(Dix heures deux minutes)
Le Président (M. Schneeberger) : Bon,
alors, à l'ordre! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'aménagement du territoire ouverte. Je vous demanderais de bien vouloir
regarder vos téléphones cellulaires, que les sonneries soient bien arrêtées.
La commission est réunie aujourd'hui afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 16, Loi modifiant la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme et
d'autres dispositions.
Est-ce qu'il y a des remplacements, Mme la
secrétaire?
La
Secrétaire : Oui. M. Ciccone
(Marquette) est remplacé par Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey); M. Fontecilla
(Laurier-Dorion), par M. Grandmont (Taschereau).
Auditions (suite)
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, en avant-midi, nous allons
entendre l'Association des
professionnels de la construction et de l'habitation du Québec, la Fédération
québécoise des municipalités et l'Association
des directeurs généraux des municipalités du Québec. Est-ce... Bon. Là-dessus,
on n'a pas de retard, alors je vous souhaite maintenant la bienvenue, à
l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec, je vous rappelle que vous avez
10 minutes à disposition pour donner votre exposé. Par la suite, nous
allons procéder à un tour de questionnement avec les différents partis.
Alors, je vous laisse la parole. Bonjour à vous.
Association des professionnels
de la construction
et de l'habitation du Québec (APCHQ)
Mme Demers (Isabelle) : Alors,
merci, Mme la ministre, M. le Président, et membres de la commission, de nous
donner l'occasion de prendre part aux consultations menées par la Commission de
l'aménagement du territoire dans le cadre du PL n° 16 sur la loi modifiant
la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme.
Je m'appelle Isabelle Demers. Je suis ici à
titre de vice-présidente de l'APCHQ. Notre organisation a pour mission de
répondre aux enjeux en matière de qualité de construction, de défis
environnementaux et de besoins en matière d'habitation en représentant ses
20 000 entreprises membres au Québec. Aussi, le projet de loi nous
importe particulièrement étant donné le
déficit actuel de logements, la crise de l'habitation qui s'ensuit. À notre
avis, le PL n° 16 a le potentiel de contribuer
favorablement à l'amélioration de l'accès au logement sur tout le territoire du
Québec.
Dans le
mémoire que nous vous avons soumis, là, vous verrez le détail de nos
recommandations, qui se résument essentiellement
à ces trois préoccupations centrales : la densification est nécessaire
pour répondre aux enjeux en habitation au Québec; la standardisation des
comités consultatifs d'urbanisme, les CCU, est primordiale pour assurer la prévisibilité des projets pour les promoteurs;
et un encadrement des redevances de développement est requis afin de faciliter la construction de nouveaux logements sans
effet inéquitable. Sur ce, je cède la parole à mon collègue François
Bernier, conseiller à l'industrie, pour présenter le détail de nos
recommandations. Merci.
M. Bernier
(François) : Bonjour. Merci, Isabelle. Bonjour, Mme la ministre
et tous les parlementaires. Merci de nous accueillir. Écoutez, c'est une belle
occasion, avec le projet de loi n° 16, de parler des règles de
fonctionnement de notre industrie. Ce n'est pas quelque chose qu'on a
l'occasion de faire souvent. C'est quelque chose, par contre, dont on a
grandement besoin, d'être plus performants. Et, dans le projet de loi,
évidemment, lorsqu'on a l'occasion de regarder les règles de fonctionnement de
notre industrie, il y a beaucoup d'éléments qui peuvent être très positifs.
On a... D'abord et avant tout, comme Isabelle
l'a souligné, on arrive ici dans un contexte, là, de crise du logement qui nous
interpelle énormément, comme organisation et comme industrie. Nous estimons, à
l'APCHQ, qu'il faut 100 000 logements de plus demain matin, immédiatement,
dans le marché, pour rétablir une certaine forme d'équilibre. Ça, c'est plus
que ce qu'on produit dans une année. Puis la SCHL nous dit : Non seulement
vous devriez faire ça pour un an, mais vous devriez faire ça pour plusieurs
années, pour rétablir une certaine santé dans notre marché de l'habitation.
Donc, le défi qu'on a devant nous, il est
colossal, comme industrie. Et donc le regard qu'on pose sur le projet de loi
n° 16, c'est de voir dans quelle mesure on a là-dedans des outils
additionnels, des éléments qui vont assouplir les règles de développement puis
qui vont vraiment nous aider à rencontrer cet objectif-là, immense, qu'on a
dans la société, qui n'est pas juste le nôtre, mais dans la société.
Le premier élément qui nous a intéressés, ce
sont les définitions même, là, de ce que c'est que la planification
territoriale, de ce que c'est que le contenu d'un plan d'urbanisme. On y trouve
plusieurs bons mots. Évidemment, il faut voir à bien identifier les besoins, à
utiliser nos infrastructures, mais la réflexion qui nous est venue, c'est qu'à
ce moment-ci, dans la société, est-ce qu'on peut... est-ce
qu'on peut accepter une planification qui ne viserait pas à pleinement faire
usage de nos infrastructures, celles qu'on a puis celles qu'on souhaite avoir?
Dorénavant, il me semble que la prochaine génération de plans d'aménagement
doit avoir cette ambition-là de nous permettre de pleinement utiliser nos infrastructures. Donc, c'est une question de
relief, d'importance à accorder à cette dimension-là, qu'on vous soumet, d'abord et avant tout, que
toute la planification territoriale s'inscrive dans... avec une intention
forte, là, de maximiser, d'optimiser les infrastructures qu'on a, et ça,
ça va colorer notre pensée pour la suite des choses.
Alors,
on a regardé le projet de loi, puis je vais m'arrêter sur un certain nombre
d'éléments... en me disant : Bien, écoute, est-ce que tout ça nous permet
d'atteindre les potentiels? Comment est-ce qu'on pourrait faire un petit peu
plus ici et là? Premier élément qu'on a
remarqué, c'est le zonage incitatif. On a trouvé intéressant que le projet de
loi l'aborde. Bon. En même temps qu'on a une ouverture pour accueillir
du zonage incitatif, on voit la porte se refermer un petit peu, alors qu'on dit : Bien, il va falloir
que, si on prend une entente avec quelqu'un, on la soumette au comité consultatif
d'urbanisme. On pense que ça devrait
simplement être optionnel, une chose semblable. Voilà un exemple de disposition,
peut-être, qui est... dont on n'a pas véritablement besoin. Laissons les villes
déterminer si elles veulent aller auprès du conseil consultatif d'urbanisme
pour un règlement de zonage incitatif, pour une entente de zonage incitatif. Ce
constat-là, là, de : on fait une
ouverture, puis, ensuite, on voit la porte se refermer, on l'a fait à plusieurs
endroits, ça fait que je vais continuer un peu sur cet élément-là.
Deuxième élément
qu'on a remarqué, c'est de la fiscalité, je dirais, positive. On a bien vu
que... Puis on salue le fait qu'on puisse passer à des programmes de
revitalisation, qui accorderaient des crédits de taxes pour, justement, la
revitalisation. C'est très bien, tant mieux. On a aussi vu un programme... la
possibilité de donner des crédits de taxes pour du logement accessoire, tu
sais, du logement d'habitation accessoire. C'est une excellente nouvelle, mais,
encore une fois, woup! la porte vient de se refermer. Il faudrait que la
personne qui va occuper le logement ait un lien de parenté. Vous savez, au
Québec, il y a plein de personnes seules, il y a des étudiants, il y a plein de
monde qui pourrait bénéficier de ces logements accessoires là, et on en a
grandement besoin. Si seulement 3 % des maisons au Québec incluaient du
logement comme ça, accessoire, ça ne défigurerait pas du tout le Québec, ça
n'aurait aucun impact non plus sur les infrastructures, mais ça ajouterait
50 000 logements dans le parc d'habitation au Québec. Je viens de
vous dire, en partant, qu'il en manque 100 000, donc c'est le genre de
mesure qu'on trouve excessivement intéressante, puis on pense qu'on devrait
généreusement l'appuyer, en termes de crédits, donc, de ne pas avoir une telle
contrainte.
Ensuite, on voit
qu'on aborde la question, un peu difficile, parfois, des référendums. Donc, à
l'article 106, on dit qu'on pourrait accepter des projets qui incorporent
un certain nombre de changements à des normes d'urbanisme de base, l'intention
étant aussi... l'intention, elle est de densifier un peu, mais certains
changements d'urbanisme de base pourraient être accueillis, acceptés sans
recours à l'égard... tu sais, sans qu'on ait la menace d'un référendum, disons.
Alors, on trouve ça excessivement intéressant, avec, en tête, bon, des cas de
figure. Qu'est-ce qui se passe, tu sais, quand tu arrives puis que tu veux
faire un troisième étage par-dessus un deux logements, que tu veux passer de
quatre à six? C'est des cas de figure qu'on vit dans la réalité, et là on se
demande : Est-ce que le projet de loi, les modalités qui sont présentées
là nous permettent d'accueillir ces changements-là facilement? Bien, la réponse
courte, c'est non, parce qu'on doit le faire à l'intérieur de seulement un
changement qui serait de l'ordre de 33 % des normes d'urbanisme de base.
Vous imaginez que, donc, 33 %, ça ne convient pas pour passer de deux à
trois étages ou de quatre à six. Donc, notre cas de figure, là, il n'est pas
rencontré à la hauteur de nos besoins puis de nos attentes, avec de telles
modalités.
• (10 h 10) •
Donc,
suggestion, en ayant en tête notre cas de figure, essayons d'accommoder tout ce
qui est de changements de règles d'urbanisme de base de 50 % et
couvrons bien les deux paragraphes, là, de l'article 113 qui en parlent,
parce que, bien que l'intention soit de permettre une densité, le seul article
qui le mentionne, au fond, il n'est pas couvert, présentement, par le projet de
loi. Donc, il faut couvrir le paragraphe 3° et le paragraphe 5°, à
l'article 105, si on veut vraiment aller par là, mais l'important,
c'est : Allons-y à 50 %. Et on a pensé, dans notre cas de figure, justement,
qu'on risquait d'être à proximité de réseaux de transport important, donc lions
ça à la proximité, disons, de 750 mètres d'un réseau de transport
collectif. Puis là on pourrait arriver à faire des changements réels pour des
cas de figure qu'on rencontre assez souvent. C'est comme ça qu'on vous le
présente.
Cela étant dit, si
jamais on se rend compte qu'après avoir fait tous ces efforts-là on est encore
immensément loin des potentiels dans un secteur important, ce qu'on se dit,
c'est qu'il faut être prêt à aller au-delà de ça, il faut être prêt à autoriser
la ville de faire appel au potentiel qui est en jeu ici et d'accepter
dorénavant des changements aux normes d'urbanisme qui soient plus ambitieux, on
va dire ça comme ça, puisqu'on a en tête d'atteindre un potentiel et qu'on est
encore bien, bien loin. Donc, il faudrait accorder des possibilités
additionnelles aux municipalités pour aller encore plus loin que ce qu'on vient
de vous proposer, de base.
S'il faut encore des
changements ou s'il faut encore des référendums, on dépose différentes
propositions pour redéfinir la façon que ça se passe, l'idée étant qu'on a
présentement vraiment beaucoup trop de contrôle entre les mains d'un petit
groupe, malgré que les projets ont une importance sociale et économique qui
déborde souvent, mais de beaucoup la zone en question. Donc, il est temps qu'on
repense aux zones, il est temps qu'on repense au mode de calcul pour appeler des référendums, puis on dépose des
propositions dans ce sens-là. J'espère qu'on ne sera pas les seuls, parce qu'il y a peut-être d'autres
qui ont des bonnes idées pour revoir ça puis rendre ça un peu plus équilibré.
Concernant les CCU,
on l'a abordé brièvement tout à l'heure, ce qu'on recommande, en un mot, c'est
de les professionnaliser davantage avec un peu plus d'encadrement, un peu plus
de formation, permettre aux gens aussi de présenter
leurs projets. On pense que ces outils-là, additionnels, sont nécessaires à ce
moment-ci, cette communication-là doit être améliorée pour que les
projets cheminent plus facilement.
Dernier point, s'il me
reste un peu de temps, je veux vous parler des redevances de développement. J'ai
parlé de fiscalité positive, tout à l'heure, mais il y a de la fiscalité
négative qu'on traîne depuis qu'on a adopté un régime de redevances de développement. Alors, il y a trop peu de modalités
d'encadrement dans le régime actuel. Je regardais la loi de l'Ontario, je pense qu'elle dure
40 pages. Nous autres, on a de la misère à en faire une ou deux, là. Ça
fait que c'est... Il y a trop peu d'encadrement, dans le régime actuel, puis
c'est une occasion de le revoir avec le projet de loi n° 16.
Donc, ce qui nous revient toujours à l'esprit,
c'est qu'on n'a pas une très bonne description, une définition des types de dépenses qu'on peut y mettre, on n'a
pas idée de s'il faut que ces dépenses-là apparaissent dans un horizon de
temps raisonnable ou pas.
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M. Bernier (François) : Puis je
vais vous dire, sommairement, on n'a pas idée de quand est-ce qu'on va faire la reddition de comptes auprès des
consommateurs. Alors, on a promis des choses, mais il n'y a aucune modalité pour
leur rendre compte de ça. Puis ça, c'est... il faut vraiment le corriger avec
reddition de comptes obligatoire à cinq ans. Ça fait que voilà les principales
recommandations.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant procéder à une période d'échange
avec... du côté gouvernemental. Alors, je laisse la parole à la ministre de
l'Habitation.
Mme Laforest : Oui, bonjour.
Ministre des Affaires municipales.
Le Président (M. Schneeberger) : Excusez-moi,
c'est vos anciens titres.
Mme Laforest : Bonjour à vous
tous. Bien, on parle beaucoup d'habitation, vous en parlez, d'ailleurs. Quand
vous parlez des projets, de professionnaliser les CCU, est-ce que c'est parce
que vous avez eu de mauvaises expériences,
et, si oui, quel genre d'expérience, en général? Quels problèmes que vous
rencontrez le plus souvent avec les CCU?
M. Bernier (François) : Je vais
laisser mes collègues...
Mme Robitaille (Mélanie) : Oui,
bien... Bonjour, Mme la ministre. En fait, en fait, ce que je dirais, c'est que
c'est inégal. Donc, les CCU, d'une part, il y a une problématique de roulement,
donc, tu sais, c'est très, très rare qu'on voie des gens qui siègent sur un CCU
pendant 25 ans. Des projets comme... des projets comme nous, on fait... moi, je travaille dans les quartiers centraux à
Montréal, c'est des projets d'envergure, qui peuvent durer parfois trois ans
de prédéveloppement, quatre ans de prédéveloppement, six à huit ans de
construction. Donc, on se retrouve à avoir des
gens sur le CCU qui bougent constamment. Le niveau d'expertise et de
connaissance diffère grandement entre les différents arrondissements,
Montréal et les différentes villes au Québec, donc, le but, ce serait vraiment
de créer un cadre professionnel pour être en
mesure d'avoir les meilleurs CCU possible et qui remplissent le mandat auquel
on s'attend.
Mme Laforest : OK,
merci. Je vais poser mes questions en rafale parce que mes collègues ont aussi
des questions. Vous parlez des permis qui sont octroyés dans les municipalités,
vous dites dans votre mémoire que vous aimeriez qu'on publie annuellement les cibles concernant les
délais de traitement des permis, sûrement parce que vous... On s'est déjà rencontrés,
vous dites que, parfois, les permis... souvent c'est très, très long, dans les
municipalités, mais qu'est-ce que ça
changerait de les publier? Est-ce qu'il y a des exemples que vous pouvez me
donner par rapport à ces publications-là, que vous avez déjà vus dans
d'autres... soit dans d'autres pays ou... Parce qu'on a parlé aussi de la construction des projets dans d'autres pays, mais,
au niveau de la publication des cibles, c'est sûrement pour accélérer le
traitement des permis dans les villes... dans les municipalités.
M. Bernier (François) : Bien,
si je peux me permettre...
Mme Robitaille (Mélanie) : Bien...
Oui.
M. Bernier (François) : Bien,
vas-y, mais... Au fond, je pense qu'on parle d'un état de situation où il n'y
en a pas, de cible, il n'y en a pas, ça fait
que de s'en donner puis, ensuite, de se commettre à faire un rapport sur
l'atteinte ou pas de nos cibles,
bien, c'est une prise de conscience. Alors, ce n'est pas nécessairement pour
être critique, mais, tu sais, si on
veut commencer à améliorer des choses, professionnaliser notre système de
développement, c'est qu'on se commet à des processus pour traiter les
dossiers à l'intérieur de certains délais. Bien, alors, est-ce qu'on les
respecte? C'est ce genre de rapport là qu'on se doit à tous pour s'ajuster en
cours de route.
Mme Laforest : OK. Merci.
M. Robitaille
(Mélanie) : Mme la ministre, si je peux me permettre, dans le
fond, ce qu'on croit, c'est qu'il y a des
municipalités au Québec, en ce moment, qui excellent au niveau des émissions de
permis, et on pense que ce n'est pas assez véhiculé. Moi, je pense que,
si j'étais la mairesse d'une ville qui voyait la ville voisine avec une cible extraordinaire de délais de traitement, d'émissions de
permis, j'aurais comme envie de trouver des solutions à ma problématique interne que je viens de comprendre
par la divulgation de ces pratiques-là. Ça fait que c'est vraiment de
prêcher par l'exemple. On pense que ça pourrait avoir un impact positif.
Mme Laforest : Quel exemple
d'une municipalité que vous pouvez me donner?
M. Robitaille (Mélanie) : Je
vais laisser François parce que moi, je travaille exclusivement à Montréal puis
je ne commenterai pas les délais de...
M. Bernier
(François) : Je pense que je vais jouer le ricochet, à mon
tour, je vais demander à Donald là-dessus.
Mme Laforest : On peut nommer
des noms si c'est des bons exemples. C'est important de les mentionner.
M. Bonsant (Donald) : Oui,
c'est des bons exemples. Écoutez, je crois que la ville de Trois-Rivières est
un excellent exemple, en termes de traitement de délais, de permis. Ils se sont
fait une structure interne qui facilite puis qui oriente les promoteurs de
façon très précise et avec une personne... un intervenant précis. Je ne
nommerai pas ceux que ça ne fonctionne pas, si vous permettez, moi aussi, je
travaille dans beaucoup de municipalités au Québec, mais il y a énormément
d'exemples, comme l'a dit Mne Robitaille, là, où ce n'est vraiment pas égal.
Mme Laforest : OK. Dernière
question, les...
Mme Demers (Isabelle) : Si je
peux me permettre...
Mme Laforest : Oui.
Mme Demers (Isabelle) : Bien,
simplement que, dans le mémoire, on mentionne aussi l'exemple de la ville de Victoriaville, qui a été en mesure de créer
trois fois plus de logements au premier trimestre, en 2023, comparativement
à la même période l'année passée. Donc, c'est des exemples positifs aussi, là,
c'en est une autre, là... au moins d'en avoir un deuxième. Voilà.
Mme Laforest : C'est bon. Le
33 %... Non, je vais poser ma question plus sur les unités accessoires.
Vous dites qu'on devrait le permettre pour tout genre, tout genre de... toutes
les demandes, en fait, pas nécessairement pour des membres de la famille, mais il faut penser aussi que les unités
accessoires, si tous les quartiers le permettent, est-ce qu'on ne
défigure pas un quartier? Parce qu'on le sait, ça va demander plus de services,
la gestion des matières résiduelles, et ainsi de suite. Vous n'avez pas une
crainte, au niveau des municipalités, si on commence à construire des unités
accessoires dans tous les quartiers, sans précision, vous n'êtes pas inquiets?
M. Bernier (François) : Bien,
d'abord, à moins que ma lecture ne soit pas juste, là, c'est qu'on entend
accorder un crédit de taxe pour le logement accessoire, hein, c'est bien ça,
mais seulement s'il y a un lien de parenté?
Mme Laforest : Oui.
M. Bernier (François) : Donc,
c'est ça qu'on voulait commenter. Et puis que le crédit de taxe soit octroyé,
donc, à d'autres utilisateurs potentiels, tu sais, ça... c'est ça qu'on voulait
souligner. Mais quant à la présence massive de logements accessoires qui
viendrait défigurer le Québec, moi, je n'y crois pas. Je n'y crois pas, parce
qu'il y a tellement de sensibilité là-dessus que les villes vont s'assurer que
le type de maisons qu'on va transformer, les quartiers où ça se passe, tout
ça... on va trouver des façons de faire ça de façon assez douce. Et, avec le
temps, comme je vous dis, le potentiel de ça, à mes yeux, c'est de l'ordre
de... mais vraiment un potentiel de 3 % des maisons. Puis là on parle de
se projeter dans plusieurs années. Que 3 % des maisons Québec, un jour, réussissent
à intégrer ça, ça ne va pas se passer vite, puis ça ne va pas paraître
beaucoup, puis ça ne va pas créer beaucoup de vidanges, puis ça ne va pas créer
beaucoup de pression sur les réseaux ni transformer le...
Mme Laforest : OK.
M. Bernier (François) : À mon
sens, là, c'est quelque chose qui va se faire de façon très, très douce.
Mme Laforest : OK. J'ai quand
même une dernière question. Pour le 33 % que vous parlez... que vous
parliez tout à l'heure, est-ce que vous, dans un... admettons, si c'était dans
l'optique d'augmenter à 50 % si c'est une nouvelle construction, suite à
une démolition... mais quand même garder un 33 % général partout au
Québec... Vous, c'est vraiment partout qu'il faudrait augmenter de 50 %,
et non... Parce que, si on se retrouve avec des édifices beaucoup plus hauts
que prévu, vous n'avez aucune crainte?
M. Bernier (François) : Non, on
a senti ça venir, là, puis on a dit que ce qu'on proposait, on proposait
d'abord et avant tout de le lier à une proximité avec certaines infrastructures
importantes de transport ou autre, hein? Quand on vous
dit qu'on peut bouger à 50 %, là, on l'a lié d'entrée de jeu à cette
condition-là pour rendre tout le monde confortable avec ça. Bien entendu, le
30 % peut peut-être être vécu ailleurs, mais essayons-nous, là, de réussir
des cas de figure, de passer de deux à trois
étages ou de quatre à six dans des milieux urbains proches d'infrastructures
importantes. C'est ce qu'on avance.
Mme Laforest : OK. C'est
intéressant, merci. Je vais laisser la parole à...
M. Bonsant (Donald) : Quand on
parle...
Mme Laforest : Oui?
• (10 h 20) •
M. Bonsant (Donald) : Excusez.
Quand on parle de réseau structurant, on s'entend, là, il n'y a pas beaucoup de villes au Québec, présentement, qui en
possèdent, donc, c'est vraiment une minorité. Puis, si je peux juste me... vous
expliquer, quand on parle de
33 %, si j'ai un six logements, on se rend compte que je peux monter à
huit logements, mais, lorsque tu es à 250 mètres d'une station de
métro, tu ne viens pas vraiment d'augmenter de densité significative. C'est pour ça que le 50 %, on parle de...
mettons, un huit logements, on pourrait aller jusqu'à 12 logements, par
exemple. Donc, ça, c'est en vertu de
l'alinéa 3, que M. Bernier a discuté, qui ne fait pas partie de la
loi présentement. On a juste été à l'article 123, au niveau...
l'alinéa 5, c'est-à-dire, qui parle de marges de recul, de volumétrie,
tout ça.
Mme Laforest : OK. C'est
intéressant.
M. Bonsant (Donald) : Donc,
c'est important à considérer parce que le nerf de la guerre est là, là, sans
aller avec les référendums, puis tout ça aussi,
là. Donc, je pense que c'est très important, cet aspect-là, qui n'a pas été...
qui ne fait pas partie du projet de loi, actuellement, pour ce qui est
de l'alinéa 3, là, de l'article 113.
Mme Laforest : OK. Bien, pour
les référendums, on a quand même plusieurs groupes qui nous en parlent, là, des projets qui sont bloqués parfois à cause
des référendums. Ça fait que ça, je vais... j'ai entendu quand même plusieurs
groupes le mentionner. Je vais laisser les autres questions à mes collègues. Je
vous remercie encore une fois.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
Mme la ministre. Nous allons maintenant du côté du député de Lac-Saint-Jean.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Bonjour,
messieurs. Bonjour, mesdames. Moi, je veux revenir sur l'émission des permis,
la question, là, des cibles au niveau de l'application des délais de traitement
des permis. On sait que, parfois, certaines
cibles peuvent devenir très contraignantes pour des municipalités, puis je ne
pense pas qu'on a répondu tout à l'heure, mais ce serait quoi, pour
vous, l'implication, s'il y aurait des cibles, pour une municipalité, de ne pas
les respecter?
M. Bernier (François) : Bien, écoutez,
je ne pense pas qu'on va aller en prison, personne, mais, quand on a au moins
le moyen de constater qu'on avait... qu'une municipalité s'était donné des
objectifs puis qu'elle ne les rencontre pas, c'est au moins une occasion de
voir pourquoi c'est arrivé, là. Alors, présentement, l'état de situation, c'est
qu'on peut accepter de ne pas en émettre pendant assez longtemps et qu'on ne le
fait pas, le point, là, on ne le fait pas,
le point, pourquoi ça ne sort pas? C'est peut-être un problème de ressources ou
d'autres problèmes, mais donc je pense que le premier pas à faire, c'est
de laisser à chacun le soin de déterminer ses propres objectifs.
Puis, encore une fois, je vais réitérer, là,
c'est important qu'il y en ait pour aller chercher leur plein potentiel de développement. Alors, s'ils s'alignent comme ça
puis ils se donnent des objectifs ambitieux, bien, périodiquement, c'est
le temps de voir si on est dans le champ ou bien, donc, si on avance vraiment,
si les ressources municipales sont données aux personnes pour que les projets
avancent ou elles ne sont pas données. C'est ça que ça permettrait.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Puis
vous avez des... Est-ce que vous détenez des statistiques...
Une voix : Bien non.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : ...au
Québec, de municipalités que vous croyez qui ne respectent pas leur plein
potentiel de développement? Parce que, pour émettre ça, il faut quand même
avoir des données.
M. Bernier (François) : Je vous
dirais que le constat qu'on fait... puis ça, c'est ma lecture personnelle, mais
mes collègues ont la leur, là... je pense qu'il y a assez peu de municipalités
au Québec qui ont une idée de leur potentiel.
Ils n'ont juste pas d'idée, ils ne savent pas ce que peut supporter vraiment...
partout, leurs infrastructures, en tout cas. S'ils le savent, ils ne le
communiquent pas. Ils ne le communiquent pas, parce que, s'ils le faisaient
puis ils disaient : Bien, à tel
endroit, moi, j'imagine qu'on peut faire ceci ou faire cela, ça inviterait des
projets en conséquence.
Or, là, présentement, notre développement se
fait plus à tâtons : Viens, puis on va voir si on est capable, puis on
n'est peut-être pas capable, puis on va se reparler plus tard. Ça fait que, là,
il est maintenant temps de dire : On fait l'identification de nos
potentiels correctement, on se donne des objectifs pour le faire, on va donner
aussi bonne conscience qu'on a pleinement utilisé nos
infrastructures avant d'autoriser des ouvertures de rues ou quoi que ce soit,
alors... Mais mon constat, c'est que c'est assez rare qu'on a cette lecture-là.
M. Bonsant
(Donald) : Oui, puis, écoutez, si je peux juste me permettre...
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Oui.
M. Bonsant (Donald) : ...on
le voit beaucoup lorsqu'on arrive... Évidemment, moi, j'ai la chance de
travailler un petit peu partout au Québec, présentement, sur des projets
de redéveloppement, des projets de requalification, et, quand on dépose, par exemple, un projet avec possibilité de 3 000,
4 000 logements autour d'un centre d'achats, quelque chose comme ça, bien, les municipalités, des fois,
sont superdépassées parce qu'elles ne connaissent vraiment pas leur potentiel, c'est quoi, le niveau des
infrastructures, que faut-il mettre en place pour accueillir ce nouveau
développement là.
Donc, je pense que,
dans le plan d'urbanisme, ça a été comme spécifié, quand même, que les gens
vont devoir regarder leur potentiel puis leur... faire un ménage au niveau de
leurs infrastructures de façon à plus nous aiguiller. Parce qu'avant de
commencer à concevoir un projet comme Mme Robitaille peut faire à
Montréal, tout ça, il faut savoir un peu jusqu'où on peut aller en termes de
densification, en termes de... On veut tous... tout le monde veut faire de la densification, mais on ne sait
pas jusqu'où on peut aller. Donc, on est là, présentement, on... c'est qu'on
se fait buter, puis ça, bien, évidemment, ça retarde les processus, ça allonge
les délais au niveau de l'acceptation des brevets, ce qui est compréhensible
aussi. Ce n'est pas simple, là.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Juste comme ça, mais... C'est que je vous entends,
mais vous êtes un peu à deux niveaux, hein? Vous parlez d'installations de
3 000, 4 000 logements à un endroit. On sait que les grandes villes, c'est une chose, mais il reste que, quand
on tombe dans les... en région, les municipalités, les MRC, on a des très,
très bels exemples de MRC, quand vient le temps de faire les schémas
d'aménagement révisés, qui planifient leur développement sur le territoire.
Bien entendu, c'est la municipalité aussi qui a à faire appliquer toute la
question de règlement de zonage puis son propre développement, en respectant le
plan d'aménagement révisé de la MRC, mais je comprends qu'il y a deux enjeux,
là, à votre niveau, parce qu'on a des endroits au Québec que ça fonctionne
très, très bien, dans des régions, là, le développement, là... Je vais terminer
là-dessus parce que je pense que j'ai d'autres collègues aussi...
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui, j'ai d'autres collègues. Alors, merci, député de
Lac-Saint-Jean. Nous allons poursuivre du côté ministériel, toujours, avec la
députée de Labelle.
Mme Jeannotte :
...messieurs. Bien, j'aime beaucoup les recommandations que vous avez
faites. Ayant le rôle de titre d'adjointe parlementaire en Habitation, voyons,
pardon, j'aurais une question au niveau des redevances en développement. Vous recommandez de baliser davantage le recours aux
redevances de développement. Vous proposez de déterminer les types de dépenses pouvant faire l'objet de redevances.
Plus précisément, quel genre de dépenses devraient, selon vous, pouvoir
être visées par une redevance et qu'est-ce qui ne devrait pas l'être, s'il vous
plaît?
M. Bernier (François) : Écoutez, la dernière fois qu'on s'est prononcé clairement
là-dessus, c'était à la commission parlementaire où elles sont nées, là,
quand on a fait ça, et on a référé à un projet de loi précédent qui avait été
considéré par le gouvernement du Québec, où, là, on s'était donné la peine de
dresser la liste des éléments à inclure aux
redevances. C'est un lien dans notre mémoire, puis on peut y retourner, mais,
au fond, c'est une liste assez simple : police, pompiers, certains
équipements municipaux, peut-être huit, 10 éléments qui peuvent être
couverts comme ça.
Je pense que, tu
sais, au fond, vous pouvez... les gens pourront analyser ça en rapport à cette
liste-là, et ça pourrait convenir. C'était un ensemble de six, huit éléments.
Ou vous pouvez aller regarder la loi ontarienne qui, elle, élabore en toutes
lettres, justement, quels sont les éléments à inclure, bien que les
responsabilités soient très, très différentes pour les villes ontariennes. Ça
fait qu'au fond c'est... Je ne peux pas les nommer toutes par coeur, mais elles
sont toutes écrites dans notre mémoire de l'époque, de 2016, là, quand ça a été
adopté, et on peut y référer, là, à nouveau.
Mme Jeannotte : Ah bon! On va aller là.
Donc, j'aimerais laisser la chance à mes collègues, également, là, de
poser des questions.
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui. Députée de Rivière-du-Loup, oui.
Mme Dionne :
Une question concernant les élections référendaires. Donc, vous suggérez de
hausser de 50 % l'exemption
référendaire pour des modifications aux normes d'implantations des projets dans
des secteurs à proximité de réseaux de transport structurants. Moi, ma
question, c'est : Est-ce que vous ne craignez pas que des augmentations de
volumétrie trop drastiques pourraient... dans le fond, auraient lieu...
seraient trop drastiques avec un seuil pareil?
M. Bernier
(François) : Il y a peut-être des cas de figure où ce serait
inacceptable, j'en conviens, mais... c'est
possible, mais, en même temps, est-ce que moi, je peux accepter de perpétuer,
perpétuer, là, pour une génération encore, une sous-utilisation
d'infrastructures à proximité de métro, comme ça? Je suis bien mal... j'ai bien
du mal à vivre avec ça.
Puis, en tout respect
pour, bon, la position de citoyens que ça pourrait déranger, je pense qu'il est
temps d'avoir un petit peu plus de coudées franches, là, pour faire des
changements qui vont déranger quand même un peu, de cet ordre-là. Je ne pense
pas que ce soit si dramatique, comme changement. Pourtant, aujourd'hui, on peut
vivre une très vive opposition là-dessus. Ça fait qu'on est pris dans cette
espèce d'équilibre là : Qu'est-ce qu'on est prêts à faire pour arrêter de
gaspiller des infrastructures au Québec pour la prochaine génération puis quand
même être à l'écoute des citoyens? Ça fait qu'on a essayé de trouver ce juste
milieu là pour avancer un peu.
M. Bonsant (Donald) : Oui, puis
je tiens juste à vous rappeler que les municipalités disposent d'outils réglementaires intéressants qui vont quand même
être utilisés, là, on parle des règlements sur les PIIA, les PPCMOI...
Le Président (M. Schneeberger) : ...on
doit terminer là-dessus.
M. Bonsant (Donald) : ...tout
ça, donc, qui vont venir aider les municipalités.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Nous allons maintenant du côté de
la première opposition, et je passe à la députée de Mille-Îles, qui va
prendre la parole, oui.
• (10 h 30) •
Mme Dufour : Oui, Mille-Îles.
Merci. Bonjour et merci d'être ici avec nous ce matin, même si c'est virtuel, c'est un plaisir de vous entendre. Vos positions
sont très intéressantes, particulièrement celle sur les CCU. Je vous dis... je
vais vous dire, vous êtes les seuls à avoir abordé le sujet des CCU. C'est un
sujet qui m'intéresse particulièrement, la
ministre le sait, je lui en ai parlé en privé aussi. J'ai déjà été présidente
de l'Association québécoise d'urbanisme, qui offre des formations, justement, aux membres de CCU, et c'est quelque
chose que j'avais noté, là, le manque de formation à certains égards. Donc, votre vision là-dessus,
ce serait quel genre de formation? Est-ce que vous avez une idée du temps
que les formations devraient durer? Juste
enligner un peu c'est quoi, votre vision de... quand vous parliez de formation
obligatoire.
M. Bonsant (Donald) : En
fait... Je peux y aller, François.
M. Bernier (François) : Oui,
vas-y.
M. Bonsant (Donald) : En fait,
par rapport aux formations de CCU, je peux parler en connaissance de cause,
j'en ai... j'ai eu l'opportunité et la chance d'en donner moi-même
personnellement, là, en tant que président sortant de l'Ordre des urbanistes puis aussi dans mon travail, qui m'amène à
faire ça. C'est... On ne parle pas de formation de quelques journées,
là, c'est des... bien souvent, c'est des formations aussi... ça peut être des
demi-journées, ça peut être une journée
complète, on peut parler d'éthique à l'intérieur de ça, on peut parler
peut-être de règles de fonctionnement de tous les dossiers, comment ça
fonctionne dans l'appareil municipal aussi, qui est différent d'un endroit à un
autre aussi, puis aussi du rôle, le rôle principal d'un membre de CCU, c'est
quoi, son rôle principal.
Ce n'est pas... Tu sais, des fois, on pense que
c'est... on va mettre cinq urbanistes dans un comité consultatif d'urbanisme,
puis tout va bien aller. Je vous assure que, non, ça n'ira pas bien. Ça prend
des gens de tout acabit, ça prend des gens de toute formation, avec... Dans le
fond, ce qu'on veut, on veut avoir l'avis des gens, un avis... puis il faut les
amener à ça. Donc, il faut leur donner des outils sur des... ça peut être sur
l'architecture, ça peut être sur la volumétrie, puis leur aider à comprendre
surtout qu'est-ce qu'ils appliquent comme réglementation puis sur quoi ils
doivent se positionner. Puis, bien souvent, ils sont... ils ne sont pas trop...
Ils ont beaucoup de bonne volonté, mais ils ne savent pas trop, donc, mais,
l'éthique, beaucoup aussi là-dedans, rentre en jeu.
Mme Dufour : Parfait.
Donc, une demi-journée, pour vous, là, ça paraîtrait une formation assez
complète, là?
M. Bonsant (Donald) : Ça
pourrait être peut-être plus que ça, mais ça pourrait être un module, je
dirais, plus générique, puis y aller peut-être en profondeur après, là.
Mélanie, tu veux...
Mme Robitaille (Mélanie) : Oui.
Mme la députée, moi, ce que je crois, personnellement, c'est qu'il faut des
guides. Il y a des outils réglementaires qui existent, il y a des membres de
CCU qui ne savent pas que ces outils réglementaires existent. Il y a une
question de rôles et responsabilités du CCU versus les fonctionnaires, versus
les élus. Ça fait que, peut-être, moi, si je devais devenir membre d'un CCU, je
souhaiterais qu'on m'accueille avec un cartable qui inclut de l'information, en
plus d'avoir une demie à une, deux journées de formation initiale. Puis,
ensuite, je pense que ça peut être pertinent, pour des membres qui demeurent
sur des CCU pendant de nombreuses années,
d'avoir une certaine formation continue aux deux ans, trois ans, une petite...
deux heures de formation pour toutes les mises à jour en loi... en lien
avec la loi ou en lien avec les différents changements, là.
Mme Dufour : Merci beaucoup. Je
vais vous amener ailleurs. Lorsque vous parlez, là, de retirer... justement, de ne pas obliger d'aller au CCU le zonage... pour
le zonage incitatif, ça, c'est un des éléments que vous avez amenés.
Puis vous avez aussi amené de laisser les municipalités déterminer, dans le
fond, le pourcentage, qu'elles pourraient aller
au-delà de 33 %, selon leur besoin de capacité. Bon. Moi, je suis députée
à Laval, je viens... j'ai été élue municipale à Laval, et ce n'est
pas... ça ne fait pas très longtemps, la commission Charbonneau et tout ce qui
s'est passé, notamment avec Gilles Vaillancourt. Alors,
je me demandais comment on peut, disons, rallier vos deux propositions avec
les... disons, les mesures éthiques qu'on a prises pour, justement, tenter que
des élus monnayent des éléments... disons, des ajouts à des projets, par
exemple, contre rétribution personnelle, etc. Comment on peut pallier vos
propositions avec cet enjeu éthique là?
M. Bernier
(François) : Je pense que, comme vous l'avez démontré, il y a
maintenant une très, très grande sensibilité de ne pas s'exposer à ça, là. Bon.
Est-ce que, pour autant, étant donné un risque potentiel, là, comme vous le
soulevez, que... Est-ce qu'on doit vraiment s'empêcher de brasser la cage, là?
À un moment donné, quand on voit qu'on va être en situation de sous-utilisation
de nos infrastructures, puis on condamne la prochaine génération à ça, puis on
accepte ça, bien, je pense que, une fois qu'on s'est dit clairement quels
étaient nos potentiels, ils sont documentés, ils sont publics, ils sont là, ils
sont connus, alors... et puis qu'on manifeste une volonté d'y aller, puis on
est appuyé, les consultations préalables sont faites, on a fait nos devoirs et
nos leçons, il faut, à un moment donné, autoriser des changements substantiels,
il faut le faire.
Sinon, bien, on
accepte des changements mineurs, puis c'est réglé pour la prochaine génération,
puis je serais triste qu'on le fasse parce qu'il y a une crainte de mauvais...
de mauvaises pratiques, là. Je voudrais que ce soit bien fait, par exemple,
évidemment, que l'effort de documentation des potentiels, ce soit réalisé de
façon impeccable, qu'on ait bien des bonnes consultations citoyennes pour
dire : Oui, ici, on voit un avenir. Puis qu'on consulte les citoyens à ce
niveau-là, mais, une fois que c'est... une fois qu'on s'est dit ça, on est prêt
à agir bien au-delà des petits changements de 50 %. C'est ça qu'on
souhaite.
Mme Demers
(Isabelle) : Si je peux me permettre, la pression, là, sur le
développement du territoire est là, est partout. Puis loger les gens, là, en
faisant attention à l'impact sur l'environnement, avec la densification, par exemple, en s'assurant que les besoins des
citoyens soient rencontrés, les besoins esthétiques aussi, ça a été mentionné,
l'impact, quel sera-t-il sur l'environnement visuel, maximiser l'utilisation
d'usage des infrastructures actuelles de façon... puis avec une saine
gouvernance. Pour nous, ça nous apparaît comme une évidence, il faut aller vers
ça, mais il faut avoir le courage d'aller vers ça aussi, parce qu'on a besoin
de loger des gens.
Mme Dufour : Bien,
j'essaie de comprendre en quoi de permettre... de faire en sorte que le...
qu'un projet de zonage incitatif soit soumis au CCU viendrait empêcher le
développement. C'est juste une certaine, je ne sais pas, ceinture de sécurité
qu'il n'y a pas eu manigance quelconque, etc., puis que c'est pour le bien
collectif, le projet. Donc, le CCU, comme
c'est un regroupement de plusieurs membres, c'est indépendant du conseil, ça
peut, il me semble, venir balancer, là. Donc, j'essaie de comprendre en
quoi de ne pas... votre... la recommandation de ne pas obliger d'aller au
CCU...
M. Bernier
(François) : Bien, c'est ça, c'est de ne pas obliger, hein?
C'est-à-dire que la ville peut bien décider
de le faire, comme il est mentionné qu'elle pourrait aller en consultations
publiques, elle peut aller en consultations publiques aussi. Elle peut
faire plein de choses. Alors, laissons-la... laissons-lui simplement cette
possibilité d'en référer au CCU et non cette obligation d'en référer au CCU.
Ils jugeront, ils jugeront, s'ils ont trop de sensibilité dans l'air, ils vont
l'envoyer au CCU, là.
Mme Demers (Isabelle) : Bien,
François, Mélanie avait un exemple peut-être aussi, ou je sentais que tu voulais
intervenir, là, sur l'impact de travailler avec le CCU ou pas.
Mme Robitaille
(Mélanie) : Je ne sais pas de quel exemple tu parles, Isabelle, mais,
dans les faits, je pense que le message qu'envoie l'APCHQ, puis, tu sais, je
suis très, très sensible, Mme la députée, à ce que vous dites, là, il faut
trouver une manière qu'il n'y ait pas de possibilité. Bien, dans le fond, on
essaie de limiter au maximum les étapes entre l'idée derrière un projet et la
livraison de ces unités d'habitation là. Ça fait que je pense que la volonté
derrière cette... de rendre ça facultatif, c'est de ne pas ajouter des étapes ou
des lourdeurs à un processus qui est déjà très, très lourd.
