(Quinze
heures vingt-neuf minutes)
Le
Président (M. Bachand) :
À
l'ordre, s'il vous plaît! Bonjour, tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare
la séance de la Commission des institutions ouverte. Je vous souhaite encore
une fois la bienvenue.
La
commission est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et
auditions publiques sur le projet de loi n° 40,
Loi visant notamment à réformer les cours municipales et à améliorer
l'efficacité, l'accessibilité et la performance du système de justice.
Avant de débuter, M.
le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Zanetti (Jean-Lesage) est
remplacé par Mme Labrie (Sherbrooke).
Auditions (suite)
Le
Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. Alors, cet après-midi, nous allons entendre les organismes suivants : la ville de Gatineau,
l'Association québécoise des avocats et avocates de la défense, le Barreau du Québec, mais il nous fait plaisir de débuter cet après-midi avec les
représentants de la ville de Montréal. Alors, merci beaucoup d'être avec nous.
Comme vous savez, vous avez 10 minutes de présentation, mais avant tout je
vous inviterais à vous présenter individuellement ou le groupe et à débuter
votre exposé. Merci beaucoup d'être avec nous.
Ville de Montréal
M. Rabouin
(Luc) : Merci. Donc, je suis Luc Rabouin, je suis le président du
comité exécutif de la ville de Montréal. Je suis accompagné avec... de
Me Patrice Guay, qui est avocat en chef, et Me Denis Gallant, qui est
notre directeur des poursuites pénales et criminelles à la ville de Montréal.
Donc,
bien évidemment, on est heureux de prendre part aux présentes consultations
entourant le dépôt du projet de loi n° 40, un projet de loi qui jette les bases d'une réorganisation importante
de l'administration de la justice à l'échelle municipale et témoigne
d'une volonté affirmée du gouvernement de moderniser l'application du cadre
réglementaire municipal.
• (15 h 30) •
Parmi les mesures que
je mentionnerai dans mon allocution, l'introduction d'un régime de sanctions
administratives pécuniaires répond à une demande historique de la métropole et
permettra une meilleure utilisation des ressources et surtout un meilleur
service aux citoyens et aux citoyennes. Le projet de loi contient également de
nombreuses mesures qui permettront assurément d'améliorer l'accès à la justice.
Il présente une réorganisation équilibrée et
bien structurée. Je tenterai d'utiliser cette tribune pour partager certaines
recommandations qui permettraient, selon nous, de bonifier le projet.
Avant toute chose, il
importe de camper le contexte unique dans lequel évolue la cour municipale de
Montréal. Ce tribunal offre des services judiciaires en matière civile,
criminelle et pénale sur l'ensemble du territoire de l'agglomération. Elle juge
les infractions constatées dans l'ensemble des 19 arrondissements de la
ville de Montréal, ainsi que dans toute municipalité reconstituée située sur le
territoire de l'agglomération. Ce sont 31 juges qui y siègent à temps
plein et de façon exclusive. La juridiction pénale de la cour municipale de
Montréal s'étend à l'ensemble de la réglementation municipale ainsi qu'à certaines
infractions à des lois provinciales, dont celles résultant d'une contravention ou... au Code de la sécurité routière,
en matière d'environnement, de transport rémunéré ou de salubrité des
aliments. Ces causes de nature pénale représentent près de 500 000 dossiers
traités annuellement. La cour traite
également plus de 8 000 dossiers criminels intentés par voie de
procédure sommaire visant des infractions diverses.
Depuis les
40 dernières années, la cour municipale de Montréal a implanté plusieurs
programmes spécifiques pour aider les personnes victimes et accusées à naviguer
à travers les complexités du processus judiciaire. On pense aux personnes
aînées, aux personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, aux
personnes en situation d'itinérance, aux personnes autochtones. Toutes ces
populations et bien d'autres bénéficient de ces programmes spécifiques à
Montréal. Certains de ces programmes ont d'ailleurs pour objectif de permettre
des solutions de rechange à l'incarcération ou aux sanctions financières pour
ne pas pénaliser l'avenir des personnes accusées et ils visent aussi à
responsabiliser les individus concernés et à réduire les récidives.
La ville est
satisfaite de constater que sa réalité particulière est reconnue et qu'elle
pourra, compte tenu de sa spécificité unique et du volume de dossiers traités,
continuer d'opérer dans une seule région de coordination. La ville voit également positivement la structure proposée,
qui comprend un juge municipal en chef et implique la nomination d'un juge
coordonnateur et un juge coordonnateur adjoint pour la région de Montréal.
L'opérationnalisation de
la réorganisation proposée soulève toutefois quelques questions et défis. La
ville est notamment préoccupée par les incidences financières du projet, particulièrement
en regard de la répartition à venir du partage des coûts entre les
municipalités.
Le ministère de la Justice affectera dorénavant
le personnel au bureau du juge municipal. À l'heure actuelle, la cour
municipale emploie 31 juges et quelques employés permanents issus de
différentes affectations... affiliations syndicales. La ville souhaite obtenir
des précisions sur le fait d'affecter les ressources, ce qui est utilisé dans
le projet de loi, et connaître les
implications de cette réorganisation sur les ressources humaines et
matérielles, là, de notre cour municipale.
Dans le même ordre d'idée, et à titre de
première cour municipale au Québec et responsable d'une région de coordination,
la ville de Montréal demande notamment de réinstaurer son droit de fournir ses
observations au comité de rémunération des
juges sous sa responsabilité. À l'heure actuelle, afin de répondre adéquatement
aux enjeux propres à la métropole et ainsi s'assurer d'une justice de
proximité accessible aux citoyens et justiciables, la cour municipale peut
adopter à la majorité de ses juges un règlement uniquement applicable à sa
cour. L'article 40 du présent projet de loi introduit une modification qui
aurait pour effet de nécessiter l'accord majoritaire de tous les juges municipaux
du Québec pour modifier les règles qui seront propres à Montréal. Les impacts
d'une telle mesure sont préoccupants, et la ville invite le gouvernement du
Québec à reconsidérer la portée de l'article afin d'adapter la situation à la
réalité propre à chaque région de coordination.
D'autre part, bien que la ville reconnaisse
l'importance des directives du DPCP, elle juge hautement souhaitable de
reconnaître le statut particulier du directeur des poursuites pénales et
criminelles de la ville de Montréal et de
lui confier cette tâche au sein de sa propre direction. Dans la perspective
d'une utilisation plus judicieuse des ressources et pour favoriser un
traitement efficace de la justice, la ville de Montréal invite donc le
gouvernement du Québec à limiter la portée de l'article 50, qui, dans sa
mouture actuelle, laisse présager une certaine lourdeur en matière de reddition
de comptes.
Dans un autre ordre d'idée, la ville tient à
réitérer son entière satisfaction à l'égard de l'implantation d'un régime de
sanctions administratives pécuniaires sur son territoire et invite le
gouvernement du Québec à procéder très rapidement à l'adoption du règlement
afférent. C'est une évidence que ce nouveau mode de traitement des sanctions
permettra d'offrir un meilleur service à la population. Il a fait ses preuves
dans de nombreuses autres juridictions canadiennes.
Un bénéfice tangible de ce nouveau système sera
d'alléger considérablement le nombre de dossiers traités, tant par le personnel
de la cour municipale que par ses juges de paix fonctionnaires et par la
magistrature. Chaque année, plus de 1,4 million de constats de
stationnement et d'infractions connexes sont délivrés sur le territoire de la ville de Montréal. De ce nombre, près du quart
sont contestés ou encore font l'objet d'un jugement par défaut. En 2002... en 2022, pardon, seulement, plus de
52 000 dossiers ont été portés au rôle de la cour municipale et plus
de 200 000 jugements par défaut ont été rendus par des juges
de paix fonctionnaires.
La ville de
Montréal estime que le régime proposé améliorera grandement l'accès à la
justice pour les citoyens, puisque ces
derniers n'auront plus à consacrer des journées de présence en cour municipale
pour contester une contravention.
Les régimes de sanctions administratives
pécuniaires sont déjà bien établis dans plusieurs lois au Québec, et
l'expérience du gouvernement dans ces matières sera mise à contribution lors de
l'adoption du règlement établissant un tel
régime dans les municipalités du Québec.Toutefois, la ville souhaite maintenir
sa capacité actuelle de recouvrement eu égard aux manquements relatifs
au stationnement et demande l'implantation d'un système similaire à celui prévu
à la Loi concernant les partenariats en
matière d'infrastructures de transport en ce qui concerne le partage
d'informations avec la Société de l'assurance automobile du Québec
relativement aux véhicules visés par une infraction. Une telle pratique sera
tributaire du succès de l'implantation du régime de sanctions administratives
pécuniaires à Montréal. À titre de
comparaison, les juridictions canadiennes qui ont développé des régimes de
sanctions administratives ont conservé cette possibilité.
En conclusion, il me fait plaisir de réitérer
l'accueil favorable de la métropole au projet de loi n° 40, lequel
contient des mesures importantes qui viennent moderniser les processus
d'administration de la justice dans l'appareil municipal. L'introduction d'un
régime de sanctions administratives pécuniaires représente une avancée significative
et répond à une demande historique de la ville de Montréal. Elle permettra
d'alléger le processus de traitement de nombreuses
infractions au bénéfice partagé de l'administration municipale et des citoyens.
Je vous remercie pour votre attention.
Le Président (M.
Bachand) :
Merci beaucoup,
M. Rabouin. Alors, je cède la parole au ministre pour une période, du côté
gouvernemental, de 16 min 30 s, s'il vous plaît. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bonjour, M.
le Président. M. Luc Rabouin, président du comité exécutif de la ville de
Montréal, Me Patrice Guay, directeur du service des Affaires juridiques,
Denis Gallant, directeur des poursuites pénales
et criminelles à la ville de Montréal, bonjour. Merci d'être présents avec nous
à la Commission des institutions.
D'entrée de jeu, je tiens à vous féliciter, la
ville de Montréal, pour votre cour municipale. C'est une cour municipale qui...
vous l'avez bien dit, M. Rabouin, qui a des programmes particuliers qui
ont été développés, et que notamment on s'est inspirés du programme Côté Cour
pour développer le tribunal spécialisé. Il y a des programmes en matière de santé mentale aussi. Et vous avez
somme toute des délais qui sont... qui sont plus acceptables que nous avons
au niveau des tribunaux, notamment au palais de justice de Montréal. Alors, je
sais que c'est une justice de proximité puis je sais à
quel point, pour les élus de la ville de Montréal, à quel point c'est important
d'offrir des services aux Montréalais, aux
Montréalaises et d'avoir des services de proximité, puis je pense que votre
cour municipale y contribue.
J'aimerais
ça qu'on aborde la question des sanctions administratives pécuniaires. Donc,
dans le cadre des échanges que nous avons eus avec l'administration, ça va
permettre quand même de... de libérer environ cinq à six juges de la cour
municipale de Montréal. On parle de 4 millions d'économies, et surtout
c'est environ 72 % des dossiers, si je comprends bien, qui procédaient des
infractions de responsabilité absolue de stationnement, des constats
d'infraction, des «tickets», en bon québécois, comme on dit. Donc, ça va
permettre de dégager du temps à la cour municipale de Montréal.
M. Guay (Patrice F.) : Bien oui.
Merci, M. Rabouin. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, M. le Président. Oui,
effectivement, c'est notre compréhension, qu'un des bénéfices clairs de
l'établissement de régime de sanctions administratives pécuniaires à Montréal
sera de nous permettre de libérer du temps d'audience, c'est-à-dire de réduire
le nombre de dossiers qui auront à passer devant... sous l'attention des juges
et aussi notre personnel, à savoir les juges de paix fonctionnaires.
• (15 h 40) •
Cela étant dit, évidemment, nous avons
l'ambition d'améliorer encore plus les délais. Il faut voir que la justice de proximité implique une capacité d'agir
rapidement au bénéfice d'une situation qui est souvent très frustrante
pour les citoyens lorsqu'on pense notamment à l'ensemble de l'application du
cadre réglementaire que nous devons faire vivre et que nous pouvons faire vivre
qu'à la cour municipale de Montréal, c'est-à-dire l'ensemble des règlements
adoptés par l'une et l'autre des villes liées ainsi que les arrondissements et
les divers services centraux. Nos délais sont bons, effectivement. Je crois qu'il
faut en être fier. Je souligne d'ailleurs le travail de la magistrature à la cour municipale de Montréal et l'ensemble des
procureurs qui, dans les dernières années, ont vraiment mis des bouchées
doubles pour nous permettre d'avoir des délais qui font l'envie d'autres
juridictions, selon ce que je comprends.
Mais donc là où j'en suis, c'est bel et bien
que, oui, M. le ministre, l'avènement de la... des sanctions administratives aura comme impact de libérer des
salles d'audience, du moins selon la volumétrie actuelle et les priorisations
actuelles. C'est notre ambition, évidemment, d'améliorer en ce qui a trait à
l'ensemble des autres règlements qui, eux,
continueront à vivre dans le cadre du traitement actuel des dossiers
judiciarisés. Je pourrais vous nommer différents cas de figure, que ce
soit en hygiène, en construction, en... dans les dossiers en matière
d'urbanisme qui requièrent l'attention de la cour et qui impliquent que l'on
puisse obtenir des remèdes par l'application plus serrée dans notre cadre
réglementaire. C'est un mandat très, très ferme de l'actuelle administration et
de la direction générale de la ville de Montréal de voir à ce qu'on soit plus
agiles au niveau de l'application de notre cadre réglementaire.
Mais, oui,
donc je résume, effectivement, les quelques... nous aurons à terme... et c'est
notre espoir de pouvoir réduire le nombre de dossiers actuels, ce qui
libérera une certaine capacité.
M. Jolin-Barrette : Peut-être une
question. Certains ont dit : Écoutez, on aurait été mieux de faire une
quatrième chambre à la Cour du Québec, et donc de fermer les cours municipales.
Pourquoi c'est important pour la ville de Montréal de conserver sa cour
municipale?
M. Guay (Patrice F.) : La cour
municipale de Montréal, c'est l'ADN de la métropole. Elle existe depuis près de
172 ans. Je massacre sûrement les chiffres, mais elle existe depuis le
XIXe siècle et elle a... elle fait partie de l'histoire même de notre grande ville. Il serait absolument dommage
qu'on perde la capacité d'avoir une cour proche, efficace, capable de
refléter l'identité de notre métropole.
Il va sans dire que nos juges, au quotidien,
sont absolument indépendants dans la réalisation de leurs tâches et dans l'exécution des travaux qu'ils ont à
faire. La proximité n'a évidemment aucun lien avec la capacité de pouvoir
influencer le processus.
Là où j'en suis, c'est bel et bien l'opportunité
que nous avons par la cour de définir nos besoins en ce qui a trait à la... en ce qui a trait à la nature des
dossiers que l'on doit prioriser. Et cette proximité-là, pour nous, est
importante.
M. Rabouin (Luc) : Peut-être que
j'ajouterais en disant que la cour municipale de Montréal est quand même
performante. Elle fonctionne bien puis elle a démontré sa capacité d'innover,
de s'ajuster, au besoin, à la réalité réelle.
Vous l'avez nommé précédemment, merci d'avoir souligné les innovations qui ont
été faites dans les différents programmes pour s'adapter aux types de
clientèles. Donc, ça, je pense que c'est quand même un facteur qui justifie de
maintenir une cour de proximité.
M. Jolin-Barrette : Je comprends
très bien. Merci, M. Rabouin. Peut-être une question sur ce que vous venez de dire, vous et Me Guay. Vous avez
dit : La cour municipale est une cour qui est performante. Me Guay a
dit : On a une cour municipale qui doit répondre aux besoins des
Montréalais, des Montréalaises. Comme administrateurs publics, là, comment vous
voyez ça, la gestion de la cour municipale?
Bien entendu, il y a l'indépendance judiciaire,
la fixation des rôles, le fait que les juges sont à l'abri de toute influence. Cependant, une cour municipale, c'est
également un service de... un service public et un service de proximité
également pour les citoyens. Là, vous nous dites, Me Guay, qu'il y a d'autres
types d'infraction qui vont pouvoir être traités parce qu'on sort les dossiers
de stationnement. Je comprends que l'objectif, notamment pour des décideurs
publics comme vous, c'est de faire en sorte que le service aux justiciables
soit accessible, efficace et que ça puisse bien fonctionner. Vous avez ce
souci-là. Parce que, dans le projet de loi... Je vous amène... Pourquoi je vous
pose la question, dans
le projet de loi, on a dit que le juge municipal en chef est chargé de répondre
aux besoins des municipalités et surtout de s'assurer de la performance
également. Ce n'est pas confié à l'administration, c'est confié au juge
municipal en chef. Est-ce que vous voyez une problématique avec ça, avec les
objectifs des services que vous voulez offrir aux citoyens?
M. Rabouin
(Luc) : Bien, je pense que c'est tout à fait compatible.
C'est nécessaire qu'on garde l'indépendance de la justice, mais, en même
temps, on veut s'assurer d'avoir des organisations performantes, il y a des
comptes à rendre sur les activités et la
performance. Nous, par rapport au juge en chef, on a déjà un directeur des
poursuites pénales et criminelles qui joue un rôle vraiment important.
Donc, je pense que c'est la bonne personne qui est en mesure de fournir la
reddition de comptes nécessaire.
M. Jolin-Barrette : OK. Vous êtes
d'accord avec le fait qu'on mette une région de coordination juste pour la
région de Montréal parce que vous avez déjà un juge président, un juge
président adjoint. Désormais, il deviendrait, par le projet de loi,
coordonnateur et coordonnateur adjoint. Ça, vous êtes à l'aise là-dessus, qu'il
y ait une spécificité pour Montréal?
M. Rabouin
(Luc) : Tout à fait. D'ailleurs, on apprécie cette
reconnaissance-là. Je pense que c'est nécessaire à la fois pour la spécificité de la région, le
nombre de personnes, mais surtout le volume des demandes, là. Je pense que
ça justifie d'avoir une région spécifique pour Montréal.
M. Jolin-Barrette : Excellement.
M. Rabouin
(Luc) : Et surtout notre possibilité d'adapter par rapport
aux différentes réalités, comme j'ai nommé précédemment, personne en
situation d'itinérance, etc., là.
M.
Jolin-Barrette : OK. Peut-être une dernière question avant de céder
la parole à mes collègues. L'association des greffiers est venue la semaine
dernière et nous a dit : Écoutez, nous, ce qu'on souhaiterait, c'est que
ce soient des juges de paix fonctionnaires qui puissent évaluer certains
types d'infraction. Nous, dans le modèle des SAP, ce qu'on a fait, c'est qu'on...
c'est un réviseur administratif, supposons, à la ville de Montréal, qui
viendrait et, par la suite, un décideur administratif. Qu'est-ce que vous
pensez, là, du fait que ça soit des juges de paix fonctionnaires?
M. Guay
(Patrice F.) : Si je peux me permettre, M. le ministre, la
question est excellente. Un régime de sanctions administratives a comme
prémisse qu'il ne faut bel et bien pas mélanger les genres. C'est-à-dire que le
système peut fonctionner uniquement dans la mesure où on isole chacune
des étapes du processus généralement suivi par le processus pénal. L'expérience
ontarienne a bien démontré que le gain d'efficacité, en ayant un système de
sanctions administratives complètement
indépendant de l'instance judiciaire, il est réel, il est palpable, et je pense
qu'on est dans la cohérence ici.
J'ai eu vent, effectivement, qu'il a été proposé
que l'agent, un des agents réviseurs, peut-être le dernier niveau, soit un
membre du personnel du périmètre de la cour municipale, notamment par la
personne de juge de paix fonctionnaire. Quant à nous, à Montréal, une telle
avenue serait perçue comme étant littéralement... je pèse mes mots, je vais me
contenter de dire un échec du projet, puisqu'il faut bel et bien respecter le
caractère tout à fait séparé et administratif du processus.
C'est mon propos, que nous sommes parfaitement
capables de créer, à l'instar de ce qui a été fait dans la grande ville de
Toronto depuis 2007, un régime qui va mieux répondre aux besoins des citoyens,
auquel... le citoyen va avoir accès directement à un agent réviseur et un
citoyen va pouvoir bénéficier de toutes les technologies disponibles pour que
ce soit le plus simple possible. La réforme, avant tout, va bénéficier au
citoyen qui croit être... avoir quelque
chose à dire à l'encontre de l'avis d'infraction, qui maintenant va s'appeler
une sanction administrative, qui aura été... qui lui a été donné.
Donc, je pense qu'il est bien important
d'assurer... et je crois que votre projet de loi le protège bien, protège bien
et campe de façon très efficace, à nos yeux, cette distinction qu'on doit avoir
entre le processus pénal et le processus
administratif. Avoir un agent qui, au dernier échelon, serait un membre du
périmètre judiciaire ferait en sorte que le système, à mon humble avis, ne
pourrait pas fonctionner de façon aussi efficace. Et là ce serait, en quelque
sorte... je qualifierais le tout, peut-être,
un échec de la réforme que l'on recherche depuis de nombreuses années à
Montréal.
M.
Jolin-Barrette : Excellent. Je vous remercie grandement pour votre
présence en commission parlementaire puis je vais céder la parole à mes
collègues.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel,
pour 5 min 30 s, s'il vous plaît.
