(Douze heures)
Le Président (M.
Bachand) : Alors, bonjour, tout le monde.
La commission est réunie... Je déclare que la séance de la Commission des institutions
est ouverte. Je vous souhaite encore une fois la bienvenue.
La commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et les auditions publiques sur le projet de loi
n° 14, Loi modifiant diverses dispositions relatives à la sécurité
publique et édictant la Loi visant à aider à retrouver des personnes disparues
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y a-t-il
des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Bourassa (Charlevoix—Côte-de-Beaupré) est remplacée par M. Lamothe
(Ungava) et M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par M. Fontecilla
(Laurier-Dorion).
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Avant de nous
tourner vers nos témoins, M. le député de Laurier-Dorion, s'il vous plaît. Vous
avez la parole.
Document déposé
M.
Fontecilla : ...nous avons tous et toutes remarqué hier
l'absence d'un groupe, là, d'un témoignage important pour les travaux de la
commission. Et j'aimerais qu'un document provenant, justement, de l'Assemblée des Premières Nations du Québec
et du Labrador soit distribué aux membres de la commission. Il m'apparaît
important que les membres de cette commission en prennent connaissance dès
maintenant, et j'aurai l'occasion d'y revenir lors de mes remarques
préliminaires. Merci beaucoup, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Consentement?
Alors, le document est déposé. Merci beaucoup.
Auditions (suite)
Alors, je
cède maintenant la parole aux représentantes, représentants de la Fraternité
des policiers et policières de la ville de Québec. Merci beaucoup d'être ici.
Merci de votre patience, hein? Vous savez, au Parlement, là, on ne sait pas... on sait comment ça commence, mais on
ne sait pas quand ça finit. Alors, la parole est à vous. Merci beaucoup.
Fraternité des
policiers et policières de la ville de Québec (FPPVQ)
Mme Fortier (Martine) : ...si je
peux me permettre. Donc, merci de nous recevoir. Je me présente, mon nom est Martine Fortier, et je suis la
présidente de la Fraternité des policiers et policières de la ville de Québec.
Je suis accompagnée de deux membres de mon équipe de la fraternité,
deux directeurs : ici, à ma gauche, Stéphane Paré, qui est directeur
représentant le personnel en civil, et, à l'autre bout, Danny Beaudoin,
qui est directeur représentant en déontologie et discipline. Ici, à ma droite,
j'ai Me De Blois, qui m'accompagne, dans le fond, qui est notre... un
de nos procureurs avec qui on traite à la fraternité.
Donc, avant de débuter, dans le fond, je tiens à
offrir nos condoléances à la famille et aux collègues de la sergente Breau
et je désire leur témoigner notre plus grand soutien à la fraternité. Je tenais
à le faire tout comme mes collègues l'ont fait.
La Fraternité des policiers et policières de la
ville de Québec étant la troisième organisation syndicale en importance au
Québec et représentant plus de 900 membres, nous vous sommes
reconnaissants de nous permettre de vous exprimer aujourd'hui nos observations
et préoccupations relatives au projet de loi n° 14, car il en va de
l'avenir de la profession que nous avons choisie et chérie, pour ma part,
depuis plus de 20 ans.
Tel qu'il vous a été présenté par nos homologues
de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, par l'Association des
policiers provinciaux du Québec ainsi que la Fédération des policiers
municipaux du Québec, dont je suis membre du comité exécutif, les policières et
policiers sont soumis à un nombre extraordinaire d'entités visant à surveiller, enquêter, sanctionner et corriger
leur comportement. Bien que la protection du public soit un incontournable
en ce qui a trait aux comportements abusifs
qui pourraient survenir dans le cadre de la profession policière, le constat, sans
équivoque, du désengagement policier mérite qu'une réflexion soit enclenchée et
que certains aspects du projet de loi soient
réévalués. À l'instar de ce que nos collègues vous ont présenté mardi dernier,
nous tenons à vous rappeler la vulnérabilité des policiers relativement
aux plaintes frivoles, de mauvaise foi, voire abusives, motivées parfois par la vengeance de la part de personnes mal
intentionnées. C'est pourquoi il nous est apparu essentiel de vous faire l'actuelle
présentation.
Il semble unanime que la
formation continue des policières et policiers est un incontournable. Cet
élément a d'ailleurs fait partie de
nombreuses recommandations du coroner au cours des dernières années. Le projet
de loi n° 14 allant même jusqu'à prévoir des sanctions pour les
membres qui n'atteindraient pas les objectifs en matière de formation, il nous
apparaît cohérent que ce même projet de loi propose l'embauche d'enquêteurs
civils ne possédant pas la formation policière de base. Tel qu'il vous a été
exprimé par mes collègues, il nous apparaît important de vous rappeler que les
attentes légales et déontologiques envers les policiers sont de plus en plus
élevées, pour ne pas dire que le droit à l'erreur n'existe plus dans ce domaine
d'emploi.
Nous sommes d'avis que la multiplication des
mesures et des sanctions prévues dans l'actuelle mouture du projet de loi n° 14 impactera
significativement la motivation des policières et des policiers qui sont,
malheureusement, déjà en proie à un désengagement massif. Tel que nous
vous l'avons exprimé dans notre mémoire, l'équilibre entre la carotte et le
bâton aurait intérêt à être rétabli si l'on veut assurer la pérennité de la
profession policière au Québec.
Nous nous expliquons d'ailleurs difficilement
pour quels types de fautes une corrélation pourrait être établie avec l'état de
santé du policier pour que le comité puisse imposer... lui imposer de subir une
évaluation médicale ou encore une thérapie.
Quant à l'établissement de sanction en lien avec l'atteinte d'objectifs de
formation, nous sommes d'avis que les responsabilités des organisations
policières ne devraient pas être relayées dans la cour des policières et
des policiers.
Pour maintenir des connaissances et compétences
de leurs membres à jour, les services de police doivent notamment pouvoir
compter sur des effectifs en nombre suffisant ainsi que sur des budgets
réalistes et adéquats. Les sommes investies, et je souligne ici le mot
«investies», pour déployer des effectifs en nombre suffisant permettront non
seulement de bonifier les services en matière de prévention, mais elles
permettront également la diffusion de formations
continues, en plus que de préserver la santé physique et mentale des troupes.
C'est à partir de cette prémisse que toute
modification à la loi devrait être envisagée en matière de sécurité publique
dans le cadre d'une planification stratégique.
Tel que vous avez pu le constater, nous avons
soulevé dans notre mémoire plusieurs autres préoccupations qui, en plus de brimer
les policières et policiers, auront certainement un impact quant à
l'administration de la justice, notamment, la possibilité pour une personne qui
n'est pas présente lors d'une intervention policière d'effectuer un signalement
de façon anonyme, sans qu'aucune mesure de contrôle ne soit mise en place et
sans que des règles claires ne rendent la prescription applicable; l'absence de
transmission de la plainte à la policière ou au policier visé par celle-ci, le
brimant potentiellement de son droit à une défense pleine et entière; le
traitement distinct des plaintes alléguant une conduite discriminatoire d'une
policière ou un policier, et, la conciliation devenant optionnelle, est
présumée refusée après 30 jours sans réponse du plaignant; la possibilité
pour le plaignant d'être accompagné d'un membre du personnel du commissaire
pour lui prêter assistance lors de la procédure de conciliation impactant les
apparences de neutralité et d'impartialité du processus; le droit du
commissaire, de sa propre initiative, de décider de tenir une enquête, sans
restriction temporelle, laissant une perpétuelle épée de Damoclès au-dessus de
la tête des policières et des policiers; la possibilité pour le comité de tenir
des séances virtuelles en toutes circonstances; la possibilité qu'un membre
puisse ordonner que soit communiquée toute information, ce qui risque
d'impacter le droit de la policière ou du policier à une défense pleine et
entière; le remplacement de l'appel de plein droit par une requête pour
permission d'appeler à un juge imposant un traitement distinct aux policières
et aux policiers du Québec; le caractère exécutoire de la décision du comité
jusqu'au moment où le jugement accueillant la permission d'appeler sera rendu,
tout en demeurant conditionnel à l'absence d'une ordonnance provisoire; et
l'instauration de sanctions minimales
afférentes à certains manquements constituant une faute disciplinaire sans
égard aux circonstances de l'événement.
Certaines lacunes et problématiques que le
législateur tente de corriger avec le projet de loi n° 14 semblent avoir
pour origine la notion de confiance du public. Cependant, nous tenons à vous
exprimer qu'elles ont une portée beaucoup plus grande que celles qui semblent
actuellement perçues et interprétées. Nous désirons donc vous exposer la réalité de terrain vécue par les policiers et
policières que nous représentons afin que vous soyez en mesure d'évaluer
leurs effets systémiques.
Au fil du temps, les fusions de services de
police et la centralisation de certains services ont permis de réduire les effectifs présents sur le terrain et
de faire des économies substantielles. Ce type de gestion présente certes des
avantages, mais elle peut s'avérer risquée, considérant que le domaine de la
sécurité publique revêt un caractère des plus imprévisible et nécessitant des
ajustements constants.
Les services de protection incendie sont
d'ailleurs soumis à un schéma de couverture encadrant les effectifs et le
nombre de casernes minimaux sur le territoire, et ce, dans le but de s'assurer
que soient respectés les temps de réponse
sécuritaires. Nous en profitons pour vous rappeler qu'un tel encadrement
origine de recommandations soumises lors d'enquêtes publiques du
coroner. Il existe d'ailleurs, sur le territoire de l'agglomération de Québec,
une disparité importante entre la desserte
policière et celle du service de protection des incendies. À certains moments
de la journée, les policiers du Service
de police de la ville de Québec,
répondant aux appels urgents, représentent 25 % du nombre de
pompiers présents sur le même territoire au même moment.
Une telle réduction des effectifs n'est pas sans
conséquence. Elle aura notamment un impact sur le temps de patrouille
préventive et le taux de criminalité, le temps de réponse aux appels, le taux
d'occupation des patrouilleurs, l'exposition aux événements traumatiques,
l'épuisement professionnel, la santé physique et mentale des policiers, la capacité de prise de décision, la confiance de la
population envers les policiers, la capacité organisationnelle de maintenir
des standards de formation requis et le désengagement.
• (12 h 10) •
En résumé, on exige que
les policières et policiers possèdent plus de connaissances et de compétences
et qu'elles soient constamment mises à jour. On exige qu'ils prennent toujours
la bonne décision en une fraction de seconde, on leur demande de prendre le
temps nécessaire pour intervenir irréprochablement auprès d'une clientèle grandissante ayant des problèmes de santé mentale,
et ce, avec un effectif terrain considérablement réduit. Mais, dans tout cela,
ce que l'on semble oublier, c'est que les policières et policiers sont des
femmes et des hommes, et non pas des robots.
Il n'existe, au Québec, aucune profession qui
soit soumise à autant d'organismes de surveillance ayant le pouvoir de sanctionner. Les policières et
policiers interviennent constamment en situation d'urgence dans un environnement
qui leur est inconnu et doivent, de surcroît, prendre la bonne décision en une
fraction de seconde. Une mauvaise évaluation de la situation menant à la
commission d'une erreur n'est pas permise, pour deux raisons. La première, c'est qu'elle peut soit causer des blessures
physiques ou la mort des policiers, et la deuxième, c'est qu'elle peut soit
causer leur mort professionnelle ou les conduire en prison.
À titre de comparatif, un urgentologue qui
reçoit un patient dans un état critique et qui n'obtient que des informations
partielles pour décider, en une fraction de seconde, quels soins il prodiguera
au patient ne se verra pas suspendu pendant de longs mois, enquêté par un
bureau des enquêtes indépendantes, par son ordre professionnel, en plus de
subir un procès criminel dont les procédures mettront sa vie sur pause pendant
plusieurs années. Pourquoi une telle
disparité de traitement? Probablement parce que la société a compris que ces gens,
les urgentologues, les médecins, sont des professionnels et qu'ils
exercent leur profession de bonne foi.
Le métier de policier n'a désormais guère
d'attrait; les salaires sont comparables avec ceux de nombreux domaines
d'emploi qui sont des plus sécuritaires et pourvus d'horaires standards et qui
n'impactent pas leur santé ni leur espérance
de vie. La majorité des policières et policiers voient leur santé psychologique
détruite par des traumatismes à répétition, sans compter que certains se
retrouvent même en prison pour avoir effectué leur travail.
Le Président (M.
Bachand) : En terminant, s'il vous plaît,
Mme Fortier, parce que le temps va tellement rapidement.
Mme Fortier (Martine) : Oui, j'ai
pratiquement terminé.
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y.
Mme
Fortier (Martine) : Et que reste-t-il comme avenir à une personne qui
possède un diplôme en techniques policières lorsqu'elle se voit
destituée en vertu de la loi de police?
J'ai mon dernier paragraphe, je termine
là-dessus. Le désengagement policier est des plus perceptible, et,
malheureusement, l'adoption du projet n° 14... du projet de loi n° 14
ne fera, à notre avis, qu'alimenter le sentiment d'amertume auquel les policiers et policières sont actuellement soumis.
De là l'importance de demeurer à l'écoute des besoins exprimés par les
différentes organisations représentant ces travailleurs. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Mme Fortier. M.
le ministre, s'il vous plaît.
M. Bonnardel : ...M. le Président.
Mme Fortier, salutations à messieurs, aussi, qui vous accompagnent. Je vous envoie aussi toutes nos pensées. Même si la
tragédie ne frappe pas vos policiers et policières, là, je pense que c'est l'ensemble
des corps de police québécois et, sinon, canadiens, là, qui sont touchés, avec
tout ce qui se passe depuis moins d'un an, là, avec les policiers à
Edmonton, en Ontario, et la sergente Breau qui est disparue.
Et vous avez, dans votre préambule... ma
première question, vous l'avez soulevé, là, un petit peu, là, c'est les entrées
parallèles. Je veux juste vous... bien comprendre votre positionnement
là-dessus. Les entrées parallèles, là, pour les enquêteurs spécialisés, c'est
une question qui a quand même été posée par d'autres fraternités hier, depuis
mardi, puis je veux... je veux vous rassurer là-dessus et je veux comprendre
votre position. Pour moi... Pour nous, ce n'est
pas d'empêcher des policiers, policières qui ont un certain nombre d'années
d'expérience qui veulent progresser dans l'organisation. Ça, c'est... on
veut que ça continue de cette façon. Mais vous comprenez qu'il peut y avoir des
spécialités plus nichées, plus nichées qui pourraient ne pas répondre, je dis
bien «pourraient», là, ne pas répondre... Et
c'est là qu'autant du côté de l'association... bien, de certaines fraternités,
hier, que de l'ENPQ, ou autres, d'être capable de ne pas le faire tout
seul dans notre cour, là, mais de travailler avec vous pour être capable de dire :
OK, dans quels secteurs, là, il pourrait y
avoir des demandes plus spécifiques, là, qui pourraient ne pas correspondre au
profil... je le dis quand même humblement et respectueusement, au profil
que certains policiers et policières pourraient avoir? Donc, est-ce que vous
êtes à la même place ou pas du tout que moi là-dessus, là?
Mme Fortier (Martine) : Bien,
écoutez, comme je l'ai mentionné, il n'y a rien de tel que d'avoir exercé le travail de base pour être en mesure, justement, de
se perfectionner et de... tu sais, de s'acquitter de tâches spécialisées.
Je comprends que ce que désire le législateur, c'est vraiment de baliser puis
à... de limiter ça à certains domaines très, très spécifiques et pointus.
Malgré cela, veux veux pas, un enquêteur demeure un policier et se doit de
maîtriser, quand même, certaines notions, se
doit d'être capable d'intervenir. Puis l'expérience acquise lors de la
patrouille, au fil d'une carrière,
ça, ça ne s'enseigne pas, là, tu sais, c'est quelque chose qu'il faut vivre pour
acquérir ces compétences-là.
Mais, tu sais, je comprends que c'est très
restreint, mais nous, c'est sûr que ça nous inquiète d'ouvrir une porte comme
celle-là, parce qu'évidemment ça risque de s'élargir au fil du temps, là. Puis
l'expérience passée nous a démontré que, parfois, tu sais, ça peut prendre des
proportions non désirées.
M. Bonnardel : Bien,
je veux vous rassurer qu'on ne souhaite pas... comme je l'ai répété, souhaiter
le faire seul dans notre coin. On va participer avec vous à bien établir le
règlement, et l'exercice va être de trouver les professions ou les besoins les plus nichés, sans empêcher vos collègues,
là, qui souhaitent monter dans l'organisation.
Je me suis fait dire... Puis là je vais vous
parler un petit peu d'interpellations, les interpellations, les informations, les lignes directrices qu'on
souhaite émettre concernant les interpellations policières. Puis je le sais que,
chez vous... je me suis fait dire que vous le faites très bien, pas que ça a
été nécessairement simple au début, j'utilise les mots, là, de certains membres
de votre état-major, sinon... sinon votre état-major comme tel, puis qui m'ont
dit qu'aujourd'hui le modus ou les façons de faire... Puis j'ai toujours voulu
dire et expliquer aux membres ou à l'Assemblée nationale : Ce but, ce
n'est pas d'alourdir le travail. Puis, pour moi, il ne faut pas qu'une
interpellation se fasse, puis que le policier rentre dans son auto, puis qu'il
y ait un fichier Excel de 35 minutes à remplir, puis qu'il se dise : Là, ça ne sert plus à rien, là. On
se comprend, je pense qu'on est tous à la même place. Puis l'exercice doit être
assez simple, assez succinct puis que ça prenne une minute,
une minute, deux minutes. Puis je pense que, de ce côté-là, en
tout cas, de ce qu'on m'a dit, vous êtes un exemple, comme corps de police, du
côté des informations que vous colligez. Est-ce que vous êtes à la même place
que moi là-dessus ou...
Mme Fortier (Martine) : Oui. Bien,
c'est des méthodes de travail, je vous dirais, là, qu'au Service de police de
la ville de Québec on adoptait déjà d'une façon informelle, là, je veux dire.
Donc, c'est... Pour la plupart des policiers, on avait déjà un fichier comme
une interpellation, mais qui n'était pas nécessairement obligatoire et... dans le fond, et qu'on n'avait pas nécessairement à
justifier de tous les détails, là. Mais nous, c'était une pratique qu'on avait
déjà mise en place pour justement colliger des informations dans le but de
pouvoir alimenter nos banques de données puis être capable de faire des liens
entre des personnes en... en tout cas. Donc, c'est ça.
M. Bonnardel : ...aujourd'hui, qui
est bien encadré avec vos membres puis qui est assez simple.
Mme Fortier (Martine) : Bien, oui,
absolument. C'est sûr que l'obligation vient comme s'ajouter à tous les autres
formulaires à remplir, à tous les autres rapports, à toutes les autres
obligations. Évidemment, c'est... tu sais, c'est une petite minute de plus là,
une autre petite minute de plus là. Bien, c'est sûr que ça, à la fin d'un quart
de travail, bien, c'est quand même du temps. Mais je pense que c'est... étant
donné que la pratique était déjà ancrée d'une façon informelle, c'est quelque
chose qui... l'adaptation, je pense, qui a été plus facile.
M. Bonnardel : Non, mais je le
souligne parce que je...
Mme Fortier (Martine) : OK. Merci.
M. Bonnardel : ...je suis content de
voir que vous êtes à la même place que votre état-major, là, parce qu'on... J'ai vu que c'était un modèle comme tel,
du côté du Service de police de la
ville de Québec, là, de colliger ces infos
puis de nous donner au ministère, par la suite, ces renseignements qu'on va
demander à l'administration une fois par année. Puis je pense que, là-dessus,
c'est juste normal qu'on soit capables de mesurer puis de prendre les
renseignements importants pour être capables d'améliorer autant... autant, dans
le futur, le travail que vous faites que les informations qu'on pourrait
recevoir.
Je veux vous demander aussi, vous parlez...
Formation continue, là, ça a été un sujet assez important, puis le temps que
vos policiers... vos membres prennent année après année, là, pour bien se faire
former, le concept de requalification versus la formation continue pour améliorer
vos connaissances sur le terrain... J'ai souvent dit : Un policier qui
sort de l'école nationale aujourd'hui versus vous qui avez 20 ans
d'expérience, ce n'est pas la même... ce n'est
pas le même travail. On voit que les cas ont changé, les cas sont plus lourds.
Vous êtes... Des fois, on vous demande presque à vous de vous
transformer en travailleur social, ce qui n'est pas le cas, vous n'avez pas été
formé pour ça, puis on essaie de vous
accompagner en prévention là-dessus. Mais comment vous voyez cette approche de
formation qui, je crois, peut être
bénéfique dans votre travail dans le futur? Puis comment la ville... comment
vos membres le perçoivent présentement, là?
• (12 h 20) •
Mme
Fortier (Martine) : Bien, en fait, il y a deux aspects à ça.
Effectivement, pour nous, la formation continue, tu sais, c'est un
incontournable, c'est quelque chose qui est nécessaire à notre profession.
Je vous donne
un exemple. Moi, je suis présidente de la fraternité depuis 2020. Je
retournerais dans une voiture de
patrouille, j'aurais besoin d'une mise à jour, tu sais, des connaissances parce
qu'évidemment tout change constamment, ne serait-ce que les logiciels
utilisés, et tout ça. Donc, oui, c'est très important. Nous, notre convention
collective prévoit un nombre d'heures de
formation à remettre dans des journées de congé. Bon, je ne vous cacherai pas
que, tu sais... bien, ça, c'est une
portion de négociation là-dedans, c'est sûr que ça ne plaît pas nécessairement
toujours au policier de sacrifier une journée de congé à titre de
formation.
Par contre... puis le
service de police ne se limite pas seulement qu'à ces heures obligatoires de
remise de formation là, nous. Chez nous, dans le fond, il y a les
qualifications de tir qui peuvent se faire sur le temps de travail, on a des
formations qui vont se donner sur le temps de travail également. Par contre, je
ne vous cacherai pas que l'effectif en
place, la diminution d'effectifs avec la réorganisation, et tout ça, fait en
sorte... puis il y a aussi l'avènement de
différentes cohortes de recrues qui arrivent, tu sais, tout au long de l'année.
Ça fait en sorte qu'à un moment donné il n'y a peut-être pas assez de
monde pour être capable de bénéficier de toute la formation qui devrait être
donnée, parce qu'il ne faut pas oublier que, pour donner
de la formation, ça prend des formateurs, des moniteurs. Il faut les dégager,
il faut... tu sais, il faut que ces personnes-là soient disponibles pour donner
la formation, il faut que les patrouilleurs puissent être dégagés aussi pour
aller suivre la formation. Or, parfois, avec l'effectif qui est en place, ça
peut devenir difficile. Donc, évidemment,
c'est certain que, quand on parle de l'effectif en place puis de bonifier
l'effectif en place, bien, ça vient alléger un petit peu, là, tout le
processus de formation continue puis la nécessité, justement, d'avoir de la
formation continue puis d'avoir les requalifications.
Mes collègues
parlaient, mardi, justement de la formation au Taser. Tu sais, nous, à Québec,
ce n'est pas 50 % des policiers, là,
qui sont formés Taser. Il y en a, mais... sauf que c'est certain qu'idéalement
il faudrait qu'il y en ait plus, parce que, bon, je veux dire, ça peut arriver
qu'une fin de semaine, bon, on se trouve à avoir un effectif qui est
plus jeune, qui a moins d'expérience, et tout ça, qu'il y a moins de personnes
qui sont formées. Donc, c'est sûr que c'est un
outil de travail, puis, des outils de travail, on en a besoin parce
qu'évidemment ce genre d'outils là, d'arme intermédiaire, bien, nous
permettent, justement, d'intervenir d'une façon efficiente et d'éviter,
justement, de blesser ou de... des personnes.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député d'Ungava, s'il vous plaît.
M. Lamothe : Bonjour.
Bien, j'ai été policier de carrière. Je crois beaucoup aux corps policiers
municipaux, à la Sûreté du Québec, puis je crois beaucoup aux lignes
directrices gouvernementales qu'on voudrait arriver, pas à imposer, mais à
suggérer. Exemple, on parle de formation, bien, uniformiser la formation, que
ce soit efficace pour tout le monde.
Comment faire pour
faire en sorte que tout le monde puisse la suivre au maximum, tu sais?
Décentraliser... hier, je parlais à M. St-Antoine qui était ici, de l'ENPQ,
décentraliser la formation, aller en région, aller en ville puis se faire
former par... tu sais, ce que je veux dire là-dedans, c'est que, les lignes
directrices gouvernementales, moi, j'y crois pour ça, dans le sens uniformiser
la communication, la formation, diffuser les informations.
