Journal des débats (Hansard) of the Committee on Institutions
Version préliminaire
43rd Legislature, 3rd Session
(début : May 5, 2026)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Wednesday, June 3, 2026
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Vol. 49 N° 10
Clause-by-clause consideration of Bill 1, Québec Constitution Act, 2025
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11 h (version non révisée)
(Onze heures vingt-sept minutes)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît.
Bonjour, tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
commission des... ouverte. La commission est réunie afin de poursuivre l'étude
détaillée du projet de loi n°1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président, M. Sainte-Croix (Gaspé) est remplacé par Mme Schmaltz
(Vimont); Mme Garceau (Robert-Baldwin), pardon, par Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont); Mme Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) par Mme Dufour
(Mille-Îles); Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) par M. Bouazzi
(Maurice-Richard) et Mme Laflamme (Chicoutimi) par M. Paradis
(Jean-Talon).
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Lors de l'ajournement
de nos travaux, hier, nous en étions à l'étude de l'article 1 de la loi édictée
par l'article 1 du projet de loi. Donc, intervention, M. le député de
Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. On a un amendement techniquement, qui est déjà sur Greffier, si tout
va bien. Oui.
Le Président (M.
Bachand) :On n'a... On ne l'a pas encore
reçu. On va suspendre quelques instants, le temps de recevoir l'amendement, ce
ne sera pas tellement long. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 28)
(Reprise à 11 h 30)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît!
Donc, M. le député de Maurice-Richard pour votre amendement.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Donc, l'amendement vise à remplacer l'article un de cette loi tel
qu'introduit par l'article 1 du projet de loi, par le suivant : « La
Constitution du Québec est la loi fondamentale de l'État. La Charte des droits
et libertés de la personne a préséance sur toutes dispositions de la
Constitution ». Donc, l'article un du projet de loi, tel qu'amendé, se lirait
ainsi : « La Constitution du Québec est la loi fondamentale de l'État. La
Charte des droits et libertés de la personne a préséance sur toutes les dispositions
de la Constitution ». Alors, peut-être comme hier, là, si… si le ministre est
d'accord avec cet amendement, moi, je pense qu'on peut directement passer au
vote, sinon je vais passer aux explications.
Le Président (M.
Bachand) :Est-ce que d'autres
interventions M. le ministre? Non. Pas d'autres interventions. Donc, M. le
député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Donc, je
comprends que le ministre n'est pas encore convaincu. Je vais essayer de le
convaincre. Donc, cet… cet amendement, en faite, vient en cohérence avec toutes
sortes de bonnes pratiques, y compris celles qui sont préconisées par les
documents qu'on peut retrouver à l'ONU, entre autres. L'idée, c'est que les
droits fondamentaux qui se retrouvent dans la Charte des droits et libertés
sont fondamentaux. C'est un peu l'idée du fait qu'ils sont fondamentaux. Et
donc, si on se retrouve avec une Constitution qui vient… en fin de compte,
affaiblir les droits fondamentaux alors qu'une Constitution devrait être, entre
autres choses, les consacrés. Mais il est évident que ça serait une très
mauvaise constitution. Donc on pense que dès le début, il faut mettre la table,
ne pas affaiblir la charte en tant que telle. La charte aujourd'hui, elle a un
statut semi-constitutionnel, c'est-à-dire qu'elle est au dessus des autres
lois. Plusieurs spécialistes, juristes sont venus en commission. J'espère que
le ministre a été sensible à leurs arguments quand ils ont expliqué qu'en fin
de compte, en mettant la charte au même niveau qu'à peu près tout ce qui se
retrouve dans ce projet de loi, en fin de compte, on ne fait que l'affaiblir
plutôt que de lui consacrer un statut spécial. Et donc, comme ça, on enlève
toute ambiguïté. Effectivement, il y a toutes sortes de choses importantes qui
se retrouvent dans la Constitution. Tant et aussi longtemps que la Charte des
droits et libertés soit respectée.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Autre intervention sur
l'amendement du député de Maurice-Richard? M. le député de l'Acadie, s'il vous
plaît.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. C'est... c'est un amendement qui soulève un enjeu, je vous dirais,
qui est important. Évidemment, si le gouvernement avait tenu de véritables
consultations avec une véritable commission transpartisane, bien, on aurait été
probablement à même de mieux saisir d'abord un document qui aurait reflété
l'État, les aspirations du peuple québécois. Ça, c'est une chose, mais on n'en
est pas là. Ce qui fait que…
11 h 30 (version non révisée)
M. Morin : … aujourd'hui. Ce
matin, on est à étudier une modification qui est visiblement importante. En
fait, c'est ce que je vois qui se dégage de la demande du collègue de Maurice-Richard
et je… je pense, enfin je ne prête pas d'intention au collègue, mais il me dira
si je fais erreur, mais… mais je pense qu'il veut s'assurer que, dans la Constitution
du Québec, la Charte des droits aura une préséance et non pas l'inverse, parce
que la charte québécoise, entre autres, accorde plusieurs droits individuels
aux personnes qui sont sur le territoire québécois. Les droits collectifs, ça
existe, on ne le nie pas. Je veux dire, en droit, ça existe, des droits
collectifs, d'ailleurs, il y en a. C'est parfait.
Mais quand on regarde le… le projet de loi
du ministre, particulièrement au chapitre deuxième. Il y a un chapitre dans le
titre premier de la première partie qui s'intitule : De ces droits
collectifs. On aura évidemment l'occasion d'en parler plus tard. Ça commence
avec l'article 7. Mais… mais quand j'ai lu le document pour la première fois,
je l'ai relu par la suite. Il me semble que ce que le ministre essaie de faire,
c'est d'accorder une préséance aux droits collectifs par rapport des droits
individuels. Et ça, c'est un changement de paradigme. Et là, je pense
comprendre que ce que le député de Maurice-Richard essaie de faire, c'est de
rétablir une espèce d'équilibre. Sauf que l'enjeu, c'est que là, on est en
commission, on est en étude article par article. Les consultations qui ont été
faites sont terminées. On n'a pas vraiment la chance de comprendre exactement
quelle pourrait être la portée. Et ça nous place dans une très curieuse
situation.
Mais je peux comprendre parce que quand on
relit, M. le Président, le mémoire qui a été déposé à la commission par la
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse dans le cadre
des consultations, on lit, entre autres, au départ, et je réfère, entre autres,
à la page 5 en chiffres romains, dans le résumé, ce n'est pas moi qui le dis, c'est
la commission. Et je reconnais, comme parlementaire, que la commission a une
expertise, une expérience très importante dans le domaine des droits de la
personne et de la jeunesse et est composée aussi d'experts qui sont là pour
aider, bien-sûr, à une meilleure compréhension des droits, mais qui ont aussi
un rôle à jouer au sein de notre… au sein de notre société. Cette commission-là,
elle existe depuis longtemps et on l'a souligné hier, la charte, la Charte
québécoise des droits et libertés de la personne a été adoptée en 75. C'est une…
c'est une réalisation libérale et elle a été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée
nationale, ce qui lui confère une grande légitimité à la suite de plusieurs
travaux et plusieurs consultations. C'est ce qu'on voit dans le document de la
Commission des droits, c'est ceci, et je les cite à la page 5 en chiffres
romains : « La mémorisation de la Charte et des droits qu'elle garantit
dans l'ordre juridique québécois et devant les tribunaux la minorisation ».
Donc, c'est comme si, aux yeux de la commission, le projet de loi, si je
comprends bien, allait faire en sorte que notre charte va devenir dans un état
moindre, donc un peu une minorisation. Je présume que c'est ce qu'on veut dire
par… par cette façon de s'exprimer, mais… mais plus tard, on précise. On
précise la portée de ces dispositions-là et on indique le projet de loi numéro 1
introduirait un changement de paradigme où les droits et libertés consacrés par
la Charte verraient leur portée réduite. Et je répète, verrais…
M. Morin : ...leur portée
réduite. Et je rappelle, M. le Président, que je cite le mémoire de la Commission
des droits de la personne et de la jeunesse. Donc leur portée réduite dans
l'ordre juridique québécois par rapport aux autres normes, ce qui, ultimement,
fragiliserait la protection des droits et libertés garantis à chacun et à
chacune.
Donc, vous comprendrez que, comme
parlementaire, c'est un peu alarmant, quand on lit... on lit une telle
réflexion, puis, évidemment, si ça ne venait pas de personnes qui ont une
expertise dans le domaine, bien, on pourrait dire, bon, mais encore. Mais ce
n'est pas ça, mais ce n'est pas ça du tout. Et toujours à la même page, on nous
dit : «La commission s'inquiète des conséquences des différentes
dispositions du projet de loi qui restreindrait, d'une part, les recours
judiciaires fondés sur la charte » et là, on dit « notamment par des organismes
publics financés par l'État».
Là, on va voir éventuellement, suite à
la... à la levée de boucliers que nous avons entendue, que probablement le
ministre va adopter une autre... un autre positionnement là-dessus, mais on
n'est pas rendu là encore. Mais, quand on continue, quand on poursuit, la
commission nous dit : «L'affaiblissement de la Charte par la compromission
de son équilibre interne». Et on nous dit : «Les modifications envisagées
au texte de la Charte compromettraient son équilibre interne et affaibliraient
les droits et libertés garantis à chacun et à chacune».
Donc, vous comprendrez que quand un
organisme gouvernemental, de l'État, non pas du gouvernement, de l'État, parce
qu'il est indépendant, je me reprends et qui a une expertise dans ce
domaine-là, nous écrit qu'elle s'inquiète et que ça pourrait avoir pour effet,
non seulement de compromettre l'équilibre, mais d'affaiblir les droits et
libertés garantis à chacun et à chacune, bien là, évidemment, on est dans un...
dans une sphère qui, pour moi, m'interpelle, m'interpelle grandement.
La commission nous dit également
que : «La proposition de hiérarchiser certains droits et libertés au sein
de la Charte ouvrirait la porte à une dignité humaine à géométrie variable».
C'est quand même des mots qui sont forts, M. le Président : «Ouvrirait la
porte à une dignité humaine à géométrie variable et constituerait un recul
important pour tous les droits et libertés protégés». Donc c'est... c'est
assez... c'est assez étonnant.
• (11 h 40) •
Évidemment, si on avait eu plus de temps
pendant les consultations, on aurait pu en parler davantage avec la commission,
parce que vous comprendrez que la Charte québécoise des droits et libertés de
la personne, c'est une... c'est un joyau au Québec et c'est une très grande
réalisation de l'Assemblée nationale. On peut en être fiers, de notre charte.
Et donc, quand on nous... quand on lit que ça pourrait occasionner... et que le
collègue propose... collègue de Maurice-Richard propose un tel... telle
disposition, bien, on essaie de comprendre ce qu'il veut faire.
Mais, pour moi, ça lève un peu un drapeau
rouge, vous comprendrez. La commission nous dit également que :
«L'introduction de la notion de droit collectif dans la charte prévue par le projet
de loi n° 1 laisse, quant à elle, penser que ceux-ci s'opposent aux droits
et libertés de la personne. Pourtant, il s'agit d'une notion ancrée dans le
droit international et relative à l'autodétermination des peuples». Donc, les
droits individuels, parce que c'est de ça dont on parle et c'est effectivement
un concept en droit international, «ne peuvent être confondus avec les intérêts
collectifs de la majorité». Ce que je comprends de cet amendement-là, c'est
qu'au fond, c'est un peu, peut-être, ce qu'on viendrait dire, c'est-à-dire
qu'en faisant ou en donnant une préséance à la Charte des droits et libertés,
bien, on sait très bien que, dans les articles, au début de la charte, on
accorde des droits individuels et non pas des droits collectifs. Donc...
M. Morin : …commission nous
dit «Elle ne doit pas être confondue avec les intérêts collectifs de la
majorité, qui sont déjà pris en compte par les mécanismes actuels, et le
glissement sémantique qu'opère le projet de loi crée une fausse dichotomie qui
pourrait restreindre la protection des droits et libertés de la Charte.». Et je
veux… je veux juste être très clair ici, M. le Président, et je le disais
précédemment, on reconnaît qu'il y a des droits collectifs, et je ne suis pas
en train de vous dire que le concept de droits collectifs n'existe pas, je ne
suis pas en train de vous dire que des droits collectifs, ce n'est pas bon, ce
n'est pas du tout ce que je dis. Mais ce que la commission nous dit, c'est que
là, il semble y avoir un débalancement. Et d'ailleurs, quand on… quand on
regarde le projet de loi, bien, j'imagine qu'il y a une raison évidente, claire
pour lesquelles on consacre un chapitre complet aux droits collectifs, mais où
on va venir aussi modifier la Charte des droits et libertés de la personne,
puis ça, bien, on aura la chance d'en reparler avec… avec M. le ministre
éventuellement, quand on arrivera à ces différents articles-là.
Mais, quand vous regardez… et puis là,
dans le… dans le rapport de la commission, là, ce que je vous ai lu, c'est le…
c'est le résumé introductif. Donc, évidemment, quand on va voir plus loin dans
le mémoire, puis ne vous inquiétez pas, là, je n'ai pas du tout l'intention de
lire le mémoire au complet, c'est bien clair, mais quand on va voir dans le…
dans le mémoire, il y a d'autres éléments qui sont soulevés par… par la
commission. Et donc, même si la commission accueillait d'une façon positive
l'idée de doter le Québec d'une constitution, ce à quoi on n'est pas contre du
tout, il soulève plusieurs enjeux quant au processus, et ça, on en a déjà
beaucoup parlé.
Mais ils reviennent dans le texte
également à ce qu'ils appellent la minorisation de la Charte dans l'ordre
juridique québécois, qu'induirait le projet de loi numéro 1 en lui retirant sa
prépondérance sur plusieurs autres lois et en limitant sa portée devant les
tribunaux. Alors, quand je vois l'amendement qui est proposé par le député de
Maurice-Richard, ce que je crois deviner comprendre, c'est qu'au fond, il veut
modifier cette balance pour faire en sorte que, là, la Charte et les droits
individuels, entre autres, qui y sont énoncés, pourraient avoir préséance sur toutes
les dispositions de la Constitution. Maintenant, qu'est-ce que ça fait dans
l'ensemble du texte au complet? Bien là, c'est plus difficile à évaluer, on ne
le sait pas. Est-ce que ça a des impacts sur d'autres articles dans le projet
de loi? Ce n'est pas… ce n'est pas très clair… ce n'est pas très clair non
plus. Mais… mais on sait par ailleurs que, plus loin dans le document de la
commission, on nous mettait… on nous mettait en garde, on disait que, et là, je
réfère à la page… à la page 10, on nous rappelait que la commission est
grandement préoccupée par l'ajout d'une disposition interprétative à la Charte
qui viendrait ébranler sa prépondérance dans la hiérarchie des normes en droit
québécois, ainsi que dans les règles qui régissent son interprétation. Il faut
rappeler, et ça, il ne le faut pas l'oublier, M. le Président, le ministre,
avec sa constitution, nous rappelle qu'elle est la Loi des lois. Sauf que, il
ne faut pas oublier, cependant, que la Charte québécoise, elle, elle est
clairement plus qu'une loi ordinaire. Et donc, dans la hiérarchie des normes,
il faut s'assurer, parce que c'est un… c'est un document législatif
fantastique, qu'on ne va pas venir amoindrir ou diminuer sa portée. Et là, la
commission a une crainte…
M. Morin : …exprime… exprime
des réticences, plus que des réticences, exprime des préoccupations. Parce
qu'on dit à la page 10 : la commission, elle, est grandement préoccupée.
On dit même que ça pourrait avoir un impact sur certaines règles
d'interprétation de la charte. Et les règles d'interprétation de la charte,
évidemment, doivent différer des règles qui prévalent à l'interprétation des
autres lois. Parce que, justement, la Charte québécoise des droits et libertés,
c'est un document que je qualifierais de quasi constitutionnel. Et donc, on
n'est pas convaincu… sur le dossier de la Constitution, puis l'amendement du
collègue de Maurice-Richard. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Autres interventions? M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Oui, bien, je
remarque, à date, le ministre n'a pas d'avis. Je rappelle quand même que
l'Organisation des Nations unies, notamment par le biais du Haut-Commissariat
des droits de l'homme, donne des… et des notes d'orientation du Secrétaire
général, définit un certain nombre de bonnes pratiques et, dans ces bonnes
pratiques, il faut explicitement intégrer les droits humains et les normes
internationales. Est-ce que... Peut-être que le ministre peut nous dire, est-ce
que l'ONU erre dans ses conseils? À ce point, il n'a pas d'avis sur le fait que
les droits fondamentaux doivent être inscrits dès le début comme étant une des
choses qui est fondamentale dans notre démocratie.
• (11 h 50) •
M. Jolin-Barrette : Bien, M.
le Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Je vous salue. Je salue les collègues également à cette reprise
de... aujourd'hui, on a plusieurs heures devant nous jusqu'à 22 h 30, alors, ça
va me faire plaisir de travailler constructivement avec les collègues de toutes
les formations politiques pour procéder à l'adoption du projet de loi. Cela
étant, j'ai entendu le point de presse du porte-parole de l'opposition officielle,
le leader parlementaire, le député de Lafontaine, qui a très clairement énoncé
dans son point de presse ce matin, que sa formation politique n'avait pas
l'intention de collaborer pour viser l'adoption du projet de loi. Vous m'en
voyez déçu et vous m'en voyez déçu pour ses collègues qui sont présents en
commission parlementaire qui, eux, je sais qu'ils sont de bonne volonté… le
député de l'Acadie, la députée de Mont-Royal-Outremont et la députée de
Mille-Îles, qui souhaitent travailler sérieusement puis à faire de la
législation… Mais je comprends que leur leader parlementaire, le député de
Lafontaine, a dit : Je ne laisserai pas que… faire en sorte que le projet
de loi soit adopté. Donc, vous comprenez que je trouve ça extrêmement décevant,
puis, on ne peut que reprendre les termes du député de Lafontaine et de
qualifier ça de blocage parlementaire de la part du chef de la stratégie
parlementaire du Parti libéral du Québec, M. le Président. Cela étant, pour
moi, je fais confiance à l'autonomie des collègues de l'opposition officielle,
en leur âme et conscience, et qui ne se laisseront pas diriger par le leader
parlementaire de leur formation politique de l'opposition officielle. Et je
leur fais confiance pour ça, parce que je sais qu'ils sont de valeureux députés
et qu'ils ne sont pas sous le joug de leur leader parlementaire et qu'ils ne se
feront pas dicter comment agir. Je l'espère, je l'espère, mais la preuve
viendra aujourd'hui, dans le cadre de leur intervention et dans l'évolution du
projet de loi. Cela étant, sur l'amendement du député de Maurice-Richard. Mme
la Présidente, M. le Président, pardon, excusez-moi, M. le Président, je trouve
ça un peu ironique que le député de Maurice-Richard dit : Écoutez, là. Il
a déchiré sa chemise tout au long de la commission parlementaire pour s'opposer
au fait que, si jamais il y a un conflit à terme interprétatif entre l'égalité
entre les hommes et les femmes et la liberté de religion. Ça serait un
scandale, un scandale de faire ça.
M. Bouazzi : Je n'ai jamais
dit ça, il me prête des intentions.
Le Président (M.
Bachand) : Faites attention avec vos paroles, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mais, M.
le Président, il me semble que ce terme-là peut être utilisé et je qualifie les
réactions du collègue de Maurice-Richard. De quelle façon il s'est exprimé,
alors, relativement à la disposition.
Une voix : …
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, je n'ai pas dit que le député de Maurice-Richard avait dit ça, je ne
l'ai pas cité. Je n'ai pas dit, je vous cite.
Une voix : …
Le Président (M.
Bachand) : S'il vous plaît. S'il vous plaît. M. le député de
Maurice-Richard, M. le ministre, s'il vous plaît, allez-y.
M. Jolin-Barrette : Alors, le
député de Maurice-Richard fait grand état du fait qu'il s'oppose au fait qu'on
amène une hiérarchisation dans la charte…
M. Jolin-Barrette : ... droits
et libertés de la personne, uniquement pour le cas où, lorsque l'égalité entre
les femmes et les hommes se retrouve en porte-à-faux avec la liberté religion,
lui, il dit : Non, non, ne prenons pas cette décision-là, ne faisons pas
en sorte de guider les tribunaux pour dire, entre l'égalité entre les hommes et
les femmes au Québec et la liberté religion, bien, moi, je suis bien à l'aise
que l'exercice d'interprétation par le tribunal, ce soit un exercice régulier,
puis qu'on ne considère pas l'égalité entre les femmes et les hommes comme une
valeur fondamentale d'organisation de la société québécoise. Premier élément,
je n'ai pas terminé, je n'ai pas terminé.
M. Bouazzi : M. le Président,
l'égalité entre les hommes et les femmes...
Le Président (M.
Bachand) :Non. M. le député de
Maurice-Richard, je ne vous cède pas la parole. M. le ministre. M. le député de
Maurice-Richard, c'était le ministre à la parole, merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Alors, député de Maurice-Richard est contre ça, sa formation
politique est contre ça. Là, il nous dépose un amendement dans lequel il amène
une hiérarchisation à l'intérieur de la Constitution, lui-même, sur... sur le
modèle d'organisation de la société sur les droits fondamentaux de la société,
sur les droits collectifs, sur une constitution comment est-ce que c'est
rédigée?
Ce qui est ironique là-dedans, c'est par
le biais de l'article 16 de la Constitution, au lieu de faire en sorte que
la Charte des droits et libertés de la personne, la Charte québécoise, elle ait
un statut quasi constitutionnel. Nous, on lui donne un statut constitutionnel,
M. le Président, on augmente le niveau de la Charte des droits et libertés de
la personne, hein, on augmente le niveau juridique et hiérarchique pour donner
davantage de droits aux Québécoises et aux Québécois, des droits individuels.
Le député de Maurice-Richard devrait être
d'accord avec ça, devrait nous applaudir. Je comprends qu'il est contre les
droits collectifs, puis ça, ça appartient à sa formation politique, parce
qu'ils ne croivent pas au vivre ensemble au Québec, puis avec les valeurs
fondamentales. Cela étant, il devrait nous applaudir de faire en sorte qu'on
hiérarchise dans l'ordre juridique québécois les droits et libertés de la
personne.
Et d'ailleurs, c'est ce qu'on fait à
l'article 16. Bon, le député de l'Acadie nous a dit, en citant le mémoire
de la Commission des droits de la personne : Écoutez, je suis sensible à
ce qu'ils disent, puis tout ça, d'une façon posée et réfléchie. Puis, moi
aussi, je suis sensible à ce que la commission a dit et c'est pour ça que, dans
le Greffier, on avait déposé un amendement, il y a quelque temps de cela pour
faire en sorte de venir préciser l'article 7 de la Constitution, justement
pour faire en sorte que... Et, lorsqu'on dit l'article 7, relativement au
droit collectif : «La nation québécoise est titulaire des droits
collectifs intrinsèques et inaliénables.
Ces droits s'interprètent de manière
extensive. Ils concourent à la protection des droits et libertés de la personne
».
Donc, un des objectifs de cette
disposition-là, c'est de nourrir les droits individuels par les droits
collectifs. Prenez l'exemple suivant, et notamment Gabriel Attal, l'ancien
premier ministre français, lorsqu'il est venu à l'Assemblée nationale, vous
vous en souviendrez tous, a parlé notamment de comment est-ce que le droit à la
laïcité doit être à la fois perçu comme un droit collectif, mais également
comme un droit individuel. Même chose pour la langue française. Le fait de
vivre dans un environnement de langue française, le droit de travailler, ce
sont des droits collectifs... également qui appartiennent au droit individuel
de chacun et chacune des Québécoises et des Québécois.
Alors, ils ne sont pas mutuellement
exclusifs. Alors, les droits collectifs aident à renforcer les droits
individuels et les droits individuels aident à renforcer les droits collectifs.
Et ce qui est important aussi et souvent c'est nié par le deuxième groupe
d'opposition, c'est que les droits collectifs n'existent pas. Or, je suis en désaccord
avec ça et je pense que le Parti libéral du Québec a reconnu que les droits
collectifs existent. D'ailleurs, le député de l'Acadie vient de le souligner.
Alors, avec l'amendement qu'on a proposé à l'article 7, suite au mémoire
de la Commission des droits de la personne, on est... on a amené une
clarification, justement, pour répondre et parce qu'on est à l'écoute et on
indique que : «Ces droits s'interprètent de manière extensive, ils sont
interreliés avec les droits et libertés de la personne et participent à leur
protection».
Donc, le point soulevé par mon collègue,
on pourra en discuter à l'article 7, justement parce qu'un des objectifs
des droits collectifs, c'est de s'assurer que la collectivité puisse s'assurer
que l'égalité entre les hommes et les femmes s'applique, la primauté du droit,
le bien-être général de la société, le fait de protéger la langue française, le
fait de vivre dans une société qui est laïque également. Des éléments sur
lesquels, je crois, que les parlementaires devraient être en accord.
Et d'ailleurs, le fait d'insérer les
droits fondamentaux dans la Constitution québécoise, ça nous permet justement
d'atteindre l'objectif, M. le Président. Et je soumettrais, gentiment, au
collègue de Maurice-Richard qu'à la fois dans le Bill of Rights ou dans la
Constitution canadienne, il n'y a pas de hiérarchisation par rapport aux droits
fondamentaux. Une... le propre d'une Constitution est justement de créer un
ordre juridique supérieur pour que toutes les lois s'y conforment et les droits
et libertés fondamentaux des Québécois, incluant ceux garantis...
M. Jolin-Barrette : … par la
langue française, parce qu'on a tendance à l'oublier, qu'il y a des droits
fondamentaux dans la langue française pour les Québécois et Québécoises se
retrouvent dans la Constitution du Québec au même niveau hiérarchique.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Alors, le ministre a dit une quantité d'inexactitudes quand même
assez déconcertantes. D'abord, évidemment, ma formation politique pense que
l'égalité entre les hommes et les femmes sont une… un principe fondamental de
la démocratie. Ce qu'on dit, c'est que la jurisprudence va dans ce sens-là. Et
je serais curieux qu'il nous trouve une décision de justice qui aille dans le
sens inverse. La seule décision qu'il a trouvée pour nous donner, c'est qu'il a
affirmé qu'il y a maintenant 16 ans, à la SAQ, un homme refusé de se faire
servir par une femme, alors que l'exemple qu'il a donné est totalement faux.
D'ailleurs, il a une chance de s'exprimer devant les Québécoises et Québécois
et dire : En fait, c'était une femme qui refusait d'être seule dans une
voiture et qu'en plus, la décision en tant que telle était claire sur le fait
qu'on n'accommode pas un accommodement religieux s'il va à l'encontre de
l'égalité entre les hommes et les femmes. Donc, moi, je n'ai trouvé aucune
jurisprudence qui expliquerait ce qui est dit. Par contre, ce que je comprends,
et probablement qu'il n'avait pas lu la décision de la Commission des droits de
la personne ou qui l'avait mal comprise, mais en tout cas qu'il a basé tout son
raisonnement sur une information qui était évidemment fausse. Maintenant, ce
que nous disent les spécialistes, c'est que hiérarchiser les droits, les… les
affaiblit.
• (12 heures) •
Le Président (M.
Bachand) : Faites attention, vous savez que le mot est au
lexique? Alors, alors s'il vous plaît, retirez. Merci.
M. Bouazzi : Donc je retire.
Je rappelle juste au passage que le ministre a affirmé à je ne sais pas combien
de reprises que c'était un homme qui refusait de se faire servir par une femme,
alors qu'en fin de compte, dans la décision, c'est une femme qui refusait
d'être seule dans une voiture avec un homme. Donc, c'était très, très inexact.
Si je ne peux me permettre, M. le Président.
Maintenant… l'idée aussi, c'est qu'on
revient à la question de l'ONU. Je n'ai pas entendu, est-ce qu'une
Constitution, c'est sérieux. D'abord, il nous a expliqué que maintenant, la
Charte, grâce à son travail, aurait un statut constitutionnel plutôt que
semi-constitutionnel. Ce n'est pas, ce n'est pas. J'ai beau être un simple
ingénieur de formation en informatique, je rappelle quand même que ce qu'on est
en train de faire, c'est une loi. Je comprends qu'on va l'appeler Constitution
et on pense que c'est important de se doter d'une Constitution, mais elle aura
à peu près le même statut que la Charte, c'est-à-dire un statut
semi-constitutionnel si elle est adoptée. Maintenant, je reviens à ce que les
bonnes pratiques qui ont été décrites par le Haut-Commissariat aux droits de
l'homme, des Nations-Unies ou aux orientations du Secrétaire général, où il
l'explicite clairement, qu'il faut intégrer les droits humains et les normes internationales.
Je rappelle que le Québec est signataire d'un certain nombre de pactes et que,
pour les respecter, il faut s'assurer justement que ces droits soient
respectés. Donc, j'en cite d'ailleurs, il suffit d'aller sur le site du
gouvernement pour les voir. Donc, il y a le Pacte international relatif aux
droits civils et politiques et son protocole facultatif, ainsi que le Pacte
international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qui a été
donc ratifié en 1976. La Convention internationale sur l'élimination de toutes
formes de discrimination en 1978, la Convention relative à l'élimination de la
discrimination à l'égard des femmes en 1981, son protocole facultatif en 2003,
la Convention contre la torture et autres peines de traitements cruels,
inhumains et dégradants en 1987, la Convention relative aux droits de l'enfant
en 1991. Bref, je pourrais continuer, il y en a plus, mais l'idée ici, c'est de
dire pour garantir qu'on est une démocratie et pour respecter nos engagements
face au droit international, il faudrait explicitement dire que les droits
fondamentaux sont fondamentaux et qu'effectivement, les différents articles de
la Constitution se lisent dans une cohérence et en respect de la Charte des
droits et libertés.
Maintenant, sur les droits collectifs, ce
qu'a dit le ministre est encore inexact. Nous, on reconnaît l'existence des
droits collectifs… plusieurs. L'idée même d'avoir un air sain, je veux dire, on
ne peut pas respirer à la fois, là, on est en groupe ici. Et puis, j'espère que
nos droits collectifs, c'est d'avoir un air sain. Il y a aussi effectivement de
vivre dans une démocratie. Il y a toutes sortes de droits collectifs et on
pense que les droits collectifs viennent renforcer les droits fondamentaux. Et
ça, ça inclut, M. le Président, la laïcité où je rappelle que, dans le projet
de loi n° 21 sur les quatre principes de la laïcité, à l'article 2, que le
ministre…
12 h (version non révisée)
M. Bouazzi : ...connaître
par cœur puisque c'est lui qui les a écrites. La liberté de conscience, le
droit à l'égalité, la neutralité, soit le fait de ne pas être favorisé ou
défavorisé en fonction de sa religion, sont inscrits comme étant les principes
de la laïcité. Sauf que, d'après nous, en fait, il ne les respecte pas puisqu'il
a lui-même décidé d'utiliser la clause dérogatoire pour déroger à la Charte. S'il
pensait vraiment que ça renforçait les droits fondamentaux et la laïcité, il n'aurait
pas utilisé la dérogation et c'est là tout le risque de cette Constitution.
Parce qu'un des points fondamentals, c'est
que, oui, il y a des droits collectifs, et oui, je pense que les droits
collectifs peuvent venir renforcer des droits fondamentaux et être en cohérence
avec... avec eux, le problème c'est qu'on ne les définit pas et qu'une simple
majorité pourrait définir un droit... un droit collectif, comme prenons l'exemple,
encore une fois, de l'avortement. De dire, bien, écoutez, je ne sais pas, on
est dans une situation de guerre ou alors tout simplement, il y a un parti...
un parti nataliste qui pense que pour remplacer le manque de main-d'œuvre et d'immigration,
il faut absolument que les Québécoises se mettent à avoir le maximum d'enfants
possible et qu'il limite le droit à l'avortement au nom de la grandeur de la
nation, sous prétexte que la grandeur de la nation, le droit collectif, c'est d'avoir
le maximum de petits Québécois qui naissent à tous les ans.
Nous, on pense qu'il faut absolument s'assurer
que les droits des femmes, entre autres, soient respectés et d'ailleurs, pas
juste les femmes, mais les droits fondamentaux des Québécoises et Québécois et
qu'une des balises, c'est de se dire : Oui, absolument, on a des droits
collectifs, mais il faudrait qu'ils soient interprétés en cohérence, en respect
de la Charte des droits et libertés et non pas un concept flou.
Ça fait que, dès le début, on peut mettre
à l'article 1, que les droits qui se retrouvent, en fin de compte, dans la
Charte des droits et libertés de la personne, aient préséance sur le reste de
la Constitution. En cohérence avec notre engagement à l'international, en
cohérence avec les recommandations des rapporteurs des droits de l'homme de l'ONU
ou de... son Secrétaire général.
Mais aussi, je rappelle, par exemple, M.
le ministre a nommé le premier ministre, l'ancien premier ministre du... de la
France, qu'à l'article 1 de la Constitution française, il y a un certain
nombre de dispositions, dont le fait que, entre autres, qu'elle assure l'égalité
devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d'origine, de race ou de
religion et elle respecte toutes les croyances.
Avouez, M. le Président, que ça, comme
dirait les Français, ça a plus de gueule que juste une simple... une simple
phrase qui, en fin de compte, ne s'inscrit pas dans un... dans une logique démocratique.
Hier, on a eu un débat sur la question de la démocratie, le ministre pensait
que ce n'était pas important de statuer dès le début que cette Constitution
doit servir la démocratie. Aujourd'hui, on revient à...
M. Jolin-Barrette : ...
on nous prête des intentions. On dit... c'est très blessant, alors que
l'ensemble...
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre... M. le
ministre... Alors, M. le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît. Oui, je
vous donne la parole dans quelques instants. M. le député.
M. Bouazzi : Merci. Je
suis désolé d'avoir touché la sensibilité du ministre.
M. Jolin-Barrette : Ce
n'est pas la sensibilité c'est...
M. Bouazzi : Oui.
Le Président (M.
Bachand) : Bon, ça...
M. Bouazzi : Bon, je vais
continuer, je vais continuer, j'ai encore la parole.
M. Jolin-Barrette : ...subjectif...
M. Bouazzi : Donc, hier,
nous... Oui.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre. M. le ministre,
s'il vous plaît, je vous demande votre collaboration habituelle, s'il vous plaît.
M. le député.
M. Bouazzi : Hier, hier,
nous avons déposé un amendement clair qui inscrivait à l'article 1 le fait
que ça... le travail qu'on faisait dans une Constitution s'inscrivait dans le
respect des principes démocratiques. Cet amendement-là a été rejeté par la
partie gouvernementale. Aujourd'hui, on revient à la base de la base, c'est que
les droits fondamentaux sont fondamentaux.
Et si on veut s'assurer qu'on soit dans
une démocratie, eh bien, il y a des principes de base à respecter et ce n'est
pas ce que nous dit, ce n'est pas ce que nous dit seulement, ce n'est pas ce
que je dis, moi, c'est ce que... c'est ce que disent un certain nombre de
normes internationales. Vous savez que malheureusement, il y a toutes sortes de
dérives autoritaires dans le monde, et ce n'est pas pour rien que l'ONU arrive
avec un certain nombre de principes.
Et ce n'est pas pour rien que le Québec s'est
inscrit dans cette longue tradition. Encore une fois, on a signé un certain
nombre de pactes qu'on doit s'assurer de respecter quand on travaille sur un
projet aussi important que la Constitution. Juste un point, hier,
malheureusement, je n'avais pas fini mon intervention au rouge, donc je m'excuse
auprès de mes collègues. Je vais devoir...
M. Bouazzi : …remontée au
rouge, mais je voulais le préciser.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre,
vous avez demandé la parole.
M. Jolin-Barrette : Bien
rapidement, avant que le député de Maurice-Richard quitte, là, le député de
Maurice-Richard, dans ses exemples, utilise beaucoup, si je pourrais employer,
la cueillette de cerises, hein? De prendre simplement certains éléments, parce
que ça fait plusieurs fois qu'il me parle, là, de l'avis de la Société
d'assurance automobile du Québec. Or, dès 2007, Radio-Canada fait disait état
que certaines communautés exigeaient que les hommes soient servis par des
hommes à la Société d'assurance automobile du Québec. Et d'ailleurs, l'avis de
2009, si le député de Maurice-Richard nous le présentait adéquatement, elle
fait état également de deux cas qui ont été soulignés de membres masculins
d'une certaine communauté qui exigeaient que ce soit des hommes qui les servent
à la Société d'assurance automobile du Québec. Et encore aujourd'hui, avec le
rapport de l'ancienne députée libérale de Vachon, Christiane Pelchat, entre
1985 et 1994, nous a dit, et de Guillaume Rousseau, professeur de droit à
l'Université de Sherbrooke, nous a réitéré, que ces situations-là, sur les
influences religieuses relevaient qu'encore à ce jour, les organisations
accordent des accommodements de ce type.
Le 5 février dernier, la formation
politique du député de Maurice-Richard a refusé d'adopter une motion sur
l'égalité entre les hommes et les femmes, qui doit primer sur la liberté de la
religion. Toutes les autres formations politiques, le parti libéral du Québec,
le gouvernement, la CAQ, le Parti québécois étaient d'accord avec ça. Alors,
l'ensemble des Québécois considère que c'est un élément qui est important.
• (12 h 10) •
Sur la comparaison avec la Constitution
française, c'est intéressant, parce que dans la Constitution française
également, le droit à l'avortement, il est protégé. Alors quand il dit :
Les Français, c'est des modèles. Alors c'est correct pour une partie de leur
Constitution, mais pas pour le reste de leur Constitution, notamment le fait
que les Français, eux, viennent garantir aux femmes le droit à l'avortement?
C'est ironique tout ça. Alors, comme je vous disais, on est spécialisé dans la
cueillette de cerises du côté de Québec solidaire. Mais moi, je voudrais
savoir, là, de mon collègue de Maurice-Richard, là, est-ce qu'il est d'accord
avec les décisions administratives de la Société d'assurance automobile du
Québec d'accommoder des hommes qui veulent être servis pour des raisons
religieuses par des hommes? Est-ce qu'il est en accord avec cette politique
administrative là qui a cours à la Société d'assurance automobile du Québec?
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Donc, intervention, M. le député, s'il vous
plaît, oui.
M. Bouazzi : Alors, c'est une
bonne… c'est une très bonne question, et malheureusement, je vais devoir
courir, mais je tiens à dire que tout ce qu'on a devant nous, c'est une
décision de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, et à
laquelle le ministre lui-même a référé je ne sais combien de fois, pour dire
qu'il fallait hiérarchiser les droits pour garantir l'égalité entre les hommes
et les femmes face à des accommodements religieux. Et je lis à la page 1
«L'Accommodement raisonnable ne s'applique pas lorsqu'une demande vient
contredire un autre droit, par exemple le droit de l'égalité des sexes.». Alors
je comprends qu'il l'a peut-être lu, mais il n'est comme pas arrivé à la page
1. C'est un problème. Ensuite, toujours à la page 1 «L'accommodement proposé
est de tenter de satisfaire les demandes sans pour autant porter atteinte aux
règles de sécurité ou de droits et à l'égalité entre les femmes et les hommes.
À cet égard, nous pouvons affirmer qu'il est exact qu'un accommodement ne
serait pas considéré comme raisonnable s'il avait pour conséquence de porter
atteinte au droit à l'égalité.». Et je comprends qu'il est… il n'a pas lu la
page 1, ça fait que je vais lire la page de conclusion qui est la page 7, ce
n'est pas une très longue décision, qui conclut «Cet accommodement» donc,
l'accommodement qui a été proposé, qui consiste que la personne refasse la file
à chaque fois jusqu'à temps qu'elle tombe sur le bon sexe, on s'entend, donc,
ça ne discrimine pas les personnes en question, «Cet accommodement tel
qu'appliqué semble assurer le droit à l'égalité sans discrimination fondée sur
la religion des demandeurs, tout en ne portant pas atteinte au droit à
l'égalité fondant sur le sexe des employés de la SAQ.». Ça fait que je
m'étonne, moi, parce que, concrètement, tous les spécialistes sont venus nous
dire que c'était contraire aux Accords de Vienne, qui sont la base de la base,
de dire que les droits sont interdépendants, sont liés, sont lus comme un tous,
les droits fondamentaux, et que venir hiérarchiser, bien ça venait contredire
le fondement même de ce que c'est que des droits fondamentaux et entre autres,
affaiblir le droit des femmes parce que c'est les…
M. Bouazzi : … les affaiblissez
tous. Et pas juste, il y avait des groupes féministes. J'espère qu'il écoute
certains nombres de groupes. J'entends que les écoute pas tant que ça, parce
que, elles sont toutes venues nous dire que son article sur l'avortement
affaiblissait l'avortement et continue à nous donner ça comme argument, mais en
plus, on se retrouve dans une situation où ce qui est décrit fait en sorte que,
s'il advenait à une hiérarchisation, la décision de la SAAQ serait exactement
la même, puisqu'elle dit qu'elle n'accorde pas d'accommodement religieux s'il
contredit l'égalité entre les hommes et les femmes. Bon, maintenant, sur la
jurisprudence qu'on est allé voir, sur les questions d'égalité entre les hommes
et les femmes, et la… la … religieuse, il y en a eu plusieurs, des
manifestations, par exemple, devant les cliniques d'avortement où les
manifestants voulaient manifester devant et que la Cour a décidé que ce n'était
pas une liberté religieuse acceptable et qu'il fallait qu'ils manifestent plus
loin pour, entre autres, les travailleuses travailleurs et les personnes, les
femmes qui voulaient avoir accès à leur libre choix à l'avortement. Il y en a
d'autres, des exemples comme ça, et je ne me limiterai pas juste à l'égalité
entre les hommes et les femmes. Il y a aussi le droit LGBT ou je ne pense pas
que sous prétexte d'accommodement religieux, on a le droit de discriminer les
personnes appartenant aux groupes LGBT ou aux personnes trans. C'est
d'ailleurs. Malheureusement, on me fait signe qu'il va falloir que je parte. Ça
m'inquiète un peu de laisser le ministre me répondre sans ma présence, étant
donné que s'il a décrit que je prenais, moi, des , des comment il a dit?
C'était quel fruit?
Une voix : ...
M. Bouazzi : Des cerises.
Parfois, j'ai l'impression d'avoir un marchand de légumes. Merci beacoup.
Le Président (M.
Bachand) : Donc, intervention? M. le ministre. Oui.
M. Jolin-Barrette : Bien, une
cerise, ce n'est pas un légume là. Ce n'est pas comme une tomate qui est un
fruit, là, M. le Président. Chose qui est sûr dans les exemples qui sont
soulignés par la députée de Maurice-Richard, là, écoutez, il nous fait état de
la loi qui a été adoptée ici de façon consensuelle à l'Assemblée nationale,
notamment à par l'ancien député de La Pinière, ministre de la Santé, Gaétan
Barrette. Une bonne loi pour créer un périmètre autour des cliniques
d'avortement, M. le Président. Et là, le député de Maurice-Richard nous
dit : Bien, écoutez, c'est la liberté de religion qui est en cause. Et là
la pondération de la charte. Non, non, c'était la liberté d'expression qui est
en cause. Est-ce qu'on peut crier? Est-ce qu'on peut injurier? Est-ce qu'on
peut harceler des femmes qui décident d'aller dans une clinique d'avortement?
La réponse, ce que le législateur a dit collectivement, puis j'étais là en
2016, c'est de dire non, ce n'est pas vrai. Puis, à l'intérieur d'un périmètre
de 50 mètres, on va limiter la liberté d'expression. Ce n'est pas vrai que vous
avez le droit d'être sur le bord de la porte du terrain privé, puis de dire aux
femmes qui vont obtenir un service médical. Bien, on peut faire ce genre de
comportement là. La Cour a donné raison au procureur général. Mes avocats du
procureur général ont très bien fait leur travail. Dans le ratio de la
décision, par contre, on dit bien écouter, crier, harceler, injurier une femme
qui va se faire avorter. Oui, c'est protégé par la liberté d'expression au
Canada. Finalement, c'est justifié en vertu de l'article 1. Mais voyez-vous
lourd le raisonnement? Moi, je pense que, dans notre société au Québec, ça doit
être très clair que l'égalité entre les hommes et les femmes priment en cas de
conflit sur la liberté de religion. Alors, écoutez, le député de
Maurice-Richard, M. le Président, nous fait la démonstration, avec la décision
de la… du Québec, que sa formation politique est à l'aise, qu'il y a des
accommodements religieux soit octroyées. Québec Solidaire est en faveur du fait
qu'il y a des accommodements religieux soit octroyés pour des hommes qui
refusent d'être servis par des femmes pour des raisons religieuses. Je suis
désolée, mais le gouvernement du Québec n'accepte pas ça. Et je pense que c'est
le cas du Parti libéral du Québec et du Parti Québécois. Ça pourra nous être
confirmé que ce genre d'accommodements là, au Québec, on n'accepte pas ça. Puis
il faut guider les tribunaux, puis on vient de l'inscrire dans notre droit sur
cet élément-là. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Autres interventions sur l'amendement du
député? M. le député de l'Acadie. Il reste quelques…
M. Morin : Quelques instants,
M. le Président. Bien, en fait, de deux choses. J'ai… je veux noter quand même
la… la traduction libre, mais très élégante de M. le ministre. Il a fait du
cherry picking, la cueillette de cerises. Alors, c'est sorti comme ça,
rapidement, de sa bouche, là. C'était excellent. C'était excellent, M. le
ministre. Très bon, très bon. Deuxièmement, oui, mais il parlait de mon, de
mon, de mon collègue le député de Lafontaine, là. Bien écoutez…
M. Morin : ...je veux
juste simplement vous dire, M. le Président, on a travaillé très fort, nous, on
travaille en équipe ici, on a des questions importantes pour M. le ministre, je
veux le rassurer, mais on en a beaucoup, de questions, ça, je ne m'en cache pas,
parce que, bien, justement, il le dit lui-même, c'est un... c'est un document
fondateur, fondamental. Alors, on va continuer à travailler, à travailler avec
lui. Mais je veux le rassurer, là, il n'y a pas... Au Parti libéral, on
travaille en équipe, on est heureux, il n'y pas... il n'y a pas de joug, tu
sais, ce concept de joug, n'est-ce pas, n'existe pas. Je voulais juste vous
rassurer. Voilà. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :... de Mme la députée de
Mont-Royal-Outremont, s'il vous plaît.
Mme Setlakwe : Oui,
merci, M. le Président. Donc, je n'ai pas d'intervention additionnelle, là, sur
le libellé de l'amendement qui a été déposé par notre collègue de
Maurice-Richard. Toutefois, moi aussi, je souhaite répondre au ministre quand
il parle de l'intervention de notre collègue le député de Lafontaine et leader
de notre formation politique, leader parlementaire.
• (12 h 20) •
Écoutez, je pense que ça vaut la peine de
recadrer ce que... ce que le ministre a dit. Notre leader a visionné une partie
de la session d'hier soir. Et hier soir, moi, j'étais ici, et on avait droit
à... On était loin du texte du projet de loi, là, on avait droit à une... des
déclarations colorées de la part du ministre, on avait droit à une joute
politique. C'était particulièrement intéressant de... de l'entendre échanger
avec notre collègue le député de Jean-Talon, mais il m'enlève les mots de la
bouche.
Le ministre était même à citer le Livre
bleu ou à dire que le Livre bleu, c'était simplement une feuille 81/2
x 11 et il est allé aussi loin que de dire que le Parti québécois, la formation
politique du député de Jean-Talon, faisait preuve d'aplaventrisme devant le
fédéral.
C'est allé loin hier soir, donc il y avait
des déclarations colorées, il fallait être là aussi pour décrire l'ambiance qui
régnait dans cette salle, la salle Papineau, M. le Président, il y avait des
rires, ça suscitait des rires de la part des collègues du ministre. Alors,
c'était ça l'ambiance et c'est... c'est ça qu'a visionné notre leader et qui
l'a amené à émettre certaines déclarations ce matin.
Ceci étant dit, soyez sans crainte, moi
aussi, M. le Président, j'abonde dans le même sens que mon collègue le député
de l'Acadie. Nous allons travailler fort, avec sérieux, poser les questions qui
s'imposent dans le dossier. J'ose croire que la nuit porte conseil pour le
ministre et que ces déclarations seront beaucoup plus sérieuses à partir de
maintenant, parce que nous, on est prêts, comme on l'a fait jusqu'à maintenant,
à travailler avec... avec sérieux dans ce dossier. Et permettez-moi de terminer
en disant qu' il n'y a personne qui est sous le joug d'un collègue ici, de ce
côté-ci de la table. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, je vous rappelle qu'on
est sur l'amendement, mais le Président est généreux au niveau des
commentaires. Alors, est-ce qu'il y a d'autres interventions sur l'amendement
du collègue de Maurice-Richard? S'il n'y a pas d'autres amendements, nous
allons procéder à la mise au vote. Est-ce que l'amendement est adopté?
Des voix : Rejeté.
Le Président (M.
Bachand) : Rejeté. Merci. Donc, on continue, nous en sommes
encore à l'article 1. Donc, est-ce qu'il y a d'autres interventions à
l'article 1? M. le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci,
M. le Président. Bien, justement, ma collègue en parlait, la députée de
Mont-Royal-Outremont, des échanges hier, entre le député de Jean-Talon et M. le
ministre et je dois avouer que c'était... c'était particulièrement, enfin,
bien, très coloré, mais... Mais ça a permis, je vous dirais, de... d'avoir un
dialogue sur l'article 1, de l'article 1, de sa première partie dans
le projet de loi. Et là, ça nous a permis de comprendre davantage, puis, au
fond, ça correspond un peu à ce que j'exprimais au départ.
On en a appris plus de la part de M. le
ministre sur ce qu'il entend par : Loi des lois, parce que, comme je vous
le disais, le commentaire est plutôt succinct. Alors, si on avait eu,
évidemment, un texte plus complet, bien, on aurait peut-être avancé plus vite.
Enfin, moi, c'est une hypothèse que je vous... que je vous soumets.
Mais je reviens... Je reviens directement
au texte et M. le ministre répondait : C'est la loi des lois, bien, c'est
simple, ça a un effet pédagogique, tout le monde comprend, puis c'est
important, parce qu'évidemment, pour que les... pour que les justiciables
sachent à quoi s'attendre, bien, il faut qu'ils soient capables, évidemment, de
lire et de comprendre les lois. Mais... mais en fait, moi, j'ai...
M. Morin : ...j'ai des
propositions pour M. le ministre, parce que, tu sais, il me semble que ça
commence un peu, je ne sais pas, un peu... un peu sec, tu sais, la Constitution
est la loi des lois. En fait, ça, on aurait pu le mettre... Ou le ministre
aurait pu le mettre ailleurs dans son texte, il n'était pas obligé de commencer
comme ça. Parce que, quand on regarde des textes législatifs dans différents...
dans différents pays, sur une Constitution, habituellement, ça commence
différemment. Et là, on fait référence, souvent, à des valeurs qui sont... qui
vont faire en sorte qu'au départ, le législateur énonce ce qu'il veut accomplir
par son... par son texte.
Et j'ai... et j'ai quelques exemples, puis
j'aimerais ça que M. le ministre m'explique si c'est des... c'est des éléments
qu'il a... qu'il considérés ou pas. Comme par exemple, tu sais, il aurait pu
commencer en disant : La Constitution proclame l'égalité des citoyens.
Mais il ne l'a pas fait. Il aurait pu dire : La Constitution proclame, par
exemple, qu'elle est fondée sur des valeurs de respect, de libertés
individuelles, fondamentales et des droits civils, sociaux, culturels et
politiques.
Pourquoi je vous dis ça? Parce qu'après la
Seconde Guerre mondiale et après toutes les horreurs et les atrocités qui ont
été commises pendant ce conflit, le... En fait, il y a eu une réflexion
générale de la part de plusieurs États pour qu'éventuellement, des sociétés
démocratiques puissent se doter de textes législatifs.
Il y a eu des constitutions avant. Bon, écrites,
on a évidemment l'exemple de la Constitution américaine, il y a eu la
Constitution française. Non écrite, bien, là, on est plus au Royaume-Uni.
Mais... mais après la Deuxième Guerre mondiale, il y a eu une réflexion plus
globale à l'effet que plusieurs États devaient se doter ou allaient se doter
d'une constitution écrite et qu'on allait y insérer des valeurs, tu sais, que
je qualifierais de fondamentales, parfois individuelles, parfois collectives.
Mais... mais on a mis une importance, on a
accordé une importance aux libertés individuelles parce que c'est souvent grâce
à des textes qui sont rédigés et qui font état des libertés individuelles qu'on
est capable, dans une société, d'avoir un contre-pouvoir ou un contrepoids,
parfois à l'activité gouvernementale.
Mais le ministre ne l'a pas fait et dans
un premier temps, j'aimerais qu'il m'indique pourquoi il a fait ce choix-là
plutôt que ce que je lui propose.
Le Président (M.
Bachand) : Intervention, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président. Alors, il faut se rappeler que le préambule existe
aussi, la Constitution, pour amener vers l'article 1. Donc :«Considérant
que le Québec est un État national libre, capable d'assumer son destin et
d'assurer son développement». Je ne crois pas que le Parti libéral est contre
ça, ce sont les paroles de Robert Bourassa, le 23 juin 1990.