Maintenant, comment
solutionner le... ce que vous évoquez par rapport à Laval, notamment? Bien,
j'abonde dans le sens de François, il y a...
on sent une amélioration de la sensibilité. On sent que les choses se font bien
ces jours-ci. De quelle manière ça pourrait être encadré davantage?
C'est une excellente question. Maintenant, de quelle manière on peut accélérer? Bien, c'est en rendant certains
éléments plus facultatifs et de soumettre... Tu sais, le CCU voit déjà
le projet à une multitude de reprises, là, au niveau du PIIA, au niveau du...
tu sais, je... Donc, est-ce qu'on ne peut pas essayer d'intégrer ça dans une
même étape? Je ne sais pas jusqu'à quel point c'est nécessaire d'aller définitivement,
à toutes les fois, systématiquement, au CCU pour le zonage incitatif, puisque
le projet va être revu de toute façon, là.
Mme Dufour : OK. Oui, je comprends.
Vous avez mentionné le processus très lourd, et je dois vous le concéder, là,
pour avoir été huit ans, justement, dans un CCU, c'est très lourd, un
changement de zonage. Et ça m'étonne, d'ailleurs,
de ne pas avoir vu de recommandation à cet effet-là, de peut-être, justement,
le faciliter, l'améliorer. Il y a... Est-ce que c'est quelque chose que
vous avez envisagé, de proposer une... ou est-ce que vous voyez une façon
d'alléger le processus de changement de zonage?
M. Bonsant (Donald) : Et c'est
sûr qu'il y a beaucoup de choses à faire. Ce matin, on ne pourra pas discuter de tout ça, mais ce qu'on dit, en bref, puis ce
qui a été dit, c'est de... À partir du moment que les balises de développement
sont établies au plan d'urbanisme, pourquoi s'ajouter
beaucoup d'étapes pour accoucher d'un projet? C'est un petit peu ça qui est
dit, là, j'essaie de le vulgariser puis de le mettre... de le simplifier le
plus possible pour... sans rentrer... Parce qu'il va y avoir d'autres... il va
y avoir d'autres gens, là, les juristes, tout ça, vont être capables de
comprendre à quel endroit qu'on peut, mais, effectivement, c'est très complexe.
• (10 h 40) •
Tu sais, j'ai... moi,
j'ai été obligé... pour des projets de densification, des projets de personnes
âgées, on a été obligé de faire signer des renonciations de participation au
référendum, parce qu'on a eu 15 personnes qui ont signé, l'autre côté de
la rue, pour ne pas avoir un étage de plus puis couper la vue sur une montagne.
C'est tellement rendu loin, on... ça nous a
demandé, je ne sais pas combien, on a dû aller chercher, je pense,
500 signatures, 450 signatures pour renoncer. Ça a renoncé, mais
c'est un peu l'exemple de ça, mais là c'est tout... Vous comprenez que tout
était enchâssé, là, tout est mélangé là-dedans, là, mais c'est un...
Mme Robitaille
(Mélanie) : Bien, si je peux juste terminer l'intervention de Donald
avec une bonification, je pense que la volonté du mémoire, c'était de répondre
au projet de loi, donc, et non pas de... Le changement de zonage émane plus de responsabilité municipale. La
façon dont les gens interviennent, selon les municipalités, diffère. Ça
fait que, nous, dans le fond, nos recommandations sont vraiment en lien avec
comment on peut faire en sorte de sortir du
volume. Puis, tu sais, c'est pour ça, notamment, qu'on parle... Tu sais, là,
jusqu'à maintenant, personne n'a posé la question, là, mais les...
Mme Dufour :
Oui, bien, j'allais là.
Mme Robitaille
(Mélanie) : Oui, OK.
Mme Dufour :
La zone d'approbation référendaire restreinte, si vous pouvez en parler
brièvement, il nous reste 40 secondes.
Mme Robitaille
(Mélanie) : J'ai un exemple extraordinaire. Donc, moi, j'avais un
projet d'envergure dans l'est de Montréal,
1 000 logements, une CPE, 80 places, une clinique médicale, une
épicerie. J'avais, malheureusement, 250 personnes habiles à voter.
Donc, mes zones contiguës... je ne sais pas si tout le monde me suit, j'avais
seulement 250, donc mon projet d'envergure a été bloqué. J'avais... Il y avait
besoin de 49 signatures seulement, parce que je suis dans un ancien
quartier industriel. Et cette situation-là, elle se présente à une multitude de
reprises, du moins, à Montréal. Donc, si 49 personnes signaient
l'ouverture de registre, mon projet était mis sur la glace, et il y a eu ces
signatures-là. Est-ce que c'est normal que 49 personnes puissent décider
du sort d'un projet d'habitation de 1 000 personnes, avec toutes les
infrastructures collectives dont je viens de vous parler? Donc, ça, c'est un
problème que moi, j'ai rencontré. On nomme un autre exemple d'un de mes
collègues constructeurs, aussi à Montréal.
Le Président (M.
Schneeberger) : En terminant.
Mme Robitaille
(Mélanie) : Mais il y en a par dizaines, des problématiques comme ça.
Donc, d'élargir ces zones-là, donc de rendre
le droit au chapitre à l'ensemble d'une communauté, plutôt qu'aux gens qui sont
directement devant le projet, qui, effectivement...
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci... Merci beaucoup.
Mme Robitaille
(Mélanie) : Pardon.
Le
Président (M. Schneeberger) :
Nous allons maintenant de la... côté du deuxième opposition, avec le député
de Taschereau.
M. Grandmont :
Merci beaucoup pour votre présentation fort agréable et des recommandations
qui sont très intéressantes aussi, notamment en ce qui... en ce qui a trait à
la densification, là, que vous appelez à avoir davantage, là. Je... on reçoit ça, évidemment, très
positivement. Donc, le... je pense que... puis je sens un certain intérêt, là,
de tous les partis ici, là, sur
l'intérêt de permettre davantage... d'augmenter à 50 %, là, les zones non
soumises à des référendums quand on est à proximité du transport
collectif. Honnêtement, je pense que c'est une proposition qui est simple à
articuler, qui est très intéressante aussi et qui ne fera pas un gros
changement non plus, qui va être dans des endroits où on s'attend déjà à ça, à quelque part, aussi. Je ne reviendrai pas
sur les zones référendaires contiguës aussi. Je pense que c'est un enjeu qu'on perçoit, aussi, souvent,
là, comme problématique, là. Il y a beaucoup de phénomènes de «pas dans
ma cour», malheureusement, qui s'effectuent, et ça se fait au détriment de la
densification dont on a besoin.
J'aimerais
vous entendre, vous avez parlé, là, des logements accessoires, le fait
d'élargir à plus que simplement la parenté. Mme la ministre, tantôt, a posé la
question de quel impact ça aurait sur les services qu'on pourrait avoir.
En même temps, corrigez-moi si je me trompe, mais c'est un peu ça que vous
demandez, c'est-à-dire qu'on utilise mieux les infrastructures, mais aussi les
services qui sont déjà déployés par les municipalités, c'est un peu ça?
M. Bernier (François) : Bien,
encore une fois, ma compréhension, c'est que la plupart des... il y a... pas la
plupart, il y a beaucoup, beaucoup de municipalités qui s'intéressent aux
logements accessoires, et elles vont le faire. Et ça va
se faire, là. Ça se fait, ça va se faire. Ce que vient ajouter le projet de
loi, c'est l'encouragement, en plus, la mesure fiscale qui va donner de l'élan
à ça, mais qui porte uniquement sur un type d'occupant, un lien de parenté. On
se dit : Non, franchement, on passe un petit peu à côté d'une idée plus
grande, là. C'est d'introduire du logement accessoire alors qu'il y a tellement
de clientèles qui pourraient en avoir besoin au Québec. Laissons... tu sais,
cet élan-là est déjà parti, mais suivons-le dans toutes ses formes, accordons
le crédit de taxe à tout projet, au fond, d'inclusion de logements accessoires.
C'est ça qu'on veut atteindre, là, donc.
Mme Robitaille (Mélanie) : Puis,
sur une note plus, peut-être, personnelle, dans le fond, l'enjeu qu'on a, comme
société, ces prochaines années, on a le pire taux d'abordabilité, au niveau de
l'accession à la propriété, qu'on n'a pas eu
depuis 30 ans. Ça fait que, dans le fond, moi, le UHA, je trouve ça le
fun, je trouve ça sexy comme formule, mais, au-delà de ça, ça va
permettre à des jeunes, des jeunes couples qui ne peuvent accéder à la
propriété d'être en mesure de le faire, en ajoutant ces unités-là, parce que le
financement va être plus facile. Ça fait que, oui, c'est le fun si c'est ma mère, mais c'est aussi le fun si c'est
une copine. Tu sais, je veux dire, le principe, c'est de créer du logement
et de permettre à plus de jeunes de devenir propriétaires plus rapidement.
M. Grandmont : Parfait, merci.
Sur les redevances, vous nommez le cas de l'Ontario, là, qui est quand même
plus avancé que le Québec actuellement. Comment utiliser, dans le fond, le
système de redevances pour à la fois être peut-être plus clair, là, sur ce qui
peut être assujetti, mais aussi... pour mieux encadrer les municipalités, mais
aussi combiner ça avec une meilleure densification du territoire? Parce que
l'Ontario va quand même loin. Si vous l'avez étudié, vous savez qu'ils fixent
les redevances, qui peuvent être très élevées, en fonction de critères de
localisation par rapport au centre puis par rapport à la densification ou la
densité dans laquelle on inscrit des projets. Est-ce qu'on peut utiliser les
redevances pour maximiser l'utilisation des ressources existantes, des
infrastructures existantes et du territoire aussi?
M. Bernier (François) : Bien,
je... puis j'imagine que oui, mais ce n'est surtout pas ça qu'on observe
présentement. Présentement, on a des cas où les projets les plus densifiés font
l'objet de redevances encore plus grandes.
C'est comme ça que ça sort, les règlements, présentement. Là, là, on se
dit : Si c'est ça que ça donne comme résultat, que les gens qui se forcent pour faire de la densité reçoivent
des redevances supérieures, on voit qu'on a vraiment raté notre coup
avec les redevances au Québec, mais c'est ça qui commence à apparaître dans les
règlements actuels. C'est totalement
indésirable. Alors, il faut ramener des conditions qui vont faire que ce genre
d'aberration là n'arrive pas.
M. Grandmont : ...dire que les
redevances, actuellement, encouragent l'étalement urbain.
M. Bernier (François) : Bien,
tout à fait. On pénalise, on pénalise une densité, on...
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup.
M. Bernier (François) : Voilà.
Le
Président (M. Schneeberger) :
On n'a plus de temps, malheureusement. Alors, merci pour votre généreuse contribution.
Alors, nous suspendons quelques instants pour permettre au prochain groupe de
venir prendre place.
(Suspension de la séance à 10 h 47)
(Reprise à 10 h 52)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous allons poursuivre. Alors, je souhaite la bienvenue aux gens de la
fédération des municipalités du Québec. Peut-être juste brièvement vous
présenter avant de commencer votre exposé,
vous avez 10 minutes. Et, par la suite, nous allons procéder à une période
d'échange avec les différents députés.
Fédération québécoise
des municipalités (FQM)
M. Demers (Jacques) : C'est la Fédération québécoise des municipalités, FQM, à
titre de porte-parole des régions, parce
que, dans le fond, on représente 1 000 membres, dont la totalité des
MRC. Puis c'est toujours... on s'est toujours pleinement engagés au
niveau des débats au niveau de l'aménagement du territoire. C'est notre rôle.
En 2019, la fédération a amorcé une démarche
d'aménagement sur laquelle ça a amené, au congrès de 2019, une résolution qui demande au gouvernement de
modifier la Loi sur l'aménagement et
l'urbanisme puis d'en énoncer les grands principes devant guider les
modifications. En décembre dernier, la FQM a publié un document d'orientation
sur la révision de la Loi sur l'aménagement
et l'urbanisme et la publication d'orientations gouvernementales en matière
d'aménagement. Ce document, qui appelait aussi à un réel changement d'attitude
de l'État envers les régions, à l'intégration de nouveaux enjeux de
planification sur nos territoires et à la modification... la mobilisation
directement des élus locaux... c'est nécessaire à la réussite d'une vision
proposée auprès de la ministre des Affaires municipales, ce qu'on a entendu en
juin 2022.
La FQM tient, d'ailleurs,
à réitérer son appui et son appréciation à la ministre à la suite de la
publication de sa politique nationale du 6 juin dernier. La ministre
démontre sa volonté de relancer le processus d'aménagement au Québec sur des
bases solides et respectueuses des diverses réalités des régions, de faire en
sorte que le gouvernement du Québec puisse
enfin développer une vision et des interventions cohérentes au profit de
l'ensemble des communautés.
La FQM remercie les membres de la Commission sur
l'aménagement du territoire de l'occasion qui lui est offerte de présenter ses
commentaires et recommandations quant aux orientations du projet de loi.
Considérant leur pouvoir en matière d'aménagement comme l'une de leurs
principales responsabilités et conscients des défis liés à l'environnement, les changements climatiques, à la
qualité de vie, la santé, l'activité économique de leurs communautés,
les élus souhaitent que cette modernisation du cadre d'aménagement puisse
mettre en place un réel partenariat en matière d'aménagement du territoire et
du respect des grands principes de la LAU.
M. Châteauvert.
M. Châteauvert
(Pierre) : Merci. La modernisation du cadre législatif
constitue une première étape importante dans la mise en oeuvre de la politique de Mme la ministre. La Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme, adoptée en 1979, est le principal pilier sur lequel repose l'approche québécoise en
aménagement du territoire. Il apparaît, donc, essentiel que les modifications
proposées à la LAU par le projet de loi n° 16 traduisent les orientations
de la politique. Nous citerons...
nous ne citerons pas l'ensemble de nos 35 propositions, mais
permettez-nous de vous souligner les principales.
Le projet de loi propose l'introduction à la loi
d'un préambule et de principes afin, comme indiqué dans le mémoire déposé au Conseil
des ministres, d'affirmer les fondements de l'aménagement du territoire en
cohérence avec la vision formulée dans la politique. On félicite la ministre de
cette idée. La loi d'interprétation indique que le préambule d'une loi en fait
partie et sert à en expliquer l'objet et la portée. La FQM félicite la
ministre, je l'avais dit, de proposer et d'introduire un préambule. Et on
suggère aux membres de la commission des ajouts qui permettront d'affirmer sans
équivoque certains des grands principes sur lesquels repose la Loi sur
l'aménagement.
D'abord, la politique nationale reconnaît que
l'aménagement est essentiellement un acte politique, renouant avec... ainsi
avec l'un des principes fondateurs de... sur lequel repose la Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme. Le schéma est, donc, le résultat de choix
politiques. Aussi, nous désirons être clairs : la reconnaissance formelle,
dans le préambule de la loi, de la responsabilité politique est une condition
essentielle à l'adhésion et la mobilisation des élus et, conséquemment, à
l'atteinte des objectifs visés par la politique de la ministre.
Aussi, la FQM recommande que l'article 1 du
projet de loi soit modifié par l'ajout, après le cinquième alinéa, de l'alinéa
suivant :
«Considérant
que l'aménagement du territoire est un acte politique sous la responsabilité
partagée du gouvernement, des municipalités régionales de comté et des
municipalités locales.»
Ensuite, chacun des territoires a une
personnalité propre qui le distingue. L'Assemblée nationale a, d'ailleurs, reconnu ce fait en 2012 par l'adoption de la loi
sur l'occupation et la vitalité des territoires. L'aménagement nécessite
une grande flexibilité et le respect des particularités des territoires. La
gestion de l'urbanisation, par exemple, ne peut s'appuyer sur les mêmes normes
en région métropolitaine et en milieu rural et de villégiature. C'est,
d'ailleurs, un des discours du gouvernement
actuellement. Et, aussi, afin d'assurer la vitalité et l'occupation dynamique
du territoire et de plusieurs municipalités rurales et le respect des
diversités des territoires, il est proposé que l'article 1 du projet de
loi soit modifié par l'ajout, avant le dernier alinéa, de celui... du
suivant : «Considérant que ces orientations doivent être modulées selon
les réalités respectives des territoires et des régions, en respectant la loi sur
la... sur l'occupation et la vitalité des territoires.»
Par ailleurs,
considérant la volonté exprimée d'adopter rapidement de nouvelles orientations
gouvernementales en aménagement du
territoire, ce qui entraînera un vaste mouvement de révision des schémas
d'aménagement à travers le Québec, la
FQM réaffirme à nouveau la nécessité que l'approbation des schémas soit le
résultat d'échanges politiques directs
entre la ministre et les élus réunis au sein des conseils des MRC. Comme
mentionné dans notre document d'orientation, il est essentiel que le
projet de loi prévoie l'obligation de la tenue d'au moins une rencontre
préalable pour échanger sur les propositions majeures de modification à un
schéma avant toute approbation.
Aussi, on propose que l'article 56.14 de la
loi soit modifié par l'ajout de l'obligation de la tenue d'au moins une
rencontre entre la ministre, le préfet et des membres du conseil afin
d'échanger lors du processus de vérification et
de la conformité du schéma révisé avec les orientations gouvernementales.
Article 53.12, l'alinéa 7, de la loi, tel que proposé par
l'article 36 du projet de loi, prévoit que la ministre peut elle-même
édicter d'office un plan métropolitain, un schéma, un règlement de contrôle
intérimaire lorsque le conseil de l'organisme compétent fait défaut d'agir dans
le délai prévu à la demande. Nous
comprenons la volonté de la ministre de se doter de leviers d'intervention
exceptionnels pour les cas extrêmes où un organisme compétent ne
démontrerait aucune intention de respecter les orientations gouvernementales. Toutefois, il nous apparaît
important que ce pouvoir soit exercé en respectant la relation de confiance qui
doit exercer entre les différentes instances auxquelles revient la
responsabilité de l'aménagement du territoire.
La FQM, pour les principes déjà énoncés plus
haut, est d'avis que le pouvoir prévu au septième alinéa de
l'article 53.12 proposé par le projet de loi devrait, en conséquence, être
réservé au gouvernement par décret. Aussi, nous recommandons que
l'article 53.12 de la Loi sur l'aménagement et sur... remplacé par la
section 36 du projet de loi soit modifié afin que le pouvoir prévu au
septième alinéa de cet article soit réservé au gouvernement par décret tel que
le stipule l'article 56.16 de la loi actuelle.
Tous conviendront que l'application de ce
pouvoir d'intervention sera l'exception, qu'il ne peut devenir la règle, étant donné que cela marquerait la fin de
la décentralisation en matière d'aménagement, ce que personne ne veut. Aussi, pour que ce pouvoir demeure l'exception,
nous proposons qu'avant la recommandation de la ministre au gouvernement
d'utiliser ce pouvoir exceptionnel d'agir à la place de l'autorité régionale
cette recommandation soit obligatoirement précédée d'un échange formel dans le
cadre de la Table Québec-Municipalités, comme le prévoit l'article 21.1 de
la Loi sur le ministère des Affaires municipales.
Le projet de loi propose de soustraire plusieurs
interventions gouvernementales du processus de conformité au schéma, qui est majeur, ce point-ci.
Considérant le rôle essentiel du schéma dans la planification du territoire et
les principes énoncés dans... cette modification est, pour nous,
préoccupante. Cette disposition, si elle est adoptée, aurait pour effet potentiel de vider de son sens le
chapitre sur les interventions gouvernementales de la loi, en plus d'écarter le
rôle prépondérant de la ministre pour assurer
la cohésion des interventions gouvernementales. Aussi, on veut une
modification.
Dans cette foulée, nous croyons fondamental que
le gouvernement réaffirme le rôle central de la ministre des Affaires municipales. Une des observations
fortes... les plus fortes développées dans le document d'orientation, qui est
en annexe de notre mémoire, de la FQM, là,
de décembre dernier, est à l'effet qu'il n'existe pas d'instance gouvernementale
qui assure efficacement la cohérence des
interventions gouvernementales sur le territoire. En fait, tous s'entendent
pour dire que la gestion
gouvernementale s'est soldée par une gestion en silo de l'aménagement et que
c'est probablement là l'une des causes principales de nos problèmes en
ce domaine.
• (11 heures) •
La FQM
considère également que ce rôle ne peut être assumé par... ne peut être
qu'assumé que par un ministre important siégeant au Conseil des
ministres et non par une nouvelle instance ou une communauté métropolitaine. Aussi, nous demandons de modifier les éléments du
projet de loi au profit d'une reconnaissance du rôle de la ministre des Affaires municipales comme responsable de la
cohérence de l'action gouvernementale et du respect des orientations
gouvernementales par l'ensemble du gouvernement du Québec.
Notre mémoire
contient 35 recommandations constructives visant la bonification de cet...
important projet de loi, excusez-moi, qu'on accueille très favorablement, et
nous sommes à votre disposition pour en discuter. Je vous remercie.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant passer du côté ministériel avec Mme la
ministre.
Mme Laforest : Oui. Vous pouvez
continuer, M. Demers.
M. Demers (Jacques) : Oui. Bien, c'est ça, on a essayé de faire de façon plus
brève possible, mais, si vous voulez vraiment consulter le mémoire, il y a
beaucoup, mais beaucoup d'ouvrages, il y a beaucoup de monde qui ont travaillé
autour... chaque élément, parce qu'on ne veut pas être une fédération ou un
groupe qui vient revendiquer puis revendiquer des choses, on veut essayer de
donner des réelles possibilités, des changements qui peuvent être concrets sur
le terrain, c'est vraiment notre but. Puis c'est un virage important qu'on
demande là. La fois que vous aurez le
temps... parce que je comprends que c'est... vous n'avez sûrement pas eu le
temps d'en faire le tour, personne, là, quand c'est envoyé une journée avant ou
deux, là. Il y a beaucoup d'ouvrages, à l'intérieur de ça, pour l'analyser.
Ce qui est
important, c'est le virage qu'on y fait, où est-ce qu'on demande que l'acte du
schéma d'aménagement devienne politique, c'est-à-dire qu'on ne fait plus
de mur-à-mur, qu'on accepte qu'il y ait des régions qui ont des besoins qui
sont différents, qu'on accepte que ces régions-là n'aient pas les mêmes besoins
que d'autres, que les orientations, à la
base, où est-ce qu'on veut s'en aller, en groupe, oui, c'est correct, mais,
après ça, chacune de ces régions-là devrait être capable... analyser sur son
territoire le besoin puis d'en discuter directement avec le gouvernement
qui en prendra, oui, la décision au bout de
la... dire : Heille! Ça a-tu du bon sens où est-ce qu'on s'en va?
Laissez-nous travailler, autrement dit, sur le territoire, amener ça à
un niveau réellement politique. Parce que, présentement, nos schémas
d'aménagement qu'on fait quatre, cinq fois, qu'on retourne au gouvernement
qui nous le retourne en disant : Bien non, ça ne correspond pas... On dit
qu'on fait des échanges, on dit qu'on est en train de travailler ensemble pour construire des schémas, pour s'apercevoir qu'en
bout de ligne, on travaille dans un seul sens, il y a une ligne qui est donnée,
qu'il y a des fonctionnaires qui ont un rôle à faire puis qu'ils l'appliquent,
puis ils font bien leur rôle de fonctionnaire parce qu'ils appliquent ce qui
est à l'intérieur de ça, mais il faut passer à d'autres choses, il faut être
capable, nous, de vous l'expliquer, nous, être capable de vous dire pourquoi
qu'on a la même orientation puis, sur notre territoire, qu'est-ce qu'on va
faire pour s'y rendre. Parce que, là, présentement, pourquoi que ça chemine,
puis c'est si long, puis que des schémas qui ont plus de 25 ans, c'est le
cas à peu près partout? Sinon, on les a transformés, là. C'est quelque chose
qui est vivant, un schéma. Mais, la refonte complète d'un schéma, quand vous
allez voir au Québec, il n'y en a pas beaucoup. Sinon, ils sont très, très
vieux. Merci.
Mme Laforest : Ma question...
Le Président (M. Schneeberger) : Mme
la ministre.
Mme Laforest : Ma
question portait sur les délais, les délais avec les schémas d'aménagement,
mais je pense que vous avez bien répondu. Puis, d'ailleurs, c'est bien
parce que je suis tout à fait à l'aise, je suis au courant, puis c'est pour ça, d'ailleurs, qu'avec le projet de
loi LAU on veut... on ne veut pas faire de mur-à-mur, on veut que chaque
région soit différente, chaque MRC réponde à ses besoins à elle. Donc, c'est
important de le mentionner, c'est pour ça
qu'il faut passer par le projet de loi LAU. Donc, évidemment, il n'y aura pas
de mur-à-mur, puis, avec les OGAT, on va y arriver. Ça fait que, ça, je
veux quand même vous rassurer.
Il y a... Je vais quand
même... parce que, le mémoire, je l'ai eu récemment, là, aussi, là, donc je
vais y aller avec des questions assez
rapides aussi. Quand il y a... Il y a l'article 128 que vous n'êtes pas
d'accord parce que vous dites que l'obtention des permis municipaux ne
devrait pas se donner par un ministre ou un mandataire de l'État quand ça concerne des interventions gouvernementales. Ça,
vous parlez des projets gouvernementaux, par exemple... J'aimerais ça
avoir plus d'information.
M. Châteauvert
(Pierre) : En fait... Merci pour la question, Mme la
ministre, pour nous permettre de préciser. En effet, ce qu'on craint,
c'est qu'actuellement il faut... et c'est l'incohérence, la gestion par silo.
Une intervention, ça va permettre... En
fait, la façon que c'est rédigé, et on pense que ce n'est pas la volonté, là,
du tout, là, mais on pense que la
façon... puis, ça, on a consulté beaucoup de conseillers juridiques, même des
anciens juges, et tout ça. L'interprétation qui nous est donnée, c'est
que ça va permettre à un ministère de s'adresser directement à la municipalité
pour réaliser un projet, faire une intervention sur le territoire, ce qui
échapperait complètement au processus d'aménagement qui comprend la ministre, en fait, la MRC, et tout ça. Donc, à ce moment-là,
une chose qu'on craint à long terme, peut-être pas sur les prochaines
années, mais, vous savez, il faut... ce projet de loi là, ça fait 40 ans
que... la loi, là, donc il faut voir sur le 10, 15, 20 ans, 30 ans,
c'est que ça va introduire dans le processus d'aménagement du territoire des
interventions directes qui va... qui va accentuer la gestion par silo. Et,
quand on a demandé une intervention de cohérence
plus forte de votre part, bien, ça va, à notre esprit, à l'encontre de ça.
C'est... il y a un problème de... En fait, il y a une discussion, je
pense, à y avoir sur la nécessité de la cohésion.
Mme Laforest : Bon. Au niveau
des seuils qu'on demande, les seuils de demandes citoyennes pour exiger la
tenue des assemblées publiques, vous dites que les seuils, évidemment,
présentement, ne sont pas acceptables. Puis on pose la question à plusieurs
groupes, mais il n'y a personne, il n'y a pas un groupe qui nous dit :
Nous, la logique serait un seuil de x nombre de... Oui, pour la consultation
publique.
M. Demers (Jacques) : Pour l'ouverture du registre, pour...
Mme Laforest : L'ouverture du
registre.
M. Demers (Jacques) : Ça, c'est vrai que ça devrait varier, parce qu'il y a des
zones où est-ce qu'il n'y a pas de monde. Ça
fait que, si la consultation... puis on dit... même avec les zones qui lui
touchent, on retrouve 15 personnes, là... Tu sais, on pourrait
montrer le dossier qu'on vient de régler la location à court terme. Pour ceux
qui l'ont fait, quand une petite municipalité, comme Sainte-Catherine, doit
faire 92 règlements avec la zone et toutes les zones qui y touchent, là, oui,
on trouve ça lourd, oui, on comprend. Puis, pourtant, la finalité, on la savait
déjà, les gens chez nous n'en voulaient pas. On l'a fait quand même, puis ça a
été long, puis ça a coûté cher. De quelle façon qu'on ramène ça? C'est qu'il y a des décisions qui devraient être vues d'une
façon plus globale, mais il ne faut pas empêcher le citoyen d'avoir le
droit de s'exprimer. On en a besoin plus que jamais.
Les interventions, puis on parle d'intimidation,
on parle de toutes sortes de choses, si on est trop drastique, je pense qu'on
n'aura rien réglé. C'est un échange qui doit aller des deux sens, et les
citoyens vers les élus et les élus vers les
citoyens. Il faut aussi les écouter plus que jamais. Mais il faut être
capable... voir un peu plus grand, parce que, si on reste trop local, c'est
toujours dans ma cour. Puis là on demande, voir, si on veut un édifice qui est
dans ma cour, bien, la réponse, il y a des chances qu'elle soit :
Non. J'aimerais mieux que vous faisiez un parc ou que vous laissiez ça en nature.
C'est normal, puis c'est juste l'humain. Ça fait que, oui, je pense qu'il y a
des éléments là-dessus qui devraient être vus plus largement.
M. Châteauvert
(Pierre) : Si vous me permettez, Mme la
ministre, effectivement, la question des secteurs, on en a déjà discuté, là,
avec les Airbnb, ça ne fonctionne pas, c'est... Qu'il y ait une municipalité de
5 000 qui a 70 secteurs, ça n'a pas... tu sais, qui pourrait avoir
70 référendums, il me semble qu'il n'y a pas de bon sens.
Mais il y a deux éléments qu'on aimerait
soumettre à votre attention, qui sont bien importants, c'est le dire... le
moment de poser son rapport. De la façon que c'est écrit, c'est de dire :
On vous demande que soit remplacé «lors de
la prochaine séance du conseil pour le dépôt du rapport», que «lors d'une
prochaine séance». Des fois, la consultation est la veille, donc les
personnes n'ont pas le temps de rédiger le rapport. Ça, c'est... il y a
comme... il y a comme un problème là.
La seconde, c'est la souplesse quant à la nature,
la forme du sommaire de... Le sommaire, il y a... Des fois, il y a un citoyen,
parce que sa déclaration n'est pas complètement reprise dans le sommaire...
bien, ils ne disent pas ça, un sommaire, tu
sais, il y a une forme de résumé. Donc, ici, des fois, il peut y avoir un
problème au niveau de la rédaction qu'il faudra... on pourra en
discuter.
Mme Laforest : ...je veux
juste... Je vais laisser mes collègues poser des questions, puis, le mémoire,
je vais le lire au complet, c'est certain. Mais, très, très rapidement, les
schémas d'aménagement, si on revient à ça, comment vous verriez qu'on pourrait
améliorer ça? Très, très rapidement, avez-vous en tête la manière que ça
devrait se faire?
M. Demers (Jacques) : Bien, pour moi, si ça devient politique, on va être
capable, le défendre directement avec du politique. Tu sais, il faudrait être
capable... Il y a des orientations, tu sais, on va parler d'étalement urbain,
on va parler des termes, là, qu'il n'y a à peu près pas de municipalité qui a
la même définition, puis il n'y a pas personne qui nous explique c'est quoi, la définition,
l'étalement urbain. Si l'étalement urbain dans un village, où est-ce qu'il y a
300 personnes, c'est d'y rajouter
quatre maisons en dehors du périmètre urbain, mais pourtant ce qui va
peut-être aider à garder l'école. Oh! on vient peut-être de faire de
l'étalement urbain, mais c'est une nécessité.
On veut, au Québec, occuper notre territoire, il
faut faire attention comment on le fait. En même temps, il faut peut-être s'assurer
qu'on n'est pas en train de rajouter des services, de rajouter des systèmes,
qu'il y a des coûts rapportés. Mais, si la route est déjà là, si, de toute
façon, dans cette municipalité-là, 100 % ont des puits puis des champs d'épuration, on ne vient pas de rajouter un
sou pour personne, mais on vient peut-être permettre aux services de
proximité de rester ouverts, parce que, là, il y a une masse critique
nécessaire.
C'est ces choses-là que je voudrais qu'on
débatte. Parce que la problématique qu'on a présentement, quand on est dans un
cadre, j'ose dire, de rôle de fonctionnaires, ils n'ont pas le droit de déroger
de ça, c'est ça qui est écrit. Bien, si on va à l'extérieur puis on est capable
d'expliquer ça, je pense qu'on se comprendrait.
Mme Laforest : C'est bon. Donc,
on va se comprendre avec les OGAT...
M. Demers (Jacques) : Oui.
Mme Laforest : ...on
répond à la demande avec les OGAT. Je vais laisser mes collègues, là, c'est sûr
qu'il y a plusieurs questions.
Le Président
(M. Schneeberger) : Merci, Mme la ministre. Alors, nous allons du côté
du député de Jonquière.
• (11 h 10) •
M. Gagnon : Merci. Fort
intéressant. J'ai peut-être une question qui pourrait s'amener en
sous-question. Mais, tout à l'heure, vous avez
parlé, justement, de laisser davantage la parole aux citoyens, puis tout le
processus, ça me parle énormément. Dans le projet de loi que propose Mme
la ministre, il y a plusieurs élargissements en lien aux exemptions référendaires, notamment, là, à des
fins de densification douce. Est-ce que ces exemptions-là vous paraissent pertinentes?
Est-ce que c'est solide pour vous?
M. Demers (Jacques) : Moi, je suis toujours un peu fragile. Puis on pourrait en
parler puis je vous dirais qu'il y a
beaucoup de municipalités qui vont dire : Wow! On en a besoin. En même
temps, faisons attention à notre relation qu'on a avec le citoyen. Quand
on se met à imposer des choses, je ne suis pas sûr que la relation est
meilleure. Il faut avoir cette ouverture-là. Puis il faut aussi, avec ça, avoir
l'outil qui fait qu'on est capable de l'expliquer, puis de là où est-ce que je
disais : Il faut souvent le regarder un peu plus large. C'est... Notre
problématique, peut être, de zonage, des fois, très petit... Parce que, Sainte-Catherine-de-Hatley,
qu'il y ait 95 zones, peut-être que c'est trop quand on est à peine
2 600 de population. Tu dis : Oh! ça n'en fait pas beaucoup par zone,
là, quand on les a divisés. Puis là il y a des
familles là-dessus, là. Ça fait qu'il ne reste pas beaucoup d'espace. Moi, je
pense, c'est ce côté-là qu'il faut regarder. Puis on ne peut pas modifier une
affaire comme ça, parce qu'il y a des endroits qui vont vous dire : C'est
essentiel qu'on ait une vue plus
globale, puis que la décision se prenne plus directement, mais il faut
s'assurer que le lien avec le citoyen et sa chance de s'exprimer est là
aussi, là.
M. Gagnon : Tout à fait. Puis
je peux me permettre une autre question, Mme la ministre? Vous avez parlé aussi
de global. Ça m'interpelle aussi. Pensez-vous que la loi qu'on tente... qu'on
avance tous ensemble aujourd'hui atteint un équilibre ou il faudrait aller plus
loin?
M. Demers (Jacques) : On s'approche, on s'approche de quelque chose. Tu sais,
dans le fond, ça fait tellement longtemps qu'elle n'a pas été revue que je
pense qu'il y a beaucoup de morceaux. Puis, si on s'accroche trop dans les
quelques-uns qui sont... Il ne faudrait pas, encore une fois, passer à côté
puis tout manquer. Moi, c'est toujours là, ma crainte, quand on regarde un
projet aussi important au niveau de l'aménagement. Pierre, qui l'a pensé
beaucoup.
M. Châteauvert
(Pierre) : En fait, la question est
excellente, merci, parce que nous, on est très contents de la démarche, on la
revendiquait, et tout ça. Parce que c'est... il y a le projet de loi, notre
mémoire, c'est pour bonifier, puis tout ça, puis entrer puis se coller sur le
document de la ministre, qu'on était très content, mais, la réalité des choses aussi, les OGAT vont être fondamentales.
C'est une question de culture. L'État québécois n'a pas publié d'orientations gouvernementales en aménagement du
territoire depuis 1994. Un gouvernement qui croit à l'aménagement
n'aurait pas agit ainsi, les différentes... Et là on relance le processus
pour... puis l'établir sur des bases plus solides et que c'est... on les
révise. Une MRC... Donc, tout ce qu'ils ont fait... Quand on révise, supposons,
en 2007, on lance la révision du schéma,
bien, sur quoi qu'on se base, tu sais? Donc, on ne sait pas ce que l'État veut
penser. C'est... Il y a des... Puis chaque ministère agit en silo, ce
qui fait que c'est très... extrêmement difficile pour un conseil de MRC d'essayer de définir une vision par rapport au
territoire, alors que ce schéma-là, ça devait être la rencontre entre l'État,
ses ministères et les élus de... et la
région puis les communautés, puis on écrit ensemble, dans un document, ce qu'on
veut faire avec ce territoire-là,
donc... Et, comme l'État a été... bien, pas muette, mais disons qu'il n'y a pas
eu d'orientation globale... tu sais, en aménagement, pendant... tu sais,
ça n'a pas de sens... bien, 20, 30 ans, en fait. Donc, le processus
actuel, il y a le projet de loi, il y a les OGAT, puis tout le reste. Puis ça,
ça fait quoi, deux, trois ans qu'on en parle? Bien,
nous autres, on est très contents de ça parce que c'est le principal outil des
élus. C'est la valorisation. Puis c'est ça, l'objectif,
c'est de valoriser la... puis de mobiliser le monde pour affronter les défis
qui sont là, là, les changements climatiques, etc., là, tu sais.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup. Nous allons voir du côté du Lac-Saint-Jean.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Il reste combien de temps?
Le Président (M.
Schneeberger) : Quatre minutes.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Ah! quatre minutes. Bien, vous parlez à un député
de région. Bonjour. Ça va bien? Oui.
Vraiment intéressant, là, quand vous parlez de l'élément de maintenir l'école
dans des endroits où est-ce que, des fois, tu n'as pas le service
d'aqueduc et d'égout, puis, tu sais, que ça ne dérange pas nécessairement, puis
que ce n'est pas nécessairement, tu sais, faire de l'étalement urbain. On
connaît tous des municipalités dans des secteurs qui ont vraiment un grand
besoin de ça. Puis ça me fait penser un peu, dans le temps... du temps que
j'étais maire, on avait travaillé toute la question de l'article 59, de la
zone agricole qui permettait, justement, la construction dans des endroits, des
îlots déstructurés qui étaient encore là et qu'il y a des MRC qui ont été très,
très proactives dans... C'est des beaux exemples, là, de travail.
Moi, je veux vous
emmener au niveau de la concordance parce que vous parlez, je pense, de rendre
facultatif le refus de se prononcer sur la
conformité d'un règlement d'un organisme en défaut de concordance, hein? Puis
je voudrais savoir un peu... Puis
vous savez comme moi que, tu sais, c'est tout à fait normal, là, les délais,
puis tout ça, c'est... Puis, je veux
savoir, pensez-vous que de rendre ça facultatif, ça va permettre, justement, à
la municipalité... ou d'aller... d'être plus... d'être
plus proactive ou de rentrer dans les délais raisonnables?
M. Châteauvert
(Pierre) : On y a beaucoup pensé, puis on
a discuté, parce que c'était «doit», puis on a déjà... j'avais déjà discuté,
bon, qu'est-ce qu'il faut faire, et tout, avec «doit». La crainte qu'on a,
c'est qu'on crée un problème plus important que l'intervention qui peut...
parce qu'à ce moment-là ça gèle l'ensemble du processus sur un territoire. Ça
peut être, tu sais, des... Parce qu'une municipalité, pour une question
peut-être pas nécessairement mineure, mais quand même pas majeure, peut être...
Effectivement, la MRC serait obligée de lui dire : Bon, bien, maintenant,
tu n'es pas conforme, tu refuses. Tu n'as plus le droit de ne rien faire. Tu
sais, tu n'as plus le choix de faire de
la... tu sais, tout gèle. On a... On craint. Puis ça, je pense que ça demande
une discussion et une réflexion, si le remède n'est pas trop fort, c'est
ça qu'on invite.
C'est pour ça qu'on a
mis «peut» au lieu de «doit» dans le processus et c'est... Il y a une
discussion, puis je pense qu'il y a des bons
débats à avoir autour de cette question-là parce que ce qu'on... On a regardé
ça avec l'ensemble de nos
conseillers. Nos conseillers juridiques sont formels là-dessus, ils nous
disent : Si on va... Si on laisse «doit», on risque de provoquer,
de démobiliser, de paralyser un territoire puis de... À ce moment-là, pour
combien de temps? C'est cette question-là,
c'est une question d'équilibre, la... C'est pour ça qu'on a... on s'est
dit : On va proposer «peut»... bien non, pas... «peut» plutôt que
«doit» dans le projet de loi.
M. Demers
(Jacques) : Et...
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Vous le voyez dans le projet... Ah! excusez.
Allez-y.
M. Demers
(Jacques) : Ah! j'étais pour dire, il y a
tout un cheminement aussi là-dessus puisque, quand on parle de mettre à
l'intérieur du schéma d'aménagement avant que la municipalité l'ait mis dans
ses règlements, bien, il y a les RCI qui existent aussi, là, tu sais. Quand on
sent qu'il y a des morceaux qui sont trop importants puis qu'on dit : Non,
non, on ne peut pas attendre que tout le monde arrive là, il faut le mettre en
place, le RCI fait souvent l'ouvrage de ce côté-là. Puis, des fois, le RCI est
en place pour tel schéma, il n'a pas été accepté encore par le gouvernement, ou de là on pourrait parler aussi de
l'importance que le ministère des Affaires municipales soit là pour
regrouper pour l'ensemble des ministères aussi parce que c'est... il y a
différentes places que ça peut accrocher dans le cheminement. Pourtant, des
fois, souvent qu'on va parler d'environnement, en particulier, qu'on dit :
Woups, il y a des choses qu'on veut faire tout le monde en même temps. Bien, le
RCI sert aussi à avancer, là.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Oui,
un règlement de contrôle intérimaire, mais, une fois qu'il a été fait, tout ça,
bien, par la suite, il est...
M. Demers
(Jacques) : Il est là tant que le
règlement n'est pas mis en place, ça fait qu'il n'y a pas de vide.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Exactement.
Puis... mais ça ne veut pas... Vous le voulez au niveau du projet de loi, mais pas... Au niveau des OGAT, il n'y a pas moyen
de le... de trouver une façon au niveau des OGAT, au niveau des...
M. Demers
(Jacques) : Oui, peut-être. Des
orientations. Bonne question.
Le Président (M.
Schneeberger) : ...
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Bon. OK.
Le
Président (M. Schneeberger) :
...désolé. Alors, nous allons maintenant du côté de la première opposition, et
je cède la parole à la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour :
Merci. Merci beaucoup d'être ici aujourd'hui. Puis vous avez effectivement
produit un mémoire fort exhaustif. Je vais
vous avouer que je n'ai pas pu le lire entièrement encore, vu le moment où on
l'a reçu, mais... mais, franchement,
juste le survol, là, il y a énormément de propositions très constructives,
alors je vous remercie d'avoir fait ce grand travail.
Je vais peut-être
vous amener... vous parler... je pense que la ministre en a parlé tout à
l'heure, l'acte du schéma d'aménagement, vous avez mentionné, ça... c'est un...
