(Onze
heures vingt-cinq minutes)
Le Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! Bon matin à tout le monde. Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques du projet de loi n° 67, Loi modifiant le Code des professions
pour la modernisation du système professionnel et visant l'élargissement de
certaines pratiques professionnelles dans le domaine de la santé et des
services sociaux.
Avant de débuter, M.
le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Asselin
(Vanier-Les Rivières) est remplacé par M. Allaire (Maskinongé); Mme Maccarone
(Westmount—Saint-Louis)
est remplacée par Mme Caron (La Pinière); M. Zanetti
(Jean-Lesage) est remplacé par M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Ce matin,
nous allons entendre deux groupes, donc, l'Ordre des ingénieurs du Québec, mais
il me fait plaisir de débuter avec les représentants et représentantes du Barreau
du Québec. Bienvenue. Je vous disais à la blague : Mais on est contents de
vous re-re-revoir à la Commission des institutions. Donc, Mme la bâtonnière, je
vous laisse la parole. À vous.
Barreau du Québec
Mme Claveau (Catherine) : Merci. Alors, merci, M.
le Président. Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, Mme la présidente de l'Office des professions. Je suis
Catherine Claveau, bâtonnière du Québec. Je suis accompagnée aujourd'hui de Me Sylvie Champagne, à ma
gauche, qui est la secrétaire de l'ordre et directrice des affaires juridiques,
ainsi que de Me Nicolas Le Grand Alary,
à ma droite, qui est avocat au Secrétariat de l'ordre et aux affaires
juridiques du Barreau du Québec.
Le
Barreau du Québec vous remercie de l'avoir invité à participer aux
consultations entourant le projet de loi 67, qui constitue le
premier jalon important de la réforme du système professionnel québécois. Ce
vaste chantier de modernisation a débuté,
rappelons-nous-le, l'an dernier, soit en 2023, l'année du 50e anniversaire
du Code des professions, le
code qui a été adopté en 1973. C'est fort de son expérience et de sa volonté de
réaliser pleinement sa mission que le Barreau du Québec vous soumet ses
commentaires sur le présent projet de loi.
Tout d'abord, le
projet de loi 67 octroie au gouvernement le pouvoir d'adopter un projet
pilote relatif à toute matière applicable au Code de professions et aux lois
constitutives des ordres professionnels. Ce projet pilote peut proposer des
normes différentes de même que suspendre l'application de toutes règles et
dispositions inconciliables d'une loi ou
d'un règlement. Le Barreau du Québec salue cet ajout au Code de professions.
Toutefois, nous constatons que ce mécanisme est limité à l'initiative du
gouvernement.
Nous sommes d'avis
que ce pouvoir devrait être élargi aux ordres professionnels afin que ceux-ci
puissent agir avec la flexibilité requise. Ainsi, nous soumettons que ce
mécanisme ne devrait pas être conditionnel à un décret du gouvernement. Une autorisation de l'Office des professions du Québec
ou du ministre responsable de l'application des lois professionnelles
serait suffisante. Nous pouvons témoigner en toute connaissance de cause,
puisque, dans la Loi sur le Barreau, nous possédons déjà un pouvoir de cette
nature en ce qui concerne le programme de formation, notamment à l'École du
Barreau.
Forts de notre
récente expérience, nous proposons que ce pouvoir soit élargi à d'autres
domaines et inscrit au Code de professions afin de permettre notamment des
initiatives en matière d'accès à la justice et d'encadrement de l'intelligence
artificielle par le biais de programmes de bacs à sable d'innovation. Un tel
pouvoir, assujetti à un processus d'adoption non réglementaire, offrira
suffisamment de souplesse et d'agilité au Barreau du Québec et aux ordres
professionnels, tout en permettant à l'Office des professions d'exercer son
rôle de surveillance et de conseil.
Par ailleurs, le
projet de loi propose de permettre à tous les ordres professionnels d'autoriser
leurs membres à exercer leur profession au sein d'une personne morale sans but
lucratif, connue sous le nom de PMSBL.
Plus
particulièrement, le projet de loi abroge les différentes modifications
apportées par la Loi visant à améliorer l'accès à la justice en
bonifiant l'offre de services juridiques gratuits ou à coût modique, qui
avaient permis au Barreau et à la Chambre
des notaires d'adopter un règlement encadrant en PMSBL... par les membres et
les transferts de ces dispositions au Code des professions.
Le Barreau du Québec est fier d'avoir participé
à l'élaboration de l'encadrement de l'exercice au sein d'une PMSBL. L'accès à la justice est un dossier
prioritaire pour l'avenir de la justice au Québec, et l'exercice au sein
d'une PMSBL constitue
un moyen attendu et réclamé par les organismes à vocation juridique et les
cliniques juridiques pour répondre plus adéquatement aux besoins
particuliers des citoyens en matière de justice.
Puisque nous sommes un précurseur dans le
domaine, nous souhaitons vous faire part de quelques réflexions visant à
bonifier cette section du projet de loi, qui permettront aux autres ordres
professionnels de favoriser l'accès du public à leurs services professionnels
en adoptant des règles encadrant l'exercice au sein d'une PMSBL.
Tout d'abord, on retrouve au Code des
professions une disposition précisant que tout professionnel exerçant ses
activités professionnelles au sein d'une PMSBL ne doit pas permettre que soient
exigés des honoraires ou des frais qui,
globalement, excèdent un coût modique. Or, la notion de coût modique n'est pas
définie dans le projet de loi. Il n'y a donc pas un montant chiffré qui correspond
à un tel coût modique. Selon notre expérience, ce coût modique peut varier
selon les circonstances. En effet, un simple chiffre mathématique ne prend pas
en considération tous les enjeux relatifs à l'exercice au sein d'une PMSBL,
comme le lieu ou la région d'exercice, la nécessité d'attirer des avocats de
qualité comme salariés et les dépenses opérationnelles d'un tel organisme.
Le Barreau du Québec soumet que cette exigence
devrait être retirée. En effet, les ordres professionnels, par leur pouvoir
d'adopter un code de déontologie, ont déjà les outils nécessaires pour encadrer
la facturation d'honoraires au sein d'une PMSBL. De plus, le Code des
professions prévoit que le conseil d'administration d'un ordre professionnel a le pouvoir de suggérer un
tarif horaire professionnel que les membres de l'ordre peuvent appliquer à
l'égard des services professionnels qu'ils rendent. Ce pouvoir pourrait être
renforcé en prévoyant la possibilité d'établir des lignes directrices
obligatoires quant aux honoraires exigés pour des services professionnels
offerts au sein d'une PMSBL.
En outre, le
projet de loi modifie la procédure d'approbation de certains règlements,
notamment ceux donnant effet à une reconnaissance mutuelle des
compétences professionnelles connue comme étant l'ARM, de même que ceux
permettant l'exercice d'activités professionnelles au sein d'une société en nom
collectif à responsabilité limitée, la
SENCRL, ou d'une société par actions, la SPA. Le Barreau du Québec salue ces
modifications qui permettent d'alléger le processus d'adoption de
certains règlements.
• (11 h 30) •
Nous sommes
toutefois déçus de constater que les mesures concernant l'allègement du
traitement réglementaire s'arrêtent ici. Le projet de loi aurait été
l'occasion parfaite de présenter une réforme réelle du mécanisme d'adoption
réglementaire dans le système professionnel. Le projet de loi aurait pu
notamment proposer la création d'un processus
non réglementaire pour les dispositions qui concernent uniquement l'ordre
professionnel et ses professionnels, par exemple la formation continue
obligatoire ou les normes d'exercice professionnel. Il s'agirait également de
ce qui concerne la régie interne des ordres, par exemple les élections ou la
gestion du tableau de l'ordre.
En terminant, le Barreau du Québec tient à
réitérer son appui au projet de loi, qui se veut le premier jalon d'un grand et
ambitieux chantier de la modernisation du service... du système professionnel,
pardon. Beaucoup de travail reste à faire, et le Barreau du Québec répond
présent pour mettre l'épaule à la roue. Au fil des consultations publiques,
plusieurs sous-chantiers, si vous me permettez l'expression, se sont dessinés.
Nous attendons avec impatience des propositions législatives et réglementaires qui permettront de mettre en oeuvre ces
grands changements qui porteront notamment sur les fondements de la
structure du système professionnel, l'allègement réglementaire de même que la
définition de la mission de protection du public et des ordres professionnels.
Le présent projet de loi ne constitue qu'une
partie de la réforme, et nous sommes d'avis qu'il est primordial de compléter rapidement tous les travaux pour
l'achever. Il est essentiel que cet important chantier législatif constitue
un véritable projet sociétal pour le Québec, visant à améliorer la protection
du public tout en s'assurant de sa confiance envers les institutions du système
professionnel. D'autres commentaires se trouvent dans notre mémoire.
Nous vous remercions, encore une fois, pour cette
invitation et nous sommes disponibles maintenant pour répondre à vos questions.
Merci.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, Mme la
bâtonnière. Donc, je me tourne vers le gouvernement, pour
14 minutes, Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme
LeBel : Merci, M. le Président. Alors, merci, Mme la
bâtonnière, je dirais même, merci, Mme ma bâtonnière, de votre
présentation aujourd'hui. Ça va être un plaisir de pouvoir échanger avec vous,
parce que je pense qu'on a ici, autour de la
table, avec les collègues aussi de l'opposition, le même objectif, c'est-à-dire
de donner le plus d'air à notre système professionnel mais tout en ne
compromettant pas sa mission première. Parce que je pense qu'il faut être très
fier, au Québec, du système professionnel qu'on a mis en place dans les
50 dernières années, mais force est de constater qu'il est temps de voir
comment on peut à la fois respecter les objectifs de protection du public et de
la confiance du public dans nos
professionnels et de voir comment on peut lui donner un peu d'air, là, pour le
moderniser. Alors, merci beaucoup de vos commentaires, c'est toujours
très apprécié.
Je vais vous amener peut-être sur deux ou trois
sujets particuliers. Et l'objectif est de creuser un peu plus avec vous, là,
votre... votre point de vue pour nous... pour alimenter nos réflexions en vue
de l'étude détaillée. Et, si... comme je le disais à tout le monde, s'il y a
quoi que ce soit d'autre pour lequel vous n'êtes pas en mesure pour l'instant
de répondre, il n'y a aucun problème, vous enverrez vos commentaires
supplémentaires à la commission, puis on va pouvoir en bénéficier quand on fera
entre nous les débats article par article.
Parlons des projets pilotes. Je sais que ça
existe dans plusieurs lois professionnelles. L'objectif, aujourd'hui, est
d'amener cette notion-là à la grandeur du Code des professions, et c'est un peu
le même objectif dans certaines notions, hein? On parlait hier des permis plus
restrictifs, et l'Ordre des infirmières nous disait : Bien, dans mon cas, c'est moins utile parce que ma réalité est différente. Mais
l'idée, c'est d'en faire bénéficier à tous. Donc, parlons des projets pilotes.
Vous parlez... vous mentionnez qu'en plus de la possibilité, pour le
gouvernement, de pouvoir autoriser la mise en oeuvre d'un projet pilote, et on
verra peut-être le niveau d'autorisation... j'ai bien compris, là, puis ça a été mentionné par d'autres, que
peut-être que le niveau d'autorisation n'est pas nécessaire au niveau d'un
décret mais qu'on pourrait penser à une autorisation ministérielle dans
certains cas. Ça fait partie des autres commentaires, donc, on le met dans
notre... dans notre réflexion.
Vous... vous
parlez des ordres qui pourraient initier eux-mêmes un projet pilote. C'est
quand même beaucoup plus large que de revoir le niveau d'autorisation. Je
serais un peu intéressée, avec vous, de voir... peut-être nous aider et nous illustrer dans quel but un ordre
professionnel, dans... de sa propre initiative, pourrait initier un tel projet
et comment on ferait pour le circonscrire, là aussi, parce que c'est
important d'avoir aussi cette notion-là.
Mme Claveau (Catherine) : Me
Champagne.
Mme Champagne (Sylvie) : Alors, en
fait, ce n'est pas un remplacement qu'on veut, c'est un ajout. Donc, on
comprend que l'article pour le projet pilote, à l'initiative du gouvernement,
demeurerait au Code des professions, et c'est une bonne chose, mais on ne peut
pas non plus couper l'herbe sous le pied aux ordres professionnels qui ont
peut-être des bonnes idées au niveau de l'innovation. Et, comme on sait qu'on
n'a pas tout de suite l'allègement réglementaire,
ça serait une façon pour nous d'essayer des changements avec les pouvoirs
réglementaires qu'on a déjà, et, plutôt que d'aller avec un décret, on
irait avec une autorisation de l'Office des professions. Donc, il y aurait cet
encadrement-là, mais ça viendrait à l'initiative de l'ordre.
Et nous, on l'a fait, au Barreau. On est fiers
de dire qu'on l'a fait pour la formation professionnelle. Alors, on a obtenu un
projet pilote. L'office a révisé notre projet pilote. Le conseil
d'administration a quand même adopté un règlement, qui est le règlement du
projet pilote. Ça a été très transparent pour les étudiants, ça a été mis sur
notre site Web. Et ça a permis, justement, de
mettre en oeuvre assez rapidement et de façon efficace ce projet pilote, qui,
éventuellement, est devenu un règlement.
Donc, ça
permet aux ordres professionnels d'avoir de bonnes initiatives. Puis on pense
que, pour l'innovation, si on veut que le Québec, là, soit toujours à
l'avant-garde, parce qu'on peut être, comme vous avez dit, fiers de notre
système professionnel au Québec, qui assure la protection du public, bien, cet
outil-là est nécessaire pour tous les ordres. Puis ce seraient les ordres qui
sentent le besoin de mettre sur pied des projets pilotes qui pourraient le
faire. Évidemment, ça ne serait pas tous les ordres.
Mme LeBel : Donc, bon, ce que vous
nous dites, c'est que vous avez présentement une possibilité de mettre sur pied
certains projets pilotes. Je comprends qu'ils sont approuvés par l'ordre et...
révisés par l'office, mais approuvés par l'ordre, au final. Dans le fond, ce
qu'on vient faire ici, dans le code, c'est qu'on introduit une nouvelle notion
de projet pilote, ce qui ramène effectivement le niveau d'approbation au niveau
gouvernemental. Ce que... ce qui m'intéresse, dans le fond, c'est de savoir,
par rapport à la notion que vous avez déjà, bon, je comprends l'écart avec ce
qu'on propose, là, mais votre espèce de solution où on pourrait avoir divers
projets pilotes approuvés par divers niveaux d'approbation en fonction du
projet pilote, est-ce que ça vous donnerait un peu plus que ce que vous
possédez déjà, un peu... ou à peu près la même chose?
Mme Champagne (Sylvie) : Non, ça
nous donnerait... ça nous donnerait plus, parce que là il est spécifique. Premièrement, ça ne bénéficie qu'au Barreau du
Québec, et nous, on voudrait qu'effectivement les autres ordres puissent en
bénéficier aussi. Et nous, on l'a... pour mettre en oeuvre pour la formation
professionnelle, on voudrait que ce soit étendu à d'autres domaines.
Évidemment, tout le monde sait que l'intelligence artificielle est à nos
portes, et on sait que beaucoup d'autres barreaux canadiens ont mis en place
des bacs à sable d'innovation.
Nous, le Barreau du Québec, on est très
intéressés. On a un conseiller qui travaille avec nous sur l'intelligence
artificielle puis on aimerait pouvoir tester des choses. Et on trouve que la
meilleure façon de le faire, ce serait par
le biais d'un projet pilote. Et, comme ce serait à l'initiative de l'ordre,
évidemment, on comprend qu'on doit discuter avec l'Office des
professions, parce qu'évidemment on peut avoir des très bonnes initiatives,
mais il faut s'assurer qu'il y ait un
certain encadrement. Et, comme on l'a fait dans le... la version de la
formation professionnelle, on voudrait vraiment être capables de
l'étendre à d'autres domaines.
Maintenant, ce que vous pensez, vous,
parlementaires, est-ce que l'approbation de l'Office des professions serait
suffisante ou prendrait l'approbation ministérielle? On n'est pas fermés, mais
on ne voudrait pas, comme vous avez dit, au
niveau de peut-être différents types, là, d'approbation, aller jusqu'au décret.
Donc, ça devrait être modulable, mais d'avoir une belle ouverture pour
les ordres qui ont des initiatives à mettre en oeuvre.
Mme LeBel : Bon, la disposition qui
est introduite, par le biais du projet de loi 67, dans le Code des
professions demande l'approbation gouvernementale par le biais d'un décret mais
ne spécifie pas nécessairement que les projets doivent être à l'initiative du
gouvernement. On se comprend que le gouvernement, bon, qui veut initier des projets pilotes avec un ordre ou des ordres
professionnels... À titre d'exemple, l'intelligence artificielle pourrait être
par un regroupement d'ordres professionnels,
exact, parce qu'on pourrait penser que ça touche plus... plus qu'un... Je
pense... Moi, il y a deux ordres
professionnels qui me viennent en tête avec l'intelligence artificielle, c'est
la santé, le domaine de la santé, et le domaine juridique, qui
pourraient, bon, se regrouper.
• (11 h 40) •
Donc, l'idée n'est pas
d'avoir des projets initiés par le gouvernement, mais approuvés par le
gouvernement. Êtes-vous en mesure de nous
donner peut-être des catégories? Parce que là vous avez parlé de la formation
professionnelle. Si on réfléchit à avoir, dans le Code des professions,
au bénéfice de toutes... de toutes les professions, introduire une notion de projet pilote modulé en fonction des
domaines ou des initiatives, avec des niveaux d'approbation différents, quels
sont les domaines, on parle de la formation professionnelle, qui pourraient
demeurer au niveau des ordres? Quels sont
certains domaines qui pourraient être au niveau de l'office ou d'un arrêté
ministériel, parce qu'ils regroupent plusieurs ordres, tout en... en
n'introduisant pas, encore une fois, un niveau de complexité? Je ne dis pas que
c'est idéal, ce qui est là-dedans, au contraire, je dis juste que d'avoir une
façon unique de faire vient aussi simplifier les procédures.
Donc, l'idée c'est... Et, encore une fois, je
réitère, même si vous n'avez pas la réponse complète aujourd'hui, c'est... des
fois, je lance des pistes de réflexion pour nous aider, là. Quand on commence à
penser à des niveaux d'approbation différents pour des catégories différentes,
spontanément, j'ai l'impression qu'on ne va pas dans la bonne... dans la
direction de l'allègement et de la simplification. Mais, en même temps, je
comprends que le niveau supérieur n'est pas toujours le niveau idéal pour tout.
Donc, juste nous aider à réfléchir à la façon dont on pourrait structurer tout
ça, disons-le.
Mme
Champagne (Sylvie) : C'est sûr qu'on n'a pas toutes les réponses ce
matin, comme vous dites, Mme la ministre...
Mme LeBel : Ce n'était pas
l'objectif.
Mme Champagne (Sylvie) : ...puis on
va y réfléchir. Mais c'est sûr que, nous, en ayant vécu la façon de mettre en
oeuvre un projet pilote pour la formation professionnelle qui était très
souple, quand on a vu la disposition dans le projet de loi 67, ça nous a
un peu surpris en se disant : On n'aura pas la même flexibilité puis
l'agilité qu'on souhaiterait avoir. Puis ça fait plusieurs années qu'on veut,
justement, déployer un bac à sable pour l'intelligence artificielle. Puis on a
beaucoup... on le voit, il y a beaucoup de très bonnes idées pour favoriser
l'accès à la justice. Donc, pour nous, que d'autres ordres professionnels
veulent en mettre en place, probablement que ça va être pour des objectifs
différents. Donc, c'est pour ça qu'à l'initiative des ordres c'est plus facile,
mais ça n'empêche pas que le gouvernement puisse avoir son... ses propres idées
aussi et d'en déployer.
Mais donc, pour faire des catégories, on
pourrait vous revenir, je pense évidemment à l'inspection professionnelle, où
il y a certainement des nouvelles façons d'inspecter nos membres. Mais, sans
avoir à changer la réglementation sur l'inspection professionnelle, on pourrait
essayer des nouvelles choses. On a parlé de problèmes de santé mentale chez nos
membres. Il y aurait certainement des choses qu'on pourrait changer, nos façons
de faire, être plus en approche collaborative, et sans avoir à changer
nécessairement nos règlements. Donc, ça, c'est quelque chose qui me vient ce
matin, mais il y en aurait... il y en aurait sûrement beaucoup d'autres, parce
qu'on est toujours à la recherche, là, d'améliorer nos processus, dans un
processus d'amélioration continue pour mieux protéger le public.
Mme LeBel : Je vous lance la
réflexion, on va la poursuivre de notre côté, évidemment. Les PMSBL, revenons. Dans
la Loi sur le Barreau, dans la loi sur les notaires, depuis 2022, la notion de
coût modique est déjà intégrée. On a repris grosso modo, là... j'allais dire
mutatis mutandis, mais on a repris grosso modo la même notion pour la ramener
au niveau du Code des professions, l'idée étant que, quand on travaille dans
une PMSBL, c'est d'avoir des services accessibles pour les citoyens aussi.
Donc, la notion de coût modique, pour moi, d'entrée de jeu, de mon... du point
de vue, peut-être, d'une avocate, n'est pas choquante, au contraire. On a
entendu hier différentes... différents discours là-dessus. Des gens nous
disent : Dans certains secteurs, oui et non, d'autres : On n'est pas
contre, mais il faut se laisser le choix. Mais elle existe déjà, cette notion,
depuis 2022, donc j'imagine qu'elle est déjà définie ou est déjà connue.
Peut-être me donner un peu qu'est-ce qu'il se
fait depuis 2022, puis, si on la retire du code, quelle serait l'assurance
qu'elle demeure, que les honoraires n'explosent pas, parce que je me dis :
Si un avocat veut charger ses pleins
honoraires, il ira ailleurs que dans une PMSBL, c'est... le tout
respectueusement soumis. C'est mon opinion à moi. Elle n'engage personne
d'autre que moi.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Non,
mais... Oui, tout à fait. Écoutez, le projet de loi 34, à l'époque, là,
puis le titre du projet de loi, la bâtonnière l'a mentionné lors de
l'allocution, c'était vraiment d'améliorer l'accès à la justice. L'objectif, c'est vraiment d'améliorer l'accès aux services
professionnels. Je comprends qu'avec le projet de loi, ici, c'est également ça, l'objectif. Et donc ça s'est
transposé dans la Loi sur le Barreau par une exigence, là, qui était sur le caractère
modique des honoraires.
Il faut comprendre que le terme «modique» n'est
pas autrement défini. Il y a des chiffres qui ont été évoqués à l'étude
détaillée, là, par le ministre de la Justice, notamment, un 50 $ de
l'heure. Lors de la mise en oeuvre de la réglementation,
puis on a fait une très belle collaboration avec l'office, avec la Chambre des notaires, avec le ministère de la Justice, pour mettre en place le règlement,
là, d'application, on a eu des consultations auprès des personnes
morales sans but lucratif et d'autres organismes qui étaient intéressés par
notre... par la possibilité d'être réglementés de cette façon-là puis d'offrir des services, et c'est une question qui
est revenue souvent, et il y a un enjeu d'application parce que c'est
difficile de quantifier réellement le chiffre.
Ce que nous, on propose, c'est de... au lieu
d'avoir une ligne stricte dans le Code des professions là-dessus, c'est de peut-être le prévoir soit dans une ligne
directrice, soit dans une obligation de... réglementaire, que l'ordre puisse
déterminer selon les
circonstances. Il y a différents cas de figure qui n'ont peut-être pas été vus
en 2022, lors de l'adoption de la
loi, qui s'est faite quand même rapidement, notamment les services de PMSBL qui
offrent des services à d'autres entreprises.
On peut penser à différentes entreprises qui, elles-mêmes, sont à but non
lucratif, là, différents organismes qui
offrent des services au public mais qui veulent mutualiser des services
professionnels, par exemple de comptabilité, ça peut être d'ingénierie,
des services juridiques aussi, et donc ils créent une coopérative ou ils créent
une structure juridique qui offre des services uniquement à ces entreprises-là.
