Journal des débats (Hansard) of the Committee on Citizen Relations
Version préliminaire
43rd Legislature, 2nd Session
(début : September 30, 2025)
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Tuesday, February 3, 2026
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Vol. 48 N° 13
Special consultations and public hearings on Bill 9, An Act respecting the reinforcement of laicity in Québec
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9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-huit minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 9, Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec. Alors, Mme la
secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire
: Oui, Mme
la Présidente. Mme Blais (Abitibi-Ouest) remplacée par M. Lévesque
(Chauveau); Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) par Mme Cadet
(Bourassa-Sauvé); Mme Prass (D'Arcy-McGee) par Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont); et M. Fontecilla (Laurier-Dorion) par
M. Zanetti (Jean-Lesage).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, Mesdames et Messieurs, bienvenue à la commission.
Nous débutons ce matin par les remarques préliminaires, puis nous entendrons
par la suite Me Guillaume Rousseau et Me Christiane Pelchat, Droits collectifs
Québec et le Rassemblement pour la laïcité.
Alors, j'invite maintenant le ministre
responsable de la Laïcité à faire ses remarques préliminaires. M. le ministre,
vous... vous disposez, pardon, de six minutes et la parole est à vous.
M. Roberge : Merci bien, Mme
la Présidente. C'est un plaisir de vous retrouver. Je salue les collègues des
oppositions, les députés de la banquette gouvernementale, l'équipe qui
travaille... on dit au «SRIDAIL», là, mais c'est notre secrétariat qui s'occupe
notamment de la laïcité. Donc, merci aux équipes qui ont travaillé en amont très,
très fort pour qu'on arrive avec le projet de loi aujourd'hui, qu'on commence ces
consultations, c'est un processus important. C'est au cœur de notre processus
démocratique de tenir des consultations, d'écouter des intervenants, des
experts, des gens qui sont touchés par les lois, qu'on veut travailler,
améliorer, bonifier.
Après ça, bien, il y aura l'article par
article. Puis c'est certain qu'au moment où on va étudier ensuite le projet de
loi, c'est certain qu'il y aura des amendements, des clarifications, des
ajustements au projet de loi. Hein, d'ailleurs, c'est un projet de loi qui a
été le fruit d'un travail exhaustif, mais qui est perfectible, puis on va
travailler là-dessus.
Le projet de loi qu'on amène s'inscrit
dans un parcours historique important. C'est important de le dire. Ce n'est pas
en réaction à une situation ponctuelle ou à un contexte particulier des six
derniers mois. Depuis le rapport Parent, dans les années 60, le Québec a
avancé, a cheminé vraiment dans sa marche vers la laïcité. On appelait ça la
déconfessionnalisation, mais c'est une autre manière de dire la laïcité. Il
faut dire qu'à l'époque, hein, il y avait les collèges classiques. Si on
voulait s'instruire, il fallait obligatoirement... Si on voulait accéder à des
emplois supérieurs, il fallait absolument passer par les couvents, les collèges
classiques gérés par les religieux.
• (9 h 50) •
Après ça, bien, plus tard, il y a eu Mme
Pauline Marois qui a amené une déconfessionnalisation du réseau scolaire. Ça ne
fait pas si longtemps que ça. Quand... quand je suis allé à l'école au primaire,
secondaire, soit on allait dans une commission scolaire catholique, soit une
commission scolaire protestante. On utilisait les taxes, les impôts des
citoyens pour préparer aux sacrements. C'est quand même quelque chose. On
faisait réellement, là, de la transmission de valeurs, de la transmission de
croyances, et ça ne fait pas des siècles, là. C'est à l'époque où j'étais à l'école,
et on a bougé dans ce sens-là. Je le nomme particulièrement, parce qu'il y a
plusieurs personnes...
M. Roberge : ...là, la
laïcité, là, c'est comme telle ou telle religion, mais vous ne voulez pas
toucher aux religions qui étaient là longtemps. Je m'excuse, mais les premiers gestes
qui ont été posés, la fin des collèges classiques, le retrait des commissions
scolaires catholiques et protestantes, bien, ça venait enlever des acquis,
disons-le, à des communautés qui étaient ici depuis longtemps, longtemps,
longtemps, parce qu'on marchait vers ce qu'on est en train d'atteindre
tranquillement, réellement, les quatre principes... fondamentaux, excusez-moi
de la laïcité : la séparation de l'État et des religions, la neutralité
religieuse de l'État, l'égalité en tous les citoyens et citoyennes, la liberté
de conscience et de religion... On avance tranquillement dans cette
direction-là. Plusieurs avant nous ont fait des pas, puis on continue. Il n'y a
pas si longtemps, notre gouvernement, la loi n° 21,
la loi sur la neutralité religieuse de l'État, la loi n° 96
pour protéger notre langue, le français. C'est un autre élément de notre
identité, ce n'est pas la laïcité, mais c'est notre identité. Une loi n° 84 pour nous doter de notre propre modèle d'intégration
à la nation québécoise, et en cours, en ce moment, il y a des consultations
dans d'autres salles sur un projet de constitution qui ramasse tout ça. Donc,
on arrive dans un processus qui a commencé avant nous puis qui continuera après
nous.
Le projet de loi arrive avec une vision qui
vient renforcer les quatre piliers, dont j'ai parlé, sur la laïcité de l'État.
Un principe aussi qui dit : Lorsqu'il y a de l'argent de l'État, de
l'argent des contribuables, bien, les principes de la laïcité de l'État doivent
suivre cet argent. La réception par des institutions ou des organismes privés
de l'argent de l'État doit être conditionnelle au respect des principes de la
laïcité. Ça veut dire qu'on touche, dans ce projet de loi, notamment des CPE,
des services de garde subventionnés. On vient toucher la formation
professionnelle, formation générale aux adultes, Francisation Québec, des
cégeps, des universités, plusieurs autres institutions qui reçoivent des fonds
publics, mais qui doivent être couverts d'une manière ou d'une autre par les
principes de la laïcité, par le renforcement de la laïcité.
On dit que le parcours éducatif doit se
faire sans pression religieuse, du moins, lorsque les deniers de l'État sont
là. On parle du port des signes religieux. On amène la question du visage
découvert dans tout le parcours éducatif pour que les gens se voient,
communiquent, se comprennent mieux, pour améliorer les relations. On parle du
réseau d'établissements, donc, d'enseignement privé subventionné, on aura le
temps d'en discuter des mesures qui touchent ce réseau-là, en cohérence avec ce
que je viens de dire.
Pour ce qui est de l'espace public, bien,
on parle des lieux publics qui doivent être des lieux publics, ne peuvent pas
être pris d'assaut, je veux dire, que les gens ne peuvent pas s'accaparer des
lieux publics pour les transformer en lieux de culte, sans préavis, sans
autorisation, en bloquant la circulation, évidemment.
On ressent la notion d'accommodement
religieux. On le balise mieux, autant pour l'État que pour les gestionnaires.
On arrive avec des principes qui peuvent sembler évidents, mais dans une
institution publique, ce n'est pas normal d'offrir exclusivement un régime
alimentaire qui est basé sur un précepte religieux, une tradition religieuse,
de l'imposer à tous. Ça n'a pas de sens, on vient toucher ça. Bien sûr, il y a
des exceptions. On va travailler sur les exceptions à chacun des éléments que
j'ai mentionnés et on y va avec le principe de souveraineté parlementaire,
parce que ça appartient aux parlementaires et non aux juges de décider comment
on se gouverne et de définir le contrat social qui nous unit, qui favorise la
cohésion sociale et le vivre-ensemble.
Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. le ministre.
Je me tourne maintenant du côté de
l'opposition officielle avec la députée de Bourassa-Sauvé. Vous avez une
période de 3 min 36 s.
Mme Cadet : Merci, Mme
la Présidente.
Nous voici donc à la dernière session,
donc, de ce gouvernement. Donc, il nous arrive avec ce projet de loi. Oui, Mme
la Présidente, donc, le ministre, donc, l'a mentionné, après, donc, différents
projets de loi, le n° 21, le n° 94,
nous voici aujourd'hui avec le projet de loi n° 9.
J'écoutais M. le ministre, Mme la Présidente, nous dire que ce projet de loi,
donc, n'est pas une réponse, donc, à une certaine problématique. Puis,
là-dessus, je pense qu'on va être sur la même longueur d'onde, Mme la
Présidente, parce qu'au cours des dernières années, au cours des derniers mois,
quand on est allés à la rencontre des Québécois, les Québécois nous n'ont pas
parlé de l'enjeu qui est sur la table aujourd'hui. Les Québécois nous ont dit
que les priorités pour eux, c'est parler de santé. Les priorités des Québécois,
c'est de s'assurer qu'on ait un système d'éducation qui soit solide, dans
lequel, donc, leurs enfants, donc, peuvent s'épanouir. Les Québécois nous ont
dit qu'ils souhaitent, donc, des services sociaux à la hauteur. Ils nous ont
parlé du coût de la vie.
Aujourd'hui, pour une énième fois, pour
une énième fois, Mme la Présidente, le gouvernement de la CAQ nous arrive avec
un enjeu qui, à notre sens, tente d'éluder les vraies questions, les vraies
préoccupations des Québécois, alors que le...
Mme Cadet : ...donc, en est,
donc, à taux des d'insatisfaction qui sont importants. Quelle est l'utilité de
nous arriver avec un projet de loi qui, comme vient de le mentionner le
ministre, ne vient pas résoudre une problématique particulière? Il n'y a pas eu
de... je veux dire, de... de plaintes ou de... de préoccupations, donc, qui a
été soulevées par... par la population québécoise et qui serait résolue par les
différentes dispositions qui nous sont présentées dans le projet de loi n° 9.
Le gouvernement de M. le ministre, donc,
vient aussi nous dire : Ah, bien, c'est important, donc, de renforcer ici
la laïcité. Je vous dirais, Mme la Présidente, que la laïcité, donc, c'est un
principe qui fait consensus au Québec. C'est un... c'est un... c'est un
principe qui fait consensus au Québec depuis plus de 50 ans. Au Parti
libéral du Québec, nous sommes bien évidemment en faveur de la séparation de
l'Église et de l'État, de la neutralité religieuse de l'État, de l'égalité
entre les citoyens et les citoyennes, entre l'égalité hommes-femmes. C'est nous
qui avons fait ajouter l'égalité hommes-femmes à notre Charte québécoise des
droits et libertés. Nous sommes en faveur, bien évidemment de la liberté de
conscience des citoyens.
Donc, la question que nous aurons pour le
ministre, l'autre question que nous aurons pour le ministre, hormis le fait
qu'il ne s'agit pas d'une priorité, c'est en quoi, donc, le projet de loi qui
nous est présenté renforce véritablement la laïcité de l'État, alors que nos...
les éléments, donc, édificateurs de notre cadre législatif nous permettent déjà
de protéger les quatre piliers de cette laïcité, de ce processus de
déconfessionnalisation que nous venons d'énumérer?
Donc, il s'agit, donc, des... des
questions que nous aurons ici pour le ministre. Et bien évidemment nous
sommes... Au Parti libéral du Québec, donc, c'est bien important que les
citoyens puissent disposer de liberté individuelle et puissent exercer
également leur contre-pouvoir. Donc, comme lors de l'étude de bien d'autres
projets de loi, nous poserons donc des questions, donc, sur la clause
dérogatoire, donc, qui est utilisée de façon préemptive dans le cadre de
l'étude de ce projet de loi. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la députée. Alors, on va terminer avec le député
de... Matane-Matapédia, pardon, pour 1 min 12 s.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. M. le ministre, chers collègues, la laïcité de nos institutions
garantit la liberté de conscience pour tous. C'est une question importante pour
le Parti québécois. J'annonce d'entrée de jeu que nous sommes en faveur du
projet de loi. Nous aurons toutefois des questions, des interventions quant à
l'application des mesures et sur le volet des écoles religieuses, je pense que
le ministre devrait définir ce qu'il entend par école religieuse, là où il y a
des gestes explicites et où le financement pourrait être remis en question.
Je note également que, présentement, au
moment où on va entendre des intervenants, où on va débattre du projet de loi,
il y a une enquête en cours de la ministre de l'Éducation concernant la Mission
de l'Esprit-Saint, donc des enfants qui sont réputés avoir l'école à la maison,
se rendent dans un lieu illégal qui est dirigé par une secte. Alors, la laïcité
c'est aussi de poser des gestes quand ça compte. On n'a toujours pas les
résultats de cette enquête, et mes informations me permettent de croire qu'il y
a toujours des enfants qui sont sous le joug d'une secte présentement dans une
école.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
M.
Bérubé
: J'ai
terminé.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
M.
Bérubé
:
C'était... c'était court?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'était court.
M.
Bérubé
: OK.
Je reviendrai. C'est... Parce que je ne comprends pas votre intervention.
J'avais terminé mon temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je vous laisse encore quelques.... Quand je dis «en
terminant», c'est qu'il reste 10 secondes.
M. Bérubé : Ah! bon. Bien,
alors en matière de laïcité, nous étions là avant le gouvernement de la CAQ et
nous nous attendions à être là après aussi.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Voilà! Merci beaucoup. Alors, tenez-vous-le pour dit,
lorsque je dis «en terminant», il vous reste 10 secondes à votre
intervention.
Une voix : ...
• (10 heures) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on va commencer les auditions.
Alors, nous avons, pour cette première ronde, Me Guillaume Rousseau, professeur
titulaire à la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke, qui est en
visioconférence, ainsi que Me Christiane Pelchat, qui est avec nous
aujourd'hui. Alors, madame, monsieur, vous avez une période de 10 minutes
pour votre exposé, et, par la suite, on va pouvoir échanger avec les
parlementaires. Alors, votre 10 minutes commence maintenant.
Mme Pelchat (Christiane) : Je
pense que je vais laisser la parole à mon collègue Guillaume Rousseau, qui...
qui est avec nous en visio. C'est Guillaume qui va prendre les premiers cinq
minutes. Guillaume.
M. Rousseau (Guillaume) : C'est
bon. Donc, alors, bonjour, tout le monde! Bonjour, chers parlementaires. Donc,
merci pour l'occasion de vous parler du projet de loi n° 9. Comme vous le
savez, c'est un projet qui fait suite au rapport Pelchat-Rousseau que l'on a...
du comité que l'on a coprésidé. Donc, ça nous fait vraiment plaisir de pouvoir
commenter le projet de loi, et, particulièrement, dans mon cas, ça me fait
plaisir de le faire à partir de l'université de Nîmes où je suis ici, pour
rencontrer notamment les gens de l'équipe du diplôme universitaire en matière
de laïcité, leur parler de la laïcité...
10 h (version non révisée)
M. Rousseau (Guillaume) : ...québécoise,
notamment du projet de loi neuf, donc voilà la raison du fait que je ne suis
pas présent avec vous. Donc, rapidement, nous ce qu'on souhaite faire, c'est
regarder avec vous lesquels des principaux éléments du projet de loi vont dans
le sens du rapport et lesquels ne vont pas tout à fait dans le même sens, voire
en sens contraire. Alors, je... et moi, je vais aborder, bon, évidemment,
certaines questions, d'autres seront laissées à ma collègue Me Pelchat.
D'emblée, la recommandation 1 du
rapport était de fusionner les lois 62 et 21, et, effectivement, le projet
de loi va dans ce sens-là. Par contre, le projet de loi prévoit aussi une autre
loi, différente de la Loi sur la laïcité, donc à son... à son article 27.
Alors, ça, ce n'est peut-être pas l'idéal. Je pense que le plus possible, si on
peut tout mettre autant que possible les règles en matière de laïcité dans la
Loi sur la laïcité, ce serait préférable.
Ensuite, recommandation 10 sur la fin
progressive du financement des écoles privées religieuses, bien, ça trouve écho
dans le projet de loi avec l'article 21.
Ensuite, recommandation 13 du rapport
à l'effet d'interdire à l'avenir d'élever ou d'imposer un nouveau signe ou un
nouvel emblème religieux sur les monuments de l'État, eh bien, c'est repris à l'article 13
du projet de loi. Et ça, c'est bien parce que, sinon, à l'heure actuelle, c'est
comme implicite à l'article 17. Dans un bouquin Loi sur la laïcité de l'État
annotée, j'explique que, par interprétation, on peut penser que cette règle s'applique
qu'à l'article 17, mais ce n'était pas très clair. Maintenant, si le
projet de loi est adopté, ce sera dans la loi, ce sera donc plus clair.
Recommandation 14 sur l'interdiction
des représentations des signes religieux dans les affiches, les publicités du
gouvernement, c'est repris à l'article 17.2, qui est proposé par l'article 14
du projet de loi. Et ça, donc, c'est tout à fait souhaitable, là, pour la
neutralité religieuse de l'État, qui doit être réelle et apparente, nous
apprend la Cour suprême dans l'arrêt Saguenay, mouvement laïque du Québec
contre Saguenay. Alors, c'est... le projet de loi va dans le sens du rapport
ici aussi.
Autre exemple. Donc, L'article 10.5
proposé par l'article neuf du projet de loi pour un pouvoir réglementaire pour
le ministre, c'est aussi simple... c'est... Donc, ce n'est pas tout à fait un
pouvoir réglementaire, mais disons des pouvoirs d'émettre des directives qui
vont dans le sens du rapport qui recommandait le pouvoir réglementaire. Et on
sait qu'en France, par exemple, il y a la loi de 1905, mais pas seulement. Il y
a aussi toutes sortes d'actes d'administratif qui permettent de faire
progresser la laïcité. Donc, ça va... ça va dans ce... dans ce sens-là.
Ensuite, en matière d'accommodements
religieux, les recommandations 18, 40 à 42, 44, beaucoup de choses en
matière d'accommodements religieux. Et en gros, ce qu'on propose et ce qui est
repris dans le projet de loi, c'est vraiment de faire en sorte que le critère qui
permet de refuser une demande d'accommodement religieux, ce soit le critère de
la contrainte plus que minimale. Donc, dès que c'est plus que minimal comme
contrainte, un employeur, donc un organisme d'État notamment, devrait pouvoir
refuser la demande d'accommodement religieux, alors que le critère, à l'heure
actuelle, c'est plutôt la contrainte excessive, donc qui donne vraiment
beaucoup moins de possibilités de refuser une demande d'accommodement
religieux. Donc, ça, vraiment, ça va... ça va dans le bon sens. Parce qu'on
sait que le critère de la contrainte excessive va être imposé par la Cour
suprême au nom du multiculturalisme parce qu'il n'y a pas de principe explicite
de laïcité dans la Constitution canadienne. Donc, puisque le multiculturalisme
n'est pas le modèle québécois, surtout depuis la loi 84, et que maintenant
la laïcité, c'est matériellement constitutionnel en droit québécois, et
peut-être bientôt formellement constitutionnel... Et aussi, dans le cadre du
comité Pelchat-Rousseau, on a vraiment rencontré beaucoup d'acteurs de terrain
qui nous ont dit qu'il y a beaucoup d'accommodements religieux dans certains
organismes. C'est très lourd. On parlait de l'importance des services publics
tantôt. Bien, une bonne façon, je pense, de favoriser des bons services publics
de qualité, c'est d'éviter les accommodements religieux trop nombreux. Et c'est
vraiment ce qu'on nous a dit sur le terrain, beaucoup d'accommodements
religieux très coûteux dans certains cas, beaucoup de crainte de poursuites
judiciaires.
Et l'autre chose qu'on a constatée, nous,
en parlant à des dizaines et des dizaines d'acteurs sur le terrain en matière
de laïcité, c'est qu'en fait, souvent, les acteurs dans les organismes publics,
ce qu'ils font, c'est qu'ils appliquent déjà la contrainte plus que minimale,
donc, dès que la demande d'accommodements religieux fait en... ferait en sorte
qu'il y aurait une contrainte plus que minimale, on refuse. Or, techniquement,
ce n'est pas légal puisque c'est plutôt le contraire, le critère de la
contrainte excessive. Alors, en prenant plutôt le contraire... le critère de la
contrainte plus que minimale, on vient légaliser ce qui existe déjà. On donne
la sécurité juridique, de l'autonomie aux organismes, qui pratiquent déjà le
critère de la contrainte plus que minimale. Donc, c'est vraiment quelque chose
qui est... qui est bien.
Pour ce qui est maintenant des aspects du
projet de loi qui ne vont pas dans le sens du rapport, qui vont même en sens
inverse, il y a l'article trois du projet de loi qui propose d'abolir l'actuel
article quatre, alinéa deux, de la Loi sur la laïcité de l'État. Et cet
article-là, cet alinéa-là, à l'heure actuelle, protège le droit à des services
publics laïques, le droit des institutions laïques, et là on propose d'abroger
ce droit-là. Bon, là, il se retrouve dans le projet de loi un sur la
Constitution, mais, dans le projet de loi n° 1, on en fait un droit
collectif de la nation, alors qu'ici on parle...
M. Rousseau (Guillaume) :
...d'un droit individuel à des services publics laïcs. Et ça, c'est très
important pour deux raisons. Politiquement, la façon dont c'est rédigé, c'est
un droit à des services publics laïcs dans la mesure prévue par la loi, ce qui
fait que toutes les interdictions visent le respect de ce droit-là. Et ça,
c'est important de comprendre ça, les interdictions ne sont pas arbitraires. Et
ensuite, le droit des services publics laïcs permet l'intérêt pour agir, donc
fait en sorte que des groupes, donc Droit collectif Québec, dans l'affaire
Droits collectifs Québec contre Conseil de la magistrature, peut intervenir
pour défendre la laïcité parce qu'il y a un droit à des services publics laïcs.
Donc, à mon avis, il ne faut vraiment pas
abolir ce droit, puis, le remplacer par un droit collectif de la nation, ce
n'est pas l'idéal, ça prendrait les deux, le droit individuel et collectif. Et,
à mon avis, ça va dans le sens contraire du rapport puisqu'à plusieurs endroits
dans le rapport, recommandations 26, 25, 20, 27, on propose plus de droits
individuels en matière de laïcité, les droits des services publics laïcs qu'on
peut saisir le tribunal pour avoir réparation, aux droits des enfants d'être
protégés contre les pressions religieuses, aux droits des travailleurs de
l'État d'exercer dans les institutions laïques. Donc, vraiment, le rapport va
dans le sens de donner plus de droits en matière de laïcité, et, là-dessus, le
projet de loi ne suit pas le rapport. Je m'arrête ici par crainte de
prendre plus de temps que le cinq minutes qui m'est alloué, mais, si jamais il
reste un tout petit peu de temps, je pourrais compléter.
Mme Pelchat (Christiane) : Merci,
Guillaume. Je pense que tu as grugé un peu de mon temps, mais je vais essayer
de faire ça vite. Alors, merci, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, de nous
recevoir ce matin. J'imagine que vous avez eu la chance de lire notre rapport,
qui est assez volumineux. Je réfère à la première partie du rapport et je vais
lire deux paragraphes qui se trouvent dans notre première partie.
Alors, on dit : «La Loi sur la
laïcité de l'État tire sa source du caractère unique du Québec comme
État-nation au sein du Canada. On peut même affirmer qu'à l'instar de la Charte
des droits et libertés et la Charte de la langue française, la Loi sur la laïcité
de l'État est l'expression de la spécificité du Québec et sa volonté de la
protéger». Ce paragraphe-là, M. le Président, c'est important. Puis, je regarde
mes anciens collègues députés libéraux, mon ancienne famille partisane, parce
que je ne fais plus partie d'aucune équipe politique, ce passage-là est inspiré
par le mémoire d'experts de feu Benoît Pelletier. Benoît Pelletier avait réussi
à démontrer comment la laïcité de l'État était liée à l'identification à
l'État-nation du Québec. Je vous invite à le relire. Ça fait plaisir, bien, de
remettre en lumière les propos de Benoît.
Durant nos travaux, on a consulté, comme
Guillaume a dit, consulté beaucoup de monde, beaucoup de groupes, et moi, je
m'en tenir particulièrement aux CPE et aux droits des femmes. Ce qu'on s'est
aperçu, c'est que pour les CPE, les garderies subventionnées à 100 % par
l'État, entendons-nous, et les bureaux coordonnateurs, maintenant, qui sont
inclus dans la loi, il y avait... la loi sur la laïcité n'était pas appliquée,
mais pire, les principes jurisprudentiels de la laïcité ou de la neutralité de
l'État, à ce moment-là, n'étaient pas non plus appliqués. Il me reste seulement
qu'une minute? Eh, mon Dieu! Et ce n'est pas seulement les signes religieux. Ce
que je veux dire, c'est que c'est complètement superflu et absurde de parler de
nombre de personnes qui portent un signe religieux. On parle de principes, à
l'article 2 de la laïcité, qui doivent s'appliquer aux représentantes et
aux représentants de l'État. C'est au-delà du nombre. Un principe juridique
s'applique et dans MLQ, dans la Cour suprême, qu'est-ce qu'elle a dit dans la
MLQ? Elle a dit : Le maire de Saguenay n'a pas le droit, puisqu'il incarne
l'État, de faire une prière. C'est ça que la Cour suprême a dit. C'est un représentant
de l'État.
Alors, ce n'est pas qu'il y ait une... Ah!
bien, il y a seulement qu'une prière, ce n'est pas grave, on peut le laisser
aller. Non, c'est le principe de neutralité religieuse de l'État qui va avec
l'article 2 de la loi, et c'est ça qui est oublié, malheureusement par...
• (10 h 10) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
Mme Pelchat (Christiane) :
...par le débat actuel.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Voilà. Je sais que ça passe vite, 10 minutes...
Mme Pelchat (Christiane) :
Bien oui.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...mais vous allez avoir beaucoup de bonnes questions, vous
allez avoir le temps de pouvoir répondre à ces questions.
Alors, on commence l'échange avec les
parlementaires, et je me tourne du côté du ministre, et vous avez
16 min 30 s pour votre banquette.
M. Roberge : Merci, Mme la
Présidente. Merci beaucoup à vous deux. Merci pour le rapport. On a peu de
temps ce matin, c'est vrai, mais, heureusement, on peut se référer à votre
rapport parce qu'il y a beaucoup de choses qui y sont. Ça a été dit, plusieurs
éléments du rapport ont été repris, pas tous, puis on peut en discuter aussi,
puis on... le projet de loi est perfectible, évidemment, mais j'ai entendu
tantôt une collègue qui dit : Bien, dans le fond, ce n'est pas une
préoccupation des Québécois, la laïcité. Pourquoi le gouvernement arrive avec
ça...
M. Roberge : ...les Québécois
veulent parler du coût de la vie, puis des listes d'attente, puis des nids de
poule. Ça fait que pourquoi qu'on parle de la laïcité? Bon, etc., mais vous
avez consulté beaucoup. Vous n'avez pas simplement réfléchi à deux, puis écrire
un rapport, une thèse, là, de qu'est-ce que vous pensez. Pouvez-vous nous
donner des exemples concrets? Vous en avez donné quelques-uns, mais des
exemples concrets, que ce soit pour les accommodements raisonnables ou ce qui
se passe dans les garderies ou ailleurs, qui montrent que le statu quo, ce
n'est pas une bonne idée puis que des éléments de ce projet de loi peuvent être
transformateurs puis améliorer les services publics puis le vivre ensemble.
Mme Pelchat (Christiane) : Je
vais... je vais me permettre de répondre particulièrement, puis je vais revenir
aux CPE puis aux garderies privées subventionnées. Ce qu'on a compris... Moi,
j'ai parlé à des enseignantes, 34 ans d'expérience d'enseignement. Une
enseignante me disait, particulièrement pour les éducatrices voilées, ce que ça
instituait dans l'école, c'est... il y avait un écart entre les professeures,
les enseignantes qui étaient... dont les signes religieux étaient interdits et
les éducatrices pour lesquelles les signes religieux n'étaient pas interdits.
Cette enseignante-là, qui a enseigné toute
sa vie à une école dans... à côté de l'école Bedford pour ne pas... je ne veux
pas la nommer, me disait qu'à partir de ce moment-là elle... n'était plus un
référent pour les enfants de sa classe. C'est l'éducatrice voilée qui devenait
un référent. Par exemple : Madame, est-ce que je peux manger cette
nourriture-là? Il n'allait pas voir le... Est-ce que c'est conforme? Est-ce que
c'est halal? Est-ce qu'on a le droit de manger cette nourriture-là?, ou encore
l'enfant se blessait, normalement, il s'en allait toujours vers son enseignante,
mais là, non, il allait vers l'éducatrice voilée. Donc, le référent devenait la
personne avec le signe religieux.
Ce que ça fait, c'est que ça institue un
climat de religiosité dans l'école qu'on ne veut pas avoir nécessairement dans
une école dite laïque. Mais je me permets de dire par exemple, que cette
enseignante-là m'a dit que le ministère de l'Éducation, au-delà des signes
religieux qui étaient interdits par l'article quatre, ne faisait aucune
publicité, aucune promotion pour aider l'école à appliquer, par exemple, le
principe deux... l'article deux de la Loi sur la laïcité. Et ça, ça nous a été
dit aussi par d'autres enseignants.
Puis, pire, M. le... M. le ministre, les
CPE dits religieux qui ont été signalés par le journaliste de La Presse,
Francis Vailles, des gens qui travaillent à l'AQCPE ou qui ont travaillé à
l'Association québécoise des CPE me disaient : N'essayez pas d'envoyer
votre enfant dans un de ces CPE là qui n'est pas de la confession religieuse,
parce qu'il ne pourra jamais s'intégrer, parce que le ministère de la Famille a
laissé perdurer la confessionnalisation de ces établissements-là. Et c'est la
même chose pour beaucoup de garderies subventionnées.
M. Roberge : Alors, au moment
où on avait un réseau scolaire déconfessionnalisé, on avait un certain réseau
de CPE dans certains cas qui lui se confessionnalisait. C'est ce que vous nous
expliquez. OK. Et j'aimerais entendre peut-être Me Rousseau. Par rapport aux
accommodements... Puis vous avez parlé tout à l'heure dans votre présentation
des critères. Est-ce qu'on utilise le critère de contrainte excessive, de
contrainte plus que minimale? Pouvez-vous nous l'expliquer un peu?
Concrètement, là, pour des gens qui ne sont pas des juristes, qu'est-ce que ça
veut dire, ce changement-là? Cet... ce changement de balise pour ce qui est
d'octroi d'accommodements religieux sur une contrainte excessive plus que
minimale, ça veut dire quoi ça, au quotidien ou dans une entreprise?
M. Rousseau (Guillaume) : Oui.
Donc, merci pour la... pour la question. Je vais me permettre de répondre
rapidement à la question précédente. Un autre exemple qu'on a... qu'on a
constaté sur le terrain lors de notre... notre étude dans le cadre du comité
Pelchat-Rousseau, c'était l'exemple des étudiantes au visage couvert, donc,
dans les cégeps. Ça, il y en a plusieurs. Donc, ce n'est pas un ou deux cas,
c'est vraiment plusieurs cas. Et ça a été confirmé autant par des membres du
personnel, qui vivent ça très difficilement dans certains cas, et par des
membres de la direction, syndicats, et tout. Donc, c'est vraiment quelque chose
qu'on a très, très bien documenté. Et il y a un article du projet de loi en
lien avec avec... avec ça.
Sinon, sur... sur les accommodements
religieux, effectivement, donc, à l'heure actuelle, le critère, c'est qu'un
organisme public, ou privé d'ailleurs, doit accommoder la personne qui souhaite
un accommodement religieux tant que l'accommodement ne cause pas une contrainte
excessive. Donc, c'est... donc ça peut être des changements importants dans
l'organisation de l'organisme, dans les services, et tout, il faut vraiment que
la contrainte soit excessive pour qu'on puisse la refuser. Or que nous, on
propose plutôt que ce soit... et c'est ce que fait le projet de loi, que ce soit
la contrainte plus que minimale. Donc... évidemment, c'est des concepts à la
fois connus, parce que contraintes excessives, c'est en droit canadien...
M. Rousseau (Guillaume) : ...canadien
depuis longtemps, contrainte plus que minimale, c'est en droit américain, donc,
on pourrait regarder la jurisprudence américaine pour s'en inspirer, voir ce
que ça pourrait vouloir dire concrètement. Ça reste que c'est des concepts,
donc, les juges vont garder une certaine marge de manœuvre, donc, il y a une
discrétion qui va revenir aux tribunaux qui seront appelés à préciser ce que ça
veut dire, contrainte plus que minimale, en droit québécois, donc, on fait
confiance, là, au pouvoir judiciaire là-dessus. Maintenant, c'est sûr que ça va
être plus facile de refuser un accommodement religieux avec le critère de la
contrainte plus que minimale plutôt que le critère actuel, qui est la
contrainte excessive. Donc, on sait que ça va permettre davantage d'autonomie,
davantage de sécurité juridique pour les organismes au Québec, là, qui
souhaiteront refuser les accommodements religieux. Donc, on sait que ça va dans
ce sens-là.
Qu'est-ce que ça peut vouloir dire très,
très concrètement? Bien, on sait, à l'heure actuelle, par exemple, qu'en vertu
de la contrainte excessive, bien, c'est possible de demander un congé religieux
payé, donc, d'être payé pour aller pratiquer sa religion, avoir une journée de
congé payé. C'est possible, là, dans la jurisprudence actuelle. Là, on vient
resserrer, donc, là, possiblement qu'on va vous dire : Bien, là, oui,
peut-être qu'il y a une possibilité de congé, mais ça ne sera peut-être pas
payé, si ça pose une contrainte, donc, le fait de payer un employé qui ne
travaille pas, on peut penser que c'est plus que minimal, pas comme contrainte
pour un employeur. Donc, ça pourrait resserrer un petit peu des règles,
notamment en matière de congés pour des raisons religieuses.
M. Roberge : Merci
beaucoup pour cet éclaircissement plutôt juridique.
Mme Pelchat, il me semble avoir vu
une fois dans... ou entendu, dans une de vos interventions, que la progression
de l'égalité des femmes... entre l'égalité des femmes et les hommes, c'est lié,
d'après vous, à la laïcité, au principe de la laïcité, puis à la mise en œuvre
de renforcement. Et, vous, vous nous expliquez ça, parce qu'il y a des gens qui
disent au contraire que c'est antiféministe. Vous, vous avez une posture
différente. Pouvez-vous l'expliquer? Profitez du moment aujourd'hui.
Mme Pelchat (Christiane) : Moi,
ça fait depuis 2007 que je me penche sur cette question-là. Et ce n'est pas moi
qui le dis, là, c'est tous les chercheuses et chercheurs qui ont travaillé sur
le conflit de droit entre la liberté de religion et l'égalité entre les sexes.
Tout le monde a conclu que, la religion, étant née dans le creuset du
patriarcat, porte atteinte... ou les dogmes religieux, je devrais dire, portent
atteinte inévitablement aux droits des femmes. Alors, donc, c'est évident que,
pour nous, renforcer la laïcité, et particulièrement avec le principe... un des
principes de l'article 2 qui dit qu'il faut respecter l'égalité entre les
femmes et les hommes quand on applique les principes de la laïcité, bien, c'est
sûr que la laïcité renforce le droit des femmes à l'égalité. Et des hommes
aussi, parce que Guillaume vous parlait des cégeps, quand les professeurs de
cégep se voient refuser la possibilité d'identifier une jeune fille
complètement voilée parce que c'est un homme, je peux vous dire que plusieurs
hommes de ces cégeps-là nous ont dit qu'ils étaient très mal à l'aise avec
cette discrimination-là. Alors, ça renforce, oui, l'égalité des femmes, mais
aussi l'égalité des hommes.
M. Roberge : Merci...
• (10 h 20) •
Mme Pelchat (Christiane) :
C'est d'ailleurs, M. le ministre... c'est pour ça qu'on a insisté sur
l'importance de ne pas permettre le voile complètement, le visage complètement
couvert dans toutes les institutions publiques. Et, dans les cégeps à Montréal,
je comprends que ce n'est pas le cas dans les régions, mais dans certaines régions,
on nous a dit que c'était de plus en plus le cas, les jeunes femmes voilées
complètement dans les cégeps, ça se voit régulièrement, que ce soit
Maisonneuve, Saint-Laurent, Ahuntsic, etc., les profs nous ont dit que
c'était... ça se voyait très souvent. Et ça, encore une fois, c'est... ça
devient difficile, particulièrement en soins de santé par exemple, ou les... en
sciences infirmières. Une professeure nous a dit : Je ne sais pas comment
faire quand on a des stages, les jeunes filles qui arrivent complètement
voilées dans les hôpitaux, les patients ne les voient pas. Les patients ont
peur, ils se demandent à qui elles ont affaire, et ça, c'est vraiment nul
pour... c'est vraiment très difficile pour la relation patient-soignante, mais
aussi, ça instaure un climat, encore une fois, de religiosité dont on n'a
pas... dont il n'est pas la place dans des institutions publiques. Alors... Et
moi, je dis en plus, je l'ai dit, je le redis, le voile intégral, c'est une
atteinte à la dignité des femmes. Ça dit que les femmes sont à ce point
indignes qu'elles doivent complètement se couvrir le visage pour apparaître en
public. Et ça, écoutez, là, comme féministe matérialiste, je ne peux pas
supporter ça.
M. Roberge : Donc, on
n'est pas dans le théorique ou l'accessoire des choses dont les Québécois ne se
soucient guère. Si je vous suis.
Mme Pelchat (Christiane) : Non.
Ah non! ce n'est pas... il n'y a pas... c'est vraiment dans le concret....
Mme Pelchat (Christiane) : ...ça
me fait rire, parce que les gens qui parlent et qui écrivent dans les journaux
devraient aller voir ces profs-là, dans les cégeps, par exemple, et se rendre
compte combien ce n'est pas facile, les accommodements. Quand Guillaume vous
parle des accommodements excessifs, bien, ça devient que, pour donner un
accommodement à une personne pour pouvoir aller dans son cours d'éducation
physique avec toute sa tenue religieuse, y incluant le visage voilé, ça peut
prendre un mois, deux mois avant que la direction se prononce là-dessus. Pendant
ce temps-là, l'élève n'a pas de cours d'éducation physique. Pendant ce
temps-là, le professeur ne sait pas trop quoi faire avec l'élève, il lui dit de
s'asseoir sur le banc. Alors, pratico-pratique, ça a des conséquences. Ce n'est
pas juste dans les textes, c'est dans les faits.
M. Roberge : Merci. Une autre
question sur une recommandation, je pense que c'est votre recommandation 10,
mais je peux me tromper, mais je pense que c'est ça... sur la question de
l'agrément. Donc, on utilise le terme «agrément», mais c'est très technique,
c'est la subvention à des écoles qui sont privées, mais privées subventionnées.
De dire que cet argent de l'État, cet argent, donc, du public, des Québécois,
viendrait avec une condition, c'est-à-dire : on va vous subventionner,
comme écoles privées, mais seulement si vous ne sélectionnez pas les élèves en
fonction de leur appartenance religieuse, seulement si vous ne sélectionnez pas
les profs en fonction de leur appartenance religieuse et seulement si, durant
les heures de cours, vous ne faites pas de prosélytisme ou transmission de la
foi, c'est une recommandation que vous faites. C'est un changement important,
pour certaines écoles, un nombre limité d'écoles. Pourquoi aller dans cette
direction dans vos recommandations? Parce que ça va faire jaser, cette
recommandation, qui a été reprise dans le projet de loi, mais on peut en
discuter. Pourquoi aller avec cette proposition?
Mme Pelchat (Christiane) : Je
vais laisser mon collègue Guillaume répondre à cette question.
M. Rousseau (Guillaume) : Oui.
Bien, en fait, ça s'inscrit, de mémoire, dans la partie du rapport sur le
principe de séparation de l'État et des religions. Puis le principe de
séparation, ça a notamment un aspect financier, fiscal. Donc, la séparation de
l'État et des religions, c'est plusieurs choses, mais c'est forcément... quand
on regarde les législations ailleurs dans le monde, la littérature sur le
sujet, les mémoires qu'on a reçus au comité, c'est notamment l'aspect
financier. Donc, un État laïque, c'est un État qui ne va pas subventionner les
religions. Donc, à partir de là, on propose effectivement qu'il y ait des
mesures en termes de mettre fin au financement public des écoles religieuses.
Maintenant, ce qu'on proposait dans le
rapport, c'était que ces écoles-là se dotent d'une politique en matière de
laïcité qui respecte les quatre grands principes. Donc, on était un petit peu
plus dans une recherche de compromis entre l'application des grands principes
de la laïcité et l'autonomie de ces écoles-là, ce qui était une approche qui
nous semblait équilibrée. Maintenant, je peux comprendre que c'est un petit peu
plus complexe de forcer les écoles à se doter d'une politique qui est sujette à
une approbation ministérielle, là, pour s'assurer que ce soit... ça respecte
les grands principes. Donc, je peux comprendre, c'est un petit peu plus lourd.
Là, ce que propose le projet de loi, c'est dans le même esprit, donc, d'une
laïcisation au moins partielle de ces institutions-là, où ces institutions-là
peuvent continuer à être religieuses, mais ne plus avoir de fonds publics. Donc
là, les règles se veulent plus simples.
Je pense que, pour la non-discrimination
dans la sélection, dans l'embauche, la sélection des élèves, embauche du
personnel, ça, je pense que c'est vraiment quelque chose qui est essentiel puis
qui est un minimum. Puis, même si on était allé vers la solution qu'on
proposait, d'une politique autonome, ça aurait dû se retrouver.
Le deuxième aspect, bon, les aspects de
mettre les cours religieux après les heures normales de classe plutôt que non,
ça, je sais que ça va accrocher, que certaines écoles religieuses vont trouver
ça plus exigeant. Donc, je pense que, dans une optique de dialogue puis
d'application progressive de la mesure, il y a sans doute moyen d'appliquer
cela sans que ce soit un chamboulement trop important ou trop rapide pour les
écoles, mais, bref, je pense que le projet de loi va dans le sens du rapport et
donc de la séparation financière, fiscale de l'État et des religions. Les
modalités sont un peu différentes, mais on est dans le respect de l'esprit du
rapport.
M. Roberge : Merci pour ces
précisions, Mme la... chers co-auteurs du rapport. Et, Mme la Présidente, je
vais laisser les collègues poursuivre les échanges.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, je vais laisser la parole à la députée d'Anjou—Louis-Riel.
Il reste 1 min 34.
Mme Boivin Roy : Merci, Mme la
Présidente. Alors, rapidement, Me Rousseau, ma question s'adressera à vous.
Dans la troisième et la quatrième partie de votre rapport, vous présentez le
résultat des travaux menés par le comité. Alors, c'est un bilan de
l'application de la laïcité qui donne lieu à 50 recommandations. Alors,
simplement, ma question est à l'effet... dans quelle mesure le projet de loi n° 9
répond aux risques juridiques que vous avez identifiés dans votre rapport?
M. Rousseau (Guillaume) : Donc,
je vous dirais, dans une... dans une large mesure, hein? Tantôt, j'ai tenté d'identifier
certains aspects du projet de loi qui vont dans le sens de certaines
recommandations, parce qu'il faut comprendre que les recommandations sont
directement liées au bilan de la loi. Donc, nous, on parle...
M. Rousseau (Guillaume) : ...des
dizaines de personnes, on a des mémoires d'experts, on regarde la jurisprudence
et effectivement, on remarque qu'il y a certaines... qu'il y a certaines
lacunes, certains défis, certaines atteintes à la laïcité et on fait des
recommandations pour qu'il y a un renforcement de la laïcité. Et il y a
plusieurs éléments du projet de loi qui vont dans ce sens, en fait,
pratiquement tous les éléments du projet de loi, sauf l'abrogation de l'article
quatre, alinéa deux, sur le droit des services publics laïques et, de manière
générale, on ne va pas dans le sens... le projet de loi ne va pas dans le sens
du rapport pour donner des droits, donner des recours aux gens qui seraient
victimes d'atteinte à la laïcité. Donc, c'est peut-être là qu'il y a une
faiblesse, mais, globalement, le projet de loi va dans le sens du rapport et
donc du renforcement de la laïcité.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste 12 secondes. C'est beau?
Mme Boivin Roy : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on poursuit avec l'opposition
officielle et la députée de Bourassa-Sauvé. Vous avez 12 minutes,
23 secondes pour votre formation politique.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Rousseau. Bonjour, Pelchat. Merci beaucoup d'être avec
nous aujourd'hui.
Me Pelchat, donc, vous exemplifiez un peu
plus tôt, donc, vous donniez... vous émettiez, donc, la situation, donc, des
élèves, donc, qui se tournent, donc, vers certaines éducatrices lorsqu'elles
portent un signe religieux puis, bon, je vous attendais donc sur ce cadre-là.
Puis la question que j'avais pour vous, sur cet exemple, c'est de voir, selon
vous, est-ce que vous pensez que le cadre actuel ne permet pas d'encadrer,
donc, ce type de situation là? Tu sais, vous nous dites, donc, le cadre
législatif actuel, le cadre réglementaire, là, on parlait, donc, je pense que
c'était dans un cadre scolaire, donc, la loi sur l'instruction publique et les
politiques qui sont appliquées par les différents centres de services
scolaires, donc, selon vous, ne permet pas... ne permettent pas, donc, de
cadrer les situations que vous évoquez?
Mme Pelchat (Christiane) : Bien
là, la loi... la loi qui empêche le port des signes religieux chez les
éducatrices a été adoptée, ou va l'être, là, je ne me souviens plus, la
loi 93, je pense...
Une voix : ...
Mme Pelchat (Christiane) :
Mais, donc, cette question-là, elle est comme réglée, puisque les éducatrices
n'ont plus le droit de porter ces signes religieux-là. Ce que ça créait comme
situation, selon les enseignantes, c'est que ça fait un mélange des genres, et
c'est là le problème, il y a un mélange des genres entre laïcité, neutralité,
séparation du religieux et de l'État, et climat de religiosité, c'est ça le
problème. Et quand il y a... quand les normes et ça, je ne pense pas que ça
relève du service scolaire, il faut que l'État prenne ses responsabilités et
adopte des lois, mais surtout les applique parce que c'est un gros problème. Le
ministère de l'Éducation, malheureusement, ne fait pas son travail de
sensibilisation et d'application de la norme dans les lieux où ils étaient
visés. L'article deux, par exemple, de la séparation... de la laïcité qui
prévoit la séparation entre le religieux et l'État, ils n'ont aucune... les
profs, en tout cas à ceux à qui on a parlé, ils n'ont aucune notion de comment
ça doit s'appliquer. Alors non, je ne pense pas qu'il y a les ressources
nécessaires pour faire appliquer ces normes-là. Et je reviens encore MLQ contre
Saguenay, quand la Cour suprême dit : on ne sait pas c'est quoi la
neutralité, il n'y a pas de définition, il n'y a pas... on le sait, par...
parce qu'on a un jugement ici qui en a parlé une fois, ou on... mais il y en
a... mais là, avec la loi 21 et la loi 9 qui vient renforcer, il y a
des balises législatives claires qui vont guider non seulement le ministère
d'éducation ou les autres ministères, mais les tribunaux aussi, pour
dire : Voici comment on doit interpréter la neutralité de l'État.
• (10 h 30) •
Et je vous... je n'ai pas eu l'occasion de
vous en parler, mais il y a... il y a eu des dérives jusqu'à il n'y a pas
longtemps. Par exemple, la Société d'assurance automobile du Québec, elle nous
l'a dit, on les a entendus, nous ont avoué qu'ils administraient encore la
directive de la Commission des droits de la personne à l'effet qu'on pouvait
donner satisfaction à un homme qui ne voulait pas être servi par une femme.
