Journal des débats (Hansard) of the Committee on Institutions
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Wednesday, September 11, 2024
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Vol. 47 N° 78
Clause-by-clause consideration of Bill 32, an Act to establish the cultural safety approach within the health and social services network
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Intervenants par tranches d'heure
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Bachand, André
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Lafrenière, Ian
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Massé, Manon
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Asselin, Mario
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Schmaltz, Valérie
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Boivin Roy, Karine
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Schmaltz, Valérie
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Boivin Roy, Karine
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Lemieux, Louis
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Haytayan, Céline
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Massé, Manon
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Bachand, André
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Morin, André Albert
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Lafrenière, Ian
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Bachand, André
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Massé, Manon
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Lafrenière, Ian
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Lafrenière, Ian
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Massé, Manon
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Lafrenière, Ian
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Bachand, André
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Massé, Manon
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Lafrenière, Ian
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Boivin Roy, Karine
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Asselin, Mario
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Lemieux, Louis
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Bachand, André
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Lafrenière, Ian
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Massé, Manon
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Morin, André Albert
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Boivin Roy, Karine
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Asselin, Mario
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Haytayan, Céline
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Lemieux, Louis
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Massé, Manon
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Lafrenière, Ian
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Bachand, André
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Lafrenière, Ian
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Morin, André Albert
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Massé, Manon
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Boivin Roy, Karine
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Asselin, Mario
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Haytayan, Céline
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Lemieux, Louis
11 h 30 (version révisée)
(Onze heures cinquante-six minutes)
Le Président (M.
Bachand) :Bonjour, tout le monde. Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions
ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 32, Loi instaurant
l'approche de sécurisation culturelle au sein du réseau de la santé et des
services sociaux.
Avant de débuter, M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Bourassa
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré) est remplacée par Mme Poulet (Laporte)
et M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques).
Le Président (M.
Bachand) :
<Merci...
Le Secrétaire :
...Zanetti
(Jean Lesage) est remplacé par
Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques).
Le Président (M.
Bachand) :>
Merci beaucoup. Lors de
l'ajournement de nos travaux hier, nous en étions à l'étude du sous-amendement
présenté par le député de l'Acadie à l'amendement du ministre introduisant
l'article 0.1 au projet de loi. M. le député de l'Acadie, la parole est à
vous.
M. Morin : ...M. le...
invoquer l'article 245 du règlement, s'il vous plaît.
Le Président (M.
Bachand) :Parfait. Alors, l'article 245
donne du temps supplémentaire. Alors, normalement, c'est 20 minutes par
article. À ce moment-là, ça va être 20 minutes par article, par alinéa et
paragraphe, alors... Et, si vous êtes d'accord, pour ne pas pénaliser les gens
de l'opposition, on ferait ça rétroactif au début de l'étude détaillée. Ça va?
Alors donc, parfait. Merci beaucoup. Alors, c'est adopté.
Alors, M. le député de l'Acadie, la parole
est à vous.
M. Morin : Oui. Alors,
pour quelques minutes, je vais... je vais continuer à... à parler du
sous-amendement que j'ai présenté. Par la suite, ce que je propose à la
commission, à mes collègues... Hier, on a eu une... une discussion et ma
collègue la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques faisait une proposition à ce
qu'on puisse travailler dans un cadre informel. Il y a également eu une
rencontre, hier soir, avec différents intervenants, des parlementaires. Donc,
je pense que ce serait important aussi, M. le Président, qu'on puisse revenir
là-dessus pour le bénéfice des travaux de la commission, de l'ensemble des
nations, des Premières Nations et des Inuits, puis pour l'ensemble de la
population aussi qui suit les travaux de la commission. Je pense que la... la
transparence, la publicité, ce sont des principes, des concepts qui nous sont
chers, à nous, parlementaires.
Et... et donc après... après que j'aurai
terminé mon intervention, je vous suggère qu'on prenne quelques instants pour
partager un peu l'expérience que nous avons vécue hier en fin de journée. Voilà.
Donc, j'en étais, M. le Président, à ce...
ce sous-amendement qui vise, entre autres, à ajouter le mot «systémique» à
«discrimination», et à ajouter les mots «reconnaître» et «respecter», en ce qui
a trait aux réalités culturelles et historiques dans le cadre de l'organisation
des soins et des services et de l'interaction entre eux. Pourquoi «systémique»?
Pourquoi ça revêt... ça revêt une importance? Bien, c'est parce que, quand on a
entendu, lors des travaux de la commission, tous les groupes qui sont venus
nous rencontrer et qui ont... et qui ont produit... et qui ont produit des
rapports... on nous a tous parlé de discrimination ou de racisme systémique au
sein du réseau de la santé et des services sociaux. Si mon souvenir est bon,
dans les travaux, dans les rapports de la commission Viens, on parlait
également de discrimination systémique. Et je tiens à le soulever, c'est...
c'est un mot qui peut déranger, c'est un mot qui peut faire peur, mais, comme
je l'ai déjà souligné, quand on parle de... de systémique, de système, pour moi,
on ne vise pas nécessairement une personne, mais on reconnaît qu'il y a dans un
système des éléments qui peuvent faire en sorte que, quand on doit offrir un
service à quelqu'un ou à un groupe, il y a des groupes ou des personnes qui
soient désavantagés ou discriminés par rapport à d'autres.
Et je prends la peine d'en parler et de le
souligner, parce que ça nous a été dit par l'ensemble des groupes. En fait, si
ma mémoire me sert bien, je pense qu'il n'y a pas un groupe qui n'en a pas
parlé ou qui n'y a pas fait référence. Et on nous a même dit : Si vous
voulez, dans le cadre d'un projet de loi, véritablement commencer à résoudre ce
problème-là, bien, il faut être capables de reconnaître factuellement les
faits, l'enjeu, pour être capables, après ça, ensemble, avec les Premières
Nations et les Inuits... commencer à trouver des solutions ou des pistes de
solution pour que ça change. OK, donc...
• (12 heures) •
Une voix : ...
M. Morin : Pardon? Une
minute. Alors, c'est la raison pour laquelle je prenais le temps de... de
déposer ce sous-amendement-là, et... et j'en ai parlé hier, mais j'en reparle
et je conclus là-dessus ce matin. Pour moi, c'est important, parce que c'est
reconnaître... sans viser quelqu'un en particulier, c'est reconnaître que, dans
un système, il y a de la discrimination. Et d'ailleurs, quand on regarde le
mémoire de...
12 h (version révisée)
M. Morin : ...il y a de la
discrimination. Et d'ailleurs, quand on regarde le mémoire de Femmes
autochtones du Québec qui a été déposé — et j'attire votre attention
à la page 7 — on donne des exemples concrets de ce que des membres
des Premières Nations ont vécu. Et il faut que ça cesse. Et, pour que ça cesse,
bien, il faut reconnaître le problème, d'où le sous-amendement que j'ai déposé,
M. le Président. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député de
l'Acadie. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Oui. Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, je crois que mon collègue de l'Acadie avait
proposé qu'on parle de ce qui s'est passé hier. Alors, avec consentement des
collègues, je pense... Est-ce qu'on...
Le Président (M.
Bachand) :...on va le faire sur le temps
du sous-amendement pour pouvoir avancer, quand même, dans l'étude. Alors donc,
ça vous donne 20 minutes. Il y aura aussi 20 minutes à la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Vous êtes d'une
générosité sans borne, M. le Président. En 20 minutes, on va avoir le temps,
facilement, d'expliquer ce qui s'est passé hier.
Alors, je vais prendre le temps de
remercier les collègues des oppositions, les collègues de la banquette
ministérielle aussi, qui étaient avec nous hier, collègues des équipes.
M. le Président, encore une fois, hier, on
a fait de l'innovation, on a fait des choses qu'on ne fait pas d'habitude. On a
sorti de notre petit cadre, on a sorti de nos habitudes puis on a tenté de
trouver une solution. Ça fait que je veux remercier les collègues.
Ce n'est pas pour rien qu'hier on a
réfléchi. On a eu des bonnes discussions puis on est arrivés avec cette idée-là,
l'idée étant de faire une rencontre, une rencontre qu'on appelait informelle,
ce qui permettait, justement, de se dire les vraies choses, de se parler en
face à face. Puis on a entendu plusieurs bons points, M. le Président, puis je
pense que ça a été très bénéfique pour les travaux de la commission, même si ça
n'a pas été fait pendant la commission, M. le Président. On vous apprécie
beaucoup, on vous l'a dit hier, mais on voulait le faire sans règles. Tout le
monde a respecté les règles... les consignes qu'on s'était données. On l'a fait
vraiment dans cette approche-là, alors je tiens à les remercier.
Je tiens à remercier aussi les gens des
groupes qu'on a... que nous avons rencontrés. Puis, M. le Président, on avait
pris ensemble un engagement avec ces groupes-là hier, en disant :
Nonobstant cette rencontre, en aucun moment, on ne va considérer cet échange-là
comme un acquiescement à ce qu'on présente aujourd'hui. C'est vraiment un
échange informel. Alors, bravo.
M. le Président, suite à cette rencontre-là,
il y a des propositions qui ont été faites, puis je trouve... comme mon
collègue de l'Acadie l'a mentionné, je pense que c'est très important que les
gens qui nous écoutent à la maison puissent savoir ce qui se passe. Alors, ce
qui a été offert... Parce qu'on s'est rendu compte, M. le Président, comme dans
beaucoup de choses, qu'il y a un déficit de connaissances. Puis, ça, notre
système est fait ainsi, M. le Président. Les amendements, ils les ont reçus, il
y a des choses qui doivent être expliquées. Alors, on a proposé, hier — on
n'a pas imposé, on a proposé — de faire un briefing technique. D'un
instant à l'autre, donc, on va le regarder avec les groupes qui étaient là hier.
On veut le faire dans l'ouverture pour leur permettre de voir ce qui est
proposé et de travailler avec les oppositions. C'est à parfaire, ce projet de
loi là, monsieur, parce que cette commission... M. le Président, ce qu'on veut
faire, c'est avoir le meilleur projet de loi. On veut le travailler ensemble.
Alors, le briefing technique, cette rencontre technique de breffage va aider
énormément, M. le Président.
Par la suite — et là, pour les
besoins des gens qui nous écoutent, c'est beaucoup plus large — on a
parlé de cette relation de nation à nation en disant : Comment qu'on peut
faire les choses différemment? Qui représente les Premières Nations? De quelle
façon? Dans quel contexte? Alors, ça dépasse de beaucoup ce qu'on discute ici, M.
le Président. Et c'est ça, avoir une vision holistique, c'est ça, de regarder
de façon plus circulaire ce qu'il y a autour de nous. On ne se limite pas à ce
qui se passe ici, on va dans notre relation. Alors, M. le Président, on
regarde, justement avec les groupes qui étaient là, à mettre sur pied, à
déclencher un grand chantier. On peut revoir nos façons de faire. Parce que ce
qu'on veut, c'est être capable de faire du nation à nation. Puis, je vous le
dis, M. le Président, je l'ai mentionné plusieurs fois hier, oui, ce sont des
sujets qui sont extrêmement sensibles, on innove. Des lois entièrement à portée
autochtone, c'est très récent dans notre Parlement, M. le Président. Ça fait
trois fois qu'on en fait. Alors, on a ouvert à ça. Et, avec le temps, tout le
monde, avec l'aide de chacune des personnes qui ont participé hier, on a réussi
à faire cette proposition-là. Alors, je veux... C'est le point que mon collègue
de l'Acadie a proposé de faire. Je l'en remercie. C'est important que tout le
monde sache ce qui s'est passé hier.
Maintenant, je vais revenir à ce qui est
proposé par le collègue de l'Acadie comme amendement. Alors, une discussion qu'on
avait commencée hier. Moi, je pense que c'est important de la terminer. Et, M.
le Président, ce n'est pas la première fois qu'on parle de «systémique», de
discrimination systémique ou de racisme systémique. Puis le collègue avait
raison, hein? On l'a entendu partout. Et, encore hier, c'est revenu, c'est
revenu.
Une chose qui est claire, M. le Président...
Puis on avait entendu, entre autres, le juge Viens, qui nous avait dit :
Au lieu de «racisme systémique», peut-être que «discrimination systémique», ce
serait plus facile, c'est un terme qui passerait mieux dans la population, ce
serait plus simple. Je l'ai dit hier, puis je pense que c'est important d'avoir
cette discussion-là, puis je veux remercier les collègues de nous laisser l'opportunité
d'en parler parce que les gens à la maison doivent comprendre c'est quoi, l'enjeu.
Ce n'est pas une question que je n'aime pas le mot ou je ne le trouve pas beau.
Ce n'est pas ça du tout. C'est beaucoup plus profond.
Puis il y a deux éléments sur lesquels je
vais vous parler, M. le Président. Le premier, c'est que, lorsqu'on a eu cette
suggestion-là, je l'avais dit, que j'étais en réflexion, j'ai consulté quelques
groupes. Je vais bien honnête avec vous, M. le Président, ce n'étaient pas des
consultations <officielles...
M. Lafrenière :
...j'ai
consulté quelques groupes. Je vais bien honnête avec vous, M. le Président, ce n'étaient
pas des consultations >officielles, là. J'ai fait des vérifications
d'usage, à savoir comment c'était reçu, et c'était assez clair que, pour les
gens, on n'allait pas assez loin. Pour eux autres, la discrimination
systémique, ce n'était pas le terme. C'était du racisme systémique. Alors, on
n'y arrivait pas de ce côté-là.
De l'autre côté, M. le Président, quand on
regarde le mot «systémique»... Puis on a eu beaucoup d'échanges, on a eu
beaucoup de tentatives, je devrais vous dire, M. le Président de... d'échanger,
de parlementer sur le sujet, voir comment les gens le recevaient. Et il y a une
chose qu'on a constatée, ça ne fait pas l'unanimité. Non seulement, M. le
Président, ça ne fait pas l'unanimité, mais il y a des gens qui se ferment
complètement à partir du moment où on utilise ce terme-là. Et, moi, une partie
de mon travail avec mon collègue ministre responsable de la Lutte au racisme,
c'est justement de faire la lutte au racisme, à l'intimidation, au profilage.
On n'y arrive pas. Si les gens ne s'ouvrent pas, on n'y arrive pas.
Je crois, M. le Président, que, comme
toute nation, il y a des changements, il y a des réflexions qui vont se faire.
J'y crois. Présentement, c'est un constat. Et, comme je dis souvent, M. le
Président, les gens peuvent être déçus, mais ils ne peuvent pas être surpris.
Depuis le jour 1, c'est vraiment la ligne qu'on a eue. Mais je crois que c'est
superimportant de rassurer les gens que, si on disait ça puis on ne faisait pas
de la lutte au racisme une priorité, ça serait intenable comme position, M. le
Président. On l'a toujours dit : Il y a du racisme, il y a du profilage,
il y a de l'intolérance, et, ça, il faut lutter contre ça. Et on a mis en place...
premièrement, on a nommé un ministre responsable de la Lutte au racisme, ce qui
n'avait jamais été fait. Deuxièmement, on a mis sur place un groupe d'action
contre le racisme. Et j'en ai fait partie, M. le Président, avec plusieurs
collègues, plusieurs collègues de notre côté, et très fier de voir qu'on a mis
en... on a mis en place des actions claires qui devaient être... qui devaient
être faites.
Et il y a un volet spécifique aux
Premières Nations et aux Inuits. Et ce volet-là, jamais, M. le Président, je ne
vais me présenter devant vous en vous disant que tout est fait, tout est réglé,
ça n'arrivera pas. C'est une lutte de tous les jours. Puis les collègues le
savent. On a fait plusieurs actions. Je pourrais vous les énumérer, mais les
collègues les connaissent. Je peux vous dire cependant que, visuellement, les gens
à la maison, là, ont vu un de ces volets-là, M. le Président. Je suis persuadé
que, vous aussi, vous l'avez vu, cette publicité. On invitait les gens à se
connaître en disant : On est plusieurs nations au Québec. On a avantage à
se connaître. M. le Président, je vous avouerais que je recevais même des
courriels des gens qui me disaient : Je ne savais pas qu'il y avait
55 communautés quand on parle des 14 villages nordiques, qu'au total
il y avait 55 communautés au Québec.
Alors, ça, ça nous amène à un autre point
de travail important pour nous, M. le Président, c'est l'éducation, ce qui est
enseigné aux enfants à l'école, de quelle façon on parle des Premières Nations
et des Inuits. C'est un grand chantier. C'est... C'est un projet de société, M.
le Président. Ça ne se réglera pas en une journée, en deux journées. Ça va
prendre beaucoup de temps, beaucoup d'énergie. On ne baisse pas les bras. On
travaille avec plusieurs partenaires là-dessus. Et là je suis heureux de vous
dire, puis les collègues en ont entendu parler, que, suite à une première
publicité qu'on avait codéveloppée, coconstruite avec une personne de la nation
mohawk de Kanesatake, Sonia, on a réussi à faire une publicité... et, en
passant, qui a gagné un prix, elle a fait un travail qui était superbe. Je
pense que ça... c'est venu toucher les gens. Et le volet 2 de tout ça, ce sont
des capsules pour chacune des nations.
Maintenant qu'on sait qu'il en existe 11, nations,
55 communautés, apprenons à découvrir chacune de ces nations. Alors, mon
collègue va me dire : M. le ministre, ce n'est pas ça qui va tout régler,
puis il a raison, mais ça prend plusieurs actions. C'est une des actions que je
pourrais vous nommer, M. le Président.
Alors, pour terminer sur l'amendement, je
comprends très bien la partie systémique puis je pense que c'est une discussion
qui est importante, M. le Président. Il fallait y aller. Il fallait avoir cette
discussion-là, parce qu'on en a parlé... Puis on ne s'en est jamais cachés, en
passant. Certaines personnes pensaient que, dès que le mot était prononcé, il
fallait arrêter tout ça. Ce n'est pas vrai. La discussion doit avoir lieu. On
n'a pas de fermeture à ça, mais notre ligne est très claire. Les gens peuvent
être déçus mais pas surpris.
• (12 h 10) •
L'autre point que j'aimerais amener, M. le
Président, en réponse à ce qui nous est présenté aujourd'hui... Et je reconnais
et je respecte la motion qui nous a été proposée, mais je le disais hier en
boutade : Est-ce que les gens veulent que je reconnaisse et je respecte ou
ils veulent que je tienne compte? Et, pour moi, et de la façon qu'on l'a vu
quand on y a travaillé, on trouvait que tenir compte était beaucoup plus une
action, demandait beaucoup plus d'engagement de notre part que de seulement
reconnaître en disant : M. le Président, je reconnais votre pouvoir, je
respecte votre pouvoir, mais je vais y aller au-delà quand même. Alors, M. le
Président, pour nous, tenir compte voulait dire qu'on doit inclure les gens qui
sont face à nous et ne pas juste reconnaître et acquiescer qu'il y a quelque
chose qui existe.
Le dernier point, quand on parle de
systémique, M. le Président — puis je vous l'ai dit tantôt, que ça ne
faisait pas l'unanimité, puis je ne m'attends pas à ce que mes collègues de
l'opposition soient unanimes là-dessus — il y a cet enjeu aussi qu'on
entend beaucoup sur le terrain, le danger de déresponsabilisation personnelle.
Puis ma collègue de la deuxième opposition, hier, le <disait...
M. Lafrenière :
...déresponsabilisation
personnelle. Puis ma collègue de la deuxième opposition, hier, le >disait :
Systémique ne veut pas dire systématique. Puis je suis totalement d'accord avec
elle. Ce n'est pas ça du tout. Mais il y a certaines personnes... Puis, il faut
se rappeler qu'on a, chacun, des responsabilités aussi. Puis, quand on fait les
formations, ce n'est pas pour rien, hein? Dans le monde de la santé, on est
formés, on est près de 300 000 personnes qui ont été formées dans le monde
de la santé. Puis la formation, en passant, ce n'est pas un vaccin, hein? Ça doit
se faire souvent et bien répété. Mais chaque individu a sa responsabilité aussi,
puis c'est un autre des enjeux, puis il faut se le dire, il faut être transparent,
c'est un des enjeux. Quand on dit : Bien, c'est le système qui est comme
ça, bien, les individus aussi ont leurs responsabilités. Et on doit tous
prendre part à ce grand changement, ce projet de société qu'est la lutte au
racisme. Encore une fois, je pense que cette discussion-là est importante.
Alors, je... je comprends très bien l'amendement
de mon collègue. De notre côté, on ne pourra pas acquiescer à cette demande-là,
mais je la comprends puis je trouve ça très important qu'on ait cette
discussion-là aujourd'hui.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Sainte-Marie—Saint-Jacques, s'il vous plaît.
Mme Massé : Oui. Merci, M. le
Président. Bien, moi aussi, j'ai envie de... dans un premier temps, si vous
permettez, M. le Président, de partager mon expérience par rapport à ce qu'on a
vécu hier soir, les parlementaires qui étaient présents. Je pense que ça vaut
la peine de vous entendre, tout le monde, sur cette question-là parce que, vous
savez, je l'expliquais hier, pour les gens des Premières Nations, les Inuits,
le peuple québécois... le peuple québécois est représenté par l'ensemble de ses
parlementaires, et pas seulement par les 90 qui forment le gouvernement pour
cette fois-ci. Parce que ce n'est pas l'ensemble des Québécois qui ont voté
pour les 90 représentants du parti du... au gouvernement. Mais, lorsqu'on est
tous là, les parlementaires, l'ensemble des partis, bien, ça, ça représente
tout le peuple québécois.
Et moi, dans ce sens-là, hier, j'étais
très contente de voir que tout le monde, avec beaucoup d'intérêt, se sont
présentés à cette séance un peu «funky», de dire : On essaie une nouvelle
fois — parce qu'on avait fait, déjà, un pas, une expérimentation avec
le projet de loi n° 37 — on essaie, une
nouvelle fois, de vivre quelque chose qui s'éloigne de la règle du
parlementarisme britannique, dans lequel nous sommes pris, et qui essaie de se
rapprocher ou de faire un pas vers, disons, des méthodes de fonctionnement qui
sont... qui sont moins les nôtres, mais qui sont plus celles des Premières
Nations et des Inuits. Alors, j'étais vraiment supercontente de voir qu'hier on
a, je dirais, fait un deuxième précédent. Hein, pour la loi n° 37,
on avait dit : On en a fait un premier. Est-ce qu'on peut avoir un
deuxième précédent? En tout cas, bref, on a fait un... On s'est... On s'est
exercés une deuxième fois dans ces façons de fonctionner qui sont très
différentes.
Ça fait que je remercie vraiment l'ensemble
de mes collègues qui étaient présents et présentes. Et j'ai envie de dire un
merci tout spécial au ministre. Il ne m'entendra pas dire ça souvent, hein?
Vous savez comment est-ce que c'est : Oui, bien, fais une croix sur le... Parce
que, dans notre parlementarisme, particulièrement quand on a 90 élus, c'est
facile de dire : Bien, moi, je le sais, ce qui est bon. Parce qu'en bout
de ligne vous allez toujours avoir la majorité. Facile, ça, en démocratie quand
on sait qu'on a toujours la majorité.
La démocratie, vous savez, c'est exigeant.
C'est extrêmement exigeant, la démocratie, parce que ça exige qu'on soit,
premièrement, totalement présents et présentes lorsqu'il est question d'un
échange. Puis, vous savez, quand on a passé la journée en commission, rendu à 8
heures hier soir, là, c'était quelque chose d'être complètement présents et
présentes. Mais j'ai senti tout le monde là. Et la démocratie, c'est aussi
exigeant, parce que ce n'est pas juste d'entendre ce que l'autre a à dire,
parce que, des fois, l'autre amène les propos avec des mots qui me heurtent, ou
avec un ton qui me dérange, ou avec... mais il faut être capable de passer, pas
à côté, parce qu'il faut être aussi le... tout ça fait partie de la
communication, mais il faut être capable de passer au <travers...
Mme Massé :
...parce
qu'il faut être aussi le... tout ça fait partie de la communication, mais il
faut être capable de passer au >travers ça pour aller vers qu'est-ce que
l'autre... c'est quoi, l'intention de l'autre, qu'est-ce que l'autre est en
train de me dire. Qu'est-ce que l'autre est en train de me dire, puis pas :
Ah! il est en train de me dire ça, ça fait que, moi, ça va être quoi, mon
argument pour... Non, c'est juste de l'écouter. Il est en train de me dire
quelque chose et, par respect pour la communication, je vais me mettre
complètement en état d'écoute.
Et, ça, hier, je l'ai beaucoup senti. J'ai
senti de votre part, M. le ministre... Et je tenais à le souligner parce que je
suis très critique par rapport à votre parti, très critique par rapport à vous,
mais je suis aussi capable de reconnaître quand, comme hier soir, je vous ai
trouvé adéquat. Alors, merci. Merci aussi à mon... à tout le monde, tout le
monde, mais je le sais, que vous, en plus, vous avez... je ne dirais pas les
deux mains sur le volant, ça a déjà été utilisé, mais les rênes dans les mains,
et vous auriez pu fermer les yeux à tout ça.
Je suis contente aussi de savoir que le
dialogue va se poursuivre parce que... Puis vous avez... vous avez parlé de
certaines choses tantôt, puis j'ai hâte d'entendre nos alliés autochtones
là-dessus, mais c'est là que peut-être c'est un nouveau précédent. Tantôt, j'ai
croisé le ministre des Services sociaux et je l'ai remercié, parce que je
n'étais pas là, j'étais à l'hôpital, à ce moment-là, mais je l'ai remercié pour
avoir créé ce premier précédent qui a permis d'en créer un deuxième dans
l'exercice du projet de loi sur la sécurisation culturelle. Alors, je suis émue
de tout ça parce que je pense que, comme peuple, les Québécois et Québécoises,
on est... on a avantage à poser ces gestes-là. Et, puisqu'on en est les
représentants et représentantes, bien, il faut qu'on pose ces gestes-là.
