Journal des débats (Hansard) of the Committee on Planning and the Public Domain
Version préliminaire
43rd Legislature, 2nd Session
(début : September 30, 2025)
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Wednesday, February 11, 2026
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Vol. 48 N° 12
Clause-by-clause consideration of Bill 13, An Act to promote the population’s safety and sense of security and to amend various provisions
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11 h (version non révisée)
(Onze heures vingt-quatre minutes)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bon matin à tous. Ayant le quorum, je déclare la séance de la Commission de
l'aménagement du territoire ouverte. Je vous rappelle que nous en sommes réunis
afin d'entreprendre les études détaillées du projet de loi n° 13,
la Loi visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la
population et modifiant diverses dispositions.
Est-ce que nous avons des remplaçants, M.
le secrétaire?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Gagnon (Jonquière) est remplacé par Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) et M. Ciccone (Marquette) est remplacé par Mme Maccarone
(Westmount—Saint-Louis).
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, avant de débuter, je dépose aussi les mémoires qui ont été
reçus depuis la fin des consultations particulières. Nous en sommes aux
remarques préliminaires. Alors, je donne la parole à M. le ministre.
Vous avez un temps maximum de 20 minutes.
M. Lafrenière : Merci.
Merci beaucoup, M. le Président. Chers collègues, bonjour. Content de vous
retrouver ici. Content de vous retrouver, vous, vos équipes, parce qu'on sait
qu'on est ici, mais il y a des équipes qui travaillent très fort, alors, les
équipes du ministère, merci d'être avec nous. Ma collègue adjointe, la députée
de Lotbinière-Frontenac, merci, Isabelle d'être avec nous aujourd'hui.
Si vous me permettez, M. le Président,
avant même de parler de notre projet de loi, parce que, écoutez, l'actualité
nous rattrape, j'aimerais qu'on prenne une seconde juste de penser à ce qui s'est
passé à Tumbler Ridge, dans une école. Je pense aux familles, aux proches, aux
intervenants, Kitigan Zibi, communauté anichinabée, qui a vécu un drame
horrible, M. le Président, au cours des dernières heures. Alors, on est de tout
cœur avec la communauté. Et plusieurs des collègues l'ont souligné avec égard,
le sixième féminicide qui a été commis au Québec. Alors, c'est juste de nous
rappeler pourquoi on est réunis aujourd'hui. Il y a beaucoup de choses qui se
passent. Même le collègue du Parti québécois, la troisième opposition, qui ont
fait motion tantôt pour nous dire : Il faut agir contre le crime organisé
qui sévit sur la Côte-Nord, dans la communauté entres autres de Uashat mak
Mani-utenam. Alors, M. le Président, je pense que c'est important de savoir ce
qui nous... ce qui nous ramène ici, on doit servir nos citoyens. Et je remercie
les collègues des oppositions pour le travail qu'on va faire.
M. le Président, on a fait nos
consultations, on a entendu plusieurs groupes. Ça nous a fait aller un petit
peu partout sur le spectre. On a entendu des points qui nous ont rassurés, d'autres
qui nous ont posé les bonnes questions, M. le Président, à savoir où on s'en va
avec notre projet de loi. Alors, aujourd'hui, j'ai bien ça en tête. J'ai
entendu les commentaires aussi qui ont été faits au salon cette semaine par les
collègues de l'opposition, et je vais m'efforcer d'y répondre, de trouver des
solutions pour qu'on ait le meilleur projet de loi aujourd'hui. M. le Président,
on avait proposé une démarche d'aller par blocs, parce que, oui, le temps nous
presse un peu, entre autres quand je parlais des dossiers de violence conjugale,
mais je pense qu'on, nonobstant cette approche par bloc ou pas, on va arriver à
un résultat puis de livrer pour les Québécois, les Québécoises, qui s'attendent
de nous, M. le Président, à ce qu'on livre quelque chose aujourd'hui.
Vous savez, notre projet de loi a six
grands piliers. Il y a le registre des délinquants sexuels à haut taux de
récidive, les manifestations, la loi «anti-patch» contre les motards
criminalisés, entre autres, mais tout groupe criminalisé. Il y a aussi...
M. Lafrenière : ...le volet
des violences conjugales qui est extrêmement important, la mutualisation, la
possibilité des corps de police autochtones de se régionaliser, et je termine
avec un point que je considère plus administratif, qui est donc le Bureau de la
sécurité privée et les mandats des membres du conseil d'administration, alors,
c'est ce qu'on va étudier ensemble. Dans le premier bloc, M. le Président, on
va s'attaquer au registre. On en a parlé beaucoup, ça fait qu'on va revenir
dans... dans les détails. J'entends qu'il faut protéger les droits des
délinquants, puis j'en suis, je crois à la réhabilitation, absolument. Je pense
aussi aux victimes, aussi, alors, c'est... c'est dans cet esprit là que je vais
entamer les travaux avec mes collègues, puis je veux rassurer, aussi, les
collègues, il faut trouver le juste équilibre. On n'a jamais eu l'intention, on
n'a jamais mentionné qu'on voulait mettre les adresses des suspects ou leur
code postal. On veut trouver quelque chose qui est assez large pour ne pas
causer, justement, là, cette volonté de certains citoyens de, peut-être, s'en
prendre physiquement, ça, c'est quelque chose que j'ai... que j'ai en tête, M.
le Président.
Alors, je vais être très bref aujourd'hui,
je... ça va être mes remarques. Commençons à travailler sur cette... cette
partie-là, on sera la septième province au Canada à regarder, à regarder le
volet du registre tout en trouvant, comme je le dis encore une fois, un sain
équilibre. Et moi, j'ai gardé en tête, là, le RIMAS et CAVAC qu'on a rencontré
dans nos consultations, qui nous ont dit que... je vais reprendre l'expression
de mon collègue de l'opposition officielle, si d'aventure on devait aller avec
un registre, il faudrait absolument que dans la phase réglementaire, qu'on
implique des groupes comme le RIMAC, comme le CAVAC pour être très, très, très
ciblés dans ce qu'on va faire et aussi de s'assurer que... je paraphrase un
peu, mais, annuellement, qu'on évalue ce que... ce qu'on a mis en place, ce que
ça donne pour être capable de corriger, parce que c'est une première pour notre
province d'aller vers cette approche-là. Alors, c'est tout, encore une fois, je
remercie les gens qui sont avec nous, ceux qui nous écoutent et bons travaux,
M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous passons à l'opposition officielle. Députée de
Westmount-Saint-Louis, vous avez 20 minutes aussi.
• (11 h 30) •
Mme Maccarone : Merci
beaucoup, M. le Président. À mon tour de... M. le Président, merci de gérer
avec beaucoup de doigté nos travaux. M. le ministre, les collègues, les
collègues, aussi, de la banquette des oppositions, puis les gens qui nous
entourent, j'aimerais dire tous mes collègues, mais évidemment, M. le
Président, on a juste besoin d'avoir une personne au Parti libéral pour mener
cette bataille tellement que c'est important. J'apprécie beaucoup les remarques
du ministre. Je... L'approche, je trouve, est très saine, parce que c'est vrai
ce que nous avons entendu lors des consultations, c'était une réponse mitigée
par rapport à ce projet de loi, puis c'est un projet de loi qui est fort
intéressant. On a entendu des groupes, peut-être pas assez de groupes à mon
goût, je l'avais déjà dit hier dans mes remarques pour l'adoption du principe,
j'aurais vraiment voulu avoir l'accompagnement d'un regroupement juridique, que
ce soit le Barreau, Montréal, Québec, des juristes qui pourraient nous
accompagner un peu, parce qu'on sait qu'il y a des détails à l'intérieur de ce
projet de loi qui risquent d'être sensibles. Ça n'a pas été le cas. On a eu des
mémoires, on continue à recevoir des mémoires qui... qui démontrent l'intérêt
de la société civile, les policiers, les chercheurs, aussi, de nous accompagner
dans cette démarche. C'est un premier projet de loi pour moi et le ministre,
ensemble, pour la Sécurité publique, il sait que c'est un dossier qui me tient
à cœur. Je sais que c'est aussi, pour lui, un dossier qui est très important.
Alors, je souhaite être le plus collaboratif possible. J'ai beaucoup de questions,
j'ai dévoilé toutes mes cartes hier, en Chambre. En entendant les groupes, ce
n'est pas une question de ne pas vouloir aller vers l'avant avec des mesures en
matière de sécurité publique, pour la protection des victimes, pour la
protection de la population ou pour outiller nos policiers, je vois ça en bien,
mais on a tellement entendu des réponses, des présentations, des
questionnements variés, et même, j'étais surprise d'entendre les groupes qui
disaient : Pourquoi qu'on fait ça? Pourquoi qu'on fait ça? Pourquoi qu'on
fait ça? Beaucoup de ça. Pourquoi ça et pas une autre mesure, par exemple? Ça
fait que j'ai hâte d'avoir ces échanges avec le ministre et son équipe pour
bien comprendre le fondement, le pourquoi puis comment nous allons répondre à tous
ces questionnements. Certes, c'est très important de parler de la sécurité
publique, le ministre l'a dit, nous faisons face actuellement à une montée en
croissance de violence exponentielle, pas juste ici, mais à travers le pays,
aux États-Unis, le monde entier. Alors, nous avons une responsabilité d'agir,
je ressens aussi le sentiment d'urgence d'agir pour aller le plus rapidement
possible à ce projet de loi. Mon but, c'est de faire un accompagnement...
11 h 30 (version non révisée)
Mme Maccarone : ...l'accompagnement
saine. On continue à recevoir aussi des recommandations, des préoccupations. Ça
fait que j'ai l'intention, évidemment, de porter la voix des citoyens puis des
groupes qui nous interpellent. Je sais que le ministre aussi, lui aussi reçoit
des commentaires puis un peu de feed-back pour dire comment nous pouvons
bonifier ce projet de loi. Je suis très lucide. Je comprends que le
gouvernement, évidemment, a beaucoup de pouvoir en ce qui concerne l'adoption
des lois. Cela étant dit, j'espère qu'on va pouvoir bonifier, modifier, vider
les questions, parce que les changements qui sont proposés par ce projet de loi,
qui est omnibus, feront des changements monumentals, importants pour les
membres qui seront impactés.
Et je dis tout le temps : Même si
vous pensez, les gens qui sont ici pour nous écouter, le public qui sont ici en
salle avec nous... Souvent, on dit que : Ah! bien, ce projet de loi, ça ne
me touche pas, parce que peut-être je ne suis pas une victime ou peut-être je
ne fais pas partie du corps de police, mais ça impacte tout le monde dans la
population. Il y a toujours un effet collatéraux. Alors, c'est important que
tout le monde qui nous écoute se soucie aussi des travaux que nous allons en
débattre ici. C'est un projet de loi omnibus, malgré que ce n'est pas épais,
qui va modifier plusieurs lois, qui va édicter de nouvelles lois. Ça fait que
ça aussi, c'est important. Puis, oui, c'est pour la sécurité et le sentiment de
sécurité de la population, mais y a beaucoup de choses, on pourrait dire, qui
sont des angles morts à l'intérieur de ce projet de loi aussi, des éléments que
j'aurais voulu voir, quand on parle d'un omnibus pour avoir un impact, pour vraiment
amener des mesures concrètes de sécurité.
Ça fait que le ministre et ses équipes ne
seront pas surpris de ces échanges que je souhaite aussi aborder avec eux. J'ai
hâte à avoir des réponses à des questions ou des débats où, encore une fois,
nous pourrions vraiment vider la question. J'ai des malaises pour certains... pour
certains bouts aussi. Ça aussi, j'avais dévoilé toutes les cartes hier, lors de
l'adoption du principe. Je souhaite avoir quelque chose de concret, que nous
avons vraiment travaillé pour assurer qu'on a le meilleur projet de loi
possible à la fin de cet exercice, pour être en mesure de réellement amener des
mesures concrètes de sécurité, de protection, d'accompagnement, et des outils
pour nos policiers, mais aussi pour nos victimes, et mitiger le plus possible
les effets collatéraux de tout ce que nous allons faire, et assurer que les
équipes qui vont hériter tous ces nouveaux outils vont aussi avoir la marge de
manœuvre pour être en mesure de les mettre en place. Parce que ça aussi, on ne
peut pas le nier, c'est toujours un éléphant dans la pièce, dans la... Est-ce
qu'on a assez d'effectifs, est-ce qu'on a les gens qui vont pouvoir le mettre à
l'oeuvre? À date, quand on regarde la mémoire au Conseil des ministres, il y a
seulement 6,7 millions de dollars qui est quand même réservé, puis
ça, c'est uniquement pour le registre, mais on ne parle pas nécessairement des
autres mesures. Ça fait que j'ai aussi hâte à savoir c'est quoi, les
orientations du gouvernement. On a des règlements aussi qui vont avoir... qui
seront mis en place. Ça aussi, ça va être important, de bien comprendre les
orientations du gouvernement en ce qui concerne les prochaines étapes.
Ça fait que pas plus long que ça, M. le
Président. J'ai hâte à commencer le travail avec mes collègues puis, encore une
fois, aller vraiment au fond de chaque article pour bien comprendre comment
nous allons adopter ce projet de loi puis l'impact, la réalité sur le terrain
lors de son adoption. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
Mme la députée de Westmount—Saint-Louis. Nous allons du côté de la deuxième
opposition avec la députée de Sherbrooke, pour un 20 minutes aussi,
maximum.
Mme Labrie : Maximum. Merci, M.
le Président. Salutations à tous mes collègues qui sont ici. J'entends l'ouverture
du ministre à s'adapter en fonction des commentaires qui ont été entendus
pendant les auditions. Je pense que c'est important, notamment sur la question
du registre, qui est un sujet délicat sur lequel le gouvernement a choisi de s'aventurer.
Moi, j'ai nommé hier, au discours sur l'adoption de principe, mes importantes
réserves sur ce projet-là. Je crains qu'au mieux ça ne serve pas à grand-chose
et je crains même que ça puisse nuire, parce qu'on nous a dit que ça pouvait créer
des situations qui augmentaient les facteurs de risque de récidive pour les
personnes qui se retrouvent au registre. Donc, c'est une inquiétude que j'ai. J'entends
que le ministre veut collaborer avec des groupes qui ont émis des réserves,
justement pour s'assurer que les balises, dans le fonctionnement du registre,
sont les... sont les meilleures. Je pense quand même qu'on devrait s'abstenir
de créer ce registre, mais, s'il faut le faire... en fait, si le ministre
insiste pour le faire, aussi bien qu'il collabore effectivement avec les
groupes qu'il a nommés au départ. Donc, j'accueille ça positivement.
Il va falloir s'assurer, quand on va
mettre sur pied ce registre, d'éviter tout...
Mme Labrie : ...qui peut
causer des torts aux victimes, tout ce qui est revictimisation, tout ça, aux
proches des personnes concernées. Puis, j'oserais dire, il va falloir aussi
prendre des décisions qui vont favoriser la prévention, puis je le dis dans le
sens où on nous a soulevé que ça faisait reposer sur les victimes... ou sur les
personnes, en fait, la responsabilité de se protéger pour éviter de devenir
victime. C'est une préoccupation que j'ai aussi, parce que c'est vrai que ce
n'est pas la responsabilité nécessairement des citoyens de prendre sur eux, de...
d'adapter leurs comportements en sachant qu'il y a une personne qui a été
remise en liberté puis... qui est à risque de récidive.
