Journal des débats (Hansard) of the Committee on Institutions
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Tuesday, November 28, 2023
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Vol. 47 N° 51
Special consultations and public hearings on Bill 40, an Act mainly to reform municipal courts and to improve the justice system’s efficiency, accessibility and performance
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Intervenants par tranches d'heure
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Boivin Roy, Karine
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Morin, André Albert
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Paradis, Pascal
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Jolin-Barrette, Simon
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Lemieux, Louis
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Bachand, André
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Maccarone, Jennifer
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Paradis, Pascal
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Jolin-Barrette, Simon
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Jolin-Barrette, Simon
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Bachand, André
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Haytayan, Céline
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Boivin Roy, Karine
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Maccarone, Jennifer
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Paradis, Pascal
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Maccarone, Jennifer
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Paradis, Pascal
15 h (version révisée)
(Quinze heures vingt-neuf minutes)
Le Président (M. Bachand) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Bonjour, tout le monde. Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions
ouverte. Je vous souhaite encore une fois la bienvenue.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 40, Loi visant notamment à réformer les
cours municipales et à améliorer l'efficacité, l'accessibilité et la
performance du système de justice.
Avant de débuter, M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par Mme Labrie
(Sherbrooke).
Auditions (suite)
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. Alors, cet après-midi, nous allons entendre
les organismes suivants : la ville de Gatineau, l'Association québécoise
des avocats et avocates de la défense, le Barreau du Québec, mais il nous fait
plaisir de débuter cet après-midi avec les représentants de la ville de
Montréal. Alors, merci beaucoup d'être avec nous. Comme vous savez, vous avez
10 minutes de présentation, mais avant tout je vous inviterais à vous
présenter individuellement ou le groupe et à débuter votre exposé. Merci
beaucoup d'être avec nous.
Ville de Montréal
M. Rabouin (Luc) : Merci.
Donc, je suis Luc Rabouin, je suis le président du comité exécutif de la ville
de Montréal. Je suis accompagné avec... de Me Patrice Guay, qui est avocat
en chef, et Me Denis Gallant, qui est notre directeur des poursuites
pénales et criminelles à la ville de Montréal.
Donc, bien évidemment, on est heureux de
prendre part aux présentes consultations entourant le dépôt du projet de loi n° 40, un projet de loi qui jette les bases d'une
réorganisation importante de l'administration de la justice à l'échelle
municipale et témoigne d'une volonté affirmée du gouvernement de moderniser l'application
du cadre réglementaire municipal.
• (15 h 30) •
Parmi les mesures que je mentionnerai dans
mon allocution, l'introduction d'un régime de sanctions administratives
pécuniaires répond à une demande historique de la métropole et permettra une
meilleure utilisation des ressources et surtout un meilleur service aux
citoyens et aux citoyennes. Le projet de loi contient également de nombreuses
mesures qui permettront assurément d'améliorer l'accès à la justice. Il
présente une réorganisation équilibrée et bien structurée. Je tenterai d'utiliser
cette tribune pour partager certaines recommandations qui permettraient, selon
nous, de bonifier le projet.
Avant toute chose, il importe de camper le
contexte unique dans lequel évolue la cour municipale de Montréal. Ce tribunal
offre des services judiciaires en matière civile, criminelle et pénale sur l'ensemble
du territoire de l'agglomération. Elle juge les infractions constatées dans l'ensemble
des 19 arrondissements de la ville de Montréal, ainsi que dans toute
municipalité reconstituée située sur le territoire de l'agglomération. Ce sont
31 juges qui y siègent à temps plein et de façon exclusive. La juridiction
pénale de la cour municipale de Montréal s'étend à l'ensemble de la <réglementation...
>
15 h 30 (version révisée)
< M. Rabouin (Luc) :...la
juridiction pénale de la cour municipale de Montréal s'étend à l'ensemble de la
>réglementation municipale ainsi qu'à certaines infractions à des lois
provinciales, dont celles résultant d'une contravention ou... au Code de la sécurité
routière, en matière d'environnement, de transport rémunéré ou de salubrité des
aliments. Ces causes de nature pénale représentent près de 500 000 dossiers
traités annuellement. La cour traite également plus de 8 000 dossiers
criminels intentés par voie de procédure sommaire visant des infractions
diverses.
Depuis les 40 dernières années, la cour
municipale de Montréal a implanté plusieurs programmes spécifiques pour aider
les personnes victimes et accusées à naviguer à travers les complexités du processus
judiciaire. On pense aux personnes aînées, aux personnes aux prises avec des
problèmes de santé mentale, aux personnes en situation d'itinérance, aux
personnes autochtones. Toutes ces populations et bien d'autres bénéficient de
ces programmes spécifiques à Montréal. Certains de ces programmes ont d'ailleurs
pour objectif de permettre des solutions de rechange à l'incarcération ou aux
sanctions financières pour ne pas pénaliser l'avenir des personnes accusées et
ils visent aussi à responsabiliser les individus concernés et à réduire les
récidives.
La ville est satisfaite de constater que
sa réalité particulière est reconnue et qu'elle pourra, compte tenu de sa
spécificité unique et du volume de dossiers traités, continuer d'opérer dans
une seule région de coordination. La ville voit également positivement la
structure proposée, qui comprend un juge municipal en chef et implique la
nomination d'un juge coordonnateur et un juge coordonnateur adjoint pour la
région de Montréal.
L'opérationnalisation de la réorganisation
proposée soulève toutefois quelques questions et défis. La ville est notamment
préoccupée par les incidences financières du projet, particulièrement en regard
de la répartition à venir du partage des coûts entre les municipalités.
Le ministère de la Justice affectera
dorénavant le personnel au bureau du juge municipal. À l'heure actuelle, la
cour municipale emploie 31 juges et quelques employés permanents issus de
différentes affectations... affiliations syndicales. La ville souhaite obtenir
des précisions sur le fait d'affecter les ressources, ce qui est utilisé dans
le projet de loi, et connaître les implications de cette réorganisation sur les
ressources humaines et matérielles, là, de notre cour municipale.
Dans le même ordre d'idée, et à titre de
première cour municipale au Québec et responsable d'une région de coordination,
la ville de Montréal demande notamment de réinstaurer son droit de fournir ses
observations au comité de rémunération des juges sous sa responsabilité. À l'heure
actuelle, afin de répondre adéquatement aux enjeux propres à la métropole et
ainsi s'assurer d'une justice de proximité accessible aux citoyens et
justiciables, la cour municipale peut adopter à la majorité de ses juges un
règlement uniquement applicable à sa cour. L'article 40 du présent projet
de loi introduit une modification qui aurait pour effet de nécessiter l'accord
majoritaire de tous les juges municipaux du Québec pour modifier les règles qui
seront propres à Montréal. Les impacts d'une telle mesure sont préoccupants, et
la ville invite le gouvernement du Québec à reconsidérer la portée de l'article
afin d'adapter la situation à la réalité propre à chaque région de
coordination.
D'autre part, bien que la ville
reconnaisse l'importance des directives du DPCP, elle juge hautement
souhaitable de reconnaître le statut particulier du directeur des poursuites
pénales et criminelles de la ville de Montréal et de lui confier cette tâche au
sein de sa propre direction. Dans la perspective d'une utilisation plus
judicieuse des ressources et pour favoriser un traitement efficace de la
justice, la ville de Montréal invite donc le gouvernement du Québec à limiter
la portée de l'article 50, qui, dans sa mouture actuelle, laisse présager
une certaine lourdeur en matière de reddition de comptes.
Dans un autre ordre d'idée, la ville tient
à réitérer son entière satisfaction à l'égard de l'implantation d'un régime de
sanctions administratives pécuniaires sur son territoire et invite le
gouvernement du Québec à procéder très rapidement à l'adoption du règlement
afférent. C'est une évidence que ce nouveau mode de traitement des sanctions
permettra d'offrir un meilleur service à la population. Il a fait ses preuves
dans de nombreuses autres juridictions canadiennes.
Un bénéfice tangible de ce nouveau système
sera d'alléger considérablement le nombre de dossiers traités, tant par le
personnel de la cour municipale que par ses juges de paix fonctionnaires et par
la magistrature. Chaque année, plus de 1,4 million de constats de
stationnement et d'infractions connexes sont délivrés sur le territoire de la
ville de Montréal. De ce nombre, près du quart sont contestés ou encore font l'objet
d'un jugement par défaut. En 2002... en 2022, pardon, seulement, plus de 52 000 dossiers
ont été portés au rôle de la cour municipale et plus de 200 000 jugements
par défaut ont été rendus par des juges de paix fonctionnaires.
La ville de Montréal estime que le régime proposé
améliorera grandement l'accès à la justice pour les citoyens, puisque ces
derniers n'auront plus à consacrer des journées de présence en cour <municipale...
M. Rabouin (Luc) :
...ces
derniers n'auront plus à consacrer des journées de présence en cour >municipale
pour contester une contravention.
Les régimes de sanctions administratives
pécuniaires sont déjà bien établis dans plusieurs lois au Québec, et
l'expérience du gouvernement dans ces matières sera mise à contribution lors de
l'adoption du règlement établissant un tel régime dans les municipalités du
Québec.Toutefois, la ville souhaite maintenir sa capacité actuelle de
recouvrement eu égard aux manquements relatifs au stationnement et demande
l'implantation d'un système similaire à celui prévu à la Loi concernant les
partenariats en matière d'infrastructures de transport en ce qui concerne le
partage d'informations avec la Société de l'assurance automobile du Québec
relativement aux véhicules visés par une infraction. Une telle pratique sera
tributaire du succès de l'implantation du régime de sanctions administratives
pécuniaires à Montréal. À titre de comparaison, les juridictions canadiennes
qui ont développé des régimes de sanctions administratives ont conservé cette
possibilité.
En conclusion, il me fait plaisir de
réitérer l'accueil favorable de la métropole au projet de loi n° 40,
lequel contient des mesures importantes qui viennent moderniser les processus
d'administration de la justice dans l'appareil municipal. L'introduction d'un
régime de sanctions administratives pécuniaires représente une avancée
significative et répond à une demande historique de la ville de Montréal. Elle
permettra d'alléger le processus de traitement de nombreuses infractions au
bénéfice partagé de l'administration municipale et des citoyens. Je vous
remercie pour votre attention.
Le Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, M. Rabouin. Alors, je cède la parole
au ministre pour une période, du côté gouvernemental, de 16 min 30 s,
s'il vous plaît. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bonjour, M. le Président. M. Luc Rabouin, président du comité exécutif de
la ville de Montréal, Me Patrice Guay, directeur du service des Affaires
juridiques, Denis Gallant, directeur des poursuites pénales et criminelles à la
ville de Montréal, bonjour. Merci d'être présents avec nous à la Commission des
institutions.
D'entrée de jeu, je tiens à vous féliciter,
la ville de Montréal, pour votre cour municipale. C'est une cour municipale
qui... vous l'avez bien dit, M. Rabouin, qui a des programmes particuliers
qui ont été développés, et que notamment on s'est inspirés du programme Côté
Cour pour développer le tribunal spécialisé. Il y a des programmes en matière
de santé mentale aussi. Et vous avez somme toute des délais qui sont... qui
sont plus acceptables que nous avons au niveau des tribunaux, notamment au palais
de justice de Montréal. Alors, je sais que c'est une justice de proximité puis
je sais à quel point, pour les élus de la ville de Montréal, à quel point c'est
important d'offrir des services aux Montréalais, aux Montréalaises et d'avoir
des services de proximité, puis je pense que votre cour municipale y contribue.
J'aimerais ça qu'on aborde la question des
sanctions administratives pécuniaires. Donc, dans le cadre des échanges que
nous avons eus avec l'administration, ça va permettre quand même de... de
libérer environ cinq à six juges de la cour municipale de Montréal. On
parle de 4 millions d'économies, et surtout c'est environ 72 % des
dossiers, si je comprends bien, qui procédaient des infractions de
responsabilité absolue de stationnement, des constats d'infraction, des
«tickets», en bon québécois, comme on dit. Donc, ça va permettre de dégager du
temps à la cour municipale de Montréal.
M. Guay (Patrice F.) : Bien
oui. Merci, M. Rabouin. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, M. le Président.
Oui, effectivement, c'est notre compréhension, qu'un des bénéfices clairs de
l'établissement de régime de sanctions administratives pécuniaires à Montréal
sera de nous permettre de libérer du temps d'audience, c'est-à-dire de réduire
le nombre de dossiers qui auront à passer devant... sous l'attention des juges
et aussi notre personnel, à savoir les juges de paix fonctionnaires.
• (15 h 40) •
Cela étant dit, évidemment, nous avons
l'ambition d'améliorer encore plus les délais. Il faut voir que la justice de
proximité implique une capacité d'agir rapidement au bénéfice d'une situation
qui est souvent très frustrante pour les citoyens lorsqu'on pense notamment à
l'ensemble de l'application du cadre réglementaire que nous devons faire vivre
et que nous pouvons faire vivre qu'à la cour municipale de Montréal,
c'est-à-dire l'ensemble des règlements adoptés par l'une et l'autre des villes
liées ainsi que les arrondissements et les divers services centraux. Nos délais
sont bons, effectivement. Je crois qu'il faut en être fier. Je souligne
d'ailleurs le travail de la magistrature à la cour municipale de Montréal et
l'ensemble des procureurs qui, dans les dernières années, ont vraiment mis des
bouchées doubles pour nous permettre d'avoir des délais qui font l'envie
d'autres juridictions, selon ce que je comprends.
Mais donc là où j'en suis, c'est bel et
bien que, oui, M. le ministre, l'avènement de la... des sanctions
administratives aura comme impact de libérer des salles d'audience, du moins
selon la volumétrie actuelle et les priorisations actuelles. C'est notre
ambition, évidemment, d'améliorer en ce qui a trait à l'ensemble des autres
règlements qui, eux, continueront à vivre dans le cadre du traitement actuel
des dossiers judiciarisés. Je pourrais vous nommer différents cas de figure,
que ce soit en hygiène, en construction, en... dans les dossiers en matière
d'urbanisme qui requièrent l'attention de la cour et qui impliquent que l'on
puisse obtenir des remèdes par l'application plus serrée dans notre cadre <réglementaire...
M. Guay (Patrice F.) :
...serrée
dans notre cadre >réglementaire. C'est un mandat très, très ferme de
l'actuelle administration et de la direction générale de la ville de Montréal
de voir à ce qu'on soit plus agiles au niveau de l'application de notre cadre
réglementaire.
Mais, oui, donc je résume, effectivement,
les quelques... nous aurons à terme... et c'est notre espoir de pouvoir réduire
le nombre de dossiers actuels, ce qui libérera une certaine capacité.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
une question. Certains ont dit : Écoutez, on aurait été mieux de faire une
quatrième chambre à la Cour du Québec, et donc de fermer les cours municipales.
Pourquoi c'est important pour la ville de Montréal de conserver sa cour
municipale?
M. Guay (Patrice F.) : La
cour municipale de Montréal, c'est l'ADN de la métropole. Elle existe depuis
près de 172 ans. Je massacre sûrement les chiffres, mais elle existe
depuis le XIXe siècle et elle a... elle fait partie de l'histoire même de
notre grande ville. Il serait absolument dommage qu'on perde la capacité
d'avoir une cour proche, efficace, capable de refléter l'identité de notre
métropole.
Il va sans dire que nos juges, au
quotidien, sont absolument indépendants dans la réalisation de leurs tâches et
dans l'exécution des travaux qu'ils ont à faire. La proximité n'a évidemment
aucun lien avec la capacité de pouvoir influencer le processus.
Là où j'en suis, c'est bel et bien
l'opportunité que nous avons par la cour de définir nos besoins en ce qui a
trait à la... en ce qui a trait à la nature des dossiers que l'on doit
prioriser. Et cette proximité-là, pour nous, est importante.
M. Rabouin (Luc) : Peut-être
que j'ajouterais en disant que la cour municipale de Montréal est quand même
performante. Elle fonctionne bien puis elle a démontré sa capacité d'innover,
de s'ajuster, au besoin, à la réalité réelle. Vous l'avez nommé précédemment,
merci d'avoir souligné les innovations qui ont été faites dans les différents
programmes pour s'adapter aux types de clientèles. Donc, ça, je pense que c'est
quand même un facteur qui justifie de maintenir une cour de proximité.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends très bien. Merci, M. Rabouin. Peut-être une question sur ce que
vous venez de dire, vous et Me Guay. Vous avez dit : La cour municipale
est une cour qui est performante. Me Guay a dit : On a une cour municipale
qui doit répondre aux besoins des Montréalais, des Montréalaises. Comme
administrateurs publics, là, comment vous voyez ça, la gestion de la cour
municipale?
Bien entendu, il y a l'indépendance
judiciaire, la fixation des rôles, le fait que les juges sont à l'abri de toute
influence. Cependant, une cour municipale, c'est également un service de... un
service public et un service de proximité également pour les citoyens. Là, vous
nous dites, Me Guay, qu'il y a d'autres types d'infraction qui vont pouvoir
être traités parce qu'on sort les dossiers de stationnement. Je comprends que
l'objectif, notamment pour des décideurs publics comme vous, c'est de faire en
sorte que le service aux justiciables soit accessible, efficace et que ça
puisse bien fonctionner. Vous avez ce souci-là. Parce que, dans le projet de
loi... Je vous amène... Pourquoi je vous pose la question, dans le projet de
loi, on a dit que le juge municipal en chef est chargé de répondre aux besoins
des municipalités et surtout de s'assurer de la performance également. Ce n'est
pas confié à l'administration, c'est confié au juge municipal en chef. Est-ce
que vous voyez une problématique avec ça, avec les objectifs des services que
vous voulez offrir aux citoyens?
M. Rabouin (Luc) : Bien, je
pense que c'est tout à fait compatible. C'est nécessaire qu'on garde
l'indépendance de la justice, mais, en même temps, on veut s'assurer d'avoir
des organisations performantes, il y a des comptes à rendre sur les activités
et la performance. Nous, par rapport au juge en chef, on a déjà un directeur
des poursuites pénales et criminelles qui joue un rôle vraiment important.
Donc, je pense que c'est la bonne personne qui est en mesure de fournir la
reddition de comptes nécessaire.
M. Jolin-Barrette : OK. Vous
êtes d'accord avec le fait qu'on mette une région de coordination juste pour la
région de Montréal parce que vous avez déjà un juge président, un juge
président adjoint. Désormais, il deviendrait, par le projet de loi,
coordonnateur et coordonnateur adjoint. Ça, vous êtes à l'aise là-dessus, qu'il
y ait une spécificité pour Montréal?
M. Rabouin (Luc) : Tout à
fait. D'ailleurs, on apprécie cette reconnaissance-là. Je pense que c'est
nécessaire à la fois pour la spécificité de la région, le nombre de personnes,
mais surtout le volume des demandes, là. Je pense que ça justifie d'avoir une
région spécifique pour Montréal.
M. Jolin-Barrette : Excellement.
M. Rabouin (Luc) : Et surtout
notre possibilité d'adapter par rapport aux différentes réalités, comme j'ai
nommé précédemment, personne en situation d'itinérance, etc., là.
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être une dernière question avant de céder la parole à mes collègues. L'association
des greffiers est venue la semaine dernière et nous a dit : Écoutez, nous,
ce qu'on souhaiterait, c'est que ce soient des juges de paix fonctionnaires qui
puissent évaluer certains types d'infraction. Nous, dans le modèle des SAP, ce
qu'on a fait, c'est qu'on... c'est un réviseur administratif, supposons, à la
ville de Montréal, qui viendrait et, par la suite, un <décideur...
M. Jolin-Barrette :
...c'est
un réviseur administratif, supposons, à la ville de Montréal, qui viendrait et,
par la suite, un >décideur administratif. Qu'est-ce que vous pensez, là,
du fait que ça soit des juges de paix fonctionnaires?
M. Guay (Patrice F.) : Si je
peux me permettre, M. le ministre, la question est excellente. Un régime de
sanctions administratives a comme prémisse qu'il ne faut bel et bien pas
mélanger les genres. C'est-à-dire que le système peut fonctionner uniquement
dans la mesure où on isole chacune des étapes du processus généralement suivi
par le processus pénal. L'expérience ontarienne a bien démontré que le gain
d'efficacité, en ayant un système de sanctions administratives complètement
indépendant de l'instance judiciaire, il est réel, il est palpable, et je pense
qu'on est dans la cohérence ici.
J'ai eu vent, effectivement, qu'il a été
proposé que l'agent, un des agents réviseurs, peut-être le dernier niveau, soit
un membre du personnel du périmètre de la cour municipale, notamment par la
personne de juge de paix fonctionnaire. Quant à nous, à Montréal, une telle
avenue serait perçue comme étant littéralement... je pèse mes mots, je vais me
contenter de dire un échec du projet, puisqu'il faut bel et bien respecter le
caractère tout à fait séparé et administratif du processus.
C'est mon propos, que nous sommes
parfaitement capables de créer, à l'instar de ce qui a été fait dans la grande
ville de Toronto depuis 2007, un régime qui va mieux répondre aux besoins des
citoyens, auquel... le citoyen va avoir accès directement à un agent réviseur
et un citoyen va pouvoir bénéficier de toutes les technologies disponibles pour
que ce soit le plus simple possible. La réforme, avant tout, va bénéficier au
citoyen qui croit être... avoir quelque chose à dire à l'encontre de l'avis
d'infraction, qui maintenant va s'appeler une sanction administrative, qui aura
été... qui lui a été donné.
Donc, je pense qu'il est bien important
d'assurer... et je crois que votre projet de loi le protège bien, protège bien
et campe de façon très efficace, à nos yeux, cette distinction qu'on doit avoir
entre le processus pénal et le processus administratif. Avoir un agent qui, au
dernier échelon, serait un membre du périmètre judiciaire ferait en sorte que
le système, à mon humble avis, ne pourrait pas fonctionner de façon aussi
efficace. Et là ce serait, en quelque sorte... je qualifierais le tout,
peut-être, un échec de la réforme que l'on recherche depuis de nombreuses
années à Montréal.
