(Quinze heures deux minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'économie et du travail ouverte. Je vous souhaite la bienvenue
et je demande à toutes les personnes qui sont dans la salle de bien vouloir
éteindre leurs sonnerie sde leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 44, Loi modifiant principalement la Loi sur le ministère
de l'Économie et de l'Innovation en matière de recherche.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel) est remplacée par M. Chassin
(Saint-Jérôme); Mme Cadet
(Bourassa-Sauvé) est remplacée par M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys); et M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)
est remplacé par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Auditions (suite)
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous entendrons ce matin les témoins suivants, soit la Fédération des cégeps,
le Réseau des CCTT—Synchronex
et Pr Vincent Larivière.
Je souhaite
maintenant la bienvenue à nos invités, à nos premiers invités, qui sont de la
Fédération des cégeps. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange par la suite. Je vous invite donc à
vous présenter et à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Fédération des cégeps
M. Tremblay (Bernard) : Merci, Mme
la Présidente. Bonjour, Mmes, MM. les députés. Alors, mon nom est Bernard Tremblay, je suis le président-directeur
général de la Fédération des cégeps. Je suis accompagné, cet après-midi,
de Mme Marie-Claude Deschênes,
directrice générale du cégep de La Pocatière, et de M. Sylvain Poirier,
directeur adjoint de la recherche à la fédération.
Nous sommes bien heureux, évidemment, d'être ici
pour représenter les 48 cégeps du Québec qui comptent, je vous le
rappelle, 55 centres collégiaux de transfert de technologie, connus sous
leur acronyme CCTT. Nous vous remercions,
évidemment, de nous donner l'occasion de présenter nos remarques sur le projet
de loi n° 44, dont certaines modifications présentent
évidemment un intérêt pour nos membres.
D'entrée de jeu, je tiens à indiquer que nous
sommes d'accord avec le processus de simplification administrative, résultat de la réunification ou de la fusion des trois
fonds de recherche actuels en un seul. Nous sommes heureux de constater que le projet de loi
mentionne la recherche collégiale. Nous suggérons toutefois quatre mesures
pour favoriser la pleine reconnaissance de la recherche collégiale, assurer une
représentation des cégeps aux Fonds de recherche du Québec et augmenter le
financement de la recherche dans les collèges.
Nous soulignons également la pertinence de
reconnaître la place du réseau collégial dans la structure, les instances, le
financement et les actions qui découleront du projet de loi. C'est dans cette
optique que nous partageons donc, avec la
Commission de l'économie et du travail, les réserves et les propositions de la
fédération à propos de certains éléments du projet de loi.
Tout d'abord, il n'est pas inutile de rappeler
que la recherche est présente dans les cégeps depuis leur création il y a plus
de 50 ans. On compte actuellement environ 5 000 personnes qui
pratiquent la recherche active au sein des établissements collégiaux et de
leurs centres collégiaux de transfert de technologie.
Pour illustrer la forme que prend concrètement
cette recherche collégiale, je prends un instant pour vous présenter le
portrait d'un chercheur, Martin Bourbonnais, lauréat du prix de l'ACFAS
Denise-Barbeau 2023. M. Bourbonnais dirige le Centre TERRE au Cégep
de Jonquière. Il se spécialise dans l'énergie renouvelable pour les sites
isolés, il compte plus de 25 ans d'enseignement et de recherche, il a
développé des outils innovants pour... pour l'énergie,
pardon, solaire et géothermique. M. Bourbonnais a aidé de nombreux partenaires
à intégrer des énergies vertes, tant
au Québec qu'à l'international, et son travail visionnaire a conduit à la
création d'infrastructures et d'organisations tournées vers l'avenir et
a permis, hein, d'alimenter en énergie des sites dans le Grand Nord du Québec,
par exemple.
Ce sont des chercheurs et des chercheuses comme
lui, impliqués dans le milieu de l'enseignement collégial, que nous souhaitons
valoriser, outiller et stimuler, et, par ricochet, des milliers d'étudiantes et
d'étudiants qui prennent part à des projets de recherche menés dans les cégeps
et dans les CCTT.
Comme nous souhaitons que les personnes
investies dans la recherche soient reconnues et soutenues, nous sommes
préoccupés par la composition du conseil d'administration du Fonds de recherche
du Québec, qui élimine de facto les trois conseils
d'administration des fonds actuels. Or, des membres représentant le réseau
collégial siégeaient à ses fonds. La
fédération juge essentiel de garantir une représentation du milieu collégial au
conseil d'administration du Fonds de recherche du Québec en réservant un
minimum de sièges aux gestionnaires des établissements collégiaux.
Comme première
recommandation, donc, de notre mémoire, nous proposons donc la reformulation du
premier paragraphe du premier alinéa de l'article 22.21 du projet de loi
afin d'y prévoir trois personnes qui occupent une fonction de gestionnaire dans
le réseau collégial. La fédération est consciente que, pour réaliser l'objectif
d'une juste reconnaissance de la recherche collégiale dans le nouveau fonds, la
constitution de comités internes du nouveau fonds sera déterminante. Alors, un
peu comme d'autres intervenants, nous profitons donc de l'occasion pour
indiquer qu'il sera primordial que des personnes expertes liées à la recherche
collégiale, des chercheurs, des chercheuses issues de collèges, de CCTT, de
gestionnaires de recherche dans les cégeps soient appelés à siéger au sein des
comités des programmes pour les trois directions scientifiques.
La fédération
constate aussi que les montants attribués à la recherche collégiale par le
gouvernement du Québec ne représentent pas une juste indication de la capacité
du réseau. Ils sont insuffisants pour assurer le développement de la recherche
collégiale. De 2019 à 2023, l'ensemble des budgets alloués à la recherche
collégiale par les trois fonds ne représentait que 1,6 % du financement octroyé.
Vous admettrez avec moi qu'on peut faire mieux et qu'on a besoin de plus pour
alimenter la recherche collégiale.
Les objectifs, donc,
de la stratégie SQI... SQRI
, qui vise des retombées de
la recherche d'innovations commercialisables par les entreprises du Québec, ne
peuvent se réaliser sans l'apport de la recherche appliquée. Elle se réalise
dans les cégeps et dans les CCTT répartis sur l'ensemble du territoire du
Québec dans un large éventail de domaines de recherche. La SQRI
2022‑2027
mentionne que le gouvernement souhaite maximiser la performance des centres et
des plateformes de recherche. L'objectif est de favoriser la cohérence, la
cohésion et la mutualisation de leurs
interventions. La fédération, donc, profite donc du dépôt du projet de loi
n° 44 pour demander un rehaussement substantiel des fonds
disponibles pour la recherche collégiale.
Comme deuxième
recommandation, donc, la fédération suggère à la commission de s'assurer que
les programmes du nouveau FRQ permettront de rééquilibrer la répartition des
financements afin que la part dédiée au collégial atteigne progressivement un
minimum de 10 % des financements annuels octroyés, et ce, sans pénaliser
évidemment les autres activités de financement du fonds.
À ce stade, je vais
laisser ma collègue poursuivre.
Mme Deschênes
(Marie-Claude) : Merci. Mesdames, messieurs, la fédération tient à
souligner l'importance du savoir et de
l'innovation dans la croissance économique. Elle met en lumière le rôle clé du
financement gouvernemental dans la
recherche, rôle essentiel pour les établissements d'enseignement supérieur, y
compris les cégeps. Le développement économique doit se réaliser de pair
avec l'avancement de la connaissance.
• (15 h 10) •
La centralisation du
développement et de la promotion de la recherche au seul ministère de
l'Économie pose le risque, à moyen terme,
d'un recul de développement des connaissances au Québec. C'est pourquoi, dans
la troisième recommandation de notre mémoire, nous demandons
l'implication étroite de la ministre de l'Enseignement supérieur dans
l'exécution de la mission du FRQ.
Nous suggérons la
réécriture du libellé du deuxième alinéa de l'article 22.8 du projet de
loi pour mettre en lumière l'équilibre requis entre la recherche non dirigée et
la recherche dirigée. Nous proposons donc un nouveau libellé pour le fonds.
De plus, la
fédération propose une modification au libellé de l'article 22.9 afin de
prévoir une consultation de la ministre de
l'Enseignement supérieur lorsqu'il est question de promouvoir et d'aider
financièrement la recherche dans les établissements d'enseignement
supérieur et lorsque le fonds attribue des bourses aux personnes étudiantes.
De
même, nous sommes d'avis que le fonds devrait, en plus de transmettre pour
approbation un plan présentant les actions prévues pour l'année,
transmettre également une copie de son plan pour consultation à la ministre de
l'Enseignement supérieur. Ainsi, la fédération propose la modification au
libellé du premier alinéa de l'article 22.11.
Finalement, le projet
de loi n° 44 propose de reprendre les articles actuels qui touchent à la
Commission de l'éthique en science et en
technologie et de les intégrer sans modification dans la loi sur le ministère
de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie. Tels qu'ils sont écrits,
les articles font siéger à la commission des personnes issues de la recherche
universitaire et industrielle. La fédération souligne que cette formulation va
à l'encontre du chapitre II, section II du projet de loi, qui inclut la recherche
collégiale comme partie intégrante de la recherche en enseignement supérieur. La fédération demande donc d'ajuster la
formulation des articles pour que la recherche collégiale soit représentée
à sa juste valeur au sein de la Commission de l'éthique en recherche et en
technologie.
En conclusion, la
fédération réitère qu'elle appuie l'objectif de simplification administrative
proposé par le projet de loi. Elle insiste
cependant sur l'importance d'une gestion ouverte et transparente qui permettra
de soutenir toutes les chercheurs...
toutes les chercheuses et tous les chercheurs québécois, y compris ceux et
celles du collégial. Par ailleurs, elle souligne l'urgence d'un soutien
financier accru pour la recherche collégiale, essentielle à son développement.
Le sous-financement chronique de la recherche collégiale, et tout
particulièrement du réseau des CCTT, exige une action immédiate. Les propositions soumises par la fédération sont
formulées dans un souci de renforcer la collaboration entre enseignement
et recherche via une implication formelle de la ministre de l'Enseignement
supérieur.
Nous
vous remercions pour votre écoute et espérons que vous prendrez en
considération nos recommandations.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup. Merci pour votre exposé. Nous
allons maintenant débuter la période d'échange. M. le ministre, la
parole est à vous pour une durée de 16 min 30 s.
M.
Skeete : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Salutations aux collègues
de l'opposition. Salutations aussi à vous. Merci de venir en présentiel. Je le
dis souvent parce que la pandémie a fait en sorte qu'on voit moins de gens maintenant. Alors, bienvenue. Je me permets aussi
de saluer les directrices scientifiques qui sont ici avec nous. Bienvenue,
mesdames.
J'aimerais rapidement
rebondir sur une question puis aussi un état de fait. Vous revenez sur le fait
que le financement au niveau collégial n'est pas au même niveau universitaire,
même beaucoup en dessous de cela. C'est quoi, la... pour vous, l'explication?
Pourquoi, historiquement, on finance moins les cégeps que les universités?
C'est quoi, cette... d'après vous, la raison derrière ça?
M. Tremblay
(Bernard) : Oui. Bien, effectivement, c'est une bonne question, et je
pense que c'est intéressant qu'on prenne un
instant pour s'en parler. Vous savez, le modèle universitaire, il génère, d'une
certaine façon, un partage entre l'enseignement et la recherche. On sait
qu'un professeur d'université doit faire de la recherche pour son avancement de
carrière et ça fait partie du cheminement de l'enseignement, donc, à
l'université.
Quand
on a créé les cégeps, on a axé l'organisation du travail sur l'enseignement
pur. Le constat, après 50 ans, c'est qu'on... ces gens-là ont une
expertise. On a des gens de très haut niveau, on a des milliers d'enseignants
qui ont des formations de maîtrise, de doctorat, de postdoctorat, et donc ces
gens-là avaient de l'aspiration à faire de la recherche. Ils en ont fait depuis
la création des cégeps, et c'est bien documenté, et ça s'est développé, et on a
développé, donc, le modèle des CCTT. Mais il
reste que l'organisation du travail, j'oserais dire, favorise l'enseignement
et il ne comporte pas la même dynamique qui fait que, lorsqu'on embauche un
prof à l'université, automatiquement, on vient soutenir la recherche
universitaire.
Alors, au niveau
collégial, il faut des mesures pour venir soutenir un dégagement, d'une
certaine façon, des enseignants pour qu'ils effectuent de la recherche, à
défaut de quoi, le modèle ne génère pas... le financement ne génère pas d'élément associé à la recherche. C'est
un premier élément. Et deuxièmement, bien, évidemment, le modèle aussi de nos CCTT, où le financement de base est
très faible par rapport au niveau d'activité des CCTT, bien, il ne permet
pas de soutenir les infrastructures et le fonctionnement des centres de
recherche.
Alors,
c'est ce... Le financement, dit autrement, n'a pas suivi la progression
extraordinaire qui est... de nos CCTT, qui sont devenus, évidemment, des
fleurons. Et, lorsqu'on parle d'un financement de base de quelques centaines de
milliers de dollars pour des centres qui ont des chiffres d'affaires maintenant
de plusieurs millions, pour ne pas dire dizaines
de millions, bien, vous comprendrez qu'on est dans... toujours dans une
recherche de financement pour assurer le simple fonctionnement du centre. Alors, c'est contreproductif par
rapport à la volonté que le gouvernement a lui-même de miser aussi sur
la recherche appliquée.
Donc, je pense que
c'est une partie de l'explication. Peut-être que mes collègues veulent
rajouter, mais je... À ce stade-ci, je pense
que ça résume simplement, effectivement, un élément clé qui nous distingue des
universités et qui devrait donc être
considéré au niveau du financement. Donc, il n'y a pas de financement pour
dégager des enseignants et on
embauche, donc, des professionnels sur la base du financement qu'on obtient,
essentiellement parce qu'on a des contrats avec des organisations pour
développer des projets de recherche qu'ils nous soumettent.
M. Skeete : Vous avez l'unanimité de vos collègues, donc,
j'imagine, ils pensent la même chose. Vous savez, on a entendu beaucoup de
groupes passer par ici, puis une chose que je veux rappeler, c'est qu'on parle
ici des Fonds de recherche du Québec, alors c'est... Bien sûr, la
recherche appartient et va continuer d'appartenir à l'enseignement supérieur.
Dans votre réponse, ce que j'entends, c'est peut-être une opportunité de revoir
le financement en général ou la manière qu'on fait de la recherche dans les
cégeps. Je me demande : Est-ce que c'est vraiment la place du projet de
loi n° 44 de faire tout ce que vous évoquez dans votre réponse? Puis, si
la réponse, c'est oui, précisément, j'aimerais mieux comprendre qu'est-ce qu'on
pourrait faire à l'intérieur du cadre du 44 pour justement arriver là. Parce que je suis d'accord avec vous que les CCTT
font un travail extraordinaire. Puis d'ailleurs j'en parlais aussi avec les
jeunes qui sont venus... il y avait deux regroupements d'étudiants qui sont
venus la semaine passée, puis ils ont fait un travail... puis moi, je regrette de ne pas avoir été introduit à cette
notion-là de recherche au cégep. Donc, j'aimerais vous entendre
là-dessus aussi.
M. Tremblay
(Bernard) : ...vous avez raison, et je pense que mes collègues
pourront compléter. Vous avez raison de dire que tous les problèmes ne
transitent pas ou ne se règlent pas, là, par le projet de loi, mais il reste
quand même que tous les éléments sont importants pour faire progresser la
recherche collégiale. Et, lorsqu'on vous expose le niveau de financement que
les fonds, actuellement, accordent à la recherche collégiale, bien, force est
de constater qu'il y a certainement une clé
là aussi. On parle beaucoup de relève en recherche. Bien, évidemment, la
relève, elle ne débute pas à la fin du parcours universitaire, elle
débute au niveau collégial.
Et j'ajouterais le
fait que, pour nous, c'est très important, puis vous avez... vous avez
souligné, en préambule à votre question, qu'il y a... il reste une place pour
l'enseignement supérieur, j'en suis, mais il faut garder, justement, cette
synergie entre l'enseignement et la recherche. Et c'est un effort, dans le
modèle collégial, que de s'assurer que non seulement on fait de la recherche
pour ce que ça procure pour l'économie du Québec, mais on fait de la recherche pour ce que ça procure à nos étudiants,
nos étudiantes et à notre dynamisme académique dans nos établissements. Si on
veut développer le sens de l'innovation, ça se passe aussi par des retombées de
la recherche dans nos cégeps. Je sais qu'au cégep de ma collègue il y a
des programmes qui visent justement à maximiser cette relève et l'effet sur
l'enseignement. Peut-être, tu peux... oui.
Mme
Deschênes (Marie-Claude) : Oui? Juste, j'attendais de voir si je pouvais
m'exprimer sur cette question-là. En fait, l'élément clé, puis Bernard
en a parlé tout à l'heure, la recherche au collégial, c'est sur une base
volontaire. Et quand... Le volontariat fait en sorte que, par exemple, quand
vient le temps de faire des dépôts de projets pour différents programmes, dont le FRQ, les ressources sont plutôt limitées
puisqu'on ne réussit pas à dégager les sommes nécessaires pour être
capable de faire ce projet-là.
• (15 h 20) •
Ceci dit, on parle de la relève au collégial.
Chez nous, on a un programme d'étudiants chercheurs qui fait en sorte que la
recherche, elle est partie prenante de son parcours académique. Et je vous
rappelle que c'est... on n'en voit pas au collégial. On voit ça à l'université,
mais très peu au collégial. On a réussi, avec les centres de recherche, avec
différents partenaires, à faire vivre une expérience au collégial. Et la
relève, moi, je l'ai vue dans les yeux de ces
étudiants-là, qui côtoient des enseignants qui sont vraiment passionnés par la
recherche, mais qui le font, je le rappelle, sur une base volontaire,
dans le cadre d'un dégagement de leur enseignement. Alors, oui, c'est important
que la relève, au niveau des étudiants chercheurs, au niveau de nos chercheurs,
aussi, de cégep, se fasse dès le collégial.
