constitutionnalisant une vision unilatérale de la souveraineté, il rigidifie les rapports de pouvoir. Il transforme des enjeux politiques, le territoire, la gouvernance, la souveraineté partagée en vérité constitutionnelle, difficile, voire impossible à remettre en question. C'est comme si on coulait du béton là où il faudrait laisser place au dialogue, comme si on fermait des portes qui devraient rester ouvertes. Plusieurs mémoires l'expriment clairement. Ce projet de loi risque de figer des rapports coloniaux au lieu de permettre leur transformation.

Je cite les propos du chef Francis Verreault-Paul de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador : «Nous sommes devant un texte qui consolide un État québécois à travers une entreprise nettement dominatrice, au prix de l'effacement juridique et politique des Premières Nations, une marque caractéristique du colonialisme.» On ne peut qu'être d'accord avec chef Verreault-Paul, la constitution caquiste est une démarche coloniale qui fait abstraction des droits ancestraux et des titres issus de traités des 11 peuples autochtones qui cohabitent le territoire avec la nation québécoise. Et pourtant des voix positives existent, les mémoires déposés ne se contentent pas de critiquer, ils proposent des solutions concrètes, réalistes et porteuses d'avenir. Ils parlent de consultations en amont, menées spécifiquement auprès des Premières Nations et des Inuit. Ils parlent de négociation de nation à nation, fondée sur la reconnaissance mutuelle et le respect. Ils parlent de co-construction d'un cadre constitutionnel qui reconnaît explicitement l'autodétermination des peuples autochtones et, ce faisant, adopte et met en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Ils parlent d'institutions partagées, de mécanisme permanent de dialogue, de reconnaissance des 11 nations comme peuples distincts. Ces propositions ne sont pas radicales, elles sont cohérentes avec le droit international. Elles sont fidèles à l'histoire politique du Québec lorsqu'il a su faire preuve de courage et de lucidité. Elles sont compatibles avec une vision solidaire et... progressiste de l'avenir.

M. le Président, une constitution ne peut pas être écrite contre les peuples autochtones. Elle ne peut pas être écrite sans eux. Elle ne peut pas ignorer leur souveraineté, leurs droits et leur existence politique. Le projet de loi n° 1 échoue à cet égard. Il reproduit une logique coloniale. Il bafoue les engagements internationaux du Québec. Il compromet le processus de réconciliation législative. Québec solidaire s'oppose donc à ce principe de ce projet de loi. Nous croyons qu'un autre chemin est possible, un chemin fondé sur l'écoute, un chemin fondé sur la reconnaissance, un chemin fondé sur une relation de nation à nation, de peuple à peuple, et c'est ce chemin que nous continuerons de défendre. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Jean-Lesage. Je reconnais maintenant M. le député de Jean-Talon.

M. Paradis : Lorsque le premier ministre du Québec, dans une déclaration ministérielle, a annoncé le dépôt de ce projet de loi, qui contient notamment un projet de constitution du Québec, j'ai donné la réplique à cette déclaration ministérielle au nom du Parti québécois. Et j'ai d'abord souligné que ce projet de loi, qui n'est qu'un projet de loi, parce que tout le monde parle de la Constitution, il y a deux autres éléments dans ce projet de loi, mais c'est un projet de loi déposé par le gouvernement à la fin de son mandat, alors que le temps des travaux parlementaires nous manque, alors qu'on est à la fin des huit années de pouvoir de la CAQ. Le gouvernement arrive avec ce projet de loi, et j'ai dit... j'ai mentionné essentiellement qu'il s'agissait d'une continuation de l'illusion de la troisième loi... de la troisième voie...


 
 

12 h 28 (version non révisée)

M. Paradis : ...cette troisième voie qui est à la base de la création de la Coalition avenir Québec. La Coalition avenir Québec dit : Bien, il y a un débat sur l'avenir du Québec, et nous, on va proposer une autre façon de le voir. On est des fédéralistes, mais on va aller chercher des gros gains avec une nouvelle stratégie qui est exposée dans un document, le nouveau programme pour les nationalistes québécois, et qui dit : Nous, on va être capables de réussir à changer le fédéralisme tout en restant dans le Canada. Et il y a une liste de revendications qui sont essentielles, selon la CAQ, selon la Coalition avenir Québec. Elle nous dit : Notre raison d'être, c'est celle-là, au départ. Il a dit : C'est ça que nous allons... nous allons mettre de l'avant. Donc, la promesse principale de la CAQ, celle qui est son ADN, c'est celle de nous... de réussir là où il n'y a jamais personne qui a réussi depuis la création du Canada en 1867, c'est-à-dire obtenir des oui à des revendications légitimes du Québec, parce que ce n'est pas dans ce sens-là que se développe le fédéralisme canadien. C'est un fédéralisme qui se développe à l'encontre des volontés fondamentales du Québec.

Et ce qui est intéressant, c'est qu'il y a un tableau dans le document de la CAQ, que j'ai évoqué, donc, en réponse à la déclaration ministérielle du premier ministre, avec la liste des demandes essentielles. Il y en a 21. Et ça, j'invite les Québécois à aller la voir, cette liste-là. Moi-même, je l'ai publiée dans quelques-unes de mes... de mes publications, mais elle est sur le site de la CAQ, tout le monde peut aller la voir. Donc, ce n'est pas le député de Jean-Talon qui parle, ce sont les faits qui parlent. Et, sur les 21 demandes, il y en a exactement zéro qui a trouvé une réponse favorable, zéro.

Et le premier ministre et ses ministres, année après année, ont réitéré des demandes. Par exemple, en immigration, le premier ministre a écrit des lettres... le premier ministre du Québec a écrit des lettres au premier ministre du Canada, le mettant devant un énième ultimatum en disant : Nous voulons tous les pouvoirs en immigration parce que nous voulons déterminer nous-mêmes notre politique d'immigration. Ça a été un refus sur toute la ligne. Protection du français, il y a des demandes dans le programme de la CAQ : échec sur toute la ligne. Aucune des demandes de la CAQ n'a trouvé une réponse favorable. La nomination des juges... de juges québécois, la Cour suprême, donc un pouvoir sur le choix des juges à la Cour suprême, c'est refusé. Le ministre de la Justice continuer à prétendre qu'il y a du travail là-dessus, mais il n'y a aucun résultat, aucun résultat, il n'y en a jamais eu, et le gouvernement fédéral jamais n'abdiquera ce pouvoir-là. Transfert de points d'impôt aux provinces : zéro, aucun... aucune avancée. Des transferts fédéraux équivalant au vieillissement de la population, c'est dans le programme de la CAQ : zéro, aucune avancée. Rapport d'impôt unique. En voulez-vous, un exemple des problèmes de la paperasse, des dédoublements que cause le fédéralisme puis à quel point ça coûte cher? Une double fonction publique, un double rapport d'impôt. Les Québécois, ils le voient à chaque année qu'est-ce que ça coûte, faire partie du Canada. Ça, c'est une revendication, on va rapatrier ça au Québec : zéro. Les transferts de fonds fédéraux pour les infrastructures. C'est intéressant, actuellement on a... on a un débat sur pourquoi ça a recommencé à coûter plus cher au Québec d'emprunter que l'Ontario sur les marchés. Le ministre des Finances inscrit lui-même dans son analyse de la décote de Standard & Poor's... il écrit : Bien, c'est notamment parce que notre situation financière a été compliquée, parce que le fédéral ne nous envoie pas assez de fonds pour les infrastructures. Ça, c'est dans sa déclaration écrite du 16 avril 2024. Application de la loi 101 aux entreprises à charte fédérale : zéro, aucune... aucun gain. Prépondérance du Québec en matière de langue, d'immigration et de culture : rien, zéro. J'en passe, là, mais reconnaissance constitutionnelle du Québec comme nation, c'est une revendication vieille comme le monde dans notre fédération : toujours pas. Encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans des champs de compétence provinciale. Parce que ça, on le sait, là, quand on parle du ver dans la pomme du fédéralisme au Québec, c'est ça, c'est que peu importe...


 
 

12 h 33 (version non révisée)

M. Paradis : ...que dit la Constitution, que voici ce que sont les champs de compétence du gouvernement fédéral, et voici ce que sont les champs de compétence du Québec et des autres provinces, et voici comment on devrait gérer le pays. Ce qui s'est passé au fil des décennies, c'est que le fédéral a envahi tous les champs de compétence du Québec, parfois dans le normatif, mais souvent en dépensant de l'argent de nos impôts et souvent à l'encontre de la volonté de l'Assemblée nationale du Québec. Donc là, la CAQ dit : Nous, on a trouvé la solution. On va vous livrer ça, l'encadrement du pouvoir de... du pouvoir fédéral de dépenser. Zéro, il n'y a rien qui a avancé là-dessus; bilinguisme obligatoire pour les juges de la Cour suprême, zéro; droit de veto du Québec sur les modifications constitutionnelles, zéro. On va, on va... on va dans le sens inverse, on va dans le sens inverse, mais on va modifier la structure de notre pays, mais on va le faire, même si le Québec n'est pas d'accord, on va le faire. Abolition aux réformes du Sénat, zéro. Abolition de la fonction de lieutenant-gouverneur, ça, c'est dans le programme de la CAQ. Non seulement on ne l'a pas aboli, on l'a applaudi à tout rompre la dernière fois qu'elle est venue ici. Donc, on continue à maintenir les structures de la monarchie à l'intérieur de notre régime parlementaire, la monarchie, M. le Président.

Donc, ça, c'est le bilan de la troisième voie caquiste. Et arrive le projet de loi n° 1, qui est le même miroir aux alouettes, je veux dire, il n'y a rien qui a fonctionné dans ce qu'on vous a dit qu'on allait faire. Et on va continuer à faire exactement la même chose, puis on va vous le mettre dans un document qui va tenter de donner l'illusion, au Québec, qu'on a une constitution dont l'article premier dit que c'est le document... la loi des lois puis qu'elle a préséance sur tout. Jamais cette constitution qui est proposée par le projet de loi n° 1 n'aura préséance sur la Constitution canadienne. Donc, l'article 1 de ce projet de constitution contient cette continuation du rêve caquiste qui s'est transformé en cauchemar, qui s'est transformé en échec monumental. La CAQ aura servi à ça, faire réaliser à l'ensemble des Québécois qu'on aura beau penser à le refaire et à lui donner des noms, puis à faire du marketing sur la façon de réformer le fédéralisme de l'intérieur, ça n'arrivera jamais. Le grand soir, le grand soir où le gouvernement fédéral va respecter le Québec, puis il va dire oui à ces demandes légitimes à l'intérieur du régime fédéral, ce n'est pas arrivé. Pour que ça arrive, il va falloir qu'on se dise oui et qu'on fasse un pays. Pour avoir une vraie constitution au sens juridique du terme, ça prend un pays et tant qu'on n'a pas de pays, on n'a pas de véritable constitution au sens du document qui prévaut sur tous les autres, qui est le contrat de société, qu'on se donne tout le monde ensemble, et qu'on dit : Nous, comme société, voici comment on a décidé de fonctionner. C'est ça, le véritable... la véritable intention d'une constitution, et ça, on ne l'aura jamais tant qu'on restera dans le Canada.

Donc, ce que nous avons devant nous, c'est un simple projet de loi d'une loi qui va s'insérer dans le cadre fédéraliste, qui va rester soumis au carcan fédéral. Ça ne changera... donc rien au rapport de force, malgré qu'on continue encore de prétendre que ça va le faire, que ça va être un bouclier. Bon, d'abord, je trouve ça paradoxal que, pour des fédéralistes, on nous indique que, pour survivre à l'intérieur du Canada, on a besoin d'un bouclier. Si on a besoin d'un bouclier, ça veut dire qu'on a un problème avec le régime fédéral dans lequel on vit, mais ça ne fera pas ça, ça ne changera rien parce que c'est encore la Cour suprême du Canada qui va interpréter les lois fondamentales du pays en fonction de la vision fédéraliste du fonctionnement de notre société, de la même Constitution canadienne, qui a fait en sorte qu'au fil des décennies, le gouvernement fédéral a étendu ses tentacules partout, qui fait qu'on paie 90 milliards de nos taxes et impôts pour un gouvernement fédéral qui ne livre à peu près aucun service puis qui vient en plus se mêler de nos affaires. Donc, ce n'est pas une loi fondamentale, comme le prétend le ministre de la Justice, parce qu'elle demeure subordonnée à la Constitution canadienne qui, il faut le rappeler ici aujourd'hui, nous a été imposée...


 
 

12 h 38 (version non révisée)

M. Paradis : ...et en quelque sorte, certains nous ont même dit que c'est une... c'est une entreprise qui va donner de la légitimité à la constitution de 1982, qui n'a jamais été acceptée par aucun parti politique, à aucun moment de la vie démocratique du Québec depuis qu'elle nous a été imposée. Cette constitution a été négociée pendant la nuit entre les premiers ministres de toutes les provinces et le premier ministre du Canada, pendant qu'on a laissé le premier ministre du Québec dormir. Et le matin, quand il s'est réveillé, il y avait une constitution, le contrat fondamental du pays qui nous avait été imposé. Le projet de loi n° 1 ne change rien à ça, ne change rien à l'histoire, ne changera rien au bilan d'échec complet de la troisième voie caquiste à l'intérieur du régime fédéral. Et c'est pour ça qu'il fallait donner l'heure juste aux Québécois là-dessus. Puis on n'a pas donné l'heure juste aux Québécois. L'heure juste, je le réitère, c'est de dire, pour avoir une vraie constitution, ça prend un pays. Je l'ai dit et je le réitère, ce que nous avons devant nous, c'est donc un projet de loi caquiste et fédéraliste qui continue à entretenir une illusion. Ça, c'est sur le fond.

Et ce qu'on a entendu en consultation générale ne change rien à ce que je disais au moment où le projet de loi a été déposé. Au contraire, ça renforce les conclusions. J'ai posé la question à des experts constitutionnalistes qui sont venus, à des organisations de la société civile qui sont venues. Certains étaient plus ou moins favorables à ce projet de loi, mais je leur ai posé la même question : Est-ce que ce projet de loi va changer quelque chose au fait que tout ce qui est écrit là reste soumis, subordonné à la constitution fédérale. Et toutes et tous ont répondu la même chose : Non, ça ne change rien. En fait, le ministre de la Justice lui-même a été obligé de l'admettre assez rapidement que, malgré ce qui est écrit dans sa constitution, non, ce ne sera pas la loi des lois et non, ça n'aura pas préséance sur tout le reste. Ça va être soumis au fédéralisme.

