(Onze
heures seize minutes)
Le
Président (M. Schneeberger) :
Alors, bon matin, tout le
monde. Alors, je déclare le quorum. Alors, bienvenue à la Commission de l'aménagement du territoire.
Alors, je vous rappellerais juste de bien vouloir regarder vos sonneries.
Je vais le faire moi-même.
Alors, la commission
est réunie ce matin afin de poursuivre les consultations et auditions publiques
sur le projet de loi n° 45, Loi modifiant la Loi sur la sécurité dans les
sports afin principalement de renforcer la protection de l'intégrité des
personnes dans les loisirs et les sports.
M. le secrétaire,
est-ce que nous avons des remplaçants?
Le Secrétaire :
Oui, M. le Président.
M. Fontecilla (Laurier-Dorion) est remplacé par M. Marissal
(Rosemont).
Auditions (suite)
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, ce matin, nous recevons deux
groupes, la Sûreté du Québec et, pour commencer, nous recevons l'Association
québécoise pour le loisir des personnes handicapées. Alors, bonjour à vous deux. Je vous demanderais, dans un premier temps,
de vous présenter à tour de rôle et, par la suite, enchaîner avec votre
présentation.
Association québécoise pour le loisir des
personnes handicapées (AQLPH)
Mme Bergeron (Geneviève) : Parfait.
Bonjour, M. le Président. Bonjour, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés
membres de la commission. Je suis Geneviève Bergeron, directrice générale de
l'AQLPH, accompagnée par Mme Alexandra Gilbert, directrice générale
adjointe de l'AQLPH.
L'Association
québécoise pour le loisir des personnes handicapées, AQLPH, est reconnaissante
de l'opportunité qui lui est offerte de participer à la Commission de
l'aménagement du territoire concernant le projet de loi n° 45 modifiant la
Loi sur la sécurité dans les sports afin principalement de renforcer la
protection de l'intégrité des personnes dans les loisirs et dans les sports.
L'AQLPH est un
organisme national de loisir qui a vu le jour en 1979, né d'une volonté des
organismes locaux de porter des initiatives provinciales. L'AQLPH a pour
mission de regrouper, concerter, représenter et outiller les acteurs clés des différentes régions du Québec
oeuvrant à l'accessibilité aux loisirs pour les personnes handicapées en
se positionnant comme un leader et un facilitateur. La force de notre
association repose sur son réseau dynamique et engagé de 179 organisations
membres présentes partout au Québec et qui oeuvrent de près avec la population.
Comme
la politique Au Québec, on bouge! le mentionne, les effets bénéfiques des
activités physiques, des sports et des loisirs sur la santé physique et
mentale sont importants et indéniables. Plus particulièrement pour les
personnes handicapées, tant adultes que
jeunes, le loisir apporte des bienfaits psychologiques, physiques et sociaux,
par exemple le développement des habiletés et des compétences sociales, la
sensibilisation et la mobilisation de la communauté, le renforcement
d'une autonomie et de l'estime de soi, pour n'en nommer que quelques-uns.
Les nombreuses
activités de loisir pour les personnes handicapées se déroulant partout au Québec
favorisent la socialisation, et on peut
facilement y remarquer des impacts sur leur développement global et un réel
épanouissement. C'est pourquoi nous reconnaissons et saluons l'ajout du
loisir dans le projet de loi n° 45. Considérant que nos actions sont
toutes dédiées à une clientèle vulnérable, nous sommes interpelés par le projet
de loi et nous avons le souci que les
personnes handicapées, leurs proches ainsi que les organisations pour personnes
handicapées ne soient pas oubliés dans le processus. Nous portons
aujourd'hui leurs voix et leurs préoccupations.
L'esprit derrière le
présent projet de loi, à savoir de renforcer les mesures en place concernant la
protection de l'intégrité en loisir et en
sport, prend tout son sens lorsqu'on parle des personnes handicapées qui
peuvent présenter certaines vulnérabilités. Nous souhaitons vous
sensibiliser à ces vulnérabilités de façon qu'elles ne... qu'elles soient
considérées dans les mécanismes prévus par la loi.
Mme Gilbert
(Alexandra) : L'AQLPH reconnaît et respecte les efforts que le
gouvernement déploie afin de préserver la sécurité et l'intégrité des
participants et participantes aux activités de loisir et de sport. Cependant,
nous avons des préoccupations quant aux moyens qui seront pris pour rejoindre
les personnes handicapées. En effet, il sera important de considérer la grande
diversité de handicaps afin de répondre adéquatement à de nombreux besoins,
notamment en termes de prise en charge et d'accompagnement ainsi que de
communication. La communication et la connaissance de soi ou les aptitudes cognitives
sont des sphères de besoins qui peuvent présenter certains enjeux dans
l'intervention auprès des personnes handicapées.
• (11 h 20) •
En effet,
exprimer ses besoins, se faire comprendre, raisonner ou analyser des
situations, comprendre, intégrer ou retenir les informations sont...
n'en sont que quelques exemples. Les mécanismes de dénonciation et de
traitement des plaintes devront considérer
ces enjeux. Par exemple, est-ce qu'une personne tierce partie pourra déposer
une plainte pour la personne
handicapée si celle-ci n'est pas en mesure de le faire? Est-ce qu'une personne
en dehors de la situation mais témoin pourrait porter plainte au nom
d'une personne handicapée? D'autant plus que de nombreuses personnes sont amenées à interagir et intervenir auprès des
personnes handicapées, des personnes formées et habilitées pourraient
rapporter et mettre fin aux comportements prohibés.
L'AQLPH aimerait aussi porter à votre attention
d'offrir une information claire et accessible, dans tous les sens du terme, quant à la loi et ses mécanismes,
considérant que l'accessibilité à l'information constitue un frein majeur pour
les personnes handicapées. En effet, 48 % des personnes handicapées
mentionnaient vivre des obstacles liés à la communication et 17 % d'entre
elles mentionnaient vivre des obstacles liés aux activités en ligne.
Privilégier des communications simplifiées et accessibles sera important afin
de rejoindre les personnes handicapées, qu'elles se sentent interpelées par
cette loi et ses protections, de même que tous les mécanismes qui en découlent,
et qu'elles en bénéficient réellement. Nous recommandons que les mécanismes mis
en place pour appliquer la loi soient adaptés aux
différentes réalités de tout type de handicap, tels que la réglementation, les
outils de diffusion ou le processus de plainte. Forte de son expérience et de son expertise, l'AQLPH est un partenaire de
choix dans la concrétisation de cette recommandation.
L'AQLPH
aimerait porter à votre attention l'importance de clarifier le processus de
dénonciation. L'article 30.13 mentionne clairement que le Protecteur
de l'intégrité en loisir et en sport prêtera assistance à toute personne qui le
requiert pour la formulation de sa plainte
ou pour toute démarche s'y rapportant. Nous souhaitons souligner l'importance, pour
le Protecteur de l'intégrité et ses représentants, d'être bien formés à
interagir avec la clientèle handicapée. Nous pensons
principalement aux handicaps qui présentent des besoins au niveau de la
communication et des aptitudes cognitives, qui peuvent nécessiter un accompagnement différent lors du processus de
dénonciation. L'AQLPH souligne l'importance de multiplier les canaux de
communication pour porter plainte.
Également, lors du processus décisionnel, un
accompagnement est nécessaire pour la personne plaignante, mais également pour la personne contrevenante dans
le cas où celle-ci serait une personne handicapée. Concrètement,
lorsqu'une personne fera une plainte qui est jugée recevable ou non recevable,
quelles démarches seront prises pour expliquer la décision qu'elle... par
exemple, à une personne ayant une déficience intellectuelle afin que celle-ci
comprenne bien les raisons et n'hésite pas à porter plainte de nouveau si elle
est victime de comportements prohibés? Dans
le cas où la personne contrevenante serait une personne handicapée, quel suivi
sera offert afin d'assurer la compréhension de la portée du geste et
d'éviter toute récidive?
Nous recommandons que le Protecteur de
l'intégrité en loisir et en sport ainsi que son équipe reçoivent annuellement
une formation pratique afin de les préparer à accueillir les plaintes et
communiquer avec des personnes handicapées. Nous reconnaissons que plusieurs
partenaires du milieu seraient aptes à collaborer dans la réalisation de cette
recommandation, tels que l'OPHQ, la CDPDJ, le RLSQ, le CQL, Sport'Aide et
l'AQLPH.
Mme Bergeron (Geneviève) : L'AQLPH
souhaiterait mettre en lumière le contexte de pratique de loisir pour les
personnes handicapées. La grande diversité d'organisations, d'activités et de
milieux dans lesquels se déroulent ces loisirs ajoute certainement une
complexité dans l'application de la loi et de ses mécanismes. Une attention particulière doit être portée sur le transport
et sur les lieux transitoires. Considérant qu'une grande partie des
personnes handicapées n'est pas autonome dans son transport vers le lieu de
pratique de loisir, nous questionnons les champs
d'application de la loi. Est-ce que la présente loi s'appliquera également aux
situations ayant lieu dans les transports ou dans les lieux de
transition entre le domicile et la pratique de loisir?
Nous pensons, entre autres, au transport adapté,
au taxi, au covoiturage, aux périodes d'attentes dans le hall d'un centre
communautaire ou encore une cafétéria de salle de quilles. Jusqu'où le
Protecteur de l'intégrité en loisir et en sport peut intervenir et agir? Il est
important que les limites de la loi soient bien définies et communiquées, tout comme nous jugeons extrêmement important de mettre
en place des mécanismes de concertation et de communication entre les différents acteurs de la pratique de
loisir pour aller au-delà du cadre d'intervention de la loi. Nous recommandons une clarification des limites d'application de la
loi et des mesures palliatives pour assurer la protection de la personne
handicapée dans sa pratique de loisir. L'expérience complète doit être
considérée du départ du domicile au retour à la fin de l'activité.
À la lumière de ces préoccupations, l'AQLPH
rappelle l'importance du présent projet de loi. Nous souhaitons réitérer notre
appui dans l'inclusion des personnes handicapées dans l'application de la loi
et les mécanismes associés. Les organismes de notre réseau, nos membres et les
acteurs du milieu doivent être considérés dans
la mise en oeuvre de la loi et reconnus pour leur compétence et connaissance
des nombreux besoins des personnes handicapées.
Ils seront les acteurs de premier plan et devront composer au quotidien avec
les retombées de la loi, notamment la vérification des antécédents
judiciaires et l'accompagnement dans le processus de plainte.
De par notre rôle de leader et de facilitateur,
nous sommes un partenaire de choix et nous assurons le gouvernement de notre soutien dans les suites à venir. Nous terminons en
rappelant nos trois recommandations : que les mécanismes de mise en place pour appliquer la loi
soient adaptés aux différentes réalités de tout type de handicap, que le
Protecteur de l'intégrité en loisir et en sport ainsi que son équipe reçoivent
annuellement une formation pratique afin de les préparer à accueillir les plaintes et
communiquer avec les personnes handicapées, qu'une clarification des limites
de l'application de la loi et des mesures palliatives pour rassurer la personne
handicapée soit mises, considérer l'expérience complète du départ du domicile
au retour à la fin de l'activité.
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, merci beaucoup pour votre présentation. Alors,
nous débutons maintenant une période
d'échange en commençant avec la ministre. Alors, vous avez un
16 minutes... 16 minutes et quart.
Mme Charest :
Et quart?
Le Président (M.
Schneeberger) : Et quart, et 15, oui, plutôt.
Mme Charest :
J'ai perdu 15 secondes. Alors, bonjour. Merci, M. le Président.
Bonjour, mesdames. Merci d'être ici
aujourd'hui pour nous partager la réalité que votre association et ses membres
vivez. J'aurai quelques petites questions, évidemment, pas pour répondre à vos
questions, mais plutôt vous en poser puis en susciter davantage.
J'aimerais savoir
quelle est la situation actuelle ou quel genre de mécanisme de plainte existe
déjà. Donc, dans une situation quelconque,
que ce soit dans le transport ou, tu sais, peu importe, là, quels sont... est-ce
qu'il existe un mécanisme de plainte? On va commencer avec ça.
Mme Bergeron
(Geneviève) : ...parle de transport, il existe autant de mécanismes de
plainte qu'il existe de transporteurs. Donc, ça, c'est un gros enjeu parce que,
peu importe où vous êtes transportés, le mécanisme de plainte est différent.
Donc, il faut d'abord comprendre qu'il y a une situation d'abus. Il faut
trouver où on porte plainte et il faut
donner suite à ce mécanisme-là. Donc, dans le transport, c'est très varié,
c'est différent. Pour ce qui est de la pratique de loisir, on est comme nos collègues, là, on a une politique
d'intégrité et... Mon Dieu! J'ai oublié le nom. Avec Je porte plainte...
Mme Gilbert
(Alexandra) : L'Officier des plaintes.
Mme Bergeron
(Geneviève) : Merci. Avec l'Officier des plaintes, on est dans le même
processus pour nos collègues et les activités qui se passent sur le terrain.
Mme Charest :
OK. Donc, c'est le mécanisme qui est utilisé actuellement, mais, dans tout
ce qui englobe la pratique ou l'activité, il n'y a pas systématiquement de
mécanisme.
Mme Bergeron
(Geneviève) : Non.
Mme Charest :
Quand, bon, par exemple, il y a
une attente dans un centre communautaire, des trucs comme ça, ça se
réfère aux centres... Non, ça...
Mme Bergeron (Geneviève) : Ça
se référait probablement aux centres communautaires, mais, si c'est difficile
pour nous de le savoir, imaginez, pour le plaignant, à quel point ça peut être
difficile de savoir où porter plainte.
Mme Charest :
Ou ce seraient les droits de la personne, principalement, donc, ce serait
là, habituellement, que les plaintes seraient logées, au Protecteur du citoyen,
peut-être, ou...
Mme Bergeron (Geneviève) : J'aurais
envie de dire même la police. Tu sais, c'est de voir, là... ça va être
vraiment...
Mme Charest :
La nature de... OK. En ce qui
concerne la vérification des antécédents judiciaires, maintenant, c'est
quoi, la situation actuelle? Qui... qui est vérifié, à quelle fréquence,
quelles... quelles sont les directives, les obligations, un petit peu le
portrait, là...
Mme Gilbert
(Alexandra) : C'est une pratique qui est courante dans notre milieu
parce que nos organismes, nos membres dans notre milieu, ils sont habitués de
travailler avec une clientèle vulnérable. Donc, ils ont déjà des politiques en
place. Ça va donc être chaque organisation qui a sa propre politique et qui va
mettre en place cette... cette dite
politique. Donc, c'est dur d'avoir un délai x précis pour... qui est uniforme à
l'ensemble de nos... dans notre milieu, mais c'est une pratique
courante. C'est sûr qu'il y a des enjeux, notamment, parce qu'il y a du
roulement de personnel. Donc, il faut... il faut refaire le processus dès qu'il
y a du nouveau personnel. Les délais, on rejoint, là, nos partenaires... ce que nos partenaires ont nommé
hier, les délais sont longs. Il n'y a pas d'uniformité à travers la province.
Donc, c'est un enjeu, pour notre... notre
milieu, de le faire déjà, mais on salue quand même que ce soit inclus, là, dans
le projet de loi. Ça ne peut qu'être bénéfique.
• (11 h 30) •
Mme Charest :
Donc, concrètement, maintenant, avec cette obligation-là de vérification
qui... qui arriverait, ça changerait quoi? Parce que, là, vous avez un portrait
sommaire des organismes qui le font. Les organismes ne sont pas tous membres de
l'AQLPH, je présume?
Mme
Gilbert (Alexandra) : Effectivement, les organismes ne sont pas tous
membres de notre... de notre association. Ce que ça changerait, c'est les
leviers, les ressources, les ententes-cadres qui sont prévues dans le projet de
loi. Donc, c'est un peu ce qui...
Mme Charest :
Donc, ce serait un facilitateur s'il y a des ressources. Dans le nombre de
vérifications, ça se ressemblerait, grosso modo, mais... Oui et non?
Mme Bergeron
(Geneviève) : Moi, j'ai envie de dire que ça pourrait augmenter le
nombre de vérifications, parce qu'aussitôt qu'on a un cadre, aussitôt qu'on a
une obligation, aussitôt que c'est dans la loi, c'est beaucoup plus facile. Ma
collègue le disait, on a un levier. Donc, nous, on peut dire... On peut faire
de la prévention. On peut le mentionner, on
peut même l'exiger dans certains programmes de financement, mais, aussitôt que
c'est cadré, ça devient systématique, donc, là, c'est un bon levier
qu'on a.
Mme Charest :
Est-ce que vous utilisez aussi, avec le PAGAC, Je bénévole? Donc, vous avez
accès à ces... à ces ressources financières là?
Mme Bergeron (Geneviève) : Oui,
oui, pour plusieurs de nos organisations, pas l'entièreté, mais, pour plusieurs
de nos organisations, oui.
Mme Charest :
OK. Ils vont utiliser cette ressource-là. Vous parlez, dans votre
préambule, dans votre première orientation, de la difficulté de l'utilisation
du téléphone. On sait que Sport'Aide, hier, nous... nous disait que c'était... c'était une façon de porter plainte.
Vous dites que ça peut être une difficulté. Donc, on ne vient pas rejoindre
toute la clientèle. Vous proposez quoi puis qu'est-ce qui devrait être...
Mme Bergeron
(Geneviève) : En fait, ça se passe à deux niveaux. Il faut comprendre
que, dans les outils qu'on met à la
disposition, il faut s'assurer d'avoir un langage simplifié qui est compris par
tout le monde. Il faut s'assurer d'avoir des outils qui sont lisibles
par un lecteur d'assistance. Il faut s'assurer d'avoir, au niveau du contraste
de couleur, accessibilité visuelle, d'avoir les bons contrastes. Déjà là, on
s'assure que les outils sont intelligibles et sont compréhensibles par la
population.
Ensuite, il faut
multiplier les canaux de communication. On sait très bien qu'un seul canal de
communication n'arrivera pas à rejoindre tout le monde. Donc, multiplier les
canaux de communication, oui, porter plainte par écrit, mais porter plainte par téléphone. On reçoit, nous, dans le cadre de la
Carte Accompagnement Loisir, encore beaucoup de demandes papier. Donc, est-ce que c'est possible d'envoyer une
plainte papier, un formulaire PDF en ligne, donc, toutes les façons de
porter plainte possibles?
Puis, pour
communiquer l'information, c'est aussi de multiplier les canaux de
communication, on parle... utiliser des pictogrammes, des communications
écrites, des affiches, des capsules qui pourraient être traduites en langage des signes québécois, des publicités dans
les médias de masse. Donc, plus on multiplie les canaux de communication, plus on va être en... on va être
capables de rejoindre la population et de rendre notre message intelligible
et compréhensible.
Mme Charest : Dans votre recommandation, la première, elles ne
sont pas numérotées, mais on y va chronologiquement, vous parlez de mettre
en place des mécanismes, là, telle la réglementation. Présentement, quelle est
la situation, avec l'AQLPH, avec ces organismes, en termes de réglementation?
Donc, je ne sais pas, un ratio d'intervenant par utilisateur, est-ce qu'il y a
une forme de réglementation quelconque?
Mme Bergeron
(Geneviève) : Non, parce qu'on n'intervient pas dans un champ de
loisir en particulier. Nous, on intervient dans tous les champs de loisir
personne au niveau personnes handicapées. Donc, tous les champs de loisirs possibles sont nos champs
d'intervention. Ça fait qu'on n'a pas une réglementation précise. Ce ne sont
pas nos champs d'intervention.
Mme Charest :
Continuez, je...
Mme Bergeron
(Geneviève) : Non, non, non, c'est beau.
Mme Charest :
J'avais l'air de... Donc, il n'y a pas un minimum ou un plancher de degré
de sécurité ou de réglementation qui peut être appliqué. Ça va vraiment en
fonction de...
Mme Bergeron
(Geneviève) : En fonction du type de loisir, parce que ce n'est pas la
même chose d'aller jouer aux quilles que d'aller faire de l'escalade. Donc, tu
sais, on s'entend que les loisirs peuvent être très variés et très différents. Donc, on ne peut pas intervenir
au niveau de la réglementation. On peut offrir des bonnes pratiques ou des
pratiques inspirantes qu'on va...
Mme Charest :
Ça, est-ce que vous avez déjà... oui, vous avez déjà des guides?
Mme Bergeron (Geneviève) : Ça,
on a des outils, ça, on le fait avec nos membres, mais on n'a pas de
réglementation. On n'a pas...
Mme Charest :
Proprement dite.
Mme Gilbert
(Alexandra) : On va aussi beaucoup référer aux réglementations des
autres organisations et fédérations qui existent au Québec parce qu'ils sont
les spécialistes dans leur champ de compétence. Nous, on est spécialistes de
plusieurs champs de compétence.
Mme Charest :
Donc, ça, ça peut se... Il peut y avoir ce genre de réglementation avec les
sports et avec les loisirs aussi ou... et
différerait comment? Est-ce que le sport serait plus de niveau sécurité, alors
que les loisirs seraient plus de niveau d'intégrité, ou ça n'a pas...
Mme Bergeron
(Geneviève) : Bien, ça dépend encore de la pratique de loisirs. Ce
n'est pas la... d'un loisir à l'autre, ce n'est pas les mêmes règlements de
sécurité, mais c'est sûr que nous, on trouve qu'il y a beaucoup plus de
vulnérabilité chez notre clientèle au niveau de l'intégrité. Donc, c'est sûr
qu'assurément que c'est là... c'est là pour nous où la loi est un levier
intéressant, protéger l'intégrité de notre clientèle dans leur pratique de
loisirs.
Mme Charest :
Vous m'amenez à une question,
puis il en a été beaucoup question hier, la définition d'intégrité. Il n'en est pas question dans votre mémoire, mais
quelle est votre position? Puis quel genre de définition ferait en sorte qu'on
rejoigne toutes les situations potentielles qui pourraient porter atteinte à
l'intégrité?
Mme Bergeron
(Geneviève) : J'aurais envie de vous dire que ce n'est pas notre champ
de compétences puis je me trouverais vraiment un imposteur d'arriver
aujourd'hui puis de vous donner une définition de l'intégrité. Je crois qu'il y a des collègues hier qui l'ont fait
bien mieux que nous, on pourrait le faire aujourd'hui. Pour moi, ce qui est
important, par contre, c'est que ce soit une
définition très globale, plus large que moins. Et ce serait... ce qui est
important vraiment pour moi, c'est de... la façon dont ça va être
vulgarisé et communiqué afin que la clientèle comprenne bien qu'est-ce que
c'est, la protection de son intégrité.
Mme Charest :
OK. Donc, plus dans la
réglementation que dans la loi proprement dite, qui peut être plus large, justement,
pour ne pas... hier, je l'ai dit hier aussi à plusieurs reprises, là, quand on
commence à nommer une forme de violence, ou
peu importe, bien, on exclut celles qu'on n'a pas nommées, là. Attendez que je
voie mes petites notes... Vous parlez
aussi, bon, de la formation pour le protecteur, pour l'équipe, et tout ça.
J'aimerais ça que vous me dressiez un profil du PILS parfait ou, en tout
cas, souhaitable.
Des voix :
...
Mme Charest :
Pas... pas le député de Marquette, évidemment.
Mme Bergeron
(Geneviève) : En fait, je pense que ce serait quelqu'un... bien,
quelqu'un, une entité, là, on va dire, une entité qui est au fait de toutes les
particularités de sa clientèle. Donc, comment on parle à tout type de clientèle, comment on reçoit une plainte et on
s'assure que la personne se sent accueillie, se sent considérée, qu'on va
chercher les clés... Parce que, vous savez, là, au niveau de différents types
de handicap, parfois, c'est difficile de structurer
sa pensée, d'avoir les bons mots pour exprimer ce qu'on a à exprimer, d'exprimer
nos émotions clairement. Donc, pour moi, le PILS idéal serait en
mesure... aurait une équipe formée pour être en mesure justement d'accueillir ces plaintes-là et d'accompagner les plaignants si
la plainte, elle n'est pas recevable. Bien, pourquoi? De bien l'expliquer
pour ne pas que la personne ait peur de reporter plainte en cas de situation
d'abus ultérieur.
Mme Charest :
Oui. Vous parlez plus loin, puis je vais céder ensuite la parole à mon
collègue de Jonquière, vous parlez dans la troisième recommandation que vous
recommandez des mesures palliatives. Ça, j'aimerais vous entendre là-dessus.
Qu'est-ce qu'on entend par mesures palliatives?
Mme Bergeron
(Geneviève) : Bien, dans le cadre où la loi, par exemple, n'irait pas
jusqu'au transport adapté ou jusque... comme
je vous parlais, par exemple, une attente dans le centre communautaire. Pour
nous, ça, c'était important que le protecteur de l'intégrité puisse
quand même accompagner la personne. On ne voudrait pas que la plainte tombe entre deux chaises parce que ce
n'est pas de notre ressort. On dit : Bien, ce n'est pas nous qui s'occupe
de la plainte, donc merci, allez faire une plainte à votre transporteur.
Ce que nous, on
souhaite, c'est qu'il y ait un accompagnement et un suivi de la personne
handicapée qui va aller porter plainte, lui dire : Bon, bien, voici, c'est
un autre mécanisme, on va t'accompagner, on va s'assurer que ta plainte là-bas, elle soit reçue aussi, peut-être
même que le protecteur de l'intégrité puisse lui-même transférer la plainte
à la bonne institution. Puis on parle aussi, peut-être, de créer un lieu de
concertation où toutes les parties prenantes du
loisir pourraient être réunies, entendre la même information et se concerter au
niveau des enjeux qui sont vécus sur le territoire.
Mme Charest : Super, merci. Yannick,
je te passe la puck.
M. Gagnon : Mme Bergeron,
c'est un plaisir de vous accueillir, Mme la directrice générale. Tout à
l'heure, Mme la ministre demandait justement le profil idéal du PILS. Je
voulais juste voir si... je voulais juste vous entendre sur quelque chose en lien avec le protecteur de l'intégrité. Je voyais
quelque chose de très intéressant, puis on sent aussi toute l'importance en
lien avec votre rencontre aujourd'hui, vous disiez que, le protecteur de
l'intégrité, ce serait bien qu'il reçoive une formation pratique pour
accueillir justement particulièrement les plaintes, là, pour les personnes
handicapées.
Hier, on a eu
un groupe qui proposait que le protecteur de l'intégrité soit accompagné d'une
équipe multidisciplinaire avec certaines expertises. Est-ce que, dans
cette vision-là que les gens nous ont proposée hier, vous seriez d'accord que
plutôt... ou sensiblement qu'on maintienne la formation, ou peut-être qu'on
explore aussi, si ce serait une équipe
interdisciplinaire, qu'il y ait une expertise ou un champ d'expertise alentour
du protecteur de l'intégrité qui viendrait un peu sensibiliser la... on
pourrait dire, la plainte pour la personne handicapée? Est-ce que... est-ce que
c'est quelque chose qu'on peut explorer?
• (11 h 40) •
Mme Bergeron (Geneviève) : Oui. Oh
mon Dieu! Je... Oui, c'est sûr que d'avoir un champ d'expertise puis d'avoir
quelqu'un spécialisé au sein du protecteur de l'intégrité, ce serait une bonne
chose, assurément, mais j'ai envie de dire que plus il va y avoir de gens
formés, mieux ça va être. Ça n'exclut pas de former tout le reste du personnel, d'être sensibilisé à la réalité, parce
que, tôt ou tard, ils vont être en contact avec une personne en situation de
handicap, ils vont avoir à gérer ces
plaintes-là, ou à les comprendre, ou conseiller leurs collègues. Donc, pour
moi, c'est important quand même qu'il y ait une formation ou une
sensibilisation, au minimum, à tout le personnel.
Mme
Gilbert (Alexandra) : Puis qu'il y ait une imputabilité aussi de toute
l'équipe et du Protecteur de
l'intégrité en loisir et en sport.
M. Gagnon : Je vous entends très
bien. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Ça
va comme ça?
Mme Charest : ...
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Alors, parfait. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition
officielle avec le député de Marquette pour 12 min 23 s.
M. Ciccone : Merci beaucoup. Rebonjour à vous, Mme la ministre, à votre équipe.
Bonjour à vous deux. Merci beaucoup d'être parmi nous. J'ai lu attentivement
votre mémoire. Puis on apprend beaucoup de choses, hein, on apprend beaucoup de
choses, puis c'est pour ça que vous êtes là aujourd'hui, pour nous sensibiliser
justement aux enjeux de vos membres. Parce que, ce projet de loi là, on va tous
travailler ensemble pour l'améliorer, pour l'amender, le rendre meilleur, pour
ne pas laisser personne sans service.
Tantôt... puis je vais faire tout de suite du
chemin avec ce que... parce que c'est frais, là, avec ce que le député de
Jonquière a dit au niveau de la formation puis des équipes multidisciplinaires.
Ce que je voyais dans votre mémoire, c'est
que vous nous sensibilisez à la réalité, là, à la... à la réalité des choses,
parce que, je veux dire, avec des personnes handicapées, des personnes
qui ont de la difficulté de communication, de compréhension pour certains, il
faut agir de façon différente. Puis il faut avoir le résultat... le même
résultat qu'une personne dite... je ne veux pas être péjoratif, mais qui n'est
pas handicapée, là.
On parlait... le député de Jonquière parlait
d'équipe multidisciplinaire. Moi, la façon que je vois ça, puis dites-moi si je
suis dans le champ, là, c'est que, même s'il y a un spécialiste ou quelqu'un
qui est spécialiste en matière de communication avec des personnes handicapées,
qui ont de la difficulté, moi, personnellement, je trouve que tout le monde au protecteur de l'intégrité
devrait être sensible. Parce que, si on se fie juste sur une ou deux personnes
qui est spécialiste, moi, je trouve qu'on manque le bateau, là, parce que,
quand on doit répondre rapidement, il faut qu'une personne soit là. Alors,
moi... moi, je pense que tout le monde devrait être formé à ce niveau-là, un
peu dans votre suggestion...
Mme
Bergeron (Geneviève) : C'est exactement mon point. Puis il faut penser
qu'on est dans une ère de mobilité de la main-d'oeuvre aussi. Donc, ce n'est
pas exclu que la personne spécialiste parte rapidement et doive être remplacée
rapidement. Donc, aussi bien former plus que pas assez.
M. Ciccone : Au niveau de la formation plus spécifique, là, quel genre
de formation le protecteur à l'intégrité... Parce que, là, on va le définir,
là, c'est-tu une personne, le protecteur de l'intégrité, c'est-tu une équipe, mais ça, on va faire le travail pendant la...
l'étude détaillée. C'est quoi spécifiquement que le protecteur ou les gens qui vont
l'entourer, l'équipe devraient avoir comme formation et spécialité, si je peux
l'appeler ainsi, pour être capable de bien faire son travail, là?
Mme Gilbert (Alexandra) : Bien, c'est sûr que ça va
être des mises en situation, on ne s'en sort pas, avec la... l'aisance
vient avec la pratique, donc des mises en situation sur comment... on va y
aller très... très concrètement, très spécifiquement, comment... comment on explique
une décision à une personne qui a une déficience intellectuelle, quels mots on va choisir. On a tendance des fois à mettre
plus de mots que pas assez... que trop, c'est-à-dire. Donc, spécifiquement,
comment communiquer ces informations-là? On va donner des clés, des trucs, des
stratégies inclusives. Est-ce que c'est...
Est-ce qu'on va avoir des supports visuels, par exemple? Donc, on va parler de
ça. Il y aura une sensibilisation aussi à quelle est l'approche. On va
aussi, on le voit déjà dans nos formations partout au Québec en ce moment,
déconstruire quelques mythes et peut-être préjugés envers les personnes
handicapées.
M.
Ciccone : Parce qu'il faut considérer
aussi le fait que, chez vous, vos utilisateurs ont... il y en a qui sont
malentendants, il y en a qui sont malvoyants. Il faut être capable de
communiquer avec eux autres aussi. Il y en a qui ont de la difficulté à parler.
Ça fait qu'il faut avoir... dans le fond, ce que j'entends, c'est qu'il faut
avoir ces outils-là disponibles au protecteur de l'intégrité pour être capable
de... Moi, j'avais un cousin qui était... qui était aveugle, mais il écrivait.
Il avait les sons puis il était capable d'appeler quelqu'un. Tu sais, il
était... il était capable de faire ça. Ça fait que, dans le fond, ces
outils-là, il faut que ce soit disponible au protecteur de l'intégrité, là.
Mme Bergeron
(Geneviève) : Vous savez, chaque citoyen a la même valeur en tant
qu'être humain, donc chaque citoyen doit avoir les mêmes accès et les mêmes
droits. Donc, oui, il faut avoir tous les outils pour que tout le monde puisse
porter plainte.
M.
Ciccone : Avez-vous des suggestions? Parce
que, quand... si le projet de loi est adopté, à un moment donné, il va falloir
le mettre dans l'espace public, il va falloir faire la... des publications, de
la publicité pour que le... le plus de gens possible puissent en prendre
connaissance. Avez-vous des suggestions, à savoir qu'est-ce qu'on devrait faire pour justement aller atteindre
les... ces gens-là qui ont des difficultés? Parce que les tierces personnes,
oui, qui s'en occupent, vous, c'est correct, mais en même temps, pour
ces gens-là, là, c'est un peu plus difficile pour certains de comprendre qu'ils
ont cet outil-là pour les... pour les aider.
Mme Bergeron
(Geneviève) : Il y a plein d'organismes sur le territoire qui ont les
compétences justement pour vous aider dans ce processus-là. Pour nous, c'est
important, je l'ai dit tout à l'heure, de multiplier les canaux de
communication, de travailler aussi avec les organismes de terrain, donc ne pas
avoir peur de former les organismes qui travaillent directement avec la
clientèle pour qu'eux aussi soient en mesure d'expliquer, de vulgariser la loi
et ses mécanismes. Donc, plus on va travailler de concertation avec tous les
gens qui sont sur le terrain, sur le territoire avec les personnes handicapées,
mieux on va arriver à remplir l'objectif.
M.
Ciccone : Au niveau des vérifications des
antécédents judiciaires, vous en avez parlé un petit peu, parce qu'il faut...
Dans le cas qui... qui nous occupe aujourd'hui, c'est plus large, là. Tu sais,
il y a des... il y a des utilisateurs chez vous qui ont besoin de se faire
aider. Il va y avoir des accompagnements, il va y avoir des... C'est des
autobus qui vont aller chercher, les ramener. Pour vous, est-ce que tous ces
gens-là qui entourent... Parce qu'on utilise un mot, «régulièrement», dans le
projet de loi. Est-ce qu'on devrait enlever «régulièrement», et tous les gens
qui entourent les gens qui... qui nous concernent aujourd'hui, les handicapés,
devraient avoir des vérifications des antécédents judiciaires?
Mme Gilbert
(Alexandra) : C'est sûr que les... tous les intervenants qui sont de près
ou de loin avec la personne handicapée, on va... C'est déjà une pratique
commune dans notre milieu de... Puis j'entendais l'ACQ hier nommer, là, le
préposé à l'entretien, le... Les gens à la cafétéria peuvent être amenés à être
en contact avec la personne handicapée. Donc, oui, ces personnes doivent
être... doivent faire une vérification d'antécédents judiciaires. Puis c'est
déjà assez commun, là, dans le milieu en ce moment.
M.
Ciccone : Alors, même si vous appelez
un... un transport adapté, cette personne-là est déjà vérifiée, vous nous le
confirmez?
Mme Gilbert
(Alexandra) : ...
Mme Bergeron (Geneviève) : Bien,
elle devrait. Bien, elle devrait être vérifiée, parce que, dans un transport,
la personne est en situation de grande vulnérabilité.
M. Ciccone : Exact,
exact. Maintenant, la validité des antécédents judiciaires, à combien le...
Combien d'années, par exemple, on devrait revérifier les antécédents
judiciaires, à chaque année, à chaque deux ans, trois ans?
