Journal des débats (Hansard) of the Committee on Health and Social Services
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Wednesday, February 7, 2024
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Vol. 47 N° 66
Special consultations and public hearings on Bill 37, an Act respecting the Commissioner for Children’s Well-Being and Rights
Aller directement au contenu du Journal des débats
Intervenants par tranches d'heure
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Provençal, Luc
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Carmant, Lionel
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Carmant, Lionel
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Provençal, Luc
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Garceau, Brigitte B.
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Carmant, Lionel
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Garceau, Brigitte B.
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Garceau, Brigitte B.
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Provençal, Luc
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Carmant, Lionel
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Dorismond, Shirley
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Blouin, Catherine
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Poulet, Isabelle
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Garceau, Brigitte B.
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Garceau, Brigitte B.
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Provençal, Luc
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Carmant, Lionel
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Carmant, Lionel
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Provençal, Luc
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Garceau, Brigitte B.
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Carmant, Lionel
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Poulet, Isabelle
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Garceau, Brigitte B.
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Garceau, Brigitte B.
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Provençal, Luc
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Carmant, Lionel
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Blouin, Catherine
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Dorismond, Shirley
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Garceau, Brigitte B.
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Garceau, Brigitte B.
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Provençal, Luc
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Arseneau, Joël
11 h (version révisée)
(Onze heures dix-sept minutes)
Le Président (M. Provençal)
:À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la santé et des
services sociaux ouverte. Je... Je souhaite la bienvenue, particulièrement au
groupe du Cégep... de Thetford Mines? ...de Thetford Mines qui sont ici
présents dans la salle. Et je demande à toute personne dans la salle de bien
vouloir éteindre la sonnerie de leur appareil électronique.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 37, Loi sur le commissaire au bien-être et aux droits des
enfants.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Alors, M. Chassin (Saint-Jérôme) est remplacé par Mme Picard
(Soulanges); Mme Caron (La Pinière) est remplacée par Mme Garceau
(Robert-Baldwin); M. Fortin (Pontiac) est remplacé par Mme Prass
(D'Arcy-McGee) et M. Marissal (Rosemont) est remplacé par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Ce matin, nous
entendrons les témoins suivants : l'assemblée des Premières Nations Québec-Labrador
et la Société Makivik.
Maintenant, je souhaite la bienvenue aux
représentants de l'assemblée des Premières Nations Québec-Labrador. Alors, on m'a
informé que ce serait M. Ghislain Picard qui va faire son exposé de 10 minutes,
et, par la suite, nous procéderons à la période d'échange. Alors, M. Picard, je
vous cède <la...
Le Président (M. Provençal)
:
...procéderons à la période
d'échange. Alors, M. Picard, je vous cède >la parole immédiatement.
(Visioconférence)
M. Picard
(Ghislain) :(S'exprime dans une langue
autochtone) «Kwe», bonjour et «good morning to all». Tout d'abord, je tiens à
reconnaître le territoire non cédé où nous nous trouvons aujourd'hui. Donc, M.
le Président, M. le ministre Carmant, Mmes et MM. les députés et membres de la
commission, les personnes qui sont ici présentes aujourd'hui et celles qui nous
écoutent virtuellement, nous vous remercions pour cette invitation à présenter
notre position et notre réflexion par rapport au projet de loi n° 37. Il
est d'autant plus important pour nous de vous faire part de nos préoccupations,
car il concerne ce que nous avons de plus précieux : nos enfants. Je suis
accompagné de représentants de la Commission de la santé et des services
sociaux des Premières Nations, Québec-Labrador : Marjolaine Sioui,
directrice... directrice générale, Michel Deschênes, analyste des politiques,
et Richard Gray, gestionnaire des services sociaux.
D'entrée de jeu, je tiens à réitérer que
les Premières Nations sont les mieux placées pour décider de leur avenir et
prendre soin de leurs enfants. Ce... Cette position a été exprimée à maintes
reprises lors de nombreuses commissions d'enquête et réitérée dans le cadre de
la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse,
la commission Laurent.
• (11 h 20) •
Quoique nous comprenons l'importance pour
votre gouvernement de mettre en œuvre la recommandation numéro un du rapport
Laurent, soit d'instituer un commissaire au bien-être et aux droits des
enfants, nous nous permettrons aujourd'hui d'être très critiques envers la
création d'un commissaire associé dédié au bien-être et aux droits des enfants
autochtones dans sa forme actuelle. Les fonctions prévues pour la nomination
par votre gouvernement de ce... de ce commissaire associé, pardon, se
limiteront à assister et à conseiller le commissaire duquel il relèvera. La
commission Laurent a pourtant été très claire, et je cite : «Le
gouvernement doit donner une voix aux enfants autochtones en nommant un
commissaire adjoint destiné aux enfants et aux jeunes autochtones, et qui
serait nommé selon les mêmes modalités que le Commissaire, suite aux
suggestions des autorités autochtones.» Fin de la citation.
Le rapport va même plus loin en réitérant
l'importance de supporter le droit à l'autodétermination et à l'autonomie
gouvernementale des Premières Nations en matière de protection de la jeunesse.
La commissaire Laurent n'a pas recommandé l'approche proposée par votre
gouvernement d'adopter une loi se voulant... se voulant applicable aux Premières
Nations et aux Inuit sans obtenir leur consentement. Elle a au contraire
suggéré de mettre sur pied un Commissaire au bien-être et aux droits des
enfants, incluant les enfants autochtones, jusqu'à ce que les communautés qui
le souhaitent puissent se prévaloir d'un commissaire autonome.
Dans l'attente imminente de la décision de
la Cour suprême du Canada dans le renvoi relatif à la Loi concernant les
enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des
Métis, il est déplorable de constater l'acharnement de ce gouvernement à
débattre qu'il est le seul à pouvoir exercer dans ce champ de compétence, alors
que la Cour d'appel a confirmé à l'unanimité le droit inhérent et générique à
l'autonomie gouvernementale des Premières Nations dans le domaine des services
à l'enfance et à la famille.
Un premier geste à poser est de mettre en
œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones
pour que les Premières Nations assurent librement leur développement, notamment
en matière sociale et culturelle, ainsi qu'à maintenir et renforcer leurs
propres institutions politiques, juridiques, sociales et culturelles
distinctes, incluant une institution comme un commissaire au bien-être de leurs
enfants.
En ce sens, j'ai eu l'occasion d'entendre
le témoignage du Protecteur du citoyen hier. Je salue ses propos et j'en
appelle à votre gouvernement d'en faire bon usage. Sa définition de la
coconstruction me pousse à rectifier une information émise par M. le ministre
Carmant concernant la coconstruction du règlement sur l'adoption et la tutelle
coutumières. Il est important que l'Assemblée sache que la coconstruction de ce
règlement s'est faite à l'époque avec le gouvernement... le parti qui vous
précédait au gouvernement, le Parti libéral, et que ce sont plutôt les Premières
Nations et Inuit qui ont attendu cinq ans pour que ce règlement soit adopté.
Les Premières Nations au Québec ont
collectivement adopté la Déclaration sur les droits des enfants des Premières
Nations. Le respect et la promotion des droits sont la responsabilité des
parents, mais aussi des communautés, des nations et des chefs des Premières
Nations. Je tiens à <réitérer...
M. Picard
(Ghislain) :
...des droits sont la
responsabilité des parents, mais aussi des communautés, des nations et des
chefs des Premières Nations. Je tiens à >réitérer que les Premières
Nations n'ont jamais cédé leurs droits ou délégué au gouvernement du Québec
l'exercice de leurs droits et elles n'ont jamais consenti à ce que celui-ci
adopte une institution non indépendante pour prendre en charge à leur place le
mieux-être de leurs enfants.
Let me be clear about our
position today. First Nations are determined to stand for our inherent rights,
and we will keep working hard on trying to minimize the negative impacts of
colonial laws on our children, youth, and families. We will keep encouraging
communities to exercise their full jurisdiction in child and family services.
Once again, the proposed Bill does not recognize the autonomy and jurisdiction
of First Nations, nor does it reflect what was recommended at the Laurent
Commission. It was in a spirit of collaboration that we accepted to participate
in the work of the working group coordinated by the Ministry of Health and
Social Services, which resulted in more disappointments rather than the
acceptance of our recommendations.
Dans un
environnement où les projets de loi, les mémoires et des poursuites judiciaires
s'accumulent et se succèdent, que ce soit pour le dossier des langues
ancestrales, de la langue anglaise, de la sécurité publique, de la sécurisation
culturelle et des services sociaux, nous... nous doutons d'une réelle volonté à
reconnaître nos droits inhérents et à opérer les changements qui s'imposent.
En conclusion, nous sommes d'avis que la
reconnaissance du droit générique implique que les Premières Nations doivent
jouer un rôle prépondérant dans la nomination du commissaire dédié aux enfants
des Premières Nations, dans la définition de ses responsabilités et dans la
surveillance de l'accomplissement de son mandat. Le commissaire dédié au
mieux-être et aux droits des enfants autochtones se doit d'être indépendant du
commissaire du fait des droits particuliers dont jouissent les enfants des Premières
Nations. En effet, les tribunaux canadiens, l'ONU et nos propres instruments
juridiques reconnaissent aux enfants des Premières Nations des droits
particuliers, tels que le droit de connaître leur culture, leur histoire, leur
langue et leurs traditions.
Les Premières Nations ont des visions
distinctes du mieux-être et de l'intérêt de l'enfant. Le commissaire dédié au
mieux-être et aux droits des enfants autochtones doit jouir de toute
l'indépendance requise et être investi de pouvoirs et de responsabilités
sérieuses pour promouvoir adéquatement le mieux-être et le respect des droits
particuliers des enfants des Premières Nations et veiller à la protection de
leur intérêt. Une loi québécoise qui touche directement à nos droits inhérents
et qui ne tient pas compte que la... et qui ne tient compte que de la
perspective occidentale des droits, du mieux-être et de l'intérêt de l'enfant
est inacceptable. Le gouvernement du Québec doit sans équivoque accepter que
les perspectives des Premières Nations soient reflétées dans toute loi qui
touche à nos droits, à nos intérêts et à nos enfants. (S'exprime dans une
langue autochtone) Merci pour votre écoute.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, chef Picard, pour
votre présentation. Nous allons maintenant initier cette période d'échange avec
M. le ministre. Alors, M. le ministre, je vous cède la parole.
M. Carmant : Merci beaucoup,
M. Picard. Merci à vous, nos invités. Premièrement, tu sais, je tiens à dire
que, dans la modification de la loi de la protection de la jeunesse, moi-même,
j'avais mis dans le préambule que les Premières Nations et Inuit sont les mieux
placés pour prendre soin de leurs enfants. Ça, il n'y a pas d'enjeu là-dessus.
Vous savez qu'il y a un enjeu fédéral puis provincial, là, puis c'est ce qui
cause certaines... certaines considérations. On devrait avoir des réponses bientôt.
Une chose qui est importante pour moi, je
pense que j'ai entendu M. Picard dire qu'il ne veut pas que le commissaire
adjoint relève nécessairement du commissaire, mais je pense que, tu sais... on
peut... on peut s'entendre, parce que le but n'était pas nécessairement qu'il
relève, là, comme, absolument du commissaire. Mais en fait, comme on a créé une
entité indépendante votée par l'Assemblée nationale, il fallait qu'on crée un
commissaire et plutôt... Si on avait fait la même chose pour les Premières
Nations, on aurait fait deux institutions distinctes. Donc, je me demande si on
peut rephraser les choses disant que, pour les... pour les enfants
autochtones... pour les enfants Premières Nations et Inuit, le commissaire va
pouvoir jouer un rôle autonome. Ça, je pense que c'est... Est-ce que ça
pourrait être une piste de solution, selon vous?
M. Picard
(Ghislain) : Bien, écoutez, je l'indiquais dans ma présentation, les Premières
Nations, dans notre cas, puisque les Inuits jouissent de leurs propres entités
tant politiques qu'administratives, nous avons toujours été <disposés...
M. Picard
(Ghislain) :
...dans ma
présentation, les Premières Nations, dans notre cas, puisque les Inuits
jouissent de leurs propres entités tant politiques qu'administratives, nous
avons toujours été >disposés à collaborer avec une démarche qui est...
qui est proposée par... par votre gouvernement, et c'est ce qu'on a fait dans
le cadre de... du processus menant à une reconnaissance et au respect de... du
principe d'adoption coutumière. Ça a pris du temps, hein, ça a pris
10 ans, mais je crois que tout réside dans l'ouverture qui nous est
proposée. Et malheureusement, et je citais l'adoption coutumière à titre
d'exemple, ça a été extrêmement fastidieux et frustrant de notre côté de... de
devoir toujours être en position d'attente avant que les choses se manifestent,
et pour moi, c'est très clair qu'on est prêt à envisager toutes sortes de
possibilités comme celles que vous évoquez. Mais ceci étant dit, je pense que c'est
important pour nous de... de vraiment prendre en compte tous les détails de
quelques propositions que ce soit qui viennent de votre gouvernement. Peut-être
ajouter... demander à mes collègues qui sont en présence avec vous aujourd'hui
d'ajouter à mon commentaire? Je ne sais pas si c'est Marjolaine ou Richard.
Mme Sioui
(Marjolaine) :Richard va compléter...
M. Gray
(Richard) :
Thank
you, Regional Chief Picard. So, just to add some supplemental information. When
we were discussing the projects of having a commissioner put in place, we were
adamant that we wanted our own independent commissioner for First Nations, not
someone who would fall under the commissioner that's mentioned in the law here.
So, our position stands the same. We want someone who's independent. Why would
this deputy commissioner be appointed by government whereas the other one would
be appointed by the National Assembly? Another question that's very
preoccupying for us. So, the question of independence is very important in that
aspect.
• (11 h 30) •
M. Carmant :
OK. But it was just because we didn't
want to create two distinct institutions. But if, for you, it's non... it has
to be two distinct institutions. Like, we would have to duplicate.
M. Gray
(Richard) :
We wanted
our own independent commissioner.
M. Carmant :
OK. That's very clear. Chef
Picard, tu sais, vous mentionnez que, par exemple, justement... il y avait ce...
ces négociations, là, pour l'adoption, tutelle pendant cinq ans. Dites-moi
qu'est ce qu'il y a de si difficile dans la communication, puis... ça a l'air...
ça a l'air, entre guillemets, pénible. Expliquez-moi, qu'est-ce qu'on peut
faire pour faciliter les choses?
M. Picard
(Ghislain) :Bien, écoutez, M. le
ministre, merci pour votre question. Et le chantier s'est étendu sur une
dizaine d'années avant qu'on puisse arriver avec des propositions claires pour
changer les règlements et le Code civil, hein, et ça s'est fait sous l'égide du
gouvernement qui vous a précédé. Et pour nous, bon, on est finalement arrivés à
bon port, avec quelque chose qui satisfaisait les Premières Nations et même les
Inuits, parce que c'était un processus qui allait au-delà de la géopolitique,
hein, conventionnée versus non conventionnée, et c'est... c'est la mise en
application, finalement, du règlement qui a tardé. Et on a eu une rencontre,
vous et moi, très tôt au début de votre mandat précédent, et c'est quelque
chose qu'on a mis sur votre table à vous comme ministre responsable. Et,
écoutez, je pense que la question devrait plutôt être posée du côté de votre
ministère, parce que nous, on est en attente. C'est une attente qui a duré cinq
ans. Donc, je pense qu'il y a des mises au point à faire sur... je vais dire,
peut-être le rôle de la bureaucratie ici, et c'est extrêmement éprouvant de
notre côté d'être toujours finalement mis dans une situation où on se doit,
nous aussi, d'être imputables à nos propres autorités. Et lorsque les réponses
ne sont pas satisfaisantes selon nous, bien, c'est difficile de faire rapport à
ce moment-là.
M. Carmant : D'accord. Bien,
soyez assurés que les questions seront posées.
Justement, le Protecteur du citoyen, and
Mr. Gray as well... proposaient de... d'ajouter un règlement sur la... le...
pour pouvoir... retarder la mise en oeuvre du commissaire, et qui nous
permettrait peut-être...
11 h 30 (version révisée)
M. Carmant : ...un règlement
sur le... pour pouvoir retarder la mise en œuvre du Commissaire, et qui nous
permettrait peut-être d'entamer ces processus de discussion pour améliorer le...
pour améliorer le statut, pour le rendre plus convenable à vos yeux. Est-ce que
ce serait quelque chose envers lequel vous seriez favorable?
M. Picard (Ghislain) :
Richard, I'll ask you to add on, but... Mais ce que je dirais,
peut-être, à ce moment-ci, M. le ministre, je pense qu'il faudrait, avant tout
et d'abord, convenir de ce qu'on entend par coconstruction, hein? Le Protecteur
du citoyen l'a avancé comme principe hier, c'est une... c'est un élément
important dans le rapport qu'il a remis à l'automne dernier, en 2023. C'est...
d'ailleurs, une conclusion que nous avons entièrement appuyée, nous, comme
Assemblée des Premières Nations. Donc, je... sans vous retourner la question,
je vais quand même relever l'importance de bien s'entendre sur la définition
des processus qui pourraient permettre, sans doute, cette collaboration, la
notion de coconstruction, à quel moment elle prend effet, à quel moment elle
prend fin. Ça, c'est des aspects, je pense, à mes yeux, qui sont extrêmement
importants. Richard?
M. Gray
(Richard) : Yes, just to add supplemental
information to what Chief Picard has, you know, expressed. Minister Carmant,
based on our experience in terms of consultation, the consulting process that you
put in place to create this law if we are going to call that a codevelopment
process, that's not something, I don't think, we are interested in pursuing
again. We really have to talk about a process where we sit down as equal
partners and we talk about the real issues and matters that are addressed in
terms of First Nations, concerns and needs.
M. Carmant : And what… what would you ask me to put in place to make sure that
this process occurs? I mean, I am totally in favor of coconstruction.
M. Gray
(Richard) : Well, we have your leadership with
our leadership, discuss the mandate about creating this… codeveloping this process.
And, from there, we start talking about processes that we agree on together.
M. Carmant :
OK. Absolutely.We will be in touch. Absolutely.
Vous savez, maître... chef Picard, j'ai toujours un peu... qu'est-ce... l'enjeu
qu'on... que... je discutais hier, c'était peut-être parmi les 11 nations puis
les cas de la quarantaine de communautés. Est-ce qu'on arriverait à avoir un
consensus sur une personne dédiée pour les Premières Nations? Est-ce que c'est
quelque chose qui, pour vous, serait un enjeu ou est-ce que la représentativité
régionale... Est-ce qu'il y aurait quelque chose à travailler là-dessus, ou
vous pensez que c'est quelque chose qui serait facile à régler?
M. Picard
(Ghislain) :Bien, il y a... au départ, la
volonté politique est au rendez-vous. Je pense que ça, il faut le savoir, et
au-delà de la géopolitique à laquelle je référais un peu plus tôt... Et, encore
une fois, pour... pour ne pas insister sur l'exemple, mais revenir sur l'exemple,
parce qu'il a été extrêmement probant, là, pour... pour une situation, un
dossier qui s'avérait très, très important pour l'ensemble de nos communautés
ou de l'ordre de la diversité Premières Nations et Inuits, c'est cette... cette
collaboration qui a existé entre nos nations et nos communautés pour permettre
de proposer des changements au Code civil et à la PJ... LPJ et vraiment trouver
des conclusions qui soient satisfaisantes pour les principaux intéressés.
Donc, à votre question, oui, c'est tout à
fait possible et, pour moi, je pense que le... finalement, la zone de confort
que nous recherchons, et M. Gray l'a évoqué, c'est vraiment cette volonté de
vraiment... une volonté qui, dans certains cas, malheureusement, s'exprime mal
ou tarde à s'exprimer. Et je pense que ça, c'est important de vraiment jeter
des balises solides, des bases solides pour qu'un vrai, un véritable processus
de coconstruction puisse se concrétiser. Donc, je pense que les communautés,
malgré l'urgence, ne sont pas nécessairement... ne se considèrent pas
nécessairement, je dirais, victimes ou sujettes, là, à un <processus...
M. Picard
(Ghislain)T :
...nécessairement...
ne se considèrent pas nécessairement, je dirais, victimes ou sujettes, là, à un
processus >qui soit interminable, mais, en même temps, il faut prendre
le temps parce qu'on est devant des situations qui sont très complexes. Je
pense que la preuve n'est plus à faire que nos communautés sont les premières
victimes d'une loi qu'elles n'ont pas elles-mêmes développée. Donc, je pense
que les communautés sont très, très au fait des situations qui prévalent à ce
moment-ci.
M. Carmant : D'accord. Puis
une autre chose que je tiens à clarifier, aussi, c'est que le comité
consultatif des jeunes des Premières Nations allait travailler avec le
commissaire adjoint des Premières Nations. Donc, il semblait y avoir une
inquiétude sur la sélection de ces jeunes-là et à qui ils allaient parler, mais
nous, on... je tiens à vous rassurer, là, que c'était avec le commissaire des
Premières Nations. Je veux que ce soit clair entre nous, là.
M. Picard
(Ghislain) : Bien, si je peux me permettre, M. le ministre, je
voulais juste ajouter un élément extrêmement important à ce que vous nous
partagez, je vous en remercie, mais, pour nous, il est extrêmement important
qu'il y ait une assurance que le filet ou les filets de sécurité sont au
rendez-vous. Ça, c'est quelque chose, à mes yeux, qui devrait être
incontournable. Je pense qu'encore une fois, pour ne pas les isoler... nos
jeunes ont quand même un passé qui contient des traumatismes importants et qui
n'est pas le propre de... des jeunes Québécois, je le dis en tout respect, et à
ce moment-ci, je pense que c'est important, également, de prendre ça en
considération, et c'est quelque chose que nous n'avons pas senti jusqu'à
maintenant.
• (11 h 40) •
M. Carmant : Et qu'est-ce que
je pourrais faire ou qu'est-ce... comment on pourrait s'assurer que ce filet-là
soit inclus dans le texte? Qu'est-ce que vous... qu'est-ce que vous
suggéreriez?
M. Picard
(Ghislain) : Je vais me tourner du côté... je vais me tourner
du côté de mes collègues, Marjolaine ou Richard.
Mme Sioui
(Marjolaine) :Je vais débuter, puis si
mes collègues veulent ajouter... Là-dessus, bien, c'est sûr que lors des
travaux, on avait fait une proposition, hein? La raison pour laquelle... puis,
je pense, tout à l'heure... ça vient rejoindre un peu les propos du chef
Picard, où est-ce que lorsqu'il arrive des décisions qui ont été prises, on se
mobilise ensemble, tout le monde, et, à travers le comité, c'est ce que les
gens ont fait pour proposer, plutôt, d'avoir un comité aviseur. La raison,
c'est qu'on veut, comme chef Picard l'a mentionné, mettre les filets de
sécurité pour les enfants, et tout. Et je pense que c'est bien exprimé aussi,
on en fait mention dans notre mémoire, au niveau des droits des enfants, de par
la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, mais
aussi par la déclaration que les chefs ont adoptée sur les droits des enfants.
Donc, on reconnaît les droits des enfants à pouvoir... dont celui de
s'exprimer. Et, de par tout l'historique qu'on a vécu en tant que Premières
Nations et Inuits, on veut s'assurer que ces modes-là, de consultation et tout,
vont être faits et décidés par les Premières Nations. Donc, en complémentarité
à ça, ce qui avait été recommandé, c'était de mettre un comité aviseur qui,
lui, serait formé de l'ensemble de représentations de chacune des nations et
des Inuits et qui pourrait, justement, donner ou aussi aviser le commissaire au
niveau des droits des enfants des Premières Nations et Inuits et l'autre Commissaire,
par la même occasion. Et, avec ça, c'est que, nous, de notre côté, on mettrait
les mécanismes, avec le commissaire, de consultation, appropriés pour assurer
toute la sécurité culturelle de ces enfants-là au niveau de leur droit
d'expression.
M. Carmant : D'accord. Moi,
ça me semble tout à fait raisonnable. Mr. Gray?
M. Gray (Richard) :
I don't have anything more to add. In
general, there was... I think in our brief, we explained really well our
concerns and preoccupations. And this notion, this was proposed again in the
supposedly codeveloped process, you know, to have some advisory committee. I
think Commissioner Laurent was waiting to hear explanations around that, I hope
she's listening and I hope she understands our preoccupations around it. So,
voilà.
M. Carmant :
OK. One last thing. I just want to...
Oh! excusez-moi. J'aimerais juste vous dire que, tu sais, vous le savez,
je suis bien conscient de... des enjeux et puis, aussi, de la façon dont vous
prenez... vous avez organisé le système. D'ailleurs, monsieur... chef Picard le
sait, on est... nous, on déploie le programme Ma famille, ma communauté, qui
est grandement basée sur ce que font les Atikamekws, donc, je pense qu'il y a
beaucoup de choses qu'on veut... qu'on aimerait coconstruire avec vous pour
que, partout au Québec, on prenne le mieux possible soin de nos enfants, et je
vous remercie d'avoir pris le temps d'étudier et d'écrire ce mémoire..
M. Carmant : ...et je vous
remercie d'avoir pris le temps d'étudier et d'écrire ce... ce mémoire qui est
très élaboré, puis on va travailler là-dessus puis on va vous revenir. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci, M. le ministre. Maintenant, je
vais céder la parole à la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci, chef Picard et les gens qui vous accompagnent, c'est...
Votre mémoire, je l'ai lu attentivement. Je vous remercie de votre présence. Il
est très clair, vos recommandations sont très claires. Et j'ai beaucoup aimé le
titre de votre mémoire qui représente vraiment, je crois, le coeur de vos... de
vos inquiétudes et aussi l'objectif, le mieux-être, le mieux-être de nos
enfants au coeur du droit à l'autodétermination des Premières Nations.
Et j'aimerais commencer, tout d'abord,
avec... Vous avez parlé, chef Picard, de l'acharnement du gouvernement, manque
de volonté. On va aller au coeur du sujet, parce que je sens la grande
frustration et je la partage avec vous, parce que je ne comprends pas comment
se fait-il que, dans ce projet de loi, nous n'avons pas respecté toutes les
recommandations dans la commission Laurent, dont vous avez, je sais, vous avez
fait des représentations, il y a eu des mémoires et, de plus, il y a eu une
consultation avec le ministre, préalablement au dépôt du projet. Donc, je
présume que vos recommandations, lesquelles vous avez faites devant la
commission Laurent, ont été réitérées et de l'importance de... de respecter les
droits inhérents des Premières Nations et aussi votre droit en ce qui a trait à
la protection de vos enfants; que vous êtes les mieux placés pour répondre à
leurs besoins et, aussi, à leurs droits. Et donc, j'aimerais comprendre...
qu'est-ce qui s'est passé? Qu'est-ce qui s'est passé entre les... vos... vos
recommandations, les témoignages devant la commission Laurent, la rencontre que
vous avez eue préalablement, et le fait qu'on ne retrouve pas, dans ce projet
de loi, exactement vos recommandations et celles qui ont été faites par la
commission Laurent, chef Picard?
M. Picard
(Ghislain) :Merci pour votre commentaire
et votre question. J'ai envie de dire que ce n'est peut-être pas à moi de
répondre à votre question, mais... je vais quand même y aller, je dirais,
peut-être, beaucoup plus, d'une observation. Et si... si, en quelque processus
que ce soit, les balises ont été prédéterminées et fixées par quelque parti que
ce soit, il est clair que le terrain... le terrain de jeu est extrêmement
limité. Et je me permets un parallèle, puisque vous y faisiez référence, la
commission Laurent, présidée par Mme Laurent, on a senti que... on a senti
qu'il y avait, au rendez-vous, la zone de confort qui nous était nécessaire, de
pouvoir décrire une situation que nous décrivons, et je vous ramène, je pense
que nos premières représentations devant une commission parlementaire remontent
à 2005, et, à ce moment-là, on avait... c'est sans doute un titre que vous
allez aussi apprécier, le premier mémoire que nous avons déposé s'intitulait Décrire
les choses... Dire les choses telles qu'elles sont. Et, pour moi,
c'est extrêmement important de rappeler aux membres de votre commission,
aujourd'hui, ces éléments-là, puisque ça fait partie de... d'une histoire
récente qui nous interpelle toutes et tous. Donc, pour moi, c'est... pour
revenir à la commission Laurent, on nous a... on a reçu l'écoute sans d'idée
préconçue, hein, sans de... de limites, et pour avancer nos positions, nos
constats d'abord, nos positions par rapport à cette réforme de la Loi sur la
protection de la jeunesse. Donc, je pense que c'est vraiment un aspect, là,
qui, à mes yeux, là, mérite d'être bien... d'être bien compris.
Mme Garceau : Donc, je crois
que <Mme Laurent...
M. Picard
(Ghislain)T :
...la
protection de la jeunesse. Donc, je pense que c'est vraiment un aspect, là,
qui, à mes yeux, là, mérite d'être bien... d'être bien compris.
Mme
Garceau :
Donc, je crois que Mme
Laurent>
vous a très bien compris et les commissaires de la commission également. Il se
passe quelque chose au niveau du ministère, et ça, il faut le corriger. Et donc
moi, j'aimerais savoir, aujourd'hui, dans ce projet de loi, s'il est amendé
avec toutes vos recommandations, toutes vos recommandations à la lettre,
incluant le processus de nomination d'un commissaire dédié aux enfants
autochtones, et je sais qu'on changerait la terminologie, indépendant, avec
tous les pouvoirs, les fonctions du Commissaire au bien-être, jusqu'au moment
où certaines nations veulent se doter de leurs propres institutions, ça, c'est
au cœur de la recommandation, le respect de vos droits. C'est ça que vous
recherchez aujourd'hui, n'est-ce pas?
M. Picard
(Ghislain) :Écoutez, madame, la réponse
la plus simple et la plus brève là-dessus, c'est... ça a toujours été l'esprit
des démarches dans lesquelles nous avons été impliqués et qui interpelle le
gouvernement du Québec et ses institutions, c'est-à-dire trouver une façon pour
que l'État s'harmonise avec la réalité identitaire, culturelle de... culturelle
de... et sociétale de nos... de nos communautés.
• (11 h 50) •
Mme Garceau : J'aimerais
revenir sur quelque chose que le ministre Carmant avait mentionné hier, que
vous vous... vous ne vouliez pas avoir un comité consultatif d'enfants
autochtones. Et j'ai lu votre mémoire à ce sujet là. Je crois, la question,
ici, c'est : Vous ne voulez pas que le Commissaire du bien-être québécois
choisisse les enfants, vous aimeriez que votre commissaire choisisse les
enfants... les enfants autochtones qui feraient partie de ce comité consultatif
qui serait, évidemment, en lien avec le commissaire dédié aux enfants
autochtones. Je voulais juste avoir votre confirmation à ce sujet là.
M. Picard
(Ghislain) :Bien, je vais sans doute
demander à un de mes collègues de poursuivre, mais, première réaction à votre
question, c'est vraiment d'assurer que l'environnement de nos jeunes, qui est
déjà extrêmement fragile, qu'on... qu'on ne puisse pas le fragiliser...
fragiliser davantage. Donc, il y a un contexte social, culturel propre à...
d'abord, à nos nations, nos communautés et, en particulier, les jeunes qui...
où la démographie confirme que ce sera bientôt une majorité au sein de nos
nations, de nos communautés. Donc, il faut être extrêmement prudent dans
l'approche et dans les mesures qui visent à, finalement, leur procurer... leur
assurer leur mieux-être. Je peux demander à, peut-être, Marjolaine ou Richard
de compléter.
Mme Garceau : Oui.
Mme Sioui
(Marjolaine) :Merci. En fait, je reviens
sur les propos d'un petit peu plus tôt. Ce qu'on propose, c'était la mise en
place d'un comité aviseur formé de représentants de toutes les nations qui,
lui, va pouvoir conseiller le commissaire des Premières Nations et Inuits,
commissaire associé ou commissaire autonome maintenant, c'est pour qu'ils
puissent savoir comment on doit consulter avec les jeunes des Premières
Nations. Donc, en fait, c'est qu'on conseille la façon... la meilleure façon de
sécuriser pour que les jeunes soient consultés d'une façon culturellement
adaptée.
Mme Garceau : Donc, si je
pousse ça un petit peu plus loin votre idée, parce que j'ai retrouvé dans votre
mémoire ce comité consultatif en lien avec le commissaire dédié aux enfants
autochtones... pourrait décider, pourrait choisir les enfants qui feraient
partie, peut être, de ce comité consultatif d'enfants, c'est... ce serait votre
approche selon votre processus?
Mme Sioui
(Marjolaine) :Bien, encore une fois,
c'est de déterminer les processus adéquats. Donc, qui de mieux placés que les
représentants des différentes nations pour pouvoir conseiller, puis de
déterminer avec leur processus? Parce que, vous le savez, c'est différent d'une
communauté à l'autre, on a tous des cultures différentes et tout, mais on en
vient avec un consensus sur la façon dont on va mettre les <mesures...
