Journal des débats de la Commission des institutions
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
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Le
jeudi 19 septembre 2024
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Vol. 47 N° 82
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 67, Loi modifiant le Code des professions pour la modernisation du système professionnel et visant l’élargissement de certaines pratiques professionnelles dans le domaine de la santé et des services sociaux
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Intervenants par tranches d'heure
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Bachand, André
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LeBel, Sonia
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Morin, André Albert
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Caron, Linda
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Bachand, André
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LeBel, Sonia
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Caron, Linda
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Caron, Linda
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Bachand, André
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Bachand, André
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LeBel, Sonia
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Morin, André Albert
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Caron, Linda
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Caron, Linda
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Bachand, André
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LeBel, Sonia
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Bachand, André
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LeBel, Sonia
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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LeBel, Sonia
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Bachand, André
11 h (version révisée)
(Onze heures vingt-cinq minutes)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Bon
matin à tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des institutions ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques du projet de
loi n° 67, Loi modifiant le Code des professions pour la modernisation du
système professionnel et visant l'élargissement de certaines pratiques
professionnelles dans le domaine de la santé et des services sociaux.
Avant de débuter, M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Asselin (Vanier-Les Rivières) est remplacé par M. Allaire
(Maskinongé); Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) est remplacée par Mme Caron
(La Pinière); M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Ce matin, nous allons entendre
deux groupes, donc, l'Ordre des ingénieurs du Québec, mais il me fait plaisir
de débuter avec les représentants et représentantes du Barreau du Québec. Bienvenue.
Je vous disais à la blague : Mais on est contents de vous re-re-revoir à
la Commission des institutions. Donc, Mme la bâtonnière, je vous laisse la
parole. À vous.
Barreau du Québec
Mme Claveau (Catherine) : Merci.
Alors, merci, M. le Président. Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, Mme la
présidente de l'Office des professions. Je suis Catherine Claveau, bâtonnière
du Québec. Je suis accompagnée aujourd'hui de Me Sylvie Champagne, à ma
gauche, qui est la secrétaire de l'ordre et directrice des affaires juridiques,
ainsi que de Me Nicolas Le Grand Alary, à ma droite, qui est avocat au Secrétariat
de l'ordre et aux affaires juridiques du Barreau du Québec.
Le Barreau du Québec vous remercie de l'avoir
invité à participer aux consultations entourant le projet de loi 67, qui
constitue le premier jalon important de la réforme du système professionnel
québécois. Ce vaste chantier de modernisation a débuté, rappelons-nous-le, l'an
dernier, soit en 2023, l'année du 50e anniversaire du Code des professions,
le code qui a été adopté en 1973. C'est fort de son expérience et de sa volonté
de réaliser pleinement sa mission que le Barreau du Québec vous soumet ses
commentaires sur le présent projet de loi.
Tout d'abord, le projet de loi 67
octroie au gouvernement le pouvoir d'adopter un projet pilote relatif à toute
matière applicable au Code de professions et aux lois constitutives des ordres
professionnels. Ce projet pilote peut proposer des normes différentes de même
que suspendre l'application de toutes règles et dispositions inconciliables d'une
loi ou d'un règlement. Le Barreau du Québec salue cet ajout au Code de
professions. Toutefois, nous constatons que ce mécanisme est limité à l'initiative
du gouvernement.
Nous sommes d'avis que ce pouvoir devrait
être élargi aux ordres professionnels afin que ceux-ci puissent agir avec la
flexibilité requise. Ainsi, nous soumettons que ce mécanisme ne devrait pas
être conditionnel à un décret du gouvernement. Une autorisation de l'Office des
professions du Québec ou du ministre responsable de l'application des lois professionnelles
serait suffisante. Nous pouvons témoigner en toute connaissance de cause,
puisque, dans la Loi sur le Barreau, nous possédons déjà un pouvoir de cette
nature en ce qui concerne le programme de formation, notamment à l'École du
Barreau.
Forts de notre récente expérience, nous
proposons que ce pouvoir soit élargi à d'autres domaines et inscrit au Code de
professions afin de permettre <notamment des initiatives...
Mme Claveau (Catherine) :
...forts de notre récente expérience, nous proposons que ce pouvoir soit élargi
à d'autres domaines et inscrit au code de professions afin de permettre >notamment
des initiatives en matière d'accès à la justice et d'encadrement de
l'intelligence artificielle par le biais de programmes de bacs à sable
d'innovation. Un tel pouvoir, assujetti à un processus d'adoption non
réglementaire, offrira suffisamment de souplesse et d'agilité au Barreau du
Québec et aux ordres professionnels, tout en permettant à l'Office des
professions d'exercer son rôle de surveillance et de conseil.
Par ailleurs, le projet de loi propose de
permettre à tous les ordres professionnels d'autoriser leurs membres à exercer
leur profession au sein d'une personne morale sans but lucratif, connue sous le
nom de PMSBL.
Plus particulièrement, le projet de loi
abroge les différentes modifications apportées par la Loi visant à améliorer
l'accès à la justice en bonifiant l'offre de services juridiques gratuits ou à
coût modique, qui avaient permis au Barreau et à la Chambre des notaires
d'adopter un règlement encadrant en PMSBL... par les membres et les transferts
de ces dispositions au Code des professions.
Le Barreau du Québec est fier d'avoir
participé à l'élaboration de l'encadrement de l'exercice au sein d'une PMSBL.
L'accès à la justice est un dossier prioritaire pour l'avenir de la justice au
Québec, et l'exercice au sein d'une PMSBL constitue un moyen attendu et réclamé
par les organismes à vocation juridique et les cliniques juridiques pour
répondre plus adéquatement aux besoins particuliers des citoyens en matière de
justice.
Puisque nous sommes un précurseur dans le
domaine, nous souhaitons vous faire part de quelques réflexions visant à
bonifier cette section du projet de loi, qui permettront aux autres ordres
professionnels de favoriser l'accès du public à leurs services professionnels
en adoptant des règles encadrant l'exercice au sein d'une PMSBL.
Tout d'abord, on retrouve au Code des
professions une disposition précisant que tout professionnel exerçant ses
activités professionnelles au sein d'une PMSBL ne doit pas permettre que soient
exigés des honoraires ou des frais qui, globalement, excèdent un coût modique.
Or, la notion de coût modique n'est pas définie dans le projet de loi. Il n'y a
donc pas un montant chiffré qui correspond à un tel coût modique. Selon notre
expérience, ce coût modique peut varier selon les circonstances. En effet, un
simple chiffre mathématique ne prend pas en considération tous les enjeux
relatifs à l'exercice au sein d'une PMSBL, comme le lieu ou la région
d'exercice, la nécessité d'attirer des avocats de qualité comme salariés et les
dépenses opérationnelles d'un tel organisme.
Le Barreau du Québec soumet que cette
exigence devrait être retirée. En effet, les ordres professionnels, par leur
pouvoir d'adopter un code de déontologie, ont déjà les outils nécessaires pour
encadrer la facturation d'honoraires au sein d'une PMSBL. De plus, le Code des
professions prévoit que le conseil d'administration d'un ordre professionnel a
le pouvoir de suggérer un tarif horaire professionnel que les membres de l'ordre
peuvent appliquer à l'égard des services professionnels qu'ils rendent. Ce
pouvoir pourrait être renforcé en prévoyant la possibilité d'établir des lignes
directrices obligatoires quant aux honoraires exigés pour des services
professionnels offerts au sein d'une PMSBL.
En outre, le projet de loi modifie la
procédure d'approbation de certains règlements, notamment ceux donnant effet à
une reconnaissance mutuelle des compétences professionnelles connue comme étant
l'ARM, de même que ceux permettant l'exercice d'activités professionnelles au
sein d'une société en nom collectif à responsabilité limitée, la SENCRL, ou
d'une société par actions, la SPA. Le Barreau du Québec salue ces modifications
qui permettent d'alléger le processus d'adoption de certains règlements.
• (11 h 30) •
Nous sommes toutefois déçus de constater
que les mesures concernant l'allègement du traitement réglementaire s'arrêtent
ici. Le projet de loi aurait été l'occasion parfaite de présenter une réforme
réelle du mécanisme d'adoption réglementaire dans le système professionnel. Le
projet de loi aurait pu notamment proposer la création d'un processus non
réglementaire pour les dispositions qui concernent uniquement l'ordre
professionnel et ses professionnels, par exemple la formation continue obligatoire
ou les normes d'exercice professionnel. Il s'agirait également de ce qui
concerne la régie interne des ordres, par exemple les élections ou la gestion
du tableau de l'ordre.
En terminant, le Barreau du Québec tient à
réitérer son appui au projet de loi, qui se veut le premier jalon d'un grand et
ambitieux chantier de la modernisation du service... du système professionnel,
pardon. Beaucoup de travail reste à faire, et le Barreau du Québec répond
présent pour mettre l'épaule à la roue. Au fil des consultations publiques,
plusieurs sous-chantiers, si vous me permettez l'expression, se sont dessinés.
Nous attendons avec impatience des propositions législatives et réglementaires
qui permettront de mettre en oeuvre ces grands changements qui porteront notamment
sur les fondements de la <structure...
>
11 h 30 (version révisée)
< Mme Claveau (Catherine) :
...nous
attendons avec impatience des propositions législatives et réglementaires qui
permettront de mettre en œuvre ces grands changements qui porteront notamment
sur les fondements de la >structure du système professionnel, l'allègement
réglementaire de même que la définition de la mission de protection du public
et des ordres professionnels.
Le présent projet de loi ne constitue qu'une
partie de la réforme, et nous sommes d'avis qu'il est primordial de compléter
rapidement tous les travaux pour l'achever. Il est essentiel que cet important
chantier législatif constitue un véritable projet sociétal pour le Québec,
visant à améliorer la protection du public tout en s'assurant de sa confiance
envers les institutions du système professionnel. D'autres commentaires se
trouvent dans notre mémoire.
Nous vous remercions, encore une fois,
pour cette invitation et nous sommes disponibles maintenant pour répondre à vos
questions. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, Mme la
bâtonnière. Donc, je me tourne vers le gouvernement, pour 14 minutes, Mme
la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Merci, M. le
Président. Alors, merci, Mme la bâtonnière, je dirais même, merci, Mme ma
bâtonnière, de votre présentation aujourd'hui. Ça va être un plaisir de pouvoir
échanger avec vous, parce que je pense qu'on a ici, autour de la table, avec
les collègues aussi de l'opposition, le même objectif, c'est-à-dire de donner
le plus d'air à notre système professionnel mais tout en ne compromettant pas
sa mission première. Parce que je pense qu'il faut être très fier, au Québec,
du système professionnel qu'on a mis en place dans les 50 dernières
années, mais force est de constater qu'il est temps de voir comment on peut à
la fois respecter les objectifs de protection du public et de la confiance du
public dans nos professionnels et de voir comment on peut lui donner un peu d'air,
là, pour le moderniser. Alors, merci beaucoup de vos commentaires, c'est
toujours très apprécié.
Je vais vous amener peut-être sur deux ou
trois sujets particuliers. Et l'objectif est de creuser un peu plus avec vous,
là, votre... votre point de vue pour nous... pour alimenter nos réflexions en
vue de l'étude détaillée. Et, si... comme je le disais à tout le monde, s'il y
a quoi que ce soit d'autre pour lequel vous n'êtes pas en mesure pour l'instant
de répondre, il n'y a aucun problème, vous enverrez vos commentaires
supplémentaires à la commission, puis on va pouvoir en bénéficier quand on fera
entre nous les débats article par article.
Parlons des projets pilotes. Je sais que
ça existe dans plusieurs lois professionnelles. L'objectif, aujourd'hui, est d'amener
cette notion-là à la grandeur du Code des professions, et c'est un peu le même
objectif dans certaines notions, hein? On parlait hier des permis plus
restrictifs, et l'Ordre des infirmières nous disait : Bien, dans mon cas,
c'est moins utile parce que ma réalité est différente. Mais l'idée, c'est d'en
faire bénéficier à tous. Donc, parlons des projets pilotes. Vous parlez... vous
mentionnez qu'en plus de la possibilité, pour le gouvernement, de pouvoir
autoriser la mise en oeuvre d'un projet pilote, et on verra peut-être le niveau
d'autorisation... j'ai bien compris, là, puis ça a été mentionné par d'autres, que
peut-être que le niveau d'autorisation n'est pas nécessaire au niveau d'un
décret mais qu'on pourrait penser à une autorisation ministérielle dans
certains cas. Ça fait partie des autres commentaires, donc, on le met dans notre...
dans notre réflexion.
Vous... vous parlez des ordres qui
pourraient initier eux-mêmes un projet pilote. C'est quand même beaucoup plus
large que de revoir le niveau d'autorisation. Je serais un peu intéressée, avec
vous, de voir... peut-être nous aider et nous illustrer dans quel but un ordre
professionnel, dans... de sa propre initiative, pourrait initier un tel projet
et comment on ferait pour le circonscrire, là aussi, parce que c'est important
d'avoir aussi cette notion-là.
Mme Claveau (Catherine) : Me
Champagne.
Mme Champagne (Sylvie) : Alors,
en fait, ce n'est pas un remplacement qu'on veut, c'est un ajout. Donc, on
comprend que l'article pour le projet pilote, à l'initiative du gouvernement,
demeurerait au Code des professions, et c'est une bonne chose, mais on ne peut
pas non plus couper l'herbe sous le pied aux ordres professionnels qui ont
peut-être des bonnes idées au niveau de l'innovation. Et, comme on sait qu'on n'a
pas tout de suite l'allègement réglementaire, ça serait une façon pour nous d'essayer
des changements avec les pouvoirs réglementaires qu'on a déjà, et, plutôt que d'aller
avec un décret, on irait avec une autorisation de l'Office des professions.
Donc, il y aurait cet encadrement-là, mais ça viendrait à l'initiative de l'ordre.
Et nous, on l'a fait, au Barreau. On est
fiers de dire qu'on l'a fait pour la formation professionnelle. Alors, on a
obtenu un projet pilote. L'office a révisé notre projet pilote. Le conseil d'administration
a quand même adopté un règlement, qui est le règlement du projet pilote. Ça a
été très transparent pour les étudiants, ça a été mis sur notre site Web. Et ça
a permis, justement, de mettre en œuvre assez rapidement et de façon efficace
ce projet pilote, qui, éventuellement, est devenu un règlement.
Donc, ça permet aux ordres professionnels
d'avoir de bonnes initiatives. Puis on pense que, pour l'innovation, si on veut
que le Québec, là, soit toujours à l'avant-garde, parce qu'on peut être, comme
vous avez dit, fiers de notre système professionnel au Québec, qui assure la <protection
du public...
Mme Champagne (Sylvie) :
...toujours
à l'avant-garde, parce qu'on peut être, comme vous avez dit, fiers de notre
système professionnel au Québec, qui assure la >protection du public, bien,
cet outil-là est nécessaire pour tous les ordres. Puis ce seraient les ordres
qui sentent le besoin de mettre sur pied des projets pilotes qui pourraient le
faire. Évidemment, ça ne serait pas tous les ordres.
Mme LeBel : Donc, bon, ce que
vous nous dites, c'est que vous avez présentement une possibilité de mettre sur
pied certains projets pilotes. Je comprends qu'ils sont approuvés par l'ordre
et... révisés par l'office, mais approuvés par l'ordre, au final. Dans le fond,
ce qu'on vient faire ici, dans le code, c'est qu'on introduit une nouvelle
notion de projet pilote, ce qui ramène effectivement le niveau d'approbation au
niveau gouvernemental. Ce que... ce qui m'intéresse, dans le fond, c'est de
savoir, par rapport à la notion que vous avez déjà, bon, je comprends l'écart
avec ce qu'on propose, là, mais votre espèce de solution où on pourrait avoir
divers projets pilotes approuvés par divers niveaux d'approbation en fonction
du projet pilote, est-ce que ça vous donnerait un peu plus que ce que vous possédez
déjà, un peu... ou à peu près la même chose?
Mme Champagne (Sylvie) : Non,
ça nous donnerait... ça nous donnerait plus, parce que là il est spécifique.
Premièrement, ça ne bénéficie qu'au Barreau du Québec, et nous, on voudrait
qu'effectivement les autres ordres puissent en bénéficier aussi. Et nous, on
l'a... pour mettre en œuvre pour la formation professionnelle, on voudrait que
ce soit étendu à d'autres domaines. Évidemment, tout le monde sait que
l'intelligence artificielle est à nos portes, et on sait que beaucoup d'autres
barreaux canadiens ont mis en place des bacs à sable d'innovation.
Nous, le Barreau du Québec, on est très
intéressés. On a un conseiller qui travaille avec nous sur l'intelligence
artificielle puis on aimerait pouvoir tester des choses. Et on trouve que la
meilleure façon de le faire, ce serait par le biais d'un projet pilote. Et,
comme ce serait à l'initiative de l'ordre, évidemment, on comprend qu'on doit
discuter avec l'Office des professions, parce qu'évidemment on peut avoir des
très bonnes initiatives, mais il faut s'assurer qu'il y ait un certain
encadrement. Et, comme on l'a fait dans le... la version de la formation
professionnelle, on voudrait vraiment être capables de l'étendre à d'autres
domaines.
Maintenant, ce que vous pensez, vous,
parlementaires, est-ce que l'approbation de l'Office des professions serait
suffisante ou prendrait l'approbation ministérielle? On n'est pas fermés, mais
on ne voudrait pas, comme vous avez dit, au niveau de peut-être différents types,
là, d'approbation, aller jusqu'au décret. Donc, ça devrait être modulable, mais
d'avoir une belle ouverture pour les ordres qui ont des initiatives à mettre en
œuvre.
Mme LeBel : Bon, la
disposition qui est introduite, par le biais du projet de loi 67, dans le
Code des professions demande l'approbation gouvernementale par le biais d'un
décret mais ne spécifie pas nécessairement que les projets doivent être à
l'initiative du gouvernement. On se comprend que le gouvernement, bon, qui veut
initier des projets pilotes avec un ordre ou des ordres professionnels... À
titre d'exemple, l'intelligence artificielle pourrait être par un regroupement
d'ordres professionnels, exact, parce qu'on pourrait penser que ça touche
plus... plus qu'un... Je pense... Moi, il y a deux ordres professionnels qui me
viennent en tête avec l'intelligence artificielle, c'est la santé, le domaine
de la santé, et le domaine juridique, qui pourraient, bon, se regrouper.
• (11 h 40) •
Donc, l'idée n'est pas d'avoir des projets
initiés par le gouvernement, mais approuvés par le gouvernement. Êtes-vous en
mesure de nous donner peut-être des catégories? Parce que là vous avez parlé de
la formation professionnelle. Si on réfléchit à avoir, dans le Code des
professions, au bénéfice de toutes... de toutes les professions, introduire une
notion de projet pilote modulé en fonction des domaines ou des initiatives,
avec des niveaux d'approbation différents, quels sont les domaines, on parle de
la formation professionnelle, qui pourraient demeurer au niveau des ordres?
Quels sont certains domaines qui pourraient être au niveau de l'office ou d'un
arrêté ministériel, parce qu'ils regroupent plusieurs ordres, tout en... en
n'introduisant pas, encore une fois, un niveau de complexité? Je ne dis pas que
c'est idéal, ce qui est là-dedans, au contraire, je dis juste que d'avoir une
façon unique de faire vient aussi simplifier les procédures.
Donc, l'idée c'est... Et, encore une fois,
je réitère, même si vous n'avez pas la réponse complète aujourd'hui, c'est... des
fois, je lance des pistes de réflexion pour nous aider, là. Quand on commence à
penser à des niveaux d'approbation différents pour des catégories différentes,
spontanément, j'ai l'impression qu'on ne va pas dans la bonne... dans la
direction de l'allègement et de la simplification. Mais, en même temps, je
comprends que le niveau supérieur n'est pas toujours le niveau idéal pour tout.
Donc, juste nous aider à réfléchir à la façon dont on pourrait structurer tout
ça, disons-le.
Mme Champagne (Sylvie) : C'est
sûr qu'on n'a pas toutes les réponses ce matin, comme vous dites, Mme la
ministre...
Mme LeBel : Ce <n'était
pas l'objectif...
Mme LeBel :
...structurer
tout ça, disons-le.
Mme Champagne (Sylvie) :
C'est
sûr qu'on n'a pas toutes les réponses ce matin, comme vous dites, Mme la
ministre...
Mme LeBel :
Ce >n'était
pas l'objectif.
Mme Champagne (Sylvie) : ...puis
on va y réfléchir. Mais c'est sûr que, nous, en ayant vécu la façon de mettre
en œuvre un projet pilote pour la formation professionnelle qui était très
souple, quand on a vu la disposition dans le projet de loi 67, ça nous a
un peu surpris en se disant : On n'aura pas la même flexibilité puis
l'agilité qu'on souhaiterait avoir. Puis ça fait plusieurs années qu'on veut,
justement, déployer un bac à sable pour l'intelligence artificielle. Puis on a
beaucoup... on le voit, il y a beaucoup de très bonnes idées pour favoriser
l'accès à la justice. Donc, pour nous, que d'autres ordres professionnels
veulent en mettre en place, probablement que ça va être pour des objectifs
différents. Donc, c'est pour ça qu'à l'initiative des ordres c'est plus facile,
mais ça n'empêche pas que le gouvernement puisse avoir son... ses propres idées
aussi et d'en déployer.
Mais donc, pour faire des catégories, on
pourrait vous revenir, je pense évidemment à l'inspection professionnelle, où
il y a certainement des nouvelles façons d'inspecter nos membres. Mais, sans
avoir à changer la réglementation sur l'inspection professionnelle, on pourrait
essayer des nouvelles choses. On a parlé de problèmes de santé mentale chez nos
membres. Il y aurait certainement des choses qu'on pourrait changer, nos façons
de faire, être plus en approche collaborative, et sans avoir à changer
nécessairement nos règlements. Donc, ça, c'est quelque chose qui me vient ce
matin, mais il y en aurait... il y en aurait sûrement beaucoup d'autres, parce
qu'on est toujours à la recherche, là, d'améliorer nos processus, dans un
processus d'amélioration continue pour mieux protéger le public.
Mme LeBel : Je vous lance la
réflexion, on va la poursuivre de notre côté, évidemment. Les PMSBL, revenons.
Dans la Loi sur le Barreau, dans la loi sur les notaires, depuis 2022, la
notion de coût modique est déjà intégrée. On a repris grosso modo, là... j'allais
dire mutatis mutandis, mais on a repris grosso modo la même notion pour la
ramener au niveau du Code des professions, l'idée étant que, quand on travaille
dans une PMSBL, c'est d'avoir des services accessibles pour les citoyens aussi.
Donc, la notion de coût modique, pour moi, d'entrée de jeu, de mon... du point
de vue, peut-être, d'une avocate, n'est pas choquante, au contraire. On a
entendu hier différentes... différents discours là-dessus. Des gens nous disent :
Dans certains secteurs, oui et non, d'autres : On n'est pas contre, mais
il faut se laisser le choix. Mais elle existe déjà, cette notion, depuis 2022,
donc j'imagine qu'elle est déjà définie ou est déjà connue.
Peut-être me donner un peu qu'est-ce qu'il
se fait depuis 2022, puis, si on la retire du code, quelle serait l'assurance
qu'elle demeure, que les honoraires n'explosent pas, parce que je me dis :
Si un avocat veut charger ses pleins honoraires, il ira ailleurs que dans une
PMSBL, c'est... le tout respectueusement soumis. C'est mon opinion à moi. Elle
n'engage personne d'autre que moi.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Non,
mais... Oui, tout à fait. Écoutez, le projet de loi 34, à l'époque, là,
puis le titre du projet de loi, la bâtonnière l'a mentionné lors de
l'allocution, c'était vraiment d'améliorer l'accès à la justice. L'objectif,
c'est vraiment d'améliorer l'accès aux services professionnels. Je comprends
qu'avec le projet de loi, ici, c'est également ça, l'objectif. Et donc ça s'est
transposé dans la Loi sur le Barreau par une exigence, là, qui était sur le
caractère modique des honoraires.
Il faut comprendre que le terme «modique»
n'est pas autrement défini. Il y a des chiffres qui ont été évoqués à l'étude
détaillée, là, par le ministre de la Justice, notamment, un 50 $ de
l'heure. Lors de la mise en œuvre de la réglementation, puis on a fait une très
belle collaboration avec l'office, avec la Chambre des notaires, avec le
ministère de la Justice, pour mettre en place le règlement, là, d'application,
on a eu des consultations auprès des personnes morales sans but lucratif et
d'autres organismes qui étaient intéressés par notre... par la possibilité
d'être réglementés de cette façon-là puis d'offrir des services, et c'est une
question qui est revenue souvent, et il y a un enjeu d'application parce que
c'est difficile de quantifier réellement le chiffre.
