Journal des débats (Hansard) of the Committee on Institutions
Version préliminaire
43rd Legislature, 2nd Session
(début : September 30, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Wednesday, February 11, 2026
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Vol. 48 N° 12
Special consultations and public hearings on Bill 1, Québec Constitution Act, 2025
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11 h (version non révisée)
(Onze heures vingt minutes)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît. Bonjour
à tout le monde, content de vous retrouver, ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des institutions ouvertes. La Commission est
réunie afin de poursuivre la consultation générale des auditions publiques sur
le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025
sur le Québec. Avant de débuter, Mme la Secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) est remplacée par M. Sainte-Croix
(Gaspé) et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) par M. Bouazzi
(Maurice-Richard).
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Donc, ce matin, on
débute avec professeur Stéphane Paquin, de l'École nationale d'administration
publique. Merci beaucoup d'être avec nous, ce matin, c'est très apprécié. Donc,
d'emblée, je vous cède la parole et après ça, on aura une période d'échange
avec les membres de la commission. Merci beaucoup d'être ici.
M. Paquin (Stéphane) : Merci.
Merci, M. le Président, mesdames et messieurs les membres de la commission, je
vous remercie de me donner l'occasion de m'exprimer sur l'étude du projet de
loi n° 1, la loi constitutionnelle 2025. Mon
intervention va porter plus précisément sur les dispositions qui touchent aux
relations internationales, donc les articles 25, 26, 57 et 58 qui, au final,
ont pour objectif de constitutionnaliser ce qu'on pourrait appeler la doctrine
Gérin-Lajoie dans les faits. Donc, je suis favorable à l'inscription de la
doctrine Gérin-Lajoie dans la Constitution du Québec. J'aurais simplement un
certain nombre de recommandations à faire, notamment, et si on ne devait en
retenir qu'une seule, ce serait de reformuler l'article 25 pour le rendre
conforme à l'esprit de la doctrine Gérin-Lajoie, donc, afin qu'il reflète
adéquatement les pratiques constitutionnelles canadiennes, les précédents
historiques et les positions constantes du Québec depuis 1965.
Alors, pourquoi est-ce que c'est important
que la doctrine Gérin-Lajoie soit constitutionnalisée? Alors, comme vous le
savez, depuis 1945, les pays négocient et concluent de nombreux traités
multilatéraux, bilatéraux, et de plus en plus, depuis les 30 dernières années,
dans les domaines de compétence des provinces, que ce soit les droits de la
personne, l'éducation, la santé, le travail, le commerce, l'investissement, l'environnement
et les changements climatiques. Cette évolution a profondément changé la nature
du droit international et son impact sur l'ordre juridique interne, donc sur le
droit provincial. Un professeur de l'Université de Toronto, qui s'appelle
Stefan Clarkson, a même dit que l'ensemble des traités internationaux qu'a
ratifié le Canada devienne la Constitution secrète du Canada, Canada's Secret
Constitution, à tel point c'est important et ça vient contraindre les
politiques publiques du fédéral et des provinces. Armand..., un professeur à l'Université
McGill, a estimé que 40 % des lois fédérales mettent en œuvre ou font
référence à une norme internationale, alors qu'au Québec, l'équivalent, ce serait
à peu près de...
M. Paquin (Stéphane) :
...20 %, ce qui est quand même considérable. Donc, par le biais d'accords
internationaux, le gouvernement fédéral peut intervenir indirectement dans les
domaines qui relèvent pourtant constitutionnellement des provinces. En
Catalogne, qui ont... vivent un effet similaire avec l'intégration européenne,
on appelle ça l'effet boomerang. Même s'il y a un partage des compétences
formelles, le gouvernement espagnol peut conclure un traité dans un champ de
compétence exclusif des communautés autonomes et forcer la mise en œuvre, ce
qui... ce qui équivaut donc à légiférer dans les domaines de compétence des
États fédérés.
Donc, le Québec, comme les autres
provinces... à cet effet, l'Alberta vient tout juste d'adopter une loi en
novembre qui... qui légalise la doctrine Gérin-Lajoie dans leur province. Donc,
les provinces se retrouvent dans une situation paradoxale. Il peut être appelé
à mettre en œuvre des engagements internationaux qu'il n'a pas négociés et
auxquels il n'a parfois même pas consenti formellement. Pire encore, lorsqu'une
politique adoptée par le Québec, dans un champ de compétence provincial, est
contestée au motif qu'il contrevient à un accord ratifié par le Canada, on peut
penser que c'est un sort qui pourrait arriver à la loi 96, par exemple,
c'est le gouvernement fédéral qui doit défendre la position du Québec devant
les groupes spéciaux, organes d'appel ou tribunaux internationaux.
Cette dynamique pose un problème
fondamental sur le plan du fédéralisme, de la démocratie et de l'autonomie du
Québec dans ses domaines de compétence. Elle crée un décalage entre les
responsabilités politiques qui relèvent du Québec et la représentation
internationale qui demeure largement contrôlée par Ottawa.
Les exemples de ce type de situation sont
nombreux. Par exemple, en ce moment, nous vivons la révision de l'ACEUM,
l'accord de commerce entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Plusieurs
enjeux centraux pour le Québec sont présents dans ces négociations. La gestion
de l'offre, par exemple, qui certes est une loi fédérale, mais vient structurer
l'ensemble des politiques agricoles du Québec. La loi 96, sur la loi... la
langue française et la législation du Québec sur la découvrabilité des contenus
culturels, sont nommées... explicitement par le United States Trade
Representative et l'ambassadeur Greer qui négocie au nom des États-Unis.
Autre exemple, dans le passé, l'ancien
ministre John Ciaccia avait révélé dans une entrevue dans les années 90
que, lors des négociations du GATT, les pays étaient en train de négocier une
clause qui aurait interdit aux États subnationaux de faire des subventions
industrielles. À l'époque, il... il l'avait dénoncée, cette clause pour réussir
à en obtenir le retrait. Mais, si une telle chose avait été ratifiée par le
Canada, elle aurait signifié que le gouvernement du Québec, la Caisse de dépôt,
Investissement Québec n'auraient plus été en mesure de faire des subventions
industrielles. Donc, c'est extrêmement important. C'est pour ça que ça doit
être inscrit dans la Constitution.
Alors, première recommandation, et, comme
je vous disais, s'il n'y en a qu'une seule à retenir, c'est la reformulation de
l'article 25 qui laisse entendre que le Québec serait automatiquement lié
par les engagements internationaux du Canada, à moins de déclarer expressément
le contraire. Cet article est problématique, et il renverse la doctrine
Gérin-Lajoie. La doctrine Gérin-Lajoie dit : Lorsqu'un gouvernement met en
œuvre une politique, il est tout à fait normal que ce soit celui-ci qui négocie
les obligations. Ici, on donne l'impression que, si le gouvernement fédéral
négocie seul, le Québec va automatiquement être lié, sauf avis contraire.
Cette pratique est contraire à plusieurs
lois québécoises, notamment la Loi sur le ministère des Relations
internationales et la Loi sur l'exercice des droits fondamentaux des prérogatives
du peuple québécois, qui dit explicitement le contraire. De plus,
l'article 25 limite le refus du Québec à un seul critère, l'insuffisance
de sa participation à la négociation. Or, il existe de nombreuses autres
raisons pour refuser d'être lié à un accord international : désaccord sur
le fond, par exemple, atteinte à ses politiques linguistiques ou culturelles,
celle sur la découvrabilité, impact économique négatif, par exemple, sur les
achats publics québécois, absence d'acceptabilité sociale ou encore
affaiblissement de ses domaines de compétence.
Donc, je recommande de reformuler
l'article 25, notamment à partir de ce que j'ai qualifié de doctrine
Charest, qui a été formulée en 2005, qui permettrait de significativement
renforcer l'article 25. Je pourrai vous expliquer, je l'ai indiqué dans
mon mémoire, mais je pourrai vous expliquer ce qu'est la doctrine Charest dans
la période de questions.
Les articles 57 et 58 me paraissent
très bien. Évidemment, comme je suis un professeur d'université, je n'ai pas pu
faire autrement que proposer des modifications, mais dans l'état, je crois
qu'ils sont reconnus dans la pratique constitutionnelle québécoise, la capacité
du Québec de se représenter à l'étranger et le fait que seul l'État du Québec
peut lier l'État du Québec doit être maintenu et encouragé.
Pour l'article 26, sur la coopération
internationale, j'ajouterais le mot «notamment», parce que dans la... dans
l'état, il laisse penser que le Québec fait de la coopération internationale exclusivement
avec les pays de la francophonie, alors que cette coopération peut s'étendre à
d'autres pays. Imaginez, après la guerre en Ukraine, si... si le Québec voulait
faire un programme de coopération avec l'Ukraine, dans la formulation actuelle,
on pense que ce serait difficile.
Donc, en conclusion...
M. Paquin (Stéphane) : ...le
projet de loi n° 1 représente une occasion historique de clarifier et de
consolider les capacités du Québec à agir sur la scène internationale dans le
respect de ses compétences constitutionnelles. Les modifications que je propose
ne visent pas à créer de nouvelles compétences, mais à inscrire clairement dans
la constitution québécoise codifiée des principes déjà reconnus dans la
pratique, la jurisprudence et les lois existantes. 60 ans après la doctrine
Gérin-Lajoie, il est temps d'assurer que le Québec ne soit pas seulement un
exécutant d'engagements internationaux conclus par d'autres, mais un acteur à
part entière lorsque ses compétences, ses intérêts et son identité sont en jeu.
Je vous remercie de votre attention et je
suis heureux de pouvoir répondre à vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup pour votre
présentation. M. le ministre, pour 9 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président. Pr Paquin, merci d'être présent avec nous. Fort
intéressant, votre mémoire. Dans le fond, on prend acte de vos commentaires
relativement à la doctrine Gérin-Lajoie, parce que notre objectif, c'est à la
fois de la codifier, mais aussi de l'étendre. Donc, je comprends qu'on va
ajuster les choses à la lumière de vos commentaires aussi, parce que ce n'est
non pas une approche restrictive, que nous souhaitons, mais c'est de lier
l'article 25 à l'article 22.1 de la Loi sur le ministère des Relations
internationales, et l'article 25 vise notamment à faire en sorte que le Québec
peut déclarer que le Québec n'est pas lié par un engagement international. Il
peut faire un geste positif pour le faire, mais ça ne veut pas dire que, s'il
ne le fait pas, il est lié. Ça fait que c'est une question d'interprétation,
mais, dans un souci de compréhension pour tout le monde, les équipes vont
regarder ça, justement pour faire en sorte que tout le monde soit sur la même
page : Je n'ai pas participé suffisamment aux négociations.
Je vous le dis, premièrement, il faut la
ratifier, l'entente, ici, si on ne la ratifie pas, ça ne s'applique pas, mais,
deuxièmement, aussi d'avoir un geste positif pour dire : Au Québec,
écoutez, nous, on veut être à la table des négociations, puis, si on n'est pas
à la table des négociations, sachez qu'on ne signera pas non plus, aussi. Ça
fait que ça ne veut pas dire qu'a contrario... qu'on est obligé de le faire si
on n'émet pas ce geste positif là puis qu'on est liés.
Alors, je suis d'accord avec vous, ça fait
que'on va clarifier les choses à ce niveau-là, mais c'est sûr que le
prolongement des compétences du Québec doit s'appliquer, et même, plus
largement, au niveau de l'intérêt national du Québec. Donc, même la doctrine
Gérin-Lajoie... je vous dirais, ce qu'on souhaite mettre en place, c'est une
doctrine Gérin-Lajoie sur les stéroïdes, pour que le Québec prenne sa place le
plus largement possible à l'international, ce qui touche la vie des Québécois.
Ça, c'est notre intention. Qu'est-ce que vous pensez de ça?
• (11 h 30) •
M. Paquin (Stéphane) : Bien,
ça me rassure beaucoup d'entendre ça, honnêtement, parce qu'au départ, quand je
lisais l'article 25, j'avais peur, effectivement, que ce soit interprété comme étant :
le Québec serait automatiquement lié. Et je dois admettre que... C'est la
Commission des institutions qui doit normalement étudier les traités
internationaux du Canada, et parfois elle le fait plusieurs années après la
ratification par le Canada. Il y a un problème qui se... qui se produit à cet
effet, et j'avais peur que, par défaut, on applique les traités internationaux
du Canada ou que ce soit perçu comme tel, notamment par l'interprétation des
tribunaux.
C'est un enjeu qui est important. Le gouvernement
canadien fait toujours inscrire des clauses dans les traités qu'il négocie et
où il affirme avoir la capacité de négocier dans les domaines de compétence des
provinces et que, si un jour, ça se retrouve devant les tribunaux, il y a des
précédents en Australie qui nous indiquent qu'on peut affaiblir la
convention... l'affaire des conventions de travail de 1937, qui viendrait
affaiblir la doctrine Gérin-Lajoie. Alors, je préfère que ce soit codifié,
exprimé.
Ça va dans le même sens de la législation
qui a été adoptée en Alberta au mois de novembre, qui dit explicitement que
l'Alberta n'est pas liée à un traité ratifié par le gouvernement fédéral, sauf
s'il donne explicitement son consentement. Il n'indique pas comment on doit
faire... être fait son consentement, à ce que ce soit par l'Assemblée...
l'Assemblée législative ou par un décret de l'exécutif, mais c'est... Donc, ça
va dans le même sens que deux provinces canadiennes.
Puis, comme je vous disais dans mon
mémoire, ça va aussi dans le sens des revendications qui ont été mises de
l'avant par Jean Charest et Monique Gagnon-Tremblay, en 2005, dans un document
qui s'appelle Le Québec dans les forums internationaux; l'exercice des
compétences du Québec à l'égard des organisations des conférences
internationales du Québec, où on fait cinq demandes très précises qui
seraient, si elles n'étaient pas acceptées, des motifs raisonnables pour
refuser de mettre en œuvre ou d'appuyer un traité conclu par l'exécutif fédéral
sans participation significative du Québec. Donc, je vois ça très positivement.
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
comme je vous dis, on va... on va prendre en compte vos suggestions. Pourquoi
c'est important que le Québec se dote d'une Constitution et pense aussi à au
prolongement de ses compétences puis à l'intérêt national sur la scène
internationale. Pourquoi c'est important d'avoir un instrument comme ça...
11 h 30 (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...pour l'État
québécois dans le cadre de la constitution. En fait, première question, pourquoi
c'est important la constitution, puis, deuxièmement, pourquoi c'est important
que ça soit dans la constitution?
M. Paquin (Stéphane) : Une des
raisons qui m'apparaîent fondamentales, c'est que la doctrine Gérin-Lajoie est
finalement moins bien connue que ce que l'on pourrait penser. J'ai déjà
rencontré des conseillers québécois de Mélanie Joly lorsqu'elle était ministre
des Affaires étrangères du... bien, Affaires mondiales Canada, et ils ne
savaient pas du tout ce qu'était la doctrine Gérin-Lajoie. Ils n'en avaient
jamais entendu parler. De plus, dans un certain nombre de décisions des
tribunaux canadiens, notamment de la Cour suprême, ont fait de plus en plus
référence à des éléments de droit international dans l'interprétation des
juges. Mais en ignorant la convention de travail de 1937, en fait toute la base
légale ou doctrinaire derrière la doctrine Gérin-Lajoie. Et ça m'inquiète que
la jurisprudence finisse par renverser la Convention de 1937 puis qu'il finisse
par affaiblir considérablement la doctrine Gérin-Lajoie. Et donc le
constitutionnaliser, ça viendrait lui donner un poids important, plus sérieux,
plus important que dans les lois existantes, donc, du ministère des Relations
internationales et de la loi de 1999, oui.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
vais céder la parole à mes collègues, mais je pense que vous venez d'indiquer à
la commission quelque chose de fondamental que nous essayons de faire avec le
projet de loi n° 1, c'est clairement de dire que le
législateur a le droit de faire des choix, le droit de définir quels sont ses
outils, et surtout il y a un risque à laisser ça entre les mains des juges
uniquement qui vont venir définir la jurisprudence et qui vont venir minimiser
les pouvoirs de l'État national québécois, diminuer les pouvoirs du Parlement
du Québec, ce qui, corrélativement, affecte directement la démocratie. Mais c'est
plus un éditorial, je ne vous demande pas nécessairement de commenter. Je vais
céder la parole à mes collègues.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de Saint-Jean,
pour trois minutes, s'il vous plaît.
M. Lemieux : Merci beaucoup, M.
le Président. Professeur Paquin, c'est une blague, là, que, à Ottawa, il y a
qui ne connaissaient pas la doctrine Gérin-Lajoie?
M. Paquin (Stéphane) : Non, ce
n'est pas une blague.
M. Lemieux : Vous me
découragez.
M. Paquin (Stéphane) : Ce n'est
pas une blague et je... par exemple, dans les universités québécoises, on
enseigne... il n'y a aucun cours qui porte sur les relations internationales du
Québec. C'est typiquement une ou deux séances à la fin du cours sur la
politique étrangère canadienne. Et les gens qui enseignent ne sont pas toujours
des juristes, donc ils ne comprennent pas nécessairement la portée de la
doctrine de Gérin-Lajoie. Donc, vous comprenez que c'est un enjeu important,
oui, vraiment important.
M. Lemieux : Mais là c'est
décourageant de vous entendre dire ça ce matin, surtout que c'est une des plus
grandes fiertés du Québec, mais en tout cas. Le ministre a parlé de la
Constitution de façon un peu plus large, parce que, vous l'avez dit d'entrée de
jeu, vous êtes allé très pointus sur votre.... Mais pour l'ensemble de l'oeuvre...
parce que, pour que ces points-là soient dans la Constitution, ça prend une
Constitution. Pour l'ensemble de l'oeuvre, quand vous avez abordé ce qui vous
intéressait dedans, vous avez tout bien... quand bien même passer au travers,
vous en pensez quoi?
M. Paquin (Stéphane) : Bon,
évidemment, je ne suis pas expert de tous les... je suis favorable à la
démarche, je pense qu'on en parle longtemps au Québec, notamment depuis Paul
Gérin-Lajoie dans les... fin des années 60. Et j'ai bien aimé... j'ai
écouté la présentation d'Éric Montigny face à cette commission qui dit : C'est
une concession ouverte, il y a une clause qui permet de modifier facilement la
Constitution. Donc, si on faisait une erreur importante sur un enjeu
fondamental qui touche les droits et libertés de la personne, par exemple, on
pourrait la corriger dans un... dans un deuxième temps, on n'a pas verrouillé
la constitution comme elle le fait en 1982 avec la Charte canadienne, et ça me
semble un argument très valable. Dans le fond, si on attend le grand soir, on
risque d'attendre longtemps. Donc...
M. Lemieux : Juste au sujet
de l'Alberta, qui fait quand même beaucoup les manchettes ces temps-ci, vous
avez dit, puis je n'ai pas assez bien suivi pour comprendre les tenants et
aboutissants, projet de loi déposé visant à limiter la portée interne des
ententes internationales conclues par le fédéral. Est-ce ce qu'on devrait s'intéresser
à ça dans le cadre de ce qu'on est en train d'étudier particulièrement
maintenant?
M. Paquin (Stéphane) : Oui,
bien, ça préside la même logique, c'est que, dans la plupart des provinces
canadiennes qui n'ont pas de ministère des Relations internationales et qui n'ont
pas aussi de commission parlementaire qui s'intéressent à ces questions, un
décret est typiquement suffisant pour que la province se déclare liée a un
traité international, et donc on estime, ceux qui ont travaillé sur ces
questions-là, que les gens ne sont pas ou peu conscients de l'impact que ça
peut avoir sur la capacité législative des autres provinces canadiennes. Ils ne
s'y intéressent pas. Puis un exemple, là... transparence totale, j'avais
conseillé Benoît Pelletier sur ces questions-là il y a 20 ans, puis ce qui
a nui beaucoup à l'idée d'initiative de la place des provinces dans les
négociations internationales du Canada, c'est que les autres...
M. Paquin (Stéphane) :
...n'avait aucun appétit pour ce type de question-là.
M. Lemieux : Société et
gouvernement distinct, là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de Robert-Baldwin,
pour 7 min 7 s, s'il vous plaît.
Mme Garceau : Merci. Merci
beaucoup. Merci beaucoup, Pr Paquin, pour votre... vos interventions
aujourd'hui. Et j'ai lu vraiment attentivement votre mémoire parce que vous
soulevez des questions très, très importantes, et vous avez aussi, évidemment,
des recommandations, particulièrement sur les relations internationales, et,
comme vous l'avez mentionné, sur les articles 25, 26 et 57 et 58 en ce qui
a trait à tout l'aspect des négociations du fédéral dans nos champs de
compétence. Et j'ai été particulièrement marqué par votre commentaire, à la
page 7, concernant... qu'il a une dimension importante et peu connue des législateurs
québécois, et c'était tout l'aspect, là, des contestations par le gouvernement
fédéral si le Québec ou une autre province prend une décision. J'aimerais vous
entendre là-dessus.
M. Paquin (Stéphane) : C'est
majeur, ça.
Mme Garceau : Oui.
M. Paquin (Stéphane) : Alors,
pour.... Comment on fait des traités au Canada? Dans un certain nombre de
sujets, il y a des accords fédéral-provincial qui permettent au Québec de
participer. Par exemple, sur les droits de la personne, il y a un mécanisme où
toutes les provinces sont représentées, où les décisions se prennent par
consensus. Ça fonctionne très bien. Vous connaissez la francophonie et l'UNESCO
qui est...
Mme Garceau : ...
M. Paquin (Stéphane) : Bon, ça
fonctionne relativement bien aussi. Pour ce qui touche le commerce, les
changements climatiques, il n'y en a pas, d'entente. Donc là, c'est... à chaque
fois, la participation doit être négociée. Il y a un forum qui s'appelle le
forum C-Commerce, C Trade meetings en anglais, où des représentants de chaque
province se font expliquer par les représentants du gouvernement canadien ce
qui est important pour eux, ce qui est important à savoir. Et, dans le passé,
les négociations avec l'Europe, on a déjà même réussi à avoir un négociateur en
chef, qui était M. Pierre-Marc Johnson, qui influençait directement la
négociation, et les provinces étaient représentées aux tables de négociation
des sujets fondamentaux pour les provinces. Depuis, ça ne s'est pas reproduit.
La négociation de la CE M, je ne sais pas aujourd'hui l'accès que le Québec a
aux négociations, alors que c'est fondamental.
• (11 h 40) •
Pour votre deuxième point, si une loi
québécoise contrevient à un traité commercial ratifié par le Canada, c'est des
représentants du gouvernement canadien qui vont venir défendre la mesure
québécoise. Et, s'il faut payer une compensation, il y a un précédent récent
avec Terre-Neuve et Abitibi Bowater qui, malgré le nom, est une entreprise
américaine, où le gouvernement canadien a payé, en dédommagements,
130 millions de dollars. Normalement, c'est l'Alberta qui aurait dû
payer, c'est le gouvernement canadien. C'était sous Stephen Harper.
À l'époque, le gouvernement du Québec
avait dit : Nous sommes prêts à faire une entente avec le gouvernement
canadien pour aller défendre nous-mêmes nos législations. Et, si on doit payer
pour avoir... pour avoir fait une législation qui contrevient à un traité
ratifié par le Canada, on va payer nous-mêmes. Par contre, on veut être partie
prenante de la négociation. On veut négocier nous-mêmes. Mais c'était... c'est
ce qui dérive de la doctrine Charest. À l'époque, Stephen Harper était
d'accord, mais aucune autre province ne voulait de cette entente. Donc, ça ne
s'est jamais fait. Mais là, on pourrait être dans la situation complètement
incroyable où la loi n° 96, qui est dans le viseur de
United States Trade Representative, soit défendue par un gouvernement qui
dénonce cette même loi. Alors, ça pose un problème démocratie, fédéralisme, là,
qui sont des piliers du Canada, sont dans la Cour suprême. Vraiment important.
Mme Garceau : Donc, quelle
est votre proposition pour rectifier le problème?
M. Paquin (Stéphane) : Bien,
c'est l'adoption des cinq points de la doctrine Charest, là, que j'ai listée
dans le mémoire à la page 14, où le Québec pourrait refuser de se... de
ratifier ou d'adopter un... de mettre en œuvre un traité fédéral s'il n'a pas
un membre au sein de la délégation canadienne et la responsabilité exclusive
quant à la désignation de ses représentants. Premièrement.
Deuxièmement, avoir accès à toute
l'information et la participation en amont de la négociation à la position
canadienne.
Trois : Le droit d'exprimer de sa
propre voix au sein des organisations et conférences internationales ses
propres positions quand ça touche les domaines de compétence du Québec.
Quatre : Le droit du Québec à donner
son assentiment avant que le Canada ne signe un traité ou un accord, ou qu'il
se déclare lié à celui-ci. Ça, c'est important parce que, très souvent, le
Canada ratifie un accord puis il attend après que les provinces fassent un
décret d'assentiment ou une discussion ici. Parfois, c'est cinq ans, sept ans
ou huit ans plus tard, mais le traité est ratifié...
M. Paquin (Stéphane) : ...puis
le point 5, c'est lorsqu'il est mis en cause ou lorsque ses intérêts sont
en jeu, le droit du Québec d'exprimer ses positions lors des comparutions du
Canada devant les instances de contrôle des organisations internationales.
Donc, si la loi n° 96 et disputée par les règles de
l'ACEUM, c'est un représentant du Québec qui va venir défendre la législation
québécoise, pas un représentant du ministère des Affaires étrangères du Canada.
Mme Garceau : Parlons... j'ai
un peu de temps. Parce qu'avec tout ce qu'on voit, tout ce qui se passe dans le
monde, et surtout ici, au Canada, avec la guerre tarifaire et le président
Trump, on a comme réactivé le Conseil de la fédération. Est-ce qu'on ne
pourrait pas... et surtout dans le domaine commercial, parce que c'est sûr que
le Québec et aussi toutes les autres provinces, on est en train de diversifier
nos marchés. Il a quand même un rôle à jouer, il me semble, le conseil
là-dedans, en ce qui a trait à... en ce qui a trait avec, évidemment, le Québec
pour négocier les traités internationaux liés peut-être au commerce.
M. Paquin (Stéphane) : À mon
avis, c'est exactement ce qu'il faut faire. C'est une piste de solution. Je
pense qu'un des... Par exemple, là, pour l'ACEUM entre le Canada et l'Union
européenne, le Conseil de la fédération s'est prononcé plusieurs fois
favorablement de telle façon à mettre pression sur le gouvernement canadien
pour qu'une négociation s'enclenche. Donc, le Conseil de la fédération a joué
un rôle. Dans les négociations entre les États-Unis, les provinces aussi
discutent des enjeux qui les concernent directement. Je pense que ça pourrait
être institutionnalisé par un accord, et je pense que, aussi, les provinces
canadiennes ont intérêt à développer leur expertise puis la mettre en commun,
parce que c'est rare des spécialistes... internationaux qui affectent les États
subnationaux, là, j'en fais partie, mais, au Canada, on est quatre ou cinq, là,
à connaître ces questions-là.
Maintenant, je présume qu'avec la loi
albertaine, ils vont en avoir plus en Alberta, mais, dans les autres provinces,
il n'en y a presque pas.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci beaucoup.
Mme Garceau : Merci beaucoup.
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Maurice-Richard,
s'il vous plaît, pour 2 min 23 s, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci énormément pour votre contribution. J'ai pris le temps de lire
votre mémoire, il est passionnant et, je pense, important pour l'exercice en
général de ce qu'on fait. Nous, on pense qu'évidemment les consultations
auraient dû avoir lieu avant, et puis on rejette le projet tel qu'il est à
cause du processus. Mais, sur le fond, vous nous permettez d'avancer, je pense.
Dans dans votre mémoire, vous n'expliquez
pas, en gros, les méthodes qui pourraient permettre ou pas au Québec d'accepter
toutes sortes de modalités que vous mettez de l'avant. Est-ce que vous avez des
idées que vous pouvez nous proposer sur les formes que pourrait prendre notre
travail démocratique pour accepter ou pas ou ratifier des accords?
M. Paquin (Stéphane) : Bien,
justement, pour le 60e anniversaire de la doctrine Gérin-Lajoie, l'année
dernière, j'ai écrit un texte dans la Revue québécoise de droit international,
où je proposais la création d'une commission parlementaire permanente sur les
relations internationales du Québec, qui aurait comme mandat d'étudier les
traités internationaux du Canada pour savoir s'ils affectent les domaines de
compétence du Québec. Mais, plus que ça, parce que, par exemple, en ce moment,
il y a une négociation de l'ACEUM : Pourquoi ne pas faire venir les
experts sur quels devraient être les... quels sont les enjeux? Quels sont les
effets probables sur le Québec? Comment le Québec peut-il se positionner? Bref,
faire discuter puis... pour y faire des motions pour donner l'humeur du
législateur au négociateur canadien.
Pierre Marc Johnson est venu témoigner
deux fois à la Commission des institutions pendant les négociations de l'Accord
de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne. Alors, pourquoi pas
institutionnaliser la pratique? De plus, certaines institutions comme
Investissement Québec, le ministère des Relations internationales, la Caisse de
dépôt et placement font une partie de leurs activités à l'international. Donc,
la commission pourrait être aussi une place de contrôle de ces institutions. Je
suis conscient que c'est le mandat de la Commission des institutions de faire
ça, mais vous êtes surchargés de choses extrêmement importantes, et il y a des
questions internationales sont souvent reléguées au deuxième plan, et souvent
les dossiers sont abordés ici cinq, six ans après qu'ils étaient ratifiés par
le Canada, donc, une fois qu'il est trop tard.
Alors, il y a juste un précédent que j'ai
trouvé dans la littérature d'État subnational qui a bloqué un traité
international, c'est la Wallonie, et je me suis intéressé à leurs débats
parlementaires. Ils ont fait un travail hypersérieux où ils ont fait venir les
grands experts des questions de négociations internationales. Et ceux qui
pensent que la Wallonie avait peu réfléchi à sa question, vous irez voir la
transcription des rencontres. Ils avaient rencontré les conseillers de Pascal
Lamy, qui était l'ancien président... le secrétaire général de l'Organisation
mondiale du commerce. Ils ont fait venir des négociateurs, des experts du
commerce international de plusieurs pays. Puis ils sont arrivés à la conclusion
que la Wallonie ne pouvait pas donner son assentiment à ce que la Belgique
signe l'accord qui permettrait à l'Union européenne de conclure. Donc, après,
ça a forcé le Canada à négocier directement avec les Wallons, et ils ont
négocié...
M. Paquin (Stéphane) : ...un
accord parallèle de cinq pages qui a été annexé à... à l'AECG, où ils ont eu
des gains pour la Wallonie. Donc, le pouvoir d'une commission parlementaire est
réel.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup, Pr
Paquin. Ça a été très apprécié.
Sur ce, je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir nos prochains invités. Merci!
(Suspension de la séance à 11 h 48)
(Reprise à 11 h 49)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir
représentante... la représentante et représentant du Réseau communautaire de
santé et des services sociaux. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. C'est
fort apprécié. Vous connaissez les règles, comme je dis toujours, donc je vous
cède immédiatement la parole. Après ça, on aura une période d'échange avec les
membres de la commission. La parole est à vous. Merci.
Mme Johnson (Jennifer) : Merci
beaucoup. Bonjour, chers membres de la commission. Nous vous remercions de nous
offrir cette occasion de présenter les grandes lignes de notre mémoire. Je
m'appelle Jennifer Johnson et je suis la directrice exécutive de l'organisme
Réseau communautaire de santé et de services sociaux, le CHSSN. Et je suis
accompagnée aujourd'hui de mon président Ron Creary.
Depuis plus de 20 ans, le CHSSN
travaille avec le gouvernement, les institutions, les organismes communautaires
pour améliorer l'accès aux services de santé et de services sociaux pour les
communautés d'expression anglaise. Les Québécois d'expression anglaise font
partie intégrante de la société québécoise depuis des siècles. Nous sommes
profondément enracinés dans le paysage culturel, social et économique de la
province. Tout document constitutionnel qui cherche à refléter la nation
québécoise devrait nous inclure.