Donc, c'est des préoccupations que j'ai,
qu'on pourrait aborder ici, sinon, sur l'ensemble du projet de loi, je pense
qu'il y a des suggestions intéressantes du ministre là-dedans. Donc, je
m'attends à un climat de collaboration et d'échanges... d'échanges respectueux
sur ce projet de loi. Je vous remercie, M. le ministre.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Avant de débuter, comme le mentionnait, dans son introduction,
M. le ministre, s'il souhaitait fonctionner par blocs, alors je voulais savoir
s'il y avait consentement pour fonctionner par blocs. C'est à dire, étant donné
que le projet de loi actuel, il y a deux chapitres qui introduisent de
nouvelles mesures, là, vraiment de nouvelles lois, et il y a une section qui
est vers la fin du feuillet que vous avez tous, qui sont des articles qui
viennent modifier des articles de la loi actuelle. Alors, je voulais savoir
s'il y avait le consentement pour marcher par blocs pour le bien de la
commission.
Mme Maccarone : Est-ce que le
regroupement des blocs ont changé? Parce que je ne peux pas dire que je donne
mon consentement. Moi... nous, nous sommes prêts à commencer avec
l'article 1. On n'a pas eu assez de temps pour la préparation.
L'avertissement de travailler par blocs est venu hier, et il y a... entre deux
projets de loi, puis on a une petite équipe. Alors, je souhaite commencer avec
l'article 1, parce que c'est là où nous avons commencé nos préparatifs, M.
le Président.
Le Président (M. Schneeberger) :
OK. Ça fait qu'à ce moment-là je n'ai pas de consentement, je n'ai pas le choix
de... C'est une demande. Je n'ai pas de consentement. Je n'ai pas le choix de
commencer par l'article...
Mme Maccarone : J'ajoute que
ce n'est pas fermé pour toujours, pour aujourd'hui, on souhaite commencer avec
le 1. Je comprends, on a peut-être un peu de temps aussi cette semaine,
puis peut être on pourra avoir une discussion hors micro par la suite, mais on
n'est juste pas prêts pour commencer avec l'article 3 puis le partage de
services. Ça fait que nous, pour le moment, on souhaite poursuivre de cette
manière.
Le Président (M. Schneeberger) :
M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui, merci, M.
le Président. Merci à ma collègue de l'opposition officielle. Ce que je
comprends, de toute façon, on aurait recommencé à l'article 1. Ça fait
que, pour les gens qui nous écoutent à la maison, il n'y a pas de délai. On
commence à travailler ensemble puis on continue de se parler pour voir si on
peut procéder par blocs. Le but, puis je veux le rappeler, le but ultime de
tout ça, c'est que c'est ambitieux. Vous l'avez mentionné, c'est... la collègue
de l'opposition officielle a parlé d'un omnibus, c'est vrai que c'est
ambitieux, mais c'est important. Ça fait que moi, je nous suggère, commençons
avec l'article 1, comme on aurait fait, de toute façon, puis continuons à
parler de cette approche par blocs, M. le Président. Puis j'entends, j'apprécie
beaucoup la méthode de ma collègue.
• (11 h 40) •
Le Président (M. Schneeberger) :
Parfait. Alors, juste peut-être une consigne au nouveau de la procédure, étant
donné que la loi actuelle qu'on étudie, le projet de loi actuel qu'on étudie
introduit deux nouveaux chapitres composés d'articles et de sous-articles au
niveau des sections. Alors, étant donné que l'article 1 est l'article...
mettrait, si on peut dire, lui ne pourra être adopté, on va le lire, on peut...
les oppositions peuvent questionner. Par la suite, on va aller au niveau des
sections, et là ces articles-là seront adoptés, et, par la suite, on... on
vient adopter l'article qui édicte la loi. On peut dire ça comme ça. Voilà.
Oui, députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Oui, je
souhaite évoquer le privilège d'aller article par article, paragraphe par
paragraphe, puis alinéa par alinéa, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) :
Moi, je n'ai pas de problématique avec ça, c'est assez... Oui. Il n'y a pas de
problème, là.
M. Lafrenière : ...M. le
Président, ce que je te propose aujourd'hui, peu importe lequel des articles,
je vais trouver un article pour le suspendre en disant que, de toute façon, je
sais qu'on a encore des discussions à avoir. Ce que vous nous proposez
aujourd'hui, de suspendre l'article 1 puis de continue, par la suite,
revient à la même chose. Je veux qu'on avance, mais je ne veux pas non plus que
mes collègues sentent qu'on n'a pas eu de discussion. Ça fait que ce que je
comprends, M. le Président, vous nous proposez que l'article 1, on le
lise, mais on ne l'adopte pas aujourd'hui.
Le Président (M. Schneeberger) :
Bien... non, mais ça, c'est la procédure...
M. Lafrenière : Parfait. Non,
mais ça revient à la même chose, dans le sens qu'on n'aura pas...
Le Président (M. Schneeberger) :
...étant donné que c'est un article qui édicte la nouvelle loi. C'est la
procédure, là.
M. Lafrenière : Ce ne sera pas
fini, «done deal», aujourd'hui, c'est ce que je veux dire.
Mme Maccarone : Si on édicte
une loi, on ne peut pas adopter au complet. C'est vraiment...
M. Lafrenière : Excusez, ce
serait revenu à la même chose. J'aurais trouvé un autre article, pour le
remettre de côté, pour ne pas qu'on passe tout de suite un autre chapitre. Je
voulais qu'on ait le temps aujourd'hui, je voulais vous rassurer.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, on va procéder comme...
Le Président (M. Schneeberger) : ...M.
le ministre, je vous invite à lire l'article 1.
M. Lafrenière : Oui. Merci,
M. le Président. Alors, l'article 1, la Loi sur la divulgation publique de
renseignements concernant...
Le Président (M. Schneeberger) : Ah,
oui... Excusez-moi, là, c'est parce qu'on a eu des discussions, j'ai oublié
la... Est-ce qu'il y avait des motions préliminaires?
Une voix : ...
Le Président (M. Schneeberger) :
Aucune. Parfait. Alors, continuez. Vous pouvez y aller.
M. Lafrenière : Pas de
problème.
Le Président (M. Schneeberger) : Excusez-moi.
M. Lafrenière : C'était une
pratique, je recommence. Alors, l'article 1, la Loi sur la divulgation
publique de renseignements concernant certains délinquants sexuels à un risque
élevé de récidive, dont figure au présent chapitre, est édicté Loi sur la
divulgation publique de renseignements concernant certains délinquants sexuels
à risque élevé de récidive. Et comme commentaire, l'article 1 du projet de
loi propose d'édicter la Loi sur la divulgation publique de renseignements
concernant certains délinquants à risque élevé de récidive.
Le Président (M. Schneeberger) : Question
sur l'article, députée de Westmount-Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci beaucoup,
M. le Président. Moi, je voulais savoir. J'ai lu, évidemment, le mémoire qui a
été déposé auprès du Conseil des ministres, mais je n'ai pas vu une analyse
d'impact, est-ce qu'il y en a un qui a été fait? Et si oui, est-ce que ce
serait possible de partager? Parce que ce qu'on parle, c'est quand même des
changements majeurs. Habituellement... mais moi, de mon expérience,
habituellement, on a ce type d'analyse qui existe pour ce type de projet de
loi. Peut-être, c'est juste que je l'ai manqué quelque part, mais j'aimerais
savoir s'il y en a un, un impact réglementaire, puis si oui, si le ministre
peut partager.
Le Président (M. Schneeberger) :
M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui. Merci,
M. le Président, non, il n'y a pas de... il n'y a pas d'analyse qui a été faite
à ce niveau-là. Je nous... je nous ramène, pardon, à nos consultations, quand
le RIMAS est venu nous parler de certaines analyses qui avaient été faites avec
des groupes, je pense que c'était 500 000 personnes, ça m'a surpris, là,
c'était quand même une grosse analyse au niveau préventif. J'étais surpris,
moi, j'ai rarement vu ça, et pour ce qu'on vous présente aujourd'hui, M. le
Président, on n'a pas d'analyse qui a été faite, à ce moment-là.
Mme Maccarone : Pourquoi? Pourquoi
qu'on n'a pas eu une analyse? Parce que basé sur ce que nous avons entendu des
groupes qui ont dit : Bien là... Majoritairement, les gens en, général,
nous ont dit : Mais ce type de registre ne fonctionne pas, on ne voit pas
les bénéfices, il n'y a pas des effets probants où nous pouvons dire que c'est
un bon geste. Ça fait qu'avant de dire pourquoi que nous faisions ça, j'aurais
voulu, peut-être, savoir pourquoi qu'on n'a pas fait, d'abord, une analyse
d'impact réglementaire? Ça vient d'où, d'abord, l'idée, si ce n'est pas par
cette analyse?
Le Président (M. Schneeberger) :
M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui, M. le
Président. Bien que ça ne se qualifiait pas pour une analyse comme on le fait
dans d'autres cas, mais ça ne se qualifiait pas. On a fait, en bon français...
l'expression du «benchmark» en regardant ce qui s'était fait ailleurs, mais on
n'a pas fait d'analyse dans ce cas là, M. le Président.
Mme Maccarone : Je dois dire
que, honnêtement, je comprends, je vous entends, il n'y en a pas, mais ça reste
que, là, je suis là ma huitième année, habituellement, le gouvernement fait ce
type de travail, surtout pour un projet de loi omnibus où on sait qu'il y aura
un impact majeur ailleurs, c'est... Pour qualifier l'analyse, pour dire
pourquoi que nous faisions ce changement. Là, ce n'est pas petit, un registre,
même que je comprends qu'on a quand même un consensus de ce côté de la table
que peut-être on devrait avoir une évolution, on n'est pas nécessairement en
accord d'avoir ce type de registre, puis peut-être nous devons parler,
vraiment, de qu'est ce que nous pouvons faire en matière de violence conjugale.
Je souhaite vraiment savoir le pourquoi, même le ministre lui a dit au début,
là, de ses remarques principales hier, en Chambre, qu'il y avait des réserves,
il y avait des réserves, puis on sait que ça ne répond pas nécessairement à
tous les critères, d'où l'importance d'avoir cette analyse d'impact pour bien
comprendre la réalité sur le terrain et le fondement des décisions. J'ai un
grand respect pour le gouvernement puis les décisions qu'ils prennent, ce n'est
pas parce qu'on est en désaccord que je n'ai pas ce respect, mais ça reste que
je pense que c'est pour outiller non seulement l'opposition officielle ou les
collègues, mais aussi les groupes qui suivent nos travaux questionnent le
pourquoi.
M. Lafrenière : M. le
Président.
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui, M. le ministre. Vous pouvez... Prenons juste, peut-être... Moi, je suis
comme ça, je sais que vous m'avez déjà eu plusieurs fois comme ça, c'est la
première fois pour M. le ministre. Mais quand il y a des discussions qui
sont... il n'y a pas de discussion par-dessus l'autre, moi, je laisse aller.
Alors, c'est plus facile et puis je pense que ça... on gagne du temps.
M. Lafrenière : J'étais
docile...
Mme Maccarone : ...on peut-tu
jaser? Sinon, il va nous arrêter.
M. Lafrenière : Moi, je vous
regardais, je vous regardais, puis j'avais cette... ce petit sentiment-là, mais
merci, M. le Président, puis pour ma collègue, écoutez, étant donné que le but
ultime, c'est d'avoir les travaux puis d'avoir le plus d'information possible,
prendre les bonnes décisions, on va regarder notre côté, je m'engage
aujourd'hui, M. le Président, à regarder ce qui a été fait comme «benchmark»,
ce qui a été fait... excusez encore l'expression, mais comme... étude
comparative de ce qui a été fait ailleurs dans d'autres provinces. Je vais
regarder ce qu'on a, puis je m'engage à vous faire un tour là-dessus, parce
qu'effectivement, M. le Président, si on l'a, bien, ça peut nous éclairer ici,
ça fait que je m'engage à ça.
Mme Maccarone : C'est
formidable.
M. Lafrenière : Mais de façon
habituelle, normalement, comme vous avez... comme ma collègue l'a mentionné...
M. Lafrenière : ...et
dans ce cas-là, ça ne se qualifiait pas pour ça. Excusez-moi, là, je peux faire
témoigner quelqu'un pour expliquer ce que ça veut dire, mais au final on ne l'a
pas plus. Alors, je vais regarder ce qui a été comparé puis si on l'a, je
m'engage avec mes collègues des oppositions à leur transmettre, parce
qu'effectivement, si ça peut aider à comprendre, moi, je suis totalement ouvert
à ça et totalement transparent.
Mme Maccarone : Ça fait que
ce serait une étude comparative, pas nécessairement une...
M. Lafrenière : Pas une
analyse d'impact.
Mme Maccarone : ...une
analyse d'impact, OK. En tout cas, reste que je comprends les renseignements
que vous avez reçus, mais je trouve que ça aurait été très à propos d'avoir une
analyse d'impact réglementaire. On a aussi beaucoup de changements dans un
omnibus, pas uniquement pour le registre, mais aussi quand on parle des patchs,
qui est un élément vraiment important, quand on parle du... il y a beaucoup
d'éléments. Je dirais qu'on aurait voulu peut-être avoir plus du concret de
cette analyse d'impact sur le terrain, une étude comparative, on l'a quand même
un peu dans le mémoire qui a été déposé auprès du Conseil des ministres, mais j'entends
l'ouverture du ministre. Il me manque quand même de l'information, mais si dans
cette étude puis cette analyse, on peut avoir peut-être une analyse qui
explique aussi les bienfaits où on a vu que ça a fonctionné, ça peut nous aider
aussi à la comparaison d'où ils l'ont fait ailleurs, mais j'aimerais aussi voir
les statistiques qui nous expliquent pourquoi nous devons faire ça ici. Je
pense que ça nous aiderait, comme, ma première question, vraiment, là,
c'est : Pourquoi ce registre? J'ai besoin, j'ai besoin de mieux
comprendre.
M. Lafrenière : M. le
Président, je réitère que je m'engage à partager ce qu'on va avoir. Je veux
juste, cependant, tout de suite faire une petite parenthèse pour ma collègue.
Quand on va arriver sur la loi «anti-patch», ça va être difficile de faire des
comparables parce qu'on sera les premiers au Canada, dans ce cas-là. On va être
les premiers et les autres provinces nous regardent beaucoup en disant :
Mais qu'est-ce qu'ils vont faire ici?
Mme Maccarone : ...une
analyse d'impact, là, c'est ça.
M. Lafrenière : Non, non,
on va le regarder, mais je veux juste être bien clair. Oui, le comparatif avec
les autres provinces, pour les registres, ça, on va le regarder, et pour la loi
«anti-patch», ce sera peut-être d'autres choses, là, parce qu'il n'y a pas de
comparatif pour l'instant, mais cela, en toute... a beaucoup moins d'impact
pour les personnes ciblées, alors que le registre qu'on étudie aujourd'hui,
moi, je comprends très bien la... la nécessité de voir quels seraient les
impacts possibles et tout, là. Pour la loi «anti-patch» qui vise les groupes
criminalisés, j'imagine, ça ne doit pas être la même... même sensibilité, mais
on va regarder les documents qu'on a.
Mme Maccarone : Dans une
analyse d'impact, souvent, ce qu'on voit, ce n'est pas juste l'impact sur le
terrain, c'est aussi une analyse de : est-ce que nous avons besoin des
effectifs, comment ça va être mis en œuvre, qu'est-ce qui nous manque, comment
nous allons la mettre à l'oeuvre, est-ce qu'elle nous parle de la formation,
par exemple? C'est tous ces éléments. Est-ce qu'il va y avoir un impact sur les
effectifs ailleurs, dans d'autres sphères, dans d'autres disciplines? C'est ça,
une analyse d'impact, habituellement. Une bonne comparaison, c'était celle, je
dirais, une qui était la plus importante que j'ai jamais lue, c'était celle où
la mise en œuvre du maternelle 4 ans. Il y avait une analyse d'impact
qui nous a vraiment aidés à comprendre qu'est-ce qu'il va arriver sur le terrain
lors de la mise en œuvre. Ça fait que ça aurait été ça que j'aurais voulu. Je
vous entends, on n'a pas besoin de continuer sur... sur cet angle, mais la
réponse de la question, peut-être, comme je dis, ma première question, c'est
vraiment pourquoi? Pourquoi ce registre?