«Considérant que le peuple québécois,
majoritairement de langue française, forme une nation enracinée dans son
territoire et unie autour de son identité, de sa culture, de sa langue commune,
de ses valeurs sociales distinctes, de son patrimoine et de son histoire
spécifique;
«Considérant qu'il existe au sein du
Québec des nations abénaquise, algonquine, attikamek, crie, innue, micmacque,
mohawk, naskapi, wendat, wolastoqiyik et inuit;
«Considérant que le Québec accorde une
valeur primordiale à la démocratie et n'a pas d'attachement au régime
monarchique;
«Considérant que le régime parlementaire
de l'État du Québec repose sur le principe d'un gouvernement responsable;
«Considérant que le Québec dispose de son
propre régime de protection des droits et libertés de la personne dans lequel
ceux-ci sont inséparables des droits et libertés d'autrui, du bien commun et
des droits collectifs de la nation québécoise;
«Considérant que l'État du Québec
reconnaît, dans l'exercice de ses compétences constitutionnelles, les droits
existants – ancestraux ou issus de traités – des nations autochtones du Québec;
«Considérant que l'Assemblée nationale
reconnaît aux Premières Nations et Inuites du Québec, descendants des premiers
habitants du pays, le droit qu'ils ont de maintenir et de...
M. Jolin-Barrette : …leur
langue et leur culture d'origine;
«Considérant que l'État du Québec est fondé
sur des assises constitutionnelles enrichies au cours des ans par l'adoption de
plusieurs lois fondamentales et qu'il souhaite continuer d'affirmer son
identité nationale et constitutionnelle;
«Considérant que l'État du Québec entend
poursuivre cet objectif dans le respect des institutions de la communauté
québécoise d'expression anglaise;
«Considérant qu'il revient à la nation
québécoise, par l'entremise du Parlement du Québec, d'édicter la Constitution
du Québec.»
Alors, moi, je ne trouve pas qu'on arrive
frette, net, sec, comme on dit avec l'article 1 sur la Constitution du Québec
et la Loi des lois.
• (12 h 30) •
Et d'ailleurs, à titre comparatif, parce
que, souvent, on fait le comparatif avec le Canada, la Constitution de 1982,
que le Québec n'a pas signé et pour lequel il est important que le Québec… il y
a une Constitution québécoise, justement pour assurer la pleine autonomie du
Québec à l'intérieur de ces lois, de ces compétences, M. le Président, sûrement
que vous le savez, vous, mais peut-être que pas tous les Québécois le savent,
M. le Président, la Constitution canadienne commence comme ça en 1982 «Attendu
que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de
Dieu et la primauté du droit». Je ne sais pas. Quand je lis le… comment
commence la Constitution canadienne versus la proposition québécoise qu'on
fait, il me semble que, au delà du lyrisme supplémentaire que nous avons
factuellement, le préambule de la Constitution québécoise est beaucoup plus
porteur que le fait de dire qu'on reconnaît au Canada, dans notre État, la
suprématie de Dieu. Alors, c'est vraiment ça que la Constitution canadienne a
fait sans le consentement des Québécois. Ils sont venus dire : Bien
écoutez, Dieu est au-dessus des hommes. Puis, dans la Constitution canadienne,
à tous les jours, là, qui est supposé défendre les valeurs québécoises,
théoriquement, on vient s'en remettre à Dieu. Quel concept particulier, alors
que nous, au Québec, on a choisi la laïcité, alors que nous, au Québec, on veut
faire en sorte que l'égalité entre les femmes et les hommes prime sur la
liberté de religion. Est-ce qu'on doit laisser les religions dire comment vont
s'exercer les rapports entre les hommes et les femmes? Parce que s'il y a des
éléments qui sont plus ou moins égalitaires dans l'ensemble des religions… des
religions monothéistes, c'est principalement la place des femmes. Je ne pense
pas qu'on peut affirmer qu'il y a une pleine égalité des femmes à l'intérieur
des religions. Mais le Canada, c'est ça, sa constitution, c'est «est fondé sur
des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu». Alors, écoutez, moi
comme législateur, il m'apparaît que ce que nous proposons de dire :
Écoutez, oui, il y a des droits fondamentaux, oui, le droit à la religion… à la
liberté de religion existe. Mais, si jamais, dans notre collectivité, il y a un
conflit entre l'égalité entre les hommes et les femmes et la liberté de
religion, il me semble que je rejetterais la suprématie de Dieu, puis que je
serais beaucoup plus à l'aise de vivre dans une société québécoise qui met
au-delà, de son organisation sociétale, la laïcité, puis qui ne fait pas passer
Dieu avant le droit des femmes. Il me semble que la distinction québécoise
devrait notamment s'exprimer, là. Alors, je crois que le préambule fait le
travail pour la Constitution québécoise.
Puis surtout, on vient poser aussi le fait
que c'est la Loi des lois. Et d'ailleurs, dans la Constitution canadienne de
1982, on vient parler également de la suprématie à l'article 52, mais
également, attendez, j'ai perdu ma page… d'ailleurs, j'invite tous les
parlementaires à se procurer la version administrative codifiée faite par
l'État québécois, dans laquelle on inclut… par le Secrétariat aux relations
canadiennes, dans laquelle on a inclut les modifications qui ont été
effectuées. Et, si on parle de 1867, ce n'était pas très… «Loi en vue d'unir le
Canada, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, d'instaurer le gouvernement
de cette Union et de statuer les sujets connexes.» J'ai fini.
Le Président (M.
Bachand) : D'autres interventions, M. le député de l'Acadie,
s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. En fait, je vais… non, c'est très intéressant ce que… ce que le
ministre nous dit, je l'écoute…
12 h 30 (version non révisée)
M. Morin : …avec beaucoup,
beaucoup d'attention. Mais mon point ce n'était pas ça du tout du tout du tout.
Ça fait que je vais… je vais juste recadrer un peu le débat. En fait, bien qu'un
préambule fasse partie de la loi, souvent, et peut-être que le ministre ne sera
pas d'accord, puis on va l'écouter aussi là-dessus, mais souvent ça n'a pas le
même poids que les dispositions comme telles ou les articles comme tels. Il
nous cite le préambule de la Constitution canadienne de 1982 et en partie… la Charte.
Et il a fait grand état du fait qu'au départ, dans un des considérants ou un
attendu, on parle de la suprématie de Dieu, mais… et le professeur Taillon, qui
est un expert, pourra nous en parler, mais je n'ai pas l'impression que, même
si le législateur a écrit ça dans… dans son attendu, les tribunaux ont fait en
sorte qu'ils ont donné dans leur interprétation, par ailleurs, une importance
plus grande ou ont jugé que la suprématie de Dieu devait prévaloir sur
plusieurs droits, donc… et c'est aussi mon point, c'est-à-dire que dans… dans
un préambule, et le préambule de la Constitution est très long, il y a un
paquet d'éléments. Bien personnellement, moi, j'aurais souhaité que plusieurs
de ces éléments-là se retrouvent dans le texte comme tel, et comme vous le
savez, M. le Président, selon notre procédure, bien, on aura à la fin la chance
de regarder le préambule.
Mais mon point, ce n'était pas ça du tout,
du tout, et le ministre nous parle du texte de la Constitution canadienne… il
nous parle de la suprématie de Dieu. Je n'ai pas du tout parlé de ça, moi, je
parlais de respect des libertés individuelles fondamentales, des droits civils,
sociaux, culturels et politiques, c'est de ça dont je parlais. J'aurais… j'aurais
apprécié que le ministre m'en parle, et puis, après ça, bien qu'on puisse voir
comment on pouvait… on pouvait fonder ou continuer de travailler là-dessus. Mais…
mais il y a d'autres volets, et dans… dans son préambule, ce n'est pas… ce n'est
pas très clair, en fait, il y a une foule d'éléments. Le ministre pourra nous
aider là-dessus, mais… mais tu sais, il aurait pu dire aussi que, je ne sais
pas, moi, que le Québec est fondé sur des valeurs de respect, de liberté, de
démocratie, d'égalité, de l'État de droit. On parle beaucoup dans notre
société, et ça, on l'entend régulièrement, on dit : Bien, on dirait que
les gens n'ont plus de respect, n'ont plus de respect pour les institutions,
plus de respect entre eux. Malheureusement, on a assez souvent des débats, des
prises de position qui sont polarisées. Donc, ça pourrait être un élément
important à considérer. En fait, c'était ça, mon questionnement pour le
ministre. Alors, j'aimerais ça, s'il pouvait peut-être m'éclairer là-dessus,
peut-être qu'il ne veut pas, je ne sais pas, mais juste qu'il le dise, puis
après ça, on passera à autre chose.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : Bien,
avec plaisir, M. le Président. D'ailleurs, j'ai eu l'occasion de l'exposer hier.
La Constitution du Québec a été construite, notamment par rapport à sa partie I,
à l'effet du titre premier, d'amener la primauté de la Constitution dans l'ordre
hiérarchique dans lequel on s'y retrouve, article 1 et 2. Titre deuxième, de la
nation québécoise, des attributs de la nation québécoise, des droits collectifs
de la nation québécoise, des droits et libertés de la personne. Parce qu'il
faut savoir que l'on verse les articles 1 à 38 de la Charte des droits et
libertés de la personne à l'intérieur de la Constitution, lui donnant un statut
constitutionnel, ce qui aurait dû être salué par le député de Maurice-Richard.
Donc, on fait passer de quasi-constitutionnel à consitutionnel. Le'État quatrième…
de l'État national du Québec au titre quatrième. Quels sont les principes
fondateurs de l'État national du Québec, du Parlement du Québec? C'est nos
institutions, du gouvernement du Québec, des tribunaux judiciaires, des
affaires extérieures, puis les dispositions finales. Dans le fond, c'est le recensement
des… des textes normatifs qui existent sur ce que constitue la Constitution
dans les lois ordinaires ou parfois quasi constitutionnelles, qui existent dans
le corpus législatif. Également, on a eu l'occasion d'en discuter hier et,
lorsqu'on regarde les différentes constitutions, notamment la Constitution
américaine, écoutez, l'article 1 commence par «All legislative Powers herein
granted shall be vest in a Congress or… of the United States, which shall
consist of a Senate and a House of Representatives». Donc voyez-vous? C'est
frette, net, sec. Puis le préambule est beaucoup plus petit dans la Constitution
américaine. Le…
M. Jolin-Barrette : ... «the people of the United States». Alors l'idée de
l'organisation et ce que les juristes m'ont suggéré, est de faire en sorte très
clairement d'établir par pédagogie notamment, une structure à l'intérieur de la
Constitution qui vient, oui, recenser l'ensemble des éléments que le député de
l'Acadie a dits, à différents endroits dans la Constitution, mais il est
important d'avoir une approche qui est notamment descriptive, parce que ce
texte-là appartient à tous, il doit pouvoir être lu par tous.
Donc, le droit, et souvent ça, c'est un
des enjeux que nous avons dans les textes fondamentaux, il doit pouvoir être
maîtrisé par l'ensemble de la population québécoise et c'est comme ça qu'on l'a
écrit, c'est comme ça qu'on souhaite notamment que les gens puissent se
l'approprier. Notamment lorsqu'on dit, à l'article 1 : La
Constitution est la loi des lois. Tout le monde comprend ça. D'ailleurs, cette
expression-là a été abondamment été utilisée par le député de l'Acadie, par
l'ensemble des députés de la banquette de l'opposition officielle lors des
débats au salon rouge, que j'ai entendu tout ça.
Alors, pour moi, cette vulgarisation
juridique là et cette accessibilité et ce contact, ce contact au texte clair de
la Constitution, de langage clair, il était important et c'est pour ça que vous
noterez aussi que les articles, ce sont des articles succincts. Et dans une
constitution, on établit les principes, ce sont des articles succincts aussi
pour justement que le poids juridique et la volonté soient très clairement
exprimés. Il n'y a pas d'ambiguïté sur les dispositions. C'est pour ça qu'on a
rédigé ça de cette façon-là.
• (12 h 40) •
Le Président (M.
Bachand) :Intervention?
M. Morin : Oui.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie, s'il vous plaît, oui.
M. Morin : Merci. Et que
pensez-vous, par exemple, d'indiquer, bien, en fait, les valeurs que je vous...
je vous soulignais, respect, liberté, démocratie, égalité. Que ces valeurs
soient par exemple caractérisées par l'ouverture, la tolérance, la justice, la
solidarité. Il me semble qu'un concept de solidarité pourrait être utile dans
un texte aussi important que celui-là. C'est... En fait, est-ce que c'est
quelque chose que vous avez considéré?
M. Jolin-Barrette : On a
considéré plusieurs éléments, M. le Président et après réflexion, c'est le
texte que nous vous soumettons. Il ne faut pas oublier également qu'on vient
verser les droits et libertés de la personne, les articles 1 à 38, à
l'intérieur de la Constitution par le biais de l'article 16.
M. Morin : Bien,je
vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Est-ce qu'il y a d'autres
interventions? S'il n'y a pas d'autres interventions, nous allons procéder à la
mise aux voix. Est-ce que l'article 1 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) : Adopté. Merci, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Article
2, M. le Président : «La Constitution du Québec a préséance sur toute
règle de droit incompatible». Commentaire : «Cet article signifie que
toute règle de droit québécoise, présente ou future, doit respecter la
Constitution du Québec. Il vise à écarter, à l'égard de la Constitution du
Québec, la présomption de prépondérance de la loi nouvelle sur la loi ancienne,
les règles de droit québécoises qui ne sont pas conformes à la Constitution du
Québec seront déclarées inopérantes par les tribunaux».
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Intervention du
député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, merci. Merci,
M. le Président. Alors, j'ai... j'ai une question pour. M. le ministre. Quand
vous écrivez : «A préséance sur toute règle de droit incompatible»,
comment vous définissez toute règle de droit?
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : La
règle de droit qui est adoptée par l'Assemblée nationale.
M. Morin : D'accord.
Donc, à ce moment-là, ça vise uniquement les règles adoptées par l'Assemblée
nationale?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Et celles qui ne sont pas conformes, règles de droit et processus
réglementaires, on s'entend. Donc, pouvoir délégué à l'intérieur duquel le
Parlement du Québec est habilité à adopter des normes juridiques, donc les
tribunaux, dans l'éventualité où une règle de droit portait atteinte à la
Constitution du Québec, elles seront déclarées inopérantes par les tribunaux.
Donc, ça inclut les lois, les règlements, les autres normes obligatoires,
portée générale et impersonnelle.
M. Morin : Et quelle est
l'interrelation qui existe entre votre article ici, de préséance, et
l'article 52 de la Charte canadienne?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Alors, la Constitution du Québec s'applique sur les lois québécoises. Donc,
dans l'éventualité où il y a une loi fédérale, la Constitution du Québec ne
permet pas d'invalider une loi fédérale. C'est dans le cadre de nos...
M. Jolin-Barrette : … denotre,
de nos compétences et de nos, de nos, de nos pouvoirs. L'objectif de la
Constitution québécoise est d'encadrer l'action du Québec, mais pas de
restreindre la portée et l'ampleur de sa compétence législative. Donc, ça, ça
pourrait être fait que par une modification de la Loi constitutionnelle. Dont.
La Convention canadienne et la Constitution québécoise sont des lois suprêmes
dans leurs différents ordres juridiques. Ce qu'on vient faire avec la
Constitution québécoise, c'est lui assurer une suprématie sur l'ensemble du
corpus. Donc, tout à l'heure, je donnais l'exemple sur les articles 1 à 38 de
la Charte des droits et libertés de la personne. Il y avait déjà une
disposition de prépondérance dans la charte, mais ce qu'on vient faire là,
c'est qu'on vient la verser à l'intérieur de la Constitution québécoise où les
lois adoptées par l'Assemblée nationale devront être conformes à la
Constitution québécoise, qui inclurait également les articles 1 à 38 de la
charte québécoise. Donc, la Constitution québécoise et la Constitution
canadienne peuvent coexister en harmonie tous les deux, mais, dans le cadre des
lois du Québec, dans le cadre de nos compétences, la loi des lois, c'est la
Convention québécoise.
M. Morin : Sauf que, s'il y a
un conflit entre les deux.
M. Jolin-Barrette : …
fédérales et une loi québécoise.
M. Morin : et la
Constitution, la loi fédérale va avoir préséance.
M. Jolin-Barrette : Laquelle
constitution là?
M. Morin : votre constitution
et les lois fédérales et la Constitution canadienne?
M. Jolin-Barrette : C'est une
question de compétence. C'est une question de compétence. Donc, dans le cadre
de l'exclusivité des compétences québécoises, ce sont les lois québécoises et
c'est la Constitution du Québec qui s'applique. Et il faut qu'il y ait un
conflit. J'imagine que votre question, c'est dans l'éventualité où il y avait
un conflit, là, il n'y a pas de conflit. La Constitution canadienne, la
Constitution québécoise coexiste, et d'ailleurs, il y a une partie de la
Constitution québécoise qui est dans la Constitution canadienne de 1867, qu'on
a modifiée en 2022 pour amener une reconnaissance, amener une reconnaissance
du… de la nation québécoise qui sont inscrites. Puis, entre la Constitution
québécoise et la Constitution canadienne, il n'y a pas de conflit possible
parce que la Constitution québécoise traite des compétences du Québec. Qui, ce
n'est pas différent de ce qui se fait dans les États fédérés des fédérations
qui adoptent une Constitution. Les 50 États aux États-Unis ont des
constitutions. Les lames d'art allemand ont des constitutions. En Autriche
également, c'est la même chose. Les 26 cantons suisses ont une constitution
également.
M. Morin : Oui. Et s'il y a
un conflit entre les deux, advenant un conflit, le droit fédéral va primer?
M. Jolin-Barrette : Mais il
n'y a pas de conflit entre la Constitution du Québec et la Constitution
canadienne.
M. Morin : Puis il n'y aura
jamais de conflit, par exemple, en une interprétation de la Charte canadienne
des droits et libertés, puis la charte québécoise.
M. Jolin-Barrette : Mais,
voyez-vous, ça, c'est une question qui est intéressante, parce que je suis
d'avis qu'on doit autonomiser davantage la Charte des droits et libertés de la
personne qui… est antérieure à la Charte canadienne des droits et libertés. Et
il faut que le droit québécois soit interprété à la lumière de la Charte
québécoise des droits et libertés. Je pense que, si on est sérieux dans le fait
de dire que le Québec est une société distincte, le Régime de droits et
libertés applicables au Québec doit être celui de la Charte québécoise. Alors,
il faut prendre les moyens pour le faire.
M. Morin : Puis, comment vous
allez exclure entièrement l'application du droit fédéral ou de la Charte
canadienne des droits et libertés? Parce que moi, je lis votre texte. Puis,
moi, quand je l'ai lu la première fois. À la première lecture, je me suis
dit : OK, donc, ce texte-là va avoir préséance sur toute règle de droit.
On est au sein d'une fédération, donc ça va exclure le droit fédéral. Et, bon,
là, je suis allé voir.
M. Jolin-Barrette : la
réponse à cette question-là, c'est que c'est la loi québécoise et la loi
suprême des lois québécoises, des normes juridiques établies par le Québec.
M. Morin : OK. Et là je suis
retourné voir des mémoires qui ont été déposées. Puis.
M. Jolin-Barrette : Et, si je
peux ajouter ma réponse aussi.
M. Morin : Oui, oui, allez-y,
allez-y, oui, oui, bien sûr.
M. Jolin-Barrette : Vous
savez, actuellement, la Charte canadienne coexiste avec la Charte québécoise.
Et vous savez qu'on a davantage de droits au Québec que dans le reste du
Canada, parce que la Charte canadienne, je sais…
M. Jolin-Barrette : ...vous le
savez, mais je le dis pour les gens qui nous écoutent. La Charte canadienne ne
s'applique que dans les rapports entre l'État et les citoyens, tandis que la
Charte québécoise des droits et libertés de la personne s'applique entre l'État
et les citoyens, mais aussi entre les citoyens, entre eux. Prenez les questions
de discrimination. C'est pour ça que les gens ont des recours, contre, exemple,
des propriétaires privés, sur une situation de handicap, quelqu'un qui n'est
pas admis dans un établissement privé. Bien, c'est grâce à la Charte
québécoise, c'est grâce à notre charte qu'on réussit à faire ça, puis on veut
lui donner un statut constitutionnel dans notre ordre juridique.
M. Morin : Et là-dessus, M.
le Président, je... je rejoins M. le ministre. Effectivement, juridiquement
parlant, la Charte canadienne, lit s'occupe des litiges entre l'État et les
personnes sur le territoire, pas uniquement des citoyens. La Charte québécoise,
qui l'a précédée, vise également des relations entre... faites dans le domaine
privé, entre des personnes, des citoyens qui sont sur le territoire québécois
et pas uniquement entre l'État et les citoyens ou les personnes qui sont sur le
territoire. Là-dessus... là-dessus, vous avez raison.
Maintenant, ce que j'allais dire, c'est
que, quand on... Je relisais le mémoire des professeures Karazivan et Valois de
l'Université de Montréal et qui disait, et je cite leur mémoire à la page
9 : l'article 2 dispose que la Constitution du Québec a préséance sur
toute règle de droit incompatible. Elles ajoutent : comme rédigé, cette
disposition induit en erreur le lecteur, car elle semble ignorer l'existence
des garanties et protections accordées par la Constitution canadienne,
notamment la Charte canadienne des droits et libertés. Or, juridiquement, la
souveraineté de l'Assemblée nationale est elle-même soumise à des normes
conventionnelles supérieures; elle ne peut en aucun cas avoir prédominance sur
les autres dispositions de la Constitution canadienne et aux droits et libertés
individuelles.
• (12 h 50) •
Elles rajoutent : le projet de loi n°
1, s'il est adopté, serait une loi soumise à la suprématie de la Constitution
canadienne comme prévu au paragraphe 52 (1) de la Loi constitutionnelle de 82.
Et par la suite, elles citent un point de presse où elles soulignent que vous
auriez reconnu cet état de fait suite à une question de M. Paul Wells. Et on
dit ici : la Constitution canadienne conserve sa priorité sur les lois
québécoises, lesquelles continuent de s'interpréter dans le cadre de référence
qu'est la Constitution canadienne.
C'est un point de presse que vous auriez
tenu en octobre 2025, le 9 octobre. Donc, je veux juste... je veux juste bien
comprendre. Est-ce qu'il y aurait lieu, à ce moment-là, de préciser la portée
de votre article pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté ou si vous le laissez comme
ça? Puis que répondez-vous aux deux professeures de l'Université de Montréal?
Puis, vous semblez vous-même l'avoir reconnu dans le cadre d'un point de
presse, alors j'aimerais que vous puissiez nous éclairer là-dessus.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Avec
plaisir. Alors, la question de la validité, elle est importante, puis ce n'est
pas nécessairement une question de prépondérance. Exemple : le parlement
fédéral ne peut pas adopter de normes dans les compétences exclusives du
Québec. Vous êtes d'accord avec moi?
M. Morin : Oui, clairement.
M. Jolin-Barrette : Donc...
parce que leurs lois seraient ultra vires... Donc, outre... Ils ne
seraient pas dans le cadre de leur juridiction. Ce serait au-delà de leur
compétence qui leur a été conférée par la Loi constitutionnelle de 1867. Notre
parlement, il est souverain, tout comme le parlement fédéral. Alors, on n'a pas
besoin de spécifier dans notre constitution, qui est la loi suprême, qui est la
loi des lois, qui est la loi au sommet de l'échelle du corpus québécois, que
cette loi-là s'applique aux lois québécoises. Ça va de soi.
Comme la Charte québécoise, on indique que
les lois doivent être conformes à la... à la Charte québécoise. L'ensemble du
corpus québécois devrait être conforme que... à la Constitution. Et la Charte
québécois, précise... la Charte québécoise précise pas plus non plus à son
article 52 que la Charte canadienne continue de s'appliquer. Donc, je pense que
c'est important d'envoyer le message que le droit québécois, il est assujetti à
la Constitution québécoise, puis c'est ça qui vient...
M. Jolin-Barrette : ...régir
notre droit. Comme le fédéral ne vient pas dire : La Constitution
canadienne ne s'applique, supposons, sur les parties du droit fédéral, uniquement
du Parlement fédéral. C'est présumé. Donc, il est nécessaire de le dire, que
c'est la loi des lois pour le Québec, comme au Canada, ils disent que c'est la
loi suprême. Bien, c'est la loi suprême, mais pas dans tous les domaines.
Ça, je pense que c'est important de le
reconnaître, puis c'est important aussi d'amener une autonomie envers la Charte
des droits et libertés de la personne pour organiser la société québécoise. Les
deux constitutions vont coexister.
Prenez l'exemple de la Colombie-Britannique,
qui a une constitution depuis plusieurs années, depuis 1996. Bien, les lois de
la Colombie-Britannique sont assujetties à la Constitution
britanno-colombienne. Puis il n'y a pas eu d'enjeux conflictuels non plus à ce
niveau-là.
Et la Constitution québécoise, elle existe
déjà, elle n'est cependant pas écrite dans un seul et même document, ce que
nous faisons. Et c'est pour ça que, lorsqu'on a des entraves du gouvernement
fédéral, parfois dans les champs de compétence du Québec, prenez l'exemple des
valeurs mobilières qui ont été essayées à plusieurs reprises par les
gouvernements libéraux et conservateurs à Ottawa. Mais la Cour a reconnu que,
non, ils ne pouvaient pas légiférer. Ça faisait partie des compétences
québécoises et donc, que la Loi sur les valeurs mobilières du Québec est celle
qui s'applique. Et donc ça, c'est un bon exemple, elle serait régie par la
Constitution du Québec comme loi des lois. Et le fédéral n'a rien à dire
là-dedans.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de l'Acadie. Oui.
M. Morin : Oui, sauf que
dans certains cas, et professeur Taillon pourra aussi nous éclairer là-dessus,
il y a quand même ce concept en droit constitutionnel de la suprématie du droit
fédéral. Donc, comment ça va s'appliquer avec votre Constitution? Moi, je veux
juste que ce soit clair pour tout le monde.
M. Jolin-Barrette : Mais
je suis d'accord avec vous, juste, ce soit clair. Vous, vous reconnaissez que
le Parlement fédéral a la suprématie sur l'ensemble des normes qui sont
adoptées dans notre Parlement ici?
M. Morin : Bon, bien là,
M. le Président, je ne me souviens pas d'avoir dit ça, puis pourtant j'ai parlé
il y a à peu près 15 secondes, ma mémoire est encore assez bonne, ça fait
que ce n'est pas ça ma question. Mais je comprends que le ministre répond à ma
question par une question, il a fait ça, hier, une partie de la journée, mais
ce n'est pas ça, le point.
J'aimerais... Parce que, là, évidemment,
vous comprenez, les gens nous regardent, les gens nous écoutent, puis ça a
soulevé plusieurs questions. Là, j'ai... j'ai fait référence à un mémoire en
particulier, de deux... de deux professeurs, sûrement que le professeur Taillon
les connaît, qui sont à l'Université de Montréal, qui ont soulevé certains...
en fait, une interrogation. J'essaie juste de comprendre, pour que ce soit
clair, puis là, bien, je pose une question au ministre, alors, bien, peut-être
que c'est oui, peut-être que c'est non, peut-être qu'il y a des cas
particuliers, mais c'est... c'est juste ça ma question. Alors voilà.
M. Jolin-Barrette : Alors,
les matières visées par la Constitution québécoise n'intéressent pas le
Parlement fédéral. Elles sont régies par la Constitution du Québec.
M. Morin : Bien. Pour la
rédaction de ce texte-là, elle est... Oui, oui, non, je vous écoute.
M. Jolin-Barrette : Un
autre point, puis c'est pour ça que j'ai réagi aux propos du député de
l'Acadie, en toute amitié, c'est que le principe de suprématie des lois
fédérales n'existe pas au Canada. Il n'y a pas de suprématie des lois
fédérales.
M. Morin : OK.
M. Jolin-Barrette : À
moins que vous me disiez le contraire.
M. Morin : Bien,non,
mais ça c'est intéressant parce que, tu sais, c'est votre positionnement comme
ministre de la Justice, puis comme procureur général. Moi, je vous écoute, puis
les gens vous écoutent aussi. Ça fait que c'est... Et c'est d'ailleurs la
raison pour laquelle je vous posais la question, là, vous y répondez
clairement. Alors, c'est très éclairant pour l'ensemble de la population qui
nous écoute. C'est tout.
M. Jolin-Barrette : OK.
M. Morin : Voilà. Pour
la rédaction de votre article, avez-vous obtenu... Avez-vous consulté des gens
et obtenu des avis pour le rédiger de cette façon-là?
M. Jolin-Barrette : Constamment.
Sur l'ensemble de la Constitution. Et contrairement à ce qui est véhiculé par
la formation politique du député de l'Acadie, pas par lui-même, M. le
Président, mais par son leader. Et d'ailleurs, je souhaitais lui offrir, si
jamais il sentait que le joug se resserrait de... Je suis là pour lui. Alors.
M. Morin : Non, mais
ça... J'admire l'altruisme du ministre, il ne cessera de m'étonner...
M. Jolin-Barrette : ...mais
je dirais plutôt au député de l'Acadie que c'est de la solidarité, comme il m'a
souligné tout à l'heure. Et donc, votre question, c'était?
M. Morin : Ah! Bien,
voilà. Et voilà. Non, bien, là-dessus, je veux encore rassurer mon collègue,
député de Borduas et ministre de la Justice.
M. Jolin-Barrette : Non,
mais je veux répondre à votre question.
M. Morin : Non, non, mais je
vais... je vais vous la reposer la... je vais vous la reposer la question,
mais... Mais ne soyez pas inquiet, M. le ministre, là, chez nous, il n'y a pas
de joug. Vous comprenez, on travaille en équipe, on est heureux, on est libre.
Je travaille avec mes collègues, ça va bien, alors pas d'inquiétude là-dessus,
je vous le concède. Ma question... Bon.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député, le temps file
rapidement, puis je sais qu'il y a des caucus. Alors, donc, la commission
suspend ses travaux jusqu'à 15 heures. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 59)
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 05)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît.
Bonjour tout le monde. Bon après-midi. En cette belle après-midi, c'est l'fun d'être
avec vous à l'intérieur. Je suis très content. Alors donc, la Commission des
Istitutions reprend ses travaux, nous poursuivons l'étude détaillée du projet
de loi numéro 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Lors de la
suspension de nos travaux, nous étions à l'étude de l'article 2. Donc, est-ce
que des interventions à l'article 2? M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît?
Oui.
M. Morin : Merci. Mais, en
fait, merci, M. le Président. On va. On va continuer. J'avais posé quelques
questions à M. le ministre, en ce qui a trait à l'article 2 et la préséance sur
toute règle de droit incompatible. Je souligne également que l'Association du
Barreau canadien division Québec avait aussi soulevé cet enjeu-là, qui aurait peut-être
une ambiguïté, compte tenu des mots qui sont, qui sont utilisés. Donc, c'est un
élément que je, que je soulève. J'avais demandé aussi au ministre si, avant de
rédiger la disposition de cette façon-là, il avait, il avait consulté? Il a dit :
oui. Maintenant, vous pouvez vous nous en dire davantage? Avez-vous obtenu des
avis écrits là-dessus? Avez… qui c'est que vous avez consulté pour nous
éclairer?
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : La
question, M. le Président, c'est qui avez-vous consulté en lien avec la
rédaction de la question? Pour l'ensemble des dispositions de la Constitution,
les juristes qui travaillent notamment sur la rédaction du projet de loi, la
Direction de droit constitutionnel, le Secrétariat québécois aux relations
canadiennes, la Direction du droit constitutionnel des affaires juridiques et
des affaires autochtones du ministère de la Justice, les différentes… du
gouvernement. Donc, contrairement à ce que dit votre leader parlementaire ou
les différents collègues. Ce projet de loi là n'a pas été rédigé par le
ministre de la Justice seul.
M. Morin : Bien.
M. Jolin-Barrette : Les plus
brillants juristes du ministère de la Justice, des Relations canadiennes ont
participé à la rédaction de ce projet de loi là. Et vous dire également que ces
mêmes personnes sont celles qui conseillent successivement l'ensemble des
gouvernements québécois. Donc, dans la continuité de l'État, que ça soit l'époque,
les différents gouvernements successifs de l'État.
M. Morin : Puis, à ce moment-là,
j'imagine, qui vous ont donné des mémoires, des avis dans le cadre de la
rédaction de la Constitution.
M. Jolin-Barrette : Il y a
toujours des avis juridiques qui sont proposés par les différentes équipes sur
l'ensemble des projets de loi.
M. Morin : Et vous faites des
analyses aussi?
M. Jolin-Barrette : Dans le
cadre de l'élaboration d'un projet de loi, il y a toujours des éléments qui
sont portés à l'attention du ministre pour les choix qui, qui sont faits
législativement, mais surtout aussi en termes de consultation. On a fait de
très larges consultations en amont du projet de loi. Donc, j'ai consulté des
professeurs d'université, des gens du domaine de la santé, des gens du domaine
de la société civile. On a consulté également les membres du comité, ce qui a
rendu un rapport sur les enjeux du Québec qui, eux même, ont consulté, ont reçu
énormément de mémoires également. D'ailleurs, les mémoires ont été déposées sur
leur site web, et ce n'est pas une surprise la rédaction de la Constitution. En
janvier 2025, le premier ministre du Québec a fait un remaniement me confiant
la…
M. Jolin-Barrette : ...du
Secrétariat aux... Canadiens aux relations... du Secrétariat québécois aux
relations canadiennes, et, dans la conférence de presse, indique qui donne le
mandat au nouveau ministre de produire une convention québécoise dès le mois de
janvier. Et, dès ce moment-là, on s'est mis au travail à rencontrer les
différents groupes pour travailler. Et, vous savez, il y avait une bonne base
de travail parce que la Constitution du Québec, elle existe déjà dans des lois
éparpillées.
Et d'ailleurs c'est ce qu'on retrouve, là,
dans la partie I, notamment le droit de vivre, se développer en français.
J'imagine que le Parti libéral du Québec est pas contre ça. Le fait d'avoir un
système juridique de tradition civiliste qui soit protégé, le Parti libéral ne
doit pas être contre ça. Le fait que, lorsque le peuple québécois est consulté
par un référendum tenu en vertu de la loi, l'option gagnante est celle qui
obtient la majorité des votes déclarés valides, soit 50 % de ces votes
plus un vote. Je ne pense pas que le Parti libéral est contre ça d'ailleurs.
Vous avez appuyé une motion la semaine dernière là-dessus. Le fait que la
Charte des droits et libertés de la personne fasse partie de la Constitution,
les droits fondamentaux, je ne pense pas que le Parti libéral est contre ça.
Je ne pense pas que vous êtes contre
l'article 21 que la seule langue officielle du Québec est le français.
D'ailleurs, c'est Robert Bourassa, en 1974, un gouvernement libéral, qui a fait
du français la langue officielle du Québec. Que l'État est laïque, ça non plus,
je ne pense pas que vous êtes... que le Parti libéral est contre ça. 23, que le
territoire du Québec est indivisible. Ces frontières ne peuvent être modifiées
qu'avec le consentement de l'Assemblée nationale. Je ne pense pas non plus que
le Parti libéral est contre ça. D'ailleurs, vous avez déjà appuyé des motions
en ce sens-là à l'Assemblée nationale, historiquement, à plusieurs reprises.
• (15 h 10) •
Que l'État protège et assure la
souveraineté culturelle du Québec, je pense que vous êtes d'accord avec ça.
D'ailleurs, à l'époque, à l'UNESCO... à cette époque-là, je pense que c'est le
Parti libéral qui avait obtenu un siège à l'UNESCO, dans une institution
internationale auquel on est tous fiers aujourd'hui. Je pense que c'est
important de réitérer ça, qu'en matière culturelle, le Québec doit prendre sa
place.
Je ne sais pas si vous vous souvenez, M.
le Président, à l'époque, le Parti québécois... quand le Parti libéral avait
obtenu ça... le Parti québécois avait qualifié ça de strapontin. Mais, au
final, quand le Parti québécois est devenu au pouvoir, a tablé sur les acquis
que le Parti libéral avait été cherché, puis, par la suite, la politique
internationale du Québec permet, en utilisant tous les acquis que nous
acquérons collectivement, de poursuivre la continuité de l'État.
Alors, la Convention du Québec a été
rédigée en ce sens-là, en prenant les acquis, mais aussi en propulsant le
Québec et la Constitution vers un document rassembleur et fédérateur. Alors, je
pourrais continuer sur les différentes mesures que votre formation politique a
appuyé à travers le temps.
M. Morin : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : La députée de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Je pense que ma
collègue voulait prendre la parole avant moi. Je m'excuse.
Le Président (M.
Bachand) : Ça va. Mme la députée de Mille-Îles, s'il vous
plaît.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Je ne suis pas juriste, je ne suis pas constitutionnaliste, Alors,
je vais... poser une question, peut-être plus de néophyte pour le ministre.
Donc, je vais vous poser une question par rapport à... tu sais, ce que ça dit,
là, la Constitution du Québec a préséance sur toute règle de droit
incompatible. C'est vraiment une question de néophyte. Juste comprendre, parce
que... il y a un article 20 plus tard qui parle de l'eau, qui dit en fait que
l'eau est une ressource collective faisant partie de ce patrimoine commun. Je
l'utilise comme exemple, là, juste pour comprendre la préséance de toute règle
de droit.
Il existe des... dans le fond, des
règlements, des lois où l'eau a été privatisée d'une façon. Donc, je veux juste
comprendre quand on dit : sur toute règle de droit incompatible. Si c'est,
par exemple, un règlement vient privatiser l'eau. C'est ça. Comment ça se... ça
s'organise avec l'article 20 qui vient dire que l'eau est une ressource
collective faisant partie de ce patrimoine commun. C'est vraiment juste pour
comprendre, tu sais, les règlements, les lois versus... C'est ça.
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, vous avez les principes généraux comme quoi l'eau est une ressource
publique. Dans le fond, l'eau n'est pas privatisée dans les règlements. Dans le
fond, ce qui est souvent établi dans les règlements, supposons, sur la gestion
de l'eau. C'est notamment son droit d'utilisation, son droit d'embouteillage
qui est... qui n'est pas privatisé, mais que son utilisation est confiée. Donc
des droits, supposons, d'utilisation de l'eau qui va être... qui va être
octroyé. Fait que, l'idée de la Constitution à la base, là, dans les différents
articles, c'est créer le socle, les principes. Puis bien entendu, il y a...
M. Jolin-Barrette :
...des lois qui doivent être conformes au principe qui est établi dans la
Constitution.
Mme Dufour : Mais, en
fait.
M. Jolin-Barrette : Donc
exemple, je donne un exemple.
Mme Dufour : Oui,
excusez.
M. Jolin-Barrette : Les
articles 1 à 38 de la Charte des droits et libertés de la personne, qui
sont notamment les droits fondamentaux des Québécois, à chaque fois que vous
établissez une norme, donc qu'on adopte une loi ou un règlement, ici, bien
souvent, ça va avoir un impact sur les droits et libertés parce que, au fur et
à mesure qu'on établit des règles dans une société, nécessairement, les
libertés ne sont pas absolues.
Donc, ça vient réglementer, mais il ne
faut pas que ça porte atteinte à la liberté. Donc, c'est le même principe avec
la Constitution où vous avez, pardon, où vous avez la norme générale et en
découle par la suite les lois, les règlements qui doivent être conformes.
D'ailleurs, dans le Code civil du Québec, à l'article 913, on prévoit déjà
que l'eau ne peut faire l'objet d'appropriation.
Mme Dufour : OK, mais
demain matin, un nouveau gouvernement voudrait privatiser l'eau, ce que je
comprends, c'est qu'il ne pourrait pas le faire avec... si l'article 20
existe, parce que ça dit que ça a préséance, la Constitution sur toute règle de
droit incompatible. C'est...
M. Jolin-Barrette : Effectivement,
c'est une... on vient établir que c'est une ressource collective.
Mme Dufour : OK. Ça fait
que, dans le fond, tout ce qui se retrouve dans cette... dans la Constitution,
les articles, s'ils sont adoptés tels quels, ça veut dire qu'il n'y a... qu'il
n'y a rien qui peut venir changer ça d'une manière ou d'une autre. Pas dans un
règlement, pas dans une loi.
M. Jolin-Barrette : Non,
c'est... c'est ce qui s'applique, sous réserve que, dans l'éventualité où le
législateur et l'Assemblée nationale voulaient... voudraient déroger dans
l'interprétation de l'application d'un droit ou liberté fondamentale, auraient
toujours la possibilité de le faire.
Mme Dufour : OK.
M. Jolin-Barrette : Donc,
à titre d'exemple, on insère les articles 1 à 38 de la Charte des droits
et libertés de la personne à l'intérieur de la Constitution, mais c'est
toujours possible d'utiliser la disposition de souveraineté parlementaire pour
venir déroger à la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.
Mme Dufour : OK. Le...
Juste...
M. Jolin-Barrette : Exemple,
supposons, il y a des enseignantes qui étaient des anciennes religieuses et qui
ont contribué moins longtemps à leur fonds de pension. Puis on a une loi au
Québec qui fait en sorte de corriger cette iniquité-là, parce qu'elle se
retrouve à avoir sous financé leurs fonds de pension en raison du fait qu'elles
étaient dans des communautés religieuses. OK.
Donc, le gouvernement de monsieur
Couillard avait renouvelé la disposition, notamment, et ça fait en sorte
d'avoir une approche qui est discriminatoire, OK, fondée notamment sur le sexe.
Lorsqu'on déroge à ça, bien on déroge à la Charte québécoise des droits et
libertés parce que c'est un motif de discrimination. Donc, on permet toujours
cette possibilité-là de venir déroger.
Mme Dufour : OK, une
question.
M. Jolin-Barrette : Même
si ça se retrouve dans la Constitution.
Mme Dufour : Ça, ça a
peut-être été discuté au préalable, là, mais juste savoir, la Constitution, si
elle est adoptée, comment elle est modifiée par la suite, est-ce que c'est...
c'est une majorité? Tu sais, dans le fond, ce n'est pas aux deux tiers comme
des nominations, là, ce que je comprends, ce serait à la majorité, tout
simplement, simple?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bien, il y a eu plusieurs commentaires dans le cadre des consultations, les
plus larges consultations des dix dernières années que nous avons tenues, donc
200 groupes, 300 mémoires. Dois-je vous le rappeler? Et elle est
modifiée, la Constitution, à majorité expresse par l'Assemblée nationale. On n'a
pas inclus une formule d'amendement rigide comme exemple, celle qui est dans la
Constitution canadienne. Donc, ça signifie que, je donne, à titre d'exemple, la
présente Constitution elle est adoptée et je souhaite que vous y adhériez dans
l'honneur et dans l'enthousiasme. Mais d'aventure, supposons que, dans un futur
très lointain, très, très, très, lointain, très, très, très lointain, que le
Parti libéral gagnerait des élections.
Mme Dufour : C'est...
c'est juste en octobre, ce n'est pas si lointain que ça, mais c'est correct.
M. Jolin-Barrette : Non,
non, mais je... Mon propos voulait dire au-delà d'octobre 2026, donc le très
très loin, il ne faisait pas référence à quatre ou cinq mois, mais on ne peut
pas évacuer cette possibilité-là. C'est peu probable, mais c'est possible qu'un
jour ça arrive. Alors avec la... l'absence de forme... de formule d'amendement
rigide, ça permettra à l'Assemblée nationale de modifier la Constitution.
Mme Dufour : OK. Donc,
finalement si...
M. Jolin-Barrette : Mais
je suis ouvert à, si vous voulez intégrer une formule d'amendement rigide.
Mme Dufour : OK. Ça fait
que...
M. Jolin-Barrette : Si
c'est votre souhait.
Mme Dufour : Si je peux
juste poser ma dernière... une dernière question. Si je comprends bien, donc,
s'il y a un élément qui est incompatible, qu'un gouvernement voulait adopter,
mais qui est incompatible, il pourrait aussi modifier la... tu sais, s'il est
au gouvernement, puis qu'il est majoritaire, pourrait aussi modifier...
Mme Dufour : …simplement la
Constitution pour qu'elles deviennent compatibles, si ma compréhension est
bonne?
M. Jolin-Barrette : Mais dans
le fond, le principe de base, là… supposons qu'un règlement adopte… qu'un
gouvernement adopte une loi qui est contestée en vertu de la Constitution,
bien, le juge qui va devoir interpréter la loi, bien, il va devoir évaluer si
elle est compatible ou non avec la Constitution. Si elle ne l'est pas, elle va
être inopérante, cette loi-là. Donc, dans l'éventualité où un futur
gouvernement voudrait quand même adopter sa loi, effectivement, il devrait
faire en sorte de venir modifier la Constitution. Donc, vous comprenez quand
même que, lorsqu'on a une Constitution, les gouvernements souhaitent respecter
la Constitution. Et là, il y a toute la dynamique de dialogue
interinstitutionnel qui s'engage. Mais comme pour la Charte des droits et
libertés de la personne, toutes les lois actuellement qu'on adopte ici à
l'Assemblée nationale doivent être conformes à la Charte québécoise. Et si
jamais elles ne sont pas conformes à la Charte québécoise, bien, le tribunal
donne préséance à la Charte.
Mme Dufour : C'est bon.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci. Merci, M.
le Président. Peut-être pour mieux comprendre, parce qu'on avait parlé à
l'article précédent, la question des différents pactes sur les questions de
droits fondamentaux que le Québec a signé. Comment le ministre voit la place du
droit international dans sa… dans son processus constitutionnel?
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : Bien là,
on est à l'article 2, et l'article c'est «La Constitution du Québec a préséance
sur toute règle de droit incompatible». Donc, c'est ce qui prime en droit
interne, donc en droit québécois, dans le fond, les lois et les règlements qui
sont adoptés par l'ordre québécois doivent être conformes à la Constitution.
• (15 h 20) •
M. Bouazzi : Je comprends ça,
mais ça ne répond pas à ma question, il y a…
M. Jolin-Barrette : Bien, la
réponse classique de ça, le droit international et de la «soft law» à moins
qu'il soit intégré en droit interne.
M. Bouazzi : Et donc, si le
Québec s'engage, dans un certain nombre de… de respect de différents… de
différentes conventions, aux différents pactes, c'est quoi la place des
différents pactes que le Québec a signé et s'est engagé à respecter dans le
processus de la Constitution?
M. Jolin-Barrette : Alors, la
mécanique en matière de droit canadien et de droit québécois, notamment ici,
c'est régi par la Loi sur le ministère des Relations internationales, puis
souvent, bien souvent… à quelques occasions, vous avez… le député de
Maurice-Richard a pu constater que le ministre des Relations internationales
indique en Chambre qu'il dépose une entente qui devra faire l'objet d'un débat
à l'Assemblée nationale et par la suite, soit ratifié, et on peut intégrer
également, dans le cadre du droit québécois, des mesures en matière de
conventions internationales. D'ailleurs, on en a fait un, là, sur… l'officier…
dans le projet de loi 12 sur les pensions alimentaires et la réciprocité…
Une voix : …
M. Jolin-Barrette :
…Convention de 2007?
Une voix : …
M. Jolin-Barrette : …sur le
recouvrement international des pensions alimentaires. Donc, présentement ça
devrait être, si l'Assemblée le souhaite, adoptée la semaine prochaine. Puis
ça, ça fait en sorte qu'avec cette convention-là, on permet, lorsqu'il y a un
parent à l'étranger de… parce qu'on l'intègre en droit québécois, lorsqu'un
parent est à l'étranger, on facilite le paiement de la pension alimentaire pour
aller prélever la pension alimentaire pour un enfant qui est au Québec…
supposons… que le parent, supposons, se retrouve dans un autre État, exemple,
un État européen… auparavant, on avait des ententes de réciprocité avec
certains États américains, notamment la Floride, mais il y a une convention
internationale qui est établie, puis là, avec les conventions avec les
États-Unis, c'était… c'était plus difficile, ça avait …donc, pour assurer que
les enfants puissent avoir les aliments puis les sommes associés aux aliments, bien,
on a intégré cette convention-là auquel on avait adhéré en notre droit interne,
en l'adoptant dans le cadre d'un projet de loi à l'Assemblée nationale.
M. Bouazzi : Mais, plus
précisément, plus spécifiquement, il y a 11 instruments internationaux en
matière de droits de la personne, soit sept principaux pactes et conventions
des Nations unies en matière… aussi appelés traités, qui ont été ratifiés et
que le Québec s'est déclaré lié par décret. Comment est-ce que vous voyez la
…le lien entre ce qu'on fait aujourd'hui et l'engagement du…
M. Bouazzi : ...Québec
face aux différents pactes et conventions dont on se dit lié.
M. Jolin-Barrette : Bien,
en fait, c'est compatible parce que, vous savez, les tribunaux québécois
appliquent le droit national qui est intégré ici, et donc ce n'est pas
différent, exemple, de la Charte des droits et libertés de la personne qui a
une disposition de préséance sur les dispositions, comme la Charte de la langue
française a également des dispositions de préséance.
Ce que l'on fait, c'est qu'on consolide
l'ensemble des éléments qui font partie de la Constitution québécoise, qui sont
dispersés, et qu'on les amène ensemble dans un seul et même tout, puis on vient
indiquer que c'est la Constitution qui prime.
Donc, c'est l'équivalent d'une disposition
de préséance, mais aussi, si une loi qui est adoptée par l'Assemblée nationale
va à l'encontre de la Constitution québécoise, elle sera incompatible si elle
est à... elle est à l'encontre... à l'encontre de la Constitution. Et donc elle
est incompatible et inopérante.
M. Bouazzi : Ça, j'ai
compris pour les lois québécoises.
M. Jolin-Barrette : Ça
fait qu'exemple, supposons que l'Assemblée nationale adoptait une loi qui
allait à l'encontre de l'égalité homme-femme, par exemple. Donc, elle serait
incompatible avec la Constitution parce qu'on vient consacrer l'égalité entre
les hommes et les femmes, et donc elle serait déclarée inopérante par le
tribunal.
M. Bouazzi : À moins que vous
déclarez qu'un droit collectif pourrait permettre cette inégalité. Puisque vous
avez le droit, sous prétexte de souveraineté parlementaire, de ne pas y passer
tous les articles, y compris ceux qui permettent et qui imposent l'égalité des
droits entre les hommes et les femmes et qui seretrouvent dans la
charte.
M. Jolin-Barrette : Mais,
non, c'est le... C'est le contraire, M. le Président, on vient intégrer dans la
Constitution l'égalité entre les hommes et les femmes.
M. Bouazzi : Non, ça, je
comprends, mais sous prétexte... Est-ce que...
M. Jolin-Barrette : On
vient... on vient l'indiquer clairement. Il faut... il faut travailler avec des
hypothèses crédibles qui sont dans le texte législatif que nous avons devant
nous.
M. Bouazzi : Exact.
Donc, dans le texte et je vais y aller de mémoire, l'article 9 permet de
déroger à tous les articles qui se retrouvent dans la Charte des droits et
libertés, y compris ce qui permet d'assurer l'égalité entre les hommes et les
femmes, si un projet de loi inscrit la souveraineté parlementaire, et ce, sans
avoir à démontrer que c'est contraire à l'égalité, ou ce n'est pas contraire à
l'égalité entre les hommes et les femmes.
M. Jolin-Barrette : Non,
c'est inexact, ce que le député de Maurice-Richard dit, l'article 9 de la
Constitution dit : «La nation a le droit de vivre et de se développer en
français». Donc, ce qu'on fait présentement, c'est qu'on étudie la
partie 1 du projet de loi n° 1 , qui est la Constitution du Québec.
Et d'ailleurs, à l'article 28, on
vient consacrer l'égalité entre les hommes et les femmes : «L'État protège
l'égalité entre les femmes et les hommes» à l'article 28. Ce à quoi le
député fait référence, c'est la codification de l'État du droit dans la Loi sur
l'autonomie constitutionnelle du Québec, qui est la partie 2 et qui est
une loi distincte de la partie 1.
M. Bouazzi : Et qui...
et qui est l'article 9 qui dit qu'une loi peut inclure une clause.
M. Jolin-Barrette : De
la partie 2.
M. Bouazzi : Donc, je
veux bien que ce soit inexact, mais on parle de deux articles 9 qui se
retrouvent dans les pages qui sont devant nous. Donc, je comprends qu'il y a...
M. Jolin-Barrette : Non,
il faut être précis, quand même, pour, les gens nous écoutent.
M. Bouazzi : C'est très
bien. Donc, pour les gens qui nous...
M. Jolin-Barrette :
Donc, il faut dire les choses telles qu'elles sont.
M. Bouazzi : Exactement.
Donc, l'article 9 dont je parle précise qu'une loi peut inclure une clause
de souveraineté parlementaire sans contextualisation ni justification et
qu'aucune violation du droit d'une liberté ne peut être invoquée.
Ça, ça veut dire qu'on n'a pas besoin de
justifier qu'une loi qui inclut une clause de souveraineté parlementaire
n'augmente pas ou ne va pas contre l'égalité entre les hommes et les femmes.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que vous respectez les jugements de la Cour suprême du Canada? Est-ce que vous
êtes d'accord lorsque la Cour suprême du Canada rend une décision sur l'état du
droit?
M. Bouazzi : Mais, je ne
comprends pas pourquoi, est-ce que... Est-ce que vous avez un malaise à
répondre à une question aussi simple?