M. Jolin-Barrette : Excellent.
Je vous remercie grandement pour votre présence en commission parlementaire
puis je vais céder la parole à mes collègues.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le ministre.
Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel, pour 5 min 30 s, s'il vous
plaît.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, M. Rabouin, M. Guay, M. Gallant,
c'est un plaisir de vous retrouver. Dans votre présentation, vous avez salué le
régime de SAP que nous souhaitons mettre en place. En fait, même, dans votre
recommandation 5, vous dites : «La ville de Montréal demande au
gouvernement du Québec de procéder rapidement à l'adoption du règlement
établissant un régime de SAP, et ce, afin que la ville puisse s'engager
rapidement dans la mise en place d'un tel régime sur son territoire.» Alors,
est-ce que vous pouvez nous en dire davantage sur les avantages que vous voyez
à mettre en place ce régime-là, pour la cour municipale de Montréal mais
également pour les citoyens et citoyennes?
• (15 h 50) •
M. Guay (Patrice F.) : Oui,
bien, merci, Mme la députée, pour votre question. Écoutez, il est... à nos
yeux, il est clair qu'un système de sanctions administratives va avant tout
bénéficier au citoyen, qui va pouvoir avoir un résultat beaucoup plus rapide
que dans le processus pénal actuel. M. le ministre l'a dit, nos délais
sont très bons à la cour municipale, mais il reste qu'encore trop souvent, en
fonction de différents phénomènes pour lesquels... qui va bien au-delà de la
volonté claire de la magistrature d'abattre du boulot à bon rythme, il peut
arriver, effectivement, qu'on ait des délais d'audition qui peuvent osciller
entre 12 mois et 14 mois, pour un constat d'infraction en matière de
stationnement. Donc, je me projette dans la peau du citoyen qui a à attendre
aussi longtemps pour pouvoir donner une explication en regard des motifs de
contestation de son constat, souvent, ça en décourage plusieurs. Plusieurs
peuvent... disent, puis il y a un adage, en anglais, qui dit : «Justice
delayed is justice denied». C'est tout à fait le cas lorsqu'un citoyen qui
reçoit un constat veut faire valoir les raisons pour lesquelles il n'est pas...
il est contre le fait qu'on veuille le sanctionner.
Le régime de sanctions pécuniaires a
l'immense avantage de pouvoir rapidement amener le dossier sous les yeux d'un
agent réviseur, du moins, si on s'inspire du modèle ontarien, qui, très
rapidement, va voir si le cas de figure rapporté correspond ou pas à un des cas
de figure pour lesquels il faut arrêter les procédures. Un exemple évident,
c'est le fait d'avoir payé à une borne pour un stationnement tarifé et d'avoir
payé le mauvais espace. Au lieu d'avoir entré sur votre téléphone l'espace A-312,
vous avez rentré l'espace A-311, vous avez payé le 311 et,
malheureusement, vous étiez à l'espace 312. C'est un cas de figure que, de
toute évidence, une fois qu'il y aura une coordination faite entre
l'immatriculation, et le <moment...
M. Guay (Patrice F.) :
...de
toute évidence, une fois qu'il y aura une coordination faite entre
l'immatriculation, et le >moment de l'infraction, et le paiement, on ne
veut pas continuer la procédure, il faut l'arrêter.
Est-ce qu'on a à attendre 14 mois
pour aller voir un juge pour dire ça? D'aucuns pourraient dire que,
techniquement, la poursuite pourrait déjà prendre la décision de le retirer. Il
fut un temps, lorsque la volumétrie le permettait, qu'effectivement nos
poursuivants faisaient une analyse des différents retours de la part des
citoyens, mais nous ne sommes plus là. La volumétrie, actuellement, à Montréal
ne nous permet pas d'avoir cette agilité-là. Donc, c'est vraiment axé vers le
citoyen, l'efficacité et la souplesse.
Les lois en matière pénale, et j'ai en
tête le Code de procédure pénale, ne permettent pas certains échanges de
manière technologique pour notamment pouvoir régler un élément de la preuve. Le
fait d'avoir une sanction administrative, un régime beaucoup plus souple nous
permettra d'introduire des technologies qui seront beaucoup plus XXIe siècle
que ce que nous avons actuellement. Donc, quant à moi, l'idée est bel et bien
d'avoir un système plus rapide, plus efficace, plus équitable, dans lequel le
citoyen va pouvoir avoir un interlocuteur qui va pouvoir rapidement disposer le
dossier.
Il va sans dire qu'un tel système va
requérir quand même un déploiement de la part de la ville en ce qui a trait à
la... à un service qui va être capable d'absorber le tout. Nos projections
actuelles sont à l'effet que, dans un horizon d'une année, nous serons
certainement capables d'avoir une bonne idée de la volumétrie. Et on a
franchement bon espoir qu'il ne risque pas à y avoir vraiment plus de
contestations, mais ça va être beaucoup plus facile pour les citoyens. Donc,
nous avons une opportunité, ici, de changer de siècle en ce qui a trait à la
façon de donner un suivi aux décisions des villes, d'avoir à tarifer des
espaces de rues, d'avoir à établir certaines bases réglementaires pour... au
bénéfice des citoyens.
Et je pense que la cour municipale... et
le processus pénal n'est pas le bon processus pour pouvoir traiter une très,
très grande quantité d'infractions qu'on devrait plutôt traiter de façon
administrative. L'Assemblée nationale a voté plusieurs lois dans lesquelles on
retrouve des régimes de sanctions administratives pécuniaires, et je sais que
plusieurs administrateurs publics disent qu'ils ne reviendraient pas en
arrière, que les bénéfices sont clairs en ce qui a trait à la souplesse apportée
par les sanctions. J'ai eu le bénéfice de parler à mon homologue à... de la
ville de Toronto, qui me disait que toute son organisation ne pouvait pas
imaginer un retour en arrière avec un processus pénal pour la tarification de
rue et que, pour eux, c'était clairement un gain d'efficacité. Et je sais que
plusieurs autres villes canadiennes sont exactement à la même place.
Ce que nous demandons, Montréal, c'est
d'avoir le bénéfice de cette même avancée et de pouvoir nous concentrer en ce
qui a trait aux activités judiciaires, aux véritables enjeux qui méritent le
temps d'un juge.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, pour 8 min 35 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M.
le Président. Alors, bonjour, M. Rabouin, Me Gallant, que je suis
très heureux de revoir, et Me Guay également. Merci beaucoup pour votre
mémoire.
J'ai quelques questions pour vous. On a
parlé beaucoup des sanctions administratives. Le projet de loi dit que c'est
par règlement que le gouvernement va pouvoir mettre en place un tel régime. Il
s'agit, je pense, d'une... en fait, d'une transformation de fond. Serait-il
préférable d'inclure, à tout le moins, le régime dans la loi et après ça voir
aux modalités d'application par règlement? Parce que si tout est créé par
règlement, bien, évidemment, on n'a pas le bénéfice d'en débattre dans le cadre
des travaux, des travaux de l'Assemblée nationale.
M. Guay (Patrice F.) : Bonjour,
M. le député. Effectivement, un grand plaisir de vous revoir. Écoutez, il faut
voir que la... ce que je comprends, c'est que le projet de loi n° 40
ressemble vraiment beaucoup à l'amendement qui avait été apporté à la Loi sur
les municipalités en 2001 en Ontario, lequel, justement, déférait au
gouvernement le pouvoir d'adopter par règlement le cadre plus précis de
fonctionnement. Évidemment que nous serons au rendez-vous pour pouvoir discuter
avec qui voudra bien discuter avec nous du contenu d'un éventuel règlement, mais
donc ce que je comprends, c'est que le modèle proposé ici au projet de loi n° 40
ressemble, non pas en tous points... mais, sur l'élément de la référence à un
règlement sur les pénalités administratives, c'est effectivement la façon dont
la législature ontarienne avait... avait instauré le régime dans sa
juridiction.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Avez-vous une idée de l'impact financier de la réforme pour la ville?
M. Guay (Patrice F.) : Nous
avons fait une projection en ce qui a trait aux économies que nous croyons
crédibles et <réalistes...
M. Guay (Patrice F.) :
...projection
en ce qui a trait aux économies que nous croyons crédibles et >réalistes,
nous pensons que la ville de Montréal va pouvoir faire vivre le régime de
sanctions administratives avec approximativement 30 % des coûts
actuellement engagés pour faire les mêmes activités. Un gain, évidemment,
clair, outre les enjeux que nous avons évoqués tout à l'heure de gains et
d'efficacité pour d'autres types de dossiers, un gain clair est de voir à ce
que tout le processus de jugement par défaut par nos juges de paix
fonctionnaires n'auront plus à être... n'auront plus à être effectués, ce qui,
pour nous, représente un gain vraiment important.
Vous savez, j'ai... je suis responsable,
administrativement, du périmètre du greffe de la cour municipale de Montréal,
et je rencontre périodiquement la greffière en chef de la cour municipale, et
un des premiers sujets qu'on a, c'est le fait qu'on a de la difficulté à suivre
la cadence en ce qui a trait au nombre de jugements rendus par les juges de
paix fonctionnaires. Bon an, mal an, il faut rendre plus de
200 000 jugements, c'est-à-dire que nous avons un greffier de la cour
qui, lorsqu'il ne siège pas comme greffier de la cour, doit trouver du temps
pour s'asseoir derrière un ordinateur et voir à réviser à la pièce les trois
documents qu'il doit réviser pour, au final, rendre un jugement. L'image que
j'ai, c'est qu'il fait clic-clic, clic-clic, clic-clic, un jugement est
rendu, et vous avez cette séquence-là, d'événements, plus de
200 000 fois par année à la ville.
Actuellement, nous sommes en retard. Il y
a une pénurie importante au niveau des greffiers-audienciers. On sait que le
ministère de la Justice a de la difficulté à recruter. Nous avons également de
la difficulté à recruter. Je pense qu'il faut... Évidemment, on pense au temps
d'audience, on pense aux procureurs, on pense aux juges, mais aussi le
personnel de la cour va vraiment être soulagé de travaux à être faits.
Donc, je parle peut-être trop longtemps,
mais retenons donc que c'est une économie significative et que l'évaluation des
coûts qu'on a faite, c'est moins de 25 % des coûts actuels pour le même
résultat, avec beaucoup plus d'accessibilité pour le citoyen.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. J'ai une question pour Me Gallant maintenant. Bonjour, Me Gallant. Je
comprends que, dans le mémoire, vous soulignez que vous souhaitez garder le
régime de poursuivants de la cour municipale parce que, dans le projet de loi,
ce serait le Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec qui
chapeauterait tout ça. Il y aurait donc une exception, si j'ai bien compris,
pour la cour municipale de Montréal. Est-ce que ce serait la même chose pour
les cours de Laval et de Québec, qui sont trois cours municipales importantes,
qui ont un gros volume et qui ont une compétence étendue, notamment en vertu du
Code criminel?
M. Gallant (Denis) : M. le
député, je veux juste revenir, c'est-à-dire que les... le statut de
poursuivants qu'on a en matière criminelle, on l'a par entente. On l'a par
entente, donc des ententes administratives. Celle de Montréal date de 2005,
dans laquelle une série d'infractions qui sont poursuivies en vertu de la
partie 27 du Code criminel. Alors, nous sommes les poursuivants :
capacités affaiblies, violence conjugale, tous ces... tous les dossiers, je
vous dirais, là, qui sont une panoplie de dossiers. C'est un peu l'équivalent à
Québec et à Montréal. Par contre, Montréal a sa spécificité parce qu'on a une
entente parallèle en matière... pour la violence conjugale, ce que les autres
cours municipales n'ont pas.
• (16 heures) •
Nous sommes... Comme poursuivants
municipaux, nous sommes assujettis aux directives du Directeur des poursuites
criminelles et pénales en vertu de l'article 18 de la Loi sur les... sur
le Directeur des poursuites criminelles et pénales, ce qui veut dire que... La
même chose que moi, quand mes procureurs autorisent un dossier, ils sont liés
par la directive ACC-3. Quand ils règlent un dossier, c'était un peu pareil au
fédéral, puis on avait les... Parce que les directives en tant que telles du
directeur, c'est le moyen d'encadrer le pouvoir discrétionnaire du poursuivant.
Donc, on est des poursuivants à part entière, là, puis je vais me limiter au
droit criminel. Donc, on ne devient pas des employés du DPCP.
Ce qui... Ce qui nous accroche, nous, avec
l'article 50 du projet de loi, c'est qu'on vient modifier
l'article 18 et que, dans le fond, on vient ajouter trois paragraphes qui
n'existent pas en ce moment. Donc, dans la... dans la mouture actuelle de
l'article 18 en tant que tel, bien évidemment, il est stipulé que le
directeur, c'est son habilitation législative, peut émettre des directives pour
encadrer le pouvoir discrétionnaire des poursuivants, ses poursuivants, des
poursuivants désignés, ainsi que les procureurs agissant devant les cours
municipales, et chacune des directives, quand on les lit, qui sont sur le site
du DPCP, on le sait, si elles sont <applicables...
>
16 h (version révisée)
< M. Gallant (Denis) :...directives, quand on les lit, qui sont sur le site du DPCP, on le sait,
si elles sont >applicables aux poursuivants municipaux ou pas. Ce qui
faisait en sorte que les directives prévoient la chose suivante, que des
directives, au niveau opérationnel, des fois, on ne peut pas les suivre. Je
vous donne juste un exemple. Montréal a des programmes sociaux, ce qui fait en
sorte que, par exemple, pour les multirécidivistes qui auront réussi le
programme Point Final, qui est très, je vous dirais... qui mise plutôt sur la
réhabilitation puis s'assurer qu'il n'y ait plus de criminalité, va faire en
sorte qu'au bout de la ligne, on ne déposera pas l'avis de récidive, donc, pour
obtenir une peine plus forte en tant que tel. Les directives prévoient que,
pour faire cela, ça doit être... on doit le motiver dans notre dossier et ça
prend l'autorisation du procureur-chef.
Les directives du DPCP prévoient que dans
les cours où est-ce qu'il y a un directeur des poursuites pénales et
criminelles, notamment Montréal, nous faisons office de procureur-chef. Alors
moi, là, opérationnellement parlant, un matin à mon bureau, puis vous avez été
procureur-chef d'une région, vous le savez, vous avez été mon patron, M. le
député, alors je peux... on peut passer dans mon bureau et me demander à peu
près... de régler à peu près quatre, cinq dossiers qui pourraient être
problématiques au niveau des directives, mais avec le bon sens puis le côté
opérationnel, je peux accepter, je peux refuser, etc. Et ça reste à la cour
municipale et ça reste dans mon ressort. Quand je lis les ajouts, et M. Rabouin
en a parlé en tant que tel, maintenant c'est : Les procureurs doivent
informer le directeur de tout défaut — ça, c'est la nouvelle mouture — de
conformité ou de toute irrégularité dans l'application d'une directive. Quand
je m'en vais dans les définitions, le directeur, c'est le DPCP, ce n'est pas le
procureur.
Une voix : Je comprends.
M. Gallant (Denis) : Et
ça, je vous... Faire ça, opérationnellement, ça peut poser des problèmes. Et
toute la reddition de compte, et je suis le premier à dire qu'une reddition de
comptes est importante... mais le problème, c'est que cette reddition de
comptes là ne doit pas venir à l'extrême et nous empêcher, je vous dirais...
Parce que la cour municipale de Montréal, là, en termes de volume, au niveau
juste de mes procureurs, mon équipe, ma portée de gestion, c'est 127 personnes.
J'ai 63 procureurs qui sont sous moi, qui font du droit criminel et du droit
pénal. J'ai une cour qui roule sept jours-semaines. Je dois être agile. Et je
considère le danger — on allume des lumières — les ajouts
qui sont apportés à l'article... par l'article 50 à l'article 18 de
la Loi sur le Directeur des poursuites criminelles et pénales peuvent, à notre
avis, poser des problèmes en termes d'efficacité. Et c'est pour ça qu'on pense
que le statu quo actuel fonctionne très bien.
Le Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. M. le député, il reste 1 min 30 secondes,
question, réponse.
M. Morin : Oui, merci.
Merci, Me Gallant. Dernière question. J'attire votre attention à l'article 9
qui va modifier l'article 192, à la page 7 du projet de loi. Y
voyez-vous un impact sur l'indépendance de la magistrature si le juge municipal
en chef chargé de la direction des cours doit répondre aux objectifs de
performance et aux besoins des municipalités et non pas de la justice ou de la
cour?
Le Président (M. Bachand) :En moins d'une minute, s'il vous plaît. Merci.
M. Guay (Patrice F.) : Écoutez,
j'ai... Quant à moi, je suis confiant que la magistrature a une mission
commune, avec tout intervenant, évidemment, du monde judiciaire, que ça soit le
poursuivant, que ça soit même le justiciable lui-même. Moi, personnellement, je
ne vois pas d'enjeu à ce niveau-là, tenant pour acquis que nous avons un
rendez-vous commun d'efficacité, maintenant, de façon très, très claire,
lorsque l'on parle de gestion des instances judiciaires et de leur capacité de
bien répondre aux besoins des justiciables et des contribuables. Quant à moi,
je ne vois pas d'enjeu.
M. Morin : Merci.
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de Jean-Talon, pour 2 min 12 s,
question, réponse. Merci.
M. Paradis : Merci.
Bonjour à tous les trois. Merci de votre présence. En fait, j'aimerais
enchaîner dans la foulée de la dernière question. Vous avez 31 juges à
Montréal, et j'imagine que vous pouvez nous vanter leur indépendance. Alors,
cette question de l'article 192, elle est soulevée dans d'autres mémoires.
Donc, c'est une source d'inquiétude sur l'indépendance de la magistrature, c'est
souligné à grands traits dans d'autres mémoires. Est-ce que vous pourriez nous
parler de votre expérience? Vous, de quelle manière, donc, vous avez une
coordination avec les juges qui permet de tenir compte, donc, des impératifs de
la ville tout en respectant l'indépendance des juges de la ville de Montréal?
M. Guay (Patrice F.) : Oui.
Merci pour votre question. Écoutez, la cour municipale de Montréal a... puis ça
a été dit, Me Gallant vient d'évoquer l'importance de l'équipe des procureurs,
nous avons 31 juges permanents. Il va sans dire que, comme poursuivant et
comme avocat en chef de la ville, donc, où je suis évidemment très, très <soucieux...
M. Guay (Patrice F.) :
...avocat
en chef de la ville, donc, où je suis évidemment très, très >soucieux de
voir à l'application du cadre réglementaire, j'ai un procureur-chef qui... Évidemment,
on ne parle pas des dossiers en matière criminelle, mais je parle surtout des
unités d'affaires de la ville qui sont des services émetteurs. Il va sans dire
que nous avons eu des préoccupations dans les dernières années en ce qui a
trait à notre capacité de rendre justice dans le délai. En 2016, il y a eu un
coup de semonce important, en juillet 2016, par l'arrêt Jordan, qui est bien
connu même de ceux qui ne portent pas intérêt aux activités judiciaires. Et cet
arrêt-là nous a tous amenés — quand je dis «tous», c'est tous les
intervenants du système de justice — à un rendez-vous commun de voir
à mieux faire.
Nous avons beaucoup de statistiques à la
ville sur le temps d'utilisation de la cour. Nous devons fournir déjà à la juge
en chef adjointe, responsable des cours municipales, beaucoup de statistiques
annuelles, et un rapport est produit. Donc, c'est mon propos qui est déjà
ambiant dans l'univers de la justice, la nécessité de donner des informations
pour qu'on puisse voir si la priorisation globale du système de justice est là,
au bon endroit. Évidemment, il ne faut pas, ce faisant, dicter la main du juge
sur sa... sur la tâche qui est sienne en toute indépendance, de voir à répartir
la priorisation des dossiers et voir à intervenir... je veux dire voir à rendre
justice avec le confort qui est nécessaire pour que la justice soit bien
rendue. Mais, cela étant dit...
Le Président (M. Bachand) :Merci. Merci beaucoup, Me Guay. Le temps va tellement
rapidement. Donc, M. Rabouin, Me Guay et Me Gallant, merci
beaucoup d'avoir été avec nous. C'est très apprécié.
Et je suspends les travaux quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 08)
(Reprise à 16 h 09)
Le Président (M. Bachand) :Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend
ses travaux.
Alors, il me fait plaisir d'accueillir les
représentants de la ville de Gatineau. Merci beaucoup d'être avec nous. Alors,
comme vous savez, vous avez 10 minutes de présentation, mais je vous
invite d'abord à vous présenter. Alors, monsieur et madame... mesdames, merci
beaucoup d'être avec nous.
Ville de Gatineau
M. Tanguay (Christian) : Merci
beaucoup, M. le Président. Donc, je me présente, Christian Tanguay. Je suis
directeur général adjoint au sein de la ville de Gatineau. Je suis accompagné
aujourd'hui de Me Annie Gaudreault, directrice des affaires juridiques, et
de Mme Chantal Havard, qui est notre responsable des relations
gouvernementales.
• (16 h 10) •
Donc, M. le Président, M. le ministre,
Mmes et MM. les députés, merci de recevoir la ville de Gatineau dans le cadre
de cette commission. Nous sommes heureux de vous présenter notre mémoire et
aussi de vous partager notre appréciation positive des changements qui sont
proposés, bien que certains éléments mériteraient d'être précisés afin de
renforcer l'atteinte des objectifs visés par le projet de loi.
Notre mémoire compte cinq recommandations.