Ce que nous, on propose, c'est de... au
lieu d'avoir une ligne stricte dans le Code des professions là-dessus, c'est de
peut-être le prévoir soit dans une ligne directrice, soit dans une obligation
de... réglementaire, que l'ordre puisse déterminer selon les circonstances. Il
y a différents cas de figure qui n'ont peut-être pas été vus en 2022, lors de
l'adoption de la loi, qui s'est faite quand même rapidement, notamment les
services de PMSBL qui offrent des services à d'autres entreprises. On peut
penser à différentes entreprises qui, elles-mêmes, sont à but non lucratif, là,
différents organismes qui offrent des services au public mais qui veulent
mutualiser des services professionnels, par exemple de comptabilité, ça peut
être d'ingénierie, des services juridiques aussi, et donc ils créent une
coopérative ou ils créent une structure juridique qui offre des services
uniquement à ces entreprises-là.
L'enjeu de protection du public puis
l'enjeu d'éviter que les coûts explosent pour le public, c'est vraiment
lorsqu'on a une PMSBL qui offre des services juridiques, pour le cas des
avocats au public. Quand on parle de PMSBL qui peuvent offrir des services à
d'autres entreprises, selon d'autres... modèles d'affaires, bien, c'est...
c'est tout ça qu'il faut <tenir en compte...
M. Le Grand Alary (Nicolas) :
...au
public. Quand on parle de PMSBL qui peuvent offrir des services à d'autres
entreprises, selon d'autres... modèles d'affaires, bien, c'est... c'est tout ça
qu'il faut >tenir en compte. Et c'est... c'est pour ça qu'on demande un
peu, peut-être, de la souplesse et l'agilité là-dessus, pour pouvoir s'assurer
que le niveau de contrôle, puis la surveillance qu'on fait, au niveau des
honoraires, est approprié selon les circonstances et selon les cas de figure.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Je cède
maintenant la parole à l'opposition officielle pour un bloc de 10 min 30 s.
M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci. Merci, M.
le Président. Alors, Mme la bâtonnière, Me Champagne, Me Le Grand
Alary, bonjour. Bienvenue. Merci pour votre... pour votre mémoire et votre
exposé. J'ai quelques questions pour vous, en fait, pour... Puis vous nous
invitez à le faire avec... dans votre mémoire, au tout début, parce que vous
parlez des opportunités à explorer. Et vous comprendrez que, comme députés dans
l'opposition, on est toujours intéressés à soumettre des propositions au
gouvernement pour bonifier un projet de loi, pour qu'évidemment il soit tout à
fait approprié pour l'ensemble de la population québécoise. Donc, dans les
opportunités à explorer, vous en mentionnez deux. Vous parlez des mesures
concernant l'allègement du traitement réglementaire. Le projet de loi, ce que
je comprends, n'irait pas assez loin. Et est-ce que vous avez des suggestions
ou des exemples très précis qu'on pourrait mettre en œuvre? Si vous n'en avez
pas maintenant, ce matin, vous... je vous invite évidemment à les faire
parvenir à la commission. Mais j'aimerais... j'aimerais qu'on puisse
discuter de ça, parce qu'il y a d'autres ordres professionnels qui nous ont dit
que ça n'allait pas assez loin, puis qu'il y avait aussi une lourdeur
bureaucratique qui faisait que ça pourrait mettre un frein, finalement, à la
réforme que veut opérer le gouvernement.
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Oui,
effectivement, le projet de loi prévoit certaines mesures concernant
l'allègement réglementaire, là, de certains règlements. La bâtonnière les a
évoquées dans l'allocution, notamment au niveau des ARM, de l'exercice en SPA,
SENCRL, si vous me permettez les différents acronymes. Lors de... dans le cadre
des différents travaux, là, de réforme, il y a beaucoup de propositions, qui
ont été émises sur la table, d'allègement réglementaire. On pense qu'il y a
beaucoup de travail qui a déjà été fait de la part de l'office là-dessus et
donc on vous invite à y aller de l'avant sur l'allègement.
Puis, sans vouloir revenir au niveau de
l'approbation, mais il y a également, dans le Code des professions, au niveau
des différents règlements, différents niveaux d'approbation. Certains
règlements qui sont peut-être les plus importants, par exemple le code de
déontologie des membres d'un ordre, sont soumis à l'approbation, là, du Conseil
des ministres, tandis qu'il y en a d'autres qui sont uniquement, là, approuvés
par l'Office des professions. On peut penser notamment, là, à la formation
continue obligatoire, l'inspection professionnelle, des règlements qui sont
plus dans la relation entre le membre et son ordre professionnel. Et il y a
certains... il y a d'autres mécanismes qui sont uniquement, là, de l'ordre. Et
donc, nous, ce qu'on... ce qu'on propose puis ce qu'on évoque comme piste de
solution, c'est ceux peut-être qui sont uniquement de la gestion interne, là,
par exemple la gestion du tableau de l'ordre, la gestion des élections, la
composition des conseils d'administration, des choses comme ça, qui sont
prévues actuellement par règlement, pourraient être pris sans doute par résolution
du conseil.
• (11 h 50) •
Puis ce qui est actuellement un... des
règlements, là, par exemple code de déontologie et autres, bien, ils pourraient
être transférés vers le régime de 95.2, c'est un peu technique, ce que je dis,
mais c'est le régime qui est essentiellement, uniquement l'approbation par
l'office, là. Je pense qu'il y a différents modèles puis il y a différents
règlements. Puis je pense que c'est des choses qui ont déjà été réfléchies.
Donc, nous, on le voyait juste peut-être comme une opportunité de le faire. Je
sais que les travaux ont été déjà avancés dans ce sens-là.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Dans les autres opportunités, vous soulignez également «clarifier des
règles applicables lorsqu'un juge du Tribunal des professions est absent ou empêché
d'agir». Donc, vous suggérez d'adopter une disposition similaire, mais qui
viserait les comités statutaires des ordres professionnels. Quel est... quel
est l'enjeu que vous vivez présentement puis comment on pourrait le corriger?
Mme Champagne (Sylvie) : Oui.
En fait, c'est des situations, évidemment, qui sont exceptionnelles, qu'on ne
vit pas souvent. Mais ça arrive que, par exemple, un comité d'accès à la
profession convoque un candidat pour déterminer s'il va être admissible à notre
profession. Alors, le comité est composé de trois membres désignés par le
conseil d'administration. Ils font l'audition. Ils prennent le dossier en
délibéré. Et, pendant le délibéré, bonne nouvelle, un des membres est nommé à
la magistrature. On est très heureux pour ce membre, mais il fait en sorte
qu'on n'a pas de modalité dans la Loi sur le Barreau ni dans le code pour
déterminer ce qu'on... ce qu'on fait avec le dossier qui était en délibéré. Donc,
soit que le candidat accepte qu'un troisième membre soit nommé et qu'il
continue ou on est obligés de tout recommencer. Donc le code est muet à ce
sujet-là.
Et on n'est pas le seul ordre qui a des
comités statutaires, là, qui rendent des décisions à portée individuelle. Il
pourrait y avoir... pour d'autres ordres, évidemment, ça ne serait pas la
nomination à la magistrature, mais ça serait peut-être un autre élément <heureux...
Mme Champagne (Sylvie) :
...individuelle. Il pourrait y avoir... pour d'autres ordres, évidemment, ça ne
serait pas la nomination à la magistrature, mais ça serait peut-être un autre
élément >heureux ou, des fois, malheureux, là, cause de maladie ou...
Alors, on croit que le Code des professions devrait, c'est une correction,
là, qui est simple, corriger cette situation, là, pour permettre aux ordres de
rendre des décisions, là, dans des délais optimaux.
M. Morin : Je vous remercie
beaucoup, Me Champagne. Donc, évidemment, pour la réponse... la précision aussi
que vous apportez, c'est très utile. Donc, je comprends, là que, comme vous
l'avez dit, le comité d'accès à la profession, ce comité-là se réunit
régulièrement, là. Mais, si un des membres qui ne peut... qui n'est plus
capable d'agir, évidemment, de consentement, on peut tout faire ou à peu près,
là, quand on demeure dans le domaine de l'ordre public, bien sûr, mais, si la
personne intéressée ne consent pas, vous êtes obligés de recommencer au
complet.
Mme Champagne (Sylvie) : Tout
à fait, tout à fait ça, et donc ça entraîne... ça entraîne des délais pour le
candidat à l'admission à la profession. Mais on peut penser dans d'autres cas
aussi, ça pourrait empêcher un ordre... par exemple, il y a des délégations de
pouvoir avec des comités qui vont déterminer si une personne doit subir un
examen médical. Qu'est-ce qui arrive, donc, pour tous les comités statutaires,
on pense qu'il devrait y avoir une disposition, dans le Code des professions,
qui prévoit le mécanisme de remplacement d'un membre qui est empêché d'agir
alors qu'il a commencé à siéger sur un comité.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie, je vous remercie beaucoup, c'est très, très éclairant. J'ai une autre
question. On a parlé des PMSBL, et, dans votre mémoire, il y a... il y a des
références aussi aux avocats qui sont inscrits au tableau à titre d'avocats à
la retraite. Et donc est-ce que je comprends qu'il faudrait peut-être modifier
le projet de loi actuel pour s'assurer qu'ils pourraient donner des conseils
juridiques et que ce n'est pas le cas présentement?
M. Le Grand Alary (Nicolas) :
Non, bien, en fait, en fait, les avocats à la retraite... puis c'est une des
innovations, là, du projet de loi 34, que, maintenant, ils peuvent donner
des consultations, avis d'ordre juridique au sein d'une PMSBL. La modification
qu'on demande là-dessus, c'est réellement une modification de concordance
concernant l'obligation de formation continue obligatoire de ces avocats-là
qui, vu qu'ils exercent une composante de la profession, devraient être
assujettis, là, à une obligation de formation continue obligatoire. Puis il y a
eu différentes modifications, maintenant ils peuvent également être médiateurs
accrédités aux petites créances. Et donc on demande... on modifie déjà le
règlement, le FCO, le règlement formation continue obligatoire du Barreau, dans
le projet de loi, à titre de concordance. Mais on demande de juste arrimer le
tout pour que tous les avocats à la retraite qui exercent, d'une certaine façon,
la profession, soit en donnant des consultations, soit en agissant à titre de
médiateurs accrédités aux petites créances, soient assujettis à l'obligation de
faire le neuf heures de formation FCO, qui leur avait été, là, déterminé lors
de l'adoption, là, du projet de loi 34.
M. Morin : Ce qui n'est pas
le cas présentement.
M. Le Grand Alary (Nicolas) :
Non, pour les médiateurs accrédités, effectivement, il y a un oubli à ce
niveau-là.
M. Morin : OK, parfait. Je
vous... je vous remercie. Maintenant, on a parlé aussi des montants ou des
frais, là, que ce soit modique ou autres, bon, je comprends... Et puis, en
fait, je partage ça avec vous, il y a des centres de justice de proximité, c'est
un des moyens que le gouvernement a mis de l'avant pour faciliter l'accès à la
justice. Je comprends que, présentement, ils donnent beaucoup d'informations
juridiques mais qu'éventuellement il y aurait peut-être une possibilité qu'ils
donnent des conseils juridiques, donc, mais c'est des organismes à but non
lucratif. Donc, comment... Qu'est-ce qu'on pourrait faire, si ça arrive, pour
s'assurer qu'ils vont pouvoir charger quand même des honoraires, s'ils donnent
du conseil juridique, tout en n'empêchant pas l'accès à la justice, finalement,
dans le cadre de ce projet de loi là?
M. Le Grand Alary (Nicolas) :
Tout à fait. En fait, notre compréhension pour les centres de justice de
proximité, c'était que leur intention était d'offrir des services juridiques
gratuits, là, qui auraient été subventionnés en bonne partie par l'État, un peu
en service complémentaire aux services d'aide juridique pour une population qui
n'est peut-être pas admissible à l'aide juridique mais qui n'a peut-être pas
les moyens de payer un honoraire d'avocat. Puis c'est un peu la conception de
ce règlement-là, le concept de ça, c'était d'offrir des services pour ceux qui
ne sont pas admissibles à l'aide juridique puis ceux qui n'ont pas les moyens
de payer un avocat, donc.
Mais, nous, ce qu'on propose, c'est qu'au
lieu de l'avoir peut-être dans le Code des professions, l'obligation d'avoir
des honoraires modiques, peut-être de plus orienter l'exercice OBNL, PMSBL,
dans le Code des professions, comme étant pour favoriser l'accès aux services
professionnels puis ainsi... puis permettre à l'ordre d'établir soit des lignes
directrices soit une autre façon, là, par un règlement, un barème ou, en tout
cas, une évaluation des cas de figure. Puis je les ai évoqués précédemment, il
peut y <avoir...
M. Le Grand Alary (Nicolas) :
...une
autre façon, là, par un règlement, un barème ou, en tout cas, une évaluation
des cas de figure. Puis je les ai évoqués précédemment, il peut y >avoir
différents types d'organismes qui vont avoir différents besoins. La bâtonnière
l'a mentionné également dans l'allocution, il peut y avoir aussi des cas... des
cas... par exemple, entre les régions, ça ne va pas être les mêmes coûts
d'opération pour avoir un bureau ou, tu sais, offrir ce service-là. Ça peut
être aussi selon le domaine, selon la nature de certains dossiers ou de
certains clients, si on parle d'un client qui est une entreprise, par exemple.
Donc, je pense qu'il faut qu'on... il faut
donner à l'ordre la possibilité d'évaluer toutes ces conditions-là puis
d'ensuite arriver avec quelque chose qui s'assure qu'il y a une offre de
services juridiques gratuits, à coût modique, que les honoraires demeurent
raisonnables et modiques dans les circonstances, puis que ça réponde aux
besoins aussi des clientèles, et que ça protège le public.
M. Morin : Merci. Je vais
céder la parole...
Le Président (M. Bachand) :Il reste 35 secondes.
M. Morin : Désolé.
Mme Caron : ...simplement vous
entendre sur la modification que vous proposez pour rendre public le fait qu'il
y a une enquête... Alors, je ne prends pas plus de temps, je vous laisse le
reste du temps pour...
Le Président (M.
Bachand) :Rapidement, s'il vous plaît.
Mme Claveau (Catherine) : ...les
cas, souvent, qui font l'objet de nouvelles. Alors, tous les gens savent qu'on
a un membre qui est surveillé et on... Lorsqu'on nous pose des questions,
malheureusement, on ne peut pas répondre tant que l'enquête n'est pas terminée.
Donc, c'est un peu pour démontrer qu'on agit, évidemment sans donner les
informations qui seraient... qui seraient trop confidentielles dans certains
cas, pas dans tous les cas. Dans certains cas, ça pourrait être, pour le
public, donner l'image et l'assurance que, oui, comme ordre professionnel, on
fait une enquête, on agit. Maintenant, on attend les conclusions de l'enquête
pour voir si, effectivement, il y a eu une violation.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Saint-Henri—Sainte-Anne, pour 3 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Merci au Barreau du Québec d'être là. Mme la bâtonnière, bonjour, chers
collègues, confrères, consœurs. Pas beaucoup de temps, donc je vais y aller
directement. L'article 6, là, qui parle d'autorisation spéciale en cas
d'urgence, beaucoup de groupes nous ont parlé de baliser la définition. Est-ce
que vous avez une proposition ou une position sur ça?
Mme Champagne (Sylvie) : En
fait, effectivement, la notion d'urgence n'est pas précisée dans la
disposition. Alors, vous avez deux options, soit que vous la définissez de
façon positive ou que vous dites ce qui n'est pas inclus comme urgence. Et
nous, on favorise toujours une façon positive de rédiger, de dire ce que
constitue une urgence, pour que ce soit plus clair. Évidemment, ce qu'on pense,
nous, quand on pense à des urgences, c'est évidemment la COVID, ça, qui nous
vient tous en tête, peut-être le verglas. Mais il faut que ce soit quand même
des situations assez exceptionnelles, et ne pas vouloir pallier à d'autres
problématiques, comme on a entendu hier, là, la pénurie de main-d'œuvre, qui ne
devrait pas faire partie de...
M. Cliche-Rivard : On
pourrait permettre à des non-avocats de pratiquer le... C'est quand même assez
particulier, là, il faudrait vraiment qu'on... Ça fait que ce que vous dites,
c'est qu'il faudrait vraiment que ce soit précisé. La formulation telle quelle,
vous ne la trouvez pas suffisante.
• (12 heures) •
Mme Champagne (Sylvie) : Mais,
en fait, peut-être qu'en matière d'urgence nous, on n'avait pas une situation
pour les avocats. C'est pour ça qu'on n'avait pas commenté cette
disposition-là, à moins qu'il n'y ait plus d'avocat qui soit en vie, là, sur...
au Québec, et là je regarde la ministre, ce serait assez exceptionnel et assez
urgent. Mais, blague à part, ça nous avait moins frappés, peut-être, que
d'ordres professionnels en matière de santé, parce qu'évidemment on vient de
vivre la COVID, et ça, c'est... c'est plus frappant pour nous. Mais on pensait
quand même... tu sais, une région qui serait complètement isolée à cause d'une
catastrophe naturelle où, peut-être, d'autres services que des services
professionnels, l'avocat, là, devraient être rendus... Tu sais, par exemple, je
ne sais pas, moi, si quelqu'un a vraiment besoin de soins médicaux puis...
c'est peut-être mieux d'être assisté de quelqu'un qui a certaines connaissances...
M. Cliche-Rivard : Je
comprends.
Mme Champagne (Sylvie) : ...que
par n'importe qui d'autre. Alors... Mais on n'avait pas approfondi notre
réflexion, on peut le faire et vous revenir peut-être avec une proposition.
M. Cliche-Rivard : Je serais
intéressé, pour une proposition de balise. Puis vous avez formulé quelque chose
en disant : Si on ne dit pas ce que c'est, il faudrait dire ce que ce
n'est pas. Ça, je trouve ça quand même intéressant comme approche. Donc, s'il y
a des réflexions au Barreau, je suis preneur, vous pourrez les faire acheminer
à la commission.
Sur les OBNL, les médecins... le Collège
des médecins hier nous a parlé de, eux, difficultés qu'ils avaient, des fois, à
accéder aux dossiers des patients. Je sais que, pour le Barreau, ce n'est pas
un problème, pour... en société commerciale, quand ce n'est pas directement des
professionnels qui la dirigent, des avocats, en l'occurrence, ou des médecins.
Comment vous, vous êtes sortis de ça pour que ça n'arrive pas au Barreau du
Québec?
M. Le Grand Alary (Nicolas) : Bien,
il y a deux choses. Dans le règlement sur l'exercice en PMSBL puis aussi dans
les règlements sur l'exercice en SPA, SENCRL, tout ce qui est qu'un cabinet
d'avocats... ou, en tout cas, où il y a des avocats qui exercent, c'est sûr qu'il
y a un engagement de la société de donner accès à tous les documents et aux <dossiers...
>
12 h (version révisée)
< M. Le Grand Alary (Nicolas) :
...en tout cas, où il y a des avocats qui exercent, c'est sûr qu'il
y a un engagement de la société de donner accès à tous les documents et autres >dossiers,
je dirais, aussi de... Il y a... qui est prévu, mais, si on est dans d'autres
structures, peut-être, c'est sûr que les pouvoirs du Code des professions,
normalement, ont été interprétés par la Cour suprême, notamment dans
Pharmascience c. Binet, que les ordres professionnels peuvent aller requérir
les dossiers. C'est quelque chose qu'on avait déjà mentionné par le passé, de
codifier ce pouvoir-là, pour éviter d'avoir à référer à la jurisprudence de la
Cour suprême pour aller saisir un dossier. Il y a peut-être un petit effort,
là-dessus, à faire, mais la réalité, pour le Barreau, c'est que, normalement,
les... lorsqu'on parle de cabinets ou de lieux où il y a des services
juridiques, il y a un engagement. Et normalement on a une collaboration là-dessus.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Le temps passe
très rapidement. Encore une fois, merci beaucoup d'être... d'avoir été avec
nous. Puis on se dit, bien, à la prochaine! Merci beaucoup.
Je suspends les travaux quelques instants.
Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 03)
(Reprise à 12 h 08)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît!
Merci beaucoup. La commission reprend ses travaux. Ça nous fait plaisir
d'accueillir les représentants, représentantes de l'Ordre des ingénieurs du
Québec. Merci beaucoup d'être avec nous, c'est un grand privilège. Alors, comme
vous savez, vous avez 10 minutes de présentation, après ça on aura un
échange avec les membres. Donc, je vous invite d'abord à vous présenter et,
après ça, à débuter votre exposé. Merci beaucoup.
Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ)
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : ...est-ce
que... Parfait. Merci beaucoup. Donc, merci beaucoup, M. le Président. Mme la
ministre, Mme la présidente de l'Office des professions, chers membres de la
commission, nous sommes ravis de participer à cet exercice de consultation, qui
est un premier pas dans la bonne direction pour l'avenir du système
professionnel au Québec.
Avant de commencer, j'aimerais présenter
les membres de notre équipe qui sont présents aujourd'hui. Je suis accompagnée
de M. Patrick Savard, ingénieur et directeur général de l'ordre, et de Me François-Xavier
Robert, avocat à l'ordre. Pour ma part, je suis Sophie Larivière-Mantha,
présidente et ingénieure de l'Ordre des ingénieurs du Québec depuis 2022.
Permettez-moi de dire quelques mots sur
notre ordre professionnel. L'Ordre des ingénieurs du Québec a célébré son
100e anniversaire en 2020. Il compte plus de 72 000 membres et
personnes candidates à la profession d'ingénieur. Nos membres assurent la sécurité,
la fiabilité et la durabilité des ouvrages d'ingénierie dans de multiples
domaines de l'économie.
Le système professionnel actuel date de
1973, et sa création constituait alors une avancée majeure pour la société
québécoise. Toutefois, celui-ci n'a pas connu de réforme d'envergure dans les
50 dernières années. Ceci a amené à un certain décalage entre le Code des
professions et les réalités de l'exercice des professionnels au
XXIe siècle ainsi qu'aux besoins opérationnels des ordres. Nous accueillons
donc très favorablement la modernisation du système professionnel annoncée par
la ministre en 2023.
Le projet de loi n° 67 constitue un
des premiers jalons de cette réforme. Ce projet de loi nous permet à la fois de
renforcer la protection du public, d'intégrer plus facilement des
professionnels formés à l'étranger et d'augmenter la souplesse du système
professionnel. Cette modernisation est essentielle pour assurer la pérennité du
système professionnel et le maintien de la confiance du public envers ce dernier.
Le projet de loi propose plusieurs
améliorations au système professionnel. Tout d'abord, la création d'un permis
spécial, qui est un élément très positif du projet de loi. Cette demande a été
formulée par l'Ordre des ingénieurs à de nombreuses reprises dans le passé afin
de faciliter l'intégration de personnes formées à l'étranger. La création de ce
permis nous permettra d'atteindre deux objectifs : la protection du public
et l'intégration de professionnels aux profils atypiques. Par exemple, une personne
peut être très spécialisée dans les trains d'atterrissage sans pour autant être
en mesure d'exercer dans les autres aspects du génie mécanique. Le permis
spécial lui donnera la possibilité d'exercer des activités relevant de sa
compétence spécifique.
• (12 h 10) •
Seule petite ombre au tableau : il
serait préférable de corriger le projet de loi pour éviter qu'une personne
puisse cumuler un permis d'ingénieur et un permis spécial, comme nous le
proposons dans la première recommandation de notre mémoire.
Nous croyons également qu'il serait
pertinent de préciser au Code des professions le caractère public du type
d'activités professionnelles qui peuvent être exercées par un membre. Ainsi, un
citoyen pourrait vérifier si un membre peut exercer telle ou telle activité.
Ceci ne ferait que renforcer la mission de protection du public.
La possibilité de réaliser des projets
pilotes est un autre élément qui va contribuer à rehausser la qualité de la
réglementation professionnelle en permettant d'explorer différentes mesures qui
vont favoriser l'innovation dans le système professionnel. Pour l'ordre, il
s'agit d'une excellente initiative qui apportera la flexibilité nécessaire pour
suivre l'évolution de nouvelles technologies telles que l'intelligence
artificielle.
Le projet de loi prévoit aussi que les ordres
professionnels devront refuser de divulguer certains renseignements sur un
membre lorsque la sécurité de la personne est en jeu. L'Ordre des ingénieurs
accueille favorablement cette disposition, car elle répond à un problème réel.
Effectivement, il arrive qu'un membre, plus souvent une femme, soit victime de
violence conjugale ou de harcèlement. À l'heure actuelle, une personne mal
intentionnée peut tenter d'obtenir certains renseignements auprès d'un ordre
professionnel afin de nuire à sa victime.
