(Onze heures trente-quatre minutes)
La
Présidente (Mme D'Amours) : Alors, bonjour, tout le monde. Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission de l'économie et du
travail ouverte.
La commission
est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 51, Loi modernisant l'industrie de la
construction.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Tremblay (Dubuc) est remplacé par Mme Mallette (Huntingdon).
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Au terme de nos travaux d'hier, nous étions
à l'étape des remarques préliminaires,
et la députée de Mille-Îles venait de terminer les siennes. Y a-t-il d'autres
membres qui souhaitent faire des remarques préliminaires?
Parfait. Donc,
nous en sommes aux motions préliminaires. S'il n'y a pas de... Oui, M. le
député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci,
Mme la Présidente. Je vous annonce d'ores et déjà qu'il y en aura deux, mais je
vais commencer par la première, si vous le voulez bien. Je vous la lis.
La Présidente (Mme D'Amours) : Allez-y.
Motion proposant d'entendre Hydro-Québec
M. Leduc : «Qu'en
vertu de l'article 244 du Règlement de l'Assemblée nationale, la
Commission de l'économie et du
travail, avant d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 51,
Loi modernisant l'industrie de la construction, tienne des consultations
particulières et qu'à cette fin elle entende Hydro-Québec.»
Est-ce que je m'exprime sur-le-champ, Mme la
Présidente?
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
sur la première.
M. Leduc : Bien sûr.
La Présidente (Mme D'Amours) : Et
est-ce que la motion est sur Greffier? Oui, la motion est sur Greffier pour les
collègues. Allez-y, M. le député.
M. Alexandre Leduc
M. Leduc : Alors,
comme le veut l'usage, c'est le moment d'un peu souligner les grands absents
des audiences. Comme d'habitude, là, on a déposé beaucoup de groupes, il y a eu
des négociations, certains ont été entendus. Je veux souligner qu'au
moins on a entendu toutes les parties syndicales, on a entendu toutes les parties
patronales. Ça fait que ça, c'était comme le
strict minimum, je dirais. Mais il y a quand même un joueur d'envergure qu'on
n'a pas entendu, et c'est Hydro-Québec. C'est malheureux pour plusieurs
raisons. La première, c'est qu'ils ont souhaité être entendus, ils ont
communiqué... ils ont communiqué, Hydro-Québec, avec l'ensemble des
parlementaires pour pouvoir venir en audience et nous présenter un peu leur
perspective sur le sujet. Donc, c'est... des fois, pour la mécanique et le...
j'aime ça appeler le «inside baseball», pour les gens qui nous écoutent, on
nous met, des fois, des groupes dans une liste,
gouvernement, oppositions, tout ça, puis on... des fois on vérifie si ça les
intéresse de venir, mais des fois on met des groupes puis on... parce
qu'on présuppose qu'ils viennent, mais des fois ça arrive qu'il y a des
groupes, ça ne les intéresse pas, finalement, de venir, pour toutes sortes de
raisons, et ça... Et donc l'autre aspect aussi, c'est que des fois les groupes nous sollicitent pour venir. Alors
là, Hydro-Québec, ce n'est pas ça qu'on a sorti de notre chapeau, là, un
bon matin, ils ont dit : On voudrait venir, on a des choses à dire. Puis
ils ont des choses à dire pourquoi? Bien, parce qu'il y a des énormes défis
d'infrastructures en ce moment, là.
Et, dans un article du Devoir du
30 novembre dernier de la plume d'Alexandre Robillard, qui fait un échange
avec M. Sabia sur le plan, le
développement d'Hydro-Québec, etc., je vous lis un extrait : «Le
financement des projets d'Hydro-Québec, qui pourraient nécessiter des
investissements de 100 à 185 milliards de dollars d'ici 2035, sera plus
facile à trouver que les 35 000 travailleurs à embaucher pour leur
réalisation. "La main-d'oeuvre est le défi le plus difficile", a-t-il ajouté. Il faudra ainsi apporter des changements
pour accélérer la formation, coordonner les emplois, intégrer les
travailleurs et leur donner des meilleurs outils possibles, a-t-il indiqué.
Autrement, "c'est la prochaine génération qui va en
payer le prix", a prévenu M. Sabia. Dans un point de presse, le
ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, a admis que la rareté de la
main-d'oeuvre pourrait augmenter les taux horaires, ce qui aurait un effet sur
les coûts de service d'Hydro-Québec.» En citant Fitzgibbon, c'est écrit :
«"Le défi numéro un, c'est l'accès à la main-d'oeuvre", a-t-il
confirmé.»
Donc, ici, on a une
entreprise d'État majeure, que tous les Québécois et Québécoises connaissent,
hein, parce que c'est notre propriété,
d'abord, puis aussi parce qu'on est presque tous individuellement clients
d'Hydro-Québec parce que nous consommons de l'électricité à la maison, bien, il
y a tout un débat avec le gouvernement qui veut construire des nouveaux
barrages, les oppositions, on participe à ce débat-là, mais, comme joueur majeur
du développement de l'infrastructure du Québec dans les prochaines années, on
ne les a pas entendus. Moi, je ne sais pas si j'aurais été d'accord avec l'entièreté de leurs demandes, de
leurs propositions. Est-ce qu'ils ont... Est-ce qu'ils auraient repris certains
éléments similaires à d'autres groupes patronaux, par exemple, qui sont venus
nous présenter des perspectives? C'est possible. Mais il reste que le
gouvernement, comme donneur d'ouvrage, a un peu en son sein Hydro-Québec, qui
est donneur d'ouvrage aussi. Quand je vous
parlais, hier, des quotas pour l'embauche de femmes dans les chantiers, bien,
on fait référence indirectement à Hydro-Québec, là.
Alors, j'aurais aimé
ça, moi, les entendre. J'aurais trouvé ça vraiment pertinent, parce que ces
immenses chantiers là... Vous savez, j'ai référé, hier, à... au «Rambo», là, tu
sais, le fameux syndicaliste, qui n'est pas mon préféré, comme je le disais, «Rambo» Gauthier, qui est sur la Côte-Nord,
avait participé à la fermeture d'une route, là, il y a quelques années de cela, mais c'était en lien avec un chantier
d'Hydro-Québec, justement, qui était en Côte-Nord, c'était
La Romaine, si je ne me trompe pas, qui n'avait pas un quota suffisamment
intéressant de... ou voire pas du tout, si
ma mémoire est bonne, de travailleurs et travailleuses de la Côte-Nord sur son
chantier de la Côte-Nord. Alors, si notre crainte qu'il puisse y avoir
un certain désordre alentour du dossier de la mobilité, origine, entre autres,
d'une histoire dont Hydro-Québec était au
centre, bien, ça serait diablement intéressant, il me semble, de les entendre,
peut-être, sur leur perspective de comment ils avaient vécu ça à
l'époque, le chantier de La Romaine, puis la main-d'oeuvre locale, puis la mobilité, etc., puis aussi
qu'est-ce qu'ils entrevoient pour le futur avec leurs milliards et leurs
milliards, leurs centaines de
milliards d'investissement à la grandeur du Québec, en particulier dans des
régions éloignées, hein? Les centrales, on ne les construit pas à Trois-Rivières
ou à Hochelaga-Maisonneuve, on les construit dans une région un peu plus
périphérique, bien, c'est justement là que le problème de la mobilité de la
main-d'oeuvre est le plus fort et le plus à l'ordre du jour, si je pourrais
dire. Alors, vraiment, j'ai été très déçu qu'on n'ait pas réussi à leur faire
de la place pour les entendre. Ça aurait pu
être une demi-journée, suffisante pour leur faire de la place, entendre
M. Sabia ou d'autres représentants d'Hydro-Québec. Ils ont souhaité
venir, ça n'a pas été possible.
Alors,
je pense qu'on ne peut pas se priver de leur voix avant de commencer l'étude
détaillée de ce projet de loi là. Ça pourrait être très facile
d'organiser une demi-journée au retour de la semaine de travail de
circonscription. Donc, début avril, on entend M. Sabia ou d'autres
d'Hydro-Québec nous présenter leurs perspectives, puis après ça on commence
l'étude détaillée la journée même. Moi, je pourrais donner un consentement à ce
genre de procédure là. Et on le sait, dans cette enceinte, Mme la Présidente, de
consentement, tout est possible. Alors, vous pouvez compter sur ma participation pour faire de la place et
être imaginatif pour ne pas que ça retarde trop le début de l'étude détaillée,
mais vraiment, Hydro-Québec, je pense qu'ils sont essentiels dans la
discussion. Merci.
• (11 h 40) •
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Commentaires sur la motion? M. le ministre.
M. Jean Boulet
M. Boulet :
Oui, bien sûr. Dans un premier temps,
évidemment, Hydro-Québec est un donneur d'ouvrage extrêmement important au Québec. Je vais y aller de façon très, très
télégraphique, Mme la Présidente, là. Je comprends le but de la motion,
l'importance d'Hydro-Québec, les besoins dans la filière énergie, dans les
projets qu'Hydro-Québec a déjà discutés sur la place publique pour
répondre aux besoins des Québécois, mais il y a une demande qui a été envoyée
après la motion sur les consultations particulières. Hydro-Québec n'a fourni
aucun mémoire. Il y a eu des consultations
entre Hydro-Québec et la Commission
de la construction du Québec, et donc
Hydro-Québec a eu l'opportunité d'exprimer
ses besoins. Vous connaissez bien le projet de loi n° 51, il y a des
dispositions particulières pour les monteurs de lignes de communications et de télécommunications, c'est spécifiquement
pour répondre à des besoins d'Hydro-Québec. Et il n'y a pas d'autres
donneurs d'ouvrage qui ont été entendus, puis il y a eu des propositions, vous
savez comment on détermine l'identité de
ceux qui viennent en consultations particulières présenter leurs mémoires, mais
il y en a eu 32. Tous les mémoires vont être analysés avec attention et
considération. Et ici il n'y a pas eu de mémoire, mais les besoins ont quand même
été soumis à la Commission de la construction du Québec, il y a eu des
rencontres avec des personnes de mon cabinet. Donc, pour toutes ces raisons,
nous considérons que la motion n'est pas fondée, Mme la Présidente, et c'est ce
que nous vous soumettons.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres commentaires? Oui, Mme la députée, allez-y, de Mille-Îles.