ça doit être un acte politique confirmé et qu'il ne doit pas y avoir de mur-à-mur. Et là vous sembliez
peut-être... en disant, «il n'y a pas de mur-à-mur», est-ce qu'actuellement
vous sentez qu'il y a des objectifs, par exemple, qui seraient du mur-à-mur et
qu'il y aurait lieu de revoir ça?
• (11 h 20) •
M. Demers
(Jacques) : Bien, je trouve... ne
serait-ce que dans la pensée générale. C'est pour ça que je prenais le mot
«étalement urbain» parce que je me dis, si on écrit «pas d'étalement urbain» ou
on ne rallonge pas un réseau... Parce que,
souvent, j'ose dire celui qui a à l'appliquer, le fonctionnaire, puis je dis
ça, ce n'est pas négatif, là, il a
vraiment une tâche ardue de voir nos affaires, puis de prendre ça, puis de
dire : Ça s'applique-tu ou ça ne s'applique pas? Puis, quand, dans
sa pensée, c'est de dire : Heille! On ne veut pas donner plus de services,
on ne veut pas que le gouvernement ait des coûts supplémentaires, on ne veut
pas qu'il y ait de risques au niveau sécurité, ou quoi que ce soit, parce que les policiers ne vont pas dans ce
coin-là, que les pompiers ne pourront pas s'y rendre, ou d'autres choses
du genre, mais ce n'est pas... Pourtant, dans notre vue locale, ce n'est pas du
tout ça, on se dit : Non, non, il y a déjà des maisons dans ce coin-là, il
y a déjà... Les pompiers doivent s'y rendre, les policiers sont là. On a déjà
de la vie à ces endroits-là, ce qu'on veut,
c'est la densifier. Puis, bien souvent, c'est... on veut aussi utiliser notre
territoire agricole, on veut nourrir
les gens, ça fait que ces territoires-là, ça prend du monde qui y travaille,
bien, il faut qu'ils y habitent aussi. C'est dans ce sens-là, là, qu'on fait...
Faisons attention parce que, certaines municipalités ou dans la métropole, les
besoins sont peut-être différents, puis
ce sera à eux de défendre leur chose. Mais je peux vous dire qu'à
Sainte-Catherine-de-Hatley on ne vit pas la même chose qu'à Montréal,
là, puis que les impacts ne seraient pas les mêmes, et que je n'augmente pas d'aucune façon mes coûts municipaux ou ceux du
gouvernement en mettant en place les endroits où est-ce que les gens
sont situés sur mon territoire.
Mme Dufour :
Merci. Merci. Les seuils de densité qu'actuellement on voit, est-ce que...
tu sais, des seuils minimaux de densité, est-ce que ça, ça devient un enjeu
pour certaines MRC, disons?
M. Demers
(Jacques) : Bien, je ne sais pas si... Je
serais curieux que quelqu'un sorte un chiffre. Tu sais, aussitôt que quelqu'un
mettra un chiffre de seuil minimal, il va falloir l'expliquer puis il va
falloir dire : OK, on fait quoi à ce moment-là? Tu sais, il n'y a pas de
seuil. Si, un territoire, on en a besoin, de... pour plein de raisons, qu'on va chercher du minerai, qu'on veut y faire de
l'agriculture, qu'on en a besoin pour toutes sortes de choses, est-ce qu'on
va dire : On ne développe plus dans ce coin-là? Déjà, on a de la
difficulté à certains endroits, là. Malgré qu'on dit que les gens quittent les grands centres puis s'en vont en région, quand
on va regarder les chiffres, là, il y a bien de la place à plusieurs
endroits encore, là. Tu sais, cette problématique-là, là, je... Peut-être que,
Pierre, tu exprimerais mieux...
M. Châteauvert
(Pierre) : En fait, c'est... ça prend le
débat. Actuellement, il y a des gens qui disent qu'on devrait se limiter et ne
pas bouger les périmètres d'urbanisation. Ça, ça veut dire... tu sais, certains
villages qui sont déjà pleins, on... c'est la fin du village à terme, on le
sait. Il y a des services. Puis le village, lui, il sert à desservir notamment
l'activité agricole. Et là qu'est-ce qu'on fait? Alors que les gens les plus
avisés là-dedans, bon, vont dire que, le
long d'un rang, des fois, tu es capable de faire... ou tu n'es peut-être pas
obligé d'ouvrir le périmètre, mais tu peux travailler pour développer le
long d'un rang, où est-ce qu'il y a déjà des espaces, des services ou des... ou
une réalité, et tout ça.
Les seuils minimums
d'urbanisation, ça ne peut pas s'appliquer au Québec parce qu'on a un
territoire comme le nôtre. Il y a...
Ça, c'est une... Il y a des problématiques urbaines et il y a des
problématiques rurales, des problématiques régionales, et ça se définit
différemment selon chacun des territoires. C'est ça qu'on dit par rapport à
cette réalité-là. Et on sent qu'il y a une
certaine ouverture, mais, avant, c'était très, très formel, et ça... donc, ce
qui fait que tout ce que ça faisait,
c'est des conflits entre le central et la MRC. Puis donc réviser son schéma,
c'était un parcours du combattant.
Donc, la vision mur à
mur, puis on... La question des mines, c'en est une aussi, une démonstration
que ça ne peut pas fonctionner. L'assemblée des MRC de décembre a pris une
position, puis là, bon, il y a des discussions. On ne peut pas... et on en
traite dans nos documents. On ne peut pas continuer avec une vision mur à mur,
ça ne peut pas correspondre. Les mines, ce n'est pas la même chose dans
l'Abitibi que dans le coin de Montréal. C'est ça qu'on... Donc, c'est la même
chose avec les seuils.
Mme Dufour : Vous avez des MRC qui
sont assez rurales, mais qui font partie de communauté métropolitaine,
là, CMM, CMQ. Et vous avez mentionné, d'ailleurs, dans votre mémoire, que
peut-être les conseils d'administration devraient
être révisés. Souvent, ceux-là, justement, adoptent des seuils de densité
minimaux qui s'appliquent à l'ensemble du
territoire. Donc, est-ce que vous croyez qu'une présence des préfets, comme
vous le suggérez, de ces MRC là, plus rurales, permettrait de peut-être
mieux balancer les seuils?
M. Demers
(Jacques) : Bien, c'est assez dur de dire
qu'au Québec que, les MRC, notre premier rôle, c'est l'aménagement du
territoire. Puis, voir qu'il y a des préfets qui, là où ça se décide, n'ont
même pas le droit de siéger, il y a une
incongruité, là, il y a quelque chose qui ne marche pas. On dit : On met
ça puis ça se passe dans la MRC, puis le
schéma, c'est le schéma de la MRC, mais, pourtant, il n'y a personne de cette
MRC là qui va siéger où est-ce que ça va se décider, ce qui va se passer chez lui. C'est cette idée-là qui est
dure à comprendre pour nous. Peut-être quelqu'un pourrait l'expliquer.
Mme Dufour : Quand vous dites
qu'ils n'ont pas le droit de siéger...
M. Demers (Jacques) : Il n'y a pas de place pour eux.
Mme Dufour : OK. C'est ça.
Bien, ils peuvent être le représentant, mais il y a un seul représentant pour
la région, par exemple, la rive nord de la CMM. Oui, c'est ça, il n'y a pas...
M. Demers (Jacques) : Bien, c'est ce que je dis, il n'y a personne de certaines
MRC qui sont là. Pourtant, c'est leur rôle, l'aménagement, ce qu'on en
comprend, là.
Mme Dufour : Oui, oui, oui.
M. Châteauvert
(Pierre) : Le leader qui porte le dossier,
c'est le préfet et il devrait être sur cette instance-là.
Mme Dufour : Je comprends. Excellent.
Bien, merci beaucoup. Je vais peut-être vous amener ailleurs. Vous avez parlé
des ressources à temps plein qui seraient nécessaires pour les MRC. Vous avez
parlé de deux ressources par MRC. Il n'y a pas... Et ce n'est pas au
volume, ce n'est pas selon la grosseur de la MRC, c'est deux, comme ça, par MRC
que vous avez suggéré.
Je me demandais, actuellement... Puis ça, ça,
c'est pour l'aménagement du territoire, là, pour pouvoir... Actuellement, il y
a des subventions. Est-ce que vous... Bien, est-ce que les MRC reçoivent des
subventions? Puis ça représente environ combien, là, de ressources à temps
plein?
M. Demers (Jacques) : Je n'ai pas le montant. Je ne sais pas... quoique je
voudrais... je pourrais vous induire en erreur, là, je ne peux pas aller...
Mme Dufour : Mais, en fait,
c'était ma question : Est-ce qu'il y en a?
M. Châteauvert
(Pierre) : Oui, il y a des... Eh bien, il
y a des ressources, il y a... Effectivement, on a accès, notamment suite au
pacte fiscal. Ça, s'est consolidé, ça s'était beaucoup amélioré, celui de 2019.
Oui, effectivement, il y a des ressources.
Mais ce qu'on dit, c'est qu'il y a énormément de nouvelles responsabilités. Il
y a toujours un principe que,
lorsqu'on transfère des responsabilités aux instances locales, aux MRC,
l'argent devrait venir avec, disons que ce n'est pas toujours le cas. Et
de plus en plus de ministères font appel à nous. On a eu l'expérience en
développement local, ça a donné des résultats extraordinaires. On est arrivé
avec le même modèle, on a la même demande. Dans le dernier budget, il y avait
une... il y avait un montant qui est, effectivement... qui s'en va. Puis là la
discussion, bon, c'est à partir du 1er avril 2024. On est d'accord, il n'y
a pas de problème, mais on va discuter, avec le gouvernement, sur la façon
de... effectivement, d'investir. Mais nous, on pense que le niveau MRC doit
être encore plus consolidé. Vous savez, il
n'y a pas de source de financement autonome au niveau de la MRC, et, ça, je
pense qu'à un moment donné c'est un
problème, il va falloir aller regarder, peut-être pas de leur donner des
sources de financement autonome, mais comment financer cette
fonction-là.
M. Demers
(Jacques) : Ne serait-ce pour refaire un schéma d'aménagement,
le temps que ça y prend, l'énergie qu'il
faut y mettre, là, si vraiment c'est là qu'on va aller. Et évidemment on pense
que c'est une... il va avoir de l'investissement à devoir faire de ce
côté-là. Puis, si on parlerait... On n'a pas parlé du tout, comme c'est là, du
côté environnemental qui est très important. Si c'est vrai qu'on veut aller
vers une protection de la biodiversité sur 30 % du territoire, j'espère
que tout le monde comprend très bien que la seule place de réussir ça, c'est à
l'intérieur d'un schéma d'aménagement.
Sinon, comment aménager notre territoire s'il y en a 30 % qui pourrait
être décidé par d'autres ou de différentes façons, ou que, du jour au
lendemain, on aura pensé notre territoire, puis là, la modification, faisons du
gruyère avec le territoire? Mais il y a une... il y a de l'ouvrage à faire
là-dessus, si on veut bien protéger. Puis c'est vrai qu'on veut des corridors
fauniques, c'est vrai qu'on veut protéger ce qui a besoin d'être protégé. La
seule place, vous allez réussir, c'est à
l'intérieur, directement, d'un schéma d'aménagement. Sinon, il y a
deux personnes ou deux groupes qui, en même temps, vont se
confronter de façon incroyable.
M. Châteauvert
(Pierre) : Un petit exemple, juste si vous
permettez, les milieux humides. C'est pendant que
M. Demers citait ses exemples que, moi, ça m'est venu, là. Les milieux
humides, c'est une... ça découle d'une loi, là, 2018 de l'Assemblée
nationale. Il y a eu un règlement, et tout ça. Les MRC sont en train de faire
une cartographie des milieux humides. Il y a des MRC qui ont deux,
trois personnes, et on n'a même pas eu 100 000 par MRC pour faire ça, là. Puis c'est une responsabilité puis
c'est... Tout le monde s'entend maintenant. C'est un... Il y a quelque chose
d'extraordinaire puis quelque chose de le fun qui se
promène là-dedans. Mais il y a des questions de responsabilité, tout ça, qui
découlent, mais, quand même, le financement, bien, c'est le local qui s'en
occupe, là.
Mme Dufour :
Oui, effectivement. Je vais vous parler peut-être du développement minier.
Vous l'avez bien établi, là, l'enjeu
présentement, avec, notamment, là, la ressource en eau qui pourrait être à
risque dans certains cas, mais vous
dites : «N'est pas ici souhaité d'interdire tout développement minier d'un
territoire mais bien concilier l'exploration et l'exploitation avec les
différentes facettes de l'aménagement», puis là vous parlez des milieux
naturels, ressources en eau, etc. Mais
est-ce qu'on... Est-ce que vous convenez qu'à certains endroits où, justement,
ces sources d'eau là sont essentielles il serait possible de ne pas...
qu'il n'y en ait pas, de développement minier?
M. Demers
(Jacques) : Absolument, c'est vraiment...
Puis on... sans prendre le cas de Rigaud ou d'autres, le Mont-Rigaud, à qui on a parlé beaucoup dans ce
dossier-là... Mais il y a des cas un peu partout aussi qu'il faut... il y a
des paysages aussi, au Québec, qui
sont protégés depuis plusieurs décennies, là, qu'on se dit : Non, non, on
ne touche pas, on ne développe pas, on le protège. On a mis ça dans le
schéma de 1998, mais qu'aujourd'hui on pourrait détruire, parce qu'on se
dit : Non, il y a de la belle pierre là-dedans, là. Si c'est une butte, il
y a de quoi dans la butte, là, tu sais. Ça se peut que ce soit de la pierre,
c'est pour ça qu'elle est restée comme ça. Mais on peut-tu s'entendre que, si
c'est quelque chose pour la survie humaine puis qu'on a besoin, on ira la chercher?
Mais, si c'est le produit qu'on est capable
de trouver à quelques kilomètres, il y a des choses qui doivent être protégées,
puis la première devrait être l'eau. Tu sais, c'est nos milieux, là.
Mme Dufour :
Parfait. Puis, peut-être juste valider avec vous, quand vous dites que de
ne pas interdire sur tout l'ensemble d'un territoire, vous parlez d'un
territoire d'une MRC...
M. Demers
(Jacques) : Oui, parce qu'on...
Mme Dufour :
...ou ça pourrait être le territoire, tu sais, d'une municipalité? C'est
ça, je me demande...
M. Demers
(Jacques) : Bien, dans les deux cas,
normalement, on est habitué, dans le schéma, d'avoir ces choses-là puis de
s'obliger à certains éléments. Puis c'est... Il faut que ça soit participatif.
Il faut que chacun des joueurs, si on est 17 ou 20, on travaille ensemble, puis
on ne permettra pas que, dans une municipalité, eux vont tout protéger et faire ce qu'ils veulent, et l'autre,
l'inverse, là. Tu sais, il faut être capable de regarder quand même, au niveau
des MRC, les opportunités, aussi bien quand on parle d'environnement qu'on
parle des mines, sur le même principe pour tout le monde.
Ça fait que, si c'est
à cet endroit-là que ça se trouve, bien, oui, ça peut être plus touché. Mais le
point de vue environnemental, s'il y a des endroits qui ont besoin d'être plus
protégés, ça se peut, que ce ne sera pas un ratio égal pour tout le monde, mais
tout le monde doit être... y participer.
• (11 h 30) •
Une voix : Merci
beaucoup. Je pense que mon temps est écoulé.
5 909
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Merci beaucoup.
Alors,
nous allons maintenant à la deuxième opposition, et je laisse le député de
Taschereau poser ses questions.
19 267
M. Grandmont : Merci, M. le Président.
Merci, M. Demers, M. Châteauvert, pour votre présentation. On prendra évidemment le temps de lire votre mémoire
avec attention. Quand même, votre présentation était claire, puis ce qu'on
a pu parcourir, là, rapidement nous a quand même éclairés à certains égards.
J'irais rapidement
sur la demande que vous faites d'abroger l'article 246, qui est quand même
importante, on vient juste d'en parler, en fait, là. Est-ce que vous diriez, en
fait, que le mécanisme de territoire incompatible avec l'activité minière
actuellement ne fonctionne pas du point de vue des municipalités?
M. Châteauvert
(Pierre) : Le problème, c'est la vision de
mur à mur, de la façon qu'il est conçu. 246 est une demande historique parce
que ça prévoit la préséance de la Loi sur les mines, sur les schémas
d'aménagement. Et, au niveau de
l'exploration, notamment, c'est qu'il débarque quelque chose, là, il débarque
du monde, puis qui creusent des
trous. Ça... Les gens, ça n'appelle pas au ministère ou appelle... Ils
débarquent au conseil municipal ou au conseil de la MRC pour se
plaindre, et là ça part.
Donc, nous, notre
revendication... à l'assemblée des MRC, il a été décidé, en fait, de dire...
bon, toujours de maintenir, mais aussi de travailler beaucoup au niveau de
l'OGAT, en fait, là, on appelle ça l'OGAT-Mines, là, pour permettre que ça soit
dans le schéma, qu'on identifie les territoires puis la compatibilité entre
l'industrie minière et le territoire, donc,
et aussi les distances de protection. C'est incroyable, ce n'est pas la même
chose qu'autour d'un lac que dans un périmètre urbain.
Donc,
Il y a des discussions. Il y a des demandes très précises qui ont été faites,
qui datent de début décembre 2022, faites par l'assemblée, parce que la
conciliation, puis c'est M. Demers qui est président, entre les gens de
l'Abitibi, ils sont très habitués, puis
c'est quelque chose de fondamental, puis les gens de la région de Montréal,
puis qui avaient, des fois, des approches un peu plus directes, là, par
rapport à la gestion de l'activité minière, mais le consensus a été assez... très clair, c'est dans le schéma que ça
doit se trouver, ça, cette façon-là, puis d'essayer de concilier les intérêts
puis la réalité avec la population.
19 267
M. Grandmont :
Vous disiez, là, tout à l'heure, là, on a bien entendu, là : Pas de
mur-à-mur. On comprend bien, en même temps,
comment les municipalités, les MRC peuvent elles aussi participer aux efforts
de densification. On a parlé, là, de localisation à l'intérieur d'un
périmètre urbain. Je sais qu'il y a un mouvement assez fort aussi pour
redévelopper des noyaux villageois autour des rues principales. Est-ce qu'il
n'y a pas des efforts de densification qui pourraient être faits autour de ça?
Puis je vais aussi
rapidement sur ma... sur mon autre sous-question pour laisser... vous laisser
le temps, là, de bien l'exprimer, de bien vous exprimer là-dessus : Est-ce
qu'à travers la révision du pacte fiscal on aura aussi une façon de soulager
les municipalités en région de l'obligation d'attirer du nouveau monde? Parce
que je comprends qu'il y a attirer des gens
pour faire fonctionner les industries sur place, mais, d'autre part, il y a les
budgets de fonctionnement qui augmentent aussi avec le temps pour
combler, là, ce manque, ce déficit de financement pour les budgets d'opération. Est-ce que la révision du
pacte fiscal pourrait être une occasion de sortir, finalement, de ce régime-là,
de dépendance au foncier?
M. Demers (Jacques) : Je comprends votre question. C'est un... Ce qui est un peu embêtant à
l'intérieur de ça, c'est de voir... Il faudrait éviter de payer une
municipalité pour arrêter de se développer. Tu sais, si vous parlez souvent
avec une vision de périmètre urbain d'une
grande ville, c'est complètement différent. Ce que vous dites là, je me
dis : On doit adhérer. C'est évident qu'ils vont vouloir densifier, ils
vont vouloir aller en hauteur, ils vont... Mais, si on est en train de dire qu'il va falloir densifier dans
une municipalité, puis je vais prendre la mienne, celle que je connais le
mieux, Sainte-Catherine-de-Hatley, si vous arrivez dans le périmètre
urbain, vous passez dans le village, vous n'y trouverez pas 12 maisons dans ce village-là. Pourtant, à Sainte-Catherine-de-Hatley,
il y en a 1 500. Depuis 1978, on a plus que doublé la population,
passé...
5 909
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M. Demers
(Jacques) : ...grosso modo, de 1 400
à 2 800 de population. Où est-ce qu'ils sont, ce monde-là, s'il n'y a rien que 12 maisons? C'est que là
où est-ce qu'ils se sont situés, c'est à des endroits, oui, plus près des lacs,
dans les montagnes, à des endroits sans même toucher au périmètre
agricole, là.
5 909
Le Président (M. Schneeberger) : Je
vous remercie.
M. Demers
(Jacques) : Mais... OK. Excusez...
5 909
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
excusez. Oui, c'est le temps. Je suis obligé de faire le jugement du temps
là-dessus.
Alors,
merci à la Fédération québécoise des
municipalités, voilà, je me reprends,
pour votre précieuse collaboration.
Alors, on suspend
quelques instants pour permettre à l'autre groupe de venir s'installer.
(Suspension de la séance à
11 h 36)
(Reprise à 11 h 42)
Le Président (M.
Schneeberger) : Voilà. Alors, bienvenue à vous. Alors, nous allons
débuter. Nous accueillons l'Association des directeurs généraux des
municipalités du Québec. Alors, vous avez un 10 minutes pour faire vos exposés, et, par la suite, nous allons
faire un tour de table avec les questions des différents partis. Alors, la
parole est à vous.
Association des directeurs généraux des
municipalités du Québec (ADGMQ)
M. Schryburt (Christian) : Merci
beaucoup, M. le Président. Tout d'abord, bonjour, M. le Président, Mme la ministre et les membres de la commission.
L'Association des directeurs généraux des municipalités du Québec, l'ADGMQ,
remercie la Commission de l'aménagement du territoire de l'occasion qui lui est
offerte aujourd'hui d'exprimer ses observations concernant le projet de loi
n° 16 modifiant notamment la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme.
Fondée en 1935,
l'ADGMQ a pour mission de promouvoir l'amélioration des connaissances et le
statut de ses membres. Elle assure une
représentation auprès des instances gouvernementales et municipales et organise
des sessions de perfectionnement dans le but d'encourager la poursuite
de l'excellence dans la gestion municipale. L'association favorise également la coopération entre ses
membres et les autres associations et organismes. L'ADGMQ compte près de
250 membres, répartis dans quelque 200 municipalités au Québec. Elle
est constituée exclusivement de directeurs généraux,
de directeurs généraux adjoints et de directeurs d'arrondissements. Les
municipalités membres de l'association dans lesquelles oeuvrent les
hauts fonctionnaires municipaux représentent près de 85 % de la population
québécoise.
L'ADGMQ a été
impliquée dans de nombreuses démarches de consultation qui ont mené à
l'adoption de la Politique nationale de l'architecture et de l'aménagement du
territoire et dans celle concernant la mise en oeuvre de la politique dont le
projet de loi n° 16 est issu. Elle tient à souligner le travail, la
disponibilité, l'écoute et le souci de bien comprendre les arguments soulevés
tout au long du processus de consultation des représentants du MAMH.
Le projet de loi
n° 16, déposé le 21 mars dernier, est considéré comme un élément
important dans la mise en oeuvre de la Politique nationale de l'architecture et de
l'aménagement du territoire,
puisqu'il met principalement l'accent sur la priorité de l'aménagement
durable du territoire et la cohérence des actions pour y parvenir. Il confirme
la prépondérance du rôle des documents de planification, en révise le contenu
et renforce le contrôle en aménagement du
territoire par des pouvoirs accrus aux ministres et aux instances régionales.
De plus, il sème la... il sème, pardon, le germe d'une culture d'amélioration
continue par l'introduction de la mesure de l'efficacité des actions de planification
avec le monitoring et par l'ajout de mesures souples, agiles, tel que le zonage
incitatif.
Les changements introduits sont cohérents avec
la politique qui vise à accroître la préservation et la création des milieux de
vie conviviaux et de qualité pour la population. Il n'apparaît pas nécessaire
pour l'association, à cette étape, de
débattre si les changements proposés dans le projet de loi vont assez loin ou
non. L'ADGMQ souhaite plutôt reconnaître
qu'il s'agit d'une réalisation importante et souligner le pas en avant que cela
constitue. Elle met en évidence l'importance d'assurer
l'opérationnalisation des changements envisagés. C'est au regard de cette
préoccupation que vous sont partagés les
commentaires de l'association ainsi que les observations que les membres de
l'ADGMQ ont pu jusqu'à maintenant faire part dans le respect des délais
impartis.
Tout d'abord, l'ADGMQ salue les diverses
améliorations qu'apporte le projet de loi n° 16 à la Loi sur l'aménagement
et l'urbanisme, notamment :
Les dispositions ajoutées à la LAU pour mieux en
faire comprendre le but et la portée en y intégrant des principes de milieu de
vie de qualité, de lutte aux changements climatiques et de protection des
milieux naturels, entre autres. Cela permet notamment d'apporter un éclairage
nouveau à l'interprétation de la loi.
Les modifications au processus de consultation
publique et d'adoption des règlements d'urbanisme, qui sont globalement
positives et donnent plus de liberté aux municipalités.
Également, l'introduction des mesures de suivi
des plans métropolitains et des schémas d'aménagement, qui est pertinente. En gestion, il est important de
mesurer l'atteinte des objectifs poursuivis afin d'identifier les écarts et de prendre
les mesures requises pour les combler. Pour que les systèmes de mesure soient
efficaces, il importe qu'ils reposent sur des objectifs clairs, des cibles
réalistes et mesurables, ainsi que des données accessibles. Bien que les cibles
et les systèmes de suivi demeurent à définir, il s'agit d'un ajout important
pour un aménagement d'un territoire ambitieux.
La mise à jour des éléments susceptibles
d'approbation référendaire, qui permet de soustraire certains projets d'intérêt collectif au phénomène du «pas dans ma
cour»; aussi, il permet d'aménager des logements accessoires et des projets
de densification. Il s'agit d'un bel exemple d'une mesure concrète dans le
contexte d'une crise de logement et d'une flexibilité accrue accordée aux
municipalités.
L'utilisation des compensations financières
concernant les espaces de stationnement, qui est élargie avec justesse afin d'autoriser une municipalité à
utiliser les sommes recueillies pour financer, entre autres, des immobilisations
destinées à améliorer l'offre en matière de transport actif et collectif est
également soulignée.
L'association est également soucieuse du succès
de la mise en oeuvre des mesures prévues au projet de loi et désire contribuer
efficacement aux travaux de la commission en formulant ses commentaires
suivants.
Tout d'abord, au niveau de la... le milieu de
vie et... pardon, le milieu de vie de qualité, le projet de loi comporte
plusieurs articles introduisant le contexte de planification, notamment en
intégrant des principes directeurs concernant
les milieux de vie de qualité, la lutte aux changements climatiques ainsi que
le développement des protections des
milieux naturels. Ces principes directeurs sont, d'ailleurs, partagés par les
municipalités, qui sont nombreuses à les avoir déjà placées au coeur de leur outil urbanistique. Toutefois, plus
d'une municipalité désireuse d'adopter une réglementation audacieuse ou
de poser des gestes pour protéger les milieux naturels se heurte à des
décisions judiciaires décrétant une
expropriation déguisée et aux répercussions financières induites par des
décisions découlant de l'application de la loi sur l'expropriation. Dans tous les cas, il en résulte d'une charge
financière publique importante qui freinera assurément les initiatives
collectivement avantageuses en matière de protection des milieux naturels et de
la qualité de vie.
L'ADGMQ recommande, donc, bien, croit que la
modification de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme doit déterminer les situations permettant aux municipalités d'introduire
des mesures axées sur la protection des milieux naturels sans crainte de
représailles juridiques indues. Quant à l'équilibre à maintenir entre les
intérêts individuels et collectifs, une modification de la loi en matière
d'expropriation devrait être envisagée pour déterminer la juste valeur à
consentir en contrepartie, le cas échéant.
Au niveau de la consultation publique, la
compréhension de l'association de la production d'un sommaire de la
consultation est qu'un document public devra être produit. Actuellement, lors
des consultations, la pratique du personnel
présent consiste à prendre des notes succinctes concernant les commentaires
formulés afin de pouvoir y référer tout au long du processus d'adoption
réglementaire. Le document... La production, pardon, d'un document public suppose la rédaction d'un texte beaucoup plus
élaboré qui prend du temps sans rien ajouter à l'expression démocratique
de la population dans le cadre du processus réglementaire. Au surplus, il
allonge les délais pour la dispense des services directs à la population en
urbanisme, puisque le personnel doit plutôt rédiger un document.
Notre recommandation n° 2.
L'ADGMQ croit que le contenu du sommaire devrait être limité à la liste des documents écrits produits par les participants de
la consultation, dont le contenu devrait être disponible sur le site Internet
de la municipalité et également la liste de participants présents à la
consultation et de l'objet général du commentaire formulée par ceux-ci.
Au niveau des
bilans, le ministre, la communauté métropolitaine et la MRC peuvent demander à
la municipalité locale de leur
communiquer des renseignements et de leur transmettre des documents pour la
production des bilans prévus au projet de loi. Selon l'information
requise, il peut devenir ardu pour une municipalité de les produire s'ils ne
sont pas habilement...
pardon, habituellement compilés. Il faut être conscient que toutes les données
ou tout autre document non existant à
produire engendrent une augmentation de la bureaucratie. Ainsi, selon la
disponibilité de la main-d'oeuvre, un impact sur le service à la population
peut être anticipé.
• (11 h 50) •
Notre
troisième recommandation. On croit que l'information à transmettre ne doit pas
obliger les municipalités à produire des données et des documents autres
que ceux normalement consignés ou produits dans le cours normal des opérations.
Des précisions en ce sens devraient être apportées au projet de loi.
En plus, il faut être prudent puis éviter de
reproduire les situations vécues dans les indicateurs de gestion en... à 2013. Malgré les travaux préparatoires sur le
sujet, l'utilisation des indicateurs de gestion imposés aux municipalités a
souffert de carences dans l'analyse des
résultats en l'absence de la prise en compte de leurs facteurs d'influence. En
outre, des indicateurs tels que
publiés laissaient plutôt croire à un palmarès et ne tenaient compte ni de la
planification, ni des priorités, ni des particularités des municipalités
mesurées.
Nous recommandons, donc, qu'il faut utiliser les
enseignements de cette expérience afin d'introduire un système de mesure de l'atteinte des objectifs d'aménagement du
territoire qui soit souple, efficace et pérenne, sans oublier que le résultat issu de cette mesure sera aussi
conditionné par l'impact des diverses actions et décisions gouvernementales
sur les différents territoires du Québec. Le
système de mesure devra aussi prendre en compte les situations particulières
prévalentes. Cet outil permettra ensuite aux
municipalités locales d'établir un calendrier réaliste pour la mise en place
des mesures de redressement requises, le cas échéant.
Au niveau de la concordance, le projet de loi
prévoit une instance régionale... qu'une instance régionale serait obligée de
refuser de se prononcer sur un règlement d'urbanisme d'une... d'une
municipalité, pardon, lorsque celle-ci est
en défaut d'apporter une modification de concordance à son plan d'urbanisme ou
à un autre de ses règlements d'urbanisme. La compréhension de
l'association de cette exigence, bien qu'elle comporte une réserve concernant
certaines situations, est qu'elle peut créer une contrainte importante pour les
municipalités, par exemple, un projet de règlement quelconque indépendant de
celui qui, à défaut de concordance, serait inutilement bloqué. Pourtant, il est
plausible que les retards à modifier le règlement en défaut de concordance...
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M. Schryburt
(Christian) : ...puissent être dus à des démarches plus
importantes que souhaité pour y parvenir.
Notre recommandation, c'est... plusieurs des
mesures du projet de loi...
Le
Président (M. Schneeberger) : Désolé, je ne sais pas s'il vous en restait encore
longtemps, votre 10 minutes est écoulé. Alors, à moins que la ministre
accepte son... on irait à la période de questions.
M. Schryburt (Christian) : Bien,
écoutez, il m'en reste environ pour trois minutes.
Le Président (M. Schneeberger) : Allez-y.
M. Schryburt (Christian) :
Merci. Excusez. J'ai fermé mon micro par inadvertance. Donc, je vais passer au
zonage incitatif. L'introduction de la possibilité d'adopter un zonage
incitatif comportant des normes particulières, sous réserve d'une entente avec les municipalités sur le contenu de leur
projet, est très pertinente. On pense que c'est un outil intéressant qui va accorder de la souplesse
aux municipalités et concrétiser des projets favorisant le développement...
le redéveloppement. Toutefois, on souligne
que l'exclusion qui est indiquée concernant les normes relatives aux usages peut
conduire à annuler l'assouplissement visé par le législateur, car les
structures de certains règlements en vigueur dans certaines municipalités font
en sorte que l'usage et la densité sont liés. Donc, on pourrait... ça pourrait
avoir des incidences si jamais on veut réaliser un projet à ce niveau-là.
Ce que nous recommandons, c'est qu'on croit
qu'il faut accorder une attention particulière à l'exclusion concernant les usages. Pour respecter la volonté
exprimée dans le projet de loi, il ne faudrait pas que l'exclusion concerne
les usages résidentiels, quelle soit la... que soit la typologie, pardon. Qu'il
subsiste l'intention d'appliquer une limite aux
usages résidentiels, il serait probablement plus pertinent pour nous de le
faire en appliquant plutôt une contrainte de densification maximum.
Je vais,
juste en conclusion, juste vous dire que, la dernière recommandation, il s'agit
du pouvoir de suspension d'émissions de permis, que nous saluons, mais on croit
qu'il serait pertinent de permettre au ministre, dès réception d'un
rapport sur la situation, de prolonger ce délai-là en fonction des différentes
situations. Voilà, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, la parole à Mme la ministre.
Mme Laforest : Oui, merci. Juste
la dernière phrase, au niveau de l'émission des permis, qu'est-ce que vous
voulez... pouvez-vous m'expliquer, s'il vous plaît, pour l'émission des permis?
J'ai manqué la fin de votre demande.
M. Schryburt (Christian) : Oui.
Oui, en fait, c'est que, dans le projet de loi, il y a une possibilité de faire
une suspension d'émission des permis dans le
cadre, là... dans le fond, pour des volets de sécurité publique et de saine
gestion durable. Donc, si on avait des
problématiques en lien avec l'eau potable ou l'assainissement, les égouts, on
peut demander... on peut prévoir deux ans d'arrêt d'émission de permis,
de suspendre, mais le projet de loi ne semble pas permettre
de prolonger ce délai-là de deux ans. Donc, on suggère de permettre, suite à
une demande au ministre, là, de pouvoir
prolonger ce délai-là de deux ans, parce qu'on peut comprendre que, dans les
municipalités, bien, les projets nécessaires à rétablir certaines
problématiques liées aux égouts et aqueducs peuvent prendre plus de temps,
coûtent cher également, doivent être
financés. Donc, ce n'est peut-être pas réaliste, dans tous les projets, de le
faire en deux ans.
Mme Laforest : OK, sauf que vous pouvez
adopter un règlement après deux ans, là, mais... J'entends quand même
votre préoccupation, mais vous pouvez adopter quand même un règlement.
Moi,
j'ai une autre question, à savoir : Vous êtes souvent interpelés, là,
dans... avec les assemblées publiques de consultation, puis j'aimerais
savoir comment vous recevez la proposition, dans le projet de loi, de rendre
facultatif... facultative, plutôt, les assemblées de consultation pour les
modifications de règlement au niveau de l'urbanisme.
M. Schryburt (Christian) : Bien,
de façon générale, on est favorable à ça. On pense que c'est une bonne idée
de venir encadrer les règles de consultation publique.
Mme Laforest : Puis tantôt on recevait
un autre groupe disant que les CCU manquaient de formation dans les
municipalités. J'aimerais vous entendre à ce... pour ce sujet-là.
M. Schryburt
(Christian) : Oui, mais je pense que...
Mme Laforest :
En général.
M. Schryburt
(Christian) : En général, il peut y avoir une différence entre
différentes municipalités, là. Je pense que,
dépendamment de la grandeur et de la région des municipalités, oui,
effectivement, il peut y avoir un manque de formation de certains
membres des CCU. Mais là je ne pourrais pas vous dire que c'est de façon
globale, mais, de renforcer la formation,
c'est une très bonne idée. Je peux peut-être laisser ma collègue, là, Raffaelle
Di Stasio, là, compléter à ce sujet-là.
Mme Laforest :
OK.
Mme Di Stasio
(Raffaelle) : Oui. J'aimerais simplement ajouter qu'effectivement les
exigences au niveau du recrutement des membres du comité consultatif
d'urbanisme sont très disparates d'une ville à l'autre. Et, souvent, il y a aussi des difficultés, même à l'activité, à
l'action, de recruter. Ce n'est pas tout le monde qui est intéressé. Donc,
au niveau des qualifications qu'on peut
recevoir, ça peut causer une problématique, là. Et donc c'est une chose de bien
comprendre la réglementation, il y a de la formation qui s'offre par les villes
elles-mêmes, mais il y a une question au niveau du rôle et des responsabilités
des membres à clarifier, peut-être.
Et, si votre question
suggère de peut-être introduire une notion de formation pour rendre éligible un
candidat au membrariat d'un CCU, je pense que plusieurs municipalités, au
Québec, seraient très favorables à accueillir cette notion-là, mais qu'il
faudrait faire attention toutefois aux plus petites municipalités, surtout, je
pense ici aux régions éloignées, là, où
finalement les candidats ne sont pas nombreux, puis que ça pourrait freiner.
Hein, il faut penser aussi que,
certaines villes, il faut les... les gens doivent se faire expliquer les
dossiers puis il faut penser que, dans la représentation municipale, il
y en a, des gens qui sont illettrés, donc il faut comprendre qu'il y a
différentes avenues qui doivent être observées et réfléchies pour bien répondre
à cet aspect-là. Mais je... votre suggestion est très bien reçue.
Mme Laforest :
OK. Merci. Au niveau du système de monitorage, vous demandez que ce système
soit souple, et je vous entendais tantôt parler des indicateurs de gestion de
2013 à 2017. Est-ce qu'il y a un lien avec les indicateurs de 2013 et... à
2017? Puis, si vous mentionnez que le système de monitorage doit être plus
souple, pouvez-vous m'indiquer quel genre
de... dans quel genre de conditions on pourrait établir un... ce système de
monitorage?
M. Schryburt
(Christian) : Oui. Est-ce que... M. Matte, voulez-vous répondre?
M. Matte
(Jean) : Bien, ce qu'on mentionnait, c'est que, de 2007 à 2013, il y a
eu effectivement des indicateurs de gestion de mis en place, et
l'interprétation des indicateurs de gestion était difficile à faire parce que
les facteurs d'influence reliés à chaque
indicateur ne suivaient pas. Alors, c'est devenu plus un palmarès qu'un outil
de gestion. Ce qu'on souhaite, c'est
que les nouveaux indicateurs qui seraient mis en place pour... au niveau de
l'aménagement, bien, qu'ils soient
pensés en fonction de... qu'ils soient bien représentatifs du... de chaque
milieu, là, en termes d'adaptation.
Mme Laforest :
OK. OK. La... Une dernière question rapidement, les exemptions
référendaires. Certains intervenants
proposent d'élargir les exemptions référendaires. Puis j'aimerais savoir... On
parle de densification, évidemment. J'aimerais savoir, c'est quelles
seraient vos propositions.
M. Schryburt (Christian) : Là,
je vais laisser... Je ne sais pas si M. Matte est... Je ne le vois pas,
mais il est là, là. Mais est-ce qu'on avait eu des commentaires de nos membres?
Parce qu'on n'a pas eu, nécessairement, des commentaires sur l'ensemble
des points du projet de loi, là.
M. Matte
(Jean) : Non, compte tenu du délai imparti, on n'a pas eu des
commentaires de nos membres sur l'ensemble de tous les éléments du projet de
loi, mais on n'a pas eu de commentaire sur des mesures additionnelles qui
devraient être incluses au projet de loi pour favoriser la densification. Et
nos membres ont salué beaucoup les mesures déjà mises en place dans le projet,
là, dans le... la latitude donnée, mais on n'a pas eu de commentaire sur des...
l'identification d'autres mesures complémentaires qui pourraient être ajustées.
Mme Laforest : Bon. Alors,
merci beaucoup. Moi, j'ai terminé.
M. Schryburt (Christian) : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
Mme la ministre. Est-ce qu'il y avait d'autres questions du côté... Oui,
députée de Rivière-du-Loup.
Mme Dionne : Témiscouata.
Le Président (M. Schneeberger) : Témiscouata,
oui, pardon.
• (12 heures) •
Mme Dionne : Et Les Basques,
bon. Un comté de 43 municipalités.
Alors, bonjour. Bien, merci beaucoup d'être ici,
aux consultations. C'est important. Dans mon ancienne vie de conseillère municipale, j'ai pu constater à
quel point le rôle des directeurs et directrices, c'est un rôle important et
névralgique qui est... Vous êtes imputables dans beaucoup de... beaucoup de
dossiers, alors au courant de tout, en fait.
Vous aviez... Bon, vous mentionnez, bien, vous
saluez, de un, l'intégration du projet de... du projet... dans le projet de
loi, du pouvoir de zonage incitatif. Pensez-vous que l'utilisation de... dans
le fond, de l'utilisation de ce pouvoir va se limiter plus aux municipalités
les plus populeuses ou croyez-vous que même les municipalités moins populeuses
pourraient se prévaloir de cette possibilité?
M. Schryburt (Christian) : Bien,
je pense que l'ensemble des municipalités pourront s'y prévaloir, là. Je prends
un exemple, là. Oui, une municipalité un peu plus grosse, là, qui veut faire un
projet de densification, qui prévoit un six étages, qui vient dire : Bien,
si on fait du logement social, bien, on pourra faire un huit étages à la place,
mais ça ouvre des portes également, mais cette réalité-là, elle sort
actuellement, là, des milieux urbains, là, elle est un petit peu partout à travers le territoire du Québec. Donc, moi,
je pense que, oui, il pourrait y avoir les ouvertures pour l'ensemble de
la... du territoire. Puis je vois que ma collègue Raffaelle Di Stasio veut
parler, alors je vais la laisser compléter.
Mme Di Stasio (Raffaelle) : Merci
beaucoup, Christian. J'aimerais simplement ajouter que, pour les plus petites
municipalités, je pense à votre région que vous représentez, il faut peut-être
attacher cela à un programme d'intéressement,
parce qu'après tout ceux qui vont se prévaloir de ces dispositions-là, ce sont
les promoteurs ou c'est... qui dépendent, en fait, du marché actuel. Et, si on
a un voeu de développer les municipalités un peu excentrées, je vais appeler comme ça... des grands centres urbains, il
faut penser à un programme d'intéressement, parce que cette mesure-là, à
elle seule, ne sera peut-être pas suffisante, parce qu'on s'entend, ce zonage
incitatif implique que d'autres secteurs d'activité
devront venir s'enchâsser. Et donc ça dépend de l'offre qui sera disponible au
moment où ces planifications-là interviendront, mais, bon, je pense que,
là, c'est de la coconstruction, puis il faut s'assurer de réfléchir à comment
peut-être ajouter à cette mesure-là si on veut qu'en région elle soit utilisée.