Le projet de loi vise à autoriser des
professionnels... les professionnels à exercer au sein d'organismes à but non
lucratif. D'après notre analyse, ce mode d'exercice est déjà permis, et il y a
déjà des ingénieurs qui contribuent au bien-être du public au sein d'OBNL.
Toutefois, les dispositions proposées viendront, en réalité, rendre cette
pratique impossible pour nos membres pour deux raisons. D'une part, adopter un
nouveau règlement pour autoriser une pratique particulière prendra plusieurs
années, surtout si on considère l'état actuel du délai de traitement des
règlements soumis par les ordres professionnels. D'autre part, pour être
viables, les OBNL en génie doivent facturer des honoraires qui leur permettent
de couvrir leurs frais. Or, le projet de loi introduit la notion d'honoraires
modiques, qui est mal définie et qui causera des problèmes d'application.
Les règles proposées <vont...
Mme Larivière-Mantha (Sophie) :
...Les règles proposées >vont nuire à des OBNL existants,
comme Coop Carbone et la Fédération québécoise des municipalités. De plus,
cette disposition obligerait l'ordre à créer un règlement pour un très petit
nombre de membres, ce qui va à l'encontre du concept de réglementation
intelligente énoncée par le Conseil des ministres et qui devrait être au coeur
du système professionnel. Selon nous, une approche conforme à ces principes de
réglementation intelligente consisterait à autoriser par défaut l'exercice en
OBNL sans formalité particulière. Cependant, si un ordre professionnel identifiait
des problèmes relatifs à l'exercice en OBNL, il pourrait fixer des règles pour
les corriger. De leur côté, les ordres... les ordres pour qui l'exercice en
OBNL ne représente pas de risque significatif pourraient décider de ne pas
réglementer ce type de pratique, sans pour autant pénaliser les professionnels
ainsi que leur clientèle.
C'est pourquoi nous croyons que les
modifications... que des modifications significatives doivent être apportées au
projet de loi sur ce sujet. Vous pouvez consulter la recommandation n° 3 de notre mémoire pour plus d'informations.
L'ordre propose d'autres modifications qui
seraient simples à mettre en place. Celles-ci ne viendraient pas bouleverser le
système professionnel et s'inscriraient dans l'esprit du projet de loi, qui est
de générer des gains rapides au sein du système professionnel. Pour nous, il
est important de saisir l'occasion pour éliminer les règles qui sont... des
règles qui sont trop rigides ou qui n'apportent aucune plus-value à la
protection du public.
Tout d'abord, nous pensons qu'il serait
opportun de prévoir la radiation d'un membre qui fait défaut de remplir les
formalités requises pour le maintien de son inscription au tableau, en
particulier la déclaration annuelle. Bien qu'elle ne soit pas prévue explicitement
dans le Code des professions, cette déclaration s'est généralisée depuis
longtemps dans le système professionnel. Les renseignements qu'elle permet
d'obtenir sont essentiels au travail de l'ordre, notamment pour la
planification des inspections.
De plus, l'Ordre des ingénieurs
souhaiterait bénéficier de plus de souplesse à propos de la délégation des
pouvoirs du conseil d'administration. Présentement, certains pouvoirs peuvent
être délégués uniquement à un comité exécutif même si ce n'est pas une pratique
qui est optimale du point de vue de la gouvernance des organisations.
Un ordre professionnel devrait également
pouvoir limiter définitivement le droit d'un de ses membres d'exercer des
activités non réservées lorsqu'il a échoué à plusieurs reprises un cours de
perfectionnement. À l'heure actuelle, si un membre se voit imposer de réussir
des mesures de perfectionnement et qu'il les échoue à plusieurs reprises, nous
pouvons seulement le limiter de manière permanente dans le cadre de ses activités
réservées. Cette distinction entre les activités réservées et non réservées
nous apparaît incohérente, et nous souhaiterions qu'elle soit éliminée.
Finalement, nous voudrions... nous
voudrions proposer de modifier le Code des professions afin de retirer
l'interdiction d'utiliser le titre de spécialiste lorsque celui-ci n'est pas
régi par un certificat de spécialiste. Cette disposition est unique au Québec
et elle peut entraîner des situations qui frôlent l'absurdité. Prenons l'exemple
d'une ingénieure en environnement qui travaille dans la même entreprise qu'une
biologiste en réhabilitation des terrains contaminés. Cette ingénieure ne
pourra utiliser le titre de spécialiste en environnement, contrairement à sa
collègue biologiste. En plus de causer certains soucis pour les employeurs, ce
règlement crée un double standard qui dévalue l'éthique professionnelle et qui
amène de la confusion au sein de la clientèle. Nous voyons mal en quoi cela
contribue à protéger le public.
En terminant, ce projet de loi n'est que
la première étape de la modernisation du système professionnel. Je profite de
cette tribune pour rappeler les objectifs visés par l'Ordre des ingénieurs dans
la perspective d'une réforme plus large. Pour nous, une telle réforme devrait
viser l'atteinte des objectifs suivants : mieux informer le public sur le
système professionnel; améliorer le traitement réglementaire, ce qui peut être
fait par divers moyens, notamment en éliminant les règles qui ne présentent
aucun gain réel; dans le Code des professions, privilégier les objectifs plutôt
que les moyens en recadrant les rôles et les responsabilités des ordres;
disposer d'un mécanisme administratif de révision périodique de la législation
et de la réglementation professionnelle; finalement, reconnaître la spécificité
des ordres professionnels en évitant l'uniformisation excessive.
C'est en prenant compte de l'ensemble de
ces recommandations que nous serons en mesure d'adapter le système
professionnel afin qu'il ait la flexibilité nécessaire pour répondre aux
réalités de notre époque et pour protéger le public adéquatement. Je vous
remercie de votre temps et pour l'invitation d'aujourd'hui.
Le Président (M.
Bachand) :Merci infiniment. Donc, je me
tourne vers le gouvernement, Mme la ministre, pour un bloc de 15 min 30 s.
Mme LeBel : Merci, M. le
Président. Merci, Mme Larivière-Mantha. C'est très intéressant. Puis je vais
même... Il y a beaucoup de choses d'ailleurs qui se recoupent avec ce qu'on a
déjà entendu, mais c'est parfait, ça veut dire qu'on est dans la bonne
direction. Puis je vous remercie pour votre enthousiasme, et non seulement
aujourd'hui, mais à la <participation des...
Mme LeBel :
...seulement
aujourd'hui, mais à la >participation des travaux qui mènent à ce qu'on
fait aujourd'hui, et qui va mener aux autres étapes, là. Je sais que l'ordre
est très impliqué dans tout ça, donc je profite de l'occasion pour vous
remercier, parce que ça nous permet de faire... Vous avez... vous avez qualifié
ça de premier jalon, donc ça veut dire qu'il va y en avoir d'autres. Et
d'ailleurs toute la section d'Autres recommandations, je le prends comme
des réflexions pour la suite, et on va les regarder avec beaucoup d'attention.
Je vais vous amener sur quelque chose
dont... un sujet dont on a parlé avec les autres. Mais je veux peut-être...
avoir votre point de vue sur le fameux... ce que... le permis restrictif
permanent, là, ce qu'on appelle le PRP ou le permis spécial, là, on va
prendre... on va prendre les termes du projet de loi. Beaucoup sont très
favorables. Je sais que l'ordre y est très favorable. Quand j'ai eu l'occasion
de demander aux ordres professionnels, dans le début, là, de mon second mandat,
avec... avec vous, quels étaient les... ce que j'appelais les gains rapides, ce
type de permis là est revenu, je ne dirais pas à l'unanimité, ce serait
exagéré, mais à la quasi-unanimité. Vous faisiez partie du groupe le plus... un
des groupes les plus enthousiastes. Je sais que ça se fait déjà ailleurs, le permis
modulable. Plusieurs ont parlé de confusion de permis. Pouvez-vous nous
expliquer un peu? Vous, vous dites : Il n'y a pas de risque de confusion.
Je pense qu'on est capables de ne pas avoir de risque de confusion, mais
pouvez-vous l'aborder un peu sur l'utilité de ce permis-là, sur ce qui se fait
ailleurs et, peut-être pour notre fin de compréhension, illustrer ce qu'on
échappe présentement parce qu'on ne l'a pas dans certains cas?
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : En
fait, oui, pour nous, ce permis-là est important. En fait, ça fait partie du
coffre d'outils que les ordres vont avoir en termes de permis. Il y a plusieurs
types de permis, puis je ne pense pas qu'on va s'étendre sur les détails de
chacun ici, mais ça fait partie des outils supplémentaires. On a déjà des
permis restrictifs qui sont temporaires, on a déjà des permis pour projet.
Celui-là vient pour vraiment quelqu'un qui va venir pour un emploi qui est
permanent.
Si je donne l'exemple, par exemple, de
quelqu'un qui serait spécialisé dans les trains d'atterrissage mais qui ne
pourrait pas faire l'ensemble de ce qui doit être fait en génie mécanique, on
pourrait lui donner un permis restrictif qui serait permanent, le fameux permis
spécial, et ça lui permettrait d'exercer au Québec. Ce n'est pas que c'est
beaucoup de demandes pour l'Ordre des ingénieurs, on pense qu'on aurait
peut-être 100, 150 personnes qui bénéficieraient de ce permis-là, mais,
pour nous, c'est 100, 150 personnes qui auraient accès à ça. Ça ne les
empêcherait pas non plus, s'ils faisaient l'ensemble des prescriptions requises
pour avoir un plein permis, d'éventuellement transiger vers un plein permis
d'ingénieur. Mais, s'ils le souhaitent, ils pourraient rester et travailler
simplement avec un permis qui est restrictif. Donc, pour nous, c'est vraiment
intéressant.
• (12 h 20) •
On aurait aussi... On a des cas de figure
de gens qui sont des gestionnaires de projets multidisciplinaires avec des
compétences particulières à qui on pourrait octroyer des permis d'ingénieur. On
pourrait penser aussi dans le domaine de l'économie circulaire. Quelqu'un qui
aurait seulement une petite facette du génie, par exemple du génie de
l'environnement ou d'un autre type de génie, pourrait venir exercer chez nous
dans ce domaine spécifique là. Donc, pour nous, c'est vraiment un outil
supplémentaire.
Pour ce qui est de la confusion, ce n'est
pas parce qu'on a des nouveaux types de permis qu'on a des nouveaux titres.
Donc, à proprement parler, pour le public, ça va vraiment être à l'ordre de
décider est-ce que ce nouveau type de permis là requiert un titre qui serait
légèrement différent du titre normal, mais ce n'est pas automatique. Donc,
nous, on a moins de titres qu'on a de types de permis qu'on octroie, à l'ordre.
Donc, ça va vraiment être une analyse que les ordres vont pouvoir faire, à
savoir comment on va informer le public que cette... que cette personne-là,
elle est... elle est restreinte dans sa pratique, donc quel va être le meilleur
moyen. À ce moment-ci, on ne peut pas nécessairement le dire, parce qu'on a
très, très hâte de le mettre en application, mais c'est ça. Donc, c'est
vraiment ça, ici.
Peut-être pour des exemples de ce qui se
fait à l'international, je passerais la parole à mon collègue Me Robert.
Ou ailleurs.
M. Robert (François-Xavier) : Bien,
à l'international... Bon. En tout cas...
Mme Larivière-Mantha (Sophie) :
Ailleurs.
M. Robert (François-Xavier) :
On va parler du reste du Canada. Peut-être, c'est un peu moins ambitieux. Bien,
il y a effectivement, en ce moment, quatre provinces qui ont déjà un type de
permis comme ça, qui s'appelle en général un permis... un permis restrictif,
là, ou «limited licence». Le nom peut varier évidemment d'une province à
l'autre, mais c'est un peu le même principe, c'est-à-dire que c'est vraiment un
permis qui permet de faire une gamme d'activités qui est restreinte puis qui
est déterminée de façon ad hoc, là, en fonction du profil du candidat. Ils en
donnent. Ça... En tout cas, personne ne nous a dit que ça ne fonctionnait pas.
Et, peut-être pour compléter ce que disait
notre présidente, au niveau de la confusion, il y a une chose qu'il faut se
rappeler, c'est que même si vous... Si vous avez un permis, vous êtes inscrit
au tableau. Puis, si vous êtes inscrit au tableau, vous avez les mêmes
obligations que tous les autres ingénieurs. Ça fait que les gens qui vont être
titulaires d'un permis spécial vont avoir la formation continue, ils vont avoir
une assurance responsabilité qui est la même, ils vont avoir le même code de
déontologie, qu'on aimerait bien moderniser, par ailleurs. Donc, il y a... C'est
les mêmes obligations. La confusion va peut-être être au niveau du droit
d'exercice. Mais ça, justement, on a une recommandation qui vise à rendre ça
public, puis, je pense, ça va régler le problème. Mais déjà, vous savez, deux
ingénieurs qui ont le <même...
M. Robert (François-Xavier) :
...deux ingénieurs qui ont le >même permis, ils ne peuvent pas faire
nécessairement les mêmes choses. Un ingénieur qui est formé en génie électrique
ne peut pas commencer à aller faire de la réhabilitation de terrains contaminés
demain matin, là.
Mme LeBel : Je reçois de
votre remarque qu'il y a beaucoup d'appétit pour la suite de nos travaux. Et on
va être au rendez-vous, donc il y a... il n'y a pas d'enjeu là-dessus. Mais il
y a... il y a... Bon, je vais simplifier à outrance, là, pour les fins des
travaux, parce que, sinon, on pourrait entrer dans des choses complexes. Mais
l'objectif du permis, du permis spécial, était de deux natures, hein? Le
premier objectif était de pouvoir accueillir des gens qui viennent, qui ont été
formés à l'étranger, dont la formation n'est peut-être pas en totale adéquation
avec la nôtre, qui fait qu'aujourd'hui c'est, je vais le dire... c'est du tout
ou rien, c'est-à-dire ou bien ils se mettent à niveau ou font la... ou
complètent la formation à notre satisfaction, entre guillemets, ou bien ils ne
peuvent pas... ne peuvent pas exercer comme professionnels, donc accueillir des
étrangers et leur permettre d'exercer dans leur domaine où la formation est, je
dirais, concomitante avec la nôtre, et/ou, bien, des gens qui ont pris leur
retraite et veulent revenir pratiquer et que, vous donnez trains d'atterrissage,
cette personne-là, dans les 20 dernières années de sa vie, a pratiqué ou
exercé uniquement dans ce domaine-là, bien, elle revient et elle ne veut pas,
bon, réactiver toute sa... Bon. Et on pourrait lui donner un permis spécial ou un
permis restrictif.
Il y a des gens qui ont soulevé une
préoccupation qui me préoccupe, parce que ce n'est pas l'objet de ça, puis
j'aimerais voir, selon ce que vous avez vu ailleurs aussi, comment ils le font :
la notion de déprofessionnalisation de la... de déprofessionnaliser les
professionnels. Je m'explique. L'idée n'est pas de prendre quelqu'un au Québec
qui fait, je vais le dire, là, vraiment de façon quasi scandaleuse... qui va
faire trois quarts de la formation, on va lui donner trois quarts d'un permis.
On se comprend, ce n'est pas ça l'idée du tout. Et je le dis pour les fins du
débat parlementaire, hein, quelle est l'intention du législateur, ce n'est pas
celle-là. Mais comment on peut s'assurer que... Parce que vous avez semblé
évoquer quelque chose qui m'a un peu titillée, mais je suis convaincue que ce
n'est pas ça que vous vouliez dire, donc je vais vous donner l'idée de...
l'objet... l'opportunité de débattre puis de le circonscrire. Comment on peut
s'assurer qu'on ne vient pas donner, tu sais, trois quarts de la formation ou
qu'on dit : Bien, je forme... là, je manque d'imagination avec les
ingénieurs, là, parce que je ne connais pas votre profession, mais que
quelqu'un fait un cours avancé, accéléré de trains d'atterrissage, je le sais,
que ce n'est pas ça, là, que c'est plus complexe, puis qu'il va venir taper à
la porte de l'ordre puis dire : Bien, moi, je peux faire... Comprenez-vous
ce que je veux dire? Donc, comment on s'assure de ces balises-là? Parce que, pour
moi, quand on parle de ce permis-là, il y a eu une notion de formation complète
sous-jacente et, après ça, d'exercice partiel, et non pas de formation
partielle. Peut-être que je suis en train de répondre à ma propre question,
finalement. C'est le... Ça m'arrive... Mais j'aimerais vous entendre. Merci.
Mme Larivière-Mantha (Sophie) :
Excellent. Je vais permettre à mon collègue Me Robert de répondre à la
question.
M. Robert (François-Xavier) :
Bien, en fait, il peut y avoir plusieurs situations. Puis effectivement, je
pense, aux ordres, on... Le législateur doit faire confiance aux ordres, ils
sont capables d'analyser, c'est ça. Puis, si vous remarquez que le projet de
loi ne dit pas qu'on «doit donner» un permis spécial, c'est «on peut donner», donc
il faut quand même que ce soit justifié par l'intérêt public, comme le reste de
nos décisions.
Par ailleurs, en génie, ce qui peut se
passer souvent, si on prend l'exemple typique, c'est les professeurs
d'université, ils n'ont pas nécessairement le bac en génie, qui est d'habitude...
qui est la clé pour rentrer à l'Ordre des ingénieurs. C'est d'avoir un diplôme
de premier cycle de cinq ans, là, au Canada. Donc, nous autres, c'est trois... c'est
quatre ans plus la dernière année de cégep. Mais les professeurs universitaires
vont souvent avoir étudié dans d'autres choses et vont, après ça, par contre,
avoir fait beaucoup d'études supérieures, hein? On parle de maîtrise, doctorat,
postdoctorat en génie dans certains cas. Ces gens-là, ils ont... ils ont des
compétences, dans certains cas, qui sont plus élevées que certains ingénieurs,
mais vraiment dans un domaine très précis. Donc, ce n'est pas... ce n'est
vraiment pas le cas que vous soulevez, à savoir quelqu'un qui a lâché à mi-bac
puis qui a décidé d'aller faire de la sociologie à la place, par exemple, là.
C'est un projet très louable, mais c'est sûr que ça donne... Ce n'est pas une
personne qui devrait normalement se faire voir donner un permis spécial. Ce
n'est pas... Il n'a aucune compétence particulière dans son domaine. On n'est
pas là pour donner des permis pour des gens qui vont faire un travail de
technicien. Il y a un autre ordre qui serait peut-être plus approprié dans un
cas comme ça. Mais donc moi, je ne vois pas... Effectivement, vous avez raison
que ça ne devrait pas... Je pense qu'un ordre qui déciderait de faire un peu
des permis à rabais dans ce style-là... je pense qu'il se tirerait dans le pied
puis je pense qu'il n'accomplirait peut-être pas son mandat. C'est sûr, si
j'étais l'office, je poserais des questions, disons.
Mme LeBel : Bien, je suis
contente de vous entendre, parce que... parce que le fait que la question soit
soulevée, c'est légitime, on doit y réfléchir. D'un autre côté, c'était
tellement loin de l'intention que nous avions et des cas de figure qui étaient
illustrés que je me suis... je me suis mise à me demander est-ce qu'on devrait
vraiment baliser. Parce qu'effectivement, vous avez raison, il y a la formation,
vous avez parlé de la formation régulière, classique, celle où on <coche...
Mme LeBel :
...formation
régulière, classique, celle où on >coche, là, le bac égale permis... bien,
sous réserve de, etc., etc., mais on se comprend, et quelqu'un peut avoir une
formation, un chemin différent, mais remplir quand même les objectifs de
compétence, donc. Mais donc vous nous conseillez de ne pas baliser à outrance,
peut-être, peut-être avoir certains indicateurs, par contre, pour guider les
ordres et l'office, qui devra peut-être exercer son rôle, mais de ne pas trop
barrer les ordres dans un carcan où ils ne pourraient pas avoir l'agilité de
dire : Bien, moi, je reconnais d'autres types de maîtrises comme étant une
compétence suffisante pour avoir un permis dans une... restreint, finalement.
M. Robert (François-Xavier) : Le
principe de ce permis-là, c'est de passer... c'est d'aller chercher les gens
qui passent entre les craques du trottoir, si on veut. Si vous commencez à
mettre des balises fermes dans le projet de loi, bien, à ce moment-là, en fait,
on va vraiment avoir d'autres craques qui vont se créer puis on... vous
n'atteindrez pas l'objectif. Maintenant, si on peut avoir une réflexion entre
ordres, avec l'office, dire, bien, dans quel cas c'est opportun de donner ça...
puis ça peut servir à outiller les ordres qui auraient peut-être... seraient
peut-être un peu plus au dépourvu dans des situations comme ça. Mais, si on
prend le monsieur trains d'atterrissage, là, il n'a pas étudié un demi-bac, là.
C'est quelqu'un qui a... qui a été agréé par Transports Canada, ce qui veut
dire qu'il a un minimum de six ans d'expérience dans ce domaine-là avant d'être
agréé. On parle d'experts, là. Ces gens-là, c'est des experts, c'est juste
qu'ils sont experts dans un spectre assez étroit.
Mme LeBel : Voilà. Bien,
merci, merci. Ça va pour moi. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de La Pinière pour 15 min 30 s.
Mme Caron : ...M. le
Président. Alors, merci à vous trois pour votre présence et pour les travaux
effectués.
Alors, un petit peu en lien avec le
permis, ce que je comprends des discussions, c'est que le permis spécial va
faciliter les choses pour permettre de reconnaître, de donner le titre à des
personnes qui, comme vous avez dit, passent dans les craques du trottoir,
qu'ils soient formés à l'étranger ou ici, peu importe. Et la question que je veux
vous poser, qui dépasse un petit peu le projet de loi, c'est qu'en fait je
m'étais fait dire que l'Ordre des ingénieurs était un modèle dans l'intégration
de travailleurs formés à l'étranger, alors est-ce que c'est... Qu'est-ce que
vous faites que d'autres ordres, peut-être, ne font pas ou peut-être ne peuvent
pas faire? Mais qu'est-ce que vous faites dans ce sens-là qui peut aider, outre
ça, qui va... ce nouveau permis, qui vous aiderait?
• (12 h 30) •
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : Je
vais me concentrer dans ma réponse sur ce que l'ordre fait. Je préfère qu'on ne
fasse pas de comparatif... bien, pas dans... pour les besoins de la commission,
là. Donc, nous, entre 2018 et 2023, nos délais de traitement des dossiers sont
passés de 18 mois à six mois. Ce qu'on a fait là-dedans, c'est qu'on est
allés voir non seulement ce que les gens avaient comme études, parce que, chez
nous, ce qui est qualifiant, c'est le bac, mais, en plus, on a tenu compte de
toutes les expériences de travail qu'ils avaient par la suite, qui pouvaient
combler les lacunes qui étaient potentiellement dans leurs... dans leurs
études, si on regardait exclusivement les études. Donc, on est allés faire ça.
On est allés personnaliser davantage l'étude des dossiers qu'on faisait. On est
allés améliorer, évidemment, nos mécanismes derrière. Et toutes ces
modifications-là, finalement, nous ont permis d'être plus rapides sur l'analyse
du dossier. Ça ne fait pas qu'il n'y a personne qui est refusé. Des fois, les
qualifications ne sont pas là ou, des fois, les prescriptions sont très
longues, et ça prend quand même du temps.
Donc, avec ce processus-là, on est partis
de beaucoup, beaucoup de prescriptions à beaucoup moins. On parle de l'ordre de
deux à trois fois moins de prescriptions, parce qu'on tient compte de... davantage,
là, du parcours de la personne. Donc, ça nous a permis de personnaliser et d'accélérer
beaucoup le délai de traitement, là. Ça fait qu'on est très fiers des avancées
qu'on a faites, là, dans ce domaine-là. On a une grosse proportion de nos... de
nos candidats qui rentrent, là, nos candidats à la profession d'ingénieur, qui
sont des personnes formées à l'étranger. D'année en année, là, on est entre 20 %
et 30 %, là, des gens qui rentrent à l'ordre qui sont issus de ces
profils-là. Donc, c'est quand même des gros volumes chez nous, là. Considérant
qu'on a 72 000 membres et candidats à la profession, c'est quand même
beaucoup, là. Ça fait que...
Mme Caron : Donc, un effort
de... vraiment d'optimisation et de personnalisation des dossiers, et non pas
juste cocher des cases.
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : Exact.
Mme Caron : C'est ce que je
comprends de...
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : Non,
c'est ça, c'est ça. Puis on en a beaucoup, bon, qui viennent de rentrer dans la
profession, mais, globalement, on en a peut-être 17 % actuellement, là,
quand on le met sur le 72 000, là. Donc, c'est à peu près ça.