Alors, voilà. Ça, c'est pour ma rencontre
d'hier. Puis merci aussi de la confiance que vous m'avez... vous m'avez donnée,
chers collègues, de pouvoir faciliter cet échange-là. Vous le savez, ça a été
mon métier toute ma vie. Alors, hier, je sentais que j'étais retombée dans mes...
dans mes baskets. Puis vous m'avez tous et toutes, ainsi que nos alliés,
reflété que vous avez apprécié. Mais, n'ayez de crainte, M. le Président, je
suis poche comme présidence d'Assemblée. Moi, mon rôle, c'est d'être une
facilitatrice, ça fait que je ne veux pas votre job.
• (12 h 20) •
Maintenant, allons sur l'amendement de mon
collègue de l'Acadie. Et je vais commencer par, bien sûr... certains diraient
le nerf de la guerre, j'aurais envie de vous dire le nerf de la paix, qui est
la reconnaissance qu'à travers notre corpus législatif au Québec, que les gens
des Premières Nations, les Inuits ont des défis qu'aucun d'entre nous, nous
avons. Et même, le ministre l'a nommé dans son préambule, on a... ces gens-là
ont des défis que même les gens qui sont d'origines différentes, qui ont la
peau plus foncée, qui ont un accent plus moyen-oriental, que tous ces gens-là,
ils ont des défis particuliers. Et leurs défis particuliers, c'est que c'est
nous qui sommes arrivés sur leur territoire. Et on a tout fait, à travers notre
histoire, pour effacer cette nouvelle... cette réalité-là — j'oublie
le terme latin, là, je n'ai pas été formée en latin, je ne suis pas assez
vieille pour ça — qui... La terre nulle, hein? C'est la doctrine de
la terre nulle. Traduisez-moi ça en latin, quelqu'un. Bref, que ce soient nos
prédécesseurs européens, c'est comme si on a fait, pendant des siècles, comme
si nous avions découvert cet espace. Ça, là, en termes d'effacer quelqu'un, là,
tu ne peux pas avoir plus que ça. On a agi comme... <Puis...
Mme Massé :
...espace.
Ça, là, en termes d'effacer quelqu'un, là, tu ne peux pas avoir plus que ça. On
a agi comme... >Puis je dis «on», mais vous comprendrez que je n'étais
pas là. Je ne vous annonce pas que j'ai quelques centaines d'années. On a agi,
au Québec et au Canada, comme si, les territoires de la Grande Tortue, il n'y
avait personne dessus. Et ça a pollué notre esprit, notre compréhension des
choses, notre enseignement qu'on donne à nos enfants, notre façon d'être en
relation avec les premiers peuples, ça l'a teinté complètement. Je dis «pollué»
parce que, dans les faits, ce n'était pas vrai, et on est, j'espère, tous
capables de reconnaître aujourd'hui que c'était une hérésie que de dire que,
ces terres-là, il n'y avait personne dessus et que c'est... là, je ne me
souviens jamais lequel, là, Champlain, Jacques Cartier, je ne sais pas, j'ai
comme commencé à flusher ce bout-là de l'histoire, qui a découvert l'Amérique.
Ça fait que c'est vrai, vous avez raison,
M. le... M. le ministre. Je comprends que plusieurs de nos concitoyens et
plusieurs d'entre nous, on est pris avec ça dans notre tête, là. On a été
formés là-dessus, les lois ont été formées là-dessus. La Loi sur les Indiens a
voulu en rajouter une couche, les pensionnats en ont rajouté une couche. La
non-reconnaissance du droit à l'autodétermination de ces nations, qui
existaient avant nous, heille! ça, là, c'est effacer, c'est vraiment effacer
des gens. Et ces stigmas-là, ces... les impacts de ces traumatismes-là sont
encore là aujourd'hui chez les Premiers Peuples, mais ils sont là aussi chez
nous, les allochtones.
Et d'ailleurs ça m'a toujours frappée, comment...
j'ai travaillé longtemps, vous le savez, dans des groupes communautaires, des
groupes de femmes, des groupes d'éducation populaire, ça m'a toujours frappée,
toujours, toujours, comment les nouveaux arrivants au Québec étaient souvent
plus intéressés par les Premiers Peuples que les Européens de descendance. Moi,
je trouve ça frappant. Alors, je peux comprendre qu'on a du chemin à faire.
Mais, en même temps, je sais que.... je
sais... Moi aussi, je lis les réseaux sociaux, particulièrement, ou les commentaires
de certains articles de journaux, surtout quand il est question des Premiers
Peuples, et, vous avez raison, les préjugés, je les lis, les... les... les
biais qu'on a accumulés à cause des impacts du colonialisme, comme je vous
l'expliquais, chez les allochtones, je les lis. Je vous l'ai même dit hier,
même moi qui travaille très fort depuis des... depuis longtemps à déconstruire
cette pollution-là qu'il y a dans ma tête, malgré tout le cœur que j'y mets,
moi aussi, je me fais prendre, je me prends moi-même à réutiliser ces préjugés,
ces préjugements qui m'ont pollué l'esprit depuis que je suis née.
Alors, vous avez raison, M. le ministre,
et je l'entends, que ça... ça brasse quand on dit ça. Mais n'est-ce pas le
propre du législateur que de brasser? Vous savez, si, dans les années 70, il
n'y avait pas eu des gens dans cette salle — bien, ce n'était pas
celle-là, c'était le salon bleu — qui avaient exigé d'intégrer
l'orientation sexuelle dans la charte québécoise des droits de la personne
comme motif de non... comme ne pouvant pas être utilisée pour discriminer
quelqu'un, comme motif de non-discrimination, je pense, qu'on dit, bien, s'il
n'y avait pas... en 1970, là, 1975, 1976, là, 1975, 1975, parlé du droit des
homosexuels de s'aimer... on peut-tu dire que le Parlement, il n'avait pas
attendu d'avoir le OK de toute la population québécoise. Moi, je peux vous le
dire. Parce que, juste dans le monde qui m'entourait, hé, hé, il y en avait, du
monde qui n'était pas d'accord avec ça, tu sais. Mais le <législateur...
Mme Massé :
...m'entourait,
hé, hé, il y en avait, du monde qui n'était pas d'accord avec ça, tu sais. Mais
le >législateur a eu le courage de dire : Non, non, on est en 75,
là, on parle de droits de la personne, et, en matière de droits de la personne,
les gays et les lesbiennes ont le droit d'exister parce qu'ils ont des droits
comme personnes. Alors, merci à ces législateurs des années 70 d'avoir pris le
bâton puis de dire : Comme législateurs, on va tirer par en avant parce
que c'est ça, la chose à faire.
Alors, moi, M. le ministre, je vous
demande de considérer ça. Je vous donne un exemple, j'aurais pu en donner
plein, là, mais celle-là, c'est parce que je la connais bien, je l'ai moi-même
expérimentée, puis c'est... Des fois, quand on parle de discrimination et de
racisme systémiques, dans les années 70, je peux vous dire que c'était
systémique, la discrimination envers les gens qui aimait les personnes de même
sexe. Mais je peux vous dire qu'à cause des gestes, et notamment des gestes
législatifs qui ont été posés, ça a amené le peuple québécois ailleurs. Et ça,
ça ne fait pas qu'aujourd'hui tout est réglé, ça ne fait pas qu'aujourd'hui il
n'y a pas encore un jeune sur six... c'est particulièrement les jeunes trans
qui songent au suicide, tout ça n'a pas réglé... tout ceci n'a pas réglé cela,
mais tout ceci a permis à au moins une personne dans nos familles respectives
de pouvoir dire : Moi, j'ai le droit d'exister parce que l'État me donne
ce droit-là, d'exister.
Alors... Bon, puis en plus, plus que ça,
que le législateur tire par en avant, il y a aussi un autre état de fait, c'est
que les données probantes nous disent que les autochtones, que les Premières
Nations et les Inuits au Québec vivent la discrimination, du racisme... ou
vivent du racisme et de la discrimination systémique. Tu sais, moi je ne sais
pas, là, mais j'entends tellement de fois, quand j'amène des idées, des projets...
des projets de loi, et tout ça : Oui, mais, vous savez, vous autres, vous
n'avez pas vraiment des données probantes. OK, on travaille avec les outils
qu'on a puis... Mais là, quand tu as l'INSPQ, quand tu as les commissions qui
ont étudié... la commission Viens, je ne sais pas c'était combien de temps,
mais ça a duré longtemps, je me souviens plus, ENFFADA aussi, ça a été des
années de... puis qu'on arrive, et ils et elles arrivent en disant de façon
consensuelle : On arrive là... on a une chance, là, de dire : OK,
c'est vrai, ça ne passe pas, puis c'est dur, puis il vente fort quand on amène
ça, mais pourquoi pas, en 2024, avoir le courage politique des gens qui, en les
années 70, ont donné le droit d'exister de certains d'entre nous, certaines
d'entre nous?
Alors, moi, je ne pense pas que c'est les
autochtones qui vous ont dit que, discrimination systémique, ce n'était pas une
bonne idée. Si c'est les allochtones, alors là je fais un appel à mon peuple.
Moi, comme Québécoise, là, je pourrais disparaître un jour parce que les gens
ne reconnaissent pas que je suis un peuple qui vit une discrimination
particulière au Canada, en Amérique du Nord. Ne faisons pas aux autres ce qu'on
ne voudrait pas que d'autres nous fassent. Merci, M. le Président.
• (12 h 30) •
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Est-ce qu'il y
a d'autres interventions sur le sous-amendement?
Une voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : Votre temps est écoulé, malheureusement, mais on va
revenir, on va revenir.
Alors, s'il n'y a pas d'autre intervention,
nous allons procéder à la mise aux voix. Est-ce que le sous-amendement est
adopté?
Une voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : Vote par appel nominal. M. le secrétaire, s'il vous
plaît.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Pour.
Le Secrétaire : M. Lafrenière
(Vachon)?
M. Lafrenière : Contre.
Le Secrétaire : M. Asselin
(Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Contre...
Le Secrétaire
: Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre...
12 h 30 (version révisée)
Mme Schmaltz : ...contre.
Le Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
Le Secrétaire : M. Lemieux
(Saint-Jean)?
M. Lemieux : Contre.
Le Secrétaire : Mme Haytayan
(Laval-des-Rapides)?
Mme Haytayan : Contre.
Le Secrétaire : Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques)?
Mme Massé : Pour.
Le Secrétaire : Et M. Bachand
(Richmond)?
Le Président (M.
Bachand) :Abstention. Donc, le
sous-amendement est rejeté.
Donc, on revient à l'amendement du
ministre. M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. Donc, on
va revenir... En fait, puisque maintenant j'ai un crédit de temps de parole
dans ma banque, j'aimerais aussi... puisque les collègues parlementaires ont
partagé leurs sentiments face à l'expérience que nous avons vécue hier, j'aimerais
ça aussi prendre quelques instants, M. le Président, pour vous dire que j'ai
été très, très heureux de participer à notre rencontre d'hier soir. Je remercie
ma collègue la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques, qui a joué un rôle
important pour que ça... ça se fasse. Alors, merci, merci beaucoup. Mais je
remercie également M. le... le ministre pour son ouverture, alors que nous
avons pu nous réunir après notre... notre journée en commission pour écouter
plusieurs représentants des Premières Nations, qui étaient présentes. J'étais
heureux aussi de voir que des collègues de la banquette gouvernementale étaient
présents, puisqu'évidemment ils font partie de cette... de cette commission.
Je vous dirais, M. le Président, j'ai été
très heureux, impressionné d'y participer. Nous avons eu un échange franc et
transparent. Et, si on veut véritablement parler de sécurisation culturelle,
bien, pour moi, dans ma tête, c'est très clair qu'on ne peut pas le faire sans
un dialogue constant avec les Premières Nations puis les Inuits. Et l'impression
que... que j'avais... et c'est pour ça que... que j'étais heureux d'y
participer hier, parce que l'impression que j'avais... puis il y a un collègue
qui a utilisé cette expression-là, quand on regarde le projet de loi, là :
le train est parti, il n'est plus en gare. Là, on est parti. Mais c'était
important de pouvoir au moins faire un arrêt sur une voie, hier, d'évitement
pour qu'on soit capables de se parler. Parce que le sentiment que j'avais des
gens que moi... à qui j'ai parlé, c'est que leur sentiment, c'est qu'ils ont...
ils n'ont pas été consultés. On peut être d'accord ou pas d'accord, mais...
mais moi, ce que j'ai reçu comme parlementaire, comme message, c'est :
Écoutez, le train est parti, on est sur le quai, ça nous concerne, mais on n'est
pas dans le train.
Alors, comment faire, comment faire du
rattrapage pour être capables de les inclure? Et... et je vous dirais que la
rencontre d'hier a été, pour moi, une main tendue, un pas dans la bonne
direction. Avec le projet de loi 37, on parlait d'un précédent, j'espère
qu'avec le temps, dans certains projets de loi, ça va devenir une façon... une
façon, en fait, un outil qui pourra être utilisé. Et l'échange a été franc,
transparent, sincère, mais je dois vous dire aussi, et... et c'est là que c'est
important de... de se parler et surtout d'écouter, il y a aussi une certaine
méfiance puis il faut reconstruire des ponts. Je pense que, minimalement, on
peut dire ça. Et, hier, l'exercice qu'on a fait est... est un pas dans cette
direction-là, qui a permis un dialogue, mais qui a permis aussi de l'écoute de
la part des... des parlementaires et, ça, je pense que c'est quelque chose qui
est très, très important.
Donc, je voulais vous dire, moi, j'ai été
très heureux de participer à cette rencontre et... et je... je souligne que, si
jamais, dans d'autres travaux de commission, dans d'autres projets de loi... je
ne vous dis pas qu'il faut que ça... ça devienne la norme, mais... mais qu'on
soit capables d'innover, de trouver des voies de passage qui vont nous
permettre de faire avancer nos travaux... c'est quelque chose que je salue, et
j'étais très heureux d'y... d'y participer. Alors, voilà pour mes impressions.
Maintenant, si... si on revient à l'amendement
de monsieur... de M. le ministre, bien, écoutez, moi, j'ai essayé de le
perfectionner, ça n'a pas fonctionné. Alors, on est... on travaille avec...
avec ça. Et je vous dirai que <pour...
M. Morin :
...ça
n'a pas fonctionné. Alors, on est... on travaille avec... avec ça. Et je vous
dirai que >pour le reste, le plus gros problème que j'ai, c'est quand on
est... on a de la difficulté à reconnaître quel est le véritable enjeu. Puis
ça, là, dans les consultations, là, parce qu'on parle... on parle de
l'amendement, là, on nous l'a tous dit. Puis je comprends que ça peut faire
peur — je l'ai dit tantôt, je vais le répéter — puis je
comprends que ça peut déranger du monde. Mais, quand on a entendu des groupes
puis qu'on a lu les mémoires, ils ont tous dit : Écoutez, il y en a de la
discrimination, là, mais c'est érigé en système. Donc, si on ne veut pas, si le
législateur ne veut pas reconnaître ça, puis là, bien, on l'a vu, là, il y a...
il n'y a pas une volonté de la part du gouvernement d'aller dans ce sens-là,
bien, moi, je pense qu'on passe à côté du problème. Puis ça va être difficile,
après ça, de le régler.
Tu sais, j'écoutais M. le ministre
attentivement, qui nous disait : On a mis en place des... des structures,
s'il y a des actions, des gestes racistes qui sont... qui sont posés, il faut...
il faut s'en occuper, il faut lutter contre ça. Je l'espère, c'est essentiel,
on ne peut pas faire autrement. Mais moi, j'invitais le... j'invitais le
gouvernement à aller plus loin, compte tenu de ce qu'il nous a été dit. Puis là
ce n'est pas moi qui l'invente. C'est les groupes, c'est les experts qui sont venus
nous parler et qui nous ont expliqué ce qu'ils vivaient.
Alors, le fait qu'on indique dans
l'amendement «un accès équitable et sans discrimination aux soins de santé»,
c'est un élément et, quant à moi, c'est un minimum. On ne peut pas aller en bas
de ça, là. Puis je pense qu'on aurait pu faire mieux, on aurait pu aller plus
loin, mais ce n'est pas le cas. Alors, on va... on va rester avec l'amendement
qui est proposé, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Interventions?
Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Ça va être
une question de procédure, là, juste pour me... bien me situer. C'est que là,
on a battu le sous-amendement, donc on revient à l'amendement.
M. Morin : ...
Mme Massé : OK. Parce
que j'aurais peut-être... bien, j'appelais ça des amendements, mais c'est des
sous-amendements. Voilà. Des amendements... sous... OK. Puis... puis, dans les
faits, hier, on a fait une... une première discussion avec le ministre, là, sur
le «vise à garantir» de l'article 24 de la <i>déclaration des
Nations unies, puis je pense que j'ai compris le point, ça fait que je n'irais
pas en amendement dans ce... dans ce sens-là, mais... Oui, puis... Excusez-moi,
encore une question d'intendance, ça veut donc dire que j'ai un nouveau
20 minutes, si je fais un sous-amendement, c'est ça?
Une voix : ...
Mme Massé : D'accord.
Bon. C'est que, c'est la question de... ici, «bénéficier», oui, c'est ça, hein,
dans votre texte, dans l'amendement que vous proposez : «Cette approche
vise à permettre — en deuxième alinéa — aux membres des
Premières Nations et aux Inuit de bénéficier du meilleur état possible.» La
PNUD... excusez-moi, c'est en anglais. La déclaration des Nations unies, elle,
parle de... plutôt de «droit de jouir du meilleur état possible».
Alors, bon, je... je... mon amendement, je
pense...
Une voix : ...
Mme Massé : Oui. Si vous
voulez, monsieur, je prendrais une petite suspension, là. Il faut que je me
remette dans les souliers... Bien, si vous êtes d'accord avec ça, là, juste
que... Oui?
Le Président (M.
Bachand) :Il n'y a aucun souci. Alors, on
va suspendre les travaux quelques instants. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 40)
(Reprise à 12 h 52)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, je cède la parole à la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques,
s'il vous plaît.
Mme Massé : Oui, M. le
Président. Vous avez reçu un amendement que je vous propose... un
sous-amendement, pardon, que nous allons mettre à l'écran sous peu... Regarde,
ça s'ouvre sur... C'est juste que j'ai un vieil ordinateur, c'est plus long.
Alors, voici de quoi il en retourne :
L'amendement 0.1 du projet de loi est
modifié par le remplacement au 2e alinéa, après les mots «aux Inuit», de «de
bénéficier» par «le droit de jouir».
Et ça se lit ainsi, 0.1... Il faut que je
le lise, tout le petit carré, hein? Oui.
«0.1. Aux fins de la présente loi, la
sécurisation culturelle est une approche qui consiste à mettre en oeuvre un
ensemble de pratiques qui visent à assurer, pour les membres des Premières
Nations et pour les Inuit, un accès équitable et sans discrimination aux soins
de santé et aux services sociaux.
«Cette approche vise à permettre aux
membres des Premières Nations et aux Inuit le droit de jouir du meilleur état
possible de santé physique, mentale, émotionnelle et spirituelle. Elle implique
de tenir compte de leurs réalités culturelles et historiques dans
l'organisation des soins et des services et dans toute interaction avec eux.
Elle implique aussi de considérer avec respect leurs pratiques ainsi que leurs
savoirs traditionnels et contemporains dans les domaines de la santé et des
services sociaux.»
Je vous explique. Hier, on avait un petit
peu commencé cet échange-là, M. le ministre, où je référais à l'article 24
de la <i>Déclaration des Nations unies pour les droits des peuples
autochtones, je le rappelle, déclaration où les Autochtones ont été vraiment
impliqués dans l'écriture des articles. Et on parle des Autochtones de l'ensemble
de la planète, avec un rôle particulier, je dirais, de certains Autochtones
canadiens, québécois, et, en fait, des... des peuples qui vivent... qu'on
partage le même territoire.
Ça fait que je me suis attardée beaucoup à
la... l'amendement que vous amenez, qui ressemble beaucoup, en fait, au Principe
de Joyce tel qu'énuméré, qui, lui-même, s'était appuyé sur l'article 24 de
la déclaration. Alors, bon, c'est sûr que, moi, spontanément, je me suis dit :
OK, pourquoi ils n'ont tout simplement pas repris le Principe de Joyce, puisque
ça s'y rapproche, tu sais? C'est une version qui, bien sûr, m'apparaît
édulcorée par rapport aux mots employés par les Autochtones eux-mêmes, qui...
J'aurais eu tendance à vouloir respecter ça, et sachant d'autant plus que le
principe s'appuie sur cette déclaration qu'ils ont discutée pendant 20 ans.
Alors, c'est pourquoi où... je reviens
avec la question du «droit de jouir», qui est le vocable utilisé et dans la
déclaration et dans le Principe de Joyce, alors que vous avez souhaité utiliser
le mot «bénéficier». <Alors...
Mme Massé :
...et
dans le Principe de Joyce, alors que vous avez souhaité utiliser le mot
«bénéficier».> Alors, j'aimerais... bien, dans un premier temps, j'aimerais
essayer de comprendre pourquoi vous êtes allés là plutôt que de reprendre les
mots qui étaient ceux des... des Premières Nations.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Oui.
Merci beaucoup, M. le Président. Avant d'embarquer dans notre échange sur ce
qui nous est proposé, avec la permission des collègues, j'aimerais nous faire
entendre une légiste qui va nous parler justement du choix des mots.
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Consentement. Donc, je vous
demanderais... vous connaissez la procédure, d'abord vous identifier, s'il vous
plaît, puis la parole est à vous.
Mme Dumas-Legendre
(Hélène) :Oui, merci, M. le Président.
Hélène Dumas-Legendre, je suis avocate légiste au ministère de la Justice.
Alors, le... le choix du vocabulaire, en
fait, qui n'est pas «le droit de jouir», bien que les... les deux expressions
puissent sembler avoir le même sens, dans le corpus, dans nos lois québécoises,
le droit de jouir est beaucoup plus en lien avec un bien. Donc, le droit de
jouir de sa propriété, c'est... c'est grandement utilisé dans le Code civil. Un
bien économique aussi, comme le droit de jouir d'une rente. Comme ici, il s'agit
plutôt de quelque chose d'intrinsèque à la personne, ça ne vient pas de l'extérieur,
ce n'est pas un bien, ce n'est pas économique non plus, le terme «bénéficier»
nous semblait beaucoup plus approprié.
Mme Massé : Oui. Est-ce
que je peux poser juste une autre question?
Le Président (M.
Bachand) :Oui, allez-y, Mme la députée.
Mme Massé : Juste pour
ma... ma compréhension, puisque ce n'est pas tout le monde qui joue là-dedans à
longueur de journée, quand vous dites «le corpus québécois», vous faites
référence à toutes les lois qu'écrit le Parlement au fur et à mesure de... de...
C'est ça, le fameux «corpus législatif québécois»?
Mme Dumas-Legendre
(Hélène) :Exactement. C'est l'ensemble
des lois. Et, par souci de cohérence, puisqu'on s'intègre dans l'ensemble des
lois en vigueur actuellement au Québec, bien, on essaie d'aller rechercher le
vocabulaire qui va assurer la bonne compréhension et s'éloigner des concepts qu'on
ne veut pas viser comme ici, qui seraient des concepts un petit peu plus
matériels ou économiques.
Mme Massé : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Cela dit, le temps va
rapidement. Je vais suspendre la commission jusqu'à 15 heures. Mais je
vous rappelle un élément important, on change de salle, on s'en va à la fameuse
<i>salle Kirkland que le ministre a... a parlé beaucoup hier. Alors donc,
on se voit tantôt. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 59
)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 18)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Bon
après-midi, tout le monde. La Commission des institutions reprend ses travaux.
On poursuit donc l'étude détaillée du projet de loi n° 32, Loi instaurant
l'approche de sécurisation culturelle au sein du réseau de la santé et des
services sociaux.
Lors de la suspension de nos travaux cet
avant-midi, nous en étions à l'étude du sous-amendement de la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
D'ailleurs, je lui cède la parole. Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme Massé : Oui. Donc, c'est
ça, avant le dîner, j'étais... le ministre m'a... et son... et les... le
personnel m'ont indiqué que «le droit de jouir» avait plus rapport avec des
biens et que <«bénéficier»...
Mme Massé :
...que «le
droit de jouir» avait plus rapport avec des biens et que >«bénéficier»
avait... était plus pertinent, considérant le lexique spécifique du corpus
législatif québécois. Alors, ça m'a beaucoup éclairée. Et je pense que le
ministre voulait dire quelque chose après ça, puis on pourra passer au vote,
là.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui. Merci
beaucoup, M. le Président. Donc, je continue l'échange qu'on a eu tout à
l'heure, et ce qu'on mentionnait... puis je pense que la légiste nous a répondu
très bien sur ce que ça voulait dire. Puis, encore là, notre but, comme
parlementaires, étant de nous assurer qu'on a le meilleur projet de loi, on
continue de croire que «droit de jouir» n'était... était moins approprié, mais
je comprends très bien ce que ma collègue voulait faire.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Autre intervention? Mme
la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Excusez-moi, j'ai
juste une question : Est-ce que je pourrais retirer mon...
Le Président (M.
Bachand) :Avec consentement. Ça prend le
consentement de... effectivement, de la commission.
Mme Massé : Parce que, là, on
ne perdra pas de temps, là.
Le Président (M.
Bachand) :Parfait. Donc, c'est votre
désir. Est-ce qu'il y a consentement pour retirer le sous-amendement?
M. Lafrenière : Il y a du
superconsentement.
Le Président (M.
Bachand) : Alors...
Mme Massé : Superconsentement?
Bon.
Le Président (M.
