Journal des débats (Hansard) of the Committee on Citizen Relations
Version préliminaire
43rd Legislature, 3rd Session
(début : May 5, 2026)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
Wednesday, May 6, 2026
-
Vol. 49 N° 1
Special consultations and public hearings on Bill 24, an Act to protect consumers against the misleading or fraudulent use of a person’s identity or image
Aller directement au contenu du Journal des débats
16 h 30 (version non révisée)
(Seize heures quarante minutes)
Le Président (M. Morin) : Alors,
à l'ordre s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission des relations avec les citoyens ouverte.
Je vais procéder à la lecture du mandat.
La commission est réunie afin de procéder aux consultations particulières et
auditions publiques sur le projet de loi n° 24, Loi protégeant le consommateur
contre l'utilisation trompeuse ou frauduleuse de l'identité ou de l'image d'une
personne. Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire
: Oui, M.
le Président. Mme Picard (Soulanges) est remplacée par M. Sainte-Croix
(Gaspé); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée par Mme Caron
(La Pinière); M. Fontecilla (Laurier-Dorion) est remplacé par M. Bouazzi
(Maurice-Richard); et M. Bérubé (Matane-Matapédia) est remplacé par M. Paradis
(Jean-Talon).
Le Président (M. Morin) : Merci
beaucoup, madame. Alors, bonjour, tout le monde. Bon après-midi. Alors, nous
allons débuter aujourd'hui par les remarques préliminaires, puis nous
entendrons Mme Marie-Claude Barrette, conjointement avec M. Sylvain Paquette.
Et par la suite, Option consommateurs. J'invite maintenant M. le ministre de la
Justice à faire ses remarques préliminaires. M. le ministre, vous disposez de
six minutes, et la parole est à vous.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Chers collègues, Mme la députée de Lotbinière, Lotbinière-Frontenac,
Mme la députée d'Abitibi-Ouest, M. le député de Gaspé. Mme la députée de La
Pinière, M. le député de Maurice-Richard, M. le Président, je suis très heureux
de vous retrouver aujourd'hui afin de débuter les consultations particulières
sur le projet de loi n° 24, Loi protégeant le consommateur contre
l'utilisation trompeuse ou frauduleuse de l'identité ou de l'image d'une
personne.
Enfin! C'est ce que plusieurs ont déclaré
lorsque le projet de loi a été déposé, M. le Président. Que l'on pense à Ève-Marie
Lortie, Gino Chouinard ou Mme Marie-Claude Barrette, qui sera avec nous, que
nous avons d'ailleurs l'occasion d'entendre et qui avait fait de cet enjeu un
de ses combats dans... avec son documentaire Marie contre Goliath. Ce que...
M. Jolin-Barrette : ...que
nous avons pu ressentir des nombreuses personnes victimes qui se sont
prononcées publiquement sur le projet de loi, c'est un soulagement. Et ce n'est
pas étonnant, M. le Président. Cela peut paraître particulièrement
déstabilisant, voire même effrayant, de constater que votre visage, votre voix
ou votre notoriété sont utilisés sans votre consentement pour faire la
promotion des services ou de produits bidons. Surtout que pour faire cesser ces
fausses publicités, les personnes dont l'identité est volée se butent
généralement à de longues procédures judiciaires ou à des plateformes
numériques qui ne souhaitent pas toujours collaborer. Et pendant que les
victimes se démènent, des centaines de Québécois se font flouer en se procurant
des produits financiers, des produits amaigrissants miracles ou des crèmes
anti-diabète. Ils tombent dans le piège de fraudeurs en croyant que ces
produits sont endossés par des personnalités publiques qu'ils admirent et
respectent. En utilisant des visages familiers, les fraudeurs cherchent à créer
un sentiment de confiance auprès des clients. C'est une stratégie qui n'est pas
nouvelle, mais avec le perfectionnement de l'intelligence artificielle, les
hyper truquages se multiplient et sont de plus en plus crédibles. Ainsi, de
plus en plus de personnes sont victimes de ce genre d'usurpation d'identité au
Québec et de plus en plus de consommateurs mordent à l'hameçon des fraudeurs.
Selon l'Association des directeurs de police du Québec, le nombre de victimes
de fraude a bondi de 15 % depuis 2023.
Le projet de loi que nous avons déposé
s'attaque à cette tendance inquiétante avec la création d'un outil
supplémentaire pour intervenir contre l'usurpation d'identité et les fausses
publicités. En effet, le projet de loi protégeant le consommateur contre
l'utilisation trompeuse ou frauduleuse de l'identité ou de l'image d'une
personne prévoit une alliance entre l'Office de la protection du consommateur
et l'Autorité des marchés financiers pour permettre une intervention efficace
et concertée contre l'usurpation d'image, d'identité et la création d'un
nouveau pouvoir d'ordonnance pour les présidents de l'Office de la protection
du consommateur et de l'Autorité des marchés financiers. Tant le président de
l'Office que le président de l'AMF pourront donner... pourront ordonner, comme
le ferait un tribunal à une personne ou une entreprise, que cesse l'utilisation
de l'image d'une personne sans son consentement, par exemple dans une fausse
publicité. Cela permettra, premièrement, de simplifier le processus pour les
victimes d'usurpation d'identité afin que soit retirée une publicité trompeuse,
d'éviter que de futurs consommateurs ne tombent dans le piège des fraudeurs et
potentiellement d'éviter un processus judiciaire long et coûteux aux victimes
d'usurpation d'identité.
Toute personne qui constate qu'une
publicité trompeuse circule en utilisant à tort l'identité d'une personne
pourra porter plainte à l'Office de la protection du consommateur ou à
l'Autorité des marchés financiers. Et dans le cas où la plainte concernerait
une fraude en matière de produits financiers, l'OPC s'occupera de faire
directement le pont avec l'AMF et vice versa. Nous voulons ainsi éviter que les
personnes victimes ne soient redirigées d'une instance à l'autre, alors
qu'elles vivent déjà une situation particulièrement stressante. Dans les cas où
une ordonnance serait émise et qu'elles ne seraient pas respectées, elle pourra
alors être déposée à la Cour supérieure. Le contrevenant se retrouverait ainsi
en outrage au tribunal, une infraction grave qui peut ultimement se traduire
par des sanctions importantes.
Ce nouvel outil, dont seront dotés bientôt
l'OPC et l'AMF, permettra d'intervenir plus efficacement et plus rapidement
contre l'usurpation d'identité et les fausses publicités qui en découlent. Si
les stratagèmes des fraudeurs évoluent constamment, les protections se doivent
d'évoluer tout autant. Le Québec agit une fois de plus pour demeurer un leader
en matière de protection des consommateurs, et nous entamons avec ouverture les
consultations et l'étude du projet de loi de façon à doter les Québécois
d'outils supplémentaires pour lutter contre ces véritables fléaux. Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Morin) : Merci.
Merci, M. le ministre. Alors, j'invite maintenant la porte-parole de
l'opposition officielle et député de La Pinière à faire ses remarques
préliminaires pour une durée de trois minutes 36 secondes. La parole est à
vous, Mme la députée.
Mme Caron : Merci, M. le
Président. Alors, d'abord, je veux saluer toutes les personnes présentes, les
collègues élus, les équipes ministérielles, de cabinet et les recherchistes, et
l'équipe, évidemment, de la commission et de la technique, parce qu'on ne peut
pas faire ce travail sans eux. Alors, merci beaucoup.
Donc, le projet de loi vise à protéger les
consommateurs contre les représentations impliquant l'utilisation de l'identité
ou de l'image d'une personne sans son consentement. Et pour ce faire, le projet
de loi vient interdire l'usage de l'identité ou de l'image d'une personne sans
son consentement pour faire une représentation à un consommateur. On comprend
que ce dont il est question ici, c'est d'interdire l'usage de l'identité ou de
l'image d'une personnalité sans son consentement pour faire la promotion de
produits ou de services vendus au consommateur, par exemple. Alors, la
protection que veut offrir le projet de loi est double : protéger les
personnalités en interdisant à quiconque de se servir de leur nom, de leur
image ou de leur réputation pour faire la promotion de biens ou de services que
ces personnalités n'appuient pas et aussi protéger les consommateurs
susceptibles d'être influencés par le soi-disant appui de la personnalité et
puis d'aller acheter un bien ou un service, ou faire des investissements qui ne
sont pas appuyés par la personnalité en question.
Par contre, il faut s'assurer... il faudra
s'assurer que le libellé du projet de loi est bien clair et qu'il protège toute
personne...
Mme Caron : ...parce qu'on
sait que le déclencheur, le combat qui a été mené par Mme Barrette, donc, était
un déclencheur dans la préparation de ce projet de loi contre l'usurpation
d'identité ou d'usage de son image, etc. Mais cette... la personne victime peut
tout aussi bien être un enseignant dans une école, un expert de contenu, ça
peut être la pharmacienne du quartier, ça peut être un médecin, ça peut être M.
et Mme Tout-le-Monde qui se fait voler, usurper son identité. Peut-être pas
pour... pour présenter des produits, mais pour... pour autre chose. Et ça nuit
à sa réputation, ça nuit peut-être même à sa sécurité. Ça nuit... On le voit
dans les batailles menées par les victimes de ces usurpations d'identité. Ça
nuit à sa situation financière et ça mine son quotidien.
Et j'aimerais attirer l'attention sur le
fait que la commission a reçu un mémoire fort intéressant, fort éclairant, qui
nous montre que l'usurpation d'identité doit être reconnue comme un enjeu
central de sécurité économique et sociale, que c'est un phénomène qui est
systémique. Ce n'est pas... Ce n'est pas au hasard, c'est vraiment systémique.
Ça s'apparente au crime organisé. C'est très organisé avec les moyens
technologiques qui existent et qui sont utilisés par... par ces groupes. Alors,
ce mémoire nous invite à ratisser plus large pour agir en amont, au cœur du
système et en aval, pas seulement à faciliter la vie des victimes par la suite,
mais essayer de prévenir, alors, et de... et de s'attaquer, donc, aux flux
financiers qui sont... qui sont en cause bien souvent dans ces... dans ces cas
d'usurpation d'identité. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Morin) :
Merci, Mme la députée. Alors, j'invite maintenant le porte-parole du deuxième
groupe d'opposition et député de Maurice-Richard à faire ses remarques
préliminaires pour une durée de 1 min 12 s. La parole est à
vous, M. le député.
• (16 h 50) •
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Alors, très rapidement, je n'ai pas beaucoup de temps. Peut-être
deux choses à dire. Ce projet de loi arrive dans un moment particulier où
l'intelligence artificielle prend une place particulière, où le coût de la
fraude est essentiellement à zéro ou presque zéro. Et la première chose que je
voudrais dire, c'est qu'on reste beaucoup sur notre faim. Moi, ça fait trois
ans et peut-être une des choses qui... qui m'attriste, c'est qu'on n'a pas
réussi à obtenir d'avoir que chose de plus large, qui n'attaque pas seulement
cette question-là, mais toute autre question qui touche l'intelligence
artificielle. Et Dieu sait que les problèmes sont nombreux en matière de droit
d'auteur, de démocratie, de pollution, ou que sais-je.
Le deuxième point, ce n'est pas seulement
les gens qui créent les images, mais aussi les gens qui les véhiculent. Ceci
est possible non pas seulement grâce à l'intelligence artificielle, mais aussi
grâce aux médias sociaux, aux plateformes. Malheureusement, les plateformes
nous ont montré à quel point ils ne respectaient pas les législations un peu
partout dans le monde, et j'espère que nous aurons le courage d'adresser de
front la responsabilité que ces mastodontes... qui n'en ont rien à faire de
notre sécurité et de notre démocratie, dans ce sujet, merci beaucoup.
Le Président (M. Morin) :
Merci, M. le député. Alors, nous allons maintenant débuter les auditions de la
commission. Alors, je souhaite la bienvenue à Mme Marie-Claude Barrette et à M.
Sylvain Paquette. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de
la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à prendre la parole.
Mme Barrette (Marie-Claude) :
Bien, je vais commencer. Sylvain, c'est bon pour toi? Alors, bien, Marie-Claude
Barrette. Mais d'abord, je suis contente d'être là, parce que, quand moi, j'ai
été usurpée... en fait, j'ai été usurpée, je le suis encore, je le suis tout le
temps. Mais la première fois, quand je l'ai été il y a déjà deux ans et demi,
je ne savais absolument pas quoi faire, mais vraiment pas. Alors, c'est pour
ça, quand je vois qu'il y a un projet de loi qui déjà parle d'usurpation, donc
des victimes aussi, on est des victimes, mais les victimes aussi, de nous,
hein, parce que c'est... elles deviennent nos propres victimes. C'est assez
fou, toute cette histoire-là. Mais... et moi, j'aurais aimé ça.
Je peux vous dire que, quand ça m'est
arrivé, je n'avais aucune idée quoi faire. Quand les gens me disaient qu'ils
avaient mis des montants allant de 3 000 $ à 300 000 $ dans
la cryptomonnaie parce qu'ils me faisaient confiance, c'est assez troublant. Et
moi, j'ai contacté les médias en me disant : Bien, un jour, Meta va
sûrement m'appeler parce que je parle d'eux partout. Jamais. J'ai contacté la
police de ma... de Longueuil, la Sûreté du Québec, et finalement, je ne le sais
pas trop ce que ça a donné encore à ce jour. Et tantôt on...
Mme Barrette (Marie-Claude) : ...on
mentionnait Ève-Marie Lortie. Ève-Marie Lortie aussi a été victime d'usurpation
d'identité et elle a ouvert un dossier, comme moi, à la police, et, un an
après, la police lui a dit : Écoutez, on ne peut rien faire, ils ont fermé
le dossier. Alors, vous pouvez comprendre comment les victimes d'usurpation
d'identité, on se sent abandonnées. Et même, je vais vous dire, de faire
comprendre aux victimes d'usurpation qu'elles sont des victimes... Parce que,
justement, quand j'ai fait Marie contre Goliath, j'ai approché des gens qui
disaient : Mais je ne suis pas vraiment victime. Bien, tu es une victime,
on t'a volé ton identité. On te fait dire des choses qui sont fausses, on te
fait vendre des choses qui n'existent pas. Tu es une victime. Et là,
finalement, elles disaient : C'est vrai. Parce que, pour nous, les
victimes, ce sont ceux qui croient en ces fraudes-là.