Mme Caron : D'accord. Merci
pour cette réponse. Maintenant, vous avez évoqué tout à l'heure, peut-être, des
membres, des professionnels qui malheureusement seraient victimes de violence
conjugale, ou autres, et je n'ai pas tout à fait saisi ce que vous vouliez...
ce que vous vouliez apporter comme amendement ou recommandation.
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : En
fait... Oui. En fait, le projet de loi prévoit qu'il serait possible de ne pas
divulguer certaines informations qui sont normalement de nature publique sur un
membre. Quand on pense notamment au lieu d'exercice, au numéro de téléphone au
travail, puis parfois il y en a qui travaillent de la maison, donc leur lieu de
travail qui serait <normalement public...
>
12 h 30 (version révisée)
< Mme Larivière-Mantha (Sophie) :
...un lieu de travail qui serait >normalement public, parce
que c'est de l'ordre public vu que c'est un professionnel, pourrait, dans ces
cas-là, ne pas être divulgué à quelqu'un qui en ferait la demande,
particulièrement quand c'est des cas de protection du public. Il faut
comprendre qu'on en a déjà, des demandes de cette nature-là, et, évidemment, on
les accepte. Ceci dit, comme il y a un flou à savoir si on peut ou pas les
accepter, on préférerait que ça devienne... que ça devienne plus clair, et c'est
ça. Mais je ne veux pas que vous pensiez qu'on laisse aller ces cas-là,
évidemment, là, on prend sur nous de le faire.
Mme Caron : Bien sûr. Mais l'information
sur les champs de pratique, par exemple, de cette personne-là sont toujours...
ça, on n'y touche pas, c'est toujours accessible au public, aux employeurs, et
tout ça.
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : On
souhaite que ça soit accessible, effectivement, là, y compris les nouvelles
dispositions qui sont proposées dans la loi, que ce soit accessible. Est-ce que
tu veux préciser les champs qui...
M. Robert (François-Xavier) : Bien,
je pense que ça irait... de toute façon, si on pense à une situation de
violence conjugale ou d'un harceleur, je vous dirais que c'est sûr que la
précaution s'impose. Puis, même dans certains cas, avec certains domaines d'exercice,
les gens peuvent avoir une bonne idée d'où ils travaillent. Ça peut être
délicat.
Ça fait que, c'est sûr, je pense que c'est
une situation qui serait au cas par cas, vraiment. Dans d'autres cas, c'est sûr
que quelqu'un qui travaille en génie civil, il y en a tellement, ça ne vous
aidera pas à trouver, à retracer votre ex, là, mais... parce que,
malheureusement, c'est des situations qu'on voit, mais, effectivement, l'important...
c'est sûr qu'au niveau... surtout qu'il y a des gens qui travaillent de la
maison. Ça, c'est sûr qu'il faut absolument taire cette information-là, et on
est... on le fait déjà, mais là on est vraiment contents que le projet de loi l'officialise,
si on peut dire, puis qu'il en fasse même un devoir aux ordres professionnels.
Mme Caron : Oui, de
protection de ses membres, finalement. Parfait. Maintenant, parmi les
recommandations que vous avez faites pour aller plus loin, parce qu'on
comprend... puis d'autres ordres aussi, vous n'êtes pas les seuls, il y a d'autres
ordres qui nous ont dit : C'est un bon premier pas, comme vous avez dit au
début de votre présentation, c'est un premier jalon, puis on veut aller plus
loin, et il y a... on sent un empressement de vouloir aller plus loin aussi. Parmi
les recommandations que vous avez pour aller plus loin, est-ce qu'il y en a qui
sont prioritaires et que vous aimeriez... dont vous aimeriez parler davantage?
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : Bien,
en fait, il y en a... il y en a quatre qui sont proposées dans notre mémoire.
Et, bien, on pense que c'est des gains qui peuvent être relativement rapides.
Il y avait notamment l'abolition de l'obligation de déléguer certains pouvoirs
du conseil d'administration seulement au comité exécutif. Donc, on souhaiterait
que les mêmes pouvoirs puissent être délégués à n'importe quel comité nommé par
le conseil d'administration. On peut penser au cas d'un candidat à la
profession d'ingénieur qui serait sous enquête par le bureau du syndic, donc
pour un cas de déontologie. Ces dossiers-là ne peuvent pas aller au conseil de
discipline, ils doivent aller au conseil d'administration. Et là, au conseil d'administration,
on est 15 membres plus le support, ça fait beaucoup de gens devant qui
aller pour témoigner, si c'est le cas. Donc, on veut faire ça dans un plus
petit comité, mais ça ne peut être délégué qu'à une instance qui s'appelle le
comité exécutif. On souhaiterait pouvoir appeler ça d'une autre manière. On
pense qu'au niveau des règles de gouvernance le comité exécutif a une
connotation qui est comme un CA dans un CA. Alors, on voudrait juste que ça
soit retiré, que les mêmes pouvoirs soient délégués mais que le mot... l'obligation
d'être dans un comité exécutif soit retirée.
On avait aussi la déclaration annuelle. On
souhaiterait qu'elle devienne obligatoire. On pense que c'est un outil, pour
les ordres, qui s'est largement répandu dans les dernières années. Et
actuellement il serait possible pour un membre de seulement payer sa cotisation
sans faire sa déclaration annuelle. Nous, ça nous aide énormément, notamment en
inspection. Je vais utiliser cet exemple-là. En inspection, on a un programme d'inspection
basé sur le risque. Donc, on va vraiment aller regarder quelle est la pratique
du membre. On a des domaines à risque qu'on établit en regardant autant des
dossiers avec la CNESST. On va regarder aussi les assurances, les déclarations
d'assurance qu'on a, et on va établir ces domaines-là, puis on va regarder dans
quoi le membre pratique quand on va établir notre plan d'inspection. Donc, pour
nous, que les déclarations annuelles soient faites annuellement, finalement, ça
a un impact, ça a un impact sur tous nos mécanismes de protection du public qui
se servent de cette information-là également.
On avait aussi des limitations
permanentes, donc, des activités. On peut actuellement limiter de façon
temporaire un membre dans des activités réservées et non réservées, mais, au
bout de quelques manquements, donc, de plusieurs moments où il va faire les
cours, par exemple s'il y avait des échecs répétés ou s'il ne faisait pas les
cours, on pourrait le limiter de façon permanente seulement dans des actes qui
sont réservés et non pour des actes qui sont non réservés. On souhaiterait qu'il
y ait de la cohérence à ce niveau-là.
Mme Caron : ...soit dans les
deux, autant réservés que non réservés?
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : ...que
non réservés, qu'on puisse limiter de façon permanente. Parce qu'actuellement
les limitations permanentes sont seulement dans les cas d'actes réservés. Donc,
il y a des cas d'application, là, où on souhaiterait limiter pour un membre,
c'est ça, qui ne ferait pas, <dans le fond...
Mme Larivière-Mantha (Sophie) :
...là, où on souhaiterait limiter pour un membre, c'est ça, qui ne
ferait pas, >dans le fond, les prescriptions qui lui sont données par
l'ordre, là, à plusieurs reprises, ça nous permettrait, à ce moment-là, de le
limiter.
On avait aussi, là... je l'ai mentionné en
introduction, là, mais le titre de spécialiste, que, si une profession n'a pas
régi le titre de spécialiste, les membres de cette profession-là puissent
l'utiliser, là, s'ils le souhaitent, comme les gens qui sont non membres de
l'ordre, en fait.
Mme Caron : D'accord. Merci.
Il me reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) :Six minutes.
Mme Caron : Il reste six
minutes. Alors, est-ce que vous... il y a des choses que vous n'avez pas...
pour lesquelles vous n'avez pas eu le temps de parler durant la présentation du
mémoire et que vous voudriez approfondir?
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : Bien,
je ne sais pas. D'entrée de jeu, on avait parlé des OBNL. Est-ce que c'était
clair pour vous, notre position? En fait, au niveau des organismes à but non
lucratif, nous, ce qu'on souhaiterait, c'est que les ordres professionnels
puissent régir s'il y avait un besoin mais qu'il n'y ait pas d'obligation de
régir. Comme c'est écrit actuellement dans le projet de loi, on aurait
l'obligation. Cette obligation-là ferait que l'ensemble des ordres
professionnels ou presque, parce qu'il y en a quelques-uns qui ont déjà des
règlements, devrait déposer des règlements pour encadrer. Alors, nous, ce qu'on
souhaiterait, c'est qu'on puisse. Donc, des ordres qui, comme nous, n'ont pas
d'enjeu avec l'exercice en OBNL ne seraient pas obligés de faire un règlement.
Ça serait, selon nous, là, plus juste de le faire de cette façon-là. Ça
éviterait aussi d'embourber le système réglementaire, qui est actuellement, là,
surchargé. Donc, on pense que ça, c'est important.
Et, au niveau des honoraires qui sont
modiques, c'est vraiment plus au niveau de la définition de modique que
vraiment sur le fait que les honoraires sont peut-être moins chers en OBNL.
Donc, pour nous, le concept d'un OBNL fait que, comme ils sont limités dans les
profits qu'ils peuvent faire, bien, ils sont également, peut-être, limités dans
ce qu'ils peuvent faire avec ça. Puis nous, on a différentes coops et on a des
gens qui travaillent dans ces coops-là actuellement qui nous disent que leurs
tarifs ne sont pas nécessairement modiques mais qu'ils sont en dessous du
marché. Alors là, ça... c'est ça, au niveau de l'interprétation, ça serait plus
difficile pour nous, là, d'interpréter ça, le concept de modique. Pas qu'on
n'est pas d'accord avec le fait qu'il y ait des tarifs d'ingénierie qui soient
moins chers que d'autres, donnés par des OBNL, c'est vraiment la difficulté
pour nous, là, d'interpréter ce titre-là. Ça fait que c'est peut-être ça, là.
• (12 h 40) •
Mme Caron : D'accord. Alors,
est-ce que... est-ce que le fait qu'il y ait ou non une définition de coûts
modiques ou d'honoraires modiques, ça serait aidant ou pas nécessairement parce
que ça peut venir restreindre plus, ou pas de différence pour vous?
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : Bien,
peut-être... Tu me diras si tu veux compléter, là, mais je me lance. Au niveau
du modique, je ne sais pas si on serait capables de le définir pour les 46 professions,
parce que que veut dire «modique» d'un côté ou de l'autre? Ça dépend d'où
on part. Pour nous, si les professionnels exercent dans des OBNL, il y a déjà
une forme de limitation au niveau des profits. Tu sais, on peut penser
notamment à la Fédération québécoise des municipalités, qui va offrir des
services d'ingénierie et de d'autres professionnels, comme des avocats, à des
petites municipalités qui ne sont pas capables d'avoir des départements
d'ingénierie. Donc, évidemment, les tarifs qu'ils offrent sont moins chers que
celles des... par exemple des firmes privées, mais ils ont besoin d'un minimum,
là, pour fonctionner, également.
Ça fait que c'est vraiment dans la
définition. Je ne sais pas comment on le définirait. Je ne sais pas si ce terme-là
est nécessaire pour certaines applications, peut-être, dans d'autres ordres. Je
sais qu'il y a eu énormément de discussions sur le sujet dans les derniers
jours également, mais, nous, de notre côté, c'est vraiment la difficulté
d'application du «modique», on ne sait pas comment on le définirait. Est-ce que
c'est... moins que le marché, c'est modique? Puis là quel serait le marché?
Parce qu'on a des firmes privées, on a beaucoup d'ingénieurs qui travaillent
dans des ministères également. Ça fait que comment on établirait cette espèce
de seuil là, ça pourrait être une difficulté un petit peu plus grande chez
nous.
Puis ce n'est pas tout à fait comme l'aide
juridique non plus, qui, elle, est en partie subventionnée par le gouvernement.
Donc là, on sait que c'est plus modique. Ça fait que c'est ça, on... Voilà.
Puis je vais être honnête avec vous, nous,
dans nos recherches, on a trouvé trois coopératives en ingénierie. Ça fait que
ce n'est pas... ce n'est pas des gros volumes non plus, là, d'où la non-nécessité,
selon nous, là, d'avoir un règlement, là, pour ces gens-là, mais voilà.
Mme Caron : Et ma dernière
question à propos des OBNL : Est-ce que vous... Parce que vous avez
mentionné : Autant de règlements qu'il y a d'ordres, ça pourrait être...
ce serait... En fait, d'autres ont mentionné que ce serait beaucoup. Vous
semblez préférer que ce soit à l'ordre. Mais, s'il y avait... si c'était dans
le code où tout le monde était... avait cette obligation-là, est-ce que ça
causerait un problème à l'Ordre des ingénieurs du Québec?
Mme Larivière-Mantha (Sophie) : Bien,
en fait, nous, on souhaite que les ordres puissent réglementer s'ils en ont le
besoin. Actuellement, c'est «doit» réglementer. Si on va dans le «doit»
réglementer, on a des gens qui <travaillent...
Mme Larivière-Mantha (Sophie) :
...le besoin. Actuellement, c'est «doit» réglementer. Si on va dans
le «doit» réglementer, on a des gens qui >travaillent dans des
coopératives actuellement qui ne pourront pas travailler tant qu'on n'adoptera
pas de règlement. Étant donné la quantité de règlements et le gel réglementaire
actuel, ça peut prendre quelques années. Donc, il y a des services qui ne
seront pas donnés.
Donc, nous, ce qu'on souhaite, c'est
vraiment que les ordres puissent réglementer si c'est nécessaire et non doivent
réglementer. Donc, on dit essentiellement la même chose que nos collègues dans
beaucoup de cas, là.
Mme Caron : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. À moi de vous
remercier, ça a été très, très, très agréable et très instructif.
Et, sur ce, la commission suspend ses
travaux jusqu'à 14 heures. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 43)
13 h 30 (version révisée)
(Reprise à 14 heures)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Bon
après-midi à tout le monde. La Commission des institutions reprend ses travaux.
Donc, on poursuit les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 67,
Loi modifiant le Code des professions pour la modernisation du système
professionnel et visant l'élargissement de certaines pratiques professionnelles
dans le domaine de la santé et des services sociaux.
Cet après-midi, on aura le privilège d'entendre
les associations professionnelles suivantes : l'Association des dentistes,
l'Association canadienne des compagnies d'assurances, mais il nous fait plaisir
d'accueillir, pour débuter, l'Association des pharmaciens des établissements de
santé de Québec. Alors, merci beaucoup d'être avec nous. Alors, vous connaissez
les règles, 10 minutes de présentation, après ça on aura un échange avec
les membres. La parole est à vous. Merci.
Association des pharmaciens des établissements de
santé du Québec (APES)
Mme
Racicot
(Julie) : Merci. M. le Président de la commission, Mme la ministre,
Mmes et MM. les parlementaires, merci aux membres de la Commission des
institutions de nous permettre de commenter ce projet de loi.
Je suis Julie Racicot, pharmacienne et
présidente de l'Association des pharmaciens des établissements de santé du
Québec, et je suis accompagnée aujourd'hui de Mme Linda Vaillant,
directrice générale de l'association.
D'entrée de jeu, nous tenons vraiment à
souligner que l'APES adhère au plan santé, aux principes qu'il soutient, bien
sûr. Toutefois, pour nous, le projet de loi n° 67
laisse une impression d'oeuvre inachevée. Un pan important des conditions d'exercice
qui permettent aux pharmaciens d'améliorer l'accès et la sécurité des soins est
absent, à notre avis. Cet élément manquant, c'est l'instauration de pharmaciens
spécialistes au Québec, au même titre qu'il y a des médecins spécialistes et
des infirmières praticiennes spécialisées. Sans ça, le plan santé ne pourra pas
se concrétiser complètement et nous permettre d'atteindre pleinement les
objectifs visés, avec lesquels nous sommes d'accord.
D'abord, ce titre de spécialiste serait
attribué aux pharmaciens qui détiennent une maîtrise en pharmacothérapie
avancée, diplôme que détiennent une majorité de pharmaciens dans les hôpitaux,
notamment. Alors, on parle ici de 1 500 pharmaciens sur un total de
10 000 au Québec. Le contexte de pratique des pharmaciens d'établissements
de santé au Québec, leur formation unique et de haut niveau sont des atouts
desquels le réseau de la santé peut tirer encore plus profit pour répondre aux
besoins de la population. On a aujourd'hui une belle opportunité de le faire.
La formation générale du pharmacien est constituée déjà d'un doctorat
professionnel de premier cycle, contingenté, très exigeant, mais à cela s'ajoute,
pour le pharmacien d'établissement, une formation postdoctorale de deuxième
cycle, une maîtrise en pharmacothérapie avancée, qui inclut une résidence en établissement,
et c'est là où sont enseignées les thérapies <novatrices...
>
14 h (version révisée)
< Mme
Racicot
(Julie) :
...de deuxième cycle, une maîtrise en
pharmacothérapie avancée qui inclut une résidence en établissement. Et c'est là
où sont enseignées les thérapies >novatrices, les médicaments de
recherche, les médicaments injectables, comme la chimiothérapie intraveineuse,
par exemple. C'est là qu'on voit aussi toutes les situations cliniques
urgentes, graves, aiguës, instables, complexes. C'est à la maîtrise qu'on
apprend ça.
En 2024, ça nous apparaît inconcevable que
ces pharmaciens hautement qualifiés doivent encore dépendre de lourdes ententes
administratives à convenir en partenariat avec les médecins, et les infirmières
praticiennes spécialisées, et autres instances pour qu'elles nous autorisent à
prescrire les médicaments. Donc, on doit obtenir leur permission.
Lorsque de telles ententes sont finalement
instaurées dans un établissement et appliquées par tous les pharmaciens, ça
conduit à une réduction de la durée d'hospitalisation des patients, une
diminution des consultations médicales et une meilleure transition des soins
entre l'hôpital et le domicile. Mais, malheureusement, ces pratiques-là ne sont
pas la norme au Québec. Elles sont issues de mesures administratives très
lourdes. Et surtout il faut savoir qu'elles dépendent de la volonté des
pharmaciens eux-mêmes et de la volonté des médecins et des infirmières
praticiennes spécialisées à déléguer aux pharmaciens cette possibilité-là.
Donc, on laisse le choix aux professionnels.
Par exemple, on peut voir des ententes de partenariat
instaurées dans les unités de soins, par exemple en psychiatrie. En
psychiatrie, le pharmacien, où il y a une entente d'établie, va pouvoir
prescrire la médication, même pour les conditions médicales physiques, comme
par exemple le diabète, que le patient peut développer suite à la prise d'antipsychotiques,
même d'antidépresseurs. Donc, le pharmacien initie les traitements pour réussir
à avoir le contrôle, par exemple, du diabète du patient. Donc, ce pharmacien-là
va jouer complètement le rôle d'un médecin de famille ou d'un interniste que le
psychiatre aurait demandé en consultation dans le dossier. Donc, il s'assure
également, aussi que le traitement va être adéquat pour ces conditions de santé
là, et évidemment va participer à l'ajustement des médicaments comme les
antipsychotiques, les antidépresseurs.
Qu'est-ce qu'on a fait au plus haut de la
pandémie, lorsque les médicaments contre la COVID 19 sont arrivés au début au
compte-gouttes? Dans un contexte de crise, on avait des médicaments nouveaux,
complexes, qui présentaient plusieurs interactions médicamenteuses et contre-indications,
certains étaient intraveineux, d'autres en comprimés, et les quantités étaient
très, très, très limitées. Ce qu'on a fait au Québec, c'est qu'on a demandé aux
pharmaciens d'établissement de contrôler l'accès, et de s'assurer de leur usage
judicieux et sécuritaire, et de les... de les prescrire. Une fois la
prescription faite, quand c'est intraveineux, c'était donné dans les hôpitaux
et les centres de perfusion, pour le Paxlovid, on remettait la prescription au
patient, et il était dirigé vers la pharmacie privée de première ligne où on
lui servait le médicament. Mais le pharmacien d'établissement demeurait
toujours en référence et disponible au pharmacien de première ligne. Donc, au
tout début dans la pandémie, c'est ce qu'on a fait, et on s'est tourné vers ces
pharmaciens spécialistes.
Reconnaissons ces pharmaciens, à juste
titre, pour ce qu'ils sont, des spécialistes. Donnons-leur la responsabilité d'être
en soutien au réseau, notamment aux pharmaciens de première ligne, et pas
seulement dans un contexte de pandémie. Des responsabilités additionnelles
viennent avec un type de spécialiste, et elles rendraient les trajectoires de
soins plus efficientes et sécuritaires. Comment peut-on dire non à ça dans le
contexte actuel, si on veut réellement améliorer les soins et les rendre plus
efficients?
Les pharmaciens spécialistes vont aussi
pouvoir faire des consultations, rédiger des ordonnances d'admission, de
départ. Ils vont aussi pouvoir prendre en charge la pharmacothérapie de
certains patients de cliniques externes spécialisées et en assumer, comme
spécialistes, l'entière responsabilité. On parle ici de patients qui sont
atteints de VIH, qui ont reçu une greffe cardiaque, qui sont sous dialyse. Ils
dégageraient ici les médecins de famille, aussi les médecins spécialistes, qui
pourront se consacrer davantage à la prise en charge de patients en cabinet, en
GMF ou en clinique externe.
Je cède maintenant la parole à ma collègue
Linda Vaillant.
Mme Vaillant (Linda) : Merci.
Bonjour à tous. Alors, vous aurez compris à ce moment-ci que la principale
recommandation de l'association, c'est d'inclure, en fait, la spécialisation en
pharmacothérapie avancée au projet de loi. On pense que ces modifications-là
permettraient rapidement de mettre en place une nouvelle organisation du
travail et des trajectoires de soins formels en pharmacie. Ça pourrait
également, cette spécialisation-là, permettre à la population en général et aux
autres professionnels de la santé d'identifier le pharmacien qui possède les
compétences pour traiter une population qui a des besoins de santé plus
complexes. Et cette différenciation permettrait aussi aux autorités concernées
de définir des paramètres <clairs...
Mme Vaillant (Linda) :
...différenciation
permettrait aussi aux autorités concernées de définir des paramètres >clairs
pour la pratique spécialisée et les rôles et responsabilités spécifiques, on en
parlait à l'instant, et d'en assurer le déploiement uniforme partout au Québec.
Je voudrais prendre un bref instant pour
vous parler des infirmières praticiennes spécialisées, les IPS. En 2002, le
Québec a choisi de se doter de superinfirmières. En 2002, il n'y avait pas de
programme de formation. La loi a été adoptée, le programme a été fait par la
suite. Aujourd'hui, c'est un programme de maîtrise auquel les pharmaciens
d'établissement contribuent pour former les IPS à prescrire des médicaments.
En pharmacie, le programme de deuxième
cycle en pharmacie d'hôpital existe depuis 1961. C'est devenu un programme de
maîtrise en 1992, et, depuis 2011, on le connaît sous sa forme actuelle, soit
la maîtrise en pharmacothérapie avancée. Quand on analyse ça, il nous semble
que c'est de nature à vous convaincre, à convaincre le législateur et à le
rassurer sur les compétences des pharmaciens d'établissement et leur capacité
d'utiliser pleinement ces compétences-là pour augmenter l'accès et améliorer la
fluidité.
La pratique hospitalière a toujours été à
l'avant-garde de la pharmacie en général. Les deux derniers projets de loi, qui
ont été des réformes importantes de la Loi sur la pharmacie, projets de loi 41
et 31, ont permis, je dirais, de rendre conforme cette pratique hospitalière.
Cependant, ces changements-là n'ont pas nécessairement permis aux
professionnels que sont les pharmaciens d'établissement de progresser, d'en
faire plus pour le réseau de la santé, de prendre en charge davantage les
clientèles et les patients instables et complexes. On a même l'impression, de
notre point de vue, que le Québec laisse stagner, jusqu'à un certain point, le
groupe de professionnels qu'on représente.
C'est pour toutes ces raisons-là qu'on
vous demande d'intégrer dans le projet de loi la notion de spécialisation en
pharmacie, à l'instar de ce qui s'est fait pour les IPS dans la Loi sur les
infirmières et les infirmiers du Québec. Pour nous, c'est la seule façon de
garantir une mise en œuvre rapide de son application et de prévoir un
changement rapide et efficient.
D'ailleurs, je tiens à vous dire que cette
demande de l'association est appuyée par de nombreux partenaires de l'APES.
Vous aurez peut-être remarqué, à l'annexe 6 de notre mémoire, nous avons
les collègues, la grande famille pharmaceutique, qui ont tous appuyé la
demande, mais aussi les collègues médecins. Les médecins appuient la demande
parce qu'ils savent que les pharmaciens d'établissement peuvent en faire encore
plus pour augmenter leur contribution et les libérer, eux, davantage de
certaines tâches.