Ce qui n'a pas changé non plus, c'est la façon dont ce projet de loi est arrivé ici. J'entendais le ministre de la Justice dans son allocution au début de ce débat, c'était hier, je pense, nous dire : Je demande à tout le monde de s'élever au-dessus de la partisanerie parce que ce n'est pas une constitution caquiste, c'est une constitution québécoise. Je le réitère, je ne suis pas d'accord avec ça. C'est une constitution caquiste et fédéraliste, mais il nous invite à nous élever au-dessus de la partisanerie. C'est dommage, mais un exercice qui a démarré dans la partisanerie peut difficilement ensuite être transformé en un exercice collectif qui est fait avec et pour toutes les Québécoises et tous les Québécois. Le ministre de la Justice, avec quelques personnes autour de lui, a rédigé dans son bureau, sans consultation préalable, ce qu'il prétend représenter, la volonté du peuple québécois. Malheureusement, c'est très loin d'être la réalité. Comme des centaines de personnes sont venues nous le dire en consultation générale. Les gens disent : Bon, c'est bien, vous nous convoquez ici, on a 8 minutes pour vous dire ce qu'on pense de tout ce que vous nous présentez. Vous avez quelques minutes pour nous répondre, et c'est ça qu'on a à dire. Et c'est comme ça qu'on veut construire le contrat fondamental de notre société. Il y en a qui sont venus nous parler des expériences récentes ailleurs dans le monde, de comment on a bâti une constitution, comment on a mobilisé la population dans des débats vigoureux qui à la fin, ça va être rare qu'on va dire que ça fait l'affaire de 100 % des gens, dans 100 % des cas, mais au moins on a mobilisé la population puis on a discuté ensemble de ce qui est notre contrat fondamental.

Ici, on ne l'a pas fait. On ne l'a pas fait. Plusieurs nous ont dit : Bien, le ministre nous a téléphoné, on a eu une conversation, mais on n'a jamais vu de document, on n'a jamais vu de proposition. Puis là, le ministre débarque avec ça, en fait, c'est le premier ministre qui nous l'a présenté, puis il débarque avec ça puis là, ils disent : Ah! ça, ça représente l'ensemble, de ce que l'ensemble de la société veut, puis je veux qu'on se réunisse autour de ça puis je veux qu'on fasse preuve de hauteur. Bien, il aurait fallu faire preuve de hauteur dès le départ. C'est connu, archi connu aujourd'hui que pour...


 
 

12 h 43 (version non révisée)

M. Paradis : ...une constitution, ça prend une mobilisation populaire. Il faut que tu en parles avant, il faut que tu échanges, il faut que tu aies des débats vigoureux. Nous ne les avons pas eus et, notamment, nous ne les avons pas eus avec les Premières Nations. Et ça, juste pour cette raison-là, c'est une raison de ne pas avancer avec ce projet de loi. J'ai posé la question au chef Verreault-Paul, qui est venu en consultation générale. D'autres représentants des Premières Nations et des Inuits sont venus, aussi, dire exactement la même chose. J'ai posé la question, notamment, la même question au Grand Conseil des Cris, et je leur ai dit : Est-ce qu'il y a quelque chose à faire avec ce projet de loi? Est-ce qu'il est récupérable? Et la réponse, ça a bien sûr été non. Non, parce que les Premières Nations, alors que c'était la promesse du gouvernement, et alors que c'est ce qu'il faut faire aujourd'hui, en 2026 ou en 2025, au moment où le projet de loi a été présenté, il faut traiter de nation à nation. Si nous sommes encore dans le chemin de la réconciliation, cette réconciliation, elle passe par des consultations et un véritable dialogue sur le contrat fondamental dont on va se doter. Et on ne peut pas dire : Bien, on vous a mis dans le préambule, puis après ça, il n'y a rien en ce qui vous concerne, puis là, vous êtes ici en consultation générale, donc, c'est suffisant. Non, ce n'est pas suffisant. Et le mot des Premières Nations, c'est «irrécupérable». Si le gouvernement s'entête à continuer avec ce projet de loi, ce n'est pas qu'on va avancer avec les Premières Nations et les Inuits, c'est qu'on risque de frapper des écueils et de ne pas contribuer à ce chemin qu'on essaie de tracer tant bien que mal vers la réconciliation et vers l'établissement d'un contrat qui est à l'avantage respectif de l'ensemble des Québécois et des Premières Nations et Inuits. Donc, cet ensemble... cette absence de consultation, il l'a été... ça a été, j'allais dire souligné, mais c'est quelque chose qu'on a... les gens l'ont... l'ont verbalisé de... avec tellement de force que c'est un message qui doit se rendre au gouvernement. Ce n'est pas la façon de... de développer un projet de constitution, de présenter un projet de constitution et de mener un des débats les plus essentiels qu'on devrait avoir dans notre société. Ce qui fait en sorte que si le gouvernement s'entête malgré tant d'opposition, il y aura une étude détaillée d'un projet de loi qui contient toutes sortes de dispositions très importantes, mais sur lequel il n'y aura ni consensus, ni mobilisation, ni un... un ensemble d'avis qui va vraiment éclairer le travail des législateurs que nous sommes. On va nous dire : Oui, on a reçu plein de mémoires, mais il y en a tellement qui nous disent : Oui, mais on est pris avec ce qu'on nous... ce qu'on nous a présenté, puis on est partis de la mauvaise façon. Plusieurs nous ont dit : Il y a des éléments qui devraient se retrouver dans n'importe quelle constitution qui ne sont pas là. Pourquoi? Par ailleurs, on a mis plein de... plein d'articles dont on se demande qu'est-ce qu'ils viennent faire dans un projet de constitution puis dans un projet de loi fondamental, ce que moi j'appellerais les farces et attrapes qu'il y a dans ce document-là. Alors qu'on devrait parler de ce qui nous réunit, de ce qui fait le plus consensus dans notre société, on n'est pas là, donc on n'a pas ce qu'il faut pour bien travailler.

Alors à la fin, est-ce que ce qu'on a devant nous va changer quelque chose sur le partage des compétences, non seulement établi selon la Constitution de 1867, mais comme il a été dévié de son sens initial par 150 ans de fédéralisme dominateur puis d'incursions dans les champs de compétence du Québec? Non, ça ne changera pas. Le projet de loi ne changera rien là-dessus. Est-ce que ça va changer quelque chose au pouvoir de la Cour suprême d'interpréter tous les droits fondamentaux, y compris tout ce qui se retrouvera dans le projet de loi n° 1 si jamais il est adopté par loi par le gouvernement?...


 
 

12 h 48 (version non révisée)

M. Paradis : ...Non, ça ne changera rien. On va rester soumis à l'interprétation de la Cour suprême du Canada qui interprète, elle, la Constitution canadienne en vertu de ce qu'elle... de ce qu'elle contient. On s'en souvient. La Constitution commence par affirmer la suprématie de Dieu. Elle continue plus loin en disant que le Canada, c'est un projet multiculturaliste. Bien sûr que la Cour suprême du Canada interprète tous les droits fondamentaux en fonction de cette Constitution canadienne. Est-ce que le projet de loi n° 1 va changer quelque chose là-dessus? Non, absolument rien. Est-ce qu'il va changer la composition de la Cour suprême, le pouvoir neutre de nomination des juges de la Cour suprême, la façon dont les juges de la Cour suprême maîtrisent le français? Non. Puis ça, ce sont des éléments fondamentaux à l'avenir du Québec. Est-ce que ça va empêcher la Cour suprême du Canada ou le gouvernement fédéral, par ses lois souvent adoptées... où on est minoritaires, hein, dans le régime fédéral, on est minoritaires et en diminuant... Est-ce que ça va changer cette capacité des institutions fédérales d'avoir un impact par leurs actions sur le Québec qui est souvent à l'encontre de la volonté de l'Assemblée nationale? Non, ça ne changera rien à ça. Donc, est-ce que ça va empêcher soit le gouvernement fédéral ou soit la... la Cour suprême de charcuter, par exemple, nos lois sur la culture, sur la langue? Non. Est-ce que ça va nous donner plus de maîtrise sur les politiques en immigration qui sont au cœur de nos débats ici à l'Assemblée nationale depuis des années, mais dont tout le monde ici convient qu'il y en a une grande partie qui n'est pas dans nos mains puis qui est décidée par Ottawa, souvent à l'encontre de la volonté du Québec? Non, ça ne changera rien, ça, le projet de loi n° 1. Est-ce que ça va changer quelque chose sur le contrôle de nos frontières, de nos taxes et impôts? 90 milliards qu'on envoie à chaque année à Ottawa, est-ce que ça va changer quelque chose à ça? Non, ça ne changera rien. Est-ce que ça va changer quelque chose au fait qu'on a juste 20 % des votes au Parlement à Ottawa et que ça va en diminuant? Non, ça ne changera rien ça. Est-ce que ça va changer quelque chose au fait qu'on va continuer à se dire... à se faire dire quoi faire dans la fédération canadienne? Non, ça ne changera rien à ça.

Donc, nous, au Parti québécois, on ne peut pas se prêter à un exercice qui vise à maintenir l'illusion du changement pour plus d'autonomie, plus de respect des compétences du Québec à l'intérieur de la fédération canadienne. Ce n'est jamais arrivé. Ça ne s'améliore pas, ça s'empire d'année en année et ça n'arrivera jamais. Donc, nous... nous n'entretiendrons pas cette illusion, les risques que posent de plus en plus... de manière de plus en plus claire le fédéralisme pour l'avenir du Québec en matière économique, de politique sociale, de capacité de décider par nous même quelle est notre posture à l'échelle internationale, à un moment où plusieurs des questions qui préoccupent les Québécois au jour le jour sont en partie décidées à l'échelle internationale, en matière de commerce international, en matière de diplomatie internationale. Je vais citer le premier ministre du Canada : «Quand on n'est pas à la table, on est au menu». Or, le Québec continue d'être au menu, continue de ne pas être capable de faire entendre sa propre voix, continue de ne pas être capable de défendre ses propres intérêts, alors que les nations européennes, alors que le premier ministre du Canada, alors que les pays latino-américains, alors que l'ensemble du continent africain est à la défense actuellement du principe de souveraineté, tout le monde parle de l'importance du principe de souveraineté, c'est plus que jamais important pour le Québec d'assumer son destin en devenant un pays indépendant, en parlant pour lui-même à l'échelle internationale, en prenant les décisions en fonction de ses intérêts sur l'utilisation des taxes et des impôts des Québécois, sur l'orientation des politiques publiques dans tous les secteurs. Il est temps pour nous de faire comme toutes les nations normales et de décider par nous-mêmes et de cesser de se faire dire quoi faire par Ottawa. Le projet de loi n° 1 nous incite à continuer dans cette voie de l'illusion de la fameuse troisième voie caquiste, qui est un bilan de 7 à 8 ans d'échecs.

Donc, pour cette raison, nous voterons contre le principe du projet de loi. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Jean-Talon. Nous poursuivons toujours sur ce débat, et je reconnais maintenant M. le député de Saint-Jean...


 
 

12 h 53 (version non révisée)

M. Lemieux : ...merci beaucoup, M. le Président. Il y a une phrase magique au parlement et dans les commissions : «Considérant l'heure», «Compte tenu de l'heure». Voyant l'heure, il y a un sujet dans mon allocution que je n'avais pas abordé, ce que je vais donc faire avec vous maintenant et pour revenir plus tard en début d'après-midi, parce que c'est un sujet important, c'est peut-être le sujet du débat sur la Constitution qui a retenu le plus l'attention : le fameux article 29, celui qui abordait la question de l'avortement. Ça a fait parler tout le monde, même ceux qui ne comprenaient pas la dimension constitutionnelle potentielle, parce qu'on le sait, l'avortement, c'est un sujet hyperdélicat. Et, dans le contexte du projet de loi n° 1, ça a attiré... ça a servi un petit peu de paratonnerre, ça a attiré beaucoup, beaucoup, beaucoup les commentaires et les questions.

Je vais vous dire comment je vois et comprends ça en commençant par vous dire que le ministre de la Justice, qui a déposé le projet de loi n° 1, a décidé de retirer l'article 29. Et c'est pour ça que je voulais vous en parler, puis je trouvais que, dans mon allocution, ça faisait un peu passé date, parce que ça fait déjà quelques jours que le ministre a annoncé qu'il retirerait l'article lorsqu'on sera rendus en étude détaillée pour le projet de loi. Je vais vous dire ce que j'en comprends pas d'un point de vue légal, quoique j'aime bien jouer aux avocats, mais c'est des choses que je... que je ne maîtrise pas autant que les avocats, encore moins que le procureur général, mais essentiellement le ministre de la Justice voulait s'assurer que, quoi qu'il arrive au cours des prochaines années, des prochaines décennies, les femmes du Québec ne se retrouvent pas dans la même position que les femmes des États-Unis, les femmes canadiennes, parce qu'on sait qu'au Canada il y a des projets de loi régulièrement ou, en tout cas, des débats réguliers à la Chambre des communes sur des matières reliées à l'avortement. Donc, le procureur général, dans son projet de loi, voulait... voulait vraiment protéger ce droit des femmes à choisir au Québec. Et donc il avait imaginé une phrase dans l'article 29 pour faire ça.

Mais il se trouve que la ministre, à l'époque, la ministre de la Condition féminine, il y a deux ans, avait aussi pensé et évoqué le fait qu'elle aimerait légiférer, pour la même raison. Et, à ce moment-là, le tollé des groupes de femmes, des groupes féministes, des groupes communautaires, des spécialistes, entre guillemets, de... des questions de l'avortement, avaient dit : Il ne faut pas faire ça parce qu'à partir du moment où il y a une loi au Québec sur l'avortement elle deviendra attaquable, alors que les gens ne soupçonnent pas qu'aujourd'hui il n'y en a plus, de loi. C'est un service de santé, l'avortement. C'est décriminalisé, ce n'est plus dans le Code criminel, alors il n'y a rien à attaquer pour ceux et celles qui sont de ce qu'on appelait à l'époque pro-vie, qu'on appelle maintenant anti-choix, qui voudraient réduire la capacité pour les femmes du Québec de choisir.

Donc, tout ça pour dire que le débat a été... pas foudroyant mais a été très présent. Le débat au moment du dépôt du projet de loi, le débat en commission parlementaire pour les consultations particulières, et il y en a eu pas mal, a beaucoup tourné autour de cet article 29, parce que ça a attiré l'attention et parce qu'il y avait deux écoles de pensée. On dit ça souvent, hein, des écoles de pensée, comme s'il y en avait juste deux possibles. Mais, dans les cas où c'est très clivant, comme celle-là, et surtout dans des cas comme ceux-là où le commun des mortels a de la misère à comprendre comment ça se peut qu'une loi soit attaquée s'il y a quelque chose dans la loi qui dit qu'on ne veut pas que ça arrive, bien, ça fait jaser. Et, au final, le ministre s'est rallié, même s'il a dit qu'il ne partageait pas l'opinion de tous ceux et celles qui lui demandaient de reculer et de retirer l'article 29 du projet de loi n° 1, même s'il n'était pas d'accord puis qu'il craignait, en son for intérieur, qu'il puisse y avoir des problèmes à l'avenir, comme on connaît en ce moment aux États-Unis, comme on a eu des épisodes à Ottawa, à la Chambre des communes, qui pourraient nous affecter. Les femmes, et les groupes de femmes, et les avocats, et les experts, et les spécialistes, en tout cas ceux qui sont venus nous voir en consultations particulières, nous ont dit : Non, ne touchez pas à ça, ne touchez à rien, ne rentrez pas ça, parce que, pour l'instant, on a une meilleure protection le moment venu que si on expose, en quelque...