Puis on lui dit : OK, on va vous servir... on va vous donner un
accommodement raisonnable — ce qui est à mon sens tout à fait
déraisonnable — vous allez être servi par un monsieur. Imaginez,
vous, Mme la députée, si je vous disais : Bien, ce M. là ne veut pas être
servi par une Noire, qu'est-ce que vous diriez? On va lui donner un
accommodement raisonnable, on va lui donner une belle petite madame blanche,
parce qu'il ne va pas être servi par une madame noire. Hein, c'est assez... une
grave atteinte, c'est gros, là, mais parce que c'est une femme, ce n'est jamais
trop grave, ça, ça, on est habitué à ça là, n'en déplaise, je... mais c'est
parce que ça fait longtemps qu'on vit ça, là. Mais ce genre-là, jusqu'au mois
de novembre dernier, c'était encore appliqué. Et la loi... M. le ministre est
obligé de mettre ça dans sa loi pour dire c'est interdit, la discrimination
faite aux femmes. Ça fait que quand que l'État, que le législateur s'affirme et
s'exprime...
10 h 30 (version non révisée)
Mme Pelchat (Christiane) : ...ce
n'est jamais de trop. Et je vais vous dire, demain, je suis en commission
parlementaire pour une autre loi, je n'aurai pas du tout le même discours, mais
cette loi-ci, c'est une loi modérée, c'est une loi qui vient renforcer des
principes. On n'est pas d'accord... Il y a des choses qu'on aurait aimé voir
dans la loi qui ne sont pas là. Moi, je tiens particulièrement au service laïc
comme droit individuel, comme Guillaume l'a dit, mais c'est une loi modérée. La
loi 21, elle est... c'était une loi modérée. Relisez un avis que j'avais
fait en 2011, vous verrez que je n'étais pas mal plus exigeante que ce qu'on a
devant nous. Alors, il ne faut pas monter dans les rideaux dans... dans ce cas-ci.
Et les services scolaires, là, je vais vous dire une chose, particulièrement à
Montréal, c'est ceux-là avec lesquels moi j'ai travaillé plus, ils ont besoin d'un
petit coup de main, hein, puis c'est le rapport Bedford qui le... qui l'a
démontré pour appliquer les lois et appliquer les normes juridiques qui sont
déjà en vigueur. Alors, non, je pense que la loi, ici, elle n'est pas superflue,
au contraire.
Mme Cadet : En fait, vous
venez, justement, donc, de... de répondre un peu par la bande à la question que
j'avais initialement, en disant, bien, vous parlez, donc, d'un coup de pouce,
mais en disant donc qu'il y a des... des lois et des normes qui sont déjà en
vigueur. Ma question initiale, donc, parlait, donc, du contexte, donc, pré...
pré projet de loi n° 94, là, en disant... Mais ce qu'on entend beaucoup,
nous, de notre part, donc, sur le terrain, c'est qu'on a un... un cadre, un
cadre normatif qui permettrait aux autorités pertinentes de prendre action,
mais que, parfois, pour toutes sortes de raisons, donc décide, donc, de ne pas
utiliser les outils qui sont à leur disposition. Et c'était ça, donc, le... le principe,
donc, de ma question initiale, en me disant : Bien, la situation que vous
aviez évoquée, l'exemple que vous avez évoqué, donc, qui est en contexte scolaire,
là, mais je comprends qu'avec votre plaidoyer, donc, il s'applique aussi dans
le contexte des services de garde éducatifs à l'enfance, nous disposons donc d'un
cadre normatif qui permettrait à ce type de situation là, que vous et moi, là,
nous dites... mais nous disions donc toutes les deux, mais manifestement :
Donc ça, ça n'a pas sa place. Mais le cadre actuel permet déjà aux autorités
compétentes de prendre action. C'est là que...
Mme Pelchat (Christiane) : ...puis
les garderies subventionnées et surtout pas comment le ministère de la Famille
interprète leurs obligations, parce qu'eux autres indépendamment... Pour eux,
les obligations légales ne s'appliquent pas aux CPE. Donc, il n'y en a pas, d'obligations,
même pas jurisprudentielles. Alors...
Mme Cadet : Parce qu'évidemment
je ne suis pas porte-parole en matière de Famille, donc je ne connais pas, donc,
la Loi sur les services de garde éducatifs à l'ensemble, donc dans son... dans...
dans toute sa teneur. Mais, de ce que je comprends, il y a des... il existe déjà
des dispositions. Là, je comprends que l'article 9.1 de mémoire, là, mais
autour, donc, de cet article-là, qui nous parle, donc, des principes, bon, de...
de laïcité ou du fait, donc, qu'il ne puisse pas y avoir, donc, de prosélytisme
religieux dans le cadre des... des services de garde éducatifs à... qui sont
donnés.
Mme Pelchat (Christiane) :
...90.1 que vous parler, oui.
Mme Cadet : 90.1. Merci.
Mme Pelchat (Christiane) : Bien,
c'est... c'est... c'est interprété sur... Comme, par exemple, il y a des... des
services de garde privés subventionnés où il y a des livres religieux un peu
partout sur les tables des enfants, sur les étagères, etc. Ça, ça ne devrait
pas, en fonction de 90.1, mais c'est déjà là. Alors donc, c'est... c'est parce
que ce n'est clair.
Mme Cadet : on n'a pas
beaucoup de temps. Bien, c'est ça, parce qu'on n'a pas beaucoup de temps je
veux juste renchérir là-dessus. Là, vous le dites, donc, en ce moment, donc ce
n'est pas nécessairement appliqué. Donc, vous, vous pensez que c'est un enjeu
de clarté, mais semble-t-il qu'à bien des égards, c'est peut-être aussi un
enjeu d'exécution.
Mme Pelchat (Christiane) : Absolument.
Mme Cadet : Parce que 90.1
devrait... normalement devrait déjà l'englober.
Mme Pelchat (Christiane) : Mais...
mais déjà, le fait que la Loi sur la laïcité s'applique aux CPE et aux
garderies subventionnées au bureau coordonnateur, l'article 2, qui est
quant à moi le principal article de la Loi sur la laïcité, va s'appliquer. Et
là les obligations statutaires vont être beaucoup plus grandes pour le
ministère de la Famille de faire appliquer une loi de son propre gouvernement,
là. Donc, ils vont être obligés de faire appliquer les quatre principes de
laïcité. Hein, les exemples qu'on a donnés, c'est que, dans une garderie, un
CPE, ils ne savaient pas trop, il y avait beaucoup de demandes pour la
nourriture religieuse, ça fait qu'ils ont donné de la nourriture halal à tout
le monde. Pas de problème, tout le monde a de la nourriture halal, peu importe.
Ils n'ont même pas demandé aux parents : Est-ce que ça vous dérange, tu
sais? Non. Peu importe. Alors, on bafoue le droit à la liberté de conscience,
et des parents, et des enfants. On impose une religion comme un mode de gestion
neutre, alors que ce n'est pas neutre. Le ministère de la Famille ne dit rien. Oui,
mais ils ne sont pas obligés d'être laïques, disent-ils. Alors, vous voyez? Ça
fait que déjà que l'application de la loi, l'article 2, s'applique aux CPE,
aux garderies subventionnées, ça va être déjà une... une obligation qu'ils
devront faire respecter. Puis après ça la... le prosélytisme par les livres,
par les jeux, par les images ou encore les obligations dans certains...
certaines garderies subventionnées à Laval, il nous a été dit que les... les
gardiennes, les éducatrices sont obligées...
Mme Pelchat (Christiane) : ...à
des cours de religion durant leurs pauses. Même si elles disent : Oui,
mais moi, ce n'est pas ma confession religieuse, ce n'est pas grave, tu vas
assister...
Mme Cadet : ...devrait déjà
l'empêcher.
Mme Pelchat (Christiane) : Non.
En ce moment, non, bien, selon le ministère. Ils disent : Non, il n'y a
pas... puisque la loi sur la laïcité ne s'applique pas à ces garderies subventionnées,
non. Ils peuvent faire ce qu'ils veulent en matière de religion, sauf,
peut-être, par l'article 90.1, mais, encore là, est-ce que c'est vraiment
appliqué, ça? Il faudrait aller le vérifier. Non, nous, on sait qu'il y a
certaines garderies où ce n'était pas appliqué puisqu'il y avait des livres ou
des images sur les murs.
Mme Cadet : OK. Je regarde le
temps. Prières de rue, comment est-ce que vous voyez l'applicabilité de ces
dispositions-là dans le projet de loi?
Mme Pelchat (Christiane) : J'ai
envie de... ça, ce n'est pas fin, là... j'ai envie de laisser la réponse à
Guillaume.
M. Rousseau (Guillaume) : Oui,
donc...
Mme Pelchat (Christiane) : Je
vais lui passer le puck.
Mme Cadet : M. Rousseau, on
vous passe la puck.
M. Rousseau (Guillaume) : Oui,
merci. Bien, en fait, ma lecture, c'est que ce que propose le projet de loi, ça
va dans le sens de ce que propose le rapport. Ce n'est pas exactement la même
chose dans les modalités, mais, en gros, nous, ce qu'on... ce qu'on disait
c'est qu'il ne peut pas avoir un cadre très, très strict, très, très précis qui
s'applique partout au Québec. Donc, on pense que, selon qu'on est dans un
village, dans une région, au centre-ville de Montréal, il y a des spécificités,
puis ça ne peut pas être exactement la même règle. Ça fait qu'une fois qu'on
dit ça, bien, forcément, la solution c'est que les municipalités ont un rôle à
jouer. À l'heure actuelle, c'est déjà le cas, elles ont des pouvoirs qui
permettent d'encadrer des prières de rue, mais c'est... c'est un pouvoir
discrétionnaire. Donc là, c'est de rendre ça un peu obligatoire, de faire en
sorte que les municipalités se saisissent de cette question-là et qu'elles
puissent donc, encadrer ces... ces manifestations-là, et on dit bien «les
encadrer», et non pas les interdire totalement. Donc, encore là, le projet de
loi va dans le sens du rapport.
Maintenant, dans l'application comme
telle, bien, c'est ça, donc, il y a une part de discrétion de la part des
municipalités. Donc, c'est vraiment de s'assurer que les municipalités... Et
les critères semblent assez clairs, là, dans le projet de loi, les critères qui
permettent de l'interdire ou, au contraire, de permettre certaines
manifestations religieuses collectives dans l'espace public. C'est quand même
plus précis, ce que propose le projet de loi, que ce qui est à l'heure
actuelle, qu'il y a des pouvoirs plus généraux. Donc, ça devrait favoriser
l'application avec le projet de loi, par rapport au droit actuel.
Mme Cadet : Je vais passer la
parole à ma collègue.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...il vous reste une minute. Allez-y.
Mme Setlakwe : Ah! merci.
Bien, je vais aller vite. Merci beaucoup pour votre présentation. Juste
rapidement, là, pour recadrer, bien évidemment que, pour notre formation
politique, la laïcité, c'est important, on le sait que c'est une valeur
fondamentale, là, de la société québécoise, puis, comme le mentionnait le
ministre, c'est... cette démarche, là, s'inscrit, selon lui, dans un long
parcours, auquel, clairement, le Parti libéral a participé. Ma question à vous,
parce que j'accompagne ma collègue durant ces consultations importantes, je
suis porte-parole en enseignement supérieur. On a des enseignants, au cégep,
qui signent une lettre, ils sont en désaccord avec le projet de loi. Moi,
j'aimerais vous entendre, parce que vous avez entendu le terrain. Il y a
combien, là, d'étudiantes voilées? C'est un phénomène en croissance, que vous
avez dit, donc on aimerait entendre davantage sur la problématique qui existe
au niveau des institutions d'enseignement supérieur.
Mme Pelchat (Christiane) : Écoutez,
encore une fois, avec tout le respect que je vous dois, c'est une question
complètement farfelue de se poser la question sur le nombre de personnes qui
portent des signes religieux alors qu'il y a une question de principe. C'est un
principe. C'est que...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois vous arrêter, malheureusement, le temps est écoulé.
Alors, on termine avec le député de... de Matane-Matapédia, je vais finir par
le dire correctement, pour 4 min 8 s. Le temps est à vous.
• (10 h 40) •
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Mme Pelchat, M. Rousseau, d'abord, merci pour ce travail
considérable, que j'ai lu d'un couvert à l'autre. Vous faites œuvre utile et
vous avez même convaincu, à certains égards, le gouvernement d'agir, notamment
sur les écoles religieuses. Parce que je me souviens d'avoir entendu l'ancien
ministre de l'Éducation, questionné dans une grande émission de variétés du
dimanche soir, indiquer que, non, c'était correct comme ça. Alors, merci
d'avoir fait ça. Déjà, uniquement pour ça, ça valait la peine de faire le
rapport.
Ceci étant dit, cette question-là, pour
nous, est importante. Je dirais qu'on a besoin de la définir. Alors, quand on
parle d'une école religieuse, notre compréhension, c'est une école où la foi
est au cœur du projet éducatif, où il y a des gestes religieux explicites, par
exemple. Vous avez réfléchi à cette question-là. À quoi ça peut ressembler,
très concrètement, des gestes religieux au cœur de la pédagogie? Je veux
rappeler, d'entrée de jeu, à quiconque serait tenté de dire : Oui, mais là
c'est une religion en particulier, les écoles religieuses, elles sont de toutes
confessions, elles sont catholiques, elles sont juives, elles sont musulmanes,
elles sont orthodoxes, donc il y en a pour tout le monde. Je ne crois pas, et
le Parti québécois ne croit pas que l'État devrait financer des écoles dites
religieuses. Alors, c'est quoi une école religieuse, puis à quoi ça peut
ressembler concrètement? Puis, à votre discrétion, là, Mme Pelchat, M.
Rousseau, là, de répondre.
Mme Pelchat (Christiane) : Je
vais... je vais commencer la réponse, puis Guillaume pourra compléter...
Mme Pelchat (Christiane) : ...vous
avez raison, d'ailleurs, il y a plus d'écoles catholiques que religieuses
subventionnées par l'État que d'autres confessions. Il y en a 130 selon le
ministère de l'Éducation et ça, cette donnée-là, date de 2012, je pense. Et
donc, nous, on a recommandé... et comme Guaillaume a dit, ça se... ça se
traduit très bien dans ce que propose le projet de loi. Je vais laisser
Guillaume parler pour la suite des choses, parce qu'on n'a pas... je n'ai pas
vu, moi, comment se traduisait la religiosité, mais c'est les écoles
elles-mêmes qui se définissent comme écoles religieuses.
M.
Bérubé
:
Oui, juste avant, vous nous révélez qu'il y aurait 130 écoles...
Mme Pelchat (Christiane) : C'est
un... c'est un rapport qui a été fait au ministère de l'Éducation que...
M. Bérubé : ...alors
j'aimerais que le ministre le rende disponible pour les parlementaires dans le
cadre de ces débats. Je n'ai jamais eu accès à cette liste-là. J'aimerais que,
pour le bénéfice de tout le monde, on puisse identifier....
Mme Pelchat (Christiane) : Il
est disponible sur le Net...
M. Bérubé : Moi, je n'ai pas,
en tout cas, cette liste là, complète. Si c'est le cas, identifiez-moi ce
qu'il... ce qu'il en est, mais j'ai... je n'avais pas cette liste-là.
Mme Pelchat (Christiane) : Monsieur...
Guillaume....
M. Rousseau (Guillaume) : Sinon...
oui, bien, je pense qu'à l'article 21 du projet de loi, donc, qui propose
d'ajouter ou modifier là... d'ajouter un article 78.1 à la Loi sur l'enseignement
privé. Donc, quand on parle d'école où il y a transmission de convictions, de
croyances religieuses ou sur la pratique religieuse, quand on parle de
ségrégation, notamment, bon, pour des raisons... des critères religieux dans la
sélection des élèves, des membres du personnel, je pense que la... les deux
éléments qu'on a là: transmission de convictions et de croyances religieuses,
ségrégation sur des critères religieux, je pense que c'est une bonne définition
de ce que c'est qu'une école religieuse, là, pour laquelle il ne devrait pas y
avoir de financement. Donc j'aurais tendance à penser que le... la définition
sous-entendue par 78.1 est la bonne.
M. Bérubé : OK. Vous avez
indiqué que certaines écoles s'autodéfinissent comme religieuses, mais il y a
d'autres écoles qui nous écrivent, qui nous disent : Non, non, on n'est
pas religieux, c'est plutôt l'inverse. Alors, c'est pour ça que je reviens. Ça
ressemble à quoi? Bon, il y a la discrimination sur l'embauche, par exemple,
est ce qu'on pourrait s'imaginer, par exemple, qu'entre des cours, il y ait de
la prière, par exemple? Est-ce que ça existe dans certaines écoles présentement
financées par l'État?
Mme Pelchat (Christiane) : On
n'a pas, en toute franchise, on n'a pas étudié cette... ces spécificités-là
dont vous parlez, comment se manifeste le religieux dans ces écoles-là. Et,
bon, je pense qu'il faudrait voir les 130 écoles qui se définissent comme
religieuses, qui sont répertoriées par le ministère de l'Éducation, comment ça
se traduit. Nous, on avait suggéré d'y aller progressivement. Le ministère, le
ministre choisit une autre avenue, qu'on endosse et avec laquelle nous sommes
d'accord, d'ailleurs.
Je pense qu'il y a déjà... déjà...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup. Merci, je dois vous arrêter. Le temps imparti aux
députés vient de se terminer. Alors, c'est ce qui met fin à cette première
ronde d'auditions. Je vous remercie infiniment d'être venus nous faire part de
vos recommandations et je vais suspendre quelques instants, le temps de
recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 10 h 45)
(Reprise à 10 h 52)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Nous avons donc comme deuxième groupe qui vient aujourd'hui nous
présenter le résultat de leurs réflexions sur le projet de loi neuf les Droits
collectifs Québec, représentés par Me Éric Ouellet, qui est administrateur, qui
est en visioconférence, M. Etienne-Alexis Boucher, directeur général, ainsi que
Mme Esther Poirier. C'est bien ça?
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, Mme, Messieurs, vous avez une période de
10 minutes pour présenter l'essentiel de votre mémoire, puis par la suite
on va procéder à la discussion avec les parlementaires. Le temps est à vous.
M. Boucher (Etienne-Alexis) : Bien,
je vous remercie beaucoup, Mme la Présidente, et tiens à vous saluer, Mme la
Présidente, de cette vénérable commission, et députée de la circonscription des
Plaines. M. le ministre responsable de la Laïcité et député de Chambly, Mmes et
MM. les parlementaires, je me présente, Etienne-Alexis Boucher, directeur
général et cofondateur de l'organisme Droits collectifs Québec. J'ai le
privilège, vous l'avez dit, d'être accompagné par mes collègues Me Éric
Ouellet, administrateur, de même que Mme Esther Poirier, stagiaire et
finissante en baccalauréat au droit de l'Université de Sherbrooke, la fameuse
école de Sherbrooke dont est issu Me Rousseau, Me Côté, etc.
D'abord, je tiens à vous remercier. En
fait, je tiens à remercier les membres de la Commission des relations avec les
citoyens pour donner à Droits collectifs Québec... la possibilité,
l'opportunité de participer aux consultations particulières et auditions
publiques tenues dans le cadre de l'étude du projet de loi numéro neuf intitulé
Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec. Vous permettez ainsi à Droits
collectifs Québec d'assumer pleinement sa mission, soit de contribuer à la
défense des droits collectifs des Québécoises et des Québécois, eu égard
notamment à leurs droits linguistiques et constitutionnels, dans ce cas, la
liberté de conscience, par l'atteinte de nombreux objectifs liés à l'éducation
populaire, à la mobilisation sociale et à la représentation politique, ce que
nous faisons aujourd'hui.
Depuis notre formation... notre fondation,
pardon, nous... formation, ça revient au même, nous nous intéressons de manière
particulière à la capacité du Québec à élaborer des politiques publiques lui
permettant d'articuler un des fondements du vivre-ensemble québécois et qui
compte, à l'instar de la langue française, parmi les déterminants de la nation
québécoise face, notamment, au reste du Canada, soit la laïcité d'État.
Pour rappel, et j'ai vu M. le ministre
dans ses remarques préliminaires les rappeler, ces fameux principes sur
lesquels repose la laïcité de l'État, soit la séparation de l'État et des
religions, la neutralité religieuse de l'État, l'égalité de tous les citoyens
et de toutes les citoyennes ainsi que la liberté de conscience et de religion.
Et, afin de mettre en oeuvre ces principes, finalement, au fil des ans, l'État
québécois s'est doté d'un corpus législatif et réglementaire plutôt robuste.
Obtention d'un amendement constitutionnel afin de déconfessionnaliser nos
anciennes commissions scolaires, aujourd'hui centres de services scolaires.
Adoption d'une directive relative aux pratiques religieuses dans les écoles,
les centres de formation professionnelle et les centres d'éducation des adultes
publiques. Adoption de nombreuses lois, dont la Loi favorisant le respect de la
neutralité religieuse de l'État et visant notamment à encadrer les demandes
d'accommodement pour motifs religieux dans certains organismes, c'est le nom
d'une loi, la Loi sur l'intégration à la nation québécoise, la Loi permettant
au Parlement de Québec de préserver le principe de la souveraineté
parlementaire à l'égard de la Loi sur la laïcité de l'État, la Loi visant
notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l'éducation et modifiant
diverses dispositions législatives et, bien entendu, la Loi sur la laïcité de
l'État.
Aujourd'hui, nous sommes accueillis dans
cette auguste Assemblée afin de contribuer à l'analyse d'un autre projet de loi
québécois ayant trait à la laïcité. Or, si un tel arsenal législatif s'avère
nécessaire pour permettre au Québec d'affirmer une valeur intrinsèque à son
identité, peut-être est-ce parce que la structure politique canadienne, elle,
favorise des politiques publiques qui vont a contrario de ce que désire la
forte majorité des Québécoises et des Québécois quant à l'équilibre devant
exister entre nos différentes libertés fondamentales que sont les libertés de
conscience, de religion ou encore d'expression.
En effet, je pense utile de rappeler que
le chef d'État du Canada est aussi, par définition, un chef religieux, ou
encore que la première phrase de la Constitution du Canada consacre la
suprématie de Dieu en lieu et place, affirmant ainsi la nature divine du fondé
de pouvoir au Canada en lieu et place, d'un fondé...
M. Boucher (Etienne-Alexis) : ...pouvoirs
institutionnels, par exemple, liés à l'instauration d'une république. Et
l'importance des religions au Canada n'est pas que symbolique, en effet, c'est
par centaines de millions de dollars d'argent public que le Canadien... que le
Canada, pardon, soutient la promotion des religions via le statut d'organisme
de bienfaisance que peuvent acquérir les organismes dédiés à l'avancement des
religions et, plus grave encore, au Canada, il est même possible de commettre
des crimes qui sont excusés s'ils sont commis au nom d'une religion quelconque.
C'est dire à quel point le Québec et le Canada ne se comprennent pas sur la
question de l'encadrement des religions dans le domaine public.
Nous en venons donc au projet de loi n° 9, qui a pour objectifs généraux d'étendre une laïcité
de fait et d'apparence dans des services publics qui n'avaient pas été touchés
par la Loi sur la laïcité de l'État, puis d'outiller davantage les
municipalités québécoises afin de favoriser des manifestations religieuses dans
l'espace public qui n'impliquent pas à dessein de perturbations de l'ordre
public ou encore de ségrégations entre les hommes et les femmes, puis, entre les
croyants et les croyantes, d'autres religions. Si, pour Droits collectifs
Québec, il est mesuré, cohérent et utile d'étendre la laïcité de fait et
d'apparence à des services publics tels que les centres de la petite enfance,
qui touchent, par définition, une clientèle vulnérable, et que le législateur
est motivé par un enjeu pertinent quant à l'encadrement des manifestations
religieuses dans l'espace public, nous croyons quand même nécessaire de mettre
en garde les législateurs et les législatrices du potentiel de dérives liées à
la question des religions dans l'espace public.
En effet, la laïcité, telle que conçue au
Québec, a trait à la neutralité de l'État, c'est-à-dire de l'administration
publique québécoise et des services que cette dernière offre à la population et
non pas la neutralité religieuse de la rue, des parcs ou de tout espace qui
n'est pas privé. Aller plus loin que ne le propose le présent projet de loi
finirait par donner raison aux adversaires qui ont versé dans l'enflure
verbale, aux adversaires d'une laïcité mesurée et nécessaire pour encadrer les
religions dans une société aussi diversifiée et plurielle qu'est le Québec au
XXIᵉ siècle. Ainsi, la loi sur le retour du balancier pourrait finir par
imposer des reculs, ce qui serait évidemment néfaste pour le Québec qui, en
adoptant ses différentes lois depuis quelques années, a réussi à surmonter la
crise des accommodements religieux qui a fait rage depuis le milieu de la
première décennie de ce nouveau siècle et qui a mis à mal le vivre ensemble
québécois.
Maintenant, je vais céder la parole à mon
collègue, Me Ouellet, qui vous présentera de manière plus précise et détaillée
les amendements que propose Droits collectifs Québec afin d'améliorer le projet
de loi actuellement étudié, avec lesquels, évidemment, nous sommes en accord
sur le principe.
M. Ouellet (Éric) : Merci,
Etienne-Alexis. Mme la Présidente, Mmes et MM. les députés, comme vous avez pu
le constater, notre mémoire ne vise pas à remettre en cause l'orientation du
projet de loi, mais à renforcer la cohérence juridique et l'effectivité. Donc,
nous formulons six recommandations ciblées qui sont les suivantes. Donc,
recommandation 1 : Nous demandons de réinscrire clairement dans la
loi le droit des citoyens à des institutions et à des services publics laïcs,
et ce dans la nouvelle mouture de l'article 4 de la Loi sur la laïcité de
l'État, modifié par l'article 3 du projet de loi n° 9.
Ce droit existait déjà, et nous croyons qu'il est essentiel de le maintenir,
puisqu'une loi sur la laïcité doit à la fois encadrer l'action de l'État et
garantir des droits concrets aux citoyens.
• (11 heures) •
La recommandation 2 : Nous
proposons d'ajouter une précision technique du projet de loi n° 9,
soit que les nouveaux pouvoirs du ministre à 10.5 et 10.6 de l'article 9
du projet de loi n° 9 soient précédés des mots «sous
réserve de l'article 5 de la Loi sur la laïcité de l'État». L'objectif,
évidemment, est d'éviter toute ambiguïté et de confirmer que les règles
déontologiques du pouvoir judiciaire continuent pleinement de s'appliquer.
En recommandation 3 : Nous
estimons essentiel aussi de définir clairement la notion de pratique religieuse
collective à l'article 2 de la loi favorisant la neutralité religieuse,
notamment dans l'espace public. L'objectif, évidemment, est de viser les
activités organisées et structurées et non les manifestations individuelles
afin d'assurer la prévisibilité du droit et d'éviter des interprétations
excessives.
Notre recommandation 4 : Nous
demandons de... évidemment, nous reconnaissons le rôle des municipalités dans
l'octroi des permis pour activités organisées privées aux articles 2 et 3
de la Loi favorisant la neutralité religieuse, mais nous croyons nécessaire de
prévoir un pouvoir de surveillance et de contrôle ministériel puisque la
laïcité est une norme nationale et doit s'appliquer de façon uniforme sur
l'ensemble du territoire québécois.
La cinquième recommandation...
11 h (version non révisée)
M. Ouellet (Éric) : ...recommandation
vise à assujettir la DPJ et la CDPDJ aux mêmes obligations de neutralité que
les autres institutions de l'État. Ces organismes exercent un pouvoir d'autorité
directe sur les citoyens qui sont souvent dans des contextes de grande
vulnérabilité.
Finalement, notre recommandation six
propose de confier à la CDPDJ un rôle clair et externe de réception du
traitement des plaintes en matière de laïcité, puisque, selon nous, c'est un
mécanisme indépendant. Le droit à la laïcité risque de demeurer théorique pour
les citoyens. Donc, voilà essentiellement nos recommandations, messieurs dames
de l'Assemblée.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Merci pour cette présentation.
On va donc commencer à l'échange avec les
parlementaires et je me tourne du côté du ministre et de la banquette
gouvernementale pour une période de 16 min 30 s.
M. Roberge : Merci
beaucoup, Mme la Présidente.
Alors, Mme Poirier, M. Boucher, M. Ouellet,
merci pour votre présentation, votre mémoire. Quand vous avez parlé, M. Boucher,
tout à l'heure de l'État de droit canadien, puis vous rappelez la question du
droit divin, c'est toujours surprenant de voir qu'on est encore dans quelque
chose d'aussi particulier, archaïque, il faut avancer, définitivement.
Monarchie et droit divin, ce n'est pas quelque chose qui définit le vivre-ensemble
québécois, et je pense qu'il faut utiliser tous les leviers autonomistes pour
être capables de faire avancer la nation québécoise, définir son cadre. Et on
a, je l'ai dit tout à l'heure dans mes remarques préliminaires, on a posé
plusieurs gestes, le dernier parfois très, très, très concret. On a fait des
choses très, très concrètes qui s'appliquent directement dans les écoles, dans
le vivre-ensemble, d'autres choses qui sont plus symboliques, la dernière a été,
là, le retrait de la couronne Tudor sur... sur les armoiries du Québec...
Une voix : ...changement de
nom de l'officier...
M. Roberge : Le
changement de l'officier qui s'en vient, ce n'est pas encore fait. Mais c'est
pour dire qu'il y a, oui, des choses qui sont symboliques, mais, oui, des
choses qui sont très précises et qui vont s'appliquer dans nos institutions,
dans le quotidien, directement sur le terrain. Vous avez dit vous êtes en
accord sur le principe, vous avez des recommandations après analyse assez
exhaustive, c'est fidèle à votre style, très précis. J'apprécie, parce que, des
fois, on parle des principes, fort bien, les actions s'appuient sur nos
valeurs, nos principes, puis d'autres fois, on a des propositions très, très
concrètes, parce que c'est ça qu'on veut faire : améliorer le projet de
loi pour atteindre mieux nos cibles. Donc, soyez assurés qu'on prend bonne note
de vos recommandations pour voir comment on est capables de les intégrer puis
de les appliquer.
J'ai une question par rapport à une loi,
nouvelle loi créée, parce que, le projet de loi actuel, là, il crée une
nouvelle loi, il en abroge deux, il en modifie quatre. Donc, une pièce assez
exhaustive. La nouvelle loi créée, c'est la loi favorisant la neutralité
religieuse, notamment dans l'espace public. D'après vous, d'après ce que j'ai
compris, vous êtes en accord avec les principes de cette nouvelle loi qui viennent
toucher les accommodements, notamment. Quelle est la plus-value, selon vous, de
cette nouvelle loi qui remplace l'autre loi abrogée, l'ancienne loi, pourquoi
ça prend une loi qui favorise la neutralité, notamment dans l'espace public,
pas seulement la neutralité religieuse, mais notamment dans l'espace public,
donc, qui couvre plus large? Est-ce qu'on fait avancer les choses avec ça?
M. Boucher
(Etienne-Alexis) : Bien, en fait, les législateurs, souvent, vont
adopter de nouvelles lois pour faire face à des situations qui étaient inédites
auparavant. Or, depuis quelques années, on assiste à une forme de montée de, comment
dire, de la prise de possession de l'espace public par des manifestations
religieuses. Ça a toujours eu lieu, hein? Il y a toujours eu des défilés dans
le cadre, par exemple, du temps de Pâques, par exemple, ou autre, mais jamais
ce type de manifestation religieuse n'en venait à déranger l'ordre public, à
empêcher la circulation, à... comment dire, à même être perçu comme une forme
de provocation, hein, alors que le projet de loi prévoit aussi qu'il n'y a pas
de manifestations religieuses qui peuvent être faites en bordure de certaines
autres institutions ou des lieux de culte. Donc, dans le fond, la plus-value de
cette loi s'est dotée d'outiller les municipalités, les pouvoirs publics, de
nouveaux pouvoirs, de nouveaux outils permettant... comment dire, de répondre à
des situations qui apparaissent inacceptables pour les Québécoises et les
Québécois, des discours où on en appelle à des génocides sous prétexte que c'est
des discours religieux, sont évidemment inacceptables pour les Québécoises et
les Québécois, puis...
M. Boucher (Etienne-Alexis) : ...évidemment,
ce projet de loi là n'a pas la prétention de pouvoir empêcher les discours
haineux sur la base de la religion, mais, quand même, vise d'autres objectifs,
notamment de s'assurer que l'espace public n'est pas accaparé par des pratiques
religieuses qui remettent en question la sécurité et l'ordre public.
M. Roberge : Dans le projet
de loi, on précise que c'est possible d'organiser une manifestation religieuse
collective dans l'espace public, dans une rue, dans un parc, si c'est ponctuel,
encadré dans le temps, si ce n'est pas récurrent, si c'est accessible à tous,
si on respecte les principes de la charte des droits, c'est-à-dire qu'on
n'exclut pas d'emblée les gens qui ont la couleur de peau x, y, z, on n'exclut
pas d'emblée les hommes, on n'exclut pas d'emblée les femmes, on n'exclut pas
d'emblée les enfants. Bref, si on respecte nos chartes, on dit que c'est
possible si une municipalité l'autorise.
Donc, ça, c'est le projet de loi qui est
là, mais vous, vous proposez de le baliser encore mieux, de l'encadrer encore
mieux. Pouvez-vous nous expliquer qu'est-ce que vous nous proposez comme
ajustements ou comme précisions par rapport à ce qu'on appelle dans le langage
courant les prières de rue? On peut le nommer comme ça, là, pour que les gens
comprennent de quoi on parle. Qu'est-ce que vous nous proposez?
M. Boucher (Etienne-Alexis) : Et
là je fais un lien avec des propos, les échanges qu'ont tenus la députée de
Bourassa-Sauvé et l'intervenante précédente, il y a de la réglementation
municipale qui peut empêcher ce type de manifestation, hein, rappelez-vous le
fameux cas de la prière au parc des Hirondelles, qui a eu lieu voilà peut-être
un an ou deux. Ça a eu lieu dans un arrondissement qui interdisait ce type de
manifestation ou ségrégation entre les hommes et les femmes, tu fais tes
ablutions ou non, etc., des manifestations auxquelles n'avaient pas droit les
croyants d'autres religions, hein? Donc, il y a une portion d'un espace public
qui est comme accaparé par une religion à laquelle n'ont plus accès les
croyants d'autres religions.
Donc, la réglementation, elle est là. Je
pense que la plus-value de ce projet de loi là, c'est de lancer un message fort
aux municipalités québécoises à l'effet que l'État québécois juge cette
situation suffisamment préoccupante pour adopter une loi devant s'appliquer dans
l'ensemble du territoire québécois.
Les précisions qu'on apporte, c'est... on
vous propose d'ajouter aussi un pouvoir de contrôle et de supervision de la
part du ministre envers les municipalités, puisque, bien, s'il y a eu, comment
dire, une forme de laxisme dans l'application de la réglementation actuelle par
arrondissement, dont je viens de vous parler, il pourrait y avoir aussi du
laxisme dans l'application de la loi actuelle. D'où l'intérêt, selon le droit
collectif, de doter le ministre d'un pouvoir de surveillance et de contrôle. À
cet égard, Me Ouellet aimerait rajouter quelque chose.
M. Ouellet (Éric) : Oui.
Merci, Étienne-Alexis. Dans le fond, ce qu'on vous demande, c'est de qualifier
juridiquement comme des pratiques religieuses collectives organisées. Lorsqu'il
s'agit d'activités planifiées, répétées, mobilisant un groupe ou occupant
l'espace public, on ne parle plus d'un geste individuel, mais d'une pratique
collective. Donc, préciser dans la loi permet de les encadrer, comme tout autre
rassemblement, avec des règles claires, prévisibles et égales pour tous.
• (11 h 10) •
M. Roberge : Puis on
dit : Oui, mais les municipalités peuvent déjà baliser et manifestement ne
le font pas. Est-ce que ce serait possible...
Une voix : ...
M. Roberge : Bon. Peut-être.
Est-ce que ce serait possible que les municipalités n'utilisent pas, ou
utilisent très peu, ou avec beaucoup de précautions ces pouvoirs-là parce
qu'elles croiraient, à raison ou à tort, je vous le demande, que leurs décisions
seraient invalidées par des tribunaux? Et est-ce que, justement, le fait
d'inclure dans la loi un message fort, mais pas seulement un message fort
symbolique, des précisions, dans une loi qui a la clause de souveraineté
parlementaire... Et là, on viendrait réellement permettre aux municipalités
d'agir, parce qu'en ce moment peut-être qu'il y a des élus qui veulent bouger
et puis que leurs services juridiques disent : Bien là, tu as le pouvoir
théorique de bouger, mais, dans la réalité, peut-être que ça ne passerait pas
le test des tribunaux. Donc, est-ce utile d'inclure et d'encadrer ceci dans une
loi avec la clause de souveraineté parlementaire?
M. Boucher (Etienne-Alexis) : Bien,
c'est une bonne question, que vous posez là, M. le ministre, et, à mes yeux, ça
fait référence... Vous savez, il y a un livre qui s'appelle La Ferme des
animaux, qui dit que, finalement, on est tous égals, mais il y en a des
plus égaux que d'autres... Je ferais...
M. Boucher
(Etienne-Alexis) : ...parallèle avec les libertés au Canada. Il y a
des libertés plus égales que d'autres et malheureusement, avec l'évolution de
la jurisprudence canadienne basée sur la Common law, on a vu la liberté de
religion avoir préséance sur d'autres libertés telles que, par exemple, la liberté
de... de conscience, par exemple, tu sais, et il en existe des lois pour
empêcher la perturbation, par exemple, la circulation automobile, ou encore
pour empêcher des propos haineux, or, si les autorités municipales se refusent
d'intervenir face à une situation qui crée un désordre public, est-ce... et
cette situation là, c'est généré par, dans ce cas-là, des pratiques.... des
pratiques religieuses, bien, est-ce qu'il y a une certaine, comment dire, gêne
de la part des autorités d'intervenir parce que cette perturbation de l'ordre
public est basée sur la pratique d'une liberté qui est... qui semble être plus
importante que d'autres au Canada? Bien, fort probablement. Donc, évidemment,
nous, on pense que, peut-être, que des lois portant sur la sécurité publique
auraient été suffisantes pour permettre aux municipalités d'intervenir afin
d'empêcher des situations visant à troubler l'ordre public. Manifestement, ça
ne se passe pas nécessairement... ainsi, et de préciser aux municipalités leur
capacité d'intervenir afin d'empêcher ce type de manifestation, à mes yeux, ça
tombe sous le sens, on trouve... Bien, voilà, manifestement, il y avait un
besoin, alors que l'arsenal législatif actuel ne permettait pas aux
municipalités de prendre les mesures nécessaires afin que ces situations-là ne
surviennent pas.
M. Roberge : Il y a des
gens... Merci pour votre réponse, excusez-moi, il y a des gens qui... qui
disent, sur la voie publique ou qui vont nous dire, hein, à cette commission,
ici : Oui, mais on ne les a pas comptées, les personnes qui ont le visage
voilé, mais complètement voilé, là. On ne les a pas comptées, les éducatrices
en CPE qui peuvent porter un symbole religieux. Je précise qu'il y a un droit
acquis, hein, c'est important de le préciser. On ne les a pas comptées, le
nombre de... de manifestations religieuses, à la fois spontanées mais drôlement
bien concertées, qui viennent s'accaparer un parc. Moi, je n'en ai pas vu,
personnellement, donc il n'y en a pas beaucoup et tant qu'on n'en a pas des
dizaines ou des milliers de ces manifestations-là, puis qu'il n'y en a pas dans
toutes les villes, il ne faudrait pas bouger. Attendons qu'il y en ait un peu
partout et que les gens s'en plaignent vertement sur les lignes ouvertes.
Qu'est-ce que vous pensez de cette analyse-là qu'il faut absolument compter,
dénombrer les personnes, puis attendre qu'il y ait de ces manifestations
concertées, ces provocations, dans certains cas, un peu partout avant d'agir?
Qu'est-ce que vous pensez que cette analyse-là, qu'on va nous servir, c'est
certain, plusieurs fois dans les travaux de cette commission?
M. Boucher
(Etienne-Alexis) : Bien, je reprendrais la réponse de
Mme Pelchat : C'est une question futile, qui... puisqu'on parle ici
de questions de principe d'utilisation des deniers de l'État pour offrir des
services publics. À cette question-là, je répondrais : On la trace où, la
ligne? Mettons qu'à... mettons qu'à.... 49 999 personnes qui portent un signe
ostentatoire. Jusque là, c'est correct, puis à compter de 50 000, on se
doit de procéder? Tu sais, à un moment donné, je... Et les législateurs,
législatrices sont là pour ça, c'est-à-dire qu'il faut s'élever au-dessus de la
mêlée et... comment dire, adopter des lois qui permettre à la société
québécoise d'articuler les principes qui sont à la base de son vivre-ensemble.
Et peu importe le nombre, si des principes sont bafoués, on doit adopter des
lois permettant de corriger la situation.
M. Roberge : Il y a
quelques articles... il me reste peu de temps, mais je vais quand même... Il y
a quelques articles sur les rôles, les pouvoirs et responsabilités du ministre
qui est responsable de la laïcité dans l'objectif de vérifier l'application, de
s'assurer que ça fonctionne. Est-ce que, d'après vous, ce qu'il y a dans cette
loi-là, qui est un renforcement par rapport à la situation actuelle, c'est
pertinent? On devrait faire le statu quo. Est-ce suffisant, ces nouveaux rôles
et responsabilités, pour s'assurer que ça percole, et que les principes, mais
aussi les mesures concrètes, s'appliquent sur le terrain? Est-ce qu'on a besoin
de ça?
M. Boucher
(Etienne-Alexis) : Bien, non seulement on en a besoin, mais comme vous
le voyez, une de nos recommandations, c'est d'augmenter les pouvoirs de
surveillance et de contrôle du ministre responsable de la laïcité vis-à-vis de
l'application de cette nouvelle loi-là par les municipalités du Québec. On
propose aussi de modifier le mandat, la mission de la Commission des droits de
la personne et de la jeunesse afin que cet organisme-là puisse recevoir des
plaintes...
M. Boucher (Etienne-Alexis) : ...des
citoyens, des citoyennes qui se sentent brimés dans leur droit à la liberté de
conscience par la dévolution de services publics qui auraient un... une forme
de caractère religieux. Et, je pense, c'est important de le dire, parce qu'on
le sait, nos tribunaux sont surchargés, bon, il y a plusieurs causes qui
tombent en fonction de l'arrêt Jordan, et, à l'heure actuelle, un citoyen, une
citoyenne qui voit ses droits brimés en matière de liberté de conscience ne...
n'a... n'a que les tribunaux vers qui se tourner. Or, il y a là... c'est,
évidemment, une démarche qui est très lourde, très onéreuse pour les citoyens,
les citoyennes, et, nous, ce qu'on pense, c'est qu'il doit y avoir un organisme
étatique, indépendant, évidemment, du gouvernement, ça tombe bien, ça
existe : la Commission des droits de la personne, qui devrait avoir le
mandat de recevoir lesdites plaintes et de les... bon, c'est un anglicisme, là,
mais de les adresser, de les analyser et de faire des recommandations si...
qu'elles jugent nécessaire, voire même de défendre les citoyens, les citoyennes
devant les tribunaux si cela s'avère pertinent.
Évidemment, on parle d'un changement de
culture fondamental à la Commission des droits de la personne et de la
jeunesse, alors que ce n'est pas un organisme qui a nécessairement fait la
promotion de la laïcité d'État au cours des dernières années. Mais, écoutez, le
bœuf est lent, mais la terre est patiente. On pense que c'est le genre de
mesure qui, à terme, pourrait permettre aux Québécois et aux Québécoises de
bénéficier d'une commission des droits de la personne qui, disons, ne fait pas
le jeu d'équilibre entre les libertés fondamentales que sont les libertés... ne
favorise pas certaines libertés au profit de d'autres libertés, fondamentales,
bien évidemment.
M. Roberge : Il me reste
quelques secondes. Le boeuf est lent, mais la terre est patiente. Mon père me
disait toujours ça... qui est décédé aujourd'hui, pour dire que, quand on
trouve une bonne direction, il faut... il faut avancer puis après... même
après... il faut semer, puis, après ça, il faut avoir la patience de récolter.
J'adore. J'adore.
La clause de souveraineté parlementaire,
pertinente ou pas, dans ce projet de loi?
M. Boucher (Etienne-Alexis) : Bien,
si on se fie, comment dire, à la jurisprudence canadienne bâtie depuis 50 à 60
ans sur la question, si on... si on se fie aux contestations qui ont eu lieu...
disons, aux contestations liées à la Loi sur la laïcité de l'État, qui est
protégée par la souveraineté parlementaire... et la jurisprudence est très
claire sur cette question-là, on sent que la Cour suprême du Canada a comme le
goût, là, d'y voir...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci.
M. Boucher (Etienne-Alexis) :
...de se repencher sur la question...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci.
M. Boucher (Etienne-Alexis) :
...alors qu'elle avait été clarifiée à...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup. C'est ce qui termine cette première partie de discussion.
On poursuit avec l'opposition officielle et la députée de Bourassa-Sauvé pour
12 minutes 23 secondes. La parole est à vous.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, Me Boucher. Merci beaucoup pour votre présence
aujourd'hui. Donc, je vais reprendre, donc, sur la thématique des prières de
rue, parce que vous avez évoqué mon échange avec Maître Pelchat là-dessus, et,
bien évidemment, donc, je me... je me posais la question sur l'applicabilité
puis surtout sur le fait que, selon ce qu'on nous... ce qu'on nous rapporte et
ce que l'on voit, c'est que les municipalités, donc, disposent déjà de ce... de
la possibilité, donc, d'agir, elles ont déjà, donc, les leviers nécessaires,
notamment... Parce que vous avez mentionné... donc, on parle, donc, des
manifestations ou des pratiques religieuses collectives, donc, qui dérangent
l'ordre public. Donc, en grande majorité des cas, donc, elles ont, donc, les
leviers pour pouvoir, donc, moduler, donc, tout... toute manifestation,
religieuse ou pas, donc, qui viendrait déranger l'ordre public. Donc, j'essaie,
donc, de peut-être mieux saisir, donc, votre argumentaire à l'effet qu'il est
nécessaire, donc, de retrouver de telles dispositions dans le projet de loi n°
9, compte tenu de la lourdeur, donc, que ça apporterait aux élus municipaux et
le cadre, donc, qui leur resterait... auquel, donc, ils seraient dorénavant
assujettis.
• (11 h 20) •
M. Boucher (Etienne-Alexis) : Avec...
Avec tous les égards, je ne serais pas... je ne suis pas d'accord avec
l'affirmation, là, qu'il y a là une lourdeur particulière ou, tu sais, comme
supplémentaire pour les élus.
Mme Cadet : ...ça que je vous
le transmets.
M. Boucher (Etienne-Alexis) :
Pardon?
Mme Cadet : C'est ce qu'on
nous rapporte, donc c'est pour ça que je vous le transmets.
M. Boucher (Etienne-Alexis) :
OK. Bien, dans le fond, la question, c'est... Il y a déjà des formes de
réglementation, hein, un peu comme l'histoire du prosélytisme, là, l'article
90.1. Or, ce n'est pas appliqué, ou du moins le message ne semble pas
suffisamment clair. Alors, nous, ce qu'on dit, c'est qu'un tel projet de loi
qui dote des outils supplémentaires... dote les municipalités d'outils supplémentaires
pour faire respecter les principes de la laïcité...
Mme Cadet : Oui, parce que,
vu qu'on n'a pas beaucoup de temps, donc, je voudrais juste peut-être...
M. Boucher (Etienne-Alexis) :
Oui, pardon.