Mme Gilbert (Alexandra) :
C'est risqué pour nous de nommer un mois, une année, un moment précis,
parce qu'il nous manque des réponses à nos questions. On comprend qu'il va y
avoir une entente-cadre avec les corps de
police, entre autres. On pourrait vous dire : Il faudrait que ça se fasse
à chaque année, on pourrait dire deux ans, trois ans, mais est-ce que le
milieu va être capable d'absorber cette demande-là, donc... puis le
renouvellement annuel, tout ça? Assurément qu'en ce moment ça se fait à
l'embauche. On espère avoir les résultats avant l'entrée en fonction. Puis après, évidemment, il doit y avoir
une récurrence. Laquelle? C'est dur de se prononcer en ce moment. On pourrait
voir dans les politiques, là, de nos membres entre autres. On pourrait
s'inspirer de ces... de ces processus-là.
M.
Ciccone : ...pour mettre ça en place, pour
faciliter justement la vérification des antécédents judiciaires, je suis
persuadé que la ministre et son équipe va s'en occuper, mais idéalement, là,
pour vous, ça devrait être... ce que j'entends,
ça devrait être le plus... à chaque année, là, pour éviter une problématique ou
une chose malencontreuse, c'est ce que j'entends?
Mme Bergeron (Geneviève) : Le plus
régulièrement possible.
M.
Ciccone : Parfait. Bien, c'est parfait comme... comme
réponse. On a parlé hier de la neutralité du protecteur à l'intégrité.
J'ai comme l'impression, avec vos réponses tantôt, que vous nous avez écoutés
hier un peu. Vous vous êtes préparées dans
le genre de questions qu'on était pour vous poser. J'ai vu que vous changez la
page, ça fait que vous avez déjà la
réponse. Trouvez-vous que le protecteur de l'intégrité a trop de
responsabilités, qui pourrait faire en sorte qu'à un moment donné il ne
soit plus neutre dans ça?
Mme Bergeron (Geneviève) : En fait,
moi, ce que je trouve, c'est que, si tout est regroupé à la même place, au même
endroit, c'est beaucoup plus facilitant. Je fais confiance, en fait, à la
machine, aux gens qui vont être sur place pour assurer une neutralité. Pour
nous, plus c'est simple, mieux ça va être. J'ai envie de dire que ce qui est
important, ça va être le type d'accompagnement qui va être offert aux personnes
handicapées, beaucoup plus de me préoccuper si, dans une seule machine, la
neutralité va être acceptée. Moi, je fais confiance au processus. Je suis convaincue que oui. Ce qui est important, c'est
vraiment qu'on accompagne adéquatement la personne handicapée dans son
processus de plainte et qu'on ne la laisse pas toute seule là-dedans.
• (11 h 50) •
M. Ciccone : Tantôt, vous avez abordé l'officier des plaintes, que c'est
un outil dont vous aviez... que vous pouviez vous servir, puis vous avez
plusieurs outils aussi. Quand ça devient de l'ordre criminel... mais là on
appelle les gens qui viennent d'entrer chez
nous, dans cette salle-là. Quand ce n'est pas du domaine criminel encore, là on
a l'officier des plaintes, si on
veut... si on veut aller plus loin. Avez-vous déjà eu recours à l'officier des
plaintes dans votre milieu?
Mme Bergeron (Geneviève) : À l'heure
actuelle, oui, il y a des situations qui nous ont été rapportées, mais aucune
plainte ne nous ont été rapportées ou n'ont été portées à notre attention. Je
vous dirais que le gros enjeu présentement, là, c'est, de un, pour la personne
de savoir qu'elle est en... présentement en abus, que la situation est une situation abusive, de un. Ensuite, c'est de
comprendre qu'il y a un mécanisme pour porter plainte et quelles seront les
conséquences, quel va être le processus. Souvent, les gens ont peur de
représailles et les gens ont peur d'être privés de leur pratique de
loisirs. Pour beaucoup d'entre eux, c'est superimportant, la pratique de leur
activité de loisirs, et ils ont en tête que, s'ils portent plainte, bon, bien,
ils vont être coupés de cette pratique de loisirs là. Donc, on est au fait qu'il
y a des situations problématiques sur le terrain, mais présentement, dans les
dernières années, il n'y a pas aucune plainte qui a été portée à notre
attention.
M. Ciccone : Merci. Dernière question. Avez-vous été consultées avant la
rédaction de ce projet de loi là?
Mme Bergeron (Geneviève) : Non.
M. Ciccone : Merci beaucoup. Merci, M. le Président.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci. Alors, nous passons maintenant du côté de
la deuxième opposition avec le député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Bonjour, mesdames. Merci, merci d'être là. C'est vraiment
intéressant. Ça nous amène un peu ailleurs dans vraiment... près d'une
clientèle particulièrement vulnérable, le plus souvent. Puis, bon, vous connaissez les histoires qui sortent dans les journaux à
l'occasion, des gens qui sont abusés. On essaie d'éviter ça le plus
possible.
Vous avez parlé de... vous avez parlé de la
notion, de la définition du mot «intégrité». Bon, ça fait... ça fait depuis hier qu'on se penche là-dessus aussi, puis
on n'aura jamais la définition parfaite et totale, mais vous semblez dire,
un peu comme la ministre puis, je pense, un peu comme moi, que c'est mieux
d'être plus large que moins pour... Dans ce
cas-ci, qui trop... qui trop embrasse mal étreint ne s'applique pas. On est
mieux... on est mieux d'embrasser plus puis on va toucher tout le monde.
Mme Bergeron (Geneviève) : Je ne
serais pas allée là, mais oui.
M.
Marissal : Bien, ça prend un peu d'amour aussi, hein, à
l'occasion. D'ailleurs, merci pour ce que vous faites. Je connais des
parents qui ont des enfants avec handicap, puis c'est important ce que vous
faites.
Les définitions générales... Parce qu'ici on ne
fonctionne pas avec de la philosophie, on fonctionne avec des textes de loi,
quoique parfois les deux sont liés, là. La Politique en matière de protection
de l'intégrité actuellement en vigueur se
limite aux plaintes d'abus, de harcèlement, de violence, de négligence. Est-ce
qu'on échappe quelque chose par rapport aux clientèles que vous
représentez? Est-ce qu'on est pas mal dessus? Parce que vous parliez de
préjugés, madame, tout à l'heure, avec raison. Ça fait mal, les préjugés,
aussi, là. Ce n'est pas une claque en arrière de la tête, mais ça fait mal. Est-ce qu'on couvre ça, par
exemple, dans un cadre de camp de jour, par exemple, où il y aurait des enfants
avec le TSA ou des enfants avec handicap physique?
Mme Bergeron
(Geneviève) : ...c'est une question...
Mme Gilbert (Alexandra) :
Celle-là, elle n'a pas été posée hier, alors...
Mme Bergeron
(Geneviève) : ...pas dans nos notes.
Mme Gilbert (Alexandra) : Mais assurément oui, là.
Abus, harcèlement, violence, ça me semble être assez... couvrir le
genre...
M. Marissal :
Violence, négligence.
Mme Gilbert
(Alexandra) : ...négligence, le genre de situations. Parce que, dans
«violence», il y a quand même beaucoup
d'éléments qui entrent en ligne de compte, puis les situations qu'on voit ou
qu'on nous rapporte semblent rentrer dans ces termes-là.
M. Marissal :
OK. Je me vois mal mettre le mot
«méchanceté» dans un projet de loi, mais... C'est parce qu'on essaie de
trouver les mots parapluies qui vont couvrir.
Puis là je vous amène
tout de suite, parce je n'ai tellement pas de temps, mais... c'est malheureux,
mais je vais devoir vous amener vers autre chose. Vous avez parlé tantôt de
l'ACQ, qu'on a reçue hier, puis ma question est liée aussi un peu à ça, c'est
que ce n'est pas tous les camps de jour ou de vacances, qu'on appelait camp de
vacances, je ne sais plus s'ils s'appellent
encore comme ça, je vais trahir mon âge, ce n'est pas tous les camps qui sont
normés, qui sont membres de l'ACQ ou qui ont les bonnes pratiques. Moi,
j'ai un nouvel attaché dans ma circonscription qui a été longtemps en charge de
camps municipaux, notamment dans Rosemont. Alors, je suis en échange avec lui.
Il me dit que, dans ces camps-là, ça va, il
y a du un pour un de ratio. Tout est pas mal bien fait, mais on n'est pas trop
sûrs que c'est partout pareil. Est-ce que ça vous inquiète de savoir
qu'il y a peut-être des camps où, peu importe qu'on leur donne une loi, là, puis qu'on leur demande de
respecter une loi, si, à la base, il n'y a pas la formation puis que c'est un petit
peu du «free-for-all», passez-moi l'expression, il y a des gens qui vont se
retrouver vraiment mal pris?
Mme Bergeron
(Geneviève) : C'est sûr que ça nous inquiète, on ne peut pas dire que
ça ne nous inquiète pas. Par exemple, pour
notre clientèle, qui est une clientèle vulnérable, habituellement, les
parents... j'ai envie de dire, peut-être un peu plus vigilants ou ont
des antennes un petit peu plus grandes, ils vont les placer soit dans des camps
spécialisés ou dans des camps de jour qui, justement, acceptent
l'accompagnement, leur fournit l'accompagnement nécessaire pour leurs jeunes.
Donc, c'est plus rare qu'on va voir une personne handicapée qui va se ramasser
dans un camp qui n'est pas du tout normé,
qui n'offre pas d'accompagnement, qui n'offre pas les mesures palliatives pour
aider à l'intégration du jeune. Donc, je ne dis pas que ça n'arrive pas,
mais c'est beaucoup plus rare dans notre cas.
M. Marissal :
Et vous, vous donnez la formation, de toute façon, et vous proposez même
d'en donner. Ça, c'est intéressant comme...
comme idée, là, ce n'est pas «top-down», c'est le contraire, là, ça revient
vers... bien, le haut, façon de
parler, là, parce qu'il y a un organisme chapeau. Mais moi, ce qui me
préoccupe, là, c'est que ça redescende. Je suis persuadé que vous êtes capables de former le personnel
multidisciplinaire du PILS mais pour que ça redescende, c'est plus ça.
Comment vous voyez ça?
Mme Bergeron
(Geneviève) : On pourrait former tout le Québec.
M. Marissal :
Oui. Comment on fait ça?
Mme Bergeron
(Geneviève) : J'ai envie de dire, plus on va former de gens, mieux ça
va être. Mais formons déjà les gens qui sont en contact au quotidien avec les
personnes handicapées, ça va percoler. On a des demandes de formation, là, vous n'avez pas idée, de tous les
milieux, ça vient du plein air, ça vient du milieu municipal, ça vient d'un peu
partout. Donc, les gens sont de plus en plus sensibilisés et demandent de la
formation. Donc, je ne suis pas inquiète que ça va se rendre, ça va se
rendre directement aux gens concernés.
Mme Gilbert
(Alexandra) : Puis on sera des partenaires de choix pour ça aussi dans
un premier temps. Puis on peut rejoindre à
ce que Sylvain mentionnait de Sport'Aide hier, ça va prendre des campagnes
sociétales, autant y inclure le handicap pour que ce soit visible puis
que la personne handicapée et son entourage soient sensibilisés.
M. Marissal :
Je vous remercie.
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, merci beaucoup pour votre contribution à la commission.
Alors, nous allons
suspendre quelques instants pour permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 11 h 57)
(Reprise à 12 h 01)
Le
Président (M. Schneeberger) :
Alors, nous reprenons les travaux. Alors, nous recevons ce matin, comme
deuxième groupe, la Sûreté du Québec. Alors, bonjour à vous quatre. Dans un
premier temps, je vous demanderais de vous
présenter à tour de rôle pour qu'on puisse mettre un nom aux bonnes personnes
et puis, après ça, enchaîner avec votre présentation.
Sûreté du Québec
Mme Leclair (Marie-Danielle) : Marie-Danielle
Leclair, je suis avocate pour la Sûreté du Québec.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Marie-Chantale Martin, inspecteur-chef, directrice
des services institutionnels à la Sûreté du Québec.
M. Vezeau (Guillaume) : Bonjour,
Guillaume Vezeau, je suis inspecteur, directeur adjoint à la Direction des
services institutionnels.
Mme Jetté (Chantal) : Bonjour,
Chantal Jetté, je suis conseillère au service de filtrage de sécurité.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : On peut débuter? Merci, M. le Président. Mme la
ministre, bonjour à toutes et à tous. Nous tenons, en premier lieu, à remercier
la commission d'avoir invité la Sûreté du Québec à participer aux
auditions publiques sur le projet de loi n° 45.
Comme vous le savez, la Sûreté du Québec est le
corps de police nationale, elle agit sous l'autorité du ministre de la Sécurité
publique. Nous desservons 1 042 municipalités et territoires,
comptant plus de 2,7 millions de citoyens
et couvrant près de 1,2... 1,2 million de kilomètres carrés. Au
31 mars 2023, la sûreté comptait 8 206 effectifs, dont
5 885 policiers et 2 321 employés civils.
Pour ce qui attire davantage notre attention
aujourd'hui en matière de filtrage de sécurité, la Sûreté a pour principal mandat de réaliser, au profit des divers
ministères et organismes du Québec, des vérifications et des enquêtes de
sécurité, lesquelles sont soit édictées par des lois et des règlements, soit
requises pour assurer l'intégrité de l'État. Les vérifications d'antécédents
judiciaires et les enquêtes de sécurité sont effectuées centralement par le
service de filtrage de sécurité, alors que les vérifications des personnes
appelées à oeuvrer auprès des personnes vulnérables, communément appelées VAPV
à la Sûreté du Québec — je
vais utiliser ce terme tout au long de mon exposé — sont effectuées par
les postes partout sur le territoire desservi par la Sûreté, ainsi que par le
service de filtrage. Les VAPV comprennent les vérifications en vertu de
l'article 6.3 de la Loi sur le casier judiciaire, c'est une loi fédérale,
et les vérifications effectuées en vertu de la Loi sur les services de garde
éducatifs à l'enfance.
En plus de réaliser des activités de filtrage de
sécurité, le service assume, entre autres, les responsabilités suivantes :
effectue la coordination organisationnelle pour le secteur vulnérable; assure
une vigie et adapte les façons de faire pour qu'elles demeurent alignées aux décisions
rendues par les différents tribunaux; développe et diffuse des formations et
outils permettant de soutenir les personnes qui interviennent dans les
processus; participe au comité de filtrage
en y assumant un rôle-conseil. Ce comité est coordonné par le ministère de la
Sécurité publique, il regroupe des représentants
de chacun des niveaux de service de police et a notamment pour mission
d'harmoniser les pratiques de filtrage de sécurité au sein des corps de
police du Québec.
Le nombre de demandes de vérifications évolue à
la hausse à chaque année. Le nombre de vérifications d'antécédents judiciaires,
de VAPV et d'enquêtes de sécurité effectuées pourrait passer, si la tendance se
maintient pour la Sûreté du Québec, de 135 822 en 2019-2020 à plus de 180 000
en 2023-2024. Il s'agirait d'une hausse de plus de 32 %.
D'entrée de jeu, nous tenons à souligner que la
sûreté adhère aux objectifs de ce projet de loi. Le projet de loi prévoit
l'obligation de vérifier les antécédents des personnes appelées à oeuvrer auprès
de personnes mineures ou handicapées en lien avec les fonctions susceptibles de
leur être confiées, et ce, pour tous les organismes de loisirs et de sport pour
l'ensemble du territoire québécois. Il prévoit également qu'une recherche
puisse s'étendre à certaines inconduites dans le cadre prévu par règlement.
Actuellement, les organismes n'ont aucune obligation légale de procéder à des
vérifications de sécurité. Toutefois, comme il s'agit d'une bonne pratique, et
que l'article 6.3 de la Loi sur le casier
judiciaire le permet, certains organismes situés sur le territoire de la
Sûreté, qui désirent obtenir des VAPV, lui
ont demandé de conclure des ententes avec eux. Actuellement, on a
352 ententes à la Sûreté du
Québec. Ces ententes
prévoient, outre l'obligation du corps de police, d'effectuer les
vérifications, que les organismes doivent procéder à une enquête sociale.
Conformément au cadre légal applicable, les vérifications ne sont effectuées
qu'auprès des candidats en situation d'autorité ou de confiance par rapport à
des personnes vulnérables.
Selon le mémoire du Conseil des ministres, le
projet de loi toucherait quelque 17 960 organismes de loisirs et de sports pour un nombre estimé d'intervenants et
de bénévoles à filtrer à 255 707 pour l'ensemble du Québec. À partir de
ces données préliminaires et des échanges avec le ministère de l'Éducation, la
Sûreté du Québec a établi un scénario du nombre de demandes à traiter
dans le cas où toutes les demandes de vérifications devraient être effectuées
par un corps de police. Selon les
informations obtenues, les demandes de filtrage seraient échelonnées sur trois
ans et transmises tout au long de
l'année afin d'éviter la surabondance des demandes. Pour le territoire desservi
par la Sûreté, on estime, avec les
données qu'on a à l'heure actuelle, que 26 ressources supplémentaires
seraient requises. À noter que ces estimations pourraient varier étant donné que certains
paramètres ne sont actuellement pas connus et que ceux-ci seront déterminés
par le règlement.
Enfin, bien qu'il
soit souhaitable que les corps de police soient appelés à collaborer pour les
vérifications d'antécédents judiciaires et la vérification des comportements à
risque, il ne faut pas oublier que nous sommes tous, à titre de citoyens, responsables
de la sécurité des personnes vulnérables. En effet, les corps de police ont
accès à certains renseignements dans les bases de données policières.
Cependant, toute personne ayant été témoin d'un comportement à risque envers
une personne vulnérable devrait le signaler à un organisme ou à une fédération
visée par la loi. Par ailleurs, les
vérifications d'antécédents judiciaires ne devraient pas dispenser une
fédération ou un organisme de procéder à ses propres vérifications des
comportements par le biais d'une enquête sociale.
Nous
nous permettons quelques commentaires ponctuels relatifs à certains des
articles que propose le chapitre IV.1, Vérifications de sécurité.
Au niveau des antécédents judiciaires et des comportements, la définition
d'antécédents judiciaires, telle que prévu à l'article 31 du projet de
loi, est limitée à certains antécédents n'ayant pas fait l'objet d'un pardon. Conformément à l'article 38, le
gouvernement peut toutefois adopter un règlement prévoyant les cas dans
lesquels les vérifications doivent porter également sur des comportements
pouvant raisonnablement faire craindre pour
la sécurité ou l'intégrité des personnes mineures ou handicapées. Les
comportements pourraient inclure les infractions à caractère sexuel
ayant fait l'objet d'un pardon. Les cas devraient inclure, à l'instar de ce que
prévoit l'article 6.3 de la Loi sur le casier judiciaire, toute personne
en situation d'autorité ou de confiance par rapport à des personnes vulnérables. Ces précisions
permettraient d'assurer la sécurité des personnes les plus vulnérables. Par
ailleurs, nous recommandons qu'une évaluation rigoureuse de la position
d'autorité ou de confiance vis-à-vis ces personnes vulnérables soit effectuée
par la fédération ou l'organisme. Ceci permettrait, d'une part, de protéger les
personnes vulnérables et, d'autre part,
d'éviter de porter atteinte inutilement à la vie privée des personnes visées
par la vérification lorsque celles-ci ne sont pas appelées à se
retrouver seules en présence des personnes vulnérables.
Au niveau des
déclarations et vérifications des antécédents judiciaires, selon le projet de
loi, les personnes visées par les vérifications de sécurité doivent transmettre
une déclaration portant sur leurs antécédents judiciaires avant l'entrée en fonction
et à la demande de l'organisme sportif ou de loisirs, lorsque les personnes y
oeuvrent déjà. À la réception de cette
déclaration, l'organisme doit vérifier ou faire vérifier cette déclaration
avant l'entrée en fonction de la personne visée. Lorsqu'il s'agit d'une
personne oeuvrant déjà dans l'organisme, ce dernier peut agir sur la foi de
cette déclaration, ou vérifier, ou la faire vérifier.
De plus, le projet de
loi prévoit que l'organisme peut notamment faire vérifier cette déclaration
auprès d'un corps de police du Québec, et
ce, à cette fin, communiquer et recevoir tout renseignement nécessaire à la
vérification. À cet effet, nous
souhaitons préciser que certaines vérifications peuvent être effectuées par une
fédération ou un organisme de sport et
de loisirs en consultant les plumitifs ou en faisant affaire avec une
entreprise privée. Par ailleurs, les vérifications d'antécédents
judiciaires ne devraient pas dispenser une fédération ou un organisme de
procéder à une enquête sociale afin de s'assurer des bonnes moeurs et de la
réputation du candidat.
Enfin, la Sûreté
tient à être consultée lors de la rédaction du règlement prévu au projet de
loi. Ledit règlement devrait prévoir que certaines vérifications, par exemple
les VAPV, ne puissent être effectuées que par des corps de police, étant donné leur accès privilégié aux
banques de données policières. Au niveau des renseignements et documents
exigés par règlement et tarification, la
Sûreté du Québec effectue actuellement des VAPV pour des organismes de sport
et de loisir avec lesquels elle a signé des protocoles d'entente. Elle offre ce
service sans frais, puisqu'elle ne dispose d'aucune assise légale pour facturer
ses services à l'heure actuelle. Les corps de police municipaux, par le biais
de règlements municipaux, peuvent exiger des
frais. Ces tarifs varient actuellement d'une municipalité à l'autre, et l'ajout
d'une tarification au règlement rendra ce type de service plus équitable pour
les citoyens qui le requièrent, peu importe le corps de police qui le
dessert.
• (12 h 10) •
Au niveau de
l'entente-cadre et l'établissement des modalités de vérification et des guides,
une entente-cadre et un guide relatif aux vérifications de sécurité permettent
de définir les conditions et les modalités entourant les vérifications et d'assurer une harmonisation des
pratiques. La Sûreté souhaite également être consultée lors de l'élaboration
de cette entente-cadre.
Au niveau de ma
conclusion, si je respecte bien mon temps, je n'ai pas de...
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
là, on en prend sur le temps de la ministre, mais c'est correct, là, on va...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : C'est bon, je... Je n'en abuserai pas, je n'en
abuserai pas. Dans le fond, la Sûreté reconnaît que l'adoption des mesures
prévues permettra de renforcer la protection de l'intégrité des personnes dans les loisirs et les sports. En fonction des
demandes de vérification qui devront être effectuée par un corps de police,
la Sûreté du Québec devra obtenir les
ressources humaines requises afin de pouvoir livrer les services. Il importe de
rappeler que nous sommes tous responsables de la sécurité des personnes
vulnérables.
En
terminant, la Sûreté réitère qu'elle tient à être consultée lors de la
rédaction du règlement et de l'élaboration de l'entente-cadre afin de
s'assurer de l'arrimage entre le cadre légal et les pratiques policières.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup pour votre présentation. Alors, nous débutons une période
d'échange en débutant par la ministre, avec un temps de
15 min 40 s.
Mme
Charest : Ça va. Merci, M. le Président. Merci à vous d'être
ici aujourd'hui pour... bien, nous faire valoir vos recommandations puis
la réalité de votre milieu, de votre secteur. Moi, je commencerais par un
exercice de vulgarisation pour s'y retrouver, parce qu'on
a beau lire et relire... J'aimerais ça que vous nous fassiez la distinction entre
une vérification d'antécédents, personnes vulnérables, qu'est-ce qu'il peut y
avoir dans le plumitif, qu'est-ce qu'il peut y avoir dans l'enquête sociale, et
tout ça, donc nous faire un petit peu la distinction et dans quel contexte on
va utiliser quelles... quelles mesures...
Mme Martin (Marie-Chantale) : Quels
moyens?
Mme Charest : ...ou quels moyens,
oui.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Peut-être
débuter par le premier, qui est l'enquête sociale, qui est plus du côté des organismes, des employeurs. Dans le fond,
c'est se donner des moyens pour aller vérifier les références des gens
puis, dans... à prime abord, bien, d'aller poser des questions à l'employeur, à
l'environnement, des gens de référence vont tout de suite nous donner des bonnes
indications. Ça fait qu'à la Sûreté du Québec, actuellement, quand on fait des vérifications pour les personnes vulnérables,
que j'ai appelées VAPV, là, dans notre protocole d'entente, ça inclut
ces éléments-là, et, dans les formulaires de consentement de... mettons, si on
parle du coach de hockey, là, pour ce qui est appliqué, bien, il va consentir à
cette vérification sociale là aussi...
Mme Charest : ...
Mme Martin (Marie-Chantale) : Non.
Mme Charest : ...par l'employeur.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Qui va
être faite par l'employeur.
Mme Charest : Par l'employeur. OK.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Ça
fait qu'on l'utilise pour que ça soit, tu sais, plus simple. Ça fait que ça,
c'est la première étape. Ça fait que déjà là, tu sais, des fois, le coach ne se
rendra pas à la prochaine étape, tu sais, c'est...
rarement. Mais, quand ça va arriver, déjà, si dans l'enquête sociale, tu sais,
il y a des éléments qui ressortent de son passé d'entraîneur, bien,
c'est le temps d'y mettre fin, on n'a pas besoin d'aller plus loin. Ça fait que
ça, c'est la première chose, c'est l'enquête sociale, qui est importante.
Mme
Charest : ...là-dessus, diriez-vous que c'est sous-estimé,
ce pouvoir-là qu'on peut avoir, ou c'est sous-utilisé?
Mme Martin (Marie-Chantale) : Oui,
c'est...
Mme Charest : Parce qu'on fait
souvent référence au fait qu'un entraîneur peut se promener d'une fédération à
l'autre, mais qu'on ne prendra pas la peine de vérifier avec la fédération ou
le précédent employeur.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Oui,
c'est vraiment sous-estimé, puis c'est certain qu'on le rappelle, puis il faut
toujours penser que ce que la police fait... Nous, on a accès aux bases de
données policières, mais c'est un angle. Ça fait que, tu sais, dans les
comportements passés de quelqu'un, c'est vraiment, tu sais, de faire ce
tour-là, puis déjà... C'est pour ça qu'avec l'enquête sociale, c'est un très
bon outil de départ qui devrait être utilisé, tu sais, à prime abord, là.
Ensuite de ça, si je vous parle plus au niveau
des vérifications d'antécédents judiciaires ou, dans le jargon que vous voyez, VAJ, versus VAPV. Dans le fond, la
VAJ, c'est qu'on... c'est «vérifications des antécédents judiciaires», c'est
qu'on va aller voir dans les bases de données policières et dans les plumitifs
pour aller voir les gens, les infractions où il y a eu des
condamnations, ou qu'il y a des causes pendantes. C'est ces choses-là qu'on va
aller retrouver...
Mme Charest : ...condamnation tout
court, là, ça peut être un crime financier, un crime sexuel.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Nous,
on va aller voir, on est capables d'aller voir, puis, ensuite de ça, tout
dépendant qu'est-ce qui est déterminé par règlement et avec l'organisme, où
c'est là où ils vont utiliser... Dans le fond,
il faut toujours que ça ait un lien avec l'emploi. Ça fait que c'est certain
que la lecture qui en est faite puis comment ça doit être analysé par...
par les gens qui en font l'analyse, c'est... il faut toujours faire le lien
avec l'emploi, puis ça, c'est la charte des
droits et libertés qui prévoit ça, qu'on peut refuser à quelqu'un un emploi,
mais seulement si ce qui lui est reproché a un lien avec son emploi ou
avec ses responsabilités.
Mme Charest : C'est le fun, vous
suscitez plein de questions à mesure que vous parlez. Ce filtrage-là se fait
par la Sûreté du Québec ou se fait par l'employeur qui... qui devra faire la
démonstration qu'un crime financier a un rapport avec une clientèle...
Mme Martin (Marie-Chantale) : C'est
ça.
Mme
Charest : Oui.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Bien,
souvent... Tu sais, mettons, si on prend des gens qui ont une expérience
passée, si on prend les services de garde, c'est qu'on va fournir de
l'information, qu'on est en droit de leur fournir, et eux vont faire l'analyse
avec. Bien... Puis même... C'est parce que des fois, il va y avoir différents postes, au sein de l'organisme, qui peuvent être
différents, où quelqu'un qui a fait une fraude pourrait être... tu sais, mettons,
ne pourrait pas effectuer le travail qu'il a à faire, si on dit, mettons, il
gère la trésorerie de l'organisme sportif, qu'il est en lien avec les jeunes versus, tu sais, une autre chose. Puis
c'est... Puis normalement, les gens vont pouvoir s'exprimer. Ça dépend de qu'est-ce qui va être mis en place au
niveau des loisirs et sports puis des orientations que vous allez donner.
Mme Charest :
OK. VAPV sera fait...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Oui. VAPV c'est... nous, c'est vraiment pour les
personnes qu'on a appelées, tu sais,
vulnérables, mais c'est important, aussi, le lien d'autorité qui est exercé.
Parce que des fois, on va dire, il y a des gens qui sont vulnérables,
mais leurs parents doivent toujours les accompagner puis ils ne sont pas
laissés seuls avec l'entraîneur, ça fait que c'est vraiment... On va utiliser
les VAPV lorsque les gens vont avoir... Nous, on parle du lien d'autorité puis
que la personne va être laissée, tu sais, à elle-même... avec cette
personne-là.
Mme Charest :
L'information que la VAPV donne...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Elle est différente, oui.
Mme Charest :
...de plus que la VAJ, c'est...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Dans le fond, on va aller chercher les
comportements. Ça veut dire que dans nos bases de données policières, quelqu'un
qui a été suspect plusieurs fois de cas de violence, qui a été... Tu sais, c'est nos... tous nos dossiers, tu sais, de
police... on va aller voir. Puis aussi, c'est qu'on va aller voir, nous, ce
qu'on appelle, au dossier, pardonné sur... à l'annexe 2, là, de la
Loi sur le casier judiciaire. C'est des infractions, surtout en matière
sexuelle, qui ont été pardonnées, où on va... on a... Dans nos systèmes
policiers, on a une façon d'aller voir puis on va avoir une indication s'il y a
une correspondance possible, puis c'est là... c'est à ce moment-là... C'est
qu'il y a quand même un taux, quand même, de
retours positifs, mais qui ne sont pas des positifs, mais qu'on doit faire la
prise d'empreintes. Parce que c'est avec la date de naissance et le
sexe, puis à chaque fois que ça sort, bien, il faut prendre des empreintes puis envoyer ça à la GRC. Ça fait
que c'est sûr que ça amène des délais qui peuvent être, des fois, plus
importants, là, que des VAJ.
Et ça, présentement,
c'est fait dans quels contextes? Pour les services de garde uniquement, ou ça
peut être aussi dans certains contextes en sport, loisir déjà, ou...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Oui. Oui. Dans le fond, c'est que nous... pour les
services de garde, parce que la loi prévoit
vraiment cet encadrement-là. Mais pour le reste, à la Sûreté du Québec, on fait
juste ce qui est encadré par une loi ou un règlement. Mais l'article 6.3
de la Loi sur le casier judiciaire nous permet de faire ces vérifications-là
pour les gens en autorité sur des personnes vulnérables ou en position de
confiance et d'autorité. Ça fait pour des... Mettons, si on prend les coachs de
hockey AAA ou de... compétitifs qui partent avec les jeunes, qui vont aller
dans la chambre, tout ça, on en fait déjà.
Puis c'est ces protocoles-là, quand je vous ai nommés, on en fait... on en a
tout près de 350. Bien, c'est ces protocoles-là où c'est encadré, où ça
nomme les responsabilités de chacun.
Mme Charest :
Votre définition de personne vulnérable?
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Personne vulnérable, bien, c'est la personne... Il
y a une définition à la Loi sur le casier judiciaire, mais c'est la personne
qui... qui est en situation de dépendance par rapport à une autre personne. Ça veut dire, tu sais, quelqu'un qui ne
peut pas mettre fin... qui va être... qui est un enfant ou qui est un... qui
est quelqu'un... Comme tantôt, on parlait de personnes, les gens qui
m'ont précédée, avec un handicap qui fait en sorte que la personne peut... est sous le contrôle de... de l'autre personne,
là. Mais on a... vraiment, personne vulnérable, j'ai «personne qui, en
raison de son âge, ou d'une déficience, ou d'une autre circonstance temporaire
ou permanente, est en position de dépendance
par rapport à d'autres personnes ou court un risque d'abus ou d'agression plus
élevé que la population en général de la part d'une personne en position
d'autorité ou de confiance». Ça fait que, tu sais, d'avoir une personne
vulnérable, mais pour faire des VAPV, qu'on appelle, c'est que cette
personne-là doit être aussi dans une
situation où elle est dépendante. Si son parent est là, tu sais, elle est en
présence puis... a la garde de son enfant, bien, c'est autrement. Tandis que si on va porter, par exemple, une personne
handicapée dans un camp de vacances où il va être laissé avec son
moniteur, bien, c'est là, la position de dépendance est là.
• (12 h 20) •
Mme Charest :
Bien, je pose la question parce qu'hier, Sport'Aide nous disait qu'un
athlète Excellence, ils le considéraient comme une personne vulnérable. Donc, à
vos yeux, avec votre définition, un athlète majeur, parce que là, on ne parle
pas d'un athlète mineur, ça ne représenterait pas une clientèle vulnérable.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Non, pas selon cette définition-là...
Mme Charest :
Pas selon cette définition.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : ...il faudrait vraiment avoir, tu sais, mettons, on
dirait : Elle est les sous l'emprise ou elle a une maladie ou, tu sais, il
y aurait des choses, mais, tu sais, pas avec cette définition-là ou en cas
général, là.
Mme Charest :
OK. Les aînés?
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Les aînés, ça dépend...
Mme Charest :
Ça dépend?
Mme Martin (Marie-Chantale) : ...de
leur niveau, tu sais, d'autonomie et de tout ça. Puis c'est sûr qu'il faut qu'ils
soient dépendants. Il faut qu'ils soient, tu sais, quand ils ont...
Mme Charest :
C'est vraiment la notion de dépendance qui vient faire foi de la
vulnérabilité.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Oui, c'est ça.
Mme Charest :
Au plumitif, on a quoi comme information?
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Dans le fond, on a tout ce qui a passé à la cour,
tu sais, le... le... comment on appelle, là, bref, tu sais, de la cour. Tu
sais, dans le fond, si quelqu'un a été reconnu coupable, bien, on va l'avoir. Si quelqu'un est présentement accusé, on va
l'avoir. Il y a certaines ordonnances judiciaires qui vont y être aussi, mais
c'est que le plumitif... c'est qu'on a un plumitif qui est provincial. Mais il
y a d'autres plumitifs... il y a des plumitifs municipaux qui ne sont
pas nécessairement tous inter... tu sais, reliés, là.
Mme Charest : Interreliés. Donc, versus
la vérification des antécédents judiciaires, qu'est-ce que... C'est quoi le
degré de différence d'information qui est... qui est...
Mme Martin (Marie-Chantale) : Entre
nos bases de données ou la... Bien, c'est sûr que les bases de données
policières, c'est qu'on a accès à l'ensemble, tu sais, de l'information, où on
peut faire... Mais ce qui est au plumitif...
Mme Charest :
Il faudrait faire le tour des tribunaux pour avoir le portrait global d'une
personne?
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Bien, pas... Tu sais, avec SOQUIJ, il y a quand
même une vue, tu sais, qui est assez bonne,
mais il y a, mettons, la ville de Montréal et, je crois, Laval, que les
plumitifs municipaux ne sont pas... ils ne sont pas encore tous reliés. Ça fait
que c'est ces choses-là. Ça fait que c'est sûr que, des fois, il peut y avoir de
la... une certaine complexité, mais il y a quand même, tu sais, une bonne...
une bonne vue, une bonne information.
Mme Charest :
Et ça, tout le monde y a accès.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Oui,
les gens qui se présentent à un palais de justice ou à SOQUIJ, bien, il y a, tu
sais, c'est parrainé par le gouvernement aussi. C'est des accès qui sont... qui
sont payants, là.
Mme Charest : Et quand une entreprise
privée procède à la vérification des antécédents judiciaires, donc, fait
la VAJ, est-ce que c'est équivalent à ce que la SQ fait ou il y a des...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Non, ils n'ont pas accès aux mêmes choses. C'est
sûr que je ne peux pas m'engager pour une firme privée parce que je travaille
pour la Sûreté du Québec.