Mme Sioui
(Marjolaine)T :
...on a tous des
cultures différentes et tout, mais on en vient avec un consensus sur la façon
dont on va mettre les mesures> en place pour assurer cette consultation
en bonne et due forme.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors maintenant, je
vais céder la parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : D'abord,
merci beaucoup pour vos présentations à tous et à toutes. Merci d'être là. Je
reviens un petit peu sur la question de ma collègue. Bon, d'abord, il y a le
rapport Laurent qui fait des recommandations très claires. Ensuite, il y a
vos... vos discussions préalables à l'été 2023, si je comprends bien, pour
le projet de loi. Vous faites des demandes, vous faites des recommandations,
les orientations, puis finalement le projet de loi sort, et je vais vous citer,
là, vous dites : «Nous avons constaté avec regret que le projet de loi a
été rédigé sans tenir compte de la majeure partie des préoccupations émises par
les différents groupes. Nous peinons à nous expliquer la raison de ces refus,
souvent communiqués sans justification.»
Et là, aujourd'hui, du côté ministériel,
on semble surpris. C'est comme si on ne s'attendait pas à ce que vous alliez nous
communiquer, alors que c'est bien évidemment... c'est bien évident que si
l'ensemble de vos recommandations ne sont pas suivies, que le projet de loi ne
fera pas votre affaire. Ça me semble la base, ça me semble évident. Ce que
j'essaie de comprendre, c'est... qu'est ce qui se passe pour qu'on en arrive
là, où finalement, vous nous présentez ça aujourd'hui, puis ce qui semble
l'évidence, là, que finalement vous n'êtes pas écoutés et que de l'autre côté,
là, aujourd'hui, on semble avoir une ouverture. Où est-ce que la... où est ce
que la ligne se brise? J'ai beaucoup de misère à comprendre ça parce que ça me
semble une évidence même, là.
M. Picard
(Ghislain) :J'ai... j'ai envie de nous
retourner à tous et à toute la question. Je pense qu'elle s'applique à tout le
monde. Pas pour dire que toutes les réponses sont bonnes, mais
essentiellement... Écoutez, je suis... on est... on est devant votre commission
aujourd'hui et, écoutez, on fait presque systématiquement l'effort d'avancer
des positions devant toutes les commissions qui, à nos yeux, interpellent et
ont un impact potentiel sur les communautés que nous représentons. Puis les
processus nous engagent toujours avec une bonne foi qui est au rendez-vous de
notre part. Mais si... écoutez, si, à travers, puis je lance un chiffre en
l'air, une dizaine de recommandations, il y en a une sur 10 qui est retenue,
puis qu'elle est tout à fait accessoire, et qu'elle n'impacte pas le cœur même
d'un projet de loi, vous comprendrez qu'il est difficile pour nous d'aller,
finalement, confirmer, d'aller plutôt... de confirmer une satisfaction au
niveau de... des gens envers lesquels nous sommes imputables, les chefs et les
membres de nos communautés. Donc...
M. Cliche-Rivard : J'ai
30 secondes, je me permets, là, pardon. Je veux juste savoir. Si le
ministre fait les modifications, finalement, que vous demandez, est-ce que ça,
c'est suffisant dans un processus de coconstruction ou si, finalement, il faut
plutôt revenir à la planche à dessin parce que... Autrement dit, est-ce qu'on
contribue vraiment au processus de réparation si on vous fait arracher des
gains comme ça, à la dernière minute, après le projet de loi déposé, ou si
vraiment, il faut revoir la façon complète de réfléchir, là?
M. Picard
(Ghislain) :Notre position claire et
précise est contenue dans les représentations que nous avons faites à la
commission Laurent. C'est le point de départ.
M. Cliche-Rivard : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, on va
compléter cet échange avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci, chef Picard. Merci à votre équipe également. Je pense que votre
message est très clair; votre mémoire, très complet également. Donc, moi,
j'aurais besoin d'un éclairage sur la façon dont on pourrait, si la
commission... le ministre accepte votre proposition de créer une instance
indépendante, si... Parce que vous touchez que les articles du chapitre trois
sur la nomination puis ses grands mandats, mais pour ce qui est de
l'organisation... Puisqu'on crée une nouvelle institution, lorsqu'on parle du Commissaire,
on parle évidemment d'une équipe autour du Commissaire, est-ce que, dans votre
proposition, vous créez une institution distincte, avec des équipes distinctes,
des budgets distincts, des... Et, en fait, c'est tout le reste du projet de loi
que vous n'abordez pas, est-ce que ça veut dire qu'il doit être modifié en
conséquence des modifications aux articles 14 à 18?
M. Picard
(Ghislain) :Bien, écoutez, je sais qu'on
est... on a très peu de temps. Je vais <inviter...
M. Arseneau :
...ça
veut dire qu'il doit être modifié en conséquence des modifications aux
articles 14 à 18?
M.
Picard (Ghislain)T :
Bien, écoutez,
je sais qu'on est... on a très peu de temps. Je vais inviter
>mes
collègues, peut-être, à réagir à votre question.
Des voix : ...
Mme Sioui
(Marjolaine) :Bien, écoutez, on n'est pas
allés plus loin dans le mémoire, parce que ce qu'on souhaite, au départ,
c'était la structure indépendante. Puis, encore une fois, bien, avec les
processus de consultation qu'on doit avoir en place, c'est quelque chose qui
devra être discuté avec, bien sûr, les nations pour... Puis on le dit bien dans
notre mémoire aussi, c'est jusqu'au moment où les Premières Nations qui le
souhaitent pourront se créer une autre institution de par leur propre façon.
Donc, on le voit comme une mesure là, présente, mais le souhait, dans tout ça,
c'est d'avoir nos propres institutions.
M. Picard
(Ghislain) :Si je peux me permettre,
peut-être, d'ajouter, là, à la réponse de Marjolaine. En fait, le mot-clé ici,
c'est harmonisation, hein, comment on peut trouver une façon d'harmoniser le
cadre législatif québécois avec la réalité de nos communautés jusqu'au moment
où les communautés décideront autrement. Et ça, cette capacité-là, elle existe,
pour nous. Et pour nous, même lorsqu'on arrivera à cette étape-là, il n'est pas
question de... je veux dire, de changer la face du monde, là. Je pense que les
communautés ont toujours été très, très coopératives pour assurer que leurs
processus soient également harmonisés avec ce qui existe déjà.
M. Arseneau : Oui, je comprends.
En fait, moi, j'essaie juste de voir en prospective sur le travail du
législateur, est-ce qu'on peut arriver à nos fins et répondre à vos demandes
dans le cadre du projet de loi actuel ou est-ce qu'on aurait besoin d'un
deuxième projet de loi pour créer un commissaire qui ait une fonction
spécifique en lien avec les enfants des Premières Nations et des Inuits. Moi,
c'est ça, un peu, la question qui me turlupine actuellement. Mais elle est
ouverte et mon temps est fermé. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je tiens à remercier les
représentants de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador pour leur
participation, leur présence à nos travaux. Et merci beaucoup d'avoir rédigé un
mémoire comme vous l'avez fait, très étoffé.
Alors, sur ce, je vais suspendre les
travaux pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
M. Picard
(Ghislain) : Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 01)
12 h (version révisée)
(Reprise à 12 h 07)
Le Président (M. Provençal)
:Avant de souhaiter la bienvenue au
prochain groupe, je vais avoir besoin de votre consentement pour qu'on ait un
cinq minutes additionnel, pour pouvoir respecter le temps qui est alloué aux
échanges. Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. Je souhaite la bienvenue aux
représentants de la Société Makivik. Vous disposez de 10 minutes pour cette...
pour votre présentation, et, par la suite, nous allons procéder à l'échange.
Alors, je vous invite immédiatement à procéder.
M. Arteau (Jean-François) : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci aux membres de la commission, aussi, de nous
accueillir ce matin. Alors, vous avez, devant vous, les représentants de la Société
Makivik. On vous expliquera un petit peu... ce qu'est Makivik. On a aussi la
directrice générale de la Régie régionale de la santé et des services sociaux
du Nunavik, Jennifer Munick-Watkins, et on a en ligne, avec nous, la directrice
générale de Nunavimmi Ilagiit Papatauvinga, qui est NIP — c'est plus
facile à prononcer, NIP — et qui est une organisation, justement, qui
oeuvre en matière de protection de la jeunesse. Son nom, c'est Mina Beaulne.
Alors, Fabien Pernet, aussi, nous accompagne. Fabien est à la Société Makivik,
tout comme moi. Il est conseiller stratégique au président, alors que je suis
avocat et conseiller spécial au président de Makivik, qui est Pita Aatami, qui
vous envoie, incidemment, ses salutations.
Alors, rapidement, vous présenter... je ne
crois pas qu'on va prendre 10 minutes, M. le Président, pour vous
présenter notre mémoire, vous l'avez lu, bien évidemment. Donc, vous... Peut-être
faire un survol ensemble de ce qu'on couvre dans le mémoire.
Pour l'essentiel, d'abord, Makivik. Qui
est Makivik? Bon, Makivik s'est créée en 1978, donc, après la Convention de la Baie
James. Souvent, les gens pensent que Makivik a négocié la Convention de la Baie
James. Non, c'était une association précédente, qui s'appelait l'association
des Inuit du Nord-du-Québec, NQIA, qu'on appelait à l'époque.
Donc, Makivik est née aussi, d'une façon
un peu curieuse, d'une loi refondue du Québec. C'est étonnant quand même, parce
que Makivik est un organisme à but non lucratif, bien <sûr...
M. Arteau (Jean-François) :
...Québec.
C'est étonnant quand même, parce que Makivik est un organisme à but non lucratif,
bien >sûr, mais qui est créé, non pas en vertu de la partie III de
la Loi sur les compagnies, comme à peu près tous les OBNL, mais en vertu d'une
loi refondue adoptée par l'Assemblée nationale du Québec.
Donc, Makivik, son rôle, bien sûr,
principal, c'est un rôle de représentation politique au nom des Inuits du Nunavik,
qui sont au nombre d'à peu près 14 000, qui vivent, bien sûr, à forte
majorité dans les 14 villages nordiques du Nunavik. Mais quand même, de
plus en plus, à peu près un millier vivent à Montréal, dans la région de
Montréal.
Makivik a aussi un rôle en développement
économique. Makivik, c'est une force économique canadienne. C'est assez
méconnu, mais Makivik est propriétaire de Canadian North, par exemple, qui est
une compagnie d'aviation importante, est propriétaire d'Air Inuit, propriétaire
de compagnies de transport maritime, propriétaire de diverses compagnies comme
de la géomatique, de la création de mode... Bon. De la géomatique, justement...
Makivik est un moteur économique extrêmement important.
• (12 h 10) •
On a pris, bien sûr, connaissance du
projet de loi n° 37. On a participé, bien sûr, aux consultations, qui ont
eu lieu précédemment au dépôt du projet de loi. On a fait des représentations à
ce moment-là. Et, un peu comme le chef régional Picard vous le mentionnait
auparavant, on n'a pas l'impression d'avoir été entendus beaucoup non plus.
Bon.
En fait, l'élément principal qu'on veut
soulever avec vous ce matin, c'est que, ce commissaire aux enfants autochtones,
pour nous, ça ne... ça n'a pas de signification particulière, parce qu'on ne
s'identifie pas comme autochtones. C'est-à-dire que, de la même façon que,
nous, on ne s'identifie pas comme des nord-américains... mais on va
s'identifier comme Algonquins, comme Cris, par exemple, comme Inuits, comme Attikameks,
mais pas comme autochtones.
La réalité autochtone, si on veut
l'appeler comme ça, est extrêmement explosée. Marjolaine Sioui en parlait juste
avant, la réalité des Inuits du Nunavik n'est pas la même que la réalité des
Inuits du Nunavut, par exemple. La réalité d'un village du Nunavik de... d'Akulivik
n'est très certainement pas la même que celui de la... du village de Salluit ou
de Kuujjuaq.
Donc, tout ça est tellement éclaté, qu'on
comprend assez mal comment une personne pourrait exercer ces fonctions-là pour
l'ensemble des autochtones des 11 nations du Québec. En fait, on pense,
pour l'essentiel, que c'est impossible. Alors, si cette personne devait avoir
une connaissance sommaire, relative, même une expérience dans une des
communautés, c'est une des exigences de la loi, c'est bien, mais ça ne sera pas
suffisant. Pourquoi? Parce qu'il n'y a personne de mieux que les Inuits pour
savoir ce qui est bien pour les Inuits. Et les Inuits le disent de plus en plus.
Depuis 50 ans, pour l'essentiel, hein? La Convention de la Baie James,
quand on y pense, ça fait déjà 50 ans, quand même, qu'elle est signée. Il
y a bien des chapitres qui ne sont pas encore mis en œuvre, malheureusement,
mais on y arrive.
Tout n'est pas gris, tout n'est pas noir,
bien sûr, des choses avancent. À un point tel où les Inuits, dans des
aspirations de gouvernement autonome, d'autodétermination, ou d'autres diraient
de décolonisation, bien, ils font les efforts nécessaires pour se prendre en
main. Et se prendre en main, ça veut aussi dire respecter la connaissance
que les Inuits ont des enfants qui vivent sur le territoire, et des difficultés
majeures qui sont vécues sur le territoire. On ne prétend pas que tout est
rose, bien au contraire, des choses ne sont pas roses. Les choses doivent
s'améliorer, et c'est entre autres pour ça, que les Inuits eux-mêmes, ont décidé
de créer NIP, Nunavimmi Ilagiit Papatauvinga, qui est dirigée par Mina Beaulne,
qui est avec nous ce matin.
Donc, il y a des efforts importants qui
sont faits, et on comprend mal comment un commissaire associé aux enfants
autochtones pourrait nous aider là-dedans... en produisant encore une fois — puis
ce n'est pas pour rien que je dis encore une fois — des rapports, des
données, des notes, des pochettes. Ça fait 50 ans qu'on a des notes puis
des pochettes. Là, on est à l'étape de l'action, et les Inuits sont prêts pour
faire ça.
Donc, ce qu'on vous recommande pour
l'essentiel, puis je vais laisser mon collègue Fabien poursuivre, c'est une
création... la création d'une entité indépendante qui pourrait être sous le
chapeau de Makivik, ou pas, ça n'a pas vraiment d'importance, mais une
structure inuite, en tout cas, décidée par les Inuits, gérée par les Inuits et
pour les Inuits. Des Inuits sont, depuis à peu près toujours, l'objet de
recherche. Il y a des centaines... Et ce n'est pas une blague, il y a des
centaines de chercheurs qui viennent au Nunavik tous les... tous les ans,
beaucoup en matière de santé, en matière d'éducation, en matière de services
policiers, par exemple. Et qui sont... donc, les Inuits, des objets de
recherche. Et trop peu souvent, on a les résultats de cette recherche-là.
Alors, le temps des recherches est révolu.
C'est maintenant le temps de l'action, et il n'y a pas de meilleure façon que
de confier aux Inuits eux-mêmes les... leur propre destinée.
C'est le message principal qu'on voulait
vous transmettre ce matin, puis je vais laisser Fabien parler des autres
éléments qu'on retrouve au mémoire. Merci.
M. Pernet (Fabien) : Merci
beaucoup. Alors, dans le cadre de ce que Jean-François vient de mentionner, on
voulait identifier quelques éléments qui pourraient quand même être
susceptibles de bonifier le <projet...
M. Pernet (Fabien) :
...identifier
quelques éléments qui pourraient quand même être susceptibles de bonifier le >projet
de loi, puis c'est des éléments qu'on a mentionnés de manière répétée durant
les consultations qui ont eu lieu cet été. Jean-François a mentionné qu'on
n'avait pas eu le sentiment d'avoir été écoutés, et, effectivement, l'ensemble
de nos recommandations n'ont pas été entendues. Alors, on les ramène
aujourd'hui, on vous les explique, on vous les propose.
Les éléments des données, par exemple, la
question de l'identification des... de l'identité inuite, dans les données,
c'est un élément qui va être essentiel. Le commissaire, le commissaire associé,
parmi leurs mandats, envoient un rapport. Alors, un rapport sur les enfants
autochtones, ça ne nous intéresse pas, pour les raisons que Jean-François a
mentionnées. Par contre, des données amalgamées sur les services que reçoivent
les enfants inuits, ça peut avoir un intérêt, c'est ce qui existe au Nunavut.
Le Nunavut a une institution similaire et, chaque année, produit un rapport qui
donne des statistiques sur les services en matière de santé, de protection de
la jeunesse, de services de garde, d'éducation que reçoivent les enfants... Très
intéressant.
Comment faire ça dans le cadre de cette
loi? Ça prend une identification correcte des enfants inuits où qu'ils
reçoivent leurs services, c'est-à-dire que, des enfants inuits reçoivent un
grand nombre de services à Montréal, mais ils sont noyés dans les données, leur
identité n'est pas identifiée. Alors, comment, dans ce contexte-là, on peut
être capable de savoir quel est le niveau de service, quelle est la
discrimination systémique dont pourraient souffrir les enfants inuits? On n'est
pas capable.
Alors, c'est dans ce contexte-là, qu'une
identification inuite des... de l'identité inuite dans les données nous paraît
absolument essentielle pour assurer un tel mandat. Puis on souhaite le faire
dans un... dans un cadre de souveraineté inuite sur les données. Alors, ça
aussi, c'est un... c'est un... des mots, peut-être, avec lesquels vous n'êtes
pas familiers, mais c'est très simple. La souveraineté inuite sur les données,
on parle de données qui concernent des enfants inuits. Les données devraient
appartenir aux Inuits. Et c'est la même chose pour le Québec. Lorsque le
fédéral lui demande des données, est-ce que le Québec partage ses données ou
l'intégralité de ses données sur les services avec le fédéral? Bien, pas
toujours, ou en tout cas, celles qui l'intéressent. La souveraineté inuite sur
les données, c'est la même chose. Alors, ça, c'est un élément, la question des
données.
Deuxième élément qu'on... sur lequel on
souhaite insister, c'est la question du pouvoir d'enquête. En matière de lésion
de droit en protection de la jeunesse, c'est important pour nous... C'était la
recommandation de la commission Laurent, mais c'est important pour nous que ce
pouvoir d'enquête soit transféré au commissaire associé ou à une institution
indépendante, encore mieux, à ce sujet-là. Puis une des raisons pour lesquelles
c'est important, c'est que — Jean-François aime parler de la Convention
de la Baie James — il y a des droits spécifiques pour les Inuits qui
viennent avec la Convention de la Baie James. Dans un contexte où un
commissaire doit protéger les droits des enfants inuits, il faut absolument
tenir compte de ces droits spécifiques pour exercer ce mandat, et on considère
qu'un commissaire qui, tiendrait compte de ces droits spécifiques, pourrait
remplir ce mandat d'une manière beaucoup plus pertinente pour les enfants
inuits, que la CDPDJ, qui ne tient pas compte nécessairement de ces... de ces
droits spécifiques à l'heure actuelle. Alors, ça, c'est... deuxième... le
deuxième élément.
Puis finalement, la question de
l'indépendance du commissaire, on y revient. Évidemment, on nous a toujours
présenté l'indépendance du commissaire, nommé par l'Assemblée nationale. Quand
on regarde le texte du projet de loi, il semblerait que le commissaire associé
soit nommé par le gouvernement. Ce n'est pas tout à fait ce qu'on avait entendu
jusqu'à maintenant. Oui, le commissaire associé serait nommé par l'Assemblée,
mais il y a peut-être une petite nuance ici. Puis, en termes d'apparence, on se
demande pourquoi est-ce que, pour les autochtones, pour les Premières Nations,
les Inuits, ce serait le gouvernement plutôt que l'Assemblée nationale? Je
pense qu'on peut se poser cette question.
Mais, plus largement, on considère que,
s'il y a un mandat à l'égard des enfants inuits, il y a une responsabilité de
ce commissaire à l'égard des Inuits qui doit vraiment être mise de l'avant. Et
donc on demande à ce sujet-là que, les Inuits, par l'intermédiaire de Makivik
notamment, qui est l'institution chargée de faire la représentation politique,
soient capables de faire le même type de questionnement que l'Assemblée
nationale serait capable de faire, pour s'assurer que les services qui sont
rendus, les questionnements, les rapports, les interprétations, même, des
données soient conformes à la réalité du Nunavik.
Alors, je m'arrêterais là. Je pense que ça
décrit l'essentiel de ce qu'on demande dans notre rapport. Vous avez vu les recommandations,
mais voilà, on souhaitait vous les présenter et vous les expliquer.
Le Président (M. Provençal)
:Merci pour cette présentation. Alors,
nous allons débuter l'échange avec M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Carmant : Oui, merci
beaucoup. Merci à vous trois... à vous quatre d'être présents aujourd'hui. Vous
savez, on a travaillé ensemble sur des projets... par exemple, Agir tôt. On a
amené un modèle, et vous l'avez adapté à la réalité du Nunavik. Ça a été un
grand succès, puis j'en... ça, j'en suis très fier, de la collaboration qu'on a
eue avec vous. Puis, tu sais, j'aimerais qu'on ait ce même type de
collaboration.
Quand vous parlez de... d'un commissaire
indépendant, l'enjeu que... que l'on craignait, bien, que l'on prévoyait, c'est
justement : Est-ce qu'il va falloir nommer 14 ou 12, 13 <commissaires...
M. Carmant :
...que
l'on craignait, bien, que l'on prévoyait, c'est justement : Est-ce qu'il
va falloir nommer 14 ou 12, 13 >commissaires indépendants? Nous, on
s'est beaucoup mis sur le modèle du Protecteur du citoyen. Et, dans le Protecteur
du citoyen, c'est des vice-présidents qui sont nommés par le gouvernement.
Donc, peut-être me dire si... s'il y a un moyen d'arriver à un tel... tu sais,
ne serait-ce qu'en leur donnant quand même une certaine autonomie, ça, je suis
tout à fait d'accord. Mais est-ce qu'il y a quand même une certaine ouverture?
Parce que, s'il faut créer 13 institutions différentes, vous savez, ça
va... c'est complexe, là.
M. Arteau (Jean-François) : Évidemment,
c'est un bon point que vous soulevez, M. le ministre, et on y a pensé aussi. Ce
serait un peu ridicule que de nommer 14 personnes ou 11 personnes par
l'Assemblée nationale. Et généralement, c'est le plus haut dirigeant d'une
organisation qui est nommé par l'Assemblée nationale. Ses collaborateurs, des
vice-présidents, par exemple, sont nommés par le gouvernement, ça, c'est
correct.
• (12 h 20) •
Maintenant, évidemment que c'est un
élément d'importance pour nous, mais ce qui est encore plus important, c'est la
connaissance que cette personne-là doit avoir des Inuits, alors que le
commissaire ou la commissaire principale travaille en collaboration avec la
structure indépendante qui serait créée au Nunavik. C'est tout à fait normal,
puis c'est tout à fait souhaitable. Nous aussi, on veut collaborer, puis vous
soulevez Agir tôt, c'est vrai que ça s'est très bien passé. Puis c'est vu chez
nous comme étant un modèle de réussite. Donc, il y a moyen de très bien faire.
Maintenant, en nommant quelqu'un qui est responsable des autochtones, on n'y
arrivera pas. On n'arrivera pas à nos fins, parce que cette personne-là, toute
bonne soit-elle, ne pourra pas avoir une connaissance fine des Inuits du Nunavik,
et des Attikameks d'Obedjiwan, ou de Manawan, par exemple, et des Cris de Waswanipi,
ou je ne sais trop où. C'est trop difficile. Donc, une connaissance partielle,
ça rend des résultats partiels.
Fabien en a parlé, la Convention de la
Baie James, c'est quelque chose de particulier quand même, ce n'est pas... ce
n'est pas une entente comme ça, ce n'est pas un document comme ça. C'est un
traité, qui concerne, pour la Convention de la Baie James et du Nord-du-Québec,
que les Cris et les Inuits. Les Naskapis aussi... un autre traité, qui
s'appelle la Convention du Nord-Est québécois. Ces droits-là, qui sont protégés
par la Constitution canadienne, sont extrêmement importants. Et
malheureusement, les Attikameks, pour revenir à l'exemple des Attikameks, ne
bénéficient pas de ces mêmes droits-là. Alors, un commissaire associé qui
aurait une connaissance assez fine pour bien faire les distinctions, à savoir
que les droits sont protégés par l'article 35 de la Constitution, puis je
vous rassure, je ne vous donnerai pas un cours de droit constitutionnel ce
matin, là, bon, qui sont protégés par la Constitution et qui sont au même
niveau, dans la hiérarchie des lois, qu'une loi fédérale, par exemple, que la
Constitution canadienne, ça me paraît très peu probable.
Alors, nous, on se dit : On est prêts
à collaborer, on est prêts à travailler avec le Québec, comme Makivik, et la
région, et la régie l'a démontrée plusieurs, plusieurs fois, mais
entendez-nous. Laissez-nous vous instruire, en quelque sorte, et laissez-nous
apprécier la situation, et laissez-nous vous proposer des recommandations qui
vont avoir un effet véritable chez nous, plutôt que d'avoir un rapport sur les
autochtones en général du Québec. Certains vivent en milieu urbain, d'autres...
Bon, ce n'est pas... ce n'est pas à vous que je vais enseigner ça, là, mais...
Donc, les réalités sont complètement
différentes. C'est pour ça que c'est important d'avoir un ancrage au Nunavik.
M. Carmant : Et comment vous
verriez la... la nomination de ce commissaire? Tu sais, où le... où le
placeriez-vous dans... dans l'organigramme? Parce que, tu sais, c'est ça que
j'ai besoin de comprendre, dans votre vision à vous.
M. Arteau (Jean-François) : Bien,
je... Il faut que ce soit une organisation ethnique. Donc, il faut que ça
représente les Inuits du Nunavik, comme un peu NIP, avec Mina Beaulne, c'est
une organisation ethnique. Elle parle, Mina, au nom des Inuits du Nunavik.
Donc, est-ce que ça doit être placé sous Makivik? Moi, je pense que oui. Moi,
je pense que ce serait un endroit approprié pour ça, parce que Makivik, c'est
une organisation qui existe depuis longtemps, qui bénéficie de budgets
importants, qui a une organisation bureaucratique solide, forte. Oui, en
procurant par contre, à cette personne-là, toute l'indépendance nécessaire,
parce que Makivik, c'est un corps politique. Il y a des élections à Makivik à
tous les trois ans. Ça vient vite, M. le ministre, à tous les trois ans, là. Bon.
On vient de sortir d'une élection à la présidence, des fois, c'est compliqué. Bon.
Donc, ça prendrait une indépendance, mais
elle devrait, cette structure-là, relever de Makivik pour s'inscrire justement
dans une démarche ethnique, pour que tout ça soit consolidé. Makivik a une vue
générale sur l'ensemble des services qui sont offerts aux Inuits, que ce soit
en santé, en éducation, en affaires municipales. Alors que l'ARK, qui est par
exemple, l'Administration régionale Kativik, qu'on peut assimiler à une MRC,
est non ethnique. L'ARK ne parle pas au nom des Inuits du Nunavik, elle parle
au nom de la population du Nunavik, et ce n'est pas qu'une vue de l'esprit, là.
Il y a véritablement une perspective qui est différente quand on est une
organisation publique, que lorsqu'on est une organisation ethnique, comme
Makivik.
M. Carmant : Et quel serait
le lien avec votre réseau de la santé locale dans... si ce poste-là est situé
au niveau de Makivik?
M. Arteau (Jean-François) : Bien,
c'est sûr qu'un poste, tu sais, comme celui-là, ne peut pas travailler de façon
isolée. Il va devoir travailler avec la régie de la santé, il va devoir
travailler avec NIP, il va devoir travailler avec les établissements, les
hopitaux Inuulitsivik, Tulattavik, ça, c'est sûr. Il va devoir travailler avec
les protections de la <jeunesse...
M. Arteau (Jean-François) :
...il
va devoir travailler avec les établissements, les hôpitaux, Inuulitsivik,
Tulattavik, ça, c'est sûr. Il va devoir travailler avec les protections de la >jeunesse
qui sont déjà en place. Mais quand même, justement, parce qu'elle ne sera pas,
cette structure-là, dans le réseau de la santé, ne serait-ce que pour ça, ça va
lui procurer une certaine indépendance. Et il ne s'agit pas de juger, là, on
n'est pas dans... on n'est pas dans une démarche de blâme ou de punition, là,
pas du tout. On est dans une démarche de création d'un monde meilleur. Donc, il
faut arriver avec des solutions qui sont pratiques, qu'on peut mettre en œuvre
rapidement. Il ne s'agit pas de savoir c'est la faute à qui, c'est la faute à
tout le monde, et tout le monde peut participer à la solution. Et une structure
comme celle-là devrait proposer des solutions plutôt que de lancer des blâmes.
Lancer des blâmes, ça ne fait pas avancer une société beaucoup, beaucoup, là.
M. Carmant : OK. Et
seriez-vous d'accord avec ce... ce que ce commissaire-là ait une vue globale
sur tous les facteurs de prévention associés au développement des enfants?
M. Arteau (Jean-François) : Absolument.
Et il ne travaillera pas en silo non plus par rapport au gouvernement du
Québec. Une telle structure, une telle personne va devoir aussi être... être
alignée sur les grandes orientations du Québec, c'est bien entendu, mais quand
même avec une saveur très particulière. Et je pense que c'est l'ensemble du
système de la protection de la jeunesse qui va en profiter, si on... si on
arrivait à une telle solution.
M. Carmant : D'accord.
Parlant de... Au niveau de la protection, comment... comment se déroulent les
choses actuellement au Nunavik?
M. Arteau (Jean-François) : Peut-être
que... Maybe Jennifer, you can answer that one...
Mme
Munick-Watkins (Jennifer) : OK. I'm just going to
speak to Mina, quickly.
Mina... (S'exprime
dans une langue autochtone).
OK. Good. Thank you very
much. I'll speak in English. I'm the executive director of the regional health board
in Nunavik. Thank you for the invite.
Currently, we have two
directors of youth protection on the Hudson coast with Inuulitsivik and on the
Ungava coast with the Ungava Tulattavik Health Center in Kuujjuaq. And we have Mina, my colleague
here, who will be speaking right after me to answer your question, Minister.
It's been quite a rough
post-COVID, as you're aware. I've been meeting with your colleagues at the MSSS
quite often. But all to say it's the number of cases with children being placed
under the DYP has evolved more from putting out fires than from emergency cases
to trying to get more social workers on site.
It's always been a
problem, and post-COVID didn't help the situation in our region. There… Our
biggest problem right now with the DYP are daycare spaces for children that are
placed under the youth protection. We did lobby with the Regional Government
who oversees the daycare spaces in the region, and we will be meeting again
next week with Makivik Corporation who lobby on behalf of Inuit and who will be
hopefully meeting with the Regional Government in regards to this growing
problem that we have for the DYP.
Our recruitment is always
an issue as well because of the lack of infrastructure we have. As you're
aware, we're quite backlogged with housing within the health network, so that
didn't help the situation as well. We're somewhat two to three years behind.
And hopefully, in the next 2023, 2024, 2025 phases, that we'll have more
housing for staffs that work under the two establishments that review the DYP.
And we do have the two
youth protections, and Mina, who do work with the MSSS regularly in regards of
recruitment, if we need more staff that need to be recruited across our 14
communities in Nunavik. All to
say I have… we have a good working relationship with the three, including with
Mina, that try to ensure that we have a good staffing in all communities. But, like
I said, it was more of a struggle on the Hudson coast with Inuulitsivik with
the crisis of social workers and nurses and physicians. But it really depends.
In the winter, it was a lot harder, summertime as well, because the
recruitment, with holidays, people, the turnover… But we manage to have a good
working relationship between the two establishments and the Health Board.
M. Carmant : Does Isuarsivik make a difference with the family process that you
are installing? Has that been very helpful?
Mme Munick-Watkins
(Jennifer) : Well, Isuarsivik, the whole
family process is new, as you know, that <treatment...
Mme
Munick-Watkins (Jennifer) :
...Well,
Isuarsivik, the whole family process is new, as you know, that >treatment center's new facility only opened less than a year ago and
they do have quite a backlog of clientele that want to attend as a family. But
I look forward and I am very hopeful for the future of Isuarsivik, that may
help evolve our region to become healthier. Healthier communities, safer
communities for our children.
But as I speak to you, I
visit... I visited last week with the MSSS to Inuulitsivik on the Hudson coast,
and they were very straightforward with... the team that they want a recovery
center as well on their coast in the future. But I'm very hopeful for
Isuarsivik.
M. Carmant :
OK, so maybe we can talk about that.
Mme
Munick-Watkins (Jennifer) : Sure.
M. Carmant : Un autre point
qui est important, alors, dans le processus, on crée un commissaire, le comité
consultatif des enfants, est-ce que... est-ce que... des jeunes et enfants,
est-ce que vous le créeriez, également, avec le même, un peu, processus de
consultation qu'on nous a proposé au niveau des Premières Nations?
• (12 h 30) •
M. Arteau (Jean-François) : Absolument.
Oui. On trouve que c'est un modèle intéressant. On consulterait, bien sûr,
Qarjuit, qui est une association qui représente les jeunes du Nunavik. Donc,
Qarjuit se joindrait à la consultation, mais on trouve que c'est une approche
intéressante et on créerait, oui, une structure semblable à celle que vous
proposez.
M. Carmant : OK. Et vous
seriez capable d'avoir un groupe, là, qui sort des... je pense, les 14 villages
sur les... sur les deux côtes?
M. Arteau (Jean-François) : Oui,
parce qu'encore une fois, chacun vit des réalités différentes. Alors, on
essaierait d'avoir des gens de l'ensemble du Nunavik, peut-être même à Chisasibi,
parce qu'il y a plusieurs Inuits à Chisasibi aussi.