M. Skeete : Puis j'ai bien entendu
votre recommandation par rapport à avoir une présence sur le conseil
d'administration. Je suis curieux, parce que, je dois vous dire, là, moi, et
l'équipe, puis le ministre Fitzgibbon, on s'est beaucoup questionnés sur cette
question-là, parce que, d'un côté, on avait l'obligation de se conformer à la
nouvelle loi sur les sociétés d'État puis, de l'autre côté, on savait très bien
qu'on devait avoir une diversité de voix, scientifique, sur le conseil
d'administration. Ça fait que, je vous le dis, là, ça a causé beaucoup de
discussions.
Là, vous nous demandez une place réservée sur
les conseils d'administration, puis ce serait encore une autre place réservée
sur une place qui est déjà assez grande, où est-ce qu'il manque déjà de place.
Je serais curieux de vous entendre, parce
qu'il n'y a rien qui dit, en ce moment, que, dans le conseil d'administration,
les gens du réseau collégial ne sont... sont exclus. Alors, il n'y a
rien qui fait que vous n'avez pas le droit d'y être.
Vous, vous demandez une place réservée. Est-ce
que vous êtes confiants que vous allez trouver votre place dans ces conseils d'administration là, si on ne
l'inscrit pas? Est-ce que vous êtes inquiets qu'on va vous oublier? C'est
quoi, votre niveau de confiance que vous
allez pouvoir tirer votre épingle du jeu dans cette... dans ça? Parce qu'il n'y
a rien qui dit que vous n'allez pas l'être, là.
M. Tremblay (Bernard) : Bien, moi,
je suis obligé de vous dire que notre niveau de confiance, il est faible, parce
que, regardez, sur la place publique, à tous les jours, je parle de CCTT avec
des gens très, comment dire, au fait de
l'actualité, et, neuf fois sur 10, les gens disent : Ah! je ne connaissais
pas ça, tu me fais découvrir quelque chose. On oublie qu'il y a des
milliers de chercheurs dans le réseau collégial.
Alors, vous le dites, en réduisant le nombre de
places, par l'effet du projet de loi et le fait qu'on va fusionner trois
conseils d'administration, les places vont être, comment dire, assez limitées.
Alors, s'il n'y a pas un geste fort pour indiquer que la recherche collégiale
doit être présente, bien, les chances sont que, malheureusement, dans ce
partage-là des sièges, bien, qu'on ne retrouve pas, effectivement, cette
présence collégiale là, alors. Et je ne pense pas
que c'est de la mauvaise foi ou quoi que ce soit, mais c'est parce qu'il y a
énormément de... il y aura énormément de gens intéressés et peu de
places disponibles. Et là ça devient, donc, le geste du législateur que de
dire : Pour nous, la recherche
collégiale est importante, c'est une clé pour la relève, c'est une clé pour le
type de recherche qui se fait dans les
collèges, et on souhaite que ça fasse partie, dans le fond, du... de la
gouvernance, là, du Fonds de recherche du Québec.
M.
Skeete : On a entendu le Scientifique en chef et d'autres
gens qui sont venus nous voir, puis le Scientifique en chef nous parlait
de... parce que, justement, on parlait de l'obligation de se conformer à cette
loi-là. Les conseils d'administration les plus optimaux, généralement, ils
n'ont pas plus que 15 personnes. On laisse la possibilité d'aller jusqu'à
19 parce qu'on est soucieux des enjeux que vous évoquez.
Je me demande... si on parlait surtout des
sous-comités. Mettons, on va avoir un sous-comité, je ne sais pas, science et...
médical ou peu importe les... le nom qu'ils pourraient, ultimement, avoir, ces
sous-comités là, j'imagine qu'ils
garderaient les mêmes. Est-ce que... Si on vous donnait une place réservée là,
est-ce que ce serait quelque chose qui irait vous rassurer, de
dire : On a une place dans la prise de décision, dans ces sous-comités là,
où est-ce qu'il y a plus de scientifiques,
pour faire valoir votre point, ou vous tenez absolument à être dans le conseil
d'administration... bien, le vrai, là, le normal, là?
M. Tremblay (Bernard) : Écoutez, je
pense que, pour nous, ce qui est important, c'est que la recherche collégiale
soit représentée à sa juste valeur. Évidemment, il reste qu'il y a des gestes,
je dirais, qui sont inscrits dans une loi, qui témoignent d'une reconnaissance
de l'État. Alors, c'est pour ça qu'on insiste sur cet espace-là au conseil
d'administration, en étant conscients, et je pense qu'effectivement le
Scientifique en chef a ce souci-là, et les directions scientifiques, de faire
en sorte que, dans les travaux qui seront faits par le fonds de recherche dans
le cadre de comités, il y ait une présence
collégiale. C'est pour ça qu'on parle d'une gestion ouverte et transparente qui
tiendra compte, effectivement, de la réalité collégiale.
Maintenant, il reste que cet élément-là, une
fois le projet de loi adopté, sera... ne sera plus du ressort, je dirais, là,
du législateur, sera du ressort de l'organisation du nouveau fonds de
recherche. Alors, moi, je réitère quand même
qu'il y a un... je pense qu'il y a un geste, il y a un geste fort à réaliser
dans le projet de loi pour s'assurer que cette place-là soit vue. Et,
encore une fois, compte tenu d'un long historique où, au Québec, on a laissé
vraiment... On ne voit que la recherche
universitaire. En toute franchise, on ne voit que ça, on ne parle que de ça.
Même, en tout respect, le Scientifique en chef, dans son mémoire, parle de la relève en parlant
beaucoup, hein, de maîtrise, doctorat, postdoctorat. Alors, c'est... et je sais qu'il est très soucieux
aussi de la recherche collégiale, mais, même dans l'écriture du mémoire,
on sent moins cette réalité-là. Alors, je
pense quand même qu'il y a un message. On se fie aux parlementaires pour
choisir quel est le bon message, mais il y a un message à passer sur
l'importance, donc, de la recherche au collégial.
M. Skeete : Puis cet appel-là a été
bien entendu. Puis je comprends par votre intervention... parce que le conseil
d'administration a un rôle de vigie, mais vraiment, les comités, ça va être les
experts qui vont être là. Puis j'entends que
c'est bien le fun, les comités, là, mais, tu sais, qu'est-ce qui nous dit qu'on
va être là? Ça fait que, vous, vous souhaitez quelque chose de plus fort,
peut-être une présence, peut-être même nommer les sous-comités dans la loi,
pour être sûrs que vous avez une place là, pour être sûrs que vous êtes
représentés, parce que j'entends puis...
M. Tremblay (Bernard) : ...certainement
une option, oui.
M. Skeete : Puis je veux juste vous
dire, j'ai bien entendu cet appel-là des gens du milieu collégial. Alors, si je
peux vous rassurer, j'ai bien entendu ça.
Alors, c'est tout pour moi, Mme la Présidente.
Je pense que mon collègue avait une question.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
Je vais céder la parole au député de Saint-Jérôme pour une durée de
2 min 42 s.
M. Chassin : Ah oui! C'est rapide, quand même.
La Présidente (Mme D'Amours) : Allons-y.
M.
Chassin : Bien, merci, Mme la Présidente, merci beaucoup.
Justement, on parlait un peu, hors d'ondes, là, avant le début, de votre
présentation fort intéressante, où vous avez parlé du fait que le financement
ne suit pas nécessairement, là, notamment pour dégager la possibilité... en
fait, le temps, puis ne serait-ce que pour faire des demandes de subvention,
là, c'est du temps, c'est... Il faut y consacrer, en fait, non seulement des
heures, mais du jus de cerveau, comme on dit. Et puis on a travaillé,
justement, ensemble sur ce rajout, là, dans le financement collégial d'un «R»
pour l'aspect rayonnement régional et recherche.
Je ne sais pas si je me trompe. Est-ce que ce
n'est pas particulièrement, au collégial, notamment avec les CCTT, beaucoup, une recherche qui est dite plus
appliquée, dans le sens où... C'est sûr que ce n'est pas si dichotomique,
là, recherche fondamentale, recherche appliquée, tout le temps, mais je ne sais
pas à quel point vous avez cette cette perception-là. Ça pourrait être une
explication, sachant qu'il y aurait à peu près 80 % de recherche fondamentale
dans les financements des fonds de recherche actuels.
M. Tremblay (Bernard) : Je vais
laisser mon collègue répondre.
M. Poirier (Sylvain) : Oui.
Effectivement, la recherche collégiale est plus généralement appliquée et
qui... mais n'exclut pas le fondamental,
comme la recherche universitaire est plus majoritairement fondamentale, sans
exclure l'appliquée. Dans les normes internationales, la recherche appliquée
n'est pas une sous-recherche, c'est une autre façon de faire de la
recherche.
Maintenant,
si on parle, dans le cadre du projet de loi, d'envoyer la recherche à
l'Économie, bien, évidemment, les caractéristiques apportées par la
recherche appliquée à trouver des solutions concrètes au bénéfice d'entreprises
et d'organismes, que ce soit dans des secteurs technologiques, sociaux ou de
santé, fait en sorte qu'on se doit un peu d'insister non pas pour réduire le
fondamental... on veut protéger ce qui est là, mais on veut malgré tout dire
que, dans une logique et dans l'esprit de la
SQRI2, si on veut que la recherche fondamentale mène à des
innovations commercialisables dans
les entreprises, il faut, à quelque part, que ça passe par la recherche qui se
fait dans les collèges.
• (15 h 30) •
M. Chassin : Valoriser la recherche fondamentale, en quelque sorte...
La Présidente (Mme D'Amours) : 10
secondes, M. le député.
M. Chassin :
Bien, merci beaucoup. C'était bien, bien clair comme explication, j'apprécie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Maintenant, je cède la parole au député de Marguerite-Bourgeoys pour une durée
de 12 min 23 s pour vos échanges.
M.
Beauchemin : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci à toutes
les équipes qui sont ici. Merci à vous d'être avec nous aujourd'hui.
Tantôt, vous avez mentionné comme quoi que,
bien, le financement n'a pas suivi la croissance, là, des CCTT, comme... ça
semble assez évident. Est-ce que... bon, on parlait d'un objectif de 10 %.
Moi, je trouve que ça a de l'allure, mais j'aimerais ça comprendre, de votre
perspective à vous, quelles sont les conséquences du fait que le financement
n'a pas suivi la croissance. Ça se représente comment dans votre quotidien, ça?
M. Tremblay
(Bernard) : Concrètement et... je vous dirais, il y a différentes
situations... puis, tout à l'heure, vous allez entendre nos collègues de
Synchronex qui vont vous parler plus spécifiquement des CCTT, mais du côté des
CCTT, ce que ça implique, c'est donc une recherche perpétuelle de financement
pour soutenir des installations, des équipements qui doivent être renouvelés et
qui doivent être entretenus, et donc un effort énorme pour rechercher un
financement qui, normalement, là aussi selon des normes internationales,
devrait en bonne partie être assuré pour se permettre de développer de nouveaux
projets de recherche. Donc, c'est un aspect.
L'autre aspect, c'est le fait qu'on le disait,
dans nos cégeps, des enseignants, ils doivent être volontaires dans le modèle
de notre organisation du travail, et on n'a pas de ressources pour les inciter
à être, je dirais, dégagés de leur enseignement pour faire de la recherche, ce
qui amène, je dirais, oui, des passionnés à continuer à faire de la recherche,
mais non pas une culture vraiment intégrée de recherche dans les CCTT de façon
généralisée. Alors, il s'en fait beaucoup, mais imaginez le potentiel quand on
regarde le nombre de cégeps qu'on a au Québec, le nombre d'enseignants avec
leurs capacités. Si on avait un modèle... qui, en passant, est un modèle aussi
qui ressource les enseignants, qui retournent après de l'enseignement... alors,
cette espèce de mélange, je dirais, qui ferait en sorte qu'il y aurait des
retombées beaucoup plus fortes sur l'enseignement, sur les étudiants.
Bien, c'est un peu ça, concrètement, que je vous
dirais, là, qu'on peut constater, donc une difficulté à faire progresser nos
CCTT, parce qu'on est freiné constamment par un financement de base qui n'est
pas là, et qui devrait être là, et qui est
là, ailleurs dans le monde, dans les centres de recherche, qui sont nos
modèles, quand on regarde l'Allemagne ou ailleurs, et le fait que, dans nos
collèges, bien, évidemment, nos enseignants, il y a quelques... il y a quelques
passionnés, mais on a de la difficulté à leur donner la capacité de
développer leurs activités de recherche. Et... oui?
M. Poirier (Sylvain) : Oui, si je
peux ajouter avec un exemple concret, quand on parle d'effet, le modèle...
quand Bernard disait plutôt qu'au niveau universitaire, un professeur doit
faire de la recherche dans sa tâche et qu'au niveau du collège, on doit trouver
un financement pour dégager d'enseignement l'enseignant ou le chercheur... Si
on prend l'exemple d'une subvention, là, je prends un chiffre de 50 000 $
qui va à un professeur universitaire, le professeur universitaire a
50 000 $ pour faire sa recherche, c'est-à-dire pour payer des auxiliaires,
pour payer du monde, parce que son salaire,
lui, n'est pas couvert, dans ce 50 000 $ là, il est déjà payé par... pour
faire de la recherche. Et, en plus, l'université reçoit des frais
indirects de recherche pour toute l'infrastructure qui l'entoure. Au collégial,
on reçoit 50 000 $, on en prend 40 000 $, on
paie le salaire du professeur pour dégager ou pour le remplacer, et il reste 10 000 $ pour faire de la recherche. Donc,
évidemment, quand, en plus, on voit qu'on est très peu financés et que chaque
financement nous permet de faire peu de recherche, bien, tout ça s'additionne.
M. Beauchemin : Merci. J'imagine
que, comme toutes les autres entités sur Terre, là, le ralentissement économique a dû quand même affecter votre capacité
d'aller chercher ou pas, peut-être de le confirmer, des projets, du
financement externe pour faire des projets. Est-ce que ça a été quelque chose
que vous avez remarqué dans votre quotidien,
ça, un peu, le fait que, bon, justement, l'économie est au ralenti? Ça a-tu eu
un effet négatif sur votre entrée de fonds?
M. Tremblay (Bernard) : Ça, en toute
franchise, je n'oserais pas répondre. Je pense que nos collègues de Synchronex,
tout à l'heure, auront une réponse plus claire là-dessus. Peut-être,
Marie-Claude, si tu as...
Mme Deschênes (Marie-Claude) : Bien,
peut-être, il y a eu... il y a eu des avantages et des inconvénients au
ralentissement économique, et je m'explique. Dans certains cas, c'est plus
difficile d'aller chercher le partenaire industriel qui est nécessaire pour
compléter le projet de recherche, parce que, dans un contexte économique
difficile, la première chose qu'ils vont
couper, c'est bien sûr la recherche et le développement. En contrepartie, par
contre, il y a eu, bon, toute la période de la pandémie qui a aussi
amené des opportunités pour les centres de recherche.
Donc, je dirais que je ne suis pas capable, moi
non plus, de le mesurer avec exactitude, mais je ferais attention d'aller vers quelque chose qui serait nécessairement négatif
ou nécessairement positif. Moi, j'ai vu les deux dans les centres de recherche, des opportunités et des
freins. Mais c'est sûr que pour attacher un projet de recherche, comme
le mentionnait M. Poirier tout à l'heure, il faut aller chercher à la
fois, dans les fonds de recherche qui sont disponibles, les programmes des
organismes subventionnaires, mais il faut aussi aller chercher un partenaire
industriel dans le cas de la recherche appliquée. Ça, c'est un parcours du
combattant, là. Ce n'est pas facile à faire, là, puis il faut le faire à partir
de nos frais. Donc, c'est un peu pour ça qu'on expliquait que c'est... le sous-financement.
M.
Beauchemin : Ma dernière question sur le financement... puis,
après ça, j'ai deux autres sujets, ça fait que... puis il me reste six
minutes.
Alors, le 10 % que vous suggérez... Moi, je
travaille souvent avec des indices de référence, je travaille avec des comparatifs, etc., un genre de benchmarking.
Est-ce que vous avez été voir, à l'extérieur du Canada ou du Québec,
pour vous donner une idée de comment d'autres institutions similaires... La
structure du cégep, je ne sais pas si elle est
représentative ailleurs dans le monde, là, mais est-ce que vous en voyez, des
exemples dans d'autres juridictions, où est-ce que ce 10 % est
approprié? Donc, pour comprendre un peu d'où vient le 10 %, là.
M. Poirier (Sylvain) : Oui. Il est
toujours difficile de faire des comparaisons avec le réseau des cégeps parce
qu'il est unique. Alors, ce que je peux dire, c'est qu'on a quand même un
référentiel canadien, notamment avec le financement des trois fonds à Ottawa,
et, du côté du financement de la recherche collégiale à Ottawa, on est dans les
6 % à 8 %, plus 6 % au niveau social, plus
8 % au niveau techno, là, mais on est dans ces eaux-là. Et on a le même dossier de dire au fédéral : Le financement
de la recherche, dans le cas des financements fédéraux, c'est de la recherche
qu'on fait à perte. Donc, le 6 % à 8 % ne peut pas être suffisant
parce que c'est ce qu'on a du côté fédéral, puis ça ne fonctionne pas. Alors,
c'est dans ces... je dirais, dans ces chiffres-là qu'on navigue.
M. Beauchemin : OK. Comme dans
l'ancien monde dans lequel j'habitais, on disait : Faire du bootstrapping
pour arriver à la solution. C'est un peu ça que vous avez fait, si je comprends
bien. C'est bien.
La présence... Attends, je vais lire exactement
comment vous l'écrivez, là, pour être sûr que je rapporte bien vos...
«L'implication étroite de la ministre de l'Enseignement supérieur dans
l'exécution de la mission du fonds de recherche du Québec», c'est votre
troisième recommandation. Comment vous voyez ça? Comment ça fonctionnerait,
selon vous, là?