Mme Boivin Roy : Merci beaucoup, M.
le Président. Alors, M. Rabouin, M. Guay, M. Gallant, c'est un
plaisir de vous retrouver. Dans votre présentation, vous avez salué le régime
de SAP que nous souhaitons mettre en place. En fait, même, dans votre recommandation 5,
vous dites : «La ville de Montréal demande au gouvernement du Québec de procéder rapidement à l'adoption du
règlement établissant un régime de SAP, et ce, afin que la ville puisse s'engager rapidement dans la mise en place d'un tel
régime sur son territoire.» Alors, est-ce que vous pouvez nous en dire
davantage sur les avantages que vous voyez à mettre en place ce régime-là, pour
la cour municipale de Montréal mais également pour les citoyens et citoyennes?
• (15 h 50) •
M. Guay (Patrice F.) : Oui, bien,
merci, Mme la députée, pour votre question. Écoutez, il est... à nos yeux, il est clair qu'un système de sanctions
administratives va avant tout bénéficier au citoyen, qui va pouvoir avoir un
résultat beaucoup plus rapide que dans le processus pénal actuel.
M. le ministre l'a dit, nos délais sont très bons à la cour municipale,
mais il reste qu'encore trop souvent, en fonction de différents phénomènes pour
lesquels... qui va bien au-delà de la
volonté claire de la magistrature d'abattre du boulot à bon rythme, il peut
arriver, effectivement, qu'on ait des
délais d'audition qui peuvent osciller entre 12 mois et 14 mois, pour
un constat d'infraction en matière de stationnement. Donc, je me
projette dans la peau du citoyen qui a à attendre aussi longtemps pour pouvoir
donner une explication en regard des motifs de contestation de son constat,
souvent, ça en décourage plusieurs. Plusieurs peuvent... disent, puis il y a un adage, en anglais, qui dit :
«Justice delayed is justice denied». C'est tout à fait le cas lorsqu'un citoyen
qui reçoit un constat veut faire valoir les raisons pour lesquelles il
n'est pas... il est contre le fait qu'on veuille le sanctionner.
Le régime de sanctions pécuniaires a l'immense
avantage de pouvoir rapidement amener le dossier sous les yeux d'un agent réviseur, du moins, si on
s'inspire du modèle ontarien, qui, très rapidement, va voir si le cas de figure
rapporté correspond ou pas à un des cas de figure pour lesquels il faut arrêter
les procédures. Un exemple évident, c'est le fait d'avoir payé à une borne pour
un stationnement tarifé et d'avoir payé le mauvais espace. Au lieu d'avoir entré sur votre téléphone l'espace A-312,
vous avez rentré l'espace A-311, vous avez payé le 311 et,
malheureusement, vous étiez à
l'espace 312. C'est un cas de figure que, de toute évidence, une fois
qu'il y aura une coordination faite entre l'immatriculation, et le
moment de l'infraction, et le paiement, on ne veut pas continuer la procédure,
il faut l'arrêter.
Est-ce qu'on
a à attendre 14 mois pour aller voir un juge pour dire ça? D'aucuns
pourraient dire que, techniquement, la poursuite pourrait déjà prendre
la décision de le retirer. Il fut un temps, lorsque la volumétrie le
permettait, qu'effectivement nos poursuivants faisaient une analyse des
différents retours de la part des citoyens, mais nous ne sommes plus là. La volumétrie, actuellement, à
Montréal ne nous permet pas d'avoir cette agilité-là. Donc, c'est vraiment
axé vers le citoyen, l'efficacité et la souplesse.
Les lois en matière pénale, et j'ai en tête le Code
de procédure pénale, ne permettent pas certains échanges de manière
technologique pour notamment pouvoir régler un élément de la preuve. Le fait
d'avoir une sanction administrative, un régime beaucoup plus souple nous
permettra d'introduire des technologies qui seront beaucoup plus
XXIe siècle que ce que nous avons actuellement. Donc, quant à moi, l'idée
est bel et bien d'avoir un système plus rapide, plus efficace, plus équitable,
dans lequel le citoyen va pouvoir avoir un interlocuteur qui va pouvoir
rapidement disposer le dossier.
Il va sans dire qu'un tel système va requérir
quand même un déploiement de la part de la ville en ce qui a trait à la... à un
service qui va être capable d'absorber le tout. Nos projections actuelles sont
à l'effet que, dans un horizon d'une année,
nous serons certainement capables d'avoir une bonne idée de la volumétrie. Et
on a franchement bon espoir qu'il ne risque pas à y avoir vraiment plus
de contestations, mais ça va être beaucoup plus facile pour les citoyens. Donc,
nous avons une opportunité, ici, de changer de siècle en ce qui a trait à la
façon de donner un suivi aux décisions des villes, d'avoir à tarifer des
espaces de rues, d'avoir à établir certaines bases réglementaires pour... au
bénéfice des citoyens.
Et je pense que la cour municipale... et le
processus pénal n'est pas le bon processus pour pouvoir traiter une très, très
grande quantité d'infractions qu'on devrait plutôt traiter de façon
administrative. L'Assemblée nationale a voté plusieurs lois dans lesquelles on
retrouve des régimes de sanctions administratives pécuniaires, et je sais que
plusieurs administrateurs publics disent qu'ils ne reviendraient pas en
arrière, que les bénéfices sont clairs en ce qui a trait à la souplesse
apportée par les sanctions. J'ai eu le bénéfice de parler à mon homologue à...
de la ville de Toronto, qui me disait que toute son organisation ne pouvait pas
imaginer un retour en arrière avec un processus pénal pour la tarification de rue et que, pour eux, c'était clairement
un gain d'efficacité. Et je sais que plusieurs autres villes canadiennes
sont exactement à la même place.
Ce que nous demandons, Montréal, c'est d'avoir
le bénéfice de cette même avancée et de pouvoir nous concentrer en ce qui a
trait aux activités judiciaires, aux véritables enjeux qui méritent le temps
d'un juge.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, pour 8 min 35 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. Alors, bonjour, M. Rabouin, Me Gallant, que je suis très
heureux de revoir, et Me Guay également. Merci beaucoup pour votre mémoire.
J'ai quelques questions pour vous. On a parlé
beaucoup des sanctions administratives. Le projet de loi dit que c'est par
règlement que le gouvernement va pouvoir mettre en place un tel régime. Il
s'agit, je pense, d'une... en fait, d'une transformation de fond. Serait-il
préférable d'inclure, à tout le moins, le régime dans la loi et après ça voir
aux modalités d'application par règlement?
Parce que si tout est créé par règlement, bien, évidemment, on n'a pas le
bénéfice d'en débattre dans le cadre des travaux, des travaux de
l'Assemblée nationale.
M. Guay (Patrice F.) : Bonjour, M.
le député. Effectivement, un grand plaisir de vous revoir. Écoutez, il faut
voir que la... ce que je comprends, c'est que le projet de loi n° 40
ressemble vraiment beaucoup à l'amendement qui avait été apporté à la Loi sur
les municipalités en 2001 en Ontario, lequel, justement, déférait au
gouvernement le pouvoir d'adopter par
règlement le cadre plus précis de fonctionnement. Évidemment que nous serons au
rendez-vous pour pouvoir discuter avec qui voudra
bien discuter avec nous du contenu d'un éventuel règlement, mais donc ce que je
comprends, c'est que le modèle proposé ici au projet de loi n° 40
ressemble, non pas en tous points... mais, sur l'élément de la référence à un règlement sur les pénalités
administratives, c'est effectivement la façon dont la législature
ontarienne avait... avait instauré le régime dans sa juridiction.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Avez-vous une idée de l'impact financier de la réforme pour la ville?
M. Guay (Patrice F.) : Nous avons
fait une projection en ce qui a trait aux économies que nous croyons crédibles et réalistes, nous pensons que la ville
de Montréal va pouvoir faire vivre le régime de sanctions administratives
avec approximativement 30 % des coûts actuellement engagés pour faire les
mêmes activités. Un gain, évidemment, clair,
outre les enjeux que nous avons évoqués tout à l'heure de gains et d'efficacité
pour d'autres types de dossiers, un gain clair est de voir à ce que tout
le processus de jugement par défaut par nos juges de paix fonctionnaires
n'auront plus à être... n'auront plus à être effectués, ce qui, pour nous,
représente un gain vraiment important.
Vous savez, j'ai... je suis responsable,
administrativement, du périmètre du greffe de la cour municipale de Montréal, et je rencontre périodiquement la
greffière en chef de la cour municipale, et un des premiers sujets qu'on a,
c'est le fait qu'on a de la difficulté à suivre la cadence en ce qui a trait au
nombre de jugements rendus par les juges de
paix fonctionnaires. Bon an, mal an, il faut rendre plus de
200 000 jugements, c'est-à-dire que nous avons un greffier de
la cour qui, lorsqu'il ne siège pas comme greffier de la cour, doit trouver du
temps pour s'asseoir derrière un ordinateur
et voir à réviser à la pièce les trois documents qu'il doit réviser pour, au
final, rendre un jugement. L'image que j'ai,
c'est qu'il fait clic-clic, clic-clic, clic-clic, un jugement est rendu,
et vous avez cette séquence-là, d'événements, plus de
200 000 fois par année à la ville.
Actuellement, nous sommes en retard. Il y a une
pénurie importante au niveau des greffiers-audienciers. On sait que le ministère de la Justice a de la
difficulté à recruter. Nous avons également de la difficulté à recruter. Je
pense qu'il faut... Évidemment, on pense au temps d'audience, on pense
aux procureurs, on pense aux juges, mais aussi le personnel de la cour va
vraiment être soulagé de travaux à être faits.
Donc, je parle peut-être trop longtemps, mais
retenons donc que c'est une économie significative et que l'évaluation des
coûts qu'on a faite, c'est moins de 25 % des coûts actuels pour le même
résultat, avec beaucoup plus d'accessibilité pour le citoyen.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. J'ai une question pour Me Gallant maintenant. Bonjour, Me Gallant. Je
comprends que, dans le mémoire, vous soulignez que vous souhaitez garder le
régime de poursuivants de la cour municipale parce que, dans le projet de loi,
ce serait le Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec qui chapeauterait tout ça. Il y aurait donc une
exception, si j'ai bien compris, pour la cour municipale de Montréal. Est-ce
que ce serait la même chose pour les cours
de Laval et de Québec, qui sont trois cours municipales importantes, qui ont
un gros volume et qui ont une compétence étendue, notamment en vertu du Code
criminel?
M. Gallant (Denis) : M. le député,
je veux juste revenir, c'est-à-dire que les... le statut de poursuivants qu'on
a en matière criminelle, on l'a par entente. On l'a par entente, donc des
ententes administratives. Celle de Montréal date de 2005, dans laquelle une
série d'infractions qui sont poursuivies en vertu de la partie 27 du Code
criminel. Alors, nous sommes les poursuivants : capacités affaiblies,
violence conjugale, tous ces... tous les dossiers, je vous dirais, là, qui sont
une panoplie de dossiers. C'est un peu l'équivalent à Québec et à Montréal. Par
contre, Montréal a sa spécificité parce
qu'on a une entente parallèle en matière... pour la violence conjugale, ce que
les autres cours municipales n'ont pas.
• (16 heures) •
Nous sommes... Comme poursuivants municipaux,
nous sommes assujettis aux directives du Directeur des poursuites criminelles
et pénales en vertu de l'article 18 de la Loi sur les... sur le Directeur
des poursuites criminelles et pénales, ce qui veut dire que... La même chose
que moi, quand mes procureurs autorisent un dossier, ils sont liés par la
directive ACC-3. Quand ils règlent un dossier, c'était un peu pareil au
fédéral, puis on avait les... Parce que les directives en tant que telles du
directeur, c'est le moyen d'encadrer le pouvoir discrétionnaire du poursuivant.
Donc, on est des poursuivants à part
entière, là, puis je vais me limiter au droit criminel. Donc, on ne devient pas
des employés du DPCP.
Ce qui... Ce qui nous accroche, nous, avec
l'article 50 du projet de loi, c'est qu'on vient modifier
l'article 18 et que, dans le fond, on
vient ajouter trois paragraphes qui n'existent pas en ce moment. Donc, dans
la... dans la mouture actuelle de l'article 18 en tant que tel,
bien évidemment, il est stipulé que le directeur, c'est son habilitation législative, peut émettre des directives pour
encadrer le pouvoir discrétionnaire des poursuivants, ses poursuivants, des
poursuivants désignés, ainsi que les procureurs agissant devant les cours
municipales, et chacune des directives, quand on les lit, qui sont sur le site
du DPCP, on le sait, si elles sont applicables aux poursuivants municipaux ou
pas. Ce qui faisait en sorte que les directives prévoient la chose suivante,
que des directives, au niveau opérationnel, des fois, on ne peut pas les suivre.
Je vous donne juste un exemple. Montréal a des programmes sociaux, ce qui fait
en sorte que, par exemple, pour les multirécidivistes qui auront réussi le
programme Point Final, qui est très, je vous dirais... qui mise plutôt sur la
réhabilitation puis s'assurer qu'il n'y ait plus de criminalité, va faire en
sorte qu'au bout de la ligne, on ne déposera pas l'avis de récidive, donc, pour
obtenir une peine plus forte en tant que tel. Les directives prévoient que,
pour faire cela, ça doit être... on doit le motiver dans notre dossier et ça
prend l'autorisation du procureur-chef.
Les directives du DPCP
prévoient que dans les cours où est-ce qu'il y a un directeur des poursuites
pénales et criminelles, notamment Montréal, nous faisons office de
procureur-chef. Alors moi, là, opérationnellement parlant, un matin à mon bureau, puis vous avez été
procureur-chef d'une région, vous le savez, vous avez été mon patron, M. le
député, alors je peux... on peut
passer dans mon bureau et me demander à peu près... de régler à peu près
quatre, cinq dossiers qui pourraient être problématiques au niveau des
directives, mais avec le bon sens puis le côté opérationnel, je peux accepter,
je peux refuser, etc. Et ça reste à la cour municipale et ça reste dans mon
ressort. Quand je lis les ajouts, et M. Rabouin
en a parlé en tant que tel, maintenant c'est : Les procureurs doivent
informer le directeur de tout défaut — ça,
c'est la nouvelle mouture — de
conformité ou de toute irrégularité dans l'application d'une directive.
Quand je m'en vais dans les définitions, le directeur, c'est le DPCP, ce n'est
pas le procureur.
Une voix : Je comprends.
M. Gallant (Denis) : Et ça, je
vous... Faire ça, opérationnellement, ça peut poser des problèmes. Et toute la
reddition de compte, et je suis le premier à dire qu'une reddition de comptes
est importante... mais le problème, c'est que cette reddition de comptes là ne
doit pas venir à l'extrême et nous empêcher, je vous dirais... Parce que la
cour municipale de Montréal, là, en termes de volume, au niveau juste de mes
procureurs, mon équipe, ma portée de gestion,
c'est 127 personnes. J'ai 63 procureurs qui sont sous moi, qui font
du droit criminel et du droit pénal. J'ai une cour qui roule sept jours-semaines. Je dois être agile. Et je considère
le danger — on
allume des lumières — les
ajouts qui sont apportés à l'article... par l'article 50 à
l'article 18 de la Loi sur le Directeur des poursuites criminelles et pénales peuvent, à notre avis, poser des problèmes
en termes d'efficacité. Et c'est pour ça qu'on pense que le statu quo actuel
fonctionne très bien.
Le Président
(M. Bachand) :
Merci beaucoup.
M. le député, il reste 1 min 30 secondes, question, réponse.
M. Morin : Oui,
merci. Merci, Me Gallant. Dernière question. J'attire votre attention à
l'article 9 qui va modifier l'article 192, à la page 7 du
projet de loi. Y voyez-vous un impact sur l'indépendance de la magistrature si
le juge municipal en chef chargé de la direction des cours doit répondre aux
objectifs de performance et aux besoins des municipalités et non pas de la
justice ou de la cour?
Le Président
(M. Bachand) : En moins d'une minute,
s'il vous plaît. Merci.
M. Guay (Patrice F.) : Écoutez,
j'ai... Quant à moi, je suis confiant que la magistrature a une mission
commune, avec tout intervenant, évidemment, du monde judiciaire, que ça soit le
poursuivant, que ça soit même le justiciable
lui-même. Moi, personnellement, je ne vois pas d'enjeu à ce niveau-là, tenant
pour acquis que nous avons un rendez-vous commun d'efficacité,
maintenant, de façon très, très claire, lorsque l'on parle de gestion des
instances judiciaires et de leur capacité de bien répondre aux besoins des
justiciables et des contribuables. Quant à moi, je ne vois pas d'enjeu.
M. Morin : Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le
député de Jean-Talon, pour 2 min 12 s, question, réponse. Merci.
M. Paradis : Merci. Bonjour à
tous les trois. Merci de votre présence. En fait, j'aimerais enchaîner dans la foulée de la dernière question. Vous avez
31 juges à Montréal, et j'imagine que vous pouvez nous vanter leur
indépendance. Alors, cette question de l'article 192, elle est
soulevée dans d'autres mémoires. Donc, c'est une source d'inquiétude sur l'indépendance de la magistrature, c'est
souligné à grands traits dans d'autres mémoires. Est-ce que vous pourriez
nous parler de votre expérience? Vous, de
quelle manière, donc, vous avez une coordination avec les juges qui permet
de tenir compte, donc, des impératifs de la ville tout en respectant
l'indépendance des juges de la ville de Montréal?
M. Guay (Patrice F.) : Oui.
Merci pour votre question. Écoutez, la cour municipale de Montréal a... puis ça
a été dit, Me Gallant vient d'évoquer l'importance de l'équipe des procureurs,
nous avons 31 juges permanents. Il va sans
dire que, comme poursuivant et comme avocat en chef de la ville, donc, où je
suis évidemment très, très soucieux de voir à l'application du cadre
réglementaire, j'ai un procureur-chef qui... Évidemment, on ne parle pas des
dossiers en matière criminelle, mais je
parle surtout des unités d'affaires de la ville qui sont des services
émetteurs. Il va sans dire que nous avons eu des préoccupations dans les
dernières années en ce qui a trait à notre capacité de rendre justice dans le
délai. En 2016, il y a eu un coup de semonce important, en juillet 2016, par
l'arrêt Jordan, qui est bien connu même de ceux qui ne portent pas intérêt aux
activités judiciaires. Et cet arrêt-là nous a tous amenés — quand
je dis «tous», c'est tous les intervenants du système de justice — à un
rendez-vous commun de voir à mieux faire.
Nous avons beaucoup de statistiques à la ville
sur le temps d'utilisation de la cour. Nous devons fournir déjà à la juge en chef adjointe, responsable des cours
municipales, beaucoup de statistiques annuelles, et un rapport est produit.
Donc, c'est mon propos qui est déjà ambiant dans l'univers de la justice, la
nécessité de donner des informations pour
qu'on puisse voir si la priorisation globale du système de justice est là, au
bon endroit. Évidemment, il ne faut pas, ce faisant, dicter la main du juge sur sa... sur la tâche qui est sienne
en toute indépendance, de voir à répartir la priorisation
des dossiers et voir à intervenir... je veux dire voir à rendre justice avec le
confort qui est nécessaire pour que la justice soit bien rendue. Mais, cela
étant dit...
Le Président
(M. Bachand) : Merci. Merci beaucoup,
Me Guay. Le temps va tellement rapidement. Donc, M. Rabouin,
Me Guay et Me Gallant, merci beaucoup d'avoir été avec nous. C'est
très apprécié.
Et je suspends les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 08)
(Reprise à 16 h 09)
Le Président
(M. Bachand) : Alors, à l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux.
Alors, il me
fait plaisir d'accueillir les représentants de la ville de Gatineau. Merci
beaucoup d'être avec nous. Alors, comme vous savez, vous avez
10 minutes de présentation, mais je vous invite d'abord à vous présenter.
Alors, monsieur et madame... mesdames, merci beaucoup d'être avec nous.
Ville de Gatineau
M. Tanguay (Christian) : Merci
beaucoup, M. le Président. Donc, je me présente, Christian Tanguay. Je suis directeur général adjoint au sein de la ville
de Gatineau. Je suis accompagné aujourd'hui de Me Annie Gaudreault,
directrice des affaires juridiques, et de Mme Chantal Havard, qui est
notre responsable des relations gouvernementales.
• (16 h 10) •
Donc, M. le Président, M. le ministre, Mmes et
MM. les députés, merci de recevoir la ville de Gatineau dans le cadre de cette
commission. Nous sommes heureux de vous présenter notre mémoire et aussi de
vous partager notre appréciation positive des changements qui sont proposés,
bien que certains éléments mériteraient d'être précisés afin de renforcer
l'atteinte des objectifs visés par le projet de loi.
Notre mémoire compte cinq recommandations.
Toutes nos recommandations, nous l'avançons avec humilité, sont en droite ligne
avec les objectifs du projet de loi. Nous espérons que celles-ci pourront
trouver écho au sein de cette commission
afin d'améliorer, d'entretenir et de développer la confiance qui se doit
d'exister entre la justice et les justiciables.
Nous sommes d'avis que l'indépendance judiciaire peut s'accorder avec
efficacité. C'est une ambition que nous partageons, et nous nous
réjouissons que le projet de loi propose des solutions qui militent vers
l'atteinte de ces objectifs.