• (11 h 50) •
M. Lafrenière : Oui.
Mme Maccarone : Pourquoi
le registre?
M. Lafrenière : Parfait,
excusez-moi. Je prenais une note pour le suivi. Pourquoi ce registre? C'est une
bonne question. Puis regardez, M. le Président, on va recommencer la discussion
qu'on a déjà ensemble parce qu'elle est importante pour les gens qui nous
écoutent. Je vous dirais, demande publique, demande publique. Au début, on
parlait d'un registre, parce que je l'ai déjà déjà mentionné, M. le Président,
il y a six autres provinces, 51 États américains qui ont un registre,
mais, encore une fois, M. le Président, beaucoup plus large, où il y a
plusieurs crimes. Ce n'est pas seulement ce qu'on vous présente ici aujourd'hui
qui est assez ciblé, on parle de plusieurs types de crimes puis il y a des
provinces, c'est assez large aussi. Alors, c'est extérieur, on a eu cette
demande-là, puis je vous dirais que les victimes, souvent, les gens qui sont
proches des victimes le demandaient. Moi, quand je l'ai entendu... Puis à prime
abord, vous savez que même il y avait une demande pour que les cas de violence
conjugale soient inclus dans ce... dans ce registre. Alors, on a pris le temps
de comparer avec les autres provinces. C'est pour ça que je disais à ma
collègue de l'opposition officielle : On va regarder ce qu'on a comme
documents, de regarder ce qui se faisait.
Et moi, à prime abord, je voulais qu'on
commence par petit pas, M. le Président. Comme c'est une première ici, comme
moi-même, comme policier, comme père de famille, je comprenais la volonté des
citoyens, mais je voulais quand même y aller par petits pas, parce que, moi
aussi, j'ai des appréhensions. C'est nouveau, hein? Je comprends ma collègue,
là, c'est normal, c'est nouveau. Comment les gens vont réagir, comment ça va
être appliqué? J'avais des questions là-dessus. Alors, c'est pour ça que ce
qu'on a, ce qu'on propose aujourd'hui, M. le Président, c'est ce qui a de plus
ciblé, selon moi. Et, comme j'ai bien entendu mes collègues aussi des
oppositions et certains groupes qui nous disaient : Écoutez, il va falloir
évaluer c'est quoi l'impact, comment ça fonctionne. M. le Président, juste
l'étape réglementaire qui va venir appuyer ce qu'on vous dépose comme régime,
on évalue...
M. Lafrenière : ...c'est
environ une année, là, une année de préparer les règlements et d'inclure des
groupes qui viennent en aide aux victimes pour être le plus ciblé. Alors, ce
que j'essaie de dire, ce n'est pas... ce n'est pas... je n'essaie pas de repousser
ça vers en avant, mais je veux expliquer que c'est... ça ne sera pas fait
rapidement. Oui, c'est important, le registre. On répond à des demandes. Moi,
je veux le cibler. Je veux qu'on... comme société, qu'on puisse voir comment ça
se passe ici, au Québec, qu'on se donne la chance de l'évaluer puis de corriger
les choses. Mais, comme on a eu la main tendue des groupes comme le RIMAS et le
CAVAC, de dire : De façon réglementaire, est-ce qu'on peut faire partie de
ce... de ce travail-là?, la réponse, c'est oui.
Alors, j'ai... c'est une longue réponse.
Pourquoi le registre? On demandait plus large. Malaise de mon côté. Je veux
commencer beaucoup plus ciblé. Quand je dis «on demandait», c'est les
citoyens, les gens qu'on a entendus qui le demandaient. Ce n'est pas parce
qu'ils le demandent qu'on va le donner, ma collègue me le dirait puis elle a
raison. Mais je veux commencer beaucoup plus ciblé, qu'on fasse un essai, qu'on
puisse regarder comment c'est... comment c'est reçu, comment, comme société, on
réagit à tout, vu que c'est du nouveau. Ce n'est pas parce que les six autres
provinces, ça fonctionne bien que le Québec, on va être pareils. Ça fait qu'on
se donne la chance de l'essayer, de voir comment ça va, mais de façon le plus
ciblé possible.
Mme Maccarone : Je dis
souvent : Ce n'est pas parce qu'il pleut dans les autres provinces que
nous, ici, au Québec, on doit ouvrir notre parapluie. Alors, je suis contente
d'entendre ça, mais ça ne répond pas à ma question. Là, je comprends, le
ministre a dit que c'est le public qui a demandé, mais qui du public qui a fait
cette demande? Parce que, si j'entends le CAVAC, le RIMAS, la criminologue Mme
Riendeau, tout le monde a dit... Tu sais, encore une fois, je sais que ce n'est
pas politiquement payant de dire au micro : Je ne pense pas qu'un
registre, c'est une bonne idée, mais plusieurs groupes qui ont passé, ils ont
dit : On ne comprend pas pourquoi qu'on fait ça. On ne peut pas être
contre la vertu. Ça fait que c'est qui dans le public qui a demandé ça? Ça fait
que... Parce que, si ce n'est pas les groupes concernés qui sont là à la
défense ou l'accompagnement des femmes qui sont victimes ou victimes
potentielles, qui voulait ça?
M. Lafrenière : Oui. Merci,
M. le Président. Puis, vous savez, souvent, quand on fait de la politique puis
qu'on s'avance au micro, on dit : Il y a les groupes qui existent, mais il
y a les gens aussi qui ne sont pas nécessairement toujours représentés par les
groupes. Alors, oui, dans des rencontres, dans des congrès, on a entendu des
gens qui voient ce qui se passe ailleurs, qui voient ce qui se passe ailleurs
puis qui se disent : Pourquoi pas ici? Puis je vous dirais, M. le
Président, avec les avancées technologiques, avec... puis là je ne parlerai pas
de tous les outils de recherche qui existent sur Internet, mais des gens sont
capables de faire leurs recherches, de voir ce qui existe. Alors, je pense que
les citoyens sont bombardés de ce qui se passe ailleurs, voient très bien qu'il
y a des registres qui existent ailleurs, que l'information, elle est
disponible, elle est accessible. Ce n'est pas étranger à ce qu'on voit non plus
au Québec, avec le phénomène des violences conjugales, où les gens voient ça
puis ils se disent : Est-ce qu'on ne pourrait pas... puis on viendra sur
la discussion de la loi de Clare, mais ça amène tout ce questionnement-là en
disant : Est-ce qu'on est vraiment outillés? Est-ce qu'on a la bonne
information? Est-ce qu'il y a des gens qui voient aussi le système de justice
et que parfois... puis je vais être prudent, là, parfois ont des inquiétudes,
parfois trouvent que ça ne répond pas nécessairement à leurs attentes?
Alors, oui, c'est... on le sent, ça, M. le
Président, puis je suis sûr que... Oui, il y a les groupes. Puis, en passant,
je ne remets pas en question ce que les groupes ont dit. Ce que les groupes
nous ont dit, c'était : Grande, grande, grande prudence. Ils nous ont
questionnés en disant : Comment vous êtes sûrs que ça va venir sauver des
gens? Puis personne ne peut le dire, mais personne ne peut dire le contraire
non plus. Même le RIMAS, le dernier groupe, qui nous parlait d'argent, parce
que c'est 1,3 million par année, j'avais de la misère à qualifier une personne
qu'on pourrait sauver ou prévenir avec ce montant-là, mais de part et d'autre.
Moi, je ne serais pas capable de vous dire, M. le Président, aujourd'hui :
Le registre va faire en sorte qu'il y a 15 personnes qui ne seront pas
agressées. Je ne sais... Personne ne va pouvoir vous dire ça, mais, à
l'inverse, personne ne va pouvoir vous dire le contraire non plus. On est
vraiment dans une... dans quelque chose qui se fait ailleurs. Les citoyens, je
pense, veulent être informés aujourd'hui.
Ce qu'il y a d'intéressant dans ce
qu'on... dans ce qu'on vous propose, M. le Président, c'est que non seulement
c'est un registre, mais, dans le registre, on va parler du modus operandi — pour
les gens qui nous écoutent, ça veut dire quoi? Ça veut dire comment les crimes
ont été commis — tout en étant très prudents, puis c'est ma collègue
de la deuxième opposition qui l'amenait, de ne pas transférer le fardeau sur la
victime. Moi, je suis très sensible à ça. Ce n'est pas parce qu'on met un
registre qu'on vient dire aux gens : C'est à vous d'aller regarder, c'est
à vous de faire votre job, sinon, si vous êtes agressé, ça va être de votre
faute. Là, c'est des faits, mais, dans les apparences, comment les gens vont le
sentir, je suis sensible à ça. Je répondrai à ça, M. le Président, parce qu'on
a parlé beaucoup pendant nos travaux, les 810, les ordonnances de garder la
paix, qui existent présentement, mettent aussi un fardeau sur la victime, parce
que c'est la victime, normalement, qui va appeler les policiers en
disant : La personne qui avait une ordonnance ne les a pas respectées.
Ça fait que, bien qu'imparfait... ma
réponse, là, c'est : Bien qu'imparfait comme registre, c'est une mesure
qui s'ajoute. Puis, si vous prenez chacune des mesures seule, il n'y a rien qui
va permettre aux gens de se prémunir contre les agressions. J'ai entendu mes
collègues de parler de 90 % qui sont commises intrafamiliales, intra
cercles de connaissances. C'est vrai. Puis ça, en passant, on est tous
d'accord, là, grande majorité, malheureusement, des crimes sexuels sont commis
dans l'entourage, des gens qui sont connus. Il reste un 10 % où on a des
gens qui les commettent plus au hasard, qui vont choisir leurs victimes avec un
modus operandi, puis c'est ce qu'on vient introduire aujourd'hui. Alors, bien
que ce ne soit pas la grande majorité des agressions sexuelles, il y en a.
Puis je rappelle un petit peu, parce que
ma collègue me demandait pourquoi, bien, comme...
M. Lafrenière : ...on a mis
beaucoup de mesures en place, mais, à la fin, ce que j'appelle mon filet, mon
dernier filet de sécurité, c'est ce qu'on vous propose aujourd'hui en
disant : Quand on a tout essayé, quand on a tout tenté, quand la personne
a payé sa dette à la société... dans certains cas, les victimes ne sont pas
d'accord parce qu'ils trouvent que la personne sort trop vite, et tout, mais,
quand la personne est pour être libérée et que les gens qui travaillent auprès
de ces suspects-là nous disent : C'est une bombe à retardement, cette
personne va retourner sur l'asphalte et nous a dit clairement que, un, il n'a
jamais voulu s'impliquer dans quelque programme que ce soit... le
pourcentage... Puis je le disais en consultations, M. le Président, qu'on
estime qu'on a 100, 120 dossiers par année qui vont être soumis, que... après
l'approche réglementaire, peut-être 30, 40 cas qui seront médiatisés, de
personnes où on se dit, avec un comité d'experts... cinq personnes
indépendantes vont passer à travers ça puis vont dire : Écoutez, le risque
est très élevé, on n'a pas d'autre mesure, on est rendu à ça, comme société.
Bien, ma réponse longue à la question,
c'est de dire : C'est un outil de plus, le filet à la fin de toutes les
mesures : bracelet anti-rapprochement, beaucoup de choses qu'on met en
place, des peines de prison, la réhabilitation pendant que les gens sont en
prison, parce que j'y crois, à la réhabilitation. Mais quand tout ça a été
tenté, qu'on fait face à ce que j'appellerais nos purs et durs, où on se
dit : Il n'y a rien à faire, puis on n'est plus capable de le garder à
l'intérieur des murs... parce que mes collègues pourraient dire : Mais
gardez-les en dedans ou envoyez-les dans une institution spécialisée, ils n'ont
pas tort, là, mais vous comprenez que la partie justice, ce n'est pas moi qui
va gérer ça aujourd'hui, bien, on se met un filet de sécurité en disant :
Quand tout ça aurait été tenté, c'est l'outil ultime qu'on aurait en place,
tout en le balisant, parce que je ne veux pas qu'il y ait de représailles, tout
ça, là, je suis sensible à ça, c'est l'outil qui nous reste. Ça fait que c'est
ce que... c'est ce qu'on propose ici. M. le Président.
Je comprends les gens, puis ce que
j'appelle M. et Mme Tout-le-monde, les gens qui sont... qui sont intéressés par
ce qui se passe, qui voient ce qui se fait ailleurs, qui nous demandent
pourquoi, nous autres, ici, on n'est pas là. Il existe un registre, puis je
tiens à le dire, il existe un registre des délinquants sexuels, ça existe, ce
registre-là, qui est accessible à tous les policiers du Québec. Ça existe. Ce
n'est pas public et, en bon français, ce n'est pas un... C'est-à-dire que moi,
je ne peux pas aller consulter le registre. Il faut que je consulte le nom
d'une personne que j'ai interceptée ou appréhendée, et là je vais savoir qu'il
est au registre, mais je ne peux pas aller feuilleter le catalogue en
regardant : voici toutes les personnes qui sont inscrites. Ça ne
fonctionne pas comme ça, pour d'autres raisons de prévention qui sont correctes
aussi, on ne voudrait pas qu'il y ait du profilage.
Alors, aujourd'hui, c'est la mesure que
j'appellerais le dernier filet, dernier rempart que je propose d'essayer, tout
en le balisant puis tout en étant aussi transparent, annuellement, de regarder
ce que ça a donné puis de corriger.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci, M. le ministre, je vais donner la parole à la députée de Sherbrooke, qui
avait une question.
Mme Labrie : Oui. Depuis le
départ, on parle de registre, avec ce projet de loi, parce que, quand le
ministre a fait une rencontre pour nous expliquer, là, le contenu de son projet
de loi, il nous a exposé sa vision pour la suite, là, d'un site Web centralisé,
là, sur lequel on retrouverait tout ça. Le mot «registre» ne figure nulle part,
quand même, dans le projet de loi, nulle part.
• (12 heures) •
Quand on regarde le mémoire présenté au
Conseil des ministres, on voit qu'il y a seulement l'Alberta qui semble avoir
peut-être ce qui ressemble au registre, dans le sens où... Ce qui est écrit,
c'est que les autres provinces, à part l'Alberta, ne centralisent pas tous les
renseignements diffusés sur un site Internet, ils le font plutôt par corps de
police, au moyen d'avis publics ou de communiqués aux médias. C'est ce que la
plupart des autres provinces font, à l'exception de l'Alberta.
Donc, j'aimerais comprendre pourquoi, dans
le fond, le ministre a choisi d'aller de l'avant avec la vision du registre tel
qu'il nous l'a présenté, là, sur un site Web centralisé, alors que ce n'est pas
le choix qu'ont fait l'essentiel des provinces au Canada. Puis d'ailleurs le
projet de loi en lui-même ne parle pas de ce bout-là, finalement, de son
projet, là, dans le sens qu'il n'est question nulle part du registre, dans le
projet de loi. Il est question de divulgation publique, ce qui peut être fait
de plein de manières, par exemple, communiquer aux médias, ce que font les
autres provinces.
Le Président (M. Schneeberger) : ...
M. Lafrenière : Oui. Puis,
juste pour les gens qui nous écoutent, si on jase, ce n'est pas de football ou
de quoi que ce soit, on regardait vraiment pour donner la bonne information. De
toute façon, le football, c'est réglé puis mon équipe a gagné, mais on
regardait, et, effectivement, le Manitoba, la Saskatchewan et l'Alberta ont un
site Web qui est dédié.