Mme Cadet : ...distinguer les
deux, parce qu'on va arriver sur 90.1 de loi sur les services éducatifs à
l'enfance, mais ici, quand on parle, donc, des municipalités... Parce que là
vous dites : Bien, c'est... ce n'est pas appliqué. Bon, on entendra
peut-être, donc, des représentants des municipalités, donc, venir nous étayer,
donc, la... comment est-ce qu'ils perçoivent la réalité sur le terrain...
Mme Cadet : ...mais ils ont un
droit à une certaine discrétion parce qu'on parle ici, donc, d'élus. Donc,
elles ont le choix, ils et elles, donc, ont le choix ou pas, donc, de faire
appliquer ce type de disposition là, donc, selon leur appréciation du
dérangement de leur public. Dans 90.1, on a un cadre qui est très clair où
est-ce qu'il y a une obligation législative de faire appliquer, donc, les
principes de cohésion sociale, de s'assurer qu'une activité, une pratique
répétée qui tire son origine d'un précepte religieux n'est pas autorisée. Donc,
ça, c'est clair, c'est une obligation pour tous.
Au niveau des municipalités, les élus,
donc, tiennent compte donc de ce qui est présenté à eux. Donc, ils ont cette
discrétion-là. Donc, je ne les mettrais pas nécessairement dans le même panier,
mais je vous laisse poursuivre, là, pour... pour ne pas qu'on fasse d'amalgames.
M. Boucher (Etienne-Alexis) :
...bien, je vais laisser mon collègue Me Ouellet répondre, mais je ne suis pas
d'accord, là. Lorsqu'un règlement existe, lorsqu'une loi existe, on doit... on
se doit de l'appliquer. Il n'y a pas de discrétion à avoir : Ah! c'est le
règlement, c'est la loi, mais au fond, on va laisser passer.
Mme Cadet : Non, non...
M. Boucher (Etienne-Alexis) :
C'est ce qu'on a vu dans le cas du Parc des Hirondelles, et je vais laisser Me
Ouellet répondre, compléter la question.
M. Ouellet (Éric) : Oui,
merci, Etienne. Bien, essentiellement, je dirais que quand les lois sont
floues, les villes hésitent et craignent les contestations judiciaires. Donc,
ça prend un cadre clair. En définissant des règles et en prévoyant un encadrement
national, on réduit cette peur des municipalités. Plus le droit est précis et
plus le droit est assumé par le législateur, moins les municipalités sont
laissées seules face à cet enjeu-là. Donc, voilà.
Mme Cadet : Donc, vous pensez
que... évidemment, on donne l'exemple d'un cas, là, puis je vous entends sur le
fait, donc, de... que pour vous, donc, ce n'est pas une question de
quantification, mais pour, donc, le cas qui nous est exposé, selon vous, donc,
la municipalité n'a pas... ou les représentants en tant que tels n'ont pas
nécessairement utilisé leur... leur discrétion. Puis on peut être en accord ou
en désaccord avec la décision qui a été prise, là, mais selon vous, donc, ils
n'auraient pas respecté donc leur propre règlement dans ce cas-là, et pas
plutôt une interprétation à laquelle on peut être en accord ou en désaccord de
l'aspect de dérangement, donc, de l'ordre public, selon leur propre
appréciation de ce qui se passait. C'est ce que vous nous dites, M. Ouellet?
M. Ouellet (Éric) : Oui,
ça... mais ça prend un cadre balisé. Les municipalités, ils ne peuvent pas
exercer leur discrétion pour gérer l'espace public. Cette discrétion ne peut
pas être absolue. Donc, ça prend un cadre, parce qu'évidemment la loi
s'applique au niveau national. C'est ce qu'on soutient à Droits collectifs
Québec.
Mme Cadet : Donc, ce que vous
nous dites, c'est qu'effectivement, donc, ils ont ce pouvoir-là, mais, selon
votre appréciation, le cadre actuel, vous pensez qu'il est... qu'il est
insuffisant, donc pas nécessairement qu'il n'a pas été respecté. Parce que,
bien évidemment, quand le règlement est là, il est respecté, là. Je veux bien
qu'on s'entende. Et ce que vous nous dites, c'est qu'il faudrait donc un cadre
supplémentaire pour plus baliser...
M. Ouellet (Éric) : Un cadre
national.
Mme Cadet : ...la discrétion,
donc, à laquelle ils ont droit.
M. Ouellet (Éric) : Oui, ce
qu'on veut, c'est un cadre national. Parce qu'évidemment vous vous imaginez
que, par exemple, dans une ville comme Montréal, les dispositions pourraient
être appliquées différemment d'une ville comme Rimouski ou Rouyn-Noranda. Donc,
il faut une application nationale pour ne pas que les municipalités aient à
arbitrer toujours ces manifestations-là puis les qualifier, à savoir :
Est-ce que c'est des manifestations religieuses, de groupes ou non? Donc,
voilà.
Mme Cadet : OK, donc, on les
entendra plus tard, parce que, bien évidemment, elles ont... sont imputables
donc de s'assurer de gérer leur public de façon générale. Selon moi, elles
disposent déjà des différents outils pour pouvoir le faire selon leur... leur
propre appréciation. Mais je vous entends, vous dites : Il faut... il faut
un cadre supplémentaire. De la même... dans la même lignée, vous nous demandez
de définir le concept de pratique religieuse collective. Pouvez-vous... vous,
comment est-ce que vous... vous le définissez? Je ne sais pas... je ne sais pas
qui veut répondre.
M. Boucher (Etienne-Alexis) :
Bien, en fait, c'est qu'il y a un principe que... qui dit que tout ce que le
législateur ne dit pas, les tribunaux vont... vont le dire, eux, tu sais. Et,
si la notion de manifestation religieuse collective n'est pas définie dans un
projet de loi qui touche la laïcité, bien évidemment, cette définition va faire
l'objet de décisions jurisprudentielles. Alors, ce qu'on pense nécessaire...
et, par exemple, un collectif peut être seulement deux ou trois personnes. Or,
deux ou trois personnes qui s'assoient sur un banc discrètement pour réciter
des prières, on s'entend-tu que ça ne... ça ne vient pas perturber l'ordre
public, d'où la nécessité de préciser ce qu'est une manifestation religieuse
collective. À nouveau, c'est pour que le... Puis on le sait, là, que le législateur
ne veut pas interdire, là, les prières en... de deux personnes sur un banc de
parc, là. On le sait, mais comme ce n'est pas dit, bien, on veut que ce soit
précisé...
M. Boucher (Etienne-Alexis) : ...précisé
dans le projet de loi, comme le fait qui, selon nous... où le... de préciser
que... la modification de l'article quatre ou peut-être même revenir à la
disposition première de l'article quatre pour dire que le droit à la neutralité
de l'État, bon, machin, la laïcité n'est pas qu'un droit collectif. On aime les
droits collectifs, mais quand même, ça doit être un droit individuel, alors que
la nouvelle mouture de l'article quatre pourrait porter à croire que les
citoyens et citoyennes n'ont plus de droit individuel à des services publics
laïques, alors c'est... d'où la... les suggestions qu'on vous propose.
Mme Cadet : OK, je comprends.
Puis, là-dessus, je pense qu'on est... on est assez d'accord que l'exemple que
vous avez nommé, donc, ce n'est pas ce que... on... ce n'est pas ce que le
législateur souhaite encadrer, encore faut-il, donc, que...
M. Boucher (Etienne-Alexis) : J'en
suis convaincu.
Mme Cadet : ...le préciser,
parce que c'est sûr que ce sont des questionnements. Donc, nous, on l'entend,
les gens qui se demandent : OK... L'exemple que vous avez donné
précisément. Aussi, une famille, donc, qui fait un piquenique et décide de
faire une prière avant de manger, est-ce qu'ils devraient demander un permis
pour pouvoir faire ça? On s'entend que ça ne devrait pas nécessairement être le
cas, mais, si ce n'est pas précisé, il pourrait y avoir un... ça pourrait
susciter un malaise. OK. Parfait. Je vous entends.
Ensuite, bien, 90.1, là. Justement, tu
sais, je posais la question un peu plus tôt sur le cadre normatif actuel, puis
là je l'ai cité tantôt, ça nous semble très, très, très clair qu'il y ait
certaines pratiques ou certains agissements qui sont déjà proscrits. Dans ce
cadre-là, c'est... et d'où, donc, nos questionnements, en quoi les dispositions
qui nous sont présentées nous permettraient d'éviter ce type de situations là
qui sont déjà proscrites. 90.1 dit déjà, donc : Vous ne pouvez pas, donc,
avoir, donc, de l'enseignement qui soit, donc, religieux et certainement pas
faire de prosélytisme dans nos... dans notre réseau des centres de la petite
enfance. C'est assez clair, tout le monde s'entend là-dessus. C'est une
position qui date de 2007, donc de notre gouvernement. Donc, comment est-ce
qu'on arriverait, donc, à... avec des dispositions que vous... qui se sont ajoutées,
à empêcher ce type disposition là, d'être comme normatif? Mais ce n'est pas
déjà clair et limpide à cet égard, selon vous?
M. Boucher (Etienne-Alexis) : Bien,
manifestement non, hein, puisqu'il y a des centres de la petite enfance qui se
sont confessionnalisés avec le temps, qui adoptent des pratiques religieuses,
comment dire, à l'insu de l'ensemble des... de leur clientèle alors que... On
l'a dit, ce n'est pas toujours connu, la façon dont sont préparés, par exemple,
les aliments servant à la préparation des repas, tu sais. Et, effectivement, la
Loi sur la laïcité de l'État ne touchait pas aux centres de la petite enfance.
Je comprends que le 90.1 est bon, mais en même temps il n'empêchait pas tout un
ensemble de pratiques qui... qui, selon nous, transgressent le principe de
neutralité de l'État à travers ces services publics.
Mme Cadet : ...90.1 est assez
clair, qu'il l'empêchait, mais j'entends votre interprétation. Je vais laisser
la place à ma collègue.
M. Boucher (Etienne-Alexis) : Pas
de problème.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, la parole est... Vous n'avez pas besoin de toucher
après le micro.
Mme Setlakwe : Non,
effectivement, je me...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il vous reste deux minutes.
• (11 h 30) •
Mme Setlakwe : Merci. Merci
pour votre présentation. Je vous amène dans une autre sphère de la société, là,
le monde de l'enseignement supérieur, on a affaire à des jeunes adultes. On
a... Puis je comprends que vous avez beaucoup réfléchi à la question de la
liberté de conscience, la liberté de religion, mais expliquez... expliquez-nous
ou exprimez... exprimez-nous, s'il vous plaît, là, le... votre réflexion sur
des enjeux comme ceux qui sont exposés, là, par plusieurs personnes dans le
monde de l'enseignement supérieur qui s'inquiètent que le projet de loi puisse
avoir des effets discriminatoires, qu'on puisse... alors que ce qu'on souhaite,
c'est qu'il y ait une inclusion puis qu'on puisse... que les jeunes et les
enseignants puissent discuter ouvertement de la diversité, de ce qui les anime,
de ce qui les habite, de leurs croyances, etc. Est-ce que vous voyez une
certaine valeur à ces préoccupations-là? Qu'est-ce que vous en pensez, vous?
M. Boucher (Etienne-Alexis) : Bien,
je... Sur quoi se... Quels sont les articles du projet de loi qui, selon vous,
empêcheraient ce type de discussion ou d'échange où ce serait non inclusif? Je
suis curieux.
Mme Setlakwe : ...de façon
plus spécifique... J'aurais aimé ça vous entendre de façon plus générale sur la
façon dont on devrait voir les choses au niveau des jeunes adultes qui sont au
stade de l'enseignement supérieur, mais, de façon très spécifique, vous voulez
donc que je vous parle, par exemple, de l'interdiction des salles de prière? On
comprend que, dans certains établissements, ils peuvent... ils puissent
réserver un espace pour répondre à des besoins... c'est multifonctionnel, là,
par exemple. Et, d'interdire ça complètement ou d'interdire, là, le fait d'avoir...
d'être couverts, on entendait Me Pelchat dire tout à l'heure que ça posait un
réel problème au niveau des soins infirmiers, que certaines femmes soient
complètement voilées. C'est dans ce sens-là que j'aimerais vous entendre, s'il
vous plaît, sur vos...
11 h 30 (version non révisée)
Mme Setlakwe : ...
M. Boucher (Etienne-Alexis) : Bien,
c'est une évidence que des... des locaux dans des institutions d'enseignement
ne peuvent pas servir à... à la... à des pratiques religieuses, là. On est dans
des institutions qui sont censées être laïques. Vraiment, je ne vois pas en
quoi, là, ça peut brimer les jeunes étudiants et...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui termine le temps de l'opposition
officielle. Je suis désolée. On termine cette ronde de discussion avec le
député de Matane-Matapédia pour 4 min 8 s.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale, et en particulier à vous, M. Boucher,
qui n'êtes pas étranger à ces murs, vous avez siégé à l'Assemblée nationale,
tout comme votre père, que je salue, d'où il est présentement, qui a laissé sa
trace de façon importante.
Je vais prendre au bon ce que le ministre
a dit sur sa surprise, qui est toujours un... un lien entre le Québec, et la
monarchie, et la dimension religieuse. Je vais lui rappeler que l'Assemblée
nationale a adopté une motion unanime demandant de mettre fin au poste de
lieutenant-gouverneur du Québec, même le Parti libéral a voté en faveur. Alors,
c'est un grand consensus. Mais je lui suggère une mesure budgétaire qui n'a pas
besoin... dans le projet de loi. Il peut demander au ministre des Finances d'arrêter
de financer l'institution du lieutenant-gouverneur, il y en a pour près de 800 000 $.
Alors, il n'y aura pas d'opposition du Parti québécois s'il y va. Et ça, c'est
une mesure qui m'apparaît assez anti-establishment. Alors, c'est une
proposition que je fais au ministre.
Ceci étant dit, je vous laisse l'espace
pour parler d'une dimension de votre mémoire qui n'a pas été abordée. Alors, je
vous laisse tout ce temps-là jusqu'à la fin de mon intervention.
M. Boucher (Etienne-Alexis) : Sans
précision?
M. Bérubé : À votre choix.
M. Boucher (Etienne-Alexis) : Sans
précision.
M. Bérubé : Activité libre.
M. Boucher (Etienne-Alexis) : Peut-être,
Me Ouellet, voulez-vous parler? Puis moi, j'ai un... mes petits trucs.
Éric.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Votre micro. Votre micro.
M. Ouellet (Éric) : Oui. Bon.
Alors, qu'est-ce qui n'a... De quoi... été question? Le mémoire ne détaille pas
les procédures administratives quotidiennes, les... les formations des agents,
ni les échéanciers précis d'application. Nous, c'est... notre choix est
volontaire. Notre mémoire se concentre sur des principes juridiques, la
cohérence normative, les balises législatives, etc. Donc, voilà.
M. Boucher (Etienne-Alexis) : ...je
me permettrais de... de compléter. Bon. On a parlé du retour du droit
individuel à des services laïcs. On pense que c'est d'un nécessaire absolu. On
pense qu'il est nécessaire aussi qu'il puisse exister une instance... étatique
permettant de recevoir des plaintes. On n'a pas parlé beaucoup des articles 10.5
et 10.6 qui font référence au Conseil de la magistrature du Québec.
À l'heure actuelle, Droits collectifs
Québec conteste la décision du Conseil de la magistrature de ne pas... de ne
pas avoir modifié son code de déontologie en fonction de la Loi sur la laïcité
de l'État. Ça fait référence à l'article 5 de la Loi sur la laïcité de l'État
qui dit qu'il appartient au... au Conseil de la magistrature de modifier, d'adopter
des règles de déontologie permettant à ses membres, les juges, de respecter les
principes édictés par la Loi sur la laïcité de l'État. Nous, on craint que... d'où
l'importance, selon nous, de rajouter les mots «sous réserve» parce que, connaissant
le Conseil de la magistrature et les tribunaux, il pourrait y avoir, il
pourrait y avoir là une interprétation à l'effet qu'au final les tribunaux n'ont
pas à respecter les principes édictés par la Loi sur la laïcité de l'État, alors
qu'actuellement un ou une juge pourrait très bien porter un signe religieux
ostentatoire dans le cadre de ses fonctions et ainsi respecter la loi. Je sais
que Me Ouellet voudrait... Bien, en fait, les juges qui peuvent le faire
en respectant la loi. Me Ouellet voulait rajouter quelque chose.
M. Ouellet (Éric) : Oui,
désolé, M. Bérubé, j'avais mal compris la question. Donc, ce dont on n'a
pas parlé, c'est qu'ils devront... on devrait par cohérence et exemplarité, dans
le fond, assujettir aux mêmes exigences de neutralité et de visage à découvert la...
la CDPDJ. On devrait aussi prévoir un mécanisme interne de plainte, c'est-à-dire
un... un mécanisme de plainte et de recours externe et indépendant. C'est ce qu'on
dit dans notre recommandation n° 6 pour la CDPDJ. On pense qu'il s'agit là
d'un organisme qui pourrait être utile pour ce genre de dossiers.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Me Ouellet. C'est tout... tout le
temps que nous avions. Je vous remercie, madame, messieurs, pour l'apport à nos
travaux.
Je vais suspendre quelques instants, le
temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 11 h 36)
(Reprise à 11 h 40)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Donc, pour cet avant-midi, nous avons un dernier groupe, Rassemblement
pour la laïcité, qui est représenté par Mme Nadia El-Mabrouk, présidente
et professeure titulaire du département d'informatique et de recherche
opérationnelle de l'Université de Montréal, M. François Dugré, membre du
conseil d'administration et professeur retraité en philosophie, ainsi que
Mme Marie-Claude Girard, membre du conseil d'administration et retraité de
la Commission canadienne des droits de la personne.
Alors, mesdames, monsieur, bienvenue à la
commission. Vous allez disposer d'une période de 10 minutes pour votre
exposé et, par la suite, on va procéder à la période de questions et d'échanges
avec les parlementaires. Alors, le 10 minutes commence maintenant.
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :Voilà, parfait. Merci. Merci
pour l'invitation. Alors donc, voilà, donc je me présente quand même encore,
là. Donc, je suis Nadia El-Mabrouk, donc professeure titulaire au département
d'informatique et de recherche opérationnelle de l'Université de Montréal, et
puis je suis ici à titre de présidente du Rassemblement pour la laïcité, donc
le RPL, qui est un regroupement d'organismes et d'individus...
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :...oeuvrant à la promotion de la
laïcité au Québec. Je suis accompagné de François Dugré, professeur de
philosophie retraité du cégep Saint-Hyacinthe et de Marie-Claude Girard,
retraitée de la Commission canadienne des droits de la personne et tous deux
sont membres du conseil d'administration du RPL.
Alors nous saluons... nous saluons
vivement dans ce projet de loi les nombreuses mesures visant à renforcer la
laïcité de l'État. Étendre aux CPE et aux garderies privées subventionnées, les
exigences de respect de la laïcité, l'interdiction de toute pratique religieuse
et l'interdiction du port de signes religieux aux membres du personnel pendant
leurs heures de travail est une mesure qui nous semble nécessaire. Il revient à
l'État de s'assurer que, dans ces institutions, sous sa supervision, les
enfants évoluent à l'abri de toute pression religieuse. Alors, beaucoup... ceux
qui s'opposent à l'interdiction des signes religieux pour le personnel des
garderies font valoir l'impossibilité d'une telle mesure en raison du nombre
trop élevé de femmes portant le voile dans ses garderies. Hein, quand on parle
de pénurie de main-d'œuvre, c'est de ça qu'on parle. Alors c'est reconnaître
qu'un climat religieux s'y est malheureusement déjà bien implanté. Et bien
c'est inquiétant, hein? Au RPL, on pense qu'il n'est pas trop tard, mais qu'il
faut agir maintenant, avant que ça ne le devienne. Nous recommandons aussi
d'étendre ces exigences au personnel de la DPJ. En effet, l'intérêt supérieur
de l'enfant doit être placé au cœur des préoccupations. Or, s'il y a un
contexte où un enfant a particulièrement besoin de la protection de l'État,
c'est bien celui nécessitant l'intervention de la DPJ.
Nous saluons également la plupart des
autres mesures, comme le retrait du financement des garderies qui continue à
sélectionner les enfants sur une base religieuse, l'interdiction des lieux de
prière et le voile intégral dans toutes les institutions d'enseignement de la
garderie à l'université. L'interdiction des signes religieux pour les personnes
œuvrant dans les services d'accueil, de francisation et d'intégration des
nouveaux arrivants. L'interdiction d'affichage religieux dans les
communications gouvernementales ou encore le définancement de certaines
activités des écoles privées religieuses. Comme nous l'expliquons dans notre
mémoire, toutes ces mesures permettent, on le pense, de renforcer concrètement
la laïcité de l'État et le droit des citoyens à des services publics laïques.
Cependant, on ne s'explique pas la
modification apportée à l'article quatre de la Loi sur la laïcité de l'État,
dont parle l'article trois du PL 9, qui entraîne la disparition de la
mention de ce droit des citoyens à des services publics laïques. Il faudrait
plutôt renforcer ce droit en l'inscrivant, en plus de la loi 21, et bien,
dans la Charte des droits et libertés de la personne, au même titre que les
autres droits individuels, pour permettre à un citoyen de le faire valoir
devant les tribunaux, à commencer par le Tribunal des droits de la personne.
Par ailleurs, la loi proposée, qui
s'appelle Loi favorisant la neutralité religieuse, notamment dans l'espace
public, nous semble très problématique pour... pour quelques raisons, pour
plusieurs raisons. Tout d'abord appelée loi favorisant la neutralité
religieuse, une loi qui reconduit l'obligation d'accommodement religieux est
contradictoire dans les termes. Accorder une dérogation à une loi ou un
règlement pour motif religieux, bien c'est par définition contraire au principe
de neutralité religieuse, même en remplaçant la contrainte excessive par la
contrainte plus que minimale que nous saluons quand même. À défaut d'interdire
tout accommodement religieux dans les institutions publiques, il faudrait au
moins bien distinguer et séparer les deux concepts, accommodements religieux et
neutralité religieuse, ça ne va pas ensemble.
Mais surtout, on s'inquiète de
l'introduction du concept de neutralité religieuse de l'espace public. En
effet, la laïcité concerne les institutions publiques, autrement dit les
institutions de l'État. Les mesures du PL 9 qu'on rappelle plus haut
visent d'ailleurs à renforcer cette laïcité de l'État. L'autorité publique doit
être impartiale de fait et d'apparence et c'est pourquoi tous ceux et celles qui
travaillent pour l'État doivent s'abstenir d'afficher leurs positions
religieuses pendant leurs heures de travail. Mais dans l'espace public qu'on
appelle aussi espace civil, c'est-à-dire l'espace qui est ouvert au public,
comme les rues et les parcs, et bien c'est le principe de libre expression qui
devrait s'appliquer, bien tout en... tout en s'assurant bien sûr de respecter
l'ordre public. En fait, un régime laïque est construit sur deux principes...
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :...indissociables. D'un côté, un
principe de neutralité religieuse de l'État et de l'autre, un principe de
liberté d'expression dans l'espace public. Alors, comme l'explique Catherine
Kinsler, spécialiste des questions de laïcité que vous connaissez bien, l'appel
à étendre la neutralité religieuse à l'espace public constitue une dérive, qui
est dénoncée, de la laïcité et qui est appelé l'extrémisme laïc qui... ça
s'apparente à une doctrine antireligieuse. La laïcité, comme vous le savez, ne
devrait pas être antireligieuse. Au contraire, la laïcité, c'est la condition
essentielle du pluralisme des religions, des convictions et des idées. Et au
RPL, on travaille depuis longtemps à défaire la fausse réputation faite à la
loi 21, qui serait une loi liberticide qui brimerait la liberté de
religion dans l'espace public. Ce n'est pas le cas. La loi 21 s'applique
aux représentants de l'État. Alors, parler de neutralité religieuse de l'espace
public porte flanc à toutes les attaques, déformée concept de laïcité et
transmet un très mauvais message aux citoyens. C'est pourquoi nous vous
demandons d'abolir ce concept et de renommer le projet de loi pour qu'il soit
clair que la laïcité s'applique à l'État québécois et non à l'espace public.
Bien sûr, la laïcité ne règle pas tout. Des lois doivent être édictées pour
préserver l'ordre public. Les prières de rue qui se sont multipliées dans le
contexte des manifestations pour Gaza ont envenimé le climat social et il faut
s'en préoccuper. Nous sommes bien conscients de ce problème, au RPL, mais le remède
ne doit pas être pire que le mal.
Le PL 9 prévoit interdire, sauf
autorisation exceptionnelle du conseil municipal, toute utilisation de la voie
publique et des parcs à des fins de pratique religieuse collective. Mais
comment différencier une pratique religieuse d'une pratique non religieuse?
Pourquoi interdire un baptême, une séance de méditation, une procession
religieuse? Et comment justifier de cibler des rassemblements religieux plutôt
que d'autres manifestations non religieuses qui troublent l'espace public et
qui, elles, ne seront pas interdites? En fait, dans le cas des prières de rue,
c'est au nom de la paix sociale, de l'ordre public, de la lutte contre
l'extrémisme et les discours qui en appellent au meurtre qu'il convient d'agir,
et non pas en vertu de la laïcité. Dans le mémoire, d'ailleurs, nous faisons un
tour d'horizon des lois d'autres pays à ce propos, qui toutes confirment cette
position. Alors, par contre, comme il y a un manque de cohérence,
effectivement, dans les règlements municipaux, il y a effectivement lieu de les
harmoniser. Nous saluons les balises introduites dans ce projet de loi qui
visent à définir les conditions dans lesquelles une municipalité peut octroyer
une... autorisation d'utilisation d'un espace public à des fins de pratique
religieuse collective, notamment le fait qu'une... qu'une telle activité ne
peut pas être discriminatoire. Nous sommes en parfait accord avec ces balises,
mais nous recommandons qu'elles soient déplacées, incluses, plutôt, dans la loi
sur les compétences municipales.
• (11 h 50) •
Finalement, nous soulevons un problème de
cohérence de l'application du principe de neutralité religieuse de l'État dans
le cas de l'alimentation religieuse. Tout comme on interdit tout lieu de prière
dans les institutions publiques, la loi devrait aussi interdire tout menu basé
sur des principes religieux. Un tel... accommodement représente clairement une
contrainte excessive pour une institution. Prévoir des menus avec viande halal
et/ou cachère et d'autres avec viande non halal devient vite ingérable pour une
institution. En fait, ce qui risque d'arriver, c'est que les institutions
n'offrent plus que de la viande halal ou cachère, et puis des menus végétariens
pour se conformer à la directive, ce qui brime la liberté de conscience des
usagers non végétariens. C'est pourquoi on recommande de supprimer le mot
«exclusivement» de l'article 17.1 qui est inséré, excusez-moi, dans la
loi 21. Et finalement, on voudrait en profiter... profiter de cette commission
parlementaire pour attirer l'attention du ministre sur les graves atteintes à
la laïcité provoquées par la généralisation de la viande obtenue par un
abattage rituel et l'impossibilité, pour le citoyen, de faire un choix
éclairé...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois... je dois vous arrêter. Le temps qui est
imparti...
Mme El-Mabrouk
(Nadia) : Il me reste... 30 secondes...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Vous allez pouvoir répondre aux questions, à moins que le
ministre, vous voulez...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, allez-y.
Mme El-Mabrouk
(Nadia) : J'ai 30 secondes, 30 secondes. Donc, la possibilité
pour le citoyen de faire un choix éclairé en raison de l'absence d'un étiquetage
qui indique le mode d'abattage...
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :...donc il devient urgent d'agir
pour éviter d'imposer à l'ensemble de la population des normes et des pratiques
religieuses qui vont à l'encontre des valeurs sociales et morales du Québec.
C'est un enjeu important pour un gouvernement qui fait de la laïcité une
priorité et qui concerne l'ensemble des consommateurs du Québec, en fait.
Voilà, on voulait parler de ça de... une seconde, 30 secondes.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci pour votre présentation. On entame tout de suite la
période d'échange avec les parlementaires. Il vous reste
15 min 54 s.
M. Roberge : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Merci au Rassemblement pour la laïcité, Mme El-Mabrouk.
M. Dugré, Mme Girard, merci d'être présent, présente ici,
aujourd'hui.
Vous avez longuement parlé de l'enjeu des
manifestations religieuses collectives dans les rues, dans les parcs. Vous avez
dit : Bon, le nom du projet de loi créé, à l'intérieur de la loi... parce
qu'on modifie plusieurs lois, on crée une loi, d'après vous, elle est mal
nommée, mais vous dites que, de toute façon, les balises pour encadrer ces
phénomènes-là sans les interdire devraient être dans une autre loi. Donc, je
prends bonne note de vos commentaires sur le nom de la loi, sur l'endroit où
les balises devraient être installées. Et, pendant votre intervention, j'avais
l'impression que vous étiez en faveur du statu quo par rapport à ce qu'il y a
actuellement. Mais à la fin de votre passage à ce sujet-là, vous avez
dit : Bien, les balises peuvent être correctes, dans le sens qu'on ne peut
pas autoriser des activités qui sont discriminatoires. On met d'autres balises,
on dit : Elles peuvent être autorisées, ces manifestations-là, au cas par
cas, qu'on ne transforme pas, là, un parc où on dit : Bien, tous les
dimanches, tous les jeudis après-midi ou tous les mardis matin, ça devient un
lieu de prière, donc ça ne peut pas être comme ça, récurrent. Est-ce que vous
êtes d'accord avec ça aussi?
Donc, j'aimerais juste qu'on clarifie,
hormis le fait... le nom de la loi ou l'endroit où la disposition est là, les
balises qui sont dans la loi, est-ce que vous êtes d'accord avec ces
balises-là? Elles devraient être ailleurs? Pouvez-vous nous l'exprimer juste
pour qu'on comprenne bien où vous vous situez?
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :Voilà. Donc, écoutez, on
comprend bien... En tout cas, nous aussi, on a réfléchi à tout ça. Écoutez, en
effet, on avait... on a un problème, on a des prières qui se multiplient et qui
intoxiquent le climat social. Donc, nous aussi, on est... on y a réfléchi. Bon.
Et puis on est tout à fait d'accord avec ces balises. D'ailleurs, on a déjà
écrit un article là-dessus. Je pense qu'en effet l'aspect discriminatoire de
ces prières-là est problématique. Bon, alors quand, par exemple, il y a une
procession religieuse, on n'empêche pas les gens de filmer, on n'empêche pas
les gens de passer, on ne dit pas aux gens qu'ils doivent nécessairement être
d'une religion ou d'une autre. Bon, donc c'est un aspect important et on est
tout à fait d'accord. Écoutez, on peut discuter sur des mots, mais, sur
les balises, on est tout à fait d'accord. Par contre, on ne peut pas, a priori,
interdire toute manifestation publique religieuse. Pourquoi on interdirait une
manifestation religieuse et qu'on autoriserait une manifestation, je ne sais
pas, moi, des black blocs, par exemple. Donc, ça devient... ça porte atteinte à
la neutralité religieuse de l'État, en fait, d'interdire des manifestations
religieuses et pas... pourquoi... Et d'ailleurs, on peut discuter, hein? Les
prières de rue, est-ce que ce sont des manifestations religieuses ou
politiques, hein? C'est un contexte de soutien à la Palestine et à Gaza, et
voilà, et donc c'est un contexte politique. Alors, c'est certain qu'on va
pouvoir vous répondre ça, que, de toute façon ce n'est pas religieux, donc on
peut continuer.
Donc, c'est cette obligation, cette norme
d'interdiction qui ne marche pas, mais les balises, on est tout à fait d'accord
avec ça. Mais malheureusement, non, on ne peut pas... en tout cas. Et puis ce
mot : «neutralité religieuse de l'espace public», ça transmet un très
mauvais message au citoyen, que ça va donner l'impression qu'on va pouvoir
interdire de porter des signes religieux dans l'espace public. Mais interdire
les signes religieux dans l'espace public, ne permettre l'expression religieuse
qu'à la maison, en fait, ça revient à brimer... bien, à nier la liberté
religieuse. Donc, il faut vraiment faire attention à ça, et voilà.
M. Roberge : Merci pour cette
précision. Je veux juste être sûr pour clarifier...
Une voix : ...
M. Roberge : Ah! vous allez y
aller, mais, rapidement. Il n'y a rien dans le projet de loi qui vise à
interdire le port de symboles religieux dans l'espace public, là. Mais je le
précise, pour les gens qui nous écoutent, là, on n'est pas là du tout. Vous
savez, vous dites : Il faut traiter de la même manière tous les domaines.
Je suis assez d'accord. Mais si demain matin je veux organiser un match de
badminton avec mes amis au milieu du boulevard Saint-Laurent puis bloquer la
circulation, il va falloir que je demande un permis, là, je ne peux pas juste
débarquer, installer des filets...
M. Roberge : ...qui jouent au
badminton. Donc, on peut dire qu'on le traite de la même manière. Parce que ça
ne passera pas, là, si je débarque comme ça puis je dis : C'est spontané,
mais ça adonne qu'on est 50 qui le faisons, puis qu'on joue au badminton. Ça ne
passera pas plus, puis il faut que ce soit encadré.
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :...passera pas, mais pas au nom
de la laïcité...
M. Roberge : Voilà, pas au nom
de la laïcité.
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :...au nom de l'ordre public.
M. Roberge : D'accord.
D'accord. Merci pour cette précision. Vous avez parlé de la notion des menus,
des régimes alimentaires. Il y a eu des enjeux qui ont été soulevés. On arrive
avec une proposition où on dit : Une institution peut offrir un menu basé
sur une tradition religieuse, mais elle ne pourrait plus offrir exclusivement
cela, il faudrait qu'il y ait... faudrait qu'il y ait... On ne peut pas
l'imposer à tous.
Et là ce que vous nous soulignez, c'est
que cette balise-là pourrait amener une imposition de menu végétarien.
Pouvez-vous m'expliquer? Juste pour qu'on prenne... J'apprends... j'apprends
cette possibilité-là. J'aimerais ça que vous nous le réexpliquiez.
Mme Girard (Marie-Claude) : Avec
la formulation qui est écrite dans le projet de loi, avec la formulation qui
est écrite dans le projet de loi n° 9, d'interdire exclusivement de la
viande halal, la façon dont les institutions pourraient proposer de procéder,
c'est de dire : D'accord, on va offrir d'autres choses, mais la viande qui
est... c'est-à-dire, on va offrir d'autres menus qui ne sont pas halal ou
cachère, on va offrir des menus végétariens et tout ce qui concerne la... qui a
affaire avec de la viande, qui propose de la viande au menu va être halal.
Alors, on va pousser tout le monde à prendre des menus végétariens et tous les
non-végétariens seront alors tenus de manger de la viande halal, selon ce que
les institutions pourraient offrir.
Ce qu'on veut dire, c'est que la façon
dont c'est formulé dans le projet de loi, c'est dangereux parce que ça peut
avoir l'effet inverse. Ça veut dire que les... ceux qui fournissent le repas
pourront alors n'offrir que du halal en disant : Bien, si vous n'en voulez
pas, il y a des menus végétariens à côté. C'est dans la formulation qu'on est
corrects. C'est pour ça que Nadia disait. à ce moment-,là : Pourquoi
introduire... La laïcité de l'État, c'est de ne pas avoir de religieux dans les
institutions, alors il ne devrait y avoir aucune nourriture religieuse
d'offerte, et non pas : en autant qu'il y a d'autres nourritures de
faites. Alors, c'est dangereux, la façon dont c'est libellé dans le projet de
loi, que ça se retourne contre nous et qu'il n'y ait que de la viande halal
dans les institutions publiques.
M. Dugré (François) :
Peut-être juste une petite précision. Donc, c'est : par la formulation
même, n'est pas exclue la possibilité qu'il n'y ait que de la viande religieuse
puisqu'on peut offrir un menu végétarien. Alors, c'est juste vraiment un
problème de formulation. Logiquement, ça implique que quelqu'un peut appliquer
la loi et n'offrir que du halal.
L'hypothèse est d'autant plus importante
qu'on est dans un contexte où de plus en plus de citoyens découvrent que nous
mangeons sans le savoir de la viande halal. Au départ, il y a eu un article
dans un journal, ça se passe dans un CPE, ou l'équivalent, au
Nouveau-Brunswick, et on découvre que c'est largement généralisé au Québec,
désormais, sauf le porc, pour des raisons qu'on devine tous. Donc, à partir de
ces faits-là, il faut aussi penser à la formulation du droit pour que les gens
ne puissent pas se dire : Bien, nous respectons la loi, mais, en fait, on
n'offre qu'un menu religieux, sauf pour, évidemment, les menus végétariens. Et
encore, j'ai du sel, chez moi, qui se dit halal. Ça devient n'importe quoi, là.
C'est une mise en marché. Il y a plusieurs études qui vont dans ce sens-là,
donc. Fin de la remarque.
M. Roberge : Merci pour le...
Mme El-Mabrouk
(Nadia) : Et puis aussi...
M. Roberge : Ah bien, je vais
vous laisser compléter, bien sûr, mais, après, de toute façon, vous allez
poursuivre les échanges avec ma collègue, qui veut continuer avec vous, mais je
vous remercie.
• (12 heures) •
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :Il y a une question de cohérence
aussi. Il faut savoir ce qu'on veut dire par «neutralité religieuse», parce que
ça peut dire une chose et son contraire. Est-ce que... neutralité religieuse,
est-ce que ça veut dire accommoder toutes les religions de façon égale ou
est-ce que ça veut dire ne pas accommoder de religion dans les institutions
publiques? Ça ne peut pas être les deux.
Alors, quand on dit, par exemple, qu'il
n'y aura pas de lieu... de salle de prières dans les institutions publiques, on
ne dit pas : Oui, mais ça marchera si on en a une pour les catholiques,
une pour les protestants, une pour les musulmans, etc., ou alors une
multiconfessionnelle. On dit : Pas de salle de prière dans les
institutions d'enseignement. Et alors, si, par ailleurs, on dit : Oui,
pour les menus religieux s'il y en a pour tout le monde, imaginez comment une
institution... Alors, premièrement, c'est incohérent parce qu'on ne sait plus
ce que ça veut dire, et deuxièmement ce n'est pas applicable. Imaginez, des
juifs, des musulmans, des végétariens, je ne sais pas, moi, d'autres, bon, des
personnes qui ne veulent pas se faire imposer des menus. Est-ce que vous pensez
vraiment qu'une garderie va pouvoir avoir de la viande halal, de la viande
cachère, de la viande coupée par...
12 h (version non révisée)
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :...obtenue par un abattage après
étourdissement? Vous savez, ce n'est pas... ce n'est pas faisable. Alors, il y
a un problème de cohérence et il y a un problème de faisabilité.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le ministre. Alors, je vais laisser la parole à
la députée de Vimont. Il reste encore six minutes 5 secondes.
Mme Schmaltz : Parfait.
Merci, Mme la Présidente. Merci, merci d'être là. Alors, je... En fait,
j'aimerais revenir un petit peu sur la question des prières de rue, vous l'avez
mentionné tantôt. Quand on... quand on entend parler de prières de rue ou
manifestations religieuses, là, on ne sait pas trop si on parle de religion, si
on parle de politique. Il y a aussi cette séparation hommes et femmes, hein,
qui menace beaucoup la paix sociale, la cohésion. Est-ce que vous pensez qu'il
y a des forces un peu externes, ou des groupes radicaux, ou des gens qui sont
là pour justement pousser vers ce genre de manifestations ou de prières? Je ne
sais pas trop. Est-ce que... Mais, derrière tout ça, s'il y en a, comment
maintenant on peut aussi agir en tant que gouvernement?
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :Bon, écoute, je vais laisser la
parole à...
M. Dugré (François) : Bien,
c'est une excellente question. D'abord, il faudrait sortir du déni et, en tout
respect pour la députée du Parti libéral, commencer une commission d'enquête
sur le PL neuf pour dire... Il n'y a pas d'étude qui viendrait nous montrer,
par exemple, qu'il faut arriver avec un renforcement de la laïcité. Donc, nous
avons le fardeau de la preuve. On peut se demander pourquoi on a interdit les
signes politiques de la part des enseignants sans qu'il y ait des études.
Est-ce qu'elle a un privilège religieux? Faites-nous la preuve hors de tout
doute qu'il faut absolument aller là. Puis là ça prend des études blindées. On
se demande comment on va les faire. Ce n'est pas facile. Il y a la peur,
évidemment, d'être accusé de racisme. On se souviendra que les services de
santé scolaires, lorsqu'il fut question de... si vous permettez ce terme, de
quantifier le nombre de personnes voilées, c'étaient des cris d'orfraie. Puis
par ailleurs on dit : Il faudrait faire les études. Alors, il y a deux
demandes assez contradictoires à cet égard.
Pour revenir à votre question, donc, et
sortir la question du déni, on en est à avoir des études qui nous viennent des
États-Unis pour dire : Le Canada doit se réveiller face à l'infiltration
de différents groupes, effectivement, qui instrumentalisent les questions
religieuses pour des fins strictement politiques et qu'il faut en prendre la
mesure. On a toujours salué à la CAQ, tout parti politique qui prend acte de la
réalité, je ne les nommerai pas, on les sait tous, et dire : Bien,
donnons-nous des balises pour assurer la paix sociale dans toute la mesure du
possible. Voilà la responsabilité du législateur.
Alors, encore une fois, et ça a été dit,
il ne suffit pas d'avoir... simplement de réclamer des études, mais dire :
Il y a un principe non seulement juridique, mais profondément politique de dire :
Assurons la paix sociale, qui était la chose... des formations professionnelles
de la philosophie, la philosophie politique. Lorsqu'on a parlé de tolérance
avant que ça se nomme laïcité, l'enjeu numéro un, c'était la paix sociale.
Alors, tout ce qui peut contribuer à cette paix sociale là, c'est important.
On revient avec votre question rapidement.
Comment s'y prendre? Lourde responsabilité et très sérieuse, qu'on prend au
sérieux, nous aussi, comme tout citoyen de la société civile, de dire :
Comment assurer le plus possible la paix sociale? Bien, justement, en réclamant
que des prières de rue... qui ne sont pas interdites, le gouvernement offre des
balises, et c'est très bien, là aussi, les médias ont peut-être joué des fois
le jeu de l'interdiction. On regarde les autres législations. Il n'y a pas
interdiction dans laïcité, il y a interdiction, essentiellement, dans les pays
à majorité musulmane, mais au nom de l'ordre public ou alors pour dire très
précisément... Il y a des groupes, notamment en Égypte, évidemment, d'où
viennent les frères musulmans. C'est là qu'il y a l'enjeu principal, on
interdit des prières de rue pour préserver une certaine paix sociale. C'est des
choses de base, c'est... à peu près la majorité des pays musulmans vont dans ce
sens-là. Nous, on ne les interdit pas, on les accepte, mais il faut respecter
ces balises-là. Alors, justement, on dit : On le demande à l'avance, on
respecte l'ordre public, on ne fait pas des appels à la haine, là, c'est plus
du côté du fédéral, ils ont beaucoup de misère déjà à faire valoir qu'on ne
peut pas justement faire valider des discours haineux au nom de la religion,
bien, ça, c'est une balise extrêmement importante, puis que ce soit dans un
temps limité. Il ne s'agit pas d'occuper un parc pendant des semaines pour
libérer Gaza ou que sais-je encore, là, ici, puis on fait des prières à travers
tout ça pour dire : Voici, c'est une manifestation religieuse entremêlée
de politiques. On fait exprès pour évidemment que ça soit mi chair, mi poisson.
Ça devient très difficile pour le législateur à de dire dans quelles balises on
prend ça. Mais, certainement, il faut prendre le problème au sérieux, le
considérer et se donner tous les moyens pour assurer le plus possible la paix
sociale. Ça, je pense qu'on devrait s'entendre là-dessus tout le monde.
Mme Schmaltz : ...
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :En tout cas, il faudrait...
C'est ça, il faut... il faudrait obliger les... toutes... bien, toutes... tous
les manifestants à se déclarer à l'avance, hein? Alors, on a beau avoir des
balises municipales permettant d'octroyer des permis, la vraie... le vrai
problème, c'est que ces gens-là ne demandent pas de permis, ils le font sans
permis. Et, depuis l'abolition de la loi...
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :...qu'on appelait antimanif, eh
bien, ils ont le droit de le faire. Alors, ça, c'est un enjeu, mais ce n'est
pas un enjeu de laïcité, c'est un enjeu d'ordre public. Il faudrait ramener une
certaine loi qui oblige toute... tout manifestant de se déclarer, de demander
un permis ou au moins de se déclarer à la police à l'avance. Alors, ça, je
pense que c'est... c'est ça, on ne peut pas s'en sortir sans ça, mais ce n'est
pas lié à la laïcité. Voilà.
Mme Schmaltz : OK. J'ai
encore un peu de temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 50 secondes.
Mme Schmaltz : Ah! OK,
d'accord. Rapidement, tantôt, vous avez mentionné... vous disiez que... je veux
juste être certaine d'avoir bien saisi, vous parliez de lieux harmonisés qui
relèvent plus des lois sur les compétences municipales. Est-ce que vous trouvez
que les municipalités n'agissent pas assez ou sont trop laxistes ou...
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :...je pense que dire : On
interdit qu'on... la règle, c'est d'interdire toute manifestation publique et
puis laisser les municipalités choisir au cas par cas qui ils autorisent et qui
ils n'autorisent pas, je pense que c'est un peu inquiétant. Je pense que ça
peut laisser ouvrir le... ouvrir la porte à l'arbitraire. Et donc, selon la
municipalité d'arrondissement, tel... tel événement... telle manifestation va
être autorisée et telle autre non, et on ne saura pas pourquoi, je pense que
c'est inquiétant. On ne peut pas dire : Il faut interdire... Voilà. C'est
juste...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fin à ces premières
interventions. On poursuit avec l'opposition officielle pour une période de 12
minutes 23 secondes.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous trois. Merci de votre présence.
Donc, Mme El-Mabrouk, donc, j'aimerais
encore une fois, donc, vous entendre, donc, sur le dernier point, donc, la
question qui vous a été posée par la députée de Vimont. Vous... Je vous cite,
vous venez de dire, donc : Le vrai problème, c'est que, souvent, donc, les
manifestations, donc, qui dérangent l'ordre public, parce que c'est... c'est de
ça dont il est question, ne... les quémandeurs, donc, ne demandent pas de
permis. Donc, on a ici, donc, des éléments, et on a, donc, certains exemples,
donc, qui ont défrayé les manchettes, où, manifestement, donc, il y avait un
non-respect de l'ordre public, mais ce que vous nous disiez, c'est que le
problème, il est là. Donc, est-ce que vous diriez que les municipalités
disposent déjà des leviers nécessaires pour agir?
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :Je dirais que non, parce que,
par exemple, on a vu, il y a deux ans, je pense, une... bien, un parc qui a été
fermé, clôturé pour permettre une prière publique pendant la fête de l'Aïd.
Alors, nous, on est tout à fait d'accord avec des manifestations... en fait,
les fêtes religieuses festives qui attirent du monde, tout le monde, mais là
c'était une manifestation. Donc, les... la municipalité avait clairement... avait
autorisé, d'ailleurs c'était clair, et puis avait même payé des employés
municipaux pour bien venir installer les barrières et empêcher les gens de...
d'accéder au parc. Alors, ça, ce n'est pas... ce n'est pas... ce n'est pas
correct, ça, on ne peut pas permettre ça.