Toutes nos recommandations, nous l'avançons avec humilité, sont en droite ligne
avec les objectifs du projet de loi. Nous espérons que celles-ci pourront
trouver écho au sein de cette commission afin d'améliorer, d'entretenir et de
développer la confiance qui se doit d'exister entre la justice et les justiciables.
Nous sommes d'avis que l'indépendance judiciaire peut s'accorder avec
efficacité. C'est une ambition que nous partageons, et nous nous réjouissons
que le projet de loi propose des solutions qui militent vers l'atteinte de ces
objectifs.
L'occasion nous est offerte aujourd'hui de
commenter le projet de loi, certes, mais également de vous parler de la Cour
municipale de Gatineau, de sa réalité, de ses acteurs et de ses projets. La Cour
municipale de Gatineau compte plus de 20 employés et exerce sa compétence
en matière civile et pénale. Chaque année, on y gère plus de 85 000 constats
d'infraction. Près de 8 000 dossiers pénaux sont entendus suivant le
calendrier de la cour. Annuellement, c'est près de 465 séances qui sont
tenues. Deux juges, dont un juge responsable, sont affectés à la cour. Tous ces
chiffres démontrent la nécessité de la justice de proximité. Ce que les
chiffres ne démontrent pas toutefois, c'est l'incapacité, à la Cour municipale
de <Gatineau...
M. Tanguay (Christian) :
...toutefois,
c'est l'incapacité, à la Cour municipale de >Gatineau de tenir des
procès à tous les jours ouvrables d'une semaine, et ce, 12 mois par année.
La cour municipale met de l'avant
différents projets visant à accroître l'accessibilité à la justice pour la
population et à optimiser la performance afin d'offrir un service de qualité.
Aussi, notre cour municipale innove en intégrant les nouvelles technologies
pour évoluer en cohérence avec les besoins des citoyens.
La cour municipale participe également à
différents projets pilotes. Il y en a un qui vise l'accompagnement social, qui
est initié par Me Anne Thibault, avocate-coordonnatrice à la Clinique
interdisciplinaire en droit social de l'Outaouais. Tant de projets sont rendus
possibles parce que nous plaçons le citoyen au cœur de nos actions. C'est notre
raison d'être, et nous croyons que tous les intervenants du milieu judiciaire
doivent être habités par cette valeur fondatrice.
C'est dans ce contexte que la ville de
Gatineau porte un regard attentif sur le projet de loi n° 40
et souhaite que ses modalités contribuent à offrir une justice de proximité à
la hauteur des besoins et des attentes de la population gatinoise, de même que
la population de tout le Québec.
M. le Président, M. le ministre, Mmes et
MM. les députés, nous l'avons nommé d'entrée de jeu et nous le répétons :
La ville de Gatineau accueille favorablement le projet de loi et salue la
volonté qui y est affirmée d'améliorer l'efficacité, l'accessibilité et la
performance du système de justice. Parmi les changements proposés et qui auront
le plus de probabilités de livrer des résultats concrets, nous soulignons les
nouvelles compétences territoriales des juges et la création des régions de
coordination.
Il y a cependant dans le projet de loi
certains éléments qui sont source de questionnements ou de préoccupations.
Notre préoccupation la plus importante concerne l'indépendance des cours
municipales. Les cours municipales sont actuellement indépendantes et elles
doivent rester indépendantes. Ainsi, nous vous demandons de confirmer cette
indépendance par certains ajustements qui s'appuient sur les trois piliers du
principe de l'indépendance judiciaire, soit l'inamovibilité, la sécurité
financière et l'indépendance institutionnelle.
Cela étant... cela étant énoncé, pardon,
notre regard positif se porte sur l'article 9 du projet de loi, qui vise à
accorder à chaque juge la compétence d'exercer sur tout le territoire du
Québec. Il s'agit là d'une avancée importante qui contribuera à une meilleure
efficacité du système au profit des justiciables. Nous soulignons également
l'établissement des régions de coordination. Les juges seront maintenant
regroupés dans quatre régions. Les juges coordonnateurs veilleront à la
distribution des causes, à la fixation des séances de la cour et à
l'assignation des juges. Ce changement offrira globalement un meilleur accès à
la justice à l'ensemble de la population, sans interruption de service. C'est
une amélioration importante pour les justiciables de la ville de Gatineau.
En ce qui concerne les fonctions accordées
au juge municipal en chef, au nouvel article 192 de la Loi sur les
tribunaux judiciaires, nous vous soumettons qu'il serait opportun de référer
aux besoins de la clientèle de la cour municipale et à ceux de la cour
elle-même, et non aux besoins des municipalités. Cette nuance est importante
pour confirmer l'indépendance de la cour. Les besoins pour le nombre et le
moment des séances de la cour sont fonction des impératifs de délai. Ils visent
à offrir une justice efficace et une opportunité d'être entendu par la cour
dans le moment le plus contemporain avec l'événement qui induit cette présence
à la cour. Ainsi, la préparation du calendrier des séances et la fixation des
causes devraient être réalisées avec le greffier. Ce dernier est un officier de
justice bien au fait et il a les informations administratives pertinentes pour
gérer efficacement et avec célérité les causes à entendre.
Abordons maintenant la question de la
rémunération. Le projet de loi vise à changer le mode de rémunération des juges
de manière importante, particulièrement pour les cours municipales auxquelles
des juges à la séance sont affectés, comme c'est le cas à Gatineau. Nous
souhaitons obtenir plus de précisions sur ce mode de rémunération ainsi que sur
les frais de déplacement. De plus, l'article 44 du projet de loi ajoute
une responsabilité financière aux municipalités. De fait, les sommes requises
pour assurer l'assignation et la gestion des juges, sommes qui étaient jusqu'à maintenant
assumées par le gouvernement provincial, devront maintenant être payées par les
municipalités. Ce nouveau mode de fonctionnement s'apparente à un transfert de
charges aux municipalités.
Permettez-nous maintenant d'aborder le
nouveau régime de sanctions administratives pécuniaires en matière municipale.
Selon notre compréhension, ce nouveau régime viserait notamment les infractions
de stationnement. Concrètement, à Gatineau, ce type d'infraction <représente...
M. Tanguay (Christian) :
...de
stationnement. Concrètement, à Gatineau, ce type d'infraction >représente
en moyenne 48 % de toutes les infractions qui sont émises sur le
territoire, et le taux de contestation est marginal. Pour exemple, en 2022, les
infractions contestées en matière de stationnement ne représentent que
840 dossiers répartis sur une vingtaine de séances, sur un total de près
de 465 séances. C'est environ 5 % des activités.
Le taux de perception des amendes pour les
infractions de stationnement est très élevé grâce au levier prévu au Code de
procédure pénale qui permet aux percepteurs d'émettre un avis à la SAAQ
suspendant certains droits du conducteur, dont la suspension du permis de
conduire. Lorsqu'un défendeur ne paie pas, les montants dus en vertu du constat
d'infraction en matière de circulation et... de circulation et en matière de
stationnement, ça nous offre un levier qui est indiscutable. Or, il semble que
la nouvelle loi fera en sorte de créer un nouveau régime pour ce type
d'infraction avec du personnel différent pour entendre les contestations et
pour gérer la perception des sanctions administratives. En basculant la gestion
de ce type de créance dans le domaine du droit civil, les leviers utiles du
Code de procédure pénale ne seraient plus accessibles.
Nous vous soumettons que, si l'objectif de
cette loi est de soustraire le juge municipal de la gestion de ce type de
dossier devant la cour, il pourrait être opportun d'évaluer la possibilité de
référer cette fonction au juge de paix fonctionnaire qui évolue déjà dans les
cours municipales. Il serait également intéressant de penser à un mode
intégrant les nouvelles technologies pour la mise en place de ce nouveau mode
de fonctionnement.
Il nous semble que, dans un souci de
cohérence ou d'uniformité, la justice municipale devrait être exercée de la
même manière sur tout le territoire québécois, indépendamment de la cour devant
laquelle se trouve le citoyen ou la citoyenne. Ce n'est pas ce que le projet de
loi nous propose, et la ville de Gatineau est disponible afin d'être partenaire
des réflexions complémentaires sur la mise en place de ce nouveau mode de
gestion des infractions.
Nous vous remercions pour votre attention
et votre intérêt à l'égard du mémoire de la ville de Gatineau et nous sommes
disponibles maintenant pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup, M. Tanguay. Alors, M. le ministre,
pour une période de 16 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président. Bonjour, M. Tanguay, Me Gaudreault, Mme Havard.
Merci d'être avec nous aujourd'hui à la commission parlementaire pour le projet
de loi n° 40.
D'entrée de jeu, j'aimerais ça, M. Tanguay
et vos collaboratrices, là, que vous nous parliez comment ça se passe à
Gatineau, votre cour municipale? Est-ce que... Tantôt, vous avez dit :
Nous, on a deux juges, un juge responsable. C'est le cas lorsqu'il y a plus
qu'un juge qui est affecté à une cour municipale. Comment ça fonctionne? Ça
ressemble à quoi, votre calendrier de séances? Vous avez dit tout à
l'heure : On ne peut pas siéger cinq jours semaine.
M. Tanguay (Christian) : Absolument,
M. le ministre. Et, si vous permettez, je vais laisser Me Gaudreault, qui
a une connaissance beaucoup plus fine et qui est dotée d'une expérience fort
variée en matière de droit... de cour municipale parce qu'elle a eu l'occasion
de piloter les destinées de différentes cours, dont la Cour municipale de
Québec et la Cour municipale de Lévis. Donc, son expérience nous est assurément
fort utile. Donc, Me Gaudreault, si vous permettez.
Mme Gaudreault (Annie) : En
fait, le calendrier qui existe actuellement fait en sorte qu'il y a
14 semaines pendant lesquelles on ne siège pas, la cour ne siège pas. Et,
pour le citoyen, il y a donc une impossibilité d'avoir une audience pendant ces
semaines-là.
M. Jolin-Barrette : ...semaines,
qu'est-ce que vous voulez dire? Pendant... Parce qu'il y a 52 semaines
dans une année. Ça veut dire, il n'y a pas de cour municipale à Lévis pendant
14 semaines?
Mme Gaudreault (Annie) : À
Gatineau.
M. Jolin-Barrette : À
Gatineau. À Gatineau, excusez-moi. Parce que je sais que vous venez de Lévis,
puis M. Tanguay aussi. Donc...
Mme Gaudreault (Annie) : Oui,
effectivement. Il y a trois mois, pendant la période d'été, où la cour ne siège
pas, et quelques autres journées dans la semaine. Le calendrier est concentré
sur les lundis, mardis et mercredis.
• (16 h 20) •
M. Jolin-Barrette : OK.
Donc, avec le projet de loi...
M. Tanguay (Christian) : ...
M. Jolin-Barrette : ...ça
va pouvoir être corrigé, ça.
Mme Gaudreault (Annie) : Tout
à fait.
M. Jolin-Barrette : OK.
Et tout à l'heure, vous avez parlé, là, des... Mais excusez-moi, M. Tanguay,
vous vouliez ajouter quelque chose?
M. Tanguay (Christian) : Non,
c'est en complément, M. le ministre, si vous permettez. C'est la raison pour
laquelle nous sommes très positifs dans notre représentation, aujourd'hui, que
nous supportons grandement les avancées qui seront possibles grâce aux
propositions qui sont soumises dans le projet de loi.
M. Jolin-Barrette : OK.
Bien, je vous pose la question parce que, tout à l'heure, vous avez dit, bon, peut-être
qu'à l'article 192, il y a un certain enjeu avec le fait de répondre aux
besoins des municipalités. Vous, vous dites : Bon, bien, il faut répondre
aux besoins des cours municipales. Et je pense que vous dites des justiciables
ou des citoyens. Donc, je comprends que vous souhaiteriez qu'on rajoute
également les citoyens. Pour la ville, parce que vous savez, bon, la cour
municipale, on ne <remet...
M. Jolin-Barrette :
...Pour
la ville, parce que, vous savez, bon, la cour municipale, on ne >remet
pas ça en cause, c'est une entité qui est indépendante. Les juges municipaux
sont indépendants, mais, par contre, comme administration publique aussi, la
ville de Gatineau, en tant que service public, doit s'attendre à ce que les
besoins de la municipalité ainsi que des citoyens, c'est les deux côtés parce
que la ville, bon, elle est poursuivante, mais que ça soit une cour efficace,
que soit une cour qui roule, j'imagine qu'administrativement ça ne fait pas
votre affaire que, 14 semaines par année, la cour ne siège pas.
M. Tanguay (Christian) : Ça
ne fait pas notre affaire administrativement, M. le ministre, parce que ça ne
répond pas nécessairement aux besoins du citoyen. Notre angle d'analyse est
vraiment orienté sur le besoin de nos citoyens. Le citoyen souhaite avoir un
service en continu, souhaite avoir une disponibilité à des séances de façon...
sur un horaire qui est varié, étendu aussi. Donc, la municipalité, dans le
cadre de ses opérations, oui, elle émet des constats d'infraction et fait
confiance au système de justice pour pouvoir les gérer de façon efficace. Notre
besoin, il est vraiment tourné vers le citoyen qui, pendant une certaine
période qui peut être plus ou moins longue, est en attente de recevoir une
décision finale sur un dossier. Donc, c'est plutôt un angle d'analyse que nous
vous proposons parce qu'on ne voudrait pas, de par l'apparition des baux de
municipalités, venir nuire à l'indépendance des tribunaux. C'est plutôt là
notre préoccupation. Mais c'est vraiment primordial pour nous, les tribunaux
doivent demeurer indépendantes... indépendants et, en ajoutant cet élément-là,
on risque de créer un... une perception, peut-être, de partialité, ou encore
d'inférence, ou d'ingérence possible, et nous souhaitons nous distancer le plus
possible de cette interprétation.
M. Jolin-Barrette : Sauf
que l'article, ce qu'il dit, il dit que c'est le juge municipal en chef, donc
ce n'est pas... ce n'est pas la ville, ce n'est pas... c'est lui dans son
évaluation d'administrateur aussi. Parce que, vous savez, quand on est juge en
chef, on a une responsabilité, on n'est pas le juge sur le banc puis on a une
responsabilité que les cours municipales fonctionnent bien, que le service aux
citoyens soit bien rendu aussi. Mais il y a la poursuite, il y a le citoyen
aussi, il faut que ça soit efficace. Vous êtes d'accord avec moi que ça prend
de la performance aussi dans tous les services publics, même si c'est de la
justice, là. On ne dit pas au juge à quelle vitesse écrire son jugement. On ne
dit pas au juge combien de causes à entendre puis combien de dossiers vont être
entendus en un avant-midi ou un après-midi. Ce n'est pas ça la question. Mais
la question c'est que, vous savez, souvent on le dit, la justice doit être
rendue avec célérité, avec sérieux, et ultimement ça va être préjudiciable à la
fois aux municipalités mais aux citoyens si ce n'est pas fait. Mais vous êtes
d'accord avec les objectifs de performance là-dessus?
M. Tanguay (Christian) : Absolument,
sans aucune réserve, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Parfait.
Vous avez fait une recommandation relativement au calendrier des séances, à
l'effet que ça doit être fait avec, attendez, la deuxième : «La ville de
Gatineau recommande de préciser, dans un article de loi, que la préparation du
calendrier de séances et la fixation des causes seront établies avec le
greffier».
Là, nous, on a proposé, à
l'article 61 du projet de loi, que, bon : L'article 30 de ce
règlement est remplacé par le suivant :
«30. Fixation des séances. Les séances de
la cour sont fixées par le juge assigné à la cour municipale, lorsqu'un seul
juge y est affecté — ce qui n'est pas votre cas.»
«Dans les cours municipales où plus d'un
juge est affecté, les séances sont fixées par le juge coordonnateur — donc
le juge coordonnateur.»
«Dans tous les cas, le greffier est
consulté lors de la fixation des séances et il collabore à celle-ci.»
Donc, je comprends que le troisième
alinéa, il n'est pas suffisant pour vous. Vous souhaiteriez que le greffier
soit beaucoup plus impliqué que «consulté» et «collabore». Vous souhaitez qu'on
aille plus loin que ça?
Mme Gaudreault (Annie) : En
fait, je crois que l'Association des greffiers vous en ont parlé également.
Pour nous, notre intention, c'est que le greffier, c'est l'administrateur qui a
toutes les données en main, les données nécessaires à faire le calendrier et
effectivement aussi proposer des horaires aux juges en fonction des besoins qui
vont avoir été exprimés par les citoyens. On leur demande même s'ils veulent
avoir une séance en journée ou en soirée, et d'aussi prendre en considération
les besoins particuliers des procureurs qui agissent en poursuite, hein, et du
greffier. Et dans le monde où on est actuellement, où évidemment les enjeux de
main-d'œuvre sont aussi chez nous, bien, c'est important que ce soit fait avec
toutes les bonnes données pour être capable de vraiment avoir un calendrier
optimal qui fasse en sorte effectivement que les séances qu'on tient, le nombre
de dossiers qu'on y met, bien, qu'on arrive à atteindre les objectifs que le
greffier doit fixer pour la pertinence de la cour.
M. Jolin-Barrette : OK. Ça
fait que vous voulez qu'on aille plus loin puis qu'on donne davantage de
pouvoir au greffier. OK.
M. Tanguay (Christian) : Absolument.
M. Jolin-Barrette : C'est
bien entendu. Sur la question de l'efficacité de la reddition de <comptes...
M. Jolin-Barrette :
...Sur
la question de l'efficacité de la reddition de >comptes, là, on a fait
en sorte, dans le cadre du projet de loi à l'article 196, de faire en
sorte qu'il y a un rapport qui va être transmis au juge municipal en chef deux
fois par année pour savoir, bon, le nombre de séances, le temps. Et par la
suite ce rapport-là va être transmis au ministre. Et j'ai entendu, parmi les
critiques, le fait qu'il ne fallait pas le transmettre au ministre. Moi,
écoutez, je ne tiens pas à l'avoir personnellement, il pourrait être rendu
public sur Internet. L'idée, c'est d'avoir des données. Comme vous le dites,
souvent, les greffiers, ce sont eux qui ont les données. Mais si on veut un
système de justice qui est efficace, il faut être en mesure d'avoir des données
ouvertes, des données publiques qui puissent être en mesure de mesurer les
choses, là. J'imagine, dans vos services administratifs, c'est ce que vous
faites. Quand vous gérez la ville, vous regardez... Bien, on prend des mesures,
on prend des statistiques, des données. Est-ce que vous avez un enjeu, vous,
avec ça, le fait qu'il y ait eu des rapports avec certaines données?
Mme Gaudreault (Annie) : Il
en existe déjà. La cour transmet déjà annuellement, là, les données sur les...
sur autant le nombre de dossiers, le nombre de causes entendues. C'est déjà
publié, notamment dans le rapport sur les cours municipales. À 196, bien,
peut-être que, oui, c'est bien d'avoir le nombre de causes entendues, mais
encore faut-il savoir le nombre de dossiers global pour avoir un rapport qui
nous présente qu'est-ce qu'on a entendu versus qu'est-ce qui... qu'est-ce qu'il
reste à fixer.
M. Jolin-Barrette : OK.
Donc, vous, vous voudriez qu'on ait plus de données sur ce rapport-là, le
nombre de dossiers entrants, supposons, le nombre de dossiers entendus, le
nombre de dossiers qui restent.
Mme Gaudreault (Annie) : Mais
en même temps c'est déjà des données qui sont accessibles et qui sont
produites, là, par les greffiers.
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être une dernière question avant de céder la parole à mes collègues. Sur
la question des sanctions administratives pécuniaires, M. Tanguay, vous me
disiez, bon, les infractions de stationnement, nous, à Gatineau, c'est environ
5 % des dossiers. Donc, ça se règle quand même assez bien. Vous n'êtes pas
dans la même situation que Montréal. Donc, vous dites : On devrait
peut-être envoyer ça à un juge de paix fonctionnaire. Là, la ville de Montréal,
qui est passée avant vous, disait : Bien, écoutez, le juge de paix
fonctionnaire, par contre, il est dans le périmètre de l'administration. Donc,
au niveau de l'indépendance, il y a peut-être une problématique avec ça. Mais
je veux juste vous dire que le régime qu'on met en place, des sanctions
administratives pécuniaires, il est optionnel pour les municipalités. Donc, on
va pouvoir travailler avec vous, à savoir est-ce que, oui, vous souhaitez
l'avoir pour Gatineau, ou non? Mais, à terme, et c'est ça l'intérêt, ça
pourrait être élargi à d'autres types d'infractions aussi, notamment en matière
d'urbanisme aussi. Donc, je pense que ça peut être un bon outil pour les
municipalités dans le futur, pour faire en sorte que, lorsqu'il y a de
l'engorgement au niveau de la cour municipale, si on peut avoir une procédure
allégée, une justice sur rendez-vous pour les citoyens, ça va... ça va les
satisfaire, notamment, les citoyens puis ça va enlever de la... comment je
pourrais dire, de la rigidité, supposons, procédurale.
M. Tanguay (Christian) : Bien,
nous, on reçoit ça positivement, M. le ministre. Dans notre mémoire, ce
que nous amenons comme argument, c'est qu'on souhaite... Un, la problématique à
laquelle on voulait répondre, chez nous, c'est plus ou moins existant
actuellement. Les détails qui sont disponibles dans le projet de loi sont
limités. On vous comprend dans le sens que le régime est à créer, est à
établir, mais on est ouverts à collaborer et à analyser les opportunités. Nous
n'avons pas de réserve par rapport à ça.
Le seul élément sur lequel on souhaite
attirer votre attention, c'est sur l'uniformité du système de justice qui est à
la grandeur du Québec, sur lequel on a une préoccupation. Dans la région chez
nous, oui, Gatineau occupe une partie importante du territoire, mais nous avons
des voisins aussi, et on veut s'assurer pour l'ensemble du Québec qu'une
justice municipale se traite de même façon un peu partout sur le territoire et
non pas avec des distinctions. Et là, on fait appel encore là au besoin du
justiciable qui doit se retrouver dans le système de justice, qui doit être en
mesure d'avoir des repères qui sont uniformes, parce que ce n'est pas un
rendez-vous quotidien ou hebdomadaire pour les justiciables de faire affaire
avec la justice. Il faut que ça soit simple à notre point de vue et uniforme.