Alors, je salue ce projet de loi là, mais,
pour moi, il y a des choses à faire. Il y a... Il faut que ce... il faut que
cette loi-là, quand elle sera active, il faut qu'elle ait des dents. Ça veut
dire qu'il faut qu'il y ait de l'argent, il faut qu'il y ait des budgets
attribués, parce que, oui, il y a le fonctionnement, parce que ça... ça ne peut
pas se faire tout seul. Il y a beaucoup, beaucoup de fraudes. Et vous allez
voir la journée qu'on va rendre ça... c'est-à-dire qu'on va rendre ça public,
parce qu'il y a... Il y a la honte, hein? Il ne faut pas oublier que les
victimes ont honte. Elles ne parlent pas, elles se cachent. Il y en a qui vont
s'enlever la vie. Quand on a tout perdu, je parle des... Entre autres, en ce
qui me concerne, la cryptomonnaie, mais on me voit aussi en fauteuil roulant,
là. Moi, je vends aussi des produits pour l'arthrite, l'arthrose, et tout ça,
sans mon consentement évidemment. Mais il y a des victimes qui vont jusqu'à
s'enlever la vie, alors que je trouve que, là, pour une fois, quand c'est dans
la loi, qu'on est reconnu en tant que victime d'usurpation et comme victime de
fraude numérique de cette façon-là, bien, ça, nous... ça nous donne de
l'espoir, mais c'est... surtout, ça nous donne la force de dénoncer.
Alors, moi, ce que je souhaite, c'est
qu'on délie les langues, qu'on sort les gens de la honte, qu'on arrête d'avoir
des tabous, des préjugés pour nous dire que c'est tel type de personne. C'est
faux, ça peut tous vous arriver. Peut-être, il y en a qui sont là à qui c'est
arrivé. Alors, ça peut tous nous arriver. Vous pouvez être aussi victime
d'usurpation d'identité. On l'a vu avec M. Poilievre, on l'a vu même avec M.
Carney, hein, on parlait aussi de cryptomonnaie. Alors, vous pouvez faire des
annonces sans jamais faire une annonce. Imaginez, c'est là, que ça s'en va.
Alors, pour moi, ça prend aussi une porte
d'entrée, un numéro de téléphone, aussi simple que ça, une campagne. Comme on
l'a vu pour les règles routières, bien, maintenant, ça les prend pour les
règles numériques, comment ça marche, si on se fait prendre, comment, où on
appelle pour arrêter l'hémorragie le plus rapidement possible. Et, à ce
moment-là, les victimes vont arrêter de s'isoler, vont dire : Bien, je ne
suis pas toute seule. Parce que moi, quand j'ai fait le documentaire, j'ai eu
de la difficulté à trouver des victimes. Puis il y en a un qui m'a appelé
1 heure avant pour me dire : Je vais me faire rire de moi. Et,
finalement, il m'a rappelé pour dire que c'est tout le contraire. Donc, vous
pouvez imaginer. Et cette victime-là m'avait dit : Si j'avais eu une arme
à feu, je me serais tiré une balle. Alors, c'est ça. Alors, pour moi, c'est
très, très sérieux.
Alors, je suis... je suis contente de
parler de ça puis je suis contente de voir que ça avance, parce que moi, quand
ça m'est arrivé, je vais passer la parole à Sylvain, je ne savais plus où
aller. Quand on est allés à la police puis... Dénoncer à Facebook, bonne
chance, là, parce que c'est des formulaires qu'on remplit, on n'a aucune trace
de ça. Et je ne savais pas quoi faire et j'ai appelé Sylvain. Et Sylvain, ça a
été le premier qui m'a proposé une action concrète, pas juste : Remplis un
papier puis on verra. Sylvain m'a proposé d'aller de l'avant avec une action
collective. J'avais l'impression d'être dans un soap américain, de dire :
Je vais aller en action collective contre Meta. Alors, c'est ce que j'ai fait.
On a eu notre première... l'audition, on
aura la réponse du juge, dans quelques semaines ou quelques mois, est-ce qu'on
va de l'avant avec l'action collective. Mais on peut... on peut imaginer qu'une
simple citoyenne comme moi, ce n'est pas... ce n'est pas un appareil étatique,
ce n'est personne qui me représente parce qu'il n'y avait personne qui pouvait
m'entendre, absolument rien. J'ai approché je ne sais pas combien d'élus au
fédéral, combien d'élus au provincial, personne n'avait de réponse, alors j'ai
dû aller seule contre Meta. Et je pense que ça, ce n'est pas normal. Alors là,
quand j'entends ça, quand je lis ça, j'ai l'impression qu'on s'en va dans la
bonne direction.
Alors, sur ce, je vais laisser la parole à
celui qui m'a... qui m'a... en tout cas, qui m'a aidé puis qui m'a donné de
l'espoir, vraiment, et qui a donné de l'espoir à plusieurs victimes. Alors, je
te laisse la parole, Sylvain.
M. Paquette (Sylvain) : Merci,
Marie-Claude. Bonjour, M. le Président. Mesdames et Messieurs membres de la
Commission, l'usurpation d'identité, aujourd'hui, là, c'est un crime
opportuniste commis de... Ce n'est plus un crime opportuniste commis de façon
isolée. On fait désormais face à une industrie criminelle structurée,
transnationale, et technologiquement très avancée, et extrêmement rentable.
Donc, malheureusement, les mécanismes actuels qu'on a de prévention...
M. Paquette (Sylvain) :
...protection demeure largement conçue pour une réalité criminelle qui n'existe
plus aujourd'hui. Je me présente, donc Sylvain Paquette, directeur principal,
enquête et conformité chez Pointage. Depuis 20 ans, j'interviens auprès
des victimes de fraude. J'ai représenté des groupes. J'ai quelques trophées de
chasse de fraudeurs que j'ai conduits devant les tribunaux et même en prison.
Je suis spécialiste en usurpation d'identité, en criminalité financière. J'ai
également dispensé des formations sur la prévention de la fraude auprès de
différents organismes professionnels et réglementaires.
Donc, ce que nous observons aujourd'hui
sur le terrain est extrêmement préoccupant. Il y a 30 ans, les fraudeurs
auxquels on avait affaire, ce n'est pas du tout les mêmes qu'aujourd'hui. Il y
a 30 ans, c'étaient des petits réseaux locaux, des fois national, donc
c'était facile à identifier, puis on pouvait prendre ces criminels-là.
Aujourd'hui, bien, ces criminels-là ne sont pas plus loin que le bout de notre
téléphone et... mais ils sont partout dans le monde. Donc on parle
d'organisations terroristes qui se financent avec ça, d'organisations
criminelles, il y en a 2 000 de répertoriés au Canada, 33 000 au
Canada et aux États-Unis, des pays qui font l'objet de sanctions
économiques de la part du gouvernement canadien qui engagent des pirates
informatiques pour attaquer la population canadienne et nous affaiblir.
Évidemment, des acteurs isolés, là, comme le jeune dans son sous-sol à Laval,
qui a 15 ans, avec son capuchon puis qui fait de la fraude, là, A-25, avec
de l'hameçonnage ou des trucs comme ça. Donc, aujourd'hui, c'est à ça qu'on
doit faire affaire.
Et ces criminels-là sont vraiment très
bien équipés, ils ont des moyens colossaux. Certains groupes criminels, là,
comme dans le cas de la fraude de Marie-Claude Barrette, bien, c'est une
compagnie, là, qui opère en Estonie, au Pakistan, puis qui ont un chiffre
d'affaires de 10 milliards par année. Donc, ils ont vraiment les moyens de
leurs ambitions.
• (17 heures) •
Alors, face à cette problématique-là,
bien, j'ai regardé c'était quoi, les solutions qu'on avait. Parce que le vol
d'identité, c'est un symptôme, hein? Le problème vient des fuites de données.
Et, dans les recommandations que j'ai préparées dans mon mémoire, je vous ai
donné les outils pour qu'on puisse combattre en amont les fuites de données,
qu'on puisse également stopper la majorité des fraudes. C'est sûr, là, qu'il y
en aura tout le temps. Les fraudeurs, ils vont contourner, trouver les failles,
mais on peut réduire, selon moi, d'au moins 80 % les fraudes d'usurpation
d'identité qui proviennent en majorité de l'extérieur du pays. Mais aussi, ils
ont des complices à l'intérieur, par exemple pour transférer de l'argent sur
les différentes plateformes, là. L'Autorité des marchés financiers pourrait
agir et sévir dans ces cas-là. Donc, ça fait partie de mes recommandations que
j'ai mises dans mon mémoire. Je vous ai mis même un tableau à la fin qui
explique tout le processus d'une usurpation d'identité. Alors, j'ai mis tout ce
que je pouvais pour vraiment éclairer le ministre qui... afin d'être outillés
vraiment pour combattre ce fléau-là et le réduire.
Mais, tout en même temps, je me suis
positionné à penser à apporter des revenus à l'État aussi. Il faut que ce soit
une opération rentable, il faut que ce soit quelque chose qui va, oui, aider
les consommateurs, protéger le public, mais moi, je suis... je suis un
entrepreneur, là, de nature, donc je pense toujours à lorsqu'on fait quelque
chose, il faut que ce soit bénéfique pour le gouvernement, mais aussi pour
l'image du Québec, puisqu'avec ce que j'ai proposé dans ça, on deviendrait
innovateur au Canada, même dans le monde, on deviendrait un petit peu...
j'allais dire quelque chose qui est complètement loufoque, là, mais, si vous
essayez de pirater un vendeur de plumeaux en Corée du Nord, bonne chance, vous
n'y arriverez pas, puisque les surfaces d'attaque du web sont vraiment
protégées là-bas. Eh bien, c'est un peu le même principe que j'ai pensé, là,
quand j'ai proposé mes recommandations, donc de mettre des systèmes de veille
qui vont surveiller les fuites de données...
Le Président (M. Morin) : En
terminant, M. Paquette, s'il vous plaît. Votre temps... il vous reste à peine
deux, trois secondes. Alors, en terminant.
M. Paquette (Sylvain) : Oui.
Ah! bien là, voici, j'ai terminé.
Le Président (M. Morin) : Très
bien.
M. Paquette (Sylvain) : Vous
lirez mon mémoire.
Le Président (M. Morin) : Alors,
monsieur... M. Paquette, Mme Barrette, Merci. Je vous remercie pour votre
exposé. Nous allons maintenant commencer la période d'échange. Et, M. le
ministre, la parole est à vous.
M. Jolin-Barrette : Pour
combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Morin) : Vous
avez, gouvernement, 16 minutes 30 secondes.
M. Jolin-Barrette :
Excellent. Merci, M. le Président. Mme Barrette, M. Paquette, bonjour à vous
deux. Merci beaucoup pour votre présence en commission parlementaire. Je veux
vous adresser un... un merci tout particulier, Mme Barrette, parce que vous
avez pris la parole publiquement en tant que victime, mais aussi vous avez
donné la voix à plusieurs victimes aussi qui... comme vous l'avez dit dans
votre témoignage, tout à l'heure, puis également dans votre documentaire que
vous avez... que vous avez réalisé, pour dire que les gens ne sont pas seuls.
Puis je pense que c'était important de prendre une prise de parole publique
puis d'en parler, puis notamment de...
17 h (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...d'indiquer
clairement qu'il n'y avait pas de recours véritablement. Bien, il y a des
recours en matière criminelle, où est-ce qu'on peut faire une plainte à la
police, puis on encourage les gens à faire une plainte en matière de fraude
parce que c'est une infraction criminelle. Parfois, par contre, les enquêtes
sont complexes. Et, avec votre documentaire, avec les démarches que vous avez
faites, le gouvernement a souhaité justement trouver une façon d'accompagner
les victimes, de les aider et de les soutenir en créant le recours qu'on a dans
le cadre du projet de loi, que ça soit avec l'Office de la protection du
consommateur ou avec l'Autorité des marchés... des marchés financiers, pour que
ça soit simple et que, dans notre sphère de juridiction québécoise, en matière
de protection du consommateur, on ait des outils puis que c'est un départ pour
lutter contre ce fléau-là.
Cela étant, j'aimerais vous entendre. Vous
avez évoqué des situations humaines très difficiles des gens que vous avez
rencontrés, puis j'aimerais ça que vous pourriez nous expliquer, parmi les gens
que vous avez rencontrés, qu'est-ce que ça représente financièrement, psychologiquement,
comment est-ce que ces gens-là se sentent puis comment vous, également, vous
avez vécu ça, puis peut-être nous parler aussi des démarches que vous-même vous
avez entreprises, là.
Mme Barrette (Marie-Claude) : Bien,
certainement. Bien, tu sais, quand il n'y a pas... quand il n'y a pas d'interface
pour se faire entendre, c'est difficile de comprendre qu'on est des victimes, c'est
difficile de parler. Et c'est pour ça que, moi, quand j'ai rencontré les
victimes dans leurs maisons, il y en a qui... J'ai fait aussi un balado sur OHdio,
Marie contre Goliath, il y a quatre épisodes, parce qu'il y a des
victimes qui ne voulaient même pas qu'on les voie, qui voulaient qu'on change
leur voix, parce que les enfants ne savaient même pas qu'ils avaient tout
perdu. On est dans ces zones-là, des zones de vies brisées. J'ai compris
beaucoup de choses quand je suis allée, entre autres chez une des victimes, où
même quand elle m'expliquait sa fraude, elle pensait encore qu'elle avait
vraiment mis de l'argent à la bourse. Puis j'étais là : Mais c'était tout
faux, la plateforme. C'est tellement... Ils embarquent tellement dans un monde
de fausseté. Parce que, moi, ce que j'ai compris, c'est que c'est... les
fraudeurs, ce n'est pas juste un téléphone, ils les accompagnent, ils les
appellent, ils s'appellent tous les jours, ils prennent de leurs nouvelles. On
a une victime, justement, qui ne voulait pas qu'on la reconnaisse, elle, son
mari avait un cancer. Personne ne lui parlait, personne ne lui demandait
comment elle allait. Ils n'avaient plus d'argent. Elle a décidé de tout mettre
dans ma... dans la cryptomonnaie. Et cette personne-là l'écoutait à chaque jour :
Comment tu vas? Comment va ton mari? Et, quand elle a réalisé qu'elle était
victime, elle a trouvé ça difficile de mettre un arrêt, de mettre fin à cette
relation-là. On peut imaginer, là. Moi, c'est ça qui m'a étonnée de la fraude.