L'enjeu de protection
du public puis l'enjeu d'éviter que les coûts explosent pour le public, c'est
vraiment lorsqu'on a une PMSBL qui offre des
services juridiques, pour le cas des avocats au public. Quand on parle de PMSBL
qui peuvent offrir des services à d'autres entreprises, selon
d'autres... modèles d'affaires, bien, c'est... c'est tout ça qu'il faut tenir en compte. Et c'est... c'est pour
ça qu'on demande un peu, peut-être, de la souplesse et l'agilité là-dessus,
pour pouvoir s'assurer que le niveau de contrôle, puis la surveillance qu'on
fait, au niveau des honoraires, est approprié selon les circonstances et
selon les cas de figure.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle
pour un bloc de 10 min 30 s. M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci.
Merci, M. le Président. Alors, Mme la bâtonnière, Me Champagne, Me Le
Grand Alary, bonjour. Bienvenue. Merci pour
votre... pour votre mémoire et votre exposé. J'ai quelques questions pour vous,
en fait, pour... Puis vous nous
invitez à le faire avec... dans votre mémoire, au tout début, parce que vous
parlez des opportunités à explorer. Et vous comprendrez que, comme
députés dans l'opposition, on est toujours intéressés à soumettre des
propositions au gouvernement pour bonifier un projet de loi, pour qu'évidemment
il soit tout à fait approprié pour l'ensemble
de la population québécoise. Donc, dans les opportunités à explorer, vous en
mentionnez deux. Vous parlez des mesures concernant l'allègement du
traitement réglementaire. Le projet de loi, ce que je comprends, n'irait pas
assez loin. Et est-ce que vous avez des suggestions ou des exemples très précis
qu'on pourrait mettre en oeuvre? Si vous
n'en avez pas maintenant, ce matin, vous... je vous invite évidemment à les
faire parvenir à la commission. Mais j'aimerais... j'aimerais qu'on
puisse discuter de ça, parce qu'il y a d'autres ordres professionnels qui nous
ont dit que ça n'allait pas assez loin, puis
qu'il y avait aussi une lourdeur bureaucratique qui faisait que ça pourrait
mettre un frein, finalement, à la réforme que veut opérer le
gouvernement.
M. Le Grand Alary
(Nicolas) : Oui, effectivement, le projet de loi prévoit certaines
mesures concernant l'allègement réglementaire, là, de certains règlements. La
bâtonnière les a évoquées dans l'allocution, notamment au niveau des ARM, de l'exercice en SPA, SENCRL, si
vous me permettez les différents acronymes. Lors de... dans le cadre des
différents travaux, là, de réforme, il y a beaucoup de propositions, qui ont
été émises sur la table, d'allègement réglementaire.
On pense qu'il y a beaucoup de travail qui a déjà été fait de la part de
l'office là-dessus et donc on vous invite à y aller de l'avant sur
l'allègement.
Puis, sans vouloir
revenir au niveau de l'approbation, mais il y a également, dans le Code des
professions, au niveau des différents règlements, différents niveaux
d'approbation. Certains règlements qui sont peut-être les plus importants, par exemple le code de déontologie des
membres d'un ordre, sont soumis à l'approbation, là, du Conseil des ministres,
tandis qu'il y en a d'autres qui sont uniquement, là, approuvés par l'Office
des professions. On peut penser notamment, là, à la formation continue
obligatoire, l'inspection professionnelle, des règlements qui sont plus dans la
relation entre le membre et son ordre professionnel. Et il y a certains... il y
a d'autres mécanismes qui sont uniquement,
là, de l'ordre. Et donc, nous, ce qu'on... ce qu'on propose puis ce qu'on
évoque comme piste de solution, c'est ceux peut-être qui sont uniquement
de la gestion interne, là, par exemple la gestion du tableau de l'ordre, la gestion des élections, la composition des conseils
d'administration, des choses comme ça, qui sont prévues actuellement par
règlement, pourraient être pris sans doute par résolution du conseil.
• (11 h 50) •
Puis ce qui est
actuellement un... des règlements, là, par exemple code de déontologie et
autres, bien, ils pourraient être transférés vers le régime de 95.2, c'est un
peu technique, ce que je dis, mais c'est le régime qui est essentiellement,
uniquement l'approbation par l'office, là. Je pense qu'il y a différents
modèles puis il y a différents règlements. Puis je pense que c'est des choses
qui ont déjà été réfléchies. Donc, nous, on le voyait juste peut-être comme une
opportunité de le faire. Je sais que les travaux ont été déjà avancés dans ce
sens-là.
M. Morin : Parfait.
Je vous remercie. Dans les autres opportunités, vous soulignez également
«clarifier des règles applicables lorsqu'un juge du Tribunal des professions est
absent ou empêché d'agir». Donc, vous suggérez d'adopter une disposition similaire, mais qui viserait les comités
statutaires des ordres professionnels. Quel est... quel est l'enjeu que
vous vivez présentement puis comment on pourrait le corriger?
Mme Champagne
(Sylvie) : Oui. En fait, c'est des situations, évidemment, qui sont
exceptionnelles, qu'on ne vit pas souvent. Mais ça arrive que, par exemple, un
comité d'accès à la profession convoque un candidat pour déterminer s'il va
être admissible à notre profession. Alors, le comité est composé de trois
membres désignés par le conseil d'administration. Ils font l'audition. Ils
prennent le dossier en délibéré. Et, pendant le délibéré, bonne nouvelle, un
des membres est nommé à la magistrature. On est très heureux pour ce membre,
mais il fait en sorte qu'on n'a pas de
modalité dans la Loi sur le Barreau ni dans le code pour déterminer ce qu'on...
ce qu'on fait avec le dossier qui était en délibéré. Donc, soit que le
candidat accepte qu'un troisième membre soit nommé et qu'il continue ou on est
obligés de tout recommencer. Donc le code est muet à ce sujet-là.
Et
on n'est pas le seul ordre qui a des comités statutaires, là, qui rendent des
décisions à portée individuelle. Il pourrait y avoir... pour d'autres ordres,
évidemment, ça ne serait pas la nomination à la magistrature, mais ça serait
peut-être un autre élément heureux ou, des fois, malheureux, là, cause de
maladie ou... Alors, on croit que le Code des professions devrait, c'est
une correction, là, qui est simple, corriger cette situation, là, pour
permettre aux ordres de rendre des décisions, là, dans des délais optimaux.
M. Morin :
Je vous remercie beaucoup, Me Champagne. Donc, évidemment, pour la réponse...
la précision aussi que vous apportez, c'est très utile. Donc, je comprends, là
que, comme vous l'avez dit, le comité d'accès à la profession, ce comité-là se réunit régulièrement, là. Mais, si un des
membres qui ne peut... qui n'est plus capable d'agir, évidemment, de consentement, on peut tout faire ou
à peu près, là, quand on demeure dans le domaine de l'ordre public, bien
sûr, mais, si la personne intéressée ne consent pas, vous êtes obligés de
recommencer au complet.
Mme Champagne
(Sylvie) : Tout à fait, tout à fait ça, et donc ça entraîne... ça
entraîne des délais pour le candidat à l'admission à la profession. Mais on
peut penser dans d'autres cas aussi, ça pourrait empêcher un ordre... par exemple, il y a des délégations de pouvoir
avec des comités qui vont déterminer si une personne doit subir un examen
médical. Qu'est-ce qui arrive, donc, pour tous les comités statutaires, on
pense qu'il devrait y avoir une disposition, dans le Code des
professions, qui prévoit le mécanisme de remplacement d'un membre qui est
empêché d'agir alors qu'il a commencé à siéger sur un comité.
M. Morin :
Parfait. Je vous remercie, je vous remercie beaucoup, c'est très, très
éclairant. J'ai une autre question. On a parlé des PMSBL, et, dans votre
mémoire, il y a... il y a des références aussi aux avocats qui sont inscrits au
tableau à titre d'avocats à la retraite. Et donc est-ce que je comprends qu'il
faudrait peut-être modifier le projet de loi
actuel pour s'assurer qu'ils pourraient donner des conseils juridiques et que
ce n'est pas le cas présentement?
M. Le Grand Alary
(Nicolas) : Non, bien, en fait, en fait, les avocats à la retraite...
puis c'est une des innovations, là, du
projet de loi 34, que, maintenant, ils peuvent donner des consultations,
avis d'ordre juridique au sein d'une
PMSBL. La modification qu'on demande là-dessus, c'est réellement une
modification de concordance concernant l'obligation
de formation continue obligatoire de ces avocats-là qui, vu qu'ils exercent une
composante de la profession, devraient
être assujettis, là, à une obligation de formation continue obligatoire. Puis
il y a eu différentes modifications, maintenant ils peuvent également
être médiateurs accrédités aux petites créances. Et donc on demande... on
modifie déjà le règlement, le FCO, le règlement formation continue obligatoire
du Barreau, dans le projet de loi, à titre de concordance. Mais on demande de
juste arrimer le tout pour que tous les avocats à la retraite qui exercent,
d'une certaine façon, la profession, soit en donnant des consultations, soit en
agissant à titre de médiateurs accrédités aux petites créances, soient
assujettis à l'obligation de faire le neuf heures de formation FCO, qui leur
avait été, là, déterminé lors de l'adoption, là, du projet de loi 34.
M. Morin :
Ce qui n'est pas le cas présentement.
M. Le Grand Alary
(Nicolas) : Non, pour les médiateurs accrédités, effectivement, il y a
un oubli à ce niveau-là.
M. Morin :
OK, parfait. Je vous... je vous remercie. Maintenant, on a parlé aussi des
montants ou des frais, là, que ce soit modique ou autres, bon, je comprends...
Et puis, en fait, je partage ça avec vous, il y a des centres de justice
de proximité, c'est un des moyens que le
gouvernement a mis de l'avant pour faciliter l'accès à la justice. Je comprends
que, présentement, ils donnent beaucoup d'informations juridiques mais
qu'éventuellement il y aurait peut-être une possibilité qu'ils donnent des
conseils juridiques, donc, mais c'est des organismes à but non lucratif. Donc,
comment... Qu'est-ce qu'on pourrait faire, si ça arrive, pour s'assurer qu'ils
vont pouvoir charger quand même des honoraires, s'ils donnent du conseil
juridique, tout en n'empêchant pas l'accès à la justice, finalement, dans le
cadre de ce projet de loi là?
M. Le Grand Alary
(Nicolas) : Tout à fait. En fait, notre compréhension pour les centres
de justice de proximité, c'était que leur intention était d'offrir des services
juridiques gratuits, là, qui auraient été subventionnés en bonne partie par
l'État, un peu en service complémentaire aux services d'aide juridique pour une
population qui n'est peut-être pas admissible à l'aide juridique mais qui n'a peut-être
pas les moyens de payer un honoraire d'avocat. Puis c'est un peu la conception
de ce règlement-là, le concept de ça, c'était d'offrir des services pour ceux
qui ne sont pas admissibles à l'aide juridique puis ceux qui n'ont pas les
moyens de payer un avocat, donc.
Mais, nous, ce qu'on
propose, c'est qu'au lieu de l'avoir peut-être dans le Code des professions,
l'obligation d'avoir des honoraires modiques, peut-être de plus orienter
l'exercice OBNL, PMSBL, dans le Code des professions, comme étant pour
favoriser l'accès aux services professionnels puis ainsi... puis permettre à
l'ordre d'établir soit des lignes directrices soit une autre façon, là, par un
règlement, un barème ou, en tout cas, une évaluation des cas de figure. Puis je
les ai évoqués précédemment, il peut y avoir différents types d'organismes qui
vont avoir différents besoins. La bâtonnière
l'a mentionné également dans l'allocution, il peut y avoir aussi des cas... des
cas... par exemple, entre les régions, ça ne va pas être les mêmes coûts
d'opération pour avoir un bureau ou, tu sais, offrir ce service-là. Ça peut
être aussi selon le domaine, selon la nature de certains dossiers ou de
certains clients, si on parle d'un client qui est une entreprise, par exemple.
Donc,
je pense qu'il faut qu'on... il faut donner à l'ordre la possibilité d'évaluer
toutes ces conditions-là puis d'ensuite arriver avec quelque chose qui s'assure
qu'il y a une offre de services juridiques gratuits, à coût modique, que les
honoraires demeurent raisonnables et modiques dans les circonstances, puis que
ça réponde aux besoins aussi des clientèles, et que ça protège le public.
M. Morin : Merci.
Je vais céder la parole...
Le
Président (M. Bachand) : Il reste
35 secondes.
M. Morin : Désolé.
Mme Caron : ...simplement
vous entendre sur la modification que vous proposez pour rendre public le fait
qu'il y a une enquête... Alors, je ne prends pas plus de temps, je vous laisse
le reste du temps pour...
Le
Président (M. Bachand) : Rapidement, s'il
vous plaît.
Mme Claveau
(Catherine) : ...les cas, souvent, qui font l'objet de nouvelles.
Alors, tous les gens savent qu'on a un membre qui est surveillé et on...
Lorsqu'on nous pose des questions, malheureusement, on ne peut pas répondre
tant que l'enquête n'est pas terminée. Donc, c'est un peu pour démontrer qu'on
agit, évidemment sans donner les informations qui seraient... qui seraient trop
confidentielles dans certains cas, pas dans tous les cas. Dans certains cas, ça
pourrait être, pour le public, donner l'image et l'assurance que, oui, comme
ordre professionnel, on fait une enquête, on agit. Maintenant, on attend les
conclusions de l'enquête pour voir si, effectivement, il y a eu une violation.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
pour 3 min 30 s, s'il vous plaît.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci au Barreau du Québec d'être là.
Mme la bâtonnière, bonjour, chers collègues,
confrères, consoeurs. Pas beaucoup de temps, donc je vais y aller directement.
L'article 6, là, qui parle d'autorisation spéciale en cas
d'urgence, beaucoup de groupes nous ont parlé de baliser la définition. Est-ce
que vous avez une proposition ou une position sur ça?
Mme Champagne (Sylvie) : En fait, effectivement,
la notion d'urgence n'est pas précisée dans la disposition. Alors, vous
avez deux options, soit que vous la définissez de façon positive ou que vous
dites ce qui n'est pas inclus comme urgence. Et nous, on favorise toujours une
façon positive de rédiger, de dire ce que constitue une urgence, pour que ce
soit plus clair. Évidemment, ce qu'on pense, nous, quand on pense à des
urgences, c'est évidemment la COVID, ça, qui nous vient tous en tête, peut-être
le verglas. Mais il faut que ce soit quand même des situations assez exceptionnelles, et ne pas vouloir pallier à
d'autres problématiques, comme on a entendu hier, là, la pénurie de
main-d'oeuvre, qui ne devrait pas faire partie de...
M.
Cliche-Rivard : On pourrait permettre à des non-avocats de pratiquer
le... C'est quand même assez particulier,
là, il faudrait vraiment qu'on... Ça fait que ce que vous dites, c'est qu'il
faudrait vraiment que ce soit précisé. La formulation telle quelle, vous
ne la trouvez pas suffisante.
• (12 heures) •
Mme Champagne
(Sylvie) : Mais, en fait, peut-être qu'en matière d'urgence nous, on
n'avait pas une situation pour les avocats. C'est pour ça qu'on n'avait pas
commenté cette disposition-là, à moins qu'il n'y ait plus d'avocat qui soit en
vie, là, sur... au Québec, et là je regarde la ministre, ce serait assez
exceptionnel et assez urgent. Mais, blague à part, ça nous avait moins frappés,
peut-être, que d'ordres professionnels en matière de santé, parce qu'évidemment
on vient de vivre la COVID, et ça, c'est... c'est plus frappant pour nous. Mais
on pensait quand même... tu sais, une région
qui serait complètement isolée à cause d'une catastrophe naturelle où,
peut-être, d'autres services que des services professionnels, l'avocat, là,
devraient être rendus... Tu sais, par exemple, je ne sais pas, moi, si quelqu'un
a vraiment besoin de soins médicaux puis...
c'est peut-être mieux d'être assisté de quelqu'un qui a certaines
connaissances...
M.
Cliche-Rivard : Je comprends.
Mme Champagne
(Sylvie) : ...que par n'importe qui d'autre. Alors... Mais on n'avait
pas approfondi notre réflexion, on peut le faire et vous revenir peut-être avec
une proposition.
M. Cliche-Rivard : Je serais intéressé, pour
une proposition de balise. Puis vous avez formulé quelque chose en
disant : Si on ne dit pas ce que c'est, il faudrait dire ce que ce n'est
pas. Ça, je trouve ça quand même intéressant comme approche. Donc, s'il
y a des réflexions au Barreau, je suis preneur, vous pourrez les faire
acheminer à la commission.
Sur les OBNL, les
médecins... le Collège des médecins hier nous a parlé de, eux, difficultés
qu'ils avaient, des fois, à accéder aux dossiers des patients. Je sais que,
pour le Barreau, ce n'est pas un problème, pour... en société commerciale, quand
ce n'est pas directement des professionnels qui la dirigent, des avocats, en
l'occurrence, ou des médecins. Comment vous, vous êtes sortis de ça pour que ça
n'arrive pas au Barreau du Québec?
M.
Le Grand Alary (Nicolas) : Bien, il y a deux choses. Dans le règlement
sur l'exercice en PMSBL puis aussi dans les règlements sur l'exercice en SPA,
SENCRL, tout ce qui est qu'un cabinet d'avocats... ou, en tout cas, où il y a
des avocats qui exercent, c'est sûr qu'il y a un engagement de la société de
donner accès à tous les documents et aux
dossiers, je dirais, aussi de... Il y a... qui est prévu, mais, si on est dans
d'autres structures, peut-être, c'est sûr que les pouvoirs du Code des professions, normalement, ont été interprétés par la Cour suprême, notamment
dans Pharmascience c. Binet, que les ordres professionnels peuvent aller
requérir les dossiers. C'est quelque chose qu'on
avait déjà mentionné par le passé, de codifier ce pouvoir-là, pour éviter
d'avoir à référer à la jurisprudence de la Cour suprême pour aller
saisir un dossier. Il y a peut-être un petit effort, là-dessus, à faire, mais
la réalité, pour le Barreau, c'est que, normalement, les... lorsqu'on parle de
cabinets ou de lieux où il y a des services juridiques, il y a un engagement.
Et normalement on a une collaboration là-dessus.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Le temps passe très rapidement. Encore une fois, merci beaucoup d'être...
d'avoir été avec nous. Puis on se dit, bien, à la prochaine! Merci beaucoup.
Je suspends les
travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à
12 h 03)
(Reprise à 12 h 08)
Le Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! Merci beaucoup. La commission reprend ses
travaux. Ça nous fait plaisir d'accueillir les représentants,
représentantes de l'Ordre des ingénieurs du Québec. Merci beaucoup d'être avec nous, c'est un grand
privilège. Alors, comme vous savez, vous avez 10 minutes de présentation,
après ça on aura un échange avec les membres. Donc, je vous invite d'abord à
vous présenter et, après ça, à débuter votre exposé. Merci beaucoup.
Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ)
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : ...est-ce
que... Parfait. Merci beaucoup. Donc, merci beaucoup, M. le Président.
Mme la ministre, Mme la présidente de l'Office des professions, chers membres
de la commission, nous sommes ravis de participer à cet exercice de
consultation, qui est un premier pas dans la bonne direction pour l'avenir du
système professionnel au Québec.
Avant de commencer,
j'aimerais présenter les membres de notre équipe qui sont présents aujourd'hui.
Je suis accompagnée de M. Patrick Savard, ingénieur et directeur général de
l'ordre, et de Me François-Xavier Robert, avocat à l'ordre. Pour ma part,
je suis Sophie Larivière-Mantha, présidente et ingénieure de l'Ordre des
ingénieurs du Québec depuis 2022.
Permettez-moi de dire
quelques mots sur notre ordre professionnel. L'Ordre des ingénieurs du Québec a
célébré son 100e anniversaire en 2020. Il compte plus de
72 000 membres et personnes candidates à la profession d'ingénieur.
Nos membres assurent la sécurité, la fiabilité et la durabilité des ouvrages
d'ingénierie dans de multiples domaines de l'économie.
Le système
professionnel actuel date de 1973, et sa création constituait alors une avancée
majeure pour la société québécoise.
Toutefois, celui-ci n'a pas connu de réforme d'envergure dans les
50 dernières années. Ceci a amené à un certain décalage entre le
Code des professions et les réalités de l'exercice des professionnels au
XXIe siècle ainsi qu'aux besoins opérationnels des ordres. Nous
accueillons donc très favorablement la modernisation du système professionnel
annoncée par la ministre en 2023.
Le projet de loi
n° 67 constitue un des premiers jalons de cette réforme. Ce projet de loi
nous permet à la fois de renforcer la
protection du public, d'intégrer plus facilement des professionnels formés à
l'étranger et d'augmenter la souplesse
du système professionnel. Cette modernisation est essentielle pour assurer la
pérennité du système professionnel et le maintien de la confiance du
public envers ce dernier.
Le projet de loi
propose plusieurs améliorations au système professionnel. Tout d'abord, la
création d'un permis spécial, qui est un
élément très positif du projet de loi. Cette demande a été formulée par l'Ordre
des ingénieurs à de nombreuses reprises dans le passé afin de faciliter
l'intégration de personnes formées à l'étranger. La création de ce permis nous
permettra d'atteindre deux objectifs : la protection du public et
l'intégration de professionnels aux profils atypiques. Par exemple, une
personne peut être très spécialisée dans les trains d'atterrissage sans pour
autant être en mesure d'exercer dans les autres aspects du génie mécanique. Le
permis spécial lui donnera la possibilité d'exercer des activités relevant de
sa compétence spécifique.
• (12 h 10) •
Seule petite ombre au
tableau : il serait préférable de corriger le projet de loi pour éviter
qu'une personne puisse cumuler un permis
d'ingénieur et un permis spécial, comme nous le proposons dans la première
recommandation de notre mémoire.
Nous croyons
également qu'il serait pertinent de préciser au Code des professions le
caractère public du type d'activités
professionnelles qui peuvent être exercées par un membre. Ainsi, un citoyen
pourrait vérifier si un membre peut exercer telle ou telle activité.
Ceci ne ferait que renforcer la mission de protection du public.
La possibilité de réaliser
des projets pilotes est un autre élément qui va contribuer à rehausser la
qualité de la réglementation professionnelle en permettant d'explorer
différentes mesures qui vont favoriser l'innovation dans le système
professionnel. Pour l'ordre, il s'agit d'une excellente initiative qui apportera
la flexibilité nécessaire pour suivre l'évolution de nouvelles technologies
telles que l'intelligence artificielle.
Le projet de
loi prévoit aussi que les ordres professionnels devront refuser de divulguer
certains renseignements sur un membre lorsque la sécurité de la personne
est en jeu. L'Ordre des ingénieurs accueille favorablement cette disposition,
car elle répond à un problème réel. Effectivement, il arrive qu'un membre, plus
souvent une femme, soit victime de violence conjugale ou de harcèlement. À
l'heure actuelle, une personne mal intentionnée peut tenter d'obtenir certains
renseignements auprès d'un ordre professionnel afin de nuire à sa victime.
Le projet de loi vise à autoriser des
professionnels... les professionnels à exercer au sein d'organismes à but non
lucratif. D'après notre analyse, ce mode d'exercice est déjà permis, et il y a
déjà des ingénieurs qui contribuent au bien-être du public au sein d'OBNL.
Toutefois, les dispositions proposées viendront, en réalité, rendre cette pratique
impossible pour nos membres pour deux raisons. D'une part, adopter un nouveau
règlement pour autoriser une pratique particulière prendra plusieurs années,
surtout si on considère l'état actuel du délai de traitement des règlements
soumis par les ordres professionnels. D'autre part, pour être viables, les OBNL
en génie doivent facturer des honoraires qui
leur permettent de couvrir leurs frais. Or, le projet de loi introduit la
notion d'honoraires modiques, qui est mal définie et qui causera des
problèmes d'application.