Bachand) :Consentement, merci. Donc, on
revient à l'article... à l'amendement du ministre. Interventions, s'il vous
plaît? Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
• (15 h 20) •
Mme Massé : Oui. J'ai
d'autres petits éléments. Je réfère toujours à le Principe de Joyce, hein, qui
est notre guide, qui... je présume, qui était le vôtre aussi lorsque vous avez
rédigé avec vos équipes l'article 0.1. Et je rappelle, pour ceux qui nous
écoutent et qui viennent de nous joindre... Non, est-ce que... Un peu de radio,
non? C'est ma façon... Vous avez compris, hein, M. le Président, ma façon de me
tenir réveillée en après-midi, c'est de dire des niaiseries. Alors, vous allez
être pris avec moi pour toute... pour toute la séance. Donc, le Principe de
Joyce, qui lui-même s'applique... s'appuyait, pardon, sur la déclaration des
Nations Unies pour le droit des peuples autochtones<i> à l'article 24.
Et j'ai... je voulais demander au ministre :
Dans le Principe de Joyce, on dit clairement que ce principe requiert la
reconnaissance et le respect des savoirs et connaissances traditionnels. Vous
avez opté pour dire : «Elle implique aussi de considérer avec respect...»
Là, je me dis : Oh! des nuances ici que j'aimerais comprendre. Puis je
vais vous en poser deux en même temps, comme ça vous pourrez me répondre. Parce
qu'il en est de même pour le restant de la phrase, où on dit que... donc :
«...considérer avec respect leurs pratiques ainsi que leurs savoirs traditionnels
et contemporains...», alors que le Principe de Joyce, donc les mots qui font du
sens pour les Premières Nations, c'est «leurs savoirs traditionnels et vivants».
Donc, c'est ça. J'étais curieuse. Je vous en... Je n'irai pas d'une... d'un sous-amendement
maintenant, mais j'étais curieuse de comprendre pourquoi vous avez modifié ces
deux mots-là.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Merci. Merci
beaucoup, M. le Président. Merci à ma collègue pour sa question aussi. Puis, en
même temps qu'elle parlait, on vérifiait dans le Principe de Joyce. Vous avez
raison, c'est ce qui nous guide. Et, hier, ce que je disais... quand je parlais
de sensibilité du projet de loi, M. le Président, je disais qu'on voulait
s'inspirer du Principe de Joyce, c'est important, puis, pour nous, on trouvait
que c'est un message clair. Sans dévoiler ce qu'on a dit hier, ça faisait
partie des échanges aussi, en disant que c'est important pour nous de s'en
inspirer, sans le reproduire complètement, parce qu'on trouvait que c'était un
faux pas. Alors, pour être bien honnête et transparent, on trouvait qu'on
disait la même chose sans retranscrire intégralement ce qui avait été mis dans
le principe.
Mme Massé : Ah! là vous me
voyez surprise, M. le ministre, puisque vous parlez de faux pas. J'ai-tu bien
entendu? Je m'excuse, je n'ai pas mis encore mes écouteurs. Je suis en voie de
me brancher.
M. Lafrenière : Oui, mais, si
je peux me permettre, M. le Président, pour répondre à la première partie de
votre interrogation, je le disais hier, il y a des gens qui trouvaient
clairement qu'on devait s'inspirer du Principe de Joyce, ou minimalement, en
tout cas, au moins y référer, d'autres qui ont exprimé des visions différentes.
Puis c'est ça, la vie, hein? Je veux dire, c'est normal d'avoir des visions
différentes. Alors, on ne voulait pas... parce que les gens nous disaient :
Bien là, si vous le reprenez puis vous ne l'adoptez pas... ça amenait un
certain malaise. Ça fait qu'on a voulu s'en inspirer grandement pour démontrer
un grand respect envers ce qui était mis là, mais sans le retranscrire
intégralement. Donc, c'était traité avec égards.
Mme Massé : OK. Donc, vous me
dites... C'est juste que je suis <surprise...
Mme Massé :
...OK. Donc, vous me dites... C'est juste que je suis >surprise,
là. Vous me dites qu'il n'y avait pas consensus pour prendre le Principe de
Joyce sur... alors que c'est son décès et tout le travail qui a été fait qui
nous a amenés à la prise de conscience qu'on a faite. Vous me dites que ça ne
faisait pas consensus chez les Premières Nations et les Inuits.
M. Lafrenière : M. le
Président, ce qui faisait consensus, c'est que les gens voulaient qu'on adopte
le Principe de Joyce, ma collègue le sait très bien, puis ça, c'est très clair.
Puis elle le sait très bien, qu'on ne l'a pas adopté. Alors, vous comprenez... je
pense que vous comprenez dans quelles eaux on joue. Ce que je veux dire par là,
c'est que, pour nous, c'est extrêmement important, M. le Président, de
reconnaître... puis vous comprenez, là, on l'a dit hier, on est dans un terrain
qui est sensible. Les gens, ce qu'ils voulaient, puis je veux que tout le monde
le comprenne très clairement, c'est... c'est très clair, ils voulaient qu'on
reconnaisse, qu'on adopte le Principe de Joyce.
Puis on ne reprendra pas la discussion sur
le racisme systémique, qui en fait partie aussi. Hein, on sait qu'on avait un
point de blocage. On a tenté de trouver une porte de sortie pour plutôt ce qui
nous rapproche que ce qui nous divise, M. le Président.
Alors, pour nous, il allait de soi de
prendre plusieurs éléments qu'il y a dans le principe, pour le traiter avec
égards, mais sans le reprendre intégralement, parce qu'on nous aurait dit :
Finalement, vous le reprenez intégralement puis vous ne l'adoptez pas. Je ne
veux pas prendre l'expression anglaise, là, mais je pense qu'on était dans le
trouble si on le faisait puis on était dans le trouble si on ne le faisait pas,
pour garder l'expression française, M. le Président.
Mme Massé : D'accord. Je... Et,
dans ce cas-là, j'aimerais quand même saisir... parce que c'est plutôt évident,
l'inspiration... pardon, peut être inspiration à 10 %, 80 %,
95 %, je reviens avec ma question sur le... d'avoir utilisé le mot
«contemporains» au lieu de... «contemporains» au lieu de «vivants». Voilà.
Parce que moi, quand j'entends «les connaissances traditionnelles et vivantes»,
je reconnais... je reconnais que j'ai envie de dire... je reconnais vraiment
les façons de nommer de nos frères et soeurs des Premières Nations. Ça fait que
c'est ça, ça me fait curieuse.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui. Merci, M.
le Président. Puis, en même temps qu'on se parle, on fait la vérification aussi,
parce que, vous savez que souvent on veut s'assurer qu'il y ait une cohérence
législative, que c'est des termes qu'on utilise dans d'autres lois. Alors, on
est en vérification là-dessus. On peut poursuivre la discussion ensemble, M. le
Président, tout en faisant la recherche en même temps, parce qu'on fait les
deux. Mais je comprends très bien la question de la collègue, puis on le
vérifie pour voir... c'était une question de cohérence.
Le Président (M.
Bachand) :En attendant, je donnerais...
je céderais la parole au député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci. Merci,
M. le Président. Alors, à la suite des questions de ma collègue la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques,
j'aurais quelques questions pour vous, M. le ministre, parce qu'on est toujours
sur l'article 0.1, et vous l'avez évoqué... bien, en fait, vous venez de
le faire, vous l'avez évoqué précédemment et vous l'avez dit, il n'y avait pas
un consensus sur le fait d'adopter le Principe de Joyce.
M. Lafrenière : ...une fois
clairement, il y avait un consensus qu'on devait l'adopter. Là où il n'y avait
pas consensus, c'est le fait qu'on y fasse référence. Puis on en a parlé dans
le préambule, dans les considérants, on fait référence au Principe de Joyce.
Certains trouvaient que c'était la bonne chose à faire, parce qu'historiquement,
dans quelques années, on va devoir se rappeler de ce qui est arrivé. D'autres
disaient que, si on référait sans l'adopter, ils se sentaient mal. Ça fait que
vous comprenez, M. le Président, que ce qu'on fait ici, comme on ne peut pas
faire indirectement ce qu'on ne veut pas faire directement, bien, on a pris
beaucoup d'éléments parce qu'on voulait le refléter, mais certains groupes
auraient pu qualifier de faux pas qu'on le reprenne presque intégralement, qu'on
le mette là-dedans, mais on dit : Mais nous autres, on ne l'adopte pas, le
Principe de Joyce. C'est ça que je voulais dire clairement tantôt.
M. Morin : OK.
M. Lafrenière : Je ne dis pas
que les gens ne voulaient pas qu'on l'adopte, au contraire, vous le savez.
M. Morin : Bien... Non, mais
c'est...
M. Lafrenière : On se l'est
fait demander par presque tout le monde, mais vous savez ce qui nous a bloqués,
ça a été entre autres la notion de racisme systémique, sur lequel on a eu un
débat plus tôt aujourd'hui. Ça, je pense que cette partie-là, elle est réglée,
réglée en ce sens qu'on en a parlé. Je comprends qu'on va continuer, comme
société, de maturer, mais c'est vraiment ce qui nous a empêchés de l'adopter
intégralement.
M. Morin : D'accord. Donc... Bien,
alors... Ah! oui, puis, en fait, quand on dit «réglée», ça a réglé le sort de
mon amendement...
M. Lafrenière : Vous avez
raison.
M. Morin : ...mais le sort...
le sort du racisme systémique et de la discrimination systémique n'est pas
réglé...
M. Lafrenière : Ce n'est pas
ce que je voulais dire du tout.
M. Morin : ...puis je vous
comprends... je vous comprends, M. le ministre.
Maintenant, et là ça devient plus clair
dans mon esprit, s'il y a un consensus pour l'adopter, bien, ça bloque où?
(Interruption)
M. Morin : OK. Ah bon!
M. Lafrenière : ...
M. Morin : C'est comme...
C'est comme l'écho... l'écho des <montagnes...
M. Lafrenière :
...
M. Morin :
C'est
comme... C'est comme l'écho... l'écho des >montagnes.
M. Lafrenière : Il m'arrive...
Je suis comme mon collègue de Saint-Jean, des fois je répète puis j'oublie que
je me répète, ça arrive. M. le Président, c'est une réalité, des fois je suis
comme ça, je pense tellement fort que ce que je viens de dire, ça ressort.
M. Morin : Ça ressort. Bien,
ça... D'accord. Mais alors...
Mme Massé : ...
M. Morin : Ah! ça, c'est être
transparent.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député d'Acadie.
M. Morin : Oui. Alors...
Bien, ça bloque où, d'abord, s'il y a un consensus pour l'adopter?
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui. Merci
beaucoup, M. le Président. Je reviens à la discussion qu'on a eue plus tôt
aujourd'hui, vous le savez très bien, puis je veux être très clair, très
transparent aux gens qui nous écoutent.
M. Morin : ...j'ai de la
suite dans les idées.
M. Lafrenière : Et moi aussi.
M. Morin : C'est bon.
M. Lafrenière : La même ligne.
Je l'ai dit ce matin, les gens peuvent être déçus mais ne peuvent pas être
surpris, c'est au niveau du racisme systémique. Et ça a été très, très clair
par les groupes, il était impossible de venir charcuter ou couper dans le Principe
de Joyce en disant : Vous savez, nous autres, on est d'accord avec le Principe
de Joyce mais sans le racisme systémique. Ça, on se l'est fait dire clairement,
c'est tout ou c'est rien. Je ne peux pas être plus transparent que ça.
M. Morin : Bien, c'est...
Non, mais... Non, mais c'est ça. Alors, je repose ma question : Si tous
les groupes qui sont venus nous voir le veulent, s'il y a un consensus à
travers... en fait, tous les mémoires qu'on a lus, c'est tous écrit, alors, ça
bloque où?
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le Président. Je ne veux pas refaire le discours qu'on a eu
ensemble ce matin sur le mot «systémique», sur le racisme systémique, mais mon
collègue se dit conséquent et garder la même ligne, il a tellement raison. Moi
aussi, je suis conséquent, je suis à la même place.
Présentement, on l'a dit, on reconnaît... en
passant, on reconnaît qu'il y a un discours sur le racisme systémique, et
jamais je n'ai fermé la porte à un groupe que ce soit pour parler de racisme
systémique. Cependant, quand on nous demande d'adopter ce... de prendre ce
principe-là... Et je l'ai dit, que ça ne faisait pas consensus. Ça fait
consensus dans le projet de loi, tout le monde veut qu'on l'adopte, mais ça ne
fait pas consensus dans la société en général. On n'est pas au rendez-vous pour
le racisme systémique. Cependant, on combat le racisme, on combat
l'intolérance, puis c'est le même discours que ce matin. Puis je ne veux pas
faire comme tantôt puis me redire, je veux que mon collègue comprenne qu'on est
à la même place.
Alors, encore une fois, en toute
transparence, puis c'est pour ça que, dans un excès de transparence, je vous
l'ai dit, je ne pouvais pas prendre le Principe de Joyce, le glisser, en disant
aux groupes : En passant, je l'ai... je l'ai pris, mais on ne l'adopte
pas, parce que vous savez très bien que, pour le racisme systémique, ça ne
fonctionne pas, puis ils nous l'ont dit clairement, ils ne voulaient pas ça. Ça
fait qu'on s'en inspire, on fait une référence dans le préambule parce qu'on
trouve ça important, puis on a eu cette discussion-là hier, mais je ne peux pas
le reprendre intégralement.
• (15 h 30) •
M. Morin : Donc, c'est la
raison pour laquelle, dans le 0.1, au fond, vous reprenez des éléments de
l'article 24 de la déclaration des Nations Unies, cette déclaration-là a
été une source d'inspiration pour le Principe de Joyce, mais vous ne le
reprenez pas au complet. Et seriez-vous prêt à y faire référence dans l'article 0.1?
Parce que, là, votre préambule, il va... quand la loi va être adoptée, il va
rester dans les annales, mais il ne sera pas dans le texte de loi comme tel, là.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui. Merci, M.
le Président. Puis on s'est dit qu'on reprendrait cette discussion-là sur le
préambule à la fin, c'est comme ça qu'on fonctionne dans le système
parlementaire, mais j'entends le collègue, mais je ne suis pas au même... au
même endroit, puis je vais vous dire pourquoi.
Les... J'ai fait la liste hier, je
pourrais vous refaire la liste, là, des lois qui incluent un préambule, et ce
n'est pas monnaie courante, puis, je pense, mon collègue le sait très bien, on
ne le fait pas toujours. Et pourquoi on ne le fait pas toujours? Parce que ça a
été fait dans le cas de lois, de projets de loi qui marquaient le Québec, puis
c'est ce qu'on envoie comme message aujourd'hui. Alors...
En passant, on peut avoir des opinions
différentes, puis les deux... on peut avoir raison les deux, là. Ce que je veux
dire par là, c'est que, dans le préambule, on trouvait qu'on marquait, on
marquait très fortement en rajoutant un préambule. Moi, je me rappelle très
bien, quand on a travaillé avec les collègues dans la loi n° 79, on l'a
mis dans un préambule. C'est ce que les groupes nous demandaient, parce qu'ils
trouvaient que c'était... justement, c'était fort, ça envoyait un message fort,
et c'est ce qui vient guider l'ensemble de nos actions.
Pour terminer notre discussion qu'on a eue
tout à l'heure... bien, la terminer... pour la poursuivre, pardon, sur 0.1 — je
ne veux pas fermer la porte parce que j'aime bien discuter avec mon collègue — dans
0.1, j'ai dit qu'on s'était inspirés grandement, il a raison, de la DNUDPA,
oui, du Principe de Joyce, mais c'est sûr... puis j'avais la discussion tantôt
avec ma... notre collègue, aussi, de Sainte-Marie—Saint-Jacques, c'est sûr
qu'on a aussi un corpus législatif où on a de l'arrimage à faire. Ce qui est
important aussi, c'est que les termes qu'on utilise... puis on a parlé de libre
jouissance, on a pris d'autres termes, on veut s'assurer que ça fasse référence
à la même chose pour ne pas que ce soit interprété différemment, parce qu'on le
sait, aujourd'hui, si on... nous, on peut avoir tous le même entendement entre
nous, mais, par la suite, quand... quand c'est appliqué, on veut s'assurer que
c'est la même... la même interprétation qui va être faite.
M. Morin : Ça, j'en conviens.
Puis je suis d'accord avec vous, M. le ministre, ce n'est pas dans toutes les
lois qu'il y a un préambule. C'est assez exceptionnel, ça permet de bien cerner
l'intention du législateur, on... Puis... Puis je vous comprends également
quant à l'utilisation des mots, parce que le Parlement est censé savoir ce
qu'il fait, il ne parle pas pour ne rien dire...
15 h 30 (version révisée)
M. Morin : ...des mots,
parce que le Parlement est censé savoir ce qu'il fait, il ne parle pas pour ne rien
dire. Donc, il est cohérent dans les termes qu'il utilise, ça, ça va. Mais c'est
comme si, avec 0.1... puis je ne dis pas ça d'une façon qui n'est pas
respectueuse, mais c'est comme si... Vous l'avez dit, vous ne pouvez pas le
faire par la grande porte. Donc, c'est comme si on avait un Principe de Joyce
moins, tu sais, vous prenez des éléments, mais, au fond, l'élément qui est
vraiment central, woups! il n'est pas là.
Et l'autre élément, l'autre question que j'avais
pour vous, c'est... il y a une référence au Principe de Joyce dans le
préambule, seriez-vous prêt à inclure une référence au Principe de Joyce dans
le 0.1?
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Lafrenière : Oui,
merci, M. le Président. Pour continuer notre discussion qu'on avait, justement
avec les références à la DNUDPA, au Principe de Joyce, moi, je pense qu'on a
devant nos yeux ce qu'on... je ne pense pas, je suis convaincu que ce qu'on a
devant nos yeux, c'est une application, dans le... dans le système de la santé,
d'éléments du Principe de Joyce, d'éléments de la DNUDPA. Puis c'est comme ça
qu'on lui donne vie. J'entends... j'entends la suggestion du collègue. Ce n'est
pas l'intention que nous avions. Nous voulons vraiment le mettre dans notre
préambule pour envoyer un message fort pour l'ensemble du projet de loi plutôt
qu'un article. C'est la vision qu'on avait, M. le Président.
M. Morin : Je vous remercie, M.
le Président.
Le Président (M. Bachand) :
Merci. Mme la... Autres... Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Oui... pardon.
Alors, sur la «vivante», sommes-nous vivants? Nous sommes vivants et vivantes.
J'étais toujours à demander au ministre pour savoir si j'allais sous-amender.
Je voulais comprendre avant pourquoi on avait vu apparaître le mot «vivant»...
le mot «contemporain» accordé au lieu du mot «vivante».
Le Président (M. Bachand) :...pardon.
M. Lafrenière : ...M. le
Président. Merci beaucoup. La première partie de la réponse, je vais la faire, et
avec l'autorisation de mes collègues on va pouvoir se faire éclairer par notre
légiste, qui va nous dire justement l'importance de ce terme dans notre
législation. Mais le mot «vivant» est utilisé au sens propre dans notre corpus,
mais... avec le consentement, M. le Président, j'aimerais qu'on entende la
légiste, s'il vous plaît.
Le Président (M. Bachand) :Le consentement avait déjà été donné. Alors, allez-y, Mme....
maître, oui.
Mme Dumas-Legendre
(Hélène) :...
Le Président (M. Bachand) :Non, non, pas de problème, allez-y.
Mme Dumas-Legendre
(Hélène) :Non, ça va. Merci, M. le
Président. Donc, effectivement, le terme «vivant» dans les lois du Québec, dans
l'ensemble du corpus...
Le Président (M. Bachand) :Juste un petit moment, parce que...
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : OK. Juste un petit moment. Juste peut-être vous
renommer, effectivement, pour qu'on puisse bien calibrer, s'il vous plaît.
Merci.
Mme Dumas-Legendre
(Hélène) :Sans problème. Hélène
Dumas-Legendre, avocate légiste au ministère de la Justice. Donc, pour revenir
à la question, «vivant» est utilisé vraiment au sens propre. Par exemple, quand
on parle de l'enfant vivant et viable, on a beaucoup aussi d'espèces vivantes
dans le domaine de l'environnement, donc c'est vraiment juste dans le sens
propre du terme. Je ne l'ai pas retrouvé, dans toute la recherche, au sens
figuré. Dans ce contexte-là, quand on veut intégrer ce... un terme comme ça
dans le corpus puis que ça créerait vraiment une disparité, on cherche à le
remplacer en gardant le sens, mais à le remplacer par un vocabulaire qui... qui
s'intègre mieux, d'où l'arrivée de «contemporain».
Mme Massé : Hum-hum.
Hum-hum.
M. Lafrenière : ...
Le Président (M. Bachand) :Oui, M. le ministre.
M. Lafrenière : Juste
pour compléter cette belle discussion qu'on a eue ensemble, il y a un autre
élément aussi, puis merci beaucoup à la légiste. Puis c'est pratique d'avoir
une bonne équipe comme ça autour de nous pour nous expliquer comment les choses
fonctionnent aussi dans notre réflexion, encore une fois, pour avoir le
meilleur... le meilleur projet de loi. Et l'autre référence, qu'on a eue
cette... cette pensée aussi, c'est que souvent, quand on parle des savoirs, on
fait référence au passé, comme si c'étaient des choses... Puis je vais vous
dire bien franchement, quand on a parlé de refaire l'éducation, l'histoire de
nos jeunes sur les Premières Nations et les Inuits, souvent, moi, ça a été mon
cas, à mon âge, on apprenait le passé, mais ils sont bien présents puis ils
seront là demain. Alors, c'est une des préoccupations que le légiste a eues en
venant dire : Écoutez, si on dit «vivant», on pourrait venir dire que ça
peut... ça peut décéder. Donc, ça peut être le passé, ça peut être de l'histoire
passée. On voulait dire que c'est encore là aussi. C'était un ajout, M. le
Président.
Mme Massé : Merci
beaucoup. Ça éclaire ma lanterne. Je vais... Toujours dans l'article 0.1,
dans le deuxième amendement... et je pense que je vous ai envoyé, oui, un
sous-amendement... Pardon. Je vous ai envoyé un sous-amendement que... On va
suspendre...
Le Président (M. Bachand) :On va le mettre à l'écran...
Mme Massé : Ah! Vous
allez le mettre à l'écran. On a essayé d'être efficaces cette fois-là, plus vite.
Choum! Choum!
Des voix : ...
Mme Massé : Oui. Alors,
voici...
Le Président (M.
Bachand) :Non, ce n'est <pas...
Mme Massé :
...oui.
Alors, voici...
Le Président (M.
Bachand) :Non, ce n'est >pas le
bon...
Mme Massé : Ah non! Ce n'est
pas le bon. On a déjà réglé celui-là.
Le Président (M.
Bachand) :Oui. Ça, c'était le droit de
jouir. Le droit de jouir... la jouissance a été réglée tantôt. Tout le monde
s'est retiré. C'est terminé. Alors, voici.
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Alors, Mme la députée,
pouvez-vous faire la lecture du sous-amendement, s'il vous plaît.
Mme Massé : Un jour, je te
raconterai... L'amendement 0.1 du projet de loi est sous-amendé au 2e alinéa
par l'insertion après «culturelles» de «,linguistiques».
• (15 h 40) •
L'article 1 se lirait ainsi :
«0.1. Aux fins de la présente loi, la
sécurisation culturelle est une approche qui consiste à mettre en oeuvre un
ensemble de pratiques qui visent à assurer, pour les membres des Premières
Nations et pour les Inuit, un accès équitable et sans discrimination aux soins
de santé et aux services sociaux.
«Cette approche vise à permettre aux
membres des Premières Nations et Inuit de bénéficier du meilleur état possible
de santé physique, mentale, émotionnelle et spirituelle. Elle implique de tenir
compte de leurs réalités culturelles, linguistiques et historiques dans l'organisation
des soins et des services et dans toute interaction avec eux. Elle implique
aussi de considérer avec respect leurs pratiques ainsi que leurs savoirs
traditionnels et contemporains dans les domaines de la santé et des services
sociaux.»
M. le Président, je... je souhaite en fait
que ce sous-amendement... puis je le sais que le ministre est sensible à cette
réalité-là, que... bien sûr qu'on veut s'assurer que... de tenir compte de la
réalité et culturelle et historique des Premières Nations et des Inuits, mais
il y a de ces gens-là, qui... En fait, ils ont essentiellement tous et toutes
une langue maternelle, une langue autochtone pour la grande majorité. Et on
pense que sincèrement... Puisque, bon, d'une part, on sait qu'on a fait le même
ajout dans... lorsqu'on a étudié le p.l. 15, parce que c'est reconnu qu'on
peut se faire servir dans... que la langue est un élément important
lorsqu'arrive le moment des soins et en matière de sécurisation culturelle. Il
n'y a rien de plus... se sentir en milieu plus sécuritaire, quand tu es malade,
quand tu souffres, quand la personne que tu accompagnes a besoin d'être
comprise dans... dans ce qu'elle vit, il n'y a rien comme... comme de pouvoir
parler la même langue que... que les gens qui t'accueillent.
Alors, c'est pour ça que je me demandais
si le ministre serait ouvert à faire en sorte que, comme on l'a fait dans le 15...
qu'on puisse l'ajouter là. Voilà. C'est ma question.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Lafrenière : Merci. Merci
beaucoup, M. le Président. Puis, tout à l'heure, le collègue de l'Acadie
parlait de sa conséquence puis de garder la même ligne. Je reconnais très bien
ma collègue de Sainte-Marie—Saint-Jacques. Et le principe de base, c'est de
dire que les législateurs ne parlent pas pour ne rien dire, mais je suis
conscient qu'on fait les choses différemment. Je vais commencer comme ça.