Moi, je pensais que c'était un appel puis je me disais : Mais comment
quelqu'un peut mettre 300 00 $ dans une fraude? Bien, on y va, on
prend le temps qu'il faut, jusqu'à tant que la personne soit siphonnée.
Alors, c'est pour ça que,
psychologiquement, ces personnes-là sont à terre. Parce que ça s'est fait sur
une longue durée, ces personnes-là sont épuisées, elles reçoivent en moyenne,
on disait, 6 à 8 appels par jour, plus des courriels. Elles... Ils les font
courir dans des guichets automatiques pour avoir de l'argent en cryptomonnaie.
Ils font vider un compte de banque. Ils font même faire des emprunts à des gens...
des entreprises qui ont pignon sur rue. Ils appellent là, ils leur font
emprunter 30 000 $. C'est épouvantable. Alors, quand j'entendais ça, je
disais : Je peux bien... je pouvais comprendre, là, qu'est-ce qui se
passait puis comment c'est facile de tomber dans le panneau.
Maintenant, ces gens-là ne savaient pas
quoi faire. Tu sais, il y en a une, elle dit : Moi, je suis allée à la
police, mais la police a dit : Oui, mais il est où, le voleur? Bien, le
voleur, je ne le sais pas, il est où? Il n'est pas dans votre maison. S'il
n'est pas dans votre maison, bien, nous, on ne peut rien faire. Alors, imaginez
la honte quand même la police te dit que tu ne peux rien faire et que tu as
emprunté, tu as vidé ton compte de banque. Donc, il n'y a plus beaucoup de
recours.
Et, dans mon cas à moi, moi, j'ai trouvé
ça dur parce que j'ai commencé quand même à... à un certain moment, les gens
voulaient que je les rembourse. Quand ils se sont rendu compte que c'était une
fraude, ils disaient : Mais la seule personne qu'on connaît dans cette
histoire-là, c'est Marie-Claude Barrette, c'est à cause d'elle. Puis, moi, dans
ma fraude, on voit Radio-Canada, on voit La Presse. Ce n'est quand même
pas banal, là. Et, après ça, on me voit moi. Moi, j'ai fait décortiquer ça par
un neuropsychologue. C'est dans le balado. Il dit à quel point... J'ai dit :
Comment ça se fait que les gens pognent? Parce qu'on les rattrape. C'est
probablement des neuropsychologues qui ont écrit les scénarios. Donc, c'est
pour ça que n'importe qui peut se faire prendre. Ce n'est pas fait... Ce n'est
pas fait rapidement, ce type de fraude là, parce que... Là, alors là, les gens
mettaient de l'argent. Puis là imaginez l'appauvrissement du Québec. Là, je
parle juste du Québec. Ces gens-là, là, quand tu vides tes REER, ça s'en va on
ne sait pas où, mais ça s'en... ça ne va pas rester dans l'économie québécoise.
Ça fait que, déjà, sur le plan économique, je trouve ça extrêmement grave, l'appauvrissement
qu'on est en train de subir. Et, ensuite de ça, bien, moi, quand les gens ont
commencé à me menacer, j'ai dit : OK, là, il faut que je fasse quelque
chose, parce que, là... Je l'ai dénoncé sur ma page Facebook, je suis allée à
la radio, je suis allée à la télé, je suis allée dans les journaux. Qu'est-ce
que je peux faire de plus? J'ai fait la petite plainte à Facebook, mais ça, ils
s'en sacrent complètement...
Mme Barrette (Marie-Claude) :
...font juste nous dire : Si cette publicité-là ne vous convient pas, nous
allons la retirer de votre fil. Fin. Il n'y a pas d'autres choses qu'on peut
faire et c'est... Et si je n'avais pas fait de la télé, parce que moi, j'ai
connu Sylvain à mon émission Marie-Claude puis à Deux filles le matin,
parce qu'il venait toujours nous parler de... parce que, pour moi, c'était déjà
important à l'époque que les victimes comprennent qu'elles ne sont pas seules,
déjà avant que ça m'arrive.
Et quand ça m'est arrivé, j'ai dit :
Bien là, finalement, ça va être encore Sylvain. J'ai appelé Sylvain, puis
Sylvain a dit : Bien, la seule chose que je peux dire, c'est une action
collective. Et ce n'est pas banal parce que c'est à mes frais que ça a
commencé. Quand on est allé... on a envoyé l'huissier en Californie, là, bien,
c'est à mes frais que ça s'est fait. C'est épouvantable. Quand les autres
victimes d'usurpation me disaient : Bien, on va te suivre... Mais c'est
pour ça que personne n'ose le faire, parce que tu te mets... En plus, moi, j'ai
perdu l'accès à mon Meta business de Facebook, on m'a bloqué sur Facebook. Moi,
ma business et sur... est en ligne. Moi, j'ai une business complètement
numérique. J'ai perdu des centaines de milliers de dollars parce que j'ai osé
aller contre Facebook. Après ça, essayer de faire la preuve devant Facebook, ce
sera très difficile, mais c'est... il a fallu... Mais comme je suis une fille
qui a énormément de convictions... puis je me disais : Ce que je vis,
c'est épouvantable, parce que je me suis fait engueuler aux promenades
Saint-Bruno par une femme qui m'a dit : T'as bien les moyens d'acheter, tu
nous as tous volés, puis là tu dis : Bien, comment tu te défends de ça?
Parce qu'elle, elle a vu ma face, elle a vu mes mots, elle est sûre que c'est
moi.
Donc, c'est ça être une victime, ça nous
suit. Et moi, j'ai dit : Bon, l'affaire la plus... la plus... qui aura le
plus d'impact, c'est l'action collective, et je suis allée... Et qu'est-ce que
ça donnera? On ne sait pas encore parce qu'on est allé en audience. Sylvain m'a
accompagnée aussi à l'audience. On a trois avocats qui nous défendent et Meta
m'a rentré dedans. C'est épouvantable d'entendre ça aussi parce qu'ils disaient
presque que j'étais consentante parce que j'avais déjà un compte Facebook, donc
j'ai signé avec eux, alors que le juge, évidemment, n'a pas... n'acquiesçaient
pas parce que ça n'a aucun lien, avoir un compte et être victime d'usurpation,
mais on peut comprendre jusqu'à où ils vont. Donc, ça ne peut pas être des
individus qui se défendent. On a besoin... Élise Lucet, qui est une journaliste
d'enquête importante en France sur TF1, c'est une star en France, elle a
débusqué des fraudeurs incroyables. Elle a eu exactement la même fraude que
moi, dans les mêmes mots, les mêmes termes. On a utilisé TF1. Sauf que la
différence, ici, Radio-Canada et La Presse se sont couchés. Ils ne sont
pas intervenus avec moi. Ils voulaient... ils ne voulaient pas m'accompagner,
mais elle, TF1, a levé la main et TF1 a mis ses plus grands avocats contre Meta
et Meta a dû baisser la garde. Et Élise Lucet a été libérée rapidement de sa
fraude. Et même l'Union européenne a pris en exemple les démarches que fait
TF1. Mais moi, au Québec, j'ai cogné à toutes les portes et il n'y avait
personne devant moi, tout le monde se mettait sur le côté.
• (17 h 10) •
Alors, c'est pour ça que je comprends les autres
victimes d'usurpation comme moi qui ont abandonné. Par contre, ce que je sens
maintenant, c'est de la solidarité. Et il n'y a pas une semaine où il n'y a pas
quelqu'un qui m'appelle pour me dire : Écoute, qu'est-ce que je peux
faire? On vient de me voler mon identité. Donc, je suis devenu une référence.
Et là quand je leur dis : Écoutez, il y a un projet de loi qui s'en vient,
on va être entendu, moi, j'attends la réponse d'un juge par rapport à est-ce
qu'on peut aller de l'avant avec l'action collective? Il y a de l'espoir.
Et, pour les victimes, les vraies
victimes, ce que j'ai envie de dire, que celles qui croient en ça, ce sont les
vraies victimes. Pour celles-là, il faut qu'on enlève la honte, il faut qu'on
en parle. C'est pour ça, pour moi, une campagne de publicité, peut-être que ça
a l'air un peu banal, mais non. Parce que si on l'entend à la télé, si on voit
que ça existe bien, bien, on n'est pas seuls. Déjà, de juste voir des victimes
dans le documentaire que j'ai fait, il y a beaucoup de victimes qui nous ont
appelés après pour dire : Je n'ai jamais osé le dire, qui ont été capables
d'en parler avec leur conjoint, leur conjointe, leurs enfants pour dire :
Regarde, moi, je suis comme... je suis comme cette personne-là. On a besoin
de... on a besoin de voir qu'on n'est pas seuls pour éviter des problèmes de
santé parce qu'il y en a beaucoup, que c'est de la santé, on a besoin... on a
besoin d'aide psychologique, d'aide physique, d'aide financière et de soutien
aussi au niveau policier. Et je pense qu'il faut avoir de l'argent pour que la
SQ ait plus de sous. Il faut que... justement, si on met des mesures en place,
bien, qu'il y ait des gens pour entendre, qu'il y ait des gens pour avancer.
Puis quand on va contre Meta, bien, ça prend des sous.
Alors, si on veut que les gens parlent,
pour moi, ça prend un numéro de téléphone où on appelle où c'est simple. Et,
après ça, on aura des data. Plus qu'on aura de data plus qu'on pourra aller là
où ils sont, ces fraudeurs. Alors, c'est ce que j'aurais à dire.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, je pense que c'est tout à fait logique. Et d'ailleurs, avec les
mécanismes qu'on développe, ça sera simple pour le citoyen, que ce soit à
l'Office de la protection du consommateur ou à l'Autorité des marchés
financiers, vice versa...
M. Jolin-Barrette : ...pour
avoir une place pour dénoncer à la fois pour les personnalités publiques qui se
font usurper leur image, mais également pour les personnes qui sont victimes de
ce stratagème-là. Je vais céder la parole à mes collègues qui souhaitent vous
poser des questions, mais ce que je retiens aussi, Mme Barrette, de votre
témoignage, c'est que ça peut toucher n'importe qui, n'importe qui peut se
faire avoir, et il ne faut pas être gêné d'aller chercher de l'aide, de
dénoncer parce que, et je pense qu'il faut le dire, si une personne dénonce,
bien, vous allez aider aussi la prochaine personne qui ne sera peut-être pas
fraudée aussi. Alors, je vous remercie grandement pour votre implication dans
ce dossier-là puis votre prise de parole publique.
Mme Barrette (Marie-Claude) : Merci
beaucoup. Merci.
Le Président (M. Morin) : Oui,
très bien. Je vous remercie. M. le député de Gaspé, il vous reste cinq minutes
6 s.
M. Sainte-Croix : Merci, M.
le Président. Mme Barrette, M. Paquette, bonjour. Bien heureux d'être avec vous
ici aujourd'hui. On vous remercie, hein. Pour votre contribution à cette
commission, toujours important.
J'aimerais peut-être qu'on aborde, là, ce
que... ce que... ce que contient le projet de loi, ce que propose le projet
comme mesures. Est-ce que vous croyez qu'on va être en mesure d'avoir un impact
significatif, positif sur des cas comme ceux que vous nous avez présentés, des
cas qui sont des drames dans la vie de citoyens et citoyennes? Comment vous
voyez, là, la suite des choses sur ce que propose le projet?
Mme Barrette (Marie-Claude) : Je
vais... je vais commencer, après ça, Sylvain, tu compléteras, s'il te plaît.
Bien, déjà, de ne pas se sentir seul. Honnêtement, les gens, là, qui se
suicident, là, c'est parce qu'ils se sentent seuls, parce que, s'ils expliquent
ça à leurs familles, c'est comme... on ne comprendra jamais, parce qu'on ne
comprend même pas la... Moi, là, j'enquêtais là-dessus, personnellement, de mon
côté, puis je n'avais jamais compris comment fonctionnait la fraude. Donc, déjà
d'être capable de de nommer, d'identifier les choses déjà, la... les victimes,
et d'être entendues et de savoir qu'il y a quelqu'un qui va nous représenter
et, si on a besoin...
Tu sais, je pense que c'est un début, le
projet de loi de n° 24. Pour moi, ce n'est pas complet, c'est... mais il
faut commencer à quelque part, parce que moi, j'intégrerais, c'est sûr, de la
Sécurité publique, c'est sûr, le ministère de la Santé, tu sais, c'est... ce
qu'on ne voit pas encore, mais vous... plus qu'on va voir, plus que vous allez
comprendre c'est quoi, une victime. Puisqu'on va les voir, vous allez voir
qu'elles sont amochées en mautadit, je parle des victimes de cryptomonnaies, parce
que...
Bon, tu sais, comme moi, là, j'annonce des
produits. Moi, présentement, on me voit en fauteuil roulant, là, puis je...
puis on me voit aussi avec une... dans une publicité avec Dr Marquis. Tu sais,
Dr Marquis, il est... il est intensiviste. C'est grave. Là, on prend l'image
d'un médecin intensiviste qui dit que je n'ai pas fait attention, mais lui,
il... voici qu'est-ce qu'il faut faire, puis il vend un médicament, mais on en
est là. Comprenez-vous? Et c'est normal, que les gens croient. Moi, j'ai une
amie qui est avocate puis qui s'est rendue à la dernière étape pour mettre de
l'argent jusqu'à tant qu'elle m'appelle pour me dire : C'est-tu vraiment
toi?
