Journal des débats (Hansard) of the Committee on Citizen Relations
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Wednesday, September 13, 2023
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Vol. 47 N° 24
General consultation and public hearings on the consultation document entitled : Planning of Immigration to Québec for the 2024-2027 Period
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Intervenants par tranches d'heure
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Lecours, Lucie
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Fréchette, Christine
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Lecours, Lucie
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Bérubé, Pascal
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Fréchette, Christine
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Fréchette, Christine
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Lecours, Lucie
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Schmaltz, Valérie
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Bérubé, Pascal
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Caron, Linda
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Fréchette, Christine
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Caron, Linda
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Caron, Linda
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Fréchette, Christine
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Bogemans, Audrey
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Caron, Linda
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Fréchette, Christine
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Fréchette, Christine
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Caron, Linda
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Bogemans, Audrey
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Caron, Linda
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Fréchette, Christine
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Bogemans, Audrey
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Derraji, Monsef
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Caron, Linda
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Cliche-Rivard, Guillaume
11 h 30 (version révisée)
(Onze heures trente et une minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est réunie, je vous le
rappelle, afin de poursuivre les auditions publiques dans le cadre de la
consultation générale sur le cahier de consultation intitulé La
planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Picard (Soulanges) est remplacée par Mme Bogemans
(Iberville); Mme Tardif (Laviolette—Saint-Maurice), par M. Lemieux
(Saint-Jean); Mme Garceau (Robert-Baldwin), par M. Derraji (Nelligan);
Mme Prass (D'Arcy-McGee), par Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey) et Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques), par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, nous entendrons ce matin les groupes
suivants : le premier, le Commissaire à la langue française, et nous
allons poursuivre avec M. Marc Termote.
Je souhaite donc la bienvenue au
Commissaire de la langue française. Je vous rappelle que vous disposez d'une
période de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons par la
suite à la période d'échanges avec la ministre et avec les parlementaires.
Alors, vous allez pouvoir débuter en vous présentant. Merci.
M. Dubreuil (Benoît) : Bonjour.
Alors, bonjour à tous, Mme la Ministre, Mmes, MM. les députés. Je vous remercie
vraiment de me recevoir aujourd'hui. Je suis accompagné aujourd'hui de mon
secrétaire général, Dominic Bédard ainsi que de Fiacre Zoungni et Gaby Audet,
qui sont professionnels dans mon équipe.
Alors, un mot pour vous rappeler le mandat
du Commissaire à la langue française. C'est un poste qui a été créé l'an
dernier à la suite de l'adoption de la Loi sur la langue officielle et commune
du Québec, le français. La loi charge notamment le commissaire de faire le
suivi de la situation linguistique, de faire le suivi des mesures que le
gouvernement prend pour assurer la pérennité du français et de recommander des
mesures susceptibles de favoriser l'usage du français comme langue commune.
C'est donc avec un grand intérêt que j'ai
pris connaissance du document de consultation, et je me réjouis de l'importance
qu'on y accorde à la pérennité de la langue française.
Alors, nous le savons, la situation
linguistique au sein de la population immigrante est de plus en plus
déterminante pour l'avenir du français. Depuis plusieurs décennies, une
proportion importante d'immigrants optent pour la langue française. Donc,
aujourd'hui, on a environ 60 % des immigrants qui utilisent principalement
le français au travail et dans l'espace public et on a un 20 %
supplémentaire qui l'utilisent soit à égalité soit de manière secondaire aux
côtés de l'anglais. Alors, c'est beaucoup, mais, si on souhaite maintenir la
place relative du français au Québec, il faut que ce soit encore plus.
Alors, l'objectif principal de mon
intervention, aujourd'hui, c'est de vous proposer d'établir une cible d'utilisation
du français dans l'espace public au sein de l'immigration économique. Alors, je
propose d'établir une cible que je fixe à 85 % et je recommande aux MIFI
de produire des données qui vont permettre de vérifier annuellement l'atteinte
de cette cible et aussi de rendre l'augmentation des volumes d'admission
conditionnelle à son atteinte.
Alors, prenons d'abord un pas de recul. On
observe, pour toutes les cohortes d'immigration arrivées depuis les années 80,
un 25 % à 30 % de personnes qui optent de manière prédominante pour l'anglais
dans la vie publique, soit une proportion qui est deux fois plus élevée que
celle que l'on retrouve dans la société d'accueil. C'est une situation qui crée
une pression continue sur la place relative du français, particulièrement dans
le Grand Montréal. Le nombre de personnes qui utilisent le français augmente,
mais le nombre de personnes et la fréquence avec laquelle on utilise l'anglais
augmentent encore plus rapidement. Alors, pour que l'immigration ait un effet
neutre sur le poids de chaque langue dans l'espace public, il faudrait qu'elle
fasse croître les deux à une vitesse équivalente. Alors, pour le dire simplement,
il faudrait que les personnes immigrantes utilisent l'anglais environ deux fois
moins souvent que ce qu'elles font actuellement et ce qu'elles ont fait dans
les dernières décennies.
La recherche menée depuis des décennies a
permis de documenter de façon exhaustive les facteurs qui favorisent l'adoption
de l'anglais dans la vie publique. Le fait d'avoir un bon niveau d'anglais à l'arrivée,
le fait d'étudier en anglais, incluant aux études supérieures, et le fait de
provenir d'un pays ou d'une communauté où l'anglais joue un rôle véhiculaire
sont tous des facteurs étroitement liés au fait d'opter pour cette langue dans
l'espace public. On sait par ailleurs qu'une part importante de l'immigration
qui opte historiquement pour l'anglais est très difficile à rejoindre par les
efforts de francisation. Dans certains cas, ça peut être en raison d'une offre
insuffisante. Dans d'autres cas, c'est parce que l'apprentissage du français
exigerait un investissement lourd, en termes de durée et d'intensité, alors que
les gens peuvent parvenir, des fois sans trop de difficulté, à fonctionner en
anglais, particulièrement à Montréal.
Alors, la consultation gouvernementale
mise sur deux changements réglementaires importants afin d'accroître la place
du français dans l'immigration économique : d'abord, exiger des requérants
principaux une connaissance minimale du français, ensuite créer une voie
accélérée pour les personnes qui ont étudié en français. Ces propositions
touchent directement deux des facteurs les plus <fortement...
M. Dubreuil (Benoît) :
...
en français. Ces propositions touchent directement deux des facteurs les plus
>fortement associés à l'utilisation du français dans l'espace public, la
connaissance du français à l'arrivée et la langue des études.
J'ai cherché à estimer quel pourrait être
l'effet de ces modifications sur l'utilisation du français chez les personnes
admises à l'immigration économique. Alors, pour référence, au recensement de
2021, 62 % des immigrants économiques travaillaient le plus souvent en
français, 26 % le plus souvent en anglais et 10 % dans les deux
langues. Si on répartit les réponses multiples entre l'anglais et le français
et si on exclut les autres langues, qui jouent un rôle marginal sur le marché
du travail, on arrive à un ratio de 68 % pour le français et de 32 %
pour l'anglais.
Selon mes calculs, les mesures proposées
permettront d'atteindre une proportion beaucoup plus élevée. On pourrait
atteindre, au sein de l'immigration économique, un 79 % pour le français
et un 21 % pour l'anglais. Pour ce qui est des migrations totales, le
ratio serait plutôt de 76 % pour le français et de 24 % pour
l'anglais. Alors, je tiens à préciser, ce sont des estimations nécessairement
très approximatives compte tenu des données qui sont à notre disposition et des
incertitudes. Elles donnent néanmoins un aperçu de l'ampleur des changements
auxquels on peut s'attendre. Dans tous les cas, la proportion se rapprocherait,
mais elle n'atteindrait pas tout à fait le niveau nécessaire pour éviter que
l'immigration, de manière générale, fasse baisser la place relative du
français.
Je note plusieurs incertitudes quant aux
répercussions que pourraient avoir les mesures proposées. On sait qu'un grand
nombre de personnes admises connaîtront le français, mais ce n'est pas parce
qu'on connaît le français qu'on l'utilise de manière prédominante.
D'abord, la plupart des immigrants qui
connaissent le français connaissent aussi l'anglais. Parfois, ils connaissent
l'anglais mieux que le français et ont tendance à préférer son utilisation. Ensuite,
les niveaux de français qui seront exigés, soit les niveaux 5 et 7, sont
vraisemblablement inférieurs à ceux qui seraient nécessaires pour permettre aux
gens d'exercer pleinement leur profession en français, ce qui pourrait
également les inciter à utiliser l'anglais s'ils maîtrisent mieux cette langue.
Finalement, on ne sait pas comment vont évoluer les conditions d'accueil. Le
déploiement de Francisation Québec, par exemple, pourrait éventuellement mener
à une hausse plus marquée de l'utilisation du français. Mais je pense qu'on
doit modérer nos attentes puisque l'expérience des dernières décennies montre
que les personnes qui optent pour l'anglais à l'arrivée sont assez peu
susceptibles de changer par la suite pour un usage prédominant du français.
Alors, de mon point de vue, le principal
enjeu avec la proposition qui est sur la table est qu'il sera difficile d'en
faire le suivi. Pour savoir si le Français réussit à tirer son épingle du jeu
dans l'immigration permanente, je devrai attendre les données du recensement,
qui seront diffusées à l'automne 2027, alors que la prochaine
planification de l'immigration sera déjà prête. Si on considère le temps qui
sera nécessaire pour analyser les données et modifier les programmes en
conséquence, ça veut dire qu'on pourra, au mieux, corriger le tir à partir de
2029. C'est ce qui justifie vraiment la proposition principale que j'avance
dans mon mémoire : si on veut pouvoir rajuster le tir sans devoir attendre
quatre ou cinq ans, il faut mettre en place un mécanisme de suivi qui va nous
permettre d'ajuster la sélection des immigrants d'une manière agile en fonction
des résultats obtenus.
Plus précisément, je propose au ministère
de créer une enquête de relance auprès des immigrants économiques admis dans
l'année. L'enquête devrait prévoir un échantillon permettant l'analyse des
principales variables qui influencent l'utilisation du français, incluant la
connaissance du français et de l'anglais à l'arrivée, le pays d'origine, la
langue des études, le domaine d'emploi. Pour fins de comparaison, l'enquête
pourrait aussi couvrir les personnes parrainées et les personnes réfugiées. Pour
ce qui est des indicateurs, je propose de reprendre les deux plus connus pour
ce qui est de l'espace public, à savoir l'indicateur de langue de travail
utilisé par Statistique Canada et l'indicateur de langue d'usage public utilisé
par l'Office québécois de la langue française. L'utilisation de la langue de
travail permet de faire le pont avec les données riches et exhaustives du
recensement canadien, alors que l'utilisation de l'indicateur de langue
publique permet de couvrir les personnes qui n'occupent pas d'emploi.
• (11 h 40) •
Pour ce qui est de la cible à atteindre,
je pars du principe que l'on souhaite au minimum qu'une éventuelle hausse de
l'immigration économique ne vienne pas accélérer un recul du français. Pour y
arriver, il faut que le français soit utilisé au moins aussi souvent dans
l'immigration économique que dans la population en général. Dans le mémoire, je
montre que la cible qui permet d'atteindre ce résultat se trouve entre
83 % et 87 % après répartition des réponses multiples et exclusion
des langues autres que le français et l'anglais. Alors, pour simplifier les
choses, je propose d'adopter une cible de 85 % pour le français et de
15 % pour l'anglais comme langue utilisée le plus souvent en public.
À noter que le mécanisme que je propose
concerne uniquement les immigrants économiques adultes et ne vient pas résoudre
les enjeux que l'on observe chez une partie des personnes parrainées, des
personnes réfugiées et n'ouvre pas la question non plus de l'immigration
temporaire.
Pour ce qui est des seuils d'admission,
l'enjeu est simple : si on ne réussit pas à atteindre la cible proposée,
l'effet de l'immigration sur la place du français pourrait demeurer globalement
négatif et le <sera d'autant...
M. Dubreuil (Benoît) :
... sur la place du français pourrait demeurer globalement négatif et le >sera
d'autant plus que les volumes d'admission seront élevés. Pour cette raison, je
propose de rendre la hausse des seuils d'admission conditionnelle à l'atteinte
de la cible d'utilisation du français au sein de l'immigration économique.
Pour ce qui est de l'échéancier, je
propose de déployer une enquête de relance dès le début de 2025 auprès des
personnes adultes admises en vertu des nouvelles règles. Si la cible de
85 % est atteinte, on pourrait alors augmenter les volumes d'admission de
l'immigration économique à partir de 2026, soit une année plus tard que ce qui
est proposé dans le scénario 1. En revanche, si la cible n'est pas
atteinte, la hausse serait reportée, le temps d'ajuster les critères
d'admission et le plan d'invitation du ministère.
Alors, j'arrive à la conclusion. Simplement
mentionner que je propose également de ne pas considérer dès maintenant comme
étant hors seuil les personnes admises au volet Diplômés du Québec du PEQ. Les
personnes diplômées des universités francophones sont en effet les plus
susceptibles d'utiliser le français au travail et doivent être admises de
manière prioritaire. Cependant, le fait de les considérer hors seuil rendrait
plus difficile l'atteinte de la cible au sein de l'immigration économique.
Alors, cela dit, si on peut démontrer, au bout d'un an ou deux, qu'on est
capable d'atteindre la cible de 85 % sans difficulté, cette décision
pourrait être réévaluée.
Alors, j'en profite pour conclure,
simplement pour mentionner que le mémoire présente aussi d'autres
recommandations complémentaires que je vous invite à consulter et par rapport
auxquelles il me fera plaisir de répondre à vos questions. Voilà.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Dubreuil. Nous allons donc entamer la
période d'échange, et je me tourne du côté de la banquette gouvernementale. Mme
la ministre, vous allez... au total, une période de 14 minutes. La parole
est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci, M. le commissaire, M. le secrétaire général, merci
de prendre part à cet exercice. D'une part, je voudrais saluer, M. le commissaire,
le fait que vous avez revêtu vos habits de commissaire très rapidement et que
vous vous êtes mis au travail vraiment très rapidement. Et, bien, je salue, en
fait, le mémoire que vous avez déposé dans le cadre de cette commission
parlementaire.
Je constate que vous nous partagez, dans
un premier temps, des informations, des données fort pertinentes, fort
éclairantes, et ça, c'est tout à votre honneur. Et par ailleurs vous avez voulu
vous montrer aussi constructif, au sens où vous êtes allé plus loin que la
présentation des données, vous avez aussi cherché à nous aider à avancer sur ce
chemin pour mettre en valeur le fait français, la langue française au sein de
la population immigrante. Donc, merci pour ça également.
Vous avez vu qu'on était très actifs, ces
derniers temps et même depuis plusieurs années, en lien avec le fait français.
Au printemps dernier, on a proposé, en fait, une réforme importante de nos cinq
programmes d'immigration économique pour mettre en valeur le fait français. On
a également mis sur pied Francisation Québec, au cours des dernières semaines,
un organisme qui va desservir un bassin très large de clientèle. On a, de
manière plus lointaine, doublé le budget de la francisation au Québec. On a
donné accès, également, aux mesures de francisation aux immigrants temporaires,
ce qui n'était pas le cas avant notre arrivée.
Donc, moi, j'aimerais vous entendre sur le
jugement que vous portez quant à ces différentes actions. En quoi
changent-elles la donne pour le fait français, particulièrement au sein de la
population immigrante et, plus largement, québécoise?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui.
Alors, c'est sûr que, pour ce qui est des changements réglementaires qui sont
proposés, je l'ai mentionné, là, je vais peut-être le répéter, ça va amener
l'utilisation du français au sein de l'immigration à des niveaux qu'on n'a pas
vus historiquement. Donc, je le maintiens, ce ne sera peut-être pas
suffisamment élevé pour atteindre vraiment le niveau dont on a besoin pour dire
que, globalement, l'immigration fait croître la proportion de Québécois qui
utilisent le français, mais franchement il y a quelque chose là-dedans qui
vient quand même, là, propulser l'utilisation du français à des niveaux qui,
historiquement, n'ont pas été observés.
Ensuite, vous faites référence, je crois,
beaucoup au déploiement et à l'engagement envers Francisation Québec. Donc,
moi, je me suis engagé publiquement et j'ai déjà eu des discussions, en fait,
avec votre ministère pour voir comment on allait mettre ça en œuvre, mais je me
suis déjà engagé à faire une évaluation, un suivi du déploiement de
Francisation Québec, et on va aller voir les différents partenaires du
ministère pour aller recueillir, en fait, leurs points de vue, leurs
perspectives, pour être en mesure, dans mon rapport annuel, de présenter une
vision globale de la qualité du déploiement et de l'efficacité des mesures.
Il y a évidemment, derrière le déploiement
de Francisation Québec, je pense, un certain nombre d'objectifs qui font plutôt
consensus et auxquels je me rallie entièrement. L'idée d'avoir un guichet
unique, par exemple, je pense que c'était quelque chose que plusieurs acteurs
réclamaient depuis longtemps, je pense que c'est quelque chose qui a <suscité
l'adhésion...
M. Dubreuil (Benoît) :
...
réclamaient depuis longtemps, je pense que c'est quelque chose qui a >suscité
l'adhésion. Ensuite, on comprend que mettre ça en place, c'est quand même une
réforme administrative qui est... voilà, qui est costaude, hein, puis donc ça
prend quand même un certain temps à réaliser. L'idée d'élargir la francisation
aux différents publics, je pense que c'est aussi une approche qui était
consensuelle, que ce soit aux personnes qui sont ici avec un permis de séjour
temporaire, ou encore des gens qui viennent du reste du Canada, ou encore la
population même du Québec qui n'aurait pas les compétences nécessaires en
français. Donc, ça, c'est des objectifs qui me semblent tout à fait pertinents.
Ensuite, ce que je dirais cependant, c'est
que, sur la question de la francisation, moi, je maintiens quand même et je
veux envoyer le message aussi qu'il faut quand même être assez prudents par
rapport à ce qu'on peut faire avec des mesures de francisation. Parce qu'on a
un historique, aussi, on a un historique, au Québec, des dernières décennies où
on a fait de la francisation et on sait que ça peut donner des bons résultats,
dans certaines circonstances, mais on sait qu'il y a d'autres circonstances
aussi où c'est plus difficile. Quand vous avez des gens, par exemple, qui ont
besoin d'une longue francisation, qui ont besoin d'une formation qui a une très
grande durée avec une très grande intensité, c'est plus difficile, évidemment,
pour l'État de financer l'entièreté de la formation, mais aussi pour les gens.
Parce que les principaux coûts de la francisation, c'est toujours, évidemment,
la personne immigrante qui va les soutenir, hein? Ce qui coûte le plus cher,
quand on se forme, c'est le temps qu'on ne passe pas à travailler, hein, c'est
le temps qu'on ne passe pas à faire d'autre chose, c'est les coûts de
renonciation, les coûts d'opportunités. Donc, la francisation, elle a fait ses
preuves, je pense, dans certains contextes, mais il faut quand même conserver
des attentes modérées.
Mme Fréchette : Merci.
J'aimerais que vous reveniez sur votre analyse, en fait, du PEQ — Diplômés, son
impact en fait. Je ne saisis pas tout à fait pourquoi le fait que ce serait
hors seuil nous éloignerait potentiellement d'un objectif. J'aimerais que vous
précisiez.
M. Dubreuil (Benoît) : Oui. C'est
que, selon mes calculs... Et ça va dépendre, évidemment, de... Ça va dépendre
un peu de ce que vous avez dans votre... dans votre système de déclaration
d'intérêts, ça va dépendre un peu de la nature des candidatures que vous avez.
Moi, je ne connais pas les candidatures que vous avez, OK? Donc, c'est sûr que
les gens qui diplôment des universités francophones, ce sont parmi les
candidats les plus susceptibles, par la suite, d'utiliser le français en
public. Donc, moi, ma lecture, c'est que ça va être assez difficile d'atteindre,
déjà, le seuil de 85 % en travaillant avec le PSTQ. Je pense que c'est
possible, ça va dépendre vraiment de la manière dont vous allez développer
votre plan d'invitation, mais je pense que ça... ce n'est pas gagné, ce n'est
pas gagné. Si vous enlevez les candidats les plus forts en français du PSTQ et
du seuil de 50 000, je pense que vous mettez la barre un peu plus haute.
Alors, vraiment, c'est ça, mon raisonnement.
Mais encore, moi, je ne connais pas non
plus quelle est la nature, justement, du profil des gens qui sont dans le
système. Peut-être que vous, vous regardez le système et vous dites :
Bien, sur la base de nos analyses, on pense qu'on a suffisamment de marge de
manœuvre pour admettre... je ne me souviens plus le nombre exact pour
l'immigration économique, peut-être, 30 000 personnes et atteindre
facilement le 85 %. Parce qu'en fait ce qui est embêtant, puis c'est ce
que je note dans mon rapport, c'est qu'en bout de ligne, au Québec, ce qui
compte, c'est, oui, la connaissance du français. Mais on connaît la situation
aussi dans la grande région de Montréal, il y a un taux de bilinguisme qui est
extrêmement élevé, il y a une possibilité, dès qu'on parle le français ou dès
qu'on parle l'anglais, de faire à peu près tout, tout ce qu'on veut.
Donc, ce qui va compter, souvent, sur le
marché du travail, c'est de savoir : Est-ce que la personne est vraiment
plus confortable en anglais ou vraiment plus confortable en français? Hein,
souvent, ce qui détermine l'usage, là, c'est vraiment de voir dans quelle
langue la personne a le plus d'aisance. Donc, ce qu'il nous faut, idéalement,
c'est de s'assurer que, dans l'immigration économique, on ait une masse
suffisante de personnes qui, spontanément, vont être meilleures en français. Et
ça, peut-être que vous les avez dans votre système de déclaration d'intérêt.
Pour moi, de l'extérieur, c'est difficile à dire. Mais je pense que, dans le
développement plus fin de la sélection du plan d'invitation que vous allez
faire, c'est vraiment ce que vous devez rechercher.
• (11 h 50) •
Mme Fréchette : Pour le PEQ —
Diplômés, il n'y aura pas un passage à travers le système de déclaration
d'intérêt, là, il suffira de rencontrer les critères pour être sélectionné. On
imagine, en fait, de notre côté, que, si quelqu'un a étudié en français...
bien, qu'il y aura un niveau d'aisance et un confort envers la langue française
qui, en soi, sera aidant pour le fait français.
M. Dubreuil (Benoît) : Absolument,
absolument.
Mme Fréchette : Dans votre
mémoire, vous proposez, donc, une nouvelle idée, là, une idée novatrice de
gestion adaptative des niveaux d'immigration sur la base des résultats
d'enquêtes sur l'utilisation du français au travail et dans l'espace public.
Alors, moi, j'aimerais ça vous entendre sur le côté faisabilité de cette
idée-là. Comment est-ce que vous voyez ça, dans une perspective temporelle, ce
que ça prendrait pour mettre ça en place et à quelle vitesse, avec quelle
rapidité on pourrait se mettre à l'oeuvre?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui.
Alors là, il y a peut-être des éléments techniques que vous... il y a <certainement
des...
M. Dubreuil (Benoît) :
...
Oui. Alors là, il y a peut-être des éléments techniques que vous... il y a >certainement
des technique que vous maîtrisez mieux que moi. Ce que je comprends, c'est
qu'entre le moment où vous émettez votre CSQ et le moment où l'admission se
passe il peut quand même y avoir un bon délai, hein? Je sais que le délai a
varié aussi avec le temps. Mais je pense qu'à partir du moment où les gens que
vous allez sélectionner selon les nouvelles règles vont commencer à être
admis... Alors, à quel moment ça aura lieu, ça va dépendre un peu à quel moment
les décrets entrent en vigueur puis ça va dépendre des délais fédéraux, et
tout. Mais, si les gens commencent à entrer... à être admis, pardon, dans un
an, ou début 2025, ou fin 2024, je pense que, dès à ce moment-là,
vous pourriez aller les sonder avec une enquête qui n'a pas besoin d'être 25 000 personnes,
là, ça peut être 4 000 ou 5 000 personnes, il faut voir,
développer un échantillon. Vous pourriez travailler avec l'Institut de la
statistique, qui ont cette expertise-là. Et, je pense, dès le début 2025,
vous pourriez aller contacter les gens pour voir quelle langue ils utilisent en
public.
Évidemment, un argument qu'on pourrait
faire, c'est dire : Bien, écoutez, les gens viennent d'arriver au Québec,
est-ce qu'ils ont vraiment eu le temps d'opter pour le français ou l'anglais?
Et là la réponse que je donnerais, c'est : Évidemment, comme on le sait
tous aujourd'hui, bien, la plupart des gens qui sont admis sont déjà au Québec,
et ceux qui ne sont pas déjà au Québec, bien, souvent, ils ont déjà une
connaissance avancée soit du français et de l'anglais qui fait en sorte que,
dès qu'ils arrivent, bien, c'est déjà clair pour eux qu'ils vont fonctionner
dans une langue ou dans l'autre. Des fois, ils ont déjà une offre d'emploi.
Donc, les choses se placent quand même assez rapidement. Donc, je pense que ça
nous donne la possibilité d'être agile... d'être agile.
Donc, si vous arrivez dès le début de
2025, vous commencez à questionner les gens en utilisant des méthodologies qui
sont éprouvées... C'est pour ça que je ne propose pas non plus d'utiliser des
indicateurs qui n'existent pas. Moi, il y a peut-être des indicateurs que,
théoriquement, je préférerais développer, qui seraient meilleurs que ceux de
Statistique Canada ou de l'OQLF. Mais comme ces indicateurs-là existent, comme
ils sont éprouvés, comme ça nous donne une base de comparaison, je pense que
c'est pertinent de les reprendre parce que ça nous permet d'agir plus
rapidement. Et là, dès 2026, comme je l'ai dit dans mes remarques
introductives, vous auriez l'information en main pour savoir si vous êtes sur
la cible, un peu en bas de la cible ou beaucoup en bas de la cible. Je pense,
si vous êtes à 83 ou à 84, franchement, il n'y a pas d'enjeu, là, mais, si vous
êtes à 60 ou à 62, franchement, c'est un signal d'alarme qu'il y a quelque
chose qui ne fonctionne pas, là, dans le mécanisme de sélection. OK?
Mme Fréchette : D'ailleurs,
est-ce qu'il n'y a pas des facteurs aussi qui pourraient influencer le
comportement linguistique des personnes que l'on analysera et qui feraient en
sorte qu'on prenne des décisions en matière d'immigration sur la base d'un
comportement qui a été influencé par une diversité de facteurs, oui, en lien
avec l'immigration, mais pas nécessairement non plus, ça peut être le cadre de
travail, et tout le reste?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui,
oui, oui. Bien, c'est sûr que le principal facteur qui détermine dans quelle
langue les gens vont fonctionner publiquement, c'est les compétences des gens.
OK? Donc, quelqu'un qui est beaucoup plus fort dans une langue va être
naturellement porté à utiliser davantage cette langue. Et ça vaut aussi sur le
marché du travail. Sur le marché du travail, vous avez intérêt à trouver un
emploi qui vous permet de travailler dans la langue où vous êtes le plus fort,
hein? Parce que, quand vous travaillez dans la langue que vous êtes plus fort,
c'est plus facile de lire de la documentation, c'est plus facile de participer
à des rencontres, c'est plus facile d'expliquer à un client vos produits, c'est
plus facile de comprendre les besoins du client. Donc, le premier critère,
vraiment, c'est vraiment le niveau relatif de compétence en français par
rapport... par rapport à l'anglais.
Mais c'est sûr qu'au-delà de ça il peut y avoir
des dynamiques organisationnelles. Par exemple, si vous n'êtes pas très bon en
anglais, mais vous tombez dans une entreprise où tout le monde est unilingue
francophone, bien, la pression va être forte pour vous... sur vous d'utiliser
le français davantage, donc... Ou si vous avez un employeur qui a un leadership
extraordinaire et qui réussit à imposer le français ou qui a des mesures
extrêmement efficaces de francisation, bien, ça va vous encourager aussi à
utiliser le français. Donc, il y a effectivement plusieurs facteurs qui sont à
prendre en considération.
Et ce que je trouve intéressant, en fait,
dans l'approche que je propose, c'est qu'en fixant un résultat, un résultat qui
est explicite, une cible qui va être claire pour tout le monde, on se donne collectivement
une obligation de résultat. Donc, ça vaut aussi pour les employeurs. Parce que
les gens qui vont parler français ou anglais en milieu de travail, ces gens-là,
ils ont un patron, ils sont dans un environnement d'affaires. Donc, ça veut
dire que le patronat, les employeurs ont aussi un rôle à jouer pour faire en
sorte que, collectivement, on atteigne de bons niveaux.
Mme Fréchette : Il nous reste
peut-être une minute...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Petite minute.
Mme Fréchette : Petite
minute. Alors, je vous amènerais sur une recommandation que vous faites
d'informer les personnes souhaitant s'établir au Québec de même que les
employeurs et les établissements d'enseignement des exigences linguistiques
propres à chaque profession. On imagine que c'est un grand chantier, d'une
grande complexité aussi. Donc, j'aimerais ça que vous élaboriez davantage sur
ce thème.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...secondes.
M. Dubreuil (Benoît) :
Écoutez, il y a un projet qui est en cours entre l'Université de Montréal et le
ministère de la Langue française, qui est un projet qui était piloté chez vous,
précédemment, par le Pr Christophe Chénier, qui est expert en docimologie. Et
ce qu'ils sont en train de faire, en fait, c'est : ils <regardent...
M. Dubreuil (Benoît) :
...
qui est expert en docimologie. Et ce qu'ils sont en train de faire, en fait,
c'est : ils >regardent la classification nationale des professions,
qui décrit, je pense, quelque chose comme 500 emplois, et ils regardent...
ils font le lien avec l'échelle des niveaux de compétence en français, qui va
de 1 à 12. Donc, pour chacun des emplois, 500 emplois, on essaie d'établir
un niveau précis. Alors, ça, je pense que c'est important, parce que je pense
qu'il y a beaucoup de confusion par rapport à c'est quoi, le niveau exact de
français que l'on a besoin pour travailler dans tel ou tel domaine, je pense
qu'il y a beaucoup de confusion. Les gens ne sont pas habitués de penser dans
ces termes-là, et je pense qu'il y a beaucoup de personnes immigrantes qui
arrivent puis qui parfois vont avoir tendance à sous-estimer quel est vraiment
le niveau dont ils vont avoir besoin pour être pleinement performants. Des
employeurs aussi peuvent avoir tendance à le sous-estimer. Donc, à mon avis, on
aurait plus de transparence...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Dubreuil.
Mme Fréchette : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : On en dit, des choses, en 50 secondes!
Mme Fréchette : Oui, mine de
rien.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la ministre. Alors, je me tourne maintenant du
côté de l'opposition officielle avec, je présume, le député de Nelligan, pour
une période totale, pour votre banquette, de 8 min 24 s. La
parole est à vous.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Je n'ai pas beaucoup de temps, j'ai plein de questions, donc si on
peut, nous deux... Moi, je vais raccourcir mes questions, vous, vos réponses.
Premièrement, je tiens à saluer la qualité
de votre mémoire : une dizaine d'articles et de recherches scientifiques,
Statistique Canada, OQLF, ministère, c'est très bien documenté. Bravo!
Je vais avoir des questions dirigées sur
uniquement le point 3.4 qui touche l'immigration temporaire. C'est presque
deux pages. Nous sommes invités en consultation pour deux scénarios :
hausser à 40 000, hausser à 50 000. Moi, j'aimerais bien vous
entendre aujourd'hui sur l'autre scénario qui est absent : les immigrants
temporaires. Je voulais voir si vous avez très bien détaillé. Vous avez très
bien détaillé. J'aimerais vous entendre sur le PTET — désolé parce
que c'est très long — ...PTET, PMI, PMI. J'aimerais bien vous
entendre sur les autres intrants qu'on ne contrôle pas.
Parce que, si on veut s'assurer de l'usage
de la langue française, on ne peut pas juste voir l'immigration...
l'immigration permanente aujourd'hui. Depuis tout à l'heure, ce que vous avez
dit, qui est excellent, on le contrôle déjà avec des déclarations d'intérêts.
Il y a quelque chose qu'on ne contrôle pas du tout, c'est tout ce qui touche
l'immigration temporaire. C'est 340 000 en 2023.
M. Dubreuil (Benoît) : Et
vous me demandez une réponse courte, hein?
M. Derraji : Non, non pas une
réponse courte sur ça. Non, non, sur ça, allez-y, là.
M. Dubreuil (Benoît) : Non,
non, mais tout à fait. Alors, rapidement, rapidement. À mon avis, c'est sûr que
le fait d'émettre un CSQ, hein, de reconnaître quelqu'un pour la résidence
permanente, pour moi, c'est quand même une action qui est lourde de
conséquences. Donc, quand on admet la personne, elle va pouvoir rester 40, 50,
60 ans, le reste de ses jours au Québec avec ses proches, à mon avis, il y
a là quand même un poids, une décision qui a un poids vraiment particulier. Et
c'est important, c'est vraiment le seul moment où on peut vraiment avoir un
réel contrôle, il ne faut pas qu'on se trompe.
Mais, vous avez raison, l'immigration
temporaire a pris des proportions qu'on n'aurait pas imaginées, hein, il y a
quelques années. Et, comme je l'ai mentionné dans mon rapport annuel, c'est
sûr, maintenant, avec les nombres que l'on voit, forcément, il y a un impact
sur la dynamique linguistique. On sait que, parmi l'immigration temporaire, il
y a un usage de l'anglais qui est encore plus important qu'au sein de
l'immigration permanente. Moi, à mon avis, ça prend une discussion de fond,
vraiment, là, sur l'immigration temporaire, et je vais même dire... je vais
aller plus loin, je dirais que ça prendrait au moins trois discussions de fond.
Ça prend une discussion de fond sur la
question des demandeurs d'asile et l'accueil des réfugiés. Parce que même s'il
y en a beaucoup qui adoptent le français, il y a quand même un défi qui
demeure, et ça interpelle la responsabilité fédérale et la gestion fédérale du
système.
Il y a un deuxième débat qu'il faut avoir
qui porte vraiment sur la question des étudiants étrangers et les permis
postdiplômes, parce qu'on sait que c'est une catégorie où, en raison de la
place des institutions anglophones au Québec, on a 40 % à 45 % des
gens qui étudient en anglais. On a 92 % à 93 % des étudiants, à
l'échelle canadienne, qui étudient en anglais. Donc, c'est sûr que c'est
difficile, par la suite, de faire valoir le français sur le marché du travail.
Ça, c'est une deuxième discussion.
La troisième, que vous proposez, c'est
vraiment sur les travailleurs temporaires et les PMI. Et là mon problème, c'est
que j'ai beaucoup de difficultés à m'y retrouver et j'ai beaucoup de
difficultés à trouver des gens qui sont capables de m'expliquer où on est.
• (12 heures) •
M. Derraji : ...vous voulez
que je vous partage une histoire? Il y a des gens qui ne se qualifieront pas
dans les programmes du Québec, et ils vont utiliser les PMI pour revenir...
venir au Québec. Parce que vous avez vu le niveau de français qu'on demande aux
PMI? Donc, c'est là où on dit qu'on est en contradiction avec un gouvernement
qui se dit vouloir protéger la langue française. Vous êtes probablement la
personne la plus habile à venir aujourd'hui en commission parlementaire nous
dire : Vous faites fausse route.