• (14 h 10) •
Si on ne fait rien, qu'est-ce qui va
arriver? On va conserver le modèle actuel, le modèle que nous, on qualifie de
courtepointe ou de fromage gruyère, c'est-à-dire qu'il y a certains endroits où
on aura un accès aux soins plus efficients et d'autres, ce ne sera pas le cas,
il y aura des trous. On va continuer à laisser les professionnels et les
gestionnaires décider de l'accès aux soins. On va maintenir des iniquités pour
les patients.
Les pharmaciens occupent une place
importante dans le projet de loi n° 67, mais les pharmaciens
d'établissement, à notre avis, en sont absents. On pense qu'il faut faire faire
un petit pas supplémentaire, qui pourrait avoir l'effet d'un pas de géant, dans
la question de l'accès aux soins et la question de la fluidité aussi. Pour
nous, c'est une façon d'optimiser les ressources. On vise aussi l'efficience
par cette recommandation, on vise aussi à augmenter l'accès. C'est une question
d'avoir le bon professionnel qui pose le bon geste au bon endroit et au
meilleur coût.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Il... Malheureusement,
le 10 minutes est passé, mais on va avoir du temps avec la période
d'échange. Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Oui. Merci, M. le
Président. Effectivement, on a du temps, et, si ça vous... vous avez l'envie ou
vous sentez le besoin d'ajouter quelque chose, n'hésitez pas, là, on est là
pour échanger.
Donc, je constate que vous... l'essentiel
de votre propos, finalement, est sur cette notion-là. Donc, vous n'avez pas de
commentaire sur les permis restreints, pas de commentaire sur les permis
spéciaux, sur les projets pilotes, sur l'essence du projet de loi n° 67,
qui, quant à moi, est quand même un projet de loi assez important, là, même si,
selon votre notion, il est inachevé. Mais, sur l'essentiel de ce qui est dans
le projet de loi, je pense que... je considère que, si vous n'avez... vous ne
commentez pas, c'est que, pour l'essentiel, vous êtes en d'accord. Est-ce que
je peux vous mettre ces mots-là dans la bouche, ou vous pouvez les... vous
pouvez les corriger aussi, là?
Mme
Racicot
(Julie) : Ce qui est proposé, nous sommes d'accord avec ça. Puis je
vous dirais que le rôle de l'association, ici... on sait qu'il y a nos
collègues de l'Ordre des pharmaciens, ça relève davantage d'eux, puis on fait
beaucoup de travail à ce niveau-là. Nous, il y a... Je vous dirais que
l'éléphant dans la pièce, pour nous, c'est le pharmacien spécialiste et c'est
sur ça qu'on a choisi de se consacrer.
Mme LeBel : OK. Bien,
d'ailleurs, l'ordre est venu mentionner cet aspect, le Collège des médecins est
venu également mentionner cet aspect, mais plus sur l'angle des objectifs à
atteindre plutôt que sur le moyen de l'atteindre. Et je considère, avec tout
... avec un grand respect, que de nommer un titre de spécialiste, pour moi,
c'est le moyen, alors que je pense qu'il faut qu'on soit... qu'on profite de l'occasion
pour clarifier à nouveau le <fait...
Mme LeBel :
...je
pense qu'il faut qu'on soit... qu'on profite de l'occasion pour clarifier à
nouveau le >fait que, sur l'objectif de faire en sorte que les gens
détenteurs de la maîtrise en pharmacothérapie avancée aient un pouvoir accru de
prescription dans les cas de figure que vous avez nommés, que l'ordre et le
Collège des médecins a bien illustré est un objectif qu'il faut... qu'il faut
atteindre, là. Donc, je peux vous rassurer, c'est l'intention de faire en sorte
que les gens qui ont la formation appropriée pour le faire puissent avoir ce
pouvoir accru de prescription. Donc, je pense que c'est clair. L'intention est
de le faire par voie réglementaire, pour toutes sortes de raisons.
Comme toute... comme toute comparaison, je
pense qu'il y a une limite avec la comparaison des IPS. Quand vous parlez des
infirmières praticiennes spécialisées, pour avoir travaillé aussi sur le projet
de loi précédent, ces infirmières-là ont des actes réservés différents des
infirmières... des infirmières qui ne sont pas IPS, alors qu'ici tous les... l'acte
réservé, l'acte de prescription qui va être offert à tous les pharmaciens, bien,
dans le cas des pharmaciens qui ont la fameuse maîtrise, ils auront un pouvoir
accru de prescription. Donc, l'idée, c'est de savoir comment on atteint cet
objectif-là. Est-ce que c'est à l'instar de ce que les sexologues nous ont
présenté hier? Une attestation de formation qui fait que, dans le cas des
sexologues, ils ont le droit de diagnostiquer, alors que ceux qui n'ont pas l'attestation
de formation n'ont pas le droit au diagnostic et ils n'ont pas nécessairement
un titre de sexologue spécialisé en diagnostic. Alors, j'ai beaucoup de mal à
comprendre.
Je suis capable de voir le point de vue d'une
association, mais, du point de vue de la protection du public... Parce que je
suis avec vous sur l'accès. Considérez que je suis avec vous sur l'accès. Je
suis avec vous sur le fait de permettre à ces pharmaciens-là qui ont une
formation importante et différente ou, en tout cas, accrue puissent exercer
cette formation-là. Là-dessus, j'en suis.
Mais j'ai du mal à voir comment c'est la
création d'un titre de spécialiste à tout prix, alors que, présentement, par le
biais d'ententes... d'ententes de pratiques avancées en partenariat, qui ont le
défaut de ne pas être uniformes... mais on pourrait penser à une entente de
pratique en partenariat qui s'applique à l'ensemble du Québec, là, à travers Santé
Québec, mais je ne veux pas aller là-dedans. Ce que je veux dire, c'est que ça
se fait déjà sans titre spécialisé. Ça se fait déjà. Le problème, c'est que ça
se fait par entente, et là, là-dessus, je suis d'accord avec vous, ça n'a pas
de sens que ça ne soit pas uniforme à travers le Québec.
Donc, partons des postulats où on est d'accord,
hein? Ça va être plus facile. Mais j'ai beaucoup de mal alors que même le
Collège des médecins nous a dit hier : Moi, le titre de spécialiste, on
pense que c'est une bonne solution, mais ça pourrait être par voie
réglementaire. C'est le Collège médecins qui a dit : Ça pourrait être par
voie réglementaire, tant qu'on atteint l'objectif. D'autres ordres
professionnels atteignent ces mêmes objectifs là par d'autres outils. Et on
connaît toutes les implications à créer un autre titre et on est dans la voie
de l'allègement du système professionnel et pas de la complication de ce
système-là. Donc, j'essaie de trouver une façon d'atteindre l'objectif tout en
ne créant pas des titres nécessairement, ou d'autres ordres même, au final.
Mme
Racicot
(Julie) : Vous parliez de protection du public tantôt. Moi, je me
ramène à ça beaucoup parce que c'est la raison pour laquelle j'ai choisi d'être
pharmacienne. Présentement, il y a des soins qui ne sont pas offerts aux
patients au Québec. Les patients ne bénéficient pas des soins qu'ils pourraient
recevoir totalement. Il y a des craques dans les corridors de soins. Les
patients sortent de l'hôpital. La prescription, ce n'est pas clair. Le
pharmacien communautaire est tout seul le vendredi soir, à 5 heures, personne
au bout du fil. Il ne sait pas qui rappeler, plein de questions.
Je travaille à l'Institut universitaire de
cardiologie et de pneumologie à Québec, il n'y a pas une journée sans qu'on n'ait
pas des multiples appels de pharmaciens communautaires à l'hôpital qui
cherchent à qui parler parce que la prescription n'est pas claire, puis qu'ils
ne savent pas quoi faire, puis qui... à travers qu'on essaie de, bon,
débroussailler et leur donner un coup de main là-dessus, et tout. Ça fait qu'à
ce niveau-là c'est sûr qu'on va améliorer l'accès. Pour moi, en fait, pour
nous, ce qu'on voit, ce n'est pas la recherche d'un titre absolu, c'est de
donner des responsabilités additionnelles avec ça. Ça fait qu'on est tout à
fait en phase.
Je ne jouerai pas le discours de l'Ordre
des pharmaciens qu'ils ont eu hier, ils vous l'ont bien expliqué, il y a une
vigie certaine à avoir sur la formation, la qualification des pharmaciens à qui
on donne une extrême responsabilité. Donc, on parle ici d'aller prescrire des
médicaments aux soins intensifs, des patients qui viennent d'avoir un nouveau
cœur, des... donc on parle de très, très grandes responsabilités auxquelles...
présentement, ce sont souvent, dans nos hôpitaux, avec qui on travaille, les
médecins spécialistes qui le font. Donc, on commence à le faire par des
ententes balisées. Mais c'est une chose de donner à quelqu'un le droit de le
faire ou de prendre la décision au Québec, c'est ça que ça fait, un pharmacien
spécialiste, puis quand on te nomme spécialiste puis que tu as une
responsabilité à l'égard de ça, puis tu as la responsabilité d'établir des
trajectoires directes de consultation. Entre un médecin de famille et un
médecin spécialiste, on voit ça. Entre une infirmière, une infirmière
praticienne, on voit ça. Nous, on est pharmacien, on a tous le même type
d'emploi, on est <pharmacien...
Mme
Racicot
(Julie) :
...on voit ça. Nous, on est pharmacien, on a tous le
même type d'emploi, on est >pharmacien. Le pharmacien communautaire qui
a besoin d'un collègue, il a besoin du spécialiste... on va lui donner plus de
responsabilités, au pharmacien en pharmacie communautaire aussi. Ce
pharmacien-là a atteint sa limite. Le patient n'a pas de médecin de famille, ça
prend des corridors. Il y a un pharmacien spécialiste en néphrologie, on en
voit, dans les secteurs de l'hôpital, ils sont là, en établissement. Je vais
appeler mon pharmacien spécialiste en établissement, il va pouvoir m'aider.
Donc, on aurait ce rôle-là en établissant des corridors formels de
consultation.
Donc, oui, il vient, avec le titre de
spécialiste, des responsabilités additionnelles déterminées par l'Ordre des
pharmaciens, qui décernera ce certificat-là au pharmacien. Donc, c'est un
engagement encore plus grand qu'on demande aux pharmaciens d'établissement que
de simplement leur donner le droit de le faire demain matin, sans paperasserie
administrative.
Mme LeBel : Donc, j'entends
beaucoup «corridor de soins», «formation», «collaboration entre les collègues»,
«savoir vers qui se tourner». Je pense que ce sont des enjeux qui sont
extrêmement louables, des enjeux qu'on doit régler, puis on le sait, à partir
du moment où on est dans des grands systèmes, il y a toujours certains enjeux :
vers qui se tourner, comment se tourner. Donc, dans le fond, ce que je
comprends également... moi, ce que je retiens, puis je vais continuer à retenir,
les objectifs, c'est un accès uniforme parce qu'il y a des...
Mais il y a des pharmaciens qui sont
détenteurs de cette formation spécialisée là, qui est la maîtrise avancée, qui,
présentement, parce qu'il n'y a pas d'entente de partenariat, n'ont pas
l'occasion d'exercer leurs pleines compétences. Je pense qu'il faut trouver une
solution ou un moyen de faire en sorte que ces gens-là, où qu'ils soient, aient
cet accès-là. Le fait de leur donner un pouvoir accru de prescription, on en est,
mais est-ce que c'est par voie réglementaire? Est-ce que c'est par type de
spécialiste? Je vais vous avouer que je demeure à être convaincue, mais on va
faire nos analyses de notre côté.
Mais je vois aussi qu'il faut y avoir de
meilleures communications. À titre d'exemple, et je vais prendre un exemple,
encore une fois, un peu boiteux, mais, comme je le disais tantôt, les
infirmières praticiennes spécialisées, elles ont des actes réservés, qui sont
des actes qui n'existent pas pour une autre infirmière. Donc, on est vraiment
dans un autre paradigme, mais il y a aussi toute la question du permis
restreint, où il faut bien identifier, dans le cadre du permis restreint, ce
que quelqu'un est à même de faire. Donc, on pourrait penser aussi à voir
comment on peut bien informer les gens sur... les gens qui ont l'attestation de
formation, à titre d'exemple, sont capables de faire, à l'instar des autres
ordres qui nous disent : Bien, moi, quand ils ont une attestation de
formation, ils peuvent diagnostiquer, quand ils n'ont pas l'attestation de
formation, ils ne peuvent pas... ils ne peuvent pas faire tel acte.
• (14 h 20) •
Donc, ne comprenez pas mes propos comme
une fermeture ou un manque de respect envers la formation et la capacité. Au
contraire, j'en suis, parce que je pense qu'il faut être capable de les mettre
à contribution pleinement et que ce sont des personnes qui ont un apport
extrêmement important et crucial dans des trajectoires de soins qui sont... qui
sont souvent critiques. J'en suis plus à une réflexion, je pense, qui devra se
poursuivre sur la façon de l'atteindre. Je vous remercie. Je n'ai pas d'autre
question. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc, je me
tourne vers l'opposition officielle pour...
Des voix : ...
Le Président (M. Bachand) :
Oui, allez-y. Voulez-vous réagir? Bien sûr. Avec plaisir. Allez-y. Pardon.
Mme Vaillant (Linda) : Je voudrais
juste réagir à vos propos. En fait, la façon dont on voit la distinction, nous,
dans la spécialisation en pharmacie, c'est sur le droit de prescrire autonome,
peu importe le type de patient qui est devant nous. Donc, il y a une
distinction, à notre avis, par rapport à ce qui est prévu actuellement, dans le
sens où notre droit de prescrire, si on est un pharmacien spécialiste, dans
notre perception, peut s'appliquer tous azimuts, qu'on ait des patients
instables ou des patients qui sont plus stables. Et, pour nous c'est une
distinction qui viendrait avec le certificat de spécialiste. C'est la façon
dont nous, on le voit.
L'autre chose, c'est que la distinction, à
notre avis, est importante entre les types de pharmaciens. On a actuellement...
C'est un état de fait, les pharmaciens qui détiennent la maîtrise ont une
pratique spécialisée. C'est déjà un état de fait. Ce qu'on dit, c'est que la
façon dont on est encadré à l'heure actuelle, ça ne permet pas qu'on se déploie
adéquatement et qu'on donne les soins qu'on devrait donner partout. Et c'est un
peu laissé au bon vouloir, je dirais, des milieux, autant des pharmaciens que
des médecins ou des gestionnaires dans certains établissements. Ça fait qu'à
notre avis il y en a un, parallèle à faire avec les IPS, et on le voit sur la
base du droit de prescrire autonome, peu importe le type de client, le type de
patient devant qui on est.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Maintenant, M.
le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M.
le Président. Alors, bonjour. Merci d'être là avec nous cet après-midi. Merci
pour le mémoire que vous avez produit, également.
Hier, il y a d'autres groupes, qu'on a
entendus, avec beaucoup d'attention, mais il y a des pharmaciens qui nous ont
parlé des EPAP.
Une voix : ...
M. Morin : Oui, qui est une
entente... Et j'aimerais que vous nous en parliez, parce que, moi, ce que j'ai
compris... moi, je ne suis pas un spécialiste dans le domaine de la santé, là,
je ne suis pas un médecin, mais ça avait l'air bien compliqué, les EPAP, puis
pas facile à atteindre. Donc, parlez-nous donc de ça un peu. Est-ce que ça
pourrait vous aider? Est-ce que ce n'est pas une option? Est-ce que c'est trop
compliqué? Parce qu'on nous donnait l'exemple d'un <pharmacien...
M. Morin :
...ce n'est
pas une option? Est-ce que c'est trop compliqué? Parce qu'on nous donnait
l'exemple d'un >pharmacien qui, dans le cadre d'une EPAP pouvait,
évidemment, suivre un patient, prescrire, on nous donnait le cas de l'oncologie,
par exemple. Mais, si le même patient, deux jours après, à cause de son
traitement, ne va pas bien, se présente à l'urgence puis que, là, le pharmacien
n'est pas à l'urgence avec une EPAP, bien là, il ne peut plus prescrire. Alors,
ça avait de l'air bien compliqué puis ça n'avait pas l'air bien bon pour le
patient. Ça fait que, moi, ce qui m'intéresse, c'est le patient. Donc,
j'aimerais ça que nous parliez de ça, s'il vous plaît, puis comment vos
propositions pourraient aider.
Mme Vaillant (Linda) : Absolument.
M. Morin : Merci.
Mme Vaillant (Linda) : En
fait, c'est bon l'EPAP une fois qu'elle est en place. La difficulté, c'est de
la mettre en place.
M. Morin : Bien, c'est ça.
Mme Vaillant (Linda) : La
loi, ça doit dater maintenant de 2021, 2022, ça fait déjà trois à quatre ans
qu'on peut mettre en place ces ententes, et, au Québec, le tiers seulement des
établissements ont une entente générale. Ça fait que c'est vous dire, là, ça a
pris un certain nombre d'années, on n'a que le tiers.
Quand on a une EPAP en place... Je vais
vous donner un exemple. Au Centre universitaire de santé McGill, on vient de
voir le résultat d'une étude aux soins intensifs. Aux soins intensifs, ils ont
démontré que les pharmaciens rédigent 40 % des ordonnances des patients,
des ordonnances de médicaments. C'est beaucoup, là. Imaginez-vous le médecin à
quel point il est libéré. 40 % des ordonnances sont rédigées par les
pharmaciens. On va être dans l'hôpital à côté, de l'autre bord de la rue, il
n'y a pas d'EPAP. Donc, les ordonnances sont toutes rédigées par les médecins
sur la recommandation du pharmacien, donc le pharmacien va devoir dire au
médecin : Je te recommande de prescrire telle chose. Oui, d'accord,
telle... Ah! non, tu l'as... tu t'es trompé de dose, il faudrait que tu
rechanges l'ordonnance. Alors, vous voyez un peu les allers-retours, qui sont
vraiment inutiles, quand on n'a pas la fameuse EPAP.
Maintenant, la mise en place de l'EPAP,
c'est compliqué. Il faut que tous les prescripteurs soient d'accord, les
médecins, les IPS, il faut que tout le monde soit d'accord. Ensuite, il faut
que ce soit entériné à différentes instances dans l'établissement et, dès qu'il
y a un changement, même l'ajout d'un médecin, il faut faire réapprouver à
nouveau ces ententes pour un contexte où le professionnel qu'est le pharmacien
est déjà capable de réaliser le travail. Vous voyez, il va le réaliser de
manière autonome dans une entente où, à côté, il va le dire au médecin, quoi
écrire. C'est à peu près ça.
Donc, le contexte, pour nous, de passer à
un droit de prescrire autonome avec une reconnaissance de spécialisation, c'est
que le pharmacien spécialiste va le faire partout tout le temps, il va prendre
en charge les patients dans tous les secteurs de soins, dans tous les hôpitaux
au Québec en même temps, à partir du moment où il a cette maîtrise-là, et pas
juste dans le tiers des hôpitaux, comme on le voit à l'heure actuelle.
M. Morin : Là, en fait,
c'est... c'est ça que je comprends. Donc, avec une reconnaissance d'une
spécialité, évidemment, qui arrive après une formation, vous en avez parlé, là,
bon, ce n'est pas tous les pharmaciens qui sont comme ça, bien, à ce moment-là,
avec un droit de reconnaissance d'une spécialité, on accompagne ça, évidemment,
de plus grandes responsabilités, donc plus grandes possibilités de prescrire,
et là, à ce moment-là, on n'aurait pas besoin d'EPAP. Donc, ça pourrait être
applicable partout, dans l'ensemble du Québec, d'autant plus que vous avez
ajouté des éléments qu'on n'avait pas hier, je vous remercie.
Moi, je n'avais pas compris que, par
exemple, pour l'EPAP, il faut que tout le monde soit d'accord. Si vous avez un
nouveau médecin, c'est ce que vous venez dire, il faut... il faut qu'il soit
partie prenante, puis, si, à un moment donné, il y en a un qui n'est plus
d'accord, bien, il n'y a plus d'EPAP. Donc là, on se... Oui?
Mme Vaillant (Linda) : ...quand
lui est là, il n'y a plus d'EPAP.
M. Morin : Il n'y a plus
d'EPAP, c'est ça.
Mme Vaillant (Linda) : Exact.
Donc, ça change : une journée, ça peut se faire, le lendemain, ça ne se
fait plus.
M. Morin : Puis vous avez le
même pharmacien qui, lui, est un professionnel reconnu, qui serait prêt à agir,
mais qui ne peut pas, puis on a le patient à l'autre bout qui, lui, bien,
attend. OK. Bien, sinon, je vous remercie, je vous remercie beaucoup.
Deux autres questions rapidement, parce
que, malheureusement, je vais devoir quitter pour aller dans un autre
établissement au sein du parlement, n'est-ce pas, ça arrive quand on est
député. Comment la présence... Pardon?
Mme LeBel : ...
M. Morin : Ah! oui, ça,
c'est... Bien là, c'est généraliste après-midi.
Comment la présence des pharmaciens
spécialistes dans nos hôpitaux changerait le quotidien? Puis quel serait
l'impact pour les patients?
Mme
Racicot
(Julie) : C'est une excellente question. En fait, c'est une chose, le
droit de prescrire. Ça, c'est une chose. Le droit de prescrire autonome, on
vient aplanir beaucoup de problèmes administratifs, on vient donner la
permission de le faire aux pharmaciens. C'est ce qu'on vient de faire. Demain
matin, on nomme des pharmaciens spécialistes dans les hôpitaux, on décerne
cette certification-là de spécialistes, des pharmaciens, on lui donne cette
responsabilité-là de devenir un prescripteur autonome dans sa pratique. Ça
vient avec sa pratique. Ce n'est pas la loi qui lui permet que... de le faire,
il a cette responsabilité-là comme pharmacien spécialiste. Il a la
responsabilité comme spécialiste d'être en référence aux autres professionnels,
aux pharmaciens communautaires. Il est reconnu pharmacien spécialiste, il va
servir de référence à ces gens-là. On va établir des trajectoires de
consultation entre pharmaciens de première ligne et pharmaciens spécialistes.
Parce que les pharmaciens de première ligne vont pouvoir en faire beaucoup.
Quand ils vont arriver au bout de ce qu'ils peuvent <faire...
Mme
Racicot
(Julie) :
...vont pouvoir en faire beaucoup. Quand ils vont
arriver au bout de ce qu'ils peuvent >faire : patient orphelin,
qu'est-ce qu'on fait?, ils pourront appeler le pharmacien spécialiste, ça fera
partie de son travail. Les pharmaciens dans les hôpitaux, on n'est pas payés à
l'acte. C'est un système de rémunération globale sur une échelle salariale.
Donc, ils nous contactent, on va les aider. Ce n'est pas des consultations...
Donc, il y a des coûts qu'on peut sauver dans ça aussi. Ils vont contacter le
pharmacien spécialiste. Ça va être son rôle, ça va être sa responsabilité
d'être en support. Il va pouvoir en faire un bout, aider le pharmacien de
première ligne, et il a accès facilement aussi aux médecins. Ça va permettre de
dégager des cliniques ambulatoires.
Présentement, dans les hôpitaux, il y a
des patients suivis en clinique ambulatoire avec des médecins spécialistes,
infirmières cliniciennes, infirmières praticiennes spécialisées, beaucoup de
professionnels. Il y a des cliniques où il y a des 1 000, 1 200 patients
qui sont suivis. C'est énorme. On n'est pas capables de les transférer à la
première ligne parce qu'il n'y a pas de trajectoire. Et, bien souvent, les
patients n'ont pas de médecin de famille quand ils sont moribonds ou
hypothéqués de cette façon-là. Donc, on les garde à l'hôpital.
Si le pharmacien spécialiste est capable
de transférer même une partie de la prise en charge au pharmacien en pharmacie
communautaire, en première ligne, le pharmacien aura sa trajectoire. Donc, il
va pouvoir ajuster la thérapie, s'assurer que tout est beau pour le patient.
Puis, s'il y a un problème, il va rappeler le pharmacien spécialiste à
l'hôpital, qui, lui, pourra le faire voir par le médecin spécialiste, au
besoin, ou pourra lui-même régler le problème ou avoir rapidement une
consultation. Ça fait qu'on pourrait dégager dès maintenant, rapidement, une
grande partie des suivis de patients ambulatoires qui se font à partir des
hôpitaux par des équipes de médecins spécialistes, infirmières, pharmaciens.
Donc, c'est un autre exemple.
Mme Vaillant (Linda) : Je me
permets un tout petit exemple, un tout petit exemple en santé mentale. En santé
mentale, vous le savez, on a un enjeu de psychiatres. Il y a un problème, il y
a des listes d'attente, on attend, on attend. Les dernières données qu'on a
consultées nous indiquent que 30 % des demandes de consultation de la
première ligne pour un psychiatre concernent des ajustements de médicaments.