M. Carmant : OK, d'accord.
Est-ce qu'il y avait... Mais il y aurait quand même des enjeux de
déplacement... Comment vous...
M. Arteau (Jean-François) : Oui,
mais Internet, ça va mieux, quand même, au Nunavik, avec le programme que le
gouvernement a lancé, d'ailleurs, avec StarLink, et tout ça. Bon. C'est
beaucoup plus fiable que c'était. Il y a la fibre optique qui s'installe de
temps à autre. Donc, ce n'est pas... ce n'est pas rare, maintenant, qu'on a des
rencontres de façon virtuelle. Donc, ça fonctionne beaucoup mieux que ça
fonctionnait, et probablement qu'une structure comme celle-là pourrait
fonctionner, dans une certaine mesure, virtuellement.
M. Carmant : D'accord. Est-ce
que vous pensez que le commissaire pourrait faire partie, ou avoir à organiser
des rencontres, quand même, avec les différents commissaires, et peut-être pas
partager toutes les données, comme vous mentionnez, mais, tu sais... c'est
quand même avoir une certaine collaboration entre les divers commissaires?
M. Arteau (Jean-François) : Certainement.
Ah oui! on est tout à fait disposés à collaborer et à partager les données, ça,
ce n'est pas un problème. Ce qu'on veut éviter, c'est une méconnaissance de la
réalité du Nunavik, qui mènerait à des recommandations qu'on ne pourrait pas
mettre en œuvre au Nunavik. On l'a vécu quelques fois, par les années passées,
et ça, c'est... Malheureusement, c'est du temps perdu. Alors, encore une fois,
comme les Inuits sont les meilleurs pour connaître leur réalité et les
solutions qu'on peut apporter à la situation, qui est difficile, il faut le
dire, bien, c'est pour ça qu'on propose une structure indépendante au Nord.
Mais, en ce qui concerne la collaboration, le partage des données, évidemment
qu'on est très ouverts à ça.
M. Carmant : D'accord. Donc,
si... si on met un règlement retardant l'entrée en vigueur des différents
commissaires, est-ce que ce serait une possibilité pour vous dans le projet de
loi actuel?
M. Arteau (Jean-François) : Certainement.
Ça nous donnerait le temps d'être mieux consultés. Ça nous donnerait le temps
aussi de vous transmettre de façon plus précise, peut-être, ce qu'on voudrait
voir arriver.
M. Carmant : D'accord. Bien,
merci beaucoup.
M. Arteau (Jean-François) : Merci.
M. Carmant : Oui. Merci, M.
le Président.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup
de votre présence aujourd'hui et de vos représentations fort importantes. Je
voulais... En lisant votre rapport, je sais que vous avez mentionné des
consultations préliminaires avec le ministre, avant le dépôt du projet de loi,
et j'ai été quand même frappée par votre constat de cette rencontre-là... et
que vous avez mentionné que vous ne vous sentiez pas écoutés, il y avait une
absence de considération des perspectives inuites et il y avait un manque de
légitimité. Et dans votre... Et je voulais avoir plus de détails à ce sujet-là,
concernant cette rencontre et qu'est-ce que vous avez exprimé comme souhaits
concernant ce projet de loi.
M. Arteau (Jean-François) : Parfait.
Merci de votre question. Évidemment, pour le contenu plus précis, je vais
laisser mon collègue Fabien y répondre, mais peut-être deux ou trois éléments
de contexte. Consultation, ça a toutes sortes de sens, là. Bon. Chez nous, la
consultation, on l'entend par une écoute, on veut être écouté. Évidemment, on
ne prétend pas avoir un droit de veto, là. Quand les gens nous consultent,
c'est normal que ça arrive que les recommandations qu'on fasse ne soient pas
retenues. Ça, c'est correct, ça fait partie de la game, comme on dit.
Maintenant, ce qui n'est pas normal, c'est de ne pas comprendre ce qu'on représente...
12 h 30 (version révisée)
M. Arteau (Jean-François) : ...comme
on dit. Maintenant, ce qui n'est pas normal, c'est de ne pas comprendre ce qu'on
représente et de volontairement ignorer un certain nombre de choses.
Je reviens encore à la Convention de la
Baie James. Il y a une tendance naturelle à standardiser les choses. Ce serait
donc plus simple si tout le monde était pareil, mais ce n'est pas ça la vraie
vie. Donc, la Convention de la Baie James, au Nunavik, elle est particulière,
elle a un sens particulier, et la méconnaissance dont on fait preuve, ces
années-ci, à l'égard de la Convention de la Baie James est absolument
ahurissante. C'est comme si ça n'existait pas. On s'en est longtemps targué
parce qu'on disait que c'était le premier traité de revendications
territoriales moderne et tout ça. Juste pour que vous sachiez, ce n'est même
pas un traité qui avait été négocié à l'époque, c'est une entente hors cours
pour le développement d'Hydro-Québec. Bon. On a beaucoup évolué de plus, mais...
depuis, mais la méconnaissance qu'on a de ça a fait en sorte que l'écoute qu'on
nous porte est souvent fausse. Et je ne veux pas prêter de mauvaises intentions
aux gens qui mènent la consultation, ce n'est pas ça du tout, là. Ce n'est pas
des gens qui ont des intentions malicieuses ou malveillantes, ce n'est pas ça
du tout. C'est une méconnaissance et cette méconnaissance là, bien évidemment
que ça a des répercussions sur, par exemple, le fait de bien entendre et de
bien comprendre ce qu'on recommande et de parfois de juger un peu de haut en
disant : Bien, ça ne marchera pas, puis comment ça qu'avec eux autres, c'est
toujours compliqué, puis ce n'est jamais pareil, puis ils ne veulent pas
remplir tel truc, puis les données, c'est donc compliqué, tout ça est éparpillé
partout? C'est juste normal que ce soit comme ça, puis je vais laisser Fabien
peut-être compléter ma réponse.
M. Pernet (Fabien) : Oui.
Bien, merci. Je pense que je vais rebondir sur la question de la méconnaissance.
Je pense que c'est... c'est quelque chose qui a... qui a marqué en fait les
consultations qu'on a eues. Bon, il y a eu les délais, c'était très court. On a
fait des rencontres à très brève échéance pendant... en réalité, en ayant assez
peu d'information au début. On a pris le temps avec la régie régionale, avec...
avec NIP de créer une première position, des premiers éléments de position et
de recommandations qu'on a portées, on en avait une liste, une dizaine, bon,
puis, pour la dizaine, lorsqu'on nous a présenté ce qu'allait devenir
finalement une partie du projet de loi, des éléments qui allaient construire le
projet de loi, on a bien vu que les éléments qu'on a proposés n'étaient pas...
n'étaient pas retenus. Donc, on a fait le constat que ce qu'on proposait ne
figurait pas parmi les priorités qui souhaitaient être incluses au projet de
loi.
Et pourquoi la méconnaissance? C'est parce
que, dans bien des cas, ce qu'on vous a présenté, c'était ce qu'on voulait
développer pour le commissaire, et on a cherché à adapter, à tirer un petit peu
ça : Qu'est ce que ça pourrait vouloir dire du côté du commissaire
associé? Et là, il y avait un écart majeur, parce que nous, ce qu'on souhaite,
c'est qu'on parte ... réalité, la réalité inuite, de la réalité du Nunavik, et
qu'on construise à partir de ça ce que serait cette institution. Et ce n'est
pas ça qu'on a eu comme... comme impression. Il y avait des paramètres, il y
avait un commissaire, puis à côté, on a créé quelque chose d'autre qui... et le
résultat, c'est que ça ne correspond pas vraiment à ce qu'on... à ce qu'on
demande. Alors, en quelques mots, ce serait... ce serait ça l'impression.
Mme Garceau : OK. On sait
très bien que le ministère n'a pas repris les recommandations de la commission
Laurent concernant le commissaire dédié aux affaires autochtones. Je comprends
ce que vous avez mentionné concernant que, pour vous, il faudrait changer
évidemment la terminologie pour que ça représente votre culture, vos droits.
L'APNQL, qui est derrière vous, a fait une
proposition concernant qu'un... que le commissaire... Parce que là on prend l'élément
d'indépendance, hein, on se comprend, là, c'est ça qui est au cœur de vos
revendications, c'est que ce soit un commissaire qui va respecter les droits
des Premières Nations et des Inuits. Et donc la recommandation de l'APNQL, c'était
d'avoir un commissaire indépendant dédié aux enfants de Premières Nations et d'Inuits
avec un comité consultatif qui serait représenté de différents membres des
nations pour venir appuyer, conseiller ce commissaire qui aurait tous les
pouvoirs, toutes les fonctions, tout serait transféré de la commission des
droits de la personne et de la jeunesse à ce commissaire. Qu'en pensez-vous? Je
voulais avoir votre point de vue à ce sujet-là.
M. Arteau (Jean-François) : Bien,
aux premiers abords... au premier abord, comme ça, c'est une bonne idée. C'est
une meilleure idée en tout cas que ce qui est proposé dans le projet de loi,
sans l'ombre d'un doute. Mais, quant au transfert des pouvoirs de la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse, nous aussi on est
100 % derrière ça. Il faut qu'il y ait un transfert véritable qui soit
opéré. Autrement, le commissaire associé, si on veut garder cette
terminologie-là, n'aurait pas suffisamment de pouvoir, là. Bon, il aurait un
pouvoir de recommandation, de... comme je le disais <tantôt
M. Arteau (Jean-François) :
...
pas suffisamment de pouvoir, là. Bon, il aurait un pouvoir de recommandation,
de... comme je le disais >tantôt, de faire des notes, des rapports, ce
qui n'est pas mauvais, là, je ne veux pas dénigrer ça, mais ce qui n'est pas ce
qu'on recherche, pour l'essentiel.
Bon, maintenant, avoir un commissaire
indépendant aux autochtones, bien, là, on tombe dans la même dynamique,
c'est-à-dire que les Inuits sont tellement différents, et pas que
géographiquement, là, ils sont différents dans leurs droits, dans leur... dans
leur... dans leur histoire. Bon, ça, on dit ça, de bien des points de vue, que
ça va demeurer difficile d'avoir quelqu'un, tout indépendant soit-il, qui
représente l'ensemble des autochtones. Nous, en tout cas, les Inuits, on se
distingue toujours de ça, en disant : On a une réalité différente, on a...
on vit dans un endroit différent, on ne vit pas dans des communautés
autochtones en vertu de la Loi sur les Indiens, on vit dans des villages
nordiques, qui sont des municipalités, comme Lévis, Terrebonne ou n'importe où,
avec un maire, six conseillers municipaux. Donc, la réalité est complètement
différente et c'est la Convention de la Baie-James qui a changé ça. Donc, à
cause de ça, bien, généralement, au plan national... au plan fédéral, je
devrais dire, plutôt, on demande à ce que les Premières Nations soient
ensemble, les Inuits ensemble, les métis ensemble. Bien, au Québec, la
résonance de ça, c'est que les Inuits soient aussi distincts des autres,
c'est-à-dire qu'ils aient leur propre structure, leur propre façon de
fonctionner, en collaboration, bien sûr, avec les Premières Nations et avec le
Québec.
Mme Garceau : Donc, deux
commissaires?
M. Arteau (Jean-François) : Donc,
deux commissaires, oui.
Mme Garceau : Ça, vous seriez
d'accord avec ça?
M. Arteau (Jean-François) : Ça,
on serait partants pour ça. Oui, exact.
• (12 h 40) •
Mme Garceau : OK. Avec quel...
quel genre de processus, en termes de nomination, et dans quel délai?
J'aimerais vous entendre là-dessus, en termes... Parce qu'il y a eu des
discussions de peut-être reporter ce chapitre III de la nomination du
commissaire, donc, associé, là. Mais si on allait de l'avant, moi, j'aimerais
vous entendre là-dessus, au niveau du processus de la nomination, et dans un
délai de combien de temps.
M. Arteau (Jean-François) : Bien,
c'est une bonne question que vous posez, parce qu'en fait on ne veut pas rater
le train, là, le train passe, le projet de loi arrive, donc ce serait un peu
dommage, je pense, de faire fi de... de la réalité autochtone parce que les
autochtones des Premières Nations et les Inuits ont des visions différentes. Je
pense qu'on doit quand même procéder rondement, parce que ça ne va pas bien, la
protection de la jeunesse, là, il y a des enjeux majeurs, là. Il y a des
enfants par centaines qui sont signalés par année, qui sont placés dans des
familles inuites, non inuites, sur le territoire, à l'extérieur du territoire.
Le portrait n'est pas jojo, là, donc je ne pense pas qu'on ait le luxe
d'attendre très, très longtemps.
Ceci dit, la réglementation pourrait faire
en sorte que les Inuits soient consultés correctement, Makivik, la régie de la
santé, NIP, ..., bon, pour proposer la nomination de quelqu'un comme
commissaire aux enfants inuits, tiens, appelons-le comme ça. Mais on parle de
quelques mois, là, on ne parle pas de plusieurs années, là. On ne voudrait pas,
encore une fois, retarder tout le processus sous prétexte d'un élément
procédurier, là, qui est la consultation. Chez les... on n'est pas nombreux,
hein, on est 14 000... chez les Inuits, la consultation se fait
rapidement, tout le monde connaît tout le monde, les organisations se
connaissent bien. Donc, quant à l'appréciation à l'interne, au Nunavik, d'un
tel élément, ça peut se faire assez rondement, là, assez rapidement.
Mme Garceau : OK. J'aimerais
vous entendre concernant les enjeux liés à la protection de la jeunesse, les
difficultés, si vous pourriez nous... nous donner des détails à ce sujet.
M. Arteau (Jean-François) : Oui.
Les enjeux sont nombreux. Comme le disait Jennifer tout à l'heure, Jennifer
Munick-Watkins, le recrutement, c'est un enjeu primordial. C'est difficile, de
façon générale, de recruter au Québec, alors imaginez-vous, quand c'est
difficile de recruter à Montréal, ce que c'est à Akulivik. C'est extrêmement
difficile. Donc, les gens qu'on est capables de recruter sont des gens remplis
de bonne volonté, remplis d'enthousiasme, et tout ça, qui ont bien souvent peu
ou pas d'expérience, et qui vont passer, et ça, c'est un peu un drame, parce
que le taux de roulement est tellement élevé que c'est impossible d'installer
une mémoire corporative. Donc, quelqu'un arrive, c'est nouveau, il y a très peu
de ressources autour de lui, malheureusement, il est souvent laissé à lui-même.
Je vous parle, dans un village, là, Kuujjuaq, c'est différent, mais... bien,
Kuujjuaq, c'est un village aussi, mais c'est la capitale, si on veut. Dans les
plus petits villages, la réalité est différente.
Et il y a aussi l'élément de la langue.
Évidemment, les gens qu'on recrute sont souvent des francophones, qui vont
parler anglophone, mais qui, à peu près jamais, ne vont parler inuktitut. Donc,
pour intervenir dans des sujets aussi sensibles que ceux-là, et de ne pas
parler la langue maternelle des Inuits, de ne pas parler inuktitut, c'est
extrêmement difficile. C'est pour ça, entre autres, qu'on a créé NIP. NIP
intervient auprès des familles, en inuktitut, «the Inuit way», comme on dit, à
la façon des Inuits, en respectant leurs valeurs. Puis ce n'est pas une question
de respect, c'est une question d'intégration. Je veux dire, ce sont des Inuits
qui interviennent auprès d'Inuits. Il n'y a pas de meilleure solution que
celle-là. Alors, Chantale ou Mario qui vient nous aider, elle est remplie de
bonne volonté, cette personne-là, mais, malheureusement, elle ne restera pas
longtemps.
Et cette idée qu'on avait, pendant un bout
de temps, que le Grand Nord, c'était le Klondike, qu'on allait faire beaucoup
d'argent, puis qu'on allait être donc privilégié, ça ne s'avère pas, ça. C'est-à-dire,
on ne vient pas au nord pour devenir riche, on vient au nord pour <aider...
M. Arteau (Jean-François)T :
...
privilégié, ça ne s'avère pas, ça. C'est-à-dire, on ne vient pas au nord pour
devenir riche, on vient au nord pour >aider et, malheureusement, c'est
difficile, ces années-ci, de recruter des gens.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup.
Mme Garceau : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je vais céder la parole au
député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : D'abord,
merci beaucoup pour votre présentation. Merci d'être ici. J'ai lu votre mémoire
avec attention, puis je voudrais y revenir parce que les mots sont importants.
Puis vous êtes parmi... probablement le mémoire où les mots sont peut-être les
plus percutants. Et je pense que c'est important que la commission les ait en
tête : «Tel que le projet de loi est présenté, nous sommes d'avis que
cette institution est inutile et que le commissaire associé ne possède tout
simplement pas la légitimité d'exercer son mandat auprès des enfants inuits».
Vous parlez d'une timidité déconcertante lorsque l'on replace dans le contexte
la défavorisation de l'enfance au Nunavik, quand même. Et vous dites que, finalement,
il n'y a absolument... vous dites que le mandat est vidé de sa pertinence.
Donc, quand même, ce sont des mots très forts. Finalement, le message que vous
envoyez aujourd'hui, c'est que vous n'avez pas du tout été entendus sur ce que
vous recommandiez, non?
M. Arteau (Jean-François) : Exactement.
C'est-à-dire, on n'a pas suffisamment été entendus et on nous a vraiment mal
compris. De deux choses l'une. Et les éléments qu'on a portés à l'attention du
gouvernement du Québec étaient, je pense, tout à fait fondés. Il aurait été
bien de les écouter davantage. Mais, comme le disait Fabien tout à l'heure,
quand on essaie d'adapter un système auquel on tient beaucoup, beaucoup pour
satisfaire d'autres personnes, c'est bien différent que de partir de leurs
préoccupations à eux puis de bâtir une solution avec eux. Et ce n'est pas le
sentiment qu'on avait, ce n'est pas du tout le sentiment qu'on avait.
Alors, quand on dit qu'il n'y a pas de
légitimité, qu'il est vidé de son sens, tout ça, c'est tout à fait vrai à cause
de la méconnaissance dont j'ai fait état tout à l'heure. Alors, une personne...
Les Inuits sont un peu tannés, là, je vais vous le dire un peu bêtement, d'être
regardé un peu de haut en se disant : Bien, vous auriez dû faire ça ou il
y avait tel programme de disponible pour vous. Pourquoi vous n'avez pas fait
ça? Ça, là, ça fait 45 ans qu'on essaie de faire ça, ça ne marche pas.
Bien, ce serait le fun qu'on comprenne qu'à un moment donné les Inuits qui ont
survécu pendant des millénaires dans des conditions absolument effroyables
doivent bien avoir deux ou trois solutions intéressantes à proposer. Mais si on
ne les écoute pas suffisamment et si on... si on ne leur donne pas les moyens
et les ressources financières nécessaires pour se prendre en main, on en reste
au niveau du discours.
M. Cliche-Rivard : Qu'est ce
qu'il dirait, un éventuel commissaire, de la façon de fonctionner du
gouvernement aujourd'hui?
M. Arteau (Jean-François) : Un
commissaire inuit?
M. Cliche-Rivard : Oui.
M. Arteau (Jean-François) :
Il dirait que ça ne correspond pas à la réalité inuite. Il dirait que les
Inuits, ce n'est pas comme ça qu'ils fonctionnent, ce n'est pas... comme je le
disais tantôt, ce n'est pas «the Inuit way». «The Inuit way», c'est bien, bien
différent de ça. On discute avec les gens, il y a toute une structure familiale
qui est différente de celle que toi... vous et moi on connaît, bon. Il n'y a
rien de pareil. Évidemment qu'on habite le même territoire, évidemment qu'on
partage des valeurs, il y a des valeurs qui sont universelles, mais la façon de
les exprimer, la façon de les intégrer, ces valeurs-là, sont différentes. Et
dans un domaine aussi sensible que la protection de la jeunesse, on ne peut pas
intervenir efficacement si on n'est pas Inuk.
M. Cliche-Rivard : Et vous
étiez là dès le début, de A à Z, vous en parlez dans votre mémoire, vous avez
collaboré, vous avez été disponible, vous avez rendu des recommandations.
M. Arteau (Jean-François) : Absolument,
tous ensemble d'ailleurs, dans un effort collectif, oui.
M. Cliche-Rivard : Et là vous
dites : On est un peu tannés, là.
M. Arteau (Jean-François) : Ça
serait le fun qu'on passe à autre chose, oui.
M. Cliche-Rivard : Parce que
ce refrain là, vous l'avez depuis... on ne nommera pas l'année, là, je pense,
ça fait...
M. Arteau (Jean-François) : Depuis
plusieurs, plusieurs... trop d'années, on va dire ça comme ça.
M. Cliche-Rivard : Bien, un
énorme merci pour votre travail.
M. Arteau (Jean-François) : Merci
à vous.
M. Cliche-Rivard : Je pense
que ce n'est pas tombé dans... dans l'oreille d'un sourd, même si je n'aime pas
beaucoup l'expression, là, mais on va y faire suite. Merci.
M. Arteau (Jean-François) : Merci,
merci grandement.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. On va conclure cet
échange avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour votre présentation. J'avais noté la même phrase
que mon collègue ici concernant le fait que vous jugez la nouvelle institution
inutile pour vous, évidemment, pour vos communautés, et que vos commentaires et
propositions n'avaient pas... été entendus ni considérés, d'autant plus qu'ils
avaient été présentés, là, dans des délais peu... très serrés et peu
respectueux, dites-vous.
Maintenant, j'apprécie le fait que vous
soyez constructif dans la mesure où vous dites : Bon, c'est... ça ne fait
pas notre affaire, mais on va quand même commenter le projet de loi puis... Mais
je voudrais quand même voir plus précisément sur vos attentes ou vos besoins,
concernant, par exemple, l'idée, si on devait aller de l'avant avec un
commissaire inuit. Vous parlez d'avoir tous les pouvoirs de façon indépendante
et les pouvoirs d'enquête nécessaires. Dans le projet de loi actuel, le
commissaire, ma compréhension, c'est qu'il doit d'abord et avant tout avoir
pour fonction de promouvoir le bien-être des enfants, le respect des enfants,
ses <droits...
M. Arseneau :
...
d'abord et avant tout avoir pour fonction de promouvoir le bien-être des
enfants, le respect des enfants, ses >droits, et tout ça, et les
pouvoirs d'enquête à l'heure actuelle ne sont pas là. Vous semblez dire que les
pouvoirs d'enquête, c'est essentiel. J'aimerais que vous nous... vous puissiez
nous illustrer pourquoi c'est si important pour vous. Et puis est-ce que, quand
on parle des pouvoirs d'enquête, c'est ajouté aux autres pouvoirs et devoirs,
là, sur la promotion, et tout ça?
M. Pernet (Fabien) : Bien, je
vais peut-être apporter un premier élément de contexte, là, pour comprendre
l'importance des pouvoirs d'enquête. De notre point de vue, c'est beaucoup la
commission Viens, là, qui a établi cet élément-là, la discrimination systémique
dans les services publics. Alors, parce qu'elle est là, parce qu'elle a été
établie, les pouvoirs d'enquête sont, en réalité, un moyen d'intervenir
vis-à-vis de cette discrimination systémique, soit avec des enquêtes
systémiques, justement, en tant que telles, de quelle manière on peut
travailler le système pour s'assurer qu'on évite cette discrimination
systémique dans les services qui sont offerts aux enfants inuits, ça, c'est un
élément.
Puis le deuxième élément, c'est... on
parlait de la défavorisation, de facteurs de défavorisation, tout n'est pas
noir, là, au Nunavik, pour l'enfant, ce n'est pas là, mais quand on parlait des
signalements en protection de la jeunesse, tu as dit «des centaines», au final,
c'est des milliers. Des milliers sur 14 000 personnes, une population
de 14 000, c'est absolument énorme. Puis les conséquences que ça a, de
cette intervention du système, c'est qu'on a des enfants qui... qui partent au
Sud, qui vont à Montréal dans des familles non inuites, toutes très bien
intentionnées pour offrir un milieu de vie à ces enfants-là, mais la continuité
culturelle, elle n'est pas là.
• (12 h 50) •
Alors, il y a un système qui vient
intervenir, puis on sait aussi les conséquences, oui, on va protéger l'enfant
en protection de la jeunesse, mais la judiciarisation dans les parcours de vie,
elle est là, elle est connue, ça peut être l'itinérance, ça peut être d'autres
sortes de problématiques comme celle-là. Alors, c'est ce genre de choses qui
nous font dire que ça prend aussi des pouvoirs d'enquête individuels, puis
qu'il soit fait d'une manière qui ressemble beaucoup plus à la prise en compte
des droits spécifiques. La CDPDJ, elle le fait avec son cadre, sa charte, puis
on ne dit pas que c'est mauvais, là, mais on dit que c'est insuffisant par rapport...
et que ça ne tient pas suffisamment compte des droits des Inuits. Alors, ça
aussi, c'est un élément qui nous semble important pour contrer cette
défavorisation.
M. Arseneau : Merci. C'est
très clair.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, je remercie
les représentants de la société Makivik pour votre présence, votre
collaboration et votre contribution.
Je vais suspendre les travaux jusqu'à
15 heures. Et on se revoit cet après-midi. Merci beaucoup. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 51)
14 h 30 (version révisée)
(Reprise à 15 heures)
Le Président (M. Provençal)
:Rebonjour à tous. La Commission de la
santé et des services sociaux reprend ses travaux. Je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
Nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 37, Loi sur
le commissaire au bien-être et aux droits des enfants. Cet après-midi, nous
entendrons les témoins suivants : l'Ordre des psychoéducateurs et
psychoéducatrices du Québec; le Barreau du Québec; Mme Mélanie Gagnon,
présidente par intérim de la Fédération des familles d'accueil et ressources
intermédiaires du Québec; et le collectif ex DPJ.
Maintenant, je vais souhaiter la bienvenue
aux représentants de l'Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du
Québec. Alors, je vous rappelle, vous aurez 10 minutes pour votre exposé,
et par la suite nous allons procéder avec... aux échanges avec les membres de
la commission. Je vous cède immédiatement la parole.
M. L. Soucis (Félix-David) : M.
le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés membres de la commission,
bonjour.
Je me présente, Félix-David Soucis, je
suis président de l'Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec.
Mon expérience professionnelle se caractérise par une pratique auprès de
différentes clientèles issues de la petite enfance allant jusqu'à l'âge adulte.
Je suis accompagné de Nathalie Lacombe, psychoéducatrice et coordonnatrice aux
affaires professionnelles et au soutien à la pratique et détenant également
plusieurs années d'expérience dans le réseau scolaire et de Rose St-Gérard,
psychoéducatrice et coordonnatrice à l'admission par équivalence et au soutien
à la pratique à l'ordre, elle détient, pour sa part, plusieurs années d'expérience
dans le réseau de la santé et des services sociaux, dont plusieurs années
auprès des Premières Nations et Inuits.
Nous remercions la commission pour cette
invitation. Il nous fait plaisir de vous présenter aujourd'hui les réflexions
et les recommandations de l'ordre concernant le projet de loi n° 37, Loi
sur le commissaire au bien-être et aux droits des enfants.
Avant d'aller de l'avant avec nos
recommandations, laissez-moi d'abord vous parler de la psychoéducation. Les
psychoéducatrices et les psychoéducateurs sont issus d'une formation de
deuxième cycle et interviennent auprès des personnes de tout âge aux prises
avec des difficultés d'adaptation psychosociale ou susceptibles d'en vivre, de
la petite enfance aux personnes aînées. Ils préconisent une approche systémique
en travaillant de manière à poser un regard tant sur la personne en difficulté,
sur son environnement, incluant sa famille, et ses interactions avec les divers
milieux qu'ils fréquentent. Les psychoéducatrices et les psychoéducateurs sont
présents dans le réseau de l'éducation, celui de la santé et des services
sociaux, notamment en protection de la jeunesse, dans le réseau communautaire,
dans les services de la petite enfance ainsi qu'en cabinet privé. Par leurs
compétences, ils font notamment partie des professionnels autorisés pour
évaluer une personne dans le cadre d'une décision du directeur de la protection
de la jeunesse ou du tribunal en application de la Loi sur la protection de la
jeunesse, ce qui justifie d'autant plus notre présence ici aujourd'hui.
La profession est intégrée au système
professionnel depuis près de 25 ans. L'ordre compte présentement près de 6 000 membres
et leur nombre est en constante croissance depuis sa création. De ce nombre,
plus de 50 % œuvrent auprès des enfants et des jeunes adultes. En tant qu'ordre
professionnel, notre mandat est d'assurer le plus haut niveau de qualité de
l'exercice de ses membres, toujours dans le but de protéger le public...
15 h (version révisée)
M. L. Soucis (Félix-David) : ...est
d'assurer le plus haut niveau de qualité de l'exercice de ses membres, toujours
dans le but de protéger le public. L'ordre prend également position pour que
les personnes vulnérables aux prises avec des difficultés d'adaptation ou
susceptibles d'en vivre reçoivent des services de qualité adaptés à leurs
besoins.
L'ordre accueille favorablement ce projet
de loi n° 37 qui prévoit la nomination du Commissaire au bien-être et aux
droits des enfants. La protection des enfants constitue une valeur fondamentale
en psychoéducation. Il s'agit d'un sujet d'une très grande importance pour l'ordre,
motivant son désir de contribuer à la bonification de ce projet de loi. Nous le
faisons aujourd'hui en partageant ses recommandations issues de l'expertise de
ses membres qui exercent auprès des enfants et des jeunes adultes.
L'ordre émet trois grandes recommandations :
la première, la création d'une charte des droits des enfants; la deuxième,
donner un pouvoir d'action au commissaire; la troisième, faire de la prévention
une priorité pour la société québécoise pour le bien-être des enfants et leurs
familles.
Premièrement, la création d'une charte des
droits des enfants. Actuellement, plusieurs lois permettent de prendre en
compte les droits des enfants, mais aucune ne permet de les valoriser
spécifiquement. L'élaboration de cette charte viendrait notamment réaffirmer
comme priorité le bien-être de nos enfants pour la société québécoise. L'intérêt
des enfants devrait être omniprésent dans l'ensemble des décisions politiques
et gouvernementales. Actuellement, la référence commune que nous utilisons à
tort pour aborder le bien-être des enfants est la Loi sur la protection de la
jeunesse, qui, rappelons-le, devrait être une référence de dernier recours. La
société québécoise devrait se doter d'une référence sociétale positive visant à
déterminer ce que nous devons préserver pour leur bien-être plutôt que négative
qui définit ce que nous devons éviter à tout prix. De plus, cette charte permettrait
à l'ensemble des parties prenantes d'utiliser un langage clair et commun autour
des droits des enfants.
Deuxièmement, donner plus de pouvoirs d'action
au commissaire. L'ordre constate que le mandat du commissaire n'inclut pas de
pouvoirs d'action au suivi des recommandations qu'il émettra. Il y a donc lieu
de s'interroger quant aux retombées concrètes de celles-ci. Il est donc
nécessaire que le commissaire puisse être muni d'un pouvoir d'action qui lui
permet... lui permettant d'agir promptement lorsque les intérêts des enfants ou
des jeunes sont lésés. Pour effectuer une différence significative dans la
société, la création du poste de commissaire doit dépasser celui d'un
porte-voix. Il ne faut... Il ne faut pas tout simplement reproduire les mécanismes
déjà en place. Le commissaire doit pouvoir agir de façon tangible pour protéger
les droits et le bien-être des enfants et des jeunes.
Troisièmement, faire de la prévention une
priorité pour la société québécoise pour le bien-être des enfants et leurs
familles. Pour être en phase avec les termes utilisés dans le rapport de la
Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse,
construire une société bienveillante envers ses enfants implique d'agir en
prévention d'abord et avant tout. Il est primordial que la protection de la
jeunesse redevienne une instance de dernier recours. À cet effet, tous les
acteurs de notre société doivent être en mesure de s'ajuster aux besoins
inhérents du développement de l'ensemble des enfants qu'ils côtoient. Pour ce
faire, le commissaire devra s'assurer que toutes les parties prenantes se
sentent concernées et que les recommandations du commissaire puissent être
modulées en fonction des réalités de chacune des instances. Que ce soit un
parent, un voisin, une école, un CLSC ou encore un centre de réadaptation, nous
avons tous un rôle à jouer face aux enjeux développementaux que peuvent vivre
les enfants. C'est en développant une meilleure cohésion sociale autour de
ceux-ci que nous parviendrons à mieux les soutenir.
Finalement, malgré ces grandes
recommandations, nous croyons qu'un Commissaire au bien-être et aux droits des
enfants jouerait un rôle déterminant sur le développement de ceux-ci. Le succès
de ce dernier sera tributaire de sa capacité à entretenir un lien de confiance
avec toutes les parties prenantes. C'est par sa capacité à mettre de l'avant
les meilleures pratiques préventives, en bénéficiant de réels pouvoirs d'action,
que ce dernier parviendra à renforcir notre filet social et permettre à notre
société bienveillante de fleurir comme il se doit.
Je tiens à vous informer que l'ordre se
portera à la disposition de la commission pour tout soutien ultérieur en marge
de ce projet de loi. Un grand merci pour votre attention. M. le Président, nous
sommes maintenant disposés à répondre à l'ensemble de vos questions.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. M. le ministre.
M. Carmant : Oui, merci, M.
le Président. Merci à vous trois pour la présentation. Je connais bien les
psychoéducateurs, évidemment, de par mon parcours professionnel avant la
politique. Sachez que nos deux sous-ministres adjointes et associées sont des
psychoéducatrices, donc on aime beaucoup les <psychoéducateurs...