L'occasion nous est offerte aujourd'hui de
commenter le projet de loi, certes, mais également de vous parler de la Cour municipale de Gatineau, de sa réalité,
de ses acteurs et de ses projets. La Cour municipale de Gatineau compte plus de 20 employés et exerce sa compétence
en matière civile et pénale. Chaque année, on y gère plus de
85 000 constats d'infraction. Près de 8 000 dossiers
pénaux sont entendus suivant le calendrier de la cour. Annuellement, c'est près
de 465 séances qui sont tenues. Deux
juges, dont un juge responsable, sont affectés à la cour. Tous ces chiffres
démontrent la nécessité de la justice de proximité. Ce que les chiffres
ne démontrent pas toutefois, c'est l'incapacité, à la Cour municipale de
Gatineau de tenir des procès à tous les jours ouvrables d'une semaine, et ce,
12 mois par année.
La cour municipale met de l'avant différents
projets visant à accroître l'accessibilité à la justice pour la population et à
optimiser la performance afin d'offrir un service de qualité. Aussi, notre cour
municipale innove en intégrant les nouvelles technologies pour évoluer en
cohérence avec les besoins des citoyens.
La cour municipale participe également à
différents projets pilotes. Il y en a un qui vise l'accompagnement social, qui
est initié par Me Anne Thibault, avocate-coordonnatrice à la Clinique
interdisciplinaire en droit social de l'Outaouais. Tant de projets sont rendus
possibles parce que nous plaçons le citoyen au coeur de nos actions. C'est
notre raison d'être, et nous croyons que tous les intervenants du milieu
judiciaire doivent être habités par cette valeur fondatrice.
C'est dans ce
contexte que la ville de Gatineau porte un regard attentif sur le projet de loi
n° 40 et souhaite que ses modalités contribuent à
offrir une justice de proximité à la hauteur des besoins et des attentes de la
population gatinoise, de même que la population de tout le Québec.
M. le
Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, nous l'avons nommé d'entrée
de jeu et nous le répétons : La
ville de Gatineau accueille favorablement le projet de loi et salue la volonté
qui y est affirmée d'améliorer l'efficacité, l'accessibilité et la
performance du système de justice. Parmi les changements proposés et qui auront
le plus de probabilités de livrer des résultats concrets, nous soulignons les
nouvelles compétences territoriales des juges et la création des régions de
coordination.
Il y a
cependant dans le projet de loi certains éléments qui sont source de
questionnements ou de préoccupations. Notre préoccupation la plus
importante concerne l'indépendance des cours municipales. Les cours municipales
sont actuellement indépendantes et elles doivent rester indépendantes. Ainsi,
nous vous demandons de confirmer cette indépendance par certains ajustements
qui s'appuient sur les trois piliers du principe de l'indépendance judiciaire,
soit l'inamovibilité, la sécurité financière et l'indépendance
institutionnelle.
Cela étant... cela étant énoncé, pardon, notre
regard positif se porte sur l'article 9 du projet de loi, qui vise à
accorder à chaque juge la compétence d'exercer sur tout le territoire du
Québec. Il s'agit là d'une avancée importante qui
contribuera à une meilleure efficacité du système au profit des justiciables.
Nous soulignons également l'établissement des régions de coordination. Les juges seront
maintenant regroupés dans quatre régions. Les juges coordonnateurs veilleront
à la distribution des causes, à la fixation des séances de la cour et à
l'assignation des juges. Ce changement offrira globalement un meilleur accès à la justice à l'ensemble de la
population, sans interruption de service. C'est une amélioration
importante pour les justiciables de la ville de Gatineau.
En ce qui concerne les
fonctions accordées au juge municipal en chef, au nouvel article 192 de la
Loi sur les tribunaux judiciaires, nous vous soumettons qu'il serait opportun
de référer aux besoins de la clientèle de la cour municipale et à ceux de la
cour elle-même, et non aux besoins des municipalités. Cette nuance est
importante pour confirmer l'indépendance de la cour. Les besoins pour le nombre
et le moment des séances de la cour sont fonction des impératifs de délai. Ils
visent à offrir une justice efficace et une opportunité d'être entendu par la
cour dans le moment le plus contemporain
avec l'événement qui induit cette présence à la cour. Ainsi, la préparation du
calendrier des séances et la fixation des causes devraient être
réalisées avec le greffier. Ce dernier est un officier de justice bien au fait et il a les informations administratives
pertinentes pour gérer efficacement et avec célérité les causes à entendre.
Abordons maintenant
la question de la rémunération. Le projet de loi vise à changer le mode de
rémunération des juges de manière importante, particulièrement pour les cours
municipales auxquelles des juges à la séance sont affectés, comme c'est le cas à Gatineau. Nous souhaitons obtenir plus de
précisions sur ce mode de rémunération ainsi que sur les frais de déplacement. De plus, l'article 44 du projet
de loi ajoute une responsabilité financière aux municipalités. De fait, les sommes requises pour assurer
l'assignation et la gestion des juges, sommes qui étaient jusqu'à maintenant
assumées par le gouvernement provincial, devront maintenant être payées par les
municipalités. Ce nouveau mode de fonctionnement s'apparente à un transfert de
charges aux municipalités.
Permettez-nous
maintenant d'aborder le nouveau régime de sanctions administratives pécuniaires
en matière municipale. Selon notre compréhension, ce nouveau régime viserait
notamment les infractions de stationnement. Concrètement,
à Gatineau, ce type d'infraction représente en moyenne 48 % de toutes les
infractions qui sont émises sur le territoire, et le taux de
contestation est marginal. Pour exemple, en 2022, les infractions contestées en
matière de stationnement ne représentent que
840 dossiers répartis sur une vingtaine de séances, sur un total de près
de 465 séances. C'est environ 5 % des activités.
Le taux de perception
des amendes pour les infractions de stationnement est très élevé grâce au
levier prévu au Code de procédure pénale qui permet aux percepteurs d'émettre
un avis à la SAAQ suspendant certains droits du conducteur, dont la suspension
du permis de conduire. Lorsqu'un défendeur ne paie pas, les montants dus en
vertu du constat d'infraction en matière de circulation et... de circulation et
en matière de stationnement, ça nous offre un levier qui est indiscutable. Or,
il semble que la nouvelle loi fera en sorte de créer un nouveau régime pour ce
type d'infraction avec du personnel différent pour entendre les contestations
et pour gérer la perception des sanctions administratives.
En basculant la gestion de ce type de créance dans le domaine du droit civil,
les leviers utiles du Code de procédure pénale ne seraient plus
accessibles.
Nous vous soumettons
que, si l'objectif de cette loi est de soustraire le juge municipal de la
gestion de ce type de dossier devant la cour, il pourrait être opportun
d'évaluer la possibilité de référer cette fonction au juge de paix
fonctionnaire qui évolue déjà dans les cours municipales. Il serait également
intéressant de penser à un mode intégrant les nouvelles technologies pour la
mise en place de ce nouveau mode de fonctionnement.
Il nous semble que,
dans un souci de cohérence ou d'uniformité, la justice municipale devrait être
exercée de la même manière sur tout le territoire québécois, indépendamment de
la cour devant laquelle se trouve le citoyen ou la citoyenne. Ce n'est pas ce que le projet de loi nous propose, et la
ville de Gatineau est disponible afin d'être partenaire des réflexions
complémentaires sur la mise en place de ce nouveau mode de gestion des
infractions.
Nous vous remercions
pour votre attention et votre intérêt à l'égard du mémoire de la ville de
Gatineau et nous sommes disponibles maintenant pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. Tanguay. Alors, M. le ministre, pour une période
de 16 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Merci, M. le Président. Bonjour, M. Tanguay, Me Gaudreault,
Mme Havard. Merci d'être avec nous aujourd'hui à la commission
parlementaire pour le projet de loi n° 40.
D'entrée de jeu,
j'aimerais ça, M. Tanguay et vos collaboratrices, là, que vous nous
parliez comment ça se passe à Gatineau,
votre cour municipale? Est-ce que... Tantôt, vous avez dit : Nous, on a
deux juges, un juge responsable. C'est
le cas lorsqu'il y a plus qu'un juge qui est affecté à une cour municipale.
Comment ça fonctionne? Ça ressemble à quoi, votre calendrier de séances?
Vous avez dit tout à l'heure : On ne peut pas siéger cinq jours semaine.
M. Tanguay
(Christian) : Absolument, M. le ministre. Et, si vous permettez, je
vais laisser Me Gaudreault, qui a une connaissance beaucoup plus fine et
qui est dotée d'une expérience fort variée en matière de droit... de cour
municipale parce qu'elle a eu l'occasion de piloter les destinées de différentes
cours, dont la Cour municipale de Québec et la Cour municipale de Lévis. Donc,
son expérience nous est assurément fort utile. Donc, Me Gaudreault, si
vous permettez.
Mme Gaudreault
(Annie) : En fait, le calendrier qui existe actuellement fait en sorte
qu'il y a 14 semaines pendant lesquelles on ne siège pas, la cour ne siège
pas. Et, pour le citoyen, il y a donc une impossibilité d'avoir une audience
pendant ces semaines-là.
M. Jolin-Barrette :
...semaines, qu'est-ce que vous voulez dire? Pendant... Parce qu'il y a
52 semaines dans une année. Ça veut dire, il n'y a pas de cour municipale
à Lévis pendant 14 semaines?
Mme Gaudreault (Annie) : À
Gatineau.
M. Jolin-Barrette : À Gatineau.
À Gatineau, excusez-moi. Parce que je sais que vous venez de Lévis, puis
M. Tanguay aussi. Donc...
Mme Gaudreault (Annie) : Oui,
effectivement. Il y a trois mois, pendant la période d'été, où la cour ne siège pas, et quelques autres journées dans la
semaine. Le calendrier est concentré sur les lundis, mardis et mercredis.
• (16 h 20) •
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
avec le projet de loi...
M. Tanguay (Christian) : ...
M. Jolin-Barrette : ...ça va
pouvoir être corrigé, ça.
Mme Gaudreault (Annie) : Tout à
fait.
M. Jolin-Barrette : OK. Et tout
à l'heure, vous avez parlé, là, des... Mais excusez-moi, M. Tanguay, vous
vouliez ajouter quelque chose?
M. Tanguay (Christian) : Non,
c'est en complément, M. le ministre, si vous permettez. C'est la raison pour
laquelle nous sommes très positifs dans notre représentation, aujourd'hui, que
nous supportons grandement les avancées qui seront possibles grâce aux
propositions qui sont soumises dans le projet de loi.
M. Jolin-Barrette : OK.
Bien, je vous pose la question parce que, tout à l'heure, vous avez dit, bon,
peut-être qu'à l'article 192, il y a un certain enjeu avec le fait de
répondre aux besoins des municipalités. Vous, vous dites : Bon,
bien, il faut répondre aux besoins des cours municipales. Et je pense que vous
dites des justiciables ou des citoyens. Donc, je comprends que vous
souhaiteriez qu'on rajoute également les citoyens. Pour la ville, parce que
vous savez, bon, la cour municipale, on ne
remet pas ça en cause, c'est une entité qui est indépendante. Les juges
municipaux sont indépendants, mais, par contre, comme administration
publique aussi, la ville de Gatineau, en tant que service public, doit s'attendre à ce que les besoins de la
municipalité ainsi que des citoyens, c'est les deux côtés parce que la ville,
bon, elle est poursuivante, mais que
ça soit une cour efficace, que soit une cour qui roule, j'imagine
qu'administrativement ça ne fait pas votre affaire que, 14 semaines
par année, la cour ne siège pas.
M. Tanguay (Christian) : Ça ne
fait pas notre affaire administrativement, M. le ministre, parce que ça ne
répond pas nécessairement aux besoins du citoyen. Notre angle d'analyse est
vraiment orienté sur le besoin de nos citoyens.
Le citoyen souhaite avoir un service en continu, souhaite avoir une
disponibilité à des séances de façon... sur un horaire qui est varié, étendu
aussi. Donc, la municipalité, dans le cadre de ses opérations, oui, elle émet
des constats d'infraction et fait confiance au système de justice pour
pouvoir les gérer de façon efficace. Notre besoin, il est vraiment tourné vers
le citoyen qui, pendant une certaine période qui peut être plus ou moins
longue, est en attente de recevoir une décision finale sur un dossier. Donc,
c'est plutôt un angle d'analyse que nous vous proposons parce qu'on ne voudrait
pas, de par l'apparition des baux de municipalités, venir nuire à
l'indépendance des tribunaux. C'est plutôt là notre préoccupation. Mais c'est
vraiment primordial pour nous, les tribunaux doivent demeurer indépendantes... indépendants et, en ajoutant cet
élément-là, on risque de créer un... une perception, peut-être, de partialité,
ou encore d'inférence, ou d'ingérence
possible, et nous souhaitons nous distancer le plus possible de cette
interprétation.
M. Jolin-Barrette : Sauf que
l'article, ce qu'il dit, il dit que c'est le juge municipal en chef, donc ce
n'est pas... ce n'est pas la ville, ce n'est pas... c'est lui dans son
évaluation d'administrateur aussi. Parce que, vous savez, quand on est juge en
chef, on a une responsabilité, on n'est pas le juge sur le banc puis on a une
responsabilité que les cours municipales
fonctionnent bien, que le service aux citoyens soit bien rendu aussi. Mais il y
a la poursuite, il y a le citoyen aussi, il faut que ça soit efficace.
Vous êtes d'accord avec moi que ça prend de la performance aussi dans tous les
services publics, même si c'est de la justice, là. On ne dit pas au juge à
quelle vitesse écrire son jugement. On ne dit pas au juge combien de causes à
entendre puis combien de dossiers vont être entendus en un avant-midi ou un
après-midi. Ce n'est pas ça la question. Mais la question c'est que, vous
savez, souvent on le dit, la justice doit être rendue avec célérité, avec
sérieux, et ultimement ça va être préjudiciable à la fois aux municipalités
mais aux citoyens si ce n'est pas fait. Mais vous êtes d'accord avec les
objectifs de performance là-dessus?
M. Tanguay (Christian) : Absolument,
sans aucune réserve, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Parfait.
Vous avez fait une recommandation relativement au calendrier des séances, à l'effet que ça doit être fait avec, attendez, la
deuxième : «La ville de Gatineau recommande de préciser, dans un article
de loi, que la préparation du calendrier de séances et la fixation des causes
seront établies avec le greffier».
Là, nous, on a proposé, à
l'article 61 du projet de loi, que, bon : L'article 30 de ce
règlement est remplacé par le suivant :
«30. Fixation
des séances. Les séances de la cour sont fixées par le juge assigné à la cour
municipale, lorsqu'un seul juge y est affecté — ce
qui n'est pas votre cas.»
«Dans les cours municipales où plus d'un juge est
affecté, les séances sont fixées par le juge coordonnateur — donc
le juge coordonnateur.»
«Dans tous les cas, le greffier est consulté
lors de la fixation des séances et il collabore à celle-ci.»
Donc, je comprends que le troisième alinéa, il
n'est pas suffisant pour vous. Vous souhaiteriez que le greffier soit beaucoup
plus impliqué que «consulté» et «collabore». Vous souhaitez qu'on aille plus loin
que ça?
Mme Gaudreault (Annie) : En
fait, je crois que l'Association des greffiers vous en ont parlé également.
Pour nous, notre intention, c'est que le greffier, c'est l'administrateur qui a
toutes les données en main, les données nécessaires à faire le calendrier et
effectivement aussi proposer des horaires aux juges en fonction des besoins qui
vont avoir été exprimés par les citoyens. On
leur demande même s'ils veulent avoir une séance en journée ou en soirée,
et d'aussi prendre en considération les besoins particuliers des procureurs qui
agissent en poursuite, hein, et du greffier. Et dans le monde où on est
actuellement, où évidemment les enjeux de main-d'oeuvre sont aussi chez nous,
bien, c'est important que ce soit fait avec toutes les bonnes données pour être
capable de vraiment avoir un calendrier
optimal qui fasse en sorte effectivement que les séances qu'on tient, le nombre
de dossiers qu'on y met, bien, qu'on arrive à atteindre les objectifs
que le greffier doit fixer pour la pertinence de la cour.
M. Jolin-Barrette : OK.
Ça fait que vous voulez qu'on aille plus loin puis qu'on donne davantage de
pouvoir au greffier. OK.
M. Tanguay (Christian) : Absolument.
M. Jolin-Barrette : C'est bien
entendu. Sur la question de l'efficacité de la reddition de comptes, là, on a fait en sorte, dans le cadre du projet de loi à
l'article 196, de faire en sorte qu'il y a un rapport qui va être transmis
au juge municipal en chef deux fois par année pour savoir, bon, le
nombre de séances, le temps. Et par la suite ce rapport-là va être transmis au
ministre. Et j'ai entendu, parmi les critiques, le fait qu'il ne fallait pas le
transmettre au ministre. Moi, écoutez, je ne tiens pas à l'avoir
personnellement, il pourrait être rendu public sur Internet. L'idée, c'est
d'avoir des données. Comme vous le dites, souvent, les greffiers, ce sont eux
qui ont les données. Mais si on veut un système de justice qui est efficace, il
faut être en mesure d'avoir des données ouvertes, des données publiques qui
puissent être en mesure de mesurer les choses, là. J'imagine, dans vos services
administratifs, c'est ce que vous faites. Quand vous gérez la ville, vous
regardez... Bien, on prend des mesures, on prend des statistiques, des données.
Est-ce que vous avez un enjeu, vous, avec ça, le fait qu'il y ait eu des
rapports avec certaines données?
Mme Gaudreault (Annie) : Il en
existe déjà. La cour transmet déjà annuellement, là, les données sur les... sur
autant le nombre de dossiers, le nombre de causes entendues. C'est déjà publié,
notamment dans le rapport sur les cours municipales. À 196, bien, peut-être
que, oui, c'est bien d'avoir le nombre de causes entendues, mais encore faut-il
savoir le nombre de dossiers global pour avoir un rapport qui nous présente
qu'est-ce qu'on a entendu versus qu'est-ce qui... qu'est-ce qu'il reste à
fixer.
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
vous, vous voudriez qu'on ait plus de données sur ce rapport-là, le nombre de
dossiers entrants, supposons, le nombre de dossiers entendus, le nombre de
dossiers qui restent.
Mme Gaudreault (Annie) : Mais
en même temps c'est déjà des données qui sont accessibles et qui sont
produites, là, par les greffiers.
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être une dernière question avant de céder la parole à mes collègues. Sur
la question des sanctions administratives
pécuniaires, M. Tanguay, vous me disiez, bon, les infractions de
stationnement, nous, à Gatineau, c'est environ 5 % des dossiers.
Donc, ça se règle quand même assez bien. Vous n'êtes pas dans la même situation
que Montréal. Donc, vous dites : On devrait peut-être envoyer ça à un juge
de paix fonctionnaire. Là, la ville de Montréal, qui est passée avant vous,
disait : Bien, écoutez, le juge de paix fonctionnaire, par contre, il est
dans le périmètre de l'administration. Donc, au niveau de l'indépendance, il y
a peut-être une problématique avec ça. Mais
je veux juste vous dire que le régime qu'on met en place, des sanctions
administratives pécuniaires, il est optionnel pour les municipalités.
Donc, on va pouvoir travailler avec vous, à savoir est-ce que, oui, vous
souhaitez l'avoir pour Gatineau, ou non? Mais, à terme, et c'est ça l'intérêt,
ça pourrait être élargi à d'autres types d'infractions aussi, notamment en
matière d'urbanisme aussi. Donc, je pense que ça peut être un bon outil pour
les municipalités dans le futur, pour faire
en sorte que, lorsqu'il y a de l'engorgement au niveau de la cour municipale,
si on peut avoir une procédure allégée, une justice sur rendez-vous pour
les citoyens, ça va... ça va les satisfaire, notamment, les citoyens puis ça va
enlever de la... comment je pourrais dire, de la rigidité, supposons,
procédurale.
M. Tanguay (Christian) : Bien,
nous, on reçoit ça positivement, M. le ministre. Dans notre mémoire, ce
que nous amenons comme argument, c'est qu'on souhaite... Un, la problématique à
laquelle on voulait répondre, chez nous, c'est plus ou moins existant actuellement.
Les détails qui sont disponibles dans le projet de loi sont limités. On vous
comprend dans le sens que le régime est à créer, est à établir, mais on est
ouverts à collaborer et à analyser les opportunités. Nous n'avons pas de
réserve par rapport à ça.
Le seul élément sur
lequel on souhaite attirer votre attention, c'est sur l'uniformité du système
de justice qui est à la grandeur du Québec, sur lequel on a une préoccupation.
Dans la région chez nous, oui, Gatineau occupe une partie importante du
territoire, mais nous avons des voisins aussi, et on veut s'assurer pour
l'ensemble du Québec qu'une justice
municipale se traite de même façon un peu partout sur le territoire et non pas
avec des distinctions. Et là, on fait
appel encore là au besoin du justiciable qui doit se retrouver dans le système
de justice, qui doit être en mesure d'avoir des repères qui sont uniformes,
parce que ce n'est pas un rendez-vous quotidien ou hebdomadaire pour les
justiciables de faire affaire avec la justice. Il faut que ça soit simple à
notre point de vue et uniforme.
• (16 h 30) •
M. Jolin-Barrette :
Juste pour bien vous comprendre, là, puis c'est vrai que c'est ma dernière
question, là, quand vous dites ça,
M. Tanguay, vous faites référence à quoi, supposons, à la partie 27? Parce
que, tu sais, déjà sur le territoire des Québécois, il y a certaines
cours municipales que, oui, ils traitent des infractions sommaires en matière
criminelle, d'autres non. Est-ce que vous faites référence à ça ou vous faites
référence à autre chose?
