(Quinze heures vingt minutes)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources
naturelles ouverte.
La commission est réunie afin d'entreprendre l'étude
détaillée du projet de loi n° 63, Loi modifiant la Loi sur les mines et
d'autres dispositions.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements aujourd'hui?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Sainte-Croix (Gaspé) est remplacé par Mme Picard
(Soulanges); et Mme Rizqy (Saint-Laurent), par Mme Dufour
(Mille-Îles).
Mémoires déposés
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Alors, maintenant, avant de débuter, je dépose les mémoires qui ont été reçus
depuis la fin des consultations particulières.
Remarques préliminaires
Nous débutons avec les remarques préliminaires.
Mme la ministre, vous disposez donc de 20 minutes.
Mme Maïté
Blanchette Vézina
Mme Blanchette Vézina : Merci.
Merci, M. le Président. Très heureuse ce matin... cet après-midi, je devrais
dire, de débuter l'étude détaillée du projet de loi 63 modifiant la Loi
sur les mines. Dans les dernières semaines, on a pu entendre différentes
positions lors des consultations particulières. On aura pu constater aussi que
parfois les positions sont divergentes, mais
le constat, il est unanime, c'est-à-dire qu'il faut moderniser la loi pour un
développement plus harmonieux de l'activité minière au Québec.
Donc, je serai très heureuse de pouvoir faire
l'étude détaillée avec l'ensemble de la commission. Je remercie d'ailleurs...
Je vous remercie, M. le Président. Je remercie l'ensemble des députés de notre
gouvernement qui sont présents avec nous aujourd'hui, les équipes du ministère
également, et les députés d'opposition, là, qui seront là dans le courant de
cette étude.
Alors, notre projet de loi, c'est un projet de
loi qui est équilibré. Notre objectif, c'est de permettre à la fois le
développement minier de façon responsable, tout en s'assurant de favoriser
l'acceptabilité sociale sur le terrain. Le projet de loi 63 réitère ce que
nous sommes, c'est-à-dire un gouvernement des régions, un gouvernement qui a
une vision pour l'économie régionale en collaboration avec les milieux
municipaux.
Et avant d'entrer dans le vif du sujet, donc,
remerciements particuliers à tous ceux qui sont... qui ont participé aux
consultations particulières. Sachez que vos préoccupations ont été entendues,
et c'est d'ailleurs pourquoi je déposerai des amendements au projet de loi. Je
souhaite aussi que notre projet de loi se fasse de manière collaborative.
J'espère aussi que les oppositions participeront dans cette volonté, là, dans
ce souhait de collaboration. Le projet de
loi 63 a été... était très attendu, dès le moment où j'ai été nommée comme
ministre. Les enjeux d'acceptabilité sociale
sur le terrain nécessitent des changements, des changements importants, et
c'est ce que le projet de loi présente.
Dans le contexte où l'engouement pour les minéraux
critiques et stratégiques croît partout dans le monde, il devient primordial de
revoir nos façons de faire pour répondre à nos besoins énergétiques tout en
assurant une cohésion, l'adhésion à des communautés, aux projets miniers.
Alors, je me permets de rappeler les principaux
objectifs du projet de loi qui sont de freiner la spéculation afin de mieux
encadrer l'accès aux ressources minérales québécoises, mieux concilier les
usages du territoire afin de répondre aux préoccupations citoyennes, à celles
des municipalités également, de rehausser les exigences environnementales, de
faciliter un développement durable de l'industrie minière là où il y a un
véritable potentiel et d'accroître l'efficacité pour l'ensemble de la filière
minérale du Québec.
Alors, je le répète, le projet de loi, M. le
Président, a une approche équilibrée. Le Québec a la chance de disposer de
minéraux qui ont une grande valeur, mais comme cette richesse vient avec des
responsabilités, on a le devoir, comme gouvernement, de prendre les meilleures
décisions pour le bien des Québécoises et des Québécois.
Certains acteurs vont choisir de défendre
certains groupes au détriment de d'autres. Nous, ce qu'on a choisi, c'est une
approche qui présente des mesures pour permettre le développement des projets
miniers durables en collaboration avec les milieux. La prévisibilité, la
transparence, c'est ce que nous voulons mettre de l'avant dans le régime minier
québécois. C'est une loi qui valorise les plus hauts standards de l'industrie à
l'échelle du Québec. Ce sont
des mesures tangibles qui font du Québec un partenaire éthique, fiable et
responsable dans la réalisation de projets miniers porteurs pour
l'ensemble de la société.
Le projet de loi qu'on a présenté jette donc les
bases du développement minier de demain, M. le Président. Le gouvernement a fait un choix audacieux en
modernisant le régime minier puisque les effets de cette modernisation
vont se faire pleinement sentir dans les prochaines générations. Alors, merci,
M. le Président, pour le temps accordé aujourd'hui.
Le Président (M. Montigny) : Parfait.
Merci, Mme la ministre. J'invite maintenant le porte-parole de l'opposition
officielle à faire des remarques préliminaires.
M. Fortin : Bonjour, M. le Président. J'espère que vous allez bien.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Super bien.
M. André Fortin
M. Fortin : Bonjour, chers collègues. J'espère que vous vous portez
bien, Mme la ministre, vos équipes et ma collègue de Mille-Îles.
Je ne sais pas, M. le Président, si la ministre
a assisté à la même consultation que nous, parce qu'elle nous parle de points
de vue divergents, et effectivement, les gens avaient des préoccupations
divergentes, avaient des motivations
divergentes, peut-être. C'est normal, ça arrive dans tous les projets de loi.
Mais le constat, il est quasi unanime, c'est-à-dire, quand des groupes
qui représentent le développement minier, qu'on parle des sociétés elles-mêmes,
qu'on... de l'Association minière, qu'on
parle de l'Association de l'exploration minière, qu'on parle des groupes à
vocation économique comme le Conseil du patronat ou
la Fédération des chambres de commerce du Québec, qu'on parle des groupes...
les groupes représentant, par exemple, des résidents, tout le monde a trouvé
matière à insatisfaction dans le projet de loi, et ces acteurs-là qui sont
venus en commission parlementaire, qui ont pris le temps soit d'écrire un mémoire ou de se présenter ici, à l'Assemblée
nationale, n'ont pas mâché leurs mots, ils ne sont pas allés avec le dos de la
cuillère, là.
Alors, que la ministre nous dise aujourd'hui
encore qu'elle est à la bonne place... et on l'a entendue lors des consultations,
on l'entend encore aujourd'hui, c'est surprenant, M. le Président. C'est
surprenant. Et qu'on ose dire, du côté du
gouvernement de la CAQ, qu'avec ce projet de loi là on est le parti des
régions... J'aimerais ça entendre les députés de l'Abitibi dire ça. Pas
certain que ça passerait chez eux, ça, M. le Président.
Alors, de nous dire aujourd'hui : On est à
la bonne place, personne, personne n'est d'accord avec nous. Donc, les gens
d'un bord, les gens de l'autre bord, personne n'est d'accord. On doit être à la
bonne place, on doit être dans le milieu. Je
pense qu'on est en droit de s'attendre à davantage quand on parle de nos
politiques publiques, quand on parle de projets de loi attendus, comme
l'a dit la ministre.
Effectivement, c'est un projet de loi qui était
particulièrement attendu, mais parce que tout le monde espérait un projet de
loi qui permettait tant une meilleure harmonie, effectivement, mais aussi qui
permetterait davantage de développement. Parce qu'on le sait, M. le Président,
vous avez vu les études fédérales, comme moi, qui nous disent que, pour le
développement de nos filières stratégiques, de nos filières critiques au
Québec, bien, c'est une augmentation de 500 % du minerai dont il est...
dont on a besoin.
Alors, quand on sait que d'un côté on a besoin
d'une telle augmentation, et que de l'autre on utilise des mots comme ceux qui
ont été utilisés ici, dans le cadre des consultations qu'on a entendues,
c'est-à-dire que le projet de loi pourrait avoir des effets dévastateurs sur le
développement minier au Québec... pas mes mots, ça, M. le Président, c'est les
gens de l'Association de l'exploration minière du Québec qui l'ont dit. Quand,
M. le Président, on voit des gens comme la Fédération des chambres de commerce
du Québec — et
là Fédération des chambres de commerce du Québec, M. le Président, le mot le
dit, là, ce n'est pas juste la fédération des chambres de commerce de
l'Abitibi, de la Côte-Nord ou du Nord-du-Québec, là — ils
disent très clairement : «Les nouvelles restrictions entraîneraient des pertes de millions de dollars en investissements
miniers», millions de dollars. «Selon plusieurs entreprises consultées,
cette mesure nuirait considérablement au développement économique régional.»
• (15 h 30) •
Je n'ai même pas besoin... Je n'ai même pas eu
besoin, M. le Président, là, avant de commencer mon intervention aujourd'hui, de m'asseoir et d'écrire mes propres mots. Ils
étaient déjà écrits, M. le Président. Les groupes, ils sont sans équivoque : «Pour l'industrie,
il s'agit d'un frein considérable au développement de l'activité économique.» «Pour parler d'harmonisation des usages, on ne
peut pas simplement exclure l'industrie, comme c'est le cas présentement.»
«En adoptant une approche mur à mur, le gouvernement ne prend pas en compte
l'activité économique de certaines régions, qui comptent grandement sur les
retombées du secteur minier, sans compter les emplois qui en découlent.»
Alors là, M. le Président, tout... en fait,
toutes les citations que je viens de dire, elles viennent d'un seul groupe, la Fédération des chambres de commerce du
Québec. Mais je pourrais prendre le mémoire du Conseil du patronat, je pourrais prendre le mémoire de l'Association de
l'exploration minière, je pourrais prendre le mémoire de l'Association minière du Québec, je
pourrais prendre le mémoire de Glencore, je pourrais prendre le mémoire, M. le
Président, de la Conférence des préfets de
l'Abitibi-Témiscamingue... et là j'en saute, OK? J'en saute. Tous ces gens-là
sont arrivés avec des arguments béton, sont arrivés avec des arguments
très solides, et ce n'est pas prendre parti pour les gens du développement
économique, là. On parle de la Conférence des préfets de
l'Abitibi-Témiscamingue. Alors là, je ne suis pas en
train, je ne pense pas... En citant les gens de la Conférence des préfets de
l'Abitibi-Témiscamingue, je ne pense pas qu'on serait en train de dire :
Heille! on ne défend que les minières. Je ne pense pas, M. le Président.
Ces gens-là, les
préfets, vous le savez comme moi... vous avez été maire et préfet par le fait
même, si je ne m'abuse. Non? Je m'abuse. Mais, M. le Président, vous le savez,
un élu municipal, qu'il soit préfet ou maire, habituellement, quand il parle,
c'est dans l'intérêt premier de ses citoyens, habituellement. Moi, les maires
que je connais, le député... le député de Gatineau
en face, quand je l'entendais parler comme maire de La Pêche, habituellement...
et préfet dans son cas, je le sais, bien,
habituellement, il parlait au nom de ses citoyens dans le meilleur intérêt,
dans le... dans ce qui était sa meilleure interprétation de leurs
intérêts.
Alors, moi, je... M.
le Président, ici, on parle de régions où il y a un coeur minier. Il y a un
développement économique qui s'est fait sur l'activité minière, et là on s'apprête
ici à présenter un projet de loi qui, je m'excuse, mais n'est absolument pas
équilibré. Et de le faire sous le prétexte... sous le prétexte et avec
l'affirmation qu'on est le parti des régions, M. le Président, c'est impensable
quand les régions elles-mêmes, celles qui sont concernées au premier plan,
celles où il y a la majorité d'activités de prospection, d'exploration et
d'exploitation, nous disent : Ça ne passe pas, nous disent : Ça va
réduire l'activité économique chez nous puis ce n'est pas ça qu'on veut.
Alors là, non
seulement, M. le Président, on est contre les intérêts stratégiques, on ne nous
permettra pas d'arriver à nos objectifs pour la filière... les filières
stratégiques au Québec, mais en plus on vient nuire à certaines régions, à leur
développement économique. J'ai hâte de voir les amendements qui vont être
présentés par la ministre, parce qu'ils sont mieux d'être substantiels.
Ce projet de loi là
et la réforme... la réforme de la Loi sur les mines, là, elle a un devoir de
protéger les intérêts stratégiques du Québec. Elle a un devoir de protéger le
développement économique régional du Québec. Elle a un devoir de protéger les investissements aussi et des citoyens qui
veulent s'assurer que leurs résidences, que leurs terres ne sont pas affectées négativement par cette
législation. Elle a un devoir de protéger l'environnement, M. le Président.
Et je n'enlève pas... Je n'arrive pas ici en disant que tout est mauvais dans
le projet de loi de la ministre. Assujettir l'ensemble
des projets d'exploitation au BAPE, je ne vous dirai jamais que c'est une
mauvaise mesure, parce que ce ne l'est pas, M. le Président. C'est
positif.
Mais, quand on prend
une région comme l'Abitibi, qui compte 2 % de la population du Québec,
mais qui, par son activité minière entre autres, représente 10 % du PIB
québécois, et qu'on vient lui mettre des bâtons dans les roues comme le projet de loi le fait, quand on
vient forcer les élus municipaux à prendre des positions, et je vais y revenir
plus tard, M. le Président, mais des positions pas pour dire drastiques, mais
des positions qui représentent un sérieux, mais un sérieux avertissement au
gouvernement, je ne vois pas comment on peut avoir une ministre qui commence
nos travaux en disant : On est à la bonne place.
M. le Président, on
va avoir, comme l'entièreté des groupes qui sont venus ici, on va avoir, au
cours de ce projet de loi là, toutes sortes de suggestions pour la ministre,
toutes sortes de suggestions. Certaines émanent de recommandations des groupes qu'on a entendus, certaines émanent de
meilleures pratiques qui peuvent se faire ailleurs. Certaines fois, on
va dire à la ministre que peut-être que le régime minier, pour certains aspects
du projet de loi, il fonctionne déjà très bien. Mais le but, ça va être de
l'améliorer, le régime minier. Le but, ça va être de faire en sorte que nos intérêts stratégiques... qu'on y arrive
mais qu'on y arrive avec nos ressources, M. le Président, qu'on n'y arrive
pas nécessairement avec des ressources qu'on
devra importer d'ailleurs. Ça, ce serait le pire des scénarios. Et
malheureusement, c'est un peu ce que les différents gens, les différents
groupes nous ont dit. Ils nous ont dit de faire attention, parce que ça va mener à ça. Si, d'un côté, on diminue le
«output», disons, la production minière au Québec, mais, de l'autre
côté, nos besoins augmentent, bien, qu'est-ce qui va se passer? Ce n'est pas
très compliqué, là, on va devoir importer tout le reste. On va se priver
nous-mêmes des minerais stratégiques qui sont peut-être enfouis sous le sol
québécois.
M. le Président,
j'entends le... Au cours des derniers jours, là, on a entendu le ministre de
l'Environnement dire qu'il voulait un développement économique qui pouvait nous
servir à décarboner l'économie. On a entendu la ministre à l'instant nous dire
qu'on veut être un gouvernement des régions. On a entendu le premier ministre
nous dire qu'il va y avoir toutes sortes d'opportunités, hein? Il a parlé d'un
développement régional, un boom en matière de développement régional au Québec.
Ça, c'est les gens du gouvernement de la CAQ qui disent ça. De l'autre côté, M. le Président, on entend les gens élus dans la
région où il y a le plus de mines au Québec, l'Abitibi-Témiscamingue, qui nous
disent que ce projet-là, ce projet de loi là, il va freiner les investissements
chez eux, il va freiner le développement de leur région, hein? Le maire de Malartic n'est pas passé par quatre
chemins quand il était en commission parlementaire, là, il l'a dit, ce
projet de loi là va causer un ralentissement économique.
Alors,
je ne... je m'explique mal, M. le Président, que la ministre continue de nous
dire aujourd'hui que ce projet de loi là, il atteint un bon équilibre,
alors qu'on sait tout le méandre économique dans lequel nage le gouvernement en
ce moment. C'est un gouvernement qui fait face à un déficit de
11 milliards de dollars et qui vient déstabiliser une industrie qui,
dans une ou dans certaines des régions du Québec, offre certains des meilleurs
emplois.
Et ce qui est
complètement abracadabrant, M. le Président, c'est que la ministre utilise les
mots... elle a les bons mots. Elle nous dit : On a besoin de prévisibilité
pour l'industrie minière, on a besoin de transparence pour l'industrie minière,
on a besoin de clarifier les règles du jeu pour l'industrie minière, et elle a
raison. Ce sont les mots-clés à utiliser. Mais malheureusement, les groupes qui
sont venus nous ont dit qu'elle va faire le contraire, qu'elle va enlever de la
prévisibilité, qu'elle va enlever de la transparence, que les règles du jeu, à
travers tous les pouvoirs qu'elle s'octroie elle-même, et il y en a un puis un
autre, n'aideront en rien à clarifier les règles du jeu.
• (15 h 40) •
Et si, M. le
Président, la ministre avait dit, comme elle l'a prétendu tantôt, que, ah,
bien, c'était un côté contre l'autre, il ne faut pas protéger les
intérêts de l'un et des autres... Le problème, c'est que l'APNQL en avait long
à dire sur son projet de loi. M. St-Hilaire, qui est venu
ici au nom de résidents, qui représente les gens qui habitent près de
développements potentiels, il nous a dit que ce projet de loi là, il n'aidait
pas la cohabitation. Les municipalités qui sont
venues ici et les municipalités qui ont écrit, comme la Conférence des préfets
de l'Abitibi-Témiscamingue, sont loin d'être en faveur de ce projet de
loi là, M. le Président. En fait, on reviendra aux... on reviendra aux
commentaires de la Conférence des préfets de l'Abitibi-Témiscamingue.
Le travail de la ministre, là, en amont de
l'étude détaillée, c'était de trouver une façon de rendre la cohabitation plus
harmonieuse, mais trouver une façon de rendre le Québec intéressant pour les
sociétés minières qui vont venir développer, qui vont venir extraire nos
minerais stratégiques. Parce que ce n'est pas vous et moi qui allons faire ça,
M. le Président. Ça prend des gens qui ont les moyens d'investir, d'attirer,
d'investir du capital. Et, quand on le sait que ça prend 15 ans, ouvrir
une mine au Québec, 15 ans, quand on le sait qu'il y a 660 permis qui
sont nécessaires, un projet de loi comme celui-là, à nos yeux, M. le Président,
et aux yeux de tous ces groupes-là, il a le potentiel de nous faire mal
longtemps.
Les objectifs qu'a cités la ministre, ils sont
bons. Tantôt, quand elle nous parlait de freiner la spéculation ou quand on
nous parlait de prévisibilité et de transparence pour l'industrie, ces
concepts-là sont bons, mais ce n'est pas la spéculation qu'elle va freiner avec
ça, c'est l'investissement qu'elle va freiner avec son projet de loi. Moi, que
la ministre responsable des Ressources
naturelles nous dépose un projet de loi comme celui-là, d'accord, M. le
Président. Mais que le gouvernement de la CAQ, que les députés de l'Abitibi-Témiscamingue
et du Nord-du-Québec acceptent ça, c'est en directe contradiction avec les
intérêts de leur région, tel qu'énoncé par leurs élus municipaux.
Alors, qu'on vienne nous dire, M. le Président,
que le parti d'en face, c'est le parti de l'économie, qu'on vienne nous dire
que c'est le parti des régions, qu'on vienne nous dire et nous répéter jour
après jour : Nous, on est le parti des
filières stratégiques, qu'on vienne nous dire que c'est le parti du
développement des ressources, qu'on vienne nous dire, comme ils le font
aux électeurs de la région, que c'est le parti qui représente l'Abitibi, qu'on
vienne nous dire que c'est un parti qui a une vision en matière économique,
qu'on vienne nous dire, M. le Président, tout ça, c'est inconcevable quand on
présente un projet de loi comme celui-là, inconcevable.
Tout ce que le gouvernement a réussi à faire
jusqu'à maintenant avec son projet de loi...
Le Président (M. Montigny) : Une
minute.
M. Fortin : ...c'est déstabiliser l'industrie, c'est d'inquiéter une
région, c'est de faire lever des drapeaux rouges un après l'autre. C'est
d'inquiéter ses propres députés qui représentent les régions minières au
Québec. Et il a réussi, M. le Président, à démontrer qu'il est incapable d'en
arriver à un consensus acceptable qui peut nous faire... qui peut faire en
sorte que le Québec en arrive tant à ses objectifs stratégiques qu'à une
cohabitation harmonieuse.
Alors, au cours des prochaines heures, des
prochains jours, on va s'affairer à améliorer le projet de loi, mais on espère
que la ministre aura entendu à quel point il y a une immense inquiétude par
rapport à ce qu'elle a déposé. Je vous remercie, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Merci,
M. le député. Alors, j'invite maintenant la porte-parole du deuxième groupe
d'opposition à faire ses remarques préliminaires.
Mme Alejandra Zaga
Mendez
Mme Zaga Mendez : Merci
beaucoup, M. le Président. Je vais commencer par saluer tous les membres...
bien, d'abord la ministre et les membres de la banquette ministérielle, le
collègue de Pontiac et la collègue députée de Mille-Îles, pour leur présence.
Comme je l'ai déjà dit en Chambre, lorsque nous avons débattu du principe du
projet de loi, nous allons aborder l'étude avec une posture, d'abordm de
collaboration.
Puis tout à
l'heure, j'entendais le collègue de Pontiac nous dire qu'il fallait recommencer à zéro, mais
j'aimerais ça quand même rappeler certaines choses, parce qu'en effet,
moi, je ne trouve pas que le projet de loi, il est parfait. Il est loin de
l'être. Ceci dit, c'est pour nous un aboutissement, même s'il est imparfait,
d'une démarche qui a été faite d'abord et avant tout par des citoyens et
citoyennes un peu partout au Québec. Je pense que je veux quand même le
rappeler avant de... qu'on se penche dans l'étude détaillée pour quelque chose
que je...
Moi, je me suis promenée, j'ai rencontré des
gens, depuis deux ans et demi, en Mauricie, en Laurentides, en Outaouais, en
Abitibi. J'ai été en contact aussi... Je suis en contact, en ce moment, avec
les gens de Charlevoix, parce qu'il y a eu des grandes, grandes inquiétudes au
Québec, surtout avec la hausse des claims miniers.
Ça fait que je veux qu'on... que ce soit ça,
notre point de départ dans les discussions, de se rappeler que, d'après les
données du ministère des Ressources naturelles, on comptait 176 491 titres
miniers actifs en janvier 2021 sur l'ensemble du Québec. Puis à peine trois ans
plus tard, quand on voit le recensement de janvier 2024, on sait que ce chiffre a doublé. On parle, en ce moment, de
352 852 titres miniers actifs. Ça, c'est des titres d'exploration, les
fameux claims. Avec cette hausse de claims, il y a eu une préoccupation qui a
augmenté un peu partout au Québec. Je sais que la ministre en est aussi
consciente. Elle a rencontré les mêmes groupes que j'ai rencontrés pendant ces
deux ans et demi. Et je veux nous rappeler également qu'il y a eu même
une question lors des débats des chefs en 2022 sur... Est-ce que le Québec
était prêt à agir ou pas face à cette hausse de claims miniers?
Je ne vais pas détailler ce qui se passe dans
chaque région. J'ai eu la chance de le faire en Chambre, mais je veux quand
même amener un exemple, le plus récent... que peut-être on en a entendu dans
les nouvelles. C'est ce qui se passe autour du parc des Grands-Jardins, une
hausse des claims à côté d'un parc national, qui est un joyau pour la nature, qui est un lieu
qui amène, à chaque année, des milliers de touristes, qui est au centre du
développement touristique et même économique de la région.
Lorsqu'on trouve de
plus en plus de l'intérêt de l'exploration minière, bien, c'est normal que des
citoyens se lèvent et qui se posent des questions. C'est normal que des
municipalités se prononcent et qu'elles nous disent : Qu'est-ce qu'on fait? C'est quoi, les outils qui
sont là? Et qu'est-ce qui est arrivé au bout des différentes mobilisations,
c'est que les outils qui sont en place ne sont pas suffisants pour écouter les
municipalités, pour rassurer les gens et pour
atteindre l'objectif, qui est le développement... La ministre parle d'un
développement harmonieux, nous, on veut dire un développement qui est à la
fois, oui, économique, mais qui respecte puis qui écoute la population et
surtout les municipalités.
