Journal des débats (Hansard) of the Committee on Citizen Relations
Version préliminaire
43rd Legislature, 2nd Session
(début : September 30, 2025)
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Tuesday, November 25, 2025
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Vol. 48 N° 12
Interpellation by the Member for Robert-Baldwin to the Minister
Responsible for the Status of Women on the following subject: the CAQ
government’s broken promises: women are not adequately protected
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Intervenants par tranches d'heure
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Lecours, Lucie
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Garceau, Brigitte B.
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Garceau, Brigitte B.
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Lecours, Lucie
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Proulx, Caroline
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Boivin Roy, Karine
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Lecours, Lucie
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Labrie, Christine
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Proulx, Caroline
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Gendron, Marie-Belle
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Morin, André Albert
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Boivin Roy, Karine
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Lecours, Lucie
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Gentilcore, Catherine
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Proulx, Caroline
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Gendron, Marie-Belle
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Garceau, Brigitte B.
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Blanchette Vézina, Maïté
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Lecours, Lucie
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Boivin Roy, Karine
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Morin, André Albert
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Proulx, Caroline
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Garceau, Brigitte B.
9 h (version révisée)
(Neuf heures trente minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Je déclare la séance de
la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est réunie afin de procéder
à l'interpellation de la députée de Robert-Baldwin à la ministre responsable de
la Condition féminine sur le sujet suivant : Les engagements brisés du
gouvernement caquiste : on ne protège pas les femmes à moitié.
Alors, Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a
des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Blais (Abitibi-Ouest)est remplacée par Mme Gendron (Châteauguay);
Mme Prass... (D'Arcy-McGee), pardon, par Mme Garceau (Robert-Baldwin);
M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve), par Mme Labrie (Sherbrooke); et M. Bérubé
(Matane-Matapédia), par Mme Gentilcore (Terrebonne).
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci. Alors, à tous ces élus, bienvenue à la commission.
Conformément à l'entente prévue pour la 43e
législature, le deuxième groupe d'opposition interviendra lors de la deuxième
série d'interventions, et la députée de Terrebonne interviendra lors de la
quatrième série d'interventions.
Nous allons donc débuter avec les
déclarations d'ouverture. Mme la députée de Robert-Baldwin, vous avez la parole
pour 10 minutes.
Exposé du sujet
Mme Brigitte B. Garceau
Mme Garceau : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Premièrement, je tiens à féliciter Mme la ministre pour
votre nomination en tant que ministre responsable de la Condition féminine et
ministre de l'Habitation. C'est sûr que, considérant que vous avez ce cumul de
fonctions, de responsabilités, je crois que nous avons une belle opportunité
devant nous pour faire avancer les dossiers qui touchent le filet de sécurité
des femmes qui sont victimes de violence conjugale. Un filet qui est
malheureusement plus fragilisé que jamais en raison de plusieurs facteurs, que ça
soit le manque criant de financement des maisons d'hébergement, les services
offerts par ces maisons d'hébergement qui sont tellement cruciales et vitales
pour sauver les vies des femmes, et on va y revenir, le manque adéquat de
formation en violence conjugale, particulièrement en ce qui a trait au contrôle
coercitif, et ce, aux personnes qui interviennent auprès des femmes et des
enfants qui sont victimes de violence conjugale, le manque de construction de
nouvelles unités en hébergement, que ça soit en MH1, les MH2, dans les
dernières années pour répondre à la demande croissante d'hébergement des femmes
partout à travers le Québec. Et nous le savons très bien que le refus d'hébergement
est très élevé depuis les dernières années.
Il y a également un sous-financement de
notre système judiciaire et les enjeux qui en découlent, dont fait face les
procureurs, notamment les DPCP, et les coupures dans les programmes de
représentation juridique des femmes qui sont victimes de violence conjugale tels
que le programme de Rebâtir et Juripop. Et il y a une augmentation
significative, et ça, c'est vraiment préoccupant, Mme la Présidente, des femmes,
maintenant, qui se représentent seules devant les <tribunaux...
>
9 h 30 (version révisée)
<19271
Mme
Garceau :
...qui se représentent seules devant des >tribunaux,
que ça soit devant la Cour supérieure, Cour du Québec, en criminel, en famille.
Et, avant d'élaborer sur ces enjeux, avec
mon collègue le député de l'Acadie et également notre porte-parole en matière
de justice, que je tiens à remercier d'être ici avec moi ce matin, où nous devons
souligner... nous portons tous le ruban blanc ce matin, je crois qu'il faut
souligner deux choses : le 25 novembre, aujourd'hui, qui est la journée
internationale pour l'élimination de la violence conjugale... à l'égard des
femmes, proclamée par l'Assemblée nationale... l'Assemblée générale des Nations
Unies en 1999. Et nous avons vu, ce matin, quand même, dans des articles de
journaux qui font en sorte qu'on confirme encore une fois, en 2025, des données
alarmantes en ce qui a trait aux femmes qui sont victimes de violence, dénoncées
par l'ONU, une femme est tuée par un proche toutes les 10 minutes, toutes
les 10 minutes. Et aussi, le domicile, le domicile, notre résidence, notre
chez-soi, qui est supposé vraiment d'être un refuge, une façon de nous protéger,
c'est l'endroit le plus dangereux pour les femmes et les filles en termes de
risque d'homicide. Et c'est très pertinent ici, au Québec également.
Nous sommes à l'aube du cinquième
anniversaire du dépôt du rebâtir... du rapport de Rebâtir de la confiance, un
rapport qui avait été déposé, Mme la Présidente, le 15 décembre 2020, et, évidemment,
c'est un rapport qui nous rappelle des travaux du comité transpartisan qui
avait été créé dans la foule du #metoo, le #moiaussi, en réaction à l'augmentation
de la violence faite aux femmes et aux filles sous toutes ses formes, mais
également en réponse aux failles du système judiciaire et du filet de sécurité
des femmes victimes de violence. Et l'objectif de ce rapport, avec ses 190 recommandations,
était de renforcer la confiance des victimes liée au système judiciaire et d'améliorer
non seulement l'accompagnement psychosocial et judiciaire des victimes, mais
leur accès à la justice et aussi aux services de soutien offerts par les
maisons d'hébergement. C'était très important.
Mais, malgré, Mme la Présidente, toutes
les avancées et, je sais, ça s'en vient, les investissements dans le domaine de
la violence conjugale... Il y en a eu, des investissements, Mme la Présidente.
Il y a eu aussi des investissements dans la création des tribunaux spécialisés
en matière d'agression sexuelle, de violence conjugale. On a eu les bracelets antirapprochement,
on a eu l'accès aux conseils juridiques, aux services d'accompagnement
psychosocial et judiciaire, mais, dans les dernières années, nous avons régressé.
Le filet de sécurité des femmes victimes de violence conjugale est de plus en
plus fragilisé parce qu'il n'y a pas eu un sou, pas une cenne de plus qui a été
octroyée aux maisons d'hébergement pour les services offerts, les services
offerts par les maisons d'hébergement dans leurs services, et je vais donner
plus d'explications dans un deuxième bloc. Mais, dans les trois derniers
budgets, malgré des augmentations en violence conjugale, malgré le nombre
record de féminicides dans les dernières années, malgré les listes d'attente en
services externes, qui dépassent... on est au-delà du trois mois, quatre mois.
Il y en a, pour les services externes, on est rendus à un an dans certaines
régions, au Québec. C'est complètement incompréhensible. On ne peut pas
continuer à avoir un filet de sécurité qui est si fragilisé. C'est le moment
maintenant d'agir, et il faut le faire, Mme la Présidente, pour sauver des vies
et qu'on n'en ait pas une de plus.
On l'a vu récemment, le 18 octobre,
on a eu 20 000 personnes, on était juste ici, à l'extérieur de l'Assemblée
nationale, la Marche mondiale des femmes pour dénoncer haut et fort l'augmentation
fulgurante de la violence faite aux femmes sous toutes ses formes et le nombre
alarmant, au Québec, des féminicides.
De plus, le Regroupement des maisons pour
femmes victimes de violence conjugale, qui est un regroupement très important
ici, au Québec, qui vient en aide aux <femmes...
Mme Garceau :
...en aide aux >femmes au quotidien et ont lancé... Les femmes ont lancé
une campagne, On ne protège pas les femmes à moitié. Les maisons d'hébergement
pour femmes victimes de la violence conjugale est plus qu'un toit, c'est un
droit.
Et c'est un droit, cette sécurité
publique. Le gouvernement a le devoir de s'assurer que toutes les femmes qui
sont victimes de violence conjugale et leurs enfants aient un toit, soient
protégés. Et ça, ça vient par l'entremise des maisons d'hébergement. Il y en a
environ 125 ici, au Québec. On va en parler dans un autre bloc, Mme la
Présidente, mais il faut les aider, parce qu'en ce moment, les intervenantes dans
les maisons d'hébergement, et j'en ai rencontré plusieurs, et des directrices
également, ils tiennent à bout de bras les maisons d'hébergement. Ils sont...
Il n'y a pas assez de personnel, ça, c'est sûr. Ils ont besoin au moins de
trois autres intervenants, que ça soit pour les services externes, que ça soit
pour les sociojuridiques, que ça soit pour les intervenantes, pour les femmes
et pour les enfants.
Dans la dernière année, demander de l'aide
pour sortir d'une situation de violence conjugale, c'est comme jouer pile ou
face, parce que, lorsqu'on appelle SOS violence conjugale ou lorsqu'on appelle
des maisons d'hébergement, on se voit refuser de l'hébergement.
50 000 demandes dans les trois
dernières années, il faut y penser, là, SOS violence conjugale a reçu au-delà
de 50 000 demandes d'aide dans les trois dernières années, au-delà de
19 000 demandes en hébergement, et ils ont dû refuser une femme sur
deux. Donc 10 000 femmes ont été refusées l'année dernière, avec leurs
enfants, de l'hébergement. Ça, c'est incompréhensible et inacceptable en 2025,
surtout lorsqu'une femme a le courage d'appeler. Il faut être présent. On ne
peut pas dire à l'autre bout du téléphone : Vous allez devoir attendre
trois mois ou quatre mois. C'est inacceptable.
Et c'est pour ça que les regroupements des
maisons d'hébergement ont eu une demande ou une rencontre avec l'ancien
ministre des Services sociaux. La demande était très précise : les besoins
sont criants, on a besoin immédiatement... mise à jour économique, je sais que
c'est aujourd'hui, les demandes... la demande était très claire : on a
besoin de 20 millions, actuellement, versés, payables d'ici la fin de
l'année. C'est important.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
Mme Garceau : C'est
critique. Merci, Mme la Présidente.
• (9 h 40) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la députée. Alors, on va poursuivre
avec la ministre responsable de la Condition féminine également pour une
période de 10 minutes.
Réponse de la ministre
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx : Merci, Mme
la Présidente. Très heureuse d'être ici, non pas pour uniquement débattre d'un
sujet qu'on a tous à cœur, mais pour en discuter, des femmes, des hommes, tout
le monde ensemble. Merci aux députés présents, de part et d'autre de la Chambre,
qui se prêtent à l'exercice très important qu'on est en train de faire
aujourd'hui.
Je pense que les femmes puis des hommes
qui font partie impérativement de la solution, là, peuvent être fiers de voir
que tous les élus ici présents ont à cœur de faire progresser le droit des
femmes, s'assurer qu'elles sont en sécurité, qu'elles soient dûment
représentées dans toutes les sphères de la société, et j'en suis, Mme la
Présidente.
Souligner aussi le fait qu'il n'y a pas
que des femmes qui sont avec nous aujourd'hui. Messieurs, merci. Je salue votre
présence en commission aujourd'hui. Un message fort qui nous fait la
démonstration que vous êtes l'allié des femmes. Les hommes, nos hommes, doivent
être aux côtés des femmes pour poser des gestes, faire partie de discussion si
on veut un jour atteindre, donc, l'égalité des femmes.
Avant de plonger dans le sujet, constater
ce que notre gouvernement a fait à la faveur des femmes, un petit pas en
arrière, voit tout le chemin parcouru au Québec pour qu'aujourd'hui on puisse
se vanter d'être une des sociétés les plus égalitaires au monde. Mme la
Présidente, pas gênée de le dire, nos politiques sociales au Québec, bien, ça
fait l'envie de nombreuses sociétés de par le monde. Les CPE, c'est le premier
exemple qui nous vient en tête, 1997, ça a été un outil extraordinaire
d'émancipation formidable pour les Québécoises. Ça leur a permis une présence
sur le marché du travail, s'accomplir personnellement, professionnellement,
réduire leurs dépenses économiques à leur conjoint. Ma mère disait toujours, a
répété ad nauseam à ses trois filles : Votre autonomie financière, les
filles, c'est ce qu'il y a de plus important, parce que, si vous devez
malheureusement, un jour, vous lever et quitter, vous aurez l'occasion de le
faire.
Rien n'étant parfait pour autant, oui, il
reste du travail à faire pour compléter le réseau des CPE. Il faut continuer de
créer plus de places. Ma collègue la ministre responsable y travaille très
fort. Ce réseau-là, structuré, subventionné, bien, bien des <femmes...
Mme Proulx :
...bien
des >femmes, partout à travers le monde, le regardent et l'envient.
Autre outil, Régime québécois d'assurance
parentale, 2006, un autre outil formidable pour l'atteinte ou... un régime. Les
parents peuvent se partager le congé parental, que ce soit pour la naissance ou
l'adoption. Les deux parents un homme, une femme, un homme, un homme, une
femme, une femme, ils n'ont donc plus à choisir entre leur carrière puis leur
vie familiale. Ça permet aussi aux deux parents de s'impliquer auprès de leur
enfant dès un jeune âge. Ça devient également une répartition plus égalitaire
des responsabilités entre chacun. C'est aussi comme ça qu'on arrive, Mme la
Présidente, à égalité.
2023, 50 ans du Conseil du statut de
la femme, sa mission : conseiller le gouvernement du Québec sur tous les
sujets qui sont liés à l'égalité, au respect des droits du statut des femmes,
mais aussi de fournir de l'information pertinente aux Québécois et au public.
Puis l'information, c'est un sujet sur lequel on va revenir beaucoup, Mme la
Présidente, aujourd'hui. Dès ses débuts, le Conseil du statut a mis en
place un centre de documentation, la Gazette des femmes également, qui a
permis non seulement de sensibiliser, d'outiller, mais d'éduquer les femmes,
les hommes également, sur des sujets qui, parfois, pouvaient nous sembler, à
l'époque, un peu tabous.
Depuis 50 ans, le Conseil du statut
de la femme a contribué de façon notable à faire avancer la cause des femmes.
