Journal des débats (Hansard) of the Committee on Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Wednesday, September 18, 2024
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Vol. 47 N° 26
Special consultations and public hearings on Bill 69, An Act to ensure the responsible governance of energy resources and to amend various legislative provisions
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Intervenants par tranches d'heure
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Montigny, Yves
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Fréchette, Christine
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Bernard, Daniel
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Rizqy, Marwah
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Bouazzi, Haroun
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Bouazzi, Haroun
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Montigny, Yves
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Paradis, Pascal
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Fréchette, Christine
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Tremblay, François
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Tremblay, François
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Montigny, Yves
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Rizqy, Marwah
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Dufour, Virginie
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Bouazzi, Haroun
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Paradis, Pascal
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Montigny, Yves
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Fréchette, Christine
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Rizqy, Marwah
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Rizqy, Marwah
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Montigny, Yves
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Bouazzi, Haroun
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Paradis, Pascal
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Fréchette, Christine
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Fréchette, Christine
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Montigny, Yves
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Bernard, Daniel
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Rizqy, Marwah
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Dufour, Virginie
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Bouazzi, Haroun
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Paradis, Pascal
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Bernard, Daniel
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Montigny, Yves
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Fréchette, Christine
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Bernard, Daniel
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Montigny, Yves
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Rizqy, Marwah
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Bouazzi, Haroun
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Paradis, Pascal
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Montigny, Yves
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Fréchette, Christine
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Bernard, Daniel
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Rizqy, Marwah
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Dufour, Virginie
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Dufour, Virginie
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Montigny, Yves
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Bouazzi, Haroun
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Paradis, Pascal
11 h (version révisée)
(Onze heures vingt-deux minutes)
Le Président (M. Montigny) : Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de l'agriculture, des
pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles ouverte. Je vous souhaite
la bienvenue. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques pour être certains que
nous ne serons pas dérangés.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 69, Loi assurant la gouvernance responsable des ressources
énergétiques et modifiant diverses dispositions législatives.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements aujourd'hui?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Rivest (Côte-du-Sud) est remplacé par Mme Grondin
(Argenteuil); M. Fortin (Pontiac), par Mme Dufour (Mille-Îles); et Mme Zaga
Mendez (Verdun), par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Auditions (suite)
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Alors, ce matin, nous entendrons les organismes suivants : la Centrale
des syndicats du Québec, l'Association des distributeurs d'énergie du Québec.
Sans plus tarder, je vais débuter en
souhaitant d'abord la bienvenue à la Centrale des syndicats du Québec. Je vous
rappelle que vous disposez donc de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons par la suite à une période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc, mesdames, à vous présenter ainsi qu'à débuter
votre allocution de 10 minutes. Merci.
Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
Mme Dionne (Anne) : Merci. M.
le Président, Mme la ministre, chers membres de la commission, merci de nous
accueillir en consultations particulières aujourd'hui.
Mon nom est Anne Dionne. Je suis
vice-présidente à la Centrale des syndicats du Québec. Et je suis accompagnée
par ma collègue, aujourd'hui, Dominique Bernier, conseillère en environnement
et transition juste au service de l'action professionnelle et sociale.
La CSQ représente plus de 225 000 membres,
dont environ 125 000 qui font partie du personnel d'éducation. Nous sommes
également à l'origine du Mouvement ACTES, anciennement EVB-CSQ, qui se retrouve
dans plusieurs établissements des réseaux de l'éducation du Québec et qui vise
notamment à éduquer et à agir en faveur d'une réelle transition juste, et ce,
depuis plus de 30 ans.
En tant qu'acteur social engagé de longue
date dans la défense des services publics et la promotion du bien commun, la
CSQ se sent hautement interpelée par les orientations envisagées par le
gouvernement pour l'avenir énergétique du Québec. D'abord, permettez-moi de
féliciter la ministre pour sa nomination et l'informer de notre souhait sincère
de collaborer et d'alimenter la réflexion sur notre avenir énergétique.
D'entrée de jeu, nous voulons rappeler l'importance
d'Hydro-Québec pour ce qu'elle représente historiquement, mais également pour
son rôle dans le développement durable et équitable de notre société. Son
modèle fondé sur l'équité et la justice tarifaire a permis de garantir aux
Québécoises et aux Québécois des tarifs parmi les plus bas en Amérique du Nord.
De plus, ses revenus contribuent massivement au financement de nos services
publics comme l'éducation et la santé. Dans l'état actuel des réseaux, il nous
apparaît très malavisé de se priver une fois de plus de tels revenus.
Malheureusement, le projet de loi, dans sa
forme actuelle, menace cette structure publique en facilitant une place accrue pour
le secteur privé dans la production énergétique et en causant une brèche dans
le monopole de la distribution. C'est pourquoi nous recommandons que le
gouvernement réaffirme clairement qu'Hydro-Québec est et doit demeurer une <société
d'État jouissant...
Mme Dionne (Anne) :
...clairement
qu'Hydro-Québec est et doit demeurer une >société d'État jouissant d'un
monopole sur la production et la distribution d'électricité et qu'aucun
développement de ce secteur ne doit se faire sans sa gouvernance directe.
Nous assistons depuis quelques décennies à
une privatisation rampante de certaines parties de notre production
énergétique. Que ce soit avec les petites centrales hydroélectriques ou les
projets éoliens, nous nous éloignons de notre modèle de gestion centralisée. Le
privé représente actuellement déjà près de 17 % de la production
énergétique québécoise et cette tendance risque de s'accélérer avec l'adoption
de ce projet de loi.
Faut-il rappeler que les profits résultant
de ces projets ne demeurent pas toujours au Québec? Les bénéfices à long terme
pour les collectivités locales sont souvent minimes. Cela engendre de
profondes... divisions, pardon, au sein des communautés locales, et surtout
cela érode peu à peu notre capacité de contrôler pleinement nos ressources
énergétiques. Notre fleuron national doit être protégé, et tout nouveau projet
de production d'électricité doit être réalisé exclusivement par Hydro-Québec,
et, à terme, toutes les initiatives énergétiques sous contrôle privé doivent
être renationalisées.
Quant au cœur du projet de loi, qui, selon
le gouvernement, serait en droite ligne vers une décarbonation de notre
économie, force est de constater que le ministre a pris le problème à l'envers,
et c'est ce qui est le plus troublant. Le gouvernement considère la transition
d'abord sous la lorgnette du développement économique, alors que l'urgence
climatique et les impératifs qu'elle entraîne nous commandent plutôt une
stratégie de sobriété énergétique. En ce sens, le projet de loi, dans sa forme
actuelle, est déconnecté de l'urgence climatique à laquelle nous faisons face.
Il nous apparaît plutôt ancré dans une vision du XXe siècle, où la
production industrielle était favorisée à tout prix.
En effet, dès le départ, il met l'action
sur la production accrue d'énergie sans une réelle réflexion sur notre
consommation énergétique. La réduction des gaz à effet de serre et l'efficacité
énergétique ne sont que des détails subordonnés à une politique de gestion
intégrée des ressources énergétiques qu'elle priorisera... pardon, qui, elle,
priorisera l'augmentation de la production. Le Québec ne dispose toujours pas
d'un plan clair et chiffré en matière de décarbonation. En 2024, tout plan de
gestion intégrée des ressources énergétiques devrait être assujetti à un plan
ambitieux et chiffré visant la réduction des gaz à effet de serre.
Malheureusement, le projet de loi propose l'inverse.
Une autre inquiétude majeure concerne la
mission de la Régie de l'énergie, modifiée substantiellement à
l'article 13. On y introduit la notion de maximisation des bénéfices,
notamment dans le secteur gazier, tout en supprimant des clauses qui incluaient
les préoccupations environnementales et sociales dans les décisions de la
régie. Cela témoigne d'une orientation vers une rentabilité à court terme
déconnectée, encore une fois, de l'impératif de transition énergétique.
Ensuite, les articles 38, 116, 118
ouvrent la porte à une privatisation agressive de la production énergétique. Si
ces articles demeurent, nous risquons de voir les projets de production se
multiplier, risquant de déséquilibrer le marché énergétique du Québec,
d'alimenter la division au sein des communautés et de compromettre notre
souveraineté énergétique. Oui, nous sommes inquiets, car tout indique que ce
projet entraînera, à terme, des hausses de tarifs qui serviront à financer le
développement industriel, qui ne bénéficiera pas à la population.
• (11 h 30) •
À notre avis, ce projet de loi crée un
dangereux déséquilibre qui favorise la recherche de profits rapides au
détriment de la durabilité environnementale et de l'équité sociale. C'est
pourquoi la CSQ recommande que le gouvernement suspende les travaux devant
aboutir à l'adoption de ce projet de loi, et qu'il le rejette dans sa forme
actuelle, et qu'un processus de réforme transparent soit lancé. L'urgence
climatique ne nous permet plus de prioriser la croissance effrénée de la
production énergétique. Il est temps de miser sur une véritable transformation
de notre consommation énergétique et de notre mode de vie.
J'aborde maintenant un des aspects qui
transparaît en filigrane de ce projet de loi, l'ingérence croissante des
grandes entreprises et des lobbyistes privés dans la politique énergétique. Ce
phénomène n'est malheureusement pas unique au Québec, mais nous avons la
responsabilité d'y résister avec fermeté. Nous observons aussi de plus en plus
souvent ce qu'on appelle le phénomène de va-et-vient public-privé, où des <ex-dirigeants...
>
11 h 30 (version révisée)
< Mme Dionne (Anne) :
...souvent
ce qu'on appelle le phénomène de va-et-vient public-privé, où des >ex-dirigeants
d'Hydro-Québec ou de ministères deviennent des conseillers ou membres de CA d'entreprises
privées, et vice versa. Ce phénomène facilite le rapport d'influence de la
grande industrie sur les politiques publiques au détriment du bien commun. C'est
pourquoi nous recommandons que le gouvernement mette en place des mécanismes
visant à limiter au maximum l'influence que peuvent exercer les grands groupes
industriels et les grandes fortunes sur les politiques du Québec.
Enfin, abordons l'aspect démocratique à la
question énergétique. Une commission parlementaire sur invitation où on est
amenés à présenter très brièvement, et j'en suis essoufflée, notre analyse d'un
projet de loi complexe et très technique ne peut remplacer un véritable débat
de fond. Pourtant, des questions énergétiques sont, par nature, des enjeux de
société. Nous croyons fermement que l'avenir énergétique du Québec ne peut pas
être décidé dans des bureaux fermés ou par quelques personnes seulement. Il est
temps d'ouvrir un vaste débat public inclusif et transparent où les citoyens,
citoyennes, experts, organismes, les représentants des Premières Nations
pourront véritablement participer à la définition de la transition énergétique.
Cet exercice de dialogue social n'est pas simplement une formalité. Il est la
condition sine qua non pour poser des bases solides d'une transition juste qui
reflète bien les valeurs et les aspirations de la population du Québec.
Pour conclure, M. le Président, je tiens à
souligner que le projet de loi 69 place le Québec sur une voie dangereuse.
Le modèle énergétique que propose cette loi n'est ni durable ni équitable. En
favorisant les intérêts privés et en affaiblissant le monopole d'Hydro-Québec,
ce projet de loi s'éloigne non seulement des besoins collectifs, mais...
actuels, mais aussi des impératifs climatiques urgents. Nous réitérons donc que
le gouvernement jette les bases d'un vaste exercice de dialogue social sur l'énergie
au Québec et que le résultat de cet exercice démocratique non partisan soit
utilisé pour établir le plan intégré de gestion des ressources énergétiques
ainsi que les futures modifications législatives en matière d'énergie et de transition
juste. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons constituer un modèle énergétique qui
profitera non seulement aux citoyens et citoyennes d'aujourd'hui, mais
également aux générations futures. Je vous remercie de votre attention.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Avant de débuter la période de... en fait, de dialogue avec les
membres de la commission, je voudrais juste valider quelque chose. On a besoin
de deux minutes additionnelles ou répartir le temps de façon équitable, là. On
a un petit enjeu de deux minutes. Est-ce que j'ai consentement pour prolonger
de deux minutes ce matin? On a consentement. Parfait. On va... on va prolonger
de deux minutes nos travaux.
Maintenant, la période d'échange débute. Mme
la ministre, vous avez 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci, M. le
Président. Alors, merci à vous, Mmes Dionne et Bernier. Merci de votre
participation à cet exercice de consultation puis à venir nous présenter votre
vision. Vous avez abordé plusieurs thèmes, là, dans le cadre de votre
intervention. Je vais traiter quelques-uns d'entre eux, mais ce ne sera pas
exhaustif, là.
Mais je voudrais revenir sur le fait que
le projet de loi, notamment, réaffirme le rôle principal de la société d'État,
là, Hydro-Québec, en matière de production, de transport, de distribution d'électricité.
Donc, il n'y a rien dans le projet de loi qui vient changer le statut de la
société d'État. Je pense que c'est important de le rappeler.
Puis, du côté de la régie aussi, on ne
vient pas diminuer le rôle de la régie. En fait, les modifications qui ont été
ciblées par vous, là, dans le cadre de votre... de votre mémoire sont
essentiellement des modifications de concordance aux différents règlements qui
sont en vigueur. Puis ça ne vient pas réduire, diminuer le pouvoir de la régie.
En fait, on vient même ajouter un élément dans la mission de la régie, et qui
est en lien avec la transition énergétique, pour être en phase avec les défis
qui nous attendent, là.
Il y a... il y a tout de même, bon, l'article 97,
là, qui modifie le seuil d'investissement, là, à partir duquel une autorisation
de la régie va être nécessaire pour les projets en transport. Le seuil, en
fait, il est augmenté pour faire en sorte, là, de réduire les procédures,
alléger, bref, les démarches pour des investissements qui sont sous le nouveau
seuil. Donc, ce sera plus rapide. Donc, c'était dans un esprit d'agilité que l'on
a intégré cet article-là.
Et j'entends que vous demandez à ce que l'on
mise davantage sur l'efficacité puis la sobriété énergétiques. Nous en sommes.
Maintenant, si on veut vraiment s'engager dans l'élimination des sources d'énergie
fossile, il nous apparaît que la sobriété énergétique ne sera pas <suffisante...
Mme Fréchette :
...fossile,
il nous apparaît que la sobriété énergétique ne sera pas >suffisante,
là, pour arriver à notre objectif globalement. Donc, il va falloir user d'autres
méthodes en plus de celle-là. Mais je suis d'avis également qu'il faut miser le
plus possible sur la réduction énergétique. C'est ce qui nous coûte le moins
cher ultimement.
Dans votre mémoire, vous expliquez en
quoi, là... non, vous nous expliquez que vous voudriez que la vente d'électricité
de gré à gré soit reconsidérée parce... sur des terrains adjacents, là, j'entends,
parce que vous dites : Ça pourrait compromettre la sécurité énergétique du
Québec. C'est quand même un risque assez fort que vous... que vous mentionnez,
que vous soulevez. Puis vous dites que ça pourrait avoir aussi un effet, là,
sur les tarifs d'électricité. Alors, j'aimerais vous entendre sur quelle est la
réelle nature du risque sur notre sécurité énergétique que vous voyez dans la
possibilité de vendre de l'électricité de gré à gré sur un terrain adjacent, ce
qui est quand même circonscrit, là.
Mme Bernier (Dominique) : Bon,
il y a... il y a plusieurs choses dans votre intervention. Premièrement, sur la
question de la mission d'Hydro-Québec et de la mission de la Régie de l'énergie
aussi, nous, on pense que les changements de... les changements sémantiques ne
sont pas sans impact. Notamment... En fait, il y a... il y a vraiment des
changements importants. Notamment, dans la Loi sur la Régie de l'énergie, l'article 13,
on lui ajoute un rôle d'innovation et de maximisation des bénéfices. Ce n'est
pas anodin quand on vient retirer les notions, en fait, de la prise en compte
de la question environnementale et sociale dans les décisions de la régie. Pour
nous, c'est... c'est majeur, cette transformation. Et, même si on ajoute «transition
énergétique» à quelques endroits dans le projet de loi, cette notion-là n'est
pas définie par le gouvernement encore. À part par le Plan pour une économie
verte, qui reste assez succinct, il n'y a pas de cibles précises pour la
décarbonation qui ont été fixées. Donc, selon nous, c'est... c'est très, très
inquiétant, cette question-là.
Même sur la question d'Hydro-Québec, il y
a un changement à la mission aussi. Il y a... il y a vraiment un... Disons, le
rôle d'Hydro-Québec n'est plus de fournir de l'énergie, mais bien d'innover en
matière d'énergie. Donc... Alors, est-ce que le rôle d'Hydro-Québec demeure
vraiment centré sur la fourniture d'électricité aux citoyennes et aux citoyens,
aux PME du Québec, aux entreprises, aux institutions ou bien on veut innover,
on veut maximiser les bénéfices en termes d'énergie pour tout le monde? Ce n'est
pas clair pour nous. Et en fait notre analyse et celle de plusieurs autres
experts qu'on a consultés nous démontrent qu'il y a une porte ouverte, là, à
cet endroit-là, qui permet, en fait, peut-être pas à ce gouvernement-ci, mais à
de futurs gouvernements... Ils auraient toutes les... tous les outils
législatifs en main pour déstructurer notre société d'État.
Pour ce qui est de la sobriété
énergétique, il y a des experts dans le domaine qui ont fait des analyses
poussées et qui démontrent qu'il y a plusieurs dizaines de térawattheures qu'il
est possible de dégager en matière de sobriété énergétique. Donc, ce n'est
pas... C'est... c'est une grosse quantité d'énergie qui est disponible. Puis
les mégawatts... les mégawatts qui ne sont pas consommés, en fait, sont la
façon la plus économique de fournir de l'énergie, la plus écologique aussi,
mais celle aussi qui crée le plus d'emplois, et les emplois les mieux répartis
sur le territoire du Québec. Donc, selon nous, c'est vers là qu'il faut aller. Et,
pour ça, bien, ça prend un plan global. Ça prend des... Il faut réfléchir,
parce que, pour en arriver à une sobriété énergétique de cette ampleur-là, il
faut repenser le mode de vie de la population du Québec dans son ensemble. Il
faut... il faut repenser l'aménagement du territoire, notamment. Il faut... Tu
sais, il faut y réfléchir.
• (11 h 40) •
Donc, ça prend une analyse vraiment plus
en profondeur avant d'aller, selon nous, à des modifications législatives. C'est
pour ça qu'on met l'accent sur l'importance du débat public, d'un... un exercice
vraiment soutenu de dialogue social pour en arriver à avoir... à réfléchir à la
société carboneutre que l'on veut, comment on la... comment on l'imagine ensemble,
comme... comme citoyennes et citoyens, cette société qui devrait normalement
être très différente de celle qu'on connaît à l'heure actuelle.
Pour ce qui est des ententes de gré à gré,
de quelle façon, en fait, ça menace la sécurité énergétique, bien, c'est
simplement que ça ouvre la porte, ça ouvre une brèche dans le monopole de la
distribution. Pour nous, ce qu'on... ce qu'on... Notre réflexion sur le sujet,
c'est que c'est un pied dans la porte de l'entreprise privée dans le monopole
de la distribution, et on pense que ça va aller en se déstructurant. Les
projets comme ça, comme celui de TES Canada, qu'on donne en exemple, mais il y
en a... il y en a plusieurs autres qu'on pourrait... qu'on pourrait sans doute
nommer, ce sont des projets privés, tous les projets aussi de développement
éolien, la plupart d'entre <eux, qui...
Mme Bernier (Dominique) :
...éolien,
la plupart d'entre >eux, qui ont été faits dans les dernières décennies.
Ça cause des divisions dans les communautés. Ça fait en sorte qu'en fait on
éclate un peu notre... notre réseau public. On le... on le donne un peu à qui
le veut bien par petits morceaux. Et c'est ça, à terme, qui, pour nous, menace
notre... notre sécurité énergétique.
Ça s'est vu dans d'autres pays. Ce sont
des stratégies connues pour affaiblir un monopole d'État. Il y a même des
livres sur le sujet qui sont utilisés pour enseigner dans les grandes écoles de
management aux futurs, disons, dirigeants d'entreprise, comment, un peu, s'attaquer
aux réseaux publics et les déstructurer pour, finalement, les privatiser.
Donc, on ne s'attend pas à une
privatisation d'Hydro-Québec demain matin, mais on pense que cette
déstructuration ouvre la porte à une privatisation et risque d'aussi... En fait,
tous les outils législatifs vont être là pour un prochain gouvernement qui
voudrait le faire. Donc, c'est ça qui nous inquiète, pour nous. Je pense que
j'ai répondu à...
Mme Fréchette : Merci. Dans
votre mémoire, vous mentionnez que les hausses de tarifs vont servir à financer
un développement industriel qui ne bénéficiera pas à la population. Or, quand
on regarde les projets industriels, là, qui sont en train de se développer, qui
sont planifiés pour le Québec, c'est quand même des projets à la source, à la
base de création d'emplois bien rémunérés dans des secteurs stratégiques, dans
des créneaux d'avenir. Alors, quelque part, il me semble qu'il y a une
connexion entre le développement d'un certain nombre de projets industriels
portés par des PME, par des grandes entreprises et l'amélioration de la qualité
des emplois bien rémunérés dans des secteurs d'avenir. Donc, ça semble être,
comment dire, une résultante que vous ne reconnaissez pas, que les projets
industriels peuvent générer des conditions de travail intéressantes. Donc,
est-ce que c'est vraiment votre... votre pensée ou c'est...
Mme Bernier (Dominique) : C'est
sûr qu'il y a des retombées économiques aux projets industriels. On en
convient. Mais, selon nous, en fait, Hydro-Québec offre déjà des emplois très
bien rémunérés et de très bonnes conditions de travail. Donc, pourquoi ne pas
aller vers un développement, si un développement est nécessaire, ce qui reste à
démontrer... Comment... comment... Pourquoi ne pas aller avec ce qu'on possède
déjà, avec l'expertise qu'on a déjà en place, qui est sous l'égide du
gouvernement, qui est sous contrôle démocratique, pour développer ces
projets-là? Pour nous, en fait, la transition énergétique en soi, elle est porteuse
de plusieurs, en fait, emplois de grande qualité, elle est... elle porteuse de
retombées économiques importantes si on s'y met.
Cette transition-là, cela dit, elle ne
passe pas seulement par des projets industriels. Peut-être que certains seront
nécessaires, mais, notamment, la transition, ça passe beaucoup par la refonte
de notre modèle de transport. Donc, toute la question du transport devrait être
incluse là-dedans. Et on verrait que c'est... Il y a des études qui ont
démontré que c'est très, très payant d'investir dans le transport collectif,
notamment, autant urbain qu'interurbain, dans l'efficacité énergétique. J'en ai
parlé tantôt, ce sont de très bons emplois, tout ça aussi.
Puis, dans le secteur industriel, la
grande industrie, il faut... il ne faut pas oublier aussi que c'est des emplois
essentiellement masculins. Est-ce qu'on peut réfléchir à une vision de
l'emploi, des emplois de qualité et du développement économique qui incluent
davantage les femmes? C'est un... c'est un élément qui... Pour nous qui
représentons près de 80 % de femmes, c'est un élément qu'on... qu'on
trouve important.
Mme Fréchette : Oui, puis ça
contribue grandement aussi à la revitalisation ou à la vitalisation de
plusieurs des régions du Québec. Donc, ça, je pense que c'est un vecteur de création
de richesse, de création d'emplois bien rémunérés, qui, j'en conviens, parfois,
sont très masculins. Donc, je pense qu'on a tout intérêt, effectivement, à
féminiser un certain nombre d'emplois. J'en suis, et on va travailler là-dessus,
mais je pense qu'il faut voir les choses d'une manière très constructive par
rapport à ces projets industriels et à la qualité des emplois qu'on déploie au
Québec.
Vous mettez beaucoup d'accent, donc, sur
la sobriété énergétique, là, j'y faisais référence au début, ce qui est un
vecteur très important. Pensez-vous qu'on devrait fixer les tarifs de manière à
encourager la sobriété énergétique? Parce que plusieurs viennent nous dire
qu'il doit y avoir un signal de prix pour les consommateurs pour changer,
ultimement, les comportements. Est-ce que c'est quelque chose que vous
endossez? Quel est votre point de vue là-dessus?
Mme Bernier (Dominique) : En
fait, nous, on est... on s'oppose aux hausses de tarifs parce que c'est un
moyen régressif, en fait, d'agir. Ça pénalise injustement les plus démunis, et
pas seulement les plus démunis, mais aussi les familles nombreuses, par
exemple, ou les gens qui <sont...
Mme Bernier (Dominique) :
...exemple,
ou les gens qui >sont locataires et qui n'ont pas les moyens de... qui
habitent dans des logements plus ou moins bien isolés et qui n'ont pas la
capacité de changer quoi que ce soit à leur situation. Donc, selon nous, les
tarifs, ce n'est pas une bonne façon de s'assurer d'agir sur la consommation.
Mais il y a d'autres types... Il y a
toutes sortes d'organisations qui réfléchissent à des moyens plus constructifs,
en fait, et aussi très efficaces, là, de travailler à réduire la consommation,
parce que c'est vrai qu'il y a un gaspillage dans certains cas, mais c'est dur
d'évaluer, par exemple, entre une maison, une «monster house», là, excusez-moi
l'expression, qui aurait un garage chauffé, un spa, etc., et puis une famille
de huit qui habite dans un logement mal isolé. Ils peuvent consommer la même
quantité d'énergie, mais d'un côté, il y a du gaspillage, alors que de l'autre,
non. Tout ça est difficile à évaluer. Donc, ça prend, je pense, une... Il faut
être créatifs pour réduire la consommation des particuliers. Ce n'est pas
nécessairement là qu'on doit s'attaquer en premier, selon nous.
Mme Fréchette : Oui. De notre
côté, on est... on considère aussi qu'il y a un contrat social au Québec entre
les citoyens puis Hydro-Québec, puis faire en sorte qu'on mise sur cette
richesse qui est, notamment, l'hydroélectricité, les différentes sources
d'énergie renouvelable et les Québécois. Il faut faire en sorte de faire
fructifier cette richesse-là au bénéfice des Québécois, et avec un maximum
d'augmentation de 3 %. Donc, là-dessus, je vais céder la parole au collègue,
M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est maintenant le temps de céder la parole au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Vous disposez de trois minutes, M. le député.
M. Bernard : Trois minutes.
Merci, M. le Président. Bonjour, mesdames. Merci d'être ici en commission
parlementaire aujourd'hui.
Je vais me permettre un petit commentaire.
J'aime Hydro-Québec, OK, mais, quand on parle des retombées dans les régions,
juste pour vous dire, à l'époque, à Rouyn-Noranda, on avait des directeurs
régionaux, on avait la gestion de la Grande Rivière, les postes de direction
étaient là, puis il y avait une présence dans la communauté. Tous ces postes-là
ont été ramenés à Montréal. Actuellement, avec nos collègues des régions, on se
bat pour les systèmes de conduite du réseau parce qu'ils veulent prendre les
postes dans les régions puis les ramener dans le sud de la province. Donc, oui,
ils sont là, mais il faut qu'on se batte dans les régions pour maintenir les
emplois de qualité dont vous parlez puis les garder en région, OK? Ça fait que
ça, si vous pouvez nous aider là-dessus, ça va être parfait.
Votre recommandation 2, OK, vous
parlez beaucoup de privatisation, puis, entre autres, au niveau des projets
éoliens puis des minicentrales. Depuis qu'on a commencé les consultations, les
gens sont vraiment... il y a une approche de... je vous dirais, de projets
communautaires. Puis on en a encore parlé hier, et autres. Puis ce sont des
projets qui sont bénéfiques pour les régions.
Je concède avec vous que, quand la filière
éolienne a été mise en place, à l'époque, j'étais là... que ça s'est fait
vraiment un peu cahin-caha, puis on a laissé les promoteurs intervenir avec les
gens. Mais maintenant Hydro-Québec a un plan, veut être plus... entre autres,
au niveau éolien, d'être vraiment impliquée dans les prises de décision puis,
je suis d'accord avec vous, avoir une parité pour dire... puis qu'il y ait une
relation de force avec les communautés.
Alors, vous... vous parlez des projets
privés. Quelle est votre position pour les projets communautaires comme on voit,
par exemple, en Gaspésie et partout puis qu'on veut avoir dans ma région, pour
le bénéfice des régions, et fournir des sources d'énergie renouvelable à
Hydro-Québec puis aux gens de la population?
Le Président (M. Montigny) :
...
• (11 h 50) •
Mme Bernier (Dominique) : Selon
nous... On n'est pas... on n'est pas contre les projets communautaires et on
pense que le développement des régions doit passer par ce type de projets là.
Cela dit, ça doit rester sous le contrôle d'Hydro-Québec. Les promoteurs
privés, selon nous, n'ont pas leur place dans ce dossier-là. Selon nous, ce
doit être fait par Hydro-Québec en collaboration avec le... les communautés
concernées.
Le Président (M. Montigny) : Pour
30 secondes.
M. Bernard : Bien, je
pourrais vous donner des exemples quand même, OK, les projets de cogénération. Les
entreprises, entre autres, forestières font de la cogénération. Le client,
c'est Hydro-Québec pour distribuer à la population. Je pense que c'est
bénéfique, puis c'est une source d'énergie qu'on a là. Êtes-vous contre ce
genre de développement là, quand même, qu'il reste de la gestion par
Hydro-Québec?
Le Président (M. Montigny) : En
sept secondes.
Mme Bernier (Dominique) : On
veut juste qu'Hydro-Québec soit maître d'oeuvre.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
M. Bernard : Merci.
Le Président (M. Montigny) :
Alors, merci beaucoup. C'est maintenant le temps de céder la parole à Mme la
députée de Saint-Laurent. Vous disposez donc de 10 min 24 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup,
M. le Président. Bonjour, Mme Dionne et Mme Bernier. Merci d'être présentes
avec nous ici et merci aussi pour votre mémoire.
Juste peut-être pour situer le propos. La
CSQ, tantôt, vous avez dit que vous représentez 225 000 employés.
Pouvez-vous nous donner le portrait? <Femmes, les...
Mme Rizqy :
...pouvez-vous
nous donner le portrait? >Femmes, les salaires, environ.
Mme Dionne (Anne) : Oui, certainement.
Donc, comme on disait, il y a près de 125 000... Une grande part de
notre... de notre membership est dans l'éducation, 80 % de femmes,
30 % de 35 ans et moins, des jeunes travailleurs. Donc... Puis on est
partout dans la région... dans les régions, notamment en éducation, mais aussi
en santé et en services sociaux.
Mme Rizqy : Dites-moi, je ne
sais pas si vous vous rappelez, il y a quelques années à peine, en 2020, on
nous disait qu'il y avait des surplus. Le gouvernement est allé voir les
Américains. Après... Trois semaines après avoir signé ce fameux... pour
reprendre l'expression du premier ministre, un deal... Il a vendu, je pense,
qu'est-ce qu'il n'avait pas puis il est revenu. Trois semaines plus tard, on
nous a dit : Ah! il n'y a plus d'énergie, il faut en faire. Et là, tout à
coup, on nous dit : Il faut aller vite, très, très, très vite parce qu'on
risque d'en manquer. Et là on apprend que les nouveaux mégawatts qui vont
arriver, c'est autour de 0,12 $ le kilowattheure. Est-ce que ça, c'est une
bonne planification ou est-ce qu'il y a danger qu'on nous refile, à nous, les
citoyens, mais aussi les membres que vous représentez, 80 % femmes... qu'on
nous refile la facture?
Mme Bernier (Dominique) : C'est
ce qu'on pense. Pour nous, c'est une façon de socialiser les risques et
privatiser les profits, essentiellement. Donc, effectivement, notre bloc
patrimonial, qui nous... qui est un héritage, qu'on... qu'on a depuis les
années 60, 70, qui nous permet d'avoir de l'électricité à faible coût, toute
nouvelle construction, nécessairement, coûte plus cher du kilowattheure. Donc,
c'est un mauvais... un mauvais plan pour nous que de ne pas rapatrier, en fait,
toute cette énergie-là pour le bénéfice des Québécoises et des Québécois et de
plutôt miser sur des nouvelles constructions. C'est sûr que ça va peut-être en
prendre, mais, pour nous, l'analyse nécessite d'être faite en profondeur.
Mme Rizqy : Dites-moi, parce
que j'avais entendu M. Pierre Fitzgibbon qui disait : Bien, c'est
correct, là, vous partirez votre lave-vaisselle la nuit, vous, vos membres, il
y en a que... j'imagine, qui sont en appartement, que ce n'est pas elles — je
vais... je vais me permettre de féminiser mes questions — ce ne sont
pas elles qui décident si, oui ou non, le propriétaire va faire les rénovations
et quand est-ce qu'il va les faire. Il est possible aussi qu'ils chauffent
l'extérieur, pas parce qu'elles ont décidé de le faire, c'est parce qu'elles
sont prises avec un logement qui est le seul disponible, n'est-ce pas?
Mme Dionne (Anne) : Quand il
est disponible, effectivement.
Mme Rizqy : Exactement. On
s'entend tous là-dessus, je pense, de ce côté-ci de la Chambre.
Mme Dionne (Anne) : De là
l'importance pour nous de la justice sociale puis de s'assurer d'avoir une
équité à travers tout... tout le système.
Mme Rizqy : Nous, on a
demandé d'avoir une commission itinérante pour aller voir le monde sur le
terrain parce qu'on s'est dit : C'est quand même majeur, le projet de loi,
mais ça nous a été refusé. J'ai écouté attentivement les propos de M. Pierre
Fitzgibbon lorsqu'il était à La joute avec M. Paul Larocque, la
journée où est-ce qu'il s'est fait démissionner par le gouvernement. Il a dit,
je vais le paraphraser, si vous me le permettez : Ce n'est pas tant
qu'est-ce qu'il y a dans le projet de loi, ces autres discussions qui sont...
qui n'ont pas encore eu lieu mais qui s'en viennent, que ça, ça peut peut-être
accrocher, mais on n'a pas encore fait les discussions, mais ça s'en vient.
Donc, est-ce que ce projet de loi peut être un cheval de Troie, si on écoute
attentivement les propos de M. Pierre Fitzgibbon?
Mme Bernier (Dominique) : C'est
notre impression. C'est notre impression, parce que le projet de loi, notamment
en faisant monter le nombre de kilowattheures pour les minicentrales de 50 à
100, rend, en fait, ces infrastructures-là beaucoup plus attractives. Et
certains articles de loi analysés par des avocats montrent clairement qu'il y
a... il y a une facilité, il y a une brèche pour la vente, en fait, là. Le...
Disons, Hydro-Québec a la possibilité d'aliéner ses infrastructures qui ne
servent plus. «Ne servant plus», ce n'est pas nécessairement défini. Donc, on
peut décider que ça ne sert plus demain matin. Et, si on jumelle ça au projet
de loi n° 62 qui a été déposé au printemps et qui facilite un petit peu,
disons, la prise en charge d'infrastructures publiques par des partenariats
public-privé qui sont renommés mais qui sont... qui demeurent des partenariats
public-privé, pour nous, c'est pour ça qu'on dit que les outils législatifs
sont tous en place pour une privatisation accrue de nos infrastructures, et ça nous
inquiète beaucoup.
Mme Rizqy : Parmi vos
membres, est-ce qu'il y a quelqu'un qui croit le gouvernement lorsqu'il dit
qu'il n'y en aura pas, de hausse, tout va bien aller, on va investir des
milliards de dollars, inquiétez-vous pas, il n'y aura pas de hausse, malgré que
le projet de loi inscrit noir sur blanc qu'il y a un fonds pour aider
financièrement le secteur résidentiel? Y a-tu quelqu'un... Avez-vous trouvé
quelqu'un qui y croit, à ça?