M. Carmant :
...
Sachez que nos deux sous-ministres adjointes et associées sont des
psychoéducatrices, donc on aime beaucoup les >psychoéducateurs.
Je vais commencer un petit peu par aller
ailleurs. On a reçu... puis, tu sais, là, je veux parler de prévention, là, on
a reçu les Premières Nations et Inuits ce matin. Puis, moi, je vous dirais que
vous êtes probablement notre ordre qui est le plus agile, là, dans
l'innovation, une des choses qu'on aimerait mettre sur pied, c'est faciliter,
parce qu'ils ont beaucoup de problèmes de recrutement, qu'ils nous ont
mentionné... Une des meilleures façons de les équiper, c'est de leur permettre
de développer les professionnels à partir de leur population. Qu'est-ce qu'on
pourrait faire pour les aider à développer des professionnels, reconnaître leur
expertise? Parce que le recrutement du Sud, ça, ce n'est pas la solution à long
terme, là, il faut... Qu'est-ce... Comment vous voyez ça? Puis comment on
pourrait installer quelque chose qui pourrait être partagé avec les autres
ordres?
• (15 h 10) •
M. L. Soucis (Félix-David) : Bien,
en 2016, M. le ministre, l'Office des professions soulevait déjà, hein, faisait
déjà ces constats-là, que, justement, la venue d'activités réservées dans le
domaine de la santé mentale et des relations humaines avait limité
l'accessibilité des Premières Nations et Inuits aux intervenants issus, là, de
celles-ci. Ce qui amenait aussi, là, notamment, là, une certaine... en fait,
une difficulté à pourvoir les postes en protection de la jeunesse, mais aussi
pour assurer la continuité culturelle qui peut... qui pouvait... qui était
nécessaire, là, pour les différentes communautés. À l'époque...
M. Carmant : Qui entraîne des
signalements.
M. L. Soucis (Félix-David) : Exactement.
M. Carmant : Et surtout en
première ligne, et, ensuite, ça fait des signalements.
M. L. Soucis (Félix-David) : Exactement.
Donc, on avait mis, à l'époque... en fait, on a mis de l'avant, pas nous, mais
je parle en collaboration, plutôt, avec le Secrétariat aux affaires autochtones,
un projet qui venait, là, justement, travailler sur... qui permettait
d'autoriser les membres des premiers peuples à l'exercice de ces activités en
compagnie, notamment, là, de l'Ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes
conjugaux et familiaux du Québec, donc, depuis... depuis déjà 2016. Donc, cette
participation-là a aussi accru, là, notamment, là, vraiment, notre... bien, en
fait, notre sensibilité aux peuples autochtones qui voulaient, là, en fait...
dans lesquels on voulait justement développer certaines formations puis, en
fait, pouvoir aider à développer certaines compétences. Je regarde Rose parce
que Rose a contribué grandement à la venue de ce projet-là, elle pourra
compléter pour parvenir à différentes... différentes informations, là, que vous
désiriez avoir, mais, justement, là, il était convenu qu'on puisse avoir les
formations, leur permettre, justement, d'intervenir dans un contexte légal
reconnu, également, puis pour lequel, pour le moment, on est toujours en
attente, là, de différentes approches. Donc, l'ordre a toujours été très, très
attenant à ce niveau-là, mais on est simplement partenaires et non pas porteurs
du dossier, là, par rapport à ça.
M. Carmant : Et la balle est
dans le camp de... du gouvernement?
M. L. Soucis (Félix-David) : Absolument.
M. Carmant : OK, bon à
savoir. Merci. Toujours en parlant de première ligne, parce que moi... tu sais,
vous avez nommé trois priorités, d'accord avec vous, mais, moi, la première,
c'est clairement la première ligne, tu sais, puis, moi, j'ai besoin d'un
défenseur de la première ligne, là, puis c'est comme ça qu'on va arrêter les
signalements excessifs, là.
Une des grandes causes de signalement,
c'est les troubles du comportement. Vous êtes probablement l'ordre
professionnel qui nous aide le plus là-dedans. Un des enjeux qu'on a, c'est que
nos professionnels dans le réseau, ils passent beaucoup trop de temps à écrire
des rapports et pas assez de temps à voir des usagers. Qu'est-ce qu'on peut
faire pour améliorer ça? Quelles sont les pistes de solution, surtout en
interdisciplinaire, là? Des fois, on voit les usagers en interdisciplinaires
puis on a comme cinq rapports de 10 pages différentes de chacune des
professions. J'ai essayé d'aborder ça avec le... je pense que c'était votre
prédécesseur qui était là, celui qui était président du regroupement, là, mais
il n'y a rien qui bouge, puis ça, je sais que ce n'est plus dans notre cour, moi,
j'ai mis la balle au jeu puis je n'ai jamais eu de retour là-dessus.
M. L. Soucis (Félix-David) : Vous
voulez parler d'une meilleure... en fait, d'une meilleure cohésion pour avoir
accès... peut-être juste préciser la question, sur quoi vous voulez avoir de
l'information? Si vous voulez avoir davantage...
M. Carmant : C'est moins
de... c'est pourquoi... L'enjeu, c'est que nos professionnels ne peuvent pas
répondre à une question clinique de façon abrégée, ils doivent toujours faire
des rapports complets, ce qui entraîne une perte de performance importante, là,
puis ce qui entraîne des délais d'accès importants aussi aux services de
première ligne.
M. L. Soucis (Félix-David) : Tout
à fait. Bien, écoutez, je pourrai toujours regarder ça, là, notamment, parce
que je... c'est la première fois, là, que j'en entends parler aussi, je n'en
avais pas reçu nécessairement l'information, mais certainement c'est quelque
chose qui devrait être abordé, <notamment,
M. L. Soucis (Félix-David) :
...
je n'en avais pas reçu nécessairement l'information, mais certainement c'est
quelque chose qui devrait être abordé, >notamment, là, avec les autres
ordres, mais aussi de voir comment qu'on pourra développer un... en fait, des
modèles d'évaluation qu'ils vont pouvoir suivre puis qu'ils vont pouvoir
justement répondre aux besoins, notamment, oui, de notre code de déontologie,
ça, c'est très important, mais, en même temps, de répondre aux besoins de la
population. Tout à fait.
M. Carmant : OK. Ça fait que
je vous relance là-dessus. Bon, pour votre rapport, la charte des droits, j'ai
lu votre intérêt là-dessus. Pouvez-vous m'en dire plus? C'est... Pourquoi c'est
votre première... vous mettez ça en haut de la liste?
M. L. Soucis (Félix-David) : Bien,
en fait, comme je le disais dans mon... dans mon mot préalable, trop souvent...
puis, je dirais, sur le terrain, M. le ministre, une des choses qui est très...
qui est très présente, c'est que, surtout lorsqu'on a à intervenir auprès d'une
famille, la première chose à laquelle on pense, c'est souvent la Loi sur la
protection de la jeunesse, qui est très importante, en passant, je ne suis en
train de dire je ne suis pas en train de dire qu'elle n'est pas importante, au
contraire, elle est très importante, mais elle est formulée à la négative.
Souvent, qu'est-ce qu'on a comme réflexion, qu'est-ce qu'on a comme réflexe
relativement à cette loi-là? C'est une loi qui vient cibler les motifs de
compromission du développement de l'enfant, on parle de négligence, on parle
d'abus physiques, abus sexuels, etc.
La volonté d'avoir une charte, c'est
d'avoir, en fait, une assise légale qui viendrait nous permettre d'établir nos
valeurs fondamentales comme société québécoise puis mettre en place aussi les
principes de base d'une société qui valoriserait l'intérêt de l'enfant. Donc,
il y a... oui, il y a une connotation peut-être plus légale d'un certain point,
mais aussi une connotation qui devrait être, comment je pourrais dire ça,
pédagogique à la fois. Je pense à l'intervenant que... le psychoéducateur que
je suis maintenant, si j'arrive dans... si j'interviens auprès d'une famille
puis que je suis en mesure d'orienter, d'accompagner la famille avec une forme
de... d'un document qui est très fort, très puissant, qui est une charte, bien,
en fait, je vais être capable d'apporter la famille à un autre... vers quelque
chose qui est plus positif, alors que... plutôt de dire : Bien, je suis
ici pour le motif de compromission qui est un tel.
L'autre chose, ça peut être également un
outil pédagogique très important pour les enfants, qu'ils puissent connaître...
en fait, c'est surtout ça qui est important, c'est qu'ils puissent connaître
leurs droits, qu'ils savent... qu'ils sachent où se référer, et également pour
les familles, les autres institutions, pour s'assurer que tout le monde est à
la même page puis qu'on sache vers où tendre dans une perspective préventive de
la société. Donc, il faut avoir ce langage commun là, il faut que ce soit fort,
il faut que ça soit clair. Puis on trouve... Bien, en fait, ce qu'on trouvait,
c'est que la Loi sur la protection de la jeunesse, bien qu'elle est très
importante, elle devrait vraiment être une référence de dernier recours en cas
de compromission du développement.
M. Carmant : Oui, puis c'est
pour ça que je vous parlais, d'entrée de jeu, là, de la première ligne qui...
dont la... tu sais, dont la faiblesse entraîne beaucoup de ces... des
signalements de négligence. OK. Qu'est-ce ce que... qu'est-ce que vous pensez,
là, du... Vous insistez sur le rôle d'intervention du commissaire, mais, en
fait, on a déjà plusieurs institutions qui sont là pour intervenir. Donc, tu
sais, vous dites : Il ne faut pas dédoubler, mais, en fait, on dédouble si
on lui donne, d'abord et avant tout, un rôle d'intervention.
M. L. Soucis (Félix-David) : Bien,
quand que je parle d'intervention, M. le ministre, c'est surtout dans... quand
on parle de... En psychoéducation, il faut comprendre, hein, quand on éduque,
quand on informe, c'est une intervention en soi. Donc, quand on est dans une
perspective préventive, c'est important... l'information et l'éducation en est
une. Donc, c'est dans ce sens-là qu'on parle d'intervention. Donc, c'était
vraiment dans cette perspective-là.
Comment on voit le rôle du commissaire à
ce niveau-là, c'est... puis je vais vous le détailler pour que vous compreniez,
c'est l'importance de pouvoir avoir accès à l'ensemble des différents
partenaires, aux différentes instances qui sont en relation avec l'ensemble des
enfants, pour avoir une information qui est complète. Quand je parle de ça, je
parle des enfants, bien sûr, mais je parle aussi des familles, des parents. Je
parle aussi des écoles, des établissements scolaires, des ministères également,
dans lesquels on pourrait aller chercher de l'information qui va être... qui va
être colligée. Puis l'information doit être aussi colligée sur le plan
régional, parce qu'on s'entend, la situation à Montréal versus la situation à Val-d'Or,
aux Îles-de-la-Madeleine est complètement différente d'un endroit à l'autre.
Donc, je sais que pour, après ça, pouvoir
analyser ces données-là, la santé publique ou les autres instances, par exemple
l'INESSS... va pouvoir avoir cette analyse-là, bien définir quels sont les
enjeux selon l'ensemble des parties prenantes et, par la suite, pouvoir donner
des recommandations, de l'information, de l'éducation dans une perspective
préventive pour s'assurer que chacune des parties prenantes... Puis, quand...
quand on dit ça, c'est qu'il faut que l'intervention soit spécifique également,
elle ne doit pas seulement être : Voici ce qu'il faut faire pour la
prévention. Elle doit être ciblée pour chacune des parties prenantes.
L'implication de l'école, par exemple, au niveau d'un plan de lutte, hein, d'un
plan de lutte à la violence et de l'intimidation, l'école n'aura pas le même
rôle que le <parent...
M. L. Soucis (Félix-David) :
...d'un
plan de lutte, hein, d'un plan de lutte à la violence et de l'intimidation,
l'école n'aura pas le même rôle que le >parent à travers ça. La
sensibilisation ne sera pas la même pour le parent ou pour... ou pour l'école,
et même pour l'enfant, et même pour l'enseignant, je dirais. Donc, c'est
important de pouvoir moduler, d'avoir des interventions, puis, encore une fois,
je parle d'information et d'éducation, pour que chacune des parties prenantes
se sente concernée, puisse comprendre c'est quoi leur rôle et par la suite les
mettre de l'avant de façon claire et tangible.
M. Carmant : Merci. C'est
beaucoup plus clair pour moi. Merci. M. le Président...
Le Président (M. Provençal)
: ...députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Bonjour à
vous, à vous tous et rebonjour. Je suis contente de vous voir aujourd'hui, cet
après-midi. Moi, j'avais une question sur votre proposition numéro 4. Dans
l'article 10, vous demandez de modifier... Pour nous, c'est vraiment clair
que c'est nécessaire qu'une personne soit vouée exclusivement au bien-être...
et du respect des droits des enfants. Donc, dans l'article 10, vous
dites : Pourrait être modifié en précisant que le commissaire peut faire
des recommandations au ministre lorsqu'il enquête sur la mise en œuvre des
programmes et la prestation des services qui sont destinés aux enfants et qui
relèvent des organismes publics. Vous parlez de quoi au juste? Vous parlez
que...
• (15 h 20) •
M. L. Soucis (Félix-David) : Bien,
je ne crois pas que c'est de nous. Je ne pense pas que c'est nous, Mme la
députée.
Mme Dorismond : Non?
M. L. Soucis (Félix-David) : Non.
Mme Dorismond : Je me suis
trompée.
M. L. Soucis (Félix-David) : Ça
ne me dit rien cette recommandation-là. Donc, c'est possible que... soit que
j'ai erré, là...
Le Président (M. Provençal)
:On va aller tout de suite à la
députée de Bonaventure, le temps...
Mme Dorismond : Je me suis
trompée de mémoire. Désolée. Je vais revenir.
Le Président (M. Provençal)
:Bon, Mme la députée de Bonaventure.
Mme Blouin : Oui. Merci, M.
le Président. On a beaucoup de mémoires, donc on pardonne la collègue.
M. L. Soucis (Félix-David) : Je
comprends.
Mme Blouin : Bonjour à vous.
Le Président (M. Provençal)
:Et là on a eu une perte de mémoire.
Mme Blouin : Je... D'abord,
bonjour. Merci de prendre ce temps-là avec nous aujourd'hui. Moi, en fait... On
entend parler depuis hier, vous l'avez effleuré aussi, on dit que c'est
important d'être sur le terrain. Le ministre parle de l'importance, aussi,
capitale de la première ligne. Et moi, j'aimerais un peu avoir votre vision
concrète, si on veut, du rôle du commissaire, en fait. Ça devrait ressembler à
quoi son quotidien? Ça devrait être quoi, par exemple, la proportion de sa
tâche qui devrait être réalisée sur le terrain, si on veut? Donc, j'aimerais
vous entendre un peu là-dessus, à savoir : Si c'était vous qui avais à
faire sa description de tâches, qu'est ce qu'on y retrouverait en priorité?
M. L. Soucis (Félix-David) : En
fait, c'est une très bonne question. Merci beaucoup, Mme la députée, c'est une
très bonne question. Puis un des aspects qu'on soulève dans notre mémoire,
c'est l'importance d'avoir les ressources, hein, les ressources nécessaires à
sa disposition pour être en mesure d'exercer son plein potentiel. Parce que si ce
n'était rien que de moi, il serait partout, tout en même temps. Vous me suivez?
Donc, c'est important qu'il soit en mesure de bien comprendre l'ensemble des
réalités régionales, comme je le disais un peu plus tôt à M. le ministre, mais
également de pouvoir... comment je pourrais dire ça, pour bien comprendre ce
qui se trouve sur le terrain, comprendre le pouls de l'ensemble des parties
prenantes, encore une fois, quand je parle, donc, des familles, bien entendu,
mais je parle aussi des organismes communautaires, qu'il comprenne c'est quoi
les enjeux en lien avec une problématique pour qu'ensuite il puisse avoir...
consulter également, puis comprendre, puis réussir à avoir des recommandations
qui lui sont propres. Pour ça, il va falloir réellement réfléchir à... comment
je pourrais dire ça... Comment on va réussir d'une part à y avoir accès aussi,
comment les enfants vont pouvoir y avoir accès. Est-ce qu'on parle de réseaux
sociaux? Mais pour ceux qui ont un statut socioéconomique précaire, qui n'ont
pas accès aux réseaux sociaux, est-ce que c'est un pignon sur rue? Est-ce que
c'est un numéro de téléphone? Est-ce que c'est un intervenant dans l'école?
Donc, comme vous voyez, les possibilités sont... sont multiples, puis ça va
dépendre vraiment des ambitions qu'on va avoir pour ce dernier.
Donc, si c'était de moi, je crois qu'il va
falloir avoir vraiment une perspective qui est beaucoup plus large, beaucoup
plus de terrain, mais qu'en même temps qui... On s'entend très bien, il ne
pourra pas sillonner le Québec partout, là, en même temps, mais il va devoir
nécessairement avoir un œil sur l'ensemble des parties prenantes relativement
aux différents enjeux.
Donc, je ne sais pas si ça répond à votre
question, mais voilà, c'est un peu notre perspective d'avoir vraiment une
vision de l'ensemble des choses... de l'ensemble des réalités qui sont sur le
terrain au Québec, mais pour aussi être en mesure de les analyser et d'arriver avec
des recommandations qui sont très... très probantes en lien avec les données
qui le sont également.
Mme Blouin : Oui, ça répond
bien à ma question. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Laporte.
Mme Poulet : Oui. Merci, M.
le Président. Merci à vous trois de votre présence. Dans votre mémoire, à la
page 7, vous mentionnez... vous faites référence au Rapport de synthèse
de l'étude mondiale sur les institutions indépendantes de défense des droits de
l'enfant, qui soutient que les enfants évoluent au sein de différents
systèmes, et que les politiques gouvernementales entraînent des répercussions
sur leur bien-être. Est-ce que vous pouvez davantage développer sur ce rapport
et les constats qui ont été faits?
M. L. Soucis (Félix-David) : Bien,
en fait, ce qu'on comprend, c'est... Par rapport à cet article-là, ce qu'il
faut comprendre, c'est, comme je le disais tout à l'heure, ça va... c'est... ça
dépends vraiment... l'enfant va être vraiment tributaire, en fait, de ce qu'on
décide pour lui, hein, il va vraiment être <tributaire...
M. L. Soucis (Félix-David) :
...
l'enfant va être vraiment tributaire, en fait, de ce qu'on décide pour lui,
hein, il va vraiment être >tributaire de ce qu'on décide pour lui puis
de ce qui va réussir à tomber sur le terrain par la suite. Donc, quand il est
en mesure de... Plus que les décisions sont éloignées, mais plus qu'elles
doivent, justement, réussir à tomber sur le... réussir à retomber sur le
terrain de façon concrète et, également, là, de façon ajustée en fonction des
difficultés. Donc, c'est pour ça que, quand on parle du commissaire, on doit
être en mesure, oui, d'avoir ces mesures-là, ces décisions-là qui sont...
mais... qui font sens au niveau de l'intérêt de l'enfant sur le terrain. Donc,
c'est dans cette perspective-là, là, qu'on avait cité, là, cette...
Mme Poulet : OK, merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme la députée. Nous
en sommes maintenant à l'étape où la députée de Robert-Baldwin va prendre la
relève.
Mme Garceau : Bonjour. Merci
beaucoup pour votre présence virtuelle et votre mémoire. J'ai bien apprécié
votre mémoire parce que vous êtes des gens de terrain, et on est là-dedans, on
est en train d'évaluer, évidemment, comment mieux rencontrer les besoins des
enfants sur le terrain, la défense de leurs droits sur le terrain et,
évidemment, de veiller à leurs meilleurs intérêts. Et je voulais voir... parce
que vous venez de parler des pouvoirs du commissaire, et, à la page... à la
page 2, vous parlez précisément : «Dans un autre ordre d'idées, des
préoccupations sont émises quant au réel pouvoir d'action du commissaire.»
Donc, pour vous, vous envisagez quoi? Un commissaire aurait quel genre de
pouvoirs à faire... d'avoir un impact réel sur le terrain pour nos enfants et
des familles?
M. L. Soucis (Félix-David) : Oui,
bien, comment vous avez pu le voir, là... hier, surtout, là, il y a différentes
instances qui sont similaires, hein, quand on parle de la CDPDJ, le Protecteur
du citoyen, le Protecteur national de l'élève également, qui ont des fonctions
similaires, bien que quelque peu différentes au travers de ça. Donc, ce qu'on
vient dire dans le cadre de notre mémoire, c'est que, pour instaurer... Dans le
fond, c'est qu'il faut que ce commissaire-là soit... je crois que c'est... Mme
Laurent qui disait qu'il faut qu'il soit au-dessus de la mêlée, bien il faut
qu'il ait aussi une vision d'ensemble, mais il faut qu'il ait aussi une logique
de reddition de comptes envers les recommandations qu'il va pousser. Je veux
dire, il faut que ce soit davantage qu'un porte-voix, il faut qu'on soit... il
faut qu'il soit en mesure d'avoir les ressources nécessaires pour aller au-delà
de ses recommandations. Quand je parle de ressources nécessaires c'est autant des
ressources légales, telles que le projet de loi, que les ressources humaines,
en fait, pour pouvoir faire ces suivis-là en lien avec les recommandations pour
s'assurer qu'une fois qu'elles sont faites auprès de différentes instances,
qu'elles soient publiques, privées, ou peu importe, qu'elles soient mises de
l'avant puis qu'elles soient réellement appliquées ou du moins qu'on puisse en
recevoir un suivi.
Mme Garceau : Avez-vous des
recommandations particulières à ce niveau-là, au niveau du... de suivi, en ce
qui a trait aux recommandations qu'un commissaire pourrait faire?
M. L. Soucis (Félix-David) : Bien,
on sait que la Loi sur les coroners a changé, puis, tu sais, je ne suis pas
juriste, là, on s'entend, là, on... c'est juste qu'on a une relation, nous,
comme ordre professionnel avec le coroner qui nous demande, notamment, de... en
fait, là, suite au changement de novembre 2022 de la loi sur le coroner de...
justement, là, de l'informer qu'on a pris connaissance des recommandations,
mais aussi de l'informer des mesures qu'on entend prendre pour corriger la
situation. Donc, est-ce qu'une forme de mesure pourrait... est-ce que cette
forme de mesure pourrait convenir à ce présent projet de loi? Je laisserais
peut-être, là, à la commission d'en juger, mais je crois qu'on doit vraiment
aller plus loin que ça pour justement maintenir cette confiance-là puis de s'assurer
que ce ne soit pas qu'une conférence de presse avec un rapport, puis qu'on
tourne la page par la suite, puis qu'on passe à autre chose. Il faut s'assurer
qu'il y ait un réel suivi, un réel pouvoir d'action qui va amener des
découlants qui sont concrets sur le terrain.
Mme Garceau : Un processus de
mise en œuvre des recommandations du commissaire, que ce...
M. L. Soucis (Félix-David) : Complètement.
Mme Garceau : ...que ce soit
prévu dans le projet de loi de façon spécifique.
M. L. Soucis (Félix-David) : Exactement.
Oui... Bien, en fait, on parlait... On parle beaucoup de leadership, hein, je
pense qu'on a parlé beaucoup de leadership dans le cadre des différentes
rencontres hier, mais j'irais davantage sur une autorité. J'irais jusque là,
d'avoir cette autorité-là de devoir... d'avoir une reddition de comptes, un
devoir de reddition de comptes envers le commissaire pour s'assurer qu'on
puisse avoir des suivis qui sont à la hauteur de l'importance de son mandat.
Mme Garceau : Vous mentionnez
à la page 9, et je voulais avoir plus de précisons à ce sujet-là, parce
que vous avez ces interactions directes avec les enfants et les familles qui
sont en <difficulté...
Mme Garceau :
...
avoir plus de précisons à ce sujet-là, parce que vous avez ces interactions
directes avec les enfants et les familles qui sont en >difficulté, qui
sont dans des situations vulnérables. Et je cite, là : «En fait, il est
aisé de trouver plusieurs institutions, organismes, des personnes qui doutent
et décrivent quotidiennement des... les difficultés que vivent les enfants et
les jeunes adultes au Québec. C'est pour cette raison que l'ordre affirme que,
pour effectuer une différence significative dans la société, la création du
poste de commissaire doit dépasser celui d'un porte-voix.» Pourriez-vous juste
préciser votre pensée à ce sujet-là? C'est quoi les difficultés? Et est-ce
qu'il y a une lacune en ce moment dans notre système, une lacune, en termes
d'inaction de certaines institutions, qui fait en sorte qu'on a besoin d'avoir
un commissaire pour gérer le tout?
• (15 h 30) •
M. L. Soucis (Félix-David) : Bien,
il y a deux choses, il y a deux choses là-dedans, il y a la capacité de faire
ces recommandations-là, en fait, de pouvoir les faire et de faire un suivi,
mais il y a aussi la capacité d'y répondre à ces recommandations-là.
On a vu, il y a un article qui est paru le
4 janvier dernier dans La Presse à cet effet-là où le coroner...
différentes instances publiques tardaient à répondre au coroner des
recommandations qui pouvaient s'ensuivre. Je ne suis pas en train de faire un
procès, là, aux instances publiques, ce n'est pas ça du tout. Mais la question
qu'on devrait se poser, c'est pourquoi on n'est pas en mesure de donner suivi?
Est-ce que c'est un manque de ressources? Est-ce que c'est un manque de
capacité, donc, de capacité de données ou un manque de capacité de suivi? Vous
comprenez? Donc, il y a plusieurs, par exemple, autres commissaires... autres
commissaires ou Protecteur du citoyen qui peuvent faire ces recommandations-là,
mais nous, ce qu'on veut rajouter par rapport à ce commissaire-là, le commissaire
aux droits et au bien-être de... au bien-être et aux droits des enfants, c'est
de s'assurer qu'il ait ce pouvoir-là d'aller chercher, puis qu'il ait les
ressources nécessaires, autant au niveau de... au niveau du côté où on reçoit
les recommandations, mais aussi au niveau de pouvoir en faire le suivi. Donc,
c'est sur deux niveaux qu'il va falloir réfléchir au niveau de cette
recommandation.
Mme Garceau : Vous référez à
quoi, de façon spécifique, quand vous parlez des difficultés que vivent les
enfants et les jeunes adultes au Québec? Qu'est-ce que vous, en termes de
psychoéducateurs et éducatrices, qu'est-ce que vous avez témoigné, en termes de
difficulté?
M. L. Soucis (Félix-David) : Bien,
en fait, il y en a plusieurs. Il y en a... il y en a beaucoup. En fait, il y a
beaucoup de fers de lance sur lesquels on essaie d'aller, mais celui qui est
primordial, c'est réellement celui de la prévention. Puis le mot phare que...
tu sais, puis ce qu'on dit, puis ce qu'on répète, c'est qu'on veut tout faire,
puis la raison pour laquelle... ce qui nous motive le plus à se présenter
aujourd'hui, c'est vraiment que la protection de la jeunesse devienne une
référence de dernier recours. On doit vraiment tout faire en sorte, puis ça,
c'est notre responsabilité collective. Puis quand on parle de prévention, puis,
tu sais... Il n'y a pas un rôle sociétal... Comme ordre qui... bien, en fait,
qui est dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines, puis je
pourrais dire que l'ensemble de mes homologues seraient d'accord à dire que la
prévention, c'est le fer de lance d'une société en santé. Si on est capable de
réussir à combiner l'ensemble de nos... de notre effort collectif à l'endroit
de la prévention, je crois qu'on peut arriver à quelque chose, il s'agit juste
de nous donner les moyens et les ressources pour y parvenir. Donc, je vous
dirais que la prévention, vraiment, c'est notre plus grand fer de lance, à ce
moment-ci.
Mme Garceau : Je voulais,
juste un instant, à la page 10, vous parler d'un projet, c'est un projet
de «regroup» diverses... d'instances gouvernementales avec des partenariats
avec les autochtones représentant la région régionale de la santé et services
sociaux du Nunavut, les conseils de Cris, comment ça fonctionne, ce
regroupement-là?
M. L. Soucis (Félix-David) : C'est
un... c'est un... En fait, c'est un comité sur lequel on travaille depuis quand
même plusieurs années, sur lequel on a vraiment... on a collaboré avec
l'ensemble des partenaires ici présents... bien, ici présents, ici présents
dans le document que je vais dire, sur la... dans notre mémoire, mais qui
servait justement à se concerter autour de comment on pouvait faire pour
favoriser, dans le système allochtone bien entendu, hein, dans notre système
allochtone, comment qu'on pouvait favoriser, autoriser des intervenants
autochtones à pratiquer les activités réservées. Donc, dans le cadre de ce
chantier-là, il était question d'aborder... oui, au niveau de la formation, au
niveau de l'ensemble, en fait, pour favoriser justement le travail des
personnes, en fait, des Premières Nations et Inuits à travers leur... leur
communauté, pour ensuite, justement, qu'ils soient en mesure d'assurer la
sécurisation culturelle par la suite de leur peuple.
Mme Garceau : OK, merci.
J'ai-tu encore du temps?
Le Président (M. Provençal)
:Il reste...
Mme Garceau : Une minute. Je
voulais juste voir avec vous, vous avez parlé d'un processus de sélection du
commissaire, vous voulez que ce processus-là soit transparent en termes de la
nomination. Est-ce que vous avez un processus en tête?
M. L. Soucis (Félix-David) : Oui,
bien, en fait, on ne l'a pas mis en recommandations parce qu'on...
15 h 30 (version révisée)
Mme Garceau : ...transparent
en termes de la nomination. Est-ce que vous avez un processus en tête?
M. L. Soucis (Félix-David) :
Oui, bien, en fait, on ne l'a pas mis en recommandation parce qu'on fait
entièrement confiance, là, en... au Parlement, là, pour, justement, avoir un
processus qui est transparent et tout ça, c'est plus un point de vigilance,
hein? Quand on parle de processus neutre et objectif, c'est s'assurer de la
confiance que ce Commissaire-là va pouvoir... en fait, que la confiance qu'on
va pouvoir lui donner... c'est de s'assurer que la population sache que la
façon dont il a été nommé n'est pas de façon partisane, par exemple, on s'entend?
Puis je ne suis pas en train de dire qu'il va y avoir une nomination partisane,
c'est juste d'avoir cette sensibilité-là, de s'assurer qu'il n'y ait pas de...
d'apparence de conflit d'intérêts dans le processus de nomination du Commissaire.
Donc, quand on parle de processus neutre, hein, on parle de quelque chose qui
doit être neutre, qui est exempt de partisanerie, mais aussi, au niveau
objectif, qu'on sache quels sont les critères qui l'ont mené... quels sont les
critères qui mènent cette personne-là à être la bonne personne pour être le Commissaire.
Donc, c'est vraiment plus une vigie pour s'assurer qu'on ait l'adhésion de la
population, puis qu'ultimement, il soit en mesure de bien... comment je
pourrais dire ça, avoir la confiance qu'il mérite pour exercer son mandat.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Ça va être maintenant
au tour de... du député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup à tous et à toutes pour votre présentation très intéressante. Merci
pour le mémoire aussi, les recommandations sont claires. J'ai une question sur quelque
chose qui n'est pas là, notamment sur la question des pouvoirs et de la CDPDJ.
Je me demandais si vous, vous aviez pris une position ou si vous aviez une
position, là, suivant ce que Mme Laurent dit dans son mémoire. Où est-ce
que vous en êtes, vous, là-dessus, sur le transfert au Commissaire, oui ou non?
M. L. Soucis (Félix-David) :
Il faut que ce soit clair. Peu importe s'il lui donne ou non, je crois que
ça va être important d'informer la population, hein, d'informer la population
sur quels sont les mandats qu'on lui donne, au Commissaire, pour s'assurer qu'il
n'y ait pas de... d'imbroglio non plus entre les différentes parties. Donc,
est-ce qu'il doit être séparé, est-ce qu'il doit être... est-ce que les
pouvoirs doivent lui être délégués ou non, on ne s'est pas prononcés là-dessus,
mais l'importance qu'on transmet, puis ce qui est important pour, surtout, la
population, pour les enfants, c'est que son rôle soit bien communiqué à l'ensemble
de la population pour qu'on sache pouvoir lui... se référer à ce dernier-là de
bonne... de la bonne façon.
M. Cliche-Rivard : Puis,
à votre avis, actuellement, est-ce que le rôle qu'on donne à la CDPDJ, il est
pleinement rempli ou si les faits ou ce que Mme Laurent indique nous
amèneraient à, plutôt, transférer ces pouvoirs-là vers un autre acteur, selon
vous?
M. L. Soucis (Félix-David) :
Je ne pourrais pas me prononcer sur le... je veux dire, je ne pourrais pas
me prononcer sur cette question-là par rapport à la CDPDJ. Ce n'est pas notre
mandat nécessairement, bien qu'on peut... on peut avoir certains troncs communs,
si on veut, au niveau de la protection de la... les intérêts des enfants,
notamment, mais je ne pourrais pas me prononcer nécessairement, là, on ne s'est
pas penchés sur la question.
M. Cliche-Rivard : Parfait.
Je comprends tout à fait. Question... il y a des belles recommandations, comme,
par exemple, de faire de la prévention une priorité. Ça, je vous entends. Dans
un projet de loi, comment on... comment on inscrit ça ou comment on s'assure
que la loi soit limpide à l'effet que cette priorité-là soit vraiment enchâssée
dans... dans le texte? Comment on peut faire ça?