Aujourd'hui plus de 1,2 million
Québécois, soit 14,9 % de la population, ont l'anglais comme première
langue parlée. C'est aussi un des communautés la plus... diversifiée de la
province, 35,9 % appartiennent des minorités visibles contre 12 % chez
les francophones, le plus gros taux de chômage, 10,9 %... contre
6,9 % chez les francophones, un plus grande proportion vivant sous le
seuil de faible revenu, 12,1 % et... contre 7,1 % chez les
francophones. Et la prévalence des symptômes d'anxiété généralisée est plus
élevée chez les anglophones, 14,6 % versus 10,4 % chez les
francophones.
Ces réalités soulignent pourquoi l'accès
aux services sociaux et de santé dans... dans sa propre langue est essentiel.
C'est un facteur déterminant de la santé, une question d'équité et fondement du
bien-être communautaire, en particulière... particulier pour les populations
qui sont déjà confrontées à des obstacles de sociodémographique.
Le projet de loi n° 1 ne contient
qu'une seule référence aux institutions de... de la communauté expression
anglaise sans portée opérationnelle. Nous recommandons de supprimer cette
référence et de la remplacer par deux mesures concrètes : premièrement,
d'ajouter un article... intitulé «Droits de la communauté d'expression anglaise
de Québec», et deuxièmement, y inscrire explicitement les droits... le droit de
recevoir des services sociaux et de santé en anglais, conformément aux
articles 18 et 22.5 déjà en vigueur. Ces garanties guident l'action
gouvernementale depuis près de 40 ans. Elles doivent être reflétées dans
tout document... constitutionnel.
Le projet de loi devrait exiger que le
ministre... les ministres et organismes publics consultent, et... la communauté
d'expression anglaise lors de la planification des services, d'élaboration des
plans d'accès et tout changement majeur au système. Une telle obligation assure
les services adaptés...
Mme Johnson (Jennifer) : ...et
équitable. Malgré ses implications importantes, la communauté d'expression
anglaise n'a été pas consultée lors de l'élaboration du projet de loi n° 1. Une constitution formelle renforcerait la légitimité
du texte et évitera des conséquences imprévues.
De plus, le projet de loi n° 1
place les droits du collectif au-dessus des droits de l'individu. Pour les
minorités, cela crée une vulnérabilité réelle. Les droits linguistiques
deviennent conditionnels et peut-être être... et peuvent être réinterprétés ou
minimalisés. La Constitution doit protéger les minorités, précisément parce
que... qu'elles ne disposent pas du pouvoir à la... de la majorité. Finalement,
le projet de loi permet au gouvernement de limiter les interactions entre les
institutions financées par les fonds publics et le gouvernement fédéral. Pour
notre communauté, ces partenariats soutiennent la santé, l'éducation, la
culture, le développement communautaire. Les diminuer... les diminuer
affaiblirait les institutions essentielles.
Je vous remercie de votre attention et je
cède maintenant ma parole à notre président, qui va conclure sur nos
recommandations.
M. Creary (Ron) : Merci
beaucoup, Jennifer. Je m'appelle Ron Creary et je suis le président du CHSSN.
Depuis 25 ans, je suis engagé dans cet organisme et j'ai travaillé toute ma
carrière dans le réseau public de santé du Québec. Les Québécois d'expression
anglaise contribuent depuis des générations au développement culturel,
économique et civique du Québec. Cette contribution fait partie de leur
identité de la province et mérite d'être reflétée dans un document
constitutionnel.
La vitalité d'une communauté repose sur
trois éléments : la reconnaissance, la stabilité et la participation.
Lorsque les droits établis ne sont pas reflétés dans la législation
fondamentale, ou lorsque des nouveaux pouvoirs créent des incertitudes, cette
vitalité et fragilisée. Une Constitution doit offrir clarté et confiance. Or,
le projet de loi n° 1, tel qu'il est rédigé
maintenant, omet des garanties législatives de longue date et introduit des
pouvoirs qui pourraient affecter de manière disproportionnée les institutions
qui soutiennent notre communauté. La confiance s'installe quand les communautés
se reconnaissent dans les lois qui les rédigent, quand les droits existants
sont affirmés et quand les communautés participent à l'élaboration des grandes
orientations.
En résumé, en proposons saq... cinq, pas
«saq»... cinq recommandations clés. Premièrement, ajouter un article, Droits de
la communauté d'expression anglaise au Québec. J'espère qu'ils sont d'accord en
haut là. Deuxièmement, réaffirmer explicitement le droit de recevoir des services
sociaux et de santé en anglais. Troisièmement, garantir une collaboration
significative avec la communauté québécoise d'expression anglaise dans
l'élaboration des services et des plans d'action aussi. Quatrièmement, assurer
que les droits individuels ne sont pas subordonnés aux droits collectifs.
Enfin, retirer les dispositions pouvant limiter des partenariats fédéraux. Ces
mesures renforceraient le projet de loi n° 1,
améliorant sa clarté et assurant qu'il reflète toute la diversité du Québec.
Merci beaucoup pour votre attention. Nous
sommes prêts, on pense, de répondre à vos questions. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : J'en suis convaincu. M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Alors, M. Creary, Mme Johnson, merci beaucoup d'être
présents en commission parlementaire pour le Réseau communautaire de santé et
de...
M. Jolin-Barrette : ...services
sociaux. Quand vous dites, là : Les droits collectifs sont au-dessus des droits
individuels, là, ce n'est pas ça qu'on a écrit dans la Constitution, là. Je
tiens juste à vous rassurer sur cet élément-là. À 7, ça dit : «La
nation québécoise est titulaire de droits collectifs, intrinsèques et
inaliénables. Ces droits s'interpellent de manière extensive et ils concourent
à la protection des droits et libertés de la personne.» Donc, ils sont
interprétés avec les droits et libertés de la personne. L'élément qui est
important, par contre, c'est au niveau de la liberté de religion puis de
l'égalité entre les femmes et les hommes. Donc, si jamais, dans ce cas-là, il y
a un conflit entre les deux droits, entre l'égalité entre les femmes et les
hommes et la liberté de religion, bien, ce qu'on dit, c'est : On va donner
primauté à l'égalité entre les femmes et les hommes. Ça, est-ce que vous
êtes... en désaccord avec ça?
Mme Johnson (Jennifer) : Bien,
absolument, c'est un concept... on supporte. Mais, pour nous, c'était plutôt
une question au niveau de le droit de l'individu de recevoir des services en
langue anglaise. C'est... C'est... C'est là où l'inquiétude a été soulignée.
M. Jolin-Barrette : Mais je
comprends votre inquiétude, mais, cependant, dans le projet de loi, il n'y a
absolument rien qui affecte ce qui est prévu à la Loi sur la... avant, on
l'appelait la Loi sur la santé et services sociaux, là, mais maintenant c'est
la Loi sur la gouvernance du système de santé et des services sociaux, donc à
l'article 18 et à l'article 22.5 de la Charte de la langue française, dans le
fond, qui, d'ailleurs, a une disposition prépondérante aussi. Donc, ça demeure
dans le corpus, puis il n'est pas question de remettre ça en question par la
Constitution. Donc, je souhaite vous rassurer à ce niveau-là. Dans le fond, le
mécanisme de l'article 18 de la Loi sur la gouvernance du système de santé et
des services sociaux, et réitéré aussi dans la charte, demeure en intégralité
et intact. Alors, ça s'applique. Donc, je souhaite dissiper vos inquiétudes à
ce niveau-là. Puis il n'y a pas de droits collectifs qui viennent affecter ça.
Mme Johnson (Jennifer) :
D'accord.
M. Creary (Ron) : Merci
beaucoup. C'est une bonne nouvelle.
M. Jolin-Barrette : Bon.
C'est en se parlant qu'on se comprend.
M. Creary (Ron) : Oui.
• (12 heures) •
M. Jolin-Barrette : Vous avez
abordé la question avec le financement fédéral, là. Votre organisme, lui, il
reçoit combien d'argent du fédéral annuellement?
Mme Johnson (Jennifer) : Présentement,
on a à peu près 5,9 millions de... qui arrivent du gouvernement fédéraux. Mais
je souligne que chaque... ça fait 23 ans qu'on fait ce type de relation avec le
gouvernement fédéral, et chaque renouvellement de l'investissement est toujours
fait en collaboration avec le ministère de la Santé. C'est toujours fait avec
des décrets au niveau de l'arrivée d'argent dans le... dans le... dans le
système. Et la plus grosse crainte qu'on a, c'est que, si l'argent arrive dans
une enveloppe globale dans la province de Québec, on n'aura plus la capacité
d'avoir l'argent qui va directement à nous, on va être en compétition avec tous
les autres organismes communautaires qui fait du bon travail à travers la
province. Et on a les exemples que c'est souvent difficile de recevoir des
services.
Par exemple, le... c'est un organisme
communautaire qui dessert la population en santé, en services sociaux, mais on
n'a pas... on n'était pas capables d'avoir accès au fonds PSOC parce que notre
organisme reçoit les gens... l'argent de le Secrétariat aux relations...
communautés d'expression anglaise. Comme ça, il y a toujours une barrière pour
nous d'accéder des fonds au niveau de la province. Et aussi l'importance de la
vitalité de nos communautés, surtout dans les régions rurales et éloignées, où
ils ont très peu de population et des petites voix au niveau de la politique,
c'est... c'est très difficile pour eux d'avoir l'attention du système pour
supporter la vitalité dans leurs communautés et leur capacité d'avoir accès aux
services.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
comprends peut-être une dernière question avant de céder la parole à mes
collègues, là. En matière de santé, c'est une compétence du Québec. Je
comprends la réalité que vous me dites, vous voulez avoir l'argent directement
du fédéral, mais souvent on se retrouve dans des situations de dédoublements
avec le fédéral, et ça empêche que chacun des dollars soit bien optimisé,
notamment pour offrir des services de santé. Vous ne trouvez pas que le
fédéral...
12 h (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...transférer
en bloc l'argent au Québec puis qu'on puisse avoir de la synergie puis offrir
ces services-là, parce que ce que le fédéral fait, c'est qu'il distribue un
petit peu comme ça, puis on se retrouve à ne pas être cohérents, comme dans...
pas juste dans le domaine de la santé, là, dans de multiples domaines. Les
contribuables québécois se retrouvent dans une situation où le fédéral
intervient, ce n'est peut-être pas optimal et que ça ne respecte pas le partage
des compétences.
Mme Johnson (Jennifer) : Mais
il faut... il faut réaliser que l'argent qu'on reçoit du fédéral, c'est souvent
l'argent qui supporte la communauté d'être visible. C'est le... ça supporte la
vitalité de la communauté, de faire le pont entre... la communauté d'expression
anglaise et le système de santé. Ce type de... de financement, ça n'existe pas
au Québec. Je n'ai jamais vu une enveloppe avec ce type de... de raison d'être
et je pense que c'est un exemple, un très bel exemple de l'importance de
supporter la vitalité de la communauté pour qu'ils peuvent comprendre des
réalités, des besoins de la communauté, le... Où sont les membres de la
communauté sur le territoire, comment est-ce que le système de santé, les attentes,
de faire le pont entre le... de livraison de services et les individus.
Souvent, c'est des choses qui sont perdues dans le système et ce n'est pas un
service de santé, c'est plutôt d'améliorer l'accès aux services.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie pour votre présence en commission parlementaire.
Le Président (M. Bachand)
: Merci beaucoup. Maintenant, Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel pour
2 min 30 s.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, merci à vous pour les explications et la présentation
aujourd'hui. Moi, j'aurais une question pour vous. Dans votre mémoire, vous
dites que l'omission de prévoir expressément les droits des Québécois d'expression
anglaise risquent d'affaiblir les garanties législatives existantes et laisse
entendre que les communautés d'expression anglaise sont secondaires dans la
vision d'avenir du Québec. Je pense que le ministre s'est démontré rassurant
pour ce qui est de l'article 18 également, c'est renforcé aussi par la Charte
québécoise. Alors, vous-même, vous avez dit, là, que vous étiez rassurée
aujourd'hui, mais ce genre de recommandation là, dans votre mémoire, est ce que
c'est sur une base juridique que vous la faites ou c'est sur une impression ou
sur des données ou des analyses? Qu'est-ce qui vous amène à mettre ce genre de
recommandations là dans votre mémoire?
M. Creary (Ron) : Ce n'est
pas une question juridique, c'est une question de... d'une analyse de l'historique
de la situation, parce que nous ne sommes pas les avocats, puis nous sommes ici
pour faire une présentation sur une réalité qu'on subit depuis 25 ans. Cela, c'est
une... ce n'est pas une question juridique, c'est une question opérationnelle.
Mme Johnson (Jennifer) : J'aimerais
juste ajouter une petite chose. Dans 10 ans, les personnes qui ont fait la loi,
qui ont rédigé la loi ne seraient plus dans la salle, les intentions de ces
personnes ne sont plus là. Tout ce qu'il nous reste, c'est le papier, c'est
le... c'est la loi elle-même. Et c'est pourquoi j'ai dit que les intentions sont...
je les respecte énormément, mais c'est le papier qui reste à long terme, et c'est
important d'avoir la récognition de la communauté dans le... dans la charte,
dans la loi 1.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Robert-Baldwin, pour 7 min 7 s, s'il vous plaît.
Mme Garceau : Oui. Merci, M.
le Président. Mme Johnson, M. Creary, bienvenue, merci d'être ici aujourd'hui.
Vos commentaires sont extrêmement importants puisque vous représentez, vous
êtes un des organismes qui représentent la communauté anglophone au Québec, et
je voulais voir avec vous, parce qu'il y a plusieurs organismes qui
représentent des Québécois d'expression anglaise qui sont venus en commission.
Je ne sais pas si vous avez écouté certaines interventions. Donc, c'est sûr qu'il
y avait un grand, si je peux dire, désarroi de ces groupes concernant le
processus, qu'il n'y avait pas un processus de consultation avant la rédaction
du projet de loi, avant le dépôt. Et je voulais vous entendre là-dessus, parce
qu'évidemment, il y a comme un considérant qui parle vraiment de la communauté
anglophone dans tout ce document de projet de constitution.
Mme Johnson (Jennifer) : Oui,
c'est sûr qu'on aurait préféré d'être partie d'une consultation avant le dépôt
de la loi 1, c'est sûr qu'on avait...
Mme Johnson (Jennifer) :
...identifier les mêmes types de besoins d'être reconnus dans la... dans la
loi... dans la loi n° 1, et puis fait partie de la définition de la
société du Québec. C'est sûr que c'était un peu... on était un peu déçus que
c'était... on n'était pas consultés avant l'arrivée du projet de loi.
Mme Garceau : Et surtout
parce que... Je vois que vous représentez quand même une soixantaine
d'organismes communautaires, fondations, et... Parce que la communauté
anglophone, surtout après l'adoption de la loi n° 96, a subi beaucoup de
préjudices, et donc je présume que ça aussi, ça a fait comme... les émotions
sont revenues lorsque le dépôt du projet de loi a été... a été fait, n'est-ce
pas?
Mme Johnson (Jennifer) : Absolument.
C'était une année... 2025 a été une année assez bouleversante au niveau de les
actions dans le... légales. Ce n'est pas mon habitude, d'habitude, moi, je suis
plus intéressée d'améliorer l'accès aux services de communautés, etc., et je
vous dis que j'étais très contente que le gouvernement avait retiré les
directives de 96 et produise un document qui était clair, et il n'y avait pas
de question au niveau de disponibilités des services. Ça, c'est sûr.
Et j'étais soulagée aujourd'hui aussi que
le discours, aujourd'hui, c'est que les lois existantes seraient toujours en
vigueur. C'est juste que j'aimerais que c'est indiqué dans la loi n° 1, que
ces lois seraient respectées. Et puis ça fait une «recognition» de la
communauté hors de les institutions des communautés d'expression anglaise...
que je trouve un peu pas clair aussi, c'est quoi, les institutions de la
communauté d'expression anglaise. C'est quelque chose que je trouve... pas la
meilleure façon de faire la «recognition» de la communauté.
• (12 h 10) •
Mme Garceau : C'est quoi, en
ce moment, parce que vous... évidemment, vous oeuvrez dans le domaine du
système de santé et des services sociaux. En ce moment, ce sont quoi, les
obstacles, les problèmes en tant qu'accès?
Mme Johnson (Jennifer) : Oh!
ça c'est un...
M. Creary (Ron) : ...toute
une question.
Mme Garceau : Parce que c'est
ça, il y en a encore beaucoup.
Mme Johnson (Jennifer) : Oh
oui, oui, beaucoup. Si vous êtes dans une région où il n'y a aucune institution
désignée, vous êtes à la... Les services disponibles sur les plans d'accès...
les plans d'accès sont très difficiles pour les communautés, à connaître, les
institutions eux-mêmes ont même... les individus dans les institutions ne sont
pas au courant c'est où et c'est quoi, le plan d'accès.
On a les mêmes problèmes que tous les
Québécois, au niveau d'avoir un médecin de famille, mais on a des statistiques
qui disent que l'expression anglaise utilise beaucoup plus les urgences, ils
utilisent beaucoup plus des médecins privés. Et je pense que ça, c'est un signe
très important au niveau de l'accessibilité des services en langue anglaise. Et
c'est sûr que la traduction des documents importants, c'est un gros défi dans
toutes les institutions. Quand vous sortez d'une chirurgie, d'avoir la
documentation en anglais... c'est c'est presque par chance, si vous avez bien
tombé sur la place où ils ont le document disponible. C'est vraiment au niveau
de la qualité de service puis les capacités de les patients de suivre les
instructions de médecin. On est toujours, toujours face aux barrières de la
langue, et qui a un impact au niveau de la santé puis le résultat de l'intervention
avec le système de santé.
Mme Garceau : Oui. Donc, on
devrait aller au-delà... Parce que j'ai pris connaissance de votre
recommandation en ce qui a trait au projet de loi pour que toute personne
d'expression anglaise ait le droit de recevoir des services de santé, des
services sociaux en langue anglaise, conformément à l'article 18 de la Loi sur
la gouvernance du système de santé et services sociaux, mais on doit aller
beaucoup plus loin que ça.
Mme Johnson (Jennifer) :
Idéalement.
Mme Garceau : Ça, ça ne va
pas régler les problèmes que vous avez sur le terrain.
Mme Johnson (Jennifer) : Oui,
il y en a, des gros, problèmes au niveau...
Mme Johnson (Jennifer) : ...l'application
de l'accessibilité pour tous les individus à travers la province, surtout dans
les régions où il n'y a pas d'institutions désignées, où il n'y a pas de... de
population en grande quantité. Les... les plus petites populations, ça devient
presque impossible.
Mme Garceau : Juste, PSOC,
j'ai été surprise que vous n'avez pas...
Mme Johnson (Jennifer) : Moi
aussi.
Mme Garceau : Mais c'est les
services sociaux.
Mme Johnson (Jennifer) : Et je
vous... je vous pousse...
Mme Garceau : Comment se
fait-il?
Mme Johnson (Jennifer) : Oui,
c'est ça. Et je pousse l'idée encore, parce que toutes nos communautés,
organismes de santé, sont des... des organismes qui gèrent aussi
l'employabilité, la culture, le tourisme, dada dada. Comme ça, quand il fait
une application au PSOC, ils ne sont pas éligibles parce qu'ils sont
multisectoriels. Comme ça, ils ont une autre barrière. Mais moi... moi, j'ai
juste la santé comme... comme mission, mais je suis inéligible parce que j'ai
reçu de l'argent du... du secrétariat pour les relations des communautés
d'expression anglaise, ça ne devrait pas être comme ça. Malheureusement, il y a
comme des... des barrières imprévues qui... qui, des fois, nuisent la capacité
de nos communautés à accès les services ou l'argent.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, Mme la députée.
M. le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup d'être ici. Je vais aller vite, j'ai très peu de
temps, hein, ça fait que... Mais sur les questions de... de droits des... des
minorités de... anglophones au Québec. Donc, il y a un tout petit considérant,
et puis vous le savez peut-être, mais les considérants ont très, très, très peu
de poids, puisqu'ils ne sont pas dans les articles, mais normalement ils définissent
l'esprit dans lequel va arriver le projet de loi. Et donc, le considérant, on
parle justement du respect des institutions des communautés québécoises
d'expression anglaise. Est-ce que ça vous rassure que, dans le projet au
complet, même ce petit considérant-là n'est reflété absolument nulle part dans
le projet de loi?
Mme Johnson (Jennifer) : Mais
absolument c'est un gros inquiétude. Je n'étais pas rassurée quand j'ai lu
le... J'étais contente de le voir, mais j'attendais de voir plus dans le texte,
dans l'opérationnel du... du loi. Puis, quand il n'était pas là, j'étais comme
`Ah, zut, on a manqué une opportunité de solidifier la position.
M. Creary (Ron) : Très vite,
en anglais quand vous êtes dans les «whereas», c'est... ce n'est pas très important.
M. Bouazzi : Effectivement.
Je rajouterais autre chose. Donc, si une simple majorité parlementaire décide
qu'une loi protège la nation québécoise, et ça, c'est le simple vouloir d'une
majorité parlementaire, il y a des organismes, et puis j'en nomme un, par
exemple, le Comité provincial pour la prestation des services de santé et des
services sociaux en langue anglaise, qui ne pourront plus utiliser leur argent
public pour pouvoir contester des dérives autoritaires qu'ils considèrent autoritaires
et donc, de facto, ne pourront, hein, plus contester. Est-ce que ça vous
rassure sur ce que le ministre semblait vous rassurer lui-même?
Mme Johnson (Jennifer) : C'est
sûr que ça enlève un pied de la communauté. C'est sûr qu'on n'a pas... souvent.
Je ne suis même pas au courant dans le domaine de la santé, la dernière fois
que cette... cette option a été utilisée, mais de l'enlever au complet, qu'il
n'y a pas d'option, pas de possibilité d'utiliser les fonds fédéraux pour
les... les défenses de le... de les... de la droit de la communauté ou une
question qu'on pose, c'est sûr que c'est un grand désavantage.
M. Bouazzi : Il est possible
que vous n'ayez pas eu à l'utiliser parce qu'on savait que vous auriez pu
l'utiliser. Donc, on n'a pas eu à dealer avec des lois qui iraient contre vos
droits, là. C'est... c'est... l'aspect préventif, il ne faut pas le...
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Sur ce, encore une fois,
merci beaucoup d'avoir été avec nous aujourd'hui. C'est très, très, très
apprécié.
Et je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 17)
(Reprise à 12 h 18)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir les...
représentante et représentants du Collectif Amitiés et mémoires
interculturelles au Québec. Encore une fois, c'est un grand plaisir de vous
recevoir. Vous connaissez les règles : présentation et, après ça, période
d'échange. Alors, la parole est à vous. Merci.
M. Vallée (Vincent) : Bonjour!
Merci de nous recevoir. AMIQ, Collectif AMIQ, c'est le Collectif Amitiés et
mémoires interculturelles au Québec. Nous, on vise à bâtir des ponts entre la
nation québécoise et les nations autochtones. Ça se fait notamment à travers
des partenariats, des espaces de discussion, des espaces de dialogue, non
seulement avec les gouvernements, mais... mais surtout avec les personnes
directement concernées.
On tient tout de suite, de prime abord, à
dire : On n'est pas là pour parler à la place des nations autochtones,
mais comme Québécois concernés par ces situations-là. Et, on l'a vu dans les
derniers jours, la pertinence, je crois, de bâtir de tels ponts.
Donc, on le fait notamment dans l'esprit
de la Grande Alliance de 1603 et de la Grande Paix de Montréal de 1701. Donc,
peut-être un mot sur ces événements-là qui sont très importants dans l'histoire
du Québec.
D'abord, la Grande Alliance, qui a été
signée le 26 mai 1603, est signée entre la France et l'Alliance
laurentienne, donc une partie des nations autochtones qui étaient en conflit
avec, par exemple, la Ligue iroquoise. Donc, cette alliance-là, formée à partir
de ce moment-là, ce qu'on appelle la famille... Évidemment, ce système-là était
imparfait, on l'a dit, il était en conflit, mais il fonde la légitimité de la
nation québécoise sur le territoire de l'Amérique du Nord. Autrement dit, pas
d'alliance, pas de nation québécoise.
Comme on l'a mentionné, comme je l'ai
mentionné, cette alliance-là, elle était incomplète. C'est pour ça qu'au fruit
d'une centaine d'années de négociations, on en est arrivés... bien, une fruit
d'une centaine d'années dans laquelle se sont abouties des négociations, on en
est arrivés à inclure, dans la Grande Paix de Montréal signée le 4 août
1701, l'ensemble des nations autochtones, incluant la Ligue iroquoise, dans la
Grande Paix, ce qui incluait les nations autochtones, la vallée du
Saint-Laurent, des Grands Lacs et du Mississippi.
• (12 h 20) •
Aujourd'hui, le gouvernement du Québec
propose un projet de Constitution qui vise à utiliser les pouvoirs de l'État,
notamment son pouvoir législatif, pour défendre les droits collectifs et
nationaux de la nation québécoise. On parle ici de la langue, du
vivre-ensemble, mais également du système juridique, notamment notre système
civiliste.
Les nations autochtones, elles, n'ont pas
d'État, mais elles ont des droits collectifs et nationaux à défendre :
langue, culture, vivre- ensemble, mais également système juridique, comme le
dit à juste titre le grand chef du Lac-Simon, Anishinaabe, M. Picard. Donc,
nous, ce qu'on propose, c'est que le gouvernement du Québec utilise les
pouvoirs de l'État pour défendre également les droits collectifs et nationaux
des nations autochtones. Parce qu'on pense que ce qui est bon pour la nation
québécoise est également bon pour les nations autochtones dans le but de,
chacun, permettre l'autodétermination de toutes les nations sur le territoire
du Québec.
Je cède la parole maintenant à ma collègue
Stéphanie.
Mme Salagan (Stéphanie) : Donc,
M. le Président, mesdames et messieurs les membres de la commission, je vous
remercie de nous accorder la parole aujourd'hui dans le cadre de l'étude du
projet de constitution du Québec.
Donc, comme présenté par mon collègue,
nous sommes aujourd'hui dans un moment charnière. Et l'élaboration d'une
constitution québécoise offre une occasion unique de renouer avec les alliances
fondatrices francoautochtones, de dépasser les modèles de Constitution de 1867
et 1982 et de bâtir une architecture politique réellement partenariale.
Dans notre mémoire, notre recommandation
centrale est la suivante : que l'Assemblée nationale adopte une loi-cadre
sur l'autodétermination des peuples autochtones adoptée avec le consentement
des membres de chacune des nations. Cette loi établirait les grands principes
des relations saines entre la nation québécoise et les nations autochtones en
reconnaissant formellement les 11 nations autochtones établies sur son
territoire comme des peuples distincts exerçant une personnalité politique
propre fondée sur leurs institutions, leurs coutumes et leur territoire. De
cette loi-cadre découleraient des constitutions nationales propres à chacune
des nations autochtones qui le souhaiteraient.
De plus, nous recommandons que la
Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones ait plein
effet sur le territoire du Québec. Cela permettrait d'inscrire...
Mme Salagan (Stéphanie) : ...une
reconnaissance internationale cohérente et la plus complète en matière de
droits des peuples autochtones. Maintenant, la parole à mon collègue Nabil Ben
Ali.
M. Ben Ali Ouriaghli (Nabil) : Bonjour,
mesdames et messieurs, donc merci de nous recevoir. Donc, moi, je suis
secrétaire au sein du conseil d'administration de AMIQ, je m'implique dans la
question autochtone au Québec parce que je suis moi-même descendant d'un peuple
autochtone du nord du Maroc, les Amazighs. Donc, aujourd'hui, ma collaboration,
ce serait vraiment, bon, sur deux points qu'on a présenté dans le mémoire.
C'est la participation à la représentation des nations autochtones au sein de
notre institution québécoise. Donc, ce qu'on propose, essentiellement, c'est
vraiment une main tendue envers les nations autochtones par le gouvernement
québécois, c'est-à-dire une invitation à la participation au processus
démocratique et législative de ces nations à travers l'ouverture d'une Chambre,
bien, de l'ancienne Chambre, en fait, qui deviendrait la Chambre des nations,
ce qui permettrait aux représentants des 11 nations autochtones d'y siéger et
de participer au processus démocratique. Bon, cette participation pourrait se
faire, bien, évidemment, doit se faire avec le consentement préalable, libre et
éclairé de toutes les nations autochtones qui vivent au Québec et en les
intégrant dans le système législatif, s'ils le souhaitent. Donc, en les
intégrant, bien, ça... c'est, en fait, on leur donne la possibilité et le
pouvoir de collaborer et de co-construire la législation québécoise en prenant
en compte leurs droits collectifs et ancestraux. Donc, ça leur donne,
évidemment, une voix au chapitre afin qu'ils puissent être partie prenante,
qu'ils fassent partie du processus décisionnel à travers leurs représentants et
que... qu'ils cessent, en fait, d'être simplement, là, des sujets et de subir
les projets de loi du Québec sans y avoir un droit de regard direct, ni même un
droit de motion ou de veto. Donc, c'est vraiment une manière de leur accorder
un pouvoir réel dans la définition de leur destin collectif main dans la main
avec la nation québécoise. Donc, c'est vraiment, les inclure dans le processus
décisionnel et législatif nous éviterait et leur éviterait également de souvent
compter seulement sur les tribunaux québécois et canadiens pour se faire
reconnaître leurs droits et pouvoirs constitutionnels, ce qui, à notre avis,
permettrait vraiment d'éviter d'antagoniser L'État québécois tout le temps
versus les gouvernements des différentes nations autochtones. Ça permettrait,
au contraire, de travailler ensemble, main dans la main, à l'intérieur de
l'édifice démocratique et institutionnel. Bon, c'est sûr que, bien, de tels
changements nécessitent vraiment un certain niveau de confiance et de courage,
mais ça requière d'abord et avant tout une ambition sincère de travailler
ensemble vers un but commun.
On a ajouté, également, un quatrième
point, là, sur la participation des nations autochtones au Conseil
constitutionnel, qui serait créé par la nouvelle Constitution du Québec. On est
partis de la prémisse que la création du Conseil constitutionnel était une base
intéressante, mais que sa structure devait possiblement être adaptée afin de
garantir une souveraineté, là, réellement partagée entre la nation québécoise
et les 11 nations autochtones pour éviter un peu de reproduire, là, les mêmes
asymétries, là, qui caractérisent l'ordre constitutionnel canadien. Donc, c'est
dans la même veine que le chapitre sur la participation des nations autochtones
qu'on propose au gouvernement, là, vraiment, de travailler avec les 11 nations
autochtones à l'édification d'un droit constitutionnel québécois qui
s'interprète en même temps dans le respect de la tradition juridique civiliste,
mais également dans le respect des différentes traditions juridiques
autochtones telles que reconnues par la Déclaration des Nations Unies pour les
peuples autochtones. Donc, c'est vraiment... Voilà.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. On est rendus à
la période d'échange. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
bonjour, Mme Salagan, M. Vallée, M. Ali Ouriaghli, bonjour. Merci de
participer aux travaux de la commission, et puis j'oublie quelqu'un?
Le Président (M.
Bachand) :...Goyette-Lévesque, trésorier.
M. Jolin-Barrette : Bon, M.
Goyette-Lévesque, bonjour. Merci d'être là. Désolé, vous n'étiez pas sur... sur
ma feuille, mais très heureux de... de vous voir. Merci d'être présent pour le
Comité Amitiés et mémoires interculturelles au Québec. Vous faites des
propositions qui sont intéressantes dans votre mémoire, alors je vous remercie
pour... pour vos propos. Juste sur la base, là, des choses, là, est-ce que vous
reconnaissez que l'article 45 de la loi constitutionnelle de 1982 permet au Québec...
M. Jolin-Barrette : ...le
Québec de se doter d'une constitution?
M. Vallée (Vincent) : La
réponse, c'est oui. Le Québec a déjà une constitution, là. Je pense que les
législateurs présents sont probablement bien, au fait.
M. Jolin-Barrette : Et puis,
dans le fond, dans votre analyse du projet de loi, là, avez-vous constaté qu'il
y a beaucoup d'éléments dans la partie I du projet de loi qui touchent la
Constitution qui sont déjà, dans le fond, de la codification d'éléments à droit
constant, qui existent déjà dans notre corpus législatif?