Donc, c'est avec cet
esprit-là puis avec ce contexte-là que nous, nous allons aborder l'étude du
projet de loi, parce qu'on croit qu'il y a
certaines avancées, il y a certaines des dispositions qui vont permettre, d'une
façon très restreinte, mais... de
ralentir la frénésie du boom d'exploration minière, bien sûr, ce que, là, on
salue, des avancées en ce qui concerne la spéculation.
Puis je veux aussi
nous rappeler que ceci a été quand même salué par les groupes, là, c'est... que
nous, on considère qu'ils ont quand même fait un... tout un travail de
consultation puis de concertation. Je veux quand même le dire que l'UMQ puis la
FQM, même s'ils trouvent ce travail-là imparfait... puis nous, nous allons
amener, autour de la table, plusieurs de
leurs revendications. Ils nous disent qu'il est urgent de se pencher là-dessus.
Donc, c'est avec cet esprit-là qu'on se... en voyant les... certaines
bases qui sont devant nous, qu'on pense... puis on souhaite construire dans l'objectif d'écouter davantage les groupes,
la société civile, les municipalités qui sont au coeur de ce développement.
Puis, quand on parle de développement minier, il doit être fait pour les personnes
du Québec.
• (15 h 50) •
D'autres dispositions
qu'on trouvait intéressantes puis qu'on souhaite qu'elles vont être maintenues,
voire élargies à certains égards, c'est ce qu'on appelle la soustraction de
l'attribution de nouveaux droits d'exploration, exploitation sur des terres
privées, le périmètre urbain. Peut-être pour placer ceci en perspective, notre
périmètre urbain au Québec, selon la définition qu'on a dans la loi, c'est
peu... c'est moins de 2 % du territoire, c'est similaire au total de
terres cultivables. Et j'ai entendu, je pense qu'il y a peut-être... il y a
carrément un consensus autour de la table,
de dire : Bien, les terres cultivables, c'est sûr qu'il va falloir qu'on
les garde. C'est d'ailleurs une des raisons qui a poussé à avoir les
restrictions en terres privées.
Mais je nous invite à
avoir cette même réflexion par rapport aux périmètres urbains, bien sûr, de
regarder certaines dispositions pour les MRC qui se trouvent en centres
miniers. Mais le coeur de ces sanctions, même si elles sont petites, c'est de
faire en sorte qu'on est capables de rassurer autant les municipalités que les
citoyens qui voient l'apparition des titres miniers dans leur sous-sol et qui
n'ont pas les outils ni pour se défendre ni pour...
On a encore, comme je
disais, du travail à faire quand on parle d'élargir ces notions-là. C'est que
je vous ai parlé du 4 % du territoire, si j'inclus le périmètre urbain et
les terres agricoles, mais c'est dans 96 % du territoire qu'il se passe la
plus... partie de l'exploration puis l'exploitation minière. Et c'est là que je
pense qu'on doit se pencher, sur comment on fait pour élargir considérablement
certaines protections en terres publiques. On a entendu des acteurs nous parler
des objectifs de conservation, des objectifs d'arriver au 30 % d'aires
protégées. Et, pour ça, on le sait bien, on n'a pas tous les outils dans le
projet de loi pour y arriver. Ça va être un de nos chevaux de bataille dans
l'étude du projet de loi.
Mais, pour aller plus
loin encore... et la réflexion que nous souhaitons amener autour de la table,
c'est la remise en question du système qui
est prôné, depuis le XIXe siècle, au Québec. Nous sommes héritiers de ce
système-là depuis la colonie britannique. C'est le principe du «free
mining» ou ce qu'on appelle le libre accès aux ressources minières, et ce qui
fait en sorte que c'est le fameux... je prends le temps de l'expliquer quand
même, c'est le fameux «click and claim», en bon français, c'est-à-dire que les
entreprises ou n'importe quel individu, jusqu'à maintenant... je sais qu'il y a des dispositions pour resserrer
un peu ceci, peuvent se rendre sur un site Web, payer 75 $, 110 $, et
cliquer, donc choisir des bouts du territoire et dire : Je vais
mettre ça de côté pour moi, pour faire de l'exploration plus tard.
Mais ce qu'on fait,
en fin de compte, en faisant ça, c'est qu'on laisse l'intérêt privé, seulement
et d'abord l'intérêt privé, tracer
l'aménagement du territoire. Et ça, ça vient en conflit avec les outils
d'aménagement et le souhait de nos municipalités, qui ont développé des
expertises et qui les développent depuis des années, avec les fameux plans
d'aménagement territoire, les plans de développement aussi de ces
territoires-là. On vient donner plus de droits au «click and claim», à cette façon ouverte de laisser les entreprises nous
dire où est-ce qu'on peut ou pas faire l'exploration, et on laisse de
côté le travail qui a été fait par les municipalités dans le développement et
l'aménagement de leurs territoires.
Ce conflit-là, c'est
entre autres... en d'autres mots, c'est qu'on donne la préséance aux droits
miniers sur les outils de développement de territoire. Et ça, c'est au coeur du
problème. Si on ne sort pas de ce noeud-là, et c'est un des débats puis des
questions qu'on va amener autour de la table, si on ne sort pas de ça, de ce
conflit qu'on va continuer à avoir et qu'on continue à avoir dans le projet de
loi actuel, on va toujours être dans cette confrontation entre les intérêts
privés... parce que ce n'est pas nécessairement des intérêts publics, mais
notre ressource, elle est à tous les Québécois et Québécoises, mais avec le
principe du «free mining», mais avec le fait que c'est encore un bar ouvert
avec le «click and claim», c'est seulement les compagnies privées qui tracent
l'aménagement du territoire, et on laisse de côté la considération des outils
des municipalités.
Comment on change ça? C'est simple, c'est une
demande du milieu, c'est une demande du milieu municipal et des différents acteurs, c'est d'abroger l'article 246
de la loi... aménagement, pardon, et l'urbanisme. C'est une bataille que
nous n'allons pas abandonner, que nous allons continuer à mener ici, autour de
la table, parce que c'est le lieu et c'est le moment d'avoir ces discussions-là
sur la préséance du droit minier.
On va parler également de
consentement, consentement de la part des peuples autochtones. On a entendu, avec l'exemple de... le président de Makivik
qui... montrer comment les peuples autochtones, et les nations autochtones,
et le peuple inuit veulent être partie prenante, mais d'abord et avant tout
donner leur consentement éclairé, même avant l'étape de l'exploration minière.
Et ça, c'est extrêmement important, parce qu'on ne veut pas bafouer les droits des personnes autochtones d'être consultées. Comme
je le disais, dans le système actuel, dès qu'on a vendu des droits d'exploration, les compagnies vont le faire. On
n'est pas contre l'exploration et l'exploitation minière. C'est que c'est... ça
se fait sans consulter et sans avoir un dialogue avec les peuples qui occupent
ces territoires-là, dans ce cas les Premières
Nations et les Inuits. Et je pense
qu'il y a plusieurs dispositions qu'il va falloir améliorer afin d'aller dans
ce sens.
Une des avancées que je crois que c'est
important de garder et renforcer, c'est la question du BAPE obligatoire pour
tout nouveau projet des mines au Québec. Cet assujettissement aux exigences de
la LQE est un gain important, et surtout, dans une logique de cohérence
interministérielle, je pense qu'on n'a pas besoin de s'étendre sur tout le
débat qu'on a eu sur le BAPE de Northvolt, mais on a... une chose qu'on a
prouvée, c'est qu'avoir un BAPE et ne pas sauter les étapes fait en sorte qu'on
peut l'utiliser comme outil d'acceptabilité, outil de consultation, outil
d'information. Dans des cas, ça va être des outils de ralliement autour d'un
projet, mais dans d'autres, des outils qui vont
nous... un outil qui va nous permettre de montrer les effets positifs ou,
voire, négatifs de certains projets miniers.
On veut quand même faire attention, parce qu'en
lisant le projet de loi on voit des dispositions qui gardent certaines portes
ouvertes à des projets miniers qui pourraient éviter ce type d'évaluation là.
Nous allons être très vigilants, entre autres dans la façon... la nouvelle
définition de «mine» dans le projet de loi. Bien sûr, nous aurons la chance de
discuter tout cela avec la ministre.
Combien de temps il me reste, M. le Président?
Je veux juste...
Le Président (M. Montigny) : ...
Mme Zaga Mendez : 7 min 50 s.
Je ne veux pas abuser non plus du temps qu'on a. Comme je vous le disais, on va
approcher ceci avec un esprit d'entendre la voix des citoyens, des
municipalités et des Premières Nations qui doivent avoir plus de droits dans les
processus menant à l'exploration et l'exploitation minière.
Rapidement, je vais aller sur ce qu'on peut
aller faire plus loin. Je le disais, le développement minier doit être fait pour les gens du Québec. On a entendu, par
plusieurs, plusieurs acteurs... de comment ce serait bénéfique de mieux
redistribuer nos redevances minières dans les régions. C'est une proposition
qu'on va amener autour de la table.
Je vais sauter, parce que je n'aurai pas le
temps... de garder des mesures qui sont là pour contrer la spéculation, pour
resserrer des... administratifs qu'on trouve intéressants. Mais cependant, et
c'est là qu'on veut garder un oeil, la ministre nous affirme que des mesures
qui vont permettre de resserrer la spéculation vont permettre seulement de
réduire de 20 % les titres... le nombre de titres miniers. Ceci étant dit,
il y a encore des grandes questions sur ce qui arrive avec les titres miniers
en terres publiques, là où on a des enjeux pour atteindre des objectifs de
conservation, je n'aurai pas le temps de nommer tous les exemples qu'on a
entendus en commission, mais où on voit un conflit entre les objectifs de créer
des aires protégées.
Justement, avant-hier, je pense qu'il y en a eu
un, appel à projets, qui a été lancé par le ministère de l'Environnement, où
plusieurs acteurs qui étaient en consultation nous ont dit qu'ils allaient
déposer... des aires protégées qu'on a besoin de faire pour arriver aux
objectifs de conservation, mais il ne faudrait pas que des droits d'exploration viennent freiner ces objectifs. Et
ça passe, entre autres, par assurer un pouvoir plus fort, là, par la ministre,
pour retirer les droits d'exploration minière dans ces cas-là.
Je pourrais vous parler aussi de la création des
zones tampons autour de parcs nationaux, des zones fragiles pour la
biodiversité. Et je vais finir, parce qu'on n'a pas beaucoup de temps, puis je
pense qu'on a le goût de... on a le goût de se pencher sur l'étude du projet de
loi en détail.
Nous allons collaborer. Comme je le dis, il y a
des choses qu'on veut retrouver encore dans ce projet de loi. Ceci dit, il y a
beaucoup, encore, d'améliorations pour écouter les municipalités, en abrogeant
l'article 246, en donnant un pouvoir à la ministre plus fort pour le
retrait des claims, en redistribuant un meilleur... une meilleure distribution
de nos redevances minières pour s'assurer que les régions touchent aussi
davantage aux bienfaits du développement minier, puis, bien sûr, avoir en tête
qu'en ce moment la hausse des claims miniers n'a pas reculé. Elle continue à
avoir lieu.
Les municipalités continuent à être mobilisées
un peu partout. Moi, je les ai vus participer, ces groupes citoyens, ces
groupes de municipalités, à une dernière manifestation sur l'environnement.
C'est encore très palpable, et il faut qu'on agisse. Puis le statu quo n'est
pas possible, si on veut avancer puis être capables de faire, oui, le
développement de nos ressources stratégiques en vue de la transition
énergétique, mais surtout en écoutant puis en respectant la voix des
populations, des municipalités et nos peuples autochtones. Merci, M. le
Président.
• (16 heures) •
Le
Président (M. Montigny) : Merci, Mme la députée de Verdun.
Est-ce qu'il y a, à ce stade-ci, des membres qui souhaitent faire des
remarques préliminaires? Oui, Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Virginie
Dufour
Mme Dufour : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, d'abord, bonjour à tous. Mme la ministre, je
vous salue, MM. et Mmes députés de la partie gouvernementale.
Évidemment, je salue mon collègue de Pontiac et la collègue de Verdun, donc la
deuxième opposition.
Écoutez, je vais continuer
sur la même veine que mon collègue de Pontiac. Je vais soulever le fait que, contrairement
à ce que la ministre semble penser, il ne semble pas du tout y avoir de
consensus envers ce projet de loi, loin de là. En fait, on a entendu... puis là
je... ça fait trois semaines maintenant, là, qu'on se voit, là, on s'est
vu la semaine dernière, les dernières consultations, la semaine précédente, on
a entendu toute la semaine des groupes. Au total,
on a entendu 18 groupes. On a reçu au moins 29 mémoires, je pense
qu'on en a eu d'autres depuis quand j'avais pris en note ce chiffre,
mais je n'ai pas lu un seul mémoire et pas vu un seul... entendu un seul groupe
qui semblait être absolument, là, en accord avec l'ensemble du projet de loi.
Pour tout dire, la très, très, très grande
majorité avait d'immenses bémols à souligner. On a entendu des groupes qui
venaient de tous les milieux, les minières, le monde des affaires, des villes,
des MRC, le monde agricole, les peuples autochtones sont venus, des groupes
environnementaux, même des experts, un professeur émérite, des géologues.
Personne, personne ne pouvait dire : Ce projet de loi, là, il est... il ne
faut pas qu'on le modifie de façon substantielle. Il y avait un point que je
peux dire qui ressortait plus positif, qui est le fait que les nouvelles mines
seraient soumises au BAPE. Ça, je pense, c'était... ça a fait vraiment
l'unanimité, tout le monde était satisfait de ce point-là, et le fait aussi
qu'on veuille avoir un registre, là, qu'on puisse, par règlement, qualifier les
intervenants, ceux qui auraient accès à des droits d'exploration. Donc, ça,
c'était assez unanime, là, pour ces deux points-là, mais pour le reste, M. le
Président, c'est... on est loin de ça.
Et d'ailleurs, tu sais, on titrait dans Le
Devoir, c'était un résumé de ce qu'on a entendu, c'était La réforme
du régime minier est critiquée de toutes
parts. Donc, c'était assez clair.
Tu sais, soit qu'elle ne va pas trop... elle va trop loin, soit parce qu'elle
n'en fait pas assez pour protéger le territoire. Industries, municipalités et
groupes environnementaux, tous ont des raisons de la critiquer. Puis ce
n'est pas... ce ne sont pas des petites critiques, M. le Président, là, ce sont
souvent des critiques assez acerbes. Mon collègue en a lu quelques-unes tout à
l'heure, là, qui étaient dans des mémoires, je vous en lirai d'autres tout à
l'heure. Quand on lit, là, donc, que la ministre... Quand on entend que la
ministre dit : On pense qu'on a trouvé un équilibre, bien, ça ne semble
pas du tout, du tout être le cas. Puis on dit aussi
que... Dans le fond, on visait l'harmonisation des usages, mais ça aussi, on
dit non, on se... dans le fond, on manque la route complètement, là,
avec ça.
Il y a tellement d'éléments, là, je vais vous en
mentionner, là, plusieurs, mais je vais peut-être commencer par le député d'Abitibi-Est,
qui a été un de ceux qui s'est prononcé puis qu'il a dit... Puis le député
d'Abitibi-Est, c'est intéressant parce qu'il a quand même une expérience, M. le
Président. Je regardais son curriculum vitae. Il a été directeur général de la
Corporation du village minier de Bourlamaque... non, je ne veux pas mal le
prononcer, Bourlamaque, voilà. Il a été...
Et c'est lui qui a fondé le centre d'interprétation de la vie minière. Ce n'est
pas rien, hein? Il a été aussi au centre local de développement, le CLD
de La Vallée-de-l'Or. Alors, il semble quand même avoir une très grande
expertise au niveau de l'industrie minière et des... de tout ça, puis
évidemment, il est député d'une région où il
y en a beaucoup, de l'industrie minière. Et, lorsque ça a été déposé, en fait,
c'est... il y a quelques semaines, en fait, c'est au mois de mai, il a dit qu'il n'achetait pas le projet comme il
l'était, qu'il souhaitait quand même des ajustements puis qu'il croit
que l'annulation d'exploitation du sous-sol de certains claims miniers pourrait
être discriminatoire et qu'il espérait donc que, cet automne, il allait y avoir
des ajustements. Donc, je ne sais pas si on aura des ajustements à ce sujet,
mais visiblement, ce serait pertinent d'en discuter peut-être avec le député
d'Abitibi-Est.
Et là je vais revenir... Mon Dieu! je réalise,
le temps passe tellement vite, je vais manquer de temps pour dire tout ce que je voudrais dire, M. le Président.
Mais tous les éléments, là, qui ont été mentionnés et qui causent vraiment
des enjeux, notamment, bon, la soustraction de l'activité minière de tous les
périmètres urbains, ça, ça a été... ça a été soulevé
même par des MRC, des municipalités qui ont dit : Bien, nous, là, on en
veut, des mines dans notre périmètre urbain. En fait, l'enjeu, de façon
générale, semble être le fait que c'est un projet de loi qui est peut-être fait
comme du mur-à-mur, alors que les réalités
sont complètement distinctes d'une région à l'autre, et ça, on l'a entendu. Il
y a des groupes qui voulaient plus, d'autres moins.
Alors, est-ce que c'est adapté? Est-ce que ce
projet de loi là est adapté aux réalités de tous? Visiblement non. Soustraction
à l'activité minière des terres privées, ça aussi, elles ont fait l'objet de
rapports de travaux d'exploration depuis 1988. Ça, il y a plein de groupes
qui nous ont dit : Bien, on va avoir un enjeu majeur, si on va là-dedans.
Et là je pourrais continuer, là, mais je vais
aller dans des points plus précis, mais je vais commencer... je vais juste revenir sur un élément, puis c'est en lien à
ce que je viens de vous parler. C'est qu'on disait... on dit dans l'analyse... puis
ça, c'est intéressant. Là, le ministère a produit une analyse réglementaire,
une analyse d'impact réglementaire, puis ça,
c'est bien. On apprécie que ça se fasse dans un projet de loi, mais encore
faut-il que les informations qu'on y trouve soient, en tout cas,
réalistes, là. Ici, on dit que le ministère a examiné l'allègement de certaines
formalités puis on dit que... bien, en fait,
le projet de loi, il y a certaines mesures qui impliqueraient des coûts
incontournables pour les entreprises minières,
de 7 millions de dollars annuellement, mais que les économies
envisagées, elles, seraient à peu près de 3,5 millions. Donc, on
dit : Bien, le coût total serait environ de 3,5 millions de
dollars.
Mais les
associations minières sont venues nous parler, puis ils ne nous ont pas parlé
de ça du tout. C'est le contraire. Et
ce qu'ils ont vu, c'est non seulement ils auront moins accès à du potentiel
d'exploration, moins accès à du développement...
Mon collègue l'a mentionné, un projet minier, ça peut prendre jusqu'à
15 ans à se développer, et même plus, et même davantage. Et là ils nous
ont dit : Mais, en plus, ce projet de loi là va venir augmenter la charge
et les étapes qu'on va avoir à faire.
Il y en a déjà beaucoup, mais là ça va être encore plus fastidieux. Alors,
l'analyse réglementaire ne me semble pas du tout, du tout en faire. Tu
sais, elle a constaté cet élément-là.
Et là, justement, je jvais vous parler, en
fait... puis un enjeu, c'est qu'on mise actuellement beaucoup sur la filière batterie. On entend ça sans arrêt, la
filière batterie, on en a besoin, on veut décarboner le Québec, on a besoin de minéraux stratégiques. C'est bien, mais, par
contre, on a appris plus récemment qu'en fait... puis ça, c'est le... c'est
venu, c'était au début... à la fin de l'été, en
fait, que selon, en fait, le... je pense que c'est le directeur parlementaire
du budget du Canada, en fait, on va manquer de matériaux... de minéraux
stratégiques critiques et qu'il faudrait investir de façon majeure. En fait,
actuellement, on détiendrait seulement 50 % de la production minérale
nécessaire à nos visées... en fait, ce qu'on
vise pour se décarboner et qu'il faudrait investir 24,1 milliards de
dollars pour... puis ça, c'est au
Canada, là, pour atteindre ça. Mais les groupes viennent nous dire, puis
là c'est là que je veux vous parler, ils viennent nous dire : Bien, en fait, ce projet de loi là va réduire
tellement, tellement le potentiel d'exploration qu'on ne pourra jamais
atteindre ces objectifs-là. Ce ne sera pas possible.
• (16 h 10) •
La CPEQ, c'est... excusez-moi l'acronyme, j'ai
toujours de la misère à le trouver. En tout cas, c'est le Conseil du patronat
de l'Environnement du Québec qui dit : «De manière générale, la
soustraction des terres privées à l'activité minière restreint l'exploration du
potentiel au Québec et nous nous y opposons puisque les orientations gouvernementales — là, les OGAT — concernant les mines comprennent déjà un mécanisme
de soustraction.» Donc là, ils
disent : Là, on est en train de faire... on double les choses, ensuite...
donc, on crée, encore une fois, une bureaucratie. Après ça, on
dit : «Tous les terrains situés dans des périmètres d'urbanisation
seraient soustraits à l'activité minière, sans égard à la volonté des
municipalités locales et régionales.» Donc, ça revient à ce que je vous disais.
Ça, c'est un élément, mais leur mémoire, M. le Président, est assez... il y a
tellement d'éléments négatifs qui sont soulevés dans ce mémoire-là, c'est
impressionnant.
Puis, si on regarde avec l'Association minière du
Québec, puis on nous dit... eux, ils ont des chiffres encore plus
considérables. Ils disent : «Plusieurs études ont déjà démontré une
augmentation nécessaire de 500 % de la production de minéraux et de métaux
essentiels à la fabrication des technologies propres et essentielles», et puis
qu'au Québec, on possède tous ces minéraux-là. Mais là ce qu'on dit : «On
assiste à une réduction constante du territoire accessible à l'activité
minière, ce qui est accentué par le projet de loi n° 63 et qui est son
enjeu majeur aux yeux de l'industrie.»
Donc, ça apparaît clair que le projet de loi ne
permettra pas d'atteindre les objectifs qui sont visés par le Québec. Et, comme
l'a dit mon collègue de Pontiac, à quoi bon recevoir des entreprises ici et
mettre autant d'énergie et autant de
subventions pour accueillir des entreprises comme Northvolt,
mais il y en a d'autres, si, au bout du compte, on fait venir des minéraux
d'ailleurs, si on les importe d'ailleurs, alors qu'on pourrait les avoir chez
nous? Et on a toujours dit que la plus-value, elle est intéressante,
seulement si on transforme nos minéraux chez nous. Mais là on semble, en fait,
se fermer une immense part du territoire à cette possibilité-là.
Le conseil Patronat de l'Environnement du Québec
aussi parle d'un dédoublement avec la Loi sur la qualité de l'environnement. Donc, ça aussi, ça vient rajouter une couche de
bureaucratie supplémentaire. Et peut-être rajouter un élément là-dessus,
c'est ça, ce qu'ils nous disent, c'est qu'il faudrait un régime différencié.
Je vais aller à un autre élément qui préoccupe
beaucoup l'industrie, c'est le fait que le cadre qu'on propose... ce projet de
loi là, bien, en fait, il y a de larges pouvoirs discrétionnaires qui sont
prévus pour la ministre, et ça, ça risque de
créer beaucoup d'incertitude. Puis ça, l'industrie nous a mentionné à maintes
reprises que l'incertitude, c'est ce qui... en fait, c'est ce qui nuit à
l'investissement, hein? Quand on sait dans quoi on s'embarque, c'est plus
facile d'aller... d'investir, quand
on est comme devant... en fait, tu sais. Puis surtout, avec un processus aussi
long, de 15 ans, bien, si on
commence à investir puis qu'à tout moment... parce que c'est ce que laisse
sous-entendre le projet de loi, c'est qu'à tout moment, dans le processus,
bien, on pourrait retirer cette possibilité-là à la minière de... et là elle va
peut-être avoir investi des millions et des millions et puis, par la
suite, se faire couper l'herbe sous le pied. Alors, c'est bien évident qu'il y
a bien... il y a peu d'industries qui auraient envie d'investir dans ces
conditions-là.