• (12 h 10) •
Donc, non, en effet, on pense qu'il y a...
il y a lieu de normaliser les balises. En fait, peut-être qu'ils en avaient et
qu'ils ne les respectaient pas, mais, quand on allait voir sur les différents
sites des arrondissements, tous les sites ne donnaient pas les mêmes
règlements. Donc, oui, on avait suggéré, d'ailleurs, à l'époque d'avoir des
balises générales pour toutes les municipalités et on avait notamment suggéré
cette balise de la non-discrimination. Ça fait qu'un parc... il faut respecter
le... la vocation de l'espace public, qui est un espace ouvert à tous, de
rencontres, d'échanges. Alors, c'est... on... ce n'est pas normal de fermer un
parc et puis de ne permettre l'accès... permettre l'accès sur une base religieuse.
Et, encore plus que ça, hein, parce que, pour faire la prière musulmane, il
faut avoir fait son... sa toilette musulmane comme il faut, etc. Donc, une
personne qui n'aurait pas fait sa toilette à la musulmane ne pourrait pas
accéder au parc. C'est... Ce n'est pas comme ça qu'on veut vivre ensemble au
Québec. Non, je pense qu'il y avait de... qu'il avait... que c'est une très
bonne idée d'instaurer des balises uniformes.
Mme Girard (Marie-Claude) : Puis,
si je peux...
Mme Cadet : Allez-y.
Mme Girard (Marie-Claude) : Oui.
Si je... Si je peux compléter, le cas auquel Nadia fait référence, c'est ce qui
s'est passé au parc des Hirondelles, oui, à la base, la réglementation de
l'arrondissement interdisait les regroupements religieux ou les activités
religieuses dans le parc, mais ont accordé une exception dans ce cas-là, et on
a vu ce que ça a donné. Les femmes étaient en arrière, les hommes en avant.
C'était exclusivement pour les personnes musulmanes, d'où le problème. À ce
moment-là, on a... on a écrit.
Vous faites souvent référence que les lois
existent, on a déjà les balises, mais les balises ne sont pas assez précises
puisqu'on peut jouer avec, et, à chaque fois, des municipalités ou des
arrondissements sont repris avec la même question, savoir...
Mme Girard (Marie-Claude) : ...qu'est-ce
qu'on peut faire? On peut... est-ce qu'on peut être généreux ou pas, et dans
quels cas? C'est pour ça qu'on apprécie beaucoup les balises suggérées dans le
projet de loi actuellement. Ce qu'on dit, c'est que ce n'est pas une question
de laïcité, c'est une question d'ordre public et de sécurité, d'où la
nécessité, et on salue l'initiative, de... d'encadrer les municipalités, pour
ne pas qu'on ait des actions trop diversifiées, pour avoir une uniformité dans
l'application des normes de sécurité et des normes de gestion de l'espace
public à travers le Canada au... le Canada... à travers le Québec dans son
entier.
Alors, oui, on a besoin de davantage de
balises. Les balises permettent quand même... donnent quand même une
flexibilité aux municipalités pour des... des actions spécifiques, mais, au
moins, en clarifiant les balises, c'est clair pour tout le monde. À la base, il
faut respecter... il ne faut pas que ça compromette les... la sécurité
publique, tout ça est de courte durée, qu'ils soient accessibles à tous.
Accessibles à tous, pour nous, c'est primordial, et puis que ce... que ce soit
accessible à tous, et pas les femmes en avant, et les hommes en... les femmes
en arrière, les hommes en avant, ou que ce soit juste les membres d'une
communauté qui y ait accès. Quand il y a des activités de la communauté grecque
ou, je ne sais pas quoi, tout le monde est invité à partager la culture, à
goûter aux activités, mais quand c'est une activité exclusive, c'est là qu'on a
un problème. Mais c'est une question que les municipalités doivent gérer, et on
salue les balises proposées.
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :Et puis je voudrais rajouter une
chose. Ce n'est pas... ça n'a peut-être pas de lien avec la laïcité, mais il y
a quand même un élément religieux là-dedans. Quand on parle de... de
discrimination, eh bien, c'est une... c'est les religions qui discriminent,
alors il y a quand même un côté religieux là-dedans. Donc, c'est normal qu'un
ministre de la laïcité se... intervienne pour poser ces balises de
non-discrimination religieuse. Bon, voilà.
Mme Cadet : J'aimerais juste,
donc, bien saisir. Donc, quelles sont, donc, les balises qui, selon vous, donc,
devraient être, donc... donc, devraient être imposées, donc, aux différentes
municipalités? Parce que je comprends bien, donc, ce que vous indiquez, donc,
dans votre mémoire, au niveau de la... Vous parlez, donc, de dérives lorsqu'on
parle de neutralité religieuse de l'espace public. Donc, vous dites, donc, de façon
conceptuelle, donc, ce terme-là devrait être évacué, ce avec quoi nous sommes
définitivement en accord. Mais vous nous dites, donc, tout de même, donc, le...
Bien, en fait, c'est ça que j'essaie, donc, de bien... de bien distinguer. Vous
dites : Ce n'est pas au nom de la laïcité, c'est au nom de l'ordre public,
mais il devrait quand même y avoir certaines balises qui... qui encadrent,
donc, le principe de non-discrimination. Peut-être juste, donc, bien saisir
votre point ici : Quelle est la distinction que vous faites entre les deux
concepts?
Mme El-Mabrouk
(Nadia) :Cette loi... cette loi n° 9 vient modifier différentes lois, n'est-ce pas? Alors,
la loi n° 9 pourrait venir modifier la Loi sur les
municipalités pour insérer une balise de non-discrimination religieuse, ça se
peut, ça, religieuse ou autre, mais, en tout cas, religieuse, ou... ou raciale,
ou... ou sexuelle, mais religieuse aussi. Ça fait qu'on veut bien... Toutes ces
balises-là, c'est important de les mettre, bon, et quel est le... et je pense
que c'est... le projet de loi n° 9, c'est quand
même... c'est l'endroit où nommer ces différentes balises.
Mais ce qui nous... ce qui nous dérange,
c'est de créer une nouvelle loi pour... comme je vous ai dit, qui s'appelle
neutralité... la neutralité religieuse, notamment de l'espace public, qui vient
interdire les manifestations dans... religieuses dans l'espace public, et qui
parle d'accommodements religieux. Alors, les deux nous dérangent. Donc,
associer neutralité religieuse et accommodements religieux, ça brouille le
concept de neutralité religieuse, et parler de neutralité religieuse de
l'espace public, ça porte flanc à toutes les attaques. Donc, c'est bien...
c'est bien important pour nous de savoir de quoi on parle quand on parle de
neutralité religieuse. C'est la base quand on parle de laïcité. Alors, venir
brouiller le sens de la neutralité religieuse, conceptuellement, c'est... c'est
dommageable.
Et puis, vous savez, le gouvernement, nous
autres, on a aussi une mission éducative d'expliquer... d'expliquer aux gens ce
que c'est, la laïcité, alors, si on vient brouiller les concepts, on ne peut
plus éduquer, on ne peut plus expliquer, on ne peut plus défendre. Donc, c'est
important de bien utiliser les bons mots.
Mme Cadet : Je suis d'accord
avec vous. Je vais passer, donc, la parole à ma collègue dans le temps qui nous
est... qui nous reste. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Mme la députée, il vous reste quatre minutes.
Mme Setlakwe : Merci à vous
trois, donc, autant Mme El-Mabrouk, M. Dugré... Vous oeuvrez ou vous avez
oeuvré...
Mme Setlakwe : ...au niveau de
l'enseignement supérieur à l'université et au collégial, j'imagine. On comprend
très bien que vous jugez que les mesures prévues au projet de loi 9 sont
pertinentes, qu'il faut aller aussi loin que de poser des gestes qui vont
toucher, évidemment, pas juste les tout-petits, mais aller aussi loin que le...
les jeunes adultes qui sont dans nos... nos collèges, nos cégeps, nos
universités. Juste nous expliquer pourquoi, pourquoi il faut aller... il faut
aller jusque là?
M. Dugré (François) : Bien,
je peux démarrer puisque, bon, j'ai enseigné pendant 31 ans, effectivement,
dans différents collèges : Québec, Montréal et, pour terminer, en région,
à Saint-Hyacinthe. Donc, ça permet d'avoir différents étudiants de différents
milieux. Déjà, ça, c'est une expérience intéressante, mais je partirai d'une
considération historique. La Commission européenne des droits de l'homme a
autorisé la Turquie, face à la pression islamiste, y compris dans les
universités, d'empêcher tout signe religieux chez des adultes. Et ce n'était
pas que le niqab, ici, pour dire, la pression est tellement forte sur les
étudiantes qu'elles se conforment à cette nouvelle normativité islamiste, qu'on
doit aller de l'avant, et la Commission européenne a dit... et là, on est dans
un cadre international ou enfin, européen, comme vous le savez par définition,
c'est de dire : Bien, si le pays a estimé qu'il devait aller là, c'est
ainsi. On peut faire l'analogie, aussi, avec la burqa, donc, dans l'espace
public. Ici au Québec, il n'est pas question de ça... moins, dans ce projet de
loi là, mais dire : Si ça devenait un tel problème, il faudrait sans doute
aller de l'avant, il appartient à chaque État-nation de voir comment essayer de
régler le problème lorsqu'il se présente ou de l'anticiper, aussi, pas juste de
faire face aux faits, mais de regarder ce qui peut se passer. On n'est
peut-être pas là dans le cas de la burqa, mais je ferme cette parenthèse-là. Donc,
je reviens dans l'enseignement, c'est très certainement une difficulté, et là
aussi, beaucoup de professeurs, y compris les administrations, face à toutes
les accusations qu'on entend dans l'espace public, de racisme, de xénophobie,
d'islamophobie, on connaît tous ça, c'est quotidien. Bien, les gens ont de la
difficulté, ici, à dire : Bien, est-ce que je vais être ferme sur le
principe pour dire : Non, je ne veux pas ceci, cela. Une fois de plus, ici,
le législateur vient donner une loi qui devrait être claire, qui est réclamée
par plusieurs professeurs, il y a une soixantaine de professeurs, au niveau
collégial, qui ont publié dans La Presse pour dire : Il y a des
problèmes de refus de mixité sociale, ce n'est pas juste de refuser d'aller au
cours de natation pour ne pas.... de montrer de la chair devant les autres et
ainsi de suite. Ça vient perturber profondément l'enseignement et l'esprit dans
une classe aussi. Là, on est plus tellement dans le vivre-ensemble, puis ça
crée des problèmes. Alors c'est important d'aller de l'avant là-dedans. Par
ailleurs, et enfin, mais comme Nadia a enseigné et enseigne toujours à
l'université, là, c'est un autre registre. On a pu considérer que la
loi 21, qu'on a affaire à des adultes, ces gens qui veulent porter
librement un signe religieux sont assez autonomes pour en décider par elle
même. Mais avec... couvrir le visage, ça met une pression sur l'ensemble des
autres élèves. Et je rappellerais que la loi de 2024, en France, qui a interdit
les signes religieux chez les jeunes à l'école, l'équivalent, pour nous, de
primaire et secondaire, c'était pour empêcher, aussi, la pression sociale, la
pression communautaire sur les autres musulmans, c'est ce qui a été dit constamment
durant la commission Stasi, hein, là aussi, il y a quantité de faits qui
montrent qu'il y avait des problèmes et le législateur est arrivé de l'avant...
Je me permets une dernière petite remarque politique, je termine là-dessus.
Tout le monde, à la commission Stasi, a signé en faveur de la loi et du rapport
Stasi pour interdire les signes religieux. Une seule personne ne l'a pas fait,
c'est son droit, c'est Jean Baubérot, qui fut le seul expert indépendant invité
par la commission Bouchard-Taylor. Tous les autres ont été refusés et toutes
les législations européennes qui n'allaient pas dans le sens privilégié par les
deux commissaires ont été mises de côté. Là aussi, on a droit à un dialogue
ouvert, puis dire ce genre de chose là pour dire, c'était quand même déjà assez
biaisé.
• (12 h 20) •
Une voix : On a fini, je
pense.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Sept secondes, alors c'est terminé. Merci beaucoup. Merci,
mesdames. On termine avec le député de Matane-Matapédia pour 4 min 8 s.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Je connais bien vos positions,
vos écrits, en accord avec à peu près toutes vos observations. Alors, ce que je
fais avec vous, comme avec le groupe précédent, c'est que je vous donne un
moment, sur mon temps, pour parler d'un enjeu qui n'a pas été abordé, que vous
souhaiteriez mettre de l'avant.
Mme Girard (Marie-Claude) : Qui
n'a pas été abordé dans le projet de loi 9? Je dirais tout le personnel de
la DPJ, pour l'interdiction du port de signes religieux, comme Nadia l'a
soulevé dans son... dans son introduction. Pour nous, c'est indispensable.
C'est incompréhensible que le personnel de la DPJ, les personnes qui
travaillent auprès de jeunes en difficulté, qui vont dans des familles, qui
doivent régler, souvent, des conflits religieux ou quelque que soit, que ces
personnes là, des représentants de l'État qui ont... qui sont en situation
d'autorité puisqu'ils déterminent... ils ont un pouvoir immense auprès des
enfants et des familles et de décisions, de savoir si on déplace un enfant ou
pas, ou si on le protège ou pas, et que ce... le personnel de la DPJ...
Mme Girard (Marie-Claude) : ...ne
soit pas soumis à l'interdiction de signes religieux. Et pour nous, c'est
incroyable, pour nous, ça doit être corrigé.
Mme El-Mabrouk
(Nadia) : Oui. Alors, moi, là, en ce moment, j'aimerais bien
parler de l'abattage rituel. Là, on a parlé de menus halal, casher, il faut
quand même savoir que le... en tout cas, ça provient d'un abattage sans
étourdissement. Alors donc, il y a un règlement canadien qui oblige... bien,
qui requiert, avant l'abattage, que l'animal soit étourdi, OK, pour qu'il soit
inconscient et pour minimiser la souffrance de l'animal aussi pour des
questions de salubrité des aliments. C'est dans la Loi sur la salubrité des
aliments. Et puis, et puis, l'abattage rituel, eh bien, c'est un accommodement,
cette loi-là, qui retire... qui lève l'obligation d'étourdissement. Alors, il
faut le savoir. Déjà... Donc, je comprends bien que c'est fédéral.
Alors, nous avons une pétition parrainée
par M. Champoux du Bloc québécois là-dessus, bon, mais il y a des enjeux
canadiens, mais il y a aussi des enjeux québécois. Donc, ce qu'on... donc il y
a le fédéral, non seulement... non seulement il y a cet accommodement, mais, en
plus, le fédéral finance, à un coût de 40 millions de dollars, des
entreprises qui font déjà dans le halal et puis d'autres qui veulent se
convertir à ce mode d'abattage. Écoutez, c'est quelque chose qui va à l'encontre
des valeurs citoyennes les plus élémentaires. Et le problème, c'est que... le
deuxième, l'autre problème, c'est que l'étiquetage des aliments... il n'y a pas
d'étiquetage obligatoire sur le mode d'abattage, ce qui fait que les citoyens
se retrouvent... les consommateurs à l'épicerie sont presque... c'est presque
impossible pour eux de savoir si la viande qu'ils achètent a été obtenue par un
abattage qui respecte leurs valeurs ou pas.
Écoutez, ça, c'est un problème quand même
qui devient important, qui choque... enfin, qui perturbe, qui dérange
fondamentalement beaucoup de citoyens, et je pense que sur un projet pour... de
renforcement de la laïcité, c'est important de se pencher sur ce problème.
Donc, ce projet de loi là vient changer différentes lois. Je comprends que
c'est peut-être un problème plus pour la MAPAQ, mais, quand même, c'est un
problème de laïcité. On ne peut pas se dire un État laïc et puis obliger tous
les citoyens à acheter de la... à acheter des produits qui vont à l'encontre de
leurs valeurs. Donc, je pense qu'il faut... je pense que le Québec a le pouvoir
d'obliger au moins l'étiquetage correct des aliments et de s'assurer que, dans
toutes les grandes épiceries du Québec, eh bien, on ait de la viande...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, c'est ce qui met fin à cette
audience. Au nom de mes collègues, madame... mesdames, messieurs, merci pour
votre apport à nos travaux. Et nous allons suspendre la commission jusqu'aux
avis touchant les travaux des commissions, c'est-à-dire vers 15 h 15.
Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 25)
15 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 15 h 41)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux. Nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 9, Loi sur le
renforcement de la laïcité au Québec. Cet après-midi, on a un bon ordre du
jour. Alors, nous allons rencontrer les organisations suivantes : la
Fédération des établissements d'enseignement privés, nous allons poursuivre
avec l'Union des municipalités du Québec, la Centrale des syndicats du Québec,
le Conseil national des musulmans canadiens et la Fédération québécoise des
municipalités.
Alors, notre premier groupe, la Fédération
des établissements d'enseignement privés du Québec. Bienvenue à cette
commission! Vous êtes des habitués. Vous savez que vous avez une période de 10 minutes
pour vous présenter, et ensuite l'essentiel de vos propositions,
recommandations. Et nous allons poursuivre avec la discussion des...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...des parlementaires. Alors, le temps est à vous. Merci.
M. Mayer (Stéphane) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes, MM. les députés. Merci de
nous recevoir dans le cadre de l'étude du projet de loi n° 9. Je me
présente, Stéphane Mayer, je suis le président du conseil d'administration de
la Fédération des établissements d'enseignement privés et également directeur
général du Collège Saint-Sacrement, à Terrebonne. Je suis accompagné par Vickie
Viens, qui est directrice générale de notre regroupement.
D'emblée, nous souhaitons préciser que
notre fédération adhère aux principes de la laïcité dans la prestation des
services d'enseignement et souhaite contribuer à son application claire et
concrète en milieu scolaire. Nos établissements évoluent déjà dans un cadre
légal structuré. Ils dispensent le Programme de formation de l'école
québécoise, se conforment aux exigences applicables et assument des obligations
reconnues. Les établissements d'enseignement privés sont soumis périodiquement
à des vérifications approfondies liées au renouvellement de nos permis par le
ministère de l'Éducation.
L'objectif de notre présentation
aujourd'hui est simple : On veut atteindre les visées du projet de loi
sans affaiblir la capacité des écoles à faire vivre leurs projets éducatifs, à
organiser les services aux élèves, à gérer le personnel et à répondre
rapidement aux besoins, parce qu'on croit sincèrement que la meilleure école
est celle qui peut agir.
Le réseau scolaire vit présentement une
pression exceptionnelle. Pénurie de main-d'oeuvre, besoins plus complexes,
pression sur les services spécialisés aux élèves. Dans ce contexte, toute
modification législative doit être évaluée à la lumière d'un critère très concret :
est-ce que les mécanismes proposés soutiennent la capacité des établissements à
maintenir et organiser les services aux élèves ou est-ce qu'ils ajoutent de la
rigidité, de la lourdeur et de l'incertitude sur le terrain?
Notre fédération regroupe plus de 200
écoles privées variées qui possèdent, à de rares exceptions près... pardon, le
statut d'organisme sans but lucratif et qui sont administrées par des conseils
d'administration. Ces écoles sont enracinées dans leurs communautés, présentes
dans 14 des 17 régions administratives du Québec. La grande majorité sont
aujourd'hui laïques, malgré leurs noms et leurs bâtiments patrimoniaux faisant
parfois référence à un passé religieux. Ces écoles sont fières de souligner
leur histoire, leurs origines et leur patrimoine, tout en accueillant une
clientèle diversifiée à l'image du Québec moderne.
Notre réseau accueille près de
133 000 élèves, dont une part importante des élèves du secondaire. Il
reflète une diversité réelle : une proportion significative d'élèves ont
un plan d'intervention et plusieurs sont issus de l'immigration de première ou
deuxième génération. Nous jouons donc un rôle complémentaire au secteur public
par la diversité des parcours, des services et des projets éducatifs, dans le
respect du cadre scolaire québécois.
C'est pour que nos écoles puissent jouer
pleinement ce rôle que nous proposons des ajustements ciblés au projet de loi,
tout cela pour éviter des effets non souhaités du projet de loi, une perte
d'agilité organisationnelle, une rigidification des pratiques de gestion du
personnel, une réduction de la mobilité professionnelle et, ultimement, une
fragilisation de la continuité et de la qualité des services offerts aux
élèves. Sur le terrain, l'agilité n'est pas une abstraction, c'est la capacité
de prendre des décisions rapidement, sans attendre l'autorisation d'un centre
de services scolaire. C'est d'embaucher rapidement le bon professionnel au bon
moment, de réorganiser des tâches, d'ajuster des horaires et des équipes, de
mettre en place des services spécialisés, d'adapter l'offre dans des délais
raisonnables et d'innover lorsque c'est nécessaire. Si cette marge de manœuvre
diminue, ce sont les élèves qui le ressentent en premier : délais dans
l'accès à un service, interruptions, ajustement tardif de plan d'intervention,
par exemple, réduction de l'offre de soutien, et j'en passe.
Nous demandons donc que l'application du
projet de loi n° 9 préserve explicitement l'autonomie et l'agilité des
établissements de façon à ne pas freiner l'organisation des services aux élèves
et la gestion du personnel. Autonomie et responsabilité ne s'opposent pas. Dans
notre réseau, l'autonomie s'accompagne d'imputabilité réelle, gouvernance
locale, relation directe avec les parents, obligation réglementaire,
transparence et obligation de moyens sur la qualité des services.
Un point central de notre intervention,
aujourd'hui, concerne la clause dite grand-père prévue à l'article 15. Tel
qu'elle pourrait être interprétée, cette disposition risque de faire glisser la
gestion du personnel d'une logique de flexibilité vers une logique de postes
figés. Or, dans le milieu scolaire... les besoins, pardon, évoluent en cours
d'année, les cohortes changent et les services doivent s'ajuster en continu.
Sans amendement à cet article, on risque de se retrouver avec des situations
où...
M. Mayer (Stéphane) : ...une
personne ne peut plus être affectée à une fonction voisine au sein d'un même
corps d'emploi, dans la même école, même lorsque les compétences sont transférables
et que les besoins éducatifs le justifient. Nous demandons donc d'ajuster la
portée et la formulation de cette clause afin d'éviter des entraves inutiles à
la gestion du personnel, à la réaffectation interne des ressources et à la
continuité des services éducatifs.
Mme Viens (Vickie) : Dans
le même esprit, il faut reconnaître que la mobilité professionnelle comme un
outil de gestion essentiel, particulièrement en période de pénurie. La mobilité
n'est pas une préférence administrative, c'est une condition de stabilité
organisationnelle et de continuité des services. Elle permet de réorganiser les
équipes en cours d'année, de répondre rapidement à une absence ou à une
vacance, de maintenir un service essentiel à un élève et de préserver un climat
de travail mobilisateur. Nous demandons donc que la mobilité horizontale et
verticale soit explicitement reconnue au sein d'un même corps d'emploi, d'un
établissement à l'autre, qu'il soit public ou privé, lorsque pertinent. Dans un
marché du travail hautement compétitif, la mobilité doit aussi être assumée
comme un levier structurant contre la pénurie. Il faut éviter toute disposition
qui figerait inutilement les affectations ou limiterait les cheminements
professionnels. La possibilité d'évoluer, d'assumer des fonctions connexes,
d'accéder à des responsabilités accrues est un facteur de rétention et
d'attractivité. À l'inverse, un cadre trop rigide peut produire les effets
contre-productifs : décrochage professionnel, départ vers d'autres
secteurs, et, surtout, perte d'expertise. Il faut enfin tenir compte des
impacts potentiels sur l'équité professionnelle. Plusieurs corps d'emplois
touchés sont majoritairement féminisés. Une limitation accrue de la mobilité
peut, indirectement, restreindre l'accès à de meilleures conditions de travail
et à des perspectives de développement de carrière. Nous demandons donc que
cette dimension soit prise en compte explicitement afin d'éviter des effets
disproportionnés.
Dans un autre ordre d'idée, les parents
ont le droit et choisissent une école privée pour des raisons concrètes :
un projet éducatif particulier, un encadrement adapté, des services
spécialisés, une approche pédagogique différente. Les écoles privées répondent
à ces besoins variés. Nous demandons d'éviter qu'une application trop
restrictive du projet de loi n'appauvrisse l'offre éducative ou ne rigidifie
indirectement des projets qui contribuent à la réussite des élèves. Encore une
fois, cette souplesse est indispensable pour préserver la continuité, répondre
rapidement aux besoins diversifiés des élèves et éviter que la mécanique légale
ne transforme l'organisation quotidienne en exercices de conformité plutôt
qu'en réponse aux besoins.
Enfin, nous demandons de préciser que les
éléments patrimoniaux, architecturaux ou historiques présents dans certains
établissements ne constituent pas en soi une mise en valeur d'un signe
religieux lorsqu'il relève de l'histoire du bâtiment et non d'une pratique
religieuse active. Plusieurs écoles occupent des bâtiments patrimoniaux à
caractère religieux qui font partie du patrimoine collectif québécois. Les
établissements contribuent à leur entretien et, dans plusieurs cas, à leur
accessibilité. Le patrimoine bâti ne devrait devenir une... ne devrait devenir
une victime collatérale du renforcement de la laïcité. Il est possible de
concilier les objectifs du projet de loi avec une approche pragmatique qui
évite des contraintes disproportionnées et protège la pérennité de ce
patrimoine.
• (15 h 50) •
En conclusion, la Fédération des
établissements d'enseignement privé partage les objectifs du projet de loi n° 9. Nous ne demandons ni exemption ni traitement
particulier. Nous demandons des ajustements ciblés, concrets et applicables qui
sécurisent l'intention du législateur et protège la capacité des établissements
à agir au bénéfice des élèves partout au Québec.
Nous vous remercions de votre écoute et
nous demeurons disponibles pour répondre à vos questions.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Bien, merci beaucoup pour cet exposé. On commence d'ores et
déjà la période de discussion avec les parlementaires.
M. le ministre, et votre banquette, vous
bénéficiez de 15 minutes.
M. Roberge : Merci, Mme
la Présidente. Merci pour votre présentation.
Le projet de loi amène des notions de
respect des principes de la laïcité dans le réseau privé subventionné. Je
précise que, de notre côté, on ne remet pas en question l'espèce de cadre,
l'espèce de pacte entre l'État et les écoles privées subventionnées. Ce n'est
pas le cas pour les trois autres formations. C'est important de le dire. Les
trois autres formations politiques représentées à l'Assemblée nationale
proposent un définancement de toutes les écoles privées subventionnées au
Québec. Ce n'est pas là qu'on va dans notre projet de loi...
M. Roberge : ...ce qu'on dit,
c'est que, lorsque l'argent public, il doit y avoir des conditions. Puis j'ai
noté : Vous adhérez au principe de la laïcité dans le milieu scolaire.
Reste à discuter des modalités du comment, etc.
Vous avez exprimé des préoccupations pour
les bâtiments. Je veux vous entendre, là, dans la prochaine intervention, parce
qu'il me semble qu'il n'y ait rien dans le projet de loi, il ne faudrait pas
qu'il y en ait, s'il y en a, vous nous ciblerez l'article, qui amène à... je ne
sais pas trop, débâtir, arracher, enlever un symbole patrimonial sur un
bâtiment. Il me semble que les exemptions sont là, il faudrait qu'elle le soit,
ces... mais je suis pas mal convaincu qu'elles le sont. Puis il n'y a pas
d'enjeu non plus avec le nom. Là, vous l'avez dit, là. Que ça soit à l'école
des Saints X, Y, Z, Yahvé, Jéhovah, Allah, ce n'est pas un problème, là. On
sait que les écoles ont été fondées parfois par des regroupements religieux ou
des congrégations. La question, c'est : Qu'est-ce qui se passe en ce
moment dans les murs des écoles, lorsque l'argent de l'État est là?
Sur la gestion du personnel, la clause
grand-père qu'on propose, c'est la même dans le réseau public que dans le reste
dans le réseau privé. L'automne dernier, on a adopté un allègement par rapport
à ce qu'on avait depuis 2021, la notion de concept de prédominance de la tâche.
Donc, on est un petit peu moins rigide dans notre interprétation que nous ne
l'étions depuis 2021, pour permettre justement, parfois, qu'il y ait des
compléments de tâches sans que ça soit considéré comme un changement à
l'emploi. Je comprends que vous souhaiteriez qu'on aille plus loin.
Donc, je vais vous demander deux choses.
D'entrée de jeu, qu'est-ce que vous souhaiteriez comme aménagements dans ce
concept-là? Puis ensuite est-ce qu'il y a un enjeu par rapport aux bâtiments
patrimoniaux, est-ce qu'il y a un article qui vous inquiète particulièrement?
M. Mayer (Stéphane) : M. le
ministre, en ce qui concerne les noms, les bâtiments, nos lieux, on comprend
votre... puis on est heureux de vous entendre. Pour nous, c'était important
toutefois de le préciser parce que nombre de nos établissements ont... sont des
anciens couvents, par exemple, des anciens instituts religieux ou... qui est
administré par des religieux ou des religieuses. Donc, on voulait... On est
très heureux de vous entendre, mais on voulait préciser cette petite inquiétude
là, même si vous nous notez que c'est inscrit. Puis on l'avait vu, mais on
voulait quand même vous entendre à nouveau nous le... nous le dire. Parce que
pour nous, c'est important, c'est le patrimoine québécois et ça fait partie de
nos milieux. Donc, c'est important pour nous de l'entendre.
Mme Viens (Vickie) : Si vous
me permettez de rajouter à cet effet-là, en fait, dans le contexte du
patrimoine, il y a encore... dans certains cas, des cohabitations. Donc, même
si l'école présente un projet éducatif laïque, ils cohabitent avec des
congrégations, des religieux ou des religieuses. Puis on veut que ce soit
reconnu comme étant une histoire, dans le fond, l'histoire du Québec et non pas
comme ce fait-là de côtoyer des sœurs, par exemple, ou des frères ou même
d'autres... des membres d'autres religions, que ce soit vu comme une vie active
religieuse dans l'école, mais bien, justement, de reconnaître que ces gens-là
ont fondé l'histoire du Québec et ont... et ont grandement contribué à la mise
en place de ces écoles et de ces institutions-là.
Donc, c'est plus dans ce contexte-là
aussi, on veut apporter cette nuance-là, de permettre de reconnaître cette
cohabitation-là, entre autres, de façon à ce que ce soit plutôt simple
d'accueillir d'anciens dirigeants ou de permettre à des... à des gens de
certaines congrégations de venir marcher dans les murs de l'école, rencontrer
les élèves et les saluer dans ce contexte-là, sans vouloir avoir une activité
religieuse à caractère religieuse.
Pour le deuxième point, encore une fois
merci, je pense que c'est important de venir préciser qu'effectivement on vient
offrir une certaine flexibilité au niveau du corps d'emploi. J'ai vu
l'amendement, puis c'est grandement apprécié. Cependant, dans le contexte des
écoles privées, il s'agit d'un seul employeur. Donc, c'est un peu plus
difficile pour un employé dans la même école d'avoir cette chance-là d'avoir
une tâche qui est majoritairement dans un poste et d'avoir quelques fonctions
dans un autre poste. Et là je vais penser directement aux besoins des élèves.
Un exemple simple. Au secondaire, on a un enseignant qui part en congé de
maladie ou autre, et là j'ai un professionnel qui est aux études en
enseignement, par exemple, mais qui appartient à un corps d'emploi
professionnel, par exemple, psychologue ou autre et qui pourrait... ou même un
orthopédagogue, et qui pourrait, parce qu'il connaît ou elle connaît le milieu
venir remplacer cet enseignant qui est parti en maladie et qui a tout à fait
les compétences pour le faire. Mais, comme c'est un changement de poste et même
de corps d'emploi, la loi vient nous dire qu'il serait possiblement interdit de
le faire.
Donc, nous, on veut aller vers cette
vision-là qui nous permet d'avoir peut-être une réflexion, une vision plutôt
ouverte au niveau du corps d'emploi pour reconnaître les compétences et favoriser
ce changement de poste là en cours d'année pour venir répondre aux...
Mme Viens (Vickie) : ...besoins
des élèves. Ce serait la même chose pour des éducatrices au service de garde,
par exemple dans une école primaire, qui auraient les compétences pour jouer un
rôle de technicien en éducation spécialisée ou encore de technicienne des
services de garde. À ce moment-là, on voudrait qu'on reconnaisse cette
mobilité-là verticale, qui permet justement de mobiliser puis de venir motiver un
employé dans un contexte où il y a un seul employeur. Et on va plus loin dans
notre requête, on demande que ce mouvement-là, horizontal et vertical, puisse
se faire entre les écoles publiques et privées pour venir contrer la pénurie,
là, de main-d'œuvre dans le réseau.
M. Roberge : Mais, brièvement
à cet égard-là, le principe de la Loi sur la laïcité, la loi 21 adoptée en
2019, puis le renforcement ici, c'est de dire que plusieurs corps d'emploi,
plusieurs personnes, idéalement, ne devraient pas porter de symbole religieux.
Donc, la loi, c'est ça, c'est qu'il n'y en a pas de port de symbole religieux
pour ces personnes-là. Le principe de la clause grand-père, c'est une espèce
de... de période transitoire pour arriver à ce que 100 % des gens ne portent
pas de symboles religieux.
Donc, je comprends que vous dites :
Oui, mais là on pourrait ne pas garder la mesure d'exception dans des cas de
transfert de poste, mais ça reste que c'est une mesure d'exception. La règle,
c'est qu'ils n'en portent pas. Puis, à terme, c'est une question de temps, on
va s'y rendre. Donc, je voulais juste préciser cet élément-là.
Mais avant de poursuivre, je pense que je
vais laisser à mon collègue qui a une ou des questions puis je pourrai
reprendre ensuite.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci.
M. Roberge : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Juste une seconde, vos appareils doivent tous être en....
M. Roberge : Mais vous pouvez
y aller. Si vous voulez réagir, allez-y, puis mon collègue poursuivra, bien
sûr.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je veux juste vous... J'ai entendu un cellulaire. Les
appareils électroniques doivent être en mode sourdine, s'il vous plaît. M. le
député de Chauveau, la parole est à vous.
M. Lévesque (Chauveau) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. M. Mayer. Mme Viens, merci beaucoup de
votre présence aujourd'hui. Quand vous parliez de chiffres tantôt, je voyais
200 écoles membres. On parle beaucoup du port de signes religieux. C'est
intéressant de savoir c'est quoi l'ampleur aussi, de... de l'impact que ça va
avoir la décision éventuellement. Avez-vous fait à l'intérieur de... de vos
membres, là, peut-être aujourd'hui, là, un état de situation. Ça touche combien
de personnes, tout d'abord, au niveau des... des membres du personnel? Ça,
c'est un... c'est une chose. Puis, l'autre élément que j'aimerais bien savoir,
parce que je vous disais que, la majorité des écoles, là, dans les faits,
actuellement, sont déjà laïques. Tu sais, dans le fonctionnement, mais combien
de vos 200 membres, par exemple, seraient des écoles qui nécessiteraient,
si tant est que le projet de loi tel que présenté soit adopté dans son
intégralité, là, seraient impactés, là, puis qui nécessiteraient des
modifications? Je ne sais pas si vous avez des données pour moi aujourd'hui,
pour nous.
Mme Viens (Vickie) : Effectivement,
on a sondé nos écoles, à savoir quel était l'impact d'un projet de loi de telle
sorte, et... et on se rend compte que, dans certains corps d'emploi qui... qui
sont qui sont très féminisés, l'impact est majeur. Il y a des fois plusieurs
membres du personnel qui portent des... des signes religieux, principalement
dans le corps d'emploi du personnel de soutien. On a qu'à penser, là, pour vous
faire un exemple, là, les... les éducatrices au service de garde par exemple.
Et donc, dans ce contexte-là, même si les écoles sont laïques, je vous dirais
que, dans les grandes... dans les grands centres, c'est la majorité de nos
écoles qui serait... qui serait touchée. Si on pense à nos écoles qui ont un
caractère religieux, mais, dans certains cas, ça peut être presque la totalité
de... des membres du personnel dans ce contexte-là. Donc, il faut... il faut
réfléchir à la... à ces modalités-là, justement, de mouvement personnel,
vertical ou horizontal?
• (16 heures) •
M. Lévesque (Chauveau) : OK.
Puis, il n'y avait pas de... de chiffres? Je dis que ça peut être majeur en
termes de nombre, mais vous n'avez pas nécessairement pris la donnée. Bon, par
exemple, on a... je vais dire n'importe quoi, on a 10 000 employés,
sur le 10 000, bon, on en a 1 000 qui portent un signe, 1 500.
Vous n'avez pas... vous n'avez pas...
Mme Viens (Vickie) : ...d'un
établissement à l'autre, donc ce n'est pas... Dans ce contexte-là, c'est plus
difficile de vous donner des données exactes, là.
M. Mayer (Stéphane) : ...il
faut comprendre qu'on est un centre de services scolaire particulier, on n'a
pas... on n'a pas un... une centrale de ressources humaines qui gère l'ensemble
des employés. Chaque école est indépendante, chaque école a son conseil
d'administration, donc il est difficile pour nous d'avoir le nombre exact, là,
tel que vous le demandez.
M. Lévesque (Chauveau) : Parfait!
Merci beaucoup de votre réponse. La deuxième question que j'aurai, M. le
ministre, j'aimerais vérifier... vous parlez... Comme j'ai posé en première
question... en deuxième question, vous avez 200 écoles. Évidemment, bon,
il y avait le financement qui était lié aux écoles privées. Donc, se conformer
à la Loi sur la laïcité, vous l'avez dit encore une fois, que c'est de facto,
vous êtes, pour la très vaste majorité, déjà laïques. Est-ce que vous avez une
idée du nombre d'écoles qui nécessiteraient une adaptation? Parce que vous
n'êtes pas sans savoir que, dans le... dans le projet de loi, il y a un délai
de trois ans qui serait accordé aux écoles pour se conformer...
16 h (version non révisée)
M. Lévesque (Chauveau) : ...quand
même quelque chose de très positif. D'ailleurs, j'ai rencontré quelques écoles
privées en préalable de cette commission parlementaire, puis ils appréciaient
le fait qu'il y ait du temps qui soit laissé. Est-ce que vous avez une idée du
nombre d'écoles ou d'institutions qui devraient s'y conformer?
M. Mayer (Stéphane) : Encore
une fois, c'est la même réponse. Tu sais, on est un centre pour soutenir nos
écoles, pour les aider à évoluer, à respecter la réglementation, les lois, mais
on n'a pas d'autorité, en tant que tel, sur les écoles, donc on n'a pas ce
nombre-là... tu sais, précis.
Et, pour revenir à la question ou à l'intervention
du ministre en ce qui concerne la clause grand-père, bien, on est conscients puis
on est... on n'est pas contre le fait qu'éventuellement, un jour, les signes
religieux portés par les membres du personnel vont disparaître, là,
pratiquement par attrition, lorsque la clause... hein, on pourrait l'appeler
pratiquement comme ça, là... de le nommer comme ça. Mais, actuellement, moi, je
suis directeur d'école, vous êtes... vous êtes enseignant de formation... Tu
sais, le besoin premier pour nous, là, dans les écoles, c'est de répondre aux
besoins des jeunes, puis malheureusement, trop souvent, il arrive qu'il manque
des enseignants en classe. Et, lorsque j'ai une orthopédagogue, par exemple,
qui porte un signe religieux, la clause grand-père s'applique à elle pour son
poste d'orthopédagogue, mais j'aimerais bien l'envoyer en classe pour remplacer
une enseignante qui n'est pas là pendant deux semaines et je ne peux pas le
faire, ça, c'est un frein. Mais on comprend... on comprend tout de même qu'un
jour ça va disparaître, puis on n'est pas contre ça. Actuellement, peut-on...
peut-on avoir un peu de souplesse dans ce sens-là? C'était notre... C'est le
but de notre intervention.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : M. le ministre, il vous reste encore deux minutes 45.
M. Roberge : Merci. Bien, il
me semble que, dans l'exemple précis que vous donnez, le concept de
prédominance de la tâche, la personne, si elle est orthopédagogue, porte un
symbole religieux, fait son travail d'orthopédagogue à longueur d'année, arrive
une situation particulière, on a besoin de cette personne-là pour deux
semaines, trois semaines, un mois et demi comme enseignante... il reste que la
prédominance de sa tâche sera orthopédagogue. Donc, je ne verrais pas d'enjeu...
je ne verrais pas d'enjeu dans cette situation-là, puisque la prédominance de
sa tâche, c'est orthopédagogue. Il ne s'agit pas d'un changement, je ne passe
pas d'orthopédagogue à : Je n'ai plus contact avec les élèves, je deviens
direction. Là, la prédominance de la tâche, j'étais orthopédagogue, je deviens
direction, la clause de droit acquis ne s'appliquerait plus. Si je reste
orthopédagogue, je vais donner un coup de main ou je vais pallier ou faire une
suppléance pour une durée limitée, je ne vois pas dans quelle mesure ça pourra
poser un enjeu dans les paramètres actuels de la loi.
Ceci dit, je suis... je suis sensible à ce
que vous exprimez. La gestion du personnel, c'est important parce que, dans une
école, c'est du monde, c'est du monde qui travaille avec du monde. Le produit
fini, là, c'est des personnes qui ont établi des relations les unes avec les
autres. Il n'y a pas d'objet, hein? L'objet, c'est la connaissance, c'est la
relation humaine. Donc, j'apprécie votre... vos interventions aujourd'hui puis
je suis sensible à ce que vous dites.
Donc, il ne nous reste plus beaucoup de
temps, mais sachez qu'on pourra garder le contact après la commission si on
peut trouver un... un aménagement pour que ça fonctionne mieux. On n'est pas
dans le blocage, on n'est pas dans le... dans une opposition de principe, on
est dans comment trouver la meilleure façon de faire arriver les choses dans le
respect de votre mission éducative puis pour que les enfants soient préservés
de tout ça. Bien, je veux juste vous dire que vous avez un partenaire ici.
M. Mayer (Stéphane) : ...on
reconnaît qu'autant alors que vous étiez ministre de l'Éducation que maintenant,
là, dans votre... dans vos nombreux... votre ministère ou nombreuses missions
de différents ministères, ça a toujours bien été, dans le sens où on a eu une
bonne communication. Parfois, il y a des enjeux, il y a des incompréhensions,
mais, pour la... la plupart du temps, ça s'est bien passé. Nous, c'est ce qu'on
souhaite. On souhaite cette poursuite de dialogue là. Et on trouverait ça
dommage, même si... j'ai donné un exemple, mais une personne qui a un signe
religieux ne puisse pour avoir une promotion dans le même milieu, alors que les
élèves le... l'ont côtoyée dans un poste où elle avait droit d'avoir son signe
religieux, nous, on trouve qu'il pourrait y avoir une flexibilité là-dessus. C'est
notre... C'est notre opinion.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, parlant de dialogue, nous allons
poursuivre cette fois avec l'opposition officielle. Vous avez également 15
minutes.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Mayer. Bonjour, Mme Viens. Ravie de vous avoir en
commission parlementaire. Et merci aussi pour... pour la transmission de votre
mémoire.
J'irais... Je poursuivrais, donc, sur la
même lancée que l'échange que vous venez de conclure avec le gouvernement, sur
la clause grand-père. Donc, vous avez nommé, donc, un cas de figure. Je pense
que le ministre s'est voulu rassurant, donc, sur l'exemple précis, donc, de l'orthopédagogue
qui pourrait, de façon prépondérante, conserver son poste et remplacer
ailleurs. Pouvez-vous donner... nous donner, donc, d'autres cas de figure qui
vous apparaissent être peut-être dans une certaine zone grise en ce moment dans
le projet de loi puis vous dites : Bien, ça...
Mme Cadet : ...ce serait
pertinent que, dans le cadre de notre rôle, lors de l'étude détaillée du projet
de loi... qu'on approfondisse ce type d'exemple là afin de bien valider que
vous puissiez préserver votre autonomie comme organisation.
Mme Viens (Vickie) : Je vais
vous donner un exemple au primaire. Donc, je reviens à... à l'histoire d'une
éducatrice, par exemple. Admettons, une éducatrice en service de garde occupe
un poste mixte, donc est technicienne en éducation spécialisée à raison de
25 heures semaine pour répondre à des besoins spécifiques de certains
élèves et complète sa tâche par un 10 heures comme... comme éducatrice au
service de garde. En cours d'année, mais aussi d'une année à l'autre, ce nombre
de l'heure... d'heures là attribuées en soutien direct à l'élève peut fluctuer,
que ce soit de façon positive ou négative dans le contexte de l'employé,
c'est-à-dire qu'on ajoute un nombre d'heures ou on réduit un nombre d'heures,
toujours afin de répondre aux besoins des élèves.
Donc, une année, il pourrait y avoir une
situation où cette personne-là se retrouve sans tâche comme technicienne en
éducation spécialisée et aurait à occuper de façon majoritaire un poste comme
éducatrice. Donc, si je reprends le concept que je semble avoir compris, dans
ce contexte-là, la personne perdrait sa clause grand-père parce que, dans le
fond, ça... la majorité de sa tâche ne serait plus dans le même corps d'emploi.
Et c'est dans un contexte comme ça où, quand l'adulte est connu, reconnu, il y
a... un lien a été créé avec les élèves, avec l'équipe-école, donc, on connait
bien la culture-école, connait bien aussi les parents, à ce moment-là, nous, ça
nous inquiète de dire : Bien, non, à cause de cette situation-là, je vais
devoir aller à l'externe, chercher et trouver un employé qui peut-être n'a pas
tout à fait les compétences, est en voie de les acquérir... les acquérir, parce
que, bon, est encore à l'école, ou autres, parce que, dans un contexte de
pénurie en ce moment, ce n'est pas évident pour nos directions d'école de trouver
des membres du personnel qui ont terminé leurs études, sont en poste, ont les
compétences, etc. Donc, c'est cette espèce de flexibilité là qu'on cherche à
mettre en valeur aujourd'hui.
Mme Cadet : En plus du
contexte de pénurie que vous venez de nommer, quand je vous entends, puis c'est
un peu dans la même lignée que ce que le ministre vient d'évoquer, là, que le
produit fini, donc, à l'école, c'est la connaissance, c'est du monde qui
travaille avec du monde, donc, il y a une relation, donc, qui est établie entre
les membres du personnel, les élèves, les parents, la direction. Donc, en bout
de ligne, ce que vous nous dites, c'est que cet individu-là, donc, pourrait
être appelé à évoluer, à poursuivre, donc, son évolution, donc, dans l'environnement
de travail. Parce que, pour la relation avec l'élève, ça ne change pas
grand-chose que la personne soit, disons, orthopédagogue pendant un certain
moment, par la suite, elle devient, bon, enseignante. Ce que vous nous dites,
c'est que cette personne-là... c'est que la clause grand-père devrait être,
entre guillemets, être attachée à la personne, là, plutôt qu'au poste. On
simplifie, là.
M. Mayer (Stéphane) : ...c'est
notre position, notre suggestion.
Mme Viens (Vickie) : Je vais
aller plus loin, dans le contexte où, exemple, l'école n'a... l'école n'a plus
besoin de cette ressource-là, mais qu'une école de quartier publique a besoin
de la ressource. Nous, on va jusque-là, dire : Dans un contexte de
pénurie, aidons le réseau, et acceptons cette mobilité-là horizontale entre les
écoles pour vraiment venir offrir le meilleur service à nos élèves.
Mme Cadet : Quest-ce que
voulez-vous dire par «mobilité horizontale»?
Mme Viens (Vickie) :
Exactement.
Mme Cadet : Parce que, tantôt,
vous avez parlé de mobilité verticale. Ça, on entend, donc, un poste, disons,
enseignement vers la direction, là. C'est un peu ça. Puis, horizontal, que la
personne puisse effectuer d'autres tâches au sein du même employeur et même à
l'extérieur.