Et, aujourd'hui, M. le Président, puis ma
collègue a raison, je me suis posé la question parce que moi aussi, ça
m'inquiétait, en me disant : C'est vrai qu'on a tout le temps parlé de
registre puis, ici, on parle de divulgation de renseignements. Divulgation de
renseignements, c'est là où on veut aller, légalement, mais l'outil qu'ils
souhaitent utiliser, c'est un registre, alors... Puis je me compare, comme je
vous dis, il y a trois... comme je dis à ma collègue, pardon, il y a trois
provinces qui ont un site qui est dédié pour ça, ça fait que ce n'est pas
uniquement...
Mme Labrie : Ça a changé
depuis la rédaction du mémoire? Parce qu'à la page... page 29, du mémoire au
Conseil des ministres, ça dit vraiment : «À l'exception de l'Alberta, ces
provinces ne centralisent pas les renseignements divulgués sur un seul site
Internet. La divulgation se fait plutôt...», puis là on décrit comment... Donc,
c'est très récent, finalement, si je comprends bien?
M. Lafrenière : M. le
Président, je cherche l'information. Je vais revenir à ma collègue, parce
que... pour y être allé...
12 h (version non révisée)
M. Lafrenière : ...de
moi-même, parce que je suis allé voir les sites, puis là je... mettons, entre
Manitoba puis la Saskatchewan, je ne veux me tromper, là, mais je suis allé sur
les sites et, largement, c'étaient d'autres crimes, par exemple. Mais, sur ce
point-là, on peut peut-être continuer l'échange avec ma collègue le temps que
je trouve l'information, mais je ne veux pas... je ne veux pas répondre d'emblée,
je veux donner la bonne info.
Mme Labrie : Oui. Bien, c'est
sûr qu'on...
M. Lafrenière : Je vous
confirme d'être allé sur un site puis d'avoir vu ce qu'il y avait là. Je veux
juste comprendre c'est quoi, la notion.
Mme Labrie : Oui. Tu sais, c'est
sûr que ce... la question que j'aborde avec le ministre en ce moment est un peu
postprojet de loi, là, dans le sens où le projet de loi ne parle pas du site
Web, là, il vient créer l'infrastructure en vue de choisir le contenu qui va se
retrouver sur le site Web. Mais je pense que la vision de la suite est quand
même importante parce que c'est différent quand même, là, pour les personnes
concernées, de se retrouver dans un site Web où c'est tout centralisé puis, tu
sais, c'est... versus le fait que ça soit diffusé par communiqué au moment de
la libération de cette personne-là, par exemple, ce qui est déjà fait de
manière assez irrégulière. On voit dans l'actualité quand quelqu'un est remis
en liberté puis que cette personne-là pose un certain danger, on le voit, on le
voit dans l'actualité. Ça fait que je... C'est ça que j'essaie de comprendre,
en fait, là, le... C'est quoi, les raisons qui ont mené le ministre à choisir
de faire un site centralisé sur lequel ça, ça va rester accessible trois ans,
tu sais, plutôt que de simplement avoir une pratique qui consisterait à faire
un communiqué quand ça se produit, finalement, qu'une personne a été identifiée
par le comité en question comme étant dangereuse?
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. Puis, en passant, je... on continue de chercher l'information que ma
collègue a partagée, puis au pis aller, tout à l'heure, si on a un instant, on
s'en reparlera pour trouver la bonne info. Mais pourquoi? Le comparatif est
simple. Le comparatif, on peut le faire avec des groupes comme Info-crime,
comme les criminels les plus recherchés au Québec, où cette information-là est
centralisée. Ma collègue, quand elle dit qu'on pourrait le diffuser à chaque
fois, c'est exactement ce qui se passe avec les médias, puis merci aux médias
qui font un travail important. Et, oui, on peut aller avec Google, avec des
outils comme ça retrouver cette information-là quand on sait de qui on parle.
Et là ce qui devient... Quand on parlait du fardeau sur la victime de chercher,
je vous dirais, peut-être, une aiguille dans une botte de foin... On a tous
fait des recherches de dire : OK, il faut... assez précis. Je ne suis pas
sûr que de faire la recherche en disant : Agresseur sexuel, haut taux de
récidive, dans ma région, qu'on va nécessairement arriver à quelque chose. Ça
fait que, oui, c'est de les regrouper tout en comprenant ce que ma collègue
nous dit dans le danger, c'est-à-dire d'avoir vraiment un site, ce que j'appelle
un catalogue où les différents... les différentes personnes sont fichées là.
Puis je nous rappelle que, si les... si on était dans une approche où tous les
gens qui ont été coordonnés se retrouvaient là, je ne serais pas... je ne
serais pas ici aujourd'hui, je ne serais pas d'accord, je ne serais pas là,
mais pas du tout.
Je reviens avec... autour de récidive. C'est
des gens ou des professionnels qui travaillent avec eux au quotidien, nous
disent : Cette personne-là, on a tout essayé, mais nous, on craint pour la
sécurité des citoyens. Puis ces noms-là, M. le Président, une centaine par
année qu'on figure, sont remis à un groupe de cinq experts, dont une personne
qui est spécialisée justement en réinsertion. Ça fait que je pense qu'on se
donne quand même beaucoup de filtres. Ils nous disent : Finalement, on n'aura
pas le choix, il va falloir le mettre sur ce site-là parce que cette
personne-là a un haut potentiel, on s'entend, là. Ce qu'on faisait allusion en
disant : Est-ce que c'est long, que la... tu sais, les personnes proches
de l'entourage, ce n'est pas nécessairement ce qu'on cible aujourd'hui, on
parle de haut taux de récidive des gens qui en ont commis en série avec le
modus operandi qui vient expliquer : Voici comment qu'ils s'y prenaient.
Puis ça, M. le Président, je pense, c'est bien aussi pour défaire des...
certaines... certaines pensées que les gens ont quand ils sont nécessairement
kidnappés, pris de force et tout. Il y a beaucoup de subterfuges, beaucoup de
façons qui sont utilisées par ces gens-là qui... je trouve, qui se rapprochent,
puis, en tout respect pour les victimes, tout approche du fraudeur, du beau
parleur, la personne qui se présente à la maison qui dit qu'il veut faire des
travaux, qui veut vérifier une installation électrique puis qui utilise cette
façon-là pour amener... Puis, les personnes vulnérables, on peut parler de
jeunes, on peut... la personne... parler de personnes âgées aussi. On l'a vécu
dans des résidences pour aînés où la personne l'avait fait à répétition. Puis
moi, je comprends les victimes, de savoir qu'une personne... qu'un suspect, je
vais arrêter de dire «personne», qu'un suspect, qu'un délinquant a fait un
crime à répétition, donc l'a fait plusieurs fois, autour de récidive, se
retrouve dans la communauté... puis ça ne veut pas dire qu'on aurait pu le
prévenir, mais je peux comprendre la frustration de dire : Mon Dieu! Il l'a
fait plusieurs fois, il est remis... puis moi, je ne le savais pas. Il y a un
but aussi. Puis ce que certains groupes nous disent, c'est qu'il y a un but en
diffusant le modus operandi, qu'on puisse conscientiser plus largement. Puis je
sais que, pendant nos échanges, on parlait beaucoup des enfants, mais il faut
être prudent, là, ce n'est pas juste les enfants, personnes vulnérables puis
plusieurs possibilités de vulnérabilité.
Alors, oui, on centralise. Ce qu'on
propose, c'est, même principe que certains sites Web qui existent déjà, les
personnes les plus recherchées, et tout, en étant ciblées. Et à l'inverse, M.
le Président, sur les médias, médias sociaux, ce qui est partagé pourrait
amener un autre danger. Ça fait qu'au lieu d'y aller d'une façon, peut-être, qu'on
contrôlerait moins comme État, bien, on pourrait tomber dans les dérives. Ce qu'on
propose, c'est quelque chose qui va être très encadré, avec une reddition de
comptes où, annuellement, on va se poser la question si c'est la bonne chose ou
pas.
Mme Labrie : Parce que je
comprends la...
Mme Labrie : ...du ministre,
puis il nous donne des exemples de... d'agresseurs qui ont des modus operandi,
puis c'est vrai qu'on... puis, ça s'apparente à la fraude, effectivement,
les... l'exemple que donne le ministre. Puis c'est juste que je me demande à
quel point le registre, c'est le bon outil communicationnel pour rejoindre le
plus de gens possible, dans le sens, on sait, par exemple, qu'une personne, son
modus operandi, c'est de se présenter en faisant semblant de vouloir faire des
vérifications à l'intérieur de la maison, par exemple. Bien, il me semble qu'on
rejoint un plus grand public de faire connaître le fait qu'une personne comme
ça est en liberté, puis a ce modus operandi là, en... en s'assurant que les
médias diffusent cette information plutôt qu'en s'assurant qu'elle est sur un
site web qui va, en tout respect, vraisemblablement être consulté par beaucoup
moins de gens qu'un bulletin de nouvelles, là, par exemple. Donc, je me questionne
sur l'efficacité du médium choisi, finalement, pour... Parce que ça... ça remet
en question... c'est quoi qu'on attend comme démarche de la part des personnes
du public pour se protéger? L'information n'ira pas vraiment à eux directement
si elle se trouve sur un site web. Elle est accessible, mais elle ne va pas
vers eux, cette information-là. Versus si on s'assure de la transmettre, par
exemple, par communiqué ou avec vos médias, ce que font certaines provinces.
Là, l'information se rend au public sans qu'il n'ait eu à faire une démarche à
part ouvrir la télé ou le journal, là, disons, la radio. Donc, c'est...
j'aimerais entendre le ministre là-dessus, sur le choix... l'efficacité de ce
moyen-là pour rejoindre le plus large public possible, sans que ça repose sur
le public de faire la démarche d'aller chercher l'information.
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président, puis ma collègue a raison, puis j'aime ça, le point qu'elle amène
aujourd'hui, puis je vais utiliser un peu de mon expérience passée, si elle me
le permet. Moi, je me rappelle très bien d'un... d'un agresseur en série qu'on
avait à Montréal, qui prenait les airs climatisés qu'on met dans les fenêtres,
qui les poussait vers l'intérieur, ce n'était pas très difficile, il faisait
juste la pousser, rentrait dans les maisons pour agresser des gens. Alors,
pendant qu'on était en recherche active, en enquête active, c'était mon job de
porte-parole, ça fait que je peux vous dire qu'on s'est assuré de diffuser
l'information, ça a été fait. Alors, ce que je vais répondre à ma collègue, ça
ne sera pas un ou l'autre, c'est un et l'autre, dans le sens que, pendant la
recherche, écoutez, on faisait du porte-à-porte pour aviser les gens, c'était
un secteur que je ne veux pas identifier, à Montréal, très précis, puis on a
fait du porte-à-porte, on a inondé d'informations. Alors, ma collègue, elle a
vraiment raison qu'il ne faut pas s'empêcher d'utiliser médias traditionnels et
médias sociaux, parce que malheureusement, il y a des gens qui nous écoutent à la
maison, mais beaucoup qui vont plutôt sur les médias sociaux plutôt que les
médias traditionnels, ça fait que ça, je suis d'accord, les deux.
• (12 h 10) •
Tantôt, je me suis engagé, avec ma
collègue de l'opposition officielle, de regarder ce qu'on avait trouvé comme
comparable et l'information sur le nombre de visites, les gens qui
s'intéressent à ça, on va la trouver. Ça fait que ça, c'est intéressant. Puis,
pour répondre à ma collègue, moi, je me rappelle d'une époque où il y avait un
canal qui s'appelait Avis de recherche, avec M. Vincent Géracitano,
Vincent, si tu nous écoutes aujourd'hui, t'étais un grand leader, une personne
qui avait commencé un canal qui était dédié, au quotidien, aux avis de
recherche, à la prévention et tout. C'était merveilleux. Mais malheureusement,
une décision qui a été prise par une commission qui s'occupe de la
radiotélécommunication et ça... ça c'est terminé. Mais c'était surprenant de
voir les gens qui écoutaient ce canal-là. Au quotidien, ce qu'on voyait,
c'était des gens recherchés, des gens qui avaient fait des crimes, c'était un
canal de télévision qui était dédié à ça à temps plein. Puis au début, moi...
premièrement, comme tout policier, j'étais très sceptique à son approche,
j'essayais de comprendre pourquoi il voulait faire du bien. Excusez, c'est mal
fait, mais on a ce réflexe-là, pour finalement découvrir que c'était juste une
bonne personne qui avait de bonnes intentions. Puis on a été surpris de voir à
quel point les citoyens regardaient ça, ce que j'essaie de dire à ma collègue,
c'est la même chose que je vais dire dans d'autres dossiers, en violence
conjugale, il n'y aura jamais une solution, je vais être fatiguant, je vais le
dire souvent, pour passer l'information, médias traditionnels, médias sociaux,
le site. Moi, je sais très bien, quand on regarde les gens les plus recherchés,
les criminels les plus recherchés, les 10 plus recherchés, c'est un site qui
est consulté. Info crime, lui aussi. Je pense qu'il faut mettre une... j'étais
pour dire une farandole... plusieurs outils pour que les citoyens soient au
courant. Cela s'ajoute... mais vraiment, en voyant les chiffres des autres
provinces, je pense que ça va nous répondre aussi. Mais ma collègue a raison,
ça s'ajoute à d'autres façons de communiquer aussi, mais en enquête active,
juste pour qu'on soit clairs, là, on ne parle pas de ça, là. On ne parle pas
d'un agresseur en série qu'on recherche. Ça, je veux dire, en enquête active,
on va tout faire, on va faire du porte-parole, puis même qu'au milieu, on a un
travail. Après ça, la personne est arrêtée, elle fait du temps. Je vous donne
un exemple : Quelques années, 10, 12 ans, là, est-ce que vraiment, on l'a
dans la mémoire collective? Absolument pas. La personne, elle pourrait être
libérée... Je veux que les gens comprennent, là. Le crime est fait, la personne
est arrêtée, se retrouve avec une sentence. Pendant sa sentence, la personne
non seulement ne fait rien, le délinquant non seulement ne fait rien pour
aider, puis peut-être même se radicalise, puis clairement, il dit qu'il a des
pensées très négatives envers les femmes. Exemple, c'est un exemple que j'ai...
que j'ai connu, puis là, on est sur le point de le libérer, puis les...
M. Lafrenière : ...les
professionnels du milieu disent : Cette personne, clairement, il n'est pas
mieux qu'il était quand il est arrivé, puis même, il est encore pire. C'est
vraiment cette clientèle de délinquants à haut taux de récidive qu'on s'adresse
et non pas à la population en général. Et ça ne veut pas dire que l'autre crime
est plus acceptable, je vais vous dire ce qu'on s'adresse là, c'est vraiment
des gens qui sont soit des personnes qui l'ont fait en série ou que... selon
les spécialistes puis le comité d'experts. Mais il y a tellement un haut taux
de récidive qu'on est rendu là comme population.
Mme Labrie : Puis je vais
reprendre... ma collègue a souvent abordé l'enjeu du P-38 ici, puis, bon, ça
relève plus du ministre des Services sociaux, là, cette révision-là du P-38.
Mais, quand le ministre parle d'exemples comme celui-là, il nous a donné plus
de détails en privé. Je ne vous demande pas de donner plus de détails ici sur
l'exemple qu'il a en tête, mais, bon, on parle de personnes qui ont des propos
qui portent à croire qu'ils veulent porter atteinte à l'intégrité de quelqu'un,
sans donner de détails sur ce genre de situation là, en soi, est-ce que ça, ce
n'est pas suffisant d'avoir un professionnel qui constate que la personne est
une menace pour quelqu'un d'autre, pour pouvoir utiliser cet outil-là de P-38
pour intervenir, plutôt que de le remettre en liberté. Je me demande comment
c'est utilisé dans des situations comme ça.
