(Onze heures vingt-deux minutes)
Le
Président (M. Montigny) : Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la Commission de l'agriculture,
des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles ouverte. Je vous
souhaite la bienvenue. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien
vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques pour être
certains que nous ne serons pas dérangés.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 69, Loi assurant la gouvernance
responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses dispositions
législatives.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements aujourd'hui?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Rivest (Côte-du-Sud) est remplacé par Mme Grondin
(Argenteuil); M. Fortin (Pontiac), par Mme Dufour
(Mille-Îles); et Mme Zaga Mendez (Verdun), par M. Bouazzi
(Maurice-Richard).
Auditions (suite)
Le
Président (M. Montigny) : Merci beaucoup. Alors, ce matin, nous entendrons
les organismes suivants : la Centrale des syndicats du Québec,
l'Association des distributeurs d'énergie du Québec.
Sans plus tarder, je vais débuter en souhaitant
d'abord la bienvenue à la Centrale des syndicats du Québec. Je vous rappelle
que vous disposez donc de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons par la suite à une période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc, mesdames, à vous présenter ainsi qu'à débuter
votre allocution de 10 minutes. Merci.
Centrale des syndicats
du Québec (CSQ)
Mme Dionne
(Anne) : Merci. M. le Président, Mme la ministre, chers
membres de la commission, merci de nous accueillir en consultations
particulières aujourd'hui.
Mon nom est
Anne Dionne. Je suis vice-présidente à la Centrale des syndicats du Québec. Et
je suis accompagnée par ma collègue,
aujourd'hui, Dominique Bernier, conseillère en environnement et transition
juste au service de l'action professionnelle et sociale.
La CSQ représente plus de
225 000 membres, dont environ 125 000 qui font partie du
personnel d'éducation. Nous sommes également
à l'origine du Mouvement ACTES, anciennement EVB-CSQ, qui se retrouve dans
plusieurs établissements des réseaux de l'éducation du Québec et qui
vise notamment à éduquer et à agir en faveur d'une réelle transition juste, et
ce, depuis plus de 30 ans.
En tant qu'acteur social engagé de longue date
dans la défense des services publics et la promotion du bien commun, la CSQ se sent hautement interpelée par
les orientations envisagées par le gouvernement pour l'avenir énergétique
du Québec. D'abord, permettez-moi de
féliciter la ministre pour sa nomination et l'informer de notre souhait sincère
de collaborer et d'alimenter la réflexion sur notre avenir énergétique.
D'entrée de
jeu, nous voulons rappeler l'importance d'Hydro-Québec pour ce qu'elle
représente historiquement, mais également pour son rôle dans le développement
durable et équitable de notre société. Son modèle fondé sur l'équité et
la justice tarifaire a permis de garantir aux Québécoises et aux Québécois des
tarifs parmi les plus bas en Amérique du
Nord. De plus, ses revenus contribuent massivement au financement de nos
services publics comme l'éducation et la santé. Dans l'état actuel des
réseaux, il nous apparaît très malavisé de se priver une fois de plus de tels
revenus.
Malheureusement, le projet de loi, dans sa forme
actuelle, menace cette structure publique en facilitant une place accrue pour
le secteur privé dans la production énergétique et en causant une brèche dans
le monopole de la distribution. C'est pourquoi nous recommandons que le
gouvernement réaffirme clairement qu'Hydro-Québec est et doit demeurer une
société d'État jouissant d'un monopole sur la production et la distribution
d'électricité et qu'aucun développement de ce secteur ne doit se faire sans sa
gouvernance directe.
Nous assistons depuis quelques décennies à une
privatisation rampante de certaines parties de notre production énergétique.
Que ce soit avec les petites centrales hydroélectriques ou les projets éoliens,
nous nous éloignons de notre modèle de gestion centralisée. Le privé représente
actuellement déjà près de 17 % de la production énergétique québécoise et
cette tendance risque de s'accélérer avec l'adoption de ce projet de loi.
Faut-il rappeler que les profits résultant de
ces projets ne demeurent pas toujours au Québec? Les bénéfices à long terme
pour les collectivités locales sont souvent minimes. Cela engendre de
profondes... divisions, pardon, au sein des communautés locales, et surtout
cela érode peu à peu notre capacité de contrôler pleinement nos ressources énergétiques. Notre fleuron national doit être protégé, et
tout nouveau projet de production d'électricité doit être réalisé exclusivement
par Hydro-Québec, et, à terme, toutes les initiatives énergétiques sous
contrôle privé doivent être renationalisées.
Quant au coeur du projet de loi, qui, selon le
gouvernement, serait en droite ligne vers une décarbonation de notre économie, force est de constater que le
ministre a pris le problème à l'envers, et c'est ce qui est le plus troublant.
Le gouvernement considère la transition d'abord sous la lorgnette du
développement économique, alors que l'urgence climatique et les impératifs
qu'elle entraîne nous commandent plutôt une stratégie de sobriété énergétique.
En ce sens, le projet de loi, dans sa forme actuelle, est déconnecté de
l'urgence climatique à laquelle nous faisons face.
Il nous apparaît plutôt ancré dans une vision du XXe siècle, où la
production industrielle était favorisée à tout prix.
En effet, dès le départ, il met l'action sur la
production accrue d'énergie sans une réelle réflexion sur notre consommation
énergétique. La réduction des gaz à effet de serre et l'efficacité énergétique
ne sont que des détails subordonnés à une politique de gestion intégrée des
ressources énergétiques qu'elle priorisera... pardon, qui, elle, priorisera
l'augmentation de la production. Le Québec ne dispose toujours pas d'un plan
clair et chiffré en matière de décarbonation. En 2024, tout plan de gestion
intégrée des ressources énergétiques devrait être assujetti à un plan ambitieux
et chiffré visant la réduction des gaz à effet de serre. Malheureusement, le
projet de loi propose l'inverse.
Une autre inquiétude majeure concerne la mission
de la Régie de l'énergie, modifiée substantiellement à l'article 13. On y
introduit la notion de maximisation des bénéfices, notamment dans le secteur
gazier, tout en supprimant des clauses qui incluaient les préoccupations
environnementales et sociales dans les décisions de la régie. Cela témoigne
d'une orientation vers une rentabilité à court terme déconnectée, encore une
fois, de l'impératif de transition énergétique.
Ensuite, les articles 38, 116, 118 ouvrent
la porte à une privatisation agressive de la production énergétique. Si ces
articles demeurent, nous risquons de voir les projets de production se
multiplier, risquant de déséquilibrer le marché
énergétique du Québec, d'alimenter la division au sein des communautés et de
compromettre notre souveraineté énergétique. Oui, nous sommes inquiets,
car tout indique que ce projet entraînera, à terme, des hausses de tarifs qui
serviront à financer le développement industriel, qui ne bénéficiera pas à la
population.
• (11 h 30) •
À notre avis, ce projet de loi crée un dangereux
déséquilibre qui favorise la recherche de profits rapides au détriment de la durabilité environnementale et de
l'équité sociale. C'est pourquoi la CSQ recommande que le gouvernement
suspende les travaux devant aboutir à l'adoption de ce projet de loi, et qu'il
le rejette dans sa forme actuelle, et qu'un processus de réforme transparent
soit lancé. L'urgence climatique ne nous permet plus de prioriser la croissance
effrénée de la production énergétique. Il est temps de miser sur une véritable
transformation de notre consommation énergétique et de notre mode de vie.
J'aborde maintenant un des aspects qui
transparaît en filigrane de ce projet de loi, l'ingérence croissante des
grandes entreprises et des lobbyistes privés dans la politique énergétique. Ce
phénomène n'est malheureusement pas unique au Québec, mais nous avons la
responsabilité d'y résister avec fermeté. Nous observons aussi de plus en plus
souvent ce qu'on appelle le phénomène de va-et-vient public-privé, où des
ex-dirigeants d'Hydro-Québec ou de ministères deviennent des conseillers ou
membres de CA d'entreprises privées, et vice versa. Ce phénomène facilite le rapport d'influence de la grande industrie sur
les politiques publiques au détriment du bien commun. C'est pourquoi nous
recommandons que le gouvernement mette en place des mécanismes visant à limiter
au maximum l'influence que peuvent exercer les grands groupes industriels et
les grandes fortunes sur les politiques du Québec.
Enfin,
abordons l'aspect démocratique à la question énergétique. Une commission
parlementaire sur invitation où on est amenés à présenter très
brièvement, et j'en suis essoufflée, notre analyse d'un projet de loi complexe
et très technique ne peut remplacer un véritable débat de fond. Pourtant, des
questions énergétiques sont, par nature, des enjeux de société. Nous croyons
fermement que l'avenir énergétique du Québec ne peut pas être décidé dans des bureaux fermés ou par quelques personnes
seulement. Il est temps d'ouvrir un vaste débat public inclusif et transparent
où les citoyens, citoyennes, experts,
organismes, les représentants des Premières
Nations pourront véritablement
participer à la définition de la transition énergétique. Cet exercice de
dialogue social n'est pas simplement une formalité. Il est la condition sine qua non pour poser des bases
solides d'une transition juste qui reflète bien les valeurs et les aspirations
de la population du Québec.
Pour
conclure, M. le Président, je tiens à souligner que le projet de loi 69
place le Québec sur une voie dangereuse. Le modèle énergétique que
propose cette loi n'est ni durable ni équitable. En favorisant les intérêts
privés et en affaiblissant le monopole d'Hydro-Québec, ce projet de loi
s'éloigne non seulement des besoins collectifs, mais... actuels, mais aussi des impératifs climatiques urgents. Nous réitérons
donc que le gouvernement jette les bases d'un vaste exercice de dialogue
social sur l'énergie au Québec et que le résultat de cet exercice démocratique
non partisan soit utilisé pour établir le
plan intégré de gestion des ressources énergétiques ainsi que les futures
modifications législatives en matière d'énergie et de transition juste.
Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons constituer un modèle énergétique qui
profitera non seulement aux citoyens et citoyennes d'aujourd'hui, mais
également aux générations futures. Je vous remercie de votre attention.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Avant de débuter la période de... en fait, de dialogue avec les
membres de la commission, je voudrais juste valider quelque chose. On a besoin
de deux minutes additionnelles ou répartir
le temps de façon équitable, là. On a un petit enjeu de deux minutes. Est-ce
que j'ai consentement pour prolonger de deux minutes ce matin? On a
consentement. Parfait. On va... on va prolonger de deux minutes nos travaux.
Maintenant, la période d'échange débute. Mme la
ministre, vous avez 16 min 30 s.
Mme
Fréchette : Merci, M. le Président. Alors, merci à vous,
Mmes Dionne et Bernier. Merci de votre participation à cet exercice
de consultation puis à venir nous présenter votre vision. Vous avez abordé
plusieurs thèmes, là, dans le cadre de votre intervention. Je vais traiter
quelques-uns d'entre eux, mais ce ne sera pas exhaustif, là.
Mais je
voudrais revenir sur le fait que le projet de loi, notamment, réaffirme le rôle
principal de la société d'État, là,
Hydro-Québec, en matière de production, de transport, de distribution
d'électricité. Donc, il n'y a rien dans le projet de loi qui vient
changer le statut de la société d'État. Je pense que c'est important de le
rappeler.
Puis, du côté de la régie aussi, on ne vient pas
diminuer le rôle de la régie. En fait, les modifications qui ont été ciblées par vous, là, dans le cadre de
votre... de votre mémoire sont essentiellement des modifications de concordance
aux différents règlements qui sont en vigueur. Puis ça ne vient pas réduire,
diminuer le pouvoir de la régie. En fait, on vient même ajouter un élément dans
la mission de la régie, et qui est en lien avec la transition énergétique, pour
être en phase avec les défis qui nous attendent, là.
Il y a... il y a tout de même, bon,
l'article 97, là, qui modifie le seuil d'investissement, là, à partir
duquel une autorisation de la régie va être nécessaire pour les projets en
transport. Le seuil, en fait, il est augmenté pour faire en sorte, là, de réduire les procédures, alléger,
bref, les démarches pour des investissements qui sont sous le nouveau seuil.
Donc, ce sera plus rapide. Donc, c'était dans un esprit d'agilité que l'on a
intégré cet article-là.
Et j'entends que vous demandez à ce que l'on
mise davantage sur l'efficacité puis la sobriété énergétiques. Nous en sommes.
Maintenant, si on veut vraiment s'engager dans l'élimination des sources
d'énergie fossile, il nous apparaît que la sobriété énergétique ne sera pas
suffisante, là, pour arriver à notre objectif globalement. Donc, il va falloir
user d'autres méthodes en plus de celle-là. Mais je suis d'avis également qu'il
faut miser le plus possible sur la réduction énergétique. C'est ce qui nous
coûte le moins cher ultimement.
Dans votre mémoire, vous expliquez en quoi,
là... non, vous nous expliquez que vous voudriez que la vente d'électricité de
gré à gré soit reconsidérée parce... sur des terrains adjacents, là, j'entends,
parce que vous dites : Ça pourrait
compromettre la sécurité énergétique du Québec. C'est quand même un risque
assez fort que vous... que vous mentionnez, que vous soulevez. Puis vous
dites que ça pourrait avoir aussi un effet, là, sur les tarifs d'électricité.
Alors, j'aimerais vous entendre sur quelle est la réelle nature du risque sur
notre sécurité énergétique que vous voyez dans
la possibilité de vendre de l'électricité de gré à gré sur un terrain adjacent,
ce qui est quand même circonscrit, là.
Mme Bernier (Dominique) : Bon, il y
a... il y a plusieurs choses dans votre intervention. Premièrement, sur la
question de la mission d'Hydro-Québec et de la mission de la Régie de l'énergie
aussi, nous, on pense que les changements
de... les changements sémantiques ne sont pas sans impact. Notamment... En
fait, il y a... il y a vraiment des changements importants. Notamment, dans la
Loi sur la Régie de l'énergie, l'article 13, on lui ajoute un rôle d'innovation
et de maximisation des bénéfices. Ce n'est
pas anodin quand on vient retirer les notions, en fait, de la prise en compte de la question environnementale et sociale dans les
décisions de la régie. Pour nous, c'est... c'est majeur, cette transformation. Et, même si on ajoute «transition
énergétique» à quelques endroits dans le projet de loi, cette notion-là
n'est pas définie par le gouvernement encore. À part par le Plan pour une
économie verte, qui reste assez succinct, il n'y a pas de cibles précises pour la décarbonation qui ont été fixées.
Donc, selon nous, c'est... c'est très, très inquiétant, cette
question-là.
Même sur la question d'Hydro-Québec, il y a un
changement à la mission aussi. Il y a... il y a vraiment un... Disons, le rôle d'Hydro-Québec n'est plus de
fournir de l'énergie, mais bien d'innover en matière d'énergie. Donc... Alors,
est-ce que le rôle d'Hydro-Québec demeure vraiment centré sur la fourniture
d'électricité aux citoyennes et aux citoyens,
aux PME du Québec, aux entreprises, aux institutions ou bien on veut innover,
on veut maximiser les bénéfices en termes d'énergie pour tout le monde?
Ce n'est pas clair pour nous. Et en fait notre analyse et celle de plusieurs
autres experts qu'on a consultés nous démontrent qu'il y a une porte ouverte,
là, à cet endroit-là, qui permet, en fait, peut-être
pas à ce gouvernement-ci, mais à de futurs gouvernements... Ils auraient toutes
les... tous les outils législatifs en main pour déstructurer notre
société d'État.
Pour ce qui
est de la sobriété énergétique, il y a des experts dans le domaine qui ont fait
des analyses poussées et qui démontrent qu'il y a plusieurs dizaines de
térawattheures qu'il est possible de dégager en matière de sobriété
énergétique. Donc, ce n'est pas... C'est... c'est une grosse quantité d'énergie
qui est disponible. Puis les mégawatts... les mégawatts qui ne sont pas
consommés, en fait, sont la façon la plus économique de fournir de l'énergie,
la plus écologique aussi, mais celle aussi qui crée le plus d'emplois, et les
emplois les mieux répartis sur le territoire du Québec. Donc, selon nous, c'est
vers là qu'il faut aller. Et, pour ça, bien, ça prend un plan global. Ça prend
des... Il faut réfléchir, parce que, pour en arriver à une sobriété énergétique
de cette ampleur-là, il faut repenser le mode de vie de la population du Québec
dans son ensemble. Il faut... il faut repenser l'aménagement du territoire,
notamment. Il faut... Tu sais, il faut y réfléchir.
• (11 h 40) •
Donc, ça prend une analyse vraiment plus en
profondeur avant d'aller, selon nous, à des modifications législatives. C'est
pour ça qu'on met l'accent sur l'importance du débat public, d'un... un
exercice vraiment soutenu de dialogue social pour en arriver à avoir... à
réfléchir à la société carboneutre que l'on veut, comment on la... comment on l'imagine ensemble, comme... comme
citoyennes et citoyens, cette société qui devrait normalement être très
différente de celle qu'on connaît à l'heure actuelle.
Pour ce qui est des ententes de gré à gré, de
quelle façon, en fait, ça menace la sécurité énergétique, bien, c'est simplement que ça ouvre la porte, ça ouvre
une brèche dans le monopole de la distribution. Pour nous, ce qu'on... ce qu'on...
Notre réflexion sur le sujet, c'est que c'est un pied dans la porte de
l'entreprise privée dans le monopole de la distribution, et on pense que
ça va aller en se déstructurant. Les projets comme ça, comme celui de TES
Canada, qu'on donne en
exemple, mais il y en a... il y en a plusieurs autres qu'on pourrait... qu'on
pourrait sans doute nommer, ce sont des projets privés, tous les projets
aussi de développement éolien, la plupart d'entre eux, qui ont été faits dans les dernières décennies. Ça cause des divisions
dans les communautés. Ça fait en sorte qu'en fait on éclate un peu notre...
notre réseau public. On le... on le donne un peu à qui le veut bien par petits
morceaux. Et c'est ça, à terme, qui, pour nous, menace notre... notre sécurité
énergétique.
Ça s'est vu
dans d'autres pays. Ce sont des stratégies connues pour affaiblir un monopole
d'État. Il y a même des livres sur le
sujet qui sont utilisés pour enseigner dans les grandes écoles de management
aux futurs, disons, dirigeants d'entreprise, comment, un peu, s'attaquer
aux réseaux publics et les déstructurer pour, finalement, les privatiser.
Donc, on ne s'attend pas à une privatisation
d'Hydro-Québec demain matin, mais on pense que cette déstructuration ouvre la
porte à une privatisation et risque d'aussi... En fait, tous les outils
législatifs vont être là pour un prochain
gouvernement qui voudrait le faire. Donc, c'est ça qui nous inquiète, pour
nous. Je pense que j'ai répondu à...
Mme Fréchette : Merci. Dans votre
mémoire, vous mentionnez que les hausses de tarifs vont servir à financer un
développement industriel qui ne bénéficiera pas à la population. Or, quand on
regarde les projets industriels, là, qui sont en train de se développer, qui
sont planifiés pour le Québec, c'est quand même des projets à la source, à la
base de création d'emplois bien rémunérés dans des secteurs stratégiques, dans
des créneaux d'avenir. Alors, quelque part, il me semble qu'il y a une
connexion entre le développement d'un certain nombre de projets industriels
portés par des PME, par des grandes entreprises et l'amélioration de la qualité
des emplois bien rémunérés dans des secteurs d'avenir. Donc, ça semble être,
comment dire, une résultante que vous ne reconnaissez pas, que les projets industriels peuvent générer des conditions de
travail intéressantes. Donc, est-ce que c'est vraiment votre... votre
pensée ou c'est...
Mme Bernier (Dominique) : C'est sûr
qu'il y a des retombées économiques aux projets industriels. On en convient.
Mais, selon nous, en fait, Hydro-Québec offre déjà des emplois très bien
rémunérés et de très bonnes conditions de travail. Donc, pourquoi ne pas aller
vers un développement, si un développement est nécessaire, ce qui reste à
démontrer... Comment... comment... Pourquoi ne pas aller avec ce qu'on possède
déjà, avec l'expertise qu'on a déjà en place, qui est sous l'égide du
gouvernement, qui est sous contrôle démocratique, pour développer ces
projets-là? Pour nous, en fait, la transition énergétique en soi, elle est
porteuse de plusieurs, en fait, emplois de grande qualité, elle est... elle
porteuse de retombées économiques importantes si on s'y met.
Cette transition-là, cela dit, elle ne passe pas
seulement par des projets industriels. Peut-être que certains seront
nécessaires, mais, notamment, la transition, ça passe beaucoup par la refonte
de notre modèle de transport. Donc, toute la question du transport devrait être
incluse là-dedans. Et on verrait que c'est... Il y a des études qui ont
démontré que c'est très, très payant d'investir dans le transport collectif,
notamment, autant urbain qu'interurbain, dans l'efficacité énergétique. J'en ai
parlé tantôt, ce sont de très bons emplois, tout ça aussi.
Puis, dans le secteur industriel, la grande
industrie, il faut... il ne faut pas oublier aussi que c'est des emplois
essentiellement masculins. Est-ce qu'on peut réfléchir à une vision de
l'emploi, des emplois de qualité et du développement économique qui incluent
davantage les femmes? C'est un... c'est un élément qui... Pour nous qui représentons
près de 80 % de femmes, c'est un élément qu'on... qu'on trouve important.
Mme Fréchette : Oui, puis ça
contribue grandement aussi à la revitalisation ou à la vitalisation de
plusieurs des régions du Québec. Donc, ça, je pense que c'est un vecteur de
création de richesse, de création d'emplois bien rémunérés, qui, j'en conviens,
parfois, sont très masculins. Donc, je pense qu'on a tout intérêt,
effectivement, à féminiser un certain nombre d'emplois. J'en suis, et on va
travailler là-dessus, mais je pense qu'il faut voir les choses d'une manière très constructive par rapport à ces
projets industriels et à la qualité des emplois qu'on déploie au Québec.
Vous mettez beaucoup d'accent, donc, sur la
sobriété énergétique, là, j'y faisais référence au début, ce qui est un vecteur
très important. Pensez-vous qu'on devrait fixer les tarifs de manière à
encourager la sobriété énergétique? Parce que plusieurs viennent nous dire
qu'il doit y avoir un signal de prix pour les consommateurs pour changer, ultimement, les comportements. Est-ce que c'est
quelque chose que vous endossez? Quel est votre point de vue là-dessus?
Mme Bernier (Dominique) : En fait,
nous, on est... on s'oppose aux hausses de tarifs parce que c'est un moyen régressif, en fait, d'agir. Ça pénalise
injustement les plus démunis, et pas seulement les plus démunis, mais aussi les
familles nombreuses, par exemple, ou les gens qui sont locataires et qui n'ont
pas les moyens de... qui habitent dans des logements plus ou moins bien isolés et
qui n'ont pas la capacité de changer quoi que ce soit à leur situation. Donc,
selon nous, les tarifs, ce n'est pas une bonne façon de s'assurer d'agir sur la
consommation.
Mais il y a
d'autres types... Il y a toutes sortes d'organisations qui réfléchissent à des
moyens plus constructifs, en fait, et aussi très efficaces, là, de
travailler à réduire la consommation, parce que c'est vrai qu'il y a un
gaspillage dans certains cas, mais c'est dur d'évaluer, par exemple, entre une
maison, une «monster house», là, excusez-moi l'expression,
qui aurait un garage chauffé, un spa, etc., et puis une famille de huit qui
habite dans un logement mal isolé. Ils peuvent consommer la même
quantité d'énergie, mais d'un côté, il y a du gaspillage, alors que de l'autre,
non. Tout ça est difficile à évaluer. Donc, ça prend, je pense, une... Il faut
être créatifs pour réduire la consommation des particuliers. Ce n'est pas
nécessairement là qu'on doit s'attaquer en premier, selon nous.
Mme
Fréchette : Oui. De notre côté, on est... on considère aussi
qu'il y a un contrat social au Québec entre les citoyens puis
Hydro-Québec, puis faire en sorte qu'on mise sur cette richesse qui est,
notamment, l'hydroélectricité, les différentes sources d'énergie renouvelable et les Québécois. Il faut
faire en sorte de faire fructifier cette richesse-là au bénéfice des
Québécois, et avec un maximum d'augmentation de 3 %. Donc, là-dessus, je
vais céder la parole au collègue, M. le Président.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. C'est maintenant le temps de céder la
parole au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue. Vous disposez de trois minutes,
M. le député.
M. Bernard : Trois
minutes. Merci, M. le Président. Bonjour, mesdames. Merci d'être ici en
commission parlementaire aujourd'hui.
Je vais me permettre
un petit commentaire. J'aime Hydro-Québec, OK, mais, quand on parle des
retombées dans les régions, juste pour vous dire, à l'époque, à Rouyn-Noranda,
on avait des directeurs régionaux, on avait la gestion de la Grande Rivière,
les postes de direction étaient là, puis il y avait une présence dans la
communauté. Tous ces postes-là ont été
ramenés à Montréal. Actuellement, avec nos collègues des régions, on se bat
pour les systèmes de conduite du réseau parce qu'ils veulent prendre les
postes dans les régions puis les ramener dans le sud de la province. Donc, oui,
ils sont là, mais il faut qu'on se batte dans les régions pour maintenir les
emplois de qualité dont vous parlez puis les garder en région, OK? Ça fait que
ça, si vous pouvez nous aider là-dessus, ça va être parfait.
Votre
recommandation 2, OK, vous parlez beaucoup de privatisation, puis, entre
autres, au niveau des projets éoliens puis des minicentrales. Depuis qu'on a
commencé les consultations, les gens sont vraiment... il y a une approche de...
je vous dirais, de projets communautaires. Puis on en a encore parlé hier, et
autres. Puis ce sont des projets qui sont bénéfiques pour les régions.
Je
concède avec vous que, quand la filière éolienne a été mise en place, à
l'époque, j'étais là... que ça s'est fait vraiment un peu cahin-caha, puis on a
laissé les promoteurs intervenir avec les gens. Mais maintenant Hydro-Québec a
un plan, veut être plus... entre autres, au niveau éolien, d'être vraiment impliquée
dans les prises de décision puis, je suis d'accord avec vous, avoir une
parité pour dire... puis qu'il y ait une relation de force avec les
communautés.
Alors, vous... vous
parlez des projets privés. Quelle est votre position pour les projets communautaires
comme on voit, par exemple, en Gaspésie et
partout puis qu'on veut avoir dans ma région, pour le bénéfice des régions,
et fournir des sources d'énergie renouvelable à Hydro-Québec puis aux gens de
la population?
Le Président (M.
Montigny) : ...
• (11 h 50) •
Mme Bernier
(Dominique) : Selon nous... On n'est pas... on n'est pas contre les
projets communautaires et on pense que le développement des régions doit passer
par ce type de projets là. Cela dit, ça doit rester sous le contrôle d'Hydro-Québec.
Les promoteurs privés, selon nous, n'ont pas leur place dans ce dossier-là.
Selon nous, ce doit être fait par Hydro-Québec en collaboration avec le... les
communautés concernées.
Le Président (M.
Montigny) : Pour 30 secondes.
M. Bernard : Bien,
je pourrais vous donner des exemples quand même, OK, les projets de
cogénération. Les entreprises, entre autres, forestières font de la
cogénération. Le client, c'est Hydro-Québec pour distribuer à la population. Je
pense que c'est bénéfique, puis c'est une source d'énergie qu'on a là.
Êtes-vous contre ce genre de développement là, quand même, qu'il reste de la
gestion par Hydro-Québec?
Le Président (M.
Montigny) : En sept secondes.
Mme Bernier
(Dominique) : On veut juste qu'Hydro-Québec soit maître d'oeuvre.
Le Président (M.
Montigny) : Merci.
M. Bernard :
Merci.
Le
Président (M. Montigny) :
Alors, merci beaucoup. C'est maintenant le temps de céder la parole à Mme la députée
de Saint-Laurent. Vous disposez donc de 10 min 24 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, Mme
Dionne et Mme Bernier. Merci d'être présentes avec nous ici et merci
aussi pour votre mémoire.
Juste peut-être pour
situer le propos. La CSQ, tantôt, vous avez dit que vous représentez
225 000 employés. Pouvez-vous nous donner le portrait? Femmes, les
salaires, environ.
Mme Dionne (Anne) : Oui, certainement. Donc,
comme on disait, il y a près de 125 000... Une grande part de notre...
de notre membership est dans l'éducation, 80 % de femmes, 30 % de
35 ans et moins, des jeunes travailleurs. Donc... Puis on est partout dans la région... dans les régions,
notamment en éducation, mais aussi en santé et en services sociaux.
Mme Rizqy : Dites-moi,
je ne sais pas si vous vous rappelez, il y a quelques années à peine, en 2020,
on nous disait qu'il y avait des surplus. Le
gouvernement est allé voir les Américains. Après... Trois semaines après avoir
signé ce fameux...
pour reprendre l'expression du premier ministre, un deal... Il a vendu, je
pense, qu'est-ce qu'il n'avait pas puis il est revenu. Trois semaines
plus tard, on nous a dit : Ah! il n'y a plus d'énergie, il faut en faire.
Et là, tout à coup, on nous dit : Il
faut aller vite, très, très, très vite parce qu'on risque d'en manquer. Et là
on apprend que les nouveaux mégawatts qui vont arriver, c'est autour de
0,12 $ le kilowattheure. Est-ce que ça, c'est une bonne planification ou est-ce qu'il y a danger qu'on nous refile, à nous,
les citoyens, mais aussi les membres que vous représentez, 80 % femmes...
qu'on nous refile la facture?
Mme Bernier
(Dominique) : C'est ce qu'on pense. Pour nous, c'est une façon de
socialiser les risques et privatiser les
profits, essentiellement. Donc, effectivement, notre bloc patrimonial, qui
nous... qui est un héritage, qu'on... qu'on a depuis les années 60, 70,
qui nous permet d'avoir de l'électricité à faible coût, toute nouvelle construction,
nécessairement, coûte plus cher du kilowattheure. Donc, c'est un mauvais... un
mauvais plan pour nous que de ne pas rapatrier, en fait, toute cette énergie-là
pour le bénéfice des Québécoises et des Québécois et de plutôt miser sur des
nouvelles constructions. C'est sûr que ça va peut-être en prendre, mais, pour
nous, l'analyse nécessite d'être faite en profondeur.
Mme Rizqy : Dites-moi,
parce que j'avais entendu M. Pierre Fitzgibbon qui disait : Bien,
c'est correct, là, vous partirez votre lave-vaisselle la nuit, vous, vos
membres, il y en a que... j'imagine, qui sont en appartement, que ce n'est pas elles — je vais... je vais me permettre de féminiser mes
questions — ce
ne sont pas elles qui décident si, oui ou non, le propriétaire va faire
les rénovations et quand est-ce qu'il va les faire. Il est possible aussi
qu'ils chauffent l'extérieur, pas parce qu'elles ont décidé de le faire, c'est
parce qu'elles sont prises avec un logement qui est le seul disponible,
n'est-ce pas?
Mme Dionne
(Anne) : Quand il est disponible, effectivement.
Mme Rizqy : Exactement.
On s'entend tous là-dessus, je pense, de ce côté-ci de la Chambre.
Mme Dionne
(Anne) : De là l'importance pour nous de la justice sociale puis de
s'assurer d'avoir une équité à travers tout... tout le système.
Mme Rizqy : Nous,
on a demandé d'avoir une commission itinérante pour aller voir le monde sur le
terrain parce qu'on s'est dit : C'est
quand même majeur, le projet de loi, mais ça nous a été refusé. J'ai écouté
attentivement les propos de M. Pierre Fitzgibbon lorsqu'il était à La
joute avec M. Paul Larocque, la journée où est-ce qu'il s'est fait démissionner par le gouvernement. Il a dit, je
vais le paraphraser, si vous me le permettez : Ce n'est pas tant qu'est-ce
qu'il y a dans le projet de loi, ces autres discussions qui sont... qui n'ont
pas encore eu lieu mais qui s'en viennent, que ça, ça peut peut-être
accrocher, mais on n'a pas encore fait les discussions, mais ça s'en vient. Donc,
est-ce que ce projet de loi peut être un cheval de Troie, si on écoute
attentivement les propos de M. Pierre Fitzgibbon?
Mme Bernier
(Dominique) : C'est notre impression. C'est notre impression, parce
que le projet de loi, notamment en faisant monter le nombre de kilowattheures
pour les minicentrales de 50 à 100, rend, en fait, ces infrastructures-là
beaucoup plus attractives. Et certains articles de loi analysés par des avocats
montrent clairement qu'il y a... il y a une facilité, il y a une brèche pour la
vente, en fait, là. Le... Disons, Hydro-Québec a la possibilité d'aliéner ses
infrastructures qui ne servent plus. «Ne servant plus», ce n'est pas
nécessairement défini. Donc, on peut décider que ça ne sert plus demain matin.
Et, si on jumelle ça au projet de loi n° 62 qui a été déposé au printemps
et qui facilite un petit peu, disons, la
prise en charge d'infrastructures publiques par des partenariats public-privé
qui sont renommés mais qui sont... qui demeurent des partenariats public-privé,
pour nous, c'est pour ça qu'on dit que les outils législatifs sont tous
en place pour une privatisation accrue de nos infrastructures, et ça nous
inquiète beaucoup.
Mme Rizqy : Parmi vos membres, est-ce qu'il y a quelqu'un qui
croit le gouvernement lorsqu'il dit qu'il n'y en aura pas, de hausse, tout va
bien aller, on va investir des milliards de dollars, inquiétez-vous pas, il n'y
aura pas de hausse, malgré que le
projet de loi inscrit noir sur blanc qu'il y a un fonds pour aider
financièrement le secteur résidentiel? Y a-tu quelqu'un... Avez-vous
trouvé quelqu'un qui y croit, à ça?
Mme Dionne
(Anne) : Bien, en fait, j'ajouterais... On a précisé qu'il n'y aurait
pas de hausse pendant que le premier ministre serait au pouvoir. Je... C'est ce
qu'on...
Mme Rizqy : En
plus. Il faut voter du bon bord, hein?
Mme Dionne (Anne) : ...c'est ce qu'on s'est
dit. Donc, en partant, est-ce que ça se limite dans le temps? Est-ce que c'est
une façon d'indiquer à la population... d'être transparent ou, en tout cas,
d'essayer d'être transparent, de dire : Bien, quand ce ne sera plus
moi, bien là, ça va monter? Et c'est de là... C'est sûr qu'avec tout ce qui
s'est dit, avec tout ce qu'on a vu autour de cet... de ce projet de loi là et
la démission du ministre, avec les pourparlers qu'on a pu voir dans les
médias... c'est sûr qu'il y a des doutes plus que raisonnables dans la tête de
nos membres.