Mme Dionne : Moi, j'aime votre
commentaire, justement... le zonage incitatif, mais quelle autre mesure, en
fait... parce qu'on sait que c'est vraiment... c'est très différent, dans une
petite municipalité qu'en grand centre, là, l'intégration
de logements... à densification et à hauteur, là. Donc, est-ce que vous avez
d'autres exemples de mesures qui pourraient peut-être favoriser cette
intégration?
Mme Di Stasio (Raffaelle) : Je
peux me permettre de répondre? D'accord. Bien, en fait, quand on pense... parce que j'ai travaillé dans le Bas-Saint-Laurent, là, à Amqui, Sainte-Florence, plus de ce côté-là. Donc, je comprends
que, quand on pense à un programme d'intéressement,
il faut... Je sais que les centres de développement locaux, là, c'est
une autre époque, puis là ça a un peu muté, mais c'est... j'ai envie de dire,
c'est de l'intersectionnalité au niveau... Il faut
simplement penser à coreprésenter l'ensemble des secteurs d'activité qu'on a
sur notre territoire, parce que, là, on est dans une commission d'aménagement du territoire, et là nous, on
représente les directeurs généraux des municipalités, évidemment, au niveau de l'opérationnalisation des
mesures que vous souhaitez faire, mais, au niveau du développement et
des programmes d'intéressement, moi, je suggérais que soient, en fait,
impliqués les promoteurs, les... S'il y a des commissaires
économiques qui sont représentés, des promoteurs, je pense que, là, ça doit
dépendre des priorités locales. Des programmes d'intéressement ne
peuvent que correspondre... qu'aux priorités locales qui sont supportées par
les localités, là.
Donc, peut-être dans le cadre du développement
des cibles, on pourrait apporter un peu notre savoir-faire puis notre
expertise, là, parce qu'on a des DG qui représentent ces municipalités-là, puis
on pourrait peut-être vous conseiller,
lorsque vous serez en train d'élaborer la réglementation pour ces cibles-là,
avec plaisir, là, mais je dirais que, de manière macro, pensez à
attacher un programme d'intéressement de manière générale. Ça serait la chose à
retenir.
Mme Dionne : Merci
beaucoup. Je n'ai pas d'autre question.
Le Président (M. Schneeberger) : D'autres
questions? Député de Lac-Saint-Jean.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Oui, bonjour, monsieur, madame. Très intéressant,
les points que vous amenez. Votre
rapport est intéressant aussi parce que vous faites un travail remarquable,
beaucoup de responsabilités, directeurs généraux des municipalités, puis
il y a certaines municipalités, des fois, que vous ne faites pas juste de la...
Vous vous occupez des travaux publics, des
fois, même au niveau du zonage... en tout cas, des personnes qui ont beaucoup
de compétences et de connaissances.
Moi, je veux
vous amener un petit peu au niveau du projet de loi. On a une mesure qui permet
à une municipalité de suspendre temporairement le développement pour des
enjeux liés à l'eau potable ou à l'assainissement de l'eau. Comment vous voyez
cette proposition dans le projet de loi?
M. Schryburt (Christian) : En
fait, on pense que c'est un bon apport, c'est intéressant. Ce qu'on soulignait,
c'est qu'il faut quand même se donner une
possibilité de peut-être prolonger ce délai-là, là. J'entendais la ministre,
tantôt, disant qu'il y avait peut-être une possibilité, mais je pense
que c'est un incontournable, là, d'avoir des possibilités de faire la
suspension d'émission de permis. On vit des réalités où nos capacités de
systèmes d'alimentation en eau, en égout ou en assainissement sont... ne
peuvent pas répondre à la demande. C'est des investissements importants, où est-ce qu'à Sherbrooke les coûts ont énormément
gonflé dans les trois dernières années. Donc, on vit aussi ces réalités-là.
Donc, il y a des délais impartis également à
la réalisation des projets. Donc, d'avoir cette possibilité-là, bien, nous
permet peut-être de mieux envisager le développement de notre territoire
à certains égards. Donc, on est très ouvert à cette possibilité-là, effectivement.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Donc, vous avez des... vous avez eu connaissance,
justement, que cette mesure pouvait s'avérer utile dans des enjeux.
M. Schryburt (Christian) : Oui,
en effet. Puis je vous dirais que, sur le terrain, actuellement, lorsqu'on veut
faire du développement de territoires, si on a des problématiques liées aux
systèmes d'alimentation en eau, en égout ou
en assainissement, on n'est pas capable d'avoir les autorisations de toute
façon. Donc, ça amène des délais également. Donc là, on a un outil pour
nous donner des arguments avec nos développeurs, avec nos promoteurs pour venir
aider la situation puis peut-être corriger, là, nos systèmes.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) :
OK. M. le Président, il reste combien de temps?
Le Président (M. Schneeberger) :
Deux minutes.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Deux
minutes? Tout à l'heure, madame... Pouvez-vous me rappeler votre nom de
famille?
Mme Di Stasio (Raffaelle) : Raffaelle
Di Stasio. Mon nom de famille est Di Stasio.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) :
OK, bon, vous avez... Ma collègue Mme la ministre parlait du monitorage, et
vous avez levé la main. Vous aviez quelque chose à rajouter, je pense, à ce
niveau-là, suite à votre collègue?
Mme Di Stasio (Raffaelle) : Là,
vous me cuisinez ma mémoire pour savoir, là, la suite dans les idées...
M. Girard (Lac-Saint-Jean) :
Parce que je vous ai vu lever la main, puis là on a changé... on a parti sur un
autre sujet, mais...
Mme Di Stasio (Raffaelle) : Bien,
j'aurais... Précisément, là, où on en était, c'est... je ne sais trop, mais ce
que j'aimerais dire au niveau du monitoring, c'est que nous, ce qu'on prône, à
titre de directeurs générals, c'est de bien,
en fait, développer des indicateurs qui sont simples à utiliser et qui sont, en
fait... Comment dire? Lorsque vous, dans le développement de votre
processus d'élaboration de la réglementation pour déterminer les cibles, allez
y travailler, il faudra que vous, j'imagine,
déterminiez déjà à l'avance quelle base, quelle structure vous allez employer
ou suggérer aux administrations
municipales pour mesurer ces cibles-là, et c'est, je pense, peut-être le
commentaire que je souhaitais faire, qu'étant donné que, dans notre
travail, nous mesurons différents... bien, les services que les villes
dispensent, et nous sommes, donc, habilités
à réfléchir, élaborer et pondre ces types de systèmes d'une manière à ce qu'ils
soient employés facilement, en fait, probablement que je souhaitais
proposer mon aide au gouvernement, tout simplement, au sein de l'ADGMQ.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Bien,
justement, c'est intéressant, puis, si vous pourriez nous envoyer, là,
justement, un modèle, là, ou comment vous voyez ça, ça serait très
apprécié, je pense.
Mme Di Stasio (Raffaelle) : Certainement,
avec grand plaisir.
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, merci du côté gouvernemental.
Nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle avec la députée de
Mille-Îles.
Mme Dufour :
Merci. Bien, merci à vous quatre d'être ici avec nous. C'est toujours,
effectivement, un grand éclairage, là. Ma collègue de Témiscouata, je crois, a
mentionné à quel point vous... votre apport de... les directeurs généraux est important. Moi aussi, j'ai été élue
municipale, donc je sais à quel point c'est... votre éclairage est important.
Je vais peut-être
continuer sur le système de monitorage qu'on discutait. Tout à l'heure, je ne
me rappelle plus qui a mentionné que les indicateurs de gestion qui avaient été
établis dans le passé, là, jusqu'en 2013... On disait que c'était plus comme
une sorte de palmarès. Je ne sais pas si vous pourriez élaborer un peu plus sur
qu'est-ce que vous voulez dire par ça, juste pour comprendre où on ne doit pas
retourner.
• (12 h 10) •
M. Schryburt
(Christian) : Oui, bien, en fait, si on se souvient, là, de l'épisode
des indicateurs de gestion, il y avait... On devait rentrer des données
statistiques. C'était très clair, là, on avait un... Je vais prendre un
exemple. On a... Ça coûte combien, le
déneigement de la municipalité? Il y a combien de kilomètres de rues, combien
de kilomètres de trottoirs? On faisait une règle, et là ça
donnait : Ah! ça coûte tant du mètre ou tant du kilomètre. Et il y avait
des facteurs d'influence à l'intérieur de ces mesures-là qui venaient
expliquer, des fois : Bien, moi, je suis un territoire... très grand
territoire, très peu de maisons, très côteux, les routes ne sont pas pavées, je
suis en montagne.
Donc, j'ai des
critères qui vont faire en sorte que, si la municipalité est dans un terrain
plat avec une densification, bien, les besoins en déneigement ne sont pas les
mêmes, et là, bien, ce qui arrivait, c'est que les... bien, certaines personnes
prenaient ces statistiques-là et faisaient des comparables. Donc, à ville de...
à la ville A, bien, ça leur coûte 1 000 $, à la ville B, ça leur
coûte 500 $, comment ça, ça coûte le double à côté? Et là, bien, on en faisait...
Un peu comme M. Matte disait, c'est un
palmarès. Donc, la ville 1 est meilleure que la ville 2, mais, dans
les faits, on ne peut pas comparer, c'est peut-être des... Oui, c'est du
déneigement, c'est une activité, mais il y a peut-être une raison que je vais... S'il y a une ville qui s'occupe de
l'eau potable pour l'ensemble de sa région, c'est clair que ses coûts d'eau
potable vont être plus élevés que ceux qui achètent de l'eau à une
municipalité.
Donc, il faut tenir
compte de ces réalités-là, et c'est le piège qui avait fait aussi arrêter ces
données-là, parce que, là, c'était rendu des
palmarès sans fin, et quelle ville est meilleure que les autres, et ce n'est
pas l'enjeu, là. Le but, c'est d'avoir des indicateurs pour se gérer,
mais pas de se comparer, nécessairement, là, de cette façon-là.
Mme Dufour :
D'accord. Merci de la précision. Vous mentionnez que... et c'est tout à fait
légitime, là, que le bilan... les bilans qui
seraient produits ne devraient pas générer de nouvelles données, c'est-à-dire
que les municipalités ne devraient
pas avoir à créer ou générer des nouvelles données ou documents, autres que
ceux déjà existants, là, dans le cours de leurs opérations. Puis là vous
dites : Des précisions devraient être apportées au projet de loi. Est-ce qu'il
y a des données, actuellement, qui sont
produites par les villes de façon, disons, qu'on voit partout, qui serviraient
à faire un bilan en aménagement du territoire?
M. Schryburt (Christian) : Bien,
la ville doit faire certaines données relatives avec la MRC ou avec son schéma
de couverture de risques... pas le... pardon, avec le schéma de planification
également, mais il y a des données qui existent. L'idée, c'est qu'on ne veut
pas créer des nouveaux rapports parce que, là, effectivement, l'enjeu qu'on a
dans nos organisations, bien, c'est d'augmenter la bureaucratie au détriment
des services directs à la population, et on veut juste s'assurer qu'il y a une
valeur ajoutée à ces documents-là. Je ferais peut-être un parallèle avec la
demande... la loi de l'accès à l'information. Lorsque les gens nous demandent
un document, s'il existe, on le fournit, mais
on n'a pas à créer un document. Donc, c'est un peu le parallèle qu'on pourrait
faire, mais, oui, il y a des données, différentes données, peut-être qu'il
en manque, qui pourraient être facilement mises en place, là, mais je pense que
l'idée, ce n'était pas de demander d'inventer des nouveaux rapports avec des
données qu'on n'a pas nécessairement actuellement pour venir alourdir davantage
le fardeau administratif.
Mme Dufour :
Oui. S'il manquait des données, est-ce qu'un principe de dire : Bien,
on en enlève, des données requises, d'un côté, pour demander certaines autres,
est-ce que ça, ce serait un principe qui pourrait être acceptable pour...
M. Schryburt
(Christian) : Oui, mais je pense que... En fait, vous avez raison, je
pense qu'il serait bien d'établir un standard pour l'ensemble des territoires.
Donc, on établit un minimum de standards, puis c'est ça, les données qu'on doit
aller chercher. Donc, ça, au moins, on aura les mêmes données à l'ensemble du
territoire. Donc, c'est peut-être de cette façon-là qu'on pourrait travailler.
Peut-être en complément, là...
Mme Dufour :
Parfait, mais avec un principe qu'on n'en rajoute pas, qu'on... que ça...
que le fardeau ne soit pas plus grand qu'actuellement, c'est ce que je
comprends?
M. Schryburt
(Christian) : Bien, je pense que l'idée, c'est de ne pas réinventer
des choses qu'on ne fait pas, mais, si c'est
pertinent, bien, on peut le regarder dans un standard, parce qu'il ne faut
pas... S'il y a une valeur ajoutée à une donnée, bien, je pense qu'elle
est pertinente.
Mme Dufour : Excellent, merci.
Je vais vous amener à la recommandation... Bien, le zonage incitatif, on en a parlé tout à l'heure, j'aimerais y revenir,
parler principalement de... Vous parlez de l'exclusion concernant les usages.
Ça ne devrait pas avoir lieu, selon vous, là.
Actuellement, le zonage incitatif, c'est quelque chose qui est possible, mais pas pour les usages. Je reviens aux
dérogations... je vais... tu sais, les dérogations mineures, actuellement, ce
n'est pas possible pour les usages. Il y avait une raison, à l'époque,
pourquoi ça avait été fait comme ça. Alors, comment vous voyez qu'un zonage incitatif puisse permettre le changement
d'usage? Pour moi, ça, ce bout-là, il n'était pas clair, peut-être vous
pourriez me le préciser?
M. Schryburt
(Christian) : Oui, bien, je ne sais pas si M. Matte voulait... ou
M. Dubé, là, parce que, sinon, je peux l'expliquer.
M. Matte
(Jean) : Bien, je peux le faire. Écoutez, dans plusieurs
réglementations de zonage au Québec dans les municipalités, il n'y a pas de
différence entre les différentes typologies résidentielles. Je parle
d'unifamilial, bifamilial, je peux parler de
multilogements moins de six logements, et tout, là, les différentes typologies
de logements et l'usage. Il y a certains règlements où le multifamilial
moins de six logements est un usage, l'unifamilial est un usage, OK? Le
règlement est structuré de cette façon-là. Ça fait que, si vous faites... Si
vous avez un allègement au niveau du zonage incitatif, mais que vous excluez
les usages, c'est-à-dire, à ce moment-là, pour un usage résidentiel, vous
pourriez... lorsque vous changez de typologie, vous ne pourriez pas faire de
changement. Vous ne pourriez pas utiliser, là, l'assouplissement que permet le
projet de loi.
Puis on donnait
l'exemple, là, de la volonté de mettre en place du logement, par exemple,
social dans un immeuble de
30 logements. Si, entre le 30 logements et le 40 logements,
bien, on change d'usage à cause de la façon dont le règlement est
structuré, bien, à ce moment-là, on se prive peut-être d'une opportunité, OK,
d'inclure du logement social, tout en
faisant en sorte que le projet puisse demeurer rentable aussi, là, pour ceux
qui en font la... qui le mettent en oeuvre. Il y a certains règlements
plus récents, OK, de... où toute la question d'usage versus la typologie a été
simplifiée. Les règlements, là, de nouvelles... plus modernes vont faire en
sorte que l'usage résidentiel va inclure toutes les typologies, jusqu'à un
certain niveau, bien entendu.
Ça fait que ce qu'on
dit tout simplement, c'est de faire attention, parce que ces deux réalités-là,
en termes de règlements, sont présentes au Québec, sur le territoire, puis il
ne faudrait pas, à un moment donné, que l'exclusion de l'usage... Je comprends qu'on ne veut pas faire de l'usage industriel
dans un secteur à usage résidentiel, là, mais, si on se fie... si on se
ramène à l'usage résidentiel, il faudrait faire attention, puis être un peu
plus parcimonieux. Puis c'est pour ça que,
dans notre réglementation, on fait la proposition de... si on veut... de
prendre en compte cette dimension-là, puis, si on veut vraiment, à
l'intérieur de l'usage résidentiel, faire en sorte, là, d'amener un certain
contrôle, bien, peut-être le faire au niveau de la densité plutôt que de
l'usage comme tel.
Mme Dufour :
Je comprends. Donc... Oui, Mme Di Stasio.
Mme Di Stasio (Raffaelle) : J'aimerais
faire un complément d'information. Je m'excuse de vous interrompre. Vous avez juste évoqué le règlement de dérogation
mineure au niveau des usages. J'aimerais faire une petite distinction
simplement peut-être pour qu'on soit sur la même base de compréhension. Le
règlement de dérogation mineure au niveau de... Il est impossible d'accorder
des exemptions quand on parle d'usage, puis, ça, je crois que ce n'est aucunement questionné par l'ADGMQ. Ça devrait
rester ainsi. C'est juste un peu différent au niveau de l'assouplissement
qui est introduit avec le projet de loi,
pour la simple et unique raison, comme le disait M. Dubé, que la notion
d'usage, ce n'est peut-être pas ce que vous visez au niveau de la
contrainte que vous voulez utiliser comme balise au niveau du zonage incitatif.
C'est peut-être de préciser ce que vous entendez baliser et pas seulement
utiliser la notion plus large que... d'usage, peut-être, dans les grilles de
spécifications, au niveau de la typologie de logement, par exemple, mais
peut-être une petite précision s'impose.
Mme Dufour :
Merci beaucoup à vous deux, là. C'est beaucoup plus clair pour moi, et là
je comprends qu'on resterait dans des usages résidentiels uniquement, là, dans
un cas comme ça.
Je
vais peut-être... parce qu'il ne reste pas beaucoup de temps, mais, peut-être,
vous... Vous avez parlé, tout à l'heure, des processus de sélection des
CCU, et ça, c'est un sujet qui m'interpelle beaucoup. Vous avez dit : Les
processus de sélection sont très disparates. C'est Mme Di Stasio, je
crois, qui a dit ça, et je me demandais : Est-ce que vous croyez que ça
devrait se standardiser, les processus de sélection? Peut-être pas dans les
petites localités parce que, là, le processus est difficile, comme vous l'avez
dit, de recrutement, mais, dans les plus grandes villes, est-ce que c'est
quelque chose que vous croyez qui devrait être fait? Puis on parlait de la
formation aussi, là, que d'autres groupes ont mentionnée.
• (12 h 20) •
Mme Di Stasio
(Raffaelle) : Est-ce que j'y vais? Bien, en fait, moi, je ferais
peut-être appel à la vigilance quand vient
le temps de standardiser les processus de recrutement parce que, d'une ville à
l'autre, les procédés, les cultures sont différentes, hein? Puis les
membres du CCU, en fait, représentent aussi, en quelque sorte, la communauté.
Donc, ce que je veux dire par là, c'est que
c'est très différent. Déjà, moi, je peux dire que, dans certaines villes, il
n'y en a pas, de candidat, quand vient le temps de recruter pour combler
une vacance. Alors, d'ajouter des couches, finalement, au niveau procédural ou
au niveau des conditions d'éligibilité... Il faudra peut-être, là... c'est ça,
peut-être faire preuve d'un peu de vigilance puis de porter une attention
particulière à cet aspect-là, parce qu'il faut que ça reste accessible. On
démocratise un peu l'aménagement du territoire. Donc, il faut peut-être garder
en tête cette notion-là, mais, par exemple,
l'ADGMQ, ce qu'elle est... ce qu'elle peut faire, là, c'est de sonder ses
membres puis un peu rapporter ce qui pourrait être des suggestions ou
des recommandations à cette question précise là.
Mme Dufour :
Merci beaucoup. Je vais laisser mes secondes restantes à la deuxième
opposition. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, nous allons à la deuxième
opposition, et j'entends le député de Taschereau.
M. Grandmont :
Oui. Merci beaucoup pour votre présentation. Moi aussi, je vais en profiter
pour souligner le travail des directeurs généraux des municipalités, les
joueurs de l'ombre, les joueuses de l'ombre, mais vous faites un travail essentiel. Donc, merci d'avoir à coeur
le bon fonctionnement de nos municipalités au Québec et merci pour votre
présentation aussi aujourd'hui.
J'aimerais, d'abord,
vous amener sur un élément que vous portez, là, celui, là, qui touche la
capacité qu'ont les municipalités d'introduire des mesures axées sur la
protection des milieux naturels sans crainte de représailles. D'autres
intervenants, là, dans des... de manière précédente, ont parlé, là,
d'expropriation déguisée. Je pense qu'on parle un peu de la même chose, c'est
le phénomène, là, où, finalement, les villes ont de la difficulté à protéger
leurs territoires puis pourraient voir leurs
finances mises à mal, là, par des poursuites qui seraient basées sur la valeur
de ce que la personne estime, là,
perdre quand il y a un changement, là, au niveau, là, de la réglementation.
Est-ce que vous pourriez, dans le fond, exprimer, en fait, un peu, là,
qu'est-ce que vous entendez par ça, puis qu'est-ce que ça a comme
impacts aux municipalités, puis comment on doit intervenir au sein de la... au
coeur de la LAU, là?
M. Schryburt
(Christian) : Oui, bien, je peux peut-être débuter, là. En fait, on le
voit, là, moi, je suis dans la région de Montréal, et, avec la réalité des
terrains de golf, des boisés, l'objectif de la CMM de développer ou de protéger nos espaces verts, bien, on voit qu'il y
a beaucoup de poursuites, beaucoup de villes qui ont eu des poursuites
d'expropriation déguisées ou autres, et, bien, c'est une réalité qui fait en
sorte que, bien, il y a des villes qui ont comme
des épées de Damoclès en haut d'eux autres parce que, s'ils ont des poursuites
de 100 millions sur des terrains qui
ne valent pas ça en réalité, puis, effectivement, vous l'avez dit, le
promoteur, lui, pense pouvoir faire un profit de x, bien, en ce moment,
il n'y a pas de balise. Puis là, bien, ça met un frein à la volonté des
municipalités, là, de protéger son territoire puis ses milieux, bien, humides,
des milieux vulnérables, des milieux forestiers. Donc, ce qu'on dit, c'est qu'il va falloir avoir des... en fait,
introduire des mesures axées sur la protection des milieux naturels sans craindre
ces représailles-là, donc peut-être établir des façons de faire ou des
critères, mais venir protéger un peu mieux les municipalités.
Je ne sais pas s'il y
avait un complément, là, de la part de...
M. Grandmont :
Peut-être sur comment protéger, effectivement, les municipalités, là,
concrètement, comment ça pourrait s'articuler dans la LAU? Avez-vous déjà des
idées ou, pour l'instant, on reste assez général, puis c'est à développer?
M. Schryburt
(Christian) : M. Jean?
M. Matte
(Jean) : Je pense que c'est à développer, effectivement, mais il faut
y réfléchir sérieusement parce que, comme disait mon collègue,
M. Schryburt, c'est un frein actuellement.
M. Grandmont :
Excellent, merci. Sur les zonages incitatifs, effectivement, là, j'étais
content d'avoir les questions de ma collègue des Mille-Îles pour bien
comprendre cela, sur les usages, en fait, là, est-ce qu'on... Puis je vous pose
la question à titre très, très exploratoire, là, mais on sait que, dans
certaines municipalités, changer les usages dans un contexte où on veut essayer
de réduire les distances parcourues par les gens pour ne pas qu'ils soient
dépendants... le fameux exemple, là, de prendre leur voiture pour aller acheter
une pinte de lait... Est-ce qu'on pourrait, selon votre perception, changer
aussi les... s'assurer, finalement, qu'on est capable, finalement, de changer les usages sans avoir à faire un référendum, par
exemple... tout en changeant l'usage, mais permettre peut-être à certains
commerces de proximité de revenir ou d'être installés dans des bâtiments qui
verraient aussi leur taille grandir? Donc,
est-ce qu'on pourrait jouer aussi sur les usages pour réoffrir des nouveaux
services, finalement, à la population pour augmenter le commerce de
proximité, dans le fond?
M. Schryburt
(Christian) : Là, on revient... peut-être pour débuter, on revient un
peu au principe de qualité de vie. Dans les
réglementations, on peut faire des PPCMOI, actuellement, qui nous permettent,
des fois, dans certaines municipalités, de venir mettre des commerces de
proximité lorsqu'on a de la densification ou de venir, justement, faire en sorte que l'auto n'est plus
l'utilisation... parce que c'est ça, dans le fond, nos villes sont faites pour
les voitures, malheureusement, et, quand on veut changer les habitudes,
ce n'est pas facile, mais je pense que c'est le principe de la qualité de vie
puis de services de proximité qui est... qui ressort aussi dans le projet de
loi, qui est intéressant pour nous, mais,
oui, il y aurait... Il y a déjà des outils, mais ce serait intéressant de
pouvoir les baliser également pour pouvoir les permettre un peu plus
largement.
M. Grandmont :
Merci.
Le Président
(M. Schneeberger) : Mme Di Stasio, vous avez quelque
chose...
Mme Di Stasio
(Raffaelle) : J'aimerais...
Le Président
(M. Schneeberger) : Oui, quelques secondes.
Mme Di Stasio (Raffaelle) : Non,
mais je voulais... C'est pour une question...
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
c'est beau. C'est terminé. Alors, je vous remercie, et puis nous allons
reprendre après la période de questions cet après-midi, après l'avis touchant
les travaux. Alors, merci pour votre
contribution, et puis on se revoit peut-être une autre fois pour un autre
projet de loi. Merci beaucoup. Au revoir.
(Suspension de la séance à 12 h 25)
(Reprise à 15 h 43)
Le
Président (M. Schneeberger) :
Alors, à l'ordre, s'il vous
plaît! La Commission de l'aménagement du territoire reprend ses travaux.
Veuillez bien éteindre vos téléphones et sonneries sur vos... appareils
électroniques, pardon.
Alors, nous poursuivrons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 16,
Loi modifiant la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme et d'autres dispositions.
Alors, cet après-midi, nous allons entendre le
Regroupement des organismes des bassins versants du Québec, que je salue, la
Société de la nature et les parcs du Québec, Me Charles Breton-Demeule, la
ville de Montréal et la ville de Québec.
Alors, pour ne pas perdre de temps... Alors, je
souhaite la bienvenue au Regroupement des bassins versants du Québec. Vous avez un 10 minutes pour
présenter votre exposé et, par la suite, on passera aux périodes de questions
et réponses. Alors, je vous laisse la parole. Merci.
Regroupement des
organismes de bassins
versants du Québec (ROBVQ)
M. Madison (Mathieu) : Merci.
D'abord, merci de nous avoir invités à la commission, là. On comprend qu'on est
peut-être un petit peu différent des gens que vous avez rencontrés jusqu'à
présent, là. On va vous amener peut-être une sphère très spécifique sur la
gouvernance de l'eau et la gestion intégrée de l'eau par bassin versant. Je
suis accompagné de Karine Dauphin, directrice générale du Regroupement des OBV
du Québec, et moi-même, Mathieu Madison, biologiste et à la tête du conseil
d'administration du ROBVQ depuis quelques années.
Donc, grosso modo, là, ce que je veux commencer
par dire, c'est que nous, on a eu, à travers la loi sur l'eau, en réalité, le
rôle, la responsabilité de faire la planification de l'eau au Québec. Et c'est
une gouvernance de l'eau régionalisée, c'est-à-dire qu'il y a
40 organismes de bassin versant, qu'on vous a mis à la page 5, là,
situés un peu partout sur le territoire du Québec, et où on fait
essentiellement la gouvernance de l'eau. Et on le fait un peu similaire à la
manière dont on fait un schéma d'aménagement, c'est-à-dire qu'on fait un
portrait, on fait un diagnostic et on détermine les orientations, les objectifs
qu'on doit chercher à atteindre pour faire une saine gouvernance de l'eau au Québec. Et ces informations-là servent
éventuellement au ministère de l'Environnement pour sa planification à l'échelle
supérieure, c'est-à-dire à l'échelle du Québec.
Donc, tout ça est régi à travers la loi sur
l'eau. La différence un peu à montrer, c'est que, plutôt que de faire de la
consultation publique, comme font les instances municipales, nous, on travaille
par concertation, c'est-à-dire le fait qu'on rassemble de manière équilibrée
des acteurs du milieu municipal, des acteurs du milieu économique et des
acteurs du milieu communautaire pour travailler ensemble à chercher un
consensus, une espèce de gain commun pour tous sur la question de l'eau.
Donc, ça fait depuis 20 ans, en fait, qu'on
fait ça. Et j'aime beaucoup répéter sans cesse qu'on est un peu le département
de recherche et développement en matière de gouvernance de l'eau du
gouvernement du Québec depuis 20 ans et on a, avec le temps, identifié des
choses qui fonctionnent, des choses qui fonctionnent moins bien et aussi des solutions pour que ça fonctionne mieux. Donc,
on va amener un peu cet aspect-là de gouvernance de l'eau comme un peu
la formule que nous, on a faite pour l'eau, de comment on pourrait un peu
l'établir dans un contexte de gouvernance territoriale.
Donc, on fait beaucoup le lien entre le plan
directeur de l'eau qui est notre schéma d'aménagement, si on veut, qu'on fait à
l'échelle des 40 organismes de bassin versant du Québec, et le lien avec
un peu la planification territoriale qu'il y a, en même temps, sur le
territoire en vertu de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme. Donc, comme
mentionné, nous, il est là, le lien. En fait, le lien est direct entre le plan
directeur de l'eau et les outils de planification territoriale. Donc, dès en
partant, là, la première recommandation qu'on apporte, là, dans notre mémoire
que vous avez reçu, c'est celui d'assurer l'arrimage, en fait, entre les deux,
voire même de placer en annexe d'un schéma d'aménagement ou d'un plan
métropolitain, le... directement, le plan directeur de l'eau, surtout au schéma
d'aménagement puisqu'il y a une concordance assez simple qui se fait à ce
niveau-là. Les raisons pour ça, c'est que, premièrement, le plan directeur de
l'eau offre au milieu municipal, à travers les mandats qu'on a déjà établis
avec le ministère de l'Environnement, des outils de planification et des outils
de prise de décision pour faciliter le travail du milieu municipal.
La seconde raison, c'est qu'on a renforcé ces
outils-là par un processus de concertation qui assure une espèce de cohérence,
oui, mais aussi une cohésion des différents acteurs sur le territoire. Ça veut
dire que les éléments qui sont dans le plan directeur de l'eau sont déjà des éléments qui ont été
confirmés à travers des processus de concertation que l'OBV a lui-même
orchestrés sur le territoire où il fait la gestion. Ce qui est intéressant
aussi, c'est que le territoire de nos
bassins versants que vous voyez au-dessus de la page 5, là, vous allez
voir que les limites territoriales sont un peu différentes des limites
des MRC, là. Nous, on limite... on divise le territoire par les divisions
naturelles des rivières, c'est-à-dire, des fois, on a des territoires qui
occupent plus qu'une MRC et, pour une même une MRC, des fois, il y a plus qu'un
bassin versant. Donc, ça peut devenir intéressant pour la MRC de constater les
intérêts, ou les préoccupations, ou même les
vulnérabilités qu'il peut exister en matière de l'eau, mais basés sur le
territoire que... que l'eau fonctionne naturellement.
La troisième raison pourquoi on pense qu'il y a
lieu à avoir une cohérence et une cohésion, disons, entre le PDE et le schéma d'aménagement, c'est, justement,
que le schéma d'aménagement, on est d'accord pour dire que c'est l'outil
fédérateur pour tous en matière d'aménagement du territoire. C'est... Vous
l'avez entendu déjà, des gens qui sont
passés avant nous, là, nous, on est bien d'accord avec ça, et l'idée est que le
schéma d'aménagement puisse arrimer, voire même faire l'effet miroir de
d'autres outils de planification. Nous, on voit que l'outil de planification de
PDE rentre directement dans ce même genre de constat là. Et, aussi, sur la
question du monitorage qu'on a entendue avec les
gens avant nous, là, là aussi, notre intérêt a toujours été, en matière de
gouvernance, l'efficacité. Donc, la question d'avoir des cibles
appropriées, c'est super important pour nous aussi. Ça fait des années qu'on...
dans le secteur de l'eau. On est rendu à
notre troisième version maintenant, la plupart des cas. On a vu qu'est-ce qui
était des bonnes cibles puis qu'est-ce qui était peut-être moins
bonnes... des moins bonnes cibles. Il y a des cibles à des différentes
échelles. Pour nous, il y a des cibles
gouvernementales à l'échelle nationale qui peuvent s'appliquer, mais, même à
l'échelle d'un bassin versant, les cibles peuvent être différentes d'un
sous-bassin versant à un autre.
• (15 h 50) •
Donc, cette
notion-là d'éviter des cibles qui sont un peu déconnectées, qui sont méconnues,
qui sont abstraites, qui sont peut-être même inatteignables, puis d'y
aller davantage vers la redéfinition de la notion de succès basée sur
l'opportunité d'agir, l'adaptation, la résilience, l'amélioration des
conditions pour tous, puis susciter un espoir et une confiance à travers ces cibles. Donc, il faut s'assurer que ces cibles
sont bien ancrées dans le milieu avec les personnes qui sont sur ce
territoire-là et sur ces territoires précis là. Donc, c'est là qu'on arrive essentiellement
avec l'idée de faire une espèce de concordance ou une cohérence entre ce que
nous faisons en matière de gouvernance de l'eau et l'appliquer, d'une certaine manière, à la gouvernance territoriale comme
dans le contexte de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme. Et toujours dans un contexte... dans un principe de
subsidiarité, le mot qu'on a un peu de misère à dire, là, bien, l'idée
d'appliquer au bon niveau les décisions qui sont à prendre et les pouvoirs qui
sont attribués.
J'ai parlé un peu des cibles, là. On arrive à la
recommandation n° 2, là. J'ai parlé un peu des cibles
déjà. Nous, on vient amener ici quelques petites propositions, essentiellement
pour renforcer les cibles qui touchent plus spécifiquement à l'eau. Donc, on a
déjà identifié, dans la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, le fait qu'il y
ait une cible pour la ressource en eau. On ne fait que la bonifier quelque peu
pour s'arrimer davantage avec la loi sur l'eau, puisque la loi sur l'eau, déjà,
mentionne l'importance que... disons, le caractère collectif de l'eau, et les
ressources en eau, et la planification
stratégique, la gestion durable et intégrée de la ressource en eau fasse partie
des autres lois et des autres,
disons, responsabilités des ministres, et des ministères, et des instances
municipales. Donc, nous, on ne fait qu'amener quelques bonifications, si
on veut, pour être un peu plus rattachés aux finalités de la planification
territoriale, là, toujours dans un contexte de flexibilité et de ramener tout
ça à une échelle appropriée pour la prise de décision.
J'amène le
point maintenant, à la page 9, sur les OGAT. On trouve que c'est
effectivement la solution à plusieurs situations, on l'a vu avec les gens qui
sont passés avant nous, de pouvoir permettre, d'une certaine manière, une flexibilité
à l'échelle de chacune des territoires... chacun des territoires, d'aménagement
du territoire. Nous, on croit beaucoup à ça. On revendique aussi la même chose
quand vient le temps de travailler avec le ministère de l'Environnement à
l'échelle des 40 organismes de bassins versants. Et on comprend aussi que
la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme vise à accélérer l'application des OGAT
et de planer un peu encore sur les cibles et d'avoir des cibles qui sont
effectivement bien ancrées sur le territoire et adaptables à chaque territoire.
Ce qui était superintéressant, en ce moment,
c'est que l'OGAT sur la gestion intégrée des ressources en eau est un peu la
prochaine OGAT qui va venir en application, là. Ça fait partie déjà du plan
d'action de la Stratégie québécoise de l'eau. On comprend que ça va être une
OGAT qui va être présentée très bientôt, et donc, en quelque sorte, ça va être
la première OGAT qu'on va appliquer avec la nouvelle Loi sur l'aménagement et
l'urbanisme. Et donc, à ce niveau-là, nous,
on rappelle, en quelque sorte, que les OBV, on est encore là et disponibles,
même si nos clients habituels sont le ministère de l'Environnement, mais
nos bénéficiaires, c'est tous les acteurs du territoire, là. Donc, quand va venir le temps aux municipalités
d'appliquer ça, ou même avant ça, quand ça va être le temps de préparer les
OGAT, juste pour les lancer, on va être à la disposition, là, du gouvernement
pour venir en aide, mais aussi au milieu municipal, quand viendra le temps
d'appliquer ces OGAT là, puisqu'on a déjà, en quelque sorte, ces outils-là à
notre disposition, les outils à la fois de
planification territoriale, mais aussi des outils de prise de décision pour les
élus qui vont devoir se positionner sur des cibles appropriées à
l'échelle de leur territoire. Donc, en quelque sorte, les organismes municipaux
pourraient tirer avantage du travail que nous, on a déjà fait dans le contexte
du fameux département de recherche et développement en gouvernance de l'eau. On
pourrait rapidement, là, rendre à disposition des milieux... du milieu
municipal ces outils-là pour les intégrer à travers leurs propres outils de
planification.
Finalement,
sur la question des cibles, pour terminer, là, le message qu'on tente de passer
avec la recommandation n° 4, à la page 10, là, c'est l'idée que,
des fois, les décisions, ça prend du temps pour les voir réagir dans le temps. On prend des décisions
aujourd'hui, on change la réglementation, on planifie le territoire. Des fois, ça
prend plus que cinq ans pour voir les changements. Donc, ça, c'est une chose.
Mais aussi la question de redéfinir la notion de succès
là, l'idée que nos cibles devaient être axées sur quelque chose qui est bien
ancré dans le milieu, qui est basé sur
l'opportunité d'agir, sur l'adaptation, sur la résilience collective, des fois,
ça, c'est plus important que juste l'amélioration d'une condition
spécifique. Puis, ça, on l'a appris en gouvernance de l'eau, mais on croit que
ça s'applique aussi très, très bien en aménagement du territoire. Puis d'avoir
des cibles qui sont axées aussi sur la progression, sur le fait qu'on a
travaillé sur le dossier, qu'on avance sur ce dossier-là, que ça soit en
gestion de l'eau ou dans n'importe quelle autre cible qu'on pourrait vouloir se
donner, c'est important de garder en tête que cette cible-là doit être bien
ancrée dans le milieu, avec des vraies personnes sur des vrais territoires.
Voilà, merci.
Le
Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Juste à temps.
Alors, je laisse la parole à Mme la ministre pour les questions.
Mme Laforest : Oui. Alors,
bonjour. Je suis très, très heureuse de vous rencontrer. D'emblée, bien, c'est
sûr que je félicite votre travail, parce
qu'évidemment moi, je suis de la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean, et, évidemment, avec toutes les
inondations qu'on a vécues, évidemment, l'organisme des bassins versants a été
essentiel. Alors, félicitations pour votre travail.
Maintenant, il y a une question fondamentale qui
me vient à l'esprit parce que... Ce n'est peut-être pas dans votre mémoire,
mais c'est important, pour moi, de vous poser la question. Vous dites que ça
fait 20 ans que vous êtes avec
l'organisme des bassins versants, c'est bien le cas. Et, dans le projet de loi
LAU, aménagement et urbanisme, on parle beaucoup de limiter les projets
dans les municipalités, les projets en infrastructures d'eau que... quand on
voit que la municipalité ne pourrait pas
desservir l'eau potable dans le nouveau quartier ou à l'endroit que la
municipalité voudrait construire.
Maintenant, quand on voit, en arrivant... C'est
deux choses. On est arrivé en poste, il y avait 39 milliards de déficit au niveau de la gestion des actifs en
infrastructures d'eau au Québec. Et vous êtes là depuis 20 ans. Alors, moi,
c'est sûr que ma question me préoccupe, en disant : Si vous êtes là depuis
20 ans, nous, on arrive, il y a un déficit de 40 milliards au niveau
des infrastructures en eau au Québec, qu'est-ce qui fait que... Là, c'est sûr
que nous, on veut limiter le développement, les futurs développements s'il n'y
a pas assez d'eau pour desservir les quartiers, mais qu'est-ce qui fait qu'en
20 ans l'évolution a été si lente à dire, bien, il faut respecter la
capacité dans nos quartiers, dans nos régions, ou il y a des régions qu'on n'a
pas assez d'eau pour se développer, pour développer les quartiers? Moi, ça me chicote vraiment, là. J'aimerais ça
vous entendre. C'est hors le... hors de votre mémoire, mais, en même temps,
c'est essentiel si vous êtes là depuis 20 ans.
M. Madison (Mathieu) : C'est
une très grosse question, en fait. Merci. Ce qu'on a appris, en fait, à travers
la gouvernance de l'eau, c'est la complexité des enjeux, à la fois la quantité
des enjeux, mais la complexité aussi des acteurs
qui jouent un rôle sur cet enjeu-là. Puis, par le temps... par le passé, on a
cru bon simplifier cette complexité-là, mais cette simplification-là a
fait qu'on a manqué beaucoup d'opportunités. Et des fois on a voulu investir
d'une certaine manière, mais, puisqu'on avait simplifié cette complexité-là, on
a manqué des opportunités. On n'a pas nécessairement été efficaces ou
efficients dans la manière qu'on utilisait les ressources.
Prenons l'exemple, par exemple, de
l'approvisionnement en eau potable. On veut s'assurer... Maintenant, avec le
règlement sur l'approvisionnement sur l'eau potable, on a fait une analyse de
vulnérabilité, et maintenant on va avoir un plan de protection à mettre en
place. On pourrait simplifier tout ça et manquer des opportunités encore, ou on
pourrait avoir une vision intégrée de la chose, ce qui signifie considérer
l'ensemble des gens, être inclusifs, considérer l'ensemble des sources
potentielles d'impacts sur l'eau potable, considérer l'ensemble des
infrastructures ou des projets qui vont
devoir être mis en place et s'assurer qu'il y a un arrimage dans tout ça. Il y
a aussi une problématique de fragmentation, l'idée qu'il y a beaucoup de
ça qui se passe en silo, là. Et l'idée de devoir ramener tout ça à une échelle
où on peut intégrer davantage les prises de décision, là, on va vraiment
certainement avoir des meilleures opportunités d'être plus efficaces. Moi, je
pense qu'il y a un peu de cela là-dedans, pas parce que le milieu municipal a
voulu mal faire, c'est juste qu'on a raté des opportunités parce qu'on n'avait
pas mis une approche systémique sur une problématique qui est à la... qui est
effectivement complexe et qui méritait une approche systémique.
À partir de maintenant, le plan directeur de
l'eau ou le travail, disons, qu'on fait en concertation permettrait d'avoir des outils plus systémiques pour prendre
des décisions. Après, ce n'est pas les OBV qui ont, disons, le financement
pour combler les 30 quelques millions qu'il reste, là, ou milliards. Ce n'est
peut-être pas ça, le rôle des OBV, en ce moment,
là, mais on a certainement les outils ou les mécanismes pour favoriser des
meilleures prises de décision. Et c'est ce qu'on voit souvent sur le
territoire de plusieurs OBV quand vient le temps de planifier la protection des
sources d'eau potable, c'est de dire :
Avez-vous pensé à? Ça, c'est toujours la question qu'on ressort, parce qu'il y
a toujours des complexités qui ont
été mises de côté pour simplifier la problématique, et nous, on ramène toujours
une approche beaucoup plus intégrée, là, d'où la gestion intégrée des
ressources en eau.