Et je vais vous mentionner, dans le fond, ce
qu'on dit dans le mémoire de l'Association minière du Québec, on dit... bien,
c'est ça, ces larges pouvoirs discrétionnaires là au ministre créent une grande
incertitude pour les investisseurs. Et donc ils recommandent la mise en place
de balises claires et transparentes pour encadrer ces pouvoirs, afin d'assurer
un cadre législatif plus prévisible et moins sujet à interprétation. On veut
éviter l'arbitraire. Et si on change de
ministre, peut-être que la ministre, aujourd'hui, va dire : Non, non, non,
ça n'arrivera pas, mais on peut changer
10 fois... bien, 10 fois, mettons, quatre fois, facilement, de
ministre entre le moment qu'un projet débute et le moment qu'il aboutit. Alors, vous comprenez que ça
laisse beaucoup, beaucoup d'incertitude pour ceux qui doivent évoluer dans
ce cadre-là.
La MRC de l'Abitibi, elle, nous a parlé que...
elle nous a dit que c'est l'approche uniforme qui suscite des inquiétudes dans
son cas. On dit, pour eux... bien, ils sont favorables définitivement au
développement minier, mais qu'il y a plusieurs dispositions qui ne sont pas
comme adaptées. Il n'y a pas... Ils ne prennent pas compte... Dans le fond, ils disent : «Elle ne tient pas compte
des spécificités régionales et ne respecte pas les compétences des MRC en
matière de planification territoriale.» Et elle nous rappelle... et ça,
je vous parlais tout à l'heure, là, de l'enjeu de cohabitation, ils nous disent
qu'on... parce que c'était un des objectifs du projet de loi, qu'on parlait
de... il y aurait une meilleure cohabitation. Mais ils disent, en fait... Ici,
on dit... Non, en fait, c'est autre chose. Ils nous démontrent... Ils nous
disent que l'approche mur à mur, c'est... qui est dénoncée par le milieu
municipal, permet en apparence de régler un enjeu
de cohabitation décrié par plusieurs, mais en fait, concrètement, certaines
activités minières à l'intérieur de terres privées pourraient être
porteuses pour les communautés d'accueil. Et donc, dans leur cas à eux, ici,
ils voient un manque de considération envers le rôle des MRC dans
l'aménagement, parce qu'eux, ce sont les élus qui connaissent le mieux leur
territoire, exactement.
Et là, si je
continue, puisque j'en ai beaucoup de notes ici, un autre élément que les
municipalités ont dénoncé, puis pas juste les municipalités, plusieurs groupes
ont dit : Bien, si on oblige — parce que le projet de loi
oblige actuellement — à
faire des travaux sur chacun des claims miniers pour qu'ils soient
préservés, bien, ça risque finalement de créer plus de
travaux que nécessaire et donc créer plus d'enjeux de cohabitation que ce qu'on
connaissait dans le passé. Et là je vous... Tu sais, dans le passé, il y aurait
eu, par exemple, un endroit en particulier qui aurait eu de l'exploration, mais
là on dit : Bien non, en fait, on va le faire sur l'ensemble des claims,
même si on n'en a pas besoin, juste pour ne pas les perdre. Tu sais, c'est un
peu un non-sens. Il y a plusieurs groupes qui sont venus nous parler aussi des
retombées économiques qui étaient peu... qui ne venaient pas assez dans les
mains des municipalités. Le projet de loi, vraiment, ne touche pas ça.
Il y a un élément qui a été soulevé puis qui
touche les dossiers que je porte comme porte-parole de l'opposition officielle,
M. le Président, c'est... directement, c'est les normes environnementales. On a
parlé... C'est la coalition Québec meilleure
mine qui est venue nous dire : Bien, en fait, il existe la
Directive 019 sur l'activité minière. Puis, bien, nous, on s'en
venait... on pensait qu'on s'en venait en consultations particulières parler de
ces normes environnementales là, mais on a découvert qu'en fait elles sont déjà
mises à jour, et ça s'est fait sans consultation, puis elles devraient être
publiées sous peu. Étonnamment, la ministre n'avait pas été consultée sur ces
normes-là. Alors, il y a plein d'éléments ici où on peut se poser des
questions. Tu sais, on dit : Oui, ça va aller à un BAPE, mais ça... toutes les nouvelles mines vont aller vers
le BAPE, mais qu'est-ce qu'il y a dans ces directives 019 là? On ne le
sait pas trop, et les groupes auraient bien aimé le savoir, et je les
comprends.
Puis il y a
d'ailleurs... D'ailleurs, par la suite, suite à la présence de coalition Québec
meilleure mine, bien, il y a Nature Québec qui est venue nous en parler, parce
qu'ils ont... eux, ils ont entendu, ils ont écouté les consultations,
puis ils nous ont dit : Il faudrait suspendre la mise à jour de la
Directive 019 sur l'industrie minière, la remplacer par un règlement
environnemental, qui a force de loi, et entamer un processus de consultations
de la société civile et de la population. Et ça, je peux vous dire que c'était
une préoccupation de plusieurs communautés autochtones aussi qui nous ont
mentionné que c'était important, la cohabitation puis les normes
environnementales. Eux, ils ont souvent leurs propres normes, mais reste
qu'actuellement on semble s'en aller un peu à droite et à gauche au niveau des
normes environnementales pour ce qui est des mines.
Là, j'ai plein d'autres éléments que je pourrais
vous mentionner, mais je vais parler... parce que je n'ai pas eu le temps de le
faire lors du principe, mais les inquiétudes sur les résidus miniers, ça, ça a
été soulevé par quelques groupes, notamment le Regroupement national des
conseils régionaux de l'environnement qui nous a parlé... bien, que... En fait,
il y a un enjeu que le projet de loi demeure flou sur la manière dont les baux
d'exploitation passeront de statut minière
en extraction à celui de projet d'exploitation de résidus. Et ça, dans le fond,
ce qu'on nous dit, c'est que les résidus miniers peuvent... bien, ils vont
devoir être soumis à un encadrement environnemental strict et rigoureux...
• (16 h 20) •
Une voix : ...
Mme Dufour : ...selon eux, merci. Et
même, ils suggéraient qu'un titre minier spécifique à la valorisation des résidus miniers soit créé, parce qu'ils
disaient : Bien, dans le fond, il peut y avoir certains enjeux avec le
recyclage des résidus miniers. D'autres groupes, eux, voient ça comme un... il
y a un potentiel immense qu'on pourrait, dans le fond, réduire le
recours aux minéraux stratégiques et... critiques et stratégiques qu'on aurait
besoin, si on réduisait, dans le fond, les minéraux miniers qu'on a... les
résidus miniers, pardon, qu'on a déjà, mais il faudra bien l'encadrer, et ça, le projet de loi en fait très, très peu
état, M. le Président. Et eux nous recommandaient, là, le regroupement, là, le
Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement, de se limiter
à des résidus stériles... des stériles miniers et de résidus miniers non
acidogènes.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien.
Mme Dufour : Alors, je pense que je
complète mon temps. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien, merci. Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres membres qui
souhaiteraient faire des remarques préliminaires? Ça va aller.
Alors, maintenant, à ce stade-ci, on est
maintenant rendus aux motions préliminaires. Est-ce que quelqu'un souhaite
faire ou présenter une motion préliminaire?
M. Fortin : ...si c'est possible, avant d'entrer dans cette section-là
de notre ordre du jour, est-ce que c'est possible d'avoir une conversation avec
l'équipe ministérielle quant à savoir comment on va s'y prendre pour l'étude du
projet de loi? Puis, si on peut le faire à micro fermé, là, je pense, ce serait
peut-être mieux pour les gens qui nous écoutent, là.
Le Président (M. Montigny) : On va
suspendre... Merci. On suspend maintenant les travaux.
(Suspension de la séance à 16 h 22)
(Reprise à 16 h 33)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
nous recommençons nos travaux. Nous sommes maintenant rendus aux motions
préliminaires. Alors, est-ce que quelqu'un souhaite présenter une motion
préliminaire?
M. Fortin : Oui, M. le Président.
Le
Président (M. Montigny) : Parfait, M. le député. Allez-y. L'idéal, c'est de
la transmettre, là, au secrétariat. À moins que ça soit déjà fait par
courriel?
M. Fortin : Non. On va faire ça à l'instant.
Le
Président (M. Montigny) : Parfait. Donc, on va suspendre, le temps de
transmettre la motion au secrétariat. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 34)
(Reprise à 16 h 38)
Le Président (M. Montigny) : Nous
reprenons nos travaux. Nous avons reçu... bel et bien reçu la motion
préliminaire que nous attendions par courriel. Maintenant, on va permettre le
débat pour une période de 30 minutes pour l'auteur de la motion. Alors, M.
le député, vous pouvez y aller. Vous avez 30 minutes.
M. Fortin : Merci. Merci, M. le Président. Juste pour bien comprendre
la chose, là, l'auteur de la motion a 30 minutes, le représentant du chef
a 30 minutes également. C'est bien ça?
Le Président (M. Montigny) : Le
représentant du chef de l'opposition officielle.
Motion proposant
d'entendre la Conférence des préfets de
l'Abitibi-Témiscamingue et la Société du Plan Nord
M. Fortin : Qui est ma collègue. Très bien. Alors, la motion
préliminaire que nous souhaitons présenter à ce stade-ci, je vous la lis, et
après on pourra en débattre, M. le Président. Conformément à l'article 244
du Règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion afin :
«Que la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de
l'énergie et des ressources naturelles,
dans le cadre de l'étude détaillée du projet de loi n° 63, Loi modifiant la Loi sur les mines et d'autres
dispositions, tienne des consultations
particulières et qu'à cette fin, elle entende la Conférence des préfets de l'Abitibi-Témiscamingue
ainsi que la Société du Plan Nord.»
M. André Fortin
Et là, M. le Président, vous ne pouvez pas dire
que je ne veux pas sauver du temps à la commission. J'ai mis deux groupes dans
la même motion. J'aurais pu faire deux motions différentes, mais, quand même,
pour le bon déroulement de nos travaux, je me suis dit, M. le Président :
Allons-y avec les deux groupes ensemble, et je vous explique pourquoi.
• (16 h 40) •
On a entendu des gens de l'Abitibi-Témiscamingue,
en commission parlementaire, et on a même entendu deux préfets de
l'Abitibi-Témiscamingue, mais on n'a pas entendu la perspective régionale. On a
entendu des préfets qui sont venus dans le cadre de représentations qui ont été
faites par les différents regroupements municipaux. Et là je ne me souviens
plus lequel était avec quel organisme, là, mais le maire de Malartic était ici,
pas préfet, mais le maire de Malartic était ici et la préfète du Témiscamingue
également, M. le Président. Je crois qu'ils représentaient la FQM, si je ne
m'abuse. Et le préfet de la MRC de l'Abitibi, là, bien qu'elle ne regroupe
qu'une partie de l'Abitibi, était ici également. Mais là, quand on a pris
connaissance du mémoire que l'ensemble des préfets des MRC de l'Abitibi-Témiscamingue
ont écrit, on s'est rendu compte que leur vision était... leur vision commune,
disons, du développement et de la suite des choses pour le projet de loi
n° 63, n'était pas exactement celle qui était indiquée soit par une MRC
bien précise ou encore par le groupe qu'ils représentaient au moment où ils
sont venus en commission parlementaire.
Et c'est correct, c'est logique, c'est normal,
mais je crois qu'on se doit, collectivement, comme un groupe de parlementaires
qui s'apprêtons à... qui nous apprêtons à étudier un projet de loi qui a une
incidence plus que majeure pour leur région, de comprendre leurs perspectives.
Et quand je dis que c'est un projet de loi qui a une incidence plus que majeure pour la région de
l'Abitibi-Témiscamingue, ils nous le disent, à quel point c'est important pour
eux. Il y a quatre mines en
maintenance, sept mines actives, 10 projets miniers, 304 sites
miniers en exploration et en exploitation, 43 390 titres
actifs, c'est-à-dire 36 % de tous les titres... de tous les titres miniers
au Québec, en excluant ceux du Nord-du-Québec, 36 %.
Alors, tantôt, quand la ministre parlait de...
La ministre? Pardon, la députée de Verdun parlait des différentes régions qui ont un intérêt. Elle a bien raison,
mais on ne peut pas sous-évaluer l'intérêt de l'Abitibi-Témiscamingue, là, qui
ont 36 % des claims, des claims miniers au Québec qui sont actifs et où
l'extration... l'extraction, pardon, minière, en Abitibi-Témiscamingue,
c'est 22 % du PIB régional.
Alors,
quand on vous disait, plus tôt, que le PIB de l'Abitibi-Témiscamingue, il
dépasse largement sa population, bien, il y en a une grande, grande,
grande partie de ça, selon l'Observatoire de l'Abitibi-Témiscamingue, qui vient
de l'extraction minière. Alors, je comprends les réactions suscitées dans la
région, tant de la part des élus municipaux que de la part de la population. Je
comprends les réactions comme celles qu'a présentées ma collègue de Mille-Îles,
la réaction qu'a eue le député d'Abitibi-Est, c'est-à-dire qu'il représente la Vallée-de-l'Or, c'est une immense
partie de l'exploitation minière au Québec qui est faite dans cette
région. Et je crois qu'on souhaite les entendre parce qu'ils ont des points de
vue qui sont différents de tout ce qu'on a entendu jusqu'à maintenant.
Alors, M. le Président, je ne présumerai pas du
vote que fera la ministre et les députés du gouvernement, mais ça fait assez longtemps que je suis ici pour
avoir une petite idée quand même. Alors, étant donné l'issue probable de ma motion, je veux quand même prendre le temps
que tout le monde ici entende ce que ces gens-là ont à dire parce que ça va
directement aux raisons qui nous ont motivés à présenter la motion qui est
devant les députés en ce moment.
Voici un
court extrait de leur mémoire : «La CPAT — donc la conférence des préfets de la
région — exprime
de vives préoccupations quant aux
répercussions du projet de loi n° 63 sur la vitalité économique de la région,
notamment face au risque d'un ralentissement des investissements. Ce
projet de loi introduit une grande incertitude, tant pour le secteur minier que
pour des communautés qui craignent une possible dévitalisation.»
M. le Président, déjà là, là, déjà là, ça va à
l'encontre de tout ce que la ministre et de tout ce que son gouvernement nous
dit depuis qu'ils ont commencé à parler du projet de loi n° 63.
Ils nous disent ici qu'on introduit une
grande incertitude. La ministre nous rappelait tantôt l'importance de la
prévisibilité, l'importance de la transparence, l'importance de
clarifier les règles du jeu. Bien, ici, on vient dire qu'on introduit une
grande incertitude, ce qui mènerait au risque d'un ralentissement des
investissements.
M. le
Président, on va en parler sans arrêt pendant cette commission-là. Et si vous
nous dites qu'on est obsédés par la question du développement économique en
région, la question des investissements, la question d'utiliser nos
ressources pour nous, pour la décarbonation du Québec, bien, j'aurai fait mon
travail, M. le Président. Si les députés autour de la table pensent qu'on est
obsédés par ça, ils auront compris notre propos. Et ici, quand on vient nous
dire qu'il y a un risque de ralentissement
des investissements, bien, je me dois de rappeler à la ministre des Ressources
naturelles qu'elle est une ministre à vocation économique, qu'elle siège,
je l'espère, fort probablement autour de la table sectorielle du Conseil des
ministres sur l'économie, hein, les
sous-comités du Conseil des ministres. J'ose croire qu'elle siège sur le
comité économique.
Alors, elle a dû, nécessairement, présenter des
orientations de son projet de loi et des impacts de son projet de loi à des
ministres à vocation économique. Et ils ont entendu ceci, j'ose croire. Je n'ai
pas de raison de croire qu'on n'a pas dit tous les impacts mesurés du projet de
loi aux collègues ministres, mais j'espère qu'on leur a parlé d'un
ralentissement des investissements et d'une possible dévitalisation. Parce que
les gens de la Conférence des préfets de l'Abitibi-Témiscamingue, ils vont plus
loin que ça. Ils nous disent : «Il est crucial que le gouvernement
reconnaisse pleinement l'importance de l'industrie minière et prenne en
considération ses contributions historiques et actuelles.» Dans le fond, quand
ils nous disent ça, ils nous disent que vous ne le faites pas en ce moment. Ils
nous disent que ce n'est pas ça qui se
passe. Ils nous disent que le gouvernement ne reconnaît pas l'importance de
l'industrie minière. «Le projet de loi n° 63 — je
cite à nouveau — devrait
soutenir cette industrie qui reste un pilier de notre développement économique.
À défaut, nous risquons non seulement de freiner les investissements, mais
aussi de compromettre le dynamisme de la région.»
M. le Président, moi, je suis allé en Abitibi à
quelques reprises au cours des deux dernières années, et c'est vrai qu'il y a
un dynamisme dans la région. On le sent. Dès qu'on franchit le parc de La
Vérendrye, là, dès qu'on entre dans la région, on le sent qu'il y a un
dynamisme économique évident dans la région, que c'est une région qui est basée
sur l'entrepreneuriat, que c'est une région qui a une fierté entrepreneuriale,
que c'est une région qui est fière de contribuer positivement à l'économie du
Québec à travers son industrie forestière, même si elle en arrache un peu ces jours-ci, à travers son industrie
minière, à travers son industrie touristique, à travers son industrie agricole,
à travers son industrie du savoir. M. le Président, ils sont fiers de
contribuer positivement et de savoir, pour eux, que, si on a des hôpitaux, des
écoles, des routes, des services publics dans le sud du Québec, bien, c'est
entre autres grâce à eux, parce qu'ils ont un bilan économique, disons,
positif.
Alors,
aujourd'hui, quand les gens qui sont élus, pas sous la bannière d'un parti
politique ou un autre, là, des gens qui sont élus simplement pour défendre les
intérêts de leur région, nous disent collectivement, après s'être rencontrés,
après s'être... après avoir eu les discussions nécessaires, après avoir fait
les considérations nécessaires pour chacune des
parties de la région, quand ils nous disent : Un instant, on risque non
seulement de freiner les investissements, mais on va aussi compromettre
le dynamisme de la région, c'est énorme, ça, M. le Président. Et j'espère que
la ministre a saisi non seulement l'importance
de l'industrie minière pour la région, là, mais l'impact que son projet de loi,
s'il est adopté dans sa forme
actuelle ou même avec des modifications mineures, pourrait avoir sur la région
de l'Abitibi-Témiscamingue.
• (16 h 50) •
Et ce ne
serait pas, M. le Président... ce ne serait pas le premier jab du gouvernement
à la région de l'Abitibi-Témiscamingue en lien avec l'industrie minière.
On a qu'à penser... on a qu'à penser au dossier de la zone d'innovation minière. Ça fait combien de temps que
la région de l'Abitibi-Témiscamingue attend cette zone d'innovation minière là? Et là, aujourd'hui, plutôt que de leur
offrir ce qui leur avait été promis, c'est-à-dire une zone d'innovation
minière portée par l'industrie du savoir, hein, dont on parlait tantôt, et
l'industrie minière, bien là, on vient leur dire, essentiellement : Non
seulement vous n'avez pas accès à ce qui vous a été promis, mais, en plus, on
présente un projet de loi qui risque de compromettre le dynamisme de la région
et de freiner les investissements dans un secteur qui représente 22 % de
leur PIB régional.
Et,
M. le Président, ces gens-là, ils ne veulent pas... En fait, ils veulent, à
l'instar de ce que la ministre a dit, ils
veulent une cohabitation harmonieuse, mais eux, ils pensent qu'ils le font
déjà. Si vous demandez aux élus de la région de l'Abitibi-Témiscamingue,
ils vont vous dire : Il y a des discours, dans le reste du Québec, par
rapport à l'industrie minière, qui ne
représentent pas ce que nous, on vit sur notre territoire. Ils le disent, je
les cite : «L'Abitibi-Témiscamingue démontre qu'une cohabitation
harmonieuse entre l'industrie et les communautés est possible.» Même... Ils
disent même plus : «Plusieurs pratiques reconnues en matière
d'acceptabilité sociale ont émergé de la région.» Alors, ils se disent qu'ils
sont un leader, M. le Président, et qu'ils peuvent même, à travers des
affirmations comme celles-là et à travers des... même, des guides de
cohabitation qui ont été développés par certaines municipalités, qu'ils peuvent
probablement aider le reste du Québec, M. le
Président, à savoir comment on peut avoir une cohabitation harmonieuse entre
l'industrie minière et les besoins tout à fait légitimes des citoyens et de
ceux qui les représentent.
Alors, M. le
Président, moi, je vois toutes les raisons du monde pour lesquelles on voudrait
entendre les gens de la conférence des préfets de la région ici, à Québec, à
l'Assemblée nationale. Et ce ne serait pas, un peu à l'instar du discours que
moi et ma collègue tenons depuis quelques instants, là, et depuis quelques
semaines, en fait, ce ne serait pas un discours entièrement négatif, hein? Les
gens de la Conférence des préfets de l'Abitibi-Témiscamingue, ils ont aussi des points positifs qu'ils veulent
mettre de l'avant, qu'ils veulent faire valoir aux instances du gouvernement, des
points positifs où ils peuvent contribuer, mais des points positifs du projet
de loi.
Ils
le disent, eux également, qu'ils accueillent favorablement l'obligation,
pour des nouveaux projets miniers, de se
soumettre à une consultation publique et à un examen du BAPE. Maintenant, ils
ont quelques bémols, des bémols qui, je crois, aideraient les
parlementaires autour de la table à bien comprendre la dynamique différente. Et
je ne peux pas m'empêcher de le constater, M. le Président, là, les députés
autour de la table aujourd'hui... un député du Bas-Saint-Laurent, un député de
la Montérégie, un député voisin de ma circonscription en Outaouais, un du
Saguenay — j'allais dire Lac-Saint-Jean, je m'en serais
excusé — la
ministre qui vient du Bas-Saint-Laurent, ma collègue de Laval, ma
collègue de Verdun à Montréal et moi-même, issu de l'Outaouais, M. le
Président, et vous-même, issu de la Côte-Nord. Même si vous vous abstenez de
voter, vous participez pleinement à nos travaux, M. le Président. Il n'y en a pas de député de l'Abitibi-Témiscamingue
autour de la table, ici, pour débattre aujourd'hui de ce projet de loi là. À
l'occasion, il y en a, mais aujourd'hui on n'en a pas. Alors, de prétendre que
nous, ici, autour de la table, on peut comprendre, même si on a visité la
région, même si on a entendu les propos de gens qui émanent de cette région-là,
même si on peut lire ce qu'ils expriment à travers leurs mémoires, je ne pense
pas qu'on peut saisir l'entièreté de leurs propos sans les entendre ici en
commission parlementaire.
Alors. M. le
Président, une des choses qui, je pense, du début à la fin de ce projet de loi
là, va tenir à coeur à la région de
l'Abitibi-Témiscamingue et qu'ils vont continuer de marteler jusqu'au jour où
soit la ministre va se rendre à l'évidence, soit on va adopter un projet
de loi sur division, c'est que le projet de loi, il présente ce qu'on appelle,
et ce qui horripile les régionalistes, du mur-à-mur, hein? Il présente des
options de mur-à-mur, c'est les mêmes règles partout au Québec, peu importe la
région dans laquelle on se trouve, peu importe l'historique de la région, peu
importe la vocation économique de la région, peu importe que ce soit une région
qui soit composée davantage de villages, de
chalets ou peu importe que ce soit une région-ressource habituée à l'industrie
comme l'Abitibi-Témiscamingue, la
Côte-Nord, le Nord-du-Québec et d'autres régions, M. le Président. C'est
exactement ce que décrit... ce que décrivent, mais dénoncent, surtout,
les gens qui, comme moi, s'identifient comme un régionaliste, l'approche mur à
mur, ce que mes collègues anglophones, dans des parties de ma circonscription
et de celle du voisin de Gatineau, qualifient de «one size fits all», hein, du
tout partout pareil.
Et c'est ça qu'ils
viennent nous dire ici. C'est que nous, on a une spécificité. Nous, on a une
différence dans la façon qu'on voit notre
territoire, dans la façon qu'on voit l'industrie minière, dans la façon qu'on a
vu l'industrie minière se développer
au fil du temps, dans la façon qu'on veut accueillir les projets miniers et
avec cet accueil, M. le Président. Et là je rejoins la collègue, la
collègue de Verdun qui s'exprimait il y a quelques instants.