Le secrétariat que je pilote, le Secrétariat à la condition féminine, créé,
lui, en 1979, mais sa mission est simple : chercher à orchestrer
l'intervention gouvernementale en matière d'égalité entre les femmes, les
hommes. Ses responsabilités l'amènent à travailler en étroite collaboration
avec tout plein de ministères, tout plein d'organismes publics, avec des
groupes de femmes, avec les organisations qui souhaitent apporter leur
contribution concrète pour l'atteinte de l'égalité. Concrètement, le
secrétariat, bien, on élabore des politiques puis des plans d'action, on assure
un suivi rigoureux, puis le secrétariat réalise des actions, notamment en
matière de sensibilisation.
Le secrétariat, bien, de 2018,
28 effectifs à 45 aujourd'hui, Mme la Présidente, un budget qui a bondi de
13,8 millions à 31,7 millions en 2025, preuve et démonstration que le
gouvernement du Québec prend au sérieux la responsabilité du Secrétariat de la
condition féminine.
Il reste encore à faire, c'est vrai. La
violence faite aux femmes, le sujet qui nous réunit aujourd'hui, notre
gouvernement en a fait une priorité, de la lutte contre la violence qui est
faite aux femmes. Vous l'avez mentionné, Mme la députée, en 2017, l'époque
que traverse... le Québec traverse une époque comme un peu partout à travers le
monde, le mouvement du #metoo sur la planète entière, des femmes qui dénoncent
sur les réseaux sociaux qu'elles avaient été victimes de violence sexuelle, des
dénonciations qui ont surpris non seulement par leur nombre, mais également des
personnalités publiques qui sont sorties sur la place publique. Récemment, on
peut penser au cas tragique de Gisèle Pelicot, puis ici, au Québec, le
mouvement a mis en lumière le fait que les services offerts par le système de
justice aux personnes victimes ne correspondaient pas à leurs besoins, que
notre système de justice n'offrait pas tout le soutien nécessaire à la guérison
de ses victimes. Et donc, à la suite de ce mouvement-là, de la dénonciation, la
ministre responsable de la Condition féminine de l'époque, la ministre Lebel,
mon amie, a créé, avec, vous l'avez mentionné, les porte-parole en matière de
condition féminine de l'ensemble des partis politiques qui sont élus à
l'Assemblée nationale, ce fameux comité transpartisan pour trouver des
solutions pour que les femmes qui sont victimes de violence puissent être
encore mieux accompagnées.
Ce comité-là a accouché d'un rapport très
exhaustif où ils ont, au fil de leurs consultations, rencontré des experts, des
personnes victimes, des membres de la magistrature, les CALACS, les centres de
victimes d'agression sexuelle de Montréal, bref, des chercheurs, les services
de police, des experts en violence conjugale. Et puis le mandat de la
commission, bien, c'était d'évaluer, à travers le parcours d'une personne qui
est victime d'agression sexuelle ou de violence conjugale, si les mesures
actuelles ne pouvaient pas être améliorées puis surtout étudier celles qui
pouvaient être développées pour avoir encore un meilleur accompagnement.
2020, le rapport Rebâtir la confiance,
étoffé, novateur, 15 chapitres, 190 recommandations essentiellement
ciblées autour de l'accompagnement des victimes, un travail colossal qui a été
mené, Mme la Présidente. À la suite de tout ça, il y a une série de
féminicides. On a lancé le plan d'action spécifique pour prévenir les
situations de violence conjugale à haut risque de dangerosité et accroître la
sécurité des femmes 2020‑2025. C'était une mesure qui <était...
Mme Proulx :
...c'était
une mesure qui >était visée par le plan d'action. Et là aussi il y a eu
des sommes colossales qui ont été injectées de plus de 180 millions pour les
cinq prochaines années.
Loi sur le divorce, outil extrêmement
important également, Mme la Présidente. 2021, l'adoption de la Loi visant la
création du tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence
conjugale, qui était une autre recommandation du comité du rapport Rebâtir
la confiance. On a également modifié la Loi sur le système correctionnel,
le déploiement de ces fameux bracelets antirapprochement, Québec, seule
province à l'avoir déployé à travers le pays.
Bref, on continue, Mme la Présidente, à
travailler de façon concertée parce qu'on est un secrétariat transversal qui travaillons
avec Sécurité publique, qui travaillons, évidemment, avec le ministère de la
Santé, avec des responsables des Premières Nations. Donc, des ministères, des
organismes qui travaillent de concert pour offrir une réponse adéquate à la
violence conjugale et sexuelle.
2019, fière de dire qu'on a injecté près
de 1,1 milliard de dollars pour lutter contre la violence faite aux
femmes. Puis s'ajoutent des ententes bilatérales avec le fédéral, plusieurs
ententes pour un total de 167 millions de dollars.
Avant toute chose, Mme la Présidente, il
me reste 1 min 30 s pour vous dire que j'amorce ma troisième
semaine de retour après un congé, et je mentirais à la Chambre ici de dire que
je connais par cœur et tout du dossier de la Condition féminine. J'ai un
directeur de cabinet extraordinaire, j'ai volé de mon ancienne collègue une
responsable de la Condition féminine qui connaît extraordinairement bien le
dossier. Je suis là pour apprendre, je suis là pour aider, je suis là pour
écouter, avec ma collègue également, la députée d'Anjou, qui est ma...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
Mme Proulx : ...adjointe
parlementaire, merci, Mme la Présidente, adjointe parlementaire en ce qui a
trait au dossier de la Condition féminine. Bref, on a une équipe qui est forte,
on a une équipe qui est canon, et je ne demande pas mieux, Mme la Présidente,
au cours de ce mandat-là, qui m'a été confié par le premier ministre, de
représenter non seulement les femmes, mais des actions des hommes qui seront
conjointes à celles des femmes pour faire en sorte que cette violence conjugale
et sexuelle auprès des femmes diminue dans le temps et que nos actions soient
de plus en plus concertées pour s'assurer que chaque femme au Québec puisse
être dûment et respectueusement protégée dans son quotidien. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la ministre. Alors, c'est ce qui met un terme
aux déclarations d'ouverture.
Argumentation
Maintenant, on commence la période
d'échange. La première période met en lumière la députée de Robert-Baldwin pour
cinq minutes, la ministre pour cinq minutes, et on va terminer avec la députée
d'Anjou—Louis-Riel, un cinq minutes.
Alors, je me tourne du côté de la députée
de Robert-Baldwin. Votre cinq minutes commence maintenant.
• (9 h 50) •
Mme Garceau : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci, Mme la ministre, pour ce sommaire des dernières
années concernant... si je peux dire, on avance en termes des droits des femmes,
il y a eu un progrès, mais là je parle spécifiquement des maisons d'hébergement,
et des besoins criants en maisons d'hébergement, et que, vous savez, votre
ministère est au courant, ministère de la Justice, ministère des Services
sociaux... des enjeux préoccupants, en ce moment dans les maisons d'hébergement,
face à, oui, nombre record de féminicides dans les dernières années, mais aussi
face à des données alarmantes. Et où le bât blesse ici, c'est, malgré les cris
du cœur des trois regroupements des maisons d'hébergement, leur regroupement,
la fédération et l'alliance de deuxième étape, malgré les courriels, les
lettres, les rencontres et même la rencontre dernièrement, qui était le 17
octobre, avec l'ancien ministre des Services sociaux, qui a porté le chapeau de
Condition féminine à ce moment-là, pour que les groupes viennent expliquer le
désarroi des intervenantes qui tiennent à bout de bras les maisons
d'hébergement parce qu'elles sont... elles ont atteint leur capacité. Il y en a,
des maisons d'hébergement, sont rendues à 150 %. Les services externes
quand une <femme...
Mme Garceau :
...quand
une >femme veut quitter son conjoint, veut quitter son agresseur, il y a
des listes d'attente de trois mois à un an. J'ai rencontré, il y a deux
semaines, les directrices des maisons d'hébergement du Centre-du-Québec, de la
Mauricie, et on me parlait que c'est très difficile pour ces femmes. Ils sont
en train de travailler dans des conditions très difficiles, de longue haleine,
pour aider ces femmes à se reconstruire, à reprendre confiance en elles, mais
c'est très difficile quand il y a un manque de personnel et qu'ils sont en
train également de refuser des femmes, de l'hébergement. C'est extrêmement
difficile pour elles.
Et là où le bât blesse, dans tout ça,
c'est qu'il n'y a pas eu un sou. Nonobstant toutes les demandes des maisons
d'hébergement dans les dernières années, on vit encore sur le budget de 2020‑2021.
Et on remarque ici, puis j'ai le tableau, il n'y a pas eu un sou de plus pour
les services offerts par les maisons d'hébergement, que ce soit le budget 2023,
2024 et 2025. Pas un sou de plus.
Mais aussi, qu'est ce qui est hautement
préoccupant, c'est le fait que les consultations prébudgétaires, qui ont eu
lieu, là, en janvier 2025, il y a eu des demandes. Les maisons demandaient 57
millions. Ils ont tout détaillé le pourquoi de ce 57 millions là, parce que
c'est sûr et certain qu'il y a eu des déficits accumulés dans les dernières
années quand le gouvernement n'augmente pas le budget, l'enveloppe budgétaire
du PSOC pour les services offerts. Et donc le financement doit suivre, doit
être à la hauteur des besoins de ces maisons d'hébergement, et ce n'est pas le
cas, actuellement.
Et là nous sommes dans une situation où la
dernière demande était de 20 millions. On avait besoin, et c'était ça qui a été
dit au ministre... l'ancien ministre des Services sociaux, le 20 millions, là,
on en a besoin parce qu'il faut aller embaucher du personnel, parce que, sinon,
il va y avoir des bris de service. Et, s'il y a des brix de service, il va y en
avoir d'autres, féminicides, malheureusement, et c'est ça qu'on veut éviter à
tout prix. Et donc nous devons outiller les maisons d'hébergement, et ça... force
est de constater qu'ils ont besoin... elles ont besoin de financement, et c'est
urgent.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Je me tourne du côté de la ministre. Votre cinq
minutes
Mme Proulx : Merci, Mme la
Présidente. Quelques précisions à apporter, remontons à 2013‑2014, sur le
financement des maisons d'hébergement, 72 millions. On a fait... 72
millions, oui. On a fait passer ce financement-là de 77 millions à 160 millions,
2025‑2026. On parle donc, Mme la Présidente, d'une augmentation... en fait,
d'une hausse de 108 %.
Donc, ce n'est pas tout à fait juste de
prétendre qu'il n'y a pas eu de financement. Cette année en services, donc, on
parle des services externes d'aide pour les femmes à quitter leur milieu
toxique et violent, c'est 3,6 millions de plus, cette année, qui a été
consenti aux services. Accompagnement, accompagnement jeunesse, parce que
souvent, lorsque ces femmes doivent quitter et être aidées à quitter ce
milieu-là, bien, il y a des enfants qu'elles doivent amener avec elles, donc,
c'est, uniquement pour cette année, en services, 3,6 millions de dollars
supplémentaires qui ont été ajoutés.
Les maisons d'hébergement, ça fait partie
de la solution, mais il faut un filet de sûreté pour que les femmes et nous
travaillions à l'élargir puis à le consolider. Les maisons d'hébergement
d'urgence, quelques jours à trois mois avec divers services d'accompagnement
dans une chambre, des services externes auxquels on vient de faire référence,
Mme la Présidente, il y en a 108, maisons d'aide... d'hébergement qui sont
financées par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Les maisons de
deuxième étape, auxquelles la députée faisait référence, transitoires, qui
accueillent des femmes victimes de violence conjugale, ce qu'on appelle dans le
jargon les MH2, offertes aux femmes aux prises avec des enjeux de sécurité
accrus après leur passage en MH1, leur <situation...
Mme Proulx :
...MH1,
leur >situation, donc, ne s'est pas encore améliorée, donc on vient les
aider davantage avec des services. Et on a l'ambition, Mme la Présidente, d'ici
2027, de développer des nouvelles maisons d'aide d'urgence. Le financement, je
le répète, a déjà été confirmé par la Société d'habitation du Québec. C'est
quatre maisons situées, entre autres, du côté de l'Abitibi-Témiscamingue,
également en Outaouais, dans la grande région de Montréal et de Laval. En
attendant la construction, le ministère de la Santé et des Services sociaux a
confirmé du financement à ces organismes pour offrir, donc, durant la période
intérimaire où la construction doit se compléter, donc offrir des services
temporaires, je le répète, le ministère de la Santé et Services sociaux a
confirmé, Mme la Présidente, ce financement-là.
Donc pour les MH2, on a pour objectif,
toujours d'ici 2027, donc dans un petit peu plus d'un an, de financer 30
projets à l'heure actuelle. Aujourd'hui, il y en a 15 qui sont... qui ont
ouvert leurs portes. 16 projets ont un financement qui est confirmé pour le
bâti, et il y a sept projets qui devraient ouvrir dans les prochains mois.
Les choses, donc, avancent, Mme la
Présidente. Dans les dernières années, il y a beaucoup, beaucoup d'encre qui a
coulé dans le dossier, c'est vrai. Il fallait trouver une voie de passage pour
assurer la construction des maisons d'hébergement. Il y a un grand, grand
travail de coordination qui s'est fait entre le Secrétariat à la condition
féminine et la SHQ, le ministère de la Santé et des Services sociaux, Santé
Québec, lorsqu'on vous parlait de transversalité tout à l'heure, L'Alliance des
maisons d'hébergement de 2e étape également, le Regroupement des maisons
pour femmes victimes de violence conjugale et, évidemment, la Fédération des
maisons d'hébergement pour femmes.
On va continuer d'y travailler, je vais
continuer d'y travailler. J'ai donc maintenant espoir que les projets, Mme la
députée, chère collègue de Robert-Baldwin, voient et verront le jour très
prochainement, qu'on puisse voir tous ensemble... voir le progrès qui aurait
été fait dans ce dossier-là. Comme ça a déjà été dit aux regroupements des
maisons d'hébergement partenaires, je réitère que nous devons, pour le moment,
mettre tous nos efforts afin de réaliser les cibles ambitieuses que nous nous
sommes tous données, important de continuer de documenter la situation des
régions et du manque de places. Assurément, notre engagement actuel se
concentre puis il va continuer de se concentrer sur la réalisation des cibles
établies.
Donc, en terminant, important de le
rappeler, que cette année uniquement, en termes de services, 2025‑2026, 3,6 millions de
dollars pour des services externes pour des femmes, à les accompagner et à les
aider à quitter ce milieu toxique, et l'accompagnement, également, des enfants,
Mme la Présidente.