 
 

12 h 58 (version non révisée)

M. Lemieux : ...sortent un article d'un projet de loi... et qui deviendrait une loi pour que ce puisse être attaqué par ceux qui veulent l'enlever. Résultat des courses, il n'y en a plus d'article 29. Donc, le projet de loi n° 1, si tant est qu'on adopte ce principe, et c'est le but de mon allocution, que je vous présenterai au retour de la pause du midi, le projet de loi n° 1 sera présenté à la Commission des institutions pour étude détaillée au cours, je l'espère, des prochaines semaines, pour qu'on puisse procéder à l'adoption de ce qui, pour moi, est fondamental.

Juste une petite parenthèse au sujet de... de l'avortement et de l'article 29. J'étais le reporter à l'époque qui a le plus suivi Chantale Daigle à partir de son premier... sa première apparition en Cour supérieure à Val-d'Or jusqu'à la fin de cet été-là en Cour suprême, dans ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Chantale Daigle. À ce moment-là, on ne pensait pas non plus que ça pouvait être attaqué. Mais, bon, elle a gagné. Et c'est justement parce qu'elle a gagné qu'on pense maintenant que c'est correct puis que c'est réglé pour toujours. On verra. Je suis encore un peu moi aussi, probablement comme le ministre de la Justice, pas très certain de ce qui va arriver, mais certain d'une chose, c'est que le ministre a fait la bonne chose en ralliant ceux et celles qui lui demandaient de retirer l'article 29 de son projet de loi pour être capable de procéder, d'aller de l'avant avec sa Constitution, son projet de loi n° 1. Et je vous vois debout, je m'assois et je m'incline, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Saint-Jean. Alors, je comprends que vous allez vouloir poursuivre.

Une voix : ...

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merveilleux! Alors, tel qu'annoncé précédemment nous allons maintenant procéder au débat de fin de séance. Le premier débat portera sur une question adressée par Mme la députée de D'Arcy-McGee à Mme la ministre de la Santé concernant la situation inadmissible de Mélissa et Jérémie, un couple de sans-abri vivant avec une déficience intellectuelle, qui vivent dans la rue depuis trois ans.

Je vous rappelle que, conformément à l'article 310 du règlement, le député qui a soulevé le débat et le ministre qui lui répond ont chacun un temps de parole de cinq minutes, et le député a ensuite droit à une réplique de deux minutes.

Mme la députée, je vous cède la parole pour une durée de cinq minutes.

Mme Prass : Merci, M. le Président. Comme vous l'avez évoqué, j'ai posé une question à la ministre de la Santé et des Services sociaux ce matin à propos de la situation de Mélissa et Jérémie, deux jeunes adultes avec une déficience intellectuelle qui se retrouvent dans la rue depuis plus de trois ans. Et je vous avoue, M. le Président, je suis encore outrée de la réponse de la ministre, que c'était le choix de Mélissa de se retrouver dans la rue. Une femme avec une déficience intellectuelle dont le système a échappé.

Le Curateur public nous dit qu'en 2025 il y avait au moins 64 personnes sous leur tutelle qui se retrouvaient en situation d'itinérance. Et quand on demande aux CISSS et CIUSSS : Il y a combien de personnes dans des cas similaires que Mélissa et Jérémie? Ils n'ont pas de réponse. Donc, comment est-ce qu'ils sont supposés prédire et avoir les ressources, les outils en place pour bien accompagner ces personnes-là, quand ils ne savent même pas combien de personnes avec une déficience intellectuelle se retrouvent en situation d'itinérance? Et j'ai moi-même un garçon qui... qui a un trouble du spectre de l'autisme et une déficience intellectuelle, et l'idée qu'il se retrouverait dans la rue un jour parce qu'il n'y a pas de filet social pour lui... Je ne peux même pas décrire ce que ça me fait.

Donc, la ministre nous dit que Mélissa a... a refusé l'hébergement qui lui a été offert et qu'elle a fait le choix de se retrouver dans la rue. L'hébergement qui a été offert à Mélissa et à Jérémie était dans un quartier qu'ils ne connaissaient pas. Et je cite : «Le couple était désorienté et ils avaient perdu leurs repères». Donc, ce qu'on demande, c'est qu'il y ait de l'hébergement adapté à travers la province, à travers Montréal, pour que chacun puisse se retrouver dans la réalité et dans les circonstances dont ils sont... qu'ils connaissent, dont ils sont habitués.

On a besoin de financement pour des refuges et hébergements spécialisés parce que, clairement, ce n'est pas le cas présentement. Depuis le... Dans le premier mandat de la CAQ, il y a une augmentation de l'itinérance de 44 %, et plusieurs de ces personnes sont des personnes extrêmement vulnérables, des personnes en situation de handicap avec une déficience intellectuelle ou sur le spectre de l'autisme. C'est de la maltraitance sociale ce qu'on voit aujourd'hui.

Les refuges et le logement pour personnes itinérantes ne répondent pas aux besoins spécifiques de cette population. Et ce n'est jamais à nous de mettre la... la responsabilité sur une personne avec une déficience intellectuelle de s'organiser et de s'orienter. Sans plan précis, il n'y a pas de responsabilité ni de résultat...


 
 

13 h 03 (version non révisée)

Mme Prass : ...Le gouvernement n'a pas de stratégie ciblée pour les personnes ayant une déficience intellectuelle ou un TSA qui sont en situation ou à risque d'itinérance. On a besoin d'un gouvernement qui écoute, d'un gouvernement qui comprend. Les réalités, pour chacun, elles sont différentes. Quand le plan interministériel sur l'itinérance a été lancé, le premier ministre avait inclus un mot pour dire que chaque réalité et les parcours variés doivent être répondus en conséquence. Que la situation d'une personne itinérante, qu'elle... qu'elle ait... qu'elle ait des enjeux de santé mentale, de toxicomanie, qu'elle ait perdu son logement parce qu'elle ne pouvait plus payer son loyer, sont toutes des situations à laquelle il faut que le gouvernement s'adapte. Parce que ce n'est pas aux gens dans la rue qui sont en situation de vulnérabilité de s'adapter à la réalité du gouvernement. L'itinérance ne se règle pas avec des solutions génériques pour des besoins spécialisés. Et Santé Québec a échoué.

Et hier, et je cite la ministre, elle a dit : «Les personnes vulnérables qui doivent pouvoir... doivent pouvoir recevoir l'accompagnement et le soutien dont elles ont besoin.»

Mais aujourd'hui, le ton de la ministre a tout à fait changé. Mélissa et Jérémie, en 2025, quand on les a connus pour la première fois dans les médias, ont dit : «On ne va pas vivre dans la rue, on veut un toit.»

Un toit qu'ils peuvent partager, parce que, Mélissa et Jérémie, c'est un couple. C'est un couple qui fait en sorte qu'ils dépendent l'un sur l'autre pour leur vie sociale, pour leur sécurité, pour leur réalité. Donc, il faut leur trouver un toit qui est adapté à leur réalité et qui les convient. Parce que, oui, on peut leur offrir quelque chose et peut-être ce n'est pas un bon fit, disons, mais ça ne veut pas dire qu'on arrête d'essayer.

Et le CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal, là où la ministre était PDG auparavant, et je cite, a dit dans les médias : «Les équipes travaillent dans un contexte complexe, avec des ressources limitées.»

Des ressources limitées. Des ressources limitées pour, encore une fois, deux jeunes personnes avec une déficience intellectuelle qui sont très susceptibles quand elles sont en situation d'itinérance. Elles sont vulnérables, elles peuvent avoir des abus, les gens peuvent facilement prendre avantage d'elles et leur sécurité n'est pas garantie. Est-ce que la ministre, et je lui donne une autre chance, peut trouver une solution pour Mélissa et pour Jérémie, pour qu'après plus de trois ans dans la rue, ils trouvent un toit qui leur convient, adapté à leur réalité?

Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée. Mme la ministre, je vous cède la parole et je vous rappelle que vous avez 5 minutes.

Mme Bélanger : Oui. M. le Président, bien, d'abord, je veux réitérer, ici même, au salon rouge, que je suis très sensible à la situation de Mélissa et de Jérémie. Elle touche les collègues de cette Assemblée, elle touche les intervenants sur le terrain et surtout, elle touche des êtres humains qui vivent une grande vulnérabilité. Je veux commencer en le disant clairement : Derrière les manchettes et les débats politiques, il y a deux personnes avec leurs parcours, leurs fragilités, leurs limites, mais aussi leur dignité. Et ça, on ne doit jamais l'oublier. Quand une personne est reconnue apte, la loi ne permet pas de lui imposer un hébergement ni des soins contre sa volonté. Et je ne veux pas rentrer dans les dossiers personnels de ces deux personnes, mais vous le savez, j'ai eu l'occasion de le mentionner, Mélissa est apte. Et ça, c'est pour la ministre de la Santé qui décide de l'aptitude des personnes. J'ai demandé à Santé Québec de faire les suivis nécessaires avec les organismes concernés ainsi qu'avec le Curateur public, et j'espère que le Curateur public nous écoute aujourd'hui.

Les équipes demeurent pleinement mobilisées et poursuivent l'accompagnement de Mélissa avec rigueur, avec professionnalisme, avec humanité, dans le respect de ses volontés. M. le Président, c'est important le respect des volontés des personnes. Comme ministre de la Santé, je ne ferai pas de diagnostic sur ces deux personnes. Ce n'est pas mon rôle. Lorsqu'on a des doutes sérieux concernant la capacité d'une personne à consentir, bien, il y a des démarches qui doivent être entreprises auprès du Curateur public. C'est important. On a une loi au Québec sur la curatelle publique...


 
 

13 h 08 (version non révisée)

Mme Bélanger : ...il s'agit de processus qui sont très encadrés, qui relèvent des tribunaux et qui exigent des étapes. Alors, le Curateur public va continuer son travail. Cela dit, je m'attends à ce que tout soit mis en œuvre sans délai pour assurer un accompagnement soutenu, structuré, conforme aux obligations légales afin de protéger la sécurité et la dignité des personnes concernées. Je sais que certains aimeraient que les choses aillent plus vite, que tout se règle avec un claquement de doigts. C'est une situation qui est extrêmement complexe, extrêmement complexe. Jérémie habite maintenant dans une ressource d'hébergement. Je ne rentrerai pas dans les détails non plus cette fois-ci, M. le Président. Alors, c'est important, on doit s'occuper de ces deux personnes, Santé Québec m'a confirmé qu'il y a des intervenants impliqués dans les dossiers, des éducateurs spécialisés notamment, mais aussi des travailleurs sociaux. Comme je viens de le mentionner, je souhaite que le Curateur public puisse intervenir selon la loi, M. le Président.

Alors, la réalité, c'est qu'il y a des dossiers, des situations comme celle-là, qui sont complexes, et il faut le faire dans le respect des personnes. Ce n'est jamais simple, M. le Président, et ce n'est surtout jamais linéaire. Dans le cas de Jérémie et de Mélissa, une proposition d'hébergement commun leur a été faite. C'est... elle n'a pas été... et ça n'a pas fonctionné. Alors, on doit trouver une autre solution. Pour Jérémie, comme je le disais, il y a actuellement un hébergement. Pour Mélissa, mais il faut qu'elle... étant donné qu'elle est apte, qu'elle soit accompagnée dans son désir d'être hébergée, alors, c'est important. On ne forcera pas les personnes. On doit assurer la sécurité dans le respect des lois, des mécanismes que nous avons au Québec, c'est important d'accompagner Jérémie et Mélissa, c'est ça qui est le plus important, de les accompagner en fonction de leurs besoins, et Jérémie et Mélissa n'ont pas les mêmes besoins. Alors, c'est important que ce travail-là se fasse avec les intervenants. Alors, moi, je m'assure, M. le Président, que les suivis soient faits. Je vais suivre cette situation très près parce qu'elle me touche énormément, et je vais m'assurer que des suivis soient faits dans le respect des droits des deux personnes.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la ministre. Mme la députée, vous avez deux minutes pour votre réplique.

Mme Prass : Merci, M. le Président. Je répète ce que j'ai dit ce matin : La sensibilité de la ministre, ce n'est pas ça qui va faire en sorte que Mélissa et Jérémie sortent de la rue. On a besoin d'un plan d'action spécifique pour les personnes avec une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l'autisme qui se retrouvent en situation d'itinérance, car ce n'est pas un cas isolé, Mélissa et Jérémie. Et on ne sait pas combien d'autres Mélissa et Jérémie sont dans les rues du Québec. Mélissa a également un diabète, elle se retrouve dans la rue, c'est qui qui est là pour faire le suivi pour Mélissa? C'est qui qui est là pour s'assurer qu'elle est prise en charge? Et là, la ministre nous dit que Mélissa est apte, selon elle. Mais, M. le Président, une personne avec une déficience intellectuelle, par définition, malheureusement, n'est pas toujours apte à prendre des décisions. Les gens qui côtoient Mélissa, les intervenantes dont on a entendu parler, ne jugent pas que Mélissa est apte, jugent qu'elle a besoin d'être encadrée et prise en charge. Donc, je questionne vraiment le jugement de la ministre à cet égard.

La ministre nous dit que Jérémie est dans une ressource, mais il dort dans la rue avec Mélissa parce qu'ils veulent être ensemble, parce que l'un sans l'autre, ils ne se retrouvent plus. L'hébergement commune que la ministre a mentionné était loin de leur réalité, était loin du coin qu'ils connaissaient. Ça leur... ça les a désorientés. Encore une fois, on parle de gens avec une déficience intellectuelle, ce n'est pas facile de s'organiser, de s'installer quelque part de nouveau et comprendre c'est quoi, nos... nos paramètres. Est-ce que la ministre va faire le suivi avec Santé Québec dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, dans les prochaines années? Parce que le ministre, à l'époque, des Services sociaux, avait également demandé à Santé Québec la prise en charge de ces... de Mélissa et Jérémie, et un an plus tard, ils sont encore dans la rue et ça fait plus de trois ans. Donc, je demande à la ministre de se mettre à la place de ces familles, de ces personnes-là, et d'avoir du cœur, de l'empathie, de la sensibiliser et de s'assurer que... que le gouvernement les prenne en charge.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Et alors, nous allons passer au prochain débat de fin de séance...


 
 

13 h 13 (version non révisée)

Le Vice-Président (M. Benjamin) : ...qui portera sur une question adressée par M. le député de Laurier-Dorion à Mme la ministre responsable de l'Habitation concernant l'augmentation des loyers dans les coopératives d'habitation. M. le député, je vous rappelle que vous disposez de cinq minutes pour votre intervention, et Mme la ministre répondra à son tour pour une durée de cinq minutes et suivra votre réplique. À vous la parole, M. le député, pour une durée de cinq minutes.