M. Vallée (Vincent) : Tout à
fait.
M. Jolin-Barrette : OK. Et
qu'est-ce que vous pensez de ça, le fait qu'on vienne inscrire dans le
préambule l'existence des 11 nations autochtones au Québec?
M. Vallée (Vincent) : Bien,
c'est... ça fait partie de nos recommandations, en fait, de l'inscrire
directement dans le projet de loi. On pense que, dans le préambule, c'est
quelque chose de symbolique. En fait, dans la manière dont c'est écrit, on a
l'impression que c'est vraiment un projet de constitution qui parle de la
nation québécoise, mais qui peut... bon, on reconnaît cette spécificité-là
symboles symboliquement, mais peut-être un peu en surface, on pourrait dire.
Alors que, comme on l'a mentionné, sans nation autochtone, il n'y aurait pas la
nation québécoise, elle n'existerait pas. On pense qu'il doit y avoir une
reconnaissance plus grande des nations autochtones parce qu'elles font partie
de notre histoire, et d'ailleurs leur histoire précède l'histoire de la nation
québécoise.
M. Jolin-Barrette : Puis
vous, vous vous parlez des nations autochtones, là, dans le fond, des
11 nations autochtones, là. C'est ce que vous abordez?
M. Vallée (Vincent) : Oui,
telles que reconnues par la motion de l'Assemblée nationale de 1985 et reprise
en 1989 avec la nation malécite.
M. Jolin-Barrette : C'est ça,
puis on parle bien des nations?
M. Vallée (Vincent) : Tout à
fait.
• (12 h 30) •
M. Jolin-Barrette : OK.
Également, on a un préambule, là, un considérant du préambule, qui a dit :
Considérant que l'État du Québec reconnaît dans l'exercice de ses compétences
constitutionnelles les droits existants ancestraux ou issus de traités des
nations autochtones du Québec. Donc là, on vient reconnaître les droits des
nations, que les droits de nations s'appliquent. Et je le disais aussi aux
différents intervenants qui sont venus nous rencontrer en commission
parlementaire, la Constitution n'affecte pas la reconnaissance des droits des nations
autochtones, les traités qui ont cours continuent d'avoir cours, les traités
qui seront négociés pourront avoir cours. On ne vient nier aucun droit. Donc,
ça ne change pas l'état du droit relativement aux droits, aux revendications
des nations autochtones aussi, puis ça va continuer de se dérouler de nation à
nation pour conclure des ententes et notamment des traités. Et 35 de la Loi
constitutionnelle de 1982 aussi n'est pas affecté par la Constitution
québécoise. Donc, est-ce que vous êtes d'accord avec mon affirmation?
Mme Salagan (Stéphanie) : Oui.
Si je peux me permettre. Bon, tout d'abord, je voudrais quand même souligner
votre effort significatif de faire mention, en fait, de la protection de ces
droits-là ancestraux issus de traités dans le préambule, qui démontre justement
cette volonté de reconnaître la présence historique et juridique des nations
autochtones au sein du territoire québécois. C'est sûr que, dans le préambule,
bon, il y a l'esprit de la loi, comment on veut qu'elle soit comprise. Ensuite,
ça pose le ton. Parfois, c'est un peu aussi seulement symbolique. Donc, nous,
ce qu'on propose aussi, c'est d'aller plus loin pour, comme on l'a dit au
préalable, qu'il y ait un pouvoir décisionnel, puis qu'ils vont pouvoir... les
nations autochtones vont pouvoir construire aussi à l'intérieur même en
partenariat avec nous. Parce qu'on voit que l'expérience constitutionnelle
canadienne... en fait, même, il a fallu tout le temps, comme on a mentionné,
passer par les tribunaux qui ont défini finalement c'est quoi, leurs droits,
mais n'a pas permis d'établir avec eux... ou n'a pas accordé aucune
représentation, soit... que ce soit la Chambre des communes, au Sénat ou dans
les structures politiques décisionnelles.
Donc, l'article 35, ça ne crée pas un
mécanisme de cogouvernance et un ordre de gouvernement autochtone tel qu'il
aimerait que ce soit le cas. Donc, il ne participe pas non plus formellement
aux décisions politiques. Donc, il y a quand même un aspect qu'il manquerait,
et c'est pour ça qu'on veut passer par la loi-cadre sur l'autodétermination des
peuples autochtones, une loi-cadre qui pourrait... il pourrait y avoir une
clause dans la Constitution qui dit que, bien, finalement ça va être à
considérer dans les discussions...
12 h 30 (version non révisée)
Mme Salagan (Stéphanie) : ...à
venir, là, qui sera adopté prochainement, parce que comprendrez que notre point
de vue, c'est qu'à chaque fois il faut qu'il y ait de la consultation. Donc, ce
que nous apportons aujourd'hui va être des points à discuter avec chacune des
nations qui vont peut-être trouver ça intéressant et qui vont... Ça va
augmenter peut-être la possibilité d'adhésion, une constitution québécoise.
M. Jolin-Barrette : Écoutez,
je vous remercie grandement pour la présentation de votre mémoire, pour votre
présence en commission parlementaire. Donc, je vais céder la parole à mes
collègues, mais merci pour votre présence.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Gaspé, pour trois minutes, s'il vous plaît.
M. Sainte-Croix : Merci, M.
le Président. Madame, messieurs, à mon tour de vous souhaiter la bienvenue.
Merci pour votre contribution aux travaux de la commission. Pensez-vous que les
limites territoriales du Québec devraient être protégées?
M. Vallée (Vincent) : Bien, d'une
certaine façon, le Québec est défini par son territoire. Donc, la question des
frontières, c'est fondamental. Mais j'essaie de bien comprendre votre question,
peut-être que vous entendez qu'il y a également des autochtones qui font des
revendications territoriales, si vous voulez qu'on en parle, tout simplement,
préciser...
M. Sainte-Croix : Bien, je
pourrais peut-être enchaîner avec la deuxième question qui va venir, j'imagine,
préciser l'intention derrière la question. Au regard du territoire, voyez-vous
une incompatibilité entre la défense de l'intégrité du territoire québécois et
la reconnaissance des droits des peuples autochtones?
M. Vallée (Vincent) : C'est
une question qui est fondamentale que vous posez là, dans la formulation de la
Constitution, en ce moment, il est question de l'intégrité du territoire du
Québec, mais il n'est pas question des nations autochtones dans le texte de la
Constitution, c'est quelque chose qu'on a entendu d'ailleurs dans les
consultations. Il me semble qu'on pourrait reconnaître que ce territoire-là est
partagé avec des nations autochtones même qui étaient là antérieurement à nous,
et qu'eux ont également un rôle de protection de ce territoire-là puis qu'ils
font déjà comme je pense que vous avez pu... le constater.
M. Sainte-Croix : Donc, vous
ne voyez pas d'incompatibilité avec les deux objectifs poursuivis.
M. Vallée (Vincent) : Je crois
que là, encore une fois, on ne peut pas parler à la place des nations autochtones,
mais je crois que la question de l'intégrité du territoire est également
importante pour eux. Là où il y a peut-être quelque chose à travailler, c'est
dans la formulation pour le... pour soulever, justement, l'importance que les
autochtones accordent au territoire. Il ne faut pas oublier que les
autochtones, malgré qu'ils occupent environ 2 % de la démographie
québécoise, ils occupent environ 83 % du territoire du Québec.
M. Sainte-Croix : Merci. Du
point de vue sémantique, vous parlez, dans votre mémoire, de nations
autochtones. On nous a fait valoir qu'il était préférable de parler de peuples
autochtones. Quel est votre avis sur la question?
M. Vallée (Vincent) : Là, c'est
des enjeux... c'est un enjeu de sémantique qu'on n'a pas... on n'a pas
nécessairement l'envie de prolonger le débat sur la sémantique, mais nous, on s'en
tient à ce qui a été déclaré par l'Assemblée nationale, la reconnaissance des 11 nations.
Il s'agit de 11 cultures avec 11 langues, avec des systèmes, des
traditions juridiques propres à chacune. Je lisais par ailleurs une chronique
aujourd'hui dans LaPresse, qui défendait ce point... ce même
point de vue là, de reconnaissance de cet esprit-là d'ailleurs, qui émane de la
Grande Alliance et de la Grande Paix qui se faisaient dans l'esprit de
discussion de nation à nation.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Je cède
maintenant la parole à la députée de Robert-Baldwin, pour
7 min 07 s, s'il vous plaît.
Mme Garceau : Merci beaucoup,
M. le Président. Donc, merci. Mme Salagan, MM. Vallée, Ben Ali et Goyette-Levac,
pour votre présence virtuelle, mais également pour votre mémoire fort
intéressant. Particulièrement, je vais commencer avec ça, parce qu'évidemment
on a eu l'intervention de... de l'APNQL jeudi passé, et l'intervention
évidemment du chef François Verreault-Paul concernant le processus... le
processus de, on va se le dire, de non-consultation avec les Premières Nations,
avec les nations autochtones avant la rédaction de ce projet de loi, avant le
dépôt. Et même, compte tenu qu'il y a simplement trois références aux nations
autochtones, dans tout ce projet de constitution, qui sont seulement dans le
préambule, que, oui, c'est symbolique. On sait très bien que...
Mme Garceau : ...Paul. Compte
tenu qu'il n'y avait pas eu non plus de co-construction, qui a quand même
utilisé... il a affirmé publiquement que, pour lui, «ce projet invisibilise les
Premières Nations dans la fondation et dans la gouverne de la société
québécoise». Est-ce que vous partagez son opinion?
M. Vallée (Vincent) : Bien,
comme on l'a mentionné un petit peu plus tôt, on... le projet de Constitution
du Québec semble vraiment avoir été écrit pour la nation québécoise, puis on
pense qu'il y a peut-être des maladresses, des choses qui sont incomplètes,
d'abord, dans la manière dont il a été pensé, mais la beauté du projet... Parce
que souvent on a l'impression que les constitutions, c'est très, très compliqué
à changer, parce que la Constitution canadienne, il y a plein de processus,
puis on a l'impression que c'est toujours avec un cadenas. L'avantage de ce
projet de constitution là, c'est qu'il peut être repris et retravaillé. Et une
constitution, c'est vivant, comme vous le savez. C'est un processus qui se continue.
Nous, ce qu'on propose, c'est des pistes
de réflexion, une manière de faire, une manière de tendre la main pour
justement entamer des processus de négociations qui vont permettre de les
inclure dans cette Constitution-là. Donc, nous, on pense que tout n'est pas
perdu, qu'il y a manière de se reprendre pour justement arriver à cet... à ce
processus-là de négociation qui est essentiel, là, pour les inclure.
Mme Garceau : OK. Et vous le
dites, malgré... Je présume que vous avez écouté l'intervention du chef
Verreault-Paul, parce que, pour lui, il demandait le retrait complet du projet
de la Constitution, parce que c'était devenu irrécupérable.
M. Vallée (Vincent) : Bien,
c'est son opinion, c'est son avis, on l'a écouté, et on l'entend. On comprend
aussi pourquoi il le mentionne. Nous, on pense qu'il y a une manière de se
reprendre. Mais une façon de le faire, puis ça, c'est à vous, législateurs, de
décider, mais vous pourriez forcer le gouvernement à entamer un processus de
négociation pour la suite. Vous pourriez inclure un libellé disant : Cette
Constitution-là est adoptée dans... là, je n'ai pas le... un libellé exact,
mais je vous propose l'idée, à condition que, dans la prochaine législature, le
gouvernement s'engage à amorcer des consultations sérieuses pour qu'on puisse
inclure justement ces points de vue là des nations autochtones.
• (12 h 40) •
Mme Garceau : Bien,
exactement, est-ce qu'on a... on aurait... C'est ça qu'on aurait dû faire,
c'est de faire toutes ces consultations-là, des consultations larges, comme la
commission avait mentionné, avait recommandé, qu'on ait des consultations très
larges de la société civile, incluant les nations autochtones, afin de pouvoir
rédiger une Constitution qui reflète les droits et reconnaît les droits de tous
les Québécois et des nations autochtones.
M. Vallée (Vincent) : Nous, on
adopte une perspective qui est dans un esprit d'autodétermination des peuples.
On pense que la Constitution s'inscrit pour autodéterminer la nation
québécoise, donc, on ne pense pas que c'est nécessairement un recul, mais il y
a des oublis, il y a des lacunes. Puis C'est ça qui a été déploré, notamment
par l'APNQL. On partage certains de leurs avis, mais on pense que, pour une
pleine autodétermination, ça prend un processus qui prend le temps que ça
prendra. Et on pense que ça peut tout à fait se faire dans une prochaine étape.
Mme Garceau : OK, mais donc,
qu'est-ce... c'est quoi... c'est quoi, votre opinion, en ce moment, en termes
de l'étape actuelle de consultation? Nous avons... nous avons seulement comme
30 minutes d'échange pour vous par groupe. Est-ce que c'est suffisant?
M. Vallée (Vincent) : Ça,
c'est des questions de procédure. Nous, on a proposé des pistes de solution,
des réflexions pour amorcer ces réflexions-là. Là, on est... en date
d'aujourd'hui, on est le 11 février 2026. Ce qu'on propose, c'est de
repartir sur ces bases-là. Puis, si vous me posez la question, évidemment que
la réponse, c'est non. Les consultations auprès des autochtones n'étaient pas
suffisantes. C'est un angle mort qui, d'ailleurs, a été soulevé à de nombreuses
reprises dès le dépôt du rapport Rousseau-Proulx sur les enjeux
constitutionnels. C'était un angle mort dès le début et on constate que ça se
poursuit. Nous, on pense que ça peut être pris, qu'il y a une possibilité
d'être... de reprendre, mais ça, n'en dépend que de vous, que des législateurs.
Mme Garceau : Et ça dépend
aussi, évidemment, des nations autochtones, de leur volonté également de
participer.
M. Vallée (Vincent) : Bien là,
ici, on est face à un dilemme, évidemment, que les législateurs peuvent avoir,
parce que, d'une part, si on avait forcé l'inclusion des autochtones,
probablement que ça aurait été problématique. Et on comprend que cet enjeu-là
était...
M. Vallée (Vincent) : ...extrêmement
sensible et, nous, on pense, peut-être qu'on est un peu de bonne foi, mais on
pense que c'était pour éviter des maladresses, des désaccords... des
problématiques qu'on ne les a pas inclus dès le début. On voit que finalement
c'était peut-être une approche qui était insuffisante, incomplète, mais on
pense qu'il n'y a rien d'impossible. Nous, on cherche à tendre la main. On
propose également de l'ouverture d'une deuxième chambre au Parlement, donc ouvrir
ce qu'on avait auparavant comme Conseil législatif, parce que c'est ça qu'ils
demandent, les nations autochtones, en tout cas, c'est ce qu'on a constaté pour
plusieurs nations autochtones, ils demandent à voir une voix au chapitre. On
comprend qu'on a peut-être la crainte de faire parfois des maladresses, mais en
ouvrant une deuxième chambre, en leur donnant une voix au chapitre, en faisant
en sorte qu'ils deviennent eux-mêmes des législateurs selon le processus qu'ils
ont décidé, on ne détermine pas comment ils choisissent leurs représentants,
mais ils déterminent le choix de leurs représentants s'ils le souhaitent, s'ils
ne souhaitent pas avoir de représentants, le siège peut être vide. Mais l'idée,
c'est qu'ils deviennent des législateurs à part entière avec le Parlement du
Québec et éventuellement des constituants.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. députée de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Juste pour être sûr de comprendre où est-ce que vous vous placez, on a eu des
groupes autochtones qui sont passés avant nous... avant vous, pour nous dire
que le processus tel qu'il est, tel que la Constitution a été présentée, se
retrouve dans une logique coloniale. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça?
M. Vallée (Vincent) : Bien,
on pense que le système canadien dans son ensemble est dans une logique
coloniale. La Constitution de 1867, elle l'était également. La Constitution de
1982 l'est également, et le système qui fonctionne actuellement l'est, encore
une fois. Je pense que le Québec peut tout à fait se sortir de cette
logique-là, mais il va falloir défaire des habitudes qui durent depuis
longtemps.
M. Bouazzi : Laissez-moi être
d'accord avec vous sur le fédéral. J'ai vu que dans votre mémoire, vous n'avez
aucun problème à parler effectivement de l'aspect colonial du Canada, mais
est-ce qu'il y aurait possiblement un aspect colonial au Québec? Oublions le
fédéral.
M. Vallée (Vincent) : Tout à
fait. Le Québec n'a pas toujours été empreint... exempt d'erreurs. Il a fait
beaucoup... puis on le voit justement dans les conflits devant les tribunaux.
Malheureusement, le procureur général du Québec prend généralement la défense
d'une approche qui est encore celle qui prévalait en 1867. L'approche de 1867,
c'est une approche qui est fondée sur la conquête de l'ouest, donc une conquête
qui s'est faite au détriment des autochtones et des métisses, comme vous le
savez. Et le gouvernement du Québec est un peu héritier de ça. Donc, nous, on
souhaiterait qu'on sorte de cette logique-là.
M. Bouazzi : Je tiens à
saluer votre force de proposition, hein, c'est... on a rarement des
propositions comme celle-là. L'idée d'avoir une deuxième Chambre, une
délibération qui permet justement à avoir de la place au sein de cette
enceinte, dans ce territoire qu'on partage avec les Premières Nations, me
semble vraiment intéressante à explorer avec eux et elles. Est-ce que c'est des
idées que vous avez proposées? J'imagine, vous avez des échanges peut-être avec
différents représentants des Premières Nations.
M. Vallée (Vincent) : C'est
des discussions qu'on a... Jusqu'à présent, ce qu'on a entendu, c'est que les
autochtones veulent avoir une voix au chapitre. On peut penser, par exemple, au
projet de loi n° 97 sur l'industrie forestière, et la nation attikamek n'a
pas eu de... ce qu'il voulait, c'était d'écrire le projet de loi avec le
gouvernement, donc avoir une main sur le projet de loi, parce qu'eux, ils
connaissent leur territoire, ils connaissent les arbres, ils connaissent la
nature, ils connaissent la forêt, ils savent qu'est-ce... c'est quoi les
mauvaises pratiques qu'ils constatent, c'est eux les experts du territoire,
finalement.
Le Président (M.
Bachand) : Merci...
M. Vallée (Vincent) : Donc,
c'est dans cet esprit-là qu'on propose qu'ils prennent part au processus.
Le Président (M.
Bachand) :Bien, je vous remercie beaucoup
d'avoir participé à la commission... fort intéressant et fort instructif.
Sur ce, la commission suspend ses travaux
jusqu'à 15 h. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 47)
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 04)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Bon
après-midi à tout le monde. La commission reprend ses travaux. Il nous fait
plaisir d'accueillir les représentants du Parti conservateur du Québec, dont
son chef, M. Éric Duhaime. Bienvenue en commission parlementaire. Alors, vous
connaissez les règles, M. le chef. Donc, 2 minutes de présentation, après
ça, période d'échange avec les membres de la commission.
Donc, immédiatement, la parole est à vous.
M. Duhaime (Éric) : Merci
beaucoup. Merci, M. le Président. Merci, Mmes et MM., membres de la commission,
M. le ministre de la Justice. Ça nous fait plaisir d'être ici aujourd'hui. C'est
la première fois en quatre ans qu'ils acceptent de nous entendre en commission
parlementaire après plusieurs demandes. Donc, on est très heureux de pouvoir
vous expliquer nos positions sur le projet de loi n° 1.
Notre mémoire, là, je ne vous le lirai pas de bout en bout. Vous l'avez eu,
vous avez eu copie du mémoire, mais je veux simplement concentrer mon
intervention principalement autour de quatre volets. D'abord, ce que les
conservateurs appuient, ce qui nous préoccupe, les principales bonifications et
deux ajouts à la lumière des récentes consultations que vous avez eues devant
vous au cours des derniers... des dernières semaines.
Donc, sur le principe, je veux être clair,
là, le Parti conservateur du Québec appuie le principe de doter le Québec d'une
constitution codifiée. Un texte comme celui-là, pour nous autres, va clarifier de
manière significative, l'identité politique du Québec, ça va consolider nos
institutions et offrir un cadre cohérent pour l'action publique. Pour être
utile, une constitution, il faut qu'elle soit légitime, rassembleuse et
durable. Sinon, elle risque de devenir évidemment un exercice symbolique et
partisan plutôt qu'un vrai pacte. Le Parti conservateur semble être le seul
parti d'opposition qui appuie présentement le projet de constitution puis on le
déplore un peu, parce qu'une constitution, ça doit être fait dans un esprit de
collaboration. Puis j'ai de la difficulté surtout à comprendre que des partis
qui se disent autonomistes ou indépendantistes ne puissent pas appuyer une
telle proposition à la base. On peut avoir des différences sur le contenu ici et
là, mais l'idée de vouloir accroître le pouvoir québécois, que ce soit à l'intérieur
ou à l'extérieur de la Confédération canadienne, pour nous, ça semble
important. Moi, la personne qui m'a convaincu d'être en faveur d'une constitution
québécoise, c'est le constitutionnaliste Daniel Turp, un ancien député du Parti
québécois et du Bloc québécois. Ça fait que je pense que les souverainistes
auraient intérêt à le consulter.
Cela étant dit, tout n'est pas parfait, on
a quand même d'autres réserves. Une constitution, évidemment, ce n'est pas une
loi ordinaire, c'est une loi fondamentale qui exige un niveau de légitimité
exceptionnel. Le processus actuel est un peu précipité, on se le dira, là, à
quelques mois d'une campagne électorale dans un climat un peu plus partisan.
Les fortes objections des communautés autochtones qu'on a vues ici la semaine
dernière sont un exemple probant, quant à nous, du manque de consultation en
amont. Puis pour qu'un texte constitutionnel s'enracine, bien, il doit reposer
sur un large consensus. Et sans cela, il va être contesté dès le départ, puis
fragilisé, là, au premier changement de gouvernement. C'est ce qui nous
inquiète présentement.
Nos principales bonifications, on en a en
fait trois. La première, c'est des mécanismes éprouvés pour mieux protéger l'autonomie
du Québec. Quand on parle de défendre l'autonomie du Québec, il faut dépasser,
là, le déclaratoire. Le projet de loi affirme bien sûr des principes, mais il
ne crée pas de mécanismes opérationnels clairs pour répondre...
M. Duhaime (Éric) : ...rapidement
aux empiétements du gouvernement fédéral.
C'est pourquoi on propose d'intégrer au
projet de loi des outils concrets inspirés de ce qui s'est fait ailleurs,
notamment en Alberta, avec la Loi sur la souveraineté de l'Alberta dans un
Canada uni, ou en Saskatchewan, avec la loi Saskatchewan First, ou même avec
l'ADQ. Parce que je ne vous ai pas présenté la personne à ma droite, mais Guy
Leroux a été une des personnes avec qui j'ai rédigé... on a rédigé ensemble, il
y a plus de 20 ans, la politique autonomiste de l'ADQ de Mario Dumont. Et donc,
pour nous, c'est... Puis on avait présenté, à l'époque, un projet de loi, le
projet loi n° 996. Et pour nous, c'est important que l'autonomie soit
mieux protégée par rapport aux ingérences fédérales.
Ce projet de loi n° 996 prévoit
notamment une résolution de l'Assemblée nationale pouvant déclarer une mesure
fédérale inapplicable dans un domaine relevant de nos compétences. Lorsqu'il y
a des empiétements, l'obligation pour le gouvernement de déposer un plan
d'action avec des gestes précis, des directives aux ministères et aux
organismes concernés pour cesser de collaborer à l'application des mesures
fédérales. Et, troisièmement, la possibilité de soutenir des contestations judiciaires
et d'encadrer légalement la réponse de l'État. Donc, bref, on est bien pour une
constitution, mais encore faut-il que l'autonomie soit protégée, que le projet
de loi ait un peu plus de dents pour s'assurer que le fédéral ne viendra pas
encore nous... chevaucher ce qu'on fait déjà.
Le deuxième point, c'est le préambule.
Pour nous, le préambule d'une constitution, c'est l'occasion de rassembler,
surtout pas de diviser les Québécois. Depuis le dépôt de notre mémoire, là, je
sais qu'il y a plusieurs groupes qui sont venus s'exprimer, avec des
préoccupations qui nous semblent tout à fait légitimes, sur des éléments
fondamentaux, là, que ce soit le respect des libertés, la règle de droit,
l'équilibre des pouvoirs. Le défi, c'est de... ce n'est pas de déclarer une
identité commune, là, mais c'est de construire une appartenance commune, et une
Constitution, ça doit donner envie à toutes les composantes de la société
québécoise de participer à la nation, et ça se fait en stimulant notre fierté
d'en faire partie. On veut un Québec français, on veut un Québec autonome, mais
on veut le faire en unissant les Québécois, y compris les anglophones, les
autochtones, les allophones, les nouveaux arrivants, en les invitant à
contribuer au Québec de demain dans la fierté, dans l'enthousiasme. On demande
donc de revoir le préambule pour un texte plus évocateur, plus rassembleur,
réellement inspirant, à l'image de la ténacité, de la tolérance et de
l'ouverture du peuple québécois.
Finalement, une Constitution, quant à
nous, ne doit pas être modifiable trop facilement. Ici, il y a un enjeu,
là : tel que rédigé, le projet de loi demeure une loi qui peut être
modifiée ou abrogée par une simple majorité à l'Assemblée nationale, une
Constitution qui change au gré des cycles électoraux et qui pourrait perdre de
sa stabilité, là, et de sa force. C'est pourquoi on demande une rigidité,
c'est-à-dire une formule d'adoption et surtout d'amendement qui exige un
consensus large, qui protège le texte contre l'instabilité politique. Parce que
sinon, là, on ne fonde pas un pacte, là, on va adopter simplement ordinaire de
plus.
• (15 h 10) •
Finalement, on avait deux ajouts à la
lumière de ce que vous avez entendu des intervenants qui se sont présentés
devant vous au cours des dernières semaines. Une concernant... un ajout
concernant l'autonomie et la gouvernance des municipalités, des régions. Il y a
plusieurs acteurs du milieu municipal de partout au Québec qui ont rappelé que
le Québec se gouverne aussi par des gouvernements de proximité. Si on veut une
Constitution qui parle vrai, elle doit reconnaître la vitalité de nos régions,
la capacité des communautés de décider par elles-mêmes. On propose donc
d'ajouter, là, une section sur l'autonomie et la gouvernance des municipalités
et des régions, dans l'esprit des propositions, là, qui ont été présentées déjà
devant vous. Je ne vais pas les répéter.
Finalement, il y a la question de
l'avortement, qui a été aussi au cœur des débats. Je veux réitérer que le Parti
conservateur est clairement et entièrement en faveur de la liberté de choix des
femmes en la matière. Cela étant dit, plusieurs intervenants, mais surtout des
intervenantes, ont soulevé des réelles inquiétudes sur l'inscription de cette
question dans une Constitution qui demeure modifiable comme une loi. Et, dans
la balance des arguments, on considère que cette clause devrait être retirée du
texte constitutionnel, là, pour éviter d'ouvrir une canne de vers. La
protection des droits, pour nous, ça passe d'abord et avant tout par des
garanties concrètes d'accès et par un cadre institutionnel solide, plutôt que
par une disposition qui pourrait être exposée, là, aux aléas d'une majorité de
députés.
En conclusion, M. le Président, on a pu le
principe d'une Constitution pour le Québec, mais, pour qu'elle soit fondatrice,
il faut un processus qui soit plus large, plus légitime, plus consensuel. Une
nouvelle Constitution ne peut pas être adoptée par un gouvernement non plus en
fin de régime, qui n'a pas nécessairement la légitimité pour créer un large
consensus puis qui n'a pas non plus le mandat électoral de l'adopter comme tel.
Et ça... Cette remarque s'adresse particulièrement au ministre, là. Moi, je
pense que le gouvernement doit proposer l'adoption du projet de loi...
c'est-à-dire lors des prochaines élections, la proposer à la population en
demandant un mandat clair aux Québécois pour faire adopter cette Constitution
après l'élection.
Puis, de notre côté, moi, je m'engage à ce
que le Parti conservateur du Québec va...
M. Duhaime (Éric) : ...demander
également un mandat auprès de l'électorat québécois en octobre 2026 pour
l'adoption d'une constitution rassembleuse au Québec. Merci beaucoup, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. Duhaime. M.
le ministre, pour 10 minutes, 30 secondes, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. M. Duhaime, M. Leroux, Mme Coulombe, bonjour...
M. Duhaime (Éric) : J'ai
oublié de la présenter, Éloïse Coulombe, qui est notre candidate dans
Charlesbourg, mais qui est aussi la cofondatrice de Génération Ambition et
étudiante en droit à l'Université Laval.
M. Jolin-Barrette : Je crois
que c'est une très bonne université puis une bonne faculté, n'est-ce pas?
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Bon.
Bien, écoutez, merci au Parti conservateur d'être présent aujourd'hui, puis de
participer aux travaux de la commission, puis aussi de nous faire part de votre
point de vue. D'ailleurs, vous avez eu l'occasion de me présenter le projet de
loi n° 996, que je... je ne crois pas qu'il a été déposé, mais vous avez
travaillé là-dessus, puis je tiens à saluer le fait que vous développez
positivement des idées en prévision de l'autonomie du Québec.
Puis là je voulais qu'on ait un échange à
ce sujet-là. J'ai entendu votre dernière intervention sur le processus de
consultation, et tout ça, mais là, c'est déposé, on est là, on consulte plus de
200 groupes, puis le texte est là. Est-ce que vous trouvez que le projet
de loi numéro un, qui comprend la Constitution, une loi sur l'autonomie
constitutionnelle qui est inspirée notamment de la Saskatchewan First Act et
aussi la Loi sur la souveraineté de l'Alberta dans un Canada uni, une loi sur
le Conseil constitutionnel, des modifications à la Loi conditionnelle de 1867,
des modifications à d'autres lois aussi... est-ce que vous trouvez que ça
concourt au travail qui a été fait au cours des 60 dernières années par
toutes les formations politiques en vue de donner davantage d'outils au Québec
au sein de la fédération canadienne?
M. Leroux (Guy) : Bien, M. le
ministre, c'est certainement un pas en avant. Puis vous avez raison de le
mentionner, qu'il y a un énorme travail qui a été fait dans un projet de loi.
C'est très complet puis ça suit aussi le comité de M. Sébastien Proulx, et
compagnie, puis c'est un travail très, très sérieux. Ça, là-dessus, on le
salue. Puis on est le seul parti politique ici, en Chambre, à vous appuyer dans
cette initiative-là.
La seule chose qu'on vous reproche, finalement,
c'est... Comme il s'agit de la Constitution du Québec, ça fait quand même
presque 500 ans qu'on est ici, on est un peuple qui a une histoire, on est
un peuple qui a... qui a traversé toutes sortes d'épreuves, qui a grandi à
travers ça, c'est un document très important. Et on a, au Québec, une majorité
francophone, comme vous l'avez mentionné dans votre préambule, mais on a aussi
des minorités, minorités anglophones, autochtones, qui sont chez nous depuis
presque... presque... plusieurs siècles, en fait. Les autochtones, on peut même
parler de millénaires. Et, ces groupes-là, quand on parle d'une Constitution,
doivent vraiment être parties prenantes du travail de construction, selon nous.
Parce que sinon, bien, ça devient la voix d'un gouvernement ou d'une majorité.
Puis c'est un petit peu ça qu'on sent dans le texte et la volonté.
Mais, pour ce qui est du travail
législatif qui a été fait, chapeau! C'est un travail sérieux suite à un comité
qui a... qui a fait les choses en profondeur. Ça, on le salue. Mais maintenant
on pense qu'il faut aller encore plus loin puis de consulter davantage.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que vous reconnaissez que dans la partie un de la Constitution, la majorité des
dispositions sont déjà des dispositions qui existent de part et d'autre dans
les différentes lois du Québec? Donc, la Constitution du Québec, elle existe
déjà, mais elle n'est pas regroupée dans seul... dans un seul et même tout,
mais elle est plutôt dispersée. Il y a une partie dans la Loi constitutionnelle
de 1867, il y en a qui sont dans nos conventions constitutionnelles qui sont
non écrites, il y a certaines parties qui sont dans des lois écrites, exemple,
la Loi sur l'Assemblée nationale, la loi 99 sur les prérogatives du peuple
québécois. Alors, est-ce que vous reconnaissez ça, qu'il y a plusieurs éléments
de la partie un qui se retrouvent un peu partout?