Mme Charest :
Oui, oui. Non, je comprends.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Elle va être différente d'une place à l'autre, mais
y en a qui vont utiliser les plumitifs SOQUIJ pour aller chercher de
l'information. Ou il y en a qui vont faire... c'est une validation. Ils vont
faire faire des autodéclarations puis ils vont aller valider ce que la personne
dit. Ça fait qu'il y a quand même, tu sais, une
certaine démarche. Puis c'est sûr que... Tu sais, on parlait des moyens,
tantôt, on a parlé de l'enquête sociale, mais l'autodéclaration, tu
sais, peut-être aussi des choses, là. Tu sais, quand on demande, je pense, au
trésorier, dans le projet de loi de... tu sais,
de venir dire... Puis ça, je pense, c'est... c'est le début d'une démarche
aussi, là, la vérification.
Mme Charest : Là, présentement, vous
dites que vous avez 352 ententes avec des organismes de sport et de
loisir... Attendez que je retrouve... Avez-vous une idée du nombre de
vérifications que vous avez faites ou si...
Mme Martin (Marie-Chantale) : Non.
Bien, pour ce qui concerne les VAPV, là, qu'on a... qui concernent ces
ententes-là, c'est qu'actuellement, la grande majorité sont effectuées par la
surveillance du territoire, c'est-à-dire qu'ils sont
dispersés un peu partout dans le territoire. Le reste des services est
centralisé au service de filtrage, mais pour ces ententes-là, elles sont
signées un petit peu partout sur le territoire, puis le nombre de demandes, ils
n'ont pas les outils pour les comptabiliser.
Mais qu'est-ce qu'on sait, c'est que pour l'ensemble des VAPD, qui... et aussi
des services de garde éducatifs, c'est 30 000 annuellement, à
l'heure actuelle...
Mme Charest : Ça veut dire...
Mme Martin (Marie-Chantale) : ...incluant
services de garde et sports et loisirs et autres organismes.
Mme Charest : OK.
Bien, les sports et loisirs font partie, déjà, de ce décompte-là. Là, vous
parliez de 26 ressources qui seraient nécessaires. Donc, le calcul
est basé sur les 250 000, OK? Ça fait que c'est... Dans le pire des
scénarios, on aurait besoin de 26 ressources pour pouvoir... si toute...
toute personne était vérifiée...
Mme Martin (Marie-Chantale) : Bien,
nous, dans le fond, on a fait les calculs pour la Sûreté du Québec.
Mme Charest : Oui.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Ça
fait que ça veut dire qu'on a pris la clientèle, tu sais, on a fait, c'est sûr,
avec les données qu'on a au moment où on les avait, la clientèle qui nous...
pense que serait sur le territoire de la Sûreté du Québec. Ça fait qu'on a
estimé à environ 26 ressources, là, pour répondre à la demande si
toutes... toutes ces demandes-là, aux trois ans, tu sais, mettons, la portion
qui appartient à la Sûreté du Québec arriverait chez nous.
Mme
Charest : OK. Et... Attendez, là, que je retrouve mes... mes
questions, là. Il y a aussi... On voit une augmentation, là, dans le
nombre de vérifications qui a été fait. Ça, vous diriez que c'est attribuable à
quoi?
Mme Martin (Marie-Chantale) : Bien,
il y a beaucoup de... mettons, des... des nouvelles lois...
Mme Charest : Oui.
Mme Martin (Marie-Chantale) : ...des
vérifications, parce qu'on en fait pour différents ministères et organismes où
il y a eu des enjeux de sécurité dans les dernières, tu sais, années aussi. Ça
fait que, tu sais, c'est une augmentation, tu sais, constante de la préoccupation
des gens, mais en lien avec des projets de loi et aussi, tu sais, de la
sécurité de l'État, là.
Mme Charest : Donc, vous avez
remarqué le... une augmentation de l'utilisation de la vérification avec le
milieu du sport, du loisir dans les dernières années, ou...
Mme Martin (Marie-Chantale) : Bien,
pour nous, moi, je ne suis pas... Pour le sport, des loisirs, je... on n'est
pas en mesure, tu sais, de le qualifier comme je vous dirais, mais c'est
certain que, tu sais, c'est des demandes parce que, nous, on n'a fait que ce
qui est en... en lien avec l'application d'une loi, d'un règlement. Ça fait que
c'est certain que des organismes de sport, il y a quelques années, qui venaient
cogner à notre porte mais qui ne correspondaient pas aux critères de la VAPV...
puis ça, bien, on ne peut pas les faire, on n'a pas les capacités, puis ce
n'est pas dans... dans l'orientation qu'on a. Ça fait que c'est certain que
certains organismes de loisirs, de sports qui se
sont probablement tournés vers des firmes privées ou d'autres moyens... Dans
des corps de police municipaux, il y en a, compte tenu qu'ils peuvent
faire une facturation ou qu'ils ont les effectifs nécessaires, font quand même,
nous autres, ce qu'on appelle des
vérifications à des fins civiles parce qu'ils ne sont pas encadrés par la loi.
Mais c'est sûr qu'avec un changement que vous proposez, ça met la Sûreté
du Québec dans une autre position aussi.
Mme Charest : OK. Donc, là,
présentement, une organisation pourrait demander... bien, je ne sais pas, moi,
une équipe quelconque d'un sport pourrait demander une VAPV, puis là, vous ne
pouvez pas le faire?
Mme Martin (Marie-Chantale) : Oui.
Bien, dans le fond, on va évaluer est-ce que c'est des personnes vulnérables
puis est-ce que les gens sont en autorité. Si la réponse, c'est non, bien, on
n'accepte pas de signer une entente avec eux.
Mme Charest : OK. L'entente, je
comprends, mais vous pourriez... ils ne pourraient pas payer un service...
Mme Martin (Marie-Chantale) : Non.
Mme
Charest : ...puis dire : On va demander, mais ils
pourraient le faire avec une entreprise privée et ils auraient à peu
près le même degré d'information?
Mme Martin (Marie-Chantale) : Bien,
ils n'auraient pas... Bien, il y aurait une vérification d'antécédents
judiciaires avec, tu sais, mettons, un certain niveau. Je ne peux pas dire que
c'est exactement les mêmes choses qu'un corps de police,
mais ils ont a accès à ce qu'il y a dans les plumitifs et les casiers
judiciaires qu'il y a des firmes privées qui sont... qui sont accréditées par
la GRC pour avoir la confirmation ou non d'un casier judiciaire.
Mme Charest : ...oui, j'ai fini
mon...
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle avec
le député de Marquette.
M. Ciccone : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour à vous quatre,
content de vous avoir aujourd'hui.
On apprend plusieurs éléments, notamment sur le
fonctionnement puis tous les enjeux que... qui... que vous devez gérer, avec,
justement, les vérifications des antécédents judiciaires parce qu'un endroit,
nonobstant le fait que vous êtes là pour nous protéger et protéger la
population, mais c'est au niveau des vérifications puis sur la capacité de
faire des vérifications aussi. Plusieurs nous on dit que... que ce soit... ce
n'est pas juste la Sûreté du Québec, là, en région, un peu plus, quand il y a
des corps de police municipale aussi, bon, ils nous disent tous que c'est c'est
difficile. Parfois ça va bien, des fois ça prend jusqu'à six mois pour faire...
pour faire des vérifications.
Vous avez amené un élément, puis je veux juste
m'assurer de bien, bien, bien comprendre, parce qu'on l'a appris aujourd'hui,
là, c'est les enquêtes sociales. Ça, c'est un peu de vérifier comme nous, au
bureau, on va avoir des employés puis et on va vérifier avec les... avec les
autres... les anciens employeurs, comment ça a été, puis des personnes contacts.
Mais ça, pour être sûr, là, ça ne sera... ce n'est pas suffisant, ça, c'est
seulement pour filtrer. Ça veut dire que si on trouve qu'il y a quelque chose
d'anormal, bien, là, on n'est pas obligés de faire des antécédents judiciaires.
C'est ce que vous dites ou vous dites que l'enquête sociale, ça pourrait faire?
Mme Martin (Marie-Chantale) : Non...
M. Ciccone : Non?
Mme Martin (Marie-Chantale) : ...bien,
dans le fond, c'est vraiment... c'est un ensemble de moyens.
M. Ciccone : OK.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Puis
c'est comme, vous passez quelqu'un en entrevue, tu sais...
M. Ciccone : C'est ça.
Mme Martin (Marie-Chantale) : ...dans
votre processus d'embauche, mais l'enquête sociale, ça va être une autre étape
qui va dire : Est-ce qu'on passe à la prochaine étape?
M. Ciccone : Oui, oui, OK.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Mais
pour dire... Si vous vous déterminez que, par rapport à la sensibilité de cet
emploi-là, des liens que cet entraîneur-là a avec les jeunes, il doit y avoir
une vérification d'antécédents judiciaires pour aller fermer la boucle, bien,
tu sais, ça...
• (12 h 30) •
M. Ciccone : OK. Je voulais juste bien comprendre ce que vous aviez dit.
Dans le fond, ce que vous nous dites,
aujourd'hui, c'est que ça allégerait énormément votre travail, si on était...
si on ne demandait pas immédiatement, là, une vérification.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Bien,
ça ferait un dossier plus complet, puis oui, des fois ça pourrait alléger,
parce que quelqu'un ne se rendrait pas là. Mais de savoir, aussi, les gens...
Tu sais, quand vous annoncez un processus,
vous dites : Bien, c'est ça qu'on va faire, c'est ça qu'on va faire. Bien,
c'est sûr que les étapes, tu sais, sont...
M. Ciccone : Avez-vous estimé... Là, c'est peut-être une question de
champ gauche, mais avez-vous estimé que si
tout le monde qui ont recours à votre service de vérification faisait,
justement, cette enquête sociale là, comment ça vous libérerait de
travail?
Mme Martin (Marie-Chantale) : Non,
non. Non, vraiment pas. Mais souvent... C'est parce que, ce qui va arriver...
Je ne pense pas que ça va nous en libérer, c'est qu'on va avoir les bons, parce
que... Tu sais, parce que, dans le fond, si vous, ça vous prend un candidat,
bien, s'il ne passe pas votre... votre entrevue, votre enquête sociale, bien, vous allez en chercher un autre, tu sais. Ça fait
que, foncièrement, au bout, là, tu sais, je pense qu'il n'y a pas de réduction,
vraiment, mais c'est qu'on fait les bonnes choses.
M.
Ciccone : Non, mais je pense que tous les milieux
gagneraient à connaître, justement, cette... cette étape-là. Je pense
que ce n'est pas tout le monde... Moi, je l'ai appris aujourd'hui, là, qu'il y
a cet élément-là, malgré qu'on le faisait dans nos domaines respectifs sans
savoir que c'était une enquête sociale, mais au niveau des vérifications, parce que c'est fait
quasiment de façon automatique, là. Tu sais, je veux dire, c'est dans la loi,
ça a des protocoles, c'est sécurité, puis on le fait, on demande
l'antécédent judiciaire, une vérification, puis on l'envoie chez vous sans
vérifier avant de faire l'étape. Mais... mais je vous entends là-dessus.
On en a parlé, je
pensais que la ministre était pour poser la question, on pose la question, là,
parce qu'on s'aperçoit qu'il y a... il y a
une situation... Ce n'est pas tout le monde qui s'entend sur les... le même
mot. La définition pour vous, l'intégrité... C'est quoi, votre
définition d'intégrité?
Mme Martin (Marie-Chantale) : Bien,
moi, dans le fond, c'est... Tu sais, l'intégrité, c'est sûr que ma définition, là...
Moi, je me collerais sur celle-là de la... de la loi, là. Tu sais, je ne peux
pas... Tu sais, puis avec ce que vous avez apporté, tu sais, préalablement,
pour nous, c'est qu'on va se coller avec la définition d'intégrité qui... qui
va être énoncée, tu sais, dans la loi qu'on va appliquer en fonction, là, de
ça.
M.
Ciccone : OK. Ça fait que vous aimeriez
que ça reste le plus large possible...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Bien, dans le fond, c'est toujours...
M.
Ciccone : ...ou la définir exactement, tu
sais.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Bien, c'est parce que dans le règlement, tu sais,
il y a... Tu sais, mettons, il y a l'intégrité, mais dans le règlement, tu
sais, je pense qu'il va être important de définir les éléments qui sont en
contravention avec occuper un poste, tu sais, qu'est-ce qu'on va rechercher. Ça
fait que c'est sûr que pour les gens qui vont avoir des décisions à prendre sur
l'embauche ou non d'un entraîneur qui a un antécédent, bien, il va falloir que
ça soit le plus clair possible pour eux, là, tu sais. Si dans d'autres lois...
Tu sais, comme on a le taxi, des affaires, il
y a des infractions, il y a des «no-go», tu sais. Il y a vraiment... tu sais,
il y a des choses qui sont développées pour aider le dirigeant ou celui
qui... le comité qui a... qui a à décider, là.
M.
Ciccone : Je vous pose cette question-là
parce que c'est vraiment l'essentiel, là, du projet de loi. Tu sais, il ne faut
pas... il ne faut pas se tromper sur... sur ce... cette appellation-là, ce
mot-là. Il faut s'assurer de définir c'est quoi, quand tu... contrainte, une
attaque à l'intégrité d'une personne. Puis je vais le répéter pour vous mettre
en contexte, là : Il y a un an, jour pour jour, on était assis ici, là,
sur tous les scandales des initiations, puis il y a un professeur de McGill qui
nous avait dit que la définition de l'abus n'est pas la même pour tout le
monde. Ça fait que déjà là, on voit qu'il y a une problématique. Si quelqu'un
pense que faire tel geste, c'est un abus, l'autre, il pense que non, bien, il n'y a pas de... on n'est pas capable
d'avoir une bonne fondation, là, pour... pour partir sur... sur des bases
solides.
Il y a un autre
élément que vous avez dit tantôt, puis je veux vous entendre là-dessus, là,
puis ça, c'est sûr que ça va être un travail qu'on va faire en commission
parlementaire, là. Vous avez parlé, tantôt, de... de pardon, l'article 31,
là, du... qui nous a été présenté : «Pour l'application du présent
chapitre, on entend par "antécédents judiciaires"
une déclaration de culpabilité pour une infraction criminelle commise au Canada
ou à l'étranger, sauf si un pardon a été obtenu pour cette infraction.»
Moi, ce que je comprends... puis c'est toujours des interprétations, mais on va
demander des clarifications à la ministre. Puis tantôt, quand vous avez parlé
de pardon, là...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : ...au niveau de l'article 38, quand on va
tomber dans les comportements.
M.
Ciccone : C'est ça. Mais ce que je veux
vous amener, c'est quand vous avez parlé de pardon, vous avez parlé de... Par
exemple, quelqu'un qui a commis un crime sexuel a été pardonné. Moi, comme
parent, là, puis mon entraîneur, même s'il a un pardon puis il a commis un
crime sexuel, je serais... je ne serais pas à l'aise avec ça.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Bien, c'est exactement ce que les VAPV nous
permettent de faire. C'est d'aller voir dans le casier pardonné, d'avoir
l'information qui est validée par la GRC, où on...
où ils vont nous la partager, puis à ce
moment-là il y a tout un processus qui est prévu avec le candidat pour
l'informer, puis ça va être à lui, tu sais, de...
M.
Ciccone : C'est ça.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Puis,
tu sais, mettons, lui va être informé, et l'organisme va être informé s'il désire poursuivre. Mais ça, c'est vraiment une
démarche qui est très encadrée, tu sais, à notre niveau. Puis, pour les gens
qui sont en autorité sur des personnes vulnérables, bien, c'est un aspect, tu
sais, important, là, cette...
M.
Ciccone : C'est ça, parce qu'il faudrait
peut-être... Là, on va le travailler, le projet de loi, là...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : C'est à 38.
M. Ciccone : ...mais
il y a certains éléments... peut-être avoir des exceptions, là, mais ça, on
va... on va y voir un peu plus tard.
Vous avez parlé tantôt de personnes vulnérables.
La ministre vous a posé la question que je voulais vous poser. Vous nous avez donné une bonne définition de «personne
vulnérable». Maintenant, dans le projet de loi, au niveau
des antécédents judiciaires, on parle de mineurs et de personnes handicapées
qui sont en contact régulièrement. Vous n'êtes pas sans savoir que, dans
le milieu, ce n'est pas seulement les personnes en bas de 18 ans qui sont agressées ou qui peuvent être vulnérables
également. Est-ce que vous croyez que les... un entraîneur, par exemple, qui
s'occupe d'un club de filles, ou même de garçons, là, de 18 ans et plus
devrait...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Avoir une vérification...
M.
Ciccone : ...avoir... Oui.
Mme Martin (Marie-Chantale) :
...d'antécédents judiciaires?
M.
Ciccone : Ou en contact, oui.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Oui. Par contre, tu sais, mettons, si... comme on a
parlé tantôt pour la... VAPV, qu'on va voir le casier pardonné, et tout ça,
bien, c'est possiblement moins légitime, parce que la personne a un niveau, tu
sais, de... mettons, sa dépendance n'est pas la même qu'une personne mineure ou
handicapée, puis elle est en mesure d'aller... Mais, avec les antécédents
judiciaires, il y a quand même une bonne, tu sais, couverture, tu sais, des
événements passés, puis, avec l'enquête sociale, tu sais, il y a quand même des
bons... des bons éléments, puis
l'autodéclaration. Tu sais, je pense, c'est des éléments qui, dans le milieu du
sport, sont de plus en plus dénoncés, connus, puis les plateformes sont là, là.
Tu sais, c'est... c'est important.
M. Ciccone : Tantôt,
vous avez parlé de vérification aux trois ans. Qu'est-ce qui serait adéquat,
là, maximalement, pour bien protéger nos jeunes, et nos personnes
handicapées, et les... que ce soit dans les loisirs, partout, là? Tu sais, il y en a qui disaient : Bien, favorablement,
ça serait aux années. Je comprends que, si on vous demande ça, vous allez
nous regarder en voulant dire : Ça va
être impossible, ça va prendre plus que 26 ressources pour le faire. Mais,
comme policiers, policières dans le milieu...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Bien, moi, je...
M. Ciccone : ...qu'est-ce
qui est adéquat, là? Puis c'est... c'est sans vous demander... Ce n'est pas une
question-piège de dire : Bien là, ah! vous avez dit un an, on va vous
demander un an. Ce n'est pas ça du tout. Mais, dans votre milieu, vous êtes
très...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Non. Bien, je pense que ce qui est très important,
c'est dire : Peu importe le nombre... tu sais, mettons, si on dit :
C'est aux trois ans, aux cinq ans, c'est que les organismes, tu sais, de sport
ont des moyens aussi d'actualiser. Tu sais, ça ne veut pas dire... Tu sais,
c'est un peu comme l'enquête sociale dont je vous ai parlé tout à l'heure.
C'est de dire : Ça peut être demandé annuellement à l'entraîneur. Est-ce
que tu as des éléments qui se sont passés dans la dernière année? Est-ce qu'on
devrait actualiser ta vérification? Tu sais, ça, ça... Tu sais, c'est... c'est
des moyens, parce que, comme vous le dites, de faire aux années ou... tu sais,
c'est... c'est exponentiel. Puis, au jour 1 où on l'a faite, le lendemain
elle pourrait ne plus être bonne aussi.
M.
Ciccone : Oui, oui, oui, c'est ça.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Ça fait que c'est vraiment d'avoir un processus de
dire que les gens se doivent de déclarer
s'il y a quelque chose sur... si leur condition a changé. Puis ça, c'est
important que ça soit, tu sais, connu
puis que ça soit tenu en vie, tu sais, tout le temps par les organismes puis
par le leadership, tu sais, gouvernemental par rapport à tout ça.
M.
Ciccone : On a reçu votre mémoire, là, ça
ne fait pas longtemps, là, puis... puis, mea culpa, je n'ai pas eu le temps de passer au travers, puis je suis
persuadé qu'ils n'en ont pas eu non plus. Mais, vous, y a-tu un élément, y a-tu
un élément dans le projet de loi où
vous... que vous déterminez... vous dites : Vous ne pouvez pas l'échapper,
celle-là, il faut absolument rajouter tel élément qui augmenterait la
sécurité chez... chez nos personnes, chez nos jeunes, nos membres?
Mme Martin (Marie-Chantale) : Bien,
moi, je vous dirais que, tu sais, on a eu... on a eu l'occasion d'émettre nos
commentaires, puis tout ça, puis c'est vraiment dans la rédaction, tu sais, du
règlement, de l'entente-cadre que, pour nous, tu sais, c'est à ce
moment-là qu'on est plus dans des mécaniques ou des choses qui nous touchent
plus directement, qui a un impact, tu sais, sur le travail, puis tout ça. Mais,
à l'heure actuelle, là, tu sais, je n'ai pas d'ajout, c'est vraiment, là, en
lien avec le futur règlement et l'entente-cadre.
M.
Ciccone : Merci beaucoup.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Ça fait plaisir.
M. Ciccone : Merci, M. le Président.
Le
Président (M. Schneeberger) :
...Marquette. Nous allons
maintenant du côté de la deuxième opposition avec le député de Rosemont.
M. Marissal :
Oui. Merci. Merci, M. le Président. Merci d'être là à vous quatre. On
n'aura pas beaucoup de temps, mais je veux
quand même... je veux quand même prendre la peine de vous offrir, je crois que
mes collègues sont d'accord avec moi, nos condoléances pour la perte de votre
collègue, là, qui est décédée, sergente Breau, il y a un an aujourd'hui.
On a voté une motion unanime, tout à l'heure, à l'Assemblée nationale, en
reconnaissance de votre camarade. Alors, acceptez nos condoléances.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Merci.
• (12 h 40) •
M. Marissal :
Je vous en prie. Est-ce qu'il y a, des fois, des groupes qui, ne sachant
trop où aller ou devant un cas grave, vous
appellent directement pour dire : Je pense qu'on a un cas d'abus, il s'est
passé quelque chose? Je pense, par exemple, aux deux dames qui étaient ici tout
à l'heure, de l'Association québécoise pour le loisir des personnes
handicapées, qui sont toujours dans la salle d'ailleurs, qui suivent nos
travaux. Est-ce que ça arrive que les gens vous appellent directement pour des
cas puis que vous intervenez, donc, sur-le-champ?
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Moi, je vous dirais, actuellement, je ne suis pas à
la surveillance du territoire. Je l'ai déjà
été, j'ai déjà été directrice d'un poste de police, puis c'est des choses qui
arrivent, là, tu sais, que ça soit dans un service de garde, dans un
organisme sportif, des choses où ils vont venir prendre de l'information, ils
vont se référer, là, à nous, à la police, tu sais. C'est... oui, c'est... c'est
arrivé puis ça doit arriver encore.
M. Marissal :
OK. Je veux revenir sur ce que vous avez dit tout à l'heure, que, si toutes
les demandes devaient être faites... je présume, de votre analyse, que toutes
ces demandes-là seraient dirigées vers la SQ, que ça vous prendrait
26 ressources de plus.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Ça, c'est seulement pour ceux que nous croyons qui
sont sur notre territoire, parce
qu'actuellement, au niveau de... des ententes au comité de filtrage puis avec
les autres corps de police, c'est que, pour ce qui est, mettons, des
organismes de sport et loisir, pour les services de garde, les écoles, tout ça,
c'est vraiment : chaque organisation policière s'occupe des gens sur son
territoire. Ça fait que nous, on a estimé, à haut niveau, qu'est-ce qui...
qu'on pense qui est sur notre territoire puis à quoi ça pourrait ressembler.
Mais ça veut dire que c'est la même chose pour chacun. Tu sais, pour Laval,
pour Montréal, pour... tu sais, pour chacun, c'est des ressources, c'est du travail
supplémentaire.
M. Marissal :
Bien, j'ai entendu un de vos collègues qui disait récemment, là, qu'il
manque comme 1 600 personnes à la SQ en ce moment, que l'école de
police peut juste en former 1 000 avant d'exploser en nombre. Est-ce qu'on est capable de trouver
26 personnes de plus qui vont aller faire ça, si d'aventure ça devait vous
incomber? Puis avez-vous évalué les coûts? Parce que j'imagine que la SQ
va demander une compensation financière pour un tel service.
Mme Martin (Marie-Chantale) : Bien,
c'est certain... Tu sais, comme vous dites, il manque 1 600 policiers,
mais ce n'est pas à la Sûreté, je vous rassure, ce n'est pas à la Sûreté du
Québec actuellement, là. Il ne manque pas... Sur
le nombre que je vous ai dit, il n'en manque pas 1 600, parce qu'on est
5 000 quelques, ça n'irait pas bien. Ça fait que c'est pour les
prochaines années.
Puis, dans les
ressources, c'est que... nous, au niveau du service de filtrage, c'est que
c'est autant des ressources civiles... on a différents types d'employés. Mais
c'est certain que le défi de la pénurie de main-d'oeuvre, tu sais, est partout. Ça fait que, tu sais,
dire : C'est demain, il faut embaucher 26 ressources pour faire ça,
bien, c'est des délais, tu sais, pour le faire. Il faut penser en
gradation, comment, tu sais, on apporte l'application, tu sais, de la loi, du règlement pour faire en sorte que ça permette
l'embauche. Parce que, quand on parle de ce nombre de ressources là, ce n'est pas juste des ressources humaines. Tu
sais, j'ai parlé plus de ressources humaines, mais c'est d'infrastructures
aussi.
M. Marissal :
Comment vous séparez le travail avec les municipaux? C'est les... C'est
essentiellement les gens qui demandent, ils vont vers l'un ou l'autre?
Mme Martin
(Marie-Chantale) : C'est vraiment où l'organisme est situé. Tu sais,
dans le fond, les ententes sont... C'est... Chacun est responsable des
organismes sur son territoire. Ça veut dire, si... mettons, si c'est à Coaticook, bien, c'est la Sûreté du Québec qui est
à Coaticook, donc c'est la Sûreté du Québec. Si c'est à Sherbrooke,
c'est la sûreté municipale de Sherbrooke, c'est eux qui sont responsables de
faire les vérifications de leur secteur avec les... avec les ententes qu'ils
ont.
M. Marissal :
OK. Dernière question technique. Vous avez dit : Après ça, il faut
qu'on transmette à la GRC. Ça, c'est dans vos ententes de...
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Ça, dans le fond, c'est quand quelqu'un... quand on
fait la vérification aux casiers pardonnés, pour les vérifications pour ceux
qui oeuvrent auprès de personnes vulnérables, c'est... on... de la façon dont
on fait nos vérifications, c'est qu'on va vérifier aux casiers pardonnés puis
ça nous donne qu'il y aurait une possible correspondance. Puis, à ce moment-là,
quand on en a une possible, la seule façon de valider si cette personne-là a
été pardonnée pour une des infractions à l'annexe II, une infraction
sexuelle, c'est de faire une prise d'empreintes. Puis là, ça, à ce moment-là,
ça chemine à la GRC, puis c'est la GRC qui va nous confirmer ou infirmer que c'est cette personne-là puis qu'est-ce que ça
comporte. Mais c'est ce délai-là, souvent, qui allonge des délais, c'est cet
élément-là, qui est important mais qui peut allonger quand il y a une
correspondance possible, qu'il y a des choses qui n'est pas dans
notre... dans notre carré de sable, qu'on doit... qu'on est en attente d'une
autre organisation.
M. Marissal :
Merci.
Mme Martin
(Marie-Chantale) : Plaisir.
Le Président
(M. Schneeberger) : Merci beaucoup pour votre contribution à la
commission.
Alors, vu l'heure,
nous suspendons les travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à
12 h 45)
(Reprise à 15 h 04)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bon après-midi à tous. La Commission
de l'aménagement du territoire reprend ses travaux.
Je
rappelle que nous poursuivons les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 45, loi
modifiant la loi sur la sécurité dans les sports afin de principalement... de
renforcer la protection de l'intégrité des personnes dans les loisirs et
les sports.
Cet après-midi, nous
recevons Mme Danièle Sauvageau, l'Association des psychologues du Québec,
Mme Guylaine Demers, et nous commençons avec le réseau des unités
régionales de loisir et sport du Québec.
Alors, bonjour à vous
quatre. Alors, dans un premier temps, vous vous nommez avec votre titre pour
qu'on puisse vous... bien, pour l'homme qui
est là, ça va très bien, là, M. Ager, mais les... pour les autres, les
femmes qui sont là pour ne pas que... ne pas vous mêler, alors, vous
présenter à tour de rôle, et, par la suite, vous pouvez enchaîner avec votre
présentation.
Réseau des unités régionales de loisir et de sport
du Québec (Réseau URLS-Québec)
M.
Ager (Steeve) : Bonjour à
vous. Bonjour, tout le monde. Mon nom est Steeve Ager, je suis directeur général
du Réseau des URLS. Je suis accompagné de ma présidente, Mme Manon
Éthier-Rollin et mes collègues de travail, Justine Côté-Laberge, qui est
directrice générale adjointe, et Josée Longchamps, qui est conseillère en
sports.
Je vais laisser la
parole à ma présidente, Mme Éthier-Rollin.
Mme Éthier-Rollin
(Manon) : Bonjour. M. le Président, Mme la ministre et membres de la
commission, merci de l'opportunité que vous nous offrez que de pouvoir réagir
au projet de loi n° 45. Comme vous le savez, les URLS interviennent auprès
des organismes locaux et régionaux en loisirs, en sports, plein air et en
activité physique, en leur procurant de l'accompagnement, du soutien et de l'expertise.
Elles sont pour plusieurs un guichet unique, voire un carrefour d'information
et de services pour les accompagner dans leurs missions respectives.
Rassembleur à l'échelle nationale et
porte-parole des URLS, le réseau des URLS joue quant à lui un rôle de
catalyseur des expertises, stimulant le codéveloppement et la synergie
avec ses partenaires. Ensemble, nous sommes en interface avec plus de
3500 organismes partenaires à l'échelle locale, régionale et provinciale,
présents dans les 17 régions du Québec.
Nous sommes porteurs
d'une vision globale et transversale des enjeux, nous offrant ainsi une
capacité unique à faire état de la réalité terrain, à rallier les points de
vue, rassembler les ressources et mettre les gens en relation, en action, et
ce, à tous les paliers. C'est avec cette lunette que nous nous présentons
devant vous aujourd'hui. Et je cède la parole à notre directeur général,
Steeve.
M. Ager (Steeve) : Bonjour à vous. Le réseau des URLS tient d'entrée de jeu à saluer la
volonté de la ministre Charest de venir renforcer la protection de
l'intégrité des personnes dans les loisirs et les sports.
Pour nous qui sommes
déjà engagés à offrir un environnement sain et sécuritaire avec les organismes
du milieu, ces plus récents efforts ne peuvent qu'être accueillis de façon très
favorable. Par la création du protecteur de l'intégrité et les pouvoirs qui lui
seront conférés, le gouvernement donne ainsi un signal très fort quant au
sérieux de la démarche et du mordant souhaité par la modification à la loi
actuelle. C'est un geste concret qui est en cohérence et en réponse directe aux
attentes et aux besoins exprimés du milieu, des parents et des participants à
l'égard de nos environnements de loisirs et de sports.
L'élargissement de la loi au domaine du loisir
et à des organismes non affiliés est aussi vu positivement par nos membres et
partenaires, bien que soulevant quelques préoccupations qu'on vous partagera
plus tard. Les pistes et recommandations qui suivent
n'ont certes pas pour but de contester le projet de loi, mais bien, par notre
lien de proximité avec des acteurs locaux, régionaux et provinciaux, d'ouvrir
et de poser un regard sur les enjeux, les préoccupations et les angles morts
qui pourraient nuire à son acceptabilité et à sa mise en oeuvre. Notez aussi
que nous nous rangeons également derrière
les recommandations faites avant nous par nos partenaires et alliés avec qui
nous travaillons en étroite collaboration en matière de sécurité et
d'intégrité.
Nous sommes
aujourd'hui porteurs de six recommandations qui, nous le souhaitons, porteront
écho à celles déjà entendues par la commission. Notre première recommandation
porte sur la clarification et la définition des concepts. Tel qu'exprimé précédemment, nous saluons la volonté de
renforcer la protection de l'intégrité des personnes dans les loisirs et
les sports par ce projet de loi. Néanmoins, l'absence même de la définition du
mot «intégrité» dans ce projet est en soi préoccupante. Il nous apparaît plus
que nécessaire, voire crucial, de clarifier les définitions et les concepts qui
sont au coeur de ce projet, notamment ceux relatifs à l'intégrité, aux sports,
aux loisirs, aux structures d'encadrement et aux organismes, de manière à
assurer une compréhension commune, limiter la confusion et ainsi faciliter
l'implication. Il est important de connaître la portée de ces termes pour bien
circonscrire le type de situations visées par le projet de loi.
Dans un même ordre
d'idée, notre seconde recommandation vous invite à ce qu'on pourrait dire
«définir le terrain de jeu», et je
m'explique. Bien que plutôt clair sur les obligations des organismes des sports
affiliés aux fédérations de loisirs et de sports, certains flous
demeurent, à savoir qui veillera sur les activités offertes par les
municipalités, les organisations privées, voire non affiliées, et les écoles. À
titre d'exemple, plusieurs initiatives citoyennes naissent depuis peu.
Certaines sont libres et d'autres encadrées, parfois même soutenues par leur
municipalité. Seront-elles visées par la loi? Qu'est-ce que l'on considère
comme un événement sportif? Il est essentiel pour nous de préciser qui sera
imputable par cette loi.
• (15 h 10) •
Notre
troisième recommandation : Prendre en compte l'expertise acquise par les
acteurs du milieu. La nomination du protecteur de l'intégrité offre un
nouveau pouvoir d'intervention qui est saluée par les acteurs du milieu.
L'ajout du pouvoir d'enquête, l'immunité et
la protection contre les représailles, ainsi que la possibilité d'imposer des
sanctions financières sont pour nous des améliorations significatives.
Toutefois, le réseau des URLS et nos partenaires sommes soucieux que tous les
efforts collectifs déployés pour mettre en place l'officier des plaintes et sa
plateforme Je porte plainte, ainsi que tous les apprentissages qui en découlent
ne soient pas pris en compte ou simplement mis de côté, bref, qu'on réinvente
la roue alors que ce mécanisme a permis de traiter efficacement plus de
1 000 plaintes depuis sa mise en oeuvre en 2021.
Pour ce qui est de la
vérification des antécédents judiciaires, nous croyons évidemment à la
pertinence de demander cette vérification aux personnes qui sont appelées à
oeuvrer auprès des clientèles vulnérables. Nous sommes aussi très heureux de
constater qu'une entente est prévue avec les corps de police du Québec pour
effectuer cette dernière. Néanmoins, nous y voyons divers enjeux en matière de
capacité, d'accessibilité et d'impact sur le bénévolat. Capacité, c'est la
capacité des corps policiers qui débordent déjà, capacité des organismes en
loisirs et en sports et une lourdeur administrative alors que les exigences
envers eux ne cessent d'augmenter, sans pour autant avoir les ressources qui
suivent. Accessibilité par le coût de l'opération pour les organismes, pour les
participants. L'accessibilité physique et géographique de se déplacer vers les
postes de police et l'impact sur le bénévolat, alors que nous vivons de réels
enjeux en matière de recrutement et de rétention de bénévoles et sommes
également en pénurie de main-d'oeuvre, il s'avère plus que jamais pertinent de
rendre le processus de vérification simple et efficace pour répondre à
l'objectif du projet de loi tout en minimisant l'impact sur les bénévoles.
Somme toute, on ne peut se permettre d'entretenir la perception qu'il est
difficile de s'impliquer ou de s'engager en loisirs et en sport. Ainsi, nous
recommandons la mise en place d'un guichet unique, facile et accessible à tous,
pouvant répondre rapidement aux demandes des usagers.
Suivant cette même
logique, plusieurs bénévoles et intervenants s'impliquent dans plusieurs
organisations de sports et de loisirs. Le partage des informations ou l'accès
aux informations, que ce soit la vérification de sécurité, les sanctions, etc.,
entre les organismes de sports et de loisirs demeure une problématique non
résolue. S'ajoute à cela l'absence de liens entre les intervenants des milieux
scolaires, municipaux et organismes de loisirs et de sports. De ce fait, nous
recommandons de créer un registre public centralisé, donnant l'accès à
l'information ciblée pour les responsables
désignés des organisations, le tout, bien sûr, dans le respect des règles de
confidentialité et de protection de la vie privée.