M. Jolin-Barrette : Non.
Non, non. Répondez à ma question, puis ensuite...
M. Bouazzi : La... Non,
c'est moi qui ai commencé à poser les questions. La question est claire, il y a
une clause de souveraineté parlementaire et je lis l'article 9 qui dit
qu'on peut l'utiliser sans contextualisation ni justification. Est-ce que vous,
vous comprenez de cet article qu'on doit justifier, qu'on doit justifier qu'un
projet de loi n'augmente pas les inégalités entre les hommes et les femmes?
Parce que moi, je lis : «ni
contextualisation ni justification» et que donc, si c'est invoqué, aucune
violation du droit d'une liberté ne peut être invoquée. Je pense que c'est
important que les gens qui nous écoutent comprennent les conséquences de ce
genre de proposition.
Et puis c'est correct, vous pouvez
dire : Moi, la souveraineté parlementaire, effectivement, c'est ça mon
point de vue, c'est que je n'ai pas à prouver qu'une assemblée majoritaire
puisse bafouer, en fait, ne pas bafouer l'égalité entre les hommes et les
femmes, une fois que j'invite, j'invite la clause, c'est ce qu'il y a écrit.
Alors, maintenant, je comprends que vous pouvez dire par ailleurs d'autres
choses, mais c'est ce qui a écrit, c'est ce que vous nous proposez...
M. Bouazzi : …c'est ce que
d'ailleurs vous, vous défendez ailleurs. Maintenant, concernant les pactes
internationaux. Je n'ai toujours pas compris. Si on regarde et puis on a toute
une liste. Quels sont? Attendez, je vais la sortir… Voilà, par exemple, on se
dit lié par le pacte international relatif aux droits civiques ou politiques, ou
à la Convention internationale de l'élimination de toute forme de
discrimination raciale. La Convention relative à l'élimination de la
discrimination à la guerre des femmes, la Convention contre la torture et
autres peines aux traitements cruels, inhumains ou dégradants, la Convention
relative aux droits de l'enfant, la Convention relative aux droits des
personnes handicapées. Est-ce que parce que, je vous avouerai que si on regarde
l'histoire de la… de l'adoption de la charte qui a à peu près appris 10 ans.
Donc, quatre ans de travail au niveau du législateur, avec toutes sortes
d'échanges avec la société civile. Mais un des points de départ des du travail,
comme vous le savez probablement, je pense que c'était en 1967, si je ne me
trompe pas, avec le professeur Jacques-Yvon Morin, qui avait fait un appel à
doter le Québec d'une charte. Il se basaient beaucoup sur les obligations,
justement, en matière de droit international, et je vous avouerais que je
m'étonne que la question du droit international n'apparaisse nulle part, alors
qu'en fin de compte, ce n'est pas nous qui avons inventé le respect des droits
de la personne ou la démocratie. Nous devons l'adapter à nos besoins. Mais, les
différents pactes de droits, nous, nous engagent. Non?
• (15 h 30) •
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Et,
écoutez, le député de Maurice-Richard dit plusieurs choses, notamment sur
l'article 9 de la partie deux, puis on y viendra tout à l'heure. En 1988, la
Cour suprême du Canada a établi les modalités relativement à l'utilisation de
la disposition de souveraineté parlementaire. Et ce qui est écrit à l'article
9, c'est la codification de la décision de la Cour suprême de la… Donc, je
comprends que Québec solidaire, eux, ce qu'ils souhaitent, c'est retirer des
pouvoirs à l'Assemblée nationale du Québec. Le projet de loi que le député de
Maurice-Richard a déposé pour encadrer l'utilisation de la disposition de
souveraineté parlementaire, ce qui fait en sorte qu'il veut abdiquer et
restreindre le pouvoir du Parlement et son rôle en tant qu'élu.
M. Bouazzi : Alors, c'est
drôle, c'est-à-dire que, quand l'Assemblée elle-même fléchit, on réfléchit.
Quand l'assemblée elle-même réfléchit aux limites de son propre pouvoir, c'est
ne pas respecter la souveraineté du Parlement? Quand l'Assemblée a décidé, en
1975, d'adopter une charte des droits et libertés et qu'a décidé que la Charte
des droits et libertés aurait un statut semi-constitutionnel, et que les autres
lois devaient respecter l'égalité entre les hommes et les femmes ou éviter de,
évidemment, les discriminations raciales ou permettre le droit des
travailleuses et travailleurs à se syndiquer ou à la liberté d'expression, etc,
etc. C'est elle-même doté d'outils pour limiter ses capacités à légiférer parce
qu'elle même en tant qu'institution. C'était des moments nobles d'une
démocratie. C'est de se dire quand on a un immense pouvoir qui peut permettre
des dérives, ben nous, pas les juges, nous les juges, et ensuite ils
appliqueront les lois que nous on décide. Mais nous, est-ce qu'on est devrait
pas baliser un droit? Et c'est ce qu'on propose d'ailleurs. Quand on propose
des lois, elles changent. Vous êtes bien placé pour savoir qu'elles changent la
charte, qu'il y a un pouvoir semi-constitutionnel a été adopté à l'unanimité,
modifié à la quasi-unanimité à chaque fois. Et depuis votre arrivée, non
seulement vous l'avez modifiée à la majorité simple, mais vous l'avez même fait
parfois sous bâillon, ce qui est tout un respect de la souveraineté
parlementaire et de l'histoire, je pense, noble, de notre démocratie et des
moments les plus importants qui sont que sur les questions des droits
fondamentaux, bien, il faut qu'il y ait des consensus. Donc, j'en reviens à la,
à la, à la charte, effectivement, il y a le, la, les questions des droits et
libertés et puis des conventions internationales, et on peut revenir à la
Déclaration des droits de l'homme de 1948, de l'ONU, où on s'est dit que toute
démocratie doit garantir une…
15 h 30 (version non révisée)
M. Bouazzi : ...protection
de pleine citoyenneté par rapport à des droits fondamentaux intrinsèques aux
citoyennes et citoyens, et que le législateur ne devrait pas abuser de son
pouvoir s'il se retrouve à discriminer les noirs, les juifs, les femmes, les
homosexuels, etc. D'ailleurs, à l'époque, les homosexuels n'étaient
malheureusement pas dans le... la déclaration, bon.
Donc... Donc c'est tout à fait normal qu'un
législateur réfléchisse aux limites de son pouvoir. Et nous, ce qu'on propose à
Québec solidaire, c'est de réfléchir ensemble, en tant que législateurs, aux
limites de l'utilisation de la clause dérogatoire entre nous, pas devant les
juges.
Et c'est un peu l'exercice, d'ailleurs, qu'il
aurait été opportun de faire à l'intérieur de cette Constitution. Je rappelle
quand même que ça a pris quatre ans de travail législatif d'adopter la Charte
des droits et libertés québécoise et que vous, vous avez prétendu, ne serait-ce
qu'hier, j'ai l'impression, qu'on est capable d'adopter un texte aussi
important qu'une constitution en deux semaines. C'est tout un exercice.
Ceci étant dit, si je reviens à la Charte,
elle vient s'inspirer fortement d'un certain nombre de principes de la question
du droit international. Et j'en profite, M. le Président, de déposer... Je vais
déposer un amendement pour l'article suivant pour pouvoir, justement, clarifier
le rapport de l'exercice qu'on fait avec les différents pactes que nous avons
nous-mêmes adoptés et les engagements par rapport au droit international.
Le Président (M.
Bachand) :Faites la lecture, s'il vous
plaît, merci.
M. Bouazzi : J'en fais
la lecture. Donc, ajouter au premier alinéa de l'article 2 du projet de
loi, après «incompatible», la mention suivante «est soumise aux accords de
droit international». Donc, la Constitution, donc l'article 2 de cette
loi, tel qu'amendé, se lirait ainsi : «La Constitution du Québec a présenté...
a préséance, pardon, sur toute règle de droit incompatible, elle est soumise
aux accords de droit international».
Est-ce que le ministre considère que sa
Constitution est en contradiction avec les différents engagements du Québec en
matière de droit international?
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président. Tout à l'heure, le collègue m'a demandé, puis que je
voulais intervenir, mais je l'ai laissé terminer, là. Il m'a dit, là, il ne
faut pas que la disposition de souveraineté parlementaire puisse déroger,
puisse permettre de déroger à l'égalité entre les femmes et les hommes. N'est-ce
pas?
M. Bouazzi : Cela, ou
aux droits des homosexuels ou aux droits politiques, le droit de manifester,
effectivement, oui.
M. Jolin-Barrette : Mais,
vous avez principalement fait référence à l'égalité entre les femmes et les
hommes.
M. Bouazzi : Elle est
effectivement très importante pour nous.
M. Jolin-Barrette : C'est
ça. C'est ce que je constate, au fur et à mesure qu'on a des échanges ensemble,
relativement au fait que vous voulez conserver la possibilité que la liberté de
religion prime sur l'égalité entre les hommes et les femmes. Mais ça, vous m'expliquerez
ça à un autre moment, parce que manifestement, la position de votre formation
politique là-dessus, je ne me l'explique pas. De ne pas adhérer aux motions, de
ne pas adhérer au principe même de dire, bien, si jamais il y avait un conflit
entre l'égalité entre les femmes et les hommes et la liberté de religion, vous
n'êtes pas d'accord avec le fait qu'on protège et qu'on donne préséance à l'égalité
entre les femmes et les hommes.
Mais pour revenir à la disposition, elle
est prévue à l'article 28, l'égalité entre les femmes et les hommes, vous
ne pouvez pas déroger à la Constitution québécoise avec la disposition de souveraineté
parlementaire relativement à l'égalité entre les femmes et les hommes. Donc
vous...
M. Bouazzi : Sur le
droit international, je n'ai pas compris.
M. Jolin-Barrette : Bien
là, je répondais à votre première partie, mais est-ce que ça vous rassure, dans
un premier temps? Parce que je tente de répondre.
M. Bouazzi : Bien,
alors. Alors... alors laissez-moi... Alors, très bien, d'abord je vais répéter,
parce que c'est à se demander, M. le ministre, combien de temps vous voulez
répéter la même chose alors que c'est inexact. D'abord.
M. Jolin-Barrette : M.
le Prédisent
M. Bouazzi : Nous, nous
sommes... Non.
M. Jolin-Barrette : Je...
Honnêtement, si le député de Maurice-Richard veut dire que c'est inexact, puis
je vais faire un commentaire générique pour l'ensemble de la commission, là,
pour le temps que nous allons travailler ensemble. Ce n'est pas parce que vous,
vous pensez que c'est inexact, que c'est inexact. C'est un jugement de valeur
de votre part. J'ai beau vous expliquer que ce que vous dites n'est pas la
réalité et n'est pas factuellement vrai, vous pouvez dire un nombre
incalculable de fois que ce que je dis, ce n'est pas inexact, je ne respecte
pas votre propos sur ce point-là et votre opinion. Établissons ça dès le départ...
M. Jolin-Barrette : …et à
chaque fois que je vous donne une explication, vous n'écoutez pas l'explication
que je donne qui nous permettrait d'avancer.
Et, donc, je vais en profiter pour vous
dire, bien entendu, que la Constitution du Québec s'inscrit en conformité du
droit international.
Mais, est-ce que vous parlez de ceux qui
sont sous l'égide de l'ONU ?
Est-ce que vous parlez des accords internationaux, des accords bilatéraux ?
Vous savez, dans la Constitution
canadienne, dans la Constitution américaine, ce qui est prévu, notamment, ce
sont les normes de droit interne qui s'appliquent.
Et d'ailleurs, dans la Constitution, on a
des normes qui s'appliquent pour les affaires extérieures qui sont prévues à la
Partie V.
M. Bouazzi : Bon, alors, je…
je vais me permettre d'expliquer pourquoi je pense que ce que le ministre a dit
est inexact.
D'abord, nous pensons que l'égalité entre
les hommes et les femmes n'est pas négociable.
Nous sommes d'accord avec toute la
jurisprudence des décisions de justice qui, à chaque fois qu'elle a eu à
choisir entre la liberté de religion et l'égalité entre les hommes et les
femmes, elle a tranché du côté de l'égalité entre les hommes et les femmes ?
C'est pire encore, monsieur le président,
et je vais le répéter aussi longtemps qu'il le faudra dans cette même
commission, alors que nous siégeons ici.
• (15 h 40) •
Et les groupes étaient ici les uns après
les autres, pratiquement pour tous les groupes, le ministre leur a
demandé : est-ce qu'ils trouvaient normal que la Commission des droits de
la personne ait donné un avis favorable à un homme, à la SAQ, qui a refusé de
se faire servir par une femme ?
Il s'avère que cette histoire est
totalement inexacte, à moins que le ministre ne fasse pas la différence entre
un homme et une femme. Dans la décision en tant que telle, c'était une femme
qui refusait d'être dans le même… seule avec un homme dans une voiture.
Non seulement ça, mais la décision en tant
que telle, la seule qui, faut-il le rappeler, date de 17 ans… de
17 ans, la seule à laquelle fait référence le ministre, spécifie très
clairement que la SAQ ne doit pas, et n'a pas à accommoder une personne sur la
base de sa religion si elle contredit l'égalité entre les hommes et les femmes.
Ça fait que… et… c'est non seulement…
c'est d'autant plus vrai qu'il n'y a pas juste l'égalité entre les hommes et
les femmes qu'on pense… qui n'est pas négociable, il y a toutes sortes de
choses qui ne sont pas négociables.
Et les juges… à moins qu'il est capable de
nous trouver un autre exemple, parce que, clairement, il avait mal compris
l'exemple qui date de 17 ans, qu'il a ressorti à toutes les personnes qui
sont venues ici ou, même, à l'émission de M. Masbourian, il y a juste quelques
semaines.
Et, donc, effectivement, c'est un peu
dommage qu'on vienne chambouler des principes de bases, des questions des
droits fondamentaux.
Je rappelle que… et je vais peut-être
ressortir ici un certain nombre de principes importants sur cette question-là,
puisque le ministre l'aborde.
Qui est que… que… ce que propose le
ministre est contraire à la Déclaration de Vienne qui spécifie… qui est comme…
la base sur laquelle se basent ces questions de droit, fondamentales, que les
droits et libertés de la personne sont universels, indivisibles,
interdépendants et intimement liés.
Que les droits se renforcent les uns les
autres, que l'introduction d'une hiérarchie… et ça, c'est-ce que la Commission
des droits de la personne et de la jeunesse nous dit.
J'imagine que le ministre pense qu'elle
est compétente en matière de droits de la personne, que l'introduction d'une
hiérarchie entre les droits et libertés de la personne aurait justement pour
effet de les affaiblir tous, incluant le droit à l'égalité entre les hommes et
les femmes.
Alors, j'espère qu'il est prêt à écouter
les spécialistes qui lui disent que ce qu'il propose, justement, affaiblit
l'égalité entre les hommes et les femmes. Maintenant, sur la clause de
souveraineté, particulièrement, moi, je pense que… j'espère que le ministre est
d'accord avec moi pour dire qu'une majorité ne devrait pas faire appel à cette
clause-là, si, par exemple, elle affaiblit l'égalité entre les hommes et les
femmes.
Et, donc, ça implique que l'utilisation de
la clause dérogatoire devrait effectivement être contextualisée, expliquée, et
d'autant plus que même les rapporteurs des… de l'ONU en matière de droits de la
personne sont sortis il y a quelques mois pour nous dire que l'utilisation de
la clause devait être exceptionnelle et temporaire, dans le temps.
M. Bouazzi : ...justement pour
respecter les engagements du Québec en matière de droit international. Est-ce
qu'il pense que les rapporteurs en matière de droits de la personne de l'ONU
ont erré?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : ...M. le
Président, on est sur l'article 2, hein? Avec l'amendement. Elle est... elle est
soumise aux accords de droit international. Alors, comment ça fonctionne en
droit international public, là, dans un système dualiste comme le nôtre, c'est
qu'il faut traduire les obligations des conventions internationales auxquelles
on adhère en droit interne. Fait que, quand le Québec s'en va à Paris, à New
York, au siège de l'ONU, à Genève, sort son crayon, signe et mandaté par le
Conseil des ministres, supposons le ministre des Relations internationales, il
signe tout ça. Pour ensuite que ça soit intégré en droit interne, même si on
adhère, OK, pour que ça soit la loi au Québec, bien, on a un processus pour
faire en sorte que les conventions, les pactes auxquels on a été déclarés liés,
fait en sorte qu'il faut qu'on les adopte ici à l'Assemblée nationale. La
Constitution ne change absolument rien à cela et la Constitution n'est pas en
contravention avec tout ça.
M. Bouazzi : Mais comment
vous expliquez... Effectivement, on est dans l'amendement. Je vous ai donné
l'exemple de rapporteur de l'ONU qui disait que l'utilisation de la clause
dérogatoire devait être exceptionnelle et temporaire. Comment vous expliquez
que vous, vous ne pensez pas ça, là? Est-ce que vous pensez que vous avez mieux
compris qu'eux le droit international? Parce que ce n'est pas... ce n'est
pas... ce que je propose est pas... est pas rare. Je veux dire, dans la
constitution en Bolivie, la constitution stipule que les traités internationaux
ratifiés reconnaissent les droits de l'homme, prévalent sur le droit interne.
De plus, les instruments internationaux déclarant les droits plus favorables
que ceux de la constitution ont une application préférentielle sur cette
dernière. Donc ça, c'est l'article 13, alinéa 3.
Il y a aussi en Allemagne... Et puis, Dieu
sait que l'Allemagne est passée par une étape absolument terrible. D'ailleurs,
vous savez probablement comme moi, M. le ministre, que la Déclaration des
droits de l'homme de l'ONU, qui date de 48, est venue comme conséquence du
terrible génocide qui a eu lieu contre les Juifs, les Roms ou les personnes
ayant un handicap, les communistes, que des droits qui sont aujourd'hui
justement protégés par les chartes, y compris par la Déclaration des Nations
Unies de 1948. Et donc dans leur constitution de 1949 à l'article 25... l'article
25 de la loi fondamentale précise que les règles générales du droit
international public font partie intégrante du droit fédéral, sont supérieures
aux lois et créent directement des lois et obligations pour les habitants.
Il y a aussi toutes sortes d'autres
exemples. Bon, au Bénin aussi. Bon, il y a d'autres pays qui stipulent dans
leurs textes fondateurs qu'ils accordent une place particulière, qui est, comme
vous l'avez dit, effectivement, techniquement, nous avons la responsabilité de
codifier. Il n'y a personne qui nous oblige d'adhérer à du droit international.
Donc, une fois qu'on décide d'y adhérer, nous avons la responsabilité d'y
codifier le droit... D'ailleurs, même en cour, il y a moyen de plaider du droit
international, effectivement, auquel un pays adhère, même s'il se retrouve pas
dans son corpus.
Fait que, d'abord, j'ai oublié de vous
poser la question. Est-ce que vous êtes d'accord avec l'amendement? Parce que,
si vous êtes d'accord, on peut juste arrêter et voter tout de suite, si vous
voulez, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, on
est prêt à passer au vote, M. le Président.
M. Bouazzi : Non, mais est-ce
que vous êtes d'accord, sinon... Parce que j'essaye de comprendre c'est quoi...
Parce que vous me dites : vous inquiétez pas, tout ce qu'il y a dans cette
constitution est en cohérence avec le droit international. Moi, la vérité, j'en
doute, mais je vous prends au mot, je... La bonne foi est à prioriser dans
cette assemblée, fait que, adoptons cet article si vous êtes sûr, M. le
ministre.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, je pense que, dans cette assemblée, le règlement dit : on prend
la parole du collègue, et non pas à prioriser. Alors, encore une fois, je constate
que le député de Maurice-Richard ne souhaite pas adhérer aux règles qu'on s'est
dotées collectivement ici, à l'Assemblée nationale. Donc, ça lui appartient. On
est prêt à passer au vote.
Le Président (M.
Bachand) : D'autres interventions, M. le ministre... M. le
député?
M. Bouazzi : Est-ce que mes
collègues ont une intervention?
Le Président (M.
Bachand) : Oui, c'est ça, j'allais... Je voulais avoir avec
vous. Mais est-ce qu'il y a d'autres interventions sur l'amendement présenté
par le député de Maurice-Richard? S'il n'y a pas d'intervention, M. le député
de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Bien, j'ai
toujours du mal... Donc, vous, ce que vous dites, M. le ministre, c'est que,
par exemple, votre interprétation de l'article 9 sur la... la souveraineté
parlementaire qui permet justement de déroger à tous les droits fondamentaux
qui se retrouvent dans la... dans la charte...
M. Bouazzi : ... sans...
Cet article-là, particulièrement, par exemple, est compatible avec le Pacte
international relatif aux droits civils et politiques, ou avec la Convention
internationale sur l'élimination de toute forme de discrimination raciale ou ce
genre de pactes et de conventions auxquelles nous adhérons au Québec.
Le Président (M.
Bachand) :Ministre.
M. Jolin-Barrette : Tout
est compatible, M. le Président.
M. Bouazzi : Alors, une
dernière question, parce que moi aussi, je voudrais passer à autre chose.
Comment... Je n'ai toujours pas entendu une réponse à la question qui est, il y
a quelques mois, on avait des rapporteurs de l'ONU qui ont sorti un rapport
qui, malheureusement, ne fait pas honneur à notre processus démocratique,
honnêtement, là, et puis qui stipulait clairement, par rapport à la clause,
qu'il fallait qu'elle soit exceptionnelle et temporaire dans le temps. Comment
vous expliquez leur sortie?
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
• (15 h 50) •
M. Jolin-Barrette : M.
le Président. Deux choses l'une. Il y a un ancien premier ministre qui
disait : Audi alteram partem, ils peuvent avoir leur opinion, mais je
pense que les Québécois vont gérer leur Assemblée, leur droit interne aussi.
Alors, on a pris acte de ce que ces personnes-là ont indiqué. Cela étant, le
processus démocratique ici se poursuit à l'Assemblée nationale et la
démonstration, c'est que ça fait vraiment des dizaines d'heures qu'on... qu'on
discute sur ce projet de loi là. On était rendu à l'article 2, puis je
suis convaincu que les parlementaires vont jouer leur rôle efficace dans le
cadre d'une saine démocratie qu'est le Québec, à moins que le député de
Maurice-Richard veut remettre ça en question.
M. Bouazzi : Mais le
député de Maurice-Richard accorde une importance très, très, très particulière
aux échanges que nous avons. Et le député de Maurice-Richard, qui est, comme
vous, élu, s'inquiète beaucoup quand un rapporteur de l'ONU nous dit que
l'utilisation de la clause dérogatoire, contrairement à ce que vous dites, devrait
être temporaire et exceptionnelle. Et il s'en inquiète d'autant plus qu'un
ministre de la Justice, à moins que vous pensez parler tout seul au nom de
l'Assemblée au complet ou du peuple, ne soit pas capable d'au moins donner un
avis pour expliquer pourquoi est-ce que ces rapporteurs des droits de la
personne à l'ONU ont erré? Si vous pensez qu'ils ont erré. Peut-être, vous êtes
d'accord avec eux, peut-être, vous pensez que l'utilisation de la clause
devrait être temporaire et exceptionnelle.
M. Jolin-Barrette : Alors,
M. le Président.
M. Bouazzi : Moi, je
serais inquiet, à votre place. Je serais ministre de la Justice, si un
rapporteur de l'ONU vient me dire... J'aurais un vrai malaise, je préférerais,
en tant que ministre de la Justice, que des rapporteurs des droits de la
personne de l'ONU me disent quel beau processus de Constitution vous avez,
merci de respecter les fondements de la démocratie qui sont reconnus
internationalement, de ne pas déroger au droit international et aux différents
pactes et conventions auxquels vous adhérez.
Ce n'est pas ce qu'ils nous ont dit. Ça
fait que je suis persuadé que je ne suis pas le seul à être inquiet, M. le
ministre et le fait que vous n'ayez pas d'avis là-dessus, je comprends que vous
dites, ils ont votre avis, vous avez le vôtre. Mais... Mais le fait que vous
n'ayez pas plus d'arguments que ça m'inquiète spécialement, ce n'est pas rien,
là, ce n'est pas rien, des rapporteurs des Nations unies et le droit de la
personne.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Jolin-Barrette : Alors,
je souhaite au député de Maurice-Richard, un jour, d'occuper la fonction que
j'occupe. Si d'aventure c'était le cas, je lui souhaite beaucoup de bonheur et
de succès. Cela étant, peut-être, un fait intéressant à partager au collègue de
Maurice-Richard et à sa formation politique. Saviez-vous également que les
rapporteurs de l'ONU, notamment, ce n'est pas l'ONU au complet, c'est un de ses
comités, mais ces rapporteurs-là aussi s'étaient prononcés contre la loi no 101,
à l'époque, et contre la loi no 21 également.
Alors, il faut être prudent avec... avec
cela, lorsqu'on sait de quelle façon que le dossier a été apporté à travers ces
comités-là. Et je crois fondamentalement dans les Québécois, dans notre
démocratie, dans nos institutions, dans la primauté du droit, dans la
souveraineté parlementaire, dans l'indépendance judiciaire, dans le pouvoir de
l'exécutif, dans la séparation des pouvoirs. Et je pense qu'on peut être fiers
de notre démocratie ici et du travail qu'on fait actuellement.
M. Bouazzi : Est-ce que
vous pouvez nous transmettre, justement, les différents avis dont vous parlez?
C'est quoi les clauses exactement auxquelles vous faites référence, contre
lesquelles ils se sont prononcés?
M. Jolin-Barrette : La
bibliothèque de l'Assemblée nationale est ouverte jusqu'à 22 h 30 ce soir. Je
vous invite à y aller. Vous allez avoir toutes ces informations-là à cet
endroit-là.
M. Bouazzi : ...
M. Jolin-Barrette : D'ailleurs...
la bibliothèque est ouverte durant tous les travaux parlementaires. Je rappelle
qu'on est là jusqu'à 22 h 30. Alors, je n'ai pas d'autres commentaires sur
votre amendement.
M. Bouazzi : M. le
ministre, la dernière fois que vous avez fait référence à une décision, vous
vous êtes trompé entre un homme et une femme, vous vous êtes trompé sur ce qui
se passe à la... à la première page, à la septième page, si vous avez, vous
semblez affirmer, et je vous crois, que vous avez des décisions de rapporteurs
de l'ONU concernant la loi no 101, il y a plusieurs années.
Pourquoi vous ne les partagez pas avec nous? Je ne comprends pas.
M. Jolin-Barrette : M.
le Président, c'est la deuxième fois que le député de Maurice-Richard semble prétendre
qu'il ne prend pas la parole d'un membre de cette Assemblée. C'est la deuxième
fois. Il devrait peut-être respecter nos règles, le député de Maurice-Richard.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député.
M. Bouazzi : Bien, je
respecte les règles, c'est juste que j'ai eu à vérifier ce que vous avez
affirmé et il s'est avéré que c'était inexact. J'ai... je pourrais aller
vérifier, mais aujourd'hui, je pense que ça nous aiderait, si vous avez ce
genre d'affirmation, d'avoir la documentation dont vous faites référence.
J'espère, M. le ministre, que vous... Je comprends, peut-être que vous avez un
malaise par rapport au fait que vous avez affirmé quelque chose pratiquement à
tous les jours devant nos invités et qui s'est avéré inexact. Maintenant, vous
me permettrez d'espérer d'avoir la documentation associée à vos affirmations,
si elles existent, évidemment.
M. Jolin-Barrette : M.
le Président, est-ce que c'est un procès ici? Et on est soumis au jugement
dernier du député de Maurice-Richard parce que l'on constate que c'est le
député de Maurice-Richard qui décide entre le vrai et le faux, hein, à travers
tous ses collègues. Puis il a déjà eu l'occasion de les juger, ses collègues, à
de nombreuses reprises, ici, à l'Assemblée nationale ou à l'extérieur des murs.
Mais on se soumet au diktat du député de Maurice-Richard qui, lui, M. le
Président, détient la vérité pour juger ses collègues ici, à l'Assemblée
nationale, pour ne pas prendre leur parole. Alors, écoutez, on connaît la technique
du député de Maurice-Richard. Est-ce qu'il veut travailler constructivement?
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci. Merci. Est-ce
qu'il y a d'autres interventions sur l'amendement du député de Maurice-Richard?
M. Bouazzi : J'espère
que le ministre n'est pas déçu que nous avons un débat justement au sein de
cette Assemblée. Parce que, je veux dire, je comprends qu'il s'est dit lui-même
souverain, mais je veux dire, c'est l'Assemblée qui est souveraine, et c'est
nos débats, je pense, qui... qui sont importants. Effectivement, je... Et puis,
je comprends le malaise du ministre, hein, je... Et puis, évidemment, ce genre
de réaction ne m'étonne pas. Ceci étant dit, je n'ai toujours pas entendu,
comment est-ce qu'il nous rassure face au... Mis à part nous dire qu'il y a une
décision quelque part, une déclaration quelque part, des rapporteurs des
nations... des Nations Unies et qu'il ne veut pas nous la partager, je veux
dire, c'est un peu dommage puisque, bien, on aimerait bien la lire.
Le Président (M.
Bachand) :Est-ce qu'il y a d'autres
interventions? S'il n'y a pas d'autres interventions, est-ce que l'amendement
du député de Maurice-Richard est adapté?
Des voix : Rejeté.
Des voix : Par appel nominal.
Le Président (M.
Bachand) : Rejeté. Appel nominal. Mme la secrétaire, s'il vous
plaît.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Bouazzi (Maurice-Richard)?
M. Bouazzi : Pour.
La Secrétaire
: M. Jolin-Barrette
(Borduas)?
M. Jolin-Barrette :
Contre.
La Secrétaire
: Mme Haytayan
(Laval-des-Rapides)?
Mme Haytayan : Contre.
La Secrétaire
: Mme Bogemans
(Iberville)?
Mme Bogemans : Contre.
La Secrétaire
: Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire
: Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac)?
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Contre.
La Secrétaire
: Mme Grondin
(Argenteuil)?
Mme Grondin : Contre.
La Secrétaire
: M. Morin
(Acadie)?
M.
Morin :
Abstention.
La Secrétaire
: Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe :
Abstention.
La Secrétaire : Mme Dufour
(Mille-Îles)?
Mme Dufour : Abstention.
La Secrétaire
: M. Bachand
(Richmond)?
Le Président (M.
Bachand) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté. Donc, on
revient à l'article 2. Donc, intervention, Mme la députée de
Mont-Royal-Outremont, oui.
Mme Setlakwe : Oui. Merci,
M. le Président. Donc, sur deux, je... Si vous me permettez, je vous ferais une
suggestion constructive, M. le ministre, quand vous introduisez un article,
tout au début, comme ça, il y a peu de mots, mais c'est un... Tout comme le 1,
le 2, ce sont des articles fondamentaux, ils sont importants, c'est important
de bien... bien saisir la portée. Puis vous allez voir à travers nos questions,
on est quand même différents juristes autour de la table, notamment. Qu'il
aurait été peut-être opportun de votre part de fournir, peut-être, une
explication, oui, plus substantielle, au tout... au tout début, quand vous...
quand vous amenez l'article, c'est juste une suggestion.
Alors, mes questions sont les
suivantes : Quel est, le 1 et le 2, quelle est la différence entre les
deux? Le législateur ne parle pas pour rien, évidemment, elles doivent se lire
ensemble... ils doivent se lire ensemble, ces deux articles-là, 1 et 2.
Pourquoi c'était nécessaire d'introduire 2?
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Est-ce que... Pourquoi c'est nécessaire d'introduire 2 si on a 1?
Mme Setlakwe : Oui,
comme la distinction, puis oui, la distinction entre les deux.
M. Jolin-Barrette : Bien,
dans le fond, à 1, on indique le principe, c'est la loi des loi.
M. Jolin-Barrette : … ouais,
donc un coup, vous avez dit ça. on pose la base. Dans le fond, c'est un œuvre
notamment pédagogique pour dire. la constitution, c'est la loi suprême ou la
loi fondamentale. À l'article 2, par contre, on vient traiter de la conséquence
associée à l'article 1. Donc. Puis on le voit, ils sont dans le même, dans le
même titre, la Convention du Québec a préséance sur toute règle de droit
incompatible. Donc, quelle est la conséquence du fait que ce soit la loi des
lois? Bien, ça fait en sorte qu'elle prime sur les autres lois. Et, si
d'aventure il y avait une loi qui était incompatible avec la constitution qui
était adoptée par l'Assemblée nationale ou un règlement, ça ferait en sorte
qu'elle serait inopérante et que les effets de la loi ne pourraient avoir cours
parce qu'elle est en contravention de la Constitution du Québec. Donc, exemple,
pour faire du pouce sur l'exemple que je donnais tantôt au député de
Maurice-Richard, il y avait une loi qui contrevenait à l'égalité entre les
femmes et les hommes. Elle serait incompatible et déclarée inopérante par
rapport à la Constitution du Québec.
Mme Setlakwe : Dans… dans
tous les cas, dans les deux cas, on parle du corpus législatif québécois, on
parle des lois québécoises.
M. Jolin-Barrette : Les lois
qui sont adoptées par l'Assemblée nationale et les normes qui sont édictées par
l'État québécois.
• (16 heures) •
Mme Setlakwe : OK. Et j'ai
compris au fil des discussions que je pense qu'il faut avoir un regard. Là, je
suis sur 2, là. Un regard, disons, vertical, c'est, c'est la préséance de la
Constitution sur toute autre règle ou toute autre loi québécoise. C'est bien
ça?
M. Jolin-Barrette : Oui. Tout
comme dans la Convention canadienne, à l'article 52.1, la Convention du Canada
est la Loi suprême du Canada. Donc, ça, c'est son rang. Elle rend inopérantes
les dispositions incompatibles de toute règle de droit. Donc, c'est l'effet.
Mme Setlakwe : Tout à fait.
M. Jolin-Barrette : Donc, que
nous, on a le même élément, mais en version article 1, article 2.
Mme Setlakwe : Exact. Donc,
le simple fait de dire ça ici, que la condition du Québec a préséance, sur
toute règle de droit, de droit incompatible. Puis là, ma question va peut-être
un peu rejoindre l'amendement précédent, là. Ça ne fait pas en sorte que, c'est
la préséance sur toute loi québécoise. Mais évidemment la constitution et le
corpus législatif québécois peuvent…, très bien vivre en cohabitation avec non
seulement des accords de droit international, mais également des ententes
commerciales. La liste est longue, je pense, de l'environnement, de
l'environnement législatif global dans lequel s'inscrit la Constitution du
Québec. Souhaiteriez-vous élaborer là-dessus?
M. Jolin-Barrette : Bien,
exemple, à titre d'accord international, lorsque le Québec participe à un
accord international ou même lorsque le gouvernement fédéral conclut un accord
international qui touche les compétences du Québec. Pour que ça soit applicable
dans tous les cas, en droit interne, lorsque ça touche les compétences du
Québec, ça doit être ratifié par l'Assemblée nationale par le biais d'une loi
de mise en œuvre. Donc, on a un débat important à l'Assemblée nationale et, par
la suite, la loi, elle est étudiée ici et ça fait en sorte. Je donnais à
l'exemple, tout à l'heure, des pensions alimentaires de la convention de 2007.
On avait des accords bilatéraux avec certains États. Il y a une convention qui
a été développée en 2007. On a adhéré à la convention pour s'assurer que les
enfants du Québec, s'ils ont un parent qui se retrouve à l'extérieur pour
qu'ils puissent bénéficier des accords puis de la facilitation du paiement de
la pension alimentaire par l'autorité centrale de chacun des États. Exemple, il
y a une autorité centrale qui a été désignée dans chacun des États. Exemple le
Québec. L'autorité centrale du Québec pour aller percevoir la pension
alimentaire s'adresse à l'autorité centrale, supposons, de la Hongrie. Je ne
sais pas s'ils sont membres de l'accord, mais ça facilite le paiement. Lorsque
vous avez votre jugement, puis ça permet d'aller collecter le parent, justement
pour que l'enfant qui a droit aux aliments puisse les avoir.
Mme Setlakwe : Tout à fait.
Donc ça, c'est tout, c'est tout récent d'ailleurs.
M. Jolin-Barrette : Bien, il
n'est même pas adopté.
Mme Setlakwe : Non, c'est ça,
effectivement, ça va se faire, présumément dans les prochains, les prochains
jours. Mais c'est la même chose pour des ententes commerciales. Où est-ce que
ça prend, ça aussi? Pour le rattacher au corpus législatif québécois. Il y a
quand même un vote qui se fait ici.
M. Jolin-Barrette : Bien, pas
nécessairement, ça dépend du type d'accord, parce que, si c'est un accord entre
l'État québécois d'acheter des biens, ça ne va pas nécessairement se retrouver
dans le cadre d'une convention internationale. L'État québécois a la capacité
de contracter, contracter, exemple, si c'est à des fins purement commerciales,
c'est différent de supposons qu'on a un accord exemple commercial de
libre-échange. Exemple, le premier ministre Charest avait conclu un accord,
notamment avec l'Europe. Bien ça, dans ce cas-là, ça fait en sorte que t'as un
accord qui est ratifié.
Mme Setlakwe : OK.
M. Jolin-Barrette : Si on
change les normes. Exemple, il y avait eu un accord qui avait été fait pour la
reconnaissance mutuelle associée aux ordres professionnels. Exemple, que les
avocats puissent aller pratiquer au barreau de Paris, là, à ce moment-là, cet
accord-là…
16 h (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...a été
intégrée dans le cadre d'une loi de mise en œuvre.
Mme Setlakwe : Et donc ici,
je pense que l'intention, c'est de garder le libellé plutôt simple et de viser
les lois du Québec et donc pas avoir, encore une fois, un regard à l'horizontale.
La Constitution du Québec, on vient affirmer qu'elle a préséance sur les lois
du Québec, mais elle vit en cohabitation avec la Constitution du Canada.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme Setlakwe : C'est exact. Est-ce
que vous diriez que cet article, c'est un article de droit nouveau?
M. Jolin-Barrette : Peut-être
une précision. Je précise également que ça s'applique aux règlements municipaux
aussi. Parce que, dans le fond, les municipalités, dans le fond, tirent leur
pouvoir réglementaire d'une loi québécoise.
Mme Setlakwe : Donc, la Constitution
du Québec a préséance sur toute règle de droit incompatible. Donc, à la
question «Qu'est-ce qu'on entend par règle de droit?», ça inclut les règlements
municipaux.
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, qui est le générateur de droits? Dans le fond, le pouvoir est issu de
qui? Une municipalité peut adopter un règlement municipal en raison des lois du
Québec.
Mme Setlakwe : Les
municipalités sont des créations du Parlement du Québec, tout à fait. Est-ce
que vous avez... Est-ce que vous considérez que cet article, parce ce que je
vous ai entendu dire... puis je le comprends, que la Constitution qu'on étudie
actuellement... Évidemment, il y a des... il y a des... Il y a des propositions
nouvelles, mais elles visent, entre autres, à rassembler sous un même texte
législatif différentes pièces législatives qu'on a adoptées au fil des ans,
notamment la Charte de la langue française, par exemple, nos lois sur la
laïcité, etc.
M. Jolin-Barrette : Ce n'est
pas l'intégralité des dispositions...
Mme Setlakwe : Non, ce n'est
pas l'intégralité...
M. Jolin-Barrette : ...c'est
les principes associés à ça. Et parfois, il y a également des dispositions qui
ont été adoptées précisément, effectivement. Je donnais tout à l'heure l'exemple,
à votre collègue, relativement à la langue officielle du Québec, qui a été
adoptée en 1974 par Robert Bourassa. Donc, avec la loi 22, à l'époque, c'est le
gouvernement libéral de M. Bourassa, Bourassa 2, qui a adopté cette loi
importante, qui faisait du français la langue officielle du Québec. Donc, c'est
une reprise de la disposition de la loi 22.
Mme Setlakwe : OK, donc, cet
article, c'est du droit nouveau?
M. Jolin-Barrette : Non, c'est
pas du droit nouveau. Dans le fond, ça existe déjà. C'est ce que je vous dis, dans
le fond...
Mme Setlakwe : Je comprends.
M. Jolin-Barrette : ...il y a...
Dans la Constitution, la majorité des dispositions, c'est déjà des dispositions
qui ont cours dans le corpus législatif québécois, qui existent déjà. Tu sais,
exemple, la nation a le droit de vivre et de se développer en français. C'est
déjà dans la loi 101.
Mme Setlakwe : Puis, OK, je
comprends. Et donc, dans ces lois-là, on a une clause de même portée que cet
article 2 sur la... On a une clause de préséance.
M. Jolin-Barrette : Vous
voulez dire? Non, mais, est-ce que dans toutes les dispositions du corpus qui
constituent la constitution québécoise, est-ce qu'il y a des dispositions de
préséance dans toutes les lois? La réponse est non. Il y a certaines lois...
Mme Setlakwe : Est-ce que je
peux savoir lesquelles?
M. Jolin-Barrette : Bien,
dans le fond, vous en avez dans la Charte des droits et libertés de la
personne, vous en avez dans la Charte de langue française, vous en avez... dans
la Loi sur la laïcité, effectivement, peut-être dans la Loi sur l'intégration.
Une voix : Probablement.
M. Jolin-Barrette : Oui, on
va... je vais vérifier. Probablement.
Mme Setlakwe : Merci. Est-ce
que vous avez une analyse? Parce que c'est important qu'on se pose la question.
Est-ce que, en l'adoptant, je comprends que c'est... Moi, je dirais que c'est
du droit nouveau parce que la Constitution, elle amène des... des nouveaux
éléments, mais c'est un... ce n'est pas un concept nouveau, évidemment, une
clause de préséance. Mais est-ce que vous avez fait faire une analyse? Est-ce
qu'il y a... Si d'aventure cette pièce législative était adoptée au jour,
est-ce qu'il y aurait des règles de droit dans notre corpus législatif actuel
qui seraient incompatibles avec la Constitution? Avez-vous une telle analyse?
M. Jolin-Barrette : Il n'y
aurait pas de dispositions qui seraient incompatibles.
Mme Setlakwe : Il n'y en a
aucune, dans le fond.
M. Jolin-Barrette : Aucune
règle de droit qui serait incompatible?
Mme Setlakwe : Oui.
M. Jolin-Barrette : Non, il n'y
aurait pas de règle de droit dans le corpus qui seraient incompatibles avec la
Constitution. Exemple, dans les... dans les autres lois où il y a de la
prépondérance, la Loi sur l'accès. À l'article 168, il y a une disposition de
prépondérance.
Mme Setlakwe : La Loi sur l'accès
à l'information.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme Setlakwe : Est-ce que
ça, ces principes-là, se retrouvent dans la... dans la Constitution, nos
principes d'accès à l'information? Non.
M. Jolin-Barrette : Et
la Loi sur... et... Et la loi sur... Et la Loi sur l'intégration nationale,
également, a une clause de prépondérance.
Speaker 2 Intégration nationale, ça,
c'était le 95 ou je... peut-être que je me trompe. OK. Oui.
M. Jolin-Barrette : 84.
Mme Setlakwe : 84, oui,
désolée.
M. Jolin-Barrette : Présentée
par le ministre de la réforme des institutions démocratiques.
Mme Setlakwe : Je m'en
souviens. Oui.
M. Jolin-Barrette : Très
bon projet de loi, d'ailleurs.
Mme Setlakwe : ...
M. Jolin-Barrette :
Donc, d'intégrer les nouveaux arrivants en français et d'assurer leur pleine
participation.
Mme Setlakwe : Ah, non,
je...
M. Jolin-Barrette : La
société québécoise.
Mme Setlakwe : Merci du
rappel de votre projet de loi.
M. Jolin-Barrette : Non,
mais vous savez que, l'ancienne ministre de l'Immigration libérale,
Mme Weil, disait souvent ça. Ce qui nous distingue du multiculturalisme
canadien, c'est le fait qu'au Québec on a un modèle d'intégration distinct où
on accueille et on intègre en français et on favorise leur pleine participation
à la société québécoise.
Mme Setlakwe : Vous avez
cité une ancienne ministre libérale.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme Setlakwe : C'est ça?
OK. Oui, alors...
M. Jolin-Barrette :
Mme Weil.
Mme Setlakwe : Vous
reconnaissez que ce n'est pas un concept que votre gouvernement a inventé ou a
amené. C'est un concept dont on discute au Québec depuis un certain temps.
M. Jolin-Barrette : Donc,
c'est pour ça que vous y adhérez.
Mme Setlakwe : Je vais
continuer mes questions, M. le ministre, vous dites...
M. Jolin-Barrette :
...n'hadérez pas?
Mme Setlakwe : Vous
dites... Voulez-vous qu'on réétudie le projet de loi n° 84?
M. Jolin-Barrette : Non,
mais on va...
Mme Setlakwe : On va y
arriver, on va avoir des discussions intéressantes plus tard, étant donné qu'il
y a des éléments qui sont repris dans la Constitution, inquiétez-vous pas.
M. Jolin-Barrette : Exactement,
mais je souhaite y aller.
Mme Setlakwe : Là, on est
sur l'article 2. Et dans le commentaire, vous dites qu'il... qu'il vise à
écarter, à l'égard de la Constitution, la présomption de prépondérance de la
loi nouvelle sur la loi ancienne. Par exemple, vous auriez pu l'expliquer, ça,
d'emblée en présentant votre article. Ce que je comprends, c'est qu'il existe en
droit québécois, il existe ici un principe selon lequel il y a une présomption
de prépondérance d'une loi nouvelle sur une loi ancienne. Ici, on écarte ce
principe pour venir dire que la Constitution, peu importe si elle va devenir
éventuellement une loi ancienne vis-à-vis une loi nouvelle, elle aura toujours
préséance. Est-ce que c'est... la... ma compréhension est bonne?
• (16 h 10) •
M. Jolin-Barrette : Tout
à fait et c'est ce que j'ai dit quand j'ai lu le commentaire tout à l'heure.
Donc, votre compréhension est rigoureusement exacte.
Mme Setlakwe : Non, vous
l'avez lu, mais je vous invite encore une fois à peut-être la... encadrer
votre... votre texte de loi.
M. Jolin-Barrette : Bien,
M. le Président, je vais... je vais essayer de m'adapter, puis j'accueille
favorablement les suggestions et propositions de la députée de
Mont-Royal-Outremont. Je vais essayer d'être meilleur au prochain article.
Mme Setlakwe : Et là,
sur le choix des mots, je comprends ce que ça vient faire, là, une règle de
droit incompatible. J'essaie d'appliquer ça à d'autres situations où on a, ou
peut-être dans le corpus législatif, est-ce que parfois, ou peut-être que je me
trompe avec des clauses contractuelles, mais parfois, ce n'est pas une
incompatibilité, mais je ne sais pas, c'est une... En cas de...
M. Jolin-Barrette : Bien,
peut-être...
Mme Setlakwe : Des
interprétations ou, tu sais, en cas... en cas de...
M. Jolin-Barrette :
Alors.
Mme Setlakwe : Libellé
qui peut, peut-être, porter à confusion ou libellé qui peut, peut-être,
sembler, vous comprenez ce que je veux dire? Pourquoi le terme incompatible a
été choisi?
M. Jolin-Barrette : Bien,
vous savez, notamment à titre de comparaison dans la Constitution canadienne,
dans le fond, c'est la même mécanique qui s'applique. Donc, si une disposition
de loi est en contravention avec la Constitution canadienne, bien ça fait en
sorte que si elle est incompatible, elle est inopérante. Donc, si elle ne permet
pas de vivre, si la loi est en contravention de l'objectif de la Constitution,
puis là, à ce moment-là, bien ce sont les tribunaux qui jugent de cela et
quelqu'un pourra attaquer la loi qui sera adoptée, supposons, par l'Assemblée
nationale, pour dire : Bien, écoutez, je considère que c'est incompatible
avec la Constitution du Québec, donc je vous demande de la déclarer inopérante
à l'égard de la situation.
Mais il ne faut pas oublier que, dans les
principes de droit, il y a une présomption de... de conformité de la validité
de nos lois. C'est pour ça que, quand on adopte une loi ici, à l'Assemblée
nationale, lorsque, supposons, elle est contestée, bien le test qui a été
développé par la jurisprudence, notamment, c'est qu'elle est présumée valide,
la loi. Elle est présumée être adoptée dans l'intérêt public.
Pourquoi? Parce que, puis ça revient au
fondement de la démocratie, les gens votent pour leurs élus pour qu'ils
adoptent des lois dans l'intérêt général et dans le bien-être de tous. Donc, ça
arrive parfois qu'on adopte des lois à l'unanimité ici à l'Assemblée nationale,
pour, supposons, protéger des circonscriptions...
M. Jolin-Barrette :… pour
s'assurer que les citoyens puissent avoir accès à leurs députés et que ces
lois-là sont invalidées parce qu'elles sont déterminées non conformes par… dans
ce cas-ci, la Cour suprême et la Cour d'appel.
Mais qui, par ailleurs, avaient été
approuvées par la Cour supérieure.
Mme Setlakwe : Moi, ça me va
pour l'instant, Monsieur le Président.
Le Président (M.
Bachand) :… autres informations ?
Monsieur le Député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, il y en a,
Monsieur le Président, parce que, il y a… il y a une question à laquelle vous
n'avez pas répondu, Monsieur le Ministre, une question posée par ma collègue,
puis c'était en lien aussi avec des questions que je vous ai posées plus tôt, à
savoir, est-ce que vous avez eu des avis, puis vous faites faire une analyse
d'impact ?
Avez-vous eu des avis, sur… advenant le
cas où ce projet de loi là soit adopté, qu'est-ce que… quel sera l'impact de
l'article 2 sur le corpus législatif québécois puisa comment le
gouvernement est prêt à y réagir ?
Avez-vous fait faire cette analyse-là ?
M. Jolin-Barrette : L'article 2,
puis, dans le fond, l'ensemble des dispositions que nous avons dans le cadre de
la Constitution, est conforme à l'état du droit.
On n'est pas à l'abri, éventuellement, que
quelqu'un conteste une loi pour dire : Bien, écoutez, on considère… nous,
on est d'avis que ça contrevient à la Constitution du Québec.
Ce qu'il faut le dire, c'est que la très
vaste majorité des dispositions qui se retrouvent dans la Partie I de la
loi 1 sont déjà des dispositions qui existent dans le corpus législatif actuellement.
M. Morin : OK, mais je veux…
ma question était précise, Monsieur le Président
M. Jolin-Barrette :… et puis,
donc, c'est une codification en droit constant.
M. Morin : Oui… OK. Mais,
avez-vous eu des avis ?
Avez-vous fait une analyse pour savoir ce
que ça allait faire avant de déposer le projet de loi ? C'est ça que j'aimerais savoir.
M. Jolin-Barrette : On fait
toujours tout le travail.
M. Morin : Oui, ça, je…
j'imagine, oui, que tout le travail est fait. Mais ma question est précise,
monsieur le ministre : Est-ce que vous avez… tantôt, je vous ai posé des
questions à savoir si vous aviez obtenu des avis.
Vous avez déjà obtenu des avis ? On consulte les gens… j'ai
eu plein d'avis.
Bon, puis là j'ai moins bien compris.
Mais, peut-être, vous pourrez répéter. À une question du collègue de
Maurice-Richard, vous lui avez dit que la bibliothèque était ouverte jusqu'à ce
soir.
Bon, OK, mais, moi, ce que je vous
demande, suite aux… aux questions que ma collègue vous a posé, puis elle vous a
parlé de l'impact, avez-vous fait faire une analyse d'impact sur ce que ça, ça
va venir faire sur le corpus législatif ?
La question est simple.
M. Jolin-Barrette : On a fait
l'ensemble des avis et on a fait l'ensemble des vérifications.
M. Morin : Vous avez tout
fait, ça ?
M. Jolin-Barrette : Tout
fait, ça.
M. Morin : Puis, vous avez eu
ça par écrit ?
M. Jolin-Barrette : Il y a
des avis de toutes formes.
M. Morin : …de toutes formes,
puis, est ce qu'il y en a que vous pourriez partager avec la commission ?
M. Jolin-Barrette : Dans le
cadre de l'élaboration d'un projet de loi ?
Ce genre de projets de loi là sont pour
des processus décisionnels du ministre, et les avis ne sont pas partagés, pas
déposés comme les avis juridiques.
M. Morin : OK, puis les
analyses que vous faites quant à l'impact de votre projet de loi, puisque ça,
ce n'est pas un avis juridique, pourriez-vous le partager ?
M. Jolin-Barrette : Dans le
cadre du processus de rédaction, c'est des avis qui sont portés à l'attention
du ministre.
M. Morin : Seulement ?
M. Jolin-Barrette : Hum… hum.
M. Morin : …parce que ça
pourrait éclairer le… peut-être, le travail de la commission, parce que…
M. Jolin-Barrette : Mais…
M. Morin : …si vous voulez
partager… si… si, par exemple, vous partagez ces avis-là ou ces analyses-là,
bien, ça nous aiderait à comprendre davantage.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends, mais je suis disposé à répondre à l'ensemble de vos questions…
M. Morin : OK…
M. Jolin-Barrette : …sur le
contenu du projet de loi.
M. Morin : OK, mais vous en
avez eu, des analyses ?
Ça, c'est le travail… tu sais, parce que
vous avez dit : On fait un travail rigoureux. Oui, je suis confiant, mais…
mais vous en avez eu, des analyses ?