M. Leroux (Guy) : Tout à
fait, M. le ministre. Mais, moi, je ne suis pas un avocat comme vous, je n'ai
pas cette expertise-là au niveau légal que vous avez avec les gens au
ministère. L'approche légaliste, pour ce qui est de, si on veut... le
renforcement de l'autonomie du Québec, est importante. Ça fait partie des
outils qu'on a. Puis le projet de loi que vous avez fait a mené le dossier à un
nouveau niveau. Bravo! Mais, encore là, on pense que ça doit aller plus loin.
Puis on pense qu'il y a des éléments dans le projet de loi qui doivent être
plus rassembleurs et qui peuvent être aussi un petit peu plus... musclés au
niveau de la défense de l'autonomie du Québec.
M. Jolin-Barrette : Mais, à
ce titre-là, quand je lisais votre mémoire, notamment sur le pouvoir
d'intervenir par rapport aux contestations judiciaires, exemple, ça, le
procureur général a déjà ce pouvoir-là, donc a déjà cette responsabilité-là.
Même chose, il y a beaucoup d'éléments que vous soulevez, qui sont déjà dans la
Loi sur l'autonomie constitutionnelle, qu'on est...
M. Jolin-Barrette : ...couvrir
également. Mais je comprends que, pour vous, le désir d'autonomie, le désir de
donner des outils constitutionnels et juridiques au Québec, il est présent.
J'entends bien que vous dites : La Constitution ne devrait peut-être pas
être adoptée puis en faire une proposition électorale. Cela étant, moi, je suis
d'avis qu'on ne peut pas attendre pour donner un outil constitutionnel au
Québec, qui a manqué au cours des 60 dernières années. Il faut faire des pas en
avant. Et là certaines personnes disent : Bien... et vous le dites
également : Bien, cette constitution-là pourra être amendée. Il n'y a pas
de procédure d'amendement. Il y en a qui disent qu'il devrait y en avoir une.
Il y en a d'autres qui disent qu'elle est souple. Mais on laisse la possibilité
au futur gouvernement de l'amender aussi. Mais il y a une chose qui est sûre,
c'est que je considère qu'on ne peut pas se priver d'avoir des outils
constitutionnels supplémentaires à l'intérieur de la fédération canadienne.
M. Duhaime (Éric) : M. le
ministre, juste rappeler que le... tu sais, la Coalition avenir Québec en 2012,
2014, 2018, 2022 n'a pas proposé l'adoption d'une constitution comme on le
retrouve aujourd'hui. Et, à quelques mois d'une élection, de la faire adopter,
ce n'est pas comme si vous aviez le mandat démocratique puis ça faisait huit
ans que vous attendiez, ça n'a pas fait partie de vos engagements électoraux.
Les Québécois n'ont pas voté en faveur de ça.
Moi, je pense qu'on a une occasion, là,
dans quelques mois, là. Vous avez votre projet de loi, il est déjà très avancé.
Vous avez une chance unique de pouvoir le présenter à la population lors de
l'élection d'octobre prochain. Et, de notre côté aussi, on va... on va réitérer
qu'on est en faveur de l'adoption d'une constitution, puis il y a peut-être
d'autres partis qu'on va finir par convaincre. Et je pense que c'est de cette
façon-là qu'on doit l'adopter, pas en fin de mandat, alors que le parti n'a pas
eu le... ne l'a pas dit lors de la campagne électorale. Je pense que c'est
un... c'est un élément qui fait qu'il y a un... il y a un manque de légitimité
démocratique d'une certaine façon. Déjà qu'il y a beaucoup de gens qui disent
qu'il n'y a pas eu assez de consultations, si, en plus, il n'y a pas eu le...
une élection où c'était clairement exprimé que c'était votre volonté... La CAQ
a eu quatre occasions, puis, en quatre occasions, ils ne l'ont jamais
présentée, malheureusement.
• (15 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Je
comprends votre point de vue. Je vais céder la parole à mes collègues.
Simplement, sur cette question-là, si, sur l'ensemble des gouvernements, nous
attendions, à toutes les fois, uniquement de proposer des choses qui se
retrouvent dans le programme électoral, ça aurait pour effet également de figer
l'État québécois, puis il y a des réformes qu'on n'aurait pas faites qui auraient
été nécessaires.
Je donne un exemple. Quand je suis devenu
ministre de la Justice, on a adopté une loi pour contrer les thérapies de
conversion. Ce n'était pas dans le programme électoral. Est-ce que j'aurais dû
ne pas légiférer là-dessus puis laisser des jeunes hommes, des jeunes femmes
subir un préjudice à cause de ça? Est-ce que nous n'aurions pas dû légiférer
sur la charte de langue française, alors que le français est en déclin, puis
assurer davantage de protection, de promotion de la langue française, parce que
ça ne fait pas... fait partie spécifiquement de la plateforme de 2018?
Toutes les formations politiques, tous les
gouvernements prennent des décisions en cours de mandat dans l'intérêt
collectif, et moi, je l'inscris dans l'intérêt collectif, dans la défense
historique des intérêts des Québécois et des Québécoises pour, justement, faire
en sorte qu'on ait plus d'outils. Je ne prétends pas que c'est parfait, mais je
trouve que, si on passe à côté de ça pour donner véritablement des leviers à
l'État québécois, puis ce n'est pas une constitution caquiste, c'est une
constitution québécoise, bien, je pense qu'on passerait à côté de quelque
chose. Mais, bref, je ne demande pas de commentaire, je vais céder la parole à
mes collègues.
M. Duhaime (Éric) : Non, mais
je peux juste... je veux juste quand même ajouter quelque chose, là, parce que
vous avez raison, vous avez tout à fait raison qu'il y a un paquet de lois qui
sont adoptées sans nécessairement avoir fait partie d'un programme électoral,
mais là on parle d'une loi fondamentale, et je pense que ça serait fondamental
que les électeurs aient été mis au courant avant.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
Saint-Jean, pour 1 min 50 s, question, réponse.
M. Lemieux : Merci, M. le
Président. Madame, messieurs. Je reprends, M. Duhaime, votre
introduction : accroître le pouvoir québécois, c'est important, c'est ce
que ça fait. Vous parlez même de M. Turp, puis c'est vrai qu'il est très
convaincant. J'ai passé plusieurs... plusieurs conversations avec lui pour
savoir jusqu'à quel point... puis je ne veux pas lui mettre des mots dans la
bouche, mais jusqu'à quel point, pour lui, ce qu'on... le petit peu ou tout ce
qu'on pourrait faire serait déjà mieux que de n'avoir rien fait.
Et d'ailleurs ma question, c'est ça,
c'est : la Constitution, et on se l'est fait expliquer par des grands
savants de la chose, c'est évolutif. En tout cas, celle-là l'est, et elle est
en construction. Alors, plutôt que d'avoir un défaut de venir travailler dedans
après, est-ce que ce n'est pas une qualité de cette constitution-là... je ne
veux pas l'appeler par petits pas, mais que les ajustements au fur et à mesure
qui seraient nécessaires vont pouvoir être faits? Dans le fond, c'est le début
du processus, on est au début de quelque chose, pas à la fin, là.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Leroux (Guy) : Oui. Bien,
très rapidement, tout à fait. Maintenant, si on adopte le projet de loi
avant...
M. Leroux (Guy) : ...les
élections puis qu'un autre gouvernement qui est élu... c'est une possibilité,
on l'admettra, bien, la Constitution, elle va devenir quoi? Elle va changer du
tout au tout. Alors, c'est... à un moment donné, ça devient n'importe quoi.
M. Lemieux : ...vous le retrouver
au travail ce document-là. Ça, c'est clair que... peut-être pas jusqu'où vous
voulez, peut-être pas comme vous voulez, mais l'autonomisme qu'il y a
là-dedans, ça vous convient? Ce n'est pas assez, mais ça vous convient.
M. Leroux (Guy) : Oui.
M. Lemieux : Merci beaucoup, M.
le Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de l'Acadie, pour
6 min 37 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Alors, M. Duhaime, M. Leroux, Mme Coulombe, bonjour.
Merci d'être en commission avec nous. Je rappelle aussi, pour mémoire, que le
Parti libéral du Québec, on est aussi en faveur d'une Constitution québécoise.
Ça fait des décennies qu'on en parle, mais il y a la manière de la faire. Et
j'écoutais ce que disait M. le ministre en disant : Bien oui, ce n'était
pas dans le programme, mais j'ai légiféré sur plein de trucs. C'est vrai. Sauf
que, dans son projet de constitution, il dit : La Constitution du Québec
est la loi des lois. Donc, de deux choses l'une. Ou bien c'est la loi la plus
importante, la loi des lois, ou c'est un ramassis de lois ordinaires. Alors, si
c'est la loi des lois, il me semble qu'on devrait y accorder une importance
particulière.
Nous, dans l'opposition, on a été obligé
de se battre pour qu'il y ait des consultations généralisées. Puis là,
aujourd'hui, j'ai... il me reste 5 min 41 s pour parler avec
vous. Je pense qu'au départ il y a un problème, puis c'est ça, le point majeur.
Et vous l'avez soulevé, une constitution qui est la loi des lois, ça doit être
un texte qui est rassembleur. Avez-vous regardé comment ça s'est passé quand on
a reçu les Premières Nations?
M. Duhaime (Éric) : Oui, on
l'a souligné d'ailleurs, dans mon allocution, j'en ai parlé. Mais, M. le
député, je suis content que vous dites que le Parti libéral est en faveur d'une
constitution, puis je pense que, présentement, puis c'est normal, puis c'est
pour ça que je dis que ce n'est pas sain de l'adopter à la veille d'une
élection, c'est que j'ai l'impression qu'il y a un peu de partisanerie qui
s'est insérée dans le débat. Mais quand... Si on veut adopter une constitution
qui soit rassembleuse, bien, il faudrait peut-être que la partisanerie, on la
laisse au vestiaire avant d'entrer ici. Et nous, on n'a pas... tu sais, le fait
qu'on ait... Moi, ça ne me fait pas plaisir d'appuyer la CAQ, là, mais je
n'appuie pas la CAQ, j'appuie l'idée d'avoir une constitution autonomiste au
Québec puis de renforcer le pouvoir québécois. Et, pour moi, ça, ça transcende
les lignes partisanes. Puis j'aurais aimé ça que les autres partis d'opposition
puissent avoir la même hauteur dans ce débat-là. Et j'ai l'impression... Puis
si vous êtes effectivement sincère dans votre volonté qu'il y ait une
constitution, vous devriez au moins dire que vous appuyer le principe puis
amener des amendements constructifs pour la changer, comme on vient de le
faire, plutôt que de complètement rejeter le projet de loi proposé. Mais je
comprends que c'est à la veille d'une élection puis je comprends qu'il y a des
enjeux partisans, malheureusement.
M. Morin : Mais
indépendamment des enjeux partisans, moi, je me fie au rapport d'experts que le
gouvernement a commandé, le rapport Proulx-Rousseau. Et une des premières
recommandations dans ce rapport-là, c'était de mettre en place un comité
transpartisan qui allait consulter les gens dans la grandeur du Québec, puis
c'est ça qu'on demande au gouvernement. Alors, le gouvernement n'est même pas
capable de suivre ses propres experts dans ses recommandations.
M. Duhaime (Éric) : M. le
député, je suis d'accord avec vous qu'effectivement... puis on le dit
d'ailleurs, on aurait souhaité une consultation plus large, puis c'est évident
puis c'est pour ça. Même moi, je souhaite que même la consultation, ça soit la
prochaine élection. Moi, j'invite le Parti libéral, comme la CAQ, comme nous,
au Parti conservateur, à dire : On propose une constitution, puis il y
aura une constitution autonomiste qui va être adoptée au lendemain de la
prochaine élection. Puis, au lendemain de la prochaine élection, j'espère qu'on
va être capables de tous travailler ensemble pour effectivement passer de la
parole aux actes. Puis, s'il y a une légitimité démocratique, la meilleure
consultation qu'on peut avoir, c'est l'élection du 5 octobre. Et si les Québécois
votent pour... Idéalement, s'il y avait cinq partis autonomistes au Québec qui
étaient... sont en faveur d'une nouvelle constitution pour le Québec, bien, je
pense que le Québec avancerait puis la partisanerie reculerait. Puis ça ne
serait pas une mauvaise chose pour tout le monde.
M. Morin : J'ai une question
pour vous, parce qu'avec le projet de loi, le gouvernement veut modifier la
Charte québécoise des droits et libertés. La Charte québécoise des droits et
libertés, c'est un joyau pour le Québec. D'ailleurs, elle a été adoptée à
l'unanimité à l'Assemblée nationale. Les propositions.... Ma compréhension des
propositions suggérées par le gouvernement, c'est que, présentement, quand on
interprète la charte, elle a préséance et les autres lois québécoises doivent
être interprétées en fonction de la charte. Le gouvernement veut changer cette
façon de faire avec son projet de loi, et donc on va assister à une espèce de
hiérarchisation des droits, mais qui n'est pas celle de la charte. Avez-vous
des commentaires là-dessus? Puis qu'est-ce qu'on devrait faire pour s'assurer
que la charte va rester ce qu'elle est?
M. Leroux (Guy) : Là, on tombe
vraiment dans les hauts niveaux d'analyses de juristes. Et nous, nos
préoccupations par rapport à ça reflètent celles qui ont été émises par le
Barreau du Québec. Si, dans le contexte de la Constitution du Québec, il y a eu
des... il y a des réductions au niveau des droits individuels, on pense que
c'est inquiétant, qu'il faut regarder ça, puis je ne pense pas, moi non plus,
que... en tout cas...
M. Leroux (Guy) : ...de
mémoire, la Constitution a le pouvoir de rendre la charte québécoise
prédominante par rapport à la Charte canadienne. Elle peut... la Constitution
peut le dire, peut le déclarer, mais je ne vois pas comment ça peut être
possible dans le système dans lequel on n'est, mais je ne suis pas un expert.
Ceci étant dit, là, on rentre dans l'hyperlégalisme et il faut que ça soit
regardé par des experts. Mais, nous, évidemment, on est un parti qui sont très
attachés aux libertés individuelles. Alors, c'est sûr qu'on ne voit pas d'un
bon oeil quand une réforme comme celle-là viendrait affecter les droits
individuels de quelques façons que ce soit.
M. Morin : En fait, c'est
pour ça que je vous posais la question. Ma compréhension puis, tu sais, vous
dites... vous avez dit tout à l'heure : Ce serait important éventuellement
de proposer des amendements, tout ça. Bien, évidemment, on verra, mais c'est
sûr qu'on va rentrer dans un aspect qui est beaucoup plus législatif, donc
légal, donc votre position, parce que le gouvernement nous parle souvent des
droits collectifs, droits collectifs, puis on a l'impression, des fois, les
droits collectifs doivent avoir préséance ou même écarter des droits individuels.
Votre position là-dessus, c'est quoi?
M. Leroux (Guy) : Bien, en
tant qu'autonomiste, on est... on est... on est quand même attachés aux droits
collectifs parce qu'on est attaché à la défense du Québec. Québec est une
nation et le Québec a des défis. La seule nation française en Amérique du Nord,
entourée de 380 millions d'anglophones. Alors, les droits collectifs ont
certainement une place dans les principes qu'il faut regarder. Ceci étant, il y
a moyen d'harmoniser les droits collectifs, les droits individuels. Il faut
trouver des façons de le faire. Ce n'est pas nécessairement un contre l'autre,
on peut faire les deux ensemble. Surtout quand c'est tenu pour acquis dans la
population, même par la jurisprudence. Même la Cour suprême reconnaît au Québec
le droit de défendre la prédominance du français au Québec, même la Cour
suprême le fait. Alors, il y a des consensus qui sont là-dessus, il faut juste
travailler à faire en sorte que ces consensus-là s'additionnent plutôt que
s'annule, si on veut.
M. Morin : Parfait. Merci, M.
le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Maurice-Richard
pour deux minutes 12 secondes, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Bien, ma première question est simple, on a eu vraiment plusieurs
groupes qui sont passés, des juristes qui ont parlé de différentes manières, du
fait que cette Constitution, telle quelle, était un danger pour notre
démocratie. Est-ce que vous pensez, si elle est adoptée telle quelle, elle
serait un danger pour notre démocratie?
• (15 h 30) •
M. Leroux (Guy) : Moi,
personnellement, il y a des éléments que je n'aime pas du tout dans le
préambule. Il y a des éléments, je trouve qu'ils envoient de très mauvais
signaux particuliers à la communauté anglophone.
M. Bouazzi : Bien, le
préambule n'a pas vraiment de poids, hein? C'est plus les articles qui sont
importants. Je pense que vous aspirez tous à être législateurs, vous êtes censé
le savoir. Est-ce que oui ou non, c'est facile, est-ce que c'est un danger pour
la démocratie si elle est adoptée telle quelle? Vous pouvez dire oui ou non,
là, ce n'est pas grave. J'ai d'autres questions.
M. Leroux (Guy) : Non, ce
n'est pas un danger pour la démocratie.
M. Bouazzi : Est ce qu'il y
a... vous pouvez nommer un affaiblissement de contre-pouvoirs, ou peut être
deux, peut-être trois, il y en a eu vraiment beaucoup dans cette Constitution,
qui vous inquiète en fait? Un affaiblissement.
M. Leroux (Guy) : Bien, en
fait, il y a eu des... Il y a eu des inquiétudes qui ont été émises par le Barreau
du Québec par rapport au fait que certains organismes pourraient voir leur
pouvoir de contester certaines lois du fait qu'ils reçoivent du financement. On
partage ces inquiétudes-là. Alors, il faut... il faut que ça soit regardé.
M. Bouazzi : Les groupes des
Premières Nations sont passés pour nous dire que cette Constitution était dans
une lignée coloniale. Est-ce que vous considérez qu'elle est coloniale?
M. Leroux (Guy) : Bien je
n'emploierais pas le mot... ce mot-là, mais je dirais qu'il faut que le projet
soit revu pour que les Premières Nations soient réellement des partenaires de
la nation et non pas une communauté où on va dire, dans un langage légal, bon,
bien, on va respecter votre traité, merci.
M. Bouazzi : Est-ce que dans
notre histoire au Québec, l'État a pu avoir un penchant colonial avec les
Premières Nations pour le Parti conservateur? Moi, j'aimerais bien avoir une
réponse de M. Duhaime, si possible.
M. Duhaime (Éric) : Mais,
écoutez, comme Leroux vient de vous le dire, ce n'est pas le mot qu'on utilise,
là. Le défi, c'est évident qu'on a un défi, on a toujours des défis de bien
s'entendre avec les communautés qui peuplent le territoire québécois. Cela
étant, les Québécois ont aussi eu des traités exemplaires, les Québécois ont
aussi d'excellentes relations dans l'écrasante majorité des cas.
M. Bouazzi : Avec les
Québécois.
Le Président (M. Bachand) :Merci... merci beaucoup, M. Duhaime.
M. Paradis, efficacité, encore une fois, (panne
de son).
M. Paradis : Vous dites au
début de votre témoignage : J'ai de la difficulté à comprendre pourquoi
des partis autonomistes...
Le Président (M.
Bachand) : Excusez-moi, je me suis trompé, Jean-Talon.
Excusez-moi, désolé.
M. Paradis : Ah, vous m'avez
appelé par mon nom.
Le Président (M.
Bachand) :Oui, je m'excuse, je m'excuse,
là, M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : On recommence...
on commence à zéro, M. le Président.
Vous disiez dans votre témoignage :
J'ai de la difficulté à comprendre pourquoi...
15 h 30 (version non révisée)
M. Paradis : ...des partis
autonomistes s'opposant à la Constitution, bien, parce que le parti autonomiste
qui est au gouvernement depuis huit ans fait la preuve que ça ne fonctionne pas,
la voie autonomiste, que la vraie autonomie, elle va venir avec l'indépendance
du Québec. Moi, ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi un gouvernement qui
se... qui regroupe tant de libertariens soit contre plus de liberté pour le
peuple québécois de s'affranchir de ce gouvernement de trop qu'est le
gouvernement fédéral, je ne comprends pas qu'un parti qui se dit conservateur
contre la paperasse, contre l'État trop gros, soit aussi... appuie de manière
aussi forte le gouvernement fédéral...
Le Président (M.
Bachand) :M. Duhaime, rapidement, s'il
vous plaît, la parole est à vous.
M. Paradis : ...un parti
qui se dit contre le gaspillage soit pour le gaspillage du gouvernement
fédéral. Je ne comprends pas que vous soyez pour, même, qu'on se pose la
question de l'avenir du Québec. Donc êtes-vous un vrai conservateur? Êtes-vous
un vrai libertarien?
Le Président (M.
Bachand) :C'était une... c'était plus un...
en tout cas.
M. Duhaime (Éric) : Merci monsieur...
M. le député, ce qui ne fonctionne pas...
Le Président (M.
Bachand) : 10 secondes, M. Duhaime.
M. Duhaime (Éric) : ...au
Québec, là, c'est votre stratégie référendaire qui mène le Québec dans le mur puis
qui affaiblit le pouvoir québécois. Et ça, c'est ça qui me dérange, parce que
moi, là, je suis un autonomiste, puis l'autonomisme, contrairement à ce que
vous dites, là, il fonctionne très bien. Regardez ce que Danielle Smith est en
train de faire en Alberta, là, c'est extraordinaire. Ça fait trois fois qu'elle
gagne contre le gouvernement fédéral et il y a des gains concrets. C'est vrai
que la stratégie du gouvernement a été molle, puis c'est vrai qu'il n'y a pas
eu de gains concrets au cours des huit dernières années. Mais il faut blâmer le
gouvernement, pas la stratégie autonomiste.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de
Rimouski pour 50 secondes aussi, s'il vous plaît.
Mme Blanchette Vézina : Merci.
Vous parliez de s'élever au-dessus de la mêlée, notamment parce que c'est une
loi, la loi des lois, qu'on est en train de discuter aujourd'hui, comment on
pourrait la renforcer, disons, cette loi des lois pour... Vous avez effleuré,
là, le fait que ça pourrait être renversé à la majorité simple. Qu'est-ce qui
pourrait être fait pour améliorer sa force?
M. Duhaime (Éric) : Bien, je
pense que les... D'abord, qu'elle ait la légitimité, puis qu'il y ait une plus
grande acceptabilité autour de la table, ça serait déjà quelque chose de très
positif. Si on avait une Constitution qui était adoptée à l'unanimité à l'Assemblée
nationale puis si tout le monde était capable de mettre la partisanerie de côté
puis... considérer que le pouvoir québécois est plus important que nous même, je
pense que ça, ça serait déjà un bon commencement pour avoir une constitution qui
ne va pas changer au gré des vents ou au gré des élections. Je pense que c'est
la première étape qu'on doit faire, et ça, tous les partis politiques ont une
responsabilité par rapport à ça, et j'espère, j'espère de tout cœur qu'on va
réussir. Si ça ne se passe pas dans la prochaine élection, j'espère que ça va
se passer après la prochaine. Mais... la première force d'une loi fondamentale,
c'est sa légitimité démocratique et c'est ce qu'il va falloir faire, puis il va
falloir qu'on laisse tout le monde mettre l'épaule à la roue puis qu'on
travaille ensemble.
Le Président (M.
Bachand) :Sur ce, Mme Coulombe, M.
Leroux, M. Duhaime, merci beaucoup d'avoir participé aux travaux de la
commission
M. Duhaime (Éric) : C'est
nous qui vous remercions.
Le Président (M.
Bachand) :Je suspends les travaux pour
accueillir notre prochaine invitée. Merci.
Une voix : Merci à vous.
(Suspension de la séance à 15 h 35)
(Reprise à 15 h 38)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir Mme Elise
Bouchard-Bonneville, directrice du Collectif Petite Enfance. Merci beaucoup
d'être avec nous. Alors, vous connaissez les règles, 2 minutes de
présentation, après ça, période d'échange. Donc, la parole est à vous.
Merci beaucoup.
Mme Bouchard-Bonneville
(Elise) : Bonjour. Bonjour, tout le monde. Merci d'accueillir le
Collectif Petite Enfance.
Je vais lire mes notes, donc : «Le
Collectif Petite Enfance regroupe 23 organisations qui rallient des
milliers de personnes œuvrant pour la petite enfance et partageant toutes un
objectif commun : faire de la petite enfance une priorité au Québec. Il se
positionne comme un porte-voix des tout-petits et vise la mise en place des
conditions de succès assurant leur développement, leur bien-être et leur
avenir, du début de la grossesse jusqu'à l'âge de 5 ans. Regroupant un
large éventail d'organisations (acteurs communautaires, fondations, réseaux de
services, experts du développement de l'enfant), le Collectif Petite Enfance
joue un rôle central dans la sensibilisation publique, le plaidoyer en faveur
de l'agir tôt et la défense des droits des enfants. Ces prises de position
contribuent à élargir le consensus social sur l'importance des premières années
de vie, tout en exerçant une pression constructive sur les décideurs. Elles
participent à ancrer, dans l'opinion publique, la conviction que la petite
enfance n'est pas seulement une responsabilité parentale ou un besoin de divers
services étatiques, mais aussi être un enjeu de société déterminant pour lutter
contre les inégalités et soutenir le développement au Québec.»
D'abord, je dois préciser que nous n'avons
pas la prétention d'être des experts de la chose juridique et encore moins de
constitutions. Il est important de comprendre qu'autant que pour la préparation
de cette présentation, que pour la rédaction de notre mémoire, nous nous sommes
basés sur les analyses publiques d'experts, de constitutionnalistes et
d'organismes crédibles en la matière, tels que la CDPDJ ou le Barreau du Québec.
Je vous invite à consulter notre mémoire pour les sources et notices
détaillées.
Nous comprenons qu'avec ce projet de loi,
le gouvernement souhaite doter le Québec d'un cadre constitutionnel définissant
le fonctionnement de l'État, les droits et libertés fondamentales ainsi que les
valeurs distinctes de la nation québécoise. Une constitution telle que nous la
concevons doit organiser et limiter le pouvoir pour prévenir les abus, protéger
les droits de toutes et de tous et exprimer l'identité, l'histoire et les
aspirations communes d'un peuple. Elle doit aussi assurer la hiérarchie et la
cohérence des lois et incarner une continuité qui transcende les partis et les
législatures. En regard de cette compréhension, il nous faut malheureusement
émettre plusieurs réserves quant à l'atteinte de ces objectifs importants pour
l'entremise du projet de constitution tel que présenté. J'insisterai sur trois
points.
• (15 h 40) •
D'abord, à titre de collectif représentant
une multitude de réalités, je ne peux passer sous silence le malaise
généralement ressenti par rapport au processus d'élaboration de ce texte. Je
sais que je ne vous apprends rien, mais cette occasion de réfléchir à
l'ensemble de divers éléments et facteurs à prendre en compte dans la rédaction
d'un document aussi important ne devrait pas souffrir de consultations
limitées, d'échéancier restreint ou d'une polarisation induite telle qu'on la
ressent présentement. En effet, aucune consultation populaire et préalable n'a
servi à la rédaction du projet de loi. Les Premières Nations, les organismes
communautaires et les acteurs de la petite enfance n'ont pas eu l'occasion de
contribuer à ce texte, qui souhaite incarner les valeurs fondamentales du
Québec.
Louis-Philippe Lampron, professeur à la
Faculté de droit de l'Université Laval, note d'ailleurs que le processus de
rédaction du projet de loi n° 1 a été fait, et je le
cite : «en catimini, avec des consultations ciblées, de manière
extrêmement opaque.» Fin de citation.
De surcroît, la démarche est devenue un
enjeu partisan. Plusieurs organisations... constitutionnalisme la dénoncent, au
point de la boycotter. Une constitution qui aspire à rassembler ne devrait pas
diviser. À ce propos, dans un communiqué du 13 novembre 2025, le Barreau
du Québec illustre que la polarisation sociale et l'érosion du dialogue entre
les citoyens et leurs institutions démocratiques ont un impact sur l'État de
droit. Or, il nous semble qu'une constitution aspire à rassembler, devrait
nécessairement se construire à partir d'un exercice collectif et inclusif où
toutes les strates de la société civile, y compris les enfants, par le biais de
ceux qui les représentent, peuvent se reconnaître. Si la petite enfance est
souvent considérée comme étant le cœur de la continuité sociale et la
transmission des valeurs, il apparaît donc logique que ses besoins et ses
droits soient pris en compte dès la conception de textes fondateurs.
Ensuite, je dois vous partager nos
préoccupations à l'égard des populations marginalisées ou vulnérables. Le
Collectif, à titre d'acteur du plaidoyer pour le développement du plein
potentiel de chaque tout-petit, est nécessairement préoccupé par ces
populations. D'abord, dans une perspective d'équité, mais aussi parce que c'est
la meilleure façon d'assurer la plus grande prospérité à notre société. Or, le
projet de loi n° 1 prévoit que le gouvernement puisse
soustraire certaines...
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : ...au
contrôle des tribunaux, même lorsqu'une contestation serait fondée sur la Charte
des droits et libertés de la personne et interdit l'utilisation de fonds
publics pour contester les lois jugées fondamentales. Cette disposition altère
profondément l'équilibre entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire,
un équilibre essentiel à la protection des plus vulnérables, notamment les
enfants. Comme le dénonce le Barreau du Québec, le projet de loi... le projet
comporte, et je cite, «des dispositions qui s'écartent de manière importante de
valeurs et de traditions de la société québécoise au profit d'un renforcement
du pouvoir de l'État.» Fin de citation.
De plus, le projet établit une
hiérarchisation où les droits collectifs auraient préséance sur les droits
individuels. Or, les chartes et instruments internationaux, dont la Convention
relative aux droits de l'enfant, reposent, justement, sur la reconnaissance des
droits individuels comme mécanisme de protection contre les décisions d'une
majorité. Stéphane Beaulac, professeur du droit à l'Université de Montréal,
souligne à ce propos que, et je le cite, «c'est le paradigme même de la
protection des droits de la personne qui est remis en question». Fin de
citation. Concrètement, cette logique pourrait justifier des mesures
d'uniformisation au détriment de l'égalité d'accès aux services pour certains
enfants, ceux issus de minorités linguistiques ou culturelles, des Premières
Nations, voire même, les enfants handicapés. C'est pourquoi, parmi ces
populations que l'on retrouve... c'est pourtant parmi ces populations que l'on
retrouve le plus grand nombre de tout-petits désavantagés. Dans un contexte de
réflexion, en 2008, la CDPDJ rappelle d'ailleurs, je paraphrase, que l'ensemble
des droits et libertés de la charte doit constituer un tout cohérent, et qu'ils
doivent être reconnus sans hiérarchie entre eux. C'est la base même de ce
qu'est une charte.
Enfin, je souhaite vous soumettre l'idée
que la petite enfance et la famille devraient avoir une place plus grande dans
les textes constitutionnels. Il s'agit, après tout, du futur de toute société
ou nation. Il faut ajouter que, dans le cas du Québec, la façon que nous avons
eu de nous occuper de la famille et de la petite enfance depuis la Révolution
tranquille est un trait distinctif qui nous définit et qui nous a longtemps
permis de nous distinguer à l'international. Le Québec aurait ici l'occasion
d'ancrer, dans un texte fondamental, la reconnaissance du rôle qu'il joue dans
la protection, l'éducation et le développement de tous les enfants.
Une Constitution qui affirme des valeurs
de solidarité, d'égalité des chances et de respect des droits fondamentaux a le
pouvoir de renforcer la responsabilité collective envers les tout-petits en
soutenant des politiques publiques stables et cohérentes, pour le bien-être et
le plein développement de tous. Voilà, bien humblement, ce que nous souhaitons
porter ici. Pour ces raisons, le Collectif Petite Enfance appelle le
gouvernement à retirer ce texte et à revoir l'ensemble des processus
d'élaboration afin qu'il soit réellement inclusif et à la hauteur de nos
ambitions collectives. Cela dit, nous sommes reconnaissants d'avoir accès à ce
haut lieu démocratique pour vous faire part de cette position. Merci.
