(Neuf
heures quarante-six minutes)
La Présidente (Mme
D'Amours) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission de l'économie et du travail ouverte.
La
commission est réunie afin de procéder à l'étude du volet Économie des crédits
budgétaires du portefeuille Économie, Innovation et Énergie pour
l'exercice financier 2023‑2024. Une enveloppe de 3 h 30 min
a été allouée pour l'étude de ces crédits.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve) est remplacé par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Économie
Discussion générale
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Nous allons procéder à une discussion d'ordre
général par blocs d'échange incluant les questions et réponses. La mise aux
voix de ces crédits sera effectuée à la fin du temps qui leur est alloué, soit
cet après-midi, vers 16 h 15.
Je suis maintenant
prête à reconnaître une première intervention de l'opposition officielle pour
un premier bloc d'échange. M. le député de Marguerite-Bourgeoys, la parole est
à vous.
M.
Beauchemin : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour à vous tous.
Bonjour, M. le ministre. J'ai une liste exhaustive, là, de plein de sujets que
je veux discuter avec vous aujourd'hui, mais je pense que je vais tout de suite
sauter dans les faits d'actualité, là, qui nous ont apparu cette nuit, en fait,
à propos, là, de... des études qui ont été demandées à KPMG puis à McKinsey. Je
voulais juste comprendre, M. le ministre, pourquoi avoir demandé une seconde étude presque similaire, là, à
McKinsey, par rapport à l'article qu'on a vu, de Thomas Gerbet, là, ce matin.
M.
Fitzgibbon : OK. Bonjour, tout le monde. Bienvenue à l'étude de
crédits. Pour les prochaines heures, ça va être un plaisir. Bien, premièrement,
c'est deux mandats qui sont complètement différents. Le mandat de KPMG est un
mandat pour regarder la relance de certains secteurs spécifiques, entre autres,
je pense à... aux forêts, je pense aussi... il y avait un travail sur l'achat
local. Alors, c'est un mandat qui a été fait en quelques mois, là, de janvier,
février 2022, dans les deux, trois mois qui ont suivi... 2021, je m'excuse.
Après ça, il y a un
autre mandat qui a été donné à McKinsey au courant de l'été 2021, mandat
qui était pour travailler avec nous pour regarder les déterminants qui étaient
importants d'analyser pour toute la question de combler l'écart de richesse que
nous avons avec l'Ontario, les États-Unis et d'autres juridictions qu'on
valorise beaucoup, de faire des études aussi
de marqueurs, d'indicateurs internationaux, chose que nous n'avons pas de
disponible au ministère.
Donc, McKinsey, c'est
un travail de balisage international, de revoir nos stratégies de création de
valeur et d'innovation pour s'assurer qu'on avait les bons déterminants, alors
que KPMG était tout simplement un exercice pour quelques projets spécifiques
pour faire la balance.
M.
Beauchemin : OK. L'article du journal de ce matin mentionnait quand
même qu'il y avait des très grandes similitudes entre les deux études,
justement, le point au niveau de sonder les façons de faire à l'international
semblait être demandé autant par KPMG qu'à McKinsey. Ça fait que vous dites que
c'est... que ce n'est pas le cas.
• (9 h 50) •
M.
Fitzgibbon : Non, le balisage était complètement différent. KPMG a
regardé ce qui pouvait se faire. Je vous parle de l'exemple des forêts, par
exemple, c'est un secteur. Ils ont pu regarder ce qui se fait à l'extérieur du Québec, là, j'en conviens, mais, dans le cas de
McKinsey, ils ont été ailleurs, là, c'est vraiment un démarchage... ou un
balisage, je m'excuse, pour voir, dans des
juridictions comme Israël, comme Singapour, comme la Corée, des juridictions
qu'on respecte beaucoup, quels étaient leurs déterminants à eux pour pouvoir imprégner
l'innovation dans leurs réflexes industriels, regarder avec nos zones
d'innovation. Parce que moi, j'ai toujours dit que ce qui est important pour le
Québec, c'est d'identifier les secteurs
industriels où on peut être des champions mondiaux. Alors, on avait déterminé,
avec l'équipe du ministère des secteurs, qu'on aura voulu valider avec
McKinsey, qu'on avait la... notre prétention était justifiée. C'est deux choses
qui n'étaient pas tout à fait la même chose, là.
M.
Beauchemin : OK. Pourquoi avoir été gré à gré avec McKinsey,
mais pas avec un appel d'offres traditionnel, là, de... appel d'offres,
avec KPMG?
M. Fitzgibbon : On
voulait être efficients, efficaces puis on pouvait le faire en gré à gré. On
n'a pas... On a maintenu les règles. On trouvait que McKinsey connaissait quand
même le gouvernement, avait des bonnes connaissances, ça fait qu'on trouvait
qu'il était approprié d'y aller avec eux. On a respecté les règles, encore une
fois.
M. Beauchemin : Un autre des points
qu'on a vu dans l'article, c'était le fait que, pour l'année fiscale 2019 à 2020, il faisait le comparable en chiffres. Puis
je veux juste avoir votre commentaire là-dessus, c'est... Pour ce qui est
de l'ensemble des dépenses du gouvernement en service-conseil, dans l'ensemble
de toute la machine gouvernementale, la facture était de 3 milliards,
puis, pour ce qui est de la facture, si on veut, des... l'ensemble du haut
fonctionnariat de la machine gouvernementale, on parle de 1,9 milliard.
Trouvez-vous ça un petit peu disproportionnel, un peu, là, l'utilisation
d'autant d'argent pour aller demander conseil quand il y a tout l'appareil
gouvernemental qui ont l'expérience, évidemment, eux autres aussi, là, de la
machine, comment ça fonctionne? Mais il y a quand même... pas presque le
double, mais c'est au moins 50 % plus élevé, là.
M. Fitzgibbon : Je n'ai pas le
détail de ces chiffres-là, mais, tu sais, si vous me demandez mon opinion à
haut niveau, il faut revenir où nous étions. Je ne sais pas c'est quoi, les
chiffres...
M. Beauchemin : 2019 à 2020, avant
le COVID.
M. Fitzgibbon : Non, mais ce que je
veux dire, c'est qu'il faudrait voir les chiffres avant pour voir avant la
pandémie, c'était quoi le ratio, là. Je pense que la pandémie, clairement, a
causé, pour le gouvernement, un désir de bien
faire rapidement, puis on n'avait pas l'expérience, évidemment, comme pas grand
monde ont eu, de toute évidence. Mais, en même temps, tu sais, ces
firmes-là... puis je ne sais pas d'où... où le milliard a été dépensé, là, mais
il y a toutes sortes de firmes externes qui
travaillent avec les différents gouvernements dans le monde, puis ça se passait
live. Alors, moi, je pense que c'était prudent, de la part du
gouvernement du Québec, de profiter de ressources externes. Encore une fois, je
n'ai pas le détail de la différence. Ça, c'est dur de commenter spécifiquement,
là.
M. Beauchemin : Bien, je comprends
dans un contexte où est-ce qu'effectivement on se met dans le contexte de la
pandémie, là, qu'est-ce qui se passe à... dans d'autres coins de la planète.
Ça, ça peut s'expliquer, je suis d'accord. Puis c'est sûr que pandémie, c'est
nouveau. L'appareil gouvernemental n'a peut-être pas toutes les données, là,
mais ils ont des... ils ont des façons de communiquer vers l'externe qui
auraient peut-être pu être faites aussi.
Mais les données au niveau des 3 milliards versus 1,9 milliard, ça,
c'est l'année fiscale avant que le COVID arrive. Donc, c'est... par
rapport à ça spécifiquement, vous, votre opinion sur ça? Parce qu'avant le
COVID il n'y avait donc pas à... comment on deal avec le COVID, là. On ne l'a
pas eu, donc...
M. Fitzgibbon : Il faut dire qu'il y
a eu beaucoup... pas mal eu d'argent qui a été dépensé dans le premier... dans
le dernier trimestre, là. Mais, écoutez, je n'ai pas de réponse. Parce que
c'est sûr que, la fonction publique, moi, j'ai appris à la respecter beaucoup
parce qu'il y a des connaissances, il n'y a aucun doute, mais quand on parle
de... Règle générale, quand on parle de mettre des programmes en place qui vont
toucher la société, je pense que c'est correct de demander l'avis externe. Bon,
la proportion externe-interne... puis on peut questionner, là, le principe.
Moi, je le souscris totalement, de penser qu'on peut tout faire à l'interne,
c'est une vision très, très étroite, je pense. Alors, écoutez, il faudrait que
je regarde plus de détails pour vous donner un commentaire, mais d'emblée, je
pense que ce n'est pas inhabituel de voir ça. Maintenant, dans quelle
proportion...
M. Beauchemin : Bien, je comprends
puis je suis un peu d'accord avec vous que, de temps en temps, effectivement,
ça peut avoir de l'allure d'aller chercher à l'externe, mais c'est juste le...
c'est le ratio, 3 milliards contre
1,9 milliard dans la même année, que ça je trouve quand même extrêmement
significatif, là. C'est juste ça, à un moment
donné, peut-être que... peut-être plus tard aujourd'hui, on pourra avoir plus
d'explications, là, si c'est possible.
Étiez-vous
satisfait de l'étude de KPMG, là, la première étude qui a été gagnée en appel
d'offres à 1 million de dollars?
M. Fitzgibbon : Écoutez, ça nous a
donné certains points de repère pour une relance dans certains secteurs. En
fait, tous ces rapports-là ont une valeur. Tu sais, c'est dur
d'attribuer : Ça vaut-tu 1 million, ça vaut-tu 300 000 $? C'est un jugement qui est très, très, difficile à
porter. Mais je pense que j'ai été satisfait de ce qui a été... est sorti de
là, comme j'ai été satisfait aussi avec les rapports de McKinsey.
Puis, de toute évidence... bien, pas de toute
évidence, mais je peux confirmer aussi que ce sont des recommandations, ce sont
des faits, mais que les décisions sont toujours prises par le ministère. Ça
fait que, tu sais, je pense qu'on sort gagnant d'avoir de l'information externe
pour s'assurer qu'on a tous les faits, parce que l'enjeu qu'on a au gouvernement,
c'est que, quand on prend des décisions, ça a un impact sociétal important.
Alors, moi, je suis... moi, je suis de nature à dire : Soyons sûrs qu'on a
l'information. KPMG a amené des choses intéressantes.
M. Beauchemin : Je vous ai entendu
tantôt, c'était deux demandes totalement différentes, là, mais il y a eu quand
même des mandats additionnels qui ont été donnés à KPMG, parce qu'initialement
leur contrat gré à gré avait été entendu à 1 750 000 $. Puis,
par la suite, il y a eu deux mandats additionnels qui ont été demandés puis, de
toute évidence, là, en lisant, c'est ce que j'ai pu comprendre, là, demandant
donc un 3 millions de dollars additionnels de la part de McKinsey pour ces
deux réponses-là. Puis je vais... C'était un qui était sur la main-d'oeuvre et
l'autre sur la croissance des entreprises des secteurs
stratégiques. Donc, si je comprends, cette demande-là n'a jamais été faite à
KPMG aussi, initialement?
M. Fitzgibbon : Non, effectivement.
Ce qui est arrivé, c'est que, durant l'été 2021, le ministère a contracté
un mandat avec McKinsey, qui pouvait aller jusqu'à 4,9 millions, qui était
en deux phases, une première phase pour 1,7, là, je n'ai pas de chiffres
exacts, là, où ils devaient livrer des choses, je pense c'était à... au début
de l'automne 2021. Et, quand ce travail-là a été terminé, il a été octroyé
une deuxième phase, dans le même mandat, jusqu'à 4,9, pour couvrir deux
choses... couvrir, effectivement, le côté main-d'oeuvre. Et mon collègue le
ministre de l'Emploi, à l'époque, a travaillé avec McKinsey sur l'approche
main-d'oeuvre, parce que la productivité, c'est deux choses, la robotisation, l'innovation puis la
main-d'oeuvre. Donc, partie main-d'oeuvre avec mon collègue au ministère
du Travail.
Et nous, à l'Économie, avec mon collègue à ma
droite, clairement, on voulait valider si nos vues sur les zones d'innovation,
nos vues sur quels sont les secteurs industriels où on peut être gagnants... On
voulait être sûrs de ne pas se tromper puis
de voir... parce qu'il y a beaucoup d'argent qu'on va investir dans les zones
d'innovation. On en a fait deux à date, la troisième s'en vient. Donc, on
voulait valider si nos hypothèses internes tenaient la route, considérant
l'évolution des différentes juridictions.
Donc, l'autre mandat, qui était pour le ministère de l'Économie, était carrément
sur les secteurs stratégiques qu'on voulait valider si on avait raison de
penser qu'on pouvait devenir les champions du monde, dont les batteries, entre
autres.
M. Beauchemin : Bien, j'essayais de
comprendre. Quand je prenais conscience, là, de cette information-là, j'essayais de comprendre la chronologie des
événements. Il y a quand même eu une première entente à
1 750 000 $ et...
M. Fitzgibbon : Je n'ai pas compris,
là.
M. Beauchemin : J'essaie de
comprendre la chronologie des événements. Il y a eu la première entente avec
McKinsey, à 1 750 000 $, puis il y avait aussi une ouverture de
faire tout de suite un... donc, un contrat ouvert, si on peut dire, d'une
certaine façon, pour un total de 3 millions de dollars de plus,
mais les besoins seront à déterminer plus tard. Est-ce que je... est-ce que
j'ai bien compris la chronologie? Ça s'est fait de cette façon-là?
M. Fitzgibbon : Exact. Vous avez
bien compris.
M.
Beauchemin : Donc, on avait
réservé le temps de McKinsey, là, pour qu'ils restent stand-by, d'une certaine
façon, là?
M. Fitzgibbon : Non, ce n'est pas de
même que ça fonctionne avec les firmes comme ça. Ce qu'on avait dit à McKinsey,
c'est qu'on voulait commencer avec la première partie du mandat à
1,7 million pour revoir l'ensemble de
nos politiques. Puis on s'était dit, dépendant du résultat... Je pense qu'il y
avait trois mois, quatre mois pour faire ça. Puis, comme vous savez, ces
gens-là travaillent à la semaine. Ça fait qu'on avait dit : OK, on a un
horizon temporel qui va venir octobre 2022... Non, octobre 2021?
Une voix : ...
M. Fitzgibbon : Septembre 2021.
Alors, on a dit : Ça, ça vaut 1,7 million. Quand on arrivera vers la
fin de cette période-là, on déterminera si on veut continuer dans un secteur ou
l'autre. Ça fait qu'on n'avait pas d'engagement comme tel, on avait un mandat
qu'on avait obtenu du Conseil des ministres, mais il y n'avait pas de travaux
qui avaient été anticipés, à l'été 2021, sur la deuxième phase.
M. Beauchemin : OK. Puis, quand vous
avez regardé les deux résultats des deux analyses, celle de KPMG puis celle de
McKinsey, il y avait quand même, sur les points qui étaient en commun, il y
avait quand même quelques points qui étaient en commun. Il y avait-tu des
différences d'opinions de leur part là-dessus ou...
M. Fitzgibbon : Écoutez, j'y vais de
mémoire, là, rien qui me frappe, parce que, tu sais, une opinion ou des
faits... Encore une fois, McKinsey a aligné des faits qui étaient complètement
différents de ceux de KPMG, donc on n'était pas sur la... les mêmes fuseaux
horaires, si je peux dire, puis... Bon. Puis ils portent des recommandations,
ils portent des jugements sur certaines choses, mais KPMG était tellement
spécifique, du mois de février 2021 au mois de juin 2021, que, quand
on a commencé McKinsey après, ce n'était pas de refaire ce que KPMG avait fait,
mais, surtout, c'était de faire d'autres
choses. Alors, il n'y a pas eu beaucoup de vases communicants entre les deux.
Quand on est arrivés à l'automne puis
on a dit : OK, emploi, ça, il n'y avait... ça n'avait aucun rapport avec
KPMG, chantiers d'innovation, où on
veut mettre de l'argent pour créer de la valeur, il n'y avait pas réellement de
vases communicants non plus. Ça fait
que je ne pourrais pas dire, tu sais, qu'on a pris... Mais, en tout cas, si la
question, c'est de dire : On a-tu pris McKinsey pour valider ce que
KPMG a fait?, la réponse, c'est non, ce n'était pas ça.
• (10 heures) •
M. Beauchemin : Est-ce qu'on
pourrait avoir accès à ces documents-là des... de KPMG et de McKinsey, pour
comprendre...
M.
Fitzgibbon : Non.
M.
Beauchemin : Aucunement disponible?
M.
Fitzgibbon : Pardon?
M.
Beauchemin : Ce n'est aucunement disponible?
M.
Fitzgibbon : Non, parce que c'est des avis de consultants. Ce n'est
pas que je veux faire mon difficile, mais généralement, on ne donne pas ces
rapports-là. Puis certains documents ont servi au processus décisionnel du
gouvernement et ça le fait encore. Mais je pense que, de toute façon, il y a
des mécanismes de demande d'information, là, mais, à ma connaissance, on ne
peut pas remettre ces documents-là.
M.
Beauchemin : Donc, on pourrait y avoir accès par demande
d'information.
M.
Fitzgibbon : Bien, je pense que vous allez vous faire dire non, là,
mais je ne suis pas sûr, je ne suis pas expert dans les... Passez par le réseau
normal, vous allez voir, là, mais je pense que ça ne sera pas disponible.
M.
Beauchemin : OK. Mais est-ce qu'on peut conclure que, dans l'optique
de ces demandes-là qui ont été faites à
McKinsey et à KPMG, ça a servi quand même de base de données pour avoir une
idée, là, comme les Anglais disent,
«lay of the land», une espèce de vue d'ensemble de ce que les forces,
faiblesses, si on peut dire, d'une certaine façon, de l'économie, à ce moment-là, étaient, puis, à partir de ce
moment-là, les décisions, suite aux recommandations qui ont été faites dans le rapport, ont été
exécutées? Donc, ça a été la base du processus décisionnel, si je comprends bien.
M.
Fitzgibbon : Bien, j'aurais une nuance. Je ne dirais pas la base. La
base, je pense qu'elle existait et elle existe encore au ministère de
l'Économie, parce que je pense qu'il n'y a pas un consultant qui peut mieux
comprendre les différents tissus industriels du Québec en termes de ce qu'on
fait. Ça, je pense, le ministère de l'Économie est un des ministères très
performants de ce côté-là. Donc, la base, c'est nous autres qui l'avions. On a
mis les hypothèses sur comment on pourrait gagner en termes international, mais
certes, avant d'investir des sommes d'argent importantes, je voulais qu'on
valide si on était réalistes par rapport à ce qui se fait dans le reste du
monde.
Alors, je dirais que
McKinsey a fait un benchmarking pour voir qu'est-ce qui se passe, c'est quoi,
les... en fait, c'est quoi, les déterminants qui créent de la richesse, parce
qu'en bout de piste on mesure d'une façon... c'est le PIB par habitant, qui est probablement la meilleure mesure connue
aujourd'hui, qui est mécanique, qu'on peut établir. Bon, comment on augmente le
PIB par habitant? Il y a plusieurs déterminants. Puis un des enjeux que moi,
j'ai depuis le début, c'est de
dire : OK, on a 12 déterminants pour une affaire, on va-tu faire les 12?
Non, on va s'enfarger. Quels sont ceux qui ont le plus d'impact sur les
résultats? Et ça, je pense que McKinsey a amené beaucoup pour voir des
pays performants, voir, dans certaines filières...
Israël, c'est un bon
exemple, là. Je suis allé, d'ailleurs, après ou avant... après, oui... Il y a
des choses qui marchaient, là, des initiatives... ça faisait bouger l'aiguille.
Alors, moi, je voulais qu'on valide si, un, les secteurs qu'on avait choisis
étaient appropriés; deux, si nos initiatives étaient les bonnes, puis souvent
il y en avait de trop. Alors, bien, je ne
dirais pas que ça a été la base, mais ça a été le raffinement de notre
réflexion qui a été revue par McKinsey.
M.
Beauchemin : Il ne me reste pas énormément de temps, 45 secondes
approximativement, mais donc les déterminants, est-ce que vous pourriez les
mentionner, lesquels ils sont?
M.
Fitzgibbon : Bien, en fait, une partie est déjà publique. Je pourrais
voir, oui, parce que, si on regarde dans la
SQRI, par exemple, j'ai 15 déterminants qui sont listés à l'annexe, là. On
pourrait voir, oui, je ne les sais pas par coeur, mais...
M. Beauchemin :
OK, puis est-ce que, donc, le
rapport de McKinsey vous a confirmé que le choix des secteurs était le
bon, que le choix des initiatives était le bon?
M.
Fitzgibbon : Oui. En fait, la réponse, c'est oui. Évidemment, si on
fait un axe de... Nous, on fait un axe où on peut être les plus performants.
L'axe, combien il faut investir, là, il y avait des bulles, là, il fallait
choisir, là. Je dirais qu'on ne s'est pas
trompés, mais il fallait ajuster certaines initiatives. Je pense, c'est un peu
normal, puis on va les ajuster encore dans les prochaines années aussi.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous sommes maintenant à la deuxième période d'échange. M. le député de
Maurice-Richard, la parole est à vous.
M. Bouazzi : Et
j'ai 11 minutes, c'est ça?
La Présidente (Mme
D'Amours) : 11 min 12 s, 11 secondes, 10 secondes...
M. Bouazzi : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci, M. le ministre, chers collègues, d'être ici
aujourd'hui pour faire vivre cet exercice démocratique.
Ma
première question pour vous, M. le ministre, c'est : Est-ce que vous avez
suivi la commission Charbonneau?
M.
Fitzgibbon : Oui, comme tout le monde.
M. Bouazzi : Est-ce
que la corruption ou la négligence dans l'attribution de l'argent public vous
inquiète?
M.
Fitzgibbon : Ça, c'est une chose importante. Les processus doivent
être très rigoureux.
M. Bouazzi : À
quoi, d'après vous, sert un appel d'offres?
M.
Fitzgibbon : De comparer des offres.
M. Bouazzi : Et,
par rapport à la question précédente...
M.
Fitzgibbon : Qui était?
M. Bouazzi : ...qui
était l'inquiétude face aux dépenses publiques, est-ce qu'un appel d'offres
contribue à mettre de la gouvernance ou une
saine gouvernance pour éviter qu'il y ait de la négligence dans les dépenses
publiques ou carrément de la corruption?
M.
Fitzgibbon : C'est un des moyens.
M. Bouazzi : Est-ce que le rapport de KPMG dont nous parlions a
répondu aux exigences que vous attendiez?
M.
Fitzgibbon : Oui, comme j'ai dit tantôt.
M. Bouazzi : Et
celui de McKinsey aussi?
M.
Fitzgibbon : Oui.
M. Bouazzi : Je vais vous lire deux phrases. Donc là, j'ai une
phrase, c'est : «Balisage économique du Québec et comparaison avec
d'autres juridictions comparables sur des grands indicateurs de création de
richesse.» Et une autre phrase, c'est : «Un balisage international de la compétitivité
des secteurs clés du Québec, comprendre les atouts économiques réels de la
province.» Laquelle de ces deux s'applique au contrat de KPMG et laquelle
s'applique à celui de Mckinsey?
M.
Fitzgibbon : Comme j'ai dit tantôt, KPMG, c'était uniquement pour
regarder la relance de certains secteurs industriels.
M. Bouazzi : Et
laquelle des deux phrases s'applique à KPMG?
M.
Fitzgibbon : Répétez-les, là, je n'ai pas...
M. Bouazzi : Donc,
il y en a une, c'est : «Balisage économique du Québec et comparaison avec
d'autres juridictions comparables sur les grands indicateurs de création de
richesse.» Et l'autre, c'est : «Balisage international de la compétitivité
des secteurs clés du Québec et comprendre les atouts économiques réels de la
province.»
M.
Fitzgibbon : C'est la même chose.
M. Bouazzi : Vous
comprenez que c'est les... deux contrats différents. Donc, vous nous expliquez
que c'est deux missions différentes que vous avez données à deux contrats et
que vous n'êtes pas capable de nous dire laquelle tombe dans quelle case?
M.
Fitzgibbon : Non, parce que c'est la première fois que je vois ça.
Moi, les contrats, j'ai travaillé avec. Je sais exactement ce qui s'est passé.
Je suis très à l'aise avec...
M. Bouazzi :
Ça, c'est les objectifs qu'il y a dans les contrats qu'il y a eu avec ces
deux... Donc, je vous le dis, KPMG, c'était un «balisage international de la
compétitivité des secteurs clés du Québec, comprendre les atouts économiques
réels de la province», et Mckinsey, c'était «balisage économique du Québec et
comparaison avec d'autres juridictions
comparables sur les grands indicateurs de la création de richesse». Est-ce que
vous trouvez que les deux phrases sont différentes?
M. Fitzgibbon : Peut-être pas, mais
les rapports sont complètement différents.
M. Bouazzi : Quel
est l'objectif de diminution de gaz à effet de serre du gouvernement du Québec
d'ici 2030?
M.
Fitzgibbon : ...répéter la question? Je n'ai pas compris.
M. Bouazzi : Quel est l'objectif de diminution de gaz à effet
de serre du gouvernement du Québec d'ici 2030?
M.
Fitzgibbon : On est à Génies en herbe aujourd'hui?
M. Bouazzi : Non,
mais j'imagine que c'est un chiffre...
M. Fitzgibbon :
30 mégatonnes. 30 mégatonnes d'ici 2030.
M. Bouazzi : Et
en pourcentage?
M.
Fitzgibbon : 37,5 %. Est-ce que j'ai passé le test?
M. Bouazzi : Non, je pense que c'est très important parce que
l'avenir de la planète en dépend. Est-ce que vous pensez que le
37 %...
M.
Fitzgibbon : 37,5 %.
M. Bouazzi : ...37,5 % correspond aux balises qui ont été
décrites par les rapports du GIEC pour pouvoir rester dans les limites
du 1,5 degré d'augmentation de température mondiale?
M.
Fitzgibbon : Écoutez, c'est une question très... Je ne sais pas à quoi
vous jouez, là. C'est une question très large, là, le... Si on atteint
37,5 % en 2030, nous devrons être très contents. C'est une direction qu'il
faut aller... Alors, il y a des gens qui
disent n'importe quoi... à 50 %, 60 %, d'autres à 20 %. Nous, on
a choisi 37,5 %. Je respecte ça. Je pense qu'on s'en va dans la
bonne direction. On n'est pas là encore. Il y a beaucoup de choses qui doivent
être faites. Alors, j'espère qu'on va se rendre à 37,5 %, puis, si c'est le
cas, on devrait être fiers de ce qu'on a fait.
M. Bouazzi : Alors,
laissez-moi poser la question autrement. Est-ce que le gouvernement du Québec a
pour objectif que la planète reste dans l'augmentation de 1,5 degré qui
est préconisée par le GIEC pour pouvoir rester dans une planète habitable?
M.
Fitzgibbon : Nous avons comme objectif, au gouvernement, de faire
notre contribution à la réduction des GES
basée sur le fait que nous sommes un des plus bas producteurs de GES en
Amérique du Nord. On est au numéro un, deux
ou trois. Les chiffres vont sortir bientôt. On est dans une très bonne
position, et l'approche que nous avons établie, qui est agressive,
contrairement à ce que certains peuvent penser, 37,5 %, va nous amener à
la bonne place, et je pense que... J'étais à la COP27, à Charm el-Cheikh, en
Égypte, au mois de novembre dernier, comparé à ce qui se passe avec d'autres
juridictions, je suis très fier de ce que le Québec fait.
• (10 h 10) •
M. Bouazzi : Est-ce
que l'objectif de 1,5 degré est un objectif du gouvernement?
M.
Fitzgibbon : L'objectif du gouvernement est de contribuer, par des
initiatives, pour respecter l'ensemble de l'oeuvre. Le Québec est une très
petite géographie. 1,5, oui, c'est un chiffre intéressant, c'est un chiffre
important, mais il faut y aller avec les
mesures que nous avons de disponibles. Alors, ce qu'on fait présentement, c'est
une... On a une stratégie que mon collègue Benoit Charette, à qui vous devriez
parler, en passant... est très solide, est très articulée, puis, encore
une fois, je suis très fier de ce que nous faisons et je pense qu'on va
respecter l'objectif ultime que la planète s'est donné.
M. Bouazzi : Dans
le rapport du GIEC, pour atteindre le 1,5 %, quelle est la baisse mondiale
de GES que doit se donner la planète d'ici 2030? Est-ce que...
M.
Fitzgibbon :
Génies en herbe... Je ne me suis pas rendu jusqu'à
cette page-là du rapport.
M. Bouazzi : Donc,
juste pour être sûr, on a un plan économique vert du Québec qui vise
37,5 % de baisse de gaz à effet de serre et on ne sait pas comment il
s'insère dans une stratégie mondiale pour atteindre le 1,5, alors que c'est la
question la plus importante qu'on a à gérer, dans le siècle actuel, d'un point
de vue économique.
M.
Fitzgibbon : Je ne sais pas à quel jeu vous jouez, là, mais le «bottom
line», c'est que nos objectifs ont été établis par des gens qualifiés,
objectifs, qui sont loin d'être simples à respecter. On met tout en place pour
y arriver, et je pense qu'on commence comme ça, et je suis très, très à l'aise
avec...
M. Bouazzi : Je veux juste être
clair, M. le ministre, je ne joue à aucun jeu. Les rapports qui ont été
produits sont très importants, et l'avenir
de la planète en dépend, et c'est très, très loin d'être un jeu. Donc, c'est
50 % de baisse mondiale de gaz à effet de
serre, et évidemment les 35 %... 37,5 % sont en dessous de cet
objectif mondial, sachant que nous, même si on est parmi, effectivement, les
meilleurs en Amérique du Nord, on se compare à une bien basse moyenne mondiale.