M. Jolin-Barrette : Lors de
l'élaboration de n'importe quel projet de loi, il y a toujours des analyses,
des avis…
M. Morin : … qui sont faits.
M. Jolin-Barrette : Quisont
faits en toutes circonstances…
M. Morin : …parfait ! Excellent !
M. Jolin-Barrette : …des
réflexions qui sont faites.
M. Morin : …excellent ! J'ai… j'ai une question pour
vous, parce que… on a fait une demande d'accès à l'information à votre
ministère et on nous a répondu :
« Étant
donné que le ministère de la Justice ne détient pas de documents en lien avec
votre demande d'accès, nous ne pouvons y donner suite. La Loi sur l'accès ne
porte que sur des documents détenus par un organisme public ».
Parce qu'on voulait savoir… parce que ça
nous aurait aidés à comprendre ce que vous êtes en train de faire.
C'était, entre autres, une analyse
d'impact. Vous l'avez ou vous ne l'avez pas ?
Parce que, moi, comme parlementaire, on
m'a répondu que vous n'en aviez pas.
Puis, moi, bien, là, j'ai été obligé
d'arrêter, puis je ne peux pas faire mon travail davantage.
Vous en avez ou vous n'en avez pas ? Puis, est-ce que votre
ministère veut corriger la lettre ?
Parce que, ce que je comprends de votre
réponse, c'est qu'au fond, vous en avez peut-être bien, mais que vous allez
évoquer des exceptions ou des exemptions pour ne pas nous les donner.
Ça, c'est autre chose. Alors, moi, j'étais
un peu inquiet quand j'ai reçu la réponse, parce que…
M. Morin : … que vous n'en
ayez pas. Ça m'a étonné. D'où les questions que je vous ai posées. Alors.
Est-ce que vous voulez que votre ministère change sa lettre, la modifie ou.
M. Jolin-Barrette : Bien
écoutez, je ne suis pas au fait de la demande d'accès à l'information. Mais
comme je vous dis, dans tout projet de loi, il y a des analyses qui sont faites
et il y a des conseils qui sont donnés, et il y a des avis juridiques qui sont
donnés.
M. Morin : Oui, j'en
conviens. Sauf que là, on m'a répondu que vous ne l'aviez pas.
M. Jolin-Barrette : Bien
écoutez, je ne connais pas la nature de votre demande d'accès à l'information.
M. Morin : … L'analyse
d'impact du projet de Constitution du Québec, projet de loi 1, et, en vertu de
l'article 9 de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur
la protection des renseignements personnels, je désire recevoir le ou le
document suivant : l'analyse d'impact du projet de Constitution du Québec,
projet de loi 1. On me répond : «Vous n'en avez pas». Par contre, après
ça, on me dit, puis ça, vous l'avez dit à plusieurs reprises. «Par ailleurs,
veuillez noter que le projet de loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec
prend en compte l'égalité entre les hommes et les femmes». Ça, vous en avez
parlé beaucoup. «Plus précisément, l'article 28 de ce projet de loi énonce
l'importance de l'égalité des sexes. De plus, le projet de loi propose de prévoir
une modification de l'article 9.1 de la Charte des droits et libertés de la
personne afin d'ajouter l'égalité entre les femmes et les hommes. Vous
trouverez ci-joint la copie de l'article de loi sur lequel se fonde notre
décision». Et c'est signé par la responsable de l'accès au document. Vous en
avez ou vous n'en avez pas?
• (16 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Mais
effectivement, il y a des analyses, mais je crois saisir de votre demande que
vous demandez une demande d'analyse d'impact réglementaire. Et ça, ça concerne
les entreprises. Et, dans le cadre des analyses d'impact au gouvernement qu'il
y a, c'est des analyses d'impact réglementaire qui sont faits par rapport aux
impacts sur les entreprises, la Constitution, il n'y a pas d'analyse d'impact
réglementaire sur les entreprises comme c'est requis quand un dossier a été
approuvé par le Conseil des ministres.
M. Morin : Sauf que ce n'est
pas ce que je demandais, M. le Président. Puis, ce que je voulais savoir.
M. Jolin-Barrette : Bien
écoutez, ce n'est pasmoi qui formule votre demande, puis ce n'est pas
moi qui traite les demandes d'accès à l'information.
M.
Morin :Je comprends. Mais mais c'est vous le ministre de la
Justice, par exemple. Puis moi, ce que je voulais savoir, entre autres, je n'ai
pas parlé d'impact réglementaire parce que, justement, quand vous écrivez des
articles comme celui-là, puis on vous a posé beaucoup de questions là-dessus,
puis ma collègue nous a posé des questions également. Évidemment, si vous avez
eu une analyse d'impact en disant : Oui, on a regardé ça, ça ne pose pas
vraiment de problème pour A, B, C D, puis on l'avait eu, bien, d'abord, ça
aurait été plus complet que votre commentaire, puis, deuxièmement, ça nous
aurait permis d'avancer plus vite, mais là on ne l'a pas.
M. Jolin-Barrette : Les
analyses d'impact au gouvernement du Québec, ce sont des analyses d'impact
économique sur les PME. La constitution n'a pas d'impact sur les PME.
M. Morin : Mais ce n'est pas
ce qu'on m'a répondu non plus. Ça fait que, là, ça éclaire la réponse de votre
ministère. C'était loin d'être clair.
M. Jolin-Barrette : Je ne
pense pas que vous voulez que je traite les demandes d'accès à l'information.
Il y a un répondant en matière d'accès à l'information.
M. Morin : Non, non, ça je…
non, en fait, je ne vous demande pas de traiter des demandes d'accès à
l'information d'aucune façon. Vous avez sûrement des gens...
M. Jolin-Barrette : Vous ne
voulez pas qu'on fasse... Vous ne voulez pas qu'on fasse comme le gouvernement
libéral de 2014 à 2018. D'ailleurs, il y a beaucoup d'articles de presse
là-dessus.
M. Morin : Écoutez, ce n'est
pas du tout ma question.
M. Jolin-Barrette : Je vous
réfère à ça.
M. Morin : Bien, c'est très
bien, mais vous me dites que ce n'est pas vous qui les faites. Sauf que, sauf
que moi.
M. Jolin-Barrette : Demandez
à Jean-Philippe.
M. Morin : Ce que je
voudrais. Pardon?
M. Jolin-Barrette : Demandez
à Jean-Philippe.
M. Morin : Oui, d'accord.
Sauf que, quand on nous répond ça, ça ne nous aide pas beaucoup, M. le
ministre. Est-ce que vous convenez avec moi? Ce n'est pas utile.
M. Jolin-Barrette : Bien,
moi, ce que je conviens, c'est que je suis disponible ici devant vous pour
répondre à vos questions sur quelle est l'intention par rapport à l'article 2.
Je suis disponible jusqu'à 22 h 30 ce soir et même au-delà, si vous voulez
donner votre consentement à siéger plus tard. Moi, je suis ici pour vous.
M.
Morin :
Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Autres interventions à l'article 2? M. le
député de Jean-Talon?
M. Jolin-Barrette : Vous
n'êtes pas obligé.
M. Paradis : Donnez-moi
quelques secondes.
Le Président (M.
Bachand) : On va suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 23)
(Reprise à 16 h 27)
Le Président (M.
Bachand) :Alors, s'il vous plaît, la
commission reprend ses travaux. Alors, M. le député de Jean-Talon, s'il vous
plaît.
M. Paradis : Merci, M. le
Président. Donc, vous avez indiqué, M. le ministre, en quelque sorte, que
l'article 2 et l'effet qu'il y ait à l'article 1, qui est la cause. Donc à
l'article 1, puisque «la Constitution du Québec est la loi des lois», à
l'article 2, vous dites «La Constitution du Québec a préséance sur toute règle
de droit incompatible». Je dois de nouveau vous reposer la question du lien
entre ces articles 1 et 2, maintenant que nous étudions, et le carcan fédéral,
notamment la Constitution de 1982 qui a été imposée au Québec, qui nous a été
enfoncée à travers la gorge, parce que le message que vous lancez au Québec,
c'est que, le projet de loi 1 que vous adoptez, toutes les règles qui sont
prévues dans ce qui suit vont avoir préséance sur toute règle de droit
incompatible, toute règle de droit. Or, je le réitère, l'article 52, paragraphe
1 de la Constitution canadienne, dit que «la Constitution du Canada est la loi
suprême du Canada et elle rend inopérantes les dispositions incompatibles de
toute autre règle de droit». Est-ce que vous pensez que votre article 2 a
préséance sur l'article 52(1) de la Constitution du Canada?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre?
M. Paradis : Bien, écoutez,
pour le bénéfice du député de Jean-Talon, qui est… je comprends, il vient
d'arriver. On a tous déjà eu cette discussion-là, puis je ne voudrais pas
m'étendre pour les autres membres de la commission. Je réitère, dans le fond,
l'article 2, c'est l'effet de la loi des lois. Donc, en droit québécois, c'est
la Constitution du…
M. Jolin-Barrette : …mais qui
s'applique et qui est la loi suprême ou la loi fondamentale. D'ailleurs, dans
le projet de loi, dans la partie II, dans la Loi sur l'autonomie
constitutionnelle du Québec, on a également un considérant qui dit «Considérant que la Loi constitutionnelle de 1982 a été adoptée
malgré l'opposition formelle du Québec, qui a toujours refusé d'y adhérer».
Il est temps que le Québec se dote d'une constitution formelle. La Constitution
de 1982 a été adoptée sans le consentement du Québec. Il faut pouvoir
déterminer au Québec qu'on a une constitution et que les lois québécoises
doivent être conformes à cette constitution-là. Et d'ailleurs, c'est principalement
de la codification en droit… dans le cadre de la Constitution du Québec, que
l'on propose des normes qui existent déjà. Et le député de Jean-Talon le sait
très bien.
M. Paradis : Alors, j'ai bien
suivi les débats jusqu'à maintenant, et non, le débat n'a pas été fait de
nouveau sur cet article 2. On l'a eu, vous et moi, hier, sur l'article 1, mais
il revient ici, et vous ne répondez toujours pas à une question qui est
fondamentale. Est-ce que c'est vous qui prétendez ça, aux Québécoises et aux
Québécois que ce que vous proposez va avoir préséance sur toute règle de droit
incompatible. Et on sait que, malheureusement pour le Québec, malheureusement
pour les Québécoises et les Québécois et malheureusement pour les choix de
société que nous faisons ici, il y a souvent des règles de droit qui sont
incompatibles. Mais, au niveau fédéral, et je vous l'ai mentionné hier, il y a
cet article 52 qui est à la base de tout droit constitutionnel. Mais c'est ça
qui arrive, malheureusement, quand on n'a pas de pays et on est soumis à la
Constitution fédérale. Et hier, je vous ai posé la question, puis vous avez
fait toutes sortes de détours, puis on vous a dit : Bien, finalement, oui,
mais dans les champs de compétence…
• (16 h 30) •
M. Jolin-Barrette :
Précision.
M. Paradis : …puis on va
aller les chercher.
M. Jolin-Barrette :
Précision.
M. Paradis : …je vais… je
vais terminer ma question
M. Jolin-Barrette : Non mais,
c'est important.
Le Président (M. Bachand) :
Non, M. le ministre… M. le ministre…
M. Paradis : Je vais
terminer… je vais terminer ma question. Je vais terminer ma question.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Jean-Talon,
allez-y.
M. Paradis : Je vais terminer
ma question. Mais là vous… mais là vous… vous faites un pas de plus ici. Vous
dites «Ça, ça, va avoir préséance sur toute règle de droit incompatible». Je
vous repose la question pour que vous le disiez franchement aux Québécois.
Parce que c'est ça, la base du travail que vous proposez avec ce projet de loi.
Est-ce que vous admettez, oui ou non, les règles de base du droit
constitutionnel canadien qui nous ont été imposées, pas parce qu'on a eu le
choix, pas parce que je suis content de vous dire ça, parce que c'est ça qui
nous a été imposé, que peu importe ce que vous dites dans l'article 2, c'est la
Constitution canadienne, le carcan fédéral, la vision fédérale, la vision qui
nous… qui nous est souvent imposée par le Canada anglais, qui va avoir préséance,
peu importe ce que vous avez écrit à l'article 2?
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : Alors, ce
n'est pas la Constitution fédérale, c'est la Constitution canadienne. Parce que
je pense que c'est important de le souligner. Le député de Jean-Talon souhaite,
et c'est légitime pour son option, par référendum, et c'est… son option… son
option. La démarche que je propose pour le bénéfice de la députée de
Mont-Royal—Outremont, c'est d'adopter une constitution qui va donner des
pouvoirs et qui va donner des outils au Québec pour défendre ses compétences,
son autonomie constitutionnelle à l'intérieur du Canada. Donc, la proposition
du député de Jean-Talon n'est pas celle-là, c'est d'amener une certaine
rupture, je dirais, avec l'Ordre canadien. Alors, c'est son option. Cela étant,
ce n'est pas ça, la nature de la discussion. On ne fait pas un référendum
aujourd'hui dans la salle de commission parlementaire Papineau. On étudie
plutôt un texte de loi qui va donner davantage d'outils au peuple québécois
puis à la nation québécoise. Je comprends, M. le Président, que le député de
Jean-Talon ne partage pas le fait qu'on souhaite doter le Québec de davantage
d'outils. Il devrait plutôt s'en réjouir, comme il aurait dû se réjouir quand
on a adopté la loi 96 pour mieux protéger la langue française au Québec,
assurer sa promotion, le Parti québécois a voté contre, comme le Parti libéral
d'ailleurs, malgré les bonnes suggestions d'Hélène David et de David Birnbaum
pour imposer trois cours de français dans les cégeps anglophones, alors…
c'était une suggestion du Parti libéral à l'époque où le Parti libéral tentait
d'être un peu nationaliste pour défendre la langue française, mais
manifestement, Mme Anglade a reculé sur ce point-là en laissant tomber Mme
David. Tout ça pour dire, M. le Président, que, oui, c'est la loi des lois dans
le cadre du corpus québécois…
16 h 30 (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...c'est
ce qui va s'appliquer. Donc, la Constitution québécoise est compatible avec la
Constitution canadienne. Ils vivent les deux dans leurs sphères d'activités
distinctes.
M. Paradis : Donc, au sujet
de la loi 96, le ministre me parle bien de la loi 96, dont le commissaire à la
langue française vient de dire que, malgré son adoption, il y a eu des reculs
importants pour la langue française et que, malheureusement, c'est la solution
qui était proposée par le gouvernement de la CAQ n'était pas la bonne. Ce n'est
pas la bonne chose qu'il fallait faire. Ça, c'est sur la loi 96, mais vous l'avez
mentionné...
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, point d'ordre.
M. Paradis : Donc, je voudrais...
Je voudrais revenir... Je voudrais revenir... Vous pourrez...
M. Jolin-Barrette : Point
d'ordre. Je ne pense pas que le député de Jean-Talon cite adéquatement le commissaire
à la langue française. Je ne pense pas que c'est ça, le commissaire à la langue
française, qu'il a dit.
M. Paradis : Bien... Je
voudrais continuer mon intervention, mais il dit : Benoît Dubreuil conclut
qu'à la dernière grande révision de la Charte de la langue française,
communément appelée la loi 96, ne suffit pas à inverser le déclin de l'usage du
français au Québec. À l'aube du prochain rendez-vous électoral, il appelle les
partis politiques à présenter une nouvelle politique linguistique ambitieuse
qui sortira des sentiers battus. Bon, ça, c'est ce que le commissaire à la langue
française a dit aujourd'hui...
M. Jolin-Barrette : Donc, ce
n'est pas ça qu'il avait dit...
M. Paradis : ...mais je
trouve...
M. Jolin-Barrette : ...sur ce
que vous l'avez cité. Il faut bien citer les gens.
M. Paradis : ...le ministre,
une nouvelle fois, évite le débat. Parce que, bien sûr, tout le monde connaît l'option
du Parti québécois. Bon, l'option du ministre, par contre, ça, on n'est pas sûr
qu'on la connaît. Mais je vais revenir là-dessus à d'autres occasions. Mais l'important,
c'est d'être franc avec les Québécois, puis de dire les choses telles qu'elles
sont. Le fait que le ministre...
Le Président (M.
Bachand) : ...sur le bord de porter des intentions, juste faire
attention, M. le député.
M. Paradis : Mais non, je dis
que c'est important d'être franc, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Oui, mais, c'est pour ça que je vous demande d'être
prudent.
M. Paradis : ...tous convenir
de ça.
Le Président (M.
Bachand) : ...demande d'être prudent.
M. Paradis : Et le fait que
le ministre, hier, sur l'article 1 et aujourd'hui sur l'article 2, n'est même
pas prêt à dire ce que tout constitutionnaliste au Québec va être prêt à dire, c'est-à-dire
qu'on ne peut pas prétendre qu'une loi provinciale, oui, oui, parce que,
malheureusement, c'est ça, il y a des provinces au Québec, et on sait d'où ça
vient, cette expression-là. Territoire conquis, territoire soumis. Bien, quand
t'es une province, tu ne peux pas adopter ou prétendre ou dire aux Québécois qu'on
adopte un projet de loi qui va avoir préséance sur toute règle de droit, parce
que c'est la Constitution canadienne dans le cadre canadien, qui a préséance.
Nous, on est de l'optique de la franchise
pour que les Québécois comprennent les options qu'ils ont sur la table. Et ça,
il faut le dire. Donc, est-ce que, oui ou non, vous convenez de ce qui est l'évidence
même que l'article 52 de la Loi constitutionnelle de 1982 qui nous a été
imposée prévoit que c'est la Constitution canadienne qui a préséance. C'est
comme ça qu'elle est interprétée par les tribunaux du Québec et que, s'il y a
un conflit entre les dispositions de votre projet de loi n° 1,
s'il était adopté, ce qui n'arrivera pas, parce qu'on comprend qu'il n'y aura
pas assez de temps puis qu'on n'a pas fait le bon processus pour mener à l'adoption
de manière convenable d'une constitution. Mais, si c'était le cas, c'est
toujours la Constitution canadienne qui aurait préséance, parce que c'est ça
que ça veut dire, faire partie de la fédération canadienne. Une fois que ça, ça
sera admis, puis que ça sera dit franchement aux Québécois, on pourra avoir le
débat sur les autres dispositions du projet de loi.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, je pense qu'on a déjà eu ce débat-là, là. On est en désaccord, on s'entend
qu'on est en désaccord sur l'interprétation. Le député de Jean-Talon dit une
chose. Moi, je lui ai déjà répondu, ce n'est pas... Je ne partage pas sa vision
et ce n'est pas ce que j'énonce non plus. Alors, on est prêt à voter l'article 2.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député.
M. Paradis : Bien, je vous ai
entendu ajouter à la toute fin de votre réponse précédente que c'est en ce qui
concerne les champs de compétence du Québec. Donc, est-ce que ça, c'est déjà un
départ que ce que vous dites, c'est que c'est ça qui devait être écrit ici :
qui a préséance sur toute autre règle de droit dans les champs de compétence du
Québec.
Puis là, je ne suis même pas sûr que j'admets
ça, parce qu'on a... On a parlé hier du pouvoir de dépenser du gouvernement
fédéral qui peut s'ingérer maintenant dans tout, n'importe quel domaine de
compétence, peu importe que ça soit clairement indiqué dans la constitution,
que c'est le Québec qui devrait s'en occuper. Le gouvernement fédéral fait ce
qu'il veut dans n'importe quel domaine maintenant. Ça, c'est très clair, mais
avec son pouvoir de dépenser, le dépenser où est-ce qu'il veut...
M. Paradis : … établir des
normes, où est ce qu'il veut? Mais est-ce que c'est ça que vous vouliez dire
tout à l'heure dans la fin de votre réponse précédente, en disant que
finalement c'est ça qui est écrit, mais que ça… limité? Parce que c'est ça la
réalité dans le contexte constitutionnel canadien.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Écoutez,
M. le Président, c'est fascinant. Avec le député de Jean-Talon, il pose des
questions, puis il se répond lui-même. Faque, il n' a pas besoin de moi. Faque,
c'est sûr que le député de Jean-Talon manque des longs bouts de la commission.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, faites attention.
M. Jolin-Barrette : Bien non,
mais, M. le Président, j'ai donné plein d'explications tout à l'heure, il
n'était pas là, puis là il me demande de répéter.
Le Président (M.
Bachand) : Vous ne pouvez pas faire ça, M. le ministre, vous le
savez, vous ne pouvez pas faire ça.
M. Jolin-Barrette : Bien, il
n'était pas là. C'est vrai qu'il n'était pas là.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Ça, c'est
être franc, il n'était pas là.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, vous ne pouvez pas faire ça.
M. Jolin-Barrette : Il n'a
pas entendu les explications. Bon. Mais maintenant qu'il est là, je vais
réitérer, M. le Président, que ça s'applique par rapport en droit québécois.
• (16 h 40) •
M. Paradis : Bon, M. le
Président. Donc, M. le ministre, c'est un parlementaire aguerri, et il sait
très bien qu'il ne peut pas faire ça, évoquer l'absence d'un député. Mais là,
puisqu'il le dit, tout le monde l'a entendu. J'étais dans une autre commission
parlementaire en train de faire mon travail de député, notamment parce qu'il y
avait des projets de loi qui concernaient la belle région de la
Capitale-Nationale. Donc, ça, là, je vais faire attention à ce que je dis, mais
ce genre de politique là, les Québécois savent ce que c'est. Donc, ayons le
débat. Puis j'ai suivi. J'ai une attachée qui est ici pour suivre le débat.
Donc, non, ce débat-là, il n'y a pas eu lieu. Et, encore une fois, notez bien
ceux qui regardaient ça. Le ministre refuse de répondre. Il dit que je réponds
à mes questions. Ben alors dit qu'il dise qu'il convient avec moi que c'est ça,
la situation du droit canadien et qu'on est pris là-dedans et qu'on n'a pas le
choix et que c'est bien malheureux, mais que ça a une influence sur tout ce qu'on
va dire après, dans le reste de ce projet de loi là. Si on convient de ça, on
va avoir un débat éclairé pour les Québécoises et les Québécois. Mais c'est ce
que j'ai dit hier. Pour l'instant, vous présentez un miroir aux alouettes en
disant que ça, ça va avoir la préséance sur tout. Ce n'est pas le cas. Il faut
le dire aux Québécoises et Québécois. Puis, après ça, on aura le reste des
discussions à voir sur les autres dispositions de votre projet de loi.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien non,
M. le Président. J'ai déjà eu l'occasion de le dire. La Convention du Québec,
c'est la loi des lois en droit québécois. J'ai dit ça hier, j'ai dit ça ce
matin. Je le redis pour le bénéfice du député de Jean-Talon. Alors, est-ce
qu'on peut passer à l'article 3 maintenant?
M. Paradis : Très bien. En
droit québécois, on fait des pas.
M. Jolin-Barrette : Mais non,
mais je l'ai dit tantôt.
M. Paradis : En droit
québécois, ça veut dire quoi ça M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : M. le
Président.
M. Paradis : Est-ce que, oui
ou non? La Constitution canadienne, telle qu'elle est interprétée par la Cour
suprême du Canada, ce carcan fédéral qui nous a été imposé à l'encontre de nos
volontés, est-ce qu'il va continuer à avoir préséance telles que les règles du
droit canadien l'indique oui ou non?
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, la Convention du Québec est la Loi des lois pour les normes qui sont
adoptées au Québec par les pouvoirs de l'Assemblée nationale. C'est très, très
clair. La Convention canadienne va coexister avec la Constitution du Québec. On
ne change pas cet état de fait comme c'est le cas actuellement, comme dans la
loi d'interprétation, où on ne vient pas spécifier que c'est les lois du
Québec. Le corpus, il est déjà comme ça, la majorité des articles de la
Constitution. Ça fait déjà partie du corpus québécois qui existe déjà, des lois
qui ont été adoptées par soit le Parti québécois, soit le Parti libéral du
Québec, soit la Coalition avenir Québec. J'ai donné l'exemple tout à l'heure,
là, que la langue officielle du Québec est le français. Ça provient de où? Ça
provient de la loi 22 adoptée en 1974. OK, ça existe déjà et ça s'applique. La
question qui se pose, fondamentale, parce que vous, je vous dite là, M. Le
Président. Le député de Jean-Talon, on dit, là, nous, ce qu'on a de besoin,
c'est la souveraineté, puis on a besoin d'un pays. C'est ça, la démarche du
député de Jean-Talon relativement à la commission parlementaire. Il ne veut pas
d'outils constitutionnels supplémentaires pour défendre l'autonomie du Québec,
défendre les champs de compétence du Québec. Lui, bien, M. le Président, le
député de Jean-Talon a eu l'occasion de le dire à de multiples reprises, c'est
ça, la stratégie du Parti québécois. Ils veulent un référendum. Moi, je ne
travaille pas sur un référendum, je travaille à doter le Québec d'outils
supplémentaires pour assurer son autonomie. La différence, c'est que c'est au
sein du Canada. Vous, c'est à l'extérieur du Canada. Tout le monde a compris ça
ici. Par contre, je m'explique mal la position du Parti québécois de
dire : Bien, écoutez, supposons, il y a la partie…
M. Jolin-Barrette : ...de la
Constitution, la partie II, qui est la Loi sur l'autonomie du Québec, ça a
aidé la Saskatchewan, la Saskatchewan First Act, où ça a aidé l'Alberta d'avoir
la Loi sur la souveraineté de l'Alberta, dans un Canada uni, pour accroître
leur autonomie, pour qu'il y ait davantage de pouvoir, pour que le droit
albertain ou le droit saskatchewanais soit mis de l'avant et le respect de leur
compétence. Alors, pourquoi le Parti québécois s'objecte à ça? Vous savez, on
peut être dogmatique puis dire : Moi, ce que je veux, c'est la
souveraineté puis rien d'autre. Écoutez...
Le Président (M.
Bachand) : En terminant.
M. Jolin-Barrette : Bien, je
trouve ça malheureux, M. le Président. Le Parti québécois, il a l'occasion de
travailler concrètement pour les Québécois, de participer à l'édification de la
nation québécoise, aux outils, aux pouvoirs de notre Assemblée. Écoutez, il y a
énormément d'éléments là-dedans notamment pour assurer la souveraineté de notre
Parlement. Il me semble que le député de Jean-Talon devrait être sensible à ça
relativement au pouvoir du Parlement du Québec. Je comprends que, quand vient
le temps de discuter de donner davantage de pouvoir au Parlement du Québec,
pour Québec solidaire il n'en est pas question parce qu'ils ne font pas
confiance aux parlementaires, mais pour ce qui est du Parti québécois, j'aurais
pensé qu'il aurait respecté l'intégrité et la souveraineté du Parlement du
Québec.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Jean-Talon, s'il
vous plaît.
M. Paradis : Oui. Le
ministre, de nouveau, ne répond pas à la question, qui est pourtant simple.
Une voix : ...
M. Paradis : Non, le ministre
n'a pas répondu. Pourquoi? Parce qu'il sait ce que ça va vouloir dire pour les
Québécoises et les Québécois quand il va... quand il va être obligé d'admettre
ce que tout le monde sait. Puis là, on... oui, là, on tourne autour du pot,
mais tout le monde le sait. On aura beau continuer à présenter ce miroir aux
alouettes et dire que la Constitution du Québec en préséance sur toutes règles
de droit incompatibles, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne au Canada. Ce
n'est pas le Québec qui décide, c'est Ottawa. Et s'il est obligé de dire ça
puis de répondre correctement à la question, ça va être une admission de ce que
tous les Québécois ont vu depuis huit ans, c'est l'échec de la troisième voie
caquiste, parce que ces articles-là... Il y en a d'autres, puis je l'ai dit, on
va discuter, il y a des éléments qui méritent d'être discutés dans ces
documents-là, mais là on est à l'article 2, qui est l'espèce
d'illustration de la symbolique de la troisième voie caquiste, de continuer à
penser au grand soir à l'intérieur de la fédération canadienne, qu'on va se
faire dire oui, enfin, qu'on va se faire respecter, que quand les Québécois
disent quelque chose puis font un choix de société, ça va être respecté comme
tel par Ottawa. Et c'est pour ça que c'est important, le débat qu'on a sur cet
article-là.
Parce que le ministre mélange encore plein
d'autres choses, là, puis les valeurs, puis les si, qui vont arriver ailleurs,
mais ici, c'est de dire qui décide à la fin, quelle norme a priorité. Est-ce
que les choix de société du Québec vont avoir préséance lorsqu'ils sont
incompatibles avec les choix du Canada ou c'est le Canada qui va décider à
notre place? La CAQ essaie depuis huit ans de prétendre qu'on est capables,
dans une troisième loi, de... oui, de faire respecter les choix du Québec, mais
non, ça n'arrivera pas. Puis c'est ça que le ministre refuse de dire clairement,
malgré son projet de loi qui est l'incarnation de la troisième voie caquiste
puis qui nous arrive, qui a été travaillé comme les autres projets de loi
caquistes, parce que ce n'est pas un projet de loi constitutionnelle, ça, c'est
un projet de loi, projet de loi n° 1, d'ailleurs qui
a été traité par le ministre comme tel. C'est tellement symbolique. Il l'a
préparé comme un simple projet de loi, il l'a écrit comme un simple projet de
loi, il n'y a pas eu de véritables processus constitutionnels qui ont mené à
ça. Puis là, aujourd'hui, il y a un article qui essaie de dire : Bien, ça,
c'est une constitution, puis ça va avoir préséance sur tout le reste. C'est
pour ça que le ministre, il a de la difficulté à répondre à la question, puis
d'admettre ce qui était écrit dans l'article 52, puis d'admettre ce que la
jurisprudence canadienne est constante à rappeler. Tous les tribunaux le
rappellent tout le temps. Bien sûr, c'est la Constitution canadienne qui prime.
Mais c'est ça, là, ça, c'est le programme, c'est le programme de la CAQ de
2015. Toutes les revendications constitutionnelles, ça a été non, toutes, mais
on continue, on continue à se bercer d'illusions plutôt que de dire les choses
telles qu'elles sont aux Québécois.
Alors, je repose la question. Donc, la
question précédente, c'était : est-ce que, oui ou non, il est capable de
dire ici puis de regarder les Québécois en face puis de dire : C'est bien
plate, mais c'est ça que ça veut dire, mon plan B ou mon plan C, ou mon plan D,
ou mon plan E, où je suis rendu, c'est que, bien non, on n'a pas préséance,
puis non, ce n'est pas nous qui allons décider si on continue dans cette
voie-là de la troisième voie caquiste? Mais là il n'a pas répondu à la
question, mais je lui pose autrement la question. S'il y a une règle de droit
incompatible à la Constitution canadienne dans le projet de loi 1, s'il y
a une contestation constitutionnelle, puis le ministre sait qu'il va y en
avoir, est-ce qu'il est d'accord que quand les...
M. Paradis : …les tribunaux
vont rendre des décisions, ils vont appliquer en préséance la Constitution
canadienne, puis ils ne tiendront pas compte de l'article qui est là, parce que
l'article 52, lui, il est clair. L'article 52, c'est l'article 52 de la Loi
constitutionnelle de 1982 qui nous a été imposée, à laquelle on n'a jamais
consenti, mais c'est plate pour le ministre, mais c'est ça qu'elle dit. Est-ce
qu'il est d'accord que les tribunaux vont appliquer la préséance, la
prépondérance fédérale plutôt que son article deux?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : Non, la
réponse, c'est non. Puis, je trouve ça malheureux, M. le Président, parce qu'on
explique, mais le député de Jean-Talon a son idée, puis il ne veut pas déroger
de son idée, ça fait que, là, ça peut être long, là, M. le Président, là. Il
faut que le député de Jean-Talon arrête de voir petit, arrête de voir que la
Constitution québécoise est assujettie, est inférieure à la Constitution du
Canada. Il me semble que pour le Parti québécois, il devrait faire preuve de
fierté dans leur approche législative, dans leur travail parlementaire pour
doter le Québec du maximum de pouvoir possible, M. le Président. Alors,
écoutez, on a une proposition avec le Parti québécois leur stratégie, M. le
président, c'est de dire bien, c'est la souveraineté ou rien, bien non, il y a
d'autres possibilités. Puis je sens que le député de Jean-Talon et critique de
la troisième voie, avec la troisième voie, on a réussi à faire en sorte que les
Québécois… d'inscrire que les Québécois et Québécoises forment une nation à
l'intérieur de la Constitution québécoise, qui se retrouve à l'intérieur de la
Constitution canadienne de 1867. Pourquoi c'est important, ça? C'est important
parce que notre existence, même en tant que nation, est désormais
constitutionnalisée. Lorsqu'on aura des litiges à la Cour suprême, notamment,
les dispositions de la Constitution s'interprètent les unes par rapport aux
autres. On est venu constitutionnaliser, également, le fait que le français est
la seule langue officielle et commune au Québec. N'est-il pas fier de ça ou ce
n'est pas important? Est-ce que le Parti québécois ne devrait pas, plutôt,
reconnaître les bons coups, les démarches et les avancées significatives? Même
chose là, je l'ai entendu dire, là, sur la nomination des juges, là, de la Cour
supérieure, de la Cour d'appel, là, que ça n'avait rien donné. Je m'excuse, le
fédéral a reconnu son obligation de négocier, puis on est en négociation
présentement. Ça n'avait jamais été reconnu que lorsqu'on utilise le livre des
règlements prévus à la procédure d'amendement de la Constitution, que le
fédéral avait une obligation de négocier, c'est uniquement le renvoi sur la
clarté de 1998 qui reconnaissait ça. C'est une avancée significative en matière
de droit constitutionnel.
• (16 h 50) •
Et savez-vous quoi? Moi, comme Québécois,
je bâtis, je souhaite qu'on ajoute les pierres. Il y a des éléments qui ont été
faits, là, tout à l'heure, là, je le disais, là, de la part du Parti libéral,
là, quand il a obtenu un siège à l'UNESCO, là. Ça a été quoi, la réaction du
Parti québécois? Je m'en souviens encore, ils ont qualifié ça de strapontin.
Puis c'est drôle, sous le gouvernement de Mme Marois, là, il était bien fier,
là, de dire que le Québec avait un siège à l'UNESCO. Alors, je pense qu'il y a
surtout un problème d'attitude du côté du Parti québécois, M. le Président,
quand on tente de donner des outils supplémentaires au Québec puis de les
constitutionnaliser. Est-ce que le député de Jean-Talon, là, est contre le fait
qu'on vient de dire que l'État du Québec est laïc, qu'il assure la souveraineté
culturelle, que la capacité d'agir pour préserver, promouvoir la langue
française, la culture québécoise, bien, ça se fait également dans l'environnement
numérique? Le député, là, ne veut-il pas avoir des normes, des lois qui sont
établies pour donner davantage de pouvoir à l'État québécois, à la nation
québécoise. Il ne faut pas se résigner, il faut, toujours, dans le cadre de
notre travail législatif, travailler à doter le Québec de davantage de pouvoirs
et de respecter ses compétences et assurer son autonomie, autant ici, au
Québec, au Canada, mais même à l'international, d'être à la table des
décideurs, également dans le cadre d'accords internationaux, de ne pas être
liés par des accords sans que le Québec y consente. C'est des normes qui sont
prévues dans la Convention du Québec, dans le projet de loi un, dans les autres
sections, M. le Président. Il y a un effet, également, de modernisation de la
Consitution québécoise, qui est prévue dans la Loi constitutionnelle de 1867,
de modifier les dispositions en droit constitutionnel québécois et canadien.
C'est fort important, ce qu'on est en train de faire. Alors, le député de
Jean-Talon, quoiqu'il veut faire la souveraineté du Québec, et, si c'est son
souhait, là, il travaille en ce sens-là, mais, en attendant, peut-il travailler
constructivement à donner à la ...
M. Jolin-Barrette : ...québécoise
et à l'État québécois des pouvoirs supplémentaires et des outils pour défendre
son autonomie. Il me semble que, comme nationaliste, il devrait avoir ce
souci-là.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
Jean-Talon.
M. Paradis : Le
ministre, de nouveau, nous sommes sur l'article 2 qui parle d'un principe
fondamental, c'est, est-ce que la prétention du ministre que ce document a
préséance sur tout le reste, y compris la Constitution canadienne, c'est
possible ou pas? Il n'a toujours pas répondu aux véritables questions
là-dessus, puis il amène le débat sur plein d'autres thèmes dont on va discuter
tout à l'heure. Et nous, on l'a indiqué publiquement à plusieurs reprises,
qu'on va être prêt à travailler constructivement sur un certain nombre des
propositions qu'il y a dans la Constitution.
Mais, quand on parle de problème
d'attitude et de voir petit, venant d'un ministre qui a la prétention de
présenter une constitution, mais en utilisant les voies législatives,
habituelles, sans consultation, sans mobilisation, sans constituante, qui a été
écrite dans son bureau, qui arrive... Il présente ça à l'Assemblée nationale, à
peu près tout le monde vient en consultation générale pour dire que ce n'était
pas un véritable processus constitutionnel et on vient me dire qu'on pense
petit.
Ce même gouvernement de la CAQ qui, depuis
huit ans, accumule les échecs sur le plan constitutionnel et le plan de... de
toutes ces demandes pour plus d'autonomie au Québec, dit au parti qui affirme
que les Québécois, on est prêts, puis on est capables d'avoir un pays dit que
nous, on voit petit. Je suis assez éberlué, stupéfait de ce que j'entends.
Et là, il donne plein d'exemples. Il me
parle encore de la nomination des juges. La demande initiale de la CAQ en 2015,
c'est que les juges à la Cour suprême<i>, je cite le document : «Que
les juges à la... québécois, à la Cour suprême<i> soient nommés sur
proposition de l'Assemblée nationale». Puis là, il est en train de me dire que,
peut-être qu'il y a une reconnaissance, qu'on pourrait peut-être avoir un droit
de...
La demande de la CAQ, c'est ça et il n'y a
pas de résultat. La CAQ demande... La CAQ demande l'abolition de la fonction du
lieutenant-gouverneur. C'est ça qui est demandé depuis 2015. Moi, j'étais au
salon rouge il n'y a pas si longtemps, alors que les députés de la CAQ se sont
levés pour ovationner la lieutenante-gouverneur du Québec et ont hué les
députés qui se sont levés pour dire : Nous, la représentante de la reine,
ce n'est pas la représentante du pouvoir pour nous, nous sommes redevables au
peuple du Québec.
M. Jolin-Barrette : Point
d'ordre, M. le Président.
M. Paradis : Ça, c'est
le même gouvernement.
Le Président (M.
Bachand) : Juste, j'ai un appel au règlement, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : C'est
le représentant du roi présentement.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député Jean-Talon,
allez-y.
M. Paradis : Vous avez
bien raison, puis je remercie le ministre de veiller aux intérêts du roi
Charles comme ça et de rappeler que de fait et les Québécois, les Québécoises
ont pu sentir la grande différence que c'est maintenant le roi Charles qui
règne sur le Québec. Et les députés de la CAQ se sont levés pour l'ovationner
son... sa représentante, ici, au Québec, puis ils ont hué les députés qui se
sont levés pour se dire : Nous, on n'est plus dans un régime, on ne veut
plus être dans un régime monarchique. Pourtant, c'était la demande de la CAQ.
Le Président (M.
Bachand) : Attendez... non, on attend.
M. Paradis : Un droit de veto
du Québec sur les modifications constitutionnelles, le bilinguisme obligatoire
pour siéger juge à la Cour suprême<i>. Je pourrais continuer très
longtemps, M. le Président. Ce sont ça, les revendications constitutionnelles,
il n'y en a aucune qui ont fonctionné et l'article 2, qu'on est en train
d'étudier, c'est la poursuite de cette illusion-là. Ça n'empêchera pas le travail
sur les autres dispositions de la... de la Constitution, mais c'est de ça dont
on parle actuellement.
Puis, ce que je demande au ministre, c'est
de le dire aux Québécois, c'est de l'admettre que la troisième voie caquiste,
ça n'a pas fonctionné, puis que ce projet de loi là, cet article-là, il a beau
dire que la Constitution du Québec va avoir préséance sur toute autre loi, ce
n'est pas le cas.
C'est la Constitution canadienne qui
prime, puis la... c'est la Cour suprême du Canada qui va avoir à décider des
conflits à la fin et, malheureusement pour nous et malheureusement pour les
Québécoises et les Québécois, elle va appliquer d'abord et avant tout des
règles incompatibles avec les choix québécois, mais qui sont dans la Constitution
canadienne.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mais
je veux poser une question au député de Jean-Talon. Si on suit son
raisonnement, là, quand la Cour suprême<i> va être saisie d'un litige,
là, constitutionnel, est-ce que le Québec est en meilleure position en ayant
amendé la Loi constitutionnelle de 1867, en inscrivant que les Québécoises et
Québécois forment une nation, en faisant... En inscrivant que le français, la
langue commune et officielle...
M. Jolin-Barrette : …Québec…
est la seule langue commune officielle du Québec, et supposons d'aventure, si
on adoptait le projet de loi, que l'État du Québec est un état laïc, que l'État
du Québec est un état de tradition civiliste et que le modèle d'intégration au
Québec est l'intégration nationale. Juste, factuellement, là, sur ces
éléments-là, est-ce que le député de Jean-Talon considère que le Québec serait
en meilleure posture, le Procureur général, dans le cadre de la présentation
d'un éventuel litige constitutionnel, serait en meilleure posture avec ces
éléments-là intégrés à la Loi constitutionnelle de 1867, dans un dossier
entendu par la Cour suprême du Canada? Oui ou non?
M. Paradis : C'est quand même
extraordinaire, hein? Tout le débat qu'on a… le nombre de fois que je lui ai
posé la question et qu'il refuse de répondre, puis là il me pose une question,
là, qui est encore le subsidiaire du subsidiaire? Alors que la question…
M. Jolin-Barrette : Soyez
franc.
M. Paradis : …la véritable
question, M. le ministre, la véritable question…
M. Jolin-Barrette : Soyez
franc. Soyez franc.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre. M.… M. le
ministre.
M. Paradis : C'est ce que je
vous demande depuis hier soir, d'être franc sur la signification de l'article
2. Là, vous êtes en train de me dire : Est-ce que la modification qu'on a
faite à l'article tel de la loi de 1867 nous place en meilleure position? C'est
ça le problème avec la CAQ, c'est de vouloir célébrer puis de faire des
communications devant tous les Québécoises et les Québécois, quand tu n'es pas
capable d'avoir les vrais gains, hein, les rapports, les transferts de points
d'impôt, le rapport d'impôt unique, la loi 101 appliquée, plus généralement,
l'immigration, les pleins pouvoirs en immigration, on a tellement entendu
l'ancien premier ministre disait que c'était une question de survie puis que,
là, ça nous prend tous les pouvoirs. Il en a eu aucun nouveau pouvoir, puis là,
il faudrait célébrer, là, selon qu'il est en train de nous parler. La véritable
question qui se pose puis que je lui… à laquelle je lui demande encore de
répondre, puis les Québécois vont comprendre pourquoi il ne donne pas de
réponse parce que les Québécois, ils ont compris que c'est ça, la réponse. La
réponse, c'est qu'on va demeurer soumis au carcan fédéral. C'est bien
malheureux, mais c'est ça.
• (17 heures) •
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Juste vous rappeler, il
reste… il va vous rester 30 secondes, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, le député de Jean-Talon taxe le gouvernement du Québec de ne pas
avoir fait de vrais gains. Au contraire, je pense l'avoir démontré. Mais si on
doit mesurer les gains du Parti québécois, dans son objectif, ça serait quoi,
les gains du Parti québécois? Son gain, ça serait de remporter un référendum.
Le Parti québécois, à ma connaissance, n'a pas réussi, alors que le député de
Jean-Talon ne vienne pas me dire qu'on ne réalise pas des gains pour le Québec
quand on a des mesures concrètes qui ont été adoptées. Et d'ailleurs, pour les
juges, lui-même a adhéré à la résolution constitutionnelle pour faire en sorte
qu'on participe au processus de sélection de la Cour supérieure et de la Cour
d'appel. Alors, je comprends son excitation et son extase à vouloir un
référendum. Mais moi, je travaille dans le cadre du pays réel que nous avons et
pour assurer davantage d'autonomie au Québec. Il devrait nous appuyer comme
Québécois.
Le Président (M.
Bachand) : 30 secondes, M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Je repose la
question au ministre. Quand elle va se poser la question au prochain
référendum, lui, est-ce qu'il va répondre : Oui? Oui, à l'indépendance du
Québec? Il est dans quel camp lui?
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, le collègue ne veut plus qu'on parle de l'article 2? Il semblait
qu'il voulait qu'on parle de l'article 2. Alors moi…
M. Paradis : Il me reste… il
me reste 30 secondes, M. le ministre…
M. Jolin-Barrette : …je ne
réponds pas… je ne réponds pas…
M. Paradis : et vous n'avez
jamais répondu à mes questions.
M. Jolin-Barrette : Je n'ai
pas arrêté de répondre.
M. Paradis : Vous n'avez pas
répondu à ma question.
M. Jolin-Barrette : Il n'y a
pas de référendum. Je ne réponds pas aux questions hypothétiques. Je pense que
ça résume le tout.
Le Président (M.
Bachand) :En terminant, M. le député de
Jean-Talon. C'est beau? Merci. Autres interventions à l'article 2. M. le député
de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Bien, peut-être,
très rapidement, tout à l'heure, le ministre a donné l'exemple, en expliquant
que le fait que la Constitution du Québec a préséance sur toutes les règles de
droit incompatibles et que, par exemple, si une loi est incompatible, nuit à
l'égalité entre les hommes et les femmes, elle serait donc déclarée
incompatible par rapport à la Constitution. Mais je veux juste être sûr de
comprendre, et puis j'ai l'impression qu'il manque quelque chose à la
communication du ministre. Ça serait important que les Québécoises et Québécois
comprennent que, si une loi à l'extérieur de la Constitution du Québec fait
appel à la souveraineté…
17 h (version non révisée)
M. Bouazzi : …parlementaire, oui,
elle peut être contraire à l'égalité entre les hommes et les femmes, quel que
soit ce qu'il y a d'autre dans la Constitution. Est-ce que c'est… c'est vrai?
M. Jolin-Barrette : Ce que j'ai
dit tout à l'heure, M. le Président, c'est que l'égalité entre les femmes et
les hommes est prévue à l'article 28, et ce n'est pas possible de déroger.
M. Bouazzi : Donc, vous
voulez dire que, si on utilise la clause de souveraineté parlementaire, donc la
clause dérogatoire, on ne peut pas déroger à l'égalité entre les hommes et les
femmes?
M. Jolin-Barrette : Effectivement.
M. Bouazzi : Et donc vous
devez contextualiser l'utilisation de la clause à ce moment-là. Comment on peut
savoir que vous dérogez ou pas? Comment vous… si vous n'expliquez pas comment.
Donc, vous pensez, est-ce que vous êtes en train de nous dire, et puis ça
serait une bonne nouvelle, qu'un gouvernement doit prouver qu'une loi qui
utilise la clause dérogatoire n'est pas contraire à l'égalité entre les hommes
et les femmes avant de pouvoir l'utiliser?
M. Jolin-Barrette : Non.
M. Bouazzi : Donc, parce que…
M. Jolin-Barrette : Non.
M. Bouazzi : C'est quand même
très difficile...
M. Jolin-Barrette : La seule
règle qui s'applique, notamment, et qu'on vient codifier, c'est l'interprétation
de la Cour suprême, entre autres, dans l'arrêt Ford de 1988, relativement à l'utilisation
de la disposition de souveraineté parlementaire. Et, notamment, je vous invite
à prendre connaissance de l'arrêt Ford qui est l'illustration de la
reproduction de l'article neuf. Donc…
M. Bouazzi : Donc…
M. Jolin-Barrette : Donc,
pour…pour…
M. Bouazzi : Bon, vous pouvez
juste être clair pour les gens qui nous écoutent...
M. Jolin-Barrette : Bien, je
vais être très clair…
M. Bouazzi : Si une loi… si
une loi contrevient à l'égalité entre les hommes et les femmes et qu'elle
utilise la clause dérogatoire. Vous, vous affirmez, là, vous dites, ma loi, elle
ne contrevient pas, mais elle fait, je ne sais pas, moi, elle interdit, le vote
aux femmes, et puis elle utilise la clause de souveraineté parlementaire. Est-ce
que, oui ou non, un gouvernement doit faire la preuve que ça ne contredit pas l'égalité
entre les hommes et les femmes avant d'utiliser la clause? Parce que
concrètement, vous pouvez dont bien dire que n'importe quelle loi qui contredit
l'égalité entre les hommes et les femmes serait jugée inconstitutionnelle,
sauf, il faudrait le dire, juste, sauf s'il utilise la clause… ce que vous
appelez la clause de dérogation… de souveraineté parlementaire.
M. Jolin-Barrette : La
disposition de souveraineté parlementaire s'applique à la Charte, pas à la
Constitution.
M. Bouazzi : Et donc, si on
utilise la clause… donc… est-ce que ça voudrait dire… je veux dire, en tout
respect, M. le ministre, mes questions sont très claires et vos réponses,
malheureusement, ne le sont pas.
M. Jolin-Barrette : Ce qui
est drôle, M. le député de Maurice-Richard, c'est que vous-même vous évaluez la…,
la clarté de vos questions et le caractère limpide. Vous questionnez, vous
répondez, puis vous évaluez vous-même…vous êtes propre juge de vos questions et
propres juges des réponses qu'on… qu'on donne. Alors, je vous ai déjà dit que
je ne me sentais pas lié par votre appréciation et par le fait que vous… vous
agissez comme si vous étiez dans un tribunal inquisitoire.
M. Bouazzi : C'est… c'est
quand même terrible. D'abord, il prête des intentions, bon, mais… mais au-delà
de ça, la souveraineté parlementaire… la souveraineté parlementaire… oblige,
permet un vrai débat démocratique. On a devant nous une constitution que
plusieurs juristes nous ont expliqué qu'il y a un article qui permet de déroger
à tous les droits fondamentaux, y compris l'égalité entre les hommes et les
femmes, mais je pense qu'on a le devoir de transparence envers les citoyennes
et citoyens qui nous écoutent. Tantôt, vous dites, cette constitution permet d'éviter
qu'une loi soit contraire à l'égalité entre les hommes et les femmes.
Seulement, cette même constitution permet d'utiliser une clause dérogatoire où,
à aucun moment, un gouvernement qui utilise la clause de souveraineté
parlementaire a l'obligation de démontrer que sa loi n'est pas contraire à l'égalité
entre les hommes et les femmes. En tout respect, ce n'est pas drôle du tout, ce
n'est pas drôle du tout. Et je pense que les gens qui nous écoutent ont le
droit de comprendre ce que vous proposez. C'est-à-dire qu'un gouvernement qui
utilise la clause de ce que… ce que vous appelez la clause de souveraineté
parlementaire peut déroger à l'égalité entre les hommes et les femmes, quel que
soit ce qu'il y a ailleurs dans cette constitution.
M. Jolin-Barrette : Alors, j'ai
déjà eu l'occasion de répondre…
M. Bouazzi : Mais oui…
M. Jolin-Barrette : Il n'y a
personne qui trouve ça drôle, ici, vos questions et on tente d'y répondre le
mieux possible. Si la compréhension fait défaut à l'interlocuteur qui reçoit la
réponse, je vais tenter d'être encore plus clair…
M. Bouazzi : Exact…
M. Jolin-Barrette : … à l'effet
que la disposition de se rendre parlementaire ne permet pas de déroger à une
disposition de la Constitution. Ça ne peut pas être plus clair que ça. Je ne
sais pas ce que vous cherchez…
M. Bouazzi : Donc, bien…
M. Jolin-Barrette : … mais à
part…
M. Bouazzi : Comment on sait…
M. Jolin-Barrette : … avoir
une approche qui, en termes de clarté, m'apparaît à tout le moins confuse,
notamment sur vos positions par rapport à l'égalité hommes-femmes, en disant bien
écoutez, nous, on ne veut surtout pas faire en sorte que l'égalité homme-femme
prime sur la liberté…
M. Jolin-Barrette :
...religion en cas de conflit entre ces deux droits, moi, c'est ce que je
retiens qui est le plus limpide de l'ensemble de vos propos et de la position
de votre formation politique.
M. Bouazzi : Bon, donc
je veux juste être clair, si demain il y a une loi qui utilise la clause de
souveraineté parlementaire, comment est-ce qu'on peut savoir qu'elle ne déroge
pas à l'égalité entre les hommes et les femmes si elle n'a pas à le prouver?
M. Jolin-Barrette : La Cour
suprême<i>, dans l'arrêt Ford, prévoit que la disposition de souveraineté
parlementaire, dans le cadre de l'utilisation d'une loi pour pouvoir indiquer
qu'on déroge à la Charte canadienne ou à la charte québécoise, ne prévoit pas
de condition de justification.
M. Bouazzi : Donc, elle
n'a pas à justifier qu'elle est... qu'elle respecte l'égalité entre les hommes
et les femmes.
M. Jolin-Barrette : Il
n'y a pas de conditions associées à ça, contrairement à ce que vous voulez
faire dans le cadre de votre projet de loi.
M. Bouazzi : Donc, de ce
que je comprends, moi, dans... dans le cadre...