Avec
cet accueil, souhaité par les élus de la région, souhaitable pour l'économie de
la région et pour nos filières stratégiques
au Québec, mais aussi pour la richesse collective du Québec, avec cet accueil
vient des coûts, vient un réaménagement nécessaire et un réaménagement
des ressources et un réaménagement des services publics qui ne se fait pas
comme partout ailleurs, pas comme un long fleuve tranquille de développement
des ressources au fil de l'augmentation de la population.
Hier,
j'étais, M. le Président, à Drummondville dans le cadre de d'autres fonctions
que j'occupe. Drummondville nous
dit : On est à 80 000 de population, on augmente de 1 000 chaque
année. On est rendus à l'étape où on a besoin d'un nouvel hôpital, on a besoin
de nouveaux services. C'est logique, ça s'appelle une augmentation graduelle de
la population qui mène à une augmentation éventuelle de services.
Bien là, ici, on se
retrouve devant une région qui accueille à bras ouverts des projets miniers
pour notre enrichissement collectif et qui
se dit : Bien, ça vient avec un coût, tout ça. Ça veut dire qu'il va
falloir que je développe tout d'un coup, juste comme ça,
2 000 portes supplémentaires pour accueillir des employés. Et ces
employés-là, ils viennent avec des besoins immédiats, pas des besoins graduels
dans le temps, des besoins immédiats en termes de soins de santé, en termes de services de garde, en termes de
développement de routes, et j'en passe, M. le Président. Les services
gouvernementaux, vous les connaissez. Je n'ai pas besoin de tous les nommer,
mais c'est une réalité.
Si je vous retourne dans votre rôle de maire
demain et je vous mets dans une municipalité, disons, d'une dizaine de milliers
d'habitants et que je vous dis : Demain matin, le jour où la mine...
demain matin, ou dans un an, ou dans deux ans, le jour où la mine va ouvrir,
vous aurez besoin de 2 000 employés additionnels, de
2 000 résidents et leurs familles,
peut-être, additionnels, bien, vous allez vous dire : Ouf! Je ne serai pas
capable de faire ça tout seul, là. Je vais avoir
besoin d'aide, je vais avoir besoin d'aide de la part de Québec. Et c'est là,
la demande légitime et, en fait, on ne peut plus légitime du conseil des
préfets pour une distribution équitable de la richesse.
• (17 heures) •
Alors, dans le fond,
ce qu'ils nous disent, c'est : L'argent qui rentre, là, au gouvernement du
Québec quand une mine se développe en
quelque part, on peut-tu en avoir un petit bout pour être capables de faire les
choses différemment, pour faire les choses avec une certaine
flexibilité, pour s'assurer que, si on a besoin, par exemple, d'un nouveau CPE
parce qu'il y a des milliers de travailleurs
qui arrivent et quelques-uns d'entre eux ont des enfants qui viennent avec eux,
bien, qu'on ne soit pas obligés de passer par les mêmes appels de projets
qu'ailleurs au Québec?
C'est logique, ça, M.
le Président, parce qu'ailleurs au Québec, c'est une augmentation graduelle des
services qui est nécessaire. Ici, c'est une augmentation immédiate qui nécessite
une flexibilité que les cadres... je vais être gentil puis je vais appeler ça
«rigides», des programmes gouvernementaux ne leur offrent pas. Ça fait partie
de leurs demandes. Ça fait aussi partie des
enjeux de mur-à-mur dont on parlait un peu plus tôt. Et, dans ces enjeux de
mur-à-mur là, bien, ils nous disent : D'anciennes mines situées
dans les périmètres urbains de certaines municipalités pourraient être
réexploitées dans le futur.
Je n'ai pas besoin de
regarder bien loin pour ça, là. Il y a un débat public qui a eu lieu à
Rouyn-Noranda dans les derniers... les dernières semaines, les derniers mois
autour de la mine Falco, une mine dans un périmètre urbain, hein? On parle de
sous la Fonderie Horne, là, on parle d'un parc industriel où il pourrait y avoir
de la transformation du minerai, pour lesquels la municipalité est en faveur.
La ville de Rouyn-Noranda s'est prononcée en faveur de ce projet-là qui est
dans le périmètre urbain.
Alors, ce qu'ils
viennent nous dire ici, c'est un peu : Faites ce que vous voulez dans le
reste du Québec, mais ne venez pas nous
mettre ça dans nos pattes à nous autres, là, cette impossibilité d'exploiter
des mines, et là des mines qui ont
déjà été en opération. Je vous rappelle le concept de... C'était quoi, le vieux
slogan de Rouyn-Noranda? Une ville, une mine? ou Une
mine, une ville? Je l'oublie, mais c'était ça, essentiellement.
C'était une ville bâtie autour de son développement industriel, minier dans
ce cas-ci.
Alors,
M. le Président, quand on parle d'appliquer des règlements mur à mur partout au
Québec, bien, les gens de l'Abitibi-Témiscamingue viennent nous
dire : Faites attention, ça ne fonctionne pas ici.
«La conférence des
préfets est donc d'avis que le projet de loi n° 63 pourrait compromettre
ou rendre caducs les efforts des entreprises
cherchant à développer le secteur minier en restreignant leur capacité à
découvrir de nouveaux gisements essentiels au développement de
l'industrie et à l'avenir économique du Québec dans ce secteur.» Ils ne
viennent pas juste nous dire : Vous allez freiner l'activité économique
chez nous, ils viennent nous dire : Vous allez freiner l'avenir économique
du Québec dans ce secteur avec les règles que vous proposez en ce moment.
Et là, M. le
Président, je ne peux pas concevoir qu'on ne veuille pas aller au fin fond de
leurs préoccupations ici, autour de cette table. On parle de leur passé, de
leur présent, de leur avenir économique et on leur présente, du côté du
gouvernement de la CAQ, des projets de loi qui viennent mettre des bâtons dans
les roues d'investissements potentiels, d'investissements potentiels dans une
région où il y a, je le rappelle, une cohabitation harmonieuse.
Alors, l'exclusion de
l'activité minière à l'intérieur de périmètres urbains... et là je ne vous
parle même pas du privé, là, M. le Président, on y arrivera éventuellement,
j'en suis convaincu, là. On ne parle que de la question des périmètres urbains.
Bien, le développement minier en Abitibi-Témiscamingue, il passe entre
autres... oui, il passe par des terres publiques, il passe fort probablement
par certaines terres privées, mais il passe, entre autres, par la question des périmètres urbains. Alors, il faut les
entendre, M. le Président, quand ils nous disent : L'approche du gouvernement
constitue un recul significatif pour la
région, qui se voit dépossédée de son pouvoir de gestion en matière
d'aménagement du territoire.
Parce que sur le
fond, là, ce que la collègue de Verdun nous disait tout à l'heure, on n'est pas
en désaccord. Ça prend une meilleure
harmonie, et il y a des préoccupations partout au Québec à savoir comment
est-ce qu'on vient mieux harmoniser les besoins de l'industrie et les
intérêts tels que nommés par les élus municipaux... souvent, les intérêts des
citoyens tels que nommés par les élus municipaux. Mais là, ici, l'Abitibi nous
dit : On se voit dépossédés de notre pouvoir de gestion en matière
d'aménagement du territoire et de développement économique. Et ils nous le disent : «Bien que ces mesures puissent être
souhaitées par certaines régions du Québec, la conférence des préfets estime
que cette exclusion est préjudiciable en territoire qualifié de région avec un
historique de développement minier.»
M.
le Président, je ne ferais pas mon travail de porte-parole pour ma formation
politique, pour l'Abitibi-Témiscamingue,
si je ne soulevais pas cet enjeu-là, si je ne plaidais pas aujourd'hui pour que
les gens autour de la table entendent, avant
de procéder, avant d'étudier les amendements qui vont être mis de l'avant par
la ministre... si je ne plaidais pas pour qu'on entende le fin fond de
la pensée de ces gens-là.
Parce
que non seulement... parce qu'ils arrivent avec... En fait, ils arrivent avec
des réflexions qui, je vous dirais, sont
particulièrement poussées sur ces enjeux-là, sur les enjeux du schéma
d'aménagement, sur les enjeux des TIAM, et je ne vous dis pas que c'est
quelque chose qui est repris par tout le monde. Moi, j'ai été surpris de les
lire, la première fois que j'ai lu le mémoire... j'ai dû le lire plus qu'une
fois. Ils nous ont dit essentiellement que les TIAM, bien, ça reprenait essentiellement les mêmes objectifs qu'un schéma
d'aménagement, c'est-à-dire on vise le développement harmonieux du territoire. Alors, est-ce qu'on a
vraiment besoin des TIAM? Est-ce que les TIAM, c'est un dédoublement
inutile, pour reprendre leurs mots?
Ce
n'est pas ma pensée, M. le Président. Je pense qu'il y a des améliorations qui
peuvent être faites aux TIAM, entre autres... il y en a beaucoup. Alors,
ce n'est pas normal d'entendre des maires ici nous dire : Ça fait huit ans
qu'on travaille là-dessus.
Mais là, ici, on vient parler de la région la
plus affectée, on vient parler de leurs élus, qui ne sont pas affiliés au Parti
libéral, qui ne sont pas affiliés à la Coalition avenir Québec, à Québec
solidaire, au Parti québécois, au Parti conservateur ou à
n'importe quel autre parti, M. le Président. Ce sont des élus indépendants qui
sont là pour représenter leurs citoyens et leurs intérêts, qui nous
disent : Holà! Faites attention, et je paraphrase, vous allez nous rentrer
dedans. C'est ça qu'ils disent. C'est ça qu'ils disent quand ils parlent de
ralentissement économique. C'est ça qu'ils disent quand ils parlent de frein à
l'investissement pour leur région.
Alors, M. le
Président, j'espère que les députés vont accepter ma proposition, parce que je crois
que c'est nécessaire d'entendre ce qu'ils ont à nous dire. Et là je n'ai même
pas eu la chance — j'aurais
peut-être dû le faire en deux motions, M. le Président — de
parler de la Société du Plan Nord. Merci.
Le Président (M.
Montigny) : Très bien. Merci. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants?
Oui, la représentante du chef de l'opposition officielle, vous avez donc
30 minutes. Vous pouvez y aller, Mme la députée.
Mme Dufour : Merci. Attendez, je veux juste partir mon petit
chrono de mon bord pour ne pas me faire prendre.
Le Président (M.
Montigny) : C'est bon. Je vais vous aviser aussi du temps en cours de
route.
Mme Virginie Dufour
Mme Dufour : Oui,
mais c'est ça, je vais avoir plus de facilité à suivre ça.
Donc,
écoutez, vous comprendrez, M. le Président, que je suis évidemment d'accord
avec la motion préliminaire déposée... proposée par mon collègue le
député de Pontiac, et je pense qu'il a fait un... dans le fond, un énoncé assez
éloquent du pourquoi on devrait entendre cette... en fait, la Conférence des
préfets de l'Abitibi-Témiscamingue et... J'ai
l'impression que je vais parler assez longtemps avec... moi non plus, je
n'arriverai pas à la Société du Plan
Nord, mais...
Donc, je vais
commencer. D'abord, dire... On a entendu la MRC d'Abitibi. Donc, on pourrait,
en partant, là, dire : Bien, on les a entendus, on a entendu cette
région-là, ils faisaient partie des groupes, puis, en fait, on a entendu, tu sais, la Fédération québécoise des municipalités, on a entendu l'Union des
municipalités du Québec et une autre
seule région, on a entendu le Comité intermunicipal de
Saint-Mathieu-du-Parc, Saint-Élie-de-Caxton et Saint-Boniface. Ils sont venus
nous voir. On a aussi entendu les Cris et la... le Grand Conseil des Cris et la
Société Makivik. Donc, on a couvert certains territoires.
• (17 h 10) •
Mais, par contre, ce
qu'on réalise en lisant, dans le fond, le mémoire que la Conférence des préfets
de l'Abitibi-Témiscamingue a produit, bien, ils regroupent cinq territoires
dans une... dans cette région-là. Donc, c'est beaucoup plus large, et ils
regroupent la MRC, je disais, d'Abitibi, qu'on a entendue, mais ils regroupent
aussi la MRC d'Abitibi-Ouest, la MRC de
Rouyn-Noranda, la MRC de Témiscamingue et la MRC de La Vallée-de-l'Or. Tout
à l'heure, je vous ai parlé du député d'Abitibi-Est, qui avait... qui s'était
beaucoup impliqué au CLD, là, au Centre local
de développement de La Vallée-de-l'Or./C'est des régions distinctes :
Abitibi-Est, Abitibi-Ouest, etc., Rouyn-Noranda, qui vit avec la
Fonderie Horne, par exemple, que moi, j'ai rencontré... À un moment donné,
j'avais rencontré la mairesse de Rouyn-Noranda, qui, tu sais, de notre point de
vue à nous, quand on les... on regarde la Fonderie Horne, c'est un dossier qu'on
peut avoir avec notre vision du sud du Québec, avoir une certaine, disons,
réticence à avoir cette entreprise-là dans la région par les enjeux qu'il y a.
Mais, pour eux, et... tu sais, quand j'ai jasé... j'ai discuté avec la mairesse de Rouyn-Noranda, c'était clair,
c'est une industrie qu'ils ont besoin. Ils ont besoin de la Fonderie Horne, et ce n'est même pas remis en question dans cette
région-là. Et, malgré tous les enjeux de toxicité qu'il a pu être trouvé,
et tout ça, dans l'air ou dans le sol, pour eux, c'est une industrie qui est
absolument nécessaire.
Alors, quand on
transpose ça et qu'on se dit : OK, là, on a entendu le point de vue de la
MRC d'Abitibi, mais il y a toutes les autres régions qui pourraient être
incluses et être entendues en recevant la Conférence des préfets de l'Abitibi-Témiscamingue, et ça m'apparaît... Pour
moi, c'est essentiel, ils composent... Ce n'est pas rien, M. le Président,
c'est 64 municipalités, ce
regroupement-là, 147 700 habitants. Ça fait du monde, puis c'est des gens
qui sont habitués, qui vivent dans
des secteurs où il y a des mines, où il y a du développement minier. Et donc je
pense que ça aurait été... ça serait bien de les entendre.
D'ailleurs,
c'est un regroupement qui se dit être une voix politique forte pour la région
de l'Abitibi-Témiscamingue. Moi,
je ne sais pas pourquoi ils n'ont pas été invités à l'origine. Je n'ai pas fait
partie des échanges de négociations à l'époque,
mais, compte tenu que c'est eux qui sont considérés comme la voix politique
forte, comme ils se présentent, dans la région de l'Abitibi-Témiscamingue, bien, je pense que ça aurait été important de
les entendre pour avoir, effectivement, toutes les spécificités
régionales et territoriales qui les composent.
Et, tu sais, je peux
vous parler, par exemple, de Laval. Moi, je fais partie de la... je suis une
députée de Laval. Puis on va dire :
Bien, Laval, c'est une région, Laval, c'est uniforme, mais non, pas du tout. Il
y a des grandes distinctions. Mon comté, Mille-Îles, qui est un comté
très majoritairement agricole, est complètement différent du comté de ma collègue de Chomedey, qui, elle, a des gens qui
viennent vraiment... tu sais, c'est très, très, très urbain. Alors,
d'entendre... Tu sais, si on était... si on disait : Bien, Laval,
on va juste regarder ce qui se passe dans Mille-Îles, bien, ce n'est pas
représentatif du reste de Laval.
Alors, je peux
imaginer que c'est la même chose en Abitibi-Témiscamingue. Si on entend juste
une portion de l'Abitibi, bien, ça veut dire qu'on n'entend pas... tu sais, qui
est la MRC d'Abitibi qu'on a entendue. Ça veut dire qu'on n'a pas la réalité
des autres régions, des autres secteurs puis c'est drôlement plus grand que
Laval. Ça fait que si, à Laval, on a autant de spécificités, et puis je
pourrais vous parler de Sainte-Rose et des anciennes villes, tu sais, Laval,
c'est très, très, très... il y a vraiment des grandes distinctions entre les
différents secteurs, bien, c'est sûr que c'est la même chose dans ce
secteur-là.
Et,
tout à l'heure, quand j'ai fait mes remarques préliminaires, M. le Président,
je vous mentionnais qu'en fait, tous les groupes, il y avait un certain
consensus sur le fait que les nouveaux projets miniers seraient assujettis au BAPE. Je vous ai dit ça puis, en consultant le
mémoire... puis ça, c'était vrai. C'était vrai pour les groupes qu'on a
entendus, mais, pour les groupes qu'on n'a pas entendus, comme la
Conférence des préfets de l'Abitibi-Témiscamingue, bien, ce n'est pas tout à
fait vrai. Ils n'ont pas... ils ont des bémols qu'ils ont émis, et j'aurais
bien aimé pouvoir les entendre à ce sujet-là. Et je vais vous donner des
exemples, là, c'est à... attendez, je vais juste... je suis à... voyons. Je
suis à l'électronique. Excusez-moi, deux instants, je vais retrouver...
pages 5-6, voilà. Ils parlent ici du BAPE, puis ce qu'ils nous disent,
c'est que... Pour eux, ils disent, en fait, que, bon, l'assujettissement, c'est
bien pour une chose, ça va éviter le morcellement des projets qui visait, dans
le fond, à contourner l'obligation, le fait que la loi... le projet de loi
prévoit l'abrogation du seuil de 2 000 tonnes métriques par jour de
capacité de production. Ce qu'ils disaient, c'est que, dans le passé, il y
avait une certaine... un certain morcellement, puis ça, ça évitait, dans le
fond, le BAPE. Ça fait qu'en enlevant ça, c'est une bonne chose. Là-dessus, ils
sont d'accord.
Par contre, ils
disent que... ils constatent que l'augmentation de la capacité d'exploitation
minière touchant moins de 50 % de la superficie d'exploitation, elle n'est
pas soumise à... bien, ce n'est pas le BAPE, là, mais ça s'appelle la procédure
d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement. Et là ce qu'ils
disent... et puis ça, on ne l'a pas entendu
avec aucun groupe. Alors, moi, j'aurais vraiment aimé pouvoir poser des
questions à ce sujet-là, parce que n'étant pas dans une région minière,
on n'a pas cette réalité-là. Il n'y a pas de mine à Laval. Il y en a dans
mon... Il y a une carrière, il y a des carrières de gravier, là, chez nous, il
y en a quelques-unes, mais c'est tout. Il n'y a pas de mine, malgré qu'il y a
déjà eu des claims miniers, par contre, dans mon comté, mais...
Et donc ils
disent...attendez, je veux juste être sûre que je suis à la bonne place. Ils
disent... Ah! c'est ça, ils disent : «Étant donné que plusieurs de nos
villes ont vu le jour grâce à l'activité minière et que leur développement
s'est réalisé en étroite symbiose avec cette industrie, il est essentiel de
reconnaître les impacts des projets d'agrandissement sur notre territoire, et,
en effet, nous estimons que les répercussions d'un projet d'agrandissement sur les composantes sociales, environnementales et
économiques ne doivent pas être morcelées.» Alors, pour eux, ils disent
que les impacts cumulatifs du projet dans son ensemble doivent faire l'objet
d'un examen exhaustif.
Alors, ce que je
comprends, c'est qu'il y a une norme ici qui apparaît. Là, en fait, on vient
dire finalement que des projets d'agrandissement situés sous la barre du
50 % d'augmentation de la superficie minière ne seraient pas assujettis à
une analyse... à une analyse environnementale, et là ils semblent dire que ce
ne serait vraiment pas problématique, parce que, pour eux... tu sais, ils sont
vraiment des spécialistes beaucoup plus que nous, là. Ils savent ce que ça implique d'avoir une mine, là. Puis là
on parle d'agrandissement. Ça fait
qu'ils savent c'est quoi,
l'implantation d'une mine, mais ils
savent aussi ce que c'est des agrandissements parce qu'ils en ont vu pas juste
un dans leur secteur.
Et eux autres, ils
disent, dans le fond, que ça peut présenter des nouveaux risques qu'on n'évalue
pas actuellement, comme de la sismicité
induite. Vous comprenez que j'ai appris un mot, ici, M. le Président. Je ne
connaissais pas ce mot-là, sismicité induite. Je peux imaginer que ça
veut dire... puis j'aurais bien aimé pouvoir leur poser la question, mais je peux imaginer que ça veut dire
que, tu sais, s'il y a des nouveaux forages ou de la nouvelle, comment dire...
peut-être qu'on fait exploser avec de la dynamite quelque chose, bien, ça peut
créer des tremblements de terre.
Puis, M. le
Président, j'ai vécu, je ne sais pas si vous... je vous l'ai déjà dit, mais
j'ai vécu quatre ans au Chili et j'ai vécu
un tremblement de terre. J'ai eu peur, M. le Président. Je n'ai jamais eu peur
comme ça. Un 6,2... 6,2, ce n'est rien là-bas, mais 6,2, je peux vous
dire que ça réveille en tabarnouche. Et bref, tu sais, moi, j'aimerais ça
savoir, si j'étais dans leur région, si un agrandissement créerait une
possibilité d'avoir des tremblements de terre parce que ça peut avoir un
impact, par la suite, sur la stabilité des maisons. Il y a eu des endroits, je
vous réfère toujours au Chili, où, à un moment donné, bien, il y a une activité
sismique, puis là, bien, il y a une conduite de gaz qui se détache.
Malheureusement, il y a une fuite, il y a... Des fois, il y a eu des incendies.
C'est souvent les plus grands dommages.
Alors,
ce serait important de le valider. Moi, j'aurais aimé pouvoir leur poser des
questions là-dessus. Ils parlent aussi de risques technologiques.
Qu'est-ce que c'est? Je ne sais pas, moi, j'aurais aimé pouvoir leur demander
c'est quoi exactement les risques technologiques potentiels dans le cas d'un
agrandissement de mine.
Ils parlent aussi de
nouveaux impacts potentiels des puits affectés par le dénoyage. Un autre mot
que je ne connais pas, que j'aurais bien aimé pouvoir demander. Qu'est-ce que
ça veut dire, du dénoyage? Ils disent aussi : Bien, c'est sûr que c'est une
préoccupation. Vous comprendrez que, pour les gens, par exemple, de
Rouyn-Noranda, il y a des nouveaux secteurs
affectés par la qualité de l'air. Donc, ça aurait été vraiment bien de les
entendre à ce sujet.
• (17 h 20) •
Si
je continue, donc... Et pour eux... puis là, comme le dit mon collègue le
député de Pontiac, ce n'est clairement pas... L'objectif de les
entendre, ce n'est pas d'entendre des gens qui sont contre l'activité minière,
parce que ce n'est pas du tout ça. Ils
sont... Au contraire, ils commencent en disant... Ils disent, là : Pour
nous, là, c'est... l'activité minière est centrale au développement de
notre région. Donc, ils y tiennent. Puis ils ont... ils disent : Une
vision intégrée des impacts de l'ensemble
des projets sur notre territoire est essentielle. Et là ils disaient dans leur
mémoire qu'ils souhaitaient qu'un mécanisme soit instauré afin que nous
puissions contribuer activement à la réflexion entourant l'approbation ou non
d'un projet par le Conseil des ministres.
Mais
moi, je dirais que ça va plus loin. Je pense qu'ils devraient contribuer à
l'étude de ce projet de loi là, et de les entendre, et pas juste d'avoir... de
nous envoyer un mémoire, mais qu'on puisse les consulter sur ce mémoire-là. Parce
que je vous ai mentionné quelques mots, tout à l'heure, que je ne saisissais
pas ou des concepts... je pense qu'il y
aurait eu... on aurait eu intérêt à avoir ces échanges-là. La ministre aurait
parlé peut-être pendant 18 minutes avec le groupe, eux se seraient
exprimés pendant 10 minutes, nous autres, un autre 12 minutes, et la
collègue de l'opposition, un autre cinq
minutes. Ça fait pas mal d'échanges. Et ils auraient pu le faire, en plus, en
virtuel, donc sans GES d'émis, pour venir nous... pour nous en parler.
Mais bref, je pense, ça aurait été vraiment intéressant de les entendre.