Est-ce que, dans le
rapport actuel de baisse, justement, de votre plan sur l'économie verte, on a
identifié 100 % de ce qu'il faut faire pour pouvoir atteindre les
objectifs de 2030?
M.
Fitzgibbon : Non.
M. Bouazzi : C'est
quoi, le pourcentage?
M.
Fitzgibbon : M. Charette... Premièrement, vous êtes dans la mauvaise
commission, là. M. Charette va sortir
bientôt... Alors, on a établi plusieurs initiatives qui vont arriver à une
grande partie de ça. Il y a les crédits carbone aussi, évidemment, la taxe du
carbone. Donc, il y a plusieurs initiatives. Alors, le temps va nous donner
justice.
M. Bouazzi : M.
le ministre, un plan pour économie verte, il y a «économie» dedans. Donc, je ne
pense pas m'être trompé de commission. Juste... est-ce que vous avez demandé,
dans les différents rapports, que ce soit à KPMG ou à McKinsey, comment est-ce
que l'économie, justement, sur laquelle on doit tabler, dans les prochaines
années, permet d'atteindre les objectifs de gaz à effet de serre?
M.
Fitzgibbon : Non, pas spécifiquement, parce que, dans toutes nos
attributions d'aide financière, maintenant, que nous avons au gouvernement, on
regarde, d'une part, la réduction des GES, et on regarde, d'autre part, l'augmentation de la productivité. Ce sont
les deux créneaux les plus importants pour le ministère de l'Économie. Donc, de facto, quand on donne... on a des
politiques interventionnistes, la contribution à la réduction de GES est
incorporée.
M. Bouazzi : Donc,
vous avez commandé deux rapports, un à KPMG et un à McKinsey, un avec un appel d'offres et un de gré à gré, et, dans les deux,
vous n'avez pas demandé comment cette économie, l'avenir de l'économie
du Québec, peut nous permettre d'atteindre nos objectifs de gaz à effet... de
baisse de gaz à effet de serre?
M.
Fitzgibbon : C'est exact.
M. Bouazzi : Donc,
dans les rapports en question, est-ce que les deux rapports demandent... ont
conseillé d'investir dans la filière batterie?
M.
Fitzgibbon : Encore une fois, si vous avez écouté la réponse que j'ai
donnée tantôt à votre collègue, McKinsey n'a pas identifié des secteurs où nous
devrions investir. McKinsey a seulement confirmé où mettre des nuances sur les
secteurs que nous avions privilégiés. Alors, la filière batterie était un
secteur que nous avons décidé de privilégier quelque part à l'été 2019, avant
la pandémie. Ça a été établi par le ministère.
M. Bouazzi : Est-ce
que vous pensez que les fonctionnaires de votre ministère connaissent les
spécificités économiques du Québec?
M.
Fitzgibbon : J'espère.
M. Bouazzi : Est-ce
que vous pensez qu'une firme internationale comme McKinsey peut se passer de
cette expertise pour comprendre comment se place l'économie du Québec par
rapport à l'économie internationale?
M.
Fitzgibbon : Absolument pas.
M. Bouazzi : Pourquoi alors ne pas avoir respecté la convention
collective, par exemple, où on allait justement leur demander leurs
conseils?
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
M.
Fitzgibbon : Bien, je vais lui donner plus de temps. Je n'ai pas
compris la question.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Vous répondrez à un prochain bloc. Donc, nous revenons à
l'opposition officielle. M. le député de Marguerite-Bourgeoys, la parole est à
vous.
M.
Beauchemin : Merci, Mme la Présidente. Une dernière question, M. le
ministre, là, sur ce sujet-là, là, au niveau des recherches. Ça fait que, si je
comprends bien, il y avait le mandat d'aller demander à McKinsey qu'est-ce qui
se passe, quelles sont les bonnes initiatives, là, à travers le monde, mais, en
même temps, ça a été de simplement confirmer aussi les choix qui avaient été
déjà faits par le gouvernement, si ça, c'étaient les bons. Il n'y avait pas
comme un : Voici d'autres opportunités que le gouvernement aurait donc pu
faire.
M. Fitzgibbon : Effectivement,
le travail de base a été de prendre... Là, on parle du deuxième mandat, 2b, là;
2a, c'est le travail; 2b, c'était l'initiative de zones d'innovation, pour ne
pas les nommer. Alors, nous avions, avec le ministère, établi, et on en avait
discuté avec le premier ministre, des chantiers industriels où on croyait qu'on
pouvait être les gagnants, et on avait des initiatives. Alors, on a donné ça à
McKinsey puis on leur a demandé de voir le balisage international : On
s'est-tu trompés, est-ce qu'il manque des déterminants, on s'est-tu trompés, y
a-tu des secteurs où on ne pourra pas être les gagnants? De facto, j'imagine,
on leur a demandé : Est-ce que... Bien, on ne leur a pas demandé, mais ils
auraient pu conclure qu'il y avait d'autres secteurs qu'on aurait privilégiés.
Ça, ce n'est pas arrivé pour des bonnes raisons, parce que nous avons une bonne
connaissance d'où on peut être bons. Alors, c'était plus de regarder ce que
nous avions fait puis d'arriver avec des nuances, d'arriver avec des analyses,
des faits qui pourraient nous... qui pourraient affecter comment est-ce qu'on
va aiguiller notre... nos initiatives.
M.
Beauchemin : Donc, ils ont confirmé que les choix étaient les
bons, à quelques ajustements près. Il n'y a pas... il n'y a aucune
mention nulle part dans les rapports comme quoi il faut faire un
180 degrés ici, on ne s'en va pas à la bonne place du tout, rien de ça.
M. Fitzgibbon : Non, parce que ce
n'était pas le mandat, puis je ne pense pas qu'ils auraient pu déterminer ça.
C'est dur de faire ça quand tu es de l'externe puis... Par contre, il y a des
secteurs, peut-être, que moi, je voyais en avant de d'autres, là, parce qu'ils
ont modulé un peu notre appétit, notre enthousiasme, puis ils ont mentionné des
juridictions peut-être plus en avance que vous pensez. Donc, il y a eu des
ajustements en termes d'évaluation... pas d'évaluation, mais en termes
d'opportunités. Alors, ça, ils ont ajusté ça un petit peu, les boules qui
grossissent, rapetissent, là. Ça fait qu'il
y en a qui étaient peut-être plus petites que je pensais... étaient plus
grosses, mais, en règle générale, les approches... les choix des
secteurs ont été reconfirmés.
M. Beauchemin : Est-ce qu'ils ont
changé l'ordre, selon ce que je comprends, ou pas vraiment?
M. Fitzgibbon : Bien, en fait, eux,
ce n'était pas seulement de déterminer l'ordre, c'est de dire l'opportunité.
Donc, il y a des secteurs où... l'hydrogène, par exemple, on a rapidement vu
qu'il y avait une opportunité même si on n'a
pas les électrons pour le faire, là. Donc, ils ont ajusté certains secteurs
pour dire : Woups! Il y a peut-être une plus grande opportunité que vous pensez, considérant ce
qui se passe dans le reste du monde. Ça, il y a eu un peu d'ajustements dans
ce sens-là.
M. Beauchemin : OK. Est-ce que vous
avez, par hasard, ici, aujourd'hui, avec nous, là, la liste des secteurs qui
ont été comme clairement identifiés pour...
M.
Fitzgibbon : Bien, je ne l'ai pas avec moi ici. On pourrait la regarder,
mais ça va revenir aux zones d'innovation.
M.
Beauchemin : OK, d'accord. Bien, écoutez, si c'était possible
de nous la donner, la liste, ce serait fort apprécié pour la
conversation.
Je vous vous amener sur un autre terrain, un
terrain, en fait, qu'on a tous... qu'on a tous en commun, là, au Québec, là, je dirais, au Canada puis à travers le
monde, vous me voyez venir, là, je parle de l'intelligence artificielle.
Il y a... Vous avez... On a tous été témoins, là, de la lettre qui a été écrite
par... Maintenant, c'est rendu quasiment 30 000
signataires. On a eu la rencontre chez Mila, qui a été faite, là, de façon non
partisane, il y a deux semaines, déjà, de ça.
• (10 h 20) •
Le fédéral fait le projet de loi, puis moi, je
dirais que, bon, bien, de ma façon de voir les choses, j'ai un peu l'impression
que c'est comme pour encadrer à haut niveau, hein, les enjeux qui sont
associés. Puis je pense que Mila puis... Yoshua Bengio a souligné l'importance
d'accélérer la mise en place de ce projet de loi là, mais nous, notre rôle, ici, à Québec, c'est plus dans l'intégration
de l'intelligence artificielle dans l'ensemble de l'appareil gouvernemental
du Québec, dans nos services, là, qu'on offre aux citoyens. L'aspect des deux
juridictions ici, là, j'essaie de vraiment plus jouer là-dessus, dans les
applications plus pratico-pratiques, là, de M. et Mme Tout-le-Monde, là, autant
pour le public, en fait, que pour le privé,
d'ailleurs, parce qu'il y a quand même une certaine réglementation qu'on peut
établir au Québec, là, pour ça... Pour vous, là, c'est quoi, les
secteurs prioritaires pour le gouvernement du Québec, que le gouvernement du
Québec doit interagir... pour l'intelligence artificielle, qui sont de
compétence provinciale?
M. Fitzgibbon : Bien, premièrement,
le contexte est un petit peu, là... Je pense que vous avez raison. Le fédéral, avec le... regarde comment accélérer,
peut-être, la mise en place de ce projet de loi là. La bonne nouvelle, c'est
qu'il consulte M. Bengio et d'autres personnes aussi... est très
favorable, parce que ça démontre la pertinence de nos forces vives en
intelligence artificielle.
Maintenant, je pense qu'ici ce qu'on doit
faire... puis d'ailleurs, je pense, ça va être demain, là, on va venir public
sur le rôle du mandat que j'ai donné à la CIQ, le Conseil de l'innovation du
Québec, là, M. Sirois, qui était là, puis
Mme D'Amours, puis, tu sais, il y a eu des commentaires qui ont été faits.
Demain, j'espère qu'on va réconforter les gens, à savoir que le CIQ, ce n'est
pas son travail, de recommander, le CIQ va consulter tous les intervenants. Puis il y a plusieurs personnes qui ont levé la
main, depuis plusieurs semaines, depuis cette rencontre-là, dire : On veut
contribuer au débat. Donc, la bonne nouvelle, c'est qu'on va avoir le
CIQ qui va être l'organe qui va solliciter, de façon non partisane, les
opinions des gens.
Maintenant,
si je regarde aujourd'hui les secteurs au Québec où l'IA va être pertinente,
santé, éducation, productivité entreprises, je dirais, c'est trois... il y en a
plus que ça, là, mais c'est les trois qui, pour moi, sont les plus importants.
M.
Beauchemin : Culture, justice.
M.
Fitzgibbon : Oui, bien, c'est ça, mais il y en a d'autres, là, mais,
tu sais, je vais laisser les ministères... mais, tu sais, je regarde, sur une
base pratique, santé, numéro un, aucun doute. On a une chance, au Québec,
d'avoir une très bonne médecine personnalisée avec des chercheurs, des
thérapistes. On a l'IA avec les Mila, IVADO. Alors, on peut avancer là-dedans.
L'éducation, je pense, ça va de soi, là. La sous-littératie qu'on a au Québec,
il faut la corriger. Puis la productivité, encore une fois, moi, je pense que
le Québec, tantôt, on en a parlé un peu, là, mais on est sous-productifs. C'est
ça qu'on a regardé beaucoup avec McKinsey, pour valider ce que je... ce qu'on
avait dans notre tête. Il y a là-dedans aussi... puis c'est sûr que la justice
puis la culture, c'est important aussi.
M.
Beauchemin : Ça fait que le mandat de M. Sirois, ça va-tu être de
faire des recommandations?
M.
Fitzgibbon : Le mandat de M. Sirois, ça va être d'écouter les gens,
d'écouter les intervenants de toute forme, de toute... de toute source, je
devrais plutôt dire, je m'excuse, et de colliger ça, puis de donner un état de
la situation, donner les préoccupations. On se rappelle, M. Bengio avait même
mentionné, tu sais, qu'on doit continuer à investir en IA, il ne faut pas
arrêter. Au contraire, profitons du leadership. Puis je pense qu'avec M. Bengio
puis les gens d'Apogée, on a des ressources intéressantes qui vont pouvoir
mettre les balises.
Puis on espère que ça
va servir aussi au fédéral. J'ai parlé à M. Champagne de ça, parce que
j'ai dit : Écoute, on fait un effort ici, au Québec, toutes les provinces
devraient en faire un, je pense. Puis là on va regarder s'il n'y a pas lieu
d'avoir une stratégie canadienne, qui serait très logique. Il y aura des
particularités au Québec probablement. On est un peu en avance, mais il ne faut
pas non plus se fermer. Ultimement, ça va être international, puis je pense que, le Québec, on est capables, peut-être, de
jouer un rôle international. Je pense qu'on est capables de s'infiltrer dans
la discussion.
Alors, M. Sirois, il
n'est pas là pour, lui, recommander, il est là pour colliger l'information
qu'il va recevoir puis il va parler... il va être public sur ça, là, d'ici
quelques jours. Il va avoir une portée très, très large. Puis, s'il y a des
gens qui veulent parler, qui n'ont pas été invités par erreur, bien, ils vont
être invités aussi.
M.
Beauchemin : Mais on s'entend que ce qui va arriver, c'est... Un
paquet de monde va donner leurs opinions, les acteurs de la société civile vnt
donner leurs opinions. Sirois va collecter cette information-là, il va vous faire
un rapport qui va avoir, donc, toute cette information-là, un peu digérer,
d'une certaine façon, là, les enjeux plus spécifiques, et tout, mais, par la
suite, il va falloir qu'on agisse.
Est-ce que la...
L'esprit non partisan que j'ai voulu initier avec vous sur le sujet, est-ce que
ça va pouvoir se matérialiser à ce niveau-là? Parce que je pense qu'une fois
qu'on va avoir, justement, les commentaires de la société civile il va falloir qu'on analyse ça de façon
ouverte, d'une certaine façon, puis qu'on puisse, par la suite, en arriver à
faire des recommandations non partisanes. Est-ce que ça va être le
processus que vous envisagez? Parce qu'il y a quand même d'autres étapes, là,
qui vont s'en venir par la suite.
M.
Fitzgibbon : La réponse, c'est oui, parce que, tu sais, je pense que
je n'ai... Je ne suis pas contre une commission parlementaire ou... il y a un
autre mot, là, mandat d'initiative, mais il faut filtrer l'information. Tu
sais, on ne peut pas faire venir le monde
puis... Ça prend un cadre. Puis honnêtement, je pense qu'avec M. Vinet, Valérie
Pisano, Yoshua Bengio, l'Obvia, on a des gens compétents. Ça fait que,
je pense, c'est à eux... à eux de, puis via le CIQ, ramasser ça puis le
structurer.
Après ça, ce
rapport-là, il va être public. D'ailleurs, les rencontres vont être publiques
aussi. Je pense que tous les gens vont pouvoir participer. Ça ne sera pas
enfermé. Le rapport ultime ou le constat va être clairement public, puis on
verra, à ce moment-là, c'est quoi, la meilleure façon de continuer. Puis, en
même temps, on travaille avec le fédéral
parce que le fédéral aussi veut faire la même chose. Ça fait que moi, je pense
qu'on est à la bonne place, là, puis il faut juste... il faut juste
s'assurer que tout le monde y voit son compte puis tout le monde ait
l'impression qu'ils vont pouvoir contribuer à un débat qui est très, très important.
M.
Beauchemin : Juste pour clarifier un point que vous venez juste de
mentionner. Donc, il y a un paquet d'informations qui va être mentionné, un
paquet d'opinions, un paquet de mémoires potentiels qui pourraient être déposés. C'est l'entière totalité de tout ça qui
va être accessible par la suite, là. Il n'y aura pas de... parce que ce que vous
m'avez dit, c'est... Vous voulez résumer le
tout un petit peu, mais on ne discartera pas de l'information qui va avoir
été... On va donner toute... carte blanche, là, l'accès à ça.
M.
Fitzgibbon : Absolument, moi, je m'en... à Luc, puis Luc Sirois,
l'innovateur en chef, il faut qu'il structure ce qu'il va recevoir. Bien, ce
qu'on va recevoir, je ne sais pas comment ça va se faire... probablement un site Web, j'imagine, là, mais les gens qui vont
prendre le temps d'écrire quelque chose, bien, ils méritent d'être disponibles
à tout le monde, c'est clair.
M. Beauchemin : Puis donc la
procédure, par la suite, ça va être...
M.
Fitzgibbon : Bien, on verra. Je n'ai pas d'idée précise, là, parce que
j'ai de la misère... Je le sais, qu'est-ce qui va arriver au bout, là,
mais c'est clair qu'il y a beaucoup de gens qui sont concernés par ça et c'est
clair qu'il y a un manque de communication. Il va falloir mieux communiquer.
Vous étiez à la même rencontre puis... Ça fait que je pense qu'il y a des façons de simplifier un peu le débat, là. Moi, je
m'attends à beaucoup de Mila et d'IVADO aussi. Oui, IVADO, c'est plus
dans le côté technique, de la puissance de calcul, mais il faut que ces gens-là
nous aident parce que c'est eux qui vont aider à cadrer la sévérité de la
situation, parce que je pense qu'il y a des gens, tu sais, qui ont peut-être lu la lettre puis ils ont... ils
se sont mis à avoir une anxiété, à juste titre, parce que ce n'était pas clair.
Alors, simplifions... bien, pas «simplifions»,
mais cadrons, expliquons c'est quoi, l'enjeu. Tu sais, on parlait des modèles
de puissance générative, c'est ça, l'enjeu. Tu sais, on l'a vu avec la culture,
la semaine passée aussi, là, mais... Alors,
c'est sûr qu'il faut expliquer c'est... il faut cadrer c'est quoi, les risques,
puis, après ça, bien, quand tu as évalué les risques, comment... les
experts nous disent comment les corriger. Donc, il va falloir rendre ça public.
M. Beauchemin : Un des risques que
j'ai mentionnés à la rencontre, c'est le risque réputationnel, puis je vais m'expliquer, là, pour que tout le monde
puisse être à un niveau là-dessus. Un risque réputationnel, c'est un risque
qui peut nous affecter plusieurs années après avoir pris une décision, puis,
dans ce contexte-là, moi, je pense vraiment plus
pour l'appareil gouvernemental, je pense pour tous partis confondus, je parle
pour le gouvernement au service, là, des citoyens. Dans ce contexte-là,
la transparence, l'accessibilité, la possibilité de pouvoir questionner fait en
sorte qu'on ait une acceptabilité sociale.
C'est un peu, de façon plus moderne, là, l'équivalent des conversations sur le
gaz de schiste il y a plusieurs années. Il y a un paquet de questions
qui ont été posées pour Hydro-Québec. On veut, donc, faire un barrage, est-ce
que c'est acceptable, est-ce les Premières Nations sont de ce côté-ci ou pas,
etc.
Donc, tout ce contexte-là, il faut que ce soit
transparent, puis c'est pour ça qu'initialement, quand on avait demandé un
mandat d'initiative pour que ça soit plus ouvert, c'était justement pour
éliminer ce risque réputationnel, parce qu'il ne faudrait pas que, dans cinq,
six ans ou plus tard, les Québécois disent : Ah! la génération de 2023,
là, ils n'ont pas fait le bon call, ils auraient donc dû être plus transparents
pour que tout le monde soit mieux éduqué, pour
ne pas qu'on ait justement des gens qui partent puis qui commencent à dire des
faussetés à tour de bras, là. Tu sais, c'est un peu le... pas le «fake
news», mais c'est un peu... Toutes les mauvaises informations qui pourraient
circuler sur ce sujet-là viennent du fait
qu'on pourrait avoir un manque de transparence, et j'insiste vraiment
sur le fait qu'il y a plusieurs véhicules parlementaires qui existent
pour nous permettre de justement rendre ça plus transparent pour éliminer le
risque réputationnel.
• (10 h 30) •
Moi, je vous dirais que la première étape que
vous avez choisie, ce n'est peut-être pas exactement celle que j'aurais choisie, mais je la comprends, je la
respecte, puis je veux juste vraiment m'assurer que, par la suite, tous partis
confondus, là, on va pouvoir s'asseoir avec des gens qu'on va pouvoir
questionner. Ils ont donné des rapports. C'est intéressant. Est-ce qu'on va
pouvoir leur parler à eux, devant des caméras, devant des micros, dans une
commission parlementaire, où est-ce que ce
serait peut-être plus approprié, justement, pour s'assurer que l'ensemble de la
population puisse être confortable avec ce qui va être la base des
recommandations par la suite, là?
M.
Fitzgibbon : Oui, bien, je pense qu'on dit la même chose. On a
la même destination, je pense. La question, c'est comment on s'y rend,
là, puis ça, c'est correct, différentes routes, mais, tu sais, vous vous
rappelez que... Moi, une chose que j'ai voulu faire avec M. Bengio, le Pr
Bengio, puis Luc, c'est de cibler des morceaux, là, puis vous vous rappelez... pas des morceaux, sur la
gouvernance. La gouvernance de l'IA est très importante, et mon collègue le
ministre de la Cybersécurité et du Numérique, au gouvernement, joue un rôle
important. Il était avec moi, d'ailleurs. M. Caire va jouer un rôle important
là-dedans. Alors, lui, il va s'occuper de la gouvernance.
Moi, j'avais trois enjeux importants. La
première, c'était l'investissement. Le ministère de l'Économie, on investit en
innovation, on investit dans l'IA. Ça prend un cadre dans lequel on va
dire : Est-ce qu'on... Est-ce qu'on fait des revues diligentes avant
d'investir dans une compagnie x? On s'assure-tu qu'ils ne font pas des robots
tueurs? Il y a toute sorte... Il y a toute sorte d'éthique, au niveau de
l'investissement, qu'on doit regarder.
L'autre, tu
l'as mentionné tantôt, c'est l'utilisation de l'IA par l'État. Moi, je focusse
beaucoup sur éducation, santé puis économie, mais il y a d'autres secteurs
aussi, culture, justice. Ça, c'est un bloc en soi. L'autre bloc qui est
très important, c'est ma collègue à l'Emploi, c'est l'impact de l'IA sur
l'emploi. Ça, c'est superimportant, puis il y a beaucoup de craintes par rapport à ça. Ça, c'est un chantier, puis le
dernier, bien, ça, c'est plus la promotion. Moi, je pense que, le
Québec, on peut être un joueur dominant.
Alors, moi, je veux qu'on segmente les enjeux,
puis Luc Sirois va travailler là-dedans. Puis on verra, il y a peut-être des
chantiers où on va dire : Bon, ça va, on est confortables; d'autres, oups,
on n'est pas confortables, c'est encore confus, puis là on pourra aller dans un
autre mandat d'initiative ou d'autres consultations. Mais commençons par faire
un encadrement qui va aller relativement vite, là... bien, une couple de mois.
Quand on aura l'information, on la partagera puis on verra comment procéder
pour être le plus efficace possible.
M. Beauchemin : Une des choses
que...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Beauchemin : Je vais être
obligé de revenir à la prochaine... prochaine étape, mais, en tout cas, je vais
vouloir vous parler, effectivement, spécifiquement de l'impact sur l'emploi...
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Je suis maintenant prête à passer à
la prochaine intervention. Mais avant, M. le ministre, le député de
Marguerite-Bourgeoys vous avait demandé de déposer une liste. Vous aviez acquiescé
par un oui, en hochant la tête, mais je dois vous demander de bien dire que
vous allez déposer cette liste et la déposer ici, à la commission, pour qu'on
puisse en faire le partage à tous les députés.
M. Fitzgibbon : Oui. Ce ne sera pas
aujourd'hui, là, mais je vais la déposer à un moment donné. On va monter ça.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
Merci. Donc, je cède maintenant la parole au député d'Abitibi-Est.
M. Dufour :
Oui. Donc, M. le ministre, vous le savez, dans la... l'année passée, on a
eu la chance de faire une annonce conjointe pour la compagnie Uniboard, au
niveau de Val-d'Or, mais pas simplement pour Val-d'Or. C'était un peu tout
l'écosystème d'Uniboard, veux veux pas, à travers l'ensemble du Québec, qui en bénéficie
de cet investissement-là qui, veux veux pas, est un investissement de deuxième
et troisième transformation pour une région comme l'Abitibi-Témiscamingue.
La semaine... Cette
semaine, c'est la Semaine minière, et on a... Justement, hier, je faisais
l'inauguration de la Semaine minière,
directement sur le site d'Odyssey, et c'est un... je pense, c'est un sujet
qu'on a déjà discuté, mais, je pense, c'est important de vous entendre
un peu. Qu'est-ce qu'est la vision, pour une région minière, par exemple, comme l'Abitibi-Témiscamingue, sur la deuxième...
difficilement, peut-être, troisième transformation, mais au niveau de la
deuxième transformation, quelle est la vision, justement, du ministère de
l'Économie et, justement, du ministre?
M. Fitzgibbon : Bien, justement, quand on
regardait les filières industrielles où nous pouvions être des champions
du monde, un peu, là, c'est clair que, tout
le côté minier, on a passé beaucoup de temps avec nos aviseurs externes pour s'assurer
qu'on avait... qu'on était sur la bonne voie.
Principalement, les
minéraux critiques sont très importants. Évidemment, quand on parle du fer, on
parle de... on parle des diamants, de l'or, c'est dur de créer de la valeur
ajoutée dans la chaîne, surtout le diamant, là. On l'envoie en Belgique pour
être vendu sur la bourse. Mais, quand on parle des minéraux critiques, c'est
clair qu'on avait du recul à prendre puis s'assurer qu'on était... pour être
capables de bien utiliser ces minéraux-là.
Je pense que ce qu'on
fait dans la filière batterie est un excellent départ. Ce n'est pas fini, il
faut l'exécuter. Mais, quand on pense au... on pense au lithium, on pense au
graphite, on pense au nickel... on n'a pas de cobalt, au Québec, c'est un sous-produit, on a du vanadium,
donc c'est clair pour moi qu'il faudrait trouver un moyen de pouvoir faire
la deuxième, troisième et quatrième transformation, et à un point
qu'aujourd'hui on est capables d'établir, quand nous investissons dans des
entreprises minières... d'imposer un peu une intégration horizontale au Québec.
Il faut être prudents, évidemment, à cause de l'entente bilatérale, mais on a
réussi à le faire.
Le lithium, c'est le
bon exemple. On est capables de prendre la roche dans nos mines, dans nos deux
mines qui vont être exploitées présentement, de faire du spodumène, qui est un
concentré, de l'envoyer, prochainement, à Bécancour pour faire de l'hydroxyde
de lithium, qui est une composante importante de la cathode, puis là de dire au
producteur, qui est nous autres : Bien, ce produit-là va aller dans la
chaîne, à Bécancour, si on fait des cathodes. Là, ça adonne qu'on en a un qu'on
a annoncé. D'autres s'en viennent, avec GM-POSCO.
Ça fait que d'être
capables de prendre notre roche dans la mine de La Corne ou de Whabouchi puis
de l'amener jusqu'à une cathode qui sera
faite à Bécancour, bien là, on a créé une valeur qu'on n'a jamais eue au Québec.
Alors, il faut faire ça le plus possible dans tous nos minéraux critiques. Ce
n'est pas évident. On l'a vu... on le voit dans le scandium. On fait ça avec
Rio Tinto, Fer et Titane, la mine qui est à... sur la Côte-Nord. Donc, on
essaie de trouver un moyen de l'amener à Montréal, de la convertir.
Alors, c'est sûr que
le ministère, dans notre stratégie industrielle, minière, minéraux critiques...
D'ailleurs, mon collègue le ministre de l'Énergie, à l'époque, Ressources
naturelles, avait mis en place la stratégie des minéraux critiques, alors il
faut exécuter sur ça, là.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Mme la députée de Jean-Talon.
Mme Boutin :
Bonjour, M. le ministre. Je vais vous ramener sur un sujet que je trouve
très intéressant, parce que moi, j'aime tout ce qui touche l'innovation et le
futur, sur l'intelligence artificielle. Brièvement, là, le député de Marguerite-Bourgeoys
en a parlé, je pense que c'est un secteur qui est névralgique pour le Québec.
On est déjà bien positionnés, là, dans le monde, mais c'est aussi un secteur
qui est névralgique pour les entreprises du Québec.
Puis là je vais vous
amener sur l'Offensive de transformation numérique, parce que, dans le dernier
budget, je pense qu'il y a un
888 millions qui a été rajouté pour améliorer la productivité des
entreprises. Puis, bien qu'il y ait beaucoup
de préoccupations par rapport... concernant l'intelligence artificielle, il
faut que ce soit déployé et développé de manière intelligente, avec un
code éthique, et tout, je pense que c'est aussi une opportunité incroyable pour
nos entreprises. Puis j'aimerais ça que vous nous parliez un petit peu plus de
l'Offensive de transformation numérique, où est-ce qu'on est rendus, c'est
quoi, les prochaines étapes.
M. Fitzgibbon :
Bien, vous avez raison, je pense qu'une chose qu'on a observée rapidement,
quand on a commencé à réaliser comment on
pourrait prendre l'IA puis l'appliquer à nos entreprises, on a réalisé que
malheureusement, au Québec, il y avait une marche assez élevée entre la
capacité de nos PME d'utiliser l'IA. Je m'explique.