Pourquoi ça n'a pas été mentionné? Je
pense que c'est important de l'expliquer puis après ça ça n'empêche pas la
discussion, en passant. C'est que, un, dans l'ancienne <i>loi sur la
santé, parce qu'on sait que le p.l. 15 va entrer en force très bientôt, on
faisait référence aux gens qui devaient avoir accès dans leur langue, on
faisait référence à des communautés culturelles. Alors, ma collègue comprend
très bien qu'on n'était pas à la même place.
Voilà pourquoi. Dans le p.l. 15, si
vous me permettez, M. le Président, je vais lire l'article 408, parce que
mon collègue ministre de Santé a eu un peu plus d'articles que moi, lui. Alors,
article 408 : «Un établissement public favorise, compte tenu des
ressources, l'accessibilité à des services de santé et des services sociaux,
dans leur langue, pour les personnes des différentes communautés
ethnoculturelles du Québec; ainsi que pour les autochtones, lorsque la
situation l'exige.»
Alors, M. le Président, ce que je viens de
vous partager, c'est qu'avant ça, on parlait vraiment de communautés
culturelles. Là, le législateur est venu vraiment préciser quand on parle de
communautés autochtones, ça a été ajouté à ce moment-là. C'est pour ça <que...
M. Lafrenière :
...quand
on parle de communautés autochtones, ça a été ajouté à ce moment-là. C'est pour
ça >que, comme je disais tout à l'heure, je trouve intéressant l'échange.
Je ne suis pas fermé à ça du tout. Par principe de base, quand on fait de la
législation, on ne le répète pas, mais, encore là, je comprends qu'on est dans
d'autres choses, ça fait que je suis prêt à avoir cet échange, M. le Président.
Le Président (M. Bachand) :Merci.
Mme Massé : ...merci. Merci,
ça m'éclaire. Puis bravo au chemin qui a été fait dans le PL no 15, mais
je... Puis, vous avez raison, on ne parle pas pour ne rien dire, mais en même
temps ce projet de loi là, il veut faire office d'éducation. Je comprends qu'on
ne veut pas y mettre le mot «racisme systémique» ou «discrimination systémique»,
parce qu'on ne sent pas que ce serait bien reçu par la population majoritaire,
mais ceci étant dit, ça va demeurer un outil de sensibilisation, d'éducation.
Et je pense que d'insister... parce qu'il y a plusieurs Québécois et
Québécoises qui... et qui sont convaincus que le fait que, dans nos
institutions, notamment au niveau de la santé... qu'on... qu'on desserve en
français et en anglais, c'est... ça devrait être assez. Moi, je pense que les
Premières Nations... Puis, pour être allée juste au Nunavik, c'est
extraordinaire, quand tu vas au Nunavik, le... de voir comment, quand tu
rentres en relation avec les gens... comment ils t'expriment qu'ils ont
confiance à aller à l'intérieur de l'hôpital, notamment, ou du dispensaire,
mais particulièrement l'hôpital, parce que la première personne qui
t'accueille, elle te parle en inuktitut, l'autre qui prend tes prises de sang,
elle parle en inuktitut. Puis, oui, il y en a peut-être une là-dedans qui ne
maîtrise pas cette langue-là, mais le monde autour la maîtrise.
Alors, moi, je pense que ça vaut la peine
dans le cas, dans le contexte qui nous occupe, pas que je veux faire parler le
législateur pour rien, c'est que je sais que cette loi-là est très attendue
chez plusieurs Premières Nations et Inuits et que, par conséquent, ce serait
aussi de leur démontrer qu'on... qu'on reconnaît de façon distincte que...
qu'ils ont des langues et que pour... pas maximiser, optimiser le sentiment de
sécurité, bien, on a osé reconnaître qu'ils ont une réalité linguistique autant
que culturelle et historique. Ça fait que c'est pour ça que je pense
personnellement que ça vaudrait la peine qu'on fasse répéter le législateur
dans ce cas-là, ce que je ne ferai pas à tous les articles, je vous le jure.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Lafrenière : Oui.
Merci, M. le Président. Puis je suis content que ma collègue parle de... Puis
je l'avais dit d'abord, hein, je commence par donner une explication en disant
pourquoi, je trouve, c'est important de justifier puis d'expliquer ce qu'on
fait, mais par la suite cet échange-là est super intéressant. Puis je ne peux
pas m'empêcher de rebondir sur ce que ma collègue a dit quand elle parlait de
sa présence au Nunavik, ayant eu le plaisir de faire la tournée des
communautés, ce qu'elle dit là, ce qu'elle raconte avec passion, je le sens
aussi.
Ce qu'il y a de particulier, cependant, quand
elle parle du Nunavik, puis ça, M. le Président, on va le voir dans notre
projet de loi, les gens du Nunavik, <i>Makivik, nous ont demandé que
notre projet de loi s'applique aux gens du Nunavik. Et, quand on dit de ne pas
faire du mur-à-mur, le Cree Health Board, la commission de la santé crie nous a
dit : Pour nous, c'est non. Puis on respecte ça. Je pense aussi qu'on
vient établir ensemble, hein, que le mur-à-mur n'a pas sa place. Puis je pense
que ma collègue le comprend très bien. Alors, les réalités linguistiques, pour
nous, ça va de soi, c'est hyperimportant. Ma collègue l'a bien mentionné, je
l'entends, je la comprends. Et la preuve, M. le Président, on se rappellera
qu'il y a de cela deux ans déjà, on avait offert d'aller jusqu'à l'équivalent
d'une loi 101 pour les langues autochtones. Ma collègue a déjà, elle aussi,
fait un pas dans cette direction-là. Et, de part et d'autre, on a reçu la
réponse des gens du milieu puis on a décidé de retirer notre idée, qui, en
passant, est une bonne idée, mais on a compris que ça n'avait pas été reçu
comme ça. Alors, je pense que c'est un autre exemple quand on dit de faire
différemment. Alors, on avait cette intention-là.
Pourquoi j'en parle, M. le Président? Ce
n'est pas pour faire de la politique, c'est pour dire on comprend très bien.
Puis on l'a déjà dit, M. le Président, puis je pense que c'est important qu'on
le dise, que tout le monde le comprenne, que pour nous il n'y a pas un... il n'y
a pas une compétition entre le français et les langues vernaculaires, du tout.
On le comprend. Ce qu'on... ce qu'on comprend, puis je pense qu'on est tous
d'accord ici, on doit faire notre travail aussi pour protéger le français
contre la langue dominante qui est autour de nous, qui est l'anglais, mais les
langues vernaculaires, pour nous... Puis il y a plusieurs chefs qui me l'ont
déjà dit, M. le Président, on a le même combat, on a le même combat de protéger
notre langue, notre <culture...
M. Lafrenière :
...M.
le Président, on a le même combat, on a le même combat de protéger notre
langue, notre >culture. Puis ma collègue parlait du Nunavik tout à
l'heure. Je sais que, pendant la COVID, il y a plusieurs jeunes, puis c'était
la même chose à la maison, qui se sont retournés vers les jeux vidéo, vers les
choses en ligne, et c'est la langue majoritairement en anglais, qui est
utilisée. Puis il y a des grands-parents, au Nunavik, qui m'ont dit : Nous,
ça nous inquiète, nos jeunes s'anglicisent. Pourtant, ils ont le plaisir à
l'école d'apprendre l'inuktitut. Ce n'est pas le cas de toutes les langues
vernaculaires. On sait qu'il y a des langues, tantôt on parlait de «vivant»,
là, il y a des langues qui reviennent au Québec, on est chanceux. Les Wolastoqiyik,
par exemple. Pendant un bout de temps, on parlait de cinq locuteurs. C'est
horrible, on le comprend bien. Les Mohawks, entre autres, de Kahnawake,
l'ancienne grande cheffe avait réappris sa langue. On peut s'imaginer ce que ça
veut dire de réapprendre sa langue.
Pourquoi je dis tout ça? C'est que, pour
moi, quand on parle de linguistique, ça va de soi. C'est hyperimportant. Nos
façons de faire normalement ne l'incluent pas. Ma collègue l'a dit. Cependant,
je trouve que cette réflexion-là est intéressante. M. le Président, à ce
moment-ci, je ne sais pas s'il y a d'autres collègues qui veulent faire
d'autres commentaires, je suis prêt à les entendre, parce que je trouve
intéressante cette réflexion-là qu'on a ensemble, on dit de faire les choses
différemment. Je suis intéressé à les entendre avant de dire qu'on... que j'ai
besoin de temps de réflexion par la suite.
• (15 h 50) •
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de l'Acadie.
M. Morin : ...alors, effectivement,
je trouve que c'est une bonne proposition de ma collègue députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques
d'ajouter «linguistique», parce que cette loi, l'objectif de cette loi, c'est
de parler de sécurisation culturelle de façon spécifique. Et l'exercice qu'on
est en train de faire, c'est pour s'assurer que, quand la loi va être en
vigueur, parce qu'elle va l'être à un moment donné, les usagers qui vont
recevoir des services, particulièrement des services de santé, vont être
capables de bien comprendre et de bien saisir ce qu'ils reçoivent comme
services, ce qui va être fait. Et il me semble que, pour les communautés des
Premières Nations puis des Inuits, être capables de recevoir des services dans
leur langue, ça m'apparaît fondamental si on veut rebâtir cette confiance et si
on veut qu'ils se sentent bien.
D'ailleurs, quand M. le ministre faisait
référence aux autres lois qui traitent de la santé, dont le p.l. 15, et
qu'il y a une référence dans le p.l. 15 qui se lit en disant, bon, «leur
langue, lorsque la situation l'exige», bien, pour moi, en tout cas, quand je
décode, «lorsque la situation l'exige», ce n'est pas aussi exigeant,
permettez-moi l'expression, que si on le met carrément dans la loi, qui dit que
ça doit être fait et que ça fait partie de la sécurisation culturelle.
Permettez-moi de référer à un article paru
en 2020, un article d'Espaces autochtones où on parlait du système de santé
puis on disait : «Une approche à repenser pour redonner confiance aux
autochtones.» Donc, non seulement il faut sensibiliser le personnel soignant,
mais c'est certain qu'être capable d'offrir un service dans la langue de la
personne qui est malade, ça m'apparaît essentiel. Et, dans l'article, on
mentionne, entre autres, les usages qui ont cours au <i>centre
hospitalier Kateri Memorial de Kahnawake, mais il faudrait que ce soit fait
dans l'ensemble du Québec.
Et, si on a une chance aujourd'hui, M. le
Président, de parler de sécurisation culturelle et qu'on veut évidemment tenir
compte de plusieurs éléments, dont les réalités culturelles et historiques, il
me semble que les éléments les plus importants, c'est d'être capables de
dialoguer, transmettre, comprendre ou démontrer qu'on a compris les réalités
culturelles et historiques dans la langue de la personne qui va recevoir des
soins, sinon il y a une barrière juste là, là. Et, dans le domaine <hospitalier...
M. Morin :
...qui va
recevoir des soins, sinon il y a une barrière juste là, là. Et, dans le domaine
>hospitalier, on en a parlé plus tôt, quand on est malades, c'est sûr
qu'on est plus vulnérables. Pour pratiquer différents actes médicaux, bien, il
faut évidemment que le patient ou la patiente soit capable de donner un
consentement éclairé, puis il n'y a pas une meilleure façon de bien comprendre
que quand on parle la même langue. Et c'est... et je prends la peine d'insister,
parce que je comprends ce que le ministre disait, bien, écoutez, on en parle
déjà dans une autre loi, mais, quand j'écoute ce que le ministre dit puis qu'on
nous dit «lorsque la situation l'exige», ça m'apparaît n'être pas très, très
exigeant pour... pour le gouvernement. Et je pense que, si on peut inclure
«linguistique» dans l'approche de sécurisation culturelle, c'est un message, je
pense, clair qui va être envoyé aux Premières Nations et aux Inuits en leur
disant : On vous a entendus. Puis c'est clair que, dans un domaine où on
parle de santé, où on parle de gens qui sont malades, où on parle de gens qui
sont un peu plus vulnérables, bien, il faut être capables de s'entendre, de
bien s'entendre et d'être capables de communiquer adéquatement.
Donc, je suis d'accord avec le
sous-amendement que dépose ma collègue et je pense que M. le ministre devrait
être réceptif à ça. D'ailleurs, il le disait lui-même, au Québec, quand on se
compare avec l'ensemble de l'Amérique du Nord, on est une bien petite minorité.
Quand on regarde les francophones à travers le Canada, c'est aussi une minorité.
Raison de plus quand on parle des Premières Nations, je pense qu'on devrait
avoir cette ouverture et cette sensibilité-là pour s'assurer que leur langue
pourra être utilisée. Si on prend des mesures pour protéger, sauvegarder le
français parce qu'on est en situation minoritaire, bien, raison de plus quand
on parle des langues des Premières Nations.
Alors, je pense que c'est... c'est un
ajout important. Et moi, je suis prêt à appuyer le sous-amendement de ma
collègue la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques. Je vous remercie, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) :...M. le député. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Puis j'étais content quand mon collègue a parlé de
Kateri Memorial à Kahnawake, parce qu'effectivement c'est une... c'est une
belle fierté, et je ne suis pas gêné de dire que c'est des prédécesseurs qui
l'ont fait. On a célébré 40 ans d'existence, M. le Président, 40 ans
d'existence, le 24 avril dernier, puis je peux vous dire que la communauté
en est très fière. C'est un bel exemple. Puis, j'ai le goût de vous dire, c'est
un bel exemple que ce n'est pas du mur-à-mur non plus, parce que je peux vous
donner d'autres exemples par la suite. Ici, un CHSLD qui a été fait du côté de
Wendake, encore une fois, on ne le fait pas, normalement, en communauté. On a
fait quelque chose de différent aussi. Les cliniques qu'on appelle de type
Minowé, où on se retrouve avec des cliniques en milieu urbain, où les gens
peuvent être reçus avec la langue, la culture. J'essaie juste de confirmer à
mes collègues que je suis à la même place qu'eux.
Institut Tshakapesh, qui aide pour la
langue innue, innu-aimun, Innu aitun, et qui s'assure justement, même, de faire
un dictionnaire. Puis je vous invite à la maison d'aller voir ce dictionnaire
de Tshakapesh qui est vraiment très intéressant pour les enfants et pour les
plus vieux comme moi, parce qu'on a une image et le mot en innu. Aujourd'hui, M.
le Président, on a même des applications sur les téléphones. Je sais entre
autres que, la langue attikamek, la langue innue, on peut avoir des
applications. On a des termes médicaux aussi qui ont été traduits en inuktitut.
On peut même aller voir sur notre téléphone, c'est une application qui nous
permet de voir la blessure, la maladie, les médicaments en inuktitut. C'est
vraiment extrêmement intéressant. Alors... puis je peux vous parler de la radio
aussi, radio communautaire dans les communautés, qui est tellement importante.
Ce que je viens dire à mes collègues, c'est que je suis au même rendez-vous
qu'eux quand on parle de l'importance linguistique. Absolument.
Dans notre corpus, normalement... puis on
s'est dit depuis le début qu'on fait les choses différemment, mais normalement
on ne répète pas, mais j'ai vraiment le goût de prendre... de saisir l'occasion
qu'on me donne aujourd'hui, de faire ma réflexion moi aussi de mon côté, de
consulter. Alors, M. le Président, moi, je suggère qu'on puisse suspendre cet
amendement le temps que je puisse aller faire mes vérifications d'usage, là.
Encore là, je pense que, pour le bien-être de tout le monde... le
sous-amendement, il va falloir que je finisse par comprendre que je suspends un
sous-amendement et non pas un amendement.
Le Président (M.
Bachand) :Alors, est-ce qu'il y a
consentement pour suspendre le sous-amendement de la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques?
Consentement. Donc, le sous-amendement est suspendu. Donc, on revient quand
même à l'amendement du ministre. Est-ce qu'il y a <d'autres...
Le Président (M.
Bachand) :
...suspendu. Donc, on
revient quand même à l'amendement du ministre. Est-ce qu'il y a >d'autres
interventions? Juste pour vous... référer, donc, s'il n'y a pas d'autre
intervention, de toute façon, le sous-amendement est suspendu. Ça fait qu'on
pourrait suspendre aussi l'amendement du ministre et continuer dans notre
processus, si vous êtes d'accord. Alors, si vous êtes d'accord, on suspendrait
aussi l'amendement du ministre. On est d'accord?
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Alors... Alors, merci. M. le
ministre, pour la suite des choses.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, je... je crois qu'on va faire apparaître
l'article 1. Laissez-moi une seconde, de retourner du bon côté pour lire
l'article et par la suite ce qui est proposé, l'amendement que je propose
aujourd'hui.
Alors, l'article 1, M. le Président :
«Santé Québec et tout établissement du réseau de la santé et des services sociaux
doivent adopter une approche de sécurisation culturelle envers les membres des
Premières Nations et des Inuit.
«Ainsi, Santé Québec et tout établissement
doivent développer avec des représentants des Premières Nations et des Inuit,
des mesures qui précisent les pratiques culturellement sécurisantes qu'ils
entendent mettre en oeuvre, les moyens à prendre pour cette mise en oeuvre, l'échéancier
de celle-ci, l'impact souhaité par celle-ci et les mécanismes de mesure de cet
impact.
«Les pratiques culturellement sécurisantes
doivent :
«1° prendre en compte les valeurs et les
réalités culturelles et historiques des membres des Premières Nations et des
Inuit;
«2° favoriser le partenariat avec les
membres des Premières Nations et des Inuit ainsi qu'une communication efficace
avec eux;
«3° être accueillantes et inclusives à l'égard
des membres des Premières Nations et des Inuit;
«4° prévoir l'élaboration de programmes de
formation continue...»
Le Président (M.
Bachand) :...
M. Lafrenière : Je suis en
train de vous lire mon amendement. C'est ça?
Le Président (M.
Bachand) :Parce qu'on aurait dû lire
l'article avant.
M. Lafrenière : Vous avez
raison.
Le Président (M.
Bachand) :Alors, je suis désolé. C'est...
c'est mon oubli.
M. Lafrenière : Vous ne devez
pas être désolé. Corrigez-moi.
Des voix : ...
M. Lafrenière : Désolé, on...
Le Président (M.
Bachand) :...j'écoutais votre douce voix,
alors je me suis dit...
• (16 heures) •
M. Lafrenière : Ah! mon Dieu!
Arrêtez ça. OK. On repart l'article 1 : «Tout établissement du réseau
de la santé et des services sociaux doit adopter une approche de sécurisation
culturelle envers les autochtones. Celle-ci consiste à tenir compte de leurs
réalités culturelles et historiques dans toute interaction avec eux.
«Ainsi, tout établissement doit adopter
des pratiques sécurisantes, notamment :
«1° considérer les valeurs et les réalités
culturelles et historiques des autochtones;
«2° favoriser le partenariat avec les
autochtones ainsi qu'une communication efficace avec eux;
«3° être accueillant et inclusif à l'égard
des autochtones;
«4° adapter, lorsque possible, l'offre des
services de santé et de services sociaux par des moyens comme :
«a) l'embauche de personnes autochtones;
«b) l'accès à des ressources d'accompagnement
pour les autochtones y compris dans le cadre de tout régime d'examen de
plaintes;
«c) la formation obligatoire de tous les
employés sur les réalités culturelles et historiques des autochtones;
«d) la prise en compte des réalités
propres aux femmes et aux filles autochtones.
«Aux fins de l'application de la présente
loi, on entend par "établissement" tout établissement public visé par
la Loi sur les services de santé et de services sociaux (chapitre S-4.2), à
l'exception d'un établissement public visé à la partie IV.1, IV.3 de cette loi.»
Comme commentaires, M. le Président, cette
disposition oblige tout établissement du réseau de la santé et de services
sociaux à adopter une approche de sécurisation culturelle envers les
autochtones. Cette approche se traduirait par des pratiques sécurisantes qui,
dans toute interaction avec les autochtones, tiendraient compte de leurs
réalités culturelles et historiques.
Le Président (M.
Bachand) :...point 4, si je me
souviens bien.
M. Lafrenière : Vous êtes
gentil de ne pas me faire recommencer au début, M. le Président. Merci beaucoup.
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Alors...
M. Lafrenière : Je l'ai déjà
fait tantôt, me répéter. Je ne le referai pas.
Le Président (M.
Bachand) :OK. Alors...
M. Lafrenière : Point 4,
M. le Président... mais il y a quelqu'un qui me dit que je ne le referai pas,
me répéter, ça ne m'arrivera plus, M. le Président :
«4° prévoir l'élaboration de programmes de
formation continue, rendre celle-ci obligatoire pour les professionnels et le
personnel du réseau de la santé et des services sociaux et prévoir un mécanisme
de vérification des acquis;
«5° adapter l'offre des services de santé
et de services sociaux par des moyens comme :
«a) l'embauche de personnel membre des
Premières Nations et de personnel inuit;
«b) l'accès à des ressources d'accompagnement
pour les membres des Premières Nations et Inuit y compris dans le cadre de tout
régime d'examen de plaintes;
«c) la prise en compte des réalités
propres aux femmes et aux filles des Premières Nations et des Inuit ou propres
à leurs familles et à leurs enfants. «La mise en oeuvre des pratiques
culturellement sécurisantes doit tenir compte des dispositions législatives et
réglementaires relatives à l'organisation et au fonctionnement de Santé Québec
et des établissements ainsi que des ressources humaines, matérielles et
financières dont ces derniers disposent.
«Aux fins de l'application de la présente
loi, on entend par "établissement" tout établissement visé à l'annexe...
16 h (version révisée)
M. Lafrenière : ...aux fins de
l'application de la présente loi, on entend par «établissement» tout
établissement visé à l'annexe II de la Loi sur la gouvernance du système
de santé et des services sociaux (chapitre G-1.021) et à la partie IV.1
de la Loi sur les services de santé et services sociaux des Inuits et des
Naskapis (chapitre S-42).»
M. le Président, comme commentaire, l'amendement
vise à référer aux membres des Premières Nations et des Inuits plutôt qu'aux
peuples autochtones.
Il vise également à obliger Santé Québec
et les établissements du réseau de la santé et des services sociaux à adopter
une approche de sécurisation culturelle et à développer, avec les Premières
Nations et les Inuits, des mesures... des mesures qui précisent les pratiques
culturellement sécurisantes qu'ils entendent mettre en œuvre, et ce compte tenu
des ressources humaines, matérielles et financières de Santé Québec et du
réseau.
L'amendement vise ensuite à ce que les
pratiques sécurisantes prévoient l'élaboration de programmes de formation
continue et obligatoire pour tous les professionnels et le personnel de la
santé.
En outre, parmi les moyens d'adaptation de
l'offre de services de santé et des services sociaux, l'amendement ajoute l'obligation
de prendre en compte les familles, des femmes, des filles des Premières Nations
et des Inuits.
Finalement, l'amendement assujettit la
Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik aux dispositions
du projet de loi, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Donc, interventions sur
l'amendement du ministre? M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui, alors merci, M.
le Président. Donc, merci, M. le ministre, pour la lecture de cet amendement.
Je comprends que l'article 1, au fond, est une sorte de mise en
application des principes dont on a parlé à 0.1, et ça vise à déterminer,
établir ce que Santé Québec devrait faire, et de donner une forme de
définition, une expression plus concrète de ce que des pratiques culturellement
sécurisantes doivent être. Cependant, je vous soumets que c'est un bon début,
mais on pourrait faire plus, on pourrait... on pourrait aller plus loin.
Et c'est la raison pour laquelle, suite à
la lecture de l'amendement de l'article 1, moi, j'ai des sous-amendements
à vous présenter, à expliquer, en espérant que M. le ministre fera preuve de
réception et d'ouverture pour, en fait, bonifier ce que doit être la
sécurisation culturelle pour s'assurer que les Premières Nations et les Inuits
feront véritablement parties prenantes. On a entendu M. le ministre, au niveau
des principes il y a des éléments qu'il ne veut pas inclure, soit, c'est un
choix. Mais je me dis, au niveau de la mise en œuvre, au niveau de l'élaboration,
il y a des éléments, je pense, qu'on peut inclure, qui va faire en sorte que ça
va aider, je pense, à rebâtir la confiance avec les membres des Premières
Nations et des Inuits.
Et le premier sous-amendement que je
propose, et je pense que vous l'avez reçu dans le Greffier...
Le Président (M.
Bachand) :...
M. Morin : Vous allez le
mettre à l'écran. Parfait. Puis ça va être inclus.
Une voix : Non. Ce n'est pas
celui-là.
M. Morin : Ce n'est pas
celui-là. C'est celui-là, je pense. OK.
Le Président (M.
Bachand) :Petit problème de réception,
alors on va suspendre quelques instants.
M. Morin : Parfait. Merci, M.
le Président.
(Suspension de la séance à 16 h 08)
(Reprise à 16 h 13)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. M. le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : ...le
sous-amendement que je présente pour, je pense, clarifier, préciser ce qu'on
devrait faire avec des pratiques culturellement sécurisantes, et donc je vais
lire le sous-amendement :
Article 1 : L'amendement
remplaçant l'article 1 du projet de loi est modifié par l'insertion, dans
le paragraphe 1° du troisième alinéa, après les mots «prendre en compte»,
des mots «et inclure».
Commentaire. L'article tel que modifié se
lirait ainsi :
«1. Santé Québec et tout établissement du
réseau de la santé et des services sociaux doivent adopter une approche de
sécurisation culturelle envers les membres des Premières Nations et les Inuits.
«Ainsi, Santé Québec et tout établissement
doivent développer avec des représentants des Premières Nations et des Inuits
des mesures qui précisent les pratiques culturellement sécurisantes qu'ils
entendent <mettre en œuvre...