Pourquoi on fait fausse route? Parce qu'au
lieu qu'on parle de 40 000 ou de 50 000, j'aurais aimé prendre le
temps nécessaire, en tant que société, et dire que le français est très
important pour nous, mais comment on va le faire concrètement. Il y a tellement
d'intrants. Vous connaissez c'est qui, ces intrants? D'ailleurs, on se perd
dans les intrants. Mais est-ce que, vraiment, on contrôle ce qui se passe par
rapport à l'usage de la langue française avec l'ensemble des programmes qu'on
ne contrôle pas du tout?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui,
oui. Écoutez, je ne peux pas vous donner tort...
12 h (version révisée)
M. Derraji : ...avec l'ensemble
des programmes qu'on ne contrôle pas du tout.
M. Dubreuil (Benoît) : Oui.
Écoutez, je ne peux pas vous donner tort. Il y a eu une évolution, au cours des
dernières années, qui n'est pas québécoise, qui est canadienne, où il y a eu
des nouvelles... des nouveaux permis qui ont été créés, des nouveaux programmes
qui ont été créés, des nouvelles... de nouvelles exemptions qui ont été créées.
On sait qu'il y a des enjeux de gestion des données, des statistiques, aussi,
au sein du gouvernement fédéral. La possibilité, justement, de recouper et de
découper les données pour voir ce qu'il en est de la question du français, c'est
extrêmement difficile.
Et on a un changement en ce moment dans
les politiques d'immigration. Certains ont qualifié ça, là, de création d'un
système à deux étapes, qui peut avoir un sens. Il y a des raisons pour
lesquelles, par exemple, on favorise les étudiants qui ont étudié ici pour leur
donner une voie d'accès rapide, il y a des raisons qui sont bien établies, mais
on est en train de créer un système qui n'a pas beaucoup de lisibilité ni pour
les décideurs ni pour les personnes immigrantes elles-mêmes, donc ça cause des
questions. Moi, j'ai écouté les consultations hier. J'ai vu des gens qui sont
venus porter des témoignages. On voit que ça crée des dilemmes et des tensions
qui sont plutôt de nature socioéconomique aussi, des questions d'équité, des
questions de justice, mais il y a aussi des questions pour le français, et moi,
j'aimerais pouvoir avoir un examen, là, vraiment détaillé de ça.
M. Derraji : Oui, mais, M. Dubreuil,
vous êtes quelqu'un de... qui fait beaucoup de recherche. Hier, vous avez
entendu des témoins qu'au Québec il y a de l'esclavagisme. Un représentant des
Nations unies, il est venu au Québec, et a parcouru le Canada, et il est venu
au Québec pour faire des entrevues directes avec les personnes concernées.
Cette consultation, on ne parle pas assez... pas uniquement des enjeux sociaux.
Aujourd'hui, avec vous, vous ramenez un autre élément. Hier, les membres de la
commission étaient confrontés à une réalité qu'on n'a pas vue avant. Moi, je l'ai
vue parce que je suis allé voir et rencontrer les travailleurs temporaires
étrangers.
Mais ce que j'aimerais bien voir avec vous,
parce que vous êtes la personne la plus habile à le faire, à part qu'on fait
fausse route au niveau de la francisation et au niveau de l'usage du français,
c'est que ce scénario... moi, je l'appelle le scénario 3, qui est le grand
absent de cette consultation. La ministre nous propose deux scénarios, 40 000,
50 000. Depuis le début, et je suis content qu'il y ait des journalistes
dans la salle, les deux, 50 000, 60 000, on fait fausse route, parce
que le débat sur les seuils, ce n'est pas le vrai débat qu'on doit avoir
aujourd'hui, le vrai débat. Si notre intérêt est la promotion de la langue
française qui est en déclin, on fait fausse route, parce que le troisième
scénario est absent, à savoir les travailleurs temporaires étrangers. Est-ce
que vous partagez avec moi cette affirmation?
M. Dubreuil (Benoît) : Alors,
je veux peut-être simplement revenir sur le point que je mentionnais. Je pense
que la situation chez les personnes temporaires, pas juste les travailleurs
étrangers temporaires, aussi les étudiants et les demandeurs d'asile... ce sont
des questions qui méritent un examen approfondi. Cela dit, je reconnais aussi
quand même qu'à partir du moment où on émet un CSQ, où on accorde la résidence
permanente, il y a quand même un élément supplémentaire qui se présente et qui,
à mon avis, peut être considéré en soi.
M. Derraji : Mais vous savez
que... mais c'est dangereux, parce qu'un travailleur temporaire étranger peut
continuer à travailler dans sa langue, peu importe, espagnole, anglaise, pendant
plusieurs années.
M. Dubreuil (Benoît) : Absolument.
M. Derraji : Vous venez de
nous dire qu'on doit améliorer l'usage du français en milieu de travail.
Attendez, le CSQ, là, c'est plus tard. On parle d'améliorer l'usage de la
langue française maintenant, à moins... si vous me dites que vous êtes à l'aise
que, dans des environnements de travail, on laisse aller, ça mérite une
deuxième, troisième langue. Ce n'est pas ça, le problème. Vous êtes le
protecteur de la langue française.
M. Dubreuil (Benoît) : Absolument,
mais je reconnais... je reconnais et je réinsiste sur le point, il y a un enjeu.
Il faut absolument considérer la situation chez les personnes temporaires pour
se donner une approche cohérente par rapport à l'utilisation du français.
M. Derraji : Donc, le
troisième scénario, qui est absent, vous en dites quoi?
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
écoutez, je pense que ça mérite... On peut quand même discuter aussi de la
question des seuils, mais c'est sûr que, pour avoir le point de vue global,
idéalement, on aurait un ensemble de politiques qui serait cohérent. Je pense
qu'aujourd'hui la façon dont les choses ont évolué, pas juste au Québec, hein,
au Canada, on voit de moins en moins la cohérence entre les approches par rapport
aux temporaires puis comment ça s'insère par rapport aux permanents. Il y a
cette tension-là qu'on observe dans les politiques à l'échelle canadienne
aujourd'hui.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Le temps imparti à l'opposition officielle est terminé. Je
me tourne maintenant du côté de la deuxième opposition avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Vous avez une période de 2 min 48 s. Le temps est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation. Merci pour votre mémoire. Je l'ai lu
avec attention. La place du français, moi aussi, dans l'immigration économique,
me préoccupe grandement. C'est quelque chose qu'il faut vraiment travailler et
étoffer.
Vous avez mentionné être confiant sur certaines
mesures, deux mesures, là, qui sont modifiées, dans les propositions des
différents programmes. Je me pose la question, cela dit, si, vraiment, ces
mesures-là vont apporter une différence. On parle du PEQ étudiant tel que
réformé. On réforme le PEQ étudiant en retirant l'exigence d'un an de travail <après
le diplôme...
M. Cliche-Rivard :
...d'un
an de travail >après le diplôme. Donc, il n'y a pas de lien vraiment...
Le diplôme est acquis. La question, c'est : Est-ce qu'on retire un an ou
on garde un an de travail après? Pour moi, il n'y a pas d'impact direct sur le
fait français dans cette réforme-là.
De l'autre côté, juste pour finir, on
fonctionne, depuis 2019, avec un système d'invitation pour notre programme
régulier temporaire. On a toujours choisi, depuis 2019, en amont, avec des gens
qui font des déclarations d'intérêt... on les a choisis, le ministère les a
choisis, et encore, aujourd'hui, en 2023 ou en 2024, quand ça va être établi,
on va encore les choisir. Bref, la grille a peut-être changé un petit peu, mais,
en amont, ça a toujours été le MIFI qui décidait ou qui déterminait à qui
envoyer une invitation.
Alors, la question que je me pose,
c'est... Moi, je ne suis pas certain que je suis confiant que ces deux mesures-là,
modifiées, vont réellement avoir un impact puis vont vous permettre d'accomplir
vos cibles. Je le souhaite, c'est mon souhait profond, mais je ne suis pas sûr
que ce sont deux mesures structurantes, et moi, je pense que la place,
justement, qu'on va donner à la francisation des temporaires et le... ça doit
être... Notre première priorité, ça doit être que tous les résidents
temporaires, une fois arrivés au Québec, commencent leur francisation.
Il ne devrait plus y avoir personne, au
Québec, qui travaille ou qui étudie, qui n'entend pas, qui ne commence pas à
s'initier au français tout de suite, et les entreprises vont être des
participantes, des aides dans ça : francisation payée en entreprise sur
les heures de travail, cours de français dans les institutions anglophones
postsecondaires. Je pense qu'on doit aller dans des mesures structurantes plus
fortes que de faire ce qu'on faisait déjà, c'est-à-dire choisir déjà comme on
choisit encore ou enlever un an d'expérience de travail pour des gens qui se
qualifiaient de toute façon. À mon humble avis, on doit aller plus loin.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...30 secondes.
M. Dubreuil (Benoît) : Oui,
sur le fait... En fait, la grande différence vient par rapport à l'admission
des personnes qui ont étudié en anglais ou non, hein? Je pense que c'est
vraiment là que, l'impact, on peut aller le chercher. Pour ce qui est du
système d'invitation, c'est sûr que, si on met un minimum de niveau 5 pour
inviter les gens, ça vient quand même exclure une partie des candidats qui
avaient très, très peu de chances d'opter pour le français. Sur la question de
la francisation des temporaires, j'entends bien... j'entends bien ce que vous
dites et, en principe, je suis d'accord. Par contre, ce que je voudrais
simplement mentionner, c'est que les coûts de la francisation...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Dubreuil. Malheureusement, c'est tout le
temps. Alors, calculez bien vos questions, s'il vous plaît. Je me tourne
maintenant du côté du député de Matane pour une période de 2 min 48 s. La
période est commencée.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. M. le commissaire, bienvenue à l'Assemblée nationale. J'ai bien
pris note de votre intervention du début juin quant à vos premiers constats. Deux
en particulier m'intéressent.
Vous dites que le nombre d'immigrants
temporaires, son explosion, du nombre d'immigrants temporaires, entraîne des
répercussions importantes sur la situation du français. On est à plus de 300 000.
Il pourrait en rentrer 100 000 par année qui s'additionnent. Or, toutes
les discussions... Jusqu'à maintenant, le gouvernement a choisi d'occulter
cette question-là, parfois même en ironisant lorsqu'on pose des questions.
Pourtant, ces personnes-là sont ici. Je ne sais pas pourquoi on choisit de ne
pas en parler. C'est très important.
L'autre question, vous dites que
l'utilisation de l'anglais dans l'espace public est étroitement liée, pour les
allophones et les francophones, au fait d'avoir étudié dans un cégep ou une
université anglophone. Régulièrement, les différents ministres apprécient
placer sur leur compte Twitter qu'ils ont rencontré le premier ministre et que
c'est pour s'assurer de la fin du déclin du français. Je suggère bien
humblement, avec bien d'autres depuis longtemps, que le cégep en français est
une mesure nécessaire. Le premier ministre nous a dit qu'on était des
extrémistes. Ça inclut Guy Rocher. Je me trouve en bonne... en bonne compagnie.
Est-ce que ce que vous nous dites, notamment chez les allophones, c'est que le
fait de socialiser en anglais à l'âge adulte a un impact considérable sur les
habitudes linguistiques pour la suite des choses?
• (12 h 10) •
M. Dubreuil (Benoît) : C'est
sûr que le fait de passer plusieurs années dans un établissement d'enseignement
postsecondaire dans une langue, ça permet d'approfondir les compétences dans
cette langue, puis c'est sûr que, quand, ensuite, on est plus fort dans une
langue, bien, la propension, la disposition à l'utiliser est plus grande. Vous
savez, pour être admis dans une université anglophone un peu partout sur la
planète, là, ça prend l'équivalent du niveau C1, hein, donc niveau 9, là,
selon notre critère, ou, des fois, on baisse un peu, on met des 8 forts,
hein, un B+ fort. Donc, c'est quand même un niveau assez élevé qu'on demande
aux gens, même pour s'inscrire dans une université anglophone. Ensuite, quand
les gens ont fait quatre ans de cours, d'études en anglais, ils ne sont plus au
niveau 8 ou 9, là, ils sont rendus au niveau 10, puis les meilleurs
vont peut-être être rendus au niveau 11.
M. Bérubé : M. le
commissaire, comme on est moins sur l'enseignement supérieur en ce qui nous
concerne, je vais profiter du fait qu'on est sur l'immigration. Donc, je vais
isoler les francophones de l'équation, mais je vais suggérer à la ministre que,
pour les allophones, il y ait cette <volonté qu'ils se dirigent vers les
universités...
M. Bérubé :
...pour
les allophones, il y ait cette >volonté qu'ils se dirigent vers les
universités... en fait, sur les collèges francophones. Je pense que la ministre
peut, elle, à travers les outils qu'elle a, dire : Bien, c'est une mesure
qui est validée. Là, ce n'est pas l'opposition qui le dit, c'est le commissaire
qui le dit. Il n'est pas trop tard pour le faire, et on pourrait décider de
commencer par faire cette expérience-là. Les enfants de la loi 101, cégep
en français, on est les seuls à défendre ça, Québec solidaire ne défend pas ça,
le Parti libéral...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : M. le député, merci beaucoup, le temps est écoulé.
M.
Bérubé
: J'ai
tout dit ce que j'avais à dire.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : M. le commissaire, merci beaucoup pour l'apport à nos travaux.
Je suspends quelques instants, le temps
que le prochain groupe s'installe. Merci.
(Suspension de la séance à 12
h 12
)
(Reprise à 12 h 14
)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend donc ses
travaux. Alors, je souhaite maintenant la bienvenue à maître... bien, pas
maître, Pr Termote. Bonjour, M. Termote. Alors, vous allez disposer d'une
période de 10 minutes pour... avant de débuter l'échange, mais vous allez
vous présenter, et, par la suite, je vais pouvoir prêter la parole à nos
intervenants. La parole est à vous.
M. Termote (Marc) : Alors,
avant tout, je voudrais vous remercier de l'invitation parce que, vraiment, à
mon âge très avancé, vous me donnez l'illusion que, peut-être, je peux encore
être utile à la société qui m'a accueilli il y a maintenant plus d'un
demi-siècle, mais vous avez des journées très chargées. Je vais aller le plus
vite possible.
Je ne peux que dire du bien de la
proposition qui concerne à faire augmenter progressivement le nombre d'immigrants
permanents de 50 000 à 60 000. Je soutiens totalement cette
proposition. À ces 60 000, il faut ajouter ceux qui proviennent du Programme
de l'expérience québécoise, disons, 10 000, ce qui nous donnerait quelque
chose comme 70 000 immigrants permanents. Ça équivaut à un taux
d'immigration, c'est-à-dire le pourcentage d'immigrants par rapport à la
population, de 0,8 %, huit dixième de 1 %. C'est énorme. C'est un des taux
d'immigration les plus élevés au monde. Alors, on est battus uniquement par le
reste du Canada. Et donc, en ce sens-là, il faut saluer cette proposition. Le
deuxième aspect fondamental de cette proposition, c'est que cette immigration
doit de plus en plus être, si possible, quasiment totalement francophone. Sur
le point de vue francophone, je reviendrai plus tard.
Moi, ce qui m'a intéressé dans les
60 000 qu'on propose, c'est que, finalement, ça rejoint ce que j'avais <proposé
il y a deux ans...
M. Termote (Marc) :
...rejoint
ce que j'avais >proposé il y a deux ans dans un rapport au ministère de
l'Immigration, au MIFI, où j'avais, pour des raisons démographiques, proposé 58 000,
pour des raisons démographiques, la raison étant la suivante, c'est que nous
sommes quasiment, maintenant, dans une situation où la totalité de la
croissance démographique du Québec est liée à l'immigration. L'accroissement
naturel est quasiment nul, et va devenir négatif, et sera de plus en plus
négatif.
Alors, pour compenser les naissances
manquantes et pour assurer qu'on continue quand même à augmenter le nombre
d'habitants, légèrement, mais n'empêche, il faut les remplacer, ces naissances
manquantes, par des immigrants. C'était ça, le raisonnement qui était derrière
ma proposition, et ça m'amène... Et je vais aller très vite parce que vous
allez être serrés par le temps. J'ai quand même quelques réserves, et la
première réserve, c'est que, justement, on a l'impression, en lisant la
proposition, que c'est pour des raisons économiques que l'on va passer de
50 000 à 60 000, et, d'abord, l'accroissement de 50 000 à
60 000 est dû quasiment uniquement à l'immigration économique.
Je peux comprendre cette approche dans la
mesure où l'immigration économique est quasiment le seul levier sur lequel on a
quasiment les pleins pouvoirs au Québec, mais il ne faudrait pas qu'on pense
que cette immigration économique va nous enrichir. C'est une utopie de penser
que l'immigration va enrichir la population, que ce soit la population québécoise
ou n'importe quelle autre société d'accueil. Toutes les études montrent très
clairement que l'immigration n'a un impact économique que très légèrement
négatif ou très légèrement positif, quasiment zéro. Il y a même une étude toute
récente de l'université de Waterloo, trois grands économistes bien connus, qui
ont dit : Le Québec s'est... pardon, le Canada s'est appauvri à cause de
l'immigration depuis 50 ans. Donc, détruisons cette utopie que l'impact
économique pourrait être profitable. Il y a... À mon avis, la justification
fondamentale est démographique.
Du point de vue démographique, justement,
il y a d'autres volets. Il n'y a pas seulement les nombres, il y a la structure
par âge, et là il y a quand même, dans le cahier de consultation, dans le
cahier où on présente des propositions, un certain flottement. On insiste sur
le fait qu'il faut rajeunir la population, et on a bien raison, sauf que c'est
encore une fois une utopie de penser qu'on peut rajeunir la population grâce à
l'immigration. L'impact de l'immigration sur le rajeunissement de la population
est nul. On essaie d'agir sur 15 % de la population, le stock
d'immigrants, en rendant ce stock un peu plus jeune, mais on ne rajeunit
quasiment pas. En fait, la population d'âge actif vieillit grâce à... à cause
de l'immigration, parce qu'un immigrant arrive en moyenne à 30 ans, alors
que la population d'accueil arrive sur le marché du travail vers 20 ans.
Ça, c'est pour l'aspect démographique. En d'autres termes, le point fondamental
de l'illusion qu'on fait parfois, c'est de penser qu'un immigrant égale un
bébé. C'est une énorme différence.
Alors, l'aspect francophone, là aussi,
j'applaudis, bien sûr, à cette approche. On va soumettre les immigrants à des
conditions très strictes. Il ne suffira pas, pour la plupart, de simplement
déclarer, après auto-évaluation : On connaît le français. Il y aura, pour
beaucoup, un examen, et tout ça, mais, dans la proposition, on dit très bien, et
c'est très judicieux, qu'il y a un suivi à faire parce que, si on n'atteint pas
les cibles en termes de francisation des immigrants, eh bien, on va peut-être
rajuster les objectifs, les seuils. Donc, il y a un suivi à faire, et, à cet
égard-là, je suis très reconnaissant... cette approche qu'on remet en cause, mais,
d'une façon générale, quand on parle de francisation des immigrants, ça me
sidère totalement, l'insistance qu'on met sur la francisation. On doit insister
là-dessus, mais ça ne suffit pas. Ce n'est que marginal.
• (12 h 20) •
Il y a une étude qui a été publiée il y a
deux ans par l'office de la langue française, une étude faite par deux
chercheurs de Statistique Canada, ce n'est pas Termote, c'est... donc, et qui disent
carrément... Ils ont fait des simulations en <disant : Supposons que
les immigrants sont francophones...
M. Termote (Marc) :
...fait
des simulations en >disant : Supposons que les immigrants sont
francophones, et 100 % francophones, là, pas après l'auto-évaluation, sont
tous francophones, ils parviennent tous... ils viennent tous de pays
francophones, leur langue maternelle serait le français, etc., et la moitié va
en région, ce qui... bien, etc., des scénarios de simulation totalement
utopiques, et ça ne fait que très légèrement freiner la baisse du français.
Pourquoi? Parce qu'il y a un phénomène
fondamental qu'on oublie toujours dans ce débat-là, c'est que l'essentiel du
déclin du français au Québec est dû à la sous-fécondité des francophones. Il
faut 2,1 enfants par femme, et ne mettons pas ça sur le dos des femmes,
ça, c'est... il faut 2,1 enfants par femme pour renouveler une population,
pour garder simplement constant le nombre de locuteurs du français, du français
ou n'importe quel autre groupe. À Montréal, parce que c'est à Montréal... en
région, il n'y a pas de problème pour l'avenir du français, mais, à Montréal,
les francophones ont en moyenne 1,1 enfant par femme. C'est la moitié du
nombre nécessaire simplement pour garder constant le nombre de locuteurs.
Alors, c'est évident que, dans des
conditions pareilles, le nombre de... et cette sous-fécondité, elle est là
depuis longtemps, hein? Elle a été cachée parce que le nombre de femmes en âge
d'avoir des enfants restait assez élevé. Maintenant, ces femmes du baby-boom
disparaissent, si je peux dire, des âges reproductifs, et donc le résultat,
c'est que, maintenant, on a un gros problème de ce côté-là, et c'est... L'étude
de Stat Can, publiée par l'office, disait en conclusion : C'est là qu'il y
a le problème, sauf qu'on ne peut pas agir là-dessus. Ce serait éthiquement
totalement injustifié que de demander aux femmes, parce que ça... de faire des
enfants au nom du français.
Donc, c'est pour ça que moi, je ne peux
pas m'empêcher d'être pessimiste, mais je suis pessimiste uniquement pour
Montréal. Pour le reste du Québec, il n'y a pas de problème pour l'avenir du
français. Bon, je ne vais pas abuser de votre patience. On devrait parler
d'humanitaire, mais...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste une minute, une minute.
M. Termote (Marc) : Bien,
l'humanitaire, on n'y touche pratiquement pas. Je trouve ça regrettable. Alors,
il y a, bien sûr, l'immigration temporaire dont on pourra peut-être parler plus
tard. Je comprends que, comme ça, on n'est que très partiellement entre les
mains du Québec et qu'on a besoin d'un peu plus de temps pour travailler
là-dessus. Merci pour votre patience et merci de votre attention.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Vous avez encore quelques secondes, là, je vous ai
bousculé, mais quelques secondes. Dernier petit message?
M. Termote (Marc) : Ça me va
très bien, oui.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : D'accord. Merci beaucoup, Pr Termote, pour votre
présentation. Alors, on va commencer maintenant la période d'échange avec les
parlementaires. Je vais me tourner du côté de la ministre et du gouvernement
pour une période totale de 14 minutes. La parole est à vous.
Mme Fréchette : Oui. Merci
beaucoup, Pr Termote. Très contente d'avoir l'occasion de vous rencontrer à
nouveau. On s'était vus il y a quelques mois pour parler de l'étude, justement,
que vous aviez faite pour le ministère. Alors, merci d'avoir participé, cette
fois-ci, donc, aux consultations sur l'immigration pluriannuelle. C'est
toujours intéressant de vous entendre et de vous lire.
Moi, je vous amènerais sur le thème... un
thème qui est fort important pour notre gouvernement, c'est celui de la
régionalisation de l'immigration. C'est une de nos priorités, en matière
d'immigration, d'avoir davantage de personnes immigrantes qui vont s'implanter
en région, en dehors de la région métropolitaine de Montréal, et qu'ils le
fassent idéalement dès leur arrivée au Québec et non pas après quelques mois ou
années passés dans la métropole ou dans un autre grand centre.
Donc, moi, je voyais qu'à la
recommandation... à la page 22, la recommandation 3.7, vous évoquez,
en fait, la création de pôles d'immigration dans d'autres centres urbains que
dans la métropole, donc à l'extérieur de Montréal. Alors, moi, je me demandais
qu'est-ce que notre ministère pourrait faire pour favoriser la création de ces
autres centres urbains avec un noyau important de personnes immigrantes, là.
Quelle nouvelle mesure nous permettrait d'atteindre cet objectif-là?
Je dois dire qu'on a déjà pris un certain
nombre de mesures au cours des dernières années, et ça semble donner des
résultats très intéressants, parce qu'on est passés à 20 % des personnes
qui habitaient en dehors de la région métropolitaine de Montréal en 2016, des
personnes qui étaient arrivées deux ans auparavant, donc 20 % en 2016. En
2022, on était rendus à 31,5 % de personnes qui habitaient en dehors de la
région métropolitaine de Montréal deux ans après leur arrivée, donc un bond de
50 % au cours des huit dernières années, ce qui est très intéressant, mais
on ne veut pas s'arrêter là. Nous, notre volonté, c'est d'aller de l'avant
encore plus haut. Alors, qu'est-ce qui pourrait être fait, de votre point de
vue, pour favoriser encore cet élan-là?
M. Termote (Marc) : Je n'ai
intentionnellement pas parlé, dans ma très brève présentation, de la <régionalisation,
me doutant bien que ça...
M. Termote (Marc) :
...je
n'ai intentionnellement pas parlé dans ma très brève présentation de la >régionalisation,
me doutant bien que ça allait arriver sur le tapis, et, effectivement, dans le
cahier de consultation, on parle à plusieurs reprises de la régionalisation. Le
problème avec la régionalisation, c'est que... et je trouve vos efforts très
louables, c'est que ça fait 50 ans qu'on en parle et que ça n'a quasiment
pas bougé. Ça bouge un tout petit peu dans la mesure où les immigrants
s'installent, dès leur arrivée, souvent un peu plus à l'extérieur de la région
métropolitaine de Montréal, mais c'est en périphérie de la région
métropolitaine. C'est plutôt un phénomène de déconcentration qu'un phénomène,
disons, de vraiment s'installer en région.
Alors, ce qu'il faut aussi bien insister
quand on parle de la régionalisation... sur le fait que le profil des
immigrants qui s'installent en région est pas mal différent de ceux qui
s'installent à Montréal. Alors, on ne peut pas dire a priori s'ils ne sont pas
éventuellement... s'il n'y a pas une sélection... un biais de sélection dans la
mesure où beaucoup d'immigrants qui s'installent en région, dans les quelques
grands centres qui en reçoivent, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, eh bien,
pour souvent nombre d'entre eux, sont très scolarisés. Ils font, par exemple,
partie de l'université ou ils ont... des cégeps. Donc, il y a un biais de... ou
bien ils vont travailler à l'autre niveau de scolarisation, éventuellement,
dans l'hôtellerie et dans la restauration, donc, où ils peuvent avoir une
niche, mais c'est quand même une minorité. Ce qui est très important de
souligner, et ça rejoint votre approche, c'est que ceux qui s'installent en
région, même s'ils sont encore très minoritaires, s'intègrent beaucoup mieux,
et linguistiquement, et économiquement, que ceux qui vont à Montréal.
Maintenant, pourquoi, dans ces conditions,
continuent-ils, même s'il y a un certain progrès, à s'installer à Montréal? C'est
qu'au Québec, comme dans toutes les autres sociétés d'accueil, on observe le
même phénomène, les immigrants vont là où leurs congénères, si je peux dire,
sont déjà présents. Ils vont rejoindre leurs semblables. Ça a toujours été
comme ça, c'est partout pareil dans... En Ontario, ils vont à Toronto, en
Colombie-Britannique, ils vont à Vancouver, en Allemagne, ils vont à Berlin, etc.
Et donc c'est un phénomène général, et il
y a une raison bien forte à ça, qui est, à mon avis, dominante, c'est
l'importance des réseaux sociaux, pas les réseaux sociaux médiatiques, là, mais
les réseaux sociaux familiaux, géographiques. On rejoint ses semblables
provenant du même village, et c'est dans ce sens-là que ma proposition était de
dire : Bien, essayons de poursuivre la même chose, et commençons par
Québec, et j'ai compris qu'à Québec on est en train de créer un début de pôle
d'attraction pour créer un niveau critique suffisamment élevé d'immigrants qui
correspondraient à cette idée qu'il faut faire jouer ce qu'on appelle, dans le
jargon, le réseau des parents et amis, et donc... sauf que ça, c'est un
processus de très long terme.
Alors, vous commencez le court terme dès
aujourd'hui, et je vous en félicite, mais ça va prendre du temps avant qu'on
voit les effets. Et donc il ne faudrait pas... En plus, c'est très bien de dire :
On les attire, mais est-ce qu'ils vont rester? Aux deux ans, ce n'est pas
nécessairement suffisant. Et donc il y a des exemples sur les réfugiés, mais
ça, ça a donné des expériences malheureuses. Il y a bien des leviers, mais ce
n'est pas évident, et ça prend surtout beaucoup de temps pour réaliser...
• (12 h 30) •
Mme Fréchette : À partir de
quand vous considérez que le niveau critique minimal est atteint? Et est-ce
qu'il faut qu'il soit composé de gens d'une même communauté ou le simple fait
d'avoir des immigrants, peu importe leur pays de provenance, constitue un
réseau fertile, un terreau fertile pour faire en sorte d'attirer d'autres
immigrants? Est-ce que, pour vous, c'est... il y a une distinction à faire, et
à partir...
M. Termote (Marc) : Certainement,
c'est une réflexion très pertinente dans la mesure où, justement, ce serait
dangereux, à mon avis, de demander un seuil critique pour une seule communauté.
Une des chances de l'immigration qui n'était pas dans le... une des qualités,
c'est la diversité, justement. On n'a pas les problèmes que d'autres pays,
d'immigration, ont parce qu'il y a une diversité considérable. Et donc ce serait,
à mon avis, très dangereux de dire : On va arriver à créer un pôle,
disons, à Québec uniquement avec une ou deux communautés. Ce n'est pas... Ça
serait vraiment... À mon avis, il ne faut pas que ce soit trop homogène, sinon
on va se créer des problèmes, et c'est justement ça qui est compliqué, et créer
des pôles avec une multiplicité de communautés, ça, ce n'est pas évident et ça
va prendre du temps...
12 h 30 (version révisée)
M. Termote (Marc) : ...créer
des pôles avec une multiplicité de communautés, ça, ce n'est pas évident et ça
va prendre du temps. Ça va demander la présence et la collaboration soutenue
des communautés elles-mêmes. Et donc je vous souhaite bon courage. Et je ne
survivrai malheureusement pas...
Mme Fréchette : Mais, comme
je vous dis, on est quand même sur la bonne voie, hein?
M. Termote (Marc) : Tout à
fait.
Mme Fréchette : Les
statistiques le montrent. Il y avait eu une belle amélioration, là, de
50 % au cours des sept, huit dernières années.
Je vous amènerais maintenant à la page 21,
à votre recommandation 3.6, en fait. Vous faites référence au fait qu'il
faudrait limiter le regroupement familial aux enfants en bas âge et à la
personne conjointe. Qu'est-ce que vous entendez, en fait, par «enfants en bas
âge»? Est-ce que, de votre point de vue, là, ce ne serait pas tout enfant d'âge
mineur qui devrait être priorisé quand il s'agit de réunification avec les
parents? Vous donnez une priorité selon l'âge?
M. Termote (Marc) : Certainement.
Du point de vue humanitaire, c'est évident, il faut que tous les enfants
puissent être là. Sauf que j'ose dire que ce n'est pas en faisant venir des
enfants qui ont 18 ou 20 ans qu'on va rajeunir beaucoup la population. Pour
rajeunir une population, il faut faire venir des enfants en très bas âge, des
orphelins. Je faisais un plaidoyer pour l'adoption internationale. Je ne sais
pas si on a fait suffisamment d'efforts à ce sujet. Donc, pas question, évidemment,
de dire : On ne fait venir que des enfants entre zéro et cinq ans. Il faut
faire venir tous les enfants. Le regroupement familial, c'est de l'humanitaire,
justement. Et l'humanitaire...
D'ailleurs, moi, en fait, indirectement,
je voudrais faire un plaidoyer pour arrêter, mais ça, c'est... on est en train
d'y arriver, de faire venir les parents. Faire venir les parents, ça vieillit
la population, les parents des immigrants, je veux dire, faire venir les frères
et soeurs, et cetera. Dans mon plaidoyer, c'était : Limitons-nous aux
enfants et, si possible, en bas âge. Et, de ce côté... indirectement, ça
voudrait dire une immigration, disons... l'immigrant serait âgé de 20 ans, il
aurait peut-être des enfants de zéro à deux ans.
Et il faudrait essayer, à mon avis, de
soutenir les jeunes ménages qui viennent s'installer chez nous pour les inciter
à avoir des enfants. Souvent, ils viennent de pays qui ont quand même un niveau
de fécondité supérieur au nôtre, et on constate, malheureusement, que, dans
beaucoup de cas, ils s'adaptent très vite à la sous-fécondité de la population
d'accueil. Et il faudrait essayer d'éviter ce phénomène-là en les soutenant par
bien... par plusieurs moyens financiers, les jeunes ménages qui nous arrivent,
en les incitant financièrement à avoir des enfants.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. J'aimerais rendre disponible le temps qu'il reste à une collègue.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, la députée de Vimont, il reste une
période de 3 min 45 s. La parole est à vous.
Mme Schmaltz : Parfait.
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. Termote. Bien heureuse de vous voir
et de pouvoir échanger pour les trois minutes qu'il nous reste. Alors, vous
savez, avec la loi n° 96 et Francisation Québec, l'approche
qui a été retenue pour la francisation comporte environ trois volets : on
parle de la francisation des individus, la francisation en entreprise et puis
la francisation familiale, donc parents et enfants. Que pensez-vous de ces
approches?
M. Termote (Marc) : ...plus
que d'accord avec chacune des trois approches. En entreprise, je dirais, le
problème se pose dans la mesure où vous ne choisissez pas toujours la langue de
travail. D'abord, le choix n'est qu'entre anglais et... À nouveau, la question
se pose à Montréal, hein? En dehors de Montréal, vous allez travailler en
français, l'entreprise sera francophone, vous n'avez pas beaucoup le choix.
Mais, à Montréal, vous avez le choix, mais vous n'avez pas nécessairement le
choix de l'entreprise. Moi, ma langue de travail, pendant des années, c'était l'anglais
parce que, là, on est dans un contexte international où l'anglais est
privilégié.
Donc, l'entreprise, il faut y penser, bien
sûr, et agir par l'entreprise, mais c'est, à mon avis... qui n'est pas évident.
Par contre, du côté familial, ça veut dire... là, vous obligez presque à
revenir à un de mes dadas, c'est d'insister sur la langue parlée à la maison. C'est
un des indicateurs. Je sais très bien qu'on ne peut intervenir, comme
gouvernement, pour l'interdire dans la langue... sur la langue d'usage public.
On ne va pas intervenir dans la cuisine et dans la chambre à coucher, comme
disait un certain ministre... premier ministre canadien, mais c'est au sein du <ménage...
M. Termote (Marc) :
...et
dans la chambre à coucher, comme disait un certain ministre... premier ministre
canadien, mais c'est au sein du >ménage, au sein de la famille qu'on
transmet sa langue. Et, si on continue à choisir l'anglais comme langue d'usage
à la maison — pour beaucoup d'immigrants, c'est le cas — on
a un sérieux problème. Alors donc, quand on parle d'individu, moi, je dis :
C'est plus que l'individu, c'est la famille, parce que c'est au sein du ménage
que se crée, à mon avis, l'attachement pour une culture et pour une langue.