Ça fait que c'est pour ça, il faut... Déjà
là, si on enlève les tabous. Parce que combien de fois je me suis fait
dire : Ah oui, mais là c'est tout du monde qui ne vont pas à l'école, tu
sais. Heille! j'étais là : Les préjugés, ça va faire. Parce que c'est là
qu'on stigmatise les gens. Ça veut dire que, si on ne rentre pas là-dedans,
c'est comme, nous autres, ça ne se peut pas puis on... il faut tous être
prudents. Et les stratagèmes sont tellement de plus en plus développés.
Et ça aussi, s'il y a... s'il y a plus de
sous, parce que... Tu sais, moi, j'ai été rencontrer la Sûreté du Québec. La
Sûreté du Québec ont la volonté, mais... La volonté, c'est une chose, mais
avoir les moyens, c'en est une autre. Parce que ça, ça ne se fait pas juste au
Québec. Il faut qu'il y ait des liens avec le reste du Canada, avec le reste de
la planète. Sylvain l'a dit tantôt, ils sont partout à travers la planète.
Donc, on s'entend que ça prend du budget. Mais le budget, par rapport à ce
qu'on perd par année, c'est la fraude qui fait... qui est le plus rentable et
qui a le moins de conséquences. Pensez-vous que ça va s'arrêter si on ne fait
rien? Alors, c'est pour ça que, pour moi, j'ai hâte de voir le budget qui sera
attribué à ça et ce sera quoi, la suite. Sylvain, je te laisse compléter.
M. Paquette (Sylvain) : Oui.
Bien, moi, c'est dans mon travail de tous les jours d'accompagner des victimes
d'usurpation d'identité, donc je vois tous les cas imaginables. Si vous voulez
savoir un peu ce que ça représente, là, eh bien, imaginez qu'on enlève sur
votre porte de maison, là, votre serrure et votre poignée d'entrée sur la porte
d'en avant et en arrière et vivez, pendant cinq ans, comme ça, avec les portes
que n'importe qui peut rentrer dans la maison à tout moment, vous me direz si
vous dormirez bien. Bien, c'est ça, la réalité d'une usurpation d'identité.
Puis ce n'est pas... ce n'est pas si les
fraudeurs vont faire quelque chose, c'est quand ça va se produire. Et les
impacts, bien, souvent on ne s'en aperçoit pas tout de suite, ça prend un
certain temps. Moi, je vois des gens qui arrivent à leur renouvellement hypothécaire
puis ils se font bloquer parce qu'il y a une information qui apparaît sur leur
dossier de crédit, ils vendent une maison, ils viennent s'en acheter une autre,
woups, il y a une fraude qui apparaît sur le dossier de crédit...
M. Paquette (Sylvain) : ...là,
essayer de régler ça, là, c'est une affaire de trois, quatre mois, des fois
jusqu'à deux ans si on va jusqu'à la Commission d'accès à l'information. Donc,
c'est vraiment problématique. Et il y a aussi les institutions financières qui
vont abuser un peu des consommateurs, qui vont dire : Ah! bien, il faut
que tu paies, nous, ce n'est pas notre problème. Alors là, le consommateur se
retrouve en plus à payer, non seulement les impacts sur son crédit, mais en
plus les sommes qui ont été... qui ont été fraudées. Donc, il y a beaucoup
d'impact là-dessus, puis je pense que le projet de loi, s'il peut ratisser
assez large pour couvrir tout ce beau monde-là, je pense qu'on va gagner
quelque chose de fort au Québec puis on va être innovateurs.
Le Président (M. Morin) : Merci
beaucoup. Il reste 15 secondes.
M. Sainte-Croix : Je
peux la laisser à un collègue.
Le Président (M. Morin) :
Non? Alors, ça va pour la banquette gouvernementale. Merci. Alors, je cède
maintenant la parole à la... à la porte-parole de l'opposition officielle pour
un temps de 9 min 54 s. Merci.
Mme Caron : Merci, M. le
Président. Alors, merci beaucoup, Mme Barrette et M. Paquette pour
votre présentation. Tantôt, dans les remarques préliminaires, je faisais
référence à un mémoire, c'était le vôtre, M. Paquette. Alors, je suis sûre
que vous l'avez reconnu. Donc, dans les neuf minutes et quelques qui restent,
en fait, j'aimerais vous entendre, parce que vous faites trois recommandations
prioritaires dans votre mémoire qui... En tout cas, vous êtes l'expert, mais je
trouvais que c'était vraiment très fouillé, très réfléchi comme recommandation.
Vous expliquez de long en large le phénomène, comment ça se passe, l'usurpation
d'identité. Et puis, donc, votre première recommandation, c'était... c'est de
l'immatriculation obligatoire des sites Web au registre des entreprises du
Québec pour réduire l'anonymat numérique et améliorer la traçabilité des
acteurs économiques. Petite question là-dessus : Est-ce que ça se fait
ailleurs, et est-ce qu'on peut... on peut réussir à le faire pour des... des
sites Web, par exemple, qui sont à l'autre bout du monde?
• (17 h 20) •
Votre deuxième recommandation que je
trouve excessivement intéressante, mise en place d'un mécanisme de renversement
du fardeau de la preuve par la production d'une déclaration solennelle
permettant de protéger immédiatement les victimes et de rétablir l'équilibre
procédural. Donc, ça va... l'ordonnance, les... le pouvoir d'ordonnance qui
sont dans le projet de loi sont un pas dans la bonne direction. Mais là vous
allez beaucoup plus loin, et je pense que ce serait une manière vraiment très
efficace.
Et votre troisième recommandation
prioritaire, l'encadrement renforcé des plateformes de transfert de fonds par
l'imposition de mécanismes de vérification d'identité accrue et une meilleure
traçabilité des transactions. Alors, avec ça, vous agissez en amont sur la
protection des données, donc avant que ça arrive au cœur du système, donc sur
les flux financiers pour arrêter ça et en aval pour la protection des victimes.
Donc, au lieu d'être en réaction à une fraude qui s'est produit, vous tentez
d'être beaucoup en prévention.
Alors, le temps qu'il me reste, je
dirais... je vous l'offre pour que vous nous expliquiez, vous nous parliez
peut-être plus de ces mécanismes-là en profondeur pour... peut-être que le...
ce sera entendu pour qu'ils soient inclus dans le projet de loi.
M. Paquette (Sylvain) : Certainement,
et ça me fera plaisir de contribuer peut-être davantage au projet de loi si
vous avez besoin de moi. Bien, l'immatriculation des sites Web, ça n'existe pas
nulle part, à ce que je connais. Maintenant, l'avantage de ça, c'est que, ce
n'est pas d'immatriculer comme GoDaddy, là. Ce n'est pas ça du tout. En fait,
c'est que les entreprises qui offrent des services financiers, des services aux
consommateurs de vente de produits pourraient, puis c'est quelque chose de très
simple à faire auprès du Registraire des entreprises, de rajouter tout simplement
une section, dans le REQ, où est-ce que les sites Web de l'entreprise vont être
enregistrés. Et ça, ça ferait en sorte que le consommateur, lui, il peut aller,
d'une part, vérifier si le site Web, il est vraiment... il est sur le bon. Ça,
c'est une chose. Et la deuxième, ça permettrait aussi au ministère de la
Cybersécurité et du Numérique de procéder à ce qu'on appelle «une veille» sur
ces sites Web là, parce qu'ils seraient déclarés. Et, dès qu'il y aurait une
fuite de données, tout de suite, il y a un drapeau qui se lève, on est avertis.
Et là, à ce moment-là, le ministère pourrait appeler l'entreprise, dire :
Écoutez, vous faites l'objet d'une fuite de données, veuillez maintenant, tout
de suite, procéder à la rectification ou on va aller avec des sanctions à votre
égard.
Le problème en ce moment, là, c'est
qu'avec la Commission d'accès à l'information puis la loi n° 25,
c'est un peu de l'autodéclaration. Et les entreprises, là, sont d'une... d'un
laxisme incroyable, parce qu'ils laissent fuir leurs données, ils ne s'en
occupent pas, ils attendent de se faire pincer. Tellement, que les fraudeurs
communiquent avec les entreprises et les extorquent en leur disant :
Écoute, si... si tu ne nous paies pas...
M. Paquette (Sylvain) : ...tel
montant, on va te dénoncer à la Commission d'accès à l'information. Oui, c'est
comme l'envers du décor. Alors, ça, c'est un point important.
Le deuxième, effectivement, les
plateformes de paiement, comme Interac, par exemple, les fraudeurs l'utilisent
beaucoup ici, au Québec. Donc, ils opèrent à partir de l'international, mais
ils ont des complices ici. On parle par exemple, au niveau des fraudes
amoureuses, et là, bien, c'est le Far West. Donc, ce n'est pas réglementé. Je
pense que l'AMF pourrait agir davantage, là. Puis c'est des façons simples que
j'ai énumérées dans mes recommandations, ce n'est pas des choses qui coûtent
cher, c'est des petits... des petits ajouts qui vont être grandement efficaces.
C'est sûr, là, qu'on ne peut pas arriver à 100 % d'efficacité sur tout ce
qu'on peut proposer comme outils, parce que, les moyens technologiques, c'est
toujours contournable, hein? Les fraudeurs vont s'adapter, vont trouver des
failles. Mais déjà là, en faisant ça, vous savez que le Canada, là, c'est le
deuxième pays au monde le plus attaqué par les fraudeurs, hein? Alors là, on
va... on va descendre de niveau puis on va s'en aller plus loin en queue de
peloton parce que maintenant on va être vraiment mieux protégés. Donc oui,
l'AMF, ça, c'est vraiment un outil important.
Puis j'avais aussi dans mes
recommandations... oui, le renversement du fardeau de la preuve. Ça, là, c'est
primordial. Les victimes, ils n'ont aucune idée quoi faire, ils sont dépourvus.
Parfois, les institutions vont abuser. Pourtant, les institutions, ils ont les
outils pour détecter ça, pour faire la preuve. Mais le consommateur, lui, il ne
l'a pas, il est laissé à lui-même. Et des fois, là, un vol d'identité, ça peut
durer dix, quinze ans et ça a des impacts majeurs, là, sur le dossier de crédit.
Et ce n'est pas juste de voler l'image, là, mais souvent les fraudeurs vont
prendre des compagnies qui... existantes, mais qui sont tablettes, vont les
réactiver avec des identités usurpées, puis ensuite vont aller acheter des
matériaux de construction, ouvrir des comptes dans des BMR, Home Depot, ainsi
de suite. Donc, ça va très, très large.
Donc, ce que j'ai proposé dans mon
mémoire, c'est de ratisser le plus large possible et de couvrir tout le
phénomène d'usurpation d'identité. Parce que si on fait juste couvrir ce qui a
trait à Facebook, bien, les fraudeurs vont se retourner puis vont aller dans la
voie d'à côté où est-ce que c'est encore pleinement ouvert. Donc, le nerf de la
guerre, si on prend l'exemple, dans le cas de Facebook comme dans d'autres,
c'est l'argent, le transfert de l'argent. C'est ça qui envoie l'argent à
l'international, et bien il faut que ça soit bloqué, faut que ça soit... sans
être trop restrictif dans les libertés de la population, mais dès que c'est un
élément sensible, de pouvoir avoir un impact puis de limiter ça.
Mme Caron : Merci. Alors,
est-ce que vous vouliez ajouter autre chose? Il nous reste comme deux, trois
minutes à peu près.
Une voix : ...
Mme Caron : Pardon?
Le Président (M. Morin) : 5 minutes
29 s.
Mme Caron : Ah! 5 minutes.
Bien alors, on a... on a plus de temps. Donc, bien, attendez un petit peu,
je...
M. Paquette (Sylvain) : ...que
je peux ajouter ici et qui est vraiment important, là, bien, c'est au niveau
des données biométriques. Parce qu'aujourd'hui, là, c'est... ce n'est pas très
exploré, mais, en ce moment, si on prend l'exemple, là, il y a la compagnie
Ancestry qui fait les fameuses enquêtes ADN, là, sur votre passé. Eh bien, ces
informations-là, dans le futur, là, ils vont servir aux fraudeurs. Tu sais, en
ce moment, on peut imprimer en 3D vos empreintes digitales, votre visage. On
peut faire beaucoup de choses. Donc, les données biométriques, c'est des
données sensibles. Et quand ça, c'est, usurpé par les fraudeurs, bien, il n'y a
rien qui dit qu'on ne pourrait pas faire... commettre un crime dans le futur,
sous votre identité, donc... Et avec l'identité numérique aussi qui s'en vient,
les fraudeurs sont déjà prêts à ça, là. Moi, j'en ai rencontré, dans le cadre d'un
reportage pour Radio-Canada, il y a deux ans, puis les fraudeurs, ils me
disaient qu'ils étaient déjà prêts, eux, ils avaient déjà tous les outils pour
contourner ça, là.
Donc, ils sont toujours en avance sur
nous, ils sont préparés. Donc, il faut, il faut... il faut connaître qu'est-ce
qu'ils font puis il faut aller toujours en amont, être en avance sur eux. Et ce
que je propose, dans mes recommandations, c'est justement ça, c'est de prendre
une longueur d'avance.
Mme Caron : Effectivement, c'est
là que vous parlez d'une évolution constante des capacités des fraudeurs et
donc il faut que le cadre législatif puisse s'adapter à cette agilité-là
pour... parce que les fraudeurs vont toujours réussir à contourner puis être
au-devant de nous. Donc, il faut pouvoir intervenir le plus possible et puis
les attendre... les attendre au rendez-vous. Mme Barrette, vous voulez
ajouter quelque chose?
Mme Barrette (Marie-Claude) : Oui,
je voudrais ajouter que... tu sais, tantôt, quand je disais une ligne centrale,
moi, je pense que ça prend aussi des gens qui sont... ça peut être l'office de
l'Office de la...
Mme Barrette (Marie-Claude) :
...consommateurs. Absolument, aux dernières nouvelles du type de fraude, pour
que quelqu'un se demande : Coudon, c'est-tu une fraude? je vais appeler,
je vais le demander. Parce que ça, ça manque aussi. À qui on demande ça? À
notre beau-frère, à notre... Tu sais, on ne le sait pas. Est-ce que c'est
vraiment une fraude? Moi, là, je me suis fait écrire : Ah! je ne savais
pas que tu étais en fauteuil roulant, tout ça, puis j'étais là : Bien non,
je ne suis pas en fauteuil roulant. Bien oui, mais on t'a vue, mais... Et là,
la dernière fraude, là, on m'a même changé l'intérieur de la bouche. Donc, je
parle pour vrai et c'est ma voix. Même moi j'en suis mélangée, parce que...