Finalement, s'ajoute
à ces recommandations... il pourrait s'avérer pertinent que d'élargir la notion
de vulnérabilité, qui est dans le projet de loi, afin d'y ajouter les personnes
aînées. Souvent oubliés lorsqu'on parle de loisirs
et de sports, nos aînés sont encore malheureusement trop souvent victimes de
violence, d'abus et de maltraitance. Par
cette dernière recommandation, on souhaite, bien entendu, que le contexte du
sport et du loisir soit exempt de violence et d'abus.
En conclusion,
l'intention derrière la révision de la loi est tout à fait légitime et
pertinente. Le Réseau des URLS accueille favorablement les modifications qui y
sont proposées et y voit plusieurs améliorations qui sauront contribuer
réellement à rendre le loisir et le sport plus sains et sécuritaires. Le rythme
souhaité pour l'implantation de la loi, soit
deux ans après sa sanction, nous apparaît toutefois quelque peu irréaliste
compte tenu des enjeux logistiques et des capacités qui ont été
soulevées. Malgré l'urgence d'agir, il est de notre avis que les organisations
locales et régionales auront besoin de temps
et de ressources pour mettre en place les mécanismes, de même que pour sensibiliser
et mobiliser leurs membres. Ces éléments
sont essentiels pour aller chercher l'adhésion nécessaire autour de cette
nouvelle réalité. Les systèmes proposés de guichet unique et de registre
central risquent, eux aussi, de prendre un temps plus important que prévu si on
décidait d'aller de l'avant avec ces recommandations.
Je vous le rappelle, les
URLS sont au coeur de l'action régionale et locale et sont souvent la porte
d'entrée des organismes, des clubs, des
entraîneurs et parents qui cherchent réponses à leurs questions. La clarté et
la précision demandées sont essentielles pour bien cadrer les paramètres et les
critères qui constitueront notre terrain de jeu et ainsi bien guider les
gens et organismes qui font appel à nos services, à notre accompagnement.
Il importe aussi que les partenariats annoncés,
notamment ceux avec les corps policiers, se confirment et soient efficaces pour
ne pas jouer avec les gens, que je dirais, mais plutôt pouvoir bien les pister,
et ce, à toutes les étapes du processus. Notre principal souci en est un de
cohérence entre les milieux et dans les exigences, de manière à faciliter la
mise en oeuvre et l'accompagnement des organismes en loisirs et sports, et
ainsi atteindre les objectifs poursuivis derrière la révision de la loi. Nous
sommes tout à fait conscients qu'il y a des... qu'il y a des travaux qui
découleront sur les règlements et viendront, eux aussi, préciser bien des
choses. Fidèles à notre habitude, nous serons présents
pour prendre part à la recherche de solutions en contribuant activement à faire
en sorte que le loisir et le sport soient un environnement sain et
sécuritaire pour tous. Je vous remercie de votre attention.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup, M. Ager, pour le contenu. Alors, nous allons débuter notre...
une période d'échange en débutant par la ministre, avec 16 minutes. Alors,
allez-y.
Mme Charest : Merci,
M. le Président. On va régler une chose une fois pour toutes, c'est
M. Ager. Donc, soyez avertis, tous et chacun.
Le Président (M. Schneeberger) : Ager,
bon.
Mme Charest : Alors, c'est
Steeve Ager qui est parmi nous. Alors, merci, Steeve Ager, et évidemment à
toute votre équipe qui êtes là. Merci pour le mémoire que vous avez présenté.
Merci de vous... de nous donner votre point de vue, votre réalité et... pour
évidemment faire en sorte de peaufiner ce projet de loi.
Je vais y aller avec une... quelques questions,
là, pour peut-être clarifier. Puis, dans un premier temps, je trouve ça
intéressant que vous parliez de... du sérieux de la démarche puis de quelle
façon ça vient donner le mordant qui est souhaité par la modification de la
loi. Parce qu'hier on a entendu le RLSQ qui disait... qui prétendait que
l'officier indépendant des plaintes avait plus de mordant, alors qu'on se
souvient que l'objectif de la... un des objectifs principaux de la révision de
la loi sur la sécurité dans le sport, c'était justement de peaufiner l'outil
qu'on avait, qui était l'officier
indépendant des plaintes. Alors, peut-être vous voudriez intervenir là-dessus,
là, mais, en tout cas, ça a quand même été bien cité dans votre mémoire,
alors je trouve ça intéressant de le lire et de le constater.
Tu sais, vous parlez par ailleurs, là, du
pouvoir d'enquête, d'immunité et de protection contre les représailles. Alors,
je pense qu'effectivement c'est une... qui est une avancée significative. Vous
faites aussi état de... tu sais, de l'ajout du domaine du loisir qui,
évidemment, aussi est assez intéressant.
Et je vais y aller tout de suite en lien avec
les propositions puis avec les recommandations que vous nous faites. Et ça,
c'est un... c'est un sujet qui est revenu beaucoup hier et aujourd'hui, d'abord
avec la notion de définition de l'intégrité. Puis j'aimerais vous entendre sur
qu'est-ce que vous croyez qui devrait figurer... Est-ce que... puis ça aussi je l'ai répété, puis, au risque de me répéter, si
vous avez écouté les autres interventions, est-ce que de nommer ou de
définir de façon précise la notion d'intégrité on n'exclut pas des choses qui ne
sont pas nommées? D'emblée, est-ce qu'on est mieux de rester plus large pour
pouvoir avoir une vision plus parapluie, donc de ne pas définir, donc de ne pas orienter le point de vue d'une victime, par
exemple, qui se dirait : Bien, ça, ça ne figure pas dans leur définition? Alors, j'aimerais vous entendre
sur : Qu'est-ce qui devrait être clarifié, puis ce serait quoi votre
recommandation, puis comment on nommerait cette notion-là?
M. Ager (Steeve) : Merci de votre
question, Mme la ministre. Puis, bien, effectivement, il y a nécessité de
clarté. Si on veut être capable de se reconnaître en matière d'intégrité, bien,
il faut être capable de le définir. Je pense qu'il
faut être le plus large possible pour être englobant sur les différentes
situations. On a déjà travaillé, les partenaires, sur différentes définitions
avec les chaires de recherche que vous allez entendre un petit peu plus tard,
qui viennent placer quand même ces
paramètres-là sur ce que peut être l'intégrité. Mais en l'absence de précision,
comment les gens vont pouvoir s'y référer? Comment vont-ils pouvoir
s'identifier pour pouvoir savoir par la suite par quels mécanismes...
Donc, nous,
on est un peu pris entre les deux, c'est-à-dire que les gens ou les organismes
vont nous approcher, ils vont chercher à savoir où se référer, comment
travailler. Donc, lorsqu'on demande de la clarté et de la précision, ce n'est
pas pour exclure des éléments de l'intégrité ou des enjeux qui sont vécus par
les pratiquants et les gens qui sont dans le
milieu sportif et de loisirs, mais plutôt pour justement être englobant, que
les gens puissent bien saisir la portée et la gradation aussi des
éléments qui pourront faire que je me dirige vers une instance ou vers une
autre, dans ce cas-ci le protecteur de
l'intégrité ou sinon d'autres mécanismes qui seraient des politiques internes
des fédérations qui existent déjà.
Juste par l'officier des plaintes avec lequel on a travaillé avec le RLSQ,
bien, on s'est rendu compte qu'il y avait quand même 50 % des
plaintes qui n'étaient pas retenues, ne serait-ce qu'elles ne figuraient pas
dans les cadres de certains paramètres qu'on avait établis entre nous à ce
moment-là.
Donc, sans se
qualifier d'experts, parce que ce n'est pas notre rôle, il y a d'autres
organismes qui vont le faire, pour nous, l'importance de cette clarté-là et de
la précision, c'est ce qu'on voulait faire mention de par notre mémoire.
• (15 h 20) •
Mme Charest : Est-ce que vous pensez
que les plaintes qui n'avaient pas été retenues, c'était en lien avec... qui ne
figuraient pas dans ce qu'on entend par intégrité ou tout simplement qui
n'avaient pas atteinte à l'intégrité... Tu sais, ma question est plus... Tu sais, vous
dites : On ne voudrait pas exclure. Donc, si, dans la définition
d'intégrité, une notion... tu sais,
je dis n'importe quoi, là, admettons que le racisme ne figurerait pas dans la
définition... probablement qu'il figurerait là-dedans, là, mais juste
pour... à titre d'exemple, est-ce qu'une personne qui se dirait victime ou
atteinte à son intégrité, mais que la définition n'est pas dans le projet de
loi, ce serait une plainte qui serait non recevable?
Est-ce qu'on... Puis, comme je disais hier, encore une fois, tu sais, quand tu
ne nommes pas tout, bien, tu exclus ce
qui n'a pas été nommé. Donc, est-ce qu'il n'y a pas un danger là d'en oublier
ou de ne pas tenir compte de certaines réalités qui...
M. Ager (Steeve) : Bien entendu, il
reste... il demeure toujours un danger à être trop précis puis venir qu'à
oublier, puis bien sûr la société va évoluer aussi au fil du temps, puis on ne
veut pas plonger dans la loi à tous les coups.
Par contre, il reste que, dans le milieu sportif, associatif, il y a plein
d'événements qui peuvent être perçus par certains comme une atteinte à l'estime de soi ou des... tu
sais, on parle de coupures, de retranchements, des événements qui peuvent
être... qui font partie quand même d'un environnement sportif que certains
pourraient percevoir comme clairement des éléments
qui ont atteinte à l'intégrité, alors qu'on est peut-être plus dans des... il y
a des situations parfois difficiles qui sont vécues dans ces
environnements-là.
Donc, il faut faire attention, il faut être le
plus inclusif possible, mais il y aura quand même des exclusions à ça, et la
définition va venir nous aider à le faire. Encore là, comme je dis, on n'est
pas spécialistes, mais on est prêts à collaborer avec les partenaires pour
venir définir ça ensemble.
Mme Charest : OK. J'aimerais aussi
vous entendre sur... Bon, vous parlez de la non-capacité puis de... qu'il y a
peu de firmes privées, par contre, par rapport à la vérification des
antécédents judiciaires. J'aimerais ça savoir quelle est la situation actuelle.
Donc, qui... qui est vérifié, pour le moment, par les URLS? À quelle fréquence?
C'est quoi, les délais présentement? Quels sont les... peut-être les
intervenants qui ne sont pas ciblés, qui possiblement le seraient avec l'application de la loi? Donc, c'est
quoi, la situation actuelle de la vérification des antécédents judiciaires?
M. Ager (Steeve) : Je vais débuter
la réponse puis je vais laisser par la suite la parole à ma collègue Josée. Bon, d'abord, les URLS ne sont pas des organismes
qui dispensent du sport, mais qui encadrent et qui soutiennent les organisations.
Le seul moment où nous sommes responsables de certaines vérifications, c'est
dans le cadre du suivi des délégations dans le cadre des Jeux du Québec, donc
toute la préparation aux jeux des chefs de mission, la vérification des
bénévoles, etc. Donc, c'est dans ce cadre-là que, nous, on travaille. Pour ce
qui est de la logistique et des délais, je vais laisser Josée, là, compléter.
Mme Longchamps (Josée) : Merci,
Steeve. En fait, là, il y a certaines régions qui ont encore des ententes avec les corps policiers. Il y en a plusieurs
également qui vont travailler avec des entreprises privées. Toutefois, on sait
qu'avec les entreprises privées, là, il n'y a peut-être pas tout ce qui est
demandé dans le projet de loi qui est vérifié. Donc, il y aurait peut-être
quelque chose à travailler sur ce point-là.
Pour ce qui
est des délais, bien, évidemment, avec les entreprises privées, c'est
relativement rapide, là, on peut avoir des réponses en dedans de
24 heures. Des fois, on a une autorisation à aller chercher, là, pour
identifier la personne.
Pour ce qui est des corps policiers, encore là,
si on a des ententes, ça peut être assez rapide, mais, si jamais il y a une problématique et que ça doit se rendre aux
empreintes au niveau de la GRC, là, on peut parler de plusieurs mois de délai
d'attente, puis là ça devient problématique, là, pour avoir les entraîneurs ou
les personnes avant de partir entre autres à une finale des Jeux du
Québec.
Mme
Charest : Et, vous diriez, dans les proportions, là,
qu'est-ce que... Le délai moyen, c'est à peu près quoi, là?
Mme Longchamps (Josée) : Bien, je
vous dirais, là, si ça va aux empreintes, là, on peut parler de quatre à six mois, là, facilement. Pour ce qui est, là, des
autres, là, c'est vraiment rapide, là. Au niveau des compagnies privées,
là, on parle de 24 heures, 48 heures. Ça va relativement vite.
Mme Charest : OK.
M. Ager (Steeve) : Et, si on pouvait
compléter, là, ce n'est pas toutes les régions qui ont des ententes avec leurs corps policiers. Ça aussi, là, c'est quand
même un élément... on fait du cas par cas. Il y en a qui ont une capacité
limitée et qui refusent de faire... de procéder aux vérifications
d'antécédents. C'est là qu'on va vers des compagnies privées ou qu'on essaie de développer d'autres ententes. Mais la logique
du cas par cas, je pense que le projet de loi doit trouver une solution,
de venir résoudre cette situation.
Mme
Charest : Je vais vous référer à la recommandation
numéro 2, sur bien définir le terrain de jeu. Sports-Québec disait hier
qu'il serait préférable qu'incombe la responsabilité aux propriétaires
d'infrastructures de vérifier le règlement de sécurité. C'est quoi, votre opinion là-dessus puis de la faisabilité,
puis, tu sais, dans un contexte de pratique libre et tout ça, là,
comment vous voyez ça?
M. Ager
(Steeve) : Il y a deux
éléments liés à ça. C'est sûr qu'au niveau de la sécurité de l'infrastructure,
bien entendu, les propriétaires
doivent assumer une certaine responsabilité, puis ça, je pense que c'est quand
même reconnu de tous. Lorsqu'on tombe dans les
esprits de pratique libre ou de qu'est-ce que la pratique libre — et je
dis ça, encore là, c'est un des éléments qu'il faudra venir définir — ça va
peut-être nous amener à revisiter les politiques de reconnaissance des villes et municipalités à l'égard de leurs
organismes, voire... parce que c'est souvent par ce lien-là que va se faire le
prêt ou l'octroi de plateaux vers les organismes, qu'ils soient communautaires,
sportifs ou associatifs, et il pourrait y avoir un pont qui se fait
entre cette politique de reconnaissance là et les obligations que l'on donne à
ceux qui encadreront que la pratique soit pratiquée librement. Il y a quand
même des structures d'encadrement, inscription,
de gestion de plateau et autres. Donc, ça, pour moi, ce n'est pas
nécessairement de la pratique libre, c'est un contexte libre, mais quand
même d'un certain encadrement. Alors, ça, il faudra voir comment on le fait.
On souligne aussi dans notre... dans notre
mémoire la naissance de plus en plus des initiatives citoyennes où du sport se
vit dans des contextes semi-organisés ou non affiliés. Et ça aussi, là, qui
sera le lien ou le liant? Les fédérations sportives ont un certain lien jusqu'à
un certain niveau, mais comment les municipalités seront... seront liées aussi
à ces organismes-là? Pour nous, ça doit faire partie de la solution.
Mme Charest : Bien, en fait, je vous
pose la question. Est-ce que vous pensez qu'admettons une municipalité qui est
propriétaire d'un aréna devrait être responsable du règlement de sécurité
au-delà du port de... du protège-cou, du
casque et des trucs comme ça? Parce que c'est un petit peu ça que Sports-Québec
disait hier. Est-ce que vous pensez que la... cette responsabilité-là
des propriétaires d'infrastructures devrait être portée?
M. Ager (Steeve) : Je pense qu'il
faut responsabiliser les propriétaires davantage, effectivement.
Mme Charest : Donc, dans
l'application des règlements. OK.
M. Ager (Steeve) : Dans
l'application des règlements de sécurité.
Mme Charest : Prendre en compte
l'expertise. J'aimerais ça vous entendre aussi... parce que vous parlez, bon, que la clientèle aînée puis qu'il y a besoin
de personnes pour oeuvrer auprès de la clientèle aînée, puis de les cibler
aussi quant à la vérification des antécédents judiciaires. J'aimerais ça vous
entendre sur qu'est-ce que vous entendez par une clientèle vulnérable.
M. Ager (Steeve) : C'est sûr que
l'ouverture vers les aînés, c'est... Le projet de loi initialement était
davantage lié aux sports, puis je pense qu'il a été teinté du sport lorsqu'on a
regardé les populations vulnérables. Mais là, lorsqu'on élargit aux loisirs,
bien là, on rentre dans une population qui est beaucoup plus diversifiée. À
quel moment on va définir un aîné ou une personne vulnérable? Ça, je pense
qu'il faut s'associer aussi avec nos organisations qui ont... qui sont plus
spécialisées là-dedans, mais vont vivre différents types d'abus, négligence ou
de violence, qu'elles soient physiques ou psychologiques, et je pense que nos
milieux doivent être... Si on le fait pour ce qu'on appelle des jeunes et des
personnes handicapées, je pense qu'il faut réfléchir aussi à notre population
aînée, et, dans le grand spectre du loisir,
bien, cette population-là, elle est très présente versus le sport. Donc, autant
on réfléchit jeunes lorsqu'on pense sports. Lorsqu'on pense loisirs, je
pense qu'il va falloir aussi réfléchir à nos aînés.
Mme Charest : Mais quant à...
M. Ager (Steeve) : Donc, à quel
moment puis comment on le définit? Pardon, excusez.
Mme Charest : Non, non, c'est bon.
M. Ager (Steeve) : Nous, on s'est
référé à la définition de la Sûreté du Québec, là, qui venait définir la
vulnérabilité au niveau de son... de son cadre législatif pour la vérification
des antécédents judiciaires. Moi, je pense qu'il faudrait le... utiliser cette
définition-là qui est... qui est proposée par la Sûreté du Québec.
Mme Charest : OK. J'aimerais ça vous
entendre aussi, puis votre position, puis votre regard, quant à... aux camps de vacances, aux camps de jour municipaux,
parce que je sais que vous êtes appelés à intervenir, puis notamment en
mettant... bien, en secondant ou en appuyant pour les règles de sécurité. C'est
quoi, la situation des camps municipaux présentement? Quel genre de normes ils ont? Où sont les lacunes? Comment
on pourrait les aider? Comment le projet de loi vient intervenir, puis tout ça? Donc, votre position par rapport
aux camps municipaux, les camps de jour. Qu'est-ce qui est fait comme
vérification, puis tout ça? Qu'est-ce qu'il y a comme encadrement, là,
présentement?
M. Ager (Steeve) : Oui, je vais
laisser ma collègue Justine vous répondre à cette... à cette question.
Mme Côté-Laberge (Justine) : Oui,
absolument. Merci, Steeve. En fait, actuellement... là, je ne ferai pas le
plaidoyer que l'ACQ a fait hier, par contre, au niveau des camps de jour
municipaux, il y a effectivement le cadre de référence, là, qui existe, qui a
été développé en... bien, par l'Association des camps du Québec en
collaboration avec l'AQLM, qui viennent
encadrer une certaine pratique au niveau des camps de jour. Par contre, ce
cadre n'est pas obligatoire au Québec
actuellement, donc plusieurs camps opèrent sans ce cadre de référence là, et
c'est là, la problématique actuelle au niveau des camps de jour au
Québec. Steeve, est-ce que tu veux compléter?
Mme
Charest : Bien, peut-être que j'aurais une question.
Mme Côté-Laberge
(Justine) : Oui.
• (15 h 30) •
Mme Charest :
Là, quand on parle de plusieurs camps qui n'ont pas ce cadre-là, si on se
réfère juste aux camps municipaux, est-ce que la totalité des camps municipaux
a un cadre de référence? Est-ce que la plupart des...
Mme Côté-Laberge
(Justine) : Pas actuellement. Je n'aurais pas les données exactes, là,
je pense qu'il faudrait vérifier auprès de notre partenaire, qui est l'Association
des camps du Québec, pour cet élément-là. Par contre,
encore à ce jour, plusieurs camps municipaux opèrent sans être membres de
l'Association des camps du Québec ou ne font pas référence à ce cadre de
référence là, tout simplement.
Mme Charest :
OK. Puis, donc, vous n'avez pas de données sur quelles sont les
vérifications d'antécédents judiciaires, à quelle fréquence, et tout ça, à cet
égard-là.
Mme Côté-Laberge
(Justine) : Bien, un peu comme l'Association des camps du Québec le
disait hier, là, au niveau de la vérification des antécédents judiciaires, les
gens qui sont membres du cadre de référence doivent soumettre... se soumettre à
cette norme-là qui est présente dans le cadre. Par contre, là, pour les
municipalités qui ne sont pas membres ou ne
font pas référence au cadre, il n'y a pas nécessairement de norme ou
d'obligation à ce niveau-là.
Mme Charest :
Puis de quelle façon un parent
pourrait s'assurer que son... le camp municipal, pour le moment, là, de...
qu'il a un cadre de référence puis qu'il a les outils nécessaires ou les
mesures mises en place pour assurer la sécurité des enfants?
Mme Côté-Laberge
(Justine) : Steeve, tu veux parler?
M. Ager (Steeve) : Bien, pour le moment, on est en train de travailler avec nos différents
partenaires pour voir, justement, comment on pourrait se diriger vers,
éventuellement, un permis d'opération. Ça reste...
Le Président (M.
Schneeberger) :
Rapidement.
M. Ager
(Steeve) : Ça reste probablement le seul moyen qu'on pourra convenir
ensemble, de faire en sorte, justement, que
les milieux d'accueil répondent à certaines normes et aient une obligation
parce que là, pour le moment, ce n'est que de l'adhésion volontaire.
Mme Côté-Laberge
(Justine) : Puis pour répondre à...
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci. Oui, on n'a plus beaucoup de temps, peut-être
que vous pourrez poursuivre plus tard. On va passer du côté de l'opposition
officielle avec M. le député de Marquette.
M. Ciccone : Merci
beaucoup, monsieur... Vous m'envoyez un message, là, c'est ça? Vous voulez que
je laisse finir la...
Le Président (M.
Schneeberger) : ...vous êtes... vous passer la rondelle, comme on dit.
M.
Ciccone : Je comprends, mais on va y
revenir, là, inquiétez-vous pas, on va être capables de... Bien, merci beaucoup
pour votre présence, à vous quatre, c'est très très apprécié. Un mémoire très
étoffé. Merci beaucoup. Vous élevez d'autres questions, parce que, quand on voit
les gens dans le milieu du sport, justement, les spécialistes dans le domaine, souvent, on se dit : Ça va
se ressembler, mais on est toujours surpris, à chaque fois. Ça fait que vous
faites un excellent travail, vous avez mis le temps, bravo!
Juste revenir, là,
commencer avec la recommandation 1. Ce n'est pas... vous n'êtes pas les
premiers à nous le recommander. Au niveau des définitions, habituellement, dans
un projet de loi, là, tout de suite après l'article 1, là, on va définir tous les termes qu'on va utiliser.
Dans ce cas-ci, dans le projet de loi qui va être bonifié ou qui va être... où on va changer, on va améliorer la loi dans la
sécurité dans les sports, vous dites notamment... vous parlez de l'intégrité,
activités sportives, loisirs... aux loisirs et aux structures d'encadrement et
aux organismes. Pourquoi c'est important pour vous de bien définir ces
termes-là?
M. Ager (Steeve) : Bien comme je le disais, tu sais, un peu plus tôt, les URLS, on est beaucoup
porte d'entrée, guichet unique pour les organismes locaux, associatifs,
clubs, organismes communautaires qui vont nécessairement devoir se conformer à ces obligations-là. Donc,
pour nous, qui se place en situation d'accompagnement, bien, on veut être capable de les guider vers les bonnes
ressources, on veut être capables de les guider sur leurs obligations
respectives. Donc, tout flou
artistique va quand même amener des problèmes logistiques importants. Même
chose pour parents et autres intervenants qui voudraient s'adresser à
nous puis dire : Bien, vers où je me dirige?
Donc, ces éléments-là, comme je disais
un peu plus tôt, lorsqu'on parle de qu'est-ce qui est d'une structure d'encadrement,
bien, jusqu'où on va? On a nos structures d'encadrement dites scolaires, on a
nos structures d'encadrement dites municipales, communautaires, sportives.
Est-ce qu'elles font toutes partie de la loi? Si oui, bien, il faudra à tout le
moins le préciser, parce que, là, il y a dans les... dans le projet... Puis
vous avez entendu d'autres partenaires vous dire : Bien, en contexte
scolaire, oui, l'activité parascolaire, mais, après ça, bien, je rentre, le
midi, dans un autre contexte ou dans un autre type d'activités, les ligues et
autres. Qu'est-ce qui sera inclus? Pour nous, c'est ces éléments-là qui sont
importants de venir définir.
M.
Ciccone : Vous m'ouvrez la porte, là, j'avais cette question-là
un peu plus loin, mais on va y aborder... Parce
que vous avez parlé de parascolaire. Vous, vous représentez 17 groupes, si je
ne m'abuse, là, c'est au début, là, de votre
mémoire, que ce soit Loisir et Sport Bas-Saint-Laurent, le Regroupement loisir
et sport Saguenay—Lac-Saint-Jean et... je ne les nommerai pas
toutes, là. Souvent, en région, on va utiliser les établissements scolaires.
Souvent, on va utiliser également des
groupes pour faire le parascolaire aussi à l'école. Est-ce que ces groupes-là
travaillent également dans des endroits scolarisés, ils utilisent des
établissements scolaires?
M. Ager
(Steeve) : Les unités régionales de loisir et de sport n'utilisent pas
d'installations parce qu'ils ne sont pas porteurs d'une offre de services, mais
ils vont soutenir l'école à se doter de politiques et de moyens pour être favorable à des environnements sains,
sécuritaires, où... Exemple, dans certains dossiers, on a accompagné récemment
les écoles à voir à la mise en oeuvre de leur politique sur le traitement des
commotions cérébrales en milieu scolaire. Ça, c'est
un exemple. Bien nous, on va faire cet accompagnement-là au milieu en fonction
des obligations qu'il va y avoir en les référents vers les expertises,
parce que l'école, elle, elle ne sait pas à qui s'adresser, elle ne sait pas
comment travailler. Donc, on devient un peu cette porte d'entrée là vers les
ressources des différents partenaires que vous avez entendus, qui, eux, sont à
l'échelle provinciale, alors que nous, on va oeuvrer à l'échelle régionale et
locale.
M.
Ciccone : Dans ce cas-ci, voyez-vous, à un
moment donné, une situation, parce que vous touchez quand même, là... vous soutenez les sports scolaires et
le parascolaire, quand même, là. Tu sais, il y a le protecteur de l'élève
ici, là, ça va être le protecteur de l'intégrité.
Voyez-vous un endroit où, à un moment donné, il pourrait y avoir... Tu sais, on
ne sait plus où aller. On va aller au protecteur à l'intégrité, si on est à
l'école, on peut... on va aller au protecteur de
l'élève ou si on n'a pas la réponse que... ou que suite à notre plainte par
exemple, on va essayer un autre. Est-ce que... Est-ce que vous trouvez
qu'il y aurait peut-être un problème, là, on va utiliser, surutiliser les
outils qu'on a pour porter plainte si on n'est pas content de la décision?
M. Ager
(Steeve) : C'est sûr que ça, on peut aller vers l'excès. Ces
mécanismes-là sont mis en place pour protéger les gens puis on veut qu'ils
soient utilisés. Donc, ça, c'est... je pense que c'est la première affaire. Que
ces organismes-là se parlent ou soient quand même en contact, que... ça va dans
le même esprit que le registre dont on mentionne à la recommandation 4,
là, de notre côté. Donc, cette capacité-là à ce que les systèmes puissent se
parler tout en gardant la confidentialité
des plaintes et de tout ça, bien c'est un enjeu majeur, donc, la capacité que
ça se parle, que ça puisse se
communiquer, mais je vous dirais que, pour protéger les gens, peu importe la
porte d'entrée, moi, je veux que les gens puissent y avoir accès. C'est
ça le plus important.
M.
Ciccone : Quand vous expliquez la
recommandation 3, vous dites, et je vais vous citer, là : «Toutefois,
le réseau des URLS et ses partenaires sommes
soucieux que tous les efforts collectifs déployés pour mettre en place
l'officier des plaintes et sa plate-forme Je porte plainte, les
apprentissages qui en découlent ne soient pas pris en compte ou simplement mis de côté. Bref, qu'on réinvente la
roue, alors que ce mécanisme a permis de traiter plus de
1 000 plaintes depuis sa mise en place en février 2021.» Je
vous pose la question : Voyez-vous une différence entre l'officier des
plaintes et le protecteur de l'intégrité?
M. Ager
(Steeve) : La différence, puis ça va avec la question de... la
première question de la ministre, quand on
parle de mordant, quand on parle de capacité, je pense que le protecteur de
l'intégrité amène cet... le signal fort que le gouvernement prend ça au
sérieux. Le danger, c'est de noyer le bébé avec l'eau du bain, donc de ne pas
tenir compte des apprentissages qui ont été faits.
Si on pouvait migrer
les apprentissages qui ont été faits dans le cadre de l'officier des plaintes
et amener ça à la structure gouvernementale
régie et qui a un pouvoir de sanction qu'est le protecteur de l'intégrité, je
pense que, là, on a ce qu'on appelle un gagnant-gagnant. Si on fait
simplement changer sans prendre connaissance des apprentissages qu'on a faits,
bien là, à ce moment-là, on va... on peut tomber, justement, à réinventer la
roue.
M. Ciccone : Pour...
Vous avez également, dans le... dans votre conclusion, là, je vais vous citer
encore une fois : «Le rythme souhaité pour l'implantation de la
loi, soit deux ans après sa sanction, nous apparaît toutefois quelque peu
irréaliste compte tenu des enjeux logistiques et de capacité qui ont été
soulevés.» Malgré l'urgence d'agir, là, et j'en passe, et si je vais plus loin,
vous dites que «les organisations locales et régionales auront besoin de temps
et de ressources.» Vous aurez besoin de quoi pour mettre ça en place? Parce que
vous semblez dire que ça va trop vite, là, pour le mettre en place. Vous n'avez
pas les ressources nécessaires. Parce que moi, je me dis : Ça devrait être
mis en place le lendemain, là. Moi, je suis un grand impatient, là.
M.
Ager (Steeve) : Exactement.
M.
Ciccone : Mais là vous dites que ça va
trop vite. Ça fait que, là, je veux vous entendre là-dessus.
• (15 h 40) •
M. Ager
(Steeve) : Non, moi, je vous dirais on est à la même place, il y a
urgence d'agir, puis je pense que l'intégrité, puis tous les partenaires, là,
ça fait consensus. On doit agir. À quel rythme on va vouloir que la loi et l'entièreté des intentions qu'on avait définies
soient mises en effet? Le deux ans, même si moi aussi je le souhaite, là...
mais on parle de peut-être créer un registre centralisé, un guichet unique, des
ententes avec les corps de police, tous ces éléments-là, si les dominos tombent
tous dans le bon sens, tant mieux, on va voir arriver dans deux ans, mais on pense que ça va être difficile. Donc, d'arriver
avec cette obligation-là, dans deux ans, auprès des organismes, s'ils n'ont pas
eu le temps de faire le passage avec leurs membres de leur...
Parce que, là, il y a
une forme d'adhésion, là. On est tous pour la vertu, mais quand ça va être que
je me fais vérifier à toutes les années, que
je suis dans de telles situations, que là, mon milieu me demande telle chose,
puis que là, ce n'est pas simple,
c'est là que ça va frapper un mur et il faut trouver ce dosage-là entre l'intention
et l'application pour que ça
réussisse. C'est un peu ce qu'on vous soulève, c'est un drapeau rouge. Mais
pas : on veut ralentir ou on attend.
Et l'apport de
ressources, bien, c'est donner du rythme au milieu, c'est donner la capacité.
Donc, je pense que les organismes qui sont venus devant vous ont exprimé aussi
certains enjeux, besoins. Nous, on est dans une structure d'accompagnement,
donc, quand le milieu va avoir besoin d'accompagnement pour... face à la
politique d'intégrité, sécurité, ou autres, nous aussi, on va avoir besoin de
venir les épauler. Donc, je pense qu'au projet de loi, il y a aussi des moyens
qui sont mis en oeuvre, mais il faudra les mettre rapidement aussi.
M.
Ciccone : Parfait. Merci. Il ne me reste
pas beaucoup de temps, 2 min 30 s, à peu près, M. le
Président?
Le Président (M.
Schneeberger) : ...
M.
Ciccone : Trois minutes? Bon, parfait. Je
ne sais pas si on a abordé cette question-là, puis je m'en veux de ne pas
l'avoir posée avant, mais, selon vous... parce que vous êtes des gens du
milieu, là, selon vous, qui aurait les qualités nécessaires pour être un
protecteur de l'intégrité des sports? Ou dans son équipe, là?
M. Ager
(Steeve) : Puis, quand vous dites «qui», vous parlez d'une...
M.
Ciccone : Bien, qui pourrait avoir les
qualités nécessaires. Est-ce que c'est quelqu'un du milieu juridique? Est-ce
que c'est quelqu'un du milieu sportif? Est-ce que c'est quelqu'un du milieu
communautaire? Un ancien policier, par exemple? Tu sais, je veux vous entendre
là-dessus.
M. Ager
(Steeve) : Bien, placer toutes ces compétences-là à même un
individu... Pour moi, le protecteur, c'est un collectif. Pour moi, le
protecteur, c'est un regard global de ces différentes fenêtres là, de ces
différents regards là que vous mentionnez. Mais je ne pense pas qu'un individu
seul a l'ensemble des capacités pour porter ça. Sinon que quelqu'un... Si ce
n'est qu'un individu, quelqu'un qui croit fermement, qui a les valeurs
profondes qui sont liées au projet de loi,
va se doter, par la suite, des bons mécanismes puis des bonnes personnes,
autour de lui, pour pouvoir le faire.
M.
Ciccone : Alors, vous seriez... vous
seriez favorables à ce qu'un protecteur de l'intégrité, avec une équipe
multidisciplinaire autour de lui... parce que ça a été apporté, là, par
d'autres groupes. Alors, vous seriez favorables à ça... à cela?
M. Ager
(Steeve) : Oui, je le crois.
M.
Ciccone : Parfait. Il ne me reste plus
beaucoup de temps. Au niveau des vérifications des antécédents judiciaires,
selon vous, là, la validité des antécédents judiciaires, est-ce que ça devrait
être fait à toutes les années, deux ans, trois ans, le plus souvent possible?
M. Ager
(Steeve) : On se rallie pas mal avec les partenaires, je pense que le
deux ans devient... Bon, le monde idéal, ce serait un an. La capacité du milieu
est peut-être plus autour de deux ans. Puis trois ans, ça commence à être un
petit peu loin pour garder à jour, pour maintenir un flot, là, par rapport à la
vérification.
M.
Ciccone : Parfait. Ça fait le tour pour
moi. Merci beaucoup, merci de votre présence.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
député de Marquette. Nous allons maintenant du côté de la deuxième
opposition avec le député de Rosemont.
M. Marissal :
Merci, M. le Président. Bonjour,
merci d'être là. Moi, je suis plus familier avec l'organigramme du
réseau de la santé que celui des sports. Je suis, néanmoins, assez surpris de
voir la multitude de groupes qui se chevauchent
ou se percutent les uns et les autres dans le milieu. J'avoue que j'ai un peu
de mal à me faire l'idée complète de qui fait quoi là-dedans, là... Je
vais finir par y arriver, là, faites-vous-en pas, là.