Je voudrais vous
entendre là-dessus, ce que vous en pensez, ces lignes directrices qui
viendraient du gouvernement. C'est quelque chose de nouveau, mais que moi, je
crois beaucoup. Comme je vous dis, j'ai fait ce métier-là. Puis, à un moment
donné, il y a des gens qui sont venus témoigner, tu sais, on... puis je le vis
moi-même, j'ai encore des connexions un petit peu, on travaille en silo, tu
sais, puis... sans nécessairement méchamment, mais ces lignes directrices là
pourraient uniformiser, puis, au bout de la ligne, c'est la population sur le
terrain qui aurait un meilleur service.
Mme Fortier
(Martine) : Absolument. Mais je suis entièrement d'accord avec vous,
tu sais, d'avoir des lignes directrices, d'avoir des orientations claires puis,
tu sais, d'avoir des pratiques uniformisées, tout le monde en bénéficierait.
Vous savez, présentement, on voit beaucoup de policiers qui vont être embauchés
par un corps de police, qui vont,
finalement, décider de démissionner puis d'aller dans un autre service de
police, et tout ça. L'uniformisation va venir simplifier beaucoup les
processus d'embauche puis les processus d'induction aussi de ces policiers-là
quand ils arrivent, là, effectivement.
M. Lamothe : Quand
je parle de décentralisation de la formation, comment verriez-vous ça, vous, tu
sais, avec des moniteurs donnés, que ce soit... peu importe... qui viendrait
donner des cours ou bien un formateur attitré en région que, exemple, Québec
pourrait donner un cours à un autre corps de police municipal aux environs à
vérifier pour avoir une meilleure desserte? Vous en pensez quoi?
Mme Fortier
(Martine) : Bien, je vous dirais qu'à Québec on est quand même
autonome à ce niveau-là. On a des moniteurs, on a des instructeurs également,
on a des gens qui ont énormément de qualifications, qui ont énormément de
formation. Il y en a qu'on a perdu, évidemment, parce que... en tout cas, pour
différentes raisons, là. Donc, je vous dirais que, de ce côté-là, je... tu
sais, je veux dire, on est déjà quand même autonome, là. Tu avais-tu quelque
chose à rajouter...
M. De Blois
(Robert) : Un effectif.
Mme Fortier (Martine) :
Oui.
M. Lamothe :
Pardon?
M. De Blois (Robert) : En
fait, c'est qu'on ne peut pas déshabiller... D'abord, je me présente, Robert
De Blois, alors je suis procureur en matière policière et en
pratique privée, mais dont comme client, la Fraternité des policiers et
policières de la ville de Québec.
Évidemment, l'idée
est extrêmement intéressante. Maintenant, si vous prenez le formateur de Québec
puis vous l'envoyez en... je ne sais pas,
moi, à Saguenay, bien, il y a... évidemment, il arrive quoi à Québec? Et le
problème, il va toujours rester le même, un problème d'effectifs. Et,
compte tenu de certaines contraintes budgétaires, bien, c'est... ça crée une problématique sérieuse de ce côté-là, et je pense
qu'on l'a constaté. En tout cas, personnellement, je pense que des... certains autres corps de police
ont des problèmes à former leur monde, là, parce qu'il n'y a pas le temps
de libération nécessaire pour aller suivre ces formations-là, et ça, c'est
extrêmement regrettable, surtout en domaine déontologique, dans lequel moi,
j'agis plus souvent.
M. Lamothe : ...possible,
ça serait faisable, vous savez, une ouverture, je parle, intercorps municipaux,
tu sais, pour faire en sorte que la formation soit uniforme, mais surtout la
maximiser, là, sur le terrain. Dans ce sens-là, je veux dire...
M. De Blois (Robert) : Tout à
fait.
M. Lamothe : OK. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. J'avais la députée de
Vimont, s'il vous plaît.
Mme Schmaltz : Bonjour. Bonjour à
vous quatre. Merci de votre présence.
Je voudrais revenir sur la requalification.
Tantôt, vous avez mentionné que c'était nécessaire, notamment pour une
formation au Taser, là, et tout ça. Une fois... Est-ce qu'il y a un laps de
temps pour requalifier quelqu'un dans le
sens que... je suppose qu'il doit y avoir... mais, si on... là, on parle de
manque d'effectifs aussi. Une fois qu'on dépasse ce laps de temps,
qu'est-ce qui arrive?
Mme Fortier (Martine) : ...effectivement,
il y a quand même des barèmes à respecter, autant au niveau de l'arme à feu que... à laquelle on doit être
qualifié à chaque année. Évidemment, c'est des outils de travail et... Écoutez,
pour l'instant, il n'y a pas nécessairement
de conséquences qui vont être... qui vont découler, mettons, du dépassement,
là, de la qualification. Tu sais, à la limite, je vous dis... ce qui
découlerait, possiblement... Je n'ai pas eu connaissance que ce soit arrivé,
là, au Service de police de la ville de Québec, mais, à la limite, la personne
pourrait se voir retirer, mettons, le droit d'utiliser ou d'être utilisateur,
là, de Taser. Tu sais, ça, ça pourrait être une chose qui pourrait être... dans
le fond, qui pourrait arriver, là.
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le député de Saint-Jean,
1 min 47 s, questions, réponses.
M. Lemieux : Merci, M. le Président,
Mme Fortier, messieurs. Le ministre a essayé de... bien, j'ai considéré ça
comme essayer de vous rassurer par rapport à l'utilisation d'enquêteurs civils
éventuellement. Je comprenais vos échanges, mais pas que je suis déçu, mais je
suis surpris parce que, pour les coroners, on l'a fait, pour l'UPAC, pour le
BEI, et, à chaque fois, on sentait une espèce de vent de fraîcheur, dire :
Bien oui, ça peut juste nous aider.
En fait, ce que je vous demande, c'est moi qui
trouve que vous manquez d'enthousiasme, mais est-ce que c'est parce qu'il y a
quelque chose que je ne comprends pas aussi dans votre réserve, si ce n'est que
vous avez des membres qui attendent pour devenir enquêteurs? Mais ça ne veut
pas dire qu'ils vont attendre, ça veut juste dire peut-être qu'il va y avoir
des enquêteurs hyperspécialisés que vos membres n'auraient pas pu être. Alors,
faites juste me préciser un peu au-delà de l'échange avec le ministre, là.
Mme Fortier (Martine) : Bien,
écoutez, en fait, c'est certain que, bon, oui, il y a l'aspect de dire... tu
sais, ça enlève les opportunités de... tu sais, de promotion ou de progression
de carrière, évidemment. Mais moi... ce qui nous
importe principalement, c'est le fait que les exigences, les attentes envers
les policiers sont extrêmement élevées. Puis on considère que la formation policière de base et l'expérience
terrain viennent justement permettre aux policiers d'acquérir, tu sais,
puis d'être à la hauteur des attentes, puis... dans le fond, de la population,
du gouvernement et de toutes les entités auxquelles on est soumis. Donc, c'est
là qu'on se trouve à avoir une réserve.
Mais, vous savez, dans la police, il y a des
gens qui ont eu une carrière ailleurs avant aussi, là. On a des gens qui ont
travaillé dans d'autres domaines, qui ont de la formation, de l'expérience dans
d'autres domaines puis qui vont s'en servir
à titre de policiers éventuellement, là, tu sais. Et on a des gens qui vont
suivre des formations aussi dans des
domaines complètement distincts puis qui vont utiliser ça, là, dans le cadre de
leur travail de policier ou d'enquêteur.
M. Lemieux : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée
de Westmount—Saint-Louis,
s'il vous plaît.
• (12 h 30) •
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Bonjour. Un plaisir de vous avoir avec nous aujourd'hui.
Me De Blois, si... à moins que je me
trompe, je pense que vous avez une grande expérience en déontologie. J'aimerais
vous entendre en ce qui concerne les mesures qui sont incluses dans le projet
de loi n° 14 et votre opinion là-dessus, si ça va créer plus de
désengagement policier ou bien est-ce que ça va nous aider à aider nos
policiers qui sont là pour nous.
M. De Blois (Robert) : Bien,
merci pour votre question. Bien, en fait, je me... je vais rester humble dans
mon propos. Je suis Barreau 1971 et j'ai assisté à la mise sur pied, comme
procureur de pratique privée, du système déontologique
le 1er septembre 1990. Depuis ce temps-là, j'ai pu... on a travaillé dans
à peu près... près de 900 dossiers. Et je plaide régulièrement
devant le Comité de déontologie policière, également devant la Cour du Québec.
J'ai également écrit un volume sur la
déontologie policière et la Loi sur la police pour les étudiants en techniques
policières et le public aussi. Alors,
j'ai toujours été passionné par ça. J'ai fait des commissions parlementaires,
j'ai fait des enquêtes du coroner. Je participe actuellement à l'enquête
du coroner sur le drame qui est arrivé avec la famille Carpentier.
Alors, au niveau
déontologique, j'aurais plein de choses à dire, malheureusement, le temps nous
est compté, j'en suis conscient. J'ai surtout porté mon intérêt sur le rapport
de la coroner et j'ai sourcillé sur certaines choses.
À titre d'exemple, il faut se rappeler que nous,
nous accompagnons les policiers souvent à la fin du processus, qui est
l'audition devant le Comité de déontologie policière. Et, je veux vous
rassurer, tout le monde ici, après avoir
fait ce champ de pratique là pendant 33 ans, là, depuis 1990, je peux vous
dire que les policiers et les policières ont du respect pour le système déontologique au Québec, et ne
laissez-vous pas tromper par cela. Et les policiers comprennent que la
déontologie est aussi essentielle que peut l'être, disons, le syndic du Barreau
pour les avocats. Moi, quand un avocat a un mauvais comportement, je suis
content qu'il y ait un organisme qui vienne régulariser la situation. Alors, je
peux vous dire que le message, il est constant, et les policiers en sont
conscients. C'est un besoin essentiel que l'on puisse s'assurer... que la
population, les collègues de travail, les plaignants sachent que le système
fonctionne.
Ceci étant, à titre d'exemple, il y a des
irritants. On... dans le projet de loi, une demande. Je vais en cibler les principales, parce que je sais que j'ai peu de
temps. La permission d'appeler... Le commissaire... la commissaire vous
dit : Il sera opportun d'avoir une permission d'en appeler. Moi, je peux
vous dire que le système déontologique faisait en sorte auparavant que,
lorsqu'on voulait aller à la Cour du Québec, il fallait faire une requête
spéciale, parce que, même si la loi parlait
d'un appel, en réalité, c'était ce qu'on appelle une mesure de contrôle
judiciaire. Il fallait démontrer que la décision était déraisonnable.
Depuis décembre 2019, l'arrêt Vavilov de la Cour suprême, ce n'est plus le cas
maintenant, c'est vraiment un véritable appel.
Mais, si le commissaire, pour sa part... la
commissaire considère, pour sa part, qu'il y a trop d'appels, eh bien, il y a un mécanisme déjà prévu dans la loi
qui permet de faire une demande au tribunal immédiatement, lorsqu'un
policier veut en appeler ou le commissaire veut en appeler, pour faire arrêter
le processus en disant que c'est futile ou dilatoire.
Il existe, ce processus-là, mais les arguments à l'effet que ça coûte des sous
puis ça coûte du temps... Je pense que la justice requiert que l'on
prenne le temps nécessaire et le droit de faire des choses.
Je suis
également interpelé, et j'étais donc sur l'article 71 du projet de loi, je
suis interpellé par 63 de l'article... du projet de loi, qui traite de
la communication, du pouvoir de celui qui gère les audiences de devoir transmettre...
de demander aux parties de transmettre toute information, non seulement tout
rapport, mais également toute information. Le système déontologique est conçu
pour donner au commissaire des pouvoirs hors de l'ordinaire. Il a le pouvoir
d'aller chercher tout renseignement dans tout corps de police, les rapports,
les audios des échanges, etc., la vidéo lorsqu'elle existe, etc., et il peut
demander à plein de citoyens la collaboration. Le policier n'a pas les mêmes
pouvoirs.
Mais cette espèce de déséquilibre a fait en
sorte qu'on a permis, par législateur, ce qu'on appelle le droit de
non-coopérer à l'enquête, l'article 192 — je suis heureux de voir que
c'est maintenu et je pense que ce n'est que justice — et
la loi prévoit également le droit à une défense pleine et entière. Et ça veut
dire qu'en droit disciplinaire, on n'est
pas obligé de faire valoir notre défense et de communiquer notre preuve.
Pourquoi est-ce qu'on exigerait maintenant que le décideur qui va
entendre la cause nous oblige... fasse une demande à ce qu'on transmette toute
l'information? Il m'apparaît que c'est une anicroche au devoir ou au droit à
une défense pleine et entière et d'attendre de voir la preuve du commissaire
pour pouvoir réagir, de notre côté, devant l'organisme.
Je reviens
sur la permission d'en appeler. Il m'apparaît qu'il y a une coquille dans le
rapport de la commissaire. Elle dit que le Tribunal des professions...
ça prend une permission d'en appeler des décisions du Tribunal des professions,
mais il m'apparaît que c'est mal évaluer la situation, parce que le Tribunal
des professions, il siège en appel des décisions d'un comité de discipline.
Dans notre loi, le comité de discipline, c'est le Comité de déontologie policière, de sorte qu'un comité de discipline
peut aller en appel sans permission au Tribunal
des professions, mais nous, ça
prendrait une permission pour aller à la Cour du Québec. Je m'interroge
également sur cet objectif-là. Alors, grosso modo...
Et évidemment, dernière représentation, à
l'article 31 du projet de loi, qui concerne les plaintes alléguant...
conduite discriminatoire, je pense que madame le souligne, Mme la Présidente,
dans son document, dans son mémoire, la
discrimination, je vous informe que c'est l'âge, c'est le sexe, c'est l'origine
ethnique, c'est... Alors, tout peut devenir
sujet de discrimination. Si l'objectif du législateur est de viser plus
particulièrement la discrimination au niveau de la race, bien,
écrivez-le, puis on saura évidemment se... en conséquence.
Alors, c'était, je pense, mon modeste apport à
vos délibérations, et je demeure disponible à vos questions, si besoin est.
Mme Maccarone : Merci beaucoup. Pour
continuer dans cet échange, Mme Fortier, est-ce que cette loi va mettre
fin au profilage racial? Puis, dans votre réponse, juste pour faire le lien
avec ce que Me De Blois vient de dire, est-ce que ça va mettre fin au
profilage racial? Puis, dans votre réponse, si vous pourriez préciser la
différence entre profilage racial puis profilage criminel.
Mme Fortier (Martine) : Bien,
exactement, c'est vraiment dans ce sens-là que je comptais vous répondre, parce
qu'il faut vraiment faire la distinction entre le profilage racial et le
profilage criminel. Je vous dirais, moi, j'ai travaillé sur... dans le fond,
sur le terrain pendant une vingtaine d'années, et, lorsque l'on décide
d'interpeler une personne, ce n'est pas en fonction de sa race. Quand on décide
d'interpeler une personne, c'est parce qu'il y a un ensemble de facteurs qui
fait en sorte que notre expérience policière nous indique qu'il y a quelque
chose qui ne fitte pas, il y a quelque chose
qui mérite justement d'être vérifié. Donc, souvent, il y a comme une
constellation de faits, dans le fond, qui nous permet d'identifier une
personne.
Par
exemple, je vous donne l'exemple, en pleine nuit, dans un quartier résidentiel,
un homme qui circule à pied avec un... tout vêtu de noir, avec un sac à dos,
alors qu'il n'y a pas d'arrêt d'autobus... il n'y a plus d'autobus à cette
heure-là, alors que, tu sais, on est loin du centre-ville, et tout ça, bien, ce
n'est pas normal. Donc, c'est ce genre d'incident là qui va faire en sorte
qu'on va aller interpeler une personne.
Puis c'est... Je veux
dire, bien souvent, ce qui va se passer, c'est que le... Dans le fond, tout ce
qui entoure le profilage racial, le registre des interpellations, tu sais, qui
est relatif à ça, à un moment donné, c'est que, si on tombe dans l'excès, ce
qui va se passer, c'est que les policiers vont décider de ne pas interpeler une
personne, justement, parce que c'est une minorité visible. Puis ça, on ne veut
pas ça.
Puis, je vous le dis
par expérience, il y a beaucoup de personnes, des minorités visibles qui se
servent de ça pour intimider les policiers, pour ne pas se faire interpeler,
pour ne pas répondre aux questions. J'ai travaillé à la détention au parc
Victoria, au Service de police de la ville de Québec pendant plusieurs années
et je vous dirais que ça m'est arrivé à plusieurs reprises, à 3 heures du
matin, de voir une personne de race noire être arrêtée, être amenée au bloc
cellulaire, puis, avant même que j'ouvre la bouche, avant même que je parle à
cette personne-là, de me faire regarder par cette personne-là puis de me faire
dire : Aïe! vous êtes tous des racistes, vous êtes tous des racistes, alors que je n'avais même pas ouvert la bouche, je
n'avais pas souri, je n'avais pas réagi, tu sais, je n'avais eu aucune
réaction.
Donc, c'est... je
pense que... malheureusement, de tomber dans l'excès, d'un côté comme de
l'autre, je pense que c'est de nuire,
justement, au travail policier et c'est de nuire, justement, à la paix sociale,
hein? Parce que ce qu'on... la dernière chose qu'on veut, c'est de
laisser le champ libre à des groupes criminalisés, à des gangs de rue sous
prétexte, dans le fond, qu'ils sont des personnes de minorités visibles ou
audibles.
• (12 h 40) •
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Merci beaucoup. M. le député de Laurier-Dorion, s'il vous plaît.
M.
Fontecilla : Merci beaucoup, M. le Président. Messieurs dames, merci
beaucoup d'être ici avec nous, là. Je
profite de l'opportunité pour vous manifester mes condoléances, toutes mes
sympathies pour la mort tragique de la sergente Breau. Ce n'est
évidemment pas une de vos collègues, là, mais vous êtes particulièrement
affectés.
Écoutez, j'aimerais y
aller plus dans le détail pour bien comprendre votre pensée, là, et en
particulier sur la question... sur l'apport
de la nouveauté apportée par le projet de loi n° 14,
sur les signalements en particulier. Et on sait qu'aujourd'hui, là,
toute personne au Québec peut porter plainte. Donc, on introduit la notion de
signalement pour que toute... et les plaignants doivent... on restreint les
droits de porter plainte, là, aux personnes qui ont assisté à un événement, soit une personne qui se dit victime ou
un témoin. Toutes les autres personnes peuvent signaler. Donc, c'est... ça
suscite beaucoup de débats, cette question-là.
Mais vous, vous allez
encore plus loin. On devrait non seulement... on devrait restreindre les
pouvoirs de signaler, la capacité de signaler, seulement aux personnes qui ont
été témoins, là. Et qu'arrive-t-il lorsqu'il n'y a pas de témoin, par exemple? Je vous pose cette question-là. Comment on
pourrait signaler une conduite qui paraît abusive, là, pour... lorsqu'il n'y a pas de témoin ou
certains... ou pour les cas de la famille, par exemple? J'aimerais bien
comprendre votre pensée à ce sujet-là.
Mme Fortier (Martine) : En
fait, le processus déontologique régit les relations avec le public. Donc, s'il
n'y a pas de témoin, il y a une personne, nécessairement, qui a été impliquée
dans l'intervention, tu sais. Ça fait que, a priori, je veux dire, les
policiers doivent interagir avec quelqu'un pour qu'il y ait, dans le fond, des
reproches adressés... qui puissent leur être adressés, sinon on parle vraiment
du processus disciplinaire à l'interne au niveau de l'employeur, et tout ça.
Donc, nous, la
problématique qu'on voit à ça, c'est qu'une personne, par exemple, qui va
regarder une vidéo sur YouTube ou, tu sais, qui va voir une vidéo qui a été
postée, dans le fond, va pouvoir faire un signalement de cette intervention-là,
alors que peut être que cet événement-là remonte à deux, trois ou quatre ans.
Peut-être qu'il a déjà fait l'objet d'une enquête, peut-être que... Puis la
possibilité de faire des signalements d'une façon anonyme va venir ouvrir une
grande porte à des gens, justement, qui... tu sais, qui sont mal intentionnés
et qui veulent faire du tort à certains policiers.
Parce qu'on ne se le
cachera pas, ce n'est pas tout le monde qui aime la police, puis il y a des
gens qui, quand ils reçoivent un constat d'infraction, il y a des gens quand,
dans le fond, se font arrêter, en veulent aux policiers qui les ont arrêtés. Il
y en a. Puis il y en a, des gens qui vont essayer de faire, dans le fond, des
démarches, entreprendre des démarches pour nuire à ces policiers-là puis donner
du trouble parce qu'ils sont conscients, tu sais, de l'impact que ça peut avoir
sur l'avenir du policier.
Alors, oui, des
fausses allégations, il y en a. Oui, des faux... tu sais, des plaintes
frivoles, il y en a. Nous, ce qu'on prétend, c'est qu'il devrait y avoir
minimalement un mécanisme de mis en place, justement, de mécanisme de contrôle
pour éviter que ça tombe dans l'excès puis que les policiers aient toujours à
se débattre puis à se défendre.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de Vaudreuil, s'il vous plaît. Excusez le
retard. Merci.
Mme Nichols :
...M. le Président. Merci d'être parmi nous aujourd'hui. J'ai deux
questions par rapport à l'arrivée des
civils. Le ministre parle que ça serait dans des spécialités nichées. Moi, je
me disais, est-ce que ça ne serait pas intéressant de prévoir que, un,
on doit tenter de recruter d'abord auprès des policiers puis que, deux... puis,
si on recrute, même de leur offrir la formation, puis que, deux, bien, que ça
soit une exception d'engager un civil?
Mme Fortier
(Martine) : Bien, effectivement, à l'heure actuelle, il y a des
processus de promotion. Donc, les gens doivent poser leur candidature et
doivent respecter certains critères qui sont exigés pour accéder à ces
postes-là. Donc, présentement, oui, il y a des postes, il y a des enquêteurs
qui sont au crime informatique et qui sont au front, puis c'est des domaines
assez pointus. Donc, il y a quand même des critères qui sont prédéterminés. Et,
par la suite, ces gens-là sont formés pour la spécialité pour laquelle, dans le
fond, ils devront travailler. Donc... Mais oui, je suis d'accord avec vous que
c'est...
Mme Nichols : ...en
lien avec vos réticences, parce que, dès le début, vous avez mentionné avoir
des réticences quant à l'arrivée des civils. Ça fait que j'essayais de
trouver, peut-être, le compromis pour...
Mme Fortier (Martine) : Oui,
absolument.
Mme Nichols : ...prévoir des
spécificités. Je reviens, là, parce que je n'ai vraiment pas beaucoup de temps,
je reviens sur les lignes directrices. Moi, ça m'embête un peu, les lignes
directrices parce que, un, ce n'est pas défini, hein? On ne sait pas c'est quoi, des lignes directrices. On en parle
depuis trois jours, mais ce n'est pas défini, c'est flou, hein? On dit
qu'on est d'accord puis qu'on n'est pas d'accord, mais on est d'accord ou pas
d'accord sur quoi? On ne le sait toujours pas.
Selon moi,
les forces de l'ordre doivent être indépendantes. Là, si les lignes directrices
s'en viennent donner une orientation précise à vos policiers, qu'est-ce que
vous en pensez de ça? Parce que c'est le politique qui va s'en mêler, là.
Mme
Fortier (Martine) : Bien, les lignes directrices, on s'entend, tu
sais, ça dépend toujours en quelle matière. Je veux dire, tout à
l'heure, on parlait en matière...
Mme Nichols : ...limites.
Mme Fortier (Martine) : Comment?
Mme Nichols : Quelles limites
vous verrez?
Mme Fortier (Martine) : Bien,
tu sais, présentement, on a quand même l'École nationale de police, tu sais,
qui est là pour chapeauter certaines normes, là, tu sais, au niveau des
qualifications, au niveau de la formation et tout ça. Mais effectivement, je veux dire, c'est des gens qui sont
spécialisés, c'est des gens qui sont déjà dans le milieu, qui sont déjà
en place, et tout ça. Mais effectivement, je suis entièrement d'accord avec
vous que le politique et la police doivent garder chacun leur carré de sable.
C'est d'une importance capitale, là.