M. Jolin-Barrette : Le
législateur... Le législateur de l'Assemblée n'a pas à se justifier.
M. Bouazzi : Donc, ce
que je comprends, c'est que vous nous dites que votre projet de loi permet que
toutes les lois ne dérogent pas à l'égalité entre les hommes et les femmes et
de... du même élan, vous nous dites : Si j'utilise la clause de...
dérogatoire, la clause dérogatoire, j'ai le droit, d'après l'arrêt Ford, de déroger
à l'égalité entre les hommes et les femmes et d'ailleurs, je n'ai pas à
démontrer pourquoi je l'utilise. Et puis on peut... Il n'y a aucune femme qui
pourrait arriver devant le tribunal et dire que ses droits en tant que femme
sont bafoués, parce qu'elle est femme, par la loi que vous proposez.
Je pense que c'est important parce que
c'est quand même le cœur, un des graves, graves problèmes. Il y en a plusieurs,
mais celui-là est assez, assez terrible. C'est-à-dire, vous ne pouvez pas dire
que votre Constitution garantit la... l'égalité entre les hommes et les femmes,
alors qu'il y a une clause qui garantit qu'on peut y déroger comme on veut, si
on veut, sans jamais avoir ni à donner un contexte ni à donner une explication.
• (17 h 10) •
M. Jolin-Barrette : M.
le Président, je vais essayer de faire ça clair, là, je pense que, le député de
Maurice-Richard, je l'invite à m'écouter très bien, très clairement.
L'article 28 dans la Constitution québécoise prévoit, on se rappelle que
la Constitution québécoise est la loi des lois, donc elle prime sur toutes les
autres lois au Québec. L'article 28 prévoit qu'on protège l'égalité entre
les hommes et les femmes. Vous ne pouvez pas utiliser la disposition de
souveraineté parlementaire pour contrevenir à l'égalité entre les hommes et les
femmes, parce que c'est protégé par l'article 28. Donc, je pense que mon
explication elle est très claire.
M. Bouazzi : Alors...
Donc, juste pour être sûr, donc si un gouvernement utilise la clause de
souveraineté parlementaire, il doit faire la preuve qu'il ne déroge pas à
l'article 28, donc à l'égalité entre les hommes et les femmes.
M. Jolin-Barrette : Il
n'y a pas d'exigence pour utiliser la disposition de souveraineté
parlementaire.
M. Bouazzi : Écoutez, M.
le ministre, on a une langue commune qu'est le français, je vous avouerais que
j'ai du mal à comprendre comment on n'arrive pas à se comprendre. D'un côté,
vous nous dites l'article 28 s'applique et donc, l'égalité entre les
hommes et les femmes s'applique même si la souveraineté parlementaire est
appliquée. Et de l'autre côté, vous dites, mais je n'ai pas à le prouver si
j'utilise la clause de souveraineté parlementaire, je n'ai pas à prouver que je
respecte l'article 28.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : J'ai
déjà répondu, M. le Président.
M. Bouazzi : Mais non,
en fait, en tout respect, M. le ministre, vous dites deux choses
contradictoires. Ça fait que c'est ou l'un ou l'autre.
M. Jolin-Barrette : Je
ne sens pas beaucoup de respect.
M. Bouazzi : C'est...
c'est ou l'un ou l'autre. Donc, ou bien l'article 28 s'applique et donc,
quand on utilise une clause, on doit prouver que l'égalité entre les hommes et
les femmes est respectée quand on utilise une clause dérogatoire, une clause de
souveraineté parlementaire, ou bien on n'a pas à le prouver et donc
l'article 28 est caduque si on utilise la clause de souveraineté
parlementaire. Et oui, un gouvernement pourrait, avec la Constitution que vous
proposez, déroger à l'égalité entre les hommes et les femmes en utilisant
ladite clause.
Et je pense que les gens qui nous écoutent
ont le droit de comprendre. Vous avez dit deux choses, malheureusement, ma
compréhension, c'est qu'elles sont contraires. Ça fait que c'est l'un ou
l'autre, là, ou bien on doit expliquer pourquoi on respecte l'article 28,
l'égalité entre les hommes et les femmes quand on utilise la clause ou bien on
n'a aucune explication à donner quand on utilise la clause et à ce moment-là,
on peut déroger à l'égalité entre les hommes et les femmes. Ce n'est pas les
deux à la fois, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors,
j'ai déjà répondu à cette question-là en vous expliquant que la Constitution
québécoise protège l'égalité entre les hommes et les femmes, et vous ne pouvez
pas, dans le cadre d'une loi, déroger en utilisant la disposition de
souveraineté parlementaire pour déroger à l'égalité...
M. Jolin-Barrette : ...les
femmes et les hommes, parce qu'on vient la constitutionnaliser dans l'article
1... dans l'article 28 et que, dans l'article 1 de la Constitution, dans le
fond, c'est la loi des lois, et l'article 2 fait en sorte qu'une loi ne peut
pas être en contravention avec la Constitution du Québec.
M. Bouazzi : Donc, si une loi
utilise la clause de dérogation, comment on sait qu'elle ne... ne contredit pas
l'égalité entre les hommes et les femmes si le gouvernement n'a pas à le
prouver... le législateur n'a pas à le prouver... le gouvernement, le
législateur.
M. Jolin-Barrette : Dans
l'éventualité où la loi, elle était contestée... Vous le savez, dans notre
système judiciaire, ce sera la Cour supérieure qui entendra le litige.
M. Bouazzi : Mais vous êtes
d'accord que...
M. Jolin-Barrette : Mais,
au... A priori, vous devriez être d'accord avec cette proposition-là, de
s'assurer qu'on ne puisse pas déroger à l'égalité entre les femmes et les
hommes au Québec, à moins... à moins que vous continuez à vouloir... à vouloir
prétendre que vous souhaitez qu'on puisse y déroger en raison de la liberté de
religion.
M. Bouazzi : Bien, le
problème qu'on a, M. le ministre, c'est que votre projet de loi permet
justement de déroger à l'égalité entre les hommes et les femmes, et ça
m'inquiète terriblement. Quand on dit qu'on n'a pas à expliquer qu'on
contrevient à l'égalité entre les hommes et les femmes si on utilise la clause
de dérogation et que, par ailleurs vous dites : oui, mais ne vous
inquiétez pas, il y a un autre article, mais l'article, concrètement, si vous
avez pas à prouver que vous le respectez, en fait, vous pouvez y déroger.
M. Jolin-Barrette : Non.
M. Bouazzi : Donc, donc, on
fait comment, alors, si vous n'avez pas à le prouver? Est-ce qu'on a le droit
d'aller devant la Cour et dire : l'égalité entre les hommes et les femmes
n'est pas respectée et donc la clause dérogatoire ne doit... Cette loi ne peut
pas contrevenir à l'égalité entre les hommes et les femmes, malgré qu'elle
utilise la clause dérogatoire.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, le député me demande la mécanique qui est prévue en insérant la
Constitution du Québec, en insérant l'article 28. D'ailleurs, on pourrait faire
tout le débat à l'article 28. Donc, dans le cadre de l'article 28, on vient
protéger l'égalité entre les hommes et les femmes. Et ce que je vous dis, c'est
que la loi doit s'appliquer. Donc, vous ne pouvez pas adopter une loi qui fait
en sorte de déroger à l'égalité entre les hommes et les femmes à cause de la
Constitution.
M. Bouazzi : Et ce, même si
on utilise la clause de souveraineté parlementaire. C'est bien ce que vous
dites?
M. Jolin-Barrette : Vous ne
pouvez pas contrevenir et déroger à la Constitution du Québec et à l'article
28.
M. Bouazzi : Et ce, même
si... Ma question est simple, M. le ministre. Est-ce que, si on utilise la
clause de souveraineté parlementaire, on a le droit de déroger à l'égalité
entre les hommes et les femmes?
M. Jolin-Barrette : Comme je
vous l'ai dit, l'article 28 est présent et vous ne pouvez pas déroger à
l'article 28 avec la disposition de souveraineté parlementaire.
M. Bouazzi : D'accord. Donc,
si on ne peut pas y déroger malgré le fait qu'on utilise la souveraineté
parlementaire, vous êtes d'accord avec moi qu'il va falloir qu'on prouve qu'on
ne dérange pas l'égalité entre les hommes et femmes si on utilise la clause.
Est-ce que vous êtes d'accord que, à ce moment-là, il y a des conditions à la
clause? Il y en a au moins une, c'est l'égalité entre les hommes et les femmes.
M. Jolin-Barrette : L'article
28, dans la Constitution québécoise, a préséance. Ce n'est pas possible, par
une loi, de déroger à l'article 28, qui est le principe d'égalité entre les
femmes et les hommes.
M. Bouazzi : À moins qu'elle
utilise la clause de dérogation. Ma question, c'est que, si elle utilise la
clause de dérogation, si ce que vous dites est vrai, à ce moment-là, il va
falloir que, quand on utilise une clause de dérogation, on ait l'obligation de
prouver que ce n'est pas contraire aux droits des femmes. Si on n'a pas
l'obligation de prouver que c'est contraire ou pas aux droits d'égalité entre
les hommes et les femmes, à ce moment-là, à l'article 28, il est... il est
caduc, M. le ministre. J'ai du mal à croire qu'on tourne en rond à ce point,
alors que la réponse est facile. C'est ou bien vous dites : oui, quand on
utilise la clause de souveraineté parlementaire, il faut qu'on prouve que
l'égalité entre les hommes et les femmes n'est pas atteinte. Ou bien vous
dites : non, on n'a pas à le prouver. Et à ce moment-là, toutes les...
toutes les lois qui utilisent la clause de dérogation parlementaire peuvent
être contraires à l'égalité entre les hommes et les femmes, et on n'y pourra
rien.
Il y a comme deux options, là, et il y a
un choix. Vous ne pouvez pas dire les deux en même temps, M. le ministre.
C'est... Je pense que c'est important, là, la clarté envers les gens qui nous
écoutent sur la question d'égalité entre les hommes et les femmes. Je veux
dire, c'est une question centrale de notre société. Vous le répétez, vous le
répétez, vous le répétez. Je pense que c'est maintenant, le moment de la
clarté. Est-ce que oui ou non, il y a des conditions à l'utilisation de la
clause de dérogation, donc de la clause de souveraineté parlementaire quand il
est question d'égalité entre les hommes et les femmes?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président. Moi, je pense que le député de Maurice-Richard, qui a déposé un
projet de loi pour encadrer la disposition de souveraineté parlementaire...
M. Jolin-Barrette : ...pour
rajouter des conditions au législateur, veut faire la promotion de son projet
de loi. J'ai beau lui réitérer et lui répéter que l'égalité entre les hommes et
les femmes, elle est... elle est protégée, on vient l'insérer dans la
Constitution du Québec à l'article 28, on vient la rajouter à
l'article 9.1 sur la clause de justification, on vient l'insérer à
l'article 9.2 dans la Charte des droits et libertés de la personne
également, pour faire en sorte qu'en cas de conflit entre l'égalité entre les
hommes et les femmes et la liberté de religion, c'est l'égalité entre les
hommes et les femmes qui prime. Et je lui ai également indiqué qu'il ne peut
pas utiliser la disposition de souveraineté parlementaire de la Charte
québécoise des droits et libertés pour déroger à l'article 28 de la
Constitution du Québec.
Je pense avoir fait l'ensemble de la
réponse pour lui exposer la mécanique juridique associée à ça. Dans le fond, on
vient hiérarchiser le droit de l'égalité entre les femmes et les hommes à un
niveau constitutionnel auquel il ne pourra pas déroger. Alors, ça ne peut pas
être plus clair, comment on dit? Comme de l'eau de roche. Alors, je... Ça fait
quoi, 15 minutes qu'on a des échanges là-dessus? Je pense avoir abordé
cette question-là abondamment.
Le Président (M.
Bachand) : 54 secondes, M. le député.
M. Bouazzi : Est-ce que,
oui ou non, quand on utilise la clause de souveraineté parlementaire, on doit
faire la preuve qu'on ne déroge pas à l'égalité entre les hommes et les femmes?
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, j'ai déjà répondu à cette question-là, c'est les dispositions de
l'arrêt Ford qui s'appliquent de la Cour suprême du Canada.
M. Bouazzi : Donc, non.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Bien, M. le président, je verse ma réponse, j'ai déjà répondu, je pense,
15 fois.
• (17 h 20) •
M. Bouazzi : Vous avez
répondu zéro fois, en tout respect, M. le ministre. Est-ce que, oui ou non,
quand on utilise la clause de souveraineté parlementaire, on doit faire la
preuve qu'on ne déroge pas à l'égalité entre les hommes et les femmes. Votre
interprétation de l'arrêt Ford, c'est de dire, je n'ai aucune, aucun compte à
rendre à personne, je ne dois rien prouver, il n'y a pas de contexte, il n'y a
pas de justification.
Est-ce que oui ou non, quand vous utilisez
la clause de dérogation, vous devez faire la preuve que vous ne dérogez pas à
l'égalité entre les hommes et les femmes. Les Québécois ont le droit de savoir.
Et vous n'avez pas répondu. Ça fait que c'est facile, c'est oui ou c'est non.
M. Jolin-Barrette : J'ai
répondu à de multiples reprises. Si vous ne comprenez pas la réponse que je
vous donne, ça, je n'ai pas de contrôle là-dessus. Vous ne pouvez pas adopter
une loi qui déroge à l'égalité entre les femmes et les hommes, parce qu'on
vient l'insérer à l'article 28 de la Constitution du Québec, par le
truchement de l'article 1 et de l'article 2, la partie 1 de la loi no 1
qu'on est en train d'étudier, la Constitution du Québec a préséance parce que
c'est la loi des lois et si une disposition d'une loi est en opposition avec la
Constitution du Québec, elle est inopérante, donc vous ne pouvez pas y déroger.
Le Président (M.
Bachand) : 15 secondes, M. le député.
M. Bouazzi : Si...
M. Jolin-Barrette : Vous
ne pouvez pas aller à l'encontre de l'égalité entre les hommes et les femmes
dans le cadre d'une loi.
M. Bouazzi : Mais, y
compris quand il utilise la clause dérogatoire? Juste, dites, oui, je dois
prouver qu'elle ne va pas contre l'égalité entre les hommes et les femmes, si
j'utilise la clause. Parce que, si vous n'avez pas à le prouver, évidemment
qu'une loi qui utilise une clause dérogatoire pourra déroger à l'égalité entre
les hommes et les femmes et nous devons cette transparence-là aux Québécoises
et Québécois.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci. Juste pour M. le
ministre, voulez-vous ajouter quelque chose? Non. Merci. Donc, d'autres
interventions sur... M. le député d'Acadie, s'il vous plaît, oui.
M.
Morin :Brièvement, parce que, quand j'ai posé des questions à
M. le ministre sur la portée, puis l'impact, puis l'analyse de
l'article 2, à savoir qu'elle aura préséance sur toute règle de droit
incompatible, est-ce que vous avez évalué, qu'est-ce que ça va faire en lien
avec la Loi sur l'équité salariale? Il va-tu y avoir un impact?
M. Jolin-Barrette : On a
évalué l'ensemble du corpus.
M.
Morin :OK. Au complet?
M. Jolin-Barrette : On a
évalué, on a fait l'analyse de l'ensemble du corpus.
M.
Morin :Bon. Puis est-ce qu'il y a un impact ou pas? Parce que
je comprends que vous l'avez évalué, mais ma question c'est de savoir,
qu'est-ce que ça va faire?
M. Jolin-Barrette : La
venue de la Constitution québécoise.
M.
Morin :
Oui.
M. Jolin-Barrette : Est
conforme à l'état du droit actuel sur les différentes dispositions qui
s'appliquent.
M.
Morin :Donc, ça ne touchera pas aux dispositions qui traitent
de l'équité salariale.
M. Jolin-Barrette : Effectivement.
M.
Morin :D'accord. Puis tout à l'heure, si mon souvenir est bon,
vous avez fait une référence à la Loi sur les régimes de retraite où une
disposition de dérogation avait été utilisée, parce qu'il y a des religieux
qui, bon, il y en a qui ont été sécularisés, il y en a qui ont un autre statut
au sein des maisons d'enseignement, il y a une disposition de dérogation
là-dedans. Ça visait, entre autres, à avantager plusieurs femmes, il y avait
plusieurs femmes qui étaient enseignantes. Est-ce que ça a un...
M. Morin : Est-ce que vous
l'avez regardé ? Puis,
est-ce que ça a un impact là-dessus ?
M. Jolin-Barrette : Non, il
n'y a pas d'impact. L'article 28 est une obligation pour l'État.
M. Morin :… parfait. Je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions à l'article 2 ?
S'il n'y a pas d'autres interventions, est-ce que l'article 2 est adopté ? Adopté. Merci, Monsieur le
Ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
L'article 3. « Le
peuple du Québec est composé de toutes les Québécoises et de tous les
Québécois. Le peuple québécois forme une nation ».
Commentaire : Cet article définit le
peuple du Québec et la nation québécoise.
Le Président (M.
Bachand) :Donc, intervention du Député de
l'Acadie.
M. Morin : Oui. Comment vous
définissez… c'est quoi, pour vous, la définition d'un Québécois ?
Le Président (M.
Bachand) : Monsieur le Ministre.
M. Jolin-Barrette : Un
Québécois, c'est toute personne qui se définit comme étant Québécois.
M. Morin : OK. Donc, c'est
toute personne, qui est sur le territoire du Québec ?
M. Jolin-Barrette : Non, j'ai
dit « qui se définit
comme Québécois ». Cette
appartenance-là, elle est propre à chaque personne. On ne peut pas forcer
quelqu'un à être Québécois.
M. Jolin-Barrette : OK. Mais…
OK, mais… mais… mais c'est parce que vous dites « Le
peuple du Québec est composé de toutes les Québécoises et tous les Québécois ».
Puis, moi, quand j'ai lu la disposition,
bien, j'en ai conclu, à tort peut-être, que c'était toutes les personnes qui
sont sur le territoire du Québec. Parce que, si, après, vous dites que
le peuple québécois forme une nation, bien, une nation, ça… à un moment donné,
ça s'incarne dans un territoire qui… qui est précis, là ?
Mais là, vous me dites que c'est toute
personne qui se définit comme Québécois ?
M. Jolin-Barrette : On parle
du peuple. Dans le fond, l'expression « peuple
du Québec » est synonyme
de « Québécoises et
Québécois » au sens
juridique.
La nation québécoise est formée du peuple
québécois au sens que ce dernier la met en place.
La nation comprend donc, entre autres, le
peuple, auquel on ajoute notamment les notions de territoire, d'institutions
distinctes, de langue et de valeurs connues… communes, pardon.
M. Morin : Mais il y a des
fois dans votre…
M. Jolin-Barrette : Donc,
exemple…
M. Morin : Oui, allez-y, je
vous en prie.
M. Jolin-Barrette :… pour le
peuple…
M.
Morin :
Oui…
M. Jolin-Barrette :… selon le
Vocabulaire juridique de Gérard Cornu : « L'ensemble
des… »… « Peuple : Ensemble des
individus soumis à un État. Totalité des personnes formant la population d'un
même État et soumises ensemble à son autorité. Ensemble des individus formant
une nation. »
Et pour la « nation », c'est, dans l'analyse des
éléments constitutifs de l'État, « la
collectivité des individus qui forment un même peuple et sont soumis à
l'autorité d'un même gouvernement. Communauté généralement fixée sur un
territoire déterminé dont la réalité résulte de caractéristiques ethniques,
linguistiques, culturelles, de coutumes sociales, de traditions historiques et
religieuses, tous les facteurs qui développent un sentiment d'appartenance et
des aspirations politiques touchant leur manifestation essentielle dans la
volonté collective de s'ériger en corps politique souverain au regard du droit
international. »
M. Morin : Donc, ce n'est pas
nécessairement quelqu'un qui se définit comme un Québécois.
Ma compréhension de ce que vous venez de
lire, c'est des gens qui habitent un territoire et qui sont soumis à l'autorité
d'un… d'un corps légalement constitué.
M. Jolin-Barrette : Bien… le
peuple québécois est… ce sont ceux qui, effectivement, résident sur le
territoire québécois et qui s'identifient comme Québécois.
M. Morin : Oui, et…
M. Jolin-Barrette :… et
d'ailleurs… et d'ailleurs, le… le… il y a plusieurs nations au Québec,
notamment les nations autochtones également.
M. Morin : Et, est-ce que…
oui…
M. Jolin-Barrette :… donc,
la… la définition, supposons, de l'identité québécoise est à la fois subjective
et objective, à la fois propre à chacun des individus.
Donc, sur le plan subjectif, la notion
d'appartenance relève de l'identité de chacun.
Alors, sur ce plan-là, sur l'approche
subjective, ce n'est pas à l'État à dire comment vous vous sentez, est-ce que
vous vous sentez Québécois ou non. Mais sur le plan juridique, la notion de
« peuple », effectivement, ce sont les
Québécoises et les Québécois, donc, sur le critère d'objectivité.
Mais sur le critère de la subjectivité,
comme j'ai répondu tantôt, c'est, notamment, si jamais, là… si je demande au
Député de l'Acadie, supposons, si… s'il se considère comme Québécois, mais
qu'il se considérait, je ne sais pas, supposons…
M. Jolin-Barrette : ...était
résident de Montréal. Puis, il dit : moi, je suis un Montréalais. Puis, il
ne déroge pas. Mais, l'État québécois va vous considérer comme Québécois, mais
en votre for intérieur, l'État québécois ne pourra pas vous imposer cela. Donc,
d'où le critère d'analyse subjective propre à l'individu versus le critère
d'objectivité.
M.
Morin :
Oui, mais j'aimerais qu'on revienne au caractère objectif...
M. Jolin-Barrette : Oui,
puis...
M.
Morin :
...allez-y.
M. Jolin-Barrette : Le... ce
qu'on cherche à définir par là, c'est une certaine souplesse aussi. Parce
que... pour identifier le peuple, pour identifier la nation, ce sont des termes
qui se rapprochent, mais l'idée est de faire en sorte qu'on puisse, dans le
cadre de la Constitution, avoir une base de, je vous dirais, la définition
commune.
M.
Morin :
Désolé, je n'ai pas compris la fin de votre phrase. Vous avez dit?
M. Jolin-Barrette : Qu'on
puisse avoir une base de définition commune.
M.
Morin :
Exact. Donc si vous reprenez la définition qui, je comprends, correspond plus
aux critères objectifs que vous nous avez lus pour être sûr de bien comprendre,
on parle de gens qui vivent dans un territoire identifié sous l'autorité
légalement constituée. Est-ce que je me trompe?
M. Jolin-Barrette :
Effectivement, pour la notion de peuple.
M.
Morin :
Exact. Donc, ça serait tout le monde...
M. Jolin-Barrette : Sur le
territoire québécois.
M.
Morin :
...qui vit au Québec. Exact. Est-ce que ça, selon vous, ça inclut les Premières
Nations et les Inuits?
• (17 h 30) •
M. Jolin-Barrette : Bien, là,
c'est ce critère-là sur la subjectivité rattachée à l'individu, de comment
est-ce que les membres des communautés autochtones se perçoivent. Est-ce qu'ils
sont membres de leur nation? Est-ce qu'ils se considèrent eux-mêmes comme
Québécois? Ça, c'est une appartenance qui est propre à leur personne et à leur
subjectivité, en tout respect de comment ils se considèrent. Alors, il y a
plusieurs nations sur le territoire québécois. L'ensemble forme le grand peuple
québécois.
Et dans le fond, les nations autochtones
également participent à l'organisation de la société québécoise. Et donc,
l'ensemble des individus qui sont sur le territoire québécois sont assujettis,
supposons, aux lois de l'Assemblée nationale et aux normes édictées par l'État
québécois, sous réserve des modalités, notamment, et des différentes normes
autochtones qui s'appliquent à l'intérieur de leurs communautés.
M.
Morin :
Avez-vous des exemples?
M. Jolin-Barrette : Bien, à
titre d'exemple. Exemple, la communauté de Uashat, avec ITUM qui les
représente, relativement à la loi qui a été adoptée... à la norme qui a été
adoptée par la communauté relativement à la protection de l'enfance. Vous vous
souviendrez que le gouvernement fédéral, le Parlement fédéral, a adopté le
projet de loi C-92. Et donc, dans ce cadre-là, la communauté s'est dotée d'une
norme qui a été adoptée par la communauté pour faire en sorte d'exercer ce
pouvoir-là qui a été conféré par le Parlement fédéral. Donc, à titre d'exemple,
c'est une norme qui a été établie par la communauté.
M.
Morin :
Oui. Et donc, ça fait en sorte que la communauté forme le peuple québécois ou
pas?
M. Jolin-Barrette : Ils font
partie du peuple québécois, effectivement, dans l'entièreté. Mais est-ce que
les individus se considèrent comme étant Québécois? Bien ça, c'est l'approche
subjective qui leur... qui leur appartient, comme c'est pour ça qu'on indique
qu'il y a plusieurs nations sur le territoire québécois.
M.
Morin :
Mais, souvent votre gouvernement, vous nous rappelez, d'ailleurs... Il y a même
eu de la publicité à la télé là-dessus en disant : il faut se parler de
nation à nation. Donc, le fait qu'on se parle de nation à nation, ça leur donne
un statut qui les inclut dans le peuple québécois ou pas?
M. Jolin-Barrette : Oui, qui
les inclut. Exemple, il y a plusieurs lois. Exemple, supposons, prenez la Loi
électorale. Exemple, un Inuit est un Québécois au sens de la Loi électorale.
M.
Morin :
Mais dans...
M. Jolin-Barrette : Donc, il
y a plusieurs lois qui y font référence. La loi 99. Les Québécoises et
Québécois forment une nation, dans la loi constitutionnelle de 1867...
17 h 30 (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : …puis je
pense que c'est important de reconnaître qu'il y a plusieurs nations sur le
territoire québécois, que l'État québécois a la responsabilité de l'ensemble
des Québécois et des Québécoises, donc des personnes qui sont sur le territoire
québécois, qui sont… qui sont régis par les lois de l'Assemblée nationale et
également par les services de l'État québécois. Et, à partir de ce moment-là,
également, vous avez le peuple, mais vous avez également la nation québécoise
qui est constituée des Québécois, des Québécoises qui s'identifient comme
Québécois, mais également, il y a d'autres nations, notamment les nations
autochtones. Donc, les personnes qui résident habituellement au Québec, qui
sont assujetties aux lois québécoises, sont des Québécois et des Québécoises.
M. Morin : Donc, je comprends
que, dans le cadre de cette loi-là, quand vous dites le peuple du Québec, mais
quand on réfère aux nations, aux Premières Nations, on réfère à des Québécois
et des Québécoises.
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, vous avez : Le peuple du Québec est composé de toutes les
Québécoises et de tous les Québécois. Le peuple québécois forme une nation. Mais,
ce n'est pas mutuellement exclusif qu'il n'y a pas d'autres nations.
M. Morin : OK.
M. Jolin-Barrette : Ce n'est
pas limitatif.
M. Morin : Limitatif ou
exclusif?
M. Jolin-Barrette : Ce n'est
pas limitatif.
M. Morin : Donc, il y a
plusieurs nations?
M. Jolin-Barrette : Bien, il
y a…
M. Morin : Si ce n'est ce
n'est pas limitatif?
M. Jolin-Barrette : Bien, il
y a plusieurs... Vous êtes d'accord avec moi qu'il y a plusieurs nations sur le
territoire québécois.
M. Morin : Mais, toutes ces
nations-là forment le peuple québécois? Parce que là, vous dites : Le
peuple québécois forme une nation.
M. Jolin-Barrette : Les
individus qui sont… qui résident, habituellement, sur le territoire québécois
font partie du peuple québécois.
M. Morin : OK. Parfois, vous
utilisez, bon, peuple québécois, mais en fait, dans le même article, vous
utilisez peuple québécois puis, en plus, vous dites ça forme une nation. Donc,
c'est comme si, c'était aussi une nation. Et dans le projet de loi, et d'ailleurs,
je fais référence au mémoire qui a été déposé par le Barreau du Québec. Ils
font la réflexion suivante, je suis à la page 13, le projet de loi amène une
première difficulté majeure, et la question qu'il pose, c'est la nation
québécoise aura-t-elle une personnalité juridique indépendante du peuple
québécois? Et qu'est-ce que vous répondez à ça?
M. Jolin-Barrette : Vous
savez, la Cour suprême… pas la Cour suprême… la Chambre des communes a reconnu
que les Québécoises et Québécois forment une nation. Sur le plan subjectif, on
peut faire partie de plusieurs nations aussi. Fait que l'idée est de… est de
régir cette notion de peuple et de nation identifiée. Dans le fond on dit :
Le peuple du Québec est composé de toutes les Québécoises et de tous les Québécois.
Le peuple québécois forme une nation. Donc, l'expression peuple du Québec est
synonyme de Québécoises et Québécois au sens juridique. La nation québécoise
est formée du peuple québécois au sens que ce dernier la met en place, et puis
la nation comprend donc, entre autres, le peuple, auquel on ajoute, notamment,
les notions de territoire, d'état, de langue, de valeurs. Ces éléments
distinctifs sont notamment définis par les droits collectifs propres à la
nation qui sont énumérés dans la Constitution.
M. Morin : Donc, si on
reprend les différents articles…
M. Jolin-Barrette : Puis, peut-être
en complément là…
M. Morin : Oui, allez-y… Oui.
M. Jolin-Barrette : Parce que
je vois voir... je voyais votre question venir sur… dans la Constitution, on
utilise parfois peuple ou nation. Je pense que c'est là où vous allez.
M. Morin : Oui, c'était exactement
la question que je... j'allais vous donner deux exemples. Le territoire
québécois lui appartient, il est indivisible. Ça, c'est la nation québécoise.
Mais, le territoire constitue le patrimoine et foyer historique de la nation, ça,
c'est la nation. Mais le peuple peut, en fait et en droit, disposer de lui-même,
pas la nation.
M. Jolin-Barrette : On a
tendance, comme je vous le disais pour la question de nation, de rattacher la
notion de territoire, de valeurs communes, d'états distincts. Par contre, afin
de codifier à droit constant, notamment, et dans la reconnaissance aussi d'instruments
internationaux, dans les dispositions qu'on avait déjà, on aurait… reproduit
les dispositions dans le corpus qui existaient déjà. Donc, exemple, dans les
parties relativement au peuple, donc, c'est des articles qui sont déjà dans le
corpus…
M. Jolin-Barrette :
...actuellement.
M.
Morin :
Et...
M. Jolin-Barrette : Le
législateur a tendance davantage à utiliser les termes «nation» et les articles
13 et 14 de la Constitution se trouvent dans la loi 99, auquel on a fait
référence au cours des derniers jours, de même avec le premier ministre Carney.
Donc, à 13 : le peuple québécois peut, en fait et en droit, disposer de
lui-même. Il est titulaire de droits universellement reconnus en vertu du
principe de l'égalité des droits des peuples et de leur droit à disposer
d'eux-mêmes. Le peuple québécois a le droit inaliénable de choisir librement le
régime politique et le statut juridique du Québec. 15 aussi : lorsque le
peuple québécois est consulté par un référendum tenu en vertu de la loi,
l'option gagnante est celle qui obtient la majorité des votes déclarés valides,
soit 50 % de ces votes plus un vote.
M.
Morin :
Sauf que, quand vient le temps de parler d'institutions qui lui sont propres,
notamment en matière culturelle... Bien, là, vous parlez pas du peuple, vous
parlez de la nation.
M. Jolin-Barrette :
Effectivement.
M.
Morin :
Et quelle différence faites-vous entre les deux?
M. Jolin-Barrette : Mais...
Comme je vous le disais, le peuple, c'est l'organisation. La nation, c'est la
référence plus large, la langue, les valeurs communes, le territoire, l'état
distinctif.
M.
Morin :
OK. Donc, pour vous, en fait, est-ce qu'on peut dire que toute personne qui
habite le territoire du Québec est donc un Québécois?
M. Jolin-Barrette : Au sens
objectif ou au sens subjectif?
M.
Morin :
Au sens... au sens... au sens commun. Tu sais, les gens qui nous écoutent, là,
ce soir, là...
M. Jolin-Barrette : Je
pense...
• (17 h 40) •
M.
Morin :
Tu sais, on dit... Demandez... On sort du Parlement, on s'en va sur la rue, là,
puis on demande à quelqu'un : êtes-vous Québécois? Là, ils ne vont pas
nous dire : ah, c'est-tu objectif, c'est-tu subjectif? Ils vont dire oui
ou non, je ne sais pas. J'imagine la majorité vont dire oui, je ne peux pas
croire. Mais... c'est ça, ma question, là, dans le sens commun, dans le sens ordinaire,
là. Donc, tous ceux qui habitent le territoire sont des Québécois.
M. Jolin-Barrette : Oui, les
personnes qui résident habituellement au Québec et qui sont assujetties aux
lois québécoises sont des Québécois et des Québécoises. Après ça... Ça, c'est
le sens commun, le... selon le sens objectif. Est-ce que, du point de vue
subjectif, du point de vue de la personne elle-même, du député de l'Acadie, du
député de Borduas, du député de Mont-Royal–Outremont, la personne se définit
elle-même comme Québécois ou Québécoise? La réponse à ça, ça sera peut-être oui
ou non en fonction d'elle-même, comment elle s'identifie.
M.
Morin :
Oui, mais pour les fins ou les rapports de l'État avec les personnes, que la
personne subjectivement se dise : bon, moi, je ne suis pas Québécois, ça
ne change rien, objectivement. Tu sais...
M. Jolin-Barrette : Non,
mais...
M.
Morin :
...parce que si quelqu'un se dit : moi, je ne suis pas Québécois...
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
je pense...
M.
Morin :
...Mais, tu sais, dans les faits...
M. Jolin-Barrette : Je pense
que c'est important d'apporter cette explication puis cette nuance-là, parce
que certaines personnes qui résident sur le territoire québécois, qui sont
assujetties aux lois québécoises, ne se considèrent pas comme Québécois ou
Québécoises de leur point de vue, supposons. Cependant, aux yeux de l'État
québécois, au sens de la Constitution, on les considère comme des Québécois
parce qu'ils sont assujettis aux lois du Québec. Là, le peuple québécois forme
la nation québécoise. Et là, il y a plusieurs nations à l'intérieur du
territoire québécois, notamment les nations autochtones.
M.
Morin :
OK. Donc, quand, dans votre exemple, au fond, vous faites cette distinction-là
pour les nations, les Premières Nations puis les Inuits.
M. Jolin-Barrette : Bien, pas
nécessairement parce que... Sur le critère subjectif?
M.
Morin :
Sur ce que vous venez de dire.
M. Jolin-Barrette : Oui,
mais, ma question, elle est plutôt sur... Je donne un exemple. Je pourrais me
retrouver à, je ne sais pas, là, à Saint-Hyacinthe, OK, avec un individu qui
est assujetti aux lois du Québec, qui réside habituellement à Saint-Hyacinthe,
et lui qui dit, dans son... dans son opinion personnelle : je ne suis pas
Québécois, je suis Maskoutain et je suis Canadien, mais je ne suis pas
Québécois. Mais l'État, lui, va le considérer comme Québécois parce qu'il lui
dispense des services. Il lui dispense... il y a des obligations envers lui. Il
est assujetti au droit québécois.
M.
Morin :
Donc, lui...
M. Jolin-Barrette : …est
Québécois.
M.
Morin :
...avec votre positionnement, il serait inclus...
M. Morin : ...la nation
québécoise, mais pas dans le peuple québécois, parce qu'il se... il ne se
définit pas comme ça.
M. Jolin-Barrette : Il
serait dans le peuple québécois.
M. Morin : Aussi
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Ça fait que
c'est quoi la différence d'abord?
M. Jolin-Barrette : Les...
ces notions-là, ces expressions-là sur la notion de peuple, c'est l'ensemble
des Québécois, des Québécoises. Et, au niveau de la nation, c'est un ensemble
comprenant les Québécois et les Québécoises, les valeurs, le territoire, la
culture, la langue, les institutions. C'est une identité collective et ce qui
la définit.
M. Morin : Oui, mais je
reprends votre exemple de tantôt, parce que, là, vous avez dit, par exemple,
quelqu'un, je ne sais pas, moi, il est à Saint-Hyacinthe, puis il se sent... il
se sent maskoutain.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Lui, il va être dans le peuple québécois, mais il pourrait décider de ne pas
s'identifier comme Québécois et ne faisant pas partie de la nation québécoise.
M. Morin : OK. Mais à ce
moment-là, je vous repose ma question, tu sais, d'un point de vue subjectif,
là, théoriquement, il pourrait se dire, je ne sais pas, moi, tu sais, je suis
martien, ça ne changera rien. Alors, il va aussi être dans le peuple québécois,
puis il va être dans la nation québécoise. Ça fait que pourquoi vous faites une
distinction?
Parce que, de toute façon, objectivement,
lui, il peut bien s'appeler comme il veut, ou elle peut bien s'appeler comme
elle veut, et ça ne va rien changer. Parce que, vous ne me direz pas que,
mettons, il se définit martien, qu'il n'aura pas le droit de choisir librement
le régime politique puis le statut juridique du Québec.
M. Jolin-Barrette : Le
caractère national, il est... il est joint, comme je vous le disais, à la...
aux questions des valeurs, du territoire, de la culture, de la langue, des
institutions. Le peuple se retrouve sur le territoire.
M. Morin : Donc,
quelqu'un...
M. Jolin-Barrette :
Tandis que la nation inclut, oui, le peuple, mais aussi des institutions,
des... des composantes de l'identité collective de la nation.
M. Morin : Donc,
quelqu'un pourrait être membre du peuple québécois, mais si... il ne va pas
s'identifier à certains éléments de la nation, il ne ferait pas partie de la
nation, mais il serait dans le peuple.
M. Jolin-Barrette : Il
est... Il pourrait subjectivement ne pas se considérer comme membre de la
nation, lui-même, là, je...
M. Morin : Mais il
serait Québécois, pareil.
M. Jolin-Barrette : Oui,
mais je ne peux pas le forcer, moi, à ce qu'il dise qu'il soit québécois, là.
Puis je ne pense pas que...
M. Morin : Oui, mais...
M. Jolin-Barrette : Je ne
pense pas que vous souhaitez qu'on le force à dire qu'il est... qu'il est
Québécois, là.
M. Morin : Bien non.
Bien non. C'est sûr.Mais c'est parce que j'essaie de comprendre, parce
que vous faites une distinction, tu sais, par exemple, on prend, droit
référendaire, majorité simple 50 + 1, article 15. Bien, que je sois dans le
peuple québécois ou dans la nation québécoise, ça ne changera rien. Je vais
avoir le droit d'aller voter, puis, à un moment donné, il va y avoir un
résultat, puis ça va être 50 + 1. Ça fait que je... Même si je vais voter, là,
puis je dis, je suis martien, je vais voter pareil, si je suis enregistré, puis
je suis sur la liste électorale.
Ça fait que j'essaie de voir, tu sais,
parce que vous faites une distinction, puis vous... Mais dans les faits, ça ne
va rien changer, même s'il se dit... qu'il est je ne sais quoi. Le seul élément
où ça pourrait faire une différence, c'est avec les Premières Nations. Puis,
mais là, vous me dites, on est de nation à nation. Ça fait que j'essaie de voir
qu'est-ce que vous essayez d'établir comme distinction, puis j'ai de la misère
à comprendre, puis qu'est-ce que ça donne de plus, à la fin de la journée?
M. Jolin-Barrette : La
personne qui... Le citoyen qui est dans le peuple, mais subjectivement, il
n'est pas dans la nation québécoise, on ne peut pas le forcer, comme je vous
expliquais, mais il va quand même bénéficier des droits collectifs de la nation
aussi. Il ne voudra peut-être pas invoquer les intérêts collectifs de la
nation. Il ne voudra peut-être pas faire siens ces intérêts collectifs là. Il
va pouvoir bénéficier de l'ensemble du régime juridique, mais il ne voudra
peut-être pas les revendiquer lui-même.
M. Morin : Mais il va
être dans le peuple québécois pareil.
M. Jolin-Barrette : Effectivement.
Le Président (M. Bachand) :
Est-ce que ça va pour l'instant?
M. Morin : Bien, oui,
pour... oui, pour l'instant je vais laisser la chance aux collègues.
Le Président (M.
Bachand) : OK. Parfait.
M. Morin : Mais vous
voyez à mon étonnement que je ne suis pas encore convaincu. Mais bref, je vais
laisser... Je vais laisser les collègues.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M.
le Président. Peut-être, avant d'aller sur les questions de peuple et de
nation, est-ce que je comprends, là, que si une personne se sent québécoise,
elle fait partie de la... de la nation, mais est-ce qu'il faut qu'elle ait la
nationalité canadienne?
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : …sur la
question du peuple…
M. Bouazzi : Mais ce n'est
pas ma question. Ma question, c'est sur les Québécois. Mais, je veux bien que
vous parliez du peuple, si vous voulez, mais pour l'instant, sur le fait de se
sentir québécois, c'est ça… la définition d'être Québécois.
M. Jolin-Barrette : Bien, M.
le Président, j'avais très bien saisi la question. Cependant, si je dois être
censuré sur les réponses que je donne au premier mot que je dis, je ne vois pas
l'importance de l'exercice. Alors, est-ce que, dans sa grande mansuétude, je
peux, si le député de Maurice-Richard le souhaite, répondre à la question? Ou
je n'ai pas le droit d'utiliser certains mots?
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Bon. La
Constitution québécoise ne définit pas la citoyenneté. Donc, la citoyenneté,
c'est la citoyenneté canadienne. Il faut faire attention de ne pas figer la situation.
Donc, quelqu'un qui… je ne sais pas, est un… est résident permanent, bien lui
peut s'identifier comme faisant partie de la nation québécoise. Donc, on évite
de figer ça et on amène une flexibilité. Ça dépend de l'objectif recherché par
la définition que vous souhaitez. Mais ce qui est important, c'est que
l'ensemble des individus qui sont assujettis aux lois québécoises puisse
bénéficier des services publics de l'État, puisse obtenir, en fonction des
responsabilités de l'État, les obligations que l'État a, et que ça puisse être
dirigé vers les personnes qui sont sur le territoire québécois, et donc c'est
pour ça qu'on dit que le peuple est formé des Québécoises et des Québécois au
sens juridique, et par la suite, l'adhésion à la nation. Mais c'est sûr qu'il y
a un critère plus subjectif, mais la nation, elle, est plus large, en couvrant
ces objectifs-là de culture, langue, territoire, institutions, tout en
soulignant qu'il existe plus d'une nation au Québec, notamment les nations
autochtones.
• (17 h 50) •
M. Bouazzi : Donc, pas de
restrictions, on s'entend, un étudiant étranger temporaire, un résident
permanent, travailleur temporaire qui travaille dans les champs, s'il se sent
Québécois, il fait partie de la nation?
M. Jolin-Barrette : Oui, pour
autant que la personne souhaite subjectivement y adhérer.
Le Président (M.
Bachand) : J'aurais le député d'Acadie peut-être sur le même
sujet, si vous permettez.
Une voix : …
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y.
M.
Morin :…c'est parce que, suite à la question du député de
Maurice-Richard, si, par exemple, le résident permanent fait partie de la
nation québécoise, il peut-tu sentir Québécois aussi? Il peut-tu faire partie
du peuple québécois, ou si c'est… c'est le peuple québécois… c'est un ensemble
qui est plus restreint pour vous?
M. Jolin-Barrette : Plus
large.
M.
Morin :
Plus large. OK. Donc le résident permanent fait partie du peuple québécois.
M. Jolin-Barrette : C'est les
personnes qui sont assujetties aux lois québécoises et qui y résident
habituellement.
M.
Morin :Et donc, comme vous l'avez souligné, je pense, les
nations autochtones vont faire partie de la nation québécoise.
M. Jolin-Barrette : Ils
peuvent.
M.
Morin :
Ils peuvent? Ou ils font?
M. Jolin-Barrette : Les… les
nations autochtones elles-mêmes, parfois, ne s'identifient pas comme étant la
nation québécoise. Il n'y a rien qui est imposé. Il faut comprendre que les
notions de peuple et de nation en fonction des disciplines n'ont pas les mêmes
définitions. Donc, ce qu'on essaie de faire, que vous soyez en droit, en
sociologie, en sciences politiques, puis selon les différentes régions du
monde, aussi. Ça fait que ce qu'on offre ici, c'est une définition cohérente de
ces deux concepts à droit constant dans le corpus actuel. Parce que, d'où on
part actuellement, j'ai certaines lois qui ont été adoptées par l'Assemblée
nationale, qui parlent de peuple québécois, notamment dans la loi 99. J'ai
d'autres lois dans le corpus qui parlent de nation québécoise. Donc,
l'important, c'est de concilier tout ça. Donc, dans le cadre de la discussion
que nous avons présentement, l'objectif associé à la proposition, c'est de
dire : Bien, les personnes qui sont sur le territoire québécois et qui
sont assujetties et qui bénéficient des services…
M. Jolin-Barrette : ...de
l'État, sont des Québécoises et Québécois qui forment le peuple, puis le peuple
forme la nation. Par contre, comme je vous l'expliquais tout à l'heure avec
l'exemple du Maskoutain, on ne peut pas forcer quelqu'un à être membre de la
nation québécoise. Mais vous allez être... faire partie du peuple. Il faut...
il faut pouvoir amener cette notion-là de résidence, d'assujettissement aux
lois de l'Assemblée nationale aux lois québécoises dans le contexte
sociologique dans lequel on vit, en tout respect aussi des membres des
différentes nations qui existent sur le territoire québécois.
M. Morin : Et ça, peu
importe, par exemple, l'orientation ou le choix ou la décision politique que le
Québécois prend.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : OK. Bien ça,
ça me rassure un peu, parce que je ne sais pas si vous vous rappelez, le chef
du Bloc québécois, le 24 décembre, soulignait qu'un fédéraliste n'est pas
québécois, ça fait que, d'après vous, dans votre définition, un fédéraliste, il
est-tu Québécois?
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : OK. Ça me
rassure. J'étais inquiet.
M. Jolin-Barrette : Cela
étant.
M. Morin : Oui, oui, allez.
Oui, vous rajoutez quelque chose.
M. Jolin-Barrette : Cela
étant... Bien, écoutez, je n'ai pas eu connaissance de cette déclaration-là.
Alors, je vous... Je vous fais confiance.
M.
Morin :
Merci.
M. Jolin-Barrette : Et...
parole, conformément à notre règlement. Mais ce fédéraliste, il pourrait
subjectivement ne pas se considérer comme membre de la nation québécoise.
M. Morin : Comment,
comment, comment il pourrait faire ça? Il est... vous... si...
M. Jolin-Barrette : Bien,
je...C'est comme l'exemple de mon Maskoutain.
M.
Morin :Bien, non. Si on reprend votre définition, tantôt, la
définition objective, ce sont des gens, une nation, ce sont des gens qui
habitent dans un territoire précis et qui sont évidemment gérés par une
collectivité d'humains élus. Bon, alors, il peut se considérer canadien,
québécois, montréalais, mais à un moment donné, si je me fie à la définition
que vous avez lu, il va faire partie de la nation québécoise, il est sur un
territoire, puis il reçoit des services de l'État. Oui, voilà.
M. Jolin-Barrette : Oui
M. Morin : Voilà.
M. Jolin-Barrette : Mais
lui, je ne peux pas l'obliger à ce qu'il dise, je suis québécois.
M. Morin : Bien en fait,
théoriquement, vous ne pouvez pas obliger personne de dire je suis ici, je suis
ça. Vous ne pouvez pas forcer quelqu'un à dire, je suis montréalais ou je
suis... tu sais, j'habite la ville de Québec, ça c'est clair.
M. Jolin-Barrette :
Bien, c'est ça que je vous dis.
M. Morin : Mais dans les
faits, ça ne va rien changer parce que vous allez habiter en quelque part et
que vous allez être soumis à une organisation quelconque, que ce soit une
municipalité, une ville ou... ou le Parlement du Québec, là. Où c'est moins...
Oui?
M. Jolin-Barrette : Mais
je... Mais je vous rassure.
M. Morin : Oui?
M. Jolin-Barrette : Les
fédéralistes sont des Québécois
M. Morin : Parfait, ça,
c'est... c'est rassurant.
M. Jolin-Barrette : Mais
j'aimerais lire la déclaration au complet, par exemple. Je vais... je vais
aller voir à la bibliothèque.
M. Morin : Vous
regarderez, vous regarderez.
M. Jolin-Barrette : Je
vais aller à la bibliothèque.
M. Morin : Moi ça... moi
ça m'a frappé, mais vous... vous irez voir, 24... 24 décembre.
M. Jolin-Barrette : Je
suis surpris.
M. Morin : Bien, moi
aussi, j'étais surpris, ça fait que... J'ai peut-être mal entendu, remarquez,
mais en tout cas, bref, il me semble, c'était clair. Mais si on revient aux
nations, aux Premières Nations, puis aux Inuits. Donc, ils ne sont pas des
nations distinctes.
M. Jolin-Barrette : Oui,
ils sont des nations distinctes.
M. Morin : Mais ils sont
aussi membres de la nation québécoise.
M. Jolin-Barrette : Bien
là, on rentre dans la question, puis c'est une question qui est délicate.
M. Morin : Oui, c'est
pour ça que je vous la pose.
M. Jolin-Barrette : C'est
une question qui est délicate et c'est une question qui relève principalement
des nations autochtones. Parce qu'elles font partie du peuple québécois, la
nation québécoise, comme on l'a dit.
M.
Bachand
:
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui,
bien, je lisais la déclaration du chef du Bloc québécois.
M. Morin : Bon, vous
l'avez déjà, c'est efficace.
M. Jolin-Barrette : La
bibliothèque de l'Assemblée, ils sont très rapides.
M. Morin : Parlez-moi de
ça!
M. Jolin-Barrette : Puis
même, il y avait un article écrit par Stéphane Dion.
M. Morin : Bon. Mais je
prends votre parole, M. le ministre. Vous me rassurez, là, je me sens...
M. Morin : ...sentais
orphelin, mais là, je me sens pleinement Québécois.
Le Président (M.
Bachand) : Cela dit, le temps file...
M. Jolin-Barrette : N'en
doutez jamais, M. le député de l'Acadie, n'en doutez jamais.
M. Morin : Jamais de la vie.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Avant de suspendre les travaux, je voudrais
vous rappeler qu'on change de salle, hein, donc on est à Marois, donc, pour 19
h 30.
Donc, la commission suspend ses travaux
jusqu'à 19 h 30. Et on se retrouve à la salle Marois. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 59)
19 h (version non révisée)
(Reprise à 19 h 34)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Bon
début de soirée. La Commission des institutions reprend ses travaux.
On poursuit donc l'étude détaillée du
projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur
le Québec. Lors de la suspension de nos travaux, nous en étions à l'étude de l'article 3.
Interventions? M. le député d'Acadie, s'il vous plaît...
19 h 30 (version non révisée)
M. Morin : ...merci. Alors,
merci, M. le Président. Donc, on reprend la... Avant la pause, on en était,
comme vous l'avez souligné, à l'article 3, et là, j'avais des questions pour M.
le ministre, essayer de trouver, évidemment, comment s'imbrique le peuple
québécois dans la nation et la nation québécoise. Donc, j'ai essayé de me faire
un schéma, je ne suis pas très bon en dessin, mais ce que j'ai compris, là,
vous… vous me corrigerez si je fais erreur, c'est qu'il y a comme un grand
ensemble, ça, c'est la nation, et dans la nation, il y a le peuple québécois,
il y a des nations autochtones puis il y a des Inuits. J'ai-tu bien compris?
M. Jolin-Barrette : Oui, on
peut résumer ça ainsi ou, si on le fait à l'inverse, dans le fond, toutes les personnes
qui sont sur le territoire québécois, qui sont assujetties aux lois du Québec,
qui y résident habituellement font partie du peuple québécois, et la nation est
notamment composée du peuple québécois.
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, c'est... si on le reprend de l'autre bord...
M. Morin : Mais si on revient
à mon schéma...
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : ...avec mon grand
ensemble, qui est la nation, bien, ils rentrent toute dedans.
M. Jolin-Barrette : Ils
pourraient rentrer toute dedans, si telle est leur volonté de rentrer toute
dedans, exemple tout le monde fait partie du peuple québécois, mais lorsque,
supposons, vous consultez les nations autochtones, peut-être ne veulent-elles
pas être considérées comme faisant partie de la nation québécoise, et ça, ça
leur appartient à eux.
M. Morin : Mais elles font
partie du peuple québécois.
M. Jolin-Barrette : Mais,
dans le fond, les… le peuple québécois est composé de tous les… tous les
Québécois et Québécoises. Donc, ce sont les personnes qui sont assujetties aux
lois du Québec et qui résident habituellement sur le territoire québécois.
Donc, les membres des Premières Nations, effectivement, font partie du peuple
québécois.
M. Morin : OK, donc si je
reprends avec mon schéma, j'ai fait une erreur de dessin, n'est-ce pas? Donc,
le grand ensemble, c'est le peuple québécois. Et là, tout le monde rentre
dedans, y compris les nations autochtones et les Inuit.