Mme Schmaltz : OK. Donc, si
j'ai bien compris, la troisième approche, qui est la francisation
famille-enfants, est une belle opportunité, là, de se familiariser.
M. Termote (Marc) : Tout à
fait. Je pense que c'est l'approche cruciale. Si les ménages ne... Et là il
faut quand même nuancer, parce que, moi, je suis convaincu que tous les
immigrants, quelle que soit leur origine et quelle que soit leur langue
maternelle, même ceux qui s'installent à Montréal, vont finir par passer au
groupe francophone. Si ce n'est pas eux, ce seront leurs enfants ou leurs
petits-enfants. Toutes les études montrent en... En moyenne, ça prend deux
générations. Et ça, c'est un problème fondamental qu'on oublie, et c'est que,
ça, c'est l'aspect individuel. Au niveau des individus, je suis convaincu qu'il
n'y a pas de problème pour les individus, les immigrants vont finir par se
franciser. Le problème, c'est que, pendant les, disons, deux générations que ça
prend, pendant tout ce temps que ça prend, il y a deux autres phénomènes qui
continuent à jouer à fond, c'est la sous-fécondité — on perd, on a un
manque de moitié des naissances, on l'a dit tout à l'heure — et
l'immigration, qui continue de...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Pr Termote, je dois vous arrêter. La période impartie
au gouvernement est terminée. Mais je me tourne... Merci beaucoup, mesdames. Je
me tourne maintenant du côté du député de Nelligan, donc de l'opposition
officielle, pour une période de 8 min 24 s. La parole est à
vous.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Merci, Pr Termote, pour votre présence et votre mémoire, un
autre mémoire très bien détaillé, avec beaucoup de références bibliographiques.
Je vais aller directement à la dernière
page. Vous faites quand même un constat très clair, je vais vous le lire :
«Une dernière remarque, qui n'est qu'une constatation, mais qui implique aussi
une suggestion pour l'avenir, porte sur l'immigration temporaire. Étant donné
l'ampleur qu'a prise cette dernière et les liens nombreux, étroits entre
immigration permanente et immigration temporaire, on aurait pu s'attendre à ce
que la planification actuelle, 2024-2027, qui nous est soumise envisage
simultanément les deux phénomènes. On peut comprendre que, par manque de temps
pour pouvoir proposer une planification solide, ce qui est le cas en matière
d'immigration permanente, on ait dû se résoudre à se limiter à cette dernière,
à l'exception de quelques considérations incidentes sur l'immigration
temporaire.»
Pensez-vous que cette planification
n'offre pas vraiment le vrai, réel portrait de l'immigration temporaire?
Surtout que, depuis le début, comme ancien de l'OQLF, vous avez beaucoup
d'arguments sur la langue française. À un certain moment, je me suis dit :
Écoute, peu importe ce qu'on va proposer, vous allez dire que ça ne suffira
pas.
• (12 h 40) •
M. Termote (Marc) : Oui,
c'est exactement ça. Je reviens à mon argumentation fondamentale. C'est que le
nœud du problème, à mon avis — et ce n'est pas moi qui le dis, c'est Statistique
Canada, là, l'étude dont je parlais tout à l'heure — le nœud du
problème, c'est la sous-fécondité des francophones, tout simplement. Mais, ça,
on ne peut pas jouer là-dessus. Donc, c'est pour ça que je suis pessimiste.
Maintenant, pour l'immigration temporaire,
c'est évident qu'on aurait théoriquement dû pouvoir présenter un programme
simultanément pour l'immigration permanente et l'immigration temporaire, les
deux étant présentées en... conjointement, disons, sauf que je peux comprendre
qu'on n'a pas eu le temps. D'ailleurs, c'est très facile de passer de... de
parler d'immigration temporaire, mais, disons, la... la capacité du Québec
d'intervenir dans le domaine est quand même pas mal limitée en ce qui concerne
la migration temporaire. Et donc c'est... j'ai compris que, maintenant, Mme la
ministre a déjà commencé des discussions avec Ottawa. Il faut passer par Ottawa,
si on veut... Pour l'essentiel, là. Il y a quand même des points où on peut
intervenir. Donc, c'est pour ça que...
M. Derraji : Vous êtes
quelqu'un qui... M. Termote, vous êtes quelqu'un qui suit quand même tout ce
qui se passe sur le terrain. On parle de 340 000. Moi, je l'ai appelé le
troisième scénario absent de notre consultation. Il y a deux scénarios :
augmenter 60 000 statuts... 50 000, 60 000... 60 000, 70 000,
deux scénarios... statu quo ou augmentation des seuils, mais on ne parle pas
des <temporaires...
M. Derraji :
...60 000
statuts... 50 000, 60 000... 60
000, 70 000, deux
scénarios... statu quo ou augmentation des seuils, mais on ne parle pas des >temporaires.
Tout au long de votre mémoire... Écoutez, j'ai même, à un certain moment...
vous nommez l'OQLF, l'étude de 2021 : «Une modification dans la
composition linguistique de l'immigration économique n'ajouterait donc que
quelques milliers de personnes de langue française, tous indicateurs confondus,
chaque année, sur une population de plusieurs millions de personnes. Ainsi, de
telles modifications n'influenceraient que de manière limitée la progression
des indicateurs.» Je cite deux chercheurs, Houle et Corbeil. Qu'est-ce qu'on
fait?
M. Termote (Marc) : C'est
exactement ça.
M. Derraji : Qu'est-ce qu'on
fait? Et j'ajouterais, parce que la question de la collègue était pertinente,
de la partie gouvernementale, quand on parle de la langue française, le
gouvernement ramène sur la table uniquement le projet de loi... la loi n° 96. C'est ce qu'on dit aux Québécois par rapport à la
protection de la langue française. Est-ce que, vraiment, le gouvernement est en
train de faire tous les efforts nécessaires pour la promotion et la protection
de la langue française?
M. Termote (Marc) : Alors,
j'ai deux points à vous... Je vais commencer avec le dernier point.
M. Derraji : Vas-y.
M. Termote (Marc) :
Effectivement, vous avez tout à fait raison, il n'y a pas que la francisation
des immigrants. On a l'air de dire que le problème du français, c'est dû au
manque de francisation des immigrants. On oublie qu'il y a des francophones de
langue maternelle française qui passent à l'anglais, et il y en a autant qui
passent à l'anglais que d'anglophones qui passent vers le français. Donc, il y
a un problème de francisation pas seulement pour les immigrants.
Maintenant, pour le point qui concerne
l'immigration temporaire, il faut quand même distinguer ici les flux et les
stocks. Les 340 000 dont vous parlez, c'est le stock de résidents non
permanents. Les 70 000 dont on parle, c'est un flux d'entrées annuelles.
Ce n'est pas du tout comparable. Ce qui se passe, effectivement, c'est que,
parmi les 340 000 résidents non permanents, un certain nombre va
passer... va bénéficier d'une série de programmes qui leur permettent de
devenir permanents. Et c'est là qu'il y a un problème. C'est que là... Puis c'est
pour ça que j'ai dit tout à l'heure : Il faut que les deux soient traités
conjointement. J'ai quand même bon espoir qu'après les négociations qui s'en
viennent ou qui ont commencé avec Ottawa on va finir par trouver un moyen de
régler les deux en même temps. Et donc... Mais je n'oserais pas parler de
340 000 versus 70 000. On ne peut pas confondre des stocks avec des
flux.
M. Derraji : Je vous ai...
M. Termote (Marc) : Des flux
annuels.
M. Derraji : Oui. Pouvez-vous
aussi élaborer sur la loi n° 96?
M. Termote (Marc) : Bien, la
loi n° 96, disons, elle ne concerne pas
seulement... elle devrait concerner autre chose que les immigrants. C'est un
peu ça que je voulais dire. On oublie qu'il y a un problème pour l'avenir du
français, et, encore une fois, c'est uniquement à Montréal, parce qu'à Montréal
un immigrant a le choix. Dans toute autre société d'immigration, l'avenir de la
langue du pays d'accueil n'est pas remis en... n'est pas remis en cause. Il n'y
a aucun danger pour que le finnois disparaisse en Finlande. Le finnois n'est
pas une langue internationale, il me semble, et tout le monde parle couramment
l'anglais. Et ça vaut pour tous les pays scandinaves, ça vaut pour les
Pays-Bas, ça vaut pour la Flandre, en Belgique, la... etc. On parle flamand en
Belgique, mais on parle aussi l'anglais. Ça ne met pas en danger le flamand.
Parce qu'il y a un problème fondamental
derrière tout ça, et je suis heureux que vous m'ayez obligé à en parler, c'est
le problème de la territorialisation linguistique. Si vous vous installez dans
n'importe quelle société d'accueil, vous êtes soumis à la loi du sol : vous
allez devoir... la langue de la société où vous vous installez, sauf à
Montréal, où, comme immigrant, vous avez le choix, avec comme résultat qu'il y
a quelques centaines de milliers de personnes qui vivent depuis des années à
Montréal et qui ne connaissent même pas le français.
M. Derraji : Dans votre
mémoire, vous avez dit qu'il faut inclure dans le calcul les immigrants
temporaires. Pourquoi vous avez... vous pensez que les immigrants temporaires
doivent être inclus dans le calcul?
M. Termote (Marc) : Parce que,
justement, un nombre assez considérable d'immigrants temporaires vont choisir
de rester au Québec. Et on a tout intérêt à essayer de les garder. Ils sont
déjà là. Ils se sont déjà, par définition, presque intégrés économiquement et
parfois, espérons-le, linguistiquement. Donc, c'est ce passage du statut de
temporaire... ce passage possible du statut de temporaire au statut de
permanent qui nous oblige à considérer les deux en même temps. Et on le fait,
d'une certaine façon, dans la présentation actuelle, puisqu'on a prévu que ceux
qui sont dans le Programme de l'expérience québécoise pour... Bon, il n'y a pas
de plafond, et on en tient <compte...
M. Termote (Marc) :
...ceux
qui sont dans le Programme de l'expérience québécoise pour... Bon, il n'y a pas
de plafond, et on en tient >compte. Donc, indirectement, déjà avec...
M. Derraji : Oui. Il me reste
30 secondes. J'aimerais bien vous entendre sur les efforts de
régionalisation. Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Termote (Marc) : Ah! il y
a des efforts, mais, là aussi, je suis, disons, un peu pessimiste parce que
l'expérience montre que c'est ultradifficile, que ça prend énormément de temps.
Et on n'est pas les seuls à avoir ce problème-là. Et on essaie de tous les
côtés, et il n'y a aucun pays qui a réussi à régionaliser. On aura à faire des
grands efforts. J'applaudis, mais il faudra attendre longtemps avant qu'on voie
les résultats, je le crains.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Pr Termote, merci beaucoup. On a terminé cette partie des
échanges avec l'opposition officielle. Je me tourne maintenant vers la deuxième
opposition, avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne. Une période de
2 min 48 s. Le temps est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup,
professeur. Ce fut fort instructif. Je rebondis sur quelques affaires. Vous
avez parlé du beau rôle des familles immigrantes et des familles avec des
enfants, là, qui était un facteur positif quand ils arrivent dans leur jeune
âge. Jusqu'à récemment, on avait une pondération, une grille de pondération,
qui accordait des points aux enfants dans notre grille de pondération. Cette
grille-là, par contre, elle disparaît, et il n'y a aucun critère ou aucun point
associé aux enfants dans la nouvelle grille d'invitation. Donc, moi, je pose la
question et je trouve ça dommage. On pouvait obtenir jusqu'à huit points pour
nos jeunes enfants. Je pense que c'était une mesure qui entrait ou qui
fonctionnait avec ce que vous avez souligné.
Je me permets sur un point. Vous avez dit :
L'immigration, bon, ce n'est pas démontré que ça nous enrichit ou... en tout
cas, vous avez parlé de ça dans votre étude aussi. Sur cette prémisse-là, je ne
suis pas certain, pour être franc. Mais je veux attirer votre votre attention
sur une composante qui... pour ma part, on oublie souvent, et je vous la pose
comme ça. Qu'est-ce que vous pensez de la richesse que nous apportent nos Dany
Laferrière, nos Kim Thúy, nos Boucar Diouf et tant d'autres? Est-ce que ce
n'est pas de la richesse, ça? Nos formations politiques ont toutes compté, à un
moment ou à un autre dans leur histoire, des gens issus de l'immigration.
Alors, pour moi, il y a là une richesse inestimable pour le Québec et sa
culture qu'il ne faudrait pas oublier dans ce calcul-là, qui n'est pas
qu'économique.
M. Termote (Marc) : Je vais
rebondir tout de suite sur votre deuxième question, M. le député, parce que je
ne peux qu'être d'accord avec vous. Le Québec a connu un miracle économique
incroyable au cours des 50 dernières années. Il a aussi connu, grâce à
l'immigration, un enrichissement incroyable du point de vue culturel. Il y a
aujourd'hui une variété... selon... On peut prendre plusieurs critères
là-dessus. J'en ai un qui n'est, à mon avis, pas du tout négligeable, c'est le
critère gastronomique. On a maintenant, dans... même en région, des très bons
restaurants, etc., aussi bien de toutes les cuisines du monde. Et alors ça vaut
pour la gastronomie, ça vaut pour la littérature, etc. Donc, moi, j'applaudis.
On a une richesse culturelle.
C'est pour ça que j'insistais, tout à
l'heure, sur le problème de la régionalisation, justement. C'est que, pour
régionaliser en ne se fondant que sur une ou deux communautés en dehors, donc
dans quelques centres en dehors de Montréal, à mon avis, c'est dangereux. On a
une qualité, au Québec, d'une diversité incroyable dans l'immigration, qui est
une richesse, et à laquelle vous faites référence, et à laquelle je ne peux
que... à laquelle je ne peux qu'être d'accord. Sauf qu'il y a une dimension
culturelle qu'on ne peut pas oublier, c'est que c'est quand même la langue. Et
là il y a un gros problème à Montréal, encore une fois, j'insiste là-dessus,
parce que la richesse culturelle dont on parlait, en même temps, il y a un
effort local collatéral considérable...
• (12 h 50) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est terminé. Cette période est terminée. Mais nous allons
poursuivre et finaliser la période d'échange avec le député de Matane-Matapédia
pour une période, je vous rappelle, de 2 min 48 s. Le micro est
à vous.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Pr Termote, je vous amène en page 20, 3.3. Je vous cite :
«La définition de ce qu'est un immigrant francophone devrait être plus
contraignante : qu'il suffise de déclarer lors de la procédure d'admission
que l'on connaît le français ne garantissait en aucune manière que le français
sera couramment utilisé dans l'espace public en général.» Je m'arrête là. Ce
que vous suggérez, c'est qu'on s'en tire relativement à bon compte. On n'a qu'à
dire qu'on est francophones pour qu'on nous laisse passer. Qu'est-ce que vous
suggérez, de façon plus concrète, pour s'assurer qu'on a vraiment des gens qui
sont francophones?
M. Termote (Marc) : Vous avez
soulevé une question qui me... évidemment m'interpelle également. C'est qu'il
ne faudrait pas que l'on s'arrête à une autodéclaration basée sur une auto-évaluation.
Mais la chose est en train de changer, et, dans ce que j'ai compris, ça va
changer. Il va y avoir des examens. Moi, je serais très exigeant sur le niveau
qu'on exige pour ces <examens-là...
M. Termote (Marc) :
...changer.
Il va y avoir des examens. Moi, je serais très exigeant sur le niveau qu'on exige
pour ces >examens-là. Et encore je rejoins là-dessus en disant :
C'est très bien, tout ça. Après, il y a des examens très sévères, etc. Est-ce
qu'ils vont utiliser le français dans leurs contacts publics et est-ce qu'ils
vont utiliser le français à la maison parce qu'ils connaissent et qu'ils ont
prouvé par un examen qu'ils connaissent le français? C'est un...
Un immigrant qui arrive, il faut... il a
tellement de problèmes à régler en même temps. Il arrive, pour beaucoup, pour la
grande majorité encore à Montréal, où ils constatent, un, que le Québec est en
déclin, est même devenu minoritaire. Est-ce qu'il va investir beaucoup dans une
langue qui est en train d'être marginalisée? Donc, c'est pour ça que je reste
très sceptique quant à...
M. Bérubé : Alors, j'invite
les participants à la commission à prendre bonne note de ce que vous avez
écrit. C'est très clair. Et c'est un avertissement qui devrait nous servir dans
la rédaction de la loi.
Je vous en amène rapidement sur la
question de l'intégration au français des nouveaux arrivants. On consent des
efforts considérables au primaire et au secondaire pour que les nouveaux
arrivants apprennent le français avec la Charte de la langue française. Au
collégial, libre choix. Qu'est-ce qui arrive en transfert linguistique si, les
nouveaux arrivants, il y a un libre choix? Est-ce qu'ils se tournent
majoritairement vers l'anglais? Vers le français? Puis qu'est-ce qui arrive
s'ils se tournent vers l'anglais? Est-ce qu'ils ont tendance à travailler en
anglais, vivre en anglais? Quelle est votre opinion là-dessus?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...secondes.
M. Termote (Marc) : Vous avez
bien raison de dire que, théoriquement, il faudrait étendre au collégial et
même à l'universitaire. Sauf que, pour l'essentiel, ce sont des petits
chiffres, hein?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
M. Termote (Marc) : Si vous
regardez le nombre de personnes qui ont eu le...
M. Bérubé : Merci, Pr
Termote.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. Termote. C'est tout le... C'est tout le temps que
nous avions.
Donc, je vais suspendre les travaux jusqu'à
15 heures et vous souhaiter, Mmes, MM. les députés, un bon dîner.
Encore une fois, merci, M. Termote, pour
la contribution à nos travaux.
M. Termote (Marc) : Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 53)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 04)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations avec les citoyens va
reprendre ses travaux. Alors, nous poursuivons les auditions publiques dans le
cadre de la consultation générale sur le cahier de consultation intitulé :
La planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027.
Cet après-midi, nous entendrons la Centrale
des syndicats du Québec, la Fédération des travailleurs et travailleuses du
Québec, la Confédération des syndicats nationaux et la Centrale des syndicats
démocratiques.
Alors, je souhaite la bienvenue aux
représentants de la Centrale des syndicats du Québec. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé au total, et qu'ensuite nous
allons procéder à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé. La parole est à
vous.
M. Beauchemin (Mario) : Merci
beaucoup. Alors, je me présente, Mario Beauchemin, je suis troisième vice-président
à la Centrale des syndicats du Québec, et je suis accompagné d'Isabelle-Line
Hurtubise, à ma gauche, et de Marie-Sophie Villeneuve, à ma droite, et, si
jamais j'ai l'air intelligent cet après-midi, là, c'est grâce à elles.
Donc, allons-y. La Centrale des syndicats
du Québec, je pense que c'est important que je vous la présente un peu. Cette
centrale représente plus de 220 000 membres en éducation, en petite
enfance et en enseignement supérieur, en santé et services sociaux, ainsi que
dans les milieux de communication, du communautaire, du loisir et du monde
municipal, et on compte également dans nos rangs une association de personnes
retraitées.
Aujourd'hui, on voudrait mettre l'accent
sur une vision inclusive de l'immigration. Nous voulons que l'immigration au
Québec soit fondée sur le respect des droits de la personne, de la dignité et
des aspirations des personnes immigrantes. Nous souhaitons reconnaître leur
apport essentiel à notre richesse économique, mais aussi sociale et culturelle.
Par ailleurs, on accueille favorablement
plusieurs propositions du gouvernement, en particulier les suivantes :
hausser l'apport des personnes admises sélectionnées par Québec, réduire les
délais de traitement des demandes, améliorer la reconnaissance des acquis et
des compétences et bonifier les données et la documentation sur l'état de l'immigration
et les capacités d'accueil du Québec.
Pour continuer, je souhaite maintenant ou
nous souhaitons maintenant présenter nos recommandations qui sont relatives à
de graves enjeux de droits de la personne. À l'instar des autres centrales
syndicales et de nombreux organismes, nous sommes très <préoccupés par le
fait...
M. Beauchemin (Mario) :
...centrales
syndicales et de nombreux organismes, nous sommes très >préoccupés par
le fait que ces enjeux soient complètement ignorés lors de cette consultation.
Dans un premier temps, on pense à inclure
l'immigration temporaire dans la planification pluriannuelle dans l'optique de
mettre fin à l'exploitation et aux abus. Nous sommes très préoccupés par
l'exploitation et les abus vécus par les travailleuses et les travailleurs
migrants temporaires, particulièrement les personnes admises dans le cadre du Programme
des travailleurs étrangers temporaires, le PTET. Je rappelle que celui-ci a
déjà été qualifié, et je cite, «de terreau fertile pour des formes d'esclavage moderne»
par le Rapporteur spécial des Nations unies, venu enquêter sur le sujet cette
année. Son rapport a été dévoilé la semaine passée, et j'invite nos élus à en
prendre connaissance si ce n'est pas déjà fait.
En fait, ce rapport met en lumière des problématiques
connues sur le terrain et auxquelles il convient de s'attarder de façon
urgente. La majorité des personnes admises dans ce programme sont concentrées
dans des emplois très difficiles et précaires. Le permis de travail fermé les
place sous une entière dépendance de leur employeur. Et, à titre d'historien,
je dirais qu'à la... au cours de mes lectures, ça m'a fait penser à la
révolution industrielle en Angleterre puis au concept de ville-usine, quand les
paysans allaient travailler en usine, et qu'ils habitaient autour de l'usine,
et qu'ils étaient sous la domination de l'employeur. J'ai comme l'impression
qu'il y a un retour en arrière ici. Aussi, le parcours de ces personnes pour
accéder à la résidence permanente est jalonné d'obstacles qui rendent le projet
impossible.
Dans un tel contexte, le recours
grandissant aux travailleurs immigrants temporaires fortement encouragé par
notre gouvernement est hautement problématique et indigne de nos valeurs. On
doit corriger le tir sur l'immigration... nous devons corriger le tir et miser,
pardon, sur l'immigration permanente et le respect des droits de la personne.
Nous appelons donc le gouvernement du Québec à inclure l'immigration temporaire
dans la planification pluriannuelle, à travailler avec le gouvernement fédéral
pour favoriser l'accès à la résidence permanente des travailleurs et
travailleuses migrants temporaires et à abolir dès maintenant le permis de
travail fermé.
Ensuite, nous pensons qu'il faut prévoir
des mesures de soutien pour les femmes migrantes. Les femmes migrantes font
face à des enjeux et des obstacles à l'intégration professionnelle
particuliers. Cela est présenté en détail dans une étude approfondie du Comité
consultatif Femmes en développement de la main-d'œuvre de la Commission des
partenaires du marché du travail. Nous appelons donc le gouvernement à prendre
connaissance de l'étude et à élaborer des mesures d'accueil et de soutien
spécifiques pour les femmes migrantes en étroite collaboration avec les
organismes qui interviennent auprès d'elles.
Je pense aussi qu'il faut favoriser la
régularisation du statut des personnes sans statut. Même si cela ne fait pas
partie des orientations présentées, on considère, à la CSQ, qu'il faut
s'occuper très rapidement de cet enjeu. Plusieurs milliers de personnes sont
déjà établies ici et intégrées au marché du travail, mais le fait d'être sans
statut les confine aux emplois informels, à l'ombre du travail au noir. Les
risques d'abus et d'exploitation y sont très élevés. Les femmes sans papiers
risquent particulièrement d'être exposées à plusieurs formes de violence et
d'exploitation, dont sexuelle. Nous appelons donc le gouvernement du Québec à
travailler rapidement à l'élaboration d'un programme de régularisation des
statuts.
• (15 h 10) •
Pour la suite de ma présentation, bien, je
vais m'attarder sur certaines orientations proposées par le gouvernement, d'abord,
la première, qui concerne le rehaussement de la part de l'immigration
francophone. Selon nous, il s'agit d'une orientation très positive, mais nous
ne recommandons pas de sélectionner uniquement les personnes connaissant le
français. Nous pensons qu'il importe d'investir plutôt massivement dans des
programmes de francisation efficaces, ce qui m'amène à parler de
l'orientation 2.
On est très inquiets de la façon dont Francisation
Québec est présentement implanté. Les échos que nous avons du milieu ne sont
pas du tout rassurants. Les personnes se présentent dans les centres
d'éducation des adultes, mais le personnel ne peut rien faire. Ils ne peuvent
que les inscrire... ils ne peuvent pas les inscrire à la francisation. Ils
peuvent tout au plus les aider à s'inscrire sur la plateforme du ministère de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, mais cette plateforme
pose de nombreux problèmes. Elle n'est pas conviviale, il y a 10 sections
à remplir, et il faut rappeler à ce moment-ci que plusieurs de ces personnes
n'écrivent pas le français ou ne savent pas lire. Les téléchargements des
documents exigés ne fonctionnent pas toujours. Et, après cela, les personnes
doivent attendre un appel du MIFI pour être évaluées au téléphone, une
évaluation qui ne dure que quelques minutes, et tous les délais rapportés sont
extrêmement longs.
En outre, pendant ce temps, les personnes
sont sans revenu d'allocation aussi longtemps qu'elles ne débutent pas le cours
de francisation et les allocations ne sont pas rétroactives. On nous signale
aussi plusieurs erreurs de référence. Des personnes de <Terrebonne sont
référées à Saint-Jérôme...
M. Beauchemin (Mario) :
...des
personnes de >Terrebonne sont référées à Saint-Jérôme ou des personnes
de Mascouche sont référées à Saint-Jean-sur-Richelieu. Ce qu'on nous rapporte
aussi, c'est que le service téléphonique du MIFI est débordé. Le personnel est impatient
et il ne communique qu'en français, ce qui donne que les personnes arrivent au
compte-gouttes dans les cours, ce qui demande une réorganisation des niveaux de
français dans les... dans les classes, pardon, à chaque semaine.
Les centres de services scolaires
inscrivaient et francisaient plus de 25 000 personnes annuellement et
elles ne peuvent plus le faire. Aujourd'hui, 95 % des personnes ayant un besoin
de francisation n'ont pas pu s'inscrire au guichet unique. C'est comme si le
MIFI a pris cette décision sans connaître les réalités et les besoins des
personnes immigrantes. Elles ont besoin de contacts, de parler à des personnes
réelles, d'être rassurées et surtout d'être bien informées et guidées à travers
les processus. On insiste sur la nécessité de mettre en place rapidement des
solutions.
Nous voulons aussi attirer votre attention
sur une pratique que nous jugeons tout à fait incohérente et incompréhensible.
Nous faisons référence ici au fait que les examens administrés par les centres
d'éducation des adultes et reconnus par le ministère de l'Éducation ne le sont
plus par le MIFI depuis le 21 juillet 2020. Un ministère ne reconnaît pas les
examens pourtant reconnus par un autre ministère, et cela, au sein d'un même
gouvernement. On peut parler ici d'une certaine incohérence.
Pour être sélectionnées, les personnes
migrantes doivent maintenant fournir des attestations de résultat d'un test de
français conçu en France. Il n'est pas étonnant de constater que plusieurs
échouent à ces tests puisque nombre d'expressions sont incompréhensibles au
Québec, et ces tests ne sont pas gratuits, ça varie entre 250 et 400 $,
contrairement à ceux qui sont reconnus par le ministère de l'Éducation. Il
n'est pas rare qu'à la suite d'un échec certaines personnes embauchent un
professeur en France pour des cours de rattrapage à distance afin de préparer
la reprise de ces tests. Nous trouvons cette situation inacceptable. On demande
donc que le MIFI se ravise en acceptant les tests de français reconnus par le
ministère de l'Éducation.
En ce qui concerne l'orientation 6,
maintenant, sur l'importance de l'immigration économique, pour nous,
l'immigration ne doit pas avoir comme unique objectif de répondre à nos besoins
à court terme de main-d'œuvre. Nos devoirs envers l'immigration humanitaire et
le regroupement familial sont tout aussi importants. Or, ces deux volets ont
connu des baisses importantes ces dernières années. Les personnes demandeuses
d'asile sont déjà établies ici et en processus d'intégration. Les délais de
plus de 25 ans d'attente pour obtenir une décision, qui ont été relevés...
révélés dans les médias la semaine passée, sont absolument inadmissibles, et la
cause majeure se trouve souvent dans nos seuils beaucoup trop bas.
Bref, la CSQ est d'avis qu'il faut
augmenter le nombre de personnes admises dans les volets humanitaires et du
regroupement familial. En plus de respecter nos engagements internationaux, cela
se justifie d'un point de vue économique puisque les études démontrent que le
taux de rétention à long terme des personnes migrantes en région est
significativement plus élevé pour les personnes réfugiées et celles ayant leur
famille auprès d'elles.
La Présidente (Mme Caron) : ...secondes,
s'il vous plaît.
M. Beauchemin (Mario) : En conclusion,
nous avons pris acte de la volonté de mobiliser l'immigration économique afin
de répondre à la pénurie de main-d'œuvre, notamment dans les services publics.
Il est important pour la CSQ de vous rappeler qu'un grand bassin de personnel
qualifié et diplômé dans ces secteurs existe au Québec. On se désole de devoir
le rappeler encore. La pénurie de main-d'oeuvre dans les services publics est
en grande partie causée par la dégradation des conditions et d'organisation du
travail.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Alors, maintenant, je vais céder la parole à la
ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration. Vous avez
16 min 30 s.
Mme Fréchette : Oui, merci,
Mme la Présidente. Alors, merci à vous trois d'être présents parmi nous, merci
de participer à cette consultation, à cet échange, donc, sur l'immigration
pluriannuelle pour les années 2024 à 2027. C'est très apprécié.
Je vais vous amener sur quelques sujets,
là, différents, mais je vais reprendre, en fait, une partie de votre allocution
concernant les permis de travail fermés. Les permis de travail fermés, c'est un
sujet que j'ai abordé avec mon homologue fédéral précédent, c'est-à-dire M.
Fraser, pour faire valoir que le fonctionnement actuel avec les permis de
travail fermés semblait générer certains enjeux, on le sait, de vulnérabilité
des travailleurs lorsqu'il y avait un comportement de la part de l'employeur
qui était inadéquat.
Alors, j'ai demandé à ce qu'on puisse
regarder les alternatives à ces permis de travail fermés et, là-dessus,
j'aimerais vous entendre. Quelle serait, pour vous, la meilleure alternative à
considérer? Moi, j'avais évoqué, bon, peut-être, l'idée d'un permis de travail
régional, de telle sorte que des régions, par exemple, plus éloignées puissent
bénéficier de la présence de travailleurs étrangers temporaires d'une <manière
plus sécurisante...
Mme Fréchette :
...puissent
bénéficier de la présence de travailleurs étrangers temporaires d'une >manière
plus sécurisante avec un permis de travail fermé régional, parce qu'advenant
qu'une personne soit embauchée par un employeur qui n'a pas le bon
comportement, bien, qu'elle puisse cheminer vers un autre emploi dans la région
plutôt que dans une autre région au Québec, donc, ça, c'est quelque chose qui
était sécurisant pour des régions éloignées, d'avoir une alternative de cette
nature-là.
D'autres me parlent plutôt de l'intérêt
qu'il y aurait d'avoir un permis de travail sectoriel, de telle sorte que des
professions qui vivent des cycles économiques semblables, mais pas superposés,
je vous dirais, en termes de haute saison, basse saison, pourraient se promener
d'une entreprise à l'autre, des entreprises qui vivraient des hautes saisons
dans leur cycle économique à des moments différents, donc, pourraient, par
exemple, travailler pour un employeur dans la haute saison en juin, et puis,
là, quand ce sera le creux de vague rendu au début août, bien là ils
chemineraient vers une autre entreprise du même secteur, qui, elle, vivrait son...
sa haute saison au mois d'août.
Donc, ça, c'était vu de manière positive
par plusieurs organisations, entreprises qu'on a rencontrées, qui offrent des
emplois de type saisonnier. Donc, j'aimerais avoir votre avis là-dessus. Est-ce
qu'il y aurait une autre formule qu'on devrait envisager? Et, parmi les
formules qui existent, quelles seraient celles que vous privilégieriez?
M. Beauchemin (Mario) : Oui,
merci. En fait, la meilleure alternative pour nous, c'est celle qui met réellement
fin aux risques d'abus, puis je pense que c'est au MIFI, au ministère,
d'évaluer cela. Et, pour nous, ces immigrants et immigrantes temporaires,
étrangers temporaires doivent jouir des mêmes droits que les personnes qui sont
établies au Québec et qui sont Québécois et Québécoises ou qui sont résidents
permanents. Ils doivent avoir le droit de changer de travail. Ils doivent avoir
le droit à une protection sociale, le droit de porter plainte à la CNESST.
Donc, pour nous, ce que vous avez mis sur la table tout à l'heure nous semble
intéressant en autant que ça aboutisse justement à une égalité des droits entre
les différentes personnes au sein de la population québécoise.
Mme Fréchette : J'aimerais
souligner à cet égard-là qu'en fait les travailleurs étrangers temporaires
bénéficient du même encadrement, là, pour les droits du travail, que n'importe
quel employé au Québec, et ça, c'est important de sensibiliser et les
employeurs et les employés, et c'est quelque chose auquel on s'est engagés avec
la création, en mars dernier, là, d'une escouade pour faire en sorte de bien
informer les employés de leurs droits, les employés, notamment les travailleurs
étrangers temporaires, pour être certains qu'ils soient bien au fait de ce qui
est permis, de ce qui est illégal puis des recours auxquels ils peuvent avoir
accès. Donc, ça, pour nous, c'est essentiel, et c'est sûr qu'on va continuer à
porter un regard attentif à cette évolution-là, et puis on enjoint également le
fédéral à être de la partie pour faire en sorte que ce soit le mieux promu
possible. Est-ce que, de votre côté, vous avez une action en ce sens-là auprès
de ce type d'employés?
M. Beauchemin (Mario) : Des
actions?
Mme Fréchette : Oui, des
actions pour les sensibiliser sur leurs droits.
M. Beauchemin (Mario) : Non,
mais je pense que c'est au ministère d'oeuvrer dans ce sens, parce que ces
employés et ces travailleurs migrants temporaires travaillent souvent de 12 à
14 heures par jour, six jours par semaine. Donc, pour eux, d'établir des
démarches, d'entreprendre des démarches pour s'informer de leurs droits, ce
n'est pas évident, c'est même quasi impossible. Donc, il y a vraiment une
initiative gouvernementale qu'il faut mettre en place pour pouvoir les en
informer.
Mme Fréchette : Dans votre
rapport, à la recommandation 2, donc, page 7, vous indiquez que vous souhaitez
que le gouvernement du Québec prenne en compte la réalité et les enjeux vécus
par les femmes migrantes et élabore des mesures en conséquence, bon, bien sûr,
en collaboration avec les acteurs du milieu. Je me demandais, à ce sujet-là, à
quel genre de mesure vous pensez pour être davantage inclusifs et pour
favoriser, là, l'intégration puis la sécurité des femmes immigrantes qui
travaillent au Québec.
• (15 h 20) •
Mme Villeneuve (Marie-Sophie) : Allô.
Mme Fréchette : Bonjour.
Mme Villeneuve (Marie-Sophie) :
Merci beaucoup de nous recevoir aujourd'hui. Je suis vraiment contente, puis
c'est ma première fois, ça fait que je suis vraiment nerveuse, mais c'est
vraiment le fun qu'il y ait cette consultation-là sur un sujet aussi important.