Alors, maintenant, nous, on a changé de faire... toute notre promotion en
ligne. Je suis... Il y a toujours quelque chose qui apparaît. Je ne suis jamais
en plan fixe longtemps, parce qu'on a peur de se faire frauder. Mais ce qu'il
faut savoir, c'est comment la personne, elle sait ça, elle? Alors, si elle
appelle, dire : Écoutez, est-ce que c'est vrai que Marie-Claude Barrette
vend des choses? Alors, peut-être qu'ils peuvent me contacter, mais il faut
trouver une solution. Puis pas juste avec des personnalités. Je veux dire, il y
a plein de choses qui se passent sur le net où on transige l'argent. Moi, je
suis toujours sur : c'est de l'argent qu'on sort des poches des Québécois
qui s'en va à l'étranger, que ce soit pour des pots amaigrissement, que ce soit
pour le rajeunissement, que ce soit les fonctions érectiles, que ce soit
l'arthrite. On est dans tout ça, là. Bien, cet argent-là, ce 100 $ là, ce
300 $ là, bien, il devrait être dans tes poches, alors que, là, ça s'en
va.
Puis, comme on ne voit pas... comme, c'est
comme le monde de l'invisible, on dirait qu'on y accorde moins d'importance. Ce
n'est pas parce qu'on ne voit pas le voleur dans ta maison que tu ne te fais
pas voler. Et c'est là-dessus qu'on doit changer notre mentalité. En 2026, puis
dans toutes les années qui vont suivre, ça va être ça, le vol qui va faire le
plus d'impact puis des impacts psychologiques, des impacts financiers, dans
certains cas, des impacts physiques. Alors, il faut intervenir.
Et c'est pour ça que je trouve que d'avoir
une centrale où on a tout... je ne sais pas si tu es d'accord, Sylvain, mais
qu'on... qu'on soit à jour dans le type de fraude pour être capable de guider,
en tout cas, les... Parce que moi, j'aurais aimé ça, tu sais, dire à... aux
gens : Aappelez à ce numéro-là, mais à part le centre antifraude où ils
faisaient juste donner les datas de ce qui leur était arrivé, il n'y avait pas
d'intervention directe. Alors que, là, au moins, on pourrait y aller en amont puis
de développer ce réflexe-là... ou encore ce que tu disais, aller voir est-ce
que l'entreprise existe, mais là on n'a rien présentement. C'est juste notre
instinct, notre feeling, puis dans quel moment de la journée ça va nous
atteindre. Puis est-ce qu'on a... Tu sais, des fois, quand on est devant la
télé puis qu'on est bien confortables devant son Facebook, par exemple, plus
facile de se faire avoir. Mais il faut développer les réflexes. Puis je pense
que c'est une mission qu'on doit se donner. C'est... pour moi, c'est le
gouvernement qui doit... d'avoir cette mission-là, d'éveiller les gens à la
fraude et d'être en avant de la parade. Comme citoyen, on ne peut pas être en
avant de la parade. Comme gouvernement, on peut être en avant de la parade. Pour
moi, c'est ça, le rôle de l'État, c'est de voir venir les choses. Ce n'est pas
d'être derrière la parade. Moi, j'ai senti qu'il y a deux ans, tout le monde
était pas mal derrière la parade, et ça ne se peut plus, ça. On ne peut plus
continuer comme ça.
• (17 h 30) •
Mme Caron : Merci.
Le Président (M. Morin) : Il
reste 18 secondes.
Mme Caron : Bien, je vais vous
remercier tous les deux pour... pour vos travaux et puis merci.
Le Président (M. Morin) :
Alors, merci, Mme la députée. Je cède maintenant la parole au porte-parole du
deuxième groupe d'opposition pour une durée de quatre minutes, huit secondes.
M. Bouazzi : Merci. Merci
beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup pour votre témoignage qui nous
rappelle, hein, le degré de responsabilité qu'on a. Et que, derrière,
évidemment, chacune de nos décisions, il y a des gens à qui on tend la main ou
pas. Et je pense que ce que... ce que vous faites ici aujourd'hui est important
pour nous comme... comme législateurs. C'est un témoignage, non seulement le
vôtre, mais celui de toutes les personnes à qui vous avez parlé, ça fait que,
vraiment, merci du fond du cœur.
Je vous entends. Et puis j'ai l'impression
qu'on a un exercice absolument colossal devant nous pour pouvoir tenir tête,
là. Je comprends la question de la reconnaissance du problème et puis l'idée
d'accompagner un minimum les personnes. Mais est-ce que je me trompe, ou la
majorité des stratagèmes dont vous avez parlé sont des personnes qui ne sont
même pas sur le territoire en fin de compte?
Mme Barrette (Marie-Claude) :
Tu peux y aller, Sylvain, par rapport à ça, les fraudeurs qui sont à
l'extérieur?
M. Paquette (Sylvain) : Oui.
Bien, dans le cas de la fraude de Facebook, c'est des fraudeurs qui vont opérer
à partir de l'Asie, du Pakistan, de l'Estonie, de l'Ukraine, même, aussi, parce
qu'il y a plusieurs compagnies qui se sont lancées là-dedans, qui ont pignon
sur rue et qui ont trois, 400 employés qui font des chiffres d'affaires
faramineux. Et ces entreprises-là, par la suite, vont acheter de l'immobilier,
des... d'autres entreprises, des chaînes d'hôtels, restaurants, et ainsi de
suite. Donc, ça accroît davantage le crime et...
17 h 30 (version non révisée)
M. Paquette (Sylvain) : ...et,
finalement, bien, ils viennent, oui, s'établir ici. Puis ils viennent ici
puisque c'est... pour eux, c'est le paradis des fraudeurs, le Québec. Ici, les
gens, on est gentils, on est généreux, on a... affectifs, donc on est... on est
riches, donc on est facilement des proies qui sont prisées par ces groupes de
fraudeurs là. Mais sachez que, pour beaucoup de types d'usurpation d'identité,
il y a des complices qui sont ici et il y a moyen de stopper tout ça, là, par
tous les moyens que j'ai donnés. Donc, on peut enrayer une grande partie par
ces moyens-là. Mais certes, ce qui est à l'international, on ne peut pas aller
taper sur eux autres, mais on peut taper par contre sur les plateformes ou les
complices ici qui font preuve d'aveuglement volontaire. On parle de plateformes
de transfert, on parle de plateformes de réseaux sociaux, et ainsi de suite.
Mme Barrette (Marie-Claude) : Et
je viendrais ajouter, Sylvain, que... Tu sais, moi, la plupart des victimes m'ont
dit, quand ils n'ont plus d'argent, ils appellent des gens qui prêtent de l'argent
au Québec, là, des... il n'y a pas juste des banques, là, il y a... il y a...
il y a des entreprises qui font ça, et le fraudeur le fait pour la victime, là.
Donc, il y a quand même quelque chose de spécial là-dessus, là. Tu sais, moi, j'ai
dénoncé ça tout de suite à la police, j'ai dit : Allez enquêter. Je veux
dire, ces gens-là débloquent des 30 000 $ en un coup de téléphone
puis ils remettent ça dans la fraude. Alors, vous comprenez...
M. Bouazzi : Excusez-moi, j'ai
vraiment très, très peu de temps, ça fait que je... je m'excuse.
Mme Barrette (Marie-Claude) : Oui,
excusez-moi. Oui, allez-y.
M. Bouazzi : Il me reste...
il me reste 20 secondes. Mais, pour faire suite à ce que vous dites, M.
Paquette, et aux différentes recommandations, vous avez lu le projet de loi,
vous diriez que ça couvre quoi des besoins en fin de compte, des matériels
législatifs qu'on doit mettre en oeuvre? Parce que je n'ai pas l'impression que
ça se recoupe tant que ça, là, j'ai l'impression qu'il nous reste beaucoup,
beaucoup de choses à faire pour parfaire ce projet de loi, là.
M. Paquette (Sylvain) : Bien,
je dirais pas tant que ça. Mais je vous ai mis les recommandations majeures, le
reste, bien, il faut s'adapter au fur et à mesure que les fraudeurs vont...
vont évoluer aussi, là.
M. Bouazzi : OK. Il me reste
combien de temps?
M. Paquette (Sylvain) : Mais
j'ai donné l'outil majeur.
M. Bouazzi : Vous avez donné
quoi? Excusez-moi.
M. Paquette (Sylvain) : Les
outils majeurs qui vont permettre vraiment de faire une différence importante.
M. Bouazzi : Mais, je veux
dire, si quelqu'un fait une publicité sur Facebook à partir de l'Ukraine, qu'on
clique dessus, que quelqu'un appelle ensuite au téléphone, qu'il y a une
relation de confiance et qu'on se retrouve à faire des transactions avec des
bitcoins difficilement traçables, j'ai du mal à comprendre exactement comment
ce projet de loi vient répondre à ça, là.
M. Paquette (Sylvain) : Bien,
dans plusieurs façons. La première, lorsque...
Le Président (M. Morin) : Alors,
en 10 secondes, s'il vous plaît, M. Paquette. Le temps...
M. Paquette (Sylvain) : Oui.
Lorsque la personne va cliquer, il être va être transféré sur un site Web...
par exemple, donc on va pouvoir vérifier ce site Web là. Et la deuxième, c'est
la plateforme de transfert de fonds qui peut être tenu responsable parce qu'elle
a laissé de l'argent transiter de façon frauduleuse. Donc, oui, on peut quand
même réduire ces impacts-là considérablement.
Le Président (M. Morin) : Alors,
merci beaucoup, Mme Barrette, M. Paquette, pour votre témoignage cet après-midi
à la commission. C'est très apprécié.
Je vais maintenant suspendre les travaux
pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 36)
(Reprise à 17 h 38)
Le Président (M. Morin) :
Alors, bonjour, je souhaite la bienvenue à Option consommateurs, M. Corbeill,
Me Levac, Me Plourde et Mme Bernier. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé.
M. Corbeil (Christian) :
Bonjour. Je me présente, Christian Corbeil, directeur général d'Option
consommateurs. Je suis accompagné de Sara... Eve Levac, excusée, avocate et
analyste, d'Alexandre Plourde, avocat et analyste, ainsi que de Nadine Bernier,
à ma droite, stagiaire en droit.
M. le Président, M. le ministre, Mmes et
MM. les députés, je vous remercie de nous donner l'occasion de vous présenter
nos observations aujourd'hui. Créé en 1983, Option consommateurs est une
association à but non lucratif qui a pour mission d'aider les consommateurs et
de défendre leurs droits. En tant qu'association de consommateurs, nous
accueillons très favorablement le projet de loi n° 24.
Au cours des dernières années, nous avons
reçu des centaines d'appels de consommateurs victimes de fraudes. Dans
plusieurs de ces fraudes, des publicités trompeuses diffusées sur les
plateformes numériques ont permis aux arnaqueurs d'atteindre les victimes.
Considérant les plateformes numériques... considérant que les plateformes
numériques sont un point d'entrée courant pour arnaquer les consommateurs, nous
estimons qu'il est tout à fait justifié d'adopter une loi qui encadre davantage
ces acteurs. En ce sens, nous soutenons l'approche du gouvernement du Québec en
matière de lutte à la fraude visant à responsabiliser non seulement les
institutions financières, mais aussi d'autres types d'entreprises qui ont la
capacité d'intervenir pour... pour prévenir les arnaques. Je vais maintenant
laisser mon collègue Alexandre Plourde vous exposer l'essentiel de nos
commentaires.
• (17 h 40) •
M. Plourde (Alexandre) :
Alors, comme l'a mentionné mon collègue Christian, nous considérons que le
projet de loi n° 24 est une avancée positive pour les consommateurs du
Québec. Ce projet de loi s'attaque à un véritable fléau numérique. Chaque jour,
les plateformes en ligne comme YouTube ou Facebook permettent aux criminels de
piéger facilement les internautes québécois grâce à de fausses annonces
diffusées sur les réseaux... sur leurs réseaux publicitaires.
Souvent, ces publicités mettent en scène
des personnalités publiques pour attirer l'attention des victimes et ajouter de
la crédibilité à l'arnaque. Chez Option consommateurs, nous sommes en première
ligne pour constater les ravages que causent les arnaques promues sur les
plateformes en ligne. Par exemple, certaines victimes de fraude
d'investissement nous ont confié avoir perdu des centaines de milliers de
dollars. Ces arnaques ont des impacts psychologiques et sociaux considérables
sur leurs victimes, tels que l'isolement, les sentiments de honte, de
culpabilité ou de crainte qui persistent longtemps après l'acte criminel.
Parfois détroussés de toute leur épargne, voire même endettés, la participation
des victimes à la vie économique est également grandement réduite.
Face à ce fléau, il est grand temps de
mieux encadrer les plateformes numériques. Selon nous, le projet de loi
n° 24 marque un progrès dans cette direction. Cependant, nous formulons
quelques recommandations visant à clarifier la portée du projet de loi, à
responsabiliser davantage les plateformes numériques, ainsi qu'à mieux soutenir
financièrement l'Office de la protection du consommateur.
Alors, notre première recommandation vise
à clarifier la nouvelle interdiction d'utiliser ou de permettre que soient
utilisées l'identité ou l'image d'une personne pour faire une représentation à
un consommateur sans le consentement de cette personne.
Considérant le rôle central que jouent les
plateformes numériques telles que Facebook et YouTube dans la diffusion de
fraude en ligne, il est primordial qu'elles soient visées par cette nouvelle
interdiction. Le plus souvent, les criminels derrière une publicité frauduleuse
sont introuvables : le seul interlocuteur atteignable est l'intermédiaire
en ligne, par l'entremise de qui la publicité circule.