Mme Virginie Dufour
Mme Dufour : Merci, Mme la Présidente.
Alors, je vais appuyer la motion du collègue d'Hochelaga-Maisonneuve. Effectivement,
Hydro-Québec est un... n'est pas seulement un donneur d'ouvrage, c'est celui
qui risque de drainer toutes les ressources des prochaines... de la prochaine
décennie, les ressources dans le domaine de la construction. Lorsqu'Hydro-Québec a dévoilé, là, son plan
d'action 2025‑2035, nous avons tous été estomaqués de l'ampleur du
plan qui est
prévu, et même moi, j'ai soulevé des doutes par rapport à l'enjeu de la
construction résidentielle, parce que, bon, on le sait déjà, on en a parlé la semaine... plus tôt cette semaine, il
y a une pénurie de main-d'oeuvre. On sait qu'il y a 25 % des travailleurs
de la construction qui vont prendre leur retraite d'ici 10 ans, et en même
temps on doit accélérer les chantiers dans le domaine de la construction
résidentielle, mais on a aussi l'arrivée de joueurs importants dans le milieu
industriel, et en même temps, au même moment, on a Hydro-Québec qui, elle
aussi, va donner des contrats et peut-être même embaucher des gens de façon
importante pour construire, pour réaliser son plan ambitieux. Alors, il est
difficile d'envisager, actuellement, comment tout ça pourra s'harmoniser, et je
pense que c'est important de les entendre et de voir l'impact que le projet de
loi pourrait avoir sur le projet.
Je vais rappeler que...
Puis d'ailleurs c'est monsieur... c'est le premier ministre lui-même qui
disait : «On va avoir besoin de plus de monde que jamais en région. On
s'attend à ce que les chantiers qui vont être lancés dans les prochaines années
chez Hydro-Québec, ça va être un volume historique de travail, donc de besoins
en main-d'oeuvre concentrés dans certaines régions.» Alors, ça vient confirmer
ce que je mentionnais.
Je vais peut-être
aussi parler du projet de loi n° 41, qui a été adopté plus tôt cette
semaine, je crois que c'était lundi... mardi, sur lequel j'ai participé à
l'étude détaillée. Et Hydro-Québec avait déposé un mémoire, dans le cadre de ce projet de loi, où ils mentionnaient qu'ils
auront besoin, donc, d'environ 60... térawatts, pardon, qui seront requis pour
la décarbonation et la croissance économique. Et là ils disent que de nouveaux
approvisionnements vont être nécessaires, qu'ils vont devoir faire
preuve d'innovation. Et là ils parlent aussi du secteur des bâtiments, OK, qui
représente les deux tiers de la consommation totale d'électricité au Québec,
que, selon leur connaissance du marché, 85 %, là, des habitations se chauffent à l'électricité, mais que
ce n'est pas... malheureusement pas efficace. Alors, il y a un gisement important
de gains en efficacité dans le secteur. Puis d'ailleurs
l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du
Québec, là, l'APCHQ, eux aussi avaient déposé un mémoire dans le cadre de
l'étude de ce projet de loi là et eux parlaient d'un potentiel d'efficacité
énergétique, dans le petit bâtiment résidentiel existant, de 11 à
15 térawattheures en 10 ans. Ça, c'est énorme. Et qu'est-ce que ça
implique, ce que je vous dis, là? Parce que, là, on peut se demander quel est le lien. Bien, c'est que ça va demander, en
plus, des ressources pour appliquer ces nouvelles normes environnementales là,
les normes d'efficacité énergétique que le ministre de l'Environnement établira
dans des règlements en vertu du projet de
loi n° 41, ce qui va générer énormément de travaux aussi
dans la rénovation résidentielle, la rénovation des bâtiments. Alors,
c'est clair qu'on aura des besoins énormes.
Et là Hydro-Québec,
dans leur mémoire, nous disait : Voici quelques mesures... des exemples de
mesures qui pourraient être envisagées. Ils parlent : exiger des systèmes
de chauffage plus performants, améliorer les exigences relatives à l'isolation de l'enveloppe du bâtiment — donc,
ça, ça voudrait dire de changer les enveloppes de bâtiment, ça peut être
important — et
intégrer des systèmes connectés pour permettre la gestion de la demande de
puissance. Et là ils parlent, c'est ça,
qu'on devra intensifier les inspections, l'encadrement du remplacement de
certains appareils, et surtout ils disent : Ça va être important de
déployer de telles exigences de façon concertée avec les partenaires du milieu
énergétique québécois. Bien, je pense qu'ils veulent dire aussi le milieu de la
construction, puisque ce sera un élément, là, important de leur... de la
réalisation, là, les groupes en construction feront partie de leur réalisation
de leur plan d'action.
Et, dans leur plan
d'action, on peut lire qu'ils souhaitent augmenter les investissements dans la
fiabilité du réseau électrique. Donc là, ici, il y aura des éléments, encore
une fois, de rénovation, de mise à niveau. Dans la... Ils parlent d'investir 4 à 5 milliards par année
dans la fiabilité des actifs. Donc, ça, c'est beaucoup de sous, Mme la
Présidente.
Et
je vais bientôt terminer en disant : Ils mentionnent aussi les demandes
d'alimentation qui sont en croissance, et ça, ça implique des déploiements de
réseaux qu'actuellement... ou des modifications au poste, par exemple... j'essaie
de me rappeler du nom, là, mais le poste de distribution, par exemple, pour
être capables de relier les nouveaux branchements. Et qu'est-ce qui est relié
aux nouveaux branchements, là? C'est tout ce qui est la demande de nouveaux logements.
Les nouveaux logements vont avoir besoin d'être branchés. Et là Hydro-Québec
nous dit, là, qu'ils ont des enjeux pour les brancher, ils vont devoir investir
dans leur réseau. Alors là, on est en train de faire, là, toute la boucle, là,
que, si on veut augmenter notre offre de logements, on va avoir besoin
d'Hydro-Québec, qui, elle, va devoir mettre à niveau son réseau, mais, ce
faisant, les investissements qu'elle fera vont avoir une incidence sur la
main-d'oeuvre disponible pour faire du logement. Alors, je pense que c'est
essentiel qu'on les entende dans le cadre de l'étude de ce projet de loi là,
pour être sûrs qu'on attache vraiment tous les fils comme il faut et qu'on ne
se tire pas dans le pied au bout du compte.
Alors, sur ce, Mme la
Présidente, ça complète mon intervention.
• (11 h 50) •
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. D'autres interventions sur la motion?
S'il n'y a pas
d'intervention, je vais mettre aux voix la motion. Est-ce que la motion est
adoptée ou rejetée?
M. Boulet :
Rejetée.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...pardon?
Une voix : ...par
appel nominal.
Mise aux voix
La Présidente (Mme
D'Amours) : Parfait. Un vote par appel nominal. Mme la secrétaire,
s'il vous plaît.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
M. Leduc :
Pour.
La Secrétaire : M. Boulet
(Trois-Rivières)?
M. Boulet : Contre.
La Secrétaire : Mme Mallette
(Huntingdon)?
Mme Mallette : Contre.
La Secrétaire : M. Dufour
(Abitibi-Est)?
M. Dufour : Contre.
La Secrétaire : Mme Tremblay
(Hull)?
Mme Tremblay : Contre.
La Secrétaire : M. Martel
(Nicolet-Bécancour)?
M. Martel :
Contre.
La Secrétaire : Mme Cadet
(Bourassa-Sauvé)?
Mme Cadet : Pour.
La Secrétaire : Mme Dufour
(Mille-Îles)?
Mme Dufour : Pour.
La Secrétaire : Mme D'Amours
(Mirabel)?
La Présidente (Mme D'Amours) : Abstention.
Donc, la motion est rejetée.
Vous nous aviez précisé, M. le député, que vous
aviez une deuxième motion à déposer.
M. Leduc : Tout à fait.
La Présidente (Mme D'Amours) : Donc,
est-ce que, Mme la secrétaire, la motion est déposée sur Greffier?
La Secrétaire : Je le fais à
l'instant.
La
Présidente (Mme D'Amours) : On le fait à l'instant. Donc, si vous pouvez nous
en faire la lecture, s'il vous plaît.
Motion proposant d'entendre Action travail des femmes du
Québec
M. Alexandre Leduc
M. Leduc : Bien
sûr. Je rassure mon collègue le ministre, c'est la dernière pour... de ma part,
en tout cas, ce matin. Je ne sais pas... Je ne peux pas parler au nom de
mes autres collègues. À suivre.
La motion va comme suit :
«Qu'en vertu de l'article 244 du Règlement
de l'Assemblée nationale, la Commission de l'économie et du travail, avant d'entreprendre l'étude détaillée du
projet de loi n° 51, Loi modernisant
l'industrie de la construction, tienne des consultations particulières
et qu'à cette fin elle entende le groupe Action travail des femmes.»
Je m'explique, Mme la Présidente. Alors, on
avait, dans le fond, trois grands blocs de personnes qu'on a invités aux
audiences du projet de loi n° 51. Il y avait, bien sûr, le bloc syndical,
le bloc patronal, donc les gens qui représentaient les travailleurs, travailleuses
de la construction, les gens qui représentaient les entrepreneurs, il y avait
beaucoup d'associations de part et d'autre, là, il y avait cinq syndicats, il y
avait, je ne les ai pas comptés, mon Dieu, peut-être
à peu près l'équivalent d'associations patronales de différents niveaux, de
différents champs d'expertise, et c'était important qu'on les entende
tous et toutes.