M. Morin :
...des
représentants des Premières Nations et des Inuits des mesures qui précisent les
pratiques culturellement sécurisantes qu'ils entendent >mettre en œuvre,
les moyens à prendre pour cette mise en œuvre, l'échéancier de celle-ci,
l'impact souhaité par celle-ci et les mécanismes de mesure de cet impact.
«Les pratiques culturellement sécurisantes
doivent :
«1° prendre en compte et inclure — donc,
l'ajout présenté par le sous-amendement — et inclure les valeurs et
les réalités culturelles et historiques des membres des Premières Nations et
des Inuits;
«2° favoriser le partenariat avec les
membres des Premières Nations et des Inuits ainsi qu'une communication efficace
avec eux;
«3° être accueillantes et inclusives à
l'égard des membres des Premières Nations et des Inuits;
«4° prévoir l'élaboration de programmes de
formation continue, rendre celle-ci obligatoire pour les professionnels et le
personnel du réseau de la santé et des services sociaux et prévoir un mécanisme
de vérification des acquis;
«5° adapter l'offre des services de santé
et des services sociaux par des moyens comme :
«a) l'embauche de personnel membre des
Premières Nations et du personnel Inuit;
«b) l'accès à des ressources
d'accompagnement pour les membres des Premières Nations et les Inuits, y
compris dans le cadre de tout régime d'examen de plaintes;
«c) la prise en compte des réalités
propres aux enfants et aux familles des Premières Nations et des Inuits ou
propres à leurs familles et à leurs enfants.
«La mise en œuvre des pratiques
culturellement sécurisantes doit tenir compte des dispositions législatives et
réglementaires relatives à l'organisation et au fonctionnement de Santé Québec
et des établissements ainsi que des ressources humaines, matérielles et
financières dont ces derniers disposent.
«Aux fins de l'application de la présente
loi, on entend par "établissement" tout établissement
visé à l'annexe II de la Loi sur la gouvernance du système de santé et des
services sociaux (chapitre G-1.021) et à la partie IV.1 de la Loi sur les
services de santé et des services sociaux pour les Inuits et les Naskapis (chapitre S-4.2).»
Donc, pourquoi rajouter et inclure, bien,
c'est parce qu'à la lecture de ce qu'on veut ou de ce que le gouvernement veut
ou décrit comme étant des pratiques culturellement sécurisantes, je pense que
«prendre en compte», c'est bien, il y a peut-être une définition très, très
précise en législation sur «prendre en compte». Mais moi, quand je lis «prendre
en compte», ça veut dire que, pour moi, on doit en tenir compte. On va les
regarder, mais ça ne veut pas nécessairement dire qu'on va les accepter ou
qu'on va véritablement les inclure, qu'on va être capables, quand on va adopter
les politiques, les règlements. Parce qu'évidemment, quand on parle de pratiques
culturellement sécurisantes, bien, on est en train de dessiner le grand schéma,
mais, éventuellement, quand elles doivent être en vigueur, les établissements
de santé vont devoir bien sûr s'y conformer et faire en sorte que, quand ils
vont poser des gestes, quand ils vont adopter des directives, des politiques,
ça va faire en sorte qu'ils vont devoir tenir compte de ces éléments-là pour
mettre en place des pratiques culturellement sécurisantes.
Et moi, je pense qu'il faut aller plus
loin. Je pense que, dans un véritable partenariat avec les Premières Nations,
quand il y a véritablement un échange, parce que, forcément, les valeurs, les
réalités culturelles et historiques des membres des Premières Nations et des
Inuits, ceux qui en sont les garants, ceux qui en sont les dépositaires, bien,
c'est les membres des Premières Nations et des Inuits, donc, il faudra
nécessairement qu'il y ait un échange avec ces membres-là puis qu'après...
Bien, moi ce que je veux éviter, c'est que l'établissement de santé, par
exemple, dise : Bien, écoutez, on en a tenu compte, on l'a pris en compte,
c'est très bien, bonjour, et qu'à la fin de la journée ça ne va rien changer.
Puis c'est évidemment ce que je veux absolument essayer d'éviter, puis c'est,
au fond, l'intention que je veux signaler en apportant un sous-amendement à
l'amendement de M. le ministre pour <qu'en tout cas...
M. Morin :
...ce que
je veux absolument essayer d'éviter, puis c'est, au fond, l'intention que je
veux signaler en apportant un sous-amendement à l'amendement de M. le ministre
pour >qu'en tout cas, pour moi, que ça soit très clair.
Et pourquoi je le fais? Bien... Puis je me
base sur quoi? Quand on a rencontré, ou quand j'ai rencontré, ou quand j'ai
discuté avec des membres des Premières Nations et des Inuits, plus d'un, je
dois dire, m'ont dit : Écoutez, c'est bien. Le gouvernement nous parle, il
nous écoute, mais il ne nous entend pas tout le temps. C'est comme si on
faisait un exercice... C'est le fun, là, tu sais, on est consultés, mais, après
ça, là, quand on a un produit fini, woups! ce n'est pas reflété. Puis moi, ce
que je veux éviter... Puis là, on a la chance, avec la loi sur la sécurisation
culturelle qu'on est en train d'étudier, là on a la chance de faire plus, de
faire un pas en avant, d'aller plus loin, puis c'est ce que je disais d'emblée
quand j'ai présenté le sous-amendement. Donc, c'est une réalité que j'ai
constatée sur le terrain, d'une part.
Mais, d'autre part, je me fie également,
je m'inspire du rapport final de la commission Viens. Le juge Viens, qui a
présidé la commission, et les autres membres de la commission ont parcouru des
centaines de kilomètres au Québec et ont entendu des centaines de témoins. Il y
a eu énormément d'énergie investie dans l'exercice, ça fait déjà quelques
années, et, par la suite le juge Viens a rédigé un rapport et des documents
d'une façon colossale. Mais ce que je retiens particulièrement dans certains
passages de son rapport final, et je me réfère à la page 390 du rapport
final, le juge Viens écrit, puis permettez-moi de le citer, parce que ça résume,
ça résume ma pensée puis pourquoi je présente ce sous-amendement-là, puis c'est
au niveau des barrières culturelles, et il écrit : «L'un des premiers
constats — et je le cite — établis en matière de santé et
de services sociaux est l'écart notable entre la vision occidentale de la santé
véhiculée par de nombreux gestionnaires professionnels et intervenants du
réseau public de soins et celle des autochtones.»
• (16 h 20) •
Ce paragraphe-là est important, puis on va
continuer nos travaux cet après-midi, M. le Président, et je vais y revenir,
parce que, je vous le dis d'emblée, j'aurai d'autres sous-amendements à
l'amendement de M. le ministre et... Mais ça, je pense que c'est un... je vais
en reparler, mais je pense que c'est un volet, un volet qui est très important,
«l'écart notable entre la vision occidentale de la santé véhiculée par de
nombreux gestionnaires professionnels et intervenants et celle des
autochtones», et, on le constate en le lisant, le juge Viens ne dit pas :
C'est la faute d'un, c'est la faute de l'autre, ce n'est pas ça, mais il
constate, avec tous les témoignages qu'il a recueillis, qu'il y a effectivement
un écart notable. Puis c'est important de le souligner, parce que, justement,
cet après-midi, entre autres, on parle de sécurisation culturelle des Premières
Nations puis des Inuits. Alors, on est en plein dans le cœur d'un des éléments,
d'un des enjeux, un des défis, un des problèmes qu'a soulevés le juge Viens
dans son rapport.
Et, par la suite, il ajoute : «Là où
le système public de santé et de services sociaux s'en remet aux normes
biomédicales et aux démarches individuelles, notamment dans le domaine de la
santé mentale, qui est un secteur en soi, les autochtones visent plutôt
l'atteinte d'un état d'équilibre et de cohésion qui est soutenu et renforcé par
la famille, les amis, la communauté et, plus largement, la nation.» Il y a
quelques minutes à peine, on parlait justement, dans un sous-amendement, de l'importance
de la langue et de se comprendre, bien, on le voit, on le constate, chez les
membres des Premières Nations, la cohésion s'est renforcée par la communauté.
Il faut qu'ils soient capables de se parler puis de parler avec les
intervenants. Marquant la distance entre les deux approches, <lors de son
passage...
19253
M. Morin :
...la cohésion s'est renforcée par la communauté. Il
faut qu'ils soient capables de se parler puis de parler avec les intervenants.
Marquant la distance entre les deux approches, >lors de son passage devant
la commission, la professeure à l'Institut national de la recherche
scientifique et directrice générale du réseau de recherche et de connaissances
DIALOG, Carole Lévesque a rappelé qu'en milieu autochtone on parle de
mieux-être, on a une vision de la santé. On y réfère au mot anglais «well-being»,
ce qui est beaucoup plus qu'un état global qui favorise l'équilibre entre tous
les aspects de la vie.
D'ailleurs, bien que les approches de
guérison soient variées, l'idée de mettre de l'avant la culture autochtone, en
tant que modèle d'intervention, est une spécificité partagée par toutes les
nations. Et là elle cite un ensemble de témoignages qui ont été rendus,
notamment à huis clos, dans le cadre des travaux de la commission. Après ça, le
juge Viens ajoute : «Il n'est donc pas étonnant que plusieurs témoins
autochtones entendus aient affirmé que les approches de soins et les types
d'intervention préconisés dans le réseau de la santé et des services sociaux ne
répondent pas à leurs besoins et qu'autant de personnes, sinon plus, aient
affirmé avoir une relation difficile avec le système. De fait, et à la lumière
de nombreux témoignages citoyens, force est d'admettre que les préjugés envers
les autochtones demeurent très répandus dans l'interaction entre les soignants
et les patients.» Alors, on parle, par la suite, de problèmes de racisme, on en
a parlé, on parle de préjugés puis on parle aussi de pratiques non éthiques
ciblant les femmes particulièrement et basées sur des préjugés liés aux
dépendances.
Donc, moi, je me dis, bien, raison de
plus, si le juge Viens dans son rapport après avoir entendu des centaines de
témoins, et même plus, a dégagé ces éléments-là qu'il a livrés dans son rapport
final puis qu'il a constaté que les approches des types d'intervention ne
répondent pas à leurs besoins puis qu'en plus, comme je le mentionnais au
départ, il y a un écart notable entre la vision occidentale de la santé et
celle des autochtones, bien, je me dis si on veut véritablement parler de
pratiques culturelles sécurisantes, bien, il faut s'assurer que quand on va
tenter de définir ce que ça doit être, on va mettre toutes les chances de notre
côté pour être capable, après ça, de dire et de dialoguer avec les membres des
Premières Nations et des Inuits et leur dire : Écoutez, là, on est on est
sérieux quand Santé Québec, j'imagine, parce que la loi fait référence à Santé
Québec, donc, c'est Santé Québec qui va avoir cette responsabilité-là, quand on
va développer des pratiques culturellement sécurisantes, non seulement on va en
prendre compte de vos valeurs et de vos réalités culturelles et historiques,
mais on va les inclure. Non seulement on va regarder ce qui se fait chez vous,
comment vous le faites avec vos façons de faire, avec vos normes, mais on va
l'inclure dans ce qui va être fait.
Quand on va développer des politiques,
quand on va vouloir mettre en œuvre des comités, puis on y reviendra parce que
l'article 1 traite de tout ça, on va être capable de dire : Écoutez,
non seulement on vous a écoutés, mais on vous entendus, et ce qu'on veut mettre
de l'avant, ce sont des éléments qui vont faire en sorte que vous allez vous
sentir en sécurité dans le système de santé. On n'est pas là, M. le Président,
on n'est pas rendus là. C'est un avantage qu'on a de travailler sur le projet
de loi n° 32, parce que moi, mon objectif, je vais être très transparent,
c'est qu'on puisse se rendre là. J'ai écouté M. le ministre qui nous
disait : On a entendu, on a parlé. M. le ministre a parlé à des membres
des Premières Nations et des Inuits... des Inuits. <Il nous arrive...
M. Morin :
...j'ai
écouté M. le ministre qui nous disait : On a entendu, on a parlé. M. le
ministre a parlé à des membres des Premières Nations et des Inuits... des
Inuits. >Il nous arrive avec un amendement global à l'article 1,
puis c'est bien, c'est bien. Mais, comme je le disais, je pense qu'on peut
faire plus, on doit faire plus. Puis tous les moyens qu'on peut prendre pour
bonifier, faire en sorte que, quand ce document-là va devenir un texte de loi
et que forcément il va y avoir un dialogue avec les Premières Nations et les
Inuits, on va être capables de dire : Écoutez, attendez, là. On ne vous a
pas juste écoutés, on vous a compris, puis on est très sérieux. Donc, vos vos
réalités, là, vos réalités culturelles, historiques, non seulement on va en
prendre compte, mais nous, là, on va véritablement les intégrer, on va les
inclure.
Au niveau de la sémantique comme telle,
est-ce qu'intégrer c'est mieux qu'inclure? Écoutez, on pourra... on pourra en
reparler et on a la chance d'avoir avec nous des légistes du gouvernement. Mais
moi, ma réflexion, quand j'ai lu l'article 1 et l'amendement, c'était de
dire : À ce niveau-là, je pense qu'on peut faire plus, je pense qu'on peut
poser un geste qui va faire en sorte que ça va être un peu plus contraignant
pour le gouvernement puis particulièrement pour Santé Québec, et de faire en
sorte qu'on va véritablement être capable d'inclure leurs valeurs et leur
réalité culturelle. Moi, ça m'apparaît bien important. Et c'est dans cet
esprit-là, M. le Président, que je tenais à présenter ce sous-amendement-là à
l'amendement de M. le ministre. Je vous remercie.
• (16 h 30) •
Le Président (M.
Bachand) :Interventions? M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Puis, écoutez, M. le Président, on avance, on
avance, j'en suis heureux. Mon collègue nous parle de la commission Viens, je
ne dirai pas de mot d'église, mais je suis tellement heureux, parce que c'est
vrai que c'est important, puis la commission Viens a fait un travail
incroyable, incroyable. Pendant deux ans, ils sont venus sur les relations
entre l'État et les Premières Nations, les Inuits, pendant des années. Puis ils
nous donnent, dans le fond, ils nous donnent des devoirs, la commission Viens,
puis c'est ce qu'on essaie de faire ensemble. Alors, j'en suis heureux, puis, sérieusement,
je pense qu'on peut prendre ça comme un bloc de départ. On l'a fait pour la
DNUDPA, on l'a fait pour le Principe de Joyce. Je pense que la commission
Viens, c'est quelque chose qui nous guide dans nos actions, j'en suis d'accord.
Une fois qu'on a dit ça, puis je comprends
exactement ce que mon collègue veut faire, puis je le reconnais, c'est une
excellente idée, mais je pense qu'on doit relire l'article, puis je vais vous
dire pourquoi, M. le Président. Je vais le relire, puis je vais vous dire
l'intention qui est derrière tout ça : «Ainsi, Santé Québec et tout
établissement doivent développer, avec — développer avec — des
représentants des Première Nation et des Inuits, des mesures qui précisent les
pratiques culturellement sécurisantes qu'ils entendent mettre en œuvre.» Ce
qu'on veut faire, M. le Président, puis c'est pour ça, je vous dis, je vais
dans le même sens que ce que le collègue dit, mais on veut que ça soit fait
localement, chaque établissement doit le faire avec les communautés.
Ce qu'on s'en vient dire, puis je sais,
c'est un petit peu différent de nos façons de faire habituelles où, normalement,
le gouvernement dicte chacune... chacun des endroits le met en place, on veut
vraiment laisser le pouvoir... Parce que le collègue disait : Des fois,
les Premières Nations, les Inuits disent que le gouvernement, ils écoutent,
mais ils n'entendent pas. On veut faire plus que ça, on veut mettre les mains
sur le volant, on veut qu'ils soient aux commandes. On veut qu'ils soient avec
les établissements, qu'ils puissent décider quelles sont les pratiques
culturellement sécurisantes qu'ils entendent mettre en œuvre, qui peut être différente
d'un endroit à l'autre. Puis on a déjà convenu ensemble que la réalité à
Sherbrooke, je vous donne un exemple comme ça, M. le Président, peut être très
différente de celle de Baie-Comeau.
Alors, je suis d'accord avec le collègue.
Je suis d'accord qu'il faut répondre aux appels de la commission Viens. Moi, je
nous invite à relire ce qu'on a... ce qu'on propose aujourd'hui. Puis je vous
dis : On veut tous la même chose, hein, on veut l'améliorer, mais je pense
que de laisser la latitude à un établissement... puis ce n'est même pas de la
latitude, c'est de l'obligation, parce que c'est ce qu'on vient dire, hein, ils
doivent le développer avec les Premières Nations et les Inuits, mais je crois
que ça nous assure d'avoir une réalité locale qui correspond à ce que les gens
veulent et non pas leur obliger quelque chose. C'était la vision quand on a
développé l'article, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de l'Acadie, il
vous reste trois minutes.
M. Morin : Merci. J'écoute
bien, M. le ministre, mais ça ne me rassure pas beaucoup. Je comprends que
Santé Québec va développer, doit développer avec des représentants des
Premières Nations et des Inuits des mesures. Puis, par la suite, bien, parmi
ces mesures-là... Parce que, quand ils vont les développer avec des
représentants, ils vont prendre en compte les valeurs et les réalités
culturelles, puis ils vont devoir adopter les pratiques culturellement sécurisantes.
Mais ça, ça ne veut pas dire qu'ils vont inclure les valeurs puis les réalités
culturelles...
16 h 30 (version révisée)
M. Morin : ...adopter des
pratiques culturellement sécurisantes. Mais ça, ça ne veut pas dire qu'ils vont
inclure les valeurs puis les réalités culturelles, ils sont très bien...
Écoutez, puis je n'atténue pas, je ne
porte pas, je ne pense pas du tout que les gens sont de mauvaise foi, là, ce n'est
pas ça que je dis, là, mais dans tout ce qu'on a lu, dans tous les groupes qu'on
a entendus, à peu près tout le monde nous a dit : Écoutez, il y a un bris
de confiance, voilà ce qu'il faut : a, b, c. Bon, bien là, a puis b, on n'y
reviendra pas, là, on en a parlé, là pendant des heures et des heures, là,
Principe de Joyce, racisme systémique, discrimination systémique. Bon, on a
entendu, le gouvernement ne veut pas aller là. OK, parfait. Bien moi, je suis
rendu à... Bien, ce n'est pas parfait, mais en tout cas, c'est leur choix. Ce n'est
pas parfait pantoute, mais c'est leur idée, bon.
C, bien là, je me dis : OK, on va
aller faire d'autres choses, on va essayer de faire plus. Puis peut-être qu'il
y a un meilleur mot qu'«inclure», mais moi, ce que je dis, c'est que «prendre
en compte», puis ils doivent développer avec, bien, moi, j'aimerais ça que ça
soit plus... qu'il y ait une obligation qui soit plus grande encore pour ne pas
qu'on se ramasse dans deux, trois ans... parce que là, la commission Viens, ça
fait déjà des années, pour ne pas qu'on se ramasse dans deux, trois ans, puis
encore dire ou se faire dire : Bien oui, écoutez, vous avez mis ça dans
votre loi, mais ça n'a pas changé, on est encore à la même place, puis c'est
compliqué, puis il y a encore du racisme, puis, tu sais... Comprenez-vous?
Quand je lis des témoignages qui ont été
rendus à la commission Viens et dans les autres documents, puis quand je lis
comment des membres des Premières Nations ont été traités dans notre système de
santé, je vais vous dire, honnêtement, là, il y a des fois ça me révolte, il y
a des fois je me dis ça ne se peut pas, il y a des fois ça m'attriste, puis il
y a des fois ça fait tout ça en même temps. Ça n'a pas d'allure.
Ça fait que là, je me répète puis je vais
encore me répéter, ce n'est pas fini, hein, il nous en reste encore pour
aujourd'hui, puis demain... après-midi puis demain, là, vous allez voir, le
message, je ne sais pas s'il va passer, mais en tout cas, il va être enregistré.
On a une chance de changer quelque chose. C'est un pas, je l'ai dit tantôt, c'est
un pas dans la bonne direction, mais on peut aller plus loin. Puis moi, c'est
ce que j'invite M. le ministre à faire. Parce que je veux que ça soit plus
contraignant.
Le Président (M. Bachand) :...Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Merci, M. le
Président. En fait, assez rapidement, sur l'intervention de mon collègue de l'Acadie,
sans vouloir jouer sur les mots, mais c'est sûr que, dans inclure quelque chose
d'un peu plus fort, il y a eu une orientation... en fait, le mot en soi définit
une orientation avec plus de punch que simplement «tenir en compte» qui, dans
mon sens, tu sais, veut dire un peu accorder une certaine importance, accorder
de l'importance, mais ne me mets pas d'obligation, je peux... je peux trouver
ça bien, bien important... Heille! c'est vraiment important les valeurs de... Mais
je ne les inclue pas. Ce n'est pas parce que je trouve ça important que je vais
les inclure.
Ça fait que je trouve que mon collègue a
un point, parce que j'entends, puis c'est ça, c'est ça, l'affaire, j'entends
que c'est ça que le ministre veut faire. Il veut que l'ensemble des
établissements développent des pratiques, pas juste qui vont tenir compte...
pas juste qui vont accorder une importance, mais qui vont faire en sorte d'inclure
dans les pratiques qui vont se développer des éléments, puis dans ce cas-là, on
parle de la réalité culturelle, linguistique. J'imagine que si linguistique
apparaît... Ça, c'est une question d'intendance, parce que je ne veux pas y
revenir à chaque fois, si, quand nous allons regarder le sous-amendement qui
incluait culturelle, linguistique et historique, si on l'adopte une fois, il va
être concordé le reste du... ou il faut que je le ramène à chaque fois?
Une voix : ...
Mme Massé : OK, ça répond à
notre question. Bien, on va ramener le même. Excusez-moi. Donc, oui, c'est ça,
il y a quelque chose, il y a définitivement... il y a un point là, je trouve,
sur la question d'«inclure». Ça fait que, M. le ministre, j'entends que c'est
ça «anyway» que vous voulez faire. Moi, je ne me gênerais pas de l'écrire, là,
parce que je pense c'est ça <qu'on...
Mme Massé :
...Moi,
je ne me gênerais pas de l'écrire, là, parce que je pense c'est ça >qu'on
veut faire, tout le monde, c'est de s'assurer que les pratiques qui vont être
développées, pas des pratiques de sensibilisation, mais bien de sécurisation,
vont inévitablement inclure. Alors, je mets mon poids à côté de ça, moi, je
trouve ça intéressant.
17859
Le Président (M. Bachand) : M. le
ministre.
• (16 h 40) •
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Puis merci pour le collègue tantôt, de l'Acadie qui
est revenu en disant qu'on ne voulait pas revivre ce qui a été vécu, tu sais,
tout ce qui a été analysé par la commission Viens, puis je suis d'accord avec
lui puis c'est pour ça qu'on travaille ensemble aujourd'hui.
Une fois que c'est dit, j'ai une question
pour nous tous, parce que, quand je regarde ce que l'article fait, un, on se
donne des moyens pour la mise en œuvre, deux, on se donne un échéancier, un
impact qui est souhaité, les mécanismes de mesure de l'impact, puis ça, on se
dit qu'on doit le développer avec des représentants des Premières Nations et
des Inuits. La question que je nous pose, si on marque «inclure», est-ce que ça
voudrait dire... puis, là, c'est là, j'ai toujours ce malaise d'imposer, est-ce
que des représentants des Premières Nations et des Inuits seraient à l'aise,
exemple, qu'un allochtone, on l'oblige à faire certains rituels ou quelque
chose comme ça? Si on dit inclure, au sens strict, puis c'est ce que je
vérifiais tout à l'heure avec les légistes et tout, est-ce ça veut dire que
tout le monde devrait le faire? Puis je ne suis pas sûr, je ne suis pas sûr
qu'un autochtone serait à l'aise.
Puis on a vécu, en passant, vous vous
rappelez, des bonnes intentions, exemple, dans un centre de santé où les gens
avaient su que c'était une bonne idée, peut-être de faire telle ou telle
approche, puis ce n'était pas approprié. Ça n'a pas bien passé. Nous, ce qu'on
pense, puis c'est ce qu'on présente aujourd'hui, ça doit être développé avec
des représentants pour éviter ces faux pas là, pour éviter justement que les
309 000 employés, on leur dise voici certains rituels... Puis je vais
vous donner un exemple, puis je ne veux pas qu'on le prendre en caricature,
mais un exemple, ça peut être de brûler de la sauge ou quelque chose qu'une
communauté, pour eux, c'est important. Est-ce qu'ils seraient à l'aise de voir
un allochtone le faire, si on dit qu'on l'inclut? C'est pour ça qu'on a marqué «prendre
en compte».
Puis je comprends ma collègue, mes deux
collègues, quand ils disent : C'est plus faible. Si on le prend tout seul,
c'est vrai que c'est faible, mais si on rajoute tout ce qu'on a marqué, là,
puis on dit : On le développe avec eux, on se donne des moyens, on se
donne un échéancier, l'impact qui est souhaité puis on se donne même des
mécanismes pour le mesurer, je pense qu'on s'approche de ceintures, bretelles.
Puis c'était notre intention. C'est l'intention qu'il y a en arrière de tout ça.
Ça fait que je comprends ce qui nous est proposé.
Je vous explique le pourquoi on avait
cette réticence. Vous allez voir, hein, ce qui va nous guider beaucoup,
beaucoup dans ce projet de loi là. C'est de ne pas faire de mur-à-mur, de
s'assurer, comme le disait le collègue tantôt, non seulement qu'on les écoute,
qu'on les entend, mais qu'on les met en position de faire des changements.
Puis, quand on parle des représentants des Premières Nations et des Inuits, on
les met au centre de ces actions-là qu'on va déterminer avec elles. Puis je
relance le débat, encore là, je relance cette... pas le débat, la discussion,
pardon, sur ce qu'on vient de dire, là, M. le Président.