D'entrée de jeu, il nous semble clair que
cette nouvelle interdiction s'appliquera autant aux malveillants qui créent une
annonce trompeuse qu'aux plateformes numériques où est diffusée cette annonce.
Cependant, nous craignons que les plateformes cherchent à échapper à leurs
responsabilités envers les consommateurs fraudés en invoquant divers arguments.
Par exemple, les plateformes pourraient avancer qu'elles n'avaient pas
connaissance de la publicité illicite qui était diffusée, et donc elles n'ont
pas permis l'utilisation de l'image d'une personne sans son consentement. Nous
appréhendons que ces arguments soient invoqués pour faire obstacle au recours
de consommateurs victimes de fraudes qui demandent d'être indemnisés par les
plateformes numériques.
Pour éviter ces difficultés, nous
proposons de clarifier dès maintenant le texte du projet de loi afin de
faciliter les recours civils des consommateurs contre les plateformes
numériques. En ce sens, nous proposons d'ajouter au projet de loi une
présomption absolue selon laquelle tout intermédiaire en ligne qui diffuse,
contre paiement, une publicité utilisant l'identité ou l'image d'une
personne...
M. Plourde (Alexandre) : ...sans
son consentement est réputé avoir permis cette utilisation. Puisque la
plateforme dispose tous les outils pour vérifier les annonces payantes, il nous
apparaît cohérent de considérer qu'elle en permet la diffusion et lui en faire
porter la responsabilité immédiate.
Ce qui m'amène à notre deuxième
recommandation, qui porte sur la responsabilisation des plateformes numériques.
Donc, bien que nous accueillions favorablement le projet de loi n° 24,
nous estimons que cette intervention du législateur est incomplète pour couvrir
l'ensemble des fraudes qui circulent sur les plateformes numériques. En effet,
on trouve de nombreuses annonces frauduleuses sur les plateformes numériques
qui n'impliquent pas l'utilisation de l'image d'une personne sans son consentement,
par exemple des commerçants frauduleux, ils publient des annonces en affirmant
faussement que les produits qu'ils vendent sont fabriqués au Québec. Les
plateformes, telles que Facebook Marketplace, contiennent énormément d'annonces
frauduleuses qui portent notamment sur de faux billets de spectacle ou des
appareils électroniques contrefaits. Face à cette épidémie de fraudes en ligne,
la loi québécoise doit être renforcée non seulement pour interdire les
publicités usurpant l'image de personnalité publique, mais aussi pour accroître
la responsabilisation des plateformes numériques face à l'ensemble des
activités frauduleuses qu'elles facilitent.
Pour ce faire, le Québec devrait adopter
des obligations légales visant notamment à exiger des plateformes qu'elles
vérifient activement les publicités qu'elles diffusent, à contraindre les
plateformes à se doter d'un mécanisme de signalement des contenus frauduleux
facilement accessibles aux consommateurs et qu'elles répondent à ces
signalements. Et aussi à offrir des recours pour les consommateurs fraudés afin
d'être remboursés des pertes subies lorsque la plateforme a manqué à ses
obligations. Notre troisième recommandation porte sur le financement de
l'Office de la protection du consommateur. Nous saluons l'attribution d'un
pouvoir d'ordonnance au président de l'OPC et qui lui permettra d'obtenir
rapidement qu'une personne, incluant une plateforme numérique, cesse de se
livrer à une pratique interdite. Ce nouveau pouvoir est tout à fait justifié
pour faire face aux activités frauduleuses qui se déploient dans
l'environnement numérique et qui exigent d'agir avec célérité. Cependant, nous
estimons que l'efficacité de ce nouveau pouvoir nécessitera l'attribution de
ressources suffisantes à l'OPC pour qu'elle soit en mesure de surveiller et de
faire retirer les contenus frauduleux qui circulent sur les plateformes
numériques. Afin de mieux lutter contre la fraude en ligne au Québec, nous
proposons donc une hausse graduelle du budget de dépenses de l'OPC de 5 %
par année sur 10 ans. Selon nous, cet investissement, dans un organisme
chargé d'appliquer les lois de protection du consommateur, aurait des retombées
hautement positives sur le portefeuille des Québécois, en contribuant à
prévenir des fraudes qui peuvent entraîner de lourdes pertes financières.
Finalement, dans un autre ordre d'idées,
mais toujours en lien avec la lutte contre la fraude, nous terminons en
rappelant que les nouvelles protections contre la fraude bancaire introduites
par le projet de loi n° 72 de 2024 n'ont toujours pas été mises en vigueur
par le gouvernement. Lorsqu'elles seront en vigueur, ces nouvelles dispositions
permettront de responsabiliser davantage les institutions financières en
matière de fraude, en exigeant... en... en exigeant, dis-je, qu'elle indemnise
leurs clients victimes de certaines transactions frauduleuses dans leurs
comptes bancaires. Compte tenu que la fraude atteint actuellement des sommets,
il est pressant que ces nouvelles dispositions puissent bénéficier, le plus
rapidement possible, aux consommateurs.
Alors, merci. Il nous fera plaisir de
répondre à vos questions.
Le Président (M. Morin) :
Alors, si vous le souhaitez, il vous reste encore deux minutes, c'est pour
vous, sinon, on peut passer aux échanges immédiatement. Ça va?
Alors, merci beaucoup, donc, pour votre
exposé. Nous allons maintenant passer à la période d'échange. M. le ministre,
la parole est à vous pour une durée de 16 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président, d'être aussi précis. Alors, M. Corbeil, bonjour. Vous êtes bien
entouré, Me Levac, Me Plourde, Mme Bernier, qui deviendra maître
également sous peu...
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : ...en
juillet. Donc, écoutez, que des juristes avec vous, on aime ça. Merci pour
votre mémoire, pour votre présence en commission parlementaire aussi, d'Option.
Pouvez-vous nous décrire le type de téléphone de plainte que vous recevez à
Option, en lien justement avec ces fraudes-là, tu sais, la volumétrie? Comment
est-ce que les gens se sentent? À quel moment aussi dans leur processus, ils
vous appellent aussi?
M. Plourde (Alexandre) :
Bien, on reçoit de plus en plus d'appels de fraude, là, ça a doublé, là, sur
une période de deux ans, c'est passé du simple au double. On passe à quelques
centaines d'appels qu'on reçoit en matière de fraude de manière générale. Et un
pourcentage de ces fraudes-là, ce sont des fraudes qui ont été rendues
possibles via les plateformes numériques, donc, qui sont passées...
M. Plourde (Alexandre) : ...par
Facebook ou YouTube, etc. Il y a certains cas, c'est des cas de fraude
utilisant l'image de personnalité publique. Donc, ça, on en voit, là. Ce qui
est attaqué présentement dans le projet de loi, c'est des cas qu'on a vus sur le
terrain, des publicités qui utilisent l'image de Normand Brathwaite, Elon Musk,
de Mark Carney, etc. Ce qu'on a vu beaucoup dans ce type de fraude là, ça va
être des fraudes d'investissements, donc on... je pense que c'est le genre de
fraude qui était visé actuellement, là, par le projet de loi, donc, des fraudes
où on utilise l'image de la personnalité publique pour promouvoir une fausse
plateforme d'investissement où on promet des rendements mirobolants, là, si
vous investissez 350 $, vous allez avoir des dizaines de milliers de
dollars qui vont revenir. Souvent, on va utiliser aussi des faux sites Web qui
ressemblent à des faux sites de nouvelles comme Radio-Canada, le Journal de
Montréal. Donc, ça, on en voit. On voit aussi d'autres types d'arnaques promues
par les personnalités publiques, là. Donc, ça va être vente de produits, tout
ce qui est produits pour la santé douteux, là, beaucoup des produits
amaigrissants. C'est le cas qu'on... des cas qu'on a vus aussi.
Mais il y a toutes sortes d'autres types
de fraudes aussi qu'on voit en ligne qui n'utilisent pas image de personnalité
publique. On voit, par exemple, du «dropshipping», ou, en français, c'est
parachutage, donc des sites de commerçants qui vont faire croire que le produit
qu'ils fabriquent, il est au Québec et a été fabriqué au Québec ou que ce sont
des artisans locaux québécois. On a vu des fraudes d'emplois aussi qui peuvent
être promues par les plateformes en ligne, puis là, je ne parle même pas de
tout ce qu'on voit sur Marketplace, il y a des faux téléphones cellulaires, des
faux billets de spectacle, des faux écouteurs, des faux appareils
électroniques, des fausses ventes, des fausses locations de roulottes ou de
chalets, et tout ça, et tout ça est appelé aussi a évolué au fil des années.
Je dirais que, peut-être, les situations
les plus touchantes qu'on a vues sur le terrain, c'est les fonds
d'investissement où des gens, là, ont pu perdre beaucoup d'argent. C'est des
pertes financières qui peuvent être colossales. J'ai vu puis on a vu des cas,
des gens qui ont perdu toutes leurs économies là-dedans. J'ai vu des cas, des
gens qui m'ont dit : J'ai mis toute ma retraite dans ce type de fraude là.
Ça l'a des impacts psychologiques qui sont très importants pour ces gens-là. Ça
les amène à s'isoler. Ils vivent de la honte, de la culpabilité. Souvent, ils
ne veulent pas... ils ne veulent pas nous raconter leur histoire tout de suite,
puis le moment qui nous contacte, évidemment, c'est après la fraude, puis c'est
quand ils se posent leurs questions sur comment je pourrais me faire rembourser
ou pas puis c'est quoi, mes recours légaux, là. Donc, ils vivent beaucoup de
culpabilité par rapport à ça. Puis, des fois, il faut leur tirer un peu les
vers du nez, parce qu'ils sont honteux de nous raconter cette histoire-là, pour
que... pour qu'on puisse un peu comprendre ce qui s'est passé, et tout ça. Et
c'est très triste, ces histoires-là. C'est des gens qui peuvent se retrouver
dans une grande précarité financière. Et ce sont des gens, comme on disait, qui
ne participent plus à l'économie par la suite. Donc, ça l'a un impact un peu
collectif en bout de ligne parce que ces gens-là, ils avaient de l'argent à
dépenser dans l'économie québécoise et, finalement, là, ils n'en ont plus,
d'argent à dépenser, même, ils peuvent même dépendre de prestations publiques
aussi, là, pour joindre les deux bouts. Donc, c'est des gens... ça l'a un
impact aussi collectif pour nous, sans compter l'impact sur la santé mentale,
même la santé physique. Parfois aussi, ça génère des coûts aussi pour la
société.
• (17 h 50) •
M. Jolin-Barrette : Puis les
gens qui vous appellent, là, c'est les gens de tous horizons dans la société?
M. Plourde (Alexandre) : Il y
a tous les profils. N'importe qui pourrait être victime de fraude, n'importe
qui ici, dans la salle, pourrait être victime de fraude. J'ai même vu des
avocats victimes de fraude, des gens de tous âges. C'est sûr que les victimes
aînées, ça peut être des cas parfois peut-être plus touchants parce que, bon,
c'est des gens qui... ça va être peut-être plus difficile aussi de récupérer
cet argent-là, de refaire son argent. Mais, en bout de ligne, tout le monde
peut être victime de fraude. Ce ne sont pas des gens... Ce sont des victimes.
Ce ne sont pas des personnes négligentes. Souvent, on tend à blâmer ces
personnes-là, à leur dire qu'elles sont fautives ou qu'elles sont tombées dans
le panneau. Parfois même, on rit d'elles, hein, les victimes, mais ce sont des
gens qui ont été visés par des manipulateurs qui sont très habiles, qui ont
tiré les bonnes ficelles. Ce sont des publicités aussi. Les points d'entrée,
ils sont très bien ficelés pour ces fraudes-là. On utilise l'intelligence
artificielle. Ça peut être très convaincant aussi. Puis il n'y a personne à
l'abri de ces fraudes-là.
M. Jolin-Barrette : Bon, pour
votre recommandation pour hausser le budget de l'office, bien, écoutez, moi, je
suis bien d'accord avec vous. Alors, je vous invite à contacter mon collègue
aux Finances pour le prochain budget. Alors, je vous appuie dans votre demande.
Cela étant, sur le projet de loi, ce qu'on
essaie de faire, dans le fond... Vous le savez, bon, il y a déjà le volet
criminel qui est couvert, qui relève du Code criminel, de la fraude, les corps
de police, tout ça, mais on voulait avoir aussi une approche qui était à
l'intérieur de nos champs de compétence, notre droit en protection du
consommateur, une approche qui est rapide entre l'office, l'Autorité des
marchés financiers, parce que, si c'est, supposons, des produits financiers,
bon, ça va être l'Autorité des marchés financiers, puis d'avoir une porte
d'entrée qui... qui va permettre justement d'intervenir auprès des plateformes
aussi. Donc, ça, vous voyez ça favorablement, le fait que, tu sais, si on porte
plainte à l'AMF...
M. Jolin-Barrette : ...puis
que ça relève de l'office, l'AMF va s'occuper du transfert. Tu sais, nous ce
qu'on veut, c'est un guichet unique. Même chose si ça concerne les produits
financiers. Mais le président de l'office va appeler à l'AMF, va faire le
transfert, c'est un clés en main. On veut que ça soit le plus simple, facile
pour le citoyen puis les renseigner adéquatement aussi. Ça fait que, ça, vous
êtes à l'aise avec ça?
M. Plourde (Alexandre) : On
est tout à fait favorable à ce qu'il y ait une collaboration entre les
organismes pour assurer une application optimale de la loi. On est très
favorables au nouveau pouvoir d'ordonnance qui est instauré par ce projet de
loi là. Le numérique, ça va rapidement. Les publicités frauduleuses, elles
apparaissent, elles disparaissent rapidement. Parfois, on a vu des cas où
est-ce qu'on cliquait sur le même lien, puis la page a déjà changé en
24 heures ou 48 heures. Donc, ça peut, ça peut changer rapidement.
Donc, il faut que les organismes chargés d'appliquer la loi puissent réagir
rapidement, aient l'agilité nécessaire. Puis c'est sûr que, s'il faut qu'on
fasse un recours en injonction à la Cour supérieure pour enlever ces
publicités-là, on n'y parviendra pas. Donc, c'est un très bon coup d'avoir
instauré ce pouvoir d'ordonnance là.