M. Tremblay
(Bernard) : Bien, on croit qu'effectivement il y a une
dynamique à conserver entre les deux ministères. Le rattachement, donc,
formel au ministère de l'Économie ne nous pose pas de problème, mais on croit qu'il doit quand même y avoir, donc, cette
capacité-là d'influence du ministère de l'Enseignement supérieur, puisque
la recherche se fait dans des
établissements, bien souvent, d'enseignement supérieur. D'où le fait qu'on a
proposé que, pour des gestes clés,
plan stratégique, plan d'action annuel, qu'il y ait une consultation de la
ministre de l'Enseignement supérieur préalable, dans le fond, à
l'adoption, pour qu'il y ait cette espèce de mécanisme, comme on voit dans
d'autres lois, cette espèce de mécanisme, je dirais, là, de concertation.
Vous savez, on a un exemple récent avec le
projet de loi qui a modifié la Charte de la langue française, qui fait en sorte que le ministre de la Langue est
consulté sur des actions que pose la ministre de l'Enseignement supérieur.
Donc, c'est un peu dans cet esprit-là qu'on
a souhaité, sans alourdir la structure, créer cette espèce de... maintenir
cette espèce de synergie qui nous semble importante entre les deux
ministères.
M.
Beauchemin : OK, je comprends. En fait, ça m'amène à mon autre
question. Il y a un groupe qu'on a vu... je ne me souviens plus si c'était la
semaine passée ou la semaine d'avant, là. Là, je vais... A-C-F-A-S, l'ACFAS...
Mme Deschênes (Marie-Claude) : L'ACFAS.
M. Beauchemin : ...merci, qui parle
de faire... d'intégrer la recherche en français. Trouvez-vous que, dans votre
univers à vous, dans le quotidien, c'est quelque chose qui se ferait
facilement, se fait facilement, a de la place à s'améliorer? Comment vous voyez
ça?
M. Tremblay (Bernard) : Le français
dans la recherche, bien, moi, je vous répondrais d'abord, justement, avec les
nouvelles dispositions de la Charte de la langue française, il y a des... on a
des contraintes à respecter, alors, et il reste 43 des 48 établissements
collégiaux sont des établissements francophones. Alors, on baigne dans un
milieu francophone, et donc, je ne vois pas d'enjeu à ce niveau-là pour nous.
En étant conscients que, quand on a des partenaires internationaux... parce que
la recherche collégiale, ce n'est pas une recherche locale, hein, c'est une
recherche qui se fait aussi à l'international. Bien, il y a évidemment des...
comment dire, des partenaires qui peuvent être
d'une autre langue. Et, pour nous, je pense que toutes les initiatives, entre
autres, de publication en français, de soutien aux publications en
français, d'accès à la littérature scientifique en français, sont des actions
qui sont porteuses, là, pour soutenir la recherche en français.
• (15 h 40) •
M. Beauchemin : Je me trompe
peut-être en disant ça, mais est-ce que le fait que c'est majoritairement plus
appliqué, il y a peut-être moins cet enjeu-là, versus le fondamental qui est au
universitaire, où est-ce que les gens ont plus tendance à vouloir publier plus
souvent, j'imagine? C'est-tu... puis publier en anglais, ça semble...
M. Poirier (Sylvain) : Oui,
effectivement, les publications en recherche se font majoritairement en
anglais, mais au niveau collégial, il y a effectivement moins de publications.
On travaille actuellement pour augmenter le nombre de publications collégiales,
mais c'est un fait que, comme on publie moins, tout court, on publie moins en
anglais également, là. Donc...
M. Beauchemin : Puis votre ratio...
bien, je dis ça de même, il y en a-tu un, ratio français-anglais dans les
publications que vous faites à votre niveau?
M. Poirier (Sylvain) : Je n'ai pas
de chiffre exact, mais je ne serais pas surpris d'un 50-50. Donc...
M. Beauchemin : OK, c'est bon. C'est
damnant, parce que moi, je suis un gars de chiffres, ça fait que je vais toujours vous poser ces questions-là, là. Un
dernier chiffre que j'aimerais avoir votre opinion là-dessus, on a rencontré
des groupes qui nous parlaient d'avoir des objectifs de société pour investir
dans la recherche complète, là, dans l'ensemble
de... la tarte complète de la recherche au complet, là, 3 % du produit
intérieur brut. C'est quoi, votre opinion là-dessus? Qu'est-ce que vous
en pensez?
La Présidente (Mme D'Amours) : En
20 secondes.
M. Tremblay
(Bernard) : Ah! bien, écoutez, ce sera très bref. On n'a pas fait
d'analyse qui nous permettrait de se positionner sur un chiffre comme ça. Je
serais mal à l'aise de vous dire si 3 % est suffisant ou trop.
M. Beauchemin : OK. Bien, merci.
C'est pour comprendre un peu la compétitivité du Canada à long terme, du Québec
à long terme, là.
M.
Tremblay (Bernard) : Mais 3 %, quand on parle de benchmarking puis
de regarder ce qui se fait ailleurs, je
dirais que c'est ce qui permettrait au Québec de juste rejoindre ou accoter ce
qui se fait de mieux dans les pays du G-20.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Je cède maintenant la parole au député de
Maurice-Richard pour une durée de 4 min 8 s pour votre période
d'échange.
M. Bouazzi : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Très, très heureux que vous ayiez accepté cette invitation. C'est drôle que vous ayiez commencé par parler de
M. Bourbonnais, que j'ai rencontré il n'y a vraiment pas longtemps dans
le cadre d'une tournée sur les questions énergétiques, effectivement, au cégep
de Jonquière, au Centre TERRE. Il y a un travail exceptionnel qui se fait par
M. Bourbonnaus, entre autres, parce que c'est une équipe formidable qui
travaille sur des choses qu'on ferait bien d'installer le plus possible partout
au Québec.
Vous... Donc, je comprends, évidemment,
l'essence de ce dont vous parlez, c'est beaucoup de valoriser la recherche qui
se trouve dans vos établissements, qui sont effectivement moins évidemment
connus que ce qui se fait ailleurs dans les universités. Puis, encore une fois,
pour en avoir visité, il se passe des choses extraordinaires. Une des
critiques, si on veut, qu'on a reçues de plusieurs groupes avant vous ici,
c'était vraiment l'idée de dire : Bien, on ne veut pas qu'il y ait un seul
fonds. On voudrait en garder trois, garantir un certain financement pour des
espaces de recherche qui n'ont littéralement rien à voir, là, des questions de
sciences sociales d'un côté ou des questions très, très technologiques de
l'autre. Ça, tout le monde est d'accord pour dire qu'il fallait des espaces de
collaboration parfois plus faciles, mais il
y avait quand même un gros accord pour dire : il y a plein d'espaces où il
n'y a juste pas de collaboration et il y a des espaces qu'on veut être
sûrs de financer.
Vous, si vous
vous retrouvez à garantir la reconnaissance de la recherche que vous avez faite
dans un système où il y a aussi une
garantie pour les trois fonds en tant que tels, est-ce que ça vous dérange?
Est-ce que... Donc, est-ce que ça vous dérangerait, en gros? Est-ce que
vous êtes d'accord avec la transition qui est devant nous? Est-ce que, si on a quelque chose où les trois fonds sont
garantis d'une manière ou d'une autre à travers une gouvernance, on ne sait
pas encore laquelle, mais que, par ailleurs, il y a une reconnaissance de ce
que vous apportez à la recherche et puis évidemment un accès, il n'y a pas de
problème?
M.
Tremblay (Bernard) : Tout à
fait. Oui, parce qu'en fait l'idée d'un seul fonds et l'appui qu'on y accorde, c'est
par rapport au volet administratif, qui pouvait générer une certaine lourdeur
avec trois fonds. Mais, quant au... quant à
la pertinence d'avoir trois secteurs, d'avoir une garantie de financement et de
s'assurer qu'il y ait un équilibre, je
pense que c'est un... un souci, pardon, un souci légitime de la communauté
scientifique que de dire : Il ne faut pas que la fusion amène cette disparition-là ou la
supplantation d'un aspect de... d'un secteur de recherche au détriment des
autres.
Alors, je...
moi, je siège actuellement au FRQ Société, Culture. Bien, c'est sûr que je...
tu sais, moi, je suis très sensible au fait qu'il faut qu'il demeure un
équilibre dans le financement futur entre les secteurs des fonds actuels, même
s'il y a fusion administrative pour des fins de commodité de fonctionnement, en
fait.
M. Bouazzi : Donc, vous partagez une
partie du souci, là.
M. Poirier (Sylvain) : Oui, puis,
dans tous les cas, ce qui est important, c'est que les trois fonds ne soient pas étanches au niveau de leur financement,
c'est-à-dire qu'un projet technologique qui veut inclure un sociologue ou un
psychologue pour déterminer les impacts du changement technologique ne devrait
pas ne pas être recevable parce que c'est un chercheur de sciences humaines
dans un projet technologique.
M. Bouazzi : Il me reste quelques
secondes. Un des problèmes des personnes sur le CA, c'est la question
d'indépendance. Donc, possiblement quelqu'un qui aurait accès à des fonds de
recherche ou qui voudrait... ou qui a déjà
eu accès, etc., ne serait pas indépendant. Est-ce que vous pensez que c'est une
bonne idée d'exclure ces personnes-là des différents CA?
M. Tremblay (Bernard) : Bonne
question. A priori, écoutez...
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps que nous avions.
M. Tremblay (Bernard) : ...non.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vous remercie pour votre contribution à nos travaux.
La commission suspend les travaux quelques
minutes afin que notre prochain groupe prenne place. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 47)
(Reprise à 15 h 50)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue au groupe des CCTT‑Synchronex. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons
à la période d'échange avec les membres de
la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre
exposé, s'il vous plaît.
Réseau des centres
collégiaux de transfert de technologie—Synchronex
(Réseau des CCTT—Synchronex)
M. Lesage
(Michel) : Merci beaucoup. Bonjour, Mme la Présidente, M. le ministre.
MM., Mmes les députés, bonjour. Merci de nous recevoir.
Je m'appelle Michel Lesage, je suis
président-directeur général du Réseau des CCTT—Synchronex. Je suis accompagné du
président du conseil d'administration, M. François Drouin, qui est en ligne,
qui est également directeur général de
TransBiotech, un CCTT en biotechnologie, rattaché au cégep de Lévis. Je suis
aussi accompagné de Mme Nancy Déziel, qui est administratrice sur
notre conseil et directrice générale aussi du Centre national en électrochimie et en technologies
environnementales, le CNETE, rattaché pour sa part au cégep de Shawinigan. Et
enfin, je suis accompagné d'Aurélie Licois, ma collègue, qui est
directrice qualité et performance au réseau. Je présenterai le mémoire, mais évidemment, chaque personne qui
m'accompagne est susceptible de prendre la parole puis de renchérir et
bonifier mes réponses à vos questions au moment de la période de discussion.
D'abord, précisons ce qu'est le Réseau des CCTT.
Vous êtes peut-être ou non familiers avec ce que nous sommes et qui nous
représentons. Et ensuite, on va s'exprimer sur l'importance de la recherche
appliquée dans le continuum de l'innovation et dans la planification budgétaire
de FRQ, et enfin, on va commenter certains points spécifiques du projet de loi.
Si vous vous demandez ce qu'est le Réseau des CCTT—Synchronex, nous sommes le
regroupement de 59 centres collégiaux de transfert de technologie, d'où
l'acronyme CCTT, et de pratiques sociales novatrices. Chacun de nos centres se
spécialise dans un domaine d'expertise qui lui est propre. Essentiellement,
nous sommes... Nos membres sont des centres
d'innovation et de recherche appliquée qui servent de laboratoire de recherche
et développement pour plus de
6 000 entreprises annuellement dans le cadre de
11 000 projets. 70 % de notre clientèle sont constituées
de PME, et on contribue à l'amélioration de leurs procédés, de leurs produits,
de leurs pratiques, de leurs technologies. On compte plus de
2 400 experts à notre emploi qui réalisent 11 000 projets
par année.
Les projets
sur lesquels on travaille ont pour conséquence directe l'augmentation de la
productivité des organisations qui nous embauchent. Je n'irai pas ici,
faute de temps, dans la présentation de statistiques, mais je pense qu'il est
de compréhension commune que le Québec
n'affiche pas une avance importante en matière de productivité, même a connu
des reculs, le Canada aussi. Donc, on est dans une situation où le Canada comme
le Québec sont en défi d'améliorer la
productivité des organisations, là, qui constituent, qui composent notre
économie. Il faut souligner à grands traits le fait que l'innovation,
qui découle de la recherche, est notamment une façon de hausser la productivité
du Québec.
En matière de recherche, il est important de
différencier la recherche fondamentale de la recherche appliquée. Vous en avez parlé avec nos prédécesseurs. Les
deux sont très importants, mais aussi très différents. La recherche
fondamentale est celle dont l'objectif est d'acquérir ou de faire avancer le
champ des connaissances, faire progresser la
science. L'utilisation de cette avancée n'est pas nécessairement envisagée ou
prévue au moment de la débuter. Évidemment, elle est souhaitée, mais
elle n'est pas nécessairement intégrée au projet. La recherche appliquée, pour sa part, conduit vers un but pratique déterminé en
amont du début des travaux. Elle répond à un besoin, à un problème
clairement défini par un client, un milieu preneur, un partenaire qui peut être
une entreprise, un OBNL, une administration publique, enfin à peu près
n'importe qui. Notre clientèle est très diversifiée.
Donc, voilà pour qui nous sommes. Passons au
projet de loi n° 44. Je débute en exprimant
clairement qu'on se présente aujourd'hui auprès de vous avec un sentiment d'appui
puis on accueille très favorablement le projet de loi. On salue la volonté du
gouvernement de simplifier, de consolider, d'optimiser l'organisation
gouvernementale en matière de recherche et d'innovation. On voit la fusion des
fonds comme une opportunité de créer des synergies et des collaborations qui
transcendent les disciplines et d'aborder les grands enjeux de société selon
une approche multidisciplinaire et concertée. On croit que l'adoption du projet
de loi fera en sorte d'assurer une cohérence et une continuité entre les deux
piliers que sont la recherche et l'innovation. On croit aussi que cela va
permettre au gouvernement d'être en mesure de soutenir des priorités de
recherche choisies en fonction des grands enjeux sociétaux auxquels nous faisons
face, sans sacrifier, et là on le souligne, l'excellence et l'indépendance de
la recherche qui est réalisée. Enfin, on espère que le nouveau FRQ va
contribuer à la mise en oeuvre de conditions qui contribueront à la
valorisation tant des technologies que des pratiques sociales, et ça, notamment
par l'entremise des collèges et des CCTT qui jouent un rôle vital dans la
traduction des connaissances en application concrète et leur maturation vers
des marchés ou des milieux preneurs.
Le réseau tient à renchérir sur le fait qu'il
est essentiel de ne pas subordonner toute activité de recherche aux seules
visions et intérêts politiques, économiques. La diversité des disciplines, des
secteurs et les perspectives de recherche doivent être préservées pour permettre
une approche équilibrée et structurante. L'objectif de favoriser un écosystème
de recherche dynamique et agile, excellent, capable de relever les défis
actuels tout en contribuant au bien-être et à la prospérité de la société
québécoise doit demeurer.
Avant de traiter de points précis du projet de
loi, je dois d'abord mettre l'emphase sur le fait que les financements propres du FRQ devraient, selon nous,
être mieux répartis entre la recherche fondamentale et appliquée. On a pris la peine de présenter sommairement la différence
entre les deux. Au Canada, 140 collèges et instituts se partagent 2 % du budget des trois conseils
subventionnaires, alors qu'environ 110 universités disposent de 98 %
des budgets. Au Québec, on n'a pas la
donnée granulaire pour arriver à un chiffre comparable, mais on sait qu'on est
dans le même ordre de grandeur. Le même constat s'applique ici, donc la
recherche collégiale... presque très, très peu représentée, insuffisamment
représentée, là, dans les fonds et les investissements du FRQ. Le réseau, donc,
souhaite que le Fonds de recherche du Québec
profite de la réorganisation qu'il engage pour accroître son soutien à la
recherche réalisée dans les collèges. J'ai cru comprendre qu'on n'était
pas les premiers à vous en parler.
En ce qui a
trait aux programmes existants des FRQ, le réseau déplore l'arrêt d'un des deux
seuls programmes exclusivement dédiés à des projets de recherche pour
les chercheurs et chercheuses de collèges, soit le programme de recherche au
collégial, et s'attend à le voir réapparaître ou voir apparaître un programme
de même type, bonifié pour toutes les disciplines sous la nouvelle entité. Le
réseau estime qu'il faut mieux soutenir les collaborations interordres par des programmes appropriés et le soutien à la
mise en place de chaires interordres et pas nécessairement uniquement
dans les zones d'innovation que le gouvernement crée.
Dans cet esprit, le réseau tient à féliciter le
FRQ pour la création du programme Catalyseur d'innovation dont la structure de
type réseau implique un leadership exercé par des CCTT avec une collaboration
d'au moins une université. C'est un
programme qui est en forte demande, pour lequel il y a un engouement. Le
problème, c'est qu'il manque cruellement
de financement. Donc, on souhaiterait que ce programme-à soit beaucoup mieux
financé à l'avenir parce qu'il est porteur de collaborations
interordres.
Le réseau souhaite voir financer plus de stages
aussi dans les CCTT et les collèges. On propose de collaborer avec la nouvelle
entité pour adapter les programmes de stages existants et mieux diffuser ces
opportunités auprès de nos membres. Le réseau demande aussi une uniformisation
au sein du fonds de certains critères d'éligibilité, notamment le statut de
chercheur et de chercheuse collégial, et on est prêts à collaborer en tout
temps avec le fonds afin de mieux définir ce
statut ainsi que tout enjeu relatif à la rémunération des chercheurs et
chercheuses de collèges pour mieux prendre en considération la réalité des
collèges et notamment celle des gens qu'on représente, c'est-à-dire les CCTT.