Vraiment, rapidement, la Centrale des
syndicats du Québec, on n'est pas des spécialistes de l'immigration, mais on a
des valeurs de droits humains, de droits de la personne, de justice sociale
qu'on défend. Il y a des gens, de plus en plus, des personnes migrantes, qui
font partie des... qui travaillent dans les services publics puis qui vivent
des enjeux que les personnes nées ici ne vivent pas, dont les femmes.
Donc, ce n'est pas à nous de détailler les
mesures à prendre parce que nous ne sommes pas les spécialistes, mais j'attire
votre attention sur un rapport du Comité consultatif Femmes en développement de
la main-d'oeuvre de la Commission des partenaires du marché du travail, qui s'appelle
Analyse qualitative de parcours d'insertion de femmes immigrantes au marché
du travail et conditions de réussite observées, un rapport de 2019, qui a
une belle liste de <recommandations et de mesures...
Mme Villeneuve (Marie-Sophie) :
...de réussite observées, un rapport de 2019 qui a une belle
liste de >recommandations et de mesures.
J'attire aussi votre attention sur les
réseaux de femmes immigrantes qui existent au Québec. Il y en a des excellents.
Le volet Femmes de la TCRI, qui est la table qui regroupe l'ensemble des
groupes communautaires en immigration, qui est partout au Québec, ils ont des
personnes de ressources extraordinaires, ils ont émis des études, ils ont émis
des rapports, ils ont émis des recommandations. Donc, si vous êtes intéressés à
en savoir plus sur la table, il y a déjà des recommandations intéressantes qui
viennent de groupes et de réseaux qui travaillent auprès des femmes
immigrantes.
Et donc c'est pour ça qu'on ne peut pas
répondre de façon détaillée à votre question. J'ai plusieurs constats du
rapport, mais je trouve que c'est... Vous avez déjà accès à ces groupes-là
parce que plusieurs sont financés par votre ministère. Donc, je vous invite
vraiment à travailler avec ces groupes-là là-dessus parce que c'est elles qui
sont les mieux placées pour vous indiquer les mesures à suivre pour mieux les
accompagner et les soutenir.
Mme Fréchette : ...de
l'écosystème des organisations actives en immigration, et, de notre côté, on
s'est assurés d'œuvrer en collaboration avec ces organismes-là qui sont sur le
terrain, soit en accompagnement soit en intégration des personnes immigrantes,
pour assurer une connexion avec la société d'accueil ou encore en francisation.
Donc, depuis notre arrivée au pouvoir, on
a signé plus de 200 ententes de cette nature-là avec des organismes, beaucoup
des organisations communautaires, qui travaillent auprès des personnes
immigrantes. Pour la plupart, c'est leur principal axe d'intervention et
d'action. Alors, particulièrement, il y a plusieurs membres de la TCRI qui sont
dans les organisations avec lesquelles on travaille et qu'on s'assure d'être en
contact avec eux via nos bureaux régionaux, nos antennes régionales. On a
ouvert neuf directions régionales et 74 antennes régionales.
Alors, soyez assurés qu'on couvre le
terrain. Contrairement au gouvernement précédent, qui s'était assuré, là, de
fermer tous ses bureaux en région, nous, on s'est assurés d'être connectés aux
régions, de ne pas tourner le dos aux régions, et plutôt de travailler en
collaboration avec l'ensemble des organisations qui sont actives et qui ont une
valeur importante à apporter dans le processus et la réussite des processus
d'immigration des personnes qui viennent chez nous. Oui?
Mme Villeneuve (Marie-Sophie) : Je
peux vous donner un exemple. Excusez-moi. Les femmes sont majoritaires dans les
catégories regroupement familial et femmes réfugiées. C'est deux catégories où
l'accès à des services de francisation, des allocations puis des services publics
sont très réduits. Ça fait que, donc, entre autres, c'est ça qui est demandé
dans les recommandations à mettre de l'avant. Ça fait que ça va très loin, là,
très contente de voir... mais on aurait aimé ça avoir une orientation
spécifique pour... avec des mesures qui changent un peu... c'est les conditions
de la catégorie réfugiés et regroupement familial. Par exemple, les femmes du
regroupement familial sont beaucoup plus dépendantes de leur parrain et ça les
place dans des situations d'isolement puis de vulnérabilité que... Il n'y a
rien à Québec, actuellement, qui adresse ça. Donc, je suis contente de voir que
vous voulez... cette volonté-là de les soutenir davantage, mais on aurait aimé
une orientation vraiment spécifique, qui va plus loin, pour elles.
Mme Fréchette : Effectivement,
et qu'est-ce que vous verriez comme autres caractéristiques pour ce qui est des
femmes immigrantes? Qu'est-ce qui les distingue également, là, pour qu'on soit
bien au fait de la nature des enjeux possibles?
Mme Villeneuve (Marie-Sophie) : Une
autre chose qui est ressortie du rapport, c'est... Leur taux de
surqualification en emploi est le plus haut au Québec. Donc, c'est aussi ça,
c'est... au Québec, de tous les groupes démographiques, les femmes immigrantes diplômées
sont les plus surqualifiées. Donc, elles ont des emplois de très bas niveau, souvent,
qui est très en deçà de leurs qualifications. Et ils ont aussi documenté
beaucoup de préjugés, malheureusement, auxquels elles font face, là, une espèce
de conjonction de préjugés qui les affectent particulièrement, qui font que,
même dans les emplois où elles sont surqualifiées, elles sont considérées comme
pas qualifiées pour faire ce job-là. Donc, c'est détaillé aussi, l'exemple des
préjugés qui impactent plus particulièrement, qui affectent plus
particulièrement les femmes immigrantes. Ça fait que moi, j'ai trouvé que
c'était quand même une belle étude, et il y avait plusieurs références
intéressantes aussi à suivre dans cette étude-là, c'est la sensibilisation des
employeurs, etc.
Mme Fréchette : OK, merci.
Oui, effectivement. Mme la Présidente, il me reste combien...
La Présidente (Mme Caron) : ...minutes.
Mme Fréchette : D'accord.
Vous appuyez notre proposition d'orientation n°9, sur la régionalisation. En fait, vous considérez, là, que la
régionalisation de l'immigration est alignée précisément... bien, uniquement,
en fait, sur des objectifs économiques, que ça génère des inégalités.
Pouvez-vous me détailler un peu votre perception, votre vision des choses de ce
côté-là, en matière de régionalisation? Qu'est-ce que vous proposeriez d'avoir
comme approche?
M. Beauchemin (Mario) : Encore
une fois, comme l'a dit ma collègue tout à l'heure par rapport aux femmes
migrantes, on n'est pas des... La CSQ n'est pas un spécialiste de la
régionalisation de l'immigration, mais on vous recommande de consulter en
détail, incluant ses recommandations, l'étude de Marie-Thérèse Chicha, Valérie
Asselin et Éliane Racine, La régionalisation de l'immigration : enjeux,
portée et limites des politiques et des programmes. C'est un comité <consultatif
sur les personnes immigrantes de la
M. Beauchemin (Mario) :
...portée
et limites des politiques et des programmes. C'est un comité >consultatif
sur les personnes immigrantes de la Commission des partenaires du marché du
travail, et, là-dedans, on retrouve, à titre d'exemple, comme recommandations,
une augmentation du financement des organismes communautaires et des acteurs de
la francisation et le fait de réinvestir massivement dans les services publics,
car l'étude démontre que le principal frein à une régionalisation durable est
le manque d'accès à un logement ainsi qu'à des services d'éducation et de santé
de qualité.
Mme Fréchette : Merci. Je
voulais revenir sur les chiffres que vous avez donnés pour Francisation Québec
parce que ce sont des chiffres qui datent et je voulais vous mettre à jour, en
fait, parce que les gens qui sont en attente de cours, bien, jusqu'à ce que le
cours ne démarre pas, c'est sûr qu'ils sont en attente. Là, il y a des cours
qui ont été démarrés. Alors, je voulais vous donner les chiffres.
Donc, depuis le 1er juin, le nombre de
demandes qui ont été déposées à Francisation Québec est d'environ 27 000, 27
000 demandes qui ont été déposées depuis le 1er juin, et, si on regarde les
élèves qui sont inscrits ou qui le seront au cours des prochains jours, on a eu
14 800 personnes qui, soit, sont inscrites ou le seront au cours des prochains
jours. Donc, ça change pas mal la donne par rapport aux chiffres que vous avez
donnés, que... qui est tiré d'un article qui est paru au mois d'août. Donc,
voilà, je voulais vous mettre au fait de ce changement-là, quand même, qui
donne un portrait fort différent de la situation, et vous dire également
qu'entre le 1er avril et le 30 juin on a eu 30 000 personnes, demandes qui ont
été traitées, et qui suivent des cours... c'est ça, qui ont été francisés, là,
qui suivent des cours, et ça, ça représente, par rapport à l'année antérieure,
une hausse de 46 % des demandes qui ont été traitées.
Alors, vous voyez qu'avec nos mesures de
francisation qu'on a, nous, rendues accessibles aux immigrants temporaires,
parce que, sous les libéraux, ce n'était pas le cas, vraiment, il y a des bonds
importants qui ont été faits en matière de francisation, avec des hausses de
46 % d'une année à l'autre. Vous voyez qu'on met les bouchées doubles et qu'on
réalise quand même que la demande est très importante. On continue d'être à
l'embauche de professeurs pour s'assurer de bien répondre à la demande, mais
l'élan, il est là, il est donné, et c'est ni plus ni moins que l'équivalent
d'une université en francisation qu'on est en train de mettre en place avec
Francisation Québec, tellement l'ampleur de la demande est importante, et
c'est, en fait, une organisation qui a été mise sur pied après que beaucoup
d'autres se soient lancées dans des promesses de mise sur pied de Francisation
Québec. Nous, on l'a fait et on est en train de le réaliser. Franchement, je
pense, c'est un défi important qui va aider à la protection et à la promotion
du français de manière assez claire et nette.
À ce sujet-là, je voulais vous entendre
sur le fait que vous ne valorisiez pas totalement l'idée de mettre l'accent,
comme on le fait, sur la connaissance du français. Donc, j'aimerais vous
entendre à ce sujet-là. Vous disiez ne pas être totalement en accord avec
l'idée de n'avoir des immigrants que francophones, le 96 % d'immigration
économique qui soit francophone. Est-ce que j'ai mal interprété vos dires?
M. Beauchemin (Mario) : On
est en faveur d'argumenter la part de l'immigrant... l'immigration francophone.
Mme Fréchette : Au point où
on le propose?
M. Beauchemin (Mario) : Pour
nous, le seuil, là... Je pense qu'il faut commencer par s'occuper adéquatement
de ceux et celles qui sont ici et de mettre en place... Vos chiffres sont
intéressants. Ce n'est pas ce qu'on nous dit sur le terrain, mais on va
retourner vérifier, par contre, mais c'est important, la part... l'augmentation
de la part d'immigration francophone, l'immigration économique, mais, comme on
l'a dit, pour nous, c'est important aussi de s'occuper et de franciser ceux qui
sont des travailleurs temporaires.
• (15 h 30) •
Mme Fréchette : Ah bien! Ça,
c'est ce qu'on a fait, hein? Précédemment, avant qu'on arrive au pouvoir, ce
n'était pas assumé comme responsabilité, mais nous, on s'est assurés de rendre
disponibles les mesures de francisation aux immigrants temporaires. On s'en
occupe, des immigrants temporaires, et non seulement on s'en occupe, mais en
fait ils constituent la moitié des apprenants à l'heure actuelle chez Francisation
Québec. Donc, c'est une excellente nouvelle, parce qu'en fait ils répondent à
l'appel qu'on leur a lancé à l'effet que le français est important et ils sont
au rendez-vous pour prendre des cours de francisation.
M. Beauchemin (Mario) : Donc,
s'il y a des cours de francisation sur les lieux de travail, pendant les heures
de travail, et ils continuent à être rémunérés, ça nous fait extrêmement
plaisir.
Mme Fréchette : Oui, puis la
francisation en entreprise, on va mettre un grand accent là-dessus. Déjà, le
ministère, MESS, s'en occupe, s'en charge. À partir du 1er novembre, c'est
Francisation Québec qui va prendre sous son aile ces démarches, mais ça va
s'inscrire en continuité. Et puis c'est sûr que c'est un angle qui est très
important pour nous, parce qu'il faut amener le français vers les travailleurs
et pas attendre que, nécessairement, les travailleurs viennent vers le
français. Je pense qu'il faut que ce soit à double sens. Il faut les engager
dans un processus d'apprentissage du français et espérer qu'ils poursuivent ce
cheminement-là de leur propre chef par la suite. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, nous allons maintenant passer à l'opposition officielle. Alors, je donne
la parole au député de Nelligan pour 12 min 23 s...
15 h 30 (version révisée)
La Présidente (Mme Caron) : ...alors,
nous allons maintenant passer à l'opposition officielle. Alors. Je donne la
parole au député de Nelligan pour 12 min 23 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présence. J'espère que votre première présence se
déroule très bien.
Une voix : ...
M. Derraji : C'est ça. Bien,
prenez de l'eau. Bienvenue à vous trois. Excellent rapport, des bons points qu'on
partage.
Vous savez, hier, fin de journée, on était
tous choqués d'entendre le témoignage de Gracia, Gracia et Clara. C'est des
visages qui existent. Aujourd'hui, vous êtes en train de me dire, en commission
parlementaire, de faire attention aux immigrants temporaires. Je vous invite à
voir, si ce n'était pas déjà fait, le reportage L'essentiel. Et je
trouve, comme vous, que cette consultation manque quelque chose d'extrêmement
important.
J'entends... Depuis les deux derniers
jours, la ministre ne parlait que des libéraux qui... On a quitté le pouvoir en
2018. Je tiens à rappeler que ça fait presque six ans maintenant, à l'aube de
la sixième année de ce gouvernement, on est à des chiffres astronomiques en
termes d'immigrants temporaires. Quand c'est rendu que, pour la première fois — ce
n'était pas le cas avant — ...que même un rapport des Nations unies vienne
au Canada et même au Québec faire un rapport sur, je dirais, des choses qu'on n'a
jamais pensé avoir au Québec... On parle de l'esclavagisme, ce n'est pas la
première fois que je l'entends. J'ai été invité à des rencontres avec des
groupes, c'est des faits, et ça existe. Quand on parle que des gens pas loin d'ici,
à Lévis, paient 100 $ la semaine, et quand j'entends aujourd'hui que ce n'est
pas le rôle des syndicats d'aller faire des démarches pareilles...
C'est quoi, votre lecture d'une
consultation qui ne prend pas le temps de dresser ce portrait des immigrants
temporaires? Parce qu'on s'en va vers trois ans, c'est une planification pour
les trois prochaines années.
M. Beauchemin (Mario) : En
fait, nous, si on avait juste une recommandation à retenir puis à proposer au
gouvernement, c'est d'inclure dans leur planification pluriannuelle la question
des immigrants étrangers temporaires et qu'on revienne le plus rapidement
possible à mettre sur la table des solutions. Parce que, comme vous l'avez dit,
comme le rapporteur des Nations unies l'a dit, c'est inacceptable, en 2023, que
des personnes, qu'elles soient migrantes ou pas, subissent de telles conditions
de travail.
M. Derraji : Oui. Je vais
vous envoyer le projet de loi que j'ai déposé l'automne dernier, vous allez le
voir, et j'espère que vous allez nous partager vos commentaires. Si jamais le
gouvernement ne retient pas votre proposition par rapport à inclure les
immigrants temporaires dans le calcul, ce serait quoi, votre constat ou votre
conclusion?
M. Beauchemin (Mario) : Ma
conclusion, ce serait qu'il faudrait que la société civile se mobilise, comme elle
est déjà en train de le faire. Ça circule déjà sur les réseaux sociaux. Il y a
un après la projection du film Richelieu, qui est un quasi-documentaire.Il y a eu un appel du réalisateur et des personnes migrantes temporaires,
dans la salle, qui demande à la population d'écrire à leur député en incluant
dans cette lettre-là des éléments de solution pour mettre fin à leurs terribles
conditions de travail, dans certains cas.
M. Derraji : Oui. Vous savez
que le slogan de la CAQ, depuis le début, En prendre moins, en prendre soin...
Vous croyez toujours aujourd'hui qu'après cinq ans au pouvoir de la CAQ on
prend moins, on prend soin?
M. Beauchemin (Mario) : En
tout respect, monsieur, je ne pense pas que je vais me prononcer sur cette
question.
M. Derraji : Pardon?
M. Beauchemin (Mario) : En
tout respect, je ne crois pas que je vais participer à ce débat un peu
partisan.
M. Derraji : Ah! pas de
problème.
La Présidente (Mme Caron) : Il
reste 8 min 40 s à l'opposition officielle.
Une voix : ...
M. Derraji : Je ne comprends
pas pourquoi on dit merci... mais ce n'est pas grave, vous avez le droit de
remercier.
Une voix : ...
M. Derraji : Oui. Vous pouvez
adresser à la présidence. Revenons au...
La Présidente (Mme Caron) : ...le
seul député qui a droit de parole, c'est celui à qui j'ai donné le droit de
parole. Alors, même les réactions ne sont pas permises, et je n'en permettrai
pas d'autres.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente, pour cette mise au point. Je reviens aux seuils. On ne parle pas
des travailleurs temporaires, mais on parle de deux scénarios. Est-ce que ces
deux scénarios vous conviennent aujourd'hui?
M. Beauchemin (Mario) : Nous,
je vous dirais bien franchement, les deux scénarios, je ne sais pas si j'ai le
droit d'utiliser ce mot-là, on s'en fout un peu. Nous, ce qu'on veut, c'est qu'on
augmente la part d'immigration humanitaire et de regroupement familial, parce
que c'est en baisse depuis plusieurs années, et qu'on s'occupe comme il faut,
et qu'on donne des conditions et un accès égal à tous ces <immigrants-là...
M. Beauchemin (Mario) :
...
il faut, et qu'on donne des conditions et un accès égal à tous ces >immigrants-là
au marché de l'emploi, et qu'on leur donne des conditions de travail, qu'on
leur donne... qu'on leur mette... qu'on mette à leur disposition des
infrastructures qui vont leur permettre de s'intégrer à la société québécoise.
Et, moi, question de seuil ou de plafond...
M. Derraji : Bien, vous avez
raison...
M. Beauchemin (Mario) : ...on
ne veut pas embarquer dans ce jeu-là.
M. Derraji : Bien, vous avez
raison de ne pas embarquer dans le jeu des seuils, je vous l'accorde. Je suis
de cet avis depuis plusieurs mois. Et d'ailleurs c'est pour cela qu'on voulait
qu'on parle du portrait global. Mais vous venez de donner des bons arguments
qu'on n'en prend pas soin, des immigrants. Pas besoin de répondre à la question
que je vous ai posée au début. Mais, quand on voit de l'esclavagisme, est-ce
qu'on prend soin? C'est des faits.
Donc, ce qu'on veut, comme société
démocratique... Vous aussi, vous représentez des intérêts d'un groupe. Nous, on
est parlementaires, bien, on voudrait une commission parlementaire. Notre
souhait, avec une planification pluriannuelle, c'est justement s'assurer de
prendre soin de ces gens.
Je vais reposer la question. Vos constats
sur le terrain, votre proximité avec les travailleurs, j'ai entendu votre
collègue parler de plusieurs rapports qui parlent des femmes immigrantes, vous
parlez de l'inclusivité, vous avez ramené beaucoup d'arguments solides. Je vais
répéter ma question : Est-ce que les efforts utilisés vous démontrent
qu'on prend soin de ces immigrants qu'on accueille sur le territoire?
M. Beauchemin (Mario) : Bon,
première chose, tout à l'heure, j'ai affirmé... en fait, j'ai dit que je ne
voulais pas me prononcer sur un slogan politique, hein, sur un slogan partisan.
Maintenant, on peut utiliser les termes «en prendre soin», mais, nous, ce qu'on
dit... Puis la CSQ représente surtout des travailleuses et des travailleurs du
secteur public et parapublic, mais on a des gens quand même qui travaillent sur
le terrain, et ce qu'on sait entre autres, de notre côté, c'est qu'il y a un
problème avec la francisation, malgré les chiffres que la ministre nous a
dévoilés tout à l'heure, il y a un problème avec Francisation Québec, il y a un
problème avec la plateforme MIFI. Donc, est-ce qu'on peut parler d'en prendre
soin? Moi, quand je parle de mes membres, j'ai représenté longtemps des profs
de cégep, je ne dis pas que je vais prendre soin des profs de cégep, je vais
dire que je veux leur donner de meilleures conditions de travail.
M. Derraji : Oui, on
s'entend...
M. Beauchemin (Mario) : Donc,
c'est ce que je veux dire.
M. Derraji : Non, on
s'entend...
M. Beauchemin (Mario) : Si
donner des meilleures conditions de travail, assurer un accès équitable aux
services publics, mettre... investir dans les services publics pour, justement,
avoir accès à de meilleurs services, ça veut dire en prendre soin, alors...
M. Derraji : Oui, oui, c'est
très clair.
M. Beauchemin (Mario) : ...on
peut bien le dire, là, que c'est en prendre soin.
M. Derraji : C'est très clair,
vous avez répondu, on peut comprendre entre les lignes. Je reviens à
Francisation Québec. On peut vous partager beaucoup d'informations aussi, parce
que même moi, je suis surpris de ce que je vois par rapport à Francisation
Québec. Mais, au-delà de la plateforme, vous avez dit quelque chose
d'extrêmement important, c'est : Les cours, les gens ont besoin
d'échanger, ont besoin... Est-ce que vous reprochez... vous avez une critique
par rapport à la démarche du ministère d'aller vers Francisation Québec? Est-ce
que j'ai cru comprendre qu'on s'en va vers la mauvaise direction?
M. Beauchemin (Mario) : Écoutez,
au départ, je pense que c'était une bonne idée, un guichet unique pour mieux
gérer les demandes nous semblait une bonne idée. Ce qu'on dit présentement,
c'est que c'est mal implanté, et ça fonctionne mal. C'est ce qu'on dit.
M. Derraji : Ça ne va pas
bien?
M. Beauchemin (Mario) : Je
veux dire, on a de la misère avec les plateformes numériques, au Québec, on
dirait.
M. Derraji : Oui, oui. Donc,
je peux comprendre que, même sur cet enjeu qui est primordial pour le Québec,
la langue française, le gouvernement est en train de l'échapper.
• (15 h 40) •
M. Beauchemin (Mario) : D'après
ce qu'on observe sur le terrain, d'après les rapports que nous avons consultés,
on peut dire que, pour l'instant, oui, on est en train de l'échapper.
M. Derraji : Oui. Je ne sais
plus quoi vous dire, comme, par rapport à ça, parce que je sais que... Je ne
veux pas vous ramener là, mais il y a plein de slogans sur la protection de la
langue française. J'attends encore une autre publicité d'un ministre pour dire
qu'on va la promouvoir et la protéger. J'ai de la misère à comprendre comment
on va s'assurer de protéger la langue française, au Québec, si le gouvernement,
qui a tout mis sur Francisation Québec, bien, il la livre mal.
Francisation sur le milieu de travail. Qu'est-ce
qu'on va faire avec les travailleurs temporaires étrangers qui travaillent
toute la semaine? Je suis allé ce week-end à un tournoi : ils ont un seul
jour, ils ont un seul jour pour quitter. Ils travaillent toute la semaine.
J'étais très heureux de parler avec eux, et de leur offrir des médailles, et de
partager avec eux ma passion du soccer. Ils n'ont pas le temps. Comment on va
faire?
M. Beauchemin (Mario) : C'est
une bonne question.
M. Derraji : Avez-vous une
réponse?
M. Beauchemin (Mario) : Je
n'en ai aucune idée.
M. Derraji : Régionalisation,
est-ce qu'on y croit? La ministre vous parle que les bureaux, ils ont fermé;
eux, ils ont ouvert les bureaux. Est-ce qu'on a réussi le mandat de
régionaliser l'immigration?
M. Beauchemin (Mario) : Nous,
ce qu'on dit, et je vais le <répéter, c'est qu'un des...
M. Derraji :
...
Est-ce qu'on a réussi le mandat de régionaliser l'immigration?
M. Beauchemin (Mario) :
Nous,
ce qu'on dit, et je vais le >répéter, c'est qu'un des succès, dans la
régionalisation, c'est quand on... habitent en région des immigrants
humanitaires avec leur famille. Donc, si on pouvait augmenter le seuil de ce
type d'immigration, je pense qu'on pourrait réussir davantage en termes de
régionalisation.
M. Derraji : Est-ce que vous
savez que, pour des Québécois maintenant qui attendent leur conjoint ou
conjointe, le délai est rendu de 25 mois? Il y a des gens qui me
disent : On brise des coeurs. C'est ça, la réalité. Les gens de Québec réunifié
nous écoutent, il y a des gens qui ont des délais de 25 mois. Donc, on
parle de regroupement familial, on est encore loin. C'est quoi?
M. Beauchemin (Mario) : Mais
c'est ce qu'on demande, on demande au MIFI de travailler là-dessus justement,
là.
M. Derraji : Oui, mais ça
fait quand même six ans, et les délais s'accumulent, s'accumulent,
s'accumulent. OK.
J'essaie de trouver quelque chose de
positif dans votre mémoire. C'est un excellent mémoire, mais je dis :
Excellent par rapport à la planification. Parce qu'on nous invite à une
planification avec des objectifs sur trois ans. C'est ce qu'on veut se donner.
Mais, si j'ai à vous reposer la question avec ce que vous venez d'évoquer et si
c'est à refaire et vous êtes responsable d'une planification pluriannuelle,
c'est quoi, les trois éléments sur lesquels vous allez insister?
M. Beauchemin (Mario) : Trois
éléments. Bien, je pense qu'on l'a dit dans le mémoire : d'inclure dans la
planification pluriannuelle les travailleurs, les travailleurs étrangers
temporaires, prendre en considération davantage les femmes migrantes et
régulariser le statut des personnes qui sont sur le territoire présentement.
M. Derraji : Quand vous dites
«régulariser», est-ce que vous parlez des sans-papiers?
M. Beauchemin (Mario) : Oui.
M. Derraji : Avez-vous une
idée sur le nombre de sans-papiers?
M. Beauchemin (Mario) : Sur
le nombre de sans-papiers?
M. Derraji : Sur le nombre de
ces personnes.
M. Beauchemin (Mario) : Non.
M. Derraji : Non? Pas grave.
Mme Villeneuve (Marie-Sophie) : ...pas
notre job, non plus.
M. Derraji : Non, non, non,
mais je sais, non, non, je sais, ce n'est pas... Je dis... Parce que, quand on
demande une régularisation, peu importe, on a une idée de... est-ce qu'il
s'agit de 10 000, de 20 000, de 30 000, de 5 000. C'est une
question qu'on pose juste pour savoir sur quoi on s'aligne. Quand on vous dit
que...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion. Il vous reste 20 secondes.
M. Derraji : L'élément de la
régionalisation, encore une fois, pensez-vous que le fait d'ouvrir des bureaux,
c'est la seule chose pour aider à régionaliser l'immigration?
M. Beauchemin (Mario) : Je ne
pense pas qu'il y ait une solution unique à un problème aussi complexe.
M. Derraji : Merci à vous.
La Présidente (Mme Caron) : Je
vous remercie. Le temps est écoulé. Alors, je vais maintenant céder la parole
au député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci beaucoup pour votre présentation. Ça m'a fait penser à plein de
choses. Puis, en même temps, je recevais un courriel des travailleurs d'Olymel
qui... Certains sont toujours sans permis, malgré que l'Assemblée nationale ait
voté une résolution unanime pour des permis de travail ouverts. Il y en a qui
n'ont pas de solution, en ce moment, et ça m'a fait penser à ça, parce que
c'est ça, la réalité du permis de travail fermé, c'est que tu es complètement
aux aléas de ton entreprise. Il y a le rapport des Nations unies, on en a parlé,
ce rapport-là a fait qu'on ne peut plus fermer les yeux, là, on le sait, l'ONU
nous l'a mis en plein visage. Ça fait mal à lire, mais c'est un rappel, un dur
rappel à la réalité.
Et je me tourne vers mes collègues. Je
vais déposer une demande de mandat d'initiative pour qu'on creuse la question
des permis de travail fermés. Je pense que ça nous concerne en tant que
Québécois. Et je pense que Mme la ministre, vous avez soumis que vous étiez à
évaluer des alternatives, je pense que ce serait important qu'on travaille de
façon non partisane à améliorer les conditions de travail de nos travailleuses,
de nos travailleurs, et qu'on fasse des exigences, des demandes, et qu'on aille
plus loin avec l'IRCC, avec le fédéral, pour dire que ça suffit, là. Moi, quand
je lis comme législateur ou quand j'apprends comme député qu'il y a des
conditions qui sont propices à l'esclavagisme, au Québec, ça... je ne suis pas
capable d'entendre ça, je ne suis pas capable de lire ça. Et je pense qu'on
devrait travailler tous ensemble pour qu'on étudie la question puis qu'on la
règle le plus vite possible. Et j'espère que la main tendue sera prise.
Vous parlez de vision inclusive. 10 à
25 ans de délai de traitement, certaines... dans certaines catégories.
Est-ce que vous jugez que c'est possible et acceptable, ça, en 2023, pour le Québec,
que certaines personnes attendent 25 ans pour obtenir la résidence?
M. Beauchemin (Mario) : Poser
la question, c'est pas mal y répondre, hein? Mais non.
M. Cliche-Rivard : Et est-ce
que... puis je me retourne encore, est-ce que... Puis je ne peux pas croire que
c'est ça, l'intention réelle. J'ose croire qu'il y a un oubli ou il y a un
arriéré qui n'a pas été calculé. Il y a une méconnaissance ou, je ne sais pas,
IRCC n'a pas donné les bons chiffres. Je ne peux pas croire, je ne peux pas <comprendre...
M. Cliche-Rivard :
...
ne sais pas, IRCC n'a pas donné les bons chiffres. Je ne peux pas croire, je ne
peux pas >comprendre qu'IRCC n'a pas donné les bons chiffres. Je ne peux
pas croire, je ne peux pas comprendre que, vraiment, il y ait une intention
véritable de séparer des Canadiens, des époux, des Québécois pendant trois ans,
qu'il y ait une intention véritable que des réfugiés reconnus qui sont victimes
de persécution et de mort dans leur pays d'origine, de risque de mort, doivent attendre
10 ans pour leur résidence et 25 ans pour les plus vulnérables des
vulnérables, là, les humanitaires. Je ne peux pas concevoir que c'est ça, la
volonté.
Alors, ça fait quelques fois qu'on en
parle. Mme la ministre, vous avez répondu, tout à l'heure, sur Francisation
Québec, avec des chiffres à jour. Là, vous les avez vus, les chiffres, depuis
le dépôt du plan, Le Devoir a amené des chiffres. Est-ce qu'on peut
avoir une mise à jour là-dessus? Parce que je ne crois pas que c'est vraiment
ça qui est voulu, je ne peux pas croire que c'est ça qui est voulu. En fait, ce
n'est pas ça qui est voulu, j'en suis presque certain.
Sur la régularisation, est-ce que vous
avez une idée de qui on viserait? Est-ce que vous, vous êtes en mode tout le
monde? Est-ce qu'on fait par étapes? Est-ce qu'on vise des secteurs d'emploi?
Est-ce qu'on vise les régions? Est-ce qu'on vise un délai de gens, combien de
temps ils sont restés? Est-ce que vous avez pensé à ça pour commencer, pour une
première phase?
M. Beauchemin (Mario) : Non,
on n'a pas travaillé là-dessus. Mais ce qu'on demande, par contre, c'est que le
ministère y travaille et se penche sur cette question-là. Mais je ne pense pas
qu'on doit mettre les intérêts économiques de l'avant, par exemple.
Mme Villeneuve (Marie-Sophie) : Si
je peux ajouter... Mais, tu sais, c'était déjà mentionné dans le document de
consultation, puis ça fait partie des orientations proposées, c'est-à-dire
qu'on manque de données sur l'immigration puis sur aussi notre capacité
d'accueil, c'est déjà reconnu. Donc, c'est très important de... Ce n'est pas à
nous à compter le nombre de personnes, mais on ne le sait même pas au Canada
puis on ne le sait même pas au Québec, les chiffres n'existent pas nulle part.
Donc, il faut d'abord savoir de qui l'on parle. Puis, pour savoir de qui on
parle, bien, il faut documenter, puis ça, ça ne peut pas être le travail, bien
entendu, des centrales syndicales. Mais, pour nous, c'est urgent de s'y
atteler. Il y a des gens qui peuvent faire cette job-là dans notre société.
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
Mme Villeneuve (Marie-Sophie) : Donc,
voilà.
M. Cliche-Rivard : Bien, j'en
profite pour vous remercier. Il y a beaucoup d'humanité dans ce que vous dites.
Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Merci, le temps écoulé. Alors, je vous remercie beaucoup, tous les trois,
d'avoir participé à nos travaux. Merci pour votre mémoire.
Nous allons suspendre quelques instants
avant de reprendre avec le groupe suivant.
(Suspension de la séance à 15 h 48)
(Reprise à 15 h 53)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons reprendre les travaux de la Commission
des relations avec les citoyens.
Donc, je souhaite la bienvenue à la Fédération
des travailleurs et travailleuses du Québec. Je vous rappelle que vous avez 10 minutes
au total pour votre présentation. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer immédiatement, puis on poursuivra ensuite avec les échanges.
M. Bolduc (Denis) :Merci. Merci, Mme la Présidente. Merci à la commission de
nous recevoir, la FTQ. Je me présente, Denis Bolduc, je suis le secrétaire
général de la FTQ, et je suis accompagné de Gilles Grondin, à ma droite, et
Guillaume Lavoie, à ma gauche, qui sont conseillers syndicals à la FTQ.
Alors, la Fédération des travailleurs et
travailleuses du Québec représente 600 000 membres dans toutes les
régions du Québec. La diversité des secteurs économiques qu'on représente avec
nos syndicats affiliés nous permet de rassembler un grand nombre de personnes
immigrantes qui vivent différentes situations au travail et dans la vie de tous
les jours.
Pour la FTQ, une société prospère comme le
Québec a le devoir moral de recevoir et d'intégrer dans de bonnes conditions
les personnes immigrantes. Notre immigration ne doit pas être planifiée
uniquement dans une perspective économique à court terme, elle doit contenir
une vision à moyen et même à long terme centrée sur l'importance d'accueillir
ici des personnes qui rêvent d'un autre avenir pour eux et leurs proches.
Les orientations présentées par le MIFI
donnent l'occasion à la FTQ de réaffirmer plusieurs principes importants
auxquels les syndicats adhèrent en matière d'immigration et aussi de
francisation. Cette consultation s'inscrit dans un contexte de changements
démographiques inédits dans l'histoire du Québec. Elle soulève des questions et
enjeux importants, entre autres, quant à la capacité de l'État québécois de
protéger et de maintenir son modèle économique, son identité culturelle et
linguistique de même que son poids démographique au sein du Canada. Il demeure
pertinent de rappeler aux membres de cette commission le caractère plus que
minoritaire du français sur le continent nord-américain.