Le Président (M. Bachand) :Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Oui, je
comprends, mais il me semble, dans mon livre à moi, d'inscrire à cette étape-ci
le mot «inclure» ne veut pas dire de plaquer des choses qui n'auraient pas été
discutées et entendues conjointement avec les Premières Nations. Ça veut juste
dire que l'attente du législateur est à l'effet de ne pas seulement prendre en
compte, ne pas seulement dire : oui, c'est important, mais de le prendre,
puis de s'assurer que... Et là, on parle ici de ces valeurs et réalités
culturelles. On n'est pas dans des gestes ou quoi que ce soit, on parle des
valeurs et réalités culturelles, que ce soit inclus dans les pratiques.
D'ailleurs, je porte à l'attention du
ministre qu'il y a même des mémoires qui étaient pas mal, pas mal exigeants,
qui allaient pas mal plus loin que ça. Je pense notamment aux mémoires de la <i>commission
de la santé et des services sociaux qui, lui, aurait aimé voir dans ce premier
article-là, face aux pratiques sécurisantes, culturellement sécurisantes, eux
parlaient de réconcilier les valeurs et les pratiques propres à notre modèle
allochtone aux réalités culturelles et historiques. Ça, pour moi, ça aurait été...
Tu sais, vous nous dites : Je ne veux pas imposer. Ça, ça aurait été
exigeant, là. Hé, taboire, on aurait fait une belle job, si on avait fait ça.
Mais pour moi, je ne pense pas de
commettre un impair de... Je ne suis pas en train de dire aux gens quoi faire,
je suis en train de <leur...
Mme Massé :
...Je ne
suis pas en train de dire aux gens quoi faire, je suis en train de >leur
dire : Il y a... en matière des pratiques sécurisantes, il y a la
nécessité, au sens de la loi, de ne pas seulement prendre en compte, mais il y
a la nécessité d'inclure dans ces pratiques-là les valeurs et les réalités...
pas personnelles, pardon, culturelles.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le ministre.
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. Puis je vais laisser... avec le consentement, je vais laisser
intervenir la légiste, pour nous guider dans notre réflexion.
Juste rajouter un autre élément avec ce
que la collègue vient d'amener, parce c'est intéressant, c'est intéressant
comme réflexion quand elle parlait de réconciliation. Puis on comprend qu'on ne
va pas là, parce que c'est un terme, encore là, qui n'est pas... qui n'est pas
simple, on le sait tous et toutes.
Cependant, quand on parle de réalités
culturelles et de façons de faire qui sont différentes, encore là... puis je
fais toujours attention, on l'a dit, hier, hein, c'est sensible, mais des
pratiques, exemple, au Nunavik, dans certains cas, lors d'engelure, qu'ils
pourraient pratiquer, parce que, pour eux, c'est la technique qu'ils utilisent,
bien vous ne pouvez pas demander à quelqu'un de la santé de l'appliquer.
Mais j'aimerais ça, par exemple, M. le
Président, que notre légiste puisse nous guider sur ce que ça voudrait dire «inclure»,
comme ma collègue l'a mentionné tout à l'heure. Alors, avec consentement.
Le Président (M.
Bachand) :De toute façon, le
consentement, il est valide pour toute la séance.
M. Lafrenière : Avec pas de
consentement.
Le Président (M.
Bachand) :Pas consentement. Oui, maître,
allez-y, maître.
Mme Dumas-Legendre
(Hélène) :Merci, M. le Président. Alors,
je veux juste, s'il vous plaît, ramener la commission aux termes de l'article
et la construction de l'article. Donc, à l'alinéa deux, l'article prévoit que Santé
Québec développe, avec les Premières Nations, les pratiques culturellement
sécurisantes. Et, à l'alinéa trois, le législateur vient obliger, dans cet
exercice-là, à faire certaines choses, paragraphe 1° à... tous les
paragraphes qui suivent. Donc, le législateur vient dire : Quand vous
allez faire l'exercice de développer ensemble les pratiques culturellement
sécurisantes, vous devez.
Donc, si, à 1°, on... là, c'est... à 1°,
c'est écrit «prendre en compte les valeurs», donc les considérer. Si on ajoute
«inclure», ça veut dire qu'il y aura une obligation stricte de prendre
l'ensemble des valeurs des Premières Nations et des Inuits et de les inclure
telles quelles, puisque l'obligation, elle n'est pas du tout modulée, elle
deviendrait vraiment une obligation stricte, et elle est claire, l'obligation,
du fait du «doivent».
M. Morin : Bien, je n'ai plus
le droit de parole, mais c'est...
Le Président (M.
Bachand) :Est-ce qu'il y a consentement
pour que le député de l'Acadie puisse prendre la parole quelques instants.
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Ça va? Consentement. Alors, donc,
allez-y, M. le député d'Acadie, oui.
M. Morin : Je tiens à
remercier Mme la légiste, parce que c'est... ce que vous avez décrit, c'est
exactement ce que j'ai en tête. C'est ça que je veux. Ça fait que c'est
parfait, dans mon sous-amendement, parce qu'effectivement, si je veux que... Je
veux qu'on fasse plus que prendre en compte, parce que je comprends très bien
la mécanique, ils vont devoir développer avec, mais moi, je veux que ça soit beaucoup
plus contraignant pour Santé Québec. Voilà. Merci, madame.
Le Président (M.
Bachand) :Est-ce qu'il y a d'autres
interventions sous le sous-amendement du député d'Acadie? Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Dernière petite
intervention. Justement, je comprends... Puis effectivement c'était éclairant,
merci. Je reconnais que dans plusieurs lois que j'ai écrites avec mes
différents collègues ici, bien pas vous, là, mais je veux dire, au Parlement du
Québec, de voir le mot «doivent», ça n'arrive pas souvent. Ça... J'ai vu plus
souvent «peuvent» que «doivent». Alors, elle a raison de nous rappeler qu'il y
a déjà ici une obligation.
Ceci étant dit, j'ai peut-être mal
entendu, mais j'ai cru comprendre que, si on disait «inclure», ça veut dire
inclure, puis là je ne lis pas, là, inclure toutes les valeurs et toutes les
réalités culturelles. Moi, je veux faire ajouter linguistique et historique des
membres des... C'est comme s'il y a un «toutes», toutes ces affaires-là, que je
ne sais pas pourquoi c'est ça. Tu sais, c'est peut-être un terme, encore en termes...
Ça fait que j'aimerais peut-être juste me
faire éclairer de ça, si tout le monde accepte, là, pourquoi tout d'un coup on
dit qu'inclure ça veut dire toutes les valeurs, toutes les réalités?
Le Président (M.
Bachand) :Oui, maître, allez-y, oui.
Mme Dumas-Legendre
(Hélène) :Parce que du...
Une voix : ...
Mme Massé : Oui, oui.
Mme Dumas-Legendre
(Hélène) :Parce que la rédaction est
faite de telle sorte que c'est une obligation stricte, les «pratiques
culturellement sécurisantes doivent», et là, si on le change pour «inclure les <valeurs»...
Mme Dumas-Legendre
(Hélène)T :
... culturellement
sécurisantes doivent», et là, si on le change pour «inclure les >valeurs»,
il n'y a pas de possibilité de moduler, on... l'obligation est par rapport à
l'ensemble des valeurs. Et, si de mauvaise fortune il y a des valeurs qui ne se
conciliraient pas, voire s'opposeraient, bien là, le législateur... pas le
législateur, mais le... Santé Québec et les Premières Nations et les Inuits
n'auront même pas la latitude de les moduler, parce que le... la disposition va
les obliger de façon stricte et ferme à les inclure.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup. Merci beaucoup à Mme la légiste, puis ça nous aide, ça nous aide dans
notre réflexion. Puis, encore là, je vous dirais, on est bien mal placés pour
faire la liste aujourd'hui de ce que seraient les valeurs, les réalités, parce
qu'il y en a plusieurs.
• (16 h 50) •
Effectivement, il y en a qui pourraient
venir en contradiction, une et l'autre. C'est pour ça qu'on prend la peine, à 5°,
de venir dire «adapter l'offre de services et de... l'offre de services de
santé et de services sociaux», et ça revient à ce que ma collègue de la
deuxième opposition disait quand elle disait : Mais, justement, hein, si
on veut faire la réconciliation, il faut prendre ces termes-là, puis il faut
que ça donne quelque chose sur le terrain. Bien, on dit qu'il faut adopter
l'offre de services. Alors... L'adapter, pardon. Donc, ce n'est pas juste de
dire qu'on en prend compte, mais non seulement on en prend compte, on doit
adapter l'offre de services.
Et moi, quand on regarde au sens strict,
puis c'est vraiment ce qui nous a guidés avec les légistes, de toutes les
inclure, il pourrait y avoir des chocs de valeurs, des valeurs qui sont
différentes.
On s'en vient à dire aussi : Nous
sommes qui, nous? On pense que les meilleures personnes pour prendre ces
décisions-là, pour nous guider, c'est sur le terrain, avec des représentants
des Premières Nations et des Inuits, puis de le faire avec chacun des
établissements. Ce qui nous guide, je l'ai dit hier, c'est de s'éloigner le
plus possible du mur-à-mur ou de dicter ce qui serait la bonne chose. Mais,
encore là, je comprends très bien ce que les collègues veulent faire, puis
c'est pour ça qu'on est dans cette réflexion, dans ce dialogue.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. S'il n'y a pas d'autre
intervention sur le sous-amendement du député d'Acadie, nous allons procéder à
sa mise aux voix. Est-ce que le sous-amendement est adopté?
M. Morin : Là, je vais vous
demander un vote par appel nominal, s'il vous plaît. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Avec plaisir. M. le secrétaire,
pour un vote à appel nominal, s'il vous plaît.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Pour.
Le Secrétaire : M. Lafrenière
(Vachon)?
M. Lafrenière : Contre.
Le Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
Le Secrétaire : M. Asselin
(Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire : M. Lemieux
(Saint-Jean)?
M. Lemieux : Contre.
Le Secrétaire : Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques)?
Mme Massé : Pour.
Le Secrétaire : Et M. Bachand
(Richmond)?
Le Président (M.
Bachand) :Abstention. Donc, le
sous-amendement est rejeté.
Donc, on revient... Et j'ai... Je pense
que la deuxième opposition aurait peut-être un sous-amendement. Mme la députée
de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Oui, oui. Est-ce
qu'on vous l'a envoyé? Vous l'avez même... vous l'avez même reçu.
Une voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : Oui, il fallait... L'alternance.
Alors donc, on l'a reçu, puis on a...
Une voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Oui, c'est ça. Je sais que le
député de l'Acadie... l'opposition officielle a d'autres sous-amendements.
Mais, dans le principe d'alternance, je crois que c'est important d'aller avec
les différents groupes parlementaires.
Mme Massé : Puis, en plus, ça
fait une alternance homme-femme, ce qui est excellent.
Le Président (M.
Bachand) :Donc, Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques,
pour le sous-amendement à l'article 1.
Mme Massé : Oui, que nous
voyons, pardon, présentement à l'écran. Donc, article 1 : L'amendement
remplaçant l'article 1 du projet de loi est amendé au 2e alinéa par
le remplacement de «développer» par «élaborer conjointement».
L'article 1 se lirait ainsi... 0.11...
Article 1, oui : «Santé Québec et tout établissement du réseau de la
santé et des services sociaux doivent adopter une approche de sécurisation
culturelle envers les membres des Premières Nations et des Inuits. Pardon.
«Ainsi, Santé Québec et tout établissement
doivent élaborer conjointement avec des représentants des Premières Nations et
des Inuits, des mesures qui précisent les pratiques culturellement sécurisantes
qu'ils entendent mettre en œuvre, les moyens à prendre pour cette mise en
œuvre, l'échéancier de celle-ci, l'impact souhaité par celle-ci et les
mécanismes de mesure de cet impact.»
En avez-vous assez?
Le Président (M.
Bachand) :Est-ce que vous avez d'autres
choses à ajouter en attendant qu'on...
M. Lafrenière : ...jusqu'à la
fin.
Le Président (M.
Bachand) :Alors, M. le ministre...
Mme Massé : Bien, on peut
faire ça, là, mais on a d'autres choses à faire, hein?
M. Lafrenière : Exactement. Non,
non. Le but, c'est qu'on avance.
Mme Massé : C'est ça. Donc...
Bien, en fait, une des raisons pour laquelle je vous suggère, M. le ministre,
d'aller vers là, d'une part, on le sait que, chez les Premières Nations, on
sait qu'on a des ponts à reconstruire, c'est comme ça que je vais le dire, avec
les gens des Premières Nations et des Inuits. Et, pour reconstruire ces
ponts-là, je pense qu'ils doivent sentir notre volonté de, je dirais, pas juste
les <consulter
Mme Massé :
...qu'ils
doivent sentir notre volonté de, je dirais, pas juste les >consulter sur
des points, mais bien de travailler avec eux autres, et j'entends que c'est la
volonté du ministre. C'est probablement d'ailleurs pourquoi le mot «avec» est
là, mais dans l'esprit de vouloir envoyer un signal clair et fort sur... Le
signal qu'on envoie à Santé Québec et aux différents établissements de santé et
de services sociaux, c'est de leur dire : Bien, vous allez devoir
travailler à... pas seulement avec, mais conjointement.
Donc, je vous donne un exemple, parce que,
vous savez, si on... si on ne part pas du principe, puis là je ne veux pas
tourner indûment le fer dans la plaie, mais si on ne part pas du principe et de
l'analyse que les Premières Nations vivent de la discrimination et du racisme
systémique, donc ça veut dire qu'on n'a pas... qu'on ne s'appuie pas sur une
analyse de rapports de force, de rapports... surtout de pouvoir, pardon, entre
les allochtones et les autochtones induit — puis, je pense, je l'ai
bien expliqué hier — induit par l'éducation qu'on a reçue, les biais
qui demeurent, les préjugés, etc., c'est ce qui est colporté à travers beaucoup
de nos institutions malheureusement. Si d'entrée de jeu notre projet de loi,
puis le ministre a été clair, il ne s'appuiera pas là-dessus, bien, on a quand
même une responsabilité d'essayer d'équilibrer, dans le projet de loi, ce
rapport de pouvoir inconscient qui existe à cause des impacts du colonialisme
sur nos têtes puis dans la vie des Premières Nations.
Alors, je pense, c'est pour ça que j'ai
besoin qu'on envoie le message aux gens qui vont travailler là-dessus que ce
n'est pas juste un... ce n'est pas juste accessoire de dire que vous allez
travailler avec les Premiers Peuples, ce n'est pas juste accessoire. Vous allez...
Puis ce n'est pas juste de le développer avec, là, c'est que vous allez
l'élaborer ensemble. Dans le conjointement, là, il y a ta parole puis la
mienne, là, elles sont aussi importantes, hein, c'est comme dans un couple, on
est conjoint, on est supposé être égal.
Ça fait que c'est pour ça que j'essaie, en
l'absence, je dirais, de la prémisse du principe qu'on a des rapports de
pouvoir à rééquilibrer parce que l'histoire a déséquilibré le rapport de
pouvoir entre les... les blancs puis les autochtones, bien, une des façons,
puis je vais... je vais essayer de le faire aussi, là, à travers le projet de...
le reste du projet de loi, de trouver des mots qui vont indiquer le chemin qui
doit être suivi, pas qu'est-ce qu'il y a dedans, mais qui va dire aux gens :
Premièrement, les gens des Premières Nations et des Inuits, regardez, on a
inscrit dans la loi qu'on veut faire ça conjointement, qu'on veut que ça
s'élabore conjointement. Donc, conjointement, ça veut dire na, na, na.
Et aussi, de l'autre côté, dire aux gens
de nos établissements allochtones, dire : Ça ne peut pas être juste... ça
ne peut pas être juste quelque chose, de dire : Oui, oui, on l'a fait
avec, on a fait une rencontre, on a... Parce que nous, on règle tout en une
rencontre, hein, ça va vite, il faut que ça aille vite. Ça, là, c'est
antichemin à suivre quand on travaille avec les Premières Nations et les Inuits.
Ça fait que c'est comme, il faut prendre le temps.
Puis quelqu'un l'expliquait tantôt, c'est
toi, André, je pense, sur la question de la perspective de santé qui est
différente, c'est... c'est... Et donc voilà. Voilà.
Donc, je voulais que vous compreniez, M.
le ministre, et mon collègue de l'Acadie, pourquoi j'émets cela, c'est pour
essayer d'indiquer à tous les acteurs qui auront à jouer dans ce film-là :
Bien, prenez acte que le <législateur...
Mme Massé :
...à
tous les acteurs qui auront à jouer dans ce film-là : Bien, prenez acte
que le >législateur veut que ce soit élaboré d'égal à égal. Et la façon
de l'exprimer ici, c'est «élaborer conjointement». C'est mon sous-amendement.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le Président. J'aimerais ça qu'on suspende un instant, juste un
petit point technique que j'aimerais vérifier.
Le Président (M.
Bachand) : Parfait. Alors, on va suspendre quelques instants.
Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 59)
17 h (version révisée)
(Reprise à 17 h 14)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît. La
commission reprend ses travaux. Alors, M. le ministre, sur le sous-amendement
de la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
M. Lafrenière : Oui. Merci
beaucoup, M. le Président. Puis, écoutez, on l'a fait plus tôt aujourd'hui,
puis je prendrais la même approche. Avec le consentement des collègues, je
suspendrais, là, je veux dire le bon terme, le sous-amendement à mon amendement,
donc l'amendement à mon amendement, je le suspendrais pour revenir à mon
amendement, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Alors, il y a consentement pour
suspendre le sous-amendement? Oui, Mme la députée.
Mme Massé : Il y a
consentement, j'ai juste besoin de saisir correctement une chose, c'est que,
dans le fond, si on suspend, c'est que vous allez continuer d'y penser, tout
ça, mais on va y revenir quand...
Le Président (M.
Bachand) :...pas adopter l'article 1
sans avoir réglé le sous-amendement de toute façon.
Mme Massé : C'était... vous
le formulez mieux que moi, vous lisez dans ma tête, terrible.
Le Président (M.
Bachand) :OK, M. le député de l'Acadie, s'il
vous plaît.
M. Morin : Oui, bien, en
fait, brièvement, je comprends que M. le ministre aura probablement des
consultations, donc, à faire, alors... mais je peux vous dire également que je
trouve que le sous-amendement de la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques...
pour moi, est important. Donc, je comprends la façon de procéder, mais on
pourra éventuellement revenir puis continuer à échanger sur le sous-amendement.
Mais je n'ai pas... je n'ai pas d'ennui, de souci à ce qu'on fasse une pause
maintenant, on le suspende, et puis, après ça, bien, on verra ce que M. le
ministre aura à nous dire. Mais je suis... je suis d'accord avec l'amendement,
je tiens aussi à le souligner.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le député de l'Acadie.
M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui. Merci, M.
le Président. Puis, juste pour les gens qui nous écoutent à la maison, tantôt,
ce qu'on a fait à micro fermé, c'est justement avoir cette discussion-là, de
savoir comment on travaillerait un, puis de s'assurer... parce que je veux que
les gens soient rassurés quant à l'efficacité de ce qu'on fait aujourd'hui, en
suspendant, on s'assurerait justement qu'il n'y a pas personne qui était en
désaccord ou quoi que ce soit. Ça fait que c'est le genre de discussion qu'on a
eue, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc, on
continue sur l'article 1. M. le député de l'Acadie, je crois que vous avez
peut-être un sous-amendement.
M. Morin : Oui, j'ai un
sous-amendement, M. le Président, qui a été envoyé, je pense, et qui est dans
Greffier.
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Alors, M. le député de l'Acadie,
s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Alors, avec
la permission des collègues, je ne relirais pas l'article 1 au grand
complet, mais j'attirerais plutôt leur attention sur le sous-amendement que je
propose à l'amendement de M. le ministre, qui vise 1, l'article 1, bien
sûr, mais qui se lirait comme suit, en fait :
«Santé Québec et tout établissement du
réseau de la santé et des services sociaux doivent adopter une approche de
sécurisation culturelle envers les membres des Premières Nations et les Inuit.
Ainsi, Santé Québec et tout établissement
doivent développer avec des représentants des Premières Nations et des Inuit,
des mesures qui précisent les pratiques culturellement sécurisantes qu'ils
entendent mettre en oeuvre, les moyens à prendre pour cette mise en oeuvre,
l'échéancier de celle-ci, l'impact souhaité par celle-ci et les mécanismes de
mesure de cet impact.
Les pratiques culturellement sécurisantes
doivent — et là, à 2, le sous-amendement souligne — établir
un partenariat avec les membres des Premières Nations et des Inuits, ainsi qu'une
communication efficace avec eux.»
L'amendement de M. le ministre indique
«favoriser le partenariat» et je suis, M. le Président, dans la même logique,
de vouloir encadrer davantage pour s'assurer qu'éventuellement, quand ce projet
de loi deviendra une loi, il y aura un cadre plus strict qui va faire en sorte
qu'on va s'assurer que Santé Québec va véritablement travailler.. Favoriser,
dans mon esprit...
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :S'il vous plaît! Parce que j'entends
beaucoup de voix de mon côté. Alors...
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :OK. Alors, M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Alors, bien, ce
que je disais, c'est que, pour moi, favoriser... Et je comprends le début de l'article,
hein, Santé Québec et tout établissement doivent développer. Mais favoriser un
partenariat, c'est : Bon, <on va essayer de faire quelque chose...
M. Morin :
...et
tout établissement doivent développer. Mais favoriser un partenariat, c'est :
Bon, >on va essayer de faire quelque chose puis, si ça ne marche pas,
bien, oups, ça ne marche pas. Établir, bien, c'est plus... c'est plus exigeant.
Et là vous pourrez me demander : Bien, pourquoi, pourquoi établir puis pas
autre chose? Bien, écoutez, parmi tous les groupes qui sont venus témoigner
puis qui ont pris le temps d'écrire des rapports, je tiens à souligner
l'excellent travail qui a été fait par la Commission de la santé et des
services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador, qui s'intitule :
Les Premières Nations au cœur du processus-pour une véritable
approche de sécurisation culturelle et de respect des droits fondamentaux.
• (17 h 20) •
Et, écoutez, moi, je me fie à eux, parce
que je me dis, dans leur travail, ils ont un réseau, c'est la Commission de la
santé et des services sociaux des Premières Nations, Québec, Labrador, ils ont
une expérience sur le terrain et ils ont pris la peine d'élaborer plusieurs
recommandations pour aider justement à la sécurisation culturelle. Et parmi les
recommandations, j'attire votre attention, M. le Président, sur la
recommandation 8, à la page 13, où, dans le mémoire, il y a une série
de recommandations que j'ai lues avec beaucoup d'attention et dont, évidemment,
je m'inspire, parce que ça dit, au fond... et ça commence d'une façon qui est
quand même claire, hein : «Nous ne pouvons que souligner de nouveau que le
projet de loi n'est pas le fruit d'une démarche d'élaboration conjointe avec
les Premières Nations.» Ça, c'est dans leur mémoire, ce n'est pas moi qui
l'invente, c'est clair, ça a le mérite d'être très clair. «Si tel avait été le
cas, une réelle approche de sécurisation culturelle aurait pu être élaborée.»
Et, quand on regarde la recommandation 8,
ils suggèrent des amendements à l'article 1 du projet de loi. Et,
justement, à 2, ils prennent la peine d'utiliser le mot «établir». Bon, ils
parlent des partenariats avec les représentants des Premières Nations, Inuits,
ainsi que mettre au point des mécanismes concrets visant une communication
efficace avec eux. Donc, je ne l'invente pas, là. Et moi, c'est ce que je vous
disais tout à l'heure, on est parti avec le projet de loi que le gouvernement a
déposé. On a demandé des consultations particulières, c'était essentiel. On a
eu un grand nombre de groupes qui sont venus nous expliquer ce qu'ils vivaient.
Et plusieurs ont dit que la consultation, ou bien il n'y en avait pas eu ou ce
n'était pas optimal. Et là, dans leur mémoire, on prend la peine, bien, de
dire, évidemment, que, pour eux, il n'y en a pas eu, mais ils nous suggèrent
des pistes de réflexion pour une réelle approche de sécurisation culturelle.
Puis parmi les recommandations qu'ils nous
font, ils prennent la peine de dire «établir des partenariats». Donc, ce n'est
pas moi qui l'invente, c'est clairement... c'est clairement indiqué. Et puis
moi, bien, comme parlementaire, je m'en inspire, parce que, comme je vous
disais ce que je veux faire avec le projet de loi, je veux sensibiliser le
gouvernement au fait que... Puis je reviens avec l'exemple que je vous donnais
tantôt, tu sais, on avait a, b, c, puis on continue, a, b, oups, on le met de
côté. Donc, ce qui nous reste, c'est d'essayer de mettre en place d'autres
éléments qui vont nous permettre d'avoir une véritable sécurisation culturelle.
Plusieurs groupes ont suggéré différents éléments, mais les modifications que
la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du
Québec et du Labrador propose, pour moi, j'y suis excessivement sensible. Je
trouve que ça a plein de bon sens.
Et donc c'est dans cette optique-là que je
propose le sous-amendement à l'amendement qui a été proposé par M. le ministre.
D'ailleurs, dans leur mémoire, la <Commission de la santé et des services
sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador...
M. Morin :
...à
l'amendement qui a été proposé par M. le ministre. D'ailleurs, dans leur
mémoire, la >Commission de la santé et des services sociaux des
Premières Nations du Québec et du Labrador prend bien la peine de le souligner,
à l'article 5, ils proposent des amendements spécifiques afin que l'objet
du projet de loi reflète une véritable approche de sécurisation culturelle. Et
là, ils font une référence à leur recommandation 8, recommandation 8 dont
je me suis inspiré pour présenter le sous-amendement sur lequel nous sommes en
train de discuter. Et ils prennent la peine de dire qu'au fond ces
amendements-là spécifiques vont permettre aux Premières Nations d'être
véritablement au cœur du processus.