Donc, par exemple, si on parle d'aménagement du
territoire très, très concrètement, une municipalité voudrait savoir où on va agrandir le périmètre urbain pour pouvoir le
desservir, ça pourrait être à la fois pour considérer l'impact que cet
agrandissement du périmètre urbain là pourrait avoir sur la ressource en eau
dans le futur, mais aussi la disponibilité des ressources pour pouvoir y
avoir accès à ces ressources-là. Là-dedans, il y a aussi les eaux usées à
considérer, il y a aussi les espaces verts, il y a aussi toutes les... Tout ça
doit être systématiquement considéré. Et nous,
à la limite, on a une partie de puzzle, si on veut, pour l'outil de prise de
décision et de planification associée à ça, là. Mais, si on parle en termes de gouvernance territoriale, nous, on
favoriserait davantage l'inclusivité et l'intégration, et aussi d'avoir
les bonnes cibles pour considérer ce que c'est, la notion de succès, dans un
contexte comme cela.
Mme Laforest :
Les bonnes cibles étant lesquelles, d'après vous?
M. Madison (Mathieu) : Dans un
contexte comme ça, à l'échelle appropriée, là, ça veut dire que j'aimerais ça
voir de quel territoire qu'on parle, quel périmètre urbain, parce que, là, on
parle d'eau, mais il y a probablement d'autres enjeux associés à ce
territoire-là qu'on ne voudrait pas manquer une opportunité de saisir en même
temps qu'on gère la question de l'eau. Ça peut être le logement abordable. En
fait, ce qu'on s'aperçoit en gestion de l'eau ou
en gouvernance territoriale, tout simplement, c'est qu'il y a beaucoup de liens
entre les enjeux qu'on... a priori qu'on ne voit pas, mais qui existent... qui
existent à chaque fois. Et avec un peu d'innovation et de créativité, d'où la
plupart des projets, maintenant, en innovation sociale, ce qu'on fait,
c'est de mettre à la table des gens qui habituellement ne travaillent pas
ensemble, et là on saisit des opportunités qu'on ne voyait même pas a priori.
On peut régler une problématique environnementale en même temps qu'on règle une
problématique sociale, si on a tout simplement pris le temps de voir tout ça de
manière systémique. Mais c'est du cas par cas, et j'aimerais ça inviter l'OBV
de ce territoire en question là à la table, et on aurait une table de concertation
sur le sujet.
• (16 heures) •
Mme Laforest : Oui, c'est ça,
parce qu'on le sait, là, il y a... Bien, nous, depuis quatre ans, l'eau...
Bien, on n'est pas là depuis 20 ans, là, mais depuis quatre ans. L'eau, ça
a toujours été une priorité avec la stratégie d'économie d'eau potable. Mais,
en même temps, on se pose la question : Comment ça se fait que, dans le
passé, on a des infrastructures autant... On est en déficit au niveau des
infrastructures. Mais là vous étiez là depuis 20 ans. Bien, merci. C'était vraiment ma question. Parce
que je vais laisser mes collègues poser des questions. On a... On est un petit
peu en manque de temps. Alors, moi, j'ai terminé. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
Mme la ministre. On va passer au député de Lac-Saint-Jean.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Bien,
bonjour à vous deux. Bon, écoutez, moi, je vais aller dans... du côté agricole,
bien oui, parce que je sais que vous êtes fortement impliqué aussi avec les
producteurs agricoles. Puis on sait très
bien que le secteur agricole est... Bien, moi, je trouve que c'est un principal
vecteur d'occupation du territoire dans
énormément de MRC. Puis la question, tu sais, dans le projet de loi, on
propose, là, justement, que les municipalités puissent compenser les
producteurs agricoles au niveau, là... quand ils veulent amener des mesures
peut-être des fois plus contraignantes ou
plus sévères que les règlements au niveau des bandes riveraines, toute la
question, là, des milieux humides,
tout ça. Puis, quand je dis agricole, je parle aussi forestier, hein, parce que
les deux sont interreliés, là. Vous en pensez quoi, de ça, de cette
proposition-là dans le projet de loi?
M. Madison
(Mathieu) : Ce qui est très intéressant, c'est qu'on a, sur
nos tables de concertation, l'UPA et les agriculteurs souvent, souvent à la table. Le milieu agricole, c'est un
endroit où il y a, à mon avis, plusieurs problématiques systémiques à
devoir, disons, travailler dessus, là... qu'on ne pense pas qu'on peut régler
une chose à la fois, là.
Je vais faire le lien avec, peut-être, le Plan
d'agriculture durable, où là la notion de succès est importante, là. Et c'est
l'exemple que j'utilise tout le temps, mais, dans le plan écriture durable, il
y a certainement des cibles pour qui la... pour lesquelles l'agriculteur ne se
sent pas nécessairement interpelé, mais, dans l'atteinte de ces cibles-là, on
cherche à voir comment impliquer et mobiliser l'agriculteur autour de la table
pour qu'il ait envie de faire partie de ces cibles-là. Donc, le plus que cette
cible-là est éloignée de... mettons, du quotidien de l'agriculteur, le moins
qu'il va avoir la capacité de vouloir faire partie de la solution.
Et c'est pourquoi la question de la compensation
arrive à la table. En absence de mobilisation, c'est souvent la carte qui est
utilisée par l'acteur qui n'est pas mobilisé, puisque c'est la porte de sortie
facile, compenser. Mais nous croyons aussi que, dans un contexte de gestion
intégrée du milieu agricole, il y a un potentiel que l'agriculteur fasse partie
de la solution, pas seulement sous forme de compensation, mais sous forme de
partie prenante réellement mobilisée. Est-ce qu'on est d'accord avec la
question de la compensation? D'une certaine manière, quand même, oui, mais je pense que c'est... ça règle le
symptôme, mais pas nécessairement certaines problématiques plus systémiques.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : En
terminant, je me permets de vous dire, j'aime bien votre réponse, oui, parce que, pour avoir travaillé... puis moi-même
étant un ancien agriculteur, puis avoir aussi travaillé avec les agriculteurs,
puis être présent, je pense qu'il y a un énorme... d'ouverture au niveau des
agriculteurs à faire partie de la solution. Mais le problème, bien souvent,
c'est la mobilisation des élus envers le monde agricole.
M. Madison
(Mathieu) : Oui, puis c'est pareil pour nous, notre prochain
mandat, dans la prochaine convention, ça va être sur la question de la
mobilisation, et c'est certainement sur ça qu'on va travailler.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Ce
n'est pas toujours la compensation qui est entendue.
Le Président (M. Schneeberger) : Est-ce
qu'il y avait d'autres questions du côté ministériel? Ça va? Alors, nous allons
maintenant passer du côté de l'opposition officielle. Mme la députée de
Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci. Merci, M.
le Président. Alors, merci à vous deux d'être ici présents et merci à tous les
OBV, à tous les OBV du Québec, qui font un travail important, là, pour la
gestion de nos ressources en eau. Je vais peut-être
vous poser une question... Ce n'est pas mentionné, mais, à la base, les OBV, on
voit la carte sur votre site, là, puis on voit
bien la carte ici aussi, toutes les régions, mais il y a un petit trou qui
s'appelle Montréal-Laval, qui n'a pas d'OBV.
Est-ce que vous pourriez juste nous en parler? Puis ça va peut-être orienter
quelques questions par la suite.
M. Madison (Mathieu) : Effectivement,
dans le fond, là vous voyez sur la page 5, là, ce qu'on appelle la GIRE, c'est la gestion intégrée des ressources en
eau, mais on l'applique de deux manières, la gestion par bassins versants,
donc les 40 taches de couleur que vous voyez sur la carte, puis on l'applique
aussi par... au niveau du Saint-Laurent. Et là on appelle... en fait, on fait
appel d'arpentage aux tables de concertation régionales, il y a aussi la Table
de concertation de la rivière des Outaouais, mais ces organismes-là existent,
ils ne couvrent pas tout l'ensemble du territoire
du fleuve, mais ils sont quand même présents. Ils ne sont pas officiellement
représentés par la ROBVQ, mais c'est des partenaires incontournables à l'échelle
nationale avec qui on travaille souvent, là.
Mme Dufour : Excellent. Mais ça
vient avec... Quand on dit que les OBV peuvent devenir, dans le fond, des acteurs importants, là, pour les décideurs, pour
mettre les connaissances... Mais comment on va combler ce bout-là, le bout...
le petit trou Montréal-Laval?
M. Madison (Mathieu) : En fait,
il n'y a pas 20 ans d'expérience, mais, disons, la formule recherche et
développement de la gestion intégrée se fait aussi à l'échelle du fleuve avec
les tables de concertation. Nous, on a un PDE, à travers les 40 OBV, et là
il y a un PGIRE qui se fait à l'échelle de chacune des tables de concertation.
La plus récemment créée, c'est la table de concertation des Outaouais, qui
sont, en ce moment, en train de travailler sur leur PGIRE, tandis que je siège
moi-même sur celle du Grand Montréal—Haut-Saint-Laurent, qui est une autre table de concertation, et eux, leur PGIRE est très avancé,
déposé en concertation avec les acteurs des différents milieux sous forme
équilibrée à cette échelle-là. Donc, même
là, l'outil qui s'appelle le PGIRE peut aussi facilement s'intégrer
directement, de la même manière que le PDE, dans le travail
d'aménagement du territoire.
Mme Dufour : Donc, il faudrait
prévoir les deux, les deux instances.
M. Madison
(Mathieu) : Exact. Un jour, je vais représenter
potentiellement les tables de concertation, je pourrais ici venir
présenter aussi leur...
Mme Dufour : Oui.
Bien, moi, je peux vous dire, j'ai fait partie de la table de concertation du
Haut-Saint-Laurent et je trouvais
personnellement que c'était assez complexe, là, les... la coordination de tous
ces acteurs-là, là, je dois vous dire, là, c'est... il y a beaucoup de
monde, disons, beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde.
Et là vous parliez, tu sais, à la page 9,
vous disiez : C'est sans coût additionnel que le gouvernement du Québec pourrait, comme, avoir cette
connaissance-là. Mais moi, j'étais sous l'impression que la table du
Haut-Saint-Laurent manquait de ressources, parce qu'ils avaient l'air
complètement débordés, puis il y a eu plusieurs messages en ce sens-là. Donc, j'étais plutôt sur l'impression
qu'il manquait de ressources. Est-ce que c'est... Mais les OBV, eux autres, ce
n'est pas le cas?
M. Madison
(Mathieu) : Bien, en fait, notre financement statutaire, si on
veut, pour remplir le mandat ministériel de la planification de l'eau, prévoit
un montant, effectivement. On a une convention de financement pour le mandat
spécifique. La TCR a aussi un mandat de ce
type-là. Ce qu'on parle ici, quand on parle à la page 9, c'est dans un
contexte de l'OGAT, puisque les
outils existent déjà. Ça veut dire que ça ne nécessiterait pas de donner un
mandat externe pour faire... pour obtenir ces outils-là, ils font partie
déjà des livrables qu'on est en train de faire. Par exemple, le PDE, la
nouvelle version des PDE des 40 OBV va être déposée en mars prochain.
Donc, c'est un très bon timing, en réalité, et c'est là ce qu'on veut dire, là.
L'argent additionnel n'est pas nécessaire puisque le mandat fait déjà partie de
notre travail de la convention de
financement que nous avons actuellement. Après viendra le temps de mobiliser
les acteurs, d'où la question précédente, si on veut, et ça, c'est le
futur mandat qui vient en ligne de compte au niveau des TCR et des OBV, là.
Mme Dufour : Excellent. Merci.
Vous avez parlé, là, par rapport au monitorage, les cibles, de prendre un
horizon plus long que celui des schémas, donc, peut-être plus 10 ou
20 ans. Mais il n'y a pas... n'y a-t-il pas un risque de... Tu sais, quand une cible est tellement loin dans le temps,
si on ne l'atteint pas, l'ajustement pour s'y rendre, tu sais, on s'en va dans un délai encore plus
loin. Il n'y a pas un risque qu'on manque le bateau, dans le fond, avec un
horizon... si on vise un horizon de 10 ans ou 20 ans, même?
M. Madison (Mathieu) : Je
pense, ça dépend de la cible qui va être donnée. On aurait avantage à donner à des niveaux... à des échelles plus micro des
cibles qui sont effectivement plus facilement atteignables ou qui sont plus
faciles à mesurer à court terme. Mais le cadre logique de tout ça prévoyait
peut-être des indicateurs plus court terme, mais aussi des indicateurs plus
long terme sur des visions plus grandes, là.
Mme Dufour : ...ça fait du
sens. Et là vous avez parlé, tout à l'heure, en réponse à la ministre, qu'il y
aurait des... vous voyez des cibles
différentes selon le bassin versant. Mais comment on fait un bilan national,
quand chacun a ses cibles? Et est-ce
qu'il y a moyen de trouver des cibles quand même qui se... qui permettraient de
les... c'est ça, de faire le bilan, là?
M. Madison
(Mathieu) : Bien, nous, en matière de planification de l'eau, il y a
beaucoup de choses qui se rejoignent entre les 40 OBV. Je pense que, si on
fait le même travail au niveau des cibles en aménagement du territoire, on va s'apercevoir qu'il y a beaucoup
de MRC qui vont avoir des cibles similaires ou même des municipalités qui vont avoir des cibles similaires. Donc, on va
être capable de dresser un portrait, disons, national des cibles qu'on aurait
à des échelles plus micro, là.
Par exemple, nous, on fait les problématiques
prioritaires à l'échelle de chacun de nos OBV, et ensuite c'est rattrapé à l'échelle nationale. Et je vous dirais
que la qualité de l'eau ressort assez fort, dans la majeure partie des choses.
Donc, des choses comme garder les services
de proximité, qui pourrait être une cible qu'on pourrait voir dans certaines
MRC, je m'attendrais à ce que ça revienne souvent dans plusieurs MRC et qu'on
soit capable, avec le ministère des Affaires
municipales, à dresser un bon portrait de la réalité des cibles à l'échelle du
Québec, même si chaque cible est un petit peu différente à chaque
échelle et à chaque niveau municipal, disons, là.
Mme Dufour : Excellent.
Merci. Vous n'en avez pas parlé, peut-être par manque de temps, mais... alors,
je vous laisserais peut-être la chance de parler de votre dernière
recommandation concernant... oui, l'abolition, là, de l'article 246.
• (16 h 10) •
M. Madison (Mathieu) : Nous, on
en parlerait peut-être dans un contexte de gouvernance, tout simplement. Quand on fait de la concertation autour de la
table, on fait une concertation équilibrée avec des représentants de différents
secteurs et ensemble on arrive à un consensus sur qu'est-ce qu'il y a à faire
sur la question de l'eau. On s'attend que le milieu municipal fait un peu la
même chose, quand vient le temps de prendre des positions ou des décisions. Et
on en parlait avec... la FQM en parlait, là,
il faut que ce soit un document politique, là. Mais le jeu est un peu... le jeu
est un peu brisé, si on ne peut pas... si on s'entend sur les choses par
consensus au départ, mais que, par la bande, ensuite, après que le consensus est fait, les règles ne sont plus respectées
parce qu'il y a un type d'acteurs, ou un type d'activités, ou un type
d'usages qui prend intérêt sur tous les autres.
Donc, nous, par pure raison de gouvernance et la
recherche du consensus, de la valeur ajoutée, pour tous, on croit qu'on devrait
tous être un peu au même niveau, de manière équilibrée, quand vient le temps de
prendre des décisions pour le territoire et à l'échelle de chacun des
territoires, par principe de subsidiarité, encore une fois.
Mme Dufour : Excellent.
Merci. Tout à l'heure, vous avez parlé... Dans le fond, là, les bassins
versants, il y a... il y a beaucoup
d'études qui ont été faites, mais il y a encore beaucoup de connaissances à
acquérir, notamment les nappes phréatiques, par exemple. Bon, j'étais à
la ville de Laval, avant, puis il y a eu beaucoup d'enjeux, là, notamment lors des inondations, 2017, 2019. Ce qu'on constatait,
c'est que les nappes... la nappe phréatique était rendue... était déjà haute,
à la base, et là, avec les inondations,
bien, en fait, on était rendu avec des tuyaux souterrains qui étaient gorgés
d'eau, là, la nappe était rendue
au-dessus des... c'est ça, des réseaux d'égouts, notamment. Et donc on avait
des enjeux assez majeurs, là, d'écoulement des eaux usées, par exemple.
Est-ce que, ça, vous croyez que ça devrait être quelque chose que les OBV
devraient regarder ou garder ça dans les villes, parce que... Puis ce n'est pas
toutes les villes qui sont en train d'acquérir
cette connaissance-là non plus. Donc, comment vous voyez ça? Parce qu'il me
semble que ça fait partie de la connaissance du bassin versant, mais,
présentement, on ne l'a pas encore.
M. Madison (Mathieu) : Je
dirais que la réalité sur les connaissances des eaux souterraines varie d'un
territoire à l'autre. Les OBV, on fait partie, avec plusieurs MRC et
municipalités, d'un grand travail d'acquisition de connaissances sur les eaux souterraines, ce qu'on appelle souvent le
PACES, le Programme d'acquisition de connaissances sur les eaux souterraines. Donc, il y a plusieurs
régions qui ont été couvertes par ce programme-là. Il y a des scientifiques
dans ce projet-là, il y a les OBV dans ces projets-là, il y a le milieu
municipal impliqué dans ce projet-là. Et, avec ça, on a un peu plus d'information
et d'acquisition de connaissances. Elle n'est pas si fine que ça. Il y a des
régions qui sont un peu plus équipées en termes de connaissances que d'autres.
Je vais souligner peut-être la SESAT, qui est en Abitibi-Témiscamingue, où là
il y a vraiment, comme, un travail beaucoup plus fin qui se fait à cette
échelle-là, notamment pour l'impact sur l'eau souterraine, par exemple, des
mines ou autres. Mais chaque région a un peu son niveau de réflexion là-dessus.
Et, en même temps, il y a des municipalités qui
ont décidé qu'ils allaient pousser plus loin cette acquisition de connaissances
là. Dans notre territoire à nous, à Saint-Hippolyte, dans les Laurentides, ils
se sont pris un projet... littéralement, un
projet de doctorat avec l'Université de Montréal, si je me souviens bien,
l'équipe de Roxane Maranger, il me semble, pour vraiment dresser un
portrait des eaux souterraines sur leur territoire et l'impact du développement
immobilier sur cette eau souterraine là pour la disponibilité en eau potable pour
les futurs puits artésiens à construire, et ça a amené une possibilité de
modifier, en quelque sorte, des règlements municipaux pour mieux intégrer le
développement avec cette ressource-là.
Mais moi, je suis d'accord pour dire que l'eau
souterraine, c'est un truc qu'on comprend beaucoup moins bien que, disons, la
connaissance sur l'eau de surface. Ça ne fonctionne pas nécessairement par
bassins versants non plus, là. Je ne suis pas hydrogéo sur l'eau souterraine,
là, mais on comprend déjà certaines choses, et c'est beaucoup plus complexe. Mais je dirais qu'il y a un réseau,
au Québec, le Réseau québécois sur les eaux souterraines, qui ont le mandat de
divulguer la connaissance fine qu'on découvre de plus en plus au Québec. Mais
il y a clairement un manque à gagner. On espère aussi qu'à travers
l'analyse des vulnérabilités des eaux potables que les villes sont en train de faire, qu'il y ait un peu d'acquisition de
connaissance, qui se fait là, fines, à chacune... des territoires des
municipalités, et que ça va nous aider
un peu à comprendre de manière plus globale, là, qu'est-ce qu'il en est au
niveau des souterraines, là.
Mme Dufour :
Excellent. Combien de temps il nous reste?
Le Président (M.
Schneeberger) : Deux minutes.
Mme Dufour :
Deux minutes. Écoutez, je voudrais peut-être juste que vous nous parliez...
Parce que je trouve ça très intéressant, là, que vous suggérez de faire une
concordance en intégrant, dans le fond, les plans de développement de l'eau aux schémas d'aménagement. En fait, en lisant, je
me dis : Pourquoi on n'y a pas pensé avant? Pourquoi ça n'a pas été
intégré? Donc, peut-être nous en parler un petit peu plus, là, là-dessus.
M. Madison (Mathieu) : En
fait, on y a pensé avant, il y a certains territoires qui ont déjà commencé à
faire ça. J'utiliserais peut-être l'exemple de la rivière L'Assomption,
avec certaines MRC de son territoire, ou encore l'OBV Chaudière... pas
Chaudière...
Une voix : ...
M. Madison
(Mathieu) : ...Charlevoix-Montmorency, et qui ont aussi fait ce
travail-là, qui sont même venus présenter, dernièrement, sur un comité de
travail avec les OBV. Il y a du travail qui s'est déjà fait. L'idée, c'est
que... On voit qu'il y a beaucoup de
ressemblances entre les deux documents, on voit aussi qu'il y a beaucoup de
ressemblances dans le processus pour créer ces deux documents-là. Nous,
on le fait sur un cycle de 10 ans, c'est similaire, on peut... On a des
cibles, on a des objectifs, on a des actions. Ça s'intègre très bien dans un
schéma d'aménagement. Et après il y a
d'autres outils qu'on pourrait développer, qui sont un peu moins développés, je
dirais, au niveau des OBV, mais qu'on est prêt à développer, sur... des
outils pour ramener à l'échelle territoriale, des outils qui sont... disons,
une approche plus environnementale du PDE. Ce serait possible de le traduire
dans une approche plus politique, plus territoriale, pour que ça s'intègre
bien.
Ce qu'on trouve qui
est superintéressant aussi, c'est le fameux PRMHH, qui se fait... les plans
régionaux, qui se fait en ce moment, parce que c'est une des premières fois où
on voit le milieu municipal à travers les schémas d'aménagement, de voir
intégrer les questions de l'eau et des milieux naturels avec une lentille
territoriale et une entité politique. Donc,
c'est comme la première étape, faire ça. Maintenant, avec l'OGATG, on voit que
c'est vraiment la parfaite
opportunité, là. Les choses s'enlignent dans le bon ordre. Et là on verrait
qu'il y aurait une belle opportunité pour développer encore plus un
partenariat entre le milieu municipal et les OBV pour faire ça, là.
Mme Dufour :
Excellent. Bien, merci beaucoup.
M. Madison
(Mathieu) : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons poursuivre avec la... une deuxième opposition,
avec le député de Taschereau.
M. Grandmont :
Oui. Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. C'est très clair et
très intéressant. J'ai eu la chance de
travailler aussi avec un OBV, l'OBV de la Capitale, à quelques reprises, je le
sais, le travail important que vous faites, j'apprécie. Sur
l'article 246, j'aimerais aller là-dessus, aussi, rapidement, là. Là je
comprends, on en a déjà parlé un petit peu tantôt... mais ce que je comprends,
c'est que... puis votre... ce qui est écrit puis l'explication que vous en avez faite tantôt, c'est qu'on manque
de cohérence, en fait. Si on continue à avoir la Loi sur les mines qui est
prédominante sur la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, dans les faits, c'est
qu'on n'arrivera pas à appliquer certains articles qu'on est en train de
discuter présentement, là, on manque de cohérence, on manque... Puis vous
parlez de gouvernance, mais c'est un peu ça, dans le fond, là?
M. Madison (Mathieu) : Oui.
Puis je vais reprendre un peu ce qu'on a parlé. C'était Philippe Lebel, je
pense, qui était assis ici, qui est venu présenter la question de
s'approprier, au sens plus large, l'aménagement du territoire, au sens plus
large, dans le sens, avec plus d'acteurs, avec plus de gens qui se sentent
impliqués par ça.
J'entendais aussi
certains maires nous dire : Il y a très peu de gens qui se déplacent à nos
consultations publiques. Si on prend le temps d'avoir une réflexion nationale
sur la question des mines... là, on le sait que la transition va venir vers des
autos électriques, des milieux miniers, dans des secteurs qu'on n'a pas
l'habitude de voir des mines, on sait qu'il y a un besoin qui s'en vient, on
sait aussi qu'il y a une complexité internationale là-dedans aussi, on va pouvoir se questionner, à savoir où
serait la bonne mine, au bon endroit, et de quelle manière est-ce qu'on
l'implante, et de quelle manière est-ce qu'on la gère de manière compatible
avec les autres usages, les autres valeurs associées au territoire. Il y a
beaucoup d'interdépendance entre les activités minières et les autres
activités, usages, caractéristiques du territoire des collectivités du Québec.
Moi, je viens de
l'Abitibi-Témiscamingue, toute ma famille travaillait en milieu minier, tous
mes amis ont fini par travailler là-dedans. Il y a eu une espèce de travail de
compatibilité. Ce n'est pas toujours facile, ce n'est pas toujours le cas partout. Malartic, c'est un bon
exemple où on aurait pu peut-être considérer de manière plus intégrée la
chose. Mais, ici, ce qu'on parle réellement, c'est, effectivement, une question
de cohérence puis une question d'avoir une réflexion nationale et collective
sur le sujet. En tant que Québec du futur, qu'est-ce qu'on veut du milieu
minier? Comment ça s'intègre sur notre territoire? Et les décisions doivent
être... doivent et devraient se prendre à l'échelle appropriée, aussi, et dont
la question de subsidiarité, encore une fois, là.
M. Grandmont : C'est
intéressant. Puis c'est vrai que ça fait longtemps qu'on n'avait pas retouché en
profondeur la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, on l'avait mentionné
d'entrée de jeu. Puis l'intérêt aussi, la connaissance dans la population et chez les groupes de la société civile, les acteurs
municipaux aussi, n'a jamais été aussi grande qu'à l'heure actuelle.
Tantôt, on a parlé d'inondations, on a parlé...
Avant d'enchaîner, là, sur la question de l'approvisionnement en eau... mais, les inondations, j'aimerais aller
précisément là-dessus. Évidemment, il y a plusieurs causes à ça, notamment
les changements climatiques, mais aussi
l'imperméabilisation des sols, que nous faisons à outrance, peut-être, en tout
cas beaucoup, ça dépend des endroits, évidemment. Quel lien vous faites
avec l'étalement urbain, qu'on observe un peu partout au Québec, les villes qui
grossissent, qui imperméabilisent beaucoup, l'utilisation un petit peu débridée
qu'on a du territoire et les cibles qu'on
a... qu'on doit atteindre, en fait, au niveau de l'aménagement, de l'occupation
du territoire, en termes de densité, notamment, puis d'utilisation du
territoire?
M. Madison (Mathieu) : En fait,
on salue les bureaux de projets sur les inondations, là, qui a débuté. Il y a
un travail qui se fait à la fois sur la table décisionnelle, au niveau du
milieu municipal, et un travail qui va aussi se faire au niveau de la société civile, à concerter. En quelque sorte, ce
qu'on fait, nous, à l'échelle des OBV, va pouvoir se faire dans un contexte purement associé aux
inondations. Ce que je trouve très intéressant sur la question des inondations,
c'est que c'est, effectivement, une
problématique systémique. C'est très complexe, la question des inondations, et
on en parle, mais... Les chercheurs
nous disent que ça va être impressionnant, cette année, même, là, sur certaines
rivières, entre autres la rivière des Outaouais.
Et il y a aussi un enjeu additionnel que je veux
rajouter là-dedans, c'est la question de solidarité, entre autres, amont-aval.
Il y a des décisions qui se prennent en aménagement du territoire en amont d'un
bassin versant qui va avoir des impacts en aval d'un bassin versant. Il y a à
la fois des problèmes...
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M. Madison
(Mathieu) : ...on peut voir ça, d'une certaine manière... d'un
problème, mais aussi des opportunités, notamment en fiscalité
municipale, qu'on pourrait explorer, de quelle manière, entre municipalités, on
s'entraiderait par... pour des questions de solidarité, j'oserais même dire
justice. Donc, il y a beaucoup d'intérêt à travailler sur ce sujet-là, là.J'ai
hâte de voir.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, merci beaucoup pour votre
précieuse collaboration.
Nous suspendons quelques instants pour permettre
au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 16 h 20)
(Reprise à 16 h 23)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bonjour, bonjour à vous. Alors, nous reprenons nos travaux.
Alors, bonjour à la Société pour la nature et
les parcs, Québec. Je vous rappelle que vous avez 10 minutes de disposition
pour présenter votre mémoire, et, par la suite, on procédera à une période de
questions avec les élus. Alors, je vous laisse vous présenter et poursuivre
votre présentation.
Société pour la nature
et les parcs du Canada,
section Québec (SNAP‑Québec)
M. Lemay (Jean-Philippe) : Bonjour,
Mme la ministre. Bonjour, le Président de la commission. Bonjour à tous les
membres de la commission. Je me présente, Jean-Philippe Lemay, je suis chef de
projet en écofiscalité à la Société pour la
nature et les parcs, affectueusement appelée la SNAP-Québec. Aujourd'hui, je
suis accompagné de ma collègue, Marie-Pierre Beauvais, qui est
responsable Aires protégées, sud du Québec.
La
SNAP-Québec est la seule organisation au Québec qui travaille exclusivement à
la protection du territoire. Nous
sommes un groupe porteur de solutions qui, depuis 2007, travaille de concert
avec les municipalités québécoises pour lever des fonds dédiés à la
protection de la biodiversité, mettre en oeuvre des solutions nature sur leur territoire,
développer des propositions d'aires protégées et adopter des règlements
d'écofiscalité.
Mme Beauvais (Marie-Pierre) : À
la COP15 qui s'est tenue en décembre dernier à Montréal, les États du monde ont
adopté un ambitieux cadre pour la protection de la nature, il s'agit du cadre
mondial Kunming-Montréal. Le Québec s'est engagé à atteindre les cibles de ce
cadre mondial, et notamment la cible-phare visant à protéger 30 % des
milieux terrestres et marins d'ici 2030. L'atteinte de ces cibles internationales
dépendra toutefois largement de nos efforts
en matière d'aménagement et d'urbanisme. D'ailleurs, la cible 1 du cadre
mondial porte directement sur le besoin d'un aménagement du territoire
qui soit participatif, intégré et inclusif en matière de biodiversité.
La
SNAP-Québec est également consciente que les enjeux de protection des milieux
naturels et de la biodiversité sont largement reconnus comme une responsabilité
du ministère de l'Environnement et des lois dont il a la gouverne. Nos recommandations aujourd'hui ne visent, donc, pas à
introduire de nouvelles mesures de protection à la Loi sur l'aménagement et
l'urbanisme, ou LAU, mais bien à reconnaître le rôle de l'aménagement du
territoire dans la protection de la
biodiversité et à favoriser un arrimage clair entre les actions du ministère
des Affaires municipales et du ministère de l'Environnement.
Selon la
SNAP-Québec, le Québec fait de belles et bonnes choses en matière de
conservation de la biodiversité. Toutefois, le plein potentiel de nos outils
de conservation est tenu captif dans un coffre-fort qui nécessite deux clés
pour s'ouvrir : la première clé, nous l'avons déjà, elle est détenue par
le ministère de l'Environnement avec tous les outils d'intervention dont il
dispose; la clé manquante est celle de la planification territoriale. C'est la
clé du succès, essentielle pour harmoniser l'action gouvernementale en matière
de conservation de la biodiversité. Une réforme de la LAU est, donc, plus que
jamais nécessaire.
Nous remercions la commission de nous avoir
invités à contribuer à sa réflexion et nous saluons l'ambition du projet de loi
n° 16 qui ouvre le champ des possibles en matière de conservation.
Veuillez noter que nos recommandations
s'articuleront autour de quatre axes, soit : l'intégration des cibles internationales en matière de conservation de la
biodiversité dans les outils d'aménagement du territoire, le renforcement
des pouvoirs des acteurs locaux, la levée
des obstacles financiers à la conservation municipale et la fin de la préséance
du régime minier sur le régime d'aménagement.
M. Lemay (Jean-Philippe) : Donc,
notre premier axe concerne la préséance du régime minier sur la LAU. La
SNAP-Québec joint sa voix au nombre grandissant d'élus municipaux, de citoyens
et d'organisations qui s'inquiètent de l'explosion des claims miniers et des
activités d'exploration minière à proximité de leur communauté. Pour les MRC, il est contre-productif d'investir
du temps et des ressources dans l'élaboration d'un schéma d'aménagement
et de développement, alors que les activités minières, qui ont un impact majeur
sur le territoire, ne peuvent pas être adéquatement prises en compte. Le régime
minier entrave aussi l'atteinte des cibles internationales de protection de la biodiversité parce que la présence de claims
miniers sur un territoire bloque les efforts de création d'aires protégées,
comme c'est le cas avec le mont Kaaikop dans les Laurentides.
Ainsi, nous recommandons d'abroger... nous
recommandons, d'abord, d'abroger l'article 246 de la Loi sur l'aménagement
et l'urbanisme pour mettre fin à la préséance du régime minier. Et nous
profitons aussi de l'occasion pour demander au gouvernement de revoir son
orientation gouvernementale en matière d'aménagement du territoire, soit
l'OGAT Mines, pour élargir la
capacité des MRC à identifier les territoires incompatibles avec l'activité
minière.
Notre deuxième axe porte sur l'intégration des
cibles internationales de conservation de la biodiversité à la LAU. Tout d'abord, la SNAP-Québec salue le fait
que le projet de loi reconnaisse la biodiversité comme une des finalités
de la planification territoriale. Cependant, pour réaliser cette ambition, la
biodiversité et la protection des milieux naturels doivent être intégrées
directement dans les outils de planification du territoire et les mécanismes de
suivi des mesures.
En ce sens,
nous recommandons d'ajouter deux éléments au préambule de la loi :
d'abord, une reconnaissance que le Québec s'est déclaré lié à la Convention sur
la diversité biologique et, deuxièmement, que l'aménagement de
l'urbanisme joue un rôle déterminant dans sa mise en oeuvre. Pour cette raison,
nous recommandons de modifier les articles 13
et 16 du projet de loi afin que les plans métropolitains et les schémas
d'aménagement et de développement planifient le territoire d'une manière
à contribuer à l'atteinte de ces cibles.
En pratique, une OGAT spécifique à la
biodiversité devrait prévoir concrètement comment les acteurs municipaux
peuvent contribuer à l'atteinte de ces cibles. Cette responsabilité commune et
partagée doit aussi être reflétée dans les trois mécanismes de suivi de la mise
en oeuvre de l'aménagement qui sont introduits dans le projet de loi. Nous
recommandons, donc, de modifier les articles 15, 18 et 58 du projet de loi
pour intégrer les cibles internationales de conservation au bilan métropolitain,
au bilan régional et au bilan national.
Finalement, un aménagement du territoire
efficace doit permettre aux espèces de se déplacer d'un territoire protégé à un
autre. Nous recommandons, donc, de modifier l'article 16 du projet de loi
afin de permettre aux MRC d'identifier les parties du territoire à soumettre à
des contraintes pour assurer une connectivité écologique.
Mme Beauvais (Marie-Pierre) : Notre
troisième axe propose une solution pour faciliter et surtout accélérer
l'identification et la protection des territoires d'intérêt en vue de
l'atteinte des cibles internationales de conservation de la biodiversité. Pour
information, le Québec devra protéger plus de 200 000 kilomètres
carrés de territoires, dans les sept
prochaines années, pour respecter ses engagements. Cela équivaut à
133 fois la superficie du parc national du Mont-Tremblant. Il y a
donc beaucoup à faire, mais voici notre solution.
Nous proposons, d'abord, de valoriser
l'expertise et les connaissances des acteurs municipaux pour identifier les
prochains territoires d'intérêt. Les MRC ont démontré qu'elles sont prêtes à
relever ce défi en élaborant leurs plans
régionaux des milieux humides et hydriques en vertu de la Loi affirmant le
caractère collectif des ressources en eau. Concrètement, nous proposons, donc,
que l'article 16 du projet de loi soit modifié pour que les schémas
d'aménagement et de développement identifient les territoires d'intérêt
pour l'atteinte des cibles internationales.
• (16 h 30) •
Puis, pour accélérer la protection de ces
territoires d'intérêt, nous proposons que les municipalités puissent établir ce
que la SNAP-Québec appelle des claims nature pour orienter les efforts de
conservation. Concrètement, un claim nature représente la possibilité pour une
municipalité de demander au ministre de l'Environnement que les territoires
d'intérêt soient mis en réserve ou désignés sur plan après leur identification.
Une courte modification subsidiaire à la Loi
sur la conservation du patrimoine naturel, ou LCPN, serait toutefois nécessaire
puisque ces mécanismes de conservation découlent de cette loi. Notre
mémoire détaille, d'ailleurs, la proposition... la procédure proposée.
Pour
information, la mise en réserve d'un territoire permet de le protéger en
interdisant toute action... toute activité industrielle en attendant une
désignation officielle.
L'autre mécanisme,
qui est la désignation sur plan, permet au ministre de l'Environnement de
désigner des milieux naturels en les délimitant sur un plan. Nous croyons,
donc, qu'en combinant l'approche des claims nature avec une identification des territoires d'intérêt par les acteurs
régionaux, les MRC, les municipalités, l'atteinte des cibles internationales
serait accélérée et socialement acceptée.
Enfin, par souci de
cohérence, nous proposons de modifier la Loi sur les terres du domaine de
l'État pour que les plans d'affectation du
territoire public intègrent les cibles internationales de conservation et
respectent les orientations prévues au schéma d'aménagement et de développement
lorsqu'il y en a un qui s'applique.
Enfin, notre dernier
axe porte sur la levée des obstacles financiers à l'action municipale en
conservation de la biodiversité. La SNAP-Québec partage la préoccupation
grandissante du milieu municipal face aux récentes décisions des tribunaux en
lien avec la notion d'expropriation déguisée. Les municipalités ont un rôle
déterminant à jouer dans le maintien de la biodiversité, notamment en
restreignant les usages permis sur leur territoire à travers la réglementation
de zonage. Il est inquiétant de constater que plusieurs municipalités n'osent
plus agir de peur d'être poursuivies par un promoteur dont les projets de
développement sont freinés. Il est, donc, impératif que la LAU explicite qu'aucune indemnité n'est due à un
propriétaire en raison de l'effet d'un règlement d'urbanisme pourtant conforme
à la loi. En parallèle de cette modification à la LAU, nous recommandons de
modifier la loi sur l'expropriation afin de
calculer les indemnités sur la base de la valeur marchande d'une propriété. Les
municipalités doivent avoir les coudées franches pour agir lorsqu'elles
veulent véritablement acquérir des terrains à des fins de parc ou de
conservation. De plus, la Loi sur les cités
et les villes ainsi que le Code municipal du Québec devraient être amendés pour
expliciter le fait que les
municipalités ont le pouvoir d'exproprier ou pour toutes fins municipales, y
compris la protection de l'environnement et la biodiversité.
M. Lemay
(Jean-Philippe) : Donc, merci pour vos... merci beaucoup pour votre
écoute. Vous avez pu constater que la révision de la LAU est une occasion
unique de revoir l'aménagement du territoire et de confirmer le rôle de chef de file du Québec en matière de
conservation de la biodiversité. Donc, nous sommes heureux de répondre à
vos questions.
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, merci beaucoup à vous deux. Alors, nous allons
commencer la période de questions avec Mme la ministre.
Mme Laforest :
Oui. Ma question... ma première question concerne l'habitation, parce qu'on
le vit présentement, la migration des citoyens vers les régions, et on a besoin
de construire... on appelle une densification douce,
là, si on peut dire. Comment que vous voyez ça dans les... Dans certaines
régions, c'est assez compliqué, on veut construire dans des milieux consolidés. Maintenant, parfois, le milieu
consolidé, on ne trouve pas d'endroit pour construire, donc il faut aller un peu plus loin. Comment vous
voyez ça, vous, le déplacement et l'obligation de construire rapidement?
M. Lemay
(Jean-Philippe) : Oui. Je peux débuter. C'est sûr que, du côté de la
SNAP-Québec, on n'a pas pris position
spécifiquement sur les enjeux de densification. Par contre, c'est sûr que la
plupart de nos recommandations, vous aurez compris, c'est de déléguer,
dans le fond, aux régions les pouvoirs d'identifier puis d'intégrer les enjeux
de biodiversité. Donc, je répondrais probablement que c'est eux qui sont le
plus à même, dans le fond, de planifier l'habitation et de faire concorder ça
avec les enjeux de biodiversité.
Mme Laforest :
OK.
Mme Beauvais
(Marie-Pierre) : Oui, j'ajouterais également que, de façon générale,
pour que des projets d'aires protégées ou de protection des milieux naturels
soient acceptés par la population, il faut que ça se fasse de façon, justement, concertée, puis c'est un peu
l'accent qu'on veut mettre dans notre mémoire, c'est de dire que les... comme
disait mon collègue, que les acteurs locaux, régionaux ont déjà l'expertise,
ont les outils aussi pour planifier le territoire. Mais, à l'heure actuelle,
c'est un peu planifié, un peu, à l'opportunité ou en fonction des urgences, des
demandes qui arrivent un peu de façon inopinée. Donc, d'avoir, justement, un
schéma d'aménagement qui permet d'à la fois inclure les plans régionaux des
milieux humides et hydriques, mais la conservation de façon plus large, ça
permettrait aussi d'avoir des milieux de vie qui sont près de la nature. Parce
que le but, ce n'est pas non plus que tout le
monde habite dans des milieux extrêmement denses où le contact avec la nature
est impossible ou que le milieu naturel est très, très loin.
Donc, c'est... La
SNAP-Québec, on est vraiment en faveur de la connexion à la nature, c'est pour
ça qu'on parle de protéger le territoire,
mais y donner accès également avec une mise en valeur. Donc, oui pour la
densification douce, mais, en même temps, en cohérence aussi avec les
autres usages qui sont souhaités sur le territoire.
Mme Laforest :
OK. Vous parlez beaucoup... Et il y a beaucoup d'enjeux, là, je l'entends
très, très bien que ça concerne le ministère de l'Environnement. Mais, en même
temps, vous voyez, la LAU est au ministère des Affaires municipales, donc c'est
très, très positif, parce qu'on travaille avec les
1 100 municipalités. L'enjeu... le deuxième enjeu que vous parlez,
l'enjeu essentiel, c'est la planification. Nous, c'est important de fonctionner
avec... d'avoir le meilleur des monitorages.
Au niveau des cibles, quelles seraient les
meilleures cibles pour vous dans le futur système de monitorage?
Mme Beauvais
(Marie-Pierre) : Bien, c'est sûr que la cible-phare de 30 % de
protection des milieux naturels d'ici
2030, c'est vraiment... c'est une cible... justement, c'est la cible-phare du
cadre mondial, donc c'est... Évidemment, il y a 20 autres cibles au cadre, mais, déjà, ça, ça serait un gain
incroyable en termes de résilience des territoires, en termes,
justement, de connexion, accès à la nature. On l'a vu avec la pandémie, les
gens ont besoin de se retrouver en nature. Donc, à mon avis, ça serait une des
cibles-phares à tenir en compte.