• (16 h 30) •
M. Jolin-Barrette : Juste
pour bien vous comprendre, là, puis c'est vrai que c'est ma dernière question,
là, quand vous dites ça, M. Tanguay, vous faites référence à quoi,
supposons, à la partie 27? Parce que, tu sais, déjà sur le territoire des
Québécois, il y a certaines cours municipales que, oui, ils traitent des
infractions sommaires en matière criminelle, d'autres non. Est-ce que vous
faites référence à ça ou vous faites référence à autre chose?
M. Tanguay (Christian) : Non.
Je fais référence à des régimes qui pourraient être différents, à titre
d'exemple à la Ville de Gatineau et à la MRC des Collines, etc., où il n'y
aurait pas les mêmes types de modes de fonctionnement pour obtenir des
jugements en lien avec différentes infractions.
M. Jolin-Barrette : OK.
Je vous remercie beaucoup pour votre passage en commission parlementaire.
Le Président (M. Bachand) :Merci, M. le ministre. M. le député de Saint-Jean pour
3 min 50 s, s'il vous <plaît...
>
16 h 30 (version révisée)
<17859
Le Président (M. Bachand) :
...M. le député de Saint-Jean, pour 3 min 50 s, s'il
vous >plaît.
M. Lemieux : Merci beaucoup, M.
le Président. Justement, M. Tanguay, c'est là-dessus que j'allais rebondir
dans votre témoignage, parce que... là où on était rendus avec la sous-question
du ministre, parce que, vous le dites, vous l'écrivez, vous êtes positifs. En
fait, Montréal aussi avant vous était positif. On peut dire que c'est bien reçu
et que les villes ont hâte de travailler avec ça, mais, dans votre cas, j'ai...
Ma question, avant de vous entendre jusqu'à la fin, tantôt, c'était :
Comment vous voyez ça, un juge municipal en chef, vu de Gatineau? Je comprends
maintenant que vous le voyez aussi très positivement, c'est ça?
M. Tanguay (Christian) : Bien,
écoutez, on n'a pas émis de commentaire sur l'organisation des tribunaux. On
croit que le législateur est mieux placé que nous pour émettre des commentaires
sur l'organisation des tribunaux. Ce qui est notre priorité, ce qui est notre
préoccupation la plus importante, c'est le service aux citoyens. Le...
M. Lemieux : Oui. Oui, mais,
au regard de ce que vous venez de dire, avec le voisin de la MRC puis l'autre,
un juge en chef... un juge municipal en chef, ça vient un peu vous rassurer, j'imagine,
là.
M. Tanguay (Christian) : Absolument.
Désolé. Moi, je... désolé, j'avais mal compris votre question. Donc, oui,
absolument, c'est rassurant d'avoir une uniformité sur un territoire, sur une
région administrative de coordination, d'une certaine façon. Donc, oui, on peut
être affirmatifs à votre question.
M. Lemieux : Parce que, si j'ai
bien compris, il va y avoir un juge coordonnateur régional pour quatre régions
et un juge municipal en chef. Alors là, vous avez un autre étage où vraiment
trouver la référence que vous vouliez pour avoir la même justice municipale
partout au Québec.
M. Tanguay (Christian) : Absolument.
C'est une façon de le voir.
M. Lemieux : C'est comme ça
que je l'ai vu, moi, bon, et justement, d'une... d'une ville à l'autre, tout le
monde a beau être positif, il y a des différences. Je n'ai pas pu poser la
question à Montréal, parce qu'ils font déjà tout, eux autres, c'est Montréal, c'est
l'autre moitié du Québec, là. Grand régionaliste que je suis, je dis souvent :
C'est juste l'autre moitié du Québec, mais ça reste la moitié. Vous, votre cour
municipale, est-ce que vous avez de l'ambition pour elle? Est-ce que vous
voudriez que des infractions statutaires... que d'autres causes soient
entendues? Est-ce que... est-ce que vous voyez ce qu'on est en train de faire
avec le p.l. n° 40 comme le début d'un temps nouveau, mais d'aventures
nouvelles aussi?
M. Tanguay (Christian) : Absolument.
On vous réfèrera, M. le député, à notre recommandation n° 5, dans notre
mémoire, dans lequel nous saluons l'ajout de nouvelles compétences au tribunal
des... pardonnez-moi, aux cours municipales, mais on soumet aussi, par la même
occasion, que nous avons une expertise particulière en matière pénale et que
nous pourrions agir comme tribunal compétent pour d'autres types d'infractions
statutaires, comme ce fut proposé par d'autres groupes, incluant l'Association
des greffiers, là, de mémoire, si je ne fais pas erreur. On prend les exemples
des infractions détectées par radar photo ou encore les infractions sur les
routes numérotées sur le territoire de Gatineau.
M. Lemieux : Radars photo, ça
vous tente beaucoup, ça, hein?
M. Tanguay (Christian) : Bien,
il y a déjà des radars photo qui sont de juridiction du ministère des
Transports sur notre territoire. Donc, on pourra juger, à ce moment-là, par...
la cour municipale pourra entendre ces causes.
M. Lemieux : D'accord. Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de Westmount—Saint-Louis
pour 11 min 26 s, s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, M. Tanguay, Me Gaudreault et Me Havard,
c'est un plaisir de vous avoir avec nous aujourd'hui.
J'aurais quelques questions. Je prends un
peu la balle au bond des questions que vous avez eues de mes collègues du
gouvernement en ce qui concerne les sanctions administratives pécuniaires. Je
ne sais pas si vous avez eu l'occasion de parler peut-être avec le Barreau du
Québec, mais ils ont quand même fait des recommandations un peu en lien avec
des recommandations que vous avez soulevées.
Alors, je voulais avoir votre avis, parce
que vous, dans votre mémoire, vous avez dit que vous... recommande qu'on se...
qu'il soit ajouté des précisions complémentaires en ce qui concerne le SAP. Que
souhaitez-vous voir? Parce que ce que nous avons, dans le mémoire que nous
avons reçu du Barreau, eux, ils suggèrent que c'est le législateur et non le
gouvernement qui devrait encadrer cette portion. Alors, comment voyez-vous ça?
Qu'aimeriez-vous voir à l'intérieur de ce projet de loi si c'est vous qui étiez
en mesure de l'écrire en noir et blanc, les modifications à avoir?
Mme Gaudreault (Annie) : Il
faudrait assurément qu'on puisse bien comprendre dans quels domaines de droit
on reste ou on évolue. Actuellement, ce qu'on comprend, puis c'est notre
compréhension, là, on est dans le domaine... actuellement, on fonctionne avec
le droit pénal. Alors, nos mécanismes, nos modes de fonctionnement, nos
systèmes informatiques aussi sont assez puissants au niveau de l'émission du
constat, au niveau du suivi qui est apporté au constat <ensuite...
Mme Gaudreault (Annie) :
...puissants
au niveau de l'émission du constat, au niveau du suivi qui est apporté au
constat >ensuite à la cour municipale et aussi au mode de perception. Si
on bascule dans un régime qui est davantage du droit civil, on imagine, là, on
est dans l'hypothétique, qu'on remplace le constat par une facture, ou un avis,
ou quelque chose du genre. Bien, on comprend que ça sort du giron de la cour
municipale. Et là notre préoccupation aussi, comme municipalité, c'est de se
dire : Bien, qui seront les personnes qui vont traiter ces infractions-là?
On comprend qu'il y aura un décideur, un
réviseur municipal, qu'ils vont être nommés par le gouvernement, qui assurera
la rémunération de ces gens-là, quelles seront leurs fonctions principales, mais
on veut aussi savoir tout le domaine de la perception de ces infractions-là.
Alors là, ce ne sera nécessairement pas à la cour, qui, elle, agit dans... dans
le giron du droit pénal, mais est-ce que ce sera notre service des finances qui
devra donc assurer le paiement ou la perception de ces factures-là, alors, de
ce nouveau mode de ces sanctions pécuniaires? Est-ce qu'on aura besoin d'avoir
un nouveau système informatique pour sortir vraiment du cadre qu'on a
actuellement et avoir un cadre différent?
C'est certain qu'on a vu des initiatives
intéressantes. On a vu, bon, les travaux qui se font notamment, là, avec un
système de gestion de litige des règlements en ligne, ça peut être ça, mais
actuellement, si on nous demandait de dire est-ce que c'est une bonne
chose, quels sont les investissements que la ville va avoir à faire si on
bascule de ce côté-là, on n'a pas assez d'informations pour être capables de se
faire une tête puis d'avoir les bons paramètres pour faire une étude, là,
complète, sur la question.
Mme Maccarone : Avez-vous des
inquiétudes en termes de... Il y a-tu des choses que nous devons éviter si,
mettons, c'est quelque chose que nous pouvons encadrer dans la loi? Souvent, un
règlement, vous serez consultés, on a 45 jours, mais est-ce qu'on a des
pistes que nous devons éviter en ce qui concerne cette détermination de comment
ça va fonctionner?
M. Tanguay (Christian) : Écoutez,
les... À notre point de vue, il n'y a que des risques potentiels, mais on n'a
pas de précision pour venir déterminer est-ce que c'est un risque important ou
non important. Vous faisiez référence, tout à l'heure, à la recommandation du
Barreau à l'effet que ça devrait être le législateur. Il est indiscutable
qu'une disposition du législateur est toujours préférable, est toujours à
privilégier, à notre point de vue, surtout quand on fait un cadre de référence
qui va se décliner ultérieurement. Il ne peut pas être mauvais de procéder, non
plus, comme M. le ministre le propose dans son projet de loi, toutefois ça
présente un lot d'incertitudes ou encore de préoccupations. Et c'est ce qui
ressort de notre mémoire à l'effet que nous n'avons pas, actuellement,
suffisamment de détails pour être capables de se prononcer. Cela étant, il ne
faut pas entendre ces réserves comme étant une... un désaveu de l'initiative du
ministre, c'est plutôt un appétit pour nous permettre de bien comprendre le
pourtour qui guidera les prochaines années de la justice administrative.
Mme Maccarone : Inquiétez-vous
pas, ce n'est pas des questions pièges, c'est juste pour mieux comprendre votre
point de vue. Comme, par exemple, une prochaine question pour moi, ce
serait : Selon vous, qui devrait être les personnes chargées d'entendre
les contestations, par exemple? Est-ce qu'il y a des qualifications, selon
vous, qu'on devrait... être des critères de base?
• (16 h 40) •
M. Tanguay (Christian) : Bien,
écoutez, notre mémoire nous propose déjà une voie qui est intéressante, à notre
point de vue, c'est-à-dire de faire appel au juge de paix fonctionnaire qui
pourrait... qui existe déjà. M. le ministre faisait référence, tout à l'heure,
aux préoccupations formulées par vos collègues de la ville de Montréal au
niveau de l'indépendance, potentiellement, parce qu'il faisait partie de
l'administration. Il y a assurément moyen de renforcer l'indépendance à ce
niveau-là. Nous, on est ouverts à l'évaluer. Bien, en termes de compétence, il
nous apparaît indiscutable qu'une compétence et une connaissance en droit est
incontournable, même requise. Ce serait minimalement, là, la... cet élément-là
qu'on vous soumettrait, puisqu'on parle de droits des citoyens, qui sont...
qu'il faut protéger, qu'il faut qu'ils soient lus et interprétés de façon
juste, et on croit que les compétences juridiques seront pertinentes.
Mme Maccarone : Puis je
présume aussi un droit à l'appel si le citoyen n'est pas en accord avec la
décision. Comment voyez-vous ce processus à l'intérieur de ce nouveau régime?
M. Tanguay (Christian) : ...oui,
le droit à l'appel est incontournable. C'est une très bonne suggestion que vous
nous soumettez. Le processus...
Mme Gaudreault (Annie) : Oui,
j'ai compris qu'il y avait un décideur, hein, au municipal, et un réviseur,
alors il y a déjà deux <étapes...
Mme Gaudreault (Annie) :
...réviseur, alors il y a déjà deux >étapes.
Il n'y a rien qui empêcherait ensuite que ça puisse aussi être soumis
ultimement à un autre palier. L'important, c'est que le citoyen puisse être
assuré d'avoir été entendu, d'avoir été compris et de comprendre, évidemment,
la décision qui va être émise puis la possibilité, comme dans tout système, là,
d'en appeler.
Mme Maccarone : Puis
l'avez-vous chiffré? Parce que, dans
plusieurs mémoires que nous avons reçus des villes
qui viennent témoigner en consultation ici, évidemment, c'est une préoccupation
qui est soulevée par plusieurs villes. Parce que ce qu'on peut constater, c'est
que c'est un projet de loi... malgré que, oui, c'est bien reçu, parce que je
comprends, vous, votre orientation, c'est l'accès à la justice, c'est de
réduire le temps d'attente, qui est très louable, mais il y a quand même
plusieurs villes qui ont soulevé la préoccupation qu'il y a des coûts qui vont
être engendrés avec ceci. Bien, malheureusement, ce qu'on comprend, c'est qu'il
y a zéro rapport d'impact, une analyse d'impact qui a été faite auparavant,
avant le dépôt de ce projet de loi, pour analyser ça va être quoi, l'impact sur
les villes. Quelles sont vos préoccupations? Puis avez-vous une idée des coûts
que vous pourriez engendrer avec ce changement?
M. Tanguay (Christian) :
...Gaudreault.
Mme Gaudreault (Annie) : Bien,
effectivement, le premier coût, ce sera le coût pour transformer le système
informatique, assurément, qui gère ces infractions-là. C'est... Il y a une
partie des fonctions qui basculent vers le système des finances. Bien, ce sera
assurément une charge supplémentaire pour nos collègues des finances. Quand je
vous disais, tout à l'heure, qu'il nous manque un peu de paramètres pour bien
évaluer ça, c'est ça à quoi on fait référence. Et je vous soumets aussi que
faire ces changements là, dans un délai qui est peut-être de six mois, là, si
on souhaite une entrée en vigueur en juillet, bien, ce sera quand même assez
serré. Alors, il faudra le considérer.
Actuellement, pour nous, c'est indiqué
dans notre mémoire, c'est à peu près 840 dossiers, là, sur une vingtaine
de séances. Ça, on sait comment ça coûte. Ça, on est capables d'identifier le
coût de gestion de ces infractions-là dans... parce qu'on a déjà nos coûts de
système... aussi, bon, des procureurs qui peuvent être associés. Dans le
nouveau système, une fois qu'on saura les paramètres, ce à quoi on doit... on
doit faire face, là, on pourra identifier le coût potentiel des changements qui
sont apportés.
Mme Maccarone : OK. Pour
votre recommandation n° 5, où vous parlez de... «la ville de Gatineau
recommande d'évaluer la possibilité que la cour municipale puisse agir comme
tribunal compétent pour d'autres infractions statutaires», pourriez-vous expliquer
un peu votre vision, puis comment vous voyez ça à l'oeuvre, puis comment ça
peut aider vos citoyens, réduire les temps d'attente, l'accès à la justice, par
exemple?
Mme Gaudreault (Annie) : Bien,
on considère que le droit pénal, la gestion des infractions statutaires, c'est
vraiment notre marque de commerce dans les cours municipales. On agit très
bien, on n'a pas de délais. Les infractions, on a un très bon système qui gère
ça, on a le personnel qui est là. Alors, pour le citoyen, quand on se met dans
sa perspective, souvent, il va déjà venir à la cour municipale, même quand il y
a une infraction qui est... qui est peut-être plus... où il pourrait... il devrait
s'adresser au palais. Alors, on considère que c'est déjà quelque chose qui est
bien établi, où on a des bons délais, des façons de faire qui sont rodées.
Alors, toutes les infractions statutaires pourraient être entendues à la cour
municipale, puis aussi dans un souci d'efficacité de la justice provinciale
également.
Mme Maccarone : OK. Une
dernière question pour vous, parce que je sais que le temps file, mais vous
avez fait référence puis... je crois, à l'article 192, qui... qui est
soulevé souvent en commission actuellement. Le ministre lui-même soulève les
préoccupations, qu'autres personnes ont quand même mentionnées, en ce qui
concerne l'impact sur l'indépendance de la magistrature. Parce que le libellé,
dans l'article en question, on parle directement des objectifs de performance
et aux besoins des municipalités. Puis vous, vous avez parlé quand même de les
besoins de vos citoyens puis de clientèles.
Est-ce que vous prévoyez ou est-ce que
vous avez une recommandation pour nous de peut-être une modification à un
amendement que nous pourrions faire, en ce qui concerne cet article, pour mieux
rejoindre ce que le ministre souhaite accomplir qui... que je comprends, on
souhaite avoir une indépendance. Tout le monde est en accord, mais, peut-être
sur le libellé, la façon que c'est écrit, qui rejoint mal le besoin du terrain,
les gens qui sont en train...
Le Président (M.
Bachand) :En dedans de 20,
30 secondes, s'il vous plaît. Merci.
Mme Maccarone : Voilà.
M. Tanguay (Christian) : Alors,
si vous permettez, la recommandation, nous l'avons nommée. C'est vraiment un
ajustement pour mettre le focus sur l'angle citoyen plutôt que l'angle
municipal. On croit qu'en créant cette... ce changement de vue là on arrivera à
<assurer...
M. Tanguay (Christian) :
...municipal.
On croit qu'en créant cette... ce changement de vue là on arrivera à >assurer
une sécurité plus grande.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup.
Mme Maccarone : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Jean-Talon,
pour 2 min 12 s, s'il vous plaît.
M. Paradis : Bonjour à vous
trois. Merci de votre présence. Justement, continuons là-dessus, vous faites
une suggestion intéressante quant à l'article 192, qui, je pense, va être
un de ceux qui va être sous la sellette dans ce projet de loi. En quoi tenir
compte des besoins de la clientèle, qui sont les personnes qui sont appelées à
être jugées, serait plus respectueux de l'indépendance de la cour? Et comment
mesurer ces besoins de cette clientèle si ce n'est pas à travers ses
représentants démocratiquement élus de la municipalité?
M. Tanguay (Christian) : Bien,
la séparation... Merci pour votre question. La séparation des pouvoirs nous
apparaît incontournable. On croit, à notre avis, que, dès qu'on s'en va avec un
angle citoyen, on couvre l'ensemble des préoccupations qui peuvent interpeler
notre vie démocratique. C'est-à-dire que notre citoyen a un... a des attentes
d'être entendu rapidement, a des attentes d'être entendu de façon impartiale,
avec compétence, que le droit soit rendu de bonne façon, en conformité avec le Code
de déontologie de la magistrature. Donc, les besoins du citoyen, c'est le
besoin de la société, à notre point de vue, plutôt que le besoin de la
municipalité, qui pourrait être interprété par certaines personnes comme étant
d'impératif financier, alors que ce n'est pas le cas. L'angle de la justice
doit se concentrer sur le service aux citoyens. C'est notre prétention, c'est
ce qui nous motive et c'est la raison pour laquelle aujourd'hui on est devant
vous pour militer en faveur du service de qualité pour les citoyens.
M. Paradis : Et donc comment
on pourrait mesurer les besoins de ces citoyens? Donc, comment on les fait
parvenir et comment la cour en tient compte?
M. Tanguay (Christian) : La
cour en tient compte en respectant les délais, en offrant des séances de cour
selon des plages de temps qui sont l'année durant, avec des variétés, que ce
soit de jour, de soir, en ayant de la... en tenant compte des disponibilités
des différentes parties, incluant les poursuivants, etc. C'est un peu ce qu'on
énonçait au départ, M. le député.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Sur ce, je
tiens à vous remercier d'avoir participé aux travaux de la commission. Ça a été
très intéressant.
Et je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir nos prochains invités. Merci beaucoup et à bientôt. Au
revoir.
(Suspension de la séance à 16 h 49)
(Reprise à 16 h 50)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Alors, il nous fait plaisir d'accueillir
Me Jean-François Benoit, représentant au conseil général de l'Association
québécoise des avocats et avocates de la défense. Alors, Me Benoit, merci
beaucoup d'être avec nous. Alors, je vous laisse débuter votre exposé, et après
ça on aura une période d'échange avec les membres de la commission. Merci
d'être avec nous cet après-midi.
Association québécoise des avocats et avocates de
la défense (AQAAD)
M. Benoit (Jean-François) : Parfait.
Merci. M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, je me
présente, Me Jean-François Benoit. Je suis avocat de la défense, responsable du
comité de projets de loi au sein de l'Association québécoise des avocats et
avocates de la défense du Québec, soit l'AQAAD. Je suis... je devais être
initialement accompagné par Me Boulet, la présidente, mais, pour des raisons
familiales, elle a dû s'absenter. Elle vous salue, d'ailleurs.
L'AQAAD a été fondée le 18 août 1995
et représente plus de 600 avocates, avocats oeuvrant en droit criminel et
pénal partout au Québec. Sa mission consiste à défendre les intérêts de ses
membres, promouvoir les moyens d'action propres à assurer l'intérêt de ses
membres, favoriser et soutenir la formation professionnelle de ses membres et
défendre les libertés individuelles ainsi que les droits fondamentaux des
justiciables. La mission de défendre les droits et libertés des justiciables a
amené l'AQAAD à agir à plusieurs reprises comme intervenant dans les <dossiers...
M. Benoit
(Jean-François) :
...agir à plusieurs reprises comme
intervenant dans les >dossiers devant la Cour d'appel du Québec, ainsi
que devant la Cour suprême. Les membres de l'AQAAD représentent des milliers de
justiciables devant les tribunaux du Québec, notamment devant les cours
municipales. Comme ils agissent en défense, leur expérience se rapproche de
celle du justiciable devant celle des cours.