Donc, il y a des gens qui attendent pendant je ne sais pas combien de temps,
qui ne vont pas bien, qui ne peuvent pas voir un psychiatre et qui ont
simplement besoin, je dis «simplement» parce que, pour un pharmacien
d'établissement, ce serait simple, simplement besoin d'ajuster la médication.
Donc, on a 30 % de gens sur des listes, là, dont on pourrait prendre en
charge directement.
• (14 h 30) •
M. Morin : Je vous remercie
beaucoup. Veuillez m'excuser, M. le Président...
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée de La Pinière,
pour huit minutes.
Mme Caron : Parfait. Merci.
Alors, juste pour bien comprendre, est-ce que les... Actuellement, les médecins
qui ont cette maîtrise en pharmacothérapie avancée, est-ce qu'ils exercent...
Est-ce qu'ils pratiquent uniquement en hôpital ou est-ce qu'il y en a qui
pratiquent ailleurs?
Mme
Racicot
(Julie) : La majeure partie... la quasi-totalité présentement pratique
dans les établissements de santé. Mais l'Université de Montréal offre la
maîtrise en pharmacothérapie avancée avec un volet davantage ambulatoire. Il y
a déjà des étudiants d'inscrits, mais, pour l'instant, ils sont en nombre peu
élevé.
Mme Caron : Et la façon dont
les ententes, donc les EPAP, fonctionnent, ça doit être à l'intérieur d'un
établissement, c'est bien ça? Alors, par exemple, si le pharmacien qui.... je
vais l'appeler spécialiste pour faciliter la discussion, donc ce pharmacien
spécialiste, à l'heure actuelle, il doit travailler... il peut prescrire de
manière autonome dans le cadre d'une EPAP, qui n'est pas nécessairement valable
pour l'ensemble de l'établissement. Et j'en déduis qu'il ne peut pas prendre en
charge des patients qui sont orphelins de médecin de famille une fois qu'ils
sont sortis de l'hôpital, par exemple, ou est-ce que je me trompe?
Mme
Racicot
(Julie) : En fait, la façon que l'entente fonctionne, là, c'est au
moment où on est dans les murs de l'établissement. Parfois, l'entente peut nous
permettre de suivre des patients ambulatoires, mais c'est une cohorte très
précise de patients qui sont déjà suivis ou pris en charge par le médecin de
l'hôpital, et ils s'en vont à la maison. Ça fait que c'est ces médecins-là qui
nous autorisent à procéder. Donc, si le médecin de famille est inexistant, je
ne pourrais pas avoir une entente avec un médecin de famille. Donc, ça prend...
Nous, on travaille beaucoup en établissement, souvent, avec le médecin
spécialiste qui nous transfère cette prise en charge là. Mais bien sûr que ça
prend un médecin référent pour pouvoir établir des ententes de partenariat de
la sorte. C'est un groupe de médecins qui autorise un groupe de pharmaciens à
procéder à des initiations de thérapie.
Mme Caron : Et donc, si le
pharmacien spécialiste ou spécialisé avait ce titre-là, ou une autre manière,
sans avoir le titre... pouvait conserver, je dirais, le droit de prescrire de
manière autonome en dehors des murs de l'hôpital. À ce moment-là, toutes les
personnes âgées qui veulent rester à domicile, recevoir des soins à domicile,
mais qui n'ont pas de médecin de famille ou qui perdent leurs médecins de
famille en cours de route, parce que ça arrive tous les jours, à ce moment-là,
si ces personnes-là prennent des médicaments, un pharmacien avec cette
formation, cette compétence pourrait le prendre en <charge...
>
14 h 30 (version révisée)
<19313
Mme
Caron :
...un pharmacien, avec cette formation, cette
compétence pourrait le prendre en >charge, et puis serait... serait,
comme vous dites, la personne référence pour le pharmacien communautaire.
Mme
Racicot
(Julie) : ...tout compris, ça, oui.
Mme Caron : OK. Donc, alors, le...
de permettre que ce soit, comme je disais tantôt, avec le titre ou d'une autre
manière, mais assez... Mais je comprends que, le titre, dans la vie de tous les
jours, pour M. et Mme Tout-le-monde, ce serait facile de comprendre qu'un
pharmacien spécialisé, il fait plus, puis il n'y aurait pas de confusion. C'est
comme un peu... je fais un parallèle avec les autres modifications où, au lieu
de parler d'une évaluation, on va parler de diagnostic. C'est clair, c'est
clair dans le langage de tous les jours pour tout le monde.
Alors, dans ce cas-ci, je comprends que ça
pourrait être plus clair et que ça... en tout cas, de mon point de vue, ça
ouvre une façon efficace, je pense, de faire le virage à domicile, de soutien à
domicile que le gouvernement veut faire pour notamment les personnes âgées ou
même des personnes handicapées qui n'ont pas de médecin de famille ou qui
perdent leurs médecins de famille, qui, là, à ce moment-là, pourraient avoir...
au moins que leur médication soit... soit toujours correcte ou ajustée au
besoin. Je pense que vous vouliez ajouter quelque chose.
Mme Vaillant (Linda) : Non,
mais j'allais dire : Oui, vous avez raison, ça permet ça, mais ça
permettrait toutes sortes d'autres choses aussi. On peut penser à des
consultations à l'urgence aussi, où il serait possible de libérer le médecin
qui est là pour procéder à un certain nombre de consultations, rédiger des
ordonnances. Oui, on peut être en soutien aussi à la première ligne. Tout ça,
ça fait partie de ce qui serait possible. Quand on dit que le... c'est
important, de notre point de vue, que la population, les patients, les autres
professionnels puissent identifier le pharmacien. Je ne sais pas c'est quoi, l'autre
voie. En ce moment, on a des pharmaciens avec EPAP puis des pharmaciens sans
EPAP, mais y a-tu quelqu'un qui comprend ça? Je ne pense pas, là.
Ça fait que, pour nous, le pharmacien
spécialiste, je ne le sais pas, appelons-le le pharmacien expert, donnons-lui
une dénomination qui fait en sorte qu'on peut distinguer sa pratique basée sur
sa formation et sur ce qu'il peut faire. Mais, pour nous, c'est essentiel, tant
pour la population que pour les autres professionnels avec qui on travaille
aussi, là.
Mme Caron : ...
Mme
Racicot
(Julie) : Demandez aux patients qui ont eu une greffe cardiaque, qui
ont un cancer en ce moment, qui sont traités par chimiothérapie, patients
fibrose kystique, demandez-leur quels sont... quels pharmaciens les suivent.
Ils vont d'emblée... déjà, ils vont vous dire : J'ai un pharmacien
spécialiste qui me suit pour mes antirejets avec mon cœur, ma greffe. Je ne
prends aucun médicament sans appeler mon pharmacien spécialiste là-dedans, qui
travaille avec le cardiologue puis le chirurgien cardiaque. Puis j'ai mon
pharmacien de famille qui me suit à ma pharmacie. Donc, dans l'imaginaire de
bien des patients, ça existe déjà, ce pharmacien spécialiste là.
Mme Caron : Et
aussi, quand... quand vous parlez de rendre les pharmaciens complètement
autonomes, ces pharmaciens-là complètement autonomes pour prescrire, c'est qu'ils
ne sont plus à la remorque d'un médecin dans le cadre d'une entente ou de... des
autres professionnels qui doivent absolument être d'accord avec... avec le fait
de permettre à ce pharmacien-là, finalement, d'exercer sa pratique pleine et
entière, à la hauteur de ses... de ses compétences. Alors, ça viendrait... ça
viendrait... si ça vient ajouter une complexité dans le Code des professions ou
dans un... dans un règlement, dans une loi d'un ordre professionnel, par
contre, la compensation, c'est que, dans les faits, sur le terrain, ça
viendrait ajouter des services, ça viendrait faciliter l'exercice de cette
pratique-là pour le bien des patients. Puis, bien, les ordres professionnels
sont là pour la protection du public, c'est pour ça qu'ils ont été créés.
Alors, c'est... il y a... à mon avis, il y a une cohérence, là, dans cet
objectif-là que vous poursuivez dans cette recommandation-là.
Mme
Racicot
(Julie) : Oui, ça simplifierait le quotidien des patients, des
soignants, plus fluide, on améliorerait l'accès aux soins. Donc, oui, il y a peut-être
une complexité législative, mais vous avez tout à fait raison que le reste
serait d'autant plus simplifié dans le quotidien, dans les soins. On s'enfarge
moins aussi dans des paperasseries administratives, mais on identifie
clairement des responsabilités à ces pharmaciens-là, et ils sont clairement
identifiés par les autres professionnels, par la population, donc de nouvelles
responsabilités, au-delà du droit de prescrire, qu'on souhaiterait pouvoir
donner à ces pharmaciens spécialistes là.
Mme Caron : J'oserais même
dire que ça vient en appui aussi à l'autre projet de loi qui vise à réduire la
charge administrative des médecins, qui va... qui porte sur d'autres...
d'autres papiers, disons, d'autre paperasse, mais il n'en demeure pas moins que
les médecins qui, dans le cadre d'une EPAP... bien, il faut qu'ils posent un
geste pour signifier leur accord. Et puis, quand il y a une consultation des
autres... d'autres personnes qui s'ajoutent, alors ça pourrait... ça pourrait
servir pour alléger aussi de ce côté-là.
Mme
Racicot
(Julie) : Vous savez, on réitère que les <partenaires...
Mme Caron :
...a
aussi de ce côté-là.
Mme
Racicot
(Julie) :
Vous savez, on réitère que les >partenaires
sont d'accord, les médecins avec qui on travaille sont d'accord. Donc, l'annexe
du mémoire, ce qu'on demande, c'est vraiment la... le type de spécialiste
qui... vient avec ça le droit de prescrire autonome, mais autres choses aussi,
des... On parle de l'organisation des soins ici, mais d'autres responsabilités
vont venir avec ça. Et c'est ce que les partenaires ont appuyé, les fédérations
médicales, les autres pharmaciens du milieu, donc... Les doyens des facultés de
pharmacie, ils considèrent qu'ils forment des spécialistes. Donc, c'est les
appuis qu'on a obtenus également. Donc, il n'y a aucune entrave. Tous les
partenaires avec qui on travaille sont en accord avec cette demande-là.
Le Président (M.
Bachand) :Merci...
Mme Vaillant (Linda) : ...un
élément...
Le Président (M.
Bachand) :Très rapidement, s'il vous
plaît.
Mme Vaillant (Linda) : Absolument.
C'est juste qu'on parle des spécialistes. Peut-être qu'on a l'impression qu'on
est en train de réduire l'accès. Je ne sais pas. Nous, on le voit... on le voit
plus comme une spécialisation à vocation très large, un peu comme les
médecins... les internistes qui couvrent une vastitude, je dirais, de patients.
Donc, on le voit un peu comme ça. C'est une spécialisation à vocation très
large, où on va prendre en charge tout type de clientèle complexe, plus
spécialisée, qu'on retrouve dans les établissements. Donc, on n'est pas en
train de restreindre ce qu'on veut faire. C'est l'inverse, en fait. On le voit
véritablement comme quelque chose qui est plus large.
Le Président (M.
Bachand) :Sur ce, merci infiniment
d'avoir été membres de la commission... d'avoir participé à la commission
aujourd'hui.
Alors, je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 14 h 39)
(Reprise à 14 h 42)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, c'est avec grand plaisir que nous accueillons
la représentante et représentant de l'Association canadienne des compagnies
d'assurances de personnes. Encore une fois, merci beaucoup d'être avec nous cet
après-midi. Alors, vous connaissez les règles. Je vous inviterais d'abord à
vous présenter, débuter votre exposé. Après ça, nous aurons un échange avec les
membres de la commission. La parole est à vous.
Association canadienne des compagnies d'assurances
de personnes (ACCAP)
Mme Duhaime (Lyne) : Merci.
M. le Président, Mme la ministre, membres de la commission, mon nom est Lyne
Duhaime et je suis présidente de l'Association canadienne des compagnies
d'assurances de personnes pour le Québec, l'ACCAP-Québec. Je suis accompagnée
aujourd'hui par M. Guillaume <Fillion...
Mme Duhaime (Lyne) :
...pour
le Québec, l'ACCAP-Québec. Je suis accompagnée aujourd'hui par M. Guillaume >Fillion,
chef des affaires gouvernementales chez Beneva. Merci de nous donner l'occasion
de partager nos commentaires concernant le projet de loi n° 67.
L'ACCAP est une association qui regroupe
les compagnies d'assurance de personnes qui font affaire au Canada. Nos membres
travaillent de concert avec les employeurs, les syndicats et les associations
professionnelles afin d'offrir à plus de 2 millions de Québécois une
assurance maladie complémentaire par l'entremise des régimes d'avantages
sociaux et des régimes d'assurance individuelle. Nos membres offrent également
à près de 3 millions de Québécois une assurance invalidité. Ces régimes
d'assurance couvrent une vaste gamme de médicaments sur ordonnance, des
services paramédicaux, comme les traitements d'un psychologue, d'un
physiothérapeute, d'un chiropraticien de même que les examens de la vue et les
soins dentaires.
Les assureurs de personnes estiment que,
pour améliorer l'accessibilité et la performance du réseau de la santé, il est
indispensable que tous les professionnels puissent contribuer à la hauteur de
leurs compétences. Ainsi, nous saluons les orientations du projet de loi
n° 67 visant à accroître l'autonomie des différents professionnels de la
santé en favorisant l'interdisciplinarité et l'élargissement des pratiques
professionnelles. Le projet de loi n° 67 s'inscrit en continuité avec
l'objectif gouvernemental poursuivi dans le projet de loi n° 68 qui porte
sur la charge administrative des médecins et dans lequel nous sommes
particulièrement engagés. Tel que l'ACCAP l'a précisé dans le cadre des
consultations sur le projet de loi n° 68, nous estimons que d'autres
professionnels peuvent détenir les compétences pour poser certains diagnostics,
notamment en matière de santé mentale.
Les assureurs ont analysé le projet de loi
n° 67, et nous vous soumettons les réflexions suivantes. Premièrement, tel
que mentionné précédemment, les assureurs de personnes estiment que
l'élargissement des pratiques professionnelles prévu au projet de loi offre une
avenue intéressante pour une meilleure répartition de la charge de travail
entre les différents professionnels de la santé. En ce qui concerne les
activités en pharmacie plus particulièrement, nous estimons que l'élargissement
des actes des pharmaciens doit s'accompagner d'un meilleur contrôle des coûts
des régimes d'assurance médicaments afin d'assurer leur pérennité, nous y
reviendrons. Et, troisièmement, aussi, afin d'assurer que les soins offerts
répondent pleinement aux besoins des patients, ceux-ci doivent se retrouver
dans un continuum de soins à la suite d'un diagnostic par un psychologue ou une
infirmière.
M. Fillion (Guillaume) : Merci.
Dans le contexte actuel, l'accès aux soins, notamment en matière de santé
mentale, peut être difficile pour les Québécois. Nous sommes d'avis que la possibilité
que d'autres professionnels de la santé puissent établir un diagnostic en santé
mentale est une avancée positive. Cela permettra aux patients d'accéder à des
services adaptés plus rapidement et ainsi de prévenir l'aggravation de leurs
symptômes et d'éviter le recours aux services d'urgence.
Nous appuyons donc la proposition du
gouvernement de modifier l'article 37.1 du Code de professions afin de
reconnaître comme équivalentes à un diagnostic les évaluations effectuées par
un psychologue, afin de permettre l'identification d'un trouble mental ou
neuropsychologique, lorsque celui-ci détient les formations appropriées.
Nous saluons également l'initiative du
gouvernement de modifier l'article 36 de la Loi sur les infirmières et les
infirmiers afin qu'une infirmière formée en la matière puisse également
diagnostiquer un trouble mental, excluant la déficience intellectuelle.
Considérant que près de la moitié des personnes recevant des prestations
d'assurance invalidité d'un assureur privé le sont pour des enjeux de santé
mentale, nous accueillons favorablement les deux orientations du gouvernement
en la matière.
Nous tenons néanmoins à rappeler
l'importance du suivi médical et du plan de traitement pour le patient,
notamment pour les patients qui sont en invalidité. Par exemple, le patient qui
recevra un diagnostic d'un psychologue ou d'une infirmière qui requiert une
médication devrait avoir accès à un médecin ou une infirmière praticienne pour
obtenir l'ordonnance.
Les assureurs de personnes tiennent
également à commenter les dispositions du projet de loi qui portent sur
l'élargissement des actes des pharmaciens. Nous sommes interpelés par les
questions en lien avec les soins et les services pharmaceutiques, étant donné
que les assureurs ont versé 3,5 milliards de dollars pour les
médicaments d'ordonnance en 2022. En 2020, nous avons d'ailleurs accueilli
favorablement le projet de loi n° 31 octroyant des nouveaux actes aux
pharmaciens. Aujourd'hui, nous appuyons également les propositions du
gouvernement en matière d'élargissement des actes pharmaceutiques, tel que
proposé dans le projet de loi n° 67, comme par exemple de retirer les
délais pour la prolongation d'ordonnance. En effet, les assureurs de personnes
sont favorables à ce que les pharmaciens, tout comme d'autres professionnels de
la santé, puissent jouer un rôle accru dans le système de santé.
Nous estimons cependant qu'il est
important de faire preuve de prudence afin de s'assurer que l'élargissement des
actes de pharmaciens n'exerce pas de pression financière sur le régime général
d'assurance médicaments. À titre de <rappel...
M. Fillion (Guillaume) :
...n'exerce
pas de pression financière sur le régime général d'assurance médicaments. À
titre de >rappel, plus de la moitié des Québécois sont couverts par le
régime général d'assurance médicaments en vertu de leurs assurances collectives
privées. Contrairement à certaines activités qui sont couvertes par l'État dans
le cadre de la Loi sur l'assurance maladie, d'autres activités visées par
l'élargissement des actes des pharmaciens, comme la prolongation d'une
ordonnance, sont actuellement couvertes par le biais du régime général
d'assurance médicaments.
Concrètement, cela veut dire que les coûts
liés à la prolongation d'une ordonnance, par exemple, sont en partie absorbés
par les Québécois qui bénéficient d'un régime d'assurance collective. On peut
d'ailleurs supposer que le volume lié à cet acte pourrait augmenter de façon
importante, étant donné que sa portée sera élargie. Ainsi, comme les régimes
d'avantages sociaux sont entièrement payés par les personnes assurées et par
les preneurs de régime, qui sont des employeurs ou les syndicats dans le cadre
des services publics, il est crucial de contrôler leur coût afin qu'ils demeurent
pérennes. Concernant l'actuel projet de loi, l'analyse d'impact réglementaire
indique un coût annuel récurrent de 2 millions de dollars pour les
régimes privés.
Mme Duhaime (Lyne) : Par
ailleurs, le projet de loi n° 67 nous donne l'occasion de réitérer les
préoccupations des assureurs et de leurs clients, soit les employeurs et les
syndicats, envers l'enjeu plus global entourant le coût des médicaments. Les
honoraires des pharmaciens représentent l'un des éléments qui contribuent à
l'augmentation des coûts des médicaments pour les Québécois couverts par un
régime privé d'assurance médicaments. En effet, les honoraires des pharmaciens
facturés aux Québécois couverts par un régime privé sont, de manière générale,
près du double de ceux facturés aux Québécois couverts par le régime public
pour exactement le même médicament et le même service. L'écart entre les volets
public et privé du régime général d'assurance médicaments se chiffre à plus de
650 millions de dollars par année. Cet écart est entièrement financé
par les employeurs et les employés.
• (14 h 50) •
Cette situation s'explique par le fait que
les pharmaciens sont libres de fixer les honoraires qu'ils désirent pour les
Québécois assurés au privé, alors qu'ils sont réglementés pour le volet public
du régime général d'assurance médicaments. Nous proposons donc au gouvernement
d'encadrer les honoraires des pharmaciens pour les Québécois couverts par un
régime privé d'assurance.
En terminant, nous souhaitons réitérer que
l'ACCAP accueille favorablement l'élargissement des pouvoirs accordés aux
pharmaciens et nous sommes favorables à une plus grande collaboration entre les
différentes professions du domaine de la santé et des services sociaux. Nous
voulons toutefois nous assurer que les modifications reliées au Code des
professions s'accompagnent d'un bon... bon encadrement et que l'on minimise la
hausse des coûts pour les Québécois qui sont couverts par un régime d'assurance
privé. Nous vous remercions et nous sommes prêts à répondre à vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup pour votre
exposé. Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Merci. Merci
beaucoup pour votre contribution. De toute façon, moi, j'ai... tous ceux qui
veulent bien contribuer et discuter d'un projet de loi, je trouve qu'ils sont
les bienvenus. Alors, merci de votre présence.
J'avoue que j'ai un peu de difficultés à
trouver quelques questions à vous... un, premièrement, votre mémoire était très
clair, donc, et on voit l'angle, là. Mais j'essaie de voir un peu quelles sont
vos recommandations de façon précise, outre des avertissements ou des... je
dirais, des drapeaux rouges ou des drapeaux jaunes que vous agitez. J'essaie de
voir quelles sont vos recommandations.
Je crois comprendre et entendre que, dans
le fond, ce que vous nous dites, avec plus de services, ce qui est une bonne
chose, va venir probablement un élargissement des couvertures, et avec un
élargissement des couvertures, faites attention, vos primes vont augmenter.
Est-ce que je simplifie votre message ou c'est un peu... c'est ce que je
comprends, entre autres, là, mais il y aura d'autres aspects, là, c'est ce que
je comprends.
Mme Duhaime (Lyne) : Oui. Oui,
bien, en fait, il y a... le message, si on revient aux... Parce que, finalement,
on vise beaucoup les psychologues et infirmières et au niveau des diagnostics
et les actes des pharmaciens. Si on revient aux actes des pharmaciens, nous, on
supporte l'élargissement des actes des pharmaciens, donc on pense qu'ils
pourraient contribuer beaucoup plus dans le domaine de la santé au Québec.
Donc, on est toujours favorables à ce qu'ils aient plus de pouvoirs.
Ceci étant dit, c'est de savoir qui paie
pour les actes des pharmaciens. Donc, il y avait eu le projet loi n° 31, il y a quelques années, où on
a accordé des pouvoirs additionnels aux pharmaciens. Et, dans certains cas, si
c'est, par exemple, la prescription, une prescription, bien, à ce moment-là,
c'était payé par le régime général d'assurance maladie. Par contre, pour certains
autres actes, c'est payé par le régime général d'assurance médicaments. Le
régime d'assurance médicaments, bien, c'est distinct du régime général
d'assurance maladie, il y a un volet public, il y a un volet privé. Donc, à ce
moment-là, c'est que finalement il y a un... il y a un transfert de payeur,
c'est-à-dire le payeur n'est plus le gouvernement mais, pour le volet privé, se
trouve à être le régime d'assurance collective. Donc, c'est un drapeau jaune,
hein, je suis d'accord, j'utilise la même expression que vous, ce n'est pas un
drapeau rouge. On ne demande pas de faire des changements, on dit : Il
faudrait l'évaluer. C'est une tangente qui est la bonne, mais après ça c'est de
savoir qui va payer pour ça.
Pour ce qui est du projet loi n° 31, les <chiffres...
Mme Duhaime (Lyne) :
...mais
après ça c'est de savoir qui va payer pour ça.
Pour ce qui est du projet loi no 31,
les >chiffres démontrent que l'impact a été minime. Tu sais, on a payé
3,5 milliards de médicaments, l'an passé, là, juste pour le volet privé du
régime d'assurance médicaments, donc vous comprenez que les sommes sont
énormes. Donc, ça s'est dilué dans ces sommes-là, mais plus on va donner de
pouvoirs aux pharmaciens, plus on va devoir se poser la question. Mais, si...
si, auparavant, ce même service était offert par un médecin, c'est un service
assuré, donc payé à même les fonds généraux, à ce moment-là, bien, qui... qui va...
si c'est le... si, finalement, c'est dans le régime général d'assurance
médicaments, bien, le payeur n'est pas le même. Donc, c'est comme un drapeau
orange, puis je suis d'accord avec vous, là, il n'y a pas de... il n'y a pas de
drapeau rouge, on ne demande pas de modification à la loi, là.
Mme LeBel : ...je voulais
juste être sûre qu'on se comprenne bien pour être... pour être capable d'aller
jusqu'au bout de votre argumentaire, donc, parce que j'ai bien compris les
préoccupations que vous soulevez et les angles à évaluer, je vais le dire comme
ça, dans le futur, qui vont découler, probablement... qui vont découler de
l'adoption du projet de loi, le cas échéant. C'était pour bien comprendre.
Donc, je comprends bien.
Maintenant, je vais venir au pouvoir de
diagnostic, maintenant, ou à la capacité de diagnostic qu'on donne à certains
professionnels en santé mentale, le sexologue, conseiller en orientation, on a
vu les psychologues également, les orthophonistes, c'était... Puis je vais
peut-être en profiter pour vous interpeler sur une... sur une portion de ce qui
a été dit, qui peut-être concerne plus vos membres, les assureurs... les
assureurs. On parle d'un acte, finalement, qui est le même, là.