Après ça, on a invité des gens un peu plus
externes, moins directement, comment je dirais ça, avec un intérêt patronal ou syndical. On a invité la CCQ, on a
invité d'autres groupes et on a, à notre demande, en tout cas, à Québec
solidaire, qui, je pense, était appuyée par les autres... mes collègues des
autres partis d'opposition, invité des groupes représentant les femmes. On le
savait, à quel point le ministre tenait à mettre de l'avant une plus grande
présence des femmes dans l'industrie de la construction, une présence qui
puisse être pérenne dans l'industrie de la construction. J'étais d'ailleurs très content de lire, ce matin,
qu'il n'a pas fermé la porte à la proposition qu'on lui a faite hier de mettre
des quotas de femmes, de travailleuses... de travailleuses femmes dans les
chantiers du Québec. J'ai hâte de voir s'il aura quelque chose à nous
soumettre, s'il aura l'appui, donc, du Conseil des ministres là-dessus. Ça
serait une excellente nouvelle qu'on ait un
peu plus de chair, parce qu'encore une fois, comme je le disais hier, je ne
doutais pas de son intention, je
doutais seulement des faibles moyens qui sont contenus dans le projet de loi à
ce niveau-là. Mais je ferme la parenthèse, Mme la Présidente.
Toujours est-il que sur le dossier de la
présence des femmes au travail, il n'y a pas 150 sortes de groupes qui pourraient venir ici, il y en a quelques-unes. On
aurait pu accueillir Les Elles de la
construction, on aurait pu accueillir
d'autres groupes. On a accueilli le CIAFT, le conseil d'intervention
d'accès des... aux femmes du travail, mais nous, on a demandé aussi d'entendre ATF, Action travail des femmes. Et dans
d'autres dossiers, dans un passé récent, quand il y avait un volet droit du travail et femmes, c'était assez fréquent
qu'on entende les deux groupes. Malheureusement, cette fois-ci, pour une
raison que j'ignore — ou,
en tout cas, j'en devine une — on a proposé au CIAFT et à ATF de joindre
leurs présentations, donc d'avoir une demi-présentation, disons-le comme ça, et
c'est un peu étrange parce que c'est une
pratique qui est extrêmement rare. Quand on invite un groupe ici, on invite le
groupe parce qu'on considère que ce groupe-là a des choses à dire et on
leur offre le plancher 45 minutes, c'est ce groupe-là, on vous écoute.
C'est extrêmement rare — moi,
je n'ai pas vu ça souvent — qu'on
fasse des duos. D'ailleurs, on venait juste de le faire, sur le projet de loi
n° 42 sur le harcèlement sexuel et psychologique, avec les associations
étudiantes, et ils étaient en colère d'être
ainsi forcés de faire une présentation conjointe. Bien sûr, ils sont un peu
dans le même domaine, mais nous serait-il venu à l'esprit, par exemple,
de forcer le Conseil du patronat et la Fédération des chambres de commerce de
faire une présentation conjointe? On aurait pu dire : Bah! C'est deux
associations patronales, elles risquent de dire, grosso modo, les mêmes affaires; allez-y, partagez-vous votre
10 minutes, cinq minutes chaque, des périodes de questions, on ne sait pas trop qui répond. Ce n'est pas...
Moi, je ne trouve pas ça particulièrement respectueux envers les groupes dont
on veut entendre l'opinion. Et on a proposé ça, donc, le gouvernement a proposé
ça à ATF. ATF l'a mal pris, avec raison, je ne les blâme pas du tout, au
contraire. Moi, je trouve ça un peu insultant comme procédure, et surtout que c'est seulement une proposition qui a été
faite aux groupes de femmes, cette fois-ci, on n'a pas proposé ça aux groupes
syndicaux, on n'a pas proposé ça aux groupes
patronaux, on n'a pas proposé... à ma connaissance, on n'a pas proposé
ça à personne d'autre, à part aux deux groupes de femmes.
J'avais donc l'impression qu'on voulait, du côté
gouvernemental, cocher une case : on a entendu les femmes, 45 minutes, c'est suffisant, prochain appel.
Moi, ça me désole. Et, Mme la Présidente, je suis allé sur les sites Web du
CIAFT et de l'ATF pour un peu plus saisir les différences entre les deux
organisations, parce qu'on a, semble-t-il, pris pour acquis qu'il y
avait des différences entre les cinq groupes syndicaux et les quatre, cinq ou
six groupes patronaux, ça ne semble pas
avoir été un problème de leur offrir, à tout ce beau monde-là, une plage
horaire distincte, alors je me suis dit : Peut-être qu'il n'y a, du
côté gouvernemental, pas l'espace ou le temps d'aller se concentrer sur les valeurs et les motifs et la raison d'être de
ces organismes-là, donc je vais vous lire quelques extraits, un peu, de leur présentation
qu'elles font, ces deux groupes de femmes là, sur leur site Web respectif.
Commençons
par le CIAFT : «Le Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au
travail est une organisation québécoise constituée de groupes et de personnes
qui oeuvrent dans le domaine de l'accès et du maintien des femmes au
travail. Identifié comme principal défenseur des droits des femmes au travail
depuis sa création en 1982, le CIAFT a développé une expertise reconnue par
l'ensemble des partenaires syndicaux, communautaires et institutionnels ainsi
que par les principaux médias au Québec.
«La philosophie d'intervention du CIAFT relève
de la certitude que l'autonomie financière des femmes est largement tributaire
de leur accès au travail, à condition que ce travail soit rémunéré à sa juste
valeur. Dans cette perspective, la mission du CIAFT est d'oeuvrer à la défense,
à la promotion et au développement des services, des politiques et des mesures
permettant de répondre aux besoins spécifiques des femmes en matière de
travail.
«Ses membres proviennent principalement des
milieux communautaires d'intégration au marché du travail, de comités de
condition féminine, d'organisations syndicales et d'organisations féministes
régionales et nationales. On retrouve
également des représentantes des milieux institutionnels et du développement
économique ainsi que de la défense des droits de la personne. Ses
actions sont réalisées dans le but d'améliorer les conditions socioéconomiques
des femmes et d'assurer la prise en compte des réalités et des besoins des
femmes en matière d'emploi.»
Et on peut voir, sur leur site web, différents
services qu'elles offrent, notamment la ligne Femmes, Métiers, Avenir, qui est un service d'accompagnement pour
encourager l'accès et l'intégration et le maintien en emploi des femmes
dans des secteurs d'avenir et de la construction. Il y a la ligne
Femmes.Équité.Salaire, service d'accompagnement en équité salariale pour les
travailleuses non syndiquées, c'est un dossier assez vaste; consultations en
équité salariale pour les employeurs du communautaire et de l'économie sociale,
parce que c'est très compliqué, l'équité salariale; conférences et formations sur trois thèmes : équité salariale,
rémunération pour les groupes communautaires et conciliation travail-famille. Donc, ça, c'est le CIAFT. On les
entendus, eux... elles, devrais-je dire, elles sont venues, on les a entendues,
c'est super.
Maintenant, Action travail des femmes :
«Action travail des femmes est une organisation autonome à but non lucratif
féministe qui, depuis 1976, soutient les femmes socialement ou économiquement
défavorisées, de tous âges et de toutes
origines, dans leurs démarches pour accéder à des emplois décents, bien
rémunérés et dignes de leurs acquis et compétence. ATF lutte également
contre la discrimination des femmes à l'embauche et au travail.
«Afin de
lutter contre l'exclusion et la discrimination dont les femmes sont victimes, ATF
continue à intervenir énergiquement pour que des mesures actives soient
mises en place et pour que la législation en matière de droits de la personne
soit améliorée. Au fil des années, ATF a remporté de grandes victoires qui ont
permis l'amélioration de la situation des femmes sur le
marché du travail. Ces actions et interventions ont même mené ATF devant le
plus haut tribunal du Canada, qui, en 1987, imposait pour la première fois un
programme d'accès à l'égalité.
«Le
25 juin 1987, ATF remporte une grande victoire contre le Canadien
National, le CN. Pour la première fois, la Cour suprême du Canada ordonne au CN de maintenir le quota d'embauche
des femmes de 25 % jusqu'à ce que 13 % des femmes occupent les
emplois de cols bleus.»
Et les services qu'ils offrent... qu'elles
offrent : information et soutien à la recherche d'emploi dans les secteurs
majoritairement masculins et dans les organismes assujettis à la Loi sur
l'accès à l'égalité en emploi, appui aux
démarches pour obtenir des formations professionnelles subventionnées,
accompagnement des femmes immigrantes en parcours de reconnaissance des
acquis et des compétences et accompagnement personnalisé et suivi en matière de
discrimination en emploi, normes du travail,
harcèlement, discrimination, équité salariale, assurance chômage, et divers ateliers,
bien sûr.
Donc, vous
voyez, quand même deux raisons sociales, pourrions-nous dire, très différentes
entre CIAFT et ATF, complémentaires,
je dirais. Et on aurait dû leur laisser leur place entière, à ATF, pour venir
nous présenter leur contribution. Elles ont refusé de le faire et elles ont eu
raison, parce que je trouvais que c'était un manque de respect de ne pas leur
offrir une plage horaire complète, au même titre que tous les autres groupes
qui, devons-nous le rappeler, sont des groupes à prédominance masculin... prédominance masculine, qui sont venus nous
présenter des choses dans la dernière semaine et la semaine précédente.
Alors, encore une fois, je trouve ça
regrettable. Je pense qu'on pourrait se permettre de les entendre au retour de la semaine de circonscription. Je suis ouvert à
toutes sortes de compromis en matière de procédures, encore une fois, comme je l'ai fait précédemment sur Hydro-Québec.
Mais vraiment prenons le temps d'écouter toutes les femmes — j'allais
dire «d'écouter les femmes», mais je veux dire «d'écouter toutes les femmes»,
elles ont des choses à nous dire et des contributions pertinentes. Merci.
• (12 heures) •
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Avant de continuer, j'aimerais... M. le député, vous savez que je suis une
ardente des règlements et du temps. Je vous ai laissé continuer votre motion.
Par contre, je dois vous demander de faire attention de ne pas prêter des
intentions. Vous l'avez fait poliment, mais vous avez quand même prêté des
intentions au gouvernement, alors je vous demanderais de faire attention à
l'avenir, s'il vous plaît.
M. Leduc : Bien entendu. Pas de
problème.
La Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
qu'il y a des interventions sur la motion?
M. Boulet : Oui, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
ministre.
M. Jean Boulet
M. Boulet : D'abord, avant
d'expliquer le contexte, on se connaît bien, si besoin en est, je réitère, au
nom du gouvernement, l'importance du respect de l'égalité entre les hommes et
les femmes et de l'importance que nous accordons à l'intégration des femmes
dans l'industrie de la construction. On a assez souvent parlé du Programme
d'accès à l'égalité, il y a des mesures non seulement d'attraction, mais de
rétention.