Le réseau encourage la nouvelle entité à ouvrir
l'ensemble de ses programmes aux chercheurs et chercheuses de collèges, de
CCTT, cependant, avec le bémol ou le souci particulier suivant qu'il devrait y
avoir un souci mis sur l'établissement de critères d'évaluation adaptés ou
appropriés à la réalité des chercheurs de collèges qui n'est pas la même que pour des chercheurs d'universités. Alors,
quand on a accès aux mêmes programmes et qu'on fait face aux mêmes critères, bien, on n'est pas toujours choisi. On
n'a pas toujours des chances parce que nos chercheurs vivent dans un univers
totalement différent de celui des chercheurs universitaires.
Enfin, nous avons quelques commentaires sur
certains points spécifiques du projet de loi. D'abord, on applaudit à l'ajout du rôle de diplomate
scientifique qui est accordé au Scientifique en chef sur les plans local,
régional, national et international. On pense que ça va conforter ou
officialiser le leadership qu'il existe... qu'il exerce déjà dans le positionnement puis le rayonnement du
Québec et ailleurs au Canada, aussi à l'étranger, en matière de recherche.
On est prêts, nous, à collaborer avec le
Scientifique en chef dans cette... dans l'exécution de cette partie-là de sa
mission de diplomatie scientifique. On a d'ailleurs nous-mêmes des
projets à l'international.
• (16 heures) •
On approuve que le Scientifique en chef devienne
le président-directeur général des FRQ, comme la présidence du conseil d'administration soit une fonction distincte et
indépendante. Cela va permettre d'éviter tout conflit d'intérêts,
d'assurer une gouvernance transparente. Pour que la composition du CA
garantisse une représentation équilibrée des
différentes perspectives et besoins en matière de recherche et d'innovation
selon les secteurs de recherche, mais également du point de vue
universitaire et collégial, on pense qu'il est opportun, et là on va vous faire
la même demande que nos prédécesseurs, de
réserver un siège au CA au Réseau des CCTT pour représenter non pas les CCTT,
mais les particularités et besoins de la recherche collégiale ainsi que la
recherche appliquée réalisée avec et pour des entreprises
et organisations clientes au Québec. On applaudit la décision en faveur du
maintien des postes de direction scientifique au sein du fonds. Ces directions
continueront de superviser des activités de recherche, selon le secteur, de veiller
à ce qu'elles soient alignées sur les priorités stratégiques définies par le
FRQ et de faciliter des ponts entre les disciplines.
Et enfin, nous espérons que la mise en place des
comités aviseurs, et ce, pour chacun des secteurs, permettra de rapporter les
réalités terrain, tant du côté universitaire que du collégial, et de fournir
des conseils d'experts et des suggestions
sur les orientations stratégiques liées spécifiquement au secteur et d'orienter
les programmes de financement et les politiques de recherche. On pense que ces
comités aviseurs là devraient accueillir des chercheurs, donc des gens qui sont
familiers avec la recherche et pas nécessairement des chercheurs qui ont un
statut académique. La très grande majorité de nos chercheurs ne sont pas des
académiques, ne sont pas des professeurs, font de la recherche à temps plein.
Sur ça, bien, même si on préconise le maintien
des trois disciplines, des trois secteurs et la qualité, l'excellence puis l'indépendance de la recherche
qui est reliée là, on applaudit grandement la possibilité que la nouvelle
structure va permettre de supporter des projets de recherche interdisciplinaire
qui vont faire appel à la concertation et à la collaboration. On pense
que la majorité des grands enjeux auxquels le Québec fait face actuellement ne
relève pas de disciplines particulières, mais plutôt font appel à des
compétences ou des savoirs interdisciplinaires.
Sur ce, je ne sais pas où on en était dans notre
10 minutes, mais on est prêts à prendre vos questions.
La Présidente (Mme D'Amours) : Vous
avez dépassé votre 10 minutes, mais M. le ministre m'avait avertie qu'il
laissait du temps... de son temps pour que vous puissiez terminer votre exposé.
Maintenant, M. le ministre, la parole est à vous
pour une période d'échange de 15 min 51 s.
M. Skeete : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Encore une fois, bienvenue parmi nous.
M. Drouin, merci à vous aussi de vous joindre à nous.
J'ai quelques questions à vous poser. Vous avez
sans doute entendu les échanges qu'on a eus tantôt avec la Fédération des
cégeps. Vous avez évoqué, comme eux, que vous souhaitez avoir une place.
J'aimerais vous entendre sur le sous-comité. Je ne sais pas si vous avez eu la
chance d'entendre nos échanges, mais est-ce que vous accueillez favorablement
une place à cette instance-là pour être entendus lors des dépôts de projet?
M. Lesage (Michel) : Bien, c'est sûr
qu'on apporterait une réponse semblable à celle de la Fédé des cégeps. Notre confiance est limitée. L'expérience qu'on a,
quand on parle de recherche au Québec, c'est qu'on parle largement de
recherche universitaire. Quand on voit les programmes, ils sont conçus pour des
universités. La pensée que la vraie
recherche se fait dans les universités est assez prédominante. On le voit dans
à peu près... dans toutes les occasions ou toutes les situations.
Ça fait que nous, on verrait d'un très bon oeil
que la recherche collégiale dispose d'un siège qui... qui prend part à la gouvernance du fonds de recherche, donc
au conseil d'administration. Et on voit aussi... Là, pour l'instant, ce n'est
pas spécifié dans le projet de loi, là, mais la composition des comités... On
pense, les comités qui devraient graviter
autour des trois secteurs, là, devraient aussi accueillir des chercheurs des
deux ordres, là, collégial et universitaire,
et quitte à l'inscrire dans la loi. Parce que, là encore, la preuve nous en est
faite souvent que soit la place qui nous est réservée, elle est mince ou
il faut se battre à chaque fois pour l'obtenir. Ça fait que...
M. Skeete : Puis c'est quoi la
source, selon vous, de cet état des faits là? Pourquoi il faut se battre pour
avoir une place, si les cégeps font de la bonne recherche?
M. Lesage (Michel) : Bien... Puis je
vais y aller pour une première réponse, mais j'inviterai mes collègues... Si
vous voulez renchérir, n'hésitez pas. Évidemment, il y a une perspective
historique. La recherche collégiale date de moins longtemps. Elle est en
émergence, elle fait sa place, donc elle est en croissance. Elle est rendue à
un niveau de développement qui fait en sorte que, là, on commence à avoir des
besoins puis à signifier ce qu'on a besoin pour grandir. L'habit qui nous a été fait est trop petit, là. Ça fait que je
pense qu'une des premières raisons, c'est la perspective historique,
c'est le fait qu'on est là depuis moins longtemps. On en fait depuis moins
longtemps, puis voilà.
Je pense que c'est la principale chose puis je
pense que... Je m'engage sur un terrain glissant, mais je pense que les
universités ont aussi tendance à penser que la vraie recherche se fait dans les
universités par des gens qui ont complété
des doctorats, des postdocs, donc... et qu'il n'est pas possible de faire des
projets de recherche. Évidemment, il y a différents types de recherche.
Il y a différents types de projets de recherche. Je peux... Si vous alliez
demander aux clients de nos centres, s'ils
estiment que la recherche, qui est faite et qui répond à leurs besoins, est une
recherche de qualité pertinente,
utile et excellente... J'aimerais leur laisser répondre à la question, mais
vous auriez comme réponse que c'est une recherche qui répond très bien à
leurs besoins.
Ça fait que moi, je pense qu'on a une
perspective historique. On a aussi un regard de nos collaborateurs
universitaires qui apprennent à travailler avec les collèges. Mais là dessus peut-être
que vous voulez...
Mme Déziel (Nancy) : Je peux
peut-être ajouter qu'on sait que le continuum innovation n'est pas complet. On
transfère très peu de ce qui est développé dans les universités actuellement.
Alors, les CCTT, c'est leur travail. Le professeur
universitaire, ça ne l'intéresse pas ou peu d'aller jusqu'au transfert de
l'industrie. Ce qui l'intéresse, c'est de pousser sa curiosité et de former les
étudiants, et puis il fait un excellent travail. Nous, quand on travaille avec ces
enseignants-là, on peut adapter et puis transférer au marché pour pouvoir
justement gagner en productivité au niveau du Québec. Et effectivement j'appuie
ce que Michel a dit, c'est vraiment une perspective historique quand on recule,
parce qu'avant les cégeps n'avaient pas accès aux Fonds de recherche du Québec,
et ça fait à peine une douzaine, quinzaine d'années qu'on peut appliquer sur
ces fonds-là. Alors, c'est tout simplement une perspective historique.
M. Lesage (Michel) : Puis on
l'entend dans nos vis-à-vis fédéraux comme provinciaux, pour ne pas nommer le FRQ ou pour ne pas nommer le CRSNG ou les
conseils, on entend l'écoute puis l'intérêt pour la recherche collégiale,
mais il faut faire de la place, il faut créer
des pratiques, il faut créer l'historique, il faut créer des succès. Il y a de
l'ouverture, mais il n'y a pas une place suffisante.
M. Skeete : Bien là, vous m'amenez à
quelque part, où est-ce qu'on a entendu beaucoup de voix. Une des voix qu'on a
entendue dans ce projet de loi là, c'était, au contraire, de nous dire :
Il ne faut absolument pas faire de la recherche dirigée. Là, vous venez ici militer
pour qu'on en fasse plus. Pouvez-vous me dire comment vous... parce que là, je dois vous dire, le nombre de personnes
qui sont plus inquiètes du contraire est prédominant. J'aimerais vous entendre
là-dessus.
M. Lesage
(Michel) : Moi, je pense qu'il ne faut pas choisir, il faut
qu'on fasse les deux, c'est-à-dire qu'il y a une vertu à faire de la
recherche qui développe, qui fait avancer le champ de connaissance, parce que
les inventions, les innovations de demain, on les prépare aujourd'hui. Donc, la
recherche fondamentale, la recherche non dirigée, la recherche libre,
académique, elle est essentielle et primordiale. Alors, vous ne trouverez pas
en nous des gens qui vont dire : Il ne faudrait pas en faire. Le problème,
c'est qu'il y a trop peu de son... de sa contrepartie de transfert ou d'amener
la recherche ou l'innovation dans la société, dans les entreprises, dans les
organisations. Cette recherche appliquée là ne se fait
pas assez. Si on regarde, tant au fédéral qu'au provincial, les rapports qu'on
lit récemment, le Canada est en tête de file
parmi... la tête en peloton pour la recherche fondamentale ou l'avancement de
la science. Il fait partie du peloton de fin quand vient le temps de regarder
comment les entreprises ou les organisations innovent. Comment on fait
pour combler ce manque-là? C'est la recherche appliquée.
Alors, pour nous, il ne faut pas choisir, il
faut faire les deux, mais on a eu plutôt tendance à faire beaucoup de recherche
fondamentale et à soutenir timidement la recherche appliquée. C'est la raison
de notre présence à quatre aujourd'hui ici, là, on voulait être sûrs que ce
message-là soit bien véhiculé.
M. Skeete : Je ne sais pas si vous
avez eu la chance d'écouter nos échanges la semaine passée, le chiffre qui
avait été évoqué, c'était, en ce moment, un ratio de 80-20. Je vais vous faire
une confidence, je ne pense pas qu'on va élargir davantage, mais votre message
est entendu par rapport à la place du collégial. Ça, je veux vous le dire,
comme j'ai dit aux autres groupes qui représentaient votre secteur, moi, j'ai
découvert un réseau beaucoup plus que je le pensais, qui a une place à occuper.
Donc, je vais garder ça en tête lors des autres... lors des délibérations qu'on
va avoir avec les collègues. Je pense que le
collège peut et doit occuper une plus grande place à l'intérieur de la recherche.
Alors, c'est un message qui est bien entendu sur le reste.
J'aimerais
vous entendre sur le rôle que vous jouez, parce que vous parlez notamment des
manques d'opportunités qu'on offre,
justement, parce qu'on ne pense pas spontanément à la recherche collégiale
comme une avenue de recherche typique.
Y a-tu des demandes, actuellement, de recherche qui sont non comblées, des
stages ou des jeunes qui voudraient faire de la recherche dans le réseau
collégial, qui ne réussissent pas à en faire, ou des gens qui sont... qui
seraient peut-être aptes à en faire, de la
recherche, mais qui ne trouvent pas toujours des issues? Ça arrive-tu,
actuellement, ça?
Mme Déziel (Nancy) : Actuellement,
les jeunes vont vraiment vers le privé pour leurs stages, parce que les salaires sont très grands, et nous, dans les CCTT,
on peine à leur offrir des bourses qui sont décentes. Alors, effectivement,
quand on porte à notre attention des
programmes de bourses, on les utilise à 100 %, il ne reste pas d'argent
sur la table. Également, quand on
parle de projets de recherche appliquée, je pense à des compagnies comme, par
exemple, Nemaska Lithium, avec lequel votre gouvernement travaille beaucoup,
des entreprises avec lesquelles on voudrait faire des projets de
recherche. On applique au fédéral, parce que les principaux programmes
industriels sont au fédéral, et on se fait refuser. Notre centre, au CNETE,
cette année, s'est fait refuser 11 projets au fédéral. Ce sont toutes des
entreprises québécoises qui ne seront pas répondues.
• (16 h 10) •
Alors, oui, on a un grand besoin. C'est demandé
par l'industrie, et les étudiants ont des besoins également au niveau de
financement. Et nous sommes limités dans le financement qu'on peut mettre de
l'avant pour les bourses, parce qu'on n'est
pas payés, nous, les CCTT, pour accueillir des étudiants. Ça fait partie de
notre mandat, mais on ne reçoit pas d'argent pour ça...
M. Lesage (Michel) : ...si je peux
me permettre...
M. Skeete : Oui, allez-y, s'il vous
plaît.
M. Lesage (Michel) : ...dans les
opportunités, Nancy l'a présenté, le continuum...
Des voix : ...
M. Lesage (Michel) : ...le continuum
d'innovation. On développe beaucoup de choses dans les universités. Ce n'est
pas le travail des chercheurs, sauf exception, d'amener ces innovations ou ces
inventions-là aux marchés. Donc, il y a
beaucoup de résultats de recherche qui dorment dans les universités, qu'on...
qui ne trouvent pas leur chemin vers la société. Pour nous, ça, c'est
une opportunité manquée, tant au Canada qu'au Québec. Comment on fait pour
amener une plus grande partie des résultats de recherche générés dans les universités
dans les organisations, dans les entreprises? Ça, pour moi, là, la maturation,
le continuum de l'innovation, là, c'est un rendez-vous manqué, jusqu'à maintenant, au Canada puis au Québec. Et ça, on
n'est pas les seuls à pouvoir faire ça, mais ça, c'est vraiment notre coeur de
métier de faire ça, de prototyper, de mettre à l'échelle, une chose qui se fait
à petite échelle dans une université, comment on peut la faire à grande
échelle dans une usine. Ça, c'est notre travail de faire ça, d'imaginer les
procédés, de les développer, de les valider,
réduire le risque pour les entreprises. Alors, nous, on est vraiment dans notre
coeur de métier. Ça, c'est une opportunité qui est manquée globalement
au Québec et au Canada actuellement.
M. Skeete : Mais pas au détriment...
la recherche fondamentale, on s'entend.
M. Lesage (Michel) : Non, on veut
amener la recherche fondamentale aux marchés.
M.
Skeete : Je comprends. Je comprends. OK. Ça fait que, pour
nous, le projet de loi n° 44, c'était l'occasion d'aborder la recherche
au collégial, comme vous le savez. Comment on fait pour initier les étudiants
au collégial? Parce que moi, j'ai souvent
évoqué que je n'ai jamais entendu parler de ça quand j'étais au cégep, moi,
cette recherche collégiale. Qu'est-ce
qui manque pour démontrer l'utilité ou de montrer que ça existe à nos
étudiants? C'est comment... Le lien
se fait comment, typiquement, dans un parcours? Puis comment qu'on fait pour en
faire davantage, selon vous?
M. Lesage (Michel) : Je
vais y aller pour une première réponse, puis j'ai ma collègue à droite qui
dit : Je veux dire quelque chose là-dessus.
17 000
étudiants, c'est le nombre d'étudiants qui sont rejoints par les activités de
nos membres. Les étudiants viennent visiter nos laboratoires, viennent faire
des laboratoires dans nos équipements, assistent à des séminaires, des
colloques. Donc, ils sont exposés à l'activité de recherche de nos CCTT. Il y a
plusieurs collèges qui ont même des parcours études-recherche qui impliquent
les CCTT. Ça, c'est une façon de le faire. Il y en a aussi un plus petit nombre qui viennent faire des stages ou qui sont
des collaborateurs rémunérés dans nos projets de recherche, plus petit
nombre, à peu près autour de 900, 1 000 — 900 ou 1000, là, pas
900 000 — par
année.
Donc, c'est une façon
qu'on a de rejoindre nos étudiants. C'est une mission, mais le financement dont
on dispose pour faire ça, il est microscopique et... pas l'enjeu de... Bien,
vous avez parlé de financement tout à l'heure, je ne sais pas si on aura l'occasion d'en parler, mais c'est un enjeu,
pour nous, pour nos centres, d'avoir de la... du temps de disponibilité pour faire de l'encadrement,
accueillir puis en faire davantage. Mais, quand même,
17 000 étudiants rejoints, mais là-dessus, je...
Mme Déziel
(Nancy) : Nous avons calculé les coûts d'accueillir un stagiaire dans
notre centre, et puis, en plus de la bourse, qui est environ 5 000 $
pour un stage d'assez longue durée puis qui donne un peu... de meilleure
employabilité de cet étudiant-là, ça nous coûte 12 000 $ par
étudiant, dans un centre, pour l'accueillir, l'encadrer, le former sur les équipements, lui faire rencontrer
l'entreprise, travailler sur des projets de l'entreprise. L'étudiant ne peut pas
être laissé à lui-même, il ne peut pas faire les analyses sans être supervisé.
Alors, il y a des coûts à ça.