Mais dans votre position, là, vous
avez dit tout à l'heure, puis je parle plus à monsieur... Ager, c'est ça? Ager,
M. Ager. Vous avez dit tantôt que c'est une bonne nouvelle, le projet de
loi n° 45, ça va dans la bonne direction... ça, je comprends bien que vous dites ça, que ça donne plus de mordant. Par
contre, dans votre mémoire, vous le dites... puis ça a été noté par mes
collègues, que vous nous mettez en garde de ne pas réinventer la roue, puis que
l'officier aux plaintes fonctionne assez bien. J'ai du mal à concilier les deux
positions que vous défendez ici.
M. Ager (Steeve) : Bien, comme je vous dis, le mordant ou la capacité de sanction... parce
que, présentement, l'officier des plaintes n'a qu'un pouvoir de
recommandations, recommandations qui, si elles ne sont pas tenues, qui va les mettre en application? Qui a ce pouvoir-là?
Présentement, l'officier des plaintes n'a pas ce mordant-là, et ça reste
au bon vouloir du milieu. Et, lorsqu'on
parle de tout ce qui est organisme non affilié, ce n'est pas couvert par
l'officier des plaintes, alors que, là, on rentre dans une logique beaucoup
plus grande, par le protecteur de l'intégrité, qui amène un plus large
éventail d'organismes à devoir se conformer et avec aussi un pouvoir
d'intervention qui est promu et qui est présenté dans le projet de loi.
Donc, quand je dis
«plus de mordant», c'est dans cet angle-là que c'est fait. Malgré tous les
apprentissages qu'on a faits avec l'officier
des plaintes, et la mécanique, la simplicité, il y a beaucoup d'éléments
positifs. Donc, pour moi, ce n'est pas un ou l'autre, c'est probablement
un amalgame des deux.
M. Marissal :
M. Ager, ce n'est pas sur la partie «mordant» que j'ai du mal à vous
suivre, c'est sur la partie... je semble lire dans votre mémoire : Ce
n'est pas brisé, au contraire, ça marche bien, ça fait que ne réparez pas, on
peut continuer avec l'officier aux plaintes. Est-ce que je comprends mal? Parce
que vous semblez dire que ça fonctionne quand même pas mal bien puis que vous
nous mettez en garde contre le fait de réinventer la roue.
M. Ager
(Steeve) : Bien effectivement, c'est quand même un mécanisme qui
fonctionne bien puis, comme je vous dis, il
n'a pas la capacité de rejoindre tous les milieux qui sont ciblés par la loi.
Le protecteur de l'intégrité aussi, par
son lien ministériel, par sa structure, vient confirmer aussi une rigueur, un
sérieux, un pouvoir d'enquête qui est... qui n'est pas présent à l'officier des
plaintes.
M. Marissal :
OK.
M. Ager
(Steeve) : Donc, comme je vous dis, ce n'est pas... je ne suis pas en
train de décrier... que l'un était à
100 % le mécanisme idéal, mais il fonctionne quand même, il y a plusieurs
éléments qui pourront migrer vers ce que l'on souhaite au niveau du protecteur
de l'intégrité.
M. Marissal :
OK. Ce que vous décrivez dans votre mémoire, je présume, c'est ce que vos
membres vous disent ou les gens affiliés à votre groupe disent, de faire
attention de ne pas bousiller quelque chose qui marche bien avec une nouvelle
patente qui marcherait moins bien, là.
M. Ager
(Steeve) : Effectivement.
M. Marissal :
Ça, ça s'appelle «je vous ai mis
des mots dans la bouche», là. J'aurais... je voulais... je ne voulais pas faire ça, mais je pense qu'on s'entend sur le
fait qu'on va l'améliorer, le système, et pas le bousiller, là. Ça, je pense que
c'est le but de l'exercice ici, là, puis là-dessus je pense que tout le monde
s'entend ici.
M. Ager (Steeve) :
C'est ça.
M. Marissal :
Par ailleurs, vous... On a
plusieurs débats de définitions, là, vous en amenez un autre sur «oeuvrer». Que
veut dire «oeuvrer autour de»? Puis vous dites notamment que nous devrions...
«pertinent d'élargir la notion de vulnérabilité...» Non, ce n'est pas ça, ici.
«Encore une fois, on propose de venir préciser ce que l'on entend par
"oeuvrer"» et là on... on entend, ici, «oeuvrer auprès des personnes
mineures et handicapées», vous nous suggérer de préciser ça — je suis
d'accord, ça mériterait d'être précisé — mais vous l'utilisez
vous-même à la recommandation 6 quand vous dites : «ajouter les
personnes oeuvrant en loisirs». Donc, avez-vous une définition à nous suggérer
sur qu'est-ce que c'est que «d'oeuvrer auprès de»?
M. Ager
(Steeve) : On a également collaboré au mémoire de Sports-Québec qui
mentionne toutes les nuances qu'on doit apporter sur «oeuvrer». Donc, il y a
l'intervention directe auprès des populations vulnérables, donc ceux qui sont dans le contexte de loisirs. Il
y a tous les gens qui gravitent autour de ces personnes-là qui vont être
en contact, à un moment donné ou à un autre, que ce soit dans les vestiaires,
dans des... dans les autobus, dans des zones... et ça, bien, malheureusement,
dans le projet de loi, si on fait simplement dire le mot «oeuvrer», ça va
être... ça peut être soit tout ou rien en même temps. Donc, je pense que c'est
là qu'on demande un petit peu plus de précision pour être certain de venir
amener cette information-là.
Je pense qu'on doit,
dans une logique de projet de loi comme celui-ci, être un petit peu plus large
que limitatif pour vraiment s'assurer que les gens qui sont en contact avec les
populations vulnérables n'aient pas d'angle mort ou de zone floue qu'ils
pourront exploiter.
M. Marissal : Je suis d'accord.
M. Ager (Steeve) :
Mais... puis on le voit, là, dans le cadre, là, des Jeux du Québec...
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
En terminant.
M. Ager (Steeve) : ...sur l'entente
de délégation, dans les délégations qu'on va rejoindre, on va chercher vraiment
un contexte plus large que le contact direct avec l'athlète.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Le temps est déjà écoulé, alors merci pour votre apport à la
commission. Alors, je vous souhaite une belle fin d'après-midi.
Nous suspendons quelques instants pour recevoir
le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 15 h 49
)
(Reprise à 15 h 52)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors,
nous reprenons les travaux. Alors, le prochain groupe, il s'agit de trois personnes. Alors, nous avons
Mme Guylaine Demers, professeure titulaire et directrice, Laboratoire de
recherche pour la progression des femmes+ dans les sports au Québec, de l'Université
Laval, et Mme Demers est accompagnée de Mme Julie Meloche, directrice
générale de Fillactive, et Mme Sylvie Béliveau, directrice, équité des
genres en sport, Égale Action. Alors, bonjour à vous trois. Alors, étant donné
que j'ai fait la présentation, je vous ai présentées, c'est déjà fait, alors je
vous invite à commencer votre mémoire, et puis on vous écoute.
Lab PROFEMS, Fillactive et Égale Action
Mme Demers
(Guylaine) : Merci beaucoup. Alors, comme tout le monde
commence en remerciant l'invitation qu'on a reçue : C'est très
apprécié pour venir partager nos recommandations avec vous.
Comme vous avez pu l'observer, nous sommes trois
organisations qui avons décidé de rédiger un mémoire commun, car au coeur de
notre mission et de nos préoccupations se trouvent les filles et les femmes,
qu'on parle des femmes cisgenres ou transgenres. Il nous semblait donc logique
de mettre nos recommandations en commun. Vous aurez sûrement noté, à la lecture
de notre mémoire, qu'il se distingue des autres à plusieurs égards, entre
autres parce que nos trois organisations ne traitent pas de plaintes issues de
la pratique sportive ou de loisirs. Notre expertise se situe dans la recherche
auprès des filles et des femmes, dans la prévention et dans le soutien et
l'accompagnement des organisations sportives et des filles et des femmes,
notamment, par une offre de formations diversifiées. Ainsi, nos recommandations
touchent peut-être davantage les règlements qui accompagneront le fameux
PL 45.
L'analyse du projet de loi, à partir de nos
expertises, nous a permis l'élaboration de 10 recommandations et nous les
avons regroupées sous quatre thèmes. Le premier thème, vous allez être très
surpris, touche la terminologie et le choix des mots, et la première en particulier,
notre recommandation porte sur la définition d'«intégrité». Je n'élaborerai pas
parce que plusieurs autres organismes l'ont fait, mais cependant, nous croyons
que la définition ne devrait pas être inscrite dans la loi, car elle est
susceptible d'évoluer au fil du temps, et pour rejoindre une des préoccupations
de la ministre aussi, de dire : On ne veut pas exclure en étant trop, trop
précis dans la définition.
La recommandation qui touche aussi la
terminologie employée, c'est l'utilisation d'un vocabulaire explicite et exempt de subjectivité. Nous sommes d'avis que
des termes neutres et bien définis permettent d'éviter la subjectivité.
À titre d'exemple, l'article 30.16 où on lit qu'«on peut refuser une
plainte parce que le protecteur la jugerait frivole, vexatoire ou faite de
mauvaise foi», présente des termes tendancieux et subjectifs. Nous sommes
particulièrement sensibles à cet aspect, surtout pour des plaintes déposées par
des populations marginalisées.
Notre deuxième groupe de recommandations touche
l'inclusion de la diversité des jeunes sportifs et sportives et
l'intersectionnalité. Deux recommandations y sont rattachées. La 2 : Que
le ministère développe un guide à l'intention des organismes de sport et de
loisirs comprenant les lignes directrices pour l'inclusion des jeunes trans et
non-binaires. La recommandation 4 : Que les normes établies par
règlement afin d'assurer la sécurité et l'intégrité lors de pratiques d'un
loisir ou d'un sport tiennent compte des spécificités qui sont propres aux
filles et aux femmes cisgenres et trans et aux personnes non-binaires.
Nous portons à l'attention du ministère
l'importance de comprendre les enjeux spécifiques rencontrés par les filles et
les femmes ainsi que par les personnes non-binaires dans leur pratique
sportive. Nous sommes sensibles aux populations marginalisées et souhaitons
nous assurer qu'une attention particulière sera portée afin que l'équipe du
protecteur soit habile vis-à-vis des enjeux d'intersectionnalité en contexte
sportif permettant d'assurer le traitement éclairé des plaintes qui seront
déposées par des sportifs et des sportives à l'intersection d'oppressions variées,
qu'on a pensé à des filles qui sont racisées, autochtones, issues de la
diversité sexuelle et de genre.
Notre
troisième thème de recommandation touche la formation et la composition de
l'équipe du PILS, et c'est probablement là... en fait, c'est là qu'il y a le
plus de recommandations parce que c'est là que se trouve notre expertise, vraiment,
entre autres en formation des personnes qui encadrent les sportifs et
sportives.
Alors, la recommandation 3 : Qu'une
recension soit faite des divers programmes et outils de formation utilisés par les fédérations sportives, les
organismes de sports et de loisirs afin d'en valider les contenus et de
s'assurer qu'ils abordent et évaluent les spécificités propres aux
filles et aux femmes cisgenres et trans et aux personnes non-binaires.
La recommandation 6 : Que l'ensemble des personnes-ressources en
sécurité et intégrité reçoivent une formation rigoureuse et ancrée dans la
littérature scientifique, portant notamment sur les questions de diversité de
genre. Recommandation 7 : Que le PILS se constitue une équipe
interdisciplinaire incluant des personnes ayant des expertises dans les domaines pertinents aux enjeux d'intégrité,
notamment le sexisme, la diversité de genre, l'homophobie et la transphobie, etc., que l'équipe du PILS soit
représentatif de la diversité... soit représentative, pardon, de la diversité
de la population sportive. Alors qu'on ait 50 % de femmes, déjà en
partant, qui représentent la population, qu'on ait des personnes de couleur,
des Premières Nations, de la communauté LGBTQ+, etc. Et finalement, que le
ministère réserve une partie des sommes prévues à la mise en oeuvre du projet
de loi n° 45 pour le soutien aux organismes.
Étant donné que ce
sont les membres du bureau du PILS qui vont être appelés à juger d'une plainte
comme étant recevable ou non, il est
essentiel que toute cette équipe soit formée aux réalités vécues par l'ensemble
des jeunes sportifs et sportives du Québec. En effet, la recherche a mis
en lumière les expériences spécifiques de violence vécues par les filles et les
femmes cisgenres et trans, ainsi que par les personnes non binaires dans la
pratique sportive. La connaissance de ces réalités assurera une analyse la plus
objective possible des plaintes déposées par ces groupes.
La dernière... le
dernier groupe de recommandation touche la protection des renseignements
personnels. Donc, évidemment, comme tous les
collègues qui ont présenté avant nous, assurer la protection de tous les
renseignements est extrêmement important. Et, dans notre cas, considérer
la sensibilité des données qui vont être mises entre les mains de l'équipe du PILS est nécessaire pour...
et de veiller à la protection de ces informations. Cette recommandation est
particulièrement cruciale pour les personnes de la diversité sexuelle ou de
genre, puisque leur sécurité et leur intégrité sont constamment
fragilisées. Entre autres, il faudra s'assurer de ne pas révéler l'identité de
genre, l'orientation sexuelle ou toute autre caractéristique spécifique et
sensible.
Concernant
la mise en oeuvre — alors
ça, c'est ce qui termine la partie sur nos recommandations — concernant
la mise en oeuvre du projet de loi, nous avons quelques questions qui
demeurent, puis on comprend qu'elles ne sont pas nécessairement répondues dans
le projet de loi, mais qu'on devra s'y attarder.
Le premier, bon,
évidemment, quel sera l'ordre de la grandeur de soutien qui sera accordé aux
organismes de sport et de loisirs qui vont
permettre l'application? Donc, mon collègue, Steeve Ager, qui en a parlé, donc,
les organismes de sports, on le sait, sont déjà submergés,
sous-financés, composent avec un roulement de personnel assez important, et en
particulier les petites organisations.
• (16 heures) •
On se posait la
question aussi à savoir qu'est-ce qu'il advient des plaintes qui sont jugées
irrecevables par le bureau du protecteur? Nous croyons que les organismes
devront donner suite à ces plaintes, car elles demeurent un indicateur qu'il y
a un problème quand même qui se... qui se passe dans cette organisation-là.
Comment se retrouver
parmi la multiplicité des acteurs liés à la sécurité et l'intégrité? Donc, qui
fait quoi? Quel est le rôle de chacun? Au
Québec, on est privilégiés, on a quand même... on est en avance, on fait
beaucoup de choses, mais, en même temps, on s'y perd par moment.
Et
finalement, est-ce que les règlements qui accompagneront le projet de loi
porteront aussi sur la prévention? Parce que, dans un monde idéal, on
n'aurait pas besoin d'avoir un bureau du protecteur.
Pour conclure, nous
sommes convaincus que le succès de la mise en place de cette nouvelle entité
dans le système sportif québécois repose, entre autres choses, sur deux
éléments essentiels, premièrement, la façon dont le ministère communiquera les
changements apportés par cette loi et ses impacts pour les milieux du sport et
du loisir. La démarche à suivre pour porter plainte doit être limpide et libre
de toute ambiguïté. La compréhension du rôle de chaque structure travaillant pour la sécurité et l'intégrité doit également
être claire afin que tous les acteurs et actrices du sport et du loisir
sachent à qui s'adresser lorsque des situations problématiques émergent.
Deuxièmement,
la crédibilité des personnes qui vont composer l'équipe du PILS est
spécialement déterminante. Pour gagner cette crédibilité, cette équipe devra
non seulement être formée de l'ensemble de la diversité des profils des sportifs
et sportives du Québec, mais également être elle-même représentative de cette
diversité. Nous croyons qu'une équipe diversifiée et multidisciplinaire sera
davantage en mesure de bien saisir les enjeux propres aux filles et femmes
cisgenres et trans et personnes non binaires dans les sports, et ainsi traiter
chacune des plaintes avec... la sensibilité, pardon, et la diligence requises.
Nous considérons que la modification du projet de loi n° 45
est aussi l'occasion de mandater une instance comme le PILS de veiller à la
mise en place de mécanismes de prévention des situations pouvant engendrer des
plaintes.
Au Québec, nous avons
le privilège de pouvoir compter sur deux structures de recherche liées à ce
projet de loi, dont la chaire SIMS, qui a
présenté hier, et le laboratoire que je représente, le laboratoire PROFEMS.
Nous invitons le PILS à solliciter l'expertise de ces deux structures
afin de toujours être au parfum des plus récentes recherches en la matière et
ainsi s'assurer de baser ses décisions sur des données probantes. Au surplus,
l'expertise d'Égale Action et de Fillactive
permet d'avoir accès aux réalités terrain vécues par les filles et les femmes.
Cette connaissance fine des expériences concrètes des sportives pourra
nourrir la réflexion du PILS et de son équipe.
Nous
réitérons notre appui à l'arrivée du protecteur à l'intégrité car chaque jeune
sportif et sportive mérite de vivre une expérience sportive libre de
toute violence et dans... et dans le respect de leur intégrité physique,
psychologique et affective. Merci.
Le
Président (M. Schneeberger) :
Alors, merci beaucoup
pour la présentation. Alors, nous allons débuter une période d'échange
avec la ministre pour un temps de 16 min 30 s.
Mme Charest :
Merci, M. le Président. Merci, Mme Guylaine. Merci, mesdames, aussi.
Puis là je vais te regarder, mais vous
pouvez vous sentir interpelées aussi, là. Je vais vous laisser répondre à votre
guise. Merci du travail que vous avez fait. Ça fait déjà plusieurs
années qu'on travaille ensemble, bon, évidemment, des enjeux qui sont... qui
sont très importants.
D'entrée de jeu, il a été question de la notion
de définition d'intégrité et de violence. On en a parlé depuis deux jours
abondamment, mais, évidemment, j'aimerais ça vous entendre de façon un petit
peu plus spécifique, votre vision quant à la
définition qu'elle devrait... qu'elle devrait être dans le projet de loi.
Au-delà des cadres de référence, puis de la suite, puis des règlements
qui seront... qui seront mis en application, en termes de loi, comment on
définit «intégrité», comment on définit «violence» puis comment on ratisse
assez large pour couvrir toutes les formes de violence? J'aimerais ça vous
entendre à cet effet-là.
Mme Demers (Guylaine) : Mes
collègues, vous n'hésitez pas aussi...
Bien, en fait, moi, je considère qu'avec
l'expertise qu'on a avec la chaire de sécurité-intégrité on a déjà la structure qui... pour nous permettre de nous
nourrir là-dessus. De notre côté, l'intégrité, évidemment, la première qu'on...
qu'on constate, c'est celle au niveau de
l'intégrité de la personne, et c'est là où on va voir les violences
interpersonnelles en particulier. C'est celle qui nous interpelle, et je
pense qu'il y a certainement l'enjeu de ne pas...
Tu sais, si
on ratisse trop large, on va peut-être aussi se perdre dans tout ce qu'il y a à
faire et de penser : Est-ce qu'on va voir... Tu sais, justement, Sylvie en
parlait hier, de dire : Bien là, est-ce qu'on va jusqu'à la tricherie, le
dopage, la partie de l'intégrité du sport? Est-ce qu'on veut... c'est de
ça dont on veut parler? À mon avis, on est centrés, et puis c'est correct,
beaucoup sur la sécurité et l'intégrité des jeunes qui font du sport, du
loisir, au Québec, dans toute leur diversité, et je pense que... c'est mon
avis, puis je vais laisser mes collègues répondre, qu'on est... qu'on soit
centrés sur l'intégrité de la personne, à mon avis, demeure la priorité dans
notre conception du projet de loi.
Mme Meloche (Julie) : Sylvie,
voulais-tu réagir, ou j'aurais peut-être un petit élément... Bonjour. Bonjour,
tout le monde. Bonjour, Mme Charest.
En fait, quand on a eu des discussions ensemble,
un des éléments qui a été abordé, c'est la notion de... le mot «continuum» ou
«intensité», dans le fond, de la... du manque d'intégrité, puis, en fait, le
parallèle que je ferais, qu'il pourrait être intéressant de considérer, en
complément avec ce que la chaire de recherche peut apporter, c'est toute la notion de maltraitance, hein? Cette
terminologie-là est une terminologie qui est beaucoup plus santé et services
sociaux, DPJ, mais il y a quand même des pistes, peut-être, là-dedans,
il y a une espèce de continuité, de gradation, dans le fond, de la maltraitance. Puis je fais juste soumettre ici que peut-être
qu'une des pistes, ce serait de regarder le manque d'intégrité à la
lueur d'une espèce de gradation comme celle-là.
Voilà, Sylvie, si tu veux compléter...
Mme
Béliveau (Sylvie) : Bien, en fait, moi, j'ajouterais l'élément de...
Quelque part... Bonjour, tout le monde, Mme la ministre. Je n'ai pas cette
expertise-là au niveau des lois, mais je vais évoquer le fait qu'on a besoin,
quelque part, à un moment donné, de clarté. Qu'est-ce que ça signifie,
une agression, un abus, le harcèlement? Il faut que ce soit clair autant pour
les intervenants... On travaille avec des gens qui sont à proximité, donc, des
entraîneurs, à proximité des pratiquants,
pratiquantes, et, quelque part, il faut que ce soit clair autant de ce côté-là
que du côté des personnes qui pratiquent,
et, notamment, dans notre cas, les filles et les femmes. Donc, cette clarté-là,
que ce soit à travers le règlement, éventuellement, quelqu'un va devoir
le faire et d'apporter cette clarté, qu'est-ce que ça signifie.
Mme Charest : Tantôt, Guylaine, vous
faisiez mention d'un vocabulaire qui soit exempt de subjectivité, puis on
faisait référence aux plaintes qui étaient frivoles, mal fondées ou, en tout
cas, je ne me souviens pas de tout le vocabulaire,
là. Comment on... parce que ça, c'est un enjeu qui est... qui est réel parce
qu'on sait que... puis on a vu la démonstration que certains pourraient
malheureusement utiliser cet outil-là justement pour faire des plaintes
abusives ou peu importe, là, mais qu'est-ce que vous suggéreriez comme
vocabulaire pour nommer ce genre de plaintes là qui sont non... en fait, qui
sont... En tout cas, je ne sais pas comment les qualifier, je vais vous écouter
là-dessus, mais comment... comment vous définiriez cette... cette catégorie de
plaintes là qui...
Mme Demers
(Guylaine) : Bien, en fait, je pense, si on veut être un peu
plus objectifs, de dire que les plaintes doivent respecter un certain
nombre de critères, que ce soit en lien avec, justement, toutes les définitions
de violence. Il faut que ça soit lié à certains types de violence. Il faut que
ça soit lié à... Bon, on peut avoir... on pourrait avoir même... pour aider, justement, les jeunes et les
parents à dénoncer, d'avoir des exemples très, très concrets, mais de sortir
de qualificatifs qui sont... tu sais, de dire : Une plainte est vexatoire.
On a des... Supposons que moi, ma fille, je veux faire une plainte parce que,
dans l'équipe adverse, il y a une fille transgenre, puis je trouve que c'est
complètement inacceptable parce que c'est un gars, puis ça n'a pas d'affaire
là, dans un... bon, bien, vexatoire... est-ce que, moi, dans mes valeurs, j'ai
à recevoir la plainte, puis là je dis : Oui, bien, moi aussi, je pense pas
mal comme ça, que c'est vexatoire, c'est...
tu sais, ça ne va pas avec mes valeurs, puis je ne veux pas recevoir cette
plainte-là, bien, pour moi, c'est subjectif et ça vient chercher
vraiment des valeurs personnelles.
Alors, si on
avait un vocabulaire où on disait : Les plaintes doivent rencontrer les
critères des définitions de violence qu'on a identifiés, bien, déjà, c'est
encadré et ce n'est pas juste... parce que quelque chose pourrait être frivole
pour une personne puis très sérieux pour une autre personne. Alors, c'est
qui... c'est qui qui va décider? Alors, ce vocabulaire-là, à mon avis, il est
beaucoup trop subjectif, mais il n'y en a pas... il n'y en a pas beaucoup, là,
dans le... Celui-là en particulier était... nous a
frappé, mais sinon je pense qu'il y avait juste, dans la... le début, là... les
notes de début de projet de loi, on parlait de qu'est-ce qui était raisonnable
et déraisonnable, ça aussi, ça... qu'est-ce qui est raisonnable pour
quelqu'un... Ça fait que c'est juste à quelques endroits, mais, pour les
plaintes en particulier, à mon avis, c'est de le rattacher à des critères
objectifs qui sont définis, identifiés.
• (16 h 10) •
Mme Charest :
Ça amène une autre question. Quand on définit des critères qui sont
objectifs, est-ce qu'on se restreint à notre
perception de quelque chose... Tu sais, bien, admettons, on catégorise le genre
de violence qui serait... qui serait
admissible, mais est-ce qu'on est capables de définir toutes les... tout le
vécu des victimes qui vont dire : Moi, je considère que c'est une violence? Si elle ne fait pas partie de la définition
qui est dans le règlement, donc elle est inadmissible parce qu'on
considère qu'elle ne rencontre pas les critères, mais elle peut être tout à
fait...
Donc, où est-ce qu'on
arrête? Combien de temps je vais avoir notre... parce que, tu sais, juste pour
la petite histoire, j'ai oeuvré un petit peu
dans le sport, puis on essayait de définir les conditions puis les situations
qui pourraient arriver, puis l'être humain est très créatif, puis il en
arrive tout le temps, d'autres affaires qu'on n'a pas prévues. Donc, si on s'arrête à définir dans... toutes les
circonstances qu'il peut y avoir une violence ou qu'il peut y avoir un abus,
est-ce qu'on ne vient pas complètement faire
un entonnoir et limiter notre regard sur qu'est-ce qu'est une violence et...
Mme Demers (Guylaine) : Bien là, je ne sais pas
si mes... Quand vous voulez prendre la balle au bond, vous faites signe.
Moi, je vous vois bien, là, ça fait que...
Mme Charest :
Oui, excusez-nous, c'est...
Mme Demers
(Guylaine) : En fait, je pense qu'on a des... on a vraiment... Par
rapport à la violence, on a vraiment des exemples... Puis c'est revenu, entre
autres, hier, dans les discussions, tout ce qu'on fait par rapport à la
violence conjugale, on est capables d'identifier que c'est de la violence
conjugale, et on n'a pas 42 pages pour définir toutes les possibilités de
violence conjugale, mais il y a des catégories de violence qu'on a faites. Et,
justement, j'en parlais avec Sylvie Parent, la directrice de la chaire SIMS, et
la recherche, maintenant, qui avance, on est capables d'identifier, je dirais,
des catégories de violence dans lesquelles on peut donner des exemples, mais
sans jamais dire que c'est exclusif à ça.
Alors, il faut... et
c'est pour ça que... votre préoccupation de dire : Il faut faire
attention, dans le projet de loi, versus les règlements qui vont suivre, pour
que... où est-ce qu'on va pouvoir aller s'ajuster par la suite et rajouter
peut-être des éléments qui vont apparaître, auxquels on n'avait pas pensé. Tu
sais, la cyberintimidation, dans notre temps, ça n'existait pas, mais là,
maintenant, c'est là. Donc, ça va continuer à évoluer dans ce sens-là, mais je
pense qu'il y a certainement une façon
d'encadrer, de catégoriser, mais je suis tout à fait d'accord, il faut garder
une espèce de flexibilité, pas dire : Ah! bien, tu ne rentres pas
dans la case, ça fait qu'on s'excuse, absolument.
Mme Béliveau
(Sylvie) : Est-ce que je peux me permettre...
Mme Charest :
Oui, allez-y.
Mme Béliveau
(Sylvie) : Bien, je trouve très importante la notion de catégorisation
puis je comprends la complexité, là, de tout nommer. Moi, par expérience, dans
mon vécu, c'est en lisant certaines catégories que j'ai identifié à quel
endroit personnellement je... mon mal-être était expliqué. Alors, quand on est
dans la situation qu'on est des pratiquants, pratiquantes, peut-être qu'on ne
peut pas nommer, mais on le vit, on le ressent. Donc, je pense qu'on représente
cette population-là, puis, je répète, c'est à partir de ce que j'ai lu que j'ai
fait : Ah! wow, je vis ceci, donc, mais
peut-être y aller par catégories, effectivement, ça pourrait aider, et
faciliter, et ça ne resterait pas clos, dans... en vase clos, type
entonnoir.
Mme Charest :
Juste une dernière question avant
de passer la parole à mon collègue. Vous parlez d'un guide à l'intention des
organismes avec des lignes directrices sur l'inclusion des jeunes trans et non
binaires. Ça serait élaboré par qui, ce guide-là?
Mme Demers
(Guylaine) : Non, excusez, mais je pense que la... en collaboration,
possiblement, peut-être, avec la chaire
SIMS, mais, clairement, le Lab, on termine justement... parce qu'on a beaucoup
d'enjeux avec les filles trans, là. Si vous lisez un peu l'actualité,
c'est quelque chose qui est vraiment polarisant, et on termine des projets de recherche là-dessus. J'arrive d'une conférence
internationale, en fait, où j'ai été invitée comme experte là-dessus, et là on
a de la documentation, on a des exemples de
ce qui se fait ailleurs dans le monde, et, vraiment, le Lab, on serait prêts
très rapidement à travailler avec le ministère pour rédiger ces lignes
directrices là.
Mme Charest :
Et ce serait un guide qui serait transversal ou spécifique au sport?
Mme Demers
(Guylaine) : En fait, celui-là serait spécifique au sport parce que
c'est là...
Mme Charest :
Bien, à chaque sport?
Mme
Demers (Guylaine) : Il y a des lignes directrices génériques,
transversales, puis, ensuite, absolument, il y a des lignes directrices... Si
on est en sport de combat, ce n'est pas comme si on était en natation, dans une
piscine où on ne touche à personne. Alors, par groupe de sport, par la suite,
il y a effectivement des spécificités qui sont apportées pour toujours tenir en
compte les deux enjeux, de justice et de sécurité, qui sont relevés.
Mme Charest :
...je vais passer la parole à Yannick.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui. Alors, député de Jonquière.
M. Gagnon : ...combien
de temps, M. le Président?
Le Président (M. Schneeberger) :
Il vous reste quatre minutes.
M. Gagnon : En
quatre minutes? Parfait. Depuis quelque temps, on le voit, là, les groupes qui
passent, on est en train d'essayer de dessiner à quoi pouvait... à quoi pouvait
ressembler... ou, du moins, accompagner le protecteur de l'intégrité. Je résume qu'est-ce
que j'ai entendu, dans votre mémoire,
de votre vision puis j'aimerais vous entendre pour être sûr que... que
j'ai la bonne interprétation de vos attentes du protecteur. Si je comprends
bien, on aimerait un protecteur avec une équipe interdisciplinaire, constamment
en formation, mais, plus spécifique à vos demandes, peut-être, un groupe
composé 50 % de femmes, et également avec une attention d'un groupe de
représentation marginalisé. C'est à peu près
ça que vous voyez, là, pour le protecteur de l'intégrité. Pouvez-vous détailler
un petit peu? Vous ajoutez des éléments qu'on n'avait pas entendus des
autres groupes.
Mme Demers
(Guylaine) : OK. Bien, en fait, ce qu'on souhaite, comme on va
recevoir des plaintes d'une diversité de
personnes, bien, on se dit : Le groupe qui va recevoir ça devrait être
représentatif de notre société sportive. Bien, c'est ça, je parle peu du
loisir parce que nous, on est vraiment les trois organisations en sport. Alors,
c'est de dire qu'on doit pouvoir avoir la voix de ces personnes-là, et, on
sait, ce sont des groupes d'athlètes, dans notre cas, ou de participants qui
font du sport, qui ont le potentiel, effectivement, de déposer des plaintes,
parce qu'on sait déjà qu'il y a des jeunes
qui sont exclus du système sportif à cause de leur identité de genre, et là on
se dit : Bien, il n'y a pas, actuellement...
En fait, quand on a
vu des gens qui étaient invités, il n'y avait pas de personnes qui parlaient
spécifiquement des particularités des
filles, parce qu'on sait que la victimologie du côté des filles, et, Julie, tu
pourras en rajouter, elle est particulière. Donc, il faut avoir ça en
tête, et tous ces groupes marginalisés dont la voix, elle est presque nulle, en
fait, on l'entend peu, on sait... puis, comme le... Nous, le Lab, comme Égale
Action et Fillactive, pour nous, une fille trans,
c'est une fille. Donc, ça fait partie de notre mission, des gens qu'on doit
encourager à faire de la pratique sportive, mais aussi à les protéger
dans cette pratique-là.
Alors, oui, dans
le... dans ce qui ressort, un peu la vision qu'on s'est dite, il faut que la
voix des filles soit présente au niveau du
bureau du protecteur, qu'on soit conscients qu'il y a des particularités que
les filles vivent que les garçons ne vivent pas nécessairement dans le
sport en particulier. Et donc on veut... on ne veut pas que ce soit oublié,
c'est quand même 50 % de la population, et ensuite les autres groupes qui
sont vraiment marginalisés, qui, eux, n'ont pas voix au chapitre et qui
risquent effectivement de déposer des plaintes. Donc, il faut être prêt à
comprendre les enjeux qui sont derrière ça.
Mme Meloche
(Julie) : Peut-être que je compléterais en disant que... puis Guylaine
l'a évoqué un peu plus tôt, mais je pense
qu'il y a une belle occasion, avec ce bureau-là, et le projet de loi, et
règlements, de venir donner une teinte prévention à tout ça.
Un exemple concret,
chez Fillactive, dans les choses qu'on a faites au cours des dernières années
puis qu'on a documentées à travers une recherche qui nous ont... qui fait la
démonstration que ça fonctionne, bien, il y a toute la formation, par exemple, sur tout ce qui concerne le discours à avoir par
rapport à l'image corporelle quand on est avec des adolescentes, avec
des adultes. Donc, il y avait encore plus des clientèles aussi qui se
questionnent, par exemple, sur leur genre.
Alors, pour moi, ça,
c'est de faire de la prévention que de venir outiller tous les intervenants qui
gravitent autour de ces filles-là sur c'est
quoi, les bonnes façons de s'adresser aux filles quand on touche à des sujets
qui touchent leur image corporelle. Alors, moi, je pense qu'au niveau du PILS,
dans sa... dans ses fonctions et dans ses responsabilités, il y a tout un volet associé à la mise en place
des conditions favorables à ce que le moins de plaintes possible arrivent, là,
en plus de tout ce que ça prend pour bien les accompagner et les traiter
par la suite.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, c'est déjà terminé du côté
gouvernemental. Nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle avec
le député de Marquette.
• (16 h 20) •
M.
Ciccone : Merci beaucoup, M. le Président.
Bonjour à vous trois. Merci beaucoup d'être parmi nous aujourd'hui, très
intéressant, très, très intéressant. On s'en va ailleurs. On touche... on
touche des situations qui... qui sont... qui
sont réelles, qui sont réelles, et on doit vraiment y porter attention. Si on
veut bâtir un beau projet de loi qui inclut tout le monde, là, qui est
inclusif, c'est important de le faire. Vous avez, dans votre mémoire, parlé de
la vulnérabilité, de définir... ou d'élargir
la vulnérabilité. Pour vous, la vulnérabilité, c'est quoi? Quelqu'un de
vulnérable, pour vous, là, c'est quoi?
Mme Demers
(Guylaine) : Bien, la première chose, je dirais, c'est quelqu'un
qui... qui n'a pas de voix. C'est-à-dire
qu'on n'a pas... on n'est pas entendu, on n'a pas... on ne sait pas où aller
nécessairement, on est invisible, en fait. Donc, quelqu'un qui est
invisible, qu'on ne sait pas qu'il est là, bien, on ne se préoccupe pas
nécessairement de cette personne-là, et c'est ce qu'on retrouve avec les
groupes marginalisés. Tu sais, c'est sûr que, dans le cas de notre mémoire, on
est interpelés par les filles trans et on a ajouté les personnes non binaires
parce qu'eux autres, ils tombent... ils tombent dans la craque, là, dans le
système sportif, qui est : Tu fais du sport féminin ou du sport masculin,
ça fait que je suis une personne non binaire, bonjour.
Donc, alors, pour nous, c'était... La
vulnérabilité, c'est cette notion, beaucoup, d'invisibilité, et, parce qu'on est un petit groupe de personnes, bien, on ne sait
pas nécessairement vers qui on se tourne, qui... qui traite de ça, vers où...