Mme Dionne (Anne) : Bien, en
fait, j'ajouterais... On a <précisé...
Mme Rizqy :
...à ça?
Mme Dionne (Anne) :
Bien,
en fait, j'ajouterais... On a >précisé qu'il n'y aurait pas de hausse pendant
que le premier ministre serait au pouvoir. Je... C'est ce qu'on...
Mme Rizqy : En plus. Il faut
voter du bon bord, hein?
Mme Dionne (Anne) : ...c'est
ce qu'on s'est dit. Donc, en partant, est-ce que ça se limite dans le temps?
Est-ce que c'est une façon d'indiquer à la population... d'être transparent ou,
en tout cas, d'essayer d'être transparent, de dire : Bien, quand ce ne
sera plus moi, bien là, ça va monter? Et c'est de là... C'est sûr qu'avec tout
ce qui s'est dit, avec tout ce qu'on a vu autour de cet... de ce projet de loi
là et la démission du ministre, avec les pourparlers qu'on a pu voir dans les
médias... c'est sûr qu'il y a des doutes plus que raisonnables dans la tête de
nos membres.
Mme Bernier (Dominique) : Peut-être
pour compléter, en fait, avec le coût des nouveaux projets, ce serait
surprenant qu'il n'y ait pas de hausse. Cet argent-là va devoir... va devoir
être pris quelque part. Si ce n'est pas dans la poche des citoyennes, et des
citoyens, et des PME qui utilisent l'électricité, ça va être dans... par les
impôts ou alors ailleurs, là. Le gouvernement s'est privé de... déjà de points
d'impôt, donc il a baissé sa capacité de recevoir des revenus par les impôts,
et là il y a un déficit appréhendé. Donc, si les... si ce n'est pas les
citoyens qui paient, ça va être qui? Je n'ai pas vu d'annonce comme de quoi les
tarifs pour la grande industrie seraient augmentés. Donc, on s'attend à ce que
ce soit... à terme, peut-être après 2026, comme ce qui... ce qui flotte un peu
comme rumeur, ce que Pierre Fitzgibbon a aussi, avant son départ, un peu
annoncé, il y aurait des hausses importantes. Et on s'y attend, oui.
Mme Rizqy : Et ça, ça va
s'ajouter, ce type de hausse, à tout ce que vos membres font déjà face, à des
logements ou des hypothèques qui ont augmenté de façon substantielle, à
l'épicerie qui a augmenté et évidemment les... la fameuse taxe de la CAQ qui a
été refilée, pour l'immatriculation, via les villes, là. Mais tout ça, ça s'augmente
au coût de la vie de vos membres.
J'ai une autre question pour vous. Dans
vos recherches, avez-vous trouvé des exemples où l'énergie a baissé lorsque
c'était le privé et non le gouvernement? Et, depuis que nous, on a nationalisé,
est-ce que ça va bien au Québec ou si ça ne va pas bien? L'hydroélectricité,
là, je parle.
Mme Bernier (Dominique) : Bien,
je pense que notre... en fait, notre société d'État nous rend de grands
services. Donc, oui, ça apporte des revenus importants pour l'État. Ça apporte...
En revenus directs, ça a apporté jusqu'à 2,6 milliards en 2026, et puis il
y a des retombées économiques importantes aussi qui... Ça tourne autour de
6 milliards au total. Ce n'est quand même pas rien. C'est un gros, gros
montant d'argent qui provient d'Hydro-Québec vers les États et des... et vers
l'État.
Et, non, partout ailleurs, dès qu'on a
ouvert davantage la porte au privé, les tarifs ont augmenté. C'est... c'est...
On a... on a fait une analyse de comment ça s'est passé dans différents pays,
et c'est toujours le cas. Il y a toujours une augmentation des tarifs, mais non
seulement une augmentation des tarifs, une baisse de la qualité du service,
moins d'entretien des infrastructures, une dégradation du réseau dans son
ensemble. Donc, il y a une iniquité qui se crée. Donc, selon nous, ce n'est pas
la voie à suivre pour le Québec.
Mme Rizqy : Merci. Il me
reste, je pense, une minute.
Le Président (M. Montigny) : 1
min 30 s.
• (12 heures) •
Mme Rizqy : Merci.
L'article 38, on a entendu, même, des intervenants dire d'aller encore
plus loin, parce que, premièrement, tel qu'écrit, c'est pour la production puis
distribuer à des terrains... à des... à un consommateur adjacent. Et là
d'autres vous disent : À proximité. Donc, ils voudraient aussi ouvrir la
voie à beaucoup plus. Moi, je ne me rappelle pas, en matière
d'hydroélectricité, qu'on a permis ça.
Nous, on peut comprendre qu'une entreprise,
puisqu'elle s'est fait refuser, par exemple, des blocs d'énergie, va vouloir
faire de l'autoproduction pour s'alimenter, avoir des panneaux solaires. Ça,
est-ce que vous êtes corrects avec ça, vous? Oui, vous êtes corrects pour
qu'une entreprise fasse de l'autoproduction.
Mais là ça va plus loin, là. Ce n'est pas
de l'autoproduction, l'article 38, c'est de la production. On s'entend
là-dessus. Donc, on franchit un cap qui n'existait pas avant, et ce, sans faire
une grosse jasette nationale là-dessus, n'est-ce pas?
Mme Bernier (Dominique) : Bien
oui, puis, selon nous, en fait, le modèle actuel permet déjà ça d'une certaine
manière, c'est-à-dire que...
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
Allez-y.
Mme Bernier (Dominique) : Oui.
Avec... Actuellement, une entreprise qui produirait trop d'électricité pourrait
simplement la vendre à Hydro-Québec, qui se chargerait de la redistribuer. On considère
que ça fonctionne très bien comme ça.
Mme Rizqy : Comme dit mon
mari, qui est anglophone, comme vous le savez, «if it's not broken, don't fix it».
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Maintenant, c'est le temps de céder la parole au député de Maurice-Richard pour 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci, mesdames, d'être ici et de nous avoir <partagé...
>
12 h (version révisée)
<19279
Le
Président (Montigny) :
...3 min 28 s.
M. Bouazzi :
Merci
beaucoup. Merci, mesdames, d'être ici et de nous avoir >partagé vos
réflexions.
Je vais parler, justement, de la question
de la place du privé. C'est toujours intéressant, hein, de parler de la place
du privé. Comme vous l'avez rappelé, les éoliennes qu'on avait, qu'on a, en
fait, 100 % des éoliennes qu'on a aujourd'hui appartiennent en partie au
privé. C'est une politique qui a été démarrée par le Parti québécois, continuée
par le Parti libéral, et aujourd'hui, avec la CAQ, on est en train de déréguler
tout ça pour en avoir encore plus.
Vous l'avez rappelé, le fait que la limite
de barrages qui n'appartiennent pas à Hydro passe de 50 à 100 MW est un
problème, le fait qu'on vend du privé au privé sur des terrains adjacents,
entre guillemets, parce qu'«adjacent», ça semble être très large. Mais pourquoi
vous vous inquiétez, dans le fond, qu'il y ait encore plus de privé? J'aimerais
bien vous entendre là-dessus.
Mme Bernier (Dominique) : Bien,
simplement parce que l'objectif d'une entreprise privée, c'est de faire du
profit. Donc, le... Puis c'est légitime. Dans notre modèle économique actuel, c'est
comme ça que ça fonctionne. Cela dit, ce profit-là, c'est de l'argent qui est
retiré directement à l'État, parce que, s'il y a un bénéfice dans le... la
production faite par Hydro-Québec, bien, il y en a une bonne partie qui est
redirigée vers l'État et qui pourrait être utilisée pour moduler les tarifs
aussi. Donc, selon nous, en restant sur contrôle privé... sous contrôle... sous
contrôle public, pardon — quel lapsus! — on retire le
profit de l'équation et on s'assure que les bénéfices restent pour la
population du Québec.
M. Bouazzi : Donc, économie 101...
101, bien, le privé se garde une cote, et cette cote-là ne va pas, évidemment,
dans la poche des Québécoises et Québécois ou tout simplement pour avoir de l'électricité
plus abordable.
Dans le rôle de la régie, vous parlez,
justement, de ce changement d'état d'esprit où on introduit des choses qui ne
sont pas dans l'idée que l'électricité est un bien commun essentiel. Est-ce que
vous pouvez développer, s'il vous plaît?
Mme Bernier (Dominique) : Oui,
bien, en fait, pour ce qui est de la régie, il y a un... il y a un changement d'orientation.
D'une part, comme on disait, on parle davantage, là, d'une maximisation des
bénéfices pour tous. Ça, c'est nouveau. Nous, on trouve ça inquiétant, parce
que, bien, ça ouvre la porte, en fait, à la prise en compte par la régie des
velléités des promoteurs, c'est-à-dire de leurs plans de développement, etc.
Ils vont pouvoir utiliser leurs plans de développement pour faire en sorte que
la régie, disons, accède à leurs demandes, notamment, de hausser les tarifs, ou
autres. Donc, c'est... Pour nous, c'est... c'est quand même assez inquiétant,
là, cette dérive-là de la Régie de l'énergie.
Il y a un autre problème avec la régie. C'est
la... En fait, c'est le... la perte, un petit peu, de capacité des citoyennes
et des citoyens puis des organismes d'y participer. Donc, on resserre vraiment
la capacité, disons, l'ouverture démocratique de la régie, et il y a certains
pouvoirs qui lui sont retirés et qui sont confiés aux mains de la ministre. Ça
aussi, cette concentration-là des pouvoirs nous inquiète.
Le Président (M. Montigny) :
Merci...
Mme Bernier (Dominique) :
C'est un changement d'orientation qui...
Le Président (M. Montigny) :
Merci. Merci beaucoup. C'est maintenant le temps de passer la parole au
député de Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Vous avez
commencé votre témoignage en parlant de l'importance des tarifs comme faisant
partie d'un pacte avec le peuple québécois. Vous le dites dans votre mémoire,
que ce pacte-là, il vise à produire une énergie abordable et fiable et que c'est
un pilier essentiel de notre souveraineté énergétique.
Le gouvernement prétend, dans ses
communications publiques, qu'il va limiter la hausse annuelle des tarifs
domestiques au taux de l'inflation, maximum 3 %. Est-ce que vous voyez
quelque chose dans le projet de loi 69 qui garantit ça ou qui est à cet
effet-là?
Mme Bernier (Dominique) : Pas
à long terme, là, nécessairement, là. Non, ce n'est pas... ce n'est pas quelque
chose qui est garanti. C'est une promesse politique. C'est légitime pour le
gouvernement de faire des promesses comme ça. Cela dit, on pense que ça va
augmenter. On est presque convaincus.
M. Paradis : Mais, même
à court terme, est-ce que vous voyez quelque chose dans le projet de loi 69
qui garantit ça?
Mme Bernier (Dominique) : Je
ne crois pas. Il faudrait que je vérifie, mais je ne crois pas.
M. Paradis : La loi
prévoit la création d'un programme d'aide financière visant à limiter l'impact
de la hausse des tarifs de distribution d'électricité d'Hydro-Québec pour la
clientèle domestique. Ce programme-là est soutenu par un fonds auquel les
Québécois et les Québécoises contribuent par leurs impôts. Est-ce que vous êtes
d'accord que le projet de loi 69, lui, ce qu'il dit clairement, c'est qu'il
va y avoir des hausses sans limitation de 3 % et que ce sont les
contribuables qui vont payer?
Mme Bernier (Dominique) :
C'est ce qui <est...
M. Paradis :
...limitation de 3 % et que ce sont les contribuables qui vont payer?
Mme Bernier (Dominique) :
C'est ce qui >est prévu, effectivement.
M. Paradis : Très bien.
Merci. Vous nous parlez ensuite de la question de la propriété de la... en
fait, de la nationalisation de la production d'énergie et vous nous dites que
le projet de loi ouvre la porte à une plus grande privatisation. Vous nous
dites que ça se fait, entre autres, par les articles 83 à 87 qui vont
doubler le nombre de mégawatts prévus pour des projets des petites centrales,
que ça, c'est pour intéresser encore plus le secteur privé, l'article 116
qui va prévoir la construction de centrales par des sociétés privées. Quel est
le... Quel va être le résultat de ça pour les Québécois et les Québécoises?
Le Président (M. Montigny) :
30 secondes.
Mme Bernier (Dominique) :
Bien, en fait, une déstructuration de notre réseau public et une multiplication
de petits projets sans planification intégrée par... Selon nous, c'est le rôle
du gouvernement de planifier le développement.
M. Paradis : Puis est-ce
qu'on va payer moins cher après?
Mme Bernier (Dominique) :
Je pense que non.
M. Paradis : On va payer
plus cher.
Mme Bernier (Dominique) :
Je pense qu'on va le payer plus cher, oui.
M. Paradis : Merci.
Le Président (M. Montigny) :
Je vous remercie beaucoup pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends donc les travaux quelques
instants afin de permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 07)
(Reprise à 12 h 09)
Le Président (M. Montigny) :
Alors, bonjour. Je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association des
distributeurs d'énergie du Québec. Je vous rappelle que vous disposez donc de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons par la suite à une
période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à débuter votre exposé. Merci.
Association des distributeurs d'énergie du Québec
(ADEQ)
Mme Marcotte (Sonia) :
Merci. M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, laissez-moi
d'abord nous présenter. Je suis Sonia Marcotte, économiste et
présidente-directrice générale de l'association québécoise des... l'Association
des distributeurs d'énergie du Québec, l'ADEQ. Maintenant, je laisse la parole
à mes collègues pour se présenter.
M. Lamontagne (Steve) :
Oui. Je me présente, Steve Lamontagne, vice-président, exploitation au détail,
marketing et gestion immobilière chez Harnois Énergies.
M. Milette (Pierre) :
Bonjour. Pierre Milette. Je suis le conseiller en relations gouvernementales
pour l'ADEQ.
Mme Marcotte (Sonia) :
Alors, l'ADEQ remercie les membres de la commission de l'invitation à
participer à ces consultations particulières.
Un mois avant l'annonce du dépôt du projet
de loi 69, le ministre Fitzgibbon avait annoncé qu'il apporterait un
amendement à ce projet de loi sur le prix minimum de l'essence et de
l'article 67 de la Loi sur les produits pétroliers. C'est pour cette
raison que nous sommes ici. Donc, les membres de l'ADEQ... Oh! excusez.
• (12 h 10) •
Fondée il y a plus de 60 ans, l'ADEQ
représente les joueurs qui distribuent l'énergie permettant aux Québécois et
aux entreprises d'ici d'assurer leur transport, leur chauffage et bien d'autres
besoins quotidiens. Nos membres emploient quelque 17 000 travailleurs
et comptent près de 2 300 points de service répartis sur tout le
territoire québécois. Initialement spécialisés dans la vente au détail de
produits pétroliers, nos membres diversifient leur offre en intégrant des
nouvelles énergies et des composantes vertes.
Les membres de l'ADEQ, dont un grand
nombre sont des entrepreneurs québécois et des entreprises familiales, ont
investi plusieurs centaines de millions de dollars à travers le réseau de
stations-services, leurs flottes de camions et leurs sièges sociaux au Québec.
Ils engendrent ainsi des retombées économiques régionales importantes.
Nos membres ont choisi de prendre un
tournant proactif en faveur de la transition énergétique, notamment <dans...
Mme Marcotte (Sonia) :
...ont
choisi de prendre un tournant proactif en faveur de la transition énergétique,
notamment >dans le développement de leurs réseaux de bornes de recharge
électrique, de biocarburants, comme l'éthanol et le biodiesel, ou l'hydrogène.
Avec l'expertise que nous avons développée dans la distribution de différentes
énergies, nous participons activement à la transition énergétique.
Afin de réussir cette transition, il faut
optimiser l'efficacité du secteur énergétique québécois. On doit faire une
gestion intégrée de toutes les ressources énergétiques consommées au Québec. Le
plan de gestion intégrée des ressources énergétiques doit donc couvrir non
seulement les différentes sources d'énergie électrique et le gaz naturel, mais
également toutes les autres énergies. Il faut avoir un plan prévisible à court,
à moyen et à long terme de toutes les énergies et faire place aux nouvelles
technologies et énergies renouvelables. Le plan doit notamment découler d'une
consultation publique où tous les acteurs de la société pourront participer.
Bien que nous comprenions l'importance de
la transition énergétique, l'accélération des mesures visant la sortie des
carburants et combustibles traditionnels risque de compromettre la sécurité
énergétique et économique des Québécois. Nous sommes particulièrement
préoccupés par ses impacts dans les régions du Québec, d'autant plus que ce ne
sont pas tous les secteurs qui pourront et qui peuvent être électrifiés.
Ces dernières années, les Québécois ont
vécu plusieurs pannes électriques majeures mettant en jeu leur sécurité. Nous
avons obtenu d'Hydro-Québec le nombre de pannes électriques significatives que
les régions du Québec ont connues de 2019 à 2023. Au Québec, ce sont plus de 45 376 pannes
de plus de huit heures. Naturellement, vous comprenez les impacts de ces... de
ces milliers de pannes électriques sur les Québécois : la chute de
température dans les habitations, la perte d'aliments périssables, les moyens
de communication par cellulaire ou Internet coupés, les services d'urgence mis
à rude épreuve, et bien d'autres.
La sécurité énergétique dépend donc de la
capacité à maintenir un approvisionnement constant et fiable en énergie, et c'est
ce à quoi servent les membres de l'ADEQ. Les distributeurs de l'ADEQ sont au
rendez-vous lors des pannes électriques pour approvisionner les génératrices
nécessaires au bon fonctionnement des services essentiels, des hôpitaux, des
stations de pompage et des tours de communication.
Avec des fermetures prématurées des
stations-services et le départ de distributeurs de certaines régions, on met en
péril l'approvisionnement énergétique de ces services essentiels. Sans
prévisibilité et avec la perspective d'une baisse de la demande trop rapide,
les distributeurs et les propriétaires de station-service ont un horizon d'affaires
beaucoup plus court. Dans ce contexte, plusieurs prendront la décision de ne
pas entreprendre les investissements nécessaires au maintien de leurs
installations, puisque les perspectives d'avenir sont absentes. Ainsi, certains
détaillants fermeront prématurément leurs installations malgré des besoins
toujours présents. D'ailleurs, l'analyse d'impact réglementaire du projet de
resserrement de la norme véhicules zéro émission, publiée en juillet 2023,
révélait les dangers pour la sécurité énergétique des Québécois si on accentue
la précarité des distributeurs d'énergie.
Un autre danger guette la survie des
réseaux de stations-services : des guerres de prix prédatrices qui ne
permettent pas de couvrir les coûts d'exploitation et le coût d'acquisition d'un
détaillant efficace. Le Québec a déjà... déjà vécu des guerres de prix
prédatrices désastreuses qui ont mis en péril la survie des stations-services.
À l'été 1996, les guerres de prix étaient telles que les prix au détail de
l'essence pouvaient être plus de 0,15 $ en bas du coût des prix d'acquisition
affichés à la raffinerie. Il aurait suffi de quelques mois pour mettre à la rue
ces détaillants d'essence et, comme conséquence, la disparition de ces
commerces essentiels et la perte de concurrence à long terme. C'est pourquoi,
en décembre 1996, le gouvernement du Québec a adopté une législation sur le
prix minimum de vente d'essence au détail.
Le prix minimum est l'addition du prix
affiché à la rampe de chargement des raffineries, incluant le coût du carbone,
des coûts de transport entre la raffinerie et la station-service et les taxes
provinciale et fédérale. Le prix minimum a joué un rôle déterminant et le joue
encore en limitant les guerres de prix prédatrices sans pour autant empêcher
les guerres de prix sporadiques. La législation sur le prix minimum n'a jamais
prétendu empêcher toutes les fermetures et sorties du marché.
Lors de la première audience sur les coûts
d'exploitation, la Régie de l'énergie jugeait qu'il y avait trop de
stations-services et que la rationalisation devait se poursuivre. De plus, la régie
a bien décrit l'esprit du législateur au sujet du prix minimum et de l'article 67
de la Loi sur les produits pétroliers. Le législateur québécois a ainsi voulu
éviter que cette manifestation de concurrence imparfaite nuise aux intérêts des
consommateurs en diminuant de façon importante, par exemple, le nombre de
concurrents dans un marché. Par contre, il a aussi voulu éviter d'inhiber le
mécanisme normal de sortie du marché. Le marché de l'essence vit sporadiquement
et localement des guerres de prix qui se résorbent généralement. Lorsqu'elles
sont <trop...
Mme Marcotte (Sonia) :
...et
localement des guerres de prix qui se résorbent généralement. Lorsqu'elles sont
>trop sévères et se prolongent, la régie peut intervenir afin de
rétablir une saine concurrence.
Le ministère de l'Économie, de
l'Innovation et de l'Énergie a commandé une étude sur le marché de l'essence,
rendue publique en mai dernier, et est arrivé à une conclusion sur les bases de
données incomplètes. L'étude omet des données essentielles. Pour comparer les
prix, il faut évidemment exclure les taxes et redevances, qui sont différentes
d'une province à l'autre. Dans cette étude, on compare les prix de l'essence
hors taxes en soustrayant notamment la taxe fédérale sur le carbone en Ontario.
Au Québec, il n'y a pas de taxe fédérale sur le carbone, mais plutôt un prix du
carbone déterminé par le système de plafonnement et d'échange de droits
d'émission de gaz à effet de serre, le SPEDE. Il faut donc soustraire ce coût
de carbone du prix des carburants au Québec avant de les comparer à ceux de
l'Ontario. L'étude a omis de soustraire le coût du carbone au Québec.
Les conséquences de cette omission amènent
une conclusion erronée. Une fois le coût de carbone soustrait des prix de
détail, les prix hors taxes du Québec sont parmi les plus bas au Canada.
L'abolition du prix minimum ne fera pas baisser les prix dans les marchés qui
ont déjà des prix plus élevés que le prix minimum. Au surplus, dans les marchés
où des guerres de prix sévissent, les prix prédateurs réapparaîtront et
accéléreront la sortie des stations-services. Les automobilistes devront
parcourir de plus grandes distances et verront la concurrence de ces secteurs
disparaître. Des fermetures de stations-services engendreront des déserts
énergétiques, notamment dans les localités peu densément peuplées et les
régions éloignées. Plusieurs villages se retrouvent déjà dans cette situation,
et la disparition du prix minimum ne fera qu'accélérer le mouvement.
Le gouvernement ne doit pas perdre de vue
le maintien adéquat des infrastructures de distribution de carburants
traditionnels afin d'assurer la sécurité énergétique dans le cadre d'une
transition sécuritaire, juste et ordonnée. Il doit en tenir compte dans sa
législation. Elle ne doit pas précipiter la sortie des distributeurs et des
stations-services. L'économie du Québec et la population ne sont pas prêtes.
Certaines applications nécessiteront encore longtemps les carburants et
combustibles, notamment les génératrices, le secteur agricole et, bien entendu,
les véhicules et camions qui continueront à circuler sur nos routes. Merci.
Le Président (M. Montigny) :
Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter tout de
suite la période d'échange. Mme la ministre, vous disposez donc de
16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, merci beaucoup, Mme Marcotte, MM. Lamontagne
et Milette. Merci de votre présence et merci de partager votre vision des
choses avec nous.
Je ne vous questionnerai pas directement
sur la notion du prix plancher, mais j'aimerais simplement exprimer que notre
intention demeure en ce qui a trait au prix plancher. Notre intention demeure
par rapport à ce qui avait été exprimé par mon prédécesseur. En fait, les
travaux sont... sont en cours. On est en train de finaliser le tout. On s'est
adjoint les services d'un expert pour cette question-là. Mais, voilà, notre
orientation est connue.
Je me demandais : Comment votre
association et ses membres, en fait, se positionnent par rapport à la
transition énergétique? Dans quelle mesure est-ce que vos membres souhaitent
contribuer à la transition énergétique? Et est-ce que tous en sont convaincus
ou c'est encore partagé au niveau des ambitions de ce côté-là? C'est un défi.
C'est un défi pour notre société. C'est un défi aussi pour votre association. Donc,
j'aimerais vous entendre sur cet élément-là de fond.
Mme Marcotte (Sonia) : C'est
certain que c'est un défi pour nos membres, mais évidemment ce sont des
distributeurs d'énergie, donc ils sont prêts à distribuer l'énergie dont les
Québécois auront besoin. On est là, et ils sont là depuis une centaine
d'années. On a des gens qui ont commencé par distribuer du charbon, et
aujourd'hui on distribue de l'électricité avec nos bornes de recharge. Alors,
vous voyez, il y a vraiment un cheminement qui s'est fait. Mais évidemment il
faut le faire de la bonne façon et de façon ordonnée, ne pas précipiter les
choses. Mais, oui, ils sont là puis ils veulent continuer. Je ne sais pas si...
• (12 h 20) •
M. Lamontagne (Steve) : On
est encore dans une période de... que je pourrais dire de recherche et de
développement. Puis je peux parler de Harnois. On a... On est la seule
compagnie qui a une station d'hydrogène. C'est assez nouveau. On ne sait pas
trop comment ça fonctionne. Bref, on a été les pionniers dans ça. On a des
bornes aussi dans nos stations-services. Mais tout ça vient avec beaucoup de
capitaux à investir, et ces capitaux-là, malheureusement, n'arrivent pas de
nulle part, gratuitement.
Donc, oui, on est très, très, très
ouverts. On espère faire partie de la discussion dans cette évolution-là, parce
que cette migration-là énergétique qui se... qui se fait, et on sait qu'il y a
une échéance... Bien, on veut faire partie de ce comité-là ou de ces
ateliers-là.
Mme Fréchette : Et le...
et le PGIRE, là, qui va être un outil important dont on va se doter
prochainement... Quel rôle voyez-vous que vous puissiez avoir dans le cadre de
l'élaboration du PGIRE, dans le cadre de sa mise en œuvre? Est-ce que votre
souhait, c'est d'y contribuer? Et de quelle manière?
Mme Marcotte (Sonia) :
Évidemment, on souhaite contribuer. Souvent, ce qu'on entend... Quand on <parle...
Mme Fréchette :
...de
quelle manière?
Mme Marcotte (Sonia) :
Évidemment,
on souhaite contribuer. Souvent, ce qu'on entend... Quand on >parle d'un
plan de gestion intégrée des ressources énergétiques, on parle souvent des
sources énergétiques... des sources électriques. Donc, on va parler de
différentes sources électriques, mais souvent on met de côté toutes les autres
sources d'énergie qu'on peut distribuer. Comme je vous dis, il... dans le plan,
il faut quand même penser encore aux combustibles et carburants parce qu'on
est... il y a encore des besoins. Mais il y a aussi d'autres sources d'énergie
qui vont venir, qui vont arriver. Alors, nous, c'est sûr qu'on veut contribuer,
mais on veut... on veut être là, dans le plan, pour pouvoir y participer.
Mme Fréchette : Bon, on
le sait, que la sortie des énergies fossiles est incontournable, est
inévitable. C'est une question de cadence, par la suite, là, qui va être aussi
à discuter. Je me demandais : Quelles sont les principales répercussions
auxquelles vous pourriez nous mettre... face auxquelles vous pourriez nous
mettre en garde? Est-ce qu'il y a des éléments, des angles morts que vous
pensez essentiel de soulever considérant, là, la transition énergétique dans
laquelle on s'engage et l'impact que ça va avoir à de multiples manières?
Mme Marcotte (Sonia) : Bien,
l'impact va se retrouver beaucoup dans les régions éloignées, par exemple, ou
peu densément peuplées parce qu'il y a encore des besoins. Il n'y a pas encore
de transport... de transport collectif. Donc, il y a des besoins, et évidemment
on est là pour... on est là pour ça, mais donc il faut penser à ça. On ne peut
pas... Si on met trop d'embûches, bien... Et il y a beaucoup d'embûches déjà.
On doit faire quand même des investissements pour mettre le 15 % d'éthanol
qui va venir, donc, le biodiesel. On doit faire beaucoup d'investissements,
mais, pour y rester, il faut avoir les moyens de le faire.
Mais, en même temps... Bien, comme vous
disiez tout à l'heure, c'est sûr que, s'il y a des guerres de prix en plus qui
se mettent à travers ça, évidemment que les stations-services ne pourront pas
rester. Et là, bien, on va se retrouver, comme on retrouve dans plusieurs
municipalités, où la station-service va fermer parce qu'il y aura eu une guerre
de prix, et en plus elle n'aura pas eu la possibilité de faire les
investissements parce que l'horizon est assez court. Donc, si on veut faire les
investissements, bien, il faut avoir de l'argent aussi pour le faire, mais, en
même temps, il faut être capables de récupérer notre investissement. Donc, si c'est
très court, c'est sûr et certain que les gens vont penser peut-être à ne pas
investir, et la station-service va fermer. Une fois qu'elle est fermée, elle ne
reviendra pas nécessairement, la station-service. Donc là, bien, ça va être...
Des fois, on voit des actions citoyennes,
mais ce n'est pas toujours facile, et on ne peut pas revenir toujours... Parce
que l'investissement d'une station-service, c'est très élevé. Mais, s'il n'y a
plus de station-service, souvent, le dépanneur va partir aussi, il va fermer, et
là on va se retrouver avec... avec ces services essentiels qui ne seront plus
là, et les automobilistes vont devoir se déplacer davantage, vont être obligés
de... Et là, bien, c'est ce que craignent beaucoup de concitoyens, d'ailleurs.
M. Lamontagne (Steve) : La
régie a fait un superbeau rapport qu'elle a déposé à la fin décembre 2022.
Et, quand on prend le temps de lire profondément le rapport, c'est assez
intéressant de voir que 60 % — c'est 62 %, le chiffre
précis — des stations-services vendent moins de 3 millions de
litres annuellement, et, pour amortir des coûts de construction, de rénovation
ou de changement de réservoir, c'est à peu près impossible à faire. Donc... Et
ces 60 % là sont assez bien répartis dans des régions plus rurales et
moins urbaines.
L'autre angle mort, c'est qu'aussi des propriétaires
de ces commerces-là, c'est souvent des gens qui sont locaux, qui sont
propriétaires de leur petit «gas
bar», qui sont là
depuis toujours, qui sont implantés dans leur société ou dans leur communauté.
Mais eux, ils ne pourront pas être capables d'amortir ces coûts de construction
là qui vont venir. Donc, ce qu'ils font souvent, c'est qu'ils se retournent
vers des grandes multinationales ou des grands joueurs. Mais même nous, les
grands joueurs, parce que je peux considérer qu'on est... on est un grand
joueur... que, ces coûts-là, on ne sera pas capables de les amortir. Donc, il y
aura une disparition, probablement, je crois, s'il y a une guerre de prix, de
ces petits détaillants là qui sont présents dans leur communauté, en région.
Et l'autre volet ou l'autre angle mort que
je tiens aussi à soulever, c'est le désert alimentaire. Souvent, il y a des
régions où le seul commerce de détail, c'est un dépanneur, et, si la
station-service ferme, le dépanneur aussi va fermer.
Mme Fréchette : Merci,
M. le Président. Je vais céder la parole aux collègues.
Le Président (M. Montigny) :
Merci beaucoup. C'est maintenant le moment de céder la parole au député de Dubuc.
Merci. Vous disposez donc de neuf minutes.
M. Tremblay : Oui. Bien,
d'abord, je vous laisse compléter.
M. Milette (Pierre) : ...bien
comprendre que, tu sais, plus de difficultés, ou moins de rentabilité, ou moins
de... plus de barrières à aller distribuer de l'énergie en région... Donc, la
disparition des stations-services, la disparition des réservoirs qui sont là...
les compagnies, ce n'est pas juste une question d'automobilistes, c'est une
question... on le voit par les plus de 45 000 pannes dans les cinq
dernières années à Hydro-Québec de plus de <huit heures, c'est...
M. Milette (Pierre) :
...45 000
pannes dans les cinq dernières années à
Hydro-Québec de plus de >huit heures,
c'est les gens qui ont besoin de génératrices, c'est les gens qui ont besoin...
C'est une question de sécurité énergétique, c'est une question de survie au
Québec au moins de janvier, février, puis tout le monde comprend ça, d'avoir
accès à une autre source d'énergie quand la principale source fait défaut.
Donc, si on enlève les... Et tout ça est
basé sur des distributeurs membres de l'ADEQ. Si on enlève cette possibilité-là
d'aller là, bien, on pense qu'il y a quand même un danger à... sur la sécurité
énergétique des Québécois, plus que juste que sur le transport, là. C'est sur
la survie, là.
M. Tremblay : Bien,
d'abord, bonjour. C'est quand même paradoxal, permettez-moi. Puis, par rapport
à ce que vous dites, personnellement, dans Dubuc, j'ai déjà répertorié... Vous
parlez de la situation de sécurité publique, de besoins essentiels dans les
communautés en milieu rural. Moi, j'ai déjà répertorié sur le terrain, à
travers un milieu plus urbain et 13 municipalités rurales en périphérie,
des problématiques de dépanneurs qui ferment faute de relève, faute de
distributeur, bon, pour différentes raisons, puis on doit jongler avec ça.
En parallèle, on en parle aussi depuis
longtemps, de ce contexte-là, de cette conjoncture-là de transition énergétique,
et puis, d'un côté, oui... Puis je parlerais du dépanneur, par exemple, de Ferland-et-Boilleau
qui, lui aussi, doit fonctionner avec des génératrices pour des raisons de
sécurité publique, pour alimenter la pompe à essence, etc. Bon, j'y travaille
comme cas de comté.
Maintenant aussi en région, il y a une
effervescence, puis je parle toujours de ma communauté, de projets
intéressants, de développement sur de la gestion énergétique, sur du stockage,
sur de la décarbonation, et puis ces projets-là vont être porteurs d'emplois,
porteurs de développements.
De votre côté, vous parlez du PGIRE. Vous
signifiez clairement que vous souhaitez être partenaire de la démarche. À quel
niveau vous vous sentez au diapason par rapport à la conjoncture qui avance
puis qui fait qu'on bascule sur d'autres sources d'énergie? Et puis comment
vous voyez, justement, par rapport à ça, la nécessité d'accélérer la réflexion
versus la transition de ces types de besoins là dont on est dépendants, en tout
cas en région, en ruralité, mais problème qu'on vit déjà puis qu'on travaille
déjà aussi, vous comprenez? Avez-vous... avez-vous la conviction d'être en
mesure de vous arrimer et puis d'enclencher le processus qui s'accélère au
niveau de ce qu'on propose, de ce que la ministre propose?
M. Lamontagne (Steve) : J'ose
croire que oui. Non, non, on doit. C'est un passage obligé. Il y a une
échéance. On... C'est... Puis je peux parler de mon histoire à moi. J'arrive
d'une grande multinationale qui est dans le domaine alimentaire. J'ai fait un
mouvement vers chez Harnois. Et le défi qui m'intéressait le plus, c'était
justement cette migration énergétique là. C'est ça qui m'a fait que j'ai décidé
d'aller travailler pour une entreprise familiale comme Harnois, toutes les
opportunités qui s'offrent à nous, qui sont devant nous. Mais on ne pourra pas
le faire seuls. On va avoir besoin d'être accompagnés par des gouvernements,
par des... par peu importe quel groupe, parce que, présentement, de mettre une
borne dans une station-service ou de construire une station-service avec de
l'hydrogène, je ne crée aucune valeur, donc, même le contraire.
Donc, pour moi, la seule chose que je peux
faire maintenant, c'est de vendre du carburant, mais je sais que je dois faire
autre chose avec le temps. Donc, j'ai besoin... On fait beaucoup de vigie
internationale, on fait de la vigie de tous nos compétiteurs juste pour voir
qui se positionne, mais il n'y a personne qui se positionne encore vraiment
dans une énergie différente que le carburant. Beaucoup font de la publicité ou
du marketing, mais personne n'agit vraiment, parce que les coûts sont tellement
extravagants.