Il y a cinq ou six
ans, on avait eu un programme qui s'appelait le programme TRIAL, dans lequel chaque
centre recevait 100 000 $ pour faire des projets, justement, de
diffusion de science, d'accompagnement des étudiants. Et là je vais parler pour
mon centre à moi, on accueillait, à ce moment-là, 3 000 étudiants
sous différentes formes, là. C'est un
concept qui s'appelait #StationScience, qui a été très populaire. On est allés
dans les écoles primaires, les écoles secondaires. On accueillait des
gens dans nos laboratoires. On avait des stages. On accompagnait dans des
concours. Aujourd'hui, c'est moins de 500, pas parce qu'on ne veut pas, parce
qu'on n'a plus ce financement-là, qui a duré trois
ans, et on n'a plus accès à ça, et on voudrait le faire. Il y a de la demande.
Les enseignants nous appellent pour recevoir. On est dans l'obligation
de décliner.
Alors,
dans les Fonds de recherche du Québec, s'il y avait un genre de programme comme
ça ou si le gouvernement du Québec
avait une ouverture à ça, je pense que ça serait très, très bien accueilli, là,
puis ça a des retombées importantes.
M. Drouin
(François) : Puis j'aimerais ajouter un point.
M. Skeete : Oui,
M. Drouin, parfait. Allez-y.
M. Drouin (François) : Un autre élément qui, je
crois, est manquant présentement, c'est la culture de la recherche dans les
cégeps, dans les collèges. Il y a peu... C'est assez récent, le fait de faire
de la recherche. Comme on disait tantôt, ça... les programmes collégiaux
ne... ça ne fait pas si longtemps que ça qu'ils existent. Donc, il y a peu de
culture de recherche encore. Donc, tout... Puis un des éléments qui vient
blesser cette culture de... ce manque de culture de recherche là, c'est
justement le fait que, bien, il y a un faible pourcentage des budgets de
recherche actuellement qui est accordé à la
recherche dans les collèges. On peut dire que c'est important, mais la vraie
façon de le démontrer, c'est en finançant puis en disant : C'est
vrai que ça a de l'importance, voici comment on vous encourage, voici comment
on vous soutient dans le développement de cette culture-là.
M. Skeete : Merci
beaucoup. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Je vais céder maintenant la parole au député
d'Abitibi-Est.
M. Dufour : Donc,
bonjour, merci beaucoup de votre présence. Écoutez, moi, j'ai eu le plaisir,
lorsque j'étais ministre des Forêts, de faire affaire avec les CCTT, et puis je
pense que c'est... c'était même pour moi aussi une découverte à ce moment-là.
Vous parlez, entre autres, le rétablissement... Puis, vite fait, si on regarde
sur le projet de loi, vous semblez très en lien avec ce que le ministre essaie
de présenter présentement, de préparer. Vous parlez de rétablissement du
programme de recherche collégial du FRNQ et puis... du FRQNT, plutôt, et la
situation de votre budget. Pouvez-vous nous en parler un petit peu davantage
pour, je pense, nous instruire un peu sur toute la problématique que vous avez
présentement?
M. Lesage (Michel) : Bien, tout d'abord, votre
première question sur le programme de recherche au collégial, il a été mis en
pause, en moratoire, parce que, vous n'êtes pas sans savoir, ou peut-être vous
ne le savez pas, il y a un grand
chantier sur la recherche au collégial présentement en cours. Donc, jusqu'aux
termes de ce chantier-là, le FRQNT a mis
son programme de recherche collégial en pause, en arrêt. Nous, on aurait
préféré qu'il attende les résultats du chantier avant de prendre une
décision, mais...
Donc, ce qu'on
aimerait, c'est que ce programme-là soit rétabli. Évidemment, il était... De
façon générale, les programmes destinés à la recherche collégiale au FRQ sont
de petite envergure. Les sommes étaient... Le nombre de projets financés était petit, la somme accordée par projet était petite.
Ça fait que, s'il était rétabli, on militerait en faveur d'une
bonification des enveloppes pour être capable de soutenir un plus grand nombre
de plus grands projets. Donc, ça, c'est le premier point.
Le
financement des CCTT, on sort d'un exercice budgétaire qui a été difficile pour
tout le monde, y compris pour nos membres.
La situation de nos membres, actuellement, avec le développement de nos
centres, là, nos centres ont... disposent maintenant de laboratoires,
d'équipements, d'infrastructures, de bâtiments, donc, de coûts de maintien de
ces équipements-là et de ces infrastructures-là, puis ont du personnel de plus
en plus qualifié, de haut niveau. Moi, j'ai
vu, là, ce réseau-là se développer au cours des 20 dernières années.
Alors, on a à faire maintenant des expertises de haut niveau.
Ces deux
phénomènes-là, là, d'être capable d'attirer et de conserver des expertises de
haut niveau puis des équipements qui sont
parfois comparables ou même avantageusement comparables à ceux de laboratoires
universitaires comparables font en sorte que nos centres... le
financement de base de nos centres est lacunaire, est... il ne fait plus
l'affaire. Donc, nos centres, actuellement, une portion importante dans notre
réseau est en difficulté financière. Dans la
dernière année, on pense que le tiers de nos membres a terminé en déficit.
Notre réseau s'autofinance à 85 %, donc, il peut compter sur 15 % de
financement de base de l'État. Il n'y a pas de réseau de recherche au Canada
puis au Québec, c'est fini, donc...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci.
M. Lesage
(Michel) : ...financement public insuffisant.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Je cède maintenant la parole au député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin :
Merci beaucoup, Mme la
Présidente. L'impact de ne pas avoir un rehaussement du financement,
pour vous, ça se traduirait comment?
M. Lesage
(Michel) : Des déficits, des mises à pied, le choix de projets plus
payants, moins payants, des projets auxquels on ne donne pas suite, des clients
auxquels on s'intéresse moins parce que c'est moins payant, une course effrénée — nos prédécesseurs en ont parlé — de projet en projet pour dégager des faméliques
marges de profit pour payer ce qui n'est pas financé dans le financement
de base, donc difficulté plus grande de s'impliquer dans le développement de
grands projets structurants, de parler à des partenaires économiques, de bâtir
des filières.
Vous savez, nos CCTT
sont partout sur le territoire. Alors, dans bien des cas, dans les régions, ils
sont au coeur des stratégies de
redéploiement puis de diversification économique. Alors, ça, pour faire bâtir
des grands projets économiques dans des régions dévitalisées, c'est du
temps, c'est de la concertation, c'est du montage de projets, c'est des
partenariats, c'est des alliances. Tout ça est... ne rapporte rien. Ça fait
que, donc, on est plus parcimonieux sur ces
choses-là. On s'investit moins, on fait un projet après l'autre pour essayer de
dégager des marges. Ça fait que c'est une course effrénée pour des
projets, pour des marges.
C'est déjà commencé,
les mises à pied. Alors, on a déjà des chercheurs qui ont quitté des CCTT, des
postes qui ont été non comblés, du personnel parfois administratif, parfois
scientifique. Quand on perd un chercheur qu'on a développé pendant 10,
15 ans, là, il ne s'en va pas au chômage, il s'en va travailler ailleurs,
on ne le reverra jamais. Ça fait qu'on a commencé, là, actuellement, cette
année, à déconstruire... à débâtir le réseau.
M.
Beauchemin : Puis est-ce que vous pourriez spéculer sur la raison du
pourquoi, cette année, ça a commencé? Est-ce
que c'est corrélé au ralentissement économique qu'on ressent dans tout le
Québec un petit peu ou...
• (16 h 20) •
M. Lesage
(Michel) : C'est sûr que le ralentissement économique occasionne
des... Les entreprises clientes retardent des décisions, on retarde des
projets, prennent moins de risques. Donc, plusieurs de nos centres nous disent,
effectivement, la décision de s'engager dans un projet d'un client tarde et est
remise à l'année d'après.
Ça fait que, oui,
c'est sûr que le ralentissement économique affecte nos membres. Puis l'autre
raison pourquoi ça arrive maintenant, bien,
en fait, si vous regardez juste une partie de nos chiffres, vous allez voir un
réseau qui est en développement. Vous allez voir un réseau dont le
chiffre d'affaires, là... tu sais, nous, on reçoit à peu près 25 millions
de financement public par année, de base, là, puis on génère à peu près
175 millions de chiffre d'affaires, d'où
mon 85 % tout à l'heure, là. Bien, si vous regardez ce 175 millions
là, là, au fil des années, il n'était pas... il n'était pas à cette
hauteur-là.
Donc, on a un réseau
qui se développe. Le problème, c'est qu'il se développe à perte, c'est que les
marges sont nulles, les financements ne
fonctionnent pas, les... on est payés au coûtant pour faire les projets, on a
le droit à des petits frais indirects
qui ne correspondent pas à nos besoins. Puis là, bien, nos centres ont atteint
un niveau de développement tel que,
là, les parcs d'équipements, le parc d'infrastructures puis le personnel de
haut niveau, bien, commencent à affecter ceux qui sont les plus
développés.
Mme Déziel
(Nancy) : J'ajouterais qu'historiquement, quand j'étais... je
présidais le réseau, il y a quelques années,
on avait signifié une problématique importante de financement des centres qui
ont des grandes infrastructures, et il y avait eu une injection de fonds de
278 000 $ par année par centre pour trois ans, et ces fonds-là se sont terminés
il y a un an et demi. Alors, c'est la disparition de ce fonds-là, ainsi que le
fonds TRIAL, qui était 100 000 $ par année, pour soutenir le transfert vers l'enseignement et les jeunes, qui nous a
mis en problème. Donc, ça, ce financement-là est disparu et crée un manque vraiment important chez les centres. Cet
argent-là était nécessaire. Alors là, on pige dans nos soldes de fonds,
mais j'ai discuté avec mes collègues, et nous arrivons dans le fond de nos
soldes de fonds, donc, d'où les mises à pied qui ont débuté, là. Ce n'est pas
facile.
M. Beauchemin : Je
comprends, je vous entends. Donc, il n'y a rien, aucune compensation
additionnelle qui a été faite par le gouvernement, là, si je vous entends bien.
M. Lesage (Michel) : Bien, aucune annonce...
M. Beauchemin : Le «peak» financier
de l'aide gouvernementale a été atteint, et là on redescend un peu.
M. Lesage (Michel) : Bien, aucune
nouvelle au budget. On attend l'exercice des crédits, voir le détail des
crédits accordés au financement des collèges. Puis le tiers de nos membres sont
des CCTT qui sont intégrés dans le collège, ce sont donc des employés de
collèges. Eux vont vivre avec la hausse des salaires, là, du... négociés dans
la fonction publique, là, mais on n'a aucune garantie que le financement va
suivre. Les collèges vont bénéficier d'un financement additionnel pour
compenser ces coûts de main-d'oeuvre là, mais nos employés à nous dans les
collèges ne sont pas partie prenante de cette formule de financement là. Alors,
on a une vingtaine de collèges, là, qui vont se trouver peut-être avec une
masse salariale rétroactivement augmentée pour une année qui est terminée.
M. Beauchemin : Le groupe qui vous a
précédé avait un objectif quantifié, là, de 10 %, au niveau du fonds de
recherche, qui devrait être envoyé au collégial. Si vous, vous aviez à spéculer
sur un acquis potentiel à obtenir de votre part, ce serait quoi à peu près au
niveau du pourcentage, selon vous?
M. Lesage (Michel) : Je dois vous
avouer qu'on n'a pas fait cette réflexion entre nous, ça fait que je
m'aventurai sur un chiffre, là, mais on pense qu'actuellement, dépendant de ce
qu'on regarde et ce qu'on considère, on est entre 1 % et 3 %. Alors,
toute augmentation serait la bienvenue. On sait que les temps sont difficiles
pour tout le monde, là, y compris pour ceux qui gèrent des fonds de recherche.
M. Beauchemin : OK. Bien, je vous
entends. On a eu effectivement, la semaine dernière, puis je vais prononcer
l'acronyme comme il faut, ACFAS, qui est venue nous parler de la recherche, là,
en français. Je voulais vous entendre sur ce
sujet-là, à savoir, de votre perspective à vous, de l'ensemble des
établissements sur lesquels vous êtes
associés, directement ou indirectement avec, là, la publication en français,
selon vous, est ce que ça représente 50-50, comme on a entendu l'autre
groupe nous mentionner?
M. Lesage
(Michel) : Je ne sais pas... je ne sais pas où ce chiffre-là
a été utilisé. Moi, je n'ai pas de chiffre, là, je n'ai pas de
dénombrement de publications.
Pour nous, l'enjeu se présente un peu
différemment. C'est la possibilité de faire affaire avec des clients ou des organisations clientes, parfois au Québec,
mais souvent hors Québec, là, et donc la possibilité de le faire dans la langue
de nos clients qui... Donc, il faut trouver des aménagements, là, il y a
des... il y a des voies de passage qui sont prévues,
là, mais qui ne sont pas toujours simples, pour être capables de faire de la
recherche avec des clients aussi, dans des contextes où le français
n'est pas nécessairement la langue première.
Mme Déziel (Nancy) : J'ajouterais
que ça dépend des disciplines. En sciences naturelles et en génie, c'est très difficile de publier en français. Alors, les
publications sont en anglais. Nos chercheurs publient, je dirais, au CNETE, j'ai
un peu honte de le dire, mais 100 % en anglais.
M. Beauchemin : Puis j'essayais de
comprendre, parce que j'essayais de me faire un ratio dans la tête de... pour
voir, dans un univers, là, où est-ce que... bon, je ne sais pas combien de
cégeps anglophones il existe, mais bon, on
aurait pu extrapoler que ça devrait représenter, théoriquement, pour être
équitable... le nombre de cégeps anglophones sur le nombre de cégeps
francophones devrait être le pourcentage d'écrits en anglais, mais c'est... Je
ne suis pas un scientifique moi-même, ça
fait que j'ai juste garroché ça comme ça, là, pour me faire un benchmark. Mais
qu'est-ce que vous penseriez qui pourrait être représentatif si... même si ce
n'est pas quelque chose qui est dans le domaine appliqué, là?
M. Lesage (Michel) : Bien, les
chercheurs, ils publient dans des revues qui offrent de la visibilité puis qui
sont des revues qui font avancer le champ de connaissance puis leur carrière
scientifique. Ça fait que le choix de la revue
puis... et donc de la langue, c'est souvent plus dicté par le domaine
d'activité puis la revue ou la publication qui a un retentissement, là.
C'est plus comme ça que ça se fait. Mais j'ajouterais la même chose que nos
prédécesseurs, le phénomène de publication, dans les collèges, est beaucoup
moins important que dans les universités. La majorité des projets qu'on fait se
font avec des clients, industriels ou non, et c'est... donc, les projets ne
requièrent pas toujours... en fait, pas
nécessairement souvent, non plus, une publication. Même, souvent, elle n'est
pas souhaitée, cette publication-là, par nos clients.
Ça fait que c'est un enjeu, publier davantage,
de valoriser davantage, là, mais le phénomène de publication scientifique, dans
le Réseau des CCTT, ce n'est pas... ça n'a pas le même poids puis la même
importance que dans le réseau universitaire,
puis c'est une des différences entre les deux domaines de recherche, là. On n'a
pas le même univers.
M. Beauchemin : Puis vous avez
mentionné, tantôt, une certaine... vous vouliez avoir une représentation sur le conseil d'administration du fonds de recherche.
Comment que... Comment cette personne-là de votre organisme serait
sélectionnée pour en arriver à être la représentante ou le représentant sur le
CA?
M.
Lesage (Michel) : Bien, comme, la plupart du temps, quand on a des
représentations, il y a un appel d'intérêt, il y a une discussion entre
nos membres. La question se poserait, de : Est-ce que c'est un CCTT membre
qui va porter la vision de la recherche
appliquée collégiale? Est-ce que c'est quelqu'un de la permanence du réseau
lui-même? Ça, ce serait une
discussion à faire dans nos instances. Mais généralement, pour un cas comme
celui-là, là, qui va susciter de l'intérêt puis qui est important
stratégiquement, il y aurait une discussion dans nos instances, là.
M. Beauchemin : OK. On a eu un
groupe, qui est venu nous parler la semaine dernière, qui parlait d'établir un ratio du produit intérieur brut qu'on aurait
dépensé, comme économie, là, sur la recherche, appliquée ou fondamentale,
ce n'était pas spécifique, je pense que c'était l'ensemble. Alors, bon, c'est
sûr que je comprends l'aspect que la recherche fondamentale a une très longue
piste d'atterrissage pour en arriver à avoir, peut-être, une application,
éventuellement, un jour, là, mais, d'un côté ou de l'autre, en bout de piste,
l'objectif est d'améliorer notre productivité dans son ensemble.
Selon vous,
quel serait un genre d'indice de référence comme... parce qu'on a mentionné
3 % comme étant peut-être le chiffre qui serait un objectif noble,
pour le Québec, là, d'avoir. Qu'est-ce que vous en pensez, vous?
M. Lesage
(Michel) : On n'a pas fait de réflexion dans nos instances
là-dessus. Avez-vous une idée, une opinion?
Mme Déziel
(Nancy) : En fait, le 3 %, c'est le chiffre qu'on
entend de la part des chercheurs du domaine, mais on n'a pas été plus
loin que ça.
Mme Licois (Aurélie) : Bien, je
pense qu'on peut renchérir là-dessus. Effectivement, 3 %, c'est la valeur
du PIB dans les pays qui sont, comme ce qui a été dit la semaine dernière, les
top guns, là, donc, vraiment les pays numéro un qui sont dans... qui sont
nommés pour la recherche. Donc, si vous cherchiez un benchmark l'autre jour, bien là, on l'a, c'est 3 %. Donc, c'est
minimalement 3 %. Présentement, je pense qu'on est peut-être à 2 % au
niveau du Québec, donc, on accuse un retard de ce côté là.
M. Beauchemin : Puis une des choses
qu'on a tendance à faire, là, nous autres, ici, là, c'est d'essayer de se comparer, d'avoir des indices de référence,
d'essayer de comprendre comment qu'on définit le succès, là. Puis, dans votre cas
à vous, plus spécifiquement, ici, on parle d'aider la... dans l'appliqué, là, à
réaliser des gains de productivité. Puis je ne sais pas... Je vous comprends,
là, je vous entends puis je suis certain que c'est la réalité. J'essaie juste
de me dire... Comment peut-on mesurer le succès? Est-ce que vous êtes capables
de le quantifier, d'une certaine façon, dire :
Par rapport à la façon que ça s'est fait avant, notre client, si on peut
l'appeler ainsi, a été capable d'augmenter sa productivité de 8 %,
puis là vous faites un sondage, vous êtes un nouveau client puis vous arrivez à
un chiffre point? Est-ce que vous avez ce genre d'exercice là, pour qu'on
puisse, nous, être capables de voir qu'est-ce que ça donne?