M. Tanguay (Christian) : Non.
Je fais référence à des régimes qui pourraient être différents, à titre
d'exemple à la Ville de Gatineau et à
la MRC des Collines, etc., où il n'y aurait pas les mêmes types de modes de
fonctionnement pour obtenir des jugements en lien avec différentes
infractions.
M. Jolin-Barrette :
OK. Je vous remercie beaucoup pour votre passage en commission
parlementaire.
Le Président (M. Bachand) : Merci, M. le ministre. M. le
député de Saint-Jean pour
3 min 50 s, s'il vous plaît.
M. Lemieux : Merci
beaucoup, M. le Président. Justement, M. Tanguay, c'est là-dessus que
j'allais rebondir dans votre témoignage, parce que... là où on était rendus
avec la sous-question du ministre, parce que, vous le dites, vous l'écrivez,
vous êtes positifs. En fait, Montréal aussi avant vous était positif. On peut
dire que c'est bien reçu et que les villes ont hâte de travailler avec ça,
mais, dans votre cas, j'ai... Ma question, avant de vous entendre jusqu'à la fin, tantôt, c'était : Comment vous voyez
ça, un juge municipal en chef, vu de Gatineau? Je comprends maintenant que
vous le voyez aussi très positivement, c'est ça?
M. Tanguay
(Christian) : Bien, écoutez, on n'a pas émis de commentaire sur
l'organisation des tribunaux. On croit que le législateur est mieux placé que
nous pour émettre des commentaires sur l'organisation des tribunaux. Ce qui est
notre priorité, ce qui est notre préoccupation la plus importante, c'est le
service aux citoyens. Le...
M. Lemieux : Oui.
Oui, mais, au regard de ce que vous venez de dire, avec le voisin de la MRC
puis l'autre, un juge en chef... un juge municipal en chef, ça vient un peu
vous rassurer, j'imagine, là.
M. Tanguay
(Christian) : Absolument. Désolé. Moi, je... désolé, j'avais mal
compris votre question. Donc, oui,
absolument, c'est rassurant d'avoir une uniformité sur un territoire, sur une
région administrative de coordination, d'une certaine façon. Donc, oui,
on peut être affirmatifs à votre question.
M. Lemieux : Parce que, si j'ai bien compris, il va y avoir un
juge coordonnateur régional pour quatre régions et un juge municipal en chef. Alors là, vous avez un
autre étage où vraiment trouver la référence que vous vouliez pour avoir
la même justice municipale partout au Québec.
M. Tanguay
(Christian) : Absolument. C'est une façon de le voir.
M. Lemieux : C'est
comme ça que je l'ai vu, moi, bon, et justement, d'une... d'une ville à
l'autre, tout le monde a beau être positif, il y a des différences. Je n'ai pas
pu poser la question à Montréal, parce qu'ils font déjà tout, eux autres, c'est Montréal, c'est l'autre moitié du Québec, là.
Grand régionaliste que je suis, je dis souvent : C'est juste l'autre
moitié du Québec, mais ça reste la moitié. Vous, votre cour municipale, est-ce
que vous avez de l'ambition pour elle? Est-ce que vous voudriez que des
infractions statutaires... que d'autres causes soient entendues? Est-ce que...
est-ce que vous voyez ce qu'on est en train de faire avec le p.l. n° 40
comme le début d'un temps nouveau, mais d'aventures nouvelles aussi?
M. Tanguay
(Christian) : Absolument. On vous réfèrera, M. le député, à notre
recommandation n° 5, dans notre
mémoire, dans lequel nous saluons l'ajout de nouvelles compétences au tribunal
des... pardonnez-moi, aux cours municipales, mais on soumet aussi, par
la même occasion, que nous avons une expertise particulière en matière pénale et que nous pourrions agir comme tribunal
compétent pour d'autres types d'infractions statutaires, comme ce fut
proposé par d'autres groupes, incluant l'Association des greffiers, là, de
mémoire, si je ne fais pas erreur. On prend les exemples des infractions
détectées par radar photo ou encore les infractions sur les routes numérotées
sur le territoire de Gatineau.
M. Lemieux : Radars photo, ça vous
tente beaucoup, ça, hein?
M.
Tanguay (Christian) : Bien, il y a déjà des radars photo qui sont de
juridiction du ministère des Transports sur notre territoire. Donc, on
pourra juger, à ce moment-là, par... la cour municipale pourra entendre ces
causes.
M. Lemieux : D'accord. Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Westmount—Saint-Louis
pour 11 min 26 s, s'il vous plaît.
Mme
Maccarone : Oui, merci beaucoup, M. le Président. Bonjour,
M. Tanguay, Me Gaudreault et Me Havard, c'est un plaisir
de vous avoir avec nous aujourd'hui.
J'aurais quelques questions. Je prends un peu la
balle au bond des questions que vous avez eues de mes collègues du gouvernement
en ce qui concerne les sanctions administratives pécuniaires. Je ne sais pas si
vous avez eu l'occasion de parler peut-être
avec le Barreau du Québec, mais ils ont quand même fait des recommandations
un peu en lien avec des recommandations que vous avez soulevées.
Alors, je voulais avoir votre avis, parce que
vous, dans votre mémoire, vous avez dit que vous... recommande qu'on se...
qu'il soit ajouté des précisions complémentaires en ce qui concerne le SAP. Que
souhaitez-vous voir? Parce que ce que nous
avons, dans le mémoire que nous avons reçu du Barreau, eux, ils suggèrent que
c'est le législateur et non le gouvernement qui devrait encadrer cette
portion. Alors, comment voyez-vous ça? Qu'aimeriez-vous voir à l'intérieur de
ce projet de loi si c'est vous qui étiez en mesure de l'écrire en noir et
blanc, les modifications à avoir?
Mme Gaudreault (Annie) : Il faudrait
assurément qu'on puisse bien comprendre dans quels domaines de droit on reste ou on évolue. Actuellement, ce
qu'on comprend, puis c'est notre compréhension, là, on est dans le domaine...
actuellement, on fonctionne avec le droit pénal. Alors, nos mécanismes, nos
modes de fonctionnement, nos systèmes informatiques aussi sont assez puissants
au niveau de l'émission du constat, au niveau du suivi qui est apporté au
constat ensuite à la cour municipale et aussi au mode de perception. Si on
bascule dans un régime qui est davantage du droit civil, on imagine, là, on est
dans l'hypothétique, qu'on remplace le constat par une facture, ou un avis, ou quelque chose du genre. Bien, on comprend que ça
sort du giron de la cour municipale. Et là notre préoccupation aussi, comme
municipalité, c'est de se dire : Bien, qui seront les personnes qui vont
traiter ces infractions-là?
On comprend qu'il y aura un décideur, un
réviseur municipal, qu'ils vont être nommés par le gouvernement, qui assurera
la rémunération de ces gens-là, quelles seront leurs fonctions principales,
mais on veut aussi savoir tout le domaine de
la perception de ces infractions-là. Alors là, ce ne sera nécessairement pas à
la cour, qui, elle, agit dans... dans le giron du droit pénal, mais
est-ce que ce sera notre service des finances qui devra donc assurer le paiement
ou la perception de ces factures-là, alors,
de ce nouveau mode de ces sanctions pécuniaires? Est-ce qu'on aura besoin
d'avoir un nouveau système informatique pour sortir vraiment du cadre
qu'on a actuellement et avoir un cadre différent?
C'est certain qu'on a vu des initiatives
intéressantes. On a vu, bon, les travaux qui se font notamment, là, avec un système de gestion de litige des
règlements en ligne, ça peut être ça, mais actuellement, si on nous demandait de
dire est-ce que c'est une bonne chose, quels sont les investissements que
la ville va avoir à faire si on bascule de ce côté-là, on n'a pas assez
d'informations pour être capables de se faire une tête puis d'avoir les bons
paramètres pour faire une étude, là, complète, sur la question.
Mme Maccarone : Avez-vous des
inquiétudes en termes de... Il y a-tu des choses que nous devons éviter si,
mettons, c'est quelque chose que nous pouvons encadrer dans la loi? Souvent, un
règlement, vous serez consultés, on a 45 jours, mais est-ce qu'on a des
pistes que nous devons éviter en ce qui concerne cette détermination de comment
ça va fonctionner?
M. Tanguay (Christian) : Écoutez,
les... À notre point de vue, il n'y a que des risques potentiels, mais on n'a pas de précision pour venir déterminer est-ce
que c'est un risque important ou non important. Vous faisiez référence, tout
à l'heure, à la recommandation du Barreau à l'effet que ça devrait être le
législateur. Il est indiscutable qu'une disposition du législateur est toujours
préférable, est toujours à privilégier, à notre point de vue, surtout quand on
fait un cadre de référence qui va se
décliner ultérieurement. Il ne peut pas être mauvais de procéder, non plus,
comme M. le ministre le propose dans son projet de loi, toutefois ça
présente un lot d'incertitudes ou encore de préoccupations. Et c'est ce qui
ressort de notre mémoire à l'effet que nous n'avons pas, actuellement,
suffisamment de détails pour être capables
de se prononcer. Cela étant, il ne faut pas entendre ces réserves comme étant
une... un désaveu de l'initiative du
ministre, c'est plutôt un appétit pour nous permettre de bien comprendre le
pourtour qui guidera les prochaines années de la justice administrative.
Mme Maccarone : Inquiétez-vous pas,
ce n'est pas des questions pièges, c'est juste pour mieux comprendre votre
point de vue. Comme, par exemple, une prochaine question pour moi, ce
serait : Selon vous, qui devrait être les personnes chargées d'entendre les contestations, par exemple? Est-ce
qu'il y a des qualifications, selon vous, qu'on devrait... être des
critères de base?
• (16 h 40) •
M. Tanguay (Christian) : Bien,
écoutez, notre mémoire nous propose déjà une voie qui est intéressante, à notre point de vue, c'est-à-dire de faire appel au
juge de paix fonctionnaire qui pourrait... qui existe déjà. M. le ministre
faisait référence, tout à l'heure, aux préoccupations formulées par vos
collègues de la ville de Montréal au niveau de l'indépendance,
potentiellement, parce qu'il faisait partie de l'administration. Il y a
assurément moyen de renforcer l'indépendance
à ce niveau-là. Nous, on est ouverts à l'évaluer. Bien, en termes de
compétence, il nous apparaît indiscutable qu'une compétence et une
connaissance en droit est incontournable, même requise. Ce serait minimalement,
là, la... cet élément-là qu'on vous soumettrait, puisqu'on parle de droits des
citoyens, qui sont... qu'il faut protéger, qu'il faut qu'ils soient lus et
interprétés de façon juste, et on croit que les compétences juridiques seront pertinentes.
Mme Maccarone : Puis je présume
aussi un droit à l'appel si le citoyen n'est pas en accord avec la décision.
Comment voyez-vous ce processus à l'intérieur de ce nouveau régime?
M. Tanguay
(Christian) : ...oui, le
droit à l'appel est incontournable. C'est une très bonne suggestion que vous nous
soumettez. Le processus...
Mme Gaudreault (Annie) : Oui, j'ai
compris qu'il y avait un décideur, hein, au municipal, et un réviseur, alors il
y a déjà deux étapes. Il n'y a rien qui empêcherait ensuite que ça puisse aussi
être soumis ultimement à un autre palier.
L'important, c'est que le citoyen puisse être assuré d'avoir été entendu,
d'avoir été compris et de comprendre, évidemment, la décision qui va
être émise puis la possibilité, comme dans tout système, là, d'en appeler.
Mme Maccarone : Puis l'avez-vous
chiffré? Parce que, dans
plusieurs mémoires que nous avons reçus des villes qui
viennent témoigner en consultation ici, évidemment, c'est une préoccupation qui
est soulevée par plusieurs villes. Parce que ce qu'on peut constater, c'est que
c'est un projet de loi... malgré que, oui, c'est bien reçu, parce que je
comprends, vous, votre orientation, c'est l'accès à la justice, c'est de
réduire le temps d'attente, qui est très louable, mais il y a quand même
plusieurs villes qui ont soulevé la préoccupation qu'il y a des coûts qui vont
être engendrés avec ceci. Bien, malheureusement, ce qu'on comprend, c'est qu'il y a zéro rapport d'impact, une analyse
d'impact qui a été faite auparavant, avant le dépôt de ce projet de loi,
pour analyser ça va être quoi, l'impact sur
les villes. Quelles sont vos préoccupations? Puis avez-vous une idée des coûts
que vous pourriez engendrer avec ce changement?
M. Tanguay (Christian) :
...Gaudreault.
Mme Gaudreault (Annie) : Bien,
effectivement, le premier coût, ce sera le coût pour transformer le système
informatique, assurément, qui gère ces infractions-là. C'est... Il y a une
partie des fonctions qui basculent vers le système des finances. Bien, ce sera
assurément une charge supplémentaire pour nos collègues des finances. Quand je vous disais, tout à l'heure, qu'il nous manque un
peu de paramètres pour bien évaluer ça, c'est ça à quoi on fait référence.
Et je vous soumets aussi que faire ces changements là, dans un délai qui est
peut-être de six mois, là, si on souhaite une entrée en vigueur en juillet,
bien, ce sera quand même assez serré. Alors, il faudra le considérer.
Actuellement, pour nous, c'est indiqué dans
notre mémoire, c'est à peu près 840 dossiers, là, sur une vingtaine de séances. Ça, on sait comment ça coûte.
Ça, on est capables d'identifier le coût de gestion de ces
infractions-là dans... parce qu'on a déjà nos coûts de système... aussi, bon,
des procureurs qui peuvent être associés. Dans
le nouveau système, une fois qu'on saura les paramètres, ce à quoi on doit...
on doit faire face, là, on pourra identifier le coût potentiel des
changements qui sont apportés.
Mme
Maccarone : OK. Pour votre recommandation n° 5, où vous
parlez de... «la ville de Gatineau recommande d'évaluer la possibilité que la cour municipale puisse agir comme
tribunal compétent pour d'autres infractions statutaires», pourriez-vous
expliquer un peu votre vision, puis comment vous voyez ça à l'oeuvre, puis
comment ça peut aider vos citoyens, réduire les temps d'attente, l'accès à la
justice, par exemple?
Mme Gaudreault (Annie) : Bien, on
considère que le droit pénal, la gestion des infractions statutaires, c'est
vraiment notre marque de commerce dans les cours municipales. On agit très
bien, on n'a pas de délais. Les infractions, on a un très bon système qui gère
ça, on a le personnel qui est là. Alors, pour le citoyen, quand on se met dans
sa perspective, souvent, il va déjà venir à la cour municipale, même quand il y
a une infraction qui est... qui est peut-être plus... où il pourrait... il
devrait s'adresser au palais. Alors, on considère que c'est déjà quelque chose
qui est bien établi, où on a des bons délais, des façons de faire qui sont
rodées. Alors, toutes les infractions statutaires pourraient être entendues à la cour municipale, puis aussi dans un souci
d'efficacité de la justice provinciale également.
Mme Maccarone : OK. Une dernière
question pour vous, parce que je sais que le temps file, mais vous avez fait
référence puis... je crois, à l'article 192, qui... qui est soulevé
souvent en commission actuellement. Le ministre lui-même soulève les préoccupations, qu'autres personnes ont quand même
mentionnées, en ce qui concerne l'impact sur l'indépendance de la
magistrature. Parce que le libellé, dans l'article en question, on parle
directement des objectifs de performance et
aux besoins des municipalités. Puis vous, vous avez parlé quand même de les
besoins de vos citoyens puis de clientèles.
Est-ce que vous prévoyez ou est-ce que vous avez
une recommandation pour nous de peut-être une modification à un amendement que
nous pourrions faire, en ce qui concerne cet article, pour mieux rejoindre ce
que le ministre souhaite accomplir qui...
que je comprends, on souhaite avoir une indépendance. Tout le monde est en
accord, mais, peut-être sur le libellé, la façon que c'est écrit, qui
rejoint mal le besoin du terrain, les gens qui sont en train...
Le
Président (M. Bachand) : En dedans de 20,
30 secondes, s'il vous plaît. Merci.
Mme Maccarone : Voilà.
M. Tanguay
(Christian) : Alors, si vous permettez, la recommandation, nous
l'avons nommée. C'est vraiment un ajustement pour mettre le focus sur
l'angle citoyen plutôt que l'angle municipal. On croit qu'en créant cette... ce
changement de vue là on arrivera à assurer une sécurité plus grande.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
Mme Maccarone : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Jean-Talon,
pour 2 min 12 s, s'il vous plaît.
M. Paradis : Bonjour à vous trois.
Merci de votre présence. Justement, continuons là-dessus, vous faites une
suggestion intéressante quant à l'article 192, qui, je pense, va être un
de ceux qui va être sous la sellette dans ce projet de loi. En quoi tenir
compte des besoins de la clientèle, qui sont les personnes qui sont appelées à
être jugées, serait plus respectueux de l'indépendance de la cour? Et comment
mesurer ces besoins de cette clientèle si ce n'est pas à travers ses
représentants démocratiquement élus de la municipalité?
M. Tanguay (Christian) : Bien, la
séparation... Merci pour votre question. La séparation des pouvoirs nous
apparaît incontournable. On croit, à notre avis, que, dès qu'on s'en va avec un
angle citoyen, on couvre l'ensemble des préoccupations qui peuvent interpeler
notre vie démocratique. C'est-à-dire que notre citoyen a un... a des attentes
d'être entendu rapidement, a des attentes d'être entendu de façon impartiale,
avec compétence, que le droit soit rendu de
bonne façon, en conformité avec le Code de déontologie de la magistrature.
Donc, les besoins du citoyen, c'est le besoin de la société, à notre
point de vue, plutôt que le besoin de la municipalité, qui pourrait être
interprété par certaines personnes comme étant d'impératif financier, alors que
ce n'est pas le cas. L'angle de la justice doit se concentrer sur le service
aux citoyens. C'est notre prétention, c'est ce qui nous motive et c'est la
raison pour laquelle aujourd'hui on est devant vous pour militer en faveur du
service de qualité pour les citoyens.
M. Paradis : Et donc comment on pourrait
mesurer les besoins de ces citoyens? Donc, comment on les fait parvenir et
comment la cour en tient compte?
M. Tanguay (Christian) : La cour en
tient compte en respectant les délais, en offrant des séances de cour selon des
plages de temps qui sont l'année durant, avec des variétés, que ce soit de
jour, de soir, en ayant de la... en tenant compte des disponibilités des
différentes parties, incluant les poursuivants, etc. C'est un peu ce qu'on
énonçait au départ, M. le député.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Sur ce, je tiens
à vous remercier d'avoir participé aux travaux de la commission. Ça a
été très intéressant.
Et je suspends les travaux quelques instants
pour accueillir nos prochains invités. Merci beaucoup et à bientôt. Au revoir.
(Suspension de la séance à 16 h 49)
(Reprise à 16 h 50)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Alors, il
nous fait plaisir d'accueillir Me Jean-François Benoit, représentant au
conseil général de l'Association québécoise des avocats et avocates de la
défense. Alors, Me Benoit, merci beaucoup d'être avec nous. Alors, je
vous laisse débuter votre exposé, et après
ça on aura une période d'échange avec les membres de la commission. Merci d'être
avec nous cet après-midi.
Association québécoise
des avocats et
avocates de la défense (AQAAD)
M. Benoit (Jean-François) : Parfait.
Merci. M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, je me
présente, Me Jean-François Benoit. Je suis avocat de la défense, responsable du
comité de projets de loi au sein de l'Association québécoise des avocats et
avocates de la défense du Québec, soit l'AQAAD. Je suis... je devais être
initialement accompagné par Me Boulet, la présidente, mais, pour des raisons
familiales, elle a dû s'absenter. Elle vous salue, d'ailleurs.
L'AQAAD a été
fondée le 18 août 1995 et représente plus de 600 avocates, avocats
oeuvrant en droit criminel et pénal partout au Québec. Sa mission
consiste à défendre les intérêts de ses membres, promouvoir les moyens d'action propres à assurer l'intérêt de ses membres,
favoriser et soutenir la formation professionnelle de ses membres et défendre les libertés individuelles ainsi que
les droits fondamentaux des justiciables. La mission de défendre les droits
et libertés des justiciables a amené l'AQAAD à agir à plusieurs reprises comme
intervenant dans les dossiers devant la Cour d'appel du Québec, ainsi que
devant la Cour suprême. Les membres de l'AQAAD représentent des milliers de justiciables devant les tribunaux du Québec,
notamment devant les cours municipales. Comme ils agissent en défense,
leur expérience se rapproche de celle du justiciable devant celle des cours.
L'AQAAD remercie la Commission des institutions
pour cette invitation. Lors de l'intervention, l'AQAAD soulignera les avancées les plus importantes du projet de loi. Elle fera
des propositions d'amendements et elle soulignera certaines des
inquiétudes que soulève le projet de loi.
D'entrée de jeu, l'AQAAD reconnaît que la réforme
des cours municipales proposée permet des avancées importantes pour les
justiciables. Nous croyons utile de souligner celles que nous trouvons les plus
importantes.
La fin du régime des juges municipaux rémunérés
à la séance. Ce régime porte atteinte à l'indépendance judiciaire comme il ne permet pas d'assurer la sécurité financière des
juges soumis à ce régime. En abolissant ce régime et en uniformisant la
rémunération des juges municipaux, le projet de loi renforcit, sur cet aspect,
l'indépendance judiciaire et contribue à maintenir la confiance du public dans
le pouvoir judiciaire. Nous saluons cette proposition.