M. Lemay (Jean-Philippe) : Oui,
puis, dans le mémoire, on cite notamment la cible 3 et, ensuite, aussi la
cible 1 qui... Je trouve aussi intéressant de garder en tête où... à
partir du moment où est-ce qu'on a protégé, où on a conservé 30 % du
territoire, il ne faut pas oublier le 70 % qui reste. Et ça, ça se fait
notamment beaucoup avec les municipalités. Et voilà.
Mme Laforest : Comment vous
voyez la possibilité d'avoir des parcs régionaux dans les aires protégées?
Est-ce que vous êtes pour?
Mme Beauvais (Marie-Pierre) : En
fait, à l'heure actuelle, les parcs régionaux, dans certains cas, ont des aires
protégées sur leur territoire, et c'est très positif au sens où les parcs
régionaux ont, dans certains cas, déjà des plans directeurs qui favorisent la
biodiversité. Et, justement, c'est un dossier qu'on suit de près à la
SNAP-Québec parce qu'on voit les territoires récréatifs, donc que sont les
parcs régionaux, mais également les zecs, les pourvoiries, comme des
territoires qui pourraient éventuellement contribuer à l'atteinte de la cible
de 30 %. Et, comme il y a déjà une mise en valeur dans ces
territoires-là... Et c'est aussi une demande de ces gestionnaires-là dans
plusieurs cas, pour... d'aller vers une aire protégée, par exemple, pour
finalement mieux concilier leurs activités de plein air, de récréotourisme, de
chasse et de pêche avec ce qui se fait actuellement, comme les mines et la
foresterie. Donc, c'est même une demande de
certains gestionnaires de territoires récréatifs. Mais, effectivement, nous, on
voit d'un très bon oeil la participation de ces acteurs-là dans
l'atteinte du 30 par 30, même des acteurs quasi incontournables.
Mme Laforest : OK.
Dernière question. Quand vous parlez de la protection du territoire, par
exemple l'acquisition d'un endroit, d'un territoire par le public,
est-ce que... si on regarde ça sur le terrain, est-ce que vous seriez pour, par
exemple, que... dans chacune des
municipalités, pour arriver au 30 %, que chaque municipalité détermine un
endroit, un parc protégé, puis ça, ça pourrait entrer dans la cible de
30 %?
Mme Beauvais (Marie-Pierre) : En
fait, pour l'atteinte de la cible du 30 %, il faut que les milieux
d'intérêt ou les territoires d'intérêt qui soient... qui sont identifiés par
les acteurs régionaux, ils doivent respecter les lignes directrices de l'Union internationale pour la conservation de la nature.
Donc, dans certains cas, par exemple, un milieu en restauration ne
pourrait pas devenir une aire protégée au sens de l'atteinte du 30 par 30, mais
ça ne veut pas dire qu'elle ne contribue pas
à d'autres cibles importantes du cadre mondial, comme, par exemple, les sites
de restauration de connectivité écologique. Donc, pour ce qui est de
l'atteinte du 30 par 30, il y a peut-être des échelles d'analyse qui seront... Puis, en fait, tout à l'heure,
M. Madison parlait de solidarité entre municipalités, et j'ai envie de
rebondir sur la notion pour la conservation de la biodiversité
également, parce que, dans certains cas, il y a des municipalités, si on reste à l'échelle d'une municipalité, qui vont
avoir de la difficulté à atteindre la cible de 30 % d'aires protégées sur
leur territoire. Peut-être que la municipalité à côté peut contribuer
ou, à ce moment-là, ça peut être une cible par MRC ou par région. Parce qu'effectivement il y a des territoires qui sont
tellement urbanisés à l'heure actuelle ou tellement dégradés qu'ils ne pourront pas contribuer à l'atteinte des
cibles de 30 par 30, d'où l'intérêt de travailler avec... à une planification
plus harmonisée à l'échelle des territoires.
Mme Laforest : D'accord. Je
peux-tu... Ah! Bien, j'ai... Allez-y. Si j'ai le temps, peut-être, je
reviendrai à une autre question. Bien,
j'aimerais ça savoir... parce qu'il y a des municipalités, par exemple, qui
sont à 90 % en territoire agricole. Donc, les municipalités
disent : Nous, on ne peut plus se développer économiquement, donc vous
devrez nous compenser économiquement parce
que nous, on ne peut pas se développer. Comment vous voyez cette demande-là des
municipalités?
• (16 h 40) •
Mme Beauvais (Marie-Pierre) : Bien,
c'est une excellente question. On avait eu la réflexion aussi avec des gens de
la CMM à ce niveau-là. Puis, effectivement, encore une fois, si on parle de
solidarité, à l'heure actuelle, la conservation, dans le sud du Québec, si on
est dans la... justement, dans la CMM, ça coûte très cher si on veut acheter
des propriétés, alors que, par exemple, la région des Laurentides, les
Hautes-Laurentides sont à majorité publique.
Donc, si on veut créer des aires protégées sur des terres publiques, ça demande
beaucoup de temps, beaucoup d'énergie, mais ça ne demande pas de débourser
nécessairement pour acquérir des lots, alors que, dans le sud du Québec,
ça coûte des millions de dollars pour quelques hectares. Donc, l'idée de la
compensation, je pense qu'elle rejoint... elle fait peut-être partie d'une
boîte à outils qu'il faudrait envisager pour, justement, cette fameuse
solidarité entre les municipalités. Parce
qu'à l'heure actuelle le fardeau de la conservation, le fardeau financier de la
conservation n'est pas le même pour tous et toutes.
Mme Laforest : Puis quelle est
votre position par rapport, par exemple, à la demande d'avoir des aires protégées dans certains milieux où le
développement économique, par exemple, forestier est assez exigé, ou demandé,
ou sollicité par les communautés?
Mme Beauvais
(Marie-Pierre) : Absolument. En fait, on travaille avec... Alors,
dans... On a, à la SNAP-Québec, une initiative qui s'appelle Plein aire :
Pour des territoires vivants et protégés!, qui est rendue possible... qui est
pilotée par la SNAP-Québec, mais qui est rendue possible par un financement du
ministère de l'Environnement. Et on travaille, donc, dans des régions dites,
entre guillemets, ressources, comme la Gaspésie. Et l'idée de créer des aires
protégées, ça peut être vu aussi comme une diversification économique.
Donc, il ne
faut pas oublier aussi la part du récréotourisme à l'économie québécoise, qui
est souvent, peut-être, moins connue, moins documentée, moins mise de
l'avant, mais qui rapporte des millions de dollars au Québec, qui n'est pas tellement financé à l'heure actuelle,
comparativement, par exemple, aux entreprises forestières, qui ont quand
même beaucoup de subventions. Donc, l'idée, c'est aussi de voir les territoires
récréatifs, de voir la création d'aires protégées comme une façon aussi de
diversifier l'économie par le récréotourisme, sachant que les aires protégées
sont tout à fait compatibles avec, justement, la chasse, la pêche, les
activités de plein air. Donc, on voit les parcs nationaux, entre autres dans les régions comme la Côte-Nord ou encore la
Gaspésie, qui sont quand même des moteurs économiques importants, qui
attirent des touristes à l'étranger aussi. Et les aires protégées vont venir
pérenniser, en fait, les investissements
récréotouristiques, parce que ça protège à perpétuité les paysages et la
qualité, aussi, de l'expérience nature. Donc, ce n'est pas à négliger
non plus dans les territoires, même, ressources.
Mme
Laforest : Donc, par exemple, si je vous entends bien, ce
serait de dire : Où il y a des demandes d'aires protégées, mais où il y a des gens, vraiment, que
ça fait vivre... bref, c'est des communautés, par exemple, forestières, on
pourrait changer la vocation pour le tourisme au lieu que ce soit une vocation
forestière?
Mme Beauvais (Marie-Pierre) : Moi,
je suis confiante qu'on est capable de trouver, à l'échelle du Québec, une
façon de rendre compatibles ces activités-là. Je pense qu'il faut juste trouver
les bons endroits où mettre les aires protégées, les endroits qui font
consensus, mais également, même chose pour la foresterie, pour les mines.
Donc, on l'a entendu plus tôt, à l'heure
actuelle, ces activités économiques là, des fois, sont en porte-à-faux avec les
volontés des collectivités locales également. Donc, il ne faut pas non plus...
je pense qu'il ne faut pas non plus écarter de l'équation le fait que, dans
certains cas, les municipalités, les MRC, les acteurs locaux veulent des aires
protégées, mais c'est... en fait, c'est des enjeux de concertation
interministérielle qui bloquent. Mais la volonté, elle est réelle, de créer des
aires protégées, et je suis persuadée qu'en assoyant tout le monde autour de la
table, tout le monde de bonne foi, avec des ressources pour bien s'entendre,
bien se comprendre, bien parler le même langage, démystifier les aires protégées,
on arriverait à rendre tout ça compatible.
Mme Laforest : Vous êtes
d'accord que ça se déciderait... ça se décide... la meilleure façon, c'est de
le faire avec le milieu?
Mme Beauvais
(Marie-Pierre) : Absolument. C'est, d'ailleurs, dans nos
recommandations de notre mémoire. Nous, on fait vraiment confiance aux
acteurs régionaux pour planifier leur territoire.
Mme Laforest : OK.
Dernière question. Quand vous dites : On doit valoriser l'expertise des
élus municipaux, qu'est-ce que vous voulez dire, à ce moment-là?
Mme Beauvais (Marie-Pierre) : Les
élus municipaux sont souvent aux premières loges, ils connaissent leur territoire, ils connaissent l'histoire de leur
territoire. Par exemple, nous, on travaille avec la municipalité de Chute-Saint-Philippe, dans les Hautes-Laurentides,
et le maire qui est là, qui est en place, il est là depuis plus de 10 ans,
donc il connaît l'histoire de son
territoire, il connaît l'histoire des... les demandes d'aires protégées. Donc,
c'est aussi de cette expertise-là dont on parle, donc l'expertise
sociale sur les territoires.
Mme Laforest : D'accord. Merci.
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, merci. Est-ce qu'il y a d'autres questions
du côté ministériel? Ça va? Députée de Labelle.
Mme Jeannotte : ...merci de me
permettre d'intervenir. Bien, félicitations pour votre travail, c'est très,
très intéressant. Et j'entends beaucoup ce discours, étant dans les
Hautes-Laurentides, où, justement, le secteur de la forêt est là, il y a des
développements aussi du côté des minières. Mais, par contre, j'ai des parcs
régionaux, donc tout ce qu'on vient de parler, je le vis quotidiennement.
Donc, si j'ai bien compris, si on décentralisait
et qu'on laissait... vous êtes optimistes, là, que, si on laissait plus de place aux acteurs locaux, il y aurait de
la place. Ce n'est pas un peu utopique, là, un peu... J'aimerais vous entendre,
parce qu'on va avoir cette opposition-là, tu
sais, de... Par exemple... ça fonctionne à géométrie variable, hein, en
foresterie?
Donc, j'aimerais vous entendre quand ceux qui
disent : Bien, c'est un peu utopique, là, de penser que tout va bien aller
dans le meilleur des mondes, on va pouvoir faire des mines, on va pouvoir faire
de la forêt, mais qu'on va pouvoir aussi protéger les milieux de la
biodiversité, puis tout ça... Je veux juste vous entendre : Qu'est-ce
qu'on répond aux opposants, donc? Est-ce que j'ai bien compris qu'on répond que
c'est faux, que, dans le fond, il y a de la place? Est-ce que j'ai bien compris
qu'il y a de la place pour tout ça, là, en harmonisation, mais en
décentralisant puis en donnant ça aux acteurs locaux?
Mme Beauvais
(Marie-Pierre) : Au début des années 2010, aux alentours des
années... bien, 2014, il y avait, à l'époque,
ce qu'on appelait les conférences régionales des élus, donc qui avaient entre
autres pour mandat d'identifier les territoires d'intérêt pour
l'atteinte la cible de 17 % de protection du territoire, et ça a été des
exercices qui ont été très positifs, donc ça a donné des résultats très
concrets. Donc, chacune des régions du Québec avait des territoires identifiés,
délimités pour l'atteinte des cibles qui faisaient consensus au sein des
différents acteurs, les compagnies forestières
étaient également sur la table de discussion, et, malheureusement, ces
conférences régionales des élus ont été abolies, donc, justement, dans les années 2014, 2015. Donc, à
l'heure actuelle, il y a un vide en termes de planification de la
conservation, et, je le redis, 2030, c'est à nos portes, c'est tout près. Et on
a vu le miracle que les MRC ont fait avec
les PRMHH en très peu de temps, avec les plans régionaux des milieux humides et
hydriques en très peu de temps.
Donc, je pense que ce n'est pas utopique
d'imaginer que, si on remettait des instances régionales avec des ressources
pour vraiment identifier les territoires d'intérêt de façon consensuelle, et je
le répète, avec... que tous les acteurs autour de la table soient de bonne foi
également, sachant... en gardant en tête que la cible-phare, c'est 30 % de
protection du territoire... Et je pense que c'est tout à fait réalisable.
Mme Jeannotte : Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle, et
je cède la parole à la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci
beaucoup, M. le Président. Bien, merci pour votre présence, même si vous étiez
là il y a quoi, deux, trois semaines, le temps file, là, mais vous étiez
venus nous rencontrer, donc de revenir encore à Québec.
Écoutez, les cibles que vous avez parlé, là, je
vais peut-être continuer sur ce que... la conversation avec la ministre, là, concernant le... Le 30 %, ce
sont les cibles internationales que vous disiez que vous recommandez d'intégrer
dans les plans métropolitains et dans les schémas d'aménagement. Ce sont des
territoires protégés, là, c'est ce que je comprends. Mais, pour vous, c'est
quoi, la définition d'un territoire protégé qui correspondrait à la cible de
30 %?
Mme Beauvais (Marie-Pierre) : Donc,
pour l'atteinte des cibles de 30 %, comme je le disais tout à l'heure, il faut que les territoires, finalement,
correspondent aux lignes directrices de l'Union internationale pour la
conservation de la nature. Il y a plusieurs statuts possibles. Mais, de
façon générale, je vous dirais que c'est des territoires qui ont conservé un certain caractère naturel, donc qui
peuvent un peu être des témoins des milieux, peut-être, qui ont précédé une urbanisation ou quelque chose comme ça. Donc,
c'est sûr que c'est des milieux qui ont une biodiversité importante, des
tourbières, par exemple, où il y a des espèces en situation précaire ou des
forêts anciennes. Donc, c'est sûr que, par
exemple une friche urbaine, à moins peut-être qu'il y ait des espèces à statut,
mais, même encore là, des milieux en restauration ne pourraient pas
faire partie de l'atteinte des cibles de 30 %. Mais il ne faut pas se
décourager, parce que ces milieux-là peuvent atteindre d'autres cibles.
Donc, comme je le disais tout à l'heure, les
sites de restauration, ils peuvent contribuer à la connectivité écologique
également. Donc, ça, ça peut être... c'est très important, c'est une notion qui
n'est pas récente, mais, au Québec, dont on
parle de plus en plus, notamment avec l'Initiative québécoise des corridors
écologiques. L'idée, c'est d'aussi aller connecter nos aires protégées.
Donc, c'est bien, de créer des aires protégées, mais, si une aire protégée est
entourée de mines et que les espèces sont coincées, finalement, dans l'aire
protégée, ne peuvent pas se déplacer pour se
nourrir, s'alimenter, bien, on en fait un peu des îlots d'extinction. Donc, les
milieux qui sont en restauration, les bandes riveraines, les milieux
agricoles peuvent aussi contribuer dans une optique de réseau écologique, donc
dans une optique de connecter les milieux protégés, au sens des règles... des
lignes directrices de l'UICN, entre eux. Donc, ça aussi, c'est très important
pour la résilience des milieux naturels.
Donc, oui, il y a la cible-phare de 30 %,
mais il y a tellement d'autres choses qu'on peut faire aussi pour promouvoir la
biodiversité, il ne faut pas s'arrêter à cette cible-là. C'est sûr que c'est...
comme je le disais, c'est une cible-phare, c'est une cible un peu
mobilisatrice, mais il y a 20 autres cibles auxquelles les municipalités
qui sont peut-être des territoires un peu plus urbanisés peuvent contribuer.
• (16 h 50) •
Mme Dufour : Mais, au sud,
c'est clair que le 30 %, selon la définition que vous venez de donner,
c'est présentement inatteignable parce que,
quand on pense aux territoires agricoles, je vous donne l'exemple que je connais
très bien, ville de Laval, d'où je viens, 30 % du territoire... 33 %,
le tiers de l'île, c'est du territoire agricole. Et, de ce qu'il reste, il y a
des claims miniers notamment, même s'il n'y aura pas de mine à Laval, on le
sait, là. Reste qu'actuellement, à aires protégées reconnues, on est autour de
1,5 % du territoire, alors que la ville calcule être à 18 % de son territoire. Donc, vous voyez, il
y a vraiment un déphasage assez important. Puis c'est sûr que nos agriculteurs,
ils ne veulent pas qu'on mette les aires protégées dans leurs... Tu sais, même
s'ils ont des boisés sur leurs terres, ils ne
souhaitent pas qu'elles soient mises en aires protégées, là. Donc, je ne sais
pas comment on peut atteindre ça. Est-ce qu'on ne devrait pas assouplir
un peu les règles d'aires protégées, justement?
Mme Beauvais (Marie-Pierre) : Il
y a deux façons de... en fait, il y a deux éléments de réponse que j'ai envie
de fournir. La première, c'est qu'à la SNAP-Québec, pour nous, le sud du
Québec, ce n'est pas le sud du... au sud du
Saint-Laurent, mais bien au sud du 49e parallèle. Donc, il y a aussi des
régions, comme les Laurentides, l'Outaouais, Lanaudière, qui ont
beaucoup de terres publiques encore aujourd'hui, qui ont beaucoup de... qui ont
des grands pans de territoire qui pourraient contribuer à l'atteinte de
30 %.
Pour ce qui est du sud du
Saint-Laurent, donc, par exemple Montréal, Montérégie, Estrie,
Chaudière-Appalaches, c'est sûr que, dans ces régions-là, en fait, les
terres publiques sont pratiquement... sont réduites à peau de chagrin, mais, n'empêche, il y a des beaux... il y a des
gains à faire, justement, en termes de connectivité écologique et en termes
de restauration. Donc, un milieu naturel
qui, à l'heure actuelle, est dégradé, peut-être, dans 30, 40 ans, pourrait
se qualifier pour être une aire protégée. Donc, il faut aussi réfléchir
en termes d'évolution des milieux.
Puis, justement, en
termes de solidarité, peut-être que la ville de Laval, peut-être, n'arrivera
pas à protéger 30 % de son territoire
au sens des lignes directrices de l'UICN, mais toutes les mesures qu'elles vont
mettre en oeuvre vont contribuer à l'atteinte des autres cibles et vont
s'inclure dans une grande matrice où il y a de plus en plus de connectivité écologique. Donc, il ne faut pas...
encore une fois, je pense qu'il ne faut pas se décourager en se disant :
Bien, moi, mon territoire n'arrivera
pas à atteindre... tu sais, on n'arrivera pas à atteindre 30 % de
protection au sens des lignes directrices de l'UICN, mais on pourra
contribuer à d'autres cibles.
Puis j'ai envie de
dire aussi, à l'heure actuelle, dans la Loi sur la conservation du patrimoine
naturel, on en parle dans notre mémoire, il
y a un article, qui est l'article 13, qui permettrait au ministre de
l'Environnement de désigner des
milieux naturels d'intérêt sur plan. À l'heure actuelle, ça serait dans un
registre à part du registre des aires protégées, et, à l'heure actuelle, on n'a
aucun milieu qui a été désigné de cette façon-là. Donc, est-ce que des milieux
avec une certaine dégradation ou des... mais, en tout cas, des milieux
d'intérêt, mais qui, peut-être, ne se qualifient pas à la loi sur la... aux lignes directrices de la loi sur la
conservation des milieux naturels pourraient se qualifier? En tout cas, c'est
une piste de réflexion.
Mme Dufour :
Oui, parce que ce ne sont pas nécessairement des milieux qui sont dégradés,
là.
Mme Beauvais
(Marie-Pierre) : Non, effectivement. Non, exact.
Mme Dufour :
Il y en a de très, très grande valeur, mais qui ne se qualifient pas pour
des raisons quasiment techniques. D'ailleurs, les claims miniers, c'est un
enjeu, comme je vous disais. Est-ce que... parce que j'ai vu que vous aviez...
vous recommandez, là, l'abolition de l'article 246 de la LAU. Est-ce que
vous voyez quelque chose par rapport aux claims miniers eux-mêmes, là? Ceux
qu'on voit qui sont un peu... on ne sait pas pourquoi qu'ils sont là, mais qui
sont là quand même, là. Est-ce qu'il y aurait quelque chose que vous verriez
pour qu'éventuellement ils disparaissent de nos... des cartes... endroits qu'il
n'y aura jamais de mine, là?
M. Lemay
(Jean-Philippe) : Oui, c'est sûr qu'en termes de l'article 246,
il y a peut-être deux enjeux sur lesquels on veut mettre l'emphase. D'abord, il
y a un enjeu de cohérence avec la planification qui est faite par les acteurs
locaux. Ça, on en a parlé tantôt. Et il y a aussi un aspect de blocage des
aires protégées puis des différentes mesures.
On l'a vécu, à la SNAP, notamment avec le mont Kaaikop dans les Laurentides, où
la seule présence d'un claim minier peut arrêter complètement une
démarche d'aire protégée.
Pour ceux qui sont
existants, effectivement, il y a une réflexion à faire là. Ça ne serait
probablement pas à travers la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, par contre,
mais c'est clair qu'il y a une réflexion à faire pour ceux qui sont existants parce qu'en ce moment le
territoire québécois est à peu près bloqué, là, pour tout ce qui est aire
protégée, là.
Mme Beauvais
(Marie-Pierre) : Il y a un article de loi, dans la Loi sur les mines,
qui permet à la ministre de révoquer des
claims miniers. Donc, c'est à voir, comment tout ça peut s'appliquer. Mais,
effectivement, je voudrais juste rebondir, porter à votre attention le
cas... le dossier du mont Kaaikop dont il est question dans le mémoire. Donc,
c'est dans les Laurentides, c'est un territoire d'à peu près une quarantaine de
kilomètres carrés. Donc, depuis 2013, il y a
la coalition pour la préservation du mont Kaaikop, qui lutte pour protéger des
forêts anciennes, exceptionnelles et très rares au sud du Québec. Donc,
il y a plusieurs projets de recherche qui sont, d'ailleurs, en cours sur la
montagne pour mieux documenter les forêts
anciennes du mont Kaaikop, parce qu'on connaît très peu les forêts anciennes au
Québec et leur biodiversité.
Et la coalition a
réussi à obtenir, en novembre dernier, une résolution d'appui de la MRC des
Laurentides pour son projet de protection. Et il y a eu une annonce d'intention
suite à un dépôt d'une proposition d'aire protégée au ministère de
l'Environnement. Il y a eu une annonce d'intention du gouvernement du Québec en
décembre, le 5 décembre, si ma mémoire
est bonne, donc en pleine COP15, donc une annonce d'intention de protéger le
mont Kaaikop. Et, en janvier, à
l'insu de toutes les parties prenantes, il y a un individu qui a claimé les
terres publiques intramunicipales à l'intérieur, donc en plein coeur de
l'aire protégée proposée. Et donc personne n'était au courant, donc on l'a
appris tout récemment quand le ministère de l'Environnement nous a dit qu'on ne
pourrait pas aller de l'avant avec une mise
en réserve du territoire parce qu'il y avait des claims sur le territoire.
Donc, entre le moment où le Québec a annoncé son intention de protéger
le mont Kaaikop, et, aujourd'hui, à l'heure où je vous parle, les claims
miniers nous empêchent d'agir, donc alors que c'était une volonté claire du
milieu et avec une valeur écologique exceptionnelle du territoire, et on parle
quand même de 40,5 kilomètres carrés. Donc, ce n'est pas énorme non plus,
mais c'était un enjeu de connectivité écologique également.
Mme Dufour :
Et là le claim nature que vous parliez tout à l'heure, est-ce que ça
pourrait, justement, venir contrecarrer ce genre de situations là qui sont
absolument, là, déconcertantes, là, malheureusement, ce que vous venez nous
décrire? Vous parliez de ne pas... Tu sais, j'aimerais, en fait, que vous me
parliez un petit peu plus de la mécanique de
ça, là, parce que c'était... On parlait de mise en réserve, c'est déjà possible
de faire des mises en réserve pour les municipalités. Donc, en quoi ça
se distinguerait, là, de ce qui est actuellement possible?
Mme Beauvais
(Marie-Pierre) : En fait, l'idée des claims nature a germé pendant la
réforme de la Loi sur la conservation du
patrimoine naturel. Parce qu'on sait,
à l'heure actuelle, le principal enjeu, c'est vraiment la concertation
interministérielle avant la désignation d'une aire protégée. Et l'idée des
claims nature, c'était un peu de contourner et de dire... ou de prendre une voie d'accélération et de dire : Une
municipalité ou une MRC devrait pouvoir rapidement demander une mise en
réserve du territoire plutôt qu'avoir une annonce d'intention, éventuellement
une mise en réserve du territoire et éventuellement une désignation. Donc, à
l'heure actuelle, les processus sont tellement longs entre chaque étape qu'on
perd des territoires d'intérêt. Donc, parce que, dans le fond, tant et aussi
longtemps que l'aire protégée n'est pas désignée, le ministère des Ressources
naturelles et des Forêts peut, par exemple, octroyer des droits forestiers sur
les territoires. Donc, on peut perdre des territoires d'intérêt entre chacune
des étapes.
Donc, notre objectif avec les claims nature,
c'était un peu de faire un clin d'oeil aux claims miniers, de dire qu'il faut
que ça soit aussi efficace pour une municipalité, une MRC, à partir du moment
où il y a un consensus. Donc, encore une
fois, je ramène de l'avant l'importance d'un consensus régional. Donc, dans le
cas du mont Kaaikop, par exemple, il y avait quand même une résolution
d'appui de la MRC des Laurentides, également d'une dizaine de partenaires régionaux, dont la communauté mohawk
qui était juste à côté, donc le territoire de chasse et pêche Tioweroton.
Donc, c'était un travail de concertation
régionale qui avait été fait. Donc, nous, ce qu'on dit, c'est qu'il faudrait
que ce travail-là soit protégé beaucoup plus rapidement, donc qu'on
puisse sécuriser ce travail-là et protéger l'intégrité des territoires le plus
vite possible.
Mme Dufour : Vous parlez, à la
page 11 du mémoire, là, de... la mise en réserve devrait être des
terrains, des territoires identifiés au schéma d'aménagement. Mais il n'y a pas
là un risque quand on les identifie au schéma d'aménagement? Parce que c'est
quand même beaucoup d'étapes, là, adopter un schéma d'aménagement. Avant... Et
donc, avant que la mise en réserve se fasse, justement, il n'y a pas le risque
que, bien, des individus commencent à faire
de la... c'est ça, de la prospection, là? On parle de minier, mais ça peut être
aussi de l'acquisition de terrains juste pour après ça, avoir une
compensation financière. Il n'y a pas ce risque-là?
Mme Beauvais (Marie-Pierre) : En
fait, il faut le voir un peu en deux temps. Donc, déjà, l'idée du claim nature, c'est vraiment l'idée que, dès qu'une
municipalité ou une MRC identifie un territoire d'intérêt, elle devrait pouvoir
demander rapidement une mise en réserve du territoire.
Pour ce qui
est des schémas d'aménagement, nous, on voyait ça comme un... finalement, une
démarche concertée de planification territoriale.
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
Mme Beauvais
(Marie-Pierre) : Et, à la fin du processus, quand on offre,
finalement, les territoires d'intérêt, bien, ils devraient être rapidement mis
en réserve, le temps de continuer les étapes d'analyse du territoire. Donc,
c'est comme en deux temps. Donc, finalement...
Le
Président (M. Schneeberger) :
Merci. Excusez-moi. C'était la
limite. C'est bon. Alors, le temps écoulé, merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième
opposition, et je laisse la parole au député de Taschereau.
• (17 heures) •
M. Grandmont : Merci, M. le
Président. Sur les claims... Bien, merci, d'abord, là, de votre présentation, votre mémoire. Salutations d'usage. Je suis bien
content que vous demandiez aussi l'abrogation de 246. Puis votre proposition... En fait, votre exemple du mont
Kaaikop est très intéressant aussi. Ça montre bien, en fait, qu'on a clairement
un problème avec cette... Puis on a un cas concret, là, dans ce cas-ci.
Sur votre proposition originale, mais néanmoins
très intéressante des claims nature, peut-être juste continuer un peu sur votre
lancée, là, parce que vous étiez en train de parler, là, de la... du travail en
parallèle, de l'élaboration des schémas, mais aussi, là, de cette nouvelle
disposition que vous verriez. Donc, je comprends que ça s'insérerait en cohérence, contrairement aux claims miniers qui
sont en incohérence par rapport à la Loi
sur l'aménagement et l'urbanisme. Pouvez-vous continuer un petit peu
là-dessus?
Mme Beauvais (Marie-Pierre) : En
fait, c'était... À l'heure actuelle, l'idée, c'est de simplifier. Puis notre
réflexion était de... en précisant dans la Loi sur la conservation du patrimoine
naturel que les municipalités et les MRC
peuvent demander au ministre une mise en réserve du territoire, c'était,
justement, de préciser, de rappeler l'importance de ces acteurs-là sur
le territoire, parce qu'à l'heure actuelle la mise en réserve, elle est obtenue
par Québec, par... via un décret, donc,
encore une fois, ça suppose toute une concertation interministérielle, qui,
dans certains cas, est en porte-à-faux avec les volontés régionales, les
volontés locales.
Donc, nous, ce qu'on prétend, en fait, c'est
qu'il faut que, dès qu'une MRC ou une municipalité... je vais reprendre, par
exemple le cas de la MRC des Laurentides... à partir d'une résolution d'appui à
un projet de territoire d'intérêt pour la conservation, devrait... ça devrait
déclencher ou, en fait, ça devrait... le ministère... le ministre de
l'Environnement devrait être en mesure de, tout de suite, mettre le territoire
en réserve, pour que ce soit plus rapide, pour,
ensuite, compléter l'analyse du territoire, alors qu'à l'heure actuelle, la
mise en réserve du territoire peut prendre deux, trois ans, puis
c'est... en fait, c'est quand même... ça passe quand même par un décret suite à
une concertation interministérielle, qui est
l'enjeu, en fait, qui est l'enjeu principal de la création d'aires protégées.
Ça prend un consensus interministériel, et, dans certains cas, il y a
des joueurs qui bloquent le processus.
M. Grandmont :
Non, effectivement. Puis ça rejoint... c'est intéressant, comme
proposition, parce que ça rejoint aussi un
désir de simplification des processus au niveau de la Loi de l'aménagement et
de l'urbanisme. En même temps, ça
nous permet d'atteindre nos cibles internationales de... nos cibles de
30 %, vous avez beaucoup élaboré là-dessus.
Je reviendrais sur la notion, là, de protéger
dans le sud aussi. On comprend qu'il y a des enjeux qui sont liés à ça, des coûts plus importants. J'aimerais vous
amener sur la question de l'équité entre les municipalités, parce qu'une
municipalité qui déciderait de protéger un territoire, évidemment elle se prive
de développement sur ce territoire-là, donc des revenus de moins pour elle, il
y a des coûts associés à ça aussi, juste le faire, alors que c'est des
bénéfices qui vont être intermunicipaux. Donc, comment le gouvernement, à
travers les outils législatifs qu'il a, peut s'assurer d'une équité entre les différentes municipalités pour garantir que,
finalement, on ne se lance pas, tout le monde, dans le développement, mais
qu'on a des retombées positives, tout le monde égal, pour la protection du
territoire dans certaines municipalités plutôt que d'autres?
M. Lemay
(Jean-Philippe) : Oui, bien, c'est sûr que, déjà, pour l'aspect des
municipalités, nous, on le voit dans un...
beaucoup dans un aspect régional, en fait. Donc, il y aurait un travail à faire
au niveau des schémas d'aménagement pour
que le fardeau ne soit pas nécessairement seulement sur une municipalité. Suite
à ça, des mécanismes pour réduire un
peu les coûts et les obstacles. On nomme, notamment, la question de
l'expropriation déguisée, qui est vraiment très importante dans cette
notion-là. Il y a plusieurs mesures sur lesquelles on travaille pour faciliter
ce travail-là des municipalités, notamment
les règlements d'écofiscalité. C'est sûr que, d'un point de vue, disons,
national, ça passerait probablement par le GAT biodiversité qu'on
propose, qui viendrait prévoir un peu ces mécanismes-là.
M. Grandmont : Parfait. Merci.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, le temps est écoulé. Alors,
merci à vous pour votre présentation.
On suspend
quelques instants pour laisser à la prochaine personne... je voulais dire
groupe, mais c'est une personne... alors, prochaine personne à venir
s'installer.
(Suspension de la séance à 17 h 04)
(Reprise à 17 h 06)
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, bonjour, nous allons... nous allons
poursuivre. Alors, je souhaite la bienvenue à Me Charles Breton-Demeule. Vous
avez 10 minutes pour faire votre présentation, et, ensuite, nous allons
passer dans une période de questions, et puis, par la... vous pourrez
énumérer... Alors, je vous laisse vous présenter et puis faire votre exposé.
Merci.
M. Charles Breton-Demeule
M. Breton-Demeule (Charles) :
Bonjour. Charles Breton-Demeule, je suis avocat et candidat au doctorat en droit à l'Université
Laval et à l'ENS Paris-Saclay. Je
suis très, très heureux d'être avec vous aujourd'hui pour discuter du projet de loi n° 16.
Les formulations... les recommandations que je vais formuler aujourd'hui
concernent essentiellement un aménagement plus durable du territoire. Et
j'insiste sur ce thème durable parce que je constate, à la lecture du projet de
loi, que c'est l'un des objectifs poursuivis par le législateur, donc je me
permets de souligner quand même quelques éléments positifs qui vont dans ce
sens-là. Notamment, on prévoit des cibles en matière d'aménagement du territoire, et l'obligation de réaliser des
bilans, pour s'assurer que ces cibles soient respectées, et, également,
l'identification, donc, de finalités de la planification de
l'aménagement du territoire, dont la protection du patrimoine. Donc, ce sont
des points très, très positifs, et les commentaires que je formule aujourd'hui
sont dans l'objectif d'améliorer, et donc d'aller toujours vers cette
perspective, là, d'un aménagement plus durable du territoire.
Donc, je formulerai trois recommandations
aujourd'hui. La première concerne la question de la qualité architecturale, de
l'esthétisme et de la protection du patrimoine. Vous le savez sans doute, hein,
quiconque a déjà sillonné les routes du Québec est à même de voir que, depuis
des années, malheureusement, il s'est construit toutes sortes de bâtiments au
Québec qui ne s'intègrent pas toujours dans la trame architecturale et
paysagère du territoire. Il y a des
nouvelles constructions qui sont, somme toute, assez banales, et, globalement,
ça contribue, je pense qu'il faut le dire, à un certain enlaidissement
du territoire québécois. Et, d'ailleurs, la politique nationale, là, qui vient
tout juste d'être déposée à l'automne, reconnaît que le Québec a un retard en
matière de qualité architecturale. Pourtant, la loi permet aux municipalités de
contrôler ces questions relatives à la qualité architecturale, à l'esthétisme,
par le biais du Règlement sur les plans d'implantation et d'intégration
architecturale, qu'on appelle le PIIA.
• (17 h 10) •
Donc, le PIIA, ça permet aux municipalités
d'assurer un certain contrôle sur l'esthétisme, l'architecture et la protection
du patrimoine par le biais, donc, d'un règlement qui fixe des objectifs à
partir desquels les municipalités peuvent
évaluer les projets d'intervention sur leur territoire. Malheureusement, ce
règlement-là, il n'est pas d'adoption obligatoire pour les
municipalités, donc ça fait en sorte que, dans bien des cas, il est
sous-utilisé. Et les données, à cet égard-là,
sont éloquentes : il y a 45 % des municipalités au Québec qui n'ont
pas de règlement sur les PIIA. Et, quand on se concentre plus spécifiquement sur les
règlements de PIIA qui concernent la protection du patrimoine, on se rend compte
qu'on monte à 60 %. Donc, 60 % des municipalités, c'est beaucoup, et
ça fait en sorte que, dans une bonne partie du territoire québécois, les
questions relatives à l'architecture, à l'esthétisme et à la protection du
patrimoine ne sont pas prises en compte dans le processus d'aménagement.
Et dans le contexte où le Québec se dirige vers
un processus de densification, je pense qu'il est opportun que les
municipalités disposent de tous les outils nécessaires pour s'assurer que ce
processus-là ne se fasse pas au détriment de la qualité architecturale et de la
protection du patrimoine. Donc, c'est la raison pour laquelle je formule, comme première recommandation, que l'adoption d'un
règlement sur les plans d'implantation et d'intégration architecturale
soit obligatoire pour l'ensemble des municipalités au Québec.
La deuxième recommandation que je formule
concerne la question de l'expropriation déguisée. Donc, vous en avez sûrement entendu parler, hein? Je sais
qu'il y a beaucoup d'intervenants qui en ont fait part, et c'est une question
aussi, qui a fait jaser dans l'actualité.
Essentiellement, donc, vous le savez, hein, expropriation déguisée, c'est une
notion qui a été développée par les tribunaux et qui survient lorsque
les tribunaux constatent qu'un règlement est tellement restrictif du point de vue du droit de propriété qu'il équivaut dans les
faits, à une expropriation. Et on dit que c'est une expropriation déguisée parce que, dans des cas
comme ça, les municipalités n'utilisent pas le processus d'expropriation qui
est prévu dans la Loi sur l'expropriation, et donc ça fait en sorte qu'on
contourne, en quelque sorte, le processus d'expropriation.
Jusqu'à tout récemment, les tribunaux hésitaient
quand même à donner du poids à cet argument-là. Donc, c'est un argument, là, qui est soulevé devant les tribunaux depuis
plusieurs années. Et, récemment, il s'est opéré un virage jurisprudentiel
lorsque la Cour suprême du Canada a rendu un arrêt sur cette question-là en
octobre 2022, et ça a mené les tribunaux
québécois, donc, en particulier, la Cour
supérieure, à élargir, en quelque
sorte, la notion d'expropriation déguisée,
et c'est un élargissement qui survient à deux points de vue. D'abord, quant à
l'utilisation légale des règlements. Donc,
ce que la Cour supérieure a reconnu, c'est que, dorénavant, une municipalité
peut, donc, être taxée d'expropriation déguisée lorsqu'elle utilise de
bonne foi et légalement, un pouvoir qui lui a été conféré tout aussi
légalement.
Et, deuxième élément, c'est que, lorsqu'un
propriétaire qui poursuit une municipalité obtient gain de cause, donc, devant
les tribunaux, et que les tribunaux concluent à l'expropriation déguisée, il
peut, à son choix, demander la nullité du règlement ou demander d'être
indemnisé. Et c'est un élément qui était très, très technique, qui apparaît
technique, mais, dans les faits, qui a une importance fondamentale, parce que
ça fait en sorte que, si les tribunaux concluent
à de l'expropriation déguisée, bien, le propriétaire peut tout de suite
demander, là, que le processus d'indemnisation
s'enclenche, ce qui fait en sorte qu'au final ça crée une pression très, très
importante pour les municipalités, qui peuvent se voir menacées d'être
poursuivies à tout moment, alors qu'elles ont utilisé légalement et de bonne
foi, un pouvoir qui leur a été conféré tout
aussi légalement, et donc ça peut les forcer à payer des montants assez
importants, alors que, finalement, elles ont adopté des règlements dans
l'intérêt collectif.
Et je pense qu'il est important de saisir ici
qu'il y a un changement de paradigme qui s'est opéré parce que, dans les années 70, quand on a conféré des
pouvoirs aux municipalités, c'était, essentiellement, pour déterminer quels
allaient être les usages du territoire. Mais, aujourd'hui, on se rend compte
que, dans les outils de zonage, notamment, dans les outils d'aménagement, il
est important que les municipalités puissent protéger des milieux, que ce
soient des milieux naturels, protéger le patrimoine aussi, donc que ça puisse
faire partie de leur arsenal législatif. Et donc, dans ce contexte-là, il est
important que les municipalités aient les coudées franches pour intervenir,
notamment dans des objectifs de protection des milieux naturels et du
patrimoine culturel, et c'est la raison pour laquelle je recommande, donc, que la loi reconnaisse que l'utilisation des
pouvoirs de la LAU, là, ne constitue pas une expropriation, et qu'elle
ne devrait pas donner lieu au paiement d'une indemnité.
Et je termine avec la troisième recommandation,
qui concerne la question de la consultation publique. Donc, à l'heure actuelle,
la LAU rend obligatoire la consultation publique pour certains éléments, donc,
qui sont relatifs à l'adoption des outils
réglementaires et de planification dans la loi, notamment adoption et
modification des règlements d'urbanisme. Et donc la loi... le projet de
loi apporte des modifications importantes à ce régime-là, et je pense que ces modifications comportent certains risques,
donc, dans le contexte où le respect de la LAU n'est pas toujours assuré.
Il y a un rapport d'audit qui a été publié par
la Commission municipale du Québec en 2021 et qui a analysé de manière très,
très précise le processus d'adoption des règlements dans les municipalités, et
ce rapport fait état du fait que, dans
l'ensemble des municipalités auditées, il y avait des lacunes, et donc des
erreurs par rapport au processus d'adoption des règlements, et ça
faisait en sorte que des éléments majeurs et importants du processus d'adoption
réglementaire n'étaient pas respectés.
Et donc, dans ce contexte-là, je pense qu'il y a
une réflexion qui devrait être initiée sur la mise en place de mécanismes de
surveillance de l'administration municipale pour s'assurer, justement, que la
loi est respectée. Et, dans ce contexte-là,
je pense que la consultation publique fait certainement partie des mécanismes
de surveillance qui peuvent être mis en place, et, surtout, dans un
contexte où, je dirais, la démocratie municipale ne connaît pas toujours des
jours heureux en termes de participation, hein? Les dernières données, malgré
les efforts du ministère, là, pour attirer davantage de personnes, c'est à peu
près 40 % de gens qui ont voté aux dernières élections municipales. C'est
très peu. Alors, dans ce contexte-là, je pense que la participation citoyenne
doit être favorisée, et c'est la raison pour laquelle
je recommande, donc, que la consultation publique soit obligatoire en tout
temps. Voilà. Je vous remercie pour votre écoute.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup, vous êtes juste à temps. Alors, nous allons procéder à la période
d'échange, et j'invite Mme la ministre à prendre la parole.
Mme Laforest : Oui.
Alors, merci, M. Breton-Demeule. J'aimerais savoir, l'année passée...
bien, ça fait deux ans, quand même, il y a eu l'adoption du projet de
loi n° 69, en 2021, puis je voulais savoir : Est-ce que vous avez vu
une amélioration? Qu'est-ce que vous avez vu comme améliorations, ou encore
comme lacunes?