• (16 h 30) •
Mme Déziel
(Nancy) : Actuellement, on a fait faire une étude, puis un
dollar investi dans un CCTT en génère 12 vers l'industrie, donc c'est quand
même des retombées extrêmement importantes. Si je parle de mon centre, parce
que je connais ces chiffres-là en
particulier, chez nous, 85 % de ce qu'on a fait depuis 15 ans, on l'a
rendu aux marchés. Donc, c'est très concret, et puis on collabore,
chaque année avec une quinzaine d'universités, dont à peu près toutes les
universités québécoises. On regarde ce qu'elles font, on adapte, on rend aux
marchés. C'est ça, notre fonction. Comment on pourrait calculer ça? C'est le
défi. Vous l'avez dit, le sondage, c'est quand elles y répondent, à nos
entreprises, puis, des fois, elles ne font pas toujours le lien.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. C'est tout le temps que nous avions.
Maintenant, je vais céder la parole au député de Maurice-Richard.
M.
Bouazzi : Merci beaucoup. Très heureux de vous rencontrer ou
de vous rerencontrer, n'est-ce pas? Peut-être une première question pour continuer
sur la question que j'ai posée juste avant, et malheureusement on n'a pas eu de
réponse, mais je vais vous poser la même question. On sait qu'une des questions
qui se pose sur le CA, le groupe avant vous voulait qu'il y ait des personnes
sur les CA. Je comprends qu'aussi, de votre côté, il y a une volonté de
participer à la gouvernance de ces fonds. Le fait de pouvoir avoir accès à ces
fonds-là en tant que chercheur, est-ce que ça devrait être quelque chose qui
définirait le fait d'être pas indépendant, si on veut?
M. Lesage (Michel) : Bien, en fait,
si c'était un gestionnaire ou une direction de centre qui étaient là, ils ne font pas de recherche, ne portent pas de projet.
Si c'était quelqu'un du réseau, de la permanence du réseau, même constat,
même indépendance. C'est sûr que c'est difficile, surtout dans une situation
comme celle du Québec, de s'intéresser à la
recherche, d'en connaître un bout, d'avoir une contribution à apporter et de
n'être lié d'aucune manière à la recherche qui est réalisée au Québec.
Bonne chance si on arrive à y arriver.
Ça fait que l'idée, c'est d'avoir des gens qui
sont capables d'apporter une perspective. Dans celle que nous proposons, nous, c'est la perspective de la
recherche appliquée et réalisée avec des milieux preneurs dans les collèges et
non pas nos membres. Mais je comprends que...
M.
Bouazzi : J'entends évidemment qu'il y a des gens qui n'ont
pas quelque chose... qui ne vont pas demander eux-mêmes et, encore là,
parce qu'ils auraient un intérêt à recevoir, évidemment, des fonds du FRQ, même
s'ils ne sont pas chercheurs, mais qu'on exclut des gens
parce qu'ils pourraient avoir bénéficié ou être en train de bénéficier d'un
fonds, ne serait pas quelque chose qui toucherait à leur indépendance. Parce que
je vous avouerais que moi, j'ai été très
étonné que ce soit un critère, l'indépendance. Je travaillais dans une
institution où la question de la gouvernance était très importante et il
arrivait parfois que quelqu'un doive se lever et sortir parce qu'il y avait une
prise de décision où il était en conflit
d'intérêts. Ça arrive, là, mais de là à exclure les gens de la possibilité même
d'être sur un CA, j'ai trouvé ça quand même beaucoup, là, honnêtement.
Je ne sais pas...
Mme Déziel (Nancy) : Si je peux me
permettre, je peux compléter la réponse. J'ai été vice-présidente du conseil d'administration des Fonds de recherche du
Québec — Nature
et technologies puis je suis au conseil d'administration du conseil national de recherche en sciences et en
génie du Canada. Dans ces fonds-là, on n'approuve pas les projets un par un. Donc, ce sont des
comités d'évaluation qui notent les projets. Il y a un comité multipartenaires
qui «rank» les projets, qui, bien entendu,
n'a pas de projet dans ce concours-là, et le conseil d'administration approuve
en blocs. Donc, les gens ne savent pas ce
qu'ils approuvent, ils ne savent pas s'ils sont dedans ou s'ils ne sont pas
dedans. Donc, il n'y a pas de conflit
d'intérêts possible. Maintenant, si la réglementation propose ça pour la saine
gouvernance, bien, je pense qu'il y a toujours possibilité de s'ajuster,
là.
M. Bouazzi : OK. Il me reste peu de
temps. Un des gros sujets qui nous est venu des différents groupes, c'est de
dire : Mais comment est-ce qu'on est capable de garantir qu'il n'y ait pas
un des trois fonds ou même deux sur trois,
des trois fonds, qui se retrouvent à être pénalisés? Est-ce que vous... Je
comprends que vous êtes d'accord avec le fait de faire de la collaboration, etc., mais qu'on garantisse un certain
pourcentage pour ces fonds-là dans la gouvernance, est-ce que vous
seriez contre, par exemple?
M. Lesage (Michel) : On a même écrit
dans notre mémoire, nous, on veut des garanties sur le maintien des
financements dans les trois secteurs. Évidemment, celui qui nous préoccupe le
plus, c'est Société culture. C'est lui qui
est le plus susceptible d'écoper, là, s'il y avait des choix. Puis ça, c'est
important, c'est crucial pour nous. 11 de nos membres sont en pratique
sociale novatrice, là, on est... On a parlé de productivité tout à l'heure,
mais ce n'est pas le seul résultat à attendre de la recherche appliquée. Ce ne
sont pas que des gains de productivité qu'on vise, là. Donc, la mesure du
succès, là, c'est... elle est complexe et elle ne peut pas se mesurer
uniquement qu'en productivité.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Je vous remercie infiniment pour votre
contribution à nos travaux.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre aux prochains témoins de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 35)
(Reprise à 16 h 41
)
La Présidente (Mme Tremblay) : Alors,
nous allons maintenant reprendre les travaux. Donc, je souhaite la bienvenue au Pr Vincent Larivière. Je vous
rappelle, M. Larivière, que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé,
puis après nous allons procéder à une
période d'échange avec les membres de la commission. Alors, si vous êtes prêt,
je vous invite à débuter votre présentation. Merci.
M. Vincent Larivière
M.
Larivière (Vincent) : Super. Bien, écoutez, merci beaucoup, Mme la
Présidente. Mmes et MM. les députés, merci de me donner l'opportunité de
dire quelques mots sur le projet de loi n° 44. Donc, moi, je suis
professeur de sciences de l'information à l'Université de Montréal. J'ai été à
une chaire UNESCO sur la science ouverte. Je suis également directeur
scientifique du consortium Érudit, qui est une plateforme de diffusion de
revues, puis directeur scientifique adjoint
de l'Observatoire des sciences et des technologies. Donc, moi, j'étudie la
communauté scientifique depuis une vingtaine d'années, les différentes
politiques scientifiques, de la façon dont la recherche s'est réorganisée, puis
j'ai été membre du conseil d'administration du FRQSC, de 2016 à 2023.
Donc, passer dernier dans une commission comme
celle-ci permet de... bon, d'avoir vu quand même certaines tendances qui se sont dégagées dans les interventions. Je vais
essayer de ne pas trop répéter ce qui a déjà été dit, mais je vais quand
même faire écho à certains éléments. Je vais essayer aussi d'amener d'autres
points.
Donc, moi,
dans l'ensemble, là, je dirais en tant qu'expert, j'ai quand même des réserves
sur le projet de loi n° 44, et ce n'est pas clair, pour moi, en
quoi vraiment il améliore des structures de soutien à la recherche dans la
province. Puis même que, dans certains cas, j'ai certaines craintes que ça
pourrait, en fait, mettre en péril des facettes qui vont plutôt bien. Donc,
j'ai un certain nombre de recommandations, quatre, qui visent à assurer, en
fait, trois points. D'une part, le
développement de programmes de financement qui reconnaissent la spécificité des
pratiques de recherche et de diffusion des connaissances de chacun des
trois grands domaines. Deuxièmement, d'assurer l'indépendance du champ scientifique dans la gestion de ces
programmes de financement. Puis enfin de reconnaître le secteur d'enseignement
supérieur comme étant le lieu où, en gros, la recherche scientifique se fait et
la formation à la recherche se fait.
Donc, ma première recommandation, c'est de
maintenir trois fonds et trois conseils d'administration qui sont distincts.
Les trois fonds actuels ont été créés il y a une vingtaine d'années dans la
refonte des fonds FCAR, CQARS et FRQSC. Ils ont été
cristallisés dans la refonte de 2011 avec la création du poste de Scientifique
en chef. Cette structure de financement là, qui a d'ailleurs, hein, je le
répète, l'appui de la communauté de recherche québécoise, ça répond au besoin
de prendre en compte les spécificités disciplinaires, en gros, des sciences
naturelles, des sciences sociales et des sciences de la santé. En fait, les trois
domaines qui sont couverts par les trois fonds ont des pratiques de
collaboration différentes, une division du travail qui est différente, des
pratiques d'interdisciplinarité qui sont différentes, des pratiques
d'évaluation de la recherche et de modes de diffusion qui sont très, très, très
différents.
Mais, dans tous ces domaines-là, il y en a quand
même un qui est un peu plus fragile que les autres, et c'est celui des sciences sociales et humaines. Souvent,
la recherche est publiée dans des revues nationales et elle s'intéresse
à des objets qui sont propres au Québec, et souvent c'est en langue française.
Et quand je dis que c'est le domaine le plus fragile, il faut voir que les
domaines des sciences sociales et humaines regroupent plus de la moitié des étudiants
aux cycles supérieurs au Québec, mais reçoivent 25 % du financement de la
recherche qui est donné par les fonds, et groupent aussi près de la moitié des
professeurs, 48 %.
Donc, la fusion des fonds sous un seul conseil
d'administration, qui aurait par ailleurs une très faible représentation du
monde académique, est en fait susceptible d'affaiblir encore davantage les
domaines des sciences sociales et humaines et de réduire, d'une certaine façon,
la place de la diffusion en français puis de la recherche sur le Québec, des domaines, encore là, qui semblent
être très chers à ce gouvernement. Donc, je recommande de maintenir la
strucutre des fonds de recherche actuels.
Ma deuxième recommandation a rapport à la
participation des membres du champ scientifique au conseil d'administration.
Donc, l'histoire des sciences a clairement montré que les scientifiques sont à
même de contribuer davantage à l'économie, à la société et à, bon, différentes
sphères pour lesquelles on décide d'avoir des scientifiques dans notre société,
lorsqu'ils sont essentiellement indépendants. Puis cette autonomie-là, elle a
été reconnue par le gouvernement du Québec par la Loi sur la liberté
académique. Donc, bien que je reconnaisse la nécessité d'un gouvernement de se
soumettre aux lois qu'il a lui-même créées, puis par là j'entends la Loi sur la
gouvernance des sociétés d'État, il me semble que les fonds de recherche sont
d'une nature qui est intrinsèquement différente à celle de Loto-Québec,
Hydro-Québec ou de la Société des alcools, où le conflit d'intérêts, on
pourrait dire, prend une tout autre forme.
D'une certaine façon, on peut dire que les Fonds
de recherche du Québec sont un peu victimes de leur succès ici, dans le sens où
à peu près tous les scientifiques actifs dans la province vont avoir un certain
rattachement aux fonds, que ce soit via les regroupements stratégiques, les
équipes ou les faits qu'ils ont... le fait qu'ils ont été financés, à un moment
donné. Donc, la nécessité ici de se conformer aux exigences de la Loi sur la
gouvernance des sociétés d'État aura pour effet de priver la communauté
scientifique de sa capacité à contribuer, de par son expertise, aux décisions
relatives à l'organisation de la recherche dans les trois domaines.
Et là je suis allé faire une petite analyse pour
voir, bien, ils font quoi, les organismes subventionnaires comparables à
l'échelle internationale. Est-ce qu'ils ont effectivement des CA qui sont
composés de membres du champ scientifique ou des... principalement des CA
composés d'externes? Donc, je suis allé voir ce qui se fait dans le reste du
Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie, et il n'y a aucun des CA
qui respecterait une loi analogue à celle de la gouvernance des sociétés
d'État.
Aux
États-Unis, à la National Science Foundation, qui a un budget de
10 milliards de dollars, c'est plus de 70 % des membres
du CA qui sont des académiques affiliés à des universités. Au CRSH, aux trois
conseils fédéraux, c'est une très grande
majorité, là, on parle de 78 %... plus, en fait, plus de 80 %, au
CRSH et au CRSNG et 63 % aux IRSC. Et c'est ce qui est intéressant, aux IRSC, c'est qu'il y a un seul
membre qui ne fait pas partie, si vous voulez... ou disons qui fait partie d'une sphère qui est un peu plus
privée, c'est un consultant indépendant. Parce qu'on est bien conscient qu'ici le conflit d'intérêts fonctionne davantage
de l'autre côté, où les compagnies pharmaceutiques pourraient influencer
la recherche qui se fait dans les universités.
Donc, compte tenu des conséquences, on pourrait
dire, de l'autonomie scientifique, de la conformité à la Loi sur la gouvernance
des sociétés d'État et de la définition quand même assez restrictive qui a été
adoptée, là, quant à c'est quoi, un membre
indépendant, je recommande d'assurer, en fait, une représentation majoritaire
de membres de la communauté au sein des CA et de sérieusement
reconsidérer la place des Fonds de recherche du Québec sur la liste des
sociétés d'État.
Ma troisième
recommandation touche le rattachement des fonds de recherche au ministère de
l'Enseignement supérieur. Et là il faut se rappeler c'est quoi, la
mission des Fonds de recherche du Québec. C'est essentiellement de soutenir le
développement stratégique et cohérent de la recherche scientifique au Québec.
Elle se fait où, la recherche scientifique?
Bien, elle se fait essentiellement dans les universités. C'est le cas dans à
peu près tous les pays du monde où,
en gros, 90 % de la recherche, elle est faite dans le monde universitaire.
C'est la même chose au Québec et c'est vrai dans à peu près tous les
domaines.
Donc, quand on prend les domaines des sciences
de la santé, des sciences sociales et humaines, et même dans les domaines un
peu plus appliqués que sont la chimie et la physique, on est à plus de
80 %, en fait, de ce qui se fait au sein des universités. C'est un peu
plus bas en biologie, et la recherche qui se fait là, ce n'est pas dans le secteur privé, elle se fait dans le secteur
gouvernemental. Donc, puisque la recherche, elle est au coeur des activités des
universités et que les universités sont responsables de la
quasi-totalité de ce qui se fait dans la province, il me semble beaucoup plus
approprié et, encore là, cohérent que les activités de financement de ces... de
la recherche soient au sein du ministère de
l'Enseignement supérieur. Et je rappelle, encore là, les craintes relatives aux
pressions des milieux économiques sur la recherche et, encore là, de
l'importance qui a été accordée par ce gouvernement au concept de liberté
académique. Il me semble que ce rattachement-là serait beaucoup plus logique.
Et enfin, mon dernier
point, je vois que je suis dans les temps, en tout cas, je pense, ça a rapport
avec le statut de Scientifique en chef ou le poste de Scientifique en chef.
Donc, il y a quand même des débats assez récents qui auraient besoin d'une contribution de la science, qu'on pense au projet
Northvolt et d'autres, et ça nous montre, en fait, qu'on a besoin
d'avoir des structures indépendantes qui permettent d'aviser les différents
paliers de gouvernement sur différents projets. Donc, dans ce contexte-là, je
suis extrêmement heureux de voir que le poste de Scientifique en chef ne sera
plus seulement que de gérer des activités de recherche, mais aussi de donner du
conseil scientifique aux différents paliers de gouvernement. Mais dans ce
contexte-là, il faut aussi revoir un peu le processus de nomination du
Scientifique en chef, et je pense que ce comité-là devrait avoir une dominance
de scientifiques. Donc, si on veut avoir le
scientifique qui est, on pourrait dire, le plus représentatif, qui a le soutien
de la communauté scientifique, bien, il devrait y avoir, au sein de ce
comité-là, un certain nombre de scientifiques.
• (16 h 50) •
Il faudrait aussi probablement spécifier, dans
le projet de loi, qu'effectivement il n'y a pas un scientifique en chef qui peut connaître tous les domaines. Donc,
son rôle ne sera pas de donner nécessairement de l'expertise lui-même
tout le temps, mais d'être capable d'aller coordonner l'expertise scientifique
au sein de la province. Donc, voilà, je m'arrête ici. Merci beaucoup pour votre
temps et au plaisir de discuter.
La Présidente (Mme Tremblay) : Merci
pour votre présentation. Alors, nous allons maintenant commencer la période
d'échange. Alors, je cède la parole à M. le ministre.
M. Skeete : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Content de vous revoir et aussi à ce siège. Félicitations.
Donc, M. Larivière, merci de prendre le
temps d'être avec nous aujourd'hui. J'ai quelques questions en lien avec votre
intervention puis votre mémoire. Puis d'ailleurs, merci de prendre le temps de
venir vous joindre à nous aujourd'hui. Je veux vous rassurer sur quelques
notions. Vous savez, on a entendu différents groupes venir nous dire, en lien
avec l'indépendance du Scientifique en chef : Bien, on devrait peut-être
le faire nommer par les deux tiers de l'Assemblée nationale. Or, on se replie
sur votre point de vue, que l'Assemblée nationale, bien qu'elle est remplie de gens compétents et qualifiés, ce ne sont pas tous
des scientifiques. Et je pense que, justement, une des réponses qu'on avait données à cette question-là, c'était de
dire : oui, mais comment on fait pour s'assurer que cette bonne personne
là va être vraiment quelqu'un qui va être respecté par ses pairs? C'est
justement d'avoir une nomination par ses pairs, avec un comité
sélectionné parmi ses pairs. Donc, je veux vous rassurer, c'est l'intention,
que les futurs Scientifiques en chef soient
nommés par une équipe de gens crédibles du domaine scientifique, qui sont... en
bout de ligne, qui vont aboutir à une nomination d'une personne qui est
respectée par ses pairs. Je pense qu'on ne s'en sort pas, là, tu sais. Puis je vous... j'oserais dire, même, si on ne
voudrait pas le faire, je pense que ça ne marcherait pas. Je pense que les
scientifiques n'accepteraient pas ça, et cette personne-là ne serait pas
crédible. Alors, c'est même une démarche que je... Je ne vois pas comment on
pourrait faire autrement. Donc, je veux vous rassurer là-dessus, c'est
l'intention du gouvernement.