M. Lafrenière : Deux bons
points...
Le Président (M. Schneeberger) :
Il reste...
M. Lafrenière : Oh! Excusez.
Le Président (M. Schneeberger) :
Allez-y.
M. Lafrenière : Non, non,
j'étais parti dans votre offre de...
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui, oui, il n'y a pas de problème. C'est bon.
Une voix : ...
M. Lafrenière : Oui, peut-être,
peut-être qu'on joue trop vite au ping-pong, mais merci pour la question, puis
ça me permet de répondre à P-38 P-38, pour les gens qui nous écoutent à la
maison, qui est un outil extrêmement important pour les policiers, pour les professionnels
de la santé, pour prendre quelqu'un, le restreindre et l'amener à avoir des
soins. Et, M. le Président, il y a de cela trois semaines, j'ai rencontré des
associations, des représentants de proches, de personnes malades, pas de
victimes, de personnes malades puis ils nous ont dit : Souvent, on entend
les groupes parler en notre nom, des avocats qui disent : Les personnes
malades ont des droits, tout ça. Et eux, ils ont vécu avec un proche qui soit a
commis l'irréparable, qui a commis un crime ou soit qui a attenté sa vie. Et
ils disaient : Ces personnes-là, ces personnes malades là ont aussi le
droit de se faire soigner. Puis, quand ça ne va pas, tu n'es peut-être pas en
position de prendre une décision à savoir que tu veux te faire soigner ou pas.
Il faut trouver le juste équilibre entre ça puis forcer tout le monde à
recevoir des soins. Puis on sait où on ne veut pas aller. On se rappelle que,
dans un passé, on faisait interner des gens qu'on aimait moins un peu. Alors,
il ne faut pas aller là, mais, d'un autre côté, il faut amener les bons soins à
ces personnes-là qui ne sont pas en position pour prendre la décision.
Ma collègue la ministre de Santé est
prête. Elle a préparé ce dossier-là, parce qu'il est extrêmement important.
C'était notre collègue députée de Taillon qui l'avait piloté, qui avait
rencontré plusieurs groupes, et j'ai eu de très bons échos sur le terrain,
autant du milieu policier, que du milieu des proches. Alors, je veux rassurer
tout le monde, ça, il faut agir là-dedans. Cependant, et moi aussi, j'ai
toujours espoir que l'humanité soit bonne, les gens sont soit gentils ou sinon
c'est parce qu'ils sont malades. Il y a peut-être un troisième cas aussi, puis
je ne veux embarquer dans un défi de sociologie ou essayer de voir pourquoi ces
gens-là commettent ce type de crime là, mais oui, il y a des problèmes de santé
mentale, puis oui, il y a des gens, puis... une façon polie de décrire, qui
sont peut-être moins facilement récupérables.
Alors, ma collègue a raison, quand on parlait
tantôt de plusieurs outils, d'une panoplie d'outils possibles, l'évaluation de
la santé mentale, ma collègue a raison. À l'intérieur des murs, surtout quand
on parle d'une sentence fédérale avec plusieurs années, il y a des soins qui
peuvent être donnés, il y a de la formation, il y a la réhabilitation. Je vous
le dis, j'y crois. Les cas comme ça, quand on arrive à la fin, puis on dit
Écoutez, cette personne-là, il n'y a pas nécessairement d'autres soins qui
seraient arrivés à ça. Les professionnels nous l'évaluent en disant :
Voici tout ce qui reste, mais, je veux rassurer tout le monde, le P-38, il faut
agir là-dessus. Les policiers le demandent, les proches des victimes le
demandent.
Moi, M. le Président, je me rappelle très
bien, dans le secteur centre-sud de Montréal, m'être présenté à un endroit où
la maman dormait avec la porte verrouillée de l'intérieur, parce que son fils
plus âgé vivait avec elle. Puis, un soir, dans une panique incroyable, il a
pensé que sa mère était le diable, puis il l'a battue à coups de bâton de
baseball. Puis cette dame-là vivait dans ce stress-là à tous les jours. Puis,
quand on la voyait, elle voulait tout son garçon. Mais comme il ne voulait pas
être soigné pour prendre ses médicaments, il est arrivé l'irréparable. Mais,
bref, c'est une grosse pression sur les proches, sur les familles. Puis j'ai
bien aimé, moi, entendre des proches, venir dire. On parle souvent de prévenir
les droits des personnes malades, c'est vrai, mais ils ont le droit d'être
soignés. C'est même... moi, comme policier, ce n'est pas un élément que j'avais
entendu de proche. Puis j'ai trouvé ça fort intéressant, puis, oui, il va
falloir aller là-dessus, absolument.
Mme Labrie : Mais je le dis,
parce que le ministre nous présente d'emblée son registre comme étant la
solution ultime, tu sais, quand tout a été... une des solutions ultimes, quand
tout a été essayé puis que là, la personne, mais elle a purgé sa peine, bon,
elle a purgé sa peine, donc, elle doit être remise en liberté. P-38, tu sais,
c'est quelque chose qui est utilisé quand on suspecte que la personne pourrait
se faire du mal à elle-même ou faire du mal aux autres. Ça fait que je
comprends qu'il y a plein de gens, probablement, qui sont habiles, cachent
leurs intentions, se comportent comme s'ils n'allaient pas faire de mal à...
Mme Labrie : ...personne,
et puis, donc, c'est difficile de voir qu'ils ont des intentions malfaisantes,
mais il y en a aussi, puis le ministre a des exemples en tête, de personnes qui
ont des propos qui permettent de voir que la personne, elle a l'intention de
commettre du mal, elle le dit ouvertement, là. Dans ce temps-là, est-ce que ce
n'est pas justement un des derniers outils qu'on pourrait utiliser avant de
remettre la personne en liberté? Tu sais, quand la personne, elle est
explicite, là, sur son intention de «recommettre» un crime, donc, le motif du
P-38 il est atteint, là, dans le sens, la personne, elle dit qu'elle veut nuire
à quelqu'un.
Une voix : ...
Mme Labrie : Oui, mais c'est,
en soi, il me semble que c'est quand même... je comprends que c'est santé
mentale le P-38, mais c'est utilisé quand la personne... tu sais, si on a une
personne qu'on va remettre en liberté après la fin de sa peine puis cette
personne-là dit : Je vais aller me lancer en bas d'un pont. On va
l'utiliser parce qu'on sait que la personne va porter atteinte à sa propre vie.
Donc, on va se servir de cet outil-là. Si la personne dit : Je veux aller
régler son compte à la personne qui m'a fait mettre en prison, par exemple,
bien, pourquoi on ne peut pas utiliser le même outil? Dans le sens que ça
devient faire du mal à quelqu'un, ça devient aussi un enjeu de santé mentale,
là, à un certain point, là. Ce n'est pas nécessairement qu'il y a un
diagnostic, mais ce n'est pas normal comme comportement non plus, là. Une
personne qui est saine d'esprit ne fait pas ça.
Donc, moi, je me demande, cet outil-là,
est-ce qu'il fait partie des outils qu'on utilise quand vient le temps, là, de
remettre en liberté quelqu'un qui représente un danger aux yeux des personnes
qui la côtoient depuis les dernières années?
M. Lafrenière : Je pense
ma collègue exprime bien ce qu'on veut dire par «filet de dernier recours»
quand justement... Parce qu'on s'entend, surtout dans une peine fédérale, je
dis une peine fédérale, parce que ceux qui ne le savent pas, pour la prison,
c'est deux ans moins un jour, fédéral, c'est plus de deux ans. Quand la
personne a fait du temps au fédéral, qui a eu les soins qu'elle aurait pu
avoir, puis on s'entend, elle est déjà restreinte. Ça fait que si on voulait
lui donner des soins, elle est déjà dans un environnement, elle pourrait avoir
les soins. Quand tout ça a été fait... puis finalement, ce n'est pas une menace
ciblée vers une personne, parce qu'il y a des ordonnances qu'ils pourraient te
donner, hein, si...
Mme Labrie : Il faut que
ce soit ciblé vers une personne?
M. Lafrenière : ...Si le
délinquant à l'intérieur dit : Vous savez, moi je veux, je veux m'en
prendre aux personnes, aux policiers, aux avocats, aux juges qui m'ont fait
rentrer ici. Bien là, il y a des... possibles. Moi, je pense que, quand tous
les recours ont été essayés, quand tout a été tenté... Puis c'est pour ça qu'on
parle quand même d'un très petit nombre. Pourquoi? Parce qu'il y a beaucoup
d'autres mécanismes, beaucoup d'autres outils qu'on peut utiliser. Il y a de la
probation et des suivis qui peuvent être faits. On parlait du 810. Je ne veux
pas le démoniser, le 810, c'est-à-dire de... un engagement de garder la
peine... de garder la paix, d'avoir une bonne conduite. C'est un bon outil qui
fonctionne pour beaucoup de monde.
Rappelons-nous le nombre de crimes qui
sont commis avec le petit nombre qu'on vient présenter aujourd'hui. Ça fait
qu'il y a beaucoup d'autres outils, mais quand tout ça fait un «fail», n'a pas
donné les résultats, comme société, c'est ce que j'appelle le filet de dernier
recours, mais ma collègue a raison : santé mentale. D'autres approches qui
peuvent être faites, oui, mais là, on parle vraiment des cas, sans donner des
détails lugubres ou sordides, qui peuvent arriver. Je pense que les modus
operandi vont aussi guider la population quand elle va voir quel genre de
personnage qu'il s'agit. Ce sont des tristes sires, oui, puis c'est très limité
comme nombre de personnes.
• (12 h 20) •
Mme Labrie : Puis c'est
juste pour terminer parce que ma collègue veut revenir, je pense, mais est-ce
que je comprends, de ce que le ministre nous dit, qu'un P-38 dans une situation
comme celle-là peut être utilisé juste si les menaces sont ciblées envers une
personne en particulier? Si c'est trop général, ce n'est pas une démarche qui
peut être utilisée, c'est ça?
M. Lafrenière : ...encore
là, je voulais donner les bons détails...
Mme Labrie : C'est une
question de compréhension, là, oui.
M. Lafrenière : ...Oui,
puis c'est très technique. Le P-38 me permet comme policier de prendre
quelqu'un contre son gré pour l'amener suivre des soins. Dans un milieu
correctionnel, il est déjà dans un environnement où il est là contre son gré,
majoritairement.
Mme Labrie : Mais ça ne
peut pas permettre de le garder?
M. Lafrenière : Non, mais
il peut avoir... Ah! le garder, ça dépend des évaluations psy qui ont été
faites. Puis comme je disais à ma collègue, bien que j'aimerais, moi aussi,
croire au bien-être de l'humanité puis de dire : Si quelqu'un veut
commettre un crime de ce type-là, c'est juste parce qu'il est malade, il y a
des cas où ce n'est pas nécessairement la maladie. Puis je ne veux pas
embarquer dans ce débat-là, c'est sensible, là, mais vous comprenez, il y a des
cas où c'est la maladie qui peut l'expliquer, il y en a d'autres que ce n'est
pas nécessairement la maladie.
Le Président (M. Schneeberger) :
Bon...
M. Lafrenière : Bien que
ce soit sordide.
Le Président (M. Schneeberger) : Là,
on est dans une discussion très générale du projet de loi en lien avec le
registre, par contre, question de procédure, je vais vous redonner la parole,
Mme députée de Westmount—Saint-Louis, inquiétez-vous pas, mais question de
procédure, normalement, on doit toujours discuter de l'article que l'on va
adopter. Étant donné que l'article 1, il va être adopté à la fin, alors,
peut-être je vous inviterais, je vais vous donner la parole avant, mais par la
suite, vous allez le lire, M. le ministre, la section 1 qui est l'objet du
projet de loi, c'est-à-dire l'article 1.
Alors, je vous donne la parole, Mme la
députée de Westmount—Saint-Louis, et, par la suite, faites la lecture de
l'article 1, M. le ministre.
Mme Maccarone : Moi,
j'essaie de comprendre... Il faut aller au-delà de l'article 1 ici...
Mme Maccarone : …aller à la
section I, article 1?
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui, exactement.
Mme Maccarone : Pourquoi?
Le Président (M. Schneeberger) : C'est
la procédure, c'est à dire que l'article… quand vous avez l'article 1, ça,
c'est l'article 1 de la loi édictée. C'est l'article général qui introduit
tous les autres articles. Et étant donné que lui, il est adopté à la fin, que
l'on a adopté les articles de toutes les sections, lui…
Des voix : ...
Le Président (M. Schneeberger) :
C'est ça. Là, on pourra peut-être avoir des discussions, y revenir. De toute
façon, le ministre a des réponses à vous donner. Je pense qu'il va avoir des
réponses. Mais après ça, j'inviterais le ministre à faire la lecture de
l'article 1 au niveau de la section I, voilà.
Mme Maccarone : Qu'il… qu'il
fait la lecture, M. le Président, puis après ça, je peux prendre la parole, il
n'y a pas de problème. Une question procédurale.
Le Président (M. Schneeberger) : Parfait.
Alors, M. le ministre fait la lecture de l'article, l'objet de l'article 1.
M. Lafrenière : Oui, merci,
M. le Président, de nous guider dans nos travaux, puis j'apprécie la discussion
qu'on a eue avec les collègues, que ça va nous guider dans tout le volet.
Alors, l'article 1 : «La
présente loi a pour objet la divulgation publique de renseignements concernant
certains délinquants sexuels à risque élevé de récidive afin de permettre à
toute personne de prendre les mesures de précaution qu'elle estime appropriées
pour assurer sa sécurité et celle de ses proches.»
Comme commentaire, M. le Président :
le premier article de la loi présente l'objet sur la divulgation publique de
renseignements relatifs à des délinquants sexuels à risque élevé de récidive.
Il présente aussi les fins de la divulgation, soit de permettre à toute
personne de prendre des mesures de précaution qu'elle estime appropriées pour
assurer sa sécurité et celle de ses proches.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, comme je vous l'ai dit, vous êtes… je vous laisse la parole, Mme la députée
de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : C'est gentil,
M. le Président. Merci. Juste au… à la balle au bond de ma collègue, je
trouvais intéressante la recommandation pour le P-38. Je sais que c'est des
éléments qui donnent l'impression que nous sommes à l'écart du sujet, mais pour
moi, c'est tout lié, parce que, si nous pouvons ajouter des solutions, puis on
essaie de trouver d'autres solutions, parce qu'un registre on sait que ça ne
plaît pas nécessairement à tout le monde. Je trouve intéressant. Puis ce n'est
pas vrai qu'on ne peut pas l'aborder dans ce projet de loi, parce que, bon, on
a parlé un peu des angles morts. Il y a des éléments que nous pouvons aborder
comme amendements ou des ajouts d'articles. Ça fait que le… au moins l'élément,
je pense que c'est l'article 8 du P-38 où on parle d'évaluer le niveau de
dangerosité de la personne, mais c'est quelque chose que nous pouvons amender
ici avec le consentement de tout le monde et peut-être évaluer comment que nous
pouvons élargir pour donner plus de pouvoir. Mais cela étant dit, je ne pense
pas qu'on est rendus là. Mais juste pour dire que c'est un élément que nous
pouvons aborder à l'intérieur de ce projet de loi pour être en mesure d'adopter
une loi qui parle de la sécurité et de sentiment de sécurité plus concrètement.
Ça fait que je trouvais intéressant.