M. Jolin-Barrette : On n'est
pas au sens du… on n'est pas au sens du... La notion de peuple s'applique aux
individus sur une considération objective dans le fond... prenons le cas de… Vous
êtes au Québec…
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : Vous êtes
assujetti aux lois du Québec, vous résidez habituellement au Québec, ce qui est
le cas de la majorité des gens qui sont au Québec. Donc, c'est des Québécois, des
Québécoises, ils font partie du peuple québécois. Pour ce qui est de la nation,
bien là, ça s'applique subjectivement. Tout le peuple québécois était invité à
participer à la nation québécoise. Mais, comme je vous le disais, pour
certaines nations, elles ne souscrivent pas au fait d'être dans la nation
québécoise, d'en faire partie du grand ensemble. Mais ça, ça leur appartient à
eux. Le tout respectueusement. Il n'est pas question d'imposer quoi que ce soit.
M. Morin : Non, mais tout ce
beau monde-là fait partie du peuple québécois.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Oui. Bon voilà. OK.
M. Jolin-Barrette : Au sens
objectif du terme, considérant qu'ils résident et les lois du Québec
s'appliquent à eux.
M. Morin : À eux. OK.
M. Jolin-Barrette : Puis, ce
n'est pas non plus un synonyme, là. Dans le fond, le peuple, c'est synonyme, supposons
des gens qui sont assujettis, mais, dans la notion de nation, il n'y a pas
uniquement la question de l'individu lui-même, il y a la question aussi, tantôt
on en parlait, la collectivité, la langue, la culture du territoire aussi.
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : Donc c'est
ce que j'essayais d'expliquer au niveau de… des composants. Je dirais ça comme
ça.
M. Morin : Oui, et c'est… corrigez-moi
si je fais erreur mais, c'est probalement pour ça que vous avez rédigé à l'article
un de la partie un dans les considérants : qu'il existe au sein du Québec
des nations abénaquise, algonquine, attikamek, crie, innue, micmacque, mohawk,
naskapi, wendat, wolastoqiyik et inuit. Donc, elles font toutes partie du
peuple québécois mais, vous n'avez pas écrit peuples, mais enfin, bref, c'est
écrit Québec. Mais là, vous énumérer les nations.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : Bon.
M. Jolin-Barrette : Parce qu'il
existe plusieurs nations au Québec. Donc… dont les nations autochtones.
M. Morin : OK. Dans…
M. Morin : …le mémoire du
Barreau du Québec… puis, j'aimerais qu'on puisse en parler. Peut-être que vous partagez
leur… leur énoncé.
Peut-être… peut-être pas. On parle de… du
fait que ces deux notions, «nation québécoise», bon… puis… puis on va le voir
plus tard, là, la nation québécoise est titulaire de droits, mais «le peuple
québécois» qui forme la nation québécoise bénéficie aussi de droits.
Et là, le Barreau nous dit : Le
projet de loi crée ainsi une fiction juridique extrêmement complexe qui
brouille les cartes en matière de droits et libertés fondamentaux, notamment en
ce qui a trait à leur prévalence sur tout autre droit ordinaire.
Êtes-vous d'accord avec cette
affirmation-là ?
• (19 h 40) •
M. Jolin-Barrette : Non.
M. Morin :
OK. Pourquoi ?
M. Jolin-Barrette : Je ne
suis pas en accord avec l'interprétation que le Barreau fait.
M. Morin : OK…
M. Jolin-Barrette : Je pense
que c'est très clair qu'on indique, parce que, dans le corpus législatif, on
utilise, parfois, les termes « peuple », parfois, les termes « nation ».
Il y a des choix linguistiques qui ont été
utilisés au fil des années. Donc, en fonction des époques, en fonction des
tendances, on aborde davantage la question de « nation », je vous dirais, les
20 dernières années, alors qu'il y a une certaine époque, dans les années
70 et suivantes, on a… on a… on avait davantage l'approche, notamment dans les
instruments internationaux, du terme « peuple ».
Donc, on… on réconcilie tout ça en lien
avec le corpus législatif que nous avons. Donc, d'établir que, dans le cadre de
la Constitution, lorsqu'on parle de « peuple », on parle des Québécoises et
des Québécois, donc des personnes qui sont assujetties aux lois de l'Assemblée
nationale, et… euh… de… de… que… que ces personnes-là font partie de la nation,
qui est un ensemble plus grand, qui n'est pas rattaché uniquement aux
individus.
M. Morin : Et quand le
Barreau dit : Le projet de loi semble catégoriser les droits collectifs
selon qu'ils sont détenus par la nation québécoise ou par le peuple québécois,
êtes-vous en accord avec cette affirmation-là ?
M. Jolin-Barrette : Mais en
fait, à titre d'exemple, là, aux articles 14, 15… 12, 13, 14, 15, notamment,
euh, les dispositions font partie déjà du corpus législatif dans le cadre de la
loi 99, et on parle de la question du peuple québécois lorsque le peuple
québécois est consulté à son avenir.
Euh, la nation québécoise est formée du
peuple québécois, entre autres. Puis, ce qui est important aussi, puis,
rappelez vous, au… au début, là, de la lecture de l'article 3, on a eu cet
échange-là, où je disais, exemple : Notamment dans la Loi électorale, les
Québécoises et les Québécois sont ceux qui sont visés par la Loi électorale.
Donc, quand je dis : Ils sont
assujettis aux lois de l'Assemblée nationale, exemple, pour exercer sa qualité
d'électeur, il faut faire partie du peuple québécois.
Puis, là, il y a des… dans le cadre de la
Loi électorale, il y a des dispositions spécifiques rattachées à la notion
d'électeur, notamment d'avoir 18 ans.
Alors, on… on a ce facteur de rattachement
là, notamment. Et, par la suite, la question de la nation, oui, elle est formée
du peuple québécois, entre autres, mais c'est plus large aussi.
Ce n'est pas uniquement que la nation,
c'est également ce qui symbolise l'intention de… de territoire, de culture,
d'identité.
M. Morin : Donc, là, c'est le
peuple québécois qui est plus large, où c'est la nation ?
M. Jolin-Barrette : Le peuple
québécois, on prend l'ensemble des individus qui sont assujettis aux lois québécoises…
M. Morin : Oui…
M. Jolin-Barrette :… hum… qui
sont sur le territoire québécois et qui y résident de façon habituelle, tandis
que la nation québécoise inclut le peuple québécois et aussi les facteurs de
rattachement, notamment, composant la nation.
Puis, on voit les composantes de la nation
québécoise : Donc, langue, culture, identité et valeurs. Donc, c'est un
ensemble qui est plus large uniquement que le peuple.
Et, là, je vous ai amené la nuance, tout à
l'heure, que, notamment, pour les nations autochtones, certaines veulent être
dans le grand ensemble, d'autres non. Puis, ça, ce n'est pas à nous à
déterminer cela.
M. Morin : Le… le Barreau
émet l'hypothèse suivante, c'est que c'est… ce n'est pas toujours évident de se
retrouver dans les deux concepts, et donc ça risque de générer des dissensions
sociales et des débats juridiques.
Ça pourrait compromettre la stabilité et
la prévisibilité juridique…
M. Morin :… nécessaire à un
État de droit québécois. D'ailleurs, je… je constatais, en la lisant, que, dans
la… la Loi sur l'exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple
québécois et de l'État du Québec, on ne parle pas de « nation »,
mais on parle de… de « peuple ».
Je comprends que, maintenant on utilise
plus le terme « nation », mais je comprends que, pour
vous, les deux termes ne sont pas nécessairement synonymes ?
M. Jolin-Barrette : Mais,
lorsque, supposons, dans la loi 99, on fait référence, notamment, à la
tenue d'un référendum sur l'avenir constitutionnel du Québec, donc, c'est le
peuple qui… qui est visé par le droit de choisir.
Donc, l'ensemble des individus, notamment,
dans ce cas-là, qui sont visés par la Loi électorale pour exercer leur qualité
d'électeur.
M. Morin : Parce que vous
faites une référence à la Loi électorale qui parle ou qui réfère au peuple
québécois et non pas à la nation ?
M. Jolin-Barrette : Mais dans
le fond, quand je vous expliquais ce que constitue le peuple, c'est, notamment,
l'assujettissement aux lois québécoises et donc, un individu faisant partie du
peuple québécois et visé par une des lois de la scène nationale pour avoir la
qualité d'électeur au Québec, mais il va faire partie du peuple québécois.
Donc, son facteur de rattachement, il est
là avec le peuple québécois.
M. Morin : Bien, je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) :… s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, Monsieur
le Président. Donc, peut-être, avant d'avancer, je vais… peut-être avant
d'avancer, je vais… je vais répéter ce que vous avez dit, Monsieur le Ministre,
vous me direz si j'ai bien compris ce que vous dites.
Vous dites : Toutes les personnes…
qui sont sur ce territoire et qui se sentent Québécois sont Québécois. Ils
appartiennent à la nation québécoise. Et il y a… que vous dites, s'il y a des
personnes autochtones qui veulent se sentir québécois, pas de problème.
Vous dites par ailleurs qu'il y a des
nations autochtones que… que le… attendez, je veux être sûr de ne pas déformer.
Euh… que le… le peuple québécois forme une nation.
C'est ce qu'il y a écrit. Et, par
ailleurs, vous dites que toutes les nations font partie du peuple québécois. Et
ça, ça inclut les Premières Nations. Expliquez-moi.
M. Jolin-Barrette : Ce que
j'ai dit, je pense avoir été clair avec le Député de l'Acadie, j'ai indiqué que
toutes les personnes qui sont assujetties aux lois du Québec et qui résident
habituellement sur le territoire québécois font partie du peuple québécois et
par la suite que la nation québécoise est composée notamment du peuple
québécois et… mais la nation québécoise, c'est plus large que ça.
C'est également une question de
territoires, d'État distinct, de valeurs communes, de langue, de culture.
Et, donc, les membres des nations
autochtones, c'est en fonction de leur choix de se considérer ou non comme
membres de la nation québécoise. Ce n'est pas à nous imposer, ça, dans le fond,
ça laisse l'ensemble de la latitude. La notion de peuple est rattachée
davantage à une question de… supposons, de service public ou de possibilité
d'exercer les droits qui sont confiés en fonction des normes qui sont établies
par l'Assemblée nationale sur l'ensemble du territoire québécois et visant les
personnes qui y résident habituellement.
M. Bouazzi : OK. Donc… donc,
la plus grosse… alors, excusez mon incompréhension, il doit être tard, la… la
plus grosse entité c'est la nation. Donc, je lis : Le peuple du Québec
est composé de toutes les Québécoises et tous les Québécois. Ça, vous nous avez
dit : Les Québécoises et Québécois, ça, on n'impose pas l'identité, les
gens qui se sentent Québécois, qui vivent ici, qui sont assujettis aux lois,
bien, s'ils se sentent Québécois, ils font partie du groupe des Québécois qui,
lui-même, forme le peuple du Québec.
Ensuite, vous dites : Le peuple québécois
forme une nation. De ce que je comprends, que vous êtes en train de dire :
Oui, mais attention, la nation, c'est plus que juste le peuple.
Et vous nous dites : Bien, les
Premières Nations qui veulent faire partie de la nation québécoise, ils sont les
bienvenus, mais on ne les oblige pas.
Est-ce que, jusqu'à là, j'ai bon ? Juste pour être sûr.
M. Jolin-Barrette : Euh…
partiellement, dans le fond, je rajouterais le critère pour la question du
peuple, c'est plutôt une appréciation qui est objective…
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, est-ce que vous êtes sur le territoire québécois ? Est-ce que vous êtes là de façon régulière ? Est-ce que vous êtes… les
lois québécoises s'appliquent à vous.
Et, subsidiairement à ça, vous faites
partie du peuple québécois. Donc, vous êtes un Québécois, une Québécoise.
Et la notion de « nation »,
ce n'est pas uniquement que les individus, et on va le voir un peu plus loin
dans le cadre du projet de loi, aux articles… lorsqu'on définit la nation, on
parle de collectivité, on parle de langue, de culture et d'État distinct.
Alors, pour ça, ça comprend, à la fois, le
peuple, mais ça, c'est une analyse davantage subjective sur la personne.
Est-ce que, moi, je m'identifie comme
faisant partie de la nation québécoise ou non ?
Donc, en lien avec votre question sur les
nations autochtones, ce n'est pas à nous à déterminer si… leur choix de comment
se définir, dans le cadre de ce concept juridique là, c'est plutôt à elles à
l'établir en fonction de leur volonté.
Mais cela étant, la nation québécoise,
elle est inclusive, offerte… ouverte à tous.
Et, en lien avec la question du député de
l'Acadie, pour la question de pourquoi est-ce qu'on utilise les
articles 12, 13… 12, 13, 14, 15, notamment dans la… dans le projet de loi,
ça fait référence, notamment, à l'exercice, supposons, du choix du Québec, des
Québécois qui seraient consultés pour leur avenir.
• (19 h 50) •
Donc, on fait référence au terme « peuple ». Et il y a eu une évolution dans l'utilisation des
termes dans le corpus.
Auparavant, on utilisait davantage, dans
les années 1940-1950, supposons, 1960, le terme « nation ».
Ça a migré vers le terme « peuple » et, depuis les années 2000, on utilise
davantage le terme « nation ».
Donc, on essaie de conjuguer l'ensemble du
corpus législatif qui fait des références à « nation » et à « peuple » pour clarifier le tout.
M. Bouazzi : OK. Je m'excuse,
il doit être tard. Je ne suis pas sûr que c'est si clair.
Et, donc, on est d'accord… juste… on est
d'accord que le peuple du Québec et la nation ne sont pas directement… ils sont
en lien, là, mais ils ne sont pas directement équivalents. C'est ça que vous
venez de dire ?
M. Jolin-Barrette : Exactement,
la « nation » comprend des concepts plus
larges comme…
M. Bouazzi : OK…
M. Jolin-Barrette :… la
langue, la culture, l'identité…
M. Bouazzi : Donc, quand on
dit…
M. Jolin-Barrette :… les
intérêts communs et les institutions communes.
M. Bouazzi : Quand on
dit : Le peuple québécois forme une nation, c'est lequel où il peut y
avoir plus de monde ?
C'est le peuple ou la nation ?
M. Jolin-Barrette : C'est… ce
n'est pas… ce n'est pas des équivalents, « peuple » et « nation ».
Le peuple, ce sont les individus, les personnes qui résident habituellement sur
le territoire québécois et qui sont assujettis aux lois du Québec.
M. Bouazzi : Donc, ça, ça
inclut les Premières Nations ?
M. Jolin-Barrette : Effectivement,
les individus.
M. Bouazzi : Tous les
individus font partie du peuple du Québec, incluant les Premières Nations.
Est-ce que vous faites une différence avec
ceux et celles qui vivent sur les réserves ?
M. Jolin-Barrette : Non,
c'est l'ensemble des individus sur le territoire québécois.
Et là, par la suite, on dit : Le
peuple québécois forme une nation. Donc, ce peuple-là forme une nation.
Et, comme je vous le disais, c'est,
supposons que votre question porte sur les nations autochtones, mais c'est à
elles à déterminer si elles font partie, supposons, de la nation québécoise.
C'est leur prérogative de déterminer cela
ou non.
Mais la composante de la nation est plus
large qu'uniquement des individus, des personnes physiques.
Elle est plutôt basée sur, oui, les
personnes physiques, mais, en plus vers une adhésion de communautés, euh… de
recherche de buts communs, je vous dirai, langue, culture, identité, c'est…
vivre ensemble.
M. Bouazzi : Donc, tous les…
toutes les personnes qui sont âgées… assujetties aux lois du Québec font partie
du peuple québécois.
Et ça, ça inclut tout le monde, y compris
les Premières Nations, et y compris les Premières Nations qui vivent dans les
réserves.
Ça, on est d'accord. Vous avez dit :
Oui. Mais là je lis : Le peuple du Québec est composé de toutes les
Québécoises et tous les Québécois.
Donc, moi, ce que je comprends, ça veut
dire que vous considérez que les Premières Nations font partie de toutes les
Québécoises et tous les Québécois, si le peuple inclut les Premières Nations.
Et, enfin, vous dites : Le peuple
québécois forme une nation. Et juste avant, vous m'avez dit que toutes les
Premières Nations qui sont sur le territoire font partie du peuple québécois.
Et vous dites que ce peuple-là, que vous venez de définir, forme une nation.
M. Jolin-Barrette : Non, ce
n'est pas ce que j'ai dit.
M. Bouazzi : Bien, c'est ce
que je lis dans le projet de loi. Je commence… bien, là, je viens… je
lis : Le peuple québécois forme une nation. C'est comme… une nation…
M. Jolin-Barrette : Non, ce
que j'ai dit, auparavant, j'ai dit que les individus forment le peuple
québécois.
M. Bouazzi : Et ça, ça inclut
les Premières Nations. On est d'accord ?
M. Jolin-Barrette : Ça inclut
les… les personnes qui sont membres des Premières Nations.
M. Bouazzi : Exact.
M. Jolin-Barrette : Ce n'est
pas « la nation ».
M. Bouazzi : Oui, ça, je l'ai
compris.
M. Jolin-Barrette : Vous…
vous comprenez la distinction…
M. Bouazzi : OK…
M. Jolin-Barrette :… entre
l'individu… l'individu physique qui est assujetti aux lois du Québec et qui
réside habituellement sur le territoire québécois, donc, l'ensemble des
individus est formé du peuple québécois.
Par la suite, le peuple québécois forme
une nation et, c'est là que je vous indique que la nation, elle est plus
large : Une communauté, les institutions communes, la langue, la culture
et l'identité.
C'est pour ça que je vous indique que, là,
c'est une analyse davantage qui est subjective de la personne ou de la
communauté, ou de la nation qui veut en faire partie ou non.
Et, à titre d'exemple, si on s'éloigne du
concept de… de… des « nations
autochtones ».
Si on va vers l'exemple que je donnais au
Député de l'Acadie, avant la pause du souper, exemple, un Maskoutain qui habite
à Saint-Hyacinthe, mais qui dit : Mais, moi, je ne fais pas partie de la
nation québécoise parce que je n'adhère pas à l'esprit commun, tout ça, puis je
me considère, supposons, comme simplement Maskoutain et simplement canadien.
Je… il n'est pas forcé de faire partie de
la nation québécoise. C'est ça, cette notion de subjectivité là. Et le Québec
est formé de plusieurs nations comprenant les nations autochtones.
M. Bouazzi : Donc, quand on
lit : Le peuple québécois, le peuple où il y a tout le monde, ça, on a
réglé cette partie-là. J'espère qu'on ne va pas revenir en arrière.
Celle-là, elle est claire. Le peuple
québécois, c'est tous les gens qui sont sur le territoire, Premières Nations ou
pas, ou le Maskoutain dont vous parlez forme une nation.
Ça, c'est le texte de loi. Nous, on doit
lire : Sauf ceux qui ne se sentent pas québécois, c'est ça ?
Je veux dire, une nation, mais il faut en
exclure les gens qui ne se sentent pas québécois ?
M. Jolin-Barrette : Non, ce
n'est pas… ce n'est pas ceux qui ne se sentent pas Québécois, c'est ceux qui
indiquent… qui… qui… pour adhérer à la nation québécoise, c'est… on ne peut pas
forcer quelqu'un à être membre de la nation québécoise.
M. Bouazzi : Donc…
M. Jolin-Barrette : C'est
pour ça que je vous dis la subjectivité. Il n'y a personne qui va être forcé de
dire : Moi, je suis membre de la nation québécoise.
Mais le… le texte de la Constitution vise,
justement, à définir qu'est-ce qu'est la nation québécoise, les principes,
également, sur le peuple québécois. Donc, il… il véhicule un objectif de
créer, dans le fond, dans le cadre du corpus législatif, une constitution qui
vient prendre en compte les différents éléments, notamment des lois qui sont
déjà dans le corpus, qui parle à la fois de nation et de peuple québécois.
M. Bouazzi : Donc, j'entends
toutes sortes de subtilités dans ce que vous nous dites, que les Premières
Nations sont des nations.
Vous avez dit avant que ceux qui veulent
appartenir à la nation québécoise sont les bienvenus.
Mais, ceci étant dit, au moins, vous
reconnaissez l'existence de Premières Nations.
Par ailleurs, vous dites : Un
Maskoutain, ou n'importe qui d'autre qui ne veut pas faire partie de la nation,
pas de problème.
Toutes ces subtilités-là, vous les
retrouvez où, dans la phrase : Le peuple québécois forme une nation ?
M. Jolin-Barrette : C'est à
l'alinéa 2 : Le peuple québécois forme une nation.
M. Bouazzi : Ça, c'est très
peu subtil, Monsieur le Ministre. C'est comme… le peuple forme… le peuple, au
complet, forme une nation.
Ça, il n'y a… il n'y a aucune subtilité
dans cette phrase-là. Tout… de tout ce que vous venez d'écrire n'apparaît pas
dans cette phrase.
Je veux dire, il n'y a pas de Premières
Nations, il n'y a pas de Maskoutain, il n'y a rien. Il y a juste un peuple qui
est composé de tout le monde.
Ce que vous nous dites, c'est que les
Québécois… ce qu'il est écrit : Le peuple du Québec est composé de toutes
les Québécoises et Québécois.
Vous, ce que vous nous dites, c'est :
C'est tout le monde qui est sur le territoire.
Bon, donc, ça inclut… vous avez décidé,
donc, que les Premières Nations font partie des Québécoises et Québécois.
Je ne sais pas ce qu'ils en pensent, mais
en plus…
M. Jolin-Barrette : C'est… ce
n'est pas ce que j'ai dit. Je n'ai pas dit…
M. Bouazzi : C'est ce qui est
écrit là, je lis ce qui est écrit.
M. Jolin-Barrette : Non. Non,
non, ce n'est pas ça que j'ai dit. J'ai dit : Le peuple du Québec, il est
composé de tous les… de toutes les Québécoises et de tous les Québécois.
Donc, on parle des individus, on ne parle
pas des nations.
M. Bouazzi : Oui, oui.
M. Jolin-Barrette : Donc, le…
le facteur objectif, c'est de faire en sorte d'être assujetti en fonction des
lois… du Québec et en fonction de la résidence habituelle au Québec.
L'autre point qui est important, le texte
doit se lire en continuité. Et, donc, vous allez retrouver aux articles 3 et
suivants, donc, on vient définir la nation québécoise, donc de ses attributs…
M. Jolin-Barrette :… 3, 4, 5,
6, les droits collectifs, ensuite, les droits et libertés de la personne. Donc,
c'est un enchevêtrement.
Il faut lire le texte… il faut lire la
disposition du texte dans son ensemble, n'est-ce pas ?
M. Bouazzi : Bien, je veux… je
veux bien, Monsieur le Ministre…
M. Jolin-Barrette :… ça fait
sourire certains membres de cette commission, ça leur rappelle des… des bons
souvenirs universitaires, je crois.
M. Bouazzi : D'accord.
Rappelez-moi, lequel de tous ces articles que vous avez nommés parle des
Premières Nations ?
M. Jolin-Barrette : Pardon ?
M. Bouazzi :… parce que je… je
veux bien le lire dans… dans son ensemble. Donc, vous avez dit 3, 4, 5, 6, 7… y
en a-t-il un qui parle des Premières Nations ?
M. Jolin-Barrette : Dans le
cadre du préambule de la Loi, on est venu indiquer les Premières Nations. Donc,
vous trouverez dans le préambule.
M. Bouazzi : Bien, vous
n'avez pas nommé le préambule. Vous avez nommé les prochains articles.
La question ici, c'était «Où est-ce que se trouvent
les Premières Nations ?».
À un moment… donc, ce que j'ai entendu de
vous, c'est qu'ils font partie… les êtres humains qui font partie des Premières
Nations font partie du peuple du Québec.
Ça, on est d'accord, c'est bien ça ?
• (20 heures) •
M. Jolin-Barrette : Bien, si
vous me dites que vous êtes d'accord.
M. Bouazzi : Non, mais pour…
pour comprendre votre pensée. Non, moi, je ne suis pas d'accord.
Mais j'essaye de comprendre ce qui est
écrit devant nous et, honnêtement, j'ai du mal à suivre.
Donc, j'essaie au moins d'écarter… je vous
promets que je n'y reviendrai plus jamais, si c'est ça… si on est d'accord que
c'est ça que vous avez dit, que tous les…
M. Jolin-Barrette : Mais
allez-vous être d'accord ?
C'est ça la question.
M. Bouazzi : Bien, déjà, il
faudrait que je comprenne ce que vous proposez, parce que je vous avouerais que
j'ai du mal.
Ça doit être là, c'est moi, je prends la
responsabilité.
Mais, mettons-nous d'accord que ce que
vous avez dit, c'est que tous les êtres humains qui sont assujettis à la loi
québécoise, incluant les Premières Nations, incluant ceux qui sont dans les
réserves, font partie du peuple du Québec ?
M. Jolin-Barrette :… et qui
résident habituellement sur le territoire québécois.
M. Bouazzi : D'accord. Donc,
ça, ça inclut aussi les résidents permanents ou… ou les étudiants qui font un
doctorat depuis plusieurs années, tous ceux qui sont là.
Bon, et là, moi, je lis : «Le peuple du Québec est
composé de toutes les Québécoises et tous les Québécois.»
Donc, il n'y a pas «ainsi que qui que ce soit
d'autre, là» ? C'est ceux-là qui composent
le peuple.
Donc, on est d'accord que vous considérez
que tout le monde, incluant les membres des Premières Nations, se rentre dans
cette phrase-là, si c'est ça qui définit le peuple, ou pas ?
M. Jolin-Barrette : Ce que
j'indique, c'est qu'au sens juridique, les individus qui sont sur le territoire
québécois et qui sont assujettis aux lois du Québec et qui résident
habituellement sur le… territoire québécois font partie du peuple québécois.
Et, dans les considérants…
M. Bouazzi : Mais, en tout
respect, M. le ministre, ce n'est pas ce que vous avez écrit.
Vous n'avez pas écrit : «Le peuple est composé de
toutes les personnes qui sont assujetties aux lois du Québec et qui résident
habituellement sur leur territoire».
Vous avez écrit… vous avez écrit… quelque
chose d'autre qui est composé de toutes les Québécoises et tous les Québécois.
Ça fait que j'essaye de comprendre :
Est-ce que… est-ce que c'est la même chose, pour vous, ou alors la notion de «Québécois» est autre chose ?
M. Jolin-Barrette : Non,
c'est ce que je vous ai expliqué.
M. Bouazzi : D'accord.
M. Jolin-Barrette : Et, donc,
dans les considérants, donc, le… le troisième considérant :
«Considérant qu'il existe au sein du
Québec des nations abénaquise, algonquine, attikamek, crie, innue, micmacque,
mohawk, naskapi, wendat, wolastoqiyik et inuit», aussi.
Donc, comme je vous le disais, les nations
autochtones sont reconnues dans le cadre de la Constitution.
Mais c'est aussi l'idée de ne pas imposer.
Dans le fond, lorsqu'on parle de nation, c'est important de ne pas imposer
l'adhésion à la nation parce que c'est un critère plus large.
Et c'est là qu'on va voir les attributs
aux articles 4 et suivants, relativement à… aux attributs de la nation
québécoise.
Et, donc, en tout respect des nations
autochtones, ça leur appartient, à elles, de définir leur choix.
M. Bouazzi : Leur choix,
s'elles font partie de la nation québécoise ?
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Bouazzi : Mais si elles
existent à part entière, ça, je pense qu'on est tous d'accord qu'elles existent
à part entière ?
M. Jolin-Barrette : Tout à
fait.
M. Bouazzi : Bon, et ça, ça…
ça apparaît juste dans un considérant, vous… vous serez d'accord avec moi que
ça a évidemment beaucoup moins de… de poids que de se retrouver dans un
article, contrairement à la… à la nation québécoise, qui a évidemment toutes
sortes d'articles.
Bon, maintenant, j'entends… j'ai… j'ai du
mal à avoir une réponse, mais… mais soit…
M. Jolin-Barrette : Je… je
vous donne… je vous donne un… un autre exemple…
M. Bouazzi : Allez-y.
M. Jolin-Barrette :… en
termes de droit comparé… supposons la Déclaration canadienne des droits.
Ça indique : «Le Parlement du Canada
proclame que la nation canadienne repose sur des principes qui reconnaissent,
encore une fois, la suprématie de Dieu, la dignité et la valeur de la personne
humaine, ainsi que le rôle de la famille dans une société d'hommes libres et
d'institutions libres.»
Donc, ça ne signifie pas que la nation
québécoise, ou les nations autochtones n'existent pas, mais le législateur
fédéral, et…
20 h (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...nous
parler de la nation canadienne. Donc, l'idée ici est de s'assurer que, pour
ceux qui veulent s'identifier, donc, le caractère subjectif à la nation, il est...
il est ouvert, car c'est une notion de nation inclusive avec toute sa
diversité.
M. Bouazzi : Dans la
Constitution canadienne, il y a l'article 35, qui est celui qui permet aux
Premières Nations d'avoir toutes sortes de droits, il est où l'équivalent de
cet article-là? Parce que, concrètement, un des risques, ça serait que ce soit
un recul pour leurs droits, l'équivalent de l'article 35 qui leur reconnaît
leurs droits ancestraux.
M. Jolin-Barrette : Alors, la
Constitution québécoise ne change absolument rien à l'État de droit au Québec
relativement à... au droit des communautés autochtones. D'ailleurs, vous le
retrouverez dans le préambule. Donc, considérant que l'État du Québec reconnaît
dans l'exercice de ses compétences constitutionnelles les droits existants
ancestraux issus de traités des nations autochtones du Québec, qui est une
reprise de.... des dispositions de la loi 99, je crois, les articles neuf et 10
ou 10 et... de la loi 99.
M. Bouazzi : M. le ministre,
est-ce que les premiers peuples sont des peuples?
M. Jolin-Barrette : Donc, au
Québec, on utilise le vocabulaire de «nations autochtones».
M. Bouazzi : Est-ce que vous
reconnaissez... Oui...
M. Jolin-Barrette : Donc, le
législateur québécois a toujours utilisé les termes «nations autochtones» dans
le cadre du corpus. C'est notamment. ce qui est prévu à l'article 11 de la loi
99. Donc, il n'y a... Il n'y a rien de nouveau par rapport à l'État du droit. C'est
la continuité du droit québécois qui est codifié dans le cadre de la constitution
québécoise.
M. Bouazzi : Est-ce que vous...
vous pensez quoi de la Déclaration des Nations unies des droits des peuples
autochtones?
M. Jolin-Barrette : Cette
déclaration-là, les... l'Assemblée nationale a adopté une motion pour en
reconnaître ses principes.
M. Bouazzi : Et vous... je ne
pense pas vous apprendre que les droits des peuples autochtones sont associés
aux peuples et non pas aux nations.
M. Jolin-Barrette : Comme je
vous dis, c'est une question de vocabulaire, et donc, les instruments
internationaux, les autres instruments nationaux, parfois, utilisent la notion
de peuple, utilisent la notion de nation. Au Québec, dans le cadre du corpus, ça
a toujours été utilisé dans le cadre de nations.
M. Bouazzi : Donc, quand des
juristes éminents, dont une constitution nationaliste autochtone comme maître
Karine Millaire, un certain nombre de spécialistes viennent dire que le fait qu'on
ne reconnaisse pas le statut de peuples aux Premières Nations, aux premiers
peuples dans la Constitution, est une manière de nier leur droit, vous, vous
pensez qu'ils se trompent toutes et tous?
M. Jolin-Barrette : Je suis
fermement en désaccord avec l'opinion de maître Millaire.
M. Bouazzi : Et donc, est-ce
que vous avez une opinion juridique qui vous dit que les droits des peuples
autochtones s'appliquent à autre chose que des peuples?
M. Jolin-Barrette : Pouvez-vous
préciser votre question?
M. Bouazzi : Est-ce que vous
avez une opinion juridique que vous pourriez nous partager qui dit que les droits
des peuples autochtones, dans la Déclaration des Nations Unies des peuples
autochtones, ne s'appliquent... s'appliquent à autre chose que des peuples?
M. Jolin-Barrette : ...on ne partage
pas les avis du ministère de la Justice.
M. Bouazzi : Donc, on a eu
toutes sortes de spécialistes, y compris de droit autochtone, nous dire que le
fait de nier aux premiers peuples le statut de peuple... revenait à nier leurs
droits qui se retrouvaient dans la Déclaration des Nations unies des droits des
peuples autochtones, vous, vous dites : Je ne suis pas d'accord, et vous
êtes autosuffisant.
M. Jolin-Barrette : Non, je
n'ai pas cette prétention-là.
M. Bouazzi : Un peu quand
même, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Non, je
n'ai pas cette prétention-là. Alors, avec égard pour l'opinion contraire, en
droit québécois, on a toujours utilisé «Nations autochtones». Je comprends qu'il
peut y avoir des critiques. Il y a des intervenants qui sont venus critiquer ça,
c'est leur opinion, je la respecte, mais ce n'est pas le choix que le
législateur fait et a fait dans le passé.
M. Bouazzi : Et donc vous
seriez prêt à codifier la Déclaration des Nations unies sur les peuples
autochtones en remplaçant «peuple» par «nation» et à introduire les articles
les plus importants dans la Constitution?
M. Jolin-Barrette : Je n'ai
pas de mandat pour ça.
M. Bouazzi : Vous n'avez pas
de mandat pour ça.
M. Jolin-Barrette : Bien non.
L'Assemblée nationale... l'Assemblée nationale...
M. Bouazzi : À voter à l'unanimité
une motion qui disait qu'il fallait qu'on l'intègre à l'intérieur de notre
corpus.
M. Jolin-Barrette : Ce n'est
pas ça que dit la... Ce n'est pas ça que dit la motion...
M. Jolin-Barrette : …C'est
important que… c'est important…
M. Bouazzi : Qu'est ce qu'elle
dit? Qu'est ce qu'elle dit? Allez-y, dites-moi.
M. Jolin-Barrette : C'est
important.
Le Président (M.
Bachand) :…ça va bien? Ah oui? Alors, M.
le député de Maurice-Richard.
M. Jolin-Barrette : J'ai
l'impression que le ministre va finir sa phrase? Allez y.
M. Jolin-Barrette : Je vous
assure, j'ai terminé, M. le Président.
M. Bouazzi : Ah.
M. Jolin-Barrette : Je ne
suis pas gêné pour parler.
M. Bouazzi : Bon, on va
déposer un amendement. M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. On va le mettre à
l'écran? Bien sûr. Et voilà. Merci. Donc, M. le député de Maurice-Richard, pour
la lecture, s'il vous plaît, de l'amendement.
• (20 h 10) •
M. Bouazzi : Ouf! Monsieur...
merci, M. le Président. Donc… Remplacer l'article 3 de cette loi, tel
qu'introduit par l'article 1 du projet de loi, par le suivant : Le Québec est
un État plurinational. Il est composé des nations autochtones Anishinabeg… Je
vais peut-être ouvrir le fichier ici parce que c'est trop petit pour moi. Il
est composé des nations autochtones Anishinabeg, Akita… Atikamekw
Nehirowisiwok, Eeyou, Wendats, Innus, Inuit, Kanien'kehá:ka, Mi'gmaq, Naskapis,
W8banaki et Wolastoqiyik, ainsi que de la nation québécoise. Chaque nation
forme un peuple. Je pense, M. le Président, qu'ici on est au cœur d'une chose
vraiment importante, c'est-à-dire qu'on a eu toutes sortes d'intervenants
autochtones qui se sont plaints qu'on ne reconnaisse pas le statut de peuples
aux premiers peuples. On a eu toutes sortes de spécialistes de droit qui sont
venus nous dire que si on ne reconnaissait pas le statut de peuple au premiers peuples,
on venait leur nier leurs droits qui se retrouvaient dans la Déclaration des
Nations unies des droits des peuples autochtones. Et que donc, et c'est ce qui
nous a été décrit par les représentants de l'APNQL, que le projet qui ne
reconnaît pas… qui reconnaît un seul peuple, et je reprends ces mots de
mémoire, qui ne reconnaît qu'un seul peuple à travers la nation québécoise, tel
que décrit dans l'article trois qui est devant nous, se retrouve à être un
projet colonial. Je pense qu'il est très important et je le dis franchement
avec gravité, en 2026, que la réconciliation et que la vérité passe par une
écoute, de la bonne foi et, reconnaisse, un, que nous sommes évidemment
plusieurs nations à former l'État, que notre État est plurinational et que chaque
nation forme un peuple. Ce qui garantirait, de manière claire, les droits des
peuples autochtones et qui nous éviterait de faire une erreur grave envers ces
personnes qui appartiennent à des nations, qui ont des droits ancestraux, qui
sont là depuis des millénaires et à qui, ou on reconnaît leurs droits qui leur
sont inhérents ou en fin de compte, on vient les bafouer. Fait que, je… je ne
peux pas croire qu'on n'est pas capable d'avoir une conversation constructive
sur un amendement comme celui-ci, qui serait une réelle avancée, M. le
Président. Fait que, je serais curieux de savoir, un, ce que mes collègues en
pensent, évidemment, mais aussi qu'est-ce qui serait problématique dans une
telle… dans une telle présentation par rapport à ce que dit le ministre.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Et
j'apprécie que le collègue de Maurice-Richard dépose des amendements. Cela
étant, je demeure sur ma position relativement au contenu du texte, relativement
à la notion de nation.
M. Bouazzi : Est-ce que vous
avez rencontré des représentants des Premières Nations qui vous ont dit que
c'était correct qu'il y ait un…
M. Bouazzi :… un seul peuple
sur le territoire et qu'on ne leur reconnaisse pas le statut de peuple.
Le Président (M.
Bachand) :Monsieur le Ministre.
M. Jolin-Barrette : Monsieur
le Président, je ne commenterai pas les rencontres privées que j'ai avec les
différentes personnes que je rencontre.
M. Bouazzi : Je pense que
c'est une information… toutes les personnes qui sont venues ici, qui
représentaient les Premières Nations, nous ont dit qu'ils tenaient à être
reconnus comme peuple.
Ce n'est pas très privé, là. C'était
filmé.
Peut-être que vous avez une nation qui
vous a dit : Non, moi, c'est correct qu'on ne me reconnaisse pas le statut
de peuple ?
M. Jolin-Barrette : Non,
Monsieur le Président, je réitère ma réponse.
M. Bouazzi : Donc, 100 %
des gens, publiquement, qui sont en sortie vous en dit : Nous voulons être
reconnus comme un peuple, étant donné que nos droits des Premières Nations sont
rattachés à la… la Déclaration des Nations unies, les droits des peuples
autochtones sont attachés au statut de peuple.
Donc, en tant que premiers peuples, nous
sommes des peuples. Et vous, vous dites : Je sais mieux que vous. En fait,
il y a un seul peuple au Québec. Et non, je ne vous écouterai pas, en fait ?
À moins que vous me dites qu'il y a des
groupes qui vous ont dit l'inverse de ce que je viens vous dire ?
M. Jolin-Barrette : Alors,
Monsieur le Président, le Député de Maurice-Richard, fidèle à son habitude,
prête beaucoup d'intentions sur les propos, tire des inférences en fonction de
sa propre analyse, en fonction de son propre regard d'autrui et juge les gens.
Alors, je n'embarquais pas dans ce genre
de discussion là.
Je pense que je me suis exprimé très
clairement, relativement au fait que le droit québécois utilisait le terme « nation ».
Il y a certaines personnes qu'on a
entendues, effectivement, qui ont dit qu'ils souhaiteraient qu'on emploie un
autre terme dans le cadre du corpus.
On va continuer de maintenir l'utilisation
du terme « nation ».
M. Bouazzi : Mais… j'ai du
mal à croire qu'on ne peut pas avoir une conversation plus constructive,
monsieur le ministre.
On a eu des groupes qui sont venus ici
même, dans cette salle, d'ailleurs, si je ne me trompe pas, nous dire… qu'ils
voulaient être reconnus comme peuples.
Il n'y a pas eu aucun groupe des Premières
Nations qui est venu nous dire l'inverse.
Il y a des constitutionnalistes, des
spécialistes, y compris des spécialistes autochtones, qui se sont insurgés face
au fait qu'on ne leur reconnaisse pas le statut de peuple.
Et, moi, j'ai entendu, j'ai écouté, j'ai
d'ailleurs appris.
Je vous avouerais qu'avant, moi, je ne
suis pas constitutionnaliste de formation, ni même avocat.
J'ai appris qu'effectivement les droits
sont rattachés aux peuples et non pas aux nations. Et… et j'y accorde une
énorme importance.
Les droits des peuples autochtones, qui
sont reconnus dans la Déclaration des Nations unies des droits des peuples
autochtones, sont rattachés aux peuples.
C'est ce qu'est venu nous dire… les
spécialistes. Le ministre nous dit qu'il a notre avis, qu'il a des
documentations qu'il ne rendrait pas publiques.
Il ne nous dit pas s'il y a des Premières
Nations qui lui ont dit qu'ils voulaient autre chose, mais que… il nous dit que
les conversations qu'il a eues sont privées, avec les Premières Nations.
Donc, tout ce qu'on a qui est public,
c'est des spécialistes des questions des droits autochtones et des
représentants des premiers peuples qui nous disent : Si vous ne nous
reconnaissez pas comme peuple, vous niez nos droits. Je pense que, dans un
souci de réconciliation, d'écoute… et c'est le minimum, et… et en fait, je… je
me dis… en fait, oui, je… je vous avouerais, je… je suis… oui, ça me… ça
m'attriste beaucoup, en fait, cette situation, Monsieur le Ministre, et… et
réagir à des… à des interventions publiques, écoutez, ce n'est pas un procès
d'intention, c'est la réalité, c'est que tous les groupes sont venus et vous
ont dit : Monsieur le Ministre, vous ne reconnaissez pas le statut de
peuples aux Premières Nations, vous niez leurs droits.
M. Jolin-Barrette : Monsieur
le Président, juste…
Le Président (M.
Bachand) :Là, vous allez être un petit
peu loin, Monsieur le Député, de dire que le ministre nie les droits.
M. Bouazzi : Bien, c'est ce
que, entre autres, madame Miller ou les représentants des Premières Nations… ce
n'est pas mes paroles, et je pense que c'est important d'être à l'écoute.
Le Président (M.
Bachand) :Alors, soyez prudents dans…
lorsque vous faites une affirmation… s'il vous plaît.
M. Bouazzi : C'est vrai…
C'est très bien.
Le Président (M.
Bachand) :Monsieur le Ministre.
M. Jolin-Barrette : Monsieur
le Président, c'est toujours facile de dire, d'insulter les gens, de mépriser
les gens, de les regarder de haut et…
Le Président (M.
Bachand) : Monsieur le Ministre, est-ce qu'on embarque…
M. Jolin-Barrette :… et de
dire : Ah, ce n'est pas moi qui l'ai dit !
Le Président (M.
Bachand) :Non, on n'embarquera pas là ce
soir.
Donc… Le micro est fermé, Monsieur le
Ministre, juste pour… Alors, je pense qu'on peut continuer de… de discuter.
Alors, donc, Monsieur le Ministre, je vous
donne la parole, mais attention à vos propos, s'il vous plaît, puis aux
qualificatifs.
M. Jolin-Barrette : Totalement,
Monsieur le Président.
Alors, on connaît très bien la technique
du Député de Maurice-Richard, cette technique délétère de blocage
parlementaire.
Monsieur le Président, on est habitué.
M. Jolin-Barrette : ...d'ailleurs,
j'ai rencontré sa cheffe sur l'heure du souper qui me disait : Eh, arrête
ça, bloque ça, laisse tomber. C'est ça, la position de Québec Solidaire. Elle
l'a verbalisé aussi.
Le Président (M.
Bachand) : OK. Bon.
M. Jolin-Barrette : Le
député de Maurice-Richard est en mission pour pas qu'on chemine.
Le Président (M.
Bachand) : Alors on... OK. Si ça continue, je vais suspendre
parce que ce n'est pas agréable. Alors, je vous demande de changer de ton, et
puis on va continuer, parce que le blocage parlementaire, c'est de prêter des
intentions aussi. Alors donc, je vais vous redonner la parole, M. le ministre,
puis j'ai averti tout le monde, OK, de faire très attention. M. le ministre,
s'il vous plaît.
• (20 h 20) •
M. Jolin-Barrette :
Alors, M. le Président, je fais état de la situation que les Québécois peuvent
constater dans le cadre de l'étude des projets... du projet de loi ici,
présentement. Je pense que ça fait plusieurs dizaines d'heures qu'on est ici.
On voit de quelle façon se comportent les collègues des oppositions.
Alors, il n'y a pas davantage de droits
qui sont rattachés à la notion de peuple ou de nation. Alors, le fait
d'employer une terminologie ou une autre dans une loi du Québec n'affecte pas
les droits constitutionnels des nations autochtones, qui sont reconnus,
notamment par l'article 35 et qui sont également reconnus par le Québec
dans le cadre de l'article 11 de la loi no 99. Il n'y a
absolument rien qui change et ils sont présents également dans la Loi
constitutionnelle de 1982 et la Constitution québécoise n'affecte pas ces
droits-là. Et d'ailleurs, le Québec a conclu des traités avec des nations
autochtones.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Donc, tous
les représentants des Premières Nations sont arrivés et nous ont dit, il y a
une différence, nous voulons être un peuple. Vous dites, il n'y a pas de différence.
S'il n'y a pas de différence pour vous et il y en a une très importante pour
les groupes concernés et il y en a une qui nous a été très amplement documentée
par le Barreau, par Mme Miller, j'ai oublié si M. Lampron en a fait
état aussi, mais toutes sortes de spécialistes nous ont rappelé que c'était
important de le reconnaître, le statut de peuple. Pourquoi ne seriez pas... Ne
seriez-vous pas d'accord, si pour vous ça ne change rien et pour eux, ça change
tout, de leur reconnaître le statut de peuple?
M. Jolin-Barrette : Alors,
M. le président, voyez-vous comment l'argumentaire du député de Maurice-Richard
est évolutif? Au départ, il disait, bien écoutez, lorsque vous les qualifiez de
nations, ça ne leur garantit pas des droits. Lorsqu'on lui dit, mais non, il
n'y a pas de différence relativement à la notion de droit, n'est pas rattachée
à la notion de peuple. Alors là, il change son argumentaire pour les raisons
qui lui appartiennent. Alors les droits... Les droits qui appartiennent au groupe
qui en sont titulaires, donc les groupes autochtones et l'article 35
s'appliquent. Et d'ailleurs, nous avons un article 11, dans la loi no 99,
qui reconnaît les droits existants, issus de traités, des nations autochtones.
M. Bouazzi : Mon argumentaire
n'a pas évolué d'une cenne. Ce que vous dites, vous, moi, je vous écoute. Ce
que vous dites, vous, c'est, il n'y a pas de différence entre les droits
associés à une nation ou à un peuple. Ce que nous ont dit les invités, c'est
qu'il y a une immense différence, ils veulent absolument que ça soit reconnu
pour les premiers peuples, qu'ils soient reconnus comme des peuples. Moi je
dis, si ça ne fait pas de différence pour vous et ça fait une différence pour
les différents représentants des Premières Nations et pour les différents
spécialistes de droit constitutionnel, bien, pourquoi est-ce que vous ne voulez
pas leur reconnaître leur statut de peuple? Je veux dire, je ne vois pas
pourquoi mon... il y a eu une évolution dans ce que je vous... J'ai du mal à
vous suivre, là, pour... tout d'un coup.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, M. le président, la Cour suprême emploie autant les expressions
nations autochtones et peuples autochtones, n'a jamais établi de distinction
entre les deux, M. le Président.
M. Bouazzi : Oui, parce
que leur... Oui?
M. Jolin-Barrette : Notamment,
les résolutions de 1985 et de 1989 de l'Assemblée nationale, ont reconnu
l'existence au Québec des 11 nations autochtones, de même que leurs droits
ancestraux existants et leurs droits inscrits dans les conventions nordiques.
Donc, c'est ce qui se retrouve dans notre droit québécois.
M. Bouazzi : Mais pas
dans la Constitution. Soyons d'accord, quand même, M. le. Le ministre, que
retrouver les... l'existence des nations autochtones juste dans un préambule,
c'est quand même une occasion qui serait sacrément manquée...
M. Bouazzi : ...je veux
dire, je ne peux pas croire qu'on n'est pas capable de faire mieux, puis en
tant que législateurs... Franchement, on a une... on a une proposition qui est
vraiment constructive, elle reconnaît... Elle vient répondre à ce que les
représentants des Premières Nations sont venus nous dire, qu'ils veulent être,
en tant que Premières nations, reconnus comme étant des peuples. On vient
reconnaître l'aspect multinational du Québec, on vient reconnaître la nation
québécoise et les Premières Nations et on dit simplement que chaque nation
forme un peuple. C'est... C'est clair. Je vous avouerais, on a passé beaucoup
de temps à essayer de... Cette formulation est vraiment claire.
Le Président (M.
Bachand) : Intervention? Pas de... M. le député, oui.
M. Bouazzi : Est-ce
que.... Est-ce que, M. le ministre, vous êtes d'accord que l'État du Québec est
plurinational, déjà?
M. Jolin-Barrette : M.
le Président, je pense qu'on a fait l'entièreté du débat sur l'article du
collègue, nous, on est prêt à passer au vote.
M. Bouazzi : Bien, on
n'a pas parlé du mot plurinational. Je pense que c'est important d'en parler,
M. le ministre. C'est... Ce n'est pas petit, une constitution, M. le ministre.
C'est... c'est important, chaque mot pèse beaucoup. Et est-ce que, parce qu'on
reconnaît l'existence des Premières Nations au Québec, donc, est-ce qu'on est
d'accord pour dire que nous sommes un État plurinational?
Le Président (M.
Bachand) : Est-ce qu'il y a une intervention?
M. Jolin-Barrette : Bien,
il y a plusieurs nations sur le territoire québécois, comme j'ai eu l'occasion
de le mentionner.
M. Bouazzi : Et est-ce
que le mot plurinational, vous êtes contre, vous êtes pour?
M. Jolin-Barrette : J'ai
déjà indiqué, M. le Président, qu'on était prêt à voter sur l'amendement du
collègue de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Donc, vous
êtes contre le mot... Parce que je pourrais avoir un amendement qui parle juste
de plurinational. Juste pour comprendre, là, est-ce que vous êtes... Pas besoin
de déposer un amendement sur le mot si vous me dites que vous êtes contre.
Mais... mais l'idée qu'on soit un État plurinational avec la nation québécoise
et les Premières Nations, est-ce que vous êtes pour ou contre? Au-delà de la
partie peuple, parce que je comprends que vous ne voulez pas.
M. Jolin-Barrette : M.
le Président, on est prêt à voter.
M. Bouazzi : J'ai du mal
à croire qu'une conversation comme celle-là serait vue par les gens qui nous
écoutent, comme quelque chose qui n'est pas constructif, M. le ministre. Nous
parlons de quelque chose de fondateur, d'un document fondateur. Les Premières
Nations ne se retrouvent que dans un préambule. Vous déposez une phrase qui
dit : Le peuple du Québec est composé de toutes les Québécoises et tous
les Québécois et vous nous dites, ça, ça inclut toutes les Premières Nations,
tous les êtres humains des Premières Nations. Une deuxième phrase qui
dit : Le peuple québécois forme une nation. Les représentants des Premières
Nations sont venus nous dire : Ceci est un scandale, ceci est une approche
coloniale de nos droits, nous voulons être...
Le Président (M.
Bachand) :Attention, aussi, le mot
scandale... Oui.
M. Bouazzi : Je
réutilise... Malheureusement, c'est des mots forts, mais effectivement...
Le Président (M.
Bachand) : Oui, mais, on ne peut pas faire indirectement, ce
qu'on ne peut pas faire directement.
M. Bouazzi : Bien, moi,
je cite le président de la PMQL, lui-même, ici même, il était assis ici, et
c'est ça qu'il a dit, c'est des mots très forts, mais malheureux, c'est un
rendez-vous terriblement manqué. Et il vient nous dire, non seulement,
évidemment, nous sommes une nation, nous ne voulons pas être assimilés. Il a
dit, il a utilisé le mot assimilationniste, et nous voulons être reconnus comme
un peuple. Et là, on a 20 minutes en tout pour parler d'un amendement qui
est central dans notre identité, dans notre cohabitation sur ce territoire,
dans notre approche décoloniale, dans notre approche de réconciliation et j'ai
du mal à croire que le ministre n'a pas plus d'avis sur le mot plurinational.
M. Jolin-Barrette : M.
le Président, le député de Maurice-Richard, depuis le début de cette
commission.
Le Président (M.
Bachand) : Attention.
M. Jolin-Barrette : Ne
souhaite pas adopter le projet de loi. Alors, il va multiplier les amendements
jusqu'à la fin. Et j'ai déjà eu l'occasion de le rappeler, qu'il existe
plusieurs nations sur le territoire québécois, d'ailleurs, on le reconnaît, les
nations autochtones, dans le cadre du projet de loi n° 1, conformément aux
résolutions qui ont été adoptées par la... par l'Assemblée nationale, on
reconnaît également les traités, les ententes, les droits des nations autochtones.
Alors, je pense qu'on a été très clairs dans le cadre du texte du projet de loi
que nous avons déposé.
M. Bouazzi : La
reconnaissance des traités, elle est où dans le texte du projet...