Et c'est pour ça, quand on parlait, tout à l'heure, des violences aussi, bien,
de prendre en compte toutes les violences qui sont liées à l'identité de genre,
qui... Tu sais, on va penser, bon, à de la violence sexuelle, psychologique,
etc., mais, à l'intérieur de ça, c'est qui, les personnes? Ça fait que, pour...
En tout cas, puis là je vais laisser mes collègues aussi en ajouter, mais, pour
moi, la première chose, c'est vraiment, là : Je n'ai pas de voix, je suis
vulnérable, je ne sais même pas où m'adresser.
M. Ciccone : Parfait, OK. Non, c'est parce que j'ai... Merci beaucoup,
mais j'attendais de voir s'il y avait une réponse.
Mme Demers (Guylaine) : Moi aussi,
j'étais suspendue.
M. Ciccone : Il y a eu comme un genre de petit malaise, hein?
Mme Demers (Guylaine) : Oui, oui,
hein, un ange est passé.
M. Ciccone :
Non, bien... bien, je suis content de... oui, effectivement, parce que, pour
moi aussi, je pense qu'on devrait élargir le mot «vulnérable», parce qu'aussi,
dans le projet de loi, ce qu'on voit, on parle beaucoup des handicapés, on
parle beaucoup... mais il faut inclure les aînés aussi là-dedans également,
mais, dans une situation qui est propre, là, à ce projet de loi là, où on veut
cibler au niveau de l'intégrité, au niveau du harcèlement, au niveau de la
protection de nos jeunes hommes, et nos jeunes... jeunes femmes, et de nos femmes
trans aussi, et autres, pour moi, un prédateur... Que tu sois un enfant, que ce
soit une personne handicapée, ou autre, ou même une jeune fille de 18, 19 ans, je veux dire, ces femmes-là ou,
même, ces gars-là, ça arrive à des occasions, sont vulnérables aussi, tu sais,
puis moi, juste de cibler le mot «vulnérable», je trouve que ça rétrécit... un
peu ce que... ce que le ministre disait à l'époque. Tu sais, si on commence à
nommer, bien, on va en exclure. Moi, j'ai un peu cette vision-là avec le mot
«vulnérable». Je ne sais pas qu'est-ce que vous en pensez.
Mme Demers (Guylaine) : Oui, bien,
en fait, tu sais, la vulnérabilité, c'est beaucoup... Il y a... il y a un
débalancement de pouvoir, hein? Puis, en sport, les glissements, on sait, sont
extrêmement faciles parce que l'entraîneur est dans une situation où il décide
de la vie, de la mort de l'athlète, là, tu sais, et alors... et surtout, quand on embarque dans le processus qui nous amène
peut-être, éventuellement, vers l'équipe du Québec, vers l'équipe junior
nationale, et tout ça, bien, je peux être prêt, comme athlète, à faire beaucoup
de sacrifices, puis, des fois, bien, je ne le sais même pas, que ce que je suis
en train de vivre, ça ne devrait pas se passer comme ça, mais je pense que
c'est de même que ça se passe parce que
personne n'en parle, puis ça a l'air que c'est ça qu'il faut que je fasse si je
dois passer à l'autre étape. Alors, la notion de vulnérabilité est
extrêmement liée à ce débalancement de pouvoir là qui est très présent en
sport, puis je sais que ma collègue Sylvie, là-dessus, elle a certainement
quelque chose à ajouter.
Mme Béliveau (Sylvie) : Bien, je
trouve que tu l'as très bien expliqué, puis je pense que ça a trait aussi avec la culture du sport, puis, si on va de façon
historique, là, on comprend que les femmes étaient exclues. Ça fait qu'il y a
des résidus de ça, puis je peux vous donner des exemples d'expulsion de
ressources, de partage des plateaux. On a des équipes masculines qui
arrivent puis qui poussent complètement les filles à l'extérieur, pour n'en
nommer qu'un.
Quand on parle de sport de qualité, nous, à la
base, c'est ce qu'on préconise. Bien, ce partage des plateaux là, la façon...
Et là je vais évoquer ce que Mme Demers a mentionné, mais la notion de
pouvoir de l'entraîneur sur l'entraîné,
de... rend l'athlète vulnérable jusqu'au point où il pourrait... parce qu'on
parle de... On a évoqué la notion de maltraitance,
mais on peut s'infliger nous-mêmes, en tant qu'athlètes, de la maltraitance, un
déséquilibre alimentaire, etc. Pour moi, ça, ça rentre aussi dans ce qui
occasionne, là, des... un enjeu au niveau de l'intégrité de la personne.
M. Ciccone : J'ai posé la question plus tôt. Je vais vous la poser.
Quelle serait la personne idéale, ou les personnes idéales puisque vous avez
parlé d'une équipe disciplinaire, pour être protecteur de l'intégrité?
Mme Demers (Guylaine) : Bien, je
pense que, dans le mémoire, on l'a souligné, moi, je le vois vraiment comme une
équipe. Tu sais, on dit «le protecteur», mais, pour moi, c'est le bureau, tu
sais, c'est l'équipe, parce que ce n'est assurément pas une seule personne, et,
pour moi, le... dans les premiers critères, c'est une ouverture, une
sensibilité, beaucoup d'empathie aussi, et de ne pas... de ne pas du tout être
dans le jugement, parce que, quand une personne...
déjà, de poser... porter plainte, puis, on le sait, on a plein d'exemples en
violence, là, mais, déjà, de porter plainte, en soi, c'est une action
qui est extrêmement douloureuse et difficile. Alors, pour moi, je pense que je
regarderais d'abord surtout la personne qui va être à la
tête de cet... du bureau, une personne avec des valeurs personnelles qui sont
liées justement à l'empathie. Et donc je n'ai pas nécessairement besoin que
cette personne-là soit le meilleur juriste au Québec, mais que ce soit une
personne qui va avoir des valeurs humaines extrêmement importantes.
Je ne sais pas si mes collègues veulent...
Mme Meloche (Julie) : Bien,
peut-être que... que j'ajouterais à ça la notion de comité aviseur ou de comité
expert. C'est quelque chose qu'on utilise beaucoup, par exemple, chez
Fillactive et ailleurs, mais je pense qu'une organisation comme ce bureau-là...
J'endosse tout ce que Guylaine vient de dire, mais je pense que, de fait, le
fait de mettre autour ou à proximité de cette instance-là les différents
experts qui existent au Québec... On fait une suggestion, là, dans nos
recommandations, de «mapper» tout ce qui existe actuellement autour de ces
enjeux-là. Il me semble que ça, ça serait une force aussi qui pourrait
s'ajouter, là, au PILS.
M. Ciccone : Parce que vous parlez aussi, à la recommandation 7,
puis je vais vous citer, «que le Protecteur de
l'intégrité en loisir et en sport se constitue une équipe interdisciplinaire,
incluant des personnes ayant des expertises dans les domaines pertinents
aux enjeux d'intégrité, notamment le sexisme, la diversité de genre,
l'homophobie et la transphobie». C'est pour ça qu'il faut... il faut quand même
une certaine formation aussi, là, parce que, là, on... parce que, là, la
personne qui va accompagner... puis, même si c'est une équipe
interdisciplinaire, puis on a des personnes spécialistes dans certains
domaines, bien, il faut que tout le monde soit capable, à un moment donné, de
répondre aussi puis d'accompagner parce qu'on ne sait pas quel genre de plainte
qui va arriver sur notre bureau le matin, si la personne n'est pas disponible,
elle est ailleurs sur un autre dossier. Trouvez-vous important que tout le
monde, tout le monde ait cette formation-là,
puis non seulement la formation, mais une mise à niveau aussi, là, parce que ça
change dans le temps, ça?
Mme Demers
(Guylaine) : Bien, je pense que je vais... je vais reprendre
aussi ce que Julie a dit, de Fillactive. Oui, ça prend des expertises,
puis c'est clair que la personne ne peut pas tout avoir... et l'idée que tout
le monde dans le bureau va être à jour sur toutes les options, c'est
irréaliste, mais, nous, ce qu'on voulait souligner, c'est... Il faut... On veut s'assurer quand même qu'il y a... qu'il va
y avoir un certain nombre de personnes... et peut-être, effectivement, que ce sera avec l'utilisation de comités experts
ponctuels, mais je pense qu'à l'intérieur du bureau ça va quand même
prendre un certain nombre de personnes qui... qui auront des responsabilités
spécifiques, peut-être, avec des groupes particuliers qui vivent peut-être des
violences particulières aussi qui sont liées justement, par exemple, à leur
identité de genre ou au fait d'être une fille, ce n'est pas pareil comme si je
suis un gars, mais donc il y a... mais, à l'intérieur du bureau, il faut
assurément trouver ça, mais, je suis d'accord avec vous, il ne faut pas que ce
soit tout le monde, tout... parce qu'ils vont tout lâcher.
M. Ciccone : Mais, en même temps... bien, en même temps, moi, ce que je
dis, c'est que tout le monde doit avoir le minimum, là. Tu sais, je veux dire, tout
le monde doit être sensibilisé, surtout parce que, là, on parle... ce qu'on...
ce qui est devant nous aujourd'hui, mais il y a aussi les diversités
culturelles, il y a différentes religions. Je veux dire, tu n'abordes pas une
personne... Tu sais, tu dois t'ajuster. La personne a le courage de venir te
voir. Il faut que tu... il faut que la
personne comprenne que tu comprends ce qu'elle dit, là, tu sais, puis tu ne
réagis pas de la même façon. Ça fait que moi, je dis que tout le monde
doit avoir ce minimum-là, du moins.
Mme Demers (Guylaine) : Il y a un
minimum, oui, oui, absolument d'accord avec vous, tout à fait.
M.
Ciccone : OK. Merci beaucoup. Je sais que l'officier des
plaintes, c'était un processus qui était confidentiel. J'aimerais savoir
aussi... parce que, quand.. quand on est capables d'avoir des... puis je ne
sais pas si vous avez ces données-là, mais avez-vous... dans vos recherches,
avez-vous vu une recrudescence au niveau des... du traitement des personnes non
binaires, des femmes transgenres et même... bien, même des hommes transgenres
aussi, là, dans le sport? Est-ce que vous avez la connaissance qu'il y a...
l'acceptabilité, on a encore du chemin à faire, puis il y a des plaintes qui se
font? Avez-vous connaissance de ça?
• (16 h 30) •
Mme Demers (Guylaine) : Bon, en
fait, ce qu'on a... Avec le projet de recherche qu'on a... qu'on vient de
terminer, un, c'est une population qui est difficile à recruter pour nos
projets, tu sais, il y a plusieurs personnes, donc, qui sont... qui n'ont pas
fait leur «coming out», excusez l'expression anglophone. Ce qu'on sait, c'est
qu'il y a de plus en plus de demandes de
jeunes qui veulent faire du sport et qui sont exclus parce que l'organisation
ne sait pas quoi faire avec eux autres, disent : Bon, bien là, je
voudrais bien, mais je ne sais pas. Ça fait que, ça, on sait qu'il y a de... Tu
sais, il y a 10 ans, on n'avait pas de demandes. Maintenant, on en a. Le
Réseau du sport étudiant, l'année passée, ils
ont eu... ce n'est pas une tonne, mais ils ont eu une douzaine de demandes de
jeunes trans ou non-binaires qui voulaient, donc, participer dans le
sport et qui n'avaient pas de place. Tu sais, on ne savait pas quoi faire avec
eux, c'est ce qu'on leur disait : On ne sait pas quoi faire avec toi.
Alors, ce qu'on... ce que nous, on anticipe,
c'est qu'il va y en avoir de plus en plus qui vont vouloir avoir leur place
dans le système du sport et qu'il va donc falloir trouver des façons. Ça ne
s'est pas traduit en plaintes, mais plutôt
en demandes : Je peux-tu? Mais nous, ce qu'on anticipe, c'est que ceux qui
sont exclus ou qui vont le demeurer, bien
là, il y aura possiblement l'opportunité de dire : Bien là, je vais porter
plainte parce que je suis exclu de la pratique sportive à cause de mon
identité de genre.
M. Ciccone : Il ne me reste pas longtemps, là. Juste une petite réponse
courte, là. Vous avez dit tantôt de colliger les plaintes qui sont non
retenues. Ça, vous voulez que ce soit envoyé au bureau de la ministre avec une
explication du pourquoi que ça n'a pas été retenu, comme ça on aurait de
l'information dans quelle équipe? Parce que, s'il y a quatre, cinq, six
plaintes non retenues dans la même équipe, il y a peut-être un problème. À un
moment donné, il n'y a pas de fumée sans feu.
Le Président (M. Schneeberger) :
On
n'a presque plus de temps, le temps est écoulé, mais je vous laisse cinq
secondes.
Mme Demers (Guylaine) : Bien,
il faut documenter, tu sais, qu'on sache qu'est-ce qui est retenu, qu'est-ce
qui ne l'est pas puis, dans qu'est-ce qui ne l'est pas, est-ce que ça va nous
amener à revoir certains de nos critères. Tu sais, il ne faut pas juste
dire : Ah! bien, ils ne sont pas retenus puis... Je pense qu'il faut le
documenter.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Nous allons maintenant du côté de
la deuxième opposition, et j'entends le député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Bonjour. Je suis content de vous rencontrer en personne, pour vrai.
Quant à vos collègues, bien, je les rencontre par Zoom. Alors, je suis
néanmoins enchanté de vous rencontrer.
Vous faites référence, à la page 12 de
votre mémoire, d'un rapport que vous avez rendu, là, il y a quelques semaines à
peine : Inclusion des jeunes trans et non-binaires dans le sport.
Rapport de recherche. Laboratoire de recherche PROFEMS. Ça, c'est en bas de
page, en référence, à la page 12, pour les collègues. Est-ce que vous nous
l'avez partagé ou avez-vous l'intention de le faire?
Mme Demers
(Guylaine) : Non, parce qu'il est... en fait, on vient
d'avoir... il nous reste juste la page couverture. Je pensais l'avoir
pour aujourd'hui, mais il va être... d'ici la semaine prochaine, il va être
disponible.
M. Marissal : OK. Bien, je vous
invite à le faire parvenir à la commission.
Mme Demers (Guylaine) : Oui,
absolument.
M. Marissal : On en fera bon
usage. Toujours à la page 12, en haut, là, vous écrivez, et c'est en
rapport direct avec le rapport dont je viens de parler, là : «Nous
ajoutons qu'actuellement la structure du système sportif fait en sorte que
plusieurs personnes issues de la diversité de genre sont soit exclues d'emblée
du système sportif ou vont quitter le sport.» Ça, c'est une de vos conclusions
du rapport. Pouvez-vous juste rapidement, parce que j'ai très, très peu de temps, là... Mais comme on ne l'a pas eu,
le rapport, ça veut dire quoi, en termes de pourcentage, de nombre ou...
Mme Demers (Guylaine) : Bien,
le pourcentage est toujours extrêmement difficile parce que les gens qu'on
réussit à contacter dans un projet de recherche ne représentent pas l'ensemble
de la population qui fait du sport, qui est non-binaire, etc. Ce que les jeunes
nous disent, c'est que... puis des études aussi, c'est qu'effectivement il y a
plusieurs jeunes trans et non-binaires qui ont quitté la pratique sportive
lorsqu'est arrivé le temps de la transition ou de faire leur «coming out».
Donc, ça, c'est documenté, on le sait. Et du côté positif, par contre, c'est...
ceux qui sont restés en sport, ça a été vraiment très libérateur pour eux puis
important dans leur... le sentiment d'inclusion, tout ça. Ça fait qu'on le
sait, les jeunes nous le disent, là, la période de transition, c'est la pire, à
l'adolescence, c'est le pire, la puberté. Et
lorsqu'on fait notre «coming out», bien souvent, on va tout simplement se
retirer de la pratique sportive parce qu'on... soit que c'est trop
compliqué ou qu'on a juste... on ne sait juste pas comment faire puis est-ce
que... Pour les personnes non-binaires en particulier, bien là, tout à coup, il
y a...
M. Marissal : ...montrer la
porte.
Mme Demers
(Guylaine) : Oui, il y en a qui vont... Effectivement, il y en
a qui ont dit... en fait, c'est les parents, qu'il a fallu qu'ils se battent, leurs parents, pour que, pendant la
transition, leur enfant puisse continuer à faire la pratique sportive.
Sinon, effectivement, ils sont exclus.
M. Marissal : Oui. C'est là que
je m'en allais. Parce que, dans la phrase suivante, vous dites : «Il
s'agit d'une population sujette à porter plainte pour préjudices liés à
l'identité de genre ou l'expression de genre.» Donc, se voir interdire l'accès
à un sport, que ce soit de façon philosophique, qu'on te fait sentir que tu
n'as vraiment pas ta place, ou même, manu militari, qu'on te dise : Tu n'as
pas le droit d'être ici parce que... ça, dans votre esprit, c'est clairement
motif à plainte sur l'intégrité de la personne?
Mme Demers (Guylaine) : Oui,
clairement, direct. Puis là, bien, c'est sûr, c'est même... En fait, c'est...
On n'a pas le droit de discriminer les gens, là aussi, c'est... On a la loi,
mais, c'est ça, c'est... là aussi on se dit... Pour les personnes, quand je
disais qu'il faut que ce soit limpide, où est-ce que je porte plainte, bien,
effectivement, si je suis exclue de la pratique
sportive à cause de mon identité de genre, c'est... en sport, c'est où que je
vais? Bien, à mon avis, oui, ce serait assurément un motif de plainte au
protecteur à l'intégrité, là.
M. Marissal :
Ce pour quoi vous nous suggérez de nous assurer que le PILS ait les outils
nécessaires pour bien traiter ce genre de plainte. Oui, effectivement, je vous
suis tout à fait là-dedans. Vous avez dit : En particulier au moment de
l'adolescence, où il y a un problème. Ça, vous l'avez documenté aussi?
Mme Demers (Guylaine) : Oui,
oui. C'est ça, et les jeunes le disent, surtout pour les jeunes trans. Alors,
si la transition se fait en cours de puberté...
Le Président
(M. Schneeberger) : En terminant.
Mme Demers
(Guylaine) : ...ou juste après, là, ça devient très problématique
parce qu'ils ont... ils ont vraiment... Est-ce que tu as le traitement hormonal
ou pas? Est-ce que... Où est-ce que tu es, là, dans toute ta transition? Et ce qui fait que là, en sport,
souvent, ils sont obligés de lâcher parce qu'ils sont... ils ne sont pas une
fille, pas un gars, là, tu sais, les gens ne savent plus comment... où
les classer. Parce qu'en sport on est binaire.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Merci beaucoup. Alors, ce qui met un terme à notre discussion. Alors,
merci beaucoup pour l'apport à la commission.
Nous suspendons
quelques instants pour recevoir notre prochain groupe.
(Suspension de la séance à
16 h 37)
(Reprise à 16 h 43)
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, nous reprenons nos travaux. Alors, le prochain
groupe, nous recevons M. Gaëtan Roussy,
président de l'Association des psychologues du Québec. Alors, M. Roussy,
bonjour. Alors, vous avez un 10 minutes pour faire votre présentation, et
par la suite on procédera à une période d'échange avec les élus.
Association des psychologues du Québec (APQC)
M. Roussy (Gaëtan) : C'est parfait. Alors,
tout d'abord, bien, je vous remercie, M. le Président et Mmes, MM. les parlementaires. Je vous remercie de vous être
intéressés à la position de l'Association des psychologues sur le sujet. C'est
un sujet très important. Je vous remercie et je vous félicite aussi pour vos
travaux, pour le travail que vous faites, qui est très important.
Donc, l'Association
des psychologues du Québec, en gros, existe depuis environ 20 ans. En
2005, on a fusionné deux anciennes associations pour l'association actuelle. On
a à peu près 1 500 membres et on travaille dans tous les domaines du réseau public, éducation,
santé, ou du secteur privé. Et on est intervenus souvent... les psychologues
sont souvent intervenus auprès de personnes
ayant subi des abus, ayant subi du harcèlement dans différents contextes.
Alors, les avis que je vais vous donner aujourd'hui, les recommandations que je
vais vous donner aujourd'hui sont basés sur
de l'expérience clinique, de l'expérience avec ces personnes-là qui ont vécu ce
type d'expériences difficiles.
Donc, comme vous le
savez, évidemment, je ne vous apprends rien, la question des abus par rapport
aux jeunes en particulier, mais par rapport à plusieurs autres types de
victimes aussi et par rapport à des victimes particulièrement vulnérables, ont
été beaucoup médiatisés. Et souvent on est horrifié par, un peu, ce qu'on voit
comme abus. On voit des gestes, on entend parler de gestes épouvantables ou de
comportements épouvantables qui ont affecté
beaucoup des gens. Mais ce dont on se doute moins, c'est tout ce qu'il y a par
en dessous également. Alors, une des choses, là, sur laquelle je voulais
insister aujourd'hui, moi, comme vous avez vu dans le petit mémoire qu'on vous
a soumis, c'est le processus d'emprise en lui-même, au plan psychologique, au
plan relationnel. Ce qu'il est très important de retenir aussi, c'est que les
abuseurs, les harceleurs, ce sont souvent des gens qui vont prendre le temps
d'établir un lien de confiance avec leur victime, qui vont s'assurer de pouvoir
la rejoindre profondément dans leur intériorité également, et qui vont chercher
aussi à la neutraliser.
Je vais donner une
image un peu directe, quand je parlais d'un serpent, par exemple, qui va piquer
sa proie, pas dans le but de la tuer, mais
dans le but de la neutraliser. Sa proie, à ce moment-là, devient incapable de
se défendre. Elle n'a pas accès facilement à toutes ses facultés, et, à
ce moment-là, c'est plus facile pour l'agresseur de... d'en abuser, à ce
moment-là. Et ça se fait souvent dans un lien affectif, dans un lien moyen,
long terme, avec plusieurs... en tout cas,
dans plusieurs situations, et c'est là que la personne peut s'immiscer de façon
très perverse dans l'intériorité, dans
la psychologie de la personne pour, finalement, en faire, à quelque part, dans
un sens, une sorte, entre guillemets, de complice.
Et c'est pour ça que
des fois on voit des... même des victimes qui ont subi des choses extrêmement
difficiles, mais qui auront tendance parfois à défendre leur agresseur, pendant
un certain temps, et à même se sentir coupables de dénoncer l'agresseur,
justement parce que celui-ci est parvenu à vraiment faire corps avec la
victime, à fusionner, une sorte de fusion avec la victime, même si ce n'est pas
toujours de cette façon-là que ça se déroule. Il y a des agressions, des abus qui se déroulent de façon
plus précipitée, si on peut dire, mais souvent c'est de cette manière-là que c'est...
que c'est fait. Et c'est pour ça que c'est important d'en tenir compte
également quand on veut vraiment traiter le grave problème des abus, entre
autres dans les sports, justement, avec les jeunes qui sont très vulnérables.
On le sait que les gens qui exercent un sport,
les jeunes qui exercent un sport ou une activité de loisir, pour eux, c'est souvent un projet à long terme, c'est
une façon de se réaliser, c'est une façon de s'accomplir, et ils se projettent
beaucoup dans... dans l'avenir. Alors, ce n'est pas
quelque chose seulement sur le coup, alors, c'est sûr qu'ils ont besoin
d'établir une relation de confiance ou une relation plus rapprochée avec
quelqu'un qui va les... les soutenir, qui va les aider, qui va les encourager
régulièrement, qui va leur donner des conseils. Alors, il y a nécessairement
toujours un lien plus personnel qui se fait, souvent, entre l'éventuel
agresseur et la victime, l'éventuelle victime. Alors, c'est toutes des choses... Et c'est pour ça que c'est important
de le... de le considérer, parce que le développement de la victime éventuelle va se faire en même temps
que se développe la relation, et tout ça s'intègre très profondément. Il
y a comme une forme d'intoxication, à ce moment-là, de la part de l'agresseur.
• (16 h 50) •
Alors, évidemment, les impacts psychologiques,
relationnels et affectifs de ces abus sur les victimes sont très variés et
peuvent prendre plusieurs visages, et c'est ça, des fois, qui rend difficile
pour l'entourage, pour les gens qui veulent aider, que ce soient des parents,
que ce soit l'entourage, les amis ou encore certains intervenants qui ont des
difficultés, à un moment donné, à identifier vraiment qu'est-ce qui se produit.
Parce que les abus, les gestes comme tels,
mais aussi la manière que ça s'est préparé, ça peut prendre plusieurs aspects
aussi, c'est assez varié. Alors, quand les gens, les témoins, des
fois... quand des gens sont témoins de certaines affaires, quand ils ne
dénoncent pas, ils se sentent coupables, mais ce n'est pas qu'ils sont
nécessairement coupables de ne pas avoir dénoncé. C'est que des fois ils sont pris dans une sorte d'emprise, dans une
sorte de processus relationnel à plusieurs, des fois, parce que l'agresseur,
le harceleur potentiel, par sa perversité, va s'assurer justement de bien
préparer la situation, le contexte dans lequel il va opérer.
Alors, évidemment, il y a toutes sortes
d'impacts situationnels, également, parce que comme la victime, souvent, n'ose
pas dénoncer ou, lorsqu'elle le fait, elle se sent souvent rejetée ou elle
craint de l'être, il y a plusieurs personnes qui vont se pousser, qui vont
l'isoler, qui vont se tenir loin de la victime pour éviter d'avoir à témoigner,
pour éviter d'avoir à se mettre en situation
de conflit avec la personne qui a été accusée. Et certains ont peur de perdre
leur emploi, certains ont peur d'avoir différents types de représailles. Alors,
c'est un phénomène quand même assez complexe qui touche plusieurs aspects.
Et c'est pour ça qu'entre autres choses, dans
les recommandations dont on va parler plus à fond après, je recommanderais, là,
entre autres choses, moi, de préciser comme il faut la notion d'intégrité. Nous,
on sait tous spontanément ce que c'est que l'intégrité, mais, comme vous le
savez, ça peut ne pas vouloir dire exactement la même chose pour tout le monde.
Il y a des aspects éthiques à ça, des aspects psychologiques, des aspects
légaux, des aspects relationnels. Il y a la question aussi de l'intégrité,
donc, de la personne éventuellement victime, donc on parle d'abord et avant
tout de ça, de protéger son intégrité. Mais il y a aussi... il faut s'assurer
que les entraîneurs qui... les gens qui interviennent auprès des jeunes soient
intègres, aussi. Alors, comment on fait pour agir sur l'intégrité de ces
personnes-là également? Et c'est quoi, protéger son intégrité? Est-ce que c'est
protéger sa liberté, protéger son consentement éclairé, sa capacité de consentir
de façon éclairée, protéger sa liberté de choix, sa liberté de clarifier ses limites? L'intégrité, est-ce que ce n'est pas
aussi aider le jeune à mieux identifier ses émotions, à mieux les exprimer,
à mieux les mettre en contexte, à mieux les partager, à mieux reconnaître ses
limites et à mieux les affirmer?
Alors, ce serait juste de préciser davantage.
Parce que j'ai cru constater que, dans la loi, il n'y a pas tout à fait de
notion... à moins que j'aie mal lu, de notion de psychologie, de psychologue.
Alors, j'inviterais à faire attention.
Je ne sais pas combien de temps il me reste, M.
le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Une
minute.
M. Roussy (Gaëtan) : Une
minute?
Le Président (M. Schneeberger) : Une
minute, oui.
M. Roussy
(Gaëtan) : Alors, une minute. Et puis de toute façon on va
pouvoir en reparler pendant les questions. Alors donc... Puis la
question des parents, dont je voudrais parler aussi, parce que les parents ont
un rôle important à jouer dans la prévention des abus. Cependant, il est très
important de s'assurer de ne pas culpabiliser les parents qui, parfois, n'ont
pas vu réellement ce qui se passait, n'ont pas réalisé, n'ont pas toujours les
outils pour intervenir aussi. Alors, il y
aura bien des nuances à faire là-dessus aussi pour aller chercher le concours
des parents, pour mieux protéger les jeunes, mais en même temps en explicitant
qu'est-ce qu'on entend par responsabilisation. Il ne faut pas confondre
avec culpabilisation aussi.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup pour votre exposé. Alors, nous
allons débuter une période d'échange avec Mme la ministre pour un temps
de 16 min 30 s.
Mme Charest : Merci, M. le
Président. Merci, M. Roussy, de participer à ces échanges aujourd'hui puis
d'avoir produit un mémoire. J'irais tout de suite dans le vif du sujet. Vous
avez ouvert la porte, là, sur la notion de définition d'«intégrité», on en a
parlé beaucoup. J'aimerais vous entendre sur quelle serait, à votre... à vos
yeux, une bonne... comment on devrait définir l'intégrité dans ce projet de loi
là. Bon, il y a plusieurs échanges qu'on a eus, dans les deux dernières journées, certains pensent que c'est préférable
d'y aller d'une nomenclature de toutes les formes de définitions, de
types de violence, ou quoi que ce soit, d'autres qui préconisent davantage une
espèce de parapluie qui va englober toutes
les formes de violence ou d'atteinte à l'intégrité. Mais j'aimerais vous
entendre, là, sur la définition que vous verriez dans un projet de loi.
M. Roussy
(Gaëtan) : Premièrement, je veux m'excuser, j'ai oublié de
vous saluer au début, Mme la ministre. Je suis désolé. Deuxièmement, oui, c'est
parce que l'intégrité, c'est quelque chose, justement, de tellement important.
Est-ce que c'est... Et il y a quelque chose, aussi, quand on veut protéger
l'intégrité d'une personne vulnérable, souvent,
on oublie d'expliquer à la personne vulnérable elle-même qu'est-ce que son
intégrité et comment, à un moment donné, identifier quand elle
sentira... quels sont les signes de souffrance qu'elle pourrait vivre et
éventuellement qui pourraient lui indiquer ou indiquer à ses proches que son
intégrité est atteinte.
Entre autres choses... C'est dur pour moi de
vous faire une définition, puis je sais que vous, vous êtes... vous allez être
excellents là-dedans, mais entre autres choses, c'est, donc, s'assurer que la
personne vulnérable, à ce moment-là, soit au centre de... des objectifs
poursuivis, que son développement soit au centre des objectifs poursuivis, que cette personne-là puisse vraiment
identifier ce qu'elle ressent, qu'elle puisse avoir toujours la possibilité
de le partager, de l'identifier, qu'elle ait de l'aide des fois pour nuancer,
mettre des mots sur ce qu'elle ressent aussi, et toujours avoir la possibilité
d'avoir une personne de confiance pour l'exprimer. Pas toujours la même
personne, de ne pas toujours mettre ses oeufs dans le même panier, mais avoir
un cercle fiable sur lequel elle pourra nommer des choses. Je pense que ce
serait une des meilleures façons de le prévenir et de protéger cette
personne-là.
Alors, l'intégrité, donc, c'est de respecter ses
choix. C'est qu'elle ait la possibilité de s'exprimer, qu'elle ait les lieux
pour faire ça et qu'elle ait les outils aussi pour lui permettre d'identifier
ses besoins, ses limites et de l'aide à ce
niveau-là. Parce qu'elle-même, j'ai l'impression, des fois, elle ne saurait pas
au juste ce que c'est que son intégrité. Qu'est-ce que le respect, pour
une personne vulnérable, justement? Alors, pour certaines personnes
vulnérables, le respect, c'est simplement de ne pas se faire bousculer, de ne
pas se faire parler de façon raide, tout ça, mais...
Parce que le problème, moi, ce qui me préoccupe
toujours, c'est les processus de manipulation plus subtils qui portent atteinte
à l'intégrité. Alors, c'est important de prévenir les plus évidents. Bien sûr,
hein, du harcèlement évident, on en voit, on comprend ce que c'est. Mais à
partir de quel moment une victime, à un moment donné, peut identifier qui est
abusif envers elle? Parce que des fois il y a des victimes qui sentent quelque
chose puis ne sont pas certaines. L'agresseur, à ce moment-là, poursuit la
victimisation, porte atteinte à son intégrité de façon plus ou moins subtile.
Mais la victime ne sait pas à partir de quel moment elle peut confronter, à ce
moment-là, l'autre personne pour voir si,
justement, il n'y aurait pas atteinte à son intégrité. Alors, peut-être, dans
un point... Oui, je vous laisse parler, Mme la ministre.
Mme Charest : Non, non,
allez-y. Allez, je vous laisse, je vous laisse...
M. Roussy (Gaëtan) : Je veux
être sûr de répondre à votre question, c'est ça, c'est... Je donne des éléments
un petit peu disparates, j'en suis conscient, mais parce que justement c'est
difficile de définir, donner une définition de l'intégrité.
Mme Charest : Je
vais enchaîner avec une autre parce que sinon on n'aura pas le temps de poser
des questions puis que j'ai un collègue aussi qui a certaines questions.
M. Roussy (Gaëtan) : Alors,
oui, ça marche.
Mme Charest : Je voudrais vous
entendre sur la gradation des violences ou l'impact des violences. À votre sens, est-ce qu'il y a des violences qui sont pires
que d'autres, qui ont des impacts plus dommageables que d'autres, que ce
soient violences sexuelles, émotives, abus psychologiques? Est-ce qu'il y a...
Est-ce que ça existe, une gradation ou est-ce qu'il y a des violences plus...
plus dommageable que d'autres?
M. Roussy (Gaëtan) : Moi, je
serais très prudent avec ça. Je trouve votre question très pertinente, mais je serai très prudent avec ça parce que, comme on le
sait, il y a beaucoup... il y a une question d'escalade, dans la question
des violences, il y a beaucoup une question de gradation, un peu, qui se fait
sans qu'on sache comment identifier les différentes étapes. Alors, c'est pour
ça que des fois, dans certains cas, un acte de violence semblait relativement
léger, mais il est devenu grand par la suite parce que, justement, il nous
semblait léger. Je pense qu'entre autres...
Mme Charest : Je m'excuse, mais
plus une violence par rapport à une autre, pas tant dans l'escalade de la
violence ou la progression de la violence, mais une violence... Y a-tu une
violence qui est plus dommageable? Je veux
dire, je faisais référence aux violences sexuelles. Puis je vais peut-être vous
amener à la prochaine question, puis ça va peut-être orienter votre
réponse. C'est de vous entendre sur le délai de prescription d'une dénonciation
ou d'une plainte. Est-ce que... Parce que là il y a des groupes qui
disaient : Oui, on peut faire... et qu'il n'y ait pas de délai de
prescription pour des violences sexuelles, entre autres, parce que, bon, ça
peut... on peut le reconnaître des années plus
tard, et tout ça, mais, pour les autres formes de violence, il devrait y avoir
un délai de prescription. Donc, c'est dans ce sens-là où je voulais vous
amener. Alors, peut-être que vous pouvez plus enchaîner sur qu'en est-il du
délai de prescription.
• (17 heures) •
M. Roussy (Gaëtan) : Bien,
c'est parce que, justement, les effets sur la victime peuvent être à très long terme et de façon différée. On a souvent vu ça
dans des cas de violence ou de harcèlement sexuel ou non. Pendant des
années, la victime le porte assez bien pour toutes sortes de raisons, soit
parce qu'elle fait du déni ou soit parce que l'ensemble de sa personnalité, ou
de ses activités, ou son entourage lui permet de bien le porter. Puis, après
plusieurs années, tout d'un coup, il y a des choses qui
ressortent davantage, alors soit spontanément, ou soit suite à une psychothérapie, ou soit suite à des discussions,
ou soit quand la personne revoit son agresseur, bon, il y a toutes sortes de...
Alors, c'est pour ça que moi, je serais très prudent avec les... la question
des délais de prescription, j'aurais... je serais très mal à l'aise de
dire que c'est prescrit, parce que j'ai l'impression que ça peut être toute la
vie, moi. Alors, ce que j'ai vu, par expérience, c'est que ça peut affecter la
victime toute la vie. Alors, ça... Oui?
Mme Charest : Non, je...
M. Roussy (Gaëtan) : Alors, c'est
pour ça.
Mme Charest : ...prête à sauter dans
l'arène.