M. Breton-Demeule
(Charles) : Oui, ça, c'est une bonne question. Depuis
l'adoption du projet de loi n° 69, donc, essentiellement, il y a trois mesures qui devaient être mises en place, là,
en termes de protection du patrimoine : adoption d'un inventaire par les MRC, et ça, c'est jusqu'en
2026, adoption d'un règlement sur l'entretien des bâtiments et adoption
d'un règlement sur le contrôle des démolitions. Et ce que ça a permis, en fait,
particulièrement pour le contrôle des démolitions,
c'est de conférer aux municipalités une discrétion pour leur permettre de se
prononcer sur la démolition, la demande de démolition d'un bâtiment
patrimonial. Et cette notion de discrétion, elle est importante parce qu'elle
permet à des municipalités, concrètement, de protéger le patrimoine en refusant
des démolitions.
Et je fais un lien avec le Règlement sur les
PIIA, parce que, quand une municipalité n'a pas de règlement sur les PIIA, elle n'a pas de discrétion par rapport
aux projets qui lui sont présentés. Et donc, si une demande, par exemple,
de permis de construction est déposée et
qu'elle respecte la réglementation de base, là, construction, zonage, lotissement,
la municipalité n'a pas le choix de délivrer le permis, ce qui fait en sorte
que, des fois, des municipalités qui n'ont pas adopté de règlement sur les PIIA
se trouvent prises au dépourvu parce que, là, elles doivent accepter des
projets qui sont conformes à la réglementation, mais qui, d'un point de vue
architectural ou esthétique, ne s'intègrent pas du tout à la municipalité. Donc, en rendant obligatoire le Règlement sur
les PIIA, ça donne une discrétion aux municipalités qui leur permet
d'assurer un certain contrôle sur les projets, et donc de rendre plus
intéressant leur milieu de vie, de valoriser son identité aussi.
Mme Laforest : OK.
Est-ce que, si on vous demandait... parce qu'il y a quand même plus de
1 100 municipalités, puis,
si on vous demandait... seriez-vous capable d'établir des critères de base
assez simples, tout en respect du patrimoine?
M. Breton-Demeule (Charles) : Oui.
Je pense que...
Mme Laforest : Est-ce que vous
seriez capable de...
M. Breton-Demeule (Charles) : Oui,
bien, allez-y...
• (17 h 20) •
Mme Laforest : Non, non, non,
mais est-ce que ce serait faisable avec les 1 100 municipalités?
Parce que qu'est-ce qui est complexe, c'est qu'on a plusieurs municipalités,
évidemment, puis, comme vous le mentionnez, chaque municipalité peut le
décider. Maintenant, est-ce qu'on ne pourrait pas, au niveau national, avoir
des critères de base établis, 10 critères obligatoires? Comment vous voyez
ça, et ce seraient quels critères?
M. Breton-Demeule
(Charles) : Absolument, et je pense que c'est une bonne idée
d'y aller dans cette perspective-là, parce que c'est clair que toutes
les municipalités du Québec ont une identité particulière, et que cette identité-là doit se refléter dans le Règlement sur
les PIIA, qui doit être différent pour chaque municipalité. Le règlement sur l'entretien
des bâtiments, donc, fonctionne de la même manière, c'est-à-dire qu'on a prévu
deux critères que doit respecter ce règlement-là, et, après, les
municipalités ont la discrétion pour adopter un règlement qui doit respecter
ces deux critères-là.
Et donc, pour le Règlement sur les PIIA, il y a
deux critères qui me semblent importants. D'abord, la qualité architecturale
des nouvelles constructions. Donc, ça, c'est un critère, là, qui est
fondamental, s'assurer que ce qui est construit
respecte un certain cadre du point de vue de la qualité architecturale. Et le
deuxième élément, qui me semble tout aussi fondamental, c'est le respect
de la valeur patrimoniale des bâtiments inventoriés, donc des immeubles
patrimoniaux qui sont dans l'inventaire du patrimoine que doivent réaliser les
MRC.
Et, récemment, la LAU a été modifiée pour
inclure une définition de la notion d'immeuble patrimonial, donc, à
l'article 148.0.2, et ce serait l'occasion, je pense, de référer encore à
cette notion d'immeuble patrimonial, donc de prévoir
que les interventions qui se font sur ces bâtiments-là puissent respecter leur
valeur patrimoniale, donc, autrement dit, qu'une personne n'arrive pas, du jour au lendemain, en disant : J'ai
une maison d'un étage et demi puis je vais ajouter un agrandissement à
l'arrière, en vinyle, qui ne s'intègre pas du tout, qui, finalement, diminue
complètement la valeur de ce bâtiment-là.
Donc, deux critères : l'architecture des
nouvelles constructions et le respect de la valeur
patrimoniale de ce qui existe déjà.
Mme Laforest : ...je l'ai pris
en note. Puis, une question comme ça, parce que, dans le projet de loi, on
parle des habitations, des unités
accessoires : Comment vous voyez... est-ce que vous voyez la possibilité
d'avoir des unités accessoires dans les quartiers patrimoniaux?
M. Breton-Demeule (Charles) : Oui,
je pense que c'est tout à fait compatible, et, justement, un PIIA permet de contrôler ça, donc, s'assurer que les unités
accessoires qu'on construit respectent le cadre de ce qui existe déjà du point
de vue architectural. Et ça peut être
l'occasion aussi de requalifier certains bâtiments, donc des bâtiments
accessoires, par exemple, des granges
ou des remises — des
fois, on voit ça — qui
sont transformées, isolées, et tout ça, et qui peuvent devenir des
bâtiments d'habitation. Donc, ça peut être un moyen, je pense, très, très
intéressant de valoriser le patrimoine. Donc, ce n'est pas incompatible, mais encore faut-il que les
municipalités puissent avoir un certain contrôle pour que ces
opérations-là se réalisent dans le respect de ce qui existe déjà. Donc, c'est
pour ça qu'en rendant obligatoire le PIIA ça permettrait ça, là.
Mme Laforest : Donc, à
l'inverse, ma question étant, s'il y a une... s'il y avait une municipalité qui
ne voulait pas ajouter d'unités accessoires, d'habitations accessoires parce
qu'elle dit : C'est un quartier patrimonial, on va briser l'histoire du quartier, vous, vous dites : Non, c'est
impossible, on peut le faire tout en respectant l'architecture du
quartier?
M. Breton-Demeule (Charles) : Bien,
ça dépend comment la loi est formulée, là. Donc, si on donne préséance à l'idée qu'il doit y avoir des
habitations accessoires, là ça dépendra de ce que peuvent faire les
municipalités. Mais je pense qu'a priori ce n'est pas incompatible.
Donc, encore faut-il que ces nouvelles interventions là se fassent en respect
de ce qui existe déjà. Mais, comme je le soulignais, ça n'implique pas
nécessairement la construction de nouveaux bâtiments. Donc, il y a des
centaines de granges au Québec qui pourraient tout à fait être transformées,
isolées et devenir des bâtiments accessoires intéressants, là, c'est... Il
suffit d'avoir un peu d'imagination, du point de vue architectural, pour créer
des projets très, très intéressants, oui.
Mme Laforest : C'est
parce que, si on ajoute les unités accessoires, bien, c'est sûr qu'il faut que
ce soit construit dans le... dans la même architecture que la maison
comme telle, là. Ça fait que c'est sûr que ça coûterait plus cher.
M. Breton-Demeule (Charles) : Effectivement,
mais, en même temps, le respect du cadre bâti implique qu'il y ait des efforts
aussi qui soient mis de ce point de vue là parce qu'à terme les citoyens vont
en bénéficier. C'est des milieux de vie qui sont plus intéressants, des
bâtiments qui sont plus entretenus et qui contribuent, finalement, à la qualité de vie et à la beauté des milieux, et
ça, je pense que c'est une donnée fondamentale dans l'aménagement, hein?
On ne vit pas uniquement sur des stationnements, là. Donc, on vit dans des
milieux intéressants, et je pense que la loi doit contribuer très certainement à s'assurer de ça. Et, oui, ça implique des
efforts, mais comme dans d'autres domaines aussi, là.
Mme Laforest : Est-ce qu'on
vous dit parfois que la réglementation pour la rénovation des bâtiments patrimoniaux, des immeubles patrimoniaux, c'est
complexe, avec la Régie du bâtiment, et, parfois, on n'ose pas rénover un
immeuble patrimonial, considérant que la réglementation est très sévère? Est-ce
qu'on vous le dit souvent, ça?
M. Breton-Demeule (Charles) : Oui,
c'est un élément qui arrive, parce que, souvent, tout le domaine de la
construction n'est pas sensibilisé à la question de la protection du
patrimoine. Donc, ça devient très, très difficile. Et, des fois... on entend
souvent : Il y a de l'amiante, et puis là c'est l'arrêt de mort d'un
projet, alors que, bien souvent, il existe des solutions pour développer des
bâtiments. Et je pense qu'il faut faire la distinction quand même, entre un
site patrimonial déclaré, comme le Vieux-Québec, tout ça, et des secteurs qui
ont une valeur patrimoniale, mais qui ne sont pas des sites patrimoniaux
déclarés.
Donc, je mettais un exemple, dans mon rapport,
de Drummondville, où on voyait un exemple dans une rue avec un cadre bâti
ancien, où on prévoyait une nouvelle construction sur un espace libre, mais on
s'assurait que cette construction-là respecte le cadre déjà existant. On n'a
pas reconstruit une maison de la Nouvelle-France, on a prévu des règles
architecturales avec, parfois, des matériaux contemporains, mais qui
s'intègrent déjà à ce qui est déjà existant en termes de cadre bâti. Donc, je
pense que c'est un outil qui permettrait beaucoup de flexibilité, et qui n'est
pas aussi strict que la Loi sur le patrimoine culturel, là.
Mme Laforest : Oui. OK, merci
beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) :
Avez-vous d'autres questions? Oui, députée de Labelle.
Mme Jeannotte : ...ajouter «et
le respect des valeurs patrimoniales et des sites naturels»? Là, je fais référence, par exemple, à des montagnes de ski, où
les citoyens sont souvent en colère parce qu'il y a trop de constructions
de... Donc, peut-être «et de sites naturels», comme les montagnes, ou des
joyaux, là, comme ça?
M. Breton-Demeule (Charles) : Oui,
effectivement, c'est un bon point. Parce qu'il y a la question, souvent, du
paysage, qui n'est pas prise en compte dans ces processus d'aménagement, et,
souvent, juste dans l'implantation des bâtiments, on obstrue des vues puis on
perd des perspectives sur le paysage, alors que, si on avait des règlements,
justement, comme celui sur les PIIA, bien, les municipalités pourraient
contrôler ça pour que la vue, finalement, dont bénéficie tout le monde, juste en passant dans une rue, puisse être
conservée, tout en permettant qu'il y ait du développement aussi là.
Mme Jeannotte : Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : D'autres
questions? Non? Ça va? Alors, nous allons passer du côté de l'opposition
officielle. Mme la députée des Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci,
M. le Président. Écoutez, vous avez parlé, au début, de l'adoption d'un PIIA
qui devrait être obligatoire. Mais,
en fait... parce que, bon, il y a... j'ai un petit peu d'expérience avec les
PIIA, puis ce n'est pas parce qu'il y
a un PIIA qui est adopté qu'il l'est sur l'ensemble du territoire. Les municipalités
peuvent décider de l'appliquer seulement
à certains... puis il peut avoir plusieurs PIIA selon les territoires. Donc,
pourquoi vous avez mentionné qu'il était obligatoire d'avoir un PIIA
mais pas qu'il s'applique à l'ensemble des bâtiments patrimoniaux, par exemple?
Parce que je pensais que c'était... ça semblait être l'angle où vous alliez,
là.
M. Breton-Demeule (Charles) : Oui,
bien, je pense que, donc, dans les critères que j'ai énumérés tout à l'heure, le fait que ce bâtiment-là... ce règlement-là
assure la qualité des interventions sur les bâtiments patrimoniaux, ça
devrait être un objectif, clairement, et donc l'identification des immeubles
inventoriés dans la loi devrait être présente.
Ça, c'est évident. Maintenant, je souhaitais laisser au législateur la
discrétion de moduler ce règlement-là. Mais, si vous me posez la question, très
certainement, je pense que, minimalement, le règlement sur les PIIA devrait
s'appliquer aux immeubles patrimoniaux inventoriés.
Évidemment, c'est tout à fait possible qu'une
municipalité puisse dire : Il y a certains secteurs où on va prévoir moins
de règles en matière de PIIA. Donc, je pense qu'il faut qu'elles aient la
flexibilité pour faire ça. Mais, en rendant obligatoire un PIIA, ça initie, au
moins, cette réflexion-là, et on s'assure qu'il y ait une base et que cette base, elle vise, minimalement, les immeubles
patrimoniaux à l'inventaire. Et je me permets de préciser que c'est la première
fois dans l'histoire, depuis le projet de loi n° 69,
que l'inventaire, il a un statut juridique. Donc, il est dans la loi, et
on peut y référer pour le mobiliser dans les outils d'aménagement, et c'est
dans cette perspective-là, je pense, que le règlement sur les PIIA devrait y
faire référence, effectivement.
Mme Dufour : Parfait.
Parce que c'est sûr que d'appliquer des PIIA sur l'ensemble du territoire,
ça... en contexte de pénurie de logements, ce n'est peut-être pas
nécessairement souhaitable quand on souhaite accélérer les projets.
M. Breton-Demeule (Charles) : Non,
absolument. Puis ce n'était pas ça, l'objectif. C'est pour ça que je le
prévoyais, dans le projet de loi, de laisser aux municipalités une certaine
discrétion, là, dans ça.
Mme Dufour : Parfait. Le zonage
incitatif, vous aviez mentionné d'ajouter la restauration patrimoniale à ça.
Là, je vous avoue que ce petit bout là, je ne l'ai pas très bien compris, alors
j'aimerais ça, peut-être, que vous me l'expliquiez plus en détail.
M. Breton-Demeule (Charles) : Oui,
merci, c'est une bonne question. Le projet de loi prévoit maintenant un régime
de zonage incitatif, qui, donc, dans les faits, permet à un propriétaire ou un
promoteur, là, d'échanger une prestation avec la municipalité en contrepartie,
donc, d'un assouplissement réglementaire. Donc, autrement dit, si, dans un
secteur, on permet uniquement des constructions de quatre étages, un promoteur
pourrait dire : Voici, moi, je souhaiterais obtenir du six étages, mais,
en échange, je vous offre du logement social, par exemple, dans le nouveau
bâtiment.
Et, moi, ce
que j'indique, c'est que, parmi ces prestations, la restauration complète d'un
immeuble patrimonial devrait être permise pour s'assurer que,
finalement, par exemple, où il y a un site qui serait à redévelopper sur lequel
il y a un immeuble patrimonial, ça pourrait permettre aux municipalités de
conclure des ententes, en disant : Écoutez, vous pouvez construire des
bâtiments à proximité sur le site, mais, en échange, vous devez restaurer le
bâtiment. Donc, ça permet de protéger le
patrimoine. C'est une des recommandations du rapport Courchesne-Corbo, là, qui
avait été déposé en 2016, et c'est dans cet objectif-là, là, que je
formulais cette recommandation-là.
• (17 h 30) •
Mme Dufour : Donc, pour
m'assurer que je comprends bien, prenons l'exemple d'un ensemble patrimonial, par exemple, religieux, là, où il y aurait la
possibilité de développer sur le site, c'est des grands terrains, et là il y
aurait... mettons que le zonage, c'est du quatre étages ou du... là, ce
serait : Bien, on vous permet d'en faire, mettons, cinq ou six, selon, et... mais, en échange, le bâtiment x,
même si c'est leur bâtiment à eux, bien, il serait... ce serait comme considéré
l'apport financier, là, compensatoire. C'est ce que je comprends?
M. Breton-Demeule (Charles) : Voilà,
il serait restauré. Donc, je vous donne l'exemple de la maison
Louis-Hippolyte-La Fontaine, à Montréal. Donc, c'était une maison qui était à
l'abandon depuis des années, et, finalement, donc, elle a été restaurée en
échange, là, d'un redéveloppement du site, là, il y a de la construction de
logements à proximité. Donc, c'est un bon exemple, je trouvais, là, du genre de
projet qui pouvait se faire. Et ça permet aussi de contrôler la question du
façadisme, je pense, en prévoyant que cette restauration, elle doit concerner
l'ensemble de l'immeuble et non sa façade.
Mme Dufour : Excellent.
Merci. En page 18 du mémoire, de votre mémoire, vous parlez de la
recommandation 4, là, de rendre obligatoire la soumission d'une
entente, l'entente de zonage incitatif, à la consultation publique, et vous
l'expliquez bien, là, il y a un risque que ça... disons qu'il pourrait y avoir
des dérapages et que ce soit en faveur d'un promoteur
immobilier particulier. Mais en quoi la consultation publique, elle, va changer
quelque chose, entre guillemets?
M. Breton-Demeule (Charles) : Effectivement,
je ne prétends pas que l'entente va pouvoir être modifiée, là, après la
consultation, mais c'est un garde-fou, en fait, pour s'assurer qu'il y a un
certain contrôle sur le contenu de cette entente-là.
Parce que la loi, le projet de loi, ne prévoit pas de critère pour mesurer
l'équivalence des prestations. Donc, est-ce
que... deux étages de plus, qu'est-ce que ça vaut, en termes de contrepartie,
là? Donc, la loi, je comprends qu'on
veut laisser une discrétion aux municipalités là-dessus, mais je pense qu'il y
a des risques qu'il y ait des ententes qui ne soient pas toujours à
l'avantage des citoyens. Puis je pense que c'est donner un levier aux
municipalités aussi, parce que, des fois, il
y a des municipalités, je pense, qui vont peut-être être prises avec un
promoteur qui met beaucoup de conditions et qui peut réduire un peu la
contrepartie. Donc, ça permet aux municipalités de s'assurer que tout ça se
fasse de manière publique, là, et qu'il y ait un certain contrôle.
Mme Dufour : Et
quelle est votre opinion sur la proposition du projet de loi de le passer par
le CCU? Est-ce que vous le garderiez... en plus de la consultation
publique?
M. Breton-Demeule (Charles) : Oui.
Je pense que le CCU a davantage une expertise du point de vue urbanistique,
donc de l'urbanisme plus technique, alors que la consultation, c'est vraiment
l'acceptation du projet par les citoyens. Donc, c'est deux registres, je
dirais, de consultation, et les deux sont importants, là, pour qu'un projet
puisse bien fonctionner. Donc, oui, je pense que les deux devraient avoir...
Mme Dufour : Parfait. Votre
recommandation 5 aussi, très intéressante, de rendre possible, dans le
fond, que les municipalités puissent octroyer un crédit de taxes aux
propriétaires d'immeubles patrimoniaux inventoriés. On entend beaucoup aussi les milieux naturels, tout à l'heure, vous avez
parlé de l'expropriation déguisée. Est-ce que ça pourrait aussi
s'appliquer à ceux qui possèdent des milieux naturels qui doivent être
préservés?
M. Breton-Demeule (Charles) : Effectivement,
c'est une bonne idée. Je pense que cette possibilité-là, elle doit être élargie, parce que c'est un moyen pour
les municipalités, finalement, d'atteindre des objectifs de développement
durable, donc, de s'assurer de protéger le patrimoine, les milieux naturels.
Oui, c'est une bonne idée.
Mme Dufour : Excellent. Merci.
La consultation écrite, ça, c'est vers la fin, là, de votre mémoire, vous
parliez, là, qu'il doit y avoir, puis vous l'avez mentionné tout à l'heure,
qu'il doit y avoir des consultations. Et je vous avoue que je n'avais pas
remarqué que, dans le projet de loi, ce ne serait plus automatique, les
consultations publiques, là, que c'était... je crois que c'était, en plus... tu
sais, une consultation écrite en plus d'une consultation publique. Alors, votre
mémoire m'a ouvert les yeux là-dessus. Et là, effectivement, là, en tout cas,
personnellement, je crois qu'il y a un enjeu là-dessus. Quand on considère que
45 % des gens seraient analphabètes fonctionnels, le fait que ce soit
seulement un document écrit, n'y aurait-il pas un risque aussi, là, qu'on perde
des gens dans ce processus-là?
M. Breton-Demeule (Charles) : Oui.
Je pense que, très clairement, il y a une obligation de consulter les gens dans le processus d'aménagement. La Loi sur
le développement durable reconnaît, entre autres, que la participation citoyenne, ça doit faire partie du processus
d'aménagement. Et donc l'exercice, par exemple, qu'on mène aujourd'hui,
de consultations publiques, je pense qu'il démontre la pertinence de pouvoir
échanger et de faire valoir des points de vue, là, en personne, par rapport à
cet enjeu-là. Donc, oui, effectivement.
Mme Dufour : Excellent. Merci.
Je veux souligner votre... vos recommandations 7 et 8. Je pense que vous
êtes le deuxième groupe à le faire, là, de nous recommander de rendre obligatoire
la consultation des communautés autochtones, autant pour les OGAT que pour les
schémas d'aménagement, et les PMAD, là, qu'on appelle. Merci de le faire. Je ne sais pas si vous vouliez ajouter
quelque chose, parce que vous n'avez pas... vous n'aviez pas abordé, là, vu
que c'était succinct tout à l'heure.
M. Breton-Demeule
(Charles) : Effectivement. Bien, depuis l'adoption de la LAU,
en 1979, là, les communautés autochtones n'étaient pas incluses dans la
loi, et très certainement qu'aujourd'hui, dans un contexte de réconciliation,
je pense qu'on se doit d'inclure les communautés autochtones dans le processus
d'aménagement du territoire. Et, minimalement, c'est de s'assurer qu'elles
puissent être consultées dans l'élaboration des outils d'aménagement. Et c'est
de le prévoir dans la loi aussi, pour s'assurer, finalement, que tous les
points de vue puissent être entendus dans le processus d'aménagement, surtout
pour les communautés autochtones, qui sont présentes, là, dans bien des cas,
depuis des millénaires sur le territoire québécois.
Mme Dufour : Effectivement. M.
le Président, il me reste combien de temps?
Le Président (M. Schneeberger) : Deux
minutes.
Mme Dufour : Deux
minutes. Je veux juste vous demander une précision sur la cartographie
cadastrale obligatoire, et puis ça va être la dernière question.
M. Breton-Demeule (Charles) : Oui,
pas de problème.
Mme Dufour : Donc, c'est ça, si
vous pouvez l'expliquer, là, parce que je...
M. Breton-Demeule
(Charles) : Oui, absolument. Donc, c'est très technique, mais
ça a une incidence vraiment importante sur la protection du patrimoine.
Parce qu'à l'heure actuelle, dans le projet de loi, on prévoit que les MRC et
les municipalités locales doivent identifier, dans leur plan d'urbanisme et
dans le schéma d'aménagement, les milieux d'intérêt historique. Et,
actuellement, ce qu'on constate, dans les outils d'aménagement, entre autres,
dans les schémas d'aménagement, c'est que les MRC identifient le patrimoine
souvent avec des listes ou des cartes très, très approximatives du patrimoine.
Donc, j'ai déjà vu des cartes, là, où on faisait un gros cercle sur une carte
et on disait : Voici, c'est ici, le secteur patrimonial.
Le plan d'urbanisme et le schéma d'aménagement,
en tant que tels, ne peuvent pas avoir d'effet direct sur les citoyens. Ce sont les règlements d'urbanisme,
après, qui vont venir concrétiser les orientations qui sont dans le schéma
et dans le plan. Et donc là, quand on veut
passer d'un schéma d'aménagement, qui dit «voici le patrimoine à protéger»,
à un règlement, bien, on se rend compte qu'il n'y a pas d'équivalence du point
de vue de l'identification parce que les
règlements sont fondés sur la division cadastrale du territoire, sur les lots,
sur les zones qui forment des ensembles de lots. Donc, ce que je soulignais, c'est que, dès le départ, il doit y
avoir cette identification du point de vue cadastral. Et je donnais
l'exemple de la MRC de Memphrémagog, qui l'a fait dans son schéma
d'aménagement, en prévoyant très précisément quels étaient les secteurs
d'intérêt patrimonial et donc quels étaient les secteurs qui étaient soumis à
des normes de protection. Et je terminerais,
par rapport à cette recommandation-là... de dire que le projet de loi prévoit
actuellement des normes de protection et... ou de mise en valeur. Et ce que je
recommande, c'est que ce soit des normes de protection et de mise en valeur
pour s'assurer que la protection soit obligatoire dans le schéma et dans le
plan d'urbanisme.
Mme Dufour : Excellent. Bien,
je vous remercie beaucoup pour votre temps.
M. Breton-Demeule (Charles) :
Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Bien,
merci beaucoup. Si je peux me permettre, j'ai vraiment adoré votre exposé. Pour avoir visité Prague, je peux vous
dire que tout le monde fait des photos de la vieille ville, mais, l'ère
soviétique, il n'y a pas personne qui va poser ça. C'est la réalité, ça
a aussi, je pense, justement, une richesse touristique, d'avoir une uniformité au niveau de l'architecture, même
si ce n'est pas au niveau des monuments historiques, là. Merci beaucoup.
M. Breton-Demeule (Charles) : Merci.
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, nous allons suspendre pour ensuite passer
avec la ville de Montréal.
(Suspension de la séance à 17 h 39)
(Reprise à 17 h 44)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bonjour à tous. Alors, nous reprenons la commission. Alors, je souhaite
maintenant la bienvenue aux représentants de la ville de Montréal. Vous avez
10 minutes pour faire votre exposé, et,
par la suite, nous allons procéder à une période d'échange avec les députés et
la ministre. Alors, je vous laisse la parole. C'est à vous.
Ville de Montréal
Mme Ollivier (Dominique) : Bonjour,
M. le Président. Bonjour, Mme la ministre des Affaires municipales, membres de
la commission. Alors, je suis Dominique Ollivier. Je suis la présidente du
comité exécutif de la ville de Montréal et
je suis accompagnée par mon collègue responsable de l'urbanisme,
M. Beaudry, ainsi que par notre directrice du service d'urbanisme
et de la mobilité, Mme Careau, et notre directeur du bureau des relations
gouvernementales et municipales, M. Jean Therrien.
Ça nous fait très plaisir de pouvoir,
aujourd'hui, bien que ce soit en virtuel, nous adresser à vous dans le cadre des audiences publiques qui sont relatives
au projet de loi n° 16 afin de vous partager les quelques éléments qui
sont centraux au mémoire qui a été déposé par la ville de Montréal. Alors,
laissez-moi d'entrée de jeu dire que la refonte
de la LAU, qui a mené au projet de loi n° 16, était attendue depuis très,
très longtemps par les municipalités du Québec, dont, bien sûr, la ville
de Montréal. L'aménagement du territoire ayant un impact fort et durable pour
la qualité de vie de la population, la
répartition des activités et la vitalité de notre territoire, donc, pour nous,
c'était primordial.
En guise d'introduction, je voudrais souligner
que le projet de loi n° 16 est, à nos yeux, un premier jalon pour encadrer, suivre et réussir l'aménagement du
territoire, mais qu'il va requérir également des aménagements forts avec
notamment la Politique nationale
d'architecture et d'aménagement du territoire ainsi qu'avec les orientations
gouvernementales en aménagement du territoire. C'est également un projet
de loi qui doit être accompagné d'améliorations notables sur la structure
fiscale des municipalités, des programmes et des actions gouvernementales, et
finalement qui doit servir de base à un
partenariat avec les municipalités, dont la métropole du Québec, pour préciser
les cibles et les mécanismes de mise en oeuvre dans des contextes de
gouvernance, on pense particulièrement à celui de Montréal.
En fait, nous avons
identifié trois conditions de succès pour la réussite : l'exemplarité de
l'État, les outils mis en oeuvre et les leviers spécifiques en habitation, et
c'est dont nous allons vous entretenir.
Donc, tout
d'abord, il va sans dire que la ville est prête à agir et à collaborer pour
participer à un aménagement du
territoire qui soit vert, qui soit résilient et qui soit inclusif. Nous croyons
aussi que le premier gage de succès est que cet effort-là soit partagé par l'ensemble des paliers de gouvernement.
Ainsi, le gouvernement du Québec doit notamment privilégier la
consolidation du territoire plutôt que l'étalement urbain, en protégeant les
milieux naturels et agricoles et en
favorisant la mobilité durable plutôt que l'élargissement du réseau routier. Il
en va de même pour l'aménagement des bâtiments institutionnels,
gouvernementaux, des écoles ou même des futurs centres de collecte, qui
devraient, selon nous, suivre les mêmes principes et obligations que ceux qui
incombent aux municipalités.
Donc, dans cet esprit-là, nos premières
recommandations sont, donc, les suivantes : enchâsser, dans la LAU, les principes de la Politique nationale
d'architecture et d'aménagement du territoire, les OGAT ainsi que l'engagement
de l'État à leur mise en oeuvre.
Deuxièmement, que le gouvernement du Québec et ses mandataires assurent
l'exemplarité et la cohérence en matière d'aménagement du territoire,
mais pas seulement d'aménagement du territoire, également en ce qui concerne la participation des villes
dans les processus décisionnels. Le projet de loi prévoit des objectifs ainsi
que la production de bilans quinquennaux qui
incluent une reddition de comptes sur l'atteinte des cibles et sur la mise
en oeuvre des orientations. Et, à cet égard, nous, on recommande que les villes
participent à l'élaboration de ces sites d'aménagement du territoire et que des
ressources soient accordées pour le suivi et le monitorage de celles-ci.
Montréal, comme métropole du Québec, doit
constamment se renouveler sur elle-même, notamment en raison de sa densité, de
sa population, de sa diversité territoriale. Ça nous force à travailler sur de
nombreux fronts en parallèle, notamment
l'entretien des infrastructures, la construction de logements abordables, la
vitalité du centre-ville, la protection des milieux naturels. Il est
aussi impératif de considérer les impacts sur l'ensemble de l'agglomération que
peut avoir tout projet majeur de portée régionale dans la région
métropolitaine.
Donc, vous ne
serez pas surpris que nous avons deux recommandations à cet effet. Le premier
qui est d'adopter un réflexe de se concerter avec la ville de Montréal
et de prendre en compte sa particularité régionale, entre autres, sa
composition territoriale, sociale ainsi que sa gouvernance dans l'élaboration
de tout projet majeur ainsi que de toute intervention sur son territoire.
L'autre recommandation, conférer des pouvoirs à l'agglomération de Montréal qui
lui permettrait d'interdire tout projet ayant un impact supralocal, mais qui
dépasserait les capacités des infrastructures du milieu. On pense notamment à
nos infrastructures en eau, en réseau routier, en espace vert, etc. Sur ce, je
cède la parole à mon collègue.
M. Beaudry
(Robert) : Merci, Mme la Présidente. Pour ma part,
j'aborderais les questions des infrastructures scolaires, mais aussi des
enjeux liés à la réglementation et l'habitation. Quand le projet de loi
n° 40 a été sanctionné en 2020, qui modifiait principalement la Loi sur
l'instruction publique et l'organisation de la gouvernance scolaire, il y a eu des conséquences assez importantes pour les
municipalités en introduisant une obligation de céder, à titre gratuit,
des terrains prêts à construire aux centres de services scolaires. Ces terrains
doivent être munis d'infrastructures publiques,
décontaminés, et ce, aux frais de la municipalité. Pour Montréal, c'est un coût
de 200 millions qui est évalué seulement pour la question des
20 terrains, des projets qu'on a en cours.
De la même
manière, les normes et les critères actuels, pour la réalisation des écoles,
complexifient l'optimisation des
terrains cédés. Alors que nous devons tendre vers la densité, plusieurs
obstacles sont présents et limitent la capacité de réalisation d'écoles modernes et innovantes dans
la métropole. Pourtant, les plus petites écoles mieux adaptées et plus faciles
à intégrer au cadre bâti des quartiers montréalais, des constructions mixtes,
de tailles variables, en hauteur ou permettant une utilisation optimale du sol
sont désormais des incontournables.
• (17 h 50) •
En ce sens, nous recommandons que le gouvernement
du Québec assume les coûts relatifs à l'acquisition et l'aménagement des
terrains nécessaires à la construction d'établissements scolaires et qu'il
prévoie la révision des normes, des critères
et du financement liés à la réalisation d'écoles urbaines et innovantes afin
d'accélérer leur construction et d'assurer leur intégration
architecturale, urbanistique optimale. Si les écoles sont importantes pour les
milieux de vie, l'habitation, elle est vitale. Parmi les modifications touchant
ce champ, la ville et ses partenaires croient que l'on obtiendra un impact
majeur sur la création de logements sociaux et abordables, s'il était possible
d'appliquer des critères différenciés de
plein droit, sans passer par un processus de négociation en vertu d'un règlement
sur les projets particuliers ou le zonage incitatif.
Un tel pouvoir de zonage différencié,
complémentaire au zonage incitatif apparaît très porteur et nous recommandons
ainsi d'inclure le zonage différencié au sein du PL n° 40,
c'est-à-dire donner aux municipalités le pouvoir d'offrir un bonus de
densification octroyé spécifiquement au développement de logements pour des
projets, dont 100 % des unités construites sont abordables de façon
pérenne. De plus, afin de garantir une portée durable de l'abordabilité de
notre métropole, nous recommandons de modifier la notion «d'abordabilité» par
«d'abordabilité pérenne» de façon à garantir
la portée dans le temps. Nous accueillons favorablement les nouveaux pouvoirs
de zonage incitatif, mais
recommandons d'encadrer le zonage incitatif afin de s'assurer de sa
complémentarité avec les pouvoirs accordés par la LAU, sur le logement
social abordable et familial, et qu'il soit réservé à des projets exemplaires.
Enfin, nous constatons que l'article 152 du
projet de loi prévoit une modification à la charte afin de confier les pouvoirs relatifs au zonage incitatif au
conseil d'arrondissement alors que la ville centre porte des pouvoirs accordés
par la LAU sur le logement social abordable et familial. À cet égard, nous
recommandons d'abroger la modification à la
charte afin de confier les pouvoirs relatifs au zonage incitatif au conseil
municipal afin de se conformer au contexte montréalais de partage des
compétences en aménagement du territoire. Je recède la parole à Mme Ollivier.
Mme Ollivier
(Dominique) : Merci. Finalement, quelques municipalités font face à
une impasse en ce qui concerne la protection juridique également. La protection
des milieux naturels, c'est, pour nous, un exemple qui est très probant de cette situation. En fait, je n'ai
pas besoin de vous rappeler que les poursuites pour expropriation déguisée
contre des organismes municipaux sont en
train de se multiplier au Québec, et que la jurisprudence récente, en la
matière, est assez claire. Un
règlement qui est adopté, en vertu de l'article 113 de la LAU... constitue
une expropriation déguisée donnant lieu à une indemnité, s'il a pour
effet de supprimer toutes les utilisations raisonnables d'un immeuble.
Par ailleurs, pour favoriser la préservation des
milieux naturels, il est impératif de permettre également aux municipalités de
prohiber tous les travaux qui les mettraient en péril. Alors, en ce sens, nous
recommandons de s'assurer que les pouvoirs
d'urbanisme s'exercent sans donner droit à une indemnisation au propriétaire et
permettent à une municipalité de prohiber les travaux tels que
l'excavation du sol, le remblai, l'abattage d'arbres dans l'optique de
protection de l'environnement.
Et, en terminant, j'aimerais beaucoup vous
parler de fiscalité municipale. Montréal estime que les ressources financières et la fiscalité à la disposition des
municipalités sont inadaptées au contexte actuel et ne répondent plus aux
problématiques du XXIe siècle. La ville
de Montréal, vous le savez, est dans une démarche où elle demande une réforme
de la fiscalité municipale afin de permettre la... des revenus et la réduction
de la dépendance des municipalités à
l'impôt foncier. C'est, d'ailleurs, pour cette raison qu'on s'est lancé dans un
grand chantier sur la fiscalité municipale qu'on va poursuivre cet
automne.
Il est nécessaire d'accorder aux municipalités
davantage de latitude dans l'utilisation de l'impôt foncier pour tenir compte de leur réalité propre, et on pense
que ce projet est un bon moment pour le faire. C'est pourquoi nous vous recommandons, un, de revoir la fiscalité municipale
et d'offrir aux municipalités les outils requis pour assurer l'aménagement
du territoire futur. Mais, en attendant une réforme de fiscalité plus large, on
pourrait introduire, dans le projet de loi, certaines choses, comme par
exemple...
Le Président (M. Schneeberger) : Bien,
excusez-moi, excusez-moi...
Mme Ollivier (Dominique) : Oui?
Le Président (M. Schneeberger) : Est-ce
que vous en avez encore pour longtemps? Parce que votre temps est écoulé.
Mme Ollivier (Dominique) : ...recommandations.
Le Président (M. Schneeberger) : OK.
Mme Ollivier (Dominique) : ...de
multiplier par deux le taux de taxe, actuellement, appliqué sur les terrains
vagues desservis et créer un fonds d'aménagement urbain durable pour soutenir
la consolidation de nos coeurs de quartier qui pourrait être d'à peu près
500 millions, pour l'ensemble du Québec, par année.
Le Président (M. Schneeberger) : Eh
bien, merci beaucoup. Alors, nous allons commencer par la période de questions
avec Mme la ministre des Affaires municipales.
Mme Laforest : Oui, bonjour,
tout le monde. C'est certain que, là, d'emblée, je dois dire qu'on vient juste de recevoir le mémoire, donc je suis en train de
lire le mémoire comme tel. On l'a reçu... Moi, je l'ai reçu cet après-midi,
donc c'est sûr qu'au niveau des questions je crois que je dois lire le mémoire
avant. Maintenant, j'ai quelques petites questions générales, à savoir : Avec le droit de préemption qu'on a
laissé aux municipalités, est-ce qu'il y a eu des changements à ce jour
avec Montréal?
M. Beaudry (Robert) : Bien,
Montréal, en fait, a appliqué son règlement parce que les municipalités pouvaient mettre en place un règlement pour le
droit de péremption. On l'a fait, il y a bientôt deux ans et demi, trois ans,
où on a intégré l'obligation de construction de cinq unités et plus, de contribuer
à hauteur, en moyenne, de 20 % pour le logement social, logement
abordable, logement familial. Donc, c'est toujours en cours d'application. Ça
nous permet d'acquérir soit un fonds consolidé, maintenant, par la
ville-centre, pour contribuer à compléter des projets qui seraient en manque de
financement, d'acquérir aussi des terrains. Et, quand il y avait des nouvelles
unités, on pouvait également faire... clés
en main. Mais, pour l'instant, c'est vraiment plus, là, une contribution au
fonds, des contributions sous forme de terrain. Et c'est pour ça qu'on
fait le lien avec cet... le zonage incitatif où on
souhaiterait, au même titre, par exemple,
que la possibilité de réglementer l'inclusion, comme c'est Montréal, au niveau
de... qu'il a fait, on veut une certaine cohérence aussi où le zonage
incitatif pourrait être balisé par la ville-centre plutôt que... bien, chacun
des arrondissements qui pourrait créer de la confusion. Donc, ce serait un
outil qui viendrait s'arrimer aux outils, déjà, là, qu'on met en application,
là, sur l'île de Montréal.
Mme Laforest : OK. Merci. Il y
a plusieurs groupes qu'on a rencontrés précédemment, puis ces groupes demandent d'avoir des cibles pour l'accélération
des permis dans les municipalités, disant que les permis, c'est trop long.
S'il y avait des cibles établies sur, par exemple, une période annuelle, est-ce
que vous seriez d'accord à savoir il y a combien de permis qui ont été délivrés
dans chacune des municipalités?
Mme Ollivier
(Dominique) : Bien, je vous dirais qu'il faudrait tenir compte de la
gouvernance particulière à Montréal, c'est-à-dire qu'on pourrait avoir des
cibles montréalaises, mais, pour qu'elles soient vraiment, vraiment efficaces, il faudrait aussi qu'on soit capable de
les faire descendre dans les arrondissements pour que chacun contribue,
justement, sa juste part à l'effort collectif d'atteinte des cibles.
M. Beaudry (Robert) : Et, si je
peux me permettre, Montréal est déjà très active sur... à ce titre-là, déjà, dans ses arrondissements sur lesquels il y a le
plus de, comment je dirais, de projets en cours, vraiment, des efforts ont
été mis. Vous avez probablement entendu
parler, Mme la ministre, de notre cellule facilitatrice qui a été mise en
place, justement, pour encore plus faciliter une émission de permis.
Bien souvent, là, pour des projets de logement, l'enjeu ne se trouve pas, particulièrement pour Montréal, dans ses grands
centres, au niveau de l'émission de permis, mais vraiment de s'assurer que les projets s'intègrent de façon
adéquate et en fonction des hauteurs, des densités et qu'ils sont adéquatement,
là, introduits dans les quartiers.
Donc, à
partir du moment où est-ce qu'on a un projet qui répond au critère de base qui
n'est pas nécessairement dérogatoire,
ça va très vite, émettre un permis à Montréal. Souvent, c'est quand on a des
demandes qui sont beaucoup plus particulières où on demande des hauteurs
supplémentaires, où on demande des exigences, où il y a des enjeux, par
exemple, de démolition sur du patrimoine où, là, bien évidemment, la ville de
Montréal, comme le gouvernement du Québec, veut vraiment s'assurer, là, de
faire le «due diligence» nécessaire pour que tout soit mis en place.
Et notre cellule facilitatrice, justement, va
travailler à trouver le moyen, là, de vraiment bien expliquer à l'industrie,
mais également à tous nos partenaires, comment ça fonctionne, quels sont les
processus normés pour, justement, accélérer l'émission de permis. Mais ce n'est
pas un enjeu d'émission de permis sur un projet qui serait de plein droit ou qui serait cohérent avec son cadre
bâti, c'est vraiment dans les projets qui sont beaucoup plus hors normes,
mais ça, c'est tout à fait normal parce qu'il y a plein d'autres enjeux
d'intégration.
Mme Laforest : Est-ce
que vous seriez d'accord, une autre question, d'établir... Parce qu'on a le
33 % pour la densification, est-ce que vous seriez d'accord pour
établir... On a des demandes de hausser la possibilité des projets à 50 %,
tout près des projets de transport.
Mme Ollivier
(Dominique) : La densification autour des lignes de transport et
des... je pense que c'est déjà dans nos politiques. Robert.
• (18 heures) •
M. Beaudry (Robert) : Oui,
absolument. Actuellement, à Montréal, on est en train de réviser notre plan
d'urbanisme et de mobilité. C'est vraiment une opportunité en or, là. C'est
pour ça qu'on est très heureux de voir, là, qu'il
y a aussi des modifications qui se font à la Loi sur l'aménagement urbain. Et,
bien évidemment, notre approche en est
une de toujours annexer les enjeux de mobilité durable à celui de densification
du territoire pour remplir nos objectifs de transition écologique.