L'AQAAD remercie la Commission des
institutions pour cette invitation. Lors de l'intervention, l'AQAAD soulignera
les avancées les plus importantes du projet de loi. Elle fera des propositions
d'amendements et elle soulignera certaines des inquiétudes que soulève le
projet de loi.
D'entrée de jeu, l'AQAAD reconnaît que la
réforme des cours municipales proposée permet des avancées importantes pour les
justiciables. Nous croyons utile de souligner celles que nous trouvons les plus
importantes.
La fin du régime des juges municipaux
rémunérés à la séance. Ce régime porte atteinte à l'indépendance judiciaire
comme il ne permet pas d'assurer la sécurité financière des juges soumis à ce
régime. En abolissant ce régime et en uniformisant la rémunération des juges
municipaux, le projet de loi renforcit, sur cet aspect, l'indépendance
judiciaire et contribue à maintenir la confiance du public dans le pouvoir
judiciaire. Nous saluons cette proposition.
Également, le projet de loi propose que
chaque juge municipal exerce une compétence sur tout le territoire du Québec et
pour l'ensemble des compétences d'une cour municipale, et ce, quelle que soit
la cour municipale à laquelle il est principalement affecté. Cette proposition
est directement en lien avec l'objectif d'efficacité, d'accessibilité et de
performance du système de justice recherché... recherché par le projet de loi.
Elle permettra une plus grande flexibilité dans l'assignation des juges
municipaux devant les différentes cours municipales. Cette flexibilité
permettra de déployer un niveau de service plus équitable sur l'ensemble du
territoire et d'assurer une optimisation des ressources. Ainsi, le pouvoir
judiciaire pourra répondre plus efficacement aux besoins ponctuels d'une région
donnée, comme réduire des délais qui s'accumulent ou encore de procéder plus
facilement à une... à une audition pour laquelle le juge habituellement affecté
à la cour municipale est en conflit d'intérêts. Cette flexibilité bénéficie
directement aux justiciables, et elle est souhaitable.
Dans la même lignée, la mise en place des
régions de... coordination, pardon, permettra une vision plus globale des
besoins sur l'ensemble du territoire et un meilleur déploiement des ressources
judiciaires. Cependant, le... le libellé du premier point de l'article 195
projeté impose une limite indue, selon nous, à la capacité d'assignation du
juge coordonnateur lorsqu'un seul juge est affecté à une cour municipale. Il en
est de même pour l'article 30 projeté du Règlement des cours municipales.
Nous croyons que le juge coordonnateur doit bénéficier de la plus grande
latitude possible lors de la distribution des causes et la fixation des séances
afin qu'il puisse rencontrer les impératifs d'une bonne administration de la
justice, maximiser les périodes durant lesquelles les cours municipales siègent
et tenir compte d'une gestion efficace des fonds publics, comme le veut
l'article projeté 195. Ainsi, nous proposons de rayer les mots «lorsque
plus d'un juge municipal est affecté à la cour municipale» à
l'article 195.1, premier point. Nous proposons de modifier en conséquence
les deux premiers alinéas du... de l'article 30 du Règlement des cours
municipales pour n'en former qu'un seul qui se lirait : «Les séances de la
cour sont fixées par le juge coordonnateur.»
Également, le projet... comme mentionné
plus tôt, certains aspects du projet de loi soulèvent des inquiétudes. L'AQAAD
doute qu'il soit judicieux que le juge en chef et les juges coordonnateurs
cumulent leurs tâches administratives et celles de juge puîné. Il y a
89 cours municipales et 73 juges qui fournissent leurs services à
916 municipalités, à une population de plus de 7 millions de
personnes. Il nous semble irréaliste que le juge municipal en chef et que le
juge... et que les juges coordonnateurs cumulent leurs fonctions et la charge
de juge puîné. Nous recommandons donc de modifier l'article 191, quatrième
paragraphe, pour y rayer les mots «qui doit» et les remplacer par «et peut», de
sorte qu'il se lise : «La charge du juge municipal en chef s'ajoute à la
charge de juge puîné [et peut] continuer de siéger à la cour municipale à
laquelle il est affecté ou à laquelle il s'assigne.» Également, à
l'article 195 qui réfère au juge... coordonnateur, il faudrait rayer les
juges... les mots «réguliers» et également substituer «qui doit» par «et peut».
Également, par <rapport...
M. Benoit (Jean-François) :
...Également,
par >rapport aux rapports d'activité qui doivent être transmis, nous
sommes d'accord avec l'idée qu'une saine administration des ressources demande
la collecte et l'analyse de données pertinentes à la prise de décision des
décideurs. Or, l'article 96 projeté du projet de loi prévoit que les juges
coordonnateurs transmettent au juge municipal en chef un rapport d'activité et
que ce dernier doit le transmettre sans délai au ministre de la Justice. Le
projet de loi prévoit que le rapport doit contenir le nom du juge municipal qui
a présidé chaque séance. Cette donnée nous semble pertinente pour les juges
coordonnateurs, qui ont comme fonction de voir à la distribution des causes, et
à la fixation des séances, et d'assigner des juges... les juges municipaux.
Cette donnée nous semble également pertinente pour le juge en chef, qui a comme
fonction de coordonner, de répartir et de surveiller le travail des juges dans
un souci d'efficacité et d'assiduité de la justice. Cependant, nous ne sommes
pas en mesure d'identifier en quoi cette donnée est pertinente pour le ministre
de la Justice. Avec tout respect, cette exigence porte atteinte à la nécessaire
indépendance judiciaire, puisque... puisqu'elle peut faire en sorte que le juge
municipal se sente redevable envers le pouvoir exécutif de l'État, qui
surveille sa prestation de services, alors que cette fonction est dévolue au
pouvoir judiciaire. Donc, nous recommandons de retirer l'exigence que le
rapport d'activité transmis par le juge municipal en chef au ministre de la
Justice comprenne notamment le nom du juge municipal qui a présidé chaque
séance.
Également, l'article 92, deuxième
alinéa, premier point du projet de loi, prévoit que les juges doivent répondre
aux objectifs de performance et aux besoins des municipalités. Nous sommes
d'opinion que ces deux éléments sont susceptibles de porter atteinte à
l'indépendance de la cour et de ses juges. Le rôle des juges est de maintenir
la confiance du public dans l'administration de la justice et de rendre justice
conformément à la loi et à la preuve. Le rôle des juges n'est pas de répondre
aux besoins des municipalités, qui agissent, en plus, à titre de poursuivants
devant les cours municipales. Les assujettir aux besoins des municipalités mine
complètement leur indépendance et leur impartialité. D'ailleurs, la formulation
permet une interprétation large qui inclut également la rentabilité des cours
municipales. Nous devons préserver l'indépendance des juges municipals... du
juge municipal envers la... envers la municipalité.
Certains intervenants ont proposé de
remplacer le mot «municipalité» par «cour municipale». Nous sommes d'opinion
que cela ne règle pas entièrement le problème, puisque le juge sert la cour à
laquelle il est affecté, il ne répond pas à ses besoins. C'est le juge
municipal en chef qui coordonne, répartit et surveille le travail des juges,
dans un souci d'efficacité et d'assiduité de la justice, et ce sont les juges
coordonnateurs qui voient à la distribution des causes et à la fixation des
séances, en tenant compte des impératifs d'une bonne administration de la
justice et de la gestion efficace des fonds. Il est évident que cela se fait de
concert avec les greffes des cours municipales, qui connaissent les besoins en
matière d'audience, mais la décision doit être celle du pouvoir judiciaire.
• (17 heures) •
Également, toute saine gestion demande
l'optimisation des ressources disponibles. Il est concevable de mesurer
certains aspects du système de justice d'un point de vue macro : les
délais, la durée des séances, le nombre de dossiers entendus, le nombre moyen de
remises, le nombre de témoins entendus. Ces données permettent une meilleure
planification et allocation des ressources. Il y a cependant un risque à
apposer un indicateur de performance à la prestation d'un juge. Un système de
justice permet de régler les différends entre justiciables ou entre l'État et
les justiciables. Il permet de maintenir la paix sociale, et de contrôler le
pouvoir de l'État, et d'assurer le respect des lois. L'indicateur premier de
performance d'un système de justice est sa capacité à rendre justice. Cela
inclut notamment sa capacité de le faire dans un délai raisonnable. Le
justiciable doit avoir été et avoir l'impression d'avoir été entendu, et que
l'attention requise a été portée à sa cause. Il est très inquiétant
d'introduire des objectifs de performance du point de vue micro, soit de la
prestation du juge. Donc, nous recommandons de retirer les mots «répondre aux
objectifs de performance et aux besoins des municipalités» au deuxième alinéa
de l'article 192.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. Benoit. Le temps
passe rapidement. On va débuter la période d'échange. Merci beaucoup, Me Benoit.
M. Benoit (Jean-François) : Oui,
parfait.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bonjour, Me Benoit, pour l'association des avocats et des avocates de la <défense...
>
17 h (version révisée)
<15359
M.
Jolin-Barrette :
...et des avocates de la >défense.
Merci d'être présents en commission parlementaire. J'ai quelques questions
avant de céder la parole à mes collègues.
Dans un premier temps, Me Benoit,
vous dites : Bon, il y a un risque pour l'indépendance judiciaire. Je vous
poserais la question suivante. Vous savez, une des responsabilités que j'ai
comme ministre de la Justice, c'est de m'assurer du bon fonctionnement du
système de justice, de s'assurer que les causes puissent être entendues dans
des délais raisonnables, que les ressources dans le système de justice soient
là, sauf qu'on est dans un système, et je le soutiens, et j'en suis, où ce n'est
pas le ministre qui vérifie le nombre de dossiers entendus. Ce n'est pas le
ministre qui fixe le rôle. Ce n'est pas le ministre qui fixe les séances de la
cour. Ce n'est pas le ministre qui dit combien de dossiers vont être entendus.
Ce n'est pas le ministre qui dit ça va prendre combien de temps à rendre le
jugement. Ce n'est pas le ministre qui dit combien de témoins vont être
entendus.
Mais ma responsabilité, c'est quand même
que le système de justice fonctionne, puis c'est correct comme ça, que ça ne
soit pas le ministre qui détermine combien il y a de témoins, combien qu'il y a
de dossiers, les horaires de la cour, tout ça. La cour est indépendante, bien,
puis j'apporterais un bémol, par contre, parce que, vous savez, dans les cours
municipales, ça siège le soir puis la fin de semaine, puis ça, c'est au
bénéfice des justiciables. Peut-être qu'il y a des tribunaux supérieurs aussi
qui devraient siéger, pour le bénéfice des citoyens, le soir et la fin de
semaine, mais le ministre ne peut pas imposer ça, mais, voyez-vous, ça, c'est
un service. Lorsqu'on s'oriente vers les justiciables, quand les gens
travaillent, la justice, c'est un service public, et les gens ont le droit d'accéder
à la justice, mais on devrait faire preuve de flexibilité.
Alors, c'est un peu ça qu'on essaie de
faire ici, à la Commission des institutions, orienter le système de justice
vers les citoyens, puis un des éléments fondamentaux pour que les gens croient
à la justice, adhèrent à la justice, c'est le sentiment de confiance dans le
système de justice. Lorsqu'on se retrouve avec des délais extrêmement longs,
puis que le ministre dit : Bien, écoutez, oui, on rajoute des ressources,
mais qu'il n'y a aucune obligation de performance, non pas une performance que
le ministre évalue, la performance des gens, mais qu'un membre de la
magistrature, qui est le juge municipal en chef, lui, regarde la performance de
ses juges, regarde l'efficacité vers le citoyen, moi, je suis dans cette
logique-là. Ce n'est pas le ministre, là, qui va dire : Écoutez,
travaillez tel jour, tel jour, tel jour. Cependant, il faut faire en sorte de
donner les outils au juge municipal en chef pour s'assurer que les citoyens
sont entendus, pour s'assurer que, dans une organisation... Parce que, vous
savez, quand vous êtes juge en chef, là, vous êtes un peu un administrateur
public, là. Oui, vous êtes juge, sauf que vous avez un rôle de gestion qui vous
est confié, avec vos confrères, puis c'est vous, le patron.
Bien entendu, le juge municipal en chef ne
dit pas quoi écrire aux juges dans leurs jugements parce qu'il y a une
indépendance individuelle de la magistrature. Il y a effectivement aussi une
indépendance institutionnelle. Elle est respectée. Mais comment faisons-nous,
comme État, comme gouvernement, pour faire en sorte que le système de justice
soit plus efficace et comment faisons-nous pour dire aux membres de la
magistrature, sur l'organisation du travail : Écoutez, il faut prendre en
considération que les citoyens, là, eux, ils veulent être entendus, il faut qu'il
y ait de la disponibilité?
Sur la question du rapport, là, qui est
transmis, là, vous dites : Bien, écoutez, si c'est transmis au ministre,
ça se peut que ce soit perçu comme étant une ingérence de l'exécutif. Écoutez,
moi, je n'ai pas de problème, ce rapport-là pourrait être rendu...
M. Benoit (Jean-François) : Si
vous me permettez...
M. Jolin-Barrette : Ce
rapport pourrait être, là, rendu public. Est-ce que vous êtes d'accord qu'on
pourrait le mettre sur le site Internet des cours municipales?
M. Benoit (Jean-François) : Ce
que j'ai mentionné... Si vous me permettez, M. le ministre, qu'est-ce que j'ai
dit, je ne me suis pas opposé à ce qu'il y ait une transmission de rapport ni d'information.
Ce qu'on s'oppose, c'est que le nom du juge siégeant soit sur le rapport qui
vous est transmis, parce que je ne comprends pas en quoi cette donnée-là est
utile au ministre de la Justice pour s'assurer que la justice, le système de
justice fonctionne rondement. C'est ça, le point.
M. Jolin-Barrette : Si on
enlève le nom, vous êtes d'accord avec ça, que les données...
M. Benoit (Jean-François) : Je
pense que la... Bien, écoutez, à moins que le ministre est capable de justifier
en quoi le nom du juge siégeant est pertinent pour lui, en l'absence d'explication,
je pense que cet élément-là ne devrait pas s'y retrouver. Il porte atteinte à l'indépendance
judiciaire. Si on fait abstraction de cette donnée-là, mon commentaire ne s'applique
pas.
M. Jolin-Barrette : OK,
excellent. Bon, bien, on avance, puis il n'y a pas d'enjeu que le ministre ait
le rapport si le nom du juge n'est pas là?
M. Benoit (Jean-François) : Non.
M. Jolin-Barrette : OK, excellent.
Sur la question de la performance puis les <besoins...
M. Jolin-Barrette :
...la
performance puis les >besoins des municipalités, bon, on a eu... il y a
des gens qui disent : Le fait qu'on inscrive «besoins des municipalités»,
c'est problématique, il y en a d'autres qui disent que ça ne l'est pas. Il y en
a qui nous ont suggéré «besoins des justiciables», «besoins des cours
municipales». Où vous êtes là-dessus?
M. Benoit (Jean-François) : Bien,
écoutez, ceux qui vous ont suggéré que ce n'était pas problématique, c'est des
gens de l'Union des municipalités du Québec puis de la fédération des
municipalités du Québec, qui, eux, administrent les cours municipales et ont un
certain souci de rentabilité de ces cours municipales là. Donc, pour moi, il
faut faire attention à ça. Le juge ne doit pas être tributaire des besoins
d'une cour, ou d'une administration, ou d'un exécutif quelconque. Pour moi,
c'est une évidence, et tout lien, ou tout rattachement, ou toute subordination
du juge à la... aux besoins d'une municipalité, qui est l'exécutif, sous une
certaine forme, est problématique.
M. Jolin-Barrette : Je vous
pose la question parce que, là, on parle de cours municipales, OK? Je ne pense
pas que les cours municipales sont subordonnées à l'administration municipale
parce que toutes les cours municipales, elles ont leur indépendance. Elles ont
un greffier qui est séparé. Puis ce n'est pas les élus qui viennent dire à la
cour municipale comment faire, mais, si une municipalité... Prenons l'exemple
de Gatineau, tantôt, là, Gatineau... puis je pense que vous connaissez bien...
vous pratiquez en Outaouais, là, Gatineau nous dit : Écoutez, on n'a pas
de séance de cour 14 semaines par année, durant la période estivale. Un,
c'est problématique...
M. Benoit (Jean-François) : Vous
avez... Votre projet de loi répond à cette problématique-là. C'est le juge
coordonnateur qui fera ça. L'assignation va pouvoir se faire. Le projet de loi
répond à cet impératif-là. Je pense que ça va pouvoir se faire de concert avec
les greffiers, comme c'est prévu dans la réglementation. Donc, vous répondez à
ça, mais la question, c'est «assujettir aux besoins des municipalités», il est
là, le problème, c'est ce qui est écrit dans le projet de loi.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
vous ne pensez pas que la municipalité, là, quand ses citoyens viennent la voir
pour dire : Écoutez, nous, on veut être entendus, j'ai un constat
d'infraction ou j'ai une infraction de nature pénale ou criminelle, puis la
cour ne siège pas pendant x nombre de mois, ça rallonge les délais? Ça fait en
sorte aussi que, pour l'administration municipale, là, le fait de ne pas siéger
comme ça, là, ça engendre des coûts supplémentaires pour tous les citoyens. Plutôt
que d'avoir une répartition à l'année longue, si la cour municipale, supposons,
doit faire en sorte... En fait, si l'administration municipale doit faire en
sorte que son procureur est en temps supplémentaire, ses greffiers, le
personnel de l'administration municipale qui vient témoigner également, sont en
frais supplémentaires, en heures supplémentaires, vous ne pensez pas qu'il y a
un enjeu, également, inhérent aux citoyens là-dessus?
Parce qu'il faut être réaliste aussi. L'indépendance
du juge, l'indépendance de la cour municipale est protégée, mais on vit dans
une situation où le système de justice municipal, c'est des municipalités qui
décident d'offrir ce service de proximité là à leurs citoyens, de dire :
Nous, là, on est d'accord, là, on veut que vous puissiez venir devant la cour
municipale le soir, parfois la fin de semaine, on veut offrir ce service de
proximité là avec des programmes alternatifs pour les justiciables, supposons,
en matière d'infractions de nature criminelle, sur la partie 27. Bien, il
y a un coût associé à ça. Il y a un coût, puis ce coût-là, c'est les citoyens
des villes qui les paient. Alors, moi, je vous soumettrais : Si on
rajoutait les besoins des justiciables, mais qu'on laisse les besoins des
municipalités, vous ne trouvez pas qu'on a un juste équilibre là-dessus?
• (17 h 10) •
M. Benoit (Jean-François) : À
mon sens, pourquoi ajouter cela? Je suis convaincu que l'ensemble des juges,
des juges en chef, des juges coordonnateurs ont déjà ce besoin-là en tête. Il
ne faut pas oublier que, dans les... l'article prévoit déjà que le juge doit le
faire, coordonner, répartir, surveiller le travail, dans un souci d'efficacité
et d'assiduité de la justice. Donc, à mon sens, le projet de loi répond déjà à
votre inquiétude que le juge de la cour municipale ne siège pas pendant 14 semaines.
C'est déjà réglé. Ça se fait de concert avec le greffier, qui va évaluer les
besoins d'audiences, pas les besoins économiques de la municipalité, et il y
aura un horaire qui sera fait. Puis la plus grande flexibilité que vous
accordez par votre projet de loi au juge coordonnateur permettra de faire en
sorte que le temps de banc, comme on appelle dans le milieu, sera mieux utilisé
et optimisé dans l'ensemble des cours municipales. Je ne pense pas qu'on a
besoin de nommer cette chose-là parce que cette chose-là semble sous-entendre
que le pouvoir judiciaire est assujetti à quelque chose.
M. Jolin-Barrette : OK, bien,
écoutez, je comprends votre point de vue. Je vais laisser la parole à mes
collègues. Je ferai juste un commentaire, parce que vous présumez que répondre
aux besoins des municipalités, c'est uniquement financier. Vous savez...
M. Benoit (Jean-François) : Pas
uniquement.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
vous avez dit ça. Vous avez dit : Répondre aux besoins <financiers...
M. Benoit (Jean-François) :
...pas
uniquement.
M. Jolin-Barrette :
Oui,
mais vous avez dit ça. Vous avez dit : Répondre aux besoins >financiers
de la municipalité. Je vous soumettrais que l'administration municipale... les
élus municipaux sont élus dans un souci d'offrir des services de proximité aux
citoyens, d'efficacité, et il n'est pas question d'intervenir dans la gestion
de la cour municipale. Ça, il faut garder ça en tête aussi. Si on veut avoir,
là, dans tous les services publics, puis la justice également, c'est un service
public, de l'efficacité, de la performance, que les citoyens puissent pouvoir
obtenir justice, être entendus pour la justice, il va falloir faire des façons
différentes puis se fixer des objectifs, parce qu'une des grosses lacunes du
système de justice, c'est qu'il n'y a pas de données. Il n'y a souvent pas de
reddition de comptes. Il n'y a souvent pas d'efficacité. Il n'y a souvent pas
de transparence.
Alors, je vous laisse là-dessus, mais ça
fait partie de la réflexion, puis je vais céder la parole à mes collègues.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de
Laval-des-Rapides, cinq minutes, s'il vous plaît.
Mme Haytayan : Merci, M. le
Président. Bonjour. Merci de votre présence. Selon vous, quelles fonctions
seraient incompatibles avec celle de procureur municipal?
M. Benoit (Jean-François) : Écoutez,
aujourd'hui, je fais une intervention au nom de l'AQAAD. Ce n'est pas un
élément que nous avons étudié. Je n'émettrai pas un commentaire qui n'engage
que moi, mais je... Donc, ce sera ma réponse sur cette question. Je n'ai pas de
commentaire à faire.