Je veux vous amener sur votre suggestion par
rapport au CA. Vous savez, la Loi sur la gouvernance des sociétés d'État vient mettre certaines balises
pour les CA, mais, à mon sens, ce que vous exprimez comme inquiétude, ce
n'est pas vraiment le lieu du CA d'avoir ces inquiétudes-là. Pour moi, un CA
assure une gouvernance d'une institution,
mais qui n'est pas dans le jour à jour. L'exemple que je vous donnerais, ça
serait quand on parle des conseils d'administration de l'école des
pompiers ou l'école de la police. Ce n'est pas nécessairement parce que ça
touche la police qu'il faut que le CA soit rempli de personnes de police, au
contraire, en fait. Si on veut avoir une police qui représente la société, on
veut avoir un conseil qui, oui, est rempli de gens qui connaissent le domaine
policier, qui connaissent les enjeux, mais qui ne sont pas nécessairement liés.
Puis de l'autre côté, d'avoir des gens qui sont
strictement liés, bien, dans le projet de loi, même si le conseil
d'administration est rempli d'indépendants, dans la notion de la Loi sur la
gouvernance des sociétés d'État, ça ne veut pas dire que ces personnes-là ne
sont pas qualifiées. La notion d'indépendant veut juste dire que la personne n'est pas liée par un financement direct. Il n'y a
rien qui empêche un recteur ou quelqu'un qui... ça fait quelques années qu'il n'a pas reçu de financement, à siéger là.
Donc, il ne faut pas confondre indépendant par... par manque d'un autre mot,
incompétent, là. Ça va être des gens qui comprennent ça qui vont y siéger.
Donc, je veux
juste vous dire un peu, moi, quand je parle de conseil d'administration. où je
loge. J'aimerais vous entendre sur la manière que je vois le monde puis
peut-être avoir une réaction de votre part.
M. Larivière (Vincent) : Merci
beaucoup, M. le ministre, pour votre commentaire. Bon, par rapport à votre
premier point, bon, donc, je prends pour acquis que ça va être écrit un peu
plus en détail dans la... l'autre mouture du projet
de loi, sur la composition de ce comité-là de pairs, parce que, bon,
effectivement, ce n'était pas très présent dans cette version-là. Donc,
c'est une bonne nouvelle.
Bon, par rapport au CA des trois fonds, bon, on
est... on est retourné voir la liste des sociétés d'État, puis effectivement,
les fonds n'étaient pas là avant 2022, donc n'avaient pas à se soumettre à
cette règle-là. Donc, de mon point de vue, je ne sais pas encore tout à fait ce
qu'ils font là puis je n'ai pas de solution en ce sens où je ne sais pas dans
quelle autre catégorie ils pourraient être, mais ils ont déjà été dans une
autre catégorie.
Maintenant,
en termes de membres, de membres indépendants, et tout ça. Écoutez, pour avoir
siégé sur ces CA-là, ce sont des CA qui donnent quand même du contenu aux
fonds. Ce sont des CA qui sont, d'une certaine façon, composés de gens
qui sont actifs dans le système et qui sont capables d'informer le Scientifique
en chef et les directions scientifiques sur quels programmes devraient être
créés et, bon, comment on devrait diviser la tarte, on pourrait dire, du financement. De penser que ces gens-là sont en conflit
d'intérêts, s'ils reçoivent du financement, je pense que c'est mal connaître la
façon dont le financement est octroyé, qui est octroyé par des comités de pairs
qui sont complètement indépendants du conseil d'administration, et le CA ne
voit même pas les décisions de financement qui sont prises. Donc, je vous
entends bien quant au fait que vous voulez qu'il y ait des académiques quand
même sur ce comité-là.
Maintenant, j'ai une crainte, moi, que ce soit
un CA qui soit composé, en grande partie, de gens qui sont plus actifs en recherche et qui sont plutôt loin du
terrain, et que ça va influencer la capacité, en fait, à bien financer la
recherche et à créer des programmes qui répondent aux besoins de la
communauté.
M. Skeete : Puis merci pour cette
réponse-là, ça me permet de mieux cerner l'inquiétude. Ça fait que, oui, ça me
fait beaucoup réfléchir. Merci.
Je vous dirais, moi, où est-ce que j'insiste,
puis je pense que c'est une bonne idée, c'est pour dire : En fait, c'est
la norme en termes de gouvernance. Tous les chercheurs, tous les scientifiques
en gouvernance nous disent que c'est la façon de procéder. Puis, en fait, de
faire le contraire, ça serait d'aller contre les données qui nous démontrent que l'indépendance, c'est vraiment la clé pour des
conseils d'administration. Donc, je ne sais pas si on va être d'accord,
mais, en fait, c'est les données empiriques qui nous allument pour dire :
C'est comme ça dans toutes les sociétés puis toutes
les bonnes pratiques de gestion nous amènent vers ça. Par contre, je tiens
absolument à vous rassurer, on veut quand même avoir des gens compétents. Ce n'est pas parce qu'on est indépendant
que ce n'est pas des gens qui comprennent le domaine. Mais j'aimerais vous entendre sur la suggestion qui a été
faite par plusieurs personnes sur les sous-comités.
Est-ce que vous voyez un signal, au moins,
d'espoir, à l'intérieur de ce désir-là, dans les sous-comités, de dire: Bien
là, si on comprend que la gestion du fonds au complet va être gérée par un
conseil d'administration, bien sûr, pour les
questions qui touchent vraiment précisément la science puis le contenu, mais,
bien sûr, on veut avoir des gens qui connaissent ça. Donc, les
sous-comités, vous voyez ça comment?
M. Larivière (Vincent) : Bien, je
veux quand même répondre à votre première intervention sur la norme
internationale. Comme je l'ai écrit dans mon mémoire, ce n'est pas la norme
internationale. La norme internationale, quant aux CA d'organisation, de
financement de la recherche, c'est des membres académiques. Donc, vos experts,
malheureusement, amalgament, je pense, des CA d'entreprises publiques, comme
Hydro-Québec, avec des CA d'organismes de financement comme les fonds de
recherche. Puis ce qui est vrai pour Hydro-Québec n'est pas nécessairement vrai
pour les fonds. Ce n'est pas parce qu'on a rattaché ça à un concept de société
d'État que ça...
Donc, malheureusement, je m'inscris en faux et
j'aimerais beaucoup qu'on me montre une donnée empirique qui me contredit
là-dessus. Donc, je ferme cette parenthèse-là, mais...
M. Skeete : Mais, en fait, avant que
vous fermez la parenthèse, j'aimerais rebondir. Si je comprends bien, puis
c'est important que je vous comprenne bien, là, ce n'est pas parce que... Ça
fait que, si je comprends bien, dans le
fond, ce que vous dites, ultimement, c'est : Bien, je comprends que la Loi
sur la gouvernance des sociétés d'État existe, puis elle est peut-être bonne pour d'autres, mais en ce qui a trait à la
recherche, puis moi, puis nous, bien, ça ne devrait pas nous concerner, ces pratiques de gouvernance
là, parce que les scientifiques, dans les conseils d'administration, sont différents
des autres. Puis la gouvernance, quand on parle de gouvernance pour les
autres... mais, pour vous, c'est différent. Je dois conclure qu'en matière de
recherche, c'est différent.
M. Larivière (Vincent) : Je vous
dirais que la norme internationale, dans la gouvernance des organisations qui
financent la recherche, elle est composée majoritairement de scientifiques.
M. Skeete : Bien, on dit la même
chose, là, parce que moi, ce que je sous-entends... Je veux juste être clair
parce que...
M. Larivière (Vincent) : ...actif.
Mettons, si on prend la...
M. Skeete : OK, actif. Je comprends.
M. Larivière (Vincent) : ...ce sont
des gens qui sont financés, hein? On parle de présidents d'université, on parle
de chercheurs qui sont directeur ou directrice de centre de recherche. Donc, ce
sont des individus qui sont... dont les organisations auxquelles ils sont
affiliés reçoivent du financement, et ça, c'est la norme internationale. Mais
c'est différent, j'en conviens, pour une organisation comme la SAQ, qui a des
fournisseurs, qui génèrent des revenus pour
l'État. Ce n'est pas ça avec les fonds. Donc, on a amalgamé ça alors que ce
sont des missions qui sont complètement différentes, et je pense que la
gouvernance doit être différente.
• (17 heures) •
M. Skeete : Je comprends. Ça fait
que, dans le fond, moi, ce que je conclus, ce que je comprends de notre échange, c'est que la notion d'indépendant, pour
vous, elle diffère de nous, qu'est-ce qu'on considère indépendant, parce que,
pour vous, indépendant, ce n'est pas actif. Dans le fond, moi, je dis, on peut
être un scientifique compétent, qui a de l'expérience, qui a une
contribution, mais vous, vous dites : Oui, mais si on l'exclut parce qu'il
n'est pas actif, pour moi, c'est trop... c'est une trop grande restriction.
Puis moi, je dis le contraire. Dans le fond, elle est là, la différence, entre
ce qu'on voit dans ce conseil d'administration là.
M.
Larivière (Vincent) : Je ne suis pas sûr que je saisis, mais, bref, je
pense, une définition de...
M. Skeete : Oui.
Je vais le redire. Je comprends que je n'étais pas... je n'étais pas clair.
Bon, dans le fond, la seule différence entre vous et moi, c'est que, pour moi,
le conseil d'administration va être représenté de gens compétents, qui ont de
l'expérience, qui sont des scientifiques. La seule différence, c'est que, dans
mon cas, étant indépendants, ils ne risquent pas d'être actifs. Vous, vous
dites : Voilà le problème que j'ai avec cette notion-là.
M. Larivière
(Vincent) : Je dis essentiellement que vous ne trouverez pas des gens
qui n'ont pas... qui sont actifs en recherche ou qui auront... qui sont encore dans
le système puis qui n'auront pas un lien à quelque part avec les fonds parce
que les fonds ont trop bien fait leur travail au cours des 20 dernières
années.
M. Skeete : Je
comprends. Merci pour cette clarification-là.
M. Larivière
(Vincent) : Puis par rapport à votre rôle des sous-comités...
M. Skeete : La
sous-question, oui.
M. Larivière
(Vincent) : Oui, oui, exactement, qui est intéressant. Effectivement,
c'est un moindre mal, mais il faut que ces comités-là aient des dents. Et puis,
dans une version antérieure d'un projet de loi analogue, qui date de 2011, les comités sectoriels avaient des
pouvoirs qui étaient clairs. Puis moi, je vous inviterai à aller voir ce qui
avait été écrit à l'époque, où essentiellement les comités sectoriels étaient
responsables des orientations disciplinaires des
fonds. Mais là, ultimement, ces comités sectoriels là ont un pouvoir qui est
analogue à celui d'un CA. Et donc pourquoi ne pas avoir trois CA? C'est
un peu ça, mon interrogation.
M. Skeete : Je
comprends. OK. Parfait. Mais vous voyez ça d'un bon oeil, puis, pour vous, il
faut que ça aille du mordant.
M. Larivière
(Vincent) : Bien, il faut que ce soit un peu plus que «il y aura des
comités sectoriels». Il faut dire qu'est-ce qu'ils vont en faire et quels
seront leurs pouvoirs.
M. Skeete : J'aimerais
vous entendre parce que vous avez été une personne qui s'est beaucoup exprimée
sur la recherche en français. Vous êtes, en fait, très connu pour ça.
J'aimerais vous entendre là-dessus puis surtout, là, le... bien, l'importance de la recherche en français, les défis de la
recherche en français, j'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Larivière
(Vincent) : Bien, écoutez, la recherche en français, c'est un défi
constant... bien, disons que c'est un défi depuis une quarantaine d'années.
C'est à peu près disparu dans les domaines des sciences naturelles et des
sciences médicales. Dans les sciences sociales et humaines, c'est encore une
part importante de ce qu'on publie au Québec, mais c'est en déclin depuis une
vingtaine d'années. Pourquoi? Bien, parce qu'on ne lui a pas donné de valeur,
hein, la... il n'y a pas de langue qui est vraiment meilleure qu'une autre pour
diffuser des connaissances. Mais au Québec, si on parle français, c'est, on
pourrait dire, la langue naturelle avec laquelle on pourrait diffuser nos connaissances et c'est celle qui va donner le plus
accès aux connaissances à la population de la province. Donc, on n'a pas
donné d'importance à ça. Donc, il y a un bon travail à faire pour s'assurer, on
pourrait dire, d'une reconnaissance au moins égale de la publication en
français à celle de la publication en anglais.
Il n'y a pas
grand-chose là-dessus dans le projet de loi, là. Je comprends que ce n'est pas
le but de ce projet de loi là, mais ma crainte, c'est qu'en fusionnant les
trois conseils, la discipline qui est la plus susceptible d'être affectée,
bien, c'est celle qui est un peu différente des autres, c'est les sciences
sociales et humaines qui, par ailleurs, publient
en français. Donc, une crainte que les spécificités de cette discipline-là
soient affectées par un fonds qui va être, avouons-le, dominé par des
disciplines des sciences naturelles et médicales.
M. Skeete : Puis
c'est intéressant ce que vous dites, parce que comment vous... comment vous
faites pour arriver à cette conclusion-là,
quand on sait que les enjeux contemporains nécessitent cette
interdisciplinarité-là qui fait en sorte que les sciences sociales, un, n'ont
jamais été aussi financées et, deux, sont... ont été aussi importantes dans le discours
public, politique, et même en recherche.
M. Larivière
(Vincent) : Bien, l'interdisciplinarité, je suis content que vous
m'ameniez sur ce terrain-là parce qu'il faut voir ce qu'on entend par ça. Il y
en a beaucoup d'interdisciplinarité qui se produit entre la sociologie puis
l'économie, entre l'histoire puis la philosophie, mais ça, ça se passe à
l'intérieur des sciences sociales.
L'interdisciplinarité,
qu'on appelle ici intersectorialité, là, entre la physique puis la philo, ou la
physique puis la socio, il n'y en a pas des
tonnes. Donc, les structures actuelles, à mon avis, permettent
l'interdisciplinarité qui existe et qui fonctionne entre des disciplines
qui sont au sein de secteurs... on pourrait dire au sein du même secteur. Je ne
dis pas qu'il n'y a pas
d'interdisciplinarité un peu plus lointaine entre la médecine et la physique,
ça, j'en conviens, il y en a, mais ça me semble un argument plutôt
faible par rapport aux désavantages que la fusion pourrait apporter.
M. Skeete : Je vous dirais, un des
enjeux qu'on voit dans la société contemporaine, c'est surtout de... plus on
avance, plus les différents secteurs se chevauchent, que ça soit l'éthique et
l'intelligence artificielle, que ça soit la santé et la
socioéconomie. Alors, pour moi, c'est important de regrouper et de ramener ces
gens-là. Si on était tous dans un fonds, nous, on pense que ça va favoriser ces
échanges-là.
M. Larivière
(Vincent) : Écoutez, c'est une hypothèse, à mon avis, les structures
actuelles le permettent déjà. Puis, pour avoir de l'interdisciplinarité, ça
prend des disciplines. Donc, il faut s'assurer qu'il y ait des bonnes
formations disciplinaires, puis je pense que les trois fonds permettent de
faire ça, mais, pour être honnête, bon, ayant un peu étudié
l'interdisciplinarité, il y a encore des débats, au sein de la communauté des
experts, si effectivement c'est la façon qui
nous permet de résoudre les grands problèmes. Dans la littérature sur
l'interdisciplinarité, on voit que c'est
beaucoup... c'est souvent très programmatique, hein? On propose ça comme une
orientation de politique publique, mais il n'y a pas tant d'études qui
montrent si ça marche en réalité.
M. Skeete : Puis
j'ai... il me reste quelques minutes, là, puis j'aimerais vous entendre
là-dessus, votre crainte venant du fait
que... parce qu'on fusionnerait les trois fonds, en quelque part, les sciences
humaines, les sciences sociales seraient perdantes. En ce moment, est-ce
que vous êtes... est-ce que vous connaissez un mécanisme qui empêche
arbitrairement de couper dans les sciences sociales ou c'est même possible
aujourd'hui de couper dans les sciences sociales, malgré le fait qu'ils ont
leur propre fonds?
M. Larivière (Vincent) : Bien, écoutez, c'est une
bonne question. Ce n'est pas moi qui prend ces décisions-là, mais oui, je pense qu'un gouvernement peut pas mal
faire ce qu'il veut, mais dans la mesure où le but d'un gouvernement puis d'un fonds, c'est de soutenir la recherche
dans un domaine donné... mais je ne pense pas que c'est quelque chose
qui va se produire, puis je pense qu'en ayant un fonds ça sécurise un peu plus
les choses.
M. Skeete : Intéressant.
Bien, merci beaucoup, hein? C'est tout pour moi, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Tremblay) : C'est tout? Alors...
M. Larivière
(Vincent) : Merci.
La Présidente (Mme Tremblay) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole au député de Marguerite-Bourgeoys.
M.
Beauchemin : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour, merci d'être
avec nous. J'ai quelques questions pour vous puis je voulais... bien là, on l'a
entendu à plusieurs reprises, j'ai un peu l'impression avec... on va faire
face, là, à un fait accompli, là, dans le sens que, bon, le projet de loi,
parce que c'est dans la gouvernance des sociétés d'État, doit donc aller se
rapporter, là, au ministère de l'Économie, Innovation.