Donc, on va cibler, dans le cadre de notre plan
d'urbanisme et de mobilité qui est en cours de rédaction actuellement, des
secteurs où la densification va être intéressante, où on va pouvoir aller
chercher plus de densité, mais il faut toujours que ça se fasse, encore une
fois, en cohérence avec les échelles et en gradation aussi. Donc, bien
évidemment, plus près, par exemple, des stations de métro, on peut penser à une
densité plus importante, puis, après, on va s'annexer au cadre bâti. Il faut
aussi respecter certains enjeux qui sont patrimoniaux. Quand on parle, par
exemple, au centre-ville de Montréal, il y a le Mont-Royal, les vues vers...
et, depuis le Mont-Royal, qui sont à préserver, les vues vers le fleuve aussi.
Donc, actuellement, on est dans ce travail-là de revoir un peu où est-ce qu'on
pourrait aller gagner en densité.
Il y a aussi nos secteurs de planification
stratégique. On en a plusieurs sur lesquels on travaille, certains en
collaboration avec le gouvernement du Québec, comme, par exemple... qu'on veut
baser sur le transport collectif, mais également, là, d'autres alentour de la
ligne bleue aussi, comme Anjou, où il y aura des opportunités, vraiment... de
pouvoir planifier et construire la ville de façon très dense.
Mme Laforest : OK, merci
beaucoup. Il y a juste une chose. J'aimerais vous mentionner, d'ailleurs, à
Mme Dominique, vous parlez de la fiscalité municipale, on a comme un enjeu
particulier, il faut faire le projet de loi LAU avant le projet de loi
fiscalité. Mais, dites-vous, dans le projet de loi LAU, quand même, il y a
plusieurs ajouts, plusieurs améliorations qui vont aider la métropole, alors...
Mais je vais prendre le temps, quand même, de lire votre mémoire. Moi, c'est
terminé pour mes questions. Merci beaucoup.
Mme Ollivier
(Dominique) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Alors, je prends
votre parole qu'on va trouver des choses intéressantes. Merci.
Le
Président (M. Schneeberger) : Est-ce qu'il y avait d'autres questions du côté
ministériel? Non, ça va. Alors, nous allons passer du côté de
l'opposition officielle. Je laisse la parole à la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci beaucoup à
vous quatre pour votre présence, même si elle est virtuelle, c'est très
apprécié. Donc, écoutez, vous parlez que le gouvernement... en page 4, là,
votre mémoire, et moi aussi, je suis en train
de prendre connaissance du mémoire, alors je n'ai pas tout lu, mais la
recommandation 2, «que le gouvernement du Québec et ses
mandataires assurent l'exemplarité en matière d'aménagement du territoire», je
ne sais pas si vous pourriez préciser comment vous voyez
ça dans le projet de loi, comment ça devrait se... c'est ça, se préciser dans
le projet de loi.
M. Beaudry (Robert) : Bien,
c'est d'éviter les exceptions, de un, aussi, sur certains projets, que, quand
il y a des exigences qu'on se donne, une planification qu'on se donne avec
certaines orientations ou des politiques, qu'on puisse toujours s'assurer que tous nos projets, que ce soient des
projets, là, d'hôpitaux, que ce soient des projets, là, d'écoles, que ça
puisse vraiment respecter le... auquel ils viennent s'intégrer.
Après, bien, de façon plus large, il y a
l'intégration de la politique nationale d'architecture à la modification de la LAU. On va se donner des objectifs
là-dedans. On veut vraiment qu'ils soient inscrits aussi à la loi, ces
objectifs-là, qu'ils puissent être
suivis, qu'on puisse s'assurer vraiment, là, tu sais, qu'il y ait
des bilans qui soient faits de façon, bon, cyclique. Alors, vraiment, c'est ça, c'est cette exemplarité-là qu'on
attend, là, de la part du gouvernement du Québec dans le cadre de la
modification...
Mme Dufour : Il y a des groupes qui
sont venus, et là je ne me rappelle plus lequel, exactement, qui parlait que la ministre, dans le fond, devrait être un
peu... avoir des pouvoirs transversaux à travers le gouvernement et pouvoir, justement,
bien, signifier si un projet respecte ou non les orientations d'aménagement du
territoire. Et donc est-ce que c'est quelque chose que vous voyez comme
favorable, là, pour que le ministre de... le ministre, par exemple, de
l'Éducation, de la Santé, etc., doivent passer par la ministre de l'Habitation
pour l'aménagement du territoire?
Mme Ollivier (Dominique) : On
voit ça vraiment d'un oeil favorable, dans la mesure, comme l'expliquait mon
collègue, où on, vraiment, s'emploie à assurer l'exemplarité et le respect des
milieux dans lesquels les projets vont
atterrir. On a vu trop souvent des projets qui sont parfois dérogatoires ou
qui, parfois, ne s'insèrent pas, n'ont pas une insertion optimale,
disons, dans le milieu. Donc, ce qui est important... on pense notamment à des
nouvelles routes, par exemple, ou à des
autoroutes. Il faut vraiment repenser tout ça en collaboration avec les
municipalités, également.
M. Beaudry (Robert) : Pour
rajouter là-dessus, c'est que, si on se donne des objectifs ambitieux pour la
transition écologique, pour faire face aux aléas climatiques, pour lutter
contre l'étalement urbain, bien, il faut que ce soit transversal aussi à tous
les types de ministères, particulièrement, par exemple, le ministère du Transport,
de la Mobilité, qui doit également s'assurer que lui aussi est exemplaire dans
ses projets et qu'il est en cohérence avec la loi sur l'aménagement urbain dans
les décisions qu'il va prendre. Donc, ça, c'est fondamental, parce qu'on ne
peut pas seulement regarder ça avec la loupe
du ministère, des municipalités, mais il faut que ce soit avec la loupe de tout
le gouvernement.
Mme Dufour : Oui.
Bien, merci, c'est très clair. Votre recommandation 5 : «Conférer des
pouvoirs à l'agglomération de Montréal permettant d'interdire tout
projet ayant un impact supra local», et là, concernant l'eau... les eaux, les espaces verts, réseau routier, est-ce que vous
pourriez me donner des exemples? Puis je ne sais pas si je le comprends
bien, mais est-ce que vous souhaiteriez que l'agglomération de Montréal puisse
interdire des projets à l'extérieur de son territoire? Est-ce que c'est à ça
que ça fait référence?
M. Beaudry (Robert) : En fait,
il faut voir, les territoires, des fois, sont... Par exemple, Montréal a des
villes liées sur son territoire. Elle en a plusieurs, puis on ne peut pas
prendre indépendamment un projet sur une ville liée en disant que le projet sur
cette ville-là n'aura pas d'impact, par exemple, sur le réseau souterrain,
parce qu'on les partage, par exemple, dans
l'agglomération. Le meilleur exemple qu'on pourrait donner, c'est, par exemple,
Royalmount, Royalmount, qui avait et a des enjeux sur, par exemple, la
congestion routière. Donc, on veut pouvoir analyser les projets avec cette clause-ci. Qu'est-ce que ça aura comme impact sur
notre territoire, justement, les choix d'aménagement qui sont faits à
côté? Quand on pense, justement... en densification, quand on parle de façon
globale, on ne peut pas passer par secteur de ville, mais il faut voir
qu'est-ce que la décision d'une ville va avoir sur une autre ville, et là on parle ici de décisions qui sont directes sur notre
capacité routière qui est sur notre territoire, comment le flux routier va se
déverser ou comment il va rentrer de notre territoire vers ce territoire-là,
mais également tout ce qui est gestion des eaux.
Mme Ollivier
(Dominique) : ...les espaces verts aussi, c'est-à-dire que, si
on refait de l'habitation, l'exemple est très bon, Royalmount est juste
à côté de Namur-Hippodrome, et ils ne peuvent pas se développer chacun en autarcie, il faut vraiment qu'on les regarde de
façon conjointe. Et, à l'heure actuelle, la législation ne nous permet pas de
faire ça avec ville Mont-Royal, bien qu'elle est une ville liée, elle est
autonome dans ses choix, et Montréal est autonome
dans ses choix, mais on sait que tout notre réseau routier... toute la
congestion que ça va créer va venir sur notre réseau routier.
Mme Dufour : Parfait. Bien, je
comprends, mais c'est quand même périlleux parce qu'il y a aussi des villes, ailleurs au Québec, qui voudraient peut-être aussi
avoir leur mot à dire sur ce que leurs voisines font. Et là c'est... Où est
la limite? En tout cas, je vous dis ça, là, mais c'est quand même... Ce n'est
pas évident, là, comme proposition.
Mme Ollivier (Dominique) : Mme
la députée, il y a quand même une instance qui existe, qui s'appelle l'agglomération de Montréal. On a un conseil
d'agglomération. Bien, à l'heure actuelle, ça pourrait être discuté dans le
forum. Les forums existent, les forums de
gouvernance existent, c'est juste qu'à l'heure actuelle on n'a pas les moyens
d'amener ce genre de question là dans les forums parce
qu'elles sont traitées au niveau des villes, mais, nous, au niveau de l'agglo,
ça pourrait très, très bien être des sujets... On est, d'ailleurs, en train de
revoir, à l'heure actuelle, aussi le partage... dans nos réflexions de notre
chantier sur la fiscalité, le partage qu'on fait des compétences avec les
agglomérations. Donc, on est en discussion. Donc, ce n'est pas comme si
d'autres villes... c'est une ville voisine, c'est vraiment une ville intégrée à
l'agglomération, et c'est de conférer les pouvoirs à l'agglomération.
Mme Dufour : Parfait. Merci. C'est
très clair. Bon. Tout à fait, votre recommandation 6, que le gouvernement
du Québec assume les coûts, ça va de soi, des écoles... ça va de soi, je veux
dire, c'est le gros bon sens, je m'excuse.
Projet...
recommandation 8, zonage différencié pour les projets abordables. Et là
c'est intéressant parce que vous parlez
de la... vous créez la notion d'abordabilité pérenne. Donc, est-ce que ça...
Un, est-ce que ça veut dire qu'il y aurait deux types d'abordabilité, donc des
habitations? Parce qu'on l'a vu, là, l'an dernier, les projets qui ont été octroyés
dans le cadre du PHAQ, là, le programme abordable Québec, bien, ce n'est pas
pérenne, les projets, nécessairement. Donc, est-ce que vous recommandez, dans
le fond, qu'il y ait ces deux types d'habitations là qui soient créées?
M. Beaudry (Robert) : Absolument.
En fait, nous, c'est le continuum de réponses à la population montréalaise, celle
qui est prête à avoir accès à la propriété, qui a juste besoin d'un petit coup
de pouce, par exemple, au début de l'achat, dans le réseau privé, et du
logement qui devient abordable parce qu'on l'aide, par exemple, à... comme le PHAQ, par exemple. C'est bien correct parce que ça
répond au maintien des familles sur l'île de Montréal, mais, après, ce qu'on dit, c'est qu'il y a un autre type
d'abordabilité qui est développé par nos GRT. On a tout un réseau, là, GRT, OBNL,
organismes de développement de logements, qui développent une nouvelle forme
d'abordabilité, c'est-à-dire des logements
qui sont à louer ou même, à certains moments, vendus, mais avec des principes
de maintien de l'abordabilité sur le long terme. Puis, quand on parle de
pérenne, on parle d'un minimum de 30 ans.
• (18 h 10) •
Et là l'objectif,
ici, avec le zonage différencié, c'est de se dire : Pour un même terrain,
il y a un zonage pour un projet qui est normal, qui va être, par exemple... je
donne un exemple, huit étages, et on va avoir un zonage, au plan d'urbanisme, qui va être différencié sur ce
même terrain-là, que si vous apportez un projet de l'abordabilité pérenne,
c'est-à-dire que vous êtes capable de démontrer qu'il y a toute une sécurité
puis un processus qui est fait pour que ces logements-là vont rester abordables
pendant au moins les 30 prochaines années, on vous permet 10 étages.
Donc, ça évite toute négociation, tout ralentissement. On émet les permis plus
vite, d'ailleurs, parce qu'il n'y a pas besoin d'avoir de projet particulier ou
quoi que ce soit, ou de consultations publiques. Comme c'est un projet qui
répond à un enjeu, parce qu'actuellement on est en crise d'abordabilité, bien,
nous, ça nous convient de dire : On va se donner un petit peu plus de densité, mais on va répondre vraiment aux besoins
de notre monde, à nos familles sur le territoire.
Donc, la ville de
Montréal a des programmes de financement pour accompagner l'abordabilité
pérenne, avec le programme Montréal
abordable, mais elle travaille aussi avec son Chantier Montréal abordable, qui
est mené par mon collègue M. Dorais, avec tout le milieu, pour voir aussi
quelles sont les nouvelles émergences d'initiatives pour développer l'abordabilité.
Et ça, on pense que ça pourrait être un bon coup de pouce qu'on pourrait donner
à cette industrie.
19 287
Mme Dufour : Je vais tester une idée
avec vous. Compte tenu des plus de 20 000 familles en attente d'un
logement social à Montréal, est-ce qu'il n'y aurait pas lieu de créer un zonage
différencié en plus où il y aurait encore
plus, plus pour le logement social, donc, un peu plus pour le logement
abordable pérenne, mais plus, plus pour le logement social?
M. Beaudry
(Robert) : ...on le met, on le met dans le même bateau. J'aurais dû le
préciser au départ, parce que, quand on parle d'abordable pérenne, on inclut
aussi des projets de logement social qui pourraient bénéficier de ce zonage
incitatif. Parce que, pour nous, c'est la même chose. Parce que le logement
social, ça peut être du volet II, par
exemple, pour de la population plus vulnérable. Alors, eux autres, là, ils
n'ont pas besoin de densité parce qu'on ne veut pas que ce soient des grands...
des grands ensembles, là, par exemple, c'est souvent des organismes
communautaires qui travaillent en toxicomanie ou autres, mais, par
exemple, sur du volet II, pour des personnes âgées, puis là je parle... en AccèsLogis, là, mais, par exemple, un
projet pour personnes âgées, bien là, peut-être qu'on veut, justement,
plus de densité.
Alors, pour nous,
quand on parle de zonage différencié pour l'abordabilité pérenne, on inclut
également tout ce qui serait de développement social, parce que, justement,
actuellement, le gouvernement est en train de réviser ses programmes pour le
financement du logement social et du logement abordable. Donc, c'est vraiment
le bon moment d'amener cette mesure-là, là, qui pourrait être un levier au
développement de ces initiatives-là...
19 287
Mme Dufour : Parfait. Puis peut-être
une question de compréhension. Votre recommandation 11, de confier les pouvoirs relatifs au zonage incitatif au
conseil municipal pour... Parce que, là, vous parlez d'abroger la modification
à la charte. Je n'ai pas bien saisi, là. Actuellement, ce serait à qui que ça
irait si ce n'est pas au conseil municipal?
Mme Ollivier
(Dominique) : Si on regarde l'article tel qu'il est proposé, bien, ça
confierait ces pouvoirs-là du zonage incitatif au conseil d'arrondissement.
Comme vous savez, à Montréal, on a 19 arrondissements. Donc, on pourrait,
à la limite, avoir 19 types de prise de décision différents. Et, nous, ce
qu'on dit, c'est qu'étant donné qu'on s'est dotés de divers règlements, qu'on
s'est dotés de diverses politiques, ce serait plus cohérent que les pouvoirs
relatifs au zonage incitatif soient donnés au conseil municipal, qui... À ce
moment-là, ça nous donne la possibilité d'intervenir de façon similaire sur
l'ensemble du territoire.
19 287
Mme Dufour : Parfait,
merci. C'est beaucoup... c'est beaucoup plus clair pour moi. Peut-être revenir,
vous avez parlé, en page 12, là,
c'est... je pense que c'est les bilans aux 18 mois, vous avez... Là, c'est
la question du monitorage. Ça m'a surpris, 18 mois. Généralement,
on aime les termes un an, deux ans. Pourquoi pas deux ans? Parce que je
comprends qu'aux ans peut-être que c'était un peu trop pour vous, je comprends
que, peut-être, c'était trop intense, trop
demandant. Donc, pourquoi pas deux ans? Pourquoi 18 mois? Parce que ça
ferait des bilans, à un moment donné, en milieu d'année, puis là, après
ça, ce serait aux trois ans. Comment on gérerait ça aux 18 mois?
M. Beaudry (Robert) : Bien,
écoutez, ça, on pourrait vous revenir, là. Honnêtement, on a effectivement
voulu se donner un petit peu de marge
de manoeuvre, là, pour vraiment avoir des cycles plus complets. Sur le
18 mois, je ne pourrais pas vous dire pourquoi pas deux ans.
Mme Ollivier
(Dominique) : Ça pourrait être deux ans, mais ce qu'on voulait,
c'était au moins 18 mois, pour se
donner un espace pour avoir une phase de consultation des partenaires, ce qui,
à 12 mois, est trop court. Donc, on
voulait se donner un petit peu de temps. Du moins, c'est probablement parce que
ça faisait entre les deux. Sans que ce soit trop long, ça nous donnait
juste le temps d'avoir des obligations, mais...
M. Beaudry
(Robert) : Si vous nous donnez deux ans, on prend deux ans.
Mme Ollivier
(Dominique) : C'est ça. On va prendre deux ans, effectivement.
19 287
Mme Dufour : Dernière question, la
recommandation 14, de permettre... de vous permettre de multiplier par
deux le taux de taxe sur les terrains vagues desservis. Pourquoi par deux?
Pourquoi que ce serait... En tout cas, je me demande juste pourquoi par deux.
Mme Ollivier
(Dominique) : À l'heure actuelle, il est déjà deux fois plus que le
taux normal qui est en vigueur pour les autres. Nous, on se dit que, alors
qu'on vit une crise du logement, qu'on a besoin de développer des
infrastructures, ce n'est pas normal qu'on ait des terrains vagues qui sont
desservis, finalement, et qui ne paieraient que ces...
Alors, ce qu'on se
dit, c'est que c'est une mesure pour inciter au développement. Ça pourrait
faire quoi? Pour nous, on a regardé un peu
ce qui venait, mais on trouvait que par quatre, c'est vraiment... En fait, si
on veut viser... C'est un peu comme
une mesure d'écofiscalité, si on veut viser la correction des mauvais
comportements, bien, en le faisant par quatre,
ça devient vraiment quatre fois le taux en vigueur pour les terrains qui sont
déjà construits. Bien, ça nous permettrait d'y arriver. Alors, on s'est
dit... Oui, voilà. Donc, on double le taux. On l'avait déjà doublé, on a
déjà... (panne de son) ...on voudrait pouvoir le doubler encore.
Mme Dufour : Oui. Excellent.
Excellent. Bien, je comprends. Moi, je me serais attendue que vous demandiez
la latitude de l'établir vous-même, mais de ne pas... qu'il ne soit pas limité
par la ministre.
Mme Ollivier (Dominique) : Ah!
bien, écoutez, ce serait encore mieux, ce serait encore mieux, mais, à chaque
fois, il faut aussi se préoccuper, quand on fait... joue dans la stabilité, il
faut se préoccuper de comment c'est reçu aussi par les citoyens. Et ce
qui nous avait été indiqué jusqu'à présent, c'était que trois fois, quatre
fois, c'était dans la fourchette de
tolérance, à l'heure actuelle, de la population, mais, si vous voulez nous
permettre de le fixer, tant mieux.
Mme Dufour : Excellent. Bien, ça
complète pour moi, les questions, et je vous remercie beaucoup, là, de votre
présence.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci à la députée de Mille-Îles. Alors, on vous remercie pour votre précieuse
collaboration au projet de loi. Alors, on vous souhaite une belle soirée.
Nous suspendons
quelques instants et nous revenons avec la ville de Québec.
(Suspension de la séance à
18 h 17)
(Reprise à 18 h 21)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bon, nous sommes de retour. Alors, bonjour, je souhaite la bienvenue aux gens de la ville de Québec. Vous avez
10 minutes pour faire votre exposé, par la suite, nous allons procéder à
une période d'échange avec la ministre et les députés. Alors, je vous
laisse la parole.
Ville de Québec
M. Trudel
(François) : Alors, très rapidement, donc, nous nous sommes présentés,
François Trudel, je suis le directeur du Service de la planification de
l'aménagement et de l'environnement à la ville de Québec, et je suis accompagné d'Isabelle Chouinard, qui est la
directrice de la Division du droit public au Service des affaires juridiques
de la ville de Québec.
Comme
vous le constatez, ni le maire ni aucun autre élu du conseil de la ville de
Québec n'est disponible. Actuellement, le conseil municipal siège en séance
ordinaire et il y a certains sujets d'intérêt public qui nécessitent la voix de tous les conseillers. Donc, vous avez les
plus plates excuses de la ville de Québec. Nous allons représenter, je l'espère,
dignement cette ville. Donc, sans plus de préambule, je laisserai la parole à
ma collègue, Me Chouinard.
Mme Chouinard
(Isabelle) : Merci beaucoup, M. le Président. Mme la ministre, Mmes et
MM. les députés, la ville de Québec remercie
la Commission de l'aménagement du territoire de cette opportunité de présenter
ses commentaires sur le projet de loi n° 16.
Ce projet de loi
présente plusieurs bonifications aux pouvoirs municipaux qu'il convient, dans
un premier temps, de saluer, comme le pouvoir
de zonage incitatif, l'élargissement du pouvoir d'acquisition d'immeubles dans
le cadre d'un plan particulier d'urbanisme, celui d'utiliser le fonds de
stationnement pour financer des projets de mobilité durable, notamment. Des assouplissements en matière
d'approbation référendaire pour permettre une certaine densification, de
modifier des normes de stationnement ou relatives aux logements accessoires
sont aussi bien accueillis.
Compte
tenu du 10 minutes qui nous est imparti, nous concentrerons nos commentaires
sur des aspects importants que nous
souhaitons voir modifiés. Cependant, en annexe au mémoire, vous trouverez
quelques amendements additionnels que nous souhaitons voir apportés au
projet de loi.
On sait que le
caractère décentralisé des pouvoirs municipaux ou le statut de «créature de
l'État» des gouvernements locaux repose principalement sur le niveau
d'autonomie que leur confèrent les lois. La Loi sur l'aménagement et
l'urbanisme est la source des pouvoirs décentralisés en aménagement du territoire.
L'autonomie dont disposent les municipalités en cette matière est déterminante
dans leur capacité d'agir sur leur développement. La LAU a, d'ailleurs, été
adoptée en 1979 dans la foulée du livre vert sur la décentralisation. Cette
réforme a été établie sur la base de quatre principes : premièrement, que
l'aménagement est une responsabilité politique assumée par les élus, deuxièmement, qu'elle implique la concertation des choix
et des actions entre les paliers de gouvernement impliqués,
troisièmement, que les pouvoirs soient partagés en respectant les domaines
propres d'intervention de chaque palier, et, quatrièmement, que la
participation citoyenne soit favorisée.
La ministre se donne
les moyens, par ce projet de loi, d'imposer un rythme aux instances municipales
responsables de l'aménagement du territoire.
Elle établira des cibles, obtiendra une reddition de comptes et elle pourra
exercer une discrétion assez large pour
demander à une MRC, une agglomération de modifier son schéma d'aménagement.
Les communautés métropolitaines, les MRC, les agglomérations qui n'adopteront
pas la modification demandée par la ministre dans le délai de six mois imparti
par la loi seront automatiquement et sévèrement sanctionnées.
Nul
doute que le gouvernement est à la recherche de moyens pour accélérer le pas et
s'assurer que l'ensemble du monde
municipal intègre plus rapidement les préoccupations liées à l'évolution rapide
des réalités environnementales, économiques et sociales. Cette volonté
est louable. En adoptant toutefois une approche coercitive, le projet de loi
touche à une corde sensible, voire un principe cher aux élus municipaux, celui
de l'autonomie des pouvoirs et de la décentralisation.
Nous ne prêtons pas
d'intention centralisatrice au gouvernement, mais il faut constater que ce
projet de loi permet une certaine centralisation des pouvoirs et une perte
d'autonomie pour les élus municipaux. Les ajustements apportés auront un impact
majeur non seulement chez les MRC qui manqueraient d'assiduité dans l'exercice
de leurs responsabilités mais aussi dans les villes comme la nôtre, qui
oeuvrent quotidiennement à améliorer et à moderniser l'aménagement de leur
territoire.
Pour comprendre les
changements subtils mais structurants que ce projet de loi apporte à la
relation entre l'État et les gouvernements
locaux, il est utile de rappeler brièvement la mécanique en vigueur. C'est dans
ses subtilités que se cache le niveau
d'autonomie des municipalités et des MRC. On sait que l'aménagement du
territoire résulte d'une cascade de
décisions et d'un jeu de conformités, évidemment, les orientations
gouvernementales, le plan métropolitain, qui doit s'y conformer, le
schéma d'aménagement, qui doit être conforme au plan métropolitain et aux
orientations gouvernementales, le plan
d'urbanisme, qui doit être conforme au schéma, et les règlements d'urbanisme,
qui doivent être conformes au plan et au schéma.
Actuellement, la loi
n'établit pas de délai précis pour compléter la révision des plans
métropolitains et des schémas. La période de révision commence au cinquième
anniversaire du schéma courant, mais la conciliation des volontés
gouvernementales et municipales sur chacun des objets d'un nouveau schéma peut
prendre des années. Le gouvernement du Québec a toutefois le pouvoir,
actuellement, d'adopter des modifications à la place de l'instance municipale
en cas d'impasse, dans le contexte, évidemment, d'une révision de schéma, ce
qui respecte l'un des fondements de la décentralisation en faisant porter à
chaque gouvernement élu le poids politique de ses décisions.
Par
ailleurs, lorsqu'une modification ou une révision du schéma d'aménagement entre
en vigueur, une obligation de concordance s'opère pour que soient apportées
aux documents devant s'y conformer les modifications nécessaires pour qu'ils
demeurent conformes. Cela doit se faire dans un délai de six mois suivant la
modification du plan ou du schéma ou dans un délai de deux ans suivant leur
révision. La LAU, actuellement, ne sanctionne pas le défaut d'adopter un
règlement de concordance.
Actuellement,
toujours lorsque le gouvernement modifie ses orientations gouvernementales, la
loi n'impose pas de modifier le schéma d'aménagement pour en tenir compte. Ces orientations
ne peuvent s'imposer que dans le contexte
d'une modification ou d'une révision du schéma initiée par l'instance
compétente. Il y a quelques exceptions, notamment, lorsqu'une modification est nécessaire pour des raisons de
sécurité publique ou pour assurer une protection adéquate des milieux
humides et hydriques. Encore une fois, pour remédier à un refus, le Conseil des
ministres a le pouvoir d'adopter la modification à la place de l'instance
municipale. Nous observons incidemment que ce pouvoir a été très peu utilisé
depuis l'entrée en vigueur de la loi.
Bien sûr, cette mécanique
que nous venons de décrire n'assure pas l'intégration parfaite des instructions
du ministre dans les décisions d'aménagement qui relèvent des autorités
locales. Elle peut, pour ce motif, sembler imparfaite du point de vue de
l'autorité provinciale, mais cette nécessaire concertation entre les paliers
local et provincial pour modifier un schéma d'aménagement dans un contexte
régulier est un rempart assurant l'exercice d'un pouvoir décentralisé aux
gouvernements locaux.
Le projet de
loi n° 16 altère cette autonomie municipale en permettant à la ministre
d'exiger de la Communauté métropolitaine ou du conseil d'agglomération
qu'il modifie son plan métropolitain ou son schéma dans un délai de six mois lorsqu'elle l'estimera justifié pour
assurer, à la suite de l'adoption de nouvelles orientations gouvernementales,
sa conformité à celles-ci pour donner suite à un bilan régional ou
métropolitain qui indique qu'une cible n'a pas été atteinte et pour améliorer
la sécurité publique, comme le prévoit déjà la loi.
La ministre notifiera un avis indiquant les
modifications qui doivent être apportées au plan métropolitain ou au schéma.
Ainsi, non seulement le gouvernement édictera ses grandes orientations, mais la
ministre pourra décider précisément de la façon dont elles doivent s'insérer
dans le schéma. Elle pourra aussi requérir l'adoption par le conseil
d'agglomération d'un contrôle intérimaire qui aura un impact direct sur le citoyen.
La ministre pourra ainsi forcer à son rythme
l'intégration des modifications qu'elle apportera aux orientations
gouvernementales dans le schéma d'aménagement et elle pourra aussi user
d'autorité pour forcer une telle modification lorsqu'elle jugera le bilan de
l'agglomération insatisfaisant.
En cas de refus d'obéir, aucune modification du
schéma ou du plan métropolitain ne pourra entrer en vigueur. Le développement
du territoire sera ainsi figé et tout projet d'aménagement nécessitant une
modification du schéma sera empêché jusqu'à satisfaction de la demande
ministérielle.
• (18 h 30) •
Le délai de six mois pour adopter la
modification exigée ne laisse pas l'espace requis à la concertation entre les paliers de gouvernement. Il faut savoir que le
cheminement d'un règlement pour modifier le schéma prend, à lui seul,
trois mois jusqu'à son adoption, et ce, sans compter le temps pris pour rédiger
la modification et délibérer au sein du conseil. Or, il est fréquent que les
demandes gouvernementales en aménagement du territoire entraînent une longue
concertation entre le gouvernement et l'agglomération. C'est au terme de ce
dialogue que les compromis acceptables pour chaque instance sont adoptés.
À titre
d'exemple, la ville de Québec a attendu pendant neuf mois des réponses du
ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques
concernant l'application du régime transitoire de gestion des rives, du
littoral et des zones inondables pour les secteurs en bordure du fleuve. Autre
exemple, le ministère de la Culture a pris 12 mois pour transmettre
les grilles et les critères devant servir à finaliser les inventaires des
bâtiments patrimoniaux. La révision du schéma d'aménagement et de développement
de l'agglomération de Québec a également nécessité de nombreuses discussions
avec différents ministères, discussions qui ont allongé la période de révision
bien au-delà du délai de deux ans prévu par la loi. L'impossibilité de modifier
ce schéma s'appliquera également lorsque le conseil d'agglomération sera en
défaut d'adopter une modification de concordance sur le plan métropolitain.
La LAU prévoira aussi l'impossibilité de
modifier le plan d'urbanisme et les règlements d'urbanisme. Si une municipalité est en défaut d'adopter un règlement de
concordance suivant une modification du schéma, les règlements
d'urbanisme ne pourront tout simplement pas entrer en vigueur. Les élus
municipaux devront choisir entre, d'une part, défendre leur vision de
l'aménagement du territoire ou leur besoin de prendre le temps d'approfondir
leur réflexion avant de statuer et, d'autre part, obéir pour abréger les
inconvénients subis, notamment, par leurs citoyens qui seront privés de la possibilité d'obtenir une modification à la
réglementation d'urbanisme pour réaliser leurs projets.
Concrètement, la ville de Québec est en défaut,
présentement, d'adopter la réglementation de concordance à son schéma
d'aménagement révisé. Elle ne compte pas le faire à court terme, puisqu'elle a
plutôt entrepris de réviser en profondeur son plan d'urbanisme. Elle a
formellement demandé au ministère de lui consentir un délai dans une résolution
adoptée par le conseil de la ville le 21 mars 2022, mais cette
demande est demeurée sans réponse. Si les dispositions du projet de loi entrent
en vigueur, la ville ne pourra apporter aucune modification à sa réglementation
d'urbanisme. Or, les instances de la ville de Québec adoptent, en moyenne,
annuellement, quelque 125 règlements d'urbanisme.
Le Président (M. Schneeberger) : Mme Chouinard...
Me Chouinard, pardon, vous avez déjà dépassé de plus d'une minute. Est-ce
qu'il vous en reste pour longtemps?
Mme Chouinard
(Isabelle) : Je vous demanderais peut-être deux ou trois
minutes additionnelles, si c'est possible.
Le Président (M. Schneeberger) : Je
ne sais pas...
Mme Laforest : ...terminer,
parce que moi, je vais plus prendre le temps, par la suite, de lire votre
mémoire. Je viens juste de le... On vient juste de le recevoir.
Mme Chouinard (Isabelle) : D'accord.
On m'a dit qu'il a été... cet après-midi.
Mme Laforest : Oui, mais on est
en commission.
Mme Chouinard (Isabelle) : D'accord.
Est-ce que vous souhaitez que je le complète ou vous...
Le Président
(M. Schneeberger) : Oui, oui, allez-y.
Mme Chouinard (Isabelle) : D'accord,
parfait. Donc, la ville de Québec adopte, en moyenne, annuellement, quelque
125 règlements d'urbanisme. Les propriétaires du territoire sont
pénalisés. Cette sanction est, au surplus, sans lien avec le manquement commis.
La modification réglementaire qui sera empêchée n'est pas nécessairement celle
qui est visée par l'obligation de concordance.
De façon constructive, nous suggérons que le
projet de loi prenne une orientation différente, en rappelant d'abord que la
décentralisation des pouvoirs demeure le fondement de cette loi, tout en
donnant au gouvernement les moyens d'intervenir si une MRC ou une ville
délaisse ses obligations ou prend trop de temps sans justification valable. Donc, nous faisons quelques suggestions d'amendements
au préambule du projet de loi, notamment pour y inscrire le principe de
subsidiarité et les principes fondateurs de cette loi.
Par ailleurs, nous comprenons que le contexte de
la lutte aux changements climatiques requiert que des orientations
gouvernementales puissent être mises en oeuvre rapidement, et les pouvoirs
ministériels actuels de requérir une modification du schéma ou du plan pour des
considérations de sécurité publique demeurent pertinents. Nous sommes
favorables à ce qu'ils soient maintenus.
Plus généralement, toutefois, vous conviendrez
avec nous que la population n'élit pas le gouvernement local pour qu'il se voie
dicter ses décisions par une autre instance. La loi confère actuellement au
gouvernement le pouvoir d'adopter des modifications au schéma d'aménagement et
au plan métropolitain en cas de défaut d'obtempérer par le gouvernement local, dans le cas où le ministre
peut déjà exiger des modifications à ces documents. Si le gouvernement
tient à élargir les motifs pour lesquels la ministre pourra demander une
modification immédiate du schéma, nous suggérons qu'il se donne un moyen de
pallier au défaut en adoptant lui-même la modification du schéma, plutôt qu'une
approche coercitive. Il pourrait en être de même pour l'imposition d'un
contrôle intérimaire.
De plus, le défaut d'adopter un règlement de
concordance au plan métropolitain ou au schéma ne doit pas entraîner
l'impossibilité de modifier les règlements d'urbanisme. Il serait cynique de
punir ainsi la population parce que l'instance municipale prend plus de temps
pour réfléchir à la manière d'intégrer à sa réglementation une modification ou
une révision du schéma d'aménagement.
Voilà l'essentiel. Je vous remercie de votre
attention.
Le Président (M. Schneeberger) : OK.
Merci beaucoup. Alors, nous allons passer à la période de questions. Mme la
ministre, la parole est à vous.
Mme Laforest : Oui. Alors,
bien, merci beaucoup pour votre présentation. C'est certain... Comme je le
mentionne, là, nous, on a reçu le mémoire cet après-midi. On est déjà en
commission parlementaire. Donc, nous n'avons
pas pu en faire la lecture. Ce que je retiens, par contre, c'est la
décentralisation des pouvoirs. On l'a toujours dit dans les
consultations, on a fait aussi les consultations avec la capitale dernièrement,
on ne fera jamais de mur-à-mur avec la LAU. Ça, c'est prévu dans le projet de
loi.
En même temps, je suis quand même réconfortée
quand vous dites, au niveau des... du zonage incitatif, le fonds du stationnement pour la mobilité durable, le processus... les processus référendaires, les
logements accessoires... Bien, c'est bien, parce qu'aussi ça, ça a été
des demandes qui ont été faites dans les régions durant les consultations. Par contre, au niveau des schémas d'aménagement,
bien, au niveau de l'accélération des schémas d'aménagement, quand vous parlez
du pouvoir de la ou du ministre, évidemment, juste à titre d'information, des
MRC qui se sont conformées aux OGAT,
depuis... ça faisait 24 ans qu'on attendait. Donc, parfois, il faut
accélérer certains processus avec les MRC, et évidemment la même chose pour les schémas d'aménagement. Mais je vous
remercie, parce que, oui, je vais prendre le temps de bien lire votre
mémoire et de vous avoir. Bien, merci quand même de vous être déplacés pour
cette commission. Merci beaucoup.
Le
Président (M. Schneeberger) :
Merci, Mme la ministre. D'autres
questions du côté ministériel? Non, ça va. Nous allons passer du côté de
l'opposition officielle. Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci. Merci,
M. Président. Et merci à vous pour la présentation. Moi également, je suis
en train de faire la lecture. Donc, malheureusement, là, je n'aurai pas
beaucoup de questions pour vous, mais peut-être parce que je viens d'arriver, page 9,
je l'ai vraiment survolée, vous mentionnez le projet de loi, puis ça, ce n'est
pas quelque chose qui a fait partie de votre
présentation, là, donc ça va venir nous le préciser, que le projet de loi
permet, là, de ne pas tenir... de ne pas tenir d'assemblée publique de
consultation, sauf s'il y a une demande d'un certain nombre de personnes. Et là
vous soulignez que ce n'est pas signifié d'où doit... d'où viennent ces
personnes, si elles sont des personnes habiles à voter ou si elles résident sur
le territoire, mais je comprends que vous êtes d'accord avec, là, la possibilité qu'en fait ce soit limité à des... à
50 signatures pour des... une ville de la taille de Québec. Vous ne voyez
pas d'enjeu de ce côté-là?
Mme Chouinard (Isabelle) : Si
tu me permets, François, je peux répondre. Écoutez, c'est... La ville de Québec
s'est dotée d'une politique exemplaire de participation publique. On est une
des seules villes à avoir exercé les pouvoirs qui sont aujourd'hui abrogés dans
la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, sans toutefois se soustraire de l'approbation référendaire. Donc, je ne pense
pas que la ville va utiliser souvent le pouvoir de se soustraire. Je crois
qu'elle va généralement tenir des assemblées de consultation. Cependant, c'est
vrai que, dans certains cas, c'est un peu inutile. Donc, c'est un... Cet
assouplissement-là, nous, on le voit d'un bon oeil. Maintenant, si la loi ne
précise pas si les citoyens doivent être des résidents du territoire,
bien, on pourrait avoir théoriquement des groupes de pression de Montréal qui
demandent des assemblées sans se pointer. Alors, on va se ramasser encore
devant des salles vides. Alors, c'est pour ça qu'on suggérait peut-être que ce
soit précisé que ce soit des personnes du territoire de la ville ou habiles à
voter.
Mme Dufour : Vous avez
mentionné que, parfois, c'était inutile. Et là, en précision, en contexte, là,
pendant huit ans, j'étais à la ville de
Laval. J'étais responsable des dossiers d'urbanisme et j'ai tenu moi-même
plusieurs assemblées de consultation
de zonage. Il est vrai que, parfois, il n'y a pas de gens qui se présentent,
mais il y a un enjeu, c'est que, là, présentement, ce que le projet de
loi présente... propose, c'est que ce soit écrit, des consultations écrites. Et
il y a quand même, j'ai souligné ça juste
avant, il y a 45 % de gens qui seraient analphabètes fonctionnels. Donc, il y a...
il n'y a pas un risque qu'on exclut
des gens en ne leur permettant pas de voir visuellement, dans le fond, et à
entendre les... ce que le projet, là, le changement propose plutôt que
d'en prendre connaissance seulement à l'écrit?
• (18 h 40) •
Mme Chouinard (Isabelle) : Bien,
moi, je le voyais, personnellement, l'ajout de l'écrit, comme un avantage
additionnel pour permettre aux citoyens de s'exprimer. D'ailleurs, dans notre
politique de participation publique, on prévoit une consultation écrite, qu'on
devra adapter, là, parce qu'elle est un peu moins longue que celle prévue dans
le projet de loi. Et donc, dans la mesure où je ne pense pas que, lorsqu'il y a
matière à consultation, la ville va s'en soustraire,
on ne voit pas d'enjeu pour la ville de Québec par rapport à cette
modification-là. Peut-être, François, tu peux compléter.
M. Trudel (François) : En
effet, lorsqu'il y a des consultations, par exemple, sur le programme
particulier d'urbanisme de Saint-Roch, on est même allé jusqu'à travailler avec
des organismes du milieu. On a eu la caravane qu'on a appelée PPU. On se
rendait directement sur place puis on, vraiment, vulgarisait de façon orale, de
façon même ludique, les enjeux pour faire ressortir ces enjeux-là du
territoire. Effectivement, ça va être utilisé seulement lorsqu'il y a des
modifications qui sont un petit peu sur, par exemple, le règlement harmonisé
d'urbanisme où on va venir changer certaines dispositions ou des erreurs
cléricales. Donc, c'est... Je pense qu'on va aller chercher puis gagner de la souplesse, de l'efficacité. Mais,
lorsqu'il y aura des enjeux, tel que défini dans notre politique, pour nous,
c'est clair que cette disposition-là ne sera pas utilisée, là.
Mme Dufour : Je comprends. Et
bravo, parce que ça semble, effectivement, des méthodes de consultations exemplaires que vous offrez à vos citoyens. Vous
écrivez : «Nous demandons de préciser qu'il doit s'agir de personnes
habiles à voter.» Donc, dans le choix de tenir le nombre de personnes, là, qui
signeraient, là, la demande de tenue d'une
assemblée publique, je vais vous demander votre définition de qu'est-ce que
c'est, des personnes habiles à voter, selon vous, parce qu'il y a une
petite ambiguïté dans la loi actuelle.
Mme Chouinard (Isabelle) : Bien,
évidemment, nous, on s'en remet au concept de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités. Donc,
c'est des personnes qui sont admissibles, là, à la liste électorale. Mais là je
ne pourrais pas vous donner le détail parce que je ne l'ai pas étudié
récemment, mais on est habitués avec ce concept-là
dans les municipalités puisque ce sont elles qui peuvent requérir,
notamment, l'approbation des règlements par les personnes habiles à voter. Donc, ces listes-là sont déjà
confectionnées. On est en mesure d'identifier qui a le droit de voter,
là, sur le territoire.
Mme Dufour : ...ville
de Québec, la liste électorale pour établir, dans le fond, le nombre de
personnes habiles à voter. Parce que, dans la loi, ça précise que c'est,
à défaut d'avoir la liste électorale, les municipalités peuvent utiliser le nombre d'habitations, d'unités, là, dans la
zone, et il y a des villes que c'est ce qu'ils utilisent. Donc, c'est pour ça
que je vous posais la question.
Mme Chouinard
(Isabelle) : Je crois que, chez nous, c'est bien... c'est tenu
à jour, à... Il n'y a pas d'ambiguïté, je pense, sur la liste.
Mme Dufour : Excellent. Bien,
pour moi, ça complète. Je vous remercie beaucoup.
Mme Chouinard (Isabelle) : Merci.
Le
Président (M. Schneeberger) :
Alors, merci. Merci à la députée
de Mille-Îles. Alors, pour notre part, je vous remercie pour votre
contribution. Salutations à M. Bruno Marchand de notre part.
Et puis, pour nous, bien, on ajourne les travaux
à demain, mercredi, alors que la commission reprendra après les travaux... les
avis touchant les travaux. Bonne soirée.
(Fin de la séance à 18 h 44)