Mme Nichols : Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Merci beaucoup
d'être... d'avoir été avec nous. Puis, encore une fois, désolé du
retard. Merci beaucoup. Et donc je suspends les travaux quelques instants.
Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 46)
(Reprise à 12 h 48)
Le
Président (M. Bachand) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Avant d'aller à notre... avec le Bureau
du coroner, j'aurais besoin d'un
consentement pour ajouter 45 minutes à la séance de travail. Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Bachand) : Consentement. Merci beaucoup.
Donc, le Bureau du coroner est avec nous. Encore une fois, désolé du retard.
Alors, Me Descary, je vous cède la parole. Peut-être présenter la personne
qui vous accompagne et, après ça, débuter par votre exposé. Merci beaucoup
d'être avec nous.
Bureau du coroner
Mme
Descary (Pascale) : Oui, certainement. Bonjour. Merci beaucoup de
cette invitation au Bureau du coroner, bien apprécié. Alors, je me présente, je suis
Pascale Descary, Coroner en chef du Québec, et je suis accompagnée par
Me Dave Kimpton, qui est coordonnateur aux affaires juridiques au Bureau
du coroner et procureur aux enquêtes publiques.
Donc, un merci de
nous permettre, là, de nous exprimer aujourd'hui et répondre aux questions, là,
des membres de la commission. D'entrée de jeu, je souhaiterais également, en
mon nom personnel et au nom de l'ensemble de l'équipe du Bureau du coroner,
offrir toutes nos sympathies à la famille et aux proches de la sergente,
Mme Breau. Le ministre Bonnardel, comme vous le savez, m'a demandé cette
semaine d'ordonner une enquête publique dans ce dossier
pour faire la lumière sur les causes et les circonstances de ce décès tragique,
ce que j'ai fait le jour même. Donc, j'ai ordonné une enquête publique qui sera
présidée par Me Géhane Kamel. Donc, Me Kamel va... donc fera toute la
lumière sur ce décès et permettra à divers intervenants clés, là, de venir s'exprimer
devant elle pour qu'éventuellement des recommandations puissent ressortir de
cet exercice pour éviter des décès semblables dans le futur.
• (12 h 50) •
Donc, ce qui m'amène
à la mission du Bureau du coroner. Donc, notre mission, c'est de protéger,
protéger la vie humaine. Notre devise,
d'ailleurs, c'est : Pour la vie. Alors, on travaille avec la mort, bien
sûr, avec des décès tragiques, difficiles,
mais pour que ressorte de ça la possibilité d'éviter des décès similaires dans
le futur, protéger la vie humaine. Donc,
c'est dans cette perspective-là qu'on est ici aujourd'hui devant vous, en lien
avec la loi qui vise à aider à retrouver des personnes disparues.
Alors, j'ai peu de
commentaires, je ne peux que me réjouir de voir en l'édiction de cette loi-là
une suite favorable à une recommandation
qu'a émise la coroner Denyse Langelier dans ses deux rapports, là, signés en
mars 2021, qui visaient à faire la lumière sur la cause et les
circonstances des décès de M. Stéphane Roy ainsi que son fils Justin, à la suite d'un accident d'hélicoptère en juillet
2019. On se rappellera de ce drame également. Alors, la coroner Langelier,
à l'issue de son investigation, avait formulé une recommandation fort
pertinente que je vais vous lire rapidement. Donc,
qui était : «Afin de protéger la vie humaine, je recommande au ministre
responsable de l'Accès à l'information et
de la Protection des renseignements personnels, en collaboration avec la Sûreté
du Québec, la création de dispositions législatives visant à outiller
les policiers dans le cadre de la recherche de personnes disparues qui seraient
nécessaires pour permettre aux policiers d'exiger d'avoir accès aux
renseignements sur des communications téléphoniques et des renseignements sur
les signaux liés à l'emplacement d'une personne. Les dispositions législatives
devraient également s'étendre à d'autres
dossiers, tels ceux contenant des coordonnées et autres renseignements
d'identification, photos, vidéos et
autres dossiers [concernant...] contenant des représentations visuelles,
comptes de réseaux sociaux, dossiers médicaux, dossiers bancaires, RAMQ,
pour ne nommer que ceux-là.»
Alors, on avait reçu
une réponse favorable du ministre responsable de l'Accès à l'information, qui
avait aussi mis dans la boucle, bien sûr, le
ministre de la Sécurité publique. Et je vois, donc, dans l'édiction de cette
loi, aux articles 117 et suivants, une réelle volonté de faciliter
la recherche des personnes disparues, et, dans notre perspective à nous,
évidemment, c'est dans le but de sauver des vies. Si, dans le cas de cet
accident dramatique de M. Roy et de son fils, les policiers avaient pu
avoir accès à des informations plus rapidement au moyen, bien sûr, de... d'une
ordonnance d'un juge, bien, peut-être qu'on aurait pu sauver ces vies-là. S'ils
avaient pu avoir accès à des renseignements plus rapidement, on aurait pu les
localiser possiblement plus rapidement et les retrouver saines et sauves. Donc,
on est... on salue cette initiative. On pense
que c'est une excellente chose, là, pour nous aider, nous, à mener à bien notre
mission.
Un
autre point que je souhaiterais signaler, c'est par rapport au
chapitre III du projet, qui est la communication au public, donc
l'article 9, qui se lit comme ci... j'aurais une observation à vous faire.
Donc, on dit : «Lorsque la personne disparue est retrouvée, le directeur
du corps de police ou la personne qu'il désigne peut communiquer au public
qu'elle a été retrouvée ou est décédée.» Alors, je... on prend connaissance de
cet article, et je voudrais juste souligner peut-être la pertinence de faire un
ajout à cet article-là, parce que, selon la Loi sur les coroners et dans notre
législation, c'est le coroner qui a l'expertise et le pouvoir d'identifier les
personnes décédées. Et ce n'est qu'après que le coroner ait pu bénéficier, dans
bien des cas, d'expertises très poussées, avec l'aide d'experts, notamment du
Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, que le coroner... En
fait, il a comme obligation de s'assurer de
l'identité de la personne décédée dans son... dans sa mission, dans son
travail, et c'est lui, donc, qui est l'expert pour le faire.
Donc,
il serait pertinent certainement d'ajouter à cet article-là une mention que les
corps de police peuvent effectivement confirmer qu'une personne a été
retrouvée ou qu'elle est décédée. Par contre, il serait bien d'ajouter «après
validation avec le coroner au dossier», quand il s'agit d'un décès violent,
obscur, et il y a de fortes chances qu'il s'agisse de décès violents et obscurs
lorsqu'on est en matière de personnes qui étaient recherchées. Alors, je
voulais passer ce message. Je pense qu'il serait pertinent d'ajouter cet
élément à cette disposition-là simplement pour être cohérents et conséquents
par rapport à notre législation et notre obligation légale.
Alors, voilà. Donc,
je suis disponible pour répondre à vos questions, si vous en avez.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
Me Descary. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Bonnardel :
Merci, M. le Président.
Mme Descary, merci d'être là. Me Kimpton, merci d'être là. Et, encore
une fois, désolé pour le retard.
Je vais me concentrer
moi aussi rapidement, là, sur la portion des personnes disparues. On est très
contents, dans cette loi, de donner des outils aux policiers. Vous l'avez
mentionné, puis je l'ai mentionné, puis je ne pense pas que vous allez me
contredire, les premières heures sont les plus importantes. Je pense qu'on peut
qualifier que les deux premières, trois premières, peu importe, là... vous
l'avez dit, pour la disparition et la tragédie de M. Roy et son fils, avec l'hélicoptère, si on avait eu cette
possibilité de donner des infos rapidement en termes juste de géolocalisation,
bien, rapidement, les... l'armée ou autre ou la Sûreté du Québec auraient pu
intervenir rapidement.
Puis ma première
question, vous le savez, vous l'avez mentionné, c'est que... bon, dans la loi,
on dit que, sur ordonnance d'un juge, on
puisse donner des informations, avoir accès à certains renseignements, mais qui
pourraient être aussi protégés par le secret professionnel. Est-ce qu'on s'en
va à la bonne place malgré ce secret professionnel aussi?
Mme Descary (Pascale) :
Ma perception, c'est oui, mais je pense que j'aimerais bien entendre notre
juriste, Me Kimpton, à ce sujet.
M. Kimpton (Dave) : Oui, pardon.
Bonjour à tous. Donc, juste peut-être réitérer la question, s'il vous plaît,
M. Bonnardel. Il y avait de l'écho dans la salle.
M. Bonnardel : Bien, quand on...
dans la loi, on dit que, seulement sur ordonnance d'un juge, les policiers
pourront obtenir des informations qui pourraient être protégées par le secret
professionnel. Donc, dans la loi, on met de
côté les avocats et notaires, mais, pour le reste, est-ce qu'on est à la bonne
place, d'être capables d'obtenir le plus de renseignements possible pour
obtenir des infos qui pourraient nous permettre de retrouver un enfant qui est
enlevé, avec quelqu'un ou, peu importe... un décès ou un événement tragique,
comme celui de M. Roy et de son fils?
M. Kimpton (Dave) : Bien, tout à
fait. Puis évidemment, mon commentaire va s'inscrire dans le cadre de la Loi sur les coroners, bien entendu. Évidemment,
comme vous le savez probablement, les coroners ont la capacité et le
pouvoir d'émettre des ordonnances, notamment pour obtenir des dossiers médicaux
d'une personne décédée. Mais pour ce faire,
évidemment, comme la Coroner en chef l'a mentionné, la personne... on doit
prendre avis, et il doit y avoir décès
d'une personne, donc un décès obscur, violent ou suite à une négligence. Donc,
dans le cadre d'une recherche de personne
disparue où il n'y a pas encore de personne décédée, à ce moment-là, le coroner
ne serait pas justifié d'utiliser son pouvoir d'ordonnance, bien
entendu, pour l'obtention d'un dossier médical.
Donc, je ne sais pas si ça répond à votre
question, M. Bonnardel, mais effectivement, pour ma part, en fonction de la réalité de Bureau du coroner, bien,
votre disposition législative est tout à fait justifiée pour obtenir ce genre
d'information, effectivement.
M. Bonnardel : J'imagine...
Mme Descary (Pascale) : Oui,
puisqu'on ne peut pas l'obtenir. C'est ça, puisqu'on ne peut pas l'obtenir via ordonnance du coroner, puisqu'il n'y a pas encore
décès, ça prend l'ordonnance d'un juge, hein? C'est un peu le résumé.
M. Kimpton (Dave) : C'est ça. Tout à
fait, tout à fait.
M. Bonnardel : Exact, exact. Est-ce
qu'il y a des éléments, dans la loi pour les personnes disparues, que... selon votre expérience, que nous avons oubliés,
qu'on devrait penser à ajouter? Puis je reviens, je ne l'ai pas dit, là, sur
votre... le chapitre III, vous avez mentionné le «retrouvé ou décédé», là,
je prends bonne note avec mon équipe, là, pour répondre à votre
inquiétude.
Mais au-delà de tout ça, là, pour la loi comme
telle, est-ce qu'il y a des choses qu'on aurait... qu'on devrait revoir ou
qu'on aurait... qu'on devrait ajouter ou on est... On est allés quand même
chercher, je crois, les meilleures pratiques
quand on s'est comparés avec l'Ontario et le Manitoba, si je ne me trompe pas.
Donc, avec votre expérience, est-ce qu'on est encore une fois à la bonne
place pour cette nouvelle loi?
Mme Descary (Pascale) : Moi, il
m'apparaît... En fait, on a passé à travers, effectivement, le projet, qui nous
apparaissait fort, fort intéressant, en
fait, pour nos besoins à nous, Bureau
du coroner, et pour les besoins des
coroners dans le cas des personnes disparues, tout à fait. Je pense que
ça fait un tour d'horizon intéressant.
M. Bonnardel : Et l'ajout d'informer
le... et de donner le plus d'informations possible au public, est-ce qu'il y a
une limite là-dedans? Parce qu'on dit, là, qu'on veut communiquer le plus de
renseignements publics... le plus de renseignements possible au public, qui,
pour moi, serait bénéfique, nécessairement. Donc, j'imagine... Je connais
peut-être votre réponse déjà, là, mais je veux vous entendre, là, quelques
secondes, là.
Mme Descary (Pascale) : Absolument,
absolument. Le plus qu'on peut donner de l'information pour aider à retrouver
les personnes... Et, s'il faut avoir l'ordonnance d'un juge pour avoir accès et
avoir l'autorisation de transmettre des
informations personnelles et confidentielles, certainement. Dans la perspective
du Bureau du coroner, il n'y a
pas de malaise par rapport à ça.
M. Bonnardel : Je vais quand même
sortir des personnes disparues. J'ai une dernière question. La formation continue des policiers... Avec l'expérience que
vous avez acquise aussi, les cas spécifiques, est-ce que cette formation
en continu qu'on souhaite... Puis là je fais
la ligne entre la requalification et la formation en continu du travail du
policier, policière qui évolue dans
le temps. Pour vous, j'imagine que c'est une bonne chose aussi, là. Êtes-vous à
contre-courant de nous ou vous pensez la même chose?
• (13 heures) •
Mme
Descary (Pascale) : Bien, c'est sûr, les coroners ont régulièrement,
soit dans leurs rapports d'investigation ou d'enquête publique, émis des
recommandations à cet égard-là afin que la formation des policiers soit en tout
temps mise à jour, et peaufinée, et ciblée,
notamment en matière de désescalade. Parce qu'il y a malheureusement des
décès qui surviennent dans des situations où
il y a eu escalade et que la désescalade aurait probablement pu apaiser les choses
et peut-être éviter un décès. Donc, c'est certain que le Bureau du coroner,
dans la mesure où les dispositions vont dans le sens de ce qui a été recommandé par
des coroners pour faciliter ces aspects-là, bien, on est très confortables
avec cette idée.
M. Bonnardel : Merci à vous deux.
Merci à vous deux.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Ça va du côté
gouvernemental? Donc, je passerais à la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Oui, bonjour. Un
plaisir de vous avoir avec nous aujourd'hui. Merci beaucoup pour votre
témoignage. J'aurais des questions pour vous en ce qui concerne... vous avez
parlé de le partage de l'information. Puis article 117, chapitre II,
article 4, alinéa 2, l'ordonnance ne semble pas viser les comptes des
médias sociaux.
Êtes-vous d'avis
que c'est quelque chose que nous devons améliorer en ce qui concerne le projet
de loi n° 14?
Mme
Descary (Pascale) : Oui, bien, je viens de vous lire la recommandation
de la coroner Langelier, qui élargissait aux réseaux sociaux sa
recommandation, certainement, parce que c'est un média très utilisé et qui
permettrait sans doute d'obtenir beaucoup
plus d'information. Alors, ça va exactement dans le sens de la coroner
Langelier, dans son rapport.
Mme Maccarone : Parfait. Et nous
savons que la coroner mène actuellement une enquête en ce qui concerne la
triste disparition des petites filles Carpentier. Comme le projet de loi sera
probablement étudié avant la fin de l'enquête, est-ce qu'il y a des leçons que
nous avons à tirer, des éléments, peut-être des lacunes, dont vous faites face
actuellement, qui ne sont pas compris dans cette loi, que nous devons prendre
en considération avant que la loi soit éventuellement adoptée, si on arrive à
cette étape-là avant vous?
Mme
Descary (Pascale) : Je comprends très bien votre question et votre
intérêt par rapport à cette question-là. Malheureusement, j'ai un énorme
devoir de réserve. Je ne peux du tout commenter une enquête qui est en cours
d'aucune façon. Je ne peux pas m'immiscer dans les travaux du coroner Malouin,
malheureusement.
Mme
Maccarone : Des recommandations plus générales, d'abord.
Est-ce qu'il y a des choses qui sont peut-être... qui sont manquantes
dans la loi? Parce que, comme que vous savez sans doute, ouvrir des lois puis
modifier des lois, ce n'est pas quelque
chose qu'on fait au quotidien. Alors, est-ce que vous avez d'autres
recommandations que... ce qui n'est pas inclus actuellement dans la loi,
que vous souhaitez voir?
Mme Descary (Pascale) : Bien, comme
je l'ai mentionné à M. Bonnardel tout à l'heure, le projet qui est là nous
semble tout à fait intéressant, semble répondre aux préoccupations que nous
avions et à des recommandations que des coroners ont formulées dans le passé.
Encore une fois, dans mon rôle, je dois avoir une réserve et maintenir une
certaine indépendance. Donc, je ne peux pas me prononcer sur des
recommandations. C'est aux coroners de le faire dans leurs dossiers.
Alors, je vais répondre de façon générale, comme
je l'ai fait tout à l'heure, que le projet, tel que soumis, semble bien répondre, selon nous, là, aux
recommandations qu'ont formulé dans le passé des coroners, et c'est satisfaisant
pour moi à cet égard.
Mme Maccarone : Entendu. En ce qui
concerne l'état mental perturbé, j'ai déposé un mandat d'initiative cette
semaine, parce que nous avons vu quand même une hausse assez importante, depuis
2018, en ce qui concerne les cas, qui
varient entre 9 % puis 127 %, à travers la province, des
interpellations pour nos policiers qui font face à très peu
d'information. C'est des interventions qui sont souvent très longues, puis,
comme on a vu, malheureusement, dans le cas
de sergente Maureen Breau, ça a mené à un décès qui soulève beaucoup de
questionnements en ce qui concerne ce que nous pouvons faire pour
s'améliorer en ce qui concerne ceci.
Dans le projet de loi, est-ce que vous êtes
confiante que nos policiers qui vont faire face, encore une fois, à la fameuse porte tournante puis l'état mental
perturbé... qu'on a ce qu'il nous faut pour protéger nos policiers et la
population en ce qui concerne... C'est rendu un fléau.
Mme Descary (Pascale) : Je suis d'accord
avec vous, c'est un enjeu de société majeur. Encore une fois, je me réfère à
nos travaux, à notre mission. Donc, on a des coroners qui ont été mandatés. Je
le disais d'entrée de jeu, dans le cas de la
sergente Breau, il y aura une enquête publique qui permettra d'entendre...
bien, d'abord, de faire la lumière de façon très fine, là, sur ce qui
s'est passé, faire le... de refaire le fil des événements pour bien comprendre
ce qui s'est passé, et ensuite en tirer des leçons, et la coroner Kamel, qui a
été mandatée, va pouvoir faire entendre divers experts en la matière, et ce
sera une belle occasion de réfléchir à comment on... quelle est la situation au
Québec par rapport à ça et comment on peut améliorer la situation.
On a aussi
une autre enquête publique à venir prochainement sur les événements qui sont
survenus à Montréal et Laval l'été dernier, où un agresseur s'en est
pris de façon aléatoire à trois personnes, et c'était une personne qui était
dans des circonstances... dans un contexte similaire en termes de problèmes de
santé mentale et questionnement quant à son suivi.
Donc, nous, c'est vraiment dans notre rôle qu'on
peut jouer, hein, un rôle de levier, pour faire changer les choses, ce n'est
pas au niveau législatif. C'est avec le pouvoir qui est le nôtre de faire la
lumière sur les causes de décès et de recommander des
améliorations des pratiques, des politiques, des procédures, des lois, et
autres, qu'on joue notre rôle.
Mme Maccarone : Tout à fait, d'où
l'alignement de la questionnement, c'est parce qu'évidemment on a beaucoup de
respect pour ce que vous faites et on a une opportunité de mettre...
d'effectuer des changements au sein de cette loi pour s'assurer que ça répond
non seulement à vos recommandations, mais aussi à la notion de protéger la
population ainsi que nos policiers.
On a entendu
Andrée Béchard, qui est une maman qui a perdu sa fille, qui est disparue, sa
fille qui s'appelle... excusez-moi,
Marilyn. Alors, elle, elle nous a fait quand même deux recommandations dont
j'aimerais savoir si vous êtes d'accord
que c'est des modifications que nous devons apporter dans cette loi...
dit : «Pour les familles, ce serait important d'avoir la création
d'un fichier unique pour les personnes disparues.» Parce qu'on peut comprendre
que ça varie d'une municipalité à l'autre, un service de police à l'autre, et,
pour les policiers, elle dit que ce serait également important d'avoir une
création d'un fichier unique pour les personnes disparues, alors, pour les
familles et ainsi pour les policiers.
Que
pensez-vous de cette recommandation? Et, selon vous, est-ce que ça vous
aiderait aussi dans vos démarches de suite, s'il y avait une suite, dans
un tel cas, par exemple?
Mme Descary (Pascale) : Vous allez
me trouver plate, mais malheureusement j'ai un petit peu de difficulté à répondre à votre question. Je dois laisser mes
coroners s'exprimer par leur travail, par leurs recommandations. En tant que
Coroner en chef, j'administre le bureau, je donne le soutien aux coroners pour
les aider à faire du mieux qu'ils le peuvent
leur travail, mais je ne peux formuler des recommandations ou me prononcer
formellement sur des politiques, des idées. Bien que ça me semble fort
intéressant, mais ce n'est pas à moi à le faire, ce sera à nos coroners,
éventuellement, à formuler des recommandations ou à se positionner. Je dois
avoir ce devoir et maintenir ce devoir de réserve. Je m'en excuse.
Mme Maccarone : Il n'y a pas de
souci. Merci beaucoup.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, Mme la députée.
M. le député de Laurier-Dorion, s'il vous plaît.
M.
Fontecilla : Merci, bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous.
Écoutez, je veux aller... Pour bien comprendre vos recommandations, là,
tout d'abord, vous avez utilisé les termes «outiller les policiers» afin
d'obtenir des signaux liés, conversations
téléphoniques, etc., là. Je veux bien comprendre la portée de vos termes,
«outiller les policiers», là. Vous
référez à les outiller sur le plan légal ou les outiller sur le plan de la
formation, là? Je veux comprendre votre propos.
Mme
Descary (Pascale) : En fait, je lisais tout à l'heure la
recommandation formulée par la coroner Me Denyse Langelier dans le cadre
de ses investigations sur les décès de M. Roy et de son fils Justin dans cet
accident d'hélicoptère. Alors, c'est la formulation de la coroner que je vous
lisais, et elle disait : «La création de dispositions législatives visant
à outiller les policiers.» Ça, pour moi, ça réfère exactement à ce qui est
prévu dans ce projet de loi, actuellement, là, c'est-à-dire de permettre
d'élargir, en fait, à beaucoup de situations, à beaucoup d'information, avec,
bien sûr, un jugement d'un juge, soit d'un juge de la Cour du Québec ou d'un
juge de paix. C'est ça, pour moi, outiller
les policiers, c'est qu'ils puissent, à l'aide d'une ordonnance d'un tribunal,
aller chercher toutes ces informations qui, autrement, ne seraient pas
accessibles, et qui ne l'ont pas été dans le passé, et qui ont malheureusement
eu des conséquences probablement assez dramatiques, là.
• (13 h 10) •
M.
Fontecilla : Très bien, et, lorsque vous... Encore une fois, me
réexpliquer peut-être votre 12e recommandation, là, d'utiliser les
ressources du coroner pour l'identification. Pourriez-vous approfondir cette
proposition-là?
Mme
Descary (Pascale) : Oui, oui, certainement. La Loi sur les coroners
prévoit qu'il est de la responsabilité des coroners d'identifier une
personne. Lorsqu'on est face à une personne disparue, là... Lorsqu'on est face
à une personne décédée dans des circonstances obscures, violentes, etc., le
coroner doit répondre à cinq questions, essentiellement, et ça, c'est prévu
dans la loi qui nous gouverne, qui est la Loi sur les coroners. La première de
ces questions-là, c'est qui est décédé, et
ça, c'est donc la responsabilité du coroner, que lui confère la loi, de
déterminer l'identité de cette personne décédée.
Alors, quand on est face à une personne qui
était disparue et qui est retrouvée... et qui est retrouvée, malheureusement,
décédée, il appartient... donc un coroner va, bien entendu, être mandaté pour
faire son travail d'investigation pour
répondre aux cinq questions, la première étant qui est décédé; la deuxième
quand, à quel moment elle est décédée; la troisième, le lieu du décès;
la quatrième, c'est la cause probable du décès; et la cinquième, c'est quelles
sont les circonstances entourant ce décès-là.
Donc, la première question, c'est sa première
obligation, le coroner, qui est décédé, et cette obligation, il la fait avec
beaucoup de diligence et de rigueur, en s'adjoignant les services d'experts,
dans certains cas, que sont des pathologistes, des odontologues, qui sont des
spécialistes de la dentition, pour faire des liens entre une personne et son
dossier dentaire.