Mme Bernier
(Dominique) : Peut-être pour compléter, en fait, avec le coût des
nouveaux projets, ce serait surprenant qu'il n'y ait pas de hausse. Cet
argent-là va devoir... va devoir être pris quelque part. Si ce n'est pas dans la poche des citoyennes, et des citoyens, et des PME qui
utilisent l'électricité, ça va être dans... par les impôts ou alors ailleurs,
là. Le gouvernement s'est privé de... déjà de points d'impôt, donc il a baissé
sa capacité de recevoir des revenus par les
impôts, et là il y a un déficit appréhendé. Donc, si les... si ce n'est pas les
citoyens qui paient, ça va être qui?
Je n'ai pas vu d'annonce comme de quoi les tarifs pour la grande industrie
seraient augmentés. Donc, on s'attend à ce que ce soit... à terme, peut-être après 2026, comme ce qui... ce qui
flotte un peu comme rumeur, ce que Pierre Fitzgibbon a aussi, avant son
départ, un peu annoncé, il y aurait des hausses importantes. Et on s'y attend,
oui.
Mme Rizqy : Et ça, ça va s'ajouter, ce type de hausse, à tout
ce que vos membres font déjà face, à des logements ou des hypothèques qui ont
augmenté de façon substantielle, à l'épicerie qui a augmenté et évidemment
les... la fameuse taxe de la CAQ qui
a été refilée, pour l'immatriculation, via les villes, là. Mais tout ça, ça
s'augmente au coût de la vie de vos membres.
J'ai une autre
question pour vous. Dans vos recherches, avez-vous trouvé des exemples où
l'énergie a baissé lorsque c'était le privé
et non le gouvernement? Et, depuis que nous, on a nationalisé, est-ce que ça va
bien au Québec ou si ça ne va pas bien? L'hydroélectricité, là, je
parle.
Mme Bernier
(Dominique) : Bien, je pense que notre... en fait, notre société
d'État nous rend de grands services. Donc,
oui, ça apporte des revenus importants pour l'État. Ça apporte... En revenus
directs, ça a apporté jusqu'à 2,6 milliards
en 2026, et puis il y a des retombées économiques importantes aussi qui... Ça
tourne autour de 6 milliards au total. Ce n'est quand même pas
rien. C'est un gros, gros montant d'argent qui provient d'Hydro-Québec vers les
États et des... et vers l'État.
Et, non, partout
ailleurs, dès qu'on a ouvert davantage la porte au privé, les tarifs ont
augmenté. C'est... c'est... On a... on a
fait une analyse de comment ça s'est passé dans différents pays, et c'est
toujours le cas. Il y a toujours une augmentation des tarifs, mais non
seulement une augmentation des tarifs, une baisse de la qualité du service, moins d'entretien des infrastructures, une
dégradation du réseau dans son ensemble. Donc, il y a une iniquité qui se crée.
Donc, selon nous, ce n'est pas la voie à suivre pour le Québec.
Mme Rizqy : Merci.
Il me reste, je pense, une minute.
Le Président (M.
Montigny) : 1 min 30 s.
• (12 heures) •
Mme Rizqy : Merci. L'article 38, on a entendu, même, des
intervenants dire d'aller encore plus loin, parce que, premièrement, tel qu'écrit, c'est pour la
production puis distribuer à des terrains... à des... à un consommateur adjacent.
Et là d'autres vous disent : À proximité. Donc, ils voudraient aussi
ouvrir la voie à beaucoup plus. Moi, je ne me rappelle pas, en matière
d'hydroélectricité, qu'on a permis ça.
Nous, on peut
comprendre qu'une entreprise, puisqu'elle s'est fait refuser, par exemple, des
blocs d'énergie, va vouloir faire de l'autoproduction pour s'alimenter, avoir
des panneaux solaires. Ça, est-ce que vous êtes corrects avec ça, vous? Oui,
vous êtes corrects pour qu'une entreprise fasse de l'autoproduction.
Mais là ça va plus
loin, là. Ce n'est pas de l'autoproduction, l'article 38, c'est de la
production. On s'entend là-dessus. Donc, on franchit un cap qui n'existait pas
avant, et ce, sans faire une grosse jasette nationale là-dessus, n'est-ce pas?
Mme Bernier (Dominique) : Bien oui, puis, selon
nous, en fait, le modèle actuel permet déjà ça d'une certaine manière,
c'est-à-dire que...
Le Président (M.
Montigny) : 30 secondes. Allez-y.
Mme Bernier (Dominique) : Oui. Avec...
Actuellement, une entreprise qui produirait trop d'électricité pourrait
simplement la vendre à Hydro-Québec, qui se chargerait de la redistribuer. On
considère que ça fonctionne très bien comme ça.
Mme Rizqy : Comme dit mon mari, qui est anglophone, comme vous
le savez, «if it's not broken, don't fix it». Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. Maintenant, c'est le temps de céder la
parole au député de Maurice-Richard pour
3 min 28 s.
M. Bouazzi :
Merci beaucoup. Merci, mesdames, d'être ici et de nous avoir partagé vos
réflexions.
Je vais parler,
justement, de la question de la place du privé. C'est toujours intéressant,
hein, de parler de la place du privé. Comme vous l'avez rappelé, les éoliennes
qu'on avait, qu'on a, en fait, 100 % des éoliennes qu'on a aujourd'hui
appartiennent en partie au privé. C'est une politique qui a été démarrée par le
Parti québécois, continuée par le Parti libéral, et aujourd'hui, avec la CAQ,
on est en train de déréguler tout ça pour en avoir encore plus.
Vous l'avez rappelé,
le fait que la limite de barrages qui n'appartiennent pas à Hydro passe de 50 à
100 MW est un problème, le fait qu'on
vend du privé au privé sur des terrains adjacents, entre guillemets, parce
qu'«adjacent», ça semble être très large. Mais pourquoi vous vous
inquiétez, dans le fond, qu'il y ait encore plus de privé? J'aimerais bien vous
entendre là-dessus.
Mme Bernier
(Dominique) : Bien, simplement parce que l'objectif d'une entreprise
privée, c'est de faire du profit. Donc,
le... Puis c'est légitime. Dans notre modèle économique actuel, c'est comme ça
que ça fonctionne. Cela dit, ce profit-là, c'est de l'argent qui est
retiré directement à l'État, parce que, s'il y a un bénéfice dans le... la
production faite par Hydro-Québec, bien, il y en a une bonne partie qui est
redirigée vers l'État et qui pourrait être utilisée pour moduler les tarifs
aussi. Donc, selon nous, en restant sur contrôle privé... sous contrôle... sous
contrôle public, pardon — quel
lapsus! — on
retire le profit de l'équation et on s'assure que les bénéfices restent pour la
population du Québec.
M. Bouazzi : Donc,
économie 101... 101, bien, le privé se garde une cote, et cette cote-là ne
va pas, évidemment, dans la poche des
Québécoises et Québécois ou tout simplement pour avoir de l'électricité plus
abordable.
Dans
le rôle de la régie, vous parlez, justement, de ce changement d'état d'esprit
où on introduit des choses qui ne sont pas dans l'idée que l'électricité est un
bien commun essentiel. Est-ce que vous pouvez développer, s'il vous plaît?
Mme Bernier
(Dominique) : Oui, bien, en fait, pour ce qui est de la régie, il y a
un... il y a un changement d'orientation. D'une part, comme on disait, on parle
davantage, là, d'une maximisation des bénéfices pour tous. Ça, c'est nouveau. Nous, on trouve ça inquiétant,
parce que, bien, ça ouvre la porte, en fait, à la prise en compte par la régie des
velléités des promoteurs, c'est-à-dire de leurs plans de développement, etc.
Ils vont pouvoir utiliser leurs plans de développement pour faire en sorte que
la régie, disons, accède à leurs demandes, notamment, de hausser les tarifs, ou autres. Donc, c'est... Pour nous, c'est...
c'est quand même assez inquiétant, là, cette dérive-là de la Régie de l'énergie.
Il
y a un autre problème avec la régie. C'est la... En fait, c'est le... la perte,
un petit peu, de capacité des citoyennes et des citoyens puis des organismes d'y participer. Donc, on resserre
vraiment la capacité, disons, l'ouverture démocratique de la régie, et
il y a certains pouvoirs qui lui sont retirés et qui sont confiés aux mains de
la ministre. Ça aussi, cette concentration-là des pouvoirs nous inquiète.
Le Président
(M. Montigny) : Merci...
Mme Bernier
(Dominique) : C'est un changement d'orientation qui...
Le Président
(M. Montigny) : Merci. Merci beaucoup. C'est maintenant le temps
de passer la parole au député de Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis :
Vous avez commencé votre témoignage en parlant de l'importance des tarifs
comme faisant partie d'un pacte avec le peuple québécois. Vous le dites dans
votre mémoire, que ce pacte-là, il vise à produire une énergie abordable et
fiable et que c'est un pilier essentiel de notre souveraineté énergétique.
Le gouvernement
prétend, dans ses communications publiques, qu'il va limiter la hausse annuelle
des tarifs domestiques au taux de l'inflation, maximum 3 %. Est-ce que
vous voyez quelque chose dans le projet de loi 69 qui garantit ça ou qui
est à cet effet-là?
Mme Bernier
(Dominique) : Pas à long terme, là, nécessairement, là. Non, ce n'est
pas... ce n'est pas quelque chose qui est
garanti. C'est une promesse politique. C'est légitime pour le gouvernement de
faire des promesses comme ça. Cela dit, on pense que ça va augmenter. On
est presque convaincus.
M. Paradis :
Mais, même à court terme, est-ce que vous voyez quelque chose dans le
projet de loi 69 qui garantit ça?
Mme Bernier
(Dominique) : Je ne crois pas. Il faudrait que je vérifie, mais je ne
crois pas.
M. Paradis :
La loi prévoit la création d'un programme d'aide financière visant à
limiter l'impact de la hausse des tarifs de
distribution d'électricité d'Hydro-Québec pour la clientèle domestique. Ce programme-là est
soutenu par un fonds auquel les Québécois et les Québécoises contribuent par
leurs impôts. Est-ce que vous êtes d'accord que le projet de
loi 69, lui, ce qu'il dit clairement, c'est qu'il va y avoir des hausses
sans limitation de 3 % et que ce sont les contribuables qui vont payer?
Mme Bernier
(Dominique) : C'est ce qui est prévu, effectivement.
M. Paradis :
Très bien. Merci. Vous nous parlez ensuite de la question de la propriété de
la... en fait, de la nationalisation de la production d'énergie et vous nous
dites que le projet de loi ouvre la porte à une plus grande privatisation. Vous
nous dites que ça se fait, entre autres, par les articles 83 à 87 qui vont
doubler le nombre de mégawatts prévus pour des projets des petites centrales,
que ça, c'est pour intéresser encore plus le secteur privé, l'article 116
qui va prévoir la construction de centrales par des sociétés privées. Quel est
le... Quel va être le résultat de ça pour les Québécois et les Québécoises?
Le Président
(M. Montigny) : 30 secondes.
Mme Bernier
(Dominique) : Bien, en fait,
une déstructuration de notre réseau public et une multiplication de petits
projets sans planification intégrée par... Selon nous, c'est le rôle du
gouvernement de planifier le développement.
M. Paradis : Puis est-ce qu'on
va payer moins cher après?
Mme Bernier (Dominique) : Je
pense que non.
M. Paradis : On va payer plus
cher.
Mme Bernier (Dominique) : Je
pense qu'on va le payer plus cher, oui.
M. Paradis : Merci.
Le
Président (M. Montigny) :
Je vous remercie beaucoup pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends donc les travaux quelques instants
afin de permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 07)
(Reprise à 12 h 09)
Le Président (M. Montigny) :
Alors, bonjour. Je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association des
distributeurs d'énergie du Québec. Je vous rappelle que vous disposez donc de
10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons par la suite à une période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à débuter votre
exposé. Merci.
Association des
distributeurs d'énergie du Québec (ADEQ)
Mme Marcotte (Sonia) : Merci.
M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, laissez-moi d'abord nous présenter. Je suis Sonia Marcotte,
économiste et présidente-directrice générale de l'association québécoise des...
l'Association des distributeurs d'énergie du Québec, l'ADEQ. Maintenant, je
laisse la parole à mes collègues pour se présenter.
M. Lamontagne (Steve) : Oui. Je
me présente, Steve Lamontagne, vice-président, Exploitation au détail,
marketing et gestion immobilière, chez Harnois Énergies.
M. Milette
(Pierre) : Bonjour. Pierre
Milette. Je suis le conseiller en relations gouvernementales pour l'ADEQ.
Mme Marcotte (Sonia) : Alors,
l'ADEQ remercie les membres de la commission de l'invitation à participer à ces
consultations particulières.
Un mois avant
l'annonce du dépôt du projet de loi 69, le ministre Fitzgibbon avait
annoncé qu'il apporterait un amendement à ce projet de loi sur le prix
minimum de l'essence et de l'article 67 de la Loi sur les produits
pétroliers. C'est pour cette raison que nous sommes ici. Donc, les membres de
l'ADEQ... Oh! excusez.
• (12 h 10) •
Fondée il y a
plus de 60 ans, l'ADEQ représente les joueurs qui distribuent l'énergie
permettant aux Québécois et aux entreprises d'ici d'assurer leur
transport, leur chauffage et bien d'autres besoins quotidiens. Nos membres emploient quelque 17 000 travailleurs et
comptent près de 2 300 points de service répartis sur tout le
territoire québécois. Initialement
spécialisés dans la vente au détail de produits pétroliers, nos membres
diversifient leur offre en intégrant des nouvelles énergies et des
composantes vertes.
Les membres de l'ADEQ, dont un grand nombre sont
des entrepreneurs québécois et des entreprises familiales, ont investi
plusieurs centaines de millions de dollars à travers le réseau de
stations-services, leurs flottes de camions
et leurs sièges sociaux au Québec. Ils engendrent ainsi des retombées
économiques régionales importantes.
Nos membres ont choisi de prendre un tournant
proactif en faveur de la transition énergétique, notamment dans le développement
de leurs réseaux de bornes de recharge électrique, de biocarburants, comme
l'éthanol et le biodiesel, ou l'hydrogène.
Avec l'expertise que nous avons développée dans la distribution de différentes
énergies, nous participons activement à la transition énergétique.
Afin de réussir cette transition, il faut
optimiser l'efficacité du secteur énergétique québécois. On doit faire une
gestion intégrée de toutes les ressources énergétiques consommées au Québec. Le
plan de gestion intégrée des ressources énergétiques doit donc couvrir non
seulement les différentes sources d'énergie électrique et le gaz naturel, mais également toutes les autres énergies. Il faut
avoir un plan prévisible à court, à moyen et à long terme de toutes les
énergies et faire place aux nouvelles technologies et énergies renouvelables.
Le plan doit notamment découler d'une consultation publique où tous les acteurs
de la société pourront participer.
Bien que nous comprenions l'importance de la
transition énergétique, l'accélération des mesures visant la sortie des
carburants et combustibles traditionnels risque de compromettre la sécurité
énergétique et économique des Québécois. Nous sommes
particulièrement préoccupés par ses impacts dans les régions du Québec,
d'autant plus que ce ne sont pas tous les secteurs qui pourront et qui peuvent
être électrifiés.
Ces dernières années,
les Québécois ont vécu plusieurs pannes électriques majeures mettant en jeu
leur sécurité. Nous avons obtenu d'Hydro-Québec le nombre de pannes électriques significatives que les régions du Québec
ont connues de 2019 à 2023. Au Québec, ce sont plus de 45 376 pannes
de plus de huit heures. Naturellement, vous comprenez
les impacts de ces... de ces milliers de pannes électriques sur les
Québécois : la chute de température dans les habitations, la perte d'aliments périssables, les
moyens de communication par cellulaire ou Internet coupés, les services
d'urgence mis à rude épreuve, et bien d'autres.
La sécurité
énergétique dépend donc de la capacité à maintenir un approvisionnement
constant et fiable en énergie, et c'est ce à quoi servent les membres de
l'ADEQ. Les distributeurs de l'ADEQ sont au rendez-vous lors des pannes électriques pour approvisionner les
génératrices nécessaires au bon fonctionnement des services essentiels,
des hôpitaux, des stations de pompage et des tours de communication.
Avec des fermetures
prématurées des stations-services et le départ de distributeurs de certaines
régions, on met en péril l'approvisionnement énergétique de ces services essentiels.
Sans prévisibilité et avec la perspective d'une
baisse de la demande trop rapide, les distributeurs et les propriétaires de
station-service ont un horizon d'affaires beaucoup plus court. Dans ce
contexte, plusieurs prendront la décision de ne pas entreprendre les
investissements nécessaires au maintien de
leurs installations, puisque les perspectives d'avenir sont absentes. Ainsi,
certains détaillants fermeront prématurément leurs installations malgré
des besoins toujours présents. D'ailleurs, l'analyse d'impact réglementaire du
projet de resserrement de la norme véhicules zéro émission, publiée en juillet
2023, révélait les dangers pour la sécurité énergétique des Québécois si on
accentue la précarité des distributeurs d'énergie.
Un autre danger
guette la survie des réseaux de stations-services : des guerres de prix
prédatrices qui ne permettent pas de couvrir les coûts d'exploitation et le
coût d'acquisition d'un détaillant efficace. Le Québec a déjà... déjà vécu des guerres de prix prédatrices
désastreuses qui ont mis en péril la survie des stations-services. À
l'été 1996, les guerres de prix étaient telles que les prix au
détail de l'essence pouvaient être plus de 0,15 $ en bas du coût des prix
d'acquisition affichés à la raffinerie. Il aurait suffi de quelques mois pour
mettre à la rue ces détaillants d'essence
et, comme conséquence, la disparition de ces commerces essentiels et la perte
de concurrence à long terme. C'est
pourquoi, en décembre 1996, le gouvernement du Québec a adopté une législation
sur le prix minimum de vente d'essence au détail.
Le prix minimum est
l'addition du prix affiché à la rampe de chargement des raffineries, incluant
le coût du carbone, des coûts de transport
entre la raffinerie et la station-service et les taxes provinciale et fédérale.
Le prix minimum a joué un rôle déterminant et le joue encore en limitant
les guerres de prix prédatrices sans pour autant empêcher les guerres de prix
sporadiques. La législation sur le prix minimum n'a jamais prétendu empêcher
toutes les fermetures et sorties du marché.
Lors de la première
audience sur les coûts d'exploitation, la Régie de l'énergie jugeait qu'il y
avait trop de stations-services et que la rationalisation devait se poursuivre.
De plus, la régie a bien décrit l'esprit du législateur au sujet du prix minimum et de l'article 67 de
la Loi sur les produits pétroliers. Le législateur québécois a ainsi voulu
éviter que cette manifestation de
concurrence imparfaite nuise aux intérêts des consommateurs en diminuant de
façon importante, par exemple, le nombre de concurrents dans un marché.
Par contre, il a aussi voulu éviter d'inhiber le mécanisme normal de sortie du marché. Le marché de l'essence
vit sporadiquement et localement des guerres de prix qui se résorbent généralement. Lorsqu'elles sont trop sévères et se
prolongent, la régie peut intervenir afin de rétablir une saine concurrence.
Le
ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie a commandé une étude
sur le marché de l'essence, rendue publique en mai dernier, et est
arrivé à une conclusion sur les bases de données incomplètes. L'étude omet des données essentielles. Pour comparer les prix,
il faut évidemment exclure les taxes et redevances, qui sont différentes
d'une province à l'autre. Dans cette étude, on compare les prix de l'essence
hors taxes en soustrayant notamment la taxe fédérale sur le carbone en Ontario.
Au Québec, il n'y a pas de taxe fédérale sur le carbone, mais plutôt un prix du carbone déterminé par le système de
plafonnement et d'échange de droits d'émission de gaz à effet de serre, le
SPEDE. Il faut donc soustraire ce
coût de carbone du prix des carburants au Québec avant de les comparer à ceux
de l'Ontario. L'étude a omis de soustraire le coût du carbone au Québec.
Les conséquences de
cette omission amènent une conclusion erronée. Une fois le coût de carbone
soustrait des prix de détail, les prix hors taxes du Québec sont parmi les plus
bas au Canada. L'abolition du prix minimum ne fera pas baisser les prix dans
les marchés qui ont déjà des prix plus élevés que le prix minimum. Au surplus,
dans les marchés où des guerres de prix
sévissent, les prix prédateurs réapparaîtront et accéléreront la sortie des
stations-services. Les automobilistes devront parcourir de plus grandes
distances et verront la concurrence de ces secteurs disparaître. Des fermetures de stations-services engendreront
des déserts énergétiques, notamment dans les localités peu densément peuplées et les régions éloignées. Plusieurs
villages se retrouvent déjà dans cette situation, et la disparition du prix
minimum ne fera qu'accélérer le mouvement.
Le gouvernement ne
doit pas perdre de vue le maintien adéquat des infrastructures de distribution
de carburants traditionnels afin d'assurer la sécurité énergétique dans le
cadre d'une transition sécuritaire, juste et ordonnée. Il doit en tenir compte
dans sa législation. Elle ne doit pas précipiter la sortie des distributeurs et
des stations-services. L'économie du Québec et la population ne sont pas
prêtes. Certaines applications nécessiteront encore longtemps les carburants et
combustibles, notamment les génératrices, le secteur agricole et, bien entendu,
les véhicules et camions qui continueront à circuler sur nos routes. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter tout de suite la
période d'échange. Mme la ministre, vous disposez donc de
16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, merci beaucoup, Mme Marcotte, MM. Lamontagne
et Milette. Merci de votre présence et merci de partager votre vision des
choses avec nous.
Je ne vous
questionnerai pas directement sur la notion du prix plancher, mais j'aimerais
simplement exprimer que notre intention demeure en ce qui a trait au prix
plancher. Notre intention demeure par rapport à ce qui avait été exprimé par
mon prédécesseur. En fait, les travaux sont... sont en cours. On est en train
de finaliser le tout. On s'est adjoint les services d'un expert pour cette
question-là. Mais, voilà, notre orientation est connue.
Je me
demandais : Comment votre association et ses membres, en fait, se
positionnent par rapport à la transition énergétique? Dans quelle mesure est-ce
que vos membres souhaitent contribuer à la transition énergétique? Et est-ce que tous en sont convaincus ou c'est
encore partagé au niveau des ambitions de ce côté-là? C'est un défi. C'est
un défi pour notre société. C'est un défi
aussi pour votre association. Donc, j'aimerais vous entendre sur cet élément-là
de fond.
Mme Marcotte
(Sonia) : C'est certain que c'est un défi pour nos membres, mais
évidemment ce sont des distributeurs d'énergie, donc ils sont prêts à
distribuer l'énergie dont les Québécois auront besoin. On est là, et ils sont
là depuis une centaine d'années. On a des gens qui ont commencé par distribuer
du charbon, et aujourd'hui on distribue de
l'électricité avec nos bornes de recharge. Alors, vous voyez, il y a vraiment
un cheminement qui s'est fait. Mais évidemment il faut le faire de la
bonne façon et de façon ordonnée, ne pas précipiter les choses. Mais, oui, ils
sont là puis ils veulent continuer. Je ne sais pas si...
• (12 h 20) •
M. Lamontagne
(Steve) : On est encore dans une période de... que je pourrais dire de
recherche et de développement. Puis je peux parler de Harnois. On a... On est
la seule compagnie qui a une station d'hydrogène. C'est assez nouveau. On ne sait pas trop comment ça fonctionne. Bref, on
a été les pionniers dans ça. On a des bornes aussi dans nos stations-services. Mais tout ça vient avec beaucoup de
capitaux à investir, et ces capitaux-là, malheureusement, n'arrivent pas
de nulle part, gratuitement.
Donc, oui, on est
très, très, très ouverts. On espère faire partie de la discussion dans cette
évolution-là, parce que cette migration-là énergétique qui se... qui se fait,
et on sait qu'il y a une échéance... Bien, on veut faire partie de ce comité-là
ou de ces ateliers-là.
Mme Fréchette :
Et le... et le PGIRE, là, qui va être un outil important dont on va se doter
prochainement... Quel rôle voyez-vous que
vous puissiez avoir dans le cadre de l'élaboration du PGIRE, dans le cadre de
sa mise en oeuvre? Est-ce que votre souhait, c'est d'y contribuer? Et de
quelle manière?
Mme Marcotte
(Sonia) : Évidemment, on souhaite contribuer. Souvent, ce qu'on
entend... Quand on parle d'un plan de gestion intégrée des ressources
énergétiques, on parle souvent des sources énergétiques... des sources
électriques. Donc, on va parler de différentes sources électriques, mais souvent
on met de côté toutes les autres sources d'énergie qu'on peut distribuer. Comme
je vous dis, il... dans le plan, il faut quand même penser encore aux
combustibles et carburants parce qu'on est... il y a encore des besoins. Mais
il y a aussi d'autres sources d'énergie qui
vont venir, qui vont arriver. Alors, nous, c'est sûr qu'on veut contribuer,
mais on veut... on veut être là, dans le plan, pour pouvoir y
participer.
Mme Fréchette :
Bon, on le sait, que la sortie des énergies fossiles est incontournable,
est inévitable. C'est une question de cadence, par la suite, là, qui va être
aussi à discuter. Je me demandais : Quelles sont les principales
répercussions auxquelles vous pourriez nous mettre... face auxquelles vous
pourriez nous mettre en garde? Est-ce qu'il
y a des éléments, des angles morts que vous pensez essentiel de soulever
considérant, là, la transition énergétique dans laquelle on s'engage et
l'impact que ça va avoir à de multiples manières?
Mme Marcotte
(Sonia) : Bien, l'impact va se retrouver beaucoup dans les régions
éloignées, par exemple, ou peu densément peuplées parce qu'il y a encore des
besoins. Il n'y a pas encore de transport... de transport collectif. Donc, il y a des besoins, et évidemment
on est là pour... on est là pour ça, mais donc il faut penser à ça. On ne peut
pas... Si on met trop d'embûches, bien... Et il y a beaucoup d'embûches déjà.
On doit faire quand même des investissements
pour mettre le 15 % d'éthanol qui va venir, donc, le biodiesel. On doit
faire beaucoup d'investissements, mais, pour y rester, il faut avoir les
moyens de le faire.
Mais, en même
temps... Bien, comme vous disiez tout à l'heure, c'est sûr que, s'il y a des
guerres de prix en plus qui se mettent à travers ça, évidemment que les
stations-services ne pourront pas rester. Et là, bien, on va se retrouver,
comme on retrouve dans plusieurs municipalités, où la station-service va fermer
parce qu'il y aura eu une guerre de prix, et
en plus elle n'aura pas eu la possibilité de faire les investissements parce
que l'horizon est assez court. Donc,
si on veut faire les investissements, bien, il faut avoir de l'argent aussi
pour le faire, mais, en même temps, il faut être capables de récupérer
notre investissement. Donc, si c'est très court, c'est sûr et certain que les
gens vont penser peut-être à ne pas
investir, et la station-service va fermer. Une fois qu'elle est fermée, elle ne
reviendra pas nécessairement, la station-service. Donc là, bien, ça va
être...
Des fois, on voit des
actions citoyennes, mais ce n'est pas toujours facile, et on ne peut pas
revenir toujours... Parce que l'investissement d'une station-service, c'est
très élevé. Mais, s'il n'y a plus de station-service, souvent, le dépanneur va partir aussi, il va fermer, et là on
va se retrouver avec... avec ces services essentiels qui ne seront plus là, et
les automobilistes vont devoir se déplacer davantage, vont être obligés de...
Et là, bien, c'est ce que craignent beaucoup de concitoyens, d'ailleurs.
M. Lamontagne
(Steve) : La régie a fait un superbeau rapport qu'elle a déposé à la
fin décembre 2022. Et, quand on prend le temps de lire profondément le
rapport, c'est assez intéressant de voir que 60 % — c'est
62 %, le chiffre précis — des stations-services vendent moins de
3 millions de litres annuellement, et, pour amortir des coûts de construction, de rénovation ou de changement de
réservoir, c'est à peu près impossible à faire. Donc... Et ces 60 % là sont
assez bien répartis dans des régions plus rurales et moins urbaines.
L'autre angle mort, c'est qu'aussi des
propriétaires de ces commerces-là, c'est souvent des gens qui sont locaux, qui
sont propriétaires de leur petit «gas
bar», qui sont là
depuis toujours, qui sont implantés dans leur société ou dans leur communauté.
Mais eux, ils ne pourront pas être capables d'amortir ces coûts de construction
là qui vont venir. Donc, ce qu'ils font souvent, c'est qu'ils se retournent
vers des grandes multinationales ou des grands joueurs. Mais même nous, les
grands joueurs, parce que je peux considérer qu'on est... on est un grand
joueur... que, ces coûts-là, on ne sera pas capables de les amortir. Donc, il y
aura une disparition, probablement, je crois, s'il y a une guerre de prix, de
ces petits détaillants là qui sont présents dans leur communauté, en région.
Et l'autre
volet ou l'autre angle mort que je tiens aussi à soulever, c'est le désert
alimentaire. Souvent, il y a des régions où le seul commerce de détail, c'est
un dépanneur, et, si la station-service ferme, le dépanneur aussi va fermer.
Mme Fréchette : Merci, M. le
Président. Je vais céder la parole aux collègues.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est maintenant le moment de céder la parole au député de Dubuc.
Merci. Vous disposez donc de neuf minutes.
M. Tremblay : Oui. Bien,
d'abord, je vous laisse compléter.
M. Milette (Pierre) : ...bien
comprendre que, tu sais, plus de difficultés, ou moins de rentabilité, ou moins
de... plus de barrières à aller distribuer
de l'énergie en région... Donc, la disparition des stations-services, la
disparition des réservoirs qui sont là... les compagnies, ce n'est pas juste
une question d'automobilistes, c'est une question... on le voit par les
plus de 45 000 pannes dans les cinq dernières années à Hydro-Québec
de plus de huit heures, c'est les gens qui
ont besoin de génératrices, c'est les gens qui ont besoin... C'est une question
de sécurité énergétique, c'est une question de survie au Québec au moins de janvier, février, puis tout le monde
comprend ça, d'avoir accès à une autre source d'énergie quand la
principale source fait défaut.
Donc, si on enlève les... Et tout ça est basé
sur des distributeurs membres de l'ADEQ. Si on enlève cette possibilité-là
d'aller là, bien, on pense qu'il y a quand même un danger à... sur la sécurité
énergétique des Québécois, plus que juste que sur le transport, là. C'est sur
la survie, là.
M. Tremblay : Bien, d'abord,
bonjour. C'est quand même paradoxal, permettez-moi. Puis, par rapport à ce que
vous dites, personnellement, dans Dubuc, j'ai déjà répertorié... Vous parlez de
la situation de sécurité publique, de
besoins essentiels dans les communautés en milieu rural. Moi, j'ai déjà
répertorié sur le terrain, à travers un milieu plus urbain et 13 municipalités rurales en périphérie, des
problématiques de dépanneurs qui ferment faute de relève, faute de
distributeur, bon, pour différentes raisons, puis on doit jongler avec ça.
En parallèle, on en parle aussi depuis
longtemps, de ce contexte-là, de cette conjoncture-là de transition énergétique, et puis, d'un côté, oui... Puis je
parlerais du dépanneur, par exemple, de Ferland-et-Boilleau qui, lui aussi,
doit fonctionner avec des génératrices pour des raisons de sécurité
publique, pour alimenter la pompe à essence, etc. Bon, j'y travaille comme cas
de comté.
Maintenant aussi en région, il y a une
effervescence, puis je parle toujours de ma communauté, de projets
intéressants, de développement sur de la gestion énergétique, sur du stockage,
sur de la décarbonation, et puis ces projets-là vont être porteurs d'emplois,
porteurs de développements.
De votre côté, vous parlez du PGIRE. Vous
signifiez clairement que vous souhaitez être partenaire de la démarche. À quel
niveau vous vous sentez au diapason par rapport à la conjoncture qui avance
puis qui fait qu'on bascule sur d'autres sources d'énergie? Et puis comment
vous voyez, justement, par rapport à ça, la nécessité d'accélérer la réflexion
versus la transition de ces types de besoins là dont on est dépendants, en tout
cas en région, en ruralité, mais problème qu'on vit déjà puis qu'on travaille
déjà aussi, vous comprenez? Avez-vous... avez-vous la conviction d'être en
mesure de vous arrimer et puis d'enclencher le processus qui s'accélère au
niveau de ce qu'on propose, de ce que la ministre propose?
M. Lamontagne (Steve) : J'ose
croire que oui. Non, non, on doit. C'est un passage obligé. Il y a une
échéance. On... C'est... Puis je peux parler de mon histoire à moi. J'arrive
d'une grande multinationale qui est dans le domaine alimentaire. J'ai fait un
mouvement vers chez Harnois. Et le défi qui m'intéressait le plus, c'était
justement cette migration énergétique là. C'est ça qui m'a fait que j'ai décidé
d'aller travailler pour une entreprise familiale comme Harnois, toutes les opportunités
qui s'offrent à nous, qui sont devant nous. Mais on ne pourra pas le faire seuls. On va avoir besoin d'être accompagnés par
des gouvernements, par des... par peu importe quel groupe, parce que,
présentement, de mettre une borne dans une station-service ou de construire une
station-service avec de l'hydrogène, je ne crée aucune valeur, donc, même le
contraire.
Donc, pour moi, la seule chose que je peux faire
maintenant, c'est de vendre du carburant, mais je sais que je dois faire autre
chose avec le temps. Donc, j'ai besoin... On fait beaucoup de vigie
internationale, on fait de la vigie de tous nos compétiteurs juste pour voir
qui se positionne, mais il n'y a personne qui se positionne encore vraiment dans une énergie différente que le carburant. Beaucoup font
de la publicité ou du marketing, mais personne n'agit vraiment, parce que les
coûts sont tellement extravagants.
• (12 h 30) •
M. Tremblay :
OK. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Et
je vous remercie.
M. Tremblay : Il y a encore du
temps?
Le Président (M. Montigny) : Oui,
il reste encore quatre minutes.
M. Tremblay : Quatre minutes.
Le Président (M. Montigny) : Si
vous voulez.
M. Tremblay : OK.
Je pourrais continuer. Écoutez, je ferai le parallèle avec le phénomène des
autobus électriques, toujours versus les régions puis le milieu rural.
On bouscule un peu l'agenda, et puis il y a toute une question d'adaptation
aussi, autant au niveau de l'intervention mécanique, des outils. On a... on a
des gens qui ont des flottes d'autobus qui se questionnent à savoir s'ils vont
y aller sur de la relève ou s'ils vont fermer boutique aussi. Maintenant, il y a une réflexion aussi à travers
tout ça qui nous permet de croire qu'on peut accoster en zone d'équilibre,
tu sais, peut-être d'y aller sur une approche plus étapiste.