Les règles proposées vont nuire à des OBNL
existants, comme Coop Carbone et la Fédération québécoise des municipalités. De
plus, cette disposition obligerait l'ordre à créer un règlement pour un très
petit nombre de membres, ce qui va à l'encontre du concept de réglementation
intelligente énoncée par le Conseil des ministres et qui devrait être au coeur du système professionnel.
Selon nous, une approche conforme à ces principes de réglementation
intelligente consisterait à autoriser par défaut l'exercice en OBNL sans
formalité particulière. Cependant, si un ordre professionnel identifiait des
problèmes relatifs à l'exercice en OBNL, il pourrait fixer des règles pour les
corriger. De leur côté, les ordres... les ordres pour qui l'exercice en OBNL ne
représente pas de risque significatif pourraient décider de ne pas réglementer ce type de pratique, sans pour autant
pénaliser les professionnels ainsi que leur clientèle.
C'est pourquoi nous croyons que les
modifications... que des modifications significatives doivent être apportées au
projet de loi sur ce sujet. Vous pouvez consulter la recommandation n° 3 de notre mémoire pour plus d'informations.
L'ordre propose d'autres modifications qui
seraient simples à mettre en place. Celles-ci ne viendraient pas bouleverser le
système professionnel et s'inscriraient dans l'esprit du projet de loi, qui est
de générer des gains rapides au sein du système professionnel. Pour nous, il
est important de saisir l'occasion pour éliminer les règles qui sont... des
règles qui sont trop rigides ou qui n'apportent aucune plus-value à la
protection du public.
Tout d'abord, nous pensons qu'il serait opportun
de prévoir la radiation d'un membre qui fait défaut de remplir les formalités
requises pour le maintien de son inscription au tableau, en particulier la
déclaration annuelle. Bien qu'elle ne soit pas prévue explicitement dans le
Code des professions, cette déclaration s'est généralisée depuis longtemps dans
le système professionnel. Les renseignements qu'elle permet d'obtenir sont
essentiels au travail de l'ordre, notamment pour la planification des
inspections.
De plus, l'Ordre des ingénieurs souhaiterait
bénéficier de plus de souplesse à propos de la délégation des pouvoirs du
conseil d'administration. Présentement, certains pouvoirs peuvent être délégués
uniquement à un comité exécutif même si ce n'est pas une pratique qui est
optimale du point de vue de la gouvernance des organisations.
Un ordre professionnel devrait également pouvoir
limiter définitivement le droit d'un de ses membres d'exercer des activités non
réservées lorsqu'il a échoué à plusieurs reprises un cours de perfectionnement.
À l'heure actuelle, si un membre se voit
imposer de réussir des mesures de perfectionnement et qu'il les échoue à
plusieurs reprises, nous pouvons seulement le limiter de manière
permanente dans le cadre de ses activités réservées. Cette distinction entre
les activités réservées et non réservées nous apparaît incohérente, et nous
souhaiterions qu'elle soit éliminée.
Finalement, nous voudrions... nous voudrions
proposer de modifier le Code des professions afin de retirer l'interdiction
d'utiliser le titre de spécialiste lorsque celui-ci n'est pas régi par un
certificat de spécialiste. Cette disposition est unique au Québec et elle peut
entraîner des situations qui frôlent l'absurdité. Prenons l'exemple d'une
ingénieure en environnement qui travaille dans la même entreprise qu'une
biologiste en réhabilitation des terrains contaminés. Cette ingénieure ne
pourra utiliser le titre de spécialiste en environnement, contrairement à sa
collègue biologiste. En plus de causer certains soucis pour les employeurs, ce
règlement crée un double standard qui dévalue l'éthique
professionnelle et qui amène de la confusion au sein de la clientèle. Nous
voyons mal en quoi cela contribue à protéger le public.
En terminant, ce projet de loi n'est que la
première étape de la modernisation du système professionnel. Je profite de
cette tribune pour rappeler les objectifs visés par l'Ordre des ingénieurs dans
la perspective d'une réforme plus large. Pour nous, une telle réforme devrait
viser l'atteinte des objectifs suivants : mieux informer le public sur le
système professionnel; améliorer le traitement réglementaire, ce qui peut être
fait par divers moyens, notamment en éliminant les règles qui ne présentent
aucun gain réel; dans le Code des professions, privilégier les objectifs plutôt
que les moyens en recadrant les rôles et les responsabilités des ordres;
disposer d'un mécanisme administratif de révision périodique de la législation
et de la réglementation professionnelle; finalement, reconnaître la spécificité
des ordres professionnels en évitant l'uniformisation excessive.
C'est en prenant compte de l'ensemble de ces
recommandations que nous serons en mesure d'adapter le système professionnel
afin qu'il ait la flexibilité nécessaire pour répondre aux réalités de notre
époque et pour protéger le public adéquatement. Je vous remercie de votre temps
et pour l'invitation d'aujourd'hui.
Le
Président (M. Bachand) : Merci infiniment.
Donc, je me tourne vers le gouvernement, Mme la ministre, pour un bloc de
15 min 30 s.
Mme LeBel : Merci, M. le Président.
Merci, Mme Larivière-Mantha. C'est très intéressant. Puis je vais même... Il y a beaucoup de choses d'ailleurs qui
se recoupent avec ce qu'on a déjà entendu, mais c'est parfait, ça veut dire
qu'on est dans la bonne direction. Puis je vous remercie pour votre
enthousiasme, et non seulement aujourd'hui, mais à la participation des travaux
qui mènent à ce qu'on fait aujourd'hui, et qui va mener aux autres étapes, là.
Je sais que l'ordre est très impliqué dans
tout ça, donc je profite de l'occasion pour vous remercier, parce que ça nous
permet de faire... Vous avez... vous
avez qualifié ça de premier jalon, donc ça veut dire qu'il va y en avoir
d'autres. Et d'ailleurs toute la
section d'Autres recommandations, je le prends comme des réflexions pour
la suite, et on va les regarder avec beaucoup d'attention.
Je vais vous
amener sur quelque chose dont... un sujet dont on a parlé avec les autres. Mais
je veux peut-être... avoir votre point de vue sur le fameux... ce que... le
permis restrictif permanent, là, ce qu'on appelle le PRP ou le permis
spécial, là, on va prendre... on va prendre les termes du projet de loi.
Beaucoup sont très favorables. Je sais que l'ordre
y est très favorable. Quand j'ai eu l'occasion de demander aux ordres
professionnels, dans le début, là, de mon second mandat, avec... avec vous,
quels étaient les... ce que j'appelais les gains rapides, ce type de permis là
est revenu, je ne dirais pas à l'unanimité, ce serait exagéré, mais à la
quasi-unanimité. Vous faisiez partie du groupe le plus... un des groupes les
plus enthousiastes. Je sais que ça se fait déjà ailleurs, le permis modulable.
Plusieurs ont parlé de confusion de permis. Pouvez-vous nous expliquer un peu?
Vous, vous dites : Il n'y a pas de risque de confusion. Je pense qu'on est
capables de ne pas avoir de risque de confusion, mais pouvez-vous l'aborder un
peu sur l'utilité de ce permis-là, sur ce qui se fait ailleurs et, peut-être
pour notre fin de compréhension, illustrer ce qu'on échappe présentement parce
qu'on ne l'a pas dans certains cas?
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : En
fait, oui, pour nous, ce permis-là est important. En fait, ça fait partie du
coffre d'outils que les ordres vont avoir en termes de permis. Il y a plusieurs
types de permis, puis je ne pense pas qu'on va s'étendre sur les détails de
chacun ici, mais ça fait partie des outils supplémentaires. On a déjà des
permis restrictifs qui sont temporaires, on a déjà des permis pour projet.
Celui-là vient pour vraiment quelqu'un qui va venir pour un emploi qui est
permanent.
Si je donne l'exemple, par exemple, de quelqu'un
qui serait spécialisé dans les trains d'atterrissage mais qui ne pourrait pas
faire l'ensemble de ce qui doit être fait en génie mécanique, on pourrait lui
donner un permis restrictif qui serait permanent, le fameux permis spécial, et
ça lui permettrait d'exercer au Québec. Ce n'est pas que c'est beaucoup de demandes pour l'Ordre des ingénieurs,
on pense qu'on aurait peut-être 100, 150 personnes qui bénéficieraient
de ce permis-là, mais, pour nous, c'est 100, 150 personnes qui auraient
accès à ça. Ça ne les empêcherait pas non plus, s'ils faisaient l'ensemble des
prescriptions requises pour avoir un plein permis, d'éventuellement transiger
vers un plein permis d'ingénieur. Mais, s'ils le souhaitent, ils pourraient
rester et travailler simplement avec un permis qui est restrictif. Donc, pour
nous, c'est vraiment intéressant.
• (12 h 20) •
On aurait aussi... On a des cas de figure de
gens qui sont des gestionnaires de projets multidisciplinaires avec des compétences
particulières à qui on pourrait octroyer des permis d'ingénieur. On pourrait
penser aussi dans le domaine de l'économie circulaire. Quelqu'un qui aurait
seulement une petite facette du génie, par exemple du génie de l'environnement
ou d'un autre type de génie, pourrait venir exercer chez nous dans ce domaine
spécifique là. Donc, pour nous, c'est vraiment un outil supplémentaire.
Pour ce qui
est de la confusion, ce n'est pas parce qu'on a des nouveaux types de permis
qu'on a des nouveaux titres. Donc, à proprement parler, pour le public, ça va
vraiment être à l'ordre de décider est-ce que ce nouveau type de permis
là requiert un titre qui serait légèrement différent du titre normal, mais ce
n'est pas automatique. Donc, nous, on a moins de titres qu'on a de types de
permis qu'on octroie, à l'ordre. Donc, ça va vraiment être une analyse que les ordres vont pouvoir faire, à savoir comment on
va informer le public que cette... que cette personne-là, elle est... elle est
restreinte dans sa pratique, donc quel va être le meilleur moyen. À ce
moment-ci, on ne peut pas nécessairement le dire, parce qu'on a très, très hâte
de le mettre en application, mais c'est ça. Donc, c'est vraiment ça, ici.
Peut-être
pour des exemples de ce qui se fait à l'international, je passerais la parole à
mon collègue Me Robert. Ou ailleurs.
M. Robert (François-Xavier) : Bien,
à l'international... Bon. En tout cas...
Mme Larivière-Mantha (Sophie) :
Ailleurs.
M. Robert (François-Xavier) : On va
parler du reste du Canada. Peut-être, c'est un peu moins ambitieux. Bien, il y
a effectivement, en ce moment, quatre provinces qui ont déjà un type de permis
comme ça, qui s'appelle en général un permis... un permis restrictif, là, ou
«limited licence». Le nom peut varier évidemment d'une province à l'autre, mais
c'est un peu le même principe, c'est-à-dire que c'est vraiment un permis qui
permet de faire une gamme d'activités qui est restreinte puis qui est
déterminée de façon ad hoc, là, en fonction du profil du candidat. Ils en
donnent. Ça... En tout cas, personne ne nous a dit que ça ne fonctionnait pas.
Et, peut-être pour compléter ce que disait notre
présidente, au niveau de la confusion, il y a une chose qu'il faut se rappeler,
c'est que même si vous... Si vous avez un permis, vous êtes inscrit au tableau.
Puis, si vous êtes inscrit au tableau, vous avez les
mêmes obligations que tous les autres ingénieurs. Ça fait que les gens qui vont
être titulaires d'un permis spécial vont
avoir la formation continue, ils vont avoir une assurance responsabilité qui
est la même, ils vont avoir le même code de déontologie, qu'on aimerait bien
moderniser, par ailleurs. Donc, il y a... C'est les mêmes obligations. La confusion va peut-être être
au niveau du droit d'exercice. Mais ça, justement, on a une recommandation qui
vise à rendre ça public, puis, je pense, ça va régler le problème. Mais déjà,
vous savez, deux ingénieurs qui ont le même permis, ils ne peuvent pas faire
nécessairement les mêmes choses. Un ingénieur qui est formé en génie électrique
ne peut pas commencer à aller faire de la réhabilitation de terrains contaminés
demain matin, là.
Mme LeBel : Je reçois de votre
remarque qu'il y a beaucoup d'appétit pour la suite de nos travaux. Et on va être au rendez-vous, donc il y a... il n'y a pas
d'enjeu là-dessus. Mais il y a... il y a... Bon, je vais simplifier à outrance,
là, pour les fins des travaux, parce que, sinon, on pourrait entrer dans des
choses complexes. Mais l'objectif du permis, du permis spécial, était de deux
natures, hein? Le premier objectif était de pouvoir accueillir des gens qui
viennent, qui ont été formés à l'étranger, dont la formation n'est peut-être
pas en totale adéquation avec la nôtre, qui fait qu'aujourd'hui c'est, je vais
le dire... c'est du tout ou rien, c'est-à-dire ou bien ils se mettent à niveau
ou font la... ou complètent la formation à notre satisfaction, entre
guillemets, ou bien ils ne peuvent pas... ne peuvent pas exercer comme
professionnels, donc accueillir des étrangers et leur permettre d'exercer dans
leur domaine où la formation est, je dirais, concomitante avec la nôtre, et/ou,
bien, des gens qui ont pris leur retraite et veulent revenir pratiquer et que, vous
donnez trains d'atterrissage, cette personne-là, dans les 20 dernières
années de sa vie, a pratiqué ou exercé uniquement dans ce domaine-là, bien,
elle revient et elle ne veut pas, bon, réactiver toute sa... Bon. Et on
pourrait lui donner un permis spécial ou un permis restrictif.
Il y a des gens qui ont soulevé une
préoccupation qui me préoccupe, parce que ce n'est pas l'objet de ça, puis
j'aimerais voir, selon ce que vous avez vu ailleurs aussi, comment ils le
font : la notion de déprofessionnalisation de la... de déprofessionnaliser
les professionnels. Je m'explique. L'idée n'est pas de prendre quelqu'un au
Québec qui fait, je vais le dire, là, vraiment de façon quasi scandaleuse...
qui va faire trois quarts de la formation, on va lui donner trois quarts d'un
permis. On se comprend, ce n'est pas ça l'idée du tout. Et je le dis pour les
fins du débat parlementaire, hein, quelle est l'intention du législateur, ce
n'est pas celle-là. Mais comment on peut s'assurer que... Parce que vous avez
semblé évoquer quelque chose qui m'a un peu titillée, mais je suis convaincue
que ce n'est pas ça que vous vouliez dire,
donc je vais vous donner l'idée de... l'objet... l'opportunité de débattre puis
de le circonscrire. Comment on peut s'assurer qu'on ne vient pas donner,
tu sais, trois quarts de la formation ou qu'on dit : Bien, je forme... là,
je manque d'imagination avec les ingénieurs, là, parce que je ne connais pas
votre profession, mais que quelqu'un fait un cours avancé, accéléré de trains
d'atterrissage, je le sais, que ce n'est pas ça, là, que c'est plus complexe,
puis qu'il va venir taper à la porte de l'ordre puis dire : Bien, moi, je
peux faire... Comprenez-vous ce que je veux
dire? Donc, comment on s'assure de ces balises-là? Parce que, pour moi, quand
on parle de ce permis-là, il y a eu une notion de formation complète
sous-jacente et, après ça, d'exercice partiel, et non pas de formation
partielle. Peut-être que je suis en train de répondre à ma propre question,
finalement. C'est le... Ça m'arrive... Mais j'aimerais vous entendre. Merci.
Mme Larivière-Mantha (Sophie) :
Excellent. Je vais permettre à mon collègue Me Robert de répondre à la
question.
M. Robert (François-Xavier) : Bien,
en fait, il peut y avoir plusieurs situations. Puis effectivement, je pense,
aux ordres, on... Le législateur doit faire confiance aux ordres, ils sont
capables d'analyser, c'est ça. Puis, si vous
remarquez que le projet de loi ne dit pas qu'on «doit donner» un permis
spécial, c'est «on peut donner», donc il faut quand même que ce soit
justifié par l'intérêt public, comme le reste de nos décisions.
Par ailleurs, en génie, ce qui peut se passer
souvent, si on prend l'exemple typique, c'est les professeurs d'université, ils
n'ont pas nécessairement le bac en génie, qui est d'habitude... qui est la clé
pour rentrer à l'Ordre des ingénieurs. C'est d'avoir un diplôme de premier
cycle de cinq ans, là, au Canada. Donc, nous autres, c'est trois... c'est quatre
ans plus la dernière année de cégep. Mais les professeurs universitaires vont
souvent avoir étudié dans d'autres choses et vont, après ça, par contre, avoir
fait beaucoup d'études supérieures, hein? On parle de maîtrise, doctorat,
postdoctorat en génie dans certains cas. Ces gens-là, ils ont... ils ont des
compétences, dans certains cas, qui sont plus élevées que certains ingénieurs,
mais vraiment dans un domaine très précis. Donc, ce n'est pas... ce n'est
vraiment pas le cas que vous soulevez, à savoir quelqu'un qui a lâché à mi-bac
puis qui a décidé d'aller faire de la sociologie à la place, par exemple, là.
C'est un projet très louable, mais c'est sûr que ça donne... Ce n'est pas une
personne qui devrait normalement se faire voir donner un permis spécial. Ce
n'est pas... Il n'a aucune compétence particulière dans son domaine. On n'est
pas là pour donner des permis pour des gens qui vont faire un travail de
technicien. Il y a un autre ordre qui serait peut-être plus approprié dans un
cas comme ça. Mais donc moi, je ne vois pas... Effectivement, vous avez raison
que ça ne devrait pas... Je pense qu'un ordre qui déciderait de faire un peu
des permis à rabais dans ce style-là... je pense qu'il se tirerait dans le pied
puis je pense qu'il n'accomplirait peut-être pas son mandat. C'est sûr, si
j'étais l'office, je poserais des questions, disons.
Mme LeBel :
Bien, je suis contente de vous entendre, parce que... parce que le fait que la
question soit soulevée, c'est légitime, on doit y réfléchir. D'un autre
côté, c'était tellement loin de l'intention que nous avions et des cas de
figure qui étaient illustrés que je me suis... je me suis mise à me demander
est-ce qu'on devrait vraiment baliser. Parce qu'effectivement, vous avez
raison, il y a la formation, vous avez parlé de la formation régulière,
classique, celle où on coche, là, le bac égale permis...
bien, sous réserve de, etc., etc., mais on se comprend, et quelqu'un peut avoir
une formation, un chemin différent, mais remplir quand même les objectifs de
compétence, donc. Mais donc vous nous conseillez de ne pas baliser à outrance,
peut-être, peut-être avoir certains indicateurs, par contre, pour guider les
ordres et l'office, qui devra peut-être exercer son rôle, mais de ne pas trop
barrer les ordres dans un carcan où ils ne pourraient pas avoir l'agilité de
dire : Bien, moi, je reconnais d'autres types de maîtrises comme étant une
compétence suffisante pour avoir un permis dans une... restreint, finalement.
M. Robert
(François-Xavier) : Le principe de ce permis-là, c'est de passer...
c'est d'aller chercher les gens qui passent entre les craques du trottoir, si
on veut. Si vous commencez à mettre des balises fermes dans le projet de loi,
bien, à ce moment-là, en fait, on va vraiment avoir d'autres craques qui vont
se créer puis on... vous n'atteindrez pas l'objectif. Maintenant, si on peut
avoir une réflexion entre ordres, avec l'office, dire, bien, dans quel cas
c'est opportun de donner ça... puis ça peut
servir à outiller les ordres qui auraient peut-être... seraient peut-être un
peu plus au dépourvu dans des
situations comme ça. Mais, si on prend le monsieur trains d'atterrissage, là,
il n'a pas étudié un demi-bac, là. C'est quelqu'un qui a... qui a été
agréé par Transports Canada, ce qui veut dire qu'il a un minimum de six ans
d'expérience dans ce domaine-là avant d'être agréé. On parle d'experts, là. Ces
gens-là, c'est des experts, c'est juste qu'ils sont experts dans un spectre
assez étroit.
Mme LeBel : Voilà.
Bien, merci, merci. Ça va pour moi. Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme la députée de La Pinière pour 15 min 30 s.
Mme Caron : ...M.
le Président. Alors, merci à vous trois pour votre présence et pour les travaux
effectués.
Alors, un petit peu
en lien avec le permis, ce que je comprends des discussions, c'est que le
permis spécial va faciliter les choses pour
permettre de reconnaître, de donner le titre à des personnes qui, comme vous
avez dit, passent dans les craques du trottoir, qu'ils soient formés à
l'étranger ou ici, peu importe. Et la question que je veux vous poser, qui
dépasse un petit peu le projet de loi, c'est qu'en fait je m'étais fait dire
que l'Ordre des ingénieurs était un modèle dans l'intégration de travailleurs
formés à l'étranger, alors est-ce que c'est... Qu'est-ce que vous faites que d'autres ordres, peut-être, ne font pas ou
peut-être ne peuvent pas faire? Mais qu'est-ce que vous faites dans ce sens-là qui
peut aider, outre ça, qui va... ce nouveau permis, qui vous aiderait?
• (12 h 30) •
Mme
Larivière-Mantha (Sophie) : Je vais me concentrer dans ma réponse sur
ce que l'ordre fait. Je préfère qu'on ne
fasse pas de comparatif... bien, pas dans... pour les besoins de la commission,
là. Donc, nous, entre 2018 et 2023, nos délais de traitement des
dossiers sont passés de 18 mois à six mois. Ce qu'on a fait là-dedans,
c'est qu'on est allés voir non seulement ce
que les gens avaient comme études, parce que, chez nous, ce qui est qualifiant,
c'est le bac, mais, en plus, on a tenu compte de toutes les expériences
de travail qu'ils avaient par la suite, qui pouvaient combler les lacunes qui
étaient potentiellement dans leurs... dans leurs études, si on regardait
exclusivement les études. Donc, on est allés faire ça. On est allés
personnaliser davantage l'étude des dossiers qu'on faisait. On est allés
améliorer, évidemment, nos mécanismes
derrière. Et toutes ces modifications-là, finalement, nous ont permis d'être
plus rapides sur l'analyse du dossier. Ça ne fait pas qu'il n'y a
personne qui est refusé. Des fois, les qualifications ne sont pas là ou, des
fois, les prescriptions sont très longues, et ça prend quand même du temps.
Donc, avec ce
processus-là, on est partis de beaucoup, beaucoup de prescriptions à beaucoup
moins. On parle de l'ordre de deux à trois fois moins de prescriptions, parce
qu'on tient compte de... davantage, là, du parcours de la personne. Donc, ça
nous a permis de personnaliser et d'accélérer beaucoup le délai de traitement, là.
Ça fait qu'on est très fiers des avancées
qu'on a faites, là, dans ce domaine-là. On a une grosse proportion de nos... de
nos candidats qui rentrent, là, nos candidats à la profession
d'ingénieur, qui sont des personnes formées à l'étranger. D'année en année, là, on est entre 20 % et 30 %,
là, des gens qui rentrent à l'ordre qui sont issus de ces profils-là. Donc,
c'est quand même des gros volumes chez nous, là. Considérant qu'on a
72 000 membres et candidats à la profession, c'est quand même
beaucoup, là. Ça fait que...
Mme Caron : Donc,
un effort de... vraiment d'optimisation et de personnalisation des dossiers, et
non pas juste cocher des cases.
Mme
Larivière-Mantha (Sophie) : Exact.
Mme Caron : C'est
ce que je comprends de...
Mme Larivière-Mantha
(Sophie) : Non, c'est ça, c'est ça. Puis on en a beaucoup, bon, qui
viennent de rentrer dans la profession,
mais, globalement, on en a peut-être 17 % actuellement, là, quand on le
met sur le 72 000, là. Donc, c'est à peu près ça.
Mme Caron : D'accord.
Merci pour cette réponse. Maintenant, vous avez évoqué tout à l'heure,
peut-être, des membres, des professionnels
qui malheureusement seraient victimes de violence conjugale, ou autres, et je
n'ai pas tout à fait saisi ce que vous vouliez... ce que vous vouliez
apporter comme amendement ou recommandation.