Alors, il appartient au coroner d'identifier et
d'annoncer également qu'il confirme que la personne qui est retrouvée, c'est
bien la bonne personne et telle est son identité. Alors, quand on lit
l'article 9, le projet, on dit que le corps de
police peut communiquer au public que la personne a été retrouvée ou qu'elle
est décédée. Moi, j'estime qu'il faudrait ajouter une mention... Il peut
communiquer cette information, effectivement, c'est correct, au public, mais
peut-être après avoir validé l'identité auprès du coroner.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme Descary
(Pascale) : C'est tout simplement ça.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la
députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols :
Merci, M. le Président. Bien, je comprends, là, toute la notion, là, de
confidentialité avec laquelle vous devez travailler, là, même, aujourd'hui, là,
on comprend que vous ne pouvez pas aller trop loin parce qu'il y a des...
Mme Descary
(Pascale) : Malheureusement, oui.
Mme Nichols :
Ça, ça va, puis je ne veux pas rentrer dans ces données-là précisément, là,
mais il y a beaucoup d'enquêtes... vous avez
beaucoup de coroners, là, qui font des enquêtes. Dans les dernières années,
est-ce que vous voyez ou vous êtes en mesure de constater l'augmentation
reliée à soit la santé mentale, à la violence armée?
Mme Descary
(Pascale) : Oui, on le constate comme tous les citoyens, hein?
Malheureusement, c'est un enjeu, disons, de société majeur, auquel, bien sûr,
il faut s'attarder, auquel le gouvernement s'attarde, assurément, et auquel
nous, on s'attarde avec notre prisme à nous, qui est notre juridiction pour
éclaircir les causes de décès et éviter qu'ils surviennent à nouveau, là, dans
les mêmes circonstances, mais oui, c'est une problématique majeure, et les
enquêtes publiques qui s'en viennent, j'en ai nommé deux, vont aborder ces
thématiques-là, assurément.
Mme Nichols :
Parfait. Puis, quand il y a des... quand vos coroners ou vos enquêteurs le
constatent, qu'il y a soit... qu'il manque des outils, ou qu'il y a des
lacunes, ou... vos coroners, là, l'indiquent dans leurs rapports ou il y a une
autre façon à...
Mme Descary
(Pascale) : Bien, tout à fait, oui, oui.
Mme Nichols :
Est-ce qu'il y a une autre façon, à l'extérieur des rapports, où vous
pouvez en faire part au ministre, aux politiques ou... pour qu'on puisse
s'ajuster?
Mme Descary
(Pascale) : Nos outils d'intervention principaux sont l'investigation
et l'enquête publique. Alors, l'investigation, c'est le décès d'une personne
enquêtée par un coroner, donc un décès, un coroner, et ça se fait de façon
privée, tout au long de l'exercice, jusqu'à la diffusion du rapport qui, lui,
est public. L'enquête publique commencée, c'est un forum public où on entend
des témoins, on peut les interroger, contre-interroger. Donc, ce sont nos deux leviers principaux d'intervention, et
c'est par ces principaux leviers d'intervention qu'on peut arriver à nos
constats, formuler des recommandations.
On a également des
comités d'examen de décès, notamment celui sur la violence conjugale, ça, c'est
une autre manière d'exercer notre rôle, en invitant différents experts, intervenants
qui réfléchissent à la question et qui peuvent aussi formuler des
recommandations. Puis on travaille de très, très, très près avec des
chercheurs, avec des intervenants de la
santé publique, qui... à qui on partage énormément de données très, très
précieuses que l'on recueille dans le cadre de notre travail et qui
peuvent ensuite être utilisées à des fins de prévention, recherche, etc.
Le
Président (M. Bachand) : Sur ce, Mme la
Coroner en chef, Me Kimpton, merci beaucoup d'avoir été avec nous. C'est
très, très apprécié.
Cela dit, la
commission suspend ses travaux jusqu'à 14 heures. Merci. À tantôt.
(Suspension de la séance à
13 h 15)
(Reprise à 14 h 02)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre,
s'il vous plaît! Bon après-midi à tout le monde. La Commission des institutions
reprend ses travaux...
(Interruption)
Le Président (M. Bachand) : ...avec
une belle petite sonnerie. Ah! c'est la... Pâques s'en vient bientôt. Un petit
lapin qui saute.
Alors, nous
poursuivons les consultations particulières et auditions publiques sur le
projet de loi n° 14, Loi modifiant diverses dispositions relatives à la
sécurité publique et édictant la Loi visant à retrouver des personnes
disparues.
Donc, on débute notre
après-midi avec les représentants de l'Union des municipalités du Québec.
Alors, M. Angers, M. Létourneau, merci beaucoup d'être avec nous.
Alors, la parole est à vous.
Union des municipalités
du Québec (UMQ)
M. Angers
(Michel) : Ah! bien, merci beaucoup. Alors, M. le ministre de
la Sécurité publique, M. le Président de la commission, Mmes, MM.
membres de la commission, alors, je souhaite d'abord vous remercier de nous
donner l'opportunité de vous présenter les principales préoccupations des
municipalités du Québec en matière de sécurité publique. On aurait bien aimé
être avec vous. Le temps nous a manqué, mais je... grâce à au virtuel, on est
en mesure de pouvoir quand même y aller de
nos préoccupations. Je suis accompagné, comme vous l'avez mentionné tout à
l'heure, de M. Yves Létourneau qui est conseiller stratégique aux
politiques à l'Union des municipalités du Québec.
J'aimerais
avant tout vous rappeler que depuis maintenant plus de 100 ans, l'Union
des municipalités du Québec rassemble les gouvernements de proximité de
toutes les régions du Québec afin de mobiliser l'expertise municipale,
accompagner ses membres dans l'exercice de leurs compétences et valoriser la
démocratie municipale. Je dois aussi rappeler que l'Union des municipalités
représente les municipalités de toutes les tailles et de toutes les régions du
Québec et regroupe par celles-ci pas moins de 85 % de la population
québécoise et du territoire du Québec. Nous représentons notamment toutes les
municipalités du Québec ayant leur propre corps de police municipale et la
vaste majorité des municipalités membres
d'une régie de police. Nous regroupons aussi près de 200 municipalités
desservies par la Sûreté du Québec.
Les présentes audiences sur le projet de loi
n° 14 sont l'occasion pour l'Union des municipalités du Québec de rappeler
les enjeux importants pour les municipalités associées aux deux principales
lois modifiées par ce projet de loi, soit la Loi sur la police et la Loi sur la
sécurité incendie.
En matière de
services policiers, la volonté du gouvernement est de mettre en oeuvre
certaines recommandations émises par le Comité consultatif sur la
réalité policière, notamment en ce qui concerne la gouvernance des services policiers. Nous constatons avec satisfaction que
ce projet de loi ne touche pas à l'organisation policière et à la nomination des
directeurs des services de police municipaux et nous en sommes très heureux.
Nos préoccupations relatives au présent projet
de loi concernent essentiellement les pouvoirs donnés au ministre de la Sécurité publique d'établir les
lignes directrices à tout sujet relatif à l'activité policière. Nous comprenons
la volonté du ministre d'avoir davantage de flexibilité et de se donner
la possibilité d'agir plus rapidement sur différents
aspects d'application des différentes lois touchant la sécurité publique.
Cependant, la gestion par règlement nous
préoccupe grandement, ne connaissant pas, évidemment, les détails qui seront
abordés dans ces différents règlements.
Ainsi, les modifications proposées à
l'article 14 du projet de loi qui modifie l'article 116 de la Loi sur
la police permettent au gouvernement de fixer les obligations minimales
relatives à la formation continue auxquelles les policiers doivent se
conformer, permettant au ministre et au ministère d'intervenir par règlement
sur des dossiers ayant des impacts que je dirais catastrophiques pour les
finances municipales.
Tous conviennent que la formation est un outil
essentiel afin de permettre à un service de police d'optimiser son efficacité. Toutefois, avant d'imposer de
nouvelles formations, il faut d'abord s'assurer de prendre en considération
les conséquences pour les organismes municipaux. Vous savez, dans un contexte
de pénurie de main-d'oeuvre, ces mesures se répercutent sur la gestion des
effectifs et surtout les finances municipales. Pour les municipalités, et les
régies de police, et certainement aussi pour la Sûreté du Québec, le coût de la
formation dépasse largement le coût de l'École nationale de police du Québec.
Les frais de déplacement, d'hébergement et de remplacement des policiers en
formation doivent être considérés et compensés financièrement par le
gouvernement. C'est la même chose pour l'article 96 du projet de loi qui
dit... qui permet au ministre d'établir des lignes directrices à l'égard de toute
question relative à l'activité policière et
les rend publiques. Ces lignes directrices peuvent porter notamment sur la
collaboration et la concertation entre les corps de police, de même qu'entre
ces derniers et les différents intervenants concernés.
L'UMQ est
préoccupée par la tendance de donner le pouvoir au ministère de fixer les
grandes lignes directrices dans un projet de loi dont les modalités seront
définies par des règlements à venir. Le ministère se donne le pouvoir
d'agir rapidement dans divers domaines qui pourraient avoir des impacts majeurs
sur la gestion et les finances des municipalités.
Nous recommandons donc d'obliger le ministère de la Sécurité publique
d'analyser les impacts financiers sur les municipalités de tout
règlement et de prévoir des mesures compensatoires, si c'est le cas.
Nous devons revenir sur les aspects financiers
des services policiers, même si ces commentaires dépassent le cadre du présent
projet de loi. Les municipalités doivent faire face à de nouvelles
problématiques avec lesquelles les services
policiers doivent composer, notamment en matière d'itinérance et de santé
psychologique. Ce sont les municipalités qui doivent assumer les
conséquences de la prolifération de ces phénomènes, et, pour répondre à ces
problématiques, et depuis plusieurs années,
les services policiers ont mis en place un modèle de police communautaire et de
proximité. Ce type de relation avec les citoyens et citoyennes doit être
conservé et amélioré.
À court terme, le gouvernement ne doit pas
uniquement dicter les lignes directrices, mais il doit surtout contribuer financièrement aux services policiers
municipaux qui se voient obligés de pallier l'insuffisance des services
gouvernementaux. Le gouvernement du Québec doit dégager des financements afin
de donner des services de proximité aux
clientèles à risque. Et ces commentaires s'appliquent également à la Sûreté du
Québec qui, rappelons-le, est financée en moyenne à 50 % par les
municipalités.
Par ailleurs, le projet de loi propose
d'encadrer les communications entre les services de police et les élus de ces municipalités. Nous comprenons l'objectif visé
d'assurer une indépendance entre les services de police et les élus,
mais nous souhaitons nuancer cette proposition du projet de loi. Toutefois, les
mesures qui visent la communication concernant une
enquête ou une intervention policière en particulier, doivent permettre la
communication entre la direction des services policiers et les élus locaux
concernés lorsqu'il s'agit d'une crise majeure ayant des impacts directs à la
population. On peut penser aux cas récents des drames à Laval, Amqui et à
Louiseville, plus récemment, où les
mairesses et les maires locaux doivent et devaient être informés de certains
détails de l'enquête. Pour ces raisons, nous proposons de clarifier les
articles visés afin de préciser que la divulgation d'informations concernant
une enquête est permise en cas d'une crise majeure et particulièrement
médiatisée.
• (14 h 10) •
Maintenant, j'aimerais vous parler aussi des
modifications à apporter en matière de services incendie. L'UMQ et sa Commission sur la sécurité publique
ont déjà fait part de leur inquiétude concernant la hausse importante des coûts
des services incendie au sujet de l'augmentation des exigences des schémas de
couverture de risque. L'UMQ est donc
en accord avec les modifications proposées visant à prolonger la période de
validité des schémas de couverture de risque de cinq à huit ans et elles
permettent... celles permettant d'alléger les étapes d'approbation et
d'application des schémas de couverture de risque.
Aussi, le
projet de loi n° 14 propose de mettre en place un mécanisme
d'arbitrage sous l'égide de la Commission municipale du Québec dans le
cas de mésentente concernant le financement de la mise en commun entre les
services incendie. L'arbitrage se ferait à la demande d'une des municipalités
visées par le litige. Nous sommes d'accord avec ces mesures. Nous devons cependant émettre les mêmes réserves que
précédemment sur les pouvoirs d'intervention du ministre visant à modifier unilatéralement le schéma pour le rendre
conforme aux orientations ministérielles. Le ministère doit évaluer les impacts financiers pour
l'organisme municipal et prévoir des mesures d'atténuation et de compensation.
Alors, nous recommandons d'obliger le
ministère de la Sécurité publique d'analyser les impacts financiers sur les
municipalités lors de modifications imposées au schéma et de prévoir des
mesures d'atténuation et de compensation.
Enfin, l'UMQ a soulevé... voudra soulever
différentes... les différences importantes dans l'application des schémas de couverture de risque par les
municipalités selon leur taille. Les municipalités mieux organisées ont
l'obligation de desservir les plus petites municipalités avoisinantes
sans que ces dernières aient l'obligation de les dédommager adéquatement. Selon
nous, la coopération intermunicipale est la solution permettant l'optimisation
des ressources. Cette approche permet d'établir une équité et une justice fiscale
pour le partage des équipements supralocaux où la population sera la première
gagnante, permet aux municipalités comptant moins d'habitants d'être en mesure
d'offrir des services pour lesquels elles ne détiennent pas les ressources
financières et humaines.
Alors, voilà.
Bien, merci beaucoup de votre écoute. Nous sommes maintenant disponibles pour
répondre à vos questions.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le
maire. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. M. Angers, M. Létourneau, merci d'être là cet après-midi.
Première question, j'en ai deux, trois qui
m'interpellent. Vous avez parlé de formation versus ça nous prend des sous.
Vous semblez mettre en opposition un
peu la formation en continu... formation continue versus comment on va
accompagner les municipalités.
Corrigez-moi, mais avec ce que j'ai entendu dans
les deux dernières journées, la majorité, sinon, j'ose croire, la totalité de vos corps de police municipaux font
déjà de la formation. Puis là je veux mettre... Il y a la requalification, vous
êtes bien au fait, là, versus peut-être un certain nombre d'heures. Puis là je
sais que ce n'est pas des politiques mur à mur dans tous les corps de police,
mais vous payez déjà ces formations à vos policiers. Puis je pense que c'est
sain de le faire. Puis ça, je vous dis... je vous dis bravo.
Puis le but derrière cette formation continue,
qu'on soit avec tous les aléas puis les... pas l'information, mais ce qu'on voit, ce que les policiers vivent sur le
terrain depuis des semaines, sinon des mois et sinon des années, je pense que
vous ne pouvez pas me contredire, à savoir, le travail du policier aujourd'hui,
je l'ai répété maintes et maintes fois, est
bien différent de celui de voilà 20 ans et sera peut-être différent de
celui dans 20 ans. Donc, vous le faites déjà, je pense, vous financez bien
vos corps de police. Et la formation est partie prenante aussi de
l'accompagnement que vous, j'ose croire, en tout cas, que vous
offrez à vos hommes et vos femmes qui protègent vos rues, là.
M. Angers (Michel) : Oui, oui,
tout à fait d'accord avec vous, M. le ministre, sur le fait qu'évidemment on
donne déjà de la formation, de la formation en continu, une formation
obligatoire et en continu. La seule petite préoccupation que nous avons... Bon,
moi, je préside la Commission de la sécurité publique avec les grandes villes,
Montréal, Québec, les petites municipalités, et la question du financement est
toujours au coeur de nos propres discussions. On sait que les pertes policières
municipales grugent beaucoup, beaucoup, beaucoup du budget des municipalités
qui ont ces corps de police-là, mais en même temps aussi... puis on est
toujours un peu inquiets ou ces grandes municipalités sont un peu plus inquiètes
du fait que le ministère pourra éventuellement imposer des niveaux de formation
qui sont en dehors des cadres qui sont là présentement.
Alors, ce qu'ils veulent simplement se prémunir,
c'est que, si dans l'éventualité où il y a des formations spécifiques... puis
je vous en donne un exemple, M. le ministre. Là, présentement, vous l'avez dit,
on a... il y a des problèmes de santé mentale. Alors, le travail des policiers
aujourd'hui est très différent d'il y a 15 ou 20 ans, beaucoup de temps, beaucoup d'interventions.
Alors, supposons que le ministère, le gouvernement exige des policiers
qu'il y ait une formation très spécifique sur les problèmes de santé mentale,
bien qu'il y ait une certaine formation qui se donne... mais si on voudrait
avoir une formation de plus haut niveau, à ce moment-là, qui occasionnerait des
coûts importants au niveau des
municipalités, ce que ces grandes villes là nous disent : Bien,
évidemment, on est prêts à faire la formation
continue, mais évidemment, si on nous exige beaucoup plus, est-ce que le
gouvernement est en mesure de nous
accompagner, ne serait-ce que pour compenser souvent une partie des engagements
au niveau de la santé, de la santé mentale et des interventions des
policiers? C'est essentiellement le cadre dans lequel on voulait vous
interpeler, M. le ministre.
M. Bonnardel :
Bien, je pense que vous amenez un bon point, puis l'École nationale de
police le mentionnait hier. Puis l'exercice qu'on veut faire dans le futur,
c'est d'être novateur dans tout ça, à savoir qu'on ne va pas nécessairement
toujours prendre un certain nombre de policiers... on en prend, exemple, cinq
ailleurs, puis on dit : OK, tu t'en vas
à l'École nationale de police pendant trois, quatre jours. Il y a des coûts,
c'est certain. Et, si on est capables de le faire par visioconférence...
Hier, M. Saint-Antoine disait : Bien, écoutez, là, avant que le quart
de travail commence, il y a un vidéo de 15,
20 minutes qui est explicative sur des situations x, y, là, que les
policiers vivent en Amérique du Nord ou ailleurs dans le monde. On va
essayer de rendre ça le plus simple possible pour que les coûts soient le moins
possible.
Puis vous n'avez
peut-être pas la réponse à ma question, mais je serais curieux de savoir, dans
les différents corps de police municipaux,
la proportion de gros budgets qui sont dédiés à la requalification et à la
formation, sinon les deux combinés. Si c'est une information que vous
avez, dans le futur, que vous pourriez faire valoir à la commission, je pense
que ça serait intéressant juste qu'on ait ce chiffre comme tel.
Mon
deuxième point qui... deuxième point qui m'interpelle, c'est le fait que, dans
la loi, on dit que le directeur d'un
corps de police doit refuser de communiquer un renseignement dont la
divulgation serait susceptible de nuire à une enquête. Puis là vous
dites, au point 1.3, les communications entre la municipalité et le
service de police : «Clarifier l'article
86 du projet de loi qui crée les articles 263.4 et 263.6 de la Loi sur la
police afin de préciser que la divulgation d'informations concernant une
enquête est permise en cas d'une crise majeure.»
M. Angers
(Michel) : Alors, écoutez...
M. Bonnardel :
Pour moi, M. le maire... en quoi si moi, je ne souhaite, je ne veux pas
obtenir puis je ne souhaite pas intervenir sur une enquête en cours, comment de
votre côté, vous dites : Pour nous les municipalités, maire comme tel, il arrive un cas de crise
majeure... Donnez-nous un petit peu plus de... votre pensée face à cela, parce
que ça, c'est contraire, selon moi, à ce
que... La ligne est mince, et surtout le mur doit être ça d'épais entre le
politique et, nécessairement, la police.
M. Angers
(Michel) : Alors, on sait pertinemment que, bon, au niveau des
orientations, bon, chacune des municipalités et des villes donne des grandes
orientations. C'est vrai aussi à la Sûreté du Québec. Même si les villes sont
couvertes par la Sûreté du Québec, il y a des comités de sécurité publique qui
donnent les grandes orientations sur lesquelles... Ça, on en est.
Mais toutefois,
évidemment, qu'on le veuille ou pas, je vous ai donné l'exemple de Laval,
Amqui, Louiseville, par la force des choses, les élus, ce qu'ils veulent, ce
n'est pas nécessairement d'être au courant des éléments de l'enquête, mais
minimalement d'avoir les grandes lignes des orientations qui vont être prises
parce que, par la force des choses, vous
êtes interpelé, M. le ministre, dans des cas comme ça, pour intervenir. Vous
allez sur place, mais les premières
personnes qui ont à répondre de façon médiatique et presque immédiatement, ce
sont les différents élus.
Alors, ce qu'on
souhaite, c'est qu'il y ait une certaine communication qui existe, M. le
ministre, qui existe entre les chefs de police et les élus municipaux. Bien, ce
qu'on veut juste s'assurer, c'est qu'il... Si on a des chefs de police qui refusent systématiquement ou que la
ligne, elle est très... le mur est très, très, très épais, puis il n'y a pas
moyen de communiquer de quelque façon
que ce soit, bien, juste s'assurer que les élus qui auront à intervenir sachent
au moins quelles orientations ils peuvent éventuellement prendre en
fonction d'une réalité.
Bon, écoutez, j'ai
entendu ce qui s'est passé du côté de Louiseville, tout près de chez moi. Le
maire était là sur place. Présentement, on fait un certain nombre de
déclarations. Bon, c'est ce genre de choses là... Sous le coup de l'émotion...
Sous le coup de l'émotion, alors, on souhaite d'abord et avant tout qu'il y ait
une communication sur des cas qui peuvent être majeurs pour éviter, justement,
que les élus municipaux s'en aillent dans une direction qui serait différente
probablement de l'orientation du ministre et du ministère aussi comme tel.
Donc, s'assurer qu'on ne blinde pas tout ça puis qu'on soit capables de se
parler dans ces éventualités. Rien à voir avec les enquêtes, rien à voir avec
quoi que ce soit là, on s'entend bien, sur les détails, qui a fait quoi, mais
simplement que les élus municipaux soient informés
des orientations comme telles qui seront prises, là, par les corps de police,
les orientations majeures, les grandes lignes
seulement, pour juste s'assurer qu'on s'en aille dans la bonne direction. C'est
juste une collaboration qu'on vise.
• (14 h 20) •
M. Bonnardel :
Vous m'excuserez, M. Angers, là, soit que je comprends mal ou... J'ai
un malaise. J'ai un malaise, et, si je lis
bien ce que vous dites, vous souhaitez la divulgation d'informations concernant
une enquête qui est permise en cas d'une crise majeure. En quoi les
conseillers, avec tout le respect que je vous dois, M. le maire, en quoi le
maire devrait être informé, si même le ministre ne souhaite pas et ne veut pas
intervenir dans le cadre d'une enquête? En
quoi les élus municipaux devraient être informés d'une enquête en cours,
pourraient intervenir ou pourraient nuire, excusez de le dire ainsi, nuire à
une enquête? Êtes-vous à la même place que... Est-ce que je comprends bien
ce que vous dites ou...
M. Angers (Michel) : Bien,
écoutez, quand il arrive un cas majeur, évidemment, vous êtes avisé, informé,
et il n'est pas de l'intention d'aucun élu d'intervenir dans une enquête puis
d'avoir des détails d'une enquête. Ce qu'on veut
simplement... puis bon, c'est écrit comme ça. Prenez ce que je vous dis, là,
l'objectif poursuivi, c'est qu'on soit capable de collaborer avec la police,
avec le chef de police sur les orientations qui seront prises pour la suite des
choses, juste pour s'assurer qu'il n'y ait pas, justement, d'intervention de la
part des élus qui vont nuire, justement, à l'enquête. On est beaucoup plus de
l'autre côté en disant : Faisons attention aux différents propos, faisons
attention à ce qu'on va mentionner. Dans le cas de Laval, bon, le maire de
Laval est intervenu aussi. Et j'imagine qu'il y a eu une petite discussion qui
s'est faite au préalable, la mairesse d'Amqui aussi qui est intervenue aussi
dans le débat.
On souhaite simplement qu'on puisse être capable
de se parler pour ne pas que le mur soit érigé de façon hermétique,
systématique, et que le chef de police dise à la mairesse : Non, on ne te
parle pas, on ne te dit rien ni quoi que ce
soit. Elle aura, d'une façon ou d'une autre, à intervenir sur une base personnelle.
Alors, mieux vaut s'assurer qu'on soit capable de collaborer en ayant les
grandes lignes, pas de l'enquête, mais de l'orientation. Alors, si c'est
écrit aussi comme tel, peut-être, Yves
Létourneau, peut-être une précision supplémentaire, mais ce qu'on veut, d'abord
et avant tout, c'est qu'il y ait une discussion. Peut-être, Yves...