Également, le projet de loi propose que chaque
juge municipal exerce une compétence sur tout le territoire du Québec et pour l'ensemble des compétences d'une
cour municipale, et ce, quelle que soit la cour municipale à laquelle il
est principalement affecté. Cette proposition est directement en lien avec
l'objectif d'efficacité, d'accessibilité et de
performance du système de justice recherché... recherché par le projet de loi.
Elle permettra une plus grande flexibilité dans l'assignation des juges
municipaux devant les différentes cours municipales. Cette flexibilité
permettra de déployer un niveau de service plus équitable sur l'ensemble
du territoire et d'assurer une optimisation des ressources. Ainsi, le pouvoir
judiciaire pourra répondre plus efficacement aux besoins ponctuels d'une région
donnée, comme réduire des délais qui
s'accumulent ou encore de procéder plus facilement à une... à une audition pour
laquelle le juge habituellement affecté à la cour municipale est en
conflit d'intérêts. Cette flexibilité bénéficie directement aux justiciables,
et elle est souhaitable.
Dans la même
lignée, la mise en place des régions de... coordination, pardon, permettra une
vision plus globale des besoins sur l'ensemble du territoire et un
meilleur déploiement des ressources judiciaires. Cependant, le... le libellé du
premier point de l'article 195 projeté impose une limite indue, selon
nous, à la capacité d'assignation du juge coordonnateur lorsqu'un seul juge est
affecté à une cour municipale. Il en est de même pour l'article 30 projeté
du Règlement des cours municipales. Nous
croyons que le juge coordonnateur doit bénéficier de la plus grande latitude
possible lors de la distribution des causes et la fixation des séances afin
qu'il puisse rencontrer les impératifs d'une bonne
administration de la justice, maximiser les périodes durant lesquelles les
cours municipales siègent et tenir compte d'une gestion efficace des
fonds publics, comme le veut l'article projeté 195. Ainsi, nous proposons
de rayer les mots «lorsque plus d'un juge
municipal est affecté à la cour municipale» à l'article 195.1, premier
point. Nous proposons de modifier en conséquence les deux premiers
alinéas du... de l'article 30 du Règlement des cours municipales pour n'en
former qu'un seul qui se lirait : «Les séances de la cour sont fixées par
le juge coordonnateur.»
Également, le projet... comme mentionné plus
tôt, certains aspects du projet de loi soulèvent des inquiétudes. L'AQAAD doute qu'il soit judicieux que le juge en
chef et les juges coordonnateurs cumulent leurs tâches administratives et
celles de juge puîné. Il y a 89 cours municipales et 73 juges qui
fournissent leurs services à 916 municipalités, à une population de plus de 7 millions de personnes. Il nous semble
irréaliste que le juge municipal en chef et que le juge... et que les
juges coordonnateurs cumulent leurs fonctions et la charge de juge puîné. Nous
recommandons donc de modifier l'article 191, quatrième paragraphe, pour y
rayer les mots «qui doit» et les remplacer par «et peut», de sorte qu'il se
lise : «La charge du juge municipal en chef s'ajoute à la charge de juge
puîné [et peut] continuer de siéger à la cour municipale à laquelle il est
affecté ou à laquelle il s'assigne.» Également, à l'article 195 qui réfère
au juge... coordonnateur, il faudrait rayer les juges... les mots «réguliers»
et également substituer «qui doit» par «et peut».
Également, par rapport aux rapports d'activité
qui doivent être transmis, nous sommes d'accord avec l'idée qu'une saine administration des ressources demande
la collecte et l'analyse de données pertinentes à la prise de décision
des décideurs. Or, l'article 96 projeté du projet de loi prévoit que les
juges coordonnateurs transmettent au juge municipal en chef un rapport
d'activité et que ce dernier doit le transmettre sans délai au ministre de la
Justice. Le projet de loi prévoit que le rapport doit contenir le nom du juge municipal
qui a présidé chaque séance. Cette donnée nous semble pertinente pour les juges
coordonnateurs, qui ont comme fonction de voir à la distribution des causes, et
à la fixation des séances, et d'assigner des
juges... les juges municipaux. Cette donnée nous semble également pertinente
pour le juge en chef, qui a comme fonction de coordonner, de répartir et de
surveiller le travail des juges dans un souci d'efficacité et d'assiduité de la
justice. Cependant, nous ne sommes pas en mesure d'identifier en quoi cette
donnée est pertinente pour le ministre de la Justice. Avec tout respect, cette
exigence porte atteinte à la nécessaire indépendance judiciaire, puisque...
puisqu'elle peut faire en sorte que le juge municipal se sente redevable envers
le pouvoir exécutif de l'État, qui surveille sa prestation de services, alors
que cette fonction est dévolue au pouvoir judiciaire. Donc, nous recommandons
de retirer l'exigence que le rapport d'activité transmis par le juge municipal
en chef au ministre de la Justice comprenne notamment le nom du juge municipal
qui a présidé chaque séance.
Également,
l'article 92, deuxième alinéa, premier point du projet de loi, prévoit que
les juges doivent répondre aux objectifs de performance et aux besoins des
municipalités. Nous sommes d'opinion que ces deux éléments sont
susceptibles de porter atteinte à l'indépendance de la cour et de ses juges. Le
rôle des juges est de maintenir la confiance
du public dans l'administration de la justice et de rendre justice conformément
à la loi et à la preuve. Le rôle des juges n'est pas de répondre aux
besoins des municipalités, qui agissent, en plus, à titre de poursuivants
devant les cours municipales. Les assujettir aux besoins
des municipalités mine complètement leur indépendance et leur impartialité. D'ailleurs, la formulation permet une
interprétation large qui inclut également la rentabilité des cours municipales.
Nous devons préserver l'indépendance des juges municipals... du juge municipal
envers la... envers la municipalité.
Certains intervenants
ont proposé de remplacer le mot «municipalité» par «cour municipale». Nous
sommes d'opinion que cela ne règle pas entièrement le problème, puisque le juge
sert la cour à laquelle il est affecté, il ne répond pas à ses besoins. C'est le
juge municipal en chef qui coordonne, répartit et surveille le travail des
juges, dans un souci d'efficacité et d'assiduité de la justice, et ce sont les
juges coordonnateurs qui voient à la distribution des causes et à la fixation
des séances, en tenant compte des impératifs d'une bonne administration de la
justice et de la gestion efficace des fonds. Il est évident que cela se fait de
concert avec les greffes des cours municipales, qui connaissent les besoins en
matière d'audience, mais la décision doit être celle du pouvoir judiciaire.
• (17 heures) •
Également, toute
saine gestion demande l'optimisation des ressources disponibles. Il est
concevable de mesurer certains aspects du système de justice d'un point de vue
macro : les délais, la durée des séances, le nombre de dossiers entendus, le nombre moyen de remises,
le nombre de témoins entendus. Ces données permettent une meilleure
planification et allocation des ressources. Il y a cependant un risque à
apposer un indicateur de performance à la prestation d'un juge. Un système de
justice permet de régler les différends entre justiciables ou entre l'État et
les justiciables. Il permet de maintenir la paix sociale, et de contrôler le
pouvoir de l'État, et d'assurer le respect des lois. L'indicateur premier de
performance d'un système de justice est sa capacité à rendre justice. Cela
inclut notamment sa capacité de le faire
dans un délai raisonnable. Le justiciable doit avoir été et avoir l'impression
d'avoir été entendu, et que l'attention requise a été portée à sa cause.
Il est très inquiétant d'introduire des objectifs de performance du point de
vue micro, soit de la prestation du juge. Donc, nous recommandons de retirer
les mots «répondre aux objectifs de performance et aux besoins des
municipalités» au deuxième alinéa de l'article 192.
Le Président (M. Bachand) : Merci, M. Benoit. Le temps passe rapidement. On va débuter la
période d'échange. Merci beaucoup, Me Benoit.
M. Benoit
(Jean-François) : Oui, parfait.
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre,
s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Oui. Bonjour, Me Benoit, pour l'association des
avocats et des avocates de la défense. Merci d'être présents en commission
parlementaire. J'ai quelques questions avant de céder la parole à mes
collègues.
Dans un premier
temps, Me Benoit, vous dites : Bon, il y a un risque pour
l'indépendance judiciaire. Je vous poserais la question suivante. Vous savez,
une des responsabilités que j'ai comme ministre de la Justice, c'est de
m'assurer du bon fonctionnement du système de justice, de s'assurer que les
causes puissent être entendues dans des délais raisonnables, que les ressources
dans le système de justice soient là, sauf qu'on est dans un système, et je le
soutiens, et j'en suis, où ce n'est pas le ministre qui vérifie le nombre de
dossiers entendus. Ce n'est pas le ministre qui fixe le rôle. Ce n'est pas le
ministre qui fixe les séances de la cour. Ce n'est pas le ministre qui dit
combien de dossiers vont être entendus. Ce n'est pas le ministre qui dit ça va
prendre combien de temps à rendre le jugement. Ce n'est pas le ministre qui dit
combien de témoins vont être entendus.
Mais ma
responsabilité, c'est quand même que le système de justice fonctionne, puis
c'est correct comme ça, que ça ne soit pas le ministre qui détermine combien il
y a de témoins, combien qu'il y a de dossiers, les horaires de la cour, tout
ça. La cour est indépendante, bien, puis j'apporterais un bémol, par contre,
parce que, vous savez, dans les cours municipales, ça siège le soir puis la fin
de semaine, puis ça, c'est au bénéfice des justiciables. Peut-être qu'il y a des tribunaux supérieurs aussi qui
devraient siéger, pour le bénéfice des citoyens, le soir et la fin de semaine,
mais le ministre ne peut pas imposer ça, mais, voyez-vous, ça, c'est un
service. Lorsqu'on s'oriente vers les justiciables, quand les gens travaillent, la justice, c'est un
service public, et les gens ont le droit d'accéder à la justice, mais on
devrait faire preuve de flexibilité.
Alors, c'est un peu
ça qu'on essaie de faire ici, à la Commission des institutions, orienter le
système de justice vers les citoyens, puis un des éléments fondamentaux pour
que les gens croient à la justice, adhèrent à la justice, c'est le sentiment de confiance dans le système de justice.
Lorsqu'on se retrouve avec des délais extrêmement longs, puis que le
ministre dit : Bien, écoutez, oui, on rajoute des ressources, mais qu'il
n'y a aucune obligation de performance, non pas une performance que le ministre
évalue, la performance des gens, mais qu'un membre de la magistrature, qui est
le juge municipal en chef, lui, regarde la performance de ses juges, regarde
l'efficacité vers le citoyen, moi, je suis
dans cette logique-là. Ce n'est pas le ministre, là, qui va dire :
Écoutez, travaillez tel jour, tel jour, tel jour. Cependant, il faut faire en sorte de donner les outils au juge
municipal en chef pour s'assurer que les citoyens sont entendus, pour
s'assurer que, dans une organisation... Parce que, vous savez, quand vous êtes
juge en chef, là, vous êtes un peu un administrateur public, là. Oui, vous êtes
juge, sauf que vous avez un rôle de gestion qui vous est confié, avec vos
confrères, puis c'est vous, le patron.
Bien entendu, le juge municipal en chef ne dit
pas quoi écrire aux juges dans leurs jugements parce qu'il y a une indépendance individuelle de la magistrature.
Il y a effectivement aussi une indépendance institutionnelle. Elle est respectée. Mais comment faisons-nous, comme État,
comme gouvernement, pour faire en sorte que le système de justice soit plus efficace et comment faisons-nous pour dire aux
membres de la magistrature, sur l'organisation du travail : Écoutez, il
faut prendre en considération que les citoyens, là, eux, ils veulent être
entendus, il faut qu'il y ait de la disponibilité?
Sur la question du
rapport, là, qui est transmis, là, vous dites : Bien, écoutez, si c'est
transmis au ministre, ça se peut que ce soit
perçu comme étant une ingérence de l'exécutif. Écoutez, moi, je n'ai pas de
problème, ce rapport-là pourrait être rendu...
M. Benoit
(Jean-François) : Si vous me permettez...
M.
Jolin-Barrette : Ce rapport pourrait être, là, rendu public. Est-ce
que vous êtes d'accord qu'on pourrait le mettre sur le site Internet des cours
municipales?
M. Benoit
(Jean-François) : Ce que j'ai mentionné... Si vous me permettez, M. le
ministre, qu'est-ce que j'ai dit, je ne me
suis pas opposé à ce qu'il y ait une transmission de rapport ni d'information.
Ce qu'on s'oppose, c'est que le nom du juge siégeant soit sur le rapport
qui vous est transmis, parce que je ne comprends pas en quoi cette donnée-là
est utile au ministre de la Justice pour s'assurer que la justice, le système
de justice fonctionne rondement. C'est ça, le point.
M. Jolin-Barrette :
Si on enlève le nom, vous êtes d'accord avec ça, que les données...
M. Benoit
(Jean-François) : Je pense que la... Bien, écoutez, à moins que le
ministre est capable de justifier en quoi le nom du juge siégeant est pertinent
pour lui, en l'absence d'explication, je pense que cet élément-là ne devrait
pas s'y retrouver. Il porte atteinte à l'indépendance judiciaire. Si on fait
abstraction de cette donnée-là, mon commentaire ne s'applique pas.
M.
Jolin-Barrette : OK, excellent. Bon, bien, on avance, puis il n'y a
pas d'enjeu que le ministre ait le rapport si le nom du juge n'est pas là?
M. Benoit
(Jean-François) : Non.
M.
Jolin-Barrette : OK, excellent. Sur la question de la performance puis
les besoins des municipalités, bon, on a
eu... il y a des gens qui disent : Le fait qu'on inscrive «besoins des
municipalités», c'est problématique, il y en a d'autres qui disent que
ça ne l'est pas. Il y en a qui nous ont suggéré «besoins des justiciables»,
«besoins des cours municipales». Où vous êtes là-dessus?
M. Benoit
(Jean-François) : Bien, écoutez, ceux qui vous ont suggéré que ce
n'était pas problématique, c'est des gens de l'Union des municipalités du
Québec puis de la fédération des municipalités du Québec, qui, eux, administrent
les cours municipales et ont un certain souci de rentabilité de ces cours
municipales là. Donc, pour moi, il faut faire attention à ça. Le juge ne doit
pas être tributaire des besoins d'une cour, ou d'une administration, ou d'un
exécutif quelconque. Pour moi, c'est une évidence, et tout lien, ou tout
rattachement, ou toute subordination du juge à la... aux besoins d'une
municipalité, qui est l'exécutif, sous une certaine forme, est problématique.
M.
Jolin-Barrette : Je vous pose la question parce que, là, on parle de
cours municipales, OK? Je ne pense pas que
les cours municipales sont subordonnées à l'administration municipale parce que
toutes les cours municipales, elles ont leur indépendance. Elles ont un
greffier qui est séparé. Puis ce n'est pas les élus qui viennent dire à la cour
municipale comment faire, mais, si une municipalité... Prenons l'exemple de
Gatineau, tantôt, là, Gatineau... puis je pense
que vous connaissez bien... vous pratiquez en Outaouais, là, Gatineau nous
dit : Écoutez, on n'a pas de séance de cour 14 semaines par
année, durant la période estivale. Un, c'est problématique...
M. Benoit
(Jean-François) : Vous avez... Votre projet de loi répond à cette
problématique-là. C'est le juge coordonnateur qui fera ça. L'assignation va
pouvoir se faire. Le projet de loi répond à cet impératif-là. Je pense que ça
va pouvoir se faire de concert avec les greffiers, comme c'est prévu dans la
réglementation. Donc, vous répondez à ça,
mais la question, c'est «assujettir aux besoins des municipalités», il est là,
le problème, c'est ce qui est écrit dans le projet de loi.
M.
Jolin-Barrette : Oui, mais vous ne pensez pas que la municipalité, là,
quand ses citoyens viennent la voir pour dire : Écoutez, nous, on veut
être entendus, j'ai un constat d'infraction ou j'ai une infraction de nature
pénale ou criminelle, puis la cour ne siège pas pendant x nombre de mois, ça
rallonge les délais? Ça fait en sorte aussi que, pour l'administration
municipale, là, le fait de ne pas siéger comme ça, là, ça engendre des coûts
supplémentaires pour tous les citoyens.
Plutôt que d'avoir une répartition à l'année longue, si la cour municipale,
supposons, doit faire en sorte... En fait, si l'administration
municipale doit faire en sorte que son procureur est en temps supplémentaire, ses greffiers, le personnel de l'administration
municipale qui vient témoigner également, sont en frais supplémentaires,
en heures supplémentaires, vous ne pensez pas qu'il y a un enjeu, également,
inhérent aux citoyens là-dessus?
Parce qu'il
faut être réaliste aussi. L'indépendance du juge, l'indépendance de la cour
municipale est protégée, mais on vit dans une situation où le système de
justice municipal, c'est des municipalités qui décident d'offrir ce service de proximité là à leurs citoyens, de dire :
Nous, là, on est d'accord, là, on veut que vous puissiez venir devant la cour
municipale le soir, parfois la fin de semaine, on veut offrir ce service de
proximité là avec des programmes alternatifs pour les justiciables, supposons,
en matière d'infractions de nature criminelle, sur la partie 27. Bien, il
y a un coût associé à ça. Il y a un coût, puis ce coût-là, c'est les citoyens
des villes qui les paient. Alors, moi, je vous soumettrais : Si on
rajoutait les besoins des justiciables, mais qu'on laisse les besoins des
municipalités, vous ne trouvez pas qu'on a un juste équilibre là-dessus?
• (17 h 10) •
M. Benoit (Jean-François) : À mon
sens, pourquoi ajouter cela? Je suis convaincu que l'ensemble des juges, des
juges en chef, des juges coordonnateurs ont déjà ce besoin-là en tête. Il ne
faut pas oublier que, dans les... l'article prévoit déjà que le juge doit le
faire, coordonner, répartir, surveiller le travail, dans un souci d'efficacité
et d'assiduité de la justice. Donc, à mon sens, le projet de loi répond déjà à
votre inquiétude que le juge de la cour municipale ne siège pas pendant
14 semaines. C'est déjà réglé. Ça se fait de concert avec le greffier, qui
va évaluer les besoins d'audiences, pas les besoins économiques de la
municipalité, et il y aura un horaire qui sera fait. Puis la plus grande
flexibilité que vous accordez par votre projet de loi au juge coordonnateur
permettra de faire en sorte que le temps de banc, comme on appelle dans le
milieu, sera mieux utilisé et optimisé dans l'ensemble des cours municipales.
Je ne pense pas qu'on a besoin de nommer cette chose-là parce que cette
chose-là semble sous-entendre que le pouvoir judiciaire est assujetti à quelque
chose.
M. Jolin-Barrette : OK, bien, écoutez,
je comprends votre point de vue. Je vais laisser la parole à mes collègues. Je
ferai juste un commentaire, parce que vous présumez que répondre aux besoins
des municipalités, c'est uniquement financier. Vous savez...
M. Benoit (Jean-François) : Pas uniquement.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais vous
avez dit ça. Vous avez dit : Répondre aux besoins financiers de la
municipalité. Je vous soumettrais que l'administration municipale... les élus
municipaux sont élus dans un souci d'offrir des services de proximité aux
citoyens, d'efficacité, et il n'est pas question d'intervenir dans la gestion
de la cour municipale. Ça, il faut garder ça en tête aussi. Si on veut avoir,
là, dans tous les services publics, puis la justice également, c'est un service
public, de l'efficacité, de la performance, que les citoyens puissent pouvoir
obtenir justice, être entendus pour la justice, il va falloir faire des façons
différentes puis se fixer des objectifs, parce qu'une des grosses lacunes du système de justice, c'est qu'il n'y a pas de
données. Il n'y a souvent pas de reddition de comptes. Il n'y a souvent
pas d'efficacité. Il n'y a souvent pas de transparence.
Alors, je vous laisse là-dessus, mais ça fait
partie de la réflexion, puis je vais céder la parole à mes collègues.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de
Laval-des-Rapides, cinq minutes, s'il vous plaît.
Mme Haytayan : Merci, M. le
Président. Bonjour. Merci de votre présence. Selon vous, quelles fonctions
seraient incompatibles avec celle de procureur municipal?
M. Benoit (Jean-François) : Écoutez,
aujourd'hui, je fais une intervention au nom de l'AQAAD. Ce n'est pas un élément que nous avons étudié. Je
n'émettrai pas un commentaire qui n'engage que moi, mais je... Donc, ce sera
ma réponse sur cette question. Je n'ai pas de commentaire à faire.
Mme Haytayan : Parfait, OK, merci.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel.
Mme Boivin Roy : Merci, M. le
Président. Alors, Me Benoit, merci pour votre présence et votre présentation
aujourd'hui. J'aimerais vous entendre relativement au régime de sanctions
administratives pécuniaires. Est-ce que vous croyez que c'est une initiative
qui va permettre une meilleure accessibilité à la justice, une meilleure
efficacité également? À Montréal, par
exemple, on estime que c'est une mesure qui permettrait de libérer cinq juges
municipaux pour entendre des dossiers dits plus graves, plus sérieux.