Mme
Larivière-Mantha (Sophie) : En fait... Oui. En fait, le projet de loi
prévoit qu'il serait possible de ne pas divulguer certaines informations qui
sont normalement de nature publique sur un membre. Quand on pense notamment au
lieu d'exercice, au numéro de téléphone au travail, puis parfois il y en a qui
travaillent de la maison, donc leur lieu de travail qui serait normalement
public, parce que c'est de l'ordre public vu que c'est un professionnel,
pourrait, dans ces cas-là, ne pas être divulgué à quelqu'un qui en ferait la
demande, particulièrement quand c'est des cas de protection du public. Il faut
comprendre qu'on en a déjà, des demandes de cette nature-là, et, évidemment, on
les accepte. Ceci dit, comme il y a un flou à savoir si on peut ou pas les
accepter, on préférerait que ça devienne...
que ça devienne plus clair, et c'est ça. Mais je ne veux pas que vous pensiez
qu'on laisse aller ces cas-là, évidemment, là, on prend sur nous de le
faire.
Mme Caron : Bien
sûr. Mais l'information sur les champs de pratique, par exemple, de cette
personne-là sont toujours... ça, on n'y touche pas, c'est toujours accessible
au public, aux employeurs, et tout ça.
Mme
Larivière-Mantha (Sophie) : On souhaite que ça soit accessible,
effectivement, là, y compris les nouvelles
dispositions qui sont proposées dans la loi, que ce soit accessible. Est-ce que
tu veux préciser les champs qui...
M. Robert
(François-Xavier) : Bien, je pense que ça irait... de toute façon, si
on pense à une situation de violence conjugale ou d'un harceleur, je vous
dirais que c'est sûr que la précaution s'impose. Puis, même dans certains cas,
avec certains domaines d'exercice, les gens peuvent avoir une bonne idée d'où
ils travaillent. Ça peut être délicat.
Ça fait que, c'est
sûr, je pense que c'est une situation qui serait au cas par cas, vraiment. Dans
d'autres cas, c'est sûr que quelqu'un qui travaille en génie civil, il y en a
tellement, ça ne vous aidera pas à trouver, à retracer votre ex, là, mais...
parce que, malheureusement, c'est des situations qu'on voit, mais,
effectivement, l'important... c'est sûr qu'au niveau... surtout qu'il y a des
gens qui travaillent de la maison. Ça, c'est sûr qu'il faut absolument taire
cette information-là, et on est... on le fait déjà, mais là on est vraiment
contents que le projet de loi l'officialise, si on peut dire, puis qu'il en
fasse même un devoir aux ordres professionnels.
Mme Caron : Oui, de protection de ses membres, finalement.
Parfait. Maintenant, parmi les recommandations que vous avez faites pour
aller plus loin, parce qu'on comprend... puis d'autres ordres aussi, vous
n'êtes pas les seuls, il y a d'autres ordres qui nous ont dit : C'est un
bon premier pas, comme vous avez dit au début de votre présentation, c'est un
premier jalon, puis on veut aller plus loin, et il y a... on sent un
empressement de vouloir aller plus loin aussi. Parmi les recommandations que
vous avez pour aller plus loin, est-ce qu'il y en a qui sont prioritaires et
que vous aimeriez... dont vous aimeriez parler davantage?
Mme Larivière-Mantha
(Sophie) : Bien, en fait, il y en a... il y en a quatre qui sont
proposées dans notre mémoire. Et, bien, on
pense que c'est des gains qui peuvent être relativement rapides. Il y avait
notamment l'abolition de l'obligation de déléguer certains pouvoirs du conseil
d'administration seulement au comité exécutif. Donc, on souhaiterait que les mêmes pouvoirs puissent être
délégués à n'importe quel comité nommé par le conseil d'administration.
On peut penser au cas d'un candidat à la profession d'ingénieur qui serait sous
enquête par le bureau du syndic, donc pour un cas de déontologie. Ces
dossiers-là ne peuvent pas aller au conseil de discipline, ils doivent aller au
conseil d'administration. Et là, au conseil d'administration, on est
15 membres plus le support, ça fait beaucoup de gens devant qui aller pour
témoigner, si c'est le cas. Donc, on veut faire ça dans un plus petit comité,
mais ça ne peut être délégué qu'à une instance qui s'appelle le comité
exécutif. On souhaiterait pouvoir appeler ça d'une autre manière. On pense qu'au niveau des règles de gouvernance le
comité exécutif a une connotation qui est comme un CA dans un CA. Alors, on
voudrait juste que ça soit retiré, que les mêmes pouvoirs soient délégués mais
que le mot... l'obligation d'être dans un comité exécutif soit retirée.
On avait aussi la
déclaration annuelle. On souhaiterait qu'elle devienne obligatoire. On pense
que c'est un outil, pour les ordres, qui s'est largement répandu dans les
dernières années. Et actuellement il serait possible pour un membre de
seulement payer sa cotisation sans faire sa déclaration annuelle. Nous, ça nous
aide énormément, notamment en inspection. Je vais utiliser cet exemple-là. En
inspection, on a un programme d'inspection basé sur le risque. Donc, on va
vraiment aller regarder quelle est la pratique du membre. On a des domaines à
risque qu'on établit en regardant autant des
dossiers avec la CNESST. On va regarder aussi les assurances, les déclarations
d'assurance qu'on a, et on va établir ces domaines-là, puis on va
regarder dans quoi le membre pratique quand on va établir notre plan
d'inspection. Donc, pour nous, que les déclarations annuelles soient faites
annuellement, finalement, ça a un impact, ça
a un impact sur tous nos mécanismes de protection du public qui se servent de
cette information-là également.
On avait aussi des
limitations permanentes, donc, des activités. On peut actuellement limiter de
façon temporaire un membre dans des activités réservées et non réservées, mais,
au bout de quelques manquements, donc, de plusieurs moments où il va faire les
cours, par exemple s'il y avait des échecs répétés ou s'il ne faisait pas les
cours, on pourrait le limiter de façon permanente seulement dans des actes qui
sont réservés et non pour des actes qui sont non réservés. On souhaiterait
qu'il y ait de la cohérence à ce niveau-là.
Mme Caron : ...soit
dans les deux, autant réservés que non réservés?
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : ...que
non réservés, qu'on puisse limiter de façon permanente. Parce qu'actuellement
les limitations permanentes sont seulement dans les cas d'actes réservés. Donc,
il y a des cas d'application, là, où on souhaiterait
limiter pour un membre, c'est ça, qui ne ferait pas, dans le fond, les
prescriptions qui lui sont données par l'ordre, là, à plusieurs reprises, ça
nous permettrait, à ce moment-là, de le limiter.
On avait aussi, là... je l'ai mentionné en
introduction, là, mais le titre de spécialiste, que, si une profession n'a pas
régi le titre de spécialiste, les membres de cette profession-là puissent
l'utiliser, là, s'ils le souhaitent, comme les gens qui sont non membres de
l'ordre, en fait.
Mme Caron : D'accord. Merci. Il me
reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) : Six minutes.
Mme Caron : Il reste six minutes.
Alors, est-ce que vous... il y a des choses que vous n'avez pas... pour lesquelles vous n'avez pas eu le temps de parler
durant la présentation du mémoire et que vous voudriez approfondir?
Mme
Larivière-Mantha (Sophie) : Bien, je ne sais pas. D'entrée de jeu, on avait
parlé des OBNL. Est-ce que c'était clair pour vous, notre position? En fait, au
niveau des organismes à but non lucratif, nous, ce qu'on souhaiterait,
c'est que les ordres professionnels puissent régir s'il y avait un besoin mais
qu'il n'y ait pas d'obligation de régir. Comme c'est écrit actuellement dans le
projet de loi, on aurait l'obligation. Cette obligation-là ferait que l'ensemble
des ordres professionnels ou presque, parce qu'il y en a quelques-uns qui ont
déjà des règlements, devrait déposer des règlements pour encadrer. Alors, nous,
ce qu'on souhaiterait, c'est qu'on puisse. Donc, des ordres qui, comme nous, n'ont pas d'enjeu avec l'exercice en OBNL ne
seraient pas obligés de faire un règlement. Ça serait, selon nous, là, plus juste de le faire de cette façon-là. Ça
éviterait aussi d'embourber le système réglementaire, qui est actuellement, là,
surchargé. Donc, on pense que ça, c'est important.
Et, au niveau des honoraires qui sont modiques,
c'est vraiment plus au niveau de la définition de modique que vraiment sur le
fait que les honoraires sont peut-être moins chers en OBNL. Donc, pour nous, le
concept d'un OBNL fait que, comme ils sont
limités dans les profits qu'ils peuvent faire, bien, ils sont également,
peut-être, limités dans ce qu'ils
peuvent faire avec ça. Puis nous, on a différentes coops et on a des gens qui
travaillent dans ces coops-là actuellement qui nous disent que leurs
tarifs ne sont pas nécessairement modiques mais qu'ils sont en dessous du
marché. Alors là, ça... c'est ça, au niveau de l'interprétation, ça serait plus
difficile pour nous, là, d'interpréter ça, le concept
de modique. Pas qu'on n'est pas d'accord avec le fait qu'il y ait des tarifs
d'ingénierie qui soient moins chers que d'autres, donnés par des OBNL, c'est
vraiment la difficulté pour nous, là, d'interpréter ce titre-là. Ça fait que
c'est peut-être ça, là.
• (12 h 40) •
Mme Caron : D'accord. Alors, est-ce
que... est-ce que le fait qu'il y ait ou non une définition de coûts modiques
ou d'honoraires modiques, ça serait aidant ou pas nécessairement parce que ça
peut venir restreindre plus, ou pas de différence pour vous?
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : Bien,
peut-être... Tu me diras si tu veux compléter, là, mais je me lance. Au niveau
du modique, je ne sais pas si on serait capables de le définir pour les
46 professions, parce que que veut dire «modique» d'un côté ou de
l'autre? Ça dépend d'où on part. Pour nous, si les professionnels exercent dans
des OBNL, il y a déjà une forme de limitation au niveau des profits. Tu sais,
on peut penser notamment à la Fédération québécoise
des municipalités, qui va offrir des
services d'ingénierie et de d'autres professionnels, comme des avocats,
à des petites municipalités qui ne sont pas
capables d'avoir des départements d'ingénierie. Donc, évidemment, les tarifs
qu'ils offrent sont moins chers que celles
des... par exemple des firmes privées, mais ils ont besoin d'un minimum, là,
pour fonctionner, également.
Ça fait que c'est vraiment dans la définition.
Je ne sais pas comment on le définirait. Je ne sais pas si ce terme-là est
nécessaire pour certaines applications, peut-être, dans d'autres ordres. Je
sais qu'il y a eu énormément de discussions sur le sujet dans les derniers
jours également, mais, nous, de notre côté, c'est vraiment la difficulté
d'application du «modique», on ne sait pas comment on le définirait. Est-ce que
c'est... moins que le marché, c'est modique?
Puis là quel serait le marché? Parce qu'on a des firmes privées, on a beaucoup
d'ingénieurs qui travaillent dans des ministères également. Ça fait que
comment on établirait cette espèce de seuil là, ça pourrait être une difficulté
un petit peu plus grande chez nous.
Puis ce n'est pas tout à fait comme l'aide
juridique non plus, qui, elle, est en partie subventionnée par le gouvernement.
Donc là, on sait que c'est plus modique. Ça fait que c'est ça, on... Voilà.
Puis je vais être honnête avec vous, nous, dans
nos recherches, on a trouvé trois coopératives en ingénierie. Ça fait que ce
n'est pas... ce n'est pas des gros volumes non plus, là, d'où la non-nécessité,
selon nous, là, d'avoir un règlement, là, pour ces gens-là, mais voilà.
Mme
Caron : Et ma dernière question à propos des OBNL :
Est-ce que vous... Parce que vous avez
mentionné : Autant de règlements qu'il y a d'ordres, ça pourrait être...
ce serait... En fait, d'autres ont mentionné que ce serait beaucoup.
Vous semblez préférer que ce soit à l'ordre. Mais, s'il y avait... si c'était
dans le code où tout le monde était... avait cette obligation-là, est-ce que ça
causerait un problème à l'Ordre des ingénieurs du Québec?
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : Bien,
en fait, nous, on souhaite que les ordres puissent réglementer s'ils en ont le
besoin. Actuellement, c'est «doit» réglementer. Si on va dans le «doit»
réglementer, on a des gens qui travaillent dans des
coopératives actuellement qui ne pourront pas travailler tant qu'on n'adoptera
pas de règlement. Étant donné la quantité de règlements et le gel réglementaire
actuel, ça peut prendre quelques années. Donc, il y a des services qui ne
seront pas donnés.
Donc, nous, ce qu'on souhaite, c'est vraiment
que les ordres puissent réglementer si c'est nécessaire et non doivent
réglementer. Donc, on dit essentiellement la même chose que nos collègues dans
beaucoup de cas, là.
Mme Caron : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. À moi de vous
remercier, ça a été très, très, très agréable et très instructif.
Et, sur ce, la commission suspend ses travaux
jusqu'à 14 heures. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 43)
(Reprise à 14 heures)
Le Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! Bon après-midi à tout le monde.
La Commission des institutions reprend ses travaux.
Donc, on poursuit les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 67,
Loi modifiant le Code des professions pour la modernisation du système
professionnel et visant l'élargissement de certaines pratiques professionnelles
dans le domaine de la santé et des services sociaux.
Cet après-midi, on aura le privilège d'entendre
les associations professionnelles suivantes : l'Association des dentistes,
l'Association canadienne des compagnies d'assurances, mais il nous fait plaisir
d'accueillir, pour débuter, l'Association des pharmaciens des établissements de
santé de Québec. Alors, merci beaucoup d'être avec nous. Alors, vous connaissez les règles, 10 minutes
de présentation, après ça on aura un échange avec les membres. La parole
est à vous. Merci.
Association des
pharmaciens des établissements
de santé du Québec (APES)
Mme
Racicot (Julie) : Merci.
M. le Président de la commission, Mme la ministre, Mmes et MM. les
parlementaires, merci aux membres de la Commission des institutions de
nous permettre de commenter ce projet de loi.
Je suis Julie Racicot, pharmacienne et
présidente de l'Association des pharmaciens des établissements de santé du
Québec, et je suis accompagnée aujourd'hui de Mme Linda Vaillant,
directrice générale de l'association.
D'entrée de jeu, nous tenons vraiment à
souligner que l'APES adhère au plan santé, aux principes qu'il soutient, bien sûr. Toutefois, pour nous, le
projet de loi n° 67 laisse une impression d'oeuvre inachevée. Un
pan important des conditions d'exercice qui permettent aux pharmaciens
d'améliorer l'accès et la sécurité des soins est absent, à notre avis. Cet
élément manquant, c'est l'instauration de pharmaciens spécialistes au Québec,
au même titre qu'il y a des médecins
spécialistes et des infirmières
praticiennes spécialisées. Sans ça,
le plan santé ne pourra pas se concrétiser complètement et nous permettre
d'atteindre pleinement les objectifs visés, avec lesquels nous sommes d'accord.
D'abord, ce
titre de spécialiste serait attribué aux pharmaciens qui détiennent une
maîtrise en pharmacothérapie avancée, diplôme que détiennent une
majorité de pharmaciens dans les hôpitaux, notamment. Alors, on parle ici de
1 500 pharmaciens sur un total de 10 000 au Québec. Le contexte
de pratique des pharmaciens d'établissements de santé au Québec, leur formation
unique et de haut niveau sont des atouts desquels le réseau de la santé peut
tirer encore plus profit pour répondre aux besoins de la population. On a
aujourd'hui une belle opportunité de le faire. La formation générale du
pharmacien est constituée déjà d'un doctorat professionnel de premier cycle,
contingenté, très exigeant, mais à cela s'ajoute, pour le pharmacien
d'établissement, une formation postdoctorale de deuxième cycle, une maîtrise en pharmacothérapie avancée, qui
inclut une résidence en établissement,
et c'est là où sont enseignées les
thérapies novatrices, les médicaments de
recherche, les médicaments injectables, comme la chimiothérapie intraveineuse,
par exemple. C'est là qu'on voit aussi
toutes les situations cliniques urgentes, graves, aiguës, instables, complexes.
C'est à la maîtrise qu'on apprend ça.
En 2024, ça nous apparaît inconcevable que ces
pharmaciens hautement qualifiés doivent encore dépendre de lourdes ententes administratives à convenir en
partenariat avec les médecins, et les infirmières praticiennes spécialisées, et
autres instances pour qu'elles nous autorisent à prescrire les médicaments.
Donc, on doit obtenir leur permission.
Lorsque de telles ententes sont finalement
instaurées dans un établissement et appliquées par tous les pharmaciens, ça
conduit à une réduction de la durée d'hospitalisation des patients, une
diminution des consultations médicales et
une meilleure transition des soins entre l'hôpital et le domicile. Mais,
malheureusement, ces pratiques-là ne sont pas la norme au Québec. Elles
sont issues de mesures administratives très lourdes. Et surtout il faut savoir
qu'elles dépendent de la volonté des pharmaciens eux-mêmes et de la volonté des
médecins et des infirmières praticiennes spécialisées à déléguer aux
pharmaciens cette possibilité-là. Donc, on laisse le choix aux professionnels.
Par exemple, on peut voir des ententes de
partenariat instaurées dans les unités de soins, par exemple en psychiatrie. En
psychiatrie, le pharmacien, où il y a une entente d'établie, va pouvoir
prescrire la médication, même pour les conditions
médicales physiques, comme par exemple le diabète, que le patient peut
développer suite à la prise d'antipsychotiques, même d'antidépresseurs. Donc,
le pharmacien initie les traitements pour réussir à avoir le contrôle, par
exemple, du diabète du patient. Donc, ce pharmacien-là va jouer complètement le
rôle d'un médecin de famille ou d'un
interniste que le psychiatre aurait demandé en consultation dans le dossier.
Donc, il s'assure également, aussi que le traitement va être adéquat
pour ces conditions de santé là, et évidemment va participer à l'ajustement des
médicaments comme les antipsychotiques, les antidépresseurs.
Qu'est-ce qu'on a
fait au plus haut de la pandémie, lorsque les médicaments contre la COVID 19
sont arrivés au début au compte-gouttes?
Dans un contexte de crise, on avait des médicaments nouveaux, complexes, qui
présentaient plusieurs interactions médicamenteuses et
contre-indications, certains étaient intraveineux, d'autres en comprimés, et
les quantités étaient très, très, très limitées. Ce qu'on a fait au Québec,
c'est qu'on a demandé aux pharmaciens d'établissement
de contrôler l'accès, et de s'assurer de leur usage judicieux et sécuritaire,
et de les... de les prescrire. Une fois la prescription faite, quand
c'est intraveineux, c'était donné dans les hôpitaux et les centres de
perfusion, pour le Paxlovid, on remettait la prescription au patient, et il
était dirigé vers la pharmacie privée de première ligne où on lui servait le médicament. Mais le pharmacien
d'établissement demeurait toujours en référence et disponible au pharmacien
de première ligne. Donc, au tout début dans
la pandémie, c'est ce qu'on a fait, et on s'est tourné vers ces pharmaciens
spécialistes.
Reconnaissons
ces pharmaciens, à juste titre, pour ce qu'ils sont, des spécialistes.
Donnons-leur la responsabilité d'être
en soutien au réseau, notamment aux pharmaciens de première ligne, et pas
seulement dans un contexte de pandémie. Des responsabilités
additionnelles viennent avec un type de spécialiste, et elles rendraient les
trajectoires de soins plus efficientes et
sécuritaires. Comment peut-on dire non à ça dans le contexte actuel, si on veut
réellement améliorer les soins et les rendre plus efficients?
Les
pharmaciens spécialistes vont aussi pouvoir faire des consultations, rédiger
des ordonnances d'admission, de départ. Ils vont aussi pouvoir prendre
en charge la pharmacothérapie de certains patients de cliniques externes
spécialisées et en assumer, comme spécialistes, l'entière responsabilité. On
parle ici de patients qui sont atteints de VIH, qui ont reçu une greffe
cardiaque, qui sont sous dialyse. Ils dégageraient ici les médecins de famille,
aussi les médecins spécialistes, qui pourront se consacrer davantage à la prise
en charge de patients en cabinet, en GMF ou en clinique externe.
Je cède maintenant la
parole à ma collègue Linda Vaillant.
Mme Vaillant
(Linda) : Merci. Bonjour à tous. Alors, vous aurez compris à ce
moment-ci que la principale recommandation de l'association, c'est d'inclure,
en fait, la spécialisation en pharmacothérapie avancée au projet de loi. On
pense que ces modifications-là permettraient rapidement de mettre en place une
nouvelle organisation du travail et des trajectoires de soins formels en
pharmacie. Ça pourrait également, cette spécialisation-là, permettre à la
population en général et aux autres professionnels de la santé d'identifier le
pharmacien qui possède les compétences pour traiter une population qui a des
besoins de santé plus complexes. Et cette différenciation permettrait aussi aux
autorités concernées de définir des
paramètres clairs pour la pratique spécialisée et les rôles et responsabilités
spécifiques, on en parlait à l'instant, et d'en assurer le déploiement
uniforme partout au Québec.
Je
voudrais prendre un bref instant pour vous parler des infirmières praticiennes
spécialisées, les IPS. En 2002, le Québec a choisi de se doter de
superinfirmières. En 2002, il n'y avait pas de programme de formation. La loi a
été adoptée, le programme a été fait par la suite. Aujourd'hui, c'est un
programme de maîtrise auquel les pharmaciens d'établissement contribuent pour
former les IPS à prescrire des médicaments.
En pharmacie, le
programme de deuxième cycle en pharmacie d'hôpital existe depuis 1961. C'est
devenu un programme de maîtrise en 1992, et,
depuis 2011, on le connaît sous sa forme actuelle, soit la maîtrise en
pharmacothérapie avancée. Quand on analyse ça, il nous semble que c'est de
nature à vous convaincre, à convaincre le législateur et à le rassurer sur les compétences des pharmaciens
d'établissement et leur capacité d'utiliser pleinement ces compétences-là
pour augmenter l'accès et améliorer la fluidité.
La pratique
hospitalière a toujours été à l'avant-garde de la pharmacie en général. Les
deux derniers projets de loi, qui ont été des réformes importantes de la Loi
sur la pharmacie, projets de loi 41 et 31, ont permis, je dirais, de
rendre conforme cette pratique hospitalière. Cependant, ces changements-là
n'ont pas nécessairement permis aux professionnels que sont les pharmaciens
d'établissement de progresser, d'en faire plus pour le réseau de la santé, de
prendre en charge davantage les clientèles et les patients instables et
complexes. On a même l'impression, de notre point de vue, que le Québec laisse
stagner, jusqu'à un certain point, le groupe de professionnels qu'on
représente.
C'est
pour toutes ces raisons-là qu'on vous demande d'intégrer dans le projet de loi
la notion de spécialisation en pharmacie, à l'instar de ce qui s'est
fait pour les IPS dans la Loi sur les infirmières et les infirmiers du Québec.
Pour nous, c'est la seule façon de garantir une mise en oeuvre rapide de son
application et de prévoir un changement rapide et efficient.
D'ailleurs, je tiens
à vous dire que cette demande de l'association est appuyée par de nombreux
partenaires de l'APES. Vous aurez peut-être
remarqué, à l'annexe 6 de notre mémoire, nous avons les collègues, la
grande famille pharmaceutique, qui
ont tous appuyé la demande, mais aussi les collègues médecins. Les médecins
appuient la demande parce qu'ils savent que les pharmaciens d'établissement
peuvent en faire encore plus pour augmenter leur contribution et les
libérer, eux, davantage de certaines tâches.
• (14 h 10) •
Si on ne fait
rien, qu'est-ce qui va arriver? On va conserver le modèle actuel, le modèle que
nous, on qualifie de courtepointe ou de fromage gruyère, c'est-à-dire
qu'il y a certains endroits où on aura un accès aux soins plus efficients et d'autres, ce ne sera pas le cas, il
y aura des trous. On va continuer à laisser les professionnels et les
gestionnaires décider de l'accès aux soins. On va maintenir des iniquités
pour les patients.