Mme Haytayan : Parfait, OK, merci.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel.
Mme Boivin Roy : Merci, M. le
Président. Alors, Me Benoit, merci pour votre présence et votre présentation
aujourd'hui. J'aimerais vous entendre relativement au régime de sanctions
administratives pécuniaires. Est-ce que vous croyez que c'est une initiative
qui va permettre une meilleure accessibilité à la justice, une meilleure
efficacité également? À Montréal, par exemple, on estime que c'est une mesure
qui permettrait de libérer cinq juges municipaux pour entendre des dossiers
dits plus graves, plus sérieux.
M. Benoit (Jean-François) : Bien,
écoutez, selon moi, je comprends que vous posiez la question parce qu'à mon
sens les sanctions administratives pécuniaires constituent un risque vraiment
important, encore une fois, à l'indépendance judiciaire, parce que, si vous me
permettez de reprendre mes notes, oui, effectivement, cette notion-là existe
déjà dans d'autres lois, mais il s'agit des lois comme la Loi sur la sécurité
des barrages, la Loi sur les permis d'alcool. C'est des lois qui visent à
réglementer des activités plutôt complexes, qui ne touchent pas le quotidien
des citoyens, et l'objectif est de mettre fin à une infraction.
C'est d'ailleurs le premier article qui
est proposé dans ce régime-là par le... dans le projet de loi, qui est «d'inciter
à remédier rapidement à un manquement à une disposition réglementaire ou de
prévenir la répétition d'un tel manquement». Je ne vois pas en quoi la mise en
place d'un SAP va faire en sorte que l'individu va moins faire d'infractions de
stationnement, va moins se retrouver dans un parc en dehors des heures
réglementaires. Il n'y a pas de lien avec ça.
Puis il faut comprendre aussi
qu'habituellement il y a peut-être des fonctions municipales qui se
rattacheraient ou qui seraient plus à même de fonctionner avec ce type de régime
là. Tout ce qui touche la réglementation en matière d'urbanisme, tout ce qui
touche l'environnement ou l'affichage, qui sont, en réalité, des actions
continues dans le temps, et que l'administration municipale pourrait vouloir
mettre un terme, je vous dirais que le SAP pourrait probablement mieux
fonctionner dans ce contexte-là, mais, pour ce qui touche des activités
ponctuelles, en quoi un SAP va faire en sorte qu'il va y avoir... l'individu va
arrêter de se stationner illégalement? Puis ça ne rencontre pas du tout de
l'objectif un de la loi, qui est prévu par son article premier. Est-ce qu'on va
vraiment... Ça, c'est une chose. L'autre chose, qui sont les gens qui vont
entendre les causes? Le projet de loi ne prévoit absolument rien. On prévoit
que tout va se faire par réglementation. On n'a aucun détail là-dessus. Moi, ce
que je trouve qui est important... Parce qu'on a tous droit à une audience
tenue par un juge qui est impartial et une audience publique qui... C'est un
droit qui est couvert par l'article 23 de la charte québécoise.
Le SAP qui est présenté, présentement, on
n'y connaît absolument rien. La seule chose que le ministre dit, c'est,
notamment, une infraction de stationnement illégal. Ce n'est même pas prévu,
ça, dans le projet de loi. Il n'y a rien. Il n'y a aucun type d'infraction. On
n'a aucun détail. On ne connaît pas les conditions salariales, ni la formation,
ni le mode de sélection des personnes qui entendront ces audiences-là. On ne
connaît même pas non plus quels seront leurs liens d'emploi ou de
subordination. Nous n'avons rien. La confiance du public, elle est très
importante.
Le ministre parlait de performance tout à
l'heure, mais il n'y a pas de justice sans indépendance. Ça, c'est un... On ne
peut pas contourner cet élément-là. Pour un souci de performance, on va créer
des audiences... Le projet de loi... Comme je vous dis, il est très <difficile...
M. Benoit (Jean-François) :
...le
projet de loi... Comme je vous dis, il est très >difficile d'émettre des
commentaires très précis ou d'avoir une discussion très précise sur le projet
de loi parce qu'il y a très peu, dans le projet de loi, sur cette question-là.
Le Président (M.
Bachand) :Une minute, Mme la députée.
Mme Boivin Roy : Ça va, Me
Benoit, on vous entend. Merci. Je cède la parole.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Westmount—Saint-Louis, pour 11 min 26 s, s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Bonjour, Me
Benoit. Merci beaucoup pour votre présentation. J'espère que vous allez nous
envoyer une copie de votre discours, si possible, parce que je sais que vous
n'avez probablement pas eu assez de temps pour préparer un mémoire, mais, nous,
ça va nous aider, parce que j'ai aussi compris que vous n'avez pas eu assez de
temps pour terminer vos remarques. Alors, est-ce qu'il y a des éléments que
vous souhaitez soulever, que vous n'avez pas eu la chance d'en discuter ou de
faire valoir...
M. Benoit (Jean-François) : Bien,
la dernière question m'a permis un petit peu de rattraper... Écoutez, je pense
que le SAP... Comme je le disais, il est difficile pour nous de comprendre ce
qu'est le SAP. Puis je tiens à le préciser aussi, dans les lois où ça existe,
comme je le disais tout à l'heure, c'est des activités réglementées qui ne
touchent pas les activités citoyennes, mais il y a des droits d'appel au Tribunal
administratif du Québec. Je n'ai pas vu ça dans le projet de loi du ministre.
Donc, le citoyen se retrouve devant un
superfonctionnaire, si vous me permettez l'expression, qu'on ne connaît pas
vraiment le statut, et ce sera ça, justice rendue. Est-ce qu'ultimement on va
pouvoir utiliser des mécanismes de recouvrement qui vont pouvoir mener à
l'imposition d'une peine d'emprisonnement pour non-paiement à la suite de cette
décision-là? Je pense que ça, c'est une inquiétude majeure. On parle ultimement
d'une privation de liberté. Le projet de loi est muet là-dessus. Donc, est-ce
qu'on pourrait arriver à une condamnation qui mènera à une peine
d'emprisonnement sans aucune garantie juridique? C'est problématique.
Mme Maccarone : Je partage
votre avis, puis vous n'êtes pas seul. Le Barreau du Québec reflète aussi vos
commentaires que vous avez partagés, même qu'eux, ils disent que, dans le fond,
ça devrait être le législateur et non le gouvernement qui met en place, quand
même... qui définisse les notions et les éléments essentiels, centraux de ce
projet de loi en ce qui concerne les sanctions administratives pécuniaires.
Êtes-vous d'accord que ceci devrait être enchâssé dans la loi et non fait par
règlement?
M. Benoit (Jean-François) : Ça
devrait être enchâssé par la loi pour que les députés aient l'opportunité d'en
débattre, dans un premier temps, qu'il y ait une loi, qu'on puisse s'assurer
que cette loi-là est légale. De le faire par règlement et de modifier ça par
règlement, par avis dans la Gazette, je trouve ça totalement
inacceptable, parce qu'on va chercher quelque chose qui est fondamental, là,
dans notre système de justice, et je crois que c'est une... que c'est inacceptable
totalement.
Mme Maccarone : Puis quels
sont les critères, selon vous, pour les personnes qui devront être chargées
d'entendre les contestations? Vous avez soulevé un élément très important, le
droit d'appel, mais, par exemple, les exigences de nomination, est-ce que vous
avez des recommandations pour nous?
M. Benoit (Jean-François) : Bien,
écoutez, je n'ai pas de recommandation précise, mais il faut s'assurer que
cette personne-là ait une indépendance par rapport à la municipalité, par
rapport au gouvernement. Il faut également... Parce qu'on parle de mandats à
durée déterminée. C'est ce qui semble être prévu dans le projet de loi. Ça
m'inquiète. Quelles sont les conditions de renouvellement du mandat de cette
personne-là? Est-ce que ça va être assujetti à des indicateurs de performance
qui seront définis dans un règlement? Je trouve ça très inquiétant. Ça fait que,
je vous dirais, pour l'instant, l'inquiétude est non pas la formation et qui
sera décideur, présentement, c'est l'idée en entier, sur la forme sous laquelle
elle se trouve sur ce papier.
• (17 h 20) •
Mme Maccarone : ...débuter
l'étude détaillée du projet de loi, que vous pourriez nous envoyer quand même
les recommandations en ce qui concerne les préoccupations que vous avez
soulevées, comme est-ce qu'il y a des exigences de nomination, est-ce que ça
doit être quelqu'un qui est membre d'un ordre professionnel, par exemple, ou
bien il a les garanties nécessaires pour l'indépendance, les mandats
renouvelables d'une durée déterminée, si vous avez des recommandations, parce
que ce serait le moment, évidemment, de partager votre point de vue avant qu'on
commence ce débat. Je serais curieuse de vous entendre, parce que vous, vous
représentez quand même les avocats de la défense. Est-ce que vous voyez un
impact sur les membres de votre ordre, vos membres, de voir les SAP quitter la
compétence de la cour municipale?
M. Benoit (Jean-François) : Je
vous dirais, très peu, parce que ce genre de constat là, souvent, c'est des
justiciables qui se représentent seuls devant le... devant le tribunal. Donc,
je vous dirais, il n'y a pas d'impact pécuniaire. Il n'y a pas d'impact de... du
tout envers nos membres. L'inquiétude est beaucoup plus par rapport au respect
de nos grands principes constitutionnels, là, c'est l'impact... l'inquiétude de
nos membres.
Mme Maccarone : OK, parfait.
Puis vous avez soulevé dans vos remarques l'article 61, pour la fixation
des séances par les juges coordinnateurs. Nous avons déjà entendu le
regroupement des greffiers, puis même la <ville de Gatineau...
Mme Maccarone :
...et
puis même la >ville de Gatineau, qui est passée juste avant vous, qui
ont dit que, dans le fond, le souhait, ça soit les greffiers qui seront
responsables de ceci. Êtes-vous de la même d'avis que ces deux personnes?
M. Benoit (Jean-François) : Écoutez,
présentement, c'est prévu par le règlement que ça se fait de concert, puis je
pense que c'est comme ça que ça doit se faire. Ultimement, la décision doit
être celle du pouvoir judiciaire. J'aurais été curieux d'entendre les
représentations des gens de Gatineau, mais j'ai pu entendre la représentante de
l'association, la semaine passée, des greffiers et je comprends que, dans sa
réalité à elle, Mme Dufresne, je crois, c'est elle qui le fait, mais elle
le fait avec l'approbation du juge, et le juge accepte l'assignation ou la
proposition d'assignation ou d'horaire qu'elle fait. C'est important de le
comprendre, ça, puis surtout si on sort puis on tombe dans une région de
coordination, bien, le juge coordonnateur, là, il va être en contact avec 15 greffiers.
Ultimement, il doit consigner ces choses-là, puis c'est important que le
dernier mot appartienne au juge coordonnateur.
Mme Maccarone : Ça fait que
vous, vous seriez d'accord, d'abord, avec un amendement qui modifie cet
article, qui dise : En consultation, par exemple, avec le greffier?
M. Benoit (Jean-François) : Bien,
si je ne me trompe pas, c'est prévu dans la réglementation, parce que
l'article 30 prévoit : «Dans tous les cas, le greffier est consulté
lors de la fixation des séances.» Donc, c'est déjà prévu dans la réglementation
proposée. C'est l'article 61 du projet de loi, mais qui sera le nouvel
article 30.
Mme Maccarone : Oui, c'est de
ça que...
M. Benoit (Jean-François) :
Bien, parfait. Moi...
Mme Maccarone : C'est d'ici
que je parle d'un amendement, voilà, pour dire qu'ils auront quand même un rôle
à jouer en ce qui concerne la fixation des séances.
M. Benoit (Jean-François) : Bien,
moi, je vois qu'il est déjà prévu au troisième alinéa de l'article 30
projeté. À mon sens, c'est correct parce que le besoin d'audiences est connu du
terrain, est connu par le greffier responsable de la cour municipale, et, comme
je vous le dis, surtout avec une région de coordination, le juge coordonnateur
doit avoir une vision plus globale, plus reculée, parce qu'il doit concilier
les besoins dans différentes municipalités. Donc, c'est important que ce devoir
et ce pouvoir-là lui appartiennent.
Mme Maccarone : Merci. Dans
les échanges que vous avez eus avec le ministre, vous avez parlé du rapport,
puis il y a plusieurs personnes qui évoquent la notion de ce rapport, puis
l'indépendance, comme vous avez mentionné, puis vous, vous avez suggéré
d'enlever le nom du juge, mais nous avons aussi entendu la... que c'est
important d'avoir un rapport pour mesurer l'efficacité. Est-ce qu'il y a des
éléments, pour vous, qui sont manquants ou qui sont nécessaires à aborder dans
ce rapport? Parce que, c'est vrai, on a besoin d'avoir ce sentiment de
confiance, puis la démonstration que, oui, on a un accès à la justice, puis le
but de ce projet de loi, c'est d'améliorer ceci. Est-ce qu'il y a des éléments,
pour vous, qui sont incontournables dans ce rapport, qui ne sont peut-être pas
évoqués présentement?
M. Benoit (Jean-François) : Je
ne saurais pas répondre à cette question-là parce que, bien sûr, je ne suis pas
dans l'administration de la cour. Je suis... Je fais des représentations devant
la cour. Oui, je participe à des tables de concertation avec la magistrature,
mais je n'ai pas l'expérience terrain de la poutine, si vous me permettez
l'expression. Donc, je ne suis pas à même, je pense, d'évaluer qu'est-ce qui
pourrait être ajouté. Mon seul commentaire est par rapport à ce qui devrait
être retiré, par contre.
Mme Maccarone : C'est bien.
Merci. Vous avez aussi parlé de l'article 192, puis qu'on parle de
l'impact de l'indépendance de la magistrature, il y a plusieurs personnes aussi
qui ont évoqué cette préoccupation, versus la performance qu'on souhaite de la
ville, par exemple, dans cet article. Quelle est votre recommandation en ce qui
concerne les modifications de cet article? Que prévoyez-vous en ce qui concerne
un amendement au projet de loi?
M. Benoit (Jean-François) : Moi,
c'est tout simplement rayer les termes «objectifs de performance et aux besoins
des municipalités», parce que l'article prévoit déjà que le juge est assujetti
aux ordres du juge en chef, et le juge en chef a déjà l'obligation de le faire et
de... avec... assurer l'assiduité de la justice, et le juge coordonnateur doit
aussi le faire dans... je cherche le libellé, mais dans la bonne administration
de la justice et en tenant compte des deniers publics. Je paraphrase, mais
c'est déjà prévu. Donc, c'est déjà des objectifs qui sont couverts par la
fonction. Puis je vous dirais que, même si ce n'était pas nommé dans la loi,
c'est déjà des choses que les juges coordonnateurs... C'est sûr que je ne
connais plus la réalité de la Cour du Québec, mais la Cour du Québec, c'est
déjà ce qu'elle fait à tous les jours, là, c'est de prendre les ressources,
puis de tenter de les optimiser, et de fermer des salles parce qu'il manque de
greffiers, et tout ça. Qu'est-ce qu'on fait, comment qu'on répond à ça, c'est
déjà ce que la cour fait, je vous dirais, quotidiennement. Je n'ai pas de
problème à ce qu'on nomme ces choses-là dans les devoirs et fonctions du juge
en chef et juge coordonnateur, mais, de la façon que c'est libellé précisément
à l'article 192, c'est fort problématique.
Mme Maccarone : Oui, merci.
Là, vous avez parlé des juges coordinnateurs, puis, dans son projet de loi, le
ministre dit que c'est lui qui affectera le personnel nécessaire au <bureau...
Mme Maccarone :
...le
personnel nécessaire au >bureau du juge municipal en chef, des juges
coordinateurs ou des juges coordinateurs adjoints. Que pensez-vous de cette
mesure?
M. Benoit (Jean-François) : Moi,
je pense que c'est une bonne chose parce que, oui, le projet de loi a des
avancées. L'agilité du système de justice, ça permet une meilleure, je vous
dirais, probablement, utilisation des ressources judiciaires, probablement une
meilleure utilisation du temps de banc. Ça permet une plus grande flexibilité
dans une région de coordination plus grande. Ça, je pense que c'est une des
avancées du projet de loi, parce que, présentement, lorsqu'un juge de la cour
municipale... le juge siège seul dans sa cour municipale, bien, écoutez, là,
c'est comme lui, un petit peu, qui peut faire la pluie et le beau temps.
Par contre, en créant les juges
coordonnateurs, je pense que c'est une chose qui est... c'est probablement une
des plus grandes avancées, avec le retrait de la rémunération à la séance, là.
C'est des avancées importantes, là, puis je le souligne, là, c'est du beau
travail, mais malheureusement il y a d'autres éléments qui viennent un peu
diminuer les avancées, là, vers lesquelles on s'en va.
Mme Maccarone : Bien, merci
beaucoup. Ça a été un plaisir d'échanger avec vous, puis je serai hâte de
recevoir un mémoire ou vos remarques pour nous guider avant qu'on procède aux
prochaines étapes de ce projet de loi. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. Benoit,
vous faites parvenir ces remarques supplémentaires à la commission. Merci. M.
le député de Jean-Talon, pour 12 minutes... 12 minutes! Excuse-moi, 2 min 12 s.
M. Paradis : Bonjour. Merci
de votre présence.
M. Benoit (Jean-François) :
Bonjour.
M. Paradis : L'indépendance
judiciaire, c'est un thème extrêmement important. Je vais vous poser des
questions sans aucun a priori et je me sens d'autant plus à l'aise de vous les
poser à vous parce que vous ne représentez ni la municipalité, ni les juges, ni
le ministère ici, mais je suis intrigué sur cette question, là, du nom du juge
municipal. En quoi la transmission d'une information qui est entièrement
publique, quel juge a présidé une session, en quoi la transmettre au juge
municipal en chef et au ministère de la Justice, ça enfreint l'indépendance
judiciaire? J'aimerais en savoir plus sur votre opinion là-dessus. Et,
deuxièmement, à l'inverse, ne pas la transmettre, est-ce que ça ne peut pas
être vu comme une mesure qui peut nuire, d'une certaine façon, à la capacité du
ministère de la Justice et du juge municipal en chef à mieux comprendre le
fonctionnement de la justice municipale, et à mieux l'analyser, et à, donc,
agir en conséquence?
M. Benoit (Jean-François) : Mais
en quoi le nom du juge permet de comprendre comment fonctionne le tribunal ou
l'administration de la justice, c'est ça que je ne comprends pas. C'est vrai
que c'est une donnée publique, mais, pour l'avoir, il faut faire des recherches
sur chacune des audiences, et tout ça. Puis c'est important que ça soit une
donnée publique, mais, moi, ce que je connais du... ce que je comprends du
projet de loi, c'est que le ministre désire avoir cette donnée-là, et,
présentement, moi personnellement, peut-être qu'il y a eu d'autres échanges, je
ne vois pas qu'est-ce que le ministre veut en faire. Sans une réponse efficace
puis complète sur cette question-là, moi, je vois un risque. En quoi...
M. Paradis : Je vous entends
là-dessus, mais j'aimerais vraiment avoir l'autre côté. En quoi la transmission
du nom du juge pourrait nuire à l'indépendance judiciaire?
M. Benoit (Jean-François) : Bien,
je vous dirais, parce que le juge, lui, il doit rendre justice. Là, on le sait,
qu'il est monitoré, je suis désolé pour l'anglicisme, et cette surveillance-là
très pointue va être envoyée à l'exécutif. Sur le macro, comme je vous le dis,
je ne vois pas de problème. C'est quoi, le nombre de séances requises, combien
de dossiers ont été traités de façon globale, je pense que c'est très, très
pertinent pour une assignation, pour une saine gestion des ressources, mais je
ne comprends pas comment... Puis, écoutez, il y a plein de données qui sont
précises. Le ministre peut venir s'asseoir dans chacune des salles de cour,
s'il le désire, mais pourquoi il a besoin de ça? Puis c'est ça, l'inquiétude. Il
y a un principe à défendre. Vous allez dire : Bien, il serait capable de
l'obtenir de toute façon. Ce n'est pas une raison pour faciliter la tâche puis
de faire en sorte que la loi, à sa face même...
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup, Me Benoit,
d'avoir été avec nous cet après-midi. C'est très, très apprécié.
M. Benoit (Jean-François) : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Et je suspends les travaux
quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 30)
17 h 30 (version révisée)
(Reprise à 17 h 34)
Le Président (M.
Bachand) :
À l'ordre, s'il vous
plaît! La commission reprend ses travaux.
Ça me fait plaisir d'accueillir les
représentants du Barreau du Québec, dont la bâtonnière. Alors, Mme la bâtonnière,
merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui, c'est très apprécié. Je vous
inviterais d'abord à présenter la personne qui vous accompagne et débuter votre
exposé. Merci beaucoup.
Barreau du Québec
Mme Claveau (Catherine) :
Alors, M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, comme vient de
le mentionner M. le président, je suis effectivement Catherine Claveau, bâtonnière
du Québec, et je suis accompagnée ce soir de Me Nicolas Le Grand Alary,
qui est avocat au secrétariat de l'ordre et Affaires juridiques du Barreau.
Le Barreau du Québec vous remercie de l'avoir
invité à participer aux consultations entourant le projet de loi n° 40
qui constitue un jalon important dans la réforme des cours municipales au
Québec. D'emblée, nous désirons vous rappeler qu'en tout temps le Barreau du
Québec a été préoccupé par la justice offerte par les cours municipales. Ainsi,
nous tenons à exprimer que nous saluons le dépôt de ce projet de loi. Nous
formulons cependant certains commentaires afin de le bonifier et d'offrir au
législateur de meilleurs outils pour renforcer l'indépendance judiciaire et
favoriser l'accès à la justice.