M. Fontecilla : Merci, M. le Président. Donc, aujourd'hui, lors de la période des questions, j'ai posé une question à la ministre, et je dois vous avouer, M. le Président, que j'ai mis des gants blancs, des gants blancs pour poser cette question-là, et j'ai expressément utilisé l'expression «une main tendue» pour soulever une problématique qui est l'augmentation des loyers dans les... dans une coopérative d'habitation et potentiellement dans beaucoup de coopératives d'habitation. Et une situation qui pourrait, à terme, concerner quelque... 8 500 logements habités souvent par... et la plupart du temps par des personnes à faibles revenus ou, en tout cas, de personnes pas très... très bien nanties. Et malheureusement, et malgré ma prudence, malgré ma bonne volonté, et la ministre m'a répondu, comment dire, de façon très, très sèche, d'une part, ça, ce n'est pas le pire, on est habitué à ce ton-là à l'Assemblée nationale, mais, malheureusement, elle m'a répondu avec des informations qui sont erronées. Et je dois, je dois aujourd'hui profiter d'un débat de fin de séance pour replacer certaines informations afin d'informer la ministre de la capacité qu'elle a d'intervenir dans certaines situations, en tout cas, dans la situation des augmentations de loyer dans les coopératives. Parce qu'aujourd'hui la ministre, lors de sa réponse en période de questions, elle m'a dit que les coopératives peuvent recourir au Tribunal administratif du logement, ce qui n'est qu'il n'est pas exact, M. le Président, et je dois rétablir les faits.

Je voudrais lui lire l'article 1955 du Code civil, qui dit : «Ni les locateurs ni les locataires d'un logement loué par une coopérative d'habitation à l'un de ses membres ne peut faire fixer les loyers ni modifier d'autres conditions du bail par le tribunal.» Fin de citation. Donc, on voit très bien que les personnes qui... les ménages qui habitent dans une coopérative d'habitation ne peuvent pas aller au TAL. Donc, je profite de ce débat de fin de séance pour informer la ministre de cette information-là. J'espère que ça va lui être utile lorsque moi ou d'autres personnes vont lui poser des... des questions, les locataires, je répète, les locataires d'une coopérative d'habitation... en fait, ce n'est pas des locataires, c'est des membres, en grande majorité, les membres d'une coopérative d'habitation ne peuvent pas recourir à la fixation des loyers au Tribunal administratif du logement.

Ceci étant dit, elle, par contre, elle a la prérogative, en tant que ministre, d'agir sur la société d'habitation, parce que, dans toutes les conventions qui lient la Société d'habitation du Québec à des coopératives d'habitation, il y a une clause qui dit, je cite encore une fois : La société — sous-entendu la Société d'habitation du Québecp — peut, si elle est d'avis que la qualité de la gestion de l'ensemble par l'organisme le justifie, renoncer à des exigences stipulées dans la présente convention. Cet abandon d'exigence doit être signifié par écrit par un représentant de la société dûment mandatée.» Allons-y voir la situation particulière que je lui ai soulevée aujourd'hui, et que, visiblement, bien, la ministre a touché... a envoyé la balle à l'intérieur du terrain, là. La coopérative Émile-Nelligan à Montréal comporte 142 logements pour des aînés autonomes qui ont des revenus de moins de 40 000 $. Ce n'est pas des gens riches, on s'entend, les loyers, en 2023-2024, il y a deux ans, trois ans... deux ans, c'était de 515 $ par mois. Aujourd'hui, en ce moment, c'est 619 $ par mois. Et on lui demande... et on demande à ses locataires, pour l'année 2026-2027, 685 $ par mois, donc, une hausse de 10,7 % pour cette année et une hausse de 33 % en trois ans, ce qui, pour des locataires aînés qui vivent... qui n'ont souvent que leur pension, est nettement exagéré. La co-op est en excellente santé financière, elle n'a pas besoin des hausses de loyer pour assumer ses charges.

Donc, ce qui se passe, là, c'est que la convention, dont j'ai parlé tantôt, oblige les coopératives d'habitation à augmenter les loyers automatiquement, si les loyers médians, dans une région donnée, augmentent, c'est une augmentation automatique. Mais ce qui est demandé à la ministre, c'est justement d'intervenir pour faire en sorte...


 
 

13 h 18 (version non révisée)

M. Fontecilla : ...de garder ses loyers plus bas et ne pas pénaliser davantage les locataires aînés qui vivent dans ces coopératives d'habitation. Est-ce que la ministre pourrait au moins considérer d'utiliser ses pouvoirs? Je comprends qu'elle me dise : Ah non, je... je vais réfléchir et je ne veux pas me... pour l'instant, il me manque des éléments. Parfait. Mais qu'elle pourrait au moins réfléchir à l'opportunité d'utiliser sa prérogative.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Laurier-Dorion. Mme la ministre, je vous cède la parole pour une durée de cinq minutes.

Mme Proulx : Merci, M. le Président. Ça va me permettre de mettre en perspective, là, les raisons pour lesquelles les barèmes existent à la Société d'habitation du Québec concernant les augmentations de loyer pour les locataires qui vivent dans des coops d'habitation.

Au Québec, les coops d'habitation représentent bien plus qu'un simple... une simple formule de logement, elles incarnent un modèle fondé sur la démocratie, la solidarité, la prise en charge collective.

Puis, pour bien comprendre le fonctionnement des loyers en coop, c'est essentiel de replacer ce modèle-là dans son contexte historique. Développer le développement des coopératives, ça s'est accéléré au XXe siècle, particulièrement dans les années 60 et 70. Dans un contexte de crise du logement, mobilisation citoyenne, des organismes comme la fédération d'habitation coopérative du Québec ont joué, M. le Président, un rôle majeur dans la structuration, défense, accompagnement des coops d'habitation à travers toute la province.

Aujourd'hui, les coops d'habitations offrent une alternative au marché locatif privé et contrairement à un immeuble détenu par un propriétaire unique cherchant un rendement financier, une coop appartient collectivement à ses membres. Chaque personne qui y habite est à la fois locataire et membre de l'organisation. Elle participe aux décisions, contribue à la vie démocratique de la coopérative. Ça a un impact direct sur la fixation des loyers.

Dans le marché privé québécois, les hausses de loyers, effectivement, peuvent être contestées devant le Tribunal administratif du logement, qui appliquent un barème annuel pour déterminer les augmentations raisonnables. En coop, c'est très différent, le TAL ne fixe pas les loyers des membres, la hausse des loyers n'est pas imposée... unilatéralement, pardon, elle est décidée collectivement.

Concrètement, le conseil d'administration de la coop prépare un budget annuel. Ce budget tient compte des dépenses d'exploitation, taxes municipales, scolaires, assurances, entretien, réparation, services publics ainsi que la nécessité de constituer des réserves pour des travaux majeurs à venir, comme par exemple une toiture, des fenêtres ou encore un système de chauffage. À partir de ce budget, le conseil propose une augmentation de loyer si nécessaire. Cependant, ce ne sont pas les administrateurs qui ont le dernier mot. Le budget et les hausses proposées sont présentés en assemblée générale. Chaque membre a le droit de parole et de vote. La décision finale est donc démocratique. Ce fonctionnement-là reflète l'un des principes fondamentaux de la coop : un membre, un vote. L'objectif, ce n'est pas de maximiser les profits, mais bien d'assurer la viabilité financière de l'immeuble tout en maintenant l'abordabilité des logements.

En général, les loyers en coop se situent entre 75 et 95 % du loyer médian du marché pour le logement comparable. Cette marge permet de demeurer en dessous du prix du marché privé tout en couvrant l'ensemble des coûts réels ainsi que des dépenses à prévoir. Il peut arriver qu'un membre refuse la hausse adoptée en assemblée générale. Dans tel cas, la situation peut devenir délicate. Comme la décision a été prise démocratiquement, le membre est tenu de respecter le règlement adopté. S'il refuse de payer le nouveau montant, la coop peut entreprendre des démarches pouvant mener à son départ. Contrairement à ce que prétend le député de Laurier-Dorion, elle peut également s'adresser au Tribunal administratif du logement afin de faire trancher la question. Toutefois, comme dans tout autre conflit, l'approche privilégiée en coop demeure le dialogue et la recherche de solutions.

Par ailleurs, certaines personnes à faible revenu peuvent bénéficier d'un soutien financier important grâce au programme qu'on appelle communément les PSL. Le programme permet de plafonner le loyer à 25 % du revenu brut du ménage. Ainsi, même si le loyer réel du logement est plus élevé, le membre admissible ne paie qu'une part correspondante à sa capacité financière. La différence est assumée par le programme du gouvernement du Québec, mécanisme qui contribue à maintenir la mixité sociale au sein des coops et à garantir l'accès au logement pour les ménages les plus vulnérables.

Les membres de la coop pourraient également bénéficier du programme Allocation-logement, un programme qui s'adresse à des personnes, à des familles à faible revenu, qui utilisent une part trop importante de leur budget pour se loger.

En somme, M. le Président, le mode... modèle coopératif québécois repose sur un équilibre entre responsabilité financière et solidarité. La fixation des loyers n'est ni arbitraire...


 
 

13 h 23 (version non révisée)

Mme Proulx : ...ni dictée par la logique du profit, elle résulte d'un processus démocratique où les membres décident collectivement des moyens nécessaires pour entretenir leurs milieux de vie. Les coops d'habitation démontrent qu'il est possible d'offrir des logements abordables, stables et gérés par ceux et celles qui y vivent. Elles constituent une réponse durable au défi du logement, en plaçant la communauté et la démocratie au cœur des décisions économiques de la coop. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la ministre. M. le député de Laurier-Dorion, vous disposez de deux minutes pour votre réplique.

M. Fontecilla : Merci, M. le Président. De toute évidence, la ministre a rectifié un certain nombre d'informations, mais elle maintient certaines formulations très... très contestables comme quoi les locataires... les membres d'une coop peuvent aller contester leurs hausses de loyer au Tribunal administratif du logement. Je viens... Je lui ai lu l'article 1955 du Code civil, mais elle persiste à dire que c'est possible. Elle est visiblement mal conseillée.

Ceci étant dit, M. le Président, là, dans le cas de la coop Émile-Nelligan, là, ni le conseil d'administration de la coopérative ni l'assemblée générale des membres de la coopérative, là, n'a pu s'opposer à cette... à cette augmentation-là parce qu'elle est imposée par la convention avec... qui lie la coopérative avec la Société d'habitation du Québec. Elle est obligatoire, elle est automatique, là. Et ce que je plaide auprès de la ministre, puis, évidemment, elle ne veut pas utiliser ses prérogatives, c'est de dire... parce qu'elle peut, elle a la prérogative de dire à la SHQ : Cet article-là, pour cette coop-là ou pour l'ensemble des coops, là, c'est à elle de voir, on va faire une exception et on va garder les loyers bas. Parce que ce qui importe aujourd'hui, M. le Président, là, et la crise du logement nous le démontre amplement... la crise du logement, c'est une crise d'abordabilité, c'est-à-dire que les gens consacrent une trop grande partie de leurs revenus au loyer, donc il faut garder les loyers bas. La ministre nous dit qu'il existe des programmes, le PSL ou l'allocation de logement, fort bien, mais, si on a un modèle québécois d'habitation qui n'exige pas des investissements mensuels et substantiels de l'État du Québec... mais c'est tant mieux. Essayons d'éviter que les loyers augmentent, surtout que cette coop ne... n'est pas en situation de... n'est pas en difficulté financière, n'a pas besoin, dans l'absolu, du point de vue financier, d'augmenter les loyers. Mais la... la ministre refuse obstinément de baisser les loyers. Ça démontre la déconnexion, encore une fois, de cette ministre et de toutes les autres ministres de l'Habitation de la CAQ, là, face à la crise du logement.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Laurier-Dorion. Alors, voilà qui met fin aux débats de fin de séance.

Je suspends les travaux jusqu'à 14 h 30.

(Suspension de la séance à 13 h 26)


 
 

14 h 28 (version non révisée)

(Reprise à 14 h 31)

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Alors, bon après-midi à toutes et à tous. Prenez place, nous allons poursuivre nos travaux. Nous étions à l'adoption du principe du projet de loi n° 1 et le débat avait déjà commencé. Et, pour poursuivre, donc, il y a le député de Saint-Jean, que je reconnais tout de suite pour la poursuite de son intervention.

M. Lemieux : M. le Président, merci. Merci, parce que c'est un cadeau que vous me faites en m'accordant la parole dans le cadre de ce débat sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1 Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, qui, pour moi, est d'abord et avant tout une belle histoire. Je dirais même une extraordinaire aventure qui, je l'espère, passera à l'histoire justement. Et il faut que je vous explique la référence au cadeau, parce qu'à chaque 24 juin, depuis que j'ai l'honneur d'occuper ce siège de Saint-Jean en cette enceinte, je prononce un discours patriotique chez nous, à 12 h, le 24 juin, pour la fête nationale. Un discours public qui me permet de faire une sorte de rapport et de rendre des comptes à mes concitoyens sur les objectifs nationalistes que je m'étais fixés. Parce que, je l'ai toujours dit, je suis un autonomiste, un partisan de la troisième voie, mais d'abord et avant tout, un grand et fier régionaliste et nationaliste. Donc, le 24 juin dernier, j'ai rappelé à mes concitoyens qu'après avoir adopté la Loi sur la laïcité et tout le reste du bilan législatif du premier mandat de notre gouvernement, dont je suis extrêmement fier... parce que nous avions aussi remis à niveau, et même, on peut le dire et en être fier, remis aux normes la Charte de la langue française avec le projet de loi n° 96, en 2022. Donc, je leur ai rappelé, à mes concitoyens, que notre gouvernement avait déposé et adopté, ce printemps-là, l'an dernier, le projet de loi n° 84, la Loi sur l'intégration à la nation québécoise, qui rajoutait à notre langue officielle et commune une culture commune. Parce que, c'est ça, l'intégration nationale, que je résume à une culture québécoise commune, parce qu'en fait, c'est le contraire du multiculturalisme canadien. Un vrai modèle sur mesure pour l'intégration des nouveaux arrivants au Québec.

Et si je vous parlais de cadeau en me levant, c'est justement parce que ce que je disais à mes concitoyens le 24 juin dernier, c'est que j'espérais tellement que le 24 juin prochain, donc, bientôt, cette année, je pourrais célébrer avec eux le cadeau que la nation québécoise allait s'offrir pour sa prochaine fête nationale...


 
 

14 h 33 (version non révisée)

M. Lemieux : ...l'adoption et l'entrée en vigueur d'une Constitution québécoise pour enchâsser ces lois fondamentales dont je parlais, et qu'on s'est données justement ces dernières années, et quelques autres aussi, et de très importantes, comme la Charte des droits, par exemple, et d'autres lois dites fondamentales qui disent comment on veut vivre chez nous. C'est ça qu'une Constitution incarnerait et défendrait. C'est aussi simple que ça. Faire respecter ce que nous sommes dans cette fédération, ce qu'on a longtemps appelé une société distincte.

Ce qui me rappelle, et j'ai toujours rêvé de prononcer ces paroles en cette enceinte, la fameuse phrase de Robert Bourassa, vous vous souvenez? «Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Québec est aujourd'hui et pour toujours une société distincte, libre et capable d'assumer son destin et son développement».