M. Létourneau (Yves) : Oui.
Bien, je pense, vous l'avez bien résumé, M. Angers. Ce qu'on souhaite,
c'est que l'élu, qui, souvent, doit répondre
aux médias, ait un minimum d'information pour sécuriser aussi les citoyens dans
différentes situations exceptionnelles, là, on s'entend, de ce qui se passe sur
le terrain au moment de la crise, quand c'est ponctuel.
M. Bonnardel : Merci
pour la clarification, là. Je comprends que ce n'est peut-être pas
nécessairement de la façon qu'il est libellé ou... versus ce que vous
avez en tête. Ça me rassure. Merci.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup.
Allez-y, M. Létourneau, oui.
M. Létourneau (Yves) : Oui, je
ne sais pas si je peux revenir à votre question — peut-être,
M. Angers, si vous fermez votre micro — pour...
concernant les coûts de formation pour les municipalités. Je n'ai hélas pas le
chiffre en ce moment, mais je sais
que les différents services policiers estiment ces coûts-là, puis les coûts ne
sont pas, comme on le dit dans le
mémoire, seulement le coût de l'école nationale, là, c'est tous les coûts de
remplacement, de déplacement, d'hébergement. Puis donc je n'ai pas le chiffre,
mais je pourrais faire peut-être une petite enquête auprès de nos
membres et services policiers puis vous informer de combien ça peut
représenter. Et c'est beaucoup plus... À vrai dire, c'est une partie moins
importante, le coût de la formation, que le coût... surtout dans un contexte
qui est très différent qu'il y a
10 ans, en termes de pénurie de main-d'oeuvre et où il manque de
main-d'oeuvre. Donc, quand on en remplace un, c'est en temps supplémentaire. Ça fait que je pourrais peut-être essayer
de trouver des réponses dans les prochains jours.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci, M. Létourneau. Et d'informer la commission, bien sûr. M. le député d'Ungava,
s'il vous plaît.
M. Lamothe : Je
veux juste revenir sur le... pas le mur, mais la barrière, là, entre le
politique puis les enquêtes. Quand il arrive une enquête où est-ce que
c'est vraiment, là, «big time», là, que, tu sais, il y a des médias alentour puis qu'il y a des gens qui parlent, à moins que
je me trompe, mais chaque corps policier, que ce soit MRC, Sûreté du Québec, que ce soit MRC ou corps policier
municipal, a des agents de communication pour communiquer avec les médias.
Puis normalement, les communications se font et verbales et écrites.
Ça fait que
je ne pense pas qu'à un moment donné... Je pense que je partage vraiment
l'opinion, là, du ministre, ayant moi-même été dans ce métier-là, mais
ce que je peux dire, c'est qu'on ne peut pas arriver puis dire... Je pense ça
met autant le directeur général du corps de police dans une mauvaise... le directeur
de police, je m'excuse, une mauvaise situation autant que l'élu. Ça fait que je
pense que les agents de communication qui sont issus des corps de police sont
mandatés pour faire cette job-là, puis, jusqu'à preuve du contraire, ils font
une bonne job. Ça fait que ça, là-dessus, s'immiscer dans les enquêtes puis
avoir le plus d'informations possible, je peux comprendre le directeur d'avoir
certaines réticences, là. Il faut être prudent, je pense.
M. Angers (Michel) : Bien, si
vous permettez, on n'a jamais mentionné de s'ingérer dans aucune enquête de quelque façon que ce soit. S'il y a des cas, la
plupart des corps de police ont leurs propres informateurs, des gens qui vont communiquer
à la population. L'important, c'est d'être en mesure de pouvoir aussi partager,
là, bien avant, souvent... parce que, bon, il arrive des événements importants.
Alors, ce qu'on veut d'abord et avant tout,
c'est qu'il y ait une communication entre les élus municipaux et le corps de police pour s'assurer qu'on soit capables
d'avoir le même discours, qu'on soit capables d'avoir la même orientation.
Nullement, il n'y a pas un seul élu, et on le sait, et ça, ça a été clair à
notre commission, personne ne veut s'immiscer dans une enquête. Qu'est-ce qui
est arrivé? Quels sont les détails de cette affaire? Ça, ce n'est pas ça. Ce qu'on veut, là, c'est d'éviter que des élus se
mettent les pieds dans les plats en faisant des affirmations ou en disant des choses
sous le coup de l'émotion, parce que, vous savez, bon, il y a des élus
municipaux qui sont plus habilités au niveau des médias, d'autres moins. Et
quand un événement important, majeur arrive dans un endroit où les élus sont
peut-être moins outillés pour être capables de répondre à la presse nationale
qui arrive, bien, il faut certaines... Il faut certaine collaboration qui va
permettre, justement, de ne pas s'insérer dans l'enquête, de ne pas nuire à
l'enquête pour nous assurer que tout se
passe dans les règles de l'art. Alors, c'est ça, donc, n'ayez crainte, d'aucune
façon on ne veut s'immiscer de quelque façon que ce soit dans le détail.
M. Lamothe :
Ah! je n'ai aucune crainte. La seule chose, c'est qu'il y a des agents de
communication dans un corps de police qui existent pour justement communiquer
avec les médias. Puis, à partir de là, une collaboration avec l'agent de communication, je comprends, ça
peut être très bon, là, dans le sens que, tu sais, il y a un communiqué qui est émis puis on y va avec le communiqué, puis
pas d'autre commentaire, là. Je lance ça de même, là, mais au bout de la ligne, c'est peut-être juste le niveau, là,
d'arriver sur une enquête puis s'informer sur l'enquête. Je comprends le
malaise, là, des différents, là, corps de police là-dessus, là.
M. Angers
(Michel) : On est d'accord.
M. Lamothe :
J'ai-tu le temps encore?
Le
Président (M. Bachand) : Deux
minutes, oui.
M. Lamothe :
Deux minutes. Les formations, on parlait... On a discuté avec différents
intervenants sur la décentralisation de la formation pour être plus efficace,
que ça soit au niveau de Nicolet, qu'ils peuvent décentraliser avec des formateurs locaux, des formateurs
régionaux. Ça a moindre... Les coûts seraient moindres. L'efficacité serait
augmentée. Vous en pensez quoi, vous?
M. Angers (Michel) : Bien, moi, je pense
que... Bien, je pense que l'idée du ministre aussi est fort intéressante
également, là, en ce sens où... Est-ce qu'on peut regarder par vidéoconférence,
est-ce qu'il y a des possibilités d'avoir de la formation? Ça se fait partout,
partout. Est-ce qu'on peut éviter les déplacements, éviter des séjours,
en particulier dans des différents endroits?
Et votre idée de
décentralisation, de prendre un formateur qui, lui, va être décentralisé vers
la municipalité, vers la ville, c'est une excellente idée. Bon, on n'est pas
toujours obligé de concentrer les choses toujours à la même place,
particulièrement pour les villes qui sont éloignées passablement du centre de
formation.
Alors, tout ce qui
pourra permettre une plus grande efficacité... Bien, évidemment, s'il y a une
personne qui se déplace pour toucher à
20 policiers, policières, vous comprenez que c'est pas mal plus économique
que 20 policiers qui vont se
déplacer deux, trois jours pour suivre une formation spécifique. Il y a
20 ans, c'était une chose. Aujourd'hui, les technologies nous
permettent autre chose. Alors, je suis d'accord avec vous, là, sur cette
orientation.
Le
Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup.
M. Lamothe :
Merci beaucoup.
Le
Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci. Bonjour,
M. Angers, M. Létourneau. Un plaisir de vous avoir avec nous
aujourd'hui. Je souhaite retourner à... au sécurité incendie dans votre
mémoire puis votre recommandation 3, obliger le ministère de la Sécurité publique à analyser les impacts
financiers sur les municipalités lors de modifications imposées au schéma
et de prévoir des mesures d'atténuation ou de compensation.
Pouvez-vous nous
expliquer un peu la complexité derrière les schémas, comment ça fonctionne
et... parce que je comprends que vous êtes quand même contents du changement de
cinq ans à huit ans en ce qui concerne le renouvellement. Mais expliquez-nous
pourquoi vous faites cette demande en particulier. Quel genre de coût est-ce
que ça peut engendrer puis est-ce que ça peut amener une certaine instabilité
puis aussi peut-être un manque de sécurité envers la population face à ce type
de changement?
M. Angers
(Michel) : Bien, tout à fait. Écoutez, à la Commission de sécurité
publique, on a eu de longues discussions. On a rencontré la sous-ministre
également sur cette question. Écoutez, les schémas de couverture de risque, c'est à géométrie variable un peu partout
à travers le Québec. Alors, ce qu'on demande à Montréal est de niveau 1.
Ce qu'on demande aux municipalités avoisinantes, ça peut être de niveau 1, 2.
On se retrouve dans des villes de 50 000 habitants, le schéma de
couverture de risque avec les pompiers en caserne 24 heures sur 24, le
nombre requis à quatre, etc. Il y a une
autre réalité. Et, quand on tombe dans des municipalités, alors, le temps
d'intervention, au lieu d'être 10 pompiers en 10, alors, on peut
être de 10 en 15, huit en 20. Alors, c'est à géométrie variable, passablement, tout ça. Et ce qui est demandé à des... à
certaines municipalités d'envergure, c'était un schéma de couverture de risque
qui ne laisse à peu près pas passer.
On est d'accord sur
le fait qu'il faut absolument se donner le meilleur schéma de couverture de
risque, mais, quand on regarde à travers le
Québec, c'est très différent d'une place à l'autre. Il y a des schémas de
couverture de risque qui ont été adoptés et qui donnent un minimum, je
veux dire, d'intervention en termes de sécurité.
• (14 h 30) •
Alors, ce qu'on dit,
c'est qu'il y a des villes... c'est particulièrement des villes de plus grande
envergure un peu qui peuvent éventuellement
être capables de donner un certain nombre de services à des municipalités tout
autour. Ce n'est pas évident, madame,
de pouvoir discuter parce que, bon, il y a des plus petites municipalités qui
ne veulent pas nécessairement payer pour les services de qualité qu'une
ville-centre peut donner tout autour.
Alors, ce qu'on dit, c'est qu'on veut bien que
les schémas de couverture de risque soient égaux, équitables un peu partout. Ce
serait utopique de penser qu'on va appliquer le schéma de couverture de risque
de Montréal à la municipalité
d'Amqui ou autres. On est conscients de tout ça, des enjeux de Montréal, Laval,
Longueuil, Drummondville, Shawinigan, peu importe. Mais il reste qu'en
même temps aussi il y a une certaine iniquité, disparité entre les différents
schémas de couverture de risque.
Alors, est-ce qu'à travers cette proposition-là
on serait en mesure d'obliger, entre guillemets, à... Si on a un schéma de
couverture de risque ou une opportunité schéma de couverture de risque d'une
ville à proximité, bien, c'est qu'il y ait un véritable montant qui soit
déboursé pour le véritable service qui est donné.
Alors, le monde parfait, on aurait tous des
schémas de couverture de risque équivalents, égaux, 10 pompiers en
10 minutes, comme c'est le cas à Montréal, comme c'est le cas à
Shawinigan, comme c'est le cas un peu partout. La réalité est toute autre.
Alors, il faudra juste regarder tout ça, puis, avant de se donner... ou d'aller
un petit peu plus loin, alors regardons la base d'équité et regardons le
concept supralocal, là, qui peut être... qui peut sous-tendre des interventions
des villes centres.
Mme
Maccarone : Vous devez avoir
des membres ou municipalités où les schémas ne sont pas à jour. Est-ce
que ça vous empêche de fonctionner?
M. Angers (Michel) : Bien, écoutez,
ça n'empêche pas de fonctionner. Ça n'empêche pas de fonctionner quand même. On s'entend bien qu'il faut des
interventions, il faut fonctionner, mais il reste que, quand vient le temps
de mettre en place puis d'adopter un schéma de couverture de risques, bien, il
y a un certain nombre de paramètres et d'exigences qui ne peuvent pas
nécessairement passer au côté. Et quand les municipalités...
Vous savez, les plus petites municipalités,
souvent, elles veulent avoir leur propre corps de pompiers, le chef de pompier.
Bien, alors on parle de regroupement, ce n'est pas simple. Il y a des montants
d'argent qui sont soit alloués pour favoriser le regroupement comme tel, sur
une base MRC ou autre, d'interventions pour qu'on se rapproche le plus possible
d'un schéma de couverture de risques qui est à la hauteur de ce que le
gouvernement, et le ministère de la Sécurité publique, veut et souhaite.
Ceci étant dit, présentement, il y a du travail
qui est à faire aussi. Alors, c'est ce qu'on tente de faire à l'Union des
municipalités du Québec, c'est ce qu'on tente d'inculquer auprès de nos
municipalités, mais, des fois, un petit coup de pouce, un petit coup de... un
petit coup de pouce pourrait probablement être salutaire.
Mme Maccarone : Combien est-ce que
ça peut coûter? Je comprends que ça va être à géométrie variable, tout
dépendamment de la grandeur de la municipalité, mais pouvez-vous me donner une
idée de les coûts? Parce que vous demandez de s'assurer qu'il y a quand même
une étude d'impact, par exemple, avant que le ministre prend une décision. Ça
fait qu'on s'attend à quoi comme coûts?
M. Angers (Michel) : Bon, alors,
écoutez, pour reprendre mon propre exemple, bon, à Shawinigan, là, sans
nécessairement évaluer les coûts, moi, je suis obligé d'avoir huit pompiers en
caserne 24 heures sur 24, sept jours par semaine, avec un temps d'intervention
de 10 minutes, alors que la municipalité au côté va avoir des pompiers à
temps partiel, des pompiers qui vont pouvoir intervenir. On va donner beaucoup
plus de temps d'intervention. Les citoyens
chez nous paient la totale pour avoir un service de première qualité, et on est
d'accord avec ça, mais, en même temps, quand on regarde l'étude
d'impact, il faut aussi être en mesure de pouvoir voir s'il n'y a pas des
possibilités de regroupement.
Bon, quand on a regroupé des municipalités, pour
donner l'exemple de Shawinigan, on en a regroupé sept avec une force de frappe
qui est maintenant capable d'intervenir à la hauteur des attentes de ce que le
ministère veut et souhaite. Et souvent, dans le cas des services d'incendie,
quand on laisse ça toujours à la bonne volonté de tout le monde, bien, des
fois, il faut donner des incitatifs. Il y a des impacts financiers. À partir du
moment où on dit : Bien, tu dois respecter tel, et tel, et tel critères,
si la municipalité n'a pas nécessairement la capacité financière de pouvoir le
faire, à ce moment-là, c'est là qu'on incite le regroupement pour qu'on soit
capables de cumuler des forces pour avoir une véritable force de frappe.
Mme Maccarone : Une dernière
question pour moi. Vous demandez d'être consultés en ce qui concerne le
renouvellement de ceci, mais est-ce que vous êtes d'avis, pour les règlements
aussi puis les lignes directrices, que vous devez aussi faire partie d'une
consultation? Parce qu'actuellement on sait qu'il y a beaucoup de pouvoirs qui...
suite à une adoption d'une loi dans sa forme actuelle, dans les mains du
ministre. Êtes-vous d'avis que vous devrez faire
aussi partie d'une consultation en ce qui concerne ces deux enjeux puis ces
deux outils, qu'on comprend qu'il y a quand même une place pour ces
outils mais peut-être avec des balises?
M. Angers (Michel) : Bien, tout à
fait. Vous savez, le gouvernement actuel nous reconnaît comme étant des
gouvernements de proximité, donc des partenaires à part entière, alors il est
tout à fait normal que le gouvernement québécois
soit capable et soit... souhaite consulter ses partenaires municipaux pour
l'élaboration des différents règlements, ou autres. Vous savez, il n'y a rien de pire que d'y aller puis
d'imposer un règlement sans nécessairement en avoir discuté au
préalable. On a toujours été ouverts avec ça.
Alors, le ministre a des pouvoirs, des pouvoirs
importants, on le voit, on le sait, mais, en même temps aussi, il n'y a rien de
mieux que de travailler en collaboration, en partenariat et en concertation
pour s'assurer que ces règlements-là reflètent la réalité. Parce que je n'ai
aucun doute que le gouvernement du Québec sait ce qui se passe dans chacune de
nos municipalités, mais je peux vous dire que nous, on est vraiment sur le
plancher, au coeur et on est en mesure, à ce moment-là,
de bien orienter différents règlements, différents projets de loi, différentes
choses. On l'a toujours fait, on est à proximité de nos citoyens et on a tout
intérêt à travailler ensemble.
Mme Maccarone : Tout à fait. Je
comprends la nature de ce que vous faites. Sache que j'ai une grande admiration pour la gouvernance au niveau
municipal. C'est vrai, la proximité que vous avez envers vos citoyens, c'est
très important. Puis on souhaite, je pense... bien, en tout cas, moi-même, je
souhaite respecter le principe de subsidiarité le plus possible pour
vous donner les moyens de faire... d'occuper et faire votre rôle à la hauteur
dont nos citoyens méritent, avoir des élus sur le terrain qui s'occupent de
leurs enjeux. Alors, merci beaucoup.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, Mme la députée.
M. le député de Laurier-Dorion, s'il vous plaît.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Monsieur, merci beaucoup d'être ici avec nous aujourd'hui.
Écoutez, j'aimerais vous entendre davantage, là,
sur la question de la concertation et le partenariat entre les forces
policières. Le projet de loi n° 14 est directement inspiré du rapport du
comité sur la réalité policière, là, qui place
ces principes-là, de partenariat et concertation. Donc, vous avez soulevé le...
dans votre présentation, un cas limite, là, les crises majeures, là.
Mais, au-delà de ces cas bien précis, là, comment vous voyez, là, les... cette
vision de partenariat et concertation, là, qui inspire le... qui devrait
inspirer dorénavant le travail des services policiers, là, avec des nouvelles problématiques, là, qui vous
concernant plus précisément, là? Par exemple, vous l'avez nommé, là, l'itinérance,
les problématiques de santé mentale, etc., là, comment vous articulez cette
nouvelle vision avec votre réalité sur le terrain?
M. Angers (Michel) : Bien, écoutez,
je ne vous cache pas que la réalité, particulièrement, de l'itinérance,
particulièrement les problèmes de santé mentale impactent directement, là, nos
corps de police, qui nous demande un temps... un temps énorme, un temps
important. Alors évidemment, la collaboration entre les corps de police, entre
la Sûreté du Québec, les corps municipaux et évidemment les intervenants de la
santé, parce que, là, je touche... vous touchez
spécifiquement, là, l'itinérance ou les problèmes de santé mentale, on se
doit de travailler de façon concertée.
Je le mentionnais tout à l'heure, les corps de
police sont de plus en plus des intervenants sociaux qui sont en mesure, à ce
moment-là, de pouvoir accompagner les policiers et les policières dans
l'ensemble de leur intervention. J'écoutais hier la directrice générale, qui
mentionnait que c'est important, pour un policier, d'être en mesure de pouvoir savoir,
avant de faire une intervention, s'il y a des risques... bien, je reviens
encore sur le cas de Louiseville, s'il y a
des risques potentiels et importants, alors mieux outiller, mieux collaborer,
mieux outiller les différents corps de police, les différents ministères
pour s'assurer qu'on soit capables de faire les meilleures interventions
possibles et dans la plus grande sécurité possible. On a tout intérêt à
collaborer de quelque façon que ce soit, et c'est un peu dans ce sens-là, là,
qu'on souhaitait, justement, faire ce lien spécifique et particulier.
Je ne sais pas, Yves, si on veut rajouter
quelque chose.
M. Létourneau (Yves) : Sur les deux
dossiers en particulier, là, qui sont la santé mentale et l'itinérance, c'est
sûr que la collaboration va au-delà des corps policiers, parce que ce n'est pas
qu'un problème policier, donc c'est une collaboration également avec les
ministères concernés. D'ailleurs, on y travaille. En ce moment même, là, il y a
une activité à Québec, là, municipale sur l'itinérance. Donc, c'est un problème
qui dépasse l'activité policière. C'est sûr que nous, dans les municipalités,
les services policiers sont impactés mais la collaboration doit être aussi avec
les autres intervenants du domaine, notamment au niveau du ministère de la
Santé.
M. Fontecilla : Est-ce que vous...
Le Président (M.
Bachand) : Très rapidement. Il reste
quelques secondes. Allez-y, M. le député. Ça va?
M. Fontecilla : C'est bon.
• (14 h 40) •
Le
Président (M. Bachand) :
Merci de votre... Merci beaucoup.
Mme la députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme
Nichols : Merci, M. le Président. Merci, M. Angers, merci,
M. Létourneau, d'être parmi nous. La formation continue, là, personne ne
peut être contre, là. On le sait que les enjeux changent, puis il faut mettre
nos policiers à jour. Puis il y a des... il y a des nouvelles méthodes.
On regarde partout à travers le monde. On dit, comme, on ne peut pas être
contre la vertu.
Moi, ce que je comprends de vos représentations,
c'est qu'il y a des coûts associés à tout ça, puis je l'ai compris aussi hier
des différents corps de police. Tu sais, tout le monde nous disent : Bien,
ça me coûte quelque chose en temps, tu sais,
de faire... de le remplacer le temps qu'il va en formation. Des fois, les
conventions collectives aussi sont un enjeu. Ça fait que les coûts, les
coûts reliés, les coûts qui sont reliés à tout ça, ce que je comprends, c'est que, votre inquiétude, c'est qu'à la fin,
bien, ça se retrouve encore à être certaines... dans la cour des municipalités
à payer.
Puis je tiens à faire la spécification, là, que,
tu sais, il y a des... il y en a qui ont des polices municipales puis il y en a qui ont la Sûreté du Québec. Puis les... Ce n'est pas... Les subventions ne sont pas les mêmes là,
pour... auprès des municipalités. Donc, j'imagine qu'à l'UMQ, là, il y
en a qui le soulèvent aussi, là. Ce n'est pas tout le monde qui a la Sûreté du Québec. Donc, c'est l'enjeu principal, c'est
ça? C'est que vous ne voulez pas que la facture soit refilée aux municipalités,
puis, à la fin, c'est le citoyen qui paie?
M. Angers
(Michel) : Bien, vous savez, je suis au coeur de ce débat-là depuis
que j'ai accédé à cette présidence de Commission de sécurité publique. Alors,
les enjeux entre les villes qui possèdent leurs propres corps municipaux, qui
paient 100 %, et ceux qui sont couverts par la Sûreté du Québec, qui, en
moyenne, ont 50 %... Bon, évidemment,
au niveau de l'information, les enjeux sont aussi les mêmes, mais, je le dis
très ouvertement, on mentionne, au conseil d'administration de l'UMQ, que, bon,
s'il y a des revendications des grandes villes, évidemment, il ne faut pas
que ça vienne impacter les plus petites municipalités, qui, eux, sont couverts
par la Sûreté du Québec, qui n'ont pas nécessairement les moyens. Ça a été un
choix qui a été fait à une certaine époque. 50 000, 100 000 habitants,
tout a été... tout a été là, mais il reste
qu'en termes de formation il faut que les formations soient aussi adaptées,
autant pour les policiers municipaux que la Sûreté du Québec.
Et évidemment je ne
vous cache pas qu'à chacune des fois qu'il y a des montants d'argent qui
s'ajoutent en termes de formation, ou autres, ou des nouvelles directives au
niveau de la police municipale, bien, c'est le citoyen direct qui l'absorbe,
puis il n'y a pas d'autre chose que la taxe foncière pour l'assumer.
Mme Nichols :
Ah! je suis d'accord. M. Angers, par curiosité, ça représente combien, dans
le budget de Shawinigan, tout qu'est-ce qui est Sûreté du Québec, en
pourcentage?
M. Angers (Michel) : Oh! ça coûte à peu
près... C'est à peu près 5 à 6... C'est autour de 6 millions de
dollars...
(Panne de son)
Mme Nichols :
Sur un budget de... Ça a coupé.
M. Angers
(Michel) : Oui. Alors, écoutez, c'est environ...
Mme Nichols :
6 millions de dollars sur un budget de...
M. Angers (Michel) :
6 millions sur un budget de 120 quelques millions. Ce qu'il faut
savoir, c'est qu'avec la facturation, la
facture à payer au niveau de la police, la Sûreté du Québec, bien, il y a un
élément important qui s'appelle la richesse foncière ou la pauvreté
foncière. Plus une ville est riche, qui est couverte par la Sûreté du Québec,
plus ça monte vers le 70 %, plus la...
Mme Nichols :
Ça, c'est une boîte de Pandore, ça. Oui, le calcul, hein? C'est la fameuse
formule, là.