• (12 h 30) •
M. Tremblay :
OK. Merci.
Le Président (M. Montigny) :
Et je vous remercie.
M. Tremblay : Il y a
encore du temps?
Le Président (M. Montigny) :
Oui, il reste encore quatre minutes.
M. Tremblay : Quatre
minutes.
Le Président (M. Montigny) :
Si vous voulez.
M. Tremblay : OK. Je
pourrais continuer. Écoutez, je ferai le parallèle avec le phénomène des
autobus électriques, toujours versus les régions puis le milieu rural. On
bouscule un peu l'agenda, et puis il y a toute une question d'adaptation aussi,
autant au niveau de l'intervention mécanique, des <outils...
>
12 h 30 (version révisée)
<17917
M. Tremblay :
...et il y a toute une question d'adaptation aussi, autant au niveau
de l'intervention mécanique, des >outils. On a... on a des gens qui ont
des flottes d'autobus qui se questionnent à savoir s'ils vont y aller sur de la
relève ou s'ils vont fermer boutique aussi. Maintenant, il y a une réflexion
aussi à travers tout ça qui nous permet de croire qu'on peut accoster en zone d'équilibre,
tu sais, peut-être d'y aller sur une approche plus étapiste.
Maintenant, par rapport à votre... à votre
collaboration puis à votre participation, comment vous voyez votre
positionnement comme source d'énergie? Je comprends une certaine crainte, là,
mais êtes-vous déjà très avancés au niveau de la recherche pour proposer des
solutions?
M. Lamontagne (Steve) : On
cherche des partenariats tous les jours avec des flots d'autres compagnies de
ce genre pour voir de quelle façon on pourrait transiger vers l'électricité,
mais il y a beaucoup, beaucoup d'embûches dans le parcours. Si moi, demain, je
décide d'installer deux bornes électriques dans une station-service, est-ce que
mon entrée électrique est la bonne? Est-ce que la distribution à partir du
poteau électrique vers la station-service est adéquate? Il y a beaucoup d'embûches,
et ce qui fait exploser les coûts.
Et installer une borne, malgré les
subventions qu'on peut avoir sous différents programmes, jusqu'à maintenant, c'est...
on ne fait... il n'y a aucune rentabilité. Au contraire, on le... on le
considère comme de la recherche et développement. Donc, chez nous, c'est...
c'est quelque chose qui ne... qui crée de la valeur négative, si je peux le
dire ainsi, mais on est conscients qu'on a un rôle à jouer dans ce changement
de... comme, de gestion énergétique là, de «commitment» qu'on décide d'avoir
comme... comme peuple. On fait partie de ça, c'est certain, et on veut le faire,
on veut participer.
M. Tremblay : Merci.
Le Président (M. Montigny) :
Merci beaucoup. Alors, maintenant, dans le contexte, je vais céder la
parole au... à Mme la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, Mme Marcotte. Merci beaucoup d'être
présente. Merci beaucoup, M. Lamontagne, évidemment, M. Milette. Contente
de vous voir avec nous aujourd'hui. Merci pour votre mémoire.
Alors, permettez-moi d'y aller
directement, si vous le permettez. À la page 3 de votre mémoire, je vois
que vous avez fait une demande d'accès à Hydro-Québec, et, entre 2019 à 2023,
vos chiffres... bien, pas les vôtres, ceux d'Hydro-Québec, sont assez
impressionnants. Vous avez répertorié 45 376 pannes de plus de huit heures
et, je tiens à préciser, non planifiées. Donc, c'est des vraies pannes, là. Je
vais juste prendre celles qui sont de plus de... plus de huit heures, mais en
haut de 3 000 : donc, Capitale-Nationale, 3 000 fois,
Estrie, 3 600 fois, Montréal, 3 000 fois, Lanaudière, 4 000 fois,
l'Outaouais, 5 200 fois, Laurentides, 7 000 fois. Ça, ce n'est
pas il y a 10 ans, là, c'est 2019 à 2023.
Tantôt, M. Milette, vous avez parlé
de sécurité énergétique. Dans votre mémoire, vous faites aussi référence aux
pertes financières. Et, comme députée, je peux vous le dire, quand les citoyens
sont coupés pendant plusieurs heures, c'est aussi les pertes dans leurs
frigidaires qu'ils constatent. Je vous donne la parole parce que je pense que c'est
quelque chose de très important et je pense que c'est encore plus important,
parce que dans votre... Dans le tableau présenté, là, il y a plein de régions là-dedans.
Mme Marcotte (Sonia) : Bien,
effectivement, oui, il y a beaucoup de pannes électriques, puis, quand ça
atteint huit heures, oui, il y a des problèmes de sécurité énergétique autant
pour les personnes vulnérables aussi qui sont dans des logements qui peuvent
devenir froids, mais surtout aussi la perte d'aliments périssables.
Évidemment, c'est à ce moment-là que nous,
on est appelés aussi, parce que c'est bien beau avoir de l'électricité, mais il
faut qu'elle se rende jusqu'aux consommateurs. Et c'est à ce moment-là qu'on
est là. On approvisionne les génératrices. Et combien de fois on est même
appelés par le ministère de l'Énergie pour nous dire : Bien, vous devez
approvisionner les tours électriques... les tours de communication? Parce que,
s'il n'y a plus de tour de... S'il n'y a plus d'électricité, il n'y a plus de
tour de communication non plus, et les cellulaires ne fonctionnent plus. Bon,
il y a aussi l'aspect qu'il faut recharger nos cellulaires, mais, si notre
cellulaire est déjà rechargé, mais il n'y a plus de tour de communication, ça
ne fonctionne plus.
Alors, on est là, nous. On est partout au
Québec, On a... on a des distributeurs qui sont partout au Québec, qui sont
capables d'approvisionner, justement, là, tous ces services-là, parce que ça va
être les hôpitaux aussi qui ont besoin de <génératrices...
Mme Marcotte (Sonia) :
...là,
tous ces services-là, parce que ça va être les hôpitaux aussi qui ont besoin de
>génératrices, les RPA qui ont besoin de génératrices. Alors, on est là
dans toutes les régions. Mais évidemment, si certains disparaissent, là, ça va
être beaucoup plus compliqué les approvisionner. Ils vont être approvisionnés,
mais comment, à quel coût? Ça va être plus compliqué si les distributeurs
disparaissent des régions. Mais on a des... on a des distributeurs dans toutes
les régions, et souvent des entreprises familiales.
Mme Rizqy : Pouvez-vous
expliquer clairement à la commission qu'est-ce qui peut faire en sorte que des
distributeurs disparaissent? Il faut que ce soit clair pour tout le monde.
Mme Marcotte (Sonia) : Bien,
j'ai l'exemple... Par exemple, au Saguenay—Lac-Saint-Jean, il y a des guerres
de prix présentement... il y a eu des guerres de prix sporadiques, puis ça
revient, ça part, mais des guerres de prix sévères. Donc, ces guerres de prix
là font mal aux distributeurs, et il y a des distributeurs régionaux dans ce
coin-là. Mais évidemment, si, par exemple, la législation, là,
l'article 67 disparaît, bien, les guerres de prix vont... vont devenir des
guerres de prix prédatrices, parce qu'on est vraiment très près, là, du prix
minimum. Alors, à ce moment-là, évidemment, le prix minimum, c'est le prix
d'acquisition du détaillant. Donc, c'est sûr que, si ça va en bas, bien, il ne
restera pas longtemps.
C'est pour ça d'ailleurs qu'en 1996 on a
eu cette législation-là qui a fait en sorte qu'aujourd'hui on a des stations-services
partout au Québec, mais on a des entreprises familiales, des entreprises
québécoises, parce qu'en 1990, avant, si vous aviez un problème, vous deviez
appeler, par exemple, au Texas pour parler à la pétrolière qui était là-bas.
Aujourd'hui, ce sont des entreprises québécoises qui gèrent les réseaux de
distribution. Alors là, quand vous avez un problème, vous pouvez appeler chez
Harnois, chez Filgo, chez... chez différents distributeurs qui sont des
entreprises québécoises qui gardent les profits ici, qui redistribuent les
profits et qui font de l'activité économique au Québec.
Mme Rizqy : On a entendu
M. Pierre Fitzgibbon dire clairement que lui, il voulait mettre un prix
plancher. Là, aujourd'hui, on comprend que l'intention de la ministre, c'est
d'aller dans la même veine, c'est-à-dire un prix plancher. C'est quoi, les
conséquences, pour vous?
Mme Marcotte (Sonia) : Bien,
en fait, on veut conserver le prix plancher, parce que le prix plancher va... Présentement,
il limite les guerres de prix prédatrices. Il y en a, des guerres de prix. Il y
en a dans plusieurs régions. Ça se résorbe après un certain temps, mais une
guerre de prix...
Mme Rizqy : Je pense,
j'ai mal formulé. Il voulait retirer le prix plancher. Juste... Je vais
reformuler. On a entendu Pierre Fitzgibbon dire qu'il veut retirer le prix
plancher. La ministre confirme qu'elle veut retirer le prix plancher. C'est
quoi, les conséquences, pour vous? Désolée, je reformule.
Mme Marcotte (Sonia) : Quand
il y a des... C'est lorsque des guerres de prix prédatrices surgissent. Là, ça
fait mal et ça peut faire fermer des stations-services. Une fois que les
stations-services vont être fermées parce qu'il y aura une guerre de prix
prédatrice, pas une guerre de prix sporadique qui se résorbe, il y en a tout le
temps, ça, mais une guerre de prix qui se prolonge, qui est très sévère, bien,
évidemment, les stations-services, certaines vont fermer. Et là on va se
retrouver avec moins de concurrence, pas plus, parce qu'on est déjà... Le prix minimum,
c'est déjà le prix d'acquisition. Donc, on n'arrivera pas avec plus de... avec
plus de concurrence par la suite, et certainement pas de meilleur prix si la
concurrence disparaît.
Mme Rizqy : Merci.
Le Président (M. Montigny) :
...parole.
Mme Dufour : Merci
beaucoup. Je dois dire qu'en 1996 j'ai travaillé temporairement pour Ultramar
lorsqu'il y avait cette guerre-là et j'étais assignée à faire des téléphones
pour dire aux détaillants qu'il y avait un changement de prix chez le voisin.
C'était complètement hallucinant. Alors, je comprends qu'on ne veut pas
retourner vers ce far west là. C'est... c'est votre position, là.
Mme Marcotte (Sonia) : Oui.
Mme Dufour : Écoutez, je
voudrais peut-être vous amener sur les pannes électriques. On a vécu,
9 août dernier, les pires inondations, les pires pluies qu'on a vues au
Québec, et particulièrement, là... Je peux parler de ma région, Laval, qui a
été durement touchée. On parle de 15 000 propriétés qui ont été...
qui ont été touchées, et en fait ça allait jusqu'à ce que le courant doive être
coupé. Et c'est tout l'est de Laval qui a dû... C'est vraiment des quartiers
entiers que l'électricité a été coupée, probablement par mesure de sécurité, mais
la seule... la seule option qui restait aux citoyens qui voulaient pouvoir
peut-être s'en sauver, c'étaient les génératrices. Les rares qui ont eu la
chance d'avoir une génératrice s'en sont sauvés. Donc, on comprend que c'est...
c'est nécessaire. Une génératrice comme ça, à part... ça ne peut pas
fonctionner à l'électricité quand il n'y a pas d'électricité. Donc, c'est quoi,
le... Tu sais, qu'est-ce qu'on met dedans pour qu'elle fonctionne?
• (12 h 40) •
Mme Marcotte (Sonia) : Ça
va être du carburant. Et souvent les consommateurs vont venir à la
station-service pour s'approvisionner en carburant pour leurs génératrices, mais
nous, on va aussi aller, par exemple, dans des... dans des endroits comme les
hôpitaux et les différents services d'urgence. On va les approvisionner.
M. Lamontagne (Steve) : ...soit
de l'essence ou du diesel, tout dépendant de la grosseur de la génératrice.
Mais, là où il y a un angle mort à ça, c'est... La majorité des détaillants et/ou
des grossistes qui font partie de l'association, nous avons tous des dépôts
pétroliers qui sont répartis un peu géographiquement à travers le <Québec...
M. Lamontagne (Steve) :
...pétroliers
qui sont répartis un peu géographiquement à travers le >Québec. Donc, nous,
on en a à peu près 28 ou 29, de mémoire. Mais, si je n'ai plus de
station-service à exploiter dans une région comme celle-là, il n'y a aucune
raison pour laquelle je dois garder les infrastructures pétrolières. Donc, pour
faire transiger du diesel ou du carburant vers une région qui va en avoir
besoin pour les génératrices suite à un cataclysme ou à une situation
climatique, bien, ça peut prendre plusieurs heures. On va toujours le faire,
parce qu'on a une conscience, mais ça peut prendre beaucoup plus d'heures que
si on est déjà présents et qu'on appelle quelqu'un qui va au camion, il remplit
le camion et il va le porter tout de suite. Donc, on fait juste prolonger le
délai.
Mme Dufour : Oui. Puis,
pour illustrer l'importance des génératrices, je vais mentionner que ce n'est
pas seulement les citoyens qui se sont trouvés coupés d'électricité, mais l'Hôpital
de la Cité-de-la-Santé à Laval. Et donc, dans n'importe quelle région, s'il y a
une panne majeure, bien, c'est aussi les hôpitaux qui peuvent être privés, et
il y a eu, justement, un enjeu avec la génératrice, donc, à cet hôpital-là.
Donc, c'était absolument nécessaire comme... comme mesure, tu sais, pour pallier,
justement. Puis on constate que les pannes ne font qu'augmenter. Donc, la... C'est
ça, je pense qu'on a besoin encore de vous. Malgré tous nos efforts
d'électrification, vous allez rester très importants.
M. Milette (Pierre) : ...c'était
un peu l'intention quand on a fait la demande d'accès à l'information. En fin
de compte, c'était de savoir : Est-ce qu'on... est-ce qu'on a raison de
penser qu'il peut y avoir un danger sur la sécurité énergétique d'avoir... pour
reprendre l'expression, d'avoir un peu nos oeufs tous dans le même panier de la
distribution électrique? Le but n'était pas... pas du tout de démontrer
qu'Hydro-Québec avait plusieurs pannes électriques. C'était de démontrer qu'on
a besoin d'un substitut énergétique encore. Les Québécois en ont besoin. Les
inondations qu'on vient de vivre sont au mois d'août. Quand ça arrive au mois
de janvier, au mois de février, là, on tombe dans une crise majeure. Et on l'a
déjà vécu, les crises du verglas, et autres. Donc, on ne peut pas encore se
permettre de...
Le Président (M. Montigny) :
30 secondes.
M. Milette (Pierre) : ...d'aller...
de changer ça drastiquement et de risquer de perdre cette source d'énergie là
pour l'instant.
Mme Dufour : Oui,
effectivement, on a vu qu'après la crise du verglas le nombre de génératrices
vendues a augmenté de façon phénoménale. Donc, merci beaucoup pour votre
présence.
Le Président (M. Montigny) :
Merci beaucoup. C'est maintenant le moment de laisser la parole au député
de Maurice-Richard pour 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci
beaucoup. Merci d'être là. Ma première question est facile, c'est : Quel
pourcentage de l'énergie du Québec vient, justement, du pétrole fossile
aujourd'hui au Québec?
Mme Marcotte (Sonia) : Je
n'ai pas les données, là, Je pense que...
M. Bouazzi : Bien, je
vous la donne. À ce moment-là, c'est 50 %. C'est... 50 % de l'énergie
qu'on consomme vient du pétrole fossile. Est-ce que l'énergie fossile apparaît
ne serait-ce qu'une seule fois dans ce projet de loi sur l'énergie?
Mme Marcotte (Sonia) : Moi,
je ne l'ai pas vue.
M. Bouazzi : Donc, on a
50 % de ce qu'on consomme en énergie qui vient d'une énergie qui
n'apparaît pas une seule fois dans un projet de loi majeur sur l'énergie.
Est-ce que... J'imagine que vous croyez, évidemment, à la crise climatique et
qu'à un moment il va falloir se débarrasser d'une manière ou d'une autre...
Est-ce que vous, vous avez vu une planification du gouvernement où il y a une
diminution de la consommation, justement, des énergies fossiles d'ici 2050?
Mme Marcotte (Sonia) : On
n'a pas été appelés à travailler avec le gouvernement, là, dans ce... dans ce
dossier-là. C'est sûr qu'on le voudrait. On a déjà proposé des choses, il y a
très longtemps, justement, pour pouvoir faire une transition plus progressive,
ajouter, par exemple, des biocombustibles, des choses comme ça, mais ça ne
s'est pas produit, en bout de ligne.
M. Bouazzi : Donc, on
est en train de dire que 50 % de l'énergie qu'on consomme vient du
pétrole, que le mot n'existe pas et que le gouvernement, à date, ne vous a ni
montré un plan ni un accompagnement. Parce qu'à un moment il y a des choses qui
vont changer d'ici 2050, évidemment. Effectivement, nous ne consommerons plus
de pétrole fossile. Vous parlez d'autres sources renouvelables, etc. Et ça, ça
ne peut se faire qu'en partenariat avec vous.
Mme Marcotte (Sonia) : C'est
certain qu'on est prêts à travailler avec le gouvernement, à participer. Et on
veut participer à cette transition-là. On veut donner... Parce que, bon, on est
encore présents, on est encore utiles, on va l'être encore un bout de temps,
mais on est prêts à travailler et on veut discuter avec le gouvernement pour
trouver les bonnes solutions pour arriver à bon terme et arriver à faire une
bonne transition énergétique, juste, ordonnée et efficace.
M. Bouazzi : Dans un
tout ordre d'idées, j'ai... on a trouvé un mémoire qui date de 2017 — et
c'est là où moi, je pense qu'il y a un travail à faire avec vous — où
vous qualifiez... où vous parlez d'énergie propre et vous parlez de gaz naturel
<compressé...
M. Bouazzi :
...avec
vous
— où vous qualifiez... où vous parlez d'énergie propre et
vous parlez de gaz naturel >compressé, de gaz naturel liquéfié. Est-ce
que, depuis, vous avez changé d'avis sur ces énergies-là?
Mme Marcotte (Sonia) : En
fait, dans notre mémoire, on disait qu'on était présents dans ce domaine-là,
mais on est présents dans plusieurs domaines. On est des distributeurs d'énergie,
donc, comme... comme on le disait dans le mémoire, c'est qu'on est là pour
distribuer l'énergie dont les Québécois ont besoin.
Le Président (M. Montigny) :
...30 secondes.
Mme Marcotte (Sonia) : Donc,
on va aller dans ce sens-là. Évidemment, l'énergie qu'on sera capables de
distribuer, comme, bon, l'électricité, on peut en distribuer à travers nos
bornes de recharge, évidemment, on ne peut pas le faire autrement... Mais on
est là pour toutes sortes d'énergies qui seront... qui seront utiles pour le...
pour les consommateurs québécois.
Le Président (M. Montigny) :
Merci. Neuf secondes.
M. Bouazzi : Il faut
planifier.
Le Président (M. Montigny) :
Merci beaucoup. C'est maintenant la période de droit de parole au député de
Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Est-ce que
j'ai bien compris? Notamment, le début de votre témoignage, vous dites : Nous,
on veut faire partie de la conversation sur l'avenir énergétique du Québec, on
ne doit pas être oubliés, nous, notamment dans cette perspective de ne pas
créer des déserts énergétiques au Québec. Vous dites : Nous, on veut
participer au dialogue.
Mme Marcotte (Sonia) : Tout
à fait.
M. Paradis : Là, vous
êtes ici pour commenter un projet de loi qui a été présenté par le
gouvernement, là, qui est un projet de loi technique. Mais, sur sa vision
énergétique, justement, là, avant de venir ici, vous, est-ce que vous avez été
consultés par le gouvernement sur ces orientations-là?
Mme Marcotte (Sonia) : Pas
sur le projet de loi, non.
M. Paradis : Non. Puis,
sur son plan, sur sa vision énergétique à long terme, avez-vous eu un dialogue,
avez-vous été consultés dans ce qui précède ce projet de loi là?
Mme Marcotte (Sonia) : On
a eu une rencontre avec M. Fitzgibbon pendant son mandat.
M. Paradis : OK. Mais
est-ce qu'on vous a présenté un plan, une vision sur lesquels on vous a demandé
votre avis?
Mme Marcotte (Sonia) : Nous,
on allait justement montrer l'importance qu'on avait pour la sécurité
énergétique des Québécois, parce que, quand il arrive des pannes, bien, il y a
un problème et, s'il y a des déserts énergétiques qui se créent, il va y avoir
d'autres problèmes. Donc, on était là pour présenter notre... notre vision et
dire aussi qu'on était prêts à travailler. On est prêts à travailler avec le
gouvernement. C'est ce qu'on veut faire.
M. Paradis : Et donc
est-ce que je comprends qu'au-delà d'un projet de loi qu'on a sur la table, là,
puis des consultations particulières sur ce projet de loi là, vous, vous
invitez la ministre à ouvrir le dialogue avec vous sur un véritable plan, sur
une véritable politique énergétique? C'est bien ça?
Mme Marcotte (Sonia) : Tout
à fait. On a d'ailleurs transmis une lettre à Mme la ministre pour une
rencontre éventuelle.
M. Paradis : Très bien.
Maintenant, en ce qui concerne ce projet de loi, parce que vous nous parlez
beaucoup de l'article 67 de la Loi sur les produits pétroliers, là, qui
est... qui est sur cette question, là, du prix plancher, ce n'est pas visé par
ce projet de loi 69 qu'on a devant nous. Qu'est-ce que vous nous suggérez? Qu'est-ce
que vous nous demandez, comme députés, comme législateurs, face à ce projet de
loi qu'on a devant nous actuellement?
M. Milette (Pierre) : Je
vais juste y aller assez rapidement, en fait. Donc, ça peut paraître étrange qu'on
est ici sur un projet de loi dont l'article qu'on discute n'est pas dans le
projet de loi. C'est que, quand le... quand M. Fitzgibbon a fait un point
de presse au mois de mai pour annoncer qu'il allait amender le projet de loi
pour abolir l'article 67 de la Loi sur les produits pétroliers, c'est
plusieurs semaines avant le dépôt du projet de loi. Donc, à notre surprise,
quand le projet de loi a été déposé, c'est que l'amendement, l'abolition, n'était
pas dans le projet de loi. Donc, on s'est inscrits sur la — je vais
le dire entre guillemets — rumeur de cette modification-là sans autre
signe. Et notre... notre crainte... En fin de compte, ce qu'on se demandait, c'est :
Est-ce que M. Fitzgibbon allait...
Le Président (M. Montigny) :
En conclusion, en conclusion.
M. Milette (Pierre) : ...venir
amender son propre projet de loi après les audiences publiques? Et là c'est là
où on se dit : OK, on va... ça va arriver quand? Donc là, il reste à
savoir comment...
Le Président (M. Montigny) :
Merci. Merci. Le...
M. Paradis : Vous ne
saviez pas à quoi vous attendre, hein? Nous autres non plus.
Le Président (M. Montigny) :
Merci. Le temps est maintenant écoulé. Je vous remercie beaucoup pour votre
contribution aux travaux.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 50
)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 02)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
bonjour. Bonjour à tous. À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de
l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles reprend
ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 69, la Loi
assurant la gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant
diverses dispositions législatives.
Cet après-midi, nous entendrons le Conseil
du patronat du Québec, l'Association canadienne de l'énergie renouvelable,
Énergie Solaire Québec et l'Association des consommateurs industriels de gaz,
cet après-midi.
Maintenant, sans plus tarder, je souhaite
la bienvenue au Conseil du patronat du Québec. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé, et puis par la suite il y aura une
période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite à vous
présenter, même si on vous connaît un peu, présenter puis à débuter votre
exposé maintenant.
Conseil du patronat du Québec (CPQ)
M. Blackburn
(Karl) :
Merci.
Karl Blackburn, président et chef de la direction du Conseil du patronat
du Québec.
Mme Kozhaya (Norma) :Bonjour. Norma Kozhaya, vice-présidente à la recherche et
économiste en chef au Conseil du patronat.
Le Président (M. Montigny) : Bienvenue.
M. Blackburn (Karl) : Alors,
merci, M. le Président, chers membres de l'Assemblée, Mme la ministre de l'Innovation,
et de l'Énergie, et de l'Économie. Alors, je vous remercie de nous donner l'occasion
de présenter le point de vue du Conseil du patronat du Québec concernant le projet
de loi n° 69 intitulé Loi assurant la gouvernance responsable des
ressources énergétiques et modifiant diverses dispositions législatives. Cette
loi propose des réformes importantes pour encadrer la gestion de nos ressources
énergétiques, un enjeu clé dans le contexte actuel de notre transition
énergétique.
Le CPQ, qui représente près de 70 000 employeurs
à travers le Québec, est particulièrement préoccupé par les effets de ce projet
de loi sur le milieu d'affaires et l'ensemble de l'économie québécoise.
Nous reconnaissons l'importance cruciale
de ce projet de loi pour assurer une transition énergétique réussie tout en
veillant à la compétitivité des entreprises québécoises et à un environnement d'affaires
attrayant.
Le secteur énergétique du Québec a connu
de profonds bouleversements au cours des dernières années. Alors qu'en 2019
Hydro-Québec prévoyait des surplus énergétiques pour plusieurs années, nous
faisons face aujourd'hui à des défis majeurs, avec des besoins supplémentaires
d'approvisionnement dès 2027 et des besoins en puissance à compter de l'hiver 2027-2028.
Cela souligne l'importance de planifier de façon proactive pour assurer un
approvisionnement adéquat tout en maintenant une tarification compétitive.
Le CPQ appuie fermement la nécessité de
développer une approche responsable et durable des ressources énergétiques
notamment à travers la diversification des sources d'énergie, la promotion de l'efficacité
énergétique et le soutien à l'innovation technologique. Cependant, il est
essentiel que ces changements ne nuisent pas à la compétitivité de nos
entreprises.
Nous saluons plusieurs éléments du projet
de loi n° 69 qui reflètent des recommandations de longue date du Conseil
du patronat du Québec. En particulier, nous soulignons l'importance de la mise
en place d'un plan de gestion intégrée des ressources énergétiques qui établit
une vision à long terme pour le secteur énergétique, avec des mises à jour
périodiques pour garantir... l'adaptation, pardon, aux réalités changeantes.
Cette planification de 25 ans, actualisée tous les six ans, est un outil
essentiel pour assurer une gestion prévisible et ordonnée des ressources
énergétiques.
Nous saluons également l'initiative de
fixer des tarifs en fonction du coût de service sous la supervision de la Régie
de l'énergie. Ce processus plus transparent permet une meilleure prévisibilité
pour les entreprises et minimise les risques de choc tarifaire tout en
favorisant une tarification plus juste et équitable. Toutefois, certains enjeux
demeurent encore préoccupants, et j'y reviendrai plus tard.
Enfin, nous accueillons favorablement la
reconnaissance explicite du rôle du secteur <privé dans la production
d'énergie...
M. Blackburn (Karl) :
...accueillons
favorablement la reconnaissance explicite du rôle du secteur >privé dans
la production d'énergie. L'ouverture à la production d'énergie par des acteurs
privés, notamment pour des sources renouvelables, contribuera à diversifier
l'offre et à réduire la pression sur Hydro-Québec.
Cependant, plusieurs dispositions du
projet de loi soulèvent des préoccupations importantes pour le milieu des
affaires, particulièrement en ce qui concerne la compétitivité des entreprises
québécoises. Permettez-moi d'abord trois points principaux.
La tarification industrielle et
l'interfinancement. Le projet de loi abroge l'article 52.1 de la Loi sur
la Régie de l'énergie, supprimant ainsi la non-indexation du tarif L. Cette
décision risque d'entraîner une hausse importante des coûts pour les grandes
industries déjà lourdement pénalisées par l'interfinancement, où les
entreprises paient plus que le coût réel de leurs services tandis que les
consommateurs résidentiels bénéficient de tarifs subventionnés.
Le CPQ estime qu'il est urgent de revoir
ce modèle d'interfinancement pour rétablir une tarification équitable et basée
sur les coûts réels. Pour le CPQ, il importe que le tarif résidentiel reflète
l'importance de la sobriété et l'efficacité énergétiques pour encourager les
changements de comportement nécessaires. Ensuite, le maintien d'une énergie à
faible coût pour les grandes entreprises n'est pas incompatible avec la
transition énergétique et il est essentiel pour préserver cet avantage
compétitif, pour encourager les investissements et l'innovation.
La production et distribution de l'énergie
par le secteur privé. Le CPQ se réjouit de l'ouverture accordée au secteur
privé pour la production d'énergie, mais nous croyons que le projet de loi
pourrait aller plus loin. Actuellement, la vente privée d'électricité est à un
seul consommateur situé sur un terrain adjacent à l'installation de production.
Nous recommandons de permettre la vente d'électricité à plusieurs consommateurs
et à des clients situés au-delà de ces restrictions géographiques. Cela
permettrait de maximiser l'utilisation des ressources disponibles et de
favoriser le développement de projets à l'échelle régionale, en particulier
dans les zones industrielles et les parcs énergétiques.
Au niveau des appels d'offres et la
compétitivité des approvisionnements, le retrait de l'obligation de passer par
des tests ou des appels d'offres pour certains contrats d'approvisionnement
d'Hydro-Québec soulève des questionnements quant à la transparence et à la
compétitivité des processus d'octroi. Si nous comprenons la nécessité de
réduire les délais de réalisation des projets, il est primordial d'assurer que
ces contrats soient attribués de manière équitable, transparente et compétitive
afin d'éviter des augmentations inutiles des coûts qui pourraient se répercuter
sur les tarifs.
• (15 h 10) •
En résumé, le CPQ recommande notamment les
actions suivantes pour améliorer, bien humblement, le projet de loi n° 69 :
réintroduire un mécanisme incitatif de réglementation pour encourager
Hydro-Québec à améliorer l'efficacité de ses services tout en partageant les
gains de performance avec les consommateurs, mettre fin graduellement à
l'interfinancement entre les tarifs résidentiels et commerciaux en ajoutant...
en ajustant, pardon, les tarifs résidentiels pour qu'ils reflètent les coûts
réels de service tout en protégeant les populations vulnérables à travers des
programmes d'État ciblés, favoriser une plus grande implication du secteur
privé dans la production d'énergie renouvelable en permettant la vente à
plusieurs clients et en assouplissant les restrictions géographiques pour
optimiser la localisation des projets, assurer la transparence et la
compétitivité des appels d'offres pour les nouveaux approvisionnements
énergétiques en limitant, entre autres, les exceptions et en renforçant les
mécanismes de surveillance.
En conclusion, M. le Président, le projet
de loi n° 69 marque une étape cruciale dans la modernisation du cadre
énergétique du Québec. Le CPQ soutient les principes de ce projet qui vise à
assurer une gestion responsable et intégrée des ressources énergétiques tout en
favorisant la transition énergétique. Toutefois, il est essentiel que ces
réformes ne nuisent pas à la compétitivité des entreprises québécoises, en particulier
dans un contexte économique mondial de plus en plus <concurrentiel...
M. Blackburn (Karl) :
...des
entreprises québécoises, en particulier dans un contexte économique mondial de
plus en plus >concurrentiel.
S'il y a un élément à retenir de notre
intervention... est que le Québec a toujours eu un avantage en offrant une
tarification électrique bien plus compétitive qu'ailleurs dans le monde. C'est
d'ailleurs probablement l'élément qui distingue le plus notre environnement
d'affaires et qui nous a permis d'attirer de grandes entreprises.
Malheureusement, nous avons perdu ces avantages et nous ne pouvons pas faire
abstraction de ce fait.
Aujourd'hui, nous avons la chance de
pouvoir corriger le tir, et j'invite tous les membres de la commission à tenir
compte de ces données. On veut plus de productivité, plus de meilleurs
salaires, plus de grandes entreprises et on veut dépasser l'Ontario. Ce sont
des objectifs louables, mais, pour y arriver, il va falloir être capables
d'offrir un environnement d'affaires compétitif pour le Québec, et ça passe
certainement par son avantage dans la tarification électrique.
Nous remercions les membres de la
commission pour leur attention et restons disponibles pour toute question.
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Parfait.
Je vous remercie beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la
période d'échange. Je vais céder la parole maintenant à Mme la ministre. Vous
disposez de 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci beaucoup,
M. le Président. Alors, bonjour à vous deux. Merci. Merci d'être là. Très
contente de vous revoir, M. Blackburn, qui avez l'air en pleine forme, Mme
Kozhaya. Merci d'être là et de partager vos propositions avec les membres de la
commission.
Je vous amènerais, dans un premier temps,
sur le potentiel énergétique qui existe au Québec. Dans quelle mesure vous
voyez que le Québec puisse aller tirer parti de nos ressources énergétiques
pour se positionner avantageusement à l'échelle internationale dans un contexte
de transition énergétique? Est-ce que, pour vous, il y a là quelque chose à
activer, là?
M. Blackburn (Karl) : Il est
énorme, le potentiel énergétique au Québec. Si le Québec que nous avons
aujourd'hui... il est en partie grâce à nos ressources naturelles, grâce à nos
ressources énergétiques. Et, on le voit, la science nous permet potentiellement
de développer des nouvelles façons de générer de l'énergie, la recherche
également, mais il faut absolument éviter de penser que nous sommes les seuls au
monde qui avons cette capacité de s'améliorer. Les États voisins, les pays
voisins s'améliorent également.
Donc, l'avantage que nous avions en
énergie à une certaine époque, bien, malheureusement, nous sommes en train de
le perdre. Et il est clair que, pour nous, l'énergie a toujours été au cœur de
notre développement, et je suis convaincu qu'elle va continuer de jouer un rôle
extrêmement important dans les prochaines années, pour les prochaines
générations, que ce soit l'énergie hydroélectrique ou toutes les nouvelles
formes d'énergie qu'on peut bien sûr utiliser.
Et j'aime reprendre une expression que ma
collègue Norma utilise souvent : Pour nous, au Conseil du patronat, c'est
souvent la bonne énergie au bon endroit. Ça ne veut pas dire que l'hydroélectricité,
par exemple, est parfaite pour toutes les utilisations. Ça ne veut pas dire que
l'éolien est parfait pour toutes les utilisations. Donc, pour nous, c'est
vraiment l'utilisation du bon énergie au bon endroit, et c'est de cette façon
qu'on continuera de créer de la richesse et de la prospérité autour de
l'énergie.
Mme Fréchette : Est-ce que
notre objectif, en fait... En fait, je me questionne à l'effet que vous n'êtes
pas convaincus qu'il faille intégrer, prendre en compte la transition énergétique
dans la fixation des tarifs de transport puis de distribution d'électricité.
Donc, dans un contexte de transition énergétique, pourquoi est-ce qu'on ne
devrait pas prendre cet élément-là dans l'équation qui va nous mener à la
fixation des tarifs? Ça, ça me questionne.
M. Blackburn (Karl) : Bien,
je peux amorcer un début de réponse, et je vais laisser ma collègue Norma
compléter.
D'abord, on se réjouit que la Régie de
l'énergie retrouve un certain niveau de pouvoir, en quelque sorte, pour dépolitiser,
si je peux le dire ainsi, les tarifications électriques et même l'octroi de
blocs énergétiques. Je pense que ça, c'est important de le revoir un peu dans
son ensemble. On aurait aimé que ça puisse aller plus loin. Ceci étant dit, il
est clair que la transition énergétique est jumelée, bien évidemment, à la
capacité que nous avons de le générer, mais cette sensibilité devrait être pour
tous les utilisateurs de l'énergie et non simplement le secteur économique.