Maintenant, par rapport à votre... à votre
collaboration puis à votre participation, comment vous voyez votre
positionnement comme source d'énergie? Je comprends une certaine crainte, là,
mais êtes-vous déjà très avancés au niveau de la recherche pour proposer des
solutions?
M. Lamontagne (Steve) : On
cherche des partenariats tous les jours avec des flots d'autres compagnies de
ce genre pour voir de quelle façon on pourrait transiger vers l'électricité,
mais il y a beaucoup, beaucoup d'embûches dans
le parcours. Si moi, demain, je décide d'installer deux bornes électriques dans
une station-service, est-ce que mon entrée
électrique est la bonne? Est-ce que la distribution à partir du poteau
électrique vers la station-service est adéquate? Il y a beaucoup
d'embûches, et ce qui fait exploser les coûts.
Et installer
une borne, malgré les subventions qu'on peut avoir sous différents programmes,
jusqu'à maintenant, c'est... on ne fait... il n'y a aucune rentabilité.
Au contraire, on le... on le considère comme de la recherche et développement.
Donc, chez nous, c'est... c'est quelque chose qui ne... qui crée de la valeur
négative, si je peux le dire ainsi, mais on
est conscients qu'on a un rôle à jouer dans ce changement de... comme, de
gestion énergétique là, de «commitment» qu'on décide d'avoir comme...
comme peuple. On fait partie de ça, c'est certain, et on veut le faire, on veut
participer.
M. Tremblay : Merci.
Le
Président (M. Montigny) : Merci beaucoup. Alors, maintenant, dans le
contexte, je vais céder la parole au... à Mme la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M.
le Président. Bonjour, Mme Marcotte. Merci beaucoup d'être présente. Merci beaucoup, M. Lamontagne, évidemment, M.
Milette. Contente de vous voir avec nous aujourd'hui. Merci pour votre
mémoire.
Alors, permettez-moi d'y aller directement, si
vous le permettez. À la page 3 de votre mémoire, je vois que vous avez
fait une demande d'accès à Hydro-Québec, et, entre 2019 à 2023, vos chiffres...
bien, pas les vôtres, ceux d'Hydro-Québec, sont assez impressionnants. Vous
avez répertorié 45 376 pannes de plus de huit heures et, je tiens à préciser,
non planifiées. Donc, c'est des vraies pannes, là. Je vais juste prendre celles
qui sont de plus de... plus de huit heures,
mais en haut de 3 000 : donc, Capitale-Nationale,
3 000 fois, Estrie, 3 600 fois, Montréal,
3 000 fois, Lanaudière, 4 000 fois, l'Outaouais,
5 200 fois, Laurentides, 7 000 fois. Ça, ce n'est pas il y
a 10 ans, là, c'est 2019 à 2023.
Tantôt, M. Milette, vous avez parlé de
sécurité énergétique. Dans votre mémoire, vous faites aussi référence aux pertes financières. Et, comme députée, je peux
vous le dire, quand les citoyens sont coupés pendant plusieurs heures,
c'est aussi les pertes dans leurs frigidaires qu'ils constatent. Je vous donne
la parole parce que je pense que c'est quelque chose de très important et je
pense que c'est encore plus important, parce que dans votre... Dans le tableau
présenté, là, il y a plein de régions là-dedans.
Mme Marcotte (Sonia) : Bien,
effectivement, oui, il y a beaucoup de pannes électriques, puis, quand ça
atteint huit heures, oui, il y a des problèmes de sécurité énergétique autant
pour les personnes vulnérables aussi qui sont dans des logements qui peuvent
devenir froids, mais surtout aussi la perte d'aliments périssables.
Évidemment,
c'est à ce moment-là que nous, on est appelés aussi, parce que c'est bien beau
avoir de l'électricité, mais il faut qu'elle se rende jusqu'aux
consommateurs. Et c'est à ce moment-là qu'on est là. On approvisionne les génératrices. Et combien de fois on est même appelés
par le ministère de l'Énergie pour nous dire : Bien, vous devez
approvisionner les tours électriques... les tours de communication? Parce que,
s'il n'y a plus de tour de... S'il n'y a plus
d'électricité, il n'y a plus de tour de communication non plus, et les
cellulaires ne fonctionnent plus. Bon, il y
a aussi l'aspect qu'il faut recharger nos cellulaires, mais, si notre
cellulaire est déjà rechargé, mais il n'y a plus de tour de communication,
ça ne fonctionne plus.
Alors, on est là, nous. On est partout au
Québec, On a... on a des distributeurs qui sont partout au Québec, qui sont
capables d'approvisionner, justement, là, tous ces services-là, parce que ça va
être les hôpitaux aussi qui ont besoin de
génératrices, les RPA qui ont besoin de génératrices. Alors, on est là dans
toutes les régions. Mais évidemment, si
certains disparaissent, là, ça va être beaucoup plus compliqué les
approvisionner. Ils vont être approvisionnés, mais comment, à quel coût? Ça va être plus compliqué si
les distributeurs disparaissent des régions. Mais on a des... on a des
distributeurs dans toutes les régions, et souvent des entreprises familiales.
Mme Rizqy : Pouvez-vous
expliquer clairement à la commission qu'est-ce qui peut faire en sorte que des
distributeurs disparaissent? Il faut que ce soit clair pour tout le monde.
Mme Marcotte (Sonia) : Bien,
j'ai l'exemple... Par exemple, au Saguenay—Lac-Saint-Jean, il y a des guerres
de prix présentement... il y a eu des guerres de prix sporadiques, puis ça
revient, ça part, mais des guerres de prix sévères. Donc, ces guerres de prix
là font mal aux distributeurs, et il y a des distributeurs régionaux dans ce coin-là. Mais évidemment, si, par exemple, la législation,
là, l'article 67 disparaît, bien, les guerres de prix vont... vont devenir
des guerres de prix prédatrices, parce qu'on est vraiment très près, là, du
prix minimum. Alors, à ce moment-là, évidemment,
le prix minimum, c'est le prix d'acquisition du détaillant. Donc, c'est sûr
que, si ça va en bas, bien, il ne restera pas longtemps.
C'est pour ça d'ailleurs qu'en 1996 on a eu
cette législation-là qui a fait en sorte qu'aujourd'hui on a des stations-services partout au Québec, mais on a des
entreprises familiales, des entreprises québécoises, parce qu'en 1990, avant, si vous aviez un problème, vous deviez
appeler, par exemple, au Texas pour parler à la pétrolière qui était là-bas.
Aujourd'hui, ce sont des entreprises québécoises qui gèrent les réseaux de
distribution. Alors là, quand vous avez un problème, vous pouvez appeler
chez Harnois, chez Filgo, chez... chez différents distributeurs qui sont des
entreprises québécoises qui gardent les profits ici, qui redistribuent les
profits et qui font de l'activité économique au Québec.
Mme Rizqy : On a entendu
M. Pierre Fitzgibbon dire clairement que lui, il voulait mettre un prix
plancher. Là, aujourd'hui, on comprend que
l'intention de la ministre, c'est d'aller dans la même veine, c'est-à-dire un
prix plancher. C'est quoi, les conséquences, pour vous?
Mme Marcotte (Sonia) : Bien, en
fait, on veut conserver le prix plancher, parce que le prix plancher va...
Présentement, il limite les guerres de prix prédatrices. Il y en a, des guerres
de prix. Il y en a dans plusieurs régions. Ça se résorbe après un certain
temps, mais une guerre de prix...
Mme Rizqy : Je pense, j'ai mal
formulé. Il voulait retirer le prix plancher. Juste... Je vais reformuler. On a
entendu Pierre Fitzgibbon dire qu'il veut
retirer le prix plancher. La ministre confirme qu'elle veut retirer le prix
plancher. C'est quoi, les conséquences, pour vous? Désolée, je
reformule.
Mme Marcotte (Sonia) : Quand il
y a des... C'est lorsque des guerres de prix prédatrices surgissent. Là, ça fait mal et ça peut faire fermer des
stations-services. Une fois que les stations-services vont être fermées parce
qu'il y aura une guerre de prix prédatrice, pas une guerre de prix
sporadique qui se résorbe, il y en a tout le temps, ça, mais une guerre de prix qui se prolonge, qui est très
sévère, bien, évidemment, les stations-services, certaines vont fermer. Et là on
va se retrouver avec moins de concurrence, pas plus, parce qu'on est déjà... Le
prix minimum, c'est déjà le prix d'acquisition. Donc, on n'arrivera pas avec
plus de... avec plus de concurrence par la suite, et certainement pas de
meilleur prix si la concurrence disparaît.
Mme Rizqy : Merci.
Le Président (M. Montigny) : ...parole.
Mme Dufour : Merci beaucoup. Je
dois dire qu'en 1996 j'ai travaillé temporairement pour Ultramar lorsqu'il y
avait cette guerre-là et j'étais assignée à faire des téléphones pour dire aux
détaillants qu'il y avait un changement de
prix chez le voisin. C'était complètement hallucinant. Alors, je comprends
qu'on ne veut pas retourner vers ce far west là. C'est... c'est votre
position, là.
Mme Marcotte (Sonia) : Oui.
Mme Dufour : Écoutez,
je voudrais peut-être vous amener sur les pannes électriques. On a vécu,
9 août dernier, les pires inondations, les pires pluies qu'on a
vues au Québec, et particulièrement, là... Je peux parler de ma région, Laval,
qui a été durement touchée. On parle de 15 000 propriétés qui ont
été... qui ont été touchées, et en fait ça allait jusqu'à ce que le courant
doive être coupé. Et c'est tout l'est de Laval qui a dû... C'est vraiment des
quartiers entiers que l'électricité a été coupée, probablement par mesure de
sécurité, mais la seule... la seule option qui restait aux citoyens qui voulaient
pouvoir peut-être s'en sauver, c'étaient les génératrices. Les rares qui ont eu
la chance d'avoir une
génératrice s'en sont sauvés. Donc, on comprend que c'est... c'est nécessaire.
Une génératrice comme ça, à part... ça ne peut pas fonctionner à l'électricité
quand il n'y a pas d'électricité. Donc, c'est quoi, le... Tu sais, qu'est-ce
qu'on met dedans pour qu'elle fonctionne?
• (12 h 40) •
Mme Marcotte
(Sonia) : Ça va être du carburant. Et souvent les
consommateurs vont venir à la station-service pour s'approvisionner en
carburant pour leurs génératrices, mais nous, on va aussi aller, par exemple,
dans des... dans des endroits comme les hôpitaux et les différents
services d'urgence. On va les approvisionner.
M. Lamontagne (Steve) : ...soit
de l'essence ou du diesel, tout dépendant de la grosseur de la génératrice. Mais, là où il y a un angle mort à ça, c'est... La
majorité des détaillants et/ou des grossistes qui font partie de l'association,
nous avons tous des dépôts pétroliers qui sont répartis un peu géographiquement
à travers le Québec. Donc, nous, on en a à peu près 28 ou 29, de
mémoire. Mais, si je n'ai plus de station-service à exploiter dans une région
comme celle-là, il n'y a aucune raison pour laquelle je dois garder les
infrastructures pétrolières. Donc, pour faire transiger du diesel ou du
carburant vers une région qui va en avoir besoin pour les génératrices suite à
un cataclysme ou à une situation climatique, bien, ça peut prendre plusieurs
heures. On va toujours le faire, parce qu'on a une conscience, mais ça peut prendre beaucoup plus d'heures que si on est
déjà présents et qu'on appelle quelqu'un qui va au camion, il remplit le
camion et il va le porter tout de suite. Donc, on fait juste prolonger le
délai.
Mme Dufour : Oui. Puis, pour
illustrer l'importance des génératrices, je vais mentionner que ce n'est pas
seulement les citoyens qui se sont trouvés coupés d'électricité, mais l'Hôpital
de la Cité-de-la-Santé à Laval. Et donc, dans n'importe quelle région, s'il y a
une panne majeure, bien, c'est aussi les hôpitaux qui peuvent être privés, et il y a eu, justement, un enjeu avec la
génératrice, donc, à cet hôpital-là. Donc, c'était absolument nécessaire comme...
comme mesure, tu sais, pour pallier, justement. Puis on constate que les pannes
ne font qu'augmenter. Donc, la... C'est ça,
je pense qu'on a besoin encore de vous. Malgré tous nos efforts
d'électrification, vous allez rester très importants.
M. Milette (Pierre) : ...c'était
un peu l'intention quand on a fait la demande d'accès à l'information. En fin
de compte, c'était de savoir : Est-ce qu'on... est-ce qu'on a raison de
penser qu'il peut y avoir un danger sur la sécurité énergétique d'avoir... pour
reprendre l'expression, d'avoir un peu nos oeufs tous dans le même panier de la
distribution électrique? Le but n'était pas... pas du tout de démontrer
qu'Hydro-Québec avait plusieurs pannes électriques. C'était de démontrer qu'on
a besoin d'un substitut énergétique encore. Les Québécois en ont besoin. Les
inondations qu'on vient de vivre sont au mois d'août. Quand ça arrive au mois
de janvier, au mois de février, là, on tombe dans une crise majeure. Et on l'a
déjà vécu, les crises du verglas, et autres. Donc, on ne peut pas encore se
permettre de...
Le Président (M. Montigny) : 30
secondes.
M. Milette
(Pierre) : ...d'aller... de changer ça drastiquement et de
risquer de perdre cette source d'énergie là pour l'instant.
Mme Dufour : Oui,
effectivement, on a vu qu'après la crise du verglas le nombre de génératrices
vendues a augmenté de façon phénoménale. Donc, merci beaucoup pour votre
présence.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est maintenant le moment de laisser la parole au député de Maurice-Richard pour 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci d'être là. Ma première question est facile, c'est : Quel pourcentage
de l'énergie du Québec vient, justement, du pétrole fossile aujourd'hui au
Québec?
Mme Marcotte (Sonia) : Je n'ai
pas les données, là, Je pense que...
M. Bouazzi : Bien,
je vous la donne. À ce moment-là, c'est 50 %. C'est... 50 % de
l'énergie qu'on consomme vient du
pétrole fossile. Est-ce que l'énergie fossile apparaît ne serait-ce qu'une
seule fois dans ce projet de loi sur l'énergie?
Mme Marcotte (Sonia) : Moi, je
ne l'ai pas vue.
M. Bouazzi : Donc, on a
50 % de ce qu'on consomme en énergie qui vient d'une énergie qui
n'apparaît pas une seule fois dans un projet
de loi majeur sur l'énergie. Est-ce que... J'imagine que vous croyez,
évidemment, à la crise climatique et qu'à un moment il va falloir se
débarrasser d'une manière ou d'une autre... Est-ce que vous, vous avez vu une planification du gouvernement où il y a une
diminution de la consommation, justement, des énergies fossiles d'ici 2050?
Mme Marcotte (Sonia) : On n'a
pas été appelés à travailler avec le gouvernement, là, dans ce... dans ce
dossier-là. C'est sûr qu'on le voudrait. On a déjà proposé des choses, il y a
très longtemps, justement, pour pouvoir faire
une transition plus progressive, ajouter, par exemple, des biocombustibles, des
choses comme ça, mais ça ne s'est pas produit, en bout de ligne.
M. Bouazzi :
Donc, on est en train de dire que 50 % de l'énergie qu'on consomme
vient du pétrole, que le mot n'existe pas et que le gouvernement, à date, ne
vous a ni montré un plan ni un accompagnement. Parce qu'à un moment il y a des
choses qui vont changer d'ici 2050, évidemment. Effectivement, nous ne
consommerons plus de pétrole fossile. Vous parlez d'autres sources
renouvelables, etc. Et ça, ça ne peut se faire qu'en partenariat avec vous.
Mme Marcotte
(Sonia) : C'est certain qu'on est prêts à travailler avec le
gouvernement, à participer. Et on veut
participer à cette transition-là. On veut donner... Parce que, bon, on est
encore présents, on est encore utiles, on va l'être encore un bout de temps,
mais on est prêts à travailler et on veut discuter avec le gouvernement pour
trouver les bonnes solutions pour arriver à bon terme et arriver à faire une
bonne transition énergétique, juste, ordonnée et efficace.
M. Bouazzi :
Dans un tout ordre d'idées, j'ai... on a trouvé un mémoire qui date de 2017 — et
c'est là où moi, je pense qu'il y a un
travail à faire avec vous — où
vous qualifiez... où vous parlez d'énergie propre et vous parlez de gaz
naturel compressé, de gaz naturel liquéfié. Est-ce que, depuis, vous avez
changé d'avis sur ces énergies-là?
Mme Marcotte
(Sonia) : En fait, dans notre mémoire, on disait qu'on était présents
dans ce domaine-là, mais on est présents
dans plusieurs domaines. On est des distributeurs d'énergie, donc, comme...
comme on le disait dans le mémoire, c'est qu'on est là pour distribuer
l'énergie dont les Québécois ont besoin.
Le Président
(M. Montigny) : ...30 secondes.
Mme Marcotte
(Sonia) : Donc, on va aller dans ce sens-là. Évidemment, l'énergie
qu'on sera capables de distribuer, comme, bon, l'électricité, on peut en
distribuer à travers nos bornes de recharge, évidemment, on ne peut pas le
faire autrement... Mais on est là pour toutes sortes d'énergies qui seront...
qui seront utiles pour le... pour les consommateurs québécois.
Le Président
(M. Montigny) : Merci. Neuf secondes.
M. Bouazzi :
Il faut planifier.
Le Président
(M. Montigny) : Merci beaucoup. C'est maintenant la période de
droit de parole au député de Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis :
Est-ce que j'ai bien compris? Notamment, le début de votre témoignage, vous
dites : Nous, on veut faire partie de la conversation sur l'avenir
énergétique du Québec, on ne doit pas être oubliés, nous, notamment dans cette perspective de ne pas créer des déserts
énergétiques au Québec. Vous dites : Nous, on veut participer au dialogue.
Mme Marcotte
(Sonia) : Tout à fait.
M. Paradis :
Là, vous êtes ici pour commenter un projet de loi qui a été présenté par le
gouvernement, là, qui est un projet de loi technique. Mais, sur sa vision
énergétique, justement, là, avant de venir ici, vous, est-ce que vous avez été
consultés par le gouvernement sur ces orientations-là?
Mme Marcotte
(Sonia) : Pas sur le projet de loi, non.
M. Paradis :
Non. Puis, sur son plan, sur sa vision énergétique à long terme, avez-vous
eu un dialogue, avez-vous été consultés dans ce qui précède ce projet de loi
là?
Mme Marcotte
(Sonia) : On a eu une rencontre avec M. Fitzgibbon pendant son
mandat.
M. Paradis :
OK. Mais est-ce qu'on vous a présenté un plan, une vision sur lesquels on
vous a demandé votre avis?
Mme Marcotte
(Sonia) : Nous, on allait justement montrer l'importance qu'on avait
pour la sécurité énergétique des Québécois,
parce que, quand il arrive des pannes, bien, il y a un problème et, s'il y a
des déserts énergétiques qui se
créent, il va y avoir d'autres problèmes. Donc, on était là pour présenter
notre... notre vision et dire aussi qu'on était prêts à travailler. On
est prêts à travailler avec le gouvernement. C'est ce qu'on veut faire.
M. Paradis :
Et donc est-ce que je comprends qu'au-delà d'un projet de loi qu'on a sur
la table, là, puis des consultations particulières sur ce projet de loi là,
vous, vous invitez la ministre à ouvrir le dialogue avec vous sur un véritable
plan, sur une véritable politique énergétique? C'est bien ça?
Mme Marcotte (Sonia) : Tout
à fait. On a d'ailleurs transmis une lettre à Mme la ministre pour une rencontre
éventuelle.
M. Paradis : Très
bien. Maintenant, en ce qui concerne ce projet de loi, parce que vous nous
parlez beaucoup de l'article 67 de la Loi sur les produits pétroliers, là,
qui est... qui est sur cette question, là, du prix plancher, ce n'est
pas visé par ce projet de loi 69 qu'on a
devant nous. Qu'est-ce que vous nous suggérez? Qu'est-ce que vous nous demandez,
comme députés, comme législateurs, face à ce projet de loi qu'on a devant nous
actuellement?
M. Milette (Pierre) : Je vais
juste y aller assez rapidement, en fait. Donc, ça peut paraître étrange qu'on
est ici sur un projet de loi dont l'article qu'on discute n'est pas dans le
projet de loi. C'est que, quand le... quand M. Fitzgibbon a fait un point
de presse au mois de mai pour annoncer qu'il allait amender le projet de loi
pour abolir l'article 67 de la Loi sur les produits pétroliers, c'est
plusieurs semaines avant le dépôt du projet de loi. Donc, à notre surprise, quand le projet de loi a été déposé,
c'est que l'amendement, l'abolition, n'était pas dans le projet de loi. Donc,
on s'est inscrits sur la — je
vais le dire entre guillemets — rumeur
de cette modification-là sans autre signe. Et notre... notre crainte...
En fin de compte, ce qu'on se demandait, c'est : Est-ce que
M. Fitzgibbon allait...
Le Président (M. Montigny) : En
conclusion, en conclusion.
M. Milette
(Pierre) : ...venir amender son propre projet de loi après
les audiences publiques? Et là c'est là où on se dit : OK, on va...
ça va arriver quand? Donc là, il reste à savoir comment...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Merci. Le...
M. Paradis : Vous ne saviez pas
à quoi vous attendre, hein? Nous autres non plus.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Le temps est maintenant écoulé. Je vous
remercie beaucoup pour votre contribution aux travaux.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 50
)
(Reprise à 15 h 02)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
bonjour. Bonjour à tous. À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'agriculture,
des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles reprend ses travaux.
Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 69, la Loi assurant la
gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses
dispositions législatives.
Cet après-midi, nous entendrons le Conseil du
patronat du Québec, l'Association canadienne de l'énergie renouvelable, Énergie
Solaire Québec et l'Association des consommateurs industriels de gaz, cet
après-midi.
Maintenant, sans plus tarder, je souhaite la
bienvenue au Conseil du patronat du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, et puis par la suite il y aura une période d'échange avec les membres
de la commission. Je vous invite à vous
présenter, même si on vous connaît un peu, présenter puis à débuter votre exposé
maintenant.
Conseil du patronat du
Québec (CPQ)
M.
Blackburn (Karl) : Merci. Karl Blackburn, président et chef de la
direction du Conseil du patronat du Québec.
Mme Kozhaya (Norma) : Bonjour. Norma Kozhaya, vice-présidente à la recherche et
économiste en chef au Conseil du patronat.
Le Président (M. Montigny) : Bienvenue.
M. Blackburn (Karl) : Alors, merci,
M. le Président, chers membres de l'Assemblée, Mme la ministre de l'Innovation,
et de l'Énergie, et de l'Économie. Alors, je vous remercie de nous donner
l'occasion de présenter le point de vue du Conseil du patronat du Québec
concernant le projet de loi n° 69 intitulé Loi assurant la gouvernance responsable des ressources énergétiques et
modifiant diverses dispositions législatives. Cette loi propose des réformes importantes pour encadrer la
gestion de nos ressources énergétiques, un enjeu clé dans le contexte actuel de
notre transition énergétique.
Le CPQ, qui représente près de
70 000 employeurs à travers le Québec, est particulièrement préoccupé
par les effets de ce projet de loi sur le milieu d'affaires et l'ensemble de
l'économie québécoise.
Nous reconnaissons l'importance cruciale de ce
projet de loi pour assurer une transition énergétique réussie tout en veillant
à la compétitivité des entreprises québécoises et à un environnement d'affaires
attrayant.
Le secteur énergétique du Québec a connu de
profonds bouleversements au cours des dernières années. Alors qu'en 2019
Hydro-Québec prévoyait des surplus énergétiques pour plusieurs années, nous
faisons face aujourd'hui à des défis majeurs, avec des besoins supplémentaires d'approvisionnement
dès 2027 et des besoins en puissance à compter de
l'hiver 2027-2028. Cela souligne l'importance de planifier de façon
proactive pour assurer un approvisionnement adéquat tout en maintenant une
tarification compétitive.
Le CPQ appuie fermement la nécessité de
développer une approche responsable et durable des ressources énergétiques notamment à travers la
diversification des sources d'énergie, la promotion de l'efficacité énergétique
et le soutien à l'innovation technologique. Cependant, il est essentiel que ces
changements ne nuisent pas à la compétitivité de nos entreprises.
Nous saluons plusieurs éléments du projet de loi
n° 69 qui reflètent des recommandations de longue date du Conseil du
patronat du Québec. En particulier, nous soulignons l'importance de la mise en
place d'un plan de gestion intégrée des ressources énergétiques qui établit une
vision à long terme pour le secteur énergétique, avec des mises à jour périodiques pour garantir... l'adaptation,
pardon, aux réalités changeantes. Cette planification de 25 ans,
actualisée tous les six ans, est un outil essentiel pour assurer une gestion
prévisible et ordonnée des ressources énergétiques.
Nous saluons également l'initiative de fixer des
tarifs en fonction du coût de service sous la supervision de la Régie de l'énergie. Ce processus plus transparent
permet une meilleure prévisibilité pour les entreprises et minimise les risques
de choc tarifaire tout en favorisant une tarification plus juste et équitable.
Toutefois, certains enjeux demeurent encore préoccupants, et j'y
reviendrai plus tard.
Enfin, nous accueillons favorablement la
reconnaissance explicite du rôle du secteur privé dans la production d'énergie.
L'ouverture à la production d'énergie par des acteurs privés, notamment pour
des sources renouvelables, contribuera à diversifier l'offre et à réduire la
pression sur Hydro-Québec.
Cependant, plusieurs dispositions du projet de
loi soulèvent des préoccupations importantes pour le milieu des affaires,
particulièrement en ce qui concerne la compétitivité des entreprises
québécoises. Permettez-moi d'abord trois points principaux.
La tarification industrielle et
l'interfinancement. Le projet de loi abroge l'article 52.1 de la Loi sur
la Régie de l'énergie, supprimant ainsi la
non-indexation du tarif L. Cette décision risque d'entraîner une hausse
importante des coûts pour les grandes industries déjà lourdement
pénalisées par l'interfinancement, où les entreprises paient plus que le coût
réel de leurs services tandis que les consommateurs résidentiels bénéficient de
tarifs subventionnés.
Le CPQ estime qu'il est urgent de revoir ce
modèle d'interfinancement pour rétablir une tarification équitable et basée sur
les coûts réels. Pour le CPQ, il importe que le tarif résidentiel reflète
l'importance de la sobriété et l'efficacité
énergétiques pour encourager les changements de comportement nécessaires.
Ensuite, le maintien d'une énergie à faible coût pour les grandes entreprises
n'est pas incompatible avec la transition énergétique et il est essentiel pour
préserver cet avantage compétitif, pour encourager les investissements et
l'innovation.
La production et distribution de l'énergie par
le secteur privé. Le CPQ se réjouit de l'ouverture accordée au secteur privé pour la production d'énergie, mais
nous croyons que le projet de loi pourrait aller plus loin. Actuellement,
la vente privée d'électricité est à un seul consommateur situé sur un terrain
adjacent à l'installation de production. Nous recommandons de permettre la
vente d'électricité à plusieurs consommateurs et à des clients situés au-delà
de ces restrictions géographiques. Cela permettrait de maximiser l'utilisation
des ressources disponibles et de favoriser le développement de projets à
l'échelle régionale, en particulier dans les zones industrielles et les parcs
énergétiques.
Au niveau des appels d'offres et la
compétitivité des approvisionnements, le retrait de l'obligation de passer par des tests ou des appels d'offres pour certains
contrats d'approvisionnement d'Hydro-Québec soulève des questionnements quant à
la transparence et à la compétitivité des processus d'octroi. Si nous
comprenons la nécessité de réduire les délais de réalisation des
projets, il est primordial d'assurer que ces contrats soient attribués de
manière équitable, transparente et compétitive afin d'éviter des augmentations
inutiles des coûts qui pourraient se répercuter sur les tarifs.
• (15 h 10) •
En résumé, le CPQ recommande notamment les
actions suivantes pour améliorer, bien humblement, le projet de loi
n° 69 : réintroduire un mécanisme incitatif de réglementation pour
encourager Hydro-Québec à améliorer l'efficacité
de ses services tout en partageant les gains de performance avec les
consommateurs, mettre fin graduellement à l'interfinancement entre les tarifs résidentiels et commerciaux en
ajoutant... en ajustant, pardon, les tarifs résidentiels pour qu'ils reflètent les coûts réels de service tout
en protégeant les populations vulnérables à travers des programmes d'État
ciblés, favoriser une plus grande implication du secteur privé dans la
production d'énergie renouvelable en permettant la vente à plusieurs clients et
en assouplissant les restrictions géographiques pour optimiser la localisation
des projets, assurer la transparence et la compétitivité des appels d'offres
pour les nouveaux approvisionnements énergétiques en limitant, entre autres,
les exceptions et en renforçant les mécanismes de surveillance.
En conclusion, M. le Président, le projet de loi
n° 69 marque une étape cruciale dans la modernisation du cadre énergétique
du Québec. Le CPQ soutient les principes de ce projet qui vise à assurer une
gestion responsable et intégrée des ressources énergétiques tout en favorisant
la transition énergétique. Toutefois, il est essentiel que ces réformes ne
nuisent pas à la compétitivité des entreprises québécoises, en particulier dans
un contexte économique mondial de plus en plus concurrentiel.
S'il y a un élément à retenir de notre
intervention... est que le Québec a toujours eu un avantage en offrant une tarification électrique bien plus compétitive
qu'ailleurs dans le monde. C'est d'ailleurs probablement l'élément qui
distingue le plus notre environnement d'affaires et qui nous a permis d'attirer
de grandes entreprises. Malheureusement, nous avons perdu ces avantages
et nous ne pouvons pas faire abstraction de ce fait.
Aujourd'hui, nous avons la chance de pouvoir
corriger le tir, et j'invite tous les membres de la commission à tenir compte de ces données. On veut plus de
productivité, plus de meilleurs salaires, plus de grandes entreprises et on veut
dépasser l'Ontario. Ce sont des objectifs louables, mais, pour y arriver, il va
falloir être capables d'offrir un environnement
d'affaires compétitif pour le Québec, et ça passe certainement par son avantage
dans la tarification électrique.
Nous
remercions les membres de la commission pour leur attention et restons
disponibles pour toute question. Merci, M. le Président.
Le
Président (M. Montigny) : Parfait. Je vous remercie beaucoup pour votre
exposé. Nous allons maintenant débuter la période d'échange. Je vais
céder la parole maintenant à Mme la ministre. Vous disposez de
16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci beaucoup, M.
le Président. Alors, bonjour à vous deux. Merci. Merci d'être là. Très contente
de vous revoir, M. Blackburn, qui avez l'air en pleine forme, Mme Kozhaya.
Merci d'être là et de partager vos propositions avec les membres de la
commission.
Je vous amènerais, dans un premier temps, sur le
potentiel énergétique qui existe au Québec. Dans quelle mesure vous voyez que
le Québec puisse aller tirer parti de nos ressources énergétiques pour se
positionner avantageusement à l'échelle internationale dans un contexte de
transition énergétique? Est-ce que, pour vous, il y a là quelque chose à
activer, là?
M. Blackburn (Karl) : Il est énorme,
le potentiel énergétique au Québec. Si le Québec que nous avons aujourd'hui...
il est en partie grâce à nos ressources naturelles, grâce à nos ressources
énergétiques. Et, on le voit, la science nous permet potentiellement de
développer des nouvelles façons de générer de l'énergie, la recherche
également, mais il faut absolument éviter de penser que nous sommes les seuls
au monde qui avons cette capacité de s'améliorer. Les États voisins, les pays
voisins s'améliorent également.
Donc, l'avantage que nous avions en énergie à
une certaine époque, bien, malheureusement, nous sommes en train de le perdre.
Et il est clair que, pour nous, l'énergie a toujours été au coeur de notre
développement, et je suis convaincu qu'elle
va continuer de jouer un rôle extrêmement important dans les prochaines années,
pour les prochaines générations, que
ce soit l'énergie hydroélectrique ou toutes les nouvelles formes d'énergie
qu'on peut bien sûr utiliser.
Et j'aime reprendre une expression que ma
collègue Norma utilise souvent : Pour nous, au Conseil du patronat, c'est souvent la bonne énergie au bon
endroit. Ça ne veut pas dire que l'hydroélectricité, par exemple, est parfaite
pour toutes les utilisations. Ça ne veut pas dire que l'éolien est parfait pour
toutes les utilisations. Donc, pour nous, c'est
vraiment l'utilisation du bon énergie au bon endroit, et c'est de cette façon
qu'on continuera de créer de la richesse et de la prospérité autour de
l'énergie.
Mme Fréchette : Est-ce que notre
objectif, en fait... En fait, je me questionne à l'effet que vous n'êtes pas
convaincus qu'il faille intégrer, prendre en compte la transition énergétique
dans la fixation des tarifs de transport puis
de distribution d'électricité. Donc, dans un contexte de transition
énergétique, pourquoi est-ce qu'on ne devrait pas prendre cet élément-là
dans l'équation qui va nous mener à la fixation des tarifs? Ça, ça me
questionne.
M.
Blackburn (Karl) : Bien, je peux amorcer un début de réponse, et je
vais laisser ma collègue Norma compléter.
D'abord, on se réjouit que la Régie de l'énergie
retrouve un certain niveau de pouvoir, en quelque sorte, pour dépolitiser, si je peux le dire ainsi, les
tarifications électriques et même l'octroi de blocs énergétiques. Je pense que
ça, c'est important de le revoir un peu dans son ensemble. On aurait
aimé que ça puisse aller plus loin. Ceci étant dit, il est clair que la transition énergétique est jumelée,
bien évidemment, à la capacité que nous avons de le générer, mais cette sensibilité
devrait être pour tous les utilisateurs de l'énergie et non simplement le
secteur économique.
Malheureusement, un groupe important de cet...
de ces consommateurs énergétiques que représentent les citoyens, bien, n'ont pas nécessairement cette même volonté ou ce même
intérêt de faire en sorte d'avoir une utilisation beaucoup plus efficace et efficiente de leur
consommation d'énergie en lien, justement, avec le coût réel que représentent
la production, le transport, la distribution de cette énergie. Et cette façon
de ne pas faire une juste reconnaissance pour le client, bien, fait en sorte
qu'on vient pénaliser le secteur économique et le secteur commercial, qui vont
malheureusement devoir absorber une partie plus grande du coût réel de cette
énergie en lien, justement, avec une volonté,
qui a été exprimée clairement par le gouvernement, pour ne pas faire payer la
juste part à l'ensemble des citoyens. Peut-être que, Norma, de ton
côté...