M. Angers
(Michel) : Eh, bien oui, exactement.
Mme Nichols :
Très bien. Merci.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Alors, M. Angers, maire de Shawinigan, merci
beaucoup d'avoir été avec nous, M. Létourneau aussi. Ça a été très
intéressant.
Et puis je suspends
les travaux quelques instants. Merci beaucoup. À bientôt.
(Suspension de la séance à
14 h 43)
(Reprise à 14 h 45)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait plaisir
d'accueillir M. Alexandre Popovic, qui est le porte-parole de la Coalition
contre la répression et les abus policiers.
Merci beaucoup d'être avec nous. Alors, comme vous savez, vous avez
10 minutes de présentation. Après ça, on aura un échange avec les
membres de la commission. Alors, la parole est à vous. Merci.
Coalition contre la répression et les abus policiers
(CRAP)
M. Popovic (Alexandre) : Merci. M. le ministre, il
faut que je sois honnête avec vous, votre projet de loi n° 14, je ne l'aime
pas. Je ne l'aime vraiment pas. J'ai toute la misère du monde à trouver de quoi
de positif là-dedans. Peut-être, et je dis bien peut-être, que j'aurais
plus de chance si j'utilisais un microscope. Mais je ne suis pas monté de
Montréal aujourd'hui pour venir vous parler de choses qui sont microscopiques,
je suis venu ici parce que moi, ça fait des années
que je milite contre les abus policiers. Ça fait des années que j'apporte du
soutien à des familles qui ont perdu un proche aux mains de la police.
Puis une des façons que j'apporte ce soutien-là, c'est en faisant des plaintes
en déontologie policière pour soutenir ces familles-là dans leur recherche de
vérité et de justice. Puis là, avec votre projet de loi n° 14, vous allez
m'enlever le droit de porter plainte en déontologie policière, puis ça, je ne
l'accepte pas pantoute.
Puis là je vous parle de
moi, mais je le sais qu'il y en a d'autres qui en font, des plaintes en
déontologie policière, sans avoir été présents sur les lieux de l'intervention
policière. Je le sais qu'il y en a d'autres qui font des plaintes en déontologie policière sans avoir été
directement victime de la conduite reprochée. Puis je le sais qu'il y en a bien,
des policiers, qui sont bien tannés de voir que du monde comme moi se permet de
faire des plaintes de même. Puis je le sais que la Commissaire à la déontologie
policière, elle est du bord de la police dans cette histoire-là. Puis je le
sais que son prédécesseur, Marc-André Dowd, puis l'autre qui était avant lui,
Paul Larochelle, ils ont tous les deux dit qu'il fallait changer la loi pour
faire taire ceux qu'on appelle les plaignants tiers.
Mais, pour moi, c'est juste la preuve qu'on a un
méchant problème avec la déontologie policière au Québec, parce que, la déontologie policière, ils ne sont
pas assez du bord des victimes, ils ne sont pas assez du bord des plaignants.
Ils passent plus de temps à rejeter des
plaintes plutôt qu'à essayer de trouver les policiers fautifs. Moi, ça fait des
années que je le dis, la déontologie
policière, c'est rendu une machine à rejeter les plaintes, puis les statistiques
des rapports annuels sont là pour le prouver. Puis, avec votre projet de loi
n° 14, vous allez juste les aider à en rejeter encore plus, de plaintes.
Puis moi, je suis venu ici aujourd'hui pour vous
dire que vous faites une grave erreur, M. le ministre, quand vous proposez
d'enlever le droit à toute personne de porter plainte. Votre projet de loi
n° 14, c'est un recul historique pour
les droits des plaignants, M. le ministre. Puis quand je dis «historique»,
c'est parce que j'ai fait mes devoirs puis je l'ai lu, l'histoire sur la
déontologie policière au Québec.
Puis vous allez le voir dans le mémoire que je
vous ai soumis, que les ministres qui faisaient votre job avant vous, les
ministres qui ont pensé et qui ont conçu le système de déontologie policière au
Québec dans les années 80, ils voulaient un régime universel, ils
voulaient un régime accessible à tout le monde. Ils voulaient que n'importe
quel citoyen puisse porter plainte, même
ceux qui n'étaient pas présents sur les lieux de l'intervention policière.
C'est pour ça que c'est là, dans la loi, puis le législateur, il est
réputé de ne pas parler pour rien dire.
Mais la
déontologie policière, là, elle a commencé à devenir moins accessible quand le
ministre Robert Perreault a décidé de
rendre la conciliation obligatoire, parce qu'au début ça prenait le
consentement des parties. Il l'a rendue moins accessible en réduisant le délai pour porter plainte de moitié, parce
qu'au début la prescription était de deux ans au lieu d'un an. Puis ces
reculs-là sont arrivés avec le gros discours sur le déficit zéro.
Puis depuis ces changements-là, la déontologie
policière n'est plus que l'ombre d'elle-même. Mais, avec votre projet de loi
n° 14, M. le ministre, vous allez miniaturiser un modèle qui est déjà
réduit, vous allez empêcher des gens comme
moi d'aider des familles de victimes dans leur recherche de vérité puis de
justice. Puis je suis venu ici aujourd'hui pour vous dire : Ne faites pas
ça, M. le ministre, ne soyez pas du mauvais côté de l'histoire de la déontologie
policière.
Bon, là, mon mémoire, il parle juste de
déontologie policière, puis ça, c'est parce que j'ai manqué de temps pour
écrire sur les autres sujets, parce que, quand je décide d'écrire un mémoire
pour la Commission des institutions de l'Assemblée nationale, j'en mets du
temps, j'en mets du coeur à l'ouvrage, pour essayer de faire la meilleure job possible. Mais j'ai tellement manqué de temps
parce qu'on ne nous a tellement pas donné assez de temps. Les délais sont
tellement courts dans cette consultation-ci, ça n'a vraiment aucune espèce
d'allure. Ça fait que je vais profiter de ce qu'il me reste de mon
10 minutes pour vous dire les autres affaires que je n'aime pas dans votre
projet de loi n° 14.
• (14 h 50) •
Vous voulez permettre au Bureau des enquêtes
indépendantes de ne pas compléter leur enquête sur des morts d'hommes puis des blessures graves survenues aux
mains de la police. Mauvaise idée, très mauvaise idée, M. le ministre.
Le BEI, ça va déjà assez mal de même, il ne faut surtout pas leur dire qu'ils
vont pouvoir tourner les coins ronds quand
ils enquêtent sur des cas aussi graves que des morts d'hommes aux mains de la
police, surtout que cette proposition est
complètement incompatible avec l'idée que la mission du BEI, c'est de faire
toute la lumière sur un événement donné.
Posez-vous la
question, M. le ministre : Pourquoi est-ce qu'on a un BEI au Québec?
Réponse : Parce qu'il y a bien du monde qui ont perdu confiance dans les
enquêtes de la police sur la police, sur les morts d'hommes, de citoyens
aux mains de la police. Ça fait qu'imaginez deux secondes le BEI qui va aller
dire à des familles de victimes qu'ils ont décidé de tirer la plug sur leur
enquête. Comment vous pensez qu'ils vont prendre ça? Ils n'auront plus aucune confiance envers le BEI. Puis le BEI, il ne sert
plus à rien, s'ils ne sont même pas capables de donner de la confiance aux
familles, qui sont les plus concernées par leurs enquêtes.
Moi, je dis au gouvernement, arrêtez de faire
les choses à moitié. Donnez-nous un vrai BEI, une vraie police des polices qui est à la recherche des
infractions, parce que c'est ça, la vraie job des vraies polices, c'est de
chercher les infractions puis de trouver les coupables. Puis le BEI, il n'est
pas en train de chercher bien fort, parce que, depuis qu'ils sont là, il n'y a
pas eu un seul policier qui a été accusé pour une mort d'homme aux mains de la
police au Québec, zéro.
Maintenant, je vais terminer en parlant des
interpellations. Dans mon livre à moi, les interpellations, c'est du
harcèlement policier, parce que le policier, quand il fait une interpellation,
il n'en a pas de motif raisonnable, il n'en a pas de motif de soupçonner une
infraction, parce que, s'il en avait, il ferait une arrestation. Le policier,
quand il fait une interpellation, il fait une partie de pêche. Mais le vrai
problème avec les interpellations, c'est que plus que ta peau est foncée, plus
que tu risques de te faire interpeler. Parce qu'à chaque fois qu'il y a eu une
collecte de données raciales, que ce soit n'importe où à travers le Canada,
c'est toujours les personnes noires, les personnes arabes, des Premières
Nations autochtones et d'autres minorités qui sont interpelées de façon
disproportionnée. Puis ça, c'est les chiffres qui disent ça.
Alors, il faut dire à la police : Arrêtez
une fois pour toutes avec vos interpellations, parce que les minorités
racisées, elles n'en peuvent plus de vivre dans la peur du harcèlement
policier. Il faut dire à la police : Si vous n'avez rien de précis à reprocher
au citoyen, laissez-le tranquille, point final. C'est ça que le gouvernement a
dit à la police en Nouvelle-Écosse, puis le ministre qui leur a dit ça, c'est
un ancien de la GRC.
Mais ce que vous proposez,
M. le ministre, c'est des lignes directrices qui vont dire à la police qu'ils
n'ont pas le droit de faire des interpellations basées sur le profilage racial
et social. Mais le profilage racial et social, c'est déjà interdit par les deux chartes, c'est déjà interdit par le code de
déontologie. Au SPVM, le profilage racial et social, c'est déjà interdit
dans une politique interne. Ça fait que ça va changer quoi d'arriver avec une
ligne directrice qui va interdire aux polices ce qui est déjà interdit, qui va
les obliger de faire qu'est-ce qui est déjà obligatoire?
C'est pour ça que moi, je vous dis que vos
lignes directrices, c'est une fausse solution qui va juste permettre au fléau
du profilage social et racial de continuer à empoisonner la société, parce que
le vrai problème, c'est les interpellations. Puis c'est ça qu'il faut
interdire, si on veut arrêter de tourner en rond à un moment donné.
C'est vous, le ministre de la Sécurité publique.
Alors, moi, aujourd'hui, je vous dis : Envoyez un message clair aux policiers, puis je suis sûr qu'ils vont
être capables de comprendre, si vous leur parlez clairement. Puis, s'il y en a
qui ne veulent pas comprendre, alors passez de la parole aux actes. S'il
faut en mettre quelques-uns au chômage pour mieux
faire passer le message, gênez-vous pas, parce qu'on va être plusieurs à être
derrière vous pour vous backer, parce que vous aurez fait votre job de
ministre de la Sécurité du public. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. Bienvenue, M. Popovic. Si je vous suis, là, vous avez dit : La
déonto est du bord de la police. Vous avez
dit : La déontologie est du bord de la police. Donc, vous n'avez pas...
Donc, donc, donc...
M. Popovic (Alexandre) : Bien, dans
cette histoire-là, dans ce dossier-là...
M. Bonnardel : Excusez. Vous n'avez
pas confiance en la déonto depuis, j'imagine, son existence.
M. Popovic (Alexandre) : Non, ce
n'est pas ça que j'ai dit.
M.
Bonnardel : OK. Bien, quand vous dites : Elle est du bord
de la police, je crois comprendre, de votre côté, que vous n'avez pas
confiance en la déonto.
M. Popovic (Alexandre) : J'ai bien
de la misère. J'ai bien de la misère.
M. Bonnardel : Bien de la misère.
OK.
M. Popovic (Alexandre) : J'aimerais
ça avoir confiance, mais la déontologie, comme je l'ai expliqué, le système
qu'on a actuellement, ce n'est pas le système qu'on avait au début. C'est un
système qui a été affaibli par la réforme du ministre Robert Perreault. Puis ça,
c'est les syndicats policiers qui sont arrivés devant le ministre. Ils avaient
sept revendications; le ministre, il a exaucé six de leurs sept revendications.
Mais moi, quand je dis que la déontologie
policière est du côté de la police, c'est qu'au niveau de la question d'enlever
le droit à tout citoyen de porter plainte, la déontologie policière et les
corps policiers parlent d'une même voix, juste pour être clair, là.
M. Bonnardel : Donc, trouvez-vous
que d'augmenter le rôle de prévention et d'éducation de la commissaire, c'est
une bonne chose, pour mieux la faire connaître et vous... j'espère, vous donner
un petit sentiment de confiance qui augmenterait? Parce qu'on veut quand même
mieux faire connaître...
Puis j'ai entendu comme vous, là, d'autres
groupes, là, dans mes discussions dans les dernières semaines, qui me
disent : François, on n'a pas confiance, là. Donc, dans l'exercice que
j'ai puis dans l'exercice que nous avons eu, c'est de se dire : Comment on
redonne un peu plus de confiance? Je ne dis pas que tout le monde va
faire : Ah! on a 100 % confiance.
Mais de leur donner des sous pour augmenter leur rôle de prévention, et mieux
les faire connaître, et l'éducation, est-ce que c'est une bonne chose ou
non?
M. Popovic (Alexandre) : Je ne le
sais pas. Je ne le sais pas parce que ce n'est pas une question à laquelle...
que j'ai eu suffisamment de temps à réfléchir. Par contre, ce que je peux vous
dire, c'est que le rôle de prévention, il est déjà prévu dans la Loi sur la
police avec l'article 187. Le Commissaire à la déontologie policière peut
faire des recommandations, ça fait que ce n'est pas quelque chose qui est
totalement nouveau.
Mais selon moi, pour avoir un système de
déontologie policière vraiment efficace, qui va vraiment donner la confiance,
c'est qu'il faut penser au plaignant. Puis le rôle de prévention, pour moi,
c'est une autre histoire, ça. Moi, je pense au plaignant qui a vécu, selon lui,
un abus policier, qui se tourne vers la déontologie policière puis qui se fait
dire : Va-t'en en conciliation, c'est
obligatoire. Puis le plaignant, là... puis ça, ça ressort du mémoire même de la
Commissaire à la déontologie
policière. Ce n'est pas ça, leurs
attentes. Quand ils ont été victimes d'abus policiers, la plupart des
plaignants, ce qu'ils veulent, c'est des sanctions. Ils veulent que le policier
soit puni.
La
conciliation, ce n'est pas ça. La conciliation, c'est : On s'assoit chacun
du côté d'une table puis on essaie de régler ça en discutant. Ça peut être efficace
pour certaines personnes, pour certaines situations, mais quelqu'un qui
a vécu une situation grave... Puis il y en a eu, des situations graves, qui
sont passées en conciliation, qui n'avaient pas d'affaire là. Ça fait que,
c'est ça, moi, le problème que j'ai, c'est avec le fait de rendre la
conciliation obligatoire.
Puis quand on parle de
confiance puis de lien de confiance, la question que je me pose, c'est :
Comment qu'on le mesure, ce lien de confiance là? De quelle façon? Est-ce qu'il
y a quelqu'un, au ministère de la Sécurité publique,
qui fait des enquêtes d'opinion, qui va sonder les plaignants pour leur
demander : C'est quoi... C'est comment que vous vous sentez après
avoir passé dans le système de déontologie policière? Est-ce que vous êtes heureux
de vous être fait imposer une conciliation
obligatoire ou est-ce que vous vous sentez encore plus désabusés par le système
parce que votre plainte a été mise sur une voie de garage, puis le policier, il
n'a aucune trace à son dossier? C'est qui qui s'intéresse de savoir comment que
les plaignants se sentent après avoir vécu leur expérience dans le système de
déontologie policière? C'est qui qui fait des enquêtes d'opinion là-dessus?
M. Bonnardel : Bien, M.
Popovic, avec tout le respect que je vous dois, là, j'ai rencontré pas mal de
gens dans les dernières semaines qui ont
porté plainte puis qui se sont sentis un peu seuls, un peu seuls face aux
policiers sur lesquels ils ont porté plainte.
Puis il y a deux éléments dans... sur lesquels
je voulais intervenir puis répondre dans cette loi. Vous l'avez dit tantôt, la
conciliation. La conciliation, là, ce ne sera pas obligatoire. Est-ce que c'est
un gain pour vous? Puis le deuxième point, les gens qui me disaient :
François, je me sens seul, OK, on va vous accompagner, on va former des gens, à
la commissaire en déonto, on va former des gens, là, qui vont accompagner la
personne qui porte plainte pour qu'elle ne se sente pas seule, est-ce que c'est
un gain, ça, pour vous aussi, pour ces plaignants? Ah non?
M. Popovic (Alexandre) : Je
n'ai rien à dire contre ça.
M. Bonnardel : OK. Dernier
point, dernière question, les interpellations policières. Je pense que vous
êtes conscient que... puis vous défendez ces plaignants depuis des années
et des années. Il y a plusieurs corps de police qui ont commencé à
avoir... à remplir des fiches sur lesquelles on va pouvoir aller chercher de
l'information, colliger des infos qui vont
être importantes pour le ministère, pour encadrer le travail des policiers, pour
que les interpellations ne se fassent pas avec des motifs
discriminatoires. Ça, pour moi, c'est immensément important.
Est-ce que, pour vous, c'est une bonne chose,
c'est un avancement, qui peut sembler minime pour vous, mais que c'est un avancement important dans le travail
des policiers, et que, le ministère de la Sécurité publique, pour la première
fois, soit capable de colliger des infos
annuellement, où les corps de police vont nous donner ça, vont nous donner leurs
infos à chaque 1er avril de chaque année?
• (15 heures) •
M. Popovic (Alexandre) : Moi,
ce que je pense, c'est qu'on le sait qu'il y en a un, problème. S'il n'y en avait pas de problème, on ne serait pas en train
de parler de ça aujourd'hui, vous n'auriez pas fait un projet de loi qui parle
principalement de ça.
Ça fait que moi, la question que je me pose,
c'est : Pendant combien d'années qu'il va falloir en faire, de la collecte
de données? Puis la collecte de données, là, il faut aussi être conscient d'une
affaire, c'est qu'on ramasse des renseignements personnels, on fiche des
citoyens. Ça fait qu'il y a aussi cet aspect-là, là, qu'il faut réfléchir.
Moi, je trouve que le problème a été
suffisamment démontré avec les interpellations. C'est pour ça que je viens ici pour vous dire : Écoutez, les
policiers, s'ils ont un motif d'arrêter quelqu'un, s'ils ont un motif de
soupçonner une infraction, OK, ils
donnent un ticket, ils passent les menottes. Mais les interpellations, ce n'est
pas ça. C'est ça, mon problème, moi.
M. Bonnardel : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Oui. Autres questions du côté
gouvernemental? Ça va pour l'instant? Mme la députée de Westmount—Saint-Louis,
s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Bonjour,
M. Popovic.
M. Popovic (Alexandre) : Bonjour.
Mme Maccarone : Merci d'être
avec nous aujourd'hui. J'ai entendu l'échange que vous avez eu avec M. le
ministre en ce qui concerne la conciliation obligatoire, mais j'aimerais vous
entendre en ce qui concerne la discrétion laissée
au commissaire. Que pensez-vous que nous devons changer dans cette loi pour
rejoindre plus le sens que vous avez... ce que vous avez partagé avec nous,
dans votre témoignage, puis ce qui est inclus aussi dans votre mémoire?
M. Popovic (Alexandre) : Bien, moi, je
pense que la conciliation, elle doit être... elle doit se faire avec le
consentement dans tous les cas, dans toutes les plaintes. Ça n'empêche pas que
la Commissaire à la déontologie policière peut essayer de vendre la
conciliation aux plaignants, de l'approcher puis d'essayer d'y faire valoir les
mérites : Écoute, ton problème, ta situation que tu as vécue, là, tu sais,
si tu t'assoyais avec le policier, peut-être que tu vas comprendre.
Bon, tu sais, je l'ai lu, le mémoire de la
Commissaire à la déontologie policière. J'ai moi-même participé à des
conciliations. J'ai moi-même accompagné des gens en conciliation, puis, oui,
c'est vrai que, dans certains cas, ça fonctionne. Dans certains cas où est-ce
que j'ai accompagné des gens en conciliation, les gens, ils voulaient cette
conciliation-là, ils voulaient avoir cette opportunité-là d'avoir un dialogue
avec le policier, parce que, quand ils ont eu cette
interaction-là avec le policier, c'était sur la rue, puis c'était une mauvaise
expérience, puis c'est vrai qu'en conciliation c'est... le contexte, il est
tout à fait différent.
Ça fait que, oui, dans certains cas... Moi, tout
ce que je dis, c'est que la conciliation, c'est beaucoup plus fructueux quand c'est volontaire, quand c'est les
deux parties qui sont prêtes à s'asseoir ensemble, puis OK, on va se
parler.
Mme Maccarone : Est-ce qu'il y a
trop de discrétion laissée au commissaire dans les décisions? Si oui, que
devons-nous faire de cette loi pour rejoindre plus vos attentes?
M. Popovic (Alexandre) : Quand vous
dites discrétion, c'est au niveau de...
Mme Maccarone : On a déjà entendu...
Mettons, la Ligue des droits et libertés, eux, ils croient que la commissaire a beaucoup trop de discrétion en ce
qui concerne les décisions qui seront prises, soit qu'on poursuit, la façon
qu'on va traiter des plaintes, par exemple. Quelle est votre opinion là-dessus?
M. Popovic (Alexandre) : Oui, si on
parle du mécanisme de signalement, bien, moi, le problème que j'ai, c'est que
le ministre, au fond, au lieu de définir le mécanisme, au lieu de définir la
procédure qu'il introduit avec son projet de loi, il dit à la commissaire... Au
fond, il délègue cette responsabilité-là à la commissaire : Bon, bien,
c'est à vous d'écrire la procédure. Puis
moi, je regrette, mais la Commissaire à la déontologie policière... en fait,
cet organisme-là, trop souvent, comment dire, trop souvent, là, tu
reçois... tu fais une plainte, tu reçois la décision de rejet, puis tu as l'impression qu'au fond, eux autres, là, tout ce
qu'ils ont essayé de faire, c'est de trouver une excuse pour rejeter ta
plainte.
Moi, des fois, là, je fais des plaintes, je
reçois la décision puis je suis comme : Bien, ils n'ont pas répondu à
plusieurs de mes allégations. Ça fait que c'est pour ça que, des fois, je vais
en révision. Tu sais, moi, des fois, je reçois
des plaintes... des décisions de rejet, puis là je lis la décision, puis la
décision, c'est : Le policier a écrit telle chose, telle chose,
telle chose dans son rapport, puis, à la fin, le commissaire... la commissaire,
elle dit : Bien, nous autres, on a un
fardeau de preuve prépondérante puis on ne sera pas capables de le faire,
merci, bonsoir. Je ne trouve pas ça très... Je ne trouve pas ça très
convaincant.
Commissaire à la déontologie policière, ça fait
des années qu'ils se plaignent qu'ils sont sous-financés. Ça, c'est un
problème, le sous-financement chronique. C'est un problème, ça fait des
décennies, même, que c'est de même. En fait, c'est depuis le début que le Commissaire
à la déontologie policière ne se bat pas à armes égales avec les corps
policiers. Ça, c'est une réalité qui fait en sorte que, je trouve, trop
souvent, il y a un manque de volonté de vouloir être du côté du plaignant.
Moi, je trouve que la déontologie policière,
pour que ça puisse vraiment jouer son rôle de créer un lien de confiance solide
avec les citoyens, il faudrait que la déontologie policière prenne
véritablement parti pour les plaignants au
lieu d'avoir une espèce de rôle de neutralité comme ils ont actuellement. Vous
voyez ce que je veux dire?
Mme Maccarone : Pour le BEI?
M. Popovic (Alexandre) : Bien, le
BEI, j'en aurais long à dire, là, c'est...
Mme Maccarone : Il me reste quelques
minutes, je pense. Cinq minutes, on a cinq minutes d'échange. Ça fait que...
M. Popovic (Alexandre) : Bon,
d'accord. La première chose que je vous vais dire, c'est que, je parle avec
plusieurs familles qui ont perdu un proche durant un événement qui fait l'objet
d'une enquête du BEI ou qui a fait l'objet d'une enquête du BEI, je n'ai jamais
entendu aucun membre de ces familles-là me parler en bien du BEI, personne.
Tout le monde est super déçu. Puis là je vous parle de citoyens, là, je ne vous
parle pas, là, d'activistes, là. Tu sais, je vous parle de gens, des citoyens,
bon, qui, du jour au lendemain, qui vivent un événement totalement
traumatisant, totalement inattendu, puis là ils découvrent comment le système
fonctionne, puis ils sont complètement déçus.