Dans
ce contexte-là, vous, vous demandez de rattacher le fonds, là, au ministère de
l'Enseignement supérieur. Comment voyez-vous... faire ce rattachement-là
dans le contexte actuel?
M. Larivière
(Vincent) : Écoutez, je ne vous vois pas, là, je peux... je vous
entends, mais je ne vous vois pas. Donc, comment je vois ça? Bien, écoutez...
Ah! Bonjour.
Bon, je ne suis pas
spécialiste des organisations et des ministères, mais ça me semble quelque
chose qui est tout à fait possible, dans la mesure où c'est un ajout. Quand je
regardais l'organigramme, il y a quelques jours, on a tout l'organigramme du ministère, qui est un mégaministère, avouons-le,
de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie. Puis c'est dans une
petite boîte à côté, avec cinq autres organisations, qui relèvent du ministère,
mais bon, qui sont un peu flottantes. Donc,
moi, je le prends puis je le ramène à l'Enseignement supérieur, avec les
budgets qui sont cohérents à tout ça. C'est beaucoup plus cohérent avec
la mission des universités, parce que, écoutez, un prof d'université, ça
fait... Il y a deux piliers aux universités, l'enseignement, la recherche, puis
on ajoute à ça le service à la collectivité, mais
ces deux missions-là, essentielles, de l'université, il y en a une qui est
financée par le ministère de l'Enseignement supérieur et l'autre va être financée par le ministère de l'Économie et
de l'Innovation. Donc, ça me semble contreproductif d'avoir deux entités
distinctes qui financent une même organisation.
M.
Beauchemin : Je vais m'avancer pour dire une observation, là, que...
en fait, la structure actuelle, là, dans la situation où est-ce qu'on est, là,
pas dans le projet de loi, mais le Scientifique en chef, en fait, est dans une
de ces cases-là, à l'extérieur des fonds. Ça
fait que ce que vous dites, c'est finalement de mettre le ministère de
l'Enseignement supérieur dans une
espèce de structure similaire à la structure que le Scientifique en chef a
actuellement dans... avant le projet de loi. C'est un peu ça, là, ce que
vous suggérez?
M. Larivière (Vincent) : Ça pourrait être quelque
chose d'analogue. Ce n'est pas quelque chose précisément auquel j'ai
réfléchi dans la mécanique, mais je suggère aussi que le Scientifique en chef
ait une case à lui, comme vous le dites, qui
est plutôt indépendante et qui ne relèverait pas juste d'un ministère et qui
pourrait choisir aussi des... un peu plus de mandats, un peu plus de
latitude là-dessus, là.
M. Beauchemin :
...en organisation, je pense
qu'on appelle ça staff, un peu, là, le nom qu'on donne à ce genre de
structure là. Donc, juste pour peut-être résumer, là, votre propos... Accorder
un statut indépendant au Scientifique en chef... pour que la nomination soit
faite par un comité de pairs, je pense que c'est un peu ça qui est entendu.
M. Larivière
(Vincent) : Ce qui est une bonne nouvelle.
• (17 h 10) •
M. Beauchemin : Oui, je pense que
ça, ça peut quand même générer plusieurs candidatures, ça peut suggérer
plusieurs personnes au ministère qui décidera par la suite. Mais moi, je
voulais vous entendre sur la proposition qu'on a entendue par plusieurs
groupes. Puis contrairement à ce que le ministre nous mentionnait tantôt, le vote aux deux tiers de l'Assemblée nationale
existe déjà pour plusieurs personnes qui travaillent pour le gouvernement, comme
le Commissaire à l'éthique, le Commissaire à la langue française, le
Commissaire au lobbyisme, le Directeur général,
Directrice générale des élections, Protecteur, Protectrice du citoyen et le
Vérificateur général, donc des personnes qui sont indépendantes,
finalement.
Puis ça, c'était peut-être un peu
l'argumentaire... Puis, par la suite, j'aimerais vous entendre sur le côté de
la démocratie, un petit peu, là. Mais c'est un petit peu l'argumentaire qui
fait en sorte que ça donnerait encore plus d'indépendance au Scientifique en
chef, si la nomination se faisait approuver aux deux tiers de l'Assemblée
nationale. Un des arguments qu'on a entendus de la part de je ne me souviens
plus quel groupe, la semaine dernière, c'est
que ça prend le deux tiers, mais une fois qu'il est nommé, il est comme nommé,
et l'enlever de là deviendrait comme un
peu difficile. Donc, le Scientifique en chef serait encore plus indépendant
d'une certaine façon, là. Je veux vous entendre là-dessus. Qu'est-ce
que, vous, vous en pensez d'insérer ça dans un processus plus représentatif de
la démocratie? La nomination va passer par
le comité, ça sera des pairs qui pourraient faire les nominations, mais que la
démocratie puisse s'exprimer...
M. Larivière (Vincent) : Oui, ce
n'est pas... Écoutez, c'est une bonne question. Je vous avoue que ma préférence
ici irait à un comité de pairs. Maintenant, je conçois très bien l'élément
démocratique, donc avoir une structure où ce
sont des pairs qui nominent et ultimement... et cette nomination-là qui a été
faite par le comité de pairs doit
être entérinée par l'Assemblée nationale aux deux tiers. Ce serait une
combinaison qui me semblerait appropriée.
Vous avez mentionné un autre point, bon, que...
ah! bien, que j'ai oublié. Donc, j'ai des notes, là, mais donc... donc, oui, ça semble a priori une
mécanique qui pourrait combiner les deux, dans la mesure où le comité de pairs
fait une sélection et non pas fournit
22 nominations, donc fait une sélection. Donc, vous avez une personne qui
est approuvée et, ultimement, elle est entérinée aux deux tiers.
Maintenant, l'autre élément que je voulais
mentionner, ça me revient, c'est qu'en combinant le rôle de conseil scientifique et le rôle de, on pourrait
dire... Ici, je... conseil scientifique, de Scientifique en chef, là. Le conseil
scientifique, c'est une personne que vous allez voir en tant qu'élu pour avoir
de l'expertise pour vous aider dans des décisions
liées à la science. En combinant ça avec la direction des fonds, ça devient un
peu compliqué au Scientifique en chef d'avoir cette indépendance-là qui
est nécessaire à vous donner des avis qui sont indépendants, en ce sens où il
est aussi dépositaire des... du budget des fonds et tout ça.
Donc, il y a un mélange ici qui me semble quand
même un peu difficile à combiner, donc à la fois d'être un administrateur, en
tant que président du CA des fonds, et aussi un conseiller indépendant. Donc,
le Commissaire à la langue française a son budget à lui pour faire des analyses
sur des sujets qui l'intéressent, mais il n'est pas aussi gestionnaire d'un
fonds qui financerait de la recherche, par exemple, sur la langue française ou
qui financerait des initiatives de façon à
pousser la langue française. Donc, la combinaison des deux rôles de
Scientifique en chef, elle n'est pas
si simple que ça, à mon avis, à articuler. Ce n'est pas une idée contre
laquelle je suis, mais c'est une idée qui demande qu'on y réfléchisse un
peu.
M. Beauchemin : C'est un très, très,
très bon point, en fait, que vous amenez. Je veux vous amener... puis là je
vais le prononcer comme il faut, là, parce que je viens de me faire corriger
sur ma prononciation d'un acronyme, ACFAS, avec le s.
M. Larivière (Vincent) : ACFAS, oui.
M. Beauchemin : Juste pour qu'on
soit clair, vous, est-ce que vous seriez, donc, prédisposé à suggérer une
obligation de fixer un plancher minimum pour le financement de la recherche en
français?
M. Larivière (Vincent) : Tout dépend
de ce qu'on entend par recherche en français. Au Québec, la grande majorité de
la recherche se fait en français, en ce sens où les cours se donnent en
français, les labos fonctionnent en grande partie en français. Maintenant, elle
se diffuse en anglais et il faut donc... il faut donc distinguer les deux.
Donc, ce n'est pas clair, ce que l'on veut dire
par «recherche en français». Si on parle d'échanges qui se fassent en français,
je pense qu'on a des politiques linguistiques dans les universités qui
répondent très bien à cette demande-là. De
mettre des quotas de publication en français, ça va être beaucoup
plus problématique, compte tenu des, bon, différents aspects, on
pourrait dire, de la liberté académique.
M.
Beauchemin : Dans... puis, bien, expliquez-moi, parce que moi,
je ne comprends pas ce que vous venez de me dire là.
M. Larivière (Vincent) : Non, bien,
écoutez, donc, vous avez compris le premier élément sur les aspects... Donc, pour le deuxième élément, un scientifique,
essentiellement, ça peut disposer de son résultat de recherche comme ça
lui tente. Si j'ai le goût d'écrire un article en espagnol ou en portugais,
c'est parce que j'ai décidé que c'est la meilleure
communauté pour les résultats de recherche que j'ai. Donc, de mettre des quotas
de diffusion de recherche en français amènerait, je pense, des réactions plutôt
négatives de la part de la communauté.
Ce qu'il faut
faire, ce n'est pas des quotas, mais créer des incitatifs structurels dans nos
mécanismes d'évaluation. Parce que, là, il faut bien comprendre que la façon
dont les comités fonctionnent à beaucoup d'égards, c'est qu'on va
considérer un article en anglais dans une revue américaine comme étant
intrinsèquement meilleur qu'un article en français dans nos revues québécoises.
Et c'est là...
M. Beauchemin : C'est exactement le
même contenu.
M. Larivière (Vincent) : Puis ce
serait exactement le même contenu, oui, oui, totalement, totalement. Donc, on
est dans une... on pourrait dire, c'est une guerre d'image, une guerre de
réputation où l'anglais a une meilleure réputation
que le français dans le champ scientifique. Donc, il faut, puisque c'est un
construit social, puisque c'est quelque chose à laquelle vous, en tant qu'élu, pouvez donner de la valeur, bien,
il faut créer structurellement ces incitatifs-là pour que la science en
français, elle soit reconnue. Donc, il faut fonctionner...
M.
Beauchemin : Est-ce qu'un empêche l'autre? Je veux dire, on
peut publier dans les deux langues aussi, non?
M. Larivière (Vincent) : Bien, pas
la même chose. Donc, en général, quand vous publiez votre article en français, bien, la maison d'édition à qui vous
l'avez envoyé, bien, possède le contenu, donc, il faut demander la permission pour
faire des traductions, ou il y a des nouvelles... des nouveaux types de
licences qui permettent une réutilisation, c'est
un débat un peu technique, mais a priori, non. Maintenant, un scientifique peut
décider d'envoyer un article sur une thématique
A en français et un autre sur une thématique B en anglais. Mais ce qu'on voit
dans bon nombre de domaines, c'est que des articles en français, il n'en
reste à peu près plus.
M. Beauchemin : C'était la question
que j'avais, là. Je viens vraiment de le comprendre, l'enjeu. OK, c'est
intéressant. Merci pour ça. Tout à l'heure, vous parliez... Il me reste une
minute, je pense, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Tremblay) : 1 min
30 s.
M. Beauchemin : OK. Tout à l'heure,
vous parliez de la science humaine, qui est un peu l'enfant mal aimé, si j'ai
bien compris, là, le sens de vos propos. En parlant de plancher, il y aurait-tu
un plancher de financement minimum pour la science humaine, selon vous?
M. Larivière (Vincent) : Bien,
écoutez, dans un monde idéal, les sciences humaines seraient financées à la
hauteur de leur représentation dans le champ universitaire. Donc, c'est
généralement accepté que les sciences humaines sont moins financées pour des
raisons qui m'échappent, hein? Comme prof dans ces domaines-là, il faut que je
donne des bourses à mes étudiants, il faut que je présente à des conférences.
Mes coûts pour la recherche sont analogues à ceux de mes collègues dans
d'autres domaines. Or, collectivement, on est financés à un pourcentage qui est
beaucoup moindre.
Puis, en toute honnêteté, ça affecte beaucoup
les étudiants. Des étudiants de doctorat qui n'ont aucun financement, en
sciences humaines et sociales, c'est assez fréquent. Des étudiants qui font un
doctorat dans le domaine des sciences naturelles ou dans le domaine des sciences
médicales qui ne sont pas financés, ça n'existe à peu près pas. Donc, on
accepte ça, mais, à mon avis, c'est inacceptable.
M. Beauchemin : Mais est-ce que vous
avez eu le temps, ou déjà pensé, ou même peut-être rêvé à qu'est-ce qui pourrait
être un financement idéal, peut-être en absolu ou en relatif, mais, en tout
cas, un financement plancher pour cette science-là?
M. Larivière (Vincent) : Non, je
n'ai pas réfléchi à un montant, mais je pense que les... Évidemment, ce que
l'on veut, c'est davantage de financement pour tout le monde, donc de ramener
des montants qui sont analogues à ce qui existe dans les autres fonds au
prorata du nombre de profs, bien, ça serait au moins un début.
M. Beauchemin : C'est une façon de
le mesurer. C'est un petit peu ça, là, que je cherchais comme réponse. Bien, je
vous remercie pour votre temps. Merci pour les réponses.
La Présidente (Mme Tremblay) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard.
M.
Bouazzi : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci, M.
Larivière, pour vos propos fort, fort éclairants, précis.
Et peut-être une première question. Si rien ne
change dans ce projet de loi, quels sont les risques à la liberté académique
que vous pouvez entrevoir?
M.
Larivière (Vincent) : Bien, le premier, il est directement sur la
composition des CA, donc qui va déterminer des types de programmes. Bien, si c'est principalement des gens de
l'extérieur du champ scientifique, on pourrait vouloir privilégier des
programmes université-entreprise. Et je ne dis pas que c'est une mauvaise chose
d'en avoir, mais il ne faut pas oublier que ces
organismes-là sont des organismes de recherche fondamentale, et donc leur
mission, c'est de financer des travaux de recherche fondamentale.
Puis d'une certaine façon, dans ce projet de loi
là, il y a un peu la combinaison de deux choses. Il y a un rattachement d'à peu
près tout au ministère de l'Économie et la fusion dans un CA. Si c'était
seulement une de ces deux choses-là, la communauté
serait peut-être un peu moins craintive quant au futur, mais le fait de ramener
ça sous... dans un seul CA, sous un ministère qui est quand même assez
interventionniste, bien, ça amène un certain nombre de craintes, là, par rapport
à la liberté académique, oui.
• (17 h 20) •
M. Bouazzi : Bien, vous faites le
lien direct avec ma prochaine question. Comment la communauté de chercheuses et
de chercheurs autour de vous accueille ce projet de loi à date?
M.
Larivière (Vincent) : Bien, la première réaction, c'est... quand on a vu
le projet de loi sortir, c'est : Est-ce qu'il y a quelqu'un qui
était au courant que ça s'en venait? Donc, il n'y a eu à peu près aucune
consultation, et ce n'est pas un projet que la communauté cherchait, hein? On
n'était pas, en ce moment, en train de se dire : Ah! il y a plein de
choses qui ne marchent pas. Non, en ce moment, la division avec les trois
fonds, les investissements qui ont été faits n'étaient pas... Ah! ça va bien
dans le système de la recherche au Québec. Donc, de voir ça arriver, c'est pour
le moins surprenant, et la réaction est globalement... pas particulièrement
positive.
M. Bouazzi : Vous, ce que vous
dites, c'est : Abandonnez l'idée de fusionner, gardons trois fonds
indépendants, de toute façon, il y a de la collaboration qui est possible. Ce
n'est pas non plus un quotidien de 200 % du temps d'avoir de la
collaboration. C'est plus important de protéger les fonds tels qu'ils sont. Et
la réponse du ministre, à plus d'une reprise
d'ailleurs à date, ça a été accueilli favorablement. Une des idées qui nous a
été proposée, qui était d'avoir des comités par... donc, il y en aurait
trois qui dépendraient du... Si l'objectif du projet de loi, c'est de
simplifier le travail administratif et de passer de trois CA à un seul, et
que, de l'autre côté, pour réussir à répondre à
vos besoins, on garde le CA, mais on en rajoute trois, est-ce que... Si
vraiment ces comités ont le poids qu'ils devraient avoir, est-ce que
vous pensez qu'on aurait simplifié le travail administratif?
M. Larivière (Vincent) : En toute
honnêteté, je me posais la même question. Donc, on crée de nouvelles structures
pour remplacer des anciennes qu'on vient d'abandonner et qui, par ailleurs,
fonctionnaient très bien. Donc, oui, il n'y
a pas de... il n'y a pas de gain, mais il y a une perte en termes de latitude
que vont avoir ces comités sectoriels, surtout s'ils n'ont pas de dents.
M. Bouazzi : Et puis il me reste un
peu moins d'une minute pour revenir, et puis c'est un point sur lequel j'ai fait intervenir tous les groupes avant vous...
évidemment, vous, votre point, c'est qu'un chercheur... écarter un chercheur
qui a accès ou qui voudrait avoir accès aux
fonds du FRQ, de la possibilité de siéger au conseil d'administration serait
une faute, carrément, là, sur la question,
et ça serait ne pas comprendre ce que c'est que l'indépendance dans le cas du
FRQ.
M. Larivière (Vincent) : Bien, ça
serait ne pas reconnaître la spécificité du champ scientifique, d'une part, la
norme dans les organisations internationales, qui sont analogues, et le
processus d'octroi de financement, qui est complètement indépendant de ce qui
se fait au conseil d'administration, qui ne voit aucun résultat et ne prend
aucune décision sur les demandes de financement individuelles.
M. Bouazzi : Ça me semble limpide.
Merci, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme Tremblay) : Merci. Alors, je vous remercie, M. Larivière,
pour la contribution à nos travaux.
Mémoires déposés
Avant de conclure les auditions, je procède au
dépôt des mémoires des personnes et des organismes qui n'ont pas été entendus
lors des présentes auditions publiques.
Alors, la commission ayant accompli son mandat,
j'ajourne maintenant ses travaux jusqu'au jeudi 28 mars, huit heures,
où la commission se réunira en séance de travail. Alors, merci, tout le monde.
Bonne fin de journée.
(Fin de la séance à 17 h 24)