Le Président (M. Bachand) :
Merci infiniment pour la présentation. M. le ministre, pour une période de
9 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bonjour, Mme Bonneville... Mme Bouchard-Bonneville, pour le Collectif Petite
Enfance, merci de participer aux travaux de la commission parlementaire. Je
voulais demander : Qu'est-ce que vous pensez de l'article 27 de la
Constitution, qui dit : «L'État veille à la protection de l'intérêt de
l'enfant et au respect des droits qui lui sont reconnus»?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Oui, merci pour la question, M. le ministre, merci de nous accueillir
encore une fois. À la lecture de l'article 27, ce qui est intéressant, en fait,
ça a soulevé plusieurs questions pour le collectif, et ça a rapporté, quand
même, les mêmes... les mêmes inquiétudes qu'on a, que j'ai mentionnées d'entrée
de jeu, ce qui fait qu'on ne peut pas émettre de recommandations, on n'a pas pu
se prononcer. Donc, les questions qu'on avait, c'était notamment en lien avec
la définition qu'on a... pardon, je cherche le terme... de l'intérêt de
l'enfant. Donc, on se questionnait. On sait que la... l'intérêt de l'enfant a
été défini, il n'y a pas si longtemps, dans la LPJ. Est-ce qu'on parle de cette
définition-là ou est-ce qu'on parle d'une définition qui serait à déterminer?
Donc, on voit que, dans d'autres articles, dont l'article 30, il y a des
éléments qui ont été bien définis. Donc, on avait cette question : Est-ce
qu'on prend une définition déjà bien... bien inscrite ou on en définit une autre?
Un autre élément de question qu'on avait
dans l'article... dans cet article-là, c'était la définition... pardon, je...
des droits reconnus pour les enfants. Donc, encore là, c'est une question de
définition, de quoi on... à quoi ça fait référence. On sait que, lors de la
commission Laurent, il avait été question d'élaborer une charte des droits des
enfants, une recommandation qui n'avait pas été retenue par le gouvernement,
sur la base qu'un enfant est considéré pour le gouvernement, comme une
personne, et donc qui utilise la charte de la... des droits de la personne pour
protéger ses droits. Donc, encore là, dans l'article 27, on se questionnait
quelle définition, donc, on parle, et de quelle charte, ou est-ce qu'on parle
plus de la Convention internationale des droits de l'enfant? Sinon, la question
est peut-être... peut-être de le... de bien le définir...
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : ...pour
la suite de la lecture de cet article-là.
Quand on parle des droits des enfants
puis... là, dans la reconnaissance des droits des enfants, il y a, des fois,
des complexités du fait que, par exemple, là, la loi sur les services de garde,
on ne s'entend pas sur l'ensemble de la compréhension et on voudrait
comprendre, dans l'intégration de cet article-là, est-ce que les droits seront
bien reconnus. Donc, dans l'exemple que je voulais donner, les services de
garde... la Loi sur les services de garde éducatifs à l'enfance, à l'article 2,
on mentionne que chaque enfant a droit à un service de garde éducatif à l'enfance.
Plus loin, dans le même article, on mentionne que c'est conditionnel à l'accès
ou... si les ressources sont suffisantes pour l'État, pour pouvoir donner accès
à chaque enfant. Donc, on se questionnait sur l'ensemble des lois ou des droits
qui pourraient être reconnus pour les enfants dans cet article-là, précisément,
pour pouvoir se positionner, ce qui fait qu'on n'a pas pu émettre de
recommandations sur cet article-là.
Par contre, ce qui est important, je
pense, de mentionner, c'est que les préoccupations restaient les mêmes, dans
cet article-là, notamment ce que je mentionnais dans mon préambule ou dans mon
introduction, la hiérarchisation des droits. Comment allons-nous l'interpréter
si elle fragilise les chartes, et donc comment les enfants, qui sont des
populations vulnérables, seront protégés si on est dans un dans un principe de
hiérarchisation des droits? L'autre élément... Oh! pardon.
M. Jolin-Barrette : Il n'y a
pas de hiérarchisation de droits. Dans le fond, il y a des droits collectifs
qui s'interprètent en concordance, qui concourent à la protection des libertés
individuelles. La seule exception qu'il y a, dans la Constitution, c'est à
l'effet que, si jamais l'égalité entre les femmes et les hommes se retrouve en
situation de conflit avec le droit à la liberté de religion, on va faire
passer... on va faire primer l'égalité entre les femmes et les hommes parce
que, dans la société québécoise, on a choisi que les hommes et les femmes
étaient égaux.
Juste pour vous rassurer sur l'article 27
avant de céder la parole à mes collègues, l'article 27 utilise la notion
d'intérêt de l'enfant parce que, supposons, dans le domaine du droit de la
famille, en matière de protection de la jeunesse, en matière de droit civil,
également, c'est ce qui a été... ce critère-là est un critère connu, donc c'est
ce critère-là qu'on va reprendre. Et un des objectifs de la constitution est
vraiment de constitutionnaliser ce droit-là, cette importance-là qu'on confère
aux droits qui sont reconnus aux enfants. Puis vous avez raison de
dire : Il y a la Charte des droits et libertés de la personne. On a
modifié la Loi sur la protection de la jeunesse pour la bonifier suite à la
commission Laurent, on a mis en place le Commissaire aux droits de l'enfant,
également, qui tout récemment été nommé. Alors, c'est une série de mesures
qu'on a mis, puis je trouvais ça extrêmement important de venir inscrire les
enfants à l'intérieur de la Constitution, parce que, vous l'avez dit tout à
l'heure, parfois, les enfants sont un peu oubliés, dans notre société, parce
que c'est une clientèle qui est plus vulnérable, il n'y a pas personne
nécessairement qui parle pour eux. Alors, l'objectif était clairement de le
mettre là.
• (15 h 50) •
Puis, je vous dirais, il n'y a pas vraiment
d'atteinte... en fait, il n'y a pas d'atteinte aux droits des organismes, et
tout ça, parce que ce que l'on fait, dans la loi sur l'autonomie constitutionnelle
du Québec, c'est qu'on ne vise que quelques lois pour dire : Bien,
écoutez, si des organismes publics, pas des... des organismes publics, veulent
la contester, bien, ils ne pourront pas utiliser de l'argent public. C'est tout
simplement ça. Je pense que c'est une gestion efficace, mais je vais céder la
parole à ma collègue.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Vimont, pour quatre
minutes, s'il vous plaît.
Mme Schmaltz : Parfait.
Merci, M. le Président. Merci. Merci beaucoup d'être là, même si vous dites que
vous n'êtes pas une experte, mais, quand même, c'est important de vous écouter,
d'autant plus que j'ai un peu un parti pris, parce que moi, j'ai mes trois
enfants qui ont tous passé par les centres de la petite enfance, donc, à sept
ans d'intervalle. Ça fait qu'imaginez, là, j'ai vu... je suis pas mal... je
suis pas mal mère premium, là-dedans, pour avoir été là.
J'ai vu que les membres du Collectif
Petite Enfance... il y a quand même beaucoup, beaucoup d'associations, hein, à
peu près... vous êtes une vingtaine environ, hein, quand même, vous représentez
les 20. Et puis quand vous avez rédigé ce mémoire, tout le monde était en
accord, j'imagine, tout le monde est d'accord avec votre... avec l'essence même
de ça? Tout le monde a...
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Oui.
Mme Schmaltz : Oui? Parfait.
OK. Première petite chose, si vous me permettez, mais là je vais faire comme...
je ne sais pas si le président va me chicaner, là, mais M. Lampron, qui dit
qu'on est... qu'on a fait ça en catimini, façon opaque, là. On va respirer par
le nez, là, on n'est pas là, là, je veux dire, des fois, on entend ça puis
on... c'est un petit peu exagéré, disons, les propos, bon.
Ceci étant dit, on dit : Québec,
paradis des familles, on l'entend partout. Il l'a mentionné tantôt, le
ministre, on a réformé, hein, la loi de la... loi de la famille sur... une
vieille loi, là, qui datait de 40 ans. Donc, on a quand même mis à jour, je
pense, la réalité d'aujourd'hui avec, naturellement, l'enfant au cœur de tout
ça. Puis l'enfant, je pense... on est tous des pères et des mères, ici, je
pense que le droit de l'enfant, l'enfant, point, c'est au cœur de nos
préoccupations, vous l'avez mentionné...
Mme Schmaltz : ...c'est
l'avenir de demain. Je pense qu'on a tout un regard là-dessus là, qui est
important. Maintenant, ceci étant dit, pour vous, qu'est-ce qu'on pourrait
faire de plus, peut-être, pour améliorer la vie justement, des familles, de
ceux qui souhaitent avoir un enfant, ou encore, qui souhaitent peut-être
agrandir la famille, et ce, dans un esprit de confiance? Maintenant, comment
nous pourrions agir, selon vous?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Merci. Bonjour, merci pour la question. Comme je le disais d'entrée de jeu,
effectivement, le collectif s'est consulté pour affirmer les recommandations qu'il
fait et la demande de revenir en arrière, et de reprendre les travaux de cette
Constitution. Donc, considérant le temps qui nous a été imparti, il a été
impossible d'aller consulter plus loin que... effectivement, les
23 organisations membres du collectif, mais eux rassemblent des milliers
de gens à travers le Québec, qui auraient pu contribuer, justement, à répondre
à votre question que, présentement, je ne peux pas répondre, parce qu'on n'a
pas eu le processus nécessaire en place pour pouvoir aller s'assurer de
répondre à cette grande question qui est fondamentale. Selon les postures que
plusieurs groupes ont prises, et que le collectif prend aussi, un document
aussi fondateur qu'une constitution demande la voix de la communauté, des
communautés et de la diversité des communautés, et on aurait pu revoir
davantage un processus qui aurait permis d'aller consulter largement pour
pouvoir répondre à ces questions.
Donc, malheureusement, le collectif,
aujourd'hui, n'a pas... je n'ai pas les recommandations qui permettent de
répondre à votre question adéquatement. Par contre, je sais pertinemment que
les gens sur le terrain, pour pouvoir adhérer à un document aussi grand et
contribuer, auraient des choses à dire, parce qu'ils sont tous les jours, en
contact avec les citoyens, et les enfants, et les besoins d'aujourd'hui, et
ceux de demain aussi. Donc, malheureusement, je ne peux pas aller plus loin
dans cette réponse. Par contre, je sais qu'ils tendraient la main pour pouvoir
y répondre dans un processus révisé, qui nous permettrait de pouvoir y adhérer,
aussi, davantage.
Mme Schmaltz : ...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, merci. C'est quatre minutes qui vont
rapidement, désolé. M. le député de l'Acadie, pour 7 min 7 s, s'il
vous plaît.
M. Morin :
7 min 7 s?
Le Président (M.
Bachand) : Oui.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, Mme Elise Bouchard-Bonneville, bonjour, merci d'être avec
nous, merci de partager vos réflexions avec la commission. En fait, là, on a
sept minutes pour... pour dialoguer. Vous avez eu combien de temps pour vous
préparer et puis préparer votre mémoire?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
On a eu... on a eu quatre semaines... cinq semaines, je pense, pour le dépôt,
donc, de l'annonce et le dépôt du mémoire. Donc, comme toutes les
organisations, il faut savoir que l'ensemble des membres du collectif
représentent des associations nationales et des groupes larges. Donc, ça nous a
permis, dans ces cinq semaines là, de préparer et d'avoir un consensus sur la
posture.
M. Morin : Très bien. Vous
soulignez, évidemment, l'importance, bien sûr, de reconnaître la protection,
l'éducation, le développement des enfants. Le texte de loi qui nous est
présenté par le gouvernement ne reprend pas exactement ce que vous souhaitez.
Comment on pourrait le bonifier? Et quel serait... Est-ce que, dans votre
réseau... parce que je comprends que c'est un réseau, le collectif... est-ce
que vous avez des centres de la petite enfance qui sont situés dans des
territoires des Premières Nations?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Oui, tout à fait. On a des membres, en fait, qui est la Commission de la santé
et des services sociaux des Premières Nations du Québec et Labrador ainsi que
le Regroupement des centres d'amitié autochtones, donc, qui sont plus en milieu
urbain. Mais, oui, on est très... on est... en fait, ils sont... ils sont des
membres du collectif, effectivement.
M. Morin : Puis est-ce que
vous avez eu la chance de dialoguer avec eux pour voir quelles seraient les
meilleures pratiques à adopter pour le développement de la petite enfance chez
les membres des Premières Nations?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
C'est une bonne question. En fait, la posture du collectif, quand il est à...
il traite, en fait, de la réalité des Premières Nations, on se positionne
toujours en alliés, en mentionnant que c'est vraiment à eux de parler pour
leurs propres besoins, pour leur propre réalité. Par rapport aux besoins des
familles et des enfants, ce qu'on mentionne tout le temps, c'est
l'autodétermination qui va primer sur l'ensemble des considérants, pour le
bien-être des Premières Nations. Donc, c'est toujours ce qu'on va aller
mentionner. Malheureusement, je ne peux pas répondre plus à la question par
rapport aux Premières Nations.
Et concernant les enfants, la question...
au départ, là, de votre question, c'était ce qu'on peut recommander pour
le bien-être, toute l'éducation des enfants. Aujourd'hui, le message que moi,
j'apporte pour cette Constitution, c'est que les savoirs sont multiples dans
notre société, ils sont accessibles, pour répondre de façon rigoureuse et
efficace. Mais, malheureusement, je n'ai pas...
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) : ...la
capacité de ramener ces savoirs-là ici pour vous aujourd'hui puis d'avoir le
temps de... de bien analyser l'ensemble de cette constitution. Par contre, en
allant vers...
M. Morin : Je m'excuse.
Est-ce que c'est parce que le temps a manqué? Vous n'avez pas assez de temps?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
...le processus de consultation, dans le temps, dans les balises qu'ils
ont... qui nous ont été imparties, donc le processus en amont des premières...
des premiers écrits sont importants. Donc, nous, ce qu'on recommanderait, ce
serait de consulter largement, s'assurer qu'on rejoint le plus de gens possible
en amont d'écriture de la première écriture d'un projet de loi. Parce que ce
qui arrive présentement, c'est qu'en fait la société civile, les individus ont
des expertises qui est plus complexe à traduire rendu dans une étape d'un
premier... d'une première écriture d'un projet de loi assis dans un lieu, oui,
du peuple, mais quand même avec un décorum complexe qui n'est pas accessible
pour tout le monde. Donc, la recommandation du collectif qui s'allie à
plusieurs autres groupes de la société civile, c'est, oui, le temps, c'est les
moyens ambitieux d'une consultation. On le sait tout à fait que les processus
collectifs sont complexes, on est un collectif national, je sais pertinemment
que ce n'est pas simple et ça prend beaucoup de moyens, mais pour un document
aussi fondamental qu'une Constitution, je crois qu'il nous faudrait les moyens
de nos ambitions. Et les processus de consultation avant d'arriver à la
première réécriture nous auraient réellement permis de clarifier des choses
pour mettre en jeu après les éléments à clarifier au niveau de la loi, parce
que le... la complexité de comprendre les processus de la loi, donc, je suis un
bon exemple, je viens ici dans une posture d'organisation de la... de la
société civile qui s'inclut dans le débat, par contre, je dois m'appuyer sur
des expertises qui sont externes à moi, plus grandes que moi pour comprendre
cette complexité. Donc, certainement qu'il y en a d'autres groupes qui... qui
ont vécu cette réalité-là.
M. Morin : Ah, bien, il y en
a... il y en a plein de groupes qui nous ont dit qu'effectivement ils auraient
souhaité que ce soit une commission transpartisane ou un comité qui serait allé
à la rencontre de la population, ce que le gouvernement a décidé de ne pas
faire, ça fait que là on est... on est pris. Et puis moi, je suis le
législateur, pas au gouvernement, mais dans l'opposition officielle, puis là
vous me dites que, si vous aviez eu plus de temps, vous auriez été en mesure de
nous conseiller davantage. Puis malheureusement, bien, vous, vous n'avez pas eu
le temps, puis moi, bien, vous ne pouvez pas partager votre savoir avec moi.
Donc, vous comprenez le... le dilemme dans lequel on est... on est effectivement
confronté.
Donc, le libellé qui est proposé par le
gouvernement, on pourrait, à votre avis, le... le bonifier. Est-ce qu'on
devrait parler plus de... des droits de l'enfant, du développement de l'enfant,
du... du droit éventuellement de à l'éducation?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Vous parlez dans l'article 27, précisément?
M. Morin : Oui, dans
l'article.... Oui, parce qu'on est... on est... on est confronté avec
l'article 27, justement.
• (16 heures) •
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Bien, en fait, nous, on soulève des questionnements pour clarifier de
quelle... de quelle... dans quelle définition ça pourrait s'inscrire lorsqu'on
parle de l'intérêt de l'enfant. Puis là j'étais un peu stressée au début,
désolée, je me suis mise dans... dans mon calme, donc c'est plus clair, mais...
M. Morin : Parfait. C'est
correct comme ça.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Donc, la définition de l'intérêt de l'enfant, on a une réelle
question : À quoi ça fait référence? Est-ce que c'est celle dans la LPJ?
Est-ce qu'on devrait le... l'écrire comme ça se fait à l'article 30, par
exemple, pour un autre concept? Donc, c'est vraiment une question qui nous
permettrait d'avoir déjà plus de clarté sur comment on s'entend collectivement.
Puis, l'autre élément qui est... qui est à clarifier, c'est les... la
reconnaissance des droits des enfants. Pourquoi c'est stipulé dans
l'article 27, lorsque la... dans la... dans la recommandation du rapport
de la commission Laurent, il y avait des mentions de la Charte des droits de
l'enfant, le gouvernement avait dit : Les enfants sont des personnes,
prenons la Charte des droits de la personne? Donc, la question de
l'article 27 à clarifier, selon nous, c'est pourquoi on explique qu'il
faut reconnaître les droits de l'enfant, sur quoi on s'appuie, avons-nous
l'intention d'avoir une nouvelle charte pour les droits des enfants, ou est-ce
que c'est la Convention internationale des droits de l'enfant à quoi on fait
référence? Parce que, lorsqu'il est question de... de brèches dans la loi, ce
qu'on en comprend, puis ce que les experts nous expliquent, c'est là où on va
devoir savoir sur quoi s'appuyer pour respecter les droits des enfants. Et il
y a une complexité quand on parle des droits des enfants, justement, à cause de
cette non-clarté-là générale. L'exemple que je donnais tout à l'heure dans la
Loi sur les services de garde, c'est un bon exemple, on ne s'entend pas, est-ce
que c'est une loi conditionnelle ou c'est une loi qui... qui est bien
appliquée, que chaque enfant a le droit à un service de garde?
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Je dois céder la parole
au député de Maurice-Richard, s'il vous plaît. M. le
député.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Donc, déjà, peut-être la première chose, je pense que ce que vous nous dites
est clair, c'est : Ayons un vrai processus démocratique avec tout le monde
et, ensuite, revenons ici avec un projet qui...
16 h (version non révisée)
M. Bouazzi : ...aura été
coécrit avec bien du monde.
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Tout à fait.
M. Bouazzi : Ça fait que je
ne veux pas vous mettre des mots dans la bouche, mais... dans la situation, que
vous nous dites : Prenez ceci, mettez-le ailleurs, arrêtez et allez
rencontrer les gens pour faire un vrai processus démocratique?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
On n'est pas du tout contre l'idée d'une constitution. Un document
fondamental comme celui-là demande une rigueur exceptionnelle pour aller à la
rencontre des gens en amont des premiers écrits. C'est vraiment ça.
M. Bouazzi : ...clair. La
députée de la partie gouvernementale avait l'air étonnée que M. Lampron parle d'une
constitution écrite en catimini, sans consultation. Est-ce que vous avez été
consultée, vous, avant le processus?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Non, pas du tout.
M. Bouazzi : Alors je vous
annonce que nous non plus, nous ne considérons pas avoir été consultés. Et j'ai
envie presque de demander à mes collègues du Parti libéral pour savoir s'ils se
considèrent consultés, mais j'imagine qu'eux non plus. Donc, on peut quand même
s'étonner de l'étonnement face au fait effectivement qu'elle a été produite en
catimini.
Vous avez parlé des droits de l'enfant.
Bon. Vous n'étiez pas si fatiguée tout à l'heure parce que moi, j'ai compris de
ce dont... c'était très clair. Et donc ma question pour vous, c'est :
Imaginons, là, que vous êtes... il n'y a pas ça, là, et vous êtes consultée
pour la première fois, et on vous dit : Est-ce qu'il y aurait des droits
nouveaux, des choses qu'on devrait mettre pour la protection des enfants?,
est-ce que vous pouvez nous orienter vers des conventions, des choses qu'on
devrait lire de notre côté?
Mme Bouchard-Bonneville (Elise) :
Pour cette réponse, je vais m'appuyer sur ce qui aurait été recommandé dans
le rapport de la commission Laurent. Les experts de la commission Laurent ont
fait un travail fastidieux de consultation, d'expertise d'une très grande
concentration pour émettre ces recommandations, ou, comme je crois qu'un des
ministres le mentionnait, le Commissaire au bien-être et aux droits des
enfants, qui a aussi comme mandat d'aller porter une charte pour les enfants, d'aller
défendre et protéger les droits des enfants et de les valoriser. Donc, je crois
que cette expertise, on l'a accessible au Québec pour répondre précisément à la
question.
Par contre, le collectif tend la main en
disant qu'il pourra aider à aller chercher ces savoirs-là au moment où on
élaborerait, en fait, ces droits.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme Bouchard-Bonneville,
merci beaucoup d'avoir été avec nous. Ça a été un grand privilège. Ça passe
très vite.
Alors, sur ce, je vais suspendre les
travaux quelques instants pour accueillir nos prochains invités. Merci!
(Suspension de la séance à 16 h 05)
(Reprise à 16 h 08)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, j'aimerais accueillir avec plaisir les
gens de ville... de la ville de Gatineau, dans la capitale nationale, mais un
peu plus loin que la... juste la rivière Outaouais, donc celle du Québec. Merci
beaucoup d'être ici. Donc, Mme la mairesse, je vous cède la parole, peut-être en
débutant de présenter ceux qui vous accompagnent, s'il vous plaît. Merci.
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Parfait. Bonjour. Merci, M. le Président. Permettez-moi de débuter par des
salutations d'usage. Donc, évidemment, M. Bachand, merci de nous recevoir, M.
le ministre Jolin-Barrette, messieurs les... mesdames les députés. Donc, merci.
C'est un plaisir d'être avec vous aujourd'hui. Puis, effectivement, je vous
présente Melisa Ferreira, conseillère politique à mon cabinet à la ville de
Gatineau, maître Christian Tanguay, qui est directeur général adjoint aux
services administratifs, et Mme Desrochers, qui est conseillère aux relations
intergouvernementales à la ville de Gatineau.
Et l'objectif de notre présence
aujourd'hui, c'est vraiment de vous parler de Gatineau, qui, évidemment, est
une situation particulière, une réalité transfrontalière avec la province de
l'Ontario et la ville de... d'Ottawa. Puis on comprend, et même on salue, la
volonté du gouvernement du Québec d'assurer la protection de la nation
québécoise, ses valeurs, ses droits collectifs. On a certaines préoccupations
dont on souhaite vous faire part concernant le cadre législatif qui est proposé
actuellement, certaines contraintes, là, qui pourraient s'ajouter dans la
conduite de nos projets, je dirais, ponctuels ou courants. Et donc on veut être
capables de vous sensibiliser à la réalité de Gatineau, qui est la quatrième
plus grande ville au Québec, mais qui est aussi un cas assez particulier
dans... dans la province. Donc, si vous me permettez, Gatineau est une
ville de plus de 300 000 habitants, à côté d'Ottawa, évidemment, et notre
économie est fortement intégrée. Je vous dirais que notre mobilité aussi. C'est
37 % de la population de Gatineau qui travaille à Ottawa. C'est le
cinquième pour 100 des résidants de Gatineau qui travaille au gouvernement
fédéral. La rivière des Outaouais, qui sépare Gatineau et Ottawa, c'est
200 000 aller-retour chaque jour qui sont faits. Donc, c'est effectivement
une seule métropole. Et, bien sûr, il y a la proximité des ministères et des
institutions fédérales, la Commission de la capitale nationale, la CCN, qui a
des responsabilités au niveau de l'aménagement de la... de la capitale
nationale, et il y a aussi ce qu'on appelle SPAC, c'est-à-dire Services publics
et Approvisionnement Canada, qui est le propriétaire des édifices fédéraux,
donc, à Gatineau. Au... Le fédéral possède 10 % des terrains en zones
urbaines à Gatineau, et, dans ce qu'on appelle le centre-ville, la CCN, donc la
Commission de la capitale nationale, c'est 37 % de nos terrains. Donc,
c'est un contexte qui fait en sorte qu'on est constamment appelé à faire
affaire avec... avec le gouvernement fédéral, avec la ville d'Ottawa aussi, les
interactions sont... sont nombreuses, je vous dirais, inévitables,
essentielles. Et ça, ce n'est pas un choix politique, c'est vraiment la réalité
de notre territoire à Gatineau.
• (16 h 10) •
Donc, je plongerai directement dans le
contexte. On a des préoccupations par rapport au chapitre deux sur l'action gouvernementale
de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec. Les articles qui nous
préoccupent, là, ou qui suscitent de l'incertitude et de la lourdeur, ce sont
les articles 12, d'abord, dans un premier temps, qui précise que le ministre
responsable des Relations canadiennes et des Affaires constitutionnelles mène
toute négociation de nature constitutionnelle au nom du gouvernement, notre
préoccupation, c'est qu'il y a une absence de définition quant à la nature de
qu'est-ce qu'une... une activité de nature constitutionnelle, et les articles
16 et 17, qui prévoient que le ministre pourrait émettre des directives aux
municipalités dans la conduite des relations intergouvernementales canadiennes,
notamment interdire toute communication avec une instance fédérale. Ces deux
articles ont une portée très large qui crée, effectivement, de l'incertitude
importante dans la poursuite de nos relations courantes et ponctuelles avec une
multiplicité de partenaires.
Puis je vous donnerai des exemples, parce
que, parfois, c'est la meilleure chose d'illustrer des choses... la meilleure
façon d'illustrer des choses complètes... complexes, pardon. Donc, je participe
comme mairesse à... au conseil d'administration de la CCN, j'ai un poste
d'observatrice, comme le maire d'Ottawa d'ailleurs, et c'est essentiel parce
qu'il y a des décisions qui y sont prises qui concernent l'aménagement de notre
territoire. Il y a aussi plusieurs comités de travail interprovinciaux en
matière de développement économique, en matière de tourisme, en matière de
mobilité, et j'y reviendrai un petit peu plus tard, en matière de développement
durable également. Chaque année, il y a la coproduction d'événements avec le
fédéral. En ce moment, le Domaine des flocons, donc une activité familiale, c'est
un événement balles de neige, là, qui se...
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
...sur les deux rives, mais nous, on a la portion familiale, domaine des
flocons. Puis évidemment il y a plusieurs représentations auprès du fédéral,
des liens avec des députés, des ministres fédéraux, des participations, des
consultations budgétaires et des dossiers qui nous occupent, notamment le
paiement en remplacement d'impôts par le fédéral, ce qu'on appelle les PERI,
là. Au Québec, on a les en-lieux de taxes, il y a l'équivalent au fédéral. Et
il y a des questions litigieuses en cours depuis plusieurs années. C'est un
dossier complexe qui nous force évidemment à faire nos représentations.
Donc, évidemment, notre situation
frontalière rend inévitable, essentiel l'entretien des liens avec le fédéral et
la ville voisine, la portée large de ces dispositions interfère directement
avec notre capacité à conduire nos affaires de manière autonome, dans le
respect de nos compétences municipales, évidemment, pour le bénéfice de nos
citoyens, pour la compétitivité économique de la région. Donc, dans cette
optique, on demande que les municipalités soient retirées de l'annexe 1 de la
Loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec. Et, à défaut, on demande qu'il
y ait des dispositions particulières qui soient prévues pour la ville de
Gatineau dans l'application de cette loi.
Les chapitres deux sur l'action
gouvernementale et quatre sur l'intégrité territoriale de la Loi sur
l'autonomie constitutionnelle du Québec prévoient qu'il y a des dispositions
relatives aux ententes entre les municipalités et les ministères et organismes
fédéraux, ce qu'on appelle, dans le langage commun, le... les fameux M-30, là,
en vertu de la Loi sur le ministère du Conseil exécutif. Donc, effectivement,
dans le cadre de nos activités, le gouvernement... on sollicite souvent le
gouvernement du Québec pour obtenir des M-30. Et on pense qu'il y aurait
aussi... Évidemment, on reconnaît l'importance de ça, là. Ça nous permet de
protéger le modèle québécois, là. On ne remet pas ça en cause du tout. Par
contre, on pense qu'il y a des occasions d'alléger puis augmenter la fluidité
dans ces processus administratifs là. Et, si je ne m'abuse, ça correspond aussi
aux objectifs du gouvernement actuel qui est de... qui est de réduire la
paperasse ou la bureaucratie. Donc, on pense qu'on a des solutions pour vous en
ce sens-là.
Je vous donne quelques exemples. Je vous
parlais, tantôt, du domaine des flocons, donc, un événement familial qui a lieu
chaque année. À chaque année, il faut repasser par un M-30. Peut-être que,
compte tenu que c'est le même événement chaque année, on pourrait avoir un M-30
qui nous autorise à traiter avec le gouvernement fédéral, dans ce cas-là
Patrimoine canadien, par exemple sur une durée de trois ans ou cinq ans. Puis
évidemment, on reste dans... dans les mêmes barèmes, sinon on doit revenir vers
le gouvernement du Québec.
Dans d'autres cas, il y a des décrets qui
sont pour des dossiers ponctuels mais mineurs. Puis, évidemment, nos équipes se
retrouvent dans une situation où ils se boutent à des procédures qui sont
lourdes, qui sont longues et qui offrent aussi peu de prévisibilité. Puis c'est
le cas de tous les dossiers de transaction immobilière avec le fédéral, dans la
réalisation des travaux de voirie, aqueduc, égouts. Par exemple, récemment, il
y avait un projet de réseau de chaleur, donc un projet qui correspond à des
orientations autant gouvernementales fédérales-provinciales que québécoises. Et
ça a pris 16 mois avant d'obtenir un M-30. Il y a un projet d'hôpital
universitaire à Gatineau, qui est porté par le gouvernement du Québec, qui se
fait sur un terrain fédéral. On peut imaginer qu'il y aura plusieurs
autorisations qui seront nécessaires dans les prochaines années. Donc, est-ce qu'on
peut, par exemple, imaginer qu'on a... la piste des décrets d'exclusion
pourrait être explorée pour faciliter l'approbation de certaines ententes, par
exemple, pour des transactions immobilières afin de travaux, pour un montant,
par exemple, en bas d'un certain... un certain montant ou pour des réalisations
de projets structurants comme l'hôpital ou le tramway, dont je pourrais aussi
vous parler.
Le Président (M.
Bachand) : En terminant.
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Pour conclure, merci, je... je pense que l'objectif derrière ça, c'est d'avoir
une gouvernance qui soit unifiée, agile, qui assure la collaboration, la
concertation des partenaires. Et je m'en voudrais de vous quitter sans vous
mentionner ou sans faire écho de la demande de l'Union des municipalités du
Québec à l'effet de reconnaître les municipalités comme des gouvernements de
proximité dans le cadre de la Constitution. On sait qu'il y a des... il y a des
pays qui le font, et ça concorde aussi avec les orientations du gouvernement du
Québec dans les dernières années. Je mentionnerai simplement le projet de loi
n° 122, en 2017, et la déclaration plus récente de réciprocité avec les
gouvernements de proximité en 2023. Donc, autrement dit, ce qu'on propose,
c'est le respect de l'autonomie municipale, la reconnaissance de la réalité
transfrontalière de Gatineau et la reconnaissance des municipalités comme des
gouvernements de proximité. Et, M. le Président, protéger la capacité des
villes à livrer des projets puis être compétitifs, même dans un cas de ville
frontalière comme Gatineau, c'est aussi ça, affirmer l'autonomie du Québec.