Malheureusement, un groupe important de
cet... de ces consommateurs énergétiques que représentent les citoyens, bien,
n'ont pas nécessairement cette même volonté ou ce même intérêt de faire en
sorte d'avoir une utilisation beaucoup plus efficace et efficiente de leur
consommation d'énergie en lien, justement, avec le coût réel que représentent
la production, le transport, la distribution de cette énergie. Et cette façon
de ne pas faire une juste reconnaissance pour le client, bien, fait en sorte
qu'on <vient pénaliser le...
M. Blackburn (Karl) :
...faire
une juste reconnaissance pour le client, bien, fait en sorte qu'on >vient
pénaliser le secteur économique et le secteur commercial, qui vont
malheureusement devoir absorber une partie plus grande du coût réel de cette
énergie en lien, justement, avec une volonté, qui a été exprimée clairement par
le gouvernement, pour ne pas faire payer la juste part à l'ensemble des
citoyens. Peut-être que, Norma, de ton côté...
Mme Kozhaya (Norma) :Peut-être en complément, si je peux, effectivement, c'est
que, dans un monde idéal, les tarifs devraient se rapprocher le plus possible
des coûts de service, comme M. Blackburn l'a mentionné. Maintenant, ce qui est
préoccupant, c'est... La façon dont c'est formulé, c'est que, dans les tarifs,
la régie peut «tenir compte de tout autre élément qu'elle estime approprié
notamment pour favoriser la réalisation de la transition énergétique». Donc, ça
nous semble très large.
Si je donne un exemple hypothétique, bon,
mettons, l'électrification des véhicules personnels, mettons, ça, ça fait
partie de la transition énergétique. Est-ce que, si on décide de subventionner
davantage, mettons... encore une fois, ce n'est pas le bon exemple, mais ça va
se refléter sur les tarifs industriels de façon indirecte si la régie prend
compte de... que cet élément-là, il est en faveur de la transition énergétique,
encore une fois, étant donné qu'on ne règle pas la question de
l'interfinancement et que le milieu des affaires va assumer une facture qui est
plus grande que les coûts?
Donc, on pense que, si on veut absolument
tenir compte de ce volet-là dans les tarifs... Parce que c'est vrai que, dans
les mandats de la régie pour approuver, mettons, pour regarder les contrats,
les projets, la transition énergétique, tenir compte de la transition
énergétique, c'est essentiel. Si on veut aussi en prendre... prendre ça en
considération dans les tarifs, il faut qu'il y ait certaines balises, pour le
moins, pour ne pas que ça... qu'on puisse, quasiment, bon, mettre n'importe
quoi, quasiment, dans les tarifs, encore une fois, qui vont être assumés de
façon disproportionnée par le milieu des affaires.
Mme Fréchette : Je reviens
sur un de vos propos à l'effet qu'il faille que le coût... le tarif reflète les
coûts. Une des... une des questions qui m'habitent, c'est : Est-ce que
l'électricité que l'on distribue, que l'on produit, devrait être vendue
selon... sur la base du coût ou sur la base de sa valeur? Je ne suis pas sûre
que les deux chiffres se rejoignent nécessairement, parce qu'on nous dit :
Ah! mais le bloc patrimonial, c'est un bloc d'énergie pour lequel les
investissements qui ont été faits sont déjà amortis. Alors, au fond, la valeur
de ça, elle est réduite. Mais, dans les faits, est-ce qu'on devrait baser notre
coût d'électricité sur cette valeur de l'électricité ou sur le coût,
considérant qu'il a été amorti déjà au fil des dernières décennies? J'aimerais
ça vous entendre là-dessus.
M. Blackburn (Karl) : Je vais
amorcer un début de réponse et je vais laisser Norma enchaîner pour la suite. À
ce moment-là, les nouvelles formes d'énergie, elles coûteraient beaucoup trop
cher à utiliser. Alors, je pense que...
Mme Fréchette : Aussi, aussi,
mais on a les deux extrêmes.
M. Blackburn (Karl) : Bien,
c'est ça. Alors, la façon de le voir, c'est : Comment cette énergie-là,
dans un contexte mondial qui s'est globalement amélioré, fait en sorte que le
Québec peut tirer encore son épingle du jeu? Et, cette énergie qui était un
avantage indéniable, avec un coût faible, et, bien sûr, l'énergie renouvelable
qui a toujours fait la marque du Québec, bien, on est en train de le perdre,
cet avantage-là, parce que les autres provinces, comme je l'ai mentionné, ou
les autres États ont développé des nouvelles façons aussi de créer de l'énergie
renouvelable non polluante à faible coût. Alors, il est clair que, pour nous,
cet aspect du coût, il est essentiel pour permettre de garder cet avantage pour
le Québec et ainsi générer cette richesse collective.
La prévisibilité, c'est un autre... un
autre phénomène important. Malheureusement, dans les dernières années, on s'est
heurtés à une non-disponibilité à court terme ou moyen terme de blocs d'énergie
importants pour permettre à des entreprises du Québec de pouvoir se décarboner,
de décarboner leurs productions. Alors, le coût et la disponibilité de cette
énergie font en sorte qu'on a un avantage ou on perd cet avantage. Ça, c'est
clair.
• (15 h 20) •
Mme Kozhaya (Norma) :Oui, bien, effectivement, c'est une question qui est... qui
est centrale. Et, je dirais, c'est peut-être un mélange des deux, parce que,
d'un côté, effectivement, on se dit : C'est les coûts, peut-être qu'il
devrait y avoir des tarifs différenciés, parce qu'on croit aussi... de
l'importance de ce qu'on appelle l'économie évitée, où les économies d'énergie,
ce n'est pas juste l'efficacité énergétique, effectivement, la sobriété, mais,
mettons, l'effacement pendant la période de pointe ou autres qui vont,
ultimement, nous permettre d'investir moins, et donc de dépenser moins dans le
futur. Peut-être que, pour ce volet-là, c'est davantage la valeur de ces
investissements.
Donc, c'est un peu un mélange des deux, mais
c'est clair qu'il faut aussi prendre en considération, comme M. Blackburn
l'a dit, qu'on est en concurrence également avec d'autres États et que, dans
certains cas, cette énergie-là... Il y a des décisions d'investissement et
d'affaires qui se sont faites sur une certaine base, qu'on ne peut pas changer
d'un jour au lendemain non plus, mais c'est un peu un mélange des deux. En ce <moment,
c'est davantage le coût moyen...
Mme Kozhaya (Norma) :
...non plus, mais c'est un peu un mélange des deux.
En ce >moment, c'est davantage le coût moyen. Je sais qu'il y en a qui
disent : Ça va être le coût marginal. C'est clair que c'est un choc
tarifaire et que les investissements qu'on a eus, qu'on a déjà amortis,
effectivement, il faut quand même que ça nous avantage d'une certaine façon.
M. Blackburn (Karl) : Si je
peux me permettre un complément de réponse à ce que Norma vient de mentionner,
nous l'avons indiqué dans notre mémoire. Bien évidemment, je n'en ai pas parlé
nécessairement ici, mais prenons juste le temps de regarder un peu ce qui s'est
passé du côté sud de la frontière, où le gouvernement américain a déployé un
vaste chantier avec leur projet de l'Inflation Reduction Act, qui était des
investissements colossaux, entre autres, au niveau de l'énergie. Et toutes les
estimations vont dans la même direction. Cet investissement colossal que fait
le gouvernement américain va réduire le coût de l'énergie de 4 % à 5 %,
6 %, 7 %, dépendamment de certains types d'énergie, alors que nous,
de notre côté, bien, on parle d'augmenter de façon considérable le coût de
l'énergie pour les entreprises, que ce soient les petites ou les grandes.
Alors, vous voyez qu'il y a un écart qui
est en train de se creuser. Et, si on veut garder cet avantage qui est
extrêmement important pour le Québec puis les économies pour les entreprises au
Québec, on doit absolument trouver une façon d'adresser cette réalité pour
qu'elle reflète le juste coût, avec tous les éléments et les composantes qui
s'y intègrent.
Mme Fréchette : Merci. Vous
saluez, dans le mémoire, là, le rehaussement du seuil à 100 MW, là, pour
les petites centrales hydroélectriques. Quels bénéfices est-ce que vous
associez à ce rehaussement-là jusqu'à 100 MW?
Mme Kozhaya (Norma) :Il y a plusieurs bénéfices. D'un côté, c'est que ça va...
ça va permettre une augmentation de la capacité énergétique dans différentes régions.
Donc, ça va être bénéfique également en termes de retombées régionales pour les
municipalités, également pour certaines communautés. Donc, ça ajoute de la
flexibilité et ça ajoute aussi des possibilités, parce qu'on sait que les
besoins sont quand même très importants. Donc, nous, tous les éléments qui
ajoutent de la flexibilité et qui permettent de nouvelles options sont
bienvenus étant donné nos besoins futurs.
M. Blackburn (Karl) : Et il
ne faut pas sous-estimer l'impact que peut avoir, pour des communautés, ces
investissements-là. Je prends un exemple que le député de Dubuc connaît bien,
Val-Jalbert. Imaginez, il y a quelques années à Val-Jalbert, ils ont eu la
capacité de faire un partenariat avec les communautés et le privé pour
développer de l'énergie à partir de la chute de Val-Jalbert, qui est d'ailleurs
exposée ici dans les escaliers du parlement. Mais cette énergie-là, sans briser
la vue et le site historique de Val-Jalbert, génère tellement de retombées
économiques qu'ils sont capables de réinvestir dans leur développement, dans
l'amélioration de leurs infrastructures et de leur... de leur produit d'appel.
Ça génère des retombées pour la société en général parce qu'Hydro-Québec en
tire également des bénéfices. Alors, bien évidemment que la capacité que le
privé peut avoir ou d'autres projets peuvent avoir pour les communautés, mais
pour la société en général, c'est des... ça, c'est des bonnes nouvelles.
Mme Fréchette : Merci. Bon,
vous l'avez mentionné tout à l'heure, vous voulez qu'on élargisse, là, la vente
d'électricité au-delà... par des producteurs privés, là, au-delà du terrain
adjacent. Qu'est-ce que vous voyez comme système de transport pour cette
énergie-là? De quelle manière vous voyez que ça puisse desservir les clients?
Et puis qu'est-ce que vous dites aussi à ceux qui s'inquiètent qu'on fasse une
brèche dans le monopole d'Hydro-Québec pour ce qui est de la production puis de
la distribution?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
je pense que, pour rassurer tout le monde, Hydro-Québec, c'est un joyau du
Québec qui appartient aux Québécois, et ça, il n'est pas question de le changer.
Mais est-ce que le privé peut venir aider la société québécoise en produisant
de l'énergie, en fournissant des clients, toujours étant le fait que ça demeure
un bien collectif, bien évidemment? Mais prenons l'exemple de... les parcs
industriels dans certaines régions... des parcs industriels dans certaines
régions. Souvent, les distances sont énormes. Le terrain n'est pas
nécessairement adjacent à un client potentiel au niveau énergétique, mais il
peut y avoir un endroit stratégique pour créer, par exemple, soit des
minicentrales, ou développer des parcs éoliens, ou développer des parcs
solaires. Mais, pour cela, si on est limités à ne pouvoir alimenter seulement
que ses voisins, on se prive de potentiel intéressant de fourniture sans
enlever quoi que ce soit à la société d'État. Alors, ça, c'est vraiment un
élément qui pourrait permettre, entre autres, aux parcs industriels dans les
régions du Québec d'avoir accès à de la nouvelle source... à de nouvelles
sources d'énergie sans pénaliser les avantages qu'Hydro-Québec procure.
Mme Fréchette : Et comment
vous voyez qu'on suscite l'adhésion des communautés concernées par ces
projets-là, qui y habitent? Comment est-ce qu'on génère l'acceptabilité
sociale, qui est souvent un enjeu, là, pour ce type de projets?
M. Blackburn (Karl) : En
étant transparents et en s'assurant que les mécanismes de transparence et de <régulation
puissent être bien expliqués...
M. Blackburn (Karl) :
...en
s'assurant que les mécanismes de transparence et de >régulation puissent
être bien expliqués. Prenons l'exemple de Val-Jalbert, Mme la ministre. À
Val-Jalbert, il y avait...
Mme Fréchette : On sent que
vous avez une région favorite.
M. Blackburn (Karl) : Bien, c'est
mon royaume. Alors, vous comprendrez qu'avec beaucoup d'humilité je parle de
mon royaume. Mais, ceci étant dit, alors, au début, les gens ne voulaient rien
savoir. La population se braquait derrière ce projet-là : Nous allons
perdre notre chute à Val-Jalbert. Les gens ont été transparents, ont présenté
des nouvelles options, des nouvelles alternatives. Ils ont modifié et amélioré
leur projet. Aujourd'hui, personne ne se plaint, et ça génère des retombées
économiques importantes. Alors, si on s'était...
Mme Fréchette : Parlez-nous
de ces retombées qui sont générées, comment ça se traduit.
M. Blackburn (Karl) : Bien, d'abord,
pour le village même de Val-Jalbert, le village même de Val-Jalbert investit
des centaines de milliers de dollars dans leur développement, qui sont générés
par les bénéfices de l'utilisation d'un barrage à Val-Jalbert. La communauté
innue de Mashteuiatsh est partenaire dans ce projet-là. Ils investissent
également dans leur développement, dans leurs infrastructures. Ils retournent,
en quelque sorte, des services à la population. Alors, tout le monde y gagne à
cet égard-là.
Et, dans ce contexte, évitons de nous
fermer des portes. Laissons-nous donc des portes ouvertes pour voir quels
seraient les meilleurs projets pour les meilleures utilisations en fonction de
réalités... de réalités régionales. Et, si je peux le dire ainsi, le
mur-à-mur, ce n'est peut-être pas la solution qu'il faut développer, mais
allons-y plutôt sur mesure. Et, dans ce contexte-là, je pense qu'on ne se ferme
aucune porte en le faisant de cette façon.
Mme Fréchette : Il me reste
combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Montigny) : 1 min 30 s.
Mme Fréchette : 1 min 30 s.
Bon. Bon, comment justifier auprès des Québécois, là, que vous souhaitez
éliminer graduellement, là, l'interfinancement, alors que ce sont des fonds
publics, quand même, qui ont permis de créer les infrastructures et la
production dont on bénéficie aujourd'hui? Comment vous conciliez ça?
M. Blackburn (Karl) : Bien, l'interfinancement
ne permet pas de constater le réel coût de l'énergie que vous payez, et, si on
veut changer des comportements, si on veut amener les gens à changer leur
approche en lien avec la transition énergétique ou l'énergie comme telle et son
utilisation, bien, on doit s'assurer que les gens puissent connaître exactement
qu'est-ce que ça veut dire.
Ceci étant dit, l'interfinancement, en l'abolissant
graduellement, parce qu'on ne veut pas créer un choc tarifaire à court terme,
on veut y aller de façon graduelle, on est bien conscients qu'il peut y avoir
des faibles... des familles à faibles revenus qui vont être plus durement
affectées que d'autres, d'où la création d'un fonds qui va venir aider les
familles à faibles revenus pour faire face à ces augmentations tarifaires, mais
l'interfinancement reconnaîtrait, si on l'abolissait, le réel coût de l'énergie
pour les utilisateurs.
Mme Kozhaya (Norma) :...si on a quelques secondes, ça permettrait...
Le Président (M. Montigny) : 15
secondes. Allez-y.
Mme Kozhaya (Norma) :Pardon. Merci. Ça permet de valoriser davantage cette
richesse. C'est une richesse nationale. Ça permet de la valoriser davantage.
Voilà.
Mme Fréchette : Merci. Merci
à vous deux.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est maintenant le moment de donner la parole à Mme la députée de
Saint-Laurent. Vous disposez donc de 10 min 24 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup,
M. le Président. Bonjour, Mme Kozhaya. Bonjour, M. Blackburn. Très ravie de
vous voir. Vous semblez en bonne forme. J'aime bien ça.
M. Blackburn (Karl) : Je suis
en bonne forme.
Mme Rizqy : Excellent.
Dites-moi, la semaine dernière, on a reçu quand même plusieurs intervenants et
on a parlé du fameux tarif L. Permettez-moi de vous lire un échange qui a eu
lieu en Chambre, lors de la période des questions, avec la ministre de l'Économie.
Alors, voici la réponse portant sur le tarif L : «Alors, Mme la
Présidente, si on veut parler du Dollarama, bien, j'aimerais bien rappeler une
mesure qu'a adoptée le Parti libéral, à savoir qu'ils ont donné un cadeau aux
industriels en faisant en sorte que les industriels ne soient pas indexés
pendant des années sur le bloc patrimonial d'énergie qu'ils ont consommée. Avec
la CAQ, ce cadeau-là, c'est fini.»
Est-ce qu'on parle vraiment d'un cadeau
lorsqu'il est question du tarif L pour les entreprises? Aussi, c'est quoi,
les... la conséquence? Parce qu'elle a aussi parlé d'une prime verte. Moi,
comme fiscaliste, quand j'entends «prime verte», c'est synonyme souvent de taxe
verte. C'est juste mieux enrobé. Mais quelle pourrait être la conséquence pour
les entreprises industrielles, mais surtout les emplois, et plus
particulièrement en région?
• (15 h 30) •
M. Blackburn (Karl) : D'abord,
le tarif L est un avantage indéniable que détient le Québec pour attirer des
grandes entreprises dans son écosystème, dans ses régions. Ces grandes
entreprises créent des écosystèmes autour d'eux. Sans cet avantage indéniable,
probablement qu'elles regarderaient ailleurs pour faire cette énergie. Donc, ce
n'est pas un cadeau. C'est un avantage pour attirer des investissements au
Québec. Nous allons... Nous rendons publique une étude qui va... qui va sortir
dans les prochains jours sur l'impact et l'importance des grandes entreprises
dans l'écosystème québécois, et le tarif L permet d'avoir des investissements
importants. Ces grandes entreprises, que ce soit sur le taux du salaire moyen,
sur les investissements, sur l'innovation, sur la recherche, sur les retombées d'investissement
de multiples petites entreprises, ont un <avantage...
>
15 h 30 (version révisée)
< M. Blackburn (Karl) :
...les
investissements sur l'innovation, sur la recherche, sur les retombées d'investissement
de multiples petites entreprises, ont un >avantage indéniable pour le
Québec.
On pourrait dire : Bien, le tarif L,
c'est une partie du coût de l'énergie ou des coûts des opérations, puis les
entreprises, si on augmente le coût de 4 %, 5 %, 7 %, bien,
elles vont continuer de rester ici, au Québec. Mais, dans un contexte d'affaires
mondial où notre compétiteur, maintenant, c'est le pays voisin ou le continent
voisin, cet avantage que nous avions en termes d'énergie, nous l'avons perdu au
cours des dernières années. Et l'environnement d'affaires dans lequel nous
évoluons, malheureusement, s'est également détérioré. La lourdeur
administrative, la lourdeur réglementaire, la lourdeur bureaucratique, la
lenteur dans certaines décisions fait en sorte que l'environnement d'affaires
global, incluant le coût de l'énergie et... s'est détérioré.
J'ai plusieurs de nos membres qui nous ont
fait part de projets d'investissement. Ils doivent réinvestir dans leurs
entreprises pour décarboner leurs productions. Pourquoi? Parce que leurs
clients demandent d'avoir accès à des produits qui respectent les nouvelles
normes environnementales. Pour décarboner leurs productions parce que le marché
l'exige, bien évidemment, si l'énergie est le seul élément pour lequel on est
capables de les attirer... Bien, ce n'est plus le seul élément pour lequel on
peut les attirer. Ils ont maintenant la capacité de regarder ailleurs. Et,
comme je l'ai mentionné tout à l'heure, d'autres États, d'autres provinces ont
développé des nouvelles façons de créer de l'énergie renouvelable à bas coût
qui vient faire en sorte que la compétitivité est bien au-delà des frontières
du Québec. Alors, le tarif L a été mis en place pour favoriser des
investissements, attirer des grandes entreprises, et, dans ce contexte-là, il
faut le voir comme étant un outil pour attirer des investissements et non pas l'inverse.
Mme Rizqy : Donc, ça pourrait
détériorer davantage la compétitivité des entreprises déjà installées ici, au
Québec.
M. Blackburn (Karl) : Bien,
tout à fait. Si je prends les conséquences de l'Inflation Reduction Act sur le
côté américain, tous les experts le démontrent clairement, qu'il va y avoir une
réduction importante du coût de l'énergie aux États-Unis de 5 %, 7 %
et à 8 % dans certains cas, alors qu'ici on parle d'une augmentation de 4 %,
5 %, même 7 % pour certains secteurs industriels. Alors, bien
évidemment que, si on observe le seul coût de l'énergie, bien, malheureusement,
on devient moins compétitifs avec ces éléments-là.
Mme Rizqy : Moi, je n'étais
pas à Val-Jalbert, mais j'étais à La Baie, à...
M. Blackburn (Karl) : Ce n'est
pas loin.
Mme Rizqy : Exactement.
M. Blackburn (Karl) : C'est
dans le royaume du député de Dubuc. Ma mère vient de La Baie.
Mme Rizqy : Bien, moi, vous
comprendrez que j'ai un petit parti pris pour La Baie, où est-ce que j'ai
eu vraiment de très beaux souvenirs. Et, à l'époque, ça s'appelait Alcan. Par
la suite, j'étais là lors de la fusion-acquisition. C'est devenu Rio Tinto
Alcan et maintenant c'est Rio Tinto tout court. Mais je vais prendre cet
exemple-là. Donc, on a une usine très importante, mais on a aussi plusieurs
fournisseurs qui existent parce que leur principal donneur de commandes, c'est
la grande usine, n'est-ce pas?
M. Blackburn
(Karl) :
Exact.
Mme Rizqy : Alors, à terme, s'il
y avait une augmentation du tarif L, est-il possible que non seulement le
grand industriel décide de quitter, mais puisse aussi, par l'effet domino,
malheureusement, avoir des effets sur les petits fournisseurs locaux?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
le message qu'on entend, et je ne peux pas répondre pour les industriels, mais
le message qu'on nous lance et qu'on nous présente, c'est que, malheureusement,
si on devient moins compétitifs, si on perd cet avantage qui a été un avantage
important pour le Québec, bien, dans un contexte d'investissement global, il se
peut que des investissements se fassent ailleurs. Si on n'avait pas eu accès à
cette énergie renouvelable et à bas coût, probablement que l'aluminium vert, au
monde, qui est produit au Saguenay—Lac-Saint-Jean...
Mme Rizqy : Le plus vert au
monde, hein, je tiens à le préciser.
M. Blackburn (Karl) : ...le
plus vert au monde n'aurait pas vu le jour. Mais, grâce à des tarifs
électriques bas, respectueux d'investissement, bien, ça permet d'avoir ces
avancées importantes.
Mais aujourd'hui les compétiteurs dans le
domaine de l'aluminium proviennent de d'autres pays dans le monde et qui ont
des grandes capacités de produire de l'aluminium, si on prend l'exemple de l'aluminium,
et malheureusement c'est clair que, dans ce contexte de compétition
internationale... que l'énergie doit demeurer un avantage concurrentiel pour
nos entreprises ici si on veut qu'elles continuent d'investir, et de croître,
et de développer leur organisation et l'écosystème. Parce que vous avez parlé d'écosystème,
mais également des centres de recherche. Sur le terrain, à l'Université du
Québec à Chicoutimi, il y a le centre de recherche sur l'aluminium qui s'est
construit là. Pourquoi? Parce qu'il y avait cet écosystème, qui, si on n'avait
pas eu cet avantage énergétique, jamais n'aurait été réalisé dans la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean.
Mme Rizqy : Dites-moi, nous,
on a parlé à différentes entreprises, mais récemment on est allés, lundi, avec
mon chef le député de LaFontaine, visiter Les Forges de Sorel. C'est une <entreprise...
Mme Rizqy :
...avec
mon chef le député de
LaFontaine, visiter Les Forges de Sorel.
C'est une >entreprise établie au Québec depuis 85 ans. Ils ont,
comme plusieurs autres, soumissionné pour obtenir des blocs d'énergie. Ils ont
reçu une fin de non-recevoir, mais aucune explication, aucune grille d'analyse
ne leur a été offerte et aucun droit d'appel non plus. Ça, c'est ce qu'on
entend, mais, dans leur cas, eux sont sortis publiquement.
Quand on demande aux entreprises de
soumissionner à nouveau, comment peuvent-ils soumissionner à nouveau quand ils
ne savent même pas où est-ce qu'ils ont perdu des points dans la grille
d'analyse ou qu'est-ce qui a manqué? Est-ce qu'on aide vraiment nos entreprises
à aller... Est-ce que c'est, un, transparent, mais aussi est-ce normal de ne
même pas savoir sur quoi on est jugé réellement?
M. Blackburn (Karl) : Votre
question est intéressante, mais je pense qu'il faut éviter de tomber dans le
bon consommateur, ou le bon client, ou le mauvais client. Il faut voir comment
on peut faire un et l'autre, par exemple, dans un contexte... Comme vous l'avez
mentionné, bien, probablement que les outils qui vont être octroyés à la Régie
de l'énergie, bien, s'ils étaient encore plus grands, pourraient permettre
d'éviter ce genre de situation, parce qu'on pourrait avoir des critères, on
pourrait avoir des indicateurs, on pourrait avoir, justement, des éléments qui
permettraient de mieux comprendre où on a perdu des points, comme vous l'avez
mentionné. Et là, bien, le projet de loi peut permettre, d'une certaine façon,
d'améliorer ça.
Nous, on serait allés plus loin par
rapport à la régie pour avoir davantage... davantage de potentiel et de pouvoirs.
Et, dans la voiture, on en parlait, justement, tout à l'heure en descendant. Puis,
Norma, je t'inviterais à compléter par rapport, justement, à ce qu'on a mentionné
avec l'exemple que vous nous parlez, parce que ça a fait couler beaucoup
d'encre cette semaine.
Mme Rizqy : Et ça continue.
M. Blackburn (Karl) : Oui.
Mme Kozhaya (Norma) :Effectivement, c'est important d'avoir une sorte de grille
d'analyse, c'est quoi, les critères, pour que l'entreprise, mettons, puisse
s'ajuster pour la prochaine fois. Donc, effectivement... Et ça peut être la
régie qui peut regarder ça. Donc, c'est un enjeu qui... Donc, l'important,
c'est des critères clairs pour tout le monde, effectivement.
Mme Rizqy : Là, présentement,
le gouvernement... en fait, les entreprises se sont fait dire, pour certaines,
que la raison, c'est : Impossible de vous raccorder. Ça, on est capables
de comprendre, raccordement. Mais, lorsqu'il manque d'énergie, là, le
gouvernement s'est octroyé un superpouvoir de choisir selon qui... selon leur
bon vouloir à lui, là, à ce moment-là, c'était M. Fitzgibbon, qui sont les
gagnants, qui sont les perdants, sans grille d'analyse et sans processus
d'appel. Et là on leur demande de soumissionner à nouveau. Donc, c'est de
l'énergie, et évidemment il y a de l'accompagnement, il y a des frais à cela
qui sont assumés par, évidemment, les entreprises, mais on a appris aujourd'hui
que, les fameux mégawatts qui devaient, en principe, être disponibles dès 2027,
le gouvernement refusait aujourd'hui de se commettre pour 2027. Alors, pourquoi
qu'on applique s'il n'y a pas de nouveau mégawatt de disponible dès 2027?
Est-ce que ça peut être un exercice futile?
Le Président (M. Montigny) : En
40 secondes.
Mme Kozhaya (Norma) :Oui. Bien, c'est pour ça qu'il faut être plus... qu'il faut
avoir une plus grande ouverture à toutes les autres possibilités également de
production et de privilégier probablement les entreprises existantes.
Mme Rizqy : M. Blackburn,
les dernières secondes vous appartiennent.
M. Blackburn (Karl) : Bien,
d'abord, on est très privilégiés d'être ici. Bien, moi, je suis convaincu que
l'énergie a toujours été un vecteur de croissance pour le Québec, et il doit
continuer de jouer ce rôle-là pour la croissance et la prospérité du Québec. On
en est convaincus et on se le fait dire à tous les jours avec les entreprises
qu'on rencontre, qui nous partagent, des fois, des bonnes expériences, des fois,
des moins bonnes expériences. Mais il est clair que, si on veut garder cet
avantage concurrentiel, on doit absolument, humblement, améliorer notre projet
de loi.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
C'est maintenant le moment de laisser la parole au député de Maurice-Richard.
Vous avez 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Est-ce que vous pensez que le plan d'Hydro-Québec jusqu'à 2050, là, qui
consiste à augmenter de 180 TWh, est important pour l'essor économique,
justement, du Québec?
M. Blackburn (Karl) : Il est
gigantesque. Il est important. Et, pas plus tard qu'hier, parce que 2019, pour
nous, c'est hier, on était en surplus énergétique. Et on regarde maintenant,
aujourd'hui, on est en pénurie énergétique. Il est clair que cette source, ce
secteur économique va nous aider encore à continuer de croître.
M. Bouazzi : Donc, vous
voulez qu'il réussisse, ce plan.
M. Blackburn (Karl) : Bien
évidemment, on veut qu'il réussisse.
• (15 h 40) •
M. Bouazzi : D'accord. Donc,
dans ce plan qui est gigantesque et très, très ambitieux, il ne contient pas,
de ce que nous a dit M. Sabia dans une autre commission, d'ailleurs, pas
celle-là, les productions du privé. L'autoproduction ne fait pas partie de ce
plan-là. Donc, ça se rajoute aux 180 TWh. Et le risque numéro un... il y
en a trois, si vous regardez le document, le risque numéro un, c'est l'accès à
main-d'oeuvre. Et vous n'êtes pas sans savoir que plus de 20 % des
travailleurs en construction seraient réquisitionnés juste pour ce plan-là. À
chaque fois que vous allez proposer plus de privé, comme vous le faites,
êtes-vous conscients que vous mettez à risque la réussite d'Hydro-Québec?
M. Blackburn (Karl) : Mais
pas du tout. Un bon mix d'utilisation du privé peut être complémentaire. Si on
produit plus d'énergie du côté du privé, on peut certainement aider la société
d'État à atteindre certains objectifs de production. Et le privé... le privé,
dans un <contexte...
M. Blackburn (Karl) :
...la
société d'État à atteindre certains objectifs de production. Et le privé... le
privé, dans un >contexte comme celui-là... D'abord, je ne vous
surprendrai pas si je vous parle de pénurie de main-d'oeuvre.
M. Bouazzi : Mais je veux
juste être clair, je veux juste être clair. Hydro-Québec dit que le risque
numéro un, c'est l'accès à la main-d'oeuvre. Le privé va prendre de la
main-d'oeuvre. Vous ne considérez pas que vous ajoutez du risque?
M. Blackburn (Karl) : Le
privé peut aider Hydro-Québec à générer plus de productivité.
M. Bouazzi : C'est clair. On
a eu des spécialistes qui disent qu'ils vont, évidemment, augmenter le risque.
Je pense que ça... ça...
Vous dites qu'il faut mettre fin à l'interfinancement,
et je veux juste qu'on soit clairs pour tout le monde. Ça, ça veut dire que les
prix vont augmenter plus vite pour les Québécoises et les Québécois avant
d'augmenter pour les industries.
M. Blackburn (Karl) : Le coût
que les Québécois et Québécoises paieraient leur énergie refléterait le coût de
production et de distribution ainsi que le coût de production.
M. Bouazzi : Oui... Oui ou
non. Est-ce que ça va accélérer plus vite si on enlève l'interfinancement?
M. Blackburn (Karl) : Si on
enlève l'interfinancement de façon graduelle, oui, il va y avoir une
augmentation plus importante. Et ce qu'on suggère, c'est justement...
M. Bouazzi : Donc, le
patronat suggère... Je veux juste être clair. Le patronat suggère que le prix augmente
plus vite pour les Québécoises et les Québécois que pour l'industrie du Québec.
M. Blackburn (Karl) : Si vous
me laissez...
M. Bouazzi : C'est clair.
C'est à ça que sert l'interfinancement. Donc, merci pour...
M. Blackburn (Karl) : Si vous
me laissez répondre, je vais pouvoir répondre clairement. Mais effectivement.
Et pourquoi qu'on propose ça? C'est d'abord dans un contexte où, ma collègue le
mentionnait tout à l'heure, l'énergie, il est tellement important. Il faut
qu'on puisse en avoir la conscience de ce que ça rapporte, de ce que ça
représente. Si on abolit l'interfinancement, on va inclure le coût réel de
cette énergie pour tous les utilisateurs.
Ce qu'on prévoit également, ce n'est pas
de le faire dans une période très courte, c'est de le faire sur une période
plus longue pour ne pas qu'il y ait de choc tarifaire et de prévoir pour les
familles à plus faibles revenus des moyens pour les aider à supporter cela.
Le Président (M. Montigny) : ...
M. Blackburn (Karl) : C'est
la position du CPQ.
M. Bouazzi : C'est clair. Et
ça augmente plus vite le prix pour les Québécoises et Québécois que pour
l'industrie. Est-ce que vous pensez que l'industrie devrait payer le prix du
marché ou le prix du coût, vous qui aimez le marché?
Le Président (M. Montigny) : En
15 secondes.
M. Blackburn (Karl) : Bien,
d'abord, le marché est rendu très, très, très compétitif. Et, si on veut que
l'énergie continue de jouer un vecteur de croissance pour les entreprises, pour
qu'elles continuent d'investir...
M. Bouazzi : Donc, vous êtes
ouverts à échanger le marché pour le coût.
M. Blackburn (Karl) : Il faut
que le coût de l'énergie représente...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
M. Blackburn (Karl) : ...un
avantage intéressant.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est maintenant le moment de laisser la parole au député de Jean-Talon
pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Le projet de loi
n° 69 crée un programme d'aide financière visant à limiter l'impact de la
hausse des tarifs de distribution d'électricité d'Hydro-Québec pour la
clientèle domestique. Ce programme-là repose sur un fonds d'aide à la
clientèle, dont vous parlez à la page 10 de votre mémoire. Vous dites que
ça lance un mauvais message et vous dites ensuite que le fonds proposé risque
par ailleurs de peser sur les finances du gouvernement du Québec. Pourquoi?
Est-ce que c'est parce que, finalement, ça va coûter cher et que c'est les
contribuables qui vont payer?
M. Blackburn (Karl) : Je
pourrais vous donner une réponse politique, mais je vais laisser une réponse
économique vous être parvenue. Puis je suis certain que vous allez la
comprendre, parce que je l'ai comprise aussi. Alors, Norma.
Mme Kozhaya (Norma) :Bien, effectivement, ce fonds, il est financé par les
contribuables, et donc ça va affecter les finances du Québec. Si je peux
rajouter sur les tarifs résidentiels, ça ne veut pas dire que la facture va
nécessairement augmenter, parce que, si on envoie le bon message de prix, on
espère que la facture n'augmentera pas, tout en limitant la consommation, en
favorisant la sobriété et l'efficacité.
M. Paradis : Bien, c'est ce
que le fonds dit. C'est ça que le projet de loi dit. C'est qu'on va...
Mme Kozhaya (Norma) :La facture, oui...
M. Paradis : C'est que la...
Pour que la facture reste la même, on va la financer, on va subventionner les
consommateurs à même un fonds, et c'est les contribuables qui vont payer à la
fin. C'est M. et Mme Tout-le-monde. C'est bien ce que vous nous dites.