Alors, moi, quand je lis ça, je ne peux
pas rester indifférent. Ce que j'essaie de faire, c'est de porter à l'attention
de M. le ministre des éléments qui, je pense, pourraient bonifier son projet de
loi, faire en sorte que, pour les Premières Nations et les Inuits, il y ait
véritablement une sécurisation culturelle. Donc, s'il y a une obligation
d'établir un partenariat, bien, ce que ça va faire, c'est que ça va forcer
Santé Québec à prendre l'activité au sérieux. Et ils vont devoir travailler,
bien sûr, activement pour être capables d'avoir ce partenariat-là.
Si j'étais arrivé tout seul avec l'idée,
peut-être qu'on pourrait me dire : Bien, écoutez, c'est peut-être trop
fort, ce n'est pas respectueux, c'est peut-être ce que les Premières Nations ne
demandent pas, finalement, ou ne veulent pas. Sauf que vu que ça vient du
mémoire de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières
Nations du Québec et du Labrador, bien, je me dis, c'est quand même une assise
qui, pour moi, est importante, et dont, je pense, logiquement et légitimement,
je peux m'inspirer.
Et ça oblige aussi... ça obligerait Santé
Québec et le gouvernement à prendre ces mesures-là véritablement au sérieux.
C'est important parce que, je le disais tantôt, l'ensemble, je pense, des
groupes qui sont venus nous voir, qui ont pris le temps de venir nous voir, et
je les remercie, nous on dit : C'est un pas, là. Il y en a qui ont dit :
C'est un très petit pas, d'autres qui ont dit : Ce n'est même pas un pas,
vous faites du surplace, mais il y a un essai. Bon. Mais je n'ai pas
entendu personne ou aucun groupe dire : Wow! c'est la trouvaille de la
décennie. Alors, moi, ce que j'essaie de faire, c'est de dire : Qu'est-ce
qu'on peut faire, nous, comme législateurs, pour faire en sorte que, quand ce
projet de loi là va être terminé, va sortir, quand les membres des Premières
Nations et des Inuits vont le regarder, ils vont dire : Oui, OK, ils ont
tenu compte de nos recommandations? En tout cas, il y a un travail qui a été
fait, qui est important, parce qu'on a véritablement un déficit de confiance
envers les Premières Nations et les Inuits avec le système de santé. Plusieurs,
plusieurs personnes nous l'ont dit, le réseau de la santé et des services
sociaux ne répondent pas à leurs besoins en tant que personne et plusieurs ont
une relation difficile avec le système, d'autres ont vécu de véritables
tragédies. Donc, moi, ce que j'essaie de faire aujourd'hui, M. le Président,
c'est de suggérer au gouvernement des mesures qui feront en sorte que non
seulement il y aura un développement avec des représentants des Premières
Nations, mais que ça va être fait en partenariat et qu'il va y avoir une
obligation pour le gouvernement au moins d'essayer d'en bâtir un. On verra ce
que ça donnera par la suite, mais c'est dans cette optique-là et en tenant
compte de ce qui est proposé par la <Commission de la santé et des
services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador...
M. Morin :
...là,
et en tenant compte de ce qui est proposé par la >Commission de la santé
et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador que je
suggère ce sous-amendement-là à l'amendement de M. le ministre. Je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Oui. Merci
beaucoup, M. le Président. En tout respect pour mon collègue qui parlait tout à
l'heure, si on parle en même temps, c'est parce qu'on essaie justement d'étudier
ce qu'il nous offre, faire des recherches dans les différentes lois, puis c'est
comme ça qu'on travaille ici. Puis je rebondis parce qu'il y a un terme qui m'a
accroché quand il a dit : Ce n'est pas la trouvaille de la décennie. Je
sais que c'est une image forte. Je vous dirais que c'est plus que ça, c'est un
geste de plus de 40 ans qui n'a jamais été fait, M. le Président, ce qu'on
fait aujourd'hui. Ça fait que ce n'est pas juste une trouvaille de la décennie,
c'est ce qui n'a jamais été fait, ce que jamais personne n'a voulu faire avant
nous.
• (17 h 30) •
Une fois que ça, c'est dit, M. le
Président, je comprends très bien ce que le collègue apporte, puis c'est pour
ça qu'on regardait, un, la définition stricte d'établir, puis, deux, je crois
qu'on doit lire, puis là on ne relira pas tout l'article, mais, à partir du
début, je vais vous le lire un petit bout, M. le Président, parce que je pense
que ça mérite tout son contexte :«Ainsi, Santé Québec et tout
établissement doivent développer avec des représentants des Premières Nations
et des Inuits, des mesures qui précisent des pratiques culturellement
sécurisantes qu'ils entendent mettre en œuvre.» Ça, M. le Président, pour l'intention
du... législateur, pardon, c'est le prérequis.
Si on descend plus loin : «Les
pratiques culturellement sécurisantes doivent», là, c'est les effets
recherchés, M. le Président. Et l'effet recherché, c'est de favoriser un
partenariat. Puis je comprends quand on fait référence au mémoire de la
CSSSPNQL... nous, ce qu'on regardait de notre côté, c'est que, le prérequis, on
demande à Santé Québec de le développer en partenariat, ça, ça va, mais de l'obliger
de venir dire que l'effet recherché, ils doivent être partenaires, c'est-à-dire
les Premières Nations doivent être partenaires avec l'établissement. Nous, on
veut le favoriser, c'est vrai, on veut... on veut que ça arrive. Puis le
collègue l'a bien dit tantôt, hein, il faut... il faut mettre tous les éléments
contraignants pour que les gens travaillent dans cette direction-là, mais on le
mettait dans le prérequis et non pas dans l'effet recherché, en se disant que
les Premières Nations, Inuits... puis tantôt le collègue l'a dit à plusieurs
reprises, il y a un déficit de confiance, puis il a raison, ça va se gagner
avec le temps.
Il y a des endroits qui font de très
belles choses. On a souvent parlé de ce qui s'est fait à Joliette, par exemple,
depuis la tragédie. Avant ça, il y a eu une panoplie de problèmes. Mais depuis
la tragédie, ils ont mis des choses en place. Le partenariat fonctionne bien.
Il y a une confiance qui s'est établie. Du jour au lendemain, on change de
directeur général, de directrice générale, et ça se peut que la confiance s'effrite
un petit peu et revienne plus tard. Ça ne s'oblige pas, on ne peut pas l'obliger.
Nous dans... l'effet recherché par le législateur, c'est de dire : Le
prérequis, ils doivent le développer avec, on veut favoriser un partenariat,
mais on ne peut pas l'obliger. Ça fait que je comprends l'effet recherché. Je
vous partage ma réflexion, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Ça va, je n'ai pas
d'autre intervention là-dessus.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur l'amendement du... le sous-amendement, pardon, du député de l'Acadie?
Non. Alors, OK. S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder à la
mise aux voix. Est-ce que le sous-amendement est adopté?
M. Morin : Vote par appel
nominal, s'il vous plaît.
Le Président (M.
Bachand) :Avec plaisir. M. le secrétaire,
s'il vous plaît.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Pour.
Le Secrétaire : M. Lafrenière
(Vachon)?
M. Lafrenière : Contre.
Le Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
Le Secrétaire : M. Asselin
(Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire : Mme Haytayan
(Laval-des-Rapides)?
Mme Haytayan : Contre.
Le Secrétaire : M. Lemieux
(Saint-Jean)?
M. Lemieux : Contre.
Le Secrétaire : Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques)
Mme Massé : Pour.
Le Secrétaire : Et M. Bachand
(Richmond)?
Le Président (M.
Bachand) :Abstention. Donc, le
sous-amendement du député de l'Acadie est rejeté. Donc, on revient à l'amendement
du ministre concernant l'article 1. Interventions? M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. J'ai un autre
sous-amendement. Est-ce qu'il a été envoyé dans le Greffier?
Le Président (M.
Bachand) :On va...
Une voix : Non, parce que
débat est allé plus vite que prévu.
M. Morin : Le débat est allé
plus vite...
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :...c'est ça.
Mme Massé : Si vous voulez,
pendant qu'il s'organise, moi, j'ai juste des questions, je n'ai pas d'amendement.
Le Président (M.
Bachand) :Allez-y, oui.
Mme Massé : On peut-tu faire
ça comme ça, André?
Le Président (M.
Bachand) :Avec plaisir. Allez-y.
Mme Massé : Oui? OK, parfait.
En fait, continuons la discussion, M. le ministre, sur différents éléments. Je...
parce que je ne veux pas surcharger le sous-amendement et machin truc. Le président
nous a dit que si, toutefois, vous acceptiez dans le 0.1 d'ajouter la dimension
linguistique à «culturelle et historique», je ne vais pas le faire, là, à
chaque fois, mais ça tombe sous le sens pour moi que, quand ça apparaît... Là,
il est présentement à... au premier, lorsque... bon : «Les pratiques
culturellement sécurisantes doivent prendre compte les valeurs...
17 h 30 (version révisée)
Mme Massé : ...culturellement
sécurisantes doivent prendre compte les valeurs, réalités culturelles,
linguistiques et historiques des membres des Premières... tu sais, on dirait
concordance dans mon livre à moi, là, mais c'est juste parce que... Puis je
suis... je suis d'accord que c'est la règle, mais moi, je veux juste m'assurer
avec vous que, quand on va y revenir, là, je pourrai les déposer rendus à ce
moment-là, mais... pour essayer de faire un package sur chacune... chacune des...
Bien. Bien, c'était... je voulais juste être sûre...
M. Lafrenière : Oui,
mais, M. le Président, j'aimerais répondre, j'aimerais répondre au micro, parce
que, depuis le début, ce qu'on tente de faire, c'est d'avancer différemment. Ça
fait que ça fait partie de ma réflexion puis je vais m'assurer qu'au moment où
je vous ferai le retour, je n'irai pas de façon pointue juste sur un article,
je vous dirai aussi... je vous partagerai ma réflexion sur l'ensemble de ce que
vous proposez. Comme ça on ne refera pas des réflexions à chaque fois, je vous
le dirai en bloc.
Mme Massé : Parfait. Je
vous remercie. C'était mon souhait, mon espoir. André, tu es-tu prêt? Si tu es
prêt, je suis prête à laisser la... Il est rentré. J'aurai d'autres choses à
raconter après ça.
Le Président (M.
Bachand) :Parfait. Alors, M. le député de
l'Acadie, pour un sous-amendement.
M. Morin : ...Donc, on y
va pour le sous-amendement. Donc... Alors, si j'ai la... la permission des
collègues, je ne le lirais pas au grand complet, mais je lirais ceci : À l'article 1,
Santé Québec et tout...
Le Président (M.
Bachand) : ...surtout, c'est ce que ça fait votre
sous-amendement. Donc, l'amendement remplace... À ce moment-là, ça évite...
Oui.
M. Morin : Parfait. Très
bien, M. le Président. Donc, au fond, à l'article 1, le sous-amendement à
4° se lirait... bien, en fait, celui qu'on a présentement, c'est : prévoir
l'élaboration de programmes de formation continue, rendre celle-ci obligatoire...
Le sous-amendement, et ce que ça va remplacer ou ce que ça va ajouter, c'est
ceci : prévoir l'élaboration de programmes de formation continue avec les
Premières Nations et les Inuit, rendre celle-ci obligatoire pour les
professionnels et le personnel du réseau de la santé et des services sociaux et
prévoir un mécanisme de vérification des acquis.
Donc, toujours dans la même logique, la
même optique. Et... et je comprends... je comprends que Santé Québec devra
développer avec les représentants des Premières Nations des pratiques
culturellement sécurisantes qu'ils entendent mettre en œuvre. Mais ici, ici, on
parle plus spécifiquement de programmes de formation continue. Et je pense que
s'il y a un... un domaine où, dans le cadre de la sécurisation culturelle, il
est important d'inclure les Premières Nations et les Inuits, c'est justement
dans l'élaboration de programmes de formation continue.
Des voix : ...
M.
Morin :Y a-tu du mouvement de votre côté? D'accord. Alors, je... je
continue...
M. Lafrenière : ...collègue.
Vous nous activez. On s'excuse... En mode solution.
M. Morin : Oui, bien, j'ai...
j'ai vu ça, là. C'est bon. Alors... et c'est... et c'est très important, parce
qu'il faut être capables de développer avec les représentants des Premières
Nations des programmes de formation. Il faut qu'ils soient partie prenante de l'exercice.
En fait, je dirais même qu'il faut qu'ils soient les premiers responsables, si
je peux m'exprimer ainsi, des programmes de formation continue. Si on veut que
ce soit pertinent... et je suis convaincu, surtout dans ce domaine-là, qu'il n'y
a pas... il n'y a sûrement pas, mettons, une... un style ou une formation qui
va s'appliquer à tout le monde. Il faudra, je pense, que ce soit du sur-mesure...
parce que les nations, il y en a 11, on en a parlé, et les Inuits ont des
réalités qui sont... qui sont différentes. Mais il m'apparaît important de
renforcer cet élément-là pour faire en sorte que ce soit véritablement fait
avec eux. Idéalement, <ça...
M. Morin :
...élément-là
pour faire en sorte que ce soit véritablement fait avec eux. Idéalement, >ça
pourrait être fait en codirection avec les Premières Nations et les Inuits, si
on veut s'assurer que les programmes de formation vont être totalement en lien
avec la réalité des Premières Nations, mais surtout, surtout qu'on va être
capables de faire en sorte que ça ait un impact puis que ce soit totalement
pertinent.
• (17 h 40) •
Parce que, dans le... le document... dans
l'amendement qui est proposé par M. le ministre, et à moins que je comprenne
très mal ou que je lise mal l'amendement, il est écrit : «Santé Québec et
tout établissement doivent développer avec des représentants des Premières
Nations et des Inuit, des mesures qui précisent les pratiques culturellement
sécurisantes qu'ils entendent mettre en oeuvre, les moyens à prendre pour la
mise en oeuvre, l'échéancier.» Puis, après ça, on dit : «Les pratiques
culturellement sécurisantes doivent...», et, quand on arrive à 4°, ça doit
«prévoir l'élaboration de programmes de formation continue, rendre celle-ci
obligatoire pour les professionnels du réseau de la santé et prévoir un
mécanisme de vérification.» Sauf que, quand on retourne à 1°, l'approche de
sécurisation culturelle envers les Premières Nations doit être développée avec
des représentants, mais, après ça, en tout cas, à moins que je lise très mal ou
que j'interprète très mal la modification ou l'amendement à l'article 1,
il n'y a absolument rien qui dit que les Premières Nations, par la suite, vont
être impliquées d'une façon spécifique dans la formation.
Puis, s'il y a quelque chose, M. le
Président, qui peut changer, qui peut apporter des changements, qui peut faire
en sorte qu'il y a des comportements qui vont changer, je crois fermement en
l'éducation puis je pense que la formation, c'est un élément qui est hyper,
hyper essentiel et qui va faire en sorte qu'on va être capables de déboulonner
des... des préjugés, des pratiques qui ne tiennent pas compte de la réalité des
Premières Nations. Mais, pour que ça, ce soit fait puis que ce soit pertinent,
bien, à mon avis, on ne peut pas avoir un mode de formation, un module de
formation, un module de cours qui va s'appliquer partout puis qui va faire en
sorte qu'on va espérer changer quelque chose. Personnellement, je vous le dis
sincèrement, je n'y crois pas, je n'y crois pas.
Alors, c'est la raison pour laquelle
j'apporte cet amendement-là particulièrement pour la formation continue, parce
que non seulement ça devrait être fait en codirection avec les Premières
Nations, mais il faudrait aussi que les membres des Premières Nations puis les
Inuits soient capables de donner la formation, parce qu'on veut la rendre
obligatoire pour les professionnels puis le personnel du réseau de la santé et
évidemment prévoir un mécanisme de vérification des acquis, et, dans le
mécanisme de vérification des acquis, il faut aussi que ce soit fait de concert
avec les Premières Nations et les Inuits. Enfin, il me semble que, s'il y a des
personnes qui sont capables de vérifier les acquis qui ont été appris pendant
ou à la suite de la formation puis de voir si ça a du bon sens, bien, il
faudrait que ce soient des membres des Premières Nations puis des Inuits.
Sauf que, quand on regarde l'amendement de
M. le ministre, on n'en fait pas état du tout, du tout. Il n'y a aucune
référence, aucune référence à ça. Et... et je pense que c'est quelque chose sur
lequel on doit... on doit réfléchir et qu'on doit... et qu'on doit carrément
ajouter, parce que — et je reviens à ce que j'ai dit — si
on veut véritablement parler de sécurisation culturelle, si on veut opérer un
changement, bien, il va falloir qu'il y ait des gens dans le réseau de la santé
qui travaillent conjointement avec des membres des Premières Nations puis des
Inuits. Je pense que c'est la seule façon dont on va être capables d'opérer un
changement, et...
Puis on revient toujours à mes... à mes
priorités, là, a) et b) ne sont plus là. Mais moi, je suis convaincu que, s'il
y a des programmes de formation continue où il y a des membres des Premières
Nations, où c'est fait en codirection avec eux ainsi que des Inuits, bien, moi,
je suis pas mal convaincu qu'ils vont être capables d'en <parler...
M. Morin :
...ainsi
que des Inuits, bien, moi, je suis pas mal convaincu qu'ils vont être capables
d'en >parler des... justement, des questions de racisme puis de discrimination
systémique. Parce que c'est comme ça qu'on va être capables de déboulonner ce
qui s'est fait et ce qui, malheureusement, peut se faire encore dans le réseau...
dans le réseau de la santé. Et puis c'est... il y a des progrès qui ont été
faits, il y a des prises de conscience qui ont été faites, mais il reste encore...
il reste encore beaucoup, beaucoup de travail à faire.
Et, quand je... je regarde, par exemple,
le mémoire qui a été présenté par le Collège des médecins du Québec, parmi
leurs recommandations, on demande, entre autres, au gouvernement, bon, de
reconnaître le Principe de Joyce, on en a parlé beaucoup, mais on recommande...
on veut aussi qu'il y ait «un accès équitable à des soins de qualité au sein du
réseau, dans le respect de leur savoir tout comme de leurs connaissances
traditionnelles et vivantes en matière de santé.» Alors, le Collège des
médecins utilisait le mot «vivantes», c'est leur recommandation 2. Alors,
si vous voulez opérer un changement, si vous voulez que, dans le réseau, il y
ait véritablement un changement de cap, moi, je pense que, particulièrement au
niveau de la formation continue, au niveau de la rédaction de la formation, de
la création des modules, vous devez le faire en codirection, conjointement avec
des Premières Nations et des Inuits, ils doivent être partie prenante du début
jusqu'à la fin, sinon vous n'allez pas opérer malheureusement de changement. Ça,
ça m'apparaît... ça m'apparaît bien, bien clair.
D'ailleurs, d'ailleurs, dans le mémoire du
Collège des médecins, la recommandation 4 disait, dans des mots un peu
différents, mais on comprend l'idée, que soit révisée, avec des représentants
autochtones, la formation sur les réalités culturelles et historiques des Autochtones
pour y enrayer les biais idéologiques, ce à quoi j'ai fait référence plus tôt, les
stéréotypes qui perpétuent les inégalités de pouvoir et pour qu'il y soit
enseigné de réelles notions de soins sensibles aux traumatismes. Et je trouve
ça important de le souligner, la recommandation 4, parce que, d'abord, ça vient
du Collège des médecins et, on le sait, c'est documenté maintenant, il y a des
gens qui en ont témoigné justement à cause de biais, à cause de stéréotypes. Il
y a des femmes autochtones qui sont allées dans des centres hospitaliers au
Québec et qui sont ressorties alors qu'elles allaient là pour accoucher... mais
elles n'ont jamais eu leurs enfants avec elles. D'ailleurs, le projet de loi 79
est un... est un projet de loi important, on travaille avec le comité de suivi
pour essayer, évidemment, de réparer... c'est un mot qui est trop faible, mais,
enfin, faire en sorte qu'il y ait des démarches qui soient faites pour essayer
de... de retrouver ces enfants disparus. Donc, c'est... c'est hyper important.
Donc, quand le Collège des médecins nous
parle d'enseigner de réelles notions de soins sensibles aux traumatismes, c'est...
je pense que c'est hyper pertinent quand on a des femmes autochtones qui ont
accouché dans des hôpitaux et qui sont ressorties sans leur consentement à la
ligature des trompes, qui n'ont pas pu avoir d'enfant. Ça s'est passé au
Québec, M. le Président. Puis ça ne s'est pas passé au Québec il y a
100 ans, là. Ça s'est passé au Québec récemment. Donc, c'est vous dire...
c'est vous dire tout le chemin qu'on a à faire, puis c'est vous dire aussi...
c'est l'importance, finalement, du projet de loi qu'on est en train de
travailler pour parler de sécurisation, mais... mais je suis convaincu qu'au
niveau de la formation il faut le dire, il faut le dire clairement, il faut le
dire expressément, ça doit être fait avec les Premières Nations et les Inuits.
Puis ils doivent aussi participer aux mécanismes de vérification des acquis. Il
n'y a pas d'autre... il n'y a pas d'autre façon de le faire. Et... et
d'ailleurs, c'est intéressant, parce que la recommandation 5 du Collège
des médecins <disait...
M. Morin :
...Et...
et d'ailleurs, c'est intéressant, parce que la recommandation 5 du Collège
des médecins >disait que «le texte de loi soit revu de concert avec les Autochtones
et les populations fragilisées, nous assurant ainsi de leur participation
active tout au long de la mise en application de la loi.» Donc, au fond, ce que
j'essaie de faire avec le sous-amendement, c'est de... d'une façon plus
tangible, plus explicite, concrètement, faire vivre la recommandation 5 du...
du mémoire du Collège... du Collège des médecins. Et ça, je pense que c'est...
c'est important, puis il faut... il faut en tenir compte, il faut en tenir
compte.
• (17 h 50) •
Quand vous regardez le mémoire de Femmes autochtones
du Québec, c'est... c'est la même chose. On nous... on nous dit... on cite
plusieurs témoignages de personnes qui ont vécu une forme de discrimination au
sein du réseau de la santé, donc : Qui sont les mieux placés pour faire en
sorte que, surtout dans le domaine de la formation continue, elle soit faite
d'une façon qui est pertinente, qu'elle soit donnée puis qu'après ça elle soit
vérifiée, si ce n'est que par les populations autochtones, les membres des Premières
Nations et des Inuits?
Alors, c'est la raison pour laquelle je
propose ce sous-amendement-là, parce que je pense que, si on veut que la loi
ait vraiment un impact, c'est un sous-amendement, je pense, qui est important,
et... et il faut véritablement que ce soit fait en construction avec eux, sinon
je pense qu'on rate... on rate complètement... on rate complètement le bateau.
Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député. M.
le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Oui,
merci beaucoup, M. le Président. Et j'aimerais commencer avant même d'embarquer
sur la partie plus légale, plus pointue de ce qu'on fait aujourd'hui... juste
de confirmer à mon collègue que je suis en total accord avec lui. La formation
doit être développée avec les Premières Nations et les Inuits. Puis la question
que je veux adresser avec lui, ce n'est pas de savoir si je suis d'accord,
parce que je suis d'accord puis on est tous d'accord, c'est de voir comment
légalement l'article est bâti. Je vais faire une première lecture, puis, si
vous me permettez, M. le Président, on va suspendre un instant, parce qu'on avait
commencé un échange puis je trouvais que ça perdait un petit peu... Je ne
pouvais pas tout le temps écouter mon collègue puis je n'aimais pas ça.
Alors, je vais vous dire ma première réflexion.
Quand on revient... puis ça revient un petit peu à la réflexion qu'on a eue
tantôt, quand on revient au début de l'article, quand on dit : «Ainsi,
Santé Québec et tout établissement doivent développer avec des représentants
des Premières Nations et des Inuit, des mesures qui précisent les pratiques
culturellement sécurisantes», l'intention du législateur, c'est de venir dire :
Ils doivent travailler avec les Premières Nations et les Inuits. On a commencé
comme ça et, par la suite, on met une série de mesures.
Je veux aussi, avant de prendre ce petit
instant, rassurer les gens qui nous écoutent en se rappelant que le guide de
sécurisation culturelle a été coconstruit avec des partenaires des Premières
Nations et des Inuits. C'est important, la formation. On a même la liste des
partenaires, c'est un cas. Mais là ce que je veux m'assurer avec le groupe,
puis pour les... le bénéfice des gens qui nous écoutent à la maison... juste
voir comment ça va être interprété dans le futur quand nous ne serons plus
autour de la table puis ce sera d'autres personnes qui vont le mettre en
application. On veut s'assurer que ça veut dire la même chose.
M. Morin : ...
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de l'Acadie, oui.
M. Morin : ...avant...
avant la suspension, là, parce que l'élément de formation continue fait aussi
référence à un mécanisme de vérification des acquis. Et... et j'avais aussi des
questions là-dessus. Ça veut dire quoi concrètement? Qui va le faire? Parce
que, pour moi, il faut que ce soit fait par des membres des Premières Nations
et des Inuits, de concert avec, bon, d'autres... d'autres personnels du réseau
de la santé. Mais... mais j'aimerais ça aussi qu'il y ait une précision, et
là-dessus... Puis c'est la raison pour laquelle, entre autres, avec l'ajout, le
sous-amendement que je vous propose, je veux m'assurer qu'ils vont être là du
début jusqu'à la fin. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Alors, avec votre
accord, on va suspendre quelques instants. Merci beaucoup. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 53)
18 h (version révisée)
(Reprise à 18 h 07
)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Puis pendant le... le bref... la brève pause qu'on a
eue ensemble, ça nous a permis d'échanger, et j'aimerais, pour le bénéfice des
gens qui nous écoutent, pour le bénéfice de mes collègues, qu'on puisse
entendre notre légiste, s'il vous plaît, M. le Président. Et par la suite, j'ai
une spécialiste en formation qui va pouvoir nous éclairer aussi.