Pratico-pratique, le psychologue qui faisait une évaluation qui avait... de la
nature d'un diagnostic, qui va maintenant s'appeler diagnostic, nous disait
qu'il y a tout un dédale administratif, par la suite, qui doit se faire... qui
doit se clarifier et que, dans les faits, bon, le médecin qui a... qui est...
qui est, jusqu'à présent, reconnu comme étant le gardien presque exclusif du
diagnostic, là... ça change depuis quelques années, là, mais presque exclusif
du diagnostic, c'est normal que, dans les formulaires administratifs et même
pour les assurances, on parle de papier du médecin ou diagnostic signé par un
médecin.
J'imagine que, compte tenu que vous êtes
favorables à ce pouvoir de diagnostic là, vous allez faire en sorte que vos
assurances et vos assureurs fassent de l'ordre et viennent inclure que le
diagnostic, finalement, ce n'est pas nécessairement un diagnostic par un
médecin, mais plutôt un diagnostic en santé mentale, qui pourrait être reconnu,
peu importe la personne qui a la capacité de le... de le signer. Dans le fond,
moi aussi, c'est un drapeau jaune, disons-le.
Mme Duhaime (Lyne) : Oui,
c'est bien dit, parce que... bien, évidemment, je ne peux pas parler au nom de
tous les assureurs... bien, je vais parler en leur nom, mais, sur cette
question-là, je ne peux pas prendre d'engagement en leur nom. Puis aussi, vous
savez, les assureurs travaillent avec les preneurs de régime, donc les
syndicats, les employeurs. Donc, je ne peux pas dire : Tout le monde,
maintenant vous allez accepter les diagnostics des infirmières ou des
psychologues.
Et puis nous, on est beaucoup investis
dans le projet de loi n° 68 pour diminuer la charge
des médecins. Donc, tu sais, c'est une grande période de changement, mais,
clairement, il y a des nouvelles orientations qui se prennent de reconnaître
les professionnels de la santé à leur pleine valeur, comme dans le projet de
loi n° 68. Maintenant, bon, on ne pourra pas exiger
qu'un médecin réfère une personne vers un physiothérapeute pour couvrir les
frais de physiothérapie, puisqu'on reconnaît que le physiothérapeute est à même
de décider si le soin est nécessaire. Donc, vous savez, il y a comme... on est
dans tout ce processus-là. Puis je pense que, suite au projet de loi n° 67, bien, ça aura certains impacts, là, définitivement.
Mme LeBel : Bien, parfait.
Bien, merci. Merci de votre contribution. Merci. Je n'ai pas d'autre question.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de La Pinière, s'il vous plaît.
Mme Caron : Merci beaucoup,
M. le Président. Alors, merci à vous deux pour votre présentation. Je vais
revenir sur le même point, à propos des coûts que vous nous dites, de... votre
conseil de prudence, pour m'assurer que je comprends bien ce que... ce que vous
voulez dire. Par exemple, quand une personne va consulter son médecin, que le
médecin fait... prépare une ordonnance, que la personne va à la pharmacie pour
faire remplir cette ordonnance-là, il y a des honoraires minimes du pharmacien,
plus le coût du médicament. Il n'y a pas d'honoraires du médecin pour faire
l'ordonnance qui sera payée par l'assureur ou... si assureur il y a. Alors, dans
ce cas-ci, les coûts se limitent à les... aux honoraires du pharmacien pour
remplir l'ordonnance et le coût du médicament.
Et, dans le cas que... sur lequel vous
nous... vous nous alertez, c'est que, si la personne n'a pas de médecin ou n'a
pas besoin d'aller voir son médecin et va voir le pharmacien pour obtenir une
ordonnance, à ce moment-là il y a des honoraires du pharmacien ou il y aurait
des honoraires du pharmacien pour prescrire et ensuite pour remplir
l'ordonnance, et ensuite le coût du médicament. Ce qui fait que la réclamation,
par exemple, la demande de remboursement qui arriverait à l'assureur serait...
serait plus élevée que si le patient était allé voir son médecin. Est-ce que
c'est bien ça, la situation que... sur <laquelle...
Mme Caron :
...élevée
que si le patient était allé voir son médecin. Est-ce que c'est bien ça, la
situation que... sur >laquelle vous nous mettez en garde?
Mme Duhaime (Lyne) : Je
vais... Oui. Bon, en fait, premièrement, l'honoraire du pharmacien, il n'est
pas minime, hein? Vous savez, l'honoraire du pharmacien peut être très
important, mais ça, c'est... ça pourra faire l'objet d'une autre discussion. Eh
oui, tout à fait. Donc, dans certaines circonstances, selon les amendements qui
ont déjà été apportés, là, donc par le projet de loi n° 31,
bon, il y a certaines situations qui sont couvertes par le régime d'assurance
maladie. Donc, finalement, si le pharmacien prescrit un médicament, donc prépare
l'ordonnance, c'est finalement payé à travers la Régie de l'assurance maladie.
Mais... pour des renouvellements, par exemple, à ce moment-là, bien, c'est payé
soit par la personne, le... c'est payé par le patient ou par le régime
d'assurance collective, donc, parce que ça... on a ajouté ces actes-là à la Loi
sur l'assurance médicaments. Donc, à partir de ce moment-là, ça rentre...
rentre dans le régime général. Et nous, les assureurs, tentons de contrôler les
coûts des... du régime d'assurance médicaments, puisque ça représente une
partie importante des coûts d'un régime d'assurance collective.
Donc, on fait juste lever le drapeau,
disant : Bien, lorsqu'on donne les pouvoirs aux pharmaciens et que ces
pouvoirs entrent dans les actes sous la Loi sur l'assurance médicaments, à ce
moment-là, il y a changement de payeur. Ce n'est plus, finalement, payé à
travers le régime d'assurance maladie, mais bien à travers les régimes
d'assurance collective, lorsque les gens ont une couverture privée, ce qui est
60 % des Québécois.
Mme Caron : D'accord. Alors,
c'est là-dessus que vous nous demandez d'être prudents.
Mme Duhaime (Lyne) : Oui,
tout à fait.
Mme Caron : C'est ça,
d'accord. Parfait. Parfait. Je n'aurai pas d'autre question. Je ne sais pas si
vous voulez ajouter quelque chose. Merci.
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Bien, merci beaucoup. Merci
beaucoup. Vous avez donné à la commission un volet différent, c'est très
apprécié.
Alors, sur ce, je suspends les travaux
pour quelques instants. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 15 heures)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 05
)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, c'est avec grand plaisir que nous
accueillons les représentantes et représentants de l'Association des dentistes
propriétaires. Merci beaucoup d'être avec nous après-midi. Alors, on finit — je
fais une blague plate, là, je le sais — avec le sourire. OK, elle est
facile, désolé, c'est jeudi après-midi. Alors, merci beaucoup d'être ici.
Alors, je vous invite d'abord à vous présenter et commencer votre exposé, puis,
après ça, on aura un échange avec les membres de la commission. Merci beaucoup
d'être ici.
Dentistes propriétaires
du Québec (DPQ)
Mme Setlakwe (Nancy) : OK.
Donc, je me présente, je suis Dre Nancy Setlakwe et je suis la présidente
des Dentistes propriétaires du Québec. Est-ce que vous voulez que je vous les...
je vous les présente? OK, bien, Dr Mario Gendron, notre vice-président, Pierre
Milette, qui est notre VP relations gouvernementales et un des membres
fondateurs de DPQ, et Dre Catherine Lessard, directrice générale et membre
fondateur de DPQ. Donc, je voudrais commencer par vous remercier, M. le
Président et l'ensemble des élus, pour cette invitation.
DPQ a été fondé en avril 2020. Au début, c'était
pour apporter un soutien aux dentistes propriétaires québécois dans un contexte
de COVID-19. On est un endroit d'échange, de discussion, mais surtout de
recherche de solutions, en plaçant le dentiste propriétaire au cœur de notre
démarche. Il est toutefois devenu évident, au terme de la pandémie, qu'un vaste
chantier s'ouvrait et que nous devions vraiment renouveler le modèle d'affaires
des cliniques dentaires au Québec dans un contexte du XXIe siècle. Le projet
de loi n° 67, pour nous, apporte des modifications intéressantes.
DPQ vise à offrir un soutien structuré,
des ressources pertinentes et des conseils adaptés aux dentistes propriétaires,
qui doivent faire face à des défis entrepreneuriaux et d'autres qui relèvent du
domaine de la santé. La création de DPQ s'est donc fondée sur le besoin d'une
voix distincte et forte pour représenter les intérêts des propriétaires des
cliniques dentaires, des propriétaires qui sont et qui doivent être des
dentistes, nous y reviendrons plus tard. Ces derniers sont confrontés à des
réalités multiples, qui vont bien au-delà de la simple pratique de la
dentisterie. Ils doivent non seulement s'assurer de la qualité des soins
offerts, également gérer les aspects financiers, humains, légaux, tout en
faisant face aux exigences réglementaires complexes de la profession.
Le mandat principal de DPQ est d'accompagner
et de soutenir les dentistes propriétaires à travers divers services,
ressources et programmes. L'association se concentre sur plusieurs axes stratégiques
pour accomplir cette mission. DPQ se positionne comme un interlocuteur de
premier plan auprès des décideurs publics et des instances gouvernementales en
ce qui concerne les enjeux touchant les cliniques dentaires. L'association
intervient notamment dans les débats sur les politiques de santé, les
règlements entourant la profession ainsi que les aspects économiques et fiscaux
qui affectent les dentistes propriétaires. L'objectif est de faire en sorte que
les voix de ces derniers soient entendues et que leurs réalités soient prises
en considération chez les décideurs.
En plus de la gestion quotidienne de leur
clinique, les dentistes <propriétaires...
Mme Setlakwe (Nancy) :
...considération
chez les décideurs.
En plus de la gestion quotidienne de
leur clinique, les dentistes >propriétaires doivent s'assurer que leurs
équipes demeurent à la fine pointe des connaissances et des techniques en
matière de dentisterie. DPQ offre ainsi à ses membres des formations spécialisées
axées sur la gestion des cabinets, le leadership ainsi que la gestion des
ressources humaines et financières.
La gestion d'une clinique dentaire
comporte de nombreux défis administratifs et juridiques. DPQ propose à ses
membres des conseils pour gérer les contrats, les normes de conformité, les
questions fiscales et d'autres enjeux légaux. En collaborant avec des experts
du domaine, l'association fournit des informations à jour, qui permettent aux
propriétaires de prendre des décisions éclairées. DPQ encourage l'esprit
entrepreneurial chez les dentistes en leur offrant des outils et des ressources
afin de les aider à améliorer l'efficacité et la rentabilité de leurs cliniques.
DPQ contribue aussi au développement d'un secteur de la santé important, qui
est la médecine dentaire.
L'association organise régulièrement, par
le travail en grande partie assumé par ma collègue Dre Catherine Lessard,
des événements et des conférences pour favoriser les échanges entre dentistes
propriétaires. Ce sentiment de communauté est essentiel pour rompre l'isolement
que peuvent parfois ressentir les propriétaires de cliniques, tout en
renforçant la cohésion de la profession.
Pour ce qui est de notre position face au
projet de loi n° 67, je vais laisser la parole à mon collègue
M. Pierre Milette.
M. Milette (Pierre) : Merci,
Dre Setlakwe. Merci de nous... de nous inviter. Comme l'a spécifié Dre
Setlakwe, nous avons fondé Dentistes propriétaires du Québec afin d'apporter un
soutien aux dentistes propriétaires québécois dans le contexte de la pandémie.
Il faut reconnaître que la santé dentaire et, par le fait même, l'état des
cliniques dentaires n'ont jamais été d'une grande préoccupation ces dernières
décennies au Québec. Les gouvernements successifs et l'administration publique
n'ont jamais porté une grande attention à cet important secteur de la santé des
Québécois, et c'est loin d'être la faute des décideurs qui se sont succédé,
mais de l'ensemble du domaine de la santé dentaire.
Pour faire image, la dentisterie a l'air
d'exister au gouvernement uniquement lors des négociations sur les tarifs de la
RAMQ. Depuis plus de 50 ans, le gouvernement du Québec a dessiné, par des
législations et des réglementations successives, le contour des soins dentaires
sans jamais vraiment reconnaître à sa juste valeur, pour la santé, l'apport des
dentistes et des propriétaires des cliniques dentaires. Le Québec avait besoin
d'une vision renouvelée de l'accessibilité aux soins dentaires. Depuis
l'arrivée de DPQ et, je l'avoue, d'une équipe de fonctionnaires, maintenant, au
ministère de la Santé, on sent une nouvelle vision qui, nous le souhaitons,
provoquera des changements qui renforceront la place de la dentisterie dans le
bouquet des soins de santé.
• (15 h 10) •
On ne soupçonne pas toute la différence et
les disparités que peuvent avoir les cliniques dentaires dans les différentes
régions du Québec. Le livre blanc, que vous avez devant vous, sur les cliniques
dentaires est né dans ce contexte de questionnement, de pénurie de
main-d'œuvre, de délais de traitement de soins, de manque de relève dans la
propriété des cliniques. L'arrivée, aussi, de joueurs corporatifs à l'éthique
douteuse a aussi provoqué ce vaste chantier. Ce livre blanc n'est surtout pas
une finalité, c'est une étape dans la réflexion sérieuse que nous avons, mais
surtout sur l'avenir de l'accès aux soins dentaires de qualité pour tous les
Québécois, et ce, partout sur le territoire.
Le gouvernement a besoin des cliniques
dentaires privées, et celles-ci ont besoin du gouvernement. Les Québécois ont
besoin que les deux instances travaillent ensemble. La population a besoin
d'avoir accès à des soins dentaires de qualité, à proximité, dans des délais
raisonnables. Le personnel des cliniques dentaires a besoin d'un coup de main
de la part du gouvernement et de leur association de dentistes.
Naturellement, en terminant, nous comprenons
que nous ne sommes pas directement visés par le projet de loi n° 67,
sauf sur quelques articles, on pourra y revenir. Nous y voyons, en fait, un
lien avec le livre blanc. Par exemple, le projet de loi propose des
modifications visant à offrir une plus grande flexibilité aux ordres
professionnels. On pourra en reparler dans les prochaines minutes, pendant nos
échanges. On comprend aussi que le projet de loi permettra, s'il est adopté,
d'aider les médecins sur la charge de la détection de la santé mentale.
Il faudrait prévoir rapidement un nouveau
projet de loi pour aider en santé physique. Nous pouvons, là, être d'une grande
aide. Aidez-nous à vous aider à relever les défis du réseau de la santé. Ces
centaines de cliniques privées, ces centaines de salles de chirurgie partout au
Québec, opérées par des professionnels de la santé, peuvent être une grande
piste de solution aux défis du réseau de la santé québécois. Continuez à donner
à notre ordre professionnel les coudées franches, et nous pourrons faire, avec
l'ordre et les propriétaires de ce grand réseau, de grandes choses pour les
Québécois.
Ici, j'ai encore deux petites minutes pour
vous expliquer un peu le contexte des cliniques et des soins dentaires avec ses
relations avec le gouvernement du Québec, qui ne datent pas d'hier, puis du
gouvernement <présent...
M. Milette (Pierre) :
...avec
ses relations avec le gouvernement du Québec, qui ne datent pas d'hier, puis du
gouvernement >présent, puis l'autre précédent, et tout ça.
Quand il y a eu la commission
parlementaire sur la RAMQ, donc dans les années... fin 1969, 1969-1970,
qui a mis en place la RAMQ, deux exemples, il y a eu une grande... une grande
discussion sur les pharmacies, et qu'il fallait faire dans la Loi sur la RAMQ,
mais dans la loi sur les pharmaciens, que les pharmacies soient la propriété de
pharmaciens membres de l'Ordre des pharmaciens. Pourquoi? Et le ministre de l'époque,
M. Castonguay, répond à l'opposition en disant : Il faut se protéger
des grandes corporations américaines, qui pourraient acheter nos pharmacies. Jamais
il n'a été question de ça pour les dentistes. Aujourd'hui, n'importe qui peut
être propriétaire d'une clinique dentaire, ce n'est pas réservé aux dentistes membres
de l'ordre.
Deuxièmement, autre exemple sur les... la
place de la dentisterie et du gouvernement à cette même commission
parlementaire là, et c'est là que, là, toute la mentalité doit changer... on
n'en est plus là, une chance, mais ça a existé, puis c'est encore, dans la tête
de certains... encore existant, à cette même commission parlementaire là, il y
a quelqu'un qui dit : Oui, mais on ne parle pas beaucoup des dentistes, et
tout ça, qu'on appelait à l'époque l'art dentaire, et non pas de soins dentaires,
on était dans l'art dentaire, et il y a un député... et là la commission
parlementaire uniquement composée de membres masculins, habillés en noir et en
chemise blanche, dit...
Des voix : ...
M. Milette (Pierre) : Oui.
Je m'excuse, M. le Président! Il y a quelqu'un qui parle des cliniques
dentaires puis qui dit : Ah! bien là, l'art dentaire, et tout ça... Et là
il y une petite anecdote entre élus, où il y a un élu qui dit : Ah! petite
anecdote, M. le Président... M. le ministre, juste vous dire que ma fille s'est
mariée cet été, et, comme cadeau de mariage, je lui ai tout fait arracher les
dents puis je lui ai payé un beau dentier. C'était ça que les élus québécois
pensaient des soins dentaires quand on a fait la Loi sur la RAMQ. On n'en est
plus là, je vous l'accorde, mais ça... mais on doit complètement aller
ailleurs.
Alors, bien heureux d'être là, bien
heureux de discuter du projet de loi, mais aussi de la situation et de l'avenir
des cliniques dentaires au Québec. Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Bachand) :Merci infiniment.
Donc, l'homme habillé en noir et chemise blanche va passer la parole à la
ministre de la Santé. Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : De la Santé,
oui?
Le Président (M. Bachand) :De la Santé... Là, je reviens à la commission des années...
en 1969, là. C'est ça, c'est ça, là.
Mme LeBel : Oui, c'est
ça. Mais...
Le Président
(M. Bachand) :Oui. Y a-tu un
remaniement qui s'en vient? Non?
Mme LeBel : Non.
Le Président
(M. Bachand) :Alors, Mme la
ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : En tout cas,
je ne suis pas au courant. Je pourrais vous parler, M. le Président, de
l'époque où même les avocates avaient du mal à se faire appeler «maître» devant
les tribunaux, mais on n'en est pas là.
Donc, merci pour la présentation de ce
livre blanc, dans les grandes lignes, et le document que vous nous avez fait
parvenir. Mais je vais vous avouer qu'étant très pragmatique et
pratico-pratique... Parce qu'on n'est plus à l'art dentaire, mais aux soins
dentaires. Vous avez mentionné que quelques articles vous concernent dans le
projet de loi, et j'aurais voulu savoir lesquels et quels sont vos commentaires
par rapport à ces articles. Ils peuvent être positifs, naturellement, là, je
vous incite même à être positifs, mais... je vous invite, mais je vais vous
dire que, pour les fins de nos travaux, je serais fort intéressée et j'aurais
aimé entendre, dans votre présentation, votre position sur ces articles-là.
M. Milette (Pierre) : Oui,
M. le Président. Oui, bien, je vais amener, entre autres, à un article 6,
qui va vous amener dans le livre blanc, je fais le lien, donc, l'article 6
du projet de loi, quand... si on le comprend bien, donc, qui amènerait des...
dans certaines conditions particulières d'urgence, et tout ça, qui pourrait
amener une certaine souplesse à accorder des permis temporaires, bon, on
s'entend, pas sur quelqu'un qui n'a pas les compétences, là, mais donc de
permis spéciaux... d'un permis spécial dans une situation d'urgence.
Si je vous amène à la page 14 du
livre blanc, sans tomber dans trop de chiffres, et tout ça, il y a une... il y
a une difficulté, présentement, dans les cliniques dentaires, c'est de répondre
aux besoins de la population, surtout dans les régions. Enfin, hors grands
centres de Montréal, Québec, toutes les autres régions du Québec sont impactées
par un... par des listes d'attente qui sont énormes. Les cliniques dentaires...
et là vous pourrez avoir des chiffres, là, qui sont dans le livre blanc, là,
mais les... il n'y a pas assez d'équipes dentaires dans l'ensemble du Québec. Mais
on ne dit pas qu'il n'y a pas assez de dentistes, et on ne dit pas qu'il n'y a
pas assez d'hygiénistes, et on ne dit pas qu'il n'y a pas assez... On pense
qu'il y a assez de personnel. Il pourrait y en avoir plus. Plus il y en a, plus...
mieux c'est. Mais c'est la répartition au Québec qui n'est pas bonne et il y a
des trous de services, des gens qui sont sur des listes d'attente, dans les
cliniques dentaires, juste pour voir l'hygiène, pendant des six mois, huit
mois, même un an. C'est très long, à cause de la pénurie de main-d'oeuvre dans
ces coins-là, à cause de la pénurie d'équipes dentaires.
Dans cet exemple-là, là, l'article 6,
on le comprend bien, ou, si c'était ça vers... si ce n'est pas vers ça, bien,
on va vous amener à y <aller...
M. Milette (Pierre) :
...on le comprend bien, ou, si c'était ça vers... si ce n'est
pas vers ça, bien, on va vous amener à y >aller, peut-être, à le
réfléchir dans ce sens-là. Mais je prends un exemple concret : de
permettre à l'Ordre des dentistes du Québec de... les étudiants qui sont en
médecine dentaire, après leur deuxième ou troisième année, là, je...
Une voix : Plus deuxième.
M. Milette (Pierre) : ...plus
deuxième année, sont capables de faire de l'hygiène dentaire. Donc, il y a une
grande pénurie d'hygiénistes en région. C'est par l'hygiène dentaire qu'est la
porte d'entrée des cliniques, c'est par là que se fait la prévention aussi, et donc
la détection de problèmes qui peuvent être plus graves plus tard, donc
occasionner plus de coûts, de frais, de temps, et tout ça. Donc, de permettre
aux étudiants... parce qu'on est dans une situation de ratio négatif, et là je
vous amène dans le livre blanc pour voir ce que ça veut dire, mais de pénurie
de main-d'oeuvre aussi, qu'on se dit : Ah! il y a une situation
particulière qui est vraiment marquée. On va permettre aux étudiants,
temporairement... temporaire peut être quelques années, ou le temps que ça dure,
de permettre, après leur deuxième année, l'été, admettons, d'aller faire de l'hygiène
dentaire dans les cliniques, ce qui fait qu'ils prennent de l'expérience, mais,
en plus, ça permet de faire avancer les listes. C'est l'exemple que je vous donne
sur l'article 6.
Et ce qui permettrait aussi, dans cet allègement-là,
de peut-être venir... ou, si ce n'est pas là, bien, de venir augmenter les
actes ou permettre à d'autres corps de métier, dans une clinique dentaire, de
faire des actes qu'ils ne peuvent pas, en ce moment... d'avoir cette
souplesse-là dans une situation de ratio. D'ailleurs, juste un petit mot,
apparemment que... bien, pas apparemment, mais le règlement sur les actes des
assistantes dentaires, qu'on aurait bien besoin, est dans les cartons depuis
des années et des années, et ce nouveau règlement là ne sort pas, là, ce serait
utile qu'il puisse sortir. Puis... ou, sur les actes, si vous voulez en
entendre parler, je peux donner au Dr Gendron un petit mot supplémentaire,
là.
• (15 h 20) •
M. Gendron (Mario) : En fait,
bien, je vais rebondir un petit peu sur ce que M. Milette a dit tout à l'heure,
il parlait de pénurie de main-d'oeuvre, il parlait de... entre autres, le
manque d'hygiénistes en région, mais je peux vous dire que c'est partout au
Québec. On a un problème au niveau des cursus collégiaux, on a un problème de
répartition aussi des hygiénistes dentaires à travers le Québec. Donc, c'est un
problème qui est criant.
Mais, si je vais plus au niveau de... pour
améliorer l'accessibilité aux soins buccodentaires, parce que, dans le fond, c'est
l'ultime... le but ultime, on veut permettre au personnel dentaire spécialisé,
entre autres si on parle des assistants dentaires, de faire plus d'actes pour
décharger certaines responsabilités aux dentistes et aux hygiénistes dentaires,
qui permettrait de donner un meilleur service, mais une meilleure accessibilité
aux soins, parce que, si on est en pénurie dans un secteur donné, si on élargit
ce... les actes que certains autres membres de l'équipe peuvent faire, bien, ça
nous permet de dégager du temps pour des hygiénistes, qui peuvent faire des
choses qu'eux seuls peuvent faire. Et c'est la même chose pour les dentistes. Et
puis sachez que, dans les écoles d'hygiène et d'assistante dentaire, ils
apprennent des choses qu'ils ne peuvent même pas appliquer en clinique parce
que, pour diverses raisons réglementaires, ils ne peuvent pas... ils ne peuvent
pas appliquer ce qu'ils ont appris. Donc, il y a du travail à faire de ce
côté-là.