M. Benoit (Jean-François) : Bien,
écoutez, selon moi, je comprends que vous posiez la question parce qu'à mon sens les sanctions administratives pécuniaires constituent un risque vraiment important, encore une fois, à l'indépendance judiciaire, parce que, si
vous me permettez de reprendre mes notes, oui, effectivement, cette
notion-là existe déjà dans d'autres lois, mais il s'agit des lois comme
la Loi sur la sécurité des barrages, la Loi sur les permis d'alcool. C'est des
lois qui visent à réglementer des activités plutôt complexes, qui ne touchent
pas le quotidien des citoyens, et l'objectif est de mettre fin à une
infraction.
C'est d'ailleurs le premier article qui est
proposé dans ce régime-là par le... dans le projet de loi, qui est «d'inciter à
remédier rapidement à un manquement à une disposition réglementaire ou de
prévenir la répétition d'un tel manquement». Je ne vois pas en quoi la mise en
place d'un SAP va faire en sorte que l'individu va moins faire d'infractions de
stationnement, va moins se retrouver dans un parc en dehors des heures
réglementaires. Il n'y a pas de lien avec ça.
Puis
il faut comprendre aussi qu'habituellement il y a peut-être des fonctions
municipales qui se rattacheraient ou qui seraient plus à même de
fonctionner avec ce type de régime là. Tout ce qui touche la réglementation en
matière d'urbanisme, tout ce qui touche l'environnement ou l'affichage, qui
sont, en réalité, des actions continues dans le temps, et que l'administration
municipale pourrait vouloir mettre un terme, je vous dirais que le SAP pourrait
probablement mieux fonctionner dans ce contexte-là, mais, pour ce qui touche
des activités ponctuelles, en quoi un SAP va faire en sorte qu'il va y avoir...
l'individu va arrêter de se stationner illégalement? Puis ça ne rencontre pas du tout de l'objectif un de la loi, qui est prévu
par son article premier. Est-ce qu'on va vraiment... Ça, c'est une chose. L'autre
chose, qui sont les gens qui vont entendre les causes? Le projet de loi ne
prévoit absolument rien. On prévoit que tout va se faire par réglementation. On
n'a aucun détail là-dessus. Moi, ce que je trouve qui est important... Parce
qu'on a tous droit à une audience tenue par un juge qui est impartial et une
audience publique qui... C'est un droit qui est couvert par l'article 23
de la charte québécoise.
Le SAP qui est présenté, présentement, on n'y
connaît absolument rien. La seule chose que le ministre dit, c'est, notamment, une infraction de stationnement
illégal. Ce n'est même pas prévu, ça, dans le projet de loi. Il n'y a rien.
Il n'y a aucun type d'infraction. On n'a aucun détail. On ne connaît pas les
conditions salariales, ni la formation, ni le mode de sélection des personnes
qui entendront ces audiences-là. On ne connaît même pas non plus quels seront
leurs liens d'emploi ou de subordination. Nous n'avons rien. La confiance du
public, elle est très importante.
Le ministre parlait de performance tout à
l'heure, mais il n'y a pas de justice sans indépendance. Ça, c'est un... On ne
peut pas contourner cet élément-là. Pour un souci de performance, on va créer
des audiences... Le projet de loi... Comme je vous dis, il est très difficile
d'émettre des commentaires très précis ou d'avoir une discussion très précise
sur le projet de loi parce qu'il y a très peu, dans le projet de loi, sur cette
question-là.
Le Président (M.
Bachand) : Une minute, Mme la députée.
Mme Boivin Roy : Ça va, Me Benoit,
on vous entend. Merci. Je cède la parole.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Mme la députée de
Westmount—Saint-Louis,
pour 11 min 26 s, s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Bonjour, Me Benoit.
Merci beaucoup pour votre présentation. J'espère que vous allez nous envoyer
une copie de votre discours, si possible, parce que je sais que vous n'avez probablement
pas eu assez de temps pour préparer un mémoire, mais, nous, ça va nous aider,
parce que j'ai aussi compris que vous n'avez pas eu assez de temps pour
terminer vos remarques. Alors, est-ce qu'il y a des éléments que vous souhaitez
soulever, que vous n'avez pas eu la chance d'en discuter ou de faire valoir...
M. Benoit (Jean-François) : Bien, la
dernière question m'a permis un petit peu de rattraper... Écoutez, je pense que
le SAP... Comme je le disais, il est difficile pour nous de comprendre ce
qu'est le SAP. Puis je tiens à le préciser aussi, dans les lois où ça existe,
comme je le disais tout à l'heure, c'est des activités réglementées qui ne
touchent pas les activités citoyennes, mais il y a des droits d'appel au Tribunal
administratif du Québec. Je n'ai pas vu ça dans le projet de loi du ministre.
Donc, le citoyen se retrouve devant un
superfonctionnaire, si vous me permettez l'expression, qu'on ne connaît pas vraiment le statut, et ce sera ça,
justice rendue. Est-ce qu'ultimement on va pouvoir utiliser des mécanismes
de recouvrement qui vont pouvoir mener à l'imposition d'une peine
d'emprisonnement pour non-paiement à la suite de cette décision-là? Je pense
que ça, c'est une inquiétude majeure. On parle ultimement d'une privation de
liberté. Le projet de loi est muet là-dessus. Donc, est-ce qu'on pourrait
arriver à une condamnation qui mènera à une peine d'emprisonnement sans aucune
garantie juridique? C'est problématique.
Mme Maccarone : Je partage votre
avis, puis vous n'êtes pas seul. Le Barreau du Québec reflète aussi vos
commentaires que vous avez partagés, même qu'eux, ils disent que, dans le fond,
ça devrait être le législateur et non le gouvernement qui met en place, quand
même... qui définisse les notions et les éléments essentiels, centraux de ce
projet de loi en ce qui concerne les sanctions administratives pécuniaires.
Êtes-vous d'accord que ceci devrait être enchâssé dans la loi et non fait par
règlement?
M. Benoit (Jean-François) : Ça
devrait être enchâssé par la loi pour que les députés aient l'opportunité d'en
débattre, dans un premier temps, qu'il y ait une loi, qu'on puisse s'assurer
que cette loi-là est légale. De le faire par règlement et de modifier ça par
règlement, par avis dans la Gazette, je trouve ça totalement
inacceptable, parce qu'on va chercher quelque chose qui est fondamental, là,
dans notre système de justice, et je crois que c'est une... que c'est
inacceptable totalement.
Mme Maccarone : Puis quels sont les
critères, selon vous, pour les personnes qui devront être chargées d'entendre
les contestations? Vous avez soulevé un élément très important, le droit
d'appel, mais, par exemple, les exigences de nomination, est-ce que vous avez
des recommandations pour nous?
M. Benoit (Jean-François) : Bien,
écoutez, je n'ai pas de recommandation précise, mais il faut s'assurer que cette personne-là ait une indépendance par rapport
à la municipalité, par rapport au gouvernement. Il faut également... Parce qu'on parle de mandats à durée déterminée. C'est ce
qui semble être prévu dans le projet de loi. Ça m'inquiète. Quelles sont les
conditions de renouvellement du mandat de cette personne-là? Est-ce que ça va
être assujetti à des indicateurs de performance qui seront définis dans un
règlement? Je trouve ça très inquiétant. Ça fait que, je vous dirais, pour l'instant, l'inquiétude est non pas
la formation et qui sera décideur, présentement, c'est l'idée en entier, sur
la forme sous laquelle elle se trouve sur ce papier.
• (17 h 20) •
Mme Maccarone : ...débuter l'étude
détaillée du projet de loi, que vous pourriez nous envoyer quand même les
recommandations en ce qui concerne les préoccupations que vous avez soulevées,
comme est-ce qu'il y a des exigences de nomination, est-ce que ça doit être
quelqu'un qui est membre d'un ordre professionnel, par exemple, ou bien il a
les garanties nécessaires pour l'indépendance, les mandats renouvelables d'une
durée déterminée, si vous avez des recommandations, parce que ce serait le
moment, évidemment, de partager votre point de vue avant qu'on commence ce
débat. Je serais curieuse de vous entendre, parce que vous, vous représentez
quand même les avocats de la défense. Est-ce que vous voyez un impact sur les
membres de votre ordre, vos membres, de voir les SAP quitter la compétence de
la cour municipale?
M. Benoit (Jean-François) : Je vous
dirais, très peu, parce que ce genre de constat là, souvent, c'est des justiciables qui se représentent seuls devant
le... devant le tribunal. Donc, je vous dirais, il n'y a pas d'impact pécuniaire.
Il n'y a pas d'impact de... du tout envers nos membres. L'inquiétude est
beaucoup plus par rapport au respect de nos grands principes constitutionnels,
là, c'est l'impact... l'inquiétude de nos membres.
Mme Maccarone : OK, parfait. Puis
vous avez soulevé dans vos remarques l'article 61, pour la fixation des séances par les juges coordinnateurs. Nous avons
déjà entendu le regroupement des greffiers, puis même la ville de Gatineau,
qui est passée juste avant vous, qui ont dit
que, dans le fond, le souhait, ça soit les greffiers qui seront responsables de
ceci. Êtes-vous de la même d'avis que ces deux personnes?
M. Benoit (Jean-François) : Écoutez,
présentement, c'est prévu par le règlement que ça se fait de concert, puis je
pense que c'est comme ça que ça doit se faire. Ultimement, la décision doit
être celle du pouvoir judiciaire. J'aurais été curieux d'entendre les
représentations des gens de Gatineau, mais j'ai pu entendre la représentante de
l'association, la semaine passée, des
greffiers et je comprends que, dans sa réalité à elle, Mme Dufresne, je
crois, c'est elle qui le fait, mais
elle le fait avec l'approbation du juge, et le juge accepte l'assignation ou la
proposition d'assignation ou d'horaire qu'elle fait. C'est important de
le comprendre, ça, puis surtout si on sort puis on tombe dans une région de
coordination, bien, le juge coordonnateur, là, il va être en contact avec
15 greffiers. Ultimement, il doit consigner ces choses-là, puis c'est
important que le dernier mot appartienne au juge coordonnateur.
Mme Maccarone : Ça fait que vous,
vous seriez d'accord, d'abord, avec un amendement qui modifie cet article, qui
dise : En consultation, par exemple, avec le greffier?
M. Benoit (Jean-François) : Bien, si
je ne me trompe pas, c'est prévu dans la réglementation, parce que
l'article 30 prévoit : «Dans tous les cas, le greffier est consulté
lors de la fixation des séances.» Donc, c'est déjà prévu dans la réglementation
proposée. C'est l'article 61 du projet de loi, mais qui sera le nouvel
article 30.
Mme Maccarone : Oui, c'est de ça
que...
M. Benoit (Jean-François) : Bien,
parfait. Moi...
Mme Maccarone : C'est d'ici que je
parle d'un amendement, voilà, pour dire qu'ils auront quand même un rôle à jouer
en ce qui concerne la fixation des séances.
M. Benoit (Jean-François) : Bien,
moi, je vois qu'il est déjà prévu au troisième alinéa de l'article 30 projeté. À mon sens, c'est correct parce que le
besoin d'audiences est connu du terrain, est connu par le greffier responsable
de la cour municipale, et, comme je vous le dis, surtout avec une région de
coordination, le juge coordonnateur doit avoir une vision plus globale,
plus reculée, parce qu'il doit concilier les besoins dans différentes
municipalités. Donc, c'est important que ce devoir et ce pouvoir-là lui
appartiennent.
Mme Maccarone : Merci. Dans les
échanges que vous avez eus avec le ministre, vous avez parlé du rapport, puis il y a plusieurs personnes qui évoquent la
notion de ce rapport, puis l'indépendance, comme vous avez mentionné,
puis vous, vous avez suggéré d'enlever le nom du juge, mais nous avons aussi
entendu la... que c'est important d'avoir un rapport pour mesurer l'efficacité.
Est-ce qu'il y a des éléments, pour vous, qui sont manquants ou qui sont
nécessaires à aborder dans ce rapport? Parce que, c'est vrai, on a besoin
d'avoir ce sentiment de confiance, puis la démonstration
que, oui, on a un accès à la justice, puis le but de ce projet de loi, c'est
d'améliorer ceci. Est-ce qu'il y a des éléments, pour vous, qui sont
incontournables dans ce rapport, qui ne sont peut-être pas évoqués
présentement?
M. Benoit (Jean-François) : Je ne
saurais pas répondre à cette question-là parce que, bien sûr, je ne suis pas
dans l'administration de la cour. Je suis... Je fais des représentations devant
la cour. Oui, je participe à des tables de concertation avec la magistrature, mais je n'ai
pas l'expérience terrain de la poutine, si vous me permettez l'expression.
Donc, je ne suis pas à même, je pense, d'évaluer qu'est-ce qui pourrait être
ajouté. Mon seul commentaire est par rapport à ce qui devrait être retiré, par
contre.
Mme Maccarone : C'est bien. Merci.
Vous avez aussi parlé de l'article 192, puis qu'on parle de l'impact de
l'indépendance de la magistrature, il y a plusieurs personnes aussi qui ont
évoqué cette préoccupation, versus la performance qu'on souhaite de la ville,
par exemple, dans cet article. Quelle est votre recommandation en ce qui
concerne les modifications de cet article? Que prévoyez-vous en ce qui concerne
un amendement au projet de loi?
M. Benoit (Jean-François) : Moi,
c'est tout simplement rayer les termes «objectifs de performance et aux besoins
des municipalités», parce que l'article prévoit déjà que le juge est assujetti
aux ordres du juge en chef, et le juge en chef a déjà l'obligation de le faire
et de... avec... assurer l'assiduité de la justice, et le juge coordonnateur
doit aussi le faire dans... je cherche le libellé, mais dans la bonne
administration de la justice et en tenant compte des deniers publics. Je
paraphrase, mais c'est déjà prévu. Donc, c'est déjà des objectifs qui sont
couverts par la fonction. Puis je vous
dirais que, même si ce n'était pas nommé dans la loi, c'est déjà des choses que
les juges coordonnateurs... C'est sûr que je ne connais plus la réalité
de la Cour du Québec, mais la Cour du Québec, c'est déjà ce qu'elle fait à tous
les jours, là, c'est de prendre les ressources, puis de tenter de les
optimiser, et de fermer des salles parce qu'il manque de greffiers, et tout ça.
Qu'est-ce qu'on fait, comment qu'on répond à ça, c'est déjà ce que la cour
fait, je vous dirais, quotidiennement. Je
n'ai pas de problème à ce qu'on nomme ces choses-là dans les devoirs et
fonctions du juge en chef et juge
coordonnateur, mais, de la façon que c'est libellé précisément à
l'article 192, c'est fort problématique.
Mme Maccarone : Oui, merci. Là, vous
avez parlé des juges coordinnateurs, puis, dans son projet de loi, le ministre dit que c'est lui qui affectera le
personnel nécessaire au bureau du juge municipal en chef, des juges
coordinateurs ou des juges coordinateurs adjoints. Que pensez-vous de
cette mesure?
M. Benoit (Jean-François) : Moi, je
pense que c'est une bonne chose parce que, oui, le projet de loi a des avancées. L'agilité du système de justice, ça
permet une meilleure, je vous dirais, probablement, utilisation des ressources
judiciaires, probablement une meilleure utilisation du temps de banc. Ça permet
une plus grande flexibilité dans une région
de coordination plus grande. Ça, je pense que c'est une des avancées du projet
de loi, parce que, présentement, lorsqu'un juge de la cour municipale...
le juge siège seul dans sa cour municipale, bien, écoutez, là, c'est comme lui,
un petit peu, qui peut faire la pluie et le beau temps.
Par contre, en créant les juges coordonnateurs,
je pense que c'est une chose qui est... c'est probablement une des plus grandes avancées, avec le retrait de la
rémunération à la séance, là. C'est des avancées importantes, là, puis je le
souligne, là, c'est du beau travail, mais malheureusement il y a d'autres
éléments qui viennent un peu diminuer les avancées, là, vers lesquelles on s'en
va.
Mme Maccarone : Bien, merci
beaucoup. Ça a été un plaisir d'échanger avec vous, puis je serai hâte de
recevoir un mémoire ou vos remarques pour nous guider avant qu'on procède aux
prochaines étapes de ce projet de loi. Merci beaucoup.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. M. Benoit,
vous faites parvenir ces remarques supplémentaires à la commission.
Merci. M. le député de Jean-Talon, pour 12 minutes... 12 minutes!
Excuse-moi, 2 min 12 s.
M. Paradis : Bonjour. Merci de votre
présence.
M. Benoit (Jean-François) : Bonjour.
M. Paradis : L'indépendance
judiciaire, c'est un thème extrêmement important. Je vais vous poser des questions sans aucun a priori et je me sens
d'autant plus à l'aise de vous les poser à vous parce que vous ne représentez
ni la municipalité, ni les juges, ni le ministère ici, mais je suis intrigué
sur cette question, là, du nom du juge municipal. En quoi la transmission d'une
information qui est entièrement publique, quel juge a présidé une session, en
quoi la transmettre au juge municipal en chef et au ministère de la Justice, ça
enfreint l'indépendance judiciaire? J'aimerais en savoir plus sur votre opinion
là-dessus. Et, deuxièmement, à l'inverse, ne pas la transmettre, est-ce que ça
ne peut pas être vu comme une mesure qui peut nuire, d'une certaine façon, à la
capacité du ministère de la Justice et du juge municipal en chef à mieux
comprendre le fonctionnement de la justice municipale, et à mieux l'analyser,
et à, donc, agir en conséquence?
M. Benoit (Jean-François) : Mais en
quoi le nom du juge permet de comprendre comment fonctionne le tribunal ou
l'administration de la justice, c'est ça que je ne comprends pas. C'est vrai
que c'est une donnée publique, mais, pour l'avoir, il faut faire des recherches
sur chacune des audiences, et tout ça. Puis c'est important que ça soit une
donnée publique, mais, moi, ce que je connais du... ce que je comprends du
projet de loi, c'est que le ministre désire avoir cette donnée-là, et,
présentement, moi personnellement, peut-être qu'il y a eu d'autres échanges, je
ne vois pas qu'est-ce que le ministre veut en faire. Sans une réponse efficace
puis complète sur cette question-là, moi, je vois un risque. En quoi...
M. Paradis : Je
vous entends là-dessus, mais j'aimerais vraiment avoir l'autre côté. En quoi la
transmission du nom du juge pourrait nuire à l'indépendance judiciaire?
M. Benoit (Jean-François) : Bien, je
vous dirais, parce que le juge, lui, il doit rendre justice. Là, on le sait,
qu'il est monitoré, je suis désolé pour l'anglicisme, et cette surveillance-là
très pointue va être envoyée à l'exécutif. Sur le macro, comme je vous le dis,
je ne vois pas de problème. C'est quoi, le nombre de séances requises, combien
de dossiers ont été traités de façon globale, je pense que c'est très, très
pertinent pour une assignation, pour une saine gestion des ressources, mais je
ne comprends pas comment... Puis, écoutez, il y a plein de données qui sont
précises. Le ministre peut venir s'asseoir dans chacune des salles de cour,
s'il le désire, mais pourquoi il a besoin de ça? Puis c'est ça, l'inquiétude. Il y a un principe à défendre. Vous allez
dire : Bien, il serait capable de l'obtenir de toute façon. Ce
n'est pas une raison pour faciliter la tâche puis de faire en sorte que la loi,
à sa face même...
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci beaucoup,
Me Benoit, d'avoir été avec nous cet après-midi. C'est très, très apprécié.
M. Benoit (Jean-François) : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Et je suspends les travaux
quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 30)
(Reprise à 17 h 34)
Le Président (M.
Bachand) :
À l'ordre, s'il vous
plaît! La commission reprend ses travaux.
Ça me fait plaisir d'accueillir les
représentants du Barreau du Québec, dont la bâtonnière. Alors, Mme la
bâtonnière, merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui, c'est très apprécié.
Je vous inviterais d'abord à présenter la personne qui vous accompagne et
débuter votre exposé. Merci beaucoup.
Barreau du Québec
Mme Claveau (Catherine) :
Alors, M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, comme vient de le mentionner M. le président, je suis
effectivement Catherine Claveau, bâtonnière du Québec, et je suis accompagnée
ce soir de Me Nicolas Le Grand Alary, qui est avocat au
secrétariat de l'ordre et Affaires juridiques du Barreau.
Le Barreau du
Québec vous remercie de l'avoir invité à participer aux consultations entourant
le projet de loi n° 40 qui constitue un jalon important dans la
réforme des cours municipales au Québec. D'emblée, nous désirons vous rappeler
qu'en tout temps le Barreau du Québec a été préoccupé par la justice offerte
par les cours municipales. Ainsi, nous tenons à exprimer que nous saluons le
dépôt de ce projet de loi. Nous formulons cependant certains commentaires afin
de le bonifier et d'offrir au législateur de meilleurs outils pour renforcer
l'indépendance judiciaire et favoriser l'accès à la justice.
Le Barreau du Québec soumet que le projet de loi
semble offrir toutes les garanties nécessaires aux juges municipaux quant aux piliers de l'indépendance
judiciaire que sont l'inamovibilité et la sécurité financière. Cependant,
plusieurs dispositions du projet de loi
pourraient constituer des atteintes au troisième pilier de l'indépendance
judiciaire, soit l'indépendance institutionnelle.