Mme Kozhaya (Norma) : Peut-être en complément, si je peux, effectivement, c'est
que, dans un monde idéal, les tarifs devraient se rapprocher le plus possible
des coûts de service, comme M. Blackburn l'a mentionné. Maintenant, ce qui est
préoccupant, c'est... La façon dont c'est formulé, c'est que, dans les tarifs,
la régie peut «tenir compte de tout autre
élément qu'elle estime approprié notamment pour favoriser la réalisation de la
transition énergétique». Donc, ça nous semble très large.
Si je donne un exemple hypothétique, bon,
mettons, l'électrification des véhicules personnels, mettons, ça, ça fait partie de la transition énergétique. Est-ce
que, si on décide de subventionner davantage, mettons... encore une fois,
ce n'est pas le bon exemple, mais ça va se refléter sur les tarifs industriels
de façon indirecte si la régie prend compte de... que cet élément-là, il est en
faveur de la transition énergétique, encore une fois, étant donné qu'on ne
règle pas la question de l'interfinancement
et que le milieu des affaires va assumer une facture qui est plus grande que
les coûts?
Donc, on pense que, si on veut absolument tenir
compte de ce volet-là dans les tarifs... Parce que c'est vrai que, dans les mandats de la régie pour approuver,
mettons, pour regarder les contrats, les projets, la transition énergétique,
tenir compte de la transition énergétique,
c'est essentiel. Si on veut aussi en prendre... prendre ça en considération dans
les tarifs, il faut qu'il y ait certaines balises, pour
le moins, pour ne pas que ça... qu'on puisse, quasiment, bon, mettre n'importe quoi, quasiment, dans les tarifs, encore
une fois, qui vont être assumés de façon disproportionnée par le milieu
des affaires.
Mme Fréchette : Je reviens sur un de
vos propos à l'effet qu'il faille que le coût... le tarif reflète les coûts.
Une des... une des questions qui m'habitent, c'est : Est-ce que
l'électricité que l'on distribue, que l'on produit, devrait être vendue
selon... sur la base du coût ou sur la base de sa valeur? Je ne suis pas sûre
que les deux chiffres se rejoignent nécessairement, parce qu'on nous dit :
Ah! mais le bloc patrimonial, c'est un bloc d'énergie pour lequel les investissements qui ont été faits sont déjà
amortis. Alors, au fond, la valeur de ça, elle est réduite. Mais, dans les
faits, est-ce qu'on devrait baser notre coût d'électricité sur cette valeur de
l'électricité ou sur le coût, considérant qu'il a été amorti déjà au fil
des dernières décennies? J'aimerais ça vous entendre là-dessus.
M. Blackburn (Karl) : Je vais
amorcer un début de réponse et je vais laisser Norma enchaîner pour la suite. À
ce moment-là, les nouvelles formes d'énergie, elles coûteraient beaucoup trop
cher à utiliser. Alors, je pense que...
Mme Fréchette : Aussi, aussi, mais
on a les deux extrêmes.
M. Blackburn (Karl) : Bien, c'est
ça. Alors, la façon de le voir, c'est : Comment cette énergie-là, dans un
contexte mondial qui s'est globalement amélioré, fait en sorte que le Québec
peut tirer encore son épingle du jeu? Et, cette énergie qui était un avantage
indéniable, avec un coût faible, et, bien sûr, l'énergie renouvelable qui a
toujours fait la marque du Québec, bien, on
est en train de le perdre, cet avantage-là, parce que les autres provinces,
comme je l'ai mentionné, ou les autres États ont développé des nouvelles façons
aussi de créer de l'énergie renouvelable non polluante à faible coût. Alors, il est clair que, pour nous,
cet aspect du coût, il est essentiel pour permettre de garder cet avantage pour
le Québec et ainsi générer cette richesse collective.
La prévisibilité, c'est un autre... un autre
phénomène important. Malheureusement, dans les dernières années, on s'est heurtés à une non-disponibilité à court
terme ou moyen terme de blocs d'énergie importants pour permettre à des entreprises
du Québec de pouvoir se décarboner, de décarboner leurs productions. Alors, le
coût et la disponibilité de cette énergie font en sorte qu'on a un avantage ou
on perd cet avantage. Ça, c'est clair.
• (15 h 20) •
Mme Kozhaya (Norma) : Oui, bien, effectivement, c'est une question qui est... qui
est centrale. Et, je dirais, c'est peut-être un mélange des deux, parce que,
d'un côté, effectivement, on se dit : C'est les coûts, peut-être qu'il devrait y avoir des tarifs différenciés, parce
qu'on croit aussi... de l'importance de ce qu'on appelle l'économie évitée,
où les économies d'énergie, ce n'est pas juste l'efficacité énergétique,
effectivement, la sobriété, mais, mettons, l'effacement pendant la période de
pointe ou autres qui vont, ultimement, nous permettre d'investir moins, et donc
de dépenser moins dans le futur. Peut-être que, pour ce volet-là, c'est
davantage la valeur de ces investissements.
Donc, c'est un peu un mélange des deux, mais
c'est clair qu'il faut aussi prendre en considération, comme M. Blackburn l'a dit, qu'on est en
concurrence également avec d'autres États et que, dans certains cas, cette
énergie-là... Il y a des décisions d'investissement et d'affaires qui se
sont faites sur une certaine base, qu'on ne peut pas changer d'un jour au
lendemain non plus, mais c'est un peu un mélange des deux. En ce moment, c'est
davantage le coût moyen. Je sais qu'il y en a qui disent : Ça va être le
coût marginal. C'est clair que c'est un choc tarifaire et que les
investissements qu'on a eus, qu'on a déjà amortis, effectivement, il faut quand
même que ça nous avantage d'une certaine façon.
M.
Blackburn (Karl) : Si je peux me permettre un complément de réponse à
ce que Norma vient de mentionner, nous l'avons indiqué dans notre
mémoire. Bien évidemment, je n'en ai pas parlé nécessairement ici, mais prenons
juste le temps de regarder un peu ce qui
s'est passé du côté sud de la frontière, où le gouvernement américain a déployé
un vaste chantier avec leur projet de
l'Inflation Reduction Act, qui était des investissements colossaux, entre
autres, au niveau de l'énergie. Et toutes les estimations vont dans la même
direction. Cet investissement colossal que fait le gouvernement
américain va réduire le coût de l'énergie de 4 % à 5 %, 6 %,
7 %, dépendamment de certains types d'énergie, alors que nous, de notre côté, bien, on parle
d'augmenter de façon considérable le coût de l'énergie pour les entreprises,
que ce soient les petites ou les grandes.
Alors, vous voyez qu'il y a un écart qui est en
train de se creuser. Et, si on veut garder cet avantage qui est extrêmement
important pour le Québec puis les économies pour les entreprises au Québec, on
doit absolument trouver une façon d'adresser cette réalité pour qu'elle reflète
le juste coût, avec tous les éléments et les composantes qui s'y intègrent.
Mme Fréchette : Merci. Vous saluez,
dans le mémoire, là, le rehaussement du seuil à 100 MW, là, pour les
petites centrales hydroélectriques. Quels bénéfices est-ce que vous associez à
ce rehaussement-là jusqu'à 100 MW?
Mme Kozhaya (Norma) : Il y a plusieurs bénéfices. D'un côté, c'est que ça va...
ça va permettre une augmentation de la capacité énergétique dans différentes
régions. Donc, ça va être bénéfique également en termes de retombées régionales pour les municipalités,
également pour certaines communautés. Donc, ça ajoute de la flexibilité et ça
ajoute aussi des possibilités, parce qu'on sait que les besoins sont quand même
très importants. Donc, nous, tous les éléments qui ajoutent de la
flexibilité et qui permettent de nouvelles options sont bienvenus étant donné
nos besoins futurs.
M.
Blackburn (Karl) : Et il ne faut pas sous-estimer l'impact que peut
avoir, pour des communautés, ces investissements-là. Je prends un exemple que
le député de Dubuc connaît bien, Val-Jalbert. Imaginez, il y a quelques années
à Val-Jalbert, ils ont eu la capacité de faire un partenariat avec les
communautés et le privé pour développer de l'énergie à partir de la chute de
Val-Jalbert, qui est d'ailleurs exposée ici dans les escaliers du parlement.
Mais cette énergie-là, sans briser la vue et le site historique de Val-Jalbert,
génère tellement de retombées économiques qu'ils sont capables de réinvestir
dans leur développement, dans l'amélioration de leurs infrastructures et de
leur... de leur produit d'appel. Ça génère des retombées pour la société en
général parce qu'Hydro-Québec en tire également des bénéfices. Alors, bien
évidemment que la capacité que le privé peut avoir ou d'autres projets peuvent
avoir pour les communautés, mais pour la société en général, c'est des... ça,
c'est des bonnes nouvelles.
Mme
Fréchette : Merci. Bon, vous l'avez mentionné tout à l'heure, vous
voulez qu'on élargisse, là, la vente d'électricité au-delà... par des
producteurs privés, là, au-delà du terrain adjacent. Qu'est-ce que vous voyez
comme système de transport pour cette énergie-là? De quelle manière vous voyez
que ça puisse desservir les clients? Et puis qu'est-ce que vous dites aussi à
ceux qui s'inquiètent qu'on fasse une brèche dans le monopole d'Hydro-Québec
pour ce qui est de la production puis de la distribution?
M. Blackburn
(Karl) : Bien, je pense que, pour rassurer tout le monde,
Hydro-Québec, c'est un joyau du Québec qui appartient aux Québécois, et ça, il
n'est pas question de le changer. Mais est-ce que le privé peut venir aider la société québécoise en produisant de
l'énergie, en fournissant des clients, toujours étant le fait que ça demeure
un bien collectif, bien évidemment? Mais prenons l'exemple de... les parcs
industriels dans certaines régions... des parcs industriels dans certaines
régions. Souvent, les distances sont énormes. Le terrain n'est pas
nécessairement adjacent à un client
potentiel au niveau énergétique, mais il peut y avoir un endroit stratégique
pour créer, par exemple, soit des minicentrales, ou développer des parcs
éoliens, ou développer des parcs solaires. Mais, pour cela, si on est limités à
ne pouvoir alimenter seulement que ses voisins, on se prive de potentiel
intéressant de fourniture sans enlever quoi que ce soit à la société d'État.
Alors, ça, c'est vraiment un élément qui pourrait permettre, entre autres, aux parcs industriels dans les régions du Québec
d'avoir accès à de la nouvelle source... à de nouvelles sources d'énergie
sans pénaliser les avantages qu'Hydro-Québec procure.
Mme
Fréchette : Et comment vous voyez qu'on suscite l'adhésion des
communautés concernées par ces projets-là, qui y habitent? Comment est-ce qu'on
génère l'acceptabilité sociale, qui est souvent un enjeu, là, pour ce type de
projets?
M. Blackburn (Karl) : En étant transparents et
en s'assurant que les mécanismes de transparence et de régulation puissent être
bien expliqués. Prenons l'exemple de Val-Jalbert, Mme la ministre. À
Val-Jalbert, il y avait...
Mme
Fréchette : On sent que vous avez une région favorite.
M. Blackburn
(Karl) : Bien, c'est mon royaume. Alors, vous comprendrez qu'avec
beaucoup d'humilité je parle de mon royaume. Mais, ceci étant dit, alors, au
début, les gens ne voulaient rien savoir. La population se braquait derrière ce projet-là : Nous allons
perdre notre chute à Val-Jalbert. Les gens ont été transparents, ont présenté
des nouvelles options, des nouvelles alternatives. Ils ont modifié et amélioré
leur projet. Aujourd'hui, personne ne se plaint, et ça génère des retombées
économiques importantes. Alors, si on s'était...
Mme
Fréchette : Parlez-nous de ces retombées qui sont générées, comment ça
se traduit.
M. Blackburn
(Karl) : Bien, d'abord, pour le village même de Val-Jalbert, le
village même de Val-Jalbert investit des
centaines de milliers de dollars dans leur développement, qui sont générés par
les bénéfices de l'utilisation d'un barrage à Val-Jalbert. La communauté
innue de Mashteuiatsh est partenaire dans ce projet-là. Ils investissent
également dans leur développement, dans
leurs infrastructures. Ils retournent, en quelque sorte, des services à la
population. Alors, tout le monde y gagne à cet égard-là.
Et, dans ce contexte,
évitons de nous fermer des portes. Laissons-nous donc des portes ouvertes pour
voir quels seraient les meilleurs projets pour les meilleures utilisations en
fonction de réalités... de réalités régionales. Et, si je peux le dire ainsi, le mur-à-mur, ce n'est peut-être pas la
solution qu'il faut développer, mais allons-y plutôt sur mesure. Et,
dans ce contexte-là, je pense qu'on ne se ferme aucune porte en le faisant de
cette façon.
Mme
Fréchette : Il me reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Montigny) : 1 min 30 s.
Mme
Fréchette : 1 min 30 s. Bon. Bon, comment justifier
auprès des Québécois, là, que vous souhaitez éliminer
graduellement, là, l'interfinancement, alors que ce sont des fonds publics,
quand même, qui ont permis de créer les infrastructures et la production
dont on bénéficie aujourd'hui? Comment vous conciliez ça?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
l'interfinancement ne permet pas de constater le réel coût de l'énergie que vous payez, et, si on veut changer des
comportements, si on veut amener les gens à changer leur approche en lien avec
la transition énergétique ou l'énergie comme telle et son
utilisation, bien, on doit s'assurer que les gens puissent connaître exactement
qu'est-ce que ça veut dire.
Ceci étant dit,
l'interfinancement, en l'abolissant graduellement, parce qu'on ne veut pas
créer un choc tarifaire à court terme, on veut y aller de façon graduelle, on
est bien conscients qu'il peut y avoir des faibles... des familles à faibles
revenus qui vont être plus durement affectées que d'autres, d'où la création
d'un fonds qui va venir aider les familles à
faibles revenus pour faire face à ces augmentations tarifaires, mais
l'interfinancement reconnaîtrait, si on l'abolissait, le réel coût de
l'énergie pour les utilisateurs.
Mme
Kozhaya (Norma) : ...si on a quelques secondes,
ça permettrait...
Le Président (M.
Montigny) : 15 secondes. Allez-y.
Mme Kozhaya (Norma) : Pardon. Merci. Ça permet de valoriser davantage cette richesse. C'est
une richesse nationale. Ça permet de la valoriser davantage. Voilà.
Mme
Fréchette : Merci. Merci à vous deux.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est maintenant le moment de donner la parole à Mme la députée
de Saint-Laurent. Vous disposez donc de 10 min 24 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, Mme
Kozhaya. Bonjour, M. Blackburn. Très ravie de vous voir. Vous semblez en
bonne forme. J'aime bien ça.
M. Blackburn
(Karl) : Je suis en bonne forme.
Mme Rizqy : Excellent.
Dites-moi, la semaine dernière, on a reçu quand même plusieurs intervenants et
on a parlé du fameux tarif L. Permettez-moi de vous lire un échange qui a eu
lieu en Chambre, lors de la période des questions, avec la ministre de
l'Économie. Alors, voici la réponse portant sur le tarif L : «Alors, Mme
la Présidente, si on veut parler du Dollarama, bien, j'aimerais bien rappeler
une mesure qu'a adoptée le Parti libéral, à savoir qu'ils ont donné un cadeau aux industriels en faisant en
sorte que les industriels ne soient pas indexés pendant des années sur
le bloc patrimonial d'énergie qu'ils ont consommée. Avec la CAQ, ce cadeau-là,
c'est fini.»
Est-ce qu'on parle
vraiment d'un cadeau lorsqu'il est question du tarif L pour les entreprises?
Aussi, c'est quoi, les... la conséquence? Parce qu'elle a aussi parlé d'une prime
verte. Moi, comme fiscaliste, quand j'entends «prime
verte», c'est synonyme souvent de taxe verte. C'est juste mieux enrobé. Mais
quelle pourrait être la conséquence pour les entreprises industrielles,
mais surtout les emplois, et plus particulièrement en région?
• (15 h 30) •
M. Blackburn
(Karl) : D'abord, le tarif L est un avantage indéniable que détient le
Québec pour attirer des grandes entreprises dans son écosystème, dans ses
régions. Ces grandes entreprises créent des écosystèmes autour d'eux. Sans cet avantage indéniable, probablement
qu'elles regarderaient ailleurs pour faire cette énergie. Donc, ce n'est
pas un cadeau. C'est un avantage pour
attirer des investissements au Québec. Nous allons... Nous rendons publique une
étude qui va... qui va sortir dans les
prochains jours sur l'impact et l'importance des grandes entreprises dans
l'écosystème québécois, et le tarif L
permet d'avoir des investissements importants. Ces grandes entreprises, que ce
soit sur le taux du salaire moyen, sur les investissements, sur l'innovation, sur la recherche, sur les retombées d'investissement de multiples petites
entreprises, ont un avantage indéniable pour le Québec.
On pourrait
dire : Bien, le tarif L, c'est une partie du coût de l'énergie ou des
coûts des opérations, puis les entreprises, si on augmente le coût de 4 %,
5 %, 7 %, bien, elles vont continuer de rester ici, au Québec. Mais,
dans un contexte d'affaires mondial où notre
compétiteur, maintenant, c'est le pays voisin ou le continent voisin, cet avantage
que nous avions en termes d'énergie, nous l'avons perdu au cours des
dernières années. Et l'environnement d'affaires
dans lequel nous évoluons, malheureusement, s'est également détérioré. La
lourdeur administrative, la lourdeur réglementaire,
la lourdeur bureaucratique, la lenteur dans certaines décisions fait en sorte
que l'environnement d'affaires global, incluant le coût de l'énergie
et... s'est détérioré.
J'ai plusieurs de nos
membres qui nous ont fait part de projets d'investissement. Ils doivent
réinvestir dans leurs entreprises pour décarboner leurs productions. Pourquoi?
Parce que leurs clients demandent d'avoir accès à des produits qui respectent
les nouvelles normes environnementales. Pour décarboner leurs productions parce
que le marché l'exige, bien évidemment, si l'énergie est le seul élément pour
lequel on est capables de les attirer... Bien, ce n'est plus le seul élément
pour lequel on peut les attirer. Ils ont maintenant la capacité de regarder
ailleurs. Et, comme je l'ai mentionné tout à l'heure, d'autres États, d'autres
provinces ont développé des nouvelles façons de créer de l'énergie renouvelable
à bas coût qui vient faire en sorte que la compétitivité est bien au-delà des
frontières du Québec. Alors, le tarif L a été mis en place pour favoriser
des investissements, attirer des grandes entreprises, et, dans ce contexte-là,
il faut le voir comme étant un outil pour attirer des investissements et non
pas l'inverse.
Mme Rizqy : Donc, ça pourrait détériorer davantage la
compétitivité des entreprises déjà installées ici, au Québec.
M. Blackburn (Karl) : Bien, tout à
fait. Si je prends les conséquences de l'Inflation Reduction Act sur le côté
américain, tous les experts le démontrent clairement, qu'il va y avoir une
réduction importante du coût de l'énergie aux États-Unis
de 5 %, 7 % et à 8 % dans certains cas, alors qu'ici on parle
d'une augmentation de 4 %, 5 %,
même 7 % pour certains secteurs industriels. Alors, bien évidemment que,
si on observe le seul coût de l'énergie, bien, malheureusement, on
devient moins compétitifs avec ces éléments-là.
Mme Rizqy : Moi, je n'étais pas à
Val-Jalbert, mais j'étais à La Baie, à...
M. Blackburn (Karl) : Ce n'est pas
loin.
Mme Rizqy : Exactement.
M. Blackburn (Karl) : C'est dans le
royaume du député de Dubuc. Ma mère vient de La Baie.
Mme Rizqy : Bien, moi, vous
comprendrez que j'ai un petit parti pris pour La Baie, où est-ce que j'ai
eu vraiment de très beaux souvenirs. Et, à
l'époque, ça s'appelait Alcan. Par la suite, j'étais là lors de la
fusion-acquisition. C'est devenu Rio Tinto Alcan et maintenant c'est Rio
Tinto tout court. Mais je vais prendre cet exemple-là. Donc, on a une usine
très importante, mais on a aussi plusieurs fournisseurs qui existent parce que
leur principal donneur de commandes, c'est la grande usine, n'est-ce pas?
M. Blackburn (Karl) : Exact.
Mme Rizqy : Alors, à terme, s'il y
avait une augmentation du tarif L, est-il possible que non seulement le grand industriel décide de quitter, mais puisse
aussi, par l'effet domino, malheureusement, avoir des effets sur les petits
fournisseurs locaux?
M. Blackburn (Karl) : Bien, le
message qu'on entend, et je ne peux pas répondre pour les industriels, mais le
message qu'on nous lance et qu'on nous présente, c'est que, malheureusement, si
on devient moins compétitifs, si on perd cet avantage qui a été un avantage
important pour le Québec, bien, dans un contexte d'investissement global, il se peut que des investissements se fassent
ailleurs. Si on n'avait pas eu accès à cette énergie renouvelable et à bas
coût, probablement que l'aluminium vert, au monde, qui est produit au Saguenay—Lac-Saint-Jean...
Mme Rizqy : Le plus vert au monde,
hein, je tiens à le préciser.
M. Blackburn (Karl) : ...le plus
vert au monde n'aurait pas vu le jour. Mais, grâce à des tarifs électriques
bas, respectueux d'investissement, bien, ça permet d'avoir ces avancées
importantes.
Mais aujourd'hui les compétiteurs dans le
domaine de l'aluminium proviennent de d'autres pays dans le monde et qui ont des grandes capacités de produire
de l'aluminium, si on prend l'exemple de l'aluminium, et malheureusement
c'est clair que, dans ce contexte de compétition internationale... que
l'énergie doit demeurer un avantage
concurrentiel pour nos entreprises ici si on veut qu'elles continuent
d'investir, et de croître, et de développer leur organisation et l'écosystème.
Parce que vous avez parlé d'écosystème, mais également des centres de recherche.
Sur le terrain, à l'Université du Québec à Chicoutimi, il y a le centre de recherche sur l'aluminium
qui s'est construit là. Pourquoi? Parce qu'il y avait cet écosystème,
qui, si on n'avait pas eu cet avantage énergétique, jamais n'aurait été réalisé
dans la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean.
Mme Rizqy : Dites-moi, nous, on a
parlé à différentes entreprises, mais récemment on est allés, lundi, avec mon
chef le député de LaFontaine, visiter Les Forges de Sorel. C'est une
entreprise établie au Québec depuis 85 ans. Ils ont, comme plusieurs
autres, soumissionné pour obtenir des blocs d'énergie. Ils ont reçu une fin de
non-recevoir, mais aucune explication,
aucune grille d'analyse ne leur a été offerte et aucun droit d'appel non plus.
Ça, c'est ce qu'on entend, mais, dans leur cas, eux sont sortis
publiquement.
Quand on demande aux entreprises de
soumissionner à nouveau, comment peuvent-ils soumissionner à nouveau quand ils
ne savent même pas où est-ce qu'ils ont perdu des points dans la grille
d'analyse ou qu'est-ce qui a manqué? Est-ce qu'on aide vraiment nos entreprises
à aller... Est-ce que c'est, un, transparent, mais aussi est-ce normal de ne
même pas savoir sur quoi on est jugé réellement?
M. Blackburn (Karl) : Votre question
est intéressante, mais je pense qu'il faut éviter de tomber dans le bon consommateur,
ou le bon client, ou le mauvais client. Il faut voir comment on peut faire un
et l'autre, par exemple, dans un contexte... Comme vous l'avez mentionné, bien,
probablement que les outils qui vont être octroyés à la Régie de l'énergie, bien,
s'ils étaient encore plus grands, pourraient permettre d'éviter ce genre de
situation, parce qu'on pourrait avoir
des critères, on pourrait avoir des indicateurs, on pourrait avoir, justement,
des éléments qui permettraient de mieux comprendre où on a perdu des points,
comme vous l'avez mentionné. Et là, bien, le projet de loi peut permettre,
d'une certaine façon, d'améliorer ça.
Nous, on
serait allés plus loin par rapport à la régie pour avoir davantage... davantage
de potentiel et de pouvoirs. Et, dans la voiture, on en parlait,
justement, tout à l'heure en descendant. Puis, Norma, je t'inviterais à
compléter par rapport, justement, à ce qu'on
a mentionné avec l'exemple que vous nous parlez, parce que ça a fait couler
beaucoup d'encre cette semaine.
Mme Rizqy : Et
ça continue.
M. Blackburn (Karl) : Oui.
Mme Kozhaya (Norma) : Effectivement, c'est important d'avoir une sorte de grille
d'analyse, c'est quoi, les critères, pour
que l'entreprise, mettons, puisse s'ajuster pour la prochaine fois. Donc, effectivement...
Et ça peut être la régie qui peut regarder ça. Donc, c'est un enjeu qui...
Donc, l'important, c'est des critères clairs pour tout le monde,
effectivement.
Mme Rizqy : Là, présentement, le
gouvernement... en fait, les entreprises se sont fait dire, pour certaines, que
la raison, c'est : Impossible de vous raccorder. Ça, on est capables de
comprendre, raccordement. Mais, lorsqu'il manque d'énergie, là, le gouvernement
s'est octroyé un superpouvoir de choisir selon qui... selon leur bon vouloir à
lui, là, à ce moment-là, c'était M. Fitzgibbon, qui sont les gagnants, qui
sont les perdants, sans grille d'analyse et sans processus d'appel. Et là on
leur demande de soumissionner à nouveau. Donc, c'est de l'énergie, et
évidemment il y a de l'accompagnement, il y a des frais à cela qui sont assumés
par, évidemment, les entreprises, mais on a appris aujourd'hui que, les fameux
mégawatts qui devaient, en principe, être disponibles dès 2027, le gouvernement
refusait aujourd'hui de se commettre pour 2027. Alors, pourquoi qu'on applique
s'il n'y a pas de nouveau mégawatt de disponible dès 2027? Est-ce que ça peut
être un exercice futile?
Le Président (M. Montigny) : En
40 secondes.
Mme Kozhaya (Norma) : Oui. Bien, c'est pour ça qu'il faut être plus... qu'il faut
avoir une plus grande ouverture à toutes les
autres possibilités également de production et de privilégier probablement les
entreprises existantes.
Mme Rizqy : M. Blackburn, les
dernières secondes vous appartiennent.
M. Blackburn (Karl) : Bien, d'abord,
on est très privilégiés d'être ici. Bien, moi, je suis convaincu que l'énergie
a toujours été un vecteur de croissance pour le Québec, et il doit continuer de
jouer ce rôle-là pour la croissance et la prospérité du Québec. On en est
convaincus et on se le fait dire à tous les jours avec les entreprises qu'on
rencontre, qui nous partagent, des fois, des bonnes expériences, des fois, des
moins bonnes expériences. Mais il est clair
que, si on veut garder cet avantage concurrentiel, on doit absolument,
humblement, améliorer notre projet de loi.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. C'est maintenant le moment de laisser la
parole au député de Maurice-Richard. Vous avez
3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup. Est-ce
que vous pensez que le plan d'Hydro-Québec jusqu'à 2050, là, qui consiste à
augmenter de 180 TWh, est important pour l'essor économique, justement, du
Québec?
M. Blackburn (Karl) : Il est
gigantesque. Il est important. Et, pas plus tard qu'hier, parce que 2019, pour nous, c'est hier, on était en surplus énergétique.
Et on regarde maintenant, aujourd'hui, on est en pénurie énergétique. Il
est clair que cette source, ce secteur économique va nous aider encore à
continuer de croître.
M. Bouazzi : Donc, vous voulez qu'il
réussisse, ce plan.
M. Blackburn (Karl) : Bien
évidemment, on veut qu'il réussisse.
• (15 h 40) •
M. Bouazzi : D'accord. Donc, dans ce
plan qui est gigantesque et très, très ambitieux, il ne contient pas, de ce que
nous a dit M. Sabia dans une autre commission, d'ailleurs, pas celle-là,
les productions du privé. L'autoproduction ne fait pas partie de ce plan-là.
Donc, ça se rajoute aux 180 TWh. Et le risque numéro un... il y en a
trois, si vous regardez le document, le risque numéro un, c'est l'accès à
main-d'oeuvre. Et vous n'êtes pas sans savoir que plus de 20 % des
travailleurs en construction seraient réquisitionnés juste pour ce plan-là. À
chaque fois que vous allez proposer plus de privé, comme vous le faites,
êtes-vous conscients que vous mettez à risque la réussite d'Hydro-Québec?
M. Blackburn (Karl) : Mais pas du
tout. Un bon mix d'utilisation du privé peut être complémentaire. Si on produit
plus d'énergie du côté du privé, on peut certainement aider la société d'État à
atteindre certains objectifs de production. Et le privé... le privé, dans un
contexte comme celui-là... D'abord, je ne vous surprendrai pas si je vous parle
de pénurie de main-d'oeuvre.
M. Bouazzi : Mais je veux juste être
clair, je veux juste être clair. Hydro-Québec dit que le risque numéro un,
c'est l'accès à la main-d'oeuvre. Le privé va prendre de la main-d'oeuvre. Vous
ne considérez pas que vous ajoutez du risque?
M. Blackburn (Karl) : Le privé peut
aider Hydro-Québec à générer plus de productivité.
M. Bouazzi : C'est
clair. On a eu des spécialistes qui disent qu'ils vont, évidemment, augmenter
le risque. Je pense que ça... ça...
Vous dites
qu'il faut mettre fin à l'interfinancement, et je veux juste qu'on soit clairs
pour tout le monde. Ça, ça veut dire
que les prix vont augmenter plus vite pour les Québécoises et les Québécois
avant d'augmenter pour les industries.
M. Blackburn (Karl) : Le coût que
les Québécois et Québécoises paieraient leur énergie refléterait le coût de
production et de distribution ainsi que le coût de production.
M. Bouazzi : Oui... Oui ou non.
Est-ce que ça va accélérer plus vite si on enlève l'interfinancement?
M.
Blackburn (Karl) : Si on enlève l'interfinancement de façon graduelle,
oui, il va y avoir une augmentation plus importante. Et ce qu'on
suggère, c'est justement...
M. Bouazzi : Donc, le patronat
suggère... Je veux juste être clair. Le patronat suggère que le prix augmente
plus vite pour les Québécoises et les Québécois que pour l'industrie du Québec.
M. Blackburn (Karl) : Si vous me
laissez...
M. Bouazzi : C'est clair. C'est à ça
que sert l'interfinancement. Donc, merci pour...
M.
Blackburn (Karl) : Si vous me laissez répondre, je vais pouvoir
répondre clairement. Mais effectivement. Et pourquoi qu'on propose ça?
C'est d'abord dans un contexte où, ma collègue le mentionnait tout à l'heure, l'énergie, il est tellement important. Il faut
qu'on puisse en avoir la conscience de ce que ça rapporte, de ce que ça
représente. Si on abolit l'interfinancement, on va inclure le coût réel
de cette énergie pour tous les utilisateurs.
Ce qu'on
prévoit également, ce n'est pas de le faire dans une période très courte, c'est
de le faire sur une période plus longue pour ne pas qu'il y ait de choc
tarifaire et de prévoir pour les familles à plus faibles revenus des moyens
pour les aider à supporter cela.
Le Président (M. Montigny) : ...
M. Blackburn (Karl) : C'est la
position du CPQ.
M. Bouazzi : C'est clair. Et ça
augmente plus vite le prix pour les Québécoises et Québécois que pour
l'industrie. Est-ce que vous pensez que l'industrie devrait payer le prix du
marché ou le prix du coût, vous qui aimez le marché?
Le Président (M. Montigny) : En
15 secondes.
M.
Blackburn (Karl) : Bien, d'abord, le marché est rendu très, très,
très compétitif. Et, si on veut que l'énergie continue de jouer un
vecteur de croissance pour les entreprises, pour qu'elles continuent
d'investir...
M. Bouazzi : Donc, vous êtes ouverts
à échanger le marché pour le coût.
M. Blackburn (Karl) : Il faut que le
coût de l'énergie représente...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
M. Blackburn (Karl) : ...un avantage
intéressant.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est maintenant le moment de laisser la parole au député de Jean-Talon
pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Le projet de loi
n° 69 crée un programme d'aide financière visant à limiter l'impact de la
hausse des tarifs de distribution d'électricité d'Hydro-Québec pour la
clientèle domestique. Ce programme-là repose sur
un fonds d'aide à la clientèle, dont vous parlez à la page 10 de votre
mémoire. Vous dites que ça lance un mauvais message et vous dites
ensuite que le fonds proposé risque par ailleurs de peser sur les finances du
gouvernement du Québec. Pourquoi? Est-ce que
c'est parce que, finalement, ça va coûter cher et que c'est les contribuables
qui vont payer?
M. Blackburn (Karl) : Je pourrais
vous donner une réponse politique, mais je vais laisser une réponse économique
vous être parvenue. Puis je suis certain que vous allez la comprendre, parce
que je l'ai comprise aussi. Alors, Norma.
Mme Kozhaya (Norma) : Bien, effectivement, ce fonds, il est financé par les
contribuables, et donc ça va affecter les finances du Québec. Si je peux
rajouter sur les tarifs résidentiels, ça ne veut pas dire que la facture va nécessairement augmenter, parce que, si on envoie le bon
message de prix, on espère que la facture n'augmentera pas, tout en limitant la
consommation, en favorisant la sobriété et l'efficacité.
M. Paradis : Bien, c'est ce que le
fonds dit. C'est ça que le projet de loi dit. C'est qu'on va...
Mme Kozhaya (Norma) : La facture, oui...
M. Paradis : C'est que la... Pour
que la facture reste la même, on va la financer, on va subventionner les
consommateurs à même un fonds, et c'est les contribuables qui vont payer à la
fin. C'est M. et Mme Tout-le-monde. C'est bien ce que vous nous dites.
Mme Kozhaya (Norma) : Idéalement, idéalement, il faudrait que la facture
n'augmente pas si on réussit à avoir plus de sobriété et d'efficacité. C'est
pour compenser Hydro-Québec, parce qu'encore une fois, lorsqu'Hydro se présente
devant la régie pour demander des hausses de tarifs qui reflètent les coûts, on
va plafonner cette hausse-là à 3 %. Le reste va être... Parce que c'est
les nouveaux investissements, c'est la résilience de nos infrastructures qu'on
va payer, à un moment donné, d'une certaine façon.
M. Paradis : Et vous, vous dites que
la facture des clients résidentiels devrait augmenter.
Mme Kozhaya (Norma) : Pas nécessairement. Les tarifs devraient augmenter, mais la
facture peut ne pas augmenter. Il y a la quantité et il y a le prix. Donc, si
on réduit la quantité, la facture n'a pas à augmenter.
M. Paradis : Avec l'efficacité
énergétique. Vous...