Un peu d'histoire d'ailleurs, parce que ça, ces phrases-là, ces mots-là de Robert Bourassa, c'était le 22 juin 1990, au lendemain ou presque de l'échec du lac Meech, quelque 10 ans après l'échec du premier référendum et cinq ans avant l'échec du deuxième référendum. Pour ceux qui ont oublié ou qui sont trop jeunes pour ne pas avoir vécu ces jours politiques trépidants au Québec, le lac Meech, c'était une tentative de rafistolage constitutionnel dans la foulée du rapatriement de la Constitution en 1982, que le Québec, à ce jour, n'a jamais signé. Et les deux référendums perdus, malgré tout l'espoir qu'ils ont pu susciter, c'étaient des échecs, de vrais échecs qui nous ont fait mal, pour ne pas dire qu'ils ont affaibli le Québec. Moi, je les ai vécus, parfois même de très près, ces moments de notre histoire, ces échecs. Et c'est beaucoup pour ça que je suis ici aujourd'hui depuis sept ans. C'est pour ça que je voulais venir siéger ici, à Québec, pour sortir le Québec de ce débat louable et légitime, mais, au final, pas juste stérile, mais parce qu'affaiblissant, nuisible même, à notre émancipation, condamnés que nous étions par cette dualité, ce bipartisme contre-productif. Et donc c'est pour ça que je suis devenu autonomiste et de la troisième voie, et c'est pour cela que je suis de ceux qui appelaient de tous leurs vœux une première constitution québécoise, et que donc je suis comblé par le projet de loi n° 1 que le gouvernement a déposé.

D'ailleurs, au fond, le débat d'aujourd'hui porte sur le principe du PL 1. Avant de retourner l'étudier de manière détaillée en commission parlementaire pour finalement l'adopter, je l'espère de tout mon être et du fond de mon cœur, cette loi constitutionnelle, cette Constitution qui consacrera ce que nous sommes et ce que nous voulons être comme État fédéré dans cette fédération canadienne. C'est ça, la troisième voie, celle du gros bon sens, celle de l'autonomie et celle qui nous... rassemblera tous, fédéralistes et souverainistes, de la gauche à la droite du spectre politique, mais aussi nous rassembler tous les Québécois, les habitants de toujours, ceux d'avant et d'aujourd'hui, et ceux de demain, nos enfants, petits enfants, mais aussi les nouveaux arrivants, parce qu'au-delà de nos origines, et de nos options, et orientations politiques, nous sommes tous 9 millions de Québécois aujourd'hui. Et nous devons, parce que nous le pouvons avec une Constitution québécoise, protéger nos valeurs, notre identité, nos droits et nos spécificités, en commençant par notre langue officielle et commune et notre culture commune. Et, en le faisant, nous renforcerons notre autonomie, nos institutions et notre souveraineté parlementaire pour, oui, rassembler les Québécoises et les Québécois autour d'un symbole d'affirmation et de fierté.

On vient de tenir la consultation générale la plus large depuis 10 ans à la Commission des institutions sur le PL 1 : 211 groupes, plus de 300 mémoires, des citoyens, des groupes communautaires, des partis politiques, des spécialistes et des experts sont venus commenter le contenu et le contenant. Toute la classe politique passée et actuelle s'est fait entendre ici ou dans les médias. Par écrit ou en ondes, les observateurs, chroniqueurs, analystes, influenceurs, anciens députés et ministres devenus commentateurs au quotidien ont décortiqué la démarche, sa manière, son intention, et quoi encore. Le gouvernement a écouté, et le ministre aussi, lui qui avait préparé et présenté le projet de loi dans la foulée du rapport, plusieurs mois plus tôt, d'un comité spécial qui avait aussi consulté et étudié l'ensemble de la vaste question constitutionnelle et soumis des recommandations, en commençant par l'idée d'une Constitution...


 
 

14 h 38 (version non révisée)

M. Lemieux : ...le ministre a donc fait ce qu'il faut. Il a accueilli toutes les réactions, commentaires, recommandations et demandes d'ajout ou de retrait du PL 1 et va, comme c'est son devoir et son habitude, travailler avec les oppositions en étude détaillée, en commission parlementaire pour livrer la meilleure loi, la meilleure constitution possible à l'Assemblée nationale et aux Québécois. Oui, je sais, c'est compliqué, la procédure parlementaire, et que dire du droit de la législation constitutionnelle, et donc, forcément, le processus qui vient avec aussi, mais nous avons l'occasion et le devoir de mener ces travaux à terme.

La meilleure démonstration de ça, je le disais, c'est que, depuis le fameux rapatriement de 1982, on ne s'est jamais entendu avec le reste de la fédération. Ça fait 44 ans que ça dure, et ce n'est sûrement pas parce que tout le monde était d'accord ou même confortable avec la Constitution originale.

En parlant de la Constitution de 1867, rappelons-nous que cette idée d'une constitution québécoise va et vient depuis le début de la constitution de la fédération, et même avant, du temps des patriotes qui se battaient pour le gouvernement responsable, ça fera bientôt 200 ans, et beaucoup aussi depuis notre révolution tranquille. Daniel Johnson père en parlait en 1965 avec son slogan Égalité ou indépendance, et de nombreux autres et souvent après lui. Mais, jusqu'à maintenant, on se faisait dire et on croyait qu'il fallait signer celle d'Ottawa de 1982 ou attendre un grand soir pour s'en donner une, constitution.

Pourtant, il y a cette troisième voie dont je vous parle, et c'est tout simple, on n'a qu'à utiliser les moyens à notre disposition, et c'est ce que fait le projet de loi n° 1, pour préserver les caractéristiques fondamentales du Québec en adoptant le PL 1, qui va nous permettre d'accroître notre autonomie et d'assurer notre épanouissement en fonction de nos priorités, de nos droits, de nos valeurs collectives. Parce que c'est comme ça qu'on vit au Québec. Et ça, c'est une constitution, le miroir et le bouclier d'une nation. Nous avons une opportunité historique de faire avancer le Québec. Saisissons-la. Et, s'il vous plaît, ne laissons pas le Québec embourbé dans l'attente pendant des décennies encore.

Je voterai donc avec enthousiasme et empressement, et surtout fièrement, pour le principe du projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Merci, M. le Président, et vive le Québec!

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Saint-Jean. Nous poursuivons le débat. Cette fois-ci, je reconnais Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce.

Mme McGraw : Merci, M. le Président. Alors, c'est à mon tour de prendre la parole aujourd'hui dans le cadre du débat sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1, la Loi constitutionnelle de 2025 du Québec.

Tout d'abord, je tiens à mentionner que ma formation politique et moi déplorons que le gouvernement caquiste ait décidé de politiser un projet de société qui aurait dû faire l'unanimité ou du moins un consensus clair, net et précis. Je dirais même que c'est une occasion manquée de rassembler tous les Québécois et toutes les Québécoises, parce qu'une constitution, la loi de toutes les lois, doit être un projet de société, pas un projet d'un seul parti et surtout pas un projet d'un seul ministre.

Le ministre de la Justice et le ministre responsable des Relations canadiennes aurait eu la chance d'entrer dans l'histoire comme étant le père de la Constitution du Québec, mais, à la place, il ne sera que l'auteur d'une constitution caquiste partisane. Le ministre aurait pu anticiper et corriger les nombreuses lacunes de son projet de loi s'il avait choisi de faire une vraie consultation et de nommer un comité d'experts pour rédiger sa constitution, mais, à la place, il l'a faite sur le coin de table dans son bureau, si on comprend bien.

Rappelons qu'au départ le ministre ne voulait même pas faire des consultations générales. Nous avons dû faire pression pour qu'il accepte d'entendre la population, et finalement il n'a accordé que 30 minutes à chaque groupe pour se faire entendre. Mais, sérieusement, M. le Président, c'est loin d'être suffisant pour rendre ce projet de loi légitime.

Le ministre justifie son processus en disant qu'il a consulté de façon informelle plusieurs intervenants et qu'il se base sur le rapport du comité Rousseau-Proulx sur les enjeux constitutionnels, qui, lui, a consulté des dizaines d'experts. Or, lorsqu'on lit le rapport Rousseau-Proulx, on constate même que les experts mandatés par le ministre lui-même...


 
 

14 h 43 (version non révisée)

Mme McGraw : ...recommandait une démarche transpartisane qui prend en compte un large éventail d'avis d'experts et qui met la société civile à contribution. Même Daniel Turp, avocat, professeur et ancien député de l'Assemblée nationale, n'était pas capable de donner son appui au projet de constitution sans avoir... savoir si le ministre allait corriger les nombreuses lacunes de son texte. Nous ne sommes pas les seuls à critiquer ni la méthode du ministre ni le contenu de ce projet de loi. Parmi plus de 200 groupes que nous avons entendus, plus de 60 ont exprimé leurs préoccupations dans le cadre des consultations, et c'est sans compter les nombreuses lettres d'appui et mémoires qui n'ont pas été entendus.

En effet, l'Institut du Nouveau Monde propose, et je cite : «Que toute loi édictant une Constitution du Québec soit fondée sur une démarche de participation publique ouverte et structurée, afin de s'en assurer... d'en assurer sa légitimité et de représenter le plus fidèlement possible les besoins, les intérêts et les aspirations de la population.»

De plus, l'Union des municipalités du Québec déplore que, malgré les importantes conséquences pour celle-ci, elle n'ait pas été consultée. Le professeur, Me Louis-Philippe Lampron, souligne que le ministre n'a pas suivi la recommandation du rapport Rousseau-Proulx et qu'on ne peut pas considérer les travaux de ce comité comme une validation de l'absence d'une vraie consultation. Pour sa part, la Chambre des notaires souligne que le ministre ne s'est pas inspiré des meilleures pratiques en matière. Le directeur de l'Observatoire de recherche sur les enjeux constitutionnels du Québec au sein de la fédération canadienne, Dave Guénette, souligne aussi que le Québec ne doit pas reproduire à son échelle ce qu'il reproche au gouvernement fédéral. Même Droits collectifs du Québec, qui était l'un des rares groupes à avoir approuvé le projet loi du ministre, juge que le processus de consultations aurait pu être mieux. Le ministre se fait donc critiquer par ses plus fidèles alliés, M. le Président. C'est grave.

Ça fait beaucoup de groupes qui déplorent grandement ce projet de loi : le contenu et le processus. Il y a plusieurs lacunes. On va parler du contenu. Il y a plusieurs lacunes au sein de ce projet de loi, et je vais en noter cinq. Dans un premier temps, je note qu'il n'y a pas de référence à l'environnement. Et d'ailleurs, en tant que nouvelle députée, j'ai mon premier projet de loi que j'ai... que j'ai soumis, que j'ai déposé. Je me suis inspiré de notre ancienne ministre de l'Environnement, Isabelle Melançon, et j'ai repris son projet de loi, que j'ai proposé, projet de loi n° 193, effectivement, puis c'est un projet de loi qui cherchait à modifier la Charte des droits et libertés de la personne afin que le droit de toute personne de vivre dans un environnement sain et respectueux de la biodiversité soit reconnu à titre d'un droit fondamental, non pas juste dans la préambule, mais aussi à la suite, à l'article 1. Donc, tout ça... on ne parle même pas... Il y a beaucoup, beaucoup de groupes qui ont... qui ont parlé de cette grande lacune.

Dans un deuxième temps, l'absence de protection et de reconnaissance des droits de la communauté anglophone, M. le Président, communauté historique au Québec qui a aidé à bâtir le Québec. Et bien que ma famille n'est pas au Québec depuis trop longtemps, mes parents sont venus avant que je sois née, sont venus de l'Ontario, des États-Unis... qu'ils ont choisi de faire leur vie ici, qu'ils allaient rester pendant deux ans comme prof d'université et aussi étudiante en maîtrise à l'Université de McGill, sont tombés en amour avec le Québec. Ils ont choisi de faire leur vie ici. Ils ont choisi d'envoyer leurs enfants, avant la loi 101, à faire leurs études primaires, secondaires et cégep en français exclusivement. Et c'est pour ça que je suis ici aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, par ce choix éclairé de mes parents, m'avoir envoyée par choix à l'école en français. Et c'est toute une fierté, M. le Président, puisque je suis fière anglophone et francophile. Et je dirais que la plupart, la grande majorité des anglophones au Québec sont francophiles. C'est pour ça qu'on est ici, parce qu'on pourrait être ailleurs. Et on n'est pas juste des anglophones. Moi, je ne suis pas anglophone de l'Ontario, la Colombie...


 
 

14 h 48 (version non révisée)

Mme McGraw : ...avec les États-Unis. Moi, je suis anglophone du Québec. C'est toute une fierté. Puis, on est différents des autres anglophones, justement, parce qu'on vit, on grandit, on étudie, on travaille au sein d'une majorité francophone, et c'est une richesse. Et tous les sondages, les études, même d'Angus Reid, démontrent que 93 % des anglophones au Québec veulent promouvoir et protéger le français. C'est un objectif partagé par tous les Québécois. Je dis tout le temps que, les anglophones, nous sommes une solution à cultiver, pas une... un problème à écarter. Et, malgré tout cela, M. le Président, notre fierté d'être Québécois, notre fierté d'être des anglophones au Québec, on ne reconnaît pas du tout la protection et la reconnaissance des droits d'une communauté historique. La seule mention des droits de la communauté anglophone se trouve dans le préambule de la Constitution, je cite : «Considérant que l'État du Québec entend poursuivre cet objectif dans le respect des institutions de la communauté québécoise d'expression anglaise».

Or, l'ensemble des groupes de la communauté québécoise d'expression anglaise nous ont fait part de leur grande préoccupation de ne pas voir leurs droits être inclus dans la Constitution. L'Université Bishop's souligne d'ailleurs qu'il faut inclure, et je cite, «inclure à la Constitution du Québec des protections pour les institutions de la communauté québécoise d'expression anglaise». L'Association des comités des parents anglophones mentionne que... que, et je cite : «Bien qu'il soit présenté comme une affirmation de... de l'identité nationale québécoise, ce projet de loi renforce considérablement le pouvoir de l'État, réduit la protection des minorités, limite les recours juridiques et menace les institutions et les droits des anglophones du Québec».

Je souligne, je prends le temps, M. le Président, on comprend très bien que l'anglais est majoritaire au Canada et en Amérique du Nord. On sait, on le comprend. C'est... c'est un... c'est un fait. Mais, au Québec, dans notre vie quotidienne, santé, éducation, nous sommes une minorité linguistique. On l'est, c'est un fait. Malgré qu'on fait partie, oui, d'une majorité anglophone au Canada et aux États-Unis, mais ici, au Québec, nous sommes une minorité. Il faut protéger. Et le Parti libéral du Québec, on est pour la protection des droits et libertés de tous les citoyens, et notamment les minorités, et ça, ça inclut la minorité linguistique au Québec, et ça, c'est les anglophones, dont je suis fière membre, anglophone, francophile, comme la grande majorité des anglophones.

Le comité spécial sur la politique linguistique demande que, et là je cite, c'est en anglais : «A chapter of the law should be dedicated to this recognition, this special status. If not, this legislation creates a structure of a pearly ethnocentric nation comparable to a 19th century nation state and not a dynamic open society of the 21st century». Le Québec, ce doit être une société inclusive, moderne, ouverte sur le monde, confiante, pas sur le repli sur soi-même. Ce n'est pas le Québec de 2026.