Merci de m'avoir écoutée.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Mme la mairesse. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Alors, Mme la mairesse, bonjour. Merci d'être présente en
commission parlementaire, Me Tanguay, Mme Ferreira, Mme Desrochers, alors, les
représentants de la ville de Gatineau, merci beaucoup d'être venus jusqu'à
Québec en personne pour... pour témoigner...
M. Jolin-Barrette : ...Mme
la mairesse, vous nous avez dit 37 % des terrains sur le territoire de la
ville de Gatineau sont détenus par la Commission de la capitale nationale.
Mme Marquis-Bissonnette
(Maude) : Dans le centre-ville, en fait.
M. Jolin-Barrette : Dans
le centre-ville. Ça, ça ne veut pas dire sur tout le territoire.
Mme Marquis-Bissonnette
(Maude) : Non, c'est 10 % sur tout le territoire qui est... qui
est une propriété fédérale. Et dans le centre-ville, c'est 37 % qui est
détenu par la CCN.
M. Jolin-Barrette : C'est
énorme.
Mme Marquis-Bissonnette
(Maude) : C'est énorme.
M. Jolin-Barrette :
Comment on explique cet état de fait là?
Mme Marquis-Bissonnette
(Maude) : Ça vous prendrait peut-être un historien, là, je...
malheureusement, je ne suis pas certaine que je peux... je peux répondre à
cette question-là, mais on peut penser au Musée canadien de l'histoire, à de
grands parcs et pour lesquels, évidemment, tu sais, il y a toujours des
transactions avec la CCN, là, que ce soit pour construire une piste cyclable ou
poursuivre le réseau souterrain, là, c'est... c'est notre quotidien.
M. Jolin-Barrette : Puis
expliquez-nous, pour les gens qui nous écoutent, là, c'est quoi, la Commission
de la capitale nationale? C'est un organisme créé par qui puis pour faire quoi?
Mme Marquis-Bissonnette
(Maude) : C'est un organisme de la couronne, donc, un organisme
fédéral qui a un conseil d'administration nommé par le gouvernement fédéral. Et
nous, les deux maires des villes de Gatineau et Ottawa, on y siège. Donc, le
mandat propre de la CCN, à la base, c'est certainement de gérer, de faire
rayonner ses propriétés qu'ils ont à travers la capitale, l'autre capitale.
Depuis peu, ils ont aussi un mandat de construire du logement dans un contexte
de crise du logement. J'espère bien répondre à votre question.
M. Jolin-Barrette : OK.
Et vous me corrigerez, mais la Commission de la capitale nationale, je crois
qu'elle était présidée par l'ancienne députée de Hull, Mme Gaudreault,
l'ancienne députée libérale qui a siégé durant une dizaine d'années à
l'Assemblée nationale.
Mme Marquis-Bissonnette
(Maude) : Vous avez raison.
M. Jolin-Barrette :
Alors, je reviens, parce que c'est quand même important, là. Pour une ville,
là, comme vous, là, Gatineau, c'est une grande ville, 300 000 de population,
votre centre-ville, vos terrains, où est-ce que vous les développez, supposons,
en fonction des plans d'aménagement de la ville, tout ça, vous devez gérer ça
avec le fédéral qui est propriétaire de ces terrains-là. Ça fait que, je
comprends que, pour votre développement, c'est limitatif, le fait de
dire : Bien, il y a un gouvernement fédéral qui gère l'assiette foncière sur
une importante partie de votre centre-ville.
Mme Marquis-Bissonnette
(Maude) : Je vous dirais que ça vient avec des défis et des
opportunités, très sincèrement. Dans le sens où, ils ont aussi de l'ambition et
des leviers économiques, là, pour des leviers financiers pour faire avancer des
projets dans le centre-ville. Maintenant, il faut qu'on soit bien aligné sur
quels sont ces objectifs-là. Et dans nos discussions quotidiennes, ça fait
partie des sujets qu'on aborde avec eux.
• (16 h 20) •
M. Jolin-Barrette : OK.
Vous, vous êtes extrêmement liés aussi avec la capitale fédérale. Vous nous
parliez tantôt du Domaine des flocons. Je le conçois que vous faites des
activités les deux villes ensemble, des initiatives, des événements, vous avez
beaucoup de liens. Ici, à Québec, on parle de trois liens, vous, vous avez, je
pense, un sixième pont peut-être qui s'en vient, si je ne me trompe pas?
Mme Marquis-Bissonnette
(Maude) : Ça, c'est vraiment un grand débat.
M. Jolin-Barrette : OK.
Mme Marquis-Bissonnette
(Maude) : Mais oui, on a effectivement plusieurs ponts.
M. Jolin-Barrette : D'une
capitale à l'autre.
Mme Marquis-Bissonnette
(Maude) : Oui.
M. Jolin-Barrette : Un
des objectifs, puis je tiens à vous rassurer avec le projet de loi, parce que
je suis assez sensible à ce que vous avez dit tout à l'heure, il ne faut pas
que ce soit compliqué, mais il faut s'assurer que la ville de Gatineau puisse
réaliser son développement, puisqu'on conçoit pour les citoyens. Le cas du
terrain de l'hôpital, c'est un bon élément. La compétence en matière de santé,
elle est québécoise. On n'est pas suffisamment financés par le gouvernement
fédéral sur les transferts en santé. Mais là, on comprend que, en bon
québécois, ça «gosse» avec le terrain qui est sur une propriété fédérale aussi.
Il faut avoir davantage de collaboration, mais il faut surtout s'assurer que
les compétences du Québec soient respectées, que les compétences municipales le
soient, mais que vous puissiez développer également les choses. Alors, il n'est
pas question d'interdire à la ville de Gatineau de faire le festival des
flocons avec la ville d'Ottawa, avec le fédéral aussi, mais il faut avoir des
outils qui sont... qui existent déjà en partie. Ça pourrait être plus efficace,
je suis d'accord avec vous, au niveau de la loi sur le Conseil, le ministère du
Conseil exécutif. Cependant, il faut quand même avoir les compétences. Puis
vous, vous êtes d'accord avec l'article 14 de la Loi sur l'autonomie
constitutionnelle aussi.
Mme Marquis-Bissonnette
(Maude) : Oui, puis d'ailleurs, puis mes collègues ajouteront
certainement, mais on a même salué dans notre mémoire l'article 14, qui
vient spécifier des critères d'analyse pour les ententes fédérales et
municipales. Puis nous, on propose d'ajouter un critère pour prendre en compte
l'équité dans la répartition des fonds fédéraux entre le Québec et les autres
provinces. Et ça, on l'a imaginé dans le contexte où, puis on le voit, là, en
ce moment, il y a 7,1 milliards qui dort quelque part entre Ottawa et
Québec pour des fonds qui touchent les municipalités, là. Donc, il y a des fois
des fonds...
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) : ...ne
sont pas réservées pour le Québec. Et donc, avant que les ententes soient
signées avec le Québec, on peut s'imaginer que les sommes sont dépensées
ailleurs au Canada et jamais au Québec. Donc, c'est la raison pour laquelle on
a fait cette proposition-là d'ajout à l'article 14.
M. Jolin-Barrette : J'apprécie
votre proposition. Puis, ce que vous relatez, c'est problématique. Parce que,
souvent, le fédéral, lorsqu'il veut donner des... supposons qu'il crée des
programmes financiers pour venir dans... dépenser dans les champs de compétence
municipale, qui est une compétence de l'État québécois, il impose aussi des
redditions de comptes aux municipalités. Donc, nous, on est davantage
dans : on veut enlever de la bureaucratie, enlever de la paperasse. Mais
là le gouvernement fédéral, au lieu de transférer les sommes à Québec pour
qu'on puisse les distribuer en fonction des priorités qui sont québécoises,
avec les municipalités, on se retrouve avec un autre niveau de gouvernement.
Pour Gatineau, là, quel est l'impact de
ça? Quand vous dites : Écoutez, on veut une répartition équitable, avez-vous
vu des cas d'exemple où vous... dans d'autres provinces, ça a été dépensé, le
fédéral a décidé d'envoyer son argent dans d'autres provinces?
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Bien, d'abord, je tiens à dire que vous avez tout à fait raison, là, que...
Puis je me mets dans vos souliers, là, ça ne doit pas toujours être simple de
négocier avec le fédéral. Puis Gatineau s'est retrouvée d'ailleurs et se
retrouve ces jours-ci dans la situation où, avec la signature pour le FCIL, des
sommes qu'on attendait au Québec, on doit revenir en arrière pour les
redevances de développement qu'on avait imposées, là. Certains de nos projets
ne sont pas conformes. Donc, effectivement, des fois, ça ne fait pas notre
affaire. Par contre, l'équité demeure un principe qui est important, qui
devrait faire partie de la grille d'analyse, pour nous, dans la signature de
ces ententes-là.
À votre question, directement, l'exemple
le plus concret que je peux vous donner, le plus récent, c'est le Fonds pour
les collectivités fortes qui a été avancé par le fédéral duquel on attend
beaucoup de détails encore, là, mais pour lequel on sait qu'il n'y aura pas de
sommes réservées pour le Québec. Ça, ça nous préoccupe, étant donné nos grands
besoins en matière d'infrastructures, la crise du logement, l'itinérance qui
explose. Je suis certaine que vous êtes très, très sensible à ces enjeux-là,
mais pour nous, c'est effectivement les questions préoccupantes. Puis, la
crainte, c'est toujours que les sommes soient dépensées ailleurs dans les autres
provinces puis que Québec n'obtienne pas sa juste part.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
vais céder la parole à mes collègues. Juste une dernière question, là. Je
reviens sur le 37 % de terrain, là, au centre-ville, là. Si Gatineau, la
ville de Gatineau, était propriétaire de ces terrains-là, j'imagine que ça
simplifierait beaucoup votre développement de votre centre-ville pour les
projets que vous voulez mener?
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Écoutez, je pense que ça viendrait avec certainement des opportunités, mais
un certain nombre de défis, là. Puis là vous comprenez que je suis dans une
position aussi où j'ai un partenaire à Ottawa, là, qui est un levier de
développement important pour notre territoire puis qui a certainement de
grandes ambitions aussi pour la région, tu sais, qu'on compose, là, mais c'est
sûr que, donc, ils amènent un certain nombre d'avantages, mais de défis, là.
Voilà.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
vous remercie pour votre présence en commission.
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Merci. Merci de vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :50 secondes.
50 secondes. Mme la députée, s'il vous plaît, de Laval-des-Rapides.
Mme Haytayan : Merci, M. le
Président. Mme la mairesse, mesdames, M., merci pour votre temps. Merci d'être
là.
Vous parliez, au tout début de votre
présentation, du chapitre deux de l'action gouvernementale. Qu'est-ce qui
pourrait être ajouté, modifié, bonifié pour que vous soyez... pour que la Ville
de Gatineau y trouve son compte ou soit rassurée avec ce chapitre puis l'action
gouvernementale?
Le Président (M.
Bachand) :...s'il vous plaît. Il reste
très peu de temps.
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Vous êtes au chapitre deux?
Mme Haytayan : Oui. Vous
parliez du chapitre deux au tout début de votre présentation, action
gouvernementale, avant de parler de la coproduction d'événements avec le
fédéral.
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Merci de votre question. Donc, on parlait tantôt de l'article 14, là,
dans lequel on propose d'ajouter un critère sur l'équité, de réviser la
procédure d'obtention aussi pour le décret d'approbation, là, en vertu de la
Loi sur le ministère du Conseil exécutif pour réduire les délais puis augmenter
la fluidité. On parle de clarifier les étapes puis les délais associés à
l'obtention d'un décret d'approbation. Pour nous, ce n'est pas toujours clair
puis ça occasionne beaucoup d'allers-retours sur c'est quoi, les documents qui
sont requis, c'est quoi, les échéanciers, donc. Puis on pense qu'on peut aussi
améliorer l'accompagnement offert aux municipalités dans ce processus. Puis
finalement, dernière recommandation, ce serait de retirer les municipalités des
organismes visés par l'annexe un, là, du projet de loi qu'on est en train d'étudier,
ou, à défaut, de prévoir des conditions d'application particulières pour
Gatineau en raison de sa situation transfrontalière.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, Mme la mairesse Marquis-Bissonnette, Me Tanguay, Mme Ferreira
et Mme Desrochers, bonjour. Merci d'être là.
Évidemment, je comprends de votre réalité
que...
M. Morin : ...dans un sens,
vous êtes une ville qui est unique au Québec parce que non seulement vous êtes
située carrément sur la frontière d'une autre province, mais en plus dans une
agglomération urbaine importante qui est intégrée dans différents services.
Donc, ça vous place dans une situation où il n'y a personne... il n'y a pas
d'autres villes au Québec qui se ramasse dans votre situation. Je me trompe ou
j'ai raison?
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Vous avez tout à fait raison.
M. Morin : Parfait. Avez-vous
été consultée par le gouvernement avant la rédaction de ce projet de loi là?
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
C'est à dire que... je sais que l'Union des municipalités du Québec, dont
on est membre, et je dirais membre activement, ont été consultés au moment de
la préparation du projet de loi. Moi, j'ai une entière confiance en l'Union des
municipalités du Québec. Puis je suis très consciente, effectivement, que le
cas de Gatineau est assez unique, c'est-à-dire que... je sais qu'on est la
seule ville, là, outre l'Union des municipalités, à se faire entendre.
M. Morin : Merci. On
apprécie. Je voudrais juste revenir sur les... le pourcentage de terrains
fédéraux que vous avez dans le centre-ville de Gatineau. C'est des terrains
vagues ou des terrains bâtis?
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
C'est les deux, en fait. Oui, effectivement. Donc, il y a des propriétés
fédérales avec des édifices fédéraux, là, comme on... je suis certaine que vous
avez en tête l'image de Gatineau. Il y a des terrains qui sont des parcs, il y
a des terrains qui sont contaminés, à redévelopper ou bien à aménager en
espaces verts.
M. Morin : Puis, dans les
terrains qui sont occupés par des immeubles fédéraux au centre-ville, on parle
de quoi, d'immeubles de deux, trois étages, 40 étages, 25 étages?
C'est des gros buildings. Puis est-ce que le fédéral vous paie des redevances
ou des taxes?
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Si je ne m'abuse, on va jusqu'à 25 étages au centre-ville de Hull pour
les édifices fédéraux. Et effectivement, je parlais tantôt des PERI, là, des
paiements en remplacement des en-lieu de taxes. Il y a souvent des questions
litigieuses, là, dans ces... sur ce sujet-là avec le gouvernement fédéral,
qu'on traite par ailleurs...
M. Morin : Mais que vous
réussissez à traiter.
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Parfois, ça prend quelques années.
M. Morin : Parfois, OK.
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Il y a des dossiers qui sont effectivement encore un peu litigieux.
M. Morin : OK, je vous
remercie. Maintenant, vous avez parlé des articles... évidemment, il y a 17. Il
y a l'intégrité territoriale du Québec, 19, 20 : Aucun propriétaire d'un
immeuble situé au Québec ne peut, dans les cas prévus par règlement, vendre cet
immeuble à une institution fédérale. Pour vous, est-ce que ça présente un enjeu
de taille si c'était adopté? Quel va être l'impact chez vous? Est-ce que ça
fait partie de votre réalité ou pas?
• (16 h 30) •
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Je laisserais peut-être mes collègues...
M. Tanguay (Christian) : Notre
compréhension, c'est que ça n'apporte pas de changement au régime qui est déjà
actuellement en vigueur. Toutefois, c'est la compréhension et l'interprétation
que nous en avons. Peut-être que l'occasion qui nous est offerte aujourd'hui
permet de conforter notre lecture de cette situation-là, mais la Loi sur le
Conseil du ministère exécutif exclut déjà ces situations-là. Donc, ce n'est pas
un enjeu pour nous actuellement.
M. Morin : Très bien. Vous décrivez
des exemples, évidemment, d'intégration ou de relations intergouvernementales.
Vous l'avez aux pages 10 et 11. Est-ce que le projet de loi actuel
pourrait venir mettre en péril certaines de ces relations-là que vous avez dans
le cadre de la gestion de votre municipalité avec la Commission de la
capitale-nationale fédérale?
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
C'est à dire qu'on tenait à se faire entendre pour s'assurer que le projet
de loi est assez précis pour éviter ces situations-là. J'entends que ce n'est
pas la volonté, là, puis je ne pense qu'on est là pour vous sensibiliser à une
réalité qui est unique pour s'assurer que c'est bien entendu.
M. Morin : Oui. Et
d'ailleurs, on l'apprécie parce que, justement, vous n'êtes pas le premier
groupe qui pose plein de questions. Tu sais, une constitution, ça devrait être
rédigé pour que les gens la comprennent. Puis là, bien, le gouvernement
précise, précise, ce n'est pas son intention, tatati, tatata. En tout cas, ce
n'est pas clair. Donc, je suis très content que vous soyez là puis que vous
puissiez nous donner des exemples concrets. J'aimerais aussi que vous puissiez
nous expliquer la situation particulière que vous décrivez à la page 18 de
votre mémoire, le projet de tramway Gatineau-Ottawa. Et est-ce que le projet de
loi va... peut avoir un impact sur ce projet-là?
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Merci de poser la question. Effectivement, le projet de tramway
Gatineau-Ottawa, c'est le projet de transport en commun le plus complexe au Canada
en ce moment. C'est un projet de 24 kilomètres, 22 en rives québécoises,
deux en sol ontarien, donc devant le Parlement du Canada. Il passe sur un pont
fédéral. Il implique donc deux villes : Gatineau, Ottawa. La CCN, la Commission
de la capitale nationale, le gouvernement...
16 h 30 (version non révisée)
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) : ...gouvernement
fédéral et deux provinces. Donc, un projet extrêmement complexe qui va bien,
qui a d'ailleurs reçu l'appui du gouvernement, là, du Québec depuis longtemps.
Puis, on salue puis remercie le gouvernement encore une fois pour... pour son
appui dans ce projet-là. Il y a donc un bureau de projet pour assurer la... la
fluidité des... des relations, pour s'assurer qu'on obtient les autorisations,
qu'on... qu'on chemine promptement dans ce dossier-là. Et c'était donc un
exemple qu'on a utilisé dans notre mémoire pour démontrer toute l'importance de
ces relations-là puis les... les interconnexions qui sont très profondes, là, et,
je dirais, nécessaires dans l'atteinte des objectifs du gouvernement du Québec,
de la ville de Gatineau. Et donc on souhaite s'assurer, là, que c'est le genre
d'instance qui continue d'être productive et qui permet de miser sur la
collaboration puis la concertation des partenaires.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Et puis finalement, évidemment, vous souhaitez, comme d'autres
municipalités d'ailleurs, que le rôle des institutions municipales soit inscrit
dans la Constitution, parce qu'évidemment vous avez beaucoup à apporter, vous
êtes un gouvernement de proximité, vous... Avez-vous, des programmes d'intégration,
par exemple, pour les... les nouveaux arrivants qui s'installent chez vous?
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
C'est à dire qu'on a des... La question de l'immigration est intéressante.
On a chez nous, à la ville de Gatineau, comme employeur, tu sais, c'est plus de
4 000 employés, là, on s'intéresse aussi à ces questions-là, s'assurer
qu'on est un employeur qui est qui est exemplaire, mais on assure aussi une
table de concertation sur le vivre-ensemble et l'immigration, qui regroupe l'ensemble
des partenaires en immigration sur le territoire de la ville de Gatineau, pour
être capable de se concerter, pour faire en sorte que la ville de Gatineau
demeure un lieu où il fait bon vivre, qui ne laisse personne derrière, puis qu'on
assure la continuité des services pour les nouveaux arrivants aussi.
M. Morin : Très bien. Merci.
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député d'Acadie.
M. le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci beaucoup pour votre présence, elle est précieuse, et puis nous rappeler
aussi toute la complexité. Il y a la théorie et puis ensuite il y a la
pratique. Et, dans votre cas, couper les ponts, si je peux me permettre une
image avec le fédéral sur un certain nombre de sujets vous complique énormément
la vie. C'est ce que vous êtes venus nous dire. Et honnêtement je ne rentrerais
pas plus dans les détails, parce que votre mémoire est bien fait, puis soyez
sûr qu'on va en prendre compte.
Plus largement vous avez dit que vous
faites partie de l'Union des municipalités et que l'union a été consultée avant
que ce projet de loi soit devant nous. Est-ce que vous... vous avez été mise au
courant d'une partie de cette Constitution qui aurait répondu à une demande de
l'Union des municipalités?
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Je vais vous avouer bien candidement que je ne me suis pas intéressé plus
spécifiquement à ce dossier-là, étant donné l'ampleur des dossiers sur mon
bureau, mais, encore une fois, là, j'ai... j'ai grande confiance que l'Union
des municipalités du Québec est capable de... de porter la voix des
municipalités au Québec.
M. Bouazzi : Ça, je n'en
doute pas un seul instant. C'est plus la partie écoute qui m'intéressait, mais...
mais... mais restons... revenons à ce moment-là sur votre proposition, parce qu'il
y a toutes sortes de choses qui affaiblissent, en fin de compte, une partie de
vos pouvoirs, y compris l'article 5 que vous nous demandez de retirer, qui
vous empêcherait d'utiliser des fonds publics pour contester des... des lois
que vous jugez inacceptables. Mais... mais... mais vous faites une proposition
positive, qui est la proposition de l'union, qui est de mettre le pouvoir, la
décentralisation du pouvoir au niveau des municipalités, en tout cas une
partie. Est-ce que vous auriez des exemples de constitutions ou de... de
démarches qui existent ailleurs, dont vous... nous devrions nous... nous
inspirer?
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
Je sais qu'il y en a en Europe, des pays dont la Constitution prévoit, reconnaît
le rôle des villes puis leur reconnaît un certain nombre de pouvoirs. La Constitution
canadienne reconnaît que les municipalités sont des créatures des provinces, donc
c'est la seule mention des municipalités en ce moment au plan constitutionnel.
Pourtant, on le sait, les villes sont appelées à agir de plus en plus dans des
champs de compétence qui... qui concernent les gouvernements nationaux. On
pourrait parler d'itinérance, on a parlé tantôt d'immigration, on pourrait
parler de... de logement. On pourrait continuer longtemps.
M. Bouazzi : La crise
climatique.
Mme Marquis-Bissonnette (Maude) :
La crise climatique, tout à fait, vous avez bien raison. Puis, la réalité, c'est
que nos actions doivent être coordonnées pour arriver à nos objectifs communs.
Et donc de le reconnaître dans le cadre d'un projet de loi comme celui-ci, c'est
pour nous un point de départ important pour la suite de la discussion.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Sur ce, merci beaucoup d'avoir
été avec nous, sincèrement.
Alors, je vais suspendre les travaux pour
accueillir nos prochains invités. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 37)
(Reprise à 16 h 39)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir Me Sacha Fortin
Ballay et Me Julius Grey. Merci beaucoup d'être avec nous. C'est un grand
privilège. Alors, vous connaissez les règles : présentation, après ça
période d'échange. La parole est à vous. Merci beaucoup.
M. Grey (Julius H.) : Merci.
C'est un grand honneur pour nous d'être ici et de pouvoir nous adresser à
l'Assemblée nationale. J'ai lu et étudié le projet de constitution et je pense
que, si on veut vraiment avoir une constitution qui protège les individus, les
Québécois, il faudra reprendre ce projet et changer.
• (16 h 40) •
Je veux diviser ma présentation en trois
points. Le premier point : que le but d'une constitution, c'est souvent de
créer un système de gouvernement. Si on regarde la constitution américaine, la
constitution du marché commun, la... toutes les constitutions, la constitution
du Canada, on crée des institutions. Ici, ce n'est pas nécessaire puisque nous
avons une constitution déjà, constitution qui crée non seulement les
institutions fédérales, mais également les institutions de chaque province. Il
faut dire qu'il laisse... il y a un droit de modifier les institutions, jusqu'à
un certain point, pour chaque province, mais rien dans ce projet de loi ne
change le... si vous voulez, la façon de gouverner, sauf peut-être si vous
dites que la présence de l'officier du Québec... mais, à mon avis, et je
reviendrai à ce sujet plus tard, c'est clairement constitutionnel. On n'a pas
le droit de toucher à la monarchie. C'est ça... C'est ça qui est écrit dans la
constitution actuelle. Je ne commente pas en bien ou en mal, mais je pense que
c'est inconstitutionnel. Donc, il n'est pas nécessaire d'avoir une constitution
pour créer un système démocratique, pour fonctionner.
Mais le deuxième but, le plus important,
je pense, des constitutions, c'est de protéger l'individu, les dissidents.
Contre qui? Mais, c'est clair, contre la majorité, contre les droits
collectifs. C'est le... Au lieu de faire des droits collectifs la chose sacrée
pour nous, le but, c'est de protéger l'individu qui dit : Je ne suis pas
d'accord. Je ne veux pas prétendre que ce projet de constitution ne protège
aucunement l'individu, c'est-à-dire on n'abolit pas les chartes des droits et
libertés, on ne dit pas que la liberté d'expression n'existe plus, mais je
pense qu'il est clair qu'il s'agit d'un affaiblissement des droits de
l'individu par rapport aux collectivités. Et c'était apparent dans le nombre de
fois où on parle des droits collectifs de la nation, choses de cette nature-là,
qui ont tendance, si on interprète tout un document, comme les cours vont
sûrement faire, tous les documents, on va voir que les...
M. Grey (Julius H.) : ...individuels
en sortent affaiblis. Et on peut noter quelques points. D'abord, sur le plan
linguistique, on incorpore des parties de la loi sur les langues dans la
Constitution, mais nous savons bien que les minorités ont combattu, ont le
droit de combattre certains aspects de cela. Ça affaiblit leurs tentatives
d'obtenir des changements.
On voit bien, et ça, c'est vraiment
dangereux, c'est un point particulier où on limite le droit des institutions
qui reçoivent des fonds du Québec à contester les lois du Québec. Ça pourrait
s'appliquer aux municipalités, aux groupes ethniques, aux commissions
scolaires. Et je pense que ceci est causé en partie par un certain dépit parce
que la commission English Montreal a été la plus active dans la contestation de
certaines lois du Québec. Mais ça affaiblit le droit de l'individu d'une façon
majeure. Pourquoi? Parce que l'accès à la justice n'est pas réaliste pour la
grande majorité des gens, surtout pas pour un grand procès constitutionnel.
C'est seulement si les groupes, qui souvent reçoivent des subventions du
Québec, peuvent mettre de l'argent qu'il devient réaliste de contester. Dire
que le groupe qui reçoivent de l'argent ne peuvent plus contester, ça laisse
l'individu devant l'impossible. Il est inaccessible... le recours à la justice
est franchement inaccessible.
Je pense qu'on aurait pu se tourner vers
ce problème en garantissant un recours à la justice pour l'individu. On ne l'a
pas fait. On a tout simplement limité la possibilité d'avoir des organismes qui
vont prendre des actions. Une Constitution dépend de la possibilité de
contester les lois. À titre d'exemple, je ne fais pas de comparaison, ce serait
loufoque, de faire cette comparaison, mais, en 1936, l'Union soviétique a
adopté une constitution très libérale, mais il n'y avait pas de moyen de
contester, et on a su comment le citoyen moyen pouvait se... contre les règles
qui ont été édictées.
Il y a certaines choses également qui sont
dangereuses. La hiérarchisation des lois. Disons qu'une loi l'emporte, disons,
l'égalité homme-femme l'emporte sur la religion... la liberté de religion. Il y
a beaucoup d'endroits où je suis d'accord avec ça, mais, encore, il faut
comprendre qu'il peut y avoir un cas d'un empiétement très petit sur l'égalité
et une destruction de certaines libertés religieuses où il faudrait laisser ça
aux tribunaux, et non pas dire qu'il y a toujours une préséance.
Ajoutons une autre chose. La loi dit
constamment que cette Constitution et les règles sous cette Constitution ont
préséance sur toutes les autres lois. Il est bien établi dans notre loi constitutionnelle,
que, normalement, les cours essaient de laisser en vigueur les dispositions des
lois provinciales et fédérales sur la théorie du double aspect, mais, s'il y a
une incompatibilité, c'est le fédéral qui a gain de cause. Et en édictant cela,
encore une fois, c'est clairement inconstitutionnel. C'est clairement inconstitutionnel
aussi, et je l'ai déjà mentionné, d'éliminer la monarchie. C'est clairement
inconstitutionnel de dire que le Québec représente les Québécois à l'étranger.
Ce n'est pas le cas. On n'a pas un service de diplomatie. Un québécois dans le
pétrin dans un pays étranger, disons, à Moscou ou à Téhéran, n'a que les
représentants du fédéral. Il est faux de dire que le Québec peut mener une
politique étrangère.
À l'intérieur de la fédération, je ne nie
pas que la fédération peut changer, mais cela ne dépend pas d'une loi de
l'Assemblée nationale aujourd'hui.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. On est déjà
rendu à la période d'échange, Me Grey. Alors, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bonjour, Me Grey...
M. Jolin-Barrette : ...bonjour,
Me Fortin Ballay. Merci de participer aux travaux de la commission. Vous
dites : Il est faux que l'État québécois peut mener une politique
étrangère. Qu'en est-il de la délégation du Québec à Paris, qui a le statut
équivalent à une ambassade depuis les années 60? Qu'en est-il de la doctrine
Gérin-Lajoie, qui fait l'unanimité au Québec sur le prolongement des
compétences québécoises?
M. Grey (Julius H.) : Je
pense qu'il y a un rôle que les provinces peuvent jouer. Et elles jouent,
l'immigration, elles sélectionnent l'immigrant, mais on ne peut pas dire que le
Québec représente les Québécois. Comme un peuple, on ne peut pas dire que les
lois ici ont préséance, disons, sur la charte canadienne. Les deux fonctionnent
ensemble et le rôle, personne ne conteste le rôle du Québec en matière
internationale. Mais ce n'est pas le rôle, pour le moment, d'un pays souverain.
M. Jolin-Barrette : Bien, je
constate que le Québec n'est pas un pays souverain, mais depuis 1965, il y a
780 ententes internationales qui ont été signées, représentation dans 19 pays,
on est membres de plein droit, l'Organisation internationale de
la Francophonie, on est à l'UNESCO également. Je trouve ça un petit peu
réducteur, le fait de dire que le Québec ne peut pas représenter les Québécois
à l'international.
M. Grey (Julius H.) : Je
pense qu'il aurait été possible de rédiger un article qui dirait que le Québec
peut jouer un rôle quasi autonome dans certaines situations, mais que la
politique étrangère n'est pas le ressort du Québec. C'est assez clair.
M. Jolin-Barrette : Mais,
voyez-vous, on a une différence de perspective, parce que, moi, je souhaite que
le Québec ait le maximum de compétences possibles, je veux que le Québec puisse
évoluer, puisse avoir son mot à dire sur la scène internationale et surtout,
supposons qu'il y ait des signatures d'ententes internationales, quand ce n'est
pas dans les champs de compétence fédéraux, qu'on ne sacrifie pas le Québec,
notamment. Prochainement, il y aura des négociations. Le Québec doit être à la
table des discussions, parce qu'il y a des milliers d'emplois notamment, dans
toutes les régions du Québec, où est-ce que le fédéral, parfois, va favoriser,
supposons, les travailleurs de l'Ontario dans l'industrie automobile et
notamment en matière de forêts au Saguenay—Lac-Saint-Jean, où il y a des
municipalités qui ne vivent que de ça, et il faut avoir notre table... notre
place à la table. Mais, bref, écoutez, vous avez comparé la Constitution un
peu à la Constitution soviétique de 1936...
• (16 h 50) •
M. Grey (Julius H.) : Je n'ai
pas fait la comparaison, je l'ai bien dit. J'ai dit : Il est essentiel
d'avoir un accès aux tribunaux, c'est tout. Je n'ai pas fait la comparaison
entre les deux. Loin de moi une telle idée.