Parmi les 62 recommandations émises
par la FTQ dans le cadre de cette consultation figurent plusieurs propositions
pour assurer le visage français du Québec et son caractère distinct, donc la
mise en place de moyens importants pour favoriser l'apprentissage de cette
langue notamment dans les milieux de travail. La question, donc, de la
francisation prend une place importante dans notre mémoire, vous avez pu le
constater.
La vision de la FTQ sur l'immigration au
Québec s'articule autour de cinq principales thématiques : une société qui
réussit l'intégration des personnes immigrantes, une société où le français est
la langue commune, les besoins de main-d'oeuvre, les ententes... la gouvernance
de l'immigration, le statut des travailleurs et travailleuses étrangers
temporaires. On en parle beaucoup ici, depuis hier, de la <question
des...
M. Bolduc
(Denis) :
... travailleuses
étrangers temporaires. On en parle beaucoup ici, depuis hier, de la >question
des travailleurs étrangers temporaires, je vais prendre quelques instants
également pour vous parler de ces personnes qu'on accueille ici et qui souvent
se font abuser et même exploiter dans certains cas ici, au Québec.
Alors, la hausse significative des
travailleurs étrangers temporaires dans le système d'immigration du Québec est alarmante.
Pour la FTQ, cette immigration temporaire ne doit d'aucune façon constituer une
réponse structurante satisfaisante pour régler à court terme les problèmes de
pénurie de main-d'oeuvre et encore moins de servir de fondement légitime au
modèle économique de certains secteurs d'activité.
On insiste fortement sur la nécessité de
mettre fin aux permis de travail fermés afin de permettre aux individus de
trouver un travail plus adéquat, s'il y a lieu, et d'être moins dépendants de
leur employeur. Il faut aussi s'assurer que les conditions d'accueil de ces
personnes, je parle ici d'hébergement, de transport, de soins de santé, soient
décentes et veiller à ce que les conditions de vie et de travail soient
comparables à ce que des travailleurs et des travailleuses locaux auraient
droit.
On nous rapporte régulièrement, chez nos
syndicats affiliés FTQ, des cas d'abus de certains employeurs. On ne dit pas
que c'est l'entièreté des employeurs qui agissent incorrectement avec les
travailleurs et travailleurs... travailleuses étrangers, mais il y a quand même
des cas quand même importants qui nous sont révélés. Donc, évidemment, on pense
qu'une solution est de permettre les permis ouverts sur soit une base régionale
ou sectorielle. Parce que j'écoutais la présentation précédente, et ce n'est
pas glorieux, quand même, le rapport du rapporteur spécial des États... des
Nations unies, qu'on a pu... qui a été rendu public la semaine dernière
concernant de l'esclavagisme moderne ici, au Québec. On a... Ça fait mal, lire
ça. Et donc on pense que les permis fermés doivent être abolis. On doit avoir
recours à des permis ouverts, comme je disais, peut-être sur une base régionale
ou encore sectorielle.
Puis je dirais également que pour... Il y
a l'argumentaire patronal qui dit que... qui est financier, essentiellement, c'est...
Généralement, c'est ce que j'entends, là, des employeurs, c'est que : Moi,
comme employeur, je vais investir 5 000 $, 10 000 $,
15 000 $ pour faire venir un travailleur étranger temporaire ici, au
Québec, puis je vais me le faire voler après trois mois, quatre mois, six mois,
par mon concurrent un petit peu plus loin. Bien, si c'est ça, si c'est juste
ça, la problématique, bien moi, je pense que la solution... une des solutions
que la FTQ vous propose, c'est d'examiner la possibilité de faire en sorte que
les frais, les frais engendrés pour faire venir des travailleurs étrangers,
bien, si le travailleur change d'employeur, bien, qu'il y ait un système qui
permette de compenser le... je vais dire l'employeur n° 1
par l'employeur n° 2 ou l'employeur n° 3.
Et donc ça peut être une solution. Mais la meilleure solution, selon nous,
c'est quand même d'ouvrir largement les permis de travail pour les travailleurs
étrangers temporaires.
Alors, les défis de... le défi de l'immigration,
ça demeure toujours un sujet d'actualité important, et l'implication de tous et
de toutes demeure une des conditions de succès. Or, en plus des milieux de
travail, les groupes actifs de la société civile demeurent des joueurs importants
dans le succès de la francisation, de la participation et de l'intégration des
personnes immigrantes.
• (16 heures) •
Au Québec, le défi de la participation des
personnes immigrantes à la société d'accueil est accentué par la nécessité de
maintenir la langue nationale, c'est-à-dire le français. Dans ce contexte, nous
souhaitons plus que jamais une gouvernance responsable, cohérente et efficace
en matière de francisation. Nous jugeons aussi essentiel de préciser que les
mesures qui viseront à soutenir la francisation des personnes immigrantes
devront aussi être facilitantes pour ces dernières, et ce, dans la
compréhension et le respect de leur réalité. Nous croyons que les avantages à
une offre de francisation sur les lieux de travail — et j'insiste là-dessus,
sur les lieux de travail — sont indéniables. Les conditions d'un tel
succès reposent sur l'implication et la concertation des membres de la
direction, du syndicat et du personnel, notamment via les comités de
francisation.
Depuis 2011, la FTQ place l'enjeu de la
rareté de la main-d'oeuvre au cœur de ses préoccupations. Or, on constate qu'en
ce moment pratiquement toutes les régions, et tous les secteurs d'activité
économique, et toutes les catégories de qualification sont touchés par cette
pénurie. Des solutions doivent être trouvées, et une immigration structurante
fait partie de ces solutions.
Comme on sait...
16 h (version révisée)
M. Bolduc (Denis) :...trouvées, et une immigration structurante fait partie de
ces solutions.
Comme on sait, la clé d'une bonne
politique d'immigration et d'intégration est la mise en place d'actions
coordonnées et bien concertées. Bien que la FTQ souhaite toujours que le Québec
exerce un contrôle plus important en matière d'immigration, nous appelons à une
meilleure collaboration entre les gouvernements québécois et canadien d'ici la
conclusion de ces ententes afin d'assurer une plus grande efficacité dans la
planification et la gestion de l'immigration.
Dans... On a procédé à l'analyse des 12 orientations
qui sont proposées dans le document de consultation du MIFI. Vous voyez donc d'où
découlent les nombreuses recommandations que vous avez sûrement eu l'occasion
de lire déjà. Et je vois que le fil... que le temps file, alors je vais passer
à la conclusion avant que vous me rameniez à l'ordre, Mme la Présidente.
Se doter... Donc, je conclus en disant que
se doter d'une véritable politique visionnaire en immigration, c'est convenir
de prendre tous les moyens qui sont mis à la disposition de l'État du Québec
pour s'assurer du succès de cette démarche. Des centaines de milliers de
personnes ont mis ou mettront, dans les prochaines années, entre nos mains leur
destinée et leurs projets de vie. Il importe de les considérer d'une manière
digne en agissant avec diligence dans leur processus d'immigration et d'intégration.
Nous devons leur ouvrir nos portes mais en protégeant aussi ce que nous sommes,
ce qui nous distingue en Amérique du Nord. La langue française est minoritaire
sur le continent nord-américain, et nous devons y prendre soin. En
contrepartie, ça requiert aussi, de la part de la société d'accueil, des
marques de respect et d'intégrité pour ces nouvelles personnes immigrantes.
Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup pour votre présentation. Alors, je vais maintenant céder la parole à
la ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration. Alors,
vous avez 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci à vous, M. Bolduc. Merci de prendre part à cette
commission parlementaire, à venir nous présenter vos idées avec un mémoire
intéressant et touffu. Alors, je vais vous amener sur différents... différents
sujets.
Dans le cadre de votre intervention,
notamment, vous avez indiqué que vous trouviez qu'il y avait quand même un
nombre important de travailleurs temporaires qui étaient présents sur le
territoire. Il y a effectivement eu une hausse importante, là, ces dernières
années. Et, dans votre mémoire, vous faites la promotion, tout de même, de l'idée
voulant que l'on doive assouplir le Programme des travailleurs étrangers
temporaires. Donc, on imagine que, si on assouplit le programme pour le rendre
plus facile d'accès, ça, c'est à la page 14, donc qu'il risque d'y avoir
encore davantage de gens qui recourent à ce programme de travailleurs étrangers
temporaires. Vous faites la promotion de l'élargissement du Programme de
l'expérience québécoise pour les travailleurs à des professions peu qualifiées
et vous proposez le prolongement des séjours des travailleuses et travailleurs.
Donc, je me demandais comment vous conciliez cette idée qu'il y a beaucoup de
gens qui ont le statut de travailleurs temporaires, alors que vous proposez des
mesures qui rendraient plus attrayant le recours à ces programmes.
M. Bolduc (Denis) :Oui. Bien, moi, je suis... je siège à la Commission des
partenaires du marché du travail, et évidemment, à chaque rencontre, on parle
de la pénurie de main-d'œuvre, requalification, évidemment, formation. Et on a
eu, il y a... il y a déjà de cela un an et demi... on a été interpelés, à la Commission
des partenaires du marché du travail, concernant les seuils... le 10 % de
travailleurs admis dans les entreprises. Donc, on a demandé l'opinion de la
CPMT sur cet avis-là. Évidemment, c'est une table consensuelle. Alors, on est
allés... et on est arrivés à un résultat où on disait : Bien, comme
consensus, au Québec, on pourrait accepter 20 % de travailleurs étrangers
dans un établissement, une entreprise dans certains secteurs. Et le fédéral est
arrivé avec une solution qui a monté ça à 20 %. Donc, c'étaient 20 %
dans certains secteurs puis 30 % pour certains secteurs. Et le fédéral est
arrivé avec 30 % et 20 % dans tous... dans tous les secteurs.
Alors, il y a cette... il y a cette
pression, quand même, qui existe, là, des travailleurs d'avoir recours à l'immigration
pour combler la pénurie de main-d'œuvre. Ce n'est pas la solution, mais on se
doit de regarder. Et, dans tout ce processus-là, on dit : Bien, oui, il
faut accueillir des <immigrants...
M. Bolduc (Denis) :
...se doit de regarder. Et, dans tout ce
processus-là, on dit : Bien, oui, il faut accueillir des >immigrants...
des personnes immigrantes pour combler cette pénurie-là, mais essentiellement,
puis c'est ce qu'on essaie de dire là, clairement, dans le mémoire, c'est que,
oui, on veut accueillir des gens, mais il faut les accueillir convenablement,
qu'ils aient les mêmes droits que les travailleurs, les travailleuses québécois
de souche, là, qu'ils aient accès aux mêmes... aux programmes, à l'éducation en
santé, services de garde, transports en commun, etc., les mêmes droits, puis...
Donc, dans ce contexte-là, on dit : Oui, c'est une belle solution, mais il
faut quand même resserrer certains trucs. Puis le permis... on parle de
francisation aussi, là. Alors, il y a différents... Oui, on est prêts à en
accueillir beaucoup, des personnes immigrantes, mais dans la mesure où on peut
leur fournir un logement puis des services convenables.
Mme Fréchette : Donc, c'est
davantage le cadre dans lequel ces personnes évoluent, ces travailleurs
évoluent qui vous interpelle davantage que le nombre. C'est ce que j'en déduis?
M. Bolduc (Denis) :Oui, exactement, et je vous donne un exemple que ce n'est
pas deux... les deux personnes concernées ne sont pas des personnes immigrantes,
mais juste pour donner l'ampleur de la difficulté sur cette question-là,
concernant le logement, précisément. On avait, à la FTQ, il y a quelques mois à
peine, un projet de stagiaire d'été. On avait un boucher puis une personne
animatrice à la radio qu'on a... on a trouvé une place qui était prête à les
accueillir dans une ville de l'Abitibi, une petite ville de l'Abitibi. Station
de radio communautaire, une boucherie, donc on a nos places. On règle tout,
toutes les affaires, il reste à leur trouver un logis pour un stage d'été une
dizaine de semaines. On a été incapables de trouver deux places pour les loger
en Abitibi, dans cette petite ville là. Alors, si on... On parle beaucoup de
régionalisation en immigration, là. Bien, ça, c'est un défi vraiment important.
Il est immense, ce défi-là.
Mme Fréchette : Je suis bien
au fait de ça. Dans le cadre de la tournée régionale, je m'en suis fait parler
abondamment.
Restons sur la question du fait français.
Vous proposez... à la page 14, donc, vous recommandez de rendre
l'acceptation des candidatures pour le Programme des travailleurs étrangers
temporaires, donc le PTET, conditionnelle à un engagement de francisation de la
part des employeurs lorsque les travailleurs étrangers ne proviennent pas d'un
pays francophone. Comment est-ce que vous verriez que ça fonctionne, là, ce
système-là? J'aimerais entendre votre... votre proposition.
M. Bolduc (Denis) :
...à l'engagement des employeurs. On a des beaux exemples à la FTQ quand même.
On a, par exemple, l'usine Peerless, à Montréal, qui fabrique des vêtements. Je
suis allé visiter avec Gilles, justement, il y a peut-être un an, peut-être
moins, même, on est allés visiter les gens qui désiraient... En fait, ce qui nous
intéressait, c'était de voir comment fonctionne la mécanique pour inscrire les
gens aux cours de francisation là-bas. Et c'est les Nations unies, hein? Ils
ont des gens d'une multitude de pays. Bien, ils ont réussi à mettre en place,
avec l'employeur, collaboration du syndicat, des cours de français sur les
lieux de travail. Nous, on est convaincus, là, que c'est la meilleure recette à
utiliser parce que les gens sont déjà sur les lieux de travail. Ça peut être
une prolongation de la journée, quand les journées ne sont pas trop longues, ou
encore intégré dans l'horaire de travail, et là on leur donne des cours de
français de façon régulière, payés par l'employeur sur les lieux de travail.
C'est comme ça qu'on voit, là, la façon idéale de franciser, de faciliter la
francisation des travailleurs... des travailleurs étrangers dans les
entreprises. Et évidemment, nous, on peut le faire dans les milieux syndiqués.
C'est plus difficile, là, de le faire là où il n'y a pas de... il n'y a pas de
syndicat.
• (16 h 10) •
Mme Fréchette : Bien, c'est
une orientation aussi qui nous interpelle beaucoup.
Si on s'en remet aux étudiants étrangers,
dans le cadre de votre mémoire, vous parlez, à la page 30, que le Québec
doit travailler, bon, avec le fédéral pour faire en sorte d'assurer une plus
grande présence, une présence plus importante, là, d'étudiants étrangers
francophones. Quelle approche vous proposeriez d'adopter par rapport à
l'attraction d'étudiants étrangers francophones? Est-ce que vous pensez qu'une
approche incitative serait la voie à adopter ou plutôt une approche de
réduction du nombre d'étudiants étrangers anglophones? Jusqu'où iriez-vous en
termes d'actions à mettre en place pour assurer une plus grande présence
d'étudiants francophones?
M. Bolduc (Denis) :Si vous me permettez, Mme la Présidente, <Gilles...
Mme Fréchette :
...une
plus grande présence d'étudiants francophones?
M. Bolduc (Denis) :
Si vous me permettez, Mme la Présidente, >Gilles...
mon collègue Gilles pourrait répondre.
M. Grondin (Gilles) : Bien, écoutez,
on n'a évidemment pas l'ensemble des réponses que vous pouvez avoir, mais c'est
certain qu'il devra y avoir une sorte de coercition, finalement, possiblement,
pour arriver à nos fins et s'assurer qu'il y ait une plus grande présence. On
voit les universités à Montréal, l'UQAM, l'UdeM, qui ont aussi des difficultés
économiques, notamment à l'UQAM, l'augmentation importante du nombre
d'étudiants à Concordia, à McGill. Et il devra y avoir des mesures, je pense,
pour faciliter la présence d'étudiants francophones dans nos universités. On
sait le blocage aussi qui existe à Ottawa avec une multitude d'étudiants
africains qui demandent et qui ne reçoivent pas des permis. Donc, je pense...
on pense, nous, de notre côté, qu'il doit y avoir, et on doit renforcer... Il
faut vivre à Montréal aussi pour bien voir aussi comment la réalité
montréalaise s'anglicise aussi.
Mme Fréchette : Donc, vous
parlez de mesures pour assurer une plus grande présence d'étudiants
francophones mais aussi de mesures pour réduire le nombre d'anglophones?
M. Grondin (Gilles) : On n'a
pas de position de centrale sur la question, je ne peux pas parler au nom de la
FTQ, mais je pense qu'il faut assurément augmenter la présence d'étudiants
francophones. S'il faut, pour des raisons économiques, diminuer celle des
anglophones, comme aussi... Et je pense que le Commissaire à la langue
française, ce matin, a bien présenté l'ensemble du portrait sur la question de
toute la socialisation des jeunes, des gens qui vont au cégep, à l'université,
dans les cégeps anglophones et autres. Je pense que le Commissaire à la langue
française l'a bien démontré ce matin aussi.
Mme Fréchette : Merci. Une
dernière question de ma part. Au sujet de la formation en francisation au
travail, là vous évoquez le modèle du secteur de l'entretien ménager qui semble
être intéressant. Est-ce que vous pourriez nous en parler davantage?
M. Bolduc (Denis) :Oui, c'est notre affiliée UES 800, l'Union des
employés et employées de service 800, qui est impliquée quand même
fortement dans ce... dans ce dossier-là. C'est que, dans ce secteur-là, il y a
entente avec les employeurs et le syndicat pour procéder à la francisation, là,
des personnes. Alors, ça passe par un programme de la CPMT. Je ne me trompe
pas, hein? Ça passe par un programme de la Commission des partenaires du marché
du travail, et il y a une partie du salaire des personnes qui sont libérées
pendant leur cours de francisation qui est remboursée par le programme. Le
syndicat, même, s'implique financièrement. L'UES 800, là, c'est un...
s'implique même financièrement, là, pour favoriser la francisation de ses
membres dans ce secteur d'activité économique qu'est l'entretien ménager.
Mme Fréchette : Parfait.
Bien, merci, alors, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
je vais céder la parole à la députée d'Iberville. Il reste 5 min 55 s
à votre groupe.
Mme Bogemans : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Moi, je voulais vraiment vous féliciter pour votre
ouverture. On sent vraiment votre implication, votre dévouement envers la
cause. Puis l'ouverture que vous démontrez aujourd'hui, je trouve que c'est
porteur de solutions. Donc, je voulais vous remercier pour ça.
Vous avez porté à notre idée plein de...
une foule de sujets, en fait, qui sont vraiment porteurs. Puis nous autres, au
gouvernement, on se concentre pour avoir une économie forte dans toutes les
régions du Québec. On a plusieurs exemples avec le développement de la filière
batterie, avec les projets zones innovation, les projets signature innovation
partout au Québec dans le but d'apporter puis de diversifier aussi les pôles
économiques à la grandeur des régions du Québec puis attirer également les
immigrants dans les régions, tout comme offrir des bonnes possibilités d'emploi
pour les Québécois qui sont déjà ici.
Donc, je voulais vous entendre, dans le
fond, parce que vous avez suggéré, dans la régionalisation, vraiment un comité
interministériel piloté par un comité de travail. Puis je voulais vous entendre
un petit peu plus sur cette idée-là, comment ça pourrait se déployer.
M. Grondin (Gilles) : Bien, ce
qu'on constate ou ce qu'on a constaté... Et je rappelle à cette commission ce
que j'avais présenté une autre fois, dans un autre contexte de la loi
n° 96, c'est notamment le film Langue à l'ouvrage que nous avons
fait, à la FTQ, portant sur la question de l'immigration et des succès en
francisation. Mais ce qu'on a pu constater dans ce film-là, c'est notamment...
et on le voit en images, c'est le peu... le problème de logement, le problème
de transport, ça peut aller jusqu'au problème de services de garde, d'accès.
Donc, il y a vraiment nécessité qu'on ouvre et qu'on favorise cette
implantation-là en région. Ce n'est pas juste de dire : On en envoie 75,
on trouve des petites cabanes pour eux. Non. C'est aussi de les accompagner
dans la région, donc par des... différents moyens, par les groupes
communautaires qui seront présents. C'est pour ça qu'une de nos premières
recommandations, c'est de continuer le financement aussi des groupes communautaires.
Puis le transport est un autre problème.
Le film est tourné notamment à Saint-Anselme, tout près de Lévis, mais combien
de gens veulent aller à Lévis ou à Québec pendant leur fin de semaine et ont
des problèmes de transport pour s'y rendre, comme ils vivent dans des grandes <maisons...
M. Grondin (Gilles) :
...pendant
leur fin de semaine et ont des problèmes de transport pour s'y rendre, comme
ils vivent dans des grandes >maisons, à cinq, six dans la maison parce
qu'il n'y a pas de trois et demie, il n'y a pas de quatre et demie dans le
village de Saint-Anselme ou très peu. Alors, vous voyez, ça, c'est des réalités
importantes à saisir.
Mme Bogemans : Oui, mais, au
niveau du déploiement d'un comité interministériel sur la régionalisation,
comment vous nous suggérez, dans le fond, de mettre en place...
M. Grondin (Gilles) : Bien,
c'est parce qu'on entend souvent que les gens travaillent en silo, hein?
Mme Bogemans : Oui.
M. Grondin (Gilles) : On
entend souvent que les gens en haut lieu, comme en région, travaillent en silo,
d'où l'importance de vraiment s'assurer que ça ne soit pas en silo puis qu'il y
a... Parce que l'être humain qui arrive là, il ne va pas juste au MIFI. Il faut
qu'il inscrive son enfant, il faut qu'il... Tu sais, il y a l'importance de
prendre cette personne-là, cet humain-là dans son entièreté, là, donc d'où...
Ça peut aller jusqu'à des comités, mais, cela dit, c'est plus entre vos mains
qu'entre les miennes, là. Mais c'est aussi de voir à le travailler un peu avec
tout le monde. Et, dans le film, on en parle. Il y a des gens qui disent :
C'est important qu'on se parle entre nous pour bien se comprendre.
Mme Bogemans : Oui. Puis
tantôt vous parliez de... au niveau des permis ouverts, de sectoriel ou de
région. Est-ce que vous avez, par exemple, des exemples à nous soumettre ou des
scénarios particuliers?
M. Bolduc (Denis) :Bien, en fait, ça pourrait être dans un secteur d'activité
économique précis. Par exemple, je ne sais pas moi, on... Dans
l'agroalimentaire, on en a beaucoup, hein? On en a énormément, de travailleurs
étrangers temporaires, dans l'agroalimentaire. Bien, peut-être, dans une région
donnée, bien, que cette personne-là, s'il a un permis ouvert puis qu'il vit une
situation difficile chez un employeur, il se fait abusé ou... bien, qu'il ait
la possibilité... ou dans la fermeture, dans le cas de la fermeture de cette...
d'une usine spécifique à laquelle il est rattaché, bien, il devient comme
emprisonné, il ne peut plus rien faire, donc ouvrir... donc ouvrir sectoriel,
soit par secteur économique, ou dans une région, alors ouvert à la région. Parce
qu'on a vu...
Puis il ne faut pas s'imaginer, là, que c'est...
ce n'est pas... ce n'est pas régulier, là, les cas d'abus, là. Il y en a, moi,
je dirais, quotidiennement, à différents degrés. Et je pourrais vous donner...
Ça m'a été rapporté, là, par un syndicat affilié récemment, un cas d'une
entreprise sur la Rive-Sud de Montréal où le gestionnaire se promène sur le
plancher puis, devant les travailleurs étrangers temporaires, bien, il fait le
signe d'avion, en voulant dire : Bien, tu vas faire... tu vas faire ce
que... Tu ne te plaindras pas puis tu vas faire ce que je vais te demander de
faire parce que moi, j'ai le pouvoir de te retourner chez vous. Alors, ça,
c'est du... c'est plus de l'intimidation, du harcèlement qui paraît moins, là,
que les cas qui sont rapportés dans les nouvelles, les cas... Mais on... ça nous
est rapporté régulièrement parce qu'on est présents, je vous le disais en
introduction, dans à peu près tous les secteurs économiques au Québec.
Mme Bogemans : Oui. Bien,
c'est certainement inacceptable, là. Puis il y a déjà des initiatives qui sont
mises en place, entre autres par l'escouade de la CNESST. Puis c'est certain
que c'est... Toute forme, de toute façon, d'intimidation sur les lieux de
travail n'est pas acceptable. Puis on s'emploie à l'enrayer au plus possible, mais...
Ma dernière question pour vous, c'était :
Comment les centrales syndicales en général et la FTQ peuvent contribuer à
l'intégration des personnes en région? Avez-vous des initiatives particulières?
La Présidente (Mme Caron) : En
25 secondes.
M. Bolduc (Denis) :En 25 secondes? Bien, je pourrais donner rapidement un
outil, un outil, là, qui existe actuellement puis qu'on souhaite qu'il soit
déployé davantage, c'est les comités de francisation en entreprise,
100 employés et plus. Nous, on souhaiterait que... puis on... on
souhaiterait que ce soient les entreprises de 50 employés et plus. Bien,
là où il y a des comités de francisation, on pourrait les utiliser pour
justement mettre en place, promouvoir des programmes de francisation en
entreprise.
• (16 h 20) •
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, je vais maintenant céder la parole à l'opposition officielle. Député de
Nelligan? Alors, c'est 12 min 23 s pour votre groupe.
M. Derraji : Oui. Merci...
merci, Mme la Présidente. Merci à vous trois pour votre rapport, mais surtout,
surtout, surtout des 62 recommandations. C'est très détaillé. Il y a des
choses où j'ai des questions, mais, une bonne majorité, vous soulevez de bons
points.
Je vais commencer avec la
recommandation 61. La FTQ demande au gouvernement du Québec de prendre...
de prendre des mesures pour favoriser l'inclusion des travailleurs étrangers
temporaires dans le calcul du seuil d'immigration.
Une voix : ...
M. Derraji : Oui, 61. Recommandation
61. C'est page 48. C'est bon? C'est bon?
Une voix : ...
M. Derraji : Oui. Pouvez-vous
élaborer un peu?
Une voix : Pardon? Je n'ai pas
compris.
M. Derraji : Pouvez-vous
élaborer un <peu...
Une voix : ...pardon? Je
n'ai pas compris.
M. Derraji :
Pouvez-vous
élaborer un >peu?
M. Grondin (Gilles) : Je peux
tenter une explication aussi sur cette question. Je pense que, comme a
mentionné le collègue de la CSQ précédemment, à un moment donné, la question
des travailleurs étrangers temporaires doit aussi être considérée dans
l'ensemble du portrait de l'immigration. C'est dans ce sens-là qu'on veut...
qu'on l'amène, notamment. Donc, c'est dans cette réflexion-là aussi qu'on l'a
apportée, cette dite recommandation-là.
M. Derraji : OK. Donc... Oui.
Donc, ce que vous dites, le portrait qu'on a, actuel, ne représente pas le réel
portrait — excusez-moi l'utilisation des deux «portrait», c'est juste
pour aller vite — et que, si on inclut les TET, on ne va plus parler
de 50 000 ou de 60 000.
Donc, le narratif sur la place... Je vous
laisse choisir qui va répondre. Le narratif sur la place publique changera. On
ne peut plus dire : Est-ce que — dans une campagne électorale — je
vais baisser les seuils à 40 000 ou à 30 000? D'autres vont dire
60 000, un autre qui... va dire 80 000. D'ailleurs, la position, au
Parti libéral, nous, on dit que le débat sur les seuils est une question qui
est dépassée, vu que, pour la première fois, un gouvernement a presque
multiplié par trois le nombre de temporaires.
Donc, ce que vous dites aujourd'hui au
niveau de la planification, la planification qu'on a devant nous... que,
dorénavant, si on veut être justes et avoir le portrait réel, on doit tout
inclure?
M. Grondin (Gilles) : OK. Ce
qu'on dit, c'est qu'à un moment donné, effectivement... On l'a dit il y a
quatre ans, en commission parlementaire, sur le même sujet. On a dit : On
n'est pas des experts pour déterminer quel doit être le chiffre du seuil
exactement précis et on n'a surtout pas accès à toutes les données. Je ne sais
pas si vous avez accès à plus de données que nous, mais, en ce qui concerne,
par exemple, la présence de travailleurs étrangers temporaires sur le sol
québécois, on entend toutes sortes de chiffres. La présence de sans-papiers, on
entend aussi, tout le monde, toutes sortes de chiffres. Donc, c'est dans cette
perspective-là aussi qu'il faut comprendre l'entièreté de l'oeuvre, au niveau
de l'immigration, et de l'offre de services aussi qu'on doit faire à ces
gens-là.
M. Derraji : Oui, c'est...
M. Bolduc (Denis) :Parce que les vannes... les vannes ont été ouvertes, hein,
dans les dernières années.
M. Derraji : Désolé, je ne
vous ai pas entendu. Qu'est-ce que... qui est ouvert?
M. Bolduc (Denis) :Les vannes.
M. Derraji : Les vannes de
quoi?
M. Bolduc (Denis) :De l'immigration des travailleurs étrangers temporaires.
Alors, je vous parlais, tout à l'heure, des pourcentages de travailleurs, du nombre
de travailleurs qui sont acceptés ou permis dans les entreprises. Ça a été
augmenté, et même, en certaines situations, on constate qu'on dépasse, même,
ces maximums-là.
M. Derraji : Oui, mais...
M. Bolduc (Denis) :Puis, ça, c'est... c'est un contexte de négociations avec
le fédéral, là. Il y a du fédéral là-dedans, là.
M. Derraji : Oui. Quand vous
dites «les vannes», «les vannes», c'est le gouvernement qui a ouvert les
vannes.
M. Bolduc (Denis) :Oui.
M. Derraji : Pourquoi, selon
vous...
M. Bolduc (Denis) :
À cause de la pénurie de...
M. Derraji : ...du
temporaire?
M. Bolduc (Denis) :À cause de la pénurie de main-d'oeuvre, le contexte de
pandémie dans lequel on a... on a été plongés et la pression qui a été mise
aussi par les employeurs pour avoir de plus en plus de travailleurs étrangers
pour avoir recours... puis la démographie, hein, du Québec. Donc, il y a...
M. Derraji : Donc, ces
travailleurs temporaires répondent à un besoin, comblent un besoin de pénurie,
mais la réponse du gouvernement aujourd'hui nous invite à ne parler que des
résidents permanents. Donc, on laisse toujours la porte à quelqu'un d'autre qui
va choisir... que j'ai un manque, j'ai 20 %, 30 %, ça dépend du secteur,
le fédéral nous l'autorise. Mais, nous, au Québec, on est maîtres de notre
politique d'immigration, mais on n'en parle pas parce qu'on s'occupe juste du
permanent.
M. Bolduc (Denis) :On aimerait que le Québec rapatrie ses pouvoirs en
immigration.
M. Derraji : Ah! je... sur le
travailleur temporaire étranger...
M. Bolduc (Denis) :
Je ne sais pas si vous voulez embarquer sur...
M. Derraji : Ah! oui, oui,
oui. Non, non, non. Je l'ai mentionné. J'ai fait... Avant même, avant même
l'arrivée de Mme la ministre, je l'ai mentionné, en tant que nouvelle élue et
ministre, j'ai mentionné qu'on doit rapatrier le programme des travailleurs
temporaires étrangers.
Mais ma question, elle est la suivante :
À part qu'on n'a jamais cru à la pénurie de main-d'oeuvre, à part qu'on a
essayé de dire aux Québécois que le besoin, c'est juste 40 000, on
s'entend que le narratif va changer. C'est que personne ne peut aller en
élections et dire : Mes seuils seront de 50 000 ou de 60 000. C'est
un faux débat, parce qu'on ne parle pas de 50 000 ou de 60 000, là.
Vous êtes sur le terrain, vous représentez
des travailleurs. Vous pouvez nous dire aujourd'hui... Est-ce que... est-ce que,
vraiment, c'est 50 000 ou 60 000 qu'on a, comme immigrants?
M. Bolduc (Denis) :C'est davantage.
M. Derraji : Hein?
M. Bolduc (Denis) :C'est clairement davantage. C'est clairement...
Immigration, toutes catégories confondues, c'est beaucoup plus que 50 000,
60 000...
M. Derraji : Absolument.
M. Bolduc (Denis) :...si on tient compte des travailleurs étrangers
temporaires.
M. Derraji : Mais vous ne
pensez pas que...
M. Bolduc (Denis) :Mais les chiffres...
M. Derraji : Mais pourquoi on
dit que... On parle sur la place publique... un certain narratif de
50 000, 60 000, et on ne veut pas parler de travailleurs temporaires
étrangers. Est-ce que vous avez cette impression?
M. Grondin (Gilles) : Oui, j'ai
cette impression-là, mais c'est une impression qui court depuis de nombreuses <années...
M. Grondin (Gilles) :
...j'ai
cette impression-là, mais c'est une impression qui court depuis de nombreuses >années,
pas juste de cette consultation-ci, de la précédente et de l'autre d'avant
aussi. On est toujours sur cette fameuse question des seuils à 45, à 50 à 55, à
60, à 22, peu importe. Et c'est le cas de plusieurs commissions.
Donc, est-ce que c'est l'ensemble de la
fonction publique qui nous amène toujours sur ce sujet-là? Je parle d'une
commission parlementaire dans laquelle le Parti libéral était aussi au pouvoir
à l'époque. Donc, c'est depuis 2011 aussi que nous, on parle de problèmes :
La pénurie de main-d'œuvre, elle va s'en venir, là. Qu'est-ce qu'on a eu comme
réponse? Au niveau structurel, au niveau de l'économie, ce n'est pas toujours si
précis que ça. Et idem pour ce qui est de la question des travailleurs
étrangers temporaires, qui, oui, prend de plus en plus de place. Mais, pour
nous aussi, on a toujours maintenu et on le dit là-dedans, dans notre mémoire,
c'est qu'aussi qu'à des places il faudrait peut-être qu'on augmente le salaire
minimum pour favoriser aussi le retour en emploi de certaines personnes.
M. Derraji : Oui, vous avez
raison. Je dis juste à préciser quelque chose, c'est que, les données, vous,
vous les suivez aussi, le nombre de travailleurs temporaires étrangers n'a
jamais été au seuil qu'on a maintenant.
M. Grondin (Gilles) : Je l'ai
dit. C'est vrai.
M. Derraji : Donc, oui, oui,
je suis d'accord avec vous qu'il y avait la problématique des travailleurs
temporaires étrangers sur la table, je vous l'accorde, mais il n'y avait pas du
20 %, 30 % partout. Ça vient d'être fait. Vous l'avez même vous-même
mentionné. Et on n'a jamais été, au Québec, à des seuils de
50 000 travailleurs temporaires étrangers. Prenez juste le cas du Programme
de mobilité internationale, vous allez voir qu'on est rendus à des 40 000.
Mais cette recommandation, pourquoi je
vous ai mentionné de me parler de cette recommandation 61? Parce que je
vous ramène à la recommandation 24...
M. Grondin (Gilles) : 24.
M. Derraji : OK? Je vous
laisse le temps d'aller la voir. Vous demandez au gouvernement de se doter
d'indicateurs précis et complets pour mesurer les besoins et les effets
relatifs à l'immigration, notamment pour mieux suivre la situation de
l'insertion économique, linguistique et géographique des nouveaux arrivants
afin de planifier les programmes et les mesures nécessaires, et que ces données
soient rendues publiques. Mais quels indicateurs vous souhaitez ou vous
aimeriez avoir?