Et j'ai beaucoup de respect pour tous les
groupes, notamment Action travail femmes, le CIAFT, qui est le Conseil
d'intervention pour l'accès des femmes au travail. Mais je veux juste rappeler,
là, pour le bénéfice de tout le monde, c'est super important, collègue, lors de
la sélection des groupes à entendre, Québec solidaire a proposé le CIAFT, et
nous avons proposé Les Elles de la construction, qui est un groupe extrêmement
représentatif, aussi, des femmes. Et le PLQ et Québec... le Parti québécois ont
soutenu Québec solidaire dans leur demande et ont refusé que ce soient Les
Elles de la construction plutôt que... et on a accepté, puis on a mentionné
qu'à l'ajout d'un espace horaire, donc en cas de désistement... bon, Québec a
soumis Accès travail des femmes, et, comme il y avait d'autres groupes qui étaient soumis par les oppositions, on
a proposé de joindre ATF au CIAFT, puisque ce sont deux groupes qui font partie
d'une coalition pour représenter les travailleurs en... les travailleuses en
construction. Et le 28 février de cette
année, une attachée politique de Québec solidaire a dit : Nous suggérons
également, au minimum, d'inviter ATF avec le CIAFT. Donc, il y avait un
consentement, puis ça, c'est quelqu'un qui provient du bureau du leader, et vous
êtes le leader, et c'est le groupe Action travail femmes qui a refusé d'être
regroupé. Ils ont quand même présenté un mémoire,
qu'on a analysé avec attention et, bien sûr, le maximum de considération. Puis,
je le répète, dans les groupes sélectionnés qui font partie de la
motion, bien, il n'y a pas eu de désistement, donc tout le monde s'est présenté
en consultations particulières.
Et on peut lire, d'ailleurs, sur le site du
CIAFT, que c'est une organisation québécoise constituée de groupes et de
personnes qui oeuvrent dans le domaine de l'accès et du maintien des femmes au
travail. Donc, je pense que c'est important
de le redire, ce n'est pas une... c'est une volonté, mais... évidemment, ce
n'est pas tout le monde qui peut venir présenter son mémoire, mais tous
les groupes intéressés peuvent en soumettre un.
Puis, ceci dit, les parties qui sont prévues à
la loi ont toutes été présentes lors des consultations particulières. Puis je rappellerai que les associations
syndicales — il
y en a une qui est avec nous — ils
représentent aussi les femmes, ils
ont fait des recommandations concernant l'intégration des femmes, puis le
groupe de développement des ressources humaines des Premières Nations... tous les
groupes, en fait, même les associations patronales, s'intéressent à
l'intégration des femmes. On a un
défi de main-d'oeuvre. Le projet de loi n° 51, il vise à amener, à intéresser
plus de monde. Il y a beaucoup d'articles sur l'accès, l'inclusion puis ce qui
se fait avec la CCQ. Puis je me rappelle les propos du collègue de
Jean-Talon, hier, qui référait à la présentation intelligente de la présidente
de la Commission de la construction du Québec. Ils sont en action, tout le
monde est en action.
Ça fait que ne venez pas nous dire qu'on aurait
pu les entendre, tout ça s'est fait. Il y a eu une motion, puis tout le monde... ça s'est fait à livre ouvert. Et,
s'il y avait eu un désistement, c'était convenu qu'Accès travail femmes
aurait pu venir présenter leur mémoire, mais les 19 groupes... en fait, les 21
sont tous venus.
Alors, voilà.
Ça complète de façon très sommaire, Mme la Présidente, pour conclure que nous
vous soumettons que la motion n'est pas fondée.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole à la députée de Mille-Îles.
Mme Virginie
Dufour
Mme Dufour : Merci, Mme la Présidente. J'entends le ministre,
mais je vais tout de même appuyer la demande du collègue d'Hochelaga-Maisonneuve. Je vais mentionner mon inquiétude, que j'ai
soulevée, d'ailleurs, lors des remarques
préliminaires, du manque de femmes dans le domaine de la construction, et je
réitère aussi mon inquiétude face au départ à la retraite prochaine de
25 % des employés du domaine de la construction d'ici 10 ans.
Alors, actuellement, on est à 3,5 % de
femmes seulement...
Une voix : ...
Mme Dufour : ...3,8 %,
merci, mais...
Une voix : ...
Mme Dufour : ...bon,
3,65 %, on s'entend qu'on est... c'est extrêmement bas, c'est très
minoritaire, très, très, très... Le chiffre
est beaucoup trop petit, et donc il faut absolument... il faut un coup de
barre, mais un coup de barre... Puis, quand on regarde, d'ailleurs, le
graphique de la croissance depuis 2011, à ce rythme-là, on n'y arrivera jamais,
les retraites vont arriver bien avant que les femmes aient le temps de rentrer
dans le domaine. Et on... et je viens de le mentionner dans la motion
précédente, les chantiers vont exploser dans les prochaines années, alors il
est essentiel qu'on fasse quelque chose.
Je voudrais peut-être juste faire une petite
note par rapport à des éléments qui sont sortis dans les médias, là, hier,
aujourd'hui, par rapport à... au fait de peut-être... de mettre un quota dans
des contrats publics. Je comprends que l'étude viendra éventuellement, la
discussion viendra éventuellement, mais j'amène tout de suite votre réflexion.
Moi, j'ai une expérience du domaine public, hein — je viens du municipal,
pour ceux qui ne le savent pas — j'ai vu à quel point, dans les huit ans
que j'ai été là, le nombre de soumissionnaires a fortement diminué. Donc, quand
que je suis arrivée au début, là, 2013, 2014 à la ville de Laval, c'est... ça
pouvait... dans certains contrats, on pouvait avoir 10, 11, 12 soumissionnaires; à la fin, on avait de la misère à en
avoir deux, trois. Et aujourd'hui il y a combien de contrats dans les
municipalités qui ne s'octroient pas parce qu'il n'y a pas de soumissionnaire?
Alors, d'amener davantage de contraintes, il
faut faire attention de ne pas créer un effet extrêmement pervers de, finalement, ne plus être capables de réaliser
des projets parce qu'on n'est pas capables d'atteindre certains objectifs. Et
ça, ça vaut, là, dans toute la lourdeur administrative, aussi, qu'on impose de
plus en plus aux entrepreneurs. Mais, celle-ci,
je vous... j'invite à une grande, grande prudence devant cette possibilité
parce qu'actuellement, on sait, il n'y a pas assez de femmes dans le domaine,
elles sont majoritairement dans le domaine de la construction résidentielle.
Les donneurs d'ouvrage publics, c'est plutôt dans le génie civil que ça se
fait, et donc dans les ouvrages civils, donc, si on mettait des quotas,
peut-être qu'on n'aurait tout simplement plus de soumissionnaire. On aura
l'occasion d'en faire le débat, mais je voulais l'amener sur la place
maintenant, vu que les articles sont sortis fraîchement ce matin.
Donc, sur ce, Mme la Présidente, ça complète mon
intervention.
• (12 h 10) •
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Madwa-Nika
Cadet
Mme Cadet : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Donc, j'ai écouté avec attention la motion préliminaire déposée
par le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve ainsi que les propos du ministre. Donc,
comme ma collègue, donc, l'a mentionné,
donc, même si, donc, nous n'aurions pas nécessairement, donc, déposé cette
motion précise, telle quelle, nous
sommes... donc, nous allons, donc, appuyer le collègue, donc, le collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve, donc, sur le
principe d'entendre... en fait, qu'il aurait été, donc, judicieux de pouvoir
traiter sérieusement de la question de la place des femmes dans le
secteur de la construction.
J'ai entendu
ce que le ministre a dit, donc, sur les tractations, là, qui ont entouré, donc,
la présence des groupes, puis on comprend, donc, à quel point, donc,
parfois, donc, il faut être en mesure, donc, de faire différents arbitrages. Ceci dit, je tiens quand même à souligner
que, dans la proposition initiale du ministre, l'impression que moi, j'ai eue lorsque nous avons reçu le... celle-ci, c'était que le
ministre, donc, abordait, donc, principalement, donc, l'enjeu du projet de loi n° 51 sous l'angle des
relations de travail sans nécessairement mettre au même niveau l'impact que le
projet de loi, donc, pourrait avoir,
donc, d'une part, sur le plan économique et, d'autre part, au niveau, donc, de
différents groupes sous-représentés dans le secteur de la construction.
Par exemple, donc, nous avons — et
nous sommes contents que cette proposition-là, donc, ait été adoptée, donc — demandé
que les groupes autochtones, donc, soient reçus, sachant l'impact, donc, que ça
aurait, bien, sur ceux-ci et que, dans le
cadre, donc, du projet de loi, donc, nous n'avions pas nécessairement entendu
leur point de vue, donc, avant leur présence en consultations
particulières.
Nous avions
aussi proposé, donc, au ministre, donc, Les Elles de la construction.
Dès le départ, donc, c'était le... un
groupe que nous avions, donc, dans notre propre liste à nous, donc, au Parti
libéral du Québec. Malheureusement, je comprends
que, dans le... par souci, donc, d'arriver, donc, à un certain compromis pour
pouvoir parvenir à commencer les consultations particulières, il n'a pas
été possible de les entendre, mais nous déplorons quand même le fait qu'il
s'agissait de notre proposition initiale, donc, Les Elles de la construction.