M. Roussy (Gaëtan) : Et je serais...
je serais prudent aussi pour la question des violences, est-ce qu'il y en a
certaines pires que d'autres? Parce que, moi, par exemple, personnellement, si
je me fais bousculer, admettons, par quelqu'un, ça va m'affecter moins qu'une
autre personne. Une autre personne, ça peut l'affecter pour extrêmement
longtemps. Alors, c'est pour ça que moi, le point de référence, c'est toujours
comment la personne se sent, comment elle vit ça, bien entendu.
Et le temps, la question du temps est
importante, de la question du développement chez la personne, du trauma. C'est pour ça que, dans une de mes
références bibliographiques, des suggestions de lecture comme ça, j'ai parlé des traumas complexes, parce que, des fois, ça
devient vraiment complexe, ça touche beaucoup d'aspects de la personnalité, et
ça touche d'autres traumas aussi, et ça dépend toujours de la signification que
ça a pour la personne.
Mme Charest : Peut-être, une
dernière question avant de passer le flambeau à... le relais à mon collègue. Une de vos recommandations, c'est de faire une
meilleure évaluation de la psychologie. Ça, j'aimerais ça vous entendre.
Qu'est-ce que vous entendez par ça, puis dans quel milieu ou quel secteur ce
genre d'évaluation se fait ou... Un comparatif, peut-être, là.
M. Roussy (Gaëtan) : Oui. Bien, vous
savez que dans certains milieux, ça se fait déjà, là, tu sais, soit des
entreprises privées ou d'autres milieux, où on évalue la personnalité pour voir
si la personne, par exemple, est stable ou
si la personne sait gérer ses émotions, si elle se remet en question, a de
l'autocritique, des choses comme ça qui sont indispensables quand on
s'occupe de jeunes, je pense, ou de gens plus vulnérables. Alors, je pense que
ce serait...
Mme Charest : Pour les enseignants,
est-ce que c'est un genre d'évaluation qui est faite avec... dans les services de garde? Tu sais, dans un milieu qui
serait similaire, notamment, avec cette... la même clientèle, là, est-ce qu'à
votre connaissance ça se fait, ou c'est davantage dans un... dans un rôle de
leadership ou de... de cadre? Parce que je sais
que ça se fait beaucoup avec les cadres, des trucs comme ça, là, mais pour la
clientèle jeune, est-ce que ça se fait aussi?
M. Roussy
(Gaëtan) : Je sais que ça s'est fait à certains endroits,
mais je ne serais pas capable de vous dire où puis je ne voudrais pas
vous induire en erreur. Mais je pense que ce serait important.
Tu sais, on
fait souvent ça, justement, comme... comme vous dites, pour des emplois de très
hautes responsabilités, mais s'occuper d'un jeune, c'est une très haute
responsabilité. Alors, c'est pour ça que, moi, avec les jeunes, je serais
porté, là, à faire ça. Je ne veux pas imposer ça, je serais... Moi aussi, je
serais prêt à me soumettre à une évaluation comme ça.
Je trouverais
ça normal de vérifier certains traits de personnalité. Il ne s'agit pas de
s'immiscer dans l'intimité des gens, tout ça, ça dépend jusqu'où ça
irait, il faudrait respecter, bien sûr, les... les droits, tout ça, mais je
pense que ce serait important, là, de penser à ça.
Mme Charest : Parfait. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
député de Jonquière.
M. Gagnon : Merci, Mme la ministre.
Combien de temps, monsieur... M. le Président?
Le Président (M. Schneeberger) : Il
vous reste presque six minutes.
M. Gagnon : Ah, parfait. Bonjour,
M. Roussy, un plaisir de vous accueillir.
M. Roussy (Gaëtan) : Bonjour. J'ai
compris que vous étiez le député de Jonquière.
M. Gagnon : Oui, exactement.
M. Roussy (Gaëtan) : OK. Je suis né
à Arvida. Je suis né à Arvida.
M. Gagnon : Ah! alors...
M. Roussy
(Gaëtan) : Alors, comme vous... mais, comme vous savez, moi, je... Le
Saguenay, c'est la région la plus extraordinaire du Québec. Vous savez ça
depuis longtemps.
M. Gagnon : Depuis huit minutes, je
me dis : Quelle expertise a cet homme! D'où provient-il?
M. Roussy (Gaëtan) : Ah, vous vous
demandiez d'où je venais, c'est ça?
M. Gagnon : M. Roussy,
j'enchaîne. Quand même, je trouvais ça intéressant, on est rendus à notre
deuxième journée avec les collègues,
beaucoup de... de formations, comme vous l'avez mentionné, formations, un souci
de formation chez les entraîneurs, formations chez... chez les
organisations également.
Vous mentionnez également que dans le protecteur
de l'intégrité il serait intéressant d'avoir un psychologue à même... de
l'équipe aussi. C'est des choses qui sont intéressantes.
Quelque chose
que vous nous amenez un petit peu ailleurs aujourd'hui, puis j'aimerais...
j'aimerais vous entendre. Vous mentionnez... vous levez un petit drapeau aussi
qu'on devrait porter attention, c'est la formation chez les parents et...
M. Roussy (Gaëtan) : Oui.
M. Gagnon : ...et ça, j'aimerais ça
vous entendre.
M. Roussy
(Gaëtan) : Oui, parce qu'il faudrait... et plusieurs parents
le demandent, il faudrait outiller les parents. Alors, c'est ce que
j'entendais par formation, justement, outiller les parents. Comment mieux
détecter? Comment...
Il y a beaucoup de parents qui ne demanderaient
pas mieux que d'entretenir une relation plus rapprochée avec leur jeune et malheureusement ils ont souvent de la difficulté. Et
si on leur donnait des outils pour maintenir un lien de confiance plus
rapproché, mieux identifier les indices de souffrance chez le jeune, mieux
identifier certaines difficultés et avoir
certains leviers d'intervention... parce que les parents ne demandent pas
mieux. Alors, mais souvent ils le disent qu'ils n'ont pas beaucoup
d'outils par rapport à ça.
Puis, des fois, ils sont... il faut... ils
consultent, mais ils n'ont pas toujours accès à un psychologue ou à d'autres professionnels de la santé pour les
conseiller par rapport à ça, ou à certains organismes communautaires. Il y a des
services qui existent déjà, mais il y a...
Ils
apprécieraient, je suis convaincu, avoir un guide, carrément, pour les outiller
davantage. C'est sûr qu'il y a des livres qui s'écrivent là-dessus, mais
quelque chose qui viendrait du gouvernement, qui viendrait de... vraiment...
de... qui serait rassurant pour eux, pour les orienter davantage, pour
améliorer les relations familiales, puis comment intervenir, comment mieux
identifier. Moi, je pense, ça vaudrait la peine vraiment de faire ça. On en a
fait, le gouvernement en a fait pour d'autres choses, des fois, hein? Mais pour
la prévention, justement, de tout ce type... les types d'abus ou de harcèlement
qui pourraient se produire.
Parce que vous savez que, souvent, les jeunes
n'en parlent pas quand il y a un problème. Puis, les parents, il y en a qui en
parlent, mais il y en a qui n'en parlent pas. Les parents ont... ne sont pas
toujours attentifs à ça, puis ce n'est pas toujours par négligence. Alors, ça
les aiderait beaucoup, je pense.
M. Gagnon : Je comprends très bien.
Deux gars de... de Jonquière, on peut aller plus dans... dans le précis. Je veux vous... je veux vous entendre, parce que
je ne veux pas que ça reste dans quelque chose qui n'est peut-être pas réaliste
au moment qu'on se parle, vous aviez dit... vous proposez que... que l'ensemble
des entraîneurs ou quelqu'un qui s'implique dans le monde du... de
l'entraînement, automatiquement, je veux dire, procède... ou l'organisation
procède à une évaluation psychologique de l'entraîneur pour valider certaines
choses.
Quand je dis «honnêteté», c'est que vous
comprendrez que c'est impossible, en ce moment, au Québec, d'aussitôt que je
décide de... de me lancer dans l'aventure du coaching d'y aller vers une
évaluation psychologique de différents...
différents aspects pour dire «cet entraîneur-là est conforme», mais si vous
avez des pistes de solution, de volume peut-être moins intense que
l'ensemble des entraîneurs du Québec, pouvez-vous quand même... je veux quand
même vous laisser la parole sur où c'est qu'on pourrait aller sans
nécessairement mettre l'ensemble des entraîneurs du Québec, là, dans votre
proposition, ce qui, pour l'instant, n'est pas possible, mais je veux quand
même vous entendre là-dessus.
M. Roussy
(Gaëtan) : Oui, tout à fait. Peut-être que s'il y a des
signes qui sont dévoilés, si, par exemple, il y a des jeunes qui
signalent des choses, des fois, qui ne semblent pas claires, qui ont besoin
d'être nuancées davantage, qu'on a un doute, peut-être, à ce moment-là, que ça
pourrait être... Je sais que, dans ce temps-là, l'entraîneur peut être
rencontré tout simplement. Mais si, à un moment donné, il y a vraiment quelque
chose de plus dérangeant, une situation plus dérangeante qui semble se
développer ou qui pourrait éventuellement se développer, ça pourrait être un
bon moment, à ce moment-là, de... quitte à le proposer au moins, quitte au
moins... tu sais...
Mais c'est sûr qu'une évaluation psychologique
ça ne préviendrait pas tout et puis ce n'est pas la question. Ce n'est pas un détecteur de mensonge, tu sais, ce
n'est pas... Alors, ce serait tout simplement pour mieux comprendre. Ça
pourrait être présenté de la façon qu'on aimerait ça peut-être faire une évaluation
pour voir comment on pourrait mieux comprendre les relations qu'il y a entre
vous et les jeunes pour... tu sais, pour améliorer le tout, pour mieux
comprendre qu'est-ce qui peut arriver des fois s'il y a des malaises, s'il y a
des tensions. Alors, à ce moment-là, bien, on peut faire une évaluation de...
de ce qui se passe, une évaluation de la personne, vérifier certaines choses.
M. Gagnon : Intéressant.
Dans votre mémoire que vous avez déposé aussi, dans les notes, vous mentionnez
aussi qu'il serait intéressant que les psychologues du Québec travaillent
davantage avec le SIM. Est-ce que c'est quelque chose que...
Le
Président (M. Schneeberger) : On n'aura plus beaucoup de temps pour une prochaine
question, malheureusement. C'est pas mal terminé.
• (17 h 10) •
M. Gagnon : J'ai déjà vu la première
opposition être généreux, alors...
Le
Président (M. Schneeberger) : Oui. Alors, nous allons passer du côté de
l'opposition officielle avec député de Marquette.
M. Ciccone : Merci beaucoup. C'est une route à double sens, ça, M. le
député de Jonquière.
Bonjour! Très
heureux de vous avoir parmi nous aujourd'hui. Très intéressant. Ça nous amène
dans un autre... tout l'aspect psychologique de... de la chose.
J'aimerais
commencer... Parce que le mot «des personnes vulnérables» est arrivé à
plusieurs, plusieurs reprises lors des rencontres avec les groupes
précédents, pour vous, des gens vulnérables, c'est quoi ou c'est qui?
M. Roussy (Gaëtan) : Des gens
vulnérables, c'est des... entre autres choses, c'est des gens, par exemple, qui
ont moins de confiance en eux-mêmes, qui se connaissent moins, qui ont moins eu
la chance de développer toutes leurs facultés, ou leurs moyens d'autodéfense en
cas de besoin, ou leurs moyens d'adaptation dans la vie. Des gens, par exemple, qui ont plus besoin d'aide, qui ont
plus besoin de soutien, qui vont aller alors davantage vers les gens, et ça,
c'est très bien, sauf qu'à ce moment-là, ça peut donner l'occasion à certaines
personnes d'en profiter. Ça peut être des gens aussi qui sont plus isolés. Tu
sais, c'est souvent...
Je faisais un parallèle, même avec certaines
sectes, des fois, qui recrutent chez les gens qui sont déjà en difficulté. Ils
vont recruter ces gens-là, leur apporter un genre de soutien ou d'aide
apparente, et là ils se font embrigader à ce moment-là, ça arrive.
Alors, des
gens, donc, justement, qui peuvent être en difficulté, des gens qui ont besoin
de soutien, qui ont besoin de... de valorisation.
M. Ciccone : Dans le fond, là, vous ne mettez pas une catégorie de gens
vulnérables par exemple, parce que, dans notre société, on dit que les enfants,
c'est des... c'est des personnes vulnérables, les personnes aînées, ce sont des
personnes vulnérables. Moi, une personne en haut de 18 ans, elle peut être
vulnérable.
M. Roussy (Gaëtan) : Bien, toutes
les personnes peuvent être vulnérables parce que ça dépend...
M.
Ciccone : Surtout s'il y a quelqu'un qui est... qui est
possiblement un prédateur, là. Il peut être vulnérable, là.
M. Roussy (Gaëtan) : Tu sais, c'est
ça, on dit souvent, effectivement, puis on le sait pourquoi, les enfants sont
vulnérables, les aînés sont vulnérables, mais toute personne peut devenir
vulnérable, surtout les personnes, des fois,
qu'on croit fortes, qu'on va laisser toutes seules parce que : Ah! il va
s'arranger tout seul. Ah! il est capable. Ah! il en a déjà vu d'autres. Ah! il ne va pas d'aide, je lui en ai offert puis
il n'en veut pas. Souvent, ces gens-là peuvent être très vulnérables
puis sombrer dans la toxicomanie, par exemple.
M. Ciccone : Effectivement, parce que quand je regarde, là, au niveau
des impacts situationnels, dans votre mémoire,
quand vous dites que la victime aura peur d'être ostracisée par ses coéquipiers
si elle dénonce l'agresseur, ça, c'est
une forme de vulnérabilité pour moi. Également, elle craindra de ne pas
parvenir à réaliser ses espoirs olympiques, son sentiment de
vulnérabilité ne fera qu'augmenter, tout cela en raison du vol de l'innocence
d'une jeune athlète ou d'un jeune athlète.
Dans le fond, c'est parce que quelqu'un qui veut
tellement réussir ne parlera pas, ne dira rien, malgré le fait que ce n'est pas une personne mineure ou même
handicapée ou... ça peut être un adulte aussi, là, qui... qui a énormément
de vulnérabilité.
M. Roussy (Gaëtan) : Ça rend la
personne plus vulnérable. Alors, il y a des gens qui peuvent devenir
vulnérables à ce moment-là. Et ça a un lien un peu avec... la vulnérabilité,
avec la question d'intégrité dont on parlait tantôt, à laquelle je n'ai pas su
très bien clairement répondre parce qu'il y a tellement d'aspects, mais ça a un
lien, ça peut permettre à préciser davantage la notion à ce moment-là, là.
M. Ciccone : Non, mais le fait de ne pas avoir été capable de nommer,
ça... ça nous donne une réponse, c'est... justement, ça nous donne une réponse.
Ça fait que, dans le fond, ne pensez pas que vous avez mal répondu, ça nous
donne énormément d'informations, parce qu'on le cherche encore, cet élément là
d'intégrité.
Vous dites aussi quand... Là, vous parlez de la
médiatisation des histoires d'abus. On en a vu, là, depuis... depuis 2018,
comme vous l'avez dit dans votre mémoire. On l'a vu ici un an jour pour jour,
on était dans cette même pièce-là, tout ce qui se passait dans le sport au
niveau des initiations. On l'a vu hier... pas hier, mais cette semaine, là, justement, avec l'Université de Sherbrooke, avec des... des
gestes déplorables. Mais le seul point positif dans tout ça, parce qu'il n'y en
a pas beaucoup, là, c'est que les jeunes ont dénoncé rapidement, puis on n'a
pas dénoncé 20, 25 ans, 30 ans plus tard. Alors, je pense qu'on
avance, on avance à ce niveau-là.
Ma question est la suivante : Vous, dans
votre domaine, dans votre pratique, puis ceux que vous représentez aujourd'hui,
avez-vous un ordre de grandeur de... des situations qui n'ont pas été
médiatisées? Parce que nous, ce qu'on entend, c'est ce qui est médiatisé. Mais
vous êtes tenus par la confidentialité, là, mais un ordre de grandeur, c'est
qu'il y en a pas mal plus qu'on pense, mais qui ne sont pas dans les médias.
M. Roussy (Gaëtan) : Effectivement.
C'est ça, il y en a pas mal plus qu'on pense. Et puis, je dirais aussi, il y a
plusieurs personnes qui ont été victimisées et qui ne le savent pas
elles-mêmes, qui ne l'ont pas réalisé, pendant des années parfois. Alors, c'est
très difficile effectivement de... de savoir.
On sait, hein... Vous vous doutez bien qu'il y
en a... C'est toujours, hein, la pointe de l'iceberg, hein, qu'on...
M. Ciccone : Effectivement.
M. Roussy (Gaëtan) : Puis
malheureusement je n'ai pas de statistiques, là, ou de, tu sais, de choses plus
précises à ce niveau-là.
M. Ciccone : Dans vos recommandations, la première recommandation,
s'assurer qu'il y ait divers intervenants auprès des jeunes et divers
niveaux... reçoivent une formation appropriée — le collègue de Jonquière en a
parlé un peu plus tôt — sur
les signes ou les indices détectant d'une souffrance due à une victimisation
éventuelle. Moi, j'ai toujours... C'est
très, très... C'est curatif, là, le projet de loi qui est devant nous, mais si
on est capables d'éviter ça.
Ça fait que, dans le fond, ce que vous dites,
vous, est-ce que... d'être capable d'avoir des gens qui entourent nos jeunes,
mais qui sont capables de déceler, de voir.
Puis je vais vous donner un exemple un peu, là,
avec un arbitre, par exemple. Un arbitre, ce n'est pas celui qui donne beaucoup
de pénalités qui est bon, là, c'est celui, justement, qui ne donne pas de
pénalité, qui est capable de désamorcer des conflits sur la glace, par exemple,
ou sur un «court» de basketball. Tu sais, c'est...
Ça fait que, dans le fond, ce que... ce que je
lis, ce que je comprends dans tout ça, c'est que les gens qui entourent nos...
nos jeunes sont capables de voir, là, en amont, de détecter des situations pour
être capables de régler le problème avant que ce soit trop tard.
M. Roussy (Gaëtan) : Tout à
fait, parce que l'arbitre, justement, il va détecter des signes comme quoi il y
a une tension qui monte avant qu'il y ait contact, des fois, hein, il va tout
de suite se mettre entre les deux.
M. Ciccone : Exact.
M. Roussy (Gaëtan) : Alors, tu
sais, c'est... C'est ça, les informer, et les... On parlait des parents tantôt,
les informer davantage, les outiller davantage. Ils ne demandent pas mieux,
hein, les parents, ils demandent ça. Par rapport à toutes sortes de
problématiques d'ailleurs, là, ils se sentent vraiment souvent démunis.
M. Ciccone : Mais parlons-en des parents, parlons-en des parents. Vous
avez une approche de sensibiliser davantage les parents, puis je suis persuadé
qu'il y a beaucoup de parents, là, qui veulent être mieux outillés, mais on
fait quoi avec ceux qui ne sont pas capables de se contrôler?
Je sais que ce projet de loi là, il n'est pas...
il est... On ne touche pas à ça, là, mais, à un moment donné, est-ce que... Qu'est-ce qu'on fait avec eux autres? À un
moment donné, assez, c'est assez. Je comprends, là, la psychologie, là,
mais, à un moment... On fait quoi avec eux autres?
M. Roussy (Gaëtan) : Vous
parlez des parents... Certains parents, il y a... C'est sûr qu'il y a des
parents, hein, en particulier...
M. Ciccone : Bien, certains et plusieurs. On dirait plusieurs, là.
M. Roussy (Gaëtan) : Oui, hein,
plusieurs, effectivement. Alors, à ce moment-là, c'est sûr que ce qu'on dit
toujours, c'est d'aller... de donner... d'amener une aide extérieure pour
intervenir dans le milieu.
Et malheureusement, souvent, les parents
inadéquats, ce n'est pas ceux qui vont identifier le plus rapidement possible
leur problème puis qui vont aller chercher de l'aide. Alors, moi, je dirais aux
gens qui les entourent, les gens qui les voient, les parents plus adéquats dans
la famille ou la... la parenté, quand ils détectent quelque chose comme ça, c'est peut-être de... de se réunir ensemble
pour parler à cette personne-là, à ce moment-là, pour aller lui parler avant
que ça dégénère davantage, un peu comme un arbitre, justement, qui vont aller
parler au parent pour lui demander d'aller chercher de l'aide puis pour l'aider
à identifier ses comportements inappropriés.
M. Ciccone : Parce que ce genre de comportement là peut venir justement
à... Parce que, moi, je n'ose pas... Je ne suis pas capable d'imaginer quand un
parent, en public, agit de cette façon-là, comment est-ce qu'il agit avec
l'entraîneur, comment est-ce qu'il peut agir avec ses enfants, comment est-ce
qu'il agit avec le... les arbitres aussi.
Le Président (M.
Schneeberger) : Trois minutes.
M. Ciccone : Alors, ça, ce sont des personnes possiblement qui vont être
obligées d'utiliser le protecteur à l'intégrité. Ça fait que, tu sais, quand on
dit travailler en amont, là, c'est ce... c'est ce genre d'élément-là que je
parle aussi, là. Ça fait qu'avec ces personnes-là c'est difficile de
contrôler... Qui va amener à d'autres choses, là.
M. Roussy
(Gaëtan) : C'est ça. Puis, comme vous dites, le projet de loi
ne cible pas ça, mais ça aussi, il faut y voir parce que, comme vous dites, il y en a plusieurs parents qui sont très
inadéquats. Puis, à un moment donné, effectivement, il faut trouver un
angle d'intervention par rapport à ce problème-là, effectivement.
M. Ciccone : Merci beaucoup, M. Roussy. C'est ça que je voulais
entendre. Merci beaucoup.
Également, la cinquième recommandation, profiter
des connaissances acquises à ce jour dans le domaine des abus physiques et
psychologiques en intégrant un psychologue au sein de l'équipe du protecteur de
l'intégrité. Vous voyez qui? Qui devrait faire partie de l'équipe du protecteur
de l'intégrité, outre un psychologue, là?
• (17 h 20) •
M. Roussy (Gaëtan) : Bien,
quelqu'un... Un psychologue ou, en tout cas, quelqu'un qui a une bonne connaissance, justement, des processus d'emprise,
qui peut, à un moment donné, détecter des choses qu'il faut nuancer davantage,
qu'on ne voit pas tout de suite ou qu'on ne cerne pas immédiatement, là, pour
essayer de trouver des... des solutions parfois plus approfondies pour
aller extirper plus à fond le... la racine du mal, là.
M.
Ciccone : Vous... vous finissez votre mémoire en posant
plusieurs questions, là. Vous posez des questions, mais je vais vous demander
d'y répondre, dont celle-ci : Quelle sera l'étendue des pouvoirs par
rapport aux responsabilités des fédérations
sportives nationales qui ont leurs propres processus de gestion des plaintes?
Quels pouvoirs devraient-elles avoir?
M. Roussy (Gaëtan) : C'est ça que je
me demandais, justement, par rapport à ce qui est proposé, parce que je sais
qu'on veut... vous voulez sûrement responsabiliser tout le monde, à tous les
paliers, hein, parce que si jamais on
concentre trop la responsabilité sur un protecteur, il y en a qui peuvent se
déresponsabiliser, mais, à ce moment-là, je le préciserais, justement,
ça, je préciserais, je m'assurerais, en tout cas, que ce soit bien défini pour
ne pas qu'il y ait d'interprétation sur qui fait quoi, c'est quoi les pouvoirs
et les responsabilités, vraiment, de chacun.
Et puis, à ce moment-là, d'avoir vraiment
quelque chose de... un protocole, un genre de protocole assez bien défini pour
être sûr qu'il n'y ait pas quelqu'un, à un moment donné, qui se dérobe ou
quelqu'un, à un moment donné, qui en fait trop aussi.
M.
Ciccone : Dernière petite question rapide. Tantôt, on
parlait, là, vous vouliez des évaluations psychologiques, là, avec les entraîneurs. C'est sûr qu'on... c'est
difficile à faire, puis le député de Jonquière l'a mentionné, mais est-ce qu'on pourrait peut-être avoir une gradation, quelqu'un
qui a... qui a été... qui a commis un acte qui n'est pas nécessairement,
là... on est obligé de le mettre dehors, là,
qui a fait une formation, un peu comme l'entraîneur l'année passée, midget AAA,
qui a suivi une formation, qui est revenu, mais si ce serait... Avant de
revenir, est-ce que là, avec la gradation, bien... Pour revenir, là, évaluation
psychologique, ça, est-ce que ce serait bien vu?
M. Roussy (Gaëtan) : Bien, ça
pourrait être ajouté, ça pourrait être ajouté, tu sais, en plus d'une sorte de formation, une évaluation psychologique quand il y
a eu des signalements, quand il y a eu quelque chose qui n'allait pas,
juste pour voir, juste pour voir qu'est-ce qui a pu se passer dans la...
Et puis on m'a demandé, tout à l'heure, je
pense, c'est Mme la ministre, elle me demandait : Avez-vous des exemples des endroits où ça se fait? Je pense aux
Grands Frères et Grandes Soeurs, qui recrutent justement des bénévoles
qui accompagnent les jeunes. Il y a une évaluation qui est faite avant de
les... de les mettre ensemble, là.
M. Ciccone : Merci beaucoup. Ça fait le tour, pour moi, M. Roussy.
Merci beaucoup.
M. Roussy (Gaëtan) : Merci à vous.
Merci à vous.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition, avec
le député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. Roussy. J'ai à peu près quatre minutes, on va faire
vite.
Je pensais y aller aussi, là, vers... vers les
parents, là, mais le député de Marquette a pas mal touché ça. De toute façon, je ne pense pas que jamais que l'Assemblée nationale du Québec va adopter une loi pour civiliser les parents
déviants, là, je ne pense pas qu'on a ce pouvoir-là.
Puis c'est dans la nature de la bête, là. Si
vous faites un sondage à l'entrée du Centre Bell, à savoir qui veut abolir les
batailles au hockey, il y a plus de la moitié qui vont vous répondre :
Oui, on devrait abolir les batailles du hockey. À partir du moment où il y a
deux gars qui «droppent» les gants, tout le monde se lève puis tout le monde participe, à part deux, trois résistants, qui se
font regarder croche en plus. Ça fait que je pense qu'on va plutôt le prendre
sur le côté des victimes, puisque c'est ça, l'objet du projet de loi aussi.
Moi,
ce qui m'intéresse particulièrement dans ce que vous dites... Quand vous dites
qu'on doit mieux outiller les parents, les parents ou leurs proches, là, moi,
je... leurs pairs même — p-a-i-r-s,
là, pas leurs papas, là, leurs pairs — à détecter, parce que
c'est... il est là, le problème, souvent.
Puis on avait invité,
en tout cas, pour ma part, j'avais invité ici, en commission parlementaire,
puis je ne veux surtout pas culpabiliser personne, là, ce n'est pas ça que je
fais, là, mais on avait invité d'anciennes sportives, par exemple, qui ont été victimes, qui étaient sorties
dans les médias dans le temps. Elles ont décliné, puis je respecte absolument
leur position. De toute façon, qui serais-je pour juger de ça, là?
Mais on dit toujours
que ce n'est pas agréable de revivre ça constamment, que ça prend une tonne de
courage pour le dire, pour dénoncer, après
ça, trois tonnes de courage pour aller devant un juge revivre tout ce qu'on a
vécu, ce pour quoi on a d'ailleurs fait un tribunal particulier pour les
violences sexuelles en général, alors je comprends que ces gens-là ne veulent
pas, peut-être, là, revivre ça devant nous puis servir d'exemple là-dedans.
Mais,
souvent, ces gens-là vont nous dire aussi : Il n'y a personne dans mon
entourage qui l'a vu, je l'ai caché, je
l'ai caché parce que j'étais forte, je gagnais des médailles puis je l'ai
caché. Mais moi, ça m'intéresse, ça, comment on peut...
Puis
ce ne sera pas... Il n'y a aucun article de la loi non plus qui va dire qu'on
va détecter tous les athlètes grâce à une solution magique qu'on va
insuffler aux parents, là.
Mais
comment on fait ça, s'assurer que... ou, en tout cas, de faire en sorte qu'on
fasse oeuvre utile puis qu'il y ait une meilleure détection par les
parents et par les pairs?
M. Roussy
(Gaëtan) : Et puis comme vous vous dites aussi, il y a des athlètes,
justement, qui... qui ne dénoncent pas parce qu'ils se disent forts, et tout
ça, c'est... il faut les sensibiliser eux autres aussi à leur propre intégrité,
un peu comme on disait tantôt, à respecter leur propre intégrité. Bien, il y a
des gens qui ne se respectent pas eux-mêmes,
comme vous le savez, et alors, à ce moment-là, ça commence d'abord par soi
aussi. Quand ils sont plus jeunes, des fois, c'est plus difficile un
peu, mais il y a moyen aussi de leur apprendre ça, de développer ça.
Et,
entre autres choses, par rapport aux parents, ils ont besoin aussi de
comprendre qu'ils sont, pour beaucoup des parents, capables d'intervenir auprès du jeune, capables... Des fois, il
y a beaucoup de parents qui ont l'impression de ne pas être capables aussi. Oui, ils ont besoin
d'outils, mais quand ils ont des outils, ils ont toujours le réflexe d'aller
chercher de l'aide ailleurs tout de
suite, sans d'abord essayer des choses par eux-mêmes alors qu'ils seraient
capables de le faire, mais il y a un manque de confiance aussi par
rapport à ça.
Et quand il y a
quelqu'un qui ne fonctionne pas bien aussi dans la parenté, bien, ils peuvent,
à ce moment-là, s'unir, là, pour discuter
ensemble pour essayer de trouver une solution humaine, là, pour essayer de
recadrer un peu les choses aussi. C'est comme si, à un moment donné...
C'est très séparé, hein, on sait que...
Autrefois,
dans certaines cultures... actuellement, les familles sont plus resserrées, les
parentés, même, des familles sont assez élargies. Tout le monde, des
fois, se donne la main pour essayer de trouver des solutions quand il y a un
problème. Alors, c'est des... Ce n'est pas partout pareil, alors ça crée un
problème aussi.
C'est une question de
communication aussi. Des fois, les gens, dans les familles...
Le Président (M.
Schneeberger) : En terminant, monsieur.
M. Roussy
(Gaëtan) : ...ne se parlent pas beaucoup.
M. Marissal :
Merci!
M. Roussy
(Gaëtan) : Merci à vous.
M. Marissal :
Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, merci, merci beaucoup, M. Roussy, pour
votre apport à la commission. Et vous avez aussi les salutations personnelles
du député de Jonquière, là, là. Voilà. Alors...
M. Roussy (Gaëtan) : Écoutez, moi, je veux
dire aussi que, bon... moi, je suis... Comme je vous disais aussi, bon,
je suis né à Arvida, mais ma blonde venait de Jonquière.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui. OK. OK.
M. Roussy
(Gaëtan) : Et, bon, en tout cas...
Le Président (M.
Schneeberger) : C'est bon. C'est bien.
M. Roussy
(Gaëtan) : Mais c'est une région... C'est une région formidable, c'est
une région formidable.
Le Président (M.
Schneeberger) : Bonne soirée. Au revoir.
Alors, nous allons
suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 17 h 28)
(Reprise
à 17 h 32)
Le Président (M.
Schneeberger) :
Alors, nous reprenons nos travaux. Alors, la
dernière personne de la journée est Mme Danièle Sauvageau, conseillère,
conférencière en coaching actif. Alors, bonjour, Mme Sauvageau.
Mme Sauvageau
(Danièle) : Bonjour.
Le
Président (M. Schneeberger) :
Alors, je vous laisse la parole. Vous avez le temps que vous désirez, puis,
par la suite, on aura une période de questions, échange avec les élus.
Mme Danièle Sauvageau
Mme Sauvageau (Danièle) : Parfait. Bien, merci beaucoup. Merci beaucoup à la
commission de me recevoir, et je
prends l'opportunité de vous remercier. Je remercie l'engagement ferme du
gouvernement qui vise un renforcement de la protection de l'intégrité
des personnes qui s'impliquent, là, à tous les jours dans nos arénas, dans
nos... sur nos terrains et qui s'impliquent, là, au niveau des loisirs et du
sport à travers l'ensemble du territoire québécois.
Protéger l'intégrité
des intervenants dans le sport, ça passe véritablement et indéniablement par la
création puis le maintien d'un environnement qui est sain, qui est éthique et
qui est sécurisé. Comment ça se fait, c'est toute une autre chose. C'est
l'affaire aussi de tous, que ce soient parents, les athlètes, des entraîneurs,
les arbitres, les officiels et tous les acteurs, là, impliqués au sein de
l'écosystème sportif, directement et aussi indirectement, et que ce soient des
surveillants de salle, que ce soient des spectateurs. Alors, c'est vraiment
l'affaire de tous.
Il faut cependant se
le dire, l'écosystème sportif est complexe, quasi unique si on regarde, là,
toute sa complexité et son évolution au cours des dernières années. Vers qui se
tourner quand... lorsqu'on est un entraîneur, que ce soit un parent, que ce
soit un athlète? Vers qui, quand, comment et pourquoi? Est-ce que ça vaut la
peine? Est-ce que je vais recevoir des représailles lorsque j'ai une situation?
Ce sont des paroles et des phrases que j'entends malheureusement encore trop
souvent et trop... encore une fois, là, trop... trop souvent. J'entends
régulièrement les athlètes dire... vouloir faire les bonnes choses, de porter
le bon geste. L'ensemble de ces athlètes, ce sont nos yeux, ce sont nos
oreilles, ce sont nos leaders terrain. Ce sont eux et elles qui vivent au
quotidien le pourquoi justement de ce projet de loi. Eux comme nous, nous avons
besoin de discipline, de réglementation, d'éducation applicables, et ce, au quotidien. Informer les intervenants sur les
risques potentiels liés à l'intégrité dans le sport, c'est une affaire encore
une fois journalière. On ne peut pas... justement, comme un plan de match, il
faut y revenir régulièrement.
Est-ce
que le niveau général de la banalisation des comportements inadéquats est trop
élevé? Je crois personnellement que oui. Je le vois, je l'entends et,
malheureusement, je le constate. Oui, nous avons des codes de conduite qui sont stricts, et surtout on en a
besoin. Et on se doit aussi de faire en sorte que ces codes soient le plus
commun possible, ces codes qui visent
des règlements rigoureux pour tenir les comportements contraires à l'intégrité,
et appliquer des corrections
progressives allant de programmes d'éducation à des sanctions sévères en cas de
violation de ces règlements.
Ma compréhension du
projet de loi ne semble pas s'appliquer à l'ensemble des activités sportives,
soit tous les sports, tous les clubs
fédérés, affiliés ou privés. Comment s'y retrouver, encore une fois, pour un
parent, pour un athlète? Un
comportement inadéquat commis dans un club privé ou public est aussi
dommageable. Encourager la transparence dans la gestion des affaires sportives est pour moi la responsabilité
des dirigeants, des entraîneurs et des autres parties prenantes pour
leurs actions. Encore une fois, je reviens souvent sur le mot «quotidien» et,
comme un plan de match, on se doit encore une fois d'y retrouver.
Je consens
personnellement à faire partie du système sportif. Je signe et je consens que
mon travail, notre travail fasse partie d'une surveillance constante. Je
souhaite profondément que cela fasse partie de la mise en place de systèmes, oui, confidentiels de surveillance et
de contrôle pour détecter les comportements inadéquats, les corriger,
les colliger sous un registre quelconque et de publier les fautes commises. Un
certificat de bonne conduite n'est plus suffisant,
il faut aller plus loin. Il faut se donner la capacité de vérifier et appliquer
des recommandations afin d'assurer l'intégrité même du projet de loi et
son intention.
Je prends souvent
l'analogie qu'un permis de conduire suspendu n'est pas suspendu pour une
région, mais il est suspendu à travers le Québec, et j'irais même plus loin,
pour le Canada. Un intervenant suspendu, réprimandé ou sanctionné par un
organisme doit l'être pour l'ensemble des activités sportives privées, fédérées
ou affiliées, et ce, pour l'ensemble des activités au Québec, et autres. Qu'on
se demande... Il faut aussi continuer ensemble d'appuyer ardemment le concept
de soutien et de protection en offrant un soutien aux intervenants victimes de
comportement contraire à l'intégrité.