M. Bolduc (Denis) :Bien, juste sur le nombre, le nombre de personnes
immigrantes au Québec, on entend toutes sortes de chiffres. Ce n'est jamais le
même chiffre. Il y a les... Il y a différentes catégories. On parlait des... Je
vous entendais, tout à l'heure, parler des sans-papiers. On ne peut pas savoir
combien ils sont, ils sont sans papiers. Et donc c'est important que... Et
nous, on n'a pas le moyen de le faire. Le gouvernement a probablement les
moyens d'aller chercher des statistiques pour...
M. Derraji : Est-ce que vous
formulez aujourd'hui... Est-ce que vous formulez aujourd'hui une demande
officielle que le gouvernement se penche sur la question des sans-papiers,
d'avoir le portrait réel?
M. Bolduc (Denis) :Bien, de l'ensemble de l'immigration au Québec, d'avoir un
portrait. Parce que si on n'a pas la photo, c'est difficile de faire des
retouches dessus, là, si on ne l'a pas devant nous.
M. Derraji : Et, cette photo,
ça reflète aussi la fameuse capacité d'accueil. Parce que ça a été, je dirais,
pendant longtemps la fameuse phrase pour clore le débat : La capacité
d'accueil du Québec est atteinte. Mais, quand je pose la question :
Donnez-moi juste une seule étude qui parle de la capacité d'accueil, on n'en
parle pas. Parfois, on entend des gens qui veulent, dans certaines régions,
ramener plus d'immigrants, mais, présentement, ils vivent une crise de
logement. On va les loger où?
Donc, en fait, ce que j'aime avec votre
proposition, c'est que, si on ne se donne pas des indicateurs, si on n'a pas le
portrait réel. On navigue dans le vide.
• (16 h 30) •
M. Grondin (Gilles) : Bien,
c'est pratiquement comme ça que commence n'importe quelle expérience
scientifique aussi, là. Il faut que tu aies un portrait, peu importe, pour le
comprendre. Que ce soit dans une expérience en physique, en chimie ou en
n'importe quoi, il faut que tu aies un portrait, tu sais.
Moi, je suis dans le dossier d'immigration
depuis quelques années et j'ai notamment travaillé à la rédaction du précédent
rapport du... ce qu'on a fait il y a quatre ans, et je m'étais largement
inspiré du précédent. Et, à toutes les fois, on ramène, nous, comme fédération
de travailleurs, cette question-là, d'avoir des données précises sur
l'immigration afin de pouvoir ensuite émettre des recommandations, mais
c'est... Toutes les centrales syndicales vont vous dire la même chose, là :
on n'a pas ces données précises là et on ne sait pas, nécessairement, toujours
comment donner des réponses face à ça. Vous-même, vous les cherchez, ces
réponses-là.
M. Derraji : Oui. Bien, en
fait, sur les données, il y en a pas mal. On peut vous partager nos données sur
les immigrants temporaires parce que je ne peux pas déposer un projet de loi
pour inclure les travailleurs temporaires étrangers si je n'ai pas fait mes
recherches. On va vous partager. Il y en a. C'est plusieurs catégories : Programme
de mobilité internationale, il y a des étudiants, il y en a pas mal.
Maintenant, on arrive à en avoir. Je dirais même, et je salue l'équipe de Mme
la ministre, on a même des chiffres par rapport à la francisation. Maintenant,
on en a. Maintenant, c'est sur l'espace public où on doit prendre le temps de
dire quels indicateurs on veut. Quand on veut parler de la régionalisation, le
groupe qui était juste avant vous, ce n'est pas uniquement ouvrir des bureaux
qui va aider dans la régionalisation. On parle de l'accompagnement. Il y a
beaucoup d'autres mesures qu'on doit mettre en place pour favoriser l'inclusion
en région.
Je reviens à la recommandation 16, recommandation
16. Vous voulez dire quelque chose?
M. Grondin (Gilles) : Non,
mais...
16 h 30 (version révisée)
M. Derraji : ...recommandation
16, recommandation 16. Vous voulez dire quelque chose?
M. Grondin (Gilles) : Non,
mais j'ai juste dit que c'est ce qu'on a mentionné précédemment.
M. Derraji : Oui, pas de
problème. Recommandation 16 : Que le gouvernement du Québec rende
publique la liste de tous les employeurs s'étant vus refuser une étude d'impact
du marché du travail pour des raisons de non-conformité. Pourquoi?
M. Lavoie (Guillaume) :Oui. Bien, ça, en fait, c'est parce qu'il existe un double
programme au Canada, c'est-à-dire qu'il y a un... il y a des règlements
canadiens pour lesquels les employeurs qui se voient imposer des sanctions
pécuniaires administratives ou des sanctions même les interdisant de faire
venir des travailleurs étrangers pour le futur qui sont rendus publics. Alors
qu'au Québec on a également, dans le règlement sur l'immigration, certaines
conditions pour lesquelles le MIFI peut interdire à des employeurs d'émettre un
IMT, de faire venir donc des travailleurs étrangers pour les années futures.
Mais l'application qui est faite par le MIFI de ces dispositions-là n'est pas
rendue publique et on n'a pas de données sur... Encore une fois, c'est une
absence de données qu'on a sur l'application qu'en fait le MIFI. Donc, c'est le
sens de la recommandation.
M. Derraji : OK. Vous siégez
à la CPMT, est-ce que toutes vos demandes sont... Parce que j'ai vu pas mal de
recommandations, que vous formulez par rapport à la CPMT. Est-ce que vous avez
quelque chose...
La Présidente (Mme Caron) : En
15 secondes, s'il vous plaît.
M. Derraji : ...d'important à
citer aujourd'hui?
M. Bolduc (Denis) :La CPMT a déposé un mémoire. Je ne sais pas s'ils ont
été...
M. Derraji : Oui, oui, ils
vont être là, mais vous...
M. Bolduc (Denis) :Oui? Ils vont être là? C'est une position de consensus à la
CPMT. Ça va moins loin que... Par exemple, sur les permis fermés, il n'y a pas
de consensus à la CPMT sur cette question-là.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, le temps est écoulé. Je vais maintenant céder la parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Donc, c'est 4 min 8 s pour votre groupe.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci beaucoup pour votre mémoire et vos recommandations. Si vous
êtes les quatre centrales ici, aujourd'hui, à faire un point de presse en blocs,
unis, on va se le dire, là, quand même, avec des vice-présidents et autres,
permettez-moi de vous demander : L'heure est grave quand même, là, vous
avez un message fort. Vous ne vous seriez pas déplacés si vous ne jugiez pas
que l'heure était assez pressante et grave.
M. Bolduc (Denis) :Oui. Bien, ça fait... ça fait des années qu'on intervient
sur l'immigration. Aujourd'hui, on a décidé, les quatre centrales, de le faire,
de donner un signal, effectivement, collectif, fort, ensemble. C'est plus de 1 million
de travailleurs et travailleuses au Québec qui parlent à travers nos quatre
centrales, et, oui, parce que ça fait longtemps qu'on parle de la question de l'immigration.
La Commission des droits de la personne parlait, en 2011, concernant les
travailleurs agricoles, de discrimination systémique. Alors, ça fait longtemps,
là, que cette question-là des travailleurs étrangers nous préoccupe, autant à
la FTQ que chez mes collègues des autres centrales.
M. Cliche-Rivard : Bien, j'apprécie
le geste fort et j'espère qu'il sera entendu parce que ce n'est pas tous les
jours qu'on voit ça quand même puis vous avez des orientations quand même dans
le même sens. Puis, je veux dire, ça fait beau à voir.
M. Bolduc (Denis) :Des fois, on s'obstine, oui, effectivement.
M. Cliche-Rivard : Vous avez parlé
des planifications précédentes, la planification de 2019 notamment, j'étais
assis à cette table-là en 2019, et on en a eu une quarantaine de groupes qui
étaient entendus. Et, ce qui est ressorti de la planification, en fait, de la
discussion puis des consultations, c'est exactement le même document qui avait
été soumis préalablement. Donc, essentiellement parlant, après 40 groupes,
c'est le même document qui a été adopté sans modification.
Aujourd'hui, on est là, on a 80 groupes
qui vont être entendus, notamment vous, mais il y en a d'autres. Est-ce que
vous souhaitez, j'imagine que oui, qu'il y ait des modifications? Et quel
message ça enverrait si, après 80 groupes, le plan tel quel était adopté?
M. Bolduc (Denis) :Bien, qu'on n'est pas écoutés. C'est la beauté d'une
commission parlementaire, c'est de permettre à des groupes de venir s'exprimer,
c'est la démocratie à l'état pur. Alors, on invite des groupes de venir s'exprimer,
puis, après ça, bien, ça a quand même... appartient au gouvernement de prendre
des décisions. Si on le voit dans les résultats, dans les décisions qui sont
prises, bien, après ça, on peut juger s'il y a eu une écoute ou pas. Alors, on
espère qu'il y aura une bonne écoute, Mme la ministre.
M. Grondin (Gilles) : J'ajouterais
peut-être un petit quelque chose. J'ai la chance de participer à des forums
internationaux sur différents enjeux, et beaucoup de pays nous... beaucoup de
syndicats de ces pays-là nous envient de pouvoir pratiquer une sorte de
dialogue social ici, comme on fait tout le temps, peu importe lequel parti est au
pouvoir, là, dans une perspective de démocratie. Ça fait qu'on ne peut que
saluer ça, là.
M. Cliche-Rivard : Puis vous
avez raison de le dire. C'est vrai qu'on a cette belle liberté d'expression,
puis qu'on est écoutés, puis que, finalement, on a une belle planification de
par la loi, là. Donc, on est contents de l'avoir, mais j'espère, moi aussi,
que, des 80 groupes, il y aura des choses <qui seront retenues...
M. Cliche-Rivard :
...mais
j'espère, moi aussi, que, des 80 groupes, il y aura des choses >qui
seront retenues, qu'il y aura des choses qui seront adaptées, ajustées. Vous en
avez parlé, il y a un volet qui parle de tenir compte du nombre de gens qui
vont se qualifier dans le PEQ pour fixer notre seuil prospectif, hein?
Finalement, si on a, à terme, je ne sais pas, 20 000, 30 000,
40 000 candidats qui se qualifient au PEQ et que, finalement, dans
ces catégories-là, il y a seulement 4 000, 5 000, 6 000,
8 000 personnes qui sont qualifiées... pardon, qui sont sélectionnées
dans le seuil, on va avoir un problème.
La Présidente (Mme Caron) : ...15 secondes.
Rapidement.
M. Cliche-Rivard : Donc,
vous, vous voulez une étude prospective aussi?
La Présidente (Mme Caron) : Il
vous reste 10 secondes pour répondre.
M. Cliche-Rivard : On n'a pas
beaucoup de temps.
M. Bolduc (Denis) :Oui, il restait deux, trois secondes.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup pour... d'avoir contribué à nos travaux. Alors, nous allons suspendre
quelques minutes avant de reprendre avec le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 16 h 37)
(Reprise à 16 h 44)
La Présidente (Mme Caron) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La commission va reprendre ses travaux. Alors, je
souhaite la bienvenue aux représentants de la Confédération des syndicats
nationaux. Vous avez 10 minutes pour faire votre présentation et vous
présenter, donc 10 minutes au total, et on poursuivra par la suite avec
les échanges. Alors, la parole est à vous.
Mme Lelièvre (Katia) : Merci
beaucoup. Bonjour, je m'appelle Katia Lelièvre, je suis vice-présidente à la
CSN, et je suis accompagnée, aujourd'hui, par Julien Laflamme, qui est
conseiller politique, ainsi que Marie-Hélène Bonin, qui est conseillère à la
recherche, spécialisée en immigration. C'est un plaisir pour nous de pouvoir
venir vous porter le point de vue de la CSN dans la consultation d'aujourd'hui.
La CSN est une centrale syndicale qui
représente 330 000 travailleurs de tous les secteurs d'activité au
Québec. On représente des milliers de personnes immigrantes, dont beaucoup de
travailleurs étrangers temporaires. Nous sommes bien à même de constater les
problèmes vécus par nos membres à plusieurs niveaux, soit la santé-sécurité, la
connaissance des droits, la communication, l'inclusion, la représentation
syndicale et l'accès aux services, pour ne nommer que ceux-là. Les défis se
sont multipliés au cours des dernières années et de façon plus notable depuis
que les règles entourant la main-d'oeuvre immigrante ont été assouplies.
Tout d'abord, pour la CSN, le thème de
l'immigration doit être abordé de façon inclusive, humaniste et en ayant une vision
globale. On doit aussi être en concordance avec les valeurs qu'on représente
comme CSN, c'est-à-dire la solidarité. Le débat ne peut pas porter uniquement
sur des chiffres de la résidence permanente. Dans la planification annuelle, on
ne dit pas ce qui arrivera des dizaines et des dizaines de milliers de
travailleurs étrangers temporaires et des travailleurs... et des immigrants
temporaires qui sont déjà ici. Au Québec, il y a plus de ces travailleurs
temporaires que dans n'importe quelle autre province canadienne. Ils ne font
pas partie de la planification. Contrairement aux étudiants étrangers diplômés,
il n'y a aucun scénario, dans le cadre de cette consultation-là aujourd'hui,
pour rendre permanente la résidence de ces travailleurs qui sont pourtant
essentiels au Québec.
Une autre question importante est la
précarité et la vulnérabilité des personnes immigrantes sans statut de résident
permanent. Que ce soit pour les demandeurs d'asile, les travailleurs étrangers
temporaires ou les sans-papiers, toutes ces personnes sont actuellement chez
nous sans résidence permanente. Plusieurs familles sont séparées de nombreuses
années, les conditions d'admissibilité sont difficiles à remplir, les frais
sont importants et les délais sont interminables. Ils demeurent donc dans cette
situation extrêmement pénible pendant beaucoup trop longtemps.
Comme nous le mentionnons dans nos
recommandations sur l'inventaire et les délais d'obtention de la résidence
permanente, pour la CSN, il est impératif d'améliorer la collaboration avec le
fédéral afin de permettre à tous les travailleurs migrants d'accéder à la
résidence permanente et d'accélérer le processus de régularisation des
personnes sans statut ou à statut précaire. De plus, les frais exigés <par
les deux gouvernements...
Mme Lelièvre (Katia) :
...des
personnes sans statut ou à statut précaire. De plus, les frais exigés >par
les deux gouvernements pour soumettre des demandes de sélection et d'admission
représentent une somme considérable pour les bas salariés, les travailleurs
étrangers temporaires, sans compter les gages financiers qui sont exigés par le
Québec comme preuve de capacité à soutenir sa famille. Dans certains cas, ces
montants, qui s'additionnent aux frais de transport, prennent de nombreuses années
à être épargnés. D'ailleurs, de 2015 à 2018, c'est moins de 1 %... en
fait, c'est 0,8 % des travailleurs étrangers temporaires qui ont obtenu la
résidence permanente. Ça dit tout. La marche est tellement haute qu'elle
explique sans doute le peu de succès des programmes pilotes en immigration
permanente, des préposés aux bénéficiaires et des travailleurs en
agroalimentaire, deux groupes qui sont représentés par nos syndicats et dont on
connaît bien les maigres salaires. Pour nous, le processus doit être rendu plus
rapide et accessible financièrement aux candidats à la résidence permanente.
Au niveau des besoins du marché du
travail, la CSN a de nombreuses et importantes préoccupations, comme vous
pourrez le constater dans nos recommandations sur l'orientation 7 du
cahier de consultation. Les permis fermés des travailleurs étrangers
temporaires les contraignent... en contraignent plusieurs à subir des
conditions de travail qui, je le dirai pour la quatrième fois, comme le disait
le rapporteur de l'ONU, s'apparentent à de l'esclavagisme moderne. Et si ces
conditions-là deviennent insupportables, les travailleurs doivent en faire la
preuve, ce qui est loin d'être facile pour obtenir un permis de travailleur
vulnérable et tenter de se trouver un autre employeur. Il n'y a aucun Québécois
qui vivrait ou n'accepterait de vivre une telle situation.
Pour la CSN, le Programme des travailleurs
étrangers temporaires doit répondre à des besoins temporaires de travail. Les
besoins permanents devraient être comblés par des travailleurs étant résidents
permanents, puisque le déficit démographique du Québec, il va continuer à
croître dans les prochaines années. Nous réitérons donc nos demandes afin de
mettre fin au permis fermé lié à un seul employeur, de faciliter la mise en
place de permis sectoriels ou régionaux, de mesures compensatoires entre
employeurs, ainsi que de permettre l'accès à la résidence permanente après un
an de travail en sol québécois.
De même, le rôle et le financement de la
CNESST doivent être bonifiés pour offrir davantage de formation afin de
permettre aux personnes immigrantes de connaître leurs droits pour faciliter
leurs plaintes et leurs réclamations. Des inspections non annoncées devraient
être plus fréquentes dans les milieux de travail employant des travailleurs
étrangers temporaires et dans les agences de placement, comme on l'a mentionné
au point 7.2 de nos recommandations.
Pour ce qui est de la deuxième orientation
du gouvernement, visant l'accroissement des connaissances du français des
personnes migrantes, la création de Francisation Québec est bien accueillie par
la CSN, qui en supporte l'ensemble des objectifs. Par contre, nous sommes inquiets
du peu d'informations disponibles sur les mesures qui seront mises en place
pour leur réalisation, particulièrement en ce qui concerne la francisation au
travail. La barrière de la langue est un enjeu réel, autant dans nos milieux de
travail que pour la rétention des personnes immigrantes en région. Ça met à
risque la santé-sécurité de l'ensemble des travailleurs dans les entreprises et
ça les prive de droits fondamentaux et, de plus, ça envenime les relations de
travail sur les lieux de travail. Quand on n'est pas capable de se parler, on
n'est pas capable de se comprendre. Pour nous, la mise en place de l'organisme Francisation
Québec et l'offre à venir en entreprise devrait se faire en collaboration avec
les milieux de travail, qu'ils soient publics ou privés, tous... en incluant
tous les acteurs, y compris les syndicats. Le processus d'approbation des
études d'impact sur le marché du travail et les certificats d'acceptation du
Québec devraient être rendus conditionnels à un engagement de la part des
employeurs à assurer la francisation des travailleurs étrangers temporaires en
milieu de travail sans perte de salaire pendant les heures de travail s'ils
recrutent des travailleurs à l'étranger et qu'ils ne sont pas francophones.
• (16 h 50) •
Je le disais plus tôt, pour la CSN,
l'immigration devrait être réfléchie de façon globale. À ce titre, nous croyons
que l'ensemble des partenaires du marché du travail doivent pouvoir compter sur
un appui gouvernemental. Les syndicats et d'autres organisations offrent des
activités de formation, de soutien et de conseil psychosocial visant une
meilleure intégration dans les milieux de travail. Le secteur communautaire est
extrêmement sollicité, autant par les entreprises que par les travailleurs
immigrants. Le financement de certains de ces organismes-là est famélique
malgré l'explosion des besoins, et ce, dans toutes les régions du Québec. Les
conditions de travail et d'exercice sont souvent difficiles et les moyens
financiers ont un impact majeur sur la rétention de main-d'œuvre dans ces
organismes-là. Donc, ils doivent être financés de façon adéquate pour répondre
aux immenses besoins de la population afin de favoriser l'intégration dans les
milieux de vie. Leur financement doit être rehaussé, comme je viens de le dire,
et accordé à la mission. C'est important, ça aussi.
Pour ce qui est de l'orientation 9 du
gouvernement, soit la régionalisation de l'immigration, nous croyons aussi que
ce défi doit être pris dans sa globalité avec l'ensemble des acteurs locaux.
L'accès au logement est <un enjeu important...
Mme Lelièvre (Katia) :
...sa
globalité avec l'ensemble des acteurs locaux. L'accès au logement est >un
enjeu important. Il faut éviter de faire des développements immobiliers
spécifiquement pour les personnes immigrantes. L'histoire nous démontre que la
ghettoïsation de l'immigration est une erreur. L'exemple de la France et de nos
voisins du Sud nous montre que ça amène des clivages culturels importants et
des problèmes sociaux majeurs. La clé de la réussite de l'intégration des
nouveaux immigrants, c'est la mixité sociale.
Le gouvernement, avec les acteurs
régionaux et municipaux, doit adopter une vision à long terme basée sur
l'évolution démographique et les besoins d'habitation des différentes régions
du Québec. Il faut favoriser l'émergence d'un marché résidentiel non
spéculatif. De même, il faut accroître l'accès aux services de proximité aux
personnes migrantes et leurs familles, tels que l'accès aux soins de santé,
d'éducation, de formation, de francisation, des services de garde éducatifs, le
transport, etc. Et ça aussi, ça doit se faire en concertation avec les acteurs
régionaux.
En conclusion, il est évident que les
besoins démographiques et les besoins de main-d'œuvre ne sont pas près de
diminuer au Québec. Nous devons, comme société, s'attaquer au défi de prendre
soin des personnes immigrantes, c'est-à-dire de les accueillir convenablement, respectueusement
et dignement. Il est évident que le Québec devra en accueillir plus, mais
faisons-le bien, en respectant nos engagements humanitaires et internationaux.
Une grande proportion de la population ne connaît pas les conditions de travail
et les conditions de vie souvent exécrables dans lesquelles sont condamnées ces
personnes migrantes. Elles ont le courage de se déraciner, elles ont la volonté
d'améliorer leur sort et prennent l'initiative de changer leur vie. Ces
personnes méritent de trouver au Québec une terre d'accueil à la hauteur de nos
valeurs, et nos valeurs qui sont d'équité et de justice sociale. On s'est
battus longtemps pour cette justice sociale là. Nous devons reconnaître leur
apport important dans notre économie et essentiel à l'ensemble de la société.
Puis on l'a bien vu, pendant la pandémie, à quel point ils étaient essentiels,
ces travailleurs-là.
L'heure est à l'ouverture de part et
d'autre. Le peuple québécois est riche de ses valeurs, généreux et solidaire,
comme il l'a de nombreuses fois montré en ouvrant ses portes à des populations
qui vivaient des drames dans leurs pays d'origine. Il serait temps que ça
transparaisse de nouveau dans notre façon d'accueillir les immigrants. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup. Alors je vais maintenant céder la parole à la ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration pour 16 min 30 s
pour votre groupe parlementaire.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci à vous pour prendre part à cet exercice-là fort
important, un exercice démocratique sur un sujet qui capte beaucoup l'attention
au niveau collectif, comme on le sait.
Alors, bien, d'une part, je voulais, bien,
réagir à certains de vos propos, là, où vous disiez qu'il était très difficile,
voire inaccessible, là, pour des gens avec des compétences plus manuelles,
plus, comment dire, intermédiaires d'accéder à la résidence permanente. Et,
pour nous, c'était effectivement un enjeu également. Alors, c'est pour ça qu'on
a présenté, au printemps dernier, la réforme des programmes d'immigration
permanente, réforme dans laquelle, en fait, on crée une passerelle qui
permettra à des gens qui ont des compétences plus manuelles d'accéder à la
résidence permanente, parce qu'on en fera un volet entier, là, du Programme de
sélection des travailleurs qualifiés. C'est le programme qui remplacera le
programme régulier des travailleurs qualifiés. Alors, pour vous dire qu'on est
en action sur cette dimension-là parce qu'effectivement il y a beaucoup de
besoins au Québec pour ce type d'expérience, d'expertise, et je crois que, du
côté des travailleurs étrangers, bien, il y avait beaucoup à offrir. Donc, en
créant cette passerelle-là, on va se trouver à offrir un nouveau canal d'accès
à la résidence permanente pour des travailleurs étrangers temporaires qui
voudraient rester au Québec.
Je voulais apporter une précision aussi
par rapport à un des passages de votre mémoire, là, à la page 13, bas de
la page 13... la page 16... non, page 13. Vous mentionnez que le
programme pilote d'immigration permanente pour l'intelligence artificielle,
technologies de l'information, les effets visuels, permet de sélectionner un
nombre indéterminé de personnes non francophones. Donc, je voulais juste
mentionner qu'en fait il y a une enveloppe... en fait, un nombre prédéfini de
personnes non francophones qui peuvent être captées par ce programme-là. On
parle de 150 personnes maximum de non-francophones. Donc, ce n'est pas...
ce n'est pas un programme qui est sans plafond, comme on pourrait dire. Il y a
une part du groupe, la moitié du groupe, de 300, qui est francophone et l'autre
moitié qui est d'un maximum de 150 personnes pour le volet en
francisation.
Je voulais vous amener sur la francisation
d'ailleurs. Vous soulignez, à la page 10, là, l'importance de développer
l'offre de services d'apprentissage du <français en entreprise...
Mme Fréchette :
...page 10,
là, l'importance de développer l'offre de services d'apprentissage du >français
en entreprise. On est également de cet avis-là, bien sûr, mais vous proposez de
le faire en collaboration avec tous les acteurs privés et publics, dont les
syndicats. Alors, je me demandais quel type de rôle, vous, vous souhaiteriez
assumer en matière de francisation en entreprise. Jusqu'où irait votre
implication dans cette démarche-là?
Mme Bonin (Marie-Hélène) :En fait, la façon dont on agit déjà, c'est de promouvoir,
auprès de nos syndicats, la disponibilité de services qu'il y avait, en tout
cas, jusqu'à présent, à travers les programmes de formation de main-d'oeuvre de
la CPMT et des partenariats qu'on pouvait créer avec des organismes qui
fournissaient la formation en milieu de travail, exactement comme les gens de
la FTQ vous l'ont expliqué tout à l'heure, dans les usines, dans les cas qu'ils
ont mentionnés. Donc, on pense qu'on peut continuer à faire cette promotion-là
puis à épauler, et l'employeur et le syndicat, dans les démarches
administratives nécessaires, ce qu'on a fait jusqu'à présent, là, toutes les
paperasses à remplir pour aller chercher les subventions pour la personne
formatrice, la personne qui... puis pour les salaires aussi.
Mais avant, en amont de ça, ce qu'on
voudrait, c'est que, maintenant qu'il semble que tout ça va passer de la CPMT à
Francisation Québec, on aimerait être consultés, on aimerait être considérés
comme parties prenantes, ce qui était le cas quand on était à la CPMT. Mais là
on ne sait pas du tout ce que Francisation Québec compte faire en entrepris et
on ne comprend pas comment ça se fait qu'on est gardés dans le noir, là, même
six mois après l'annonce de la création de Francisation Québec.
Mme Fréchette : Bien, une
précision par rapport à ce volet-là. En fait, la partie francisation en
entreprise n'est pas encore sous l'aile de Francisation Québec, qui est basée
au MIFI, elle est encore sous le ministère de l'Emploi. Donc, en ce sens-là, le
transfert est à venir. Donc, ça va être à partir du 1er novembre
que Francisation Québec va se charger également du volet francisation en
entreprise. Donc, c'est là que va s'amorcer une nouvelle étape du redéploiement
de Francisation Québec. Ceci pourrait expliquer cela. Donc, voilà, il y a tout
ce volet-là qui reste à venir.
Mme Bonin (Marie-Hélène) :Le temps presse pour nous consulter.
Mme Fréchette : Je vous
amène, dans ce cas-là, à la recommandation 7.1. Vous y avez fait
référence, là, dans votre intervention. Vous demandez, en fait, la fin des
permis de travail fermés. Donc, vous recommandez la mise en place de permis de
travail semi-fermés, soient sectoriels ou régionaux. J'aimerais vous entendre
sur quel avantage et quel inconvénient associez-vous à chacune de ces
alternatives-là, soient régionales ou sectorielles. Et est-ce que vous imaginez
aussi d'autres options qui puissent remplacer un permis de travail fermé?
• (16 heures) •
Mme Lelièvre (Katia) : Bien,
pour nous, en théorie, les permis pourraient être ouverts. On le sait très bien
que, pour les employeurs, ça représente une embûche de taille. Mais nous, on...
pour nous, on... Les travailleurs sont libres de vendre leur force de travail à
qui ils désirent la vendre. Évidemment, les permis régionaux ont l'avantage de
maintenir les gens dans une région donnée et de ne pas les déraciner. Les
permis sectoriels ont l'avantage de maintenir les compétences, mais les permis
ouverts, bien, ont l'avantage de permettre aux gens de choisir l'emploi qu'ils
désirent occuper.
Alors, pour nous, c'est sûr que, ce qu'on
tente de faire, c'est de donner le plus de liberté possible à ces
travailleurs-là. Il faut savoir que la CSN... en tout cas, on est très
interpelés par nos syndicats, qui vivent beaucoup de difficultés dans les
milieux de travail. On entend des histoires qui sont, ne serait-ce qu'au niveau
de la santé et sécurité... Si les centrales syndicales sont toutes venues
devant vous aujourd'hui, c'est parce que les enjeux sur le terrain, ils sont
réels. Nos membres nous interpellent de façon continuelle là-dessus. On a des
enjeux sociaux importants dans les milieux de travail. Puis, si on laisse tout
dans les mains des employeurs, comme c'est le cas actuellement... Bien, vous
savez, les syndicats, on s'est élevés dans le dans le temps pour éviter les
abus des employeurs, mais on a encore cette fibre-là, on a la même, et nos
syndicats sur place, bien, ils nous remontent toute cette information-là. Je
pense qu'on doit être inclus parce que, pour nous, le travailleur est
important, pas seulement le travail qu'il accomplit.
Mme Fréchette : C'est pour ça
aussi qu'on est en action, pour mieux informer les travailleurs, notamment les
travailleurs étrangers temporaires, avec l'escouade, là, qu'on a développée
avec la CNESST. Donc, à ce stade-ci, je vais...
La Présidente (Mme Caron) : Il
reste neuf minutes pour votre groupe, alors est-ce qu'une autre députée...
17 h (version révisée)
Mme Fréchette : ...je vais...
La Présidente (Mme Caron) : Il
reste neuf minutes pour votre groupe, alors est-ce qu'une autre députée...
Alors, la députée d'Iberville?
Mme Bogemans : Oui.
La Présidente (Mme Caron) : La
parole est à vous.
Mme Bogemans : Super! Dans le
mémoire, vous semblez appuyer les démarches qu'on a instaurées en intégration
puis en installation régionale des nouveaux arrivants. Vous dites cependant qu'on
peut manquer de résultats. Je voulais que vous alliez plus en profondeur sur ce
sujet-là.
Mme Bonin
(Marie-Hélène) :Bien, en fait, ce qu'on
comprend des partenaires, par exemple, de la TCRI, les organismes qui sont sur
le terrain, c'est que c'est l'enracinement à long terme qui est compliqué,
surtout que la main-d'oeuvre qui s'installe dans les régions, c'est la main-d'oeuvre
à permis temporaire. Si c'étaient des gens à qui on accordait une résidence
permanente, qu'ils pouvaient venir tout de suite avec leur famille, puis que
les enfants rentraient tout de suite à l'école en français, déjà, on serait
dans un engrenage pour les garder dans la région, mais le fait que les gens
sont sur un permis temporaire, qu'ils ne savent pas trop quelles sont leurs
possibilités réelles de rester ici à long terme, que leurs familles sont
derrière... finalement, les gens ont de la difficulté à rester dans les
régions, puis c'est ça qui nous préoccupe.
Puis nous... puis nos membres veulent que
les gens restent dans les régions, veulent que les entreprises continuent à
opérer. Ça fait qu'il faut vraiment trouver le moyen d'en créer, puis notamment
en favorisant davantage la résidence permanente des travailleurs qualifiés et
de leurs familles, et le plus rapidement possible, parce que le plus longtemps
on garde les gens dans l'incertitude, bien, le plus difficile, ça va être de
les ancrer dans la région.
Mme Bogemans : Avec la
réforme du PRTQ, qui est maintenant le PSTQ, on a maintenant un volet pour les
travailleurs moins qualifiés, travailleurs manuels. Pensez-vous que c'est une
piste de solution durable au problème?
Mme Bonin
(Marie-Hélène) :Bien, c'en est une. Par
contre, on a été quand même surpris de voir que, dans l'introduction des quatre
volets de ce programme-là, le volet qui concerne ces travailleurs-là, c'est le
seul où on exige une expérience préalable d'un an avant de pouvoir se qualifier
à la sélection. Et on se demandait s'il n'y avait pas un peu une confusion, là,
des programmes, parce que le Programme de l'expérience québécoise, bien, c'est
un autre programme, ce n'est pas le Programme de sélection des travailleurs
qualifiés.
Ça fait qu'on a posé des questions
là-dessus, mais, sinon, l'idée même d'élargir la sélection aux travailleurs les
moins qualifiés, on trouve que c'est un pas en avant important puis on va... on
le reconnaît, certainement. Maintenant, il va falloir voir si les délais, les
coûts et les autres exigences ne vont pas être d'autres obstacles qui font que
ça ne donnera pas plus de résultats. Il faut s'attaquer à tous les obstacles.
Mme Bogemans : Parfait. Super!
C'est quand même une des bonnes avancées, au niveau du PSTQ, c'est que le
requérant principal, maintenant, bien... c'était déjà comme ça, mais peut faire
la demande pour l'ensemble de sa famille immédiate aussi, directement. Ça fait
que c'est quand même une avancée majeure pour les travailleurs étrangers
temporaires qui peuvent... qui pourraient maintenant être permanents puis faire
une seule demande, un seul frais. Tu sais, quand on parle de frais élevés,
quand même, versus un frais par personne puis des délais multiples, là, ils
pourraient tous passer ensemble, ça faciliterait et ça changerait... et ça va
changer la donne, en fait, selon nous.
Je voulais vous entendre aussi sur quels
sont les moyens que les centrales syndicales peuvent avoir sur l'intégration
des nouveaux arrivants en région.
Mme Lelièvre (Katia) : Bien,
nous, on est déjà en train de travailler pour l'inclusion dans nos syndicats
locaux. On a fait une trousse à l'usage de nos syndicats pour expliquer l'ensemble
des droits, puis tout ça. On tente aussi de créer des comités dans les lieux de
travail, de relations interculturelles, pour s'assurer qu'on échange sur nos
cultures, que ces gens-là ne se retrouvent pas tout seuls une fois que le corps
de travail est terminé, qu'on peut créer des liens dans les régions.
Donc, nous, on le fait au niveau syndical
et on travaille aussi en partenariat avec le communautaire, souvent, pour
tenter de favoriser l'intégration, mais comme vous le disiez, quand les
familles ne sont pas là, c'est plus difficile. On a des expériences où est-ce
que, malgré qu'on a fait venir des travailleurs dans certains endroits, je
pense, entre autres, à la scierie de rivière aux Rats, où est-ce qu'il y a eu
ces comités-là mais les gens sont retournés parce qu'ils étaient tout seuls,
loin de leur famille, et ils n'avaient pas d'attaches sociales... Ça fait que c'est
important, de créer ces lieux-là, on passe huit heures dans... au moins, en
tout cas, un travailleur étranger temporaire en passe souvent plus que huit
dans son milieu de <travail...
Mme Lelièvre (Katia) :
...un
travailleur étranger temporaire en passe souvent plus que huit dans son milieu
de >travail. Donc, ces liens-là, c'est déjà les premières assises de
l'intégration dans le Québec, avec nos valeurs, avec notre langue, avec
l'ensemble de ce qu'on est, comme société québécoise.
Mme Bogemans : C'est
superintéressant. Quel genre d'activités vous mettez en place?