Et je continue des... le English Language Arts Network ajoute que, et je cite : Plusieurs communautés ne se reconnaissent pas dans ce projet de loi». L'Association des commissions scolaires anglophones du Québec, on a le EMSB, qui est basé à un NDG dans mon... dans ma circonscription, contribue au débat en disant, et je cite : «La question que le ministre doit se poser, c'est : Pourquoi autant d'anglophones ne se reconnaissent pas dans cette nation? Le projet de loi omet toute reconnaissance des droits historiques de la communauté anglophone». Et rajoute, et je cite, que «Ce projet de loi porte atteinte à la démocratie québécoise et entraînerait des répercussions néfastes pour l'ensemble du système d'éducation, avec des effets particulièrement graves pour la communauté d'expression anglaise en situation minoritaire». Même Daniel Turp, il dit, et je cite : «Il faut enchâsser les droits collectifs, établissements scolaires, et certains droits individuels des anglophones».

Donc, ça, c'est important, M. le Président, parce que moi, je représente la... le comté de Notre-Dame-de-Grâce, où plus que 50 % des citoyens, des résidents s'identifient comme étant anglophones. Et je dis «s'identifient» parce que ce n'est pas nécessairement un certificat d'éligibilité, ils s'identifient eux-mêmes comme étant anglophones...


 
 

14 h 53 (version non révisée)

Mme McGraw : ...l'identité, c'est nous-mêmes, on s'identifie. Ça fait que plus que 50 %... Donc, je tiens, M. le Président, à souligner cette grande lacune, cette grande lacune.

Dans un troisième temps, il y a la limitation de la capacité de contester des lois devant les tribunaux. Avec l'article 5 de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, le gouvernement tente de limiter la capacité des organismes publics à pouvoir contester des lois qui les impactent. Alors, ici, le gouvernement vient interdire à des organismes de contester une loi, qu'il considère comme protectrice de la nation québécoise, avec des fonds publics. Cela veut donc dire que, par exemple, une université ne pourrait pas utiliser ses frais de scolarité, une ville ne pourrait pas utiliser des taxes municipales, et un ordre professionnel ne peut pas utiliser les cotisations de ses membres. Sérieusement, c'est ridicule.

Et, je me permets de le dire, M. le Président, on regarde ce qui se passe aux États-Unis. Je me permets de le dire parce que je représente l'Assemblée nationale, je copréside, avec d'autres collègues, dans la DANREU, c'est-à-dire la délégation... l'Amérique du Nord et... de l'Assemblée nationale vis-à-vis les États-Unis. J'y vais souvent, j'ai de la famille, mes parents viennent des États-Unis. On regarde ce qui se passe aux États-Unis et c'est très préoccupant. On ne va pas aller dans cette direction. D'enlever des droits, dans une démocratie, c'est très dangereux. Il faut porter... apporter une attention très particulière, on n'est pas là pour enlever les droits. Et le droit de contester des lois devant les tribunaux, c'est une... c'est un droit fondamental.

Donc, il y a beaucoup, beaucoup de groupes qui se sont prononcés contre cet aspect, cette limitation de la loi, le Bureau de coopération universitaire, l'Union des municipalités, le Conseil interprofessionnel du Québec, et j'en passe, et j'en passe, l'Association canadienne des libertés civiles, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, le Barreau du Québec, qui dit, et je cite : «Le projet de Loi constitutionnelle de 2025 introduit des mécanismes qui menacent la séparation des pouvoirs, musèlent les contre-pouvoirs, créent une instabilité juridique et affaiblissent les droits fondamentaux. Ces changements risquent d'éroder les fondements de notre État de droit et de compromettre la confiance du public envers ses institutions.» C'est majeur, M. le Président. C'est le Barreau du Québec. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Barreau du Québec.

Dans une... une quatrième limitation de ce... de ce projet de loi, c'est l'absence de considération des droits des Premières Nations et Inuits. Les seules mentions de la loi... Et d'ailleurs j'aurais dû commencer avec ça, j'aurais dû commencer avec ça, M. le Président, avant de parler des minorités linguistiques, parce que c'est fondamental, les premiers... les Premiers Peuples, les Premières Nations, les Inuits. Et on devrait inclure la déclaration... comme ils l'ont fait ailleurs au Canada, en Colombie-Britannique, il y a bien des années, la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, dans la Constitution, surtout que l'Assemblée a adopté, dans le passé, une motion unanime pour la reconnaître. Dans tous les cas, toute modification au projet de loi devra être faite en partenariat avec les Premières Nations. Donc, une limitation majeure, de ne pas reconnaître, de considérer les droits des Premières Nations et Inuits.

Et une cinquième, et, on va dire, dernière limitation, c'est le droit, c'est l'accès à l'avortement. Nous poussons un soupir de soulagement que le ministre de la Justice soit, finalement, revenu à son... ses sens et choisi de retirer l'article 29. Nous nous questionnions cependant pourquoi le ministre n'a pas simplement profité de l'opportunité que nous lui avons donné à maintes reprises, même, quelques heures avant l'heure de la séance de travail, pour corriger le tir... ma collègue la députée de Robert-Baldwin, notre porte-parole en matière de condition féminine, et aussi, évidemment, mon collègue porte-parole en matière de justice, le député de l'Acadie. Malheureusement, le mal est déjà fait. Malgré le recul, en raison de son entêtement, le ministre a non seulement donné, pendant plusieurs mois, une opportunité pour les groupes antichoix... Parce que c'est une question de choix, M. le Président. On peut avoir nos pratiques et nos croyances personnelles, mais on ne les impose pas sur les autres. C'est ça, être pro-choix. On peut faire ce qu'on veut dans notre vie personnelle mais on ne l'impose pas aux autres. C'est ça, être libéral, effectivement, on n'impose pas sur les autres nos choix et nos croyances personnelles.

Mais, en raison de son entêtement, le ministre a non seulement donné plusieurs mois...


 
 

14 h 58 (version non révisée)

Mme McGraw : ...une opportunité pour ces groupes de se faire entendre mais à forcer les organismes pro-choix à y consacrer des ressources qui auraient pu être utilisées pour combattre la désinformation et assurer un service pour les femmes du Québec, M. le Président. Sans oublier que le ministre a aussi nui aux travaux de la commission puisqu'en raison de son débat inutile la commission a eu moins de temps pour se consacrer à analyser les autres dispositions du projet de loi.

Je vais terminer avec mon comté, M. le Président, avec le temps qu'il me reste, et je vais... je vais parler... je vais prendre ce moment de parler en anglais.

I would like to speak about the riding that I proudly represent, NDG, Notre-Dame-de-Grâce. It's celebrating its 150th anniversary this year, in 2026, and ours is a community that is highly diverse… multilingual and deeply inclusive, a place where francophones, anglophones and allophones live side by side. I often say : Actually, Québec needs more NDG, more of that approach, that open, inclusive, diverse approach.

And Bill 1 constitutionally entrenches the collective rights of the Québec nation. It roots in its French-speaking majority, which, of course, we recognize, but it does not provide equivalent constitutional protection for linguistic minorities, including the historic English-speaking community that has helped build this province for centuries. English-speaking community has helped build the province. It creates… This law, this «projet de loi», this bill creates a hierarchy of rights : collective majority rights elevated to constitutional status while minority protections remain statutory and therefore more easily amended and overridden. And there is a saying, Mr. President, that the greatness of a nation is determined by how it treats its minorities, and this bill goes in the absolutely wrong direction and therefore undermines the greatness of the Québec nation. It's going in the wrong direction.

In NDG, the message that's going to be heard by seniors is that you're not equal, that there are some citizens that are more important than others. It's going to send that message to seniors and our youth.

Alors, en conclusion, M. le Président, pour toutes ces raisons-là, les lacunes aussi, l'impact sur ma communauté à Notre-Dame-de-Grâce, nous allons... la conclusion est simple : le gouvernement doit retirer le projet de constitution, car il est vicié par son processus d'écriture, il néglige la reconnaissance et la protection des droits des premiers peuples ainsi que les anglophones, les minorités linguistiques, ne reconnaît pas le droit à l'environnement et limite l'accès aux tribunaux. En démocratie, une telle loi ne peut pas être adoptée. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Nous poursuivons ce débat sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1, et je reconnais M. le député de Maurice-Richard.

M. Bouazzi :  Merci, M. le Président. Quel rendez-vous manqué! Je me lève aujourd'hui devant vous avec une immense tristesse. Les quatre partis représentés aujourd'hui dans cette noble institution veulent une constitution. Quel rendez-vous manqué, alors que nous aurions pu avoir le plus beau des processus, un moment où on donne la parole au peuple, un moment où on travaille tous ensemble, et un moment de cohésion, et un moment aussi de réparation avec les Premières Nations.

Ce projet de loi pose une tonne de problèmes, M. le Président, et je vais les aborder un par un. D'abord, je vais expliquer dans quel contexte il arrive, dans un contexte où les reculs des contre-pouvoirs sont nombreux. Je vais ensuite parler du processus qui a mené à ce... à ce projet de loi, à ce projet de constitution caquiste, pour ensuite détailler tous les problèmes qu'il y a en son sein et enfin parler de tout ce dont ce projet ne parle pas.

Alors, d'abord, le contexte. Il faut comprendre, M. le Président, qu'il y a quelque chose que je donne à ce gouvernement, c'est une forme de constance, de rigueur, même, dans l'affaiblissement méthodique, projet de loi par projet de loi, de nos contre-pouvoirs. Et laissez-moi vous faire une liste non exhaustive de tout ce qui a été fait depuis l'arrivée de la CAQ au...


 
 

15 h 03 (version non révisée)

M. Bouazzi : ...pouvoir. Déjà, en juin 2019, rappelez-vous, M. le Président, le même ministre, le ministre de la Justice, en décembre 2019, pardon, en juin 2019, passe la loi n° 9 où il jette à la poubelle 18 000 dossiers d'immigration qui étaient déjà dans la liste d'attente, reniant ainsi un engagement. Et c'est aussi une constance de ce gouvernement, c'est de renier des engagements. Le même mois, il adopte la loi n° 21, une loi qui rompt avec une histoire importante du Québec et l'histoire de la charte qui a été adoptée, faut-il le rappeler, à l'unanimité, modifiée à chaque fois, à la quasi-unanimité. Non seulement il la modifie sans unanimité ou quasi-unanimité, à la majorité simple, mais en plus, il le fait en utilisant le bâillon et la clause dérogatoire qui déroge à cette même charte. Avouez, M. le Président, qu'il a beaucoup de front, si je peux m'exprimer ainsi.

Et je vais accélérer, parce qu'il y en a vraiment beaucoup, et on a beaucoup de choses à aborder aujourd'hui. En décembre 2019, il affaiblit la Régie de l'énergie avec la loi n° 34, en février 2020, il abolit les commissions scolaires et on affaiblit comme ça les contre-pouvoirs en éducation. En environnement, en février toujours, la loi n° 44 abolit le conseil de gestion des fonds verts, ensuite, s'ensuit une longue période de deux ans où on n'affaiblit aucun contre-pouvoir à travers des lois. Parce qu'en fait, pendant deux ans, ils ont même fermé cette Assemblée et gouverné pendant plus de deux ans grâce à des décrets, M. le Président. Avouez, comme souveraineté parlementaire, on a déjà vu mieux.

Ensuite, ils reviennent. En juin 2022, la loi n° 96 affaiblit encore une fois la charte et j'y reviendrai plus tard. En février 2023, en environnement, encore une fois avec la loi n° 2, on affaiblit la Régie de l'énergie. En santé, avec la loi n° 15, en décembre 2023, on affaiblit les contre-pouvoirs dans le système de santé où on enlève la voix du peuple à l'intérieur des structures de la santé au Québec. En mars 2025, avec la loi n° 93, ils passent une loi sur mesure et sous bâillon pour Stablex, pour une multinationale étrangère qui pollue nos territoires. En février 2024, on affaiblit les droits des locataires avec la loi n° 31, rappelez-vous, M. le Président, la ministre qui voulait qu'on investisse dans... que les locataires investissent dans l'immobilier à enlever les... les cessations de bail. En mars, non, en mai 2025, avec la loi n° 84, on affaiblit encore une fois la Charte des droits et libertés, en juin 2025, avec la loi n° 69, on affaiblit encore une fois la Régie de l'énergie, en mai 2025, on affaiblit le droit des travailleuses et travailleurs avec la loi n° 89, qui touche au droit de grève, M. le Président. En octobre 2025, la loi n° 94, dont on voit aujourd'hui même les dégâts sur les pauvres dames qui s'occupent de nos enfants à tous les jours et qui ont le malheur de jouir d'une véritable liberté de conscience, et bien, on vient les brimer dans leurs droits, encore une fois, en utilisant la clause dérogatoire. En octobre 2025, avec la loi n° 2, on a affaibli les moyens de pression des médecins. Je dois donner quand même quelque chose aux médecins, c'est qu'on ne touche pas comme ça aux droits fondamentaux des millionnaires. Et aujourd'hui même, nous avons abandonné à peu près tout ce qu'il y a dans ce projet de loi là.

Ensuite, on arrive à ce qu'on a décrit comme étant la stratégie de l'inondation de la zone. PL n° 3, c'est les syndicats, PL n° 5, c'est le communautaire, non, c'est le BAPE, pardon, PL n° 7, c'est le communautaire, PL n° 9, encore une fois, les droits des minorités, PL n° 13, le droit de manifester et cerise sur le gâteau, et c'est ce dont nous allons parler aujourd'hui, c'est le projet de constitution. Avouez, M. le Président, que ça fait vraiment beaucoup. Donc, parlons d'abord du processus...


 
 

15 h 08 (version non révisée)

M. Bouazzi : ...un processus illégitime, M. le Président. Ils n'ont aucun mandat électoral, jamais ils n'ont parlé de ce projet-là en 2022, pas d'assemblée constituante citoyenne, constitution que tous les spécialistes considèrent comme une consultation de façade, pas de co-création avec les Premières Nations, rédigé à huis clos par on ne sait pas trop qui, c'est sûr que le ministre de la Justice en a vraiment rédigé beaucoup, sinon toutes, manœuvres partisanes pour une Constitution traitée comme une loi ordinaire, pas de processus d'adoption aux deux tiers. Avouez, M. le Président, qu'on a déjà vu mieux.

Et ce n'est pas comme si on ne savait pas comment faire, M. le Président. L'Organisation des Nations Unies, notamment par le biais du Haut-Commissariat aux droits de l'homme et des notes d'orientation du Secrétaire général, définit plusieurs bonnes pratiques et principes fondamentaux pour garantir la légitimité d'un tel processus, la loi des lois. D'abord, il faut une participation la plus large et la plus inclusive possible. Et l'ONU insiste sur le fait que les... les participations doivent se faire avant l'écriture même de la Constitution.

Dans un territoire comme le nôtre, avec l'histoire coloniale associée à ce territoire, ne pas avoir consulté, travaillé, co-créé avec les Premières Nations est un véritable scandale, et j'y reviendrai. Il faut une inclusion réelle des groupes marginalisés vulnérables. Il ne suffit pas de faire une consultation ici au sein de cette institution, il faut aller vers les gens. Et ce n'est pas comme si on ne savait pas faire, M. le Président. Et enfin il faut une intégration explicite des droits humains et des normes internationales. Je rappelle ici que le Québec dit respecter le Pacte international relatif aux droits civils et politiques depuis 1976. C'est un engagement. Et, encore une fois, c'est un engagement qu'on renie.