Et
là, comme je vous disais, effectivement, là, c'est... pour eux, c'est
essentiel. Mais mon collègue n'a pas tort quand il dit : Ça amène une
pression sur les services d'une municipalité quand arrive une mine. Et c'est là
que, je pense, ça aurait été intéressant aussi. Moi, j'aimerais beaucoup
pouvoir leur poser des questions là-dessus, parce que c'est quelque chose qu'on
a échangé avec l'Abitibi, mais c'est une... avec la MRC de l'Abitibi, mais c'est
une réalité qui est vraiment distincte avec les autres régions de la Conférence
des préfets de l'Abitibi-Témiscamingue, c'est les besoins en logements.
Parce que, M. le
Président, je suis aussi porte-parole en matière... de l'opposition officielle
en matière d'habitation, et c'est quelque chose que je... j'ai constaté, c'est
souvent dans ces régions les plus éloignées que la crise du logement est la
plus aiguë. C'est assez hallucinant, là, des fois, les taux de vacance qu'on
voit, là... les taux d'inoccupation, en fait. On va constater, c'est
généralement 0 % dans ces régions-là. On peut... Puis, en plus, on
constate aussi qu'il y a beaucoup de ce qu'on appelle du «fly-in/fly-out», qui
déstabilise les communautés qui vivent là-bas, parce que, là, il y a des gens
qui viennent, mais ils sont là à temps partiel. Ça amène quand même des
besoins, mais ce n'est pas tout le temps. C'est difficile d'avoir de la
main-d'oeuvre. Il y a vraiment beaucoup, beaucoup d'enjeux. Et les routes aussi, les routes... la pression que les routes
amènent, l'entretien des routes que les municipalités ont à faire sur...
lorsqu'il y a de l'industrie minière, j'aurais bien aimé pouvoir en discuter
avec eux.
Puis il y a toute la
question... Ça, c'est intéressant, parce qu'on a entendu, comme je vous disais,
le comité intermunicipal de Saint-Mathieu-du-Parc, Saint-Élie-de-Caxton et
Saint-Boniface, qui, eux, étaient bien, bien, bien contents que le projet de
loi prévoie l'exclusion de l'exploration dans les périmètres urbains. Alors...
et les groupes environnementaux aussi
étaient d'accord avec cette mesure. Mais la Conférence des préfets de l'Abitibi-Témiscamingue est complètement
ailleurs parce qu'ils ont une réalité distincte de tous les autres, comme je
vous disais, par rapport... Par exemple,
nous, qui venons des régions du sud... en tout cas, pas vous, vous, vous êtes
de la Côte-Nord, mais nous, ici, de
ce côté-ci, on est plutôt au sud, et là... et eux nous disent, dans le fond,
que contrairement... puis ça, c'est écrit dans leur mémoire : «Contrairement aux régions situées dans le sud du
Québec, la prospection, l'exploration et l'exploitation des ressources
naturelles sont essentielles au développement régional de l'Abitibi-Témiscamingue.
Il est également fréquent que ces activités aient lieu à l'intérieur des
périmètres urbains puisque nos villes se sont historiquement développées autour
des mines.» Ils disent : «Les entreprises minières se sont ainsi intégrées
dans nos environnements et sont devenues
essentielles à l'écosystème de l'Abitibi-Témiscamingue.» Puis ils disent même
qu'il y a d'anciennes mines qui sont dans des périmètres urbains qui
pourraient... dans certaines municipalités, là, qui pourraient être
réexploitées dans le futur. Alors, ça, c'est une réalité que nous, on ne
connaît pas du tout et que je pense qu'on aurait intérêt à explorer davantage en entendant la Conférence des préfets de
l'Abitibi-Témiscamingue. Moi, j'aimerais savoir ce que ça implique.
Puis, tu sais, je vous
parlais tout à l'heure que j'ai discuté avec la mairesse de Rouyn-Noranda, qui
me disait : Bien, tu sais, Fonderie Horne, le village, quand il s'est...
En fait, la fonderie est arrivée, puis le village s'est créé autour, puis tout
ce qui existe là, c'est parce que la fonderie a existé. Bien, tu sais, à un
moment donné, il faut qu'on constate que
c'est une réalité qui est vraiment, vraiment distincte de la nôtre. On ne peut
pas imaginer ça ici, là, une industrie au coeur d'un village, mais
là-bas, c'est comme ça. Il n'y aurait pas... ces villages-là n'existeraient
pas, ou ces villes, ces municipalités. Parce que je disais village, mais
Rouyn-Noranda aujourd'hui, c'est une grande ville, c'est une... il y a
énormément de gens aujourd'hui. Mais tout ça, ça dépend de la Fonderie Horne.
Ça ne pourrait pas exister sans la Fonderie Horne, alors... et il faut
apprendre à cohabiter. Et c'est la même chose pour les mines, pour plusieurs
municipalités. Mais j'aimerais ça les entendre parce que, contrairement au collègue
de Pontiac, moi, je n'ai pas eu la chance
d'aller dans cette région, je n'ai pas eu la chance d'aller en Abitibi-Témiscamingue, mais je vais le faire sans faute. Il faudra
que j'aille voir ça de mes yeux vu.
Ils
nous parlent aussi... puis ça, c'est une autre distinction qu'on constate avec
d'autres régions, c'est la vision qu'ils ont de l'exclusion d'un
territoire incompatible à l'activité minière. Et eux autres... Dans le fond, ce
qu'ils nous disent, c'est qu'ils
souhaiteraient ne pas l'exclure, ne pas exclure de territoire, ne pas
exclure... excusez-moi, le territoire... permettre le BAPE à la place.
Et là je pense que ça va être plus simple. si je vous lis un extrait.
Ici, c'est à la
page 7 de leur mémoire. Dans le fond, ce qu'ils disent... Non, c'est ici.
Voilà. Ils disent qu'ils estiment... «La Conférence des préfets de
l'Abitibi-Témiscamingue estime que les dispositions relatives à l'exclusion de
la prospection, de l'exploration et de l'exploitation minière pour toute
substance minérale située dans un territoire incompatible à l'activité minière — c'est
ce que... il y a un TIAM — ou
dans un périmètre [urbain...] périmètre d'urbanisation — pardon — délimité
par un schéma d'aménagement et de développement sont incohérentes avec les
objectifs du développement territorial et économique de la région.» Ils
disent : «Cette approche constitue un recul significatif pour la région,
qui se voit dépossédée de son pouvoir de gestion en matière d'aménagement du
territoire et de développement économique.» Ça, c'est fort, M. le Président,
«un recul significatif pour la région, qui se voit dépossédée de son pouvoir de
gestion en matière d'aménagement du territoire». Ils sont ceux qui connaissent
le mieux leur territoire et ils viennent nous dire : Bien, ce projet de
loi là, là, va nous empêcher, dans le fond, de gérer notre territoire. Puis ce
n'est pas parce qu'ils sont contre les mines, au contraire, ils sont
favorables.
D'ailleurs, ils
refusent certains... ils critiquent certains éléments qui disent que ça va empêcher,
en fait, le développement minier. Et ça, c'est vraiment... en tout cas, ça m'a
sauté aux yeux quand j'ai lu ça. Et ils ont raison, les élus. Les élus locaux sont ceux qui connaissent le mieux leur
territoire. C'est eux qui savent c'est quoi, les besoins en eau potable,
c'est quoi, les besoins pour les routes, c'est quoi, les milieux naturels qu'il
faudrait protéger pour les citoyens, pour la
biodiversité, tu sais, aussi qu'ils savent où ils vont devoir installer les
nouveaux... les futurs logements pour qu'il y ait une certaine
cohérence.
Alors, de
vouloir centraliser ça à Québec, ça va comme... ça va à l'encontre de ce qu'on
voudrait, si on se disait être un
gouvernement aux... un gouvernement des régions. Donc, c'est un peu... en tout
cas, j'aurais aimé les questionner davantage sur
cet élément-là parce que ce n'est pas quelque chose... Comme je vous disais,
moi, j'étais à Laval, j'ai participé à l'élaboration de la dernière version du
schéma d'aménagement de la ville de Laval et le plan d'urbanisme aussi avant qu'il soit adopté, et c'est un immense
exercice. Il y a une concertation de tout le monde, mais pas juste les élus.
Ce n'est vraiment pas fait à huis clos,
là... ce n'est pas fait en vase clos, pardon. C'est fait, un schéma
d'aménagement, avec des gens de partout. Les gens d'affaires, les gens de la
communauté, de la culture, les groupes environnementaux, tout le monde
participe à ces rencontres pour établir un schéma d'aménagement et de
développement. Et aujourd'hui, on leur dit : Bien non, maintenant, ce
n'est pas vous. Malgré que toute la société civile, finalement, participe à ça et établit ensemble qu'est-ce que
devrait être le développement, comment devrait être le développement, où
devrait se faire le développement minier ou non, bien là, on leur dit :
Non, non, vous, vous ne savez pas ça, c'est nous qui allons le déterminer
dorénavant. Donc, il y a quelque chose... un non-sens, quant à moi, puis
j'aurais aimé pouvoir les entendre là-dessus.
• (17 h 30) •
Un autre élément qu'ils font référence, c'est
les travaux. Puis ça, il y a d'autres groupes qui nous en ont parlé, mais le
fait qu'il y aurait des travaux sur tous les claims miniers, tous les droits
d'exploration, éventuellement, pour pouvoir maintenir son droit d'exploration,
bien, ce qu'ils nous disent, puis ça, c'est en page 8 de leur mémoire, j'y
vais ici... non, je ne suis pas à la bonne page ici. Bon, je pense qu'il me
manque quelque chose. Dans le fond... puis
je vais vous le lire ici, je l'avais ici, ils disent, dans le fond : «La
gestion des claims miniers poserait un défi important, particulièrement
en raison de leur présence actuelle à l'intérieur des périmètres urbains. Pour
les conserver, les entreprises devront intensifier leurs activités de
prospection afin de renouveler ces claims. Cela signifie que plusieurs travaux
de prospection devront être menés simultanément, puisqu'il ne serait plus
possible d'étaler les efforts dans le temps, ce qui entraînerait une gestion
complexe et des impacts plus directs sur la population. Dans ce contexte, la
Conférence des préfets de l'Abitibi-Témiscamingue demande une plus grande
souplesse dans l'application des règles en milieu urbain, notamment au niveau
des délais, afin de permettre une meilleure planification et une gestion plus
équilibrée des impacts sur le territoire.»
Il y a des groupes qui sont venus nous en
parler, mais ils nous ont parlé plutôt du 4,5 kilomètres de distance que les
claims peuvent être transférés ou que les travaux peuvent être transférés. Mais
les délais, ça, je vous avoue que je ne me rappelle pas vraiment en avoir
entendu parler, et ça aurait été vraiment intéressant de les entendre à ce
sujet-là, parce que, bien, ce n'est pas un dossier que je connais
particulièrement bien.
Il y a un autre élément qui préoccupe beaucoup
la conférence des préfets, c'est... d'Abitibi-Témiscamingue, puis je reviens
aux territoires... aux TIAM, là, aux territoires incompatibles avec l'activité
minière. Là, ils disent, tu sais, dans le
fond... ils disent que... tu sais, puis je reviens au schéma d'aménagement tout
à l'heure, ils disent que tout ça, là... il y a des enjeux
d'acceptabilité sociale qui sont distincts, OK, en Abitibi-Témiscamingue, qui
sont distincts du reste du Québec. Ça, je pense, c'est clair, on en a fait...
on en a parlé abondamment, puis ils disent : Il y a une familiarité entre les communautés locales et
l'industrie minière, qui fait en sorte, là, que, là-bas, il y a une compréhension
très, très fine de l'équilibre nécessaire entre le développement économique et
le bien-être collectif. Mais là on dit... ils nous disent qu'il manque de
flexibilité pour répondre à leurs besoins spécifiques, notamment en ce qui
concerne la gestion des opérations minières souterraines, par rapport aux
opérations de surface.
Ça, c'est une réalité qu'on a peu entendu
parler, là. Il y a eu, si je ne me trompe pas... les gens de Québec meilleure
mine! nous en ont parlé, qui ont dit que c'était possible de se faire... mais
j'aurais bien aimé entendre des gens qui le vivent au quotidien, réellement,
des mines souterraines. Je pense que ça aurait été utile de les entendre.
Mais là ils rajoutent, après ça, que le
problème, c'est que les TIAM, en fait, ça peut toujours être approuvé ou pas
par le ministre... la ministre, aujourd'hui, mais le ministère des Ressources
naturelles et des Forêts. Donc, même si eux
sont les grands responsables de toute cette planification, de toute cette...
l'identification des territoires, comment mieux harmoniser avec leurs
communautés, comment s'assurer qu'il y ait une cohabitation qui fasse du sens,
bien, malgré tout, ça revient au ministère, qui n'est clairement pas situé en
Abitibi-Témiscamingue, là, qui va approuver ou non ces territoires
incompatibles à l'activité minière.
Et là, dans le fond, ils nous disent que, bien,
en raison du potentiel minier d'un territoire, bien, le ministère, lui, pourrait refuser son adoption sans que les
critères d'évaluation ou l'importance accordée à ces aspects soient clairs,
laissant les municipalités dans l'incertitude. Donc, les gens qui connaissent
le mieux leur territoire, qui ont pris des engagements, ils se sont fait élire
auprès des citoyens. Ce sont les représentants du peuple... qui connaissent le
mieux leur territoire. Bien, on leur dit : Bien, nous, on le sait mieux
que vous, hein? Nous, on le sait mieux que vous, ça fait que c'est nous qui allons décider pour vous. Même
si nous, on ne vit pas là-bas, même si nous, on ne connaît pas vraiment
votre réalité, bien, c'est nous qui allons décider.
Alors, ça,
j'aurais vraiment aimé pouvoir les entendre là-dessus, parce qu'il y a
beaucoup... il y a plusieurs amendements, là, dans le projet de loi, en
fait, qui viennent modifier ça, notamment les TIAM, puis je pense qu'il
faudrait vraiment les entendre. Pour eux, là, la Conférence des préfets de
l'Abitibi-Témiscamingue, ils disent qu'ils sont d'avis que les TIAM reprennent
essentiellement les mêmes objectifs et contenus d'un schéma d'aménagement et
qu'en conséquence ils demandent... et ça, ce n'est pas rien, ils demandent
l'abrogation de l'article 246 de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme,
qui accorde préséance aux dispositions de la Loi sur les mines sur les
dispositions entourant l'élaboration d'un schéma d'aménagement.
Et ça, on l'a entendu par d'autres groupes qui
l'ont demandé, la Fédération québécoise des municipalités, l'Union des
municipalités du Québec. La MRC de l'Abitibi en a parlé aussi. Bien, en fait,
tout ce qui est élu municipal est venu nous en parler. Ils nous en ont tous
parlé. Pourquoi? Parce que, pour eux, c'est une atteinte à leur... Dans le
fond, on dit qu'ils sont des gouvernements de proximité, mais on le dit quand
ça nous arrange puis on... finalement, quand que ça ne
nous arrange pas, bien, on dit : Bien non, là, vous ne l'êtes pas, c'est
nous qui allons décider pour vous. Et ce
qu'ils nous disent, dans le fond, c'est que, comme ils sont ceux qui
connaissent le mieux leur territoire,
bien, ils devraient être ceux qui adoptent ce schéma d'aménagement là, et ce
schéma d'aménagement là devrait avoir préséance sur le reste.
D'ailleurs, L'Union des producteurs agricoles avait...
ils avaient des craintes, ils nous parlaient, là, de la CPTAQ qui devait continuer à jouer son rôle par rapport aux mines. Puis
quand je leur ai posé la question : Est-ce que l'abrogation de l'article 246 de la LAU
ferait votre affaire, ça viendrait régler cette situation-là?, ils m'ont
dit : Exactement, ça serait exactement ça, ça viendrait régler la
situation.
Alors, pour des municipalités qui vivent avec
les mines et qui nous disent ça, qui nous disent : Nous, là, on veut quand même avoir le contrôle sur
l'aménagement de notre territoire, mais on veut avoir des mines, bien, je pense
que c'est nécessaire de les entendre et de savoir, c'est ça, c'est quoi, leur
réalité, parce que c'est quelque chose qu'on n'a pas... qu'on n'a pas, comme je
vous disais tout à l'heure, dans...
Le Président (M. Montigny) : Une
minute.
Mme Dufour : Oui, c'est ça... J'ai
encore plein de choses à dire, M. le Président.
Écoutez, dans le fond, il y a un autre élément
qu'ils ont... puis je vais terminer avec ça, puis ça, je pense, ça aurait été
aussi intéressant de les entendre, c'est que, pour eux, le fait qu'on leur
demande de demander au ministre une levée
partielle ou totale de la soustraction de terres privées hors du périmètre
urbain, ça vient, pour eux, mettre une pression supplémentaire. Et ils
disent : Nous, ça va exposer les élus locaux à des pressions citoyennes,
des conflits internes puis ça... encore une fois, ça ne tient pas compte de la
diversité territoriale des régions. Bien, je pense, j'aurais aimé vraiment, M. le Président, les entendre sur ce sujet-là.
Puis d'ailleurs j'ai manqué de temps pour en parler puis détailler
là-dessus, mais je pense qu'on aurait tous intérêt à les entendre, M. le
Président. Merci beaucoup.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Très bien. Merci. Y a-t-il d'autres interventions sur cette motion?
Mise aux voix
Alors,
comme il n'y a pas d'intervention sur cette motion, nous allons mettre cette
motion aux voix. Mme la secrétaire.
Une voix : ...
Le
Président (M. Montigny) : Parfait. On va faire un appel nominal. On va
passer maintenant au vote. Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Fortin (Pontiac)?
M. Fortin : Pour.
La Secrétaire : Mme Dufour
(Mille-Îles)?
Mme Dufour : Pour.
La Secrétaire : Mme Blanchette
Vézina?
Mme Blanchette Vézina : Contre.
La Secrétaire : M. Tremblay
(Dubuc)?
M. Tremblay : Contre.
La Secrétaire : M. Bussière
(Gatineau)?
Le Président (M. Montigny) : M.
Bussière?
M. Bussière : Contre.
La Secrétaire : Mme Picard
(Soulanges)?
Mme Picard : Contre.
La Secrétaire : M. Rivest
(Côte-du-Sud)?
M. Rivest : Contre.
La Secrétaire :
Mme Zaga Mendez (Verdun)?
Mme Zaga Mendez : Abstention.
La Secrétaire : M. Montigny
(René-Lévesque)?
Le Président (M. Montigny) : Abstention.
Alors, merci. La motion est battue, est rejetée. Maintenant, est-ce qu'il y a
d'autres motions préliminaires?
Une voix : ...
Le Président (M. Montigny) : Parfait.
Est-ce que vous l'avez transmise au secrétariat?
Une voix : ...
Le Président (M. Montigny) :
Parfait.
On va suspendre quelques instants pour permettre
d'acheminer la motion au secrétariat. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 40)
(Reprise à 17 h 46)
Le
Président (M. Montigny) : Alors, nous redébutons nos travaux. Nous avons
reçu... bel et bien reçu une motion préliminaire. Alors, il y a
quelqu'un qui a déposé cette motion, alors...
M. Fortin : Oui, M. le Président...
Le Président (M. Montigny) : C'est
vous, M. le...
M. Fortin :
...il y a quelqu'un qui a déposé cette motion.
Le
Président (M. Montigny) : Et voilà. Alors, je vous laisse aller. Vous avez
donc 30 minutes pour la présenter et pour nous expliquer la teneur
de vos propos.
Motion proposant
d'entendre M. Jonatan Julien
M.
Fortin : Très bien. Merci. Merci, M. le Président. Je note
l'heure afin de m'assurer que je termine à l'heure également. Alors,
voici, motion préliminaire.
Conformément à l'article 244 du Règlement
de l'Assemblée nationale, je fais motion afin :
«Que [...] la Commission de l'agriculture, des
pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles, dans le cadre de l'étude
détaillée du projet de loi n° 63, Loi modifiant la Loi sur les mines et
d'autres dispositions, tienne des consultations particulières et qu'à cette
fin, elle entende dès que possible M. Jonatan Julien, ancien ministre de
l'Énergie et des Ressources naturelles du 18 octobre 2018 au
20 octobre 2022.»
M. André Fortin
Et là je m'excuse, M. le Président, si j'ai fait
un accroc au règlement en nommant celui qui est député de Charlesbourg. Je
crois...
Une voix : ...
M. Fortin :
...je m'en excuse, également ministre de l'Infrastructure. Mais je pense que ça
pourrait faire plaisir au gouvernement, une motion comme celle-là, à tout le
moins ça pourrait être intéressant comme débat. Parce que moi, je trouve que le
député de Charlesbourg, le ministre de l'Infrastructure, d'abord et avant tout,
je trouve que c'est un... c'est un tribun particulièrement intéressant. J'aime
l'entendre, M. le Président. Et, vous savez, dans les espèces de classements
qu'on fait à la fin de chaque année, là, on peut voter pour les députés qu'on
trouve qui ont une bonne présence dans leur circonscription, on peut trouver
des députés qui ont un bon esprit sportif. Moi, ça m'arrive souvent de voter
pour le député de Charlesbourg en tant que meilleur orateur de l'Assemblée. Et
je le dis franchement et honnêtement, là, c'est quelqu'un qui... quand il
parle, il capte notre intérêt, M. le Président. Alors, j'aimerais ça
l'entendre. Ce serait intéressant, ce serait divertissant, mais ce serait
surtout utile aux travaux de notre commission.
Et je vous explique pourquoi, M. le Président.
Parce que l'idée de réformer la Loi sur les mines, ça ne date pas d'hier, hein?
La ministre l'a dit, là, un peu plus tôt, là, une réforme ou une présentation
de projet de loi pour modifier la Loi sur les mines,
comme le fait le projet de loi n° 63, bien, c'est attendu et c'est attendu
depuis un certain temps. Alors, on est retournés dans les anciens pourparlers
ou les anciennes discussions publiques que le précédent
ministre des Ressources naturelles avait eues et on a trouvé des articles,
somme toute, intéressants, M. le ministre... M. le Président.
• (17 h 50) •
Il y a quatre ans et demi, le 25 février
2020, le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles... à l'époque,
c'était un ministre qui s'occupait des deux dossiers, depuis le gouvernement a
réorganisé des trucs, mais le ministre de l'Énergie et des Ressources
naturelles, le député de Charlesbourg, indiquait à Radio-Canada, je crois, oui,
Radio-Canada, avoir l'intention d'effectuer une refonte de la Loi sur les
mines, qui avait été modernisée, pour la dernière fois, en 2013. Et on se
souvient tous de ces débats-là avec Martine Ouellet, M. le Président,
lorsqu'elle était ministre des Ressources naturelles. Alors, la refonte de la
Loi sur les mines, ce que le ministre de l'Infrastructure actuel disait à
l'époque, bien, c'est qu'il faut la moderniser, hein, et ça, ça venait suite
aux interventions, justifiées, encore une fois, de plusieurs MRC, de plusieurs
municipalités, entre autres par rapport à la désignation des TIAM.
Et je trouve ça intéressant, M. le Président,
que cette ouverture-là, cette idée-là, d'il y a quatre ans et demi, de février
2020, elle venait par rapport aux frustrations, par rapport aux critiques que
les MRC, que les municipalités émettaient par rapport au processus de
désignation des TIAM, parce qu'on l'a entendu encore aujourd'hui, on l'a
entendu encore au cours des dernières semaines, hein? Moi, je me souviens du
préfet de la MRC de Papineau, qui est venu ici nous dire que ça fait huit ans
qu'il travaille à avoir un TIAM pour sa MRC... pour sa municipalité ou sa MRC.
Alors là, M. le Président, huit ans, et ils n'ont réussi qu'à avoir une petite
partie, si je me souviens bien de son intervention, de son... de la discussion
qu'on a eue.
Alors, de toute évidence, à ce moment-là, quand
les frustrations étaient déjà sur la place publique... ça faisait trois ans et
demi que la MRC Papineau se battait pour ça. Là, quatre ans et demi de plus ont
passé. On est rendus à huit ans. Alors, je vous suggère, M. le Président,
encore... parce que, dans le projet de loi, disons que c'est loin d'être clair
que les TIAM vont réellement être améliorés, le processus interne au ministère
des Ressources naturelles va réellement être
amélioré, alors que plusieurs municipalités, MRC auraient émis ce souhait-là.