M. Jolin-Barrette : Mais
c'est justement ça, on voulait éviter de faire tout le processus judiciaire
normal avec le recours en injonction. Mais, comme disait Mme Barrette aussi, il
faut en parler, donc, il faut... Puis, comme vous le faites aussi, il faut...
il faut le verbaliser, mais le diffuser aussi, puis de dire aux gens :
N'hésitez surtout pas à aller chercher de l'aide.
Là, on va avoir le recours avec l'office
justement pour faire cesser ces pratiques-là, pour viser également les
intermédiaires, parce que, oui, à la source, mais aussi la plateforme de
diffusion aussi. Alors, ça, c'est une de nos priorités aussi à l'intérieur de
nos compétences en matière de protection du consommateur. Puis vous avez raison
de dire aussi que, quand les gens se font frauder, bien, c'est la collectivité
aussi qui en souffre, puis c'est de l'argent qui sort du Québec aussi. Alors,
ça, c'est sûr que ça nous préoccupe énormément. Et il faut... Je pense qu'il y
a un message qui est important de signifier aux gens, c'est d'être vigilants
tout le temps, que ce soit par les fraudes, non, avec... on le voit, c'est
surtout sur des réseaux sociaux, sur Internet, les personnalités connues, elles
aussi, sont des victimes. Mais les citoyens doivent être vraiment vigilants et
demeurer aux aguets. Alors, écoutez, je vous remercie pour votre présentation.
Je vais céder la parole à mes collègues. Mais merci beaucoup pour votre
présence en commission parlementaire. Merci.
Le Président (M. Morin) : Oui.
Alors, allez-y, Mme la députée, il vous reste 7 min 55 s.
Mme Blais : Merci beaucoup.
Merci pour votre présentation. Lorsqu'une victime vient vous rencontrer et que
vous constatez une grande détresse psychologique, quelles sont vos ressources
pour aider cette femme-là?
M. Plourde (Alexandre) :
Bien, c'est sûr que nous... les gens nous consultent généralement, c'est pour
des questions juridiques. Donc, nous, le bout qu'on a là-dedans, les gens qui
viennent nous voir, la question qu'ils nous pose en matière de fraude, c'est de
savoir comment je peux récupérer mon argent. Puis, nous, ce qu'on essaie de
faire, c'est aider les gens dans leurs démarches, surtout à l'encontre des
institutions financières. Donc, on a vraiment un bout légal. C'est sûr qu'il y
a une facette humaine à cette... à cette réalité-là qui est très importante
aussi. Les gens, les gens sont souvent catastrophés d'avoir vécu une fraude,
vivent ça très difficilement. Ils ont, comme je dirais, beaucoup de honte, beaucoup
de culpabilité, mais il y a assez peu de ressources en fait pour aider, pour
soutenir psychologiquement les personnes qui ont été victimes de fraude.
Nous, on fait un bout légal. On peut
donner de l'information juridique, dans certains cas, on peut prendre ces
gens-là comme clients aussi pour les aider, surtout à l'encontre des
institutions financières. Mais les ressources pour accompagner
psychologiquement les victimes, elles sont assez limitées. Il y a une
innovation qui est assez intéressante, qui a été faite par M. Benoît Dupont,
qui a créé la clinique de cybercriminologie qui, justement, vise à accompagner
les personnes en matière de fraude, justement, parce que ces gens-là, souvent,
ils peuvent être laissés à eux-mêmes, au niveau psychologique, ils n'ont pas
beaucoup d'aide. Donc, les ressources peuvent être assez limitées,
effectivement.
M. Corbeil (Christian) : Et
si je peux compléter là-dessus. Tu sais, nous, on reçoit environ
4 000 appels...
Mme Blais : 4 000?
M. Corbeil (Christian) : ...4 000 appels
infojuridiques, mais, sur les 4 000 appels, c'est de l'information
juridique, donc ça peut prendre une heure, 45 minutes, deux heures pour un
avocat. Il va répondre. Le service d'accompagnement juridique, ça, c'est un
autre volet, il n'est pas encore public parce qu'il faut avoir la capacité
financière de livrer. Donc, c'est sûr qu'il y a des enjeux financiers pour les
organismes comme les autres pour accompagner le consommateur dans tout le
processus. On a un peu plus d'une trentaine de personnes, là, qu'on a
accompagnées au niveau juridique dans des processus vis-à-vis les banques ou
l'ombudsman... et tout ça. Mais c'est sûr qu'il y a un manque de ressources,
là, pour les organismes comme les... comme les nôtres.
Mme Blais : Lorsque quelqu'un
est victime d'une fraude, l'échéancier, à un moment... les victimes qui vient
vous rencontrer. Quel est l'échéancier, un an, quelques mois ou...
M. Plourde (Alexandre) : Non,
ça peut être assez rapide, là. Les gens... Je vais prendre l'exemple de la
fraude bancaire, là, parce que c'est un peu notre spécialité maison, là, tout
ce qui est fraude du faux représentant, là... quelqu'un qui se fait...
M. Plourde (Alexandre) : ...téléphoner
par un fraudeur qui fait croire qu'il est un représentant d'une institution
financière. Souvent, les gens vont commencent par porter plainte à leur banque,
demander d'être remboursé, expliquer la situation avec leur banque. Ils se font
refuser leur remboursement ils puis suivent le processus de plainte bancaire.
Puis, lorsqu'ils arrivent au bout de ce processus de plainte là, qu'ils sont à
bout de ressources, qu'ils ne savent pas quoi faire, c'est à ce moment-là,
souvent, qu'ils vont, qui vont nous contacter pour nous demander : Bien,
qu'est-ce que je peux faire de plus? Est-ce que j'ai des droits face à mon
institution financière? Mais c'est ça, donc, ça peut... ça peut survenir à tout
moment, mais, souvent, quand ils arrivent au bout du processus de plainte...
Et vous m'ouvrez un peu la porte aussi, un
des enjeux qu'on a sur le terrain, actuellement, puis on en parlait, là, dans
notre mémoire, c'est que, là, actuellement, on parle de l'encadrement des
plateformes numériques puis des recours des consommateurs contre les
plateformes numériques, mais il y a un projet de loi qui a été passé, il y a un
an et demi, déjà, tout ça, qui n'est toujours pas en vigueur, concernant les
institutions financières, qui permettrait un remboursement des consommateurs
dans un plus grand nombre de circonstances lorsqu'ils sont victimes d'une
fraude. Et ce projet de loi là, malheureusement, n'est toujours pas en vigueur
à l'égard des protections en matière bancaire. Et nous, on pense que ça
donnerait un coup de pouce au consommateur qu'il soit... qu'il soit mis en
vigueur le plus rapidement possible, parce que la fraude, les cas continuent
d'augmenter d'année en année. Je ne sais pas si vous avez vu les dernières
données du Centre antifraude du Canada, qui montrent qu'il y a
700 millions de fraudes... de pertes subies en raison de la fraude pour
l'année 2025. Et ça, c'est une toute petite estimation du montant total, parce
qu'on estime que seulement 5 à 10 % des gens ont dénoncé, ont rapporté la
fraude dont ils ont été victimes.
Donc, c'est très intéressant ce qu'on fait
aujourd'hui pour encadrer les plateformes puis offrir des recours aux
consommateurs, mais pour que le casse-tête soit complet, pour que l'ensemble de
protections du consommateur soit complet, il faut aussi mettre en vigueur les
normes qu'on a adoptées il y a quelques années déjà.
Une voix : Je vous remercie
beaucoup.
Le Président (M. Morin) : Ça
va? Très bien. Alors, je vous remercie. Je cède maintenant la parole à la
porte-parole de l'opposition officielle pour une durée de
9 min 54 s.
• (18 heures) •
Mme Caron : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour à vous. Merci pour votre mémoire et votre
présentation. Alors, vous avez... vous venez de dire que seulement de 5 à
10 % des fraudes sont dénoncées et que ça représentait 700 millions
au Canada en 2025? Dans votre mémoire, c'est indiqué que le Centre antifraude
du Canada rapportait pour... que la fraude à l'investissement, qui trouve
souvent son point d'entrée sur les médias sociaux, avait engendré 310,6
millions de dollars de pertes. Ça, c'est en 2024, donc l'année d'avant.
Alors, ça surpasse tout, tout, tout autre type de fraude. Donc, quand vous
parlez des... Vous avez mentionné les 700 millions en 2025. Est-ce que c'était
pour tout type de fraude?
M. Plourde (Alexandre) : Oui.
Mme Caron : Et puis, en 2024,
les 310,6 millions, c'est seulement les fraudes à l'investissement ou bien
c'était aussi... Oui?
M. Plourde (Alexandre) : Oui.
Mme Caron : OK.
M. Plourde (Alexandre) : Oui,
c'est parce que, parfois, les statistiques en matière de fraude peuvent être
difficiles à concilier, là. Donc, souvent, un organisme peut avoir des
appellations différentes pour les différents types de fraudes aussi. Donc, ce
n'est pas toujours évident de donner des statistiques sur ce phénomène-là, mais
je pense que ce qu'on doit retenir des chiffres qu'on donne, c'est qu'il y a de
plus en plus de fraudes, peu importe quel indicateur on prend, puis la fraude à
l'investissement est une des fraudes les plus fréquentes, ou, du moins, une des
fraudes qui cause de plus de pertes, parce que c'est là où est-ce que les gens
vont mettre beaucoup d'argent. On a vu des cas sur le terrain, des gens... ils
ont juste mis 350, là, souvent, c'est le montant qui est demandé par les
fraudeurs, mais on en voit d'autres aussi, là, c'est à l'autre bout du spectre,
là, c'est beaucoup, beaucoup d'argent qui passe là-dedans.
Mme Caron : Parfait. Alors...
Puis vous avez aussi dit tout à l'heure que le nombre d'appels que vous avez
reçu a doublé en deux ans, alors... et puis la majorité, bien, ça passait par
les... par les plateformes numériques. Donc, vous voyez d'un bon œil, là,
d'élargir la responsabilisation des plateformes numériques où se passent ces
fraudes-là, où transitent les fraudes. Je me demandais, parce que ces
plateformes utilisent des télécommunicateurs, est-ce que vous voyez que les
télécommunicateurs ont aussi une responsabilité ou pas?
M. Plourde (Alexandre) : Oui.
Bien oui. Puis si je pointe peut-être vers le niveau fédéral, là, actuellement,
le ministère des Finances fédéral est en train de faire des consultations sur
une stratégie globale antifraude. Ils veulent, justement, légiférer ou, du
moins, encadrer, on ne sait pas exactement de quelle façon cette stratégie-là
va se déployer, mais ça fait partie des trois acteurs prioritaires que le
gouvernement fédéral veut encadrer, donc, les télécoms, les plateformes en
ligne et, évidemment, les institutions financières. Et les télécoms...
18 h (version non révisée)
M. Plourde (Alexandre) : ...là
où on pense qu'il y aurait davantage à faire, c'est au niveau du masquage d'appels,
là, donc, ou des faux... des textos qu'on peut recevoir aussi. Donc, beaucoup
de fraudes. Là, vous avez mentionné, hein, la majorité des fraudes qu'on reçoit
sont... via les plateformes, mais pas vraiment, là. La majorité des fraudes qu'on
reçoit, c'est... les appels qu'on reçoit, c'est en matière de fraude bancaire,
la fraude du faux représentant, là où des gens se font contacter par téléphone
justement. Et lors de l'appel téléphonique, les gens... il y a un masquage du
numéro d'appel, et c'est le numéro de la banque qui apparaît sur l'afficheur du
consommateur à ce moment-là. Et, nous, ce qu'on pense, c'est que les entreprises
de télécom devraient avoir une plus grande responsabilisation pour faire en
sorte d'éviter qu'il y ait du masquage d'appels, puis aussi contrôler les
textos frauduleux qu'on peut recevoir pour différentes arnaques aussi. Donc, ça...
le niveau devrait être relevé aussi. Oui.
Mme Caron : Et, quand vous
parlez de masquage, c'est que le consommateur va voir... va penser que c'est le
numéro de l'institution bancaire, parce que c'est écrit, le nom est écrit,
alors que ce n'est pas le... Ce n'est pas... C'est quelqu'un d'autre qui se
fait passer, donc, qui vient attraper l'afficheur, finalement.
M. Plourde (Alexandre) : Ce
sont des fraudes qui sont très crédibles. Et ça, c'est un élément qui ajoute à
la crédibilité de la fraude.
Mme Caron : C'est ça. Et les...
les télécommunicateurs pourraient agir de... à ce niveau-là. Pourraient-ils
agir en amont ou seulement une fois qu'on le sait?
M. Plourde (Alexandre) :
Bien, nous, ce qu'on propose c'est des obligations de prévention, là, c'est-à-dire
s'assurer de filtrer ou détecter les appels frauduleux avant qu'ils se rendent
jusqu'au consommateur pour limiter l'occurrence de fraude. Mais évidemment, là,
ça sort un peu du cadre actuel du projet de loi, là.
Mme Caron : Oui. D'accord,
mais ça fait partie du portrait de tout...de tout ce qui se passe. Parfait.
Donc, aussi, vous... vous proposez de... que le projet de loi couvre l'ensemble
des fraudes qui circulent sur les plateformes numériques, pas seulement celles
qui utilisent... que... bien, que Mme Barrette nous a très bien expliqué tout à
l'heure, qui utilisent l'identité d'une... d'une personnalité.