Les pharmaciens occupent une place
importante dans le projet de loi n° 67, mais les pharmaciens
d'établissement, à notre avis, en sont absents. On pense qu'il faut
faire faire un petit pas supplémentaire, qui pourrait avoir l'effet d'un pas de
géant, dans la question de l'accès aux soins et la question de la fluidité
aussi. Pour nous, c'est une façon d'optimiser les ressources. On vise aussi
l'efficience par cette recommandation, on vise aussi à augmenter l'accès. C'est
une question d'avoir le bon professionnel qui pose le bon geste au bon endroit
et au meilleur coût.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Il...
Malheureusement, le 10 minutes est passé, mais on va avoir du temps avec
la période d'échange. Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Oui.
Merci, M. le Président. Effectivement, on a du temps, et, si ça vous... vous
avez l'envie ou vous sentez le besoin d'ajouter quelque chose, n'hésitez pas,
là, on est là pour échanger.
Donc, je constate que
vous... l'essentiel de votre propos, finalement, est sur cette notion-là. Donc,
vous n'avez pas de commentaire sur les
permis restreints, pas de commentaire sur les permis spéciaux, sur les projets
pilotes, sur l'essence du projet de loi n° 67, qui, quant à moi,
est quand même un projet de loi assez important, là, même si, selon votre notion, il est inachevé. Mais, sur
l'essentiel de ce qui est dans le projet de loi, je pense que... je considère
que, si vous n'avez... vous ne commentez pas, c'est que, pour
l'essentiel, vous êtes en d'accord. Est-ce que je peux vous mettre ces mots-là
dans la bouche, ou vous pouvez les... vous pouvez les corriger aussi, là?
Mme
Racicot
(Julie) : Ce qui est proposé, nous sommes d'accord avec ça. Puis je
vous dirais que le rôle de l'association, ici... on sait qu'il y a nos
collègues de l'Ordre des pharmaciens, ça relève davantage d'eux, puis on fait beaucoup de travail à ce niveau-là. Nous, il y
a... Je vous dirais que l'éléphant dans la pièce, pour nous, c'est le
pharmacien spécialiste et c'est sur ça qu'on a choisi de se consacrer.
Mme LeBel : OK.
Bien, d'ailleurs, l'ordre est venu mentionner cet aspect, le Collège des
médecins est venu également mentionner cet aspect, mais plus sur l'angle des
objectifs à atteindre plutôt que sur le moyen de l'atteindre. Et je considère,
avec tout ... avec un grand respect, que de nommer un titre de spécialiste,
pour moi, c'est le moyen, alors que je pense qu'il faut qu'on soit... qu'on
profite de l'occasion pour clarifier à nouveau le fait que, sur l'objectif de
faire en sorte que les gens détenteurs de la maîtrise en pharmacothérapie
avancée aient un pouvoir accru de prescription dans les cas de figure que vous
avez nommés, que l'ordre et le Collège des médecins a bien illustré est un objectif qu'il faut... qu'il faut
atteindre, là. Donc, je peux vous rassurer, c'est l'intention de faire en sorte
que les gens qui ont la formation
appropriée pour le faire puissent avoir ce pouvoir accru de prescription. Donc,
je pense que c'est clair. L'intention est de le faire par voie
réglementaire, pour toutes sortes de raisons.
Comme toute... comme
toute comparaison, je pense qu'il y a une limite avec la comparaison des IPS.
Quand vous parlez des infirmières praticiennes spécialisées, pour avoir
travaillé aussi sur le projet de loi précédent, ces infirmières-là ont des
actes réservés différents des infirmières... des infirmières qui ne sont pas
IPS, alors qu'ici tous les... l'acte réservé, l'acte de prescription qui va être
offert à tous les pharmaciens, bien, dans le cas des pharmaciens qui ont la
fameuse maîtrise, ils auront un pouvoir accru de prescription. Donc, l'idée,
c'est de savoir comment on atteint cet objectif-là. Est-ce que c'est à l'instar
de ce que les sexologues nous ont présenté hier? Une attestation de formation
qui fait que, dans le cas des sexologues, ils ont le droit de diagnostiquer,
alors que ceux qui n'ont pas l'attestation de formation n'ont pas le droit au
diagnostic et ils n'ont pas nécessairement un titre de sexologue spécialisé en
diagnostic. Alors, j'ai beaucoup de mal à comprendre.
Je suis capable de
voir le point de vue d'une association, mais, du point de vue de la protection
du public... Parce que je suis avec vous sur l'accès. Considérez que je suis
avec vous sur l'accès. Je suis avec vous sur le fait de permettre à ces
pharmaciens-là qui ont une formation importante et différente ou, en tout cas,
accrue puissent exercer cette formation-là. Là-dessus, j'en suis.
Mais j'ai du mal à
voir comment c'est la création d'un titre de spécialiste à tout prix, alors
que, présentement, par le biais d'ententes... d'ententes de pratiques avancées
en partenariat, qui ont le défaut de ne pas être uniformes... mais on pourrait
penser à une entente de pratique en partenariat qui s'applique à l'ensemble du
Québec, là, à travers Santé Québec, mais je ne veux pas aller là-dedans. Ce que
je veux dire, c'est que ça se fait déjà sans titre spécialisé. Ça se fait déjà.
Le problème, c'est que ça se fait par entente, et là, là-dessus, je suis
d'accord avec vous, ça n'a pas de sens que ça ne soit pas uniforme à travers le
Québec.
Donc, partons des
postulats où on est d'accord, hein? Ça va être plus facile. Mais j'ai beaucoup
de mal alors que même le Collège des médecins nous a dit hier : Moi, le
titre de spécialiste, on pense que c'est une bonne solution, mais ça pourrait
être par voie réglementaire. C'est le Collège médecins qui a dit : Ça
pourrait être par voie réglementaire, tant qu'on atteint l'objectif. D'autres
ordres professionnels atteignent ces mêmes objectifs là par d'autres outils. Et
on connaît toutes les implications à créer un autre titre et on est dans la
voie de l'allègement du système professionnel et pas de la complication de ce
système-là. Donc, j'essaie de trouver une façon d'atteindre l'objectif tout en
ne créant pas des titres nécessairement, ou d'autres ordres même, au final.
Mme
Racicot
(Julie) : Vous parliez de protection du public tantôt. Moi, je me
ramène à ça beaucoup parce que c'est la raison pour laquelle j'ai choisi d'être
pharmacienne. Présentement, il y a des soins qui ne sont pas offerts aux
patients au Québec. Les patients ne bénéficient pas des soins qu'ils pourraient
recevoir totalement. Il y a des craques dans
les corridors de soins. Les patients sortent de l'hôpital. La prescription, ce
n'est pas clair. Le pharmacien communautaire est tout seul le vendredi
soir, à 5 heures, personne au bout du fil. Il ne sait pas qui rappeler, plein
de questions.
Je travaille à l'Institut
universitaire de cardiologie et de pneumologie à Québec, il n'y a pas une
journée sans qu'on n'ait pas des multiples
appels de pharmaciens communautaires à l'hôpital qui cherchent à qui parler
parce que la prescription n'est pas claire,
puis qu'ils ne savent pas quoi faire, puis qui... à travers qu'on essaie de,
bon, débroussailler et leur donner un coup de main là-dessus, et tout.
Ça fait qu'à ce niveau-là c'est sûr qu'on va améliorer l'accès. Pour moi, en
fait, pour nous, ce qu'on voit, ce n'est pas la recherche d'un titre absolu,
c'est de donner des responsabilités additionnelles avec ça. Ça fait qu'on est
tout à fait en phase.
Je ne jouerai pas le discours de l'Ordre des
pharmaciens qu'ils ont eu hier, ils vous l'ont bien expliqué, il y a une vigie certaine à avoir sur la formation, la
qualification des pharmaciens à qui on donne une extrême responsabilité.
Donc, on parle ici d'aller prescrire des médicaments aux soins intensifs, des
patients qui viennent d'avoir un nouveau coeur, des... donc on parle de très,
très grandes responsabilités auxquelles... présentement, ce sont souvent, dans
nos hôpitaux, avec qui on travaille, les médecins spécialistes qui le font.
Donc, on commence à le faire par des ententes balisées. Mais c'est une chose de
donner à quelqu'un le droit de le faire ou de prendre la décision au Québec,
c'est ça que ça fait, un pharmacien spécialiste, puis quand on te nomme
spécialiste puis que tu as une responsabilité à l'égard de ça, puis tu as la
responsabilité d'établir des trajectoires directes de consultation. Entre un
médecin de famille et un médecin spécialiste, on voit ça. Entre une infirmière,
une infirmière praticienne, on voit ça. Nous, on est pharmacien, on a tous le
même type d'emploi, on est pharmacien. Le pharmacien communautaire qui a besoin
d'un collègue, il a besoin du spécialiste... on va lui donner plus de
responsabilités, au pharmacien en pharmacie communautaire aussi. Ce
pharmacien-là a atteint sa limite. Le patient n'a pas de médecin de famille, ça
prend des corridors. Il y a un pharmacien spécialiste en néphrologie, on en
voit, dans les secteurs de l'hôpital, ils sont là, en établissement. Je vais
appeler mon pharmacien spécialiste en établissement, il va pouvoir m'aider.
Donc, on aurait ce rôle-là en établissant des corridors formels de
consultation.
Donc, oui, il vient, avec le titre de
spécialiste, des responsabilités additionnelles déterminées par l'Ordre des pharmaciens, qui décernera ce certificat-là au
pharmacien. Donc, c'est un engagement encore plus grand qu'on demande
aux pharmaciens d'établissement que de simplement leur donner le droit de le
faire demain matin, sans paperasserie administrative.
Mme
LeBel : Donc, j'entends beaucoup «corridor de soins»,
«formation», «collaboration entre les collègues», «savoir vers qui se
tourner». Je pense que ce sont des enjeux qui sont extrêmement louables, des
enjeux qu'on doit régler, puis on le sait, à
partir du moment où on est dans des grands systèmes, il y a toujours certains
enjeux : vers qui se tourner, comment se tourner. Donc, dans le
fond, ce que je comprends également... moi, ce que je retiens, puis je vais
continuer à retenir, les objectifs, c'est un accès uniforme parce qu'il y a
des...
Mais il y a des pharmaciens qui sont détenteurs
de cette formation spécialisée là, qui est la maîtrise avancée, qui, présentement, parce qu'il n'y a pas d'entente
de partenariat, n'ont pas l'occasion d'exercer leurs pleines compétences. Je
pense qu'il faut trouver une solution ou un moyen de faire en sorte que ces
gens-là, où qu'ils soient, aient cet accès-là.
Le fait de leur donner un pouvoir accru de prescription, on en est, mais est-ce
que c'est par voie réglementaire? Est-ce que c'est par type de
spécialiste? Je vais vous avouer que je demeure à être convaincue, mais on va
faire nos analyses de notre côté.
Mais je vois aussi qu'il faut y avoir de
meilleures communications. À titre d'exemple, et je vais prendre un exemple,
encore une fois, un peu boiteux, mais, comme je le disais tantôt, les infirmières
praticiennes spécialisées, elles ont des
actes réservés, qui sont des actes qui n'existent pas pour une autre
infirmière. Donc, on est vraiment dans un autre paradigme, mais il y a
aussi toute la question du permis restreint, où il faut bien identifier, dans
le cadre du permis restreint, ce que quelqu'un est à même de faire. Donc, on
pourrait penser aussi à voir comment on peut bien informer les gens sur... les gens qui ont l'attestation de formation, à
titre d'exemple, sont capables de faire, à l'instar des autres ordres
qui nous disent : Bien, moi, quand ils ont une attestation de formation,
ils peuvent diagnostiquer, quand ils n'ont pas l'attestation de formation, ils
ne peuvent pas... ils ne peuvent pas faire tel acte.
• (14 h 20) •
Donc, ne comprenez pas mes propos comme une
fermeture ou un manque de respect envers la formation et la capacité. Au contraire, j'en suis, parce que je
pense qu'il faut être capable de les mettre à contribution pleinement et que ce sont des personnes qui ont un apport
extrêmement important et crucial dans des trajectoires de soins qui sont...
qui sont souvent critiques. J'en suis plus à une réflexion, je pense, qui devra
se poursuivre sur la façon de l'atteindre. Je vous remercie. Je n'ai pas
d'autre question. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Donc, je me
tourne vers l'opposition officielle pour...
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : Oui, allez-y. Voulez-vous réagir? Bien sûr. Avec
plaisir. Allez-y. Pardon.
Mme Vaillant (Linda) : Je voudrais
juste réagir à vos propos. En fait, la façon dont on voit la distinction, nous, dans la spécialisation en pharmacie, c'est
sur le droit de prescrire autonome, peu importe le type de patient qui est
devant nous. Donc, il y a une distinction, à notre avis, par rapport à ce qui
est prévu actuellement, dans le sens où notre droit de prescrire, si on est un
pharmacien spécialiste, dans notre perception, peut s'appliquer tous azimuts, qu'on ait des patients instables ou des patients
qui sont plus stables. Et, pour nous c'est une distinction qui viendrait avec le
certificat de spécialiste. C'est la façon dont nous, on le voit.
L'autre chose, c'est que la
distinction, à notre avis, est importante entre les types de pharmaciens. On a
actuellement... C'est un état de fait, les pharmaciens qui détiennent la
maîtrise ont une pratique spécialisée. C'est déjà un état de fait. Ce qu'on
dit, c'est que la façon dont on est encadré à l'heure actuelle, ça ne permet
pas qu'on se déploie adéquatement et qu'on
donne les soins qu'on devrait donner partout. Et c'est un peu laissé au bon
vouloir, je dirais, des milieux, autant des pharmaciens que des médecins
ou des gestionnaires dans certains établissements. Ça fait qu'à notre avis il y
en a un, parallèle à faire avec les IPS, et on le voit sur la base du droit de
prescrire autonome, peu importe le type de client, le type de patient devant
qui on est.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Maintenant, M. le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M. le Président. Alors, bonjour.
Merci d'être là avec nous cet après-midi. Merci pour le mémoire que vous
avez produit, également.
Hier,
il y a d'autres groupes, qu'on a entendus, avec beaucoup d'attention, mais il y
a des pharmaciens qui nous ont parlé des EPAP.
Une voix : ...
M. Morin : Oui,
qui est une entente... Et j'aimerais que vous nous en parliez, parce que, moi,
ce que j'ai compris... moi, je ne suis pas un spécialiste dans le domaine de la
santé, là, je ne suis pas un médecin, mais ça avait l'air bien compliqué, les
EPAP, puis pas facile à atteindre. Donc, parlez-nous donc de ça un peu. Est-ce
que ça pourrait vous aider? Est-ce que ce n'est pas une option? Est-ce que
c'est trop compliqué? Parce qu'on nous donnait l'exemple d'un pharmacien qui,
dans le cadre d'une EPAP pouvait, évidemment, suivre un patient, prescrire, on
nous donnait le cas de l'oncologie, par exemple. Mais, si le même patient, deux
jours après, à cause de son traitement, ne va pas bien, se présente à l'urgence
puis que, là, le pharmacien n'est pas à l'urgence avec une EPAP, bien là, il ne
peut plus prescrire. Alors, ça avait de l'air bien compliqué puis ça n'avait
pas l'air bien bon pour le patient. Ça fait que,
moi, ce qui m'intéresse, c'est le patient. Donc, j'aimerais ça que nous parliez
de ça, s'il vous plaît, puis comment vos propositions pourraient aider.
Mme Vaillant
(Linda) : Absolument.
M. Morin : Merci.
Mme Vaillant
(Linda) : En fait, c'est bon l'EPAP une fois qu'elle est en place. La
difficulté, c'est de la mettre en place.
M. Morin : Bien,
c'est ça.
Mme Vaillant
(Linda) : La loi, ça doit dater maintenant de 2021, 2022, ça fait déjà
trois à quatre ans qu'on peut mettre en place ces ententes, et, au Québec, le
tiers seulement des établissements ont une entente générale. Ça fait que c'est
vous dire, là, ça a pris un certain nombre d'années, on n'a que le tiers.
Quand on a une EPAP
en place... Je vais vous donner un exemple. Au Centre universitaire de santé
McGill, on vient de voir le résultat d'une étude aux soins intensifs. Aux soins
intensifs, ils ont démontré que les pharmaciens rédigent 40 % des
ordonnances des patients, des ordonnances de médicaments. C'est beaucoup, là.
Imaginez-vous le médecin à quel point il est libéré. 40 % des ordonnances
sont rédigées par les pharmaciens. On va être dans l'hôpital à côté, de l'autre
bord de la rue, il n'y a pas d'EPAP. Donc, les ordonnances sont toutes rédigées
par les médecins sur la recommandation du
pharmacien, donc le pharmacien va devoir dire au médecin : Je te
recommande de prescrire telle chose. Oui, d'accord, telle... Ah! non, tu
l'as... tu t'es trompé de dose, il faudrait que tu rechanges l'ordonnance.
Alors, vous voyez un peu les allers-retours, qui sont vraiment inutiles, quand
on n'a pas la fameuse EPAP.
Maintenant, la mise
en place de l'EPAP, c'est compliqué. Il faut que tous les prescripteurs soient
d'accord, les médecins, les IPS, il faut que tout le monde soit d'accord.
Ensuite, il faut que ce soit entériné à différentes instances dans
l'établissement et, dès qu'il y a un changement, même l'ajout d'un médecin, il
faut faire réapprouver à nouveau ces
ententes pour un contexte où le professionnel qu'est le pharmacien est déjà
capable de réaliser le travail. Vous voyez, il va le réaliser de manière
autonome dans une entente où, à côté, il va le dire au médecin, quoi écrire.
C'est à peu près ça.
Donc, le contexte,
pour nous, de passer à un droit de prescrire autonome avec une reconnaissance
de spécialisation, c'est que le pharmacien spécialiste va le faire partout tout
le temps, il va prendre en charge les patients dans tous les secteurs de soins,
dans tous les hôpitaux au Québec en même temps, à partir du moment où il a
cette maîtrise-là, et pas juste dans le tiers des hôpitaux, comme on le voit à
l'heure actuelle.
M. Morin : Là,
en fait, c'est... c'est ça que je comprends. Donc, avec une reconnaissance
d'une spécialité, évidemment, qui arrive après une formation, vous en avez
parlé, là, bon, ce n'est pas tous les pharmaciens qui sont comme ça, bien, à ce
moment-là, avec un droit de reconnaissance d'une spécialité, on accompagne ça,
évidemment, de plus grandes responsabilités, donc plus grandes possibilités de
prescrire, et là, à ce moment-là, on n'aurait pas besoin d'EPAP. Donc, ça
pourrait être applicable partout, dans l'ensemble du Québec, d'autant plus que
vous avez ajouté des éléments qu'on n'avait pas hier, je vous remercie.
Moi,
je n'avais pas compris que, par exemple, pour l'EPAP, il faut que tout le monde
soit d'accord. Si vous avez un nouveau médecin, c'est ce que vous venez dire,
il faut... il faut qu'il soit partie prenante, puis, si, à un moment donné, il
y en a un qui n'est plus d'accord, bien, il n'y a plus d'EPAP. Donc là, on
se... Oui?
Mme Vaillant
(Linda) : ...quand lui est là, il n'y a plus d'EPAP.
M. Morin : Il
n'y a plus d'EPAP, c'est ça.
Mme Vaillant (Linda) : Exact. Donc, ça
change : une journée, ça peut se faire, le lendemain, ça ne se fait plus.
M. Morin : Puis
vous avez le même pharmacien qui, lui, est un professionnel reconnu, qui serait
prêt à agir, mais qui ne peut pas, puis on a le patient à l'autre bout qui,
lui, bien, attend. OK. Bien, sinon, je vous remercie, je vous remercie
beaucoup.
Deux autres questions
rapidement, parce que, malheureusement, je vais devoir quitter pour aller dans
un autre établissement au sein du parlement,
n'est-ce pas, ça arrive quand on est député. Comment la présence... Pardon?
Mme LeBel : ...
M. Morin : Ah!
oui, ça, c'est... Bien là, c'est généraliste après-midi.
Comment la présence
des pharmaciens spécialistes dans nos hôpitaux changerait le quotidien? Puis
quel serait l'impact pour les patients?
Mme
Racicot
(Julie) : C'est une excellente question. En fait, c'est une chose, le
droit de prescrire. Ça, c'est une chose. Le droit de prescrire autonome, on
vient aplanir beaucoup de problèmes administratifs, on vient donner la
permission de le faire aux pharmaciens. C'est ce qu'on vient de faire. Demain
matin, on nomme des pharmaciens spécialistes dans les hôpitaux, on décerne
cette certification-là de spécialistes, des pharmaciens, on lui donne cette
responsabilité-là de devenir un prescripteur autonome dans sa pratique. Ça
vient avec sa pratique. Ce n'est pas la loi qui
lui permet que... de le faire, il a cette responsabilité-là comme pharmacien
spécialiste. Il a la responsabilité comme spécialiste d'être en référence aux autres professionnels, aux pharmaciens
communautaires. Il est reconnu pharmacien spécialiste, il va servir de
référence à ces gens-là. On va établir des trajectoires de consultation entre
pharmaciens de première ligne et pharmaciens
spécialistes. Parce que les pharmaciens de première ligne vont pouvoir en faire
beaucoup. Quand ils vont arriver au
bout de ce qu'ils peuvent faire : patient orphelin, qu'est-ce qu'on fait?,
ils pourront appeler le pharmacien
spécialiste, ça fera partie de son travail. Les pharmaciens dans les hôpitaux,
on n'est pas payés à l'acte. C'est un système de rémunération globale sur une
échelle salariale. Donc, ils nous contactent, on va les aider. Ce n'est pas des
consultations... Donc, il y a des coûts qu'on peut sauver dans ça aussi. Ils
vont contacter le pharmacien spécialiste. Ça va être son rôle, ça va être sa
responsabilité d'être en support. Il va pouvoir en faire un bout, aider le
pharmacien de première ligne, et il a accès facilement aussi aux
médecins. Ça va permettre de dégager des cliniques ambulatoires.
Présentement,
dans les hôpitaux, il y a des patients suivis en clinique ambulatoire avec des
médecins spécialistes, infirmières
cliniciennes, infirmières praticiennes spécialisées, beaucoup de
professionnels. Il y a des cliniques où il y a des 1 000,
1 200 patients qui sont suivis. C'est énorme. On n'est pas capables
de les transférer à la première ligne parce qu'il n'y a pas de
trajectoire. Et, bien souvent, les patients n'ont pas de médecin de famille
quand ils sont moribonds ou hypothéqués de cette façon-là. Donc, on les garde à
l'hôpital.
Si le pharmacien
spécialiste est capable de transférer même une partie de la prise en charge au
pharmacien en pharmacie communautaire, en
première ligne, le pharmacien aura sa trajectoire. Donc, il va pouvoir ajuster
la thérapie, s'assurer que tout est beau pour le patient. Puis, s'il y a
un problème, il va rappeler le pharmacien spécialiste à l'hôpital, qui, lui, pourra le faire voir par le médecin spécialiste, au
besoin, ou pourra lui-même régler le problème ou avoir rapidement une
consultation. Ça fait qu'on pourrait dégager dès maintenant, rapidement, une
grande partie des suivis de patients
ambulatoires qui se font à partir des hôpitaux par des équipes de médecins
spécialistes, infirmières, pharmaciens. Donc, c'est un autre exemple.
Mme Vaillant
(Linda) : Je me permets un tout petit exemple, un tout petit exemple
en santé mentale. En santé mentale, vous le savez, on a un enjeu de
psychiatres. Il y a un problème, il y a des listes d'attente, on attend, on
attend. Les dernières données qu'on a consultées nous indiquent que 30 %
des demandes de consultation de la première ligne pour un psychiatre concernent
des ajustements de médicaments. Donc, il y a des gens qui attendent pendant je
ne sais pas combien de temps, qui ne vont pas bien, qui ne peuvent pas voir un
psychiatre et qui ont simplement besoin, je dis
«simplement» parce que, pour un pharmacien d'établissement, ce serait simple, simplement
besoin d'ajuster la médication. Donc, on a
30 % de gens sur des listes, là, dont on pourrait prendre en charge
directement.