M. Jolin-Barrette : OK. Dans
le cadre de la Constitution, on ne parle pas de l'accès aux tribunaux. Donc,
dans la partie 1 de la Constitution, ça touche uniquement la Constitution et
c'est prévu, la majorité des éléments sont à droit constant. La partie 2, la
deuxième loi qui est à l'intérieur de la Constitution, c'est la Loi sur
l'autonomie constitutionnelle. Il y a l'article 5, qui prévoit que les
organismes publics, pour certaines lois, notamment la loi n° 21, que vous
contestez, notamment la loi n° 96, que vous contestez, notamment la loi n° 99,
que vous ne contestez pas encore... Celles-ci sont protégées par une
disposition où les organismes publics ne pourraient pas utiliser les fonds
publics. Ils pourraient contester, mais ils ne peuvent pas utiliser les fonds
publics. Donc, je comprends que, dans ces cas limités là, vous êtes contre ce
fait-là, qu'on n'utilise pas l'impôt, les deniers publics, le fonds consolidé
des impôts des Québécois. Vous êtes contre le fait.
M. Grey (Julius H.) : Absolument.
Absolument. Je pense qu'il est nécessaire de garantir le pouvoir de contester
et que le but de la Constitution, c'est de permettre à ceux qui contestent,
quelle que soit leur position, qui contestent le fédéral, qui contestent le provincial,
qui contestent, bon... d'avoir accès aux tribunaux. Et je pense que cette
Constitution, sans enlever complètement cet accès, diminue la protection des
dissidents et des individus et également crée une situation où il va y avoir
des contestations constitutionnelles à cause de l'empiétement que cette
Constitution commet sur les pouvoirs fédéraux.
Bien, vous avec dit que vous voulez le
meilleur pour le Québec. Moi aussi, mais je pense que, tant et aussi longtemps
que nous demeurons dans une union fédérale, il faut que chaque niveau du
gouvernement fait de leur mieux pour tous les citoyens. Et on ne peut pas avoir
une bataille sur les compétences qui ne donne rien à qui que ce soit, mais qui
va...
M. Grey (Julius H.) : ...consommer
notre argent et notre énergie.
M. Jolin-Barrette : Ah! bien,
voyez-vous, il faudrait passer le mémo au fédéral. Parce que si le gouvernement
fédéral ne dépensait pas dans les champs de compétence québécois... Et
d'ailleurs, tout à l'heure... À ma connaissance, lorsqu'il s'agit d'un champ de
compétence exclusivement provincial, uniquement les lois québécoises qui
doivent s'appliquer dans nos champs de compétence. Je croyais que c'était ça,
le fameux partenariat dont M. Carney parlait, qui avait été développé sur les
plaines d'Abraham.
Je vais céder la parole à mes collègues,
mais un dernier élément. Quand vous dites : Il faut permettre aux
individus de contester, la loi ne vise aucun individu à l'article cinq. On vise
des organismes publics. Aucune personne n'est empêchée de contester. Ce sont
des organismes qui ont été créés, des organismes publics qui utilisent l'argent
public, et on vise à contrer certaines dérives. Mais je vais céder la parole à
mon collègue de Saint-Jean. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
Saint-Jean pour 2 min 50 s, s'il vous plaît.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. Maître Grey, Mme.
Je vous ai interviewé tellement de fois
pendant tellement d'années que je savais avec quoi vous arriveriez pour les
droits individuels versus les droits collectifs, que ça retrousserait et que ça
vous déplaisait, préséance, la même affaire, toutes les autres affaires. Parce
qu'en 1982, avec la nouvelle Constitution, qui a... qui a vraiment cimenté des
droits fondamentaux individuels au Canada, vous l'avez embrassée de tous vos
bras. De toute évidence, vous étiez déjà dans cette équipe-là. C'était votre
école de pensée, la Constitution de 1982. Et je comprends. Et puis c'est... ça
a été efficace. Mais là ça fait quand même quelques années. Je me demandais si
les valeurs canadiennes et québécoises ont à ce point changé depuis 1982 que
vous ne tomberiez peut-être pas dans les bras de la Constitution avec la même
énergie aujourd'hui.
M. Grey (Julius H.) : Je
pense que ce n'est pas la Constitution comme telle. C'est la Charte des droits
et libertés que j'aimais. Il y a un aspect que je n'aime pas dans la Charte des
droits et libertés du Canada, c'est l'accent sur le multiculturalisme. Je suis
d'accord avec le Québec sur ça.
M. Lemieux : On a changé ça.
M. Grey (Julius H.) : Je
pense que c'est plutôt une intégration qu'on voudrait. Par contre, par contre,
je pense que ce qu'on appelle les valeurs québécoises et qu'on dit qu'elles
sont particulièrement québécoises ne le sont vraiment pas. Égalité
hommes-femmes, ce n'est pas canadien, ce n'est pas Québécois. C'est tout
l'Occident aujourd'hui qui... Il y a... Et vous ne trouverez pas un pays
occidental qui ne croit pas dans l'égalité hommes-femmes. Peut-être il y a
certains pays en Afrique ou en Asie où il y aurait des doutes sur cela. Mais ce
n'est pas une valeur québécoise. La grande majorité des valeurs dans la Charte
des droits et libertés, c'est des valeurs que nous avons en commun avec le
Canada, l'Europe, je pensais, mais je commence à avoir des doutes, avec les
États-Unis. Alors, ce sont des valeurs qui sont humanistes, et il ne faut pas
leur donner une nationalité. C'est des valeurs humains... humaines.
M. Lemieux : Merci, Maître
Grey. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :...beaucoup. M. le député
d'Acadie pour 6 min 45 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, Maître Grey, Maître Fortin Ballay, bonjour. Merci d'être là.
D'ailleurs, dans votre mémoire, vous venez
d'y faire référence, mais vous l'avez souligné, vous mentionnez que le Québec a
su faire preuve de lucidité dans sa critique de l'enchâssement du
multiculturalisme dans la Charte canadienne. Donc, je comprends qu'à ce
niveau-là, au Québec, on parle de l'interculturalisme et non pas de
multiculturalisme, et c'est quelque chose avec lequel vous êtes d'accord.
M. Grey (Julius H.) : Absolument
d'accord. Ça, c'est... J'ai publié sur ça depuis des années. Je pense que le
Québec a raison sur ce débat.
M. Morin : Je vous remercie.
Dans votre mémoire, vous soulignez par ailleurs qu'en fait la Charte des droits
et libertés de la personne du Québec est... est un fleuron de la législation
québécoise, c'est une très grande réussite au Québec, mais vous soulignez
qu'elle représente un engagement clair envers le respect des droits
individuels, et que le projet de loi n° 1 compromet l'objectif même de la
Charte et risque de limiter son efficacité comme rempart contre l'arbitraire de
la majorité. Pouvez-vous préciser davantage et nous décrire comment?
M. Grey (Julius H.) : Mais...
M. Grey (Julius H.) : ...D'abord
parce qu'on diminue l'accès aux tribunaux et parce qu'on élève les soi dits
droits collectifs en normes à être utilisés tout le temps. Les droits de la
nation sont des choses qui ne sont pas claires, qui ne sont pas définies et qui
risquent de compromettre le droit de l'individu qui dit : Je suis contre.
Maintenant, j'ai souligné que je ne pense
pas que ce projet de loi abolit les droits individuels. Je ne pense pas qu'on
va être dans une dictature le lendemain de son adoption. Cependant, je pense
que la majorité n'a pas besoin de droits collectifs. La majorité possède le
pouvoir de légiférer. C'est ça qui protège la majorité. Les gens qui ont besoin
de protection contre la majorité, c'est ceux qui disent pour une raison ou une
autre, je suis dissident. Je ne crois pas dans ça. Des gens avec qui je peux ne
pas être d'accord du tout. Par exemple, dans ma vie personnelle, je suis tout à
fait laïque, mais je pense que c'est quelqu'un qui n'est pas laïque, qui
pourrait vouloir une protection et il faudrait lui accorder la possibilité de
contester. Donc, en érigeant les droits collectifs en normes quotidiennes et en
limitant l'accès aux tribunals... aux tribunaux, on diminue, on rend moins
efficace les droits qu'on préserve d'ailleurs à la dissidence individuelle, à
dire : Je ne suis pas d'accord avec la nation.
M. Morin : Merci. D'ailleurs,
si je vous ai bien compris tout à l'heure, vous avez souligné qu'au fond, si
vous souhaitiez que certains organismes puissent continuer de pouvoir contester
des lois, notamment du Québec, c'est parce que dans les débats
constitutionnels, souvent la personne n'a pas les ressources, l'argent pour...
• (17 heures) •
M. Grey (Julius H.) : ...moi,
j'ai la connaissance personnelle des coûts d'un débat constitutionnel et
l'homme moyen ne peut pas se le permettre. Remarquez qu'on préserve les choses,
on fige les choses qui sont importantes aujourd'hui. Par exemple, le droit à
l'avortement, je ne suis aucunement contre, mais on ne dit pas l'assurance
maladie, on ne dit pas l'éducation presque gratuite, on ne préserve pas les
choses qui sont moins... ce qu'ils voulaient moins ancré dans notre imaginaire
d'aujourd'hui, mais on ne sait pas quelles seront les choses importantes. Il ne
faut pas figer les valeurs et il ne faut pas empêcher les gens d'amener
d'autres valeurs ou d'autres idées devant les cours à cause des moyens. La
première suggestion mettre les droits... l'accès des individus à la justice
comme une valeur fondamentale à Québec. L'accès réaliste, pas l'accès
théorique, parce qu'il existe, mais l'accès réaliste.
M. Morin : Exact. Et je comprends
également de votre présentation... bien sûr, vous êtes spécialisé en droit
constitutionnel et en droit de la personne, dans le projet de loi et plus
particulièrement dans la loi qui... des modifications à la loi
constitutionnelle de 1877, le gouvernement propose à l'article 24 de
modifier l'article 51 de la Charte québécoise des droits... des droits de
la personne, en soulignant que la charte s'interprète en harmonie avec la
Constitution du Québec, le Code civil, la protection de la langue française, les
principes généraux du droit, la laïcité de l'État. Quand on lit la Charte, j'ai
l'impression que la charte c'est comme une supraloi, donc c'est plutôt le Code
civil qui devrait s'interpréter à la lumière de la charte et non pas l'inverse.
On dirait qu'ici le gouvernement veut inverser cela, quel serait le danger pour
la charte québécoise?
M. Grey (Julius H.) : La
charte... quand on a adopté la charte, que ce soit la Charte canadienne, la
charte québécoise, les gens comme moi, qui étaient tout à fait, pour l'une et
pour l'autre, croyaient que ce serait la loi fondamentale, que peu de chose...
bien sûr, dans un état d'urgence, dans une guerre, il y a des moments où on a
des lois spéciales, mais normalement, les deux chartes devraient être la base
de la vie des Québécois, la garantie principale et non pas la garantie sujets
aux droits collectifs, à la francisation, à l'intégration d'un immigrant d'une
façon ou d'une autre, c'est le droit fondamental, la liberté...
17 h (version non révisée)
M. Grey (Julius H.) : ...le
droit de dire non, le droit de penser ce qu'on veut et le droit d'être en
désaccord avec les idées fondamentales que la grande majorité de gens
partagent. Je reconnais que les gens ont le droit d'être en désaccord total
avec ce que je pense, et je veux me battre pour leur droit d'être en désaccord
avec moi. Mais il ne faut pas que la charte devienne une loi ordinaire sujette
aux droits collectifs.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci, maître et maître. Je... il y a quelque chose qu'on a en
commun, M. Grey. Moi, j'ai commencé à militer avec Amnistie internationale au
début des années 2000, en 2001, exactement, à l'Université de Montréal, et une
des choses que j'ai faites au début, c'était de militer contre la peine de
mort, l'application de la peine de mort aux États-Unis. Or, les gens qui sont
condamnés à la peine de mort, pour la plupart, aux États-Unis, ont fait des
choses absolument horribles. Et donc je me baladais avec mes... mes pétitions
pour éviter la peine de mort à des gens qui ont tué des enfants, violé. Et je
pense que c'est un très bon apprentissage de se rappeler que, là où ça compte
vraiment, là, c'est au moment où on commence à se battre pour les personnes
avec qui on n'est pas d'accord, pour qui on a aucune sympathie.
M. Grey (Julius H.) : ...la même
bataille contre la peine de mort que vous. Et j'ai toujours commencé en disant :
Je ne permettrais pas la mise à mort d'Adolf Hitler. Non pas parce que j'ai la
moindre sympathie pour lui, mais parce que la peine de mort est un principe
inébranlable, l'État ne tue pas. Et j'ai... j'ai eu les mêmes expériences, je
les apprécie. Il y a une chose, vous avez dit : Les gens ont fait les
choses les plus atroces. Mais, depuis, on a découvert que, par les tests ADN...
qu'il y avait un 20 % d'innocents qu'on mettait à mort. Alors, ça, ça a
prouvé que votre bataille et la mienne étaient justifiées, il fallait
absolument combattre ça. Et il faudrait avoir peut-être un article, dans la
Constitution, qu'en aucune circonstance le Québec ne pourra participer dans l'exécution
des gens, bien que c'est peut-être inconstitutionnel à cause du droit criminel
fédéral.
M. Bouazzi : Bien, le ministre
semble nous dire qu'il peut utiliser les clauses dérogatoires comme il veut, et,
sachant que les clauses dérogatoires dérogent même au droit à la vie, parce que
c'est... le droit à la vie se retrouve dans la Constitution, on peut se... quand
même, se donner des règles pour se dire : oui, il y a des limites aux
droits fondamentaux, mais on doit se donner des règles claires, nous, en tant
que législateur, pour ne pas abuser de notre pouvoir, et ça, ça contient aussi
se battre pour les droits pour les gens... les droits des gens avec qui on est
en total désaccord.
M. Grey (Julius H.) : Absolument.
M. Bouazzi : Ça fait que je
sais...
Le Président (M.
Bachand) :Sur ce, merci beaucoup d'avoir
participé à la commission, c'est fort apprécié.
Et je suspends les travaux quelques
instants. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 17 h 06)
(Reprise à 17 h 08)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît!
Alors, il nous fait plaisir d'accueillir M. Gilles Verrier, président de
la Fédération des Canadiens français.
Alors, M. Verrier, merci beaucoup
d'être avec nous. Je vous cède immédiatement la parole. Après ça, on aura une
période d'échange avec les membres de la commission. Merci beaucoup d'être ici.
M. Verrier (Gilles) : Merci
beaucoup. Alors, le titre de mon allocution, c'est Poursuivre l'épopée
canadienne-française dans l'état civique. M. le Président, M. le ministre,
députés et commissaires, mon nom est Gilles Verrier. Je me présente ici à titre
de président de la Fédération des Canadiens français, un groupe de réflexion
sur l'avenir de notre nation. Notre intervention porte sur le cadre du projet
de Constitution que nous aborderons à partir du préambule, retenez en
particulier les considérants 2, 3, 7 et 8.
Selon nous, le projet de loi n° 1
poursuit une confusion identitaire commencée vers la fin des années 1960,
alors que les chefs de file de toutes les tendances politiques s'engagent dans
une critique de la société canadienne-française. Pour les éléments les plus
ardents de la Révolution tranquille, il ne s'agit plus de réforme ou de mise à
niveau, mais bien de rompre avec une histoire enracinée depuis 400 ans. La
volonté de voir s'effacer les Canadiens de souche ne se limite pas au Québec,
Ottawa partage ici les mêmes ambitions. La menace est puissante et redoutable,
elle discrédite, elle porte des coups, mais elle échoue à faire disparaître
entièrement un peuple.
• (17 h 10) •
De nos jours, ceux qui ont survécu à
l'amnésie de notre identité depuis 50 ans sont bien vivants, ils
reprennent conscience. L'heure est venue de reconnaître que les Canadiens
français ne sont pas solubles dans l'identité québécoise, pas plus que les
Acadiens sont solubles dans l'identité du Nouveau-Brunswick. L'article 3,
chapitre premier du PL 1, rappelle que les Québécois sont constitués de
toute la population du Québec. Nous en sommes. En revanche, les Canadiens
français forment un groupe national antérieur à l'existence du Québec, distinct
de lui, avec une extension territoriale qui déborde ses frontières. Cette
réalité n'empêche pas des cas d'appropriation culturelle, comme cette perle
parue dans une revue autrefois canadienne-française, où l'on peut dire, en 2018
que la grande paix de Montréal de 1701 est une entente militaire et commerciale
entre les Québécois et les Premières Nations.
Le deuxième considérant, désigne un peuple
uni autour de son identité et de sa culture. Or, comment peut-on affirmer que
le peuple québécois forme une nation unie autour de son identité et de sa
culture? Comme s'il n'y en avait qu'une, une seule nation, une seule identité,
une seule culture. Comment peut-on réconcilier, si c'est possible, ce qui
précède avec les considérants 3, 7 et 8 qui portent sur l'existence et les
droits de 11 nations autochtones? Comment... comment peut-on réconcilier
tout cela quand on lit, à l'article 3 cité plus haut, le peuple québécois
forme une nation? Où sont passées les 11 nations sur lesquelles on insistait
plus tôt? Une bonne partie des anglophones, d'ailleurs, ne se considère pas non
plus comme Québécois au sens de nation québécoise, ils sont Québécois parce
qu'ils habitent le Québec, on s'entend, mais ça s'arrête là. Disons-le,
l'intervention...
M. Verrier (Gilles) : ...la
fédération veut surtout souligner que le préambule des 11 considérants
manque de clarté et est même contradictoire. Nous y voyons un risque de mal
orienter la suite des dispositions constitutionnelles et de préparer de futures
contestations.
Notre intervention se poursuit donc avec
des pistes de solution dont pourraient s'inspirer les rédacteurs du projet de
loi pour identifier précisément et équitablement les différents peuples du
Québec, l'État du Québec n'étant pas, selon nous, un État unitaire. Rappelons
une vérité : L'histoire écrite des Premières Nations et des premiers
Canadiens a commencé en même temps. On commence à l'écrire au début des
années 1600 dans des récits qui sont l'œuvre de religieux et d'explorateurs.
De nos jours, des deux côtés, on réfère toujours à ces documents inestimables
pour défendre ses intérêts, sa culture, son histoire. Deux peuples sont donc
liés par des archives qui les mettent en scène, parfois dans l'hostilité, mais
souvent dans l'entraide et la coopération. Aujourd'hui, ils forment tous deux
des peuples ethniques qui sont cependant divisés par des statuts fort inégaux.
L'un s'affirme, l'autre peine à le faire. Ils ont en commun une existence
antérieure à celle de l'État du Québec, la province of Quebec ayant été créée
la première fois par la couronne britannique en octobre 1763, faut-il le
rappeler.
À cette date, les Canadiens se
reconnaissaient de ce nom depuis déjà plus d'un siècle. Aujourd'hui, une grande
différence sépare cependant les deux peuples préexistants à la conquête. L'un
en fait, les 11, est reconnu par l'État du Québec, l'autre non. De plus, dans
le discours public, l'ethnicité de l'un est parfaitement légitime et
encouragée, alors que celle de l'autre est suspecte, réprouvée ou condamnée.
Des traitements inégaux sont appliqués là où conviendraient mieux des
traitements parallèles. Pour les oreilles fines, précisons que l'ethnicité
renvoie à des traits sociologiques, historiques et culturels. L'Ethnologue
Gervais Carpin rapporte que les natifs commencent à se dire Canadiens dès 1640.
Leur existence se poursuit avec leur rôle dans la grande paix de 1701. En 1760,
les Canadiens sont reconnus dans les articles de capitulation. Après la
conquête, notre peuple est toujours canadien puis canadien français jusqu'à la
fin des années 60. L'ajout de «français» à «Canadien» permettait de rendre
visible ce qui était devenu confondant. En vérité, lorsque deux siècles plus
tard les Anglais commencent à se dire eux-mêmes Canadiens, il devient urgent de
distinguer ces deux peuples. Dire qu'ils ont volé notre nom et l'abandonner
reviendrait à se soumettre, ce serait abdiquer devant le défi que pose une
concurrence de légitimité.
Du reste, l'insistance à se dire Québécois
nous confine. En fait, elle est en train de nous faire perdre toute conscience
de la dimension continentale de notre identité. Les Canadiens français portent
largement les traits d'une minorité sociologique sujette aux préjugés et aux
moqueries. Ils ont besoin de reconnaissance statutaire et de protection, voire
de réparation, à un titre qui pourrait se rapprocher de celui des Premières
Nations. Dans ce cadre limité ici même, nous n'irons pas plus loin pour
constater la difficulté qu'éprouve l'État du Québec à se mettre à l'aise par rapport
à la réalité complexe de ses nations internes. En pratique, lorsqu'on examine
le projet de loi n° 1, on se rend bien compte que le
législateur ne garde pas à égale distance ces deux nations internes bien
identifiées dont nous venons de parler plus haut. Il finit par reconnaître bien
plus de choses aux héritiers de la Nouvelle-France : Ce que l'État
conserve de leur...
Le Président (M.
Bachand) : Merci. On a déjà passé le temps. On va aller à la
période d'échange immédiatement, monsieur. Alors, M. le ministre, s'il vous
plaît, pour 8 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président. Merci, M. Verrier, pour la Fédération des
Canadiens-Français. Écoutez, dans le cadre de la Constitution, dans le cadre de
la loi n° 96 aussi qu'on a adopté préalablement, on a
mis des dispositions pour faire en sorte qu'il y ait une obligation de
solidarité du Québec envers les communautés francophones hors Québec. Qu'est-ce
que vous pensez de ça? Et on a inscrit également, là, dans la Constitution un
article où est-ce qu'il y a une responsabilité pour l'État québécois, là.
M. Verrier (Gilles) : Bien,
écoutez, je pense que la réponse... la réponse, c'est que...
M. Verrier (Gilles) : ...finalement
les Canadiens français qui étaient un peuple uni jusqu'à la Révolution
tranquille, même s'il y avait quand même certaines différences entre les
provinces, il restait un peuple à l'échelle du continent, ce que montre, par
exemple, les États généraux du Canada français de 1967 et 69, les deux assises,
ce que montre par exemple le discours de Daniel Johnson du mois d'octobre, dont
on vient de... qui était le 6 octobre, je crois, 1968, où est-ce qu'il
parlait du Québec comme foyer principal des Canadiens français au Canada. Mais
qu'est-ce qui est arrivé après ça, finalement? C'est une... c'est un
démembrement ethnique, c'est un démembrement ethnique, c'est-à-dire que les
Canadiens français ont été tenus autant par le fédéral que par le
souverainisme, si on veut, au Québec, d'adopter des identités strictement
provinciales. Alors, c'est la Loi sur les langues officielles de Pierre Elliott
Trudeau qui a fait en sorte qu'on est arrivé avec des Fransaskois, avec des
Franco-ténois et avec des gens francophones dans chaque province, mais pour
avoir les subventions, je vais le dire un peu comme un... il est interdit,
entre guillemets, de mentionner canadien-français. Autrement dit, c'est la...
c'est le démembrement d'un peuple et sa réassignation nationale, c'est comme ça
qu'on le voit.
M. Jolin-Barrette : Donc,
l'article 50 de la Constitution, qui dit : «Le gouvernement soutient...
en parlant du gouvernement du Québec, le gouvernement soutient activement
l'essor des communautés francophones et acadiennes». Ça, vous êtes d'accord
avec ça?
M. Verrier (Gilles) : Écoutez,
je ne peux pas être en désaccord avec ça. Mieux vaut... On ne peut pas
s'opposer à une moindre mesure, même si ça ne va pas, même dans... dans son
expression même, il ne s'agit pas de communautés francophones. Le fait est,
c'est qu'il y a une dénationalisation, où est-ce que nous sommes des
francophones. En réalité, nous ne sommes pas des francophones, nous sommes plus
que ça, notre réalité nationale est beaucoup plus riche que... que de... de se
faire réduire à la dimension d'une langue. C'est beaucoup plus qu'une langue,
c'est un patrimoine, c'est une histoire, c'est quelque chose qui... qui englobe
beaucoup plus que ça. Et comment voulez-vous assimiler, par exemple, des
immigrants, ou comment voulez-vous avoir un rayonnement si vous ne vous reconnaissez
pas vous-même d'abord comme une nation fondatrice, avec tous ces... tous les
attributs que peut avoir une nation quand on... on vise à... à son émancipation
et qu'on vise à son rayonnement? Vous voyez ce que je veux dire?
• (17 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Oui.
Juste avant de céder la parole à mes collègues, peut-être une dernière
question. On axe beaucoup dans la Constitution, notamment sur les droits
collectifs de la nation québécoise, notamment sur la langue officielle et
commune, le français, est-ce que, pour vous, c'est important de l'inscrire dans
le projet de Constitution, dans le fond, la protection associée à la langue
française?
M. Verrier (Gilles) : Écoutez,
c'est certain. Et la façon de le faire, c'est par la... la revalidation ou la
revitalisation, si vous voulez, de la... de la nation ou de l'identité
canadienne-française dans sa... dans son envergure, dans toutes... dans toutes
ces dimensions. C'est à ce moment-là que l'attraction pour la langue française
va prendre vraiment forme. Tant qu'on parle de francophones et de majorité
francophone, je pense que les meilleurs arguments ou les meilleures pièces à
conviction pour amener des immigrants qui viennent d'ailleurs à se joindre à
une minorité francophone en Amérique du Nord sont bien minces, insuffisants, en
tout cas.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie, M. Verrier, pour votre présence en commission parlementaire.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de Gaspé,
pour 3 min 50 s.
M. Sainte-Croix : Merci, M.
le Président. Bonsoir, M. Verrier.
M. Verrier (Gilles) : Bonsoir.
M. Sainte-Croix : Bienvenue.
Merci pour votre contribution à... aux travaux de notre commission. Je vous
dirais d'entrée de jeu que... que l'historien qui sommeille en moi a écouté
avec grand intérêt votre exposé. Il y a plusieurs éléments historiques que vous
avez apportés aujourd'hui qui méritent effectivement qu'on... qu'on réfléchisse
sur d'où... d'où... d'où nous venons. Donc, j'ai bien apprécié votre détour
historique pour la qualification du Canadien français.
Vous proposez des amendements qui
impliquent une redéfinition du fédéralisme canadien pour en faire un
fédéralisme ethnique basé sur la notion de peuple. Avez-vous eu l'occasion
d'échanger avec le voisin fédéral sur ces...
M. Verrier (Gilles) : Je le
ferai à la première occasion.
M. Sainte-Croix : Donc, vous
n'avez pas été en mesure d'échanger à ce niveau-là?
M. Verrier (Gilles) : Bien
sûr, pourquoi pas. D'ailleurs, écoutez, le problème n'est pas que Québécois, ce
n'est pas... ce n'est pas... c'est un problème canadien, parce que, comme je
l'ai mentionné tantôt...
M. Verrier (Gilles) : ...pour
la Fédération des Canadiens-Français, nous sommes un peuple de nature
historique continentale et pas défini par les frontières du Québec, qui sont
nouvelles par rapport à l'ancienneté du peuple canadien. Parce que c'étaient
les Canadiens qui ont été vaincus en 1760, alors les Canadiens-Français
aujourd'hui, mais nous sommes les Canadiens. C'est nous, les Canadiens. Alors,
il faut d'abord qu'on dispute le nom «Canadien». Ça nous appartient. Et puis je
pense qu'il y a eu une espèce de laisser-aller de ce côté-là : Ah! on est
québécois, on est québécois, oui, mais on est ontarois, etc. C'est qu'on a...
on a laissé tomber, si vous voulez, notre... la défense de notre identité dans
toutes ses dimensions, et alors qu'on n'aurait pas eu avantage à faire ça. On
n'aurait pas eu intérêt à faire ça. Absolument pas. Ça... Ça va à l'encontre de
nos intérêts propres.
M. Sainte-Croix : Comment
vous positionnez-vous face à nos voisins au niveau acadien ou au niveau de la
francophonie? Comment vous considérez votre... votre appartenance à cette
réalité-là comme regroupement? Parce que vous êtes un regroupement quand même
assez récent. J'ai lu que vous existez depuis 2019. Quelles sont vos... vos
relations avec ces ces regroupements qui sont... qui sont... qui sont établis
depuis plusieurs années?
M. Verrier (Gilles) : Bien,
disons que la Fédération des Canadiens-Français et les Acadiens, dans le fond,
on est des peuples frères, si on veut, parce qu'on a vécu la même... le même
destin, si tu veux. Alors donc, on est des peuples frères. Sauf que les
Acadiens tiennent, eux, à ce qu'ils se fassent appeler «Acadiens» parce que la
colonisation aurait commencé quelques années plus tôt en Acadie. Et puis on
respecte ça. Mais nous sommes des peuples frères et nous sommes dans le même
pétrin historique historiquement.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de l'Acadie pour
huit... cinq minutes 21 secondes. Pardon. Excusez-moi.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Bonsoir, M. Verrier.
M. Verrier (Gilles) : Bonsoir.
M. Morin : Merci, merci pour
votre présence en commission et votre... votre document.
Le gouvernement le souligne, et le projet
de loi en parle, veut protéger l'identité québécoise. Est-ce que vous pensez
qu'il y arrive vraiment? Puis est-ce que vous vous reconnaissez dans ce
document-là, avec ce que vous nous dites aujourd'hui?
M. Verrier (Gilles) : L'identité
québécoise, il faudrait d'abord qu'on la définisse parce que je pense qu'elle
est mal définie. Et ce serait pas mal difficile d'avoir une définition précise
de l'identité québécoise en tant que telle pour qu'elle regroupe l'ensemble des
Québécois. Parce que le projet de loi dit bien, à l'article trois, que nous
sommes tous des Québécois et que la nation est la nation québécoise. Alors,
vous avez toute la diversité québécoise qu'il faudrait définir quand on parle
d'identité québécoise.
Nous, on pense que c'est de la confusion
et que c'est... c'est vraiment stérile de persister dans cette orientation-là.
Je pense qu'il faut reconnaître l'existence de peuples différents au sein même
du Québec, en particulier les peuples qui ont une existence historique accusée
depuis très longtemps, depuis quatre siècles en ce qui nous concerne, et les
Premières Nations, mais il y a des anglophones aussi qui sont arrivés, pas tout
de suite après la conquête, mais dans les décennies, beaucoup plus tard, mais
vers la fin... Bon. Alors donc, eux aussi, ils représentent... ils représentent
un peuple. Je veux dire, ils ne se disent pas québécois, comme... L'identité
québécoise ne peut pas être le fourre-tout qu'on essaie de faire avec. On ne
peut pas donner une identité québécoise qui regrouperait ou qui peut satisfaire
tout le monde parce qu'il y a des... L'État québécois est... n'est pas un État
unitaire, donc il faut essayer d'arriver à une espèce de fédéralisme des
nations à l'intérieur du Québec. Mais ce n'est pas vraiment juste à l'intérieur
du Québec. C'est à l'intérieur du Canada qu'il faudrait songer à un fédéralisme
des nations, des peuples. Et c'est ça qui avait été promis aux
Canadiens-Français en 1865, lors des débats parlementaires sur la
Confédération. Et c'est ça que Daniel Johnson voulait mettre de l'avant en
1968, dans son discours à la première conférence constitutionnelle sur la
rénovation de la Confédération, qui s'est conclue en 1982. Mais en 1968, ça a
commencé quand Daniel Johnson a mis sur la table pour le Canada l'obligation de
reconnaître ses nations intérieures et d'avoir un fédéralisme des provinces qui
est un fédéralisme administratif. Oui. Mais il disait se superposer.
M. Verrier (Gilles) : ...au
fédéralisme administratif, un fédéralisme des deux peuples fondateurs,
autrement dit, d'avoir des institutions représentatives pour les nations
historiques et fondatrices du Canada. Mais ça, ça a été rejeté immédiatement
par Trudeau et par Lévesque.
M. Morin : Je vous remercie.
Un peu plus tôt dans votre exposé, vous avez parlé, évidemment, des... bon, des
Canadiens français qui occupaient un territoire excessivement vaste, là, si on
pense, entre autres, à la Nouvelle-France. Si vous excluez l'Acadie, bien, on
va de la vallée du Saint-Laurent aux Rocheuses, en passant par une bonne partie
des États-Unis actuels. Et vous avez fait référence rapidement aux... aux
Canadiens français et leur patrimoine, qu'il faut sauvegarder ou aider.
Pouvez-vous nous en parler davantage?
M. Verrier (Gilles) : Oui, je
vous remercie beaucoup de me tendre la perche, parce que je voulais en parler.
Un des bons exemples, c'est l'enlèvement du crucifix de... dans ce bâtiment, ici,
le parlement du Québec. L'enlèvement du crucifix... Ce n'est pas que nous
sommes tous catholiques et pratiquants, les Canadiens français, aujourd'hui.