Je vous soumets, M. le Président, que
le ministre des Ressources naturelles pourrait... de l'époque, pourrait nous
dire pourquoi ils n'ont pas agi en ce sens.
M. le Président, on est remontés encore plus
loin, 31 janvier 2019. Et là je pense que vous allez l'aimer, celle-là, étant d'une région minière vous-même, M.
le Président : Québec veut faciliter le démarrage de nouvelles mines.
Et comment
on voulait faire ça à l'époque, M. le Président? Je vous le cite :
«Questionné sur la suite à donner au Plan Nord,
le gouvernement de la CAQ répond qu'il soutient l'ouverture de nouvelles mines,
et, pour y arriver, le ministre des Ressources naturelles entend alléger
le fardeau administratif imposé aux promoteurs miniers.»
Et entendez bien celle-là, M. le Président, on
venait dire que le fardeau administratif imposé aux promoteurs miniers était trop grand parce qu'à l'époque, et
le ministre se scandalisait de la chose, il y avait 660 permis et autorisations
du gouvernement du Québec nécessaires à l'ouverture d'une mine. Démarrer un
projet minier au Québec nécessitait, à ce
moment-là, 660 permis et autorisations. Et ça, c'est il y a cinq ans et
demi. Et on nous disait : Ça n'a pas de sens, il faut absolument
revoir ça, il faut faciliter le démarrage de nouvelles mines, il faut alléger
ce processus-là.
Avez-vous entendu la fédération des chambres du
commerce... des chambres de commerce du Québec il y a, quoi... la semaine dernière ou il y a deux semaines, ici, en commission
parlementaire? Combien ils nous ont dit qu'il y avait de permis et d'autorisations nécessaires
aujourd'hui, au Québec, pour ouvrir une nouvelle mine? 660, M. le Président.
Ça, c'était
il y a cinq ans et demi... presque six ans, en fait, plus que cinq ans et demi,
il y a presque six ans, en janvier 2019. On nous a dit : Ça n'a pas de
sens, il faut faciliter le démarrage, il faut alléger le fardeau administratif.
Et depuis, on n'en a pas enlevé une seule de ces autorisations-là qui seraient
nécessaires.
Et il avait raison, M. le Président, le
ministre des Ressources naturelles de l'époque. Dans les 660 permis... écoutez bien ça, il allait encore plus loin, en
fait, de dire qu'il y avait une lourdeur puis une complexité des procédures. Il
nous disait... «Le ministre des Ressources naturelles concède que plusieurs de
ces informations — plusieurs
de ces permis et autorisations — peuvent être redondantes.» Il le savait
déjà.
Alors, le ministre des Ressources naturelles, en
2019, avait déjà identifié quels permis, quelles autorisations, quelles informations demandées de la part du
gouvernement étaient redondantes. Et pourtant, aujourd'hui, ces mêmes
autorisations là sont nécessaires.
Alors, quand on dit : «Il prévoit réduire
la lourdeur et la complexité de ces procédures»... je veux bien, M. le
Président, qu'on a devant nous un gouvernement qui, pour certaines de ses
promesses, les met de côté, mais là c'était une promesse pour laquelle il y
avait une solution, hein? Ce n'était pas un enjeu, disons, aussi déchirant que
le troisième lien, par exemple, où le gouvernement était en faveur d'un
troisième lien à l'est, ensuite au centre-ville... bien, ce qu'on appelait des centres-villes, là, parce qu'à Lévis c'était
quand même... ça arrivait sur le bord de la 20, je ne suis pas sûr qu'on
peut appeler ça le centre-ville de Lévis, mais de centre-ville à centre-ville.
Après ça, on était pour un bitube. Après ça, on était pour un seul tube. Après
ça, on était pour un seul tube mais juste pour le transport en commun. Là, on
n'est plus pour rien du tout, mais peut-être qu'on l'est, parce que ça revient
sur la table une fois de temps en temps.
Ça, M. le Président, je le concède au
gouvernement, c'est un dossier complexe, mais là, ici, on est devant un
ministre qui nous dit : Je le sais qu'il y a des permis, qu'il y a des
autorisations qui sont redondantes, je le sais que ça ne marche pas, puis je
sais c'est lesquelles, puis je vais le réduire... je vais réduire la lourdeur,
la complexité, puis il ne l'a pas fait. On a
encore aujourd'hui 660 autorisations et permis nécessaires lorsqu'on veut
introduire, ouvrir une mine au Québec.
Mais savez-vous quoi? La
réflexion avait été poussée encore plus loin à l'époque. «Dans les 660
permis...» Citation du ministre de l'Énergie, des Ressources naturelles... ah,
et responsable de la Côte-Nord, M. le Président, je l'avais oublié, de l'époque : «Dans les 660 permis, est-ce qu'on ne
peut pas accompagner le promoteur avec une espèce de chargé de projet
qui chemine avec lui dans le processus?» Oh! là, on avait mis le doigt sur
quelque chose. Est-ce qu'on peut aider des
promoteurs, des gens qui s'intéressent à venir investir dans le potentiel
minier du Québec? Est-ce qu'on peut les aider avec une espèce de chargé
de projet?
Avez-vous
entendu les gens de l'association minière nous dire qu'il y a un bon
accompagnement ces jours-ci? Je ne pense pas, M. le Président. Avez-vous
entendu les gens qui ont émis des mémoires, là, entre autres les gens de Glencore, par exemple, les avez-vous entendus dire
que cette promesse-là, elle a été réalisée de la part de l'ancien ministre
des Ressources naturelles? Je ne pense pas, M. le Président. Et pourtant, il
comprenait l'enjeu.
Je le cite
encore : «Actuellement, on a besoin des permis environnementaux du
ministère de l'Environnement, des permis de Faune et Parcs, du ministère
de l'Énergie et des Ressources naturelles et souvent des permis du ministère
des Transports.» Alors, il savait exactement, M. le Président, ce qui était
nécessaire. Il avait identifié des façons de s'y
prendre, façons de s'y prendre qui ne sont pas retenues... qui n'ont pas été
retenues au fil des années et qui n'ont toujours pas été retenues par la
ministre dans son projet de loi actuel, d'ailleurs.
Alors, je
trouve ça réellement particulier, M. le Président, que ces changements-là,
qu'on connaissait déjà il y a cinq ans comme nécessaires... qu'on
reconnaissait déjà il y a cinq ans comme nécessaires... bien, qu'on ne les ait
toujours pas faits et qu'on ne les inclue même pas dans le projet de loi de la
ministre, qui vient complexifier la chose. Je vous rappelle le propos d'à peu
près tout le monde du côté du patronat, tout le monde du côté des investisseurs
miniers, c'est-à-dire que l'incertitude que vient créer, entre autres, tous les
pouvoirs que s'auto-octroie la ministre des
Ressources naturelles vont venir ajouter une couche d'imprévisibilité, hein? Ce
qu'on veut ici, c'est de la prévisibilité. Là, on vient ajouter de
l'imprévisibilité. On fait exactement le contraire de ce qu'on a dit qu'on
voulait faire. Enfin.
• (18 heures) •
M. le
Président, le précédent ministre des Ressources naturelles, je pense qu'il y
croyait vraiment, M. le Président, quand il affirmait, dans une motion
qu'il a présentée à l'Assemblée nationale en 2021, en avril 2021, conjointement
avec plusieurs collègues autour de la table... de la table de l'Assemblée à
l'époque, pas la table ici, M. le Président :
«Qu'elle souligne que les minéraux critiques et
stratégiques sont essentiels — on est d'accord là-dessus — et que nous avons la chance de pouvoir compter sur la
richesse de notre territoire pour nourrir une relance économique verte et
vitaliser l'économie de nos régions.»
Bien, j'espère, M. le Président... J'espère que
nos minéraux critiques et stratégiques sont essentiels. J'espère que le gouvernement
et que tout le monde au gouvernement reconnaît qu'on a la chance de pouvoir
compter sur cette richesse-là dans notre territoire pour nourrir une relance
économique verte. Mais si les minéraux critiques et stratégiques qu'on utilise dans nos filières batterie, par
exemple, ne sont pas du Québec, bien, est-ce qu'on aura vraiment, M. le Président, vitalisé l'économie de nos
régions comme le disait le ministre des Ressources naturelles de l'époque?
Bien, ça, c'est une motion que... ils ont
demandé à tous les parlementaires de voter positivement face à cette
initiative. Je vous rappelle le slogan à l'époque, Un Québec plus prospère,
un Québec plus vert, un Québec plus fier. Mais
je ne le sais pas, moi, mais les gens de l'Abitibi qui ont écrit le mémoire que
j'ai cité un peu plus tôt, ils n'avaient pas l'air particulièrement
fiers de ce qui a été proposé par le gouvernement. Je ne pense pas qu'ils
croient non plus que ça va mener à un Québec plus prospère, hein? Ils ont cité
leurs inquiétudes sur l'avenir économique du Québec. Je ne pense pas non plus
que, si on arrive à un Québec plus vert... si on veut un Québec plus vert,
qu'on y arrivera en refusant d'utiliser certains des minéraux stratégiques
essentiels au développement de ces filières-là.
Et là, M. le Président, j'arrive à la vraie
raison, le fond de la chose, à savoir pourquoi on veut entendre et on pense que
ce serait utile pour la commission d'entendre l'ancien ministre des Ressources
naturelles. Ça, c'est le document que j'ai devant moi, M. le Président. Et ne
vous en faites pas, là, je le sais que mon collègue de Nelligan a fait une demande similaire pour entendre récemment
le député de l'Ancienne-Lorette, M. le Président... de La Peltrie, le
député de La Peltrie, le ministre de la Transformation numérique, à une
commission parlementaire comme celle-là et qu'il a lu son CV. Je ne
lirai pas le CV. En fait, je ne pense pas que c'est le député de Nelligan, je
pense que c'est le député de Taschereau qui a lu le CV du ministre en question.
Je ne ferai pas ça pour le ministre de l'Infrastructure. C'est vrai, j'ai raison. Ça a l'air que c'est un
bon choix en plus. Mais, M. le Président, je vais m'inspirer d'un document
qu'il a lui-même déposé, qu'il a lui-même écrit, élaboré et déposé,
c'est-à-dire le Plan québécois pour la valorisation des minéraux critiques et
stratégiques 2020‑2025, hein? On y voit même une batterie pour parler de
l'importance des minéraux critiques et stratégiques, alors comme quoi le
gouvernement a de la suite dans les idées, même si cette suite d'idées là, elle
est rompue à un certain point quand on vient à parler des mines.
Et là, M. le Président, avant d'en arriver aux
mots du ministre, il y a quand même le mot du premier ministre dans ce
document-là, et le premier ministre du Québec qui dit essentiellement :
«Le Québec a la chance de pouvoir miser sur d'immenses réserves de ressources
naturelles pour nourrir une relance économique verte.» Vrai, il a raison. Je ne
donne pas raison souvent au premier ministre. Je ne lui donne pas raison sur le
troisième lien. Je ne lui donne pas raison sur ses valses-hésitations sur le
tramway de Québec. Je ne lui donne certainement pas raison sur le très
malhabile jeu au sujet de l'immigration qu'il a mis de l'avant la semaine
dernière. Mais sur cet enjeu-là, il avait raison,
à l'époque, de dire : «Le Québec a la chance de pouvoir miser sur
d'immenses réserves de ressources naturelles pour relancer une économie
verte.»
Mais, M. le Président, ce n'est pas ce que le
projet de loi propose. Le projet de loi propose le contraire. Le projet de loi
propose de laisser ces minerais... ce minerai critique et stratégique sous le
sol québécois. Et pourtant le premier ministre disait : Nos minéraux
critiques et stratégiques sont des ingrédients essentiels à l'électrification
de notre économie. Essentiels, incontournables, nos
minerais, nos minéraux critiques et stratégiques. Et c'est pour ça qu'il disait que «le Plan québécois pour la
valorisation des minéraux critiques et stratégiques s'inscrit dans cette vision :
il présente des mesures concrètes pour tirer
profit de minéraux indispensables à la transition énergétique et technologique,
tant à l'échelle nationale et internationale. Ce plan nous offre la
possibilité de faire rayonner le Québec partout dans le monde.»
Mettez ça côte à côte, là, avec ce que les gens
d'Abitibi nous ont dit un peu plus tôt, ce que j'ai cité du mémoire de la
Conférence des préfets de l'Abitibi-Témiscamingue, qui nous ont dit
essentiellement que le projet de loi présenté par la ministre va mettre à mal
l'avenir économique du Québec et de leur région en particulier. Et là, ici, on a le premier ministre du Québec qui nous dit
qu'on a la possibilité de tirer profit de nos minéraux — ils
sont où, nos minéraux, ils sont dans le sol — indispensables à la
transition énergétique et qu'on va pouvoir les utiliser ici ainsi qu'à l'international. On va même pouvoir les
exporter, M. le Président. Mais là on n'est pas là pantoute, là, avec le projet
de loi n° 63. On n'est pas là du tout.
Ce que les acteurs du monde minier, ce que les
acteurs du monde municipal, en Abitibi-Témiscamingue, nous ont dit essentiellement, c'est qu'on va ralentir le développement
minier. Donc, on va en avoir moins, de minéraux stratégiques qu'on va
être capable de sortir du sol québécois. Alors, la possibilité de faire
rayonner le Québec partout dans le monde,
elle va passer par quoi, si elle ne passe pas par les minéraux stratégiques et
critiques, comme le souhaitait le premier ministre? M. le Président, on
nous disait, à travers la voix du premier ministre, qu'on voulait rendre le Québec plus autonome. Bon, le premier ministre
n'est pas tout à fait rendu à son ancien souhait, qu'il soit indépendant,
le Québec, mais il dit qu'on va le rendre plus autonome en contribuant à la
production de substances nécessaires au développement de ces secteurs clés de
notre industrie.
Je ne pense pas que c'était très controversé
quand le premier ministre disait ça. Je pense que c'était même souhaitable de
vouloir relancer la création de la richesse... et nous permettra non seulement
de créer de la richesse, mais aussi
d'améliorer nos infrastructures au bénéfice de plusieurs collectivités
nordiques. Ce n'était pas particulièrement controversé, mais je ne connais pas
grand monde qui se sont arrêtés aux mots du premier ministre puis qui ont dit :
Oh! pas sûr de ça, moi. Heille! Il s'avance,
là. C'est risqué, ce qu'il dit là. Tout le monde était... «tout le monde», la
grande majorité des Québécois étaient d'accord avec ça.
La grande
majorité des gens qui sont intervenus ici, dans le cadre de la commission
parlementaire, comprenaient ce qu'il voulait dire. Des gens que le
gouvernement souhaite aider quand il met de l'avant la filière énergétique,
quand il met de l'avant la filière batterie, entre autres, je suis pas mal sûr
qu'il était d'accord avec ça. C'est une des raisons... à part le cheap labor
évoqué par Investissement Québec, c'est une des raisons pour lesquelles les
gens qui s'investissent dans la filière batterie choisissent parfois, pas
toujours, mais parfois, le Québec. C'est parce qu'on a, entre autres, des
minéraux critiques et stratégiques et qu'on peut aller les puiser, qu'on a un
environnement d'affaires qui fait leur affaire.
Alors là, je me tourne la page, M. le
Président... et j'en arrive aux mots du ministre : «La valorisation de ces
minéraux sur notre territoire est doublement
importante : d'abord, pour répondre aux besoins d'approvisionnement, ici, mais
également à l'international.» OK. C'est peut-être le même auteur qui a écrit
les deux mots, là, mais il est signé de deux personnes différentes.
Puis les deux disent : On a besoin de ces minéraux critiques et
stratégiques là pour développer nos industries ici et pour exporter, pour
décarboner le Québec et pour décarboner le reste de la planète. Qu'est-ce que
l'auteur du projet de loi n° 63 n'a pas compris? «Ce plan permettra donc
d'attirer des investisseurs, de créer des emplois et de stimuler l'essor de
nouvelles entreprises». Gagnant-gagnant-gagnant, mais trois choses qui,
selon les gens qui se sont prononcés sur le projet de loi n° 63,
deviennent impossibles ou difficiles, à tout le moins.
• (18 h 10) •
Mais le pire,
M. le Président, c'est le dernier paragraphe. «Plus que jamais, notre
gouvernement entend dynamiser nos économies régionales en misant sur ses
forces.» Moi, j'ai entendu le contraire des gens de l'Abitibi, j'ai entendu exactement le contraire. Des gens qui, s'ils se
donnaient le temps d'aller relire ces mots du premier ministre, ces mots du
ministre des Ressources naturelles, diraient : Bien, vous avez des
explications à nous donner. Puis c'est à peu près ça qu'on veut avoir du
ministre des Ressources naturelles de l'époque, des explications. Comment on a
pu se rendre là? Comment ce projet de
loi là, qui va à l'encontre de tout ce qui a été dit par le ministre des
Ressources naturelles, par le premier ministre, a pu se rendre ici
aujourd'hui devant nous, parlementaires, pour l'étude du projet de loi? Comment
ils ont pu approuver quelque chose qui
allait à l'encontre d'à peu près tout ce qu'eux-mêmes mettaient de l'avant il y
a quelques années?
Là, M. le Président, le document en tant que
tel, là, fait 54 pages, et, à peu près à chacune de ces pages-là, je peux
retrouver une citation. Ne vous en faites pas, M. le Président, je ne lirai pas
les 54 pages du document, mais à chacune des pages du document, je peux
retrouver une citation attribuable au ministre des Ressources naturelles de l'époque, à son ministère, à tout le moins, qui
est en pleine contradiction avec le projet de loi n° 63. Il vient nous dire,
à la page 1, qu'on a des besoins croissants en minéraux critiques et
stratégiques, hein? Il rejoint un peu ce que le gouvernement fédéral nous
disait il y a quelque temps, qu'on a besoin d'une augmentation. Pourquoi? Parce
que les appareils, les équipements
intelligents, l'aérospatiale, les télécommunications, les énergies
renouvelables, le stockage d'énergie, le domaine médical,
l'électrification des transports sont tous des secteurs en croissance pour
lesquels un approvisionnement en minéraux critiques et stratégiques est
indispensable. On a besoin des minéraux québécois si on veut être capable de
produire tous ces biens-là.
Alors,
pourquoi, M. le Président, dans ce contexte-là, le gouvernement présenterait le
projet de loi n° 63, qui va ralentir l'investissement minier au
Québec, qui va le rendre plus difficile, qui va faire en sorte que l'on a un
environnement d'affaires moins prévisible, qu'on donne des pouvoirs
additionnels à la ministre qui vont rendre moins transparent
l'environnement dans lequel souhaitent opérer ces gens-là? Là, j'ai nommé
quelques secteurs, mais ils continuent, dans le document... On veut fabriquer
des batteries pour les ordinateurs portables. Je regarde autour de la table. D'après moi, c'est encore très
utile, les ordinateurs portables, les téléphones intelligents, les véhicules
électriques, des disques durs d'ordinateurs, des aimants pour les moteurs
électriques. Si on veut produire ces choses-là au Québec, bien, j'espère qu'on va le faire avec des
minéraux québécois, d'abord et avant tout. J'espère, M. le Président, puis, si on ne les fait pas au Québec, s'ils sont
faits ailleurs, j'espère, comme l'espérait le premier ministre et le ministre
des Ressources naturelles, le prédécesseur
de celle qui est actuellement dans ce rôle, j'espère que, même si c'est produit
à l'international, qu'on va pouvoir utiliser du minerai québécois.
Pourquoi pas, M. le Président? On devait, à ce
moment-là, au moment du dépôt de ce document-là, avoir non seulement une
stratégie au Québec pour aller en chercher davantage, mais on devait aussi
avoir une stratégie pour les transformer
ici. Parce que ce qu'on sort du sol, ce n'est pas immédiatement utilisable dans
les usines de Bécancour, par exemple. Il va falloir faire de la
transformation initiale.
C'est ce que le gouvernement souhaitait faire,
M. le Président. Vous n'avez pas vu le Parti libéral déchirer sa chemise au
moment où ce plan-là a été déposé, parce qu'il y avait une certaine logique à
la chose, une certaine continuité dans les idées du gouvernement de l'époque,
mais, dans le gouvernement d'aujourd'hui, qui est le même gouvernement de l'époque,
on dirait qu'il y a eu une cassure. On dirait qu'on a accepté de mettre de
l'avant un projet de loi, qui était attendu,
qui était nécessaire pour certains éléments, mais qui vient mettre à risque une
industrie qui est indispensable pour nos filières stratégiques au
Québec.
À ce moment-là, M. le Président, on disait qu'on
voulait au Québec... qu'on avait et qu'on voulait un environnement d'affaires
attrayant. C'est une vraie blague, ça, M. le Président. On vient jouer à
travers le projet de loi n° 63 dans cet environnement d'affaires là. On
vient jouer dans l'attractivité du Québec.
Le Président (M. Montigny) : Une minute.
M. Fortin : Très bien, M. le Président. Et aujourd'hui, là, l'industrie
minière au Québec, là, elle n'est pas en mauvais état. L'industrie minière
fonctionne bien. Il y a des considérations à avoir au niveau de la
cohabitation, d'immenses considérations à
avoir, mais est-ce qu'on veut vraiment venir gâcher l'élan de l'industrie
minière? Est-ce qu'on veut vraiment venir ralentir ce développement
minier là qui nous permet d'avoir des minéraux critiques et stratégiques au Québec? Le ministre le disait
lui-même, là, le climat d'affaires concurrentiel est prévisible et nécessaire.
Mais là le projet de loi n° 63, il
vient mettre à risque cet environnement d'affaires concurrentiel et prévisible
là, et je ne comprends pas pourquoi on va de l'avant avec ça.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Le temps étant écoulé, c'est maintenant le temps de savoir s'il y a d'autres
intervenants pour cette motion préliminaire. Oui, parfait. Vous représentez le
chef de l'opposition officielle. Vous avez donc 30 minutes pour votre
intervention.
Mme Virginie
Dufour
Mme Dufour : Merci beaucoup, M. le
Président. Alors, bon, je vais... Je vous avoue que je ne suis pas à la même
place que mon collègue, à savoir si monsieur... si le ministre actuel des
Infrastructures est un excellent orateur. Je
n'ai pas eu la chance de l'entendre encore, je n'ai pas étudié de projet de
loi. Je l'ai entendu, quelques réponses en période de questions, mais ce
n'est pas là qu'on voit nécessairement qui sont les meilleurs orateurs.
Mais, par contre, je pense que ça aurait été
intéressant de l'entendre compte tenu que c'est lui, quand même, qui a mis en place... et qui était auparavant, là,
ministre, en fait, des Ressources naturelles, à l'époque qui était aussi ministre
de l'Énergie, avant que ce soit scindé en deux ministères distincts. Mais
bref, c'est lui qui a mis en place le plan ou... en fait, la politique ou le plan de valorisation des minéraux
stratégiques et critiques. Je ne sais jamais si on dit stratégiques ou
critiques en premier. Mais bref, c'est lui qui a mis ça en place, et le... je
pense que mon collègue député de Pontiac l'a
abondamment exprimé, là, à quel point c'est incohérent, ce plan-là qui a été
publié pas plus tard qu'en 2022,
je me trompe... si je me trompe... stratégique... Excusez-moi, j'ai comme un
doute, mais il me semble... 2020, donc, en 2020. On est, bon,
quatre ans plus tard.
D'ailleurs, en 2020, quand ça a été publié,
c'est à ce moment-là qu'il a indiqué qu'il y a... le régime minier allait être
révisé. Ça a pris quatre ans, donc, pour revoir cette... ou arriver avec
cette loi modifiée. Mais on dirait qu'entre les deux il s'est passé une grande
déconnexion entre quels étaient les objectifs de départ et où on arrive
aujourd'hui. Je pense que les groupes sont venus nous le dire abondamment à
quel point il y avait une déconnexion entre
les besoins, les besoins que nous, on estime comme... que le gouvernement
estime... le besoin que la société estime, le besoin... qui sont aussi
calculés de façon, tu sais, mondiale, et ce qu'on... ce que le projet de loi va
permettre au bout du compte.