Le Président (M.
Bachand) :Allez-y, maître, s'il vous
plaît.
Mme Dumas-Legendre
(Hélène) :...l'article 1, c'est un
article qui a beaucoup de substance, et d'emblée, au deuxième alinéa, on met un...
le... un des messages les plus importants et qui englobe l'ensemble du contenu
de l'article 1, c'est-à-dire l'obligation que Santé Québec développe avec
les Premières Nations et les Inuits, quoi? Les pratiques... culturellement
sécurisantes, lesquelles doivent contenir tout ce qui est énuméré. Donc, tout
ce qui est dans l'énumération est incluse... est inclus dans les pratiques, qui
sont incluses dans l'obligation de développer avec les Premières Nations et les
Inuits.
Dans ce contexte-là, le répéter dans un
des éléments de la citation pourrait entraîner l'effet pervers de... d'amener
le lecteur, celui qui interprète puis qui veut appliquer la loi, à se
questionner sur le fait qu'on le précise là, alors que c'était précisé déjà en
haut de manière plus globale pour l'ensemble de l'article. Donc là, le lecteur,
celui qui applique la loi, va se dire : Est-ce que ça... cette
répétition-là risque de me faire comprendre que ce n'était pas tout à fait l'intention
du... pardon, du deuxième alinéa, alors que c'est clairement dit au deuxième
alinéa aussi? C'est souvent l'effet pervers de ce genre de répétition là, et on
veut éviter ce... une mauvaise interprétation de la loi à cause de cette
répétition-là.
Le Président (M.
Bachand) :...
M. Lafrenière : ...M. le
Président. Je trouve ça intéressant pour notre réflexion pour la suite des
travaux, tout en comprenant, puis on se l'est dit plus tôt, que des fois on
fait des choses <qu'on...
M. Lafrenière :
...tout
en comprenant, puis on se l'est dit plus tôt, que des fois on fait des choses
>qu'on ne fait pas d'habitude. Puis ce n'est pas parce qu'on ne le fait
pas d'habitude qu'on ne le fait pas là, mais je trouvais que c'était important
de l'entendre. Et, sur le même sujet, j'aimerais qu'on entende une spécialiste
en formation, M. le Président, avec le consentement de mes collègues des
oppositions.
Le Président (M.
Bachand) :...
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Bachand) :Donc, OK, je vous invite d'abord
à vous identifier, s'il vous plaît. Merci beaucoup.
Mme Lemay (Marie-Élaine) : Merci,
M. le Président. Je m'appelle Marie-Élaine Lemay, je suis coordonnatrice de l'implantation
de... de la sécurisation culturelle dans les établissements du réseau de la
santé et des services sociaux pour la Direction des affaires autochtones du
ministère de la Santé et des Services sociaux.
• (18 h 10) •
Donc, en réponse au député de l'Acadie,
pour votre information, la formation de sensibilisation aux réalités
autochtones, qui est obligatoire actuellement pour l'ensemble du personnel du
réseau de la santé et des services sociaux, a été initialement commanditée par
le <i>secrétariat aux relations aux Premières Nations et Inuit et le ministère
de la Justice du Québec qui ont gracieusement offert au ministère de la Santé
la possibilité de la diffuser auprès de son personnel. Et le processus de
création de cette formation-là implique de nombreuses personnes autochtones, de
nombreuses organisations autochtones. La proposition qui a été retenue, c'est
celle de Laurie Guimond, de l'UQAM et de Nicole O'Bomsawin, qui avait aussi
reçu l'aval de plusieurs organisations autochtones, là, je vous en... je vous
en nomme quelques-unes, dont l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador,
le Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, Femmes autochtones du Québec, l'Institut
Tshakapesh, l'Institution Kiuna, Kativik Ilisarniliriniq.
Ensuite, Mme O'Bomsawin s'était rendue
dans plusieurs communautés autochtones du Québec pour mener des entretiens avec
des personnes connues et impliquées dans leurs communautés. Les contenus de
formation ont été soumis à un comité consultatif autochtone composé des organisations
autochtones suivantes : l'institut Avataq, le Grand Conseil des Cris,
Femmes autochtones du Québec, le Regroupement des centres d'amitié autochtone
du Québec, l'institution Kiuna, l'Institut Tshakapesh et le Conseil de la
nation atikamekw.
Donc, cette formation-là, au départ, elle
a été diffusée dans le réseau de la santé dans le contexte du décès de Mme Joyce
Echaquan, où il y avait urgence d'offrir à l'ensemble du personnel du réseau
une formation de base pour être sensibilisé aux réalités autochtones. L'intention
du ministre Dubé, quand il s'est engagé à faire cette formation-là, c'était
vraiment de sensibiliser les gens et non pas d'imposer une formation unique à
tout le monde. Sur le terrain, les établissements avaient aussi créé des
formations avec leurs partenaires locaux et régionaux. Je pense entre autres au
CISSS de l'Abitibi-Témiscamingue qui avait créé une formation avec l'UQAC,
entre autres, et des partenaires autochtones. Il y a également aussi la <i>régie
régionale de la santé du Nunavik, le conseil cri.
Donc, plusieurs organisations autochtones avaient
déjà leur formation, qui était soit équivalente ou même avait des niveaux
supérieurs, donc plus poussés de formation. Donc, ces organisations-là ont pu
continuer de suivre ces... leur propre formation qui était peut-être plus
adaptée au niveau local, avec les nations qui sont desservies sur le territoire.
Donc, voilà, il y avait aussi cette possibilité-là.
Pour les établissements qui n'avaient pas
de formation, bien, bien sûr, la diffusion de la formation Sensibilisation
aux réalités autochtones répondait à un besoin de pouvoir répondre
rapidement au personnel, donc, pour avoir cette formation-là. Cette
formation-là de base, elle n'était pas élaborée pour le personnel du réseau de
la santé et des services sociaux. C'était une formation qui s'adressait à la
fonction publique. Elle était d'une durée de 7 heures, et, dans le
contexte de la COVID-19, vous comprenez que libérer le personnel pour une durée
de 7 heures, c'était très complexe pour les établissements du réseau.
Donc, c'est 1 h 30 qui a été retenue. Donc, c'est un... le module...
l'introduction, le chapitre I et le chapitre VI de formation qui ont été
retenus comme étant la formation obligatoire pour le personnel du réseau, et
les autres modules de formation de la... ont été rendus disponibles pour les
gens qui voulaient plus pousser leurs connaissances.
Ensuite, comme la formation n'était pas...
elle n'était pas élaborée pour les établissements du réseau de la santé, il a
été convenu par le ministère de la Santé, avec des partenaires autochtones, des
établissements du réseau, des instituts d'expertise, de confier au CIUSSS du Saguenay—Lac-Saint-Jean
un mandat d'élaborer un module complémentaire de formation de sensibilisation,
qui a été élaboré avec un groupe de travail composé de plusieurs partenaires
autochtones et aussi avec des experts de contenu autochtone. Je vais vous
sortir une liste. Excusez-moi, je dois... De mémoire, je vais y aller de
mémoire, je vous la sortirai après. Il y avait... excusez... excusez mon petit
délai...
M. Morin : ...les
informations.
Mme Lemay (Marie-Élaine) : Bien,
je vais <vous...
Mme Lemay (Marie-Élaine) :
...excusez
mon petit délai...
M. Morin :
...les
informations.
Mme Lemay (Marie-Élaine) :
Bien,
je vais >vous donner les partenaires exacts. Donc, dans nos formations,
en fait, je vais... je vais vous le spécifier, on travaille toujours avec des
établissements du réseau de la santé, des partenaires Premières Nations et Inuits,
on essaie d'avoir une représentation différente, donc les réalités urbaines,
les réalités des communautés, on essaie d'avoir différentes nations autour d'une...
de la table, on essaie de représenter les réalités inuites, les réalités des
Premières Nations. Donc, on essaie d'avoir des groupes diversifiés. Donc, c'est...
c'est ce qui est souhaité, mais, bien sûr, on va avec les partenaires qui sont
disponibles, qui sont intéressés à travailler avec nous.
Le Président (M.
Bachand) :...M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui, merci.
Merci beaucoup, M. le Président. Écoutez, je pense que ça nous aide, comme le
collègue l'a dit, à comprendre ce qui se fait dans la formation. Mais il y
avait une autre question que le collègue a amenée tout à l'heure, avec la
vérification des acquis, et ça, il y a un test à la fin, comme on voit souvent
dans des... dans des formations en ligne. Il y a un test pour s'assurer que les
gens n'ont pas juste été présents, mais qu'ils ont vraiment écouté et acquis
des compétences. Ça, c'est important.
L'autre chose que j'aimerais mentionner,
on a parlé de formation de base, puis je veux remercier la collègue qui nous a
fait bénéficier de cette connaissance-là, près de 310 000 personnes
du monde de la santé qui l'ont reçue, M. le Président, mais c'est une base,
puis on l'a dit tantôt. Puis j'ai l'exemple, je connais bien la personne qui
était là à Joliette, où une formation maison qui a été développée. Puis il y a
d'autres... il y a d'autres établissements qui ont développé des formations
maison aussi en addition, puis ça a été fait avec les Premières Nations, les
Inuits. C'est ce qui est souhaité, c'est ce qui est souhaitable.
Et je l'ai déjà dit, je vais le redire à
ce micro, pour moi, une formation, ce n'est pas un vaccin. On ne fait pas une
formation une fois dans notre vie puis on est correct pour toute notre carrière.
C'est pour ça qu'on parle de formation continue. Et, comme dans le préambule on
parlait de le développer avec les Premières Nations, les Inuits, de le
travailler ensemble, c'est clair que les formations, les suivis, les modes de
suivi... Parce que là je parlais d'un test à la fin de la formation en ligne,
mais on va aller beaucoup plus loin que ça. Est-ce qu'un établissement de santé
avec ses partenaires autochtones pourrait décider de regarder comment...
comment les gens reçoivent ces soins-là? Parce qu'ils ont beau... le personnel
de la santé a beau avoir réussi à 95 %, comment, dans le quotidien, ça
s'interprète, comment ça fonctionne? On veut que les établissements le
développent avec des partenaires autochtones pour aller valider comment ça se
passe sur le terrain, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Alors, d'abord, merci, madame, pour les informations que... les
renseignements que vous avez partagés avec nous. Maintenant, j'ai peut-être mal
compris, mais je pense qu'à un moment donné vous avez souligné que c'était un
cours de base ou un cours de sensibilisation, est-ce que j'ai bien compris?
Mme Lemay (Marie-Élaine) : Effectivement,
vous avez bien compris. Par contre, la formation obligatoire et le module
complémentaire dont j'ai parlé, ce n'est qu'une étape dans ce qu'on appelle un
continuum de formation continue. L'intention, c'est de créer d'autres
formations qui s'adresseraient cette fois-ci plus spécifiquement aux
professionnels, aux intervenants qui travaillent directement auprès de la
population des Premières Nations et des Inuits, et qui serait vraiment plus
poussée, donc, des concepts vraiment de sécurisation culturelle cette fois-ci,
mais aussi de faire de la formation pour les gestionnaires, la haute direction,
afin qu'ils soient capables d'implanter la sécurisation culturelle, de faire
des changements au niveau de la structure, au niveau de l'organisation. Donc,
on souhaite vraiment que tout le monde dans le réseau soit formé. Donc, de la
sensibilisation pour l'ensemble du personnel, mais du plus poussé pour d'autres
types de professionnels et les gestionnaires.
M. Morin : Merci. Merci
beaucoup. En fait, vous avez probablement deviné un peu où je m'en allais.
D'ailleurs, vous l'avez évoqué dans votre réponse. Ici, on parle de
sécurisation culturelle, on ne parle pas de sensibilisation, et, pour moi, il y
a une grosse... il y a une grosse différence entre les deux. Je comprends que
la sensibilisation qui a été donnée, je pense, vous avez mentionné, c'était à
plusieurs fonctionnaires de différents ministères et non pas nécessairement ou
spécifiquement au personnel soignant dans des établissements de santé. Est-ce
que je me trompe ou...
Mme Lemay (Marie-Élaine) : La
formation de sensibilisation concerne l'ensemble du personnel, incluant le
personnel soignant.
M. Morin : OK. Parfait.
Maintenant, la sécurisation culturelle, je comprends que là vous n'êtes
peut-être pas rendus là, est-ce que je me trompe?
Mme Lemay (Marie-Élaine) : On
va... on va y parvenir, mais on n'est pas encore tout à fait rendus à ces
formations-là, effectivement.
M. Morin : D'accord. Parce
que vous comprendrez... puis je vous remercie pour les renseignements, les
informations, mais moi, ce qui m'intéresse maintenant, c'est la sécurisation
culturelle. Et en fait je trouve encourageant la mécanique que vous nous avez
décrite, en fait, la consultation puis même l'implication que vous <avez...
M. Morin :
...la
mécanique que vous nous avez décrite, en fait, la consultation puis même
l'implication que vous >avez fait des communautés autochtones, vous les
avez écoutées, ils ont participé. Maintenant, pour la sécurisation culturelle,
parce que la... c'est ça. Alors, moi, c'est ça qui m'intéresse particulièrement.
Et ce que je veux savoir, c'est que je veux m'assurer que, dans ce projet de
loi là, quand il va devenir une loi, ça va être fait en codirection avec les
Premières Nations et les Inuits. J'ai très bien compris ce que maître nous a
expliqué avec l'interprétation législative. C'est vrai que ça pourrait être un
résultat.
• (18 h 20) •
Bien, par contre, le mentionner une
deuxième fois, ça pourrait être aussi... une interprétation possible pourrait
être aussi de dire que le législateur, il insiste vraiment que ce soit fait
avec eux autres, parce qu'il prend la peine de le dire spécifiquement une
deuxième fois. Alors, il n'y a pas nécessairement un... toujours un conflit
entre les deux. Et je comprends que, les programmes de sécurisation culturelle,
vous ne les avez pas encore, en fait la formation n'est pas encore vraiment
commencée. Vous vous en allez vers ça.
Donc, moi, avec mon sous-amendement, ce
que je veux m'assurer, c'est que les Premières Nations et les Inuits vont être
partie prenante de l'élaboration des programmes, parce que là on parle... on ne
parle pas juste de sensibilisation. Et, comprenez-moi bien, le fait qu'il y a
eu une sensibilisation, c'est important, c'est... il faut commencer quelque
part, mais, pour moi, la sécurisation culturelle, c'est quelque chose qui est
beaucoup plus développé, qui va plus loin. Et là c'est là qu'on en est rendus.
Alors, ça, c'est une chose.
Alors, peut-être, puis je le dis avec
humilité, peut-être que mon sous-amendement n'est pas parfait. Il y a peut-être
une suggestion que vos légistes pourraient nous faire, mais vous comprenez
l'intention, vous comprenez ce que je recherche. Et j'ai une question pour
vous, M. le ministre. Oui, il y a une vérification des acquis, vous nous avez
dit que ça se faisait par un moyen électronique. Qu'est-ce qui arrive quand la
personne échoue le test, deux, trois fois? Y a-tu des conséquences, elle refait
le test? Qu'est-ce qui arrive?
Le Président (M.
Bachand) :...
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. Ça me rappelle mes années scolaires, non pas parce que j'ai dû
redoubler, mais c'est une possibilité. Alors, si on ne le réussit pas, on le
refait, premièrement.
Deuxièmement, je veux juste revenir sur ce
que j'ai dit tout à l'heure, pour moi, c'est une base. Puis je suis d'accord
avec le collègue, je veux dire, la sensibilisation, c'est un début, le vœu
souhaité, c'est la sécurisation culturelle. Alors, ça va prendre plusieurs
formations. Et, nous, ce qu'on veut encourager, c'est... Puis c'est pour ça
qu'on a donné des exemples depuis tout à l'heure, ça se fait déjà dans le
réseau, je trouve ça encourageant, mais on veut que ce soit développé
localement avec les nations que les établissements desservent. Puis c'est ce
qu'on a fait. Joliette en a fait beaucoup plus. Sept-Îles, la Côte-Nord ont
développé d'autres choses. Alors, on veut vraiment que ce soit développé. Et, dans
chacun des cas, c'est développé avec les Premières Nations. Pour nous, la façon
qui est écrite, on veut le développer comme ça. Je comprends très bien ce que
le collègue veut envoyer comme message, puis c'est pour ça que ça fait partie
de notre grande réflexion globale. J'ai bien compris le message.
Le Président (M. Bachand) :...49 secondes, M. le député.
M. Morin : Oui, très bien.
Très bien, je vous remercie. Donc... Alors, quand vous dites que, dans le
réseau, il y en a qui ont commencé, ils ont commencé de la sécurisation
culturelle ou de la sensibilisation culturelle?
M. Lafrenière : Oui. On forme
les gens, on les sensibilise pour obtenir la sécurisation culturelle... je
comprends ce que le collègue veut dire. Je pense que...
M. Morin : Bien, c'est parce
que madame nous disait qu'au niveau de la formation pour la sécurisation
culturelle, vous n'êtes pas rendus là. Par la suite, vous avez dit que, dans
des réseaux ou dans certains établissements, il y a de la formation, et ils ont
mis en place des modules de formation qui traitent de la sécurisation
culturelle... ou si c'est un module de sensibilisation?
M. Lafrenière : Je comprends
mieux la question. Merci, cher collègue. Notre vœu, ce qui a été exprimé, c'est
très clair, puis je pense qu'il y a plusieurs groupes qui nous l'ont dit, ce
n'est pas à nous d'évaluer si les gens se sentent en sécurité. Puis c'est pour
ça qu'on met des mécanismes dans ce qu'on présente aujourd'hui, des mécanismes
d'évaluation pour que les gens nous disent s'ils se sentent en sécurité
culturelle. Puis, si vous regardez le deuxième paragraphe, quand on dit, on doit
développer «avec» les représentations des Premières Nations, des Inuits, comme
je disais tout à l'heure, ils doivent le faire avec eux. Et, par la suite, on
s'en va voir, on dit «adapter l'offre de service, prévoir l'élaboration de
programmes de formation et la vérification d'acquis». La vérification d'acquis,
ça peut être d'autre chose que le fameux test qu'on disait tantôt de façon
électronique. Ça peut être de voir avec des usagers comment ils se sentent, et
tout. Alors, pour nous, ça fait partie de la panoplie de vérifications qui peut
être faite.
M. Morin : Oui, d'accord, mais...
mais, quand on parle de mesures ou de mettre en œuvre des moyens à prendre,
quand on dit qu'il doit y avoir une approche de développée et que ça doit être
fait au niveau de la formation... Je comprends quand vous dites que, pour <évaluer...
M. Morin :
...et que
ça doit être fait au niveau de la formation... Je comprends quand vous dites
que, pour >évaluer la façon dont c'est reçu, bien, effectivement, il
faut demander aux usagers, parce que c'est eux qui sont en mesure de nous
témoigner si ça ne fonctionne pas, mais ces programmes-là de formation, ils
sont... ils sont déjà entamés, ou ils vont l'être, ou... Quel est votre plan?
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Lafrenière : C'est pour ça
qu'on demande dans l'article que... qu'il y ait un plan et que le plan soit
développé avec les Premières Nations et les Inuits. On veut vraiment qu'ils
fassent partie de cette décision-là. On ne va pas nous-mêmes le décider. Et si
vous me demandez : Est-ce qu'il y a déjà des formations qui se donnent sur
le terrain? La réponse, c'est oui. Et la formation qui se donne sur le terrain
tient compte des réalités locales. Je reviens à l'exemple de Joliette, mais il
y en a une panoplie, d'exemples, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Morin : Bien, écoutez,
moi, je pense que le sous-amendement que je vous propose, en tout cas sûrement,
est très clair et permet de clarifier, puis de s'assurer, puis en tout cas de
lancer un message clair à l'effet que ça ne peut pas être fait sans la présence
des Premières Nations et des Inuits. Moi, c'est le message que je veux envoyer.
Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Oui, merci. En
fait, sur le même amendement, moi, je comprends tout à fait la préoccupation de
mon collègue, et c'est d'ailleurs pourquoi j'avais déposé le sous-amendement
pour aller plus loin que «avec», mais bien «élaborer conjointement», ce qui
permettait de... ramasser tout ce qui est dans le premier paragraphe. Je ne
sais pas si on appelle ça comme ça, mais à partir de «ainsi Santé Québec, et
tout établissement doivent...», j'ai proposé «élaborer conjointement avec
les représentants des Premières Nations et des Inuit», des mesures, des
pratiques, les mettre en œuvre, prendre des moyens, faire un échéancier,
l'impact. Mais je voulais que vous m'assuriez que ça inclut la formation, je le
sais, c'était là, moi, la... Alors donc, j'aimerais vous entendre là-dessus, mais
je sais que vous me ne direz pas : Oui, Manon, on prend tout de suite...
que vous avez des réflexions à... tout ça, mais pour moi, le... développer...
l'«élaborer conjointement» incluait la question de la formation.
Et, M. le Président, je ne sais pas si ça
se fait, considérant que c'est... ce n'est pas le ministre comme tel, mais
notre spécialiste en formation a référé un document dans lequel il y a un
ensemble de... J'aimerais ça s'il pouvait déposer ce document-là, je
l'apprécierais beaucoup.
M. Lafrenière : ...
Le Président (M.
Bachand) :Alors, s'il n'y a pas de
problème de... juste l'envoyer au secrétariat de la commission, ici, puis ce
sera distribué auprès des membres. Merci beaucoup.
Mme Massé : Merci, c'est
gentil.
Le Président (M.
Bachand) :Donc, M. le ministre, sur...
M. Lafrenière : En deux
secondes, j'ai bien aimé ce que la légiste nous a dit tantôt, nous a fait
comprendre le système des poupées russes, alors la plus petite est incluse dans
l'autre. C'est comme ça que je l'ai compris.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur le sous-amendement? Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Non, mais
j'aurais une autre intervention.
Le Président (M.
Bachand) :Allez-y, allez-y.
Mme Massé : OK. Je... en
fait, puisque le temps va nous filer, j'aimerais ça, M. le ministre, savoir...
bien non, ce n'est pas sur le sous-amendement, M. le Président.
M. Lafrenière : ...
Mme Massé : Oui, réglez ça.
Le Président (M.
Bachand) :Alors, est-ce qu'il y a
d'autres... interventions sur le sous-amendement? S'il n'y a pas d'autre
intervention, on va procéder à la mise aux voix.
M.
Morin :
...
Le Président (M.
Bachand) : Et par appel nominal, avec plaisir. M. le
secrétaire, s'il vous plaît.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Pour.
Le Secrétaire : M. Lafrenière
(Vachon)?
M. Lafrenière : Contre.
Le Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
Le Secrétaire : M. Asselin
(Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire : Mme Haytayan
(Laval-des-Rapides)?
Mme Haytayan : Contre.
Le Secrétaire : M. Lemieux
(Saint-Jean)?
M. Lemieux : Contre.
Le Secrétaire : Mme Massé
(Sainte-Marie–Saint-Jacques)?
Mme Massé : Je m'abstiens.
Le Secrétaire : Et M. Bachand
(Richmond)?
Le Président (M.
Bachand) :Abstention. Donc, le
sous-amendement est rejeté. Donc, Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques,
s'il vous plaît.
Mme Massé : Oui, M. le
ministre, j'aimerais savoir pourquoi, au 5.a, lorsqu'il est question d'embauche
du personnel des Premières Nations et du personnel inuit, vous avez évacué
l'idée d'une proposition qui était, ma foi, ô combien importante, du CSSS, qui
incluait aussi les gens de la direction et dans les postes de décision. Et je
me demandais pourquoi ça... pourquoi ce n'était pas là, puisque même le Protecteur
du citoyen est venu nous rappeler que, lorsque c'est dans l'ensemble de
l'organisation, et je... Et c'est déjà dans les guides de sécurisation
culturelle, il ne faut pas que ce soit juste au niveau du service, il faut
aussi au niveau de la direction puis des dirigeants.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Lafrenière : M. le
Président, je sais que ma collègue avait un deuxième sujet qu'elle voulait...
avec le consentement...
Mme Massé : Je vous le
garroche...
M. Lafrenière : ...si vous
voulez le garrocher, comme vous dites si gentiment, ça va nous aider dans notre
<réflexion...
M. Lafrenière :
...si
vous voulez le garrocher, comme vous dites si gentiment, ça va nous aider dans
notre> réflexion ce soir, M. le Président.
Mme Massé : OK... la question
du régime des plaintes, en fait, au PL n° 15, on a voulu faire intégrer
les langues autochtones. Ils nous ont dit : Non, c'est au PL n° 32. Puis
là, en fait, dans votre petit point b, je ne vois pas... je... Tout le monde
reconnaît que c'est difficile pour les autochtones d'avoir accès... bien,
d'utiliser les services, si je peux dire ainsi, du régime d'examen des
plaintes, mais... Voilà, c'est la question des langues, en fait, qui est problématique.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Juste avant de passer la
parole au ministre, M. le député de l'Acadie, rapidement.
M. Morin : Sur la question de
l'embauche et des cadres, on a envoyé un sous-amendement, donc il est déjà dans
le Greffier, alors pour aider les réflexions de M. le ministre. Et, pour les
plaintes, j'aurai aussi des commentaires éventuellement.
Le Président (M.
Bachand) :Parfait. Merci beaucoup. Et,
compte tenu de l'heure, la commission ajourne ses travaux au
mercredi 18 septembre 2024, à 11 h 15, où elle va
entreprendre un autre mandat. Merci, belle soirée.
(Fin de la séance à 18 h 30)