M. Bouazzi : …loi,
excusez-moi, je comprends que vous reconnaissez, dans toutes sortes d'autres
espaces, ici on parle de la constitution, de la loi, des lois.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, j'invite le collègue à lire le projet de loi, qu'il a eu l'occasion
de le faire, qui est déposée depuis le 9 octobre. Donc, c'est une… à nouveau
une stratégie pour dire à chaque intervention que je fais : C'est écrit
où? Ça dit quoi? Tout ça, c'est évolutif. Alors, écoutez, je ne trouve pas très
constructif son approche de faire en sorte de multiplier les interventions dans
le seul but de faire en sorte que la commission ne puisse pas cheminer
rondement.
M. Bouazzi : Je veux juste...
alors peut-être que je l'ai raté. Je l'ai lu à plusieurs reprises, votre projet
de loi et soyez sûr que je l'ai beaucoup analysé mais, il y a une question de
reconnaissance de traité dans un article? Parce que vous vous dites… je veux
juste être sûr. Parce que vous me… vous me prêter l'idée... Vous citez la
reconnaissance de toutes sortes de droits des Premières Nations, je ne les ai
pas vues. C'est peut-être mon erreur. Je vous dis il est où dans le projet de
loi? Vous dites… je fais du temps, je vous pose des questions.
• (20 h 30) •
M. Jolin-Barrette : Et je
l'ai souligné tout à l'heure, et dans le considérant que l'État du Québec
reconnaît, dans l'exercice de ses compétences constitutionnelles, les droits
existants, ancestraux issus de traités des nations autochtones du Québec.
M. Bouazzi : Mais…
M. Jolin-Barrette : Donc, au
début du projet de loi, et je me souviens très bien, il y a quelques minutes,
d'avoir lu exactement cette… ce considérant du préambule, ici, je pense que, si
je réécoute la commission ce soir, je vais pouvoir voir… que je vous ai répondu
ça également, puis que j'ai tenu ces propos-là.
M. Bouazzi : Est-ce que, M.
le ministre, ce qui est se retrouve dans le considérant, dans les considérants,
a moins de poids juridique que les articles qui se retrouvent… qu'on est en
train de lire, par exemple, l'article 3.
M. Jolin-Barrette : C'est à
droit constant, les… cet article-là, provient de l'article 11 de la loi 99, et
la Constitution ne change absolument rien à l'État du droit au Québec sur la
reconnaissance.
M. Bouazzi : Ça, vous l'avez
dit, mais je veux juste être sûr, parce que, moi, ce que m'ont dit les
juristes, c'est ce qui se retrouve dans les considérants à moins de poids que
ce qui se retrouve ailleurs, qui sont les articles qui vont être utilisés.
Est-ce que j'ai mal compris?
M. Jolin-Barrette : Voyez-vous,
M. le Président, le député de Maurice-Richard m'a dit : ça, vous me l'avez
dit. Alors, voyez-vous, ça veut dire que j'ai déjà répondu à ses questions.
Donc, comme je l'ai dit précédemment, c'est l'article 11 de la loi 99.
M. Bouazzi : Qui n'est pas
dans la Constitution.
M. Jolin-Barrette : Il n'y a
absolument rien qui change à l'État du droit relativement à ça. Et d'ailleurs,
l'article 35 de la loi conditionnelle de 1982 s'applique toujours, et la
constitution québécoise ne contrevient pas à l'application de l'article 35. Et
d'ailleurs, le Québec a conclu des traités avec certaines nations autochtones,
travaille à en conclure d'autres, et ses droits existent indépendamment, qu'il
y ait ou non, une constitution codifiée.
M. Bouazzi : Donc, la bonne
nouvelle, c'est que vous avez donné une réponse claire à la question de mon
collègue du Parti québécois, tout à l'heure, c'est-à-dire que la Constitution
du Québec a préséance sur toutes les règles du droit incompatibles, sauf si ça
touche à la Constitution canadienne, on est d'accord?Je comprends votre rhétorique de dire que je fais du temps. Ceci étant
dit, mais mettons-nous d'accord sur le fait que ce qu'il y a dans le
considérant a moins de poids que le reste, qu'il n'y a aucun article à
l'extérieur des considérants, qui reconnaît les Premières Nations, qui
reconnaît encore moins leur… leur statut de peuples ou qui reconnaît leurs
droits ancestraux, ou ce qui sort des traités. Tout ce qu'il y a, c'est des
considérants qui ont bien sûr moins de poids que le reste. Ici, on a une chance
d'améliorer, franchement grandement, votre texte. Je me tourne vers les autres
membres de cette commission, vous avez entendu, comme moi… comme moi, les
représentants des Premières Nations nous expliquer la situation et je… je vous
demande de voter pour cet amendement, en votre âme et conscience.
Le Président (M.
Bachand) : Est-ce qu'il y a d'autres interventions ? M. le
député de l'Acadie.
Speaker 3 Merci, monsieur le... Merci, M.
le Président. On se retrouve, je vous dirais, et je vous partage mes réflexions
là-dessus, suite au dépôt de l'amendement du député de Maurice-Richard, dans
une drôle de situation, parce que… je comprends le dépôt de l'amendement mais
si on avait eu suffisamment de temps en commission…
20 h 30 (version non révisée)
M. Morin : ...pour avoir
une discussion avec les Premières Nations, bien, on ne serait pas là et on
aurait pu fonctionner plus rapidement et arriver à une situation, bien, peut-être
qu'on aurait évité la discussion qu'on a là, maintenant. Dans la Déclaration
des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, effectivement, on ne
parle pas de nation, on parle de peuple. Il y a une motion adoptée à l'unanimité
par l'Assemblée nationale, qui tient compte de la déclaration. Ce n'est pas ce
que le gouvernement a retenu dans son projet de loi.
Par ailleurs, la Commission des droits de
la personne a mis en garde le gouvernement et je cite la page 6 : «Quant
à l'absence de consultation préalable des Premières Nations et des Inuits». Et
donc, on nous rappelle qu'«une telle consultation aurait dû être menée
conformément à leurs droits ancestraux issus de traités, de même que dans leur...
le respect de leur droit à l'autodétermination ou à leur autonomie». On dit,
entre autres, que «le non-respect du droit d'être consulté des Premières
Nations relativement à des dispositions de ce projet pourrait entrer en conflit
avec leurs droits, ce qui ferait courir le risque de voir leur mise en œuvre
affectée». Et la Commission internationale des juristes rappelait que, en vertu
du droit international, on réfère plus à la notion de peuple que de nation, c'est
d'ailleurs ce qui a été retenu par les Nations unies.
Cette consultation-là n'a pas eu lieu et
je n'en dirai pas plus, parce qu'évidemment je suis particulièrement mal à l'aise
de pouvoir en débattre davantage alors qu'ils ne sont même pas là, les membres
des Premières Nations, puis on n'a pas non plus leur évaluation, conseil,
positionnement, là-dessus. Ce que je sais, cependant, c'est qu'ils ont réitéré
à plusieurs reprises et ils l'ont demandé au gouvernement, de retirer ce projet
de loi. Alors, je n'en dirai pas plus. Je vous remercie, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Autre intervention? S'il
n'y a pas d'autres interventions, nous allons procéder la mise aux voix de l'amendement.
Oui? Appel nominal, Mme la secrétaire, s'il vous plaît.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Bouazzi (Maurice-Richard)?
M. Bouazzi : Pour.
La Secrétaire
: M. Jolin-Barrette
(Borduas)?
M. Jolin-Barrette :
Contre.
La Secrétaire
: Mme Haytayan
(Laval-des-Rapides)?
Mme Haytayan : Contre.
La Secrétaire
:
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac)?
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Contre.
La Secrétaire
: Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire
: Mme Bogemans
(Iberville)?
Mme Bogemans : Contre.
La Secrétaire
:
Mme Grondin (Argenteuil)?
Mme Grondin : Contre.
La Secrétaire
:
M. Lemieux (Saint-Jean)?
M. Lemieux : Contre.
La Secrétaire
:
M. Morin (Acadie)?
M.
Morin :
Abstention.
La Secrétaire
: Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe :
Abstentiton.
La Secrétaire
:
Mme Dufour (Mille-Îles)?
Mme Dufour : Abstention.
La Secrétaire
:
M. Bachand (Richmond)?
Le Président (M.
Bachand) : Abstention. Donc l'amendement est rejeté. Donc, on
revient à l'étude de l'article 3. Mme la députée de Mont-Royal-Outremont,
s'il vous plaît.
Mme Setlakwe : Merci, M.
le Président. Bon, il y a beaucoup de choses qui ont été... qui ont été dites.
Il y a eu déjà beaucoup d'échanges sur l'article 3. J'ai quelques
questions, si vous me permettez. M. le ministre, la Constitution, je pense que
vous allez être d'accord, elle n'est pas rédigée ni pour le gouvernement ou ni
pour les parlementaires, elle est rédigée pour le peuple. Est-ce que vous
considérez que le texte, la pièce législative, telle qu'elle a été déposée,
permettait à l'ensemble des Québécoises et des Québécois de s'y reconnaître?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme Setlakwe : Mais
plusieurs groupes sont venus nous dire qui ne se reconnaissent pas dans
certaines dispositions du projet de loi initial. Qu'est-ce que ça vous dit sur
la capacité du texte initial à remplir cet objectif de rassemblement?
M. Jolin-Barrette : Je
pense qu'il y a une forte proportion de Québécois qui sont en faveur de l'adoption
de la Constitution du Québec, qui sont en accord avec le fait de protéger l'égalité
entre les hommes et les femmes, de protéger la laïcité, de protéger la langue
française, de protéger l'intégrité du territoire québécois, de faire en sorte d'assurer
la souveraineté de notre Assemblée nationale, de nous garantir que, dans notre
démocratie, il y a un équilibre des pouvoirs, qu'il y a une séparation des
pouvoirs, qu'il y a la primauté du droit. Je pense que les Québécois, les
Québécoises adhèrent fortement à ça.
Est-ce qu'on peut empêcher la critique?
Bien sûr que non. Et puis, vous savez, à chaque fois qu'on dépose un projet de
loi, il y a des critiques, il y a des suggestions, il y a des bonifications, on
écoute, on prend des notes et on amène certaines... certains ajouts dans le
cadre du projet de loi, ce que nous avons fait et ce que nous continuerons de
faire le long de l'étude détaillée.
Mais il y a une chose qui est sûre, c'est
que la Constitution québécoise, elle est là parce qu'il faut se rappeler que la
Constitution canadienne n'a jamais été ratifiée par le Québec et c'est une
anomalie que le Québec n'ait pas de Constitution pour faire valoir ses droits,
faire valoir également son autonomie. Et on l'a vu, que le projet de loi, il y
a la Constitution, il y a la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, la création
du Conseil constitutionnel, des modifications à la loi...
M. Jolin-Barrette : ...Sur...
la loi constituonnelle de 1867, et je suis convaincu que la députée de
Mont-Royal–Outremont n'est pas contre le fait qu'on vient d'inscrire que l'État
québécois est laïque... dans la constitution canadienne, dans la partie qui
concerne la constitution québécoise, je suis convaincu qu'elle est en faveur de
ça.
Mme Setlakwe : Vous me posez
la question?
M. Jolin-Barrette : N'est ce
pas, point d'interrogation.
Mme Setlakwe : Donc, vous
dites qu'il y a une forte proportion de la population québécoise qui est en
faveur de tous les éléments que vous avez énoncés. Or, durant les
consultations, je n'y étais pas, c'était... mes collègues y étaient. J'ai
toutefois un tableau des consultations, j'ai lu certains des mémoires, et, à
moins que, de notre côté, on ait mal interprété les propos, nous, on a plutôt
noté qu'il y a une majorité des groupes qui ont été entendus ou qui ont déposé
des mémoires, qui se sont exprimés contre la pièce législative. Vous… est-ce
que vous êtes d'accord avec notre notre appréciation ?
• (20 h 40) •
M. Jolin-Barrette : Moi,
j'ai eu beaucoup de groupes qui appuyaient également.
Mme Setlakwe : Je n'ai
pas dit que l'entièreté des groupes n'appuyaient pas. J'ai dit que selon notre
interprétation, il y avait une majorité des groupes entendus ou pour lesquels
un mémoire a été déposé, qui se sont… montrés en défaveur.
M. Jolin-Barrette : Oui.Savez vous aussi que parfois certaines formations politiques mobilisent des
groupes. Et… dans le cadre des auditions que nous avons tenues, il y a
énormément de groupes qui avaient tous le même mémoire et qui changeaient
uniquement le nom au dessus du mémoire ?
… des opérations politiques également qui se déroulent par certaines formations
politiques en notre assemblée, et on tente d'instrumentaliser parfois… les
outils parlementaires à la disposition.
Mme Setlakwe … nous aussi que
certains mémoires étaient… il y avait du copier-coller, effectivement. Mais
même si on faisait abstraction de cela ou si on les comptait seulement une
fois, on arrivait quand même à une vaste majorité de groupes d'intervenants qui
étaient contre. Vous avez dit que…
M. Jolin-Barrette : Alors
est-ce que… est-ce que vous êtes en train de nous dire qu'à toutes les fois
qu'un groupe est en désaccord avec un projet de loi comme… à titre de
législateur, nous ne devrions pas aller de l'avant avec un projet de loi parce
que certains groupes sont contre.
Mme Setlakwe : Ce n'est
pas ça que je dis. Ce que je dis, toutefois, c'est que ce qu'on a remarqué
comme étant un élément qui revenait souvent, c'était… le processus est… Il l'aurait…
vous auriez dû…il aurait fallu procéder d'une certaine façon. Or, le
gouvernement ne l'a pas fait. Et donc ce qui nous est présenté ne fonctionne
pas, étant donné que c'est une Constitution, puis c'est un texte de loi bien
spécial et qu'il aurait fallu viser une autre façon de procéder dans la
rédaction, dans le dépôt même, dès qu'il a été déposé… le projet de loi. Ce
qu'on retient, c'est qu'il était déjà teinté par un groupe parlementaire. Il
était déjà plutôt partisan, il n'a pas été construit, rédigé, déposé dans un
esprit transpartisan tel qu'il aurait dû l'être. C'est ce que je retiens.
M. Jolin-Barrette : M.
le Président. J'ai entendu cette critique-là, mais, sur le fond du dossier, sur
le fond du texte, un coup-là… qu'on a entendu cette critique et qu'on accueille
cette critique et qu'on passe au-delà du… du contenant, devrais-je dire, et
qu'on passe dans le contenu.
Mme Setlakwe : On va y
arriver, c'est ce qu'on tente de faire.
M. Jolin-Barrette : Parce
que… je pense que.
Mme Setlakwe : … Il me reste
encore un peu de temps ce soir.
M. Jolin-Barrette : Je
pense que c'est le plus important. Donc, avec quelles dispositions le Parti
libéral est contre ?
Mme Setlakwe : Non, mais
là, allons-y dans l'ordre. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Non
non, allons-y dans l'ordre, article cinq.
Mme Setlakwe : Mais non,
mais ce n'est pas comme cela qu'on va procéder
M. Jolin-Barrette : Lefrançais est la seule langue commune de la nation, est-ce que le Parti
libéral est contre ça, contre le français ?
Mme Setlakwe : M. le
Président, ce n'est pas sérieux.
M. Jolin-Barrette : C'est
mon droit de parole. Pourquoi ça ne serait pas sérieux ? Je vous demande sincèrement, dans le cadre du
texte, la partie un, supposons, on peut parler de la partie deux, de la trois,
de la quatre avec quoi vous êtes en désaccord ?
Est-ce que c'est l'article qui dit que le peuple québécois a le droit
inaliénable de choisir librement le régime politique et le statut juridique du
Québec ? Est-ce que c'est
l'article neuf qui dit : « la
nation a le droit de vivre, de se développer en français » ?
Est-ce que c'est l'article 28, l'État protège l'égalité entre les femmes
et les hommes ? Est-ce que
c'est avec ça que le Parti libéral est en désaccord ? Est-ce que c'est l'article 25, l'État
protège et assure la souveraineté culturelle du Québec ?
Mme Setlakwe : M. le
Président
M. Jolin-Barrette : M.
le Président, en terminant, j'aime particulièrement cet article-là, parce que,
savez-vous qui parlait de souveraineté culturelle ?
Un 1ᵉʳ mai à Nice, Libéral Rock…
M. Jolin-Barrette : ...Robert
Bourassa dans les années 80. Il a le droit et la capacité d'agir pour préserver
ou promouvoir la langue française et la culture québécoise, y compris dans
l'environnement numérique. Ne voulons-nous pas que nos créateurs de contenu
québécois... que le législateur québécois puisse les accompagner, les soutenir,
même dans l'environnement numérique, comme le ministre de la Culture, ce qu'il
fait avec la découvrabilité, pour assurer le rayonnement de notre culture
partout?
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée.
M. Jolin-Barrette : ...le
Parti libéral...
Mme Setlakwe : ...permettre...
permettre de répondre. De façon générale... De façon générale, évidemment qu'il
y a des éléments d'une constitution avec lesquels nous sommes à l'aise. Nous
l'avons dit, et vous l'avez même dit de votre côté, monsieur...
M. Jolin-Barrette :
Désaccord.
Mme Setlakwe : ...mais, M. le
ministre, là, vous avez assez d'expérience parlementaire. Vous savez qu'on doit
étudier, comprendre le sens et la portée d'un libellé avant de se déclarer pour
ou contre. C'est assez simpliste, votre approche, ce soir. Alors, je propose
qu'on revienne... Oui, je propose qu'on revienne à l'article 3. J'ai encore des
questions, si vous me permettez.
Le Président (M.
Bachand) : Bon, allez-y.
M. Jolin-Barrette : ...de la
part de la députée de Mont-Royal–Outremont... cette épithète...
Mme Setlakwe : Mais, il
voudrait, ici...
M. Jolin-Barrette : ...cette
épithète, là...
Le Président (M.
Bachand) :. Donc, Mme la députée. Allez-y.
Mme Setlakwe : Oui. Est-ce
que vous diriez qu'il y a une forte proportion des Québécois pour lesquels
c'est une priorité, en ce moment, l'adoption d'une constitution du Québec?
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que les Québécois veulent s'assurer qu'on protège leur langue? Est-ce que les
Québécois veulent s'assurer qu'on protège la laïcité de l'État et qu'il y a le
droit fondamental et personnel d'avoir accès à la laïcité? Est-ce qu'ils
veulent qu'on protège leur eau? Est-ce qu'ils veulent qu'on protège leur
territoire? Est-ce qu'ils veulent qu'on protège leurs valeurs? Est-ce qu'ils
veulent qu'on protège l'égalité entre les femmes et les hommes? Est-ce qu'ils
veulent qu'on fasse en sorte que l'égalité entre les femmes et les hommes
priment sur la liberté de religion en cas de conflit? La réponse à cette
question-là, je pense que c'est oui.
Mme Setlakwe : Donc, vous
dites que c'est une priorité. Si je comprends bien, la réponse à la question, à
savoir, est-ce que c'est une priorité... Vous dites : une majorité des
Québécois sont en faveur. C'est votre droit plein et entier, là, d'affirmer ça.
Mais vous affirmez également qu'en ce moment, c'est une priorité pour une
majorité de Québécois, qu'on traite de ceci, en ce moment, à la fin de la
session parlementaire.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que l'argument de la collègue de Mont-Royal–Outremont, c'est en fonction du
moment de l'année ou de la période de l'année? Votre formation politique, la
formation du deuxième groupe d'opposition, du troisième groupe d'opposition ont
tout fait des propositions de constitution. Depuis les années 60, le Québec
parle de l'adoption d'une constitution. Ce qu'on propose, c'est une
constitution à droit constant pour renforcer le Québec, pour s'assurer... Ah,
bien oui! Benoît Pelletier, ancien ministre des Affaires intergouvernementales,
a publié un livre, La politique constitutionnelle du Québec, et a proposé... et
a proposé ça, notamment lorsqu'il faisait la plateforme du Parti libéral du
Québec en 1998.
Et c'était un engagement du Parti libéral
du Québec. Et je pense que, pour... bien, c'est ça, un plan d'action. Alors...
Je pense que M. Pelletier a grandement contribué à cette idée et à cette
promotion, puis je pense qu'on doit lui rendre hommage pour ses travaux, la
vulgarisation qu'il a faite. Mais il comprenait certainement l'importance, dans
l'ordre juridique québécois, d'avoir une constitution québécoise et... De pas
mal toutes les formations politiques, ça l'a été souhaité. Et la démonstration,
quand j'illustre et que je demande à ma collègue, M. le Président, parce
qu'elle est en désaccord avec tel ou tel article.
Article 31, la capitale nationale de
l'État est la Ville de Québec. Le drapeau du Québec est le fleurdelisé. Le
Parlement du Québec est composé de l'Assemblée nationale et de l'officier du
Québec. Ce sont des éléments, sérieusement, avec lesquels je sais que le Parti
libéral est en accord. Mais la question que vous devez vous poser, c'est :
voulez-vous donner tous les outils juridiques et constitutionnels du Québec? Parce
que, bien entendu, il y a des critiques, il y a des opposants. Vous avez fait
référence à l'expérience parlementaire qui, d'ailleurs, vous aussi, vous êtes
une collègue d'expérience, désormais, là, presque quatre ans révolus, à titre
de parlementaire de cette Assemblée.
Et vous avez constaté que... il y a
énormément de groupes d'opposition, de lobbys qui viennent nous dire, en
commission parlementaire, ce que le législateur ne devrait pas faire. La
distinction, souvent, c'est que le mandat que nous avons aussi, c'est de
prendre des décisions pour...
M. Jolin-Barrette : ...collectivités.
Et parfois, c'est vrai, sur le coup, qu'il y a énormément de critiques, mais
elles sont nécessaires. Pensez-vous que quand on a fait la loi sur la laïcité,
on aurait dû écouter l'ensemble des groupes qui étaient majoritairement
négatifs pour ne pas faire en sorte que l'État québécois devienne laïque? Ou
aurions-nous dû... écouter l'ensemble des groupes qui sont venus sur le projet
de loi n° 96 pour nous dire, ne protégez pas davantage la langue française
et n'en fait pas davantage la promotion? Est-ce que Robert Bourassa aurait dû
écouter les différents groupes pour ne pas faire du français la langue
officielle du Québec? Est-ce que Robert Bourassa n'aurait pas dû légiférer par
rapport à la loi no 101 ou utiliser la disposition de
souveraineté parlementaire à l'époque?
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Mme la députée.
Mme Setlakwe : Merci. On
sent tout... On sent le désir d'avancer vers ces discussions, alors...
M. Jolin-Barrette :
Certainement.
• (20 h 50) •
Mme Setlakwe : Alors, si
vous me permettez, je vais compléter mes quelques questions sur
l'article 3. Vous avez indiqué que l'appartenance à la nation québécoise
repose sur une approche essentiellement subjective. Ça, je pense que c'est...
ça a été dit de façon assez claire. Mais moi, j'essaie de comprendre la portée
de l'article 3 dans ce contexte-là. Si c'est une approche subjective,
comment est-ce qu'on doit comprendre sa portée? Vous avez aussi dit qu'elle
n'était pas figée dans le temps, juste, j'aimerais ça vous entendre élaborer un
petit peu plus là-dessus.
M. Jolin-Barrette : Bien,
comme je l'ai dit, la notion de peuple, le peuple du Québec est composé de tous
les Québécois... de toutes les Québécoises et de tous les Québécois, ça fait
référence aux gens qui sont sur le territoire québécois, qui résident
habituellement, qui sont assujettis aux lois du Québec. Et, par la suite, le
peuple québécois forme une nation, puis là, on me questionnait à l'effet de, de
quoi est composée la nation? Bien, la nation, on va voir l'ensemble de ses
attributs aux articles suivants dans le cadre du projet de loi.
Mme Setlakwe : C'est
juste que ça m'apparaît plutôt déclaratoire comme disposition. Donc, j'essaie
de comprendre ce qu'on vise d'abord à faire, étant donné que, en plus, le
commentaire, finalement, n'apporte pas tellement de précisions. On ne fait que
répéter le texte sans vraiment l'expliquer. Puis vous n'avez pas non plus
fourni une explication lorsque vous l'avez... vous l'avez lu. Il y a des
éléments qu'on arrive à bien comprendre, mais est-ce que vous diriez qu'il vise
d'abord une affirmation identitaire, politique ou juridique?
M. Jolin-Barrette : En toute
amitié, je pense que ça fait comme 2 heures ou même 3 heures qu'on
est sur cet article-là, puis que j'explique abondamment. Alors, si on prend la
structure du projet de loi, on revient au titre deuxième : «De la nation
québécoise». Alors, le chapitre premier, c'est : «De ses attributs». Là,
on explique, le peuple du Québec, le peuple québécois forme une nation. Et par
la suite, on vient déterminer, à l'article 4, le foyer historique de la
nation québécoise qui est relié au territoire québécois, le français comme
langue commune, la nation qui dispose d'institutions qui lui sont propres.
Ensuite, on va passer au droit collectif de la nation québécoise, ensuite on va
passer aux droits et libertés de la personne. On va passer par la suite en...
dans un titre quatrième, à l'État du Québec. Donc, la composition associée à
l'article 3, c'est le début pour l'existence même de la nation et de ses
attributions.
Mme Setlakwe : Mais...
mais on cherche... Je vous ai demandé, est-ce que vous voyez ça comme étant
déclaratoire? Comme, est-ce qu'on tente de faire une déclaration à titre
identitaire, politique, juridique? J'essaie de comprendre les effets
juridiques. Puis je comprends que vous voulez que tant la notion de peuple, que
nation, soient évolutives. Ce n'est pas figé, ni une expression ni l'autre.
M. Jolin-Barrette : La
notion de peuple, elle est très claire, elle fait référence aux gens qui
sont...
Mme Setlakwe : Aux
personnes, aux individus, oui.
M. Jolin-Barrette : Aux
personnes qui sont sur le territoire assujetti aux lois. La nation québécoise,
elle est évolutive en ce sens où elle est composée à la fois du peuple, mais
aussi de ses différents attributs que nous verrons plus loin.
Mme Setlakwe : Parfait,
donc, c'est évolutif dans les deux cas.
M. Jolin-Barrette : Non.
Bien... Est-ce que votre question sur la question évolutive du peuple, qui
compose le peuple?
M. Jolin-Barrette : Mais
bien sûr que ça, c'est évolutif. La nation, est-ce que c'est évolutif?
M. Jolin-Barrette : Non,
non. Non, mais, revenons sur la notion de peuple, là. Est-ce que votre
question, le peuple est évolutif en fonction de qui naît et qui décède? Si
c'est ça le sens de votre question, oui c'est évolutif. Ou qui réside
habituellement sur le territoire québécois et qui est assujetti aux lois
québécoises, la notion de... du caractère évolutif, elle est... elle est
assez...
M. Jolin-Barrette : …c'est
limité, elle est assez ancrée. Pour ce qui est de la… de la nation, ça indique
que le peuple est un attribut de la nation. Comme je l'ai…
Mme Setlakwe : Pourtant, vous
avez dit que… On se… Oui...
M. Jolin-Barrette : Comme je
l'ai exposé tout à l'heure, là, la notion de nation. Vous me suivez? La notion
de nation…
Mme Setlakwe : Sans problème,
oui.
M. Jolin-Barrette : Excellent.
Elle est composée à la fois du peuple, mais aussi d'autres caractéristiques,
d'autres composantes comme le territoire, la langue, la culture. Donc, l'article
sert à camper ce dont la Constitution, dans cette section-là, parle. Donc, de
la nation québécoise et de son État.
Mme Setlakwe : Et donc, les
effets juridiques, si je comprends, là, j'essaie de vous aider à répondre à ma
question. Je comprends que ce n'est pas uniquement déclaratoire, c'est... on
tente de définir, d'une façon évolutive. Ces notions-là vont évoluer, pas juste
parce que les individus naissent et décèdent, mais aussi parce que vous avez
dit qu'il y avait une notion subjective. Donc, le peuple est composé de
Québécoises et Québécois qui veulent bien se sentir Québécois et Québécoises.
C'est une notion subjective.
M. Jolin-Barrette : Non, pas…
Mme Setlakwe : Ceux qui
sentent un sentiment d'attachement et d'appartenance à la nation.
M. Jolin-Barrette : À la
nation… au peuple.
Mme Setlakwe : Donc, les deux
notions sont, ok, intimement liées. Bon, une fois qu'on a dit ça, les effets
juridiques vont venir dans les articles suivants. Parfait. Parce que… j'essaye
de voir aussi comment les tribunaux vont… sont censés interpréter une notion
constitutionnelle dont le gouvernement reconnait lui-même le caractère
essentiellement subjectif. Ça ne vous préoccupe pas?
M. Jolin-Barrette : On va expliquer
chacune des composantes de la nation dans les articles suivants. Ça va
certainement clarifier le débat que nous avons présentement, et ça va aider à
la compréhension.
Mme Setlakwe : Donc,
l'article définit… définit le peuple, définit ce qu'on entend comme le peuple
québécois, comme… ce qu'on entend comme nation, mais elle contient très peu de
dispositions concernant... à moins que vous…vous me disiez le contraire là, je
ne crois pas. On ne parle pas des élections, de la représentation démocratique
ou des institutions électorales. Est-ce que ça, ça fait partie de la nation,
nos institutions électorales? Pourquoi avoir choisi de constitutionnaliser le
peuple sans consacrer davantage les principes qui encadrent l'exercice de notre
démocratie? Je pense à la motion qui a été débattue hier, notamment sur la loi
électorale. Est-ce que ça, ce sont des notions qui font partie de notre nation?
M. Jolin-Barrette : On va le
voir plus… un petit peu plus loin, notamment dans les droits collectifs. Donc,
la nation a le droit de développer et d'organiser librement ses institutions, à
l'article 10.
Mme Setlakwe : Institutions
ayant un sens large qu'on va pouvoir discuter plus tard. OK. Donc, vous
considérez que le projet de loi saisit pleinement cette occasion de consacrer
des principes fondamentaux de notre démocratie? On va le voir.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme Setlakwe : Ok. Et…
M. Jolin-Barrette : Puis, on
va parler de primauté du droit, de séparation des pouvoirs, d'indépendance
judiciaire, de souveraineté parlementaire, un peu plus loin.
Mme Setlakwe : Bon, je vais…
je reste… J'aurais encore deux questions. Moi, quand j'ai lu ça, puis que je
vous ai entendu présenter votre article, j'ai… je sais que j'en ai parlé au
début dans mes questions, là, mais vous maintenez toujours que le libellé a un…
en tout cas, c'est votre intention, un effet rassembleur. Vous sentez vraiment
qu'il y a une main tendue d'inclure tous les Québécois et toutes les
Québécoises dans la Constitution?
M. Jolin-Barrette : Bien oui.
Mme Setlakwe : Incluant…
incluant les nations autochtones.
M. Jolin-Barrette : Oui. Le
peuple du Québec est composé de toutes les Québécoises et de tous les
Québécois.
Mme Setlakwe : Mais alors,
comment vous expliquez qu'ils ne se sentent pas inclus?
M. Jolin-Barrette : Et je ne
peux pas parler pour les nations autochtones. En tout respect pour elles, je
pense qu'elles ont fait le choix de s'exprimer, avec leurs positions, et j'ai
accueilli, respectueusement, leurs positions. J'amènerais simplement un aparté
sur ce que le collègue d'Acadie nous a dit, tantôt, relativement aux
consultations, relativement à l'espace temporel. Je pense qu'on a eu l'occasion
d'en parler hors micro aussi…
M. Jolin-Barrette : … il
aurait pu avoir suffisamment d'espace temporel. Dans le choix qui a été fait
lorsque les nations sont venues à l'Assemblée.
Mme Setlakwe : Pouvez-vous
élaborer là-dessus? Vous, vous dites : il y aurait pu avoir un meilleur
espace temporel. Qu'est-ce que… vous avez un certain regret par rapport à
comment les choses se sont déroulées avec… avec elles?
M. Jolin-Barrette : Ce que je
dis, c'est que, puis vous avez, M. le Président, je ne veux pas déroger au
règlement, mais la députée de Montréal-Outremont y a fait référence elle-même
d'entrée de jeu, dans le cadre de son intervention, elle a pris connaissance
des mémoires, mais elle n'a pas assisté à l'ensemble des consultations. Cela
étant, l'ensemble des membres, l'ensemble des groupes auraient pu venir
séparément pour une période de 45 minutes. Alors, le chef Verreault-Paul nous a
dit : J'ai huit secondes par communauté. Mais, il était possible et il y a
des choix qui ont été faits de venir faire les échanges avec les parlementaires
de cette façon-là. Alors, il y avait toujours plusieurs possibilités.
Mme Setlakwe : Est-ce que...
M. Jolin-Barrette : Alors,
j'aurais souhaité que ça se passe d'une façon différente?
• (21 heures) •
Mme Setlakwe : Ok.Est-ce
que vous, ils vous ont exprimé la demande d'être reconnu plus explicitement
dans l'article 3?
M. Jolin-Barrette : Vous
savez, la position qui a été exprimée, notamment par l'APNQL, c'est de simplement
retirer le projet de loi.
Mme Setlakwe : Mais, mais.
Est-ce que, c'est la, c'est la position à laquelle ils sont arrivés?
Présumément. Mais, est-ce que, dans des étapes antérieures, il avait de fait
des demandes d'être reconnu explicitement dans l'article 3?
M. Jolin-Barrette : Comme
j'ai dit à votre collègue de Maurice-Richard, je ne …. pas publiquement des
discussions en privé que j'ai eu avec l'ensemble des intervenants en lien avec
les nombreuses rencontres que j'ai tenu sur la constitution avec les différents
groupes de la société québécoise. Mais cela étant, j'ai pris note que l'APNQL
et plusieurs communautés souhaitent tout simplement que le projet de loi soit
retiré, et j'ai pris acte de l'ensemble des propos qui ont été tenus à l'égard
du texte constitutionnel. Qui par ailleurs, pour l'ensemble des dispositions ou
la très très vaste majorité, font partie du droit québécois actuellement.
Mme Setlakwe : Oui, mais vous
continuez. Et là je vais. Ça va être ma dernière question. Vous maintenez tout
de même que le libellé actuel de trois qu'on est en train d'étudier ne les
exclut pas. Au contraire, vous semblez dire qu'ils se sentent complètement
inclus ici, mais vous maintenez que le libellé. Leur donne, leur donne une place.
M. Jolin-Barrette : Effectivement.
Et comme j'ai eu l'occasion de le dire. Ce n'est pas à nous d'imposer quoi que
ce soit et de forcer une identification quelconque. C'est les échanges que
j'avais avec votre collègue de l'Acadie relativement au fait qu'il appartient à
chaque communauté de le définir par elle-même, de s'il souhaite s'identifier ou
non.
Mme Setlakwe : Vous semblez
exprimer un certain regret par rapport au… la façon dont les choses se sont
passées, mais néanmoins vous poursuivez. Et vous? Pour vous, ce n'est pas un
constat d'échec.
M. Jolin-Barrette : Et je
n'ai pas de regrets, juste pour être clair. Je considère, et je suis persuadé
qu'il y a lieu de faire en sorte que le Québec se dote d'une Constitution pour
assurer l'autonomie du Québec.
Mme Setlakwe : Merci. Je veux
juste faire un dernier commentaire parce que je ne sais pas si on va y arriver,
à la discussion. Comme je l'ai dit à votre collègue, anciennement le ministre
de l'Immigration, qui était responsable de la laïcité, l'État québécois est
laïque. Ça fait longtemps que c'est comme ça. Puis je. C'est important que vous
compreniez que, de notre côté, c'est quelque chose qui est réglé également.
15359
M. Jolin-Barrette :Ça fait longtemps que c'est comme ça. La temporalité.
Mme Setlakwe : Les quatre. Il
y a quatre axes. La question de la laïcité de l'État du Québec. Oui, c'est
quelque chose qui est important pour nous…
21 h (version non révisée)
Mme Setlakwe : …puis j'espère
qu'on aura l'occasion d'élaborer là-dessus.
M. Jolin-Barrette : OK. Mais
sur la question de la…
Une voix : …
M. Jolin-Barrette : …c'est ça,
merci beaucoup. C'est quoi ?
Ça fait longtemps que c'est réglé, c'est ça ?
Mme Setlakwe : Non, non, mais
vous avez…
M. Jolin-Barrette : Si… ça
fait longtemps que c'est réglé depuis 2019, c'est ça que vous voulez dire ?
Mme Setlakwe : Non, j'essaie
de dire que ce n'est pas quelque chose que… non, je… je vais m'arrêter là,
monsieur le président. C'est…
M. Jolin-Barrette : Non, non,
mais je souhaite…
Mme Setlakwe : C'est… non,
non, mais c'est important que… il y a des choses qui ont été dites à certains
de vos collègues que vous… que vous… que ce soit dit à vous également…
M. Jolin-Barrette : OK,
est-ce…
Mme Setlakwe :… par rapport à
l'état de… la laïcité du Québec…
M. Jolin-Barrette : Vous
savez…
Mme Setlakwe :.. la laïcité de
l'État.
M. Jolin-Barrette :… les
mentalités changent, parce que, moi, je me souviens, il n'y a pas si longtemps,
en 2019, où votre formation politique, euh, s'opposait à la laïcité de l'État.
Écoutez, j'étais le ministre responsable
de la laïcité, j'ai déposé et fait adopter le projet de loi, et je me souviens
des nombreuses heures que j'ai eues avec vos précédents collègues et la
position du Parti libéral du Québec, elle était très, très claire.
Cela étant, je souligne et je félicite l'opposition
officielle pour son changement de cap et pour son adhésion à la laïcité de l'État,
à la loi 21.
Et je trouve que vous avez pris une bonne
décision. Comme le Parti libéral était contre la loi 101 et maintenant
défend cette loi avec vigueur.
Mme Setlakwe :… je crois qu'il
y a des discussions un peu plus… plus approfondies sur toutes ces questions-là.
M. Jolin-Barrette : Ça va me
faire plaisir, oui.
Le Président (M.
Bachand) : On travaille… un bon café. Alors, Madame la Députée
de Mille-Îles, s'il vous plaît.
Mme Dufour : Oui, merci, Monsieur
le Président.
Ma collègue, la Députée de Montréal-Outremont,
parlait juste à l'instant avec le ministre, du… du fait que les Premières
Nations avaient demandé qu'il y ait un retrait du projet de loi.
Je pense que l'enjeu principal réside dans
des… dans une affirmation qu'il a faite précédemment, où il le dit, en parlant,
tu sais, du processus menant à la rédaction de la Constitution, que c'était
juste un contenant.
Le contenu, c'était ça l'important. Puis,
dans le fond, le contenant, ce n'était pas grave.
Tu sais, l'important c'est : Regardons
le contenu, est-ce qu'on est d'accord avec le contenu ? Alors que le processus fait partie intégrante
du contenu ?
Donc, ce n'est pas un contenant qu'on peut
juste interchanger, puis jeter, si ça ne fait pas notre affaire.
Quand on regarde, tu sais, moi, quand j'ai
fait mon intervention pour… pour le… l'adoption du principe, je pense, j'ai
parlé de la Constitution du Chili, j'ai habité au Chili.
Donc, c'est quelque chose que j'ai
beaucoup suivi. Et elle n'a pas été adoptée, en passant, la Constitution, mais
le processus, il y a eu tellement, tellement de… ça a été tellement élaboré, il
y a eu tellement d'importance mise dans le processus pour rédiger cette
Constitution-là.
C'est ça qui a fait en sorte que les gens
ont embarqué. C'était le processus, mais elle n'a pas été adoptée parce que son
contenu n'a pas fait… n'a pas fait l'unanimité.
Mais, mais le processus, lui, il l'a fait.
Alors, on peut bien parler du contenu, mais on ne peut pas dire que le
contenant est inimportant et que c'est ce n'est pas grave, ça ne fait pas… ça
ne peut pas… ce n'est pas un contenant qu'on peut juste changer comme ça.
Et je pense que c'est ce que les Premières
Nations sont venues nous dire qu'elles… que, pour elles, ce n'était pas n'importe
quel contenant qui aurait pu être utilisé, qu'il y avait un contenant, ils
devaient participer à la coconstruction.
Ceci dit, je vais venir à juste l'article 3.
Moi, je veux dire, je l'ai… je l'ai lu la première fois, puis je comprenais, c'était
assez… c'était simple.
Moi, je suis madame… monsieur, madame tout
le monde, là, je ne suis pas une juriste.
Puis, quand j'ai entendu le ministre dire,
là, je pense que c'était à une question du Député de Maurice-Richard, à savoir
si les travailleurs temporaires faisaient partie des Québécois, quand il a dit :
En autant qu'ils souhaitent object… subjectivement y adhérer.
Là, là… moi, j'ai… comment, subjectivement ? J'avoue que ça m'a amené
beaucoup de confusion.
Puis, d'ailleurs, on en parle depuis déjà
un bon moment, de juste la définition de « Québécois,
Québécoises ».
Donc, je me demandais, est-ce qu'on a… puis,
tu sais, ce n'est pas adéquat, je ne pense pas, mais de regarder la possibilité
de faire une définition, parce que c'est, tu sais, pour qu'on en parle pendant
3 h, pour arriver à une définition, c'est quoi « Québécois » ? Est-ce que… c'est quoi « peuple » ?
Tu sais, ce qu'on a… tu sais, des fois, il
y a des définitions avant un projet de loi.
M. Jolin-Barrette : Alors, 200 groupes,
300 mémoires, les plus larges consultations depuis une décennie.
Moi, je pense que ça fait partie du
processus. Mais c'est sûr que, quand vous voulez…
M. Jolin-Barrette : ...bien,
ça faisait partie de votre intervention et... Bien, est-ce qu'on est dans le
cadre d'un processus parlementaire? Et est-ce qu'en vue d'une consultation,
vous considérez que les travaux de l'Assemblée nationale ne sont pas légitimes?
D'entendre tous ces groupes-là de partout au Québec, ouverts à tous, des
consultations générales, ça se fait rarement. On a passé tous les trois mois
ici, en consultation. Pour ce qui est de votre question, bien, on va voir les
différents articles, on va voir les différents articles un à la suite de
l'autre sur les attributs de la nation, dont... de ce qu'elle est composée.
Mme Dufour : Mais je ne
parlais pas de nation, je n'ai pas parlé de nation, là, du tout. Je n'ai pas
dit une fois le monde nation, dans mon intervention. J'ai posé la question à
savoir si vous avez pensé ou regardé la possibilité de définir ce qu'est un
Québécois, Québécoise et le peuple du Québec. Je n'ai pas parlé de nation, là.
• (21 h 10) •
M. Jolin-Barrette : Le peuple
du Québec est composé de toutes les Québécoises et de tous les Québécois.
Mme Dufour : Oui.
M. Jolin-Barrette : Le peuple
québécois forme une nation. Ça m'apparaît très clair.
Mme Dufour : Et le Québécois,
lui? La définition de Québécois, parce que je l'ai dit, là, tout à l'heure, ce
qui m'a confondu, c'est quand vous avez dit : En autant qu'il y... qu'il
souhaite subjectivement y adhérer. Ça fait que là, ça m'a confondue.
M. Jolin-Barrette : Ça fait 3
heures que... Puis j'ai donné des explications, puis je pense avoir été assez
clair au cours des trois dernières heures.
Mme Dufour : Bien, la
définition de Québécois, là, on a parlé beaucoup, beaucoup de nation, peuple,
etc., mais la définition de Québécois, quelqu'un... Ce que j'ai compris, c'est
quelqu'un... Les lois s'appliquent à cette personne-là, c'est ce que j'ai
compris. Donc, qu'il y adhère ou pas, à la... tu sais, qu'il se sente Québécois
ou pas, les lois s'appliquent, donc il est Québécois, c'est bien ça?
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, je suis un peu déçu, parce que vu que ça fait 3 heures que je répète
la même chose sur, entre autres, ce premier élément.
Mme Dufour : Bien, oui ou non?
M. Jolin-Barrette : Je l'ai
dit. Non, mais, est-ce que...
Mme Dufour : J'essaie de le
faire court, là.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Ah, bien,
ça m'étonnerait que vous essayiez de faire court, parce que j'ai donné toutes
ces explications-là à votre collègue de l'Acadie, toutes ces explications-là à
votre collègue de Mont-Royal-Outremont, puis ça ne fait même pas quatre
minutes, là, qu'on a fini l'échange avec la collègue de Mont-Royal-Outrement.
J'ai donné les mêmes explications avec le député de Maurice-Richard. Alors, il
m'apparaît que soit que vous n'écoutiez pas la conversation.
Mme Dufour : OK, M. le
Président.
M. Jolin-Barrette : Ou soit
que, manifestement, je n'ai pas suffisamment répété.
Mme Dufour : Je répète...
M. Jolin-Barrette : Alors,
pour votre bénéfice, je vais répéter de nouveau.
Mme Dufour : Non, mais je
vais reposer ma question parce que vous...
M. Jolin-Barrette : Non, non,
je suis en train de répondre. M. le Président.
Mme Dufour : Vous avez parlé
beaucoup de nation, de peuple.
Le Président (M.
Bachand) :OK. Mme la députée de
Mille-Îles, s'il vous plaît.
Mme Dufour : Bien, oui,
mais...
Le Président (M. Bachand) :Le ministre va répondre. Alors, donc, allez-y rapidement.
M. Jolin-Barrette : Je suis
en processus de répondre. Alors, la collègue de Mille-Îles a dit, ça contient à
la fois la notion de... des individus qui sont assujettis aux lois sur le
territoire québécois, aux lois québécoises, mais il manquait un deuxième bout
également, sur le fait qu'il réside habituellement au Québec. Alors, je pense
l'avoir dit au moins 50 fois.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
Mme Dufour : J'attends le
micro, M. le Président. Merci. Oui, je l'ai entendu, mais je reviens aux
travailleurs temporaires. C'est... c'est là que j'ai été confondue, puis je
vous l'ai dit, là, je n'essaie pas de faire du temps, là. Moi, nation, tout ça,
je ne reviens pas là-dessus, là. Puis c'est de ça, beaucoup, que vous avez
parlé avec mes collègues, en passant. Moi, je parle juste de la définition de
Québécois et la question était simple : Est-ce que vous avez pensé à
regarder, à faire une définition, comme on voit, des fois, dans des projets de
loi, le définir? Ça fait 3 heures qu'on parle de c'est quoi, un Québécois,
bien, pourquoi ne pas avoir fait une définition? C'est ça, ma question. Parce
que... Parce que, visiblement, vous semblez savoir c'est quoi, mais nous, on
vous pose des questions parce que ce n'est pas clair.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends, tu sais, votre appréciation. Alors, dans le cadre du projet de loi,
non, il n'y a pas de définition écrite comme dans la législation fédérale,
supposons, comme les techniques de rédaction de «Common law».
Mme Dufour : OK. Excusez-moi,
j'ai juste manqué, j'ai... ça vibrait juste ici. Est-ce que vous avez pensé
faire une définition? C'est ça que j'ai manqué.
M. Jolin-Barrette : Alors je
vais répéter de nouveau parce que je suis habitué de répéter ce soir les
explications. Alors, comme je l'ai dit, non, il ne m'apparaît pas opportun...
Mme Dufour : OK.
M. Jolin-Barrette :
...d'inclure une définition, comme c'est le cas dans les projets de loi
fédéraux, d'avec les techniques de rédaction de «Common law», parce qu'on
rédige notamment d'une façon civiliste.
Mme Dufour : OK. Parfait.
Donc, qui...
Mme Dufour : ...généralement,
là, le travailleur temporaire en fait partie, là. C'est ce que j'ai compris, #
c'est... En tout cas, je vais m'arrêter, là. C'est «subjectivement» qui m'a
confondu.
Et je vais revenir juste à la question de
la consultation, quand vous avez mentionné 300 groupes sont venus. C'est très
bien, mais ce n'était pas prévu au départ. C'est parce qu'il y a eu des
pressions, notamment de la part de mon collègue, que ces consultations-là se
sont faites. Donc, on reviendra sur le contenant. Définitivement, ce n'était
pas, à la base, prévu comme ça. Et puis, bien, beaucoup de groupes sont venus
dire que le contenant faisait pas l'affaire. Donc, visiblement, c'est pas juste
un enjeu de contenu, là. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : ...Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Le problème avec les explications du ministre, c'est que... je vous
avouerai que j'ai du mal à les suivre parce que je n'ai pas l'impression qu'elles
sont cohérentes les unes avec les autres. C'est probablement l'heure et c'est
probablement moi, mais j'ai du mal, je vous avouerai, à comprendre comment les
différentes affirmations qu'il nous a faites sont cohérentes les unes avec les
autres. Et, dans ce projet de loi, je pense que c'est important qu'on soit tous
sur la même longueur d'onde et qu'on le modifie. Je pense que c'est quand même
l'exercice qu'on essaye de faire, s'il y a place à amélioration. C'est un peu
l'idée, entre autres, de la souveraineté parlementaire, c'est que ce n'est pas
juste l'exécutif qui décide, mais c'est bien notre conversation.
Donc, je relis l'article qui est devant
nous, qui est... qui est pas long, là. Le peuple québécois est composé de
toutes les Québécoises et de tous les Québécois. Le peuple québécois forme une
nation. Bon, la première affirmation qu'a faite le ministre, c'est de
dire : le peuple québécois, bien, c'est toutes les personnes qui vivent
sur le territoire qui sont assujetties aux lois québécois. Ça, ça inclut des
travailleurs temporaires, ça inclut des étudiants temporaires, ça inclut des
Canadiens qui vivent sur le territoire depuis assez longtemps. Il a parlé de la
notion de temps passé sur le territoire, et ça inclut les personnes qui
appartiennent aux Premières Nations, qu'ils soient sur les réserves ou pas. Ça,
c'est une affirmation qu'a faite le ministre.
Une autre affirmation, c'est de
dire : moi, je n'oblige pas les gens à se sentir Québécois. S'il y a des
gens qui ne veulent pas se sentir Québécois, il n'y a pas de problème. Le
problème, c'est que quand on lit : le peuple québécois est composé de
toutes les Québécoises et tous les Québécois, cette phrase-là n'est pas
équivalente à : toutes les personnes assujetties à la loi au Québec, qui
vivent sur ce territoire, font partie du peuple québécois. C'est comme... Moi,
je ne suis pas juriste, là, mais je dois avouer que... Sur le français, qui est
notre langue commune ici, bien, c'est un peu la théorie des ensembles. Le
groupe des... Je ne sais pas, moi, des «parlementaires» est composé des
personnes qui ont été élues. Bien, c'est ceux-là, c'est pas d'autres. Là, ce
qu'on dit, c'est que d'un côté, qui veut bien se sentir Québécois est
Québécois, et donc le peuple du Québec ne serait pas, suivant ce que je lis
ici, toutes les Québécoises et tous les Québécois.
Et donc les deux définitions ne
fonctionnent pas ensemble, M. le ministre. Et ensuite, le peuple... Donc,
encore une fois, que le ministre définit, quand il parle, pas dans l'écrit,
mais quand il parle comme étant toutes les personnes, y compris les Premières
Nations, qui vivent sur le territoire, assujetties à la loi du Québec forment
une nation. Donc, ça, ça veut dire que toutes les personnes, incluant les
Premières Nations, font partie du peuple et que ce peuple forme une nation. En
quoi cette phrase n'est pas assimilationniste, en fait? Comment est-ce qu'on
reconnaît l'existence même des nations si on dit que un, les êtres humains qui
font partie des Premières Nations font partie du peuple, et que le peuple forme
une nation qui est la nation québécoise.
Si on lit les commentaires, on dit :
bien, ça... c'est ce qui définit la nation québécoise.
Le Président (M.
Bachand) : Le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, M.
le Président, je pense avoir répondu très clairement. Donc, le peuple québécois
forme une nation. Le peuple est formé des Québécoises et des Québécois. On en a
discuté abondamment depuis tantôt.
M. Bouazzi : Le peuple
québécois forme une nation. Les membres des Premières Nations qui sont
assujettis aux lois du Québec font partie du peuple dont vous parlez, qui
forment une nation qui n'est pas les Premières Nations, là, qui est la nation
québécoise. En quoi cette affirmation, cette suite logique, comme je la décris,
n'efface pas l'existence même des Premières Nations, vu qu'on les inclut dans
les peuples, dans le peuple, et que le peuple forme une nation, et que ce n'est
pas la leur?
M. Jolin-Barrette : … comme je
l'ai dit à plusieurs occasions, il appartient aux nations autochtones par
elles-mêmes d'y adhérer ou non. En tout respect de ce qu'elles souhaitent.
Alors, il n'est pas question d'imposer quoi que ce soit pour les nations
autochtones.
M. Bouazzi : Mais, mais ce
n'est pas ce qui est écrit, M. le ministre. J'ai du mal à faire le lien entre
ce que vous dites et ce qui est écrit. Vous nous dites que tous les membres, y
compris des Premières Nations qui vivent sur ce territoire, font partie du
peuple, et que le peuple ferme une nation qu'est la nation québécoise. En quoi
vous leur avez donné le choix? Ils font partie du peuple et le peuple ferme une
nation, ce n'est pas la leur. Il est où le choix?
M. Jolin-Barrette : On a eu
l'occasion d'en discuter abondamment préalablement. Donc, j'ai indiqué très
clairement que la notion de nation, et on va le voir aux articles 4,5, 6 et
suivants, contient des composantes. Alors, les individus, les… les nations
autochtones, ce sont elles à déterminer si elles adhèrent à cet ensemble ou
non. Et ça leur revient, et c'est leur prérogative. Donc, tout le monde est
libre d'y appartenir. Mais il n'en revient qu'à eux de décider.