Mais je mentionne tout ça non pas pour, donc,
revenir, donc, sur ces arbitrages-là qui doivent être faits, puis on comprend que, parfois, donc, il faut que le
ministre, donc, arrive à certaines décisions, mais tout de même pour soulever l'importance... en fait, le sérieux avec lequel
les questions d'inclusion des femmes dans le secteur de la construction ou
d'inclusion, donc, d'autres groupes sous-représentés dans le milieu de la
construction, donc, sont des enjeux sérieux, avec
plusieurs nuances, et que quelques minutes ne suffisent pas nécessairement,
donc, pour entendre à quel point ces groupes, donc, peuvent être touchés
par les dispositions législatives que nous menons, qui sont, donc, l'objet,
donc, de nos conversations lors de l'étude
détaillée du projet de loi, et que, dans ce cadre-là... tu sais, en effet, que
ce soit ce groupe précis, là, Action
travail des femmes ou un autre, donc, Les Elles de la construction, qu'il
aurait été probablement, donc, plus... bien, en fait, je pense que ça
aurait démontré un peu plus de sérieux de notre part, comme législateurs, si nous avions pu entendre plus de groupes, avec
toutes les nuances qui s'imposent, et leurs perspectives... leurs propres
perspectives aussi, là, du secteur. Je renomme Les Elles de la construction parce
que, bon, leur... le... je comprends que ce
n'est pas l'objet de la motion, là, mais c'est un exemple, donc, qui illustre,
donc, à quel point, donc, si nous avions eu... donc, c'est une expertise plus...
bien, en fait, un tour de roue plus complet, peut-être que ça nous aurait
permis de prendre un certain pas de recul sur certaines dispositions du
projet de loi et que ça nous aurait outillés beaucoup plus fortement pour l'étude détaillée qui s'en vient,
notamment, là, en ce qui a trait, donc, aux définitions sur les groupes... les
personnes représentatives de la diversité de la société québécoise ainsi que
les mesures concernant, donc, la polyvalence qui concernent les femmes.
Je le dis, donc, nous n'aurions pas présenté
cette motion-ci parce que, bon, au Parti libéral du Québec, nous, on est prêts à commencer à étudier le projet de
loi, le... nous sommes dans cette perspective-là, mais je prends peut-être le
temps, ici, de mentionner, donc, quelques-unes, donc, des propositions, par
exemple, qu'il aurait été bien d'entendre pour nous permettre de
dire : OK, bien, peut-être que... là, est-ce qu'on fait fausse route en
mettant de l'avant cette proposition-là?
Telle autre proposition peut avoir l'air alléchante, attrayante, mais est-ce
qu'elle risque d'avoir certains effets pervers? Ma collègue, donc, des
Mille-Îles vient d'en nommer un, donc, sur lequel nous aurions, donc, des
questions. Et je... Il s'agit donc... Tu sais, la question de la sous-représentation,
là, des femmes dans le secteur, ce n'est pas
nécessairement, donc, un sujet pour lequel, donc, nous, on détient, donc, toute
l'expertise, comme législateurs, et donc, d'avoir le plus d'éléments
concrets pour pouvoir nous outiller, je pense que ça nous aurait permis de
dire : Ah! attendez un instant, peut-être que, sur certains de ces
éléments-ci, bien, on a besoin de gratter un petit peu plus ou on a besoin de
comprendre un peu plus, donc, les impacts des dispositions que nous mettons de
l'avant.
Je donne
quelques exemples. Pour revenir, donc, au groupe de l'ATF, bien, notamment à la
recommandation 8, on nous demande...
donc, ils nous disent : «Nous recommandons au ministre du Travail et à la Commission de la construction du Québec d'intégrer
l'ADS+ dans l'élaboration de leurs politiques et mesures, en particulier celles
concernant la polyvalence de la
main-d'oeuvre et la valorisation de la formation professionnelle. Cette
approche permettra d'assurer que les
stratégies développées tiennent compte des besoins et défis spécifiques des
femmes. Il s'agit d'une étape cruciale pour favoriser une véritable
égalité dans le secteur de la construction.»
Je commence avec cette recommandation-ci, Mme la
Présidente, parce qu'elle concerne, donc, l'ADS+, et je pense que le ministre a
beaucoup entendu mon collègue de Nelligan, dans le cadre du projet de loi
n° 59, parler de l'analyse différenciée
selon les sexes et de l'importance d'intégrer ce type d'analyse là en matière,
donc, de droit du travail, en matière, donc, de mesures, donc, de
législation, donc, relevant du ministre du Travail, particulièrement... ce qui semble particulièrement pertinent, donc, dans un
contexte, dans un domaine où elles sont largement sous-représentées.
Je vous donne ici quelques exemples. Sur la
valorisation de la formation professionnelle, par exemple... et le ministre...
et c'est à bon droit que le ministre a mentionné que les autres groupes
s'intéressent aussi à la question de la sous-représentation des femmes dans
l'industrie, il a dit : Même les groupes patronaux s'y intéressent. Je
dirais : Bien, bien sûr, je dirais... même, j'irais plus loin, je
dirais : Bien sûr que les groupes patronaux s'y intéressent aussi. Et bon
nombre de ces groupes sont aussi venus, donc, nous parler, donc, de formation
professionnelle et de l'impact du manque de formation et de l'entrée par
bassins des femmes dans l'industrie, de la corrélation que ça pouvait avoir sur
leur rétention dans le domaine de la construction. On l'a souvent dit, quels
sont les enjeux qui font en sorte que les
femmes sont sous-représentées. Bien des groupes qui sont interpelés nous ont
indiqué que la question du climat de travail était un frein à leur
pleine participation au secteur de la construction, que les questions de
conciliation, donc, travail-famille en
étaient un autre. Donc, de... Bon, on sait, donc, comment est-ce que ça
fonctionne avec les différents chantiers,
donc, dans tout ce qui a trait à la conciliation travail-famille, donc, que ça
pouvait être difficile mais qu'également la question de la formation
était, donc, un enjeu.
Donc,
je pense... Donc, par exemple, là... on donnait un exemple, donc, qui est à
l'extérieur du cadre du projet de loi
n° 51, mais qui concerne la formation dans le secteur de la construction,
c'est... bien, ce sont, donc, les attestations d'études professionnelles qui
ont été lancées dans les derniers mois et qui ont été renouvelées à hauteur de
111 millions de dollars dans le
dernier budget, 2024‑2025, du gouvernement. Et, dans ce contexte-là, si on
a, donc, des formations qui ne favorisent pas nécessairement la
rétention des femmes, bien, je pense qu'on a des risques de voir que, bon,
d'une part, elles seront sous-représentées
dans ce secteur-là, mais en fait, en ce moment, donc, on ne le sait pas parce
qu'il n'y a pas eu ou il ne semble pas y avoir eu une analyse différenciée
selon les sexes avant de mettre sur pied ces programmes de formation
accélérée dans le secteur de la construction. Donc, c'est un exemple, donc,
très concret et très récent, je pense, que
tous et toutes ici, Mme la Présidente, donc, peuvent saisir, qui démontre,
donc, l'utilité, donc, certaine que les mesures d'analyse différenciée
selon les sexes, les mesures, donc, d'ADS, d'ADS+, peuvent avoir dans le
secteur de la construction pour favoriser la formation des femmes, mais
particulièrement, donc, leur rétention dans le secteur.
Donc, c'est un des exemples, donc, qui émanent,
donc, des recommandations relatives au projet de loi n° 51, qui vient
d'Action travail des femmes, qui aurait pu faire l'objet de questions si nous
avions pu les entendre dans le cadre des
consultations particulières, elles ou, encore une fois, donc, d'autres groupes,
si nous... si, collectivement, donc, nous avions priorisé cet enjeu lors, donc,
des consultations particulières, en ne les voyant non pas comme un obiter,
là, comme une note de bas de page, mais en
voyant cet enjeu-là comme central à la réforme qui est présentement en cours dans
le domaine de la construction.
• (12 h 20) •
Je sais que... et je dis ça avec beaucoup
d'égards, là, pour le ministre, parce que je sais qu'il l'a souvent mentionné,
que la question de la diversité de la main-d'oeuvre, incluant, donc, la
présence des femmes, c'est un sujet qui est très important pour lui. Donc, en
évoquant tout ceci, je ne pense pas que le ministre n'est pas sérieux dans sa
démarche ou dans son désir de voir plus de femmes intégrer le secteur de la
construction, mais je pense que le... nous aurions en effet pu... je le
mentionnais plus tôt, mais je pense que... oui, prendre un pas de recul,
mais... ou prendre un pas de côté, là,
peut-être même plus, afin de nous assurer que ce que nous mettons en place,
donc, permette ce coup de barre là.
Ma collègue des Mille-Îles a parlé, donc, du taux,
donc, qui semble avoir été amélioré à 3,8 %. Tant mieux que nos chiffres à
jour nous montrent déjà une certaine amélioration à ceux qui précédaient, de
3,65 %. Mais, tout de même, comme elle
vient de le mentionner, ce sont des chiffres insuffisants par rapport à la
présence des femmes dans la société
et à ce qu'elles pourraient représenter dans l'industrie de la construction,
qui a bien besoin d'elles et qui a besoin de s'améliorer pour qu'elles
puissent s'y épanouir.
Un autre exemple de recommandation que l'on voit
dans le rapport d'Action travail des femmes, bien, en fait, donc, c'est tout ce qui concerne l'efficacité du programme d'accès
à l'égalité au sein de l'industrie de la construction. Donc, elles recommandent une modification à
l'article 126.0.1 de la loi R-20 pour consolider l'efficacité de ce
programme-là, donc, pour que, outre l'obligation actuelle imposée à la Commission
de la construction du Québec de solliciter
l'avis de la Commission des droits de
la personne et des droits de la jeunesse de... pour qu'une... qu'une obligation juridique soit instaurée pour contraindre la commission de... la CCQ,
donc, à appliquer les recommandations formulées par la Commission des
droits de la personne et des droits de la jeunesse. Je ne dis pas, donc, nécessairement
qu'aujourd'hui, donc, on formulerait, donc, exactement cette recommandation,
mais ce que je dis, c'est qu'en fait, donc,
tout ce qui concerne les... la question, donc, de l'avis de la CDPDJ et du rôle
que cette institution-là, donc, peut jouer pour nous outiller, nous, comme
législateurs, pour améliorer, donc, la présence des femmes dans l'industrie,
bien, ce sont, encore une fois, donc, des questions... bien, en fait,
des éléments qui auraient pu être soulevés en consultations particulières, et pour lesquels nous aurions pu
questionner l'organisation en question, et de voir, OK, est-ce qu'on s'y prend
de la bonne manière lorsque l'on parle d'accroissement, donc, des personnes
représentatives de la diversité de la société québécoise et des femmes dans
l'industrie de la construction ou si les mesures que nous mettons de l'avant ou
les mesures qui nous sont présentées ne vont pas assez loin ou sont plutôt en
surface par rapport au travail de fond qui
pourrait être fait, sans effet pervers, là, pour revenir à l'exemple très
judicieux donné par ma collègue des Mille-Îles.