Mme Kozhaya (Norma) :Idéalement, idéalement, il faudrait que la facture
n'augmente pas si on réussit à avoir plus de sobriété et d'efficacité. C'est
pour compenser Hydro-Québec, parce qu'encore une fois, lorsqu'Hydro se présente
devant la régie pour demander des hausses de tarifs qui reflètent les coûts, on
va plafonner cette hausse-là à 3 %. Le reste va être... Parce que c'est
les nouveaux investissements, c'est la résilience de nos infrastructures qu'on
va payer, à un moment donné, d'une certaine façon.
M. Paradis : Et vous, vous
dites que la facture des clients résidentiels devrait augmenter.
Mme Kozhaya (Norma) :Pas nécessairement. Les tarifs devraient augmenter, mais la
facture peut ne pas augmenter. Il y a la quantité et il y a le prix. Donc, si
on réduit la quantité, la facture n'a pas à augmenter.
M. Paradis : Avec
l'efficacité énergétique. Vous...
M. Blackburn (Karl) : L'efficacité
énergétique et les comportements des clients et des consommateurs. Si la
personne n'en a rien à cirer de combien coûte de l'énergie puis qu'elle
gaspille cette énergie-là... Il n'y a pas si longtemps... Prenons l'exemple des
boyaux d'arrosage. Il n'y a pas si longtemps, tout le monde nettoyait son entrée
avec un boyau d'arrosage. Aujourd'hui, on n'en voit plus beaucoup, de gens qui
font... parce que les gens sont sensibilisés à cette ressource. On peut faire
la même chose avec l'énergie. Si on continue de se boucher les yeux puis de
penser que le monde, ils ne changeront pas leurs comportements ou ils vont
changer leurs comportements sans qu'on apporte des modifications...
Le Président (M. Montigny) : 15 secondes.
M. Blackburn (Karl) : ...bien,
je ne suis pas sûr qu'ils vont changer leurs comportements. Ma collègue
l'exprime très clairement. Ça ne veut pas dire une augmentation de la facture.
Ça veut dire un changement de comportement. Oui, le tarif peut augmenter, mais,
si tu changes ton comportement, à la fin de l'année, ça peut te coûter moins
cher. Alors, ça, c'est une réalité.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Je vous remercie beaucoup pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants
pour <permettre...
Le Président (M. Montigny) :
...
comission.
Je suspends les travaux quelques
instants pour >permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 46)
(Reprise à 15 h 49)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
nous reprenons nos travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association
canadienne de l'énergie renouvelable. Je vous rappelle que vous disposez donc
de 10 minutes pour votre exposé, puis par la suite nous procéderons, là, à
la période d'échange avec les membres de la commission. Donc, je vous invite
donc à vous présenter ainsi qu'à débuter votre exposé de 10 minutes.
Merci.
Association canadienne
de l'énergie renouvelable (CanREA)
M. Habel (Jean) : Merci, M.
le Président. Mon nom est Jean Habel. Je suis le directeur principal pour le
Québec et le Canada atlantique à l'Association canadienne de l'énergie
renouvelable. Je suis accompagné de Pierre-Olivier Charlebois, avocat
spécialisé en énergie chez Fasken et membre de CanREA.
J'aimerais saluer l'ensemble des
parlementaires présents aujourd'hui ainsi que le personnel administratif,
politique qui nous accompagne pour la tenue de ces travaux. Vous me permettrez
de saluer plus spécifiquement la nouvelle ministre de l'Économie, de
l'Innovation et de l'Énergie et députée de Sanguinet qui prend le mandat du
projet de loi n° 69 à un moment charnière dans l'avenir énergétique du
Québec.
L'Association canadienne de l'énergie
renouvelable représente plus de 350 membres qui regroupent un éventail de
perspectives, incluant des entreprises issues des... de plusieurs communautés
autochtones, Hydro-Québec, quelques municipalités et une diversité de
partenaires provenant de l'écosystème de l'industrie renouvelable, comme des
producteurs et ceux issus de la chaîne de valeur dans le solaire, l'éolien et
le stockage d'énergie.
• (15 h 50) •
Les recommandations que nous ferons dans
le cadre de cette commission et à travers notre mémoire représentent une
perspective équilibrée. Elles reflètent les orientations de nos membres et
s'inspirent aussi de discussions effectuées durant les derniers mois auprès
d'une pluralité de parties prenantes.
L'énergie renouvelable est au coeur de
l'ADN du Québec. C'est un choix historique, réitéré par des gouvernements
successifs, qui a positionné le Québec comme un leader mondial dans ce secteur.
Alors que le Québec doit mettre en place des jalons importants pour atteindre
la carboneutralité d'ici 2050, c'est un projet de société qui va devoir être
inclusif et permettre à tous de pouvoir y contribuer, car l'ampleur et la
rapidité pour y arriver, à ce déploiement, d'ici 2050, seront sans <précédent...
M. Habel (Jean) :
...y
contribuer, car l'ampleur et la rapidité pour y arriver, à ce déploiement,
d'ici 2050, seront sans >précédent. Le défi est immense. Le récent plan
d'action d'Hydro-Québec 2035 établit à 200 TWh l'électricité renouvelable
additionnelle nécessaire pour que le Québec atteigne la carboneutralité d'ici
2050. On doit donc faire en 25 ans ce qui nous a mis un siècle à bâtir.
Dans ce contexte, pour CanREA, le projet
de loi n° 69 peut devenir un outil important pour la transition
énergétique si on effectue des ajustements législatifs sur ces trois grands
thèmes : assurer un plan de gestion des ressources énergétiques en
adéquation avec les besoins énergétiques permettant l'atteinte de la
carboneutralité d'ici 2050, permettre une diversification et une optimisation
dans le déploiement des énergies renouvelables, car nous avons besoin de l'ensemble
des technologies provenant de diverses sources renouvelables et de solutions
énergétiques pour atteindre nos objectifs, et renforcer le rôle et la
responsabilité de la Régie de l'énergie, qui est un organisme indépendant nous
permettant d'encadrer la transition énergétique, et permettre la participation
active de l'ensemble des parties prenantes.
Donc, je reviens au premier thème, le plan
de gestion intégrée des ressources énergétiques. C'est un outil complet,
utilisé dans plusieurs provinces canadiennes, permettant la définition à long
terme de l'offre et des besoins énergétiques. Selon CanREA, cet outil
stratégique établi sur un horizon de 25 ans, comme le propose le
gouvernement, est primordial, parce que cet échéancier coïncidera avec un plan
initial qui, nous l'espérons, permettra l'atteinte de la carboneutralité d'ici
2050. À cet égard, CanREA propose de bonifier, à l'article 14.3 de la
présente loi, le fait que le PGIRE devrait être une consultation publique qui
inclut les municipalités, les Premières Nations et les Inuits, les diverses
parties prenantes, comme CanREA, ainsi que la population du Québec.
CanREA croit aussi que la Régie de l'énergie
devrait être impliquée dans le processus et autorisée à faire des
recommandations au gouvernement en amont de l'adoption du plan.
Finalement, selon CanREA, le PGIRE doit
inclure une pluralité de technologies produisant des pétajoules énergétiques et
doit prendre en considération les engagements que le Québec a pris auprès des
marchés externes afin de brosser le portrait le plus complet possible des
besoins énergétiques futurs.
Deuxième thème, permettre une
diversification et une optimisation dans le déploiement des énergies
renouvelables, parce que chaque kilowattheure d'énergie renouvelable est
précieux pour atteindre nos objectifs climatiques, et plusieurs actions doivent
être mises de l'avant de façon simultanée pour, dans un même élan, augmenter la
production, répondre à la demande par une meilleure efficacité énergétique et
atténuer les pointes de consommation. En ce sens là, CanREA est d'avis que la
législation devrait baliser et reconnaître la plus-value du déploiement optimal
des ressources d'énergie décentralisées. C'est pourquoi on recommande d'inclure
dans la présente loi une définition pour le mesurage net de l'emmagasinage
visant à refléter la valeur ajoutée de ces technologies dans le bouquet
énergétique au Québec et d'ajouter un article mentionnant que la capacité
maximale d'autoproduction par mesurage net serait définie par règlement.
De plus, on souligne que l'article 38,
dans la présente loi, doit se faire en adéquation avec le PGIRE et on souhaite
que le projet de loi bonifie le principe de la valeur actualisée nette au sein
de la présente loi afin d'optimiser l'utilisation de l'énergie et reconnaître
la valeur ajoutée d'une production qui se fait près du site de consommation.
Finalement, pour cette thématique, on
souligne le libellé actuel de la présente loi voulant que le transporteur
soumette à la Régie de l'énergie un plan de développement du réseau de
transport sur une période de 15 ans. Pouvoir anticiper optimalement le
déploiement du réseau de transport est une excellente nouvelle pour l'ensemble
des parties prenantes, notamment parce que ce processus serait encadré par la
Régie de l'énergie du Québec. Cette initiative caractérise ce qui doit être au
coeur du déploiement énergétique futur, prévisible, constant, récurrent, bien
encadré, pour nous permettre d'atteindre la carboneutralité d'ici 2050.
Dernière thématique, et, selon nous, ça
devrait être une pierre angulaire du projet de loi, renforcer le rôle de la
Régie de l'énergie. CanREA tient à réaffirmer le rôle important de la Régie de
l'énergie dans l'écosystème énergétique québécois. Son rôle et son mandat
devraient d'ailleurs être bonifiés en lui permettant d'assurer la réponse aux
besoins énergétiques futurs des marchés québécois et l'atteinte de la
carboneutralité d'ici 2050 au Québec.
De plus, on recommande fortement au
législateur de modifier la législation proposée pour que la Régie de l'énergie
maintienne ses pouvoirs dans l'autorisation de l'ensemble des
approvisionnements futurs. En ce sens, on recommande de supprimer des <articles...
M. Habel (Jean) :
...des
approvisionnements futurs. En ce sens, on recommande de supprimer des >articles
modifiant le mécanisme d'approvisionnement futur proposés dans le présent
projet de loi, car, selon CanREA, il y a une série d'exceptions qui érodent le
rôle de la Régie de l'énergie, alors que notre prémisse de base, c'est de
renforcer celle-ci.
On souhaite toutefois conserver le premier
paragraphe de l'article 45 de la présente loi dans le libellé antérieur
concernant les approvisionnements reliés à l'article 74.1 de la Loi sur la
Régie de l'énergie. Donc, en somme, on veut préserver le texte qui fait
référence au fait que le distributeur doit assurer par tous les moyens les
approvisionnements requis pour la satisfaction des besoins en électricité des
marchés québécois excédant l'électricité patrimoniale, mais l'inclure dans l'ancienne
version de l'article 74.1 de la Loi sur la Régie de l'énergie. Dans cette
perspective, CanREA est d'avis que la Régie de l'énergie devrait encadrer
pleinement le mécanisme des approvisionnements futurs et modifier celui-ci. Le
rôle de la Régie de l'énergie, c'est un rôle qui est très important, parce qu'ils
ont l'expertise, l'indépendance et la compétence de concilier les intérêts de l'ensemble
des parties prenantes et d'assurer aux Québécois que le processus d'approvisionnement
en énergie va s'effectuer de manière transparente, optimale et en cohérence
avec ses obligations inhérentes à son mandat.
Par ailleurs, on recommande de rétablir l'intervention
des parties prenantes au moment opportun dans le cadre des approvisionnements
futurs afin qu'ils puissent faire des recommandations, intervenir sur la grille
de pondération et, ultimement, élargir la portée de la régie en lui octroyant
la capacité d'intervenir sur l'ensemble du processus d'acquisition des nouveaux
approvisionnements.
En conclusion, les membres de l'Association
canadienne de l'énergie renouvelable sont prêts à relever le défi d'accroître
la production de sources renouvelables et contribuer à l'atteinte des objectifs
climatiques. Le projet de loi n° 69 ouvre une
discussion nécessaire sur l'avenir énergétique, et nous sommes persuadés que
nos recommandations seront porteuses, car elles mettent de l'avant l'importance
de travailler ensemble avec les bons outils pour, ultimement, réussir notre
transition énergétique. Merci beaucoup.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la
période d'échange avec les membres de la commission. Mme la ministre, vous avez
donc la parole pour 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci. Parole
que je partagerai avec les collègues. Donc, merci, M. le Président. Merci, M. Habel,
M. Charlebois. C'est intéressant de vous entendre. Donc, on va aller
essayer de tirer parti de votre expertise développée au sein de CanREA.
Alors, d'une part, j'aimerais ça savoir si
vous considérez que le projet de loi va permettre au Québec de véritablement s'engager
dans la transition énergétique et d'atteindre ses objectifs de décarbonation.
Est-ce qu'on a là ce qu'il faut pour nous engager avec l'atteinte des cibles?
M. Habel (Jean) : Il y a des
éléments intéressants qui ont été présentés dans le projet de loi. Je fais
référence, notamment, à tout l'aspect du mandat de la Régie de l'énergie, où il
est mentionné qu'on doit favoriser la transition énergétique. On pense que c'est
un pas dans la bonne direction, dans la bonne direction pour s'assurer de la
transition énergétique.
Nous, on propose d'aller un peu plus loin,
on propose de... proposer qu'on assure les besoins énergétiques permettant l'atteinte
de la carboneutralité pour vraiment se positionner dans une perspective où on
va avoir les mégawatts nécessaires pour faire notre décarbonation, et croître l'industrie
verte au Québec, et de cette façon atteindre nos objectifs climatiques. Donc, il
y a vraiment un pas dans la bonne direction qui a été fait, mais on propose de
le bonifier.
Mme Fréchette : Vous parlez
des ressources énergétiques décentralisées.
M. Habel (Jean) : Oui.
Mme Fréchette : Vous y avez
fait référence, là, durant votre intervention. Est-ce que vous pouvez élaborer
un peu plus, là, sur la décentralisation, la manière dont les ressources
énergétiques décentralisées devraient contribuer au mix énergétique québécois,
là, pour les prochaines années, puis comment on peut mieux aussi les valoriser,
là?
M. Habel (Jean) : Oui. Bien, je
pense que c'est important de l'inclure dans le projet de loi. On propose,
notamment, de mettre plusieurs définitions qui incluent plusieurs technologies,
notamment, le mesurage net, le stockage d'énergie qui est relié à l'emmagasinage.
Donc, pour nous, on croit que c'est vraiment un élément important, parce que
les ressources d'énergie décentralisées, à l'heure actuelle, peuvent vraiment
jouer un rôle dans l'atteinte de la carboneutralité. On a fait un rapport avec
la firme Dunsky qui démontre, notamment, là, que le mesurage net pourrait
représenter autour de 4 %, là, du mix énergétique d'ici 2050. Donc, c'est
quand même assez important d'aller dans cette direction-là.
• (16 heures) •
D'autres éléments qui nous poussent à
croire que les ressources d'énergie décentralisées sont importantes, c'est par
rapport au réseau de transport. Donc, on a 34 000 kilomètres de
lignes de transmission au Québec. À l'heure actuelle, si on doit doubler
Hydro-Québec en termes de capacité, en termes de térawattheures, il faut qu'on
trouve des façons plus efficientes pour ne pas doubler le nombre de kilomètres
en lignes de transmission. Donc, de cette façon-là, l'utilisation des
ressources d'énergie décentralisées permet de réduire potentiellement, là, l'utilisation
de nouvelles lignes de transport, donc d'optimiser le <réseau de
transport...
>
16 h (version révisée)
< M. Habel (Jean) :
...de
nouvelles lignes de transport, donc d'optimiser le >réseau de transport,
ce qui est quand même une avenue quand même assez importante, parce que le
réseau de transport va nécessairement impacter des milieux humides et hydriques
ou des zones agricoles. Donc, d'aller dans cette direction-là des ressources d'énergie
décentralisées, c'est qu'on rapproche la production du lieu de consommation, ce
qui est un élément quand même assez central, là, dans l'atteinte de nos
objectifs.
Mme Fréchette : Et quelle
place voyez-vous pour l'énergie solaire au Québec dans notre contexte
climatique? Quelle place est-ce qu'on peut, de manière réaliste, lui associer?
M. Habel (Jean) : Bien, par
rapport à l'énergie solaire, il y a un grand potentiel. On a vu aujourd'hui,
là, que, dans la Gazette officielle, il y a eu un dépôt, là, pour un
appel d'offres solaire qui a été présenté. Donc, c'est un pas dans la bonne
direction aussi pour l'aspect solaire.
C'est sûr que, si on regarde dans une perspective
canadienne, il y a beaucoup de milliers de mégawatts en termes solaires qui a
été établi dans d'autres juridictions. Donc, on se dit : On pourrait aller
dans cette direction-là au niveau du solaire, solaire décentralisé, on parlait
d'énergie décentralisée, par, par exemple, avoir des panneaux solaires sur les
toits des résidences ou des petites, moyennes et grandes entreprises, donc,
vraiment de rapprocher la production aussi par rapport à des parcs solaires qui
vont se greffer aux paysages du Québec. Donc, vraiment, par rapport à ces deux
éléments-là, il y a vraiment un potentiel énorme. L'agence internationale, là,
la... de l'électricité ou de l'énergie a démontré que, la production, à l'heure
actuelle, au point de vue des énergies renouvelables, le trois quarts se fait
par l'énergie solaire à l'heure actuelle. Donc, il y a vraiment un potentiel
intéressant, mais c'est sûr qu'on doit l'ajouter avec une panoplie d'autres
sources renouvelables, comme l'éolien, comme l'hydroélectricité, le stockage d'énergie,
qui vont vraiment constituer le mix énergétique dans les prochaines années.
Mme Fréchette : Et comment
est-ce que vous voyez la construction en simultané, là, de projets d'autoproduction
avec des projets qui, eux, vont alimenter Hydro-Québec pour servir sa
clientèle? Est-ce qu'il doit y avoir une coordination importante entre ces deux
modes de développement?
M. Habel (Jean) : Bien, il y
a un élément que vous avez présenté dans le projet de loi, là, au fait que,
comme ministre, vous allez avoir, dans le fond, la prérogative d'accepter ou
non certains éléments par rapport à la production plus adjacente que l'autoproduction,
mais il y a quand même une possibilité de pouvoir grandir, là. On a des
objectifs qui sont très ambitieux. On doit faire 200 TWh. Donc, ça veut
dire que, si on le divise par 25 ou 26 ans, on doit, techniquement,
réaliser 8 TWh par année si on veut atteindre nos objectifs. Donc, c'est quand
même très ambitieux. Mais l'industrie, les partenaires de l'industrie, avec
Hydro-Québec, avec les Premières Nations et les Inuits, les municipalités, on
est prêts à répondre à cet appel de produire davantage d'électricité, parce qu'on
n'a pas de planète B. Donc, on doit produire les mégawatts nécessaires pour
décarboner le Québec et aussi lui permettre de prospérer.
Alors, cet élément-là, il est au cœur de
nos... de nos perspectives, mais on doit le faire de façon prévisible,
constante et récurrente. Puis c'est un peu les éléments qu'on veut mettre de l'avant
dans le projet de loi, c'est-à-dire que, si on met en place plein d'outils qui
sont intéressants, je prends notamment le cas du plan de gestion intégrée des
ressources énergétiques, bien, on se crée ce canevas-là pour pouvoir bâtir
cette prévisibilité-là qui va permettre à l'ensemble de l'industrie, là, de
pouvoir répondre à l'appel.
Mme Fréchette : Merci. Je
vais céder la parole aux collègues.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Alors, c'est le moment de céder la parole au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Vous disposez donc au total de 10 min 15 s.
M. Bernard : Oh! merci, M. le
Président. Bonjour, M. Habel. Bonjour, M. Charlebois. Merci d'être là en
commission aujourd'hui.
Énergies renouvelables, vous avez beaucoup
parlé, naturellement, solaire, éolienne, et autres, mais les gaz de sources
renouvelables, les gaz naturels de sources renouvelables, comment vous les
considérez dans le portrait?
M. Habel (Jean) : Il faut
savoir que l'Association canadienne de l'énergie renouvelable représente le
solaire, l'éolien et le stockage d'énergie. Donc, on ne représente pas
spécifiquement ces filières-là, mais, effectivement, ils font partie d'un tout,
dans une perspective renouvelable, là, qui doivent être pris en considération
dans le bouquet énergétique. Puis c'est l'importance, notamment, là, par
exemple, dans la proposition qu'on fait par rapport à l'emmagasinage... Donc, on
propose d'inclure une définition plus large d'«emmagasinage», parce qu'antérieurement
c'était relié à seulement le gaz naturel, donc, éventuellement, gaz naturel
renouvelable. Donc, notre proposition d'aller plus loin par rapport à l'emmagasinage,
c'est de se dire qu'on peut voir l'emmagasinage de façon beaucoup plus globale
puis qu'il faut inclure une définition. D'autres juridictions canadiennes ont
défini dans leurs lois et règlements l'emmagasinage. Donc, on se dit : On
pourrait aussi, au Québec, emboîter le pas.
On est devant une... un projet de loi, là,
qui va faire la refonte de la Régie de l'énergie, qui date de 1996 et qui s'est
terminée en 1997. Donc, on a une refonte quand même assez importante devant
nous et l'opportunité <d'inclure...
M. Habel (Jean) :
...quand
même assez importante devant nous et l'opportunité >d'inclure des
sources d'énergie qui vont être en émergence dans les prochaines années. On
bâtit vraiment, là, un projet de loi qui va être là pour les prochaines
décennies. Donc, il faut inclure ce bouquet énergétique là, effectivement, dans
les lois et règlements puis reconnaître leur plus-value, parce que sinon, bien,
on manque un peu la cible, parce qu'on va devoir retourner dans un autre projet
de loi pour inclure ces dispositions qui sont importantes.
Et, si on veut donner au... à la Régie de
l'énergie tout le mandat nécessaire pour pouvoir lui permettre de nous assurer
de satisfaire les besoins énergétiques futurs, on doit lui permettre de prendre
en considération l'ensemble de ces technologies-là pour que, comme tribunal
administratif indépendant, elle puisse prendre des décisions inhérentes à son
mandat, et permettre le déploiement de ces technologies-là, et reconnaître.
Je vous donne un exemple par rapport au
stockage d'énergie. C'est permis, notamment, à l'heure actuelle, dans les
approvisionnements futurs, mais on croit que ça pourrait être encore plus mis
de l'avant, là, dans les années à venir. On a vu une récente annonce, là, où
Hydro-Québec a mis de l'avant du stockage d'énergie. Donc, il y avait une
annonce aujourd'hui qui avait été faite par Hydro-Québec. Donc, on se dit que
ce... cette réalité-là, cette technologie-là va grandir dans les prochaines
années. Et le fait qu'on a aussi un plan de gestion intégrée des ressources
énergétiques qui va se faire aux six ans, c'est important de vraiment pouvoir
avoir ces discussions-là sur les nouvelles technologies maintenant, parce qu'on
va avoir un plan de gestion intégrée des ressources énergétiques qui va
perdurer sur le long de six ans. Donc, on doit vraiment, là, dans la
législation actuelle, pouvoir capitaliser sur ces sources d'énergie maintenant.
M. Bernard : Je suis content
de vous entendre là-dessus, parce que le gouvernement avait, il y a... je
pense, c'est l'année dernière, à peu près, qu'il avait fait un peu des appels
d'intérêt dans les régions pour du GNR. Puis, naturellement, en Abitibi-Témiscamingue,
avec tout le volet forestier de la biomasse, et on a l'opportunité d'avoir un
réseau de gaz naturel, Énergir est en région, donc, il y avait possibilité,
effectivement, d'avoir des projets qui pouvaient, à ce moment-là, se connecter
sur le réseau de gaz naturel.
Dans votre... Vous avez parlé du PGIRE puis
vous avez... Dans votre conclusion, vous disiez que toutes les parties
prenantes devraient être présentes, et autres, mais vous avez marqué «le
gouvernement fédéral».
M. Habel (Jean) : Bien, dans
les parties prenantes, on peut être très inclusifs, là. Donc, nous, on propose
une consultation qui est publique. Donc, évidemment, il doit y avoir des
arrimages avec la réalité fédérale, où il y a certains éléments, là, par
rapport au gouvernement fédéral, qui peut avoir un impact au niveau du
gouvernement du Québec. Mais c'est sûr et certain qu'avoir une consultation qui
est publique invite à élargir le débat sur l'énergie et invite aussi à...
l'ensemble des parties prenantes qui veulent y participer de pouvoir y
participer pleinement. Mais le fait que le PGIRE va être sur 25 ans, bien,
ça nous amène à un plan initial qui va nous amener vers la carboneutralité.
Donc, on se dit : Il faut vraiment avoir l'ensemble des parties prenantes,
les Premières Nations, les Inuits, les experts, les municipalités, tout le
monde autour de la table pour pouvoir vraiment établir un plan.
Puis on souhaite que la Régie de l'énergie
puisse jouer un rôle. C'est un organisme qui est indépendant, qui va pouvoir
faire des recommandations au gouvernement et savoir, bien, dans quelle
orientation eux vont pouvoir appliquer leur mandat de transition énergétique.
Donc, le fait d'inclure la Régie de l'énergie dans cet élément-là ou cet
écosystème-là, c'est hyperimportant, parce qu'ils ont une perspective externe
qui va nous permettre de pouvoir réellement avoir la pleine vision, là, de ce
que... Leurs recommandations vont être importantes. Donc, on invite vraiment à
avoir une consultation publique qui implique aussi la Régie de l'énergie.
Le Président (M. Montigny) : ...continuer
pour 4 min 50 s.
• (16 h 10) •
M. Bernard : Merci. Un des
volets importants puis qu'on... vous avez probablement entendu, juste avant
vous, les gens du Conseil du patronat, puis depuis
quelques... depuis que les consultations ont débuté aussi, c'est la
tarification et les coûts des énergies pour qu'est-ce qu'on veut aller faire
vers le futur pour les prochaines années. Et, naturellement, un des gros volets
que les gens demandent, c'était vraiment... oui, les nouvelles énergies, mais à
quel coût? Puis une des questions qu'on a à ce moment-là, que j'ai, c'est...
vraiment, ça concerne que seront l'évolution des coûts des productions
d'énergie renouvelable dans les prochaines décennies puis comment le Québec
pourrait se démarquer à travers de ça. Parce qu'on en a parlé beaucoup, les
nouveaux coûts d'énergie, comment va être la tarification. Alors, j'aimerais
vous entendre là-dessus, puis éventuellement peut-être aussi les impacts sur
l'interfinancement, et autres. Alors, vous devez certainement avoir une vision de...
des coûts futurs et des perspectives de croissance. Quelles sont-elles?
M. Habel (Jean) : Par rapport
à la tarification, c'est sûr que, de notre côté, on a entendu plein d'experts
qui se sont exprimés, qui <représentent...
M. Habel (Jean) :
...on
a entendu plein d'experts qui se sont exprimés, qui >représentent, entre
autres, là, les consommateurs, autant résidentiels qu'au niveau commercial, qui
se sont exprimés sur l'aspect de la tarification. On a, de notre côté, là, une
vision par rapport aux approvisionnements futurs parce que ça va avoir un
impact nécessairement sur la tarification. Donc, la proposition qu'on fait par
rapport aux approvisionnements futurs, c'est de se dire : Réellement, là,
la Régie de l'énergie doit pouvoir chapeauter les approvisionnements futurs
pour pouvoir pleinement, là, donner l'information sur la tarification dans le
futur.
Donc, à l'heure actuelle, dans la
proposition qui est faite au niveau du projet de loi n° 69,
la vision qu'on a, c'est que la tarification pourrait être connue en aval. Donc,
on n'aurait pas l'information en amont. Donc, c'est la raison pour laquelle on
propose certaines suppressions d'articles, parce qu'on veut que la Régie de l'énergie
puisse avoir l'habilité de transmettre les informations le plus à jour possible
par rapport à la tarification. Et, par rapport à la tarification au niveau des
derniers appels d'offres éoliens, c'est... c'est connu, là. Donc, les
1 500 MW, c'était 0,078 $ plus le service d'équilibrage. Donc,
ces éléments-là sont quand même assez importants.
Mais la perception qu'on a par rapport à
la législation, c'est que le fait qu'on apporte certaines exceptions, ça veut
dire que cette tarification-là va être connue seulement au processus, dans le
fond, de la... de l'étude de la tarification à la Régie de l'énergie. Donc, on
n'aura pas cette information-là en amont. C'est pourquoi on propose certains
ajustements, là, dans la présente loi, pour pouvoir nous assurer, là, d'avoir
toute cette transparence-là par rapport aux coûts futurs, là, au niveau de la
tarification.
Le Président (M. Montigny) : Deux
minutes.
M. Bernard : Une dernière
question. On parle beaucoup, naturellement, de nouvelles énergies, énergies
renouvelables. Quel est le niveau de la recherche pour développer ces
énergies-là actuellement? Sommes-nous en avance, en retard? Y a-tu de la place
pour... autant le solaire puis toutes les formes d'énergie, pour faire de la
recherche, pour vraiment qu'on se démarque, puis qui pourrait aider, justement,
dans le cadre du PGIRE et la planification des prochaines années? Où en
sommes-nous au Québec à cet égard-là?
M. Habel (Jean) : Bien, on
est très avancés à travers le monde puis au Québec aussi, là. Je pense à un
organisme comme Nergica, qui est présent en Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine, qui
font de la recherche très approfondie par rapport aux sources renouvelables. Il
y a vraiment une volonté, là, de beaucoup de partenaires de l'industrie d'avoir
une recherche et développement, puis on le démontre aussi à travers l'efficience
aussi de plusieurs technologies comme l'éolien, comme le solaire, notamment,
qui ont eu une chute drastique des coûts à travers les dernières décennies.
Donc, il y a vraiment une volonté, de notre côté, là, d'être le plus efficient
possible, mais aussi d'augmenter tout l'aspect de la recyclabilité aussi des
composantes provenant de l'éolien et du solaire. Donc, on avance à pas de géant
à ce niveau-là, puis c'est la raison pour laquelle l'éolien, notamment, et le
solaire, bien, se démarquent de plus en plus, avec des technologies comme l'hydroélectricité
et d'autres formes d'énergies renouvelables, pour constituer le bouquet
énergétique de demain.
M. Bernard : Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Merci beaucoup. C'est maintenant le moment de laisser la parole à Mme la
députée de Saint-Laurent pour une période de 10 min 24 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup,
M. le Président. Bonjour, M. Habel.
M. Habel (Jean) : Bonjour.
Mme Rizqy : Bonjour, Me Charlebois.
Très... très heureuse de vous retrouver tous les deux. Merci aussi pour votre
mémoire, qui sera très fort utile lors de l'étude détaillée, parce qu'il y a
plusieurs recommandations. Alors, je vais lire une qui nous intéresse
particulièrement, puisque le député de Jacques-Cartier a fait une proposition
par rapport aux microréseaux.
Par contre, je vois que... vous l'écrivez
vous-mêmes aussi, que c'est à partir de 2026 qu'Hydro-Québec va offrir une
subvention. Elle est de 500 $ par kilowattheure. Mais j'ai regardé dans
les autres juridictions, notamment la Colombie-Britannique, mais aussi aux
États-Unis, que c'est à coups de milliards de dollars. Et, dans certains
programmes, par exemple en matière d'agriculture, c'est jusqu'à 50 % de la
facture qui est subventionnée non seulement pour les panneaux voltaïques, mais
aussi pour les batteries de stockage.
Ici, il est vraiment question de la
subvention d'Hydro-Québec. Est-ce que le gouvernement du Québec pourrait aussi
emboîter le pas et s'assurer que les Québécois sont en mesure de s'offrir ces
fameux panneaux solaires avec la batterie de stockage?
M. Habel (Jean) : Mais, par
rapport au... à tout l'aspect du mesurage net, le stockage d'énergie, c'est sûr
et certain, puis vous le mentionnez, il y a un fort potentiel, là, par rapport
aussi aux microréseaux qu'on doit déployer. On croit que de le mettre dans la
législation, ce serait déjà un très grand pas en avant, parce que, pour le
moment, il n'y a aucune définition, par rapport à ce que vous mentionnez, de «microréseau»,
mais aussi au niveau du mesurage net. On est en attente de voir qu'est-ce qui
va être présenté dans l'aspect tarifaire, là, en 2026, par rapport aux incitatifs
d'Hydro-Québec. Donc, on va suivre ça avec attention.
Il y a des éléments aussi, au niveau du <gouvernement...
M. Habel (Jean) :
...incitatifs
d'Hydro-Québec. Donc, on va suivre ça avec attention.
Il y a des éléments aussi, au niveau du
>gouvernement fédéral, qui ont été mis de l'avant pour répondre un peu à
l'Inflation Reduction Act. Est-ce que le Québec pourrait emboîter le pas? Bien,
c'est à prendre en considération, c'est sûr et certain. La réalité, c'est qu'on
doit mettre de l'avant ces technologies-là. On a fait un rapport, je l'ai
mentionné juste précédemment, mais ça pourrait constituer minimalement
4 %, là, du mix énergétique de demain. On sait qu'on a besoin d'avoir
l'ensemble des mégawattheures pour répondre à la demande de décarbonation et de
croissance. Je ne pense pas qu'on peut se permettre de manquer ces
opportunités-là de mettre de l'avant.
Donc, on a trouvé intéressante la
proposition d'Hydro-Québec d'aller augmenter le nombre de kilowattheures.
Avant, c'étaient 50 KW pour plusieurs groupes. Maintenant on l'augmente à
1 000 KWh. On est très intéressés, parce que c'est quelque chose
qu'on a déjà mis de l'avant dans d'autres juridictions canadiennes. Donc, en
Nouvelle-Écosse, notamment, là, il y avait cet élément-là où on augmentait
jusqu'à 1 000 KW. Je représente aussi le Québec atlantique. Donc, on
a suivi de façon très approfondie cette possibilité-là et on fait des
recommandations, par la suite, au gouvernement du Québec pour pouvoir élargir
cet élément-là. Il y a les gens aussi d'Énergie Solaire Québec qui vont venir
par la suite. Ils ont été aussi des acteurs très importants pour faire cette...
ces doléances-là auprès du gouvernement du Québec, auprès d'Hydro-Québec. Donc,
c'est vraiment un travail, je pense, qui est très important, parce qu'on doit
inclure ces technologies-là.
Puis je me permettrais peut-être d'aborder
un certain point, parce qu'on a parlé du PGIRE puis on a dit : On doit
inclure la pluralité des technologies, puis je veux aller un petit peu plus
loin sur cet élément-là parce qu'à l'heure actuelle, dans l'article 14.2...
puis j'invite peut-être Pierre-Olivier à peut-être le préciser, mais on
mentionne qu'on peut inclure toutes les technologies, mais on voudrait
peut-être aller un petit peu plus loin, là, dans la proposition. Donc,
peut-être, Pierre-Olivier, tu pourrais présenter l'article 14.2 puis
peut-être l'angle qu'on voudrait mettre de l'avant.
M. Charlebois (Pierre-Olivier) : Oui,
tout à fait. Merci, Jean. En fait, c'était au deuxième alinéa de
l'article 14.2 où on réfère au PGIRE, effectivement, et de démontrer que
ce plan-là peut porter sur toutes les sources d'énergie consommées au Québec.
Donc, c'est la distinction qu'on fait entre l'utilisation du mot «peut» versus
«doit».
Évidemment, les sources d'énergie consommées
au Québec vont inclure, oui, les sources d'énergie renouvelable, mais aussi
toute autre source, comme les sources d'énergie provenant des combustibles
fossiles. Donc, l'idée ici, c'est de déterminer que le PGIRE doit comprendre
l'ensemble des sources d'énergie qui sont consommées au Québec et ne pas
restreindre le... ces sources d'énergie là. Donc, on considérait que
l'utilisation du mot «peut» pourrait être remplacée par le mot «doit» pour
être... pour s'assurer que le PGIRE représente et reflète l'ensemble des
sources d'énergie qui sont effectivement consommées au Québec.