Précisons que l'indépendance institutionnelle
exige que l'on doive donner aux tribunaux le contrôle des décisions
administratives qui portent directement sur l'exercice des fonctions
judiciaires. À cet effet, les décisions administratives comprennent les
questions sur l'assignation des juges aux causes, les séances de la cour, le
rôle de la cour ainsi que les domaines
connexes de l'allocation des salles d'audience et de la direction du personnel
administratif qui exerce ces fonctions.
Ainsi, le Barreau du Québec est d'avis que les
éléments suivants du projet de loi pourraient constituer des atteintes au principe
de l'indépendance institutionnelle.
D'abord, le projet de loi établit la durée du
mandat du juge municipal en chef à cinq ans. En ce qui concerne la Cour du
Québec, la Loi sur les tribunaux judiciaires prévoit que le mandat du juge en
chef est de sept ans.
De plus, le projet de loi octroie au
gouvernement... (panne de son) ...après consultation du juge municipal en chef,
le pouvoir de désigner un juge coordonnateur pour chacune des régions de
coordination et de déterminer la durée du mandat de chacun d'eux. Dans sa
mouture actuelle, la Loi sur les tribunaux judiciaires prévoit que le juge en
chef désigne parmi les juges de la Cour du Québec, avec l'approbation du
gouvernement, bien sûr, des juges coordonnateurs et détermine la durée de
mandat pour chacun d'eux.
Le projet de loi prévoit également qu'au moins
deux fois par année les juges coordonnateurs et le juge municipal en chef
doivent transmettre un rapport d'activité au ministre de la Justice. Pour la
Cour du Québec, la loi sur les tribunaux judiciaires
ne prévoit pas que le juge en chef doive transmettre des rapports d'activité au
gouvernement. En outre, le projet de loi oblige le juge municipal en
chef à répondre aux objectifs de performance et aux besoins des municipalités,
ce qui semble faire un amalgame entre l'administration municipale, soit le
pouvoir exécutif, et la cour municipale en tant que telle, soit le pouvoir
judiciaire.
Finalement,
le projet de loi prévoit que c'est le ministre de la Justice qui affecte le
personnel nécessaire au bureau du juge municipal en chef et des juges
coordonnateurs ou des juges coordonnateurs adjoints.
Le Barreau du Québec
recommande donc que le projet de loi soit modifié afin de réduire au maximum
ces différentes atteintes potentielles en les arrimant, lorsque cela est
possible, avec les dispositions prévues par la Loi sur les tribunaux
judiciaires pour la Cour du Québec ou en s'inspirant des pratiques actuelles
qui ont fait leurs preuves.
Poursuivons sur le
thème de l'encadrement des procureurs municipaux. Le projet de loi prévoit que
le gouvernement peut déclarer par règlement certaines fonctions incompatibles
avec la fonction de procureur agissant en
poursuites criminelles ou pénales devant une cour municipale. Le Barreau du
Québec appuie cette modification qui vise
à maintenir et garantir l'autonomie des procureurs des cours municipales.
Toutefois, nous estimons que l'indépendance du procureur doit être une
condition sine qua non pour s'assurer du traitement équitable des justiciables
devant les tribunaux. Ainsi, le procureur
doit pouvoir prendre des décisions de poursuivre ou non le dossier sans être
soumis aux contraintes du mandat reçu par le conseil municipal. Nous
invitons donc le gouvernement à considérer ces impératifs lors de l'élaboration
du règlement qui déterminera les fonctions, les charges ou les emplois
incompatibles avec les fonctions du procureur municipal.
Par ailleurs, le
projet de loi permet au DPCP de s'assurer du respect des directives qui
s'appliquent aux procureurs municipaux en exigeant la transmission
d'informations relatives à l'application d'une directive ou de tout
renseignement aux documents relatifs à des dossiers afin de procéder à la
vérification du respect de celles-ci. Corollairement, le projet de loi impose
aux procureurs municipaux d'informer le DPCP de tout défaut de conformité ou de
toute irrégularité dans l'application d'une directive à laquelle ils sont
soumis.
Bien que cet objectif
soit louable, nous sommes d'avis que le libellé proposé par le projet de loi
porte à confusion. Le Barreau du Québec propose au législateur de préciser
spécifiquement que le procureur municipal doit dénoncer tout défaut de
conformité et toute irrégularité dans l'application d'une directive, qu'elle
soit causée par un procureur en particulier ou qu'elle soit le fruit de la
culture locale ou de l'exigence de la municipalité.
Le projet de loi
prévoit l'édiction de lois sur les sanctions administratives pécuniaires en
matière municipale qui vient permettre au gouvernement, de concert avec les
municipalités, de mettre en place un régime de sanctions administratives
pécuniaires, communément appelées les SAP, visant certaines infractions pénales.
Le Barreau du Québec accueille favorablement cette possibilité qui permettra de
désengorger les cours municipales afin qu'elles puissent se concentrer sur le
traitement des dossiers en matière criminelle ou pénale plus graves.
• (17 h 40) •
Nous
notons cependant que la loi proposée n'identifie pas les... de municipalités en
particulier ni les infractions qui
seront visées. À ce sujet, le projet de loi accorde un important pouvoir de
réglementation au gouvernement qui peut alors définir lui-même les aspects
essentiels et les notions fondamentales du projet de loi.
Le Barreau du Québec
est d'avis que certains éléments devraient être définis dans le projet de loi.
En effet, si un règlement permet de préciser les modalités d'application d'une
loi, il ne devrait pas avoir pour objet de définir les concepts fondamentaux en
vertu desquels elle sera appliquée. Par ailleurs, nous incitons le législateur
à mettre en place un régime de SAP qui
s'offre... qui offre certaines garanties d'indépendance afin de facilement
justifier la possibilité d'imposer
ces sanctions. Ce régime doit être construit dans le respect des principes de
justice fondamentale et d'équité procédurale.
Le Barreau du Québec
recommande ainsi que la Loi sur les sanctions administratives pécuniaires en
matière municipale prévoie de manière
particulière, d'abord, des montants renouvelables... pardon, pardon, d'abord,
des mandats renouvelables à durée
déterminée qui protègent le décideur administratif contre les destitutions
arbitraires ou discrétionnaires puis
les exigences de nomination comme appartenance à un ordre professionnel, ainsi
que les garanties d'indépendance nécessaires envers la municipalité ou
le gouvernement. Enfin, qu'on prévoie le droit d'appel ou de révision d'une
décision rendue en vertu du régime de SAP.
En terminant, le
Barreau tient à réitérer qu'il accueille favorablement le projet de loi qui
vise à réformer les cours municipales et à améliorer l'efficacité,
l'accessibilité et la performance du système de justice. Pour le Barreau du Québec, les questions de juridiction et de
nomination des juges et des procureurs sont fondamentales dans un État de droit.
Ainsi, ce sont les grands principes d'accessibilité à la justice qui doivent
orienter cette réforme, non seulement en matière de proximité et de flexibilité
d'horaire, mais surtout d'universalité des services offerts aux justiciables.
D'autres commentaires
se trouvent dans notre mémoire. Nous vous remercions, encore une fois, pour
cette invitation et nous sommes disponibles pour répondre à vos questions.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Bonjour, Mme la bâtonnière, Me Catherine Claveau, Me Nicolas Le Grand
Alary. Merci pour votre présence en commission parlementaire et pour votre
mémoire sur le projet de loi n° 40.
D'entrée
de jeu, Me Claveau, j'aimerais qu'on aborde, là, la fin de votre intervention,
sur l'universalité d'horaire pour les citoyens. On parle beaucoup, là,
d'accessibilité au système de justice, donc je comprends que vous êtes d'accord
pour que, les cours municipales, ça siège les soirs, les fins de
semaine, au bénéfice des justiciables québécois.
Mme Claveau
(Catherine) : Oui. Oui, oui. Il n'y a pas de désaccord, là, par
rapport à cela.
M. Jolin-Barrette : OK.Mais,
dans un souci aussi que... de rendre la justice accessible, ce ne serait pas
nécessairement mauvais que les tribunaux supérieurs aussi puissent siéger
également les soirs, la fin de semaine pour répondre aux besoins des
justiciables?
Mme Claveau
(Catherine) : Est-ce qu'on parle de la Loi sur les tribunaux
judiciaires ou sur la Loi sur les cours municipales?
M. Jolin-Barrette : Bien, on
vient toucher notamment dans la loi... à la Loi sur les tribunaux judiciaires.
Donc, je vous pose la question. Vous trouvez que c'est une bonne chose pour les
cours municipales? Parce que les citoyens ont des besoins, ils veulent avoir de
la flexibilité d'horaires. Donc, moi, je vous pose la question : Est-ce que le Barreau est d'avis qu'également ça devrait
s'appliquer pour la Cour du Québec, la Cour supérieure, pour faire en
sorte de répondre... Parce que c'est les mêmes justiciables, là. La personne
qui se fait poursuivre pour une infraction de
nature pénale à la cour municipale, c'est la même personne qui va se faire
poursuivre pour une infraction pénale à la Cour du Québec ou dans un
recours civil à la Cour supérieure. Donc, juste connaître l'opinion du Barreau
sur le fait que... Est-ce que ce serait à
l'avantage des citoyens qu'il y ait de la flexibilité d'horaire au niveau de la
Cour du Québec, de la Cour supérieure, les soirs et la fin de semaine?
Mme Claveau (Catherine) : C'est
sûr qu'on ne s'est pas penchés sur cette question spécifiquement par rapport à ce projet de loi ci. Mais vous savez
comme moi, M. le ministre, que le Barreau du Québec se montre toujours favorable
à des mesures qui favorisent l'accès à la justice pour les justiciables. Donc,
s'il y a des mesures par rapport aux horaires qui sont appliquées aux cours
municipales, pourquoi pas pour un tribunal de droit commun?
M. Jolin-Barrette : OK. Bon,
sur la question, bon, des besoins des municipalités, il y a beaucoup de groupes
qui sont venus nous en parler, à
l'article 192 du projet de loi. Bon, certains nous ont dit : Écoutez,
nous, on ne voit pas de problématique
avec l'indépendance judiciaire. Vous, le Barreau du Québec, vous dites :
Attention, on voit un enjeu avec ça, le besoin des municipalités.
Moi, je vous dirais, on est dans une situation
où on veut s'assurer... Quand on déconstruit l'article puis on regarde 192,
c'est vraiment le juge municipal en chef, c'est son pouvoir à lui. Ce n'est pas
l'exécutif, ce n'est pas le ministre, ce n'est pas la municipalité qui a ce
pouvoir-là, c'est vraiment le juge municipal en chef qui regarde, quand qu'il organise ses choses, en tout respect de
l'indépendance judiciaire, parce que c'est lui qui va assigner, c'est lui qui va
coordonner le tout, ultimement, qui a son pouvoir de surveillance. Le
législateur, lui, il dit : Écoutez, prenez en considération les besoins
des municipalités.
J'ai eu des suggestions. Au fil des
consultations, on me disait : Bien, écoutez, vous devriez peut-être
rajouter les besoins des justiciables aussi. Ça, je vous dirais, je suis ouvert
à ça. Mais en quoi est-ce que ça porte réellement atteinte à l'indépendance
judiciaire, le fait que le juge municipal en chef, quand il regarde sa grille
d'analyse pour fixer son nombre de séances... de regarder quels sont les
besoins? Ce sont des partenaires, les municipalités, aussi, puis il y a un coût pour les citoyens associé à
ça. Alors, en quoi réellement ça porte atteinte à l'indépendance judiciaire,
le fait que le juge en chef ait cet outil-là dans ses poches?
Mme Claveau (Catherine) : Je
vais laisser Me Le Grand Alary, qui est notre grand connaisseur dans ces
questions-là, de répondre à votre question, M. le ministre.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Oui.
Bonjour. Sur ce point, j'aimerais quand même préciser que, le mémoire du
Barreau, on a identifié certains... certaines atteintes potentielles. On a
parlé de durée de mandat, on a parlé de la nomination du juge coordonnateur au
niveau de l'obligation pour le juge municipal en chef de répondre aux objectifs
de performance puis aux besoins des
municipalités, également, là, dans la confection des rôles et la fixation des
séances. Je pense que toute
discussion avec l'administration municipale, toute orientation au niveau des
justiciables, c'est quelque chose qui
est louable, mais c'est plus pris dans leur ensemble, quand on cumule toutes
ces mesures-là, on vient un peu lire certaines atteintes potentielles à
l'indépendance.
Donc, il y a peut-être des petits ajustements
qui peuvent être faits au projet de loi, notamment à l'article 192, pour juste préciser que c'est dans le respect de
l'indépendance judiciaire. Mais ce n'est pas une opposition, là, complète
qu'on a là-dessus, c'est plus qu'on vous
souligne certains écueils potentiels, là, et celui-là en fait partie. Je vous
dirais que, couplé avec la reddition de comptes qui est proposée, incluant, là,
l'identification, là, des juges, nommément, dans les rapports
d'activités, bien, on en vient à vraiment avoir des indicateurs, plus, de
performance. Puis il faut éviter que ce soit utilisé pour... de manière qui
pourrait porter, là, atteinte à l'indépendance judiciaire. C'est plus ça.
Mais, au niveau des besoins, puis on vient d'en
parler, la première question au niveau des horaires, je pense qu'il y a
effectivement une discussion à avoir avec le juge en chef, les juges
coordonnateurs, pour que la cour municipale réponde aux besoins, là, des
justiciables.
M. Jolin-Barrette : OK. Je vais
vous poser une question. Parce que le Barreau du Québec, souvent, me demande
d'investir davantage, de nous attaquer aux délais, d'avoir un système où est-ce
que la confiance des citoyens va être là.
Puis la confiance des citoyens, ça passe notamment par l'efficacité,
l'accessibilité, la réduction des délais.
Mon souhait est le même que celui du Barreau du Québec, là, c'est d'être
efficace. Puis c'est un service public, la justice, puis il n'y a
personne qui a confiance dans le système de justice quand ça prend de longs
délais, quand, avant de se faire entendre pour un constat d'infraction de
100 $ ou de 200 $, ça prend plusieurs mois. Là, on est... dans certaines
cours municipales, je vous dirais, les délais sont meilleurs qu'à la Cour du
Québec, notamment en chambre criminelle et pénale, mais on est dans une
situation aussi, parfois, où il y a des cours municipales qui sont compétentes
sous la partie 27 du Code criminel, qui entendent des dispositions
criminelles.
Moi,
je donne des outils aux juges en chef pour faire en sorte de dire :
Écoutez, on offre un service public, il faut que ce soit performant, il faut
que ce soit efficace. On a des partenaires, les justiciables, les citoyens,
mais on a une responsabilité comme
administrateurs. Parce que, quand vous êtes juge en chef, là, vous êtes
administrateur public aussi, là, de votre cour, là. Oui, vous demeurez juge,
mais vous avez une fonction d'administration. Pourquoi le système de justice
serait... n'aurait pas les mêmes... les mêmes outils, je vous dirais, en termes
de reddition de comptes?
Puis je ne parle pas,
là, d'envoyer ça au ministre, là, je pense que... Il y a eu quelques
commentaires, un des enjeux sur le rapport, bien, certains m'ont dit :
Vous enlevez le nom du juge en chef... L'association des avocats en droit de la défense m'a dit : Vous enlevez le
nom du juge en chef... le nom des juges qui siègent, c'est correct, il n'y a pas
de problème à le transmettre au ministre. Il y en a d'autres qui me
disent : Ah! c'est le fait de le transmettre au ministre. Honnêtement,
moi, de le recevoir, de ne pas le recevoir, tant qu'il est rendu public, ça
peut être sur le site Web des... du site des cours municipales, je n'ai pas
d'enjeu. L'important, c'est que les données soient là, que tout le monde ait les mêmes données puis qu'on puisse
évaluer où il y a des enjeux, où il n'y en a pas. Mais ça, c'est un outil à la
portée du juge municipal en chef.
• (17 h 50) •
En quoi cet
objectif-là du législateur de faire... de donner des outils affecte
l'indépendance judiciaire? Parce que, moi, là, si j'étais juge en chef, là,
j'aimerais ça offrir des services de qualité en temps opportun aux justiciables
puis je serais fier que ma cour soit menée avec des délais raisonnables. Puis
je serais surtout fier de dire à mes juges : Écoutez, quels sont les
outils pour qu'on puisse être efficace? Le tout sans venir leur dire, là,
qu'est-ce que vous allez écrire dans vos
jugements, combien de jugements vous allez rendre par année. Ce n'est pas une
question de ça, mais c'est une
question de, dans n'importe quelle organisation, comment est-ce qu'on peut
améliorer les choses, comment est-ce qu'on peut être plus efficace. Je
pense qu'on se rejoint, là-dessus, non?
Mme Claveau
(Catherine) : Bien sûr.
M. Le Grand Alary
(Nicolas) : Puis, si vous me permettez de compléter, je pense que, sur
le point, vraiment, du rapport d'activités... je pense qu'on se rejoint
également, là. Au niveau... On avait un enjeu au niveau de la présence du nom
du juge au niveau de la transmission au ministre, mais, une reddition de
comptes publique, le Barreau, de tout temps,
on a demandé des données de qualité, des statistiques de qualité sur les délais
en matière de justice et les autres
matières, en matière de justice, donc c'est toujours quelque chose qu'on a
favorisé. Donc, oui, pour répondre à votre question, là.
M. Jolin-Barrette :
OK. Une question sur le nom du juge, là, dans le rapport, là, parce ça semble
être un irritant. Mais les rôles sont déjà publics. Cette information-là, elle
est déjà publique. Alors, quel est l'enjeu qu'elle soit colligée dans un rapport? Parce que... Puis tout à l'heure on m'a
dit : Bien, vous voulez le savoir, M. le ministre?, allez vous
asseoir dans la salle de cour. Bien, je peux déjà aller m'asseoir dans la salle
de cour, quand c'est public puis ce n'est
pas à huis clos. Quelle est la problématique que ce soit consolidé, comme
information, vu que c'est déjà public?
M. Le Grand Alary
(Nicolas) : Je pense que ce n'est pas tant le fait que ce soit
consolidé en soi, c'est plus la combinaison de ce rapport-là puis d'ensuite
d'autres statistiques qu'on peut tirer qui pourraient avoir des impacts sur l'indépendance judiciaire, si on commence à
évaluer de manière particularisée la performance de juges, le nombre
d'amendes qu'ils ont reçues ou d'autres choses. Ce n'est pas en soi le rapport.
On est peut-être dans une autre étape de qu'est-ce qu'on peut faire avec la
donnée là-dessus. Mais, comme je vous dis, on convient qu'il y a également du
bon à avoir, de manière générale, des statistiques sur les délais judiciaires
et sur les auditions, là, notamment dans les cours municipales.
M. Jolin-Barrette :
Mais l'enjeu, là, vous savez, dans le domaine de la justice, souvent, c'est
un manque de données qui est problématique. Puis là tout le monde... pas tout
le monde, certaines personnes disent : Écoutez, il manque des ressources
dans le système de justice. On rajoute des juges, on a... Mme Vallée,
quand il y a eu Jordan, elle a rajouté
16 juges dans le système de justice. Avec l'entente avec la Cour du
Québec, on a rajouté 14 juges dans le système de justice, là, qui, quand on va avoir les rapports de
sélection, vont être nommés. Il y a 45 000 dossiers de moins, dans
le système de justice, que voilà 10 ans, mais il y a 45 juges de
plus.
Puis là les données
sont souvent contestées. Là, moi, je me dis : Soyons transparents,
montrons les données, comme dans n'importe quelle organisation publique. Je
pense que, l'information, les citoyens doivent pouvoir le faire et l'avoir.
Alors, en quoi ça porte atteinte à l'indépendance judiciaire, le fait que ces
données-là soient indiquées puis que tout le monde puisse partir de la même
page puis surtout se questionner pour se dire : Écoutez, il n'y a pas des
nouvelles façons de travailler?
Parce que,
manifestement, il y a un problème, là. Si on n'est pas capable d'être efficace,
d'être performant puis qu'on dit
toujours : Bien, il faut juste rajouter des ressources, on n'avancera pas,
là. Vous êtes d'accord avec moi qu'il faut changer nos méthodes puis il
faut changer nos façons de faire, mais je sens que, souvent, l'indépendance
judiciaire a été invoquée pour ne pas que ça change. Est-ce que je me trompe?
Mme Claveau
(Catherine) : Non, ce n'est sûrement pas invoqué pour ne pas que ça
change. Mais je vais laisser, encore une fois, mon collègue essayer de mieux
répondre à la question que par un non.
M. Le Grand Alary
(Nicolas) : Je ne pense pas que c'est l'objectif. Nous, on fait juste
soulever des enjeux potentiels. Il faut se rappeler que les exigences au niveau
de l'indépendance judiciaire, c'est quand même des principes qui remontent,
là... qu'on retrouve dans les lois constitutionnelles, c'est des choses qui ont
été reconnues, ça fait longtemps, par la Cour suprême du Canada. On veut juste
s'assurer qu'il n'y ait pas d'enjeu dans la façon que le système est fait au
niveau de la reddition de comptes.
Je pense qu'on convient avec vous qu'il est tout
à fait possible d'avoir des données de qualité sur la justice, qu'elles soient
administrées, disons-le comme ça, par le ministère ou par les tribunaux en tant
que tels. Mais c'est lorsqu'on commence à particulariser envers certains juges,
lorsqu'on commence à avoir... Il faut juste s'assurer que ça ne vienne pas limiter, dans leurs actions, les
juges, parce qu'il y aurait une... ils seraient en train de penser à l'image
que... ça pourrait sortir, selon, par exemple, les données, ou le volume, ou
autres choses, par ça. Mais tout se fait... Comme on vous dit, on vous soulève
un écueil potentiel, mais, au-delà de ça, il y a clairement des choses qui
peuvent être faites, là.