M. Plourde (Alexandre) : Oui.
C'est une loi qui est chirurgicale, là, qui vise vraiment juste les publicités
qui mettent en scène des personnalités publiques. Nous, ce qu'on... ce qu'on recommande,
c'est vraiment d'avoir un encadrement qui est beaucoup plus global, des grandes
plateformes en ligne. Donc, nous, on voit un peu ce projet de loi là comme une
première étape d'un chantier qui est beaucoup plus vaste pour renforcer l'encadrement
des plateformes numériques qui sont une porte d'entrée fréquente pour les
fraudes. Puis vraiment créer vraiment un cadre de responsabilisation global en
obligeant les plateformes en ligne de vérifier activement les publicités qu'elles
diffusent, d'avoir des obligations aussi de recevoir les signalements des
consommateurs puis d'y répondre, aux signalements, parce que c'est une
difficulté qu'on voit. Il y a un reportage de Reuters qui est sorti il y a
quelques mois, qui montrait que 96 % des signalements qui sont faits par
les utilisateurs de Facebook sont laissés sans réponse. Donc, il faut une
obligation de répondre aux signalements puis aussi prévoir des recours pour les
consommateurs en remboursement quand les plateformes ne respectent pas ces
obligations-là. Donc, on pense que, oui, c'est intéressant, la norme qui est
faite aujourd'hui, mais c'est vraiment chirurgical. Il faudrait vraiment
aborder le problème de manière beaucoup plus globale éventuellement.
Mme Caron : Et, tout à l'heure,
vous avez dit que, bien, l'accompagnement des victimes, ce n'était pas quelque
chose que vous pouviez faire vraiment, parce que ça prend des ressources.
M. Corbeil (Christian) : En
fait, présentement, nous, on a un service d'information juridique, les gens
appellent, on répond au téléphone, on a des avocats qui vont répondre, mais,
pour l'accompagnement, on a dans des processus de demande de financement pour
être capable de le rendre public puis de donner le service. On prend quelques
cas à même nos ressources, mais on ne peut pas prendre tout le monde, on prend
les personnes les plus vulnérables.
Mme Caron : Je comprends. Et,
dans vos... dans vos recommandations, vous... vous proposez d'offrir des
recours pour les consommateurs trompés ou fraudés pour être remboursés des
pertes subies lorsque la plateforme a manqué à ses obligations. Je ne sais pas
si vous avez entendu tout à l'heure le... bien, avec Mme Barrette, il y avait M.
Paquette qui a rédigé le mémoire, un mémoire assez exhaustif aussi et qui
parlait de... qui proposait, en fait, qu'il y a un mécanisme de renversement du
fardeau de la preuve. Donc, au lieu que la victime soit obligée de prouver que
ce n'est pas elle qui a fait telle ou telle chose, qu'il y ait un... qu'elle
puisse en fait remplir une... produire une déclaration solennelle qui
permettrait de renverser le fardeau de la preuve. Et là ce serait, par exemple,
l'institution bancaire qui pourrait... qui devrait... pardon, qui devrait
prouver que la victime a... a fait cette transaction ou a fait... Alors, est-ce
que... est-ce que c'est quelque chose qui vous apparaît comme une façon de
faire qui pourrait être aidante dans l'accompagnement des victimes?
M. Plourde (Alexandre) : Sans
le formuler comme un renversement...
M. Plourde (Alexandre) : ...de
fardeau de la preuve, là, nous, depuis plusieurs années, ce qu'on demande,
c'est que les institutions financières et les banques aient l'obligation de
rembourser les consommateurs pour les fraudes qu'ils subissent, là, en
reprenant le modèle qui existe au Royaume-Uni actuellement. C'est-à-dire qu'au
Royaume-Uni, si je suis victime d'une fraude, peu importe que je sois... peu
importe que je sois l'initiateur du paiement ou pas, par exemple, si c'est une
fraude amoureuse ou si c'est une fraude où est-ce que je me fais manipuler par
un fraudeur pour faire un versement d'argent, j'ai le droit d'être
automatiquement remboursé, à moins d'une négligence grave de ma part. Donc,
oui, c'est un peu un renversement du fardeau de la preuve parce que c'est un
remboursement automatique des commandes des consommateurs. C'est un peu ce qui
était prévu... ça se rapproche de ce qui était prévu dans le projet de loi n° 72,
qui n'est toujours pas en vigueur, malheureusement.
Mme Caron : Puis je vais me
faire l'avocat du diable, même si je ne suis pas juriste et que vous êtes bien
entouré de juristes, mais est-ce que... est-ce qu'avec les méthodes de plus en
plus sophistiquées, l'intelligence artificielle qui fait en sorte que les
fraudeurs... puis c'est un système très bien organisé, peuvent faire des
fraudes à grande échelle, est-ce que, vraiment, on peut s'attendre à ce que les
institutions financières remboursent toutes ces fraudes-là à tout le monde?
Est-ce que... est-ce que c'est... ce n'est peut-être pas ça que vous voulez
dire, là, mais est-ce que c'est... est-ce que c'est réaliste? Puis est-ce qu'on
aide aussi... Parce que vous parlez de l'approche du Royaume-Uni, de la loi au
Royaume-Uni. Il y a aussi le modèle australien qui vient agir en amont sur les
plateformes, sur aussi les télécommunicateurs, et responsabiliser davantage les
consommateurs. Donc, c'est deux visions différentes, mais, tu sais, est-ce que,
si on va dans la vision dont vous parliez, où les banques devraient rembourser,
est-ce qu'on n'ouvre pas la porte encore plus grande à plus de... plus de
fraudes, parce que les gens vont dire : Bien, ce n'est pas grave, ma
banque va me rembourser?
• (18 h 10) •
M. Plourde (Alexandre) : Il
n'y a personne qui se fait frauder pour le fun, puis les données au Royaume-Uni
n'indiquent pas qu'il y a une hausse de la fraude qui résulte du fait que les
banques ont une obligation plus élargie de rembourser les consommateurs. Et les
gens qui sont victimes de fraude... Vous l'avez dit, ce sont des fraudes qui
sont très sophistiquées, donc leur faire porter la responsabilité d'avoir été
victime de manipulateurs qui sont très, très habiles, c'est complètement
disproportionné. Puis on le voit, il y a des acteurs, les institutions
financières, oui, mais les plateformes en ligne, les sociétés de télécoms, qui
ont beaucoup plus de pouvoir pour prévenir ces fraudes-là. Puis on le voit,
actuellement, là, avec Facebook, il y a des fraudes qui sont tout à fait
manifestes, qui circulent sur ces plateformes-là, et il y a énormément de
signalements d'utilisateurs qui restent lettre morte. Et ce qui est d'autant
plus problématique, c'est que Facebook, actuellement, tire profit des
publicités frauduleuses, elle fait beaucoup d'argent. Il y avait une estimation
du reportage de... dont je parlais dans notre mémoire, qui disait que Facebook
perd gagne environ 16 milliards par année, du moins, pour 2024, en raison
de publicités frauduleuses. Donc, les plateformes en ligne tirent beaucoup
d'argent de ça et ils ont du pouvoir là-dessus.
Mme Levac (Sara Eve) : Oui,
on parle beaucoup... on parle beaucoup du système australien, versus le système
du Royaume-Uni, comme étant des dichotomies ou des... différents, là. C'est
vrai qu'en Australie, on parle de faire des régulations pour les plateformes,
les télécoms, les banques, mais, au Royaume-Uni, c'est aussi ça qu'on voit.
Donc, ce n'est pas un système qui est uniquement basé sur le remboursement par
les banques, là. On parlait des télécommunications, bien, en Grande-Bretagne, on
a des règles pour filtrer les SMS, en cas de numéro masqué, par exemple, du
masquage dont on parlait, puis on a le Online Service... le Safety... Online
Safety Act, pardon, au Royaume-Uni, également, qui fait porter des
responsabilités aux plateformes sur détecter des contenus frauduleux qui
seraient publiés. Donc, on a des obligations à l'avance, également, et qui
incluent des amendes très élevées, là. Donc, là aussi, au Royaume-Uni, on a une
approche qui est multisectorielle pour protéger les gens contre la fraude.
Mme Caron : Donc, la
responsabilité est multisectorielle aussi. Et puis les actions, leur corpus
législatif s'adresse à ces...
M. Corbeil (Christian) : ...72
était appliqué, tout ça, bien, il y aurait les institutions financières. Là,
avec le projet de loi n° 24, il y aurait les plateformes numériques, et,
éventuellement, bien, il y aura les télécommunications, si les législateurs
veulent voter dans ce sens-là. Ça fait que c'est un pas vers la bonne
direction, on pense, là. On pense que, en tout cas, au Québec, actuellement, on
est en train de faire des choses qui...
Le Président (M. Morin) : Merci
beaucoup. Votre temps est écoulé. Merci infiniment. Je cède maintenant la
parole au porte-parole du deuxième groupe d'opposition pour une durée de
4 min 8 s...
Le Président (M. Morin) : ...M.
le député.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour votre mémoire, très éclairant. Donc, je
comprends, de ce que vous dites, évidemment, qu'on s'adresse à un réel
problème. Je comprends aussi, de ce que vous dites, que c'est une réelle
avancée.
Ça fait que permettez-moi d'abord de
rentrer dans ce que vous dites dans votre mémoire qu'il manque. Une des choses
que vous dites, c'est que, si je me fais arnaquer parce qu'il y a une star qui
vend des pilules de Viagra et qui m'envoie sur un faux site, je suis mieux
protégé que si j'ai la même publicité de Viagra sans aucune star qui me vend
des pilules. C'est ça en gros?
M. Plourde (Alexandre) : Pas
vraiment. Nous, ce qu'on propose, en fait, là, c'est... Ce qu'on dit, c'est
que... bien, première chose, le pouvoir d'ordonnance, qui est intéressant.
C'est que le pouvoir d'ordonnance, il va s'appliquer pour toutes les pratiques
interdites. Donc, si, même si la publicité n'utilise pas l'image d'une
personnalité publique, l'OPC va quand même avoir un pouvoir d'ordonnance pour
faire retirer cette publicité-là. Donc, on parlait d'autres arnaques en ligne
comme le «dropshipping» ou ce genre de choses là. À notre regard, ce projet de
loi là, c'est qu'il pourrait quand même avoir une prise de l'OPC dans ce genre
de situation là.
Peut-être que je vous amènerais,
peut-être, sur notre point qu'on veut modifier, qu'on propose de modifier dans
ce projet de loi là, qui serait vraiment important pour assurer un recours pour
les consommateurs. C'est vraiment de clarifier, par contre, la portée de la
nouvelle interdiction à l'égard des plateformes numériques, parce que, tel
qu'il est rédigé actuellement, ce n'est pas clair, à quel moment une plateforme
va être considérée comme ayant commis l'infraction, comme ayant permis que
l'image d'une personne soit utilisée sans son consentement. Ce n'est pas clair
qu'est-ce que ça veut dire, «permettre que». Puis notre crainte, c'est que les
plateformes cherchent à échapper à leur responsabilité. Donc, si je vois... Par
exemple, si je suis un consommateur qui se fait frauder à cause d'une publicité
utilisant l'image d'une personnalité publique et je... bon, je perds beaucoup
d'argent, je veux me retourner vers la plateforme par la suite en leur
disant : Bien, vous avez publié une publicité illicite. S'il vous plaît,
remboursez-moi. C'est de votre faute. C'était le point d'entrée. Bien, la
plateforme pourrait dire : Bien, on n'a jamais permis, on n'a jamais
permis que cette publicité-là soit diffusée. Nous, on n'en avait pas
connaissance. C'est des publicités qui sont diffusées par des tiers. On n'a pas
de contrôle là-dessus. On ne savait pas qu'il y avait l'absence de
consentement.
Donc, ce qu'on... ce qu'on propose, c'est
vraiment de le renforcer, ce projet de loi là, rajouter une présomption absolue
pour être bien sûr que, dès lors qu'une plateforme diffuse une publicité
payante qui utilise l'identité ou l'image d'une personne sans son consentement,
elle est réputée avoir permis cette utilisation. Et ça, ça permettrait de...
vraiment de sécuriser les recours des consommateurs contre Facebook, contre
YouTube puis peut-être obtenir, dans un plus grand nombre de cas, un
remboursement pour des gens qui ont perdu des sommes peut-être colossales dans
ces fraudes-là. Cette simple précision là au projet de loi pourrait aider
grandement les consommateurs ou, du moins, éviter toutes sortes de débats
judiciaires aussi de leur part. Donc, on vous invite peut-être à... on vous
attire... on attire votre attention là-dessus.
Puis je vous dirais que les plateformes,
elles ont largement la capacité de vérifier ces annonces-là, ces publicités-là,
et elles ont tous les outils pour détecter les publicités frauduleuses, pour
filtrer ces contenus-là. C'est souvent, même, manifeste, là, que ces
publicités-là, elles sont trompeuses, là. Donc, des publicités qui utilisent
l'image de la personnalité publique, souvent, ça peut être assez évident à
détecter pour la plateforme.
M. Bouazzi : Ça fait que...
excusez-moi, je veux être sûr de comprendre. Donc, je comprends... De ce que je
comprends de ce que vous dites, c'est : il faudrait, en gros, obliger les
plateformes que, si elles partagent quelque chose... qu'elles se soient
assurées que ce n'est pas une utilisation frauduleuse.
M. Plourde (Alexandre) : Ou
celles dans le sens elles n'ont pas assuré, bien, le consommateur aurait un
recours contre la plateforme. Puis, si j'ai perdu des dizaines de milliers de
dollars dans une fraude, bien, je peux me retourner vers la plateforme qui a
été le point d'entrée pour cette fraude-là.
M. Bouazzi : J'ai été témoin
d'un changement, par exemple, dans Facebook, quand il y a eu les affaires... et
les les fraudes sur les élections, etc., et ils sont capables, hein, de
vraiment compliquer beaucoup la vie des gens qui postent des choses sociales,
par exemple, aujourd'hui, pour faire respecter, et donc elles sont
effectivement capables de de s'améliorer. L'autre chose que vous nous dites...
Le Président (M. Morin) : ...réponse
en quelques secondes. Le temps est écoulé, déjà. Alors, voulez-vous...
M. Bouazzi : Je n'avais
pas... J'ai combien? Quatre minutes... Combien?
Le Président (M. Morin) : Oui,
vous aviez quatre minutes huit secondes.
M. Bouazzi : Bien oui. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Morin) : Alors,
voilà. Merci. C'est le temps que nous avions. Merci pour votre contribution à
nos travaux aujourd'hui.
Compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux jusqu'au jeudi 7 mai 2026, après les avis
touchant les travaux des commissions. Merci bien. Bonne soirée.
(Fin de la séance à 18 h 17)