Et ensuite il y a les mécanismes pour l'écrire et l'adopter. Il faut mettre sur pied, ou une Assemblée constituante, ou confier la rédaction à un comité transpartisan. Il faut un vote aux deux tiers et un référendum. De préférence une combinaison de ces différents mécanismes. Et ce sont les conditions pour qu'elles soient légitimes, tout simplement, car ce que le ministre nous propose est tout à fait illégitime.

Ce n'est pas par hasard. Ce n'est pas par hasard que les constitutions françaises commencent par «le peuple français proclame», que la Constitution américaine commence par «we the people of the United States», parce que les constitutions sont faites par et pour le peuple. Celle-ci est faite par et pour le ministre de la Justice, et elle devrait commencer par «nous, le ministre de la Justice, nous proclamons», et c'est irresponsable.

Rentrons maintenant dans les problèmes qui entourent le contenu même de cette Constitution caquiste, car elle n'est pas vraiment une Constitution, appelons-la caquiste. D'abord, il y a le recul pour les droits des peuples autochtones, l'affaiblissement de la Charte des droits et libertés, l'affaiblissement du pouvoir judiciaire de la société civile, la hiérarchisation des droits qui affaiblit tous les droits au passage, le droit de libre choix des femmes en matière d'avortement et le Conseil constitutionnel. Nous allons aborder ces points un par un.

D'abord, pour les peuples autochtones, ce projet de loi nie leurs droits ancestraux, il leur refuse le statut de peuple. Et ce n'est pas par hasard, M. le Président, car c'est au peuple que les droits sont associés dans la Déclaration des Nations unies des droits des peuples autochtones. Il ne reconnaît en fait qu'un seul peuple et ce n'est pas eux. Ils se retrouvent seulement dans le préambule. Vous le savez, M. le Président, une Constitution dans un territoire comme le nôtre peut être dans la réconciliation...


 
 

15 h 13 (version non révisée)

M. Bouazzi : ...décoloniale ou coloniale, elle n'a aucune chance d'être neutre. Or elle n'est en aucun cas décoloniale, M. le Président. Pire, elle est en recul parce qu'elle nie les droits ancestraux issus des traités garantis dans l'article 35 de la Constitution canadienne de 1982 et la jurisprudence constitutionnelle applicable, et évidemment, la Déclaration des Nations unies des droits des peuples autochtones. Je rappelle encore une fois qu'on a renié un engagement à travers ce projet, le ministre de la Justice a renié un engagement, qu'en 2019, suite à l'enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues ou assassinées, en mai 2019. En septembre 2019, il y avait la commission Viens, nous avons été toutes et tous troublés par ce que nous avons entendu, par toute la violence structurelle, systémique que vivent nos frères et soeurs des Premières Nations. Et nous avons voté, à l'unanimité, dans cette assemblée, et je cite : Une motion qui dit que l'Assemblée doit reconnaître les principes... Enfin, demande au gouvernement de reconnaître les principes et s'engager à négocier la mise en œuvre de la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, avec les Premières Nations et les Inuits. Et cette Constitution fait exactement l'inverse de notre engagement en 2019.

Ceci étant dit, laissez-moi vous donner un exemple où il y a une certaine cohérence, malheureusement, dans le non-respect des droits des peuples autochtones par ce gouvernement. La même année où nous avons adopté cette motion, en 2019, donc, le fédéral adopte la loi 92, une loi co-construite avec les Premières Nations, qui affirme l'autonomie gouvernementale de ces derniers en matière de protection de la jeunesse. S'ensuit deux réactions : Une, par exemple, de la Colombie-Britannique, qui ont adopté une loi qu'ils ont travaillée avec les Premières Nations pour pouvoir faire en sorte que celles qui le voulaient puissent avoir leur propre DPJ. L'histoire que nous avons avec les Premières Nations sur les pensionnats autochtones. Imaginez quel moment important que les législateurs de la Colombie-Britannique ont fait, ce moment de réconciliation. Eh bien, au même moment, en 2019, le Québec s'est opposé devant les tribunaux, devant les tribunaux au motif que la famille est une compétence provinciale et qu'il y a seulement deux ordres de gouvernement : provincial et fédéral.

La Cour d'appel du Québec, en 2022, n'a pas donné raison au Québec. Et dire qu'il y a seulement deux ordres gouvernementaux est faux. La Cour suprême, en 2024... parce qu'ils portent appel à chaque fois, hein, a encore une fois donné tort au Québec et donné le droit à l'autonomie gouvernementale des Premières Nations de se gouverner, donc, soi-même en matière de DPJ et de droit à la jeunesse. Malheureusement, dans cette logique-là, et je pourrais nommer les décisions qui touchent, par exemple, au... au manque de consultation par rapport aux minières, par exemple, où encore une fois, ce gouvernement a porté des décisions en appel qui lui donnait tort concernant... concernant le non-respect des droits des peuples autochtones. J'aimerais bien un verre d'eau, si possible, ça m'aiderait.

Ensuite, ensuite, parlons de la Charte. La Charte, M. le Président, nous l'avons adoptée, la Charte des droits et libertés, nous l'avons adoptée en 1975, six ans avant le fédéral. C'est une fierté. En 1977, nous avons été la première juridiction d'Amérique du Nord à y intégrer la discrimination sur la base de l'orientation sexuelle, la première, et c'est une fierté. Et à chaque fois, ces modifications sont arrivées après...


 
 

15 h 18 (version non révisée)

M. Bouazzi : ...à la... à l'unanimité, sont été votées à l'unanimité ou à la quasi-unanimité. Il y avait des restrictions aux droits inscrits à la charte qui sont que les décisions, donc, qui parlent des droits fondamentaux doivent respecter l'ordre public et le bien-être général.

Rappelons, M. le Président, que nous avons le droit de faire des lois qui sont contraires aux droits ou libertés sans avoir à utiliser aucune dérogation. À partir du moment où il existe un objectif réel et urgent et qu'on puisse démontrer la proportionnalité... la proportionnalité des mesures législatives, eh bien, il est tout à fait correct de contrevenir... il est tout à fait correct de contrevenir à des droits fondamentaux. Rappelons, par exemple, qu'il n'y a aucune clause dérogatoire utilisée avant l'arrivée de la CAQ pour la loi 101, par exemple. Et donc la cour a décidé qu'obliger les immigrants d'envoyer leurs enfants à l'école en français, même si c'était contraire à des droits fondamentaux des immigrants, eh bien, c'était correct parce que la sauvegarde du français était importante et en péril, et on pouvait la démontrer, si ces politiques-là n'étaient pas mises en place. Ce n'est d'ailleurs pas ce que ce gouvernement fait.

Les droits fondamentaux, ce n'est pas rien, M. le Président. Peut-être faire un peu d'histoire. Tout ceci découle de la Déclaration des Nations unies des droits de l'homme, qui a été faite juste après, juste après la Deuxième Guerre mondiale, après la Deuxième Guerre mondiale, après que, dans les années 30, malheureusement, pratiquement toutes les législations occidentales avaient mis en place des politiques antisémites. Ici même, rappelons-nous, le gouvernement Duplessis avait mis en place des politiques antisémites, des politiques contre les Témoins de Jéhovah. Rappelons-nous la loi cadenas contre les syndicalistes. Un moment triste de l'humanité, les années 30. Et, petit à petit, nous sommes rendus... nous nous sommes rendus à un certain nombre de gouvernements fascistes à travers le monde, en Italie, en Allemagne, au Portugal, en Espagne. Et il y avait des collaborateurs, des gens qui ont collaboré avec ces régimes fascistes. Et ça a donné des dizaines et des dizaines de millions de morts, dont un génocide, dont un génocide de 6 millions de juifs. Ils se sont dit : Plus jamais. Nous allons mettre en place des droits fondamentaux.

Ce n'est pas des droits seulement, ils sont fondamentaux. C'est fou, là, qu'on ait à expliquer le mot «fondamental». Et, pour se dire : Voici comment c'est arrivé, comment est-ce qu'on peut éviter de remettre en place des politiques qui nous ont menés vers la catastrophe qu'a été la Deuxième Guerre mondiale, il y a un certain nombre de règles. Et j'aimerais vous lire l'article 18 pour que mes collègues de la CAQ et du Parti québécois sachent ce qu'il y a, peut-être qu'ils ne l'ont jamais lue, la Déclaration des Nations unies. À l'article 18, on dit : «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seul ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement des pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.» Cette règle-là, là, c'est pour éviter qu'une majorité diabolise une minorité et commence à leur enlever des droits gratuitement.

Bref, en 2018, nous avons une charte dont nous sommes fiers, et là la CAQ arrive, et s'ensuit un certain nombre de projets de loi qui, un à la fois, dérogent à la charte sans jamais donner d'explication, mais, en plus, l'affaiblit. La loi 21, la loi 96, la loi 84, la loi 94 et maintenant le projet de loi n° 9, toutes utilisent des clauses dérogatoires pour déroger aux droits fondamentaux. Ce n'est pas rien, là. Dans les droits fondamentaux, il y a le droit à la vie, il y a le droit de ne pas se faire torturer, il y a le droit à la santé. Ce n'est pas rien, de déroger à ces droits. Mais, en plus, en plus de l'ordre public et du bien-être général, donc, qui sont les limites déjà inscrites à la charte, ils rajoutent la...


 
 

15 h 23 (version non révisée)

M. Bouazzi : ...laïcité en 2019, la protection du français en 2022 et le modèle d'intégration en 2025, tout en dérogeant à la même charte. Pour le modèle d'intégration, c'est quand même en plus une... une innovation, c'est que les valeurs qu'il est censé défendre sont définies par décrets, par le ministre. C'est-à-dire que concrètement, le ministre de l'Immigration va pouvoir rajouter des choses qui se retrouvent directement, en fait, à l'intérieur de la charte, sans même passer par cette noble institution. Ça fait que ça, c'est notre situation actuelle.

Qu'en est-il de cette constitution? Tenez-vous bien, M. le Président, parce que là, ça se complique. D'abord, plutôt qu'avoir une charte qui est quasi constitutionnelle au-dessus de tout le reste, toutes les lois, le Code civil, les règlements... le Code civil aujourd'hui s'interprète en harmonie avec la Charte des droits et libertés... bien, on rajoute toutes sortes de choses. D'abord, dans les conditions, on rajoute les droits collectifs et j'y reviendrai plus tard, on rajoute une section dans la charte qui dit que la charte elle-même s'interprète en harmonie avec le Code civil. Donc, ce n'est plus juste le Code civil qui est en harmonie avec la charte, l'inverse est vrai aussi. Et donc, on affaiblit la charte en faisant ça, mais aussi en harmonie avec la protection du français, les droits généraux, les principes généraux du droit, la laïcité, le modèle d'intégration, bref, on y rajoute toutes sortes de conditions. Et puis, on élève au niveau quasi constitutionnel la constitution, la laïcité, l'intégration, la Charte de la langue française, l'autonomie constitutionnelle et on inscrit à l'intérieur de ces lois une clause qui dit qu'elle protège la nation, l'autonomie constitutionnelle et les caractéristiques fondamentales du Québec.

Et vous me direz : Mais pourquoi inscrire tout ça à l'intérieur? Bien, figurez-vous, M. le Président, que malgré le fait qu'ils affaiblissent cette charte, qu'elle est de moins en moins opérante, en plus, ils ne se satisfont pas de ça. L'article 9 dit qu'une loi peut inclure une clause de souveraineté parlementaire sans contextualiser ou sans justification, ce qui fait qu'aucune violation du droit ou d'une liberté ne peut être invoquée. Vous imaginez? N'importe quelle majorité, demain matin, choisit n'importe quelle loi, rajoute cette clause et «bam»! Sans même besoin de dire ni pourquoi ni dans quel contexte, plus aucun droit fondamental ne peut s'appliquer devant les tribunaux. L'article 5 dit que dès qu'on invoque dans une loi n'importe laquelle avec une majorité, encore une fois, que la loi protège la nation québécoise, l'autonomie constitutionnelle, les caractéristiques fondamentales, et bien, les organismes qui reçoivent de l'argent public ne peuvent plus la contester de facto parce qu'elles ne peuvent plus utiliser leur argent.

Et dans la liste, figurez-vous, M. le Président, il y a toutes les universités, le Barreau, tous les ordres professionnels, la commission des droits de la personne et de la jeunesse, les municipalités... Donc, imaginez demain qu'un gouvernement fasse une loi contre les municipalités, les municipalités ne peuvent pas aller contre le gouvernement devant les tribunaux. Aujourd'hui, qui utilise l'argent public? Je vais vous donner un exemple de très mauvaise utilisation de l'argent public en matière de droits fondamentaux et ça va vous parler, M. le Président, j'en suis sûr. Il y a du profilage racial par la police à travers les politiques d'arrestations dites aléatoires. Les études pullulent, les études pullulent, qui disent que les Noirs, les Arabes, les Autochtones se font arrêter 400 % plus que les autres sans raison. Et bien, la Commission des droits de la personne fait partie des gens qui contestent ce règlement de la police. Et à chaque fois que la société civile a gagné devant les tribunaux, ce gouvernement continue à engager de l'argent public pour porter en appel et continuer ces politiques discriminatoires, discriminatoires qui font en sorte que nos concitoyens noirs, arabes ou autochtones, malheureusement, ne sont pas les égaux des autres. Et bien, la Commission des droits de la personne ne pourra plus contester des lois de profilage racial avec cette constitution.

Mais ce n'est pas tout, monsieur. Ce n'est pas tout, M. le Président, il y a l'article 31 qui dit qu'il y a une présomption d'intérêt public aux lois...


 
 

15 h 28 (version non révisée)

M. Bouazzi : ...n'est pas tenu de démontrer que cette règle est à l'avantage du public. Ça, ça rend tout sursis, toute injonction pratiquement impossible étant donné que le juge est obligé de considérer que tout est fait dans l'intérêt du public et il ne peut même pas demander à l'État de se justifier.

Dans les procédures d'appel. M. le Président, quand il y a un jugement relatif à la constitutionnalité d'une loi, eh bien, il y a l'article 27 qui fait que l'appel est accepté automatiquement pour le Procureur général du Québec et sur permission pour les autres parties. Alors, le procureur général du Québec, c'est le ministre de la Justice lui-même, il se donne des droits tranquillement, alors qu'aujourd'hui c'est tellement grave quand il y a une décision sur la constitutionnalité d'une loi que c'est automatique pour tout le monde. Mais là ce qu'il dit, il dit : Pour moi, le ministre, c'est automatique, je peux aller à la Cour supérieure sans avoir à ne donner aucune explication. Mais, pour tous les autres, bien, ils sont obligés de se justifier. En imaginant qu'il y a un sursis qui est accepté par la cour, à ce moment-là, l'appel du Procureur général du Québec qui est, rappelons-le, encore une fois, est le ministre lui-même, est accepté automatiquement alors qu'il est sur conditions aujourd'hui.

Avouez, encore une fois, qu'il y a une constance, une rigueur dans cette obsession d'accumuler du pouvoir autour du ministre de la Justice lui-même, alors qu'une Constitution vient, justement, au contraire, définir les règles du jeu et parmi elles, définir les limites du pouvoir exécutif.