Mme Viens (Vickie) :
Exactement.
Mme Cadet : OK. Parfait. Puis
je vous cite, Mme Viens, vous parlez, donc, de répondre aux besoins des élèves.
Donc, en bout de ligne, vous dites : c'est ce qui devrait nous préoccuper
comme législateurs, alors qu'on étudie ce projet de loi là, en se disent :
Bien, nos... la clause grand-père ou les autres dispositions, en bout de ligne,
l'objectif, c'est que le cadre normatif que nous créons soit en mesure de
répondre aux besoins des élèves.
Mme Viens (Vickie) : C'est le
bien-fondé des écoles privées au Québec. En fait, on est là pour être autonomes
et être agiles pour répondre aux besoins des élèves.
• (16 h 10) •
Mme Cadet : OK. Vous avez
nommé d'autres types d'exemples. Donc, au-delà de la clause grand-père, puis
des façons dont elle pourrait être opérée là, avec, bon, comment est-ce que
la... la répartition de la tâche peut être faite. Donc, vous avez... par
exemple, dans le dernier exemple, vous disiez : Bien, la prépondérance,
donc, serait inversée, entre guillemets, puis, à ce moment-là, il y a comme une
incohérence à ce que la clause grand-père soit levée, alors que ce sont les
mêmes tâches, mais on ne les fait pas dans le même pourcentage. Donc, ça, c'est
clair. Mais vous avez aussi nommé, donc, des exemples pour certaines de vos
institutions qui pourraient subir, donc, des effets non voulus de... des
dispositions qui se trouvent, donc, dans le projet de loi. Par exemple, vous
disiez, donc, par exemple, qu'une religieuse, donc, elle puisse marcher dans
l'école, ou disons qu'une... qu'une ancienne religieuse à la retraite puisse
parler avec les élèves, venir s'entretenir avec eux. Pouvez-vous nous donner,
donc... en fait nous étayer ces exemples-ci?
M. Mayer (Stéphane) : Bien, je
peux... je peux y aller avec... Moi, je suis... Je suis directeur actuellement
du Collège Saint-Sacrement, mais j'ai... j'ai été directeur d'un autre collège
auparavant, où cette école-là avait été fondée par des religieuses, un groupe
de religieuses. Puis, à chaque année, il y a des religieuses qui venaient
présenter l'histoire. Ce n'était pas un...
M. Mayer (Stéphane) : ...ce
n'était pas de l'enseignement religieux, mais c'était l'histoire de l'école,
venir rencontrer les jeunes. C'était vraiment l'histoire de l'école, comment
elles avaient fondé ça, la construction du bâtiment, etc., donc... mais
pouvaient porter un signe religieux, une croix, par exemple, dans le cou. Donc,
ça pouvait être distinctif, ou une broche, une croix, par exemple, ici. Donc,
c'est là notre inquiétude. Est-ce que... puis là, peut-être que vous allez me
rassurer, mais est-ce que... est-ce que ces personnes-là ne pourront plus
revenir dans leur milieu d'origine? Exemple.
Mme Viens (Vickie) : ...on le
voit souvent aussi, dans les cérémonies de graduation, les finissants, à la fin
d'année... des représentants des fondateurs qui vont revenir... qui vont
revenir dans leurs écoles pour venir remettre des prix ou justement faire une
lecture sur tout cet historique et cette fierté-là, ce sentiment d'appartenance
là à l'école. Donc, ce sont des enjeux qui, nous, sont... nous inquiètent par
rapport au projet de loi actuel et sur lesquels on veut insister pour dire que,
pour nous, ce ne sont pas des activités religieuses, mais bien une activité
historiques associées à un patrimoine religieux.
Mme Cadet : Non, je vous
entends. Puis, un peu plus tôt, donc, lors des remarques préliminaires, donc,
le ministre étayait, donc, quel était le principe... quels étaient, donc, les
fondements du principe de laïcité. Puis, quand je vous entends, vous
dites : Bien, tout ça, ces exemples-là sont tout à fait en adéquation avec
les principes de séparation de l'Église et de l'État, d'égalité hommes-femmes,
d'égalité entre les citoyens, de liberté de conscience. Donc, ici, on parle de
personnes, donc, qui ont fondé un établissement scolaire et qui peuvent
retrouver... retourner dans leur milieu de vie ou même être de passage dans
leur milieu de vie, là. C'est bien ça?
Mme Viens (Vickie) : Exact.
Mme Cadet : OK. Ça me semble
très clair. Est-ce qu'il y a... il y a d'autres exemples? Parce que je
voulais... Puisqu'évidemment, donc... c'est notre temps d'échange, donc le
ministre n'aura pas l'occasion, donc, de vous rassurer pendant cette
période-là, mais d'autres exemples du même type que... pour lesquels, donc,
nous pourrions questionner?
M. Mayer (Stéphane) : Vous
savez que dans nos écoles, vous vous rappelez peut-être, alors que vous étiez à
l'école secondaire, on fait venir des conférenciers. Donc, un conférencier qui
porterait par exemple un signe religieux, une croix ou peu importe, là, qui
vient s'exprimer sur ce qu'il a vécu, nous, on avait l'habitude,
malheureusement, il y en a de moins en moins, là, mais de faire venir des gens
qui ont vécu la Shoah, par exemple, qui ont vécu les camps de concentration.
Et, par exemple, s'ils portent un signe religieux, pourront-ils venir
s'adresser aux élèves, raconter leur histoire, ce qu'ils ont vécu? Ce sont...
Ce sont des exemples, des questionnements que nos membres ont.
Mme Cadet : Non, je vous
entends là-dessus. Puis, bien évidemment, ici, encore une fois, on parle
d'exemples, là, qui respectent tout à fait, donc, les fondements de la laïcité
de l'État. Puis effectivement, manifestement, il y a certaines zones grises
dans le projet de loi à cet égard.
Vous avez commencé votre intervention en
parlant du principe d'autonomie. Est-ce qu'il y a d'autres entraves
potentielles au principe d'autonomie des écoles privées?
Mme Viens (Vickie) : En fait,
on fait référence au droit des parents de choisir leur école, évidemment, qui
est reconnu dans la Charte des droits et libertés. Je pense que c'est important
que chaque école puisse avoir un projet éducatif qui permet de répondre, encore
une fois, aux besoins des élèves. Et, dans certains contextes, on reconnaît,
là, la latitude qui est proposée dans le projet de loi pour offrir hors des
heures d'enseignement des moments d'enseignement religieux, ou des cours, ou
autres, en autant que ces moments-là soient prévus et facultatifs, de pas...
offerts de façon facultative, là, aux familles. Mais, nous, on est tout à fait
en accord avec ce principe-là parce qu'on croit à ce choix-là, hein? On sait
que 76 % des parents au Québec ont... ont... veulent avoir ce choix-là
d'école pour leur enfant. Donc, on est vraiment, quand on parle d'autonomie et
d'agilité... c'est vraiment en ce sens-là où on veut que les écoles, s'ils
voient que les parents ont ce souhait-là, ont ce besoin-là, puissent le faire,
tout en rendant cet enseignement facultatif là ou en offrant une autre activité
éducative à des élèves qui ne voudraient pas aller dans ce sens-là, là, au même
moment.
Mme Cadet : Merci. Puis je
vous ai... Je vous écoute puis je pense à un autre aspect du projet de loi.
Donc, lorsqu'on pense, donc, aux dispositions qui concernent, donc, les écoles
privées subventionnées, il y a... donc, il y a un élément, donc, qui... Pardon,
j'ai perdu mon idée, là, pendant que je réfléchissais. J'ai entendu chuchoter
puis j'ai perdu mon idée. Mais, bon, je vais... je vais peut-être laisser ma
collègue. Oui?
M. Mayer (Stéphane) : ...à
votre intervention précédente, ça va... peut-être vous permettre de retrouver
votre idée. Pour nous, c'est important que chaque école puisse répondre à un besoin
d'un jeune et d'une famille. Chaque école a une couleur, un projet éducatif
propre, qui lui est propre. Et ça, pour nous, c'est important de conserver cela
dans le respect des lois, dans le respect du principe de la laïcité, dans le
principe de... Mais, pour nous, c'est important, ça, que chaque école, on
puisse continuer à avoir notre couleur, à répondre à des besoins.
Mme Cadet : Donc, que les
parents puissent choisir, donc, le projet pédagogique, le projet éducatif de
cet établissement scolaire là, qui, eux-mêmes, ont...
Mme Cadet : ...en toute
connaissance de cause.
M. Mayer (Stéphane) : Exactement.
Mme Viens (Vickie) : Surtout
dans un contexte où, comme on l'a nommé, on l'a précisé précédemment, on est
soumis à des vérifications régulières pour l'obtention de nos permis. Donc, on
est... on s'est que nos milieux et nos écoles respectent toutes les lois,
réglementations en ce sens. Donc, ce contexte d'autonomie là ne vient pas sans
responsabilité non plus, là.
Mme Cadet : Parfait. J'ai
retrouvé ma question. Merci beaucoup. On parle, donc, dans le projet de loi,
des écoles, donc, qui ne pourraient pas choisir, donc, des membres du
personnel, donc, qui ont une identité religieuse, donc qui sont membres, donc,
d'une confession et que le choix des élèves non plus, donc, ne pourrait pas
être en fonction de cette confession-là. Donc, essentiellement, on dit :
Bien là, si c'est obligatoire que les membres du personnel, que les
enseignants, donc, soient membres, donc, de cette même confession là, bien, à
ce moment-là, donc, c'est au-delà, donc, des cours d'enseignement religieux qui
sont dispensés dans le cadre... durant les heures de cours. Bien, ça aussi, il
faudrait que les écoles... donc, doivent se conformer, donc, à cet aspect-là.
Combien d'écoles, vous diriez, qui sont
membres de votre réseau, composent avec cette réalité-là, donc qu'on choisisse
les membres du personnel en fonction de leur confession? Est-ce que ça existe?
Mme Viens (Vickie) : En fait,
quand on fait le tour du réseau, il n'y a pas d'écoles qui choisissent le
personnel ou les élèves en fonction d'une région quelconque.
Mme Cadet : C'est ce que je
pensais, mais je me demandais... parce que moi, j'ai fait le tour de quelques
écoles, j'en ai rencontré quelques-unes, et même celles qui ont un projet
éducatif, donc qui, ouvertement, donc, est à vocation religieuse, quand je leur
pose la question, eux-mêmes me disent non. Donc, les élèves, ce n'est pas un
critère de sélection puis ce n'est pas un critère de recrutement non plus.
Donc, c'est ce que vous me confirmez aussi?
Mme Viens (Vickie) :
Exactement.
Mme Cadet : Parfait, merci.
C'était la question que j'avais un peu plus tôt, que j'avais perdu. Merci. Je
laisserais, à ce moment-là, donc, ma collègue poursuivre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la députée. Il vous reste
2 min 36 s.
Mme Setlakwe : Merci beaucoup
pour votre présentation, pour votre mémoire. Je pense qu'on a très bien saisi
votre positionnement puis vos inquiétudes au niveau de l'autonomie pour la
mobilité, etc., s'assurer que la clause grand-père puisse répondre à vos
besoins.
Moi, je reviens un petit peu en arrière.
Le projet de loi, est-ce qu'il... est-ce que vous avez identifié ou dans votre
réseau des problématiques que le projet de loi vient résoudre? Vous dites que
vous avez une clientèle diversifiée, ça se comprend, qui reflète bien la
société québécoise d'aujourd'hui. Est-ce que vous avez constaté, dans le
réseau, où on vous a rapporté des situations de ce qui pouvait peut-être créer
certains malaises ou certains inconforts et auxquelles le projet de loi va
venir répondre? Parce qu'on comprend que vous êtes à l'aise, mais juste essayer
de saisir. Est-ce qu'il y a une problématique ou des phénomènes qui sont à la
hausse qui vont être répondus avec le projet de loi?
M. Mayer (Stéphane) : Pas de
notre côté, pas de notre côté. Par contre, on ne peut pas aller à l'encontre du
mouvement de la société. Mais l'école Bedford, c'était dans le réseau public,
ce n'était pas dans le réseau privé, donc il n'y a pas eu de situation
identique dans notre réseau. On est... comme je l'ai dit précédemment, on est
vérifié aux trois ans, aux cinq ans. Il y a des gens du ministère de l'Éducation
qui viennent vérifier lors de la délivrance d'un permis, on doit renouveler nos
permis, et je vous garantis qu'ils scrutent à la loupe tout ce qu'on fait,
qu'ils viennent voir tout ce qu'on fait, qu'ils viennent voir ce qu'on
enseigne, puis ça nous fait plaisir de le faire. Nous, c'est quelque chose pour
lequel on est soumis. Les écoles publiques ne le sont pas.
Donc, soyez assurés que nos écoles sont
vérifiées. On s'assure que le programme d'éducation de l'école québécoise, de
formation de l'école québécoise est fait, est bien fait. Donc... et on peut, on
peut affirmer sans se tromper qu'on offre vraiment le programme, on respecte le
régime pédagogique ainsi que les lois, comme on va respecter la loi qui va
émaner de ce projet.
Mme Viens (Vickie) : Puis je
vais peut-être ajouter à tes propos, Stéphane, le fait qu'on est en grande
collaboration avec le ministère de l'Éducation, on a des discussions. Puis,
dans un cas où il y aurait un soutien nécessaire à une école, on va venir
soutenir au niveau de la fédération, qui a comme mission de répondre aux
besoins de ses membres, donc on fait une offre de services. Mais il n'y a pas
de questions au niveau de la laïcité en termes de soutien à offrir à nos
membres, là, ce n'est pas de ce type de besoin là qui est exprimé de la part de
nos écoles.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Merci beaucoup. Le temps de l'opposition est
terminé. Alors M. Viens... Mme Viens, plutôt, M. Mayer, encore un
grand merci, au nom de mes collègues, pour cette audition. Je vais suspendre
quelques instants, le temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 16 h 22)
(Reprise à 16 h 24)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît. S'il vous plaît, à l'ordre, la
commission reprend ses travaux. Nous recevons donc, comme prochain groupe...
s'il vous plaît, à l'ordre! Merci. On reprend nos travaux. Nous recevons
l'Union des... pardon, l'Union des municipalités du Québec, représentée par M.
Guillaume Tremblay, président et maire de Mascouche, bienvenue, M. Nicolas
Descroix, directeur des politiques, bienvenue, ainsi que Me Philippe Biuzzi,
conseiller aux politiques, qui est en visioconférence. Messieurs, vous avez,
vous le savez, une période de 10 minutes pour présenter l'essentiel de votre
mémoire, vos recommandations. Par la suite, nous allons procéder à la période
de discussion avec les élus. La parole est à vous.
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
merci beaucoup, Mme la Présidente. M. le ministre, Mesdames et Messieurs les
députés, je vous remercie de donner l'opportunité à l'Union des municipalités
du Québec de vous présenter ses recommandations sur le projet de loi n° 9. Je suis Guillaume Tremblay, président de l'UMQ et
maire de Mascouche. Je suis accompagné aujourd'hui par M. Nicolas Descroix,
directeur des politiques à l'UMQ et M. Philippe Biuzzi, responsable du dossier.
D'abord, j'aimerais rappeler que depuis maintenant plus de 100 ans, l'UMQ
rassemble les gouvernements de proximité de toutes les régions du Québec. Les
municipalités membres de l'UMQ représentent plus de 85 % de la population
et du territoire du Québec et gèrent 95 % des budgets municipaux.
D'entrée de jeu, je tiens à être
clair : L'UMQ s'oppose au projet de loi n° 9.
L'UMQ ne remet pas en cause les principes sur lesquels repose la laïcité de
l'État, très loin de là. La séparation de l'État et des religions, la
neutralité religieuse de l'État, l'égalité des individus, la liberté de
conscience et la liberté de religion sont importantes. Toutefois, plusieurs
mesures prévues par le projet de loi n° 9, qui, selon
le gouvernement, bonifieront la mise en œuvre de ces principes, doivent être
retirées. Pour l'UMQ, ces mesures sont mal ciblées, inutilement lourdes et
porteuses de risques juridiques importants pour les municipalités. Elles
mettent également à risque le vivre-ensemble au Québec. Le point de départ de
toute réforme législative doit être un diagnostic clair. Le rapport
Pelchat-Rousseau est clair : 89 % des municipalités n'ont jamais
rencontré de problèmes liés à l'application actuelle des règles en matière
de...
M. Tremblay (Guillaume) :
...les situations évoquées dans les médias sont rares, marginales et
ponctuelles. Sur le terrain, les municipalités le constatent : ces
situations ne sont en aucun cas un problème structurel ou généralisé. Cela veut
dire que le cadre actuel fonctionne.
Les municipalités consacrent aujourd'hui
leur énergie sur des enjeux majeurs et urgents, on parle ici de crise de
logement, de maintien des infrastructures, d'adaptation aux changements
climatiques, de mobilité et de vitalité économique. Dans ce contexte, il est
difficile de justifier l'imposition de nouvelles obligations lourdes, surtout
sans démonstration d'un problème réel. Un des éléments les plus préoccupants
du projet de loi concerne la définition proposée de ce qui constitue une
pratique religieuse. Cette définition est floue et imprécise. Une pratique
religieuse se définit comme étant : toute action, à l'exception du port
d'un signe religieux, pouvant raisonnablement constituer, en fait ou en
apparence, la manifestation d'une conviction ou d'une croyance religieuse. Pour
faire ce test, une municipalité devra forcément apprécier la nature même d'une
conviction ou d'une croyance religieuse. Permettez-moi de le dire ici
franchement : Ce n'est pas le rôle des municipalités. Et, selon l'UMQ,
c'est même un rôle incompatible avec la laïcité de l'État. La neutralité
religieuse de l'État repose précisément sur le fait que l'administration
publique ne se prononce pas sur la nature ou la validité des pratiques
religieuses.
Aujourd'hui, les municipalités gèrent
l'accès aux lieux publics et au domaine public sur la base de critères
objectifs : sécurité, capacité des lieux, circulation, nuisance, respect
des règlements. Ces critères sont très clairs, neutres, et surtout efficaces.
Ce projet de loi propose de remplacer cette approche par une logique beaucoup
plus délicate et subjective. Il risque de transformer des situations qui
peuvent être normalement... qui peuvent normalement, pardonnez-moi, se régler
simplement en controverse. Il est susceptible d'alimenter la polarisation et
d'accroître les tensions dans nos communautés. Comprenez-moi bien, l'UMQ
rejette toutes les mesures qui visent à complexifier la gestion des lieux
publics en fondant chaque décision sur des libertés fondamentales. C'est
irresponsable. Ça représente aussi un ajout majeur de bureaucratie et des
risques de poursuites importants. Les contribuables québécois méritent mieux.
Le projet de loi obligerait également
chaque municipalité et chaque organisme public à se doter de son propre
mécanisme de traitement des plaintes en matière de laïcité. L'UMQ croit que ce
n'est ni efficace ni cohérent avec l'exercice de rationalisation de l'État
auquel se livre actuellement le gouvernement du Québec. En matière de langue
française, par exemple, le traitement des plaintes est désormais centralisé à
l'Office québécois de la langue française. Ça assure la cohérence des
décisions, réduit la bureaucratie et permet le traitement des plaintes par des
employés qui possèdent une expertise en la matière. Pourquoi obliger des
centaines de mécanismes parallèles alors qu'un modèle centralisé pourrait être
plus efficace, plus équitable et surtout moins coûteux?
Le projet de loi impose aussi une nouvelle
obligation aux municipalités en matière de gestion contractuelle et d'aide
financière. Concrètement, les municipalités devront intégrer des clauses
générales de conformité à certains éléments liés à la laïcité de l'État, comme
le service à visage découvert et la neutralité religieuse. Par contre, les
municipalités ne bénéficieront pas des outils nécessaires pour vérifier le
respect de ces clauses par les entreprises et les organismes avec qui elles
contractent. Cela les placerait dans une situation intenable, elles deviendront
indirectement responsables de la neutralité religieuse de leurs contractants.
Ça expose les administrations municipales à des risques juridiques inutiles.
Aucune donnée n'a été mise de l'avant par le gouvernement du Québec pour
justifier une telle obligation dans la gestion des aides financières et des
contrats municipaux.
• (16 h 30) •
L'UMQ croit que le projet de loi risque
d'affaiblir le vivre-ensemble plutôt que de le renforcer. Le modèle actuel
fonctionne parce qu'il est discret, basé sur des processus administratifs et
respectueux des principes de la laïcité de l'État. À l'inverse, multiplier les
débats publics dans les conseils municipaux autour de pratiques religieuses
risque d'alimenter les tensions et la méfiance au sein de la population.
Pour conclure, la laïcité de l'État est un
principe fondamental que l'UMQ et les municipalités respectent pleinement.
Elles refusent toutefois des mesures qui n'auront aucune plus-value. Le projet
de loi n° 9 repose sur l'absence de démonstration de problèmes réels, il
témoigne d'une méconnaissance de la réalité municipale et d'une approche
administrative trop lourde. L'UMQ le rejette. Merci de votre écoute. Nous
sommes prêts à répondre à vos questions.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, on va
commencer la période...
16 h 30 (version non révisée)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...d'échange. M. le ministre et votre banquette, vous avez
une période de 15 minutes.
M. Roberge : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation. Vous nous dites que les
municipalités ne rencontrent pas de problème avec la laïcité, qu'il y a peu de
plaintes, mais vous nous dites que ça va être très lourd. Mais pourquoi ce
serait lourd s'il y a peu de plaintes et pas de problème?
M. Tremblay (Guillaume) : Parce
que vous allez comprendre qu'une municipalité, nous, on se prépare à recevoir
des plaintes, donc vous allez comprendre que, si, par exemple, dans une
municipalité, on n'a pas d'employés qui seraient prêts à recevoir ce type de
plaintes, on va être dans un cul-de-sac. Donc, chaque municipalité au Québec
devra se préparer, devra se mettre un mécanisme, devrait... devra se préparer à
avoir une plainte. Donc, oui, il va y avoir beaucoup de préparation à faire
pour peu ou pas de cas.
Donc, selon nous, c'est... on ne devrait
pas aller de l'avant. Ce n'est pas un sujet qu'on nous parle, là. Vous savez
que, dans chacune des municipalités du Québec, M. le ministre... On sort d'un
exercice électoral, là. Et j'ai comme commenté les 52 villes qui
représentent les villes à la grandeur du Québec et aucune de ces élus là, aucun
de ses élus ne s'est fait parler de problématique à cet égard-là.
M. Roberge : Puis, pour ce
qui est de la question des manifestations religieuses dans les rues, dans les
parcs, on les appelle communément les prières de rue, mais ce n'est pas... ce n'est
pas que ça, vous sembliez dire que... Bien, vous êtes en défaveur, clairement,
de ce qu'il y a de proposé dans le projet de loi, puis vous dites, dans le fond :
Il n'y a... il n'y a pas d'enjeu, il n'y a pas de problème. Est-ce parce que,
pour vous, des citoyens qui accaparent une place publique ou une rue, bloquent
la circulation sans préavis, ce n'est pas un problème ou c'est parce que vous
dites, dans le fond : On a déjà tout ce qu'il faut pour gérer ces situations-là?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
je vous donne un exemple. Si par exemple, demain matin, dans une municipalité,
il y a une manifestation concernant l'environnement, bien, il y a des
règlements déjà. Donc, pour gérer la.... ou un syndicat qui fait une
manifestation, la municipalité, on a déjà des règlements qui encadrent ce type
de phénomène. Donc, quand il y a un rassemblement qui est... qui est non
organisé, bien, la municipalité peut appliquer déjà ses règlements. Donc, pour
nous, c'est clair que ce n'est pas une... ce n'est pas une problématique pour
les municipalités en tant que telles.
M. Roberge : Il y a quand
même des différences entre une manifestation, on va dire, pour l'environnement
ou contre la pollution, tout le monde, ça marche dans la rue, le permis est
octroyé, on fait... on part de tel parc, on va à tel parc, on manifeste, tout
le monde peut se joindre à la manifestation, n'importe quel citoyen peut
embarquer, versus une... une manifestation qui devient une séance de prière ou
une séance confessionnelle. On s'entend que c'est réservé aux gens d'une
confession, là. Et, en plus, il y a très souvent une séparation des hommes et
des femmes. Donc, non seulement ce n'est pas tout le monde qui peut y aller,
mais en plus certaines femmes arrivent et veulent participer, ça ne passera
pas. Vous ne faites pas une nuance entre une marche pour l'environnement puis
une manifestation qui, elle, exclut d'emblée les citoyens puis 50 % de la
population québécoise, c'est-à-dire les femmes? Vous ne faites pas de nuance
entre ces deux affaires-là.
M. Tremblay (Guillaume) : Je
peux laisser Philippe Biuzzi après, s'il veut répondre, rajouter, mais juste
vous dire, comme municipalité, pour nous, c'est clair que, si, par exemple, il
n'y a pas un permis de demander, que ça soit pour qu'est-ce que vous dites ou
pour n'importe quel autre dossier, même si... ce soit une manifestation... je
veux dire, maintenant, il y a des règlements, comment qu'on encadre si... Par
exemple, nous, c'est un point de vue de sécurité, si on rentre dans un parc
puis il y a trop de monde versus la capacité du parc. Nous, c'est de cette
façon-là qu'on est capable de légiférer, de s'assurer... je veux dire, on...
Malgré qu'il y a un permis qui est demandé dans une municipalité, par exemple,
pour une manifestation, vous allez comprendre qu'on n'ira pas jusqu'à regarder
qu'est-ce qu'ils vont nous dire qu'ils vont faire dans leur... dans leur
manifestation. Donc, pour nous, d'une façon ou d'une autre, s'il n'y a pas de
permis de demander pour une manifestation, on a le droit d'agir, on a le droit
de réglementer selon notre réglementation qui est en vigueur. Je ne sais pas si
M. Biuzzi, vous voudriez rajouter quelque chose.
M. Biuzzi (Philippe) : Oui.
Bien, je pense que ce qui est le plus problématique, c'est que l'ensemble de
cette décision-là doit être portée sur la définition de pratiques religieuses
parce que... Je vous donne un exemple. Si jamais on est plutôt dans une
compétition sportive où les citoyens décidaient de faire un concours pour les
femmes et un concours pour les hommes, bien, la municipalité ne vient pas jouer
là-dedans, puis il n'y a pas de caractère religieux, là. C'est vraiment qu'on
base l'ensemble de la décision sur le caractère religieux de l'activité, puis
ça, bien honnêtement, c'est difficilement applicable et c'est difficilement, à
cause de la définition.
M. Biuzzi (Philippe) : ...c'est
difficilement... ça nous expose à des poursuites juridiques, là.
M. Roberge : C'est... c'est particulier,
parce que, dans le domaine sportif, quand on sépare les hommes et les femmes,
c'est pour un principe d'équité, parce que, je ne sais pas trop, lancer du
javelot, ce ne serait pas vraiment juste pour les femmes. Je ne pense pas que
ce soit ça, la raison pour laquelle, dans certaines religions, quand on fait
une manifestation religieuse, on sépare les femmes ou on empêche les femmes de
participer. Je ne suis pas sûr que c'est dans un principe d'équité, de respect,
d'égalité hommes-femmes, par respect... et que les femmes se sentent dont
privilégiées d'être exclues. Sérieusement, comme père de deux jeunes filles, je
suis un peu insulté de ce que je viens d'entendre.
Et vous nous dites que ce n'est pas un
problème. Je vous signale que le sondage SOM, 21 octobre 2025, 61 %
des Québécois, donc, nos concitoyens, les Québécois, nos électeurs, les vôtres
aussi, sont en faveur d'une interdiction de la prière de rue dans les espaces
publics. Donc, sur la manière de le faire, on peut discuter qui s'en occupe,
mais pour dire que tout va bien, Mme la Marquise, en tout cas, il y a 61 %
des Québécois qui sont en désaccord avec le statu quo. Mais je vais laisser mes
collègues poursuivre les échanges avec vous.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, M. le député de Chauveau, il reste
8 min 48 s.
M. Lévesque (Chauveau) : Oui,
merci beaucoup, Mme la Présidente. M. Tremblay, M. Descroix. M. Duplessis,
bonjour. Merci de votre présence. J'entends quand même... puis je vais faire un
peu de suivi sur ce que le ministre vient de dire en lien avec, bon, est-ce que
c'est une problématique, est-ce que c'est quelque chose que les municipalités
vivent. Vous avez mentionné M. Tremblay, qu'il y avait 89 % de vos
municipalités qui disent : Bon, on n'a jamais eu à faire face à ces
enjeux-là. Je le comprends, ça veut quand même dire que 11 % des... des
municipalités qu'eux ont eu à faire avec la laïcité dans votre sondage interne
que vous avez fait. C'est ce que j'en ai compris.
M. Tremblay (Guillaume) :
Non, c'est dans votre propre rapport que le gouvernement a commandé.
M. Lévesque (Chauveau) : OK,
donc, 89 % lorsqu'il citait votre donnée que vous avez donnée. OK, bon,
mais c'est quand même quand on parle... Prenons le chiffre du 11 %, le
chiffre du 11 %, à l'intérieur des municipalités, c'est quand même un
phénomène qui est existant et que, croyons-le ou non, ça pourrait être en
croissance si on n'intervient pas. Vous n'avez pas cet avis-là?
M. Tremblay (Guillaume) :
Nous, on dit que, lorsqu'il y a des manifestations, notre réglementation telle
qu'elle est portée aujourd'hui le permet, de l'appliquer. Donc, si, par
exemple, quelque chose qui est fait que... qu'il n'y a pas de permis qui est
pris, comme municipalité, on a le droit d'agir, on a le droit d'interroger.
Mais vous allez comprendre que, demain matin, un groupe vient chercher un
permis avec votre proposition de loi que vous donnez aujourd'hui, vous allez
comprendre que la ville n'enverra pas un inspecteur regarder comment que ça va
se terminer au bout de la ligne, là. Donc, je veux dire, tout le fardeau, vous
le prenez, vous le mettez sur le dos de la municipalité, mais, après ça, la
municipalité, comment on va l'appliquer, comment on va interagir avec, vous
allez comprendre que c'est difficile. Quand on parle de poursuite...
Moi, je vous donne un exemple à la fête
nationale, chez nous, à ma ville, j'ai toujours une messe, moi, chez nous, à
côté de l'hôtel de ville, les gens, le 24 juin, se regroupent... Si, un
jour, la municipalité dit : Oui, vous êtes d'accord avec ce type... je
suis d'accord pour le 24 juin, puis la semaine d'après, parce que dans le
cadre de mes organisations municipales, je ne suis pas capable de donner à la
demande d'une autre organisation, d'avoir un autre type de journée. Vous allez
comprendre que là la ville, on va se faire dire politiquement dans mon conseil
de ville : Vous avez dit oui à tel type d'organisation, mais vous dites
non à tel type d'organisation. La municipalité va se ramasser avec une
poursuite, car, présentement, je ne vis aucunement aucun problème avec ça.
Pourquoi? Parce que ça se gère, ça s'autogère automatiquement. On ne vit pas de
problèmes, nous autres, comme ville, jamais, au grand jamais. Puis là je vous
le dis, là, je parle comme président de l'UMQ, mon conseil d'administration.
• (16 h 40) •
Mais tantôt vous donnez un sondage, moi,
bien plus de gens qui me... qui me parlent présentement, qui ont de la misère à
manger, qui ont de la misère à manger à la fin du mois, qu'avec des problèmes
de travailleurs étrangers temporaires, qu'on manque d'emploi dans des régions
du Québec. Ça, je le vis présentement. Mais il n'y a pas personne qui me parle
de réalité de prière dans la rue. C'est comme un problème que nous, on se
demande d'où vient ce problème-là. Puis moi, je me demande vraiment,
sincèrement, qu'est-ce que vous voulez régler avec ce problème... avec ce
projet de loi là? Parce qu'on ne le voit pas, on ne le comprend pas.
M. Lévesque (Chauveau) : Je
comprends votre point qu'il peut avoir des enjeux qui sont prioritaires. Vous
avez siégé vous-même à l'Assemblée nationale du Québec, sur tous les problèmes
qui existent dans une société, ce n'est pas parce qu'un sujet n'est pas
toujours le premier discuté, puis votre exemple, on va parler toujours de
santé, d'éducation puis d'économie, avant de parler de laïcité, sur les
préoccupations numéro un, ça ne veut pas dire que le problème n'existe pas. Ce
qui s'est passé dans les manifestations et prières de rue spontanées, quand il
y a des gens qui ont été exclus, puis que des policiers ne savent pas comment
intervenir dans des cas comme ça, qui demandent de l'aide...
M. Lévesque (Chauveau) :
...le
gouvernement, on en a quand même parlé dans les médias. Habituellement, c'est
assez rare que ce qui... ce qui se ramasse à la télévision ou ce qui se ramasse
dans les différentes discussions publiques, c'est parce que ce n'est pas un
problème. C'est bien rare qu'on parle de sujets si insignifiants que ça dans
les médias, j'espère que vous allez être d'accord avec moi.
M. Tremblay (Guillaume) : Je
veux dire, au delà du fait... moi, ce que j'ai de la difficulté à comprendre,
M. le député, c'est dans la dynamique que... on va mettre en action votre
projet de loi. Je veux dire, en... comment qu'une municipalité va s'assurer, au
bout de la ligne, que ça ne se reproduira plus?
M. Lévesque (Chauveau) : Le
mécanisme est discutable, c'est pour ça qu'on fait une commission parlementaire
aujourd'hui.
M. Tremblay (Guillaume) : Mais...
mais vous comprenez que nous, ce qu'on vous dit aujourd'hui, c'est que, pour
atteindre l'objectif, il n'est pas bon le... Tu sais, je peux comprendre le...
le questionnement que vous vous posez, mais de donner ça aux municipalités, que
les municipalités, après, vont se ramasser avec des poursuites, que le
vivre-ensemble, dans la plus grande majorité des villes du Québec, ça va super
bien. On a vécu des années plus difficiles, je ne me mets pas la tête dans le
sable, je l'ai vécu aussi, comme maire, moi, ça fait 12 ans j'ai la chance
d'être le maire de ma ville, j'ai vécu des moments plus difficiles, mais
aujourd'hui, ça va super bien. Ça va très bien. Les gens... Là, on dirait qu'on
va créer une problématique ou est-ce qu'on n'a pas de problème. Et c'est ça le
message, aujourd'hui, que l'Union des municipalités vient vous passer, c'est de
dire : Selon nous, vous n'attaquez peut-être pas le bon problème de la
bonne façon, puis vous nous jetez un petit peu... sur nos épaules en nous
disant : Bien, gérez-le, quand on vous dit qu'on ne pense pas que c'est
vraiment la meilleure façon de le gérer, puis que les municipalités vont
recevoir des poursuites de façon importante.
M. Lévesque (Chauveau) : Ce
que j'apprécierais dans une commission parlementaire comme ça, de la position
de l'UMQ, quand vous dites : Bon, vous voulez nous donner des mandats
supplémentaires. Ce que j'apprécierais, c'est : Oui, OK, les irritants,
c'est correct. Les mentionner, de les nommer, c'est très correct. Puis de....
d'arriver avec des suggestions. Comment le gouvernement pourrait arriver à vous
aider à appliquer cette loi-là? Ça, ce serait intéressant, ce serait
constructif dans le cadre... Parce que la volonté du législateur, ici, est
claire : On veut enrayer un problème. Bon, on n'a peut-être pas le même
niveau de perception du problème, c'est correct, ça fait partie du débat
public. Mais s'il y a des suggestions à faire, comment on pourrait venir
appuyer les municipalités du Québec qui pourraient avoir des difficultés à le
gérer? Puis, je comprends aussi qu'on ne peut pas gérer une petite municipalité
comme on va gérer les grandes villes, ce n'est pas les mêmes ressources
humaines à l'intérieur, puis les difficultés ne seront pas les mêmes. C'est
pour ça que j'apprécierais aussi vos pistes de solutions pour... Comment on
peut vous aider?
M. Tremblay (Guillaume) : Nicolas,
vas-y.
M. Descroix (Nicolas) : Oui,
je vais commencer, puis je vais laisser, ensuite, M. Biuzzi terminer. Mais
nous, ce qu'on vous dit, c'est qu'actuellement, l'obtention d'un permis pour
une activité dans l'espace public est déjà encadrée, il y a déjà une mécanique
qui fonctionne avec des critères objectifs. Donc, en ce moment, quelqu'un qui
veut faire une manifestation, qui veut occuper un parc, qui veut faire
quelconque activité dans la municipalité, dépose une demande au niveau
administratif dans la municipalité, et c'est géré au niveau administratif.
Donc, est-ce que c'est sécuritaire? Est-ce que ça répond à ce qu'on veut?
Est-ce que... le nombre de personnes, etc. Donc, une fois que c'est émis, c'est
terminé, l'activité se tient. S'il y a une plainte et tout ça, il y a un suivi
qui est fait auprès de l'organisme ou du groupe qui a demandé. Là, ce que vous
nous demandez de faire, c'est d'amener ça en conseil municipal et que les...
que de politiser cette discussion-là. Nous, ce qu'on vous dit, c'est pour le
vivre ensemble, il ne faut pas politiser ça. Vous avez inscrit, dans le projet
de loi, que le conseil municipal doive se prononcer lorsqu'il veut émettre une
dérogation ou autoriser une activité à.... où il y a un caractère religieux.
Donc, c'est là qu'il y a un enjeu. Donc, pour répondre à votre question, c'est
un peu la mécanique. Donc, pour nous, on juge qu'actuellement, on a déjà les
mécaniques... la mécanique en place pour appliquer, sans arriver avec un projet
de loi comme vous le faites. Je ne sais pas, Philippe, s'il y a des...
M. Biuzzi (Philippe) : ...exactement,
je pense que la meilleure manière d'aider les municipalités, c'est en ne leur
refilant pas des obligations qui sont difficilement applicables. Là-dessus, tu
sais, je reviens à l'exemple de tout à l'heure pour des compétitions sportives
où les citoyens décident de séparer les hommes et les femmes. Je m'excuse de
vous avoir insulté, M. le ministre, mais ma position était plutôt à l'effet que
la municipalité ne veut pas être dans la microdécision des activités faites par
les citoyens. Si vous voulez vraiment aider les municipalités, bien je pense
qu'au niveau de l'État, vous pouvez prendre une décision sur le fait ou non de
pouvoir séparer les hommes et les femmes, mais pas d'envoyer ça dans des
décisions individuelles dans les conseils municipaux.
Une voix : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, il reste cinq...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...et puis on va... on va terminer là-dessus avec la
portion gouvernementale. Je me tourne du côté de l'opposition officielle, avec
la députée de Mont-Royal—Outremont, et vous avez une
période de 15 minutes.
Mme Setlakwe : Merci à
vous trois pour votre intervention on ne peut plus claire. Avant de poursuivre
la discussion, vous portez un cœur bleu. Juste nous préciser c'est à quel
sujet. Pourquoi vous portez le coeur bleu aujourd'hui?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
écoutez, c'est à l'initiative de l'Union des municipalités du Québec, c'est en
solidarité avec les gens issus de l'immigration, qui, présentement, ne savent
pas ce qui va arriver de leur sort. Donc, quels que soient les programmes,
nous, ici, on est... on porte un cœur bleu et on part une vague, là, à travers
le Québec pour, justement, démontrer cette solidarité-là envers les humains qui
sont derrière les décisions qui sont prises présentement.
Mme Setlakwe : Merci.
Donc, vous avez parlé d'un des enjeux, dont... qui revient souvent, vous en
avez nommé plusieurs, mais un enjeu qui préoccupe les municipalités, c'est la
question, j'imagine... juste élaborer un peu... des entreprises du milieu de
l'emploi... secteur de l'emploi qui sont inquiètes de voir des employés
temporaires devoir quitter.
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
écoutez, je vais vous avouer, là, comme nouveau président de l'Union des
municipalités du Québec, je suis présentement en tournée du Québec, j'étais à Val-d'Or,
Rouyn-Noranda, Nord-du-Québec, puis, honnêtement, jamais je n'aurais pensé que,
comme président de l'Union des municipalités du Québec, et c'est partout dans
le Centre-du-Québec, que la priorité numéro un des maires, présentement, là,
c'est la réalité des travailleurs dans les entreprises. Il y a... le maire de
Saint-Félicien me donnait comme exemple que son McDo, présentement, là, il
risque de fermeture si...
Ça fait qu'on parle oui, de travailleurs
qualifiés, mais il y a des gens en région, là, les... dans le Nord-du-Québec,
que j'ai rencontrés, un citoyen qui travaille dans un restaurant présentement
puis qui dit : Écoutez, je suis venu ici avec ma famille, on est venu me
chercher, puis là je ne sais même pas ce qui va m'arriver, je ne peux pas
appliquer dans les programmes existants. C'est vraiment grave. C'est pour ça
que l'Union des municipalités du Québec, on demande d'avoir une clause
grand-père avec les gens qui sont ici, quel que soit leur programme, là. Moi,
je ne suis pas dans les programmes, je suis dans les humains qui sont derrière
tout ça. Puis, après ça, pour l'avenir, si on veut revoir, on veut réfléchir
pour l'avenir...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Je vais laisser poursuivre.
M. Tremblay (Guillaume) :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, notre objectif, c'est juste de donner
la chance aux gens qui sont... J'ai perdu mon idée, excusez-moi, donc, mais, au
fond, là, tout ça pour dire que l'objectif... c'est qu'on est solidaires avec
ces gens-là. Pour nous, c'était plus qu'important.
Mme Setlakwe : Merci.
Bien entendu, je vais revenir au projet de loi n° 9, c'est certain, mais
étant donné que vous portez ce cœur et que vous avez mentionné les enjeux les
plus pressants, je pensais que c'était pertinent, surtout qu'on a le ministre,
ici, de l'Immigration, en commission, de vous entendre brièvement sur cet enjeu
important.
Moi, je vous demanderais très clairement,
là : Avez-vous l'impression qu'avec le projet de loi n° 9, c'est une
atteinte, encore une fois, à l'autonomie des municipalités?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
je vous dirais plus que... bien, l'atteinte à l'autonomie, mais aussi nous
donner d'autres responsabilités qui... Honnêtement, tu sais, des fois, on se
fait garrocher, on se fait donner une nouvelle responsabilité, mais qu'on se
dit... OK, mais qu'on ne comprend pas le problème puis on ne le vit pas, ce
problème-là. Puis on a vécu des années, à travers le Québec, là, des années
plus difficiles avec le vivre-ensemble, mais, honnêtement, présentement, moi,
ce que j'entends de mes collègues maires, bon an mal an, ce n'est pas parfait,
mais ça va bien, le vivre-ensemble. On dirait que ça va créer d'autres
problèmes, qu'est-ce qui est ce qui est amené aujourd'hui dans le projet de
loi, là, puis surtout qu'on n'entend pas... ce n'est pas un sujet qu'on entend
fortement parler, au niveau de la population, présentement. Donc, nous, on a de
la difficulté à comprendre qu'est-ce qu'il va donner, ce projet de loi là,
bien, honnêtement.
• (16 h 50) •
Mme Setlakwe : Merci.
Bien, justement, parlons-en, là. Au lendemain de l'adoption, si, le cas
échéant, de ce projet de loi là, incluant les dispositions qui touchent les municipalités,
qu'est-ce que ça ajoute, là, concrètement? Vous allez devoir ajouter à la liste
de choses à faire que vous allez devoir mettre en place. On sait que déjà, en
fait, les municipalités, on voit... on a même vu avec le gouvernement de la
CAQ, une tendance vers un allègement. Mais là, dites-nous, concrètement, au
lendemain de l'adoption, si ça reste tel quel, statu quo, qu'est-ce que ça vous
impose?
M. Tremblay (Guillaume) : Vous
permettez, vu que c'est très technique, je vais laisser M. Biuzzi
répondre.
La parole est à vous...
M. Biuzzi (Philippe) : ...tout
d'abord, tu sais, pour chaque demande de permis, là, il va falloir évaluer s'il
y a une pratique religieuse, là, notamment si elle est collective. Notre enjeu,
là, puis, tu sais, on voit la tentative qui a été faite, puis on la salue, là,
de de rendre la définition objective. Toutefois, ça reste que les convictions
et les croyances religieuses ne sont pas définies, et, donc, il faut se baser
sur la jurisprudence, puis la jurisprudence canadienne est claire :
convictions, croyances religieuses, c'est un concept qui est subjectif et qui
est propre à chaque individu. Ça fait que ça va être excessivement difficile...
M. Biuzzi (Philippe) : ...au
niveau de l'émission des permis, là, de s'assurer qu'on tombe dans le cadre
réglementaire ou législatif associé à la gestion des pratiques religieuses,
qu'elles soient... au niveau de la location, là, qu'elles soient individuelles
ou collectives, ou, au niveau de l'espace public, qu'elles soient collectives,
évidemment, bien, pour chaque refus en conseil municipal, il va quand même
falloir justifier administrativement la décision. Donc, tu sais, si on suit les
principes de justice administrative, de justice naturelle, il va falloir
justifier. Et, si jamais c'est refusé puis que la personne ou... qui a soumis
la demande souhaite aller plus loin, bien, elle pourrait demander une demande
d'accommodement raisonnable, puis là, évidemment, bien, on continue dans la
tangente d'avoir des processus administratifs qui sont très lourds et,
évidemment, on s'expose à chaque fois à des poursuites judiciaires. Évidemment,
il y a aussi le processus de traitement de plainte qu'il va falloir mettre en
oeuvre. Ça nous inquiète quand même beaucoup, surtout si on se met à avoir des
décisions qui sont politisées dans chacun des conseils municipaux. C'est là où
le nombre de plaintes pourrait augmenter.
Mme Setlakwe : Merci.
C'est... C'est très clair. Est-ce que vous... On entendait plus tôt aujourd'hui
des intervenants, d'ailleurs ceux qui ont signé le rapport, qui ne parlaient
pas, là, justement, d'aller aussi loin que de prévoir dans un... une loi un
encadrement des prières de rue et autres, mais eux semblaient dire quand même
que ça pouvait être intéressant de fournir de l'aide, une norme nationale pour
guider, accompagner, encadrer. Vous ne voyez vraiment aucune utilité dans les
circonstances actuelles?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
écoutez, on est ouverts, tu sais, à discuter, on est loin d'être fermés, mais,
clairement, de la manière que c'est écrit présentement, ce n'est pas aider le
monde municipal. Tu sais, quand je me promenais... présentement, dans les plus
petits villages, là, quand je me promène présentement puis quand on parlait de
ça, il y en a qui prennent... par exemple, parce qu'ils n'ont pas, des fois, de
salon funéraire, ils n'ont pas... donc ils prêtent des petites salles
municipales pour faire des cérémonies de... des salons funéraires. Imaginez,
là, ça veut dire que la ville va devoir gérer : Il va-tu y avoir une
petite prière à la fin, pas de petite prière? Là, l'inspecteur... le... la
personne qui est concierge va rentrer : Vous ne pouvez pas. Tu sais,
imaginez, là, dans quel contexte qu'on va vivre, qu'on va gérer ça. Pour vrai,
ça mérite une grande, grande, grande réflexion. Je vous invite à peut-être ne
pas faire du mur-à-mur.
Mme Setlakwe : Merci. Et tout
ça dans le contexte, là... juste le ramener ici dans cette commission,
j'imagine que les ressources sont... sont non seulement limitées, mais, étant
donné cette charge qui est transférée... ou le fait que les municipalités
soient en première ligne et que les employés municipaux et toute l'équipe se
voient donc porter plusieurs chapeaux, être obligés de passer beaucoup de temps
sur toutes sortes de tâches, qui, ultimement, ne servent pas la population...