Pour revenir même juste au titre ou à
l'article 1 de la section I, je souhaite comprendre pourquoi on
utilise un jargon comme renseignement concernant certains délinquants puis pourquoi
la notion de crimes sexuels seulement. Si je vous lis, et ce que nous avons
entendu, lors des auditions, la criminologue Mme Riendeau, elle nous a... nous
a dit puis elle nous a renseignés, puis je trouvais intéressant, ça fait que,
là, je suis en train de le citer, M. le Président, c'est aussi dans son
mémoire : «Le projet de loi fonde l'inscription à ce registre public sur
un libellé juridique, l'agression sexuelle. Or, le risque réel ne se limite pas
à un chef d'accusation. Alors, prenons deux exemples que j'ai dénomalisés, mais
que vous saurez reconnaître, c'est crime de meurtre et de viol…»
Est-ce que je vous l'ai dit? Je pratique
ce mot-là, M. le Président. Je pratique d'autres mots en passant, «récidive»
parce que c'est difficile pour moi de dire et «réponse» pas «reponse», mais
«réponse». Alors, je garde ça devant moi pour m'améliorer.
Alors, je reprends. Elle dit :
«Prenons deux exemples que j'ai dénomalisés parce que je vous… que vous saurez
reconnaître, ces crimes de meurtres et de viols en série perpétrés par un
couple tristement connu en Ontario. La femme impliquée dans ces événements,
malgré la gravité sexuelle de ses actes, ne figurait pas au registre public
comme tel est prévu, car elle était condamnée d'homicide involontaire. Celui de
Valleyfield jugé en 2025, dans cet événement, un homme avec plus de 80
antécédents suit une femme inconnue à son lieu de travail jusqu'à sa résidence,
l'observe dans un buisson pendant des heures avant de s'introduire chez elle
pendant qu'elle prend sa douche, se rend dans la salle de bain et ouvrir le
rideau de la douche. Malgré ces circonstances de passage à l'acte
préoccupantes, aucune accusation de nature sexuelle n'avait été déposée…
Mme Maccarone : ...contre cet
individu. Alors, la dangerosité se manifeste souvent par des comportements qui
échappent la définition stricte d'«infraction sexuelle». Ça fait que si le
comité chargé de l'inscription n'a pas une capacité d'analyse clinique au-delà
de ceci, qui est plus large, bien, c'est clair, on va échapper des cas qui sont
véritablement préoccupants.
M. Lafrenière : Oui. Merci.
Merci, M. le Président. Merci à ma collègue pour sa question. Puis, je pense,
dans ma réponse, c'était quand on a parlé justement du registre ensemble pendant
les consultations... justement, on essayait d'aller la façon le plus ciblé.
Puis ma collègue a raison, puis Mme Riendeau, qui est venue... qui est venue en
consultations, l'a dit, il y a d'autres types de crimes qui pourraient être
couverts par le registre, c'est vrai... que je lui ai... je suis dans
l'approche étapiste. Si on regarde un extrême du spectre, si on parlerait de
meurtre, exemple, bien, on parle de peine quand même assez élevée. Récidive...
À haut taux de récidive, je ne vous dis pas que c'est impossible, là, mais ce
n'était pas... ce n'est pas ce qu'on ciblait vraiment.
Cependant, les autres crimes... Puis je me
rappelle de Mme Riendeau qui nous parlait aussi beaucoup des 810, donc des
ordonnances pour garder la paix, avoir une bonne conduite, puis on n'a pas eu
la chance d'échanger ensemble. Là-dessus, je n'avais pas la même vision.
J'étais d'accord avec elle que ça venait aider, mais dans l'application et dans
le fait que le 810 par lui-même mettait en échec ou faisait en sorte que les délinquants
répondaient tous à ça, la réponse est non et oui. Dans le sens qu'il y en a...
il y en a plusieurs pour qui cette tape sur les doigts va agir, puis qui
vont... ils vont respecter la paix, ils vont... avoir des bonnes conduites,
respecter la paix, tout ça. Ça, je suis d'accord. Mais c'est pour les autres
cas qu'on vient ici.
Puis, quand ma collègue me demande
pourquoi on est allé spécifiquement avec «certains délinquants sexuels», parce
que ce ne sera pas tout le monde, au final. On comprend très bien, c'est les
délinquants sexuels avec un haut taux de récidive. Il faut... Il faut
additionner tout ça ensemble, délinquants sexuels avec haut taux de récidive.
Et, par la suite, on dit «certains». Pourquoi? Parce que selon le comité qui
sera mis en place avec nos cinq experts... puis là, en entendant les groupes,
il y aura peut-être une personne invitée aussi, c'est-à-dire le policier où a
été commis le crime, où il va aller rester... Bref, on va en reparler dans
notre registre, mais ces personnes-là vont évaluer avec tout ce qu'on mettra de
façon réglementaire en place, qui va se retrouver sur le registre. Ce ne sera
pas tout le monde. Ce ne sera pas d'office. Tous les délinquants sexuels ne se
retrouveront pas sur le registre. Tous les délinquants sexuels à haut taux de
récidive ne se retrouveront pas sur le registre. On va... On a vraiment un
entonnoir pour que ce soit certain. Est-ce qu'après un an, deux ans, on
pourrait se dire comme société : Écoutez, on l'a mis en place, finalement,
nos craintes, puis on a des craintes de part et d'autre, ne se sont pas
avérées, est-ce que ça pourrait être élargi? Peut-être. Mais on commence
vraiment de la façon la plus pointue.
Et je veux rassurer ma collègue qui... qui
pratique un terme. Moi, en anglais, j'essaie de dire «simultaneously» puis j'ai
beaucoup de misère, ça fait que je le dis souvent.
Mme Maccarone : «Simon what?»
M. Lafrenière : Simultanément.
Je vais le dire en français.
Mme Maccarone : Ah!
«simultaneously».
M. Lafrenière : Tu vois,
c'était tellement mauvais qu'elle ne l'a pas compris.
Mme Maccarone : Je suis
désolée!
M. Lafrenière : Je continue
de pratiquer.
Mme Maccarone : C'est bon. C'est
bon. Même moi, je suis preneur pour les expressions francophones, j'essaie de
pratiquer ça. Je sais que ma collègue a déjà eu des expériences avec moi en
commission parlementaire. Ça fait que j'essaie de pratiquer. Ça fait que je
suis prête pour des défis!
Là, j'entends ce que le ministre a dit,
mais là, j'essaie de comprendre pourquoi. Pourquoi pas «tous les délinquants
sexuels à risque élevé de récidive»? Pourquoi pas tout?
• (12 h 30) •
M. Lafrenière : ...contrairement
à moi, quand elle, elle le dit, moi, je comprends. Ça fait que c'était beaucoup
plus clair que moi.
Mme Maccarone : Parce que je
veux dire «récidiviste», c'est plus facile pour moi, mais c'est «récidive».
Mais pourquoi pas tous d'abord? S'ils sont évalués à haut risque élevé, bien,
comment ça se fait qu'il y en a qui ne feront pas partie de la liste? J'essaie
de comprendre comment qu'ils vont faire cette analyse. C'est... Avec tout le
respect que j'ai pour les grandes têtes qui vont faire partie de ce comité.
M. Lafrenière : Oui.
Rappelons-nous, M. le Président, des différents groupes qu'on a consultés. Il y
en a qui nous ont dit : Le danger ou l'effet pervers de cette mesure,
c'est pour la réinsertion, ça devenait très difficile. Puis là on a dit tantôt
qu'il y a certains cas, sans méchanceté, qu'on met de côté en se disant :
On y croit plus ou moins, nos spécialistes vont l'analyser puis ils croient
plus ou moins à la réinsertion, mais dans d'autres cas, on pourrait croire à la
réinsertion en disant que la personne a fait... oui, il y a un haut taux de
récidive, parce que cette personne-là a fait des choses dans le passé, elle
s'est investie. Puis là j'essaie de donner des cas de figure, là. On ne partira
pas une généralité avec ce que je vais dire aujourd'hui. Il a pu s'investir, a
pu faire des choses et nos cinq experts... C'est pour ça qu'on se met un
«safety» en disant : Ce ne sera pas d'office. Si tu as un haut taux... Tu
sais, si tu as été mis dans les délinquants sexuels à haut taux de récidive, tu
es fait, là. Tu rentres en dedans puis, à ta sortie, c'est sûr, tu te retrouves
sur le registre. On veut que les gens aient un espoir de dire : Je peux me
corriger, je peux changer ma façon d'être, je peux embarquer dans les suivis,
dans les thérapies, peu importe. Moi, j'ai... Puis, je vous dis, même comme
policier puis comme papa, moi, j'ai espoir qu'il y a des gens qui passent dans
le système carcéral, puis qui en ressortent, puis qui ne reviennent jamais,
puis qui se comportent bien après. Il faut laisser l'espoir à ces gens-là de
corriger, de changer leur façon d'être. C'est pour ça qu'on ne veut pas arriver
avec un entonnoir en disant...
12 h 30 (version non révisée)
M. Lafrenière : ...tu rentres
là... Puis, en passant, je veux prendre un petit détour deux secondes, M. le
Président. Certains me disaient : Pourquoi ce n'est pas au moment de la
sentence qu'on vient dire à l'individu : Tu vas te retrouver sur le registre
à la fin? Bien, parce que c'est comme donner... puis je vais comparer avec nos
amis américains qui donnent des deux, trois sentences à vie, les personnes qui
rentrent là, ils n'ont aucune raison... écoutez, ils savent qu'ils vont mourir en
dedans.
Ça fait que nous, le registre, la manière
qu'on le présente... parce qu'il y a un registre qui est non public, qui existe,
puis là les gens vont être inscrits par le juge. Parce qu'au moment de la
sentence, il dit : Écoute, ce que tu as commis, là, c'est assez grave que
tu vas être fiché. Mais, à la fin, là, quand je parle du dernier filet, c'est à
l'avance. On dit : Avant même que tu fasses 12 ou 15 ans, on te le
dit, selon nous, tu ne reviendras pas comme du monde, ça va être... On ne laisse
aucune chance pour ces cas-là de vouloir s'améliorer. Puis quand on parlait de
réinsertion puis des gens qui peuvent changer leurs comportements, c'est là que
j'en suis. Puis c'est un policier qui vous parle de réinsertion puis de revenir
dans le chemin droit. Puis j'y crois, il y en a qui peuvent le faire.
Ça fait que nous, on veut le mettre superciblé.
Les gens qui méritent toutes les opportunités qu'ils auront eues à l'intérieur
des barreaux vont rester dans cet état-là à la fin. C'est pour ça qu'on parle d'un
petit nombre. Malgré des milliers de personnes qui sont incarcérées, petit nombre
à la fin. On dit : Ceux-là, on a tenté, il y a eu des programmes, il y a
eu des soins, il y a eu tout ce qu'on pouvait imaginer, puis non, ça ne passe
pas.
Mme Maccarone : Oui, mais ça,
ça veut dire qu'ils n'auront pas la même définition, parce que, si on fait tout
ce travail-là à l'interne puis on dit : On travaille sur soi-même, ils se
sont améliorés, bien, ils ne sont plus nécessairement à haut risque élevé. Ça
fait que c'est des délinquants sexuels, mais peut-être risque de récidive, mais
pas nécessairement un haut risque élevé. Ça fait que, pour moi... c'est pour ça
que je ne comprends pas, parce que c'est clair, si on a un haut risque élevé,
bien, on est un haut risque élevé. Puis c'est ça, cette liste-là, ce n'est pas
certain, tout le monde... Puis, si on doit faire un registre, bien, ce n'est
pas des sémantiques, là, c'est... Vous êtes identifié comme un délinquant
sexuel à risque élevé de récidive, c'est clair, vous faites partie de la liste,
pas quelques-uns d'entre vous. Vous êtes catégorisé à risque élevé. Si vous ne faites
pas partie de la catégorie risque élevé, mais vous êtes un délinquant, bien, je
comprends, ça va prendre une réflexion. Ils ne feront peut-être pas partie de
cette liste-là, mais c'est parce qu'ils n'ont pas la même étiquette. C'est pour
ça que je ne comprends pas. Moi, je supprimerais le mot pour «certains».
Vous êtes un délinquant au risque élevé, vous en faites partie. Je ne trouve pas
fou, mettons, si les États-Unis, ils disent : Bien, ça va faire partie de
la sentence. On peut dire : Bien, peut-être ça fait partie de... genre, c'est
une possibilité. Il faut que ce soit quelque chose qui est utilisé comme une
mesure corrective pour la personne. Je ne sais pas, mais je ne comprends pas
cette explication.
M. Lafrenière : Oui. Puis je
comprends ma collègue de ne pas comprendre parce qu'effectivement, en passant, quand
je suis arrivé en poste, les gens me disaient : Ah! tu dois connaître le
carcéral. Moi, comme policier, j'allais reconduire les gens puis je ne connaissais
absolument pas le système carcéral. Puis j'ai découvert récemment, lors de mes
visites... puis on était ensemble dans une visite, mais il y a toute l'échelle
de classement quand les personnes... puis là on parle plus du côté fédéral avec
des sentences plus longues, là, ils sont classés. Mais oui ils sont classés
quand ils arrivent, M. le Président, c'est-à-dire comment ils étaient à leur arrivée
selon le crime qu'ils ont commis. Mais, à la fin... c'est pour ça qu'on veut
laisser de la latitude à un comité technique, parce qu'eux, là, vont devoir
prendre une décision qui est lourde de sens, M. le Président. C'est-à-dire que
cette personne-là va se retrouver sur un registre public, puis ça, de façon
réglementaire, on veut vraiment mettre des balises.
Alors, oui, s'il a été classé... puis on s'entend
que le classement peut changer, là, s'il a été classé comme un délinquant
sexuel à haut taux de récidive, il est quand même possible, à la fin, que,
malgré tout ça, le comité d'experts, qui ne sera pas nous, qui ne sera pas
juste des cases à cocher... on veut vraiment que ce soit évalué par ces gens-là.
Parce que, oui, ce qu'on met en place comme mesure, c'est une mesure que j'appelle
quand même ultime parce que cette personne-là va se retrouver sur un registre
public. Ça fait que le classement... il peut être classé haut taux de récidive
à son entrée et, à la fin, le comité qui, après 12 ans, pourrait dire
malgré le fait que... Parce que la personne...
En passant, on s'amuse, encore là, on donne
des cas exemples, parce qu'on ne l'a pas fait, mais la personne x, je ne
prendrai pas de nom, là, la personne x rentre, fait un 12 ans. Le juge le
trouve coupable, lui dit qu'il va être inscrit sur le registre des délinquants
sexuels à contrôler. Tu sais, il est inscrit, il est fiché pour... Quand on le classe
dans le correctionnel, on le met haut taux de récidive puis on essaie de l'embarquer.
Parce que, vous savez, il y a des établissements correctionnels qui sont
spécialisés, en tout cas, au niveau provincial, dans le traitement de ces cas-là.
Puis, à la fin, la personne pourrait... après plusieurs années, elle va changer
son comportement et le comité pourrait le réévaluer en disant : Malgré le
fait que ce qu'il a commis, c'était horrible, malgré le... puis compte tenu de
tout ce qu'il a fait comme démarches à l'intérieur, on reçoit les rapports et
tout, on évalue que, malgré ça, avec ce qu'on aura mis en place, vous ne passez
pas dans les critères qu'on a mis pour être diffusé publiquement. Ça serait
possible aussi. On va lui laisser cette chance-là.
Je reviens à la base, en essai, puis on le
regarde, on se dit...
M. Lafrenière : ...moi, le
but, c'est que ça soit le plus pointu possible pour ne pas empêcher des gens de
se réinsérer, de se réinsérer puis des gens qui ont fait des beaux efforts. Je
veux encourager ceux qui veulent s'en sortir, qui veulent corriger ce qu'ils
ont. C'est pour ça qu'on parle de certains parce que... Je le dis encore une
fois, si on est là avec un automatisme, je me mets à la place de cette
personne-là qui rentre en dedans qui sait que la fin va être comme ça, je ne
suis pas sûr que je m'investirais énormément pour changer, puis on jase, là.