• (14 h 30) •
M. Morin : Je
vous remercie beaucoup. Veuillez m'excuser, M. le Président...
Le
Président (M. Bachand) : Mme la députée de
La Pinière, pour huit minutes.
Mme Caron : Parfait.
Merci. Alors, juste pour bien comprendre, est-ce que les... Actuellement, les
médecins qui ont cette maîtrise en pharmacothérapie avancée, est-ce qu'ils
exercent... Est-ce qu'ils pratiquent uniquement en hôpital ou est-ce qu'il y en
a qui pratiquent ailleurs?
Mme
Racicot
(Julie) : La majeure partie... la quasi-totalité présentement pratique
dans les établissements de santé. Mais l'Université de Montréal offre la
maîtrise en pharmacothérapie avancée avec un volet davantage ambulatoire. Il y
a déjà des étudiants d'inscrits, mais, pour l'instant, ils sont en nombre peu
élevé.
Mme Caron : Et la façon dont les
ententes, donc les EPAP, fonctionnent, ça doit être à l'intérieur d'un
établissement, c'est bien ça? Alors, par exemple, si le pharmacien qui... je
vais l'appeler spécialiste pour faciliter la discussion,
donc ce pharmacien spécialiste, à l'heure actuelle, il doit travailler... il
peut prescrire de manière autonome dans le cadre d'une EPAP, qui n'est
pas nécessairement valable pour l'ensemble de l'établissement. Et j'en déduis
qu'il ne peut pas prendre en charge des patients qui sont orphelins de médecin
de famille une fois qu'ils sont sortis de l'hôpital, par exemple, ou est-ce que
je me trompe?
Mme
Racicot
(Julie) : En fait, la façon que l'entente fonctionne, là, c'est au
moment où on est dans les murs de l'établissement. Parfois, l'entente peut nous
permettre de suivre des patients ambulatoires, mais c'est une cohorte très
précise de patients qui sont déjà suivis ou pris en charge par le médecin de
l'hôpital, et ils s'en vont à la maison. Ça fait que c'est ces médecins-là qui
nous autorisent à procéder. Donc, si le médecin de famille est inexistant, je
ne pourrais pas avoir une entente avec un médecin de famille. Donc, ça prend...
Nous, on travaille beaucoup en établissement, souvent, avec le médecin
spécialiste qui nous transfère cette prise en charge là. Mais bien sûr que ça
prend un médecin référent pour pouvoir établir des ententes de partenariat de
la sorte. C'est un groupe de médecins qui autorise un groupe de pharmaciens à
procéder à des initiations de thérapie.
Mme Caron : Et donc, si le
pharmacien spécialiste ou spécialisé avait ce titre-là, ou une autre manière,
sans avoir le titre... pouvait conserver, je dirais, le droit de prescrire de
manière autonome en dehors des murs de l'hôpital. À ce moment-là, toutes les personnes âgées qui veulent rester à
domicile, recevoir des soins à domicile, mais qui n'ont pas de médecin
de famille ou qui perdent leurs médecins de famille en cours de route, parce
que ça arrive tous les jours, à ce moment-là, si ces personnes-là prennent des
médicaments, un pharmacien avec cette formation, cette compétence pourrait le
prendre en charge, et puis serait... serait, comme vous dites, la personne
référence pour le pharmacien communautaire.
Mme
Racicot
(Julie) : ...tout compris, ça, oui.
Mme Caron : OK. Donc, alors, le...
de permettre que ce soit, comme je disais tantôt, avec le titre ou d'une autre manière, mais assez... Mais je comprends
que, le titre, dans la vie de tous les jours, pour M. et Mme Tout-le-monde,
ce serait facile de comprendre qu'un pharmacien spécialisé, il fait plus, puis
il n'y aurait pas de confusion. C'est comme un peu... je fais un parallèle avec
les autres modifications où, au lieu de parler d'une évaluation, on va parler
de diagnostic. C'est clair, c'est clair dans le langage de tous les jours pour
tout le monde.
Alors, dans ce cas-ci, je comprends que ça
pourrait être plus clair et que ça... en tout cas, de mon point de vue, ça
ouvre une façon efficace, je pense, de faire le virage à domicile, de soutien à
domicile que le gouvernement veut faire pour notamment les personnes âgées ou
même des personnes handicapées qui n'ont pas de médecin de famille ou qui
perdent leurs médecins de famille, qui, là, à ce moment-là, pourraient avoir...
au moins que leur médication soit... soit toujours correcte ou ajustée au
besoin. Je pense que vous vouliez ajouter quelque chose.
Mme Vaillant (Linda) : Non, mais
j'allais dire : Oui, vous avez raison, ça permet ça, mais ça permettrait
toutes sortes d'autres choses aussi. On peut penser à des consultations à
l'urgence aussi, où il serait possible de libérer le médecin qui est là pour
procéder à un certain nombre de consultations, rédiger des ordonnances. Oui, on
peut être en soutien aussi à la première ligne. Tout ça, ça fait partie de ce
qui serait possible. Quand on dit que le... c'est important, de notre point de
vue, que la population, les patients, les autres professionnels puissent
identifier le pharmacien. Je ne sais pas
c'est quoi, l'autre voie. En ce moment, on a des pharmaciens avec EPAP puis des
pharmaciens sans EPAP, mais y a-tu quelqu'un qui comprend ça? Je ne
pense pas, là.
Ça fait que, pour nous, le pharmacien
spécialiste, je ne le sais pas, appelons-le le pharmacien expert, donnons-lui
une dénomination qui fait en sorte qu'on peut distinguer sa pratique basée sur
sa formation et sur ce qu'il peut faire.
Mais, pour nous, c'est essentiel, tant pour la population que pour les autres
professionnels avec qui on travaille aussi, là.
Mme Caron : ...
Mme
Racicot (Julie) : Demandez
aux patients qui ont eu une greffe cardiaque, qui ont un cancer en ce moment,
qui sont traités par chimiothérapie,
patients fibrose kystique, demandez-leur quels sont... quels pharmaciens les
suivent. Ils vont d'emblée... déjà,
ils vont vous dire : J'ai un pharmacien spécialiste qui me suit pour mes
antirejets avec mon coeur, ma greffe. Je ne prends aucun médicament sans
appeler mon pharmacien spécialiste là-dedans, qui travaille avec le cardiologue puis le chirurgien cardiaque. Puis
j'ai mon pharmacien de famille qui me suit à ma pharmacie. Donc, dans l'imaginaire
de bien des patients, ça existe déjà, ce pharmacien spécialiste là.
Mme Caron : Et
aussi, quand... quand vous parlez de rendre les pharmaciens complètement
autonomes, ces pharmaciens-là complètement autonomes pour prescrire, c'est
qu'ils ne sont plus à la remorque d'un médecin dans le cadre
d'une entente ou de... des autres professionnels qui doivent absolument être
d'accord avec... avec le fait de permettre à
ce pharmacien-là, finalement, d'exercer sa pratique pleine et entière, à la
hauteur de ses... de ses compétences. Alors, ça viendrait... ça
viendrait... si ça vient ajouter une complexité dans le Code des professions ou
dans un... dans un règlement, dans une loi
d'un ordre professionnel, par contre, la compensation, c'est que, dans les
faits, sur le terrain, ça viendrait ajouter des services, ça viendrait
faciliter l'exercice de cette pratique-là pour le bien des patients. Puis,
bien, les ordres professionnels sont là pour la protection du public, c'est
pour ça qu'ils ont été créés. Alors, c'est... il y a... à mon avis, il y a une
cohérence, là, dans cet objectif-là que vous poursuivez dans cette
recommandation-là.
Mme
Racicot
(Julie) : Oui, ça simplifierait le quotidien des patients, des
soignants, plus fluide, on améliorerait l'accès aux soins. Donc, oui, il y a
peut-être une complexité législative, mais vous avez tout à fait raison que le reste serait d'autant plus simplifié dans
le quotidien, dans les soins. On s'enfarge moins aussi dans des paperasseries
administratives, mais on identifie clairement des responsabilités à ces
pharmaciens-là, et ils sont clairement identifiés par les autres
professionnels, par la population, donc de nouvelles responsabilités, au-delà
du droit de prescrire, qu'on souhaiterait pouvoir donner à ces pharmaciens
spécialistes là.
Mme Caron : J'oserais même dire que
ça vient en appui aussi à l'autre projet de loi qui vise à réduire la charge
administrative des médecins, qui va... qui porte sur d'autres... d'autres
papiers, disons, d'autre paperasse, mais il
n'en demeure pas moins que les médecins qui, dans le cadre d'une EPAP... bien,
il faut qu'ils posent un geste pour signifier
leur accord. Et puis, quand il y a une consultation des autres... d'autres
personnes qui s'ajoutent, alors ça pourrait... ça pourrait servir pour
alléger aussi de ce côté-là.
Mme
Racicot
(Julie) : Vous savez, on réitère que les partenaires sont d'accord,
les médecins avec qui on travaille sont d'accord. Donc, l'annexe du mémoire, ce
qu'on demande, c'est vraiment la... le type de spécialiste qui... vient avec ça le droit de prescrire
autonome, mais autres choses aussi, des... On parle de l'organisation des soins
ici, mais d'autres responsabilités vont venir
avec ça. Et c'est ce que les partenaires ont appuyé, les fédérations médicales,
les autres pharmaciens du milieu, donc... Les doyens des facultés de pharmacie,
ils considèrent qu'ils forment des spécialistes.
Donc, c'est les appuis qu'on a obtenus également. Donc, il n'y a aucune
entrave. Tous les partenaires avec qui on travaille sont en accord avec
cette demande-là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci...
Mme Vaillant (Linda) : ...un
élément...
Le Président (M.
Bachand) : Très rapidement, s'il vous
plaît.
Mme Vaillant (Linda) : Absolument.
C'est juste qu'on parle des spécialistes. Peut-être qu'on a l'impression qu'on
est en train de réduire l'accès. Je ne sais pas. Nous, on le voit... on le voit
plus comme une spécialisation à vocation très large, un peu comme les
médecins... les internistes qui couvrent une vastitude, je dirais, de patients.
Donc, on le voit un peu comme ça. C'est une
spécialisation à vocation très large, où on va prendre en charge tout type
de clientèle complexe, plus spécialisée,
qu'on retrouve dans les établissements. Donc, on n'est pas en train de
restreindre ce qu'on veut faire. C'est l'inverse, en fait. On le voit
véritablement comme quelque chose qui est plus large.
Le Président (M. Bachand) : Sur ce, merci infiniment d'avoir été membres de la
commission... d'avoir participé à la commission aujourd'hui.
Alors, je suspends les travaux quelques instants
pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 14 h 39)
(Reprise à 14 h 42)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, c'est avec grand plaisir que nous
accueillons la représentante et représentant de l'Association canadienne des
compagnies d'assurances de personnes. Encore une fois, merci beaucoup d'être
avec nous cet après-midi. Alors, vous connaissez les règles. Je vous inviterais
d'abord à vous présenter, débuter votre exposé. Après ça, nous aurons un
échange avec les membres de la commission. La parole est à vous.
Association canadienne
des compagnies
d'assurances de personnes (ACCAP)
Mme Duhaime (Lyne) : Merci. M. le
Président, Mme la ministre, membres de la commission, mon nom est Lyne Duhaime
et je suis présidente de l'Association canadienne des compagnies d'assurances
de personnes pour le Québec, l'ACCAP-Québec.
Je suis accompagnée aujourd'hui par M. Guillaume Fillion, chef des affaires
gouvernementales chez Beneva. Merci de nous donner l'occasion de
partager nos commentaires concernant le projet de loi n° 67.
L'ACCAP est une association qui
regroupe les compagnies d'assurance de personnes qui font affaire au Canada.
Nos membres travaillent de concert avec les employeurs, les syndicats et les
associations professionnelles afin d'offrir
à plus de 2 millions de Québécois une assurance maladie complémentaire par
l'entremise des régimes d'avantages sociaux et des régimes d'assurance
individuelle. Nos membres offrent également à près de 3 millions de
Québécois une assurance invalidité. Ces régimes d'assurance couvrent une vaste
gamme de médicaments sur ordonnance, des services paramédicaux, comme les
traitements d'un psychologue, d'un physiothérapeute, d'un chiropraticien de
même que les examens de la vue et les soins dentaires.
Les assureurs de personnes
estiment que, pour améliorer l'accessibilité et la performance du réseau de la santé, il est indispensable que tous les
professionnels puissent contribuer à la hauteur de leurs compétences. Ainsi,
nous saluons les orientations du projet de loi n° 67 visant à
accroître l'autonomie des différents professionnels de la santé en favorisant
l'interdisciplinarité et l'élargissement des pratiques professionnelles. Le
projet de loi n° 67 s'inscrit en continuité avec l'objectif gouvernemental
poursuivi dans le projet de loi n° 68 qui porte sur la charge
administrative des médecins et dans lequel nous sommes particulièrement
engagés. Tel que l'ACCAP l'a précisé dans le cadre des consultations sur le projet de loi n° 68, nous estimons que
d'autres professionnels peuvent détenir les compétences pour poser
certains diagnostics, notamment en matière de santé mentale.
Les
assureurs ont analysé le projet de loi n° 67, et nous vous soumettons les
réflexions suivantes. Premièrement, tel
que mentionné précédemment, les assureurs de personnes estiment que
l'élargissement des pratiques professionnelles prévu au projet de loi offre une avenue intéressante pour une meilleure
répartition de la charge de travail entre les différents professionnels
de la santé. En ce qui concerne les activités en pharmacie plus
particulièrement, nous estimons que l'élargissement
des actes des pharmaciens doit s'accompagner d'un meilleur contrôle des coûts
des régimes d'assurance médicaments afin d'assurer leur pérennité, nous y
reviendrons. Et, troisièmement, aussi, afin d'assurer que les soins offerts
répondent pleinement aux besoins des patients, ceux-ci doivent se retrouver
dans un continuum de soins à la suite d'un diagnostic par un psychologue ou une
infirmière.
M. Fillion
(Guillaume) : Merci. Dans le contexte actuel, l'accès aux soins,
notamment en matière de santé mentale, peut être difficile pour les Québécois.
Nous sommes d'avis que la possibilité que d'autres professionnels de la santé puissent établir un diagnostic en santé
mentale est une avancée positive. Cela permettra aux patients d'accéder à des
services adaptés plus rapidement et ainsi de prévenir l'aggravation de leurs
symptômes et d'éviter le recours aux services d'urgence.
Nous appuyons donc la
proposition du gouvernement de modifier l'article 37.1 du Code de
professions afin de reconnaître comme équivalentes à un diagnostic les
évaluations effectuées par un psychologue, afin de permettre l'identification
d'un trouble mental ou neuropsychologique, lorsque celui-ci détient les
formations appropriées.
Nous saluons
également l'initiative du gouvernement de modifier l'article 36 de la Loi
sur les infirmières et les infirmiers afin qu'une infirmière formée en la
matière puisse également diagnostiquer un trouble mental, excluant la déficience intellectuelle. Considérant que près
de la moitié des personnes recevant des prestations d'assurance invalidité
d'un assureur privé le sont pour des enjeux
de santé mentale, nous accueillons favorablement les deux orientations du
gouvernement en la matière.
Nous tenons néanmoins
à rappeler l'importance du suivi médical et du plan de traitement pour le
patient, notamment pour les patients qui
sont en invalidité. Par exemple, le patient qui recevra un diagnostic d'un
psychologue ou d'une infirmière qui requiert une médication devrait
avoir accès à un médecin ou une infirmière praticienne pour obtenir
l'ordonnance.
Les assureurs de
personnes tiennent également à commenter les dispositions du projet de loi qui
portent sur l'élargissement des actes des pharmaciens. Nous sommes interpelés
par les questions en lien avec les soins et les services pharmaceutiques, étant
donné que les assureurs ont versé 3,5 milliards de dollars pour les
médicaments d'ordonnance en 2022. En 2020, nous avons d'ailleurs accueilli
favorablement le projet de loi n° 31 octroyant des nouveaux actes aux
pharmaciens. Aujourd'hui, nous appuyons également les propositions du
gouvernement en matière d'élargissement des
actes pharmaceutiques, tel que proposé dans le projet de loi n° 67, comme
par exemple de retirer les délais pour la prolongation d'ordonnance. En
effet, les assureurs de personnes sont favorables à ce que les pharmaciens,
tout comme d'autres professionnels de la santé, puissent jouer un rôle accru
dans le système de santé.
Nous
estimons cependant qu'il est important de faire preuve de prudence afin de
s'assurer que l'élargissement des actes de pharmaciens n'exerce pas de
pression financière sur le régime général d'assurance médicaments. À titre de rappel, plus de la moitié des Québécois sont
couverts par le régime général d'assurance médicaments en vertu de leurs
assurances collectives privées. Contrairement à certaines activités qui sont
couvertes par l'État dans le cadre de la Loi
sur l'assurance maladie, d'autres activités visées par l'élargissement des
actes des pharmaciens, comme la prolongation d'une ordonnance, sont
actuellement couvertes par le biais du régime général d'assurance médicaments.
Concrètement, cela
veut dire que les coûts liés à la prolongation d'une ordonnance, par exemple,
sont en partie absorbés par les Québécois qui bénéficient d'un régime
d'assurance collective. On peut d'ailleurs supposer que le volume lié à cet acte pourrait augmenter de façon importante,
étant donné que sa portée sera élargie. Ainsi, comme les régimes
d'avantages sociaux sont entièrement payés par les personnes assurées et par
les preneurs de régime, qui sont des employeurs ou les syndicats dans le cadre
des services publics, il est crucial de contrôler leur coût afin qu'ils demeurent pérennes. Concernant l'actuel projet de
loi, l'analyse d'impact réglementaire indique un coût annuel récurrent de
2 millions de dollars pour les régimes privés.
Mme
Duhaime (Lyne) : Par ailleurs, le projet de loi n° 67 nous
donne l'occasion de réitérer les préoccupations des assureurs et de
leurs clients, soit les employeurs et les syndicats, envers l'enjeu plus global
entourant le coût des médicaments. Les honoraires des
pharmaciens représentent l'un des éléments qui contribuent à l'augmentation des
coûts des médicaments pour les Québécois
couverts par un régime privé d'assurance médicaments. En effet, les honoraires
des pharmaciens facturés aux Québécois couverts par un régime privé sont, de
manière générale, près du double de ceux
facturés aux Québécois couverts par le régime public pour exactement le même
médicament et le même service. L'écart
entre les volets public et privé du régime général d'assurance médicaments se
chiffre à plus de 650 millions de dollars par année. Cet écart
est entièrement financé par les employeurs et les employés.
• (14 h 50) •
Cette situation s'explique par le fait que les
pharmaciens sont libres de fixer les honoraires qu'ils désirent pour les
Québécois assurés au privé, alors qu'ils sont réglementés pour le volet public
du régime général d'assurance médicaments. Nous proposons donc au gouvernement
d'encadrer les honoraires des pharmaciens pour les Québécois couverts par un
régime privé d'assurance.
En terminant, nous souhaitons réitérer que
l'ACCAP accueille favorablement l'élargissement des pouvoirs accordés aux pharmaciens et nous sommes favorables
à une plus grande collaboration entre les différentes professions du
domaine de la santé et des services sociaux. Nous voulons toutefois nous
assurer que les modifications reliées au Code des professions s'accompagnent
d'un bon... bon encadrement et que l'on minimise la hausse des coûts pour les Québécois qui sont couverts par un régime
d'assurance privé. Nous vous remercions et nous sommes prêts à répondre
à vos questions.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup pour votre
exposé. Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme
LeBel : Merci. Merci beaucoup pour votre contribution. De
toute façon, moi, j'ai... tous ceux qui veulent bien contribuer et discuter
d'un projet de loi, je trouve qu'ils sont les bienvenus. Alors, merci de votre
présence.
J'avoue que j'ai un peu de difficultés à trouver
quelques questions à vous... un, premièrement, votre mémoire était très clair, donc, et on voit l'angle, là.
Mais j'essaie de voir un peu quelles sont vos recommandations de façon précise,
outre des avertissements ou des... je dirais, des drapeaux rouges ou des
drapeaux jaunes que vous agitez. J'essaie de voir quelles sont vos
recommandations.
Je crois comprendre et entendre que, dans le
fond, ce que vous nous dites, avec plus de services, ce qui est une bonne chose, va venir probablement un
élargissement des couvertures, et avec un élargissement des couvertures, faites
attention, vos primes vont augmenter.
Est-ce que je simplifie votre message ou c'est un peu... c'est ce que je
comprends, entre autres, là, mais il y aura d'autres aspects, là, c'est
ce que je comprends.
Mme
Duhaime (Lyne) : Oui. Oui, bien, en fait, il y a... le message, si
on revient aux... Parce que, finalement, on vise beaucoup les psychologues et infirmières et au niveau des
diagnostics et les actes des pharmaciens. Si on revient aux actes des
pharmaciens, nous, on supporte l'élargissement des actes des pharmaciens, donc
on pense qu'ils pourraient contribuer beaucoup plus dans le domaine de la santé
au Québec. Donc, on est toujours favorables à ce qu'ils aient plus de pouvoirs.
Ceci étant
dit, c'est de savoir qui paie pour les actes des pharmaciens. Donc, il y avait
eu le projet loi n° 31, il y a quelques années, où on a accordé des
pouvoirs additionnels aux pharmaciens. Et, dans certains cas, si c'est, par
exemple, la prescription, une prescription, bien, à ce moment-là,
c'était payé par le régime général d'assurance maladie. Par contre, pour
certains autres actes, c'est payé par le régime général d'assurance
médicaments. Le régime d'assurance médicaments, bien, c'est distinct du régime
général d'assurance maladie, il y a un volet public, il y a un volet privé. Donc, à ce moment-là, c'est que finalement il y a
un... il y a un transfert de payeur, c'est-à-dire le payeur n'est plus le
gouvernement mais, pour le volet privé, se trouve à être le régime d'assurance
collective. Donc, c'est un drapeau jaune, hein, je suis d'accord, j'utilise la
même expression que vous, ce n'est pas un drapeau rouge. On ne demande pas de
faire des changements, on dit : Il faudrait l'évaluer. C'est une tangente
qui est la bonne, mais après ça c'est de savoir qui va payer pour ça.
Pour ce qui est du projet loi n° 31,
les chiffres démontrent que l'impact a été minime. Tu sais, on a payé
3,5 milliards de médicaments, l'an passé, là, juste pour le volet privé du
régime d'assurance médicaments, donc vous comprenez que les sommes sont
énormes. Donc, ça s'est dilué dans ces sommes-là, mais plus on va donner de
pouvoirs aux pharmaciens, plus on va devoir se poser la question. Mais, si...
si, auparavant, ce même service était offert
par un médecin, c'est un service assuré, donc payé à même les fonds généraux, à
ce moment-là, bien, qui... qui va... si c'est le... si, finalement,
c'est dans le régime général d'assurance médicaments, bien, le payeur n'est pas
le même. Donc, c'est comme un drapeau
orange, puis je suis d'accord avec vous, là, il n'y a pas de... il n'y a pas de
drapeau rouge, on ne demande pas de modification à la loi, là.
Mme LeBel : ...je voulais juste être
sûre qu'on se comprenne bien pour être... pour être capable d'aller jusqu'au bout de votre argumentaire, donc, parce
que j'ai bien compris les préoccupations que vous soulevez et les angles
à évaluer, je vais le dire comme ça, dans le futur, qui vont découler,
probablement... qui vont découler de l'adoption du projet de loi, le cas
échéant. C'était pour bien comprendre. Donc, je comprends bien.