Moi, je fais partie de ceux qui se sont battus
pour mettre fin aux enquêtes de la police sur la police. Je suis passé en
commission parlementaire, quand il y a eu le projet de loi n° 12, qui a
été adopté à l'unanimité en 2013, puis je trouve qu'on n'est pas plus avancés,
malheureusement.
Ça fait que je trouve que... Puis c'est ça que
j'essayais d'expliquer dans mon introduction tantôt, là, la plupart des corps
de police, OK, ils font une enquête puis ils remplissent un formulaire,
demandent d'intenter des procédures, ils
soumettent ça au DPCP. Le BEI ne fait pas ça. Le BEI se contente de ramasser la
preuve puis de donner ça au DPCP, alors que, si on regarde en Ontario,
par exemple, le Special Investigations Unit, eux autres, ça fait partie de leur
mandat de porter des accusations. Ça fait que, leur orientation, c'est vers la
recherche d'infractions. Moi, le BEI, là, je ne trouve pas que c'est normal...
on appelle ça un corps de police, puis ils ne sont pas à la recherche
d'infractions. Ça fait que c'est toute l'orientation, c'est tout le mandat du
BEI qui, selon moi, est problématique.
Puis là ce que je lis dans le projet de loi
n° 14, c'est qu'on dit : Bien, le BEI, mettons qu'il commence une
enquête, OK, puis mettons que, bon, à première vue, il semble que les
policiers, par exemple, ils n'ont pas utilisé la force... La personne est
décédée, par exemple, dans une cellule de police, il n'y a pas de trace de
violence, il n'y a pas de sang. Ça fait que pourquoi on enquêterait? Moi, c'est
ça, le problème que j'ai. C'est que ce projet de loi là va donner... va changer
le mandat du BEI pour leur dire : Vous pouvez énoncer des conclusions de
fait, alors que c'est dans la juridiction du DPCP, mais
la seule conclusion de fait qui va leur être... permettre de faire, c'est de
dire : Ah! il n'y a pas d'accusation, il n'y a même pas matière à enquête.
Ça fait que c'est comme s'il y avait un formulaire avec une seule case, puis la
seule case qu'ils peuvent remplir, c'est : On ferme le dossier.
Puis ce que je trouve
encore plus absurde, c'est qu'on dit : Ah! bien, ça, c'est dans le projet
de loi aussi. Ah! bien, si jamais le BEI apprend un élément qui n'était pas à
sa connaissance au moment de l'enquête, bon, bien, ils vont pouvoir ouvrir
l'enquête. Mais c'est complètement à contresens du fonctionnement du BEI, parce
que... puis des enquêtes, en général... parce qu'une enquête, pour que ce soit
efficace, il faut ramasser les éléments d'enquête le plus rapidement possible. C'est pour ça que le corps de police impliqué,
il y a une obligation, dans la Loi sur la police, d'aviser le BEI sans délai, parce que les éléments
de preuve, parce que la mémoire, les témoins, ça peut se contaminer,
puis tout ça. C'est pour ça que les témoins, ils doivent être rencontrés le
plus rapidement possible.
Ça fait que, si on
applique ce bout-là du projet de loi, puis que là le BEI, bon, il commence une
enquête en juin, puis là, en décembre, il y
a un citoyen qui leur dit : Non, non, non, mais vous êtes passé à côté de
quelque chose... Ça fait que, là, il rouvre l'enquête, mais là les
témoins, leur mémoire est moins fraîche. Il y a des témoins, ils ont pu se
contaminer dans leur version, il y a des éléments de preuve qui sont perdus.
Mme
Maccarone : ...il faut que ce soit des témoins directs, seulement,
n'est-ce pas? On peut...
• (15 h 10) •
M. Popovic (Alexandre) : Oui, oui. Bien,
forcément, il faut que ce soit des gens qui puissent dire : J'ai vu ça, j'ai entendu ça, etc., oui. Ça fait que ça, ça va
juste, selon moi, affaiblir le BEI, si on adopte cet élément-là du projet de
loi.
Mme
Maccarone : Puis les lignes directrices, est-ce qu'elles devront être
assujetties à une consultation?
M. Popovic
(Alexandre) : Bien, je vais vous dire de quoi, c'est que j'ai vu c'est
qui, les organismes qui sont entendus dans
la présente consultation particulière, puis elles sont où, les communautés
racisées? On est là puis on parle de profilage racial. Ils sont où, les
gens qui subissent le profilage racial, dans cette consultation-là? C'est
comme... il y a comme des voix qui manquent, là. Je veux dire, moi, bon, j'en
ai parlé du profilage racial, mais, je veux dire, visiblement, je n'en ai pas
vécu, là. Ça fait que ça, c'est une affaire qui me dérange.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député de Laurier-Dorion, s'il vous plaît.
M. Fontecilla :
Merci, M. le Président. Merci, M.
Popovic, d'être ici avec nous, d'avoir rédigé un mémoire quand même très
étoffé.
Écoutez, j'aimerais
aborder le sujet, là, dans sa globalité, là. Le projet de loi n° 14, là,
c'est une réponse du ministre de la Sécurité
publique, là, à travers la directive, notamment, là, pour contrer le profilage
racial. D'autre part, on a le jugement Yergeau de la Cour supérieure,
là, qui dit, dans son jugement, qu'il n'y a rien de plus difficile et presque impossible de prouver en cour les
motivations ou les biais discriminatoires ou racistes, là, d'une interpellation,
concrètement, là. Est-ce que vous pensez que ce projet de loi apporte la bonne
réponse en déontologie policière, là, pour contrer le profilage racial?
M. Popovic
(Alexandre) : Bien, si on parle de l'élément, là, la disposition qui
va faire en sorte que le plaignant qui allègue être victime de profilage
racial, la conciliation ne sera plus obligatoire pour lui, je ne sais pas si vous faites référence à cet élément-là. Bon, bien,
écoutez, on saute une étape, mais ça ne va pas nécessairement garantir que le
plaignant, en bout de ligne, il va avoir justice puis il va avoir satisfaction.
D'ailleurs, c'est ce qui ressort même du mémoire de la Commissaire à la
déontologie policière.
Et, oui, c'est une
réalité que c'est difficile, c'est un sacré défi de démontrer l'intention
discriminatoire, parce qu'au fond, quel policier va arriver puis va dire :
J'ai arrêté ce monsieur-là à cause de la couleur de sa peau? Bon, ça, c'est un
problème. Puis une des façons possibles de démontrer, si je me fie à la
jurisprudence, de faire une preuve prépondérante de profilage racial, c'est,
par exemple, de faire une comparaison de traitement, OK. Ça fait que mettons
que les policiers débarquent dans un parc, puis il y a deux tables à
pique-nique où est-ce qu'il y a des jeunes qui
boivent de la bière, puis les jeunes qui ont la peau blanche boivent leur
bière, tranquilles, les jeunes qui ont la peau foncée, ils se font
donner des tickets par les policiers. Bon, ça, c'est un exemple, OK.
L'autre façon de
démontrer le profilage racial, selon... toujours selon la jurisprudence, puis
là j'y vais avec mes mots, là, je ne suis pas un juriste ou quoi que ce soit,
là, mais c'est, lorsque le policier, OK... mettons qu'on prend un cas d'interception, là, OK, sur la route,
OK, il intercepte un conducteur qui a la peau noire. Il fouille son char,
il trouve de la cocaïne, OK, puis ça, c'est des cas que j'ai déjà vus dans les
journaux. Puis le policier, il témoigne, puis les raisons qu'il donne pour
avoir intercepté ce char-là, ce n'est tellement pas crédible aux yeux du
tribunal, que le tribunal, il en vient à la conclusion que, bien, au fond, le
policier, il n'a pas dit la vérité sur ses véritables intentions. Ça fait que probablement que sa véritable intention d'avoir
collé ce char-là, c'est à cause que le gars qui chauffait ce char-là, il
avait la peau noire. OK, ça, c'est la jurisprudence, dans mes mots à moi.
Mais cela dit, moi,
quand je lis le mémoire de la Commissaire à la déontologie policière, je vois
que le problème est là, le manque de
volonté. Il y a... Je trouve qu'il y a un manque de volonté dans la déontologie
policière, de... un manque de combativité.
Moi, c'est ça que je trouve, tu sais, puis, je veux dire, je ne dis pas qu'ils
sont mauvais, là, ou corrompus, ou quoi que ce soit, là, mais j'aimerais
ça qu'ils soient plus de notre bord, du bord des citoyens.
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. Mme la députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols :
Merci, M. le Président. Merci
d'être parmi nous, là. Je ne sais pas si on dit Popovic ou Popovitch.
M. Popovic
(Alexandre) : C'est plus simple de dire Popovic.
Mme Nichols :
OK. Merci, M. Popovic. J'ai deux
questions, rapidement, parce que je n'ai pas beaucoup de temps. Mais
j'ai pris connaissance aussi que vous avez déposé un mémoire au Comité
consultatif sur la réalité policière, là, en octobre 2020. Est-ce qu'il y a
certaines de vos recommandations qui ont été retenues? Puis, dans ce
mémoire-là, est-ce qu'il y en a certaines que vous voulez, que vous
souhaiteriez qu'on mette dans le projet de loi n° 14?
M. Popovic
(Alexandre) : Écoutez, moi, au fond, là... puis je viens ici, puis on
me pose des questions, puis il y a certaines
questions que j'arrive à répondre, puis d'autres questions que j'ai un petit
peu plus de misère. Mais moi, mon idée principale, quand j'ai déposé ce
mémoire-là, c'est que je trouve que ça prendrait une consultation à la grandeur
du Québec, au niveau du mécanisme de déontologie policière, parce que ça n'a
jamais été fait dans toute l'histoire de la déontologie policière.
Puis je me base sur
une expérience qui a été faite en Ontario. Ils ont mandaté un juge de la Cour
d'appel qui s'appelle Michael Tulloch, ça,
c'est il y a cinq ou six ans. Il a fait une consultation à la grandeur de
l'Ontario, sur les... sur tous les mécanismes de surveillance de la
police, sur tous les mécanismes de déontologie policière, d'enquête
indépendante. Il a fait la tournée de la province, tout le monde qui avait
quelque chose à dire, puis ça, ça inclut tant les policiers que les citoyens,
les victimes, les familles, etc. Ils ont tous pu s'exprimer là-dessus.
Ça fait que moi, je
me dis, si on la veut vraiment, cette confiance-là, il faut savoir qu'est-ce
que les gens pensent et c'est quoi, leur expérience avec ça. Est-ce qu'on est
vraiment intéressé à le savoir? Si on est vraiment intéressé à le savoir, bien,
c'est là qu'on va trouver c'est quoi qui ne fonctionne pas. Parce que moi,
j'arrive ici puis je ne suis pas celui-là qui a la solution à tous les
problèmes, mais je trouve qu'une bonne façon de les trouver, ces solutions-là,
c'est de faire une consultation puis c'est demander aux autres utilisateurs du
système : Qu'est-ce que vous pensez qu'on pourrait améliorer là-dedans, de
donner une tribune à tout le monde?
Mme Nichols :
Oui, il manque... Je suis d'accord avec vous qu'il manque peut-être que...
des représentations autour de la présente consultation.
Les interpellations,
je me demandais, si on mettait qu'il faut des motifs ou si on mettait un
libellé... parce qu'on se souvient que la... il y a la MRC... la GRC a déjà
fait des recommandations, entre autres, là, puis ils ont donné un... Avec un libellé type, quand il y a une
interpellation ou il y a une arrestation qui est faite, là, de façon aléatoire,
s'il y avait un libellé qui disait «les droits à la personne», est-ce que c'est
quelque chose... est-ce que vous changeriez un peu d'avis ou vous...
M. Popovic
(Alexandre) : Non, non, parce que, quand on donne les droits, là,
habituellement, c'est quand on est mis en état d'arrestation.
Mme Nichols :
Oui, mais on dit quelque chose,
là, qui dit plus... Je vais vous lire celui-là de la GRC, là, il dit :
Il s'agit d'une interaction volontaire, vous êtes libre de partir à n'importe
quel moment. Je vous demande — puis là on
dit la nature du renseignement demandé — afin
de — puis
là on dit la raison de la vérification sur place. Vous n'avez pas à me fournir ces renseignements. Si vous
choisissez de ne pas fournir ces renseignements, vous ne serez ni arrêté,
ni détenu. Vos renseignements personnels... Ça fait que, tu sais, c'est un
petit libellé comme ça.
M. Popovic (Alexandre) : Bien, écoutez, je ne vais
pas parler à tort et à travers, parce qu'au fond vous me posez une
question, puis moi, je n'arrive pas ici avec...
Mme Nichols :
Oui, je comprends.
M. Popovic
(Alexandre) : ...je ne peux pas vous dire : J'ai réfléchi à ça.
Mais ce que je peux vous dire, OK, c'est
que, tu sais, les policiers, là, ils arrivent, ils sont en uniforme, ils sont
armés, puis, des fois, juste ça, OK... Puis, si je pense à des gens qui
ont déjà eu des mauvaises expériences avec la police, des gens qui ont eu des
expériences traumatisantes avec la police, juste ça, là, de se faire approcher,
là, ça a un effet, là. Tu gèles, tu sais, quand tu as vécu un traumatisme. Ça
fait que là, que le policier, il lise, là, il dise : Ah! puis tu as droit
de ci puis tu as droit de ça, je ne suis pas sûr...
Mme Nichols :
On ne serait pas attentif puis on n'écouterait pas, là.
Le Président (M. Bachand) : Sur ce, M. Popovic, je voudrais vous remercier d'avoir été avec nous cet
après-midi, et je suspends les travaux quelques instants. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à
15 h 19)
(Reprise à 15 h 43)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Alors, la commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir
d'accueillir les représentants et représentantes du Comité consultatif sur la
réalité policière.
Alors, M. Côté, je
pense que vous avez le leadership de la présentation. Alors, je vais vous
laisser présenter les gens qui vous accompagnent.
Comité consultatif sur la réalité policière
M. Côté
(Louis) : Merci beaucoup. Vous allez constater rapidement que c'est un
leadership qui est partagé. D'abord,
bonjour, M. le Président. Bonjour, M. le ministre Bonnardel, et à vous ici
présents. Nous sommes très heureux d'être avec vous ici aujourd'hui.
Dans
un premier temps, nous voulons souhaiter nos plus sincères condoléances à la
famille de Mme Maureen Breau, policière
à la Sûreté du Québec, et ainsi qu'à toute la communauté policière.
Aussi, prompt rétablissement à son confrère lors du même événement.
Permettez-moi
de vous présenter les membres du Comité consultatif sur la réalité policière,
comme vous avez mentionné : Mme Marlene Jennings, monsieur... Mme Nicole
Gibeault, M. Alexandre Matte et moi-même, Louis Côté. M. Bernard Sévignys'excuse
sincèrement de ne pas être capable d'être avec nous ici aujourd'hui.
En premier lieu, je
vais vous faire un bref résumé des travaux du comité dans le livre vert qui
nous avait été remis le 19 décembre 2019, et nous avions 21 axes sur
lesquels nous devions travailler. Pour y arriver, nous avons rencontré une vingtaine
d'experts, tous domaines confondus, fait une quarantaine de rencontres de
parties prenantes à huis clos avec des organisations et intervenants, rencontré
147 citoyens et intervenants de première ligne dans le cadre de huit
forums en collaboration avec l'Institut du Nouveau Monde, reçu 79 mémoires
et accueilli 54 groupes en 10 jours d'audiences publiques, commandité
une recherche réalisée par l'Université de Sherbrooke auprès de 4 000 policiers, gestionnaires et civils,
analysé d'autres démarches de modernisation et de services policiers au Canada
et ailleurs dans le monde. Le rapport consultatif comporte
138 recommandations.
De
plus, comme nos discussions comme groupe... il se peut que plus d'un d'entre
nous répondent à vos questions. C'est une
habitude que nous avions prise lors de nos discussions et cela nous a bien
servis. Nous allons prendre quelques
minutes chacun pour vous donner quelques détails reliés aux articles de la
présente loi. D'abord, Mme Jennings va vous parler de la déontologie,
suivie de M. Matte, Mme Gibeault et moi-même.
Mme Jennings (Marlene) : Merci.
Merci beaucoup. Et bonjour, M. le président du comité, MM. et Mmes les
députés et M. le ministre. Au nom du Comité consultatif sur la réalité
policière, j'aborderais l'axe de notre rapport final, lequel porte sur
l'imputabilité en général et spécifiquement sur la déontologie policière. Notre
comité s'est réjoui, en lisant le projet de loi n° 14, de constater que,
sur nos 15 recommandations portant sur la déontologie policière, le gouvernement
en a retenu 12. Ces 12 se retrouvent au sein... à l'intérieur du projet de loi
n° 14.
Le projet de loi
n° 14 met en application, comme j'ai dit, plusieurs de nos
recommandations, que ce soit l'élargissement du pouvoir du Commissaire à la déontologie
policière à plusieurs niveaux, l'établissement de mesures de... réhabilitatifs
pouvant s'ajouter aux sanctions existantes lorsqu'un policier est reconnu
coupable d'une violation au code de déontologie, sans oublier la nouvelle
responsabilité du Commissaire à la déontologie policière d'élaborer et dispenser des programmes de
prévention pouvant adresser aux policiers, mais également aux autres acteurs
de ce milieu.
Les
trois recommandations qu'à l'heure actuelle le gouvernement n'a pas incluses dans
son projet de loi n° 14 sont les
suivantes : les recommandations n° 103, 105 et 107. La
recommandation n° 103 du CCRP portait sur la circonscription de la
possibilité de demander la révision d'une décision rendue par le commissaire à
deux situations, soit lorsque le Commissaire à la déontologie policière ne
s'était pas prononcé sur une allégation dans... d'une plainte, soit lorsque le
plaignant soulevait des faits ou des éléments nouveaux.
La deuxième
recommandation, 105, qui ne se trouve pas dans le projet de loi n° 14,
était de passer le délai de prescription, pour porter une plainte en
déontologie ou signaler un incident en déontologie, d'un an à deux ans. Et
finalement la troisième recommandation qui ne se trouve pas dans le projet de loi
n° 14 est celle numérotée 107, soit d'ajouter
à l'article 5 du code de déontologie policière le motif de l'identité ou
de l'expression du genre à l'énumération des situations où des actes et
des propos injurieux sont à proscrire de la part des policiers.
Je vous remercie de
votre attention. Et maintenant je cède la parole à ma collègue.
Mme Gibeault
(Nicole) : Alors, bonjour à tous. Merci de l'invitation, c'est très
apprécié. Alors, oui, moi, je vais vous
entretenir, pas sur quelque chose que vous allez retrouver dans le... dans
notre rapport, mais sur une recommandation
que nous avons faite, qui, à mon avis, est absolument nécessaire, et ce sera
sur la nouvelle loi pour les personnes disparues.
Forts des
explications reçues par les différents corps policiers, les personnes,
l'association des personnes disparues,
enfin, toutes les personnes qui ont été rencontrées, pendant toute l'année où
nous avons siégé avec ce comité, c'était évident qu'il y avait un manque criant
de... pour cette loi. Et c'est avec fierté, on est très heureux, M. le
ministre, que vous... que cette loi soit mise à l'avant par l'article 117,
là, que vous avez dans le PL n° 14.
• (15 h 50) •
Cette loi va permettre quoi? Cette loi va
permettre... Bien, on n'a pas besoin de faire un résumé beaucoup, là. On a vu, dernièrement, qu'évidemment avec les
personnes disparues il y a des outils, mais on n'en avait pas assez, d'outils.
Et non seulement les policiers n'avaient pas assez
d'outils, mais c'est parce que tout le monde veut travailler dans le même sens. Et la rapidité d'exécution pour obtenir
des renseignements est majeure, cinq minutes, 15 minutes, 30 minutes
est trop long, des fois. Et malheureusement,
on s'apercevait que... dans toutes les discussions que tout le monde a eues
autour de la table pendant un an sur cette question-là, c'est qu'il y avait des
barrières. Pas nécessairement que les gens étaient de mauvaise foi,
mais... non, on ne peut pas, la loi de l'accès à l'information, non, on ne peut
pas, on n'a pas cette possibilité-là, non, on ne peut pas vous parler.
Tu sais, les portes se fermaient, mais on
s'entend que c'était majeur, parce qu'on veut retrouver une personne disparue. Que ce soient des enfants, et on sait
très bien que... on se souvient du terrible drame qui est arrivé et qu'évidemment, malheureusement, les petites filles
sont retrouvées décédées, et... Mais aussi il y a des gens, par exemple, qui
sont partis en hélicoptère et qu'on n'a pas retrouvés parce qu'on n'a pas été
capables d'obtenir les autorisations ou on bloque. C'est tout le temps des portes qui sont fermées pour obtenir des
autorisations, pour obtenir les... La technologie, où ils étaient,
comment faire le... tout le système pour retracer. Les policiers, et tout ça,
sont capables de le faire, mais ça prend un mandat ici, un mandat là. Non, il
manque ci, il manque ça.
Donc, le projet de loi qui est suggéré pour ces
motifs-là tente d'ouvrir les valves, si vous me permettez l'expression. On
ouvre, on ouvre la machine dans un but extrêmement ultime, c'est-à-dire de
retrouver les personnes disparues, que ce
soit un enfant, que ce soit un adulte, que ce soit une personne avec des
problèmes cognitifs. On peut penser
aux personnes plus âgées, aux personnes avec Alzheimer. On peut penser aussi
aux jeunes filles, malheureusement extrêmement vulnérables, qui sont
prises par des proxénètes et amenées un peu partout. Il y a plein de
situations.
L'agir rapide, avec un projet de loi qui va
encadrer puis qui va faire en sorte que le tribunal... Et là c'est quelque
chose que je connais plus, c'est probablement la raison pour laquelle on a
divisé un petit peu nos... notre présentation comme ça à vous. C'est que la Cour
du Québec pourrait, sur mandat, une demande de mandat, même les juges de paix magistrats pourraient autoriser...
par télémandat, etc. Puis il y a des critères, mais les critères sont assez
larges. Écoutez, c'est... je ne crois pas qu'on peut dire qu'avec cette
nouvelle loi on l'a limité.
J'ai vu un article qui permettait, à la toute
fin ou dans le cadre de l'autorisation de mandat... parce qu'on sait combien
c'est important, lorsqu'on cogne à une porte et qu'on se fait répondre... puis
ça, je... vous le savez très bien, les policiers le savent : Non, vous
n'avez pas le droit d'entrer, pas de mandat, pas de ci, pas de droit de ci, et
qu'on se retrouve à la cour, et que c'est contesté, puis on perd des causes. Ce
n'est pas ce qu'on veut. Alors, il y a une espèce de clause, je dirais, large
pour dire que, si tout autre motif ou tout autre... Tu sais, on l'ouvre encore
plus large par un non-limitatif, là, à la... dans le projet de loi comme tel...
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Mme Gibeault. Écoutez,
le 10 minutes est passé, mais le... je ne sais pas si M. Matte avait une
présentation à faire aussi, ou on peut aller dans la période d'échange
immédiatement avec la ministre et les membres? Parfait. Alors, M. le ministre,
pour la période d'échange.
M. Bonnardel : Bien, merci, M. le
Président. Mesdames, messieurs, merci d'être là. Vous l'avez mentionné, ce
projet de loi un peu... est un peu le fruit de votre travail des derniers mois,
sinon des dernières années. Je veux vous remercier pour ce que vous avez fait,
pour les recommandations que vous nous avez exposées et données pour améliorer
le travail de la déonto, des policiers, et autres, et répondre aussi aux
plaignants. C'est aussi le travail du Groupe action contre le racisme, qui a
émis aussi des recommandations importantes pour nous. J'ai rencontré, avec mon
collègue responsable de la Lutte contre le racisme, je ne peux pas le nommer,
là, mais mon collègue... on a rencontré plusieurs groupes après les fêtes qui
nous ont fait part aussi...
Puis je veux... je vais peut-être axer peut-être
plus mes questions sur la déonto puis à Mme Jennings. On a voulu répondre le
plus possible aux plaignants ou à l'inquiétude et au peu de confiance, je vais
le dire poliment, au peu de confiance que les plaignants ont et ont vécu avec
la déonto ces dernières années. Puis je me réjouis, là, du côté prévention, du côté éducation, je pense que
c'est ça que vous souhaitiez aussi, on va y mettre des sommes pour les accompagner,
pour mieux faire connaître leur travail et que la confiance revienne. Puis je
ne dis pas que tout le monde va avoir
confiance à 100 %, mais, si on réussit à gagner quelques points avec ce
travail de prévention et d'éducation, on va le gagner.