M. L. Soucis (Félix-David) :
L'idée avec laquelle on s'est posé... en fait, l'idée avec laquelle on a
réfléchi cette question-là, c'est toujours dans une perspective de...
psychoéducative, hein? Quand on parle de prévention, c'est : Comment qu'on
réussit à l'enchâsser? Maintenant, on n'est pas juristes, on ne pourra pas
nécessairement bien le définir. C'est vraiment l'idée avec laquelle vous, la
commission, allez pouvoir réfléchir aux alentours de cette importance de la
prévention là. Donc, est-ce qu'on parle de réellement avoir des pouvoirs d'action,
comme on le soulève, de la façon dont ça va pouvoir être modulé? Est-ce que ses
rôles vont pouvoir être clarifiés? Est-ce qu'on va être en mesure de bien
comprendre comment il va pouvoir intervenir avec les parents, qui ne sont pas
nécessairement présents dans le projet de loi également? Donc, comment qu'on
réussit à rassembler l'ensemble des parties prenantes?
Il y a une partie, également, dans le
projet de loi, qui parle, dans la section deux, des pouvoirs, hein, on parle
beaucoup que le Commissaire peut, notamment... à notre... à notre avis, l'importance...
il devrait, en fait, il doit, notamment, donc, il doit consulter l'ensemble des
parties prenantes pour réellement avoir un pouvoir préventif avec l'ensemble
des parties prenantes qui sont présentes... qui seront présentes, en fait, tout
dépendamment des enjeux qui seront... qui seront soulevés.
M. Cliche-Rivard : Puis
vous lui dites, en même temps, d'avoir un rôle très tangible de suivi de
recommandations puis de s'assurer que ça, ça soit mis en place. Donc, ce que
vous cherchez, c'est quand même un équilibre entre les deux, là, ce n'est pas
seulement préventif. Vous, vous voulez donner un mordant supplémentaire pour la
mise en œuvre des recommandations.
M. L. Soucis (Félix-David) :
C'est... oui, c'est un bon résumé, là, je pourrais dire. C'est... bien, on
veut... on veut s'assurer que les recommandations puissent être appliquées.
Mais attention, comme je disais un peu plus tôt, il faut s'assurer aussi que
les personnes qui reçoivent les recommandations aient les ressources pour s'assurer
de les remplir. Donc, c'est un équilibre qui n'est pas évident, mais auquel il
va falloir réfléchir, aussi, à comment que... si on parle, par exemple, des
enjeux d'accès aux services, si les services sont inexistants, c'est très dur
donner des services à une population. Vous me suivez? C'est vraiment de <s'assurer...
M. L. Soucis (Félix-David)T :
...d'accès aux services, si les services sont inexistants, c'est
très dur donner des services à une population. Vous me suivez? Donc, c'est
vraiment de s'assurer >de ça.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci, M. le député. Nous allons
poursuivre avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Merci, M. le Président. Merci à vous pour votre présentation. Puis, c'est
intéressant de voir que près de la moitié de vos membres travaillent auprès des
enfants, des jeunes adultes. Donc, c'est du concret, c'est du terrain. Donc,
votre participation est appréciée.
Vous... je vais continuer sur la question
de la prévention. Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion d'entendre les
autres témoins hier, dont M. Bouchard, qui disait : Il faut non
seulement parler de prévention, mais prévention de la maltraitance et en faire
une obsession. Quel est votre point de vue sur, justement, l'état de situation
de la... des jeunes et de la maltraitance, en particulier, puis du lien que
M. Bouchard faisait avec un problème, un enjeu de santé publique?
M. L. Soucis (Félix-David) :
Bien, ça revient encore une fois... puis, tu sais, si je peux me permettre
de revenir un peu sur notre perspective, hein, qui est davantage avec
l'écosystème dans lequel on... on vit nécessairement en protection de la
jeunesse. Quand on regarde le niveau de signalements, quand on regarde l'importance
des signalements, l'importance de la prévention, elle est là, donc, elle est
là, ici. Donc, je suis totalement d'accord avec les propos de M. Bouchard,
dans l'optique où il faut vraiment réussir à mobiliser l'ensemble des parties
prenantes autour de ça, que ce soit, oui, certainement, au niveau de la
maltraitance, mais pour l'ensemble des problématiques également. Donc, il y en
a plusieurs, puis on... je pourrais... je pourrais vous en donner plusieurs,
mais il y a plusieurs enjeux qui méritent des actions de prévention, dont la
maltraitance, qui... qui est tout à fait très importante parce qu'on s'entend,
la maltraitance vient à... viens à, justement, des signalements et vient,
justement, surcharger cette instance-là qui devrait réellement être une mesure
de dernier recours. Donc, pour ce qui est de l'ensemble des problématiques, je
pense qu'elles méritent toutes d'être abordées. Mais, oui, la maltraitance est
tout aussi importante que... que l'ensemble des cas.
• (15 h 40) •
M. Arseneau : Oui. Mais
vous, vous êtes... ou, en tout cas, vos membres sont sur le terrain. Est-ce que
vous estimez qu'on est dans une crise de santé publique eu égard à la
maltraitance envers les enfants là, et qu'il faut intervenir en amont?
M. L. Soucis (Félix-David) :
Bien, je n'irais pas jusque là, je n'ai pas... on n'a pas colligé ces
informations-là. Je ne pourrais pas vous dire. On sait... on sait que c'est un
important problème, là, on n'a pas... Je veux dire, on... on sait que c'est un
important problème, la hausse des signalements. Mais pour vous dire exactement
si on parle d'une crise, et tout ça, on ne peut pas nécessairement s'avancer
là-dessus, mais on sait que c'est un réel problème pour lequel il faut
réellement adresser les... des mesures préventives. Ça, on est tout à fait
d'accord.
M. Arseneau : Oui, je
comprends. Je veux aussi revenir sur la recommandation six.
Vous dites qu'il faut prévoir et offrir un accompagnement approprié répondant
aux besoins particuliers des enfants et des jeunes pour la transition à la vie
adulte. Et je trouve ça fort intéressant. Est-ce que vous pourriez élaborer un
peu? Quels sont les, justement, les services ou les besoins auxquels il faut
répondre à cet égard?
M. L. Soucis (Félix-David) :
J'ai eu une discussion il n'y a pas plus tard que voilà deux semaines,
justement, sur le sujet où je présentais à certains intervenants de la
protection de la jeunesse le projet de loi pour lequel j'abordais quels sont
les services pour cette transition vers la vie adulte. Je vous dirais que je
n'ai pas reçu beaucoup de choses. J'ai reçu, en fait, certaines interactions où
on me disait que, bien que la Loi sur... la Loi la protection de la jeunesse,
il y a eu des modifications qui sont venues, justement, favoriser la
préparation des enfants vers la vie autonome, le problème, c'est que pour les
jeunes qui présentent des difficultés au niveau... bien, en fait, qui
fréquentent les centres de réadaptation, qui fréquentent les services de la
protection de la jeunesse, après 18 ans... à 18 ans moins un jour,
oui, ils ont des services, mais à 18 ans et un jour, il n'y a plus rien et
des poussières. En fait, il y a des poussières, peut-être, ou certains
accompagnements jusqu'à un certain temps.
M. Arseneau : On les
laisse tomber.
M. L. Soucis (Félix-David) :
Bien, est-ce qu'on peut dire qu'on les laisse tomber ou il n'y a pas de
services? Bref, il y a nécessairement un trou de services selon les dires des
professionnels.
M. Arseneau : Bien,
c'est que vous, vous parlez de besoins spécifiques et criants pour ces jeunes
adultes. Il doit y avoir mieux à faire, disons.
M. L. Soucis (Félix-David) :
Tout à fait, tout à fait. Puis il y aurait une réflexion, puis, tu sais, on
pourrait penser aussi à d'autres centres de réadaptation, notamment les centres
de réadaptation physique, qui ont des offres de services de 0-100 ans. Je
ne suis pas en train de dire qu'il faudrait avoir une offre de services 0-100 ans,
mais on s'entend que la transition vers la vie autonome en appartement ou
encore la vie socioprofessionnelle est un enjeu excessivement important pour
des enfants qui, on pourrait dire, ont un certain handicap socioémotionnel. On
peut se le dire comme ça. Donc, c'est important de pouvoir les accompagner
de... avec les services spécifiques pour pouvoir les soutenir réellement à
favoriser une vie autonome, mais pleine et entière également.
M. Arseneau : Merci
beaucoup.
M. L. Soucis (Félix-David) :
Ça fait plaisir.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je tiens à remercier
Mmes Lacombe, Saint-Gérard et M. Soucis pour leur contribution et
leur participation à nos travaux. Sur ce, je vais suspendre les travaux pour
permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup à vous trois pour
votre contribution. Bonne fin de journée.
Des voix : Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 44)
(Reprise à 15 h 47)
Le Président (M. Provençal)
:Nous reprenons nos travaux. Nous
allons maintenant <recevoir...
(Reprise à 15 h
47)
Le
Président (M. Provençal)
:
Nous reprenons nos travaux. Nous allons maintenant
recevoir
>Me Catherine Claveau, Me Martin et Me Pelletier du Barreau
du Québec. Vous avez 10 minutes pour votre présentation et, par la suite,
nous aurons un échange. Merci.
Mme Claveau (Catherine) : M.
le Président, M. le ministre responsable des services sociaux, mesdames et messieurs
les députés, je suis Me Catherine Claveau, bâtonnière du Québec. Je suis
accompagnée aujourd'hui de Me Anne Martin, membre de notre groupe d'experts en
droit de la jeunesse et de Me Fanie Pelletier, du Secrétariat de l'Ordre et
affaires juridiques du Barreau du Québec. Nous vous remercions d'avoir invité
le Barreau du Québec à participer aux consultations entourant le projet de loi
n° 37, qui prévoit la nomination par l'Assemblée nationale d'un commissaire au
bien-être et aux droits des enfants.
Depuis plusieurs années, le Barreau du
Québec a soulevé, à maintes occasions, les importants enjeux provoqués par
l'insuffisance, voire l'absence des ressources de première et de deuxième ligne
en protection de la jeunesse. Nous avons également insisté sur le fait que
cette situation est amplifiée par des disparités régionales importantes, de
même que par la situation particulière en milieu autochtone. De plus, animé par
sa mission de protection du public ainsi que de celle reliée à l'accès à la
justice, le Barreau du Québec demeure grandement préoccupé par les trop longs
délais de traitement des signalements, tant à l'égard de ceux qui doivent être
judiciarisés que ceux qui méritent toute autre attention immédiate de la part
de la direction de la protection de la jeunesse . C'est pourquoi nous saluons
le dépôt de ce projet de loi qui s'attarde sur ces difficultés et cherche à
venir en aide aux enfants les plus vulnérables. Nous comparaissons devant vous
aujourd'hui afin de mettre en lumière certaines perspectives de bonification du
texte et de vous offrir d'autres outils pour garantir la protection des
enfants.
Premièrement, le Barreau du Québec
rappelle que la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse, la CDPDJ, a d'ores et déjà le <mandat...
Mme Claveau (Catherine)T :
...pour garantir la protection des enfants.
Premièrement, le Barreau du Québec
rappelle que la
Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse, la CDPDJ, a d'ores et déjà le mandat> de veiller au respect
des droits garantis par la Charte des droits et libertés de la personne pour
les enfants et les jeunes adultes. Elle dispose également d'un pouvoir
d'intervention en matière de protection de la jeunesse. De ce fait, nous nous
interrogeons sur le modèle proposé dans le projet de loi visant à permettre
tant au Commissaire au bien être et aux droits des enfants qu'à la CDPDJ de
soutenir les enfants dans l'exercice de leurs droits et de mener des enquêtes
sur les services offerts aux enfants par des établissements ou des organismes
publics.
En effet, nous craignons qu'en pratique,
l'ajout d'un autre organisme fasse en sorte qu'il y ait deux enquêtes
parallèles pour la même situation, et ce, même si le Commissaire devra
respecter les champs de compétence de la CDPDJ. Nous estimons également que,
dans le contexte actuel de pénurie de main-d'œuvre et les objectifs de saine
gestion des finances publiques, il apparaît judicieux d'éviter de dupliquer les
mandats octroyés à de tels organismes. Le Barreau du Québec est donc d'avis
qu'un seul organisme devrait avoir comme fonction de s'occuper de tous les
enfants.
• (15 h 50) •
Le projet de loi prévoit, en outre, que le
Commissaire pourra, d'office ou à la demande de l'Assemblée nationale, faire
enquête dans l'exercice de ses fonctions et produire un rapport à cette fin.
Nous sommes d'avis que le projet de loi pourrait être bonifié par l'ajout de la
possibilité, pour le Commissaire, de faire des recommandations au ministre
lorsqu'il enquête sur la mise en œuvre des programmes et sur la prestation de
services qui sont destinés aux enfants et qui relèvent des organismes publics.
Le Barreau du Québec tient également à
porter à votre attention une situation particulière qui mérite réflexion. Il
s'agit du besoin de protection du patrimoine des enfants, particulièrement des
enfants dont la situation est prise en charge par la DPJ. Vous devez savoir
que, plusieurs fois par année, les avocats sont consultés sur le rôle de la DPJ
dans les situations d'enfants dont un parent décède, alors que l'autre parent
ou le tuteur n'est pas suffisamment impliqué pour s'assurer de la protection
des intérêts patrimoniaux de leur progéniture. Ainsi, nous proposons que le Commissaire
puisse se voir confier ce rôle d'assister les enfants se retrouvant dans cette
situation.
Vous me permettrez maintenant de
poursuivre sur le thème du commissaire associé dédié au bien-être et aux droits
des enfants autochtones. Le projet de loi prévoit la nomination et les
responsabilités d'un commissaire associé dédié au bien-être et aux droits des
enfants autochtones. Celui-ci relèverait du Commissaire et l'assisterait dans
l'exercice de ses fonctions afin que les intérêts des enfants et des jeunes
adultes autochtones soient pris en considération.
Rappelons que la commission Laurent avait recommandé
la création d'un poste de commissaire adjoint au bien être et aux droits des
enfants autochtones. Il appert, cependant, que la commission préconisait
l'indépendance de ce commissaire adjoint par rapport au Commissaire au
bien-être et aux droits des enfants, alors que l'article 15 du projet de
loi prévoit plutôt un... un assujettissement du commissaire associé au Commissaire.
En cohérence avec ses propositions
antérieures quant au soutien et à la promotion de l'autodétermination des
peuples autochtones, le Barreau du Québec préconise lui aussi de prévoir un
poste indépendant de commissaire dédié au bien-être et aux droits des enfants
autochtones. De plus, en vertu de ce principe d'autodétermination, il
conviendrait de prévoir un processus de nomination autodéterminé par les
communautés autochtones elles-mêmes, par le biais, par exemple, des
organisations ou des entités de gouvernance autochtones.
Précisons qu'à ce sujet, le projet de loi
ne contient aucun mécanisme de soutien dédié aux communautés souhaitant établir
leur propre commissaire autochtone. La commission Laurent prévoyait pourtant le
devoir, pour le Commissaire, de soutenir les communautés et... les communautés
et les nations autochtones qui souhaiteraient se doter d'une institution dédiée
au bien-être et aux droits des enfants autochtones. Le Barreau du Québec
propose donc aux législateurs d'ajouter au projet de loi, après consultation
auprès des interlocuteurs autochtones, des modalités de nomination éventuelle
d'un ou de plusieurs commissaires autochtones, accompagnées d'une garantie de
soutien, notamment financier, pour les communautés ou les regroupements
souhaitant se prévaloir de cette option.
Forts de ces propositions, nous estimons
enfin que le préambule proposé par le projet de loi pourrait être revu afin de
refléter adéquatement l'intention du législateur de promouvoir le bien-être et
le respect des droits de tous les enfants et de veiller à la protection de
leurs intérêts. En terminant, le Barreau tient à réitérer qu'il salue le dépôt
de ce projet de loi. Par la même occasion, nous offrons toute notre
collaboration au ministre et à cette commission afin que les modifications
nécessaires au projet de loi soient apportées pour qu'il atteigne pleinement
ses objectifs. D'autres commentaires se trouvent dans notre mémoire, et il nous
fera plaisir d'en discuter avec vous. Nous vous <remercions...
Mme Claveau (Catherine)T :
...pour qu'il atteigne pleinement ses objectifs. D'autres
commentaires se trouvent dans notre mémoire, et il nous fera plaisir d'en
discuter avec vous. Nous vous remercions>, encore une fois, pour cette
invitation à comparaître et sommes maintenant disposés à répondre à vos
questions.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Me Claveau. Alors, M.
le ministre, je vous cède immédiatement la parole.
M. Carmant : Merci, M.
le Président. Bonjour, Me Claveau, Me Martin, Me Pelletier, merci d'être avec
nous. Deux fois en une semaine, Me Claveau. Bien, je suis un peu surpris par
votre première... premier commentaire, parce que la CDPDJ a accueilli, quand
même, très positivement le projet et voit une belle complémentarité entre son
rôle et celui du Commissaire. Est-ce que vous nous suggérez de mettre le Commissaire
à l'intérieur de la CDPDJ ou... comment vous voyez ça, ce... Vous dites que
vous voulez, c'est... vous trouvez ça particulier de créer une deuxième
instance. Pouvez-vous élaborer?
Mme Claveau (Catherine) : Disons
que, tu sais, l'important, c'est de clarifier les pouvoirs de chacun, et
l'option, effectivement, d'ajouter des pouvoirs à la CDPDJ existante serait,
effectivement, une option, c'est-à-dire, on aurait un seul organisme qui
intégrerait, à l'intérieur de cet organisme-là, le poste de Commissaire et les
responsabilités du Commissaire.
L'important, pour nous, c'est vraiment que
l'objectif de ce projet de loi là soit atteint, c'est-à-dire que tous les
enfants soient protégés, que tous les enfants sachent à qui s'adresser. Et...
et faire attention, justement, là, que les rôles de chacun soient bien précis
et, pourquoi pas, faire... Et effectivement, là, le fait de rapatrier ces
responsabilités à la CDPDJ pourrait être une option.
M. Carmant : D'accord.
Puis une autre chose aussi, vous avez mentionné que le projet de loi ne
comporte aucune obligation de rendre accessible le Commissaire à tous les
enfants. Ça me semblait une évidence. Comment... comment pourrions-nous le
clarifier?
Mme Claveau (Catherine) : Je
vais laisser la parole à Me Martin, qui pourrait peut-être pouvoir répondre à
cette question-là.
Mme Martin (Anne) : En
fait, c'est... comme le dit Me Claveau, en fait, ce qu'on.... ce qu'on
souhaite, tout dépendamment de la structure qui sera envisagée, c'est vraiment
de clarifier quel rôle appartient à quel organisme, puisque lorsqu'on regarde
les différentes lois déjà existantes, par exemple, la Charte des droits et
libertés, par exemple, à l'article 75 de la loi, on a des... une responsabilité
pour la commission de promouvoir les droits... les droits de l'enfant, et on a
un peu la même chose qu'on retrouve dans le projet de loi du Commissaire...
pour le Commissaire.
Alors, c'est sûr que ce qu'on souhaite
vraiment, ce n'est pas tant... ce n'est pas tant de choisir la structure que le
Barreau souhaite, mais de s'assurer que ce soit accessible. Et la commission
Laurent avait bien précisé, dans son rapport, avait analysé la structure
unique, en fait, et souhaitait vraiment que ce soit accessible à l'ensemble des
enfants, et ça, c'était très clair. D'ailleurs, on le retrouve dans le... dans
le préambule. Et c'était dans cette optique-là, pour eux, que c'était évident que
ça devait être une seule entité. Et, dans la mesure où dans le projet de loi
actuel, on regarde, on va vers... en respect de d'autres entités, comme la
CDPDJ, le Protecteur du citoyen et le Protecteur national de l'élève, on se
rend compte qu'il y a plusieurs, quand même, responsabilités qui peuvent être
partagées par chacune d'elles.
Alors, le souhait du Barreau, c'est
vraiment, étant donné qu'on veut porter la voix des enfants, on veut que cet
organisme-là soit accessible à l'ensemble des enfants, et, pour porter leur
voix, bien, il faut avoir un contact direct avec eux. Donc, c'est... On veut...
On croit que c'est accessible aux enfants, mais dans la structure actuelle, on
croit aussi qu'il faut s'assurer de clarifier les rôles et responsabilités de
chacun pour que, dans les faits, que sur le terrain, ce soit vraiment
accessible à l'ensemble des enfants, notamment à ceux de la protection de la
jeunesse, qui ont une vulnérabilité supplémentaire.
M. Carmant : Merci.
Donc, si je prends les modifications «considérant» que vous avez noté, ça
répondrait à votre demande. Parce que moi, je les trouvais tous très
raisonnables, là. C'est un oui?
Mme Martin (Anne) : Me
Claveau, est-ce que vous voulez que... que j'y aille?
Mme Claveau (Catherine) : Oui.
Mme Martin (Anne) : Oui.
Alors, évidemment, bien, les ajouts qu'on a fait à notre mémoire, oui, on croit
qu'ils sont... qu'ils sont tout à fait pertinents, mais on vous invite
également, là, à se questionner, à regarder les structures de chacun, puis ce que
je retiens aussi, hier, du protecteur de l'élève, et à quelques occasions, dans
son... dans... dans son allocution, il a parlé aussi de certaines... clarifié
certaines... confusions, <s'assurer...
Mme Martin (Anne)T :
...occasions,
dans son... dans... dans son allocution, il a parlé aussi de certaines...
clarifié certaines... confusions, s'assurer >que ce soit accessible et
clair pour la population. Et c'est ça qu'on retient, le Barreau, entre autres,
s'assurer que ce soit vraiment accessible dans la structure qui est proposée et
non la structure qui est... qui avait été proposée par la... par Mme Laurent.
M. Carmant : D'accord.
Mme Claveau (Catherine) : Si
vous me permettez de compléter, M. le ministre?
M. Carmant : Oui.
Mme Claveau (Catherine) : Il
est vraiment important, nous estimons, dans le projet de loi, de préciser où
les enfants pourront se diriger lorsqu'ils vont avoir besoin, qu'ils ne soient
pas pris dans un dédale de... d'organismes, qu'ils sachent vraiment... qu'il y
ait une première ligne claire et qu'on le... qu'on le guide bien vers les
ressources pour... pour le protéger.
M. Carmant : Oui, je
vous... je vous... je vous suis, tout à fait. Puis, en soit, je pense que c'est
le défi pour nous aussi, là, ce... dans l'étude détaillée.
Pour... pour le commissaire associé, je
pense que ce qu'on voulait, c'est vraiment... Vous avez utilisé le mot
«assujetti», là, puis ce n'était pas notre... notre intention. Mais, d'un autre
côté, nous, ce qu'on voulait éviter, c'est d'avoir deux structures totalement
indépendantes, puis même les Inuits nous ont demandé une troisième structure
totalement indépendante votée par l'Assemblée nationale, ça devient un peu
complexe, tout ça. Mais nous, on... on veut l'autonomie et le... et le... et
l'écosystème des Premières Nations avec les enfants puis avec les... leurs
populations. Ça fait que ça, je pense qu'on peut le clarifier. Est-ce que c'est
dans ce sens-là que vous faisiez vos commentaires, par rapport à
l'indépendance? Vous voudriez... Vous aussi, vous parlez d'une structure votée
à l'Assemblée nationale, qui... pour chacun de ces commissaires-là, là. Et là,
on en a trois, peut-être qu'on va en avoir 13, si on écoute les demandes de
tout le monde.
• (16 heures) •
Mme Pelletier (Fanie) : Oui,
en effet, M. le ministre. En fait, l'indépendance que l'on préconise, c'est
toujours dans l'optique de... du droit à l'autodétermination des peuples
autochtones. Alors, maintenant... Puis, même au niveau du mode de nomination,
vous voyez, on préconise que même le mode de nomination du ou des éventuels,
appelons-les commissaires autochtones ou Premières nations et Inuits, soit...
même que le processus de nomination soit déterminé par les communautés
elles-mêmes. Donc, est-ce qu'il serait nommé par l'Assemblée nationale, là, on
n'allait pas jusque là. On préconise vraiment que ce soient les communautés ou,
disons, les corps dirigeants, pour utiliser l'expression, là, de M. Picard,
qui décident à la fois du mode de nomination et de la structure éventuelle.
M. Carmant : D'accord.
Hier, on a reçu Me Leblanc, je pense, qui... que vous connaissez, là, que... Je
voyais les membres de votre... comité-conseil, et Mme Audet, puis elles
nous ont parlé de... que parfois, les enfants qui allaient en cour, là, n'avaient
pas l'occasion de rencontrer leur avocat. Comment on explique cette
situation-là, puis comment on la corrige?
Mme Claveau (Catherine) : C'est
une situation pour laquelle... n'a pas été portée à notre attention, M. le
ministre. Ce sont peut-être des cas d'espèce, je pense qu'il ne faut pas
généraliser. Nous, c'est important, tous nos avocats sont tenus aux mêmes
obligations déontologiques. C'est-à-dire que, s'ils décident de faire du droit
de la jeunesse et représenter des enfants, ils ont une obligation déontologique
de les rencontrer et de bien les représenter. Donc, pour nous, ce... de ce
que... ce que... ce qui a été dit hier à la commission ne... n'a pas été mis à
notre attention et n'a pas... et on ne supporte pas cette prétention-là non
plus. Et, vraiment, pour nous, ce qui est important... Puis nous offrons
d'ailleurs plusieurs formations en droit de la jeunesse, puis nous nous
montrons, d'ailleurs, disponibles pour améliorer l'offre de formation, pour
faire en sorte que nos membres puissent bien améliorer l'accompagnement, le cas
échéant. Mais à notre connaissance, on ne peut pas faire une généralité de ce
qui a été dit en commission à ce sujet-là.
M. Carmant : Bien, je
suis quand même surpris, parce que Me Leblanc est sur ce que vous appelez votre
groupe d'experts en droit de la jeunesse, là, c'est un peu particulier qu'elle
ne vous l'ait jamais soulevée, cette problématique-là.
Mme Claveau (Catherine) : Disons
que ça... ça peut être une surprise de notre part également, mais Me Leblanc
est une de nos expertes sur le comité, cet enjeu-là n'a pas été soulevé lors
des discussions. Mais Me Leblanc, je... ce qu'on comprend, ce qu'elle est...
elle a été impliquée dans d'autres instances et elle accompagne d'autres
personnes, mais c'est... Nous ne... nous ne supportons pas la déclaration
qu'elle a faite sous un autre chapeau que celui de faire partie de notre comité
d'experts, ici, au Barreau du Québec.
M. Carmant : D'accord.
Et, si c'est le cas, est-ce...
16 h (version révisée)
M. Carmant : ...est-ce qu'il y
a quelque chose que l'on peut faire pour corriger la situation?
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
encore une fois, comme je vous dis, moi... nous... c'est... ce qui est... ce qu'il
faut faire, c'est... c'est accompagner nos membres, donc, bien les former, leur...
leur rappeler leurs obligations déontologiques. On ne peut pas s'improviser
procureur à l'enfant si on... si on ne s'en occupe pas bien. Et moi, j'ai bien
confiance que nos membres ont ça... on ça derrière la... ont ça... la majorité
de nos membres ont conscience de ça et sont conscients de cette obligation
déontologique là. Et nous sommes, encore une fois, très volontaires pour les
accompagner, pour améliorer leur formation ou même du coaching ou quoi que ce
soit. C'est une situation... si vraiment elle est réelle, nous, on offre notre
collaboration pour l'améliorer... c'est certainement le cas.
M. Carmant : Bien, je vous
remercie beaucoup, puis on va faire un suivi. Une autre chose qu'on aimerait, c'est...
hier, on parlait d'une formation particulière pour ceux qui... en droit de la
famille, qui sont les représentants des enfants. On m'a dit que l'idée avait
déjà été soulevée. Moi, je serais prêt à vous accompagner, à aller vers ça, là.
Pouvez-vous me donner plus de détails?
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
effectivement, c'est quelque chose... Bien, je pense, effectivement, ça
provient d'une recommandation de la commission Laurent, à laquelle nous
adhérons également. Elle... malheureusement, elle n'a pas encore été
concrétisée, mais c'est quelque chose qu'on a encore sur notre table à dessin.
Donc, nous, l'offre de formation, on ne souhaite que l'améliorer. Donc, je
répète que c'est important pour nous d'accompagner nos membres pour qu'ils
soient le plus compétents possible, alors l'idée de... créer une formation
adaptée à ces situations-là, qui pourrait contenir du légal et du psychosocial,
c'est quelque chose qui est tout à fait réalisable pour nous et, avec plaisir,
on pourrait accompagner le ministère s'il y a... s'il y a... on peut réfléchir
à une formation complète, là, pour les procureurs en droit de la jeunesse.
M. Carmant : OK, puis ça se
serait sous quel format? Selon vous, ça nécessiterait quel type... tu sais, au
niveau universitaire, ou...
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
écoutez, il faudrait...
M. Carmant : ...ou formation
continue ou...
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
nous, dans... dans le plan de notre formation continue, vous savez, les membres
du Barreau sont tenus de... de suivre au moins 30 heures de formation
obligatoire en... dans deux années pratiques, puis, évidemment, leur obligation
professionnelle fait en sorte qu'ils doivent se... suivre des formations dans
leur... dans les domaines où est-ce qu'ils exercent. Donc, dans le cadre de
cette obligation de formation obligatoire là, on pourrait offrir des formations
aux avocats.
M. Carmant : D'accord. Juste
pour revenir, peut-être, avec le... Comment vous voyez la collaboration entre
le Commissaire, la CDPDJ et votre organisme, et le Barreau? Comment vous...
est-ce que vous pouvez me... Quelle serait la collaboration idéale entre ce...
ce trio-là?
Mme Claveau (Catherine) : À
quel niveau, M. le ministre?
M. Carmant : Bien, au niveau
de la prise en charge de nos... des dossiers, puis l'évaluation?
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
écoutez, c'est... bien, écoutez, nous, on offre toujours notre collaboration,
mais par rapport à... entre autres, bien, l'aspect formation. Maintenant, si
vous avez besoin de nos conseils pour la... pour la... pour voir comment on
peut bonifier ce projet de loi là pour améliorer les choses, on offre notre
collaboration, évidemment, mais on verra à quel niveau on peut... Il faut quand
même que ça rentre dans notre champ d'expertise, je dirais, qui est... et dans
notre mission, qui est la protection du public, puis d'améliorer l'accès à la
justice.
M. Carmant : Mais... tu sais,
j'aimerais faire de vous une partie de ce trio de représentation des enfants,
là. Jusqu'à quel point seriez-vous volontaires?
Mme Claveau (Catherine) : ...je
pense que nous le sommes déjà, M. le ministre, des parties prenantes comme
procureur à l'enfant, surtout pour les plus démunis qui ne peuvent pas s'exprimer,
on est là pour les représenter. Donc, je pense que c'est quelque chose qui est
déjà en cours, mais si on peut contribuer à améliorer la protection des enfants
en jouant notre rôle de procureur à l'enfant ou procureur aux parents, ou aux
familles, faisons-le.
M. Carmant : D'accord.
Sinon, je vous demanderais également quelle est votre vision, vous, de la
collaboration du Commissaire avec les autres partenaires que l'on a rencontrés
jusqu'à présent, là, le Protecteur de l'élève, le Protecteur du citoyen, etc.
Pouvez-vous me partager votre vision?
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
écoutez, je pense que... dans notre mémoire, les grands principes y sont. L'important,
pour nous, je le répète, c'est important que les rôles de chacun soient
clarifiés pour que l'ensemble des besoins de tous nos enfants soient répondus
et qu'ils sachent, les enfants qui ont des besoins sachent à quelle... à quelle
porte cogner lorsqu'ils ont... ils ont un besoin à répondre. Donc, clarifier
les rôles de chacun, pour nous, ça nous paraît très important.
M. Carmant : Ainsi que pour
les familles, je suppose.
Mme Claveau (Catherine) : Effectivement.
M. Carmant : OK. Et est-ce
que vous avez des conseils ou des suggestions quant à... aux moyens pour faire
ce... pour... pour, justement, faire connaître ce... ces <différents...
M. Carmant :
...et
est ce que vous avez des conseils ou des suggestions quant à... aux moyens pour
faire ce... pour... pour, justement, faire connaître ces... ces différents>
rôles, principalement pour le Commissaire, évidemment, qui va être un nouveau
joueur? Mais je pense qu'il y a encore pas mal de discussions avec le rôle de
la CDPDJ, puis, comme... comment vous voyez qu'on peut améliorer?
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
c'est sûr que la première chose, c'est qu'il faut les clarifier. Il faut voir
aussi, par exemple, comme la... au niveau de la CDPDJ, il y a des lois qui
restreignent leurs pouvoirs. Par exemple, il y a l'article 23 b qui... qui...
qui limite son pouvoir d'intervention en cas de lésion lorsque le tribunal en
est saisi. Alors ça, c'est... tu sais, ça pourrait passer par l'élargissement
des pouvoirs, donc changer... changer les textes de loi à la base. Puis une
fois que ça, c'est fait, lorsqu'on aura bien défini qui fait quoi, bien, je
pense que ça... on a une responsabilité, de votre côté, de faire une campagne
de promotion, de... de faire en sorte que toutes les parties prenantes, puis
aussi les enfants du Québec, sachent, encore une fois, à quelle porte cogner
lorsqu'ils ont des besoins et des demandes.