Beaucoup d'entreprises n'avaient même pas de
systèmes ERP, de systèmes de progiciels pour trouver des données, les capturer
et pouvoir monter des bases de données. Donc, l'OTN, Offensive de
transformation numérique, ne se veut pas d'appliquer l'IA
en entreprise, mais de numériser nos entreprises, parce que plusieurs d'entre
elles n'étaient pas là. Alors, si tu n'es pas numérisé, c'est très dur de
prendre des algorithmes pour prendre tes données puis devenir compétitif, parce
que les données n'existent pas ou ne sont pas bien... ne sont pas bien
capturées.
Alors, l'OTN se veut un programme où, comme vous
savez, on accompagne l'entrepreneur, 50-50, en gros, 50 % payé par l'entrepreneur, 50 % payé par le gouvernement.
C'est de la subvention, ce n'est pas des prêts, pour que l'entrepreneur
fasse son chemin critique pour se rendre à un point. Il dit : OK, voici ce
que j'ai à numériser, voici les données qui sont pertinentes pour être
compétitif, parce que ce n'est pas toutes les données qui sont algorithmies ou
algorithmables, parce que certaines ne donnent rien. Alors, ça, c'est un
travail énorme.
Alors, aujourd'hui, on est rendus... Je n'ai pas
le chiffre exact, là, on a le nombre d'entreprises, là.
Une voix : ...
• (10 h 40) •
M. Fitzgibbon : C'est ça, on a
35 projets. Parce que nous... Ce n'est pas le gouvernement qui fait ça. On
engage des gens comme l'ITHQ avec les restaurants, par exemple, ou Inno-Centre,
le côté industriel. Alors, on a 35 projets où on va voir des entreprises.
Je n'ai pas le nombre d'entreprises, mais je pense qu'on est rendus à 20 000,
25 000. L'objectif, j'aimerais ça me rendre à 100 000.
Mme Boutin : ...
M. Fitzgibbon : Bien,
j'aimerais ça, là, mais évidemment on...
Mme Boutin : Là, je vais poser
une question pour... s'il y a des entrepreneurs qui écoutent, parce qu'on me
pose souvent cette question-là. Concrètement parlant, là, quelqu'un qui veut
avoir accès à des fonds, là, de l'OTN, comment
ça fonctionne? Est-ce qu'il doit faire un plan de transformation numérique? Qui
l'accompagne? Parce que c'est quelque chose qui n'est pas toujours
clair. Est-ce que le mandataire, c'est Investissement Québec, là? Concrètement
parlant, ça marche comment?
M. Fitzgibbon : Effectivement, le...
Bon, j'ai le chiffre exact, là : 87 850 ont été sensibilisés, pas
tous sont rendus à prendre l'OTN. Mais je
pense qu'Investissement Québec... parce qu'il y a 35 organismes qui font
l'OTN. C'est sûr que je ne les ai pas
dans la tête, là, les 35, mais il faut que les entreprises puissent parler à
Investissement Québec, là, leur
contact, Investissement Québec régional, puis eux vont avoir accès aux
35 organismes qui font l'accompagnement. Ils appliquent un
programme. Puis, à ma connaissance, on ne dit pas non à grand-monde, dans la
mesure où, si le programme coûte, je ne sais pas, moi, 15 000 $ de
faire l'étude, bien, l'entreprise en paie la moitié puis nous, on en paie la
moitié. Alors, je pense qu'Investissement Québec est l'organisme qui va pouvoir
le faire.
Mon objectif... bon, je dis 87 500 qui ont
été sensibilisés, j'aimerais ça que la plupart puissent... On vise à en sensibiliser 160 000. Combien d'entre elles
vont choisir d'investir, ça, c'est une autre histoire, là. Évidemment, là, on a
eu une période difficile, avec l'inflation, on espère que ça va pouvoir
revenir, mais il faut continuer encore pendant plusieurs années.
Mme Boutin : Il reste une
minute. Je vais vous poser une petite question intelligence artificielle. Le
secteur en tant que tel, est-ce qu'il y a un
plan de match pour positionner le Québec encore plus, mondialement, dans
l'intelligence artificielle?
M.
Fitzgibbon : Bien, on est chanceux parce que le fédéral va
confirmer bientôt, c'est un secret de polichinelle, qu'ils vont... qu'Apogée va être octroyé au
Québec. Donc, le Québec va reconduire son programme technique du fédéral. Nous
avons reconfirmé au Mila 21 millions récemment. Dans la Stratégie
québécoise de recherche, investissement, innovation, on a 117 millions, je
me rappelle bien, d'investissements en IA. Donc, on en a annoncé 21, il en
reste d'autres. Donc, je pense que le
gouvernement du Québec va continuer au niveau recherche fondamentale qui nous
permet d'être notoires au niveau du monde. Le travail qu'on a à faire,
c'est faire le lien avec les entreprises.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Maintenant, nous revenons à l'opposition officielle. M. le député de
Marguerite-Bourgeoys, la parole est à vous.
M. Beauchemin : L'impact sur
l'emploi, donc, c'est comme ça que j'ai terminé tantôt. Les trois trucs qui semblaient... les trois questionnements les plus
importants, c'est au niveau de l'investissement, après ça, c'était
l'utilisation de l'IA par l'État puis l'impact sur l'emploi.
Je vous dirais que, pour faire suite, là, à ce
que je disais tantôt à propos de... le risque réputationnel puis ce qui se
passe actuellement dans la tête de l'ensemble de la population, c'est cet
aspect-là, parce qu'il y a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup d'articles, beaucoup
de commentaires qui ont été faits à ce sujet-là. On l'a vu, le plagiat aux
universités rend certaines nécessités pour les étudiants... de ne plus avoir à
travailler autant, etc. Goldman Sachs a mentionné
que, mondialement, on pourrait penser qu'il y a jusqu'à 300 millions
d'emplois sur la planète qui pourraient être... C'est des gros chiffres,
c'est quand même assez impressionnant.
Je suis entièrement d'accord que c'est une
opportunité d'affaires, c'est une opportunité pour aussi améliorer l'économie
québécoise, la rendre encore plus compétitive, et tout ça. Mais il y a le côté
humain de la chose que, pour moi... c'est vraiment le
facteur le plus important actuellement. Comment peut-on s'assurer qu'il y ait
une transition humaine dans cette réalisation
de l'intelligence artificielle? Puis, quand on écoute l'ensemble des
intervenants, il n'y a pas grand-chose qui est, comme, discarté :
Non, non, oublie ça, là... Il va y avoir des modifications à leur emploi, les
gens vont réétudier, vont se reskiller pour avoir d'autres outils dans leurs
coffres d'outils pour être des nouveaux employés encore plus performants.
Puis on l'a vu, à
chaque fois qu'il y a des transitions économiques significatives, l'arrivée de
l'Internet, l'arrivée de Word puis d'Excel, etc., a amélioré la productivité,
puis ça peut peut-être effectivement se rendre là. Mais il y a certains emplois
qui sont sujets à être, maintenant... une application, c'est assez réel. Et
maintenant c'est comme les chaînes de montage... bien, quand on était plus
jeunes, il y avait les arrivées des robots sur les chaînes de montage, à Sainte-Thérèse, puis on a vu les gens
faire la grève parce que, justement, ils perdaient leur emploi. Ils n'ont
jamais été remplacés, là. Il y avait plusieurs postes, ces gens-là ont eu à se
retrouver une raison d'être au niveau de l'emploi par la suite.
Donc, c'est toute la
transition humaine. Moi, je pense que ça, c'est l'impact sur l'emploi. Pour
l'acceptabilité sociale, pour avoir le support de la population puis pour calmer
les inquiétudes de la population, selon moi, c'est la priorité. Mais je vous
fais une suggestion. Ce serait probablement cet impact... ce secteur-là de
votre questionnement qui devrait
définitivement être le plus rapidement possible envoyé dans une commission
publique comme ici, par exemple, où est-ce qu'on pourrait avoir le
questionnement. Qu'est-ce que vous en pensez, de ça?
• (10 h 50) •
M. Fitzgibbon :
Bien, je suis entièrement d'accord avec vous qu'il faut bien expliquer
l'impact de l'IA et de la robotisation. C'est relié, la numérisation, sur les
emplois.
Je pense qu'on est
privilégiés que cette discussion-là ait lieu aujourd'hui et non pas voilà
15 ans. Voilà 15 ans, le ministre de l'Économie de l'époque était
préoccupé par la création d'emplois, c'était... on était obnubilés par ça. Il y
avait des premiers ministres qui mettaient... qui lançaient des chiffres de
création d'emplois, puis c'était encourageant pour la société. Alors, si on
avait eu le débat à ce moment-là, ça aurait été un peu en porte-à-faux.
Aujourd'hui,
environnement où il faut accepter qu'il y a une pénurie d'emplois, il faut
accepter que la démographie n'est pas de notre côté, mais pas juste au Québec,
partout au Canada. Donc, on a une démographie qui va croître de façon très
faible. La population active pourrait augmenter en pourcentage, mais, le
Québec, on est déjà très haut par rapport à l'Ontario puis à d'autres provinces
du Canada.
Donc, on est dans une
situation où, oui, il y a un peu d'immigration, évidemment qu'on va vouloir
faire. Mais l'immigration, on ne va pas se compter des peurs, là, les migrants,
tout le monde les sollicite, là, les pays, là, tout le monde va courir après
les immigrants. Ça fait qu'à un moment donné.. dans le monde, même, on voit
l'Inde puis la Chine qui commencent à réduire leurs démographies en termes de
croissance, donc c'est clair qu'on a un environnement où il faut que nos jeunes
se repositionnent et...
Bon, d'une part, ma
collègue à l'Emploi, elle est très soucieuse de ça, et c'est un débat qu'on
pourra avoir. Aujourd'hui, on a des pénuries d'emplois dans certains secteurs,
alors moi, je regarde ça puis je dis : OK, il faut aller soit former les gens ou requalifier les gens quand
c'est possible — souvent,
ce n'est pas possible — il
faut aller recruter à l'international
et il faut numériser ou il faut mettre de l'IA, peut-être, dans certains
procédés pour enlever la pression sur l'emploi.
Comme
je disais tantôt à votre collègue, chez Investissement Québec, maintenant, il y
a deux critères importants. Quelqu'un vient me voir pour réduire les emplois,
pour... un investissement qui réduit les emplois, on va le supporter, ou
crédits emplois mieux rémunérés, on va le supporter. Puis l'autre, c'est les
GES. Alors, vous avez absolument raison, puis je pense qu'on est
heureusement dans un environnement où la pression sur l'emploi est telle que
les gens voient ça favorablement.
La question va être la
transition. Il y a des postes... les collets bleus, par exemple, qui pourraient
perdre leurs postes parce que ça va être des gens avec des joysticks ou des
écrans... Ils n'ont peut-être pas la formation pour passer là, donc il y a un
enjeu, je pense, de transition, puis je pense que ma collègue en est
consciente. Puis effectivement, dans l'étude qu'on va faire avec Luc Sirois, on
va voir ce qui va arriver, puis, s'il y a une crainte, ou confusion, ou
anxiété, il va falloir l'adresser parce qu'on veut que les gens soient
confortables.
M. Beauchemin :
Ça rejoint un petit peu ce qui était à la base même de cette
conversation-là initialement, là, il y a déjà plusieurs mois déjà, quand
j'avais mentionné ça initialement que... les balises, là. Mais on est chanceux
au Québec d'avoir une démocratie qui est en santé. On peut s'en parler, on peut
avoir une conversation. Ce n'est pas pareil partout.
Donc, le problème que
je peux voir, c'est que l'utilisation, par exemple, en Chine, de l'intelligence
artificielle va être faite en silos, totalement de façon différente par rapport
à ce que nous, on a l'intention de faire ici. Est-ce que vous voyez là-dedans
une menace? Est-ce que vous voyez là-dedans une opportunité? Est-ce que vous voyez là-dedans une place, justement, à intervenir
à un autre niveau, là, que... qu'au Québec seulement, qu'au Canada
seulement?
C'est vraiment...
C'est un enjeu qui est mondial, rendu là, parce que, si de... si des États
voyous, si on peut les appeler comme ça, décident de faire des robots
militaires, c'est... on s'en va à un autre niveau complètement, là. C'est tout
cet aspect-là, tous les questionnements, l'emploi, la sécurité. C'est tout ça
qui est en jeu, là.
M. Fitzgibbon : Oui,
mais je vous réponds, c'est une question à haut niveau, là, mais je pense que,
géopolitiquement, ce qu'on voit présentement, c'est que les grands
donneurs d'ordre veulent avoir des chaînes d'approvisionnement beaucoup plus
courtes et résilientes. Je pense que ça, c'est très important.
Ce matin, j'étais avec...
dans mon bureau, avant d'arriver ici, avec une compagnie coréenne que je ne
nommerai pas, qui est un dominant dans un secteur très spécifique puis qui
considère maintenant s'établir en Amérique du
Nord. Puis le Québec est un de leurs choix parce qu'ils se disent :
L'Amérique du Nord va être un cluster, va être un... géopolitiquement,
va être un secteur puis... Bon, c'est une compagnie très, très
technologiquement avancée, puis ils disent : Bien là, on veut s'établir
ici. C'est une compagnie qui n'a aucun «footprint», présentement, en Amérique
du Nord. Alors, je pense que, ce phénomène-là, on va le voir.
Là, on parle de la Chine, évidemment, il y a des
enjeux par rapport aux valeurs sociales, les gens sont réticents à travailler
avec la Chine. Ça va probablement changer, je pense, il faut être réalistes,
là, mais je pense qu'il va falloir peut-être aussi focaliser sur des
secteurs... parce qu'il y a plusieurs parties de votre question, là, mais je pense
qu'il faut focaliser sur des secteurs où on peut attirer des jeunes, des
emplois qui sont bien rémunérés. Je pense aux
filières batteries, je pense à l'aluminium aussi, si on voit qu'ELYSIS,
éventuellement, fait de l'aluminium vert. Il y a des postes de collets bleus
qui n'existeront plus, il va y avoir d'autres postes qui vont être créés. Il
faut focaliser sur ça, et je pense que... je pense qu'on est capables de
le faire, mais ça prend une discipline pour ne pas investir dans tout.
• (11 heures) •
Puis après ça, la question, c'est le code
d'éthique... Vous avez parlé du code d'éthique, comment le Québec peut
s'insérer dans l'éthique internationale. On a parlé de ça, l'autre fois, avec
Yoshua Bengio. Les gens du Mila, entre
autres, là, pour être très, très spécifique, voient une opportunité, comment le
Québec, comment le gouvernement... les gouvernements, fédéral aussi, on
peut aider ces gens-là à prendre leur position.
Puis moi, une chose qui m'inquiète, c'est la
puissance de calcul. Là, je déroge, mais... On ne peut pas faire du ChatGPT, ici, on n'a pas la puissance de calcul
pour le faire. Le quantique, on l'aura un jour, là. Alors, on est un peu... on
est, je pense, bien positionnés sur une base d'éthique, Déclaration de
Montréal. La question, c'est : Comment est-ce qu'on peut prendre un
leadership pour établir des règles internationales? C'est ça qui est votre
question. C'est plus complexe, mais je pense qu'on va... il faut essayer de le
faire dans un temps réaliste sur nos capacités. Mais je pense qu'on a...
Puis, pour conclure, vous étiez là,
M. Bengio, la question lui a été posée, à un moment donné : Êtes-vous
capables de recruter du monde en IA? Il a dit oui parce qu'à cause de notre
notoriété puis d'autres... à côté, on peut recruter du monde. Bien,
profitons-en pour prendre ces gens-là, le talent, puis les faire travailler,
autant sur le côté domestique que le côté éthique internationale, là.
M. Beauchemin : Je
vais revenir sur le rôle de l'Innovateur en chef. Donc, dans la suite de cette
rencontre-là, justement, son rôle est d'entendre les gens, les groupes,
les acteurs de la société civile qui, eux, veulent s'exprimer sur les avancées,
sur la lettre qui a été écrite par, maintenant, presque
30 000 personnes, les craintes, etc. Mais, parallèlement à ça, est-ce
qu'il y aurait... il y aurait-tu comme un contrôle de la réponse
gouvernementale? Est-ce que c'est à lui,
M. Sirois, de s'assurer que la réponse gouvernementale soit un peu
uniforme à travers l'ensemble des ministères?
M. Fitzgibbon : Oui, bien,
écoutez, mon collègue qui était avec moi à la rencontre du 12 avril
dernier, le ministre de la Cybersécurité puis du Numérique, travaille avec le
CIQ aussi, parce que le cadre de gouvernance du gouvernement a été mis dans ce
ministère-là, il a été créé pour ça. Alors, évidemment, ça avance très vite,
toute cette évolution-là. Alors, clairement, au moment où on se parle, il y a
des discussions qui n'ont pas rapport au ministère de l'Économie, qui ont lieu
avec M. Sirois.
Parce que M. Sirois, c'est un peu comme
Rémi Quirion. Rémi Quirion, c'est le chef scientifique du Québec, il travaille avec tous les ministères. Il faut
juste qu'il soit parqué à quelque part puis il est au ministère de l'Économie.
Ministère de l'Innovation, bien, il y a une logique, évidemment, parce que
c'est le trait d'union entre Investissement Québec puis M. Quirion. Mais
Luc Sirois travaille avec tous les ministères, il a des réunions constamment
avec d'autres ministres, d'autres
ministères, auxquelles on n'est pas impliqués. Alors, oui, il faut le faire,
parce que, si on n'est pas cohérents entre nous, ça va être dur de
convaincre la population qu'on est... qu'on comprend l'environnement, là.
M. Beauchemin : La
raison pour laquelle je pose cette question-là, c'est parce que le ministère de
l'Éducation a appelé à... annoncé, excusez, un forum pour discuter des enjeux
de l'intelligence artificielle dans les cégeps et les universités. Ça,
c'est avant la nomination de M. Sirois. Ça fait que je me pose juste une
question, comme : Est-ce que c'est possible, donc, alors, que certains
ministères vont aller dans une direction avant même que...
M. Fitzgibbon : Je ne suis pas
familier avec ce à quoi vous référez, mais je suis convaincu, quand on parle du
cégep, on parle de ma collègue à l'Enseignement supérieur... convaincu que
M. Sirois va être partie prenante de la discussion. Peut-être qu'il ne
sera pas aux rencontres, mais il va avoir... Il faut qu'il y ait un vase
communicant, clairement, parce que sinon on n'accomplira pas, là.
M. Beauchemin : Juste
vous lire, là : «Lundi le 15 mai, à Montréal, la ministre québécoise
de l'Enseignement supérieur, Pascale Déry, réunira enseignants,
professionnels en pédagogie, chercheurs, experts en technopédagogie et en intelligence artificielle, mais aussi étudiants
et membres de la direction pour se pencher sur ce sujet.» Puis ça, c'est
dans un peu plus de deux semaines, là. C'est
juste... C'est un peu ça, ce que j'essaie de voir, parce qu'il semble y avoir
une initiative qui est prise de façon individuelle par rapport à l'enseignement
supérieur.
Quel est le rôle... quel sera le rôle, alors, de
l'Innovateur en chef? Est-ce que ce serait à cette personne... à cet
individu-là de ramasser tout le monde, dire : OK, on va y aller de façon
plus ordonnée? Il y a-tu...
M. Fitzgibbon : Bien,
je ne suis pas familier avec l'événement. J'ai pris une note, le 15 mai,
là... Probablement que ça a été organisé avant le 12 avril, je
présume, là, mais je peux me tromper. Mais je n'ai aucune crainte, parce qu'il y a plusieurs comités interministériels. Luc
Sirois et Rémi Quirion, les deux, parce qu'ils sont très complémentaires,
travaillent tous les ministères. Alors, je vais faire un suivi, là, mais moi,
je pense qu'une chose comme celle-là, probablement que c'est une initiative du
ministère de l'Enseignement supérieur, qui est très bonne, parce que l'IA fait partie du cursus qu'on veut faire avec nos
jeunes. Mais clairement, s'il y a des... si, dans le cadre de ce qu'ils font,
il y a des recommandations qui touchent le côté éthique puis le côté qu'on
parle, clairement, il faut que M. Sirois soit impliqué, et je suis pas mal
convaincu qu'il va l'être.
M. Beauchemin : Moi, je n'ai
pas une énorme expérience en gestion de l'État, là, je suis nouvellement élu
depuis le 3 octobre, mais je commence à avoir déjà des cheveux gris qui
s'additionnent. Mais ça m'apparaît un petit peu
évident, par exemple, qu'il y a une coordination qui devrait être un peu mieux
faite pour ne pas qu'il y ait, justement, ces fuites-là, d'une certaine
façon, d'aller d'un bord puis de l'autre, là, donc...
M. Fitzgibbon : Oui, bien,
encore une fois, je vais prendre un peu de recul par rapport à ça. Le 15 mai,
là, c'était organisé avant le 12 avril. L'IA, c'est un domaine important
pour l'enseignement supérieur. On a demandé, d'ailleurs,
à ma collègue la ministre de l'Enseignement supérieur de produire plus de
gradués. Parce que, tantôt, on parlait de... il faut atteindre
200 000 entreprises, là, peut-être 180 000 entreprises
québécoises, parce que ça prend du monde qui
connaissent l'IA pour aller dans l'entreprise, pas rien que des docteurs non
plus. Ça fait qu'on a une pression énorme sur le côté TI, les... le STGM, plutôt. L'Enseignement supérieur, je ne
suis pas surpris, je suis... En fait, je suis heureux de voir qu'il y a une
ruée par rapport à ça. Mais je peux vous assurer qu'au niveau éthique, ce qui
va sortir de là, c'est clair que ça va s'englober avec M. Sirois,
parce qu'il faut que ce soit cohérent. Alors, moi, je m'engage à ce que la
partie éthique de... la partie éthique de tout ça s'incorpore dans l'exercice
que M. Sirois va commencer.
M. Beauchemin : Je
comprends un peu la genèse, pourquoi que l'enseignement... l'Enseignement
supérieur a été, comment je pourrais dire, stimulé à agir plus
rapidement. Parce que, dans les premiers balbutiements, là, qu'on a vus, sur ChatGPT, c'était justement ce que j'avais
mentionné tantôt, les étudiants qui demandaient à ChatGPT de rédiger
leurs rapports de recherche, etc. Donc, il y avait tout le côté droits
d'auteur, il y avait tout le côté est-ce que nos étudiants vont étudier,
finalement, il y avait tout ce côté-là qui a été... Ça fait que peut-être que
ça, c'est en arrière de la raison du pourquoi que le 15 mai il y a ça.
Mais il y a aussi les mêmes questions qui
peuvent se poser au niveau de la sécurité de l'information. Le ministre Caire, qui peut-être est un petit peu
occupé de ce temps-ci, là... mais, je veux dire, il y a quand même énormément
de trucs qui auraient pu être faits juste au niveau de la sécurité de notre
information. Tous ces questionnements-là reviennent; le dénominateur commun,
c'est transparence. Puis je comprends qu'il y a un processus, je comprends qu'il y a des étapes à suivre, et tout, mais je
pense que pour peut-être calmer le jeu, ça aiderait de définitivement, déjà,
juste mentionner...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Beauchemin : ...même
si on prend des chemins différents, de mentionner que, oui, il va y avoir une
ouverture pour une commission québécoise sur l'intelligence
artificielle, dans un mandat d'initiative quelconque, pour assurer aux gens
comme quoi que ça va être ouvert.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. C'est tout le temps que nous avions. Nous
poursuivons nos périodes d'échange avec le deuxième groupe d'opposition.
M. le député de Maurice-Richard, la parole est à vous.
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Donc, bien, évidemment, on a parlé de l'importance des
investissements économiques pour pouvoir atteindre nos objectifs de gaz à effet
de serre. On a aussi parlé, et c'est là où
on était, sur l'expertise du... des fonctionnaires du ministère de l'Économie
pour imaginer l'économie de demain et surtout
comprendre nos spécificités à nous. Mais ma question pour M. le ministre :
Est-ce que le travail de consultants comme McKinsey serait meilleur si
les fonctionnaires sont consultés?
M. Fitzgibbon : Excusez-moi,
les fonctionnaires n'ont pas été consultés, ils ont participé.
M. Bouazzi : Ils ont participé
au... le travail de McKinsey?
M. Fitzgibbon : Il
faut comprendre comment les boîtes fonctionnent. Les consultants ne travaillent
pas dans leurs bureaux, seuls, sans parler à personne. C'est des
fonctionnaires qui travaillent avec eux autres.
M. Bouazzi : Est-ce que les
fonctionnaires étaient prévenus qu'un tel contrat était demandé à McKinsey?
M. Fitzgibbon : C'est eux qui
l'ont signé.
M. Bouazzi : Le contrat?
M. Fitzgibbon :
Oui.
M. Bouazzi : Dans
le travail sur le fond de ce rapport, il y avait une partie qui touchait à la
pénurie de main-d'oeuvre. Est-ce qu'il y avait, dans les conseils de
McKinsey, des conseils sur l'immigration?
M. Fitzgibbon : Non.
M. Bouazzi : Ils ont fait tout
un rapport sur la question de pénurie de main-d'oeuvre, sans donner aucune
recommandation sur la question de l'immigration?
M. Fitzgibbon : On ne leur a
pas demandé.
M. Bouazzi : Et
vous avez été satisfaits qu'une boîte de consultants vous conseille sur la
pénurie de main-d'oeuvre, sans qu'il y ait... Je pense qu'on s'entend
tous ici, probablement, en tout cas j'espère, que l'immigration est une des
solutions parmi les solutions qui touchent à la pénurie de main-d'oeuvre.
M. Fitzgibbon : On a une très
bonne connaissance de l'immigration. On n'a pas besoin de se faire dire par
McKinsey quoi faire.
M. Bouazzi : Et donc il n'y a
pas eu aucune recommandation sur ça? Mais, dans le cadre...
M. Fitzgibbon : Bien,
je me répète, là, j'ai dit : On ne l'a pas demandé, ça fait qu'ils n'ont
pas fait de recommandation, c'est sûr.
M. Bouazzi : Et dans le cas de
KPMG, est-ce qu'il y a eu une recommandation dans ce sens?
M. Fitzgibbon : Aucun rapport.
M. Bouazzi : Intéressant. Donc,
on a un rapport sur la pénurie de main-d'oeuvre où on ne demande pas de
recommandation sur la question de l'immigration. On a une étude sur l'avenir
économique du Québec où on ne se pose pas la question d'atteindre ou pas nos
objectifs de gaz à effet de serre. Est-ce que la stratégie batterie qui a été
analysée, donc, analysée par McKinsey, fait partie d'une stratégie plus large
pour atteindre nos objectifs climatiques?
M. Fitzgibbon : Non.
M. Bouazzi : Donc, le fait
d'investir dans la filière batterie n'a rien à voir avec les objectifs qu'on a
pour diminuer les gaz à effet de serre?
M. Fitzgibbon : On a différentes
initiatives. La stratégie batterie était une stratégie de valeur ajoutée qui en
donne... qui donne à pouvoir permettre la
réduction de GES dans l'ensemble de l'oeuvre, mais on a choisi les secteurs industriels
au Québec qui pouvaient se démarquer, créer de la richesse, parce qu'on est
pauvre, au Québec, là.
M. Bouazzi : Donc, le seul objectif
autour de ça, c'est qu'il y a des affaires à se faire dans cette industrie-là.
M. Fitzgibbon : Il y a des quoi?
M. Bouazzi : Des affaires. Il y a de
l'argent.
M. Fitzgibbon : De l'argent, de la
richesse, oui. De la richesse collective, il faut en créer au Québec.
M.
Bouazzi : Absolument, mais ça ne fait pas partie... J'ai du
mal, honnêtement, M. le ministre, à comprendre comment est-ce qu'investir dans une... ne fait pas partie d'une vision
plus large d'atteinte de diminution de gaz à effet de serre, mais je
comprends que ce n'était pas un paramètre qui avait été pris en compte.
M. Fitzgibbon : Non, mais là, je ne
sais pas où vous allez, j'ai beaucoup de misère à vous comprendre, je m'excuse. J'ai dit tantôt, d'entrée de jeu, que le
ministère de l'Économie a deux objectifs : le premier, qui est créer de la
richesse collective pour qu'on sorte de notre pauvreté collective, pour
investir dans les missions de l'État importantes comme l'éducation, la santé; d'autre part, on a une stratégie aussi de
développement économique pour réduire les GES. Donc, on regarde les deux
de façon concomitante. C'est ça, la stratégie du gouvernement.
M.
Bouazzi : Je comprends. Je veux juste être clair si je n'ai
pas été clair. Effectivement, nous... un gouvernement solidaire
s'assurerait effectivement que la vision économique soit cohérente en tout
temps avec des objectifs de baisse de gaz à
effet de serre dans notre économie, tout en s'assurant d'un certain nombre
d'objectifs sociaux, y compris s'assurer du bien-être des travailleuses
et des travailleurs et des revenus qui y sont associés. Je comprends que, dans le cas de
l'investissement de la filière batterie, ce n'était pas la question, la
question climatique ne faisait pas partie des paramètres de ces
investissements-là, et qu'effectivement le seul paramètre, c'était à quel point
est-ce qu'on va créer de la richesse.
Est-ce que... Je vais revenir ici, oui, est-ce
que... Donc, on a vu, en décembre, en parlant de richesse, en décembre dernier,
2022, le PDG d'Investissement Québec nous dire que nous allons doubler les
investissements prévus dans la filière
batterie en 2023. Vous avez déjà dit vouloir investir de 2 à 3 milliards
de fonds publics dans les filières batteries. Où est-ce qu'on en est
aujourd'hui dans les investissements qui ont été mis en place par le gouvernement
dans cette filière?
M. Fitzgibbon : Bien, écoutez, on
a... C'est probablement la filière industrielle la plus imposante que le
gouvernement du Québec contemporain n'aura jamais eue. Présentement, on a
plusieurs projets qui ont été annoncés, principalement à Bécancour, mais il y a
d'autres places aussi. On est la chaîne au complet, parce que la batterie, là,
c'est très large, là. On parle du minier, évidemment, on parle des matériaux et
composantes de batteries, on parle de la production de cellules.