Maintenant, je vais venir au pouvoir de
diagnostic, maintenant, ou à la capacité de diagnostic qu'on donne à certains
professionnels en santé mentale, le sexologue, conseiller en orientation, on a
vu les psychologues également, les
orthophonistes, c'était... Puis je vais peut-être en profiter pour vous
interpeler sur une... sur une portion de ce qui a été dit, qui peut-être
concerne plus vos membres, les assureurs... les assureurs. On parle d'un acte,
finalement, qui est le même, là. Pratico-pratique, le psychologue qui faisait
une évaluation qui avait... de la nature d'un diagnostic, qui va maintenant s'appeler
diagnostic, nous disait qu'il y a tout un dédale administratif, par la suite,
qui doit se faire... qui doit se clarifier
et que, dans les faits, bon, le médecin qui a... qui est... qui est, jusqu'à
présent, reconnu comme étant le gardien presque exclusif du diagnostic,
là... ça change depuis quelques années, là, mais presque exclusif du
diagnostic, c'est normal que, dans les
formulaires administratifs et même pour les assurances, on parle de papier du
médecin ou diagnostic signé par un médecin.
J'imagine que, compte tenu que vous êtes
favorables à ce pouvoir de diagnostic là, vous allez faire en sorte que vos
assurances et vos assureurs fassent de l'ordre et viennent inclure que le
diagnostic, finalement, ce n'est pas nécessairement un diagnostic par un
médecin, mais plutôt un diagnostic en santé mentale, qui pourrait être reconnu,
peu importe la personne qui a la capacité de
le... de le signer. Dans le fond, moi aussi, c'est un drapeau jaune, disons-le.
Mme Duhaime (Lyne) : Oui, c'est bien
dit, parce que... bien, évidemment, je ne peux pas parler au nom de tous les assureurs... bien, je vais parler en leur
nom, mais, sur cette question-là, je ne peux pas prendre d'engagement en leur nom. Puis aussi, vous savez, les assureurs travaillent
avec les preneurs de régime, donc les syndicats, les employeurs. Donc, je ne peux pas dire : Tout le monde,
maintenant vous allez accepter les diagnostics des infirmières ou des
psychologues.
Et puis nous,
on est beaucoup investis dans le projet de loi n° 68
pour diminuer la charge des médecins. Donc, tu sais, c'est une grande
période de changement, mais, clairement, il y a des nouvelles orientations qui
se prennent de reconnaître les
professionnels de la santé à leur pleine valeur, comme dans le projet de loi n° 68. Maintenant, bon, on ne pourra
pas exiger qu'un médecin réfère une personne vers un physiothérapeute pour
couvrir les frais de physiothérapie, puisqu'on reconnaît que le
physiothérapeute est à même de décider si le soin est nécessaire. Donc, vous
savez, il y a comme... on est dans tout ce
processus-là. Puis je pense que, suite au projet de loi n° 67,
bien, ça aura certains impacts, là, définitivement.
Mme LeBel : Bien, parfait. Bien,
merci. Merci de votre contribution. Merci. Je n'ai pas d'autre question.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée
de La Pinière, s'il vous plaît.
Mme Caron : Merci beaucoup, M. le
Président. Alors, merci à vous deux pour votre présentation. Je vais revenir sur le même point, à propos des coûts que
vous nous dites, de... votre conseil de prudence, pour m'assurer que je
comprends bien ce que... ce que vous voulez dire. Par exemple, quand une
personne va consulter son médecin, que le médecin fait... prépare une ordonnance,
que la personne va à la pharmacie pour faire remplir cette ordonnance-là, il y
a des honoraires minimes du pharmacien, plus le coût du médicament. Il n'y a
pas d'honoraires du médecin pour faire
l'ordonnance qui sera payée par l'assureur ou... si assureur il y a. Alors,
dans ce cas-ci, les coûts se limitent à les... aux honoraires du
pharmacien pour remplir l'ordonnance et le coût du médicament.
Et, dans le cas que... sur lequel vous nous...
vous nous alertez, c'est que, si la personne n'a pas de médecin ou n'a pas
besoin d'aller voir son médecin et va voir le pharmacien pour obtenir une
ordonnance, à ce moment-là il y a des honoraires du pharmacien ou il y aurait
des honoraires du pharmacien pour prescrire et ensuite pour remplir
l'ordonnance, et ensuite le coût du médicament. Ce qui fait que la réclamation,
par exemple, la demande de remboursement qui
arriverait à l'assureur serait... serait plus élevée que si le patient était
allé voir son médecin. Est-ce que c'est bien ça, la situation que... sur
laquelle vous nous mettez en garde?
Mme Duhaime (Lyne) : Je vais... Oui.
Bon, en fait, premièrement, l'honoraire du pharmacien, il n'est pas minime,
hein? Vous savez, l'honoraire du pharmacien peut être très important, mais ça,
c'est... ça pourra faire l'objet d'une autre discussion. Eh oui, tout à fait.
Donc, dans certaines circonstances, selon les amendements qui ont déjà été apportés, là, donc par le projet de loi n° 31, bon, il y a certaines situations qui sont couvertes par le régime
d'assurance maladie. Donc, finalement, si le pharmacien prescrit un
médicament, donc prépare l'ordonnance, c'est finalement payé à travers la Régie
de l'assurance maladie. Mais... pour des renouvellements, par exemple, à ce
moment-là, bien, c'est payé soit par la personne,
le... c'est payé par le patient ou par le régime d'assurance collective, donc,
parce que ça... on a ajouté ces actes-là à la Loi sur l'assurance
médicaments. Donc, à partir de ce moment-là, ça rentre... rentre dans le régime général. Et nous, les assureurs, tentons
de contrôler les coûts des... du régime d'assurance médicaments, puisque ça
représente une partie importante des coûts d'un régime d'assurance collective.
Donc, on fait juste lever le drapeau,
disant : Bien, lorsqu'on donne les pouvoirs aux pharmaciens et que ces pouvoirs entrent dans les actes sous la Loi sur
l'assurance médicaments, à ce moment-là, il y a changement de payeur. Ce
n'est plus, finalement, payé à travers le régime d'assurance maladie, mais bien
à travers les régimes d'assurance collective, lorsque les gens ont une
couverture privée, ce qui est 60 % des Québécois.
Mme Caron : D'accord. Alors, c'est
là-dessus que vous nous demandez d'être prudents.
Mme Duhaime (Lyne) : Oui, tout à
fait.
Mme Caron : C'est ça, d'accord.
Parfait. Parfait. Je n'aurai pas d'autre question. Je ne sais pas si vous
voulez ajouter quelque chose. Merci.
Des voix : ...
Le Président (M. Bachand) : Bien,
merci beaucoup. Merci beaucoup. Vous avez donné à la commission un volet
différent, c'est très apprécié.
Alors, sur ce, je
suspends les travaux pour quelques instants. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
15 heures)
(Reprise à 15 h 05
)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux. Alors, c'est avec grand plaisir que nous accueillons les
représentantes et représentants de l'Association des dentistes propriétaires.
Merci beaucoup d'être avec nous après-midi. Alors, on finit — je
fais une blague plate, là, je le sais — avec le sourire. OK, elle est facile, désolé, c'est jeudi
après-midi. Alors, merci beaucoup d'être ici. Alors, je vous invite d'abord à
vous présenter et commencer votre exposé, puis, après ça, on aura un échange
avec les membres de la commission. Merci beaucoup d'être ici.
Dentistes propriétaires du Québec
(DPQ)
Mme Setlakwe
(Nancy) : OK. Donc, je me présente, je suis Dre Nancy Setlakwe et
je suis la présidente des Dentistes
propriétaires du Québec. Est-ce que vous voulez que je vous les... je vous les
présente? OK, bien, Dr Mario Gendron,
notre vice-président, Pierre Milette, qui est notre VP relations
gouvernementales et un des membres fondateurs de DPQ, et
Dre Catherine Lessard, directrice générale et membre fondateur de DPQ.
Donc, je voudrais commencer par vous remercier, M. le Président et l'ensemble
des élus, pour cette invitation.
DPQ a été fondé en
avril 2020. Au début, c'était pour apporter un soutien aux dentistes
propriétaires québécois dans un contexte de COVID-19. On est un endroit
d'échange, de discussion, mais surtout de recherche de solutions, en plaçant le dentiste propriétaire au coeur de notre
démarche. Il est toutefois devenu évident, au terme de la pandémie,
qu'un vaste chantier s'ouvrait et que nous devions vraiment renouveler le
modèle d'affaires des cliniques dentaires au Québec dans un contexte du
XXIe siècle. Le projet de loi n° 67, pour nous, apporte des
modifications intéressantes.
DPQ vise à offrir un
soutien structuré, des ressources pertinentes et des conseils adaptés aux
dentistes propriétaires, qui doivent faire face à des défis entrepreneuriaux et
d'autres qui relèvent du domaine de la santé. La création de DPQ s'est donc
fondée sur le besoin d'une voix distincte et forte pour représenter les
intérêts des propriétaires des cliniques dentaires, des propriétaires qui sont
et qui doivent être des dentistes, nous y reviendrons plus tard. Ces derniers
sont confrontés à des réalités multiples, qui vont bien au-delà de la simple pratique
de la dentisterie. Ils doivent non seulement s'assurer de la qualité des soins
offerts, également gérer les aspects financiers, humains, légaux, tout en
faisant face aux exigences réglementaires complexes de la profession.
Le mandat principal
de DPQ est d'accompagner et de soutenir les dentistes propriétaires à travers
divers services, ressources et programmes. L'association se concentre sur
plusieurs axes stratégiques pour accomplir cette mission. DPQ se positionne
comme un interlocuteur de premier plan auprès des décideurs publics et des
instances gouvernementales en ce qui concerne les enjeux touchant les cliniques
dentaires. L'association intervient notamment dans les débats sur les
politiques de santé, les règlements entourant la profession ainsi que les
aspects économiques et fiscaux qui affectent les dentistes propriétaires.
L'objectif est de faire en sorte que les voix de ces derniers soient entendues
et que leurs réalités soient prises en considération chez les décideurs.
En plus de la gestion
quotidienne de leur clinique, les dentistes propriétaires doivent s'assurer que
leurs équipes demeurent à la fine pointe des connaissances et des techniques en
matière de dentisterie. DPQ offre ainsi à ses
membres des formations spécialisées axées sur la gestion des cabinets, le
leadership ainsi que la gestion des ressources humaines et financières.
La gestion d'une
clinique dentaire comporte de nombreux défis administratifs et juridiques. DPQ
propose à ses membres des conseils pour gérer les contrats, les normes de
conformité, les questions fiscales et d'autres enjeux légaux. En collaborant
avec des experts du domaine, l'association fournit des informations à jour, qui
permettent aux propriétaires de prendre des décisions éclairées. DPQ encourage
l'esprit entrepreneurial chez les dentistes en leur offrant des outils et des ressources afin de les aider à améliorer
l'efficacité et la rentabilité de leurs cliniques. DPQ contribue aussi
au développement d'un secteur de la santé important, qui est la médecine dentaire.
L'association
organise régulièrement, par le travail en grande partie assumé par ma collègue
Dre Catherine Lessard, des
événements et des conférences pour favoriser les échanges entre dentistes
propriétaires. Ce sentiment de communauté est essentiel pour rompre
l'isolement que peuvent parfois ressentir les propriétaires de cliniques, tout
en renforçant la cohésion de la profession.
Pour
ce qui est de notre position face au projet de loi n° 67, je vais laisser
la parole à mon collègue M. Pierre Milette.
M. Milette (Pierre) : Merci,
Dre Setlakwe. Merci de nous... de nous inviter. Comme l'a spécifié Dre
Setlakwe, nous avons fondé Dentistes propriétaires du Québec afin
d'apporter un soutien aux dentistes propriétaires québécois dans le contexte de la pandémie. Il faut
reconnaître que la santé dentaire et, par le fait même, l'état des cliniques
dentaires n'ont jamais été d'une grande préoccupation ces dernières décennies
au Québec. Les gouvernements successifs et l'administration publique
n'ont jamais porté une grande attention à cet important secteur de la santé des
Québécois, et c'est loin d'être la faute des décideurs qui se sont succédé,
mais de l'ensemble du domaine de la santé dentaire.
Pour faire image, la
dentisterie a l'air d'exister au gouvernement uniquement lors des négociations
sur les tarifs de la RAMQ. Depuis plus de 50 ans, le gouvernement du
Québec a dessiné, par des législations et des réglementations successives, le
contour des soins dentaires sans jamais vraiment reconnaître à sa juste valeur,
pour la santé, l'apport des dentistes et des
propriétaires des cliniques dentaires. Le Québec avait besoin d'une vision
renouvelée de l'accessibilité aux soins dentaires. Depuis l'arrivée de
DPQ et, je l'avoue, d'une équipe de fonctionnaires, maintenant, au ministère de la Santé, on sent une nouvelle vision qui,
nous le souhaitons, provoquera des changements qui renforceront la place
de la dentisterie dans le bouquet des soins de santé.
• (15 h 10) •
On ne soupçonne pas toute la différence et les
disparités que peuvent avoir les cliniques dentaires dans les différentes
régions du Québec. Le livre blanc, que vous avez devant vous, sur les cliniques
dentaires est né dans ce contexte de questionnement, de pénurie de
main-d'oeuvre, de délais de traitement de soins, de manque de relève dans la propriété des cliniques. L'arrivée, aussi,
de joueurs corporatifs à l'éthique douteuse a aussi provoqué ce vaste chantier.
Ce livre blanc n'est surtout pas une
finalité, c'est une étape dans la réflexion sérieuse que nous avons, mais
surtout sur l'avenir de l'accès aux soins dentaires de qualité pour tous
les Québécois, et ce, partout sur le territoire.
Le gouvernement a besoin des cliniques dentaires
privées, et celles-ci ont besoin du gouvernement. Les Québécois ont besoin que
les deux instances travaillent ensemble. La population a besoin d'avoir accès à
des soins dentaires de qualité, à proximité,
dans des délais raisonnables. Le personnel des cliniques dentaires a besoin
d'un coup de main de la part du gouvernement et de leur association de
dentistes.
Naturellement,
en terminant, nous comprenons que nous ne sommes pas directement visés par le
projet de loi n° 67, sauf sur quelques articles, on pourra y
revenir. Nous y voyons, en fait, un lien avec le livre blanc. Par exemple, le projet de loi propose des modifications visant à
offrir une plus grande flexibilité aux ordres professionnels. On pourra en
reparler dans les prochaines minutes, pendant nos échanges. On comprend aussi
que le projet de loi permettra, s'il est adopté, d'aider les médecins sur la
charge de la détection de la santé mentale.
Il faudrait prévoir rapidement un nouveau projet
de loi pour aider en santé physique. Nous pouvons, là, être d'une grande aide.
Aidez-nous à vous aider à relever les défis du réseau de la santé. Ces
centaines de cliniques privées, ces
centaines de salles de chirurgie partout au Québec, opérées par des
professionnels de la santé, peuvent être une grande piste de solution aux défis
du réseau de la santé québécois. Continuez à donner à notre ordre professionnel
les coudées franches, et nous pourrons faire, avec l'ordre et les propriétaires
de ce grand réseau, de grandes choses pour les Québécois.
Ici, j'ai
encore deux petites minutes pour vous expliquer un peu le contexte des
cliniques et des soins dentaires avec ses relations avec le gouvernement
du Québec, qui ne datent pas d'hier, puis du gouvernement présent, puis l'autre
précédent, et tout ça.
Quand il y a eu la commission parlementaire sur
la RAMQ, donc dans les années... fin 1969, 1969-1970, qui a mis en place
la RAMQ, deux exemples, il y a eu une grande... une grande discussion sur les
pharmacies, et qu'il fallait faire dans la Loi sur la RAMQ, mais dans la loi
sur les pharmaciens, que les pharmacies soient la propriété de pharmaciens
membres de l'Ordre des pharmaciens. Pourquoi? Et le ministre de l'époque,
M. Castonguay, répond à l'opposition en
disant : Il faut se protéger des grandes corporations américaines, qui
pourraient acheter nos pharmacies. Jamais il n'a été question de ça pour
les dentistes. Aujourd'hui, n'importe qui peut être propriétaire d'une clinique
dentaire, ce n'est pas réservé aux dentistes membres de l'ordre.
Deuxièmement,
autre exemple sur les... la place de la dentisterie et du gouvernement à cette
même commission parlementaire là, et c'est là que, là, toute la
mentalité doit changer... on n'en est plus là, une chance, mais ça a existé, puis c'est encore, dans la tête de certains...
encore existant, à cette même commission parlementaire là, il y a quelqu'un
qui dit : Oui, mais on ne parle pas beaucoup des dentistes, et tout ça,
qu'on appelait à l'époque l'art dentaire, et non pas de soins dentaires, on
était dans l'art dentaire, et il y a un député... et là la commission
parlementaire uniquement composée de membres masculins, habillés en noir et en
chemise blanche, dit...
Des voix : ...
M. Milette (Pierre) : Oui. Je
m'excuse, M. le Président! Il y a quelqu'un qui parle des cliniques dentaires
puis qui dit : Ah! bien là, l'art dentaire, et tout ça... Et là il y une
petite anecdote entre élus, où il y a un élu qui dit : Ah! petite anecdote, M. le Président... M. le
ministre, juste vous dire que ma fille s'est mariée cet été, et, comme cadeau
de mariage, je lui ai tout fait arracher les dents puis je lui ai payé un beau
dentier. C'était ça que les élus québécois pensaient
des soins dentaires quand on a fait la Loi sur la RAMQ. On n'en est plus là, je
vous l'accorde, mais ça... mais on doit complètement aller ailleurs.
Alors, bien
heureux d'être là, bien heureux de discuter du projet de loi, mais aussi de la
situation et de l'avenir des cliniques dentaires au Québec. Merci, M. le
Président.
Le Président
(M. Bachand) : Merci infiniment.
Donc, l'homme habillé en noir et chemise blanche va passer la parole à la
ministre de la Santé. Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : De la Santé, oui?
Le
Président (M. Bachand) : De la Santé... Là, je
reviens à la commission des années... en 1969, là. C'est ça, c'est ça,
là.
Mme LeBel : Oui,
c'est ça. Mais...
Le Président
(M. Bachand) : Oui. Y a-tu un
remaniement qui s'en vient? Non?
Mme LeBel : Non.
Le Président
(M. Bachand) : Alors, Mme la
ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : En tout cas, je ne
suis pas au courant. Je pourrais vous parler, M. le Président, de l'époque où
même les avocates avaient du mal à se faire appeler «maître» devant les
tribunaux, mais on n'en est pas là.
Donc, merci pour la présentation de ce livre
blanc, dans les grandes lignes, et le document que vous nous avez fait
parvenir. Mais je vais vous avouer qu'étant très pragmatique et pratico-pratique...
Parce qu'on n'est plus à l'art dentaire, mais aux soins dentaires. Vous avez
mentionné que quelques articles vous concernent dans le projet de loi, et
j'aurais voulu savoir lesquels et quels sont vos commentaires par rapport à ces
articles. Ils peuvent être positifs, naturellement, là, je vous incite même à
être positifs, mais... je vous invite, mais je vais vous dire que, pour les
fins de nos travaux, je serais fort intéressée et j'aurais aimé entendre, dans
votre présentation, votre position sur ces articles-là.
M. Milette (Pierre) : Oui, M.
le Président. Oui, bien, je vais amener, entre autres, à un article 6, qui
va vous amener dans le livre blanc, je fais le lien, donc, l'article 6 du
projet de loi, quand... si on le comprend bien, donc, qui amènerait des... dans
certaines conditions particulières d'urgence, et tout ça, qui pourrait amener
une certaine souplesse à accorder des permis
temporaires, bon, on s'entend, pas sur quelqu'un qui n'a pas les compétences,
là, mais donc de permis spéciaux... d'un permis spécial dans une
situation d'urgence.
Si je vous amène à la page 14 du livre
blanc, sans tomber dans trop de chiffres, et tout ça, il y a une... il y a une
difficulté, présentement, dans les cliniques dentaires, c'est de répondre aux
besoins de la population, surtout dans les régions. Enfin, hors grands centres
de Montréal, Québec, toutes les autres régions du Québec sont impactées par
un... par des listes d'attente qui sont énormes. Les cliniques dentaires... et
là vous pourrez avoir des chiffres, là, qui
sont dans le livre blanc, là, mais les... il n'y a pas assez d'équipes
dentaires dans l'ensemble du Québec. Mais on ne dit pas qu'il n'y a pas assez
de dentistes, et on ne dit pas qu'il n'y a pas assez d'hygiénistes, et on ne
dit pas qu'il n'y a pas assez... On pense qu'il y a assez de personnel.
Il pourrait y en avoir plus. Plus il y en a, plus... mieux c'est. Mais c'est la
répartition au Québec qui n'est pas bonne et il y a des trous de services, des
gens qui sont sur des listes d'attente, dans
les cliniques dentaires, juste pour voir l'hygiène, pendant des six mois, huit
mois, même un an. C'est très long, à cause de la pénurie de
main-d'oeuvre dans ces coins-là, à cause de la pénurie d'équipes dentaires.
Dans cet
exemple-là, là, l'article 6, on le comprend bien, ou, si c'était ça
vers... si ce n'est pas vers ça, bien, on va vous amener à y aller, peut-être, à le réfléchir dans ce sens-là. Mais
je prends un exemple concret : de permettre à l'Ordre des dentistes du Québec de... les étudiants qui sont en médecine dentaire,
après leur deuxième ou troisième année, là, je...
Une voix : Plus deuxième.
M. Milette (Pierre) : ...plus
deuxième année, sont capables de faire de l'hygiène dentaire. Donc, il y a une grande pénurie d'hygiénistes en région. C'est par
l'hygiène dentaire qu'est la porte d'entrée des cliniques, c'est par là
que se fait la prévention aussi, et donc la détection de problèmes qui peuvent
être plus graves plus tard, donc occasionner plus de coûts, de frais, de temps,
et tout ça. Donc, de permettre aux étudiants... parce qu'on est dans une
situation de ratio négatif, et là je vous amène dans le livre blanc pour voir
ce que ça veut dire, mais de pénurie de main-d'oeuvre aussi, qu'on se dit :
Ah! il y a une situation particulière qui est vraiment marquée. On va permettre
aux étudiants, temporairement... temporaire
peut être quelques années, ou le temps que ça dure, de permettre, après leur
deuxième année, l'été, admettons, d'aller faire de l'hygiène dentaire dans les
cliniques, ce qui fait qu'ils prennent de l'expérience, mais, en plus, ça
permet de faire avancer les listes. C'est l'exemple que je vous donne sur
l'article 6.
Et ce qui permettrait aussi, dans cet
allègement-là, de peut-être venir... ou, si ce n'est pas là, bien, de venir
augmenter les actes ou permettre à d'autres corps de métier, dans une clinique
dentaire, de faire des actes qu'ils ne peuvent pas, en ce moment... d'avoir
cette souplesse-là dans une situation de ratio. D'ailleurs, juste un petit mot,
apparemment que... bien, pas apparemment, mais le règlement sur les actes des
assistantes dentaires, qu'on aurait bien besoin, est dans les cartons depuis
des années et des années, et ce nouveau règlement là ne sort pas, là, ce serait
utile qu'il puisse sortir. Puis... ou, sur les actes, si vous voulez en
entendre parler, je peux donner au Dr Gendron un petit mot supplémentaire,
là.
• (15 h 20) •
M. Gendron (Mario) : En fait, bien,
je vais rebondir un petit peu sur ce que M. Milette a dit tout à l'heure, il
parlait de pénurie de main-d'oeuvre, il parlait de... entre autres, le manque
d'hygiénistes en région, mais je peux vous dire que c'est partout au Québec. On
a un problème au niveau des cursus collégiaux, on a un problème de répartition
aussi des hygiénistes dentaires à travers le Québec. Donc, c'est un problème
qui est criant.
Mais, si je vais plus au niveau de... pour
améliorer l'accessibilité aux soins buccodentaires, parce que, dans le fond,
c'est l'ultime... le but ultime, on veut permettre au personnel dentaire
spécialisé, entre autres si on parle des assistants dentaires, de faire plus
d'actes pour décharger certaines responsabilités aux dentistes et aux
hygiénistes dentaires, qui permettrait de donner un meilleur service, mais une
meilleure accessibilité aux soins, parce que, si on est
en pénurie dans un secteur donné, si on élargit ce... les actes que certains
autres membres de l'équipe peuvent faire, bien, ça nous permet de dégager du
temps pour des hygiénistes, qui peuvent faire des choses qu'eux seuls peuvent
faire. Et c'est la même chose pour les dentistes. Et puis sachez que, dans les
écoles d'hygiène et d'assistante dentaire, ils apprennent des choses qu'ils ne
peuvent même pas appliquer en clinique parce que, pour diverses raisons
réglementaires, ils ne peuvent pas... ils ne peuvent pas appliquer ce qu'ils
ont appris. Donc, il y a du travail à faire de ce côté-là.