Mme Rizqy : Parfait. On va
noter un amendement que nous pourrons soumettre lors de l'étude détaillée.
Une petite dernière question, M. Habel,
avant de céder la parole à ma collègue. En Colombie-Britannique, ça existe
quand même depuis 2004, le programme des microréseaux, où est-ce qu'il y a de
l'autoproduction, mais tout ce qui n'a pas été consommé est aussi retourné au
réseau, ce qui permettrait, dans notre cas, si c'était appliqué au Québec... Bien,
tout ce que nous, on ne consomme pas, on le redonne à Hydro-Québec, qui, eux, à
ce moment-là, libèrent les électrons. Puis c'est gagnant-gagnant pour tout le
monde, là. Donc, ça pourrait être une bonne avenue. Puis c'est... À moins que
je ne m'abuse, maintenant, les nouvelles batteries qui sont développées, on
peut stocker jusqu'à sept journées. C'est fantastique.
M. Habel (Jean) : Bien, c'est
ça, là, la technologie du stockage d'énergie avec le solaire, bien, avance à
pas de géant. Puis on est dans une perspective où on va avoir un projet de loi
qu'on va se projeter dans les 25 prochaines années si on veut atteindre la
carboneutralité. Il y a la possibilité d'avoir la bidirectionnalité aussi des
véhicules électriques, aussi, dans le... dans le futur. Donc, tous ces
éléments-là, je pense, doivent être vraiment pris en considération dans le
bouquet énergétique de possibilités pour atteindre la carboneutralité.
Donc, à juste titre, on va... on
recommande aux parlementaires, là, d'inclure la notion d'énergie décentralisée
dans le projet de loi afin de vraiment refléter cette plus-value-là du fait
qu'on produit près du site de consommation, et le mesurage net,
l'autoproduction fait en sorte qu'on va dans cette direction-là, et ultimement
aussi avec la production adjacente.
• (16 h 20) •
Mme Rizqy : Merci.
Le Président (M. Bernard) : Mme
la députée de Mille-Îles, vous disposez de 4 min 20 s.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Merci, messieurs, pour... pour votre présence ici.
Je voudrais peut-être, justement,
continuer sur le stockage. Les... On a vu ce matin... Je crois que c'était le...
la CSN qui avait...
Une voix : ...
Mme Dufour : ...la CSQ,
pardon, la... oui, qui avait sorti les chiffres sur les pannes électriques de
plus de huit heures qui sont en forte augmentation. Je vais vous citer une
région que vous connaissez bien, Laval. Juste en... dans les dernières années,
il y a eu plus de 1 600 pannes de plus de huit heures à Laval. C'est
énorme, c'est énorme. Puis on l'a vu plus récemment aussi, il y a eu la tempête
Debby qui a <affecté...
Mme Dufour :
...à
Laval. C'est énorme, c'est énorme. Puis on l'a vu plus récemment aussi, il y a
eu la tempête Debby qui a >affecté
énormément de citoyens qui... Malheureusement, pour des questions de sécurité,
l'électricité a été coupée, mais ce qui a fait en sorte que des gens,
malheureusement, ont perdu le contrôle de l'eau dans leurs sous-sols. Alors,
est-ce que ce serait une solution, le stockage d'énergie, pour... au lieu d'une
génératrice, par exemple, à essence? Est-ce que ça, ça pourrait être une option
pour... pour cette situation-là?
M. Habel (Jean) : Bien, dans
un cas plus global, il y a l'aspect des changements climatiques qui,
évidemment, va affecter la résilience du réseau, va affecter aussi plusieurs
régions administratives. Puis le fait de rapprocher la production du lieu de
consommation, bien, c'est sûr et certain que ça permet une meilleure résilience
du réseau, d'avoir des solutions comme le stockage d'énergie qui peuvent aussi
atténuer les besoins de pointe, réduire la pression sur le réseau existant.
Donc, s'il arrivait quelque chose sur le réseau, bien, on pourrait utiliser le
stockage d'énergie pour pouvoir s'assurer, là, de répondre à une certaine
demande. C'est sûr qu'il y a les réalités de sécurité aussi qu'on doit prendre
en considération lorsqu'il y a des fortes pluies parce qu'il y a une incidence
avec le réseau électrique, mais, globalement, d'avoir la production près du
lieu de consommation, d'avoir du stockage d'énergie, ça nous permet d'améliorer
la résilience du réseau puis ultimement aussi, bien, d'atténuer la pression sur
le réseau de transport.
Ce qu'on mentionnait avec la plus-value du
stockage d'énergie, c'est le fait qu'on va pouvoir, dans le fond, s'assurer de
limiter l'augmentation trop importante du nombre de milliers de kilomètres de
réseau de transport. Donc, si on utilise les ressources d'énergie décentralisées,
bien, on ne créera pas... vu qu'on doit doubler la capacité d'Hydro-Québec, bien,
on ne créera pas deux fois plus de lignes de transmission. Donc, on doit
trouver une foule de solutions. L'interconnexion bidirectionnelle peut aussi
être une avenue aussi pour optimiser l'utilisation du réseau électrique. Donc,
il y a plein d'avenues possibles, puis le stockage d'énergie, à juste titre, en
fait partie.
Mme Dufour : Ce que vous
venez de mentionner, là, l'interconnexion bidirectionnelle, est-ce que c'est...
on parle des véhicules électriques, par exemple, qui pourraient devenir des
batteries de stockage? On vise d'avoir 2 millions de véhicules, donc,
éventuellement, électriques sur nos routes. Donc, ça, ce serait une façon, ce
serait un genre de batterie, dans le fond, de stockage, mais ce serait le
véhicule. Est-ce que c'est bien ça?
M. Habel (Jean) : Il pourrait
y avoir ça à courte échelle ou il pourrait y avoir ça à plus large échelle avec
les interconnexions parce qu'il y a des périodes de pointe, dans différentes
juridictions, qui peuvent permettre peut-être un transfert d'énergie d'une
région à l'autre, là, lorsque la période de pointe n'est pas au même moment, là.
Comme par exemple, historiquement, la période de pointe en Ontario était en
juin et, nous, en hiver. Donc, il peut y avoir des transferts d'énergie qui se
font de façon optimale.
Mais, à plus petite échelle,
effectivement, là, le véhicule jusqu'au réseau électrique ou le véhicule
électrique vers la maison peut être aussi une solution micro, là, qui est
superintéressante. Puis, dans le futur, ça va faire partie d'une perspective
beaucoup plus large qu'on doit prendre par rapport à l'optimisation de la
période de pointe, parce qu'on va pouvoir emmagasiner de l'énergie dans ces
batteries-là. Donc, c'est vraiment optimal d'aller dans cette direction-là.
Mme Dufour : Merci. Une
dernière courte question. Est-ce que c'est un peu tard de commencer juste en
2026 à subventionner ces solutions-là? Je vois un monsieur en arrière qui
dit...
M. Habel (Jean) : Le plus tôt
est toujours le mieux, mais on comprend que c'est complexe aussi d'établir ces
éléments-là.
Mme Dufour : Merci.
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard
pour 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour la qualité de votre document. Il couvre large et
il va sur plusieurs espaces.
Je n'ai pas beaucoup de temps, ça fait que
je vais rester au niveau de la régie. Peut-être nous partager les inquiétudes
que vous auriez par rapport à ce qui est proposé, et puis ensuite on parlera de
ce que vous espérez voir au niveau de la régie.
M. Habel (Jean) : Oui. Donc,
par rapport à la régie... Puis on regarde aussi ce qui a été fait durant la
première semaine aussi de commission parlementaire, puis autant nous, on a
soulevé le postulat qu'on doit renforcer, tu sais, la Régie de l'énergie, que
ça a été apporté aussi par plusieurs autres experts, la chaire HEC Montréal, il
y a aussi l'Institut Trottier. Spécifiquement sur l'article 45 qu'on
propose, même l'Union consommateurs, là, a présenté certaines perspectives, là,
par rapport spécifiquement à cet élément-là.
Donc, on pense qu'avec toute la vision
puis la pluralité des groupes, le fait que le gouvernement, à juste titre, dans
sa prémisse de base, veut renforcer la Régie de l'énergie, les propositions
qu'on fait, de façon équilibrée, là, visent vraiment à renforcer cet
élément-là. Donc, on y retrouve certaines perspectives par rapport à la
tarification, par rapport au réseau de transport, mais, au niveau des <approvisionnements...
M. Habel (Jean) :
...la
tarification, par rapport au réseau de transport, mais, au niveau des >approvisionnements,
semble perdre un peu cette possibilité-là de pouvoir la superviser. Donc, on
souhaite réellement que, dans la législation, on remette de l'avant cette
importance-là de la Régie de l'énergie qui puisse encadrer les
approvisionnements futurs.
M. Bouazzi : Et c'est quoi,
les conséquences de ces pertes, justement, dont vous parlez? Ce serait quoi?
M. Habel (Jean) : Bien, il y
a tout l'aspect optimal de transparence qui doit être mis de l'avant. L'autre
élément aussi par rapport au fait d'impliquer, c'est d'avoir l'information le
plus tôt possible. Donc, ce que je mentionnais, c'est que, selon notre
compréhension, à l'heure actuelle, quand il y a un avis d'un approvisionnement
futur qui est fait, on a déjà le sou par kilowattheure qui est annoncé. Là, on
aurait potentiellement cette information-là lors de la période tarifaire, donc,
ça veut dire un peu plus tard dans l'échéancier. Donc, le plus tôt est le mieux
si on veut permettre à tous de pouvoir contribuer à cette atteinte de la carboneutralité
puis d'avoir l'information le plus tôt possible, en toute transparence, aux
Québécois. Donc, c'est la raison pour laquelle on propose ces ajustements-là
dans la législation actuelle.
M. Bouazzi : Et puis je vois
que vous accordez quand même beaucoup d'importance à la délibération, à
l'exercice démocratique. C'est quelque chose que je salue aussi. Vous vous
inquiétez de deux choses. Un, c'est la possibilité de voir le nombre de
régisseurs à la baisse, justement, et puis vous n'êtes pas les seuls, au niveau
du CA d'Hydro-Québec aussi, de voir à la baisse. Pourquoi vous pensez que c'est
une mauvaise idée de voir à la baisse ces deux...
M. Habel (Jean) : Bien, sur
le premier élément, au niveau du nombre de régisseurs, on est dans la perspective
où on veut renforcer le rôle de la Régie de l'énergie. Donc, on se dit :
Bien, nécessairement, elle va être appelée à jouer un plus grand rôle si on
suit cette prémisse de base là. Donc, de potentiellement réduire le nombre de
régisseurs, on pose certaines réserves par rapport à cette perspective-là.
L'autre élément par rapport au nombre de
personnes sur le conseil d'administration, on diminue quand même, là, de
50 %, à mon souvenir, là, le potentiel du nombre d'administrateurs.
J'entendais, entre autres, là, les... M. Picard, là, qui disait qu'il voulait
avoir une représentation au niveau des Premières Nations et des Inuits sur le
conseil d'administration. Le fait qu'on a des impératifs par rapport à la
parité hommes-femmes, par rapport à la présence de jeunes sur les conseils
d'administration, une diversité plus accrue, par rapport à la perspective de
tous ces éléments-là et sachant qu'il va y avoir trois, déjà, personnes qui
sont nommées par le gouvernement...
Le Président (M. Bernard) : Merci,
M. Habel.
M. Habel (Jean) : ...on
propose, effectivement, de maintenir le nombre d'administrateurs.
Le Président (M. Bernard) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon pour une période de 2 min 38 s.
M. Paradis : Vous commencez
votre mémoire et vous le terminez en parlant de l'importance de la consultation
et d'embarquer les Québécoises et les Québécois dans ce projet-là. Vous parlez,
là, des municipalités, des Premières Nations, de la société civile, des
entreprises, etc. Est-ce que vous trouvez que ces consultations particulières
sur ce projet de loi, dans ce mode-là, c'est suffisant par rapport à ce que
vous demandez, vous?
M. Habel (Jean) : Bien, par
rapport à ce qu'on propose, c'est vraiment par rapport au plan de gestion
intégrée des ressources énergétiques. Donc, on ne s'immiscera pas dans la
décision de l'ensemble des parlementaires de prendre position sur le nombre
d'intervenants qui sont ici aujourd'hui, mais, dans une perspective plus large
par rapport au plan de gestion intégrée des ressources énergétiques, si on veut
que ce soit un engagement de tous, puis c'est un projet de société, évidemment,
notre proposition, c'est à l'effet que ça doit être une consultation qui est
publique et qui inclut une diversité de parties prenantes, parce que c'est
comme ça qu'on va pouvoir engager l'ensemble des Québécois et des Québécoises
vers la transition énergétique du Québec.
M. Paradis : Très bien. Mais
le projet de loi n° 69 indique déjà des orientations. Il indique où est-ce
qu'il s'en va, notamment en matière d'augmentation assez significative de la
production d'énergie. Est-ce que vous trouvez qu'on en a discuté assez, puis
qu'on a assez de données, puis qu'on a assez d'informations pour prendre cette
décision-là, nous, comme législateurs, sur le projet de loi tel qu'il nous est
présenté aujourd'hui? Parce que...
Je voudrais revenir. Vous avez donné une
réponse tout à l'heure à la ministre sur la question des tarifs, puis j'ai cru
comprendre... Vous me direz si je me trompe, mais vous avez dit : Bien,
nous, on demande le retrait de certains articles parce que peut-être qu'on
est... on n'a pas encore les indications nécessaires pour prendre les décisions
là-dessus. Est-ce que j'ai bien compris ce que... ce que vous disiez?
• (16 h 30) •
M. Habel (Jean) : Bien, sur
plein d'éléments... C'est sûr et certain que, par rapport à la tarification,
effectivement, on a proposé certains ajustements, là, dans la législation parce
qu'on veut s'assurer que les approvisionnements futurs vont se faire de manière
transparente et claire. Donc, c'est la raison pour laquelle on propose de
vraiment faire des modifications par rapport au fait que la Régie de l'énergie,
qui est un tribunal administratif indépendant, doit être impliquée dans le
processus des approvisionnements futurs, parce que ça... la Régie de l'énergie
représente les intérêts, et le mandat, c'est de représenter l'ensemble des
Québécois. Donc, on doit s'assurer que la Régie de l'énergie soit au cœur des
décisions des approvisionnements futurs. Donc, sur cet élément-là,
effectivement, là, on souhaite un amendement ou des modifications législatives
à l'égard, <notamment...
>
16 h 30 (version révisée)
M. Habel (Jean) : ...on
souhaite un amendement ou des modifications législatives à l'égard, notamment,
là, de l'article 45.
Par rapport à la consultation globale,
donc, je reviens un peu à l'élément que je mentionnais, notre but, nous, c'est
d'intervenir sur le projet de loi, comment on peut le peaufiner, comment on
peut l'améliorer. Puis c'est sûr et certain que, selon notre vision, on doit
mettre une consultation qui est publique si on veut faire cet exercice-là le
plus complet possible, là.
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup, M. Habel puis M. Charlebois, le temps est maintenant
écoulé. Alors, je vous remercie vraiment de votre contribution à la
consultation aujourd'hui.
Nous allons suspendre les travaux quelques
minutes pour... le temps de permettre au prochain groupe de prendre place.
Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 32)
(Reprise à 16 h 38)
Le Président (M. Montigny) :
Alors, bienvenue, bienvenue, on reprend nos travaux. Je souhaite maintenant la
bienvenue à Énergie solaire Québec. Et je vous rappelle que vous disposez donc
de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à une période
d'échange avec les membres de la commission par la suite. Je vous invite donc à
présenter... à faire votre exposé maintenant et à vous présenter. Merci
beaucoup.
M. Goulet (Patrick) : Merci,
M. le Président. Patrick Goulet, président d'Énergie solaire Québec.
M. Royer (Jimmy) : Et Jimmy
Royer, vice-président d'Énergie solaire Québec, ingénieur à la retraite.
M. Goulet (Patrick) :
Retraité d'Hydro-Québec, tant qu'à faire. Monsieur... Mme la ministre, excusez...
Mme la ministre, distingués membres de la commission, nous vous remercions de
nous donner l'occasion de nous exprimer sur le projet de loi n° 69. En
tant qu'organisme voué à un avenir énergétique durable, Énergie solaire Québec
est convaincu que le Québec doit saisir toutes les opportunités pour renforcer
son autonomie énergétique et réduire son empreinte carbone.
Le projet de loi n° 69 vise mieux... à
mieux encadrer le secteur de l'énergie et à réaliser les objectifs du Québec en
matière de transition énergétique. ESQ appuie la plupart des mesures, mais
souhaite souligner l'importance cruciale de l'énergie solaire dans sa... dans cette
transition. ESQ est particulièrement en accord avec les propositions suivantes
du projet de loi n° 69 :
La mise en place d'un plan de gestion
intégrée des ressources énergétiques sur 25 ans, renouvelable à tous les
six ans, offre une vision proactive de l'avenir énergétique du Québec. Sa
planification à long terme, associée à des révisions régulières, permet
d'anticiper les besoins, d'intégrer les innovations et de s'adapter aux
changements. Nous sommes convaincus que cette approche garantit un
développement énergétique durable, tout en assurant un approvisionnement fiable,
et en favorisant la participation de tous.
L'obligation, pour les distributeurs
d'énergie, de soumettre des plans d'approvisionnement qui couvrent un plus long
terme. Dans un contexte d'accroissement de la demande électrique, dû à la
transition énergétique, il est essentiel que la Régie de l'énergie et le public
puissent évaluer les actions à mettre en place pour répondre aux besoins.
La révision tarifaire de l'électricité à
tous les trois ans, au lieu de l'actuel cinq ans, et surtout, la mise en place
de tarifs modulés. Nous sommes convaincus que cela favorisera l'essor de
l'autoproduction, du stockage d'énergie et de la recharge des véhicules
électriques. Avec des coûts du solaire maintenant compétitifs, cela permettrait
aux clients et aux entreprises d'investir dans le solaire pour leur propre
bénéfice.
La possibilité, pour les entreprises ayant
une production d'énergie renouvelable... et de vendre leur surplus
d'électricité à un consommateur unique adjacent. Nous pensons que cela devrait
être étendu aux autoproducteurs afin de stimuler l'autoproduction et de créer
des communautés énergétiques locales.
• (16 h 40) •
La simplification du processus
d'approvisionnement en électricité, en n'obligeant pas d'aller chaque fois en
appel d'offres. Cela devrait accélérer l'adjudication des contrats, en
particulier pour les projets de moins de 10 mégawatts, stimulant ainsi le
développement de projets d'énergies renouvelables. À l'instar de la
Nouvelle-Écosse, nous recommandons que ces contrats hors appel d'offres soient
soumis à l'approbation de la régie.
La possibilité, pour Hydro-Québec, de
céder ses petites installations hydroélectriques. Cela permettrait à
Hydro-Québec de se concentrer sur de... sur de plus grands projets et <favoriserait...
M. Goulet (Patrick) :
...Cela
permettrait à Hydro-Québec de se concentrer sur de... sur de plus grands
projets et >favoriserait la production d'énergies renouvelables, en
coopération avec les municipalités, les coopératives et les Premières Nations. Par
le fait même, Hydro-Québec devrait encourager l'installation de toute
production d'énergie renouvelable de moins de 100 mégawatts, toujours en
partenariat avec les communautés locales.
Le rôle de l'énergie solaire dans la
transition énergétique. Malgré son potentiel solaire important, le Québec
accuse un retard de déploiement de cette énergie. Alors que des pays comme l'Allemagne,
les États-Unis, la Chine ou l'Australie ont massivement investi dans le
solaire, le Québec n'en est qu'à ses débuts. La situation, cependant, a changé.
Les coûts du solaire ont considérablement diminué, le rendant compétitif avec l'éolien
et l'hydroélectricité. Le Québec bénéficie d'un ensoleillement favorable, mieux
que celui de l'Allemagne, où le solaire fournit déjà plus de 11 % de l'électricité.
Même la Norvège, pays aux conditions similaires au Québec, vise 5 % de sa
production électrique à partir du solaire en 2030. Plus près de nous, l'Ontario
a déjà intégré le solaire à son réseau, et l'Alberta et la Nouvelle-Écosse ont
implanté des programmes ambitieux pour développer cette filière.
En juin 2023, dans un mémoire au MEIE, ESQ
a proposé une approche permettant d'atteindre 1 000 mégawatts d'énergie
solaire en 2030 et 3 500 mégawatts en 2035. Une approche plus
ambitieuse pourrait même amener plus de 7 000 mégawatts ou
10 térawattheures en 2035, contribuant ainsi significativement à la
demande électrique accrue de la... par la transition énergétique, et rejoignant
le souhait de HQ, Hydro-Québec, exprimé dans son plan d'action 2035, d'avoir
125 000 clients autoproducteurs en solaire pour 2035.
Selon une étude du centre de recherche
fédéral du CANMET, à Varennes, le potentiel solaire sur les toitures au Québec
est de 30 térawattheures. On parle juste de toitures ici, là.
Contrairement à ce que certains analystes croient, le solaire est très présent
en hiver au Québec. Quand il fait très froid, il fait, en général, très beau,
et les panneaux produisent plus à basse température. Il est évident que l'énergie
solaire ne sera pas la seule ressource d'énergie pour répondre à la demande de
chauffage des Québécois, mais, au cours de l'année, elle peut amener une
contribution importante d'énergie et réduire la demande sur les barrages. Le
Québec a un stockage d'énergie unique au monde. Celui-ci est un excellent
complément à la variabilité du solaire.
Le projet de loi n° 69,
avec sa tarification basée sur l'évitement de la consommation en période de
pointe, favorise non seulement l'adoption de systèmes solaires avec batteries,
mais ouvre également la voie au développement de microréseaux et de centrales
virtuelles. Ces dernières, comme celles mises en place au Vermont, agrègent un
ensemble de ressources énergétiques distribuées, telles que des batteries domestiques,
des panneaux solaires et des véhicules électriques, pour former une centrale
électrique virtuelle capable de répondre à la demande en période de pointe. Les
microréseaux, combinant le solaire et le stockage, permettent une gestion
locale et optimisée de l'énergie, et contribuent ainsi à réduire la demande sur
le réseau principal lors des pointes de consommation, à accroître sa résilience
grâce au stockage d'énergie et à renforcer l'autonomie énergétique des
communautés, notamment en cas de panne du réseau principal. Cette approche
globale, en favorisant la production et la consommation locale d'énergies
renouvelables, garantit un développement énergétique plus durable, résilient et
décentralisé pour le Québec.
À partir de 2035, l'adoption croissante
des véhicules électriques légers devrait augmenter la demande en électricité d'au
moins 20 térawattheures. Dans ce contexte, l'énergie solaire se présente
comme une solution idéale pour alimenter directement les VÉS. De plus, les VÉS
peuvent également jouer un rôle actif dans le réseau électrique en stockant de
l'énergie et en la restituant lors des périodes de pointe, contribuant ainsi à
la stabilité du réseau. L'association de l'énergie... l'association de l'énergie
solaire, du stockage proche de la demande et des VÉS offrent donc une réponse
prometteuse pour satisfaire à la fois la croissance de la demande en énergie et
en puissance, tout en s'inscrivant dans la transition énergétique vers un
système plus fiable.
L'essor du solaire au Québec offre de
multiples bénéfices : création d'emplois, réduction du déficit
énergétique, allègement des infrastructures de transport, déploiement rapide,
évitant de grands chantiers, et financement par les citoyens eux-mêmes. De
plus, <l'énergie...
M. Goulet (Patrick) :
...déploiement
rapide, évitant de grands chantiers, et financement par les citoyens eux-mêmes.
De plus, >l'énergie solaire englobe à la fois la production
d'électricité et le chauffage passif, ce qui ouvre des perspectives
intéressantes pour réduire la consommation d'énergie électrique et de gaz
naturel, notamment par la planification de quartiers et de maisons solaires
passives.
En conclusion, le Québec a tous les atouts
pour devenir un acteur majeur dans le domaine de l'énergie solaire. La baisse
des coûts du solaire, la demande croissante pour des énergies propres et le
projet de loi n° 69 nous offrent une opportunité unique pour lui donner
une place importante au Québec. Nous vous invitons à considérer l'énergie
solaire non seulement comme une alternative, mais comme une nécessité, pour
assurer un avenir énergétique durable et résilient pour les générations
futures. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période d'échange
avec les membres de la commission. Alors, Mme la ministre, vous avez
16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci, M. le
Président. Alors, merci, M. Goulet, M. Royer, pour votre
présentation, très intéressante. On vous sent inspirés, investis, aussi, dans
le secteur, et c'est bon de capter ça. Moi, je voulais vous entendre sur... Bien,
vous avez parlé du potentiel, le grand potentiel, là, qui existe en matière
d'énergie solaire au Québec. Quel... Jusqu'à où pensez-vous qu'on peut aller en
termes de recours à l'énergie solaire, photovoltaïque? Vous parlez du fait que
les panneaux sont même plus performants quand il fait froid. Vous me l'apprenez,
c'est bon à entendre. Donc, voilà, quel potentiel, en termes chiffrés, là, que
vous voyez?
M. Goulet (Patrick) : Bien,
en fait, ça, c'est des études du CANMET, là, c'est vraiment, là, des... ont
fait une espèce d'aperçu, là, du potentiel qu'il y a sur les toitures seulement
là. Mais on peut aller loin avec ça, là, on peut... Sur le bâtiment, là, juste
sur le bâtiment, en plus des toits, les murs... les autoroutes où il y a des
murs coupe-son, on peut en mettre là aussi. On en voit un peu, de ces
installations-là, un peu partout dans le monde. Tu sais, le potentiel est
énorme, juste sur le bâti, et on ne parle même pas de parcs encore, là. Le
30 térawattheures, là, ce n'est même pas des parcs, là, c'est vraiment
juste les toits, puis ce n'est même pas tous les toits, en plus, là, c'est les
toits de manufactures, de bâtiments résidentiels, commerciaux. Mais les usines,
ce n'est pas inclus dans le 30 térawattheures. Alors, il est énorme, là.
Puis comment on peut faire pour tout faire ça? Bien, ça, ça va être une grande
question, parce qu'on parle beaucoup de la disponibilité de main-d'oeuvre. Ça
va prendre de la main-d'œuvre, beaucoup de main-d'œuvre si on veut atteindre...
aller faire un objectif pareil, là. C'est gros, là, c'est vraiment gros, ça.
Mme Fréchette : C'est où vous
diriez que les gains les plus importants, là... les gains les plus faciles, les
plus rapides qu'on pourrait envisager d'aller capter pour démarrer... démarrer
le momentum puis la tendance?
M. Goulet (Patrick) : Bien,
je vais laisser Jimmy répondre un peu là-dessus.
M. Royer (Jimmy) : Bon, je
peux répondre. En fait, l'autoproduction, c'est peut-être le plus facile, parce
qu'il est direct. On n'a pas besoin de faire des grosses infrastructures ni de
distribution ni de transport. Ceci étant dit, ce qui est intéressant, c'est le
coût à la fin de la production, et plus les parcs solaires sont gros, plus, à
ce moment-là, le coût du solaire va être plus faible. Alors, bien entendu, au
départ, il pourrait y avoir quelques parcs qui vont... qui vont être installés.
On le voit avec l'appel d'offres qui a été... le règlement a été publié ce
matin. Alors donc, on voit qu'il y a une volonté de faire 300 mégawatts
pour 2029. C'est un départ. Mais c'est petit, petit. 300 mégawatts, là,
c'est... ça... c'est presque une goutte d'eau, je dirais, par rapport aux
besoins qu'on a. On parle, dans notre étude, qu'on pourrait aller jusqu'à
7 000 mégawatts pour 2035. Ça représente seulement
10 térawattheures. Ça, c'est le début, on parle de 2035.
• (16 h 50) •
Si vous parliez, à un moment donné,
d'où... jusqu'où peut aller le solaire, plus les coûts vont baisser, plus les
autres formes d'énergie vont augmenter, c'est certain que le potentiel du
photovoltaïque va être, à ce moment-là, beaucoup plus élevé. La grosse
différence, à la fin, c'est le prix. On parle aujourd'hui, pour les parcs
solaires au Québec, avec l'ensoleillement qu'on a, autour de... entre 0,06 $
et 0,08 $ le kilowattheure. C'est déjà beaucoup mieux que les éoliennes,
que même les nouveaux... nouvelles centrales hydroélectriques. Si les coûts
continuent de baisser comme ils baissent présentement, même l'AIE, l'Agence
internationale de l'énergie, et même les grands... les grands <analystes...
M. Royer (Jimmy) :
...ils
baissent présentement, même l'AIE, l'Agence internationale de l'énergie, et
même les grands... les grands >analystes et les bureaux d'analystes dans
le monde disent qu'en 2050 le solaire va représenter la majorité des énergies
renouvelables, parce qu'il est facile à être installé partout. L'autre point
important, c'est que ses coûts d'opération et de maintenance sont aussi très
faibles. Alors, par rapport au coût total du kilowattheure, sur son... sur sa
durée de vie, à ce moment-là, il est beaucoup plus intéressant que toutes les
autres formes d'énergies renouvelables.
M. Goulet (Patrick) : Si je
peux ajouter, là où le solaire n'est pas vraiment présent, c'est... on va dire
les vraies affaires, là, la pointe hivernale, là, c'est certain, bien, on a des
technologies des batteries qui vont couvrir pour ça, en partant, alors on...
M. Royer (Jimmy) : ...à
réagir.
M. Goulet (Patrick) : C'est
ça, c'est... là, on a vraiment, là, le système parfait, là, pour couvrir...
Puis que les pointes, on le sait, là, l'hiver, ça ne dure pas, là, longtemps,
puis les batteries pourraient facilement couvrir une partie de ces pointes-là.
M. Royer (Jimmy) : Puis, bien
entendu, notre hydroélectricité.
M. Goulet (Patrick) : Et l'hydroélectricité,
évidemment.
Mme Fréchette : Bien sûr. L'énergie
solaire, c'est une... bien, vous faisiez référence à ça, là, c'est une source d'énergie
qui se prête bien à l'autoproduction, là, par des particuliers. Comment est-ce
que vous voyez l'arrimage du rôle entre Hydro-Québec, en lien avec l'énergie
solaire, versus la production des particuliers puis les entreprises? Quel mix
vous voyez? De quelle manière ça doit s'imbriquer?
M. Goulet (Patrick) : Bien,
déjà, là, Hydro-Québec, ils ont ouvert les portes, là. Là, ils ont monté la
barre à 1 mégawatt. Youpi! on est contents là-dessus. C'est... c'est toute
une histoire de regarder la disponibilité du réseau, les circuits. Ça, c'est l'affaire
à Hydro-Québec. Le potentiel pour injecter... Moi, je prends toujours l'exemple
de Green Mountain Power, au Vermont, là, parce que c'est nos voisins, puis ils
sont très, très... des longueurs d'avance devant nous là-dessus, là, puis, si
on va dans leur site Web, on voit les circuits qui sont disponibles encore, où
on peut continuer à injecter. C'est un peu, là... Eux, ils gèrent toute l'injection,
là, de toutes sortes de clients, là, que ce soit commercial, individuel ou
industriel, puis quand, le circuit, il commence à être saturé, bien, c'est
fini, on ne peut plus injecter ici. Ça fait que c'est... Hydro-Québec, il va
falloir qu'ils gèrent de cette manière-là, puis ils ont déjà commencé, d'ailleurs,
à regarder les circuits qui vont être disponibles pour qu'on puisse faire de l'injection.
M. Royer (Jimmy) : Si je peux
rajouter, c'est que l'autoproduction, ça se fait dans tous les pays aujourd'hui.
Ce n'est pas quelque chose qui est nouveau. On n'a rien qu'à regarder les
exemples qui se font dans tous les pays où on utilise du solaire. Il y a, bien
entendu, des parcs solaires, mais il y a aussi beaucoup d'autoproduction.
Pourquoi? Parce que ça permet aussi à la population de participer à l'effort,
et si on leur permet, bien entendu, d'avoir un retour sur leurs bénéfices. Bien
entendu, on ne mettra pas des panneaux solaires sur notre toit si ça ne
rapporte rien à l'usager. Bon, si on leur permet d'avoir un retour sur le
bénéfice, sur l'utilisation, à ce moment-là, il y a de l'intérêt. Et ça adonne
bien, on fait quelque chose sans avoir de grands impacts environnementaux,
parce que c'est déjà sur le bâti, c'est déjà sur les toits, ou près des
bâtiments, ou sur les autoroutes, comme disait Patrick tout à l'heure, donc on est
capables d'utiliser cette forme-là.
L'avantage, le plus gros avantage du
solaire, c'est qu'il est partout hein, alors... On peut même dire, l'éolien... bien,
on ne mettra pas des éoliennes au-dessus de chaque maison, même s'il y a du
vent, ça fait du bruit, puis tout ça. Mais le solaire, ça fait partie du
bâtiment, ça ne paraît même pas. Il y a des endroits où on va même cacher le
panneau solaire avec des motifs architecturaux, on ne le voit pas. Mais ça
produit pareil. Alors donc, c'est ça, à la fin, qu'on veut. Aujourd'hui, dans
les premiers temps, on va les mettre sur les toits, c'est ça, le plus facile,
et, après ça, bien, on pourra voir à faire de... ce qu'on appelle du «PV in
building», de... du photovoltaïque architectural.
M. Goulet (Patrick) : Il y a
déjà une entreprise canadienne, là, en Ontario, là, qui fabrique des... du PV
texturé, comme tu veux. Ça fait qu'ils remplacent les parements des édifices
commerciaux avec ce PV là. Ça fait que ça va alimenter, là, l'édifice, là. C'est
disponible là, maintenant, même, c'est du gros «backorder», tu as de la misère
à en avoir.
Mme Fréchette : Intéressant.
Et l'acceptabilité sociale est plus facile, aussi, à stimuler, là, quand les
gens en ont... ont un retour direct, qui leur profite, qui leur bénéficie.
M. Goulet (Patrick) : Bien,
exactement, là, parce que les gens, quand on va... quand on fait des <salons...
Mme Fréchette :
...qui
leur profite, qui leur bénéficie.
M. Goulet (Patrick) :
Bien,
exactement, là, parce que les gens, quand on va... quand on fait des >salons
et puis on explique, là, le solaire aux gens, ils veulent participer. Puis,
comme vous dites, là, c'est... là, ils ont le sentiment de participer, de faire
quelque chose, là, tu sais, de produire, de faire une différence, là.
C'est sûr que ce qui est le plus
important, c'est l'efficacité énergétique des maisons, ça... et ça, il va
falloir qu'on travaille là-dessus. Mais, en plus, si tu peux générer ta propre
énergie... Puis le phénomène qui arrive aussi, c'est que les gens sont
tellement ambitieux avec leur production, là, ils font tout pour ne pas
injecter sur le réseau d'Hydro, et ils veulent toute la garder, puis ils
deviennent... puis là ils sont plus conscients aussi de leur consommation,
parce que, là, ils produisent leur propre énergie, là, c'est dans leur maison.
Alors, il y a vraiment un phénomène, là, qu'on remarque, là, quand quelqu'un
s'installe du solaire. Ils sont tout contents, ils montrent ça sur leur
téléphone : Regarde ma production, puis c'est...
Mme Fréchette : C'est comme
leur petite PME, là, qu'ils gèrent, là.
M. Goulet (Patrick) : Oui,
oui, exactement.
Mme Fréchette : Ils veulent
être autonomes puis en autarcie. Bien, c'est intéressant aussi de voir... je
vais aller voir les produits, là, de l'entreprise ontarienne, là. Dans votre
mémoire, là, vous parlez du programme Community Solar Garden, en
Nouvelle-Écosse. Est-ce que vous pourriez nous expliquer un peu plus comment ça
fonctionne, et comment ça pourrait être transposable?