Les groupes terminent... voyons, le groupe ATF
continue aussi en nous demandant, donc... en recommandant l'établissement d'un
comité de suivi des programmes d'accès à l'égalité en emploi indépendant de la Commission
de la construction du Québec sous l'égide du ministère du Travail et de la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse ou d'harmoniser, même,
donc, les initiatives, programmes et politiques visant les femmes avec les
principes d'accès à l'égalité en emploi en les intégrant aux actions, donc, des
programmes d'accès à l'égalité des femmes. Encore une fois, donc, nous aurions
voulu entendre celles-ci.
Je termine avec ces exemples, parce que, bon, il
y en a d'autres. Je sais aussi que la Commission des droits de la personne et
des droits de la jeunesse a également soumis un mémoire à notre attention à la
fin des consultations particulières et que leur mémoire, donc, s'est beaucoup,
beaucoup intéressé à la question de la présence des femmes dans l'industrie de la construction. Et je pense
qu'avec ces différents outils là... je me doute bien, là, du vote que nous
aurons, donc, cet avant-midi, donc, sur la motion préliminaire du collègue,
mais, à toutes fins pratiques, là, je pense que nous aurions pu entendre ces
différents groupes de façon judicieuse, mais que nous devons nous contenter,
donc, des mémoires sans avoir un
échange pédagogique sur la question. C'est donc pour ces motifs que nous
voterons en faveur de la motion préliminaire du député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres collègues qui veulent intervenir sur la motion?
Une voix : ...
La Présidente (Mme D'Amours) : Désolée, je ne peux vous donner la parole, M. le
député, parce qu'il n'y a qu'une seule intervention et aucun droit de
réplique.
Est-ce
qu'il y a d'autres collègues qui voudraient intervenir? Sinon, je vais mettre
aux voix la motion. Est-ce que la motion est adoptée ou rejetée?
Une voix : ...
Mise aux voix
La Présidente (Mme
D'Amours) : Un vote par appel nominal. Mme la secrétaire, s'il vous
plaît.
La
Secrétaire : Pour, contre, abstention. M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve)?
M. Leduc :
Pour.
La
Secrétaire : M. Boulet (Trois-Rivières)?
M. Boulet :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Mallette (Huntingdon)?
Mme Mallette :
Contre.
La
Secrétaire : M. Dufour (Abitibi-Est)?
M. Dufour :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Tremblay (Hull)?
Mme Tremblay :
Contre.
La
Secrétaire : M. Martel (Nicolet-Bécancour)?
M. Martel :
Contre.
La
Secrétaire : Mme Cadet (Bourassa-Sauvé)?
Mme Cadet :
Pour.
La
Secrétaire : Mme Dufour (Mille-Îles)?
Mme Dufour :
Pour.
La
Secrétaire : Mme D'Amours (Mirabel)?
La Présidente (Mme
D'Amours) : Abstention. Donc, la motion est rejetée.
Étude détaillée
Nous
en sommes maintenant à l'étude des articles du projet de loi. Est-ce qu'il y a
consentement afin que le projet de loi soit étudié par sujets, selon le
plan de travail transmis par M. le ministre?
Une voix : ...
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Je veux juste qu'on s'entende sur
lequel des plans on parle, parce qu'on en a reçu deux différents. On en
a reçu un lundi, préliminaire, pour quelques articles seulement, puis là on en
a reçu un autre, total et complet. Moi, j'ai un accord pour le premier, le plus
court. C'est bien de cela qu'on parle?
La Présidente (Mme
D'Amours) : C'est le premier plan que j'ai, moi, sur mon bureau.
M. Leduc :
Merveilleux! Dans ce cas-là, il y a consentement.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Donc, nous débutons avec le... Oui, M. le...
M. Boulet : ...suspendre
deux minutes?
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
parfait. Nous suspendons quelques instants, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à 12 h 27)
(Reprise à 12 h 33)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux.
Nous étions sur le début de notre... du
processus, donc, avec le sujet n° 1,
lequel vous avez reçu sur Greffier, et Mme la députée de Bourassa-Sauvé voulait
nous...
Mme Cadet : Oui,
Mme la Présidente. Donc, conformément à l'article 245 de notre règlement,
nous demandons à ce que le projet de loi soit étudié article par
article, alinéa par alinéa, paragraphe par paragraphe, lorsque cela est
applicable.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Parfait. Nous débutons donc avec le sujet n° 1. Tout le monde a pris connaissance du plan, du sujet n° 1, processus de négociation collective loi R-20. M.
le ministre, veuillez s'il vous plaît faire la lecture de l'article 9.
M. Boulet : Oui, merci, Mme la
Présidente. Puis j'aimerais remercier les collègues de l'opposition pour leur
consentement à ce que nous procédions de la façon la plus harmonieuse, la plus
cohérente possible.
Donc, le premier bloc, c'est le régime de
négociation.
Article 9
du projet de loi n° 51 : Les articles 28 et 29 de cette loi sont
modifiés par le remplacement de «treizième» par «vingt-cinquième».
Alors, le texte se lirait :
«28. Seuls la
Centrale des syndicats démocratiques, la Confédération des syndicats nationaux,
le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction, la Fédération
des travailleurs et travailleuses du Québec et le Syndicat québécois de
la construction peuvent faire constater leur représentativité en présentant à
la Commission une demande à cette fin au
cours des cinq premiers jours du vingt-cinquième mois qui précède la date
d'expiration d'une convention collective prévue à l'article 47.
«29. La
Commission doit, au plus tard le dernier jour du vingt-cinquième mois qui
précède la date d'expiration d'une convention collective prévue à
l'article 47, faire publier à la Gazette officielle du Québec et
dans un quotidien de langue française le nom des associations
mentionnées à l'article 28 qui ont présenté une demande à la Commission.»
Commentaires, bon : La loi R-20
reconnaît cinq associations de salariés que la CCQ peut reconnaître comme
représentatives en leur délivrant un certificat de représentativité.
L'article 9 du projet de loi propose de
devancer d'un an la période au cours de laquelle ces cinq associations peuvent
faire constater leur représentativité par la CCQ en lui faisant parvenir une
demande à cet effet. La date limite où la CCQ peut faire publier le nom des
associations qui ont fait une telle demande est aussi devancée d'un an.
Si vous
permettez, je vais faire quelques commentaires, parce qu'il y a tout un bloc
sur le régime de négociation, je veux tous qu'on soit au même niveau.
Le projet de loi n° 51,
essentiellement, pour le régime de négociation, il vise à corriger des
irritants qui ont été constatés lors de rondes
de négociation précédentes. Deux, on ne remet pas en cause les aspects centraux
du régime de négociation, c'est-à-dire sa portée provinciale quant à
l'application des conventions collectives et du processus de négociation. On ne remet pas en cause la
syndicalisation obligatoire, puis on ne remet pas en cause le pluralisme
syndical. Donc, l'amélioration qu'on
fait, après avoir consulté les parties, bien sûr, tant les associations
syndicales que patronales, c'est que ça fonctionne mieux et ça va avoir,
éventuellement, un impact sur l'amélioration des relations de travail parce que ça va diminuer les risques de conflit.
Il n'y en a pas eu en 2021, mais il y en a eu en 2017 puis en 2013 puis,
à chaque jour, ça avait des impacts super importants sur l'économie du Québec
et donc de la productivité.
Le reste, je
vais y aller de façon assez télégraphique. Bon, syndicalisation obligatoire,
puis il y a une qualification, bon,
c'est le processus dont on parle. Négociation se fait par secteurs, vous le
savez, il y a le résidentiel, l'institutionnel, commercial, industriel,
il y a le génie civil et la voirie. Il y a quatre conventions collectives, et
elles sont à durée déterminée, donc c'est à tous les quatre ans, et la
prochaine... les prochaines expirent le 30 avril l'année dernière. C'est un régime particulier de relations de
travail, mais il n'y a pas de grève, pas de lock-out durant l'avis des
conventions collectives. Et, s'il y a
exercice d'une grève ou d'un lock-out, c'est après l'expiration et ça requiert,
pour la ratification des conventions
collectives, au moins trois associations syndicales représentatives qui
comportent plus de 50 % des salariés. Puis, pour les employeurs,
bien, ça dépend des statuts des associations patronales.
Les syndicats s'organisent, ils font ce qu'on
appelle un protocole de négociation, puis il y a une négociation des clauses
communes, il y a une négociation des clauses sectorielles. En 2020, les
syndicats étaient représentatifs de la façon
suivante : la FTQ, 43 %; le Conseil provincial, 23,2 %; le
Syndicat québécois de la construction, 19 %; la CSD, 8,7 %; CSN, 6,1 %. Les associations
patronales, bien, il y a l'AECQ, l'Association des entrepreneurs en
construction du Québec — souvenez-vous,
on a entendu Dominic Robert — c'est
la seule association patronale à adhésion obligatoire pour les entrepreneurs. Après ça, il y a des
associations sectorielles, le génie civil, voirie, il y a industriel,
commercial, institutionnel.
Pour le génie civil, voirie, c'est l'ACRGTQ, l'Association des constructeurs de
routes et de grands travaux du
Québec; industriel, institutionnel, commercial, c'est l'Association de la construction du Québec; et le résidentiel, c'est l'APCHQ, que
vous connaissez, les professionnels de la construction habitation du Québec.
• (12 h 40) •
Les clauses
communes, c'est important, parce qu'on va avoir à en parler fréquemment, là.
Les clauses communes, on me demande
c'est quoi souvent, c'est la sécurité syndicale, la représentativité syndicale,
la procédure de règlement de griefs,
les recours à l'encontre des sanctions disciplinaires, la procédure
d'arbitrage, puis il y a tout le régime complémentaire d'avantages
sociaux.
Les clauses
sectorielles, là c'est le salaire, primes, indemnités, les horaires de travail,
les heures supplémentaires, les congés puis la mobilité de la
main-d'oeuvre, dont ça, ça relève de chacun des secteurs.