Donc, ici, vous voyez qu'on va continuer dans cette tendance à imposer une
charge qui ne servira pas la population?
M. Tremblay (Guillaume) : On
voit qu'il y a peut-être d'autres enjeux plus importants que celui-là
présentement, selon nous.
Mme Setlakwe : Merci. Là,
actuellement, vous avez dit que ça se... les quelques cas, les cas qui
surviennent, ça se gère très bien au niveau administratif. Est-ce que même
l'administratif vous aurait dit, j'essaie de le voir d'un autre... d'un autre
angle : Aidez-nous, on a de la difficulté à gérer ça, il semble y avoir
des phénomènes à la hausse, ça devient difficile? Est-ce que c'est quelque
chose qui a été même discuté à l'interne avec les administrations, à votre
connaissance?
M. Tremblay (Guillaume) : Honnêtement,
non. Puis, même, on est... nos collègues de l'Association des directeurs
généraux du Québec, la COMAQ, tu sais, ce n'est pas des demandes qui nous viennent
de notre côté, là. On n'a pas eu cette demande-là.
Mme Setlakwe : Merci.
M. Descroix (Nicolas) : ...c'est
même des demandes inverses, là. Par exemple, sur la pratique de la laïcité, on
en a... M. Tremblay en a parlé dans son discours, mais, maintenant, avec tous
les contractants, de vérifier chaque contractant de la municipalité, s'il
respecte ces principes-là, puisqu'il fait affaire avec la municipalité, on n'a
pas les moyens de faire ça et on ne peut juste pas le vérifier humainement, là,
parce que nous, on voit la personne qui est devant nous dans une municipalité,
mais est-ce que le principe est appliqué dans l'entreprise? Il n'y a aucune
façon de se mettre à vérifier chacun des contractants dans nos municipalités.
Donc, pour nous, ça, c'est une lourdeur administrative encore plus grande. Et,
dans le cas de la langue française, par exemple, le processus de plainte a été
centralisé à l'OQLF. Nous, ce qu'on dit, c'est : si on souhaite que le
traitement des plaintes en matière de laïcité soit équitable sur l'ensemble du
territoire et traité de la...
M. Descroix (Nicolas) :
...avec la même grille d'analyse, ça devrait être centralisé du côté de Québec.
Mme Setlakwe : Merci. Ce qui
m'a le plus inquiétée dans ce que vous avez dit, c'est que vous voyez... vous
allez aussi loin que de dire qu'autant l'intention puisse être de favoriser un
vivre-ensemble harmonieux, vous estimez que, dans l'état actuel du projet de
loi, ça peut avoir l'effet inverse. Ça, je pense qu'il faut vraiment que vous
alliez au bout de votre pensée là-dessus, parce que c'est complètement... ce
n'est pas du tout... Ça ne peut pas être le souhait du législateur ici.
M. Tremblay (Guillaume) :
Bien, une municipalité, présentement, là, on en parlait quand on s'en venait
ici, des fois, on se promène dans nos parcs, on voit, oui, des fois, une
dizaine de personnes regroupées, mais ils ne font rien de mal, tu sais, ils
sont assis ensemble. Comme, à côté, on a comme 10 joueurs de cricket, puis
d'autres personnes qui font du yoga. Un moment donné, on ne commencera pas la
ville à dire : Vous avez le droit de faire ci, vous avez le droit de faire
ça, honnêtement, c'est comme... on dirait qu'on s'attaque à un problème que,
présentement, on ne le voit pas, on ne l'entend pas, puis ce n'est pas quelque
chose qu'on voit en quantité, puis de créer cette problématique-là va,
justement, peut-être qu'on se doit maintenant, les municipalités, qu'on se
devrait de légiférer à cet égard là.
Moi, je vous le dis, j'ai l'impression
que, pour des raisons, des fois, techniques, humaines, de capacité d'activité
dans une fin de semaine, parce qu'on est débordés, on va se faire demander de
l'aide, puis on va dire non, et là les villes vont se faire poursuivre, et là,
à travers le Québec, vous allez avoir des histoires que ça n'a peut-être même
pas de raison d'être, parce que ça se fait déjà correctement et dans le
respect. Moi, c'est ça que je sens présentement sur le territoire du Québec.
Les agissements qu'on nous parle, c'est dans le respect. Donc, j'ai comme
l'impression que ça va créer un effet boomerang différent de ce qu'on veut
atteindre.
Mme Setlakwe : Très bien.
Donc, on peut dire que le cadre actuel fonctionne très bien et que vous avez
tous les outils en main. Les municipalités ont tous les outils en main pour
gérer la situation.
M. Tremblay (Guillaume) :
Oui, à moins que, Philippe, tu veux rajouter quelque chose, mais...
M. Biuzzi (Philippe) :
...exactement, au niveau de l'arsenal juridique que possèdent les disparités
pour le contrôle du domaine public, on juge qu'on a l'entièreté de ce qu'on a
besoin.
Mme Setlakwe : Merci. On a
entendu le ministre, ce matin, aussi dans des des interventions publiques, là,
auprès des médias dire, bon, peut-être que la problématique n'est pas... n'est
pas documentée... ou, en tout cas, peu documentée aujourd'hui. Mais il serait
sage de prévoir d'avance un cadre pour, justement, ne pas être en réaction. Ce
que vous voyez... Est-ce que vous souhaitez commenter sur cette affirmation?
M. Tremblay (Guillaume) :
Bien, moi je pense que le vivre-ensemble va bien, donc, tu sais, les étapes,
là, le cheminement qu'on est en train de vivre collectivement, la société qu'on
connaît, ça va bien. Est-ce qu'il y a des petites choses, des fois, qu'il faut
s'accommoder? Il faut travailler à... apprendre à vivre ensemble, c'est ça un
peu, le vivre-ensemble, c'est de mettre un peu du sien. Mais, honnêtement,
présentement, l'Union des municipalités du Québec, on ne sent pas de graves
problèmes à cet égard-là, au contraire, puis je le répète, on sent que ce type
de projet de loi là viendrait créer exactement l'effet contraire que l'effet
escompté.
• (17 heures) •
Mme Setlakwe : Merci. Ça, ça a
été très clair. Est-ce que vous, vous avez des nuances, des distinctions à
mettre de l'avant par rapport à ce que des grandes villes... des grandes villes
ont pu dire? Moi-même, je vis sur l'île de Montréal, Je n'ai pas rencontré ce
phénomène-là, mais je ne peux pas non plus dire que ça n'existe pas, je ne peux
pas... Mais moi, et plusieurs personnes autour de moi, j'ai quand même sondé,
on ne peut pas dire que c'est un phénomène présent à Montréal, mais peut-être
je me trompe. L'avez-vous... l'avez-vous documenté? À Montréal, avez-vous...
même une indication que ce serait un problème ou que ce serait quelque chose...
un phénomène qui serait à la hausse?
M. Tremblay (Guillaume) : Je
voudrais céder la parole, si vous permettez, à Philippe, qui va peut-être avoir
des... de notre mémoire, là, on n'a pas... parce que le mémoire a été écrit et
la ville de Montréal l'endosse, notre mémoire, là. Donc, ils font partie...
Vas-y, Philippe.
M. Biuzzi (Philippe) : Bien,
outre les événements qui ont été relatés dans les médias, nous, tu sais, notre
impression, c'est que c'est assez marginal. Bon, c'est des événements très
précis qui ont été relatés. Par contre, ce qu'on entend, c'est que, dans
plusieurs petites municipalités, notamment en région, il y a des craintes par
rapport à ce... ce projet de loi là. Parce que là il y a plein d'activités qui,
tu sais, font partie de la tradition de la vie de ces municipalités-là qui
pourraient être visées. Tu sais, on entendu aux Îles-de-la-Madeleine, par
exemple, la bénédiction des bateaux de pêcheurs, là, qui pourrait être visée
par ça. Ça fait que c'est là où je vous dis, je pense que, dans toutes les
municipalités, chaque municipalité a sa réalité qui lui est propre, mais chaque
municipalité, M. le Président, est...
17 h (version non révisée)
M. Biuzzi (Philippe) : ...en
tournée, puis je pense que chaque municipalité est quand même inquiétée, là,
par ce projet de loi là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, c'est ce qui met fin à cette audition, messieurs.
Merci beaucoup pour les discussions que nous avons eues, votre apport à nos
travaux.
Je vais suspendre quelques instants, le
temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 17 h 02)
(Reprise à 17 h 04)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux.
Donc, nous recevons les représentants de
la Centrale des syndicats du Québec. Vous êtes quatre. Je vais vous demander de
vous présenter, et, par la suite, nous allons entendre vos... le résumé de
votre mémoire, vos propositions. Vous avez une période de 10 minutes pour
ce faire.
Le temps commence maintenant.
M. Côté (Pascal) : Merci
beaucoup. Merci de nous recevoir pour cette audience sur le projet de loi qui
vise à renforcer la laïcité au Québec. Donc, je suis Pascal Côté, troisième vice-président
de la Centrale des syndicats du Québec. Je suis accompagné à ma gauche de
Valérie Fontaine, qui est la deuxième vice-présidente de la CSQ, également à ma
gauche, Mme Anne-Marie Bellerose, qui est présidente de la Fédération des
intervenantes en petite enfance, la FIPEQ, qui est affiliée à la CSQ, et aussi
d'Émilie Lessard-Mercier, à ma droite, qui est conseillère syndicale, que je
remercie beaucoup pour tout le travail d'analyse qu'elle a fait sur ce projet
de loi là.
Donc, les recommandations qui sont
présentées dans notre mémoire s'appuient sur une préoccupation d'ordre général
qui est centrale pour nous, soit la nécessité de mieux analyser les
répercussions concrètes que les mesures auront, autant sur les travailleuses, les
travailleurs que dans le milieu de travail. Pour ce faire, il serait important,
et voire même essentiel, de consulter davantage les acteurs des différents
secteurs concernés au-delà du cadre qui est très limité d'une commission
parlementaire. Je souhaite souligner à gros traits que nous parlons de réseaux
comme la petite enfance, l'éducation, l'enseignement supérieur, et aussi le
milieu communautaire, qui font face à de nombreux défis : forte pénurie de
personnel, manque récurrent de moyens, et, ça, dans un contexte où les besoins
dans ces réseaux ne cessent d'augmenter.
Ce qui m'amène à nos recommandations sur
les écoles privées. D'abord, j'aimerais vous préciser que la Fédération du
personnel de l'enseignement privé, qui est aussi affilié à la CSQ, a déposé un
mémoire devant la commission. Nous sommes très déçus qu'elle n'ait pas été
invitée à présenter son mémoire à cette commission, d'autant plus que la FEEP
vient tout juste de présenter le sien. À l'automne 2024, François Legault recommandait
à ses ministres une radiographie de la place de la religion dans les écoles.
Cette radiographie aurait été la bienvenue, puisqu'il est difficile d'avoir un
portrait global et précis du niveau de religiosité de certaines écoles privées
au Québec. C'est dans cette optique que nous proposons au gouvernement de
publier un réel portrait du religieux dans le réseau scolaire québécois. En ce
qui concerne l'agrément des écoles privées, on sait que l'analyse des dossiers
revient à la commission consultative sur l'enseignement privé, la CCEP. Or, le
ministre de l'Éducation n'est pas tenu de respecter les avis de la commission, et,
de plus, c'est lui qui détermine les conditions pour lesquelles il pourrait y
avoir des exemptions. Nous recommandons donc d'améliorer la...
M. Côté (Pascal) : ...la
transparence des décisions du ministre de l'Éducation, quant aux permis et aux
agréments pour les établissements privés, par une modification du Règlement
d'application de la Loi sur l'enseignement privé.
Maintenant, avec le PL neuf, le
gouvernement semble avoir choisi le camp de la coercition plutôt que celui du
dialogue avec les écoles privées, allant ainsi à l'encontre d'une des
recommandations du rapport Pelchat-Rousseau.
Notre deuxième recommandation est donc la
suivante : développer des mécanismes d'accompagnement pour les
établissements privés qui souhaitent maintenir leur agrément aux fins de
subventions.
Sur l'interdiction du port des signes
religieux, nous recommandons d'adopter un moratoire sur cette mesure afin de
conduire une analyse approfondie des répercussions qu'elle aura notamment sur
le personnel dans les différents secteurs, également aussi sur les services qui
pourraient être donnés. À défaut, une clause de droit acquis devrait
s'appliquer aux personnes, et je précise bien «aux personnes», dans un secteur
donné à compter de la date de sanction de la loi.
J'attire aussi votre attention sur
l'interdiction du port des signes religieux pour le personnel qui travaille
dans les services d'accueil, de francisation et d'intégration. Tel que libellé,
l'interdiction s'appliquera également au personnel des organismes
communautaires en immigration qui contribuent à ces services. Et, pour nous,
c'est tout simplement un non-sens et nous questionnons la raison sous-jacente à
une telle mesure. Et je passe ma parole... la parole à ma collègue Anne-Marie,
qui va continuer pour la petite enfance.
Mme Bellerose (Anne-Marie) : Merci,
Pascal. Pour ma part, je suis éducatrice de formation et j'ai travaillé près de
20 ans en CPE. Je représente aujourd'hui une fédération qui regroupe des
salariés en CPE et des responsables en services éducatifs en milieu familial
régis et subventionnés. Nous sommes l'organisation la plus représentative en
petite enfance.
D'abord, concernant l'interdiction du port
des signes religieux, je tiens à mentionner que les salariés visés par
l'interdiction... oeuvrant dans des professions qui figurent parmi les plus
touchés par la pénurie de main-d'œuvre au Québec. En petite enfance, cette
pénurie compromet déjà le maintien et le développement de l'offre de services.
Concrètement, cela signifie que l'interdiction du port des signes religieux
risque d'aggraver la pénurie de main-d'œuvre, d'alourdir la surcharge de
travail déjà très présente et d'entraîner des bris de services importants pour
les familles du Québec.
• (17 h 10) •
Plus encore, toutes les données démontrent
que, lorsque les services éducatifs à l'enfance sont insuffisants, ce sont les
mères qui, majoritairement, vont réduire leurs heures de travail ou encore qui
vont laisser leur emploi pour rester auprès des enfants. Cette situation
soulève de profondes préoccupations. Elle risque d'accentuer les inégalités
entre les femmes et les hommes, de compromettre l'accès à des services
éducatifs de qualité pour les enfants et de fragiliser davantage un réseau qui
manque cruellement de ressources. Nous militons pour une participation pleine
et entière des femmes au marché du travail, et ça commence par des choix
politiques cohérents qui soutiennent plutôt qu'affaiblissent le réseau public
de services éducatifs.
À la lumière de cette situation, nous
demandons un moratoire immédiat sur l'interdiction du port de signes religieux
afin de... afin de bien mesurer les impacts réels sur le réseau de la petite
enfance, mais également sur les femmes qui sont touchées. À défaut, si le
gouvernement souhaite quand même aller de l'avant avec l'interdiction du port
de signes religieux dans les secteurs prévus au PL neuf, nous insistons pour
que les dispositions sur le droit acquis soient corrigées afin que celui-ci
protège les salariés concernés.
Dans un deuxième temps, j'attire votre
attention sur la situation complexe des responsables en services éducatifs en
milieu familial régis et subventionnés. En tant que travailleuses autonomes,
les RSE sont responsables d'assurer le respect de la loi dans leur milieu,
d'approuver les demandes d'accommodement, de mettre en œuvre un processus de
traitement de plainte. Avec le projet de loi neuf, plusieurs questions se
posent. Quels moyens de soutien et d'accompagnement sont prévus pour les
responsables appelés à appliquer ces nouvelles exigences? Dans quelles
circonstances le ministère interviendra-t-il directement? Comment ces
mécanismes seront appliqués et gérés dans des résidences privées? Nous sommes
donc grandement préoccupés sur la surcharge de travail que pourraient engendrer
ces nouvelles obligations et que les RSE devront assumer seuls en étant leur
statut.
En tant que travailleuses autonomes, les
RSE conviennent avec les parents par ententes contractuelles de l'ensemble des
services offerts, incluant les parents... les repas servis en milieu familial.
Elles doivent constamment conjuguer l'élaboration de menus équilibrés et le
coût élevé des denrées alimentaires. Ainsi, est-ce que ces personnes pourraient
se voir cuisiner une viande halal, par exemple, puisqu'elle était simplement
moins coûteuse à l'épicerie cette semaine? La nécessité de légiférer à ce sujet
apparaît superflue, et c'est pourquoi nous recommandons d'exclure les responsables
en services éducatifs en milieu familial régis et subventionnés de
l'interdiction d'offrir exclusivement un régime...
Mme Bellerose (Anne-Marie) : ...alimentaire.
Merci, je cède maintenant la parole à ma collègue Valérie Fontaine.
Mme Fontaine (Valérie) : Concernant
les établissements d'enseignement supérieur, là, il y a deux enjeux qui nous
préoccupent spécifiquement. D'abord, il y a l'interdiction de mettre en valeur
la représentation d'un signe religieux dans le cadre des communications. Ça
soulève des questions chez nos fédérations en enseignement supérieur parce
qu'on ne comprend pas à quel problème exactement ça vient répondre. En quoi les
représentations de la diversité socioculturelle de nos milieux sont-elles un
enjeu? D'ailleurs, l'application d'une telle norme, là, pourrait venir entrer
en contradiction avec les valeurs et les politiques d'inclusion de nos
établissements. C'est également une disposition qui ratisse très large, pour
laquelle on questionne les modalités d'application qui seraient retenues. Par
exemple, est-ce que ce serait désormais interdit de publier une photo d'une
étudiante qui porte le voile dans une communication qui viendrait souligner
l'octroi d'une bourse ou l'octroi d'un prix ou d'une distinction particulière?
Il y a aussi l'interdiction de pratique
religieuse qui soulève des préoccupations tant qu'à l'application et à ses
effets, notamment pour les étudiantes et les étudiants. Nous, ce qu'on
questionne, en fait, c'est la nécessité de venir légiférer pour interdire toute
pratique religieuse dans des établissements d'enseignement supérieur. On voit
mal à quel répondre, à quel... à quel problème exactement cette mesure-là
viendrait répondre. Selon nous, là, une telle interdiction appliquée mur à mur
risque de, au contraire, créer une surcharge de travail inutile, voire des
tensions dans les milieux. Il faudrait que quelqu'un soit nommé pour vérifier
s'il y a une étudiante ou un étudiant n'est pas en train de prier ou qu'une
personne dans un local d'une université, par exemple, n'est pas en train
d'exercer un quelconque ou une quelconque pratique religieuse ou une méditation
à connotation religieuse. Les campus des universités, des cégeps, c'est des
milieux de vie pour les travailleurs, mais aussi pour les étudiantes et les
étudiants. Ces institutions-là sont fréquentées par des personnes adultes et
elles doivent demeurer autonomes dans la gestion quotidienne de leurs locaux
selon les besoins de la réalité qui sont propres à chaque milieu. Qui plus est,
en fait, une telle approche répressive est incompatible avec l'esprit des
valeurs en enseignement supérieur au Québec, dont les droits, dont les droits
et libertés fondamentales. Nous, on est d'avis qu'il faut laisser les...
l'autonomie aux établissements de gérer leur milieu, et, en fait, il faut que
ce soit fait de façon inclusive, non sexiste et dans le respect de la
pluralité, de la diversité des croyances. On est d'avis que des lieux dédiés
spécifiquement à une pratique ou à une confession religieuse devrait être interdits,
dans le respect des principes de la laïcité, mais qu'il faut conserver
l'autonomie des établissements à prévoir les lieux de recueillement à
multi-usages.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fin à votre... le e temps
qui vous est imparti. On entame la période de discussion, M. le ministre et
votre banquette, vous avez 15 minutes.
M. Roberge : Merci beaucoup.
Vous êtes une grande organisation, vous couvrez large, vous êtes touchés par
plusieurs éléments, vous, vos membres, donc, je comprends que vous avez
accéléré, mais on a eu votre mémoire, évidemment, puis on pourra continuer à en
discuter. Je voulais discuter avec vous, en fait, du dernier sujet que vous
avez abordé, la question des locaux confessionnels ou multiconfessionnels
dans... en enseignement supérieur, là, cégeps, universités. Vous nous
dites : Il faudrait avoir des lieux inclusifs, non sexistes,
multiconfessionnels, multi-usages. C'est un peu ce qui est essayé en ce moment,
dans le réseau. Et les administrations semblent dire : Bien, regarde, ça
va, il n'y a pas de... Il n'y a pas le feu, là, c'est correct, mais c'est un
peu du laisser-aller quand on regarde les malaises qu'il y a. J'ai parlé
personnellement avec plusieurs étudiants et étudiantes qui sont très mal à
l'aise avec la présence de ces locaux. J'ai parlé avec plusieurs jeunes femmes
qui nous disent... ce que j'ai noté. Écoutez. Le local est supposé être
multiconfessionnel, mais on sait très bien que c'est rendu un local musulman,
il n'y a personne d'autre qui y entre. Les femmes n'ont pas le droit d'entrer,
les fenêtres, les vitres dans les portes sont bloquées. Donc, c'est une
fenêtre, elle n'est pas bloquée mais ils collent du papier. Si quelqu'un
l'enlève, il le recolle le lendemain. Et donc, dans le fond, techniquement,
l'administration, de dire : Ça va très bien, dans mon établissement, je
n'ai pas d'enjeux, là, il n'y a personne qui... qui s'insulte, il n'y a
personne qui se frappe, donc, tout va bien. Mais le malaise est là. Reste qu'il
y a un local qui n'est pas multiconfessionnel, qui n'est pas inclusif, qui est
sexiste, caché, bloqué. Et quand on questionne l'administration : ils
disent : Non, non, ça va très bien. Moi, je pense que ça ne va pas bien
quand ça existe dans beaucoup d'établissements, et je ne pense pas que ce soit
possible de...
M. Roberge : ...aux
établissements de placer un gardien pour que ça n'arrive pas quand on autorise
un local de prière ou multiconfessionnel. Alors, si vous n'êtes pas d'accord
avec ce qu'il y a dans le projet de loi en ce moment, l'interdiction, j'ai le
goût de vous dire : Qu'est-ce que vous proposez pour régler le problème
réel qui existe en ce moment avec le statu quo ou le laisser-aller? Donc, si
vous ne voulez pas la proposition actuelle, très bien, mais vous proposez quoi,
à part qu'on ne s'en occupe pas?
Mme Fontaine (Valérie) : Mais,
en fait, ce n'était pas qu'on ne s'en occupe pas, hein? On s'est... On s'est
positionnés sur le fait que pour nous, si ces locaux sont multiconfessionnels,
non sexistes, inclusifs, ça allait.
Bon. Vous amenez un son de cloche qu'on
n'a pas eu de notre côté ni de la part des travailleurs ni de la part des
étudiants qu'on fréquente ou que les personnels qu'on représente fréquentent par
rapport aux difficultés possiblement vécues. Je pense qu'il y a quand même des
possibilités que les administrations de cégep ou d'université voient à faire
respecter la règle si on dit que ce sont des locaux qui sont
multiconfessionnels. Il n'y a pas à voir, là, de priorité pour certains groupes
dans ces locaux-là. Donc, ça ne nous a pas été relevé. Donc, nous, cette
solution-là, pour nous, était la bonne parce que les gens qui nous ont parlé
n'ont pas soulevé de problématique avec les locaux existant présentement et
n'ont pas soulevé la problématique que vous nous soulevez aujourd'hui.
M. Roberge : OK. Bien, je
vous ai témoigné de conversations que j'ai eues, mais c'est écrit aussi dans le
rapport Pelchat-Rousseau. Eux aussi sont allés discuter avec plusieurs
personnes. Mais, excusez-moi, je vous interrompue. Allez-y.
M. Côté (Pascal) : Bien,
là-dessus précisément, même si on interdit toute utilisation des locaux, s'il y
a un groupe qui décide de prendre un local et de se l'approprier de la façon
dont vous l'avez décrite, parce que clairement, ce n'est pas acceptable, ce que
vous avez décrit, et ce n'est pas du tout ça qu'on veut, l'administration va
devoir faire son bout et faire en sorte que ce local-là ne soit pas occupé de
cette façon-là. C'est la même chose pour les situations que vous nous avez
décrites. L'administration a un bout à faire. Et je dirais que rendu là, ce
n'est pas une question de religion, c'est une question de vécu en société, tout
simplement.
• (17 h 20) •
M. Roberge : C'est juste que
vous comprenez que si on dit qu'il n'y a pas de locaux confessionnels ou locaux
de prière, c'est plus facile de dire : Bien, il n'y en a pas versus :
Il y en a un. Il faut que je le gère, il faut le vérifier, il faut que j'envoie
un surveillant, il faut que je gère qui y va, mais là, je n'ai pas le droit d'y
aller, le surveillant que j'envoie, n'essayez pas d'envoyer une femme comme
surveillante, ça ne passera pas, il va falloir que ce soit un homme. C'est
contraire aux principes de la loi où on ne peut pas dire : Bien, toi
femme, tu ne peux pas faire ce travail-là, il faut que ce soit un homme. C'est
ça qui va arriver. Donc, c'est... Je vois mal comment on pourrait le gérer
autrement qu'en disant que ce n'est pas permis. Mais, si vous nous proposez
quelque chose, même si c'est après la commission, ce soir, on est ouverts pour
des solutions qui seraient... qui seraient différentes.
J'ai une dernière question parce que j'ai
beaucoup de mes collègues qui veulent vraiment discuter avec vous. Mais la
question de la clause de souveraineté parlementaire, vous, vous parlez, dans le
fond... vous dites : Retirez les articles 13 et 14. Mais, quand je
regarde, en réalité, vous parlez de la clause de souveraineté parlementaire,
donc s'assurer que la loi prenne son effet. Est-ce que c'est une opposition
dans le cadre de cette loi-là ou vous n'êtes pas d'accord pour que le
gouvernement utilise cette mesure-là de manière préventive en toutes
circonstances?
M. Côté (Pascal) : Disons que
dans les derniers mois, années, on trouve que le gouvernement a utilisé
beaucoup, beaucoup, beaucoup la clause de souveraineté parlementaire. Et, dans
un État de droit, il est normal que des groupes puissent vouloir contester des
décisions, des lois. On le sait, il y a la balance, le juridique, il y a le
citoyen, il y a l'exécutif, bon, etc. Et, quand on place la clause de
souveraineté parlementaire a priori, comme c'est le cas dans plusieurs projets
de loi, eh bien, à ce moment-là, on enlève la possibilité aux citoyens, aux
groupes de se faire entendre devant les tribunaux.
On sait que la clause de souveraineté
parlementaire, on s'en est servi au fil des années, notamment pour protéger la langue
française. On protégeait un droit. Maintenant, ce que l'on voit, c'est qu'on
l'utilise pour retirer des droits. Et on trouve qu'on est sur une pente
glissante. Mais ce sera un sujet pour une autre commission parlementaire.
M. Roberge : Quoiqu'on est
dedans. Mais on pourrait... on pourrait parler du droit à des services laïcs ou
du droit à l'égalité. Mais je voulais savoir ce que vous... Vous avez un
malaise général avec l'utilisation. Vous n'êtes pas seulement contre en tout
temps. Pour la Charte de la langue française, ça va, dans d'autres cas, vous
n'êtes pas certains. Je ne veux pas vous mettre des mots dans la bouche, mais
est-ce que je résume votre pensée?
M. Côté (Pascal) : ...nous,
ce qu'on trouve, c'est qu'elle est beaucoup trop utilisée. Et on enlève des
possibilités aux citoyens, aux municipalités, à d'autres groupes, à des...
M. Côté (Pascal) : ...organisations
syndicales, parfois, comme on le voit dans le projet de loi, entre autres, de
pouvoir contester les décisions qui sont prises à l'Assemblée nationale par le
gouvernement. On a une charte des droits et libertés québécoises, dont on est
fiers. Elle est arrivée en 1975, avant même la charte canadienne, et on pense
que cette charte des droits et libertés là, elle a toujours sa raison d'être.
Donc, si on soustrait dans chaque projet de loi la possibilité aux citoyennes
et aux citoyens de contester, il n'y a plus lieu d'avoir de charte des droits
et libertés, et je ne pense pas que c'est vers ça qu'on veut aller au Québec.
M. Roberge : Non, non, ce
n'est pas vers ça qu'on veut aller au Québec en empêchant toute... On peut
contester les lois, mais pas en vertu de certains articles de la charte, on
peut contester pour d'autres raisons. Puis on pourrait dire aussi qu'on fait
évoluer le droit, c'est un outil qu'on a, mais je voulais savoir, j'ai eu ma
réponse. Je vais laisser mes collègues poursuivre l'échange avec vous.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le ministre. M. le député de Chauveau, il reste
6 min 47 s.
M. Lévesque (Chauveau) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, M. Côté, mesdames, merci beaucoup d'être là
aujourd'hui. C'est éclairant, ce que vous dites. Je voudrais revenir sur un mot
que vous avez utilisé, M. Côté, vous avez parlé que... la loi est coercitive,
selon vous. J'ai eu le privilège de participer au projet de loi n° 21, à
l'époque, avec mon collègue actuel ministre de la Justice, qui avait déposé...
puis j'ai participé aussi, écouté les mémoires, les réactions, puis c'était un
peu la même chose, hein, on disait : Coercitif, ça ne passe pas, puis, à
l'usage, à l'usage, quand on a appliqué le projet de loi n° 21... Bien
sûr, je comprends, tout changement qui est important comme ce qui est proposé
dans le projet de loi n° 9 amène son lot d'inquiétudes, même... je peux
même comprendre qu'il y a des personnes, ça peut les mettre en colère, qu'on
propose ces changements-là, mais les éléments de... On anticipait une
certaine... un certain désordre public, une ruée vers la sortie, des pertes
d'emploi, des gens qui quittaient. Ce n'est pas arrivé. Ce n'est pas arrivé,
dans le domaine de l'éducation publique, à l'époque.
Là, maintenant, oui, on propose de faire
un pas supplémentaire par rapport au projet de loi n° 21. Et maintenant
j'entends le même discours un peu, c'est coercitif, pourtant, la sagesse que le
ministre vomit, c'est de mettre la loi... la clause grand-père. Donc, on ne
veut pas que les personnes actuellement en emploi soient pénalisées. Moi, je
pense que ça, ça me semble correct, mais, pour l'avenir, quand tu veux
appliquer à un emploi, peu importe quel est l'emploi, il y a des critères, il y
a des conditions d'accès à l'emploi, il y a certains éléments, et, évidemment,
les personnes qui désireront venir travailler devront... sauront quelles sont
ces conditions-là.
Alors, quand on parle de coercitif...
Pourquoi vous insistez sur ce mot-là comme... Parce qu'il y a quand même un
élément graduel annoncé. Il y a une intention qui... à long terme, on ne veut
plus avoir de signes religieux, notamment, mais on ne veut pas faire ça de
façon coercitive, on veut le faire dans le respect de l'intégrité de la
personne. Puis, en même temps, oui il y a une ligne que le gouvernement veut
aller. On a le droit de ne pas être d'accord, mais elle est claire. Donc, je
vais vous permettre de réagir un peu à mes propos, parce que je ne la perçois
pas, justement, moi, coercitive, cette loi-là, elle est empreinte de
discussions et d'échanges, puis on le fait aujourd'hui avec vous aussi, là.
M. Côté (Pascal) : Tout à
fait. Peut-être, d'abord, sur la clause de droit acquis, ce qu'on demande,
c'est qu'elle soit corrigée pour s'appliquer aux personnes et dans les
secteurs. Parce que, notamment, si on prend autant les écoles privées que les
centres de petite enfance, ce sont des petits milieux. Donc, être capables que
cette clause-là s'applique aux personnes, qu'ils puissent peut changer
d'établissement, ça, c'est une chose. Maintenant, on est... et je vais laisser
aller ma collègue sur la petite enfance, mais dans le réseau de la petite
enfance, notamment... le réseau, il est très, très, très fragile, là, en termes
de nombre de personnes, en termes de manque de personnel, en termes de bris de
services. Et, pour moi, c'est : est-ce qu'on veut prendre la chance de se
retrouver... Parce qu'en 2026, les gens qui portent des signes religieux les
portent par conviction, et est-ce qu'on va prendre la chance de faire en sorte
que ces femmes-là, parce qu'on parle notamment de femmes, arrêtent leur emploi?
Et c'est pour ça d'ailleurs qu'on demande
un moratoire, pour être en mesure... On ne demande pas de la jeter aux
poubelles, on demande un moratoire pour être en mesure d'évaluer exactement ça
va être quoi, les impacts. On ne dit pas de tout tasser ça, c'est un moratoire,
qu'on demande, si vous avez bien regardé notre mémoire...
Mme Bellerose (Anne-Marie) :
...Oui, bien, effectivement, en petite enfance, c'est un univers différent que
l'univers scolaire, donc, ce sont tous des employeurs indépendants. Donc, la
main-d'oeuvre se promène beaucoup dans le réseau. Pensons à des remplaçantes
par exemple, qui ont un statut précaire, qui vont remplacer dans plusieurs CPE
en même temps, une remplaçante qui va faire un remplacement de congé de
maternité, après six mois, je n'ai plus d'emploi, je ne peux pas vraiment me
replacer dans un autre CPE. Donc, on a une particularité bien à nous. On le
répète toujours, on est d'accord avec la laïcité, le programme pédagogique et laïque,
il n'y a pas d'enseignement religieux, de pédagogie, j'ai envie dire, parce
qu'on n'enseigne pas en petite enfance, on apprend par le jeu, donc, c'est
quelque chose qui est établi. Mais, comment on va faire le jour où on n'aura
plus de personnel? Parce qu'on a un taux de roulement supérieur à la moyenne au
Québec, on a des postes vacants supérieurs à la moyenne au Québec, donc, si les
gens quittent, il faut les remplacer. Et quand on va les remplacer, bien, on va
mettre de côté une main-d'œuvre qui, pourtant, en ce moment, est qualifiée,
répond au programme pédagogique, donc, on ne veut pas se priver, là, de
personnel qualifié qui nous manque déjà grandement en petite enfance en ce
moment.
M. Lévesque (Chauveau) : Merci
beaucoup. Concernant l'élément de... vous parliez de se conformer à la
politique sur les aliments, on parlait de l'alimentation, là, qu'on veut... on
ne veut pas empêcher un établissement, que ce soit privé ou dans le domaine
aussi de la petite enfance, d'offrir évidemment de la nourriture, par exemple
halal ou casher. Pas interdit, mais que l'exclusivité de cette nourriture-là,
qu'elle soit offerte aux recevants de services, aux enfants notamment, ou aux
étudiants dans les écoles privées... mais qu'il y ait une diversité qui soit
offerte. Je comprends que pour les milieux familiaux, vous vous y opposez.
Pourquoi? Je ne dis pas de l'interdire, évidemment, là, le permettre, mais
de... qu'il y ait une... Si un enfant sur les six en milieu familial, lui, il
dit : Moi, j'aimerais ne pas avoir de la nourriture casher. Vous vous
opposez à ça?
Mme Bellerose (Anne-Marie) :
En fait, la réalité de nos responsables en milieu familial, c'est qu'elles
sont seules pour offrir le service aux six familles. Donc, si je dois offrir
trois repas différents, deux repas différents, parfois, c'est simplement par
simplicité qu'on va offrir une seule viande pour la gestion du quotidien. Elles
travaillent déjà 50 heures par semaine auprès des enfants, elles cuisinent
à l'extérieur des heures de travail, la pédagogie, le ménage, je vous passe
toutes les tâches connexes de nos RSE, mais, donc, elles ont déjà une charge de
travail importante. Le parent signe un contrat avec la RSE, il sait quel
service il va avoir, l'alimentation qu'il va avoir, donc, il y a déjà une
entente contractuelle. Donc, on ne pense pas que c'est nécessaire.
• (17 h 30) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. C'est tout le temps que nous avions pour le
gouvernement.
Je me tourne du côté de l'opposition, vous
avez 11 min 15 s.
Mme Cadet : Merci.
Bonjour à vous quatre. Je vous laisserais
peut-être terminer votre point ici, là, parce que je pense que vous vouliez
terminer votre phrase, là. Je voulais laisse y aller.
Mme Bellerose (Anne-Marie) :
En fait, c'était simplement de reconnaître le caractère unique de nos
travailleuses autonomes qui oeuvrent dans leur domicile et qui doivent
accomplir toutes les tâches seules.
Mme Cadet : Donc, je
comprends que, dans cet exemple précis, donc, vous nous dites, donc, si, par
exemple, si, donc, six familles, si les six familles, donc, sont au courant,
donc, du menu, donc, qui est offert, donc, par le service de garde en milieu
familial, que tout le monde y consent, qu'à ce moment-là, donc, dans ces
circonstances-là, vous dites, bien, que le cadre qui est présenté ici dans le
projet de loi, il serait inutile, là. C'est ce que vous nous dites?
Mme Bellerose (Anne-Marie) :
Exactement, on pense que ce n'est pas nécessaire de légiférer pour elles,
puisqu'il y a déjà une entente, là, entre le parent et la RSE.
Mme Cadet : Parfait.
Merci.
Je vais poursuivre en petite enfance.
Donc, vous nous avez présenté l'étendue de la pénurie de main-d'oeuvre. Vous
nous avez dit : Le taux de roulement est supérieur à la moyenne, le nombre
de postes vacants est supérieur à la moyenne. Qu'est-ce que ça représente pour
votre réseau?
Mme Bellerose (Anne-Marie) :
Oui, bien, en fait, justement, on a les chiffres du ministère de la
Famille, là, qui viennent d'être déposés tout récemment. Donc, en petite
enfance, le taux de départ définitif du personnel est de 20 % pour la
dernière année. Donc, c'est beaucoup de pertes déjà de personnel dues, même
pas, à une autre raison, donc, tout simplement la vie courante. Donc, déjà là,
on a un élément. Et les éducatrices non qualifiées, c'est 35 % des
départs. Donc, on vit déjà beaucoup de départs dans notre... dans notre réseau,
on se dit souvent : On est malheureusement dans le classement des
10 emplois où il y a le plus de pénurie au Québec. Donc, c'est très
important. En CPE, le taux de roulement, c'est 15 %. Donc, c'est beaucoup
aussi, ce qui fait qu'il y a beaucoup de mouvements en petite enfance. C'est
pour ça qu'on craint les... les problématiques. On vit déjà des bris de services
en ce moment où des parents le matin ont un appel : Malheureusement, pas
d'éducatrice aujourd'hui, donc, vous allez devoir...
17 h 30 (version non révisée)
Mme Bellerose (Anne-Marie) : ...gardez
votre enfant à la maison. Donc, si on rajoute un élément supplémentaire, on
craint. Donc, c'est pour ça le moratoire : Prenons une pause, analysons.
Est-ce qu'on peut savoir combien de personnes sont affectées? Est-ce que c'est
vraiment un gros problème ou pas un problème? Et prenons le temps de l'analyser,
voir les conséquences puis de se positionner pour la suite.
Mme Cadet : Effectivement, ce
sont des chiffres qui sont quand même assez effarants. Donc, j'entendais la
partie gouvernementale nous dire que dans un précédent projet de loi, il n'y a
pas nécessairement eu des départs, mais là vous dites si... bien, dans votre
milieu, il y en a déjà qui sont supérieurs à la moyenne, donc c'est déjà la
situation avec laquelle vous composez au point où ce qu'on a appris hier soir,
c'est que le ministre, donc, a autorisé, en fait, la capacité pour le réseau,
donc, d'aller accueillir, donc, des travailleuses de l'étranger. C'est bien ça?
Mme Bellerose (Anne-Marie) : Oui,
effectivement, début janvier dernier, donc, il y a eu un assouplissement pour
permettre le recrutement international, là, dans le service garderie, pour
nous, c'est les services éducatifs à la petite enfance, mais... donc, il y a eu
cette flexibilité-là annoncée début janvier. Donc, là, projet de loi 9, on
va aller recruter à l'étranger, parfois on va aller au Maghreb, on a conscience
que ce n'est pas toutes les femmes qui portent le voile, mais quand même, ils
vont émigrer au Québec. Et là, une incertitude va demeurer pour ces femmes-là.
Donc, pour nous, il y a une incohérence ici, là, entre l'annonce de début
janvier et le projet de loi neuf, là, à ce stade-ci.
Mme Cadet : Quant à la
capacité, donc, de pouvoir véritablement intégrer le réseau puis répondre à la
pénurie de main-d'œuvre, la raison pour laquelle, il y a trois semaines à
peine, donc... le ministre, donc, a signé, donc, cet arrêté pour permettre ce
recrutement, le facilité, disons.
Mme Bellerose (Anne-Marie) : Exactement,
donc on peine à recruter le personnel qualifié, c'est le... du personnel non qualifié
qui est le plus souvent engagé depuis un certain temps, ce qui donne une charge
de travail déjà très importante dans nos CPE. Donc, si on perd du personnel qualifié
et qu'on doit embaucher du personnel non qualifié pour compenser, et bien on
aura un enjeu, là, assurément, à ce moment-là.
Mme Cadet : Merci. Dans la
vraie vie, comment ça fonctionne? Vous avez effleuré le sujet, là, sur les
remplacements, par exemple, le remplacement de congé de maternité. On sait
aussi que dans le milieu, bien, il y a bien souvent, donc, des retraits
préventifs. Donc, vous avez un milieu où est-ce que c'est assez mobile. Donc,
peut-être juste, donc, nous... nous présenter, qu'est-ce que ça représente?
Parce que bon, on a parlé de la loi 21 où est-ce que les enseignants, bien,
disons sans... on va faire une grande généralité, donc leur attribution de
postes est relativement stable. Donc, chez vous, comment ça fonctionne dans
votre milieu?
Mme Bellerose (Anne-Marie) : Oui,
bien, en fait, on a plusieurs... on parle beaucoup des éducatrices en pensant
qu'elles ont toutes un poste défini, régulier, mais on a énormément de
personnels remplaçants et occasionnels. Donc, lorsqu'on est une occasionnelle,
on n'a aucune stabilité d'emploi.
Mme Cadet : Est-ce vous avez
des chiffres sur la proportion d'occasionnel?
Mme Bellerose (Anne-Marie) : Je
pourrais les avoir, mais je ne les ai pas ici avec moi.
Mme Cadet : OK. Parfait.
Mme Bellerose (Anne-Marie) : Mais
c'est une proportion de... Donc, une personne, pour s'assurer de travailler, va
donner son nom dans plusieurs CPE. Donc, elle peut travailler lundi, je vais
donner un exemple, au CPE La grosse maison et le mardi au CP, la porte... la
porte ouverte et le mercredi dans un autre CPE, donc elle va se promener d'un
CPE à l'autre quand elle va obtenir un remplacement à long terme qui va lui
garantir des heures et un travail, là, elle va établir une stabilité, mais c'est
temporaire. Avant d'obtenir un poste à temps complet, ça peut être plus long,
moins long, ça dépend des régions administratives aussi, là. Donc ces personnes-là,
c'est une grande partie de nos membres et des fois, c'est le matin même que la direction
reçoit un message texte : Je suis malade ce matin. En petite enfance, on
attrape beaucoup de microbes, donc : Je suis malade ce matin, je vais
devoir me faire remplacer. Donc, l'employeur doit trouver rapidement une
personne parce qu'on doit combler le poste, là, pour respecter les ratios. Donc,
c'est un flot continu. Les remplacements, je pense que les gestionnaires
pourraient vous dire que c'est déjà un grand défi actuellement, donc on veut s'assurer,
là, que la personne se promène d'un employeur dans le secteur de la petite
enfance, s'il y a clause grand-père qu'elle soit protégée, peu importe le lieu
où elle va travailler.
Mme Cadet : D'où le fait que
vous indiquiez, monsieur, un peu plus tôt que la clause grand-père, selon vous,
devrait être appliquée à la personne et non au poste, là, vous nous avez
entendus utiliser cette façon, donc, de parler là, donc, avec les intervenants
précédents en disant :Bien, chez vous, il y a quand même cette complexité
supplémentaire dans la capacité opérationnelle, pas juste de recrutement, là,
mais de pouvoir combler, donc, certains postes, d'allouer des ressources
humaines. Et là, dans un secteur, puis on vient de parler de la grande pénurie,
puis des taux de roulement très élevé, ça risque de... la façon dont le projet
libellé aujourd'hui au niveau de sa cause grand-père, bien c'est un peu
difficile de faire un copier-coller de ce qu'on a vu dans 21, là.
Mme Bellerose (Anne-Marie) : Effectivement,
parce que notre réalité est vraiment bien différente avec le nombre d'employeurs
différents qu'on a dans notre réseau. Ce n'est pas un centre de services, ce n'est
pas... Donc, c'est vraiment un petit milieu, parfois ils sont six éducatrices,
quand c'est une petite installation, une grosse installation, c'est 15. Donc on
va se promener comme ça, d'un milieu à l'autre...
Mme Cadet : ...merci. Je sais
que vous... Ah! oui, allez-y.
M. Côté (Pascal) : ...peut-être
pour compléter, c'est également le même phénomène qui se produit dans les
établissements d'enseignement privés. Et on sait aussi que, dans les
établissements d'enseignement privés, oui, il y a le personnel enseignant, mais
il y a aussi personnel de soutien, personnel professionnel, et ces gens-là
vivent exactement le même phénomène qui est là. Et donc c'est pour ça que, pour
ce qui est de la clause de droit acquis, on demandait qu'elle soit appliquée au
secteur, à la personne et idéalement à la date de sanction du projet de loi.
Mme Cadet : Oui, et non
pas...
M. Côté (Pascal) : Et non
pas...
Mme Cadet : ...à la date de
dépôt, là...
M. Côté (Pascal) : ...au
dépôt.
Mme Cadet : ...parce qu'en ce
moment c'est appliqué à la date de dépôt du projet de loi. Et là, si on parle,
donc, du recrutement qui se fait, donc, à l'international ou... qu'on vient
d'assouplir il y a deux, trois semaines, j'imagine, ça doit occasionner, donc,
certaines difficultés, donc, dans ce recrutement-là aussi, savoir : Ah!
c'est à la date de dépôt du projet de loi que l'interdiction est en... est en
vigueur?
Mme Bellerose (Anne-Marie) : Effectivement,
comme le mentionnait mon collègue, là, il faut s'assurer que les gens qui en ce
moment sont embauchés seront protégés, là, lors de la sanction du projet de
loi.
Mme Cadet : Bien, merci. Je
vais laisser ma collègue y aller, parce que je sais que vous avez une grande
portion sur l'enseignement supérieur.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la députée. Il vous reste trois minutes 10
secondes.
Mme Setlakwe : Merci. Juste
avant de passer à l'enseignement supérieur, moi, j'ai une question que je me...
je me pose, parce qu'on est très sensibles au fait que le secteur de la petite
enfance, vous l'avez dit, c'est documenté, doit être traité de façon
particulière, avec prudence, étant donné qu'elle est très... que ce secteur-là
est très affecté par la pénurie de main-d'oeuvre. Avez-vous une idée de combien
d'enfants en ce moment n'ont pas de place dans un local en raison du manque
d'éducatrices? Puis est-ce qu'on a une idée de combien d'enfants seraient
affectés par ce projet de loi là, là, si on écarte les éducatrices, par
exemple, qui sont... qui sont voilées? Ce serait comme important d'avoir ces
chiffres-là pour savoir combien d'enfants vont être affectés et donc combien
de... par exemple, une mère de famille qui serait forcée de rester à la maison.