• (16 h 10) •
M. Carmant : Merci. Bien,
justement, j'allais... justement, ma prochaine question, c'était ça. 23 b
semble avoir vraiment un grand flou, là, même entre les avocats et la CDPDJ à
propos de ce... cet article de loi. Pouvez-vous me... voir... me dire c'est
quoi, votre... votre interprétation de 23 b...
Mme Claveau (Catherine) : Oui.
M. Carmant : ...puis si la
CDPDJ peut ou ne peut pas agir, à ce moment-là?
Mme Claveau (Catherine) : OK.
Écoutez, ça... ça... nous... nous avons... nous avons, nous aussi, là, écouté
la... la commission, et c'est par vos questions, là, que nous avons... nous
avons revu cet article-là. Ce n'est pas quelque chose qui a été analysé par nos
experts à la base en vue de cette commission-ci, donc, nous serions bien mal placés,
là, pour vous donner une opinion comme ça, très, très carrée et directe, là, en
pleine commission. Mais je pense que ça mérite, effectivement, d'être revu,
peut-être voir, effectivement, s'il y a un conflit d'interprétation qui empêche
une meilleure protection des enfants. Il y a peut-être... et ça serait
peut-être opportun de la revoir, puis de voir si on ne pourrait pas élargir,
justement, les pouvoirs de la CDPDJ en modifiant cet article-là.
M. Carmant : Vous faites mon
bonheur. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci, M. le ministre. Alors, nous
allons poursuivre avec Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci. Bonjour,
Me Claveau, Me Martin et Me Pelletier. Merci d'être ici. Merci également pour
votre mémoire et vos recommandations, et des éclaircissements concernant
certains sujets.
Si vous me permettez, Me Martin, parce que
je vois que vous faites partie, là, du comité d'experts, ce comité interne
concernant la protection de la jeunesse, dites-moi, de votre expérience, à
combien de reprises est-ce que vous avez constaté la présence de la CDPDJ
devant les tribunaux?
Mme Martin (Anne) : En fait,
de mon côté, depuis 20 ans que je pratique en Chambre de la jeunesse, je vous
dirais, de mon côté, dans mes dossiers à moi, je ne les ai jamais vus dans la
salle de cour. Et je sais, par contre que, bon, en lien avec l'article
23 b, justement, l'interprétation qui peut peut-être porter à confusion, à
savoir qu'à partir du moment où le tribunal fait une... une enquête, une
audience sur une question de lésion de droits, à ce moment là, ça... ça retire,
si on veut, le pouvoir d'enquête du CDPDJ sur cette question-là, pour éviter,
justement, d'avoir, peut-être, deux conclusions différentes, ce qu'on a nommé,
dans notre rapport, comme enquêtes en parallèle. Donc, ils sont présents à
certains égards, parce qu'on leur transmet... on a l'obligation, en fait, de
leur transmettre, de leur notifier les demandes, toute demande en lésion de
droits suivant le... l'article 76 de la loi. Et ils ont accès aussi, là, à
obtenir une copie du jugement pour pouvoir en faire une analyse de l'ensemble
des situations pour lequel le tribunal a déclaré les droits d'un enfant lésés.
Donc, ils ont ce pouvoir d'enquête là, là, outre le fait qu'ils n'ont pas le
pouvoir d'enquêter sur la même question qui est soumise au tribunal. Mais la
question que vous me posez, moi, je ne les ai jamais vus dans mes dossiers au
quotidien.
Je vous dirais que je pratique depuis 21
ans environ en Chambre de la jeunesse, les 18 premières années, je vous dirais,
de ma carrière, les demandes en lésion de droits étaient très, très, très
rares. Ces demandes en lésion de droits là, je vous dirais qu'on en a
davantage, et c'est différent d'une région à l'autre, depuis les cinq...
quatre, cinq dernières années. Donc, je pense qu'il y a un ajustement, là. Et
effectivement, là, quant aux... à l'article 23 et aux nuances qui y
apparaissent, je pense qu'il y aurait matière à aller clarifier pour s'assurer
que les enfants puissent se faire entendre de par leurs avocats, aussi, puisque
les avocats n'ont pas tous des mandats conventionnels, beaucoup de <mandats...
Mme Martin (Anne)T :
...que
les enfants puissent se faire entendre de par leurs avocats, aussi, puisque les
avocats n'ont pas tous des mandats conventionnels, beaucoup de mandats >légaux,
dans leur travail. Donc, la réponse, c'est que moi, je ne les ai jamais vus.
J'ai eu connaissance qu'ils sont venus, je vous dirais, peut-être, à quelques
occasions, dans la salle de cour, deux occasions.
Mme Garceau : Mais la CDPDJ,
en termes de leurs pouvoirs, via... par l'entremise des dispositions
législatives, a aussi le pouvoir d'intervenir, là, pour la défense des droits
des enfants dans ce genre... pas juste lésion de droits, là, dans d'autres
aspects, quelle est votre expérience? Et même, je ne sais pas, en termes de
votre comité, est-ce qu'il y a eu des discussions à ce sujet-là?
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
si vous me permettez, avant de laisser la parole à Me Martin, Me Marceau...
cette question-là, évidemment, elle n'a pas fait... on n'a pas fait... on n'a
pas répertorié, là, les... les dossiers qui allaient à la CDPDJ, ce n'était pas
l'essence de ce projet de loi ci, donc c'est difficile pour nous de répondre.
Me Martin, effectivement, a une bonne connaissance terrain, mais ça reste en
Estrie. Donc, je pense que c'est difficile, pour nous, de donner vraiment une
réponse précise, là, par rapport à cette question-ci.
Mme Garceau : Mais... mais je
sais, Me Claveau, je crois que c'était au mois de juillet 2023, votre cri du
cœur concernant, là, qu'il y avait matière d'agir de façon urgente en matière
de protection de la jeunesse. Et un de vos... un de vos points liés à la
protection de la jeunesse, c'était ça, lésion de droits, c'était... il y avait
une augmentation de lésions de droits, il y avait aussi les délais indus, en
termes des tribunaux, et ça... et c'est pour ça que je posais la question.
Mme Claveau (Catherine) : Oui,
c'est ça. Je pense que... Me Martin y a répondu tout à l'heure, effectivement,
tous les enjeux reliés à la situation de... en protection de la jeunesse,
font... tu sais, il y a une situation qui était et qui demeure, malheureusement,
en crise. Et ça a fait en sorte que ça... que dans les dernières années, il y a
eu de plus en plus de recours en lésion, ce qu'on ne voyait pas avant. Ça a
tout un lien avec le fait que, malheureusement, les droits des enfants, là,
sont encore plus... plus mis à mal ces années-ci qu'il y a plusieurs années.
Mme Garceau : Vous avez
mentionné, puis c'est également dans votre mémoire, qu'on devrait avoir une
seule entité. Ça reprend vraiment l'esprit des recommandations dans le rapport
de la commission Laurent, d'avoir... qu'une entité porte la voix des enfants,
et dans le rapport, il y avait une recommandation qui... qui n'est pas reflétée
dans le... dans le projet de loi, là, à l'article six, c'est autre chose, en
termes de... La recommandation de la commission Laurent est à l'effet de
transférer tous les pouvoirs et responsabilités de la CDPDJ au Commissaire.
Quelle est votre position à ce sujet?
Mme Claveau (Catherine) : On
n'a... on n'a pas pris... on ne prend pas position sur ce sujet-là, puis vous
me corrigez si je me trompe, mais il me semble que la commission... que la Commissaire
Laurent, en... lors de l'audition, a exprimé que ce n'était pas quelque chose
qui était souhaitable maintenant, mais que, peut-être, on commencerait par,
justement, la nomination d'un Commissaire puis, éventuellement, on pourrait
voir si, effectivement, il y aurait lieu, là, de... de rapatrier les pouvoirs
de la CDPDJ au Commissaire. Mais nous, notre point est que l'important, c'est
que les enfants sachent... et tous les enfants, qu'ils soient protection ou
hors protection, aient une personne, un commissaire, qui s'occupe d'eux. Et,
comme il y a déjà des instances qui existent, Protecteur de l'élève, protecteur
de... à la CDPDJ, c'est important de clarifier les rôles.
Puis, une... une façon, justement, de
faire en sorte qu'il n'y ait pas trop d'instances, ça pourrait... de faire en
sorte d'ajouter des pouvoirs à la CDPDJ, qui a déjà, quand même, une certaine
structure, il pourrait y avoir des économies d'échelle. On est aussi dans une
situation de pénurie de main-d'oeuvre, alors je pense qu'il faut quand même
avoir tout ça en tête lorsqu'on crée des... des nouveaux organismes, voir si,
effectivement, on peut atteindre notre objectif, qui, je nous le rappelle, est
de... de protéger tous les enfants du Québec.
Mme Garceau : Oui, parce que,
comme vous avez mentionné dans votre rapport, puis c'est quand même
préoccupant, puisque vous êtes la bâtonnière du Barreau, et donc, vous recevez
les plaintes concernant toutes sortes d'enjeux liés à la protection de la
jeunesse... Parce que vous avez dit que, depuis le rapport de la commission
Laurent, la situation ne s'est pas améliorée.
Mme Claveau (Catherine) : Non.
Malheureusement, non.
Mme Garceau : C'est quand
même préoccupant, Me Claveau.
Mme Claveau (Catherine) : Effectivement.
Notre préoccupation demeure, mais, tu sais, ce qu'on... là, on est vraiment
rendu à une étape où est-ce qu'on... on n'a pas le choix, il faut travailler de
concert avec toutes les parties prenantes, dont les ministères, le ministère...
Santé et <Services...
Mme Claveau (Catherine)T :
...là,
on est vraiment rendu à une étape où est-ce qu'on... on n'a pas le choix, il
faut travailler de concert avec toutes les parties prenantes, dont les
ministères, le ministère... Santé et Services >sociaux, ministère de la
Justice, pour trouver des solutions pour améliorer la situation. On n'a pas le
choix.
Mme Garceau : OK, merci.
Le Président (M. Provençal)
:Il vous reste deux minutes.
Des voix : ...
Mme Garceau : Je n'ai rien
d'autre. Ça va.
Le Président (M. Provençal)
:Ça va? OK.
Mme Garceau : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci à toutes pour votre présentation. Je reviens sur un élément
qu'on... vous avez mentionné, mais dont on n'a pas beaucoup parlé, l'élément
additionnel sur les recommandations que pourrait faire le Commissaire au
ministre, relatif à un programme, donc de... comme un rôle de conseil. Je me
demande si on... où est-ce qu'on doit tracer la ligne, là, sur le rôle
indépendant du Commissaire versus son rôle de conseil auprès d'un organisme ou
d'un ministère sur la prestation de services. Est-ce qu'on... on a une ligne
qu'on risquerait de franchir en lui donnant ce rôle-là?
• (16 h 20) •
Mme Claveau (Catherine) : Vous
référez à quelle partie de notre mémoire?
M. Cliche-Rivard : Je l'ai
noté tout à l'heure, là, vous ajoutez, à 2.3 Recommandations...
donc : Faire des recommandations au ministre lorsqu'il enquête sur la mise
en œuvre de programmes.
Mme Claveau (Catherine) : Oui.
Me Martin, est-ce que vous êtes en mesure de répondre?
Mme Martin (Anne) : Bien, en
fait, ce qu'on souhaitait, par l'ajout à l'article 10, c'est de prévoir
que, dans le cadre du pouvoir d'enquête du Commissaire... c'est qu'il puisse
être en mesure et qu'il, à l'intérieur de son rapport, puisse être en mesure de
faire des recommandations et que... évidemment, qu'il y ait un suivi à ces
recommandations-là, donc, parce qu'il y a certaines nuances à la rédaction de
l'article cinq, je crois, alinéa deux, paragraphe neuf, si je ne m'abuse. Donc,
ce qu'on souhaite vraiment, c'est qu'il y ait une possibilité que ce Commissaire-là
puisse faire des recommandations avec les constats qu'il fera. Par rapport à
votre question, c'est sûr que, lorsqu'on parle de pouvoirs d'enquête prévus à
l'article neuf, et ça rejoint nos propos qu'on a, un peu, depuis le début de
l'allocution, c'est le fait que... et on les a entendus, les autres organismes
qui ont été devant vous hier, ils ont des pouvoirs d'enquête eux aussi, la
CDPDJ a des pouvoirs d'enquête. Donc, effectivement, il y a matière à se
questionner sur la structure, parce que vous avez posé la question hier :
Est-ce que le Commissaire pourrait enquêter sur vos façons d'enquêter? C'est
vous qui avez posé cette question-là, question qui était quand même très
intéressante, pour voir... Alors, c'est là, est-ce qu'on a un Commissaire qui a
une vision horizontale de ce qui se fait à l'intérieur des autres organismes, ou
il a un certain regard sur... en respectant le pouvoir d'enquête des autres
organismes, comme le Protecteur national de l'élève, Protecteur du citoyen, qui
peut se retrouver à enquêter dans les mêmes matières que le CDPDJ? Et on l'a vu
en décembre dernier et en février dernier, donc, on doit se poser ces... on
doit se poser ces questions-là, parce qu'aussi, pour les établissements, on se
retrouve avec multiples demandes d'accès pour les mêmes enquêtes.
M. Cliche-Rivard : Sur
23 b, est-ce que c'est vraiment un problème d'interprétation, selon vous?
Là, c'est votre expertise ou si la commission ne joue pas le rôle qu'elle
devrait jouer?
Mme Claveau (Catherine) : Alors,
c'est...c'est une question à laquelle on ne peut pas répondre, M. le... M. le
député. C'est... Comme je vous ai dis, nous, on s'est vraiment concentré sur ce
projet de loi là, qui est par nomination de... d'un commissaire. Leur pouvoir,
maintenant, quant à la suffisance du rôle de la CDPDJ, ce n'est pas une
question sur laquelle on s'est penché. Ça fait qu'il ne fait pas partie, là,
non plus, là, de notre position... laquelle on s'est penché.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup à vous toutes.
Le Président (M. Provençal)
:...M. le député. Alors, nous allons
terminer cet échange avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci à vous toutes pour le mémoire, pour les explications que vous
avez données jusqu'à présent. Je veux revenir, quand même, sur la question de
la confusion possible, du chevauchement des rôles des différents organismes.
Vous venez de mentionner que vous avez écouté les propos tenus par les gens qui
ont comparu hier. Visiblement, ça vous... ça ne vous a pas rassuré, parce qu'à
peu près tous ceux qu'on a entendus, que ce soit la... CDPDJ ou les autres,
nous ont dit : Bien, on va harmoniser ça, il s'agit de savoir les rôles
des uns et des autres puis tout va bien aller. Vous maintenez vos craintes, si
je comprends bien.
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
je pense qu'à ce moment-ci, on... si on regarde le projet de loi tel qu'il est,
on a émis nos craintes. Maintenant, je pense qu'il y a place pour précisions,
améliorer les précisions quant aux rôles de chacun, donc, si c'est clarifié ou
si, ou... Tu sais, il y a des options, on clarifie les rôles ou on centre les <pouvoirs...
Mme Claveau (Catherine)T :
...donc,
si c'est clarifié aussi ou... Tu sais, il y a des options, on clarifie les
rôles ou on centre les pouvoirs >à un seul... à un organisme plutôt que
deux. Donc, je pense qu'il y a différentes options, lesquelles ont... ça mérite
de se pencher, peut-être, pour améliorer le projet de loi, puis, encore une
fois, toujours en gardant en tête la... l'objectif de la loi, là, c'est de
permettre à tous les enfants du Québec d'avoir une porte à laquelle cogner
pour... lorsqu'on doit respecter leurs droits.
M. Arseneau : D'accord. Je
vais aller à d'autres recommandations de d'autres organisations, parce que vous
êtes du Barreau, vous avez peut-être une opinion là-dessus. Sinon,
dites-moi-le. Mais, quand on parle de l'accréditation des avocats, hier, il en
a été quand même abondamment question, là, qui représente les enfants
incapables de donner un mandat, est-ce que vous auriez une opinion là-dessus,
sur l'idée d'instituer un mécanisme?
Mme Claveau (Catherine) : Moi,
c'est un peu comme j'ai expliqué au ministre, là, tout à l'heure, nous, on
croit vraiment que, de toute façon, tu sais, on a... on a des obligations
déontologiques de base qui font en sorte qu'on ne peut pas agir pour un client
si on n'est pas à l'aise avec toute la... les notions de droit de base et les
notions même sociojudiciaires qui font en sorte qu'on représente bien cette
personne-là. Donc, nous, c'est vraiment un effort peut-être plus d'accroître la
formation continue, de s'assurer que les... ceux qui acceptent ce mandat-là
suivent les bonnes formations. Mais on n'irait pas jusqu'à faire une... une
accréditation, parce qu'en fin de compte, il faudrait faire des accréditations
dans tous les domaines de droit, ce qui n'est pas nécessairement... Ce n'est
pas une panacée non plus, tu sais. On accrédite les médiateurs, les arbitres,
par exemple, parce que c'est des créneaux différents, mais pas par... Par
domaines de droit, c'est... pour nous, ce qui serait pertinent, c'est vraiment
de... peut-être d'améliorer l'offre de formation, d'offrir une formation de
base à tous ceux, tous les jeunes avocats, par exemple, qui... faire du droit
de la jeunesse, leur recommander, leur faire un guide des meilleures pratiques
comme on le fait beaucoup, donc les accompagner et de... Puis, comme je le
répète, de toute façon, ils ont des obligations déontologiques à respecter. Et
de faire une accréditation, pour nous, ce ne serait pas nécessaire d'aller
jusque là.
M. Arseneau : D'accord.
Est-ce que vous avez une opinion sur la question de reconnaître, par un
considérant, là, les enfants comme un sujet de droit?
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
ça, là-dessus, je vous dirais qu'on... ça n'est pas une de nos recommandations
parce qu'à l'instar du professeur Goubau, pour nous, c'était déjà acquis, la...
C'est reconnu, déjà, dans notre Charte des droits et libertés, donc on n'a pas
besoin de le réitérer dans un préambule ou quoi que ce soit dans ce projet de
loi là. Pour nous, c'est déjà clair, donc ce n'est pas quelque chose qu'on juge
nécessaire d'ajouter.
M. Arseneau : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je tiens à remercier Me
Claveau, Me Martin et Me Pelletier pour votre contribution à nos travaux.
Je vais suspendre ces derniers pour
permettre au prochain groupe de prendre place. Alors, merci beaucoup, mesdames,
de votre participation. Bonne fin d'après-midi.
Des voix : ...
(Suspension de la séance à 16 h 27)
(Reprise à 16 h 31)
Le Président (M. Provençal)
:Nous reprenons nos travaux. Je
souhaite la bienvenue à Mme Mélanie Gagnon, et Mme Gagnon est la présidente <par
intérim...
(Reprise à
16 h 31)
Le
Président (M. Provençal)
:
Nous reprenons nos travaux. Je souhaite la bienvenue
à Mme Mélanie Gagnon, et Mme Gagnon est la présidente par intérim
>de
la Fédération des familles d'accueil et ressources intermédiaires du Québec.
Elle est accompagnée de M. Éric Martineau. Alors, vous aurez 10 minutes
pour votre exposé et, par la suite, nous allons procéder à l'échange. Alors, je
vous cède immédiatement la parole.
Mme Gagnon (Mélanie) : Merci,
M. le Président. Bonjour, je me présente, Mélanie Gagnon. Je suis présidente de
la fédération, par intérim, de la Fédération des familles d'accueil et des
ressources intermédiaires du Québec, connue sous le nom de la FFARIQ. Je suis
accompagnée de Me Martineau, qui est un de nos avocats à la FFARIQ. La FFARIQ
tient à remercier les membres du... de la Commission de lui permettre de
s'exprimer, les... d'exprimer ses commentaires et les demandes des familles
d'accueil dans le cadre de l'étude du projet de loi n° 37.
Dans ce contexte, la FFARIQ fait valoir la
position de ses membres, mais aussi celle de l'intérêt de l'enfant. Depuis
maintenant 50 ans, nous sommes le seul regroupement exclusivement dédié à
la défense et au soutien des familles d'accueil à l'enfance au Québec, et, bien
sûr, au bien-être et à la stabilité des enfants. La FFARIQ représente près de
3000 familles d'accueil, mais surtout, représente environ
5000 enfants partout au Québec. Je suis moi-même famille d'accueil depuis
22 ans. J'ai accueilli chez moi, hier, mon 106ᵉ petit coco et, venant de
la Côte-Nord, j'ai...
Des voix : ...
Mme Gagnon (Mélanie) : Merci.
Venant de la Côte-Nord, j'ai également eu la chance d'avoir un... des enfants
autochtones. Je suis également présidente de la Côte-Nord depuis maintenant
10 ans à la Fédération, présidente en Gaspésie depuis trois ans et vice-présidente,
depuis cinq ans, à la Fédération, au niveau provincial. Donc, le pouls des
familles d'accueil, je baigne dedans à tous les jours.
C'est portés par nos familles d'accueil
inspirantes et bienveillantes que nous constatons que le projet de loi répond
partiellement à la première recommandaction du rapport de la commission
Laurent, que l'ensemble des propos et mandats de la CDPDJ soient transférés à
un nouvel organisme ou à une nouvelle entité pouvant se consacrer entièrement
et exclusivement à la défense des droits de ces enfants. Dans la forme
actuelle, le projet de loi laisse... pardon, le projet de loi actuel ne... ne
respecte pas la recommandaction...
16 h 30 (version révisée)
Mme Gagnon (Mélanie) : ...La
FFARIQ appuie la création d'un poste de commissaire au bien-être et aux droits
des enfants du Québec. C'est une fonction essentielle pour lutter contre toute
forme de maltraitance, discrimination, malveillance envers les enfants du
Québec. Nous réclamons depuis longtemps la nomination d'un protecteur à l'enfant.
Actuellement, la Commission des droits de
la personne et des droits de la jeunesse<T >, la CDPDJ, possède tous les
pouvoirs généraux pour veiller au respect des principes et des droits de tous
les enfants du Québec. Cependant, un manque d'organisation caractérise la CDPDJ
depuis plusieurs années. La redondance dans ses enquêtes et le manque de
transparence ne contribuent pas à l'identification des solutions tangibles et
efficaces pour les enfants de la DPJ.
Le but de ces consultations étant de
bonifier le projet de loi, la FFARIQ propose que le commissaire au bien-être
des droits des enfants et l'ensemble des pouvoirs en matière de protection de
la jeunesse... en termes clairs, l'ensemble des pouvoirs et des mandats de la
CDPDJ doit lui être transféré. La mission du commissaire doit être dédiée
entièrement et exclusivement aux enfants. Le commissaire doit être autonome,
indépendant et impliqué, avoir son propre budget et détenir de réels pouvoirs.
Il doit avoir... Il doit agir comme protecteur bienveillant et intervenir
rapidement. Il ne doit pas être la police de la DPJ, mais la voix de ces
enfants. Il lui faudra, donc, à sa disposition, tous les leviers et tous les
outils nécessaires à l'exercice de cette mission. Sa fonction devra être la
promotion des droits de l'enfant et faire une enquête, et faire toutes les
recommandations aux ministères requis.
Je vous donne un petit exemple. Vous savez
qu'il existe des PFAP, des familles d'accueil... des familles d'accueil de
proximité. Les familles d'accueil, quand elles sont PFAP, la fédération peut
remarquer que les enfants ont des lésions de droits. Ils n'ont pas le droit aux
circulaires. Ils n'ont pas droit aux 5 $ d'allocation. Et pour nous, ça,
ces enfants-là... On devrait avoir le droit aussi à ces montants-là. Pour nous,
c'est vraiment une discrimination à l'enfant.
Qu'est-ce que le commissaire viendrait
faire? Bien, il viendrait nous donner un levier pour qu'on puisse dénoncer ces
choses-là, parce que les familles d'accueil, malheureusement, on n'est pas
entendues... on n'a pas beaucoup de place où se faire entendre, et c'est
aujourd'hui un privilège qu'on a de pouvoir venir vous dire ces choses-là ici.
Ces petits cocos là ont des besoins aussi très importants, et souvent, un
grand-papa, une grand-maman, un mononcle, une matante se ramassent avec peu de
moyens pour combler tout ça.
Pour accomplir cela, le commissaire
devrait avoir aussi des ressources financières et humaines nécessaires. Il ne
faut cependant pas créer de nouvelle structure, cela n'engendrerait que de la
confusion et des coûts sociaux inutiles. Il faut un organisme centralisé et en
plein pouvoir pour faire respecter les droits des enfants.
La FFARIQ souligne que la nomination d'un
commissaire par l'Assemblée nationale est importante puisque cela fera en sorte
qu'il y aura une reddition de comptes... devra être faite à l'Assemblée des
élus et, par le fait même, à la population québécoise. La FFARIQ se réjouit
aussi qu'un commissaire dédié aux enfants autochtones soit également prévu dans
le projet de loi devant nous.
La création du poste de commissaire au
bien-être et aux droits des enfants remet de l'avant l'importance d'adopter la charte
des droits des enfants. La FFARIQ demande au législateur québécois de proposer
et d'adopter rapidement cette charte. La commission Laurent a d'ailleurs une
recommandation sur ce sujet. La FFARIQ est d'avis que la charte devra affirmer
expressément le caractère fondamental de certains de ces droits et de consacrer
par la voie législative certains principes qui s'en découlent. Elle devra aussi
reconnaître que les enfants ont le droit d'évoluer dans une famille et un
environnement bienveillant.
Le projet de loi n° 37 offre un
espace pour réaffirmer clairement le droit des enfants. Comme vous le savez,
les besoins sont grands et d'autant plus grands pour les enfants en protection
de la jeunesse, en famille d'accueil. Les enfants de la DPJ représentent d'énormes
défis pour nos familles d'accueil. Nos enfants arrivent, si petits soient-ils, avec
une si lourde valise à porter, et c'est avec nos familles <d'accueil...
Mme Gagnon (Mélanie) :
...d'énormes
défis pour nos familles d'accueil. Nos enfants arrivent, si petits soient-ils,
avec une si lourde valise à porter, et c'est avec nos familles >d'accueil
qu'ils portent ces valises-là, ces familles d'accueil, qui sont essentiellement
vitales pour ces petits êtres, qui arrivent, souvent, bien écorchés.
Les intervenants de la DPJ priorisent le
contrôle des familles d'accueil, et non l'intérêt de l'enfant. Il n'est pas
rare de voir des familles d'accueil sans intervenants pendant de très longues
périodes. Depuis l'adoption de la loi sur la représentation des ressources, la
LRR, les membres de la FFARIQ sont laissés à eux-mêmes. Le manque de
communication et des pistes de solutions pour recadrer les moyens utilisés par
les familles d'accueil auprès des enfants créent une grande source de
mécontentement. La FFARIQ rappelle aujourd'hui que les familles d'accueil ont
un rôle central à jouer, et c'est précisément pourquoi elles souhaitent que les
familles d'accueil soient reconnues et incluses dans les différents changements
juridiques, administratifs, organisationnels et culturels à venir. Les familles
d'accueil doivent pouvoir avoir tous les outils nécessaires entre les mains
pour... pour veiller, pardon, au bien-être et à la protection des enfants
qu'elles accueillent.
• (16 h 40) •
L'arrimage entre les acteurs doit être
fait pour une meilleure compréhension de la situation des enfants québécois. Un
filet social tissé serré doit être aussi mis en place pour soutenir et faire
grandir les enfants les plus vulnérables, vivant des situations difficiles. Il
est donc indispensable que les acteurs concernés et les réseaux soient
responsables et travaillent de façon concertée afin d'impliquer des solutions
personnalisées à chacun des besoins de ces enfants. Les consultations sur le
projet de loi n° 37 permettent à la FFARIQ de réitérer que c'est un devoir
de répondre positivement et proactivement aux besoins des enfants les plus
vulnérables au Québec. Il est maintenant temps de mettre de l'avant l'intérêt
de l'enfant avec des modifications importantes et réelles, porteuses pour l'ensemble
des personnes qui prennent soin des enfants, sans oublier qu'il s'agit,
toutefois, d'une responsabilité commune.
Le projet de loi n° 37 doit permettre
la nomination d'un commissaire au bien-être et aux droits des enfants, avec des
pouvoirs d'action réels, des ressources humaines et budgétaires à la hauteur
des besoins des enfants de la DPJ. Le réel chien de garde du bien-être et du
respect des droits des enfants doit être plus puissant, proactif et complet
possible pour l'intérêt supérieur de tous les enfants du Québec. Ne pas
légiférer dans ce sens fera de nos enfants les perdants. Ces enfants sont
l'avenir de notre société, à qui nous... et nous avons la responsabilité de
garantir leur bien-être et leurs droits. Comme le dit un proverbe africain, et
cela est plus vrai que jamais, il faut tout un village pour élever un enfant.
Merci de votre écoute.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, M. le
ministre, on va débuter cette période d'échange.
M. Carmant : Oui, merci
beaucoup, Mme Gagnon. Encore une fois, aussi, je tiens à vous remercier, là,
personnellement pour ce que vous faites puis le dévouement envers les enfants.
Des familles d'accueil, on en a besoin partout au Québec puis on sait que c'est
un grand don de soi et, vraiment, de la bientraitance. Là, on parlait de
bienveillance... et même, plus loin, la bientraitance. Bien, ce que vous
faites, c'est exactement ça.
J'aimerais comprendre c'est quoi, votre
interaction entre... c'est quoi l'interaction entre les familles d'accueil et
la CDPDJ. Quand est-ce que vous avez à... à travailler avec eux, exactement?
Mme Gagnon (Mélanie) : On va
travailler avec eux surtout quand on veut déclarer des lésions de droits des
enfants, si on va vers des lésions de droits de soins ou des choses qu'on peut
se rendre compte. Quand un coco nous raconte des choses, on pourrait aller là.
Mais je dois vous dire, malheureusement, que, dans les dernières années, ce
n'est pas répondu très présent à nos demandes, quand on demande quelque chose.
M. Carmant : C'est-à-dire?
Vous appelez, puis...
Mme Gagnon (Mélanie) : On a
des réponses défavorables à un arrêt de dossier.
M. Carmant : Pouvez-vous
élaborer? Comme, ils vous disent non, puis ils raccrochent...
Mme Gagnon (Mélanie) : Bien,
ils disent que la DPJ s'occupe du dossier, qu'ils ont pris en compte les choses,
et ça s'arrête là. Ça ne va pas plus loin.
M. Carmant : Est-ce qu'ils
font des vérifications, au moins, avec la DPJ ou... comment ça fonctionne?
Mme Gagnon (Mélanie) : Je ne
suis pas à la CDPDJ.
M. Carmant : OK, vous n'avez
pas le... comment ça se passe exactement.
Mme Gagnon (Mélanie) : Non.
M. Carmant : OK. Puis
qu'est-ce... comment vous verriez une différence si on <transférait...
M. Carmant :
...vous
n'avez pas le... comment ça se passe exactement. Puis qu'est-ce... comment vous
verriez une différence si on >transférait la CDPDJ ou les ressources de
la CDPDJ vers le commissaire? Qu'est-ce que ça changerait dans les faits?
Mme Gagnon (Mélanie) : Ils
auraient juste ça à s'occuper. C'est à l'enfance. Ils se réajustent à veiller
au bien-être des enfants. Ils seraient... Ce ne serait que son champ d'action, donc,
une priorité. Ce serait une importance pour lui.
M. Carmant : Et vous
pensez que c'est un enjeu budgétaire, de ressources humaines?
Mme Gagnon (Mélanie) : Moi,
je... je crois vraiment à la nouvelle commission et nommer vraiment quelqu'un...
que ça répondrait vraiment aux besoins des enfants québécois.
M. Carmant : Donc, ce
serait un manque d'intérêt de la CDPDJ?
Mme Gagnon (Mélanie) : Je
ne me prononcerai pas sur ça, en ne connaissant pas tous les... l'aspect de ce
dossier.
M. Carmant : OK. Vous
avez parlé d'un enjeu, d'une iniquité entre... avec les familles d'accueil de
proximité. Pouvez-vous m'expliquer, voir si je peux mieux comprendre puis
peut-être vous aider?
Mme Gagnon (Mélanie) : Oui,
parfaitement. Oui, c'est que, quand on place un coco chez une personne
significative, elles deviennent PFAP. Les établissements ont un certain temps
pour les évaluer. Et pendant ce temps, le jeune ne reçoit pas les mêmes
services qu'un enfant qui viendrait chez moi que je n'ai pas de lien
significatif, c'est-à-dire, budgétairement, ils ne recevront pas les
circulaires ministérielles pour les vêtements, pour le sport et des choses
comme ça. Il ne reçoit pas non plus le 5 $ par jour, l'ADP. Donc, c'est à
la charge de la personne significative. Il y a certains établissements qui vont
rembourser, mais c'est tellement différent d'un établissement à l'autre qu'on
ne peut pas... on ne peut pas comparer.
Je vous dirais que c'est vraiment... Tu
sais, le coco est lésé parce qu'il n'a pas les mêmes soins. Et je vais même
jusqu'à vous dire que ça pourrait arriver qu'on ait des enfants qui arrivent
avec des grands problèmes, on va dire dentaires, et que, là, il n'y a personne
qui s'en occupe, c'est souvent le grand-parent ou quoi que ce soit, qui va
engendrer des coûts phénoménaux. Et c'est impensable. Je trouve ça impensable
de voir que cet enfant-là n'a pas le droit à avoir une qualité de vie comme
tous les autres enfants au Québec.