• (10 heures) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la ministre. Alors, on termine ce premier bloc
avec la députée d'Anjou—Louis Riel pour cinq minutes.
Mme Boivin Roy : Merci, Mme
la Présidente. Alors, salutations à tous, à tous les collègues. Salutations,
bien sûr, à notre ministre de la Condition féminine. Merci pour votre
engagement de tous les jours et votre... Vous êtes présente sur le terrain,
vous êtes de toutes les batailles, et, même si ça fait seulement trois
semaines, on dirait que vous êtes là depuis bien longtemps, évidemment, avec
toute votre expérience politique. C'est un privilège de travailler avec vous,
et j'en suis bien contente.
Et, Mme la Présidente, si vous me
permettez simplement de compléter ce que la ministre vient de nous dire pour
renforcer, effectivement, au niveau des maisons d'hébergement. Alors, nous
sommes le premier gouvernement à avoir établi des cibles claires, donc, comme
vous l'avez dit, Mme la ministre, des cibles établies, mais aussi claires,
donc, pour la construction des maisons d'hébergement. Et, notamment, au terme de
la stratégie, on aura doublé le nombre de maisons d'hébergement de deuxième
étape, passant de 30 à plus de 60. Alors sinon, tout autre chiffre, vous les
avez bien mentionnés, Mme la ministre.
Alors, Mme la Présidente, je tiens à
remercier, évidemment, notre collègue de l'opposition pour cette
interpellation, parce qu'évidemment, au-delà des divergences politiques, je
pense qu'il est sain et nécessaire que nous continuions à débattre de la
condition féminine. Le progrès, surtout en matière d'égalité, ne s'obtient
jamais dans le silence.
Mme la Présidente, on nous reproche de
faire les choses à moitié, de briser nos engagements. Permettez-moi de le dire
très clairement, notre gouvernement agit pleinement et activement pour les
femmes du Québec. Nous ne faisons pas semblant. Nous transformons des
recommandations, des constats, des témoignages en actions tangibles.
Souvenons-nous, il y a à peine quelques années, 2017, le mouvement #metoo a mis
en <lumière...
>
10 h (version révisée)
<19255
Mme
Boivin Roy :
...#metoo a mis en >lumière une réalité
troublante. Comme l'a mentionné Mme la ministre, des milliers de femmes ont
levé la main, souvent pour la première fois, pour dénoncer la violence qu'elles
avaient subie. Cette onde de choc mondiale a obligé les États partout dans le
monde, les institutions, les gouvernements, à regarder la vérité en face. Notre
système, à ce moment-là, n'était pas à la hauteur de leurs besoins. Et c'est
précisément à ce moment charnière que notre gouvernement a choisi d'agir, pas
en improvisant, pas en réagissant dans l'émotion, mais en travaillant avec
méthode et avec cœur.
Nous avons mis sur pied un comité
transpartisan puis un comité d'expertes coprésidé par Mme Elizabeth Corte
et Mme Julie Desrosiers. Ces femmes, entourées d'intervenants du milieu,
de victimes, de chercheurs et de représentants du système judiciaire, ont
produit un rapport fondateur, le rapport dont on discute aujourd'hui, intitulé Rebâtir
la confiance.
Mme la Présidente, qu'est-ce qui s'est
passé ensuite? Nous n'avons pas tabletté le rapport, nous avons retroussé nos
manches, ce qui fait qu'aujourd'hui on peut dire qu'il y a 169 des 190 recommandations
qui ont été rencontrées ou qui ont été partiellement répondues. Donc, il y a
près de 90 % des recommandations du rapport qui sont mises en œuvre
actuellement, Mme la Présidente.
En 2021, nous avons créé le tribunal
spécialisé en matière de violence sexuelle et conjugale, une première au pays.
Nous avons déployé les bracelets antirapprochements, encore une première au
pays. Nous avons lancé la stratégie intégrée en violence 2022‑2027, qu'on
appelle communément la SIV, qui regroupe 58 actions et 462 millions de
dollars d'investissement. Et nous avons mis à contribution 18 ministères
et organismes pour assurer une réponse cohérente et coordonnée à la violence
faite aux femmes. Effectivement, c'est une réponse qui se veut transversale à l'intérieur
du gouvernement.
Depuis 2018‑2019, ce sont plus de 1,1 milliard de
dollars qui ont été consacrés à la lutte contre la violence envers les femmes.
On doit ajouter aussi à ça, Mme la Présidente, 164 millions de
dollars provenant d'ententes bilatérales avec Ottawa, Ottawa qui, par ailleurs,
reconnaît que notre gouvernement est avant-gardiste et proactif en matière de
condition féminine.
Je me permets un aparté, Mme la Présidente.
Je reviens de l'Islande où j'ai eu le privilège de représenter notre ministre,
et tous les pays... en fait, 70 pays étaient représentés, et je peux vous
dire qu'on nous a déroulé le tapis rouge parce que, justement, la position du
Québec est reconnue à travers le monde et à l'intérieur du Canada. Il y a
d'ailleurs des sénatrices qui étaient présentes et qui ont louangé tout le
travail qui est fait au Québec depuis 2018‑2019.
Jamais, Mme la Présidente, un gouvernement
n'a autant investi pour protéger, soutenir et accompagner les femmes victimes.
Mais la condition féminine ne se résume pas, bien sûr, à la lutte contre la
violence, elle passe aussi par l'autonomie économique, l'égalité
professionnelle et la conciliation travail-famille. On peut parler aussi, Mme
la Présidente, de la protection des droits des femmes sans aborder le droit à l'avortement,
mais j'y reviendrai tout à l'heure, Mme la Présidente. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on poursuit maintenant avec la
deuxième série d'interventions où l'on entendra la députée de Sherbrooke, la
ministre et la députée de Châteauguay. Mme la députée de Sherbrooke, votre cinq
minutes débute.
Mme Labrie : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Moi, ça fait sept ans que je suis députée, comme quelques
collègues ici. Depuis que je suis ici, j'ai vu beaucoup de monde travailler
vraiment fort pour que ça bouge en matière de violence conjugale, notamment les
femmes qui travaillent dans les ressources, je les ai vues à l'oeuvre, des
survivantes aussi qui ont eu beaucoup de courage pour aller parler dans l'espace
public de leur vécu puis des députés aussi, de tous les partis, qui ont
travaillé fort pour briser ces tabous-là, pour sensibiliser, pour augmenter les
ressources. Et il y a beaucoup de choses qui ont changé en sept ans, ça a
marché. Moi, je suis très fière du travail qu'on a fait, ça a été nommé par des
collègues.
Dans le journal, on ne voit presque plus
jamais de titres qui parlent de drames familiaux ou de crimes passionnels. Les
médias parlent de féminicides. C'est ce que c'est. De plus en plus de monde
comprennent que la violence conjugale, ce n'est pas juste des coups, c'est de
la violence psychologique, économique, sexuelle, c'est du contrôle coercitif, puis
les femmes elles-mêmes comprennent de plus en plus les signaux de ça, leurs
proches aussi. Les gens comprennent de plus en plus que c'est sournois, que ça
s'installe tranquillement, une dynamique de violence conjugale. Elles font
moins porter le blâme aux victimes d'être prises dans ces situations-là, et ça,
c'est heureux.
Les gens comprennent de mieux en mieux que
le moment le plus dangereux, c'est le moment de la rupture, que c'est là, quand
les femmes partent, qu'elles mettent leur vie en danger et que la violence
continue après. Je pense que c'est nouveau, comme élément de compréhension dans
la société, ça fait partie de la réalité. Et ça, c'est toutes des bonnes
nouvelles, ça veut dire que la sensibilisation fonctionne <extrêmement...
Mme Labrie :
...fonctionne
>extrêmement bien. Les victimes vont chercher de l'aide, le téléphone
sonne sans arrêt à SOS violence conjugale parce que les victimes veulent sortir
de leur relation toxique, puis elles veulent le faire de manière sécuritaire, puis
elles savent qu'elles se mettent à risque en quittant une relation comme ça. Mais
la réalité, c'est qu'on n'est pas capable de répondre à ces demandes-là.
Ce tableau-là, ici, c'est l'évolution du
taux de succès, le pourcentage des femmes qui ont réussi à avoir une place en
hébergement quand elles en ont demandé une. En 2020, on était à 75 % des
femmes qui demandaient de l'aide, des femmes qui disaient : Moi, je ne me
sens plus en sécurité chez moi, j'ai besoin d'une place en refuge. 75 % se
faisaient dire oui en 2020. En 2025, on est rendu à 43 %. Des places, il
n'y en a pas bien, bien qui ont fermé, là, à ma connaissance, c'est parce qu'il
y a vraiment beaucoup de monde qui en demande. Les gens lèvent la main. Quand elles
ne se sentent pas en danger dans leur relation, elles veulent partir, elles
veulent le faire de manière sécuritaire, puis il y a de moins en moins de
femmes qui réussissent à le faire. Elles se font dire : Non, il n'y a pas
de place.
Ça, c'est national, c'est des chiffres
nationals. Dans certaines régions, c'est pire. Moi, dans ma région, en Estrie,
il y a quatre maisons d'hébergement. Pour l'année 2024‑2025, ensemble,
elles ont hébergé 206 femmes, à quatre ressources, elles en ont refusé
570. J'ai fait le calcul pour vous. Ça veut dire qu'il y a 26,5 % des
femmes qui ont demandé de l'hébergement parce qu'elles ne se sentaient pas en
sécurité chez elles puis qui ont réussi à en avoir. Un taux de refus de trois
quarts.
Et les femmes se font refuser des places,
notamment parce que les victimes restent coincées dans les maisons de première
étape beaucoup plus longtemps, parce qu'il n'y a pas assez de places en
deuxième étape, parce qu'il y a la crise du logement. C'est ça, là, le cercle
vicieux dans lequel on est.
Ça fait que moi, je n'ai pas envie de
parler de nombre de millions ici. Il y en a eu, des investissements. Ça a été
le fruit d'une intense mobilisation sur le terrain politique aussi, mais on a
réussi à faire augmenter ces investissements-là, il y en a eu. Mais le fait est
que cet argent-là, on ne réussit pas à l'utiliser assez efficacement pour
développer des nouvelles places. Puis là les organismes, notamment L'Alliance
des maisons d'hébergement de 2e étape, demandent un programme dédié pour
développer de l'hébergement parce que ce n'est pas du logement social, ce n'est
pas du logement social ordinaire, puis, en ce moment, la machine administrative
considère que oui. Ça fait que ça ne marche pas, c'est toujours compliqué, ça
prend des accommodements, c'est toujours plus compliqué, ça ralentit tout.
Puis moi, j'ai vu la CAQ, sur certains
dossiers, faire des pieds et des mains pour simplifier des processus, pour
réduire des étapes, pour faire le ménage dans des exigences, dans de la
paperasse. On les a vus faire du sur-mesure pour certains projets, Northvolt,
entre autres. Moi, ce que je leur demande aujourd'hui en joignant ma voix aux
maisons d'hébergement de deuxième étape, c'est que la CAQ ait le même souci
d'efficacité pour développer de l'hébergement rapidement puis qu'elle crée un
programme dédié pour ça, pour qu'elles n'aient pas à passer par d'autres
programmes qui ne sont pas adaptés à leur réalité, qu'on arrête d'essayer de faire
rentrer ça dans une case que ce n'est pas.
Ça fait que je comprends que la ministre
vient d'arriver, je le reconnais, puis c'est un dossier complexe dans lequel il
y a beaucoup de tensions, puis des vies sont littéralement en jeu, avec un
dossier comme celui-là. Je vais lui remettre une lettre ouverte qui a été
écrite par L'Alliance des maisons d'hébergement de 2e étape, qu'elles ont tenté
de publier. À ce jour, elle n'est pas publiée, mais je vais lui remettre, je
peux la déposer. Je l'invite à la lire. Je lui demande de considérer ça
sérieusement. La démarche d'efficacité de l'État que la CAQ a choisie pour la
dernière année de leur mandat, là, on est exactement là-dedans : avoir un
programme dédié pour simplifier les processus, que ce soit adapté puis que ce
soit fini, le niaisage d'essayer de faire rentrer un carré dans un cercle.
Donc, moi, c'est ça que je propose à la
ministre en ce moment. On a besoin de faire ça, parce que ça, ici, là, ça,
c'est inacceptable. C'est le fruit du succès de notre sensibilisation. Il faut
faire remonter ça.
• (10 h 10) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme Proulx : Je veux
souligner votre grande implication, Mme la députée, dans la commission
transpartisane. Vous avez été une des premières, avec Mme Hivon, entre autres,
Mme David, à demander cette commission transpartisane là. Vous avez fait
beaucoup. C'est un sujet qui est très sensible. C'est un sujet qui vient me
toucher, encore des petits relents de mon absence, ce qui fait que je prends ça
particulièrement à cœur.
Puis j'étais heureuse de vous entendre
parler que, de plus en plus, c'est dans l'espace public, hein, qu'on a réussi
collectivement à parler de la violence sexuelle et conjugale à l'égard des
femmes. Il y a eu énormément de campagnes de sensibilisation. Puis on peut
parfois être dans notre voiture puis faire, comme : Veux-tu bien me dire à
quoi ça sert, cette annonce-là? Veux-tu bien me dire à quoi ça sert? Mais ça,
c'est des vers de l'oreille qui, tranquillement, entrent dans l'esprit des gens
puis fait comprendre que la violence conjugale, les agressions sexuelles,
l'exploitation sexuelle, les intoxications volontaires, on doit absolument
déposer ça sur la place publique puis sensibiliser les gens. C'est la raison
pour laquelle on a mis beaucoup, beaucoup d'efforts sur la publicité.
Certains peuvent dresser un <sursis...
Mme Proulx :
...un >sursis,
en se disant : Vraiment? De la publicité? Mais c'est un outil qui est
extraordinaire pour atteindre toutes les couches de la population. Puis on a
ciblé les femmes, les hommes, on a également ciblé les jeunes, hein, qui, on le
voit, là, sont soumis parfois à des pressions de certains groupes d'hommes où
on se demande vraiment où s'en vont ces jeunes garçons là, des campagnes de
sensibilisation pour les agressions sexuelles chez les mineurs. Agressions
sexuelles sur un mineur, c'est majeur. Il y a eu des conséquences et des
actions posées par l'ancien ministre de la Sécurité publique, M. Bonnardel,
également l'intoxication involontaire. Vous vous rappellerez, en Chambre,
sûrement, Mme la députée, le ministre Bonnardel avait dit : Ce sont des
minables...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
Mme Proulx : ...l'ancien
ministre de la Sécurité publique, député de Granby — voilà, merci,
pardonnez-moi — qui avait littéralement, en Chambre, traité ces
gens-là de minables.