M. Blackburn (Karl) : L'efficacité
énergétique et les comportements des clients et des consommateurs. Si la
personne n'en a rien à cirer de combien coûte de l'énergie puis qu'elle
gaspille cette énergie-là... Il n'y a pas si longtemps... Prenons l'exemple des
boyaux d'arrosage. Il n'y a pas si longtemps, tout le monde nettoyait son
entrée avec un boyau d'arrosage. Aujourd'hui, on n'en voit plus beaucoup, de
gens qui font... parce que les gens sont sensibilisés à cette ressource. On
peut faire la même chose avec l'énergie. Si on continue de se boucher les yeux
puis de penser que le monde, ils ne changeront pas leurs comportements ou ils
vont changer leurs comportements sans qu'on apporte des modifications...
Le Président (M. Montigny) : 15 secondes.
M. Blackburn (Karl) : ...bien, je ne
suis pas sûr qu'ils vont changer leurs comportements. Ma collègue l'exprime
très clairement. Ça ne veut pas dire une augmentation de la facture. Ça veut
dire un changement de comportement. Oui, le tarif peut augmenter, mais, si tu
changes ton comportement, à la fin de l'année, ça peut te coûter moins cher.
Alors, ça, c'est une réalité.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Je vous remercie beaucoup pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants pour
permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 46)
(Reprise à 15 h 49)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
nous reprenons nos travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association
canadienne de l'énergie renouvelable. Je vous rappelle que vous disposez donc
de 10 minutes pour votre exposé, puis
par la suite nous procéderons, là, à la période d'échange avec les membres de
la commission. Donc, je vous invite donc à vous présenter ainsi qu'à
débuter votre exposé de 10 minutes. Merci.
Association canadienne de l'énergie renouvelable (CanREA)
M. Habel
(Jean) : Merci, M. le Président. Mon nom est Jean Habel. Je
suis le directeur principal pour le Québec et le Canada atlantique à
l'Association canadienne de l'énergie renouvelable. Je suis accompagné de
Pierre-Olivier Charlebois, avocat spécialisé en énergie chez Fasken et
membre de CanREA.
J'aimerais saluer l'ensemble des parlementaires
présents aujourd'hui ainsi que le personnel administratif, politique qui nous
accompagne pour la tenue de ces travaux. Vous me permettrez de saluer plus
spécifiquement la nouvelle ministre de l'Économie, de l'Innovation et de
l'Énergie et députée de Sanguinet qui prend le mandat du projet de loi
n° 69 à un moment charnière dans l'avenir énergétique du Québec.
L'Association canadienne de l'énergie
renouvelable représente plus de 350 membres qui regroupent un éventail de perspectives, incluant des entreprises
issues des... de plusieurs communautés autochtones, Hydro-Québec, quelques municipalités et une diversité de partenaires
provenant de l'écosystème de l'industrie renouvelable, comme des producteurs et
ceux issus de la chaîne de valeur dans le solaire, l'éolien et le stockage
d'énergie.
• (15 h 50) •
Les
recommandations que nous ferons dans le cadre de cette commission et à travers
notre mémoire représentent une
perspective équilibrée. Elles reflètent les orientations de nos membres et
s'inspirent aussi de discussions effectuées durant les derniers mois
auprès d'une pluralité de parties prenantes.
L'énergie renouvelable
est au coeur de l'ADN du Québec. C'est un choix historique, réitéré par des
gouvernements successifs, qui a positionné le Québec comme un leader
mondial dans ce secteur. Alors que le Québec doit mettre en place des jalons importants pour atteindre la
carboneutralité d'ici 2050, c'est un projet de société qui va devoir être
inclusif et permettre à tous de pouvoir y contribuer, car l'ampleur et
la rapidité pour y arriver, à ce déploiement, d'ici 2050, seront sans précédent. Le défi est immense. Le
récent plan d'action d'Hydro-Québec 2035 établit à 200 TWh l'électricité
renouvelable additionnelle nécessaire pour que le Québec atteigne la
carboneutralité d'ici 2050. On doit donc faire en 25 ans ce qui nous a mis
un siècle à bâtir.
Dans ce contexte, pour CanREA, le projet de loi
n° 69 peut devenir un outil important pour la transition énergétique si on effectue des ajustements
législatifs sur ces trois grands thèmes : assurer un plan de gestion des
ressources énergétiques en adéquation avec les besoins énergétiques
permettant l'atteinte de la carboneutralité d'ici 2050, permettre une diversification et une optimisation dans le déploiement
des énergies renouvelables, car nous avons besoin de l'ensemble des technologies provenant de
diverses sources renouvelables et de solutions énergétiques pour atteindre nos
objectifs, et renforcer le rôle et la responsabilité de la Régie de l'énergie,
qui est un organisme indépendant nous permettant
d'encadrer la transition énergétique, et permettre la participation active de
l'ensemble des parties prenantes.
Donc, je reviens au premier thème, le plan de
gestion intégrée des ressources énergétiques. C'est un outil complet, utilisé
dans plusieurs provinces canadiennes, permettant la définition à long terme de
l'offre et des besoins énergétiques. Selon
CanREA, cet outil stratégique établi sur un horizon de 25 ans, comme le
propose le gouvernement, est primordial, parce que cet échéancier
coïncidera avec un plan initial qui, nous l'espérons, permettra l'atteinte de
la carboneutralité d'ici 2050. À cet égard, CanREA propose de bonifier, à
l'article 14.3 de la présente loi, le fait que le PGIRE devrait être une consultation publique qui inclut les
municipalités, les Premières Nations et les Inuits, les diverses parties
prenantes, comme CanREA, ainsi que la population du Québec.
CanREA croit aussi que la Régie de l'énergie
devrait être impliquée dans le processus et autorisée à faire des
recommandations au gouvernement en amont de l'adoption du plan.
Finalement, selon CanREA, le PGIRE doit inclure
une pluralité de technologies produisant des pétajoules énergétiques et doit
prendre en considération les engagements que le Québec a pris auprès des
marchés externes afin de brosser le portrait le plus complet possible des besoins
énergétiques futurs.
Deuxième
thème, permettre une diversification et une optimisation dans le déploiement
des énergies renouvelables, parce que chaque kilowattheure d'énergie
renouvelable est précieux pour atteindre nos objectifs climatiques, et plusieurs
actions doivent être mises de l'avant de façon simultanée pour, dans un même
élan, augmenter la production, répondre à la demande par une meilleure
efficacité énergétique et atténuer les pointes de consommation. En ce sens là,
CanREA est d'avis que la législation devrait
baliser et reconnaître la plus-value du déploiement optimal des ressources
d'énergie décentralisées. C'est pourquoi on recommande d'inclure dans la
présente loi une définition pour le mesurage net de l'emmagasinage visant à
refléter la valeur ajoutée de ces technologies dans le bouquet énergétique au
Québec et d'ajouter un article mentionnant que la capacité maximale
d'autoproduction par mesurage net serait définie par règlement.
De plus, on souligne que l'article 38, dans
la présente loi, doit se faire en adéquation avec le PGIRE et on souhaite que
le projet de loi bonifie le principe de la valeur actualisée nette au sein de
la présente loi afin d'optimiser l'utilisation de l'énergie et reconnaître la
valeur ajoutée d'une production qui se fait près du site de consommation.
Finalement, pour cette thématique, on souligne
le libellé actuel de la présente loi voulant que le transporteur soumette à la
Régie de l'énergie un plan de développement du réseau de transport sur une
période de 15 ans. Pouvoir anticiper optimalement le déploiement du réseau
de transport est une excellente nouvelle pour l'ensemble des parties prenantes,
notamment parce que ce processus serait encadré par la Régie de l'énergie du
Québec. Cette initiative caractérise ce qui doit être au coeur du déploiement
énergétique futur, prévisible, constant, récurrent, bien encadré, pour nous
permettre d'atteindre la carboneutralité d'ici 2050.
Dernière thématique, et, selon nous, ça devrait
être une pierre angulaire du projet de loi, renforcer le rôle de la Régie de l'énergie. CanREA tient à réaffirmer le
rôle important de la Régie de l'énergie dans l'écosystème énergétique québécois. Son rôle et son mandat
devraient d'ailleurs être bonifiés en lui permettant d'assurer la réponse aux
besoins énergétiques futurs des marchés québécois et l'atteinte de la
carboneutralité d'ici 2050 au Québec.
De plus, on recommande fortement au législateur
de modifier la législation proposée pour que la Régie de l'énergie maintienne
ses pouvoirs dans l'autorisation de l'ensemble des approvisionnements futurs.
En ce sens, on recommande de supprimer des articles modifiant le mécanisme
d'approvisionnement futur proposés dans le présent projet de loi, car, selon
CanREA, il y a une série d'exceptions qui érodent le rôle de la Régie de
l'énergie, alors que notre prémisse de base, c'est de renforcer celle-ci.
On souhaite toutefois conserver le premier
paragraphe de l'article 45 de la présente loi dans le libellé antérieur concernant les approvisionnements reliés
à l'article 74.1 de la Loi sur la Régie de l'énergie. Donc, en somme, on
veut préserver le texte qui fait référence au fait que le distributeur doit
assurer par tous les moyens les approvisionnements requis pour la satisfaction
des besoins en électricité des marchés québécois excédant l'électricité patrimoniale, mais l'inclure dans l'ancienne
version de l'article 74.1 de la Loi sur la Régie de l'énergie. Dans cette perspective, CanREA est
d'avis que la Régie de l'énergie devrait encadrer pleinement le mécanisme des
approvisionnements futurs et modifier celui-ci. Le rôle de la Régie de
l'énergie, c'est un rôle qui est très important, parce qu'ils ont l'expertise,
l'indépendance et la compétence de concilier les intérêts de l'ensemble des
parties prenantes et d'assurer aux Québécois que le processus
d'approvisionnement en énergie va s'effectuer de manière transparente, optimale
et en cohérence avec ses obligations inhérentes à son mandat.
Par ailleurs, on
recommande de rétablir l'intervention des parties prenantes au moment opportun
dans le cadre des approvisionnements futurs
afin qu'ils puissent faire des recommandations, intervenir sur la grille de
pondération et, ultimement, élargir
la portée de la régie en lui octroyant la capacité d'intervenir sur l'ensemble
du processus d'acquisition des nouveaux approvisionnements.
En conclusion, les
membres de l'Association canadienne de l'énergie renouvelable sont prêts à
relever le défi d'accroître la production de
sources renouvelables et contribuer à l'atteinte des objectifs climatiques. Le
projet de loi n° 69 ouvre une discussion nécessaire sur
l'avenir énergétique, et nous sommes persuadés que nos recommandations seront porteuses, car elles mettent de l'avant
l'importance de travailler ensemble avec les bons outils pour, ultimement,
réussir notre transition énergétique. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Nous
allons maintenant débuter la période
d'échange avec les membres de la commission. Mme la ministre, vous avez donc la
parole pour 16 min 30 s.
Mme Fréchette :
Merci. Parole que je partagerai
avec les collègues. Donc, merci, M. le Président. Merci, M. Habel, M. Charlebois. C'est intéressant de vous
entendre. Donc, on va aller essayer de tirer parti de votre expertise
développée au sein de CanREA.
Alors, d'une part,
j'aimerais ça savoir si vous considérez que le projet de loi va permettre au
Québec de véritablement s'engager dans la
transition énergétique et d'atteindre ses objectifs de décarbonation. Est-ce
qu'on a là ce qu'il faut pour nous engager avec l'atteinte des cibles?
M. Habel
(Jean) : Il y a des éléments intéressants qui ont été présentés dans
le projet de loi. Je fais référence, notamment, à tout l'aspect du mandat de la
Régie de l'énergie, où il est mentionné qu'on doit favoriser la transition
énergétique. On pense que c'est un pas dans la bonne direction, dans la bonne
direction pour s'assurer de la transition énergétique.
Nous, on propose
d'aller un peu plus loin, on propose de... proposer qu'on assure les besoins
énergétiques permettant l'atteinte de la carboneutralité pour vraiment se
positionner dans une perspective où on va avoir les mégawatts nécessaires pour
faire notre décarbonation, et croître l'industrie verte au Québec, et de cette
façon atteindre nos objectifs climatiques.
Donc, il y a vraiment un pas dans la bonne direction qui a été fait, mais on
propose de le bonifier.
Mme
Fréchette : Vous parlez des ressources énergétiques décentralisées.
M. Habel
(Jean) : Oui.
Mme
Fréchette : Vous y avez fait référence, là, durant votre intervention.
Est-ce que vous pouvez élaborer un peu plus,
là, sur la décentralisation, la manière dont les ressources énergétiques
décentralisées devraient contribuer au mix énergétique québécois, là, pour les
prochaines années, puis comment on peut mieux aussi les valoriser, là?
M. Habel (Jean) : Oui. Bien, je pense que c'est important de l'inclure dans le projet de
loi. On propose, notamment, de mettre
plusieurs définitions qui incluent plusieurs technologies, notamment, le
mesurage net, le stockage d'énergie qui est relié à l'emmagasinage. Donc, pour
nous, on croit que c'est vraiment un élément important, parce que les ressources d'énergie décentralisées, à l'heure
actuelle, peuvent vraiment jouer un rôle dans l'atteinte de la carboneutralité.
On a fait un rapport avec la firme Dunsky qui démontre, notamment, là, que le
mesurage net pourrait représenter autour de 4 %, là, du mix
énergétique d'ici 2050. Donc, c'est quand même assez important d'aller dans
cette direction-là.
• (16 heures) •
D'autres éléments qui
nous poussent à croire que les ressources d'énergie décentralisées sont
importantes, c'est par rapport au réseau de
transport. Donc, on a 34 000 kilomètres de lignes de transmission au
Québec. À l'heure actuelle, si on doit doubler Hydro-Québec en termes de
capacité, en termes de térawattheures, il faut qu'on trouve des façons plus efficientes pour ne pas doubler le
nombre de kilomètres en lignes de transmission. Donc, de cette façon-là,
l'utilisation des ressources d'énergie décentralisées permet de réduire
potentiellement, là, l'utilisation de nouvelles lignes de transport, donc
d'optimiser le réseau de transport, ce qui est quand même une avenue quand même
assez importante, parce que le réseau de
transport va nécessairement impacter des milieux humides et hydriques ou des
zones agricoles. Donc, d'aller dans cette direction-là des ressources d'énergie
décentralisées, c'est qu'on rapproche la production du lieu de consommation, ce
qui est un élément quand même assez central, là, dans l'atteinte de nos
objectifs.
Mme Fréchette : Et quelle place voyez-vous pour l'énergie solaire au Québec dans notre
contexte climatique? Quelle place est-ce qu'on peut, de manière
réaliste, lui associer?
M.
Habel (Jean) : Bien, par
rapport à l'énergie solaire, il y a un grand potentiel. On a vu aujourd'hui,
là, que, dans la Gazette officielle, il y a eu un dépôt, là, pour
un appel d'offres solaire qui a été présenté. Donc, c'est un pas dans la bonne
direction aussi pour l'aspect solaire.
C'est sûr que, si on regarde dans une
perspective canadienne, il y a beaucoup de milliers de mégawatts en termes
solaires qui a été établi dans d'autres juridictions. Donc, on se dit : On
pourrait aller dans cette direction-là au niveau
du solaire, solaire décentralisé, on parlait d'énergie décentralisée, par, par exemple,
avoir des panneaux solaires sur les toits des résidences ou des petites,
moyennes et grandes entreprises, donc, vraiment de rapprocher la production
aussi par rapport à des parcs solaires qui vont se greffer aux paysages du
Québec. Donc, vraiment, par rapport à ces deux
éléments-là, il y a vraiment un potentiel énorme. L'agence internationale, là,
la... de l'électricité ou de l'énergie a démontré que, la production, à
l'heure actuelle, au point de vue des énergies renouvelables, le trois quarts
se fait par l'énergie solaire à l'heure actuelle. Donc, il y a vraiment un
potentiel intéressant, mais c'est sûr qu'on doit l'ajouter avec une panoplie d'autres sources renouvelables,
comme l'éolien, comme l'hydroélectricité, le stockage d'énergie, qui vont
vraiment constituer le mix énergétique dans les prochaines années.
Mme Fréchette : Et comment est-ce que vous voyez la construction
en simultané, là, de projets d'autoproduction avec des projets qui, eux, vont
alimenter Hydro-Québec pour servir sa clientèle? Est-ce qu'il doit y
avoir une coordination importante entre ces deux modes de développement?
M. Habel (Jean) : Bien, il y a un
élément que vous avez présenté dans le projet de loi, là, au fait que, comme ministre, vous allez avoir, dans le fond, la
prérogative d'accepter ou non certains éléments par rapport à la production
plus adjacente que l'autoproduction, mais il y a quand même une possibilité de
pouvoir grandir, là. On a des objectifs qui sont très ambitieux. On doit
faire 200 TWh. Donc, ça veut dire que, si on le divise par 25 ou
26 ans, on doit, techniquement, réaliser 8 TWh par année si on veut
atteindre nos objectifs. Donc, c'est quand même très ambitieux. Mais l'industrie, les partenaires de l'industrie,
avec Hydro-Québec, avec les Premières Nations et les Inuits, les municipalités, on est prêts à répondre à cet appel
de produire davantage d'électricité, parce qu'on n'a pas de planète B. Donc,
on doit produire les mégawatts nécessaires pour décarboner le Québec et aussi
lui permettre de prospérer.
Alors, cet élément-là, il est au coeur de nos...
de nos perspectives, mais on doit le faire de façon prévisible, constante et récurrente. Puis c'est un peu les
éléments qu'on veut mettre de l'avant dans le projet de loi, c'est-à-dire que,
si on met en place plein d'outils qui sont intéressants, je prends notamment le
cas du plan de gestion intégrée des ressources
énergétiques, bien, on se crée ce canevas-là pour pouvoir bâtir cette
prévisibilité-là qui va permettre à l'ensemble de l'industrie, là, de
pouvoir répondre à l'appel.
Mme Fréchette : Merci. Je vais céder
la parole aux collègues.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Alors, c'est le moment de céder la parole au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Vous disposez donc au total de 10 min 15 s.
M.
Bernard : Oh! merci, M. le
Président. Bonjour, M. Habel. Bonjour, M. Charlebois. Merci d'être là en
commission aujourd'hui.
Énergies renouvelables, vous avez beaucoup
parlé, naturellement, solaire, éolienne, et autres, mais les gaz de sources
renouvelables, les gaz naturels de sources renouvelables, comment vous les
considérez dans le portrait?
M. Habel (Jean) : Il faut savoir que
l'Association canadienne de l'énergie renouvelable représente le solaire, l'éolien et le stockage d'énergie. Donc, on ne
représente pas spécifiquement ces filières-là, mais, effectivement, ils font
partie d'un tout, dans une perspective
renouvelable, là, qui doivent être pris en considération dans le bouquet
énergétique. Puis c'est l'importance, notamment, là, par exemple, dans la
proposition qu'on fait par rapport à l'emmagasinage... Donc, on propose
d'inclure une définition plus large d'«emmagasinage», parce qu'antérieurement
c'était relié à seulement le gaz naturel, donc, éventuellement, gaz naturel
renouvelable. Donc, notre proposition d'aller plus loin par rapport à
l'emmagasinage, c'est de se dire qu'on peut voir l'emmagasinage de façon
beaucoup plus globale puis qu'il faut inclure
une définition. D'autres juridictions canadiennes ont défini dans leurs lois et
règlements l'emmagasinage. Donc, on se dit : On pourrait aussi, au
Québec, emboîter le pas.
On est devant une... un projet de loi, là, qui
va faire la refonte de la Régie de l'énergie, qui date de 1996 et qui s'est terminée en 1997. Donc, on a une refonte
quand même assez importante devant nous et l'opportunité d'inclure des
sources d'énergie qui vont être en émergence dans les prochaines années. On
bâtit vraiment, là, un projet de loi qui va
être là pour les prochaines décennies. Donc, il faut inclure ce bouquet
énergétique là, effectivement, dans les lois et règlements puis reconnaître leur plus-value, parce que sinon, bien,
on manque un peu la cible, parce qu'on va devoir retourner dans un autre
projet de loi pour inclure ces dispositions qui sont importantes.
Et, si on veut donner au... à la Régie de
l'énergie tout le mandat nécessaire pour pouvoir lui permettre de nous assurer de satisfaire les besoins
énergétiques futurs, on doit lui permettre de prendre en considération
l'ensemble de ces technologies-là
pour que, comme tribunal administratif indépendant, elle puisse prendre des
décisions inhérentes à son mandat, et permettre le déploiement de ces
technologies-là, et reconnaître.
Je vous donne un exemple par rapport au stockage
d'énergie. C'est permis, notamment, à l'heure actuelle, dans les
approvisionnements futurs, mais on croit que ça pourrait être encore plus mis
de l'avant, là, dans les années à venir. On
a vu une récente annonce, là, où Hydro-Québec a mis de l'avant du stockage
d'énergie. Donc, il y avait une annonce aujourd'hui qui avait été faite par
Hydro-Québec. Donc, on se dit que ce... cette réalité-là, cette technologie-là
va grandir dans les prochaines années. Et le fait qu'on a aussi un plan
de gestion intégrée des ressources énergétiques qui va se faire aux six ans, c'est important de vraiment pouvoir avoir
ces discussions-là sur les nouvelles technologies maintenant, parce
qu'on va avoir un plan de gestion intégrée des ressources énergétiques qui va
perdurer sur le long de six ans. Donc, on
doit vraiment, là, dans la législation actuelle, pouvoir capitaliser sur ces
sources d'énergie maintenant.
M. Bernard : Je suis content de vous
entendre là-dessus, parce que le gouvernement avait, il y a... je pense, c'est
l'année dernière, à peu près, qu'il avait fait un peu des appels d'intérêt dans
les régions pour du GNR. Puis, naturellement, en Abitibi-Témiscamingue, avec
tout le volet forestier de la biomasse, et on a l'opportunité d'avoir un réseau de gaz naturel, Énergir
est en région, donc, il y avait possibilité, effectivement, d'avoir des projets
qui pouvaient, à ce moment-là, se connecter sur le réseau de gaz
naturel.
Dans votre...
Vous avez parlé du PGIRE puis vous avez... Dans votre conclusion, vous disiez
que toutes les parties prenantes devraient être présentes, et autres,
mais vous avez marqué «le gouvernement fédéral».
M. Habel (Jean) : Bien, dans les
parties prenantes, on peut être très inclusifs, là. Donc, nous, on propose une
consultation qui est publique. Donc, évidemment, il doit y avoir des arrimages
avec la réalité fédérale, où il y a certains éléments, là, par rapport au
gouvernement fédéral, qui peut avoir un impact au niveau du gouvernement du
Québec. Mais c'est sûr et certain qu'avoir une consultation qui est publique
invite à élargir le débat sur l'énergie et invite aussi à... l'ensemble des
parties prenantes qui veulent y participer de pouvoir y participer pleinement.
Mais le fait que le PGIRE va être sur 25 ans, bien, ça nous amène à un
plan initial qui va nous amener vers la carboneutralité. Donc, on se dit : Il faut vraiment avoir
l'ensemble des parties prenantes, les Premières Nations, les Inuits, les
experts, les municipalités, tout le monde autour de la table pour
pouvoir vraiment établir un plan.
Puis on souhaite que la Régie de l'énergie
puisse jouer un rôle. C'est un organisme qui est indépendant, qui va pouvoir
faire des recommandations au gouvernement et savoir, bien, dans quelle
orientation eux vont pouvoir appliquer leur mandat de transition énergétique.
Donc, le fait d'inclure la Régie de l'énergie dans cet élément-là ou cet
écosystème-là, c'est hyperimportant, parce qu'ils ont une perspective externe
qui va nous permettre de pouvoir réellement
avoir la pleine vision, là, de ce que... Leurs recommandations vont être
importantes. Donc, on invite vraiment à avoir une consultation publique
qui implique aussi la Régie de l'énergie.
Le Président (M. Montigny) : ...continuer
pour 4 min 50 s.
• (16 h 10) •
M. Bernard : Merci. Un des volets
importants puis qu'on... vous avez probablement entendu, juste avant vous, les
gens du Conseil du patronat, puis depuis quelques...
depuis que les consultations ont débuté aussi, c'est la tarification et les
coûts des énergies pour qu'est-ce qu'on veut aller faire vers le futur pour les
prochaines années. Et, naturellement, un des gros volets que les gens
demandent, c'était vraiment... oui, les nouvelles énergies, mais à quel coût?
Puis une des questions qu'on a à ce moment-là, que j'ai, c'est... vraiment, ça
concerne que seront l'évolution des coûts des productions d'énergie
renouvelable dans les prochaines décennies puis comment le Québec pourrait se démarquer à travers de ça. Parce qu'on en a parlé
beaucoup, les nouveaux coûts d'énergie, comment va être la tarification. Alors,
j'aimerais vous entendre là-dessus, puis éventuellement peut-être aussi les
impacts sur l'interfinancement, et autres. Alors, vous devez certainement avoir une vision de... des coûts futurs
et des perspectives de croissance. Quelles sont-elles?
M. Habel (Jean) : Par rapport à la
tarification, c'est sûr que, de notre côté, on a entendu plein d'experts qui se sont exprimés, qui représentent, entre autres,
là, les consommateurs, autant résidentiels qu'au niveau commercial, qui
se sont exprimés sur l'aspect de la tarification. On a, de notre côté, là, une
vision par rapport aux approvisionnements futurs parce que ça va avoir un
impact nécessairement sur la tarification. Donc, la proposition qu'on fait par
rapport aux approvisionnements futurs, c'est de se dire : Réellement, là,
la Régie de l'énergie doit pouvoir chapeauter les approvisionnements futurs
pour pouvoir pleinement, là, donner l'information sur la tarification dans le
futur.
Donc, à l'heure actuelle, dans la proposition
qui est faite au niveau du projet de loi n° 69, la
vision qu'on a, c'est que la tarification pourrait être connue en aval. Donc,
on n'aurait pas l'information en amont. Donc, c'est la raison pour laquelle on propose certaines suppressions d'articles, parce
qu'on veut que la Régie de l'énergie puisse avoir l'habilité de transmettre les
informations le plus à jour possible par rapport à la tarification. Et, par
rapport à la tarification au niveau des derniers appels d'offres
éoliens, c'est... c'est connu, là. Donc, les 1 500 MW, c'était
0,078 $ plus le service d'équilibrage. Donc, ces éléments-là sont quand
même assez importants.
Mais la perception qu'on a par rapport à la
législation, c'est que le fait qu'on apporte certaines exceptions, ça veut dire
que cette tarification-là va être connue seulement au processus, dans le fond,
de la... de l'étude de la tarification à la Régie de l'énergie. Donc, on n'aura
pas cette information-là en amont. C'est pourquoi on propose certains ajustements,
là, dans la présente loi, pour pouvoir nous assurer, là, d'avoir toute cette
transparence-là par rapport aux coûts futurs, là, au niveau de la tarification.
Le Président (M. Montigny) : Deux
minutes.
M. Bernard : Une dernière question.
On parle beaucoup, naturellement, de nouvelles énergies, énergies
renouvelables. Quel est le niveau de la recherche pour développer ces
énergies-là actuellement? Sommes-nous en avance,
en retard? Y a-tu de la place pour... autant le solaire puis toutes les formes
d'énergie, pour faire de la recherche, pour
vraiment qu'on se démarque, puis qui pourrait aider, justement, dans le cadre
du PGIRE et la planification des prochaines années? Où en sommes-nous au Québec
à cet égard-là?
M. Habel
(Jean) : Bien, on est très avancés à travers le monde puis au Québec
aussi, là. Je pense à un organisme comme
Nergica, qui est présent en Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine, qui font de la recherche très approfondie par rapport aux
sources renouvelables. Il y a vraiment une volonté, là, de beaucoup de
partenaires de l'industrie d'avoir une
recherche et développement, puis on le démontre aussi à travers l'efficience
aussi de plusieurs technologies comme l'éolien, comme le solaire, notamment,
qui ont eu une chute drastique des coûts à travers les dernières décennies.
Donc, il y a vraiment une volonté, de notre côté, là, d'être le plus efficient
possible, mais aussi d'augmenter tout l'aspect de la recyclabilité aussi des
composantes provenant de l'éolien et du solaire. Donc, on avance à pas de géant
à ce niveau-là, puis c'est la raison pour
laquelle l'éolien, notamment, et le solaire, bien, se démarquent de plus en
plus, avec des technologies comme
l'hydroélectricité et d'autres formes d'énergies renouvelables, pour constituer
le bouquet énergétique de demain.
M. Bernard :
Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Montigny) : Merci. Merci beaucoup. C'est maintenant le moment de
laisser la parole à Mme la députée de Saint-Laurent pour une période de 10 min 24 s.
Mme Rizqy : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, M. Habel.
M. Habel
(Jean) : Bonjour.
Mme Rizqy :
Bonjour, Me Charlebois. Très... très heureuse de vous retrouver tous les
deux. Merci aussi pour votre mémoire, qui
sera très fort utile lors de l'étude détaillée, parce qu'il y a plusieurs
recommandations. Alors, je vais lire
une qui nous intéresse particulièrement, puisque le député de Jacques-Cartier a fait une proposition par rapport aux microréseaux.
Par contre, je vois
que... vous l'écrivez vous-mêmes aussi, que c'est à partir de 2026
qu'Hydro-Québec va offrir une subvention.
Elle est de 500 $ par kilowattheure. Mais j'ai regardé dans les autres
juridictions, notamment la Colombie-Britannique, mais aussi aux États-Unis, que c'est à coups de
milliards de dollars. Et, dans certains programmes, par exemple en
matière d'agriculture, c'est jusqu'à 50 % de la facture qui est
subventionnée non seulement pour les panneaux voltaïques, mais aussi pour les
batteries de stockage.
Ici, il est vraiment
question de la subvention d'Hydro-Québec. Est-ce que le gouvernement du Québec
pourrait aussi emboîter le pas et s'assurer que les Québécois sont en mesure de
s'offrir ces fameux panneaux solaires avec la batterie de stockage?
M. Habel
(Jean) : Mais, par rapport au... à tout l'aspect du mesurage net, le
stockage d'énergie, c'est sûr et certain, puis vous le mentionnez, il y a un
fort potentiel, là, par rapport aussi aux microréseaux qu'on doit déployer. On
croit que de le mettre dans la législation, ce serait déjà un très grand pas en
avant, parce que, pour le moment, il n'y a
aucune définition, par rapport à ce que vous mentionnez, de «microréseau», mais
aussi au niveau du mesurage net. On est en attente de voir qu'est-ce qui
va être présenté dans l'aspect tarifaire, là, en 2026, par rapport aux
incitatifs d'Hydro-Québec. Donc, on va suivre ça avec attention.
Il y a des éléments
aussi, au niveau du gouvernement fédéral, qui ont été mis de l'avant pour
répondre un peu à l'Inflation Reduction Act. Est-ce que le Québec pourrait
emboîter le pas? Bien, c'est à prendre en considération, c'est sûr et certain.
La réalité, c'est qu'on doit mettre de l'avant ces technologies-là. On a fait
un rapport, je l'ai mentionné juste précédemment, mais ça pourrait constituer
minimalement 4 %, là, du mix énergétique de demain. On sait qu'on a besoin d'avoir l'ensemble des
mégawattheures pour répondre à la demande de décarbonation et de croissance.
Je ne pense pas qu'on peut se permettre de manquer ces opportunités-là de
mettre de l'avant.
Donc,
on a trouvé intéressante la proposition d'Hydro-Québec d'aller augmenter le
nombre de kilowattheures. Avant,
c'étaient 50 KW pour plusieurs groupes. Maintenant on l'augmente à
1 000 KWh. On est très intéressés, parce que c'est quelque chose qu'on a déjà mis de
l'avant dans d'autres juridictions canadiennes. Donc, en Nouvelle-Écosse,
notamment, là, il y avait cet élément-là où
on augmentait jusqu'à 1 000 KW. Je représente aussi le Québec
atlantique. Donc, on a suivi de façon très approfondie cette
possibilité-là et on fait des recommandations, par la suite, au gouvernement du
Québec pour pouvoir élargir cet élément-là. Il y a les gens aussi d'Énergie
Solaire Québec qui vont venir par la suite.
Ils ont été aussi des acteurs très importants pour faire cette... ces
doléances-là auprès du gouvernement du
Québec, auprès d'Hydro-Québec. Donc, c'est vraiment un travail, je pense, qui
est très important, parce qu'on doit inclure ces technologies-là.
Puis je me
permettrais peut-être d'aborder un certain point, parce qu'on a parlé du PGIRE
puis on a dit : On doit inclure la pluralité des technologies, puis je
veux aller un petit peu plus loin sur cet élément-là parce qu'à l'heure actuelle, dans l'article 14.2... puis j'invite
peut-être Pierre-Olivier à peut-être le préciser, mais on mentionne qu'on peut
inclure toutes les technologies, mais on voudrait peut-être aller un petit peu
plus loin, là, dans la proposition. Donc, peut-être, Pierre-Olivier, tu pourrais
présenter l'article 14.2 puis peut-être l'angle qu'on voudrait mettre de
l'avant.
M. Charlebois (Pierre-Olivier) : Oui,
tout à fait. Merci, Jean. En fait, c'était au deuxième alinéa de
l'article 14.2 où on réfère au PGIRE, effectivement, et de
démontrer que ce plan-là peut porter sur toutes les sources d'énergie
consommées au Québec. Donc, c'est la distinction qu'on fait entre l'utilisation
du mot «peut» versus «doit».
Évidemment,
les sources d'énergie consommées au Québec vont inclure, oui, les sources
d'énergie renouvelable, mais aussi toute autre source, comme les sources
d'énergie provenant des combustibles fossiles. Donc, l'idée ici, c'est de déterminer que le PGIRE doit comprendre
l'ensemble des sources d'énergie qui sont consommées au Québec et ne pas
restreindre le... ces sources d'énergie là. Donc, on considérait que
l'utilisation du mot «peut» pourrait être remplacée par le mot «doit» pour
être... pour s'assurer que le PGIRE représente et reflète l'ensemble des
sources d'énergie qui sont effectivement consommées au Québec.
Mme Rizqy : Parfait.
On va noter un amendement que nous pourrons soumettre lors de l'étude
détaillée.
Une petite dernière
question, M. Habel, avant de céder la parole à ma collègue. En Colombie-Britannique,
ça existe quand même depuis 2004, le
programme des microréseaux, où est-ce qu'il y a de l'autoproduction, mais tout
ce qui n'a pas été consommé est aussi
retourné au réseau, ce qui permettrait, dans notre cas, si c'était appliqué au
Québec... Bien, tout ce que nous, on
ne consomme pas, on le redonne à Hydro-Québec, qui, eux, à ce moment-là,
libèrent les électrons. Puis c'est
gagnant-gagnant pour tout le monde, là. Donc, ça pourrait être une bonne
avenue. Puis c'est... À moins que je ne m'abuse, maintenant, les
nouvelles batteries qui sont développées, on peut stocker jusqu'à sept
journées. C'est fantastique.