M. Carmant : Donc, la
famille d'accueil de proximité n'est pas reconnue. C'est ça?
Mme Gagnon (Mélanie) : La
PFA, tant qu'elle n'est pas reconnue. Quand elle tombe reconnue, elle devient
FAP.
M. Carmant : OK, «Postulant».
OK, c'est ça, le «P». Je me demandais c'était quoi, le premier.
Mme Gagnon (Mélanie) : Oui,
c'est ça. Oui, c'est ça.
M. Carmant : D'accord.
Puis...
M. Martineau (Éric) : Peut-être...
Excusez-moi, juste un élément, là. D'ailleurs, au niveau des communautés
autochtones, c'est le même problème, là, je tiens à le souligner. Pour avoir intervenu,
c'est la même chose, là. Il y a des gens qui appellent les milieux de garde,
qui sont dans les mêmes situations. Je tenais à le dire, parce qu'il y a eu
quand même... j'ai vu, tu sais, des Premières Nations qui sont venues. Depuis
deux jours, on en a parlé, mais ce n'est pas exclusif aux familles d'accueil.
Sous... si on veut, des CIUSSS, là, ça existe. Le même phénomène se produit
actuellement.
M. Carmant : Avec les Premières
Nations?
M. Martineau (Éric) : Oui.
M. Carmant : Qu'est-ce
qui se passe?
M. Martineau (Éric) : C'est
exactement la même chose, là, c'est-à-dire que ce n'est pas nécessairement... tu
ne seras pas nécessairement reconnu comme famille d'accueil, de proximité. Je
vous dirais même, les critères sont un petit peu plus serrés selon
l'interprétation qu'ils peuvent en faire, donc, ce qui laisse quand même un pan
important de jeunes autochtones qui... qui ont la même... qu'il y a un montant
qui va être donné aux familles d'accueil de base, là, tout simplement.
Donc, c'est des choses qui mériteraient
d'être dénoncées. Et je pense que, c'est là, le commissaire aux droits de
l'enfant... Le peu de visibilité que, tu sais... On réussit en parlant en
commission parlementaire, oui, faire des sorties au niveau médiatique, on
essaie de le mentionner, par exemple, à nos vis-à-vis, dans des... divers
comités, là, avec les avis du ministère. Mais évidemment, souvent, on va nous
sortir l'argument que, c'est du clinique, ça ne nous regarde pas. Ça fait que
c'est sûr que, pour nous, le commissaire aux droits de l'enfant devient
quelqu'un qui pourrait être la courroie de transmission de ces choses-là, là.
C'est là, à ce moment-là, que ça devient fondamental pour nous, là.
M. Carmant : D'accord.
Ça, j'apprécie. Puis vous avez mentionné également la charte comme étant
quelque chose d'important. Quels droits vous incluriez dans la... dans la
charte par rapport à, tu sais, le... votre rôle de famille d'accueil?
Mme Gagnon (Mélanie) : Je
vais laisser la parole à mon avocat.
M. Martineau (Éric) : Oui,
bien... Oui, c'est ça. Bien, écoutez, à ce niveau-là, je vous dirais oui,
peut-être réaffirmer l'ensemble des droits qui sont prévus à la charte
québécoise, mais je pense que l'idée derrière ça, c'est plutôt de venir
réaffirmer. On a tendance à oublier que la charte s'applique aux enfants, aux
jeunes. Ça fait que je pense que c'est plus <symbolique...
M. Martineau (Éric) :
...réaffirmer.
On a tendance à oublier que la charte s'applique aux enfants, aux jeunes. Ça
fait que je pense que c'est plus >symbolique. Oui, il y a des choses à
réaffirmer, mais le problème, on le vit, là, c'est comme si ça n'existait pas.
Tantôt, on parlait de la commission... la CDPDJ, mais je pense que c'est un
petit peu ça, souvent, peut-être que la population québécoise, je ne le sais
pas, c'est comme, on va tout faire tourner autour des adultes, des mineurs,
mais on oublie ces gens-là, que ça s'applique également à ces jeunes-là. Puis,
pour la plupart, puis il y en a beaucoup, hein, en bas de six ans, cinq ans et
compagnie, ils ne sont pas capables d'affirmer leurs droits, là. Donc, c'est
là, je pense, qu'il faut que ce soit réaffirmé, que ça rentre dans l'esprit
populaire, également. Moi, c'est de cette façon-là que je le vois.
M. Carmant : OK. Moi, j'ai un
peu une inquiétude que, si on donne à la... au commissaire tous les, tu sais,
les rôles de la CDPDJ, avec les lésions de droits, etc., que tout son côté
prévention puis organisation des services en amont, là, tu sais, il n'y aura
pas le temps de faire les deux. Vous, comment vous voyez ça, ce double rôle,
là, c'est...
• (16 h 50) •
Mme Gagnon (Mélanie) : Moi,
je pense que, quand quelque chose est bien préparé, on peut y arriver, on peut
y arriver. On peut faire de la prévention et agir aussi, c'est... c'est... on
est capable. Je vous le dis, on est capable de faire ça.
M. Carmant : Ça fait
longtemps qu'on essaie.
Mme Gagnon (Mélanie) : Bien,
je vous le dis, on est capable. C'est d'avoir... C'est d'avoir... Bien, moi, je
crois, je crois au commissaire, et je crois qu'avec une équipe bien, bien
bâtie, avec des bonnes... comme on disait tantôt, une équipe humaine qui va
voir l'ampleur du travail, on est capable. Rien n'est impossible, dans la vie,
tout est possible.
M. Carmant : Vous ne pensez...
Vous ne pensez pas que l'urgent a tendance à noyer l'important?
Mme Gagnon (Mélanie) : C'est...
Oui, tu peux y aller.
M. Martineau (Éric) : Oui...
non, mais je n'ai pas bien entendu ce que vous avez dit.
M. Carmant : Vous ne pensez
pas que l'urgent a tendance à noyer l'important? Dans toutes les sphères de
notre vie, là.
M. Martineau (Éric) : Veux-tu
y aller ou...
Mme Gagnon (Mélanie) : Moi,
je te laisse y aller.
Bien, écoutez, pour moi, l'urgent et
l'important... l'important, c'est urgent, pour moi.
M. Martineau (Éric) : Moi, ce
que j'entends, depuis deux jours... on va parler beaucoup de prévention dans
l'amont, en aval. On regarde ça, le projet de loi, comme étant surélevé, qu'il
va un peu avoir un regard sur l'ensemble des organismes, puis c'est bien, la
prévention, tu sais, on l'entend, par exemple, au niveau du tabagisme, hein, puis
ces choses-là, mais ça reste que le tabagisme n'a pas disparu complètement. Où
je veux en venir, à quelque part, c'est que le moment pratique sera toujours
là. On a beau se leurrer, dire qu'on va faire de la prévention, mais le gros
des enjeux demeurera toujours, au jour le jour, pour les avocats qui pratiquent
en jeunesse. Je comprends que le commissaire aura un ensemble sur... un
ensemble des éléments pour les jeunes du Québec, je comprends, mais ce n'est
pas vrai que tous les jeunes vont mal au Québec, là, hein? Puis l'ensemble des
problèmes, il est référé où? Il est référé du côté de la protection de la
jeunesse, puis les besoins sont là. Ça fait que c'est évident qu'il y a des
éléments de prévention à faire, mais il restera quand même qu'au jour le jour,
là, il y a des besoins criants de ces enfants-là qui sont dans des difficultés
particulières. Puis le gros du problème est là.
Ça fait que c'est évident que, pour nous,
de mettre ça de côté... Je pense que ça prend quelqu'un de spécialisé puis qui
est capable d'intervenir, d'être à l'affût de ces choses-là. Puis on l'a dit,
Mélanie l'a dit tout à l'heure, Mme Gagnon, c'est... au niveau de la police, ce
n'est pas l'objectif. Je pense que c'est d'être une espèce de contrepouvoir,
parce que la DPJ, ça va être... Tu sais, tout descend, je pense que c'est un
organisme qui a beaucoup de pouvoirs, mais, avec ces pouvoirs-là, des fois, ça
peut amener certains excès. Et c'est là, peut-être, que le commissaire aux
droits de l'enfant peut être une espèce de... tu sais, pour éviter les
débordements. Puis moi, je pense, quelqu'un qui est à l'affût, qui est aiguisé
à ça, puis spécialisé là-dedans, puis pas mêlé avec d'autres types de
problèmes, puis sans rien enlever à la CDPDJ, qui fait de belles choses, là, ce
n'est pas ça, l'objectif, là, mais il faut quand même garder ça en tête. Ça
demeure quand même les enfants... ça devrait être une priorité au Québec. Je
pense qu'avant toute priorité... moi, je pense que c'est la première des
choses. Puis, pour moi, s'il y a quelque chose qui est fondamental, puis pour
la fédération des familles d'accueil, c'est ça. Puis, je pense de mettre
quelqu'un qui va être gardien un peu, en quelque sorte... Si ça peut répondre à
votre question, c'est de même que j'y répondrais.
M. Carmant : D'accord. M. le
Président, je passerais la parole à...
Le Président (M. Provençal)
:Oui, à Mme la députée de Laporte.
Mme Poulet : Oui, merci, M.
le Président. Merci à vous deux. C'est très intéressant, très percutant. Ça me...
Bravo pour qu'est-ce que vous faites!
Dans votre mémoire, à la page 6, vous
<mentionnez...
Mme Poulet :
...M.
le Président. Merci à vous deux. C'est très intéressant, très percutant. Ça
me... Bravo pour qu'est-ce que vous faites!
Dans votre mémoire, à la page 6,
vous >mentionnez d'appliquer des programmes d'information et d'éducation
destinés à renseigner les enfants eux-mêmes sur leurs droits. Ce serait... pour
qui exactement? Pour les familles d'accueil, les intervenants et les établissements?
Est-ce que ce serait possible d'élaborer un peu plus à ce niveau-là, s'il vous
plaît?
Mme Gagnon (Mélanie) : Bien,
moi, je vous dirais que c'est pour l'ensemble de la population. Le rôle de
famille d'accueil a... est méconnu au Québec. C'est... ce n'est pas connu,
c'est... c'est... on est un peu des extraterrestres quand on est vu. Quand je
sors avec mes 11 enfants, je suis regardée comme si j'étais sortie de
nulle part et c'est... Le premier renseignement, c'est de vraiment dire c'est
quoi le rôle des familles d'accueil, c'est quoi notre travail.
Pour ce qui est des familles d'accueil,
nous, à la fédération, on a la chance que notre équipe a bâti notre plateforme
de formation, des formations adaptées aux besoins des enfants qu'on garde, qu'on
s'occupe. Donc, chaque enfant... on peut avoir une formation, là, sur
différents problèmes. Pour ce qui est des intervenants et des établissements,
je vous dirais qu'ils ont besoin de formations sur notre rôle aussi de famille
d'accueil. Souvent, même les intervenants ne savent pas c'est quoi le rôle de
la famille d'accueil. C'est un peu des prestataires de services, et tu t'en
occupes, tu es une garderie... et ce n'est pas ça. C'est... les familles
d'accueil ouvrent leur cœur grand pour aimer des enfants écorchés de la vie,
des enfants qui ont des graves blessures, et qu'il faut aider, et ce n'est pas
toujours facile, là. Ce n'est pas... la vie n'est pas toujours rose. Il faut
que les gens comprennent.
Moi, je dis toujours : Être famille
d'accueil, c'est la plus belle chose de ma vie que j'ai pu faire. Mais
malheureusement aussi, c'est la pire quand on voit des enfants... ne reçoivent
pas les services dont ils ont besoin, ça, c'est... à mon sens à moi, ça n'a pas
d'allure. Quand on voit un coco qui n'est pas bien, et que, quand on crie à
l'aide à la DPJ et qu'on n'en a pas d'aide, on est désabusés, et c'est l'enfant
qui n'a pas d'aide.
Cette semaine, j'avais quelqu'un qui m'a
appelé. Le petit coco a mis le feu dans sa chambre, délibérément par un mal
d'être. Aidons ces enfants-là. Moi, je pense que le commissaire, en ce sens-là,
pourra épauler nos familles d'accueil et les aideront. Des petits, des enfants
qui n'ont pas d'identité à neuf mois de naissance, ne sont pas inscrits au...
au registre, n'ont pas de carte d'assurance maladie. La famille d'accueil n'a
aucun pouvoir autre que de dire aux centres jeunesse : Pouvez-vous le
faire, s'il vous plaît? Si on avait un commissaire, on irait là. Ces droits de
ces enfants-là ne sont pas respectés. Donc, en informant la population, en
formant tout le monde, en informant nos familles d'accueil aussi de leurs
droits, de qu'est-ce qu'ils peuvent faire.
Je vous dirais, pour ce qui est des
avocats, on ne les voit pas. On ne les voit pas, les avocats de nos cocos, ou
très rarement. Ils ne nous appellent pas pour savoir. Un enfant de trois ans ne
peut pas aller témoigner de quand il revient à la maison, c'est des crises sans
finir parce qu'il ne va pas bien. C'est qui peut témoigner de ça? C'est la
famille d'accueil. On ne l'appelle pas, on ne la considère pas, et c'est ça
qu'on veut faire entendre. Et on veut être aidé pour dire qu'on doit être la
voix de ces enfants-là et on doit être capable de leur nommer les choses. Pour
ce qui est des formations auprès des avocats, je demanderais peut-être à Me
Martineau de pouvoir en rajouter.
M. Martineau (Éric) : Ce que
je peux peut-être vous dire à ce niveau-là, là, tu sais, pour l'avoir vécu
personnellement, je suis un avocat qui est arrivé sur le tard puis j'ai eu,
dans le cadre de mon stage, à faire un petit peu de droits de la jeunesse. Puis
ce que j'ai observé, tu sais, mon premier réflexe, j'avais une crainte à dire :
Câline, c'est lourd à porter, hein, d'aller représenter des gens sur des... des
jeunes sur des mandats légals. D'un autre côté, je voyais des avocats,
peut-être de venir de d'autres secteurs d'activité, puis je ne suis pas certain
qu'ils étaient nécessairement... il faut que je fasse attention à ce que je
vais dire, là, mais qui étaient... comment on pourrait le dire? J'essaie de
trouver les mots, on dirait que je ne trouve pas le bon mot pour ménager les
choses. Mais je vous dirais que, ce qui serait important, c'est que ces
jeunes-là soient rencontrés. Parce que, des fois, la DPJ peut prendre une
décision qui va avoir un <impact...
M. Martineau (Éric) :
...ce
qui serait important, c'est que ces jeunes là soient rencontrés. Parce que, des
fois, la DPJ peut prendre une décision qui va avoir un >impact
fondamental, on va tirer des... on a parlé des PFAP puis des FAP, mais il y a
un phénomène grandissant actuellement où qu'il y a des jeunes qui sont retirés,
le DPJ va les retirer, mais ces gens-là sont... ces jeunes-là sont retournés en
famille d'accueil par les juges, mais, plus souvent qu'autrement, il y a de
l'obstruction qui est faite. Puis ces jeunes-là pourraient être entendus, mais,
quand l'avocat s'implique et amène la situation, il est capable de venir faire
ressortir le volet de l'enfant puis ce qu'il veut, puis rester dans cette
famille-là. Mais quand l'avocat ne va pas rencontrer ces gens-là, les familles
d'accueil ne va pas entendre ce point de vue là. Puis il va juste se présenter
puis dire : Bien, moi, je me fie à ce que le DPJ a fait. J'ai... Je prends
la position du DPJ, ça devient un petit peu plus compliqué.
• (17 heures) •
Puis des histoires, j'en ai des dizaines
et des dizaines depuis une dizaine d'années comme ça, qui sont problématiques
puis qui mériteraient d'être dénoncées puis être fouillées, parce qu'il y a
réellement une problématique, là, actuellement, à ce niveau-là, là. Beaucoup de
jeunes que les juges retournent, mais il y a l'obstruction qui se fait, et, des
fois, la CDPDJ est intervenue, et, dans les dernières années, il y a eu des
retraits. Puis actuellement, c'est là qu'eux ils avaient un rôle important pour
ramener les choses, parce que les familles d'accueil ne peuvent pas d'office...
ne sont pas parties au dossier. Donc, de quelle façon qu'on ramène ça? Si les avocats
des enfants, en plus, ne s'impliquent pas toujours parce qu'ils ne comprennent
pas la réalité, ils ne comprennent pas ce qu'un petit enfant de trois ans, de
deux ans peut avoir, le lien que ça va avoir s'il est déplacé. Qui va parler
pour eux? Puis quand, nous, on le dénonce, puis on nous dit : Bien,
écoutez, c'est du clinique. Je vais dans les médias, Mélanie va... tu sais, la
fédération va aller dans les médias, on le dénonce, mais personne ne s'y
intéresse. Moi, je veux quelqu'un qui s'intéresse à ça, je pense. La fédération
veut ça, puis je suis convaincu que Mme Gagnon veut la même chose. On est tous
là, là, ça fait que je pense que c'est là qu'il faut qu'il y ait une formation
au niveau des avocats pour comprendre, là, que... quand il y a des jeunes, même
s'ils ne peuvent pas exprimer, il y a des notions de base que tu dois être en
mesure de comprendre.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Oh! bonjour à
vous deux. Merci beaucoup d'être ici.
Mme Gagnon, vous avez mentionné, c'était
dans votre rapport aussi que ça prend un village pour élever un enfant, mais
c'est sûr et certain que, si on n'avait pas des femmes comme vous et des
familles d'accueil, je ne sais pas qu'est-ce qui se passerait avec beaucoup de
nos enfants au Québec. Donc, merci pour tout ce que vous faites et les familles
d'accueil, si vous pouvez transmettre le message, je crois, de nous tous, parce
que vous faites un travail incroyable, c'est vital pour le bien-être de ces
enfants-là, surtout, lorsqu'on fait face... Et on le sait, là, on en a déjà
parlé, c'est dans les médias, il y a un système défaillant concernant la DPJ,
vous en avez parlé. Je sais que toute cette question de... c'est dans votre
mémoire, c'est une des premières recommandations. Le transfert de pouvoirs,
responsabilités au commissaire, vous l'avez à cœur, là, on le ressent avec
beaucoup de passion, de conviction. J'ai vu que vous parlez que la CDPDJ a tous
les outils, tous les pouvoirs d'être le chien de garde. Donc, est-ce que vous
nous dites aujourd'hui qu'il a manqué à son devoir d'être le chien de garde?
Mme Gagnon (Mélanie) : Je
vous dirais que je dois répondre à la... dire que, oui, il a manqué et que
certains dossiers auraient pu être épaulés par la CDPDJ.
Mme Garceau : Et, en termes
de... Parce que je sais que vous avez mentionné à la page, c'est la mise en
contexte, qui est quand même assez préoccupante. Et donc j'aimerais beaucoup
vous entendre là-dessus. Il y a deux sujets : «L'absence d'application ou
la mauvaise priorisation de la mise en œuvre de ses recommandations — on
parle de la commission Laurent — cause actuellement un tort immense
aux enfants.» Qu'est-ce que vous voulez dire par ça?
Mme Gagnon (Mélanie) : Bien,
on a des enfants, comme je vous parlais tout à l'heure, les enfants en PFAP,
ils sont lésés dans leurs droits, des listes... on le sait, les signalements à
la protection de la jeunesse, c'est quand même assez phénoménal. Et des enfants
qui... des lésions de droits à tous les jours, je vous dirais qu'à la
fédération, on a souvent des appels, puis on accompagne nos familles d'accueil
dans... pour essayer que les droits de ces enfants-là soient...
17 h (version révisée)
Mme Gagnon (Mélanie) : ...on a
souvent des appels puis on accompagne nos familles d'accueil dans... pour
essayer que les droits de ces enfants-là soient respectés. On le sait que, la
fédération, on représente des ressources, mais on a à cœur les enfants qui sont
dans ces ressources-là. Donc, c'est vraiment là-dessus, là, que je vous dirais...
Mme Garceau : OK. Et vous
parlez aussi de «la fonction de la directrice nationale de la protection de la
jeunesse ne répond pas aux nombreux besoins et fait ressortir l'importance,
plus que jamais, de nommer un Commissaire au bien-être et aux droits des
enfants». J'aimerais vous entendre là-dessus également.
Mme Gagnon (Mélanie) : Bien,
écoutez, la directrice, je vous dirais que je n'en entends pas souvent parler.
Il faudrait qu'elle soit avant-plan, debout, hein, pour protéger nos enfants,
pour les défendre. Il me semble que c'est comme un peu absent.
Mme Garceau : Est-ce que vous
avez... Oui?
M. Martineau (Éric) : Juste à
ce niveau-là, juste pour vous dire, pour avoir... pour participer à différents
comités, j'ai vu son nom apparaître sur un organigramme en novembre dernier...
en novembre dernier. C'est ce que je sais qui existe à date.
Mme Garceau : Il n'y a pas eu
aucune communication avec les familles d'accueil au niveau de... compte tenu
des lacunes dans le système, les besoins criants des enfants en... liés à la
protection de la jeunesse?
M. Martineau (Éric) : Il n'y
a eu aucune prise de contact avec la fédération, ou du moins au moins juste
pour se présenter, là.
Mme Garceau : Cette question
de représentation, la défense des droits des enfants devant les tribunaux et
aussi la représentation... Et je vous remercie, Me Martineau, pour vos
représentations à cet égard. Parce qu'on vient d'entendre Me Claveau, la
bâtonnière du Barreau du Québec, et on a posé les questions concernant est-ce
que les avocats qui représentent les enfants devraient suivre une formation,
est-ce qu'ils devraient avoir une accréditation spéciale, tel que recommandé
par la commission Laurent, surtout pour les enfants en bas âge qui sont
incapables de donner un mandat. Mais ce que vous avez souligné aujourd'hui est
quand même assez préoccupant, on l'a entendu également de d'autres personnes
lors de cette commission, que les enfants ne sont pas représentés par leurs
avocats, ils ne sont pas rencontrés. Leur voix n'est pas... On ne les entend
pas. Donc, qu'est-ce qu'on fait pour corriger cette situation? En soi, c'est
des lésions de droit, qu'un enfant n'est pas représenté devant les instances
judiciaires.
M. Martineau (Éric) : Écoutez,
comprenez-moi bien, là, il y a quand même un pourcentage significatif aussi qui
s'y intéresse, hein? J'ai des consoeurs, des confrères qui pratiquent, là,
puis, mon Dieu! S'ils étaient tous comme ça, ça serait extraordinaire, là. Ils
sont dévoués en maudit, là, excusez-moi l'expression. Mais ce n'est pas tout le
monde, OK? Le système, je dois vous avouer, je n'y ai pas nécessairement pensé,
là. J'aurais... Je n'ai pas réfléchi à la question puis j'hésite à me prononcer
à ce niveau-là, là. Nécessairement, une formation de base, ça, c'est certain
pour comprendre, parce qu'il y a un volet tellement clinique qui doit être
compris et maîtrisé. Sur le processus, je vous dirais, je n'ai pas
nécessairement de réponse à vous donner. Je suis convaincu, je pense, qu'il y a
des gens qui pourraient proposer des solutions à ce niveau-là, là, puis je ne
veux pas non plus trop m'avancer là-dessus. Mais quand même, une formation
minimale, que ce soit dans... au niveau universitaire, des cours obligatoires.
Quand qu'on pense qu'on s'en va, par exemple, notaire, il y a des cours qui
vont être obligatoires avant de passer à la maîtrise, est-ce qu'il y aurait la
même chose qui devrait être faite? Est-ce qu'il y aurait une espèce de
filtration? Parce qu'on va nous dire souvent, au Barreau : vous devez
maîtriser à peu près toutes les formes de droit. Bon. Mais quand tu joues avec
la vie d'un être humain versus un capital-actions, on n'est pas à la même
place, tu sais. Donc, aller faire de la représentation en jeunesse sans
comprendre nécessairement les enjeux, bien, assurément, ça ne serait pas de
trop qu'il y ait une barrière. Parce que, moi-même, je me l'ai mise
intentionnellement en me disant : ça n'a pas de bon sens. Mais ça devrait
se faire. Comment? Je n'ai pas la réponse pour vous, là.
Mme Garceau : Mais juste pour
prendre quelques paroles de Me Claveau à ce sujet-là. Parce qu'évidemment, je
suis avocate, là, de 30 ans, donc le programme formation continue, je
continue à faire ces formations-là, mais il y a aussi le code d'éthique, le
code d'éthique, qui fait en sorte qu'on doit rencontrer nos clients afin de les
représenter. Et donc il y a tout le côté du code <d'éthique...
Mme Garceau :
...on
doit rencontrer nos clients afin de les représenter. Et donc il y a tout le
côté du code >d'éthique, mais semble-t-il que ça, ce n'est pas suffisant
s'il y a encore des avocats qui représentent des enfants qui ne rencontrent pas
les enfants afin de bien les représenter devant les... Donc, il y avait cette
recommandation de la commission Laurent concernant un programme, et ce serait
le commissaire qui pourrait comme élaborer, superviser, d'assurer que des
avocats qui veulent pratiquer, œuvrer dans le domaine de la protection de la
jeunesse pour représentation des enfants seraient accrédités. Est-ce que vous
seriez en faveur de ce genre de proposition?
Mme Gagnon (Mélanie) : Moi,
je pense qu'il faut qu'il soit en connaissance de cause. Quand on doit parler à
un enfant de quatre ans qui n'est plus avec maman et plus avec papa, il y a...
c'est déjà lourd, il faut qu'il y ait un minimum de formation pour être capable
de se mettre à la hauteur de cet enfant-là et de comprendre ses peurs. L'avocat
va le voir peut-être deux jours avant de passer au tribunal. C'est beau de voir
l'enfant, mais je vais vous ramener à dire qu'il faut qu'il voie la famille
d'accueil aussi, c'est voir l'enfant et la famille d'accueil en même temps...
Ces enfants-là, ils prennent... ont... je vais vous dire qu'ils s'enracinent
dans nos familles d'accueil, ils prennent confiance en nous. Et, s'il y a un
grand monsieur à cravate qui arrive, assurément qu'ils ne voudront pas parler,
ils ont besoin de quelqu'un à côté d'eux pour les rassurer. Et de dire que la
famille d'accueil va être entendue avec coco... On s'entend qu'un enfant de
10 mois, là, je ne m'attends pas à ce qu'un avocat va aller le voir, ça ne
donnera pas grand-chose, mais ma famille d'accueil, par exemple, en aurait probablement
long à dire.
• (17 h 10) •
Mme Garceau : Bien, c'est
surtout, compte tenu que vous aviez mentionné tout à l'heure, le fait qu'il y a
des intervenantes, des intervenants de la DPJ qui ne sont pas vraiment au
courant du travail que vous faites. C'est un sérieux problème. Il y a un manque
de formation. Parce que, là, ce que vous êtes en train de dire également, que,
lors d'évaluation d'une situation d'un enfant, vous n'êtes pas interpellé, on
ne vous questionne pas, vous n'allez pas comme témoin à la cour.
Mme Gagnon (Mélanie) : Oui,
on peut aller comme témoin à la cour, là, quand il y a déplacement, on peut
aller à la cour. Mais où... ce que je veux dire, où est-ce qu'on est moins
consulté... je vous dirais moins écouté, c'est... je vous donne un exemple.
J'ai déjà vécu une jeune fille de 13 ans qui nomme ne plus vouloir aller
chez son parent, là, elle le nomme : Je ne veux plus y aller, je ne suis
pas bien, j'ai peur, je ne veux plus y aller. Et qu'on a des intervenants qui
persistent à vouloir faire une preuve, et persistent, et persistent. Et la
famille d'accueil dit : Heille! ça ne marche pas, allumez, quelqu'un, cet
enfant-là est en train de développer des problèmes, il faut que quelqu'un
l'entende. Et son avocat, s'il ne l'appelle pas, il ne le saura pas. Il faut
que la famille d'accueil soit capable de lever un drapeau rouge à quelque part
et dire : Elle ne veut plus y aller, pouvons-nous la respecter? Puis là,
je parle d'un enfant de 12 ans, mais il y en a, des enfants qui sont petits
et qu'il le nomme. Et pour qu'un enfant ne veuille plus voir son parent, là, il
faut qu'il y en ait fait quand même beaucoup. Parce que, même des enfants bien
écorchés accourent dans les bras des parents, parce que ton parent reste ton
parent.
Le Président (M. Provençal)
:M. le député, on va faire la suite,
s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Je pense que je dois le dire, la même chose que mes collègues, là,
pour ce que vous faites, tous les deux, mais quand même particulièrement pour
les enfants, merci, fondamentalement. Je reviens peut-être du côté juridique,
parce que vous avez quand même été très clair, là, sur certains aspects.
J'aimerais ça qu'on revienne sur la charte des droits des enfants. Qu'est-ce
que ça change de manière substantive, qu'on l'ait ou qu'on ne l'ait pas, cette
charte-là? Demain matin, là, on l'adopte. Qu'est-ce que ça va changer?
Mme Gagnon (Mélanie) : Bien,
j'ose espérer qu'elle va être appliquée et respectée en belle et due forme.
C'est ça que ça va changer.
M. Cliche-Rivard : En ce
moment, ça ne l'est pas, les droits qui sont consentis ne sont pas respectés.
Mme Gagnon (Mélanie) : Je
vous dirais que... certains... certaines fois probablement.
M. Cliche-Rivard : OK. C'est
une question de message, c'est une question que... vous espérez qu'une fois
qu'on adopte ça...
Mme Gagnon (Mélanie) : Bien,
comme Me Martineau l'a dit, réaffirmer. Le peuple québécois, en majorité, il
faudrait que ce soit placardé haut et fort, c'est quoi, les droits des enfants.
Ça serait une bonne affaire, qu'ils le comprennent et qu'ils le sachent.
M. Cliche-Rivard : Puis que
vous, vous avez de la misère à comprendre qu'une recommandation aussi claire de
<Mme Laurent...
M. Cliche-Rivard :
...vous,
vous avez de la misère à comprendre qu'une recommandation aussi claire de >Mme Laurent
n'est pas dans ce projet de loi là, c'est difficile à comprendre.
Mme Gagnon (Mélanie) : Oui.
Parce que, pour nous, le droit des enfants est fondamental.
M. Cliche-Rivard : Avez-vous
la même position sur la Convention internationale des droits de l'enfant? Que
le Québec ne l'ait pas intégré, ça, dans son... que ce ne soit pas applicable
officiellement, est-ce que c'est le même problème?
M. Martineau (Éric) : ...je
ne me souviens pas le numéro du décret, là, mais il est dans le préambule de la
Loi sur la protection de la jeunesse, là, je ne veux pas nécessairement...
M. Cliche-Rivard : Moi, ce
qu'on m'explique, c'est qu'on s'est déclaré lié, mais qu'on n'a jamais
finalement fini le travail de ratifier puis de l'intégrer dans notre droit
interne québécois. Il y a un professeur, qui est venu hier, qui nous en a
parlé, que c'était probablement un problème puis qu'on pouvait le régler
aujourd'hui dans ce projet de loi là. Avez-vous une position là-dessus?
M. Martineau (Éric) : Si
c'est un professeur qui le dit, j'aurais tendance à vous dire qu'il faudrait le
réaffirmer clairement.
M. Cliche-Rivard : Mais, du
même côté, ça viendrait rajouter un cadre supplémentaire pour réaffirmer le
droit des enfants.
M. Martineau (Éric) : Bien,
ça l'uniformiserait... ça va l'universaliser dans le sens qu'en le mettant dans
une charte qui a une valeur supralégislative versus le mettre dans une loi
particulière, qui est la LPJ, à mon avis, ça aurait une plus grande force, là,
effectivement. C'est clair que ça viendrait l'encadrer, parce que même dans des
débats autres qui sont en lien par exemple... Je ne veux pas partir sur des
grandes histoires, mais il y a des... il y a des débats actuellement qu'on vit,
dans le cadre de la LRR actuellement, puis qu'on a eu à débattre, justement,
l'intérêt de l'enfant sur les modifications, puis évidemment, c'est clair... ou
des débats... des débats administratifs en lien avec les PFAP, qu'on veut faire
reconnaître, bien, c'est évident que ces choses-là, en étant en droit interne,
ça faciliterait les choses, pour tout vous dire. Bien, oui, on présume... Je ne
veux pas rentrer dans le débat juridique, mais qui est présumé intégrer dans le
droit interne, dans l'interprétation. Donc, si on vient le réaffirmer, ça
clarifierait les choses. Ça mettrait, à mon avis, la charte au cœur des
décisions... pas la charte, mais la convention relative aux droits des enfants,
puis ça forcerait effectivement les décisions des tribunaux à non seulement ne
pas juste s'en servir au niveau interprétatif, mais vraiment venir dire :
Non, c'est du droit interne, puis on affirmerait avec force. Oui, ça renforcerait.
Ça fait qu'à cet égard je dirais oui, de le mettre dans la charte relative aux
droits de l'enfant, absolument, là.
M. Cliche-Rivard : La charte
relative aux droits de l'enfant, vous voulez qu'elle ait un statut quasi
constitutionnel, là. Ce n'est pas juste une loi comme une autre, il faut
qu'elle ait un volet supralégislatif quand même.