Éventuellement, on parle de la fabrication de certains véhicules électriques,
tels autobus scolaires, autobus urbains, on parle du recyclage. Alors, écoutez,
on est rendu pas loin de 4 milliards, probablement, 4, 5 milliards
d'investissements.
Le gouvernement, règle de l'art... règle du
pouce, je m'excuse, mettez 25 %... investissements, c'est ça... du
gouvernement, en prêts, une partie qui serait pardonnable, mais, en gros, on
prête jusqu'à 25 %, fédéral... puis, du 25 % qu'on prête, une partie
est pardonnable, selon des critères qu'on détermine.
M. Bouazzi : Dans le budget, il y
avait un certain nombre... un élargissement des congés fiscaux pour les grands
projets d'investissement... notamment la filière des batteries. Sur les
373 millions de cadeaux fiscaux aux entreprises, combien pourraient aller
aux batteries?
M. Fitzgibbon : Nous ne savons pas,
c'est un estimé qui a été fait par le ministère des Finances. On regarde ça a
posteriori. Il est trop tôt pour le savoir, parce qu'il y a des projets qui ne
sont pas nécessairement éligibles, il y a des critères. Alors, je n'ai pas la
réponse à votre question.
M. Bouazzi : Sur chaque dollar
investi, quelles sont les retombées pour le Québec, les retombées fiscales?
M. Fitzgibbon : C'est large comme
question. Je vais répondre différemment. Quand on regarde un projet, les
projets structurants comme celui-ci, dans la filière batterie, généralement, on
est ouverts à prêter 25 %, le fédéral fait la même chose, ça fait 50 %.
Après, avec l'équipe du ministère des Finances, on regarde les retombées, pas
juste fiscales, les retombées globales, et on donne un pourcentage de ça en
pardons.
Alors, généralement, ça peut être un pourcentage
du pardon, qui peut aller de 20 à 50 %, par exemple, mais dans aucun cas
on ne va vouloir donner un pardon qui va excéder les retombées qui ont été
calculées sur une période de cinq, 10 et 15 ans. Alors, je n'ai pas de
pattern parce que votre question est trop large. On a à peu près 90 projets,
présentement, dans les batteries, qu'on regarde, certains sont en ébullition,
commencent, seulement, donc ce n'est pas toujours le même pourcentage,
mais je peux dire que...
M. Bouazzi : Bien, globalement, M.
le ministre, on parle de 4 milliards de dollars. Ce n'est pas une
petite somme. Quel est le revenu dans les
cinq prochaines années, les retombées de ces 4 milliards de dollars
investis? Quel est l'ordre de
grandeur? Je comprends qu'il y a des pardons, ça fait que ça, c'est de l'argent
qu'on perd. Je comprends qu'il y a des...
M. Fitzgibbon : Non, non, ça, c'est
très mal dit. On ne perd pas l'argent, on gagne de l'argent.
M. Bouazzi : Quand il y a des
pardons?
M.
Fitzgibbon : De dire qu'on perd de l'argent, dire que... perdre
de l'argent, je pense que vous ne dites pas les bonnes choses.
M.
Bouazzi : Il faudrait que la somme soit positive, mais, je
veux dire, quand on pardonne des prêts, on s'entend que c'est de
l'argent qui ne revient pas. Ce n'est pas ça?
M. Fitzgibbon : Non, mais
pourquoi... pourquoi on ferait un pardon?
M. Bouazzi : Bien, c'est une bonne
question.
M. Fitzgibbon : Parce qu'on fait des
retombées, je viens de l'expliquer. Il y a des retombées qui excèdent les
pardons, donc on ne perd pas de l'argent.
M. Bouazzi : Donc, on est d'accord,
effectivement. Donc, le pardon tombe dans la colonne des moins, et puis il
faudrait que les retombées tombent dans la colonne des plus.
Ma
question, c'est : Quelle est l'évaluation de la somme des deux colonnes
sur un investissement aussi immense que
4 milliards? On a compris que l'investissement dans les batteries n'était
pas dirigé par une volonté d'atteindre les
diminutions de gaz à effet de serre. Est-ce qu'on a une idée claire de, au
moins, les affaires que font ces compagnies et quelles sont les
retombées pour... qu'elles soient fiscales ou pour les travailleuses et travailleurs
du Québec?
M.
Fitzgibbon : Les retombées vont être plus grandes que le pardon.
M. Bouazzi : Mais
est-ce que vous avez des chiffres?
M.
Fitzgibbon : Bien, ça peut varier entre une et deux fois. Chaque cas
est différent.
M. Bouazzi : Donc,
sur cinq ans, les 4 milliards dont on parle, il y aurait un
4 milliards, voire même un 8 milliards de retombées économiques?
M.
Fitzgibbon : Possiblement.
M. Bouazzi : OK. Et les métriques associées à ça, je veux dire,
aujourd'hui, on en est où, en 2023? Est-ce que... Ça marche comment?
M.
Fitzgibbon : Ça commence, la filière. En 2019, le mot «batterie»
n'était pas dans le vocabulaire du gouvernement.
M. Bouazzi : OK. Et là, en... À partir de quand on va commencer
à avoir des métriques associées à ces retombées économiques?
M. Fitzgibbon :
Quand on va produire des... La
plus grosse usine, là, c'est... celle de POSCO-GM va produire en 2027...
2026. Nemaska, hydroxyde, va être en 2027, Nouveau Monde Graphite, l'anode, en
2028...
M. Bouazzi : Excusez-moi,
M. le ministre, il me reste 20 secondes. Les 10 000 travailleurs
dont on a besoin pour pouvoir produire toute cette richesse, vous allez les
enlever de quelles industries, exactement?
M. Fitzgibbon :
On va produire du talent. On
travaille étroitement avec l'Université du Québec à Trois-Rivières, M.
Christian Blanchette, on travaille avec le cégep, on travaille...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Le temps étant écoulé, nous allons passer à la prochaine période d'échange. Nous revenons à l'opposition
officielle. M. le député de Marguerite-Bourgeoys, la parole est à vous.
• (11 h 10) •
M. Beauchemin :
Merci, Mme la Présidente. M. le
ministre, tout à l'heure, vous avez parlé du 21 millions, là, qui a fait
suite, là, à notre rencontre, là, chez Mila, il y a quelques semaines déjà de
ça, le décret, là, pour financer de la recherche. Il y a eu aussi un
9 millions pour un fonds de recherche, pour consolider le programme de
recherche et de partenariat sur l'adoption de l'intelligence artificielle en
santé. Ça, ça a été fait le 22 mars 2023. Spécifiquement, là,
c'était l'adaptation de l'intelligence artificielle en santé pour le
soutien à l'adoption de l'intelligence artificielle dans les établissements du
réseau de santé.
Ensuite, il y a eu
4,5 millions de dollars qui a été décrété pour le Centre de recherche
informatique de Montréal pour soutenir
confiance... intelligence artificielle et Confiance AI... Centre de recherche
informatique de Montréal, au cours
des exercices 2022, 2023, 2024, 2025, afin de soutenir des activités pour le
financement du projet Confiance IA visant l'accélération de l'adoption
de l'intelligence artificielle dans le système de critiques de
l'industrialisation ainsi que la
commercialisation de l'intelligence artificielle de confiance au Québec. C'est
quoi, l'implication de l'innovateur en chef dans ces deux autres décrets
là?
M.
Fitzgibbon : Bon, premièrement, la plupart des sommes d'argent, là...
je regarde la SQRI2, là, la Stratégie
québécoise de recherche et
d'investissement et d'innovation qu'on a lancée au printemps 2022, dans
laquelle, et Luc Sirois, et Rémi Quirion ont participé, le Scientifique
en chef et l'innovateur en chef... la plupart des sommes viennent de là. Il y a
des sommes qui viennent aussi du FRQ, là, trois fonds, les Fonds de recherche
du Québec. Il y a des sommes qui viennent de là aussi puis il y a probablement
des sommes qui vont venir de certains secteurs, bon, là, on parle de santé,
sciences de la vie, on parle de l'aluminium puis on parle de l'aérospatiale. Il
y a des sommes là-dedans aussi.
Alors, il y a
plusieurs sources, mais je vous dirais que la personne responsable de
l'allocation des fonds de la SQRI s'appelle
Mathieu Gervais, qui est le sous-ministre adjoint à l'Innovation, qui travaille
étroitement avec le député de Jean-Talon, entre autres, qui est
responsable de l'innovation, et aussi Rémi, et Luc Sirois. Donc, c'est un
travail d'équipe, puis c'est Mathieu Gervais, au ministère, qui s'occupe de
l'innovation, qui est celui qui va travailler avec les forces vives.
M.
Beauchemin : OK. Puis, pour ce qui est de la santé, ça, ça se trouve à
être qui qui...
M. Fitzgibbon : Bien,
santé, ce qu'on a fait, c'est qu'on a divulgué... Je ne me rappelle pas la
date, là, la stratégie des sciences
de la vie, là. J'étais avec mon collègue le ministre de la Santé, parce qu'évidemment
je ne vous apprendrai rien en disant que le succès de son initiative va
passer en grande partie par l'innovation dans le domaine de la santé. Alors, le ministre était avec moi quand on a lancé
la stratégie des sciences de vie, je pense que ça fait un an, un an et demi, mai
2022... alors, il était avec moi.
Alors, il y avait
quatre initiatives, il en a pris une. Alors, lui, il est très, très, très
intéressé à ce que l'innovation soit au rendez-vous, alors... Puis, dans
certains cas, il y a des sommes d'argent qui peuvent venir, parce qu'il y a une
espèce de bureau de l'innovation à l'intérieur du MSSS, qui existe, là, mais la
pierre angulaire, c'est le ministère de l'Innovation, et on travaille avec eux
autres, c'est sûr, très, très étroitement.
M.
Beauchemin : Ça fait que, donc, la coordination, là, est comme, tu
sais, mobile, dans le sens qu'il y a comme votre participation dans le secteur
académique, avec Mila, le ministre de la Santé. Pour ce qui est de la santé, il y a donc... Mais il y a-tu une place où est-ce
que tout se rejoint en haut, puis on prend la décision, dans un genre de
conseil?
M.
Fitzgibbon : Oui. En fait, le ministère que je représente, c'est le
ministère Économie, Innovation, Énergie.
Donc, innovation, tout passe par le MEIE. Maintenant, innovation, je me
rappelle, quand on a fait la SQRI², la députée de Châteauguay, à
l'époque, avait été responsable, c'est elle qui travaillait, comme le député de
Jean-Talon. Elle avait créé un événement où
tous les intervenants étaient venus, et il y avait beaucoup de comités
interministériels, parce qu'effectivement l'innovation, même si ça
réside au ministère de l'Innovation, ça touche tous les ministères.
Alors, le point
central, c'est le MEEI. Par contre, il y a plusieurs initiatives des...
interministérielles. Par exemple, quand on lance une zone d'innovation, c'est
sûr qu'il faut parler à l'Enseignement supérieur, l'Éducation, bon, Santé, dépendamment des cas. Alors,
clairement coordonné par le ministère chez nous, mais qui doit impliquer tous
les ministères concernés.
M.
Beauchemin : OK. Il n'y a pas... Il ne semble pas... Bien, je vous
entends, mais je me dis, on dirait qu'il y a
quand même plein d'initiatives qui semblent arriver, puis c'est peut-être un
gros mot, là, que je vais dire, du champ gauche, mais ce n'est peut-être pas ça. On dirait qu'il y a des
initiatives qui semblent se prendre un petit peu à l'extérieur de ce
ministère-là.
Je voulais juste,
quand même, souligner le fait que, de façon très transpartisane, ce serait
quand même intéressant de pouvoir,
justement, à un moment donné, avoir tous ces gens-là pour avoir un son de
cloche, là, unanime au niveau de la coordination.
Puis je parle de ça
de façon très, très ouverte, parce que ce que je veux comprendre... C'est
qu'actuellement, quand on le regarde de
l'extérieur, on a l'impression que ce n'est pas si bien coordonné. Moi, ce que
je veux voir, c'est une meilleure coordination, comme si, par exemple,
au bureau du premier ministre, on aurait à coeur les implications de
l'intelligence artificielle pour l'ensemble de l'appareil gouvernemental, pour
l'ensemble de la province, pour l'ensemble des Québécois. Ça ne semble pas être
le cas, ça ne semble pas être un dossier assez important pour être à la hauteur
du cabinet du premier ministre. Donc, il y a donc ces initiatives-là qui
semblent être un petit peu faites, là, ici et là, qui, des fois, sont
coordonnées par l'innovateur en chef, mais pas tout le temps. Ça fait que c'est
un peu ça, l'image que ça donne. Êtes-vous en désaccord?
M.
Fitzgibbon : Oui, je suis en total désaccord. En fait, je suis en
objection complète à ce que vous venez de dire, parce que, justement, le...
Puis je vous inviterais à la lire, si vous ne l'avez pas fait, la Stratégie
québécoise de recherche et d'investissement en d'innovation... inclut l'IA
là-dedans. Et c'est la première fois, en fait, qu'on voit un document... bon,
c'est un document qui est aussi holistique sur l'impact de l'innovation dans
toutes les missions de l'État, dans toutes les entreprises, services sociaux.
Alors, entre la SQRI2, dans laquelle Rémi Quirion est impliqué... parce qu'il y a un volet Fonds de recherche, dans
laquelle Luc est impliqué, Sirois, parce que lui, c'est le trait d'union
des entreprises puis de la recherche... je pense qu'on a tout l'ensemble de
l'oeuvre, qui est tellement bien expliquée, et
que Mathieu Gervais, qui est le sous-ministre adjoint, qui travaille pour David
Bahan, ici... Mathieu est responsable, justement,
de s'assurer que les initiatives à l'intérieur de la SQRI soient en conformité
avec les objectifs des différents ministères.
Puis, quand on a fait
la SQRI, c'est la première fois qu'on voyait ça au Québec, là. Votre
gouvernement avait essayé puis n'avait pas réussi, avant, là, avant vous, là.
Alors, on avait tous les ministres qui ont participé à cette grand-messe là,
puis il y a eu une adhésion, certains ministères plus que d'autres, je dois
avouer, mais aujourd'hui, que ce soit
l'Agriculture, que ce soit l'Enseignement supérieur, que ce soit... bien,
l'Énergie, c'est rendu chez nous, vous avez les Ressources naturelles,
moi, je pense qu'il y a une cohésion.
Alors, peut-être
qu'il y a un manque de communication, là, si vous n'avez pas bien saisi ça,
mais au contraire, moi, je pense qu'on a un environnement qui est très, très,
très... M. Legault, le premier ministre, est même venu à la... aux
consultations pour la SQRI, puis il avait participé à la consultation, puis il
y avait exprimé le fait que pour que le Québec, dans les prochaines années,
sorte de sa pauvreté collective, en termes économiques, bien, il faut que
l'innovation soit au rendez-vous. Bien, moi, je pense qu'on a une bonne
cohésion, mais il y a encore beaucoup à faire.
Ça a déjà été mis de l'avant en 2022, jusqu'en 2027, donc on a encore quelques
années pour conclure... pas «conclure», mais pour avancer dans la
stratégie.
M. Beauchemin : Je vous entends,
mais je réitère que même, par exemple, l'exemple du... de la réunion pour la ministre de l'Enseignement, Pascal Déry, le
15 mai, c'était un fait nouveau pour vous ce matin. Cette coordination-là donne quand même cette image-là, qu'elle
n'existe pas parfaitement. C'est ça, le point que j'essaie de mentionner, qu'il y a des trucs qui semblent se
faire ici et là, que ça ne semble pas avoir été cautionné de façon centrale.
M. Fitzgibbon : Bien, écoutez, juste
une note, là, une anecdote, là, mais un ministre ne peut pas savoir tout ce qui
se passe au gouvernement, là, ce serait impossible. Alors, pendant qu'on se
parlait tantôt, David Bahan, mon collègue à côté, me faisait part que Mathieu
Gervais, la fameuse personne, est en contact avec le MES depuis trois semaines
sur cette réunion-là, donc l'harmonie est parfaite. Le ministère a été impliqué,
Luc Sirois est impliqué, alors je pense que... Je ne le savais pas,
effectivement, mais je ne peux pas tout savoir, là. J'en sais pas mal, là, mais
j'ai des limites sur ce que je peux lire et entendre.
Donc, la bonne nouvelle, c'est que, malgré le
fait que je ne savais pas que ça avait lieu, l'initiative est coordonnée par le
ministère de l'Innovation.
M. Beauchemin : Je vais vous amener
sur un terrain un petit peu plus macro. Lorsque vous êtes arrivé au pouvoir, en
2018, est-ce qu'il y a eu des facteurs qui ont été évalués pour regarder le
portrait économique du Québec, où est-ce que sont nos forces, nos faiblesses,
nos opportunités, nos menaces de... classiques, «SWOT analysis», là? Est-ce qu'il y a eu un «SWOT analysis», qui aurait
été fait, une analyse SWOT qui aurait été faite en 2018 par votre ministère?
• (11 h 20) •
M. Fitzgibbon : Oui, en fait, dans
la campagne électorale qui a mené à l'élection de la CAQ et qui a été confirmée
après par le travail avec le ministère... En fait, moi, dans les premiers mois
après que j'ai été élu, j'avais trois... bien, je n'avais pas l'Énergie, à ce
moment-là, mais j'avais trois choses importantes qu'il fallait faire. Il
fallait que la balance commerciale internationale soit plus équilibrée. On importait
beaucoup plus que nous exportions. Deuxièmement, il y avait une problématique
au niveau de l'innovation. C'était clair que nous étions sous-numérisés,
sous-robotisés, au Québec, ce qui faisait qu'on avait un écart de productivité.
Puis la troisième chose, c'est que les investissements étrangers, là, ce qu'on
appelle, là, les investissements directs étrangers, n'étaient pas à un niveau
que je trouvais acceptable. Depuis plusieurs années, on trouvait que c'était
très faible, on voulait les doubler.
Donc, on voulait rétablir l'équilibre
commercial. À l'époque, il y avait un déficit commercial d'à peu près
23 milliards. Là, je parle, en 2017, là, 2018, si j'exclus le Canada, là,
je parle... Québec puis à l'international, déficit de 23 milliards. Innovation, on avait... je n'avais pas les
chiffres, là, mais c'était clair qu'on était sous-investis. Puis donc on
a voulu... Puis, investissements directs étrangers, on était à
2 milliards, je pense. Alors, on voulait doubler ça, bon. Ça, c'était le
constat à l'époque. Je vais arrêter là, là.
M. Beauchemin : Donc, en 2018, la
balance commerciale, l'innovation et puis...
M. Fitzgibbon : L'investissement
étranger.
M. Beauchemin : Investissement,
quatre ans plus tard, votre analyse, elle ressemble à quoi, maintenant?
M. Fitzgibbon : Bon, on a de très
bonnes nouvelles. Investissements directs étrangers, on a doublé, donc on a respecté nos engagements, on a... à un point qu'aujourd'hui
ce n'est plus une priorité. On va continuer... évidemment, la filière
batterie, évidemment, a aidé beaucoup. Donc, on a fait un travail
extraordinaire. Investissement Québec International, qui n'existait pas, qu'on a créé avec le
gouvernement, qui est dirigé par M. Hubert Bolduc, a une équipe
extraordinaire. On a Guy LeBlanc comme chef d'Investissement Québec. Donc, je
pense qu'on a des marques ou un bulletin très, très favorable par rapport à ça.
L'innovation, c'est un travail en progrès. Est-ce
qu'on est rendus où on va être? La réponse, c'est non. On a comme objectif tangible de réduire le fameux écart
de richesse avec l'Ontario, bon, on a réduit d'une couple de points, mais il y a encore beaucoup à faire. C'est un
travail qui va prendre une décennie. Alors, c'est pour ça, d'ailleurs, que la
Stratégie québécoise de la recherche et investissement en innovation a été
faite. Votre gouvernement avait fait la première
mouture de cette stratégie-là avec Mme Anglade, à l'époque. Donc, on l'a prise
puis on l'a augmentée en termes de ressources financières pour aller
plus loin, parce que je pense que c'est une stratégie excessivement importante.
Donc, l'innovation, on a eu un certain succès, mais on n'est pas rendus où il
faut être.
Au niveau de la balance commerciale, bon,
évidemment, il y a eu la pandémie. Ça n'a pas été facile, puis donc, aujourd'hui, on a réduit l'écart, mais pas
au niveau où je voulais. Moi, j'avais comme objectif d'avoir une parité
entre import et export, mais je dois avouer que cette parité-là, ce n'est pas
une fin en soi, là. Tu sais, ce n'est pas parce
qu'on a une parité qu'on est bons nécessairement. Donc, pour moi, ce n'était
pas tellement l'atteinte d'un équilibre comme d'augmenter nos
exportations.
Et ça... Ce qu'on a fait, on a créé un
programme, j'oublie l'acronyme, là, on a créé un programme pour favoriser les
exportations qu'Investissement Québec gère et on a décidé de travailler avec
des nouveaux outils pour permettre non seulement de faire des missions à l'étranger
mais aussi que les entreprises québécoises puissent ouvrir des bureaux à l'international. Je pense qu'on a
bien fait, mais l'équilibre, là, on n'est pas là encore, là, puis la pandémie, évidemment,
n'a pas aidé non plus, mais je pense qu'on s'en va à la bonne place, et ce
programme-là continue d'être en application. Investissements
étrangers, on travaille encore sur ça, mais c'est moins une priorité parce
qu'on a atteint un niveau, je pense, qui est
adéquat, mais là il faut travailler sur l'innovation, sur l'exportation. Il
faut continuer.
M. Beauchemin : ...où dans la
balance commerciale, exactement?
M.
Fitzgibbon : ...là, je vais vous le donner, je ne le sais pas par
coeur, là. Il faut faire attention aussi parce que, tu sais, les exportations... si on envoie 10 A220 de plus, ça
change les chiffres beaucoup aussi. Ça fait que, tu sais, c'est des
chiffres qui sont macros, il faut être prudent, mais on va vous donner les
chiffres plus tard, là.
M. Beauchemin :
OK. Donc, les forces, selon vous,
2018, les forces, 2022, du Québec, de l'économie québécoise...
M.
Fitzgibbon : Les forces, bien, je pense qu'énergies renouvelables,
talents... Quand je fais le pitch, à l'international, parce qu'à matin je
faisais le pitch, justement, là, à... compagnie coréenne, énergies
renouvelables, talents, 18 universités,
culturellement... on peut dire, c'est, culturellement, une place qui est bien,
les étrangers, je regarde... Je parlais ce matin à cette compagnie-là
puis je leur disais : Parlez aux gens de POSCO, une autre compagnie
coréenne, ou... Je rencontre régulièrement
des Coréens qui sont ici, là, puis qui adorent être au Québec. Donc, je pense
qu'on est un terroir fertile pour les gens qui viennent travailler ici.
On a des universités, on a des collèges, on a de l'énergie renouvelable puis on
a un gouvernement qui va aider.
Puis j'ai toujours
dit que, si le support financier est la raison principale pourquoi une
compagnie vient ici, c'est la mauvaise raison. Le support financier, ça vient
en deuxième. Alors, moi, je pense que, stratégiquement, on a des forces. Puis le secteur industriel qu'on veut
promouvoir, je pense que ça nous aide aussi, choisir les secteurs, tu as le
quantique, la microélectronique, avec Normand
Bourbonnais au C2MI, la vallée de la transition énergétique. Je pense
qu'on a des secteurs... L'aérospatiale, évidemment, c'est un secteur,
historiquement, où le Québec a toujours été bien vu. Moi, je pense qu'il faut
mettre notre effort là-dedans puis je pense que ça va... ça nous sert bien.
La Présidente (Mme
D'Amours) : 20 secondes, M. le député.
M.
Beauchemin : Un des points que vous avez mentionnés, c'est le talent.
Le problème, c'est qu'on n'a pas de bassin de population. Comment qu'on peut...
puis peut-être qu'on va pouvoir répondre au prochain bloc, là, mais il y a
définitivement un problème là. On a le talent, mais le talent, il est occupé,
là. Il est déjà occupé.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous procédons maintenant à la période d'échange avec le deuxième groupe
d'opposition. M. le député, la parole est à vous.
M. Bouazzi : Merci,
Mme la Présidente. Donc, on était rendus au fait que... et la vision économique
a été demandée à KPMG et McKinsey, n'était pas basée sur... ou, en tout cas,
n'avait pas comme critère de prendre en compte les baisses de gaz à effet de
serre du Québec, que le gouvernement lui-même s'est données et dont 50 % sont... à ce jour, non défini, là, comment on va y
arriver. Le fait que la filière batterie ne faisait pas partie d'une stratégie de
baisse de gaz à effet de serre au Québec, la... Est-ce que le gouvernement a
pour objectif d'électrifier toutes les voitures du Québec?
M.
Fitzgibbon : Bien, mon collègue... Bon, clairement, dans notre... dans
l'initiative d'avoir 37,5 % de réductions de GES, quand on regarde la
provenance des GES, on a 43 % qui vient du transport, puis on a à peu près
20 % qui vient des filières industrielles, puis on a à peu près 10 %
en agriculture. Donc, le transport, 43 %, c'est clair qu'on va électrifier
tout ce qu'on peut. On n'a pas les chiffres précis parce que c'est encore
incertain, qu'est-ce qui va arriver avec les transports lourds, mais moi, je
pense que la grande partie des véhicules vont être électrifiés, et nous allons
clairement encourager les gens à le faire de différentes façons. Donc, on veut
électrifier les transports, et M. Charette a annoncé, je ne sais pas quand,
hier ou avant-hier, qu'on augmente la barre de 1,5 million à 2 millions
de voitures électriques par 2030. Donc, oui, on veut aller vers ça, c'est
clair, puis...
M. Bouazzi : Est-ce que la stratégie de batteries qu'on se
donne fait partie de la solution associée à l'électrification des
véhicules au Québec?
M. Fitzgibbon :
Oui, mais, bon, on ne fera pas de
véhicules électriques ici, là, donc, c'est... on parle de deux choses séparées,
là. Je pense que les mesures gouvernementales pour réduire les GES passent par
les transports électriques, il n'y a aucun doute, autant les transports en
commun. La filière batterie, elle, va aider à produire des composantes de
batteries pour l'Amérique du Nord, principalement. Donc, on va contribuer à
l'Amérique du Nord, mais ce n'est...
M. Bouazzi : C'est
deux... c'est déconnecté. Est-ce qu'on a évalué, dans ces rapports, la quantité
de matière première qu'il nous faudrait pour électrifier le 1,45 million
de véhicules?
M.
Fitzgibbon :
Eh
boy! On a... Bien, de toute façon, on parle... on parle de batteries, les
cellules puis ce qu'on appelle l'assemblage de packs de batteries. Donc, il va
y avoir assez de producteurs de cellules en Amérique du Nord pour suffire à la demande. D'ailleurs, le nombre de celluliers va
être une fonction de l'adhésion des particuliers à la conversion à
l'électrique.
Nous,
ici, au Québec, notre stratégie batterie, c'est de pouvoir produire des
cathodes, des anodes, des séparateurs pour
suffire à toutes les celluliers d'Amérique du Nord, et éventuellement,
probablement, un cellulier qui va être ici... il va être ici, au Québec.
M. Bouazzi : Et
donc il n'y aura pas de limite dans notre capacité d'avoir assez de lithium
pour électrifier tous les véhicules du Québec?
M. Fitzgibbon : Il n'y a pas de
limite...
M. Bouazzi : Les
limites, les limites... Combien de tonnes de lithium on a besoin pour
électrifier le parc de voitures au Québec?
• (11 h 30) •
M.
Fitzgibbon : On a assez de lithium au Québec. Première... Il
faut faire attention, là, le lithium, les mines... il y en a plusieurs,
mines, deux qui sont en vue pour être opérées. Il y a le spodumène, il y a
l'hydroxyde, il y a la cathode, là. La
chaîne est compliquée, mais il y a assez de lithium au Québec pour électrifier
toutes les voitures du Québec.
M. Bouazzi : OK. Je comprends que la
stratégie des batteries ne fait pas partie d'une stratégie de lutte contre le réchauffement climatique, mais à ce... quand
même, une question qui me brûle les lèvres : Est-ce que votre ministère
a demandé au ministère de l'Environnement de
relâcher les exigences environnementales pour la filière des batteries?
M. Fitzgibbon : ...
M.
Bouazzi : Pourquoi, à ce
moment-là, en début d'année, le gouvernement a décidé que la filière...
d'abaisser les exigences
environnementales pour la filière de batteries, voire même... donc là, je lis,
«a modifié le règlement relatif, l'évaluation et l'examen des impacts
sur l'environnement de certains projets»? Pourquoi?
M. Fitzgibbon : Pouvez-vous relire
ce que vous avez dit? Je n'ai pas compris.
M.
Bouazzi : Donc, cette année, en début d'année, il y a
quelques mois, le gouvernement a abaissé les exigences environnementales
pour la filière batterie. Pourquoi?
M. Fitzgibbon : Demandez à Benoit
Charette. Je ne suis pas au courant du détail.
M. Bouazzi : Donc, le ministre en
charge de l'écologie a décidé tout seul d'abaisser des critères écologiques
sans qu'il y ait de raison? C'est pour des raisons écologiques?
M. Fitzgibbon : Il y a sûrement des
raisons. Demandez-lui.
M.
Bouazzi : Donc, c'est quand même très étonnant, M. le
ministre. Vous comprenez qu'un ministre de l'Écologie décide d'abaisser
les critères écologiques associés à une industrie, et que vous n'ayez pas
d'avis là-dessus... Est-ce que vous pensez que c'était une bonne idée,
d'abaisser les critères écologiques?
M. Fitzgibbon : Je ne sais pas de quels
critères vous parlez, là.