Ah! M. le ministre, ce n'est pas tout... M. le Président, ce n'est pas tout. Le... ce gouvernement nous dit : Attention! quand il y a un litige entre le droit, l'égalité entre les hommes et les femmes, et la liberté de lieu de religion, nous allons y hiérarchiser les droits et faire en sorte que c'est l'égalité des genres qui gagne. Alors, d'abord, théoriquement, c'est vraiment n'importe quoi. Bon, le ministre, il doit être au courant quand même, il est avocat. Tous les avocats, les juristes sont passés pour nous dire à peu près la même chose, un, que la... la hiérarchisation est contraire aux principes fondamentaux de la charte, que les droits et libertés forment un tout, qu'ils doivent s'interpréter les un par rapport aux autres, car l'objectif n'est pas d'en choisir un par rapport à l'autre, l'objectif, c'est de s'assurer... de s'assurer que tous les droits à l'égalité puissent arriver. Les droits se renforcent les uns les autres et l'introduction d'une hiérarchie les affaiblit tous, en fait, y compris le droit à l'égalité. Et enfin, quand il faut vraiment choisir, bien, la justice, effectivement, priorise toujours le droit à l'égalité entre les hommes et les femmes dans la jurisprudence.

Et je vous donnerais quelques exemples de jurisprudence. Il y a, en 2007, une décision de la Cour suprême qui établit que la liberté de religion invoquée dans le cadre d'un divorce religieux devrait s'effacer devant les conséquences discriminatoires subies par l'épouse. En 2008, il y a des manifestations, les tribunaux ont déclaré une injonction contre les manifestations devant les cliniques en Outaouais, devant une clinique qui... qui opéré des... des IVG, des avortements pour que les manifestations se passent plus loin. Et donc ils ont limité les droits fondamentaux des religieux et religieuses qui manifestaient devant, parce qu'ils considéraient que le droit des médecins, et des patientes qui allaient là, et des... des infirmières et infirmiers étaient plus important que le droit à la libre expression et à la liberté religieuse.

Mais le ministre, il nous sort toujours le même exemple, il nous dit, voici son exemple : Il y a quelqu'un, un jour, qui est arrivé à la SAAQ, il a dit : Moi, je ne veux pas me faire servir par une femme. Et la SAAQ a dit oui. Et donc c'est très grave. La SAAQ a... a demandé l'avis de la Commission des droits de la personne. La Commission des droits de la personne a validé la décision de la SAAQ et donc la commission a décidé que le droit à l'égalité passait après le droit à la libre religion. Bon, alors, d'abord, le cas, il date de 2009, ça fait que, depuis 17 ans, il n'a pas trouvé un autre cas. Mais, très étonnamment, M. le Président, je pense que le ministre n'a pas lu la décision. Et c'est quand même quelque chose, hein, que le seul cas qu'il nous donne date de 17 ans et qu'il ne l'a pas lu, parce que je ne peux pas croire qu'il a lu, à la page 1...


 
 

15 h 33 (version non révisée)

M. Bouazzi : ...de la décision de la commission de droits à la personne, on dit qu'«un accommodement raisonnable ne s'applique pas lorsque la demande vient contredire un autre droit, par exemple le droit de l'égalité des sexes», «ne s'applique pas». Et ça continue à la page 1 pour dire : «Selon cette politique, l'accommodement proposé — et j'y reviendrai — est de tenter de satisfaire la demande de la clientèle sans pour autant porter atteinte aux règles de sécurité de droit et à l'égalité entre les hommes et les femmes. Et, à cet égard, nous pouvons affirmer qu'il est exact qu'un accommodement ne serait pas considéré comme raisonnable s'il avait pour conséquence de porter atteinte au droit à l'égalité.»

Je suis très heureux, M. le Président, que cette noble... cette noble... auditoire, ce noble auditoire ait rappelé l'importance de dire les choses exactes, de dire les choses exactes. Et le ministre de la Justice, je suis sûr qu'il m'entend, ferait bien d'aller lire les choses pour ne pas donner des choses inexactes à la population.

Il n'a pas lu la conclusion non plus parce qu'elle, ce qu'elle dit, c'est que... Alors, l'accommodement, figurez-vous... D'abord, le... cette personne, là, ce n'est pas qu'elle ne voulait pas se faire... se faire servir par une femme, elle ne pouvait pas être toute seule dans une voiture avec une femme, et la SAAQ n'était pas d'accord avec ça. La SAAQ lui a dit : Tu sais quoi, on va te remettre dans la file à chaque fois, et, à un moment, par hasard, tu vas peut-être tomber sur un homme, et puis on va aller de l'avant. Et ils ont dit : Comme ça, il n'y a personne qui se fait discriminer parmi les gens qui travaillent à la SAQ. Et, par ailleurs, bien, toi, tu veux un homme ou tu veux quelqu'un dans la voiture avec toi, ça ne marchera pas, ça fait que, bon, on va se débrouiller pour que tu tombes sur un homme un jour, aussi longtemps que tu refais la file. Vous imaginez? C'est ça qu'a décrit M. le ministre comme étant la raison pourquoi on est en train de chambouler tous les principes, tous les principes de droit. Et donc la conclusion par rapport à cet accommodement dit : «Cet accommodement, tel qu'appliqué, semble assurer le droit à l'égalité sans discrimination fondée sur la religion des demandeurs, tout en ne portant pas atteinte au droit à l'égalité fondée sur le sexe des employés de la SAAQ.» Ça, ça veut dire que, même avec son projet de loi, même en hiérarchisant, la Commission des droits de la personne peut tout à fait redonner exactement la même décision. Le seul cas que le ministre apporte. Aïe, aïe, aïe!

Pourtant, M. le Président, en matière d'égalité entre les hommes et les femmes, il y a vraiment beaucoup à faire, beaucoup à faire. En 2024, le salaire moyen des femmes était 9 % inférieur à celui des hommes. Et c'est encore plus grand pour les femmes immigrantes, les femmes qui ne sont pas syndiquées, qui gagnent en moyenne 14 % moins de l'heure que leurs collègues masculins. C'est aussi une différence qui augmente avec l'âge, parce que les femmes ont plus souvent des interruptions du parcours professionnel. Ce gouvernement pourrait aussi... Et donc il faudrait améliorer l'application des lois sur l'équité salariale. Ce gouvernement pourrait augmenter aussi le salaire minimum, parce que, M. le Président, je suis sûr que vous savez comme moi que les femmes sont plus nombreuses, sont plus nombreuses au salaire minimum que les hommes. Il pourrait rendre la contraception gratuite. Ce gouvernement a promis 50 000 places de garderie. Il y a encore 30 000 enfants sur les listes d'attente. Et on sait à quel point le fait de ne pas avoir de place de garderie nuit particulièrement aux femmes, aux femmes monoparentales, bien sûr, mais aussi aux autres qui se retrouvent trop souvent à rester à la maison. Et ce gouvernement, qui vient nous donner des cours sur l'égalité entre les hommes et les femmes, qui ne fait pas tout ce que je viens de dire, en plus, dans son dernier remaniement ministériel, a... a diminué la place des femmes autour de la table des décideurs dans le Conseil des ministres.

Alors, ensuite, vient le fameux article 29 sur le droit du libre choix des femmes en matière d'avortement. On l'avait dit depuis le début, c'est un écran de fumée. Il a été mis là pour pouvoir être retiré, pour qu'on puisse nous dire : Oui, oui, on écoute, on écoute, mais que ça utilise toute la plage de temps possible pour qu'on ne puisse plus parler de tout ce dont j'ai parlé depuis le début. Mais, malheureusement, M. le Président... D'abord, le mal est fait. Parce que, vous savez, les groupes anti-choix, il y a deux choses qu'ils veulent. Un, ils veulent une loi, c'est ce que l'article 29 proposait, mais, deux, ils veulent un débat sur la question de l'avortement, parce que plus on en a... en parle, plus ça leur fait de la...


 
 

15 h 38 (version non révisée)

M. Bouazzi : ...publicité. Et enfin, en fait, même en enlevant l'article 29, ce projet de loi est un danger terrible pour le droit à l'avortement. Parce qu'en fait, tous les groupes sont venus nous dire : Ne vous inquiétez pas, n'y touchez pas, parce que nos droits sont garantis par la jurisprudence, par des décisions de la Cour suprême. Or, M. le Président, les droits dont on parle dans la Cour suprême... utilisent pour avoir légalisé l'avortement et l'accès à l'avortement, bien, c'est des droits fondamentaux. C'est le droit à la vie, le droit à la liberté, le droit à la libre conscience, le droit à la sécurité, le droit à l'égalité, et ce gouvernement banalise l'utilisation de la clause. Ça fait que demain, si un gouvernement arrive et nous dit : Oh là là! C'est catastrophique, on n'a pas d'enfants au Québec, ce serait donc bien important, pour le bien de la nation, de se débrouiller pour que les femmes aient le maximum d'enfants possible, et qu'ils mettent les fameuses clauses dont je vous ai parlé de souveraineté parlementaire, les clauses de protection de la nation, etc., etc., sachant que même un des conseillers du ministre lui-même pour cette constitution nous parle justement des politiques natalistes, et bien, il n'y a plus aucune protection possible pour le droit à l'avortement. Aucune. Et c'est pour ça, M. le Président, que la banalisation d'utilisation des clauses dérogatoires, sans avoir à se justifier, mais c'est un risque absolument incroyable, y compris aux droits des femmes, y compris au droit au libre choix et à l'avortement.

Bon, maintenant, les groupes sont venus et ils nous ont parlé des vrais problèmes qui touchent à l'accès à la... au droit à l'avortement, et ils nous ont fait une liste. Et j'espère que la ministre du Trésor écoute, et que le ministre de la Justice lui a fait parvenir, parce que la situation est loin d'être rose, M. le Président. Et il y a toutes sortes d'embûches aujourd'hui pour que les femmes puissent vraiment faire les choix qu'elles veulent pour leur corps. Il faut améliorer la disponibilité géographique, avoir plus de cliniques, déployer de nouveaux points en région, particulièrement aux Îles-de-la-Madeleine, en Gaspésie, au Témiscamingue. Il faut accorder un meilleur financement, du financement pérenne aux cliniques communautaires. Il faut créer un comité chargé d'implanter les normes minimales pour coordonner les services, réduire les barrières financières et matérielles, instaurer la gratuité des contraceptifs, couvrir les frais pour les personnes vulnérables qui n'ont pas de RAMQ, M. le Président... parce que les étudiants étrangers, les étudiantes étrangères, les travailleuses temporaires, les personnes sans statut, les réfugiés... Ça, c'est les conseils du Collège des médecins, la Dre Boie, de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, etc., etc.

Et donc, plutôt que faire des stratégies avec une législation et un débat que nous avons déjà eus en 2023, où la ministre de la Condition féminine avait déjà proposé de mettre un projet de loi en ce sens et qu'ils avaient déjà reculés, nous perdons du temps, du précieux temps pour mettre en place, pour mettre en place des politiques réelles qui améliorent le droit à l'égalité et le droit au libre choix des Québécoises et Québécois, surtout des Québécoises dans ce cas.

Enfin, il y a le conseil constitutionnel, M. le Président. Donc, le conseil constitutionnel, c'est une affaire qui n'est pas dans le système de justice, qui est... D'abord, commençons par ses membres. Donc, on n'exige même pas des connaissances en droit, on n'exige même pas un amour des droits fondamentaux des Québécoises et Québécois, on exige une orientation idéologique qui appuierait la vision de la CAQ en matière de ce qu'ils appellent : les droits collectifs. C'est un conseil à nature politique... Vous savez qui peut demander des conseils à ce conseil constitutionnel? Bien, seulement la partie gouvernementale. Vous imaginez? C'est-à-dire qu'un parti d'opposition, un citoyen, un groupe, la société civile ne peuvent pas demander si une loi est constitutionnelle ou pas, seuls l'exécutif ou une majorité parlementaire ont le droit de poser des questions à ce conseil...


 
 

15 h 48 (version non révisée)

M. Bouazzi : ...projet de loi qui renforce le pouvoir du ministre lui-même. Alors, j'ai ici, M. le Président — il ne me reste pas beaucoup de temps, ça fait que je vais vous épargner ça — une liste, mais non exhaustive. Je vais en lire quelques-uns, là : centrale syndicale démocratique, la CSD, Centrale des syndicats du Québec, l'association québécoise de défense des droits de la personne retraitée, l'association québécoise défense des droits des personnes... l'Auberge du cœur le Foyer, etc., etc. Il y en a comme ça, des centaines et des centaines et des centaines. Maisons des jeunes, Mouvement d'aide et de consultation sur le travail, Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain, regroupement des organismes communautaires de la Gaspésie et... de Madeleine, Syndicat canadien de la fonction publique, regroupement des sans-emploi, Réseau international sur le processus de production du handicap, le CIUSSS de l'Est de Montréal, le syndicat des travailleuses et travailleurs du CIUSSS de l'Est de Montréal, Syndicat des agents de maîtrise de Telus, l'union des étudiants du Québec, etc., etc., etc. Tous ces gens-là, ils demandent une chose : le retrait pur et simple de ce projet de loi.

Moi, je n'arrive pas à croire, M. le Président, que ce ministre, très sérieusement, décide d'aller de l'avant. C'est un... un manque de respect, vraiment, de ce qu'on aurait dû être. Ce n'est pas se comporter en homme d'État, c'est décider de faire quelque chose par lui, pour lui. Nous, notre job, dans cette consultation, M. le Président, ça va être de s'assurer que cette constitution telle qu'elle ne voit jamais le jour. C'est un engagement que je prends devant tous ceux qui sont venus en commission nous dire à quel point ils étaient terrifiés par les reculs des droits et libertés. C'est un engagement devant ces centaines et ces centaines d'organismes qui disent qu'il faut absolument reculer. Et le plus triste, là-dedans, c'est que, malheureusement, après un exercice aussi grave que celui-là, ça va être vraiment compliqué de redonner confiance aux gens concernant les processus de constitution. Car oui, nous avons besoin de constitutions. Nous avons besoin d'un moment où on se rallie alors que l'extrême droite est en train de monter partout. Trump, là, il adorerait gouverner avec une constitution qui lui permet de rajouter des clauses pour sortir des droits fondamentaux, qui lui permet de rajouter des clauses pour pouvoir empêcher la société civile, le Barreau, la Commission des droits de la personne, les universités, les municipalités, de contester les lois qu'il met en place, qui lui permet d'avoir des... des recours automatiques en matière d'appel alors que ses opposants ne l'ont pas, qui ne permet pas à ses opposants d'obtenir des sursis ou des injonctions dans ce qu'il propose... C'est un rêve pour tout autocrate d'avoir une constitution comme celle-là.

Et pour conclure, M. le Président, le Québec a été capable de choses absolument extraordinaires. Vraiment. On a parlé tout à l'heure de la charte québécoise des droits et libertés, un moment de ralliement de tous les partis, de tous les partis, un moment de collégialité, de travail ensemble. Le Québec a aussi été capable de choses qui ont été vraiment moins glorieuses. Si on pense à ce qui s'est passé du temps de Duplessis, si on pense à toutes les violations des droits des peuples autochtones à travers le temps, et bien, ce projet de loi ne se place pas du côté glorieux de notre histoire. Ce projet de loi, à aucun moment, ne va rassembler tous... tous les législateurs ici présents derrière lui, et encore moins la société civile...