Puis je voulais vous entendre sur deux ajouts,
deux ajouts, là, qui est la conciliation, qui était obligatoire avant et qui ne le sera plus, et l'accompagnement.
L'accompagnement, c'est une chose aussi que j'ai entendue maintes et
maintes fois, où on me disait : François, on se sent assez seul, très
seul, même, quand on s'en va... on porte plainte puis on est face à un policier, on est face au syndicat qui
l'accompagne, et... Bon, je pense que... drôle de mot, de trouver un équilibre,
mais de les accompagner, ces plaignants, et aussi de former, du côté de la déontolo,
les personnes qui vont accompagner ces plaignants, un petit commentaire,
peut-être, pour nos... pour notre propre gouverne, de votre part, là?
Mme Jennings (Marlene) : Je peux
vous dire que moi, personnellement, ayant été commissaire adjointe à la
déontologie policière quand la réforme, en 1990, a été mise sur pied, c'est moi
qui ai élaboré le système de conciliation, c'est moi qui avais mis en place un
système d'accompagnement que la réforme de 2000 a complètement changé.
Donc, je vous donne un exemple. Lorsque la
conciliation se faisait, pendant mes mandats, la personne qui était la plaignante pouvait être accompagnée par
la personne de leur choix. Souvent, c'était quelqu'un qui représentait un organisme comme... par exemple. Cette
représentante du plaignant, entre guillemets, était dans la salle où la
conciliation se faisait. Le policier
pouvait se faire accompagner. Si c'était son... un membre de son syndicat, tant
mieux, si c'était un autre policier également. Et ça a tellement bien
fonctionné que toutes les données que nous avons compilées, pendant les neuf ans que j'étais
commissaire adjointe, démontraient un taux de réussite de 90 %, alors que
votre projet de loi n° 14 revient à ce système. Je dis bravo et je suis
confiante que mes collègues du comité diraient la même chose. Voilà.
M. Bonnardel : Il y a... il y en a
certains qui ont soulevé une inquiétude sur l'indépendance de ceux qui vont
accompagner ces plaignants versus le travail, là, des... de la commissaire
comme tel. Donc, êtes-vous à la même place, à
savoir qu'il devrait y avoir une ligne ou un mur entre ces personnes qui
accompagnent pour assurer leur indépendance versus le travail, le reste
du travail de la commissaire là-dessus? C'est un peu ce que certains nous ont
soulevé. Avez-vous déjà... Bien, vous me démontrez, là, qu'on réagit, je pense,
à une erreur du passé, je vais le dire ainsi, là, pour être capable de redonner
ces éléments de confiance aux plaignants et de retrouver un certain équilibre.
Donc, là-dessus, êtes-vous à la même place que moi ou de nous?
Mme Jennings (Marlene) : Je pense,
et je... et, si vous me permettez, lorsque... C'est moi qui ai tenu la très
grande majorité des conciliations entre 1990 et 1997, quand j'ai changé de
profession, on le dirait comme ça. Les personnes
qui accompagnaient, que ce soit le représentant du policier ou le représentant
du plaignant, n'avaient pas le droit de parler lors des... lors de la
séance, sauf si l'autre partie donnait son accord. Ça, c'est la première chose.
Deuxièmement, moi, en tant que... C'était moi,
le conciliateur. Il fallait que je sois neutre, donc... et les gens croyaient
que la conciliateur était neutre. Donc, quand le conciliateur pensait :
Oh! peut-être que je devrais avoir un... glisser un petit mot avec le plaignant
et son représentant, on allait dans une autre salle pour garder la
confidentialité. Et là je pouvais me permettre de dire : Je pense que
votre demande est exagérée pour telle et telle raison, donc, si vous êtes vraiment intéressé à la conciliation,
vous allez peut-être moduler votre demande et même votre ton, etc. Et je faisais
la même chose du côté policier.
• (16 heures) •
M. Bonnardel : ...dernière question,
Mme Jennings. Pourquoi c'était important pour vous... C'est la recommandation
n° 3, là, si je ne me trompe pas, là. Pourquoi c'est important pour vous
d'établir des lignes directrices pour mieux
accompagner le travail des policiers en termes de profilage racial? Et c'est
une des recommandations quand même importantes, là, de votre travail,
qu'on donne suite aujourd'hui et qu'on répond aussi à des cas qu'on a entendus,
qu'on a vus, qui ont été d'actualité dans les dernières années, là.
Mme Jennings (Marlene) : Vous parlez
de notre recommandation n° 132 sur le profilage racial?
M. Bonnardel : Oui, d'établir des
lignes directrices sur les interpellations, oui.
Mme Jennings (Marlene) : Oui, on
croit que c'est important, parce que, un, les policiers, pour bien faire leur travail, ont besoin de preuves, et de
données, et de l'information qui est... qui peut être... à laquelle il peut se
fier.
Alors, je vais simplement vous lire un
paragraphe dans notre rapport : «Pour le comité, il est inacceptable que
les populations racisées et autochtones fassent l'objet de surveillance
particulière du simple fait de leurs origines culturelles. Si le renseignement
criminel est une nécessité, et le comité le croit profondément, sa pertinence
est directement liée à la rigueur avec laquelle il est recueilli. Par
[conséquence], aucun service de police au Québec n'a intérêt à baser son travail sur des informations recueillies sans
fondement ou sur la base de facteurs d'appartenance raciale, ethnique ou
religieuse, réelle ou présumée.» Je pense que ça, ça dit tout. Les policiers
veut mener des enquêtes de qualité, il veut
pouvoir se fier sur les renseignements sur lesquels ils font leurs enquêtes, et
le profilage racial ne permet pas ce genre de garantie.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée
de Westmount—Saint-Louis,
s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Bonjour à vous
toutes et toutes. Merci d'être parmi nous aujourd'hui. Je souhaite revenir
sur... Vous avez dit : Il y a 15 des 12... excusez-moi, 12 des
15 recommandations qui ont été retenues. Et vous avez souligné 103, 105 et
107 qui n'ont pas été retenues : circonscrire la révision de décisions,
délai de prescription, ainsi que 107, que je suis d'avis... d'avoir des données
qui sont plus catégorisées pour mieux savoir qu'est-ce qui se passe aussi. Ça
fait que le 107...
Pourquoi, selon vous, c'était important d'avoir
ces recommandations incluses dans la loi? Puis pensez-vous que nous devons
avoir des amendements pour les inclure?
Mme Jennings (Marlene) : On croyait
que la recommandation 103 était importante parce que nous avons entendu
beaucoup le fait que le droit de demander une révision d'une décision du
Commissaire à la déontologie, de fermer une enquête, par exemple, et fermer le
dossier, était tellement large que ça portait... il n'y avait aucune limite. Ça
portait un fardeau de travail que l'organisme ne pouvait pas répondre de façon
efficace.
Donc, suite aux discussions, tant avec le
Commissaire à la déontologie qu'avec d'autres acteurs dans le milieu, et je parle également des recherchistes
universitaires, etc., nous avons cru bon de circonscrire ce droit de demande de
révision d'une décision du commissaire à deux situations : première
situation, lorsque le commissaire, dans sa décision motivée, a omis de traiter
une ou plusieurs allégations contenues dans la plainte même; deuxième
situation, lorsque le plaignant soulève des faits ou des éléments nouveaux. Et
on croit que ça, c'est tout à fait raisonnable.
Deuxième
recommandation, non incluse dans le projet de loi, c'est la 105, et ça, c'était
de remettre la prescription pour porter une plainte d'un an, actuellement, à
deux ans. En le faisant, ça revient au délai de prescription qui
existait dans la première Loi de police, la partie
déontologie, en 1990. Quand ce système a été mis en place, le délai était deux ans, et on croit qu'un peu comme... Il y a
certaines victimes que ça peut leur prendre du temps avant de se sentir
mentalement assez fortes pour traverser tout le processus. Alors, on a cru que
deux ans serait vraiment un délai raisonnable qui ne mettrait pas un fardeau
additionnel sur le commissaire.
Troisième recommandation, la 107, on sait
qu'est-ce qui se passe dans notre société aujourd'hui. Le comité l'a entendu de
la part de plusieurs organismes des droits de la personne, des personnes
vulnérables à cause de leur orientation
sexuelle, leur identité ou expression de genre, etc., et on a cru bon de
recommander que, dans le... d'ajouter, à l'article 5 du code de
déontologie policière, le motif de l'identité ou de l'expression du genre à
l'énumération des situations ou des actes et des propos injurieux... de
proscrire, tout simplement.
Et, je peux vous dire, le comité consultatif est
très fier du travail que nous avons fait. Notre rapport final, il n'y a pas un
mot dans lequel on changera... Si on était demandé à un autre mandat, il y a
des choses qui ont changé, il y a... depuis deux ans, mais le rapport final
qu'on a soumis, «we stand by it».
Mme
Maccarone : Beaucoup de travail, 138 recommandations,
seulement 38 qui ont été retenues dans cette loi. Ça fait que je
comprends que vous êtes contents, mais est-ce qu'il y a une certaine déception
aussi?
Mme Jennings (Marlene) : Non, parce
que, regardez... Non, mais les recommandations que nous avons faites, qu'on a
su... On savait que le gouvernement ne pouvait pas nécessairement tout mettre
en place d'un même instant. C'est comme bâtir une maison. On ne peut pas mettre
le toit avant de mettre les murs. On ne peut pas mettre les murs avant de creuser et construire la fondation. Avec ce que le
gouvernement a mis dans le projet de loi n° 14, nous croyons que ça va créer une bonne fondation pour
pouvoir, par la suite, mettre en application nos autres recommandations.
Mme
Maccarone : On a des attentes pour le futur, message reçu.
Pour la conciliation, on a entendu beaucoup de groupes qui ne sont pas contents
avec le fait que c'est obligatoire dans la loi, puis ils demandent pour l'avoir
facultatif. Votre opinion là-dessus?
Mme Jennings (Marlene) : Le comité
ne s'est pas penché sur la nécessité de rendre la conciliation facultative ou
la laisser obligatoire telle quelle. Nous n'avons fait aucune recommandation
sur cela.
Mme
Maccarone : Et je sais que, M. Côté et M. Matte, vous n'avez
pas eu l'occasion de partager vos remarques dans vos 10 minutes. Il me
reste quatre minutes. Alors, je vous cède chacun deux minutes, que M. le Président
pourra peut-être gérer pour vous, si vous
gérez... important de partager vos remarques, parce que j'ai hâte de savoir
qu'est-ce que vous étiez pour partager avec les membres de la
commission.
M. Côté (Louis) : Bien, moi, si vous
permettez, je vais vous parler d'abord des interpellations policières. Puis,
vous savez, lorsqu'on a rencontré des groupes racisés, ils nous ont clairement
mentionné qu'ils ne voulaient pas moins de
police. Je reprends leurs propres mots. Ils veulent vivre en sécurité, dans un
quartier sécuritaire, et surtout traités avec respect et dignité, puis, vous savez quoi, ils le méritent. Autre
chose aussi, les policiers avancent eux-mêmes que les relations
pourraient être meilleures avec les groupes racisés.
À une étude
qu'a faite l'Université de Sherbrooke pour nous, 4 000 gestionnaires et policiers
ont été interrogés, 15,7 % d'entre eux, par contre, ils ont observé une
forme de profilage lors des arrestations. Vous savez, en plus de ça,
d'un autre côté, on se retrouve dans un cursus où il y a des gens qui
disent : On n'en veut pas. Puis il y a des gens qui disent : Laissez les policiers travailler.
Une grande ville canadienne, vous savez, a mis des contraintes très strictes par
rapport aux interventions policières. Ils sont passés de 200 000
interpellations à presque plus rien. C'est une des villes où, je vous dirais,
on peut même qualifier... les conflits armés sont les plus importants au
Canada.
Donc, on se
retrouve dans une situation... On se retrouve dans... Je vous dirais, c'est une
vraie belle complexité à naviguer entre les gens qui n'en veulent pas et
les gens qui en veulent avec le moins de contraintes possible, puis trouver une
façon de faire... Cette loi-là, je pense, c'est un grand pas dans cette
direction-là. En plus, on parle d'amener des lignes directrices, puis j'ai
écouté les autres personnes, dès qu'ils ont témoigné devant la commission,
parler de consultations pour établir ces lignes-là. On va voir avec le temps,
mais, pour conclure, pour laisser la chance
à mon confrère Alexandre, il va falloir aller plus loin, par rapport, je vous
dirais, aux recherches scientifiques, pour aller trouver le comment et
le pourquoi de, je vous dirais, ces craintes, ces méfiances-là, les
partenariats difficiles à établir. La police
doit être près de la population et aussi la population doit être près de la
police. Donc, il faut vraiment avoir de meilleures recherches là-dedans.
Je vais laisser Alexandre...
• (16 h 10) •
Le Président (M.
Bachand) : OK. M. Matte, vous avez
1 min 30 s.
M. Matte
(Alexandre) : Oh! je vais me dépêcher, merci. Donc, moi, je...
particulièrement au niveau du recrutement du personnel civil en enquête
que j'aimerais vous faire part...
De plus en plus, les enquêtes sont complexes. On
parle de beaucoup... de plus en plus de cybercriminalité, et on s'est montrés
d'accord, suite aux représentations qu'on a reçues au comité, pour promouvoir
l'embauche, comme ça s'est fait pour l'UPAC
dernièrement... à l'intérieur des organisations policières, d'arriver à
développer l'expertise pour de la
criminalité très pointue, entre autres, comme la cyber, ça prend des années et
ça prend une formation académique antérieure, ce
qui n'est pas toujours possible pour le personnel en place. Si, dans les
organisations policières, le personnel
répond aux critères de la nécessité de ces enquêtes-là, tant mieux, ils
pourront le recruter à cet endroit-là, mais c'est pour ça qu'on s'est montrés
favorables à l'embauche de civils pour des enquêtes à caractère plus pointu. Et
une des choses qui... Moi, j'ai été un peu plus de 30 ans dans la
police. Tu sais, la mobilité du personnel dans la police, ça change beaucoup.
Ça change beaucoup. Les gens ne restent pas en place très longtemps, et former
du personnel pour des enquêtes très
pointues, qui ne va rester en place que quelques années ou quelques mois, bien,
c'est... on repart à zéro, et ça coûte très cher.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Vous avez respecté votre temps à la seconde. M. le député de Laurier-Dorion,
s'il vous plaît.
M.
Fontecilla : Merci beaucoup. Bonjour, messieurs dames. J'aimerais,
bien, tout d'abord, vous remercier pour
l'énorme travail que vous avez fait avec le comité sur la réalité policière. Je
pense que ça va donner lieu à beaucoup de choses.
Je veux aller tout de
suite à une question sur une de vos recommandations, la 132. Est-ce que vous
croyez que votre recommandation, qui va dans le sens d'interdire explicitement
les interpellations policières des piétons et des
passagers des véhicules basées sur un motif discriminatoire partout au Québec,
là, concernant cette recommandation, est-ce que vous croyez que le
projet de loi n° 14 répond adéquatement à cette recommandation-là?
M. Côté
(Louis) : Bien, on dirait que la loi comme telle, qu'est-ce qui est
présenté, c'est de donner des pouvoirs pour, après, faire un règlement. Quand
on regarde la façon de faire, c'est qu'il y aura des lignes directrices. On
donne deux mois ou 60 jours, si ma mémoire est fidèle, puis, à écouter les
intervenants qui sont passés... exigeant une consultation pour s'assurer qu'on
en arrive à la même vision des choses. Puis d'ailleurs, si on rajoute à ça...
Je pense, si on réussit ça, ce serait un
grand pas en avant, mais on comprend tout de suite qu'il y aurait un suivi
constant de la situation et il y aura probablement des ajustements à
faire avec le temps. Cette banque... ces données-là vont donner beaucoup
d'information, mais, comme je disais tantôt, il va falloir aller beaucoup plus
loin qu'une simple statistique.
Vous
savez, lorsqu'on arrive puis qu'on dit : Il y a 2,67 chances, pour un
homme d'origine arabe, d'être arrêté, plus qu'un blanc, et quatre fois
plus un noir, par contre, d'un autre côté, dans le côté... on voit que c'est
0,9 pour un Asiatique. Il a moins de chances de se faire arrêter qu'une
personne blanche au Québec. Pourquoi ça arrive? De la donnée sèche comme ça,
c'est toujours intéressant, mais le sujet est tellement hypersensible qu'il va
falloir qu'il soit suivi pendant un certain temps. Et nous, nous croyons
fermement, puis on l'a amené dans d'autres recommandations dans notre rapport,
qu'il doit y avoir vraiment des recherches plus approfondies parce que c'est trop
sensible pour laisser ça uniquement à une statistique qui dit des chiffres
semblables.
Par après, les gens,
dans certains cas, en ont fait un spectacle, et personne ne mérite ce genre de
chose. Comme je disais tantôt, on veut de la sécurité dans un quartier
sécuritaire et des bonnes relations avec la police. Donc, il va falloir
continuer non seulement à faire de la cueillette de données, mais de faire
pousser encore ce qu'on appelle la donnée probante en recherche, là, pousser
encore plus loin pour comprendre pourquoi ces choses-là sont en place, pour
mieux saisir l'essence même, pour mieux agir puis interagir dans l'avenir.
M.
Fontecilla : Oui. Concernant votre recommandation 96, ça suscite
beaucoup, beaucoup de débats dans les
auditions : «Accorder uniquement aux personnes directement impliquées dans
un événement le droit de porter plainte en déontologie.» Historiquement, c'était tout le monde... c'était un
régime universel, et là, maintenant, c'est seulement... vous proposez que ce soient seulement les
personnes directement impliquées, là. On sent qu'il y a comme un rétrécissement
à travers les années, là, du droit de porter plainte. Qu'est-ce qui a motivé
cette décision-là?
M. Côté
(Louis) : Je pense, Mme Jennings l'a soulevé tout à l'heure, par
rapport à la quantité de travail, hein, c'est que... puis, quand vient le temps
de faire un suivi, on fait un suivi à une personne qui n'était pas impliquée
et, en même temps, lors de l'enquête, on finit par identifier les personnes qui
l'étaient, on fait le suivi.
Donc, c'était... On
ne dit pas que ce n'était pas fondé dans certains cas, pas du tout. Ce qu'on
dit, c'est que, dans l'ordre actuel des choses, ça nécessitait un travail
colossal et puis ça faisait en sorte que les ressources n'étaient pas toujours
appliquées au bon endroit. Donc, ce qu'on voulait, c'est une gestion plus
fluide, mais, en même temps, avoir l'opportunité de recevoir toutes les
plaintes puis de les traiter. Marlene en a parlé tantôt, elle pourra préciser
encore plus, là, mais c'est des discussions qu'on avait à l'intérieur du
comité, là, tout au long de notre réflexion.
Le
Président (M. Bachand) : OK. Rapidement,
Mme Jennings, s'il vous plaît.
Mme Jennings (Marlene) : Très rapidement, le monde
a changé beaucoup... des années 90. On a le phénomène des réseaux
sociaux. Ce qui arrive, c'est que... La réalité, c'est que des personnes qui
n'ont pas été impliquées ne sont pas des présumées victimes d'un acte, une
violation, voient quelque chose sur les réseaux sociaux et portent plainte,
actuellement. Nous, après toutes les consultations, on a cru bon de séparer ça.
La plainte, c'est le droit de la présumée victime, point à la ligne. Toute
tierce personne peut signaler ses préoccupations relativement à un incident ou
une intervention, et le commissaire sera habilité à faire des vérifications.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Je dois céder
la parole à Mme la députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Jennings
(Marlene) : Parfait.
Mme Nichols : Oui, merci. Merci.
Bravo! C'est un travail très exhaustif que vous avez fait. Entre autres, là, le
rapport, là, c'est beaucoup d'heures de travail. Merci pour certains
éclairages.
Une petite question sur les lignes directrices.
Je l'ai déjà dit, je ne sais pas si vous avez écouté, là, les groupes
précédemment, mais l'importance, selon moi, que les forces de l'ordre soient
indépendantes... Je suis préoccupée un peu par le fait que le ministre va
pouvoir établir des lignes directrices par règlement. Peut-être, là, il y a une
juriste, là... Le fait que ça soit par règlement, est-ce qu'il y a une
problématique? Puis il va y avoir quelque chose de plus complexe quand on va
arriver à l'interprétation, mais, du fait que les lignes directrices vont
pouvoir porter sur l'activité policière, ou
sur la formation, ou sur comment faire les choses, est-ce qu'il n'y a pas des
limites qu'on devrait... ou est-ce qu'on ne devrait pas encadrer les
lignes directrices?
M. Matte (Alexandre) : Le problème,
actuellement, c'est qu'il n'existe pas de ligne directrice. Il n'existe pas de
loi formelle qui limite les barrières entre le politique et la police, et ce
qu'on a recommandé, c'est que cette barrière-là soit inscrite pour permettre
aux policiers de faire leur travail au niveau des enquêtes et des opérations.
Maintenant, la ligne directrice, bon, tout
dépendant, comme vous l'avez mentionné, de son contenu, bien, il faut
absolument garder l'indépendance des policiers par rapport aux enquêtes et aux
opérations policières, tout en étant conscient que le monde politique a besoin
de donner des orientations aux services de police, ils travaillent avec des budgets, ils travaillent avec les ressources
humaines, etc., mais ça va prendre une barrière qui n'existe pas actuellement.
Mme Nichols : Merci. Mon autre
question, bien, à la lumière, là, des représentations que vous avez faites, du rapport, est-ce qu'on doit comprendre, entre
autres, que... ou est-ce que, vous, vous comprenez que le projet de loi n° 14,
là, va faire une grosse différence
pour répondre à la lutte, entre autres, sur la violence armée, à la... pour
contrer le racisme?
M. Côté (Louis) : Vous savez, on le
disait tantôt, hein, vous avez une décision à prendre, au niveau de la loi,
comme législateurs, où on place le cursus par rapport aux demandes d'un par
rapport à l'autre, est-ce qu'on ne veut vraiment plus aucune interpellation ou
est-ce qu'on veut qu'elles soient encadrées, parce qu'à un moment donné... La
problématique, on la connaît, présentement. Est-ce qu'on peut accepter la
situation présente, sur le territoire du Québec, par rapport à la violence
armée? Poser la question, c'est y répondre. Est-ce qu'on doit garder
toujours...
Puis, vous
savez, en parallèle à votre question, on voit des études, présentement... qu'il
y a du désengagement policier, OK,
des études quand même assez sérieuses, scientifiques. Est-ce qu'on veut
s'assurer que nos policiers aient tout
ce qu'il faut pour travailler? Parce que la pire chose qui peut arriver à un
policier, c'est douter lors d'une intervention. Lorsqu'un policier est appelé, lorsqu'il quitte l'endroit, la solution
doit être à portée. La police n'appelle pas la police, OK? Donc, il doit
avoir les outils en main, dans le respect de tout ce que la société lui
demande, ce que le législateur lui demande, dans le respect des individus
aussi, pour pouvoir faire son travail.
Une des pires choses qui pourrait arriver, c'est
le désengagement, puis, encore pire que ça, la sécurité des citoyens pourrait
être... Comme je disais tantôt, on a... Nous sommes vraiment devant une super
de belle complexité. On a la chance de placer le curseur pour... je vous
dirais, entre ceux qui n'en veulent pas et ceux qui en veulent à peu près sans
contrainte pour faire en sorte que le travail puisse continuer à se faire. La
loi, je pense, dans l'ordre actuel des
choses, puis on en a tellement discuté entre nous, répond, au moment où on se
parle, à ça, mais il reste à voir maintenant quelle sera la ligne
directrice, puis les gens ont demandé à être consultés pour établir ces
lignes-là. Bien, je pense que c'est une avenue de dialogue qui est
particulièrement intéressante.
• (16 h 20) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Cela dit, je
vous remercie, tous les quatre, du travail que vous avez fait puis de votre présence aujourd'hui en commission. Ça a
été... On termine avec une bonne gang, comme on dit. Alors, merci
beaucoup.
Mémoires déposés
Alors, cela
dit, je procède au dépôt des mémoires des personnes et organismes qui n'ont pas
été entendus lors des auditions publiques.
Cela dit, la
commission, ayant accompli son mandat, ajourne ses travaux sine die. Et bon
congé pascal à tout le monde. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 16 h 21)