Mme Bonin
(Marie-Hélène) :...on fait de
l'encouragement puis du coaching, aussi, à participer aux activités, par
exemple. Une des choses qui est un enjeu important, c'est la santé et sécurité
au travail. C'est donc dire qu'il faut qu'il y ait des délégués en santé et
sécurité au travail qui sont des immigrants, des personnes immigrantes et des
temporaires, pour s'assurer que l'information puisse circuler.
Mais tout ça est très sérieusement limité
quand il n'y a pas de français... quand il n'y a pas de langue commune. C'est
vraiment l'obstacle numéro un qu'on nous... Encore cette semaine, je parlais
avec la présidente d'un syndicat, qui me disait : On en a plein, des
travailleurs étrangers temporaires, mais on n'est pas capables de communiquer
avec eux. Elle a dit : Moi, je ne parle pas... ni espagnol ni anglais. À
chaque fois, il faudrait qu'on paie pour un interprète. On ne va pas inviter
l'interprète de l'employeur à l'assemblée générale du syndicat. Et puis c'est
un petit syndicat de travailleurs pauvres, qui a, donc, peu de moyens. Puis on
en a 2 500, syndicats, on ne peut pas payer, au niveau de la centrale,
pour de l'interprétation partout, à tous les jours. C'est vraiment un casse-tête.
Donc, même quand les travailleurs ont les
mêmes droits, on n'arrive pas à les faire respecter, ces droits-là, si on n'a
pas de langue commune. La langue commune est nécessaire pour protéger,
informer, éduquer, représenter. Sans ça, c'est des droits sur papier.
La Présidente (Mme Caron) : Il
reste deux minutes.
Mme Bogemans : Super! Bien,
en réalité, je le comprends vraiment, mais, pour revenir... Parce qu'au niveau,
par exemple, des familles, avec, encore une fois, le PSTQ, si on met en place
des initiatives, par exemple, comme les haltes-garderies, durant la
francisation, pour les personnes, justement, avec des horaires atypiques, pour
qu'ils puissent y aller quand ils sont disponibles, est-ce que vous trouvez que
c'est une initiative qui est valable?
Mme Lelièvre (Katia) : Bien,
en fait, toute initiative qui va permettre un accès aux services, à notre avis,
c'est une démarche qui est valable. Ces gens-là ont beaucoup de difficulté à
obtenir les services dont ils ont besoin, souvent, puis, Marie-Hélène l'a bien
dit, là, entre autres, par la barrière de la langue. Plus vite on va franciser
ces gens-là, plus vite ils vont pouvoir s'intégrer, plus vite ils vont pouvoir
bénéficier des droits qu'ils ont.
Ça fait que, pour nous, là, toutes les...
que ce soit une halte-garderie ou d'autres solutions que le gouvernement va
trouver, si ça permet une certaine flexibilité dans l'apprentissage du
français, bien, pour nous, c'est gagnant.
Mme Bogemans : Oui,
définitivement. La même chose au niveau de l'intégration, puis qu'on puisse
calibrer, là... On a rencontré les municipalités, hier, puis plusieurs
organisations aussi qui font des activités multiculturelles, comme vous dites,
puis, à la longue, c'est... non seulement des activités multiculturelles, mais
tout simplement une fête familiale où tout le monde s'intègre. Puis je pense
qu'à partir du moment où on est capable de lever l'étiquette multiculturelle et
que ce soit simplement standard, pour tout le monde, et que tout le monde se
sent bien inclus et se sent interpelé par l'invitation, on a réussi l'inclusion
puis l'intégration dans chacune de nos régions, ça, c'est définitif.
Mais par rapport, par exemple, aux
nouveaux projets de développement qu'on a ici, au Québec, comme la filière
batterie, comme les zones d'innovation...
• (17 h 10) •
La Présidente (Mme Caron) : En
terminant. Il reste 15 secondes.
Mme Bogemans : Ah bon! Bien,
je vous laisser là-dessus. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, je vais maintenant céder la parole à l'opposition officielle, au député
de Nelligan, pour 12 min 23 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Premièrement, merci pour votre mémoire, pour votre présence. Je
vais commencer par la page 23. En fait, votre conclusion ressemble un peu aux
deux derniers groupes. Je vais vous citer... Le gouvernement met sur la table
deux scénarios, scénario un, scénario deux. Votre conclusion est que les deux
se ressemblent. Et, un peu plus loin, vous dites la chose suivante : «Cet
état de fait rend presque impossible le vivre-ensemble, l'inclusion,
l'intégration dans de nombreux milieux de travail.» C'est des mots forts. «Dans
un tel contexte, il ne peut être question de choisir si les admissions devraient
s'établir à 50 000 ou à 60 000 personnes par année quand 130 000
résidentes et résidents temporaires arrivent annuellement au Québec.» En fait,
c'est la conclusion d'avant même cette commission. D'ailleurs, je ne sais pas
si vous avez vu le projet de loi que j'ai déposé l'automne dernier, sinon, on
va vous l'envoyer.
Est-ce que vous pensez que cette
commission aurait dû, avant de la lancer, de... prendre en considération le
vrai <portrait...
M. Derraji :
...est-ce
que vous pensez que cette commission aurait dû, avant de la lancer, de...
prendre en considération le vrai >portrait, réel, des travailleurs
temporaires étrangers? Je vais vous dire pourquoi. Vous êtes le seul groupe qui
mentionne le vivre-ensemble. Moi, je pense que nous tous, on travaille pour le
vivre-ensemble, vous aussi. Je pense que vous aussi, vous travaillez sur
l'inclusion, les élus aussi. L'intégration, vous aussi, vous travaillez sur
l'intégration. Nous aussi, en tant qu'élus, on veut les meilleurs outils pour
l'intégration, mais, selon vous, le fait de ne pas prendre dans le portrait les
travailleurs temporaires étrangers... tout cela risque d'être impossible.
Mme Lelièvre (Katia) : Oui,
mais, en fait, on crée aussi un goulot d'étranglement, c'est-à-dire qu'il y a
plus de gens qui entrent qu'il n'y en a qu'on accepte. À la longue, bien, on
accumule des gens qui sont en attente. Donc, pour nous, dire quel doit être le
chiffre sans bien connaître... Puis on ne sait pas non plus... le gouvernement
fédéral ne sait pas non plus, au Canada, combien il y a de sans-papiers. On
n'est pas capables d'avoir de chiffre, donc c'est difficile de se baser sur un
chiffre de consultation quand, pour nous, ce chiffre-là crée vraiment un goulot
d'étranglement avec tous les gens qui sont ici de façon temporaire, pourtant,
temporaire des fois pendant deux ans, cinq ans, 10 ans, 20 ans. Alors, on est
temporaire longtemps.
M. Derraji : Je vous
remercie, parce que, vous savez quoi, quand ce débat est arrivé sur la table,
il y a beaucoup de gens qui se sont posé des questions, parce que ce n'est pas
tout le monde qui comprend un peu les intrants pour venir au Québec, il y a
plusieurs programmes. Mais maintenant, hier, je ne sais pas si vous l'avez vu,
on a eu un témoignage qui a bouleversé beaucoup de collègues. Il y avait aussi
un reportage incluant une autre personne, je ne me rappelle plus son nom,
Carole ou Claire, le reportage les... Essentiels. Maintenant, on a des
visages derrière ces travailleurs temporaires étrangers.
Vous êtes à la tête d'une organisation
avec une mission, qui respecte le rôle des travailleurs. Comment vous pouvez
interpréter l'arrivée d'un représentant des Nations unies pour faire un rapport
sur ce qui se passe dans nos milieux de travail, dans le Canada et aussi au
Québec?
Mme Lelièvre (Katia) : Bien,
en fait, nous, quand on a rencontré le rapporteur spécial de l'ONU, on était
très contents de pouvoir lui parler, parce que ça fait longtemps qu'on décrit
la situation en entreprise, ça fait longtemps qu'on dit : On ne peut
pas... on ne peut pas tolérer, au Québec, de traiter des gens comme ça, on ne
peut pas demander à des gens de venir de l'extérieur nous porter... nous prêter
main forte et de nous aider dans nos milieux de travail, mais les traiter comme
des citoyens de seconde zone. Alors, bien, voilà, pour nous, c'est évident
qu'on doit tenir en compte ces gens-là.
M. Derraji : Pensez-vous que
cette commission rate sa cible parce que les deux scénarios qui sont sur la
table ne sont pas du tout réalistes ou ne donnent pas le vrai portrait?
Mme Bonin
(Marie-Hélène) :Je pense que cette
commission-là n'est pas pire que les précédentes, à ce niveau-là. Ça a toujours
eu un focus seulement sur les seuils, au niveau de la couverture de presse, les
déclarations publiques, le brouhaha, mais, en réalité, ça ne peut pas... on ne
peut pas planifier l'immigration au Québec en ne s'occupant que de fixer des
seuils, qui, soit dit en passant, ne sont pas des plafonds mais des seuils.
Ça fait que ce n'est pas... Tu sais,
n'essayez pas de nous faire dire qu'ils sont pires que les libéraux étaient
avant. Avant aussi, on focussait là-dessus, mais le problème, c'est qu'il faut
reconnaître que maintenant on est dans un contexte où, plus que jamais, les
résidents temporaires sont maintenant la grande majorité des personnes
immigrantes au Québec. Puis ça, c'est une nouvelle réalité qui est le résultat
d'un paquet de décisions puis d'un paquet d'acteurs, et il faut la reconnaître,
cette réalité-là, puis il faut composer avec la réalité.
M. Derraji : Oui, vous avez
raison, mais je vais juste ramener une nuance, en tout respect : il n'y
avait jamais, jamais, jamais autant d'immigrants temporaires que maintenant. La
preuve, j'étais là à la dernière consultation... Je pense, autour de la table,
je suis l'un des rares qui a assisté à la dernière consultation... Non, vous,
comme intervenant, oui, oui. Non, non, mais je parle des élus, parce que mon
collègue, il était intervenant, vous étiez là, et je me rappelle, corrigez-moi,
mon cher collègue, on parlait plus de la réforme, la mauvaise réforme du PEQ,
on parlait de la réduction des seuils, on parlait de déchiqueter 18 000
dossiers, et il n'y avait pas beaucoup de travailleurs temporaires étrangers
sur la table, parce que le <phénomène...
M. Derraji :
...il
n'y avait pas beaucoup de travailleurs temporaires étrangers sur la table,
parce que le >phénomène commençait, en tout respect, le phénomène
commençait. Et le fédéral vient de changer, 20, 30... 20 à 30 % la
présence des travailleurs temporaires étrangers.
Donc, oui, mais, en tout respect à ce que
vous venez de dire, mon but, ce n'est pas de revenir en arrière, mon but, c'est
regarder le futur. Cette planification, c'est pour les trois prochaines années.
Vous êtes là aujourd'hui pour lever un drapeau. Je vous pose la question
directe : Vous êtes pour le scénario un ou le scénario deux? Vous dites,
dans votre mémoire : Écoutez, c'est à l'encontre de l'intégration, de
l'inclusion, le vivre-ensemble. Bien, si quelqu'un n'a pas compris pourquoi on
est là, on est là pour l'intégration, le vivre-ensemble et l'inclusion. Ce
qu'on fait, c'est ça, c'est ce qu'on veut tous, autour de la table, mais le
fait de ne pas inclure le portrait réel des travailleurs temporaires étrangers,
on s'éloigne de la mission même d'une vraie planification.
Vous avez évoqué les projets pilotes. Vous
êtes critiques à l'égard de ces deux projets pilotes. Pourquoi cet échec des
deux projets pilotes, selon vous?
Mme Lelièvre (Katia) : Bien,
en fait, nous, ce qu'on dit, ce n'est pas... ce n'est pas que les projets
pilotes n'étaient pas bons, ce qu'on dit, c'est que toutes les conditions qu'il
faut accumuler et tous les frais qui sont inhérents à cette demande-là ont
comme impact de limiter la capacité des travailleurs à être en mesure de faire
une demande puis d'être acceptés comme résidents permanents.
Alors, on a parlé de ces programmes-là en
lien avec, entre autres, les frais qui étaient demandés. Puis, en
agroalimentaire puis pour les préposés aux bénéficiaires, c'est deux domaines
où est-ce qu'on représente quand même passablement de travailleurs et qu'on
connaît bien leurs conditions de travail, et on pense que ça peut avoir un
impact, les frais puis la hauteur des frais qui sont demandés aux travailleurs
pour devenir permanents.
M. Derraji : Donc, selon
vous, le fait de demander des frais aux travailleurs pour qu'ils postulent via
le projet pilote est un handicap, il faut les éliminer, ces frais?
Mme Lelièvre (Katia) : Bien,
ce qu'on dit, c'est qu'il y a beaucoup de frais et que ça coûte très cher pour
les travailleurs. Ça leur prend souvent des années à économiser cet argent-là.
M. Derraji : Dans votre
mémoire, vous dites aussi : «Il faut réduire drastiquement le volume du Programme
des travailleurs étrangers temporaires pour qu'ils ne répondent qu'à des
besoins temporaires de main-d'oeuvre à court terme, ainsi que faciliter l'accès
à la sélection québécoise en continu de toutes les personnes détenant un permis
temporaire.» Bon. Je vais essayer de résumer... Ça, c'est vos propos. Si on
réduit d'une manière drastique le nombre de travailleurs temporaires étrangers,
de l'autre côté, il va y avoir une pénurie, parce que ça existe, la pénurie,
soit le seul choix qui existe, c'est augmenter les travailleurs permanents.
Quelle est votre solution?
Mme Lelièvre (Katia) : Bien,
en fait, nous, ce qu'on dit, c'est : n devrait analyser quels sont les
besoins temporaires et quels sont les besoins permanents. Il y a plusieurs
entreprises pour lesquelles on a des travailleurs temporaires dans des besoins
permanents. Si on fait l'analyse qu'on va avoir besoin de travailleurs dans ces
entreprises-là pendant de nombreuses années, on devrait ajuster en fonction que
ces gens-là viennent de l'immigration permanente et accepter des résidents ici
en fonction des besoins du marché du travail. C'est vrai que le nombre de
travailleurs étrangers temporaires a augmenté, il a explosé dans les dernières
années, mais la pénurie de main-d'oeuvre et la conjoncture actuelle en est la
cause.
Puis les travailleurs en entreprise, ils
ne sont pas fâchés de voir arriver du renfort. J'étais dans un 50e anniversaire
d'un syndicat, en fin de semaine, Cisco, pour ne pas le nommer, et il me
disait : Nous, on était contents. Notre employeur nous obligeait à faire deux
heures de temps supplémentaire par jour pour arriver à combler le travail. On
était obligés, à chaque jour, de faire ça. Et là, tout d'un coup, est arrivé
des travailleurs, puis c'est venu nous permettre d'avoir un rythme de vie
normal. Donc, en milieu de travail, ils ne sont pas vus, ces gens-là, comme des
gens qui viennent voler des jobs. Ils sont vus plutôt...
• (17 h 20) •
M. Derraji : ...confirme, j'étais
en tournée régionale, et les gens, au contraire... on m'a dit : Écoute, je
viens d'avoir un soudeur tunisien, ça me permet d'avoir mon week-end
tranquillement, ça fait longtemps, je ne l'ai pas eu.
Mais là ma question, elle est sur :
Si on diminue de manière drastique le nombre de travailleurs temporaires
étrangers, ça veut dire on doit augmenter le nombre de travailleurs permanents.
Et c'est là ma question : Les deux seuils que vous avez devant vous, si on
réduit d'une manière drastique le PTET on va se ramasser avec quel seuil?
M. Laflamme (Julien) : Bien,
pour nous, c'est évident que les besoins permanents vont augmenter dans un
avenir prévisible. Les prévisions d'Emploi-Québec sont à l'effet que, dans les
10 prochaines années, il va y avoir 1,6 million d'emplois à pourvoir, que
ce soit en raison des départs à la retraite ou en raison de la croissance
économique. Donc, on est capables de savoir qu'il y a des besoins permanents
ou, en tout cas, d'une durée assez longue qui sont devant nous et on doit tenir
en compte, parce que, si on n'en tient pas compte... Là, on parlait de
130 000 détenteurs de permis de travail temporaire, présentement,
mais c'est des chiffres qui sont en <augmentation...
M. Laflamme (Julien) :
...de
130 000 détenteurs de permis de travail temporaire, présentement,
mais c'est des chiffres qui sont en >augmentation rapide, et cet
écart-là va continuer à se creuser, pas juste dans les trois prochaines années,
là, mais dans un horizon de moyen, long terme. Alors, il y a des besoins qui
sont de nature permanente, et on pense...
M. Derraji : Non, non, c'est
un bon point, c'est un bon point. Donc, les besoins sont de nature permanente
et la réponse du gouvernement, c'est du temporaire, est-ce que j'ai bien
résumé? OK. Mais, selon vous, pourquoi, face à une demande permanente, le
gouvernement opte pour du temporaire, c'est quoi, l'intérêt? Si on sait que
c'est du permanent, et la solution du gouvernement, c'est tout faire pour
alléger, avoir du temporaire... pourquoi?
La Présidente (Mme Caron) : Il
reste 30 secondes.
Mme Bonin
(Marie-Hélène) :Bien, en partie, c'est
par manque de collaboration entre nos paliers de gouvernement. Je pense que,
là-dessus, ce n'est pas seulement un enjeu du Québec, c'est un enjeu fédéral
aussi puis c'est aussi un enjeu d'employeurs, d'employeurs, qui ne veulent plus
se donner la peine de chercher des candidatures à travers le Québec dans les
marchés d'emplois qui sont moins mobilisés et qui veulent de la main-d'oeuvre
tout de suite, tout de suite, tout de suite, là, sans afficher les postes, sans
rien, là, sans faire la preuve de leurs recherches.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Le temps est écoulé. Alors, merci beaucoup. Je vais maintenant céder la parole
au député de Saint-Henri—Sainte-Anne. Vous avez 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup pour vos interventions. Je voulais d'abord réagir ou rebondir, la
réforme du PSTQ, là, elle ne change rien pour le fait de pouvoir inclure ou pas
les familles. Les familles ont toujours pu être incluses dans une demande
d'immigration économique, et ce n'est pas ça qui va changer la donne. La
question, c'est plutôt comment ça se fait que les familles ne sont pas déjà
ici? C'est ça, la vraie question. Et les familles devraient déjà être ici avec
leurs pères, leurs mères, leur... C'est ça, l'enjeu.
Et, en termes de question de l'inclusion
puis de favoriser l'inclusion, on parlait de halte-garderie. Moi, je resouligne
que c'est ce gouvernement qui a fait appel du jugement de la Cour supérieure
qui accordait l'accès aux garderies subventionnées aux mères demandeurs d'asile
et qui va en appel de ça pour contester ce jugement-là. Si ça, ce n'est pas une
mesure anti-inclusion, je me demande qu'est-ce que c'est.
Les frais en double, vous en parlez, et je
veux qu'on en parle, on n'en parle pas assez. Comment ça se fait qu'on paie...
IRCC, une personne paie 1 365 $ pour une personne et qu'aussi le MIFI
demande 869 $, donc près de, quoi, 2 100 quelques pour une
personne, alors que tous les immigrants ou tous les futurs immigrants qui se
qualifient pour les autres provinces vont payer juste le fédéral, le frais de
1 365 $? Comment ça se fait que le Québec est désavantagé à ce
point-là et que nos candidats paient en double?
Mme Bonin
(Marie-Hélène) :Ça revient à ce qu'on
disait tout à l'heure : Plus de collaboration est nécessaire, clairement,
entre nos deux paliers de gouvernement. On devrait avoir une exemption des
frais fédéraux. Si on fait la sélection au Québec, que toutes les démarches
administratives sont faites au Québec, bien, c'est normal qu'on paie les frais
au gouvernement du Québec plutôt qu'au gouvernement fédéral, puis on devrait
donc être exemptés de payer aux deux paliers. Ça, ça nous apparaît évident.
M. Cliche-Rivard : Ça,
corrigez-moi si je me trompe, c'est la même chose pour les travailleurs, le
permis de travail, on paie le CAQ, on paie le permis de travail, on paie les
frais de conformité avec l'employeur, c'est la même chose dans tous nos
domaines d'immigration, on paie en double, alors que c'est le Québec qui fait
tout le travail de sélection. L'IRCC ramasse 1 300 quelques pour faire,
finalement, une évaluation de base, une évaluation de sécurité médicale, mais
aucune évaluation économique de qualifications. C'est quand même troublant.
Vous avez parlé des quatre volets de la
réforme du PSTQ et vous avez parlé que ça générait ou qu'il y avait de
l'inconnu, donc qu'on se posait beaucoup de questions. Moi, j'en ai aussi, des
questions. Est-ce que vous, vous savez combien de personnes vont être
sélectionnées dans chacun de ces volets-là quand le programme va être en
vigueur?
Mme Bonin (Marie-Hélène) :Absolument pas.
M. Cliche-Rivard : Est-ce que
vous, vous savez quelle part chaque catégorie va prendre? Catégorie 1,
25 %, catégorie... Est-ce que vous savez ça?
Mme Bonin
(Marie-Hélène) :Non.
M. Cliche-Rivard : Non? Et
est-ce que vous savez quand les gens vont être choisis, là, une fois par mois,
deux fois par mois, une fois par année?
Mme Bonin
(Marie-Hélène) :Non, c'est assez... ce
n'est pas très clair, comment ça fonctionne, en fait, pour le commun des
mortels. Disons que, quand des gens dans nos syndicats nous demandent comment
le système fonctionne, on passe beaucoup, beaucoup d'énergie à essayer
d'expliquer des choses sur lesquelles on n'a pas toute l'information puis on
n'a pas toutes les données, que... On avait, avant, plus d'informations, je
pense, sur le site du MIFI, qu'on en a maintenant, que... ça a tout changé de
bord, là.
M. Cliche-Rivard : Ce n'est
pas ça qui est rassurant pour nos travailleurs, on s'entend. Ce n'est pas cette
réforme-là qui nous donne un coup de souffle en disant : Wow! Maintenant
je sais comment je vais me qualifier, là.
Je trouvais aussi que c'est gênant, puis
je voudrais vous entendre là-dessus, c'est gênant que l'ONU vienne au <Canada...
M. Cliche-Rivard :
...là.
Je trouvais aussi que c'est gênant,
puis je voudrais vous entendre là-dessus, c'est gênant que l'ONU vienne au >Canada
faire notre job à notre place. Vous ne trouvez pas? La commission, là, on
aurait dû l'avoir avec les élus du Québec, on devrait l'avoir. De savoir que le
rapporteur spécial des Nations unies vienne vous entendre, vous, avant que
nous, on vous entende sur les conditions de travail des travailleurs, j'ai un
petit pépin avec ça.
La Présidente (Mme Caron) :...secondes.
Mme Lelièvre (Katia) : Bien,
si je peux me permettre, là, en conclusion, bien, moi aussi, je pense que c'est
un peu déplorable qu'on ait crié dans le désert comme ça pendant de nombreuses
années. Heureusement que, maintenant, on a l'impression que les oreilles se
tendent, autant au niveau de la population que des partis politiques, des élus,
puis jusqu'à l'ONU. Espérons que la situation va changer pour ces personnes
vulnérables là parce que c'est difficilement tolérable de penser qu'au Québec
on maintient des gens dans une telle précarité puis vulnérabilité.
M. Cliche-Rivard : Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, le temps est écoulé. Je vous remercie d'avoir contribué à nos travaux.
Et on va suspendre la séance pour quelques
minutes, le temps de faire place au prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 17 h 27)
17 h 30 (version révisée)
(Reprise à 17 h 32)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
à l'ordre! Les travaux de la Commission des relations avec les citoyens vont
reprendre.
Je souhaite la bienvenue aux représentants
de la Centrale des syndicats démocratiques. Alors, je vous rappelle que vous
avez 10 minutes en tout pour faire votre présentation et vous présenter,
et ensuite on poursuivra aux échanges... on procédera aux échanges, plutôt.
Alors, la parole est à vous.
M. Vachon (Luc) :Bon, bonjour. Alors, je suis Luc Vachon, je suis le
président de la Centrale des syndicats démocratiques et je suis accompagné de
mon collègue Samuel-Élie Lesage, qui est conseiller syndical à la recherche à
la CSD.
Alors, je vous remercie. Merci, Mme la
ministre, merci, Mme la Présidente, Mmes, MM. les députés. Alors, merci de nous
accueillir. C'est fort apprécié de nous accueillir, nous permettre de nous
exprimer aujourd'hui. Alors, d'emblée, nous désirons souligner l'importance
de cette consultation et tout spécialement dans le présent contexte politique,
économique et social où, malheureusement, le sujet de l'immigration polarise et
clive, plutôt qu'il guide la discussion démocratique et saine. Nous souhaitons
que les présentes consultations soient un pas vers une appréciation plus
réaliste de l'immigration au Québec.
En résumé, le MIFI propose deux scénarios :
un qui maintiendrait essentiellement le statu quo aux seuils totaux d'immigration
et un second qui proposerait une hausse marquée de ces derniers pour atteindre
60 000 personnes en 2027. De plus, le MIFI accorde une place majeure
à la régionalisation de l'immigration et à la francisation. Mentionnons
finalement qu'en juin dernier le MIFI a procédé par voie réglementaire à des
modifications substantielles au programme d'immigration.
Soulignons en premier lieu les bons coups
des propositions du MIFI. Sans souscrire formellement à l'entièreté des
scénarios proposés, nous témoignons notre appui à la volonté du MIFI d'augmenter
les seuils d'immigration dans les années à venir. Ce changement de cap, parce
qu'il faut le dire, c'en est un, contraste positivement avec les dernières
années. De plus, soulignons que les changements proposés au programme d'immigration
permanente en simplifient le processus, tandis que les propositions d'accepter
les étudiants et les étudiantes internationaux en mode continue est franchement
excellent.
Les orientations du MIFI concernant la
régionalisation et la francisation sont aussi encourageantes. Nous
reconnaissons l'évolution qu'il y a présentement... au cours... qui a cours
présentement au sein du MIFI. Nous ne pouvons qu'espérer que cette ouverture au
dialogue se maintienne dans l'avenir. Mme la ministre, c'est tout à votre
honneur, à vous et votre équipe.
C'est donc en mode critique, mais
constructif que nous désirons commenter les propositions du MIFI, et nous avons
cependant à cet effet plusieurs soucis concernant les orientations générales
qui guident les propositions. Nous tenons malgré cela à souligner les aspects
positifs et nous répondons dès maintenant présents aux prochaines occasions que
nous aurons à travailler ensemble.
En ce qui concerne l'immigration
économique. En une formule, nous regrettons que la proposition du MIFI semble
identifier l'immigration économique sous une seule forme et faire de cette
dernière le principal axe de ses politiques migratoires québécoises. À cet
égard, nous ne pouvons que déplorer que, peu importe le scénario proposé par le
MIFI, les parts des personnes immigrantes admises pour les volets du regroupement
familial et d'immigration humanitaire baissent par rapport à l'immigration
économique.
En se fiant sur les données du MIFI et en
nous appuyant sur les scénarios voyant à la hausse les seuils, la part de l'immigration
économique, en 2022, était de 66,3 %. Elle atteindrait 69,9 % en
2027. Cette variation semble faible en apparence, mais elle se traduit par une
baisse importante tant dans les catégories du regroupement familial que de l'immigration
humanitaire. A contrario des tendances migratoires des dernières années qui
voient l'immigration augmenter, tous volets confondus, nous jugeons qu'il est
contre-productif de refroidir de la sorte les projets de personnes immigrantes,
peu importe leur catégorie. Une personne voudrait-elle immigrer au Québec si on
freine sa capacité à faire immigrer sa famille?
Quant au volet des réfugiés, les <limitations...
M. Vachon (Luc) :
... capacité à faire immigrer sa famille?
Quant au volet des réfugiés, les >limitations
suggérées contreviennent aux engagements internationaux du Québec. Bref,
augmenter le nombre de personnes immigrantes répondant aux besoins économiques
du Québec, certes, mais nous ne pouvons accepter de le faire au détriment des
autres volets. Et faut-il rappeler que ces personnes seront aussi des travailleuses
et travailleurs et des personnes qui participeront à l'économie et
s'impliqueront dans leur communauté.
Nous déplorons le silence du MIFI dans ses
propositions quant au Programme des travailleurs étrangers temporaires ainsi
que l'équivalent dans certains domaines spécifiques. Certes, le MIFI prévoit
que les seuils d'immigration permanente augmenteraient sensiblement, ce qui
inclut, ipso facto, l'accès à la résidence permanente par l'entremise du Programme
de l'expérience québécoise, mais on ne peut pas ignorer que les recours aux
personnes immigrantes temporaires a explosé dans les dernières années. De 2015
à 2022, au Québec, le nombre de permis temporaires délivrés dans le cadre du
PTET a augmenté de 234 %.
L'enjeu ici n'est pas de décrier en tant
que tel l'usage du PTET, mais de dénoncer que le recours élevé au PTET
contribue à créer une immigration à deux vitesses entre les bons immigrants,
ceux qui possèdent les qualifications recherchées par les employeurs, et les
autres qu'on relègue aux emplois moins qualifiés, moins rémunérés et plus
exposés aux abus. L'actualité récente a suffisamment fourni de malheureux cas
d'abus pour convaincre que le PTET place les personnes immigrantes dans une
grande situation de vulnérabilité.
Nous trouvons regrettable que
l'immigration permanente n'augmente qu'au compte-gouttes, tandis que le recours
à l'immigration temporaire augmente drastiquement. Il y a là un déséquilibre
qui ne peut pas être corrigé si on n'aborde pas les deux ensemble. C'est
d'autant plus vrai quand nous savons fort bien que plusieurs travailleuses et
travailleurs immigrants temporaires sont ici non pas pour des besoins
temporaires, mais pour des besoins permanents de main-d'œuvre qui ne peuvent
être comblés par la voie de la permanence.
En ce qui concerne les qualifications, il
en est de même. Si les entreprises recrutent des travailleurs étrangers
temporaires, c'est assurément que, d'une part, les qualifications correspondent
aux besoins économiques qu'elles ont. En réalité, nous savons tous que souvent
les qualifications de ces personnes sont souvent bien supérieures à ce qui est
requis pour l'emploi.
Pour nous, le Québec doit initier un
changement de cap en favorisant l'immigration permanente plutôt que temporaire.
Cela se fait, en premier lieu, en intervenant directement là où le Programme
des travailleurs étrangers temporaires est injuste, en remplaçant le permis de
travail fermé par un permis de travail ouvert. Le permis de travail fermé est
injuste car il rend la personne immigrante temporaire particulièrement
vulnérable en la privant de changer d'emploi. Que ce soit en changeant soi-même
les règles ou en intervenant auprès d'Ottawa, le gouvernement du Québec doit
lancer un signal fort démontrant que les jours du permis de travail fermé
tirent à leur fin.
Mentionnons d'ailleurs que le rapporteur
spécial de l'ONU a ouvertement dénoncé, la semaine dernière, que le permis de
travail fermé, bon, rend les personnes immigrantes temporaires vulnérables. Ça
a été énoncé à quelques reprises, mais nous le savions déjà, même avant. Des
réflexions ont déjà eu lieu quant à la manière d'opérer un tel changement.
Retenons ici que ce changement est autant possible que nécessaire.
• (17 h 40) •
En second lieu, le MIFI doit augmenter
l'accessibilité à la résidence permanente pour les personnes immigrantes
temporaires présentes sur le territoire du Québec. Les difficultés d'accès
constituent... consistent en une autre facette de ce système à deux vitesses,
combiné avec les modifications apportées au PEQ, au Règlement sur l'immigration
en juin dernier.
Les propositions du MIFI limiteront
arbitrairement la capacité des personnes immigrantes temporaires d'accéder à la
résidence permanente. Certes, nous reconnaissons que le nouveau système inclura
un plus grand nombre de niveaux de compétences, techniquement, en passant, dans
le cadre du PEQ, des niveaux 0, A, B aux catégories 0, 1, 2, 3, mais
il relègue les autres dans un trou noir, condamnées à espérer qu'elles seront
sélectionnées par le MIFI dans le cadre du volet compétences manuelles et
intermédiaires.
Nous défendons que toutes les personnes
immigrantes temporaires puissent pleinement avoir accès au PEQ, peu importe son
niveau de qualification, comme c'était d'ailleurs le cas avant 2018. Mieux
encore, la proposition du MIFI en mode continu pour les étudiants
internationaux est excellente et devrait être étendue à l'ensemble des
personnes salariées immigrantes temporaires qui sont déjà présentes au Québec.
En d'autres mots, les seuils d'immigration doivent refléter la réelle capacité
d'accueil du Québec en prenant en compte les personnes déjà présentes au Québec
et qui pourraient désirer accéder à la permanence. Il ne faudrait pas que les plafonds
migratoires, ce qui est vrai... ce qui est plus vrai que des seuils, en fait,
ou leur niveau de qualification viennent empêcher de s'installer au Québec de
manière permanente, alors que ces personnes sont déjà ici, au Québec, y ont
acquis une expérience professionnelle et sont <normalement déjà...
M. Vachon (Luc) :
... au Québec, y ont acquis une expérience
professionnelle et sont >normalement déjà engagées dans une démarche de
francisation. Nous jugeons en plus que le fait que le Québec ait déjà investi
dans ces personnes... que les efforts déployés pour les inclure seront moindres
et débutent déjà sur une note positive.
En ce qui concerne la francisation, comme
nous l'avons expliqué plus tôt, nous reconnaissons la nouvelle vigueur des orientations
du MIFI concernant l'encadrement des personnes immigrantes, la régionalisation,
l'inclusion de ces dernières, notamment par la reconnaissance de leurs
compétences et acquis, et, au sujet de la francisation, d'ailleurs, de bons pas
ont été menés, mais davantage doit être fait. Un goût amer nous est resté quand
nous avons appris, en novembre dernier, qu'une fraction seulement de 697
millions de dollars versés par le fédéral dans le cadre de l'accord Canada
a été dépensée. Une intensification des efforts est donc de mise et même
possible.
Alors, à cet égard, nous soulignons les
orientations du MIFI auraient pour conséquence de freiner la part des personnes
admises sur la base des critères linguistiques.
Et, si je voulais conclure de manière très
importante, le dernier élément serait, à ce moment-ci... le dernier élément, la
question des 55 ans et plus qui devraient non plus... ne pas être considérées
là-dedans. Il s'agit, selon nous, d'une limitation qui ne trouve pas son écho
et sa place. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup. Alors, je vais maintenant céder la parole à la ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration. Votre groupe a 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci, M. Vachon. Merci à la CSD de prendre part à
l'exercice. On a apprécié lire vos propositions. Merci pour le travail qui a
été réalisé pour prendre part à cette conversation fort importante.
Avant de plonger dans des questions, je
voudrais juste faire une petite précision, parce que vous disiez que vous
souhaitiez prioriser des gens, là, qui sont déjà établis sur le territoire
québécois, lorsque viendra le temps de faire... d'octroyer la résidence
permanente. Bien, c'est une orientation déjà que l'on a pour la réforme, là,
des programmes d'immigration, on veut faire en sorte de prioriser, autant que
faire se peut, des gens qui sont déjà établis au Québec lorsque viendra le
temps d'octroyer la résidence permanente, en tout cas, d'y contribuer. Donc, ça
fait en sorte... Ça passe notamment par le fait que des personnes qui sont
travailleurs étrangers temporaires pourraient se voir octroyer, en fait, une
sorte de priorisation pour la conversion vers la résidence permanente.