Donc, les messages, on doit absolument
continuer à les diffuser pour qu'on s'assure que la population, grande et
petite... Puis le rôle des parents puis le rôle des hommes est hyperimportant
dans la chaîne de communication pour s'assurer que ces messages-là passent
auprès de la population. Donc, heureuse de souligner avec vous que le message
se fait de plus en plus entendre.
L'Alliance MH2 rencontre la SHQ à toutes
les deux semaines. Toutes les deux semaines, il y a une rencontre d'organisée,
de prévue, immuable, entre... L'Alliance MH2 rencontre la SHQ à chaque semaine.
Les projets sont acceptés. Est-ce que ça pourrait rouler plus vite?
Certainement, on le souhaiterait tous.
Pour le moment, jusqu'à présent, on est
quand même fier de dire qu'il n'y en a pas moins de 15, maisons qui sont
ouvertes, sept qui vont ouvrir bientôt. Oui, il y a une volonté du gouvernement
du Québec, la présidente du Conseil du trésor, d'accélérer ces processus-là,
j'en suis, vous en êtes. Je suis convaincue que, du côté de la députée de
Robert-Baldwin également, on souhaite tous l'accélération de la mise en
chantier de ces maisons d'hébergement là.
PHAQ 2, le fameux PHAQ 2, que vous
connaissez toutes les deux beaucoup mieux et de façon plus granulaire que moi,
mais ce que j'en sais, c'est que ce financement-là a été rehaussé, des locaux
d'intervention, par exemple, des espaces communs, là... en fait, on parle de
mutualisation pour pouvoir, donc, répondre à ces enjeux-là. On a reconnu qu'il
y a certaines spécificités qui sont propres aux maisons d'hébergement. Mais le
secrétariat, avec la SHQ, qui est notre mandataire comme ministre responsable
de l'Habitation... Croyez-moi, là, dans mon laïus d'introduction, je vous
disais qu'on allait suivre de très près ces dossiers-là.
On a peu de temps pour opérer, donc, il
faut avoir des actions hyperciblées. Et l'idée d'accélérer la construction pas
juste de logements sociaux puis de logements abordables, vous en avez fait
mention, Mme la députée de Sherbrooke, mais également des maisons d'hébergement
de première puis de seconde étape, croyez-moi, je vais pousser sur
l'accélérateur, sur la SHQ, sur tous les intervenants pour s'assurer que les redditions
de comptes, les cahiers de charges soient plus simples. On le voit, là,
certains cahiers de charges sont assez complexes.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
Mme Proulx : Remarquez que,
dans le cas des femmes qui sont victimes de violence, on doit s'assurer que les
milieux sont hypersécuritaires, mais vous avez mon engagement plein et entier.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la députée de Châteauguay, pour cinq minutes.
Mme Gendron : Bien le bonjour!
Dans un premier temps, j'aimerais saluer Mme la ministre. Je suis donc bien
contente de vous voir ici avec nous! Merci d'être là. C'est le fun! Aussi,
j'aimerais souligner, bien, la députée de Robert-Baldwin, M. le député de
l'Acadie, Mme la députée de Sherbrooke et, bien sûr, ma collègue d'Anjou—Louis-Riel.
Dans un premier temps, M. le député de
l'Acadie, on parle d'un homme qui est ici présent, mais je pense que c'est
important également de parler des hommes. Chez nous, il y a un organisme
extraordinaire qui s'appelle l'AVIF, qui vient en aide aux hommes qui, malheureusement,
dans leur parcours, ont fait soit de la violence auprès des femmes, mais je
pense que c'est une bonne façon aussi de prendre la problématique et d'agir
dans un autre sens. Donc, j'aimerais juste souligner les équipes de l'AVIF,
mais également souligner le travail extraordinaire qui est fait par la maison
d'aide et d'hébergement La Re-source chez nous, dans la circonscription de
Châteauguay. On a une belle collaboration, puis j'ai eu la chance d'aller
visiter également les maisons d'hébergement. Puis j'aimerais encore une fois
souligner tout le travail important qui est fait par ces organismes.
Mme la ministre a très bien mis la table.
Elle a parlé des enjeux, entre autres des opportunités pour les femmes
maintenant, aujourd'hui. Mais je pense que, si on veut l'égalité entre les <femmes...
Mme Gendron :
...les
>femmes et les hommes, que ce ne soit pas aussi fragile et que ce soit
une réalité durable, bien, je pense qu'il faut aller aussi là où ça commence et
j'aimerais aborder le sujet de la jeunesse. C'est à travers l'éducation, à
travers l'école et les modèles positifs, je crois, qu'on peut agir et aligner
la société, une société véritablement égalitaire.
Sur ce point, Mme la Présidente, je pense
que notre gouvernement a agi avec détermination. On a compris qu'il ne
suffisait pas juste de réagir à la violence ou de promouvoir la parité, mais
vraiment de prévenir les inégalités à la racine dès le jeune âge. C'est
pourquoi plusieurs de nos initiatives aussi s'adressent directement aux milieux
scolaires, mais aussi aux parents, aux intervenants, afin d'aider et de
s'assurer que les comportements des jeunes soient exemplaires.
Je pense, par exemple... il y a des deux
exemples, des balados qui s'appellent Le parent, notre allié et un autre
qui s'appelle Être un modèle. Ça a été produit en collaboration avec la
ministre de l'Éducation, et ces outils-là mettent de l'avant l'importance d'un
dialogue sain à l'école, à la maison, entre familles, et rappellent que chaque
adulte aussi a une responsabilité importante quant à l'éducation des jeunes
envers l'égalité des femmes et des hommes. Et je crois que c'est important
d'enseigner ce respect-là mutuel et pour ajouter justement du civisme entre nos
jeunes.
Dans le balado Le parent, notre allié,
on souligne à quel point la confiance et la communication entre les adultes
favorisent la réussite de nos enfants, mais aussi c'est un sentiment de
sécurité émotionnelle qu'on recherche.
Dans le balado Être un modèle, on
invite aussi le personnel scolaire à cultiver des compétences sociales,
émotionnelles qui contribuent justement à un climat scolaire de bienveillance.
Ce sont des messages super simples, mais ils sont très puissants, et je crois
que c'est une façon d'assurer la culture et le respect mutuel.
Mme la Présidente, on a aussi voulu agir
sur le fond, entre autres celui des relations amoureuses chez les jeunes. Ayant
des jeunes qui commencent dans la vie, justement, à avoir des relations
amoureuses, je crois que c'est une notion très importante. Trop souvent, la
violence dans des relations intimes commence très tôt dans l'adolescence et
s'installe dans des dynamiques de relation avant même l'âge adulte, avant même
qu'ils aient eu 18 ans. Donc, c'est un autre angle mort qu'on se penche,
nous, ici, au gouvernement.
Donc, c'est pourquoi le Secrétariat à la
condition féminine, en collaboration avec le Secrétariat à la jeunesse,
soutiennent la campagne Si l'amour tourne en violence. C'est une
initiative qui vise à aider les jeunes et à reconnaître les signes de contrôle,
de jalousie excessive ou d'emprise émotionnelle chez les jeunes. Elle fournit
également aux enseignants et aux intervenants des outils, justement, pour
ouvrir une discussion avec nos jeunes.
Donc, nous voulons aussi que les jeunes
filles voient grand, qu'elles sachent qu'elles ont leur place dans toute la
sphère de la société, qu'elles peuvent devenir scientifiques, ingénieures,
entrepreneures, députées, mères. Donc, c'est très important que les jeunes
femmes trouvent leur place au sein de la communauté et puis qu'elles puissent
grandir dans une optique, justement, d'avoir une place bien à elles, à la
hauteur, justement, de l'égalité des sexes.
• (10 h 20) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
Mme Gendron : Merci. Donc,
c'est ce qu'on vise, c'est de se transmettre de génération en génération. Et je
pense que c'est là, la clé, et c'est là que nous agissons concrètement, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on entame maintenant la troisième
série d'interventions avec le député de l'Acadie, la ministre et, cette fois,
la députée d'Anjou—Louis-Riel. Alors, M. le député de l'Acadie, le cinq
minutes est à vous.
M. Morin : Merci, Mme la Présidente.
Bonjour, Mme la ministre. J'ai écouté attentivement votre déclaration
d'ouverture et je vous remercie pour votre écoute. Moi, je vous tends la main
pour que, dorénavant, on ne protège pas les femmes à moitié, on les protège
entièrement et totalement au Québec. C'est fondamental et c'est important. Je
salue ma collègue la députée de Robert Baldwin et les collègues députées. Et
moi, je vais concentrer mon intervention ce matin sur un volet plus précis,
niché, qui est celui des poursuites criminelles.
Lors de l'ouverture de la session, le
premier ministre a parlé de la loi et l'ordre. Évidemment, c'est important, la
sécurité publique. On a parlé aussi du rapport Rebâtir la confiance, un
rapport transpartisan qui était présidé par Mme Elizabeth Corte, ancienne
juge en chef de la Cour du Québec, c'est fondamental. Il y a des avancées qui
ont été faites, je le salue, mais il <faut...
M. Morin :
...mais
il >faut avoir les moyens de nos ambitions, et c'est là que ça devient
plus compliqué.
Rappelez-vous, peu de temps après
l'ouverture de la session dans un point de presse suite à une déclaration du
président de l'Association des procureurs aux poursuites criminelles et
pénales, on dénonçait l'absence de financement, la charge énorme des procureurs,
et il fallait le faire, parce que, si on veut redonner confiance, si on invite
les victimes, en grande majorité des femmes, à dénoncer, ce qui est énorme, ce
qui est important, ce qui fait mal, ce qui est difficile, et je le comprends,
bien, après, il faut être capable de poursuivre le dossier jusqu'à la toute
fin. Et on parle ici de violence conjugale, donc évidemment de crimes ou de
violences sexuelles, encore des crimes.
Et je peux très bien comprendre la charge
des procureurs, Mme la Présidente, parce que ce travail-là, je l'ai fait sur le
terrain, tant au fédéral qu'au provincial. J'étais, à l'époque ce qu'on
appelait un procureur terrain, donc celui qui va à la cour tous les jours. Puis,
en Montérégie, on me donnait des dossiers d'agressions sexuelles chez les
femmes et chez les enfants. Alors, je peux très bien comprendre ce que ces
procureurs-là vivent. C'est une charge qui est énorme.
Heureusement, après les sorties, on me dit
qu'il y a des contrats de procureurs temporaires qui ont été renouvelés. Tant
mieux. Malheureusement, il a fallu une sortie publique d'une association, de
leurs représentants, des procureurs puis d'un député pour qu'il se passe
quelque chose. Ce n'est peut-être pas normal. Et j'en appelle, j'en appelle à
la ministre.
Je veux vous souligner que, selon les
chiffres de l'Association des procureurs, depuis que le ministre actuel est en
poste, ils sont passés de 745 procureurs à 747. Deux de plus. Par
ailleurs, on a un tribunal spécialisé, c'est bon, c'est important, mais,
encore, il faut avoir des gens pour le faire fonctionner. On a parlé,
évidemment, de l'importance des poursuites, de la loi et de l'ordre, mais
encore faut-il des procureurs pour les faire, ces dossiers. Et ça, c'est
fondamental.
Et j'aimerais attirer l'attention de cette
commission et de vous, Mme la ministre, parce qu'il y a quelques semaines
l'Association des procureurs écrivait au ministre de la Justice pour dénoncer
la situation à la suite de l'ouverture de la session, à la suite de la
conférence de presse qu'on a faite, et l'association tendait la main au
ministre pour que ce dernier puisse s'asseoir avec les procureurs et qu'il
aille voir sur le terrain quelle était la réalité. Le 8 octobre, toujours
pas de réponse, et, le 3 novembre, l'association est obligée d'écrire au
premier ministre pour leur dire la même chose : M. le ministre, on vous
tend la main. Venez nous voir sur le terrain, venez voir comment ça se passe,
venez voir la charge que les procureurs ont au quotidien.
Bien, heureusement, après la lettre au
premier ministre, le 3 novembre, ainsi qu'au ministre de la Sécurité
publique, le ministre de la Justice a répondu au président de l'association
quelques jours après. Dans sa réponse, il dit : Écoutez, on a le tribunal
spécialisé, on appuie les procureurs. C'est important, on est là, vous avez des
rencontres statutaires.
Mme la Présidente, ce n'est pas de ça dont
on parle. Et ce qui est important, c'est que le ministre aille s'asseoir avec
les procureurs pour qu'il soit à même d'évaluer correctement, ou Mme la
ministre, les enjeux qu'ils ont. Je vous remercie.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le député. Mme la ministre.
Mme Proulx : ...Mme la
Présidente, vous comprendrez que... beaucoup de questions adressées au ministre
de la Justice. Je me ferai un plaisir d'y partager le «tape», comme on dit chez
nous. Heureuse qu'il vous ait répondu. Important de souligner le travail des
tribunaux spécialisés, là. Le ministre de la Justice a fait un travail énorme
là-dessus. On doit quand même se féliciter, là, seul endroit au monde où on
s'est doté, entre autres, de bracelets antirapprochements et des tribunaux
spécialisés en violence conjugale, violences sexuelles. On parle ici, Mme la
Présidente, de deux outils phares pour protéger, accompagner les victimes.
Du côté de l'Europe, on nous regarde. Je
comprends, là, que vous faites référence, entre autres, aux procureurs, mais,
tu sais, le Québec a mis en place quand même des mesures hyper innovantes. Je
viens de faire référence aux tribunaux spécialisés. Dans l'implantation des
tribunaux <spécialisés...
Mme Proulx :
...tribunaux >spécialisés, ça nous a permis, M. le député de l'Acadie,
de former pas moins de 9 000 intervenants, 9 000 intervenants,
intervenantes sur les réalités que vivent des personnes qui sont victimes de
violences sexuelles, de violence conjugale, de contrôle coercitif.
Parlant du contrôle coercitif, puis je
vais faire un peu de millage là-dessus, si vous me le permettez, il y a des
demandes répétées de l'ex-ministre de la Condition féminine, députée de Chutes-de-la-Chaudière.
Mon mandat va se poursuivre également là-dedans, M. le député de l'Acadie, vous
qui avez été sur le terrain pour s'assurer que le PL C-332 puisse
poursuivre son travail auprès du fédéral. Je sais que le ministre fédéral Fraser
est... va déposer quelque chose dans ce sens cette semaine. C'était très
préliminaire, ce que j'ai entendu à la radio ce matin, on a fouillé et on n'a
toujours pas trouvé, mais soyez assuré que tant le ministre de la Justice que
nous, à la Condition féminine, on va s'assurer de continuer de pousser sur le
gouvernement fédéral, parce qu'on l'a fait en septembre dernier, là, de leur
demander de criminaliser le contrôle coercitif puis enfin de reconnaître le
féminicide comme étant un meurtre au premier, porté, donc, par la députée de Chutes-de-la-Chaudière
et par le ministre de la Justice. Malheureusement, il est tombé, comme vous le
savez, au feuilleton. Mais là, puisque les travaux ont repris, on va surveiller
de très, très près ce que le fédéral va faire.