• (21 h 20) •
M. Bouazzi : Est-ce que, donc
pour la nation, je comprends. Est-ce qu'ils sont libres de ne pas appartenir au
peuple du Québec?
M. Jolin-Barrette : On a déjà
eu cette discussion-là relativement aux individus. La notion de peuple fait
référence aux individus. Les individus qui sont visés par les lois québécoises
et qui sont visés également par le fait qu'ils résident habituellement sur le
territoire québécois. Mais les gens sont libres d'appartenir à la nation de
leur choix.
M. Bouazzi : Donc, on est
d'accord, ils n'ont pas le choix d'appartenir au peuple du Québec. Ils
appartiennent au peuple du Québec, qu'ils le veuillent ou pas.
M. Jolin-Barrette : D'un
point de vue juridique, comme je l'ai dit, le peuple vise à faire ensemble, en
sorte de viser l'ensemble des individus qui sont assujettis qui réside
habituellement en territoire québécois.
M. Bouazzi : D'accord. Donc,
les Premières Nations, ils ont. Les membres des Premières Nations n'ont pas le
choix, ils appartiennent au peuple du Québec. Et ensuite, on arrive avec la
phrase le peuple du Québec, celui auquel ils n'ont pas le choix d'appartenir,
d'après ce que vous venez de dire, forment une nation. En quoi toutes les
subtilités que vous nous dites-là, ils ont le droit ou pas d'appartenir, quand
on dit le peuple québécois, forment une nation. Elle est où la subtilité qui
évite d'avoir un texte assimilationniste? M. le ministre, j'ai du mal. La
vérité? Est-ce qu'on ne pourrait pas l'améliorer pour ce que ce que vous dites
apparaisse plus clairement? Parce que là, il n'apparaît nulle part, il apparaît
de ni dans le texte, ni dans le commentaire, dans le commentaire. C'est assez
succinct, là. Cet article définit le peuple du Québec et la nation québécoise.
Il n'y a rien sur les Premières Nations. Moi, je lis ça, je comprends. Les
Premières Nations font partie du peuple. Le peuple forme une nation. C'est ça
que, c'est ça que, c'est ça que vous me dites, là. Je comprends. Je… ne vois
nulle part ici quelque chose qui permettrait aux Premières Nations de ne pas
faire partie d'un peuple qui devient automatiquement une nation qui n'est pas
la leur. Vous ne trouvez pas ça grave?
M. Jolin-Barrette : Donc,
vous faites abstraction du fait qu'on reconnaît les différentes nations
autochtones qui sont au Québec aussi. Donc, vous faites un argument de texte en
ne prenant pas l'ensemble du projet de loi.
M. Bouazzi : Je, je lis ce
qui est devant moi, M. le ministre. J'ai du mal. Je veux dire, notre langue, on
la chérit, elle a un sens. Les mots ont un sens. Et si vous me dites Le peuple
du Québec est composé de toutes les personnes qui vivent sur le territoire, y
compris les membres des Premières Nations, le peuple québécois forment une
nation, tout ceci a un sens. Et le sens, c'est : Bien, les membres des
Premières Nations se retrouvent de facto à l'intérieur d'une nation qui n'est
pas la leur. C'est ça que ça veut dire, votre texte, là. Moi, je veux bien
penser un texte parallèle. Il y a un texte devant nous et il est grave, à moins
que vous, vous ai proposé d'introduire les autres nations dans le texte. Vous
me dites : Non, on n'a pas besoin quelque part ailleurs dans le préambule,
mais là, je veux dire, les mots ont un sens. Je ne comprends pas comment on
n'est pas capable d'avoir une conversation plus constructive pour éviter
d'avoir ce qui est devant nous, en fait, qui est très clair. Qui est, il y a un
seul peuple au Québec et ils forment une seule nation, la nation québécoise,
négation totale de l'existence des Premières Nations, une assimilation totale.
L'histoire de la lutte des Premières Nations, c'est d'éviter de s'assimiler,
qu'il y ait des relations de nation à nation. Et l'histoire de la colonisation,
c'est de les assimiler. Et c'est une histoire douloureuse, y compris en
arrachant des gamins et en les mettant dans des, dans des pensionnats, pour
enlever l'indien…
M. Bouazzi : ...le
sauvage en eux pour qu'ils soient des bons petits Canadiens et Québécois, parce
qu'on voulait les assimiler. Cette phrase-là est la définition même de ce que
c'est qu'une assimilation.
M. Jolin-Barrette : M.
le Président, les propos du collègue m'apparaissent assez gravissimes envers un
autre... Envers le gouvernement, envers un autre membre de cette Assemblée
nationale et je l'inviterais à la prudence de son...
Le Président (M.
Bachand) :... pas aller plus loin que ça,
le mot assimilation est quand même très grave aussi, vous le savez.
M. Bouazzi : Il est...
Le Président (M.
Bachand) : Alors, donc, puis vous avez fait un lien direct
entre le gouvernement et le principe d'assimilation lié à la Constitution. Ça
fait que c'est... de grande prudence, je vous demande, s'il vous plaît, M. le
député.
M. Bouazzi : Je...
M. Jolin-Barrette : ...
devrait retirer ses propos qui sont totalement inacceptables. Mais on sait ce
qu'il pense de ses collègues, il nous l'a tous déjà dit, hein? Puis il a
toujours refusé de s'excuser aux membres de cette Assemblée. Alors, ce n'est
pas la première fois que le député de Maurice-Richard détient la vérité et le
jugement à l'encontre de ses pairs et de ses collègues.
M. Bouazzi : Je...
Le Président (M.
Bachand) : On ne fera pas un débat. Je vous ai averti que le
mot assimilation, c'est un mot qui est très grave. Vous avez fait un lien
direct. Alors, je vous demande juste d'avoir une très, très, très grande
prudence, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Malheureusement,
M. le Président, ici, on vient d'inclure les membres des Premières Nations dans
un seul peuple, qui est le peuple du Québec, et on vient de dire que le peuple
québécois forme une nation, qui est la nation québécoise. Je ne vois pas quel
autre mot je pourrais utiliser.
C'est le mot que les représentants des
Premières Nations sont venus nous dire étant donné notre histoire. C'est un mot
très, très grave et j'aurais préféré ne pas l'utiliser. C'est le texte qui est
devant nous. C'est un texte qui est honteux par rapport aux droits des
Premières Nations.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député, je vais vous
demander encore une fois d'être... Vous savez que le mot honte, honteux, est au
lexique. Alors je... Vous m'avez dit... Vous avez dit tantôt, à cette... à
cette commission, comme si c'était peut-être vous ou l'heure, je ne sais pas.
Mais je vous demande encore, il nous reste 1 heure ensemble ce soir, d'être
très, très, très prudent et de revenir et de faire attention aux qualificatifs
et aux liens que vous faites, s'il vous plaît. Merci.
M. Bouazzi : Mais,
j'espère, honnêtement, M... J'entends, là, j'espère, honnêtement, M. le
Président, qu'on est capable de dire les vraies affaires. Les vraies affaires,
c'est que les Premières Nations ont résisté à l'assimilation siècle après
siècle et la colonisation a tout fait pour les assimiler.
On a devant nous un article, et je pèse
mes mots, malheureusement, je comprends que ça heurte le ministre et je lui
offre la possibilité de l'améliorer, mais pour l'instant, on assimile les
membres des Premières Nations à un seul peuple qui est le peuple du Québec.
M. Jolin-Barrette : M.
le Président... Question de règlement.
M. Bouazzi : Et on fait
en sorte que ce peuple forme une seule nation.
M. Jolin-Barrette : On
prête des intentions, ce sont des propos...
Le Président (M.
Bachand) :M. le... M. le député, je vous
appelle à l'ordre.
M. Jolin-Barrette : ...
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre, s'il vous
plaît. M. le député, je vous appelle à l'ordre. OK. Je vous demande encore une
fois, mais je vous appelle une première fois. Alors donc, je vous demande
d'arrêter d'utiliser...
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : Non, on continue, il n'y a pas de consentement pour
suspendre.
M. Bouazzi : Bien,
alors, on va avoir du mal, M. le Président, à avoir une conversation sur les
Premières Nations sans pouvoir utiliser le mot assimilation. Je veux dire, on
va avoir du mal.
Le Président (M.
Bachand) :M. le... Je vous avais appelé à
l'ordre une première fois, vous allez me laisser finir. Le mot assimilation, je
n'ai pas de problème avec, c'est le lien que vous faites avec le gouvernement
et le... le texte législatif qu'on a devant nous, aujourd'hui. C'est ça que je
vous demande de faire très attention. Mais on ne peut pas nier l'histoire, M.
le député de Maurice-Richard, je suis d'accord avec vous, mais de faire le lien
avec le gouvernement, c'est plus que porter des intentions très négatives.
C'est pour ça que je vous demande de faire attention dans le lien et
l'interaction que vous faites avec le projet de loi. Merci.
M. Bouazzi : M. le
Président, effectivement, c'est un mot lourd, qui est un mot utilisé dans le
mémoire du Conseil... Trois reprises, dans leur mémoire, qui a utilisé avec...
par le porte-parole de la PNQL, ici même, par le chef, M. Verreault-Paul,
ici même.
Et effectivement, c'est un mot très grave
et je pense qu'on ferait bien de proposer un texte qui évite d'avoir une
approche assimilationniste, c'est leur mot, des Premières Nations et je pense
que notre rôle, en tant que législateurs, c'est de pouvoir se dire les vraies
affaires. Et, s'il vous plaît, dans vérité et réconciliation, il y a vérité, ça
fait que si on ne peut pas utiliser les vrais termes, je ne sais pas ce qu'on
est capable de faire.
Et devant nous, je veux être clair, il y a
un seul peuple auquel le ministre lui-même dit que les membres des Premières
Nations appartient et ce peuple forme directement une seule nation, qui n'est
pas leur nation, qui est la nation québécoise.
Je ne sais pas quel autre mot je pourrais
utiliser. Je veux dire, ce genre d'approche rend caduc un texte
constitutionnel. Un texte constitutionnel, par définition, il ne faudrait quand
même pas qu'on... qu'on empire...
M. Bouazzi : ...notre
situation en relation avec les Premières Nations? Là, on les… et je ne sais
plus... je ne sais pas comment faire. Je suis vraiment désolé, M. le Président,
on les met à l'intérieur d'un seul peuple, qui est le peuple du Québec et ce
peuple-là forme une seule nation. Si ça, ce n'est pas de l'assimilation, je ne
sais pas ce que c'est. Il n'y a nulle part là, qu'ils font partie de leur
propre nation, rien.
Le Président
(M. Bachand) :Je vous appelle à
l'ordre pour une deuxième fois, M. le député. Vous faites un lien. Je ne vous
interdis pas d'utiliser le mot, c'est le lien directement avec le gouvernement.
Alors, sur ce, je vais suspendre quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 21 h 30)
21 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 21 h 43)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
Commission reprend ses travaux et, j'espère, dans un esprit plus tranquille.
Alors donc, je cède la parole au député de Maurice-Richard. M. le député, s'il
vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. J'ai ressorti le mémoire... le mémoire du Grand Conseil des Cris, et
laissez-moi vous lire trois de leurs déclarations. Donc, leur
déclaration numéro 11, et je lis : «In this context, the failure of the
proposed Constitution to affirm the aboriginal and treaty rights of the Indigenous
peoples of Québec can only be seen as intended. This omission is very surprising,
and alarming in its implication that the Indigenous peoples of Québec do not
have legally enforceable rights on an equal footing with other Quebecers. It
relegates Indigenous peoples to second-class status, a treatment inconsistent
with the very purpose of a constitution. It turns away from reconciliation and
inclusion in favour of exclusion and assimilation. Plus loin, à la déclaration
119 : it's difficult, in fact, to see any real difference between, on one hand,
the integration model proposed in the draft Constitution and the Integration
Act and, on the other...
M. Bouazzi : ...the created policy of forced this created full policy of forced
assimilation impose on the indigenous people across Canada in the nineties and
the twentieth century.»
Et enfin leur déclaration
125 : «In this context the integration models suggested suggest a
mécanisme of assimilation of indigenous people into the dominant culture of the
majority giving rise to the concern that this is an implicite objective of the
proposed Constitution.»
Ça fait qu'à trois
reprises, ils font plus que s'inquiéter. Ils affirment dans leur mémoire, que
le projet, tels qu'ils le comprennent, les assimile à l'intérieur de la
majorité québécoise. Et l'article 3, malheureusement, j'ai du mal à leur donner
tort. Est-ce que, M. le ministre, quand vous avez lu, j'imagine que vous avez
lu le mémoire des représentants de la nation Crie. Est-ce que vous vous êtes
dit : Il y a quelque chose que je devrais changer pour m'assurer que ça se
passe mieux et qu'ils arrêtent, eux, de décrier votre projet comme niant leurs
droits et comme étant comme ayant pour conséquence de les assimiler dans la
majorité?
Le Président (M.
Bachand) :Intervention M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : Alors, M.
le Président, j'ai eu l'occasion d'avoir des échanges avec le grand chef
Murdock à quelques reprises. Alors, ce qui est important avec l'article là, est
de bien le comprendre, c'est que tous les Québécois composent le peuple du
Québec, et ce peuple forment une nation au sens où il la met en place. Ce qui
ne veut pas dire qu'il n'y a qu'une seule nation ou qu'on ne peut pas être
membre que d'une seule nation. Le texte de l'article 3 ne nie pas ou ne cherche
aucunement à nier l'appartenance à d'autres nations. Donc, l'article 3 n'a pas
vocation à exclure personne. Tous peuvent se reconnaître dans la constitution
du Québec. Et. Comme je l'ai répété à de nombreuses occasions, on a une
approche qui est inclusive et qui était aussi flexible pour permettre aux
nations autochtones de s'y reconnaître ou non en fonction de leurs choix. Donc,
je pense M. le Président, que ça résume l'ensemble de mes propos pour cet
article-là, il nous de notre côté on est prêt à passer au vote.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Autres interventions sur
l'article 3? Si… interventions nous allons procéder à la mise aux voix, est-ce
que l'article 3 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) : Adopté. Merci. Donc, on. Adopté sur division. C'est
parfait. Merci maintenant je cède la parole au député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Non. OK, demain.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député.
Donc, M. le ministre, on continue.
M. Jolin-Barrette : Article
4, M. le Président, le territoire du Québec est le foyer historique de la
nation et constitue le patrimoine commun de celle-ci. Commentaire : cet
article énonce que le territoire du Québec est le lieu d'origine de la nation
et, de ce fait, il constitue un patrimoine commun. Cet article sert également
de fondement à la responsabilité de l'État de protéger le patrimoine commun de
la nation et à la protection constitutionnelle de l'eau, qui sont prévues à
l'article 20 du projet de loi. D'ailleurs, ça fait le pont avec une question
précédente de la députée de Mille-Îles, dans la séance de cet après-midi, je
crois. Alors, l'objectif est de rattacher la nation québécoise au territoire du
Québec en indiquant que c'est le foyer. Donc, tout à l'heure, dans le cadre de
l'explication relativement à l'article 3, j'ai eu l'occasion de souligner aux
membres de cette commission que, dans les attributs de la nation, il n'y avait
pas uniquement la question de peuple, donc des individus, mais il y avait
également la question de notion de territoire, de langue, de culture,
d'identité, d'institution. Donc, la nation, elle était plus large que ça. Alors
là, à l'article 4, on parle du foyer historique de la nation et constitue le
patrimoine commun de celle-ci.
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. Intervention de M. le député de l'Acadie,
s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci.
Merci, M…
M. Morin : ...Président.
Comment est-ce que vous définissez le foyer historique?
M. Jolin-Barrette : Sur
une approche territoriale, c'est le cœur de l'émergence de la nation
québécoise. Donc, exemple, le territoire du Québec, pour la nation québécoise,
c'est le territoire québécois, donc le facteur de rattachement au territoire,
pour la nation, il est important.
M. Morin : Et comment
vous définissez le patrimoine commun?
M. Jolin-Barrette : Le
patrimoine commun est composé de plusieurs éléments, notamment du territoire,
notamment de la culture, notamment de l'eau, des ressources, on va le voir tout
à l'heure. Donc, ça fait partie des éléments associés au patrimoine commun. On
va le voir un peu plus loin dans les dispositions lorsqu'on parle de
patrimoine. Donc, «L'État assure la protection du patrimoine commun de la
nation québécoise» à l'article 20 et «L'eau est une ressource collective
faisant partie de ce patrimoine commun».
• (21 h 50) •
M. Morin : Et quand vous
référez à la nation, et là, je ne veux pas me tromper. Vous référez à la nation
québécoise.
M. Jolin-Barrette : Effectivement,
dans le cadre du titre deuxième, on indique «De la nation québécoise». Et
d'ailleurs, en lien aussi, d'ailleurs, la collègue de Mille-Îles doit très bien
connaître cette loi pour avoir été, au niveau municipal, dans la Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme, on indique, dans un considérant, que le
territoire du Québec constitue un patrimoine commun. Et on dit :
«CONSIDÉRANT que le territoire du Québec est unique et diversifié et qu'il
constitue le patrimoine commun de l'ensemble des Québécois». Donc, c'est une
notion qui est déjà dans le corpus, dans la Loi sur l'aménagement et
l'urbanisme.
M. Morin : Mais là, si
vous parlez de l'ensemble des Québécois, on va retomber dans la discussion de
tantôt. Vous parlez du peuple ou de la nation?
M. Jolin-Barrette : Ici
on parle de la nation.
M. Morin : Oui, mais
vous avez cité la Loi sur l'aménagement de l'urbanisme, si j'ai bien compris et
là, vous avez parlé de tous les Québécois. Tantôt, vous nous avez dit que le...
M. Jolin-Barrette : On a
dit l'ensemble. Dans la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, c'est l'ensemble
des Québécois.
M. Morin : Puis quelle
est la différence entre l'ensemble, puis tous les Québécois?
M. Jolin-Barrette : Les
Québécois et les Québécoises forment une nation.
M. Morin : OK.
M. Jolin-Barrette : Alors,
le patrimoine commun de la nation québécoise, le territoire fait partie...
la... du... le patrimoine commun. Le territoire fait partie du patrimoine
commun de la nation québécoise. Et la nation québécoise est composée des
Québécois des Québécoises.
M. Morin : Et dans le
patrimoine commun du foyer historique de la nation, est-ce que vous incluez le
patrimoine des Premières Nations?
M. Jolin-Barrette : Les
Premières Nations, comme je vous l'ai dit, elles sont libres, par elles-mêmes,
de décider si elles s'identifient à la nation québécoise. Et leur patrimoine,
aux nations autochtones, compose également en lien avec leur culture, leur
territoire, leur langue également, ce qui est propre à chacune des nations.
Donc là, ici, on vient de définir la nation québécoise et son appartenance au
territoire.
M. Morin : Mais juste la
nation québécoise, pas les autres.
M. Jolin-Barrette : Effectivement,
on vient définir la nation québécoise.
M. Morin : Puis dans la
nation québécoise, si vous parlez du foyer historique, est-ce que vous incluez
différentes communautés qui peuvent former la nation québécoise?
M. Jolin-Barrette : Effectivement.
M. Morin : Donc, ça
pourrait, par exemple, inclure la communauté anglophone.
M. Jolin-Barrette : Tout
à fait.
M. Morin : Les Anglais,
les Gallois, les Écossais, les Irlandais.
M. Jolin-Barrette : Mais
ils font partie, dans le fond, ce sont des Québécois. Ils font partie de la
nation québécoise. La nation québécoise elle est...
M. Jolin-Barrette : …est
inclusive. Elle est composée notamment du peuple québécois.
Mais lorsqu'on parlait de la notion de « nation », on ne peut pas vous forcer à adhérer à la
nation québécoise.
Tantôt, j'exposais le fait de dire un
individu, là, sur son caractère subjectif, c'est : Est-ce que vous vous
identifiez à la nation québécoise ?
Faites-vous partie de ce grand ensemble-là ?
Ce n'est pas l'État qui vous dit :
Vous vous faites partie. Mais c'est la personne.
M. Morin : Ça… ça, je vous ai
compris.
Mais… mais c'est parce que, là, on
revient, en partie, à la discussion de tantôt.
Si, dans une Constitution, vous énoncez,
au titre, ce qui s'appelle : De la nation québécoise ; et que, là, vous êtes en
train de décrire ces attributs, puis que vous dites que le territoire du Québec
est le foyer historique de la nation, bien moi, quand je l'ai lu, la première
fois, je me suis dit : Bon, bien, c'est tout le monde, ça inclut tout le
monde.
C'est un acte déclaratoire du Gouvernement
qui dit : Bien, c'est ça.
Bon, là, vous me dites : Non, non,
non, la nation, il y a un élément subjectif, je ne peux pas vous forcer à en
faire partie. On recommence ?
M. Jolin-Barrette : Non, non,
on ne recommence pas.
M. Morin : Bien, aidez-moi à
comprendre d'abord !
M. Jolin-Barrette : On ne
recommence pas.
Oui, oui, oui, je veux… on ne
recommence pas, là, on ne repart pas dans… dans le tour de machine, comme on
dit.
Alors, l'article 4 signifie que la
nation québécoise a pris naissance sur le territoire du Québec. On est d'accord
jusque là ?
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette :… et, de
ce fait, ce territoire fait partie du patrimoine de la nation.
Alors, ça n'enlève pas que ce territoire
ou une des parties de ce territoire soit le foyer historique aussi des autres
nations, par exemple les nations autochtones.
M. Morin : Mais pourquoi vous
ne le dites pas ?
M. Jolin-Barrette : Qu'est-ce
que vous voulez dire ?
M. Morin : Bien, en fait, là,
moi, je l'ai lu, je vous écoute.
Puis, là, j'ai… là, vous me dites :
C'est… inclusif. Là, moi, ce que je comprends, c'est que c'est exclusif !
M. Jolin-Barrette : Mais non.
M. Morin : Bon, bien,
expliquez-moi ?
M. Jolin-Barrette : Je vous
ai dit : On est dans le titre : De la nation québécoise. Donc, ça
concerne des attributs associés à la nation québécoise.
M. Morin : Oui…
M. Jolin-Barrette : Donc, la
nation québécoise est un… un grand ensemble.
M. Morin : Mais plus petit
que le peuple québécois, qui, lui, comprend tous les Québécois et les
Québécoises ?
M. Jolin-Barrette : Tous les
Québécois font partie de la nation québécoise.
Le peuple québécois fait partie de la
nation québécoise.
Mais si on a des individus ou des nations
qui disent : Non, on ne fait pas partie de la nation québécoise, l'État
québécois ne leur impose pas de faire partie de la nation québécoise.
M. Morin : Donc, pour…
M. Jolin-Barrette : Donc,
c'est… c'est un grand parapluie pour inclure tout le monde.
M. Morin : Donc, ça pourrait…
M. Jolin-Barrette : Et, plus…
M. Morin : …exclure des
patrimoines de quelqu'un, par exemple, parce que, là, vous dites : Je
parlais du patrimoine commun ?
M. Jolin-Barrette : Mais, si
vous faites référence aux nations autochtones, ça appartient aux nations
autochtones de le dire elles-mêmes.
M. Morin : Non, mais prenons
d'autres communautés… parce que, là, vous dites que c'est subjectif. Bien,
prenons votre Maskoutain, tantôt…
M. Jolin-Barrette :… mais,
c'est… c'est surtout subjectif.
La nation québécoise est composée de
l'ensemble des apports historiques sur son territoire, de l'ensemble des
groupes de population, migrants, notamment, qui sont venus sur son territoire.
C'est ce qui fait la diversité, la
richesse et l'historicité de la nation québécoise, qu'on parle des différents
habitants du territoire québécois depuis toujours.
C'est ça qui compose la nation québécoise.
Alors, vous nous disiez : Les
Anglais, les Irlandais, les Écossais, bien entendu, ils font partie de la
nation québécoise, du patrimoine commun, parce qu'ils composent la nation
québécoise.
Ils composent la société québécoise, dans
son sens sociologique.
Mais, à votre question, puis on y revient
souvent, l'individu lui-même, le Maskoutain, là, bien, de facto, il y est, mais
il n'y a personne qui va le forcer à y être et à utiliser cette
identification-là.
Mais conceptuellement…
M. Jolin-Barrette :
...ils en font tous partie. On définit le foyer historique de la nation
québécoise. L'ensemble des autres nations y sont bienvenues, mais elles peuvent
le faire, le définir elles-mêmes, de leur côté également. On attribue une
définition et des attributs de la nation québécoise, puis il appartient à
chacun de s'y reconnaître ou pas.
Mais la nation québécoise, c'est le grand
parapluie, comme quand tantôt je vous ai donné l'exemple, la Déclaration
canadienne des droits de l'homme, on parlait de nation canadienne et donc ça ne
sous-entend pas qu'il n'y a pas de nations autochtones au Canada ou de nation
québécoise au Canada. Mais l'article, il est là pour rattacher, pour identifier
que la nation québécoise tire son origine, son foyer historique sur le territoire
québécois.
• (22 heures) •
M. Morin : Et ça
commencerait à quel moment d'après vous?
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : On
est dans un objectif par rapport à la Constitution ou c'est un article qui est
rassembleur. Et la Constitution comme telle, sur le foyer de la nation, du
territoire québécois, il m'apparaît être un outil d'adhésion.
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : Et
de faire en sorte que ce foyer-là, et c'est le territoire québécois. Inclusif.
M. Morin : Oui, bon, je
comprends, on a entendu que ce n'était pas l'objet de l'article, mais c'est
vous qui avez utilisé foyer historique, donc foyer... En tout cas, moi, quand
je l'ai lu, foyer historique, ça me donne une... Ça fait référence, chez moi, à
une conception dans le temps. C'est l'histoire, d'habitude, c'est, hein, ce
n'est pas dans le futur, ce n'est pas dans le présent, c'est quelque chose qui
s'est passé. Donc on... Il y a un instant temporel. Et donc, moi, ce que je
vous demande, c'est que d'après vous, ça commence où, puis comment?
M. Jolin-Barrette : Bien,
pas nécessairement, parce que l'histoire, c'est également chaque seconde que
l'on passe ensemble sur ce projet de loi là. On construit l'histoire ensemble.
M. Morin : On la
construit, mais on l'interprétera dans 50 ans ou 100 ans. Là, on...
Peut-être qu'on fait l'histoire, je ne sais pas, mais ce n'est pas à nous, ça,
de juger. On nous jugera après sur ce qu'on a fait, mais... Mais ceci étant...
M. Jolin-Barrette : Bien,
moi, je trouve qu'on me juge pas mal.
M. Morin : Bon. Moi je
vais... je vais continuer. Dans le patrimoine commun de la nation, est-ce qu'on
retrouve le patrimoine religieux?
M. Jolin-Barrette : Sur
le patrimoine religieux?
M. Morin : Non, commun.
M. Jolin-Barrette : Dans
le patrimoine commun. Bien, vous savez, dans le cadre, il y a différents
aspects sur le patrimoine commun relativement à l'histoire ou à la culture. Sur
la question du territoire, c'est là où on s'enracine. Sur la question de la
composition du patrimoine commun, c'est l'identité et ce qui fait également que
l'ensemble des membres appartiennent à une collectivité.
M. Morin : Mais
justement, si on reprend l'histoire du Québec, est-ce que le patrimoine commun,
ça inclut le patrimoine religieux?
M. Jolin-Barrette : Votre
question, dans le sens de patrimoine religieux, est-ce qu'il est brique et
mortier ou il est spirituel?
M. Morin : Non, non, il
est... il est spirituel. Pardon, il est brique et mortier, parce que vous
parlez du foyer historique, puis là vous dites que c'est le patrimoine commun.
Il y a peut-être un élément spirituel, mais il y a beaucoup, quand on parle de
patrimoine commun, de briques et de mortier, et de toiles et de peinture, bien,
je vous donne un exemple que vous connaissez probablement bien, l'église de
Mont-Saint-Hilaire, avec les fresques d'Ozias Leduc, ça fait partie de notre
patrimoine commun ou pas?
M. Jolin-Barrette : Le
patrimoine, c'est l'ensemble des biens matériels et immatériels qu'ils soient
d'ordre naturel, culturel, historique, appartenant à une communauté et
transmissible de génération à une autre.
M. Morin : Voilà. Donc
là, je ne suis pas ici dans le spirituel, on est dans le mortier et des briques
et autres choses.
M. Jolin-Barrette : Non,
immatériel aussi.
M. Morin : Aussi? Mais
là...
22 h (version non révisée)
M. Morin : ...c'est plus
difficile à évaluer.
M. Jolin-Barrette : C'est...
Le patrimoine c'est, entre autres, l'histoire.
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : Les
choix, la société, l'historicité, l'histoire. Donc ça fait partie de ce qui
définit, notamment, une nation.
M. Morin : Donc ça
inclurait le patrimoine religieux.
M. Jolin-Barrette : Lorsque...
Je donne un exemple, là, le ministre de la Culture, lors de la journée des patriotes
en mai dernier, a reconnu les patriotes comme un personnage historique. Bien,
ça fait partie du patrimoine commun, de la société québécoise, de la nation
québécoise.
M. Morin : C'était les
patriotes, ou des patriotes en particulier, ou l'ensemble?
M. Jolin-Barrette : Pouvez-vous
spécifier votre question?
M. Morin : Oui, quand
vous dites qu'il a reconnu les patriotes, c'était l'ensemble, toute la
communauté des patriotes, le mouvement au complet, des individus en particulier?
M. Jolin-Barrette : Il a
reconnu les luttes patriotes, je crois.
M. Morin : OK. OK.
M. Jolin-Barrette : Il
n'a pas reconnu... Bien, il faudrait qu'on vérifie l'annonce du ministère de la
Culture, là.
M. Morin : OK.
M. Jolin-Barrette : Mais,
il y a eu nombreux patriotes, à travers les années et notamment lors des
événements de 1837 et 1838.
M. Morin : OK. Mais je
reviens à ma question.
M. Jolin-Barrette : Qui font
en sorte qu'on a cette discussion-là aujourd'hui.
M. Morin : Exact. Tout à
fait. Tout à fait. Donc, ça... Ça peut inclure le patrimoine religieux.
M. Jolin-Barrette : Ça
peut.
M. Morin : OK. Donc, les
briques, le mortier, puis le volet plus immatériel. Excellent.
M. Jolin-Barrette : Puis...
M. Morin : Oui?
M. Jolin-Barrette : On
aime ça, parler de l'ONU, là, de temps en temps, là. Donc, la notion de
patrimoine mondial peut référer aussi à un patrimoine naturel ou à un
patrimoine culturel.
M. Morin : Culturel. Donc,
ça pourrait, par exemple, être la ville de Québec, en fait, la vieille ville qui
fait partie du patrimoine mondial de l'UNESCO, mais ça pourrait être, aussi, des
lieux naturels qu'on a au Québec. Excellent. Est-ce que ça peut inclure des
manifestations, par exemple, religieuses publiques?
M. Jolin-Barrette : Des manifestations
religieuses publiques?
M. Morin : Oui. Dans
notre histoire, tu sais, les...
M. Jolin-Barrette : À
titre d'exemple?
M. Morin : Bien, à titre
d'exemple, à Sainte-Anne-de-Beaupré, depuis 1600 quelques, des marins bretons
ont commencé des pèlerinages à Sainte-Anne. Ça peut-tu inclure ça aussi?
M. Jolin-Barrette : Le...
Les éléments historiques, culturels de la nation font partie effectivement du
patrimoine commun.
M. Morin : Bien. Est-ce
que ça a aussi pour effet, parce qu'on le... on le reconnaît, c'est un attribut
de la nation québécoise. Est-ce que ça impose des obligations à l'État?
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que ça impose des obligations à l'État?
M. Morin : Des
obligations à l'État, oui. Parce qu'une fois qu'on le reconnaît, que ça en fait
partie, est-ce que... Puis c'est dans une constitution, la loi des lois, on l'a
vu, article premier. Est-ce que l'État, donc, doit les préserver? Est-ce que l'État
doit faire quelque chose pour les maintenir ou si on écrit juste ça comme ça,
puis on le constate, puis voilà?
M. Jolin-Barrette : À l'article 20
de la Constitution.
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : On
va le voir tout à l'heure : «L'État assure la protection du patrimoine
commun de la nation québécoise». Donc...
M. Morin : Donc...
M. Jolin-Barrette : L'État
assure la protection du patrimoine commun.
M. Morin : Oui, sauf qu'on
le verra plus tard, là, mais, assurer, ça peut être, bon, il le reconnaît, ça ne
veut pas dire qu'il l'entretient.
M. Jolin-Barrette : Effectivement.
M. Morin : Donc, si on
veut maintenir ce patrimoine commun, est-ce que ça va jusqu'à l'entretenir? Est-ce
que vous avez fait une évaluation de ce que ça peut représenter?
M. Jolin-Barrette : C'est...
Le patrimoine commun, fait... fait référence à une... à une dimension
collective du patrimoine. Ce n'est pas du patrimoine comme en droit civil.
M. Morin : Je comprends,
je comprends, mais... Mais si on met le patrimoine commun dans une
Constitution, je comprends qu'on ne veut pas qu'il disparaisse. Si on ne veut
pas qu'il disparaisse, bien...
M. Morin : … il faut
l'entretenir. Et donc, quelles sont les obligations de l'État face à cette
disposition-là?
M. Jolin-Barrette : … l'État
québécois n'a pas d'obligation, en vertu de la Constitution, d'entretenir
chacune des maisons qui existent dans le Vieux-Québec.
M. Morin : Bien, en faite,
c'est.
M. Jolin-Barrette : Mais
collectivement.
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : L'État
québécois protège le patrimoine commun, c'est-à-dire qu'il faut que ce
patrimoine collectif là soit protégé. Donc, il y a différentes façons de le
faire. Mais l'État québécois ne devient pas responsable de chacune des
propriétés qui ont été construites, en 1700.
• (22 h 10) •
M. Morin : Mais, si on parle,
par exemple, du régime français. Il reste malheureusement peu de bâtiments
patrimoniaux au Québec qui datent du régime français, puis il y en a,
malheureusement qui sont dans un état piteux, puis il y en a qui sont en train
de tomber dans l'oubli dont on ne s'occupe pas. Est-ce que ça veut dire, par
exemple, que l'État va en faire la recension? Est-ce que l'État va agir si ce
n'est pas l'État qui, avec la constitution, a l'obligation, par exemple, de les
maintenir et de les réparer? Est-ce que l'État va forcer les propriétaires à
faire quelque chose? Parce que la crainte c'est que ça disparaisse.
M. Jolin-Barrette : C'est une
responsabilité de génération en génération, collectif également. Mais c'est sur
notamment les traditions, la culture. Et là on parle du territoire québécois à
quatre, là, qui est le foyer historique de la nation québécoise. Il constitue
le patrimoine commun de celle-ci.
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : Donc,
c'est une des compositions du patrimoine. Donc, protection de l'environnement,
protection des langues, des éléments relatifs à la culture aussi.
M. Morin : Puis, quand vous
parlez de la protection des langues, est-ce que vous incluez les langues
autochtones?
M. Jolin-Barrette : Ça fait
partie de la nation québécoise si les communautés, les nations souhaitent
également. Alors, effectivement, la préservation des langues autochtones est
également importante. Et pas uniquement la préservation, mais aussi la
promotion.
M. Morin : Le maintien, la
promotion. Bien, merci. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Donc, ma première question, quand on dit : le territoire du
Québec, on parle bien de… des frontières géographiques actuelles du Québec?
C'est-à-dire tout, tout le terrain.
M. Jolin-Barrette : Le
territoire du Québec, effectivement, le Québec est défini par ses frontières.
Puis, il faut le dire, là, la constitution énonce les principes généraux sur
quels sont les principes généraux de la constitution, et les règles associées
se retrouvent dans les lois particulières.
M. Bouazzi : Et donc, quand
on dit le territoire au complet est le patrimoine commun de la nation
québécoise. Vous ne pensez pas qu'il manque quelque chose? Je veux dire, étant
donné. Tu sais tout à l'heure, vous avez dit tout le monde fait partie du
peuple, y compris les Premières Nations, puis, par ailleurs, il y a la nation.
Ça, par contre, tout le monde n'en fait pas partie. S'ils veulent et font
partie, s'ils ne veulent pas, ils font partie. Là, vous avez pris la partie où
il n'y a pas tout le monde. Il n'y a certainement pas les Premières Nations. Et
vous avez dit : Bien, le patrimoine commun des premières de la nation
québécoise. C'est le territoire au complet. C'est bien ça?
M. Jolin-Barrette : L'affirmation
du député de Maurice-Richard est inexacte. Lorsque sa ligne de questions va
concerner les nations autochtones. Et donc, comme je l'ai préalablement
mentionné à mes collègues, les nations autochtones peuvent faire partie, si
elles le souhaitent, de la nation québécoise et également les composantes
associées à chacune de leur nation. Alors, lorsqu'on vient définir les attributs
de la nation québécoise en lien avec le territoire du Québec et le foyer
historique, donc, on dit le territoire du Québec et le foyer historique de la
nation et constituent le patrimoine commun de celle-ci. C'est sur ce territoire
que repose la nation québécoise.
M. Bouazzi : Donc, j'ai
probablement raté tout à l'heure, moi, j'avais l'impression que, tout à
l'heure, vous disiez que les membres, en tant qu'individus de Premières
Nations, s'ils veulent faire partie de la nation québécoise, ça marche. Mais là
vous dites…
M. Bouazzi : Les nations au
complet, si elles veulent, peuvent faire partie de la nation québécoise. C'est
ça que vous venez de dire ?
M. Jolin-Barrette : Ça fait à
peu près 4 h qu'on a cette même discussion-là, et j'ai déjà répondu, bien,
à de multiples reprises à cette question-là. Monsieur le Président.
M. Bouazzi : Bien, en tout
respect, Monsieur le Ministre, et je me trompe peut-être, on pourra réécouter
les vidéos, mais c'est la première fois que j'entends que la… que les nations
au complet pourraient faire partie de la nation.
Donc, les Premières Nations pourraient
faire partie de la nation québécoise. Je pensais que c'était individuel.
C'est… c'est mon erreur, mais, bon, bref,
pour l'instant, comme on parle abondamment de relations de nation à nation,
j'imagine que ce n'est pas votre objectif que les Premières Nations fassent
partie de la nation québécoise ?
Et puis, ce n'est certainement pas
l'objectif des représentants des Premières Nations que nous avons écoutés…
entendus ?
M. Jolin-Barrette : Monsieur
le Président, on prête des intentions au Gouvernement, de nouveau.
Comme je l'ai dit à de multiples reprises
depuis les dernières heures, la nation québécoise est une nation qui est
inclusive, où tout le monde a sa place.
Et si les nations autochtones veulent
s'inscrire dans le cadre du grand parapluie, la nation québécoise, il ne
revient qu'à eux de choisir.
Ça ne sera pas le gouvernement du Québec
qui va faire ce choix-là. Elles vont décider en toute autonomie de s'identifier
ou non.
J'ai répété le tout à de multiples
reprises.
M. Bouazzi : Bien, là, pour
le coup, je… je m'excuse tout à fait d'avoir été interprété comme portant des…
des intentions au Gouvernement. C'est juste… j'ai entendu le Gouvernement
parler, je ne sais pas combien de fois des relations de nation à nation.
Je n'ai jamais entendu le Gouvernement
dire qu'il voudrait que les nations, les Premières Nations, soient incluses à
l'intérieur de la nation québécoise.
Ça fait que j'ai assumé, et je m'en
excuse, peut-être, que ce n'était pas l'objectif du Gouvernement que les
Premières Nations fassent partie des nations… de la nation québécoise et plutôt
de rester, dans ce que j'ai toujours entendu jusqu'à maintenant, dans des
relations de nation à nation.
Bon, maintenant… OK. Donc, pour les
nations qui ne veulent pas être… incluses à l'intérieur de la nation
québécoise, donc, dans des relations de nation à nation, comment ce… l'article
qui est devant nous, qui dit que le territoire est le patrimoine commun de la
nation québécoise, est-ce que… est-ce que… est-ce que Monsieur le Ministre est
d'accord avec moi que c'est aussi le patrimoine commun des Premières Nations ?
M. Jolin-Barrette : Tout à
l'heure, j'ai répondu déjà à cette question-là et j'ai dit oui.
M. Bouazzi : Et pourquoi il
ne l'a pas écrit ?
M. Jolin-Barrette : On est
dans la définition de la nation québécoise et des attributs associés à la
nation québécoise.
Donc, je ne referai pas l'ensemble de la
rhétorique que je viens de vous exposer pour la xième fois.
M. Bouazzi : Hum ! Mais… mais… mais je
comprends, là, qu'on parle ici de la nation québécoise.
Mais, comme on ne parle nulle part et que…
on a… il y a le seul endroit où on parle de territoire, c'est pour dire que
c'est le patrimoine commun d'une seule nation qui est la nation québécoise.
Je vous avouerais que… que je m'inquiète
parce que, même si, oralement, le ministre peut nous dire que c'est aussi le
patrimoine commun des Premières Nations, ça n'apparaît pas nulle part.
Et dans une constitution qui touche au
territoire au complet sur lequel on cohabite avec les Premières Nations, on
pense que c'est vraiment… important que… que ça apparaisse.
M. Jolin-Barrette : Je vous
rassure, ce n'est pas le seul endroit dont on parle de territoire dans la
Constitution, notamment à l'article 23, où on indique « Le territoire du Québec est
indivisible. Ces frontières ne peuvent être modifiées qu'avec le consentement
de l'Assemblée nationale. »
Alors, est-ce que votre formation
politique est d'accord avec ça, que le territoire québécois est indivisible ?
M. Jolin-Barrette : Bien, on
va rester sur le cadre, mais je comprends que l'article dont vous parlez…
M. Jolin-Barrette : Non, mais
on déborde…
M. Bouazzi : Je… ça va me
faire plaisir… ça va me faire plaisir de… mais… mais l'article dont on parle,
c'est la question des Premières Nations, de leur rapport au territoire.
Je comprends que vous faites référence à
un autre article qui ne touche pas non plus aux… aux Premières Nations. J'ai un
amendement…
M. Bouazzi : ...normalement,
concernant cet article, M. le... On l'as-tu envoyé? Peut-être une courte
suspension, M. le Président, le temps qu'on vous envoie l'amendement.
Le Président (M.
Bachand) : Juste... parce que vous avez fait parvenir au
secrétariat une... un amendement.
M. Bouazzi : Sur cet
article-là, pas celui...
Le Président (M. Bachand) :
OK.
M. Bouazzi : Oui.
Le Président (M.
Bachand) : Parfait.
M. Bouazzi : Donc, on vous
l'envoie à l'instant. Si une courte... Comme vous voulez... On peut attendre.
On vous l'envoie à l'instant.
Le Président (M. Bachand) :
Oui, si vous êtes d'accord, on peut juste passer à la collègue de
Mont-Royal–Outremont...
M. Bouazzi : Oui, avec
plaisir.
Le Président (M.
Bachand) : ...puis on vous revient avec vous pour votre
amendement.
Mme Setlakwe : Merci, M. le
Président. Oui, j'ai quelques questions. Bien, commençons par le mot
historique. Le foyer historique. Si ce mot est là, c'est qu'il y a une...
L'intention du législateur, c'est qu'il faut qu'il y ait une explication
rattachée à l'inclusion de ce mot-là. C'est le foyer historique de la nation.
Le territoire du Québec est le foyer historique de la nation. Donc, à partir de
quel moment est-ce que vous considérez que le territoire du Québec devient le
foyer historique de la nation? Avez-vous...
• (22 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Comme je
le disais à... au collègue de l'Acadie tout à l'heure, c'est pas une question
de dates, c'est une question d'identification du territoire associé à la nation
québécoise, du fait qui... que la nation québécoise tire son origine de ce
foyer-là, qui est le territoire du Québec.
Mme Setlakwe : ...lieu
d'origine et foyer historique, c'est... C'est quoi la différence entre les deux
expressions, là? Parce que le libellé de l'article parle de foyer historique.
Dans le commentaire, on parle du lieu d'origine. Je ne suis pas... Je suis
désolée si mes questions recoupent celles de mon collègue, mais c'est... Ça ne
m'apparaît pas limpide, M. le ministre. Tu sais, est-ce que...
M. Jolin-Barrette : Mais
c'est d'où part la nation québécoise.
Mme Setlakwe : Oui.
M. Jolin-Barrette : Du
territoire québécois.
Mme Setlakwe : Non, non, mais
moi, je parle...
M. Jolin-Barrette : En
termes...
Mme Setlakwe : ...à partir de
quel moment est-ce qu'on... considère-t-on que le territoire devient le foyer
historique? Est-ce qu'on est en 1608, est-ce qu'on est avant, est-ce qu'on est
après? Juste expliquer la... la conception historique ici.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
La nation québécoise tire son origine dans un continuum historique du
territoire québécois. Donc, la nation québécoise émane de ce territoire-là où
elle est enracinée. C'est sur le territoire québécois. C'est pas... c'est pas
au législateur qui va déterminer à partir de telle date. Ça constitue le point
de départ ou à partir de telle autre date. Mais c'est un fait avéré, il me
semble, que le foyer de la nation québécoise, c'est le territoire québécois.
Mme Setlakwe : Mais c'est
rattaché au territoire. Je comprends. Donc, l'intention, c'est pas de...
l'intention, c'est pas de... définir l'origine historique de la nation ou de...
votre intention, l'intention du législateur, c'est pas de définir l'histoire de
la nation, c'est de rattacher la nation à un territoire. C'est ça, l'intention
du lieu du législateur ici?
M. Jolin-Barrette : Mais,
c'est l'histoire de la nation qui démontre que ce territoire est son foyer.
Puis, tu sais, il faut toujours... Dans une constitution, on est sur les principes
généraux. Donc, c'est la loi suprême, c'est la loi fondamentale, donc, c'est
les principes généraux, c'est pas là, les détails. Dans le fond, le
législateur, par la suite, adopte des lois particulières. Donc, c'est pour ça
que le recensement des articles dans les lois fondamentales de la Constitution
québécoise, qui existe mais qui est dispersé... On rassemble le tout pour faire
en sorte d'avoir un document. Par la suite, dans les lois particulières, à ce
moment-là, on a les dispositions précises.
Mme Setlakwe : Si
l'appartenance à la nation repose sur une approche subjective telle qu'on l'a
déjà mentionné, alors pourquoi est-ce que c'était... ça a été jugé nécessaire
de définir un foyer historique?
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est le rattachement de la nation québécoise où elle est enracinée. Elle est
enracinée sur le territoire québécois.
Mme Setlakwe : OK, donc... Une
personne qui lirait ça et qui est nouvellement arrivée au Québec et qui se sent
pleinement Québécois ou Québécoise, doit pas lire ça de façon exclusive, doit
pas se sentir... doit pas se sentir exclue.
M. Jolin-Barrette : Mais,
pourquoi il se sentirait exclu?
Mme Setlakwe : Non, non,
mais... Je ne sais pas s'il n'y aurait pas eu une façon plus simple d'exprimer,
parce que je pense que c'est introductif à des articles qui traitent du
territoire, de nos richesses collectives, nos richesses naturelles,
collectives. C'est probablement ça l'intention. Et pourquoi donc il fallait
dire...
M. Jolin-Barrette : Sur
quelle autre...
Mme Setlakwe : ...c'était le
foyer...
Mme Setlakwe : ...historique.
M. Jolin-Barrette : Sur
quel autre territoire, la nation québécoise...
Mme Setlakwe : Il y a un
seul territoire. Il y a un seul...
M. Jolin-Barrette :
...serait-elle enracinée, si ce n'est pas sur le territoire du Québec?
Mme Setlakwe : Mais
l'objectif, est-ce que... Pourquoi on a fait cette phrase?
M. Jolin-Barrette :
Parce que dans... dans une...
Mme Setlakwe :
L'objectif, est-ce que ce serait, peut-être, de dire que... Le... On dirait
qu'il y a deux idées, le territoire du Québec est le foyer de la nation, point,
et constitue le patrimoine commun de celle-ci. Ça aussi, ça pose des questions,
là, le patrimoine commun.
M. Jolin-Barrette : Bien,
quand on a discuté tantôt, parce que, dans le patrimoine commun, il y a aussi
le territoire, c'est une composante du patrimoine de la nation québécoise.
Qu'est-ce que la nation québécoise? Comment se définit-elle? Puis on a eu cette
discussion-là, aux deux articles précédents, pour dire, bien là, vous me
disiez : Bien, c'est quoi, la nation québécoise? Et là, je vous ai
dit : Bien, là, on va le voir aux articles 4, 5, 6, 7 et suivants, on
vient définir quelles sont les composantes. Puis on a eu cette discussion-là, à
savoir, est-ce que la nation québécoise, c'est juste les individus? La réponse,
c'était non, parce qu'elle est composée d'autres éléments, des individus, des
personnes, oui, bien entendu, mais également du territoire, de la culture, de
la langue. Ce sont plusieurs éléments qui font partie de la nation québécoise.
Mme Setlakwe : Je ne
pense pas que c'est un article...
M. Jolin-Barrette :
Et...
Mme Setlakwe : Oui, je...
Désolée.
M. Jolin-Barrette : Bien,
en fait... En fait, c'est... À votre... à votre question sur la venue d'un
néo-Québécois. Très certainement, il s'identifiera à ça parce qu'en adhérant à
la nation québécoise, on va se dire, bien effectivement, c'est vrai que c'est
le foyer historique de la nation à laquelle j'appartiens, le territoire
québécois.
Mme Setlakwe : Oui, en
fait, c'est ça, c'est que... c'est que c'est déclaratoire, c'est simplement un
état de fait, le territoire du Québec. Puis là va falloir, peut-être, en
parler, justement, de cette notion de territoire, mais «Le territoire du Québec
est le Foyer historique de la nation», ça doit être lu dans sa plus simple
expression, c'est ce que je comprends.
M. Jolin-Barrette : On
a... On a travaillé dans la... les libellés de la Constitution pour que ce
soient des principes généraux qui soient compris et qui énoncent clairement ce
que c'est. Donc, c'est la nature d'une Constitution d'établir ces différents
éléments-là.
Mme Setlakwe : OK.
M. Jolin-Barrette : Et
de venir définir territoire, langue, culture, droits collectifs, droits
individuels.
Mme Setlakwe : Oui.
Donc, qu'est-ce qu'on entend par territoire? Parce que là, il ne faudrait pas
préciser? «Le territoire» et «il constitue le patrimoine commun». Puis là, au
fil des discussions, vous avez dit, bien c'est pas uniquement le territoire,
l'eau, les ressources naturelles, ça inclut également le patrimoine religieux,
le patrimoine culturel. Vraiment? Le territoire inclut tout ça? Ou c'est le
patrimoine commun?
Le Président (M.
Bachand) : Rapidement, M. le ministre... s'il vous plaît, parce
que je dois céder la parole au député.
M. Jolin-Barrette : Le
territoire... Le territoire est une composante du patrimoine commun et donc,
notamment, le patrimoine immatériel, la culture, l'histoire, ce qui est
transmis de génération en génération.
Mme Setlakwe : Le
territoire constitue le patrimoine commun, mais vous dites, le territoire
constitue le patrimoine commun. Ah.
Le Président (M.
Bachand) :... Mme. la députée, comme
convenu, pour que le député de Maurice-Richard puisse lire sa... son
amendement. Donc, M. le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M.
le Président. Ceci étant dit, il reste deux minutes, là, ça fait que je vais le
lire et ce sera fini. Est-ce que tu avais fini? Est-ce que vous aviez...
Mme Setlakwe : Non, non,
je n'avais pas terminé, mais le Président vous a donné la parole.
M. Bouazzi : Bien, vu qu'il
reste deux minutes, je laisserais... je laisserais les deux minutes à ma
collègue, si ça vous va.
Le Président (M.
Bachand) :OK. C'est votre prérogative.
M. Bouazzi : Vous êtes
gentil, M. le président.
Mme Setlakwe : Ah...
Non, vous ne lisez pas, finalement? OK.
M. Bouazzi : Bien, je
vous laisserai finir...
Mme Setlakwe : Ah,
merci.
Le Président (M.
Bachand) :...une minute, s'il vous plaît.
Mme Setlakwe : Donc,
peut-être, expliquer le mot... Le choix du terme «constitue» parce que, le
territoire «constitue le patrimoine», mais le territoire, moi, je pense
qu'il... selon ce que vous venez dire, fait partie du patrimoine avec autres
choses. Le patrimoine, dans le patrimoine commun, il n'y a pas juste le
territoire. Il y a également des éléments immatériels. Je ne suis pas sûre que
«constitue»... Ce n'est pas limitatif, ce n'est pas trop restrictif comme choix
de terme?
M. Jolin-Barrette : Non,
parce qu'on va le voir un petit peu plus tard aussi à l'article 24, je
pense, notamment par rapport à l'eau, par rapport aux composantes du patrimoine
qui n'est pas limitatif. Le fait qu'on le nomme, qu'on vient l'indiquer, que ça
en fait partie, que ça l'est.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci. Merci beaucoup.
Compte tenu de l'heure, la commission ajourne ses travaux sine die. Merci
beaucoup.
(Fin de la séance à 22 h 29)