Et là moi non plus, je ne lirai pas son
curriculum vitae, mais... au ministre qui est député de Charlesbourg, mais
j'aimerais quand même souligner que c'est un ancien conseiller municipal de la
ville de Québec. Il a été là pendant cinq ans. Alors, il a une
connaissance du terrain peut-être que d'autres ont moins. Mais définitivement,
lui, il savait à quel point c'était important, le pouls des élus locaux, et ça
serait intéressant de l'entendre sur la demande que tous les groupes municipaux
ont faite. Et j'ai parlé abondamment, dans la motion préliminaire précédente...
qui est la demande d'enlever, là, dans le fond, le... de retirer, d'abolir
l'article 246 de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, qui vient dire
que la Loi sur les mines a toujours préséance sur l'aménagement du territoire,
peu importe les... ce que les élus municipaux
arrivent... et pas juste les élus, là, la communauté entière arrive comme
constat lorsqu'ils produisent leurs schémas d'aménagement et de développement
du territoire. Et donc, je ne peux pas dire son
nom, le ministre... le député de Charlesbourg, actuel ministre des
Infrastructures, a une connaissance du municipal qui aurait été
intéressante d'entendre. Je sais que l'ancien maire de Québec ne partage pas
l'opinion, là, mais... que c'était un excellent conseiller municipal, mais, je
pense, ça aurait été très intéressant de l'entendre à ce sujet-là.
• (18 h 20) •
Là, je vais revenir sur quelque chose que j'ai
mentionné dans mes remarques préliminaires, qui était, donc, les besoins en
minéraux critiques, et là je vais vous lire... dans le fond, c'est un article
du 27 août dernier, donc ça ne fait pas très longtemps, puis là on parle
des multinationales, on dit : Les multinationales Volkswagen, Northvolt,
Stellantis, LG, Northvolt encore, qu'on parle tellement dans les médias ces
temps-ci, nous ont dit qu'elles se sont établies... donc, toutes ces
multinationales-là «se sont établies au Canada en raison de l'accès aux
minéraux et qu'il est peu probable qu'elles soient en mesure de fabriquer des
batteries avec une stratégie qui dépend de l'importation de minéraux.
«Or, le Canada serait actuellement dans une
situation pour le moins délicate. On y apprend que la quantité de minéraux
critiques extraits de sols canadiens, dont le nickel, le graphite et le lithium,
est loin de pouvoir fournir la filière batterie.» Et là on dit, puis ça, je
vous avais mentionné le chiffre un petit peu plus tôt, là, que le Canada
détient moins de 50 % de la production minérale nécessaire pour ça.
Alors, ce qu'on comprend, c'est qu'il y a des
entreprises qui sont venues chez nous, au Québec, pour les minéraux parce qu'on
leur a dit deux choses. On leur a dit : Vous allez avoir accès à de
l'énergie à bas prix et vous allez à avoir accès à des minéraux. Puis là, bien,
on constate que ça va peut-être être un petit peu plus difficile, accéder à ces
minéraux-là, à satisfaire 100 % de la demande. D'ailleurs, le même article
faisait référence que ça coûterait, puis là je l'ai mentionné un petit peu plus
tôt, au bas mot, 24 milliards de dollars pour satisfaire 100 %
de la demande. C'est énorme. On ne sait pas c'est combien qui viendrait des
concitoyens, mais c'est énorme.
Mais, pour faciliter cette exploration-là et
l'accès à ces minéraux-là, bien, c'est évident qu'il faut pouvoir explorer.
C'est ça que je voulais dire. On a un enjeu où est-ce qu'on nous dit... puis
ça, c'était l'Association minière du Québec qui nous le mentionnait, puis eux
s'inquiètent, là, pour le potentiel minier du Québec, en disant : Bien, il
y a moins de 15 % du sous-sol québécois qui a historiquement fait l'objet
d'exploration. Le potentiel à découvrir est donc énorme. Comme un seul projet
d'exploration sur plus de 1 000 aboutit à une mine, on comprend que
l'exploration et l'accès au territoire sont vitaux pour trouver la mine de
demain ou pour prolonger la vie des mines actuelles et ainsi assurer la
pérennité de l'industrie minière.
Mais ça, cette réalité-là, tu sais, qu'un projet
sur 1 000 aboutit à une mine, eh bien, le ministre... actuel ministre des
Infrastructures, l'avait compris. Il l'avait compris, parce que d'ailleurs,
dans son mot d'introduction du plan que... j'espère, je dis le bon nom, là,
mais le plan de valorisation des minéraux critiques et stratégiques, il dit... c'est intéressant, il dit : «Ce plan nous
conduira notamment à réaliser l'une des plus grandes campagnes de caractérisation
de notre territoire et à cartographier le potentiel du Québec en minéraux
critiques et stratégiques. Il assurera la création d'un réseau national en
recherche et développement rassemblant tous les acteurs clés du domaine afin
d'optimiser les investissements en innovation, favoriser les synergies, obtenir
les résultats probants.»
Mais là ceux qui font partie prenante, les
acteurs clés du domaine viennent nous dire que le projet de loi va, au contraire, empêcher cette caractérisation-là du
territoire parce que... parce qu'il y a beaucoup d'exclusions qui sont
incluses dans le projet de loi et aussi parce que ça complexifie la façon qu'on
gère les... qu'on va gérer les droits d'exploration et la nouvelle complexité,
l'incertitude aussi, l'incertitude du fait qu'à tout moment la ministre
pourrait révoquer un droit, un droit
d'exploration sans que... sans le prévoir d'avance, du moins. Ça amène
tellement d'incertitude qu'on nous dit : Bien, non seulement on ne
pourra pas caractériser notre territoire, comme le souhaitait l'ancien ministre
des Ressources naturelles, mais en plus, bien, on va peut-être, en fait, ne pas
atteindre nos objectifs pour trouver des minéraux critiques et stratégiques. Et
ça veut dire qu'il y a des multinationales qu'on a attirées chez nous, ici, comme je vous disais... bien, Northvolt, on
en a parlé abondamment, mais on a Stellantis, on a Ford, que le premier
ministre parle souvent, qui est à Bécancour. Bien, ces entreprises-là, si elles
n'ont pas les minéraux, est-ce qu'elles vont rester? Est-ce que ça va devenir des
éléphants blancs? Il faut se poser la question.
Puis là l'Association minière du Québec, qui est
celle qui, normalement, représente les entreprises qui devraient fournir ces
minéraux-là, éventuellement, à ces entreprises, nous dit : Drapeau rouge,
là, on n'y arrivera pas avec le projet de loi comme il est là, et il faudrait
retourner à la table à dessin complètement. Donc, d'ailleurs, on avait...
j'avais posé la question à la Fédération des chambres de commerce, je crois, si
je ne me trompe pas, la Fédération des
chambres de commerce, et j'avais posé la question simple : Est-ce que vous
croyez que le projet de loi, tu sais, devrait être complètement retiré?
Puis ils ont dit : Tout à fait. Pour eux, c'est un projet de loi qui
ratait complètement la cible. Donc, ça, ce n'est pas rien et c'est... on voit
que ce n'est pas du tout en concordance avec les visées de l'ancien ministre
des Ressources naturelles. Alors, ce serait vraiment pertinent, intéressant de
l'entendre, pouvoir le questionner sur quelles étaient ses visées, comment le
projet de loi devait s'orienter selon lui et où on en est rendus aujourd'hui.
Et là je vais continuer sur les besoins en
minéraux, puis ça, c'est dans le document, là. On le retrouve dans le document
à la page 8 du plan de valorisation des minéraux critiques et
stratégiques. On peut lire que «selon un rapport de la Banque mondiale publié
en 2020, la transition énergétique vers une économie faible en carbone
occasionnera une forte hausse de la demande de minéraux tels le nickel, le
vanadium, l'indium, le cobalt, le lithium et le graphite.» Puis là il y a une
figure qu'il nous présente, dans le rapport, que je ne peux pas vous montrer
comme ça, M. le Président, mais ça serait vraiment intéressant de le voir, le
graphite, qui, je crois, est un des éléments qu'on retrouve
dans notre sol, parce que, j'imagine, c'est pour ça qu'il y a une mine qui
s'appelle Graphite... Comment ça s'appelle, la mine?
Une voix : ...
Mme Dufour : Nouveau Monde Graphite,
voilà, Nouveau Monde Graphite qui s'installe très près, d'ailleurs, de régions
urbaines. Bien, c'est parce que c'est vraiment dans les minéraux... c'est le
minéral, dans toute la liste, qui va augmenter le plus selon les prévisions,
d'ici jusqu'à 2050. On parle d'une augmentation de 494 %. Ça, c'est
énorme. Et, de près, le lithium que, ça aussi... on a beaucoup, beaucoup,
beaucoup de lithium dans notre sol. Et ensuite le cobalt... là, j'avoue que le
cobalt, je ne sais pas si on en a beaucoup dans notre sol, je connais moins le
cobalt. Mais il y a un élément qu'on ne retrouve pas dans toute cette liste que
je vois ici, c'est l'or. Et l'or, c'est ce qu'on retrouve le plus comme mine
actuellement au Québec. Donc, on est très, très bien servi en mines d'or, mais
ce n'est pas... ce ne sont pas les matériaux... ça ne correspond pas aux
minéraux critiques et stratégiques qu'on veut développer
dans le futur, donc... Et la majorité des mines qu'on a actuellement, ce sont
des mines d'or et de fer. Et le fer, l'augmentation
du fer qu'on voit, selon les perspectives, là, de la Banque mondiale, c'est
seulement de 1 %. L'augmentation, ce
n'est pas beaucoup en... sur un horizon de 32 ans, c'est seulement de
1 %. Donc là, on a beaucoup d'oeufs dans notre panier or et fer, mais il
faut augmenter le cobalt, le lithium et le graphite. C'est là qu'ils sont,
c'est là qu'elle est, l'avenir.
• (18 h 30) •
Donc, bien, pour ça, il va falloir explorer,
c'est certain, surtout quand on considère que seulement un site... sur 1 000 sites d'exploration, seulement
un deviendra une mine. On se demande comment on va y arriver, là. On se demande
vraiment comment on va pouvoir fournir tous ces minéraux qui sont requis pour
nos visions... nos visées, plutôt, nos visées, c'est ça, du futur.
Puis d'ailleurs, le rapport l'écrit, ils
disent : «Pour répondre à cette hausse anticipée de la demande...» puis
ça, c'est dans le rapport, dans le plan, là, de l'ancien ministre des
Ressources naturelles. Ça dit : «...l'offre des pays producteurs tels le
Canada devra augmenter d'ici à 2050. Considérant que le temps requis pour
développer une mine est de 10 à 20 ans,
voire plus, des efforts importants seront nécessaires, à court, moyen et long
terme, pour favoriser — le mot clé — l'exploration, ensuite
la mise en valeur et l'exploitation de ces minéraux, sans oublier leur
recyclage et leur réutilisation optimale.» Mais ça passe par l'exploration. Et
là ce que les groupes viennent nous dire, puis même des MRC nous l'ont dit,
c'est qu'actuellement, tel qu'écrit, on risque de se tirer dans le pied puis de
limiter trop les possibilités d'exploration.
Mais je suis consciente qu'il y a des enjeux de
cohabitation et qu'on ne peut pas explorer partout, là. Ça, je... ce n'est pas
ce que je dis. Et d'ailleurs c'est pour ça que je parle souvent de
l'article 246 de Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, parce que c'est en
permettant à ceux qui connaissent mieux leur territoire d'identifier où peut se
faire ce développement-là...
Tu sais, moi, je vous l'ai dit tout à l'heure,
j'ai participé à l'établissement du schéma d'aménagement de la ville de Laval
qu'on connaît aujourd'hui. Bien, c'est bien évident qu'on n'a pas identifié de
site où qu'on pensait qu'il pourrait y avoir de l'exploration minière. C'est
évident qu'en milieu urbain comme ça, ce n'est pas là, malgré qu'il y avait des claims miniers, en passant, sur
le territoire. C'est un peu étonnant, mais oui, il y avait des claims miniers.
Mais bref, on doit permettre aux élus d'avoir cette... leur mot à dire. Et, ce
faisant, on risque d'avoir plus, finalement, de développement minier que ce qui
est proposé actuellement parce que ceux qui veulent le plus développer sont
justement des élus de régions minières.
Ensuite, je reviens au plan. Le titre exact, M.
le Président, c'est Plan québécois pour la valorisation des minéraux critiques et stratégiques 2020‑2025.
2025, c'est l'an prochain. Si on fait le bilan l'an prochain, je pense,
malheureusement, on va avoir raté la cible, si on adopte le projet de loi n° 63 tel quel. Bien, on dit qu'il faut poursuivre la transition énergétique, qu'elle est
essentielle à la lutte contre les changements climatiques. Ça, ça m'interpelle
parce que je suis porte-parole de l'opposition officielle en matière
d'environnement et de lutte aux changements climatiques, et on sait
qu'il y a des éléments qui sont nécessaires et on fait référence au Plan pour
une économie verte. Donc, dans le fond, les minéraux stratégiques... critiques
et stratégiques, à l'époque, le ministre pensait que c'était essentiel pour
réaliser le Plan pour une économie verte, c'était aussi essentiel pour la
Politique de mobilité durable.
D'ailleurs, on a demandé aux sociétés de
transport, on demande aux citoyens aussi... Éventuellement, on va leur
dire : Bien, vous ne pourrez plus acheter de voitures légères, de la
catégorie léger, là, qui soient à essence. On leur dit ça. Puis ça, c'était
supposé être 2030. Maintenant, on le repousse à 2035. Pas d'enjeu sur le délai,
mais on... mais, ce faisant, on leur
dit : Bien, vous allez avoir besoin de rouler en électrique, hein, parce
qu'on ne retournera pas aux calèches. Donc, on a besoin de rouler à
l'électrique à ce moment-là.
Moi, je roule en électrique pour venir à Québec.
Il y a eu des avancées immenses, mais ça, si je suis capable de le faire
aujourd'hui, de faire Laval-Québec en un seul coup, l'hiver, quand il fait
moins 20, c'est parce que la batterie est rendue quelque chose. Tu sais, on
est... on a de la puissance. En été, je suis rendue que je suis capable de
faire du presque 600 kilomètres d'autonomie. Ce n'est pas rien. Mais c'est
parce qu'il y a des minéraux critiques et stratégiques dans ma voiture qui ont
permis de faire cette batterie-là.
Alors, on demande aux citoyens ces
sacrifices-là, parce qu'on ne peut pas se le cacher, ça va devenir un
sacrifice, à un moment donné, de se passer de l'essence parce que ça amène...
Il y a quand même une liberté qu'on a avec l'essence qu'on a un peu moins avec
la voiture électrique. Quand je suis allée aux Îles-de-la-Madeleine, il a fallu
quand même que je planifie pas mal mon voyage, là, avec les différentes... les
endroits où je me suis arrêtée. Mais, tout ça, on leur demande ça, puis on
demande aussi aux sociétés de transport de s'électrifier, on demande... Tu sais, on va... On interdit les chaudières au mazout, donc on
demande de l'électricité. Tout ça, c'est... puis les voies... les autobus
électriques des sociétés de transport, bien, ça demande aussi ces mêmes
minéraux stratégiques là. Ça va en prendre beaucoup.
Et là il y a tout un paquet d'entreprises aussi
qui n'ont comme pas le choix de se décarboner. On leur dit : Il va
falloir... parce qu'ils font partie de la bourse du carbone, donc ils paient
des montants faramineux en crédits de carbone, s'ils utilisent du mazout ou du
gaz naturel non renouvelable. Donc, ils veulent se décarboner. C'était le cas,
on en a parlé abondamment, des Forges de Sorel, par exemple. Quand on discutait
avec le... bien, le dirigeant principal, là, de l'entreprise, il nous
disait : Bien, tu sais, actuellement, les crédits de carbone, on paie
40 $ la tonne. Bientôt, ça va monter, en 2030, je crois, à 100 $ la
tonne. Bien, nous, ce que ça nous coûte avec les tonnes qu'on émet, et je
pense qu'il y une trentaine de... c'est 30 000 tonnes par année. Bien, ça
va nous coûter une fortune, et on ne pourra
plus être compétitifs sur le marché. Donc, on a besoin de se décarboner, mais,
ce faisant, ça prend des... Tu sais, quand on électrifie, bien, ça prend
souvent des batteries puis ça prend souvent, c'est ça, des minéraux
stratégiques et critiques. Donc, bref, il va falloir produire beaucoup,
beaucoup, beaucoup.
Puis là, dans ce plan-là, on donne des exemples
où ça va être requis, ces minéraux critiques et stratégiques là. On nous parle
des appareils, équipements intelligents. Tu sais, on a tous un cellulaire. Il y
en a plusieurs ici qui en ont même deux, un
pour le travail, un personnel. On a tous des ordinateurs, des tablettes, en
tout cas, moi, j'ai tout ça. Ça en prend tous. Là, il y a aussi ceux qui
ont leur petite montre. Même, M. le Président, je suis rendue... Moi,
personnellement, je me suis... je suis frileuse et puis je me suis achetée des
bas chauffants puis des mitaines chauffantes pour le ski alpin, puis des fois,
même, je ne m'en sers pas juste pour le ski alpin. Bien, ça aussi, c'est des
minéraux critiques et stratégiques. On va en avoir besoin. Donc, c'est dans
tout.
Ensuite,
l'aérospatiale, les télécommunications, les énergies renouvelables, le stockage
d'énergie. Quand on dit... Si on dit, là, que...
Une voix : ...
Mme
Dufour : OK, j'ai entendu quelqu'un, il dit : Ça n'a
rien à voir. Bien, il y a un stockage d'énergie, il y a une pile. Une
pile dans mes bas chauffants, bien, c'est des minéraux stratégiques.
Et là on nous
dit que, c'est ça, ça fait partie de notre quotidien, ça se trouve dans nos...
dans des objets courants. Puis ça, c'est écrit par... c'était écrit dans le
document présenté par l'ancien ministre des Ressources naturelles. Ils
disent : On a besoin du graphite, du lithium, le cobalt — donc, là
j'ai ma confirmation, le cobalt, le nickel se trouvent chez nous —
nécessaires pour fabriquer les batteries des ordinateurs portables, des
téléphones intelligents, des véhicules
électriques et aussi, ah oui, les disques durs d'ordinateur, et tout ça, c'est
aussi des... les terres rares, les aimants pour les moteurs électriques. Je
vous avoue que ça va beaucoup plus large que ce que j'aurais pu penser, M. le Président.
Donc, tout ça...
En fait, on
nous dit que, c'est ça, on a un risque clé. Puis il nous le dit, c'est écrit,
là, à la page 7 du document, c'est écrit : «Le gouvernement du
Québec considère les minéraux critiques comme ceux qui revêtent aujourd'hui une
importance économique pour des secteurs clés de notre économie, qui présentent
un risque élevé en matière d'approvisionnement
et qui n'ont pas de substituts offerts commercialement.» Ça fait que c'est pour
ça qu'on a besoin de les extraire chez nous, parce qu'on n'a pas de substitut
puis on a des risques élevés en matière d'approvisionnement.
Et ça, on l'a
vu pendant la pandémie, avec la fermeture des frontières, à quel point
c'était problématique. Je me souviens des puces électroniques qui ne rentraient
plus, qui n'arrivaient plus chez nous, des voitures qui ne pouvaient pas être
réparées parce que les puces ne rentraient pas. En tout cas, je connais des
gens dans le milieu qui devaient stocker quasiment du 18 mois d'avance de
puces électroniques pour être certain de ne pas en manquer, si jamais la Chine
fermait les frontières. Bref, on a besoin de produire le plus de ces choses-là
chez nous et extraire ça chez nous.
Ensuite... Puis, tu sais, je pense, le collègue,
là, de Pontiac en a parlé, là, que le ministre de l'époque disait qu'il voulait alléger le fardeau administratif des
sociétés minières. Il disait : On travaille avec la Société du Plan Nord actuellement
pour établir un plan d'action beaucoup plus concret. On veut que les actions
préconisées dans le plan... dans le développement nordique soient claires et
mesurables.
Puis ensuite,
il disait : Entre le claim et l'exploitation minière, bon.,
il s'écoule entre 10 et 12 ans... 660 permis. On ne veut pas réduire les exigences
réglementaires, mais est-ce qu'on peut désiloter certaines étapes entre les
ministères pour s'assurer d'un continuum plus agile et réduire les
délais?
Bien, on ne semble pas avoir répondu à cette
demande-là du tout, du tout avec le projet de loi, en tout cas, pas selon les
groupes qui sont venus nous voir, qui nous ont dit qu'au contraire on semble
complexifier les processus et probablement
ajouter des délais aussi. Compte tenu qu'il sera moins facile d'explorer, donc
on peut ajouter des délais. Et l'incertitude qu'on a ajoutée, ça, ça
préoccupe beaucoup, beaucoup les groupes. Et ça, ce n'était pas dans les
objectifs du ministre, à l'époque, de créer de l'incertitude et de garder ça
dans un pouvoir discrétionnaire.
• (18 h 40) •
Et je vais terminer, M. le Président, en vous
parlant de quelque chose qui est... qui n'était pas abordé, parce que, là, on parle... dans ce plan-là, on parle de
la valorisation des minéraux critiques et stratégiques, mais cette valorisation-là,
on peut aussi la trouver non seulement dans l'exploitation de nouveaux gisements,
mais aussi dans l'exploitation de résidus
miniers. Puis ça, il y a des groupes qui sont venus nous en parler. Puis
j'aurais aimé entendre davantage le ministre à ce sujet-là, qu'est-ce
qu'il... comment il voyait ça, parce qu'il y aurait, semble-t-il, un bon
potentiel dans les résidus miniers. Évidemment, il faut faire extrêmement
attention à la... le côté de la santé, mais je vais vous parler, dans le fond, d'une rencontre
que j'ai eue avec le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau,
Thetford Mines, ville où il y a eu beaucoup d'amiante. Et il y a... Et, si vous
allez à Thetford Mines, vous arrivez puis
vous voyez des buttes partout, des petites collines partout. Ce sont des
résidus miniers. Et le maire nous a fait part... je l'ai rencontré avec la collègue d'Outremont... Mont-Royal—Outremont, et il nous disait : On a des projets, là, il y a plein
d'entreprises qui auraient de l'intérêt, puis des projets très, très concrets
et très sérieux pour valoriser ces résidus-là... qui sont là, hein, de toute façon. Peu importe, là, qu'on
dise : Ils sont dangereux, ils sont là, ils sont... on les voit, ils sont
tous là. Et donc il voudrait pouvoir les exploiter et, selon lui, il y en a
plusieurs, de ces minéraux stratégiques et critiques là qu'on cherche pour la
filière batterie, notamment, qui se trouveraient dans ces résidus miniers là
et...
Mais, par contre, des
projets, selon ce qu'il nous disait, le maire, seraient freinés par une autre
branche du gouvernement qui est plutôt la
Santé. Il y aurait... Dans le fond, les gens qui représentent la Santé,
localement, auraient de grandes inquiétudes, alors que semble-t-il que ça a été
bien, bien, bien évalué, ça a été bien analysé. Ça, évidemment, je ne suis pas une experte, là, pour voir tous les documents,
mais je pense qu'il faudrait que ça avance, ce dossier, au moins pour
qu'on le regarde.
Puis il y a eu
d'ailleurs un BAPE, à cet effet-là sur... Ça, le ministre pourrait peut-être
nous en parler parce qu'il était, à l'époque, ministre des Ressources
naturelles lorsque le BAPE a été fait. C'était à la demande du ministre de l'Environnement, mais c'était un BAPE
sur, justement, la valorisation des résidus amiantés. Et dans... ils ont fait
un rapport qui est fort intéressant, là, c'est le plan d'action 2022-2025 Amiante
et résidus amiantés au Québec : vers la transformation d'un
actif durable. Donc, c'était ça qui était visé, c'est que ce soit
évidemment fait de façon à ne pas contaminer davantage l'environnement et ne
pas créer un enjeu de santé chez les citoyens.
Et
donc le rapport, il disait, dans le fond, qu'il avait établi... Puis c'est le
BAPE, là, c'est le rapport du BAPE, là, qui disait qu'il y aurait... Il
proposait des stratégies concertées pour la gestion des résidus amiantés, ainsi
que la mise en place d'un cadre de
gestion pour les projets de valorisation de résidus miniers amiantés afin de
créer de la richesse et de stimuler le développement économique tout en
assurant la protection de la santé des populations et des travailleurs.