Et l'autre
chose, c'est qu'on remarque qu'il y a un problème d'attractivité de la
profession d'hygiéniste dentaire, entre
autres, et, si on arrive à donner... d'élargir leur champ d'expertise et leur
champ de compétence, bien, ça va nous permettre d'attirer des
nouvelles... des nouveaux candidats ou des nouvelles candidates pour travailler
au sein des équipes dentaires et ainsi
réduire la pénurie qu'on a et en région et dans les grands centres aussi. Et
puis, évidemment, sachez que les cursus, déjà, sont prêts à s'adapter.
Donc, il s'agit d'avoir une volonté puis de changer certaines règles, au
niveau, par exemple, des ordres professionnels, pour arriver à ce que ça se
réalise.
Le Président (M.
Bachand) : ...
Mme LeBel : Oui. Bien, merci pour
cet apport, dans le fond, ce qui me surprend un peu, par contre, parce que c'est un peu l'inverse de ce qu'on a entendu
depuis hier. C'est-à-dire qu'on a été mis en garde contre le fait d'utiliser la
situation d'urgence qu'on se propose d'introduire dans le Code des professions comme étant une façon de pallier à une pénurie de main-d'oeuvre.
Je pense qu'il y a d'autres façons de pallier à une
pénurie de main-d'oeuvre. Mais je comprends
que, dans la situation que vous nous décrivez, vous nous dites : Bien, il
y a peut-être des situations de
pénurie de main-d'oeuvre qui peuvent créer une situation d'urgence, où c'est un
peu l'oeuf et la poule, là, et c'était simplement
pour traduire vos propos. Donc, je pense qu'il y a quelque chose à réfléchir,
là, sur la façon de le faire, puis c'est peut-être de laisser beaucoup
de place aux ordres professionnels.
Je reviens aux hygiénistes. J'ai eu... j'ai eu
le bonheur... M. le Président, on a eu le bonheur de faire, dans la première
législature, un projet de loi sur le buccodentaire, un monde fascinant. Je suis
encore un peu traumatisée par les implants
transvissés, mais on va... on va y revenir. Mais je pense qu'il y a encore du
travail à faire dans le domaine du buccodentaire, mais je pense que les
quatre ordres professionnels qui sont concernés, c'est-à-dire l'ordre des
dentistes, des hygiénistes, des denturologistes et des techniciens en
prothèses, bon, etc., sont en train d'y travailler. Et je dois vous dire que, puis ce n'est pas à vous que je le dis, mais
peut-être que vous pourrez passer le message à votre ordre, il y a encore des guides de pratique et des
travaux que les ordres professionnels doivent accomplir qui découlent du
projet de loi qu'on a adopté, M. le Président, à l'époque où on a fait ces
belles discussions là. Donc, je pense qu'avant de passer à la prochaine étape
il faudrait commencer par régler la première, mais ça, c'est mon minilivre
blanc à moi.
Mais disons
que je... quand on parle d'accès, de plus d'autonomie, potentiellement,
potentiellement, aux hygiénistes, dans le... naturellement, dans le
respect des compétences et de la formation de chacun, là, c'est toujours
important... Je suis moi-même membre d'un ordre professionnel, je comprends
très bien l'enjeu. Mais je pense que c'est bien noté. Et j'ai vu, là... On va
prendre avec... on va prendre connaissance de la liste des actes que vous nous proposez d'attribuer aux assistantes, aux
hygiénistes, etc. Naturellement, ce ne sera pas dans le cadre du projet de loi n° 67, hein? On recherche un
consensus, alors je n'irai pas unilatéralement attribuer ou redistribuer des
actes. Mais on en prend bonne note. Merci, merci de votre apport.
Le Président (M.
Bachand) : Je ne sais pas si vous voulez
commenter? Oui, allez-y, M. Milette, oui.
M. Milette (Pierre) : Un petit
commentaire. Peut-être qu'on est... on est les seuls que vous... On n'a pas
trop critiqué l'article 6 peut-être parce que vous avez commencé en nous
disant d'être positifs avec votre projet de loi. Mais, outre ça... Non, mais on
y voit, nous, avec ce qui est dans le livre blanc... on y a vu un lien, on y a
vu un lien.
Après ça, quand vous disiez : J'ai de la...
à voir le lien que vous avez avec le projet de loi n° 67
au complet, dans notre intervention de
départ aussi, c'était de dire : Bien, oui, on s'est inscrits là, puis on a
été invités, puis on est très heureux,
ça nous permet d'en discuter, ça permet de faire connaître le livre blanc, mais
il en faudrait un semblable pour les
soins physiques, où, là, on est plus... on va être... on va revenir, parce
qu'on va être carrément plus dans notre domaine.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député d'Acadie,
s'il vous plaît.
M.
Morin : Oui, merci, M. le Président. Bonjour, bon
après-midi. Merci pour votre mémoire. On en avait reçu une première version,
vous venez d'en distribuer une nouvelle. Merci également pour vos réflexions.
Pour continuer avec une question que vous a posée Mme la ministre, si on
revient au projet de loi n° 67 plus spécifiquement,
vous avez dit qu'il y avait quelques articles qui vous visaient. Vous en avez
parlé d'un, le permis en situation d'urgence. Donc,
je comprends que... si j'ai bien compris, là, si je fais erreur, corrigez-moi,
mais que le permis pourrait être utilisé parce que vous avez rattaché ça
à une pénurie, notamment, d'hygiénistes. Donc, ça pourrait, dans certains cas,
faire en sorte que la situation d'urgence
pourrait être invoquée pour décloisonner ou pour permettre certains exercices
ou actes par certains professionnels, s'il y a une pénurie de
main-d'oeuvre, par exemple?
M. Milette
(Pierre) : Oui. En fait, je... Enfin de compte, c'est... ça
nous a amenés à cette réflexion-là, parce que, dans le livre blanc, on
dit qu'il faut être plus souples parce qu'il faut répondre à des besoins, puis
les listes d'attente sont énormes. Alors, comment on peut
répondre à des besoins? Il ne faut pas amener des professionnels qui n'ont rien
à voir à poser des gestes, là, ce n'était pas ça, le... ce n'était pas ça, le
but.
Mais je vais revenir
à mon exemple. Donc, les étudiants en médecine dentaire, après leur deuxième
année, ils sont capables de faire de
l'hygiène, et il pourrait être très utile de leur permettre, parce qu'il y a...
on a établi qu'il y a une situation d'urgence, à cause des listes
d'attente, à cause de la pénurie de main-d'oeuvre, de leur permettre de venir
faire de l'hygiène pendant l'été. Je vais laisser Dre Lessard en ajouter.
Mme Lessard
(Catherine) : Ce qui me vient... Bonjour, M. le Président. Il me vient
une idée en tête quand on parle de situation d'urgence. On a souvent, dans nos
cliniques, des patients qui sont en attente de chirurgie cardiaque, et donc le
chirurgien cardiaque fait une demande pour avoir une évaluation, et le patient
doit démontrer que sa bouche est en parfaite santé. Quand on arrive dans des
régions, par exemple en Gaspésie, où il y a des listes d'attente d'un à deux
ans avant de pouvoir voir un dentiste et que le patient est en attente de sa
chirurgie cardiaque, c'en est, des situations
d'urgence où on a besoin d'avoir plus d'effectifs. Oui, en région, c'est pire,
comme M. Milette le disait, bien qu'on le vit maintenant aussi dans les
grands centres, là.
Mais le lien entre la
santé buccodentaire et la santé globale, il n'est plus à prouver, ça fait... ça
fait maintenant plusieurs, plusieurs années que c'est connu. Et donc, si la
population n'a plus accès à des soins de prévention et... que ce soient des
plombages ou d'autres... d'autres traitements, si la santé des Québécois se détériore,
on va avoir une situation d'urgence, ça,
c'est sûr. Et c'est déjà amorcé. Dans plusieurs régions, il y a des gens qui
font des dizaines et des centaines de
kilomètres pour avoir un rendez-vous. J'ai des patients, moi, ici, à Québec,
qui viennent de Rivière-du-Loup, Matane, un peu partout, parce qu'ils
n'ont pas accès aux soins. C'est quand même... c'est quand même inquiétant,
puis je pense que ça rentre dans situation d'urgence, vraiment.
M. Morin :
OK. Je vous... je vous remercie. Bon, évidemment, on a entendu aussi des ordres
professionnels qui n'avaient pas tout à fait la même position que vous
là-dessus, mais par ailleurs, quand on lit le mémoire qui a été présenté au Conseil des ministres, à la
page 9, c'est un des éléments qui est invoqué en ce qui a trait à la
situation d'urgence. Donc, je
comprends qu'à ce niveau-là vous vous... bien, en fait, pas rejoignez, mais
vous n'êtes pas totalement en désaccord avec ce qui a été invoqué ou ce
qui a été discuté au Conseil des ministres. Je vous remercie.
J'aimerais aussi
avoir une précision... Parce qu'à un moment donné vous avez parlé de pénurie
puis de salles d'opération, si j'ai bien
compris, qui ne sont pas utilisées ou qui pourraient l'être davantage.
Pouvez-vous nous donner plus d'exemples,
le nombre, les régions, puis en quoi vous pourriez aider pour solutionner ce
problème-là? À moins que j'aie mal compris?
• (15 h 30) •
M. Milette
(Pierre) : Non, vous n'avez pas mal compris, c'est que j'ai fini mon
introduction en disant : On a... on sous-estime la force que peut avoir le
réseau des cliniques dentaires au Québec, qui est un réseau de cliniques
privées, qui est... donc qui est détenu par des entrepreneurs, on le souhaite,
qui devrait être encadré par une loi qui oblige
que les propriétaires soit des dentistes membres de l'ordre. C'est un autre
débat. Mais ce qu'on disait, c'est que... dans l'optique qu'on aimerait
beaucoup qu'il y ait un projet de loi de ce type-là mais sur les soins
physiques, de penser que ce réseau-là de professionnels de la santé, qui sont
partout au Québec, qui ont des cliniques aseptisées, avec des... Une salle de dentiste, c'est une salle de chirurgie, c'est
un chirurgien dentaire. Donc, ils peuvent être utilisés pour aider le
système de santé. Donc, c'était juste pour envoyer ce signal-là.
M. Morin :
Merci. Bon, merci pour... merci pour la précision. Maintenant, vous avez
également souligné qu'il y a des étudiants ou, en fait... et là je ne suis pas
certain si c'est dans le programme de soins dentaires à l'université ou si
c'est dans le programme en technique pour les hygiénistes, mais qu'au niveau de
la compétence, de l'apprentissage, ils apprennent une foule de choses mais
qu'il y a certains actes qu'ils ne peuvent pas mettre en pratique parce que ce n'est pas permis. Puis
j'aimerais ça que vous puissiez élaborer davantage là-dessus, puis peut-être
voir ce qui pourrait être fait pour qu'effectivement il y ait plus d'actes qui
soient posés pour aider la population.
Mme Lessard
(Catherine) : Pour avoir... bien, pour avoir fait mon cursus de
dentiste, évidemment, mais pour avoir enseigné aussi pendant 13 ans à l'Université
Laval, ici, aux futurs dentistes, je connais assez bien, là, la... comment ça
se passe, et, pour finir par avoir un diplôme de dentiste, ils apprennent
évidemment tout ce qui a trait à la médecine dentaire, mais ils apprennent
aussi tout ce que fait une assistante, tout ce que fait une hygiéniste, tout ce
que fait un technicien dentaire, tout ce que
fait un denturologiste. Le dentiste, quand il gradue, il a eu toute la
formation que tous les autres ont eue.
Et donc, pour
l'exemple des hygiénistes dentaires, dès la fin de la première année, ils
commencent déjà à faire des stages en clinique, avec des patients, et où ils
font ce qu'on appelle un nettoyage, là, quand vous allez chez le dentiste, et
donc ça se poursuit en deuxième année, et, plus tard, ça va se transformer en
nettoyage plus spécialisé, sous les gencives, avec les chirurgies, et tout, et
tout. Mais, à la fin de la deuxième année, ils ont toute la formation
équivalente à ce que les hygiénistes ont eue, elles, lors de leurs trois années
de technique au cégep, ce qui fait qu'on a imaginé que l'Ordre des dentistes
pourrait avoir le droit de leur émettre un permis, qui est restrictif,
d'exercice de l'hygiène dentaire. À partir de ce moment-là, je ne pense pas qu'il
y aurait beaucoup d'étudiants qui travailleraient pendant leurs études, par
contre, parce qu'ils n'ont pas tant le temps, mais les vacances, à
l'université, sont quand même longues. J'en
ai eu une, moi, cet été, qui est venue, c'est une ancienne hygiéniste qui est
infirmière, qui a travaillé tout l'été chez nous,
et ça a vraiment donné un bon coup de main. Donc, on a imaginé qu'après la
deuxième année, comme ils ont les compétences, ces gens-là, pour avoir un
permis... et ça leur permettrait de gagner leur vie aussi pendant les études.
M. Morin : Donc, en fait, ce qu'il
faudrait, c'est que l'ordre leur émette un permis spécifique, restreint...
Mme Lessard (Catherine) : ...à ces
actes-là, oui.
M. Morin : OK, restreint à ces
actes-là.
Mme Lessard (Catherine) : Oui, pour
ne pas qu'ils se mettent à faire des choses qu'ils n'ont pas encore apprises,
ça, c'est sûr, là.
M.
Morin : Non. Absolument, tout à fait. Parfait. Merci. Dans
le projet de loi comme tel, est-ce qu'il y a d'autres éléments spécifiques qui,
pour vous, pourraient être améliorés ou... et problématiques ou pas, puis que
vous voudriez porter à mon attention?
M. Milette (Pierre) : Je vais
revenir rapidement sur ce que j'ai... sur ce que je disais, on... puis je l'ai
dit dans mon ouverture, on le sait, que le projet de loi ne nous vise pas
directement puis on s'est comme un peu insérés, mais ce qu'on dit, c'est :
Ce projet de loi là, je répète, refait sur la santé physique aux... puis là je
vais prendre... je vais tourner les coins ronds, là, sur la santé physique
plutôt que la santé mentale. On aimerait qu'il soit là. Et là vous avez un
document, le gouvernement a un document dans les mains sur lequel on pourrait
élaborer sur d'autres projets de loi, dont la propriété, les actes, les... Nous
autres, on pourrait passer un mois ici, en commission, avec vous, sur
tout... comment régler le système.
Une voix : ...
M. Milette
(Pierre) : Mais c'était... c'est... Si je peux résumer sur...
un peu sur le point, on n'est pas... on n'est pas contre le projet de loi qui
est là, on disait juste que, dans une version physique, soyez assurés qu'on
sera présents.
M.
Morin : Parfait. Je vous remercie. Maintenant, si on
regarde le document que vous nous avez produit — je vous en remercie — j'aurais
quelques questions générales. La première, c'est à la page 14, vous y avez
fait allusion, les plans régionaux d'effectifs dentaires, les PRED : Ça
fonctionne? Il y en a partout au Québec? C'est un enjeu? Vous suggérez fortement d'instaurer un système non
pas copié, mais instauré... inspiré du PREM. Bien, en fait, je ne suis
pas un spécialiste des acronymes, là, mais, si vous pouviez m'aider à démêler
tout ça, ça m'aiderait.
M. Milette (Pierre) : Je vais
essayer, puis des fois je me mêle moi-même, mais je vais essayer de vous en sortir. En fin de compte, le PRED, là, le plan
qu'on propose n'existe pas. On dit que... Et le PREM, lui, il existe, là, c'est
le plan d'effectifs régionaux...
Mme LeBel : ...
M. Milette (Pierre) : Les plans
régionaux des effectifs médicaux. Merci, Mme la ministre. On dit que... pas
nécessairement qu'il soit du copier-coller du PREM, mais qu'on s'est inspirés
du PREM pour essayer d'envoyer les effectifs d'équipe de santé dentaire dans
les régions où il en manque. Il y a... il y a une... il y a un grave problème
de disparité.
Puis là, si je peux prendre quelques minutes
pour vous expliquer la situation, parce qu'elle est marquante, je vais prendre
une région, et je prends les exemples qui sont dans le livre blanc, mais une...
On a évalué qu'une équipe dentaire, ce qui veut dire dentiste, hygiéniste,
assistante, là, on a appelé ça, disons, une équipe dentaire, si... ça devrait... c'est capable d'assurer, parrainer le
service pour 2 153 citoyens en dedans de 50 kilomètres. Ça,
c'est l'idéal, ce serait la situation
idéale, tu sais. Si on avait une équipe dentaire par 2 153 citoyens
dans un rayon de 50 kilomètres, ça y va.
Je prends... je vais donner deux exemples, le Bas-Saint-Laurent
et la région de la Capitale-Nationale. Au Bas-Saint-Laurent, avec une
population de 200 000, grosso modo, on sait qu'il y a environ 61 % de
la population qui vont chez le dentiste, on sait que la santé publique voudrait
que ça soit 100 %, mais on n'y arrive pas, 61 % de la population va
chez le dentiste. Si on ajoute les patients RAMQ, c'est à peu près 70 % de
la population qui va chez le dentiste. Si on prend, donc, les 70 % de la
population du Bas-Saint-Laurent qui ont... qui vont chez le dentiste, on n'a pas une équipe pour 2 153 citoyens, on a
une équipe pour 4 764 citoyens. Donc, on est plus que du double de la
capacité qu'une équipe peut
accueillir. Donc, c'est là que vous voyez que les délais vont augmenter
énormément parce qu'il y a une demande beaucoup trop élevée pour la
capacité des équipes en place.
On évalue qu'une région comme le
Bas-Saint-Laurent a besoin d'avoir 85 équipes dentaires. Je ne dis pas
«clinique», parce qu'il peut y avoir plus qu'une équipe par clinique, mais
85 équipes dentaires sur le territoire du Bas-Saint-Laurent pour 200 000 personnes. Il y en a
présentement 42. Donc, il manque la moitié des effectifs pour répondre
aux besoins de la population.
Si j'y vais avec la Capitale-Nationale,
présentement, la Capitale-Nationale, il y a 325 équipes dentaires qui
répondent à 770 000 de population et il y a un surplus d'équipe dentaire
de 182. Donc, il y a trop d'équipes dentaires à Québec.
Ce que ça cause dans un... puis là je vais vous
faire un aparté parce que... dans notre mission de défendre les propriétaires
de clinique dentaire qui sont des entreprises privées de soins de... de soins
de santé. Ce que ça cause, donc, en région,
c'est une surcharge de travail, et vraiment une grande surcharge de travail. Ce
que ça... dans les... Ça, c'est ce qu'on appelle quand il y a un ratio
négatif de cliniques dentaires. Et, quand on arrive avec un ratio positif, comme à Québec ou dans la région de Montréal, il
ne faut pas prendre le mot «positif» comme étant positif, mais positif comme étant un ratio excédentaire, je dirais, la clinique
dentaire ne vaut rien ou à peu près rien parce qu'il y a tellement de coûts de
service ou il y a... ils ne sont pas en pleine capacité, qu'il y a trop de
cliniques, donc de s'en ouvrir, d'essayer... Et souvent le dentiste
propriétaire, son fonds de pension, c'est la valeur de sa clinique. Donc, dans
les deux situations, ça crée un problème.
Donc, ce
qu'on propose par ce plan-là, c'est : Est-ce qu'on a... Est-ce qu'il y a
moyen d'amener des incitatifs, toutes sortes de procédures qui permettraient de
mieux... d'amener des... d'amener les équipes où il en manque et donc de
permettre aux cliniques dentaires où il y en
a, entre guillemets, trop, bien, de fonctionner à pleine capacité puis d'atteindre
une valeur de revente plus intéressante?
Donc, c'est... vous allez... C'est tout ça, là,
ce qu'on propose comme programme. Mais, à chaque page du livre blanc, vous allez voir, c'est un peu ça, on
propose différentes situations, de toutes les situations. Tu sais, il y a...
vous allez voir... il va y avoir une
place dans une page où on parle de modernité de la RAMQ, dans... avec la santé
dentaire, là, il serait grand temps qu'on s'y attaque aussi.
Le Président (M.
Bachand) : Une minute, M. le député
de l'Acadie, s'il vous plaît.
• (15 h 40) •
M.
Morin : Merci, M. le Président. À la page 20, en
fait, vous faites référence à un régime d'épargne de soins dentaires, si
j'ai bien compris.
M. Milette (Pierre) : Oui, oui.
M. Morin : Et ça s'articulerait
comment?
M. Gendron (Mario) : Bien, je peux
répondre à la question, M. le Président. En fait, on... Ce qu'on propose, en fait, au niveau de ce régime-là, dans le fond,
c'est d'aplanir la barrière économique pour l'accès aux soins dentaires,
évidemment, pour certaines personnes où c'est plus difficile. Donc, on sait
que, scientifiquement, la santé dentaire et la santé globale, c'est relié. Donc, ce qu'on veut, c'est avoir... donner
une accessibilité le plus possible. Donc, c'est pour cette raison que, dans un souci d'équité, bien, il
est... c'est important de trouver une façon d'aplanir les disparités puis
permettre à plus de gens possible d'avoir accès aux soins dentaires.
Donc, c'est pour ça qu'on a pensé, on a imaginé
un système qui pourrait ressembler au régime... le régime d'épargne-études.
Donc, c'est-à-dire que les gens pourraient cotiser à un régime qui pourrait
avoir les mêmes avantages que le régime épargne-études, c'est-à-dire que le
gouvernement en place pourrait contribuer à une certaine quote-part du régime, puis il y aurait des
avantages fiscaux reliés au régime, comme le régime d'épargne-études. Donc, c'était une façon, je dirais, qui sort des sentiers
battus, de ce qu'on a toujours voulu faire, mettre des programmes
standards qui donnent de l'argent, mais sans qu'il n'y ait une contribution et
de la clientèle et de l'État, mais à travers un véhicule qui est privé,
finalement.
Le Président (M.
Bachand) : Une trentaine de secondes.
M. Gendron (Mario) : Dans un sens,
dans... D'un autre côté, on sait qu'on a deux régimes en place, on a la RAMQ et on a aussi le Régime canadien de soins
dentaires, qui s'est... qui a été mis en place au printemps, mais la réalité,
c'est qu'il y a beaucoup d'actes, dans ces
régimes, qui ne sont pas couverts, et c'est des... ce sont des actes
importants, ce qui fait qu'il y a une partie de la population qui n'a
pas accès de façon pleine et entière à tous les soins dentaires que les
professionnels peuvent proposer.
M. Morin : Parfait. Il me reste
15 secondes. À la page... (panne de son) ...M. le Président, il y a une
liste des actes réservés souhaités pour les assistants, assistantes, assistance
à la chaise. Donc, vous voudriez, vous espérez que ce soit inclus, puis vous en
avez pour les hygiénistes, dans le PL n° 67 ou dans d'autres lois,
éventuellement, ou c'est un souhait général?
M. Milette
(Pierre) : Non, non, c'est... c'est... Je ne veux pas vous
décevoir, mais le livre blanc n'a pas été écrit pour le PL n° 67,
là, excusez-moi, mais... Donc, c'est... puis c'est... Donc, c'est sur toute la
réflexion sur l'avenir des cliniques dentaires où on parle d'actes réservés,
mais j'ai bien noté l'ouverture de la ministre à nous revenir.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
Mme LeBel : ...
Le
Président (M. Bachand) : Oui. Merci. Sur
ce, ça a été très constructif et très agréable, je dois le dire.
Alors, cela dit, la commission ajourne ses
travaux mardi 24 septembre, à 9 h 45. Merci beaucoup. À
bientôt.
(Fin de la séance à 15 h 43)