M. Habel
(Jean) : Bien, c'est ça, là, la technologie du stockage d'énergie avec
le solaire, bien, avance à pas de géant. Puis on est dans une perspective où on
va avoir un projet de loi qu'on va se projeter dans les 25 prochaines années si on veut atteindre la carboneutralité. Il
y a la possibilité d'avoir la bidirectionnalité aussi des véhicules électriques,
aussi, dans le... dans le futur. Donc, tous ces éléments-là, je pense, doivent
être vraiment pris en considération dans le bouquet énergétique de possibilités
pour atteindre la carboneutralité.
Donc, à juste titre,
on va... on recommande aux parlementaires, là, d'inclure la notion d'énergie
décentralisée dans le projet de loi afin de
vraiment refléter cette plus-value-là du fait qu'on produit près du site de
consommation, et le mesurage net, l'autoproduction fait en sorte qu'on va dans
cette direction-là, et ultimement aussi avec la production adjacente.
• (16 h 20) •
Mme Rizqy : Merci.
Le Président (M.
Bernard) : Mme la députée de Mille-Îles, vous disposez de
4 min 20 s.
Mme Dufour :
Merci, M. le Président. Merci, messieurs, pour... pour votre présence ici.
Je
voudrais peut-être, justement, continuer sur le stockage. Les... On a vu ce
matin... Je crois que c'était le... la CSN qui avait...
Une voix :
...
Mme Dufour :
...la CSQ, pardon, la... oui, qui avait sorti les chiffres sur les pannes
électriques de plus de huit heures qui sont en forte augmentation. Je vais vous
citer une région que vous connaissez bien, Laval. Juste en... dans les
dernières années, il y a eu plus de 1 600 pannes de plus de huit heures à
Laval. C'est énorme, c'est énorme. Puis on
l'a vu plus récemment aussi, il y a eu la tempête Debby qui a affecté énormément de citoyens qui... Malheureusement,
pour des questions de sécurité, l'électricité a été coupée, mais ce qui a fait
en sorte que des gens, malheureusement, ont
perdu le contrôle de l'eau dans leurs sous-sols. Alors, est-ce que ce serait
une solution, le stockage d'énergie, pour... au lieu d'une génératrice, par
exemple, à essence? Est-ce que ça, ça pourrait être une option pour... pour
cette situation-là?
M. Habel (Jean) : Bien, dans un cas plus
global, il y a l'aspect des changements climatiques qui, évidemment, va
affecter la résilience du réseau, va affecter aussi plusieurs régions
administratives. Puis le fait de rapprocher la production du lieu de
consommation, bien, c'est sûr et certain que ça permet une meilleure résilience
du réseau, d'avoir des solutions comme le stockage d'énergie qui peuvent aussi
atténuer les besoins de pointe, réduire la pression sur le réseau existant.
Donc, s'il arrivait quelque chose sur le réseau, bien, on pourrait utiliser le
stockage d'énergie pour pouvoir s'assurer, là, de répondre à une certaine
demande. C'est sûr qu'il y a les réalités de sécurité aussi qu'on doit prendre
en considération lorsqu'il y a des fortes pluies parce qu'il y a une incidence
avec le réseau électrique, mais, globalement, d'avoir la production près du lieu
de consommation, d'avoir du stockage d'énergie, ça nous permet d'améliorer la résilience du réseau puis ultimement aussi,
bien, d'atténuer la pression sur le réseau de transport.
Ce qu'on mentionnait
avec la plus-value du stockage d'énergie, c'est le fait qu'on va pouvoir, dans
le fond, s'assurer de limiter l'augmentation trop importante du nombre de
milliers de kilomètres de réseau de transport. Donc, si on utilise les
ressources d'énergie décentralisées, bien, on ne créera pas... vu qu'on doit
doubler la capacité d'Hydro-Québec, bien, on ne créera pas deux fois plus de
lignes de transmission. Donc, on doit trouver une foule de solutions. L'interconnexion bidirectionnelle peut
aussi être une avenue aussi pour optimiser l'utilisation du réseau électrique. Donc,
il y a plein d'avenues possibles, puis le stockage d'énergie, à juste titre, en
fait partie.
Mme Dufour : Ce que vous venez de
mentionner, là, l'interconnexion bidirectionnelle, est-ce que c'est... on parle des véhicules électriques, par exemple, qui
pourraient devenir des batteries de stockage? On vise d'avoir 2 millions de véhicules, donc, éventuellement,
électriques sur nos routes. Donc, ça, ce serait une façon, ce serait un genre
de batterie, dans le fond, de stockage, mais ce serait le véhicule. Est-ce que
c'est bien ça?
M. Habel (Jean) : Il pourrait y
avoir ça à courte échelle ou il pourrait y avoir ça à plus large échelle avec
les interconnexions parce qu'il y a des périodes de pointe, dans différentes
juridictions, qui peuvent permettre peut-être un transfert d'énergie d'une
région à l'autre, là, lorsque la période de pointe n'est pas au même moment,
là. Comme par exemple, historiquement, la période de pointe en Ontario était en
juin et, nous, en hiver. Donc, il peut y avoir des transferts d'énergie qui se
font de façon optimale.
Mais, à plus petite échelle, effectivement, là,
le véhicule jusqu'au réseau électrique ou le véhicule électrique vers la maison
peut être aussi une solution micro, là, qui est superintéressante. Puis, dans le
futur, ça va faire partie d'une perspective beaucoup plus large qu'on doit
prendre par rapport à l'optimisation de la période de pointe, parce qu'on va
pouvoir emmagasiner de l'énergie dans ces batteries-là. Donc, c'est vraiment
optimal d'aller dans cette direction-là.
Mme
Dufour : Merci. Une dernière courte question. Est-ce que
c'est un peu tard de commencer juste en 2026 à subventionner ces
solutions-là? Je vois un monsieur en arrière qui dit...
M. Habel (Jean) : Le plus tôt est
toujours le mieux, mais on comprend que c'est complexe aussi d'établir ces
éléments-là.
Mme Dufour : Merci.
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard
pour 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci, M. le Président.
Merci beaucoup pour la qualité de votre document. Il couvre large et il va sur
plusieurs espaces.
Je n'ai pas beaucoup de temps, ça fait que je
vais rester au niveau de la régie. Peut-être nous partager les inquiétudes que vous auriez par rapport à ce qui
est proposé, et puis ensuite on parlera de ce que vous espérez voir au niveau
de la régie.
M. Habel
(Jean) : Oui. Donc, par rapport à la régie... Puis on
regarde aussi ce qui a été fait durant la première semaine aussi de
commission parlementaire, puis autant nous, on a soulevé le postulat qu'on doit
renforcer, tu sais, la Régie de l'énergie, que ça a été apporté aussi par
plusieurs autres experts, la chaire HEC Montréal, il y a aussi l'Institut Trottier. Spécifiquement sur
l'article 45 qu'on propose, même l'Union consommateurs, là, a
présenté certaines perspectives, là, par rapport spécifiquement à cet
élément-là.
Donc, on pense qu'avec toute la vision puis la
pluralité des groupes, le fait que le gouvernement, à juste titre, dans sa prémisse de base, veut renforcer la Régie
de l'énergie, les propositions qu'on fait, de façon équilibrée, là, visent
vraiment à renforcer cet élément-là. Donc, on y retrouve certaines perspectives
par rapport à la tarification, par rapport au réseau de transport, mais, au
niveau des approvisionnements, semble perdre un peu cette possibilité-là de pouvoir la superviser. Donc, on souhaite
réellement que, dans la législation, on remette de l'avant cette importance-là
de la Régie de l'énergie qui puisse encadrer les approvisionnements
futurs.
M. Bouazzi : Et c'est quoi, les
conséquences de ces pertes, justement, dont vous parlez? Ce serait quoi?
M. Habel
(Jean) : Bien, il y a tout l'aspect optimal de transparence
qui doit être mis de l'avant. L'autre élément aussi par rapport au fait
d'impliquer, c'est d'avoir l'information le plus tôt possible. Donc, ce que je
mentionnais, c'est que, selon notre
compréhension, à l'heure actuelle, quand il y a un avis d'un approvisionnement
futur qui est fait, on a déjà le sou
par kilowattheure qui est annoncé. Là, on aurait potentiellement cette
information-là lors de la période tarifaire, donc, ça veut dire un peu plus
tard dans l'échéancier. Donc, le plus tôt est le mieux si on veut permettre
à tous de pouvoir contribuer à cette atteinte de la carboneutralité puis
d'avoir l'information le plus tôt possible, en toute transparence, aux Québécois. Donc, c'est la raison pour laquelle on
propose ces ajustements-là dans la législation actuelle.
M. Bouazzi : Et puis je vois que
vous accordez quand même beaucoup d'importance à la délibération, à l'exercice
démocratique. C'est quelque chose que je salue aussi. Vous vous inquiétez de
deux choses. Un, c'est la possibilité de voir le nombre de régisseurs à la
baisse, justement, et puis vous n'êtes pas les seuls, au niveau du CA d'Hydro-Québec aussi, de voir à la baisse.
Pourquoi vous pensez que c'est une mauvaise idée de voir à la baisse ces
deux...
M. Habel
(Jean) : Bien, sur le premier élément, au niveau du nombre
de régisseurs, on est dans la perspective où on veut renforcer le rôle
de la Régie de l'énergie. Donc, on se dit : Bien, nécessairement, elle va
être appelée à jouer un plus grand rôle si
on suit cette prémisse de base là. Donc, de potentiellement réduire le nombre
de régisseurs, on pose certaines réserves par rapport à cette
perspective-là.
L'autre
élément par rapport au nombre de personnes sur le conseil d'administration, on
diminue quand même, là, de 50 %,
à mon souvenir, là, le potentiel du nombre d'administrateurs. J'entendais,
entre autres, là, les... M. Picard, là, qui disait qu'il voulait avoir une représentation
au niveau des Premières Nations et des Inuits sur le conseil d'administration.
Le fait qu'on a des impératifs par rapport à la parité hommes-femmes, par
rapport à la présence de jeunes sur les conseils d'administration, une
diversité plus accrue, par rapport à la perspective de tous ces éléments-là et
sachant qu'il va y avoir trois, déjà, personnes qui sont nommées par le
gouvernement...
Le Président (M.
Bernard) : Merci, M. Habel.
M. Habel
(Jean) : ...on propose, effectivement, de maintenir le nombre
d'administrateurs.
Le Président (M.
Bernard) : Merci. Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon
pour une période de 2 min 38 s.
M. Paradis : Vous
commencez votre mémoire et vous le terminez en parlant de l'importance de la
consultation et d'embarquer les Québécoises et les Québécois dans ce projet-là.
Vous parlez, là, des municipalités, des
Premières Nations, de la société civile, des entreprises, etc. Est-ce que vous
trouvez que ces consultations particulières sur ce projet de loi, dans
ce mode-là, c'est suffisant par rapport à ce que vous demandez, vous?
M. Habel (Jean) : Bien, par rapport à ce
qu'on propose, c'est vraiment par rapport au plan de gestion intégrée
des ressources énergétiques. Donc, on ne s'immiscera pas dans la décision de
l'ensemble des parlementaires de prendre position sur le nombre d'intervenants
qui sont ici aujourd'hui, mais, dans une perspective plus large par rapport au
plan de gestion intégrée des ressources énergétiques, si on veut que ce soit un
engagement de tous, puis c'est un projet de
société, évidemment, notre proposition, c'est à l'effet que ça doit être une
consultation qui est publique et qui
inclut une diversité de parties prenantes, parce que c'est comme ça qu'on va
pouvoir engager l'ensemble des Québécois et des Québécoises vers la
transition énergétique du Québec.
M. Paradis : Très
bien. Mais le projet de loi n° 69 indique déjà des orientations. Il
indique où est-ce qu'il s'en va, notamment
en matière d'augmentation assez significative de la production d'énergie.
Est-ce que vous trouvez qu'on en a
discuté assez, puis qu'on a assez de données, puis qu'on a assez d'informations
pour prendre cette décision-là, nous, comme législateurs, sur le projet
de loi tel qu'il nous est présenté aujourd'hui? Parce que...
Je voudrais revenir.
Vous avez donné une réponse tout à l'heure à la ministre sur la question des
tarifs, puis j'ai cru comprendre... Vous me
direz si je me trompe, mais vous avez dit : Bien, nous, on demande le
retrait de certains articles parce
que peut-être qu'on est... on n'a pas encore les indications nécessaires pour
prendre les décisions là-dessus. Est-ce que j'ai bien compris ce que...
ce que vous disiez?
• (16 h 30) •
M. Habel
(Jean) : Bien, sur plein d'éléments... C'est sûr et certain que, par
rapport à la tarification, effectivement, on
a proposé certains ajustements, là, dans la législation parce qu'on veut
s'assurer que les approvisionnements futurs vont se faire de manière
transparente et claire. Donc, c'est la raison pour laquelle on propose de
vraiment faire des modifications par rapport au fait que la Régie de l'énergie,
qui est un tribunal administratif indépendant, doit être impliquée dans le
processus des approvisionnements futurs, parce que ça... la Régie de l'énergie
représente les intérêts, et le mandat, c'est
de représenter l'ensemble des Québécois. Donc, on doit s'assurer que la Régie
de l'énergie soit au coeur des décisions des approvisionnements futurs.
Donc, sur cet élément-là, effectivement, là, on souhaite un amendement ou des
modifications législatives à l'égard, notamment, là, de l'article 45.
Par rapport à la
consultation globale, donc, je reviens un peu à l'élément que je mentionnais,
notre but, nous, c'est d'intervenir sur le projet de loi, comment on peut le
peaufiner, comment on peut l'améliorer, puis c'est sûr et certain que, selon
notre vision, on doit mettre une consultation qui est publique si on veut faire
cet exercice-là le plus complet possible, là.
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup, M. Habel puis M. Charlebois. Le temps est maintenant
écoulé. Alors, je vous remercie vraiment de votre contribution à la
consultation aujourd'hui.
Nous allons suspendre
les travaux quelques minutes pour... le temps de permettre au prochain groupe
de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à
16 h 32)
(Reprise à 16 h 38)
Le Président (M.
Montigny) : Alors, bienvenue, bienvenue. On reprend nos travaux. Je souhaite
maintenant la bienvenue à Énergie Solaire
Québec. Et je vous rappelle que vous disposez donc de 10 minutes pour
votre exposé, puis nous procéderons à une période d'échange avec les
membres de la commission par la suite. Je vous invite donc à présenter... à
faire votre exposé maintenant et à vous présenter. Merci beaucoup.
Énergie Solaire Québec (ESQ)
M. Goulet
(Patrick) : Merci, M. le Président. Patrick Goulet, président
d'Énergie Solaire Québec.
M. Royer (Jimmy) :
Et Jimmy Royer, vice-président d'Énergie Solaire Québec, ingénieur à la
retraite.
M. Goulet (Patrick) : Retraité d'Hydro-Québec,
tant qu'à faire.
Monsieur... Mme la ministre, excusez, Mme la
ministre, distingués membres de la commission, nous vous remercions de nous
donner l'occasion de nous exprimer sur le projet de loi n° 69. En tant
qu'organisme voué à un avenir énergétique
durable, Énergie Solaire Québec est convaincu que le Québec doit saisir toutes
les opportunités pour renforcer son autonomie énergétique et réduire son
empreinte carbone.
Le projet de loi n° 69 vise mieux... à
mieux encadrer le secteur de l'énergie et à réaliser les objectifs du Québec en matière de transition énergétique. ESQ
appuie la plupart des mesures, mais souhaite souligner l'importance
cruciale de l'énergie solaire dans sa... dans cette transition. ESQ est
particulièrement en accord avec les propositions suivantes du projet de loi
n° 69.
La mise en place d'un plan de gestion intégrée
des ressources énergétiques sur 25 ans, renouvelable à tous les six ans,
offre une vision proactive de l'avenir énergétique du Québec. Sa planification
à long terme, associée à des révisions régulières, permet d'anticiper les
besoins, d'intégrer les innovations et de s'adapter aux changements. Nous
sommes convaincus que cette approche garantit un développement énergétique
durable tout en assurant un approvisionnement fiable et en favorisant la
participation de tous.
L'obligation pour les distributeurs d'énergie de
soumettre des plans d'approvisionnement qui couvrent un plus long terme. Dans un contexte d'accroissement de la demande
électrique dû à la transition énergétique, il est essentiel que la Régie
de l'énergie et le public puissent évaluer les actions à mettre en place pour
répondre aux besoins.
La révision tarifaire de l'électricité à tous
les trois ans au lieu de l'actuel cinq ans et surtout la mise en place de
tarifs modulés. Nous sommes convaincus que cela favorisera l'essor de
l'autoproduction, du stockage d'énergie et de
la recharge des véhicules électriques. Avec des coûts du solaire maintenant
compétitifs, cela permettrait aux clients et aux entreprises d'investir
dans le solaire pour leur propre bénéfice.
La possibilité pour les entreprises ayant une
production d'énergie renouvelable et... de vendre leurs surplus d'électricité à un consommateur unique adjacent.
Nous pensons que cela devrait être étendu aux autoproducteurs afin de stimuler
l'autoproduction et de créer des communautés énergétiques locales.
• (16 h 40) •
La simplification du processus
d'approvisionnement en électricité en n'obligeant pas d'aller chaque fois en
appel d'offres. Cela devrait accélérer l'adjudication des contrats, en
particulier pour les projets de moins de 10 MW, stimulant ainsi le développement de projets d'énergie renouvelable. À
l'instar de la Nouvelle-Écosse, nous recommandons que ces contrats hors
appel d'offres soient soumis à l'approbation de la régie.
La possibilité pour Hydro-Québec de céder ses
petites installations hydroélectriques. Cela permettrait à Hydro-Québec de se concentrer sur de... sur de
plus grands projets et favoriserait la production d'énergie renouvelable en coopération avec les municipalités, les
coopératives et les Premières Nations. Par le fait même, Hydro-Québec devrait
encourager l'installation de toute production d'énergie renouvelable de moins
de 100 MW, toujours en partenariat avec les communautés locales.
Le rôle de l'énergie solaire dans la transition
énergétique. Malgré son potentiel solaire important, le Québec accuse un retard
de déploiement de cette énergie. Alors que des pays comme l'Allemagne, les États-Unis,
la Chine ou l'Australie ont massivement investi dans le solaire, le Québec n'en
est qu'à ses débuts. La situation, cependant, a changé. Les coûts du solaire
ont considérablement diminué, le rendant compétitif avec l'éolien et
l'hydroélectricité. Le Québec bénéficie d'un
ensoleillement favorable, mieux que celui de l'Allemagne, où le solaire fournit
déjà plus de 11 % de l'électricité. Même la Norvège, pays aux conditions
similaires au Québec, vise 5 % de sa production électrique à partir
du solaire en 2030. Plus près de nous, l'Ontario a déjà intégré le solaire à
son réseau, et l'Alberta et la Nouvelle-Écosse ont implanté des programmes
ambitieux pour développer cette filière.
En juin 2023, dans un mémoire au MEIE, ESQ a
proposé une approche permettant d'atteindre 1 000 MW d'énergie
solaire en 2030 et 3 500 MW en 2035. Une approche plus ambitieuse
pourrait même amener plus de 7 000 MW
ou 10 TWh en 2035, contribuant ainsi significativement à la demande
électrique accrue de la... par la transition énergétique et rejoignant le souhait de HQ, Hydro-Québec, exprimé dans
son plan d'action 2035 d'avoir 125 000 clients autoproducteurs
en solaire pour 2035.
Selon une étude du centre de recherche fédéral
du CANMET à Varennes, le potentiel solaire sur les toitures au Québec est de 30 TWh. On parle juste de
toitures ici, là. Contrairement à ce que certains analystes croient, le solaire
est très présent en hiver au Québec. Quand il fait très froid, il fait en
général très beau, et les panneaux produisent plus à basse température. Il est
évident que l'énergie solaire ne sera pas la seule ressource d'énergie pour
répondre à la demande de chauffage des Québécois, mais, au cours de l'année,
elle peut amener une contribution importante d'énergie
et réduire la demande sur les barrages. Le Québec a un stockage d'énergie
unique au monde. Celui-ci est un excellent complément à la variabilité
du solaire.
Le projet de loi n° 69,
avec sa tarification basée sur l'évitement de la consommation en période de
pointe, favorise non seulement l'adoption de
systèmes solaires avec batteries, mais ouvre également la voie au développement
de microréseaux et de centrales virtuelles. Ces dernières, comme celles
mises en place au Vermont, agrègent un ensemble de ressources énergétiques
distribuées, telles que des batteries domestiques, des panneaux solaires et des
véhicules électriques, pour former une centrale électrique virtuelle capable de
répondre à la demande en période de pointe. Les microréseaux combinant le
solaire et le stockage permettent une gestion locale et optimisée de l'énergie,
et contribuent ainsi à réduire la demande sur le réseau principal lors des
pointes de consommation, à accroître sa résilience grâce au stockage d'énergie
et à renforcer l'autonomie énergétique des communautés, notamment en cas de panne du réseau principal. Cette approche globale, en
favorisant la production et la consommation locale d'énergie renouvelable,
garantit un développement énergétique plus durable, résilient et décentralisé
pour le Québec.
À partir de 2035,
l'adoption croissante des véhicules électriques légers devrait augmenter la
demande en électricité d'au moins 20 TWh. Dans ce contexte, l'énergie
solaire se présente comme une solution idéale pour alimenter directement les
VE. De plus, les VE peuvent également jouer un rôle actif dans le réseau
électrique en stockant de l'énergie et en la restituant lors des périodes de
pointe, contribuant ainsi à la stabilité du réseau. L'association de l'énergie... l'association de l'énergie solaire, du
stockage proche de la demande et des VE offre donc une réponse
prometteuse pour satisfaire à la fois la croissance de la demande en énergie et
en puissance, tout en s'inscrivant dans la transition énergétique vers un
système plus fiable.
L'essor du solaire au
Québec offre de multiples bénéfices : création d'emplois, réduction du
déficit énergétique, allègement des
infrastructures de transport, déploiement rapide évitant de grands chantiers et
financement par les citoyens eux-mêmes. De plus, l'énergie solaire
englobe à la fois la production d'électricité et le chauffage passif, ce qui ouvre des perspectives
intéressantes pour réduire la consommation d'énergie électrique et de gaz
naturel, notamment par la planification de quartiers et de maisons
solaires passives.
En conclusion, le
Québec a tous les atouts pour devenir un acteur majeur dans le domaine de
l'énergie solaire. La baisse des coûts du
solaire, la demande croissante pour des énergies propres et le projet de loi
n° 69 nous offrent une opportunité unique pour lui donner une place
importante au Québec. Nous vous invitons à considérer l'énergie solaire non
seulement comme une alternative, mais comme une nécessité pour assurer un
avenir énergétique durable et résilient pour les générations futures. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période
d'échange avec les membres de la commission. Alors, Mme la ministre, vous avez
16 min 30 s.
Mme Fréchette :
Merci, M. le Président. Alors,
merci, M. Goulet, M. Royer, pour votre présentation très intéressante.
On vous sent inspirés, investis aussi dans le secteur, et c'est bon de capter
ça.
Moi,
je voulais vous entendre sur... Bien, vous avez parlé du potentiel, le grand
potentiel, là, qui existe en matière d'énergie solaire au Québec. Quel...
Jusqu'à où pensez-vous qu'on peut aller en termes de recours à l'énergie
solaire, photovoltaïque? Vous parlez du fait que les panneaux sont même
plus performants quand il fait froid. Vous me l'apprenez. C'est bon à entendre.
Donc, voilà, quel potentiel, en termes chiffrés, là, que vous voyez?
M. Goulet
(Patrick) : Bien, en fait, ça, c'est des études du CANMET, là. C'est
vraiment, là, des... Ils ont fait une espèce
d'aperçu, là, du potentiel qu'il y a sur les toitures seulement, là, mais on
peut aller loin avec ça, là. On peut... Sur le bâtiment, là, juste sur
le bâtiment, en plus des toits, les murs, les autoroutes où il y a des murs
coupe-son, on peut en mettre là aussi. On en voit un peu, de ces
installations-là, un peu partout dans le monde. Tu sais, le potentiel est énorme juste sur le bâti, et on ne parle même
pas de parcs encore, là. Le 30 TWh, là, ce n'est même pas des parcs, là. C'est
vraiment juste les toits. Puis ce n'est même pas tous les toits, en plus, là.
C'est les toits de manufactures, de bâtiments résidentiels, commerciaux. Mais
les usines, ce n'est pas inclus dans le 30 TWh. Alors, il est énorme, là.
Puis comment on peut
faire pour tout faire ça? Bien, ça, ça va être une grande question, parce qu'on
parle beaucoup de la disponibilité de
main-d'oeuvre. Ça va prendre de la main-d'oeuvre, beaucoup de main-d'oeuvre si
on veut atteindre... aller faire un objectif pareil, là. C'est gros, là.
C'est vraiment gros, ça.
Mme
Fréchette : C'est où, vous diriez qu'il y a les gains les plus
importants, là, les gains les plus faciles, les plus rapides qu'on pourrait
envisager d'aller capter pour démarrer... démarrer le momentum puis la
tendance?
M. Goulet
(Patrick) : Bien, je vais laisser Jimmy répondre un peu là-dessus.
M. Royer
(Jimmy) : Bon, je peux répondre. En fait, l'autoproduction, c'est
peut-être le plus facile, parce qu'il est direct. On n'a pas besoin de faire
des grosses infrastructures ni de distribution ni de transport.
Ceci étant dit, ce
qui est intéressant, c'est le coût à la fin de la production, et plus les parcs
solaires sont gros, plus, à ce moment-là, le coût du solaire va être plus
faible. Alors, bien entendu, au départ, il pourrait y avoir quelques parcs qui vont... qui vont être installés. On le
voit avec l'appel d'offres qui a été... Le règlement a été publié ce matin.
Alors donc, on voit qu'il y a une volonté de faire 300 MW pour 2029. C'est
un départ, mais c'est petit, petit. 300 MW, là, c'est... ça... c'est presque une goutte d'eau, je
dirais, par rapport aux besoins qu'on a. On parle, dans notre étude, qu'on
pourrait aller jusqu'à 7 000 MW pour 2035. Ça représente seulement
10 TWh. Ça, c'est le début. On parle de 2035.
• (16 h 50) •
Si... Vous parliez, à
un moment donné, d'où... jusqu'où peut aller le solaire. Plus les coûts vont baisser,
plus les autres formes d'énergie vont augmenter, c'est certain que le potentiel
du photovoltaïque va être, à ce moment-là, beaucoup plus élevé. La grosse
différence à la fin, c'est le prix. On parle aujourd'hui, pour les parcs
solaires au Québec, avec l'ensoleillement qu'on a, autour de... entre 0,06 $
et 0,08 $ le kilowattheure. C'est déjà beaucoup mieux que les éoliennes,
que même les nouveaux... nouvelles centrales hydroélectriques. Si les coûts
continuent de baisser comme ils baissent présentement, même l'AIE, l'Agence
internationale de l'énergie, et même les grands... les grands analystes et les
bureaux d'analystes dans le monde disent qu'en 2050 le solaire va représenter
la majorité des énergies renouvelables parce qu'il est facile à être installé
partout. L'autre point important, c'est que ses coûts d'opération et de
maintenance sont aussi très faibles. Alors, par rapport au coût total du
kilowattheure, sur son... sur sa durée de
vie, à ce moment-là, il est beaucoup plus intéressant que toutes les autres
formes d'énergies renouvelables.
M.
Goulet (Patrick) : Si je peux ajouter, là où le solaire n'est pas
vraiment présent, c'est... on va dire les vraies affaires, là, la pointe
hivernale, là, c'est certain. Bien, on a des technologies, des batteries qui
vont couvrir pour ça en partant. Alors, on...
M. Royer (Jimmy) :
...à réagir.
M. Goulet
(Patrick) : C'est ça, c'est... Là, on a vraiment, là, le système
parfait, là, pour couvrir puis que... Les pointes, on le sait, là, l'hiver, ça
ne dure pas, là, longtemps, puis les batteries pourraient facilement couvrir
une partie de ces pointes-là.
M. Royer (Jimmy) :
Puis, bien entendu, notre hydroélectricité.
M. Goulet
(Patrick) : Et l'hydroélectricité, évidemment.
Mme
Fréchette : Bien sûr. L'énergie solaire, c'est une... bien, vous
faisiez référence à ça, là, c'est une source d'énergie qui se prête bien à
l'autoproduction, là, par des particuliers. Comment est-ce que vous voyez
l'arrimage du rôle entre Hydro-Québec, en lien avec l'énergie solaire, versus
la production des particuliers puis les entreprises? Quel mix vous voyez? De
quelle manière ça doit s'imbriquer?
M. Goulet (Patrick) : Bien, déjà, là,
Hydro-Québec, ils ont ouvert les portes, là. Là, ils ont monté la barre à
1 MW. Youpi! On est contents là-dessus. C'est... c'est toute une
histoire de regarder la disponibilité du réseau, les circuits. Ça, c'est
l'affaire à Hydro-Québec.
Le potentiel pour
injecter... Moi, je prends toujours l'exemple de Green Mountain Power au
Vermont, là, parce que c'est nos voisins, puis ils sont très, très... des
longueurs d'avance devant nous là-dessus, là. Puis, si on va dans leur site
Web, on voit les circuits qui sont disponibles encore, où on peut continuer à
injecter. C'est un peu, là... Eux, ils
gèrent toute l'injection, là, de toutes sortes de clients, là, que ce soit
commercial, individuel ou industriel, puis, quand le circuit, il commence à être saturé, bien, c'est fini, on ne
peut plus injecter ici. Ça fait que c'est... Hydro-Québec, il va falloir
qu'ils gèrent de cette manière-là. Puis ils ont déjà commencé, d'ailleurs, à
regarder les circuits qui vont être disponibles pour qu'on puisse faire de
l'injection.
M. Royer
(Jimmy) : Si je peux rajouter, c'est que l'autoproduction, ça se fait
dans tous les pays aujourd'hui. Ce n'est pas quelque chose qui est nouveau. On
n'a rien qu'à regarder les exemples qui se font dans tous les pays où on
utilise du solaire. Il y a, bien entendu, des parcs solaires, mais il y a aussi
beaucoup d'autoproduction. Pourquoi? Parce que ça permet aussi à la population
de participer à l'effort et, si on leur permet, bien entendu, d'avoir un retour
sur leurs bénéfices. Bien entendu, on ne mettra pas des panneaux solaires sur
notre toit si ça ne rapporte rien à l'usager. Bon, si on leur permet d'avoir un
retour sur le bénéfice, sur l'utilisation, à ce moment-là, il y a de l'intérêt.
Et ça adonne bien, on fait quelque chose sans avoir de grands impacts
environnementaux parce que c'est déjà sur le bâti, c'est déjà sur les toits, ou
près des bâtiments, ou sur les autoroutes, comme disait Patrick tout à l'heure.
Donc, on est capables d'utiliser cette forme-là.
L'avantage, le plus
gros avantage du solaire, c'est qu'il est partout, hein, alors... On peut même
dire... L'éolien, bien, on ne mettra pas des éoliennes au-dessus de chaque
maison, même s'il y a du vent. Ça fait du bruit, puis tout ça. Mais le solaire,
ça fait partie du bâtiment. Ça ne paraît même pas. Il y a des endroits où on va
même cacher le panneau solaire avec des motifs architecturaux. On ne le voit
pas. Mais ça produit pareil. Alors donc, c'est ça, à la fin, qu'on veut. Aujourd'hui, dans les premiers temps, on va
les mettre sur les toits, c'est ça, le plus facile, et après ça, bien,
on pourra voir à faire de... ce qu'on appelle du «PV in buildings», de... du
photovoltaïque architectural.
M. Goulet (Patrick) : Il y a déjà une
entreprise canadienne, là, en Ontario, là, qui fabrique des... du PV texturé
comme tu veux. Ça fait qu'ils remplacent les parements des édifices commerciaux
avec ce PV là. Ça fait que ça va alimenter,
là, l'édifice, là. C'est disponible là, maintenant. Même, c'est du gros «back
order». Tu as de la misère à en avoir.
Mme
Fréchette : Intéressant. Et l'acceptabilité sociale est plus facile
aussi à stimuler, là, quand les gens en ont... ont un retour direct qui leur
profite, qui leur bénéficie.
M. Goulet
(Patrick) : Bien, exactement, là. Parce que les gens, quand on va...
quand on fait des salons et puis on explique, là, le solaire aux gens, ils
veulent participer. Puis, comme vous dites, là, c'est... là, ils ont le
sentiment de participer, de faire quelque chose, là, tu sais, de produire, de
faire une différence, là.
C'est sûr que ce qui
est le plus important, c'est l'efficacité énergétique des maisons. Ça... Et ça,
il va falloir qu'on travaille là-dessus. Mais, en plus, si tu peux générer ta
propre énergie...
Puis le phénomène qui
arrive aussi, c'est que les gens sont tellement ambitieux avec leur production,
là, ils font tout pour ne pas injecter sur le réseau d'Hydro, et ils veulent
toute la garder, puis ils deviennent... Puis là ils sont plus conscients aussi
de leur consommation, parce que, là, ils produisent leur propre énergie, là,
c'est dans leur maison. Alors, il y a
vraiment un phénomène, là, qu'on remarque, là, quand quelqu'un s'installe du
solaire. Ils sont tout contents. Ils montrent ça sur leurs
téléphones : Regarde ma production. Puis c'est...
Mme Fréchette : C'est comme leur
petite PME, là, qu'ils gèrent, là.
M. Goulet
(Patrick) : Oui, oui, exactement.
Mme
Fréchette : Ils veulent être autonomes puis en autarcie. Bien,
c'est intéressant aussi de voir... Je vais aller voir les produits, là,
de l'entreprise ontarienne, là.
Dans votre mémoire, là, vous parlez du programme
Community Solar Garden en Nouvelle-Écosse. Est-ce que vous pourriez nous
expliquer un peu plus comment ça fonctionne et comment ça pourrait être
transposable?