Ils ont néanmoins multiplié les démarches
auprès du fédéral, mes collègues, pour que le Code criminel soit resserré, des
peines qui reflètent vraiment la gravité des gestes commis, cesser ces fameuses...
on les appelle soit les peines bonbon ou encore les fameuses peines Netflix,
des délinquants sexuels particulièrement, des peines qui sont purgées à
domicile. Le ministre de la Justice est intervenu à plusieurs, plusieurs fois
dans les médias, auprès de la population, interpelé le fédéral à plusieurs,
plusieurs reprises pour que ça change. Également l'idée, Mme la Présidente, de
mettre en place des peines consécutives pour les crimes multiples. Donc, un
criminel ne pourrait donc pas purger des peines multiples en simultané. On le
voit, un exemple hyperconcret, Mme la Présidente, un délinquant condamné à une
peine de sept ans, puis il a une peine de cinq ans, bien, il devra purger un
total de 12 ans et non de sept. Donc, c'est des intentions du ministre de
la Justice. C'est des intentions qui sont appuyées par le gouvernement du
Québec, mais également par la ministre responsable de la Condition féminine.
Si jamais les gens ne l'ont pas vu, je le
rappelle, là, pour le contrôle coercitif, cette série extraordinairement
troublante, britannique... Adolescence? Je ne fais pas erreur? Nomination
aux Oscars, aux Emmys, aux Tonys. Je pense qu'il n'y a pas une nomination qui
n'a pas été... qui n'a pas été soulevée avec ce documentaire, bien, en fait,
cette série fiction qui se rapproche beaucoup trop, à mon avis, de la réalité.
Et le premier ministre britannique qui a d'ailleurs insisté sur le fait que ça
devrait être présenté dans les écoles. Remarquez, dans le cursus scolaire, ici,
au Québec, là, il y a des indications très claires, là, sur comment ne pas
exercer ou se défaire de ce contrôle coercitif là.
Donc, les gens qui n'auraient pas eu
l'occasion de voir cette série-là, troublante, difficile, Adolescence,
bien, sachez, M. le député de l'Acadie, que le ministre de la Justice entend
très bien vos réclamations ce matin puis que les tribunaux spécialisés, c'est
vraiment une étape importante pour aider les femmes qui sont victimes de violence
sexuelle et conjugale.
• (10 h 30) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la ministre. Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel.
Mme Boivin Roy : Merci,
Mme la Présidente. Alors, permettez-moi de développer davantage sur les tribunaux
spécialisés. Je pense que, jusqu'à maintenant, les interventions de tous
collègues confondus, on s'entend pour dire que notre gouvernement est dans une
ère moderne et qu'on en a fait beaucoup pour les femmes. Évidemment, il y en a
encore plus à faire, mais je pense que de s'arrêter un peu sur les tribunaux
spécialisés est... est important de le faire, Mme la Présidente.
En 2023 au Québec,
27 082 personnes ont été victimes d'infractions contre la personne en
contexte conjugal, dont 20 590 femmes et 6 492 hommes.
Entre 2005 et 2023, le nombre de victimes a augmenté pour les deux sexes avec
une hausse proportionnellement plus haute chez les hommes, plus de 125 %,
que chez les femmes, plus de 41 %. Mais, malgré cette progression, Mme la
Présidente, les femmes demeurent les principales victimes. Elles <représentent...
>
10 h 30 (version révisée)
<19255
Mme
Boivin Roy :
...principales victimes, elles >représentent
un peu plus de trois cas sur quatre en 2023, soit 76 %.
Maintenant, pour ce qui est des violences
sexuelles en 2022, permettez-moi les statistiques suivantes : 11 904
infractions sexuelles ont été rapportées par la police, et les femmes
constituent malheureusement 89 % des victimes d'agressions sexuelles et
82 % des victimes des autres infractions d'ordre sexuel. Le taux de femmes
victimes d'agressions sexuelles déclarées par la police, à savoir 157,5 sur
100 000 femmes, est plus de huit fois supérieur à celui des hommes, soit 19 par
100 000 hommes.
Alors, évidemment, Mme la Présidente, il
est inimaginable qu'en 2025 ce traitement envers les femmes soit encore aussi
répandu dans notre société, je pense qu'on s'entend tous là-dessus ici aujourd'hui.
La souffrance que ces femmes vivent et la peur qu'elles doivent affronter à la
suite de la violence qu'elles ont subie sont bien réelles et aussi complexes à
plusieurs niveaux.
Le Québec est le seul endroit au monde,
comme l'a dit Mme la ministre, à avoir instauré à la fois les bracelets antirapprochements
et les tribunaux spécialisés en matière de violence sexuelle et conjugale.
Elles sont deux mesures phares, évidemment, à travers le bouquet de mesures
disponibles qui servent concrètement à protéger et soutenir les femmes.
Les tribunaux spécialisés constituent
désormais une source d'inspiration en Europe, comme je vous le disais tout à l'heure,
lors de mon séjour en Islande, récemment, lorsque je représentais la ministre.
Pour ce qui est des bracelets antiremplacements...
antirapprochements, pardon, le taux de dissuasion, Mme la Présidente, est de 95,92 %,
et c'est un budget de 41,5 millions sur cinq ans. Alors, jusqu'à
maintenant, ça démontre une efficacité qui est certaine. Et, pour ce qui est
des tribunaux spécialisés, eh bien, la création de tels tribunaux faisait
partie des recommandations du rapport Rebâtir la confiance. En 2021, notre
collègue M. le ministre de la Justice a fait adopter une loi autorisant leur
mise en place.
Alors, il y avait sept objectifs, Mme la
Présidente : renforcer la confiance des victimes de violence sexuelle et
conjugale envers le système de justice en mettant en place des mesures favorisant
l'engagement et la poursuite d'un parcours judiciaire pour celles qui le
souhaitent. Et je vois le temps qui passe, mais je vais quand même me permettre
de vous énumérer les autres... les autres objectifs de la loi.
Alors, le deuxième objectif, offrir des
services intégrés et adaptés, tant psychosociaux que judiciaires, aménager des
espaces sécuritaires et réduire les délais de traitement des dossiers.
Troisième objectif de la loi, garantir un
traitement particulier des poursuites liées à la violence sexuelle et conjugale
ainsi que la formation continue du personnel afin de limiter la victimisation
secondaire et éviter toute minimisation ou insensibilité tout au cours du
processus. D'ailleurs, Mme la ministre a parlé des milliers d'agents sociaux
juridiques qui ont été formés à cet égard.
Quatrième objectif de la loi, prendre en
compte les besoins spécifiques des victimes tout au long de leur cheminement, y
compris dans l'évaluation de leurs attentes durant le processus judiciaire.
Cinquième objectif, assurer un engagement
spécialisé et dévoué en maintenant la compétence des équipes grâce à leur
formation continue.
Sixième et septième objectifs, privilégier
le traitement par un même procureur et adapter l'accompagnement aux réalités.
Mme la Présidente, jusqu'à maintenant, il
y a 26 districts judiciaires sur 36 qui ont leur tribunal spécialisé. D'ailleurs,
à Montréal le 31 octobre dernier, nous avons procédé à l'inauguration de
celui de Montréal. Il y aura d'autres annonces qui seront faites d'ici la fin
de l'automne, et évidemment vous savez que, dans sa première année, le tribunal
spécialisé a accompagné 8 000 victimes de violence conjugale et de
violence sexuelle. Alors, il n'y a pas un moment où la victime est seule du
dépôt de la plainte à la police à la fin de la procédure dans une cour de
justice. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la députée. On débute maintenant la quatrième
série d'interventions avec la députée de Terrebonne, la ministre, et on va terminer
avec la députée de Châteauguay. Les cinq premières minutes sont les vôtres, Mme
la députée de Terrebonne.
Mme Gentilcore : Merci, Mme
la Présidente. Écoutez, je suis ici, comme vous tous réunis aujourd'hui, pour
dénoncer une crise qui est bien réelle, celle de la violence faite aux femmes. Au
Québec en ce moment, malgré les promesses, les plans d'action, les déclarations
qui ont été faites par le gouvernement dans les dernières années, la réalité
quotidienne de milliers de Québécoises en est une de précarité, de peur et d'insécurité.
C'est le temps de regarder cette réalité-là bien en face.
Donc, d'abord, parlons, évidemment, de
violence conjugale au sens propre. C'est une véritable crise sociale qui secoue
le Québec, qui gagne de plus en plus de terrain, je pense qu'on peut en
convenir. Quand il y a une femme courageuse qui prend la décision vitale de
fuir son agresseur, il faut qu'elle puisse trouver refuge. C'est le <contrat
social...
Mme Gentilcore : ...c'est le
>contrat social qui nous unit avec nos citoyennes depuis des décennies
au Québec, et, en ce moment, on n'arrive pas à remplir ce contrat social là.
La pénurie de places dans les maisons
d'hébergement, c'est un enjeu national qui ne fait que s'aggraver dans les
dernières années. En 2024‑2025, SOS violence conjugale a reçu plus de
60 000 signalements, donc demandes d'aide, en fait, pour des femmes
en situation de violence conjugale. Ils nous ont avoué ne jamais avoir reçu un
nombre aussi élevé de demandes depuis leur création.
Donc, même si les chiffres précis de refus
en maison d'hébergement pour 2024 ne sont pas consolidés... D'ailleurs,
j'aimerais rappeler que j'ai fait cette demande-là lors de l'étude des crédits.
Je l'ai faite, dans un premier temps, au ministre des Services sociaux à
l'époque, qui m'avait dit de me référer à la ministre de la Condition féminine
à l'époque, qui, elle, m'avait dit aussi de me référer au ministre des Services
sociaux. Donc, finalement, on n'avait pas eu ce chiffre-là, du nombre des refus
concrets dans les maisons d'hébergement en 2024. Mais ce que je peux dire,
c'est que les regroupements se sont tous entendus pour nous dire que c'est un
taux de refus record qu'on a connu en 2024. Donc le gouvernement est
responsable de cet échec-là, qui laisse les victimes face à l'impasse en ce
moment, les victimes de violence conjugale.
Ensuite de ça, on en a parlé un peu, le
système de justice qui est miné... miné par un manque de rigueur criant envers
les récidivistes en matière de violence conjugale. Encore hier matin, on
apprenait qu'un homme accusé de harcèlement criminel et de communication
harcelante a été remis en liberté, lui qui a contrevenu quatre fois à des
interdictions de contact, en plus d'enfreindre deux autres conditions. Il pourra
enlever son bracelet antirapprochement pour pouvoir aller passer l'hiver en
Floride. Je ne sais pas si vous avez vu ça passer, là, mais à un moment donné,
quand on admet ça, je pense qu'on peut se dire qu'on a un problème
collectivement, là. Comment on peut... comment on peut faire passer devant le
besoin de cet homme d'aller passer l'hiver en Floride plutôt que de protéger la
femme qui devait l'être? Donc, après ça, on se demande pourquoi les femmes
perdent confiance en notre système de justice. Je pense qu'on a une piste de
réflexion ici.
En 2023, les femmes représentaient
76 % des victimes d'infractions contre la personne commises en contexte de
violence... en contexte conjugal au Québec. Donc, je pense qu'un des véritables
échecs qu'on vit en ce moment, c'est dans notre incapacité à vraiment prévenir
le récidivisme, donc la récidive. Prenons l'exemple, encore une fois, tragique
de Gaby Renaud, qui a eu lieu il n'y a pas si longtemps que ça, assassinée par
son ex-conjoint en 2023. On le sait maintenant, cet homme-là est un
multirécidiviste en série, libre malgré de graves antécédents de violence
envers d'autres femmes et d'anciennes conjointes. Le fait qu'un individu avec
un tel passif puisse circuler librement, sans surveillance adéquate, après un
historique de violence aussi lourd, c'est la preuve que le système judiciaire a
échoué à protéger nos victimes. Donc, nos lois, nos jugements, notre
surveillance sont vraiment défaillants.
Ensuite de ça, j'aimerais aborder
évidemment l'itinérance au féminin, un phénomène qui est majoritairement caché.
Les femmes sont des milliers à errer de sofa en sofa, à tolérer des abus, voire
la violence d'un partenaire ou d'un propriétaire simplement pour ne pas dormir
dans la rue. L'itinérance des femmes est le résultat direct de la violence.
81... 91 % des femmes en situation d'itinérance ont vécu une agression au
cours de leur vie. Pourtant, on ne voit pas de mesures réelles mises en place
pour les femmes en situation d'itinérance. On doit de toute urgence revoir
précisément la méthode de dénombrement de l'itinérance. L'approche actuelle,
trop souvent, elle est limitée aux personnes qui sont visibles dans la rue. Ça
occulte l'itinérance cachée des femmes. Et, tant que nos chiffres ne vont pas
refléter cette réalité-là, bien, nos solutions ne pourront pas être développées
sur mesure et être efficaces pour ces femmes-là. Donc, on a vraiment besoin de
solutions sur mesure.
Donc, je pourrais continuer encore très
longtemps, Mme la Présidente, mais le temps m'est limité. Donc, ma question
pour... En fait, j'ai une question en deux volets pour Mme la ministre. Ma
première question : C'est quoi les nouvelles mesures qui vont être mises
en place à court terme pour protéger les femmes du Québec? Et question
complémentaire pour faire référence à ce que je disais au départ : Est-ce
qu'on peut... Est-ce que vous pouvez déposer, justement, le bilan de 2024 par
rapport aux refus dans les maisons d'hébergement, combien il y a eu de refus,
finalement, dans nos maisons d'hébergement en 2024?
• (10 h 40) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la ministre.
Mme Proulx : ...quatre
heures, ce matin, en lisant Le Nouvelliste, La cour autorise à
retirer son bracelet antirapprochement pour qu'il passe l'hiver en Floride,
une décision du juge Trudel. C'est une décision du juge que je ne peux pas...
puis que je ne commenterai pas, mais disons que j'ai été étonnée, hein? Je suis
à la même place que vous là-dessus.
Lorsque vous parlez du contrat social pour
les MH2, je vais faire un léger détour, il y a une volonté, il y a un
engagement du gouvernement du Québec, de la part de la présidente du Conseil du
trésor, un grand chantier de révision des programmes pour les rendre plus
simples, plus accessibles, entre autres pour la construction des maisons
d'hébergement 1 ou 2.