• (17 h 40) •
Mme Bellerose (Anne-Marie) : En
fait, comme il n'y a pas eu d'analyse, on n'a pas d'information sur combien de
personnes seraient affectées dans le réseau. Donc, pour nous, ce serait au
ministère de voir avec les employeurs à documenter, justement, le nombre de
personnes qui seraient affectées parce qu'on ne recense pas cette information.
Quand on parle à nos membres, on leur... on demande parfois une... voyons,
une...
Une voix : ...
Mme Bellerose (Anne-Marie) :
Pardon?
Une voix : ...
Mme Bellerose (Anne-Marie) :
...oui, en tout cas, elles s'autodéclarent, voilà, merci. Mais, si elles ne le
font pas, ce n'est pas une information qu'on garde. Donc, je pense que le
ministère devrait contacter les employeurs qui sont à même, là, de pouvoir,
justement, chiffrer le nombre de personnes qui sont affectées.
Pour ce qui est des enfants en attente sur
le nouveau portail, on dit souvent le guichet ou le... on ne sait plus comment
l'appeler puisqu'il a changé de nom, mais donc le nouveau portail, peut-être
que, Émilie, tu pourrais être en mesure, là, de répondre, là, au nombre de
places en attente.
Mme Lessard-Mercier (Émilie) : Bien,
les dernières données, on était à plus de 30 000 enfants, là, sur la...
sur la liste d'attente, les dernières données disponibles.
Mme Setlakwe : Merci. Au
niveau de l'enseignement supérieur, vous... vous l'avez déjà abordé, là on est
dans un autre contexte, avec des étudiants qui sont plus loin, évidemment, dans
leurs parcours. Juste élaborer un peu plus sur cette inquiétude qu'on vienne
toucher à des... à une valeur... on comprend que la laïcité, c'est important,
mais qu'on vienne toucher à d'autres valeurs qui sont très chères pour la
société, des valeurs d'inclusion, d'exposer les étudiants à une diversité pour
que ça puisse mener à des discussions, à une ouverture d'esprit, etc. Qu'est-ce
qui vous inquiète avec le fait d'élargir ici à l'enseignement supérieur?
Mme Fontaine (Valérie) : Bien,
en fait, comme je l'ai mentionné tout à l'heure, ce sont des milieux de vie,
hein, ce sont... les cégeps, les universités, on va former le citoyen.
Évidemment, il y a tout le cursus scolaire, mais il y a aussi tous les
apprentissages qui sont autour de ça, qu'on va chercher en allant dans un
établissement d'enseignement supérieur. C'est là où les étudiants et étudiantes
ont le plus d'autonomie. Souvent, on va déménager, on change de ville, on est loin
de notre filet social actuel. Donc, pour nous, pour les établissements, on a
des politiques d'inclusion, de diversité, et cet apport-là à la discussion, au
discours, au débat, même, dans les cours, est important, je pense que... parce
que ça doit être le reflet de la société dans laquelle on vit...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci.
Mme Fontaine (Valérie) : ...et
notre société, elle est diversifiée, donc...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fin à la période impartie
à l'opposition officielle. On termine avec le député de Jean-Lesage pour trois
minutes 45 secondes.
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. Merci beaucoup pour votre présentation. Beaucoup de questions ont
été posées sur les conséquences du projet de loi n° 9, sur, par exemple, le
nombre de places en services de garde éducatifs. Ce que vous demandez
essentiellement, c'est : Avant de faire ça, mesurez donc l'impact, tu
sais. Je comprends bien...
M. Zanetti : ...c'est désolant
qu'on ne veuille pas... que le gouvernement ne veuille pas le faire puis que ce
ne soit pas fait déjà.
Je vous amènerais peut-être sur la
question... sur le fond, tu sais, sur l'interdiction du signe religieux,
mettons le voile, là. Qu'est-ce que ça comme impact sur les enfants? Est-ce que
vous pensez, avec votre expérience aussi du milieu de 20 ans, là, que ça
a... Avez-vous pu observer que ça portait atteinte à la liberté de conscience
des enfants? Parce que c'est ça, l'argument final du gouvernement, protéger la
liberté de conscience.
Mme Bellerose (Anne-Marie) :
En fait, on a fait des recherches pour tenter de trouver des études,
d'ailleurs, et aucune étude ne parle de l'impact potentiel de côtoyer des
éducatrices avec le port du voile. On parle d'enfants de zéro à six ans, on
apprend à parler, on apprend à marcher, on apprend à socialiser, on apprend à
dessiner, on apprend la motricité, on apprend la socialisation. Pour eux, le
contact n'est pas le même pour un jeune enfant. Donc, quels sont les impacts?
Ce n'est pas documenté, je n'ai pas de recherches, mais expliquer à un enfant,
je pense que, comme on disait, la laïcité, c'est important. S'il y a des
comportements ou des interventions inadéquates, l'employeur a des leviers en
relation de travail pour s'en occuper. Mais sinon, l'enfant, c'est un être
unique. Ce qu'il voit, c'est la personne, son attachement qu'il va développer
et il ne s'arrêtera pas à cet élément-là, comme il ne s'arrête pas à tout autre
vêtement ou toute autre particularité. On va poser une question, on va lui
répondre. L'important, c'est la réponse qu'on va donner à cet enfant-là.
Donc, je pense que c'est à ces éléments-là
qu'il faut s'attarder. Mais si le gouvernement a des recherches à nous
partager, bien, on serait intéressé assurément à les lire, parce que, de notre
côté, on n'a pas trouvé aucun élément par rapport à ça.
M. Zanetti : Donc, ce n'est
pas une demande du milieu, ça ne fait écho à aucun problème documenté, aucun
impact sur les enfants. Bref, on se demande en fait à qui sert ce projet de loi
là. Puis il y a beaucoup de familles qui voient le nombre à 30 000, là, le
30 000, le nombre de places qui manquent dans les réseaux, là. Il y a
quelques années, c'était... au début de la CAQ, c'était 35 000, à peu
près. Ça a fluctué. En sept, huit ans, descente de 5 000, c'est quand même
un échec incroyable, avec des taux de roulement de 15% à 20 %, et là ça va
comme potentiellement diminuer encore pour régler quelque chose qui n'est pas
un problème du tout observé sur le terrain. J'entends bien ce que vous dites,
c'est... Est-ce que vous avez déjà, comme, eu, mettons, des... même si on ne
parle pas d'impacts négatifs, avez-vous déjà observé que quelqu'un parlait de
ça puis, comme, ce n'est pas comme un problème, mettons, même imaginé, là?
Mme Bellerose (Anne-Marie) : En
fait, pour notre part, on n'a pas eu de contact de nos membres. C'est sûr qu'on
le sait, c'est un enjeu de valeur. C'est un enjeu qui nous touche en tant que
citoyens, qui peut ébranler, peut-être, notre vision plus personnelle, mais on
n'a pas eu, là, de cas concrets, du moins qui ont dénoté un enjeu lié au port
de signes religieux, on parle beaucoup du voile, mais de tout port de signes
religieux confondus.
M. Zanetti : Bien, je vous
remercie beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, c'est ce qui met fin à cette
audition. Au nom de mes collègues, je vous remercie pour votre apport à nos
travaux. Je vais suspendre quelques instants, le temps de recevoir le prochain
groupe.
(Suspension de la séance à 17 h 45)
(Reprise à 17 h 48)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux.
Nous recevons donc, pour cette prochaine
audition, les représentants du Conseil national des musulmans canadiens,
représentés par M. Stéphane Brown, président-directeur général, bienvenue,
ainsi que par M. Yasser Lahlou, coordonnateur des communications et des
relations gouvernementales.
Alors, messieurs, bienvenue à la
commission. Vous avez une période de 10 minutes pour votre exposé, et par
la suite nous allons procéder à la période d'échange avec les parlementaires.
Le temps est à vous.
M. Brown (Stephen) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Membres de la commission, je tiens tout d'abord à
vous remercier sincèrement de votre invitation. Je m'appelle Steven Brown et je
suis le président-directeur général du Conseil national des musulmans
canadiens. Je suis aussi un mari, un père de famille et un fier Québécois.
Depuis plusieurs années, le Québec est
traversé par des débats importants sur la société dans laquelle nous voulons
vivre et sur celle que nous souhaitons léguer aux prochaines générations. Être
parmi vous aujourd'hui représente pour nous une occasion concrète de contribuer
à ces échanges et d'enrichir le débat public sur des questions profondément
structurantes. De nombreux Québécois de confession musulmane souhaitent depuis
longtemps participer positivement à ces conversations, et trop souvent on
parlait de nous, mais plus rarement avec nous.
Alors, aujourd'hui, nous avons l'occasion
de faire humblement notre part en vous apportant, Mmes et MM. les députés, les
perspectives de fiers Québécois de confession musulmane sur des enjeux qui les
touchent directement. Plus les perspectives sont nombreuses, plus la
compréhension des enjeux est complète, et c'est ainsi que nous pouvons parvenir
ensemble à de meilleures législations dans l'intérêt de l'ensemble des
Québécois.
Alors, pour bien commenter le projet de
loi neuf, il est essentiel de commencer par comprendre le contexte plus large
dans lequel il s'inscrit et les raisons pour lesquelles nous sommes réunis ici
aujourd'hui. Le projet de loi neuf ne sort pas de nulle part. Il s'inscrit dans
une longue série de débats et de politiques visant à répondre à une question
fondamentale : Quelle est la place de la religion et plus
particulièrement... plus particulièrement des religions minoritaires dans la
société québécoise au XXIe siècle?
• (17 h 50) •
Depuis plus de 20 ans, cette question
suscite au Québec des débats répétés, souvent marqués par une forte charge
émotionnelle, les débats sur les accommodements raisonnables, la commission
Bouchard-Taylor, la Charte des valeurs québécoises, la loi 62, la
loi 94, la loi 21 et, aujourd'hui, le projet de loi neuf. Au corps de
tous ces débats, il y a une réalité souvent implicite mais indéniable, ce sont
très souvent les Québécois de confession musulmane qui sont au centre. Alors donc,
qui sont-ils?
Les Québécoises et les Québécois de
confession musulmane ne constituent ni un groupe marginal ni un groupe
négligeable. Notre population est comparable à celle de la ville de Laval. Nous
sommes très diversifiés sur tous les plans ethnique, culturel et théologique.
Beaucoup d'entre nous sont pratiquants, beaucoup ne le sont pas. Certains sont
des immigrants récents, mais plusieurs sont des Québécois de deuxième ou de
troisième génération. Nous sommes hautement scolarisés, économiquement actifs
et majoritairement francophones. Nous élevons nos familles ici, nous
travaillons ici, nous votons ici. Le Québec est notre maison. Et, comme tous
les Québécois, nous souhaitons ce qu'il y a de mieux pour notre société, pour
nos enfants, pour nos institutions et pour notre avenir commun.
Alors, permettez-moi d'être clair dès le
départ, nous reconnaissons clairement la légitimité et la nécessité pour le
Québec de protéger son identité distincte et ses valeurs, y compris la laïcité.
La laïcité, lorsqu'elle est bien comprise, bénéficie à l'ensemble des
Québécois. Elle garantit la liberté de conscience et assure que l'État
appartient de manière égale à tous, indépendamment des croyances. C'est dans
cet esprit que nous présentons devant vous aujourd'hui.
Je m'adresse à vous comme Québécois, comme
parent qui élève sa famille ici, comme citoyen engagé, profondément attaché à
ce que c'est... à ce qui fait de la spécificité et la richesse du Québec. Nous
ne sommes pas ici pour changer la société québécoise...
M. Brown (Stephen) : ...Nous
ne sommes pas ici pour affaiblir ces valeurs. Nous sommes ici parce que nous
souhaitons les préserver et les renforcer, et c'est précisément pour ces
raisons que nous avons de sérieuses préoccupations à l'égard du projet de... de
la loi n° 9. Alors, nos préoccupations ne portent pas
sur l'objectif déclaré du projet de loi n° 9, soit le
renforcement de la laïcité. Encore une fois, nous partageons entièrement cet
objectif. Nos inquiétudes découlent plutôt du fait que, sur des aspects
essentiels, le projet de la loi n° 9 s'éloigne de la
laïcité, plutôt que de la renforcer.
Cela m'amène aux trois points que je
souhaite aborder aujourd'hui. Un, les façons dont le projet de loi n° 9 s'écarte des principes fondamentaux de la laïcité.
Deux, les raisons pour lesquelles il risque d'être inefficace, voire
contreproductif par rapport à ses objectifs. Et, trois, les pistes permettant
d'orienter le Québec vers une laïcité réellement neutre et socialement
rassembleuse.
Alors, dans son sens le plus classique et
le plus largement reconnu, la laïcité repose sur quatre piliers fondamentaux,
dont la séparation de l'État et des religions, la neutralité de l'État à
l'égard des religions, la liberté de conscience et des croyances, et l'égalité de
traitement entre tous les citoyens. Ainsi, la laïcité implique la neutralité de
l'État et impose l'égalité de tous devant la loi, sans distinction fondée sur
la religion ou les convictions personnelles. La laïcité garantit autant aux
croyants qu'aux non-croyants le même droit à la liberté d'exprimer leurs...
leurs croyances ou convictions. Cette conception de la laïcité n'est pas
abstraite. Elle est élaborée pour répondre à une question politique...
centrale : Comment organiser la coexistence, au sein d'un même État, de
citoyens aux conceptions profondément divergentes du sacré ou de la nature de
l'univers sans que ces différences ne dégénèrent en conflit? Et, par extension,
comment empêcher qu'une église, une institution religieuse, une doctrine
religieuse ou une vision métaphysique particulière ne s'empare du pouvoir de
régir l'ensemble de la société? Bref, la laïcité n'a pas pour objet d'effacer
la religion dans la société. Elle vise plutôt à garantir que l'État ne favorise
ni ne discrimine aucune croyance ou conviction. Cette neutralité réelle et de
principe est précisément ce qui permet l'existence d'un espace civique commun
accessible à tous.
La neutralité ne veut pas dire
invisibilité. Or, le projet de loi n° 9 s'écarte de
cette logique. Plutôt que de se concentrer sur la neutralité des institutions,
il s'attarde à surveiller et à contrôler les identités des individus qui y
travaillent. Plutôt que de s'attaquer aux comportements et aux actions des
employés, le projet de loi cible leur apparence. Plutôt que de reposer sur des
principes juridiques stables, il apparaît réactif, politisé et influencé par
l'évolution de l'opinion publique. En faisant... ce faisant, le projet de loi n° 9 commence à ressembler à une forme d'antireligiosité,
ou même, d'un athéisme de l'État, plutôt qu'une véritable neutralité de l'État.
Il ne s'agit pas de la laïcité authentique, et cela risque de semer la
confusion quant à ce que la laïcité est censée accomplir.
Alors, pourquoi le projet de loi, selon
nous, est inefficace et contreproductif? Alors, c'est le cas pour plusieurs
raisons. Tout d'abord, comme principe général, la coercition identitaire ne
fonctionne tout simplement pas. Dans Le prix de la liberté refusée,
ouvrage très cité dans la littérature empirique sur les relations... l'État et
la religion... est sans équivoque sur cette question. Il indique que les
restrictions gouvernementales aux pratiques religieuses tendent à accroître, et
non à réduire — trois minutes? — les tensions et les
conflits religieux. Les tentatives de... de réprimer l'expression religieuse
renforcent souvent l'engagement et la mobilisation, plutôt que les diminuer. En
effet, la laïcité fonctionne lorsqu'elle ne se mêle pas des questions de
croyance. Elle échoue dès qu'elle cesse de se concentrer sur l'encadrement des
institutions publiques et cherche à contrôler les... les identités
individuelles. Dans ce cas, la neutralité cède à la conformité culturelle et à
l'égalité, devient un prétexte d'exclusion. Notre propre histoire du Québec
nous le montre. Par exemple, les tentatives de contrôler les pratiques
religieuses et culturelles des Premières Nations par l'assimilation ont été...
ont été des catastrophes humaines et sociales. De toute évidence, le projet de
loi n° 9 n'est pas comparable aux politiques qui ont,
par le passé, été imposées aux Premières Nations, mais l'histoire comporte des
leçons importantes à tirer en matière de gestion de la diversité. La coercition
culturelle et religieuse ne produit pas l'intégration, mais le traumatisme, une
rupture et une méfiance durable envers les institutions.
Et n'oublions pas de regarder ce qui se
passe sur le terrain. Les Québécois et les Québécoises de confession musulmane
subissent davantage de crimes haineux aujourd'hui. Ils se voient de moins en moins
appartenir au Québec et se sentent ciblés par les institutions qui sont censées
de les servir et respecter. D'autant plus, le projet de loi n° 9
n'affecte pas uniquement les Québécois de confession musulmane. Ces
dispositions ont été critiquées par des leaders des communautés juives et
catholiques, par des défenseurs des libertés civiles, ainsi que par de nombreux
Québécois qui, comme le démontrent les données, souhaitent que cette Assemblée
consacre ses énergies aux défis...
M. Brown (Stephen) : ...plutôt
que des débats polarisants sur la laïcité ou la place des minorités au Québec.
Cette approche nuit activement à la cohésion sociale et je tiens à insister
clairement sur ce point. Alors, comment le Québec peut aller de l'avant? Cette
situation peut encore être rectifiée. Si le Québec souhaite renforcer la
laïcité de matière... de manière de manière fidèle, efficace et rassembleuse,
nous recommandons respectueusement qui se suit : Recentrer la laïcité sur
la neutralité des institutions et non les croyances ou l'apparence des
individus. Se concentrer sur les comportements et les actions problématiques
plutôt que les signes apparents. Appuyer les politiques publiques sur une
logique juridique claire et stable et non sur les variations de l'opinion publique,
et veiller à ce que la laïcité soit appliquée de manière à renforcer la
cohésion sociale. En conclusion, Mme la Présidente, messieurs et... mesdames et
messieurs les membres de la commission, pour conclure, les Québécois de
confession musulmane ne demandent pas de traitement particulier. Ce qu'on veut,
c'est une laïcité authentique et fonctionnelle. Une laïcité qui vise à protéger
la neutralité des institutions et non pas à surveiller les identités
individuelles, à créer une société où chacun appartient pleinement sur le même
pied d'égalité et à garantir à tous et à toutes la liberté d'expression et la
liberté de conscience. Nous voulons contribuer, nous voulons appartenir
pleinement et nous voulons participer à la construction d'un Québec fort, justement
parce qu'il est juste. Je vous remercie de votre attention et je me tiens à
votre disposition pour répondre à vos questions. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Nous en sommes maintenant
à la période d'échange. Je me tourne du côté du ministre et de la banquette
pour une période de 15 minutes.
• (18 heures) •
M. Roberge : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation. On voit que vous êtes un habitué,
vous êtes chronométré à la perfection jusqu'à la fin. Vous avez mentionné, en
début d'intervention, que plusieurs personnes, votre groupe, peut-être, tendent
à dire que les interventions gouvernementales visent ou toucheraient
particulièrement la communauté musulmane. Vous avez terminé, à la fin, en
disant qu'il y avait d'autres groupes qui avait réagi, mais comme si... comme
si l'initiative visait particulièrement... Mais je répète la... le parcours
historique, la mise en contexte que j'ai faite ce matin dans mes remarques
préliminaires, reste que la marche, réellement, vers la déconfessionnalisation
de la laïcité a commencé avec l'abolition des collèges classiques, où c'était
la religion catholique qui en a fait les frais, si j'ose dire. En tout cas, si
on parlait aux évêques de l'époque, ils vous auraient... ils nous auraient dit
ça. Même chose quand on a aboli les commissions scolaires catholiques et
protestantes, ce n'était pas la communauté musulmane qui en a fait les frais
ou, en tout cas, ce n'était pas manifeste. Et souvent on parle, on parle du
voile, le voile, le voile, le voile, comme si d'autres personnes ne portaient
pas de croix, de kippa, de turban, etc., etc., etc. Et quand on a une mesure
importante qui fait beaucoup jaser dans le projet de loi, en ce moment, qui est
le financement conditionnel aux écoles privées subventionnées, mais
conditionnel au respect des principes de laïcité, sans empêcher des activités
de nature religieuse facultatives, bien, on touche toutes les écoles privées
subventionnées, puis il y en a plus qui sont non musulmanes qu'il y en a qui
sont musulmanes, ça fait que je voulais préciser ça d'emblée. Des mesures
précises, j'ai entendu des mesures précises, la notion de visage découvert que
le projet de loi amène un enseignement supérieur. Est-ce que vous êtes
favorables ou défavorables à dire qu'au cégep, à l'université, les personnes
devraient avoir le visage découvert en tout temps pour des questions évidentes
de reconnaissance, de sécurité, de vivre ensemble? Voilà.
M. Brown (Stephen) : Mais
merci pour votre question. Effectivement, oui, il y a des... il y a des parties
de loi 9 sur lesquelles on peut être d'accord. Exemple, sur le financement
conditionnel, ça fait du sens, et ça, ça serait une mesure qui ... qui suit la
logique de la... de la laïcisation de la société. Quand le gouvernement va
octroyer des... de l'argent pour l'éducation des citoyens, tout le monde
devrait avoir accès à cet argent, à cet investissement, ça fait sens. Et ça,
c'est pleinement à l'intérieur de la laïcité. Où qu'on sort de la laïcité,
c'est, par exemple, quand on sort ou quand on parle des prières dans un parc.
Ça, ça serait, tu sais... La laïcité, c'est dans l'État. Là, on est sur la rue,
on est à l'extérieur de l'État, et plusieurs... C'est sûr que la loi, la façon
que c'est écrit, ça s'applique à tous les symboles religieux. Mais on serait en
train de nier l'évidence que la grande majorité de ce qu'on parle quand on
parle d'un certain malaise avec des pratiques religieuses, qu'on pourrait
constater dans la société, remonte en grande partie de la communauté musulmane.
La question de prière, la question de hijab...
18 h (version non révisée)
M. Brown (Stephen) : ...le
visage découvert. Il y a seulement une religion, là, qui a une pratique, là,
qui couvre le visage. Alors, d'une certaine façon, on parle un peu de la
communauté musulmane, puis ce n'est pas pour dire qu'on est visé parce que, tu
sais, on n'est moins aimé que les autres, mais, du fait, il y a une réalité, il
y a une certaine... questionnement sur c'est quoi la place de cette religion
dans la société, et c'est correct, on devrait la poser, et c'est exactement le
genre de place où qu'on devrait en discuter.
Quant à la question du visage découvert, oui
ou non, effectivement, quand on décide de bannir un symbole ou une visibilité
religieuse, la question ne devrait pas être : Est-ce que c'est religieux
ou non? Ça devrait être la fonctionnalité. Alors, pour des questions de
sécurité, pour des questions d'identification, pour même des questions de... de
communication, la question se pose : Est-ce que le niqab porte une
barrière à ces questions? C'est une question légitime et il y a beaucoup de
Québécois qui sont profondément mal à l'aise avec ce symbole religieux. Alors, ça
se pose. C'est certainement... Alors, exactement, dans quel contexte est-ce qu'on
devrait le bannir? Je pense que ça devrait vraiment relever de l'utilité. C'est
est-ce que ça crée réellement une barrière à... à une action concrète de l'État?
Et si c'est le cas, mais il faudrait le démontrer. Et, dans ce cas-là, je pense
que c'est... c'est une partie légitime du débat, là.
M. Roberge : La question
reste ouverte pour vous, pour le... le visage totalement couvert dans les
cégeps, les universités. En tout cas, vous avez dit, c'est... il faut se poser
la question, c'est votre position.
Recommandation 2, ne pas réglementer
les pratiques alimentaires religieuses. Mais là on est dans les institutions de
l'État. Ce n'est pas particulier d'imposer l'absence de choix et que tout le
monde est forcé de manger, de se nourrir avec un menu d'une confession
religieuse qui n'est pas la nôtre. Ce n'est pas particulier? Parce que c'est la
situation actuelle dans certaines institutions. Si on ne fait rien, c'est ça
qui peut arriver. Donc, vous... vous ne voulez pas que l'on garantisse aux
personnes de ne pas se faire imposer un menu religieux. Pourquoi?
M. Brown (Stephen) : Mais il
y a deux choses. De un, dans un gouvernement laïc, le gouvernement n'a pas à se
poser des motifs religieux ou spirituels, des... des habitudes alimentaires de
la population. Ça, c'est de un. La neutralité de l'État, là, c'est le
gouvernement... aveugle à des questions d'alimentation religieuse.
Mais allons plus profondément sur la
question du halal. Même de... même dans votre... dans la... dans la
réglementation, comment il est rédigé actuellement, même dans... ça... ça
démontre une mécompréhension massive de qu'est-ce que la nourriture halal? Si c'est
végétarien, c'est halal, si c'est du poisson, c'est halal. Plusieurs... plusieurs
viandes, à cause de la façon qu'on va abattre l'animal, pour plusieurs
personnes de confession musulmane, ça reste à halal. Ton Pepsi, c'est halal, tes
chips Lay's, c'est halal. Tout ce qui est kasher, c'est halal. Alors là, comment...
comment... comment l'État va aller rentrer puis dire, je ne sais pas, si on
sert des McCroquettes, des croquettes aux poissons, c'est un menu halal, est-ce
que ça, ça va être banni? Tu sais, à la fin de la journée, là, tu sais, ça se
pose, là, la question, là.
M. Roberge : C'est... c'est difficile
de discuter avec vous, vous ne nous donnez pas beaucoup de réponses. On ne sait
pas si vous êtes pour ou contre le visage couvert dans les cégeps. Puis là je
vous ai demandé si c'est correct d'avoir... de s'assurer de pas imposer un menu
religieux aux Québécois. Puis, ça se discute, évidemment que ça se discute,
mais justement on est là pour en discuter, là. Si vous ne nous donnez pas votre...
votre avis là-dessus, bien, on va continuer de se gouverner avec le projet de
loi tel qu'il est, là.
M. Brown (Stephen) : ...très
franchement.
M. Roberge : Après ça, je
vais laisser ma collègue continuer, parce que, sinon, je vais prendre tout le
temps, mais... Votre réponse, là, : C'est-tu correct ou pas correct, ce qu'il
y a dans le projet de loi pour ne pas imposer un menu religieux à tous?
M. Brown (Stephen) : ...on ne
devrait pas imposer un menu religieux à tous, mais, mais un gouvernement
réellement laïque, là, le gouvernement n'a pas à se poser pourquoi tu manges
une telle chose ou une autre chose? Ce serait ça, la laïcité, réellement. Là, à
la fin de la journée, si vous dites : Bon, est-ce qu'on devrait avoir le
droit d'imposer à tout le monde une alimentation religieuse? Non. Mais, ce que
je vous demande, pratiquement, comment vous allez vous assurer réellement de
ça? Vous comprenez? Comme, est-ce que vous allez avoir un imam dans les
institutions gouvernementales pour vous dire qu'est-ce qui est religieux ou non?
Il y a plusieurs religieux au... religions au Québec, alors c'est un peu
inapplicable. Et c'est de là la question, le gouvernement est un mauvais gestionnaire
des questions confessionnelles pour les citoyens. Dans un État laïc, le
gouvernement devrait s'abstenir...
M. Brown (Stephen) : ...de se
poser ces questions-là. C'est la laïcité classique.
M. Roberge : ...qu'on devrait.
On ne peut pas imposer un choix aux gens, mais il ne faut pas s'en occuper. Il
faudrait laisser les institutions s'en occuper. Mais bon, c'est correct. C'est
votre... c'est votre réponse. Je vais laisser mes collègues poursuivre la
discussion.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le ministre. Alors, je cède la parole à la
députée de Vimont. Il reste six minutes, 12 secondes.
Mme Schmaltz : Parfait. Merci
à Mme la Présidente. Bonjour, messieurs. On a eu l'occasion de se rencontrer il
y a quelques mois dans mon bureau, hein, on a eu des belles discussions
d'ailleurs sur le sujet, hein? Et puis je ne sais pas si vous vous en souvenez,
mais, d'entrée de jeu, c'était la définition sur la laïcité, hein? Quand on en
a discuté, j'avais ma définition, vous aviez la vôtre. Et je pense qu'à partir
de cette définition-là c'est tout ce qui découle un peu de l'incompréhension
face... vos positions versus la position du gouvernement.
On a eu cette discussion parce que, quand
on a parlé véritablement des enjeux de laïcité, vous êtes arrivés avec des
exemples. Et, bon, on a... bon, là, on parle des croquettes de poisson, on ne
parlera pas de ça, là, mais on a eu d'autres exemples auxquels on a échangé. Et
puis, dans cette discussion-là, à un certain moment, on a parlé justement des
prières de rue, et là on s'est jasé, on a regardé. Est-ce que la prière de
rue... Est-ce que c'est quelque chose qui est acceptable, etc., etc.? Et puis
vous aviez soulevé un point important à cet effet-là, c'est que vous m'aviez dit
que souvent ce sont des groupes d'influence, ce sont des petits perturbateurs,
ce sont toujours le même groupe qui se présente qui... Puis vous sembliez aussi
un peu les connaître, là, ce groupe-là, justement. Puis ce sont souvent eux qui
viennent donner cette mauvaise impression là de la religion musulmane, etc.
La question que le ministre pose par
rapport à la nourriture, c'est-à-dire on impose une... bon, on impose halal,
là, bon, peu importe là ce sur quoi, le Pepsi pourrait être halal, etc., etc. En
fait, quand on dit que le gouvernement ne doit pas se positionner, au
contraire, puis... parce que je comprends que vous... quand vous parliez de
laïcité, puis on ne devrait pas avoir ce genre de raisonnement, mais on n'a pas
le choix d'arriver à ça, justement. On n'a pas le choix d'arriver justement à
cette fameuse neutralité comme on en parle, cette laïcité, ce... cette façon de
ne pas imposer non plus les convictions de... Peu importe, là, de quel... de
quel groupe.
• (18 h 10) •
Bon, tout ça pour venir finalement à une
question. C'était... Vous m'aviez dit, à ce moment-là, pendant notre rencontre,
que votre... Vous aimeriez être davantage consultés. Vous aimeriez apporter un
apport plus considérable dans tout ce qui traite la laïcité. Et puis, j'avais
trouvé extrêmement intéressant, hein, je ne m'en cache pas, on avait eu cette
discussion-là, mais comment on peut arriver à s'entendre si notre définition de
la laïcité de base, elle est difficile des... tu sais, des deux côtés. Je ne
dis pas que vous avez la meilleure, puis moi, c'est la bonne, ce n'est pas ça,
l'enjeu n'est pas là, c'est que c'est cette définition-là, pour arriver à un
consensus, il faudrait qu'on s'entende sur c'est quoi, la laïcité. Vous
comprenez, moi, je le sais, vous me l'aviez expliquée, mais peut-être je vais
vous inviter peut-être vraiment à nous expliquer votre définition-là de la
laïcité.
M. Brown (Stephen) : Oui.
Merci beaucoup pour votre question. La laïcité, c'est... la laïcité, c'est très
simple, c'est à la base... et c'est ça qui fait consensus au Québec. La
laïcité, c'est la séparation entre la religion et l'État. Elle ne favorise
aucune confession, elle ne défavorise aucune confession, elle ne favorise pas
la croyance, elle ne favorise pas la non-croyance. Ça reconnaît que l'État
pourrait être capable de créer un environnement où que plusieurs citoyens qui
ont des croyances différentes dans la société, dans la société libre, sont
capables de se réunir et sont... ont également le droit de s'exprimer quant à
leurs croyances, leur façon de vivre, la façon qu'ils voient l'univers. Alors,
l'État, là, ne devrait avoir pas plus d'intérêt dans ta croyance religieuse
d'un de ses citoyens que la couleur de ses cheveux ou la marque de ses
chaussures. C'est une réelle neutralité.
Et ce qu'on avance, c'est une laïcité
fonctionnelle. Un... fonctionnel, qui fonctionne réellement à créer cet espace
où que tout le monde peut s'entendre et se réunir. Parce qu'à l'heure actuelle
je ne peux pas vous cacher, pour une grande portion des personnes de confession
musulmane et d'autres confessions religieuses et spécialement minoritaires, le
gouvernement envoie un message que vous n'êtes pas vraiment Québécois tant et
aussi longtemps que vous n'apparaissaient pas comme...
M. Brown (Stephen) : ...La
laïcité ne doit pas être un outil d'assimilation ou un outil pour gérer la
diversité. La laïcité existe pour faire en sorte qu'aucune idéologie religieuse
ne domine les institutions. Et le fardeau doit rester sur les institutions, pas
les individus. Si le gouvernement veut rentrer dans les débats et voir qui...
l'apparence de qui est acceptable pour venir travailler à l'état, votre
apparence est acceptable, votre apparence ne l'est pas, bien, on ne va jamais
en finir. Et la... C'est la raison pour laquelle notre civilisation a créé la
laïcité, c'est à sortir des débats constants entre les religions et les
chicanes interreligieuses, mais on revient. Regardez ici, là. On est en train
de débattre de comment on devrait gérer la religion. L'idée de la laïcité à la
base, c'est : On sort de ces débats-là, puis ça, on le laisse aux
citoyens. Alors, on... Oui?
Mme Schmaltz : ...pas qu'on
devrait... Pour arriver à ça justement, vous ne croyez pas à la base qu'on doit
réglementer quand même, qu'on doit quand même imposer une vision, qu'on doit se
positionner, justement pour éviter la dérive, mais, de l'autre côté, pour
accéder à ce que vous... à cette façon de voir la laïcité? Je pense qu'à la
base il faut quand même établir des balises pour se rendre là, non?
M. Brown (Stephen) : Effectivement,
mais les balises devraient être les moins restrictives possibles pour inclure
le plus de monde possible...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fin à la période de temps
imparti au gouvernement. Je me tourne du côté de l'opposition officielle, pour
11 minutes 25 secondes.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous deux. Merci beaucoup pour la transmission de votre
mémoire très étoffée. Je me permets de citer une partie de votre avant-propos
parce que j'aime beaucoup ce passage. Vous vous nous dites :
«Dans une société francophone minoritaire,
quoique distincte au sein du Canada, marquée par l'expérience de la domination
cléricale, par l'émancipation de la Révolution tranquille et par une conscience
persistante de vulnérabilité culturelle, ces préoccupations ne relèvent ni du
simple préjugé ni d'une peur irrationnelle. Elles traduisent une volonté de
continuité, d'autorité collective, de maîtrise du cadre commun.»
«La question stratégique soulevée par le
projet de loi neuf n'est donc pas de savoir si ces objectifs sont légitimes,
mais si les instruments choisis permettent réellement de les atteindre.»
Donc, on venait... on vient d'entendre
l'échange avec la députée de Vimont, donc, qui nous disait, donc, qu'il y a
des... peut-être, donc, des interprétations différentes du concept de laïcité.
Mais moi, quand je vous lis et que je vous entends, je comprends que la
conception de la laïcité que vous avez comme... comme mouvement, donc
représentatifs, est... est bien la même, donc, que l'ensemble de la société
québécoise, n'est-ce pas?
M. Brown
(Stephen) :
C'est
exact, c'est exact. Et, vous savez, ça fait des centaines d'années
que... qu'on est au Québec, ça fait des décennies qu'on a la laïcité au Québec.
J'ai grandi au Québec. Et le fait que quelqu'un portait une croix, ça... ça...
ça n'a jamais donné l'impression à la société que la religion de cet
individu-là représenterait un positionnement de l'État. Le fait que je coupe
mes cheveux courts ou que j'ai les longs cheveux, ça ne dit rien sur la
position de l'État.
Alors, il faut séparer la religion de
l'individu de le mandat de l'État. Et c'est de là que nous autres, on pense
qu'il y a de quoi à faire dans un... dans un projet de loi qui dit avancer la
laïcité. Il y a quand même des choses qu'on peut aller pour clarifier ce
rôle-là. Exemple, on veut... Le projet de loi dit de vouloir renforcer la
laïcité, et ce qu'on essaie de prévenir, c'est la domination d'un... d'une
religion dans l'État. Alors, nous autres, on a une recommandation de bannir
tout prosélytisme actif à l'intérieur de... à l'intérieur de l'État. Quand
quelqu'un vous pose des questions sur votre religion, on ne devrait pas avoir
des personnes qui parlent ou qui... qui... qui favorisent une religion ou une
autre et incitent les autres à joindre... à joindre ou à... une religion en...
particulière.
Alors, l'apparence des personnes n'est pas
importante, c'est l'action des personnes qui est importante. Et je vais vous
dire quelque chose, pour moi, c'est quelque chose de profondément personnel. Tu
sais, vous savez, je viens d'une famille que ça fait six générations. On est au
pays et, pendant des... toutes les générations de ma famille, on avait des
restrictions sur quel emploi on pouvait avoir, où on pouvait étudier à cause de
notre apparence. Et la société a longtemps vu, constaté et réalisé que c'est
une bien mauvaise façon de gérer une société pluraliste. Alors...
M. Brown (Stephen) : ...arrêtons
de nous concentrer sur l'apparence des personnes, ce qui est sur leur tête, et
focussons d'abord ce qui est dans leur tête et qu'est-ce qu'ils font. C'est
comme ça qu'on va trouver une laïcité qui fonctionne pour tous. C'est comme ça
qu'on va sortir des débats à n'en plus finir de : est-ce que la religion
d'untel ou la pratique d'untel est acceptable. Et selon qui? Les élus? Je
m'excuse, mais ce n'est pas à l'État de déterminer aux citoyens comment ils
devraient vivre leur vie spirituelle. Ça leur appartient personnellement.
L'État devrait sortir de ce business-là.
Mme Cadet : Justement, donc,
à un autre... à un autre endroit de votre mémoire, vous citez... de la Cour
suprême, Mouvement laïque québécois contre le Saguenay. On en a parlé un peu ce
matin, si vous nous écoutiez. Bon. Vous nous dites : «La Cour ajoute que
l'État ne peut agir de manière à créer un espace public préférentiel qui
favorise certains groupes religieux et en exclut d'autres.» Donc, c'est ce que la
Cour, donc, disait à ce moment-là. Donc, si je saisis bien, donc, la raison
pour laquelle, donc, vous nous présentez ce passage, c'est que vous dites qu'il
faudrait, donc, se fonder sur le principe d'égalité réelle plutôt que d'égalité
formelle. Est-ce que c'est un peu l'interprétation qu'il faut en faire?
M. Brown
(Stephen) :
C'est
exact. C'est la réalité réelle qu'il nous faut. Si l'État dit que
dorénavant, tout le monde, toute apparence sur la personne d'une religion ou
quoi que ce soit, que ce soit une kippa, une croix dans le cou, un turban, peu
importe, c'est banni, que la seule apparence légitime, c'est une apparence sans
de religion, mais l'État envoie un message très clair à la population qui est
croyante que, si tu es croyant, ta place n'est pas ici. Alors, un...
«neutralité, là, la définition de la «neutralité», même si on regarde le
dictionnaire, là, c'est : pas de partie prise. Alors, c'est ça qu'on
avance : où que l'action de l'État vient influencer le travail et la
mission de l'État, elle doit être neutre. Mais, la neutralité réelle ne
favorise ni la croyance ni la non-croyance. Et c'est comme ça que finalement on
va se sortir des débats à n'en plus finir de qu'est-ce qu'on trouve acceptable
comme pratique spirituelle des individus dans la population. Oui.
Mme Cadet : Vous avez
peut-être entendu aussi ce matin le groupe Rassemblement pour la laïcité, là,
si je ne m'abuse dans leur nom, qui nous indiquaient dans leur mémoire que pour
eux, donc, il fallait faire une distinction entre la laïcité de l'État et la
laïcité de l'espace public, donc, en nous disant que le projet de loi neuf,
donc, introduit ce concept-là, et que pour eux, il s'agissait, donc, d'une
dérive, parce que, bon, il y a... puis il y a ce concept, donc, de l'État comme
prestataire de services publics, et il y a le concept, donc, des lieux publics,
donc, de l'espace public qui, lui, donc, appartient, donc, à l'ensemble des
citoyens.Votre mémoire, donc, ne se penche pas sur cette distinction-là.
J'aimerais ça vous entendre sur ce que le groupe de ce matin nous a invoqué.
• (18 h 20) •
M. Brown (Stephen) : Oui,
effectivement, notre mémoire ne se penche pas directement sur ça, mais en
principe, oui, la laïcité publique, ça n'existe pas. La laïcité, c'est par
définition la séparation entre la religion et l'État. La... La laïcité, c'est
dans l'État, ce n'est pas sur la rue. Dire «laïcité publique», c'est dire comme
un boisson chaud qui est froid. C'est un contradiction des termes. Si le
gouvernement et les élus pensent qu'il doit limiter les actions d'ordre
religieuse dans l'espace public, bon, c'est... c'est... les élus se pencheront
sur ça et, à la fin de la journée, ils prendront leur décision, peu... Mais ce
n'est pas de la laïcité. C'est simplement la limitation de la liberté
d'expression, la liberté de conscience et la liberté religieuse.
Et, le problème aussi, c'est que si on est
en train d'appeler tout ce qui est interdiction de la... de la pratique
religieuse dans la place publique, on est en train de tacher la laïcité. La
laïcité doit rester un phénomène et un principe consensuel dans la société. Et,
si on commence à appeler tout ce qui est je ne veux pas voir ta religion «la
laïcité», mais on va perdre ce consensus. Et on ne veut pas perdre ce
consensus. C'est important de la maintenir.
Quand j'étais jeune, j'ai grandi dans une
famille chrétienne. À chaque année, on allait au mont Royal, on avait la messe
du dimanche au mont Royal. On allait là, on lisait une Bible un peu, on
chantait les chansons, puis on jouait au frisbee, puis on grillait des
hot-dogs. Il n'y en avait pas de problème. Quoi, dorénavant, il va falloir que
ma mère, pour aller à la messe le dimanche, annuelle, demande un permis du
gouvernement? Puis il va falloir se réunir pour déterminer si oui, est-ce que
c'est trop religieux pour être capables de se faire? À un moment donné, là,
comme ça devient un peu... ça devient extrême. Il ne faut pas avoir peur de les
uns et les autres, là. On doit trouver des façons de vivre ensemble.
Mme Cadet : Et justement dans
ce principe, dans ce même esprit, donc, vous nous dites, à la recommandation
six : «Restaurer un cadre d'accommodement gouvernable pour préserver la
prévisibilité sociale parce que dans...
Mme Cadet : ...dans une
société qui se sait fragile, ce qui menace le vivre-ensemble, c'est
l'imprévisibilité.
Et là, donc, je comprends que vous êtes en
faveur du fait que le projet de loi n° 9, donc, réaffirme l'accommodement
comme outil ordinaire de gestion publique et que le projet de loi doit
permettre de fixer des seuils non négociables dont la contrainte minimale, la
continuité de services, l'égalité, la sécurité, est de garantir que
l'appartenance civique repose sur l'adhésion à des règles communes.
Donc, j'aimerais peut-être vous entendre
sur la contrainte minimale, parce que ça a été évoqué par le Pr Rousseau ce
matin. Donc, est-ce que c'est la même interprétation que vous en faites? Est-ce
que c'est ce concept-là que vous évoquez ici sur la contrainte minimale?
M. Brown (Stephen) : La
contrainte minimale, si on regarde... il faut regarder vraiment ça va être
quoi, la conséquence de cette réalité-là? Exemple, Me Rousseau, ce matin,
disait qu'on devrait implémenter la contrainte minimale parce que quelqu'un
pourrait avoir un accommodement religieux où qu'il pourrait aller fêter sa fête
religieuse, et que sa fête religieuse va être payée, et que ce serait un
accommodement inacceptable. Mais la réalité, là, c'est que presque tous les
Québécois... bien, tous les Québécois qui sont de confession chrétienne, ont
des congés religieux payés, Noël puis Pâques. Est-ce que, réellement, on va
habiter dans une société où que c'est seulement les chrétiens qui sont capables
d'avoir... de fêter les fêtes religieuses. Si, minimalement, pour aucune raison,
ton boss peut te dire non, tu ne peux pas aller fêter Rosh Hashannah...
vraiment, si vous êtes de confession juive, vous n'allez pas être capables de
fêter vos fêtes religieuses parce que c'est une trop grande contrainte? Alors,
c'est quoi la... en pratique, c'est quoi, la limitation que ça va poser sur un
fondement de base de la laïcité qui permet la pratique libre de la religion?
Alors, je pense que c'est une question
qu'il faut regarder, les effets que cela va avoir à la société. Si ça a l'effet
pour dire que c'est seulement les catholiques qui, à la fin de la journée, vont
être capables de fêter les fêtes religieuses dans la société, on est mal
partis, là.
Mme Cadet : Mme la
Présidente, ma collègue...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, parfait. Il vous reste 1 min 10 s.
Mme Setlakwe : Oui, ça va
être rapide. Je pense que la laïcité et ses piliers, ces principes sont
reconnus, il y a un large consensus, puis je pense aussi qu'on n'est pas en
train de dire ici qu'on veut sortir la religion de la vie des citoyens, bon.
Maintenant, là, je vais y aller rapidement
parce qu'en enseignement supérieur c'est un dossier que je suis, on doit quand
même... Je pense qu'il est légitime de se poser la question : Est-ce que,
dans nos établissements d'enseignement supérieur, on doive réglementer ou
régir, interdire qu'il y ait des lieux de prière? J'aimerais vous entendre
là-dessus, sur cet aspect-là. Qu'est-ce que vous entendez de la communauté dans
l'optique d'offrir à tout le monde un environnement d'enseignement libre de
toute religion? Qu'est-ce qui vous agace dans ces dispositions-là qu'on
souhaite mettre de l'avant?
M. Brown (Stephen) : Oui, le
gouvernement devrait regarder les actions religieuses des citoyens comme toute
activité, que ce soit, je ne sais pas, le sport ou écouter de la musique. Dans
les universités, il y a des locaux qui sont donnés tout le temps pour toutes
sortes d'activités, alors que l'État paie pour permettre à des gens... donner
une exemption spéciale pour la question religieuse, ça, l'État ne devrait pas.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Je dois malheureusement vous couper, le temps
imparti à l'opposition est terminé. On poursuit avec les députés de... Jean-Lesage,
merci. 3 min 45 s. Le temps est à vous.
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. Merci beaucoup pour votre présentation très éclairante, très
claire. Il y a un filon de questions qui n'a pas encore été exploré, sur lequel
j'aimerais bien vous entendre, c'est la question... vous l'avez évoquée, là, le
sentiment d'appartenance à la nation québécoise. J'ai l'impression que le
gouvernement, c'est un de ses angles morts, là, sous-estime l'impact de ces
législations-là sur le sentiment d'appartenance à la société québécoise. Puis,
des fois, j'ai l'impression que, quand les opposants à ces lois-là, dont on
fait partie, disent : Ce sont des lois qui divisent, je pense que ce n'est
pas compris. Est-ce que vous pourriez nous dire vraiment, dans, tu sais, le
senti, expérience, et tout ça, comment est-ce qu'une loi comme ça divise et
nuit au sentiment d'appartenance à la nation québécoise?
M. Brown (Stephen) : Exemple,
quand on est allé dire... Exemple très limpide, l'interdiction de porter le
voile pour les enseignantes. On nous dit que c'est mauvais pour les étudiants
quand il n'y a aucune étude qui le dise. On dit qu'on doit sortir les... on
doit faire en sorte qu'il y ait une apparence neutre, mais on donne une clause
grand-père, alors il y a encore des voiles dans les écoles. Et les personnes
qui sont immigrantes qui sont s'une communauté immigrante, qui ont déjà de la
difficulté à faire reconnaître leurs diplômes et leurs études, sont mis dans
une situation encore plus précaire...