M. Goulet (Patrick) : OK. Community Solar... Oui, ça, c'est... ça, c'est un
programme qui a commencé cette année, là, au début de l'année, là, c'est ça, au
début de l'année, là. Puis ce qui arrive, c'est qu'eux, ils ont ouvert le marché, si on veut, là. N'importe qui peut
faire une installation, un parc solaire de 500 KW à 10 MW. C'est
ouvert, pas d'appel d'offres. Ça fait que tu arrives... Puis c'est tout
en ligne. Tout est expliqué. Les formulaires sont tous là. Puis c'est vraiment
ouvert, public, privé, Premières Nations aussi. N'importe qui, là, qui a un
projet, il a juste à appliquer là-dessus. Il
y a beaucoup de critères. Je suis allé voir le site, là, qui explique vraiment,
là, détaillé comment ça fonctionne. C'est ouvert. On sait tout, là. Il
n'y a pas de petite cachette, ou quoi que ce soit. Puis le prix, il est déjà
fixé par Nova Scotia Power, le minimum. Puis là, bien, à partir de là, ton
projet, il faut qu'il soit viable.
Puis c'est
un... C'est sur le circuit de Nova Scotia Power, OK, ce n'est pas, là : On
va faire une ligne privée pour mon... Non, non, ce n'est pas comme ça
que ça fonctionne. C'est... Autrement dit, tu arrives avec ton projet. S'il est
accepté, tu vas... ils vont dire : OK, ce circuit-là, il est libre, tu
peux venir produire ici. Là, tu fais un parc jusqu'à concurrence de 10 MW,
de la grosseur que tu veux, puis là tu vas te trouver des abonnés. Donc, les
gens en Nouvelle-Écosse qui demeurent dans des appartements ou des endroits où
ils ne peuvent pas faire de solaire, ils peuvent s'abonner à ce parc-là puis
ils vont devenir comme un partenaire, si on veut. Bien, ils vont avoir leur
propre production. Ça fait que, si tu t'abonnes,
tu dis : Bien, moi, j'en veux pour 5 KW, je veux 5 KW, là, de ce
parc-là. Ça fait que, là, tu vas payer pour ça, puis là tu vas bénéficier de la
production, puis ça va réduire ton... ta facture d'électricité.
Moi, j'ai trouvé ça brillant. J'ai dit :
C'est formidable comme idée, là. Je veux dire, c'est des trucs comme ça qu'on
devrait... ici aussi, parce que les gens... Moi, je démarre à Montréal. Le
monde, à Québec, qui aimerait ça avoir du solaire, ils ne peuvent pas, là.
Ils... Comment... Qu'est-ce... Comment je vais faire pour... Tu sais, il y en a
qui veulent ça. Si on regarde en Allemagne, là, c'est rendu qu'ils en mettent
sur les balcons là. C'est autorisé maintenant. Ça fait que tout le monde fait sa petite installation solaire sur son
balcon, en Allemagne, là. C'est... Puis il y en a beaucoup, là. C'est
énorme, oui.
Mme Fréchette : Excellent. Bien,
merci. Je vais céder la parole aux collègues.
Le
Président (M. Montigny) : Merci beaucoup. C'est le moment de céder la parole
au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
M. Bernard : Combien de temps,
monsieur...
Le Président (M. Montigny) : Pour
3 min 54 s.
M. Bernard : Merci, M. le Président.
Bonjour, MM. Goulet et Royer. J'ai bien aimé votre mémoire, puis vous parlez beaucoup, justement, d'autoproduction
puis hors site. Puis, comme on sait, là, moi, Abitibi-Témiscamingue, Nord-du-Québec,
pourvoiries, et autres, et même quand on va, par exemple, du côté des villages
inuits, en haut, que, si on veut remplacer
le mazout puis les centrales... Donc, ce sont des avenues que je crois beaucoup
à cet égard-là puis même... puis, comme vous avez parlé, au niveau
résidentiel aussi. On en a... on en a parlé, là, hier et aujourd'hui, pour vraiment... C'est une avenue intéressante,
l'autoproduction, puis, éventuellement, aller du côté de revente à
Hydro-Québec.
• (17 heures) •
La question... On parlait d'acceptabilité
sociale, puis moi, il y a quelques années, en allant en Europe, j'étais arrivé puis... dans la vallée puis je me... Les
autoroutes sont souvent en altitude, puis j'ai dit : Voyons, c'est quoi,
ce lac-là, en bas?, jusqu'à ce que je me rende compte que c'était un
immense parc et... de panneaux solaires photovoltaïques. Et ça m'avait impressionné. Puis là je me suis
dit : Oh! c'est plus gros. C'est la première fois que j'en voyais un de
cette envergure-là. Puis au...
Là, je regarde actuellement du côté de l'Europe,
il commence à y avoir de l'opposition contre les grands parcs de...
photovoltaïques, dont un projet qui est de Boralex et autres. Puis là c'est là
que je me dis : Est-ce qu'on voit qu'il y a déjà quand même, au Québec, de
l'opposition pour des grands parcs éoliens? Quelle est, selon vous... On parle d'acceptabilité sociale, oui, mais est-ce
que les gens saisissent qu'est-ce que ça représente vraiment, un grand
parc éolien, vraiment? Puis est-ce qu'on va vraiment avoir une acceptabilité
sociale quand on arrive dans les régions montagneuses? Moi, je pense qu'il y a
une possibilité proche des installations, Hydro-Québec, qui existent déjà ou que les lignes de transport et autres... et je
pense que, là, il y a vraiment un potentiel, mais, dans le reste de la
province, je ne suis pas convaincu.
M. Royer (Jimmy) : Si je peux
répondre... Oui. Alors donc, il y a deux choses. Première des choses, les parcs
solaires n'ont pas besoin d'être très, très gros, hein? Oui, il y a une
certaine économie d'échelle quand on fait 100 MW, 1 000 MW dans
un parc, mais l'économie d'échelle n'est pas vraiment là. À partir du moment où
on a 50 MW, 100 MW, c'est pas mal le maximum,
là. Après ça, tu en fais 10 autres ailleurs, ça va te faire ton
1 000 MW, mais ça ne te coûtera pas moins cher ou plus cher, parce
qu'en fait c'est autant de panneaux solaires, 10 fois plus de panneaux
solaires que tu vas faire pour... de 100 W à 1 000 MW. Ce n'est
pas comme un parc éolien, où le gros de la... du coût est dans la machine
elle-même. Alors, quand tu fais une éolienne de 3 MW, ou de 5 MW, ou
même, maintenant, de 10 MW, ça fait une grosse différence. Puis là ça a
besoin des grands parcs, et tu as besoin, à ce moment-là, de maximiser l'effort
que tu vas faire.
Où il y a une
différence dans ce que je dis, c'est par rapport au transport. Alors, si, bien
entendu, on fait un 1 000 MW de panneaux solaires, tu as besoin d'une
ligne de transport dédiée pour ça. En faisant ce que vous disiez, 10
100 MW ou même 100 10 MW...
Le Président (M.
Montigny) : En conclusion.
M. Royer
(Jimmy) : ...là, à ce moment-là, vous êtes sur le réseau de
distribution. C'est beaucoup plus intéressant. Et donc vous pouvez utiliser les
lignes existantes.
Le Président (M. Montigny) : Alors,
merci beaucoup. C'est maintenant le moment de céder la parole à Mme la
députée de Saint-Laurent pour une période de 10 min 24 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour,
M. Goulet. Bonjour, M. Royer. Le député de Jacques-Cartier vous salue très chaleureusement. Il nous écoute. Alors, d'ailleurs,
c'est... Joyeux anniversaire de mariage, chéri! Mais je suis ici.
Alors, tantôt, je
vous écoutais, avec la ministre, par rapport, notamment, au mur énergétique.
Moi, j'ai une super de belle photo. Pas besoin d'aller en Ontario. Chez moi, à
Saint-Laurent, j'ai même accueilli ici, sur la photo, M. Pierre
Fitzgibbon. On était à l'entreprise Moneris, qui, eux, au lieu d'avoir un gros
mur de béton pas beau, ils ont un super de beau mur. Et tout le monde pense que
c'est un mur architectural, mais en fait c'est un mur d'énergie qui permet à
l'entreprise de s'autoalimenter toute seule. Ce n'est pas incroyable, ça?
M. Goulet
(Patrick) : Oui, oui, c'est fantastique.
Mme Rizqy : Et,
si vous venez encore à ville Saint-Laurent, parce que chez nous, vous voyez, on
ne niaise pas avec la puck, la mairie d'arrondissement ont des panneaux
solaires pour s'alimenter aussi, n'est-ce pas? Moi, là, je trouve ça
fantastique, parce qu'au fond c'était une initiative vraiment... Dans le cas de
Moneris, par eux-mêmes... Ils ont bénéficié,
par contre, de subventions. Ça les a aidés pour l'acquisition, mais ils
rentrent rapidement dans leur argent, et je pense que plusieurs
personnes passent à côté sans même savoir qu'il s'agit d'un mur énergétique.
Alors, ça passe inaperçu.
Donc,
au niveau de la question qui vous a été posée pour l'acceptabilité sociale,
moi, je peux vous dire, comme députée, j'ai reçu zéro plainte, ni pour les
panneaux solaires sur le toit de la mairie ni pour le mur énergétique
chez Moneris. Au contraire, on était vraiment émerveillés. Et vous êtes,
évidemment, la bienvenue. M. Pierre Fitzgibbon, à chaque fois qu'il est venu
dans mon comté, il a toujours été bien reçu. Je déroule carrément le tapis
rouge.
Alors, ceci étant
dit, moi, ça nous intéresse, comme vous le savez beaucoup. Vous avez
probablement lu la lettre ouverte de M. le
député de Jacques-Cartier par rapport à ce que... notre proposition libérale
sur les microréseaux, mais il y a
quand même... Même si ça coûte beaucoup moins cher, ça a baissé par rapport aux
dernières années, il n'en demeure pas moins qu'il y a des coûts d'acquisition
non seulement pour les panneaux, mais également pour la batterie de
stockage.
Là, on a vu qu'il y a
une subvention qui est annoncée, mais pour 2026, et elle est pas mal moins
généreuse qu'en Colombie-Britannique ou même les États-Unis, où est-ce qu'eux,
ils subventionnent ça à coups de milliards, et pour le secteur... notamment
pour les fermes, 50 % payées en subventions.
Et vous avez parlé du
Vermont. Je suis allée faire un tour avec mon mari, en auto électrique,
évidemment, et, sur pratiquement tous les toits des fermes, ce n'étaient que
des panneaux solaires. Alors, j'étais émerveillée. Et j'ai pris plein de photos, d'ailleurs, pour documenter
ça. Et, non, je n'ai pas passé ça à la dépense. Ne cherchez même pas.
Alors, c'était vraiment un voyage personnel.
Moi,
je veux savoir... Ma collègue, tantôt, la députée de Mille-Îles
l'a posée, la question, au groupe précédent : Est-ce que 2026,
c'est un peu tard, première des choses?
Puis, deuxième des
choses, est-ce qu'on peut faire aussi, du côté du gouvernement, pas juste
Hydro-Québec, le gouvernement du Québec... aider, oui, les citoyens, mais
aussi, par exemple, au niveau des entreprises, pour faire l'acquisition des
panneaux solaires, des batteries de stockage et peut-être même des murs
énergétiques?
M. Goulet (Patrick) : Bien, on va commencer
par... Oui, on devrait avoir des subventions, évidemment, là. Puis ce
n'est pas suffisant, ce que... ce qui est présenté jusqu'à maintenant. On
est... On en discute, d'ailleurs.
Une voix : ...
M. Goulet
(Patrick) : Oui, puis 2026, c'est loin, OK? On peut commencer
rapidement là-dedans.
Pour...
J'essaie de reprendre mes idées, là. Oui. OK. Pour la subvention comme telle,
si on regarde, là, comment elle
fonctionne ailleurs, là, dans... Green Mountain Power, c'est... je trouve que
c'est le meilleur exemple. C'est qu'eux, ils
encouragent les batteries pour couvrir les pointes, parce qu'eux aussi, ils ont
des pointes, hein, ils ont à peu près la même
saison que nous autres, là, ils ont l'hiver. Alors, en... ils leur donnent un
montant par kilowattheure de quantité de batteries qu'ils ont, ils ont un
montant subventionné, mais ils ont une entente avec Green Mountain Power pendant
cinq ans, je crois, là. Je ne me souviens plus exactement du détail, là. J'ai
écrit un article là-dessus, d'ailleurs, là. Vous
avez juste à aller voir dans mon site Web, Énergie Solaire Québec. Puis... Et
c'est... c'est... Là, Green Mountain Power ont accès à ta batterie pour
écrêter les moments des pointes quand ça arrive. Ça fait que ça, c'est des
programmes comme ça qu'ils ont... qu'ils établissent au Vermont.
On peut avoir des
trucs comme ça ici, au Québec, la même chose, être un peu plus créatifs dans
les subventions, là, concernant le solaire et aussi les batteries, parce que
c'est la combinaison des deux qui va être vraiment efficace quand c'est le
temps d'écrêter les pointes. C'est vraiment ce qu'il faut faire, oui.
M. Royer
(Jimmy) : Si je peux rajouter, c'est que, par rapport au solaire et à
la batterie en... chez... au résidentiel,
chez l'autoproducteur, à ce moment-là, c'est un très bon mariage, parce qu'en
plus on n'a pas besoin d'augmenter les lignes de distribution. Là, on
parle de... d'utiliser l'énergie solaire directement dans la maison grâce à la batterie, et, seulement s'il y a un certain
surplus, on va l'envoyer, mais ça va aller chez le voisin. Alors donc, ça n'ira
pas bien loin, là.
Par contre, si on
veut... Le solaire, comme on le disait tout à l'heure, c'est que ça ne marche
pas à la période de pointe hivernale, oui, c'est vrai, mais ça ne dure pas
tellement longtemps. Et, ça adonne bien, on a Hydro-Québec, les plus gros barrages, pratiquement, au monde. La
Chine en a des plus gros, mais, en tous les cas, on est un des plus gros et on est...
On a ces grandes réserves là, alors, ce qui fait que, même avec des parcs
solaires, on aurait aussi ce stockage-là qui est sur le réseau actuel.
• (17 h 10) •
Alors donc, pour
nous, en fait, la question subsidiaire qu'il reste, c'est : Combien ça
coûte? Le solaire, aujourd'hui, il est rendu
à un niveau tel qu'il bat toute compétition. Il y a 10 ans, je ne vous
aurais pas dit ça. Moi, j'ai commencé en 1985 dans l'énergie solaire. On
parlait de 20 $ le watt. Aujourd'hui, là, on parle de 1,80 $ à
2,50 $ le watt installé. Le 20 W que je vous parlais tantôt, c'était
juste le panneau solaire. Il était tout petit. Alors, oui, à ce moment-là, ça
n'avait pas d'allure, au Québec, de le faire, et on le faisait surtout pour les
maisons qui étaient hors réseau, dans les
camps de pêche, les camps de chasse, etc., parce que c'était toujours mieux que
des génératrices à l'essence ou même au gaz naturel. Mais aujourd'hui on
est rendus là. On est rendus compétitifs à toutes les autres formes d'énergie
renouvelable et, je dirais même, énergies fossiles.
Mme Rizqy : Messieurs,
je suis surprise, parce que, la semaine dernière, on a eu certains des experts
qui nous ont dit exactement le contraire. Un
peu plus, là, ils disaient que c'était de la
chnoutte. Alors, moi, je veux savoir, parce qu'on a quand même des...
Moi, chez moi, à Saint-Laurent, ça fonctionne, les panneaux solaires à la
mairie d'arrondissement, dans les... sur les toits de certaines entreprises qui
ont fait le virage. Lac-Mégantic, ça fonctionne. J'ai l'impression que, là, il y a des... Et, quand je regarde ce qui se
fait ailleurs, vous avez parlé de la Norvège qui a un climat très
similaire au nôtre. Qui dit vrai?
M. Royer (Jimmy) : Bien, en fait, qui dit
vrai, on n'a rien qu'à regarder ailleurs. Ça se fait, hein? Alors donc,
je pense que c'est la... On voit tout de suite qui dit vrai.
Maintenant,
une des raisons pourquoi on a ce discours-là, c'est qu'on voit quand même qu'il
y a un désavantage en solaire. Puis ça, on en est tout à fait
conscients. C'est qu'en période de pointe hivernale, au Québec, bien oui, c'est
vrai que le solaire n'est peut-être pas là à
ce moment-là. Mais on ne peut pas faire 100 % d'énergie solaire au Québec.
C'est ça, la grosse différence, là. À partir du moment où on a un mix
d'énergies — hydroélectricité,
éolienne, solaire, stockage batterie,
stockage hydroélectrique — le
solaire est parfait, parce que lui, il va diminuer le coût d'électricité.
On parle, comme je le disais, entre 0,06 $, 0,08 $ le kilowattheure
versus les nouveaux barrages...
Mme Rizqy : À
0,12 $.
M. Royer
(Jimmy) : ...on parle de 0,10 $, 0,12 $. Déjà...
Mme Rizqy : Donc, c'est gagnant-gagnant pour nous, comme
consommateurs, mais aussi pour le gouvernement.
M. Goulet
(Patrick) : ...ce qui est important aussi, là, c'est la participation
du public, là. Les citoyens, ils peuvent... là, ils vont se sentir investis
parce qu'ils vont avoir quelque chose pour pouvoir participer. Là, c'est
toujours les producteurs qui vont régler le problème de notre déficit
énergétique. Mais là, si tu leur donnes quelque chose entre les mains pour
qu'ils puissent eux-mêmes produire...
Puis le phénomène
aussi, c'est que les gens, quand ils produisent leur électricité avec le
solaire, bien là, ils deviennent encore plus conscients de la consommation. Ils
ne vont pas surconsommer, justement, là. Là, ils veulent être performants. Ils
ne veulent pas réinjecter sur le réseau de l'Hydro, ils veulent garder ça chez
eux. Puis là je les vois, des fois, là, dans des salons, là, puis ils montent
leurs téléphones : Heille! checke ma production, là. Ils sont tout excités, là, tu sais, puis... Puis c'est un
peu... C'est ça, le phénomène que ça fait. Alors, moi, là, quand je... quand
je... Je vais encourager les gens de mettre du solaire, parce que ça les
conscientise sur la production puis les limites aussi.
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
M. Goulet (Patrick) : Ça
les rend beaucoup plus économes, en bout de ligne, au contraire de ce que j'ai
entendu, là, des fois, là. Bien, c'est...
Mme Rizqy : Bien, de toute façon, je pense que le
gouvernement, l'intention, c'est d'avoir tout un bouquet de mesures pour
avoir davantage de sources d'électricité. Alors, nous, on va pousser fort pour
cette proposition, pour s'assurer
qu'effectivement on est capables de faire de l'autoproduction, mais aussi de
remettre ce qui n'a pas été utilisé dans le réseau vers Hydro-Québec pour
libérer ses électrons. Un grand merci.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. C'est maintenant le temps de laisser la
parole au député de Maurice-Richard pour
3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup,
messieurs, d'être là. Moi, mon père était prof de photovoltaïque dans
une école d'ingénieurs depuis la fin des années 1960.
M. Goulet (Patrick) :
Ah! wow!
M. Bouazzi :
Oui. Paix à son âme. Il doit être heureux que je vous rencontre aujourd'hui,
dans sa tombe.
Le... Évidemment, ce
que vous dites est très important. On comprend... Ceci étant dit, il y a des
problèmes par rapport à la... à la pointe
hivernale. Mais j'en ai une facile. Parce que, quand je suis allé au Saguenay—Lac-Saint-Jean, j'ai vu qu'on était capables de même produire chez nous, penser
des chauffe-eau avec une énergie solaire, et le chauffe-eau étant une batterie,
parce qu'ils emmagasinent de l'eau chaude. Qu'est-ce qui fait que ce n'est pas
juste obligatoire aujourd'hui au Québec d'avoir un chauffe-eau qui marche avec
l'énergie solaire?
M. Royer
(Jimmy) : Je peux répondre, si tu veux.
M. Goulet
(Patrick) : Oui, vas-y.
M. Royer
(Jimmy) : Oui. En fait, on parle de stockage. Alors, stockage
électrique, quand on veut avoir de l'électricité à la fin, c'est ça qui est
quand même le plus intéressant. Mais, si on veut avoir de la chaleur, pourquoi
ne pas faire du stockage thermique? Alors, le chauffe-eau, très bon élément qui
est là. On peut chauffer le chauffe-eau plus
que sa température nominale d'Hydro... qu'Hydro-Québec... que le «set
point» pour s'assurer qu'il n'y ait pas de bactérie, etc., mais on peut
chauffer plus haut, et, à ce moment-là, ça te permet d'avoir ce stockage-là qui
est là. Il est là, il existe.
M. Bouazzi : Exact.
Et, quand la pointe arrive, on ne chauffe pas, on attend.
M. Royer
(Jimmy) : C'est ça.
M. Bouazzi : Et
tout va bien.
M. Royer
(Jimmy) : Exactement.
M. Goulet (Patrick) : Tu fermes le chauffe-eau,
là, juste pour le temps que... de la pointe, puis, après ça, ça...
M. Bouazzi : Puis on s'entend qu'il y en a des plus difficiles
que d'autres. Celle-là consiste à mettre un panneau solaire qui n'a même pas besoin d'être immense sur
le toit. Un câble avec une résistance à l'intérieur d'un chauffe-eau qui
chauffe de l'eau, c'est de la technologie qui n'est pas trop compliquée.
M. Goulet
(Patrick) : Oui, oui. Bien, ça va prendre plus qu'un panneau, là,
quand même.
M. Bouazzi : OK.
Et la question, c'est : Qu'est-ce qui fait que le code du bâtiment n'a pas
évolué depuis la dernière décennie sur ces questions-là, là?
M. Goulet
(Patrick) : Le code du bâtiment, là-dedans, il n'a pas... il n'a pas
vraiment à intervenir pour la...
M. Bouazzi : Pour
rendre obligatoires de tels chauffe-eau.
M.
Goulet (Patrick) :
Ah! OK. Ça, ce n'est pas... Ah! ça, c'est différent, là.
L'obligation. OK. Bien là, on parle d'une autre histoire, là, si on veut
inclure ça dans le code du bâtiment. Je suis d'accord avec toi, là. Puis il y a
d'autres technologies qui sont... qui s'en viennent ici, là. En plus du
chauffe-eau... chauffe-eau, il y a aussi la batterie thermique à changement de phase aussi qui est une
technologie encore plus évoluée, là, qui vient de l'Europe, de l'Écosse. Puis
ça, ça aussi, là, ça fonctionne très bien sur le PV.
M. Royer
(Jimmy) : Si je peux me permettre, sans en faire une
obligation, c'est que c'est possible de l'utiliser. Tout dépend du coût
à la fin. Alors...
M. Bouazzi : Mais,
au bout du compte, on a besoin d'électricité. On ne peut pas obliger les gens à
quelque chose de bien chez eux, là. Je veux
dire, on fait des passoires énergétiques aujourd'hui encore. Ce n'est pas une
option. Ce serait bien d'isoler les maisons.
M. Royer
(Jimmy) : Ça, c'est le point le plus important. À mon avis,
il faut déjà mieux gérer l'énergie qu'on utilise. Alors...
M. Bouazzi : En sept ans au pouvoir,
il n'a toujours pas évolué, malheureusement, le code du bâtiment.
M. Royer (Jimmy) : Il y a ça.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Merci beaucoup. C'est maintenant le temps
de céder la parole au député de Jean-Talon pour
2 min 38 s.
M. Paradis : Vous nous faites un
plaidoyer passionné pour l'énergie solaire en nous rappelant qu'on a une grande
richesse solaire qui n'est pas encore exploitée à sa juste mesure. Et, si je
vous comprends bien, aussi, vous nous
dites : C'est un... ça contribue à l'efficacité énergétique, ça va
désengorger le système et c'est un outil d'émancipation des ménages,
notamment des individus, qui vont... qui vont mieux gérer eux-mêmes leur propre
consommation, mais qui vont être... qui vont
être en autonomie. C'est un peu ce que vous nous dites. C'est un outil
d'émancipation individuelle.
M. Royer
(Jimmy) :
Pas en autonomie, dans le sens qu'il va être quand même
relié à Hydro-Québec.
M. Paradis : Oui.
M. Royer (Jimmy) : Mais il va
pouvoir contribuer aussi à l'effort...
M. Goulet (Patrick) : Il va avoir le
sentiment... oui, c'est ça, il va avoir le sentiment de participation, tu sais,
beaucoup plus, là, le fait de pouvoir produire sa propre énergie.
M. Paradis : Bien, pour reprendre
vos mots, ça décentralise et ça va faire en sorte que les clients vont investir
eux-mêmes dans la transition énergétique pour leur propre bénéfice. C'est ce
que vous dites.
M. Goulet (Patrick) : Exact.
M. Paradis : Bon. Ensuite, vous nous
parlez des dispositions relatives à l'autoproduction, et moi, j'aimerais
savoir... Parce que vous dites : Bien là, on aimerait peut-être même les
faire élargir. Mais j'aimerais savoir quelle... si vous faites une distinction entre
l'autoproduction privée des individus, des personnes, des ménages et celle des
entreprises, des PME et des industries. Est-ce que vos demandes, ça s'applique
à tout ou si ça vise surtout le résidentiel?
M. Royer
(Jimmy) : Ça vise surtout le résidentiel, là. On parle
vraiment de ça. Quand on parle d'autoproduction, c'est celui qui utilise
l'énergie. Maintenant, ça peut aller jusqu'à une forme de personne qui a une
usine ou quelque chose, où il fait une
production, il en a besoin pour son usine. C'est aussi de l'autoproduction.
C'est du privé, le... Même le résidentiel, c'est du privé. On s'entend
là-dessus. Mais, si vous parlez de la grosseur, on veut surtout, nous, axer sur
résidentiel.
M.
Paradis : OK. Parce que, pour être plus précis, là, vous dites :
Bien, la possibilité offerte à un autoproducteur de vendre de l'électricité devrait être élargie, puis là on devrait dire
à des voisins, etc., mais ça, vous parlez du résidentiel, principalement,
à la page 7 de votre mémoire.
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
M. Royer (Jimmy) : Exactement. C'est
très important, parce que, là, on parle surtout, par exemple, pour les coops, les coopératives d'habitation. Est-ce
qu'eux autres pourraient s'installer et vendre à leurs membres? Aujourd'hui, non.
On parle de quelques projets qu'il y a déjà eu en autoproduction, où ils ne
pouvaient... ils utilisaient, mais ils ne pouvaient pas vendre à
Hydro-Québec...
• (17 h 20) •
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci. Alors...
M. Royer (Jimmy) : ...parce que la
limite était seulement de 50 KW dans...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
M. Royer (Jimmy) : Et maintenant
elle est à 1 000 MW... 1 000 KW.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. Alors, je vous remercie pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Je suspends
les travaux quelques instants avant de permettre... afin de permettre, dis-je,
aux prochains intervenants de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 17 h 21)
(Reprise à 17 h 27)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
nous recommençons nos travaux aujourd'hui. Je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association des consommateurs
industriels de gaz. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous procéderons par
la suite à une période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé maintenant. Vous avez
10 minutes. Merci.
Association des
consommateurs industriels de gaz (ACIG)
M. Dias (Douglas) : M. le Président,
mesdames, messieurs de la commission, je voudrais, dans un premier temps, vous remercier au nom de l'Association des
consommateurs industriels de gaz de l'opportunité de vous présenter nos
recommandations quant au projet de loi n° 69.
Je suis
Douglas Dias, vice-président, Ventes et développement, chez Greenfield Global,
et je suis ici aujourd'hui avec vous
en ma qualité de vice-président du conseil de l'ACIG. Je suis accompagné de M.
Sebaa, vice-président de l'ACIG.
L'ACIG
représente les plus grands consommateurs de gaz au Québec et en Ontario. Nos
membres sont les grands noms de l'industrie lourde, qui fait la base
industrielle du Québec.
L'ACIG a été
fondée en 1973 et est active dans la sphère réglementaire, notamment, au
Québec, auprès de la Régie de
l'énergie.
Je passe la parole à mon collègue Nazim qui va
vous présenter nos recommandations.
M. Sebaa
(Nazim) : Merci, Douglas. M.
le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés et membres de la
commission, j'ai donc le plaisir et la tâche de vous présenter aujourd'hui les
observations et recommandations de l'Association
des consommateurs industriels de gaz sur le projet de loi n° 69. Je suis
Nazim Sebaa. Je suis ici avec vous à titre de vice-président de
l'association.
Premièrement, l'ACIG salue l'alignement et
l'amarrage des objectifs du projet de loi n° 69 sur l'économie et
l'innovation, une démarche essentielle pour garantir que la gestion des
ressources énergétiques soit en phase avec les besoins de développement économique du Québec. Ce projet de loi
représente une opportunité unique pour le Québec de s'engager sur la
voie d'une transition énergétique compétitive. Il est crucial que cette
transition assure le maintien de la
compétitivité de notre économie, condition indispensable pour continuer à
attirer des investissements tant nationaux qu'étrangers tout en favorisant un environnement propice à l'innovation.
En effet, il est impératif que la transformation du secteur énergétique
soutienne le dynamisme économique et industriel du Québec et permette de
développer les conditions nécessaires à une croissance durable.
L'enjeu principal pour l'industrie lourde au
Québec est de parvenir à se décarboner tout en maintenant sa compétitivité. Nous reconnaissons que ce défi est
complexe et que les investissements requis se chiffrent en milliards de dollars. Malgré ces enjeux, l'industrie continue
d'investir de manière proactive pour atteindre ses objectifs environnementaux,
économiques et sociétaux, comme en témoigne la feuille de route
d'ArcelorMittal, un de nos membres, feuille de route pour la décarbonation que
nous avons ajoutée à notre présentation.
L'ACIG se réjouit des grandes lignes du projet
de loi, en particulier de l'introduction du plan de gestion intégrée des ressources énergétiques. Ce plan
permet de penser l'énergie dans sa globalité et de coordonner efficacement
et d'optimiser les différentes ressources, y compris le système de distribution
de gaz naturel, un pilier essentiel pour atteindre les objectifs de
décarbonation.
• (17 h 30) •
À travers
notre mémoire, nous proposons de renforcer ce projet de loi pour en assurer le
succès. Nous croyons fermement que pour garantir une transition
énergétique durable et compétitive, il est essentiel d'inclure explicitement la
notion de compétitivité dans le PGIRE ainsi que dans le mandat de la Régie de
l'énergie. Et c'est notre première et principale
recommandation. En dotant le PGIRE et la régie du mandat de veiller à la compétitivité,
nous éviterions des surinvestissements et des actifs sous-utilisés ou
non utilisés.
Par ailleurs, il est crucial que l'élaboration
du PGIRE se fasse en concertation avec des parties prenantes et des experts
indépendants, garantissant ainsi sa transparence et son acceptabilité.
Inscrire la compétitivité dans les missions de
la régie permettrait également de renforcer son rôle de surveillance en matière
de tarification et d'investissement. Cela augmenterait la transparence et la
crédibilité de ses décisions tout en envoyant un signal fort aux investisseurs
nationaux et internationaux disant que le Québec s'engage à atteindre ses
objectifs de décarbonation tout en protégeant sa compétitivité économique et
industrielle.
Il est essentiel de souligner que le maintien de
la compétitivité de l'économie permettrait de prévenir des impacts indésirables tels que des augmentations
soudaines des coûts de l'énergie, comme cela a été observé dans certaines
juridictions. Ce point revêt une importance particulière dans le cadre des
responsabilités de la régie, où l'article 50 du projet de loi propose une présomption de
prudence des investissements. Bien que cette disposition puisse être perçue
comme une simplification du processus, elle risque de réduire la capacité de la
régie à superviser adéquatement les investissements
des distributeurs qui pourraient... des investissements qui vont être inclus
dans leur base de... tarifaire sans un examen approfondi, entraînant ainsi une
hausse des tarifs pour les consommateurs. En outre, cette présomption transférerait le fardeau de la preuve sur les
intervenants et la régie, qui ne disposent pas toujours des ressources
suffisantes pour vérifier que ces investissements ont été réalisés de
manière optimale.
Enfin, maintenant, j'aimerais aborder quelques
recommandations spécifiques à la distribution du gaz naturel. Nous soutenons la
cause tarifaire triennale, mais demandons qu'une mention explicite soit ajoutée
concernant le mécanisme de partage des
rendements excédentaires, garantissant ainsi une répartition plus équitable des
bénéfices entre les distributeurs et les consommateurs.
Concernant le gaz de sources renouvelables,
l'ACIG aussi... ici aussi, soutient également la proposition de tarification
différenciée, essentielle pour encourager l'adoption de cette énergie
particulièrement importante pour les procédés industriels, notamment ceux non
électrifiables. Cependant, l'attractivité du GSR est actuellement freinée par des coûts de réduction de GES qui ne sont pas
compétitifs par rapport à d'autres options. Actuellement, au Québec,
réduire une tonne de CO2 en ayant recours au GSR coûte environ
295 $ la tonne équivalent CO2. Nous suggérons donc de mieux
valoriser l'intensité carbone du GSR pour en améliorer son adoption par l'industrie.
L'ACIG salue aussi la reconnaissance du biogaz
dans les objectifs de distribution, une mesure que nous soutenons sans réserve. Cela permettra de favoriser des solutions hors
réseau pour alléger le fardeau des consommateurs de gaz tout en proposant une décarbonation... des solutions de
décarbonation à moindre coût. Nous proposons d'étendre cette
reconnaissance au gaz de synthèse et gaz de procédé fatal afin de donner aux
industriels plus d'outils pour atteindre leurs objectifs de décarbonation.
En conclusion, l'ACIG estime que le projet de
loi n° 69, notamment le PGIRE, offre une belle opportunité pour le Québec de mener à bien sa transition
énergétique. Toutefois, il est essentiel d'y inclure la notion de compétitivité
afin de garantir une économie québécoise à la fois prospère et sobre en
carbone.
Enfin, je finirai par le fait que l'industrie
lourde est à la base de l'économie du Québec. Nous avons bâti un système
énergétique performant et fiable pour attirer l'industrie lourde, pour faire
rentrer le Québec dans le concert des nations industrialisées. Pari et objectif
atteints. Maintenant, face aux enjeux de décarbonation, il faudrait réitérer cette réalisation en accompagnant l'industrie
lourde vers l'étape d'après et la considérer comme un héritage à sauvegarder.
Ce qui fait le tour de ma présentation, et je
peux vous rendre deux minutes, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup pour votre présentation. C'est maintenant le moment de procéder à la
période d'échange avec les membres de la commission. Alors, Mme la ministre,
vous avez la parole pour 16 min 30 s.
Mme Fréchette : D'accord. Parole que
je partagerai avec les collègues. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Mme Fréchette : Alors, merci, MM. Rahbar et Sebaa. Merci de
votre présence et de votre participation à cette commission, à ces
échanges et pour le mémoire également.