Chez nous, à la SHQ, on a plus de <26...
Mme Proulx :
...de
plus de >26 programmes, si je ne fais pas erreur, 26 programmes.
L'idée, c'est mieux, hein, peut-être fusionner des programmes ensemble pour
qu'il y ait moins de redditions de comptes, que ce soit plus simple pour les
organismes de pouvoir avoir accès à du financement. C'est vraiment l'objectif
de la présidente du Conseil du trésor, puis je vais la suivre vraiment
là-dedans pour s'assurer que nos programmes du mandataire de SHQ soient plus
clairs, soient plus simples, soient plus facilement applicables,
particulièrement avec l'arrivée du fédéral, là, avec Maisons Canada. Quoique ma
compréhension jusqu'à maintenant, c'est qu'ils n'iront pas dans les maisons
d'hébergement. Reste à voir le détail en filigrane, là, du programme fédéral.
Mon directeur de cabinet les a rencontrés vendredi dernier, sauf erreur, jeudi
ou vendredi dernier, puis on poursuit encore les conversations là-dessus. Donc,
oui, l'objectif, c'est de rendre ça vraiment beaucoup plus simple et beaucoup
plus rapide.
Votre première question, c'était quoi,
vous?
Mme Gentilcore : Les mesures
concrètes que vous allez mettre en place dans l'immédiat pour aider les femmes.
Puis, sinon, ma petite question par rapport au taux de refus dans les maisons
d'hébergement.
Mme Proulx : Oui, merci,
merci.
Mme Gentilcore : Pas de
problème.
Mme Proulx : Cellule
d'intervention rapide, ça, on s'entend que c'est un filet extraordinairement
important pour la sécurité autour de la victime de violence conjugale puis de
son entourage. Ce n'est pas que les MH sont... en fait, ce n'est pas que la
solution repose uniquement dans les maisons d'hébergement. Les cellules
d'intervention rapide, ça le dit, là, il y a deux groupes de femmes qui sont
visées par ces cellules d'intervention là, viennent directement, donc, aider
les femmes à sortir d'un milieu qui est hautement toxique.
La cellule va réunir des intervenants d'un
peu partout. On va parler, entre autres, des procureurs, vous faisiez
référence, M. le député de la l'Acadie, plus tôt, aux procureurs, les services
policiers, les policières qui vont aller directement sur le terrain, des
organismes communautaires qui oeuvrent auprès des victimes ou des auteurs de
violence. Évidemment, les centres... les centres intégrés universitaires de
santé et des services sociaux sont dans l'équation.
Donc, ces cellules... ces cellules
d'intervention rapide sont à peu près dans toutes les régions, 17 régions
administratives du Québec. Là, ce qu'on fait depuis 2024... 2024-2025, on veut
la coordination des cellules d'intervention pour du financement qui est
récurrent, qui va pérenniser ce mécanisme-là qui permet de sauver des vies. Oui
aux maisons d'hébergement, mais il y a d'autres mesures qui ont été mises en
place par le gouvernement du Québec, à travers le secrétariat, qui permettent,
donc, de sauver des vies et que pour ces femmes-là et ces enfants-là n'aient
pas besoin d'aller dans des maisons d'hébergement. Donc, ces cellules-là sont
extraordinairement importantes.
Il y a aussi l'aide financière d'urgence,
ce qu'on appelle l'AFU, qui permet à une personne qui est victime de violence
conjugale, pour elle et ses enfants, son entourage, là, de pouvoir quitter
rapidement un milieu qui est dangereux.
Filet de sécurité là aussi. Donc, pas
nécessairement besoin d'aller dans une maison d'hébergement. Ces programmes
d'aide financière là, c'est un service qui est administré, entre autres, par
les organismes que vous connaissez, entre autres par SOS violence conjugale et
Info-aide violence sexuelle. Intervenants de première ligne, policières, policiers,
maisons d'hébergement, les centres d'aide aux victimes. On peut contacter 24/7,
là, 24 heures sur 24, sept jours sur sept, pour, donc, venir aider ces
femmes-là.
On s'assure aussi que, tout au long du
processus, que les femmes, les personnes qui sont victimes soient accompagnées
par une intervenante terrain. Vous parliez tantôt que vous souhaitiez que les
procureurs soient sur le terrain. Dans ce cas-ci, il y a des intervenantes
terrain, policiers, policières, maisons d'hébergement...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci.
Mme Proulx : ...CAVAC, qui
sont là pour accompagner.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. On termine cette première... cette autre
ronde d'interventions avec la députée de Châteauguay.
Mme Gendron : Merci, Mme la
Présidente. On a parlé de sécurité, de protection, mais maintenant j'aimerais
aborder le sujet du pouvoir, du pouvoir, parce que je pense que la véritable
égalité des femmes vient également du pouvoir qu'elles ont, du pouvoir de
décision qu'elles ont, mais de choisir la vie qu'elles veulent, mais également
de pouvoir influencer et de s'accomplir dans la société. Je pense que c'est
exactement aussi où est-ce qu'on s'en va en tant que gouvernement et où est-ce
qu'on... qu'est-ce qu'on s'emploie à faire, de renforcir, entre autres,
l'autonomie <économique...
Mme Gendron :
...entre
autres... l'autonomie >économique et le leadership des femmes, là, du
Québec.
En fait, les Québécoises sont aujourd'hui
plus représentées que jamais sur le marché du travail. Elles représentent plus
de la moitié de la population active, et le taux d'emploi des femmes est le
plus haut au monde. Ces progrès-là, ça ne s'est pas fait tout seul. En fait,
c'est des choix politiques courageux qui ont été faits, comme, entre autres,
notre service de garde subventionné qui a libéré, entre autres, des milliers de
femmes à faire un choix pour le dilemme famille-carrière.
J'ai eu la chance de faire une
présentation lors d'une conférence aux États-Unis il y a quelques mois, puis
nous faisions des jaloux partout dans le monde sur la place que prend les
femmes au sein de la société. Donc, c'est ce qu'on continue à faire, c'est ce
qu'on travaille en tant que gouvernement.
C'est sûr que l'égalité économique n'est
pas encore atteinte. Trop de femmes se retrouvent encore dans des emplois
précaires, dans des emplois sous-payés et des secteurs traditionnellement
féminins où la progression, malheureusement, est plus lente. C'est pourquoi
qu'on a agi à la source. On encourage les femmes à intégrer, comme j'ai dit un
peu plus tôt, des métiers moins traditionnellement féminins, donc la
technologie, l'ingénierie, les métiers du bâtiment, cybersécurité. À travers
des programmes du Secrétariat à la condition féminine, mais aussi à travers le
ministère du Travail, de l'Éducation et de l'Économie, bien sûr, on multiplie
les initiatives pour diversifier, justement, le parcours de ces femmes-là.
Pensons, entre autres, aux Femmes en économie, qui visent à croître la
participation des femmes à la vie économique et de soutenir leur
entrepreneuriat. Le résultat est là, de plus en plus de femmes, entre autres,
dirigent leur propre entreprise, siègent à des conseils d'administration et
assument des rôles de direction d'organismes publics, mais aussi d'organismes
privés.
Je veux aussi en même... dans le même
sujet parler du leadership au féminin dans la sphère publique. L'Assemblée
nationale, entre autres, compte une représentation féminine inégalée,
historique, et chaque siège occupé par une femme, bien, je crois que ça vient
aussi d'un engagement collectif. Sous la direction du premier ministre et de la
ministre responsable de la Condition féminine, c'est de continuer à ouvrir ces
portes-là aux femmes du Québec. Nous favorisons, oui, entre autres, la présence
des femmes dans les conseils d'administration dans les sociétés d'État et nous
soutenons la formation, justement, des nouvelles leaders qui pourront,
justement, avoir un parcours féminin en politique, en éducation, en santé, en
économie.
En fait, je pense que les femmes doivent
s'épanouir dans ces rôles-là. Et puis il faut aussi alléger leur charge
mentale. C'est pourquoi nous travaillons aussi activement à renforcer les
mesures de conciliation travail-famille et de soutenir les entreprises,
justement, qui innovent en matière de flexibilité du travail. Parce que la
réalité, c'est que l'égalité professionnelle passe aussi par une meilleure
répartition des responsabilités familiales.
Entre autres, pour les soutenir, le Régime
québécois d'assurance parentale permet aux deux parents, comme Mme la ministre
le nommait un peu plus tôt, de partager de façon plus équitable les congés. Et
puis c'est encore une fois un modèle qui en inspire plus d'un ailleurs dans le
monde.
Cette autonomie, elle ne profite pas juste
aux femmes, elle profite à toute la société. Une société plus égalitaire, c'est
aussi une société plus prospère. Chaque femme qui réussit, c'est une communauté
qui s'enrichit. Chaque jeune fille qui vit un grand rêve, c'est un Québec qui
se projette plus loin vers l'égalité homme-femme.
Quand on dit que notre gouvernement n'en
fait... à moitié pour les femmes, bien je répondrais sans hésiter que nous, ici,
au Québec, on fait beaucoup pour les femmes, mais je pense aussi qu'on en est
très fiers. Et, en fait... pour les protéger, pour les sécuriser, pour leur
autonomie et pour leur avenir. On va continuer à le faire parce que ces
convictions, ça fait partie de notre ADN, nous, ici, sur la banquette
gouvernementale. Et on va continuer... on va continuer à le faire avec une
grande conviction, avec cœur, détermination, parce que l'égalité n'est pas une
fin, mais ça reste un travail de tous les jours. Merci, Mme la Présidente.
• (10 h 50) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. On est rendus à la cinquième série
d'interventions et on revient à la députée de Robert-Baldwin pour cinq minutes.
Mme Garceau : Merci, Mme la
Présidente. Je vous ai écoutées, mesdames, merci pour vos interventions, très
attentivement, mais on a un sérieux problème au Québec. On a un sérieux
problème au Québec. Il y a une raison pour laquelle le regroupement des maisons
d'hébergement a lancé cette <campagne....
Mme Garceau :
...cette
>campagne, qu'on ne protège pas les femmes à moitié. Ils l'ont fait...
ils ne l'ont pas fait pour rien. Ils l'ont fait parce qu'il y a un nombre
record de féminicides, elles l'ont fait parce que nos maisons d'hébergement ont
atteint leur capacité. Il y en a plusieurs qui sont rendues à 150 % de
capacité. On l'a faite, cette campagne-là, parce qu'on a des services externes
qui ne peuvent plus répondre aux besoins, aux demandes. Et ce n'est pas
seulement des femmes qui sont victimes de violence conjugale, c'est aussi des
filles, des adolescents.
Et parlons des programmes en
sensibilisation dans nos écoles. Il y a eu une augmentation de 148 %. Les
maisons d'hébergement, ils vont dans les écoles pour faire des cours de
sensibilisation. 148 % d'augmentation, une femme sur... une fille, une ado
sur cinq va avoir subi de la violence sexuelle avant l'âge de 18 ans.
On a des maisons d'hébergement, on n'en a
pas assez, on est en train de faire du rattrapage parce qu'on avait... jusqu'à
tout récemment, on n'avait même pas analysé les données en ce qui a trait aux
refus d'hébergement, le nombre de refus au Québec. Et là on est en train de
regarder, on a finalement analysé 2024, jusqu'à 2024. Mais est-ce que vous
comprenez? En ce qui a trait aux 30 projets, et on n'a même pas parlé...
ces 30 projets là, là, qui découlent de la promesse du gouvernement
caquiste, depuis 2021, que, oui, on va mettre des mesures en place pour
protéger les femmes qui sont victimes de violence conjugale et, oui, on va
s'assurer d'avoir des maisons d'hébergement pour les protéger, pour qu'elles
puissent avoir un toit, pour qu'elles puissent avoir le soutien psychologique
qu'elles ont besoin pour s'en sortir, pour se reconstruire, pour avoir
confiance en soi.
Mais là le problème, c'est qu'on ne peut
plus rencontrer les besoins. Et, oui, c'est très bien, la publicité. C'est ça
qu'on voulait. On voulait, en 2020‑2021, que les femmes dénoncent, qu'elles
sortent de leur maison toxique, cet environnement de violence. Mais là on ne
peut plus rencontrer les demandes de ces femmes qui sont violentées, et aussi
que ça soit le physique, que ça soit le psychologique. Parce qu'on voit l'enjeu
du contrôle coercitif...
Et je suis très contente d'entendre la
ministre, que, oui, on va maintenir la pression sur le fédéral, que ça soit
criminalisé, le contrôle coercitif, et que le féminicide soit une infraction
criminelle. C'est très bien, mais qu'est ce qu'on fait ici, au Québec, pour
protéger, en ce moment, les femmes qui se font dire, quand elles appellent SOS violence
conjugale : Je n'ai pas de place pour vous aujourd'hui, rappelez-nous
demain? Qu'est-ce qu'on dit aux femmes lorsqu'elles appellent une maison
d'hébergement, elles veulent quitter un environnement toxique de violence, et
on se fait dire : Malheureusement, on n'a pas d'intervenante pour vous
avant six mois? Il est là le problème. Et, sans financement, sans une
augmentation du financement du PSOC, on ne pourra pas répondre à ces besoins-là
et on va en échapper, on va en perdre, des femmes, il va y en avoir d'autres,
féminicides.
On est rendus là, Mme la ministre. Et
c'est pour ça qu'on n'a, d'un côté, pas d'autre investissement dans les maisons
d'hébergement depuis trois ans. Et c'est pour ça qu'il y a eu toutes ces
rencontres-là, pour dire... pour vous demander : S'il vous plaît,
aidez-nous à aider ces femmes et à aider ces filles. On a besoin d'un
financement supplémentaire, c'est urgent. Ça, c'est une chose.
Après ça, il y a...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines)
: Merci. Merci.
Mme Garceau : ...toute la
question des maisons d'hébergement, j'y reviendrai.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. On... La réplique, Mme la ministre, pour cinq
minutes.
Mme Proulx : Merci, Mme la
Présidente. Maisons d'hébergement dans nos écoles. Recrudescence du discours
misogyne dans nos écoles, avec les influenceurs, les influenceuses,
particulièrement populaires auprès des jeunes. Je n'ose <même...
Mme Proulx :
...je n'ose >même pas penser à ce que l'intelligence artificielle
pourrait faire pour venir nourrir cette recrudescence de discours misogyne. Je
reviens sur la série Adolescence, là, si vous ne l'avez pas vue. «Brace
yourself», comme diraient les Chinois, parce que c'est quelque chose, mais
c'est vraiment une série qui doit être présentée aux parents puis aux enfants.