Mme Maccarone : Ça fait que,
si je comprends bien, c'est parce que cette étiquette est donnée lors de la
sentence.
M. Lafrenière : Lors du... je
ne peux pas changer les termes, lors du classement, à l'arrivée au centre de
détention, du pén provincial ou fédéral qui sont classés.
Mme Maccarone : OK. Ça fait
que c'est le milieu carcéral qui fait cette évaluation?
M. Lafrenière : Absolument.
Mme Maccarone : Puis c'est
des experts qui font cette évaluation?
M. Lafrenière : Oui. Puis
c'est des gens qui ont une formation, puis il y en a que c'est leur job faire
le classement. Pourquoi? Parce, M. le Président, il y a non seulement... Puis
là on parle d'une étiquette, mais vous comprenez, quand vous arrivez dans un
milieu de vie carcéral, qu'il y a des groupes de détenus qu'on ne mélange pas
ensemble. Ça fait que, oui, il y a des allégeances, puis ça, on l'a vu, il y a
plus que ça, il y a certains crimes qui, même à l'intérieur des barreaux, ne
sont pas acceptés, pas acceptables. Ça fait que ces gens-là ne sont pas mis
avec la population en général. C'est ça, le classement, mais c'est pour ça
qu'on le met à la fin, encore une fois. Tu sais, on dit : Il y a un
premier classement qui est fait quand il arrive, il y a un juge qui lui a donné
une sentence, un classement qui est fait par le personnel carcéral, mais, à la
fin, on met un cinq experts, peut-être six, peut-être sept, on en reparlera,
qui va évaluer ça, qui va faire un tri pour qu'on vienne de plus pointu. Un
collègue dit : Est-ce qu'on pourrait aller plus largement? La réponse,
c'est oui. Puis c'est moi qui dis : Commençons petit, évaluons les effets
sur la communauté, la société que nous sommes. S'il faut élargir, ce sera
beaucoup plus facile que de dire : Oui, on s'est trompé. C'est allé
tellement large que ça a eu des effets pervers. Ce que je nous propose, c'est
d'y aller plus ciblé puis, au pis aller, d'ouvrir et non l'inverse, parce que,
si on fait des torts, c'est des torts qui vont être majeurs.
Mme Maccarone : C'est plus
clair. Juste, dans ma tête, ce n'était pas au début du processus, c'est quelque
chose qui est une étiquette puis il est évalué à la fin. Ça fait que, je
comprends, on a cette étiquette, mais ce type... puis là on pourra jaser des
heures, puis des heures, puis des heures par rapport à le milieu carcéral, là.
M. Lafrenière : Ah! je ne
suis pas sûr... pas un spécialiste, pas un spécialiste.
Mme Maccarone : On a des
choses à changer puis on a de graves problèmes dans le milieu carcéral, il a
vraiment besoin de l'amour, entre nos agents correctionnels qui font face à
beaucoup de défis, beaucoup, beaucoup, beaucoup de défis. Cela étant dit,
est-ce que ce type d'évaluation se fait pendant toute la sentence, pendant tout
le temps qu'ils sont incarcérés? Bien... Puis on voit une progression qui va
aider peut-être le comité à prendre une décision?
M. Lafrenière : Puis quand...
Puis tantôt je ne voulais pas être méchant quand j'ai répondu : Je ne
pense pas, dans le sens que c'est un monde en soi. C'est... Moi, je commence à
découvrir en faisant les visites. Puis, comme je vous dis, il y avait un faux
sentiment où la population disait : Une police doit connaître le carcéral.
La réponse, c'est : Absolument pas. Moi, j'agissais avant, mais, cette
partie-là, je ne la connaissais pas puis... Non, je vous le dis, c'est
intéressant de voir comment ça fonctionne. C'est un monde en soi. Les gens sont
formés pour évaluer, c'est leur job. Moi, je suis allé dans un centre correctionnel
où l'agent de services correctionnels, c'était son travail à temps plein. Puis
c'était très important, il devait libérer des places dans un secteur pour...
Bref, c'est toute une histoire, hein, parce qu'on s'entend que c'est un milieu
de vie puis les gens sont là à temps plein. Ça fait que c'est toute une
histoire. Cependant, l'évaluation se fait de façon continue. Puis là, s'il y a
des questions plus pointues, je pourrais avoir l'information, mais bref, c'est
fait de façon pointue. Bref... Puis là ma collègue avait... avait raison, c'est
au début, mais c'est à la fin aussi. Je veux dire, vers la fin, la raison pour
laquelle cette personne-là, excusez l'expression, va être flaguée, c'est que,
justement, le système carcéral va dire : M. X, qui a fait la sentence y...
puis, vous savez, dans notre projet, là, c'est mentionné clairement, il doit
aviser les services... bien, le correctionnel et la Sûreté du Québec et/ou le
service policier. Il y a un flag, «red flag» qui va être levé à ce moment-là.
Ça fait que, oui, il y aura l'évaluation, mais il y aura aussi les gens qui
sont à l'intérieur qui le suivent au quotidien, qui vont dire : Attends,
ça ne fonctionne pas.
• (12 h 40) •
Mme Maccarone : Le ministre
sait que j'ai un grand intérêt dans tout ce qui est le milieu carcéral.
J'attends toujours l'invitation pour visiter Orsainville, je veux juste dire.
M. Lafrenière : Ça s'en
vient.
Mme Maccarone : Puis on a
visité un... un prison féminine. Ça fait que le correct était très intéressant,
mais j'ose croire que c'est complètement différent quand on parle des... de
l'Orsainville puis ce type de communauté. Alors, j'ai hâte de visiter pour
mieux comprendre. Je pense que ça aiderait aussi dans les échanges. Ça me fait
penser beaucoup d'abord... Parce que, si on fait ceci, est-ce que ces personnes
actuellement... parce qu'on a aussi compris qu'il y a un registre national,
c'est le... qui existe déjà. Est-ce que ces personnes sont déjà, lors de leurs
sorties... S'ils sont déjà évalués, est-ce qu'ils font partie déjà de ce
registre?
Le Président (M. Schneeberger) : M.
le ministre.
M. Lafrenière : Oui. Deux
points, M. le Président, je vais commencer par le point visite. Ça fait que la
réponse, c'est oui. Puis j'invite ma collègue de la deuxième opposition, si
elle veut visiter un centre carcéral aussi, ça me fera plaisir. Pourquoi? Parce
que les agents de services correctionnels, ils font un travail qui n'est
vraiment pas facile. Je tiens à souligner le bon...
M. Lafrenière : ...puis, quand
on a visité ensemble, M. le Président... on était à Leclerc... Les gens
apprécient beaucoup de voir l'intérêt des élus à connaître leur travail. Moi,
je vous le dis, comme policier, c'était un volet que je ne connaissais pas, mais
pas du tout. Je m'intéresse beaucoup à ce qu'ils font. Je me rends compte à
quel point je ne connaissais absolument rien de leur job. C'est vraiment
particulier. Ça fait que l'invitation a été lancée. Une fois que ça,
c'est dit, je veux revenir, puis là je vais... Ça me prendrait quasiment un
tableau, des fois, pour faire un dessin, là, je suis un visuel.
Mme Maccarone : J'aime ça, des
tableaux, faites-en, des tableaux.
M. Lafrenière : Oui, mais ce
ne sera pas beau. Je n'ai pas de talent en dessin. Donc l'individu X, le
délinquant, lorsqu'il est sentencé par le juge, c'est à ce moment-là qu'il sait
qu'il est sur un registre. Alors, le juge lui donne comme sentence... la
sentence, le nombre d'années, et déclare qu'il va être inscrit au registre des
délinquants à contrôler. Ça, il le sait au moment de sa sentence. Et je vous
rappelle que ce registre-là n'est pas accessible au public, mais pas du tout,
il est fiché.
Mme Maccarone : ...
M. Lafrenière : Registre
national, absolument, mais ça, il est... On s'entend que le policier qui va
enquêter cette personne-là plus tard, quand il sera libéré, va savoir que c'est
un délinquant à contrôler, mais ce n'est pas public. Ça, il le sait au moment
de sa sentence.
Ce qu'on propose aujourd'hui avec le
registre, la divulgation publique, c'est à la fin de sa sentence, quand tout
est fait, quand tout a été tenté, puis je reviens encore avec les mêmes
explications, donc, au bout de sa sentence, son 10, son 12 ans... il est sur le
point de retourner sur l'asphalte, on n'aura plus rien, comme société, pour le
retenir. C'est là qu'on met ce filet-là, en disant : : Malgré tout ce
qui a été tenté, malgré la sentence, malgré ci, malgré ça, malgré tout ce qu'on
a tenté à l'intérieur des barreaux, pour toutes les raisons que j'ai évoquées
plus tôt, on a un danger, là, on met ce filet-là. Mais ma collègue... C'est
bon, parce que, pour les gens à la maison, c'est complexe, là. La personne est
sentencée, un crime sordide, le juge lui donne sa sentence, il dit : Vous
allez être inscrit aussi sur le registre. Ça, il le sait à ce moment-là...
registre national, qui n'est pas public, et notre registre à nous arrive à la
fin complètement.
Mme Maccarone : ...c'est le
juge qui décide au début, il n'y a pas de comité.
M. Lafrenière : Absolument.
Non.
Mme Maccarone : C'est le juge
qui décide puis...
Des voix : ...
M. Lafrenière : ...peut-être
l'évaluation.... Écoutez, là, je vous ai répondu non trop vite, mais je veux
juste être clair...
Mme Maccarone : OK, bien, je
vous laisse le soin de valider, là.
M. Lafrenière : ...ce n'est
pas notre comité. Je veux juste mettre ça clair, c'est...
Mme Maccarone : Non, non, je
comprends.
M. Lafrenière : Il y a tout le
volet rapport pré-sentenciel, et tout, puis là je vais dépasser la limite de ma
connaissance avant longtemps, là. Ça fait qu'il y a des rapports pré-sentenciel
qui sont présentés, des évaluations. Puis je veux faire attention, là, je vous
ai dit non, mais ça n'a aucune mesure avec ce que nous autres, on présente
aujourd'hui, c'est vraiment la partie sentence. Ça fait que, normalement, il y
a un pré-sentenciel qui est fait puis il y a des gens qui vont évaluer, mais là
je vais... Je ferme le petit carré de sable en vous disant : J'ai dit pas
mal ce que je connaissais sur ce volet-là, en toute transparence.
Mme Maccarone : Je comprends.
Ce serait bien d'avoir un portrait exact, ça fait que, si jamais on peut avoir
les réponses de comment ça fonctionne, je pense que ça aiderait à comprendre.
Parce que la question, pour moi, c'est... j'essaie de voir, est-ce qu'il va y
avoir des dédoublements? Ça fait que, là, ils vont être inscrits lors de leur
sentence, mais lors de leur libération, est-ce que leur nom est effacé sur ce
registre?
M. Lafrenière : M. le
Président, il n'y a pas de dédoublement. Je sais où vous voulez aller, puis là
je comprends mieux. Pour moi, c'est deux choses complètement différentes. Le
fait qu'il soit inscrit comme délinquant à contrôler, c'est pour les policiers,
quand on parle du suivi possible puis on se dit : Bien, comme individu, il
a commis un crime horrible, on va l'écrire... on va l'inscrire pardon, pendant
plusieurs années, puis les policiers, lorsqu'ils vont l'enquêter... vont faire
une enquête sur un crime x, y, z, puis qui est... du suspect, ils vont savoir
qu'il est inscrit dans un registre, donc qu'il y a un passif là-dessus. Ça, ça
se fait au départ.
Je reviens à ce que je disais. On peut
avoir 10 000 personnes sur ce registre-là puis, à la fin, se ramasser avec
30, 40 cas qui vont être publics. Ça fait que, pour moi, il n'y a aucune... il
n'y a aucune équation entre l'inscription au moment de la sentence puis ce
qu'on voit ici, à la fin. Pour moi, j'appelle ça des cas d'exception. À la fin,
là, c'est vraiment des cas d'exception, mais d'être inscrit au registre, ça
fait partie de la sentence, alors que nous autres, à la fin, c'est de dire que
c'est un filet de sécurité, c'est un safety, c'est l'ultime, qu'on met là, ça
fait que, pour moi, il n'y a pas de lien entre les deux.
Mme Maccarone : OK, ça fait
qu'ils risquent d'avoir leur nom inscrit à deux places.
M. Lafrenière : Une place
privée, une place publique, oui ou non, parce qu'il y en a qui vont être
inscrits au privé puis ils ne se rendront pas au public. Privé, je veux dire
juste pour les policiers, mais ils ne seront pas dans la mesure d'exception
qu'on propose aujourd'hui.
Mme Maccarone : Pourquoi les
policiers municipaux n'ont pas accès?
M. Lafrenière : Ils y ont
accès. C'est juste que le CRP, en partant, c'est de gestion de la Sûreté du
Québec. Puis ce que... là, on va embarquer dans un autre débat, parce qu'on
s'est fait dire aussi : Il faut remettre à jour le Centre de
renseignements policiers du Québec, qui est géré par la Sûreté du Québec. C'est
vrai, mais, comme je disais tout à l'heure, ce n'est pas un catalogue que les
gens peuvent consulter. Je ne peux pas aller voir, de façon préventive, la
liste des gens qui sont inscrits là-dessus, mais lorsqu'une personne est
enquêtée, oui, on peut la voir, puis là je ne veux pas tomber dans les
détails... puis tout ça, là, mais ils peuvent l'avoir. Mais vous comprenez, ce
n'est pas proactif du tout. C'est lorsqu'on fait l'enquête d'une personne.
Mme Maccarone : Oui, je
comprends, ça, c'est le 888... le 8888, là, que les policiers vont... c'est ça.
Puis il me semble qu'on a 200 personnes qui gèrent ceci, ça fait qu'en fait,
vous allez...
Mme Maccarone : ...qui est
mieux que moi. Mais les policiers, quand ils souhaitent avoir l'information,
ils vont composer le 8888, et après il va y avoir quelqu'un qui va répondre,
qui va leur donner de l'information, mais on a à peine 200 personnes qui
font la réponse de cet appel. Ça fait que j'essaie d'imaginer. Tu sais,
j'essaie toujours de comprendre la complémentarité. Pourquoi nous n'avons pas
évalué la bonification du registre national pour avoir une liste
complémentaire, étant donné qu'on a quelque chose qui existe déjà, qu'on sait
est fonctionnel? Parce que, là, on va avoir quelque chose compatible à côté...
on va avoir d'autres personnes. La façon que ça va fonctionner, je comprends
que ça va être public, mais on a déjà quelque chose qui fonctionne, ou bien
peut-être ça ne fonctionne pas, on n'a pas de règlement d'impact. Ça fait que
je ne sais pas si on a fait une analyse de cet outil, parce que ça aussi, on a
entendu, il y a quelque chose qui existe. Est-ce que ça fonctionne? On...
avons-nous évalué la possibilité de faire ceci?
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. Puis ça va me permettre... Parce que je comprends, puis oui, c'est
complexe, puis ma collègue connaît bien, en plus de ça, nos systèmes au SPVM,
ça fait que ça va être simple de parler les mêmes acronymes. Mais,
effectivement, M. le Président, quand on va avec le RMDS, là, avec le registre,
bien, c'est géré par le fédéral. C'est vrai. En bonne enquête... on peut... On
peut avoir l'information, c'est vrai, puis ma collègue n'avait pas tort quand
elle disait que ça cheminait par la Sûreté du Québec, parce que c'est la
personne qui est déléguée pour le Québec pour avoir cet accès-là. Ça, c'est
vrai.