Parce que, pour nous, c'est des gens déjà
utilisant la capacité d'accueil qui est à prévoir pour des personnes
immigrantes, donc qui ont déjà un logement, qui sont déjà en processus
d'intégration, qui connaîtront le français, qui ont déjà traversé un hiver ou
deux. Alors, pour nous, ça, c'est le gage d'une bonne rétention, d'un parcours
d'immigration réussi. Alors, c'est pour ça qu'on va vouloir prioriser ces
personnes. Donc, je voulais vous en faire part. C'est pour ça aussi qu'on a
développé la passerelle, donc le volet 2, dans le Programme de sélection
des travailleurs qualifiés, parce qu'on voulait prioriser aussi ce type de
profil mais qui a des compétences manuelles ou intermédiaires, donc, pour
l'accès à la résidence permanente. Donc, simplement une précision pour vous
dire qu'on est en action sur ce volet-là. Bien sûr, on n'estime pas que ça va
pouvoir, comment dire, répondre à 100 % de nos besoins, les gens qui sont
déjà sur le territoire, on pense qu'il va falloir quand même en avoir une part
importante, là, de gens qui viendront de l'étranger, mais on les accompagnera
le plus tôt possible dans le processus.
Je voulais également apporter une petite
précision sur un passage de votre mémoire, à la page 18, là, où vous
mentionnez que vous ne souhaitez pas que les admissions en continu du PEQ, dans
le scénario 1, soient comptabilisées dans les cibles d'admission prévues
pour les travailleurs qualifiés. Or, effectivement, ce ne sera pas le cas.
Donc, les diplômés du PEQ... PEQ — Diplômés, en fait, ne seront pas
comptabilisés dans ce scénario-là, si c'est celui qui est adopté, ne seront pas
comptabilisés dans le seuil. Donc, on est sur la voie que vous proposez, bref.
Si je vous amène sur les permis de
travail, bon, vous recommandez, donc, à la page 20, là, de travailler avec
le fédéral pour abolir les permis de travail fermés. Comment est-ce que vous
voyez les impacts d'une transformation du permis de travail, tant pour les
employeurs, là, que pour les employés? Qu'est-ce que, pour vous, ça va changer,
là, en termes de mode de fonctionnement, et quels types de modes de
fonctionnement vous préféreriez? Est-ce que ce seraient des permis de travail
sectoriels ou des permis de travail régionaux? J'entends, là, des promoteurs
des deux écoles de pensée, là, je voulais savoir : Est-ce que vous avez fait
votre nid sur une des deux approches?
M. Vachon (Luc) :En toute franchise, j'ai beaucoup de difficulté à voir
comment des approches qui <mettent des conditions...
M. Vachon (Luc) :
... franchise, j'ai beaucoup de difficulté à voir
comment des approches qui >mettent des conditions, même si elles
semblent allégées, vont prendre effet réel. Parce que la raison pour laquelle
le permis fermé est problématique, c'est l'état de vulnérabilité dans lequel la
personne est. On peut penser qu'on va faire des permis ouverts, sectoriels ou
régionaux, il reste... Comment la personne immigrante qui arrive ici avec,
souvent, bon, des fois, une connaissance plus faible du français... comment
elle va pouvoir exercer ses droits réels?
Bon, puis il y a plusieurs scénarios, puis
on peut dire : Ah! si l'autre employeur va compenser la part de
l'investissement... Mais, encore là, ça veut dire que la personne doit se
mettre en recherche d'emploi, une fois rendue ici. Donc, une personne qui est
déjà dans une zone de vulnérabilité, comment elle va en sortir, c'est... Il y a
toujours l'apparence de droit puis l'exercice de droit réel qui devient
problématique. La solution parfaite, c'est clair que c'est le permis ouvert,
c'est le permis ouvert. Après il y a le jeu des conditions de travail qui va
rentrer en ligne de compte. Après, il y a le jeu des règles de l'emploi puis du
marché de l'emploi qui vont jouer.
Bon, je sais que c'est... on va nous
dire : Oui, mais là les employeurs ont mis beaucoup d'argent. Bien, c'est
parce qu'on prend le problème, à mon avis, par le mauvais bout. On prend le
problème par... comme si la solution du temporaire, c'était ça, la réponse. La
vraie réponse, elle est par la permanence. Parce que, puis d'autres l'ont
énoncé avant nous, si ça a augmenté comme ça, les temporaires, puis dans les
milieux de travail où on se retrouve à du 40 %, 50 % de main-d'œuvre
immigrante... Et ils ne sont pas là pour combler des besoins temporaires. Donc,
la question, ce n'est pas de savoir, à la fin, comment on va compenser, la
question c'est : Comment on va pouvoir combler de manière permanente?
Et automatiquement, plus on va combler
correctement, de manière permanente, moins on aura d'enjeux au niveau du temporaire
et moins on décriera la question du permis ouvert qui sera un scandale puis qui
va coûter bien cher, parce qu'on ne l'utilisera plus, ça, ou beaucoup moins.
Puis, quand on va l'utiliser, on va l'utiliser pour des besoins temporaires.
Puis après, je répète, les règles du marché de l'emploi joueront, les
employeurs feront ce qu'ils doivent faire pour garder leur main-d'œuvre.
Mme Fréchette : Alors, bien,
merci. Vous dire qu'on est déjà, donc, en discussion avec le fédéral, là, sur
cette question-là. Bien sûr, c'était avec mon homologue antérieur que ces
discussions-là ont eu lieu, donc on va relancer la discussion avec le nouveau
ministre de l'Immigration au fédéral, en espérant pouvoir avancer sur des
alternatives potentielles.
Vous dire également qu'au sujet de
l'accompagnement, là, des travailleurs étrangers temporaires dans la
connaissance de leurs droits, notamment, là, tous les travailleurs étrangers
temporaires légalement admis sur le territoire pour une période consécutive
d'un an ont droit de s'inscrire à Accompagnement Québec. Et Accompagnement
Québec, là, ça permet notamment de connaître les droits qui... pour lesquels
ils sont couverts et favoriser aussi, là, une meilleure intégration. Donc, ça,
c'est une des mesures qui est en place sous notre gouvernement, là, pour faire
en sorte d'accompagner les temporaires, et de faciliter la compréhension de
leurs droits, et d'assurer un meilleur respect de ces droits-là.
• (17 h 50) •
Je vous amène maintenant sur la francisation.
Vous soulignez, là, donc, bien sûr, l'importance, là, de l'accès aux services
d'apprentissage du français. Nous en sommes, bien entendu. On fait beaucoup, en
matière de francisation, notamment pour les travailleurs étrangers temporaires.
C'est nous qui avons octroyé ce droit à la francisation pour les travailleurs
temporaires, ce qui n'était pas permis sous les libéraux. Donc, pour nous,
c'était bien important d'accompagner les gens et partout au Québec, aussi, de
le faire à travers un réseau de bureaux et d'équipes qui sont déployées partout
sur le territoire du Québec. Parce qu'on sait bien que des bureaux, au-delà
de... des bureaux comme tels, ce sont surtout des équipes qui sont sur le
terrain à pied d'œuvre, qui travaillent avec les travailleurs étrangers
temporaires. Et c'est ce qu'on a déployé comme réseau.
Et non seulement on a déployé ce
réseau-là, mais... et le service aussi Accompagnement Québec, mais on a aussi
signé des ententes avec plus de 200 organisations partout au Québec pour
faire en sorte de bien accompagner les travailleurs étrangers temporaires dans
leur processus d'arrivée au Québec, d'intégration au Québec et de connexion
aussi à la société québécoise. Donc, ça, c'est toutes des mesures que l'on a
déployées ces dernières années pour faire en sorte d'accompagner adéquatement
ces personnes qui répondent à des besoins du marché du travail.
Donc, de quelle manière est-ce que vous
voyez qu'on puisse améliorer la formation en francisation sur les lieux du
travail? Quelle est votre perception de ce qui pourrait être bonifié? Parce que
c'est un des segments de Francisation Québec qui sera transféré au MIFI, si on
veut, qui <pour l'instant...
Mme Fréchette :
...
segments de
Francisation Québec qui sera transféré au MIFI, si on veut,
qui >pour l'instant est sous le ministère de l'Emploi. Donc, est-ce
qu'il y a des mesures que vous verriez qu'on devrait mettre de l'avant?
M. Vachon (Luc) :Bien, d'abord, la francisation sur les lieux du travail,
c'est excellent. Je suis sceptique à l'idée que ce soit possible dans tous les
milieux, cela dit. Une entreprise de 100, 150, 200 employés qui a un noyau
suffisant de main-d'oeuvre immigrante et qui a... puis qui a besoin de
francisation, ça va, j'y crois. Mais une entreprise qui a 30 employés puis
qui a trois employés immigrants, qui va faire la francisation en milieu de
travail avec les ressources, puis tout ça, j'ai de la misère à comprendre
comment on va coordonner ça. Parce que souvent, ce qu'on entend et ce qui est
réel, ceci dit, c'est le manque de ressources, que ce soit en ressources
humaines, en... tout ça, au niveau des PME.
Donc, je pense qu'il y a un rôle important
au niveau de coordination de tout ça pour faire en sorte que, même dans les
plus petites entreprises, il y ait une possibilité de réseautage de noyautage,
tout ça. Et là-dessus, il y a... bon, il y a déjà de quoi, là, on a tous les
réseaux de services aux entreprises, au Québec, puis tout ça, qui peuvent
contribuer à ça. La structure existe, elle existe déjà, je pense qu'il n'y a
pas d'enjeu de réalisation là-dessus.
Mais après, bien entendu, puis ça, je ne
sais pas si ça répond à votre question, mais, bien entendu, il y a un
encadrement au niveau du milieu de travail qui doit être fait, il y a
l'accompagnement. Parce que la promotion de l'apprentissage de la langue doit
provenir aussi du milieu de travail. Parce que, si ce n'est pas important, en
milieu de travail, ça va être dur pour la personne de considérer que c'est une
réelle importance. Le temps dégagé pour permettre d'apprendre, ça fait partie
de l'équation. Parce que les scénarios qu'on a entendus, c'est des gens qui
sont dans des conditions un petit peu horribles, qui doivent travailler de
longues heures, puis si ce n'est pas une deuxième job par-dessus, puis qu'après
on lui dit : Il faut que vous alliez vous franciser. Vous travaillez de
nuit, vous allez faire de la francisation un bout, l'avant-midi, vous allez
vous recoucher l'après-midi, vous allez recommencer. Ça ne peut pas donner les
résultats qu'on s'attend que ça va donner, ça.
Alors donc, le temps de travail, des
plages horaires disponibles, un accompagnement qui est fait, une validation
aussi de la qualité de la formation, parce que ça, c'est hyper important. Si on
veut qu'on ait des résultats à l'autre bout, il faut s'assurer qu'on ait une
certaine cohésion, une cohérence dans ce qu'on donne comme francisation.
Mme Fréchette : Bien, merci.
Mme la Présidente, il nous reste combien de temps?
La Présidente (Mme Caron) : 5 min 25 s.
Mme la députée d'Iberville, allez-y.
Mme Bogemans : Oui. Merci
beaucoup. En fait, moi, je voulais... En lien avec l'ancien programme PRTQ, le
nouveau PSTQ, maintenant, il y a une passerelle pour les compétences
intermédiaires et manuelles, puis je voulais voir si les critères de sélection
du programme vous semblent correspondre mieux aux besoins de vos membres.
M. Vachon (Luc) :Pas tant.
Mme Bogemans : Pour quelles
raisons, précisément?
M. Vachon (Luc) :Parce qu'en fait, nous, ce qu'on propose, puis c'est un
petit peu... Mme la ministre a compris quelque chose de la page 18, mais
qui n'est pas exactement ça. Nous, ce qu'on propose, c'est que, quand ils sont
ici, les temporaires, qu'ils soient aussi, comme c'est pour le PEQ étudiants...
qu'ils soient dans un PEQ aussi pour eux et qu'ils ne soient pas considérés
dans les... je veux dire, toujours entre les seuils puis le plafond, parce qu'à
mon avis il y a une espèce de paradoxe, mais qu'ils ne soient pas considérés
là-dedans puis... Parce qu'ils ont déjà... ils sont déjà ici, ils sont... comme
on dit, ils sont déjà dans des besoins permanents et ils sont déjà inscrits en
parcours de francisation. Donc, la raison... le besoin pour lequel ils sont là,
il est démontré, il est démontré. Donc, à partir du moment où ils franchissent
les critères de francisation, puis tout ça, puis ils ont l'expérience de
travail, ils pourraient rentrer continuellement, venir s'inscrire en continu,
en dehors du nombre qui est déjà... qui est déterminé dans les ratios, là, ou
dans les seuils.
Mme Bogemans : Du ratio
économique, plus précisément.
M. Vachon (Luc) :Voilà.
Mme Bogemans : Parfait. Puis
mon autre question, c'était considérant... Vous avez dit que le PEQ, c'était
une bonne nouvelle au départ, là, en débutant. Pouvez-vous nous expliquer pour
quelles raisons ça vous rejoint?
M. Vachon (Luc) :Bien, le PEQ étudiants, normalement, ce qu'on saluait,
c'est qu'en fait, quand on avait des discussions là-dessus, on se disait :
Si quelqu'un est arrivé ici, a fait sa formation, que ce soit au cégep ou à
l'université, en français, est diplômé en français, si la personne a été
capable de réussir ça, à notre avis, ça doit être parce qu'à <quelque...
M. Vachon (Luc) :
... si la personne a été capable de réussir ça, à
notre avis, ça doit être parce qu'à >quelque part il y a une maîtrise. Je
pense que ça répondait par soi-même, là. Puis on se disait : Bien, de ne
pas les considérer dans le nombre, ça nous semblait... Parce que le nom, il est
toujours là, omniprésent, en termes de débat sur la capacité d'intégration ou
la capacité d'accueillir. Mais, quand quelqu'un a fait ce parcours-là, on ne
devrait pas vraiment avoir de grands questionnements sur la capacité qu'on a de
l'intégrer au Québec, ça semble démontré.
Mme Bogemans : OK. Parfait.
Puis au niveau des actions que vous posez à la centrale syndicale pour le
multiculturalisme et la régionalisation, est-ce que vous pouvez nous donner des
exemples?
M. Vachon (Luc) :Oui. Bien, la partie régionalisation, ça, comme je disais
un peu plus tôt, quand le milieu de travail accompagne... Parce que la
régionalisation... Puis ça, ce n'est pas moi qui l'invente, je l'ai entendu
déjà de quelqu'un qui était une dame immigrante qui donnait de la formation
puis qui expliquait un peu. La réussite de l'intégration en région, ça passe
d'abord par l'intégration sociale. Et là on se dit : Bon, bien, OK,
l'intégration sociale, ça va. Le milieu de travail a un rôle dans l'intégration
sociale, il doit s'impliquer, il doit s'assurer que l'ensemble du milieu social
aussi contribue à l'intégration de la personne qu'ils accueillent. Donc, c'est
en ce sens-là qu'il y a une sensibilisation qui est faite auprès de nos gens,
de dire : Bien, quand ils viennent chez vous, il y a tout cet
encadrement-là de s'assurer que les gens sont accueillis, intégrés dans le
milieu de travail et regarder voir si on ne peut pas aller plus loin. Bon, ça
fait que, ça, c'est ce bout-là.
Est-ce qu'on fait assez actuellement? La
réponse, c'est non. Nous autres aussi, on doit faire plus puis on doit faire
mieux. Mais, ceci dit, c'est une des... un des premiers éléments de
sensibilisation. Nous, on ne cherche pas à faire de la francisation. Il y a des
gens qui sont très bons pour faire la francisation. Nous, ce qu'on dit, c'est :
Les conditions de réussite, c'est qu'il y ait du temps de dégagé du milieu de
travail et qu'on s'occupe de l'intégration sociale. Il y a des syndicats qui
font ce qui a été mentionné un peu plus tôt, des activités. Je sais qu'il y a
un syndicat, là, qui a plusieurs, plusieurs cultures à l'intérieur et qui
organise des activités, mais pas des activités québécoises pour intégrer les
autres nationalités, mais les intégrer... des activités des autres nationalités
pour intégrer les Québécois à ça. Je trouve ça génial. Puis, c'est
l'apprentissage de la culture. Tu sais, eux, il faut qu'ils apprennent la
nôtre, mais la bonne façon aussi de faire en sorte que ces gens-là vivent
ensemble, c'est que les cultures soient connues de tout le monde, là. C'est un
partage.
La Présidente (Mme Caron) : ...conclusion.
En conclusion, 15 secondes.
M. Vachon (Luc) :Ah! moi, j'ai fini.
La Présidente (Mme Caron) : Parfait.
Merci.Merci. Alors, je vais céder la parole à l'opposition officielle,
à la députée de Chomedey. Vous avez 12 min 23 s pour votre
groupe.
Mme Lakhoyan Olivier : Bonjour.
Merci beaucoup, c'est vraiment très intéressant vous écouter et vous lire, bien
sûr. Et puis on a... on a entendu beaucoup de monde, donc ça va enrichir nos
informations, et on va pouvoir prendre de meilleures décisions.
• (18 heures) •
Parlant de francisation, en tant que
députée, je reçois beaucoup d'appels, des citoyens, des réfugiés, des
sans-papiers, tout ce beau monde-là qui veulent apprendre le français. Ils
viennent ici, ils veulent apprendre le français. J'ai vraiment grandi
là-dedans. Je suis une fille immigrante. J'ai déménagé ici très jeune, hein — je
ne vais pas dire combien d'années — et puis j'ai toujours grandi
là-dedans, des questions d'immigration, comment je peux faire ci. Donc je suis
entourée de ces sujets-là, parce que les gens veulent venir ici, veulent
apprendre le français. Mais ça ne veut pas dire qu'ils ont la chance, dans leur
pays, de l'apprendre. Les conditions dans d'autres pays, ce n'est pas comme
ici. Et puis surtout ils viennent des pays, disons, tiers-monde, pas d'autres
pays occidentaux, donc ils viennent pour une meilleure vie, donc ils veulent
travailler, ils veulent apprendre le français, absolument.
D'abord, il y a des préconditions
d'apprentissage. Le français, maintenant, ou connaître un niveau de français, ça,
comment... Qu'est-ce que vous pensez là-dessus? D'abord, j'aimerais commencer
avec celle-là : Est-ce que... est-ce qu'il ne faut pas donner la chance à
tout le monde d'avoir une opportunité de venir ici et apprendre le français une
fois ici? Parce que déjà on connaît qu'il y a un grand chiffre déjà qui ne sont
pas immigrants, à part les travailleurs, là...
18 h (version révisée)
Mme Lakhoyan Olivier : ...qu'il
y a un grand chiffre déjà... qu'ils ne sont pas immigrants, à part les
travailleurs, là, il y a des sans-papiers, il y a des réfugiés, il y a des cas
humanitaires. Donc, ces gens-là, c'est sûr, il y a une majorité qui ne parle
pas le français puis il y a une autre partie qui parle français.
Donc, côté humanitaire, ne pensez-vous pas
qu'on devrait quand même accepter les immigrants pour venir ici, mais qui
apprenons... qu'ils apprennent le français ici, comme mes parents ont fait, d'ailleurs?
Je m'excuse, mes parents, quand ils sont venus, ils ne parlaient pas le
français ni l'anglais. Ils ont appris les deux. Ma mère est allée aux cours de
francisation, mais, si mon père ne serait pas admis, je ne serais pas ici aujourd'hui.
Donc, ça, c'est ma première question.
M. Vachon (Luc) :Tu vas vouloir intervenir? Je vais vous dire une chose, tout
d'abord, il y a des niveaux de français qui sont déterminés, et là il y
avait... On a fait des débats sur la hauteur du niveau. Moi, je pense que ce
qui était surtout le vrai débat qu'on aurait dû faire puis qu'on a tenté de
faire à un moment donné, ce n'est pas tant le niveau, mais c'est la durée qu'on
demandait pour l'apprendre, pour atteindre ce niveau-là, qui, à notre avis, était
irréaliste à ce moment-là. Puis, ensuite, des fois, il y a une question d'exigence
d'un certain niveau, puis, en plus, dans la durée où c'était requis... que je
vais être tout à fait honnête que, probablement, plusieurs Québécois auraient
eu de la difficulté à réussir.
La vraie... J'ai... des fois, j'ai de la
misère avec la question de mettre l'enjeu de la protection de la langue sous la
responsabilité de l'immigration. J'ai de la difficulté avec ça parce que moi,
je pense que la question de la protection de la langue, si c'est réellement un
enjeu, elle devrait commencer par nous au départ. Elle devrait commencer par
nous. Quand on a... on est au Québec avec un déficit de littératie puis de
numératie qui atteint près de 50 %, la première question qu'on devrait se
poser, c'est : Est-ce que c'est vraiment l'immigration qui met... a mis ça
en péril? Je ne suis pas convaincu, hein?
Alors, on cherche toujours à prendre le
débat ailleurs. Moi, je pense que, le premier débat, on devrait regarder, nous,
comment on se comporte au départ, après ça, peut-être ne pas reproduire les
mêmes erreurs au niveau de l'immigration, mais est-ce qu'on ne devrait
absolument pas accueillir des personnes immigrantes si elles ne parlent pas le
français? Bien, vous êtes un exemple de la réponse.
Moi, je pense qu'il y a de la place pour
beaucoup de gens, puis après c'est comment on accueille, comment on offre les
opportunités de s'intégrer, et ça, c'est à géométrie très variable, parce que,
là, vous faites une référence aux réfugiés, et le problème des réfugiés,
souvent, s'ils n'apprennent pas le français, le problème, c'est qu'on les garde
dans l'ombre, le problème, c'est qu'on les garde dans la quasi-clandestinité
parce qu'on ne veut pas leur reconnaître un statut : Intégrez-vous, mais
cachez-vous. Je ne sais pas comment on fait ça socialement. Tu n'as pas le
droit aux protections sociales, tu n'as pas le droit, en fait, à rien, mais tu
dois t'intégrer. Je ne sais pas comment, socialement, on peut croire à ça.
Alors, ceci dit, puis c'est de là que la
question de la régularisation rentre en ligne de compte, parce que ces gens-là,
et vous avez entièrement raison puis vous en avez eu ici, c'est des gens qui
veulent s'intégrer, qui veulent apprendre la langue, qui... qui travaillent,
pour beaucoup, travaillent déjà, souvent clandestinement ou souvent au noir,
puis de manière précaire, mais ils contribuent déjà, ils sont déjà là. Ça fait
que moi, je pense que, si on fait mieux, là, la question de la langue va
devenir un deuxième niveau, va devenir un deuxième niveau puis ça va nous
permettre de décoller de l'arbre pour voir la forêt qui est cachée derrière.
M. Derraji : Je vais me
permettre... je vais me permettre... Ma collègue a posé une question
extrêmement importante par rapport à la langue française et à l'intégration. Je
suis très content d'entendre votre réponse, et c'est grâce à votre réponse que
je me sens interpelé. Vous avez évoqué... évoqué un point qu'en fait, dans la
société occidentale, on fait tout pour ne pas tomber dans des ghettos. Je ne
sais pas, est-ce que c'est vous ou l'ancien groupe, vous avez parlé de faire
attention de ne pas construire des logements proches... Je pense, c'est l'ancien
groupe. D'ailleurs, j'ai oublié de vous poser cette question, mais je trouve
tellement ça important, parce que, si on regarde l'industrialisation européenne
avec l'arrivée de la <main-d'oeuvre à l'époque...
M. Derraji :
...parce
que, si on regarde l'industrialisation européenne avec l'arrivée de la >main-d'oeuvre
africaine à l'époque et on voit les problèmes de société qu'on essaie de
ramener au Québec, moi, certainement, je dis : Écoute, bien, ça n'a aucun
bon sens, on ne parle pas de la même chose. Et c'est justement ce que vous
venez de répondre à ma collègue. Si, aujourd'hui, on ne fait pas attention avec
des groupes et des sous-groupes, c'est que, de facto, le législateur ne veut
pas les voir. Ils sont là, mais on ne veut pas les voir. Ils sont là, là, sur
le territoire, mais on ne veut pas les voir parce qu'on ne les inclut pas, on ne
parle pas...
J'aurais aimé, aujourd'hui, qu'on parle...
parlons des réfugiés, parlons des demandeurs d'asile. Tous les groupes,
aujourd'hui, ils ont parlé des sans-papiers : Parlons des travailleurs
temporaires étrangers, parlons de ceux et celles qui viennent du programme de
la mobilité internationale. Mais, non, les scénarios qu'on a aujourd'hui, c'est
tellement normé et cadré que je me dis : Est-ce qu'on n'est pas en train
de rater une occasion en or? Et, sérieux, aujourd'hui, je tiens à remercier
tous les groupes, surtout les quatre syndicats, les quatre centrales. Vous avez
ramené sur la table d'autres enjeux qu'on n'a pas vus hier. C'est sûr que c'est
trois semaines, mais c'est tellement important, ce que vous venez de dire,
parce que ça me rappelle juste les critiques des modèles d'intégration,
d'assimilation d'immigration européenne, et on voit l'échec.
Moi, je suis allé dans certains pays. À un
certain moment, je me dis : Est-ce que c'est cette société qu'on veut au
Québec? Je ne pense pas. Je ne pense pas que c'est ce qu'on veut, mais je veux
reposer la question. Désolé si j'ai été long, parce que vous m'avez interpelé
avec votre réponse, que je trouve très juste, parce que je ne m'attendais pas...
Est-ce qu'avec cette sous-catégorisation de plusieurs catégories d'immigration
et l'offre qu'on a sur la table maintenant d'étudier deux scénarios on rate un
débat de fond sur l'intégration des immigrants?
M. Vachon (Luc) :Est-ce qu'on rate un débat de fond? C'est une excellente
question. Ceci dit, ce qu'on ne connaît pas, ça fait toujours peur, et, pour
nous, au Québec, c'est relativement nouveau, ce déploiement de l'immigration là.
Vraiment, là, il y a des zones, il y a des régions qui étaient plus familières
avec ça, mais toute la question de la régionalisation... Le premier... Reculons
il y a deux, trois ans, il y a des régions qui n'en avaient pas, de
main-d'oeuvre immigrante, là. Nous, on a des groupes, là, puis c'est vrai pour
tous les autres, là, où ils se sont retrouvés tout à coup avec de la
main-d'oeuvre immigrante. Ils ne savaient même pas comment composer avec ça,
mais c'est une nouvelle réalité. C'est une nouvelle réalité.
Bon, alors, on a un peu d'inquiétudes, à
savoir ce que ça va faire. Là, le débat de la langue qui rentre là-dedans, on
ne sait pas trop comment composer avec ça puis on hésite. Alors, est-ce qu'on
va rater la cible? Moi, je pense que c'est une belle occasion pour faire un
débat social plus profond que ça. Je pense que c'est ça, comme ça qu'on doit le
saisir, le regarder de manière évolutive puis...
M. Derraji : Est-ce qu'on le
fait?
M. Vachon (Luc) :Bien, en fait, on commence à le faire. Aujourd'hui, ça... ce
qui se fait là, normalement, c'est une démonstration du début d'une réflexion
plus profonde sur la société québécoise, puis comment on va faire cette
intégration-là, dans le futur, de manière plus réelle, comment on va regarder
les vraies affaires, puis qu'on va en parler correctement, puis qu'on va mettre
les moyens pour y répondre. Puis, quand on va accepter de le faire comme il
faut puis qu'on va être plus familiers... Ce qu'on comprend, ça nous effraie
moins. Alors, c'est... je pense que, socialement, au niveau québécois, il y a
beaucoup de faux débats dans cette histoire-là. Donc, il y a toute une question
d'apprivoiser le sujet puis de mieux le comprendre...
• (18 h 10) •
M. Derraji : ...dites :
Des faux débats. Avez-vous des exemples en tête?
M. Vachon (Luc) :Bien, j'en aurai plusieurs. J'ai la question de la langue,
la question de la main-d'œuvre immigrante, la question des besoins temporaires ou...
versus permanents. Tu sais, ça en est tous, des faux débats, parce que, quand
on parle de la... Puis, la question de l'intégration, OK, parfait, on va
prendre la permanence pour être capables de les intégrer comme il le faut, mais,
pendant qu'on ferait un débat sur 60 000 personnes permanentes, il y
en a 300 000 temporaires derrière qui sont là puis que... pour
lesquelles on ne regarde pas... mais en fait c'est des faux temporaires qui
sont des immigrants permanents pour des besoins permanents. Puis moi, j'ai vu
des situations, là, j'ai... tout récemment, là, tout récemment, je me... ce
n'est même pas dans le cadre du travail, ce n'est même pas dans le cadre du
travail, c'est dans le cadre d'une activité sociale où je me présente là et je
m'en vais jaser avec une personne, là, qui travaillait là, ça fait sept années
qu'elle est au <Québec, 11 mois par année...
M. Vachon (Luc) :
...sept années qu'elle est au >Québec,
11 mois par année...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
M. Vachon (Luc) :...11 mois par année, et elle ne parle presque pas le
français, quelques mots, parce qu'elle travaille six jours sur sept, puis là il
n'était pas 4 heures de l'après-midi quand je lui ai parlé, là, il était 20
heures passé, le soir, puis elle travaillait toujours.
M. Derraji : Merci pour votre
présence.
M. Vachon (Luc) :Ça, c'est peut-être une question... une réponse au faux
débat.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup. Ça s'est terminé exactement à zéro seconde. Alors, je vais maintenant
céder la parole au député de saint... voyons, Saint-Henri—Sainte-Anne pour 4 min
8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation puis vos réponses. Moi, j'ai accueilli
favorablement le volet 2, ladite passerelle. Je pense que c'est intéressant. Je
trouvais que c'était une bonne nouvelle, mais je trouvais que, finalement, ça
reconnaissait qu'on n'aurait jamais dû retirer les emplois moins qualifiés du
PEQ travailleur. Je pense qu'il y a là une réponse à pourquoi ce volet 2 là
était nécessaire. Vous avez parlé un peu de régularisation, puis je trouve
qu'on n'en a pas parlé assez aujourd'hui, donc je vais vous questionner
là-dessus... des questions. À votre avis, est-ce qu'on gagnerait à les ramener,
ces gens-là, dans l'économie légale, dans l'économie formelle? Notamment, en
matière de taxes et impôts, est-ce qu'on aurait à gagner à faire ça?
M. Lesage (Samuel-Élie) : ...votre
question, s'il vous plaît?
M. Cliche-Rivard : Oui. En
matière de taxes et impôts, là, de ramener ces gens-là dans la régularité, dans
l'économie formelle, j'imagine qu'on aurait un gain économique à faire ça, à
leur donner un statut?
M. Lesage (Samuel-Élie) : Bien,
c'est un gain économique. Question taxes, impôts, la chose va de soi, ce que plutôt...
se dire, c'est que ce sont des gens qui pourraient pleinement, complètement,
avec leur expérience, leur formation, leur personnalité, qui elles sont, à l'économie,
en travaillant dans leur communauté... Alors, c'est surtout ça, puis c'est pour
ça qu'on mettait aussi de l'avant... Plus tôt, dans la journée, on a posé la
question de quoi... ce programme-là. Bon, on n'est pas allés très loin, mais,
une chose qui est nécessaire, il est essentiel que ces personnes-là soient au
moins adéquatement reconnues quant à leurs qualifications, leurs compétences
pour qu'elles puissent pleinement participer à la société. Puis je pense qu'on
pourrait dire... L'apport économique ou sociopolitique, il est, entre autres,
là. Enfin, ces personnes-là seront reconnues pleinement à leur juste valeur,
notamment en termes de ce qu'elles peuvent faire au niveau professionnel.
M. Cliche-Rivard : Et
j'imagine aussi que vous êtes d'accord qu'on gagnerait à les... à leur assurer
une couverture médicale complète. En termes de couverture de santé publique, ce
serait très avantageux?
M. Lesage (Samuel-Élie) : C'est
même une évidence.
M. Cliche-Rivard : C'est une
évidence. Donc, c'est une évidence aussi qu'on gagnerait à respecter leurs
droits de travailleurs et leurs droits de locataires dans les droits de base
que la société s'est donnée?
M. Vachon (Luc) :La réponse, c'est sûr que c'est oui, puis la... c'est sûr,
la vraie question, c'est : Sont-ils des êtres humains, hein?
M. Cliche-Rivard : C'est la
question qu'on se pose.
M. Vachon (Luc) :Bon, alors, une fois qu'on a répondu oui à ça... Et là je
m'excuse parce que moi, je suis un syndicaliste, mais... puis, oui, j'ai les membres,
puis tout ça, mais la raison pour laquelle on est ici, les quatre, c'est que la
plupart des... Les éléments de motivation qui nous ont amenés ici, ce ne sont
pas nos membres, c'est... Il se passe des choses, socialement, sur lesquelles
nous devons nous engager. Et, à un moment donné, j'étais à une rencontre, une
petite mobilisation, à Montréal, justement, pour les réfugiés puis les
personnes sans statut, et il y a un témoignage d'une personne qui m'a beaucoup
touché. C'est une jeune fille de 12 ans qui s'est adressée aux membres puis qui
a dit : Moi, là, je suis ici, et mes parents, là — elle est née
ici — mes parents, là, sont toujours sans statut, puis je veux me
construire une vie au Québec, je ne sais pas si j'ai le droit d'y rêver. «Oh
boy!» Puis je vous assure, là, dans la gang qu'il y avait là, là, il n'y avait
aucun membre du CSD ou même aucun membre d'aucune organisation syndicale. Ce
n'était pas ça, l'enjeu.
M. Cliche-Rivard : Alors,
pourquoi on ne le fait pas? Pourquoi on... Si vous me dites : C'est la
base, c'est la dignité humaine, c'est l'humanité, pourquoi on...
M. Vachon (Luc) :Bien, il y a plein d'enjeux, hein? Il y a plein d'enjeux. Je
ne suis pas un spécialiste, moi, de la question des sans-papiers, des statuts,
tout ça. Je ne suis pas un spécialiste. Il y a des groupes qui sont excellents
dans ça, qui vous diront qu'est-ce que ça prend, pas moi, mais, moi, tout ce
que je dis, c'est : Est-ce qu'ils peuvent contribuer à la société
québécoise? Absolument. Et puis vous avez probablement... Je pense qu'elle est
passée ici, mais il y a une femme qui avait participé avec nous, puis on avait
été à une rencontre, elle parle très bien le français, elle est ici, elle
contribue déjà...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, en conclusion, 10 secondes.
M. Vachon (Luc) :...et elle attend juste que la société québécoise lui ouvre
les portes.
M. Cliche-Rivard : Donc, la
balle est dans le camp de la ministre?
M. Vachon (Luc) :La balle est dans notre camp à nous tous, hein, soit dit en
passant.
La Présidente (Mme Caron) : Merci
beaucoup. Alors, je vous remercie d'avoir contribué à nos travaux, d'avoir
déposé un mémoire.
La commission va <ajourner ses
travaux jusqu'à jeudi 14 septembre 2023...
La Présidente (Mme Caron) :
...la
commission va >ajourner ses travaux jusqu'à jeudi 14 septembre
2023, après les avis touchant les travaux des commissions. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 18 h 17)