Tous ces jeunes hommes là qui exercent un
contrôle sur leur copine, ils ont 14, 15 ans, 16 ans. Donc, quand les
maisons d'hébergement vont dans nos écoles, c'est un exercice qui est
extraordinairement important pour continuer d'expliquer à nos garçons, puis
nous aussi, les parents, les grands-parents, la grand-tante que je suis, d'expliquer
à nos filles et à nos garçons qu'il doit y avoir et on doit continuer d'avoir
des rapports égalitaires entre les hommes et les femmes.
Lutte aux stéréotypes, promotion de
rapports égalitaires dès le plus jeune âge, c'est indispensable, indispensable
pour l'égalité entre les hommes et les femmes et éviter que ces femmes-là se...
ces femmes-là soient victimes de violence conjugale, de violence sexuelle, de
mesures coercitives qui lèvent littéralement le coeur, des menaces, des
cybermenaces. Il n'y a pas une d'entre nous qui n'avait pas été attaquée ici,
là, sur nos réseaux sociaux. La députée de Sherbrooke l'a eu de façon assez
violente, je l'ai eu aussi en pleine pandémie. Sûrement les collègues députés
ici, vous aussi, avons été victimes de cette cyberviolence-là.
Bref, tout ça pour dire que, oui, les
maisons d'hébergement dans nos écoles, c'est impératif. Puis, quand on parle de
la prévention jeunesse, la ministre responsable de l'Éducation s'assure que,
notamment, notamment, la prévention de la violence conjugale, violence
sexuelle, ce sont des contenus obligatoires en matière d'éducation à la
sexualité. Mais toute la notion de consentement, de violence dans les relations
intimes... intimes, pardon, les stéréotypes sexuels, les genres sont... sont
abordés. Bref, les parents, les grands-tantes, les grands-parents, on a tous
cette responsabilité-là. Et c'est là aussi, au-delà de l'action des maisons
d'hébergement, où on a besoin de... on a besoin des hommes. Quand vous êtes
témoins dans une conversation, un party, une discussion, un bureau, d'un
mononcle, je vais le dire, Mme la Présidente, d'un mononcle qui y va de
commentaires violents, dégradants, de vous lever et d'intervenir auprès de
cette personne-là pour s'assurer que, là, à un moment donné, comme dirait
l'autre, assez, c'est assez.
Vous avez parlé du PSOC. Je souhaite y
revenir, là. Il reste peu de temps. J'y ai fait référence tout à l'heure, mais
le PSOC, c'est 3,6 millions de plus cette année en services, là, qui sont
dispensés à travers le ministère de la Santé et des Services sociaux et la
ministre responsable de la Santé et des Services sociaux, de l'aide externe,
des outils, des accompagnateurs qui sont bien formés pour aider à
l'accompagnement de quitter le milieu. Tous les députés ici, des oppositions,
vous l'avez mentionné un peu plus tôt, comment c'est difficile de pouvoir
quitter un milieu qui est toxique et violent. Eh bien, ces sommes-là, ça aide à
former des gens qui vont accompagner les femmes, leur enfant, à quitter, donc,
ce milieu-là qui est... qui est très violent.
En terminant, tu sais, le financement... Puis,
la députée de Sherbrooke, vous avez dit tantôt : Je n'irai pas sur les
chiffres. Vous avez raison, parce que c'est des histoires de cœur, c'est des
histoires de femmes, c'est des histoires qui sont particulièrement troublantes.
Reste qu'on ne peut pas ne pas associer le financement aux actions que des
gouvernements doivent prendre pour répondre aux besoins des femmes qui sont
victimes de violence. 77 à 160 millions entre le précédent gouvernement et
le nôtre.
• (11 heures) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
Mme Proulx : On parle de
160... 108 %. Je pense que ça fait la démonstration, Mme la Présidente,
qu'on prend ce dossier-là très au sérieux.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Merci beaucoup. On termine cette série avec la
députée d'Anjou—Louis-Riel pour cinq minutes.
Mme Blanchette Vézina : Merci,
Mme la Présidente. Alors, permettez-moi de revenir sur mon intervention
précédente et terminer ma réponse au député de l'Acadie. Alors, je m'apprêtais
à vous parler de la réforme majeure du régime de l'Indemnisation des victimes
d'actes criminels, donc <communément...
>
11 h (version révisée)
<19255
Mme
Boivin Roy :
...le régime de l'indemnisation des victimes d'actes
criminels, donc, >communément appelé l'IVAC. Alors, juste pour vous
rappeler que nous avons aboli le délai maximal pour présenter une demande à
l'IVAC en cas de violence conjugale, violence sexuelle ou subie durant l'enfance.
Alors, les personnes victimes peuvent aussi faire une demande de soutien lorsqu'elles
se sentent véritablement prêtes à le faire.
En 2021, pour favoriser l'accès à l'aide
juridique aux personnes victimes, notre gouvernement a déployé la ligne
téléphonique 1 833 Rebâtir, Mme la Présidente. C'est une ressource
qui est offerte... qui offre, en fait, quatre heures de consultation juridique
avec un avocat de l'aide juridique aux personnes victimes de violence conjugale
ou violence sexuelle, et c'est un service qui est gratuit. Depuis son
déploiement, le programme a offert plus de 89 000 consultations à
près de 21 400 victimes pour une grande variété d'enjeux, Mme la
Présidente, que ce soit au niveau familial, criminel, civil, en immigration,
jeunesse, logement, bref, la panoplie est large.
Maintenant, Mme la Présidente, permettez-moi
de terminer. Pour le bénéfice des gens qui écoutent notre interpellation
aujourd'hui, la condition féminine, ça ne se résume pas à la lutte contre la
violence, ça passe aussi par l'autonomie économique, l'égalité professionnelle
et la conciliation travail-famille. Et, dans cette foulée, nous consolidons le
réseau des services de garde éducatifs à l'enfance, pilier de l'émancipation
des Québécoises depuis 1997. C'est pourquoi le Régime québécois d'assurance
parentale permet à chaque parent de partager le congé, favorisant une égalité
réelle dans la parentalité. Et c'est pourquoi nous avons renforcé aussi, Mme la
Présidente, le Secrétariat à la condition féminine en doublant presque son
budget et en augmentant ses effectifs de manière significative.
Et, bien sûr, on ne peut pas parler de la
protection des droits des femmes sans aborder le droit à l'avortement. L'année
dernière, la précédente ministre responsable de la Condition féminine avait
déposé le Plan d'action gouvernemental sur l'accès à l'avortement 2024‑2027. La
ministre avait bien exprimé ses intentions lors de l'annonce de ce plan d'action.
Permettez-moi de la citer, Mme la Présidente. Alors, la ministre avait dit :
«Si nous célébrons les avancées réalisées au Québec pour les femmes, le travail
de consultation que j'ai entamé en 2023 démontre qu'il reste du travail à faire
en la matière. Avec ce plan d'action gouvernemental, le Québec pose un geste
concret pour réaffirmer ce droit fondamental pour les Québécoises. En agissant
sur l'accès à l'avortement, nous bâtissons une société plus juste, où les
femmes peuvent choisir librement.»
Alors, c'est un plan, Mme la Présidente,
qui vise à améliorer l'accès aux services d'avortement dans toutes les régions
du Québec, soutenir la création, bien sûr, de nouveaux points de services, hein,
parce qu'on sait qu'entre autres les problématiques, c'étaient que les femmes
avaient des centaines de kilomètres à parcourir pour avoir accès à un point de
service. C'est aussi de permettre la prescription de la pilule abortive par
davantage de professionnels de la santé. Évidemment, que l'information soit là
aussi, la bonne information, parce que vous savez qu'on travaille aussi contre
la désinformation.
Le service permet aussi de déployer, donc,
la télésanté pour faciliter l'accès à la pilule abortive. Et enfin il y a aussi
la question, comme je vous disais, de sensibiliser le public à l'importance du
libre choix. Je pense qu'on est un gouvernement pro-choix, il faut le dire.
Notre gouvernement est sensible au recul que le droit vit pour les femmes à
travers le monde. Je pense qu'on a vu différentes situations, que ce soit en
Hongrie, en Italie ou aux États-Unis, évidemment, notre voisin du Sud. Donc,
notre plan permet vraiment de démontrer que nos actions suivent nos paroles. Et
nous avons mis du concret sur la table, Mme la Présidente, 7,5 millions de
dollars qui vont servir à la mise en œuvre de ce plan.
Alors l'égalité entre les femmes et les
hommes, bien, ce n'est pas un slogan, c'est un chantier en mouvement, et notre
gouvernement en est le moteur.
Nous reconnaissons, je pense qu'on l'a dit
aujourd'hui, qu'il reste, bien sûr, du travail à faire pour les femmes issues
des minorités culturelles, les femmes autochtones, je sais que notre collègue
de l'Acadie y est sensible, les femmes en situation de handicap qui vivent en
région, mais nous avançons, Mme la Présidente, nous avançons ensemble. Et, à
ceux qui nous disent que nous faisons le travail à moitié, bien, nous disons
plutôt que nous faisons les choses à fond, Mme la Présidente, avec conviction,
avec écoute, avec sensibilité et surtout avec des résultats concrets.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
Mme Boivin Roy : Et, en
terminant, bien, évidemment, parce que, derrière chaque politique, chaque
budget et chaque réforme, il y a des femmes, des femmes qui veulent être
libres, des femmes qui veulent être respectées, en sécurité et reconnues à leur...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Toute petite dernière intervention avec le
député de Robert-Baldwin... voyons, non, de l'Acadie, je m'excuse, pour
1 min 30 s.
M. Morin : Merci. <Alors...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
...pour 1 minute 30.
M. Morin :
Merci. >Alors,
revenons, justement, à la situation des procureurs et des... et des victimes.
Dans sa réponse, M. le ministre souligne qu'il rencontre, bien sûr, les
procureurs lorsqu'il inaugure les tribunaux spécialisés, vous y avez fait
référence, Mme la députée d'Anjou. Il souligne également qu'il faut un
environnement de travail sain.
Alors, moi, j'ai obtenu copie d'un rapport
de la CNESST qui dit, justement, qu'il y a des enjeux de sécurité, notamment au
niveau de la sécurité des victimes à Montréal, alors, ça, c'est quelque chose
d'excessivement concret, elles croisent des présumés accusés, et que les
procureurs sont parfois obligés de faire des interventions avec les constables
spéciaux pour assurer la sécurité des gens.
Hier, le président de l'Association des
procureurs aux poursuites criminelles et pénales écrivait à nouveau au premier
ministre, au ministre de la Sécurité publique et au ministre de la Justice pour
leur dire : Là, arrêtez de nous dire que vous mettez de l'argent, ça ne
fonctionne pas. Les tribunaux spécialisés, ça ne fonctionne pas, il y a des
embûches. Alors, il faut des gens et il faut aller voir les gens sur le
terrain. Moi, j'invite Mme la ministre ainsi que le ministre de la Justice à
aller voir comment ça se passe sur le terrain.
Je ne vous parlerai pas de la réalité du
Nord, je n'aurai pas le temps, ni des relations avec les Premières Nations,
mais sachez, Mme la ministre, que c'est pire. Et je termine...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
• (11 h 10) •
M. Morin : ...en terminant,
dans votre secrétariat, vous avez une politique sur l'ADS+; s'il vous plaît,
veuillez convaincre vos collègues de l'utiliser. Merci.
Conclusions
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on conclut cette interpellation
d'abord avec la ministre pour 10 minutes. Allez-y.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx : Mme la
Présidente, je n'ai pas entendu votre dernière question, vous me la filerez en
sortant d'ici. Je suis désolée, je suis dure de la feuille. Trop d'écouteurs.
Merci.
Condition féminine, progression de
l'égalité, c'est l'affaire de tout le monde. C'est l'affaire des hommes. C'est
l'affaire des femmes. Et puis, étonnamment, je vais m'arrêter sur le fait qu'on
a vraiment besoin de vous, les gars, les hommes, pour être nos alliés quand on
vous fait rentrer dans des conversations avec nous, bien, qu'on va permettre
aux femmes de prendre encore davantage leur place. Il faut que les hommes
soient capables d'agir devant leurs chums, même s'il est un peu en boisson,
envers la conjointe, guider, parler, en bon québécois, le redresser un peu.
Tu sais, les hommes qui ont... qui ont
besoin d'aide, il y en a. Puis demander de l'aide, ce n'est pas un signe de
faiblesse. Et j'en sais quelque chose. C'est important de demander de l'aide.
On le reconnaît en dedans, là, on le sait, là, quand on est sur une pelure de
banane, quand ça ne va pas, quand il y a trop de monde dans ta tête. Demander
de l'aide, c'est la première chose que vous devriez faire. Puis allez voir
votre meilleur chum, votre meilleure chum de fille. Les gars, vous avez tous
une meilleure chum de fille.
Puis nous, à la Condition féminine, on va
continuer de faire notre job pour faire connaître les organismes qui peuvent
accompagner les hommes dans leur détresse, dans leurs problèmes de violence à
l'égard des femmes, puis des hommes, aussi, qui sont victimes de violence. Mme
la Présidente, c'est encore un peu un sujet tabou, on va se le dire. Pourtant,
les conséquences de l'abus chez les hommes, ça pèse lourd, là. Il y a de la
détresse psychologique, il y a de la violence, des difficultés sociales. Encore
là, les hommes ont des... ont des ressources pour venir les aider.
Tout ça pour dire qu'il faut travailler
ensemble, là. Quand on est à la Condition féminine, ce n'est pas qu'on barre la
porte aux hommes. Au contraire, on a besoin de votre voix pour s'adresser à vos
collègues, pour dénoncer des gestes, des paroles qui sont sexistes, qui sont
violentes. Travailler dans des salles de nouvelles, je vous le dis... Heureusement,
ça a changé. On le voit, le progrès. Puis de faire en sorte que cet
accompagnement des hommes là, bien, ça nous permet, nous, aux femmes, d'accéder
à des grandes ambitions, le fameux plafond de verre que, tous ensemble, on peut
à la fois faire briser.
Moi, je suis heureuse de voir comment on a
agi de façon proactive, stratégie intégrée de violence, le fameux rapport
transpartisan qui est extraordinaire, un travail exceptionnellement rigoureux.
On a quand même répondu à 169 de 190 recommandations. Ce n'est pas rien,
Mme la Présidente. En peu de temps, les tribunaux spécialisés, les bracelets
antirapprochements, seul <endroit...