M. Bouazzi : Donc, dans le cas des
usines de fabrication de véhicules, alors que vous savez comme moi qu'à part
pour les véhicules lourds et les... et les bus, nous n'en avons pas, on a
carrément aboli l'assujettissement de cette partie-là des critères d'évaluation
environnementale. Pourquoi?
M. Fitzgibbon : Je m'excuse, j'ai de
la misère à vous comprendre. Vous me demandez quoi, là, au juste?
M. Bouazzi : M. le ministre, vous
nous avez dit que c'est le plus gros investissement de l'histoire moderne du
Québec économique sur la question des batteries.
M. Fitzgibbon : Oui.
M.
Bouazzi : On a un ministre de l'Écologie, on... ministère,
un gouvernement qui a décidé d'abaisser les critères écologiques sur
cette industrie ou, carrément, de faire en sorte que la construction de
véhicules électriques ne serait pas assujettie à ces réglementations.
Ma question
c'est : Pour cet investissement qui est si important et dont vous parlez à
peu près à chaque semaine, pourquoi est-ce que cette décision a été
prise par le gouvernement?
M. Fitzgibbon : Je ne sais pas à
quoi vous référez, là. On ne fait pas de voitures électriques, on fait des
composants de batteries, qui sont sujettes à toutes les normes
environnementales, là. J'ai de la misère à comprendre votre question. Je
m'excuse.
M.
Bouazzi : C'est ma prochaine question. Pourquoi avoir aboli
cette obligation pour des choses qu'on ne fait pas?
M.
Fitzgibbon : Je n'ai aucune idée. Je ne suis pas capable de
suivre, je m'excuse. Je dois être fatigué ce matin, là.
M. Bouazzi : Je...
pas de votre état de fatigue, mais c'est quand même, encore une fois, très
étonnant. Dans le cas de... Vous avez un expert d'Investissement Québec, dans
la question des batteries, qui est passé dans le privé, c'est GM qu'il... qu'il
aide actuellement, concernant le projet d'usine à Bécancour. Est-ce que ça vous
inquiète?
M. Fitzgibbon : Non.
M.
Bouazzi : Pourquoi, si ça ne vous inquiète pas, il y a eu...
Aujourd'hui même, on apprenait qu'il y a eu une demande à tous les
fonctionnaires d'Investissement Québec de ne pas parler à cette personne, car
elle les sollicitait, justement.
M. Fitzgibbon : Investissement
Québec a bien réagi, a bien établi les choses.
M. Bouazzi : Donc, ils avaient
raison d'être inquiets?
M. Fitzgibbon : Pardon?
M. Bouazzi : Est-ce qu'ils avaient
raison d'être inquiets de cette conversation?
M. Fitzgibbon : Investissement
Québec a ses normes. GM, ça fait un an qu'on leur parle, puis on leur parle
encore, puis on va approuver un beau dossier, bientôt, qui a... qui va être
fait de façon normale...
M. Bouazzi : Est-ce que vous pensez
que ça contribue à avoir une concurrence saine et loyale d'avoir des gens qui
ont participé à réfléchir à la stratégie batterie dans le ministère et qui,
maintenant, conseillent une partie de l'industrie privée?
M. Fitzgibbon : Ça n'a aucun
rapport. Le dossier est déjà fermé. Là, on va l'annoncer bientôt. Au contraire,
c'est une très bonne nouvelle. Je trouve ça bon que nos jeunes Québécois
puissent profiter de filières et travailler avec eux autres. C'est une très
bonne nouvelle pour le Québec.
M. Bouazzi : Vous comprenez, M. le
ministre, qu'il reste encore beaucoup de milliards à investir dans les... dans
les deux prochaines années et qu'effectivement le dossier n'est pas clos sur la
question des batteries. Et c'est une question plus large... ou à moins que
vous... à moins que vous pensez que GM ne va plus avoir de contrats du
gouvernement sur la question du... ou d'aide du gouvernement sur la question
des batteries.
M. Fitzgibbon : Est-ce que... GM,
c'est un projet parmi 90, là.
M. Bouazzi : Bien, vous venez de me
dire...
M. Fitzgibbon : Alors, c'est une
bonne nouvelle, en fait, que les gens d'Investissement Québec puissent
travailler dans les secteurs clés du Québec. Moi, je trouve, c'est favorable.
M. Bouazzi : Concernant... Combien
il me reste de temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : 1 min 40 s.
M. Bouazzi : Ça va être difficile.
Est-ce que je peux reporter la minute pour la prochaine période?
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
M. Bouazzi : Oui. Je vais la
reporter. Merci.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci.Nous revenons à l'opposition
officielle. M. le député de Marguerite-Bourgeoys, la parole est à vous.
M. Beauchemin : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. le ministre. J'aimerais juste y aller, peut-être, un
petit peu, en rafale, parce que je pense que je me rends compte qu'on déborde
un peu. On a parlé des forces. Quelles sont, selon vous, rapidement, les
faiblesses de l'économie québécoise?
M. Fitzgibbon : La plus grande
faiblesse, je pense, c'est la... le sous-investissement en innovation. Moi,
quand je regarde, en fait... puis quand j'ai... on a travaillé sur la SQRI2,
on a fait beaucoup de benchmarking, puis pour constater que le public... les
fonds publics, plutôt, quand on regarde le R&D en entreprise, on n'est pas
mal pris par rapport aux autres juridictions, on est pas mal dans le premier
quartile.
Où il y a une déficience, c'est que, les
investissements des entreprises en innovation, dans les... dans leurs
opérations, on est trop bas, on n'a pas assez de start-up. Moi, ça me désole
que le Québec, qui est quand même un terroir fertile pour
l'innovation en termes de... en termes cérébrals, on a beaucoup de créateurs au
Québec... Je pense qu'on a une déficience au
niveau du nombre de start-up, qu'il faut corriger, qui est indirectement reliée
à l'innovation en entreprise. Ça, c'est une grosse faiblesse.
M. Beauchemin : Puis, de façon
macro, quelles sont nos... les menaces face à l'économie québécoise?
M. Fitzgibbon : Bien, je pense
que ça... Moi, l'écart de productivité... parce que tantôt on parlait de ce qui
va arriver avec le... géopolitiquement, il faut avoir des créneaux où on est
compétitifs, sinon on va avoir de la misère à
exporter. Alors, moi, je suis... mon anxiété, c'est que je veux m'assurer que
les secteurs industriels porteurs... qu'on soit supporteurs en innovation, parce que le risque, c'est que l'écart
de richesse va se... va augmenter, l'écart de pauvreté va augmenter. Là,
on ne sera plus capables d'exporter puis on va avoir une économie qui va être
très, très déficiente.
M. Beauchemin : OK.
Par rapport à votre analyse, soit de 2018, puis celle de 2022 qui a été faite
postpandémie, quelles sont des grandes différences, selon vous, à cause
de la pandémie qui a modifié l'analyse?
M. Fitzgibbon : Bien, la
productivité... En 2018, j'aurais aimé voir une plus grande augmentation de
notre productivité. Ça, c'est ma déception,
même si on a quand même pallié à une partie, soit 2,5 % par rapport à
l'Ontario... en Ontario, puis c'est de même aux États-Unis. Alors, je pense que
ce n'est pas suffisant. Je pense que ce n'est pas suffisant. Puis
productivité, ça vient de deux choses, ça vient de la numérisation,
robotisation, puis ça vient aussi au niveau de l'emploi, comment est-ce que nos
heures de travail sont mieux utilisées.
Donc, on a deux enjeux. C'est pour ça que...
quand McKinsey a fini, 2A, 2B, là, 2A, c'était travail, emploi, puis 2B, c'était la productivité. C'est deux
secteurs qu'il faut corriger. Je ne suis pas... Ça n'a pas été un échec, entre
2018 et 2022, mais ce n'est pas suffisant.
M. Beauchemin : Donc,
si je comprends bien, il n'y a pas eu de progrès, là, entre 2018 et 2022. La
pandémie n'a pas amélioré la situation ou détérioré la situation.
M. Fitzgibbon : Bien non, il y
a eu une amélioration, mais, tu sais, l'écart est à quoi, 16 %, on est
rendus à 12 % ou 13 %, là. Bon, tu sais, je pense qu'on accepte tous
intellectuellement qu'on ne va pas corriger l'écart en quatre ans, c'est impossible. Non, je suis content de la progression,
mais... Bien, je suis content... Il y a eu une progression, mais
j'aurais aimé qu'elle soit plus rapide.
• (11 h 40) •
M. Beauchemin : OK. Je veux
vous amener sur un autre secteur d'intérêt. Les batteries, vous en parliez un
petit peu plus tôt. Je veux juste commencer cette section-là en parlant de deux
citations de M. Michel Ringuet, et je cite :
«On risque de manquer le bateau pour les cinq prochaines décennies. Exporter
nos ressources naturelles sans exiger en retour serait une bien maigre
consolation.» C'est quand même gros, là, ce que M. Ringuet a dit à propos, là,
de ce que M. Champagne a mentionné, et donc indirectement ce que nous, on
a fait aussi.
Il parle aussi que le fédéral était équitable,
mais l'Ontario semble avoir... en avoir reçu pas mal plus que nous, là, quand
on regarde l'ensemble de ce qui a été donné, là, par Ottawa. Je vais
m'aventurer, en incluant Volkswagen, qu'on parle de 10 fois plus,
quasiment, là. M. Ringuet a dit : «Pendant qu'on parle et qu'on rêve,
l'Ontario nous dame le pion en les attirant les uns après les autres.» C'est
quand même des mots forts de la part de M. Ringuet sur le sujet.
Quand on parle de Volks et des
13 milliards, vous, vous avez mentionné que, bien, ça prendrait des
terrains plus proches. Ça prendrait du courant, quand vous parlez de Bécancour,
parce que c'est la raison pour laquelle ils n'ont pas été finalement
s'installer ici, au Québec, là. Il y a-tu d'autres raisons pour lesquelles on a
manqué le bateau avec Volks, selon vous?
M. Fitzgibbon : Bien, il y a
plusieurs parties de votre commentaire que j'aimerais commenter. La première,
c'est qu'avec tout le respect que j'ai pour M. Ringuet je pense qu'on peut être
fiers, au Québec, de voir ce qui se bâtit au
campus de Bécancour. Moi, quand je suis arrivé en poste, j'ai été nommé
ministre de l'Économie en octobre 2018, jusqu'au printemps 2018, le mot
«batterie» n'existait pas dans le vocabulaire du gouvernement. Je regarde
aujourd'hui ce qu'on a, ce qu'on va avoir, bien, moi, je suis excessivement satisfait.
Alors, je nous donne une marque... un bulletin très, très favorable par
rapport à ça.
Et je pense
que c'est important de comprendre aussi que la stratégie du gouvernement, qu'on
a établie en 2019, c'était de dire : Partons à la base de nos
minéraux critiques, montons dans la chaîne d'approvisionnement jusqu'aux
cathodes, anodes et les composantes de batteries. Ça, ça va être chez nous
pendant des décennies.
Bon, là, on parle de Volkswagen. Volkswagen,
bon, ça n'a pas rapport à Bécancour, parce qu'il n'y aura jamais de cellulier à
Bécancour. Premièrement, le terrain... les terrains à Bécancour, là, parce
qu'il y a des terres... il y a des terres agricoles qu'on veut protéger, là.
Bécancour, là, il me reste deux, trois affaires à annoncer, là, qu'on
travaille, là, on va fermer ça, c'est fini. Bécancour va devenir un campus pour
les composantes de batteries, qui va être un campus assez extraordinaire.
D'ailleurs, les Coréens, ce matin, dans mon bureau, sont venus à cause de ça,
ils voient ce qui se passe. On parle de Bécancour maintenant au Japon puis en
Corée.
Volkswagen,
l'enjeu était... nous avons besoin de 650 mégawatts, premier
trimestre 2027. C'est une impossibilité technique. Hydro-Québec...
plus capable. On n'a pas le courant électrique. On aurait pu le faire deux ans
plus tard, ce qu'on leur a offert, ils ont dit : Non
merci, on s'en va prendre du gaz naturel. Où? En Ontario. Donc, Volkswagen, la
discussion a duré une heure. Donc, ce n'est pas le terrain. C'est parce que,
les terrains, oui, on peut en avoir à des places...
Puis, de toute façon, ces celluliers-là veulent avoir... veulent être proches
de territoires où il y a beaucoup de talents. Bécancour, tu ne bâtis pas
une usine de 4 000 personnes, ce serait irréaliste. Donc, il y a des
terrains au Québec près des grands centres, on pense à Québec, on pense à
Montréal, où on aurait pu accommoder un cellulier. On n'a juste pas le courant
électrique qui se rendait là pour le temps qui était requis.
M.
Beauchemin : Puis cette réalisation-là qu'on n'a pas le courant
électrique pour satisfaire cette demande-là, ça a été réalisé, donc,
dans les derniers... dans les derniers mois?
M. Fitzgibbon : Moi, j'ai commencé à
avoir un sentiment qu'on n'aurait pas l'énergie renouvelable requise au
printemps 2022. Il faut comprendre, là, juste pour être clair, puis on
aura des crédits qui vont avoir lieu sur Hydro-Québec bientôt, là, juste pour
comprendre, les derniers 20 ans, 20 ans, combien de projets, au
Québec, on a eu qui requièrent plus que 50 mégawatts? Il y en a eu un, la
mine de Malartic. Là, aujourd'hui, on en a 50 en haut de 50 mégawatts.
Donc, il y a une nouveauté, là.
On est dans une situation, le Québec,
privilégiée, où on a plus d'opportunités qu'on n'a jamais vues dans l'histoire
du Québec. Bien là, évidemment, voilà cinq ans, est-ce qu'on aurait pu
planifier? Puis, à juste titre, la réponse, c'est non. Est-ce qu'on aurait pu
planifier, voilà cinq ans, qu'il fallait avoir 10 000,
15 000 mégawatts de plus d'ici
2026, 2027? La réponse, c'est non. Puis on ne va pas blâmer personne de ne pas
avoir pris cette décision-là. Aujourd'hui, on est dans une situation
privilégiée. Et Volkswagen, pourquoi ils sont venus nous voir? Ils voulaient
avoir de l'énergie verte, il n'y en avait pas. Alors, on va travailler ça dans
le futur.
M. Beauchemin : Bien, justement,
c'est... En 2018, quand vous vous êtes décidés... vous vous êtes assis, vous avez décidé qu'on allait de l'avant avec une
stratégie batterie, la résultante de cette analyse-là allait donc donner comme
résultat : ça va nous prendre un Volkswagen de ce monde, peut-être,
potentiellement, qui va venir s'installer ici,
et donc du courant, là, qui va venir avec ça. Je pose la question sincèrement.
Les aspirations de réussir en batterie, c'est bien, mais les conditions
gagnantes, si je peux utiliser un terme qui... avec un certain historique ici,
les conditions gagnantes, pour réussir d'avoir, justement, Volkswagen, et/ou
autres, là, OK, ils n'ont pas été identifiés en 2018, en tant que tels, comme... ce que ça prendrait... le «power» que
ça prendrait pour pouvoir faire que ça fonctionne?
M. Fitzgibbon : Le succès qu'on a,
présentement, avec la filière batterie est un succès inégalé depuis 25 ans
au Québec, en fait, plus que ça, depuis l'histoire du Québec. Donc,
aujourd'hui, si on arrêtait avec les projets qu'on va annoncer dans les prochaines semaines, on aurait un succès qu'on n'a
jamais vu au Québec. Donc, de conclure que, parce qu'on n'a pas eu
Volkswagen, c'est un échec, c'est une fausseté.
Deuxièmement, des celluliers, moi, j'en veux un
autre. J'en veux un, un cellulier. Le Québec va avoir un cellulier. Le Québec
travaille présentement avec Hydro-Québec pour avoir d'autres sources d'énergie.
On travaille avec des celluliers, présentement, qui ont peut-être une moins
grande appétit de mégawatts à court terme. On a un problème à court terme au Québec d'ici 2028. On a
21 000 mégawatts de demande, on a 1 000 mégawatts de disponibles,
en gros. C'est correct, on va choisir nos projets. Le campus de Bécancour, on a
identifié les mégawatts disponibles, ils sont alloués. Alors, moi, je pense
qu'on a un très grand succès et qu'un jour on aura un cellulier peut-être plus
petit, mais qui va coûter moins cher aussi aux Québécois et qui va nous
permettre de compléter notre chaîne. Puis il faut juste être patients, puis ce
n'est pas une course qu'on a commencée.
M. Beauchemin : Dans un contexte de
diversification du risque, de n'avoir qu'un cellulier, ce n'est pas un risque
en tant que tel?
M. Fitzgibbon : On pourrait en avoir
zéro, je serais content aussi. Ce qu'on a construit, avec le campus de
Bécancour, encore une fois, ça ne s'est jamais vu au Québec depuis 25 ans.
Il n'y a jamais eu un projet industriel qui aura
aussi contribué... Quand on va avoir fini, là, on risque de se ramasser,
probablement, dans ma tête, avec les différentes phases, là, pas loin de 10 milliards. Ça ne s'est jamais vu au
Québec. Quand même qu'on arrêterait là, je serais excessivement content. Si on a un cellulier, tant mieux, puis
sinon, tant mieux.
M. Beauchemin : En 2016, 2017 puis
2018, il y a eu des... la politique énergétique de 2016‑2030, plutôt, on parlait d'une augmentation de 25 % totale
d'énergie renouvelable qui est... qui serait... a recommandé des cibles
ambitieuses et exigeantes à
atteindre. Aujourd'hui, on se rend compte, là, qu'il n'y a pas eu de progrès,
là, qui a été fait, là, là-dessus en
termes de... d'augmentation de notre capacité électrique... verte, si on peut
dire, depuis ces années-là, depuis 2016.
Qu'est-ce que vous répondez à ça, au niveau,
justement, pour attirer d'autres... Parce que je comprends que vous êtes
satisfaits avec ce qui arriverait avec Bécancour, là, OK, mais on peut quand
même penser plus loin un peu. La question,
c'est... pour aller plus loin, il faut avoir, donc, du courant. Comment se
fait-il qu'on n'a pas déjà identifié... Je sais que, dans la campagne
électorale, ça a été mentionné, là, mais, je veux dire, depuis 2018, c'était
écrit, dans les ministères, comme quoi c'était essentiel d'y penser. Pourquoi
qu'on n'a pas réagi, selon vous?
M.
Fitzgibbon : Bien, premièrement, je pense, c'est faux de... ce
que vous dites est faux, là. C'est faux de dire qu'on n'a pas plus d'énergie renouvelable. Est-ce qu'on pourrait en
avoir plus? La réponse, c'est oui. Est-ce qu'en 2018... On se remet en 2018, en
fait, vous venez de quitter le pouvoir, est-ce qu'on pouvait penser qu'il y
aurait 20 000 mégawatts de
demande d'électricité? La réponse, c'est non. Il n'y a pas... votre
gouvernement inclut, il n'y a personne qui pensait à ça. On se faisait
dire qu'il y avait des surplus hydroélectriques, parce que l'évaluation de la
demande assumait qu'il n'y aurait pas de grosse filière industrielle en 2018,
de 2017 aussi. Donc, aujourd'hui, je ne peux pas blâmer les gens de l'époque,
ce serait trop facile de vous blâmer ou blâmer, même, mon collègue à l'époque,
mais aujourd'hui on est en 2022, ça change.
Et, avec Hydro-Québec, on a vu Mme Brochu,
avant son départ, il y a quelques semaines, qui a identifié quatre façons d'augmenter, donc elle a réagi,
l'efficience énergétique, parce que la meilleure énergie, c'est celle qu'on
ne consomme pas. Puis, le Québec, on est
très énergivores, on consomme mal. Deuxièmement, de l'éolien qu'on peut
balancer avec de l'hydroélectricité. Troisièmement, les turbines, les turbines
qui sont vieilles, qui doivent être changées, qui vont amener de la
puissance. Puis on va regarder aussi possiblement des grands ouvrages.
Alors, je pense qu'Hydro-Québec a identifié, a
réagi, parce qu'il y a... Pour la première fois de l'histoire, la première fois
de l'histoire d'Hydro-Québec, les demandes de mégawatts excèdent de beaucoup
leurs anticipations, mais c'est nouveau, ça, ce n'est jamais arrivé. En 2016,
il n'y a personne... votre gouvernement n'avait aucune idée de ça ni au début 2018. Alors, c'est une
nouveauté, alors il faut s'ajuster. Alors, moi, je pense qu'on est capables,
avec Hydro-Québec, de prendre des mesures pour avoir l'énergie
renouvelable qui va être appropriée pour les besoins de l'époque.
• (11 h 50) •
M. Beauchemin : En 2016, avant même
que la filière batterie soit mise en place, le gouvernement libéral avait déjà
identifié le fait que, nonobstant ce qui allait se passer dans la batterie,
parce que c'était... «Regardless», là, il n'y avait pas ça du tout dans les
cartons, il y avait un besoin d'augmenter la capacité de production d'énergie renouvelable de 25 %, ça avait déjà été
mentionné en 2016. Donc, il y a eu quand même cet avertissement-là qui avait
été mentionné, il n'y a rien qui a été fait par la suite, là, je le constate,
là, mais...
M. Fitzgibbon : Bien, premièrement,
vous étiez au pouvoir, à ce moment-là, vous auriez pu faire quelque chose.
Deuxièmement, il y a quand même eu 4 000 mégawatts d'éolien qui a été
mis en place, il y a quand même eu quatre projets de biométhanisation qui ont été
mis en place. Il y a des choses qui ont été faites, mais pas suffisantes, ça, je vous l'accorde, mais on est où on est. Puis
moi, je pense, encore une fois, que, la filière batterie, on est à une place
extraordinaire où on est. La vie, c'est un
courant qui est... qui prend du temps. Alors, est-ce qu'on est capables
d'avoir, en 2028, 2029, 2030, 2032, des capacités additionnelles? La
réponse, c'est oui.
Puis, à ce moment-là, il y aura... on
bénéficiera... Ce qu'on bâtit aujourd'hui, c'est la fondation de ce qui va devenir
le coeur d'un centre important de développement économique. Moi, je pense qu'on
est capables de dealer avec ça même s'il y a
un délai d'une couple d'années pour un projet ou deux. Entre-temps, on a
amplement d'investissements qui vont justifier cette stratégie-là.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...M.
le député.
M. Beauchemin : Combien?
La Présidente (Mme D'Amours) : 10 secondes.
M. Beauchemin : Je vais
continuer tantôt.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Maintenant, le prochain bloc d'échange se fait avec le député de Camille-Laurin,
en vous rappelant que vous avez 13 min 42 s.
M. St-Pierre Plamondon : Merci
beaucoup. Bonjour, M. le ministre. J'ai seulement 14 minutes, donc on va
s'en tenir le plus possible à des questions et des réponses courtes. Plusieurs
sujets importants, le premier, vous êtes ministre
de l'Économie, et quelque chose d'inquiétant qu'on observe, depuis quelques
années au Québec, dans l'économie québécoise, c'est l'absence de concurrence
dans plusieurs domaines. En fait, il faudrait parler de cartels. On parle de
l'alimentation, des télécommunications, mais surtout et, bien sûr, l'énergie,
les pétrolières.
Je vais vous donner quelques chiffres, juste
pour le mettre en contexte sur le plan factuel. Les profits des géants
canadiens comme Suncor ont bondi de plus de 250 % dans les neuf premiers
mois de l'année dernière par rapport à l'année précédente. Ces hausses de
profits ne sont pas liées au prix du baril de pétrole, c'est-à-dire que, oui, le prix du baril fluctue, mais ce n'est pas, en
aucun cas, une justification de ces profits-là. Pour vous donner un exemple,
en termes de chiffres, là, en termes de superprofits, selon le groupe de
protection du consommateur, les grandes pétrolières canadiennes ont engrangé
des profits records de 29 milliards de dollars entre octobre 2021 et
mars 2022, donc 10,8 milliards de plus que le meilleur trimestre qu'on pouvait
trouver auparavant, et cette situation ne fait que s'empirer. Je pourrais vous
nommer chacune des multinationales puis leurs profits records.
Ma première question est toute simple. Est-ce
que vous, comme ministre de l'Économie, vous trouvez ça normal comme situation?
M. Fitzgibbon : Non,
bien, écoutez, c'est sûr qu'on veut un meilleur équilibre de la richesse, il
n'y a aucun doute. On parle d'énergie ici. Bien, on va commencer des
consultations très rapidement... très prochainement, plutôt, sur qu'est-ce qu'on veut faire au niveau de la gouvernance,
qu'est-ce qu'on veut faire au niveau de la tarification. Là, le sujet est
large, là, puis au niveau de l'offre et de la demande, bien...
M. St-Pierre Plamondon : ...vous
ne trouvez pas ça normal.
M. Fitzgibbon : Bien, tu sais,
il faut... Ce serait le fun d'avoir un meilleur équilibre, oui.
M. St-Pierre
Plamondon : ...vous avez réfléchi à légiférer de manière à
taxer les superprofits de ces compagnies comme l'Union européenne,
l'Angleterre et plusieurs autres pays dans le monde ont commencé à le faire?
M. Fitzgibbon : ...
M. St-Pierre Plamondon : Pourquoi?
M. Fitzgibbon : Parce que je ne
pense pas que c'est le rôle du gouvernement du Québec de faire ça. Ce sont des
pétrolières qui ne sont pas établies ici. Alors, je pense qu'on va laisser les
marchés libres opérer. Je pense qu'on doit regarder... Dans le cas de
l'énergie, heureusement, avec l'énergie renouvelable qu'on a au Québec, on est
capables de contrebalancer ça. On peut parler de tarification de l'énergie
renouvelable, mais je ne pense pas que c'est le rôle du gouvernement du Québec
de...
M. St-Pierre Plamondon : Donc,
je comprends que vous ne trouvez pas ça normal que les Québécois
s'appauvrissent de plusieurs milliers de dollars, mais que vous, vous n'allez
pas intervenir comme d'autres pays l'ont fait. Est-ce que vous jugez... alors
que le bureau canadien de la concurrence fait son travail dans ce dossier-là?
M. Fitzgibbon : Écoutez, c'est
une question qui est très importante, c'est national. Encore une fois, je suis
réaliste et pragmatique sur ce que...
M. St-Pierre Plamondon : Précisez
«national». Pour vous, est-ce que c'est...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...M.
le député, laissez finir le ministre. Si vous voulez intervenir, regardez-moi,
j'arrêterai le ministre, mais c'est moi qui coupe les paroles des gens et non
pas les députés. Alors, s'il vous plaît, laissez le ministre finir sa réponse.
M. Fitzgibbon : Alors,
écoutez, je suis très pragmatique et réaliste. Le Québec, il y a des choses qu'on
peut bien contrôler. Alors, de se lancer dans un effort de tarifer ou de
taxer les grands producteurs internationaux au Québec, je pense que ce n'est
pas approprié pour... au ministère.
M. St-Pierre Plamondon : Mme la
Présidente, il ne répond pas à ma question. Ma question, c'est : Est-ce
que le Bureau de la concurrence canadien fait son travail, oui ou non? Et il
dit que c'est une question nationale. J'aimerais savoir si, pour le ministre de
l'Économie, «national», ça veut dire canadien ou ça veut dire québécois?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Fitzgibbon : Canadien.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. St-Pierre Plamondon : ...veut
dire canadien. Très bien. Et je comprends que vous ne répondrez pas à ma
question sur le Bureau de la concurrence. Je vous remercie.
Deuxième thématique, les contrats octroyés à
McKinsey. Il y a deux contrats presque identiques qui ont été octroyés, l'un à
KPMG et l'autre à McKinsey. Le premier se penche sur l'avantage concurrentiel
et la relance économique du Québec. Il a été fait au terme d'un processus
concurrentiel dans le cadre duquel McKinsey n'a pas gagné le contrat, c'est KPMG. On lit la description du deuxième mandat
octroyé à McKinsey, c'est, à toutes fins pratiques, la même chose,
évaluer les mêmes objets.
J'ai deux questions pour vous. Est-ce que vous
pouvez nous expliquer pourquoi octroyer deux fois le même mandat à deux firmes? Et surtout, pouvez-vous nous
expliquer pourquoi vous ne rendez pas publics ces deux rapports-là pour que nous puissions juger nous-mêmes de la
valeur obtenue dans ces contrats-là et de la différence entre les deux mandats?
M.
Fitzgibbon : Bien, je vous
encouragerais à écouter le «tape» de la conversation. On a passé une demi-heure
sur ça, ce matin, là, on a passé à travers, mais je vais vous faire un sommaire
rapide.
Premièrement, ce sont deux mandats complètement
différents. Le mandat de KPMG était un mandat qui a été octroyé pour regarder
la relance de certains secteurs industriels, mandat qui a été octroyé en
février 2022... 2021, je m'excuse, et qui a été fini en juin 2021. Deuxième
mandat de McKinsey, qui a été octroyé à l'été 2021, était pour revoir tout le balisage international des déterminants pour
créer de la richesse. Le gouvernement, avec la fonction publique, avait
identifié des zones d'innovation, avait identifié des chantiers où nous
voulions vouloir investir pour créer de la
richesse collective. Donc, on a voulu que McKinsey balise, à l'international,
si nous avions les bons déterminants et si nous avions des bonnes
initiatives en regardant ce qui se fait à l'extérieur, donc, deux mandats
complètement différents. La raison pourquoi les rapports...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...M.
le ministre, merci. M. le député.
M. St-Pierre Plamondon : Si les
mandats sont si différents... parce que je suis obligé de vous corriger, là, à
la lecture des contrats octroyés, parce que ça, on... on l'a obtenu, les
descriptions sont étrangement similaires. Bien, dans la mesure où ce que vous dites est vrai, pourquoi ne rendez-vous
pas publics les deux rapports pour qu'on puisse, justement, comparer et
vérifier ce que vous nous affirmez, à savoir que ce serait deux mandats
complètement différents?