Notre registre qu'on propose aujourd'hui,
le policier, il n'aura pas accès. Donc, s'il enquête au CAPQ, s'il enquête
au... même par le 8888, c'est un registre qui va être disponible sur le
téléphone de Monsieur, Mme Tout-le-Monde, puis le policier aussi. Ça fait que
c'est sur un site Web à ce moment-là. Donc, ce n'est pas sur une base de
données. Parce que, vous savez, M. le Président, que, pour les policiers, avec
la déontologie policière, moi, je ne peux pas aller dans une partie de pêche,
je ne peux pas aller enquêter des noms au hasard en disant : Je connais
telle personne, et voilà. Ça va être sur un site Web qui va être public et non
pas sur la base de données policières, qui est régie par d'autres... d'autres
règles.
Mme Maccarone : Je sais que le
registre a été... Il y a une promesse électorale de la CAQ en 2016. Mais, à l'époque,
la promesse, ce n'était pas à avoir un registre public, c'était partiellement
public. Il y avait des éléments privés. Pourquoi l'évolution? Tu sais, on a
entendu beaucoup de groupes qui ont dit : Est-ce qu'on peut avoir une
considération? Parce que les craintes sont réelles, si les... Il va y avoir un
effet collatéral. Pourquoi avoir toutes ces informations publiques maintenant
et puis ne pas avoir un modèle hybride d'abord?
M. Lafrenière : Je vais
rajouter un élément pour ma collègue, puis je vais être très transparent. Dans
un dernier congrès, la demande était faite que ça inclut violence conjugale, de
façon large. Et j'ai voté contre la résolution, M. le Président. Ça fait que je
ne peux pas être plus transparent que ça. Si vous dites que ça a changé dans le
temps, la réponse, c'est oui. Ça a même changé pour un registre public incluant
violence conjugale, auquel je me suis opposé. Ce que je présente aujourd'hui,
pour moi, c'est quelque chose de beaucoup plus ciblé. Alors, oui, la... ça a
changé dans le temps, oui, les gens ont demandé d'autres choses, ils étaient
rendus à demander violence conjugale, beaucoup plus large registre. Je l'ai
déjà mentionné à tout le monde, mon inconfort. Moi, j'avais dit... je trouvais
qu'on allait trop loin sans faire un premier pas, très, très, très prudent
là-dedans. Moi aussi, j'ai avancé avec les consultations en regardant ce qui se
faisait ailleurs. Ça fait que, oui, ça chemine, oui, avec ce qui se passe dans
l'actualité, des gens réagissent aussi, mais ce qu'on présente, c'est quelque
chose de beaucoup plus ciblé.
• (12 h 50) •
Mme Maccarone : Oui. Bien, je
comprends que, comme militant, il y avait peut-être un vote contre, ça, je
comprends ça. Comme ministre, là, vous avez déjà dit que vous avez une
ouverture pour la violence conjugale.
M. Lafrenière : Pour plus
tard.
Mme Maccarone : Violence
conjugale, pour moi, je vois ça vraiment comme à part, parce que... c'est la
loi... on a déjà eu des discussions, je suis complètement alignée avec... avec
ma collègue.
M. Lafrenière : Juste
préciser, si vous me permettez, je parlais vraiment du registre pour violence
conjugale, qui, pour moi, est vraiment dans la volumétrie, on est complètement
ailleurs, avec d'autres effets pervers, et tout, ça fait que la loi... pour
moi, ça... c'est d'autres choses qu'on va jaser ensemble. Je parlais vraiment
du registre, je voulais juste rassurer ma collègue en disant : Oui, les
gens, avec le temps, changent. Oui, de façon... Dans un congrès, il y a des...
pas un membre, il y a beaucoup de membres qui avaient exprimé leur volonté.
Puis J'ai quand même dit à quel point j'avais un petit inconfort.
Mme Maccarone : C'est la
démocratie, on aime ça. Ça prend des débats avec la société civile pour être
bien orientés comme élus et comme formation politique. Mais moi, ce que je
parle, c'est vraiment... Ce n'est pas ça. Je parlais vraiment de la promesse
2016, ça fait partie de, comme, un document qui a été préparé. Puis on parlait
du registre pour les délinquants sexuels, mais à l'époque on ne parlait pas
d'avoir quelque chose complètement public. On parlait d'avoir un mode hybride.
Ça fait que pourquoi ça, ça a évolué? Pourquoi ça ne faisait pas partie de
votre réflexion aujourd'hui lors du dépôt de ce projet de loi, avec ces
mesures? Pourquoi qu'on n'a pas regardé un modèle qui était plus hybride?
Pourquoi il faut que ce soient ces informations qui sont publiques, en sachant
qu'il va y avoir potentiellement des effets secondaires?
M. Lafrenière : Pour ce qui
est du... puis je n'étais pas là en 2016, malheureusement, là, mais pour ce qui
est du registre hybride, moi, ce que je me suis engagé plus tôt, ça a donné...
M. Lafrenière : ...qu'on a
fait comme comparables, et les six autres provinces sont dans un registre qui
est accessible au public. Mais je vais remettre les documents, je vais remettre
les informations, M. le Président, pour qu'on soit capable de voir ce qu'on a
vu ailleurs.
Le Président (M. Schneeberger) :
Députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci. Bien, je
vais... je suis sur un sujet connexe à l'intervention de ma collègue de tout à
l'heure, là, parce qu'elle a rappelé des exemples qui nous avaient été donnés,
là, par une invitée en commission, puis c'était donc des exemples de personnes
qui étaient dangereuses d'un point de vue de délinquance sexuelle, mais que ce
n'était pas ça, la peine qu'ils avaient eue, c'était, par exemple, pour
homicide ou autres choses. Donc, ma question est assez technique, là, dans le
fond, je crois comprendre que ce qui va permettre d'évaluer si le comité se
penche sur un cas, c'est l'évaluation qui est faite en milieu carcéral, là,
pour catégoriser la personne. Est-ce que le milieu carcéral a cette
capacité-là, par exemple, si la personne, sa peine, c'est pour homicide, là, il
n'y a pas eu... il n'y a pas d'accusation... Parce que, tu sais, des fois, il y
a des fois des négociations aussi, hein, entre les avocats... de la couronne,
de la défense, à la fin, des fois, il pouvait en avoir des accusations de
nature sexuelle qui ne sont pas restées à la fin du processus. Est-ce que le
milieu carcéral a cette capacité de catégoriser une personne comme à risque de
délinquant sexuel élevé, même s'il n'y avait pas une peine en lien avec ça?
M. Lafrenière : Question très
pertinente auquel je vais répondre toute transparence, non.
Mme Labrie : OK, mais je pense
que c'est important, parce que je comprends quand le ministre dit : Je
veux commencer avec un registre qui va être restreint, je ne veux pas toucher
d'autres types de crime, OK, sauf que, si l'objectif, c'est d'avoir un registre
pour les personnes à risque élevé de délinquance sexuelle puis de récidive, il
faut que, peu importe la peine, je vous dirais, s'il y a un risque de
dangerosité élevé par rapport à ça, il faut que cette personne-là puisse être
évaluée par le comité.
M. Lafrenière : Excusez-moi,
je suis... de ce que ma collègue amenait, parce que sa réflexion, elle est très
bonne. Puis je ne crois pas au «wishful thinking» qui est de promettre de quoi
qui n'arrive pas. On va faire nos vérifications diligentes avec le service
correctionnel, voir si c'est possible.
Mme Labrie : OK.
M. Lafrenière : Parce que je
comprends, en passant, je comprends très bien ce que ma collègue dit, puis elle
a raison, puis on le vit dans d'autres genres de dossiers où, finalement, la
personne plaide coupable à d'autres choses. Je comprends très bien ce qu'elle
dit, mais je veux dire les vraies choses, je veux vérifier avant de donner un
engagement qui ne se réaliserait pas sur le terrain. Parce qu.il y a cette
capacité-là de partir d'un autre type de crime, de dire : On inclut, ce
serait quoi, les capacités, ce serait quoi, le spécialiste. Je m'engage à faire
un retour là-dessus, M. le Président.
Mme Labrie : Je pense que ce
serait important.
M. Lafrenière : La question,
elle est bonne, je veux juste revenir, la question, elle est bonne, mais, cependant,
comme je disais qu'à prime abord, notre volonté, c'est de commencer puis de
voir si on doit élargir plus tard, je pense que ça peut se faire. Je pense
qu'il va avoir des questionnements que certains groupes pourraient amener en
disant : Si ce n'est pas une sentence qui a été donnée en matière
sexuelle, exemple, puis là ça revient à ce que la collègue de l'opposition
officielle disait tantôt : C'est quoi, la capacité, la spécialisation des
gens qui vont l'évaluer, tomber dans un autre type de crime que la sentence
pour éviter des dérives? Mais je m'engage à faire un retour. Mais je vous dis,
M. le Président, bien que je comprenne son point, puis il était à propos, si on
devait aller sur le registre, si on devait le mettre en place avec le temps,
tout ce qu'on va faire, je pense qu'il y a une possibilité de le corriger. Je
comprends très bien le point de la collègue, mais je veux m'assurer qu'on ait
la capacité puis justement qu'on n'ouvre pas avec une évaluation qui serait
plus arbitraire un petit peu, vu que ce n'est pas la sentence qui a été donnée.
Mais son point est très, très bon, je comprends ce qu'elle veut dire, mais on
faire un retour, M. le Président.
Mme Labrie : Je comprends,
mais je pense qu'il faut trouver un chemin, parce que, que le ministre ne
veuille pas élargir à tous types de crimes pour toutes sortes de raisons, je
suis d'accord avec ça, là, je comprends son intention par rapport à ça. Mais il
ne faudrait pas que ça nous empêche de faire en sorte que le comité qui va être
créé évalue des dossiers pour lesquels il y a un risque élevé de délinquance
sexuelle puis de rester... Ça fait que c'est plus dans ce sens-là que je le
dis. Il y a sûrement un chemin à trouver pour que... L'exemple qui était donné
était flagrant, là, la personne était connue de... du pays entier, là, pour de
la violence sexuelle grave, puis, au final, ce n'était pas ça, ce n'était pas
ça qui figurait dans son dossier au niveau carcéral. Donc, cette personne-là,
elle aurait échappé au registre. On passe complètement à côté de l'intention du
ministre.
M. Lafrenière : On va le
regarder, on va revenir. Puis, justement, en regardant les exemples, moi, dans
d'autres types de crimes, je comprends très bien ce que la collègue disait, où
les gens plaident des fois... puis ça fait partie du système judiciaire, une
infraction moindre. Mais on va le regarder du côté sexuel, parce que je
comprends très bien ce que les collègues disent, on va le regarder puis je
m'engage à revenir.
Mme Labrie : Parfait. Puis
bon, là, il ne reste pas beaucoup de temps avant qu'on poursuive. Ça fait qu'on
s'attend de rediscuter de ce volet-là. Peut être juste ouvrir une conversation
avant qu'on qu'on suspende, là. Dans l'objet qui est ici, moi, j'ai vraiment un
gros malaise avec la deuxième partie du libellé, quand on mentionne que c'est
«afin de permettre à toute personne de prendre les mesures de précaution
appropriées pour assurer sa sécurité», moi, je pense que cette phrase-là vient
mettre le fardeau sur le public, sur les citoyens. Qu'est-ce qu'on attend
d'eux? Qu'est-ce que ça veut dire si...
Mme Labrie : ...on dit que
dans le registre, il y a une personne qui est libérée en Gaspésie qui pose un
risque, je veux dire, c'est un gros territoire, c'est... je ne comprends pas ce
qui est attendu des gens avec une phrase comme celle-là. Je pense que ce n'est
pas nécessaire de mettre une phrase comme celle-là, les gens se gouverneront en
conséquence, mais je ne vois pas pourquoi, comme législateurs, on viendrait
placer cette attente que les personnes prennent des mesures de précaution
qu'elles estiment appropriées. Je pense que cette phrase-là devrait être
retirée de l'objet du projet de loi, on peut bien créer le registre, les gens
en feront ce qu'ils voudront, mais on ne peut pas, comme législateurs, mettre
ça sur les épaules des personnes qui vont consulter le registre, de prendre des
mesures appropriées. Je trouve ça beaucoup, là. Puis ça a été soulevé par
quelques intervenants quand même pendant les auditions aussi, que c'est là où
il y avait un... il y avait un risque, là, de...
Une voix : ...
Mme Labrie : Bien, oui, parce
que, pour certaines personnes... oui, j'ai des collègues qui soufflent en
autojustice. Pour certaines personnes, prendre les mesures appropriées pour
assurer sa sécurité, ça pourrait être de l'autojustice, effectivement. D'autres
vont... vont s'enfermer chez eux puis arrêter de sortir, là, tu sais. Moi,
je... on... Oui, on se souvient de l'exemple de la pandémie qui était récent,
là, tu sais, il y avait des décrets qui donnaient certaines consignes, il y
avait des recommandations qui étaient données, puis on en a vu, des citoyens,
là, aller bien au-delà puis prendre des mesures qui ont... finalement ont porté
atteinte gravement à leur santé mentale parce qu'ils ne sortaient plus jamais
de chez eux. Tu sais, ça fait qu'à un moment donné, moi, je pense qu'on ne
devrait pas mettre ça là.
M. Lafrenière : Puis, M. le
Président, je suis très sensible à ce que ma collègue dit, parce qu'effectivement
il y a des groupes qui nous ont dit que leurs craintes, une de leurs craintes,
entre autres, c'était de mettre le fardeau sur les victimes éventuelles. D'un
autre côté, M. le Président, c'est l'objectif qui est poursuivi par notre... ce
volet-là de notre... de notre omnibus, c'est de permettre à des gens de mettre
en place des mesures. Mais je comprends très bien ce que ma collègue dit, cela,
on va le prendre en délibéré, on va le regarder parce qu'en le retirant, bien
que je comprenne ce que ma collègue veut, on enlève un petit peu le sens de ce
qu'on fait, mais je comprends ce que ma collègue dit en disant que ça leur met
peut-être le fardeau sur les épaules. On va regarder. Moi, je veux qu'on se
rappelle le pourquoi, ce n'est pas un esprit de vengeance, c'est pour permettre
à des gens de se... Je comprends très bien ce que ma collègue dit aussi.
Mme Labrie : Mais que
l'objectif soit d'informer le public. Moi, ça, je peux adhérer à ça, mais qu'on
vienne dire que c'est pour leur permettre de prendre des mesures de précaution,
non. Moi, c'est là que j'ai un problème. Donc, de rendre l'information
accessible, oui, comme objectif de législateur. Mais ce bout-là, il est très
dérangeant pour moi.
Le Président (M. Schneeberger) :
Députée de Westmount—Saint-Louis avaient quelques mots à dire avant de
terminer.
Mme Maccarone : Rapidement,
parce que je suis 100 % d'accord. Si on fait la comparaison avec la loi
fédérale sur les banques de données concernant les délinquants sexuels à risque
élevé, eux, ils disent : «La présente loi a pour objet d'amélioration de
la sécurité publique pour la création d'une banque de données qui est
accessible au public et contient des renseignements sur les personnes qui sont
déclarées coupables d'infractions sexuelles visant les enfants et présentent un
risque élevé de commettre des crimes de nature sexuelle.» On ne parle pas de ce
qu'on souhaite que ça fasse, tu sais, c'est parce que c'est vraiment subjectif.
C'est que ça peut avoir des dérives. Mais c'est clair, le message, c'est ça,
c'est ça qu'on souhaite faire. Merci, M. le Président, je comprends, on a plus
sa philosophie.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
peut-être vous voulez répondre.
M. Lafrenière : En deux secondes,
j'ai entendu les collègues puis ont travaillé là-dessus. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Parfait.
Alors, compte tenu de l'heure, la commission ajourne ses travaux sine die.
(Fin de la séance à 13 heures)