Ce qu'on
change beaucoup, c'est qu'on devance notamment la période de changement
d'allégeance syndicale, c'est ce
qu'on appelle, en relation de travail, la période ouverte ou la période de
maraudage. C'est une période ouverte, c'est une fenêtre de temps pendant
laquelle il y a une certaine rivalité — mais une rivalité qui est
plus ou moins intense — pendant
laquelle les salariés syndiqués peuvent décider de changer d'allégeance, et
pendant ce 30 jours là seulement, et
c'est suivi d'une période de scrutin. Et ça, ça se déroulait, souvenez-vous...
actuellement, c'est 11e et 12e mois qui précèdent, donc la période
de maraudage, c'est le mois de mai, puis la période de scrutin, c'est au mois
de juin. Donc, ça, on devance ça à... d'un
an additionnel, donc c'est le 24 et le 25 plutôt que 12. Ça, c'est pour éviter
les tensions, parce que, quand tu fais une période de maraudage suivie
d'un scrutin puis qu'après ça tu amorces tes négos puis le protocole de
négociation, ça crée des... la poussière n'a pas le temps de retomber. Ça fait
qu'en faisant ça plus en avant, ce qui
convient aux besoins, je pense, c'est ce que j'ai compris tout le temps des
associations syndicales et des patrons, ça permet de laisser tomber la poussière, aux syndicats de faire un bon
protocole de négociation et, après ça, de penser à la procédure qui va
nous amener au renouvellement des conventions collectives de travail. Donc, la
période de négociation aussi est devancée.
On devance l'obligation de consulter les donneurs d'ouvrage. Ça, c'est les
associations patronales. C'est une...
c'est déjà un processus qui existe, que nous devançons, qui permet aux
associations patronales d'obtenir des avis des donneurs d'ouvrage, mais ça n'a
aucun impact coercitif, là, c'est simplement un processus de consultation qui
s'amorcerait au plus tard le 1er mai précédant la date d'échéance des
conventions collectives.
On devance la transmission de l'avis de
négociation : plutôt qu'être le 1er novembre, c'est le
1er septembre. On introduit une obligation — ça, c'est nouveau — de
transmettre un cahier de demandes. Ça, c'est une proposition qui nous apparaît
extrêmement intéressante, parce que, à défaut, ça part lentement et ça ne part
à peu près pas, et plus on approche du 30 avril, plus il y a un crescendo.
Mais, si on introduit dans la loi une obligation de déposer un cahier de demandes au plus tard... puis là c'est le
1er novembre précédant la date d'expiration, qui est le 30 avril, on
se donne une immense chance
additionnelle de créer un processus qui est harmonieux. Puis les demandes,
bien, c'est les offres, les propositions puis ce qui peut intéresser les
parties tant syndicales que patronales.
On modifie aussi la période de médiation. Avant,
il y avait une période de médiation de 60 jours suivie d'un «cooling-off
period», là, c'est... En fait, c'est une période de temporisation en français,
excusez-moi, collègue de Jean-Talon, mais m'incluant aussi. Donc, ça, c'est pour,
bien sûr, améliorer la prévisibilité puis permettre à une méthode
alternative de résolution de se mettre en action pendant une plus grande
période de temps. De toute façon, c'était 60 jours, ils pouvaient demander
une extension de 30 jours, ils me le demandaient, puis la période de
temporisation, elle n'avait aucun impact. C'était un 21 jours où il
pouvait ne rien se passer ou à peu près pas. Il y avait des discussions, puis
là je fais attention aux patrons puis aux syndicats qui sont ici, il y a quand
même des discussions, mais ça n'avait aucune
valeur réelle. Puis d'ailleurs, dans la mesure où on doit l'adapter au régime
général des relations de travail au
Québec, il n'y en a plus, de ce type de période-là de temporisation après la
période de médiation obligatoire.
Après ça...
Essentiellement, c'est ça, donc, c'est pour donner plus de temps pour que ce
soit mieux ordonnancé, pour permettre une meilleure harmonie, une discussion
qui est bénéfique à éviter un conflit de travail, et, bon, je pense que
c'est, encore une fois, à l'avantage des parties. Puis on a tous intérêt, au
Québec, à éviter les conflits de travail, à ce
que les parties s'assoient et enclenchent un processus de négociation raisonnée,
c'est-à-dire qu'on évite les positions, qu'on pense aux intérêts
derrière les positions et qu'on cherche des solutions avec des options puis des
alternatives. Et moi, je suis un immense partisan — le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve
le sait très bien, là — des
méthodes alternatives de résolution de litiges. Et il faut se fier aux parties.
Ça requiert un accompagnement, mais ça requiert du temps. Donc,
essentiellement, c'est le but visé par l'ensemble de ces modifications-là.
Alors, ça complète.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Maintenant que le ministre a mis la table et qu'il a donné beaucoup
d'explications sur le travail qui nous attend, qui a une intervention à faire
pour l'article 9? Mme la députée de Bourassa-Sauvé, suivie du député d'Hochelaga-Maisonneuve.
Mme Cadet : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci, M. le ministre. Je pense que, déjà, vos
explications répondent en amont à quelques-unes des questions. Mais,
peut-être, ma première question plus générale, là, pour faire suite à ce que vous venez d'expliquer sur l'ensemble de la
section, donc, particulièrement, donc, sur l'article 9 du projet de loi, donc, je vous... vous indiquez...
Donc, vous avez... à de nombreuses reprises, là, dans votre intervention,
dans l'intervention que vous venez de faire, donc, vous nous mentionnez de
susciter, donc, plus d'harmonie dans le secteur,
de faire baisser les tensions. Donc, on comprend, donc, qu'il y a, donc, un
aspect... puis vous mentionnez souvent, donc, la paix industrielle.
Donc, c'est ce qui sous-tend un peu, donc, cet allongement, donc, de toute la
période, donc, en passant, donc, du... donc,
de la préparation, donc, ici, là, l'inscription, là, des différentes
associations représentatives à la CCQ jusqu'à la période de vote et puis
tout ce qui va suivre par la suite. Mais la question de fond ici, au-delà, donc, de la question de
l'harmonie : Est-ce que vous pensez que, concrètement, on arrivera, donc,
à conclure plus rapidement des renouvellements de conventions collectives
et que les relations de travail, donc, à travers ces mesures-là qui sont
amenées, vont amener ces résultats-là?
M. Boulet : On ne peut jamais
s'exprimer avec certitude en matière de négociation, mais, si j'y vais en
termes de probabilité, oui. Puis je vois, puis je pense que je peux le noter,
les personnes du Conseil provincial et de l'Association
de la construction du Québec, ils ont
la même volonté, ils partagent la même ambition que moi, c'est-à-dire
qu'on négocie, qu'on s'entende, puis qu'on ratifie, puis qu'on continue à
travailler puis à bâtir pour le bénéfice des Québécois, Québécoises. Donc, à
votre question, simplement, oui.
Mme Cadet : Merci. Puis,
peut-être la deuxième, Mme la Présidente. Donc, ça, c'était plus la question de
fond, puis je pense qu'on aura l'occasion, donc, d'y retourner, donc, sur...
d'y revenir avec les articles subséquents. Là,
donc, on traite vraiment, donc, précisément, donc, pour débuter, du projet de
loi, donc, on est au chapitre IV, sur les associations représentatives,
dont, j'ai dit, donc, le premier élément ici, donc, ce sont, donc, les
inscriptions, là, des associations représentatives à la CCQ pour constater leur
représentativité, donc, en avril un an plus tôt. Et à l'article 29, là,
qu'on modifie, il y a... donc, la commission a, essentiellement, donc,
jusqu'au... si je comprends bien, jusqu'au 30 avril de l'année précédente
pour faire publier à la Gazette officielle, donc, le nom des
associations. Pendant qu'on ouvre
l'article 29, j'avais juste une question ici. Donc, ça dit «et dans un
quotidien de langue française», est-ce que c'est une pratique qui se
fait encore par la CCQ?
M. Boulet : C'est ce qui est...
oui, oui, c'est ce qui est prévu dans la loi. Oui, tout à fait, absolument.
Mme Cadet : OK. OK, donc c'est
toujours... C'est ça, parce que, je me disais, donc, l'article n'avait pas été ouvert depuis 1996 et puis ça me semblait
peut-être un peu désuet, mais je ne sais pas si c'est encore... et, si ça se
fait encore, est-ce que c'est une pratique qui est toujours pertinente,
qui est toujours demandée.
• (12 h 50) •
M. Boulet : Ça se fait de façon
conforme à ce qui est prévu dans la loi, oui.
Mme Cadet : OK, parfait. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout?
Mme Cadet : ...merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
Merci.
M. Boulet : ...tous,
d'une association de salariés, ça correspond au pourcentage de... que
représente le nombre de salariés qui ont fait le choix de cette
association selon la procédure de scrutin.
Mme Cadet : De ce que je
comprends, à 28, on n'est pas encore, donc, dans le pourcentage. Le degré de
représentativité, il vient plus tard.
M. Boulet : Exact, tout à fait.
Mme Cadet : Dans la loi ici, on
est plus, donc... qu'ils veulent être... se présenter, là.
M. Boulet : Oui, tout à fait.
Oui, la campagne de maraudage précède le scrutin, tout à fait.
Mme Cadet : Oui, oui. Merci.
M. Boulet : On va y venir plus tard.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci.
M. Boulet : Là, c'est une
constatation.
Mme Cadet : Voilà.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve, la parole est à vous.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. J'ai deux, trois questions sur l'article 9 et l'économie
générale de cette section-là, mais d'abord
je veux juste rapidement revenir sur les propos de tantôt, je veux corriger une
inexactitude que le ministre a mise
au jeu par rapport à l'effet que nous n'avions pas demandé le groupe ATF. Je
suis allé relire la liste des groupes que nous avons communiqués au
gouvernement, ATF est dans la liste de Québec solidaire. Donc, c'est une inexactitude que le ministre a prononcée tantôt. Et je
veux juste souligner à quel point je suis sidéré qu'on ait lu le contenu d'un courriel d'une attachée qui
travaille à mon bureau du leader — moi,
je n'ai jamais vu ça, ça fait six ans que je suis ici — des
négociations avec le gouvernement sur un ensemble de sujets, et là, en cette
Chambre, en cette commission, on a lu le contenu d'un courriel d'une attachée.