M. Brown (Stephen) : ...pour
l'emploi. Je connais beaucoup de femmes qui ont vu cette restriction, elles ont
dit : On va aller étudier à la place pour être professeur dans les écoles
secondaires... dans la petite enfance. Et là, il y a des personnes qui ont
changé encore de cours d'éducation. Et là, le gouvernement vient changer
encore... Là, on va l'ajouter, là, les garderies. Et il n'y a pas de logique
claire. Au moins, la commission Bouchard-Taylor disait : Les agents de
l'État... le pouvoir de coercition de l'État. Là, c'est juste : On veut
aller plus loin. Plus loin, ça veut dire quoi? Et pourquoi c'est toujours des
communautés minoritaires qui se voient dans une position... qui voient leurs
opportunités économiques et d'emploi restreintes? Vous savez, il y a tellement
de sentiments dans la communauté musulmane qu'on s'est fait instrumentaliser,
malheureusement, du point de vue politique. Et souvent, on parle de nous, mais
pas assez avec nous. Et la réalité, là, c'est qu'exemple, des prières de rue,
il y a 500 000 musulmans au Québec. C'est la population de Laval. On
n'est pas tous en train d'aller prier dans les rues, là, puis scander... dans
les rues, là, comme les 30 personnes qui l'ont fait devant la cathédrale
Notre-Dame, hein? On est des citoyens à part entière qui veulent participer à
la société québécoise. Et venez nous parler, et on est preneurs pour essayer de
trouver des solutions réelles.
Quant aux questionnements des Québécois
qui ont vécu une histoire difficile avec la religion. Alors, les questions sont
légitimes, mais quand on s'en va passer des lois qui vont avoir un impact
négatif et néfaste sur la vie tangible, la capacité de payer ton loyer, et
qu'on n'a même pas la décence de venir vous parler ou de voir comment ça va
venir vous impacter... Et on s'en va pour faire du capital politique là-dessus,
ça envoie un message très clair : que les anxiétés de certaines personnes
valent moins que les droits des autres. Et quand...
M. Zanetti : Valent
plus... valent plus ou moins? Dans le fond...
M. Brown (Stephen) :
Plus. Valent plus que les droits des autres, c'est ça. Les anxiétés de
certaines personnes valent plus que les droits des autres. Oui, c'est
malheureux.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui termine les interventions pour
cette audition. Au nom de mes collègues, merci d'être passé à notre commission.
Merci pour l'apport à nos travaux.
Je vais suspendre quelques instants, le
temps de recevoir le dernier groupe de la journée.
(Suspension de la séance à 18 h 29)
18 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 18 h 35)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux. Alors, pour conclure cette première
journée d'auditions, nous recevons les représentants de la Fédération
québécoise des municipalités. Alors, messieurs, bienvenue à la commission. Vous
êtes des habitués. Vous savez que vous avez une période de 10 minutes pour vous
présenter ainsi que l'essentiel de votre mémoire, vos recommandations, et, par
la suite, nous allons discuter avec les parlementaires. Alors, votre 10 minutes
commence maintenant.
M. Pilote (Michaël) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Donc, M. le ministre, membres de la partie
gouvernementale, membre des partis d'opposition, c'est un plaisir pour nous d'être
ici aujourd'hui. Donc, je me présente, Michaël Pilote, je suis le maire de la
belle et magnifique ville de Baie-Saint-Paul, dans la région de Charlevoix, préfet
également de la MRC de Charlevoix, nouvellement élu comme premier vice-président
de la Fédération québécoise des municipalités. À ma droite, qui m'accompagne
aujourd'hui, Me Sylvain Lepage, qui est directeur général de la fédération, hein,
fédération qui regroupe quand même plus de 1 050 membres à travers le
Québec, hein, l'ensemble des MRC et de très nombreuses municipalités.
Aujourd'hui, bien, c'est un sujet, hein,
qui fait... qui a fait discussion, quand même, dans le passé. On parlait, tu
sais, la commission Bouchard-Taylor en 2007, tout ça, en 2019, la loi,
également, sur la laïcité. Je ne vous cacherai pas qu'il y a eu quand même des
débats, à l'époque, à la FQM, hein? Lorsqu'on parle de laïcité, tout ça, on
parle des valeurs, des fois, des conflits de valeurs, tout ça. Il y a eu quand
même de grands débats à la FQM, mais il y avait une... une position qui avait
été ressortie, là, qui était en faveur de la laïcité de l'État. Et ça, aujourd'hui,
on ne le remet pas en cause, hein, je pense que tout le monde est en faveur,
là, de la laïcité de l'État et ses institutions. Avec le projet de loi n° 9, ce
n'est pas une question, je vous dirais, sur le fond, c'est... nos appréhensions
sont plutôt sur l'application, hein, de... du projet de loi dans certaines...
dans certaines dispositions, entre autres, là, sur les manifestations
religieuses, là, j'aurai l'occasion d'élaborer davantage dans mon exposé. On
croit quand même qu'il y a certains articles qui doivent être améliorés...
M. Pilote (Michaël) : ...par
exemple, lorsqu'une personne vient donner un service à la municipalité, un
plombier, exemple, je donne... qui devra être à visage découvert et c'est la
municipalité qui aura la responsabilité, là, de s'assurer de tout cela. Nos
fonctionnaires municipaux ont déjà quand même de nombreuses responsabilités. On
parle aussi des accommodements également religieux, hein, que la plus haute
autorité administrative d'une municipalité, en l'occurrence la direction
générale, là, devra également s'occuper de ça. Également du traitement des
plaintes, hein, le traitement des plaintes, ce n'est pas anodin, hein? On parle
de beaucoup... lorsqu'on arrive là-dedans, bien c'est les droits de la
personne, est-ce qu'il peut y avoir des poursuites? Donc la décision ne se prend
pas toujours sur le champ. C'est d'y aller aussi au niveau des valeurs
éthiques, d'y aller avec la législation, ce n'est pas toutes les municipalités
qui sont... qui ont les ressources pour ça.
Au fait, la plus grande... je vous dirais,
la très grande majorité, voire à l'unanimité, les municipalités n'ont pas les
ressources pour s'assurer du respect, là, de la conformité de tout cela. Dans
plusieurs municipalités au Québec, hein, vous êtes... vous êtes élus pour la
plupart, là. Vous êtes dans des régions, hein, vous savez, dans vos
municipalités, il y a des municipalités, des fois, qui sont trois ou quatre
employés dans le bureau municipal, hein, et ça on compte la direction générale
et plusieurs directeurs généraux même qui, aujourd'hui, partagent leur temps
avec plusieurs municipalités, hein? Il y a des DG qui ont deux ou trois
municipalités, puisque c'est difficile être des municipalités qui ne sont même
pas ouvertes, là, au quotidien dans les différents jours de la semaine, là,
pour l'Hôtel de Ville, tout ça et là, on leur demande de venir s'assurer de
cette gestion-là du traitement et de la politique, justement, pour les
accommodements religieux. C'est quand même quelque chose qu'on vient mettre
dans leur cour et le ministère des Affaires municipales nous dit qu'ils veulent
faire en sorte d'alléger au niveau, là, des tâches, au niveau de la fonction
publique municipale, tout ça. Et là, d'un autre côté, on vient nous ajouter des
tâches. Il y en a eu dans les dernières années, au niveau de l'application...
au niveau de la langue française, on nous a demandé d'élaborer des politiques,
il y a eu toute la loi 25 aussi pour les municipalités que ça a été quand
même beaucoup d'heures travaillées, là, pour l'application, là, et la mise en
place de ces procédures et là, on vient ajouter ces données-là.
• (18 h 40) •
Et comment aussi s'assurer que, de façon
objective, là, qu'un fournisseur ne favorise pas ou ne défavorise pas
quelqu'un, là, pour un motif religieux, là? C'est beau en terme à l'écrit, mais
lorsqu'on arrive pour l'appliquer, ça va être... ça peut être très difficile,
là, de s'assurer de façon objective, là, que ça soit fait. Et ce qu'on veut
aussi, c'est que les municipalités de petite taille, là, soient considérées de
façon différente, puisque, comme je viens de le mentionner, dans plusieurs
municipalités au Québec, ça va être difficile de l'appliquer. Et c'est pour ça
aussi, là, qu'on recommande, là, de retirer le paragraphe un du premier alinéa
de l'article huit du projet de loi de manière à préserver le caractère
facultatif des dispositions au niveau de la gestion contractuelle, puisqu'on
pense que ça va être très difficile d'appliquer, là, si on le met de façon
obligatoire et, malheureusement, des municipalités, là, vont être en
infraction, là, ou en non-conformité, là, à ce niveau-là si on l'oblige. Les
ressources humaines, c'est un enjeu au niveau des municipalités. Et, en même
temps, là, c'est une décision qui est prise par l'État québécois et on donne
quand même beaucoup de latitude aux municipalités. Nous, ce qu'on veut, c'est
d'être et d'être encadré au niveau... à ce niveau-là, puisque ça va être au
niveau des conseils municipaux aussi, qu'on va devoir, là, trancher ces
questions-là. Ça a sorti aujourd'hui dans les médias, hein, on voyait la
situation du cortège funéraire. Bien nous, selon nos juristes à la fédération,
dans plusieurs localités au Québec, hein, la religion catholique fait partie du
patrimoine, le cortège funéraire, on n'ira pas à main levée, mais même je suis
persuadé que parmi nous, ici, dans cette enceinte, il y a des gens qui ont déjà
participé à un cortège funéraire, qui a débuté dans une église pour se diriger
au cimetière, et on doit, là, emprunter, là, un tronçon routier. Donc ça, ça
devrait faire l'objet d'une autorisation du conseil municipal. Est-ce qu'on va
demander aux familles qui sont endeuillées, une famille qui vit un deuil déjà
de perdre un être cher, est ce qu'on, en plus d'organiser les funérailles, de
traverser les étapes du deuil, on va leur demander de présenter une demande de
permis à la municipalité pour justement pouvoir emprunter le tronçon routier
pour leurs cérémonies funéraires? Je pense que c'est un non-sens. Et la
question des prières de rue aussi, ça aussi, à la Fédération, on comprend
l'interdiction d'interdire les prières de rue, la laïcité de l'État puis on l'a
vu même ce matin, un autre exemple qui est sorti, qu'on voyait qu'à la société
d'assurance automobile quelqu'un pouvait choisir d'être servi par un homme, ça
aussi, on trouve que ça n'a pas de sens. Je pense que c'est une question de
gros bon sens, mais au niveau des municipalités, c'est plus une question
d'application et ce qu'on demande, en fait, c'est d'avoir des balises claires,
de dire dans telle ou telle situation, ça, c'est permis. Et je pense que les
Québécoises et les Québécois font quand même preuve de bon sens à ce niveau-là.
Je crois que la situation du cortège funéraire, c'est quand même un exemple qui
est... qui arrive fréquemment, et ça, on ne s'opposera pas à ça. Même chose
également qu'un sapin de Noël puisse être dans les écoles, dans les
établissements de santé, des choses comme ça, je pense que c'est toute une
question de gros bon sens, donc on trouve quand même que les élus municipaux,
là, on va faire face à beaucoup...
M. Pilote (Michaël) : ...de
pression politique, à ce niveau-là, pour cette question. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on va passer d'ores et déjà à la
période de discussion avec les parlementaires. M. le ministre, vous avez 16 min
30 s avec votre banquette.
M. Roberge : Merci beaucoup.
Merci pour votre présentation. C'est agréable le fait que vous ayez entendu ou
assisté aux discussions de la journée, ça met bien la table. Je suis sensible à
ce que vous... vous amenez par rapport à la surveillance des sous-contractants
ou des fournisseurs, ça a été soulevé par d'autres avant vous, il faut voir ce
que ça peut impliquer, la faisabilité de ça, la plus-value de ça. Donc, on
prend des notes, hein, je vous le dis, quand on fait des consultations comme
ça, là, ce n'est pas juste parle-parle, jase-jase, faites-vous-en pas qu'on
prend des notes puis qu'on regarde ce qui peut arriver. Puis je le répète, je
vous l'ai dit plusieurs fois, mais je le répète : Après la fin de la
discussion en commission, sachez que vous avez accès encore à notre équipe,
puis qu'on est preneurs pour des... des propositions, des clarifications, etc.,
etc.
Question simple, réponse simple : Les
cortèges funéraires ne sont pas visés d'aucune manière, pas... Vous n'avez pas
à... Elle ne sera pas balisée ou il n'y a pas de permis à obtenir, ce n'est
pas considéré comme une manifestation religieuse ou une prière de rue, donc ça,
je veux clarifier la chose. Par rapport à d'autres manifestations religieuses
ou cérémonies religieuses qui pourraient, là, être concertées, collectives,
dans la rue, ce qu'il y a dans la loi, en ce moment, ça dit que «pour être
autorisé, l'usage à des fins de pratiques religieuses collectives, pour être
autorisé, doit remplir les conditions suivantes : Ne compromet pas la
sécurité des personnes, est de courte durée, accessible à tous, n'entrave pas
indûment l'accès à toute personne aux domaines publics de la municipalité».
C'est ce qu'il y a dans... On appelle ça la mise au jeu. Vous voulez des
balises claires, donc vous considérez que c'est insuffisant. Est-ce qu'il y a
d'autres suggestions que vous pourriez nous donner pour qu'on les intègre pour
clarifier ces balises-là, si vous les jugez... insatisfaisantes ou
insuffisantes?
M. Pilote (Michaël) : M. le
ministre, bien là, je suis heureux d'apprendre, là, que les cortèges funéraires
ne seront pas, là, indiqués à ça, j'imagine qu'il y aura modification, parce
que nous, nos juristes nous disaient que ça pouvait, là, entrer, là, dans la
nomenclature qui était déjà en place, là. Mais je ne sais pas si tu voulais
ajouter, Sylvain...
M. Lepage (Sylvain) :
Simplement, là-dessus, si vous me permettez, je comprends qu'en principe, un
cortège funéraire qui est laïc, hein, va être permis, mais les cortèges
funéraires auxquels j'ai assisté, généralement, il y avait des croix, hein?
Souvent, quand on part de l'église, l'église, elle est catholique et souvent,
il y a des croix, puis des expressions de croyances, la plupart du temps,
catholiques dans nos régions. Alors j'ai de la difficulté, en toute honnêteté,
à comprendre comment on peut penser qu'un cortège funéraire où il y a présence
de croix catholiques ne serait pas l'expression d'une religion. Je le dis avec
tout le respect que j'ai. Évidemment, si on enlève les expressions religieuses,
ce ne sera pas un cortège funéraire religieux, mais la plupart de nos cortèges
funéraires, en tout cas, à ma connaissance, puis ceux auxquels j'ai participé,
malheureusement, au cours des dernières années, il y avait une expression
religieuse. Alors, d'où notre conclusion, essentiellement.
M. Roberge : Écoutez, j'ai
demandé vérification à mon secrétaire général à côté de moi, s'il faut ajuster
le texte, on l'ajustera, sinon à l'article par article, à ce moment-là, des
fois, on peut le dire à l'oral, parce que ça... ce qui est mentionné en
commission, pas maintenant, mais à l'article par article, donne des balises
d'interprétation. On va s'assurer que ce soit clair et que tous les juristes
aient la même compréhension. Vous savez, des fois, vous demandez à un avocat
son opinion, il dit : Qu'est ce que tu veux que ça donne? Après ça, il
rédige. Mais je le dis à la blague, on va s'arranger pour le clarifier,
d'accord? On n'est pas, on n'est pas fans de flou, donc... Mais sur l'autre
question, enfin, je ne sais pas si vous avez d'autres suggestions à apporter
pour clarifier. D'autres groupes, avant nous, ont suggéré aussi d'ajouter...
Parce que là, on dit : Courte durée, ne compromets pas la sécurité des
personnes, accessible à tous, n'entrave pas indûment l'accès aux domaines
publics. D'autres ont utilisé le terme «concerté», enfin, on va voir si on peut
le clarifier encore pour vous faciliter le travail, puis ne pas alourdir, là, la
tâche indûment. Mais en même temps, je pense que ne rien faire, à ce moment-ci,
n'est pas une bonne idée, en tout cas, ça ne répond pas, je vous dirais, aux
préoccupations des Québécois. Certains groupes, avant vous, sont venus nous
dire : Ne faites rien. D'autres nous ont dit...
M. Roberge : ...Non seulement
il faut bouger, mais vous n'en faites pas assez. Donc, on va aller... on va
avancer. La question, c'est qu'il faut être le meilleur possible dans notre
manière d'agir, dans le respect des partenaires, parce que je suis conscient
que les municipalités sont des partenaires. Si on y allait de manière
unilatérale, mur à mur dans une loi et que vous n'avez aucune marge de
manoeuvre, ça pourrait poser un enjeu, parce qu'on parle de ce qui se passe dans...
je vais dire vos rues ou vos parcs. Moi, je trouve normal et important
d'impliquer les municipalités. Maintenant, il faut que les balises soient
suffisamment claires, puis peut-être même un règlement ensuite, si on a des
ajustements à faire à l'usage après vos suggestions. Mais je vous écoute.
M. Lepage (Sylvain) : Mais,
M. le ministre, si je peux me permettre, le principal reproche que nous
adressons à cet égard-là, c'est que ça... Répondre aux critères que vous nous
avez bien définis, là, puis qui sont clairs dans la loi, vous avez raison,
exige nécessairement que quelqu'un prenne le temps, fasse une enquête,
détermine si, oui ou non, ça répond à ces différents... à ces différents
critères là et émette un permis. Or, dans le contexte dans lequel on vit, les
ressources, hein, financières et humaines sont extrêmement rares, là. On gère
tous, hein, des situations financières difficiles, que ce soient pour les
municipalités ou le gouvernement du Québec. Je pense qu'on est... vous êtes
tous au courant du contexte budgétaire dans lequel on vit.
Alors, ce que vous nous demandez puis ce
que vous demandez aux municipalités, c'est de vous poser toutes les questions
que vous nous avez identifiées, que ce soit pour un chemin de croix du Vendredi
Saint, auquel certains d'entre vous ont peut-être participé, j'ai l'âge d'en
avoir fait, effectivement, ou encore des gens qui souhaiteraient prier dans la
rue, parce que c'est généralement ce qui fait les manchettes des journaux,
hein, et non pas le chemin de croix, qui a lieu dans la plupart de nos
villages, mais il n'en demeure pas moins qu'on fonctionnarise ces questions-là.
Et ce que nous pensons, c'est que ça ne
relève pas des municipalités. Nous avons déjà les outils et quelqu'un qui
bloque les rues. Que ce soit pour une profession qui dure trop longtemps ou
pour une autre raison, les municipalités ont déjà l'ensemble des outils qui
leur permettent d'intervenir. Il y a des policiers pour ça. Si vous bloquez une
rue, peu importe les raisons, il va se passer quelque chose au Québec.
Et là on adopte une loi. Nous allons
devoir former des gens, nous allons devoir suivre ça, et c'est ça, le grand
reproche que nous avons. Et les critères qui sont là, c'est les critères de
gros bon sens, vous avez tout à fait raison. Il y a... En toute honnêteté, il y
a le «accessible à tous», je n'irai pas prier avec les musulmans, je ne suis
pas musulman, tu sais. Alors, on peut se poser la question de savoir si je suis
catholique. Je peux vous dire que j'ai été baptisé, mais, la dernière fois que
j'ai mis un pied dans une église, c'était pour une profession funéraire,
effectivement.
• (18 h 50) •
Mais donc, au bout de la ligne, ce que
nous vous disons, c'est : Les municipalités en ont assez actuellement sur
les bras. Ils ont déjà de grands défis au niveau des infrastructures. Et, s'il
vous plaît, ne mêlez pas les municipalités, elles vont faire leur travail. Et,
si les citoyens bloquent les rues, faites-vous en pas, on va s'en occuper, pas
besoin d'une loi pour nous dire ça.
M. Roberge : Merci. Ce n'est
pas ce qu'on a vu partout par contre dans les dernières années, parce que, là,
disons que ce que vous nous dites très bien... mais... mais...
Une voix : ...
M. Roberge : Oui, c'est ça,
vous ne pouvez pas être partout, hein? Fonctionnariser la chose, ce n'est pas
quelque chose qui m'interpelle beaucoup, je suis avec vous là-dessus,
complexifier les choses, faire des enquêtes non plus, pour ce genre de chose
qui peut être assez simple, mais il y a moyen de simplifier aussi. Si le
formulaire dit : Je m'engage...
Une voix : ....
M. Roberge : Mais, si la
personne...
M. Lepage (Sylvain) : ...ça
prend quelqu'un qui vérifie une situation et qui a à déterminer si, oui ou non,
les critères sont rencontrés. Alors, on peut se dire que ce n'est pas
fonctionnarisé, mais j'ai... malheureusement, c'est le résultat d'une
disposition comme celle-là.
Alors, c'est contre ça, c'est avec ça que
nous sommes en désaccord. On n'est pas en désaccord, mon patron l'a dit, sur le
principe de la laïcité, on est tous d'accord sur le principe de la laïcité. On
est en désaccord avec le fait qu'on nous demande de former des fonctionnaires,
d'embaucher des gens pour surveiller si ça répond aux petits critères, alors
que ça ne pose à peu près pas problème. Ça fait 10 ans que je travaille à
la FQM, je suis avocat, j'ai plaidé pendant 25 ans avant. Personne ne m'a
appelé à la FQM pour me parler de ça. Les gens m'appellent pour le problème des
coupures en transport en commun. Ça, cette semaine, le téléphone, il sonne
beaucoup, beaucoup, beaucoup là-dessus. Il ne sonne jamais parce qu'il y a...
il y a des gens qui font une profession à l'occasion de Pâques ou de Noël.
Ça...
M. Lepage (Sylvain) : ...ça
ne m'est jamais arrivé en 10 ans. Peut-être que c'est arrivé à mon patron,
mais, moi, ça ne m'est pas arrivé. Normalement, ce genre de situation là, comme
les coupures en transport en commun, ça vient sur mon bureau.
M. Roberge : Si... J'ai des
collègues qui veulent poursuivre, mais je finis avec un dernier commentaire.
Si, dans une municipalité, ça arrive trois... supposons qu'on exclut les
processions funéraires, ça, malheureusement, ça arrive souvent, mais les
processions dont vous parlez, si ça arrive trois, quatre fois par année, on
s'entend que ça n'occupera pas beaucoup de personnes à temps plein, là, il faut
quand même relativiser les choses, là.
M. Lepage (Sylvain) : ...M.
le ministre, sur cette question-là, c'est que chaque ministre, chaque
sous-ministre nous répète toujours, un après l'autre : Ça prend tout le
temps... Ça ne prend jamais de temps, OK? Mais, au bout de la ligne, là, quand
tu additionnes les «ça ne prend jamais de temps», ça s'appelle un ETC,
vous connaissez ça, les ETC, deux ETC, trois ETC. Un ETC, ça coûte
100 000 $ par année. Alors, dans le contexte budgétaire, je le... je
le répète, dans le contexte où, dans les priorités sociétales, il y a beaucoup
d'autres priorités sociétales, on ne pense pas que c'est une bonne idée d'avoir
ce genre de critères là, que des... nécessairement quelqu'un va devoir
appliquer. C'est tout ce qu'on vous dit, tu sais.
M. Pilote (Michaël) : Tu sais,
le... au niveau...
M. Roberge : Merci. Je vais...
M. Pilote (Michaël) : Si je
peux me permettre, M. le ministre...
M. Roberge : ...je vais vous
laisser compléter, mais juste vous dire que c'est une collègue qui va
poursuivre. Allez-y.
M. Pilote (Michaël) : Si je
peux me permettre, c'est ça, tu sais, on était en commission parlementaire
tantôt, là, justement, aux finances publiques, pour parler de l'allègement
réglementaire, puis, au niveau des municipalités, tu sais, même pour les permis
de construction, il y avait déjà juste une municipalité sur quatre, même si
c'était réglementaire, qui transmettait l'information au niveau... pour la
Régie du bâtiment, alors que ça aurait dû être fait, mais c'était une sur
quatre, là, au moins ça va être retiré, mais les municipalités n'avaient même
pas le temps de faire cette reddition de comptes là. Ça fait que, même si on
dit que c'est quelques situations par année, quand je disais tantôt qu'il y a
des directeurs généraux qui ont deux ou trois municipalités à s'occuper, ça va
être une situation que, là, ça va arriver, ils vont être inconfortables. Bon,
bien là, quelle décision on prend? On va-tu avoir une poursuite si on dit
non... une plainte aux droits de la personne? Ça fait que les DG vont devoir
aller s'informer, demander des avis juridiques. C'est des frais, tout ça. Ça
fait que c'est... pour les municipalités, on craint l'application de cela.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le ministre. On poursuit vec la députée d'Anjou—Louis-Riel
pour quatre minutes 39 secondes.
Mme Boivin Roy : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bonjour, M. Pilote, Me Lepage. On comprend que vous avez une
journée bien remplie, deux représentations en commission parlementaire
aujourd'hui pour vos 1 050 membres. Alors, merci à vous d'être avec nous.
Je suis moi-même une ancienne élue
municipale, alors j'entends ce que vous nous dites aujourd'hui. Je pense que
vous serez d'accord avec moi sur les trois constats suivants. Les élus
municipaux sont des élus de première ligne. Les citoyens viennent nous voir
pour tous dossiers confondus, qui vont traiter des trois paliers de
gouvernement, alors les gens ne font pas nécessairement les distinctions sur
les champs de compétence. Puis, en même temps, je pense qu'on ne peut pas faire
aussi l'économie de collaborer ensemble, les trois paliers de gouvernement, sur
différents dossiers, différents enjeux de société. Alors, à la lumière de ce
que je viens de vous dire, comment la Fédération québécoise des municipalités
estime-t-elle que les municipalités peut contribuer... qu'elles peuvent
contribuer à préserver, si vous voulez, là, une certaine forme de cohésion
sociale, tout en appliquant fermement la loi? Alors, une question plus générale
sur comment vous estimez que peut être la... cette contribution.
M. Pilote (Michaël) : Moi, je
pense que d'être présents aujourd'hui puis, justement, de soulever qu'est-ce
qui nous inquiète... je pense que c'est déjà, là, une façon auquel la
Fédération québécoise des municipalités peut collaborer. M. le ministre l'a dit
tantôt, d'entrée de jeu, hein, les commissions, ça ne sert pas... on ne peut
pas dire que ça ne sert à rien, hein? Le but, c'est justement de consulter les
différents groupes... populationnels, excusez-moi, et, par la suite, bien, ça
va servir, j'imagine, dans les autres lectures, tout ça, d'amender puis
d'amener, là, des correctifs. Mais c'est clair que, oui, c'est quelque chose
qui est quand même... tu sais, lorsqu'on parle des... de la laïcité, les
valeurs, tout ça, c'est... c'est quelque chose qui est systémique, hein, qui
est pour toute la population. Puis, au niveau du monde municipal, bien, il y a
plusieurs volets : il y a le volet qu'on est un employeur, hein, pour nos
employés à l'interne, il y a le volet pour le service aux citoyens, de la façon
aussi que... Tu sais, ça, il n'y a pas personne aussi qui est... qui est contre
ça, que le service, comme je mentionnais tantôt, là, doit être... quelqu'un qui
arrive puis qui dit, dans un hôtel de ville : Moi, je veux être servi
seulement que par un homme, bien, ça, on trouve que ça ne fait pas son sens non
plus. La question des prières de rue, comme Me Lepage le mentionnait tantôt,
quelqu'un qui décide, demain matin, de barrer la voie publique puis de
manifester dans la rue, s'il y a obstruction de la voie publique, il y a des
règlements municipaux déjà qui sont prévus à cet effet-là. Ça fait que c'est
clair que nos partenaires des corps policiers vont intervenir à ce sujet-là,
puis on ne laissera pas personne juste fermer la voie publique, comme ça, pour
un motif religieux. Lorsqu'il y a des manifestations, des choses comme ça,
hein, c'est la... les municipalités donnent déjà des permis pour manifester,
des choses comme ça, et on nous fournit le trajet, un petit peu comme ça se
passe ici, quand il y a des gens qui manifestent devant l'Assemblée...
M. Pilote (Michaël) : ...des
choses comme ça. Donc, je pense, c'est cette voie, de cette façon-là que le
monde municipal peut collaborer avec l'État québécois.
Mme Boivin Roy : Très bien.
Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...la parole au député de Chauveau. Une minute 40 s.
M. Lévesque (Chauveau) : ...merci
beaucoup, Mme la Présidente. Ce que je comprends, messieurs, M. Pilotte, M.
Lepage... Tout d'abord, merci d'être là. M. Pilote, on a eu la chance de se
croiser à quelques reprises dans la grande région de Québec, la
Capitale-Nationale.
Ce que je comprends, là, de façon très
générale, dans le projet de loi, vous apportez des craintes puis vous apportez
des solutions très concrètes sur votre réalité. Puis il y a une... j'imagine
qu'il y a une très grosse différence, moi, je n'ai pas... je n'ai pas été élu
municipal, mais j'imagine qu'il y a une très grosse différence quand tu
t'occupes d'une petite municipalité de moins de 10 000, moins de
5 000 par rapport à une des grandes municipalités au Québec. Mais, ce que
je comprends quand même de façon globale, le projet de loi neuf, comme
représentants d'un groupe de 1 050 membres environ, vous êtes
globalement assez d'accord, à part quelques correctifs. C'est une loi qui, pour
vous, est un avancée en la matière. C'est ce que je comprends, là.
M. Pilote (Michaël) : Que
vous résumez bien, M. le député. On l'a dit d'entrée de jeu, hein, la laïcité
de l'État et de ses institutions ne remet pas en cause ce principe-là. C'est
vraiment au niveau de l'application par le monde municipal des différentes...
des différents règlements qui pourra être plus difficile pour nous. Mais, sur
le... sur le fond, ça, on est bien d'accord aussi, sur la laïcité.
M. Lévesque (Chauveau) : Parfait.
L'autre point que je vois, vous parliez tout à l'heure des plombiers, là,
avez-vous... avez-vous vraiment peur qu'un plombier qui se met un masque pour
faire de la plomberie, on lui demande de se découvrir le visage?
M. Pilote (Michaël) : ...qu'on
avait peur.
M. Lévesque (Chauveau) : OK.
M. Pilote (Michaël) : On a
dit que c'est l'application maintenant puisque ce n'est pas des employés qui
relèvent de la municipalité. Donc là, c'est d'aller intervenir à ce... sur cet
employé-là. C'est la plus haute autorité hiérarchique. Le DG n'est pas toujours
là, tu sais. C'est comme je vous dis, c'est une question d'application. Mais
est-ce que j'ai peur qu'une personne qui a le visage à... couvert qui apporte
des... des travaux au sein de l'hôtel de ville? Non, je n'ai pas peur.
M. Lévesque (Chauveau) : OK.
Parfait. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Voilà. Alors, c'est ce qui met fin à cette première ronde
de discussion. On poursuit avec la députée de Mont-Royal-Outremont pour une
période de 12 min 23 s.
Mme Setlakwe : ...merci à
vous deux. Bonsoir.
Là, juste pour rebondir sur l'intervention
de notre collègue de Chauveau, on comprend, là, que vous vous exprimez de façon
générale sur la loi. Mais sur... Moi, ma question, c'est sur les dispositions
qu'impose une charge administrative accrue aux municipalités pour traiter des
prières de rue et autres activités religieuses. Moi, ma compréhension, c'est
que vous souhaitez qu'elles soient amendées. Vous ne souhaitez qu'elles ne se
retrouvent pas dans le projet de loi. Vous... Est-ce que je me trompe, je fais
erreur ou c'est... ma compréhension est bonne?
M. Pilote (Michaël) : ...une
belle... une bonne compréhension.
Mme Setlakwe : OK. Parfait.
Donc, avant d'aller dans ce sens-là, je pense que c'est notre devoir des deux
côtés de cerner, bien cerner la problématique avant d'adopter ou de discuter
d'un projet de loi avec ses mesures et ses... oui, ses solutions à la
problématique. Donc, restons pour le moment sur la problématique.
• (19 heures) •
Les élections municipales sont toutes
récentes. Vous deux, vous avez exprimé le fait que ça ne semble pas être une
problématique. Mais là, on sort de l'élection municipale. Vos membres, les
élus, ont fait du porte-à-porte. Est-ce qu'on a... on doit comprendre que cet
enjeu-là, de prières de rue et d'activités religieuses dans l'espace public, ça
n'a pas été rapporté, ça n'a pas été discuté par les citoyens, ce n'est pas une
préoccupation actuellement?
M. Pilote (Michaël) : ...élu
unicipal depuis 2017, là, dans la région de Charlevoix, et ça n'a jamais été,
là, soulevé, là, par les citoyens à Baie-Saint-Paul, à mon égard ou encore à
l'hôtel de ville, là. Je ne dis pas que ce n'est pas quelque chose qui ne peut
pas exister peut-être dans la métropole, des choses comme ça, mais moi, dans
Charlevoix, il n'y a pas personne qui m'a abordé là-dessus depuis que je suis
en place.
Mme Setlakwe : Parce qu'on a
entendu un peu plus tôt les représentants de l'UMQ qui étaien... c'était sans
équivoque, là. C'était : la problématique n'existe pas et on a les outils,
on s'en occupe, on le gère. J'essaie de voir si vous êtes du même avis de...
pour les petites municipalités que vous représentez, pour lesquelles vous portez
la voix.
M. Pilote (Michaël) : ...moi,
personne ne m'a parlé de cela depuis que je suis en place. On n'a pas eu
d'enjeux non plus à gérer, là, de... sur cette question, là, dans la région de
Charlevoix. Et je ne peux pas parler pour tout le monde, là, je n'ai pas parlé
à tout le monde, mais je crois que dans la très grande majorité des régions du
Québec, c'est un petit peu ce que je vous mentionne à ce moment-ci.
M. Lepage (Sylvain) : Je me
permettrais d'ajouter que nous représentons 100 % du territoire, 100 %
des MRC. Je vous le répète, il n'y a jamais un élu municipal qui m'a parlé du
fait que c'était une problématique dans sa région. Et, si ça avait été le cas,
on l'aurait conseillé sur la façon de régler le problème. On a déjà tous les
outils juridiques qui permettent de régler ce genre de situation là...
19 h (version non révisée)
M. Pilote (Michaël) : ...d'ajouter
sur ce que Me Lepage mentionne, effectivement, il y a peut-être des fois des
situations qui sortent de l'ordinaire, mais je pense que c'est peut-être, là, des
situations, là, qui sont vraiment, là, isolées, puisque dans la... règle
générale, ce n'est pas un enjeu qu'on a au monde municipal présentement.
Mme Setlakwe : Et donc les
mesures... les outils, vous les avez. Vous vous en occupez, vous gérez ça et
vous ne souhaitez pas un encadrement additionnel.
M. Pilote (Michaël) : Je pense
que ça se résume.
M. Lepage (Sylvain) : On ne
souhaite pas un encadrement additionnel
Mme Setlakwe : Parfait. On
nous a parlé un peu plus tôt de risque de poursuites. Ça... ça semblait être
une réelle préoccupation de la part des représentants de l'UMQ. Vous partagez
cette préoccupation-là aussi?
M. Pilote (Michaël) : Effectivement,
comme je mentionnais tantôt, la plupart des municipalités au Québec n'ont même
pas de service de contentieux. C'est des services qui sont fournis à l'externe,
tout ça. Et lorsque les gens vont arriver pour ces demandes de permis, bien là,
les administrateurs au niveau des municipalités et nos directeurs généraux vont
dire : Oh! bien, là, qu'est-ce qu'on fait avec ça? Là, est-ce qu'on va avoir
une plainte aux droits de la personne si on dit non, si on dit oui, tout ça?
Donc, forcément ça va amener, c'est ça, des gens, là, qui... ça va amener de la
peur, tout ça, ça va amener des dépenses, ça va amener de la surcharge de
travail. Déjà que les gens dans le monde municipal aussi sont surchargés, là, on
va leur demander de faire des recherches, de consulter des aviseurs légaux, de
revenir avec... avec tout ça. Les élus municipaux aussi vont avoir une pression
supplémentaire, puisque c'est des citoyens également qui sont dans leur
collectivité. Donc, c'est un débat qu'on amène de plus, là, sur la scène
municipale.
Mme Setlakwe : Merci. Donc,
peu de charges accrues... j'ai bien compris de votre... votre intervention plus
tôt et d'interventions précédentes dans le cadre d'autres projets de loi. Moi
aussi, là, je suis ancienne élue municipale, puis on a siégé sur des...
différents projets de loi. Il me semble qu'on souhaite s'en aller dans le sens
d'un allègement réglementaire. Mais... vous juste réitérer à quel point, dans
les municipalités pour lesquelles vous portez la voix, il y a vraiment une
surcharge administrative et à quel point ça se... ça se répercute sur le
service aux citoyens. Donc, les personnes qui sont... qui œuvrent au sein des
municipalités doivent porter plusieurs chapeaux et au fil du temps, avec l'ajout
de responsabilités, l'ajout de différentes charges, ça vient faire en sorte qu'ils
consacrent moins de temps au service à la propriété, service aux citoyens, qui
est en fait la mission principale d'une municipalité. Est-ce que je me trompe
quand je m'exprime cette façon-là?
M. Pilote (Michaël) : ...que
vous résumez bien le portrait actuel, hein, si vous avez déjà été élue
municipale dans le passé, et que c'était comme ça, bien, ça... ça démontre que
ça n'a pas changé ou que ça s'est juste, là, accentué. Aujourd'hui, dans le
monde municipal, bien, tu sais, des fois, les... nos gestionnaires nous disent :
On n'a pas le temps d'être en mode création, on n'a pas le temps d'être dans le
stratégique, puisqu'on est toujours au niveau de l'opérationnel à faire de la
reddition de comptes dans un ministère qui nous demande si, à la commission
municipale qui va, de façon aléatoire, faire des audits de performance dans les
municipalités, et ça, quand les audits s'effectuent, bien, c'est clair que,
pour les gestionnaires, c'est plusieurs semaines, là, ce n'est pas en une
semaine, c'est de nombreuses semaines où on doit sortir des documents, envoyer
le tout, on redemande des compléments. Donc, pendant ce temps-là, les gens de l'appareil
municipal ne sont pas là à fournir des services de prestations au niveau des
citoyennes et des citoyens. Donc, la reddition de comptes, c'est quelque chose
qui... On en parlait tantôt justement à la commission, là, des finances
publiques, hein, c'est quelque chose qui... qui remplit beaucoup d'heures au
niveau de notre personnel. Et je pense que c'est quelque chose qu'il faut s'y
attarder, là, d'ajouter encore une fois, des procédures comme ça, bien, je
pense que c'est juste que nos... nos administrateurs et nos ressources vont devoir
tourner malheureusement les coins ronds ou de ne pas effectuer certaines choses
puisqu'ils n'auront pas le temps de le faire.
Mme Setlakwe : Merci. On nous
a parlé, quand l'UMQ était ici, de... même d'une crainte... je ne veux pas vous
mettre des mots dans la bouche, là, mais eux, ils ont exprimé une crainte que
ça puisse avoir l'effet inverse de mettre à mal le vivre ensemble, d'accentuer
la polarisation. Est-ce que ça, ça vous préoccupe?
M. Pilote (Michaël) : Bien, c'est
sûr et certain que, lorsqu'on parle des valeurs, tout ça, c'est clair que ça...
ça fait de la division, hein, ça, peu importe l'étendue, c'est un sujet, hein,
qu'autant qui a été... lorsque ça s'est discuté dans les années, hein, ça a
apporté une division, que ce soit... lors de la commission Bouchard-Taylor, il
y avait de la division, quand il y a eu le projet, là, de la charte des valeurs
avec le Parti québécois, ça a apporté de la division. Lorsqu'on parle de ces
sujets-là, hein, forcément, ça amène de la division. Et, comme je le dis,
actuellement, ce n'est pas des enjeux qu'on vit, donc c'est de la projection qu'on
va voir dans le futur, mais pour l'instant, comme on ne vit pas la situation,
je ne pourrais pas... en mesure de vous donner une réponse plus éclairée que ça.
Mme Setlakwe : Merci. Est-ce
que... à part la question des cortèges funéraires, c'est... vous faites bien de
le soulever, je pense que ça, ça doit être absolument clarifié. Est-ce qu'il y
a d'autres exemples qui vous viennent en tête? J'imagine que, quand même il y a
certaines... ce regroupement fête même... l'UMQ parlait de... il peut y avoir
une fête nationale ou il peut y avoir différentes traditions qui se manifestent
dans l'espace public. Ça se gère de façon... au niveau de l'administratif, ça ne
déborde pas, ce n'est pas encadré. Mais est-ce que vous avez d'autres exemples
en tête de...
Mme Setlakwe : ...de
situations qui pourraient être assimilées à des pratiques religieuses
auxquelles vous faites face dans vos réalités d'élus municipaux?
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
ça, je pense, ce n'est un secret qu'historiquement toutes nos communautés étaient
des communautés catholiques. C'est relativement récent que la pratique
religieuse a diminué au Québec. Et si vous prenez l'ensemble des rites
catholiques, historiquement, les rites se réalisaient largement dans nos
communautés et dans les rues. Je vous ai donné plutôt l'exemple des professions
de croix à l'époque de Pâques. Il y a toutes sortes de situations comme
celles-là. La réalité profonde, vous le savez, c'est que cette pratique-là est
en diminution constante dans toutes nos communautés. Alors, ça arrive. Est-ce
que ça pose problème? Je le répète, ce n'est sûrement pas un gros problème
parce que personne ne m'a appelé là-dessus.
Alors, ce que j'ai vu, c'est les
manchettes des journaux, comme vous, dans Le Journal de Montréal, parce
que certaines personnes sont allées prier dans les rues, c'est beaucoup plus de
ça, et ça remonte quand même un certain temps. Ça semble... C'est anecdotique,
ce n'est pas un problème... Comme je vous dis, dans la liste des problèmes
municipaux qui sont traités à la FQM, ce problème-là, je le mettrais en dernier
de toute une liste. On a beaucoup plus de problèmes avec les compressions
budgétaires qu'avec la pratique religieuse dans les rues municipales, peu
m'importe la religion, là.
Mme Setlakwe : Je comprends.
Donc, moi, ce que je retiens, c'est que ce n'est pas du tout un enjeu. Vous
dites, je vais le placer dans le bas de la liste, mais c'est... c'est
essentiellement inexistant dans vos réalités.
M. Lepage (Sylvain) : On a
beaucoup de problèmes, pas celui-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. On poursuit avec la députée de Bourassa-Sauvé. Il
vous reste encore 2 min 42 s. secondes.
Mme Cadet : D'accord. Merci
beaucoup. Bonjour, M. Pilote. Merci à vous deux pour votre présentation
excessivement claire. Est-ce que vous avez été consultés en amont du dépôt du
projet de loi?
M. Pilote (Michaël) : La
réponse, c'est non.
Mme Cadet : Mais, en ce
moment, on comprend que le gouvernement, bon, vous avez bien été clair
là-dessus que, donc, pour vous, vous êtes... On n'a pas besoin ici
d'encadrement, là. On dispose, donc, de l'ensemble des leviers. C'est un peu ce
que j'ai essayé d'aller chercher comme information un peu plus tôt avec
différents intervenants lorsqu'on parlait de ce sujet-là. Notamment avec Droits
collectifs Québec, ce matin, donc, je rapportais donc une lourdeur, donc, lui
nous disait... le représentant de ce groupe-là nous disait : Non, il n'y
aura... selon lui, donc, pas de lourdeur, là. Donc, est-ce que vous êtes en
accord ou en désaccord avec cette affirmation-là?
M. Pilote (Michaël) : Mais
c'est sûr que, comme je le mentionnais tantôt, hein, c'est l'entrée en vigueur
de ce projet de loi là, ça a l'air que ça va amener de la lourdeur pour nos
administrations.
• (19 h 10) •
Mme Cadet : Et puis juste sur
les exemples que vous avez nommés à ma collègue, donc, vous demandez, donc,
bien évidemment, qu'on retire ces amendements-là du projet de loi. Mais,
advenant le cas qu'il y aurait... qu'on préserverait, donc, ces aspects-là,
vous demandez que le projet de loi prévoie une liste d'activités religieuses
collectives exemptées de l'obligation de demande auprès des municipalités,
évidemment, les cortèges funéraires. Les exemples que vous avez nommés, donc,
c'est ceux-là que vous voudriez voir sur une liste d'exemption, c'est ça?
M. Pilote (Michaël) : Effectivement.
Mme Cadet : Parfait. C'est
assez clair. Puis sinon, au niveau, donc, du type d'aménagement, donc, un autre
groupe est venu nous dire que, bon, qu'ils n'aimaient pas la manière dont le
projet de loi créait, donc, différentes balises, mais qu'il pourrait, donc, il
y en avoir, des balises. Donc, encore une fois, a contrario, donc, si ces
dispositions-là étaient maintenues, quel type de balises, pour vous, donc,
seraient les plus navigables, donc, les moins contraignantes... puis les moins
contraignantes quant à votre autonomie comme municipalité?
M. Lepage (Sylvain) : Bien, je
vous dirais que ce qui est difficile, c'est de déterminer qu'est-ce que le
législateur souhaite vraiment que soit permis et/ou interdit. Je comprends
qu'il y a des critères dans la loi, mais, objectivement, est-ce qu'on doit
bannir toutes les prières de rue et permettre toutes les professions
catholiques? Mais normalement on doit traiter, hein, c'est la loi. La règle,
c'est la neutralité de l'État. Neutralité de l'État, donc ça veut dire qu'on
doit traiter les religions de la même façon. Donc, c'est très difficile de
déterminer qu'allons-nous permettre. Si nous permettons le Vendredi saint, les
professions qui, généralement, durent quand même un certain temps pour ceux ont
fait... Vous vous rappelez, je pense, que Jésus est tombé 13 fois, si ma
mémoire est bonne, puis ce n'est peut-être pas 13, parce que ça montre à quel
point je fréquente les églises, là, mais il est tombé un certain nombre de
fois, ce qui indique que ça prend un certain temps. Quelqu'un qui demande une
prière de rue...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, merci beaucoup. C'est ce qui termine cette partie
d'intervention. Alors, les dernières minutes appartiennent au député de...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...Jean-Lesage, pardon, merci, je vais finir par l'avoir.
Le temps est à vous.
M. Zanetti : Merci. Merci
beaucoup. Votre présentation est très, très...
M. Zanetti : ...très clair,
votre message est limpide, là. Je ne vous ferai pas le répéter encore, je
trouve qu'on a couvert vraiment l'ensemble de ce que vous vouliez aborder. Mais
j'aurais une question, mettons, assez simple. Dans le fond, si... selon vous,
là, tant qu'à ça, on devrait-tu juste retirer le projet de loi?
M. Lepage (Sylvain) : Je ne
dirais pas ça, il y a certaines choses dans le projet de loi avec laquelle on
n'est pas en désaccord. On a bien dit, puis mon patron a bien dit, que nous
sommes d'accord avec le principe de la laïcité. Si vous me demandez... les
mesures qui touchent le volet municipal puis le contrôle municipal, oui,
effectivement, on serait satisfaits si les mesures qui imposent un contrôle
municipal, que nous avons déjà, de toute façon, de par les règles de droit au
Québec... si on enlevait ça, on serait très satisfaits.
M. Zanetti : Bon, ça rendrait
en plus l'étude détaillée plus courte, ce serait efficace. Bon, merci beaucoup.
J'espère que votre message sera entendu. On va le porter, en tout cas.
M. Lepage (Sylvain) : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est tout? Alors, écoutez, messieurs, merci beaucoup pour
cette présentation. C'était la dernière intervention de la journée, alors je
vais ajourner la journée des travaux. Merci.
(Fin de la séance à 19 h 13)