Le Barreau du Québec soumet que le projet
de loi semble offrir toutes les garanties nécessaires aux juges municipaux
quant aux piliers de l'indépendance judiciaire que sont l'inamovibilité et la
sécurité financière. Cependant, plusieurs dispositions du projet de loi
pourraient constituer des atteintes au troisième pilier de l'indépendance
judiciaire, soit l'indépendance institutionnelle.
Précisons que l'indépendance
institutionnelle exige que l'on doive donner aux tribunaux le contrôle des
décisions administratives qui portent directement sur l'exercice des fonctions
judiciaires. À cet effet, les décisions administratives comprennent les
questions sur l'assignation des juges aux causes, les séances de la cour, le
rôle de la cour ainsi que les domaines connexes de l'allocation des salles d'audience
et de la direction du personnel administratif qui exerce ces fonctions.
Ainsi, le Barreau du Québec est d'avis que
les éléments suivants du projet de loi pourraient constituer des atteintes au
principe de l'indépendance institutionnelle.
D'abord, le projet de loi établit la durée
du mandat du juge municipal en chef à cinq ans. En ce qui concerne la Cour du
Québec, la Loi sur les tribunaux judiciaires prévoit que le mandat du juge en
chef est de sept ans.
De plus, le projet de loi octroie au
gouvernement... (panne de son) ...après consultation du juge municipal en chef,
le pouvoir de désigner un juge coordonnateur pour chacune des régions de
coordination et de déterminer la durée du mandat de chacun d'eux. Dans sa
mouture actuelle, la Loi sur les tribunaux judiciaires prévoit que le juge en
chef <désigne...
Mme Claveau (Catherine) :
...actuelle,
la Loi sur les tribunaux judiciaires prévoit que le juge en chef >désigne
parmi les juges de la Cour du Québec, avec l'approbation du gouvernement, bien
sûr, des juges coordonnateurs et détermine la durée de mandat pour chacun
d'eux.
Le projet de loi prévoit également qu'au
moins deux fois par année les juges coordonnateurs et le juge municipal en chef
doivent transmettre un rapport d'activité au ministre de la Justice. Pour la
Cour du Québec, la loi sur les tribunaux judiciaires ne prévoit pas que le juge
en chef doive transmettre des rapports d'activité au gouvernement. En outre, le
projet de loi oblige le juge municipal en chef à répondre aux objectifs de
performance et aux besoins des municipalités, ce qui semble faire un amalgame
entre l'administration municipale, soit le pouvoir exécutif, et la cour
municipale en tant que telle, soit le pouvoir judiciaire.
Finalement, le projet de loi prévoit que
c'est le ministre de la Justice qui affecte le personnel nécessaire au bureau
du juge municipal en chef et des juges coordonnateurs ou des juges
coordonnateurs adjoints.
Le Barreau du Québec recommande donc que
le projet de loi soit modifié afin de réduire au maximum ces différentes
atteintes potentielles en les arrimant, lorsque cela est possible, avec les
dispositions prévues par la Loi sur les tribunaux judiciaires pour la Cour du
Québec ou en s'inspirant des pratiques actuelles qui ont fait leurs preuves.
Poursuivons sur le thème de l'encadrement
des procureurs municipaux. Le projet de loi prévoit que le gouvernement peut
déclarer par règlement certaines fonctions incompatibles avec la fonction de
procureur agissant en poursuites criminelles ou pénales devant une cour
municipale. Le Barreau du Québec appuie cette modification qui vise à maintenir
et garantir l'autonomie des procureurs des cours municipales. Toutefois, nous
estimons que l'indépendance du procureur doit être une condition sine qua non
pour s'assurer du traitement équitable des justiciables devant les tribunaux.
Ainsi, le procureur doit pouvoir prendre des décisions de poursuivre ou non le
dossier sans être soumis aux contraintes du mandat reçu par le conseil
municipal. Nous invitons donc le gouvernement à considérer ces impératifs lors
de l'élaboration du règlement qui déterminera les fonctions, les charges ou les
emplois incompatibles avec les fonctions du procureur municipal.
Par ailleurs, le projet de loi permet au
DPCP de s'assurer du respect des directives qui s'appliquent aux procureurs
municipaux en exigeant la transmission d'informations relatives à l'application
d'une directive ou de tout renseignement aux documents relatifs à des dossiers
afin de procéder à la vérification du respect de celles-ci. Corollairement, le
projet de loi impose aux procureurs municipaux d'informer le DPCP de tout défaut
de conformité ou de toute irrégularité dans l'application d'une directive à
laquelle ils sont soumis.
Bien que cet objectif soit louable, nous
sommes d'avis que le libellé proposé par le projet de loi porte à confusion. Le
Barreau du Québec propose au législateur de préciser spécifiquement que le
procureur municipal doit dénoncer tout défaut de conformité et toute
irrégularité dans l'application d'une directive, qu'elle soit causée par un
procureur en particulier ou qu'elle soit le fruit de la culture locale ou de
l'exigence de la municipalité.
Le projet de loi prévoit l'édiction de
lois sur les sanctions administratives pécuniaires en matière municipale qui
vient permettre au gouvernement, de concert avec les municipalités, de mettre
en place un régime de sanctions administratives pécuniaires, communément appelées
les SAP, visant certaines infractions pénales. Le Barreau du Québec accueille
favorablement cette possibilité qui permettra de désengorger les cours
municipales afin qu'elles puissent se concentrer sur le traitement des dossiers
en matière criminelle ou pénale plus graves.
• (17 h 40) •
Nous notons cependant que la loi proposée
n'identifie pas les... de municipalités en particulier ni les infractions qui
seront visées. À ce sujet, le projet de loi accorde un important pouvoir de
réglementation au gouvernement qui peut alors définir lui-même les aspects
essentiels et les notions fondamentales du projet de loi.
Le Barreau du Québec est d'avis que
certains éléments devraient être définis dans le projet de loi. En effet, si un
règlement permet de préciser les modalités d'application d'une loi, il ne
devrait pas avoir pour objet de définir les concepts fondamentaux en vertu
desquels elle sera appliquée. Par ailleurs, nous incitons le législateur à mettre
en place un régime de SAP qui s'offre... qui offre certaines garanties
d'indépendance afin de facilement justifier la possibilité d'imposer ces
sanctions. Ce régime doit être construit dans le respect des principes de
justice fondamentale et d'équité procédurale.
Le Barreau du Québec recommande ainsi que
la Loi sur les sanctions administratives pécuniaires en matière municipale
prévoie de manière particulière, d'abord, des montants renouvelables... pardon,
pardon, d'abord, des mandats renouvelables à durée déterminée qui protègent le
décideur administratif contre les destitutions arbitraires ou discrétionnaires
puis les exigences de nomination <comme...
Mme Claveau (Catherine) :
...destitutions arbitraires ou discrétionnaires puis les exigences
de nomination >comme appartenance à un ordre professionnel, ainsi que
les garanties d'indépendance nécessaires envers la municipalité ou le
gouvernement. Enfin, qu'on prévoie le droit d'appel ou de révision d'une
décision rendue en vertu du régime de SAP.
En terminant, le Barreau tient à réitérer
qu'il accueille favorablement le projet de loi qui vise à réformer les cours
municipales et à améliorer l'efficacité, l'accessibilité et la performance du
système de justice. Pour le Barreau du Québec, les questions de juridiction et
de nomination des juges et des procureurs sont fondamentales dans un État de
droit. Ainsi, ce sont les grands principes d'accessibilité à la justice qui doivent
orienter cette réforme, non seulement en matière de proximité et de flexibilité
d'horaire, mais surtout d'universalité des services offerts aux justiciables.
D'autres commentaires se trouvent dans
notre mémoire. Nous vous remercions, encore une fois, pour cette invitation et
nous sommes disponibles pour répondre à vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bonjour, Mme la bâtonnière, Me Catherine Claveau, Me Nicolas Le Grand Alary.
Merci pour votre présence en commission parlementaire et pour votre mémoire sur
le projet de loi n° 40.
D'entrée de jeu, Me Claveau, j'aimerais
qu'on aborde, là, la fin de votre intervention, sur l'universalité d'horaire
pour les citoyens. On parle beaucoup, là, d'accessibilité au système de
justice, donc je comprends que vous êtes d'accord pour que, les cours
municipales, ça siège les soirs, les fins de semaine, au bénéfice des
justiciables québécois.
Mme Claveau (Catherine) : Oui.
Oui, oui. Il n'y a pas de désaccord, là, par rapport à cela.
M. Jolin-Barrette : OK.Mais, dans un souci aussi que... de rendre la justice accessible, ce ne
serait pas nécessairement mauvais que les tribunaux supérieurs aussi puissent
siéger également les soirs, la fin de semaine pour répondre aux besoins des
justiciables?
Mme Claveau (Catherine) : Est-ce
qu'on parle de la Loi sur les tribunaux judiciaires ou sur la Loi sur les cours
municipales?
M. Jolin-Barrette : Bien,
on vient toucher notamment dans la loi... à la Loi sur les tribunaux
judiciaires. Donc, je vous pose la question. Vous trouvez que c'est une bonne
chose pour les cours municipales? Parce que les citoyens ont des besoins, ils
veulent avoir de la flexibilité d'horaires. Donc, moi, je vous pose la
question : Est-ce que le Barreau est d'avis qu'également ça devrait
s'appliquer pour la Cour du Québec, la Cour supérieure, pour faire en sorte de
répondre... Parce que c'est les mêmes justiciables, là. La personne qui se fait
poursuivre pour une infraction de nature pénale à la cour municipale, c'est la
même personne qui va se faire poursuivre pour une infraction pénale à la Cour
du Québec ou dans un recours civil à la Cour supérieure. Donc, juste connaître
l'opinion du Barreau sur le fait que... Est-ce que ce serait à l'avantage des
citoyens qu'il y ait de la flexibilité d'horaire au niveau de la Cour du
Québec, de la Cour supérieure, les soirs et la fin de semaine?
Mme Claveau (Catherine) : C'est
sûr qu'on ne s'est pas penchés sur cette question spécifiquement par rapport à
ce projet de loi ci. Mais vous savez comme moi, M. le ministre, que le Barreau
du Québec se montre toujours favorable à des mesures qui favorisent l'accès à
la justice pour les justiciables. Donc, s'il y a des mesures par rapport aux
horaires qui sont appliquées aux cours municipales, pourquoi pas pour un
tribunal de droit commun?
M. Jolin-Barrette : OK.
Bon, sur la question, bon, des besoins des municipalités, il y a beaucoup de
groupes qui sont venus nous en parler, à l'article 192 du projet de loi.
Bon, certains nous ont dit : Écoutez, nous, on ne voit pas de
problématique avec l'indépendance judiciaire. Vous, le Barreau du Québec, vous
dites : Attention, on voit un enjeu avec ça, le besoin des municipalités.
Moi, je vous dirais, on est dans une
situation où on veut s'assurer... Quand on déconstruit l'article puis on
regarde 192, c'est vraiment le juge municipal en chef, c'est son pouvoir à lui.
Ce n'est pas l'exécutif, ce n'est pas le ministre, ce n'est pas la municipalité
qui a ce pouvoir-là, c'est vraiment le juge municipal en chef qui regarde,
quand qu'il organise ses choses, en tout respect de l'indépendance judiciaire,
parce que c'est lui qui va assigner, c'est lui qui va coordonner le tout,
ultimement, qui a son pouvoir de surveillance. Le législateur, lui, il
dit : Écoutez, prenez en considération les besoins des municipalités.
J'ai eu des suggestions. Au fil des
consultations, on me disait : Bien, écoutez, vous devriez peut-être
rajouter les besoins des justiciables aussi. Ça, je vous dirais, je suis ouvert
à ça. Mais en quoi est-ce que ça porte réellement atteinte à l'indépendance
judiciaire, le fait que le juge municipal en chef, quand il regarde sa grille
d'analyse pour fixer son nombre de séances... de regarder quels sont les
besoins? Ce sont des partenaires, les municipalités, aussi, puis il y a un coût
pour les citoyens associé à ça. Alors, en quoi réellement ça porte atteinte à
l'indépendance judiciaire, le fait que le juge en chef ait cet outil-là dans
ses poches?
Mme Claveau (Catherine) : Je
vais laisser Me Le Grand Alary, qui est notre grand connaisseur dans ces
questions-là, de répondre à votre question, M. le ministre.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Oui.
Bonjour. Sur ce point, j'aimerais quand même préciser que, le mémoire du
Barreau, on a identifié certains... certaines atteintes potentielles. On a
parlé de durée de mandat, on a parlé de la nomination du juge <coordonnateur...
M. Le Grand Alary (Nicolas) :
...On
a parlé de durée de mandat, on a parlé de la nomination du juge >coordonnateur
au niveau de l'obligation pour le juge municipal en chef de répondre aux
objectifs de performance puis aux besoins des municipalités, également, là,
dans la confection des rôles et la fixation des séances. Je pense que toute
discussion avec l'administration municipale, toute orientation au niveau des
justiciables, c'est quelque chose qui est louable, mais c'est plus pris dans
leur ensemble, quand on cumule toutes ces mesures-là, on vient un peu lire
certaines atteintes potentielles à l'indépendance.
Donc, il y a peut-être des petits
ajustements qui peuvent être faits au projet de loi, notamment à l'article 192,
pour juste préciser que c'est dans le respect de l'indépendance judiciaire.
Mais ce n'est pas une opposition, là, complète qu'on a là-dessus, c'est plus
qu'on vous souligne certains écueils potentiels, là, et celui-là en fait
partie. Je vous dirais que, couplé avec la reddition de comptes qui est
proposée, incluant, là, l'identification, là, des juges, nommément, dans les
rapports d'activités, bien, on en vient à vraiment avoir des indicateurs, plus,
de performance. Puis il faut éviter que ce soit utilisé pour... de manière qui
pourrait porter, là, atteinte à l'indépendance judiciaire. C'est plus ça.
Mais, au niveau des besoins, puis on vient
d'en parler, la première question au niveau des horaires, je pense qu'il y a
effectivement une discussion à avoir avec le juge en chef, les juges
coordonnateurs, pour que la cour municipale réponde aux besoins, là, des
justiciables.
M. Jolin-Barrette : OK.
Je vais vous poser une question. Parce que le Barreau du Québec, souvent, me
demande d'investir davantage, de nous attaquer aux délais, d'avoir un système
où est-ce que la confiance des citoyens va être là. Puis la confiance des
citoyens, ça passe notamment par l'efficacité, l'accessibilité, la réduction
des délais. Mon souhait est le même que celui du Barreau du Québec, là, c'est
d'être efficace. Puis c'est un service public, la justice, puis il n'y a
personne qui a confiance dans le système de justice quand ça prend de longs
délais, quand, avant de se faire entendre pour un constat d'infraction de 100 $
ou de 200 $, ça prend plusieurs mois. Là, on est... dans certaines cours
municipales, je vous dirais, les délais sont meilleurs qu'à la Cour du Québec,
notamment en chambre criminelle et pénale, mais on est dans une situation aussi,
parfois, où il y a des cours municipales qui sont compétentes sous la partie 27
du Code criminel, qui entendent des dispositions criminelles.
Moi, je donne des outils aux juges en chef
pour faire en sorte de dire : Écoutez, on offre un service public, il faut
que ce soit performant, il faut que ce soit efficace. On a des partenaires, les
justiciables, les citoyens, mais on a une responsabilité comme administrateurs.
Parce que, quand vous êtes juge en chef, là, vous êtes administrateur public
aussi, là, de votre cour, là. Oui, vous demeurez juge, mais vous avez une
fonction d'administration. Pourquoi le système de justice serait... n'aurait
pas les mêmes... les mêmes outils, je vous dirais, en termes de reddition de
comptes?
Puis je ne parle pas, là, d'envoyer ça au
ministre, là, je pense que... Il y a eu quelques commentaires, un des enjeux
sur le rapport, bien, certains m'ont dit : Vous enlevez le nom du juge en
chef... L'association des avocats en droit de la défense m'a dit : Vous
enlevez le nom du juge en chef... le nom des juges qui siègent, c'est correct,
il n'y a pas de problème à le transmettre au ministre. Il y en a d'autres qui
me disent : Ah! c'est le fait de le transmettre au ministre. Honnêtement,
moi, de le recevoir, de ne pas le recevoir, tant qu'il est rendu public, ça
peut être sur le site Web des... du site des cours municipales, je n'ai pas
d'enjeu. L'important, c'est que les données soient là, que tout le monde ait
les mêmes données puis qu'on puisse évaluer où il y a des enjeux, où il n'y en
a pas. Mais ça, c'est un outil à la portée du juge municipal en chef.
• (17 h 50) •
En quoi cet objectif-là du législateur de
faire... de donner des outils affecte l'indépendance judiciaire? Parce que,
moi, là, si j'étais juge en chef, là, j'aimerais ça offrir des services de
qualité en temps opportun aux justiciables puis je serais fier que ma cour soit
menée avec des délais raisonnables. Puis je serais surtout fier de dire à mes
juges : Écoutez, quels sont les outils pour qu'on puisse être efficace? Le
tout sans venir leur dire, là, qu'est-ce que vous allez écrire dans vos
jugements, combien de jugements vous allez rendre par année. Ce n'est pas une
question de ça, mais c'est une question de, dans n'importe quelle organisation,
comment est-ce qu'on peut améliorer les choses, comment est-ce qu'on peut être
plus efficace. Je pense qu'on se rejoint, là-dessus, non?
Mme Claveau (Catherine) : Bien
sûr.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Puis,
si vous me permettez de compléter, je pense que, sur le point, vraiment, du
rapport d'activités... je pense qu'on se rejoint également, là. Au niveau... On
avait un enjeu au niveau de la présence du nom du juge au niveau de la
transmission au ministre, mais, une reddition de comptes publique, le Barreau, de
tout temps, on a demandé des données de qualité, des statistiques de qualité
sur les délais en matière de justice et les autres matières, en matière de
justice, donc c'est toujours quelque chose qu'on a favorisé. Donc, oui, pour
répondre à votre question, là.
M. Jolin-Barrette : OK.
Une question sur le nom du juge, là, dans le rapport, là, parce ça semble être
un irritant. Mais les rôles sont déjà publics. Cette information-là, elle est
déjà publique. Alors, quel est l'enjeu qu'elle soit colligée dans un <rapport...
M. Jolin-Barrette :
...information-là,
elle est déjà publique. Alors, quel est l'enjeu qu'elle soit colligée dans un
>rapport? Parce que... Puis tout à l'heure on m'a dit : Bien, vous
voulez le savoir, M. le ministre?, allez vous asseoir dans la salle de cour.
Bien, je peux déjà aller m'asseoir dans la salle de cour, quand c'est public
puis ce n'est pas à huis clos. Quelle est la problématique que ce soit
consolidé, comme information, vu que c'est déjà public?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Je
pense que ce n'est pas tant le fait que ce soit consolidé en soi, c'est plus la
combinaison de ce rapport-là puis d'ensuite d'autres statistiques qu'on peut
tirer qui pourraient avoir des impacts sur l'indépendance judiciaire, si on
commence à évaluer de manière particularisée la performance de juges, le nombre
d'amendes qu'ils ont reçues ou d'autres choses. Ce n'est pas en soi le rapport.
On est peut-être dans une autre étape de qu'est-ce qu'on peut faire avec la
donnée là-dessus. Mais, comme je vous dis, on convient qu'il y a également du
bon à avoir, de manière générale, des statistiques sur les délais judiciaires
et sur les auditions, là, notamment dans les cours municipales.
M. Jolin-Barrette : Mais
l'enjeu, là, vous savez, dans le domaine de la justice, souvent, c'est un
manque de données qui est problématique. Puis là tout le monde... pas tout le
monde, certaines personnes disent : Écoutez, il manque des ressources dans
le système de justice. On rajoute des juges, on a... Mme Vallée, quand il
y a eu Jordan, elle a rajouté 16 juges dans le système de justice. Avec
l'entente avec la Cour du Québec, on a rajouté 14 juges dans le système de
justice, là, qui, quand on va avoir les rapports de sélection, vont être
nommés. Il y a 45 000 dossiers de moins, dans le système de justice,
que voilà 10 ans, mais il y a 45 juges de plus.
Puis là les données sont souvent
contestées. Là, moi, je me dis : Soyons transparents, montrons les données,
comme dans n'importe quelle organisation publique. Je pense que, l'information,
les citoyens doivent pouvoir le faire et l'avoir. Alors, en quoi ça porte
atteinte à l'indépendance judiciaire, le fait que ces données-là soient
indiquées puis que tout le monde puisse partir de la même page puis surtout se
questionner pour se dire : Écoutez, il n'y a pas des nouvelles façons de
travailler?
Parce que, manifestement, il y a un
problème, là. Si on n'est pas capable d'être efficace, d'être performant puis
qu'on dit toujours : Bien, il faut juste rajouter des ressources, on
n'avancera pas, là. Vous êtes d'accord avec moi qu'il faut changer nos méthodes
puis il faut changer nos façons de faire, mais je sens que, souvent,
l'indépendance judiciaire a été invoquée pour ne pas que ça change. Est-ce que
je me trompe?
Mme Claveau (Catherine) : Non,
ce n'est sûrement pas invoqué pour ne pas que ça change. Mais je vais laisser, encore
une fois, mon collègue essayer de mieux répondre à la question que par un non.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Je
ne pense pas que c'est l'objectif. Nous, on fait juste soulever des enjeux
potentiels. Il faut se rappeler que les exigences au niveau de l'indépendance
judiciaire, c'est quand même des principes qui remontent, là... qu'on retrouve
dans les lois constitutionnelles, c'est des choses qui ont été reconnues, ça
fait longtemps, par la Cour suprême du Canada. On veut juste s'assurer qu'il
n'y ait pas d'enjeu dans la façon que le système est fait au niveau de la
reddition de comptes.