Moi, je suis sidéré, je n'ai jamais vu ça, jamais vu ça. J'en parlerai avec
votre leader cet après-midi, peut-être, dans un appel personnel avec lui, parce
que je ne pense pas que c'est un comportement qu'on doit répéter dans le futur.
Si vous voulez vous attaquer à moi, vous pouvez vous attaquer à moi, mais qu'on implique les employés de mon bureau, je
trouve ça inacceptable. C'est dit. Maintenant, je passe à un autre
appel, Mme la Présidente.
Allons
sur le contenu de l'article 9. Je remercie le ministre pour sa
présentation, ça aide, en effet, à comprendre un peu où il veut bouger.
Puis j'aimerais ça qu'il puisse un peu répondre à la CSD, en fait. Si on va à
la page 41 de leur mémoire, à la
recommandation 13 : «La CSD recommande l'adoption de différents
ajouts allongeant la période de sollicitation
et de publicité syndicale et les concordances pour les dates concernant le
scrutin syndical et les négociations.» Est-ce que je déduis de ça que parce
qu'il modifie l'article 9 avec une plus longue période... est-ce que c'est
ça qu'il va faire dans 10 et 11 ou 10
en particulier, venir comme tout décaler les autres dates? C'est ce bout-là qui
m'échappe un peu, peut-être. Là, on passe du 13e au 25e mois, donc
on allonge la période, ça, j'ai bien compris le premier segment, mais en ce qui a trait à la... ce qu'on appelle,
donc, la sollicitation ou la publicité syndicale, est-ce que ça aussi, c'est
allongé en conséquence? Est-ce que c'est ça qu'on va faire, tantôt, à
10?
M. Boulet :
La durée de la période de maraudage?
M. Leduc :
Exact.
M. Boulet :
Non, ça, ce n'est pas prolongé. C'est devancé, cependant. C'est plus un
devancement, on ne joue pas dans les durées. Puis la période de maraudage
standard, vous le savez, c'est 30 jours. Ça fait que, si c'est le but
d'une recommandation de la CSD, de prolonger la période de maraudage, ce n'est
pas ce que nous faisons.
M. Leduc :
Je fais juste relire un extrait dans le mémoire. Elle dit : «La CSD
considère qu'allonger la période de sollicitation et de publicité syndicale
sera bénéfique pour les travailleurs et travailleuses de l'industrie. De plus, en ajustant la période soumise et réservée
au travail du médiateur lors de la négociation, permettra également, selon la
CSD, un meilleur environnement de négo.» Mais donc ce que je comprends, pour
bien saisir l'intention du ministre, ce n'est pas d'allonger aucune de
ces périodes-là, mais plutôt de décaler l'ensemble?
M. Boulet :
Exactement. Tout à fait.
M. Leduc :
OK. Mais... Puis, dans ce cas-là, pourquoi ne pas... Avez-vous étudié la
possibilité d'allonger les périodes? Y aurait-tu un effet bénéfique ou néfaste?
Je pose la question un peu naïvement, peut-être.
Des voix : ...
M. Boulet :
...
M. Leduc :
Alors, je me... je posais la
question : Avez-vous étudié la possibilité d'allonger la période, voire
même de la raccourcir? C'est quoi, les pour et les contre de cette
idée-là?
M. Boulet :
On n'a pas analysé cette possibilité-là. On a respecté le régime et les
aspects centraux auxquels j'ai fait
référence, donc on n'a pas... Dans les consultations, on n'a jamais eu de ce
type de commentaire là, d'allonger une période de maraudage.
M. Leduc :
Bien là, je viens de vous citer celle de la CSD.
M. Boulet : Oui, mais je ne suis pas
sûr que je la comprends bien, là, mais, si c'est prolonger la période de
maraudage, ce n'est pas ce que nous faisons, nous ne faisons que la
devancer d'une année.
M. Leduc :
Je comprends, mais... Je ne pense pas que les autres centrales,
nécessairement, aient dit la même chose, là, ce serait à corriger.
M. Boulet :
Non, non.
M. Leduc :
...mais, en tout cas, la CSD l'a dit. Puis là je veux juste comprendre,
dans le fond. C'est que, là, il y a un moment où est-ce qu'on peut aller se
qualifier comme organisation syndicale. C'est ça que vous venez décaler ou
plutôt mettre un peu plus tôt que prévu?
M. Boulet :
Oui, oui.
M. Leduc :
Et là, une fois que ces organisations-là sont qualifiées, se prépare le
maraudage de 30 jours, et tantôt, à l'article 10, on va décaler ce
maraudage-là pour le coller.
M. Boulet :
Tout à fait, tout à fait. En fait, pour que ce soit cohérent. Donc, ce qui
est devancé d'un an et qui fait l'objet de l'harmonie du régime est aussi
devancé d'un an ou à peu près, là, 11 mois ou 12 mois, là.
M. Leduc :
Puis est-ce qu'il y a quelque chose qui existe pour limiter les dépenses
ou... Parce que je fais le parallèle, mettons, avec une campagne électorale, on
connaît la date fixe, hein, dans la loi maintenant, mais tout le monde sait
qu'on la commence un petit peu avant, dans les faits, tu sais. La date est
importante pour les dépenses, tu sais, parce que ça, c'est extrêmement strict
et surveillé par Élections Québec, mais tout le monde... Même si la date, c'est
le début octobre puis que la campagne débute début septembre, vous êtes tous
comme moi, on n'attend pas chez nous le
1er septembre que ce soit déclenché, là, à la mi-août, on est déjà en
train de faire la tournée des barbecues puis des...
M. Boulet : Ah! bien là, je ne
m'impliquerai pas ou je ne m'immiscerai pas dans la façon dont les campagnes
de maraudage des syndicats se déroulent, les stratégies, les approches, les
moyens utilisés. Je sais... Puis on avait eu la collaboration des syndicats à
la dernière campagne de maraudage, c'était durant la pandémie, puis on avait,
avec la Santé publique, fait et exécuter la
première campagne sanitaire de maraudage, et ça avait donné des résultats
intéressants parce que c'est la
campagne où il y avait eu le moins de plaintes, d'affaires non respectueuses
des règles puis notamment de l'obligation de ne pas solliciter pendant
les heures de travail, puis etc., mais ça avait donné d'excellents résultats.
Mais loin de moi l'idée, là, de m'immiscer dans les façons de faire des...
M. Leduc :
Parce que, si vous aviez juste,
avec l'article 9, devancé la période de qualification mais que vous aviez
laissé la période de maraudage à son endroit actuel, ça aurait créé une espèce
de zone grise...
M. Boulet :
Totalement, oui.
M. Leduc :
...où la campagne n'est pas officiellement lancée, mais que, dans les
faits...
M. Boulet :
Exact, tout à fait. Vous le dites très bien, c'est une affaire de cohésion
temporaire.
M. Leduc :
OK. Ça fait que c'était ça, votre... de ne pas générer...
M. Boulet :
Exact, oui.
M. Leduc :
Puis tout ça, de le mettre plus tôt, si je comprends bien votre intention,
c'est d'avoir mis derrière nous cet épisode-là qui, on va se le dire, est
difficile pour tout le monde, puis qu'après ça on sache c'est quoi, l'état des
lieux, puis qu'on se concentre sur la négo.
M. Boulet :
Oui, puis, comme je mentionnais un peu plus tôt, la poussière retombe, puis
là la prochaine mission des syndicats et des patrons, évidemment, par voie de
corollaire, c'est la négociation, alors que c'était tout pogné dans un pain, c'était tout limité dans le
temps, et les rivalités qui engendraient parfois ou qui peuvent engendrer
des tensions, bien, ce n'était pas... ça ne s'était pas éliminé encore, et ça,
ce n'était pas bénéfique à la... au protocole syndical. Puis après ça, bien, il
n'y a pas de demande, puis on arrive... Puis ça va vite, là, quand on arrive à
la date d'expiration de la convention
collective. Mais, pour répondre à votre question, oui, ça a été fait dans le
souci de maintenir la cohésion dans le temps.
M. Leduc :
Dans le... Tout à fait, je pense que c'est un objectif louable, puis je le
partage.
Dans le Code du
travail général, il y a des dispositions qui empêchent un employeur de
s'immiscer dans la gestion ou la création éventuelle d'une association
syndicale. Dans le contexte de la loi R-20, où il y a une adhésion automatique, donc où 100 % des salariés, à
part ceux qui sont au noir, peut-être, bien sûr... mais, de manière théorique, 100 %
des salariés sont... adhèrent à une association...
M. Boulet :
Bien oui.
M. Leduc :
...est-ce qu'il y a un article similaire dans la loi R-20 qui limite
l'implication d'un patron? Est-ce qu'un patron pourrait dire à ses employés ou
émettre une opinion : Je préfère que tu adhères à cette centrale-là qu'à une autre? Est-ce qu'il y a des articles qui
limitent cette implication-là, donc qui feraient écho un peu à ce principe-là
dans le Code du travail?
M. Boulet :
...l'article 100, que je vous lis...
M. Leduc :
L'article 100 de la loi R-20 dit à peu près ça? OK.
M. Boulet : Oui,
exactement. Tu sais, parce qu'on sait... on peut imaginer ce qui pourrait
arriver, là, s'il n'y avait pas de
limitation. Donc, je le lis — en
fait, vous connaissez, là, 12, 13, 14 du Code du travail, c'est des
articles qui sont libellés
pareils : «Aucun employeur, ni aucune personne agissant pour un employeur
ou une association d'employeurs, ne doit chercher d'aucune manière à
dominer, entraver ou financer la formation ou les activités d'une association
de salariés, ni à y participer.» Tu sais, le libellé est presque textuel... en
fait, c'est le même.
Puis la même affaire pour les syndicats, aucune
association de salariés, ni aucune personne agissant pour le compte d'une telle organisation ne peut adhérer à
une association d'employeurs, ni ne doit chercher à dominer, entraver ou
financer la formation ou les activités d'une telle association ni à y
participer. C'est une très bonne question.
M. Leduc : Merci. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci infiniment.
Compte tenu
de l'heure, je vous remercie pour votre collaboration, chers collègues, et
j'ajourne les travaux sine die.
(Fin de la séance à 13 heures)