M. Fitzgibbon : ...répondre à ça,
les rapports ne sont pas publics pour deux raisons. D'ailleurs, vous pouvez faire une demande d'accès à l'information, là, je
pense qu'il y a un processus normal qui existe. Bien, d'une part, des avis de
consultants ne sont jamais rendus publics, puis là c'est la pratique qu'on voit
au gouvernement. Et deuxièmement, il y a
certaines choses, dans les rapports en question, qui servent au gouvernement,
au ministère pour la prise de décision. Donc, dans ces cas-là, les
rapports ne sont pas publics.
M. St-Pierre Plamondon : Donc, je
comprends, juste pour préciser, que, malgré le fait que les descriptions de
contrats sont très similaires, vous, vous nous affirmez que c'est très
différent comme mandat, mais il va falloir vous croire sur parole, parce qu'on
n'obtiendra pas copie de ces rapports-là?
M. Fitzgibbon : Exact.
M. St-Pierre Plamondon : Merci. On
apprend aujourd'hui... Prochaine question. On apprend aujourd'hui également que
l'usine d'Alstom à... de La Pocatière ne sera pas celle qui construit les
voitures de tramway, parce qu'elles vont
être faites au Mexique. Elles n'obtiennent que des miettes, c'est-à-dire
l'assemblage. Donc, c'est l'histoire qui
se répète, M. le ministre. Après les wagons du REM qui ont été faits en Inde,
on aurait pensé que la CAQ aurait pu... le gouvernement aurait pu
apprendre des erreurs du PLQ, mais on recommence ça.
Et, juste pour vous mettre en contexte
l'historique de votre propre parti, parce que, des fois, la mémoire est une
faculté qui oublie, en 2017, l'actuel ministre de l'Environnement s'était
présenté dans le projet de loi libéral sur le REM et avait déposé un seul
amendement, c'était l'exigence que 25 % du projet soit du contenu
québécois, en termes de matériel roulant de transport. Or, votre gouvernement a
déposé un projet de loi n° 12, et on a tout de suite indiqué que ça
n'allait pas assez loin, parce que, justement, vous n'exigez pas de contenu
québécois, comme l'a fait nos concurrents,
dont les États-Unis, qui, rappelons-le, avec le Buy America Act, va jusqu'à
exiger 75 %, 80 % de matériel fait aux États-Unis pour leurs
projets. Nous, c'est zéro.
Donc, la règle qu'on proposait puis que je vous
suggère à nouveau, c'est le principe de réciprocité. Pourquoi est-ce que, si
des pays concurrents protègent leurs industries puis ont des clauses pour avoir
du matériel de transport roulant fait chez eux... pourquoi nous, au Québec, on
n'est pas capables de faire ça? Pourquoi est-ce qu'on choisit de faire faire
notre tramway au Mexique?
• (12 heures) •
M. Fitzgibbon : Premièrement, merci
de poser la question. J'aimerais corriger les faussetés que vous avez relayées
à la population. Premièrement, on est très fiers de ce qui se passe avec
Alstom. J'étais partie des négociations avec Alstom quand ils ont acheté la
division Bombardier. À l'époque, à La Pocatière, il y avait 100 personnes
qui travaillaient. Aujourd'hui, il y en a 400. L'usine de La Pocatière, elle
est pleine capacité. Deuxièmement, le tramway auquel vous référez a été conçu
au Québec par les gens d'Alstom à Saint-Bruno et, deuxièmement, le train va
être assemblé à La Pocatière. C'est un succès énorme qui a été fait. Alors, ce
que vous avez dit est faux.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député.
M. St-Pierre Plamondon : ...que vous
êtes en train de m'accuser de dire une fausseté, alors que je viens de dire qu'il est assemblé à La Pocatière, puis tout
ce que vous trouvez à me dire, c'est que vous êtes fier? Il est... L'article
de journal, puis là vous vous en prendrez à
nouveau aux journalistes, parce que c'est votre fort, vous direz aux
journalistes que ce qu'ils rapportent sur Alstom n'est pas vrai.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député.
Des voix :
...
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député, vous devez vous adresser à la présidence. Je laisse toujours la discussion aller quand les deux échanges sont
respectueuses. Je trouve que, là, on s'en va loin, autant des deux côtés. Je
vous demanderais de la prudence, s'il vous plaît, dans vos propos. Si ce n'est
pas de la fausseté, c'est peut-être de l'exactitude que vous voulez avoir, M. le député.
Je demande au ministre, là, de répondre à la question avec exactitude, s'il
vous plaît.
M. Fitzgibbon : Encore une fois,
donc, je pense qu'on doit être très fiers de ce qui se passe. La Pocatière n'a jamais été dans une aussi bonne position, tel que
promis par Alstom quand ils ont acheté les opérations de Bombardier...
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vais aller à M. le député.
M. St-Pierre Plamondon : N'est-il
pas vrai d'affirmer que les voitures de tramway seront fabriquées au Mexique,
tel qu'on l'a appris dans les médias ce matin? Oui ou non?
M.
Fitzgibbon : Vous jouez avec les mots. Premièrement, il a
toujours été conçu, depuis le début, que La Pocatière assemble les trains, donc
tous les trains vont être assemblés à La Pocatière. Il y a un problème de
ressources. La Pocatière n'a jamais
été aussi occupée, ils vont être encore très occupés pour les années à venir.
Et, encore une fois, le train a été conçu par les ingénieurs d'Alstom, à
Saint-Bruno. Et je pense que, deuxièmement... dernier commentaire, c'est un
contrat qui a été signé par la ville de Québec.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député.
M. St-Pierre Plamondon : Deuxième
question, parce que je note qu'il n'y avait pas de réponse à ma première.
N'est-il pas vrai que le gouvernement de la CAQ n'impose aucune exigence de
contenu québécois dans les projets de matériel de transport roulant? Oui ou
non?
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
ministre.
M. Fitzgibbon : Non. Il y a des
contenus, qui n'ont pas été divulgués, mais il y a des contenus. D'ailleurs,
les contenus vont être respectés. On va avoir une grande partie du train de
Québec qui va être conçu et assemblé au Québec, donc on est très fiers de cette
situation-là.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député.
M.
St-Pierre Plamondon : Merci, Mme la Présidente. Durant la pandémie, M.
le ministre, votre gouvernement a accordé 17,4 milliards en
contrats de gré à gré, sans appel d'offres, 17,4 milliards de
dollars. On sait qu'il y a eu une pandémie puis qu'on n'avait jamais vu une
pandémie comme ça de notre vivant.
Maintenant se pose la question de plusieurs
contrats qui ont été octroyés à des compagnies fictives ou pour lesquelles on
n'a eu aucun rapport quant à ce qu'ils ont offert à l'État québécois en échange
de 7 milliards... de ces milliards de dollars. Ce sont des contrats sans
appel d'offres, qui peuvent donner lieu à des conflits d'intérêts. On se
rappelle qu'un sous-ministre de la Santé avait même contacté un de ses amis
pour un contrat de gré à gré. Bref, ça ressemble à des choses, par exemple,
qu'on a déjà vues lors de la commission Charbonneau.
Et là, dans les milliards de contrats donnés
dans la pandémie... durant la pandémie, sans appel d'offres, plusieurs ont été
donnés, et ça a été rapporté dans les médias, vous me direz si vous croyez
cette information ou pas, à des entreprises
fantômes, voire frauduleuses, souvent à l'extérieur... situées à l'extérieur du
Québec. On a vu des États comme l'État de New York, ailleurs dans le
monde, tenter de récupérer ces sommes. J'aimerais savoir si, depuis la pandémie, devant des milliards qui se sont
évaporés sans qu'on ait de réponse, votre gouvernement a entamé des démarches
pour qu'on se fasse rembourser, et, si oui, lesquelles?
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
ministre.
M. Fitzgibbon : Je n'ai pas la
réponse à la question, parce que la plupart des contrats auxquels vous référez
viennent du ministère de la Santé. Donc, je n'ai pas la réponse à votre
question.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député.
M. St-Pierre Plamondon : Juste
terminer sur cette question-là. Donc, est-ce que je dois comprendre que, depuis la pandémie, vous n'avez posé aucun geste
pour vous informer de si et comment le gouvernement tente de récupérer ces
milliards de dollars?
M.
Fitzgibbon : Je répète ce que j'ai dit, c'est... la plupart des
contrats ont été signés par le ministère de la Santé. Il faudrait leur
poser la question.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député, pour 40 secondes.
M.
St-Pierre Plamondon : Volkswagen, le fédéral a donné
13 milliards de dollars pour une filière qui est supposée être
votre fait d'armes, comme ministre de l'Économie. Question très simple :
Est-ce que vous allez demander à Ottawa de nous
rembourser la part du Québec, qui est de 2 virgule quelques milliards de
dollars en impôts, qui s'en va en Ontario, pour quelque chose qui, en fonction
de notre avantage concurrentiel sur le plan de l'hydroélectricité, aurait dû atterrir
au Québec?
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
ministre, pour neuf secondes.
M. Fitzgibbon : La réponse, c'est
non, mais, en même temps, nous ne pouvions pas faire ce projet-là, donc ça n'a
même pas été dans les cartons qu'on considère faire Volkswagen. On en fera
d'autres, projets.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est terminé. Nous passons maintenant à l'opposition officielle. M. le député
de Marguerite-Bourgeoys, s'il vous plaît.
M. Beauchemin : ...Mme la
Présidente. M. le ministre, vous venez juste de dire qu'il n'y a aucun rapport
de consultants externes qui devient public. Écoutez, le 17 mai 2022,
vous avez rendu publique l'étude sur l'impact économique des mesures gouvernementales
mises en place afin de déployer l'Internet à haut débit au Québec, une étude
faite par KPMG. Donc, il y avait la volonté, à ce
moment-là, de rendre ça public, mais il n'y a pas la volonté de rendre l'étude
actuelle qu'on discute... de ce matin, de l'article de... qu'on a entendu ce
matin, de rendre ça public. C'est une question de volonté, je pense. De rendre
public le document, c'est juste une question... Si vous voulez le rendre
public, vous pouvez. Ça donne l'impression comme quoi que, dans certains cas,
bien, ça peut peut-être faire en sorte que le gouvernement peut peut-être mieux
paraître, parce qu'on va la rendre publique. Dans certains cas, on ne va pas la rendre publique parce que peut-être
que ça va à l'encontre de ce que nous autres, on a fait, ou peut-être qu'ils
nous disent qu'on n'a peut-être pas fait la
bonne chose ou pas parfaitement. C'est ça que ça donne comme impression.
Est-ce que vous allez rendre publics les
rapports qui ont été... Aucunement? Donc, il n'y a pas de volonté de le faire
public, c'est ça?
M. Fitzgibbon : Non.
M. Beauchemin : Je veux vous amener
sur la pénurie de main-d'oeuvre et l'impact sur l'économie. On connaît déjà,
évidemment, les impacts, c'est-à-dire perte de revenus, difficulté à livrer les
commandes, nos PME qui en arrachent, qui
sont, malheureusement, le plus souvent qu'autrement là, oubliées, là, par le
ministère. Augmentation des coûts... Tout le monde paie un loyer qui
augmente, évidemment, mais pour les entreprises, pour les PME, c'est encore
plus difficile, parce qu'ils n'ont pas la même réglementation au niveau des
loyers. Pression de plus en plus grande sur
les employeurs, évidemment, et aussi les employés pour essayer de faire en
sorte qu'on produise le plus qu'on peut avec ce qu'on a dans une
contrainte où est-ce que les gens doivent augmenter leur nombre d'heures
travaillées.
La CAQ a dit
qu'il y avait des postes vacants, que ça, c'était un bon indicateur. C'est
quoi, les bons... les besoins réels de main-d'oeuvre, selon votre
vision, là, de l'économie du Québec?
M. Fitzgibbon : Bien, en termes
spécifiques, il y a des chiffres, là, mais je pense qu'un des enjeux qu'on a dans la main-d'oeuvre c'est la requalification. La
bonne nouvelle, ce sont les emplois vacants. Je n'ai pas le chiffre précis,
là, il change tous les mois, mais sur le chiffre d'emplois vacants, la majorité
ne requièrent pas de bac universitaire ou d'enseignement supérieur. Donc, on
peut croire qu'on pourrait requalifier ces gens-là pour occuper ces postes-là
quand on regarde le nombre de chômeurs, le nombre de gens qui ne sont pas sur
le marché du travail.
Alors, moi,
je pense que le gros enjeu, c'est justement d'exécuter le programme que mon
collègue à l'Emploi, dans la dernière législature, avait mis en place,
2,9 milliards, si je me rappelle, de requalifiés. La nouvelle ministre de l'Emploi est à l'oeuvre aussi là-dedans. Donc, je
pense que l'enjeu principal, c'est de requalifier les gens, aujourd'hui, qui
ne travaillent pas, qui pourraient prendre... je pense, c'est 80 % des
emplois vacants présentement.
Deuxièmement,
je pense qu'il faut, au niveau de l'enseignement, éducation, enseignement
supérieur, qui inclut les collèges techniques et les cégeps, CCTT, universités,
évidemment... d'avoir un meilleur appariement entre les besoins en
entreprise, ou besoins sociétaux dans les services publics, et la formation.
Puis je pense que ça, le système allemand, entre autres, le système dual
fonctionne très bien. Donc, je pense, il faut améliorer un peu la relation
entre ce qui sort des collèges et ce qui est
en besoin, puis, en même temps, de requalifier. Je pense que c'est les deux
approches importantes qu'on doit considérer.
• (12 h 10) •
M. Beauchemin : Je vous entends puis
je me pose la question... parce qu'on a vu que l'augmentation du nombre de
travailleurs temporaires a littéralement, là, explosé dans la dernière année.
C'est comme, en fait, répondre avec des travailleurs étrangers pour les besoins
de main-d'oeuvre au Québec. Donc, la requalification que vous mentionnez, elle
n'est pas prioritaire. Est-ce qu'il y a comme... on peut-tu faire un lien entre
un et l'autre? Dans le sens que les emplois sont encore là, les employés ne
sont pas requalifiés, mais les emplois qui sont encore là se font satisfaire
par une demande... par une source étrangère, si on peut dire, d'une certaine
façon. Alors...
M. Fitzgibbon : Bien, écoutez, je
pense qu'il faut travailler encore plus fort pour que le 4 % de chômeurs,
présentement, puisse se requalifier. Je pense qu'un n'empêche pas l'autre.
C'est sûr que les travailleurs temporaires étrangers,
bien, c'est des besoins spécifiques qu'on n'a pas pu combler puis que le
fédéral accepte qu'on ouvre les valves, si je peux dire, pour
l'embauche, mais, en même temps, je pense qu'on continue... la ministre de
l'Emploi travaille très fort pour que... prendre le plus
grand nombre de chômeurs possible pour essayer de les inciter à prendre ces
travaux-là. Il faut faire les deux en même temps, je pense.
M. Beauchemin : Quand on regarde les
juridictions qui sont proches de nous, l'Ontario, les États-Unis, les réponses
par rapport à la pénurie de main-d'oeuvre sont différentes qu'au Québec. Quand
on veut regarder les conséquences que ça a pour nos PME, selon vous, c'est quoi,
les conséquences à long terme sur les PME de notre approche par rapport,
justement, à cette pénurie de main-d'oeuvre là versus ce qui semble se faire en
Ontario puis ce qui semble se faire aux États-Unis?
M. Fitzgibbon : Bien, écoutez, moi,
je regarde positivement le fait... Quand on regarde les investissements privés
non résidentiels, qui sont, règle générale, les investissements d'entreprises,
on voit un désir d'investir qui a augmenté de façon importante au Québec. Là,
je pense que c'est 14 % ou 15 %, là, dans les chiffres que j'ai vus, mais c'est des statistiques, mais quand... c'est
des projections, mais, quand même, faites par les CEO. Je regarde l'indice de
confiance de l'économie du Québec de nos entrepreneurs. Depuis un an, un an et
demi, on voit une hausse.
Moi, je pense qu'il y a un engouement, je pense
que les entrepreneurs veulent investir et je pense que les programmes qu'on a
mis en place, sur l'OTN, on en a parlé tantôt, et sur le programme Productivité
innovation d'Investissement Québec, pour investir avec les entreprises dans la
robotisation et la productivité... moi, je pense qu'on va pallier en partie avec nos programmes incitatifs de
rehaussement de la productivité, qui vont faire en sorte que la pénurie
de main-d'oeuvre va avoir une pression moins grande. Mais elle va toujours
demeurer, puis je pense que ça va toujours
être important que les entreprises puissent bien vendre leur... le bienfait des
emplois qu'elles offrent aux employés. Et ça va rehausser les salaires,
on a vu les salaires qui ont augmenté. Alors, il y a toutes sortes de mesures qui vont se faire, mais, bon, je pense que la
productivité, on est dans une position intéressante pour l'améliorer,
considérant qu'on a une pénurie de main-d'oeuvre, avec les technologies
nouvelles.
M. Beauchemin : Quand on regarde le
nombre de chômeurs, on parle de 202 000, 208 000, quelque chose comme
ça. Quand on regarde le bassin... la capacité d'additionner du monde dans le
bassin de travailleurs, c'est des gens de 65
ans et plus qu'on pourrait attirer vers le marché du travail. On parle de
75 000... 78 000. Donc, ce qui est en jeu, là, pour se rendre,
finalement, à un taux d'emploi de... un taux de chômage de zéro, là, OK, qui
est économiquement impossible à atteindre, on parle de 276 000
emplois, avec un bassin de la population qui n'augmente pas, des gens qui,
année après année, vont prendre leur retraite. Ce nombre de postes vacants là
va donc plutôt augmenter.
Donc, comment qu'on fait pour... Je sais qu'on
a... vous parlez d'innovation, mais, vous l'avez dit tantôt, ce n'est pas... ce
n'est pas des diplômes universitaires tant que ça qu'on a de besoin. Ça ne va
pas exactement dans ce que le premier ministre avait mentionné, là. Moi, je
veux... je ne me souviens plus exactement de l'expression, là... je veux des gens qui aident ma moyenne au-dessus de
50 000 $, ou je ne sais pas quoi exactement, là. Mais ça n'aide pas à
la situation, là. Comment qu'on fait pour pouvoir, justement, aider nos PME,
qui vont avoir de plus en plus... Ce problème-là va être de plus en plus criant
pour les 10 prochaines années, là.
M. Fitzgibbon : Bien, premièrement,
quand on parle des postes vacants, je pense qu'on comprend, dans l'histoire du
Québec et d'ailleurs, qu'il y a toujours un nombre minimum d'emplois vacants
comme de chômage là, puis, règle générale, là, si j'y vais de mémoire, là, on
parle de 125 000, 150 000 postes vacants, bon an mal an, qu'on a
toujours dans... vécu au Québec. Là, on a un excédent de ça. Il y a probablement
un 75 000, 80 000, 100 000... 75 000, 100 000
personnes qu'il faudrait combler le plus vite possible.
On regarde de l'autre côté, effectivement, le
chômage à 4 %, là, ou 4,1 %, là, il ne baissera pas à 1,5 %, là. Ça
va être un peu utopique, quoique certaines régions peuvent le faire. Il y a
quand même aussi, on oublie souvent, plusieurs... je pense qu'il y avait
200 000 personnes qui n'étaient pas sur les listes de chômage, qui n'ont
pas... des gens qui ont peut-être des problèmes de santé mentale légers, des
problèmes... des gens qui ne veulent pas travailler, qui ne voulaient pas
travailler. Il y a un bassin de population là-dedans intéressant qu'on va
regarder. On parle des communautés autochtones. J'ai passé beaucoup de temps,
depuis quelques mois aussi, dans les communautés. Il y a probablement un bassin
de personnes, là aussi, qui veulent travailler.
Alors, moi, je pense qu'il faut... Le travail va
être plus complexe, parce qu'il faut convaincre ces gens-là que les travaux... le travail, l'emploi est
intéressant. C'est souvent des emplois techniques, c'est souvent des emplois
qui sont difficiles. Alors, moi, je pense... moi, je suis confiant
qu'on... ça va être... c'est plus compliqué, mais notre ministre de l'Emploi
est sur ça.
Les
travailleurs d'expérience... bon, les travailleurs d'expérience, ce n'est pas
les aînés aujourd'hui... il y en a, effectivement,
peut-être 80 000, là, quand on parle de l'Ontario,
bon. Au Québec, on est peut-être... on est sous-éduqués, entre guillemets, par rapport à l'Ontario. Donc,
c'est sûr que travailler sur un modèle Excel, à 68 ans, c'est plus facile
que d'être dans une mine de sel aux Îles-de-la-Madeleine, là. Donc, je pense que, quand on va avoir les
cohortes dans les prochains... dans
les prochaines années, je pense qu'on a une chance d'aller chercher une bonne
partie de ces gens-là. Mon collègue
aux Finances a mis quelques incitatifs fiscaux importants... on va peut-être en
faire plus, éventuellement, mais
c'est clair qu'on a un bassin intéressant là. Puis si on allait chercher la
moitié de l'écart avec l'Ontario... On parle de 35 000 personnes. Mon
75 000, tantôt, d'excédentaire, travaux vacants, il en manque 40 000.
Les autres communautés...
Alors, ce n'est pas... ce ne sera pas facile,
mais je pense qu'on est capables. Puis je pense que mes collègues à l'Emploi
sont... mon collègue... ma collègue à l'Emploi travaille sur ça, parce que
c'est une clé de voûte. Et, en bout de piste, la productivité aussi, oui. On ne
va pas tout mécaniser les 200 quelques mille emplois qui ne sont pas comblés, mais je pense qu'on voit... l'innovation est
accrue. Les entreprises sont face à un problème, et elles veulent le régler, puis le gouvernement ne peut pas tout
régler au complet. Ça fait que certains vont aller plus vite, peut-être, dans
la productivité, dans l'investissement et
l'innovation. On le voit, certains secteurs, ça va être plus difficile, il va
falloir être plus prudents.
M. Beauchemin : Vous le disiez tout
à l'heure que, dans les postes qui sont à combler, ce n'est pas tous des postes
qui ont besoin d'être avec un diplôme universitaire, un. Deux, vous le
mentionniez aussi tantôt que les gens qui sont sur le chômage, ce n'est pas
tous des gens qui, eux, vont avoir les outils nécessaires pour pouvoir
permettre, disons, une connexion rapide avec les nouveaux postes ou les postes
qui sont disponibles. Est-ce que vous croyez, donc, que les, grosso modo, là,
280 000 personnes, là, qu'on discute depuis tantôt, qui sont relativement
disponibles pour retourner sur le marché du travail... est-ce que ces
280 000 personnes là vont améliorer notre productivité?
M. Fitzgibbon : Bien, juste pour
mettre les chiffres à l'heure, là, les chiffres en place, là, c'est les mêmes chiffres. On a 207 000 postes vacants,
puis quand on regarde ça, il y a seulement 31 000 qui requièrent une
formation universitaire, donc on a quand même 15 %, donc 85 %
non universitaires. C'est ce qu'on disait tantôt, là, c'est le même chiffre.
Bon, 280 000, je ne sais pas, là, peut-être la mécanique n'était pas
280 000. Le chômage, c'est à peu près 200 000, puis c'est ça... là,
peut-être qu'il y a une autre... probablement pas. Probablement qu'il y a
beaucoup de postes à niveau inférieur qu'il faut combler rapidement, qui
n'augmenteront pas la productivité. Mais je pense, dans ces secteurs-là, c'est là que le plus grand effort, je pense, est, puis
au niveau de la robotisation. Je pense aux plongeurs dans les
restaurants, par exemple. Tu sais, il y a beaucoup de travail qui se fait
présentement là-dedans, par l'ITHQ et d'autres, ça fait que... Puis ça n'aidait
pas la productivité, mais ça va au moins donner des travailleurs à ceux qui ne
sont pas encore rendus à vouloir innover. On pense aux champs, par exemple. On
avait investi dans une société qui faisait la collecte des brocolis dans le
champ, pas robotisée, mais là il faut aller plus vite, là. Alors, c'est sûr
qu'il y a une pression pour aller plus vite dans ces secteurs-là, mais,
entre-temps, il va falloir engager des gens pour...
M. Beauchemin : Mais vous ne disiez
pas tout à l'heure que l'enjeu et/ou la solution pour améliorer notre
performance économique, c'est l'innovation, qui va amener, justement, une
augmentation de notre productivité?
• (12 h 20) •
M. Fitzgibbon : Oui, mais, en même
temps... absolument d'accord. D'ailleurs, chez Investissement Québec aujourd'hui,
les deux critères importants, c'est réduction de GES et augmenter la
productivité, même s'il y a moins d'emplois. Pendant ce temps-là, ça prend des
plongeurs dans les restaurants, ça prend des gens qui vont aller cueillir nos
fruits puis nos légumes. Ça fait qu'on a une espèce de... ce n'est pas un
paradoxe, là, mais il y a deux... il y a deux
approches. Moi, je pense qu'il faut essayer le plus possible que l'innovation
soit aussi pour les travaux, peut-être, qui sont moins intéressants pour
les gens qui ne travaillent pas présentement. Parce que c'est ça qui est
l'enjeu, il faut convaincre les gens d'aller travailler, puis il y a des gens
qui ne veulent pas faire certains travaux. Alors, si c'est le cas, on a deux choix, immigration temporaire ou
on met des robots. Mais les robots, ça prend du temps avant de pouvoir
les mettre en place, là.
M. Beauchemin : Je comprends. Écoutez,
il y a une page que j'ai beaucoup aimée durant le budget, c'est la page G.7. Ça fait que je ne sais pas si vous
pouvez y avoir accès, là, la page G.7, qui parle de la contribution des
facteurs à la croissance économique du Québec. Je l'ai même déchirée,
là, pour m'assurer de l'avoir proche de moi. On y voit que le bassin de travailleurs potentiels pour le Québec, de 2024 à 2027,
il n'augmentera pas. On voit aussi que le taux d'emploi va avoir une
tendance de 0,5 % pour ces mêmes années là.
Moi, ce qui m'a vraiment retenu mon attention,
c'est... on parle de productivité, on parle d'innovation... à cette même page là, il y a une statistique que ça prend une
calculatrice pour le faire, parce que c'est quand même... ça ne saute saute pas aux yeux, là, quand on le
regarde comme ça, mais, de 2010 à 2019, l'augmentation moyenne de la
productivité a été de 0,7 % pour toutes ces années-là. Quand on regarde
2020, 2021, 2022, 2024 et 2024 à 2027, là, c'est
la façon que la page est décrite, la page G.27, qu'on fait la moyenne de tout
ça, la productivité pour ces années-là, donc de 2020 à 2027, est plus
petite, de 0,6 %, donc moins de productivité, là, depuis 2020.
M. Fitzgibbon : Mais je pense qu'il
faut, je dirais... vous, là, je pense qu'il faut faire attention aussi, il y a
peut-être un peu d'aberrations. Je voyais, en 2021, 0,6 %, moins 3, moins
9, il faut faire des blocs ensemble. Mais quand
on regarde la projection dans le cadre financier, on a quand même 1 %
d'augmentation, basé sur ce qu'on pense que nos programmes vont amener.
Clairement, au niveau des travailleurs
potentiels, il y a une limite, c'est pour ça qu'on a mis zéro. Le taux
d'emploi, bien là, on parle probablement... bien, pas probablement, on parle,
entre autres, des gens d'expérience, qu'on
va augmenter un petit peu. Mais moi, je regarderais, en même temps, là, ce
qu'on voit de 2020 à 2023. Là. Mettons ça
ensemble, parce qu'il y a un peu d'aberrations, probablement à cause de
pandémie, je présume, là. Mais moi, je pense... le 1 %, je me rends
confortable que c'est un chiffre qu'on peut viser.
M. Beauchemin : Bien, il y a
effectivement eu, à partir de 2020, un changement de gouvernement, disons, d'une certaine façon. Mais ce que je voulais dire,
c'est qu'en moyenne quand même, parce qu'il y a des hauts et des bas, il
y a des ralentissements, il y a des expansions économiques, les cycles
économiques étant ce qu'ils sont, c'est normal. Plus on a un horizon de temps à
long terme, plus on est capables d'avoir une vision des actions
gouvernementales puis voir qu'est-ce que ça a comme
effet, donc, sur l'économie dans son ensemble. C'est pour ça que je regardais
de 2020 à 2027, puis quand je vous dis... ce calcul-là vous donne une
productivité moindre que celle qui a été exercée de 2010 à 2019. Donc, c'est
quand même notable.
L'autre
conséquence de ça, c'est que, quand on regarde, justement, ce qui est
mentionné, là, de 2024, là, à 2027, pour l'augmentation de la
productivité, on parle de 1 %, qui est un estimé. On sait que l'Ontario,
c'est plus élevé. Comment qu'on va pouvoir
faire le rattrapage, le fameux rattrapage, là, que M. Legault veut tout le
temps nous ramener, nous «bencher» contre l'Ontario, quand on va
avoir... on va accuser un recul contre l'Ontario, dans ce cas-ci?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...secondes.
M. Fitzgibbon : Bien, premièrement,
c'est des projections par le ministère des Finances. Deuxièmement, l'écart de productivité avec l'Ontario, quand on
le mesure, depuis 2018, il s'est résorbé de 2,5 %, à peu près, là. Ça fait
qu'on a...
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Merci beaucoup. Nous allons passer au
dernier... à la dernière période d'échange. Mme la députée de Jean-Talon,
la période... la parole est à vous.