M. Goulet (Patrick) : OK.
Community Solar... oui, ça, c'est... ça, c'est un programme qui a commencé
cette année, là, au début de l'année, là, c'est ça, au début de l'année, là.
Puis ce qui arrive, c'est qu'eux ils ont ouvert le marché, si on veut, là, n'importe
qui peut faire une installation, un parc solaire de 500 kilowatts à 10 mégawatts.
C'est ouvert, pas d'appel d'offres. Ça fait que tu arrives... Puis c'est tout
en ligne, tout est expliqué, les formulaires sont tous là, puis c'est vraiment
ouvert, public, privé, Premières Nations aussi. N'importe qui, là, qui a un
projet, il a juste à appliquer là-dessus.
Il y a beaucoup de critères. Je suis allé
voir le site, là, qui explique vraiment, là, détaillé, comment ça fonctionne.
C'est ouvert, on sait tout, là, il n'y a pas de petites cachettes, ou quoi que
ce soit, puis le prix, il est déjà fixé par Nova Scotia Power, le minimum. Puis
là, bien, à partir de là, ton projet, il faut qu'il soit viable. Puis c'est
un... c'est sur le circuit de Nova Scotia Power, OK, ce n'est pas, là, on va
faire une ligne privée pour mon... Non, non, ce n'est pas comme ça que ça
fonctionne, c'est... autrement dit, tu arrives avec ton projet, s'il est
accepté, tu vas... ils vont dire : OK, ce circuit-là, il est libre, tu
peux venir produire ici. Là, tu fais un parc jusqu'à concurrence de 10 mégawatts,
de la grosseur que tu veux, puis là tu vas te trouver des abonnés. Donc, les
gens en Nouvelle-Écosse qui demeurent dans des appartements ou des endroits où
ils ne peuvent pas faire de solaire, ils peuvent s'abonner à ce parc-là puis
ils vont devenir comme un partenaire, si on veut. Bien, ils vont avoir leur
propre production. Ça fait que, si tu t'abonnes, tu dis : Bien, moi, j'en
veux pour 5 kilowatts, je veux 5 kilowatts, là, de ce parc-là, ça
fait que, là, tu vas payer pour ça, puis là tu vas bénéficier de la production,
puis ça va réduire ton... ta facture d'électricité.
Moi, j'ai trouvé ça brillant, j'ai dit :
C'est formidable, comme idée, là. Je veux dire, c'est des trucs comme ça qu'on
devrait... ici aussi, parce que les gens... Moi, je démarre à Montréal. Le
monde, à Québec, qui aimeraient ça, avoir du solaire, ils ne peuvent pas, là,
ils... Comment... qu'est-ce... comment je vais faire pour... Tu sais, il y en a
qui veulent ça. Si on regarde en Allemagne, là, c'est rendu qu'ils en mettent
sur les balcons là, c'est autorisé maintenant, ça fait que tout le monde fait
sa petite installation solaire sur son balcon, en Allemagne, là, c'est... Puis
il y en a beaucoup, là, c'est énorme, oui.
Mme Fréchette : Excellent.
Bien, merci. Je vais céder la parole aux collègues.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est le moment de céder la parole au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
M. Bernard : Combien de
temps, monsieur....
Le Président (M. Montigny) : Pour
3 min 54 s.
M. Bernard : Merci, M. le
Président. Bonjour, MM. Goulet et Royer. J'ai bien aimé votre mémoire, puis
vous parlez beaucoup, justement, d'autoproduction, puis hors site. Puis, comme
on sait... Abitibi-Témiscamingue, Nord-du-Québec, pourvoiries et autres, et
même quand on va, par exemple, du côté des villages inuits, en haut, que si on
veut remplacer le mazout puis les centrales... Donc, ce sont des avenues que je
crois beaucoup, à cet égard-là. Puis même... puis, comme vous avez parlé, au
niveau résidentiel aussi. On en a... on en a parlé, là, hier et aujourd'hui,
pour vraiment... C'est une avenue intéressante, l'autoproduction, puis,
éventuellement, aller du côté de revente à Hydro-Québec.
• (17 heures) •
La question... On parlait d'acceptabilité
sociale, puis moi, il y a quelques années, en allant en Europe, j'étais arrivé
puis... dans la vallée, puis je me... les autoroutes sont souvent en altitude,
puis j'ai dit : Voyons, c'est quoi, ce lac-là, en bas? Jusqu'à ce que je
me rende compte que c'était un immense parc et... de panneaux solaires
photovoltaïques, et ça m'avait impressionné. Puis là je me suis dit : Oh!
c'est plus gros, c'est la première fois que j'en voyais un de cette envergure-là.
Puis au... Là, je regarde actuellement du côté de l'Europe, il commence à y
avoir de l'opposition contre les grands parcs de photovoltaïque, dont un
projet, qui est...
17 h (version révisée)
M. Bernard : ...regarde,
actuellement, du côté de l'Europe, qui commence à avoir de l'opposition contre
les grands parcs de... photovoltaïques, dont un projet qui est de Boralex et
autres. Puis là, c'est là que je me dis : Est-ce qu'on voit qu'il y a déjà
quand même, au Québec, de l'opposition pour des grands parcs éoliens? Quelle
est, selon vous... on parle d'acceptabilité sociale, oui, mais est-ce que les
gens saisissent qu'est-ce que ça représente vraiment, un grand parc éolien,
vraiment? Puis est-ce qu'on va vraiment avoir une acceptabilité sociale quand
on arrive dans les régions montagneuses? Moi, je pense qu'il y a une
possibilité proche des installations Hydro-Québec qui existent déjà ou que les
lignes de transport et autres, et je pense que là, il y a vraiment un
potentiel, mais dans le reste de la province, je ne suis pas convaincu.
M. Royer (Jimmy) : Si je peux
répondre, oui, alors, donc, il y a deux choses. Première des choses, les parcs
solaires n'ont pas besoin d'être très, très gros, hein? Oui, il y a une
certaine économie d'échelle quand on fait 100 mégawatts, 1000 mégawatts
dans un parc, mais l'économie d'échelle n'est pas vraiment là. À partir du
moment où on a 50 mégawatts, 100 mégawatts, c'est pas mal le maximum,
là. Après ça, tu en fais 10 autres ailleurs, ça va te faire ton 1000 mégawatts, mais
ça ne te coûtera pas moins cher ou plus cher. Parce qu'en fait, c'est autant de
panneaux solaires, 10 fois plus de panneaux solaires que tu vas faire pour
de 100 watts à 1000 mégawatts. Ce n'est pas comme un parc éolien, où
le gros de la... du coût est dans la machine elle-même, alors quand tu fais une
éolienne de trois mégawatts ou de cinq mégawatts, ou même, maintenant, de 10 mégawatts,
ça fait une grosse différence. Puis là, ça a besoin des grands parcs et tu as
besoin, à ce moment-là, de maximiser l'effort que tu vas faire.
Où il y a une différence, dans ce que je
dis, c'est par rapport au transport. Alors, si, bien entendu, on fait un 1000 mégawatts
de panneaux solaires, tu as besoin d'une ligne de transport dédiée pour ça. En
faisant ce que vous disiez, dix 100 mégawatts ou même cent 10 mégawatts...
Le Président (M. Montigny) : En
conclusion.
M. Royer (Jimmy) : ...là, à
ce moment-là, vous êtes sur le réseau de distribution, c'est beaucoup plus
intéressant. Et, donc, vous pouvez utiliser les lignes existantes.
Le Président (M. Montigny) : Alors,
merci beaucoup. C'est maintenant le moment de céder la parole à Mme la députée
de Saint-Laurent pour une période de 10 min 24 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M.
le Président. Bonjour, M. Goulet, bonjour, M. Royer. Le député de Jacques-Cartier
vous salue très chaleureusement. Il nous écoute. Alors, d'ailleurs, c'est...
joyeux anniversaire de mariage, chéri, mais je suis ici. Alors, tantôt, je vous
écoutais avec la ministre par rapport, notamment, au mur énergétique. Moi, j'ai
une super de bonne photo, pas besoin de l'aller en Ontario, chez moi, à
Saint-Laurent, j'ai même accueilli, ici, sur la photo, M. Pierre Fitzgibbon, on
était à l'entreprise Moneris, qui, eux, au lieu d'avoir un gros mur de béton
pas beau, ils ont un super de beau mur, et tout le monde pense que c'est un mur
architectural, mais en fait, c'est un mur d'énergie qui permet à l'entreprise
de s'autoalimenter toute seule. Ce n'est pas incroyable, ça?
M. Goulet (Patrick) : Oui,
oui, c'est fantastique.
Mme Rizqy : Et, si vous venez
encore à ville Saint-Laurent, parce que chez nous, vous voyez, on ne niaise pas
avec la puck, la mairie d'arrondissement ont des panneaux solaires pour s'alimenter
aussi, n'est-ce pas? Moi, là, je trouve ça fantastique parce qu'au fond, c'était
une initiative vraiment... Dans le cas de Moneris, par eux-mêmes, ils ont
bénéficié, par contre, de subventions, ça les a aidés pour l'acquisition, mais
ils rentrent rapidement dans leur argent et je pense que plusieurs personnes
passent à côté sans même savoir qu'il s'agit d'un mur énergétique, alors ça
passe inaperçu. Donc, au niveau de la question qui vous a été posée, pour l'acceptabilité
sociale, moi, je peux vous dire, comme députée, j'ai reçu zéro plainte, ni pour
les panneaux solaires sur le toit de la mairie ni pour le mur énergétique chez
Moneris. Au contraire, on était vraiment émerveillés, et vous êtes, évidemment,
la bienvenue. M. Pierre Fitzgibbon, à chaque fois qu'il est venu dans mon
comté, il a toujours été bien reçu. Je déroule carrément le tapis rouge.
Alors, ceci étant dit, moi, ça nous
intéresse, comme vous savez beaucoup, vous avez probablement lu la lettre
ouverte de M. le député de Jacques-Cartier par rapport à ce que... notre
proposition libérale sur les microréseaux, mais il y a quand même... même si ça
coûte beaucoup moins cher, ça a baissé par rapport aux dernières années, il n'en
demeure pas moins qu'il y a des coûts d'acquisition non seulement pour les
panneaux, mais, également, pour la batterie de stockage. Là, on a vu qu'il y a
une subvention qui est annoncée, mais pour 2026, et elle est pas mal moins
généreuse qu'en Colombie-Britannique ou même les États-Unis, parce qu'eux, ils
subventionnent ça à <coups...
Mme Rizqy :
...et
elle est pas mal moins généreuse qu'en Colombie-Britannique ou même les
États-Unis, parce qu'eux, ils subventionnent ça à >coups de milliards, et
pour le secteur... notamment pour les fermes, 50 % payées en subventions.
Et vous avez parlé du Vermont. Je suis allée faire un tour avec mon mari, en
auto électrique, évidemment, et sur pratiquement tous les toits des fermes, ce
n'étaient que des panneaux solaires. Alors, j'étais émerveillée, et j'ai pris
plein de photos, d'ailleurs, pour documenter ça, et non, je n'ai pas passé ça à
la dépense, ne cherchez même pas, alors, c'était vraiment un voyage personnel.
Moi, je veux savoir... Ma collègue, tantôt,
la députée de Mille-Îles l'a posée, la question, au groupe précédent :
Est-ce que 2026, c'est un peu tard, première des choses? Puis, deuxième des
choses, est-ce qu'on peut faire, aussi, du côté du gouvernement, pas juste
Hydro-Québec, le gouvernement du Québec... aider, oui, les citoyens, mais
aussi, par exemple, au niveau des entreprises, pour faire l'acquisition des
panneaux solaires, des batteries de stockage et peut-être même des murs
énergétiques?
M. Goulet (Patrick) : Bien,
on va commencer par... Oui, on devrait avoir des subventions, évidemment, là,
puis ce n'est pas suffisant, ce que... ce qui est présenté jusqu'à maintenant,
on est... On en discute, d'ailleurs.
Une voix : ...
M. Goulet (Patrick) : Oui,
puis 2026, c'est loin, OK. On peut commencer rapidement là-dedans.
Pour... pour... J'essaie de reprendre mes
idées, là. Oui, OK. Pour... pour la subvention comme telle, si on regarde, là,
comment elle fonctionne ailleurs, là, dans... Green Mountain Power, c'est... je
trouve que c'est le meilleur exemple. C'est qu'eux, ils encouragent les
batteries pour couvrir les pointes, parce qu'eux aussi, ils ont des pointes,
hein, ils ont à peu près la même saison que nous autres, là, ils ont l'hiver.
Alors, en... ils leur donnent un montant par kilowattheure de quantité de
batteries qu'ils ont, ils ont un montant subventionné, mais ils ont une entente
avec Green Mountain Power pendant cinq ans, je crois, là, je ne me souviens
plus exactement du détail, là. J'ai écrit un article là-dessus, d'ailleurs, là,
vous avez juste à aller voir dans mon site web, Énergie solaire Québec. Puis...
et c'est... c'est... Là, Green Mountain Power ont accès à ta batterie pour
écrêter les moments des pointes, quand ça arrive.
Ça fait que ça, c'est des programmes comme
ça qu'ils ont... qu'ils établissent au Vermont. On peut avoir des trucs comme
ça ici, au Québec, la même chose, être un peu plus créatifs dans les
subventions, là, concernant le solaire et, aussi, les batteries, parce que
c'est la combinaison des deux qui va être vraiment efficace quand c'est le
temps d'écrêter les pointes. C'est vraiment ce qu'il faut faire, oui.
M. Royer (Jimmy) : Si je peux
rajouter, c'est que par rapport au solaire et à la batterie en... chez... au
résidentiel, chez l'autoproducteur, à ce moment-là, c'est un très bon mariage,
parce qu'en plus, on n'a pas besoin d'augmenter les lignes de distribution. Là,
on parle de... d'utiliser l'énergie solaire directement dans la maison grâce à
la batterie, et, seulement s'il y a un certain surplus, on va l'envoyer, mais
ça va aller chez le voisin, alors, donc, ça n'ira pas bien loin, là.
Par contre, si on veut... Le solaire,
comme on le disait tout à l'heure, c'est que ça ne marche pas à la période de
pointe hivernale, oui, c'est vrai, mais ça ne dure pas tellement longtemps, et
ça adonne bien, on a Hydro-Québec, les plus gros barrages, pratiquement, au
monde — la Chine en a des plus gros, mais en tous les cas, on est un
des plus gros — et on est... on a ces grandes réserves-là, alors, ce
qui fait que même avec des parcs solaires, on aurait aussi ce stockage-là, qui
est sur le réseau actuel.
• (17 h 10) •
Alors, donc, pour nous, en fait, la
question subsidiaire qu'il reste, c'est : Combien ça coûte? Le solaire,
aujourd'hui, il est rendu à un niveau tel qu'il bat toute compétition. Il y a
10 ans, je ne vous aurais pas dit ça. Moi, j'ai commencé en 1985 dans
l'énergie solaire, on parlait de 20 $ le watt. Aujourd'hui, là, on parle
de 1,80 $ à 2,50 $ le watt installé. Le 20 watts que je vous
parlais tantôt, c'était juste le panneau solaire, il était tout petit. Alors,
oui, à ce moment-là, ça n'avait pas d'allure, au Québec, de le faire, et on le
faisait surtout pour les maisons qui étaient hors réseau, dans les camps de
pêche, les camps de chasse, etc., parce que c'était toujours mieux que des
génératrices à l'essence ou même au gaz naturel. Mais aujourd'hui, on est rendus
là, on est rendus compétitifs à toutes les autres formes d'énergie
renouvelable, et je dirais même énergies fossiles.
Mme Rizqy : Messieurs, je
suis surprise, parce que la semaine dernière, on a eu certains des experts qui
nous ont dit exactement le contraire. Un peu plus, là, ils disaient que <c'était...
Mme Rizqy :
...on a eu certains des experts qui nous ont dit exactement
le contraire. Un peu plus, là, ils disaient que >c'était de la chnoutte.
Alors, moi, je veux savoir, parce qu'on a quand même des... Moi, chez moi, à
Saint-Laurent, ça fonctionne, les panneaux solaires à la mairie d'arrondissement,
dans les... sur les toits de certaines entreprises qui ont fait le virage. Lac-Mégantic,
ça fonctionne. J'ai l'impression que là, il y a des... Et quand je regarde ce
qui se fait ailleurs, vous avez parlé de la Norvège qui a un climat très
similaire au nôtre, qui dit vrai?
M. Royer (Jimmy) : Bien, en
fait, qui dit vrai, on n'a rien qu'à regarder ailleurs, ça se fait, hein? Alors,
donc, je pense que c'est la... On voit tout de suite qui dit vrai. Maintenant,
une des raisons pourquoi on a ce discours-là, c'est qu'on voit quand même qu'il
y a un désavantage en solaire, puis ça, on en est tout à fait conscients, c'est
qu'en période de pointe hivernale, au Québec, bien oui, c'est vrai que le
solaire n'est peut-être pas là, à ce moment-là. Mais on ne peut pas faire
100 % d'énergie solaire, au Québec. C'est ça, la grosse différence, là. À
partir du moment où on a un mix d'énergie : hydroélectricité, éolienne,
solaire, stockage batteries, stockage hydroélectrique, le solaire est parfait,
parce que lui, il va diminuer le coût d'électricité. On parle, comme je le
disais, entre 0,06 $, 0,08 $ le kilowattheure versus les nouveaux
barrages...
Mme Rizqy : À 0,12 $.
M. Royer (Jimmy) : ... on
parle de 0,10 $, 0,12 $. Déjà...
Mme Rizqy : Donc, c'est
gagnant-gagnant pour nous, comme consommateurs, mais aussi pour le
gouvernement.
M. Goulet (Patrick) : C'est
ce qui est important aussi, là, c'est la participation du public, là. Les
citoyens, ils peuvent... là, ils vont se sentir investis parce qu'ils vont
avoir quelque chose pour pouvoir participer. Là, c'est toujours les producteurs
qui vont régler le problème de notre déficit énergétique. Mais là, si tu leur
donnes quelque chose, entre les mains, pour qu'ils puissent eux-mêmes produire...
Puis le phénomène, aussi, c'est que les gens, quand ils produisent leur
électricité avec le solaire, bien, là, ils deviennent encore plus conscients de
la consommation. Ils ne vont pas surconsommer, justement, là. Là, ils veulent
être performants, ils ne veulent pas réinjecter sur le réseau de l'Hydro, ils
veulent garder ça chez eux. Puis là, je les vois, des fois, là, dans des
salons, là, puis ils montent leur téléphone : Heille! check ma production,
là. Ils sont tout excités, là, tu sais, puis... puis c'est un peu... C'est ça,
le phénomène que ça fait. Alors, moi, là, quand je... quand je... Je veux
encourager les gens de mettre du solaire parce que ça les conscientise sur la
production, puis les limites, aussi.
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
M. Goulet (Patrick) : Ça les
rend beaucoup plus économes, en bout de ligne, au contraire de ce que j'ai
entendu là, des fois, là. Bien, c'est...
Mme Rizqy : Bien, de toute
façon, je pense que le gouvernement, l'intention, c'est d'avoir tout un bouquet
de mesures pour...
M. Goulet (Patrick) : Exact.
Mme Rizqy : ...avoir
davantage de sources d'électricité. Alors, nous, on va pousser fort pour cette
proposition, pour s'assurer qu'effectivement, on est capables de faire de l'autoproduction,
mais aussi de remettre ce qui n'a pas été utilisé dans le réseau vers
Hydro-Québec pour libérer ses électrons. Un grand merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est maintenant le temps de laisser la parole au député de Maurice-Richard pour 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci beaucoup, messieurs, d'être là. Moi, mon père était prof
de photovoltaïque dans une école d'ingénieurs depuis la fin des années 1960.
M. Goulet (Patrick) : Ah!
wow!
M. Bouazzi : Oui, paix à son
âme, il doit être heureux que je vous rencontre aujourd'hui, dans sa tombe.
Le... Évidemment, ce que vous dites est très important. On comprend, ceci étant
dit, il y a des problèmes par rapport à la... à la pointe hivernale. Mais j'en
ai une facile, parce que quand je suis allé au Saguenay—Lac-Saint-Jean, j'ai vu
qu'on était capables de même produire chez nous, penser des chauffe-eaux avec
une énergie solaire, et le chauffe-eau étant une batterie...
M. Goulet (Patrick) : Oui.
M. Bouazzi : ...parce qu'ils emmagasinent
de l'eau chaude. Qu'est-ce qui fait que ce n'est pas juste obligatoire, aujourd'hui,
au Québec, d'avoir un chauffe-eau qui marche avec l'énergie solaire?
M. Royer (Jimmy) : Je peux
répondre, si tu veux.
M. Goulet (Patrick) : Oui,
vas-y.
M. Royer (Jimmy) : Oui. En
fait, on parle de stockage. Alors, stockage électrique, quand on veut avoir de
l'électricité à la fin, c'est ça qui est quand même le plus intéressant. Mais
si on veut avoir de la chaleur, pourquoi pas faire du stockage thermique? Alors
le chauffe-eau, très bon élément qui est là. On peut chauffer le chauffe-eau
plus que sa température nominale d'Hydro... qu'Hydro-Québec le «set point» pour
s'assurer qu'il n'y ait pas de bactéries, etc. Mais on peut chauffer plus haut,
et, à ce moment-là, ça te permet d'avoir ce stockage-là qui est là. Il est là,
il existe.
M. Bouazzi : Exact. Et quand
la pointe arrive, on ne chauffe pas, on attend.
M. Royer (Jimmy) : C'est ça.
M. Bouazzi : Et tout va bien.
M. Royer (Jimmy) : Exactement.
M. Goulet (Patrick) : Tu
fermes le chauffe-eau, là, juste pour le temps que... de la pointe, puis après
ça, ça...
M. Bouazzi : Puis on s'entend
qu'il y en a des plus difficiles que d'autres. Celle-là consiste à mettre un
panneau solaire qui n'a même pas besoin d'être immense sur le toit. Un câble
avec une résistance, à <l'intérieur...
M. Bouazzi :
...panneau
solaire qui n'a même pas besoin d'être immense sur le toit. Un câble avec une
résistance, à >l'intérieur d'un chauffe-eau qui chauffe de l'eau, c'est
de la technologie qui n'est pas trop compliquée.
M. Goulet (Patrick) : Oui,
oui. Bien, ça va prendre plus qu'un panneau, là, quand même.
M. Bouazzi : OK. Et la
question, c'est : Qu'est-ce qui fait que le code du bâtiment n'a pas
évolué depuis la dernière décennie sur ces questions-là, là?
M. Goulet (Patrick) : Le code
du bâtiment, là-dedans, il n'a pas... il n'a pas vraiment à intervenir pour
la...
M. Bouazzi : Pour rendre
obligatoires de tels chauffe-eaux?
M. Goulet (Patrick) : Ah, ah,
OK, ça, ce n'est pas... Ah! ça, c'est différent, là. L'obligation. OK, bien là,
on parle d'une autre histoire, là, si on veut inclure ça dans le code du
bâtiment, je suis d'accord avec toi, là. Puis il y a d'autres technologies qui
sont... qui s'en viennent ici, là. En plus du chauffe-eau... chauffe-eau, il y
a aussi la batterie thermique à changement de phase aussi, qui est une
technologie encore plus évoluée, là, qui vient de l'Europe, de l'Écosse. Puis
ça, ça aussi, là, ça fonctionne très bien sur le PV.
M. Royer (Jimmy) : Si je peux
me permettre, sans en faire une obligation, c'est que c'est possible de
l'utiliser, tout dépend du coût à la fin. Alors...
M. Bouazzi : Mais, au bout du
compte, on a besoin d'électricité. On ne peut pas obliger les gens... chez eux,
là. Je veux dire, on fait des passoires énergétiques aujourd'hui encore, ce
n'est pas une option. Ce serait bien d'isoler les maisons.
M. Royer (Jimmy) : Ça, c'est
le point le plus important. À mon avis, il faut déjà mieux gérer l'énergie qu'on
utilise. Alors...
M. Bouazzi : En sept ans au
pouvoir, il n'a toujours pas évolué, malheureusement, le code du bâtiment.
M. Royer (Jimmy) : Il y a ça.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Merci beaucoup. C'est maintenant le temps de céder la parole au député de Jean-Talon
pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Vous nous faites
un plaidoyer passionné pour l'énergie solaire en nous rappelant qu'on a une
grande richesse solaire qui n'est pas encore exploitée à sa juste mesure. Et si
je vous comprends bien, aussi, vous nous dites : C'est un... ça contribue
à l'efficacité énergétique, ça va désengorger le système et c'est un outil
d'émancipation des ménages, notamment des individus, qui vont... qui vont mieux
gérer eux-mêmes leur propre consommation, mais qui vont être... qui vont être
en autonomie. C'est un peu ce que vous nous dites. C'est un outil
d'émancipation individuel.
M. Royer
(Jimmy) :
Pas en autonomie, dans le sens qu'il va être quand même
relié à Hydro-Québec.
M. Paradis : Oui.
M. Royer (Jimmy) : Mais il va
pouvoir contribuer aussi à l'effort...
M. Goulet (Patrick) : Il va
avoir le sentiment... oui, c'est ça, il va avoir le sentiment de participation,
tu sais, beaucoup plus, là, le fait de pouvoir produire sa propre énergie.
M. Paradis : Bien, pour
reprendre vos mots, ça décentralise et ça va faire en sorte que les clients
vont investir eux-mêmes dans la transition énergétique pour leur propre
bénéfice. C'est ce que vous dites?
Une voix : Exact.
M. Paradis : Bon. Ensuite,
vous nous parlez des dispositions relatives à l'autoproduction. Et moi,
j'aimerais savoir... parce que vous dites : Bien là, on aimerait peut-être
même les faire élargir, mais j'aimerais savoir quelle... si vous faites une
distinction entre l'autoproduction privée des individus, des personnes, des
ménages et celle des entreprises, des PME et des industries. Est-ce que vos
demandes, ça s'applique à tout ou si ça vise surtout le résidentiel?
M. Royer (Jimmy) : Ça vise
surtout le résidentiel, là. On parle vraiment de ça. Quand on parle
d'autoproduction, c'est celui qui utilise l'énergie. Maintenant, ça peut aller
jusqu'à une forme de personne qui a une usine ou quelque chose, où il fait une
production, il en a besoin pour son usine, c'est aussi de l'autoproduction.
C'est du privé, le... Même le résidentiel, c'est du privé, on s'entend là-dessus.
Mais si vous parlez de la grosseur, on veut surtout, nous, axer sur
résidentiel.
M. Paradis : OK. Parce que,
pour être plus précis, là, vous dites : Bien, la possibilité offerte à un
autoproducteur de vendre de l'électricité devrait être élargie, puis là, on
devrait dire à des voisins, etc. Mais ça, vous parlez du résidentiel
principalement, à la page sept de votre mémoire.
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
M. Royer (Jimmy) : Exactement.
C'est très important parce que, là, on parle surtout, par exemple, pour les
coops, les coopératives d'habitation, est-ce qu'eux autres pourraient
s'installer et vendre à leurs membres? Aujourd'hui, non. On parle de quelques
projets qu'il y a déjà eus en autoproduction, où ils ne pouvaient... ils
utilisaient, mais ils ne pouvaient pas vendre à Hydro-Québec...
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci.
M. Royer (Jimmy) : Parce que
les limites étaient seulement de 50 kilowatts dans...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
M. Royer (Jimmy) : Et
maintenant elle est à 1 000 mégawatts... 1 000 kilowatts.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Alors, je vous remercie pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Je suspends les travaux quelques instants
avant de permettre... afin de permettre, dis-je, aux prochains intervenants de
prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 17 h 21)
(Reprise à 17 h 27)
Le Président (M. Montigny) :
Alors, nous recommençons nos travaux aujourd'hui. Je souhaite maintenant la
bienvenue à l'Association des consommateurs industriels de gaz. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons, par la suite, à une période d'échange avec les membres de la commission.
Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé maintenant.
Vous avez 10 minutes. Merci.
M. Dias (Douglas) : M. le
Président, mesdames, messieurs de la commission. Je voudrais, dans un premier
temps, vous remercier, au nom de l'Association des consommateurs industriels de
gaz, de l'opportunité de vous présenter nos recommandations quant au projet de
loi n° 69. Je suis Douglas Dias, vice-président Ventes et développement
chez Greenfield Global et je suis ici aujourd'hui, avec vous, en ma qualité de
vice-président du conseil de l'ACIG. Je suis accompagné de M. Sebaa,
vice-président de l'ACIG.
L'ACIG représente les plus grands
consommateurs de gaz au Québec et en Ontario. Nos membres sont les grands noms
de l'industrie lourde qui fait la base industrielle du Québec. L'ACIG a été
fondée en 1973 et est active dans la sphère réglementaire, notamment au Québec,
auprès de la Régie de l'énergie. Je passe la parole à mon collègue Nazim qui va
vous présenter nos recommandations.
M. Sebaa (Nazim) : Merci,
Douglas. M. le Président, Mme la ministre, mesdames et messieurs les députés et
membres de la commission. J'ai donc le plaisir et la tâche de vous présenter
aujourd'hui les observations et recommandations de l'Association des
consommateurs industriels de gaz sur le projet de loi n° 69. Je suis Nazim
Sebaa, je suis ici avec vous à titre de vice-président de l'association.
Premièrement, l'ACIG salue l'alignement et
l'amarrage des objectifs du projet de loi n° 69 sur l'économie et
l'innovation, une démarche essentielle pour garantir que la gestion des
ressources énergétiques soit en phase avec les besoins de développement
économique du Québec. Ce projet de loi représente une opportunité unique pour
le Québec de s'engager sur la voie d'une transition énergétique compétitive. Il
est crucial que cette transition assure le maintien de la compétitivité de
notre économie, condition indispensable pour continuer à attirer des
investissements tant nationaux qu'étrangers tout en favorisant un environnement
propice à l'innovation. En effet, il est impératif que la transformation du
secteur énergétique soutienne le dynamisme économique et industriel du Québec
et permette de développer les conditions nécessaires à une croissance durable.
L'enjeu principal pour l'industrie lourde, au Québec, est de parvenir à se
décarboner tout en maintenant sa compétitivité. Nous reconnaissons que ce défi
est complexe et que les investissements requis se chiffrent en milliards de
dollars. Malgré ces enjeux, l'industrie continue d'investir de manière
proactive pour atteindre ses objectifs environnementaux, économiques et
sociétaux, comme en témoigne la feuille de route d'ArcelorMittal, un de nos
membres, feuille de route pour la décarbonation, que nous avons ajoutée à notre
présentation. L'ACIG se réjouit des grandes lignes du projet de loi, en
particulier de l'introduction du plan de gestion intégrée des ressources
énergétiques. Ce plan permet de penser l'énergie dans sa globalité et de
coordonner efficacement et d'optimiser les différentes ressources, y compris le
système de distribution de gaz naturel, un pilier essentiel pour atteindre les
objectifs de décarbonation.
• (17 h 30) •
À travers notre mémoire, nous proposons de
renforcer ce projet de loi pour en assurer le succès. Nous croyons fermement
que pour garantir une transition énergétique durable et compétitive, il est
essentiel d'inclure explicitement la notion de compétitivité dans le PGIRE
ainsi que dans le mandat de la Régie de l'énergie. Et c'est notre première et
principale recommandation. En dotant le PGIRE et la régie du mandat de veiller
à la compétitivité...
17 h 30 (version révisée)
M. Sebaa (Nazim) : ...de la Régie
de l'énergie. Et c'est notre première et principale recommandation. En dotant le
PGIRE et la régie du mandat de veiller à la compétitivité, nous éviterions des
surinvestissements et des actifs sous-utilisés ou non utilisés.
Par ailleurs, il est crucial que l'élaboration
du PGIRE se fasse en concertation avec des parties prenantes et des experts
indépendants, garantissant ainsi sa transparence et son acceptabilité.
Inscrire la compétitivité dans les
missions de la régie permettrait également de renforcer son rôle de
surveillance en matière de tarification et d'investissement, cela augmenterait
la transparence et la crédibilité de ses décisions, tout en envoyant un signal
fort aux investisseurs nationaux et internationaux. Disons que le Québec s'engage
à atteindre ses objectifs de décarbonation tout en protégeant sa compétitivité
économique et industrielle.
Il est essentiel de souligner que le
maintien de la compétitivité de l'économie permettrait de prévenir des impacts
indésirables tels que des augmentations soudaines des coûts de l'énergie, comme
cela a été observé dans certaines juridictions. Ce point revêt une importance
particulière dans le cadre des responsabilités de la régie, où l'article 50
du projet de loi propose une présomption de prudence des investissements. Bien
que cette disposition puisse être perçue comme une simplification du processus,
elle risque de réduire la capacité de la régie à superviser adéquatement les investissements
des distributeurs qui pourraient... des investissements qui vont être inclus
dans leur base de... tarifaire sans un examen approfondi, entraînant ainsi une
hausse des tarifs pour les consommateurs. En outre, cette présomption,
transférer le fardeau de la preuve sur les intervenants et la régie, qui ne
disposent pas toujours des ressources suffisantes pour vérifier que ces
investissements ont été réalisés de manière optimale.
Enfin, maintenant, j'aimerais aborder
quelques recommandations spécifiques à la distribution du gaz naturel. Nous
soutenons la cause tarifaire triennale, mais demandons qu'une mention explicite
soit ajoutée concernant le mécanisme de partage des rendements excédentaires,
garantissant ainsi une répartition plus équitable des bénéfices entre les
distributeurs et les consommateurs.
Concernant le gaz de sources
renouvelables, l'ACIG aussi... ici aussi, soutient également la proposition de
tarification différenciée, essentielle pour encourager l'adoption de cette
énergie particulièrement importante pour les procédés industriels, notamment
ceux non électrifiables. Cependant, l'attractivité du GSR est actuellement
freinée par des coûts de réduction de GES qui ne sont pas compétitifs par
rapport à d'autres options. Actuellement, au Québec, réduire une tonne de CO2
en ayant recours au GSR coûte environ 295 $ la tonne équivalent CO2.
Nous suggérons donc de mieux valoriser l'intensité carbone du GSR pour en
améliorer son adoption par l'industrie.
L'ACIG salue aussi la reconnaissance du
biogaz dans les objectifs de distribution, une mesure que nous soutenons sans
réserve. Cela permettra de favoriser des solutions hors réseau pour alléger le
fardeau des consommateurs de gaz tout en proposant une décarbonation... des
solutions de décarbonation à moindre coût. Nous proposons d'étendre cette
reconnaissance aux gaz de synthèse et gaz de procédés fatals afin de donner aux
industriels plus d'outils pour atteindre leurs objectifs de décarbonation.
En conclusion, l'ACIG estime que le projet
de loi n° 69, notamment le PGIRE, offre une belle opportunité pour le
Québec de mener à bien sa transition énergétique. Toutefois, il est essentiel d'y
inclure la notion de compétitivité afin de garantir une économie québécoise à
la fois prospère et sobre en carbone.
Enfin, je finirai par le fait que l'industrie
lourde est à la base de l'économie du Québec. Nous avons bâti un système
énergétique performant et fiable pour attirer l'industrie lourde, pour faire
rentrer le Québec dans le concert des nations industrialisées. Pari et objectif
atteints, maintenant face aux enjeux de décarbonation, il faudrait réitérer
cette réalisation en accompagnant l'industrie lourde vers l'étape d'après et la
considérer comme un héritage à sauvegarder.
Ce qui fait le tour de ma présentation, et
je peux vous rendre deux minutes, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup pour votre présentation. C'est maintenant le moment de procéder à la
période d'échange avec les membres de la commission. Alors, Mme la ministre,
vous avez la parole pour 16 min 30 s.