C'est que ça fait partie de notre patrimoine. Et le fait de l'avoir... Ça fait
partie de notre patrimoine profond, et ça date de siècles, ça fait partie de
notre histoire, ça nous appartient. En enlevant le crucifix, on se dépouillait,
à la face de tous les Québécois de toutes les origines et de toutes les
langues... on se dépouillait de notre possession historique que nous avions par
rapport à ce parlement. Alors, ça en est un, exemple. Je vais me contenter de
celui-là, je pourrais vous en donner d'autres.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie beaucoup. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :...M. le député de Maurice-Richard, pour 1 min 47 s, s'il vous
plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci pour votre participation. D'abord, est-ce que le Québec forme... en fait,
les Québécois forment une nation?
• (17 h 30) •
M. Verrier (Gilles) : Une
nation civique, peut-être, mais pas une nation... pas une nation qui est... une
nation civique qui peut englober l'ensemble des peuples que le Québec contient,
mais pas une nation au sens... Ce n'est pas satisfaisant, ce n'est pas... C'est
une nation étatique, c'est une nation administrative, c'est une nation civique,
mais ce n'est pas une nation incarnée, ce n'est pas une nation qui représente,
qui peut représenter, de manière incarnée, toutes les... toute la diversité que
le Québec contient.
M. Bouazzi : Vous... vous
avez parlé du crucifix à l'instant, là. Dans mes souvenirs, il a été mis par...
non pas il y a plusieurs siècles, mais par... par M. Duplessis au sein de cette
noble institution. Est-ce que, vraiment, ça fait tant de siècles que ça, le
fait d'avoir mis le crucifix?
M. Verrier (Gilles) : Non,
c'est... c'est que... Il ne faut pas se méprendre. Je sais que c'est Duplessis
qui l'a mis là, mais c'est... Pourquoi il l'a mis là? Ça date... c'est... c'est
par reconnaissance de... du fait que, dès les premiers temps de la colonie, le
rôle civilisateur des religieux, des membres du clergé qui sont venus ici... Ça
date de là, ça date des débuts de la colonie, la présence du clergé catholique
ici. Et puis, si on regarde, à toutes les... si on ouvre des livres d'histoire,
à tous les cinq ans, les 10 ans, les 15 ans, les 20 ans, il y a des faits qui
nous sont rapportés, des œuvres, des actions, des positions, des... Le clergé
est associé à notre histoire longue, le clergé catholique est associé à notre
histoire longue.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon, pour 1 min 22 s, s'il vous plaît.
M. Paradis : Moi, je vais...
je vais continuer dans la même foulée, là, parce que je veux être bien sûr de
comprendre votre... votre propos. Vous dites qu'il y a différents peuples au
Québec mais vous dites qu'il y a un peuple canadien au Canada. Donc, le
Fransaskois, Franco-Ontarien, Québécois, c'est ça, la nation, selon vous? On
est... J'aimerais... j'aimerais bien comprendre, là, votre... la base de votre
propos.
M. Verrier (Gilles) : Bien,
j'ai... j'ai déjà... Bon, je vais reprendre. C'est que les nations historiques
au Canada, les nations fondatrices, c'est simple, il y en avait deux. Pendant
très longtemps, il y en avait deux. Ça a été les Canadiens qui ont fondé le
Canada européen à partir des années 1640, où les habitants natifs, ici, se sont
dits Canadiens...
M. Paradis : D'accord,
d'accord. Mais, je m'excuse, il nous reste seulement quelques secondes, là.
Aujourd'hui, là, il y a des Fransaskois, il y a des Franco-Manitobains, des
Franco-Ontariens, des Québécois. Mais vous, vous dites : C'est...
M. Verrier (Gilles) : Les
Fransaskois, ça fait partie de la... de la... du démembrement national et de la
réassignation identitaire.
M. Paradis : Très bien.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Sur ce, M. Verrier, merci
beaucoup...
17 h 30 (version non révisée)
Le Président (M.
Bachand) : ...participé aux travaux de la commission. Et je
vais suspendre les travaux quelques instants pour accueillir nos prochaines
invitées. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 17 h 33)
(Reprise à 17 h 34)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir les
représentantes de la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse. Merci beaucoup d'être avec nous. D'abord, vous présenter et débuter
votre présentation. Après ça, on aura notre période d'échange avec les membres
de la commission. Merci beaucoup d'être ici.
Mme Gareau (Stéphanie) : Merci.
Alors, bonsoir, M. le Président, M. le ministre, Mesdames et Messieurs les
membres de la commission, mon nom est Stéphanie Gareau. Je suis présidente par
intérim et vice-présidente responsable du mandat jeunesse de la Commission des
droits de la personne et des droits de la jeunesse, et je suis accompagnée de
Me Evelyne Pedneault et Geneviève... Me Geneviève St-Laurent, qui sont
conseillères juridiques à la commission.
La commission est un organisme indépendant
du gouvernement qui remplit sa mission au seul bénéfice de la population et
dans l'intérêt public. Elle a pour mission de veiller au respect des principes
énoncés dans la Charte des droits et libertés de la personne et d'en assurer la
promotion. Elle assure aussi la protection de l'intérêt de l'enfant, ainsi que
le respect et la promotion des droits qui lui sont reconnus par la Loi sur la
protection de la jeunesse, en cohérence avec les droits qui sont garantis aux
enfants par la charte.
Conformément à son mandat, la commission a
donc examiné le projet de loi afin d'en vérifier la conformité avec la charte, et
elle émet les recommandations appropriées. D'emblée, la commission tient à
souligner qu'elle est favorable à l'intégration de la charte dans une constitution
québécoise, mais à la condition que cela renforce la charte. Ce document
fondamental, adopté à l'unanimité, constitue le cœur de l'ordre constitutionnel
québécois depuis maintenant 50 ans. Si la commission accueille avec ouverture
qu'on amorce une réflexion collective visant à doter le Québec d'une constitution,
elle considère toutefois que le projet de loi 1 pose des enjeux. Toute réforme
constitutionnelle doit... renforcer le régime des droits et libertés et non l'éroder.
En ce sens, la commission soulève des préoccupations et formule des
recommandations sur le processus devant mener à l'adoption d'une constitution,
sur la banalisation de la charte dans l'ordre juridique québécois, ainsi que
les limites imposées à l'action des tribunaux, les atteintes que le projet de
loi apporterait quant à l'économie générale de la charte, ainsi qu'aux droits
et libertés qu'elle protège.
Tout d'abord, soulignons que l'adoption d'une
constitution devrait suivre un processus rassembleur qui témoigne de l'importance
du geste et qu'il soit à la hauteur des changements apportés. Le deuxième
élément sur lequel la commission souhaite attirer votre attention concerne la
banalisation de la charte dans l'ordre juridique québécois. À première vue, le
projet de loi peut sembler élever le statut de la charte parce qu'il l'inscrirerait
en partie dans un projet de Constitution. Force est cependant de constater que
plusieurs dispositions auraient pour effet de compromettre la place de la charte
au sommet de la hiérarchie des normes québécoises en plaçant d'autres lois au
même rang ou en forçant une harmonisation avec des lois qui devraient la
respecter. Le résultat : la protection de l'ensemble des droits et
libertés qui s'en trouverait affaiblie.
La commission s'inquiète aussi des
dispositions qui viendraient restreindre les recours judiciaires fondés sur la
charte par les organismes financés par l'État et qui n'ont d'autre choix que d'utiliser
des fonds publics pour ce faire. Les dispositions du projet de loi qui
limiteraient le rôle des tribunaux en... en tant que gardien des droits et
libertés sont aussi préoccupantes. Garantir l'accès aux tribunaux pour faire
valoir les droits et libertés est une condition essentielle de leur pleine mise
en œuvre. C'est... c'est aussi un élément fondamental d'une saine démocratie.
La commission s'inquiète également des modifications que le projet de loi
introduirait au sein même du texte. Elle est notamment préoccupée par la
proposition d'introduire une hiérarchie entre certains droits et libertés
garantis par la charte...
Mme Gareau (Stéphanie) :
...des droits seraient ainsi considérés comme plus importants que d'autres, ce
qui est contraire à la logique même des droits de la personne, tant en droit
international qu'en droit québécois. Une telle hiérarchie entre les droits
ouvrirait la porte à une dignité humaine à géométrie variable. En pratique, des
personnes verraient leurs droits moins bien protégés que d'autres, selon le
droit en cause et le contexte. Ce changement constituerait un recul important
pour tous les droits et libertés protégés, incluant ceux des femmes.
Cette proposition fait aussi abstraction
du fait que la charte prévoit déjà des mécanismes pour concilier ou pour
limiter les droits lorsque nécessaire. Ils sont suffisants et efficaces. La
commission s'interroge sur l'introduction de la notion de droits collectifs
dans la charte et les nombreuses références à la tradition civiliste dans le
projet de loi. Cela pourrait avoir effet de limiter la portée des droits et des
libertés ou de menacer la reconnaissance de l'égalité réelle qui constitue le
socle de plusieurs avancées, notamment pour les femmes. Enfin, la
constitutionnalisation de la charte devrait être le moyen de consolider sa
primauté dans l'ordre juridique québécois et renforcer son caractère unique.
La commission formule donc d'importantes
recommandations en ce sens. Elle recommande notamment d'intégrer le droit à la
santé dans la charte en lieu et place des dispositions qui touchent
l'avortement et les soins de vie. Cela permettrait d'assurer un accès réel à
ces soins, aux services de santé et de services sociaux en général, tout au
long de la vie. On éviterait ainsi les graves... les risques graves largement
dénoncés que poserait une consécration formelle de l'interruption volontaire de
grossesse dans un texte constitutionnel. On ne peut d'ailleurs traiter du
caractère unique de la charte québécoise sans aborder la nécessité de renforcer
les droits économiques et sociaux qu'elle garantit et qui en font encore
aujourd'hui un document unique en Amérique du Nord. Leur conférer la même
prépondérance que les autres droits protégés par la charte est indispensable
pour renforcer l'unité... l'unicité de celle-ci, mais aussi pour permettre au
Québec de répondre aux enjeux sociaux actuels comme la pauvreté, la crise du
logement, l'itinérance ou encore l'exploitation des personnes âgées ou en
situation de handicap. Au cours des derniers mois, dans le cadre du 50 ᵉ
anniversaire de la charte, la commission a tenu six forums régionaux à travers
le Québec. Cet exercice, qui a rassemblé jusqu'ici 88 organismes locaux et
régionaux, a permis aux personnes participantes d'identifier les enjeux de
droits de la personne ancrés dans leur réalité régionale. De façon claire, les
préoccupations prioritaires étaient axées sur le logement, le filet social,
l'accès aux services publics ainsi que, plus largement, sur la reconnaissance
et le renforcement des droits économiques et sociaux garantis par la charte. La
commission réitère donc ses recommandations en la matière.
• (17 h 40) •
Souligner les origines de la charte serait
aussi un moyen de réaffirmer les principes qui doivent guider son
interprétation, en plus de rappeler qu'elle s'applique à toutes et à tous.
C'est pourquoi la commission recommande d'ajouter au préambule de la charte une
référence explicite au texte de droit international dont elle s'inspire. Le
projet de loi propose d'édicter que l'État veille à la protection de l'intérêt
de l'enfant et au respect des droits qui lui sont reconnus. La commission tient
à saluer cette initiative. Elle nous permet de réaffirmer l'importance de la
charte quant au respect des droits de l'enfant et du fait que les droits et
libertés qu'elle énonce leur sont aussi garantis. Les enfants ne doivent pas
être considérés au seul titre de bénéficiaires de services ou de programmes
sociaux, ils sont les titulaires de l'ensemble des droits dont il faut
collectivement assurer le respect.
La commission recommande donc que le
préambule de la charte affirme clairement que les droits et libertés qu'elle
garantit s'appliquent aux enfants et, qu'en ce sens, ils doivent s'interpréter
en tenant compte de la Convention relative aux droits de l'enfant.
En conclusion, la commission rappelle
qu'il y a 50 ans, le Québec s'est doté d'une charte avant-gardiste qui
constitue un rempart essentiel de l'État de droit. Gien qu'elle soit
formellement une loi ordinaire, sa finalité, la protection des droits et
libertés, lui confère un statut prépondérant et une importance particulière
dans notre ordre constitutionnel. Elle consacre l'engagement du Québec envers
le respect des droits de la personne. Ultimement, la charte et les droits
qu'elle garantit ne sont aussi forts que l'adhésion qu'ils inspirent. À force
de la modifier comme une loi ordinaire, la population québécoise pourrait finir
par la considérer comme telle. Ce serait alors le Québec, sa population et sa
démocratie qui y perdrait. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre,
pour 8 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Gareau, Me Pedneault, Me Saint-Laurent, bonjour.
Merci d'être présentes à la commission parlementaire pour le projet de loi n° 1, pour la Commission des droits de
la personne et des droits de la jeunesse.
D'entrée de jeu, là, vous semblez
préoccupées par une hiérarchisation des droits et libertés de la personne. On a
inclus des droits collectifs qui concourent aux libertés individuelles. Donc,
on l'a conçu comme ça parce qu'on considère que les droits collectifs de la
nation québécoise sont importants. Le seul élément où on est venu hiérarchiser,
c'est lorsqu'il y a un conflit entre la liberté de religion et l'égalité entre
les...
M. Jolin-Barrette : ...les
femmes et les hommes. Alors, est-ce que la commission est contre ce fait-là, de
dire, bien, l'égalité entre les femmes et les hommes doit primer sur la liberté
de religion?
Mme Gareau (Stéphanie) : Non.
Le droit à l'égalité entre les femmes et les hommes est consacré dans la charte
québécoise puis c'est un pan important de la mission de la commission. Dans le
fond, nous, ce qu'on dit, c'est que la charte, c'est l'outil le plus puissant
qui existe au Québec pour garantir le droit à l'égalité des hommes et des
femmes et les tribunaux l'ont interprété comme tel aussi. Par exemple, tu sais,
quand il y a eu des... à trancher sur des manifestations près des cliniques
d'avortement, bien, on a penché sur... du point de vue que l'égalité, à ce
moment-là, des femmes, devait prévaloir. Par exemple, aussi, sur la notion
d'égalité des femmes en emploi, les trucs que la commission a du plaider ou
revendiquer. Dernièrement, on a eu aussi une recherche qui a été faite sur la
place des femmes dans le milieu de la construction, donc, on est tout à fait
d'accord que c'est important, l'égalité entre les femmes et les hommes. Nous,
ce qu'on dit, c'est que la charte, c'est l'outil pour le faire, c'est l'outil
qu'on a le plus puissant puis qu'il faut renforcer la charte et non pas
l'affaiblir.
M. Jolin-Barrette : Bien, je
suis d'accord. C'est pour ça qu'on la renforce, la charte. On la renforce,
parce que, vous savez, les tribunaux, dans les exemples que vous m'avez donnés,
ce n'est pas des cas de liberté de religion. Mais, exemple, là, la Commission
des droits de la personne, là, son interprétation, là, supposons, sur la
politique d'accommodement appliquée par la Société de l'assurance automobile du
Québec lors de l'évaluation de conduite, vous me permettrez de le citer,
là :
«5.1 La règle neutre qui prévoit que
l'examen pratique est confié au premier évaluateur ou évaluatrice disponible et
que cet examen se déroule en sa seule présence peut avoir un effet d'exclusion
pour une personne qui ne peut se retrouver seule en présence d'une personne de
sexe opposé, qui n'est pas son conjoint ou parent proche. En effet, une
personne qui ne peut, pour des motifs religieux, se retrouver dans une telle
situation ne pourra obtenir un permis de conduire. Elle ne peut donc se
prévaloir des services offerts par la SAAQ. En l'espèce, les personnes qui
demandent un accommodement lors d'un examen pratique d'évaluation de conduite
invoquent une pratique religieuse qui les empêche de se trouver en présence
d'une personne de sexe opposé qui n'est pas son conjoint ou un proche parent. Il
n'est pas nécessaire de démontrer que cette pratique est fondée sur un précepte
religieux reconnu lorsque la personne qui demande l'accommodement croit
sincèrement et honnêtement que cette pratique possède un caractère religieux.
Cette pratique sera considérée fondée sur la religion au sens de
l'article 10 de la Charte. Après ça, dans l'hypothèse où l'organisation de
ces services aurait pour effet d'empêcher une personne qui, par ailleurs,
remplit toutes les autres conditions prévues par la loi d'obtenir un permis de
conduire en raison des motifs énumérés l'article 10 de la Charte, le droit
à l'égalité de cette personne s'en trouverait compromis. Les mesures prises par
la SAAQ afin de répondre aux demandes de subir un examen de conduite par une
personne de même sexe... du même sexe que le demandeur demande fondée sur un
motif religieux constitue donc une forme d'accommodement découlant de
l'obligation de la SAAQ de respecter le droit à l'égalité de sa clientèle. Là,
par la suite, cependant, comme nous avons pu le constater dans un centre des
services, les salariés ne semblent pas subir de préjudices, que ce soit en
termes de conditions de travail ou en termes de droit à l'égalité. Cette
disposition n'a pas pour effet de modifier l'analyse de cette situation,
puisqu'elle prend en compte le droit à l'égalité entre les femmes et les
hommes.»
Est ce que l'avis de la Commission des
droits de la personne... puis, en conclusion, «la demande fondée sur un motif
religieux de ne pas se retrouver seul avec un évaluateur ou une évaluatrice de
sexe opposé lors de l'examen pratique d'évaluation de conduite peut constituer
une demande d'accommodement raisonnable si le demandeur a une croyance sincère
et honnête dans le caractère religieux de la pratique. Cet accommodement, tel
qu'appliqué, semble assurer le droit à l'égalité sans discrimination fondée sur
la religion des demandeurs, tout en ne portant pas atteinte au droit à
l'égalité fondée sur le sexe des employés de la SAAQ.»
Est-ce que la Commission des droits de la
personne est toujours d'accord avec elle-même? À la lumière, là, de la charte.
Mme Gareau (Stéphanie) : Je
vais laisser Me Pedneault répondre à cette question-là, je pense qu'elle est
plus habilitée que moi pour le faire.
Mme Pedneault (Evelyne) : Cet
avis-là, ça a été justement rendu... En fait, comme Mme la Présidente le
soulignait, la charte constitue l'outil le plus puissant pour promouvoir
l'égalité entre les hommes et les femmes qu'on a au Québec en ce moment. Cet
avis-là, qui a été rendu en 2009 à la demande de la SAAQ, reposait notamment
sur une analyse du droit à l'égalité entre les hommes et les femmes. Dans... à
la lumière des faits qui ont été présentés, du contexte qui a été présenté. Il
n'y avait pas d'atteinte aux droits des personnes... des femmes qui
travaillaient à la SAAQ à ce moment-là, dans les lieux où c'était... où la
demande avait été faite. Donc, l'avis stipule... la commission l'avait écrit
très clairement dans l'avis, là, un accommodement raisonnable qui porterait
atteinte au droit à l'égalité, notamment au droit à l'égalité entre les hommes
et les femmes, ne serait pas jugé raisonnable, ça constitue une contrainte
excessive.
Dans l'état actuel du droit, une demande
d'accommodement qui porte atteinte au droit à l'égalité ou au droit...
Mme Pedneault (Evelyne) :
...d'autrui, ça constitue une contrainte excessive. Dans le contexte qui était
présenté à ce moment-là, en 2009, puis l'analyse a été faite.
M. Jolin-Barrette : Même
fait... Non, mais même fait... M. le Président, même fait aujourd'hui, présenté
à la commission des droits de la personne, exactement les mêmes faits, est-ce
que c'est le même résultat de l'opinion de la commission des droits de la
personne?
Mme Pedneault (Evelyne) :
Vous savez, c'est la force du mécanisme actuel d'accommodement raisonnable,
c'est qu'on... c'est qu'il doit... il doit reposer la réponse, l'accommodement
ou la réponse à l'accommodement doit reposer sur l'ensemble des faits en cause.
Il faudrait refaire l'analyse en fonction de l'ensemble des faits en cause,
notamment...
M. Jolin-Barrette : Les mêmes
faits...
Mme Pedneault (Evelyne) :
...en fonction du nombre de demandes, en fonction du nombre d'employés qui
risqueraient d'être touchés, mais... mais ce qui est certain...
M. Jolin-Barrette : Ça fait
que la commission ne juge pas que ça porte atteinte aux droits des employés de
sexe féminin de... de dire... une personne pour des considérations religieuses
qui dit : Moi, je ne veux pas être servi par une femme, je ne veux pas que
mon examen de conduite soit fait avec une femme...
Mme Pedneault (Evelyne) : Ce
n'est pas... ce n'est pas la demande qui avait été faite dans le cas de l'avis
qui a été rendu en 2009, la demande de... la demande d'accommodement qui avait
été faite à la source de l'avis, ce n'était pas de dire que la personne ne
souhaitait pas être servie par une personne du sexe opposé, c'était de faire la
demande qu'une tierce personne puisse être présente également.
M. Jolin-Barrette : OK. Bien,
dans l'exemple que je vous donne, est-ce qu'on est dans une situation où la
Commission des droits de la personne trouve ça raisonnable qu'une personne
demanderait de ne pas être servie par une employée de sexe féminin pour des
raisons religieuses?
Mme Pedneault (Evelyne) : Il
faudrait faire l'analyse, mais je...
Mme
St-Laurent
(Geneviève)
: ...l'analyse. Il y a de la
nouvelle jurisprudence aussi qui a été développée par les tribunaux qu'il
faudrait prendre en compte. Donc, effectivement, on voit que...
Mme Pedneault (Evelyne) :
Dans le fond... dans le fond...
M. Jolin-Barrette : Ça...
ça... ça m'inquiète un peu ce que j'entends honnêtement.
Mme
St-Laurent
(Geneviève)
: C'est qu'on ne peut pas
se... on ne peut pas vraiment se prononcer dans l'abstrait, je vous dirais.
Donc, il faut vraiment voir quels sont les faits demandés...
M. Jolin-Barrette : Ce n'est
pas abstrait... madame... M. le Président, supposons, là, moi, je m'en vais à
la Société de l'assurance automobile du Québec, là, quand je vais recommencer à
conduire, là, peut-être ça va être prochainement, là. Je me présente au
comptoir, il y a une dame qui est au comptoir. Je dis : Écoutez, moi, pour
des raisons religieuses, je ne veux pas être servi par une femme. Qu'est-ce que
la Commission des droits de la personne va dire?
• (17 h 50) •
Mme Gareau (Stéphanie) : Dans
le fond, M. le Président, la réponse à ça, là, je pense qu'elle a été donnée
par ma collègue, c'est qu'il y a un accommodement qui serait demandé pour des
motifs religieux qui auraient... porteraient atteinte au droit à l'égalité, ne
serait pas considéré comme un accommodement raisonnable. C'est ça, la réponse
de la commission.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de l'Acadie, pour
5 min 21 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, oui, merci,
M. le Président. Alors, Mme Gareau, Me Pedneault, Me St-Laurent sur
toutes ces questions que vous a posées le ministre, est-ce qu'il y a des
éléments que vous souhaitez rajouter? Parce qu'à un moment donné, ce n'était
pas évident, là, il y avait des interruptions. Donc, moi, j'aimerais que vous
puissiez vous exprimer devant la commission et puis que vous... qu'on puisse
comprendre. Alors, est-ce qu'il y a des éléments que vous souhaitez rajouter?
Mme Gareau (Stéphanie) :
...bien, peut-être clarifier ce que j'ai dit en conclusion, mais qu'on parlait peut-être
un par-dessus l'autre.
M. Morin : Oui, parce que ça
s'est fait vite, là, oui.
Mme Gareau (Stéphanie) :
Donc, ce que je vous dirais, c'est que la commission, dans le fond, elle
expliquait à ce moment-là, puis o/n réitère cette position-là, qu'un
accommodement ne serait pas considéré comme raisonnable s'il a... il avait pour
conséquence de porter atteinte à un droit à l'égalité.
M. Morin : OK. Donc, si je
vous comprends bien, c'est un droit à l'égalité hommes-femmes était mis en
cause, donc, il y aurait... il n'y aurait pas d'accommodement raisonnable
possible. Est-ce que je vous comprends bien?
Mme Gareau (Stéphanie) :
Bien, ce qu'on répond là, puis ça, c'est la beauté de l'accommodement
raisonnable, c'est du cas par cas. Donc, chaque situation qui est présentée à
la commission est analysée en fonction... Puis, quand on parle qu'il y a des
mécanismes qui existent dans la charte pour justement trouver l'égalité... la
conformité d'un droit à l'autre quand les droits sont en conflit, mais c'est
ces mécanismes-là qui seraient appliqués dans l'analyse.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Je regarde votre mission... tout à l'heure, vous l'avez souligné,
vous êtes un organisme indépendant du gouvernement. Vous avez pour mission,
entre autres, et comme mandat, de faire des recommandations au gouvernement du
Québec sur la conformité des lois à la charte et sur toute matière relative aux
droits et libertés de la personne et à la protection de la jeunesse. Le projet
de constitution qu'on a, qui est déposé par le gouvernement porte atteinte à la
charte. Est-ce que vous avez été consultés avant?
Mme Gareau (Stéphanie) : Bien
non. La consultation, on y participe maintenant à travers notre mémoire.
M. Morin : Donc, je comprends
que le gouvernement ne vous a jamais demandé un avis pour savoir si ce qu'il
faisait était conforme ou non à la charte.
Mme Gareau (Stéphanie) : Il
n'y a pas eu d'avis officiel de la commission qui a été transmis.
M. Morin : Mais le
gouvernement aurait pu le faire.
Mme Gareau (Stéphanie) :
Pardon. Excusez.
M. Morin : Le gouvernement
aurait pu le faire.
Mme Gareau (Stéphanie) : Bien
sûr.
M. Morin : OK. Très bien. Je
vous remercie. Dans votre mémoire... et il y a un élément dans l'article...
M. Morin : ...le 5 du projet
de loi, et ça, je pense que ça vous vise dans la loi sur l'autonomie constitutionnelle.
Ça dit que le Parlement du Québec peut, dans une loi, déclarer que celle-ci ou
l'une de ses dispositions protège la nation québécoise. Aucun organisme ne
peut, au moyen de sommes provenant du fonds consolidé du revenu ou d'autres
sommes, contester la loi. Si le gouvernement adopte une loi, le Parlement
adopte une loi qui est... et qu'il décrète qu'elle est comme ça mais que ça
touche à des droits, le projet de Constitution pourrait en être un, vous, vous
ne pourriez pas contester ça devant les tribunaux. C'est ma compréhension.
Mme Gareau (Stéphanie) : Bien,
c'est aussi notre compréhension. Mais, dans le fond, nous, on s'inquiète un peu
de l'impact que ça pourrait avoir sur notre mission...
M. Morin : Exact.
Mme Gareau (Stéphanie) :
...puis sur... sur ce qui sera visé. Dans le fond, on ne sait pas encore quelle
loi serait visée, là, par... par l'article 5. Donc, il faut savoir que la
commission, elle peut agir à plusieurs niveaux, là. Au niveau judiciaire, on
peut agir en faveur des victimes, par exemple. Donc, un cas où on a déjà
contesté la validité d'une loi, la Loi électorale québécoise, qui ne
garantissait pas l'accès aux bureaux de vote pour des personnes en situation de
handicap, puis on a obtenu une modification de la loi à la fin de cette
contestation-là. Mais on ne sait pas si on pourrait continuer de le faire.
Un autre exemple, on agit à titre
d'intervenantes. Ça peut arriver qu'on intervienne dans des litiges. Comme, par
exemple, à la fin du mois de janvier dernier, on était intervenantes dans le
dossier Luamba, où la... il y a la contestation d'un article de la... du Code
de la sécurité routière, là, pour des raisons de profilage racial. Notre
expertise, elle a été... elle a été utile aux différentes cours, là, on est
allées à la Cour suprême. On ne sait pas si ça affecterait cette capacité-là
d'agir...
M. Morin : Donc, par sa loi,
qui, selon le gouvernement, est la loi des lois, ça pourrait vous empêcher à
remplir votre mission?
Mme Gareau (Stéphanie) : Ce
n'est pas clair, pour nous, ce que ça aura comme impact.
M. Morin : Ce n'est quand
même pas banal, on s'entend. Puis, sinon, votre seule autre façon de vous
financer, ce serait par quoi? Des soupers spaghettis, des tombolas, des bingos?
Parce ça ne peut pas venir de fonds publics.
Mme Gareau (Stéphanie) : Bien,
la commission est financée par les fonds publics.
M. Morin : Par l'État. OK, je
vous remercie. Autre chose, parce qu'il ne me reste pas beaucoup de temps, à
l'article 24, à la toute fin, dans les modifications aux lois, il y a des
modifications à la charte, et le gouvernement, à l'article 24, veut modifier la
charte, après l'article 51, en disant : La charte s'interprète en harmonie
avec la Constitution du Québec, le Code civil, la protection de la langue
française, les principes généraux du droit, etc. Moi, j'avais l'impression que
la charte était la loi des lois, et que c'est qu'on interprétait toutes les
lois en fonction de la charte, et non pas l'inverse. Là, on dirait que le
gouvernement veut inverser ce principe-là, ce qui pourrait affaiblir la charte.
Êtes-vous... est-ce que vous arrivez à la même conclusion que moi, ou je me
trompe?
Mme Gareau (Stéphanie) : Bien,
ça fait partie des inquiétudes qu'on a quand on parle de l'importance que...
d'être... On souhaite que la charte soit intégrée à une constitution parce
qu'on ne veut pas qu'elle soit affaiblie. Il ne faut pas... il ne faut pas
qu'on joue dans... dans l'impact que ça pourrait avoir dans notre capacité d'agir.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Maurice-Richard,
s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
J'ai écouté avec attention ce que le ministre nous a... nous a dit. Il a lu une
bonne partie de la décision de justice de 2009. Je souligne, au passage, que
2009, c'était, quand même, il y a déjà 16 ans, et qu'il n'y a aucun exemple qui
nous est donné par la ministre sur les 16 ans qui ont suivi cette décision-là.
Mais, dans la décision, clairement, on dit que le droit à l'égalité n'est pas
atteint. Ça fait qu'en imaginant, là, qu'on applique cette idée, vraiment
mauvaise, de hiérarchiser, en fin de compte la commission pourrait quand même
donner le même résultat, puisqu'elle a conclu que le droit à l'égalité n'était
pas atteint.
Mme Gareau (Stéphanie) : ...tu
sais, comme je vous dis, pour les accommodements raisonnables, chaque cas est
apprécié au cas par cas, en fonction des droits qui sont protégés, et, tu sais,
on trouve un équilibre entre les droits dans la coexistence. Donc, c'est
possible.
M. Bouazzi : La Charte des
droits et libertés est quand même un outil extraordinaire, là. On s'est dotés,
en tant que législateur, comme... comme adultes dans la place, en se
disant : On va s'autodonner des limites à notre pouvoir. Et puis, avant le
fédéral, et on en est bien fiers, on s'est dotés de cette charte et on a créé
la commission, pour, aussi, s'assurer qu'elle soit respectée. Entre le moment
où le législateur a eu l'idée d'avoir la charte et au moment où on s'est
retrouvé enfin avec une charte, donc les différentes consultations qu'il y a
eu, est-ce que vous pouvez nous dire à peu près, combien de temps ça a pris
pour l'adopter?
Mme Gareau (Stéphanie) : Là,
vous nous parlez de 1975, 1976, là...
M. Bouazzi : Exact.
Mme Gareau (Stéphanie) :
...mais il y a eu des consultations peut-être antérieures, là, de... on a...
j'ai envie de dire, d'une dizaine d'années, là.
M. Bouazzi : Une dizaine
d'années...
M. Bouazzi : ...on voudrait
adopter une constitution qui met à mal, qui chamboule le droit, notre histoire,
le respect de la charte en seulement quelques semaines. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup d'avoir
été avec nous. C'est très apprécié. Sur ce, la commission ajourne ses travaux
au jeudi 12 février 2026, après les avis touchant les travaux des
commissions, où elle va poursuivre son mandat. Merci beaucoup. Belle soirée.
(Fin de la séance à 17 h 58)