Mme Boutin : Merci, Mme la
Présidente. Je vais vous amener sur un autre... dans un autre domaine. Vous parlez beaucoup, là, justement, de soutenir... de
créer de la richesse collective en soutenant la productivité, créer et soutenir
l'innovation également, stimuler les exportations. Moi, il y a un secteur que
j'apprécie particulièrement, là. J'ai commencé ma carrière dans l'aviation puis
j'ai eu la chance d'aller à Aéro Montréal récemment. J'ai regardé aussi les crédits qui ont été accordés. L'année passée,
vous avez annoncé, en 2022, un 334 millions qui couvrait la période 2021 à
2024 pour la stratégie québécoise en aérospatiale.
J'ai quelques questions par rapport à ça.
Premièrement, c'est quoi, le bilan que vous pouvez en faire jusqu'à maintenant?
Puis, tu sais, 2024, ça arrive bientôt, là. Qu'est-ce qui se passe après 2024?
M.
Fitzgibbon : Bien, écoutez, premièrement, la semaine dernière, vendredi, je
pense, j'étais à Aéro Montréal, réunion annuelle de la grappe
industrielle, et c'était le fun de voir que... la pandémie, comme on le sait, a
beaucoup affecté le secteur, les emplois ont baissé de façon significative, et
là on a annoncé, là, si je me rappelle bien, 35 000... 37 000
emplois, les ventes qui ont augmenté de 10 % à 15 %. Donc, on voit
que le secteur a repris du poil de la bête, et
je trouve ça très intéressant. On voit des sociétés qui commencent à investir,
Bombardier, Pratt, Bell, Héroux-Devtek, dans des nouveaux projets. Là,
la confiance est revenue parce que l'avion civil... le secteur civil, plutôt,
va très bien. On voit, avec Airbus, la
cadence qui augmente de façon importante, à Mirabel, pour le A220, et c'est
très, très encourageant. Donc, la plateforme ou... l'état d'esprit de la
communauté est bon.
Je regarde deux secteurs où on commence à bien
faire. Le secteur spatial, on a fait, évidemment, du travail avec MDA, on a fait du travail avec GHGSat. Il y a
toutes sortes de sociétés qui sont dans l'espace spatial, et clairement,
dans les prochains 10 ans, il va y avoir une effervescence de ces
investissements-là, et le Québec est bien positionné, à cause de notre base
d'ingénierie. On avait annoncé le programme Télésat, là, qui retarde un petit
peu, mais, quand même, qui avait choisi le Québec comme place d'assise.
L'autre élément important, c'est toute la
question de la migration, transition énergétique. Que ce soit le SAF, que ce soit les appareils hybrides ou même
électriques, on voit que le Québec, à cause de notre filière batterie, à cause
de nos ressources, que les sociétés rêvent,
de façon intéressante, de s'établir au Québec. Je pense à H55, une compagnie
suisse que j'avais visitée après mon séjour à Davos au printemps dernier... à
l'automne dernier, plutôt... en janvier, en fait, et cette société-là va faire des moteurs ou des packs de batteries
électriques, et a choisi de travailler avec Pratt & Whitney, ici, au
Québec, parce qu'on avait Pratt qui est un motoriste, on avait notre filière
batterie.
Donc, moi, je pense qu'on a présentement une
capacité intéressante de pouvoir attirer de nouveaux projets, soit au niveau de
l'espace ou au niveau de la transition énergétique, tout en continuant de
performer avec nos filières plus traditionnelles, comme celles que j'ai
mentionnées précédemment. Donc, je pense que l'engouement est là. On a annoncé
la semaine passée des programmes... des appels de projets pour l'investissement
dans des nouveaux projets. On a annoncé 44 millions de projets pour
lesquels on subventionnait un montant important.
Donc, notre programme des... de la stratégie aéronautique,
dans laquelle nous avions des crédits pour... des subventions pour la R et D,
fonctionne bien, parce que la R et D, c'est ça qui est la base. Si on investit
en recherche, aujourd'hui, appliquée, bien,
on va avoir des chances d'avoir des projets qui vont amener des projets plus
commerciaux, où les emplois vont être bien ici. Donc, je pense qu'on a
une capacité...
Puis je conclus en disant que j'étais à l'ENA,
l'école nationale d'aéronautique, c'est là qu'avait lieu la réunion annuelle
d'Aéro Montréal, et, un fait important, il y a quelques années, il y avait
beaucoup de sièges de libres à l'ENA, et,
aujourd'hui, les sièges sont moins libres, parce que les jeunes veulent revenir
dans cette industrie-là, puis, on
doit avouer, pendant des années, qui a été malmenée. Alors, moi, je suis
confortable qu'on ait un bon environnement.
Mme Boutin : Bien, quand vous étiez
là la semaine dernière... c'est 47 millions pour soutenir quatre projets,
je pense, spécifiques. Est-ce que vous pouvez en dire un petit peu plus?
M.
Fitzgibbon : Oui, bien, c'est des projets... beaucoup de
projets là-dedans. Il y avait, par exemple, le SAF, hein? Le SAF, c'est
important. On regarde le kérosène vert, hein, si je pourrais dire. Alors, on a
l'habilité, au Québec, d'avoir du CO2, on va
le convertir avec de l'hydrogène vert. Donc, un programme qui travaille avec
des compagnies aériennes et la compagnie SAF+, ça, c'est intéressant. On a un
programme aussi pour les drones. On a... on regarde ce qui va se passer au niveau des drones dans les prochaines années, et
il y a deux sociétés qui se sont mises ensemble pour dire comment on va travailler ça, Bell Textron, pour un modèle
hybride d'hélicoptère, puis on a aussi Pratt & Whitney, qui travaille avec
Flying Whales pour les ballons dirigeables. Donc, il y a quatre projets, dans
lesquels il y a huit entreprises qui travaillent conjointement. Puis
l'important, c'est que la PI qui va générer de ça va rester au Québec.
• (12 h 30) •
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Mme
Boutin : Ah! je peux-tu vous poser une petite miniquestion?
Question piège : À quand la zone d'innovation en aérospatiale?
M. Fitzgibbon : Il faut avoir un
chef. On a parlé avec le conseil d'administration. C'est clair qu'on est voués
à en avoir une, il faut juste travailler les morceaux qui restent à établir en
ce moment.
La
Présidente (Mme D'Amours) : La parole au député d'Abitibi-Est, en vous
rappelant qu'il reste 1 min 30 s.
M. Dufour : Parfait. Donc, on va
passer peut-être dans un autre répertoire. M. le ministre, on vient de parler
de l'aéro, mais il y a aussi, je pense, un beau projet actuellement, en
hydrogène vert, qui parle de blocs de stations de ravitaillement pour Val-d'Or
et Saint-Jérôme, entre autres, pour, justement, permettre d'avoir une autre
source de ravitaillement qui permettrait, justement, d'éliminer du diesel. Je
pense que ça pourrait bien terminer la première période de questions que le
ministre de l'Économie a à faire.
M. Fitzgibbon : Bien, écoutez,
l'hydrogène vert, c'est clair que, quand... moi, je regarde sur une base de
GES, là... On a a, au Québec, l'ambition de réduire de 37,5 %, et il y a
des secteurs qui ne seront pas électrifiables. Je pense au transport lourd et
je pense aussi aux industries des... on pense à l'acier, on pense au ciment, on
pense à l'aluminium. Donc, ces secteurs-là, qui représentent quand même, probablement,
un 15 %, 20 % des GES qui sont émis
au Québec, il faut qu'ils soient hydrogénés
ou bioénergisés. Alors, on a deux éléments ici. Donc, on a la bioénergie
pour la méthanisation, pour la biomasse qu'on peut utiliser, puis il y a aussi
l'hydrogène qui peut être utilisé. Alors, moi,
je pense que... je vois d'un très bon oeil que le Québec produise... malgré le
manque d'électricité, que le Québec produise de l'hydrogène pour le
transport lourd, «fuel cell», ravitaillement, je pense, c'est important de
faire ça pour décarboner...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
infiniment, M. le ministre.
Compte tenu de l'heure, la commission suspend
ses travaux jusqu'à 15 h 30. Merci, tout le monde.
(Suspension de la séance à 12 h 32)
(
Reprise
à 15 h 30)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux.
Je vous rappelle que la commission est réunie
afin de poursuivre l'étude du volet Économie des crédits budgétaires du
portefeuille Économie, Innovation et Énergie pour l'exercice financier 2023‑2024.
Nous en
sommes maintenant à une période d'intervention de l'opposition. M. le député de
Marguerite-Bourgeoys, la
parole est à vous.
M. Beauchemin : Merci, Mme la
Présidente. Tantôt, on s'est quittés, on parlait de productivité. Je reviens
là-dessus, M. le ministre. C'est quoi, l'objectif qu'on a pour rattraper, donc,
la productivité par rapport à l'Ontario?
M. Fitzgibbon : Bien, le... de vouloir
combler l'écart, c'est une destination. Puis quand... Justement, ce matin, on parlait de McKinsey, là. Moi et le
sous-ministre, l'équipe du ministère, on a identifié... en fait, je l'ai devant
moi, là, on a identifié des chantiers qui vont faire qu'on va réduire l'écart,
qu'on avait parti de 16 % puis qu'on avait à un moment donné,
durant... en février 2022, on était à 12,6 %. On a plusieurs facteurs
qu'on a identifiés, qui vont prendre probablement une décennie avant d'arriver
à zéro, parce que c'est un chantier... tu sais, on était à 20 % d'écart à
un moment donné, là, dans le temps. Alors, nous, ce qu'on veut, c'est... On a
voulu établir les déterminants qui feraient en sorte qu'on ait une chance de
réduire cet écart-là et de les adresser un après l'autre puis de voir une
progression. On aimerait avoir un autre 3 %, 4 %, 5 % à réduire
dans le mandat présent. Peut-être qu'on va y arriver, peut-être pas, mais
l'important, c'est la pente descendante qu'on veut faire.
M.
Beauchemin : La page G.7 — la page que j'aime beaucoup dans le budget du
ministre des Finances — on
voit, là, que la productivité en 2022, l'année, là, que vous
mentionniez juste... tout récemment, là, était une baisse de 0,3 %, 2023, une baisse de 0,9 %. Donc,
si on rattrape, dans le contexte où est-ce que nous, on perd du terrain, ça
veut donc dire que l'Ontario perd encore plus de terrain que nous en
productivité. Si on a fait ce rattrapage-là de 2,5 %, vous dites, là, en 2022, quand nous, on a
perdu 0,3 % de productivité, ça veut donc dire que l'Ontario en a perdu
encore beaucoup plus que nous.
M. Fitzgibbon : Oui, ça, je suis en
train de trouver les chiffres, là, parce que ça... Pour moi, c'est ce qui est
important, plus que le tableau que vous référez, là, parce que le tableau...
Que ce soient des projections que Finances a
faites, là, bien, je les respecte beaucoup, mais, quand on regarde les chiffres
réels, là, la variation avec... woups, attendez un petit peu, avec
l'Ontario, elle est montée jusqu'à 16,4 % sous votre gouvernement, là,
c'était à la fin de votre gouvernement, puis
le cumul 2022, on est rendu à 13,8 %, donc 14 %, 2,4 %...
deux point... il y a eu 2,6 % de réduction de l'écart depuis ce
temps-là. Donc, ça, pour moi, c'est les vrais chiffres, là. Ça, on parle de
PIB, on est réel ici.
Une voix : ...
M. Fitzgibbon : Par habitant,
excusez-moi. PIB par habitant, réel. Donc, de 16,4 %, à la fin de votre
mandat, à 13,8 %. Le cumul 2022, je pense qu'il manque un trimestre,
là.
M. Beauchemin : OK. Bien, je
comprends, sauf que je dois quand même me fier sur la page du ministère des
Finances, la page G.7, qui reprend le même data qui va cumuler vers cette
amélioration relative par rapport à l'Ontario auquel vous faites référence sur
votre tableau que je n'ai pas, là. Mais j'imagine que c'est le même data qui doit
donner ce résultat-là. Ça ne peut pas être différent, là.
M. Fitzgibbon : ...c'est la... Statistique
Canada, là, qu'on...
M. Beauchemin : Oui, c'est ça,
c'est...
M. Fitzgibbon : Bien, que je
pense... Ça, c'est les bons chiffres, ça.
M. Beauchemin : C'est le même
chiffre que le ministre des Finances a dû utiliser.
M. Fitzgibbon : Bien, peut-être,
mais ça, c'est le bon chiffre, là, ce que je vous ai donné.
M. Beauchemin : OK. Donc, quand on
regarde ça, on se dit : Bon, bien, OK, on a eu... on a eu du rattrapage,
dans les dernières années, dans un marché qui a été de... baissier, si on peut
dire, d'une certaine façon, en termes de productivité. Si on fait juste...
prenez... prendre l'exemple des batteries, où est-ce qu'avec l'annonce de
Volkswagen l'Ontario a eu 10 fois plus d'investissements dans ce
secteur-là, qui était un secteur assez prometteur, on peut... on peut s'entendre, là, ça augure quand même
relativement bien aussi pour l'Ontario au niveau de la productivité pour les
années à venir. Étant donné qu'on parle d'une game qui est relative, ici, là,
on parle vraiment de notre performance relative
à la performance de l'Ontario, étant donné que les prévisions du ministre des
Finances sont que la productivité moyenne pour... de 2024 à 2027 va être
de 1 %, on doit quand même s'attendre aussi à ce que l'Ontario aussi va avoir une certaine productivité. Les chiffres que
j'ai cru entendre étaient légèrement supérieurs aux performances que
nous, on a eues.
Donc, quand je regarde ça puis je regarde aussi
le rapport du centre de la productivité et prospérité, la fondation Somers,
HEC, que vous connaissez probablement, à... premier paragraphe de la
conclusion, on dit :
Au terme de cette 13e édition de ce
rapport-là, on comprend que le Québec se trouve à la croisée des chemins. Sans
un changement radical de sa politique industrielle, non seulement le Québec
n'atteindra pas l'objectif fixé
pour 2036 — ici,
on parle de productivité — mais
son économie risque de s'enliser dans la même spirale qui entraîne
l'économie canadienne depuis le milieu des années 2010.
Donc, je regarde tout ça, je me dis : Bon,
OK, correct, on planifie une augmentation de 1 % de productivité. Il y a
déjà eu des années beaucoup plus rentables, si on veut, dans le Québec. Il y a
déjà eu des années beaucoup plus rentables,
évidemment, en Ontario aussi. Croyez-vous vraiment, là, qu'on va être capables
de rattraper, même d'atteindre cet objectif-là, disons, dans les
10 prochaines années?
M. Fitzgibbon : Bien, écoutez, il
faut... Il faut y croire, hein, sinon on ne ferait pas le métier que je fais.
Tu sais, je regarde une feuille ici, là,
c'est du potentiel quand même, mais je regarde tous les projets de... Juste la
filière batteries, là, entre les discussions engagées, donc les
discussions engagées, jusqu'en opération, là, on a pour 38 milliards d'investissements. Le Québec n'a jamais vu ça. Il
n'y a jamais eu un dossier industriel où il y a eu autant d'investissements
potentiels. Donc, ça, je regarde ça. 38 milliards. Est-ce qu'on va faire
38? La réponse est probablement non. Moi, je pense qu'on va se ramasser à 10 à
15 milliards, jamais vu, là. Sous les libéraux, là, avant vous, là,
pendant 15 ans, là, il n'y en avait
pas, de projet comme ça. Je regarde l'aluminium. Si jamais ELYSIS est un
succès, on... il y aura des annonces, plus tard, qui vont se faire pour
des milliards. Je regarde le fer. Alors, moi, je pense qu'on a une situation
privilégiée.
Puis le PIB par habitant, il y a un numérateur et
il y a un dénominateur. Alors, c'est sûr qu'au niveau du dénominateur il faut
comprendre qu'il n'augmentera pas rapidement. Alors, si on rentre des projets
comme ça, sans avoir une pression trop grande sur la main-d'oeuvre ou de
replacer de la main-d'oeuvre, clairement, on va réduire... en fait, clairement,
on va augmenter le PIB par habitant. Ça, je suis très, très confiant.
Clairement, quand on compare à l'Ontario, moi, je compare aux États-Unis
maintenant aussi beaucoup, parce qu'il ne faut juste pas... il faut avoir une multitude de benchmarks, le monde n'arrêtera pas non
plus, là, mais l'Ontario, ils ont une beaucoup plus grande plateforme
d'habitant. Alors, PIB par habitant, parce que PIB seul, on n'y arrivera pas.
Nous, notre croyance, c'est que notre PIB va croître peut-être égal ou
supérieur à l'Ontario, avec une main-d'oeuvre qui va être plus stable. Ça fait
que le PIB par habitant, on a une chance de... C'est clair qu'on va
l'augmenter. La question, c'est à quel rythme on va l'augmenter pour réduire
l'écart.
Alors, moi, je suis très, très confiant avec ce
qu'il y a présentement sur la table à dessin, que, si on exécute... qu'il faut
exécuter, là, c'est des projets encore en discussion, je pense qu'on va y
arriver.
M. Beauchemin : C'est juste que
j'essaie de... C'est parce que, des fois, les chiffres, ils ont de l'air non significatifs. On parle de 1 %. Pour tout le
monde, 1 %, c'est un arrondissement, c'est... ça n'a pas l'air d'une si
grosse affaire, mais, en augmentation de la productivité, là, 1 %, c'est
quand même relativement majeur comme changement.
Puis ce que
j'entends quand vous me dites : C'est 12,5 % ou 14,5 % qui
reste, là, à combler dans les 10 prochaines années, ça veut dire
qu'il faudrait surperformer, l'amélioration en productivité, on devrait
surperformer l'Ontario de 1,5 %. Nous, on table, là, sur page G.7,
que j'aime beaucoup, que, de 2024 à 2027, on va être à 1 %. Donc, on va
surperformer l'Ontario de 1,5 %. Donc, ce que vous me dites indirectement,
c'est que, pour cette période donnée là, assumons, là, une ligne droite, là,
OK, pour cette période de trois ans qui est là. Là, OK, l'Ontario va donc
perdre de la productivité d'un demi-point par année pour en arriver à faire ce
rattrapage-là.
M. Fitzgibbon : C'est une bonne...
• (15 h 40) •
M.
Beauchemin : ...excusez, deux secondes. Parallèlement à
ça, il y a quand même quelques milliards de dollars d'investissements qui sont
annoncés de façon récurrente en Ontario dans l'économie. On a entendu parler de
Volkswagen tout récemment. Donc, moi, je ne m'attends pas à ce qu'il y
ait un si gros «disconnect»... manque de connexions, si on peut dire, entre ce
qui se passe en Ontario puis ce qui va se passer ici. Ça fait que je ne le...
je ne le vois pas, comment qu'on pourrait être capable d'avoir 1,5 % de
plus de performance relative annuelle en productivité contre l'Ontario. Ça,
c'est... Je comprends que vous avez des bonnes nouvelles, je comprends que les
investissements vont se réaliser, je comprends tout ça, puis on est tous
contents que ça aille bien dans notre économie, c'est sûr et certain, mais là
on parle de productivité, qui est une valeur qui est relative, en... C'est
comme la deuxième dérivé. Ça fait que je me
pose la question comment on va pouvoir faire ça, parce que, là, on sous-entend
une baisse de productivité en Ontario. Si nous, on table pour 1 %
puis que notre objectif, c'est de combler le gap, puis c'est 1,5 % par
année, grosso modo, que ça va représenter. On table donc que l'Ontario va
perdre un demi-point de productivité annuellement.
M. Fitzgibbon : Bon, premièrement,
le 1 % auquel vous référez, c'est une hypothèse du MFQ, ça fait que, tu
sais, j'oublie ça, là, c'est une hypothèse. On est 12 dans la salle, une autre
a mis 1,5 %; l'autre, elle a mis 2 %; l'autre, elle a mis 0,5 %.
Donc, il faut faire abstraction à ce 1 % là. C'est une évaluation du
ministère des Finances que je respecte et qu'on... nos vues sont pas mal plus
agressives que ça.
Deuxièmement, dans notre évaluation, qu'on a
validée avec, justement, nos aviseurs, nous croyons que le PIB du Québec
devrait augmenter à peu près au même rythme que celui de l'Ontario, PIB réel,
donc le numérateur. Le dénominateur va nous avantager parce que notre
main-d'oeuvre va rester stable. D'autre part, quand on regarde les
investissements, une donnée qu'on ne suit pas beaucoup, là, mais qu'on devrait
suivre aussi, bien, peut-être vous la suivez, là, c'est les investissements
privés non résidentiels. Pour moi, ça, c'est un gros, gros, gros élément.
Et ce qu'on voit, c'est qu'on a été, depuis
15 ans, très déficients par rapport à l'Ontario quand on regarde
l'investissement en entreprise, qui présuppose que l'investissement en robot,
en numérisation n'ont pas été au rendez-vous.
Il n'y a pas juste ça. Je pense que nos programmes en place peuvent faire... En
fait, c'est une opportunité. Vu qu'on
est sous-productifs par rapport à l'Ontario, moi, je crois qu'on est... c'est
plus facile, pour nous, d'augmenter la productivité par heure
travaillée, là, on parle par heure travaillée. Moi, je pense qu'on a une
meilleure chance que l'Ontario considérant d'où on part. Si j'ai raison et si
on est capables de monter les heures productives avec le même nombre d'heures, parce qu'assumons qu'il n'y a
rien qui bouge, bien, moi, je pense qu'on a une meilleure... on a une chance
assez forte de pouvoir...
La Présidente (Mme D'Amours) : En
terminant.
M. Fitzgibbon : Puis deux... Pour
conclure, PIB-PIB va avoir la même croissance. C'est au dénominateur qu'on va
faire la différence sur le PIB par habitant.
La Présidente (Mme D'Amours) : 15 secondes,
M. le député.
M. Beauchemin : D'accord. Écoutez,
je vais continuer dans le prochain bloc.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Parfait. Je suis prête à entendre maintenant le
deuxième groupe d'opposition. M. le député de Maurice-Richard,
la parole est à vous.
M. Bouazzi : Merci, Mme la
Présidente. Pour cette partie, j'aimerais bien parler d'intelligence
artificielle. Et je pense que vous accorderez avec moi, M. le ministre, que le
visage de l'économie et même une bonne partie de la société
sera chamboulé, sera vraiment très différent pour un certain nombre de secteurs
d'industries et de secteurs économiques, de vie sociale par rapport à ce qui
est en train d'être fait actuellement en intelligence artificielle.
Ça fait que je vais
peut-être commencer par un certain nombre de questions. Évidemment, ça part de
la prémisse où on a un désaccord qui est
en... qui est dû au fait que vous ne voulez pas tenir une commission parlementaire
pour venir écouter, dans un processus qui est prévu ici, à l'Assemblée
nationale, un certain nombre de spécialistes, un
certain nombre de chercheurs, de personnes de l'industrie qui viennent nous
parler comment est-ce que vous... eux, ils voient les différents enjeux
qui vont nous toucher. Mais est-ce qu'il va y avoir, dans 10 ans, un
certain nombre de métiers où les gains en
efficacité vont faire qu'on va avoir besoin de 50 %, voire même moins
50 %, voire même moins, de main-d'oeuvre?
M.
Fitzgibbon : Écoutez, je n'ai pas cette capacité intellectuelle de
répondre à votre question. Par contre, c'est
clair, je pense, qu'on va devoir former beaucoup de gens, de jeunes qui vont
travailler sur les techniques IA, hein, parce que ce n'est pas juste
des... Dr Bengio, là, on... tout le monde veut en avoir 50 dans notre
environnement, mais, bon, ça n'arrivera pas. Moi, je pense qu'il y a un... il y
a un gros effort qui est fait avec les CCTT, l'enseignement supérieur. Tantôt, on en a parlé, là, le
15 mai, il y a eu une... il y a une rencontre avec les cégeps pour former des
gens.
Alors,
il va y avoir un déplacement important, je pense, de main-d'oeuvre. On risque
d'avoir peut-être un peu moins de collets bleus, de gens qui sont... des
métiers difficiles, il va y avoir un «shift» qui va se faire. 50 %, ça m'apparaît énorme, mais peut-être que vous avez
raison. Puis je pense que ce qui est important, c'est que, dans la transition,
c'est un des cinq secteurs qu'on va analyser, l'impact sur l'emploi.
M. Bouazzi : Je
veux juste être sûr. Quand vous parlez de métiers difficiles, est-ce que vous
êtes en train de dire que l'intelligence artificielle va plus toucher... les
chamboulements vont plus toucher les cols bleus que les cols blancs dans
l'industrie?
M.
Fitzgibbon : Non, mais toute la robotisation doit passer par
l'intelligence artificielle. On est étroitement lié à ça. Je regarde ce qui se
passe dans l'aluminium. Donc, il va y avoir des impacts importants sur les
travaux plus manuels, c'est sûr.
M. Bouazzi : Vous
comprenez que l'extrême majorité... À ma connaissance, je ne connais pas
d'étude qui dit que ce qui est en train de se passer actuellement va,
justement, toucher de plein fouet les cols blancs et non pas les cols bleus. Je comprends que la robotisation
touche les cols bleus, évidemment, mais cette transition-là, elle a beaucoup
été faite dans les 30 dernières années, et les recherches actuelles, à
moins que vous ayez des recherches, peut-être, dont je ne suis pas au courant, qui expliquent que ça ne va pas être
majoritairement les cols blancs qui vont être touchés. Ma question pour
vous, c'est : Quels sont les secteurs de la société parmi ces cols blancs
qui vont être le plus touchés par des baisses drastiques du besoin de
main-d'oeuvre?
M. Fitzgibbon :
Je pense que tous les secteurs
vont être touchés. Vous avez raison, je pense que l'intelligence artificielle,
en soi, tu sais, il faut garder son application. L'intelligence artificielle va
être utilisée pour aider à mieux robotiser,
à mieux numériser. Donc, forcément, ça va permettre d'avoir une plus grande
efficacité innovatrice dans des usines de fabrication. Ça va aussi
affecter des travaux peut-être plus cléricaux au niveau de la comptabilité.
Moi, je suis un comptable, par exemple.
Bien, il va-tu y avoir moins de comptables dans le futur parce que les robots
vont faire le travail? Puis tant mieux, mais on va tout simplement
déplacer la main-d'oeuvre. Et on est dans un environnement privilégié où le Québec a énormément de projets
puis on manque de main-d'oeuvre. Alors, pour moi, c'est une bonne
nouvelle, alors il faut juste travailler dans une transition.
M. Bouazzi : Donc,
juste pour dire, il n'y a pas de... Vous ne voyez pas, vous, un risque...
c'est-à-dire qu'actuellement il y a des Québécoises et des Québécois qui sont à
l'université, qui rentrent à l'université, qui finissent leur cégep, qui vont
étudier dans une spécialité pendant les trois prochaines années, peut-être
quatre ou cinq prochaines années et qui... dans 10 ans, le métier
qu'ils auront appris aura pratiquement disparu, en tout cas, il n'y aura
largement pas assez de jobs pour l'extrême majorité de ces gens-là.
Est-ce que vous ne
pensez pas qu'il est de notre responsabilité de prévoir aujourd'hui, tout de
suite les gens et pour pouvoir s'assurer que les gens qui rentrent à
l'université maintenant ne vont pas étudier pour rien pendant quatre ans?
Parce que, six ans après la fin de leurs études, il n'y aura plus de, je veux
dire... et vous parlez des cols blancs. Encore une fois, je suis très étonné.
Je veux dire, dans la recherche, on parle plus des avocats, effectivement, des
comptables, on parle aussi des assistants, on parle... on parle d'un certain
nombre de métiers. Et la question... Et je suis d'accord avec vous, on n'a pas
une boule de cristal, on est occupés ici, à l'Assemblée nationale. Il y a des
chercheurs, par exemple, qui ne font que ça, étudier ça. Et vous ne pensez pas
qu'il est du rôle des législateurs d'avoir une commission ici, à l'Assemblée
nationale, pour éviter à ces jeunes-là d'étudier pendant quatre ans dans
une industrie qui va à peu près disparaître?
M.
Fitzgibbon : Bien, première des choses, je pense que vous avez tort
parce que je pense que c'est votre... pire que ça. Moi, je pense qu'il y a
beaucoup d'experts qui disent que les métiers que nos jeunes qui rentrent au
secondaire aujourd'hui n'existent pas aujourd'hui. Alors, c'est sûr qu'on est
face à ça. Alors là...
M. Bouazzi : M. le ministre...
M. Fitzgibbon : Je
vais répondre à la question, là.
M. Bouazzi : Oui.
M. Fitzgibbon : Alors, moi, je pense
que, clairement, il faut être sensibles à ça. Nous le sommes, sensibles. Avec
tout respect, ce n'est pas ici que ça va se régler. Alors, dans les
cinq chantiers que Luc Sirois va modérer, un des chantiers, si vous vous
appelez bien, c'est la... ça va être la main-d'oeuvre. Donc, il va y avoir des
gens qui vont pouvoir parler, qui vont pouvoir exprimer leurs vues. C'est clair
qu'il faut être sensibles à ça. Alors, ce n'est pas en commission parlementaire
qu'on va régler ça. Ça fait que moi, je dis tout simplement que le chantier
qu'on met en place avec la CIQ, un des cinq chantiers adresse ce point-là.
M. Bouazzi : Donc, ce n'est pas ici
qu'on va régler ça. Évidemment, nous, on pense que les élus du peuple,
évidemment, ont un rôle important à jouer. Si quelqu'un prend à peu près
une minute de cette conversation qu'on vient d'avoir, est capable de
recréer votre voix, M. le ministre, en train de chanter La Marseillaise,
est-ce que c'est légal aujourd'hui, ça, ou pas?
M. Fitzgibbon : Je ne comprends pas
votre question.
M. Bouazzi : Pardon?
M. Fitzgibbon : Je ne comprends pas
votre question.
M.
Bouazzi : Est-ce que, si quelqu'un prend une minute
d'une conversation où il y a la voix de quelqu'un, reproduit cette voix-là pour
en faire à peu près n'importe quoi... est-ce que c'est légal actuellement au
Québec ou pas?