M. Jolin-Barrette : OK. Dans le
fond, ce que je reçois de votre message, c'est que, si le juge se sent identifié, il voudrait peut-être juger plus
rapidement, puis, vous dites, ça, c'est problématique parce qu'il faut qu'il
prenne le temps de bien évaluer puis il ne faut pas qu'il ait de
pression extérieure, de dire : Bien, écoutez, moi, j'ai entendu moins de
dossiers cette année, même si c'étaient des plus gros dossiers ou des dossiers
plus complexes. Vous avez ce souci-là de faire en sorte que le juge ne subisse
pas de pression à ce niveau-là, en résumé.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Exactement,
exactement. Je pense que c'est au niveau de tout ça, au niveau des différentes
pressions qu'ils peuvent avoir, qu'elles soient réelles ou qu'elles soient
appréhendées par le juge.
M. Jolin-Barrette : OK. Puis ce
n'est pas le ministre qui fait ça, là, c'est le juge en chef, là. Mais, dans
l'éventualité où vous avez un juge, là, qui est nommé puis qui ne remplit pas
sa prestation de travail normale ou adéquate, là, qu'est-ce que le juge
municipal en chef est supposé faire avec ça?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Je
pense qu'il existe un mécanisme, dans la Loi sur les tribunaux judiciaires,
lorsqu'un juge ne remplit pas sa charge, là, de... de passer par ce
mécanisme-là. Je pense qu'on est à ce niveau-là, là, dans ce cas-là.
M. Jolin-Barrette : OK.
Excellent. Bien, peut-être une dernière question, avant de céder la parole à
mes collègues. Sur la question des procureurs, dans le fond, vous dites
vraiment... Là, nous, on a mis des directives que le DPCP peut intervenir, mais
vous souhaiteriez qu'on aille plus loin pour les procureurs poursuivants
municipaux?
Mme Claveau (Catherine) : Effectivement.
M. Jolin-Barrette : Puis ce que vous
nous suggérez pour... pour ces procureurs-là, au niveau de la...
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
c'est qu'on aille plus loin, c'est que... qu'on aille plus loin, là, pour...
que la situation actuelle. Puis je pense que
ce qu'il est important de retenir, c'est qu'ils ne soient pas influencés par le
pouvoir exécutif, que si, effectivement, là, il y a... il y a des
directives qui sont émises par le DPCP, qu'on doit s'y conformer, si on en a connaissance que les directives ne sont
pas suivies, de le dénoncer. Et ça a d'ailleurs déjà été le cas pour un de
nos membres, là, qui a reçu... qui a été sanctionné, qui refusait, par exemple,
là, d'appliquer le programme de traitement non judiciaire de certaines
infractions criminelles commises par des adultes. Donc, c'était contraire à une
directive du DPCP. Donc, dans le fond, c'est pour éviter toute influence du
pouvoir exécutif, là, dans la décision des procureurs.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que... est-ce que ça arrive fréquemment qu'il y a des cas comme ça au Barreau
du Québec? J'imagine qu'il a été amené
devant le Conseil de discipline du Barreau. Est-ce que vous avez fréquemment
des... des avocats comme ça, qui agissent à titre de poursuivants, qui
ne respectent pas...
Le Président (M.
Bachand) : ...il ne reste pas beaucoup de
temps.
M. Jolin-Barrette : ...oui, qui
ne respectent pas les directives du DPCP?
Le Président (M.
Bachand) : OK. En 30 secondes, s'il
vous plaît.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Rapidement,
c'est le seul... c'est le seul cas qu'on a qui est allé devant le conseil de discipline. Je ne peux pas vous dire
qu'il y a eu d'autres cas qui ont été sous enquête sous d'autres situations.
Mais c'est des choses, de manière générale, qu'on avait entendues, qu'il
pouvait y avoir, dans certains districts, des directives qui n'étaient pas
appliquées, ou d'autres choses. Donc, on conçoit que c'est une très bonne
chose, là, de venir préciser les règles au niveau du pouvoir de contrôle,
disons-le comme ça, là, du DPCP sur les différents programmes municipaux. Puis on vous invite, dans le cadre des
délibérations, là, du règlement des fonctions incompatibles, de bien
considérer cela puis de peut-être faire certaines précisions, peut-être,
éducatives, là, au niveau des... dans quels cas il doit y
avoir des dénonciations, là, qui doivent être faites lorsqu'il y a des
manquements au respect des directives.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci. M. le
député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. Bonjour... ou, en fait, bonsoir, Mme la bâtonnière. Bonsoir, maître.
Merci, merci pour votre mémoire. J'ai une question pour vous en ce qui a trait
au chapitre II du projet de loi qui va
créer la Loi sur les sanctions administratives pécuniaires en matière
municipale. Le projet de loi suggère que le gouvernement va régler ce
cadre-là par règlement. Et évidemment c'est sûr que le règlement laisse plus de
souplesse au gouvernement. Mais je me demandais si ce ne serait pas préférable
d'au moins de mettre certains paramètres dans la loi pour garantir, évidemment,
l'indépendance de ceux qui auront à entendre ces dossiers-là, puis après ça,
bien, compléter avec un règlement?
• (18 heures) •
Mme Claveau (Catherine) : Oui,
bien, c'est d'ailleurs ce qu'on indique à la page 10 de notre rapport,
nous sommes... Lorsque... Il y a quand même des... Ce serait davantage... Ce
serait mieux que ce soit intégré dans le projet de loi, plutôt que dans un règlement, c'est vraiment... Dans ce genre de
dossiers là, je pense que ça met souvent en cause des droits fondamentaux garantis par la Charte
canadienne, la Charte des droits et libertés de la personne, par exemple.
Donc, il y a un minimum de règles et de modalités, là, à prévoir dans un projet
de loi...
M. Morin : Oui, parfait.
Mme Claveau (Catherine) : ...plutôt
que par règlement, oui.
M. Morin : Oui.
Et quant au processus de nomination des gens qui vont être appelés à entendre
ces causes-là, l'article 5 dit : «Le gouvernement, sur
recommandation du ministre de la Justice, nomme les personnes chargées
d'entendre la contestation». Puis je comprends que, dans certains documents, on
parle de contraventions ou des contraventions de stationnement, mais le projet
de loi ne limite pas le régime à des contraventions en matière de
stationnement, donc ça pourrait être, théoriquement, des infractions pénales,
où les sanctions sont beaucoup plus importantes. J'aimerais vous entendre là-dessus:
Est-ce que ça garantit suffisamment l'indépendance face au gouvernement? Est-ce qu'il ne devrait pas y avoir
un comité indépendant qui ferait des recommandations au gouvernement, un
peu comme c'est avec les juges de nomination du Québec?
M. Le
Grand Alary (Nicolas) : Oui, bien, merci pour la question. De deux choses.
Au niveau, effectivement... Puis vous avez tout à fait raison qu'il y a... il y
a beaucoup des modalités de la loi qui vont être adoptées par règlement.
Au niveau de... de la décision pour la nomination des... des décideurs, soit la
personne chargée, là, d'entendre la contestation ou le décideur responsable, il
y a ces deux termes-là qui sont employés dans la loi, mais... mais qui ne sont
pas définis. Effectivement, ce que nous, on propose dans notre mémoire, c'est
que les conditions, là, de... de nomination, par exemple, la durée du mandat,
qu'il soit renouvelable ou non, devraient être prévues, là, à même la loi. Les
exigences de nomination, si jamais il y a des... une appartenance à un ordre
professionnel ou d'autres conditions, là, qui sont nécessaires, l'expérience
pertinente, par exemple, de mettre les grandes lignes là-dedans, les garanties
de l'indépendance nécessaire envers la municipalité, le droit d'appel.
Pour ce qui est de la nomination, il faut se
rappeler qu'on parle de décideurs administratifs. On comprend de la Loi sur les
sanctions administratives pécuniaires en matière municipale que ces
décideurs-là vont être assujettis à la Loi sur la justice administrative en
partie, ou du moins au Conseil de la justice administrative pour l'enquête de plainte déontologique. Donc, dans cette mesure-là,
un mécanisme similaire à ce qui se fait pour les juges administratifs et
autres décideurs administratifs pourrait être une... une voie, là,
intéressante, là, de réflexion pour la nomination, là. Il y a déjà des règles qui sont prévues dans la Loi sur la justice
administrative, dans les lois particulières des tribunaux
administratifs, puis on peut s'inspirer de ces règles-là pour la nomination.
M. Morin : Je vous... Je vous
remercie. Prochaine question, c'est... c'est plus au niveau des... plutôt des
grands... des grands principes. Je pense que... bien, en fait, le ministre de
la Justice aurait pu inclure le volet des cours municipales parce qu'elles vont
devenir permanentes, il n'y aura plus de... de juge à la leçon dans... au sein
de la Cour du Québec, ce qui aurait
évité de multiplier des tribunaux de première instance. Il y a déjà... Il y a
eu des rapports qui ont été déposés à cet effet-là, les premiers datent des
années 70, quand on a unifié les différentes cours, Cour provinciale, Cour des sessions de la paix. Ça n'avait pas été
fait à l'époque. Est-ce que ce serait quelque chose qui serait important?
Les villes
nous disent dans leur mémoire : Bien, nous, on veut une justice de
proximité. Bien, évidemment, au niveau de la conception même de la justice,
quant à moi, un n'empêche pas l'autre. Quelle est votre opinion là-dessus?
Mme Claveau (Catherine) : Bien, nous
partageons la même opinion que les municipalités. Je pense que, de... de manière... Il y a des raisons historiques
qui font en sorte que les cours municipales ont été créées. Il reste que,
c'est... tu sais, ça... ça demeure une cour de proximité. Puis je pense
que l'objectif, c'est vraiment, là, de garantir un accès à la justice, une justice municipale de... de
qualité. Et, de la façon dont le système est... est fait puis va s'améliorer
avec ce projet de loi, pour nous, ça nous satisfait. Donc, on considère
également, là, que le maintien des cours municipales est adapté, plutôt que la
création d'une quatrième chambre, par exemple, à la Cour de Québec.
M.
Morin : Parfait. Je vous remercie. Ma collègue de
Westmount-Saint-Louis...
Une voix : ...
M. Morin : Parfait.
Alors, M. le...
Le
Président (M. Bachand) :
OK. Merci beaucoup. Mme la
députée de Westmount—Saint-Louis, s'il vous plaît.
Mme Maccarone : Oui. Bonsoir, Mme la bâtonnière. Bonsoir,
Me Le Grand Alary. Merci pour votre mémoire, qui est
excellent. On s'est beaucoup inspirés de vos recommandations.
Puis la question que
j'avais pour vous, c'est toujours en lien avec le SAP, parce qu'il y a...
évidemment ça engendre beaucoup de questions, c'est un régime qui sera nouveau.
Puis le fait que c'est optionnel... Parce que nous avons entendu la ville de
Gatineau, qui ont quand même remarqué que le fait que c'est optionnel, on n'a
pas le même type d'accès de justice à travers toute la province, auprès de
toutes les municipalités. Puis je voulais avoir votre avis là-dessus. Je trouve la préoccupation
intéressante, qu'ils soulèvent, étant donné que ça risque de ne pas être établi
partout. Ça fait que quelle est votre opinion, l'opinion du Barreau, en
ce qui concerne cette préoccupation?
M. Le Grand Alary
(Nicolas) : Oui, bien, c'est une excellente question. Comme vous le
savez, puis on en a évoqué, là, précédemment dans les questions, au niveau, là,
que l'essentiel, là, de... de ce régime-là va être prévu dans le règlement, donc on ne sait pas le... le
champ des infractions visées. On comprend que c'est très large. On comprend
que c'est aussi très large au niveau de quelles villes peuvent être visées.
Nous, on croit que
c'est une avancée importante puis que ça va être quelque chose qui va être
utile, puis on espère que ça porte fruit. Il y a une souplesse d'avoir une...
un certain... un certain flou dans la loi, quand même. Sur ce point-là, il faut
qu'on le reconnaisse. On... on le reconnaît, dans le mémoire, d'ailleurs. Donc,
s'il y a des villes qui se lancent... puis
je vais utiliser le terme «projet pilote» même si ce n'en est pas un, là,
légalement, un projet pilote, mais,
s'il y a des villes qui se lancent, puis que l'expérience est positive, bien,
on a juste à espérer que ce soit implanté partout.
Il faut se rappeler
que la... la réforme doit avoir comme objectif d'assurer une justice équitable,
accessible à... à tous les justiciables qui
se retrouvent au Québec, peu importe, là, la région. Donc, il y a aussi un...
il va aussi y avoir un intérêt, là, à
développer ça à l'extérieur, peut-être, de Montréal ou d'autres villes, là, qui
vont... qui vont lancer de tels programmes.
Mme
Maccarone : Est-ce qu'il y a quelque chose, une modalité que nous
pourrons aborder comme amendement dans le projet de loi pour protéger les
citoyens face à, peut-être, un manque d'accès à la justice, d'une municipalité
à l'autre, étant donné que c'est une mesure qui est optionnelle?
M. Le Grand Alary
(Nicolas) : Je pense que les... les mesures qui sont... qui sont prévues
par le projet de loi au niveau de... Puis ça revient un peu à la question
précédente, là, de... de votre collègue, sur une chambre à la... à la Cour du
Québec ou autres. Les cours municipales vont... ont des spécificités,
actuellement, puis ça a des avantages. Parce
qu'on a vu des beaux programmes différents en matière criminelle et pénale,
dans différentes cours municipales, qui ont... qui ont ensuite été
repris puis établis dans d'autres juridictions. Je pense que le fait d'avoir
divisé les cours municipales dans des
régions de coordination, avec la présence de juges coordonnateurs, ça va
permettre d'assurer, là, une certaine uniformité des règles puis de
l'application, là, dans les différentes... dans les différentes cours
municipales. Puis c'est le... le type de mesure qui peut être... qui
peut être pertinente. Puis on peut... on peut y aller plus loin aussi. S'il y a
des... s'il y a d'autres suggestions de... là-dessus, ça peut être intéressant.
Mais nous, on a... on n'a pas de recommandation spécifique là-dessus, sur une
mesure en particulier. Mais, si vous en avez, ça va être... ça va nous faire
plaisir de les entendre puis de les commenter éventuellement.
Mme
Maccarone : Merci. Je souhaite revenir sur vos recommandations en ce
qui concerne les pouvoirs du DPCP. Ce serait
intéressant, pour moi en tout cas, de mieux comprendre vos recommandations
ainsi que vos préoccupations. Parce
que vous dites que, tu sais, les objectifs sont louables, mais le libellé
proposé par le projet de loi porte à confusion. Vous l'avez évoqué dans
vos remarques initiales ici, en commission. Est-ce que vous avez des
recommandations pour nous en ce qui concerne les amendements que nous devons
aborder pour bonifier le projet de loi, pour éviter ce que vous avez évoqué
à... à maintes reprises? Dans le fond, c'était très bonifié, cet aspect, dans
votre mémoire, puis je constate qu'évidemment on veut éviter tout qui peut
porter confusion. Alors, ce sont quoi, vos recommandations?
Mme Claveau
(Catherine) : Bien, je pense, d'abord, si vous regardez à la
page 8 de notre mémoire, par rapport au libellé du deuxième alinéa de
l'article 18, on a... on souhaiterait qu'il soit modifié afin de préciser
spécifiquement que le procureur municipal doit dénoncer tout défaut de conformité
ou toute irrégularité dans l'application d'une directive, qu'elle soit causée
par un procureur en particulier ou qu'elle soit le fruit de la culture locale
et de l'exigence de la municipalité.
Je ne sais pas si mon
collègue veut ajouter quelque chose à ça.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Oui,
rapidement. C'est juste que, lorsqu'on voit l'article 18, tel que proposé,
là, de la Loi sur le Directeur des poursuites criminelles et pénales, on a un
aspect peut-être un peu pédagogique à avoir envers, là,
les procureurs de s'assurer que ça... les... l'obligation de... d'informer le
directeur des défauts de conformité inclut, là, une... une contre-directive,
disons-le comme ça, qui émanerait de la ville, qui dirait de ne pas appliquer
un... un programme. Puis c'est des cas qu'on a... dont... qu'on a déjà vus.
Donc, c'est... on... c'est plus de le
préciser sur ce point-là spécifiquement, là. C'est de... c'est de préciser le
libellé, là, comme Mme la bâtonnière l'a soulevé.
Mme
Maccarone : Parfait. Merci. Quel sera l'impact si le ministre
n'accepte pas un tel amendement?
• (18 h 10) •
Mme Claveau
(Catherine) : Ça... ça revient au... à l'indépendance. Je veux dire,
il y a l'indépendance judiciaire, mais il y
a aussi... l'indépendance du poursuivant. C'est toujours la... l'importance,
là, que les règles soient suivies partout, et qu'il n'y ait pas, là,
d'iniquités, là, par rapport à... à l'application aussi, là...
M. Le Grand Alary
(Nicolas) : Puis le... Puis j'ajouterais juste que le... le risque,
c'est que, si les procureurs lisent cet article-là puis sont mal au fait de
l'étendue de leurs obligations, bien, qu'ils ne dénoncent pas des situations qui devraient être dénoncées parce qu'il y a
une... un non-respect d'une directive, par exemple, dans une cour municipale
en particulier.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député de Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Merci
pour... Bonjour. Merci pour un mémoire tout en nuances et constructif.
Et justement, parlant
d'être constructifs, j'aimerais vous amener à l'article 192. Vous dites
qu'il pourrait donc causer des problèmes sur
l'indépendance judiciaire. Mais on sait depuis longtemps que la magistrature,
les juges, donc, rendent justice en étant conscients qu'il y a des... il y a
l'intérêt public tout en... en refusant, évidemment, d'être soumis, mais
dire : Il faut tenir compte de ces impératifs. Est-ce qu'il y a un moyen,
est-ce qu'il y a une formulation que le Barreau du Québec pourrait proposer
pour qu'on... on couche sur papier, dans cette loi, ce principe qui existe déjà, en réalité, que la magistrature respecte
déjà? Parce que vous dites «pourrait», donc je... je comprends que vous n'êtes
pas en train de dire qu'il ne la respecte pas, l'indépendance judiciaire, cet
article-là, mais qu'il le pourrait. Est-ce qu'il
y a une formulation qui permettrait d'avoir le meilleur des deux mondes,
respecter l'indépendance et tenir compte de ce facteur en 2023?
M. Le Grand Alary
(Nicolas) : C'est... c'est une excellente question. Nous, on n'a pas
proposé, là, malheureusement, de libellé particulier, mais un libellé qui
reprendrait, là, les principes généraux de l'indépendance judiciaire ou qui... qui ferait les nuances appropriées
pourrait être quelque chose d'intéressant. Comme on a dit précédemment
dans les autres questions... réponses en... à d'autres questions, c'est une...
une liste de différents... de différentes atteintes potentielles qu'on a
identifiées. Et donc tout va être dans la façon que cela est appliqué et la façon que c'est vécu par les cours municipales.
Donc, c'est... c'est dur aujourd'hui, là, de... de prévoir sur le... l'impact
potentiel, mais c'est... c'est... on veut lever, là, le... le drapeau sur ces
mesures-là, là... sur ces enjeux-là, qu'on a... qu'on a soulevés.
M. Paradis : Mais
je comprends donc que, pour le Barreau du Québec, il y aurait possibilité,
donc, d'avoir un libellé qui tiendrait
compte de l'indépendance judiciaire, mais qui... qui dirait que : Oui, on
tient compte de l'intérêt supérieur des citoyens, des contribuables, des
justiciables dans la façon de gérer la cour.
M. Le Grand Alary
(Nicolas) : ...d'un point de vue général, puis je vais laisser la
bâtonnière compléter, mais le... l'intérêt supérieur de la justice devrait être
inclus, bien entendu, l'accès à la justice, la justice pour les justiciables. L'intérêt supérieur de la justice,
l'accès à la justice, tous ces... tous ces concepts-là, qu'on discute, sont là,
au final, pour que la justice soit rendue, puis que les citoyens aient
confiance et obtiennent... obtiennent justice éventuellement, puis que ce soit
fait... ou, s'ils sont devant un processus criminel ou pénal, bien, qu'ils
obtiennent une sanction après avoir un processus et un procès justes et
équitables. C'est des principes qui reviennent toujours au citoyen. On... ultimement, la justice, on fait tout
ça pour le citoyen. On ne fait pas ça juste pour la justice avec un
grand J. La justice avec un grand J, ça inclut le citoyen, là, bien entendu.
Le
Président (M. Bachand) : Merci...
Mme Claveau
(Catherine) : ...je n'ai rien à ajouter. Je pense que c'est bien
complet.
Le Président
(M. Bachand) : OK. Bien,
Me Le Grand Alary, Mme la bâtonnière, merci beaucoup d'avoir été
avec nous. C'est très, très, très apprécié.
Mémoires déposés
Sur
ce, je procède le dépôt des mémoires de personnes et organismes qui n'ont pas
été entendus lors des auditions publiques.
Et, compte tenu de
l'heure, la commission ajourne ses travaux sine die. Merci beaucoup! Belle
soirée.
(Fin de la séance à 18 h 14)