Je pense qu'on convient avec vous qu'il
est tout à fait possible d'avoir des données de qualité sur la justice,
qu'elles soient administrées, disons-le comme ça, par le ministère ou par les
tribunaux en tant que tels. Mais c'est lorsqu'on commence à particulariser
envers certains juges, lorsqu'on commence à avoir... Il faut juste s'assurer
que ça ne vienne pas limiter, dans leurs actions, les juges, parce qu'il y aurait
une... ils seraient en train de penser à l'image que... ça pourrait sortir,
selon, par exemple, les données, ou le volume, ou autres choses, par ça. Mais
tout se fait... Comme on vous dit, on vous soulève un écueil potentiel, mais,
au-delà de ça, il y a clairement des choses qui peuvent être faites, là.
M. Jolin-Barrette : OK.
Dans le fond, ce que je reçois de votre message, c'est que, si le juge se sent
identifié, il voudrait peut-être juger plus rapidement, puis, vous dites, ça,
c'est problématique parce qu'il faut qu'il prenne le temps de bien évaluer puis
il ne faut pas qu'il ait de pression extérieure, de dire : Bien, écoutez,
moi, j'ai entendu moins de dossiers cette année, même si c'étaient des plus
gros dossiers ou des dossiers plus complexes. Vous avez ce souci-là de faire en
sorte que le juge ne subisse pas de pression à ce niveau-là, en résumé.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Exactement,
exactement. Je pense que c'est au niveau de tout ça, au niveau des différentes
pressions qu'ils peuvent avoir, qu'elles soient réelles ou qu'elles soient
appréhendées par le juge.
M. Jolin-Barrette : OK.
Puis ce n'est pas le ministre qui fait ça, là, c'est le juge en chef, là. Mais,
dans l'éventualité où vous avez un juge, là, qui est nommé puis qui ne remplit
pas sa prestation de travail normale ou adéquate, là, qu'est-ce que le juge
municipal en chef est supposé faire avec ça?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Je
pense qu'il existe un mécanisme, dans la Loi sur les tribunaux judiciaires, lorsqu'un
juge ne <remplit...
M. Le Grand Alary (Nicolas) :
...dans
la Loi sur les tribunaux judiciaires, lorsqu'un juge ne >remplit pas sa
charge, là, de... de passer par ce mécanisme-là. Je pense qu'on est à ce
niveau-là, là, dans ce cas-là.
M. Jolin-Barrette : OK.
Excellent. Bien, peut-être une dernière question, avant de céder la parole à
mes collègues. Sur la question des procureurs, dans le fond, vous dites
vraiment... Là, nous, on a mis des directives que le DPCP peut intervenir, mais
vous souhaiteriez qu'on aille plus loin pour les procureurs poursuivants
municipaux?
Mme Claveau (Catherine) : Effectivement.
M. Jolin-Barrette : Puis ce
que vous nous suggérez pour... pour ces procureurs-là, au niveau de la...
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
c'est qu'on aille plus loin, c'est que... qu'on aille plus loin, là, pour...
que la situation actuelle. Puis je pense que ce qu'il est important de retenir,
c'est qu'ils ne soient pas influencés par le pouvoir exécutif, que si,
effectivement, là, il y a... il y a des directives qui sont émises par le
DPCP, qu'on doit s'y conformer, si on en a connaissance que les directives ne
sont pas suivies, de le dénoncer. Et ça a d'ailleurs déjà été le cas pour un de
nos membres, là, qui a reçu... qui a été sanctionné, qui refusait, par exemple,
là, d'appliquer le programme de traitement non judiciaire de certaines
infractions criminelles commises par des adultes. Donc, c'était contraire à une
directive du DPCP. Donc, dans le fond, c'est pour éviter toute influence du
pouvoir exécutif, là, dans la décision des procureurs.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que... est-ce que ça arrive fréquemment qu'il y a des cas comme ça au Barreau
du Québec? J'imagine qu'il a été amené devant le Conseil de discipline du
Barreau. Est-ce que vous avez fréquemment des... des avocats comme ça, qui agissent
à titre de poursuivants, qui ne respectent pas...
Le Président (M.
Bachand) :...il ne reste pas beaucoup de
temps.
M. Jolin-Barrette : ...oui,
qui ne respectent pas les directives du DPCP?
Le Président (M.
Bachand) :OK. En 30 secondes, s'il
vous plaît.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Rapidement,
c'est le seul... c'est le seul cas qu'on a qui est allé devant le conseil de
discipline. Je ne peux pas vous dire qu'il y a eu d'autres cas qui ont été sous
enquête sous d'autres situations. Mais c'est des choses, de manière générale,
qu'on avait entendues, qu'il pouvait y avoir, dans certains districts, des
directives qui n'étaient pas appliquées, ou d'autres choses. Donc, on conçoit que
c'est une très bonne chose, là, de venir préciser les règles au niveau du
pouvoir de contrôle, disons-le comme ça, là, du DPCP sur les différents
programmes municipaux. Puis on vous invite, dans le cadre des délibérations,
là, du règlement des fonctions incompatibles, de bien considérer cela puis de
peut-être faire certaines précisions, peut-être, éducatives, là, au niveau des...
dans quels cas il doit y avoir des dénonciations, là, qui doivent être faites lorsqu'il
y a des manquements au respect des directives.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Merci. M. le
député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci,
M. le Président. Bonjour... ou, en fait, bonsoir, Mme la bâtonnière. Bonsoir, maître.
Merci, merci pour votre mémoire. J'ai une question pour vous en ce qui a trait
au chapitre II du projet de loi qui va créer la Loi sur les sanctions
administratives pécuniaires en matière municipale. Le projet de loi suggère que
le gouvernement va régler ce cadre-là par règlement. Et évidemment c'est sûr
que le règlement laisse plus de souplesse au gouvernement. Mais je me demandais
si ce ne serait pas préférable d'au moins de mettre certains paramètres dans la
loi pour garantir, évidemment, l'indépendance de ceux qui auront à entendre ces
dossiers-là, puis après ça, bien, compléter avec un règlement?
• (18 heures) •
Mme Claveau (Catherine) : Oui,
bien, c'est d'ailleurs ce qu'on indique à la page 10 de notre rapport, nous
sommes... Lorsque... Il y a quand même des... Ce serait davantage... Ce serait
mieux que ce soit intégré dans le projet de loi, plutôt que dans un règlement,
c'est vraiment... Dans ce genre de dossiers là, je pense que ça met souvent en
cause des droits fondamentaux garantis par la Charte canadienne, la Charte des
droits et libertés de la personne, par exemple. Donc, il y a un minimum de
règles et de modalités, là, à prévoir dans un projet de loi...
M. Morin : Oui, parfait.
Mme Claveau (Catherine) : ...plutôt
que par règlement, oui.
M. Morin : Oui. Et quant
au processus de nomination des gens qui vont être appelés à entendre ces
causes-là, l'article 5 dit : «Le gouvernement, sur recommandation du
ministre de la Justice, nomme les personnes chargées d'entendre la contestation».
Puis je comprends que, dans certains documents, on parle de contraventions ou
des contraventions de stationnement, mais le projet de loi ne limite pas le
régime à des contraventions en matière de stationnement, donc ça pourrait être,
théoriquement, des infractions pénales, où les sanctions sont beaucoup plus
importantes. J'aimerais vous entendre là-dessus: Est-ce que ça <garantit...
>
18 h (version révisée)
<19253
M.
Morin :
...là-dessus. Est-ce que ça >garantit
suffisamment l'indépendance face au gouvernement? Est-ce qu'il ne devrait pas y
avoir un comité indépendant qui ferait des recommandations au gouvernement, un
peu comme c'est avec les juges de nomination du Québec?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Oui,
bien, merci pour la question. De deux choses. Au niveau, effectivement... Puis
vous avez tout à fait raison qu'il y a... il y a beaucoup des modalités de la
loi qui vont être adoptées par règlement. Au niveau de... de la décision pour
la nomination des... des décideurs, soit la personne chargée, là, d'entendre la
contestation ou le décideur responsable, il y a ces deux termes-là qui sont
employés dans la loi, mais... mais qui ne sont pas définis. Effectivement, ce
que nous, on propose dans notre mémoire, c'est que les conditions, là, de... de
nomination, par exemple, la durée du mandat, qu'il soit renouvelable ou non,
devraient être prévues, là, à même la loi. Les exigences de nomination, si
jamais il y a des... une appartenance à un ordre professionnel ou d'autres
conditions, là, qui sont nécessaires, l'expérience pertinente, par exemple, de
mettre les grandes lignes là-dedans, les garanties de l'indépendance nécessaire
envers la municipalité, le droit d'appel.
Pour ce qui est de la nomination, il faut
se rappeler qu'on parle de décideurs administratifs. On comprend de la Loi sur
les sanctions administratives pécuniaires en matière municipale que ces
décideurs-là vont être assujettis à la Loi sur la justice administrative en
partie, ou du moins au Conseil de la justice administrative pour l'enquête de
plainte déontologique. Donc, dans cette mesure-là, un mécanisme similaire à ce
qui se fait pour les juges administratifs et autres décideurs administratifs
pourrait être une... une voie, là, intéressante, là, de réflexion pour la
nomination, là. Il y a déjà des règles qui sont prévues dans la Loi sur la
justice administrative, dans les lois particulières des tribunaux
administratifs, puis on peut s'inspirer de ces règles-là pour la nomination.
M. Morin : Je vous... Je vous
remercie. Prochaine question, c'est... c'est plus au niveau des... plutôt des
grands... des grands principes. Je pense que... bien, en fait, le ministre de
la Justice aurait pu inclure le volet des cours municipales parce qu'elles vont
devenir permanentes, il n'y aura plus de... de juge à la leçon dans... au sein
de la Cour du Québec, ce qui aurait évité de multiplier des tribunaux de
première instance. Il y a déjà... Il y a eu des rapports qui ont été déposés à
cet effet-là, les premiers datent des années 70, quand on a unifié les
différentes cours, Cour provinciale, Cour des sessions de la paix. Ça n'avait
pas été fait à l'époque. Est-ce que ce serait quelque chose qui serait
important?
Les villes nous disent dans leur mémoire :
Bien, nous, on veut une justice de proximité. Bien, évidemment, au niveau de la
conception même de la justice, quant à moi, un n'empêche pas l'autre. Quelle
est votre opinion là-dessus?
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
nous partageons la même opinion que les municipalités. Je pense que, de... de manière...
Il y a des raisons historiques qui font en sorte que les cours municipales ont
été créées. Il reste que, c'est... tu sais, ça... ça demeure une cour de
proximité. Puis je pense que l'objectif, c'est vraiment, là, de garantir un
accès à la justice, une justice municipale de... de qualité. Et, de la façon
dont le système est... est fait puis va s'améliorer avec ce projet de loi, pour
nous, ça nous satisfait. Donc, on considère également, là, que le maintien des
cours municipales est adapté, plutôt que la création d'une quatrième chambre,
par exemple, à la Cour de Québec.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Ma collègue de Westmount-Saint-Louis...
Une voix : ...
M. Morin : Parfait. Alors, M.
le...
Le
Président (M. Bachand) :OK. Merci
beaucoup. Mme la députée de Westmount—Saint-Louis, s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Oui. Bonsoir,
Mme la bâtonnière. Bonsoir, Me Le Grand Alary. Merci pour votre
mémoire, qui est excellent. On s'est beaucoup inspirés de vos recommandations.
Puis la question que j'avais pour vous, c'est
toujours en lien avec le SAP, parce qu'il y a... évidemment ça engendre
beaucoup de questions, c'est un régime qui sera nouveau. Puis le fait que c'est
optionnel... Parce que nous avons entendu la ville de Gatineau, qui ont quand
même remarqué que le fait que c'est optionnel, on n'a pas le même type d'accès
de justice à travers toute la province, auprès de toutes les municipalités.
Puis je voulais avoir votre avis là-dessus. Je trouve la préoccupation
intéressante, qu'ils soulèvent, étant donné que ça risque de ne pas être établi
partout. Ça fait que quelle est votre opinion, l'opinion du Barreau, en ce qui
concerne cette préoccupation?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Oui,
bien, c'est une excellente question. Comme vous le savez, puis on en a évoqué,
là, précédemment dans les questions, au niveau, là, que l'essentiel, là, de...
de ce régime-là va être prévu dans le règlement, donc on ne sait pas le... le
champ des infractions visées. On comprend que c'est très large. On comprend que
c'est aussi très large au niveau de quelles villes peuvent être visées.
Nous, on croit que c'est une avancée
importante puis que ça va être quelque chose qui va être utile, puis on espère
que ça porte fruit. Il y a une souplesse d'avoir une... un certain... un certain
flou dans la loi, quand même. Sur ce point-là, il faut qu'on le reconnaisse.
On... on le reconnaît, dans le mémoire, d'ailleurs. Donc, s'il y a des villes
qui se lancent... puis je vais utiliser le terme «projet pilote» même si ce n'en
est pas un, là, légalement, un projet pilote, mais, s'il y a des villes qui se
lancent, puis que l'expérience est positive, bien, on a juste à espérer que ce
soit implanté <partout...
M. Le Grand Alary (Nicolas) :
...positive,
bien, on a juste à espérer que ce soit implanté >partout.
Il faut se rappeler que la... la réforme
doit avoir comme objectif d'assurer une justice équitable, accessible à... à tous
les justiciables qui se retrouvent au Québec, peu importe, là, la région. Donc,
il y a aussi un... il va aussi y avoir un intérêt, là, à développer ça à
l'extérieur, peut-être, de Montréal ou d'autres villes, là, qui vont... qui vont
lancer de tels programmes.
Mme Maccarone : Est-ce qu'il
y a quelque chose, une modalité que nous pourrons aborder comme amendement dans
le projet de loi pour protéger les citoyens face à, peut-être, un manque
d'accès à la justice, d'une municipalité à l'autre, étant donné que c'est une
mesure qui est optionnelle?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Je
pense que les... les mesures qui sont... qui sont prévues par le projet de loi
au niveau de... Puis ça revient un peu à la question précédente, là, de... de votre
collègue, sur une chambre à la... à la Cour du Québec ou autres. Les cours
municipales vont... ont des spécificités, actuellement, puis ça a des avantages.
Parce qu'on a vu des beaux programmes différents en matière criminelle et
pénale, dans différentes cours municipales, qui ont... qui ont ensuite été
repris puis établis dans d'autres juridictions. Je pense que le fait d'avoir
divisé les cours municipales dans des régions de coordination, avec la présence
de juges coordonnateurs, ça va permettre d'assurer, là, une certaine uniformité
des règles puis de l'application, là, dans les différentes... dans les différentes
cours municipales. Puis c'est le... le type de mesure qui peut être... qui peut
être pertinente. Puis on peut... on peut y aller plus loin aussi. S'il y a
des... s'il y a d'autres suggestions de... là-dessus, ça peut être intéressant.
Mais nous, on a... on n'a pas de recommandation spécifique là-dessus, sur une
mesure en particulier. Mais, si vous en avez, ça va être... ça va nous faire
plaisir de les entendre puis de les commenter éventuellement.
Mme Maccarone : Merci. Je
souhaite revenir sur vos recommandations en ce qui concerne les pouvoirs du
DPCP. Ce serait intéressant, pour moi en tout cas, de mieux comprendre vos
recommandations ainsi que vos préoccupations. Parce que vous dites que, tu
sais, les objectifs sont louables, mais le libellé proposé par le projet de loi
porte à confusion. Vous l'avez évoqué dans vos remarques initiales ici, en
commission. Est-ce que vous avez des recommandations pour nous en ce qui
concerne les amendements que nous devons aborder pour bonifier le projet de
loi, pour éviter ce que vous avez évoqué à... à maintes reprises? Dans le fond,
c'était très bonifié, cet aspect, dans votre mémoire, puis je constate
qu'évidemment on veut éviter tout qui peut porter confusion. Alors, ce sont
quoi, vos recommandations?
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
je pense, d'abord, si vous regardez à la page 8 de notre mémoire, par
rapport au libellé du deuxième alinéa de l'article 18, on a... on souhaiterait
qu'il soit modifié afin de préciser spécifiquement que le procureur municipal
doit dénoncer tout défaut de conformité ou toute irrégularité dans l'application
d'une directive, qu'elle soit causée par un procureur en particulier ou qu'elle
soit le fruit de la culture locale et de l'exigence de la municipalité.
Je ne sais pas si mon collègue veut
ajouter quelque chose à ça.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Oui,
rapidement. C'est juste que, lorsqu'on voit l'article 18, tel que proposé,
là, de la Loi sur le Directeur des poursuites criminelles et pénales, on a un
aspect peut-être un peu pédagogique à avoir envers, là, les procureurs de
s'assurer que ça... les... l'obligation de... d'informer le directeur des
défauts de conformité inclut, là, une... une contre-directive, disons-le comme
ça, qui émanerait de la ville, qui dirait de ne pas appliquer un... un programme.
Puis c'est des cas qu'on a... dont... qu'on a déjà vus. Donc, c'est... on...
c'est plus de le préciser sur ce point-là spécifiquement, là. C'est de... c'est
de préciser le libellé, là, comme Mme la bâtonnière l'a soulevé.
Mme Maccarone : Parfait. Merci.
Quel sera l'impact si le ministre n'accepte pas un tel amendement?
• (18 h 10) •
Mme Claveau (Catherine) : Ça...
ça revient au... à l'indépendance. Je veux dire, il y a l'indépendance
judiciaire, mais il y a aussi... l'indépendance du poursuivant. C'est toujours
la... l'importance, là, que les règles soient suivies partout, et qu'il n'y ait
pas, là, d'iniquités, là, par rapport à... à l'application aussi, là...
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Puis
le... Puis j'ajouterais juste que le... le risque, c'est que, si les procureurs
lisent cet article-là puis sont mal au fait de l'étendue de leurs obligations,
bien, qu'ils ne dénoncent pas des situations qui devraient être dénoncées parce
qu'il y a une... un non-respect d'une directive, par exemple, dans une cour
municipale en particulier.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Merci pour...
Bonjour. Merci pour un mémoire tout en nuances et constructif.
Et justement, parlant d'être constructifs,
j'aimerais vous amener à l'article 192. Vous dites qu'il pourrait donc
causer des problèmes sur l'indépendance judiciaire. Mais on sait depuis
longtemps que la magistrature, les juges, donc, rendent justice en étant
conscients qu'il y a des.... il y a l'intérêt public tout en... en refusant,
évidemment, d'être soumis, mais dire : Il faut tenir compte de ces
impératifs. Est-ce qu'il y a un moyen, est-ce qu'il y a une formulation que le Barreau
du Québec pourrait proposer pour qu'on... on couche sur papier, dans cette loi,
ce principe qui existe déjà, en <réalité...
M. Paradis :
...existe
déjà, en >réalité, que la magistrature respecte déjà? Parce que vous
dites «pourrait», donc je... je comprends que vous n'êtes pas en train de dire
qu'il ne la respecte pas, l'indépendance judiciaire, cet article-là, mais qu'il
le pourrait. Est-ce qu'il y a une formulation qui permettrait d'avoir le
meilleur des deux mondes, respecter l'indépendance et tenir compte de ce
facteur en 2023?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : C'est...
c'est une excellente question. Nous, on n'a pas proposé, là, malheureusement,
de libellé particulier, mais un libellé qui reprendrait, là, les principes
généraux de l'indépendance judiciaire ou qui... qui ferait les nuances
appropriées pourrait être quelque chose d'intéressant. Comme on a dit
précédemment dans les autres questions... réponses en... à d'autres questions,
c'est une... une liste de différents... de différentes atteintes potentielles
qu'on a identifiées. Et donc tout va être dans la façon que cela est appliqué
et la façon que c'est vécu par les cours municipales. Donc, c'est... c'est dur
aujourd'hui, là, de... de prévoir sur le... l'impact potentiel, mais c'est... c'est...
on veut lever, là, le... le drapeau sur ces mesures-là, là... sur ces enjeux-là,
qu'on a... qu'on a soulevés.
M. Paradis : Mais je
comprends donc que, pour le Barreau du Québec, il y aurait possibilité, donc,
d'avoir un libellé qui tiendrait compte de l'indépendance judiciaire, mais qui...
qui dirait que : Oui, on tient compte de l'intérêt supérieur des citoyens,
des contribuables, des justiciables dans la façon de gérer la cour.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : ...d'un
point de vue général, puis je vais laisser la bâtonnière compléter, mais le...
l'intérêt supérieur de la justice devrait être inclus, bien entendu, l'accès à
la justice, la justice pour les justiciables. L'intérêt supérieur de la
justice, l'accès à la justice, tous ces... tous ces concepts-là, qu'on discute,
sont là, au final, pour que la justice soit rendue, puis que les citoyens aient
confiance et obtiennent... obtiennent justice éventuellement, puis que ce soit
fait... ou, s'ils sont devant un processus criminel ou pénal, bien, qu'ils
obtiennent une sanction après avoir un processus et un procès justes et
équitables. C'est des principes qui reviennent toujours au citoyen. On... ultimement,
la justice, on fait tout ça pour le citoyen. On ne fait pas ça juste pour la
justice avec un grand J. La justice avec un grand J, ça inclut le citoyen, là,
bien entendu.
Le Président (M.
Bachand) :Merci...
Mme Claveau (Catherine) : ...je
n'ai rien à ajouter. Je pense que c'est bien complet.
Le Président (M.
Bachand) :OK. Bien, Me Le Grand Alary,
Mme la bâtonnière, merci beaucoup d'avoir été avec nous. C'est très, très, très
apprécié.
Mémoires déposés
Sur ce, je procède le dépôt des mémoires
de personnes et organismes qui n'ont pas été entendus lors des auditions
publiques.
Et, compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux sine die. Merci beaucoup! Belle soirée.
(Fin de la séance à 18 h 14)