M. Fitzgibbon : Non, mais ça, on en
a parlé... on en a parlé intimement, le 12 avril, vous étiez à la même
réunion. Les modèles, supermodèles de génération d'images, de mots, il faut
qu'ils soient encadrés. Alors, on est... clairement, on veut faire ça. Alors,
la...
• (15 h 50) •
M. Bouazzi : Et ça, ça va se faire à
l'extérieur de la législation de l'Assemblée nationale?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...M.
le député, voulez-vous laisser M. le ministre finir la question? Vous prenez du
temps. J'essaie de le calculer. M. le ministre répond en moins de temps que
vous prenez. Alors, pour être équitable, laissez le ministre répondre, s'il
vous plaît.
M. Bouazzi : C'est parfait.
M. Fitzgibbon : Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Adressez-vous
à moi si vous voulez que j'intervienne, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : C'est noté, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le ministre.
M. Fitzgibbon : Merci, Mme la
Présidente. C'est un débat très dogmatique que nous avons, parce que tout ce
que j'ai dit, c'est que Luc Sirois, le comité d'innovation... Conseil
d'innovation du Québec, son mandat, c'est de recevoir de l'information des gens
qui veulent parler, sociétés civiles, les experts, les professeurs, pour
ramasser l'information, pour être structuré
en cinq chantiers, dont le chantier de l'emploi. Et, quand on aura reçu
l'information, on va prendre acte de ça. Il parle de la gouvernance, le
côté légal. On a un ministre qui ne fait que ça, le ministre de la
Cybersécurité et du Numérique. Sa responsabilité au gouvernement, c'est de
faire les lois, mais, avant de faire des lois, il faut comprendre
l'environnement dans lequel nous sommes. Alors, nous voulons organiser la
structuration.
M. Bouazzi : Je pense que c'est
la responsabilité de tous les élus du peuple du Québec de participer à créer
ces lois-là. Et il est évident qu'on va se poser la question est-ce que, oui ou
non, reproduire une voix à l'identique pour en faire autre chose est légal ou
pas, et actuellement c'est un vide juridique. Est-ce que vous pensez... À moins
que vous pensiez que le rôle des députés de l'Assemblée nationale n'est pas de
participer à cette légifération. Je ne comprends pas très bien quelle idée on a
de la démocratie en se posant la question, et puis il y en a beaucoup.
La question de la responsabilité, aujourd'hui,
si quelqu'un crée une intelligence artificielle qui donne des conseils
juridiques, on a des gens qui donnent les données sur laquelle on s'entraîne,
d'autres personnes qui entraînent les modèles, une troisième personne qui donne
les conseils. Si le consommateur du service, à la fin, reçoit un conseil erroné qui a des conséquences graves
pour sa vie, pour son avenir, qui est responsable aujourd'hui? C'est un vide
juridique. Est-ce que c'est la personne qui donne les données? Est-ce que c'est
la personne qui fait le modèle? Est-ce que c'est la personne qui fait le
service?
En
tout respect à tout le processus que vous faites à l'extérieur des murs de
cette Assemblée, on pense vraiment qu'il est
du devoir de la... de cette instance démocratique de penser à ces choses-là.
Vous ne pensez vraiment pas que c'est notre rôle à nous, en tant que
législateurs, de faire ça?
M. Fitzgibbon :
...question?
M. Bouazzi :
Ma question, c'est que les législateurs doivent réfléchir à la loi. Ça, ce
n'est pas le ministre seul, c'est tous les
députés. Et actuellement, vous décidez de faire des processus à l'extérieur
des... de l'enceinte de cette vénérable institution, pour laquelle j'ai un
respect immense, et je suis très étonné de la facilité avec laquelle vous avez
de penser que ce n'est pas notre rôle à nous de réfléchir à ces choses.
M. Fitzgibbon :
Alors, bon, je vais recommencer parce que je pense que... j'ai été mal
compris, alors j'ai dû mal communiquer. Vraiment, ce n'est pas juste les
125 députés qui vont regarder ça, c'est la population au complet. Ce qu'on
fait justement avec M. Sirois, au CIQ, c'est qu'il va solliciter l'input
de toute la population. Les gens qui voudront faire des mémoires, ça peut être
par le Web ou... on va voir le procédé, il va y avoir un communiqué de presse
qui va sortir bientôt. Alors, je suis très satisfait, et c'est ce qu'on va
suivre comme procédure, de solliciter l'opinion de tout le monde dans des
chantiers structurés, sinon ça devient complètement instructuré. Et...
M. Bouazzi :
Mais vous faites les deux?
M. Fitzgibbon :
Bien, je n'ai pas fini, madame.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Allez-y, M. le ministre.
M. Fitzgibbon : Alors, j'aimerais aussi
que... pouvoir... À la fin, on décidera qu'est-ce qu'on va faire avec ça.
Et ultimement, le législateur, la personne qui va devoir regarder si on fait un
projet de loi, ça va être le ministère de la Cybersécurité.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Avant de passer la parole à l'opposition
officielle, je rappelle à tous les membres de cette commission que, s'il y a
une commission qui veut être débattue en commission, c'est la commission qui décide et non pas le ministre en
question. Donc, vous pouvez faire vos demandes à la commission concernée.
M. le député de Marguerite-Bourgeoys,
la parole est à vous.
M. Beauchemin :
Merci, Mme la Présidente. Donc, M. le ministre, je veux juste continuer,
là, la... en productivité, quand on était en
train de se parler tantôt. Vous avez dit : On est 12 dans cette salle,
ici, il pourrait y avoir 12 prédictions, là. En fait, vous, votre
prédiction au niveau de la... du gain en productivité pour les années à venir,
c'est quoi? Il y a la page G.7, là, mais votre... vous, votre...
M. Fitzgibbon :
Je ne me suis pas... Je ne suis pas... Je n'aime pas la numérologie. Moi,
je regarde les initiatives, les déterminants, et c'est ce qu'on a fait dans
l'exercice à l'automne 2021. Et ce qu'on met en place, par exemple, zones
d'innovation, les programmes de productivité innovation, le programme de...
OTN, de la SQRI, on met en place des stratégies qui, selon moi, vont nous
permettre d'augmenter notre productivité, d'augmenter le PIB par habitant.
Est-ce que ça va être 2 %, 1,5 %? Vous aviez absolument raison
tantôt, ça ne sera pas 4 % ou 5 %, parce
que c'est des chiffres énormes. Alors, moi, je serais très heureux entre
1 % à 2 % de productivité sur un PIB qui va croître plus entre... de
façon intéressante, mais je n'ai pas de prédiction à faire parce que ce n'est
pas mon métier, là.
M.
Beauchemin : OK, mais, dans un contexte, où est-ce qu'on met des sous
du gouvernement, on a des... on se dit : OK, mon objectif, c'est de
faire tel genre de rendement, mon objectif, c'est de faire tel genre
d'augmentation du produit intérieur brut, mon objectif, c'est d'avoir
x nombre de dollars qui rentrent dans les coffres de l'État, mon objectif,
c'est d'avoir aussi, donc, une productivité quelconque à améliorer, j'imagine.
Non? Il n'y a pas... Il n'y a pas personne qui a regardé l'objectif? À part à
la page G.7, là, du ministre des Finances, qui vient du rapport que vous
avez mentionné, il n'y a personne qui a donné un estimé? Grosso modo, si on
fait ça, si on fait ça, si on fait ça, tout ça ensemble, ça va donner ça de
gain de productivité au Québec?
M. Fitzgibbon :
...je l'ai dit tantôt, on a visé
de réduire à zéro l'écart sur 10 ans. C'était notre cadre financier,
puis là on a des mesures qui vont permettre peut-être d'y arriver. Étant donné
qu'il y a beaucoup de variables qu'on ne
contrôle pas, je pense qu'avancer des énoncés comme ça n'est pas crédible. Ce
qui est crédible, par contre, c'est de dire qu'on a établi des chantiers.
Puis je reviens aux batteries, là, on a parlé beaucoup de batteries,
l'intelligence artificielle... les deux, en
fait. L'intelligence artificielle, on a continué ce qui avait été commencé par
votre gouvernement. Dans le cas des batteries, c'est nouveau. C'est des
dossiers qui, selon nous, vont faire bouger l'aiguille.
Maintenant, d'avancer
ici qu'on va réduire de 4,5 % en 2027, ce n'est pas la nature de ce
que je suis, comme personne, mais je suis
confortable. Par contre, quand les projets qu'on regarde, qui s'insèrent dans
une stratégie globale... qu'on s'en va dans la bonne direction. Ça fait
que je préfère travailler comme ça.
M. Beauchemin : Mais
je comprends, puis je ne veux pas... C'est dur, des fois, de... comme, une
équation à trois variables, si on a
juste une équation, des fois, c'est dur de quantifier les autres. Mais moi, je
parle de l'information qu'on nous donne, puis l'information qu'on nous donne,
si on veut réduire le gap à zéro, ce gap-là, c'est à peu près 13 %
sur une période de 10 ans, c'est 1,3 % d'amélioration de productivité
de façon annuelle. Bon, je ne m'attends pas à ce que ce soit une ligne droite,
c'est sûr et certain, je m'attends qu'il puisse y avoir des meilleures années
que d'autres, mais il va y avoir des moins bonnes années que d'autres aussi,
évidemment.
Mais, de façon totalement cartésienne, je me
dis, il doit sûrement y avoir eu l'exercice pour dire : Bon, bien, OK, correct, ce qu'on fait, ça se traduit en ça de
productivité. Puis ce que vous me dites, c'est qu'on a regardé l'objectif «at large» sans se dire : Bien, OK, correct,
moi, je pense donc que la productivité devrait être améliorée,
hypothétiquement, là, avec un modèle Y, de façon linéaire, de
1,3 % par année. Il n'y a pas...
M. Fitzgibbon : Bien, non, on a plus
que ça. J'ai probablement, à la maison, ça d'épais de documents qu'on a
produits, qu'on a produits avec l'aide des consultants, et on a fait toutes
sortes de modèles empiriques pour les prochains 10 ans, pour arriver...
parce qu'ultimement la commande de notre patron, de mon patron, c'est de
dire : Comment est-ce qu'on va vider l'écart, comment est-ce qu'on va
réduire l'écart à zéro? Bon, on a fait un exercice mécanique, qu'on a fait,
mais ce que je dis, c'est que cet exercice-là nous montre qu'on pourrait
arriver à zéro dans 10 ans, mais ça va être excessivement difficile. Ça
prend des conditions gagnantes à bien des égards.
Alors, au lieu de lancer des chiffres comme ça,
je préfère... On a les cadres, trouvons les déterminants importants. Parce que
le problème d'un gouvernement, c'est qu'on peut se lancer sur bien des chemins
en même temps, puis le risque qu'on a, c'est
qu'on risque de ne pas y arriver. Alors, on s'est dit : moins de
déterminants, allons-y, mais mesurons l'impact, par contre. Parce
qu'après un an, un an et demi on pourrait dire : Woup! on s'est
trompés, parce qu'il est possible qu'il y ait un déterminant qu'on a mal
évalué. Alors, moi, j'aime mieux avoir une relation dynamique avec
l'environnement stratégique. Alors, on a un cadre qui nous permet,
techniquement, d'arriver à zéro, mais je ne veux pas lancer ça comme ça, parce
qu'il y a beaucoup de variables. Mais moi, je suis... On travaille sur les
initiatives, puis, si vous ajustez en cours de route, on va le faire.
La SQRI qu'on veut... La SQRI, vous allez voir
l'annexe, là, parce qu'il y a 12 ou... plus que... il y a 15... puis je regardais Joëlle, là... il y a
15 indicateurs, puis on a regardé, l'autre fois, puis il y en a une couple
que ça ne marche pas, là. Donc, il faut s'ajuster, là, je pense que
c'est normal. Alors, je pense qu'il faut avoir cette capacité-là de dire :
Woups! ça ne va pas aussi bien qu'on pensait. Pourquoi? C'est-tu un mauvais...
c'est-tu un mauvais «marker» ou on n'est pas bons dans les initiatives? Alors,
je pense que je préfère travailler dans un mode comme ça.
• (16 heures) •
M. Beauchemin : OK. Je vais changer
de sujet, pour ramener un sujet que vous aimez beaucoup, Le Panier bleu. On a vu que le gouvernement du Québec a
investi plus de 5 millions... en fait, c'est 5 470 000 $,
dans Le Panier bleu, et pourtant, il y a des commerçants et des
Québécois qui ne sont pas certains que cette plateforme soit effectivement la plus optimale possible. On comprend qu'il y a
246 marchands qui sont inscrits comme étant des marchands... attendez,
il y a un terme, exactement, là... marchands
identifiés... entreprises inscrites pour faire partie, là, du Panier bleu. Il y
a 220 000 entreprises, là, au Québec, en tout et partout. Est-ce que
ça... C'est-tu un... Il y avait-tu un objectif en termes de nombre
d'entreprises qu'on voulait d'avoir d'inscrites? Est-ce que 246 sur
220 000, c'était l'objectif? Est-ce que ça valait la peine?
M. Fitzgibbon : Bon, il y a... Si on
retourne un peu en arrière, Le Panier bleu avait été créé, là, à quelque part, deuxième trimestre de 2020, peut-être
zéro... Il avait deux objectifs. Le premier objectif, c'est sensibiliser
les Québécois à des produits locaux,
puis, deuxièmement, il y avait l'objectif de permettre à certains commerçants
de pouvoir transiger en ligne.
Alors, le
dossier a évolué... Évidemment, la pandémie, là, pas besoin d'expliquer ce qui
s'est passé... a évolué, on a décidé de séparer ça en deux. Donc, on a,
d'un côté, les identifiants, comment on permet au consommateur de pouvoir
identifier la composante d'un produit, en termes de sa conception, fabrication
complète ou partielle, et, en même temps, on a travaillé sur la plateforme pour
le site transactionnel.
Donc, si on parle du transactionnel, on a
effectivement, au 31 mars 2023, 250 marchands pour lesquels il y a
100 000 produits, dont 600 des produits portent sur des marques de
certification de produits du Québec. Donc, si je regarde... plateforme transactionnelle, ce qu'on a réalisé avec Le
Panier bleu, c'est qu'il y a un besoin criant d'aider la numérisation de
nos commerçants, puis on le voit dans l'OTN, donc c'est pour ça qu'on va mettre
beaucoup d'efforts de ce côté-là.
Et
présentement 250 marchands, 100 000 produits, j'espère que ça va
augmenter, mais, en bout de piste, l'idée n'était pas d'avoir
1 000 marchands à une date, l'idée, c'est d'avoir un processus,
d'avoir une plateforme qui permet aux
commerçants de commencer à vouloir travailler, puis éventuellement, ils iront
sur Amazon, ils iront ailleurs. Donc, l'idée
ici n'est pas de remplacer une plateforme, mais de donner l'occasion à des
commerçants, qui, autrement, n'auraient pas l'occasion de le faire, de
le faire.
Alors,
250 marchands, 100 000 produits. On va continuer d'augmenter. On a
investi avec le Fonds de solidarité, avec Desjardins puis Lightspeed. Donc, on
a les bons partenaires. Donc, on va continuer à vouloir performer plus
sur la plateforme Panier bleu, transactionnelle, là.
M.
Beauchemin : Vous avez mentionné un chiffre tantôt, le nombre
d'entreprises dont le produit est totalement québécois, c'est ça?
M.
Fitzgibbon : Non, ce que je dis, c'est que la plateforme
transactionnelle... donc, on a 250 marchands, 100 000 produits, dont
600 des produits seulement. Ce n'est pas beaucoup, c'est... il y a une marque
de certification, le label, qu'on appelle, pour Québec, donc...
M.
Beauchemin : Que c'est totalement québécois.
M. Fitzgibbon :
Exact, conçu... Il y a différents
grades, là. Tu as trois grades, là. C'est les fabricants qui ont décidé de
vouloir avoir une certification. Donc, il y en a 600. C'est-tu 600 fabricants
ou 600 produits?
Une voix : ...
M.
Fitzgibbon : Produits.
M.
Beauchemin : Donc, 600 sur 100 000. Donc, il y a
99 400 produits qui n'ont aucune certification.
M.
Fitzgibbon : Des marchands qui... Des fabricants qui n'ont pas... qui
veulent... ils ne voient pas le mérite, pour l'instant, d'avoir... de passer
par le processus de certification, effectivement.
M.
Beauchemin : Est-ce que ça veut dire que c'est des... ce n'est pas des
produits québécois ou ça veut juste dire que c'est peut-être des produits
québécois, mais ils ne veulent juste pas se donner le trouble de le faire
certifier?
M.
Fitzgibbon : Exact. Il y a un mélange des deux, là, évidemment, mais
il y a des gens qui ne voient pas, à ce moment-ci, l'utilité. Puis ça va venir
avec la demande. Plus il va y avoir... plus le consommateur va l'exiger, plus
les gens vont le faire. Alors, c'est ça qu'il faut continuer à promouvoir.
Alors, il y a deux choses : la certification, qui est faite par un OBNL,
que le gouvernement organise, et la plateforme inc., qui, elle, fait le
transactionnel.
M.
Beauchemin : Mais il n'y a pas une façon de motiver les gens à,
justement, vouloir l'avoir, cette certification-là? Dans le sens que, je ne
sais pas, moi, comme... Metro fait le produit vedette de la semaine, OK, bien, ça pourrait être, sur Le Panier bleu... le produit
québécois de la semaine va être publicisé sur Le Panier bleu. Donc, pour
pouvoir avoir accès à ce genre de publicité gratuite, d'une certaine façon, il
faut avoir la certification.
M. Fitzgibbon :
Oui, bien, mais l'idée... Oui,
bien oui, vous avez raison, mais l'idée était aussi que la certification
n'était pas seulement pour Le Panier bleu. On pourrait avoir une certification
sur Amazon, par exemple. Moi, j'ai eu des discussions avec d'autres
plateformes. Je pense que les deux... Il y a deux choses, là, qu'il faut
séparer. Pour la certification, est-ce que les Québécois aimeraient avoir un
label qui leur explique d'où vient le produit? C'est ça, la question. Comment
est-ce qu'on promouvoit ça? Puis ce n'est pas au gouvernement de décider
qu'est-ce que les gens vont acheter, mais on fait un effort là-dedans. Puis
est-ce qu'on est rendus à un niveau où on est satisfaits? Non, je pense, il
faut continuer à le faire.
Moi, j'ai... j'avais
dit ici, en cette Chambre, voilà un an... puis on m'avait dit que j'étais
ridicule, mais moi, j'avais dit : Pourquoi un jour on n'aura pas... Amazon
n'aura pas une section Produits du Québec? On va voir ça, dans les prochaines années, je pense. Alors,
pourquoi on n'aurait pas des certifications sur Amazon? Ce qu'on veut, c'est
que les fabricants puissent avoir accès à une plateforme, peu importe laquelle,
où les gens vont pouvoir identifier d'où
vient le produit ou, en fait, la conception, là. Alors, je pense que c'est ça
qui est le focus qu'on va avoir dans le futur.
Une voix : ...
M. Fitzgibbon :
Mais on a quand même... On me
montre ici, là... M. Bahan me montre que, sur Le Panier bleu, il y
a une place, c'est certifié Québec, là. On a quand même accès à ce qui est
certifié Québec, mais ce n'est pas encore assez puissant pour que les gens
veuillent adhérer à faire cette certification, mais on va travailler sur ça.
M.
Beauchemin : Il me reste 1 min 10 s, à peu près. Je
voulais juste vous poser une question vraiment spécifique par rapport à ce
qu'on disait ce matin. Donc, les rapports, les secteurs que vous avez
identifiés, avec McKinsey et KPMG, que vous deviez... aviez-vous eu le temps,
durant l'heure du lunch, là, de pouvoir produire cette liste-là pour la
déposer, pour qu'on puisse...
M.
Fitzgibbon : Non, mais, en fait, mon collègue... On va parler de zones
d'innovation, tantôt, là...
Une voix : ...
M. Fitzgibbon :
On va... Bien, il va décider...
On va en parler... on va en parler verbalement parce que c'est sur les
zones d'innovation, finalement.
M.
Beauchemin : Donc, vous vous engagez à le déposer quand même, là?
Des voix : ...
M. Fitzgibbon : OK. Il est en train
de la faire.
M. Beauchemin : Parfait. Il me reste
combien de temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : 45 secondes,
M. le député.
M. Beauchemin : 45 secondes?
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
M.
Beauchemin : OK. J'ai encore le temps. Revenons, d'abord, au
Panier bleu. Notre minuterie n'était peut-être pas optimale. C'est juste
l'exemple, là... puis j'aimerais ça peut-être clarifier peut-être c'est...
comment la différence peut exister,
la campagne de publicité qui favorisait des pâtes produites à l'extérieur du
Québec, à l'intérieur, là, du Panier bleu. Vous avez peut-être entendu
parler de cette situation-là, là. Il y avait un commerçant qui faisait la
promotion de ses pâtes, mais elles étaient produites à l'extérieur du Québec,
sur Le Panier bleu.
La Présidente (Mme D'Amours) : 15 secondes.
M. Fitzgibbon : La qualification du
Panier bleu... tu me corrigeras, là, la qualification du Panier bleu, c'est que le commerçant doit être Québécois, peu importe
ce qu'il vend, parce que c'est impossible d'avoir un commerçant qui vend
seulement des produits québécois. Donc, panier...
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Merci beaucoup, M. le ministre. Maintenant,
je vais céder la parole au député de Nicolet-Bécancour. M. le député, la
parole est à vous.
M. Martel : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. le ministre, toute l'équipe. Je m'étais promis de ne
pas parler du parc industriel de Bécancour, mais là j'ai
entendu 38 milliards, 10 milliards, filière batterie. Je ne
pouvais pas ne pas faire de lien, mais,
quand même, juste vous dire, avant de parler des dossiers, très content de
travailler avec vous, M. le ministre, de continuer notre travail au
niveau du développement des zones d'innovation. Avant d'être député, j'ai géré
un centre local d'investissement et... de développement, je veux dire, et j'ai
travaillé beaucoup avec le ministère de l'Économie, avec Investissement Québec.
J'ai toujours reconnu beaucoup de compétence à ces deux organisations-là, mais
là je veux le dire à micro ouvert que c'est... on est chanceux d'avoir ces deux
organismes-là. Je vois M. Vézina, M. Bahan, la compétence a toujours
été là, mais je pense, M. le ministre, que vous avez insufflé un désir vraiment de travailler fort pour
améliorer l'économie. Moi, je sens la fonction publique, je sens Investissement
Québec vraiment motivés à travailler à la réussite de... Puis je veux en
profiter, de leur présence, pour les remercier, mais aussi les féliciter. C'est vraiment plaisant... Là, je ne vois pas
des gens, nécessairement, d'Investissement Québec, mais je pense à Guy
LeBlanc, je pense à Sylvie Pinsonnault, Jean-François Béland, Yves Sicard, avec
qui je travaille beaucoup au niveau des zones d'innovation.
• (16 h 10) •
Juste... Je ne parlerai pas beaucoup du parc
industriel de Bécancour, mais, M. le ministre, le parc industriel de Bécancour,
il a 60 ans, à peu près. C'est le seul parc industriel qui appartient au
gouvernement du Québec. Et quand j'étais dans l'opposition, évidemment, j'avais
beaucoup de critiques à l'égard du parc industriel, parce que je disais que,
dans les 15 dernières années, avant qu'on soit au gouvernement, on avait
perdu plus d'emplois dans le parc industriel qu'on en avait créés, alors que
c'est le seul parc industriel qui appartient au gouvernement du Québec. On a perdu la centrale nucléaire de Gentilly, on a
perdu Norsk Hydro. La seule entreprise que les anciens gouvernements ont
réussi à mettre sur pied, c'est Greenstone, une usine de cannabis qui n'a
malheureusement pas beaucoup d'affaire dans
le parc industriel, mais, depuis qu'on est là, je pense que c'est cinq, six
qu'on a déjà en place, beaucoup de centaines d'emplois... de nouveaux,
évidemment, tout le développement de la filière batterie.
Je voulais
vous demander, M. le ministre, on a travaillé beaucoup ensemble au niveau des
zones d'innovation, on a déjà annoncé celle de Sherbrooke, celle de
Bromont. Je viens de faire une tournée pour des projets parce que... Comme
directeur de CLD, ce qu'on a mis en place, de faire travailler le milieu
municipal pour les milieux de vie, de faire travailler le secteur privé, les
entreprises privées avec le milieu du savoir, de voir toute la dynamique qui
ressort de tout ça, moi, je n'ai jamais vu ça, là, dans les 30 dernières
années, de sorte qu'on a eu une trentaine de projets qui ont été déposés.
Évidemment, il ne peut pas y avoir 30 projets de zones d'innovation, si on
veut développer des zones où est-ce qu'on va avoir un potentiel à
l'international, mais on en a ciblé quelques-unes qui sont quand même assez
avancées. Je viens de retourner... de les voir.
Et les gens ont travaillé très, très fort.
J'aimerais ça... Moi, le message que je leur ai dit, c'est : Vous êtes
dans la bonne voie. On aime le travail que vous faites, mais on ne veut pas
faire des annonces juste pour faire des annonces,
sinon, on en aurait fait un paquet juste avant la période électorale. On s'est
fixé des barèmes, on est très rigoureux là-dessus, on s'en tient à ça.
Ça fait que
moi, je voulais vous demander : Si vous aviez un message à adresser aux
projets qui sont actuellement en élaboration, là, qu'est-ce que vous
leur diriez, à ces partenaires-là?
M. Fitzgibbon : Merci.
Merci pour les compliments au début. Puis il ne faut pas oublier notre chef.
Notre chef a eu la vision, quand il a écrit
son livre, que j'ai lu deux fois avant d'aller en politique, là, sur le... Cap
Saint-Laurent, donc, qui nous a beaucoup inspirés.
Bien, je pense que ça répond un peu la question
que le député de Marguerite-Bourgeoys me posait. Je pense que les zones d'innovation, le concept,
évidemment, c'est d'avoir des thématiques où le Québec peut se différencier...
à laquelle on prend des entreprises privées,
on prend l'institution du savoir, à savoir universités, les collèges techniques
et la recherche. J'ai parlé tantôt
qu'on manque de start-up, d'avoir des jeunes pousses, là-dedans, donc, dans des thématiques où le Québec peut gagner.
Donc,
évidemment, on a choisi Sherbrooke, pour le quantique, on a choisi Bromont, la
zone de microélectronique, la vallée de la transition énergétique s'en
vient, pour des raisons évidentes, Bécancour, Shawinigan, Trois-Rivières, mais
on peut penser que l'aéronautique... on peut penser que l'aluminium... on peut
penser que tout le côté minier... on peut
penser aussi niveau santé. On a, au Québec, des thérapistes de l'intelligence
artificielle. Donc, je pense qu'il y a des
thématiques naturelles qui vont faire en sorte qu'on va pouvoir avoir une zone
d'innovation qui va, ultimement, être le
canal d'investissement du gouvernement dans l'interventionnisme qu'on veut
faire pour pouvoir combler l'écart de richesse.
Ceci étant dit, si on n'est pas une zone
d'innovation, on est quand même pertinent pour le Québec. C'est pour ça que le programme OTN se veut un programme
transversal pour aider tout le monde, parce qu'on ne peut pas laisser personne en plan, mais le focus principal va être
dans des zones. On en a deux. Moi, je pense qu'on va finir avec quelque
part entre six et 10 zones.
Et je pense que la raison pourquoi on ne les a
pas toutes annoncées, c'est qu'on ne veut pas... ce n'est pas une course, et on
veut être capables de réunir les conditions gagnantes. Qui vont être quoi? Une
thématique, des joueurs : des grands donneurs d'ordres, des start-ups,
universités, collèges, tout ça réuni ensemble, avec de l'argent du privé. Parce
que le gouvernement ici va être le «catalyst» qui va animer ces zones-là en
bâtissant les infrastructures, mais on ne veut pas bâtir un stade vide, sans
équipe qui va venir jouer dedans.
Donc, ce qu'on veut, c'est qu'on veut bâtir des
zones où le privé est déjà engagé. Et c'est ce qu'on a vu à Sherbrooke, pour
l'Institut quantique, et c'est ce qu'on a vu évidemment à C2MI, à Bromont.
Donc, moi, je pense qu'on est... Le message que j'envoie, c'est que ça va être
le coeur de notre développement économique dans les prochains 30, 40 ans, mais, pour être réunis, il y a des conditions
qu'il faut respecter. Puis vous faites un très bon travail de regarder
les zones potentielles, là, je les ai listées ici, qui vont nous permettre de
créer de la richesse pour les générations à venir, mais on va travailler très
fort, dans les prochaines années, pour en faire le plus possible. Mais, encore
une fois, on n'a pas un chiffre en tête, il faut avoir une thématique qui tient
la route.
M. Martel : Puis ce qui est
intéressant, Mme la Présidente...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...secondes.
M. Martel : Ce qui est intéressant,
peut-être que je peux conclure là-dessus, c'est que, même s'il y a
30 projets et plus qui ont été déposés, l'idée de faire travailler
ensemble le milieu de l'éducation, du savoir, avec l'entreprise privée, même si ce ne sera pas, à la fin, une zone
d'innovation, on ne laisse pas tomber ces beaux projets là. On a déjà
commencé à parler de centres d'innovation, donc tous les gens qui travaillent
sur ces projets-là, ils ne travaillent pas pour rien, là.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup.
Compte tenu de l'heure, la commission suspend
ses travaux jusqu'à 17 h 15, où elle entreprendra l'étude du volet
Solidarité sociale et action communautaire des crédits budgétaires du
portefeuille Emploi et Solidarité sociale.
(Fin de la séance à 16 h 16)