Mme Fréchette : D'accord.
Parole que je partagerai avec les collègues. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Mme Fréchette : Alors, merci,
MM. Rahbar et Sebaa. Merci de votre présence et de votre participation à
cette commission, à ces échanges et pour le mémoire également.
Donc, bon, la transition énergétique est
ce qui nous amène à mettre de l'avant ce projet de loi n° 69, ça signifie,
en fait, l'abandon, là, progressif de l'énergie produite à partir de
combustibles fossiles. Donc, comment est-ce que vous <voyez...
Mme Fréchette :
...à
partir de combustibles fossiles. Donc, comment est-ce que vous >voyez,
comme représentants, là, des grands consommateurs de gaz naturel... comment
est-ce que vous voyez que votre organisation puisse contribuer à mettre en
place, justement, cette transition énergétique, et faisant en sorte de laisser
de plus en plus de place au gaz de sources renouvelables?
M. Sebaa (Nazim) : Je vais y
aller. Merci pour la question. Écoutez, nos membres sont déjà très actifs. Tous
nos membres, sans exception, ont l'objectif de neutralité carbone en 2050,
avec des projets et des objectifs de réduction significatifs de leurs émissions
de gaz à effet de serre en 2030. On investit beaucoup, beaucoup d'investissements
sont consentis en ce... Ça se chiffre en milliards. On n'est même pas de l'ordre
de plusieurs dizaines ou de centaines de millions. On parle vraiment de
milliards.
Je vais vous donner l'exemple d'ArcelorMittal.
Il y a... il y a un an, un an et demi, ils ont fait un test, grandeur
nature, au Québec, en injectant de l'hydrogène vert en substitution du gaz
fossile. C'était une première mondiale à cette échelle-là. Et ce qui est... ce
qui est beau dans tout ça, ce qui est intéressant, c'est qu'ArcelorMittal a
choisi le Québec pour le faire, alors qu'ils auraient pu le faire dans leurs
installations allemandes, ou françaises, ou sud-africaines, qui sont très en
retard par rapport aux installations québécoises.
Donc, dans tout ça, on s'insère dans ce
cycle-là, dans cette transition-là. Ça va prendre du temps, c'est complexe. On
va chercher de nouvelles formes d'énergie. Il y aura peut-être toujours du gaz
fossile pour des besoins, surtout quand on... vous n'êtes pas électrifiable, c'est
pour... c'est pour des procédés chimiques. Et le gaz naturel est un... est un
intrant de base, hein? C'est une matière première qui n'est pas utilisée pour
la combustion, elle est utilisée pour... pour tout autre chose. Je pourrais
vous citer Rio Tinto aussi, avec leurs cuves décarbonées, les nouvelles
installations et les...
C'est-à-dire que les industries, elles
innovent. Ils vont de l'avant, ils participent à l'effort national. Ça fait que
la décarbonation, elle n'est plus une question de... ce n'est même pas une
question réglementaire. C'est ça qui est... qu'on observe, à l'interne, en
discutant avec les membres. C'est que ce n'est même plus... parce que c'est...
il y a une obligation de le faire. C'est dans leur mode de gestion, c'est un
objectif corporatif, et c'est comme ça qu'on va y arriver.
Mme Fréchette : Merci. On
aura, dans quelques mois, donc, à travailler sur le PGIRE, donc ça va être... faire
notre... notre feuille de route pour le bouquet énergétique du Québec pour les
prochaines années. Qu'est-ce que vous voyez comme balises, comme paramètres qui
devraient guider notre réflexion quant à la décarbonation des activités du
secteur industriel québécois, là? Qu'est-ce qu'on devrait avoir comme
garde-fous, comme balises qui nous guident dans cette réflexion-là pour le
bouquet énergétique qui va être inscrit dans le PGIRE?
M. Sebaa (Nazim) : Je ne sais
pas si j'ai bien compris la question. Je vais essayer de répondre.
Mme Fréchette : Certainement,
la notion de compétitivité, vous allez me dire?
M. Sebaa (Nazim) : C'est ça,
j'allais y aller. Tout notre mémoire, ou la grande partie de notre mémoire, on
vous a parlé de compétitivité, et par compétitivité, c'est des choix d'investissement
judicieux qu'on entend. Ce n'est pas tant le prix de l'énergie, qui est... qui
est d'une importance fondamentale. Il ne faut pas oublier que les grands
industriels — et je crois que c'était M. Simard, de l'aluminerie, qui
vous en a parlé — c'est 30 % du coût de revient. Ce n'est pas
une petite PME, c'est un produit non différencié. C'est le marché qui fixe le
prix, donc l'énergie est déterminante.
Maintenant, les besoins pour la transition
énergétique sont ce qu'ils sont, et la notion de compétitivité va veiller à ce
qu'on dimensionne convenablement les investissements, et qu'on fasse des choix
ou des arbitrages judicieux. Parce qu'on peut aller vers des solutions plus
locales, plus petites, peut-être moins chères, plus intéressantes, ou peut-être
investir dans d'autres... C'est là où le PGIRE a tout... va être quelque
chose... un outil extraordinaire. C'est de nous permettre de réfléchir qu'est-ce
qu'on va faire, qu'est-ce que... Est-ce qu'on va juste tirer des câbles et des
pipelines dans le sol, rajouter des pipelines dans le sol? Est-ce que c'est la
bonne solution, ou est-ce que c'est un mix de plusieurs solutions? Et, comme
pour l'industrie, la décarbonation, ça va être un ensemble de solutions, et non
pas une solution. Ça ne va pas être que de l'électricité verte. Ça va être
vraiment un empilement de solutions.
• (17 h 40) •
C'est là où, même notre recommandation de
nous inclure à un moment dans l'élaboration du PGIRE, pas au tout début, on
comprend, mais à un moment d'inclure les parties prenantes, des experts
indépendants, surtout, pour discuter, pour voir si on a vraiment pris toutes
les solutions qui s'offraient à nous, est-ce qu'il n'y a pas d'autres choses à
faire, ça renforcerait le PGIRE et, surtout, son acceptabilité. Une fois qu'il
sera rendu public, les grands intervenants, si je peux dire, auront déjà <exprimé...
M. Sebaa (Nazim) :
...les
grands intervenants, si je peux dire, auront déjà >exprimé leur point de
vue en interne, et on aura quelque chose, un outil formidable pour aller de
l'avant. Est-ce que j'ai répondu à votre question?
Mme Fréchette : Vous
mentionniez que vos membres avaient l'objectif de décarboner leurs entreprises
d'ici 2050. Est-ce que vous voyez que ces avancées vers la décarbonation
vont se faire de manière très graduelle, au fil du temps, ou il y aura comme,
d'emblée, là, un grand pas qui pourrait être fait vers le gaz de sources
naturelles, et ensuite on va atteindre un plafond? Est-ce que... Comment est-ce
que vous voyez que ça puisse évoluer au fil des années, suivant les
technologies qui existent et le coût?
M. Sebaa (Nazim) : Écoutez,
jusqu'à 2030, les objectifs de réduction de gaz à effet de serre vont se faire
avec ce que nous avons de disponible, c'est-à-dire les énergies renouvelables
qu'on peut inclure ou des programmes d'efficacité énergétique. Pour 2050,
il va nous falloir un saut technologique.
Mme Fréchette : Il va
falloir... pardon, j'ai manqué, pour...
M. Sebaa (Nazim) : Un saut
technologique.
Mme Fréchette : OK.
M. Sebaa (Nazim) : Il va nous
falloir une nouvelle technologie, qui ne sont pas... qui sont peut-être en
cours de... Je ne suis pas expert là-dedans non plus, je ne pourrais pas vous
dresser toute la palette, mais, par exemple, la capture du carbone fait partie
des solutions ou des technologies à mettre en place après 2030 pour accélérer.
Donc, c'est en cours. Peut-être que, Douglas, tu voudrais donner une autre
perspective?
M. Dias (Douglas) : Oui. Merci,
Nazim. Pour le cas de Greenfield, il y a certains projets qui vont décarboner
notre distillerie. Donc, ça va se produire en étapes. Et donc je ne dirais pas
que c'est un... que c'est un chemin graduel, mais il y a certains projets, et le
capital qui doit être dépensé pour obtenir des nouveaux sauts.
Mme Fréchette : Merci. Et une
dernière question de ma part : Est-ce que vous pensez que le projet de loi
n° 69, là, présente des avancées intéressantes pour faciliter la
transition énergétique du secteur industriel qui s'approvisionne en gaz?
M. Sebaa (Nazim) : Écoutez,
ce qui est formidable, avec le projet de loi n° 69, c'est qu'il offre des
outils législatifs et réglementaires plus flexibles, parce que le maître mot,
c'est la flexibilité, pour l'industrie. Ce que va rechercher l'industrie, avant
tout, c'est la flexibilité de pouvoir utiliser telle et telle énergie, pouvoir
utiliser tel ou tel procédé. Et c'est là où est la force de ce projet de loi,
c'est la flexibilité qu'elle introduit.
Mme Fréchette : Merci. Je
vais céder la parole aux collègues. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci,
Mme la ministre. Alors, je cède la parole maintenant au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Il reste 8 min 10 s.
M. Bernard : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. Dias puis M. Sebaa. Je suis allé sur votre site Internet
parce que je voulais voir, naturellement, qui étaient un peu vos membres de
votre association. Et Rouyn-Noranda—Témiscamingue, secteur minier, puis je
regardais parmi les membres que vous aviez, je retrouve des entreprises qui
sont vraiment importantes dans notre tissu économique régional, <i>Agnico-Eagle,
entre autres, <i>Glencore, RYAM, puis, je regardais, il y a beaucoup
d'autres personnes qui viennent soit de l'industrie papetière ou de l'industrie
minière.
Quand je suis arrivé en région...
Rouyn-Noranda a toujours été, je vous dirais, entre guillemets, privilégiée. Je
ne sais plus si c'est le cas maintenant, mais on... il a été connecté sur le
réseau de gaz naturel depuis très longtemps, une cinquantaine d'années,
probablement plus, OK, Témiscamingue aussi, pour l'industrie, ils sont là.
Puis, quand je suis arrivé dans les années 80 en Abitibi, à ce moment-là,
Gaz Métro, qui est devenu Énergir, avait prolongé la ligne de gaz jusqu'à Val-d'Or.
Et l'effet bénéfique de ça, c'est que les mines qui étaient le long de la route 117
se sont connectées sur le réseau de gaz naturel. La raison primaire, c'est que,
pour chauffer l'air, pour envoyer sous terre, et autre, donc, le gaz naturel
était une énergie beaucoup plus performante, et donc abaissait, à ce moment-là,
le coût d'opération en utilisant moins d'électricité.
Et, selon... quand je regarde dans cette
dynamique-là, si on veut maintenant aller vers la décarbonation, c'est-à-dire pour
les... ces industries-là, si ce n'est pas du gaz naturel de sources
renouvelables, des GNR ou des GSR, comment que la transition va pouvoir se
faire? Parce que vous l'avez dit, la volonté de vos <membres...
M. Bernard :
...la
transition va pouvoir se faire? Parce que vous l'avez dit, la volonté de vos >membres,
c'est d'aller vers la décarbonation. Mais ce retour-là va entraîner des coûts
d'opération. Est-ce que la transition ou le changement... Éventuellement, il va
falloir une aide gouvernementale et autre. Parce que, si on veut que nos coûts
d'opération de nos usines demeurent compétitifs, quelle est la solution?
M. Sebaa (Nazim) : Bien, là,
vous me...
M. Bernard : Je suis vraiment
déchiré, là, parce que je suis dans un bord, puis il y a mes industries
régionales qui sont... qui sont dans cette dynamique-là.
M. Sebaa (Nazim) : On va
avoir besoin d'accompagnement pour certaines choses, c'est sûr. Vous avez parlé
du GSR, GNR, anciennement le GNR, c'est une option, mais pour l'instant, c'est
une option qui coûte cher, qui coûte cher parce que la molécule à produire
coûte cher. Mais surtout, pour l'instant, au Québec, on a les mains liées dans
le dos. C'est qu'on n'a pas de reconnaissance de l'intensité carbone de ce GNR.
Là, je vous ai... Dans le mémoire, je crois que je l'ai cité, le coût d'une
réduction d'une tonne d'équivalent CO2, c'est 295 $ par tonne,
ce qui est important. Donc, l'industriel va choisir d'autres solutions. C'est
toujours en arbitrage, on fait toujours des arbitrages. Qu'est-ce qui va me
permettre d'atteindre mon objectif à moindres... à moindres frais? Donc, on est
un peu... Pour l'instant, le GSR est très intéressant, mais il reste limité à
cause de ce facteur-là. Peut-être que ce n'est pas cette commission qui doit
trancher, ça relève du ministère de l'Environnement. On fait des
représentations en l'espèce.
Après, l'industrie, il y a plusieurs
façons de soutenir l'industrie ou de soutenir des efforts. Il y a des aides à
l'investissement, des aides à la modernisation, des aides à... ou des
réductions d'impôt, des choses comme ça qui peuvent aider l'industriel. Prenez
pour acquis qu'un industriel, le tour qu'on a fait avec nos membres en
discutant, choisir entre quelque chose de vert et de carboné, on ira toujours
vers quelque chose d'une énergie verte. Maintenant, est-ce qu'elle est
disponible? Est-ce que ça ne va pas affecter mon coût d'opération? Parce qu'on
est en concurrence internationale ouverte et une concurrence féroce. Donc,
après, est-ce que le gouvernement va innover dans ce sens-là pour essayer
d'aider à cette transition juste? Ça serait souhaitable. Mais toujours regarder
aussi que les feuilles de route sont dessinées, sont faites par les
industriels. Il faudrait aller prendre connaissance de ces feuilles de route.
C'est très sérieux. C'est une démarche très sérieuse, elle pourrait, pour
certaines choses... parce que ça va être vraiment spécifique à chaque secteur
et à chaque vecteur énergétique.
Le Président (M. Montigny) : ...
M. Bernard : Bien, merci, M.
le Président. La réflexion est quand même vraiment importante parce qu'on parle
beaucoup du PGIRE justement pour la... le plan de gestion intégrée des
ressources. C'est une perspective à long terme. Et plusieurs des intervenants
qui sont venus, ils ont vraiment mis l'emphase d'avoir vraiment une vision
régionale du PGIRE pour répondre justement à des besoins probablement de cette
nature-là. Donc, il va falloir, selon moi, tous les intervenants, puis sur une
base régionale. Ça va être important parce que ça va être le tissu économique
des régions.
Il y a eu des essais également, une des
mines que j'ai travaillée à l'époque, avec de la biomasse, OK, qui... qui sert
des fois, la biomasse... parce qu'il y a eu des projets aussi pour s'en servir
pour le GNR. Donc, c'est peut-être des avenues qui pourraient être utilisées
pour aider les industries, avec peut-être des plans de biomasse, de
l'autoproduction, pour après ça retourner sur le réseau. Je ne sais pas. De
votre côté, la biomasse forestière, entre autres, là, dans mon secteur, sont
peut-être des pistes d'avenues.
• (17 h 50) •
M. Sebaa (Nazim) : La
biomasse forestière est considérée, mais je ne suis pas spécialiste de la
biomasse, j'ai assisté à des conférences et des réunions de travail sur la
biomasse forestière. On peut y avoir recours. C'est une option parmi d'autres.
C'est là où le PGIRE prend tout son sens. C'est sa beauté, c'est-à-dire que c'est...
on va voir tout ce qui peut être déployé pour arriver à l'objectif. C'est ça où
ce PGIRE est intéressant ou cette démarche est intéressante.
Maintenant, est-ce que c'est de la
biomasse, est-ce que c'est du GSR, est-ce que c'est de l'électricité, est-ce
que c'est du gaz naturel fossile aussi? Parce qu'en remplacement d'autres
choses, d'autres énergies fossiles très carbonées momentanément, c'est là où
les discussions doivent être menées. Est-ce que c'est d'un point de vue
régional ou global, même <régional...
M. Sebaa (Nazim) :
...discussions
doivent être menées. Est-ce que c'est d'un point de vue régional ou global,
même >régional? C'est là où il faut amener le PGIRE, de vraiment nous
amener vers des solutions pertinentes et les moins coûteuses possibles. S'il
faut développer une solution locale, c'est mieux que d'aller tirer un câble
électrique sur 2 000 kilomètres ou rajouter
1 000 kilomètres de pipeline. Bon, j'exagère un peu, mais rajouter
des centaines de kilomètres de pipeline dans le sol, ça coûte beaucoup
d'argent. Donc, si on peut voir localement...
Le Président (M. Montigny) :
Merci. En conclusion.
M. Sebaa (Nazim) : ...ce
qu'on peut faire, ça serait... ça serait pertinent.
M. Bernard : Merci.
Le Président (M. Montigny) : Je
vous remercie beaucoup. C'est maintenant le moment de céder la parole à Mme la
députée de Saint-Laurent, pour 10 min 24 s.
Mme Rizqy : Un grand merci,
M. le Président. Alors, bonsoir. Merci d'être présents. Mais merci aussi à
vous, Douglas, à distance, mais on vous voit très bien puis on vous entend
aussi, bien, parfaitement. Merci pour... j'apprécie, c'est ce que j'appelle un
sommaire exécutif, donc très précis avec ce que vous nous... vos
recommandations principales.
Il y a quelque chose qui attire mon
attention assez rapidement. Lorsque vous dites : La compétitivité... en
fait, pour l'industrie, mais aussi pour l'économie en général, en particulier
en termes de désinvestissement et de perte de compétitivité. Qu'est-ce qui peut
inquiéter, justement, le marché au niveau de l'économie en général? Puis, par
la suite, je vous inviterais à aller de façon plus spécifique pour l'industrie.
Un ou l'autre.
M. Sebaa (Nazim) : Douglas,
tu veux... Je vais commencer et je...
Mme Rizqy : D'accord.
M. Sebaa (Nazim) : ...je
laisserai mon vice-président rajouter. Alors, le désinvestissement.
Désinvestissement, c'est quand on n'est pas... on n'a pas suffisamment
confiance un peu dans l'avenir de l'économie, où on s'en... où on s'en sert, et
on commence à aller investir ailleurs. Un investisseur, que ce soit un
industriel ou un investisseur institutionnel, c'est toujours : Est-ce que
je vais pouvoir rentabiliser mes investissements, aller de l'avant? Maintenant,
si on est dans une économie qui ne tient pas ou peu, je ne dis pas que c'est le
cas du Québec, attention, il ne faut pas me faire dire ce que je ne dis pas,
peu ou pas la compétitivité, on pourrait être amené à aller ailleurs. Et, si on
n'a pas ce qu'il faut, on pourrait être amené à aller ailleurs.
Mme Rizqy : M. Dias,
peut-être, de façon plus spécifique. En ce moment, qu'est-ce que vous entendez,
vous, sur le terrain? Parce qu'aujourd'hui, dans la commission, nous,
évidemment, on aurait voulu aller faire une commission itinérante, aller
rencontrer les gens. Donc là, c'est des débats ici. Donc, vous êtes un peu les
porte-voix, même pas juste un peu, vous êtes très les porte-voix des
consommateurs industriels de gaz. En ce moment, c'est quoi leur principale
inquiétude, là, qui pourrait conduire à un désinvestissement ou, pire,
carrément à une sortie?
M. Dias (Douglas) : Merci.
Donc, d'habitude, pour nos entreprises, nous avons des choix pour les
investissements, on peut les situer au Québec, c'est notre désir. D'entre nous,
il y a beaucoup d'usines, de centrales ailleurs aux États-Unis, ailleurs au
Canada, en Europe, etc. Donc, il y a toujours une comparaison entre les coûts
pour l'énergie, pour les matières premières ou pour nos produits. Et puis c'est
l'analyse, effectivement, pour la rentabilité, comme vient de dire Nazim.
Donc, dans mon cas, pour les
biocarburants, pour l'éthanol, c'est un marché nord-américain. Mes compétiteurs
aux États-Unis, par exemple, ils ne sont pas assujettis au SPEDE et donc il y a
certains coûts que Greenfield paie que les producteurs de biocarburants
américains ne paient pas. En somme, je suis plus proche du marché,
effectivement, donc il y a... il y a une balance, mais c'est ce genre de choses
que nous regardons. Et au fur et à mesure que les coûts de l'énergie verte
montent, ça peut réduire notre compétitivité. Et tel ou tel investissement
pourrait se placer ailleurs. C'est ça l'essentiel.
Mme Rizqy : Merci beaucoup.
Le Président (M. Montigny) : ...je
vais céder... Ah, vous vouliez continuer?
M. Sebaa (Nazim) : Je vais
rajouter juste quelque chose. 30 secondes.
Le Président (M. Montigny) : Allez-y
avant.
M. Sebaa (Nazim) : Il y a
aussi la notion de prévisibilité aussi qui est très importante pour un
investisseur. Regardez le Québec avec le SPEDE. C'est un mécanisme qui marche
très bien, qui est très prévisible, qui est intégré chez les industriels. Ils
savent, ils savent où est-ce qu'ils <vont...
M. Sebaa (Nazim) :
...intégré
chez les industriels. Ils savent, ils savent où est-ce qu'ils >vont.
Donc, le SPEDE, c'est stable.
Maintenant, une des clés pour maintenir
l'investissement et éviter le désinvestissement, c'est d'avoir une forme
d'assurance et une forme de prévisibilité sur les prix, notamment sur les prix
de l'énergie. Je voulais juste rajouter ce petit...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Je céderais la parole à la députée de Mille-Îles . Vous avez donc 5 min 50 s.
Mme Dufour : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci, messieurs, pour votre présence et votre mémoire. Fort
intéressant.
Juste pour que ce soit clair pour ceux qui
nous écoutent, quand... dans le fond, un des enjeux de compétitivité, c'est que
vous êtes soumis à la bourse du carbone, ou... en tout cas, nombre d'entre vous
le sont, mais vos compétiteurs ne le sont pas. C'est bien ça? Ou la plupart ne
le sont pas?
M. Sebaa (Nazim) : Non.
Mme Dufour : C'est ça.
Exactement. Donc, ça, ça ajoute des coûts supplémentaires, et donc... oui, je
comprends.
Je voudrais peut-être justement parler
de... vous parler de l'intensité carbone qui devrait être prise en compte et
valorisée dans les mécanismes tarifaires. Et vous suggérez une tarification
différenciée basée sur ça, là, l'intensité carbone pour rendre le GSR plus
attractif. Est-ce qu'il n'y a pas un risque de faire augmenter le coût du gaz
et donc de diminuer la compétitivité de vos membres?
M. Dias (Douglas) : Chaque...
Chaque molécule de gaz renouvelable n'est pas pareille. Et chaque compagnie
industrielle a des cibles à atteindre. C'est le plafonnement. Et donc nous
aimerons payer pour le... pour l'intensité de carbone qu'il nous faut. Et ça,
que l'intensité carbone est reconnue dans le GNR, il y aurait des compagnies
qui paient plus qu'ils ont besoin, et donc il y a, disons, un gaspillage du...
du... du qualité verte du GNR. Donc, l'intensité carbone, c'est le moyen de
différencier la source du GNR, puisque toute source n'est pas pareille.
M. Sebaa (Nazim) : Je vais
compléter.
Mme Dufour : OK. Oui.
M. Sebaa (Nazim) : C'est une
question de volume. Avec... Si vous prenez le GSR comme il est vendu
actuellement au Québec, pour 1 000 mètres cubes de GSR, vous réduisez
de 1,8 tonne équivalent en CO2. Je vous fais la dynamique
rapidement, là. Avec des GSR, ce qu'on a... qui est carbonégatif, donc avec des
intensités carbone négatif, pour le même volume, pour 1 000 mètres
cubes, vous allez être vers les neuf tonnes de réduction. Donc,
c'est-à-dire, pour un même volume, vous réduisez par un facteur neuf vos
émissions de gaz à effet de serre. Et un industriel, ça réfléchit en termes
d'émissions de gaz à effet de serre, pas tant qu'en... donc, qu'intrant
énergétique, mais ses émissions et ses impacts. Donc, il y a... pour un même
volume, on fait neuf fois plus, quatre, cinq fois, dépendamment des
GSR.
Mme Dufour : C'est ça. Ça
fait qu'actuellement, pour le même volume, ça coûterait la même chose, alors
que, dans le fond, celui qui donne plus de réduction permet de réduire les
tonnes de carbone, le... le... le... voyons, la taxe de carbone payée.
M. Sebaa (Nazim) : Bien, ça
réduit l'exposition au SPEDE et ça devient beaucoup plus intéressant.
Mme Dufour : C'est ça. OK. Je
vais... je vais vous amener sur le biogaz. Vous mentionnez, dans votre mémoire,
que... bon, vous parlez, là, que c'est... c'est... c'est fait à partir de la
digestion anaérobie. C'est bien de la... comme, de la biométhanisation, par
exemple, qu'on parle?
M. Sebaa (Nazim) : Bien, le biogaz,
c'est du GSR non nettoyé. La base du GSR, c'est du biogaz, sauf qu'il doit être
nettoyé avant de rentrer dans le réseau de distribution pour des raisons de
qualité, d'intégrité du système. Le biogaz, l'avantage principal, c'est qu'il
peut être produit localement. Par exemple, chez certains industriels, notamment,
ceux de la pâte à papier qui ont des résidus peuvent produire du biogaz, le
consommer localement. Donc, ça coûte moins cher puisqu'ils n'ont pas besoin de
le purifier, donc ils peuvent l'injecter directement dans leur fournaise ou
dans leur procédé quelconque, et ça coûterait beaucoup moins cher.
• (18 heures) •
Mme Dufour : Alors que, s'ils
le revendent à, par exemple, Énergir, bien là, ils doivent le purifier. C'est
ça?
M. Sebaa (Nazim) : Ils
doivent le purifier. Ça a un coût. Parfois, il faut tirer un...
Mme Dufour : Une ligne.
M. Sebaa (Nazim) : ...une conduite
de gaz pour aller récupérer ce GSR et l'injecter dans le réseau. Donc, tout ça,
c'est des coûts très importants. Donc, parfois, on peut juste le consommer sur
place, à l'état brut.
Mme Dufour : Il y a... Il y a
un énorme potentiel dans les boues usées de nos usines d'épuration qui est peu
exploité, parce que ça coûte quand même assez cher faire une usine de biométhanisation...
18 h (version révisée)
Mme Dufour : ...d'épuration
qui peut exploiter, parce que ça coûte quand même assez cher, faire une usine
de biométhanisation pour avoir été à... tu sais, responsable de ce dossier-là
lorsque j'étais à la ville de Laval comme, dans le passé, c'était extrêmement
dispendieux. Est-ce qu'il y a moyen, vous pensez, qu'aujourd'hui la technologie
ferait en sorte que ce serait plus facile de mettre en place? Parce que c'est
méthanogène beaucoup, là, des boues usées, là.
M. Sebaa (Nazim) : Je ne suis
pas spécialiste de la biodigestion en tant que telle, ça fait longtemps que je
n'en ai pas fait, mais c'est toute une question de trouver un mécanisme de
valorisation. Par exemple... une municipalité qui a des boues...
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
M. Sebaa (Nazim) : ...peut
récupérer le biogaz, peut en faire de l'électricité, par exemple. Ce sera de l'électricité
verte «anyway», ça sera... Ça peut être valorisé comme ça ou trouver des
mécanismes carbone pour valoriser. À l'échelle nord-américaine, il doit exister
des mécanismes.
Mme Dufour : Bien, merci
beaucoup, je n'ai plus vraiment de temps. Donc, merci beaucoup pour vos
réponses et votre présence, même virtuelle. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
C'est maintenant le moment de céder la parole au député de Maurice-Richardpour 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour votre mémoire. Vos industries sont effectivement
très importantes pour le Québec. Je voudrais juste spécifier deux choses que
vous nous dites pour être sûr de les comprendre. Donc, vous parlez du biogaz, l'idée,
c'est la même chose que le gaz renouvelable, sauf qu'il est fait sur place, donc
on comprend qu'on... qu'on by-passe totalement le réseau de distribution en
tant que tel si c'est fait à proximité des usines en tant que telles qui ont
besoin de ce gaz-là.
M. Sebaa (Nazim) : Bien, ça
serait l'idéal, ça éviterait des coûts pour tous les consommateurs, parce que si
vous tirez des conduites de gaz, c'est dans la basse tarification pour tous les
clients.
M. Bouazzi : Et on peut
imaginer qu'en région il y a toutes sortes de résidus de l'industrie
forestière, par exemple, qui peuvent être utilisés et puis, proches des grandes
villes, il y a toutes sortes de résidus qui viennent de nos... de ce qu'on
mange et ce qu'on jette dans le bac brun, pour ceux qui ont un bac brun, et
sinon dans nos poubelles pour valoriser tout ça.
M. Sebaa (Nazim) : C'est
possible, tant qu'il y a une consommation qui se fait... du GSR, c'est pour
amener ce gaz-là aux clients finaux. Maintenant, si le client final peut le
consommer sur place, qu'il n'a pas besoin de technologie pour changer ces
procédés, tant mieux, ça économise de l'argent pour tout le monde.
M. Bouazzi : Donc, vous nous
proposez une planification gagnant-gagnant, si on va de l'avant dans ce genre
de réflexion.
M. Sebaa (Nazim) : Bien,
écoutez, l'ACIG, son premier mémoire... Le premier mémoire que j'ai rédigé pour
l'ACIG était en 2018 et on demandait explicitement d'inclure le biogaz dans les
objectifs, ce qui a été fait, ou du moins, c'est ce qui a avec le... C'est pour
ça qu'on est sans réserve avec cette motion-là.
M. Bouazzi : Excellent. Ceci
étant dit, je pense qu'on est d'accord qu'il n'y en aura pas assez, par
ailleurs, malgré tous les résidus qu'on peut trouver au Québec, ça fait qu'il
faut aussi d'autres sources d'énergie, de GNR, pour ce que vous avez besoin.
M. Sebaa (Nazim) : C'est
là... C'est là où l'intensité carbone va rentrer en jeu, parce qu'on ne va pas
remplacer un par un.
M. Bouazzi : Alors... J'y
arrive justement, il me reste très peu de temps et je voulais aller là. Donc,
ce qui se passe, c'est que dans le GNR, il y a effectivement même du
carbonégatif qui est associé à ce GNR là. Aujourd'hui, Énergir propose de
garder, en fait, ses capacités négatives et de les revendre sur le marché, de
ce qu'on a compris d'Énergir, ce qu'ils sont venus nous dire. Vous, ce que vous
dites, c'est : On achète le GNR, bien, on prend ce qui vient avec comme...
comme facultés négatives, carbonégatives, et vous nous demandez de trancher en
votre faveur.
M. Sebaa (Nazim) : C'est ça
qu'on demande. On a demandé ça devant la régie, mais comprenez que c'est en
termes de réduction. On veut réduire nos émissions. Peu importe le volume d'énergie
nécessaire, ce qu'on veut, c'est... La réflexion, elle est en termes de
réduction de gaz à effet de serre. Ce que fait Énergir n'est pas non plus très
mauvais, c'est l'idée de réduire le coût du GSR qu'elle vend, et là je vous
amène... J'ai vu hier, le ministère de l'Environnement vient de sortir un
projet de loi qui parle de ça, et je crois que...
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
M. Sebaa (Nazim) : ...il
faudra aller voir ce que dit le projet de loi, je crois qu'il limite... limite
cette façon de faire, mais je ne suis pas sûr, je n'ai pas encore tout lu.
M. Bouazzi : Il limiterait
celle d'Énergir, vous voulez dire? OK. Bon, vous me l'apprenez, c'est intéressant.
M. Sebaa (Nazim) : Je l'ai
appris hier soir en dernière minute.
M. Bouazzi : OK. Merci
beaucoup. Ça marche. Il me reste 10 secondes, ça fait que je les passe à
mon ami du Parti québécois.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est maintenant la période d'échange avec M. le député de Jean-Talon.
Vous disposez de 2 min 38 s. Merci.
M. Paradis : Merci. Vous nous
demandez d'inscrire au cœur du plan de gestion intégrée des ressources
énergétiques la compétitivité de l'économie québécoise. Bon, ça peut être
intéressant, mais voici l'explication que vous nous donnez, vous dites : «La
compétitivité de l'économie québécoise ne repose pas uniquement sur le coût de <l'énergie...
M. Paradis :
...compétitivité
de l'économie québécoise ne repose pas uniquement sur le coût de >l'énergie,
mais sur, entre autres choses, l'accès à une énergie abordable», parce que,
dites-vous, «les entreprises cherchent à s'implanter dans des régions où elles
peuvent minimiser leurs coûts.» Et là, vous leur dites... Vous nous dites :
«Toute réduction par le Québec de cet avantage risquerait de compromettre la
compétitivité du Québec, entraînant des désinvestissements et affaiblissant la
base industrielle.»
M. Sebaa (Nazim) : Oui,
totalement.
M. Paradis : Vous pensez... Donc,
vous nous demander vraiment de mettre ça au cœur du plan de gestion intégré,
que si on ne conserve pas des tarifs bas pour vous, les entreprises pourraient
partir?
M. Sebaa (Nazim) : Pas que
les tarifs bas, pas... Ce n'est pas qu'une question de tarifs bas, c'est une
question de tarif compétitif, c'est-à-dire que les choix qu'on va être amenés à
faire dans le système énergétique, on est sûrs que c'est les choix les plus
compétitifs. On ne va pas augmenter les bases de tarification des distributeurs
de manière importante qui vont donner des surcoûts à la fin de la journée, c'est
ça qui va se passer. Donc, quand on a la notion de compétitivité, votre
investisseur, votre industrie locale, c'est que le gouvernement ou le plan
d'action va tenir compte de sa compétitivité et de tous les éléments comprenant
la compétitivité. Si vous rogner un peu la compétitivité de l'énergie, mais
qu'on n'améliore pas la compétitivité autre chose...
M. Paradis : Non, mais...
Mais, soyons clairs, là, vous nous demandez d'inscrire le fait que vous devez
avoir de l'énergie abordable au coeur du plan de gestion intégrée.
M. Sebaa (Nazim) : Totalement.
Des choix des distributeurs, des choix compétitifs, qu'ils aillent au meilleur
choix.
M. Paradis : Bon, faisons de
la politique de terrain ensemble, là, avec les secondes qui nous restent, là.
Qu'est-ce que je dis, moi, à mon électrice, à l'électrice dans mon comté, là,
qui en arrache, mère monoparentale à 40 000 $ par année, qui dit :
Bien là, il y a des entreprises... J'en ai juste une de vos membres, là,
actuellement, là, 5,8 milliards dans le premier semestre 2024 de
profit net...
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
M. Paradis : Vous nous dites :
Bien, ça, il faut que je garde les tarifs bas, là, donc je vais t'augmenter,
toi, madame. C'est ça que je lui dis?
M. Sebaa (Nazim) : Ce n'est
absolument pas ce que j'ai dit...
M. Paradis : Non?
M. Sebaa (Nazim) : ...et ce n'est
pas ce qu'on veut, non. Il ne faut pas non plus faire porter... faire porter le
fardeau. Ce qui est important...
M. Paradis : Mais qui va le
porter alors?
M. Sebaa (Nazim) : Écoutez,
je vais vous... Pour conclure, je vais vous dire ce que m'a dit un de mes
membres : Je veux payer le tarif juste et équitable. Et c'est là où vous
avez le PGIRE et la régie, ils doivent veiller à l'équitabilité des prix sur
tous les tarifs.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre contribution aux travaux.
La commission ajourne donc ses travaux
jusqu'à demain, jeudi 19 septembre 2024, après les avis touchant les
travaux des commissions. Merci.
(Fin de la séance à 18 h 09)