Donc, bon, la transition énergétique est ce qui
nous amène à mettre de l'avant ce projet de loi n° 69. Ça signifie, en fait, l'abandon, là, progressif de
l'énergie produite à partir de combustibles fossiles. Donc, comment est-ce que
vous voyez... comme représentants, là, des grands consommateurs de gaz naturel,
comment est-ce que vous voyez que votre organisation puisse contribuer à mettre
en place, justement, cette transition énergétique, et faisant en sorte de laisser
de plus en plus de place au gaz de sources renouvelables?
M. Sebaa (Nazim) : Je vais y aller.
Merci pour la question. Écoutez, nos membres sont déjà très actifs. Tous nos membres, sans exception, ont l'objectif de
neutralité carbone en 2050, avec des projets et des objectifs de réduction
significatifs de leurs émissions de gaz à effet de serre en 2030. On
investit beaucoup. Beaucoup d'investissements sont
consentis en ce... Ça se chiffre en milliards. On n'est même pas de l'ordre de
plusieurs dizaines ou de centaines de millions. On parle vraiment de
milliards.
Je vais vous donner l'exemple d'ArcelorMittal.
Il y a... il y a un an, un an et demi, ils ont fait un test grandeur
nature au Québec en injectant de l'hydrogène vert en substitution du gaz
fossile. C'était une première mondiale à
cette échelle-là. Et ce qui est... ce qui est beau dans tout ça, ce qui est
intéressant, c'est qu'ArcelorMittal a choisi le Québec pour le faire,
alors qu'ils auraient pu le faire dans leurs installations allemandes, ou
françaises, ou sud-africaines, qui sont très en retard par rapport aux
installations québécoises.
Donc, dans tout ça, on s'insère dans ce
cycle-là, dans cette transition-là. Ça va prendre du temps. C'est complexe. On
va chercher de nouvelles formes d'énergie. Il y aura peut-être toujours du gaz
fossile pour des besoins, surtout quand on... vous n'êtes pas électrifiable.
C'est pour... c'est pour des procédés chimiques. Et le gaz naturel est un... est un intrant de base, hein, c'est une
matière première qui n'est pas utilisée pour la combustion, elle est utilisée
pour... pour tout autre chose.
Je pourrais
vous citer Rio Tinto aussi, avec leurs cuves décarbonées, les nouvelles
installations et les... C'est-à-dire que les industries, elles innovent. Ils
vont de l'avant. Ils participent à l'effort national. Ça fait que la
décarbonation, elle n'est plus une question de... ce n'est même pas une
question réglementaire. C'est ça qui est... qu'on observe à l'interne en discutant avec les membres. C'est que
ce n'est même plus parce que c'est... il y a une obligation de le faire.
C'est dans leur mode de gestion, c'est un objectif corporatif, et c'est comme
ça qu'on va y arriver.
Mme Fréchette :
Merci. On aura, dans quelques
mois, donc, à travailler sur le PGIRE, donc, ça va être... faire
notre... notre feuille de route pour le bouquet énergétique du Québec pour les
prochaines années. Qu'est-ce que vous voyez comme balises, comme paramètres qui
devraient guider notre réflexion quant à la décarbonation des activités du secteur industriel québécois, là? Qu'est-ce
qu'on devrait avoir comme garde-fous, comme balises qui nous guident
dans cette réflexion-là pour le bouquet énergétique qui va être inscrit dans le
PGIRE?
M. Sebaa
(Nazim) : Je ne sais pas si j'ai bien compris la question. Je vais
essayer de répondre.
Mme
Fréchette : Certainement la notion de compétitivité, vous allez me
dire.
M. Sebaa
(Nazim) : C'est ça. J'allais y aller. Tout notre mémoire ou la grande
partie de notre mémoire, on vous a parlé de
compétitivité. Et, par «compétitivité», c'est des choix d'investissement
judicieux qu'on entend, ce n'est pas tant le prix de l'énergie, qui
est... qui est d'une importance fondamentale. Il ne faut pas oublier que les
grands industriels — et
je crois que c'était M. Simard, de l'aluminerie, qui vous en a parlé — c'est
30 % du coût de revient. Ce n'est pas
une petite PME. C'est un produit non différencié. C'est le marché qui fixe le
prix. Donc. l'énergie est déterminante.
Maintenant, les
besoins pour la transition énergétique sont ce qu'ils sont, et la notion de
compétitivité va veiller à ce qu'on
dimensionne convenablement les investissements et qu'on fasse des choix ou des
arbitrages judicieux, parce qu'on
peut aller vers des solutions plus locales, plus petites, peut-être moins
chères, plus intéressantes, ou peut-être investir dans d'autres... C'est
là où le PGIRE a tout... va être quelque chose... un outil extraordinaire.
C'est de nous permettre de réfléchir qu'est-ce qu'on va faire, qu'est-ce que...
Est-ce qu'on va juste tirer des câbles et des pipelines dans le sol, rajouter des pipelines dans le sol? Est-ce que c'est la
bonne solution ou est-ce que c'est un mix de plusieurs solutions? Et,
comme pour l'industrie, la décarbonation, ça va être un ensemble de solutions
et non pas une solution. Ça ne va pas être que de l'électricité verte. Ça va
être vraiment un empilement de solutions.
• (17 h 40) •
C'est là où... Même
notre recommandation de nous inclure à un moment dans l'élaboration du PGIRE,
pas au tout début, on comprend, mais, à un moment, d'inclure les parties
prenantes, des experts indépendants, surtout, pour discuter, pour voir si on a
vraiment pris toutes les solutions qui s'offraient à nous, est-ce qu'il n'y a
pas d'autre chose à faire, ça renforcerait
le PGIRE et surtout son acceptabilité. Une fois qu'il sera rendu public, les
grands intervenants, si je peux dire, auront déjà exprimé leurs points
de vue en interne, et on aura quelque chose, un outil formidable pour aller de
l'avant. Est-ce que j'ai répondu à votre question?
Mme
Fréchette : Vous mentionniez que vos membres avaient l'objectif de décarboner
leurs entreprises d'ici 2050. Est-ce que vous voyez que ces avancées vers
la décarbonation vont se faire de manière très graduelle au fil du temps ou il y aura comme, d'emblée, là, un
grand pas qui pourrait être fait vers le gaz de sources naturelles, et ensuite on va atteindre un plafond? Est-ce que...
Comment est-ce que vous voyez que ça puisse évoluer au fil des années, suivant
les technologies qui existent et le coût?
M. Sebaa
(Nazim) : Écoutez, jusqu'à 2030, les objectifs de réduction de gaz à
effet de serre vont se faire avec ce que nous avons de disponible, c'est-à-dire
les énergies renouvelables qu'on peut inclure ou des programmes d'efficacité
énergétique. Pour 2050, il va nous falloir un saut technologique.
Mme
Fréchette : Il va falloir... Pardon, j'ai manqué pour...
M. Sebaa
(Nazim) : Un saut technologique.
Mme
Fréchette : OK.
M. Sebaa
(Nazim) : Il va nous falloir de nouvelles technologies qui ne sont
pas... qui sont peut-être en cours de... Je ne suis pas expert là-dedans non
plus, je ne pourrais pas vous dresser toute la palette, mais, par exemple, la capture du carbone fait partie des solutions ou
des technologies à mettre en place après 2030 pour accélérer. Donc, c'est
en cours. Peut-être que, Douglas, tu voudrais donner une autre perspective.
M. Dias
(Douglas) : Oui. Merci, Nazim. Pour le cas de Greenfield, il y a
certains projets qui vont décarboner notre
distillerie. Donc, ça va se produire en étapes. Et donc je ne dirais pas que
c'est un... que c'est un chemin graduel, mais il y a certains projets et le
capital qui doit être dépensé pour obtenir des nouveaux sauts.
Mme Fréchette :
Merci. Et une dernière question
de ma part : Est-ce que vous pensez que le projet de loi n° 69, là,
présente des avancées intéressantes pour faciliter la transition énergétique du
secteur industriel, qui s'approvisionne en gaz?
M.
Sebaa (Nazim) : Écoutez, ce qui est formidable avec le projet de
loi n° 69, c'est qu'il offre des outils législatifs et
réglementaires plus flexibles. Parce que le maître mot, c'est la flexibilité,
pour l'industrie. Ce que va rechercher l'industrie avant tout, c'est la
flexibilité de pouvoir utiliser telle et telle énergie, pouvoir utiliser tel ou
tel procédé. Et c'est là où est la force de ce projet de loi, c'est la
flexibilité qu'elle introduit.
Mme Fréchette : Merci. Je vais céder
la parole aux collègues. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci,
Mme la ministre. Alors, je cède la parole maintenant au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Il reste 8 min 10 s.
M. Bernard : Merci, M. le Président.
Bonjour, M. Dias puis M. Sebaa. Je suis allé sur votre site Internet parce
que je voulais voir, naturellement, qui étaient un peu vos membres de votre
association. Et, Rouyn-Noranda—Témiscamingue,
secteur minier, puis je regardais parmi les membres que vous aviez, je retrouve
des entreprises qui sont vraiment importantes dans notre tissu économique
régional, Agnico-Eagle, entre autres, Glencore, RYAM. Puis, je regardais, il y
a beaucoup d'autres personnes qui viennent soit de l'industrie papetière ou de
l'industrie minière.
Quand je suis arrivé en région... Rouyn-Noranda
a toujours été, je vous dirais, entre guillemets, privilégiée. Je ne sais plus si c'est le cas maintenant, mais
on... Il a été connecté sur le réseau de gaz naturel depuis très longtemps,
une cinquantaine d'années, probablement plus, OK, Témiscamingue aussi. Pour
l'industrie, ils sont là. Puis, quand je suis arrivé dans les années 80 en
Abitibi, à ce moment-là, Gaz Métro, qui est devenu Énergir, avait prolongé la
ligne de gaz jusqu'à Val-d'Or. Et l'effet bénéfique de ça, c'est que les mines
qui étaient le long de la route 117 se sont connectées sur le réseau de
gaz naturel. La raison primaire, c'est que, pour chauffer l'air, pour envoyer
sous terre, et autres, donc, le gaz naturel
était une énergie beaucoup plus performante, et donc abaissait, à ce moment-là,
le coût d'opération en utilisant moins d'électricité.
Et, selon... Quand je regarde dans cette dynamique-là,
si on veut maintenant aller vers la décarbonation, c'est-à-dire pour les... ces industries-là, si ce n'est pas du gaz
naturel de sources renouvelables, des GNR ou des GSR, comment la
transition va pouvoir se faire? Parce que vous l'avez dit, la volonté de vos
membres, c'est d'aller vers la décarbonation, mais ce retour-là va entraîner
des coûts d'opération. Est-ce que, la transition ou le changement,
éventuellement, il va falloir une aide gouvernementale, et autres? Parce que...
Si on veut que nos coûts d'opération de nos usines demeurent compétitifs,
quelle est la solution?
M. Sebaa (Nazim) : Bien là, vous
me...
M.
Bernard : Je suis vraiment
déchiré, là, parce que je suis dans un bord, puis il y a mes industries
régionales qui sont... qui sont dans cette dynamique-là.
M. Sebaa (Nazim) : On va avoir
besoin d'accompagnement pour certaines choses, c'est sûr. Vous avez parlé du
GSR, GNR, anciennement le GNR. C'est une option, mais pour l'instant, c'est une
option qui coûte cher, qui coûte cher parce
que la molécule à produire coûte cher. Mais surtout, pour l'instant, au Québec,
on a les mains liées dans le dos. C'est qu'on n'a pas de reconnaissance
de l'intensité carbone de ce GNR. Là, je vous ai... Dans le mémoire, je crois que je l'ai cité, le coût d'une réduction
d'une tonne d'équivalent CO2, c'est 295 $ par tonne, ce qui est
important. Donc, l'industriel va choisir d'autres solutions. C'est toujours un
arbitrage. On fait toujours des arbitrages : Qu'est-ce qui va me permettre d'atteindre mon objectif à
moindres... à moindres frais? Donc, on est un peu... Pour l'instant, le GSR est
très intéressant, mais il reste limité à cause de ce facteur-là. Peut-être que
ce n'est pas cette commission qui doit trancher. Ça relève du ministère de
l'Environnement. On fait des représentations en l'espèce.
Après, l'industrie, il y a plusieurs façons de
soutenir l'industrie ou de soutenir des efforts. Il y a des aides à
l'investissement, des aides à la modernisation, des aides à... ou des
réductions d'impôt, des choses comme ça qui peuvent aider l'industriel. Prenez
pour acquis qu'un industriel... Le tour qu'on a fait avec nos membres en
discutant, choisir entre quelque chose de vert et de carboné, on ira toujours
vers quelque chose d'une énergie verte. Maintenant, est-ce qu'elle est
disponible? Est-ce que ça ne va pas affecter mon coût d'opération? Parce qu'on
est en concurrence internationale ouverte,
et une concurrence féroce. Donc, après, est-ce que le gouvernement va innover
dans ce sens-là pour essayer d'aider à cette transition juste? Ce serait
souhaitable. Mais toujours regarder aussi que les feuilles de route sont
dessinées, sont faites par les industriels. Il faudrait aller prendre
connaissance de ces feuilles de route. C'est
très sérieux. C'est une démarche très sérieuse. Elle pourrait, pour certaines
choses... Parce que ça va être vraiment spécifique à chaque secteur et à
chaque vecteur énergétique.
Le Président (M. Montigny) : ...
M. Bernard : Bien, merci, M. le
Président. La réflexion est quand même vraiment importante, parce qu'on parle beaucoup du PGIRE, justement, pour la... le
plan de gestion intégrée des ressources. C'est une perspective à long terme. Et plusieurs des intervenants qui sont
venus, ils ont vraiment mis l'emphase d'avoir vraiment une vision régionale
du PGIRE pour répondre, justement, à des
besoins probablement de cette nature-là. Donc, il va falloir... Selon moi, tous
les intervenants, puis sur une base régionale, ça va être important, parce que
ça va être le tissu économique des régions.
Il y a eu des
essais également, une des mines que j'ai travaillées à l'époque, avec de la
biomasse, OK, qui sert, des fois, la biomasse... Parce qu'il y a eu des
projets aussi pour s'en servir pour le GNR. Donc, c'est peut-être des avenues qui pourraient
être utilisées pour aider les industries, avec peut-être des plans de biomasse,
de l'autoproduction, pour après ça
retourner sur le réseau. Je ne sais pas. De votre côté, la biomasse forestière,
entre autres, là, dans mon secteur, sont peut-être des pistes d'avenue.
• (17 h 50) •
M. Sebaa
(Nazim) : La biomasse forestière est considérée, mais je ne suis pas
spécialiste de la biomasse. J'ai assisté à des conférences et des réunions de
travail sur la biomasse forestière. On peut y avoir recours. C'est une option
parmi d'autres. C'est là où le PGIRE prend tout son sens, c'est sa beauté,
c'est-à-dire que c'est... on va voir tout ce
qui peut être déployé pour arriver à l'objectif. C'est ça où ce PGIRE est
intéressant ou cette démarche est intéressante.
Maintenant,
est-ce que c'est de la biomasse, est-ce que c'est du GSR, est-ce que c'est de
l'électricité, est-ce que c'est du
gaz naturel fossile aussi? Parce qu'en remplacement d'autres choses, d'autres
énergies fossiles très carbonées momentanément... C'est là où les
discussions doivent être menées. Est-ce que c'est d'un point de vue régional ou
global, même régional? C'est là où il faut
amener le PGIRE, de vraiment nous amener vers des solutions pertinentes et les moins coûteuses possible. S'il faut développer
une solution locale, c'est mieux que d'aller tirer un câble électrique sur
2 000 kilomètres ou rajouter
1 000 kilomètres de pipeline. Bon, j'exagère un peu, mais rajouter
des centaines de kilomètres de pipeline dans le sol, ça coûte beaucoup
d'argent. Donc, si on peut voir localement...
Le Président (M.
Montigny) : Merci. En conclusion.
M. Sebaa
(Nazim) : ...ce qu'on peut faire, ce serait... ce serait pertinent.
M. Bernard :
Merci.
Le Président (M.
Montigny) : Je vous remercie beaucoup. C'est maintenant le moment de
céder la parole à Mme la députée de Saint-Laurent pour 10 min 24 s.
Mme Rizqy : Un grand merci, M. le Président. Alors, bonsoir.
Merci d'être présents. Mais merci aussi à vous, Douglas, à distance, mais on vous voit très bien puis on vous entend
aussi, bien, parfaitement. Merci pour... J'apprécie. C'est ce que j'appelle un sommaire exécutif, donc,
très précis avec ce que vous nous... vos recommandations principales.
Il y a quelque chose
qui a attiré mon attention assez rapidement, lorsque vous dites : La
compétitivité, en fait, pour l'industrie, mais aussi pour l'économie en
général, en particulier en termes de désinvestissement et de perte de compétitivité. Qu'est-ce qui peut inquiéter,
justement, le marché au niveau de l'économie en général? Puis par la suite
je vous inviterais à aller de façon plus spécifique pour l'industrie. Un ou
l'autre.
M. Sebaa
(Nazim) : Douglas, tu veux... Je vais commencer et je...
Mme Rizqy : D'accord.
M. Sebaa (Nazim) : ...je laisserai mon
vice-président rajouter. Alors, le désinvestissement. Désinvestissement, c'est
quand on n'est pas... on n'a pas suffisamment confiance un peu dans l'avenir de
l'économie où on s'en... où on s'en sert, et
on commence à aller investir ailleurs. Un investisseur, que ce soit un
industriel ou un investisseur institutionnel, c'est toujours :
Est-ce que je vais pouvoir rentabiliser mes investissements, aller de l'avant?
Maintenant, si on est dans une économie qui ne tient pas ou peu... — je ne
dis pas que c'est le cas du Québec, attention, il ne faut pas me faire dire ce que je ne dis pas — peu
ou pas la compétitivité, on pourrait être amenés à aller ailleurs. Et, si on
n'a pas ce qu'il faut, on pourrait être amenés à aller ailleurs.
Mme Rizqy : M. Dias,
peut-être de façon plus spécifique, en ce moment, qu'est-ce que vous entendez,
vous, sur le terrain? Parce qu'aujourd'hui,
dans la commission... Nous, évidemment, on aurait voulu aller faire une
commission itinérante, aller rencontrer les gens. Donc là, c'est des
débats ici. Donc, vous êtes un peu les porte-voix, même pas juste un peu, vous êtes très les porte-voix des
consommateurs industriels de gaz. En ce moment, c'est quoi, leur principale inquiétude,
là, qui pourrait conduire à un désinvestissement ou, pire, carrément à une
sortie?
M. Dias (Douglas) : Merci. Donc, d'habitude, pour
nos entreprises, nous avons des choix pour les investissements. On peut
les situer au Québec. C'est notre désir. D'entre nous, il y a beaucoup
d'usines, de centrales ailleurs aux États-Unis, ailleurs au Canada, en Europe,
etc. Donc, il y a toujours une comparaison entre les coûts pour l'énergie, pour les matières premières ou pour nos produits.
Et puis c'est l'analyse, effectivement, pour la rentabilité, comme vient de
dire Nazim.
Donc,
dans mon cas, pour les biocarburants, pour l'éthanol, c'est un marché
nord-américain. Mes compétiteurs aux États-Unis, par exemple, ils ne sont pas
assujettis au SPEDE, et donc il y a certains coûts que Greenfield paie
que les producteurs de biocarburant américains ne paient pas. En somme, je suis
plus proche du marché, effectivement. Donc, il y a... il y a une balance. Mais
c'est ce genre de choses que nous regardons. Et, au fur et à mesure que les
coûts de l'énergie verte montent, ça peut réduire notre compétitivité, et tel
ou tel investissement pourrait se placer ailleurs. C'est ça, l'essentiel.
Mme Rizqy : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Montigny) : ...je vais céder... Ah! vous vouliez continuer?
M. Sebaa (Nazim) : Je vais rajouter
juste quelque chose. 30 secondes.
Le Président (M. Montigny) : Allez-y
avant.
M. Sebaa (Nazim) : Il y a aussi la
notion de prévisibilité aussi qui est très importante pour un investisseur.
Regardez le Québec avec le SPEDE. C'est un mécanisme qui marche très bien, qui
est très prévisible, qui est intégré chez les industriels. Ils savent, ils
savent où est-ce qu'ils vont. Donc, le SPEDE, c'est stable.
Maintenant, une des clés pour maintenir
l'investissement et éviter le désinvestissement, c'est d'avoir une forme d'assurance et une forme de prévisibilité sur
les prix, notamment sur les prix de l'énergie. Je voulais juste rajouter
ce petit...
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Je céderais la parole à la députée de Mille-Îles.
Vous avez donc 5 min 50 s.
Mme Dufour : Merci beaucoup, M. le Président.
Merci, messieurs, pour votre présence et votre mémoire. Fort intéressant.
Juste pour
que ce soit clair pour ceux qui nous écoutent, quand... dans le fond, un des
enjeux de compétitivité, c'est que vous êtes soumis à la bourse du carbone ou,
en tout cas, nombre d'entre vous le sont, mais vos compétiteurs ne le
sont pas. C'est bien ça? Ou la plupart ne le sont pas.
M. Sebaa (Nazim) : Non.
Mme
Dufour : C'est ça. Exactement. Donc, ça, ça ajoute des
coûts supplémentaires, et donc... Oui, je comprends.
Je voudrais
peut-être, justement, parler de... vous parler de l'intensité carbone qui
devrait être prise en compte et valorisée dans les mécanismes
tarifaires. Et vous suggérez une tarification différenciée basée sur ça, là,
l'intensité carbone, pour rendre le GSR plus
attractif. Est-ce qu'il n'y a pas un risque de faire augmenter le coût du gaz,
et donc de diminuer la compétitivité de vos membres?
M. Dias (Douglas) : Chaque... chaque
molécule de gaz renouvelable n'est pas pareille et chaque compagnie
industrielle a des cibles à atteindre. C'est le plafonnement. Et donc nous
aimerons payer pour le... pour l'intensité de carbone qu'il nous faut. Et ça,
que l'intensité carbone est reconnue dans le GNR, il y aurait des compagnies
qui paient plus qu'ils ont besoin, et donc
il y a, disons, un gaspillage du... du qualité verte du GNR. Donc, l'intensité
carbone, c'est le moyen de différencier la source du GNR, puisque toute
source n'est pas pareille.
M. Sebaa (Nazim) : Je vais
compléter.
Mme Dufour : OK. Oui.
M. Sebaa (Nazim) : C'est une
question de volume. Avec... Si vous prenez le GSR comme il est vendu
actuellement au Québec, pour 1 000 mètres cubes de GSR, vous réduisez
de 1,8 tonne équivalent CO2. Je vous fais la dynamique
rapidement, là. Avec des GSR, ce que... qui est carbonégatif, donc avec des
intensités carbone négatives, pour le même
volume, pour 1 000 mètres cubes, vous allez être vers les
neuf tonnes de réduction. Donc, c'est-à-dire, pour un même volume, vous réduisez par un facteur neuf
vos émissions de gaz à effet de serre. Et un industriel, ça réfléchit en termes d'émissions de gaz à effet de serre, pas
tant, donc, qu'intrants énergétiques, mais ses émissions et ses impacts.
Donc, il y a... Pour un même volume, on fait neuf fois plus, quatre,
cinq fois, dépendamment des GSR.
Mme Dufour : C'est ça. Ça fait
qu'actuellement, pour le même volume, ça coûterait la même chose, alors que, dans le fond, celui qui donne plus de
réduction permet de réduire les tonnes de carbone, le... voyons, la taxe de
carbone payée.
M. Sebaa (Nazim) : Bien, ça réduit
l'exposition au SPEDE et ça devient beaucoup plus intéressant.
Mme
Dufour : C'est ça. OK. Je vais... je vais vous amener sur
le biogaz. Vous mentionnez, dans votre mémoire, que... bon, vous parlez,
là, que c'est... c'est fait à partir de la digestion anaérobie. C'est bien de
la... comme, de la biométhanisation, par exemple, qu'on parle?
M. Sebaa (Nazim) : Bien, le biogaz,
c'est du GSR non nettoyé. La base du GSR, c'est du biogaz, sauf qu'il doit être
nettoyé avant de rentrer dans le réseau de distribution pour des raisons de
qualité, d'intégrité du système. Le biogaz,
l'avantage principal, c'est qu'il peut être produit localement. Par exemple,
chez... certains industriels, notamment ceux de la pâte à papier, qui ont des résidus, peuvent produire du
biogaz, le consommer localement. Donc, ça coûte moins cher puisqu'ils
n'ont pas besoin de le purifier. Donc, ils peuvent l'injecter directement dans
leurs fournaises ou dans leurs procédés quelconques, et ça coûterait beaucoup
moins cher.
• (18 heures) •
Mme
Dufour : Alors que, s'ils le revendent à, par exemple, Énergir, bien
là, ils doivent le purifier. C'est ça?
M. Sebaa (Nazim) :
Ils doivent le purifier. Ça a un coût. Parfois, il faut tirer un...
Mme Dufour :
Une ligne.
M. Sebaa
(Nazim) : ...une conduite de gaz pour aller récupérer ce GSR et
l'injecter dans le réseau. Donc, tout ça, c'est des coûts très importants.
Donc, parfois, on peut juste le consommer sur place, à l'état brut.
Mme Dufour : Il
y a... il y a un énorme potentiel dans les boues usées de nos usines
d'épuration qui est peu exploité parce que ça coûte quand même assez cher faire
une usine de biométhanisation. Pour avoir été à... tu sais, responsable de ce dossier-là lorsque j'étais à la
ville de Laval comme... dans le passé, c'était extrêmement dispendieux.
Est-ce qu'il y a moyen, vous pensez, qu'aujourd'hui la technologie ferait en
sorte que ce serait plus facile de mettre en place? Parce que c'est méthanogène
beaucoup, là, des boues usées, là.
M. Sebaa (Nazim) : Je ne suis pas
spécialiste de la biodigestion en tant que telle, ça fait longtemps que je n'en
ai pas fait, mais c'est toute une
question de trouver un mécanisme de valorisation. Par exemple, sur une
municipalité qui a des boues...
Le Président (M.
Montigny) : 30 secondes.
M. Sebaa (Nazim) : ...peut récupérer le
biogaz, peut en faire de l'électricité, par exemple. Ce sera de l'électricité
verte «anyway». Ce sera... Ça peut être
valorisé comme ça ou trouver des mécanismes carbone pour valoriser. À
l'échelle nord-américaine, il doit exister des mécanismes.
Mme Dufour : Bien, merci beaucoup. Je n'ai plus vraiment de
temps. Donc, merci beaucoup pour vos réponses et votre présence, même
virtuelle. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
C'est maintenant le moment de céder la parole au député de Maurice-Richard pour 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci, M. le Président. Merci beaucoup pour votre
mémoire. Vos industries sont effectivement très importantes pour le
Québec.
Je
voudrais juste spécifier deux choses que vous nous dites pour être sûr de les
comprendre. Donc, vous parlez du biogaz. L'idée, c'est la même chose que le gaz
renouvelable, sauf qu'il est fait sur place. Donc, on comprend qu'on... qu'on by-passe totalement le réseau de
distribution en tant que tel si c'est fait à proximité des usines en tant que telles
qui ont besoin de ce gaz-là.
M. Sebaa
(Nazim) : Bien, ce serait l'idéal. Ça éviterait des coûts pour tous
les consommateurs, parce que, si vous tirez des conduites de gaz, c'est dans la
base de tarification pour tous les clients.
M. Bouazzi : Et
on peut imaginer qu'en région il y a toutes sortes de résidus de l'industrie
forestière, par exemple, qui peuvent être utilisés et puis, proche des grandes
villes, il y a toutes sortes de résidus qui viennent de nos... de ce qu'on mange et ce qu'on jette dans le bac brun, pour ceux
qui ont un bac brun, et sinon dans nos poubelles pour valoriser tout ça.
M. Sebaa
(Nazim) : C'est possible, tant qu'il y a une consommation qui se
fait... En fait, du GSR, c'est pour amener
ce gaz-là aux clients finaux. Maintenant, si le client final peut le consommer
sur place, qu'il n'a pas besoin de technologie pour changer ses
procédés, tant mieux, ça économise de l'argent pour tout le monde.
M. Bouazzi : Donc,
vous nous proposez une planification gagnant-gagnant si on va de l'avant dans
ce genre de réflexion.
M. Sebaa
(Nazim) : Bien, écoutez, l'ACIG, son premier mémoire... Le premier
mémoire que j'ai rédigé pour l'ACIG était en 2018, et on demandait
explicitement d'inclure le biogaz dans les objectifs, ce qui a été fait ou, du
moins, c'est ce qu'il y a avec le... C'est pour ça qu'on est sans réserve avec
cette mention-là.
M. Bouazzi : Excellent.
Ceci étant dit, je pense qu'on est d'accord qu'il n'y en aura pas assez, par
ailleurs, malgré tous les résidus qu'on peut
trouver au Québec. Ça fait qu'il faut aussi d'autres sources d'énergie, de GNR,
pour ce que vous avez besoin.
M. Sebaa (Nazim) : C'est là... c'est là où
l'intensité carbone va rentrer en jeu, parce qu'on ne va pas remplacer
un par un.
M.
Bouazzi : Alors... J'y arrive, justement. Il me reste très peu de
temps et je voulais aller là. Donc, ce qui se passe,
c'est que, dans le GNR, il y a, effectivement, même, du carbonégatif qui est
associé à ce GNR là. Aujourd'hui, Énergir propose de garder, en fait,
ces capacités négatives et de les revendre sur le marché, de ce qu'on a compris
d'Énergir, ce qu'ils sont venus nous dire.
Vous, ce que vous dites, c'est : On achète le GNR, bien, on prend ce qui
vient avec comme... comme facultés négatives, carbonégatives, et vous
nous demandez de trancher en votre faveur.
M. Sebaa
(Nazim) : C'est ça qu'on demande. On a demandé ça devant la régie.
Mais comprenez que c'est en termes de réduction. On veut réduire nos émissions.
Peu importe le volume d'énergie nécessaire, ce qu'on veut, c'est... La
réflexion, elle est en termes de réduction de gaz à effet de serre. Ce que fait
Énergir n'est pas non plus très mauvais. C'est l'idée de réduire le coût du GSR
qu'elle vend.
Et là je vous
amène... J'ai vu hier, le ministère de l'Environnement vient de sortir un
projet de loi qui parle de ça, et je crois que...
Le Président (M.
Montigny) : 30 secondes.
M. Sebaa (Nazim) : Il faudra aller voir ce
que dit le projet de loi. Je crois qu'il limite... limite cette façon de faire,
mais je ne suis pas sûr. Je n'ai pas encore tout lu.
M. Bouazzi : Il
limiterait celle d'Énergir, vous voulez dire.
M. Sebaa
(Nazim) : Oui.
M. Bouazzi :
OK. Bon, vous me l'apprenez. C'est intéressant.
M. Sebaa
(Nazim) : Je l'ai appris hier soir en dernière minute.
M. Bouazzi : OK.
Merci beaucoup. Ça marche. Il me reste 10 secondes, ça fait que je les
passe à mon ami du Parti québécois.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. C'est maintenant la période d'échange avec
M. le député de Jean-Talon. Vous disposez de 2 min 38 s. Merci.
M. Paradis : Merci.
Vous nous demandez d'inscrire au coeur du plan de gestion intégrée des
ressources énergétiques la compétitivité de l'économie québécoise. Bon, ça peut
être intéressant, mais voici l'explication que vous nous donnez, vous
dites : «La compétitivité de l'économie québécoise ne repose pas
uniquement sur le coût de l'énergie, mais sur, entre autres choses, l'accès à
une énergie abordable», parce que, dites-vous, «les entreprises cherchent à
s'implanter dans des régions où elles peuvent minimiser leurs coûts». Et là
vous leur dites... vous nous dites :
«Toute réduction par le Québec de cet avantage risquerait de compromettre la
compétitivité du Québec, entraînant des désinvestissements et
affaiblissant la base industrielle.»
M. Sebaa
(Nazim) : Oui, totalement.
M. Paradis : Vous
pensez... Donc, vous nous demandez vraiment de mettre ça au coeur du plan de
gestion intégrée, que, si on ne conserve pas des tarifs bas pour vous, les
entreprises pourraient partir.
M. Sebaa
(Nazim) : Pas que les tarifs bas, pas... Ce n'est pas qu'une question
de tarifs bas, c'est une question de tarifs compétitifs, c'est-à-dire que, les
choix qu'on va être amenés à faire dans le système énergétique, on est sûrs que
c'est les choix les plus compétitifs. On ne doit pas augmenter les bases de
tarification des distributeurs de manière
importante, qui vont donner des surcoûts à la fin de la journée. C'est ça qui
va se passer. Donc, la... Quand on a la notion de compétitivité, votre
investisseur, votre industrie locale sait que le gouvernement ou le plan
d'action va tenir compte de sa compétitivité et de tous les éléments comprenant
la compétitivité. Si vous rognez un peu la compétitivité de l'énergie, mais
qu'on n'améliore pas la compétitivité autre chose...
M. Paradis : Non, mais... Mais soyons clairs, là. Vous nous
demandez d'inscrire le fait que vous devez avoir de l'énergie abordable
au coeur du plan de gestion intégrée.
M. Sebaa (Nazim) : Totalement. Des choix...
Des distributeurs, des choix compétitifs, qu'ils aillent au meilleur
choix.
M. Paradis : Bon,
faisons de la politique de terrain ensemble, là, avec les secondes qu'il nous
reste, là. Qu'est-ce que je dis, moi, à mon
électrice, à l'électrice dans mon comté, là, qui en arrache, mère monoparentale
à 40 000 $ par année, qui
dit : Bien là, il y a des entreprises... J'en ai juste une de vos membres,
là, actuellement, là, 5,8 milliards, dans le premier
semestre 2024, de profit net.
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
M. Paradis : Vous
dites : Bien, ça, il faut que je garde les tarifs bas, là, donc je vais
t'augmenter, toi, madame. C'est ça que je lui dis.
M. Sebaa (Nazim) : Ce n'est
absolument pas ce que j'ai dit...
M. Paradis : Non?
M. Sebaa
(Nazim) : ...et ce n'est pas
ce qu'on veut, non. Il ne faut pas non plus faire porter... faire porter le
fardeau. Ce qui est important...
M. Paradis : Mais qui va le porter,
alors?
M. Sebaa (Nazim) : Écoutez, je vais
vous... Pour conclure, je vais vous dire ce que m'a dit un de mes
membres : Je veux payer le tarif juste et équitable. Et c'est là où vous
avez le PGIRE et la régie. Ils doivent veiller à l'équitabilité des prix sur
tous les tarifs.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre contribution aux travaux.
La commission ajourne donc ses travaux jusqu'à
demain, jeudi 19 septembre 2024, après les avis touchant les travaux des
commissions. Merci.
(Fin de la séance à 18 h 09)