Et l'autre chose, c'est qu'on remarque qu'il
y a un problème d'attractivité de la profession d'hygiéniste dentaire, entre
autres, et, si on arrive à donner... d'élargir leur champ d'expertise et leur
champ de compétence, bien, ça va nous permettre d'attirer des nouvelles... des
nouveaux candidats ou des nouvelles candidates pour travailler au sein des
équipes dentaires et ainsi réduire la pénurie qu'on a et en région et dans les
grands centres aussi. Et puis, évidemment, sachez que les cursus, déjà, sont
prêts à s'adapter. Donc, il s'agit d'avoir une volonté puis de changer
certaines règles, au niveau, par exemple, des ordres professionnels, pour
arriver à ce que ça se réalise.
Le Président (M.
Bachand) :...
Mme LeBel : Oui. Bien, merci
pour cet apport, dans le fond, ce qui me surprend un peu, par contre, parce que
c'est un peu l'inverse de ce qu'on a entendu depuis hier. C'est-à-dire qu'on a
été mis en garde contre le fait d'utiliser la situation d'urgence qu'on se
propose d'introduire dans le Code des professions comme étant une façon de
pallier à une pénurie de main-d'œuvre. Je pense qu'il y a d'autres <façons...
Mme LeBel :
...des professions comme étant une façon de pallier à une
pénurie de main-d'œuvre. Je pense qu'il y a d'autres >façons de
pallier à une pénurie de main-d'œuvre. Mais je comprends que, dans la situation
que vous nous décrivez, vous nous dites : Bien, il y a peut-être des
situations de pénurie de main-d'oeuvre qui peuvent créer une situation d'urgence,
où c'est un peu l'oeuf et la poule, là, et c'était simplement pour traduire vos
propos. Donc, je pense qu'il y a quelque chose à réfléchir, là, sur la façon de
le faire, puis c'est peut-être de laisser beaucoup de place aux ordres
professionnels.
Je reviens aux hygiénistes. J'ai eu... j'ai
eu le bonheur... M. le Président, on a eu le bonheur de faire, dans la première
législature, un projet de loi sur le buccodentaire, un monde fascinant. Je suis
encore un peu traumatisée par les implants transvissés, mais on va... on va y
revenir. Mais je pense qu'il y a encore du travail à faire dans le domaine du
buccodentaire, mais je pense que les quatre ordres professionnels qui sont
concernés, c'est-à-dire l'ordre des dentistes, des hygiénistes, des
denturologistes et des techniciens en prothèses, bon, etc., sont en train d'y
travailler. Et je dois vous dire que, puis ce n'est pas à vous que je le dis,
mais peut-être que vous pourrez passer le message à votre ordre, il y a encore
des guides de pratique et des travaux que les ordres professionnels doivent
accomplir qui découlent du projet de loi qu'on a adopté, M. le Président, à l'époque
où on a fait ces belles discussions là. Donc, je pense qu'avant de passer à la
prochaine étape il faudrait commencer par régler la première, mais ça, c'est
mon minilivre blanc à moi.
Mais disons que je... quand on parle d'accès,
de plus d'autonomie, potentiellement, potentiellement, aux hygiénistes, dans
le... naturellement, dans le respect des compétences et de la formation de
chacun, là, c'est toujours important... Je suis moi-même membre d'un ordre
professionnel, je comprends très bien l'enjeu. Mais je pense que c'est bien
noté. Et j'ai vu, là... On va prendre avec... on va prendre connaissance de la
liste des actes que vous nous proposez d'attribuer aux assistantes, aux
hygiénistes, etc. Naturellement, ce ne sera pas dans le cadre du projet de loi n° 67, hein? On recherche un consensus, alors je n'irai pas
unilatéralement attribuer ou redistribuer des actes. Mais on en prend bonne
note. Merci, merci de votre apport.
Le Président (M.
Bachand) :Je ne sais pas si vous voulez commenter?
Oui, allez-y, M. Milette, oui.
M. Milette (Pierre) : Un
petit commentaire. Peut-être qu'on est... on est les seuls que vous... On n'a
pas trop critiqué l'article 6 peut-être parce que vous avez commencé en
nous disant d'être positifs avec votre projet de loi. Mais, outre ça... Non,
mais on y voit, nous, avec ce qui est dans le livre blanc... on y a vu un lien,
on y a vu un lien.
Après ça, quand vous disiez : J'ai de
la... à voir le lien que vous avez avec le projet de loi n° 67
au complet, dans notre intervention de départ aussi, c'était de dire :
Bien, oui, on s'est inscrits là, puis on a été invités, puis on est très
heureux, ça nous permet d'en discuter, ça permet de faire connaître le livre
blanc, mais il en faudrait un semblable pour les soins physiques, où, là, on
est plus... on va être... on va revenir, parce qu'on va être carrément plus
dans notre domaine.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député d'Acadie,
s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Bonjour, bon après-midi. Merci pour votre mémoire. On en avait reçu
une première version, vous venez d'en distribuer une nouvelle. Merci également
pour vos réflexions. Pour continuer avec une question que vous a posée Mme la
ministre, si on revient au projet de loi n° 67 plus
spécifiquement, vous avez dit qu'il y avait quelques articles qui vous
visaient. Vous en avez parlé d'un, le permis en situation d'urgence. Donc, je
comprends que... si j'ai bien compris, là, si je fais erreur, corrigez-moi,
mais que le permis pourrait être utilisé parce que vous avez rattaché ça à une
pénurie, notamment, d'hygiénistes. Donc, ça pourrait, dans certains cas, faire en
sorte que la situation d'urgence pourrait être invoquée pour décloisonner ou
pour permettre certains exercices ou actes par certains professionnels, s'il y
a une pénurie de main-d'œuvre, par exemple?
M. Milette (Pierre) : Oui. En
fait, je... Enfin de compte, c'est... ça nous a amenés à cette réflexion-là,
parce que, dans le livre blanc, on dit qu'il faut être plus souples parce qu'il
faut répondre à des besoins, puis les listes d'attente sont énormes. Alors,
comment on peut répondre à des besoins? Il ne faut pas amener des
professionnels qui n'ont rien à voir à poser des gestes, là, ce n'était pas ça,
le... ce n'était pas ça, le but.
Mais je vais revenir à mon exemple. Donc, les
étudiants en médecine dentaire, après leur deuxième année, ils sont capables de
faire de l'hygiène, et il pourrait être très utile de leur permettre, parce qu'il
y a... on a établi qu'il y a une situation d'urgence, à cause des listes d'attente,
à cause de la pénurie de main-d'œuvre, de leur permettre de venir faire de l'hygiène
pendant l'été. Je vais laisser Dre Lessard en ajouter.
Mme Lessard (Catherine) : Ce
qui me vient... Bonjour, M. le Président. Il me vient une idée en tête quand on
<parle...
M. Milette (Pierre) :
...l'été. Je vais laisser Dre Lessard en ajouter.
Mme Lessard (Catherine) :
Ce qui me vient... Bonjour, M. le Président. Il me vient une idée en tête quand
on >parle de situation d'urgence. On a souvent, dans nos cliniques, des
patients qui sont en attente de chirurgie cardiaque, et donc le chirurgien
cardiaque fait une demande pour avoir une évaluation, et le patient doit
démontrer que sa bouche est en parfaite santé. Quand on arrive dans des
régions, par exemple en Gaspésie, où il y a des listes d'attente d'un à deux
ans avant de pouvoir voir un dentiste et que le patient est en attente de sa
chirurgie cardiaque, c'en est, des situations d'urgence où on a besoin d'avoir
plus d'effectifs. Oui, en région, c'est pire, comme M. Milette le disait, bien
qu'on le vit maintenant aussi dans les grands centres, là.
Mais le lien entre la santé buccodentaire
et la santé globale, il n'est plus à prouver, ça fait... ça fait maintenant
plusieurs, plusieurs années que c'est connu. Et donc, si la population n'a plus
accès à des soins de prévention et... que ce soient des plombages ou d'autres...
d'autres traitements, si la santé des Québécois se détériore, on va avoir une
situation d'urgence, ça, c'est sûr. Et c'est déjà amorcé. Dans plusieurs
régions, il y a des gens qui font des dizaines et des centaines de kilomètres
pour avoir un rendez-vous. J'ai des patients, moi, ici, à Québec, qui viennent
de Rivière-du-Loup, Matane, un peu partout, parce qu'ils n'ont pas accès aux
soins. C'est quand même... c'est quand même inquiétant, puis je pense que ça
rentre dans situation d'urgence, vraiment.
M. Morin : OK. Je vous... je
vous remercie. Bon, évidemment, on a entendu aussi des ordres professionnels
qui n'avaient pas tout à fait la même position que vous là-dessus, mais par
ailleurs, quand on lit le mémoire qui a été présenté au Conseil des ministres,
à la page 9, c'est un des éléments qui est invoqué en ce qui a trait à la
situation d'urgence. Donc, je comprends qu'à ce niveau-là vous vous... bien, en
fait, pas rejoignez, mais vous n'êtes pas totalement en désaccord avec ce qui a
été invoqué ou ce qui a été discuté au Conseil des ministres. Je vous remercie.
J'aimerais aussi avoir une précision... Parce
qu'à un moment donné vous avez parlé de pénurie puis de salles d'opération, si
j'ai bien compris, qui ne sont pas utilisées ou qui pourraient l'être
davantage. Pouvez-vous nous donner plus d'exemples, le nombre, les régions,
puis en quoi vous pourriez aider pour solutionner ce problème-là? À moins que
j'aie mal compris?
• (15 h 30) •
M. Milette (Pierre) : Non,
vous n'avez pas mal compris, c'est que j'ai fini mon introduction en disant :
On a... on sous-estime la force que peut avoir le réseau des cliniques
dentaires au Québec, qui est un réseau de cliniques privées, qui est... donc
qui est détenu par des entrepreneurs, on le souhaite, qui devrait être encadré
par une loi qui oblige que les propriétaires soit des dentistes membres de l'ordre.
C'est un autre débat. Mais ce qu'on disait, c'est que... dans l'optique qu'on
aimerait beaucoup qu'il y ait un projet de loi de ce type-là mais sur les soins
physiques, de penser que ce réseau-là de professionnels de la santé, qui sont
partout au Québec, qui ont des cliniques aseptisées, avec des... Une salle de
dentiste, c'est une salle de chirurgie, c'est un chirurgien dentaire. Donc, ils
peuvent être utilisés pour aider le système de santé. Donc, c'était juste pour
envoyer ce signal-là.
M. Morin : Merci. Bon, merci
pour... merci pour la précision. Maintenant, vous avez également souligné qu'il
y a des étudiants ou, en fait... et là je ne suis pas certain si c'est dans le
programme de soins dentaires à l'université ou si c'est dans le programme en
technique pour les hygiénistes, mais qu'au niveau de la compétence, de
l'apprentissage, ils apprennent une foule de choses mais qu'il y a certains
actes qu'ils ne peuvent pas mettre en pratique parce que ce n'est pas permis.
Puis j'aimerais ça que vous puissiez élaborer davantage là-dessus, puis
peut-être voir ce qui pourrait être fait pour qu'effectivement il y ait plus
d'actes qui soient posés pour aider la population.
Mme Lessard (Catherine) :
Pour avoir... bien, pour avoir fait mon cursus de dentiste, évidemment, mais
pour avoir enseigné aussi pendant 13 ans à l'Université Laval, ici, aux
futurs dentistes, je connais assez bien, là, la... comment ça se passe, et,
pour finir par avoir un diplôme de dentiste, ils apprennent évidemment tout ce
qui a trait à la médecine dentaire, mais ils apprennent aussi tout ce que fait
une assistante, tout ce que fait une hygiéniste, tout ce que fait un technicien
dentaire, tout ce que fait un denturologiste. Le dentiste, quand il gradue, il
a eu toute la formation que tous les autres ont eue.
Et donc, pour l'exemple des hygiénistes
dentaires, dès la fin de la première année, ils commencent déjà à faire des
stages en clinique, avec des patients, et où ils font ce qu'on appelle un
nettoyage, là, quand vous allez chez le dentiste, et donc ça se poursuit en
deuxième année, et, plus tard, ça va se transformer en nettoyage plus
spécialisé, sous les gencives, avec les chirurgies, et tout, et tout. Mais, à
la fin de la deuxième année, ils ont toute la formation équivalente à ce que
les hygiénistes ont eue, elles, lors de leurs trois années de technique au
cégep, ce qui fait qu'on a imaginé que l'Ordre des dentistes pourrait avoir le
droit de leur émettre un permis, qui est restrictif, d'exercice de l'hygiène
dentaire. À partir de ce moment-là, je ne pense pas qu'il y aurait beaucoup
d'étudiants qui travailleraient pendant leurs études, par contre, parce qu'ils
n'ont pas tant le <temps...
>
15 h 30 (version révisée)
< Lessard (Catherine) :
...qui
est restrictif d'exercice de l'hygiène dentaire. À partir de ce moment-là, je
ne pense pas qu'il y aurait beaucoup d'étudiants qui travailleraient pendant
leurs études, par contre, parce qu'ils n'ont pas tant le >temps, mais
les vacances, à l'université, sont quand même longues. J'en ai eu une, moi, cet
été, qui est venue, c'est une ancienne hygiéniste qui est infirmière, qui a
travaillé tout l'été chez nous, et ça a vraiment donné un bon coup de main.
Donc, on a imaginé qu'après la deuxième année, comme ils ont les compétences,
ces gens-là, pour avoir un permis... et ça leur permettrait de gagner leur vie
aussi pendant les études.
M. Morin : Donc, en fait, ce
qu'il faudrait, c'est que l'ordre leur émette un permis spécifique, restreint...
Mme Lessard (Catherine) : ...à
ces actes-là, oui.
M. Morin : OK, restreint à
ces actes-là.
Mme Lessard (Catherine) : Oui,
pour ne pas qu'ils se mettent à faire des choses qu'ils n'ont pas encore apprises,
ça, c'est sûr, là.
M. Morin : Non. Absolument, tout
à fait. Parfait. Merci. Dans le projet de loi comme tel, est-ce qu'il y a d'autres
éléments spécifiques qui, pour vous, pourraient être améliorés ou... et problématiques
ou pas, puis que vous voudriez porter à mon attention?
M. Milette (Pierre) : Je vais
revenir rapidement sur ce que j'ai... sur ce que je disais, on... puis je l'ai
dit dans mon ouverture, on le sait, que le projet de loi ne nous vise pas
directement puis on s'est comme un peu insérés, mais ce qu'on dit, c'est :
Ce projet de loi là, je répète, refait sur la santé physique aux... puis là je
vais prendre... je vais tourner les coins ronds, là, sur la santé physique
plutôt que la santé mentale. On aimerait qu'il soit là. Et là vous avez un
document, le gouvernement a un document dans les mains sur lequel on pourrait
élaborer sur d'autres projets de loi, dont la propriété, les actes, les... Nous
autres, on pourrait passer un mois ici, en commission, avec vous, sur tout...
comment régler le système.
Une voix : ...
M. Milette (Pierre) : Mais c'était...
c'est... Si je peux résumer sur... un peu sur le point, on n'est pas... on
n'est pas contre le projet de loi qui est là, on disait juste que, dans une
version physique, soyez assurés qu'on sera présents.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Maintenant, si on regarde le document que vous nous avez produit — je
vous en remercie — j'aurais quelques questions générales. La
première, c'est à la page 14, vous y avez fait allusion, les plans
régionaux d'effectifs dentaires, les PRED : Ça fonctionne? Il y en a
partout au Québec? C'est un enjeu? Vous suggérez fortement d'instaurer un
système non pas copié, mais instauré... inspiré du PREM. Bien, en fait, je ne suis
pas un spécialiste des acronymes, là, mais, si vous pouviez m'aider à démêler
tout ça, ça m'aiderait.
M. Milette (Pierre) : Je vais
essayer, puis des fois je me mêle moi-même, mais je vais essayer de vous en
sortir. En fin de compte, le PRED, là, le plan qu'on propose n'existe pas. On
dit que... Et le PREM, lui, il existe, là, c'est le plan d'effectifs
régionaux...
Mme LeBel : ...
M. Milette (Pierre) : Les
plans régionaux des effectifs médicaux. Merci, Mme la ministre. On dit que...
pas nécessairement qu'il soit du copier-coller du PREM, mais qu'on s'est
inspirés du PREM pour essayer d'envoyer les effectifs d'équipe de santé
dentaire dans les régions où il en manque. Il y a... il y a une... il y a un
grave problème de disparité.
Puis là, si je peux prendre quelques
minutes pour vous expliquer la situation, parce qu'elle est marquante, je vais
prendre une région, et je prends les exemples qui sont dans le livre blanc,
mais une... On a évalué qu'une équipe dentaire, ce qui veut dire dentiste,
hygiéniste, assistante, là, on a appelé ça, disons, une équipe dentaire, si...
ça devrait... c'est capable d'assurer, parrainer le service pour 2 153 citoyens
en dedans de 50 kilomètres. Ça, c'est l'idéal, ce serait la situation
idéale, tu sais. Si on avait une équipe dentaire par 2 153 citoyens
dans un rayon de 50 kilomètres, ça y va.
Je prends... je vais donner deux exemples,
le Bas-Saint-Laurent et la région de la Capitale-Nationale. Au Bas-Saint-Laurent,
avec une population de 200 000, grosso modo, on sait qu'il y a environ
61 % de la population qui vont chez le dentiste, on sait que la santé
publique voudrait que ça soit 100 %, mais on n'y arrive pas, 61 % de
la population va chez le dentiste. Si on ajoute les patients RAMQ, c'est à peu
près 70 % de la population qui va chez le dentiste. Si on prend, donc, les
70 % de la population du Bas-Saint-Laurent qui ont... qui vont chez le
dentiste, on n'a pas une équipe pour 2 153 citoyens, on a une équipe
pour 4 764 citoyens. Donc, on est plus que du double de la capacité
qu'une équipe peut accueillir. Donc, c'est là que vous voyez que les délais
vont augmenter énormément parce qu'il y a une demande beaucoup trop élevée pour
la capacité des équipes en place.
On évalue qu'une région comme le
Bas-Saint-Laurent a besoin d'avoir 85 équipes dentaires. Je ne dis pas «clinique»,
parce qu'il peut y avoir plus qu'une équipe par clinique, mais 85 équipes
dentaires sur le territoire du Bas-Saint-Laurent pour 200 000 personnes.
Il y en a présentement 42. Donc, il manque la moitié des effectifs pour
répondre aux besoins de la population.
Si j'y vais avec la Capitale-Nationale,
présentement, la Capitale-Nationale, il y a 325 équipes dentaires qui
répondent à 770 000 de <population...
M. Milette (Pierre) :
...équipes
dentaires qui répondent à 770 000 de >population et il y a un
surplus d'équipe dentaire de 182. Donc, il y a trop d'équipes dentaires à
Québec.
Ce que ça cause dans un... puis là je vais
vous faire un aparté parce que... dans notre mission de défendre les
propriétaires de clinique dentaire qui sont des entreprises privées de soins
de... de soins de santé. Ce que ça cause, donc, en région, c'est une surcharge
de travail, et vraiment une grande surcharge de travail. Ce que ça... dans
les... Ça, c'est ce qu'on appelle quand il y a un ratio négatif de cliniques
dentaires. Et, quand on arrive avec un ratio positif, comme à Québec ou dans la
région de Montréal, il ne faut pas prendre le mot «positif» comme étant
positif, mais positif comme étant un ratio excédentaire, je dirais, la clinique
dentaire ne vaut rien ou à peu près rien parce qu'il y a tellement de coûts de
service ou il y a... ils ne sont pas en pleine capacité, qu'il y a trop de
cliniques, donc de s'en ouvrir, d'essayer... Et souvent le dentiste
propriétaire, son fonds de pension, c'est la valeur de sa clinique. Donc, dans
les deux situations, ça crée un problème.
Donc, ce qu'on propose par ce plan-là,
c'est : Est-ce qu'on a... Est-ce qu'il y a moyen d'amener des incitatifs,
toutes sortes de procédures qui permettraient de mieux... d'amener des...
d'amener les équipes où il en manque et donc de permettre aux cliniques
dentaires où il y en a, entre guillemets, trop, bien, de fonctionner à pleine
capacité puis d'atteindre une valeur de revente plus intéressante?
Donc, c'est... vous allez... C'est tout
ça, là, ce qu'on propose comme programme. Mais, à chaque page du livre blanc,
vous allez voir, c'est un peu ça, on propose différentes situations, de toutes
les situations. Tu sais, il y a... vous allez voir... il va y avoir une place
dans une page où on parle de modernité de la RAMQ, dans... avec la santé
dentaire, là, il serait grand temps qu'on s'y attaque aussi.
Le Président (M.
Bachand) :Une minute, M. le député
de l'Acadie, s'il vous plaît.
• (15 h 40) •
M. Morin : Merci, M. le
Président. À la page 20, en fait, vous faites référence à un régime
d'épargne de soins dentaires, si j'ai bien compris.
M. Milette (Pierre) : Oui,
oui.
M. Morin : Et ça
s'articulerait comment?
M. Gendron (Mario) : Bien, je
peux répondre à la question, M. le Président. En fait, on... Ce qu'on propose,
en fait, au niveau de ce régime-là, dans le fond, c'est d'aplanir la barrière
économique pour l'accès aux soins dentaires, évidemment, pour certaines
personnes où c'est plus difficile. Donc, on sait que, scientifiquement, la
santé dentaire et la santé globale, c'est relié. Donc, ce qu'on veut, c'est
avoir... donner une accessibilité le plus possible. Donc, c'est pour cette
raison que, dans un souci d'équité, bien, il est... c'est important de trouver
une façon d'aplanir les disparités puis permettre à plus de gens possible
d'avoir accès aux soins dentaires.
Donc, c'est pour ça qu'on a pensé, on a
imaginé un système qui pourrait ressembler au régime... le régime d'épargne-études.
Donc, c'est-à-dire que les gens pourraient cotiser à un régime qui pourrait
avoir les mêmes avantages que le régime épargne-études, c'est-à-dire que le
gouvernement en place pourrait contribuer à une certaine quote-part du régime,
puis il y aurait des avantages fiscaux reliés au régime, comme le régime
d'épargne-études. Donc, c'était une façon, je dirais, qui sort des sentiers
battus, de ce qu'on a toujours voulu faire, mettre des programmes standards qui
donnent de l'argent, mais sans qu'il n'y ait une contribution et de la
clientèle et de l'État, mais à travers un véhicule qui est privé, finalement.
Le Président (M.
Bachand) :Une trentaine de secondes.
M. Gendron (Mario) : Dans un
sens, dans... D'un autre côté, on sait qu'on a deux régimes en place, on a
la RAMQ et on a aussi le Régime canadien de soins dentaires, qui s'est... qui a
été mis en place au printemps, mais la réalité, c'est qu'il y a beaucoup
d'actes, dans ces régimes, qui ne sont pas couverts, et c'est des... ce sont
des actes importants, ce qui fait qu'il y a une partie de la population qui n'a
pas accès de façon pleine et entière à tous les soins dentaires que les
professionnels peuvent proposer.
M. Morin : Parfait. Il me reste
15 secondes. À la page... (panne de son) ...M. le Président, il y a une
liste des actes réservés souhaités pour les assistants, assistantes, assistance
à la chaise. Donc, vous voudriez, vous espérez que ce soit inclus, puis vous en
avez pour les hygiénistes, dans le PL n° 67 ou dans d'autres lois,
éventuellement, ou c'est un souhait général?
M. Milette (Pierre) : Non,
non, c'est... c'est... Je ne veux pas vous décevoir, mais le livre blanc n'a
pas été écrit pour le PL n° 67, là, excusez-moi, mais... Donc, c'est... puis
c'est... Donc, c'est sur toute la <réflexion...
M. Milette (Pierre) :
...mais...
Donc, c'est... puis c'est... Donc, c'est sur toute la >réflexion sur
l'avenir des cliniques dentaires où on parle d'actes réservés, mais j'ai bien
noté l'ouverture de la ministre à nous revenir.
Le Président (M.
Bachand) :Merci.
Mme LeBel : ...
Le Président (M.
Bachand) :Oui. Merci. Sur ce, ça a été
très constructif et très agréable, je dois le dire.
Alors, cela dit, la commission ajourne ses
travaux mardi 24 septembre, à 9 h 45. Merci beaucoup. À
bientôt.
(Fin de la séance à 15 h 43)