Avons-nous tous les
outils pour la mise en place au quotidien? Je ne le pense pas. Nos fédérations
sportives, bien souvent guidées, et managées, et dirigées par des bénévoles
avec des ressources qui pourraient être insuffisantes en la matière... On se doit encore une fois de s'assurer que
l'application de la loi... Il y a la loi, l'application et son... et son intention, mais on se doit que ce soit
appliqué au quotidien et non seulement lors de grands... de grandes situations.
Mais, encore une fois, un petit comportement déviant peut devenir plus
dangereux s'il n'est pas justement réprimandé.
Alors, je crois que
notre niveau général, comme je le disais tantôt, de banalisation des
comportements qui est adéquat est trop élevé. De simples mots, «fais d'autres
choses», «tu es trop petit», «tu es trop petite», «tu es trop lent», «tu es
trop gros», il faut que ça arrête. Et ça fait partie justement du coeur même
de... du projet de loi qui est devant nous.
Alors, merci
beaucoup. Pour moi, il y a deux points qui sont importants, et je ne voudrais
pas certainement répéter ce que certains et certaines ont déjà présenté
devant vous, mais ça passe pour moi par un registre, qu'il soit public ou pas, mais la capacité de
pouvoir vérifier, la capacité de pouvoir suivre justement des intervenants qui
continuent de faire malheureusement
des comportements qui sont inadéquats et évidemment de s'assurer que le suivi
soit fait sur une base le plus quotidien possible. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup, Mme Sauvageau. Alors, nous allons procéder à une période d'échange
avec Mme la ministre pour un maximum de 16 min 30 s.
Mme Charest :
Oui. Merci, Danièle. Je me permets de t'appeler Danièle parce que ça... on
se connaît depuis quelques années. Donc,
bien, merci de participer à cette discussion. Je sais que, ces temps-ci, il y a
quand même du pain sur la planche puis une couple de petites... de
petites activités «on the side», comme... comme dirait l'autre.
Peut-être
que je t'amènerais d'un point de vue d'un entraîneur, parce qu'on connaît
ton... ton passé d'entraîneure, puis
c'est peut-être une vision qu'on a moins eue dans... dans les rencontres qu'on
a eues avec les autres groupes. Et une chose qui est revenue de la part de
quelques organismes, c'était beaucoup la crainte qu'il y ait des dommages à
cause de plaintes qui seraient jugées
frivoles ou qui seraient jugées non fondées qui pourraient avoir un impact sur
l'entraîneur. Puis j'aimerais ça t'entendre à ce point de vue là.
Est-ce
que tu... Est-ce que tu penses que c'est un réel danger? Est-ce que tu as déjà
été témoin de ces choses-là? Donc, on... on va vraiment vers une autre optique,
là. On n'est pas du point de vue de la victime, mais de l'entraîneur. Quelles seraient peut-être les menaces d'un projet
de loi comme celui-là, puis avec... avec les plaintes, et tout ça, puis avec
les mécanismes qui sont en place, là, mais du point de vue d'un entraîneur?
• (17 h 40) •
Mme Sauvageau (Danièle) : C'est sûr que l'écosystème sportif perd trop
d'intervenants de qualité. Le décrochage sportif y est... y est
important. Et ça fait partie justement du rôle de l'entraîneur. L'entraîneur,
bien souvent, je vais entendre : Je ne sais plus quoi faire, je ne sais
plus comment le faire. La discipline va toujours continuer, lorsqu'on parle de
discipline, c'est d'appliquer justement une certaine... une certaine
réglementation, mais un entraîneur doit évidemment
diriger, doit manager, et doit réaligner ses athlètes quotidiennement. Alors,
dans le comment ça se fait, ça se ne fait plus comme ça se faisait voilà
20 ans, 30 ans et 40 ans.
Et, au contraire,
moi, j'ai l'impression qu'un mécanisme de la sorte va aussi protéger, et
d'avoir justement l'approche de plainte frivole, que ce soit un entraîneur
contre un autre entraîneur, un athlète contre un athlète, un athlète contre un
entraîneur, et vice-versa. Je pense que c'est important qu'il y ait un
mécanisme qui soit bien établi, parce que ça passe bien souvent par de
l'éducation. Avant de porter plainte, il faut que je sache pourquoi, il faut
que je comprenne c'est quoi, les concepts, par exemple, de harcèlement, est-ce
que mon entraîneur va trop loin, est-ce qu'on
ne va pas assez loin, est-ce qu'il y a besoin d'éducation. Alors, un processus
comme ça va nous permettre de mieux équiper
le système, mais aussi nos entraîneurs à mieux faire face à ce que c'est,
aujourd'hui, d'entraîner, de pousser des athlètes au bon moment, à la
bonne place et de la bonne façon.
Alors, est-ce que
c'est vrai que nos entraîneurs au Québec et au Canada ont peur? Oui. Certains
m'en parlent sur une base... régulièrement.
Faire la bonne chose, avec les bonnes valeurs, je pense que ça va toujours nous
amener... Est-ce que les gens vont être d'accord avec certaines
méthodes? Certainement pas. Mais, en même temps, de pouvoir justement venir
devant soit un panel, de venir expliquer les méthodes peut autant protéger un
athlète, peut autant protéger un entraîneur,
et en même temps, de s'assurer, là, que les mécanismes ou les programmes
d'éducation sont bien présents.
Mme Charest :
Ça m'amène à poser la question suivante qui... ça aussi, on en a discuté
beaucoup, puis tu as... tu en as fait
allusion aussi, sur la notion ou la définition d'intégrité. Et ça, j'aimerais
ça t'entendre là-dessus aussi, quelle est ta vision de... du type de définition
qu'on devrait avoir dans un... dans un projet de loi ou dans une loi. Donc,
comment elle devrait être nommée ou décrite,
la notion d'intégrité, jusqu'où on doit aller? Est-ce que ça doit être plus
explicite? Est-ce que ça doit être plus général? Donc, j'aimerais ça t'entendre
là-dessus.
Mme Sauvageau
(Danièle) : Je pense qu'il faut arriver avec une définition commune,
mais aussi avec des exemples, des exemples
qui se passent au quotidien sur nos «fields of play», sur nos terrains de jeux,
dans nos arénas, pour mieux
comprendre ça veut dire quoi, punir, par exemple, de suspendre un athlète, de
suivre un plan d'entraînement, qu'est-ce qu'on fait avec un athlète
difficile. Alors, ce n'est pas étranger à ce qu'on vit régulièrement sur nos
milieux de travail, mais je pense que de donner des exemples, au même titre...
ou l'analogie que je pourrais prendre, c'est lorsqu'il
y a une suspension, par exemple, au hockey, pour un coup à la tête, on va venir
l'expliquer. Alors, on va venir donner des exemples que... ça veut dire
quoi, un coup et pourquoi qu'il y a un match, deux matchs ou trois matchs. Mais
je pense que d'arriver avec une définition, qui est commune, qui est bien
comprise par des exemples, va aider justement l'intervenant qui a peut-être
moins ou plus d'expérience. Les mentors ont un rôle très, très grand à jouer
dans tout ça, alors, d'arriver justement avec une définition.
Pour
moi, l'intégrité, bien, ça peut se définir visiblement de bien des façons, mais
c'est par les comportements, qu'est-ce qui est adéquat, qu'est-ce qui
est acceptable puis qu'est-ce qui ne l'est pas. Alors, par exemple, si une...
suivant une mauvaise performance... on en voit de moins en moins, mais suivant
une mauvaise performance, un entraîneur décide de punir avec des entraînements
qui sont beaucoup plus rigoureux, bien, c'est d'aller du côté de la science. Pourquoi on fait ça? Qu'est-ce qu'on va
en gagner? Donc, de vraiment faire en sorte de trouver le pourquoi du...
de la définition.
Alors, pour
moi, c'est de le définir, mais en même temps via des exemples, qu'est-ce qui
est permis, qu'est-ce qui ne l'est
pas, et ça veut dire quoi, aller trop loin, et ça veut dire quoi, pour un
athlète, de faire partie d'un encadrement qui est peut-être plus rigoureux qu'un autre
entraîneur. On entend des entraîneurs dire : Bien, elle ou il est très
rigoureux. Ça veut dire quoi? La rigueur, que ce soit en politique, en sport,
existe encore, mais de la définir dans un cadre qui fait en sorte que
c'est bien compris, c'est ça, pour moi, de passer par l'intégrité.
Mme Charest :
OK, merci. Puis là je vais faire référence à ton passé de policière, tu as
quelques chapeaux, c'est intéressant,
notamment par rapport à la vérification des antécédents judiciaires. Puis je
suis sûre que M. le député de Marquette tantôt te... t'amènera sur
qu'est-ce que... qu'est-ce que tu... qu'est-ce... c'est quoi, ta conception
d'une clientèle vulnérable, et tout ça. En fait... Bien, je commence à vous
connaître, M. le député de Marquette, aussi. En fait, je t'amènerais davantage sur le délai de prescription et sur un
petit peu la... ta vision de la gradation d'une violence et, tu sais...
Bon, allons-y par la gradation des violences, pour commencer, puis on ira sur
le délai de prescription par la suite. Donc,
est-ce qu'à ton sens il y a des violences qui sont plus dommageables, plus
graves, qui ont un impact plus prononcé
chez un athlète au fil de son cheminement? Donc, est-ce que... Bien, voilà, je
pense... je pense, c'est assez clair.
Mme Sauvageau (Danièle) : En fait, un petit geste
ou un mot qui est répété souvent peut être aussi dommageable qu'un événement qui est plus marquant. Bien
souvent, les... la conséquence et la longévité, justement, d'un encadrement
qui est... qui est inadéquat, nocif pour les gens peut être aussi dommageable
que de subir un événement qui, dans le temps, est... peut être marqué, peut
être identifié et peut être, à la limite, expliqué. Alors, c'est la gradation
et les... ce qui en reste pour l'athlète. Il y a un athlète qui pourrait être
coaché par le même entraîneur pendant à peu près les mêmes années, avec à peu
près les mêmes mots, un athlète peut être marqué beaucoup plus qu'un autre.
Alors, je pense que c'est dans ce sens-là qu'il faut, comme entraîneur ou
intervenant sportif... de bien connaître son... de bien connaître son groupe,
ses athlètes et de faire en sorte qu'on ne marquera pas de façon négative, mais
plutôt de façon positive.
Il y a des athlètes
qui... qui aiment se faire, à la limite, parler plus sec, pour utiliser un
terme de la sorte, plus direct. Il y en a
d'autres qu'il faut, d'abord et avant tout, expliquer le pourquoi du comment,
et c'est correct de faire ça. Alors, lorsqu'on parle de gradation, les
recherches et les gens qui ont fait des travaux sur... sur le sujet, à ma
compréhension, c'est que c'est bien difficile d'établir ça veut dire quoi, les
conséquences et les effets à long terme sur un athlète, ou sur un entraîneur,
même, par rapport à l'environnement dans lequel un entraîneur pourrait,
évidemment, se retrouver. Alors, la notion de gradation, elle est difficile,
parce que combien de fois tu dois te faire dire que tu n'es pas assez bonne,
que tu es trop gros, trop petit, trop grand, pas fait pour ton sport avant que
ça t'atteigne? Ça, encore une fois, les chercheurs ont été très clairs
lorsqu'on a... j'ai travaillé sur d'autres dossiers, que c'est vraiment
l'affaire de la victime, et c'est à la victime de venir dire les conséquences
que ça a eu sur sa carrière.
Mme Charest :
Alors, je saute sur ce... sur ces
dernières paroles. Puis, tantôt, quand tu parlais de la définition, qui doit être claire, de l'intégrité, comment on
concilie les deux? En sachant que... Tu sais, c'est la victime, dans le fond,
qui va vivre une atteinte à son intégrité. Si elle ne figure pas, cette
atteinte, dans la définition de l'intégrité, comment on peut l'appliquer dans un projet de loi si la définition... Parce que,
comme j'ai mentionné à plusieurs reprises au cours des deux dernières
journées, tu sais, à partir du moment où tu définis quelque chose, ce qui n'est
pas inclus dans ta définition est forcément exclu. Donc, comment on peut tenir
compte de tous les contextes d'atteinte à l'intégrité dans une définition qui peut être dans un projet de
loi, inscrite dans une loi? Je ne sais pas, est-ce qu'il y a... est-ce que tu
as une définition qui est un peu plus parapluie de la notion d'intégrité, qui
pourrait tenir compte des différents contextes, ou tu... tu es encore
dans le... il faut définir clairement, puis... la notion d'intégrité pour
pouvoir l'appliquer, ou...
Mme Sauvageau (Danièle) : Bien, c'est dans... c'est
dans son application. Si on regarde, par exemple, la définition du
harcèlement, à partir du moment où tu indiques à l'autre personne que c'est
quelque chose qui te... qui ne te rejoint pas, qui... dans lequel tu te sens
attaqué, c'est à partir de ce moment-là que ça devient du harcèlement. Parce
que, pour plein de personnes, ça peut être beaucoup plus large, d'une certaine
façon.
• (17 h 50) •
Alors, la notion
d'intégrité, lorsqu'on parle de développer des encadrements qui sont sains, et
qui sont... qui sont sécuritaires, et qui répondent aux besoins de ta clientèle
devant toi, bien, si on était devant une situation, il y a trois personnes qui auraient à juger si le
comportement de l'intervenant, dans ce contexte-là, est inadéquat, il ne rend
pas... ne répond pas, justement, au... à l'objectif de créer quelque...
un environnement où la personne... c'est transparent, la personne est... elle
est capable de pouvoir parler à son entraîneur, elle est capable de s'exprimer,
elle est capable de dire non, potentiellement... si ces éléments-là ne sont pas
là, je pense qu'on ne peut pas parler d'intégrité.
Mme Charest :
OK. Je vais t'amener sur les deux recommandations, là, que... que tu as
émises à la fin de ton exposé, premier, sur le registre. Donc, encore là, avec
ton passé aussi de... dans tes fonctions de policière, comment on peut avoir...
quel genre d'outils on peut avoir en respect de la loi sur la divulgation des
renseignements personnels? Qu'est-ce qui devrait figurer dans un registre? Qui
pourrait avoir accès à ce registre-là? Tu... peux-tu me donner un petit peu ta
vision par rapport à ça?
Mme Sauvageau (Danièle) : C'est sûr que le
caractère confidentiel, surtout dans le cheminement de la plainte, est très important. Est-ce que c'est une plainte
qui est fondée, non fondée? Est-ce qu'elle est recevable, non recevable? Est-ce
que c'est frivole ou pas? Je pense que le caractère, justement, de la
confidentialité est extrêmement important.
Une fois, cependant, qu'il
y a une sanction pour éviter qu'un intervenant, ou un athlète, ou peu importe
qui, puisse... Encore une fois, je prends mon analogie du permis de conduire,
ce n'est pas parce que mon permis est suspendu
à Terrebonne que je peux aller à Repentigny puis que je puisse conduire. Alors,
ça, pour moi, c'est important.
Et, encore une fois, je pense que, lorsque je
signe et je consens, et on signe un code, ça veut dire que, justement, mes
comportements sont surveillés, peuvent être punis et peuvent être rapportés.
Et, à partir du moment où on signe ce genre de consentement ou de code, bien,
il faut s'attendre que... si, justement, une plainte va jusqu'au bout et qu'il
y a sanction ou que je dois suivre un programme de formation pour mieux
comprendre mon travail, je pense que c'est important pour protéger justement
quelque chose qui est... une plus grande population, c'est-à-dire la
population, des parents. Est-ce que j'inscris mon enfant à tel club ou tel...
ou l'autre? Je pense que c'est important, au même titre que si j'engage un
employé de la construction puis qu'il y a eu plusieurs plaintes, bien, je pense
qu'il y a un registre qui est... et je devrais, comme parent, comme
intervenant, savoir à qui j'ai affaire.
Alors, le
cheminement, c'est une chose. Lorsqu'il y a eu sanction qui a été commise,
procédure potentiellement d'appel, et
là c'est irréversible, je pense qu'on se doit de partager cette information-là
pour le bien-être du grand public.
Mme Charest : Est-ce qu'une
vérification des antécédents judiciaires donnerait assez d'informations sur le
personnel, les bénévoles, les entraîneurs ou les intervenants? Ça prendrait un
registre, et ça... et il serait... À partir du moment où la personne consent à
ce que ces informations-là soient divulguées au grand public, ça pourrait faire
foi de la validité ou le... la légitimité ou la... le fait que ce soit légal
d'avoir ce genre d'information là. Ce registre-là serait légal parce que la
personne a consenti à ce que ces informations-là soient... soient divulguées?
Mme Sauvageau (Danièle) : En fait,
ce n'est pas de consentir que ces informations-là en particulier soient...
soient divulguées, mais, à partir du moment où on signe un code de conduite,
avec justement le code de discipline qui s'y
rattache et avec justement le cheminement d'une plainte, et lorsqu'il y a sanction,
la sanction, en signant le code, et que
c'est bien indiqué dans... justement, dans le code que, si jamais il y avait
sanction, la sanction serait justement rendue publique, je pense que
c'est important de le faire.
Est-ce que le cheminement doit être peut-être
plus confidentiel ou plus restreint? On parle souvent d'information restreinte
avant que ça devienne public. Je pense que c'est étapiste et je pense que c'est
important. Il faut qu'au Québec on soit
capables de protéger le grand public lorsqu'il y a des... de l'information
sensible qui fait en sorte que ça ne
s'est peut-être pas nécessairement rendu jusqu'au bout, mais on se doit de
protéger justement le grand public, qu'un intervenant peut passer d'une
région à l'autre lorsque justement il y a eu sanction.
Mme Charest : Dernière question,
rapidement. Tu parles aussi d'un suivi de base, puis au quotidien — qui
serait assuré par qui? Donc, est-ce que ce serait la responsabilité du
protecteur à l'intégrité? Est-ce que ce serait dans les recommandations, puis
ensuite il faut qu'on s'assure du suivi de... des recommandations? Rapidement,
là-dessus.
Mme Sauvageau (Danièle) : Oui. Je
pense que le suivi quotidien va passer d'abord et avant tout par de
l'éducation, qui va permettre, justement, lorsqu'on parle de légitimité, à un
surveillant, par exemple, d'aréna de ramener ou d'indiquer à un jeune, ou à un
entraîneur, ou à un intervenant que le comportement est inadéquat, de se donner cette confiance-là entre, justement, les
intervenants, de pouvoir, justement, appeler et de nommer les comportements
qui, au quotidien, ne sont pas adéquats, avant que ça devienne une situation
qui, malheureusement, pourrait s'avérer beaucoup plus grave.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci, merci beaucoup. Alors, nous allons
maintenant du côté de l'opposition officielle avec le député de
Marquette.
M.
Ciccone : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour,
Mme Sauvageau. On va garder le décorum aujourd'hui, si vous voulez bien.
J'ai... je vous ai entendu aujourd'hui parler, d'entrée de jeu, sur le maintien
d'un environnement sain. Le projet de loi, là, il est... il est ciblé,
il est très, très curatif, là, mais, en même temps, êtes-vous capable de me
dire si on aurait pu insérer, là, des éléments dans le projet de loi pour se
pencher un peu plus sur l'environnement sportif?
Mme Sauvageau (Danièle) : Je pense
que la définition d'un... d'un environnement sain et sécuritaire doit être aussi définie, par des comportements, encore
une fois, qui sont adéquats, inadéquats, qui fait quoi, le rôle de chacun.
Je pense que le parent a perdu, bien souvent, le rôle du parent. J'entends...
j'entends trop souvent, monsieur, des parents
qui disent : Bien, moi, je ne veux pas rapporter cet entraîneur-là ou je
ne veux pas rapporter, peut-être, un autre athlète, de peur, justement, que mon enfant ait des représailles ou,
même, qu'il soit, à la limite, exclu. Alors, ça, je pense que de...
Ça veut dire quoi? C'est l'affaire de tout le
monde, de créer cet environnement, et je pense que ça devrait faire partie du
coeur du projet de loi. C'est... c'est l'élément qui est visé. Et le reste doit
être, justement, puni, à la limite. Mais
qu'est-ce que... est-ce qu'on peut encourager davantage les comportements
modèles de nos intervenants, qui fait
en sorte qu'en surnombre on va, évidemment, minimiser les comportements qui...
qui doivent être, justement, éliminés?
M. Ciccone : Mme Sauvageau, encore une fois, je reviens, là, sur
l'aspect curatif du projet de loi. Vous avez participé au projet de loi
n° 42, l'année passée, qui a été... ou cette année, en mars, ça ne fait
pas si longtemps que ça. Puis, notamment, vous avez renforcé l'obligation des
employeurs de prévenir et de faire cesser le harcèlement, à ajouter
une politique de prévention dans le... dans les programmes existants et de
protéger les employés contre les représailles.
Quand, justement, on a un projet de loi qui s'en
va au coeur, là, puis on dit «c'est assez», là, puis on donne plus de mordant
au protecteur de l'intégrité, il faut passer aussi par la prévention, là, puis
il faut remettre une certaine responsabilité... Parce que, quand on donne
beaucoup de pouvoirs à un protecteur de l'intégrité, par exemple, là, un
ombudsman, appelez-le comme vous voulez, ou le policier en chef, là, bien là,
on dirait que les autres se disent : Bien
là, il y a le grand boss qui est là, il va s'en occuper. Mais il faut garder
imputables les organisations. Puis comment est-ce qu'on... qu'est-ce
qu'on pourrait faire pour faire ça, là?
Mme Sauvageau (Danièle) : Bien,
encore une fois, je pense que l'imputabilité est la responsabilité de
l'ensemble des fédérations affiliées, et même, privées, et je veux peut-être
mettre un petit peu plus d'emphase sur le privé.
C'est-à-dire, on en a beaucoup, des clubs privés, des associations, au Québec,
qui... Le projet de loi ne semble pas, justement, s'assurer de leur
encadrement. C'est important, justement, que les gens soient imputables, mais,
au quotidien, justement, de s'assurer que la prévention, c'est l'affaire
de tout le monde, et on va être capables de prendre modèle.
Trop souvent, il y a des... il y a des
intervenants qui vont apprendre à répéter ou vont répéter, peut-être, des
comportements qui sont complètement inadéquats et dépassés. Alors, de rendre
les fédérations imputables et de s'assurer,
justement, d'agir en toute transparence, d'être... d'être légitimes et de
s'assurer que les programmes de prévention sont bien compris et saisis par tout le monde, ça passe par là. C'est...
c'est de cette façon-là qu'on va assurer, justement, ce qu'on... vous
parliez tantôt d'un encadrement qui est sain, qui est sécuritaire puis qui est
agile, parce que ça évolue, un encadrement sportif, comme un milieu de travail,
et c'est les gestes de tous et chacun.
Et, souvent, ce qui est dommageable, ce n'est
pas nécessairement le geste qui a été posé, mais le geste qui n'a pas été posé,
c'est-à-dire, justement, l'intervention que tu aurais dû faire, que tu n'as pas
faite, et ces gestes-là sont peut-être très... davantage dommageables, parce
que ça lance un signal que c'est acceptable de le faire.
• (18 heures) •
M. Ciccone : Quand on parle encore toujours de prévention, parce que,
dans un monde idéal, là, on n'a pas besoin du protecteur de l'intégrité,
malheureusement on n'a pas le choix d'en avoir un, quand on parle de
prévention, est-ce que justement, d'être
capable de former les gens de façon minimale, là, comme vous, puis je vais
prendre votre cas, Mme Sauvageau, vous êtes une... vous êtes une
entraîneure renommée, vous avez connu des... la gloire, vous avez été au plus haut niveau, mais, en même temps,
vous avez été aussi policière, ce n'est pas tout le monde, là, qui a cette
expertise-là dans le domaine pour être capable de déceler puis même de
désamorcer avant qu'une situation aille trop loin, est-ce que les gens du
milieu qui entourent nos jeunes puis nos personnes les plus vulnérables
devaient avoir... devraient avoir ce minimum, ce minimum de... d'expertise là
ou de connaissances?
Mme Sauvageau (Danièle) : Oui, c'est
des connaissances, c'est du savoir-être, c'est du savoir-faire. Lorsqu'on
reparle... Si on parle davantage au niveau des entraîneurs, lorsqu'on parle de
la formation des entraîneurs, il y a du
contenu, que ça soit en éthique, en psychologie, en approche, en communication,
et encore là, c'est qu'est-ce qui est acceptable. Comme parent, il y a déjà une
base, justement, qui est déjà là, mais d'être capable justement de ne pas se remettre, comme vous le disiez tantôt, au
protecteur puis de dire : Bon, il y a quelqu'un d'autre qui va s'en
occuper. La prévention, ça n'arrive pas tout seul, que ça soit curatif
ou préventionniste, ça n'arrive pas tout seul. C'est vraiment qu'est-ce qui est acceptable puis qu'est-ce qui ne l'est pas,
puis ça, d'avoir justement le devoir de se le rappeler de façon... de
façon quotidienne.
M. Ciccone : Dans votre cas, puis là, je vais me fier à votre
expérience, là, puis je sais que vous êtes soumise par la confidentialité, là, mais... puis vous êtes dans le milieu du
sport, notamment sur... dans le sport féminin, est-ce que vous avez eu
des occasions où il y a des athlètes qui se sont confiés à vous puis qui ont...
qui n'ont pas été capables de le faire,
qu'il y avait des barrières? Puis on sait que c'est difficile de dénoncer, là.
C'est-tu arrivé, des situations où vous avez dû les accompagner? Et
est-ce que vous en entendez de plus en plus au fil du temps?
Mme Sauvageau (Danièle) : C'est
difficile de dire si j'en entends de plus en plus ou pas, mais d'accompagner justement
des intervenants, puis je vais englober tout le monde en disant le mot
«intervenant», à savoir quoi faire, parce que ces gens-là vivent une situation
qui est très sensible, que ça soit... que ça soit du côté de l'athlète ou des intervenants... La dénonciation,
c'est extrêmement difficile, c'est extrêmement prenant, pour plusieurs,
trop, et c'est là qu'il faut remettre la confiance dans nos arénas et dans nos
terrains, pour dire les... C'est : Visons, là, les comportements qui sont
inadéquats et non ceux et celles qui les subissent. Il faut que ces gens-là
soient mis au premier plan. C'est eux qu'on doit protéger, c'est eux qu'on doit
davantage encadrer. Et malheureusement, on en voit encore trop. C'est encore
trop difficile. On va vers qui? Pourquoi? Est-ce que ça vaut la peine ou,
finalement, c'est mieux peut-être de simplement décrocher du sport,
d'abandonner et de faire carrément d'autres choses?
M. Ciccone : Je vais vous amener sur les... la validité des antécédents
judiciaires. On en parle ici, dans le projet de loi, puis vraiment, on... il y
a des normes très, très précises, là. Quelle serait la validité, d'après vous,
là, responsable, à chaque année, à tous les deux ans, à tous les
trois ans, pour ceux qui entourent nos jeunes?
Mme Sauvageau (Danièle) : C'est...
c'est coûteux. En même temps, je pense qu'il faut... il faut le faire puis il faut s'entendre... ou du moins justement de
déclarer et de s'entendre, là, justement, lorsqu'on signe le fameux code,
que... s'il y a un changement, qu'on se doit de le
rapporter, et ce que l'on ne fait pas au Québec. Encore une fois, lorsqu'on
consent, on signe et on sait qu'il peut y avoir un mécanisme de surveillance.
Bien, on pourrait, je pense, établir un mécanisme qu'on pourrait... Danièle
Sauvageau est impliquée dans le sport, on va vérifier si, justement, il n'y a pas eu un changement au niveau des
antécédents judiciaires. Encore une fois, je comprends très bien la divulgation
des informations. Mais, encore une fois, si on signe un code qui permettrait à
l'employeur de vérifier eux-mêmes s'il y a
eu des changements ou pas, je pense que ça nous amènerait aussi ailleurs.
Est-ce que ça dit tout? Non, pas du tout. Parce qu'encore une fois les
petits gestes qui sont nocifs, des comportements qui frôlent justement
l'illégalité, c'est ceux-ci qu'il faut
regarder encore de plus près parce que c'est ceux-ci qui demeurent bien souvent
difficiles à dénoncer, difficiles à tolérer. Et en même temps, notre
niveau de banalisation doit descendre, et de beaucoup.
M. Ciccone : Tantôt vous l'avez abordé, là, sur... il faut... il faut
que ça devienne vraiment facile, là, il faut que
ça soit facile d'accès, le protecteur de l'intégrité. Seriez-vous d'accord à ce
que, justement, toutes les informations du protecteur de l'intégrité,
que ce soit le numéro de téléphone, courriel, que ça soit affiché partout, là,
à vue dans les... des endroits sportifs, que
ce soit dans les arénas, que ce soit dans les écoles, que ce soit dans les
gymnases, les centres communautaires où est-ce qu'il y a du loisir?
Mme Sauvageau (Danièle) : Si un
parent voit cette affiche, il prend son téléphone, et puis qu'il y a quelqu'un qui répond au bout de la ligne, oui.
Mais maintenant, est-ce que la capacité est présente? Est-ce que... Justement,
d'avoir peut-être des endroits où téléphoner ou, que ce soit au niveau de
l'éducation, qu'est-ce qu'on peut faire, d'être accompagné, je pense que ça
prend quelqu'un au bout du téléphone. C'est difficile de rejoindre, aujourd'hui,
en 2024, quelqu'un au bout du téléphone
qui va vraiment nous accompagner, parce que tout, bien souvent, se passe dans
la nuance. Et d'accompagner, que ce soit une
victime ou quelqu'un qui pourrait devenir victime, s'il continue d'être dans
des environnements qui, pour elle ou pour
lui, est dangereux, je pense qu'on se doit de donner un certain accompagnement.
M. Ciccone : Vous touchez un bon point. Parce que quand la personne...
Puis c'est difficile, dénoncer, là. Quand la personne, à un moment donné,
décide d'avoir le courage que ça se fasse à 10 heures le matin, midi ou
même 3 heures la nuit, là, elle décide de prendre le téléphone puis
dénoncer puis se faire accompagner, je pense que... je pense que la ministre
l'entend aussi, là, je pense que quelqu'un doit absolument prendre le
téléphone...
Mme Sauvageau (Danièle) : Définitivement.
M. Ciccone : Merci beaucoup, Mme Sauvageau. Merci.
Mme Sauvageau (Danièle) : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition avec
le député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Mme Sauvageau, bonjour... bonsoir, en fait. On vous a gardé
pour la fin, puis c'était une bonne idée parce que je suis vraiment
impressionné par la connaissance que vous avez. Je l'avais été l'an dernier. On
s'était rencontrés ici, à l'Assemblée nationale, mais c'était un autre
contexte, vous vous en souviendrez. Puis je vous... Permettez-moi même d'être
un peu téteux, là, une fois n'est pas coutume, mais bravo pour ce que vous avez fait avec l'équipe de
Montréal, j'allais dire «votre» équipe, en fait, c'est notre équipe à Montréal.
Je suis allé voir ça deux, trois fois.
Bravo! C'est vraiment... C'est vraiment une magnifique réussite. Et ça nous
manquait.
Vous avez dit à plusieurs reprises : La
prévention, c'est l'affaire de tous. C'est vrai. Et puis ça m'amène à un
questionnement sur un écosystème sportif. Si la prévention, c'est l'affaire de
tous, est-ce que la dénonciation, c'est l'affaire
de tous? Parce qu'on l'a vu justement dans le cas de la LHJMQ puis de Hockey
Junior Canada, où il n'y avait pas juste une personne, il y avait bien
du monde qui le savait. Puis là, on a installé l'omerta. Est-ce qu'on... Est-ce
qu'on devrait aller aussi loin que de dire
que si tu n'as pas dénoncé quelque chose que tu savais, tu es aussi coupable que
la personne qui a commis le geste?
Mme Sauvageau (Danièle) : Aussi
coupable, potentiellement pas. Parce que la banalisation a aussi un héritage, et c'est l'héritage justement sur nos
environnements qu'il faut briser. Il faut arriver puis dire : Bien,
aujourd'hui, c'est terminé. Les comportements doit être ce qu'on
appelle... doit être dénoncé dans le sens que ce n'est pas une dénonciation, que ce soit au protecteur ou au...
nécessairement. Mais je vais vous donner un exemple qui est arrivé
dernièrement.
C'est un surveillant qui a demandé au jeune de
rester dans le vestiaire du hockey. Puis le jeune a dit : Bien, pourquoi
qu'il faut qu'on fasse ci, puis pourquoi? Et puis la surveillante a juste
dit : Bien, c'est le règlement puis c'est comme ça. Et son ami a
simplement dit : Elle a raison, ça fait que viens-t'en dans le vestiaire.
Alors, c'est... cette dénonciation-là, c'est
que c'est un jeune qui a ramené l'autre à l'ordre. Et c'est ces
environnements-là de confiance que
d'être capable de dire : Ce n'est pas que je ne veux pas me mêler... je
vais me mêler de mes affaires si je supporte quelqu'un à faire appliquer
un règlement.
Là, vous allez
me dire : Oui, mais est-ce que les parents pourraient peut-être avoir une
définition différente du règlement? Je vous entends, mais, en même
temps, c'est dans les petits gestes qui fait en sorte que l'environnement va justement... Et tout
le monde le recherche, tout le monde. Je crois fondamentalement que nos
intervenants au Québec veulent faire la bonne chose, veulent... veulent
peut-être être accompagnés pour bien le faire. Et, lorsque ça ne se passe pas
de la bonne façon, on veut être capable de dire : Moi, je ne veux plus
tolérer ça, c'est inacceptable, mais je veux qu'on me protège à l'intérieur de
ça. Et je pense qu'on a atteint un niveau où de plus en plus d'intervenants vont dénoncer. Il y a des niveaux de dénonciation,
mais il y a des niveaux, aussi, où on se doit d'appuyer des victimes
puis de dire : Ces gens-là ne méritent pas de vivre qu'est-ce qu'ils ont
vécu.
• (18 h 10) •
M. Marissal : Question beaucoup plus
courte et spécifique, là. La loi touche les mineurs, et les personnes avec un handicap, là, mais les mineurs. La LHJMQ
est un cas d'espèce, là. Bon, il y aurait les cégeps aussi, là, où il y a, à
la fois, des mineurs et des majeurs. Est-ce qu'on devrait avoir des provisions
particulières dans la loi, par exemple, pour ces secteurs d'activité, là, où il
y a, à la fois, je vous dirais, des hommes et des enfants, là? Mais ça se
détermine par une date d'anniversaire, là, mais des majeurs et des mineurs.
Mme
Sauvageau (Danièle) : Il y a plusieurs sports au Québec, que ce soit le
hockey, mais aussi, il y a d'autres sports où, justement, dans le
cheminement de l'athlète, que ce soient élite ou dans la participation
sportive... où il y a un chevauchement, justement, entre les mineurs et les
majeurs. Mais, encore là, c'est la mise en place de règlements, que ce soient
d'équipe ou d'environnement, qui fait en sorte qu'on peut minimiser, justement,
les deux. Alors, est-ce qu'il doit y avoir des provisions? Je pense que le...
il y a... il y a des écarts. Cependant, dans certains sports, on peut avoir
quelqu'un qui a 14 ans puis quelqu'un qui en a 20. Je pense qu'il faut
peut-être regarder l'écart entre... entre le début de l'adolescence et le
début, justement, de la vingtaine. Mais ce n'est pas rare, et ce n'est pas
uniquement au hockey, visiblement.
M. Marissal : Bien, je vous
remercie, merci beaucoup.
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, merci, Mme Sauvageau, pour votre
merveilleux apport à la commission. Alors, ceci met fin à nos travaux.
Mémoires déposés
Avant de terminer,
je dépose les mémoires des personnes et organismes qui n'ont pas été entendus à
la commission.
Et, la
commission ayant accompli son mandat, j'ajourne les travaux à mardi le
16 avril, 9 h 45, où elle accomplira un autre mandat.
Bonne soirée à tous.
(Fin de la séance à 18 h 12)