Mme Proulx :
...anti-rapprochements,
seul >endroit au monde où on a ça. Ma collègue d'Anjou est allée en
Europe, vous l'avez mentionné plus tôt, comment l'Europe nous regarde en
disant : Wow! Le Québec, comment avez vous réussi à accomplir ça pour les
femmes? On est une inspiration puis on doit continuer d'être cette inspiration-là
pour le monde entier.
Les bracelets, c'est augmenter le
sentiment de sécurité pour la femme qui en a été victime, prévenir des
nouvelles infractions, surtout soutenir l'intervention policière en cas de
rapprochement.
L'Alliance des maisons d'hébergement de 2e étape,
aussi, un dispositif qui étoffe l'arsenal de toutes les mesures qu'on a mises
en place, Mme la Présidente, pour endiguer les violences. 30 septembre
2025, tout récent, 1 270 bracelets antirapprochements ont été
ordonnés depuis leur implantation, déployés dans 17 régions du Québec
depuis septembre 2023. On s'assure que chaque bracelet qui est posé a un effet
suffisamment dissuasif pour permettre de sauver des vies de femmes et de les
empêcher... les prévenir, Mme la Présidente, d'aller dans ces maisons
d'hébergement, malgré le fait que ça fasse partie de notre stratégie intégrée.
MH1, d'ici 2027, quatre nouvelles maisons
d'hébergement, je le souligne encore, le financement est confirmé par notre
mandataire, la SHQ. Quatre projets : l'Outaouais, l'Abitibi-Témiscamingue,
Laval, Montréal, puis des services temporaires qui, eux, sont financés à
travers ma collègue responsable de la Santé et des Services sociaux.
Oui, l'argent ce n'est pas tout, ça aide
en titi, par contre, un rehaussement, au fil des ans, de 108 % du... du
budget, pardon, qui a été consacré, des cellules d'intervention rapide, des
mécanismes qui sont nécessaires pour assurer cet autre filet de sûreté là, là,
parce que c'est multipartite, les filets de sûreté autour de la victime de
violence conjugale, de son... de son entourage aussi. Financement récurrent,
l'idée d'une aide financière d'urgence pour permettre de quitter rapidement un
million... un milieu, pardon, qui est dangereux et qui est toxique, travailler
en collabo avec les intervenants du milieu terrain, terrain, tantôt, vous
parliez de terrain, M. le député, travailler avec le terrain.
L'adoption, en mars 2024, projet de loi n° 42 visant à prévenir et à combattre le harcèlement
psychologique et la violence à caractère sexuel en milieu de travail, très
bonne job de mon collègue. En milieu de travail, ça a diminué. Travailler dans
des stations de nouvelles, je ne devrais peut-être pas dire ça, dans des
milieux de radio, de télé, m'a vous dire que, dans les années 80, ce
n'était pas chic. Mais tout ça a été pris au sérieux au fil des ans, le
gouvernement de la Coalition Avenir Québec, avec le projet de loi n° 42, a pris
au sérieux le comité d'experts du rapport Rebâtir la confiance, et donc
avec le projet de loi qui vise à limiter, restreindre, prévenir puis arrêter le
harcèlement psychologique et la violence à caractère sexuel en milieu de
travail, Mme la Présidente.
La députée de Sherbrooke en a fait
référence un peu plus tôt, les campagnes grand public, hyperimportant de noyer
la population d'information, de prêter l'oreille à ces campagnes-là pour
prévenir la violence conjugale. Des projets radio, télé qui se destinent aux
hommes, aux femmes, aux enfants, on en a parlé plus tôt, là, des garçons de 12,
13, 14 ans qui commencent à embrasser une culture où la femme doit rester
à la maison. Donc, des campagnes ciblées pour les jeunes sur des médias sociaux
destinés aux jeunes pour aller les rejoindre, les maisons d'hébergement qui
vont dans nos commissions scolaires, dans nos écoles, parler aux jeunes, aux
femmes, aux garçons des violences dans les relations intimes, toute la notion
du consentement, Mme la Présidente, les stéréotypes sexuels. Toute la notion
des genres aussi, qui doit continuer d'être abordée. Puis je salue le travail
de la ministre de l'Éducation, puisque ce programme, il y a des concepts...
figure toujours au programme de cours de Culture et citoyenneté québécoise,
officiellement, qui est entré en vigueur en 2024 dans toutes les écoles
primaires et secondaires du Québec.
Tu sais, nous, on est très transversal. On
travaille avec Santé et Services sociaux. On travaille <évidement...
Mme Proulx :
...on travaille >évidemment avec des équipes de la SHQ. On travaille
avec le ministre de la Santé, Cybersécurité. On travaille avec le ministre de
la Sécurité publique, ministre responsable avec les Premières Nations. On est
vraiment transversal, Mme la Présidente. Et ça, bien, ça nous permet de
déployer notre message à tout le monde. Comme dirait l'autre, on n'en manque
pas. À chaque fois qu'on a l'occasion de s'adresser à un de nos collègues ou on
voit un enjeu, une difficulté, on peut s'adresser directement à un de nos
collègues ou une de nos collègues pour signifier les enjeux dont on est
victime.
On a gagné beaucoup au Québec au fil des
ans. La société a posé des questions, a déposé des politiques. Je ne souhaite
surtout pas, comme ministre responsable de la Condition féminine, que les
droits des femmes reculent. Au contraire, on doit tous ensemble s'assurer que
les droits des femmes continuent d'exister. Les reculs, on les voit en
Afghanistan. Hein, vous avez vu, récemment, les femmes, en Afghanistan, n'ont
plus le droit d'avoir des fenêtres qui donnent sur la rue, l'interdiction
d'avoir des fenêtres qui donnent sur la rue.
Nous, ici, au Québec, les femmes ont cette
grande liberté, mais on doit s'assurer comme gouvernement, mais tous ensemble,
toute la société civile, s'assurer que les droits des femmes soient préservés,
protégés puis qu'au fil des ans et des actions, Mme la... Mme la Présidente, pardon,
on puisse, donc, au fil des ans, augmenter ce filet de sécurité là auprès de
l'ensemble de la population. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
• (11 h 20) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Alors, le dernier
10 minutes est le vôtre, Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme Brigitte B. Garceau
Mme Garceau : Merci, Mme
la Présidente. Merci, Mme la ministre et mes collègues, d'avoir participé à
cette interpellation. Comme vous le savez tous et toutes, très, très important
à ce stade-ci, compte tenu qu'aujourd'hui aussi c'est le début des
12 jours d'action contre la violence faite aux femmes. Et ma question
aujourd'hui, c'est : Qu'est ce qu'on va faire? Quelles mesures concrètes
est ce que le gouvernement va adopter cette semaine, la semaine prochaine,
d'ici la fin de l'année, pour aider les maisons d'hébergement, pour faire en
sorte que toutes les femmes du Québec, lorsqu'elles appellent SOS violence conjugale,
lorsqu'elles appellent une maison d'hébergement, si elle appelle, elle veut
quitter, on doit répondre présent? C'est ça, l'objectif d'aujourd'hui. Il y a
encore des grandes lacunes dans le filet de sécurité des femmes qui sont
victimes de violence conjugale. Il faut le reconnaître.
On ne peut pas juste dire : Bien, on
avait... on a investi dans les dernières années puis on doit retourner... Oui,
c'est important, sensibiliser dans les écoles, c'est vrai, mais il faut
reconnaître que les maisons d'hébergement aujourd'hui au Québec, leur mission a
évolué avec le temps, a évolué en raison de... les demandes fulgurantes pour
leurs services, que ce soit en maison d'hébergement, mais aussi même pour des
formations des professionnels, des infirmières, des psychologues. On s'en va
dans les écoles pour sensibiliser les jeunes garçons et les jeunes filles aussi
en ce qui a trait au... oui, à l'égalité, mais aussi c'est quoi une relation
saine et sans violence. Et ça, c'est un... quelque chose qui est très important
à faire et de continuer.
Et, comme l'ancien ministre des Services
sociaux disait toujours, il faut agir tôt, bien, il faut agir tôt en violence
conjugale. Et ça commence dans nos écoles et même au primaire. Parce que, quand
on vient me dire qu'il y a de plus en plus d'agressions sexuelles dans nos
écoles et même au primaire, il faut prendre un pas de recul pour dire : Comment
est-ce qu'on va aider ces jeunes à s'en sortir? Comment est-ce qu'on va
protéger surtout ces jeunes filles?
Mais là, Mme la ministre, il faut
reconnaître que ce gouvernement, dans les trois dernières années, n'a pas
augmenté, n'a pas donné un sou de plus aux maisons d'hébergement en termes des
services offerts aux femmes qui sont victimes. Et je vous ai compris concernant
le 2,6 — ...
Une voix : ...
Mme Garceau : ...pardon? — 3,6
cette <année...
Mme Garceau :
...cette >année.
Moi, on me dit... parce qu'il y avait...
puis j'ai le tableau, il y a, cette année, un 2,3 qui n'a pas encore été
déboursé aux maisons. Ça, c'est une chose. Mais ça, ça vient d'un budget de
2021-2022 puis ce n'est pas de la nouvelle argent qui a été investi. Et on
parle en plus... ça donnerait, pour chaque maison, environ 15 000 $ à
20 000 $ de plus. Ça fait en sorte qu'on n'a même pas atteint un
poste complet pour aller embaucher une intervenante.
Mais là il faut parler aussi, ma collègue
de Sherbrooke l'a mentionné, un programme dédié à la construction des maisons
d'hébergement, que ça soit les MH1 et MH2, et ça, c'est capital. Parce qu'on ne
peut pas... il n'y a personne qui veut revivre les dernières années, surtout
l'Alliance des maisons de 2e étape, la plupart qui étaient responsables de
ces projets, les 30 projets dont vous avez mentionné, parce que ces
30 projets là, qui découlent des annonces de 2021-2022, ça représente de
l'hébergement pour environ 650 femmes par année. On a eu
10 000 refus d'hébergement, SOS violence conjugale, l'année dernière,
et on a des maisons, on est rendu qu'elles refusent deux à trois... deux sur
trois femmes par année, deux sur trois. Donc, on est rendus à... donc
67 %. C'est extrêmement élevé.
Et donc qu'est-ce qu'on fait? Parce que,
là, on a du rattrapage à faire. Et je sais que l'alliance des 2e étape a
déjà 15 projets qui sont là, prêts à financer en deuxième étape parce
qu'on en a besoin de plus, de logements. Il faut construire plus, parce qu'en
ce moment on est en mode rattrapage. Il est là, le problème. Le comité de manque
de places du MSSS a retardé dans l'analyse des données pour déterminer on a
besoin de combien de places d'unités, que ce soit en MH1 ou MH2 ici, au Québec.
Il n'y a aucun plan national, rien, pour nous dire : Savez-vous, compte
tenu des demandes, au Québec, et des refus, des refus quand même importants, on
a besoin de construire combien d'unités au Québec? Ce n'est pas le comité de
manque de places actuellement qui est en train de nous le dire. On a besoin
d'un plan national et on a besoin... tel que demandé par le Regroupement des
maisons d'hébergement, la fédération et l'alliance, et ma collègue va déposer
la lettre de l'Alliance MH2, on a besoin ici, au Québec, un programme
dédié à la construction des maisons d'hébergement, de MH1 et de MH2, parce
qu'on ne peut pas continuer avec les critères de la PHAQ... du PHAQ. Ce n'est
pas des logements sociaux, les maisons d'hébergement, elles ont une mission
très particulière, et malheureusement leurs espaces d'intervention ne sont pas
reconnus par ce programme-là, et donc...
Et le programme doit être arrimé aussi
avec le fédéral, parce qu'on ne s'en va pas retourner jouer du yoyo, là, entre
le provincial et le fédéral, où on attend après une réponse d'un palier de
gouvernement, et l'autre palier ne fait rien. Parce que tout ce qu'on est en
train de réaliser avec ça, c'est les maisons d'hébergement qui doivent
débourser de leur propre poche l'argent qu'ils n'ont pas vraiment. Ils doivent
aller contracter des marges de crédit puis des hypothèques. C'est un petit peu
le monde à l'envers, là, actuellement, en ce qui a trait au financement des
maisons. Le programme doit changer, doit être adapté aux besoins des maisons
d'hébergement. Et le plus tôt, ça serait très bien, parce que, comme je vous ai
mentionné, il y a un autre 15 projets qui sont prêts à être financés, qui
sont prêts aussi à ce que le ministre des Services sociaux donne un
consentement sur le financement pour les services.
Mais c'est ça, le filet de sécurité,
c'est : On a réussi... de plus en plus de femmes et de jeunes filles
dénoncent la violence conjugale. Mais, comme gouvernement, on a un devoir et
une responsabilité de les protéger, et donc d'assurer que nos maisons
d'hébergement puissent les accepter lorsqu'elles cognent à leurs portes et
lorsqu'elles appellent SOS violence conjugale. Il faut <répondre...
Mme Garceau :
...il
faut >répondre présent. C'est comme la maison qui est en feu, on appelle
les pompiers, et ils arrivent tout de suite. Bien, même chose pour quand une
femme appelle, qui a le courage d'appeler, et c'est très sérieux, elle doit
avoir une réponse immédiate.
Et j'aimerais terminer... Il me reste
combien de temps?
Une voix : …
Mme Garceau : OK, on a reçu
une lettre d'une survivante d'un féminicide, tentative de féminicide, et je
dois vous dire que la lettre m'a énormément touchée parce qu'elle résume, elle
incarne les sentiments d'angoisse et de frustration des femmes, des milliers de
femmes qui sont victimes actuellement, mais aussi la nécessité et le rôle
fondamental dont... jouent les maisons d'hébergement. Et je veux juste lire
deux extraits, Mme la Présidente
«On parle souvent, à juste titre, de
prévenir les féminicides, mais on oublie trop souvent celles qui survivent,
celles qui doivent apprendre à vivre après la violence, celles qui, jour après
jour, vivent avec la douleur, les cauchemars, la honte, la solitude, les
conséquences de toute cette violence.
«Ces femmes-là ont besoin d'un endroit
sécuritaire, d'un visage bienveillant, d'une main tendue. Elles ont besoin de
ces maisons d'aide et d'hébergement, des services à l'externe offerts par ces
maisons. Elles ont besoin de ces femmes exceptionnelles qui, jour après jour,
nous aident à comprendre et à nous reconstruire.»
Il y a une urgence d'agir, Mme la
ministre, et je vous demande d'agir, s'il vous plaît.
• (11 h 30) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup à toutes et à tous.
Compte tenu de l'heure, je lève la séance,
et la commission, ayant accompli son mandat, ajourne ses travaux au mercredi 26
novembre 2025, à 8 heures, où elle se réunira en séance de travail. Merci
à toutes et à tous.
(Fin de la séance à 11 h 31)