Le plan d'action
gouvernemental poursuit, puis ça, c'est ce qui était prévu en 2022, les deux
objectifs suivants : s'attaquer au passif lié à l'amiante et créer des
actifs à partir des résidus miniers amiantés. Et là on nous... on citait qu'il
y avait plusieurs projets qui avaient produit différents métaux ou minéraux
industriels synthétiques qui avaient été réalisés, et là on disait que ça
portait sur la production de chrome... je reviens au cobalt, j'ai retrouvé le cobalt, de fer, ça, c'est un peu moins intéressant,
mais du magnésium, du chlorure de magnésium, de l'oxyde de magnésium, du
sulfate de magnésium. Ça, je ne sais pas, ces deux derniers-là, si ça fait
partie des minéraux stratégiques ou critiques, mais, en exploitant le reste, on
pourrait aller chercher du cobalt et du chrome, qui sont quand même... et le
magnésium, qui sont importants pour la filière batterie. Bref, je crois qu'il
va falloir aussi...
Puis
c'est là que j'aurais aimé l'entendre, le ministre Julien... pardon, le
ministre... l'ancien ministre des Ressources naturelles, comment il voyait ça, le recyclage des résidus miniers,
puisque ce n'était pas nécessairement cité directement dans son plan, mais ça
l'était dans le plan du ministre de l'Environnement, clairement, qu'il fallait
faire quelque chose.
Et il y a des groupes
qui sont venus nous en parler, des... il y a plusieurs groupes qui nous en ont
parlé. Et même, dans le fond, les
entreprises qui... pas les entreprises, pardon, les municipalités régionales de
comté, les MRC, où se trouvent
d'anciennes mines, ils souhaitent... elles souhaitent, ces MRC-là, que ces
résidus-là soient exploités, revalorisés, parce que, un, évidemment,
c'est de l'économie circulaire...
Et
ça, d'ailleurs, le groupe... je pense que c'est Nature Québec, là, je ne suis
plus certaine, là, un des deux groupes environnementaux
qui sont venus, qui nous ont parlé à quel point c'était nécessaire de
réduire... dans le fond, de réduire ce qu'on allait exploiter...
Une voix :
...
Mme
Dufour : ...bien, une façon
de le faire — merci,
M. le Président — une
façon de le faire, c'est de recycler les résidus qu'on a déjà. Et donc
je pense qu'on aurait intérêt à explorer ça davantage.
Et je termine en
disant qu'un autre élément que j'aurais aimé entendre le ministre des...
l'ancien ministre des Ressources naturelles,
c'est sur les garanties financières pour la restauration environnementale des
sites miniers actifs qui sont déposées au gouvernement du Québec. Il y a
eu des échanges là-dessus lors d'études des crédits, où il disait qu'ils
n'étaient pas tout à fait encore rendus à 100 %. Mais pourtant, il y a des
groupes qui en ont parlé, et je pense que... qui en ont parlé, là, de ces garanties
financières là, qu'il faudrait se rendre idéalement à un... tu sais, une
prolongation. Et là, actuellement, je pense que le projet de loi prévoit de
diminuer les délais, en fait, où il y aura des responsabilités financières envers les sites miniers. Alors, ce serait
intéressant d'entendre le ministre là-dessus.Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci. Avant de demander s'il y a d'autres interventions, je fais juste vous dire de faire attention aux différents
règlements, là, notamment en lien avec le nom des collègues, etc. Merci. Je
sais que vous le savez et que vous le dites vous-mêmes, mais soyez
prudents.
Alors, y a-t-il
d'autres interventions en lien avec la motion préliminaire? Oui, parfait.
Alors, je vous laisse la parole, Mme la députée.
Mme Alejandra Zaga Mendez
Mme Zaga Mendez : Merci, M. le Président.
Je vais être brève, parce qu'en lisant la motion, moi, j'ai le goût qu'on prenne un petit pas de recul comme
commission puis qu'on se questionne collectivement, qu'est-ce qui... puis on
fasse une analyse de qu'est-ce qui arrive en ce moment.
Là, il est 6 h 47. On est
ici depuis... Il est 18 h 47. On est ici depuis, quoi,
15 h 15, 15 h 20, là? Ça fait que plus de
3 h 30 min, puis on n'a pas pu commencer à étudier un seul
article du projet de loi.
Puis là je vais juste
nous dire certaines affaires. Le projet de loi qui est devant nous, là, il
n'est pas parfait. J'étais la première à le
dire en Chambre. Il n'est pas parfait, il est loin d'être parfait. On n'ouvre
pas la Loi sur les mines à tous les jours. Ça fait 10 ans que cette
loi-là n'a pas été réformée.
Quand je vois ça,
quand je vois la motion, ce n'est pas une motion qui nous invite à avoir plus
d'écoute envers des groupes. C'est une
motion qui nous invite, je suis désolée, à revenir un peu en arrière. Parce que
ça fait 10 ans que cette loi-là n'a
pas été ouverte, puis ni les libéraux sous Philippe Couillard ni le premier
mandat de la CAQ n'a mis des choses au jeu pour qu'on se penche
là-dessus. Je veux juste nous le rappeler, ça, parce que, là, j'ai...
l'intention derrière cette motion, là, j'ai
l'impression que ce n'est pas de faire avancer les choses. Puis je le dis avec
ce ton-là, moi, j'ai du respect envers la banquette ministérielle. Je ne
suis pas d'accord avec Mme la ministre sur pas mal d'affaires et j'ai eu la
chance de lui dire ça en personne, en public. Je n'en ai aucun, problème. Mais
une chose que je respecte, c'est qu'il y a eu une démarche puis un dépôt du
projet de loi qui est devant nous.
Et,
en ce moment, je ne sais pas si les collègues de l'opposition officielle, ils
ont participé de près ou de loin, là, mais
ça fait deux ans qu'il y a un milieu municipal qui est mobilisé, là. Ça fait
deux ans que ces municipalités n'attendent qu'une chose, c'est qu'on
agisse. Ça fait que ça, c'est mon appel pour la commission : Mettons-nous
au travail.
Le Président (M. Montigny) : Merci,
Mme la députée. Simplement, la période des motions préliminaires est prévue
dans notre règlement.
Alors,
maintenant, c'est le moment de se demander s'il y a d'autres interventions qui
est prévue pour cette motion préliminaire.
Mise aux voix
Alors, s'il n'y a
plus d'intervention, nous allons mettre cette motion aux voix.
Une voix : ...
Le Président (M. Montigny) : Parfait.
Il y a un appel nominal qui est demandé. Mme la secrétaire, on va procéder.
La
Secrétaire : Pour, contre, abstention. M. Fortin (Pontiac)?
M.
Fortin : Pour.
La Secrétaire :
Mme Dufour (Mille-Îles)?
Mme Dufour :
Pour.
La Secrétaire :
Mme Blanchette Vézina (Rimouski)?
Mme Blanchette
Vézina : Contre.
La Secrétaire :
M. Tremblay (Dubuc)?
M. Tremblay :
Contre.
La Secrétaire :
M. Bussière (Gatineau)?
M. Bussière :
Contre.
La Secrétaire :
Mme Picard (Soulanges)?
Mme Picard :
Contre.
La Secrétaire :
M. Rivest (Côte-du-Sud)?
M. Rivest :
Contre.
La Secrétaire :
Mme Zaga Mendez (Verdun)?
Mme Zaga
Mendez : Contre.
La Secrétaire :
M. Montigny (René-Lévesque)?
Le Président (M.
Montigny) : Abstention. Alors, la motion est défaite.
Alors,
maintenant, on est toujours à la période des motions préliminaires, à savoir
s'il y en a d'autres qui ont été transmises ou qui sont transmises.
Une voix : ...
Le Président (M. Montigny) : Il y a
toujours une motion préliminaire en attente. Alors, est-ce qu'elle a été
transmise?
Une voix : ...sera pas très long.
Le Président (M. Montigny) : Parfait.
On va donc suspendre la commission quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 18 h 51)
(Reprise à 18 h 57) <R>
Le Président (M. Montigny) : Alors,
bonjour. Nous reprenons nos travaux. Nous sommes toujours à la période des
motions préliminaires. Alors, on a reçu une motion. Alors, est-ce qu'il y a
quelqu'un pour la présenter?
M. Fortin : ...M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Oui,
allez-y. Vous disposez donc de 30 minutes.
Motion proposant
d'entendre les membres du Clean Growth Committee,
du ministère des ressources naturelles du Canada
M. Fortin : Merci, M. le Président. Nous souhaitons déposer la motion
préliminaire suivante :
Conformément à l'article 244 du Règlement de
l'Assemblée nationale, je fais motion afin :
«Que [...] la
Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources
naturelles, dans le cadre de l'étude détaillée du projet de loi
n° 63, Loi modifiant la Loi sur les mines et d'autres dispositions, tienne
des consultations particulières et qu'à cette
fin, elle entende dès que possible les différents membres du Clean Growth
Committee, du ministère des Ressources naturelles du Canada.»
Et, si vous permettez, M. le Président, je ne
les nommerai pas par nom, là. Ce n'était pas notre intention aujourd'hui.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
J'apprécie.
M. André Fortin
M. Fortin : Cependant, juste pour vous indiquer, M. le Président, ce
sont des gens, les... la dizaine de représentants qui sont nommés là, là, ce
sont des gens qui travaillent au Bureau du Conseil privé à Ottawa, au ministère du Développement économique, au
ministère des Finances, au ministère des Océans, au ministère des Affaires
étrangères, à Transports Canada, et j'en passe, au ministère de l'Environnement
et des changements climatiques du Canada, et
ce sont eux qui forment ce comité-là, qui s'est penché notamment sur la
question des besoins, des besoins futurs, en compagnie du ministère des
Ressources naturelles, bien évidemment, des besoins futurs du Canada.
Et là, M. le Président, avant de commencer, je
vais quand même me permettre de remettre en contexte ce qu'on veut faire
aujourd'hui, là. Et je ne pense pas que c'est surprenant aux yeux de quiconque
qu'on a un objectif différent de Québec solidaire. Québec solidaire, là, ici,
il faut se le rappeler, c'est le parti qui voulait nationaliser les mines il n'y a pas plus tard qu'il y a quatre ans,
le parti qui proposait de nationaliser des mines sur le lithium et le graphite
au Québec, de prendre de l'argent...
Le Président (M. Montigny) : Oui,
vous avez un appel au règlement?
Une voix : ...
Le Président (M. Montigny) : 211,
sur la pertinence?
Une voix : ...du lien avec...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Une voix : ...les paradigmes de Québec
solidaire.
Le Président (M.
Montigny) : Juste m'assurer de rester en lien avec le...
M. Fortin : ...
Le Président (M. Montigny) : Merci,
M. le député. Juste m'assurer de rester en lien avec la situation du projet de
loi qui est à l'étude actuellement puis la motion préliminaire que vous avez
déposée. Merci.
• (19 heures) •
M.
Fortin : M. le Président, on a ici un groupe qui a fait état
du besoin d'augmenter de 500 % notre approvisionnement en minerais critiques et stratégiques. De dire qu'il y
a des gens autour de la table, Québec
solidaire, nommément, qui a voulu
nationaliser les mines au Québec, et tout l'impact que ça pourrait avoir sur le
développement du secteur minier, je pense que c'est tout à fait logique,
M. le Président.
Alors, c'est normal, on n'a pas les mêmes
impératifs de part et d'autre autour de la table. Il y en a pour qui le
développement économique du Québec, ce n'est pas une priorité. Il y en a pour
qui le développement économique fait de façon appropriée, ce n'est pas ce
qu'ils choisissent de présenter, comme le gouvernement. Alors, c'est normal, M.
le Président, qu'on ait tous des perspectives différentes.
Moi, je ne peux pas, à ce stade-ci, accepter qu'on
avance avec un projet de loi qui va avoir des impacts immenses sur le
développement des filières critiques et stratégiques du Québec. Je ne peux pas
accepter ça. Peut-être que les députés du
gouvernement sont prêts à accepter ça, mais moi, je ne suis pas d'accord. Et
malheureusement, si on va de l'avant
aujourd'hui, selon la proposition de la ministre, savez-vous ce qu'on va
étudier? On va étudier de la terminologie puis de la traduction des termes
anglais. C'est ce que la ministre nous demande d'étudier d'abord et avant tout.
Alors, je ne pense pas qu'on se prive de
grand-chose, bien honnêtement, en ce moment. Je pense qu'on fait la
démonstration qu'on est en train de passer à côté d'un des intérêts
stratégiques du Québec, qu'on est en train de dire à ces gens-là, entre autres,
là, les gens qui sont nommés ici et qui font partie du comité du ministère des
Ressources naturelles du Canada et qui ont dit très ouvertement qu'on avait
besoin d'augmenter... d'avoir des investissements, d'ici 2035, pour répondre à
la demande existante des usines de batteries, de 4,9 milliards en matière
de lithium, de 5,7 milliards en matière
de nickel, de 4,6 milliards en matière de graphite et de 1 milliard
environ en matière de cobalt...
Les gens
qu'on propose d'inviter ici, ce sont des gens qui nous ont dit qu'il fallait
ouvrir 15 mines supplémentaires, 15 mines supplémentaires. Et
vous l'avez entendu tantôt, M. le Président, là, une mine, ça prend
15 ans. Bon, selon eux, c'est 16, là.
Je ne pense pas que... je ne pense pas qu'on va s'obstiner pour cette fleur du
tapis, M. le Président, mais quand même, 16 ans avant d'ouvrir une
mine... Ces gens-là nous disent : Ça prend des investissements monstres. Québec
solidaire nous dit : On veut nationaliser le lithium puis le graphite,
puis le gouvernement en face nous dit : On
est prêts à déposer un projet de loi qui, selon tous les experts du milieu, va
ralentir le développement des mines au Québec.
Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Et un parti qui se respecte en
matière de développement économique ne peut pas simplement
accepter : Bon, bien, on y va, on étudie ce projet de loi là. On ne peut
pas, M. le Président.
Moi, j'ai un message pour les gens de l'Abitibi,
là, c'est qu'il y en a un parti qui va se battre pour vos intérêts ici, puis,
de toute évidence, ce n'est pas le parti d'en face, ce n'est pas le
gouvernement de la CAQ, M. le Président. Il y en a un parti qui est prêt à
dire : On va entendre tout le monde qu'on a besoin d'entendre pour essayer
de faire comprendre raison au gouvernement. Et parmi les gens qui ont besoin
d'être entendus... les gens du ministère des Ressources naturelles, M. le
Président, qui nous disent aujourd'hui qu'on a besoin de 15 mines
supplémentaires au cours de la prochaine décennie, que le rythme d'ouverture de
nouvelles mines de... de métaux pour batteries, il doit quintupler d'ici 2035
pour soutenir la production nationale de batteries. Et là on ne parle que pour
l'industrie de la batterie, on ne parle de rien d'autre.
Alors, M. le Président, je vous soumets qu'un
parti économique qui ne fait pas cet argument-là ne fait pas son travail. Un
parti économique qui ne rappelle pas au gouvernement, comme pourraient le faire
tous ces gens-là, qu'on n'arrivera pas à approvisionner les usines déjà
acceptées, ici, au Québec et dans le reste du Canada, avec la stratégie qui est
présentée par la ministre des Ressources naturelles, impossible, M. le
Président, impossible.
Les gens le disent, le Canada est dans une
course contre la montre. Aux dernières nouvelles, le Québec fait encore partie
du Canada. Alors, le Canada est dans une course contre la montre, et, le Canada
comme le Québec, on a cette opportunité-là
de devenir non seulement celui qui approvisionne nos usines, mais celui qui
peut avoir l'ambition de décarboner ailleurs dans le monde aussi. Mais
pour ça, il faut les entendre, ces gens-là. Si on entend l'argument du
gouvernement puis qu'on adopte le projet de loi comme ça, on ne peut pas y
arriver. On ne peut pas arriver aux objectifs stratégiques du Québec, que le
Québec s'est doté. On ne peut pas, M. le Président. Ce qu'ils vont nous dire,
ces gens-là, si on accepte de les entendre, là, c'est non seulement qu'il y a
des investissements importants qui sont nécessaires, mais ils vont se poser des
questions sur le ralentissement qui est causé par quelque chose comme ça.
Parce qu'ils nous disent, M. le Président, que,
vous savez quoi, en ce moment, là, le Canada, il est deuxième sur 10 pays similaires pour... et là je fais
de la traduction simultanée, là, mais la préparation de son économie pour
augmenter les minéraux critiques, la production de minéraux critiques.
On est deuxième sur 10. Ils nous disent : Le cadre réglementaire pour
l'industrie des mines, là, ce n'est pas l'enjeu principal. Il y a d'autres
enjeux afférents au cadre réglementaire, c'est-à-dire tout ce que les
municipalités nous disent, tout ce que les citoyens nous disent. Mais pour la
production comme telle, le cadre réglementaire n'est pas nécessairement là où
il y a les plus grands enjeux. Et c'est
vrai, il faut les entendre, là, il faut entendre les municipalités, il faut
trouver une meilleure façon d'harmoniser, mais ce n'est pas ce que la
ministre propose.
Et, M. le Président, il y a une chose, je vous
le dis, on ne le laissera pas passer, ça... on ne laissera pas passer un cadre
réglementaire qui va faire en sorte de diminuer la transparence, la
prévisibilité, simplement, M. le Président, et appliquer
un mur-à-mur partout au Québec, là, appliquer un mur-à-mur dans des régions où
la cohabitation se fait très bien.
M. le Président, peut-être qu'à la fin de la
journée, là, peut-être qu'on va terminer là, peut-être que ça va être ça, la
solution, de dire : On va le faire différemment, à différents endroits au
Québec, parce qu'on ne peut pas se priver de ce que les gens ici, du comité
des... du ministère des Ressources naturelles du Canada vont nous dire. On ne
peut pas se priver des minéraux critiques et stratégiques. On ne peut pas se
priver de l'antimoine, du bismuth, du cadmium, du césium, du cuivre, de
l'étain, du gallium, de l'indium, du tellure, du zinc, du cobalt, des terres
rares, du groupe de platine, du graphite, du lithium, du nickel, du magnésium,
du niobium, du scandium, du tantale, du titane et du vanadium, M. le Président.
Et ça, c'est ceux qu'on connaît aujourd'hui comme étant stratégiques.
Mais là, aujourd'hui, en adoptant le projet de
loi qui est présenté par la ministre, on accepterait de se tirer dans le pied
collectivement au Québec pendant longtemps. Et je m'excuse, M. le Président, on
ne le laissera pas passer comme ça. Moi, demain, si je vais à la radio en
Abitibi puis je dis : Oui, on a laissé passer ça, on... c'est-tu quoi, oui... Non, le Parti libéral, ce n'était pas notre priorité, ce n'était pas un enjeu. On a accepté
que... On a accepté...
(Interruption)
M. Fortin : C'est correct, il est passé sept heures. On a accepté que le
gouvernement introduise ce projet de loi là, qu'il l'adopte. On s'est
dit : Bien, il n'y a pas de problème, écoute, il faut l'adopter, il y a
des problèmes avec la cohabitation dans les municipalités, pas de trouble, on
l'accepte, aucun enjeu. M. le Président, je n'oserais pas mettre les pieds en
Abitibi. Je n'oserais pas. Je ne sortirais pas de l'entrevue, je ne sortirais
pas du studio de radio sans avoir quelques égratignures, M. le Président,
impossible.
Alors, je ne
me gênerai pas de faire le travail puis de rappeler à la ministre, à l'équipe
gouvernementale qu'il y en a plein,
des experts qui ont dit : Il faut aller dans l'autre direction, il faut
aller dans une direction qui nous permet de développer davantage. Puis ces experts-là, là, ils ne vont pas nous
dire : Heille! voyons, vous faites ça sur le dos des municipalités,
vous faites ça sur le dos des résidents. Ce n'est pas ça qu'ils vont dire
pantoute. Ils vont dire : Trouvez une façon que tout le monde s'entende.
Là,
aujourd'hui, la ministre, elle a trouvé une façon que personne ne s'entende.
Elle a trouvé une façon de fâcher les gens de l'industrie. Elle a trouvé
une façon de fâcher les gens du milieu municipal dans la région où on produit
le plus. Elle a trouvé une façon de fâcher
certains des groupes environnementaux qui sont venus puis certains des
représentants de résidents qui veulent une meilleure cohabitation. Ça va
bien. Ça va bien.
• (19 h 10) •
Mais la chose qu'on ne pourra jamais accepter,
c'est celle qui est mise de l'avant par le groupe ici. Qu'ils nous disent... Si
on veut vraiment décarboner le Québec, le Canada, la planète, puis qu'on veut
faire notre part, comme Québécois, à ça, ce que peut-être, dans ma grande
naïveté, j'ai toujours pensé qui était l'objectif du gouvernement, bien, il
faut augmenter de 500 % notre production. 500 %. Et, si on envoie un
mauvais signal, si ces investissements-là diminuent, si ces investissements-là
ne sont pas à la hauteur de ce qu'ils pourraient être, bien, on va s'en aller
dans la mauvaise direction.
Alors, moi, je n'ai aucun problème à donner une
journée de plus à la ministre pour qu'elle réfléchisse à ce qu'elle veut présenter. Je n'ai aucun problème
pour lui donner une journée de plus pour préparer des amendements qui se tiennent
dans le sens du monde. Je n'ai aucun problème à lui donner une journée de plus
pour qu'elle réfléchisse à tout ce que les groupes qu'on a proposé d'entendre
aujourd'hui lui rappelleraient, que, si on croit réellement que le Québec peut
jouer... doit jouer son plein rôle en matière de développement minier pour les
filières stratégiques, pour les filières économiques, comme dans La
Vallée-de-l'Or, entre autres... bien, qu'on doit avoir un certain équilibre
entre les besoins de nos usines de batteries et notre capacité de production,
donc l'environnement d'affaires qui est offert au secteur minier.
Parce que, veux veux pas, on ne l'a pas
nationalisé, le secteur des mines. On n'a pas écouté QS. La ministre n'a pas
fait ça. Alors là, elle se doit d'avoir un environnement d'affaires qui est
intéressant, qui est intelligent puis qui fait
en sorte qu'on va peut-être se rendre, tranquillement pas vite, à devenir de
plus en plus intéressant, notamment dans des régions où il y en a déjà
une, très bonne cohabitation.
Alors, M. le Président, je sais qu'il ne reste
pas énormément de temps, mais j'espère au moins qu'on aura, à travers ces
motions-là, fait comprendre à la partie gouvernementale qu'il y en a beaucoup,
du monde qui sont inquiets de l'impact du projet de loi, des gens, là, qui nous
disaient : Il faut trouver une façon de faire mieux, puis qu'aujourd'hui
ils trouvent qu'on a identifié une façon de faire pire. C'est ça, M. le
Président. Oui, il y a des groupes qui veulent qu'on adopte le projet de loi le
plus rapidement possible, puis il y a des dispositions là-dedans qu'on aimerait
adopter le plus rapidement possible, mais pas au détriment de l'avenir de nos
filières critiques, stratégiques. Impossible, impossible. Moi, je suis
convaincu qu'on est capables de trouver, tout le monde ici autour de la table,
là, un équilibre, pas celui que la ministre est fière d'avoir en ce moment, là,
un équilibre où personne n'est content. Je suis convaincu qu'on est capables de
trouver un équilibre qui répond aux besoins des municipalités, mais qui nous
permet d'envisager d'un jour être capables de répondre aux besoins en
approvisionnement des usines qui ont choisi de s'installer ici puis de celles
qui pourraient le faire aussi en matière de minéraux critiques et stratégiques.
C'est ça, l'objectif.
Je pourrais passer à travers... pardon, de
l'ensemble des recommandations de ce groupe, M. le Président, ou l'ensemble des
constats qui ont été faits par ce groupe-là. Mais réellement, je pense que ce
qu'ils nous disent, ça se résume assez bien
et assez vite, c'est qu'il faut avoir un meilleur environnement d'affaires et
non pas un environnement d'affaires qui
inquiéterait ceux qui veulent investir dans le secteur minier, M. le Président.
Il me semble que ça va dans le sens...
Le Président (M. Montigny) : Compte
tenu de l'heure, je suspends donc les travaux sine die.
(Fin de la séance à 19 h 15)