M. Martineau (Éric) : Bien,
je pense que, par la charte québécoise, le problème, c'est un petit peu...
c'est de mettre le regard sur...oui, supralégislatif. Je pense que, par la
force des choses... Mais vous comprenez qu'on est dans l'interprétation puis on
est obligé de faire cet exercice-là, mais pour le commun des mortels, ce n'est
pas le cas. Moi, je pense qu'il faut le faire puis peut-être l'élargir,
absolument. Puis en intégrant la convention relative aux droits de l'enfant,
mon Dieu, je pense que ça... ça serait extraordinaire, là.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Me Martineau, Mme Gagnon, merci beaucoup de votre
témoignage, votre mémoire, et, Mme Gagnon, votre engagement non seulement,
là, avec tous les enfants dont vous avez pris la responsabilité, mais également
tous les comités sur lesquels vous siégez depuis des années, là, dans notre
région de l'Est du Québec, la Côte-Nord, la Gaspésie. Bravo! Parce que je ne
sais pas comment vous faites. D'ailleurs, vous avez parlé de 11 enfants.
Quand vous sortez avec 11 enfants, là, en même temps, là, vous êtes...
vous avez la charge de 11 enfants, c'est bien ça?
Mme Gagnon (Mélanie) : À une
certaine époque, oui.
M. Arseneau : À une certaine
époque, d'accord. Dites-moi, on comprend bien aussi, là, votre appel à l'action
puis votre espèce de cri d'alarme pour que... pour qu'on agisse et que les
pouvoirs de la CDPDJ soient transférés au commissaire. Qu'est-ce qui vous fait
penser que si on n'a pas réussi avec la CDPDJ, qu'on va réussir avec le
commissaire? Parce qu'on a parlé tout à l'heure de pénurie de main-d'oeuvre. On
imagine bien que si on transfère les pouvoirs de l'un à l'autre, bien, il y a
probablement des transferts d'employés aussi. Je ne sais pas... Est-ce qu'il
est mieux de transférer les pouvoirs ou... en fait, c'est la question que je me
pose... ou transformer la façon de faire actuelle?
Mme Gagnon (Mélanie) : Écoutez,
moi, je crois... Je vous l'ai dit dans mon mémoire, c'est écrit de transférer
les pouvoirs. Je suis convaincue, car ils vont être dédiés que seulement à
l'enfance, c'est vraiment là, à la jeunesse. C'est... C'est vraiment... C'est
de faire.... J'avais une discussion avec une collègue, puis, tu sais, on
parlait qu'il y a bien des années la CDPDJ a eu le droit à l'enfance et qu'on
avait peur justement que les enfants soient laissés, voilà 30 ans, là.
Hier, j'écoutais Me Mylène Leblanc, qu'elle disait : Il y a 30 ans,
on avait peur que nos enfants soient laissés de <côté...
Mme Gagnon (Mélanie)T :
...voilà
30 ans, là. Hier, j'écoutais Me Mylène Leblanc, qu'elle disait : Il y
a 30 ans, on avait peur que nos enfants soient laissés de >côté
avec cette loi-là, à la CDPDJ. Et, malheureusement, aujourd'hui, 30 ans
plus tard, on est devant le fait. Est-ce... Comme Mme... Me Martineau disait,
on n'attendra pas encore 30 ans. C'est assez, là. Ces enfants-là ont des
droits, c'est l'avenir de demain, c'est les enfants. Puis, oui, en tant que de
la fédération, je vous parle des enfants de la protection de la jeunesse, c'est
souvent eux qui ont de besoin, parce que l'enfant qui vit dans une famille
bienveillante, est tout bien, n'aura pas besoin du commissaire. Ça va être
vraiment les enfants de la DPJ. Je pense qu'ils ont assez payé longtemps. C'est
maintenant le temps d'être en action, je pense, pour ces enfants.
M. Arseneau : Oui, c'est ça.
Donc, vous tirez un trait sur le rôle de la CDPDJ et puis vous souhaitez autre
chose, j'ai bien compris ça. Maintenant, j'aimerais parler un petit peu... Vous
avez... Brièvement, il me reste quelques secondes, vous avez parlé de la
prévention, puis ce que j'ai compris, c'est que c'est bien beau la prévention,
mais on est dans une situation de crise, puis... Bon, oui, la prévention, mais
il y a des actions beaucoup plus importantes, rapides, concrètes, présentes à
mener, c'est ça? Vous n'êtes pas contre la prévention, évidemment, mais
l'urgence, c'est...
• (17 h 20) •
Mme Gagnon (Mélanie) : La
prévention est toujours bien, mais, pour le moment, on est dans une... dans la
crise d'agir pour ces enfants-là. Je vous l'ai dit, ça fait 30 ans qu'ils
attendent. Ce serait le temps qu'ils arrêtent d'attendre.
M. Martineau (Éric) : La
prévention devra toujours être là, là, qu'importe, mais je pense que la
globalité des choses, c'est dans... dans le pratique, dans l'action. Il y aura
toujours du roulement au niveau d'enfants qui sont placés par la DPJ, puis le
gros du problème est là. Ça fait que c'est un petit peu dans ce sens-là.
M. Arseneau : En termes de
priorités, c'est là que vous voyez les efforts à mettre.
M. Martineau (Éric) : Une
priorité, mais de constance. Ça demeurera quand même, malgré la prévention.
M. Arseneau : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, merci beaucoup, M. le député.
Je tiens à remercier Mme Gagnon et M. Martineau pour, entre autres, des
témoignages que vous nous avez donnés et pour votre collaboration à nos
travaux, pour qu'on puisse livrer un meilleur produit fini. Merci beaucoup, je
vous souhaite une bonne fin de journée.
Je suspends les travaux pour permettre au
prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 21)
(Reprise à 17 h 26)
Le Président (M. Provençal)
:Alors, nous allons poursuivre nos
travaux avec...
Des voix : ...
Le Président (M. Provençal)
:Il n'y a pas de problème. Je pense
que les travaux débutent avec le Collectif ex-placé DPJ. Alors, je veux vous
dire, là, soyons calmes, parce que je sens une certaine nervosité puis je veux
que vous soyez très à l'aise. Dites vous que vous êtes juste les trois puis
vous échangez ensemble. Alors, ça... tout va bien se dérouler. Prenez votre
temps. Il n'y a pas de problème. Par contre, je suis obligé de vous dire que
vous avez 10 minutes pour votre présentation d'abord.
Des voix : ...
Le Président (M. Provençal)
:Mais compte tenu que c'est moi qui
gère le temps, on verra. Alors, je vous cède la parole.
Mme Côté-Guimond (Jessica) :
Alors, merci de nous accueillir. Je me présente, Jessica Côté-Guimond, je suis
ex-placée et directrice du collectif et aussi co-fondatrice. Donc, le Collectif
ex-placé DPJ a été initié par d'anciens jeunes placés. Fondé le
13 septembre 2022, le collectif est un groupe formé de jeunes et d'adultes
ayant reçu des services de la protection de la jeunesse ainsi que de leurs
alliés. Sa mission première est de mettre en lumière et de rendre publics les
enjeux criants rencontrés par les enfants suivis par la DPJ et les jeunes
suivis sur le système de justice pénale pour adolescents. Le collectif répond
aux besoins des jeunes qui sont ou ont été suivis en protection de la jeunesse.
Il facilite la prise de parole et la mobilisation des ex-placés en offrant
aussi différentes activités de prévention, d'éducation, de soutien et
d'accompagnement aux jeunes majoritairement de 14 à 35 ans. Les services
offerts par le collectif sont largement inspirés des modèles d'associations
d'entraide existant en France, tels que les Repairs! ou les ADEPAPE, ainsi que
les autres provinces canadiennes.
Le collectif tient aujourd'hui à
intervenir dans le cadre de la commission parlementaire sur le projet de loi n° 37 concernant la création du poste de Commissaire au
bien-être et aux droits des enfants. Nous sommes évidemment heureux de voir que
le gouvernement a mis de l'avant une des recommandations de la commission
Laurent. D'ailleurs, ce sont des ex-placés membres du collectif qui ont ouvert
les audiences publiques de cette commission et l'instauration d'un commissaire
au bien-être et aux droits était une de nos principales <demandes...
Mme Côté-Guimond (Jessica) :
...
publiques de cette commission et l'instauration d'un commissaire au bien-être
et aux droits était une de nos principales >demandes. Donc, nous pouvons
vous remercier.
Bien que le projet de loi soit un pas dans
la bonne direction, nous souhaitons tout de même affirmer qu'il y a certaines
modifications qui doivent être nécessaires. Nous croyons que certaines
clarifications permettraient d'adopter une loi qui répondra réellement à son
but premier, soit de promouvoir le bien-être des enfants et surtout le respect
de leurs droits, veiller évidemment à l'intérêt supérieur des enfants.
Dans les échanges avec nos membres
concernés, trois enjeux principaux ont été soulevés, lesquels mes collègues
discuteront avec vous également. Le premier est en lien avec les rôles et
fonctions de la CDPDJ. La deuxième étant en lien avec les rôles et fonctions de
ce futur commissaire. Et enfin des liens en préoccupation, là, avec la
participation des jeunes au sein de ces comités que vous appelez consultatifs.
• (17 h 30) •
Nous sommes préoccupés par le fait que la
Commission des droits de la personne, la CDPDJ, maintienne les mêmes fonctions
et pouvoirs. Nous croyons qu'un profond changement de culture et une meilleure
priorisation des dossiers doivent être visés, et ce, peu importe la répartition
des rôles et des pouvoirs.
D'ailleurs, je tiens à souligner qu'il y a
une étude, on vous a amené une copie si vous voulez la consulter, de
Mme Valérie Costanzo et Mme Mona Paré qui conclut, et je cite : «Les
recours en lésion de droits ne fait pas le poids pour rééquilibrer les rapports
de force inégaux entre les familles et la DPJ et qu'ils ne pallient pas les
problèmes d'ordre structurels du système de protection de la jeunesse.» Nous
devons souligner que peu importe l'instance qui aura la responsabilité de
défendre et faire respecter les droits des enfants, nous devons nous assurer
d'octroyer le budget conséquent pour lui permettre d'accomplir réellement ses
fonctions. Les moyens financiers et humains pour faire une promotion, une sensibilisation
et une vraie défense de droits. Nous devons également nous assurer d'une
formation obligatoire et systématiquement offerte à tous les intervenants
concernant les droits des usagers afin de prévenir des lésions de droits.
Nous rappelons tout de même que la
recommandation de la commission Laurent est de transférer aux commissaires les
pouvoirs et responsabilités de la CDPDJ ainsi que les ressources afférentes. Si
la CDPDJ souhaite maintenir ses fonctions actuelles, nous sommes d'avis que la CDPDJ
doit davantage prendre les moyens légaux pour que soient corrigées les
situations où les droits des enfants sont actuellement lésés et ordonner des
mesures, entre autres, de paiement en dommages et intérêts quand il y a des
enjeux de lésion de droits. Aussi, nous croyons que la CDPDJ devrait offrir des
services juridiques et de médiation aux jeunes qui reçoivent des services en
vertu de la LPJ ou de la LSJPA. En comparaison, le défenseur de l'Alberta a le
mandat, lui, d'offrir des services juridiques aux jeunes recevant de ses
services. Nous sommes également d'avis qu'elle devrait offrir la formation
obligatoire sur les droits de la jeunesse auprès des futurs intervenants et
professionnels, incluant évidemment les avocats.
Je cède la parole à ma collègue pour la
suite.
Mme Chénier-Richard (Karolane) : Bien,
je m'appelle Karolane Chénier-Richard, je suis une ex-placée, j'ai été placée
en Abitibi-Témiscamingue en famille d'accueil, et je suis coordonnatrice du
Collectif des ex-placés de la DPJ.
Donc, tout d'abord, il y a une
préoccupation énorme, là, sur la... la priorisation des dossiers, puisque le
mandat du commissaire est trop large. La commission Laurent stipule qu'il faut
accorder une priorité aux jeunes en contexte de vulnérabilité. Cette préoccupation
est liée à son rôle de vigie. Bien qu'il soit important d'analyser l'état du
bien-être des jeunes dans l'ensemble du Québec, il y a une importance qu'on
surveille l'état des enfants, des jeunes et des jeunes adultes en contexte de
vulnérabilité. Par exemple, il y a une différence entre l'anxiété de
performance dans les écoles privées ou le suicide dans les centres jeunesse.
Les jeunes placés sont victimes de
l'intersectionnalité de plusieurs facteurs de risque qui se... et qui cumulent
plusieurs facteurs de vulnérabilité. Il est important d'évaluer les services
offerts pour... afin apporter les... des recommandations. Le commissaire doit
avoir le pouvoir et être imputable d'apporter des correctifs législatifs. Un
mécanisme de reddition de comptes doit être mis en place pour assurer un suivi
de recommandations qui permet d'agir en amont pour les jeunes en contexte de
vulnérabilité.
Il y a un enjeu concernant le possible
chevauchement des fonctions du commissaire avec les autres institutions telles
que la commission des droits de la personne et de la jeunesse ou ceux qui
s'occupent des lésions de droits. Nous croyons qu'il serait judicieux de
préciser les rôles des instances existantes...
17 h 30 (version révisée)
Mme Chénier-Richard (Karolane) : ...les
droits de la personne et de la jeunesse ou ceux qui s'occupent des lésions de
droits. Nous croyons qu'il serait judicieux de préciser les rôles des instances
existantes qui vont collaborer avec le Commissaire pour afin réduire la
confusion sur les pouvoirs de chacun des acteurs. Il est également important de
mettre en place des ententes claires entre les partenaires pour afin assurer
que la divulgation de renseignements confidentiels, la transmission d'informations,
est essentielle pour défendre adéquatement les droits des jeunes. Il y a une
préoccupation par rapport aux moyens pour favoriser l'accès aux ressources.
Selon la commission Laurent, l'accessibilité aux ressources est très difficile
puisqu'ils sont rarement connus des jeunes et des familles. Il y a des enjeux d'être
en mesure de s'orienter dans les différentes instances vu la complexité des
processus, pour avoir accès à ces ressources. Il y a aussi une préoccupation
que le Commissaire puisse assurer ses rôles avec toutes les... les ressources
nécessaires et assurer un accès équitable partout au Québec. Je vais céder la
parole à ma collègue.
Mme Laliberté (Emily) : Bonjour,
je me présente,Emily Laliberté, idéatrice et coordonnatrice des projets Porte-voix
et Droit de cité, deux initiatives à caractère social visant l'inclusion, la
pleine participation, la défense des droits et le rayonnement des voix des
jeunes placés en protection de la jeunesse sous la Loi sur le système de
justice pénale pour adolescents, ainsi que les jeunes adultes ayant une
expérience de placement, comme les membres du Collectif Ex-Placés DPJ que j'ai
le privilège d'accompagner aujourd'hui.
Depuis 2012, je développe des stratégies
de médiation favorisant le développement de la pensée critique et le
renforcement du pouvoir d'agir de communautés hautement marginalisées. Par l'animation
d'activités de libre expression, d'analyse sociale, la création d'œuvres
percutantes, j'ai accompagné la prise de parole de plus de 200 jeunes issus
des services de la DPJ. C'est pourquoi je souhaite m'exprimer sur la place qui
est faite à leur participation dans ce projet de loi. Je vais me concentrer sur
la composition du comité consultatif et les facteurs de réussite soutenant la
pleine participation des jeunes les plus vulnérabilisés dans ce type de
démarche. Bien que le projet de loi indique que le Commissaire devra recueillir
les préoccupations et les opinions des enfants, celui-ci ne priorise
malheureusement pas actuellement les enfants les plus vulnérables de notre
société, tel que le préconise le rapport de la commission Laurent et celui du
Comité des droits de l'enfant de l'ONU au sujet d'instances similaires, je cite :
«Ce type de commissaire devra adopter une démarche proactive pour rejoindre
particulièrement les enfants de groupes en situation de vulnérabilité,
notamment les jeunes placés en protection de la jeunesse, les communautés
ethnoculturelles et autochtones.» Ce à quoi nous ajoutons également la prise en
compte d'autres facteurs de discrimination, tels que la classe sociale, la
diversité capacitaire, l'orientation sexuelle et l'identité de genre dans la
composition du ou des comités consultatifs qui seront créés afin de bien
visibiliser... l'intersectionnalité, pardon, des problématiques vécues.
Considérant que la Loi sur la protection
de la jeunesse reconnaît déjà à l'enfant le droit d'être informé, consulté et
entendu, mais que des facteurs structurels nuisent à cette participation,
comment pouvons-nous nous assurer qu'il en sera autrement pour le comité
consultatif? Comme nous avons pu le voir dans certains comités jeunesse récemment,
il y a un risque important d'instrumentalisation si les conditions optimales à
la participation ne sont pas réunies, des conditions opérationnelles, telles qu'un
budget prenant en compte la rémunération des jeunes, le remboursement de leurs
frais de transport, de repas, les outils numériques adaptés à cette
participation-là et des conditions humaines soutenant leur réussite, tels que
des espaces sécuritaires de partage et un accompagnement adapté à toutes les
étapes, incluant la socialisation à la participation, l'information vulgarisée
et le partage des expertises requises. Ce qui implique, notamment, que les
enfants et les jeunes soient informés sur les enjeux, en mesure de croiser les
informations afin de développer leur propre opinion, d'émettre des
recommandations éclairées et que celles-ci soient sérieusement prises en compte
par le Commissaire.
Actuellement, la défense et la
promotion... la promotion et le renforcement des droits de la jeunesse se
trouvent principalement dans les mains d'adultes concernés plutôt qu'entre les
leurs, ce qui a une influence majeure sur leur développement, le sentiment de
contrôle sur leur vie ainsi que sur leur pleine participation à la vie
démocratique par la suite. À notre sens, le soutien adéquat à leur
participation au sein du ou des comités consultatifs, ainsi qu'une véritable
prise en compte de leur expertise, contribuera en lui même au bien-être des
enfants, des jeunes et de leurs familles, ainsi qu'à un plus grand respect de
leurs droits.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, sur ce, M. le
ministre, je vous invite à faire la première intervention.
M. Carmant : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Merci pour cet exposé, qui était très clair, à vous
trois.
La <première...
...
Le Président (M. Provençal)
:
...je vous invite à faire la
première intervention.
M. Carmant :
Oui, merci beaucoup, M. le Président. Merci pour cet
exposé, qui était très clair, à vous trois.
La première
>question qui
se pose, c'est : Comment le Commissaire va rejoindre les jeunes,
particulièrement les plus vulnérables? Comment vous voyez ça?
Mme Chénier-Richard (Karolane) : Bien,
en fait, c'est que, selon nous, tu sais, comment ils vont permettre ça, en
fait, c'est qu'il va pouvoir aussi assurer une certaine accessibilité au niveau
des services, puisque, tu sais, comme je l'ai mentionné, en fait, c'est que les
services ne sont pas connus, en fait. Donc, un des rôles du Commissaire, c'est
de... permettre une certaine accessibilité, ça fait qu'en fait, c'est de
justement, aussi, faire en sorte que les jeunes puissent être informés de leurs
droits, être informés des recours qui existent. Parce qu'en fait, ce n'est pas
quelque chose qui est... qui est fait dans les... en fait, même à ce jour, il y
a plein de jeunes qu'on a rencontrés qui ne savent même pas qu'ils ont le droit
à être informés, à être accompagnés. Puis ça, je crois que c'est très
problématique. Donc, je crois qu'un commissaire qui va être principalement
juste pour les jeunes, les enfants, tout ça, même les jeunes adultes, va
permettre de, justement, se concentrer sur cet enjeu-là puis pouvoir les
accompagner de façon plus adéquate, parce que je crois qu'on a failli, un peu,
à cette responsabilité-là, qu'on avait envers nos enfants, les enfants du
Québec. Ça fait que je crois que ça va permettre ça.
• (17 h 40) •
M. Carmant : Et... mais,
vraiment, pratico-pratique, sur le terrain, est-ce que vous avez réfléchi à ça?
Mme Côté-Guimond (Jessica) : En
fait, si je peux aller en complément, là, je pense qu'il y a des défis,
effectivement, au niveau géographique, de s'assurer, vraiment, d'avoir des
bureaux de commissaires dans chacune des régions et de mettre en place des
comités, non pas consultatifs, je trouve que c'est très important, le mot
«consultatif jeunesse» est un peu problématique pour nous. Si on veut faire de
la réelle participation citoyenne, il ne faut pas tomber dans de la unique
consultation. On parle de participation, donc il y a une échelle, hein, de
participation. C'est important de prendre les bons termes.
Donc, le fait d'avoir des comités jeunesse
dans chacune des régions va aussi permettre de faire connaître ces... les
services qui sont offerts aux enfants. Ça peut être de différentes façons, là,
je veux dire, avec les médias sociaux d'aujourd'hui, avec des affiches.
J'entendais, hier, là, le Protecteur de l'élève dire qu'il a mis des affiches
dans toutes les écoles du Québec. Peut-être qu'on peut nuancer les choses. J'ai
deux enfants, ils n'ont jamais eu connaissance de ce Protecteur-là. Mais, tu
sais, je pense que c'est effectivement très important de les faire connaître.
Mais le sous-financement de la CDPDJ, en 1995, il est venu amener ces enjeux-là,
importants, au niveau géographique, là. C'est écrit dans la commission Laurent,
que de réduire leurs budgets a eu des impacts sur les services en région.
Donc, c'est très, très important, là, pour
nous, qu'on rende ça accessible, et puis... par tous les moyens nécessaires,
aussi, parce qu'on parle de fracture numérique, en centres jeunesse, des jeunes
qui n'ont parfois même pas accès à un téléphone ou que leurs intervenants leur
empêchent d'appeler ou vérifient le numéro qu'ils appellent. Donc, il y a des
enjeux au niveau de la confidentialité des communications, le droit à des
communications confidentielles avec la CDPDJ, qui sont un droit qui est
énormément lésé en protection de la jeunesse. Donc, pour faire connaître, il
faudrait différents moyens, là, entre autres, pour que ça soit accessible. Mais
une ligne directe, ça serait une base, tu sais, un numéro direct.
Mme Laliberté (Emily) : Moi,
je pense, de mon humble avis et de la place dont je parle de... c'est la
seule... le seul endroit d'où je peux parler, moi, ce que j'ai vu sur le
terrain, c'est vraiment des enjeux d'opérationnalisation. Parce qu'en ce moment,
on fait un projet qui s'appelle Droit de cité. Avec ce projet-là, en fait, on
a, nous, reçu de la formation de la CDPDJ, on s'est informés sur nos droits, on
a discuté, on a échangé, puis les histoires qui nous sont partagées, ce ne sont
que des histoires de lésions de droits. Donc, les jeunes, quand qu'ils
apprennent qu'ils ont ces droits-là, constatent qu'ils ont eu des lésions de
droits dramatiques qui ont eu des impacts sur leur vie au quotidien. Donc, moi,
je m'explique mal, alors que, dans la loi, moi, là, personnellement, le texte
législatif, là, de la Loi sur la protection de la jeunesse, il me convient,
c'est qu'on ne l'applique pas. Donc, il y a... pour moi, il y a un nœud quelque
part au niveau de l'opérationnalisation, au niveau des budgets, au niveau des
ressources humaines, au niveau des ressources numériques, justement. C'est...
Remettre une fiche à un enfant avec trois, quatre dépliants dedans, quand qu'il
vient de sortir d'une situation traumatisante dans son environnement, ce n'est
pas une manière d'informer. Tu sais, pour moi, la responsabilité de
l'information, c'est que l'enfant, il doit comprendre qu'est-ce qui se passe.
Puis comprendre, ça veut dire, bien, de comprendre les modalités, les codes.
Juste... juste pour nous, <venir...
Mme Laliberté (Emily)T :
...une
manière d'informer. Tu sais, pour moi, la responsabilité de l'information,
c'est que l'enfant, il doit comprendre qu'est-ce qui se passe. Puis comprendre,
ça veut dire, bien, de comprendre les modalités, les codes. Juste... juste pour
nous, venir >ici, aujourd'hui, tu sais, c'est quand même... il y a
des... il y a des codes, il y a un décorum. Tu sais, la participation, ça
implique qu'on se mette au niveau de la personne, qu'on soit à l'écoute de ses
besoins, qu'on lui donne les informations puis les moyens de prendre des
décisions éclairées.
M. Carmant : Oui. Puis j'aime
beaucoup le concept, là, de comités consultatifs ou... ça, on verra le nom, là,
régionaux, parce que je me disais : Tu sais, à un moment donné, c'est
quoi, la taille idéale? Tu sais, pour... pour... pour bien travailler, ce
serait... Tu sais, vous, est-ce que vous avez une petite idée, dans votre
expérience, là, tu sais, de la taille du groupe? Surtout si on inclut des gens
plus vulnérables qui sont moins, peut-être, portés à aller de l'avant, tu sais,
comme... Comment vous voyez ça, vous?
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien...
si je peux me permettre, vous complémenterez, là.
Mme Laliberté (Emily) : Vas-y,
vas-y
Mme Côté-Guimond (Jessica) : En
fait, je crois que c'est important d'avoir des groupes, comme je disais,
régionaux, puis que le... au niveau provincial, ce soient des représentants des
différentes régions qui siègent au niveau provincial pour permettre les
échanges, de permettre, aussi, d'avoir des jeunes un peu plus âgés, hein,
aussi, qui doivent... siéger sur ces comités-là, parce que là, on le voit dans
la loi, ici, vous arrêtez à 25 ans. C'est quoi, la jeunesse, la définition
de la jeunesse, au Québec? Je ne suis pas certaine que vous arrêtez à
25 ans dans votre définition. On fait juste regarder avec le Secrétariat à
la jeunesse, on va jusqu'à 30, au fédéral, 35 ans. Il faudrait qu'on se
pose tout de suite cette question-là. Je ne crois pas que d'arrêter à
25 ans, c'est une bonne chose. Mais les comités... des comités jeunesse,
là, vous êtes en train de me déformer, mais les comités jeunesse, qui ne seront
pas juste de la consultation, justement, nécessitent une préparation en amont,
nécessitent des outils, nécessitent une reconnaissance, une adaptation, aussi.
Parce que c'est souvent des rencontres qui vont avoir lieu en soirée. Si on a
des rencontres, par exemple, sur Zoom, est-ce que les jeunes ont accès à de
l'équipement technologique? On le voit un peu avec le nouveau comité que vous
avez instauré, là, avec Mme Lemay, il y a des enjeux importants. Les jeunes de
nos comités qui sont sur ce comité-là nous disent : On se sent
instrumentalisés, on a l'impression que c'est qu'uniquement de la consultation.
Par exemple, là, on leur a présenté le projet de loi n° 37 le soir, et le
lendemain matin, on le déposait à l'Assemblée nationale. Donc, à quel point
leur voix, leur parole, leur prise de parole est prise en considération? Ils se
sont sentis juste consultés, et encore là, c'était pratiquement juste de
l'information. Donc, c'est très important, là, qu'on... qu'on se penche
vraiment sur les modalités de participation et puis d'avoir des techniques,
comme Emily nous a amenées... des techniques de médiation en utilisant l'art,
en utilisant différents médiums pour faciliter l'expression.
Quand on va chez les tout-petits, par
exemple, je vous citerais les travaux de Mme Vicky Lafantaisie, qui a développé
toute une boîte d'outils pour faciliter la participation des tout-petits. Il y
a des gens, des chercheurs, qui se spécialisent sur la participation jeunesse.
C'est important, là, de les mobiliser, d'ailleurs, ils sont très mobilisés
autour des projets d'aires ouvertes, entre autres choses. Donc, il y a toute
une communauté qui est là, qui est existante, qu'on peut mobiliser, aussi, pour
mieux faire les choses.
Mme Laliberté (Emily) : ...vous
parliez... je veux juste compléter. Vous parliez de taille du comité, là. Moi,
ça fait 15 ans que je fais ça, là, puis, mettons qu'avec toute
l'intersectionnalité des enjeux, là, au lieu... au-delà de 15 jeunes
autour d'une même table, il faut vraiment être très compétent pour arriver à
faire ça. Mais le bout qu'on ne parle pas, on parle de nombre, mais j'aimerais
ça quand même souligner au niveau de la composition, parce que le projet de
loi, actuellement, là, il est extrêmement large, hein? On a entendu plein de
gens parler, hier, des enjeux, par exemple, du temps d'écran qui... que... je
ne dis pas que ce n'est pas un enjeu, mais, quand on pense qu'il y a des
enfants qui ont... qui ont... qui vivent des lésions de droits actuellement, tu
sais, pour moi, la balance, là, elle est facile à faire en termes de priorité.
Donc, d'avoir les voix des personnes, les jeunes, les plus marginalisées autour
des tables sur les enjeux qui les concernent, pour moi, c'est absolument
essentiel. Puis ça, ça veut dire qu'il ne peut pas y avoir un comité qui va
être composé d'une personne autochtone, d'une personne racisée, d'une personne
LGBTQ+, qui va avoir toute la charge de porter le nom de toute sa communauté,
ce n'est pas ça. Il va falloir avoir des espaces de véritables prises de
parole, informations... discussions pour arriver à des... à des... voyons, j'ai
de la...
Une voix : ...
Mme Laliberté (Emily) : Consensus,
merci, commun pour être capable, par la suite, que par groupes, elles expriment
des recommandations qui soient vraiment prises en compte. Puis moi, c'est mon <ajout...
Mme Laliberté (Emily)T :
...par
groupes, elles expriment des recommandations qui soient vraiment prises en
compte. Puis moi, c'est mon ajout >personnel, j'aimerais bien qu'on
documente ça, donc, qu'on documente si les recommandations des jeunes, des
enfants, puis leurs prises de parole, vraiment, fait une différence, puis qu'on
ne fait pas ça juste dans un projet de loi, de manière cosmétique.
M. Carmant : Peux-tu élaborer
un peu plus sur le... la représentativité? Je ne suis pas sûr que j'aie bien
compris.
Mme Chénier-Richard (Karolane) : Bien,
en fait, c'est de prendre plusieurs groupes de personnes, que ce soient des
personnes, tu sais, justement, autochtones, racisées ou personnes LGBTQ+ ou
autres, puis, en fait, d'assurer un lieu d'échange, tu sais, que ce ne soit pas
juste, tu sais, de la consultation, mais qu'on prenne réellement en compte ce
qu'ils... qu'est-ce qu'ils ont à dire, tu sais. Je veux dire, de ma part, je
pense, tu sais, d'avoir, justement, eu la chance, peut-être, dans le passé,
d'avoir participé à ce genre d'échange là, aurait fait en sorte que j'aurais pu
me sentir mieux écoutée, j'aurais pu, aussi, penser que j'ai quelque chose à
apporter, j'ai quelque chose à... tu sais, j'ai un pouvoir. Puis, en fait, ce
pouvoir-là, on ne me l'a pas laissé. Donc, c'est sûr que je crois que c'est une
priorité de laisser la place aux jeunes dans ces comités-là.
• (17 h 50) •
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Rapidement,
en complément, là, peut-être, tu sais, par exemple, le Collectif est un
organisme communautaire, il pourrait y avoir un représentant du Collectif pour
porter la voix des ex-placés dans ce comité national là, il pourrait y avoir,
aussi, des jeunes issus du Mouvement Jeunes et santé mentale. Je veux dire, il
y a déjà beaucoup d'organisations communautaires qui existent, le Regroupement
des Auberges du cœur, la Coalition Interjeunes, bref, je ne vais pas toutes les
nommer ici, mais on collabore avec eux. Il y a des grandes consultations
jeunesse qui sont faites par la Coalition Interjeunes. D'ailleurs, on a souvent
sollicité des députés pour venir à ces grandes consultations-là, et la réponse
n'est pas très élevée non plus.
Donc, tu sais, c'est de voir aussi quelles
sont les instances, les groupes qui existent déjà, qui ont une préparation en
amont, qui peuvent échanger de manière collective sur leurs enjeux propres,
pour, après ça, aller porter la voix de leurs groupes, là. Donc, c'est un petit
peu ça qu'on voit, en fait.
Mme Laliberté (Emily) : Ce
qu'on dit, c'est que les personnes concernées... en une seconde, c'est que les
personnes concernées sont les meilleurs experts, expertes de leur condition,
c'est ça qu'on dit, sur tous les plans. Donc, c'est de mettre des groupes de
gens qui se ressemblent, qui vont vivre... comme on le fait, là, avec
Porte-voix ou comme on l'a fait avec Droit de cité, rassembler ensemble des
personnes qui vivent des enjeux communs puis leur faire trouver des pistes de
solution. L'analyser ensemble, c'est extrêmement porteur.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Bonaventure.
M. Carmant : Je passe la
parole, oui. Merci beaucoup, hein, je pourrais continuer.
Mme Blouin : Merci. Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour à vous trois. Merci d'être avec nous
aujourd'hui. Une fois qu'on va adopter ce projet de loi là, l'Assemblée
nationale va procéder à la nomination du nouveau ou de la nouvelle Commissaire
au bien-être et aux droits des enfants, et je me demandais, en fonction de
votre expérience, ce seraient quoi, les aptitudes, la formation ou encore les
compétences que devrait avoir cette personne-là, le profil recherché, dans le
fond, pour une fonction si importante pour nos enfants?
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien,
dans notre mémoire, là, à la page quatre, vous avez quelques recommandations,
là. Je pense qu'on... je pense qu'on pense, ça...
Des voix : ...
Mme
Côté-Guimond (Jessica)
: On pense des choses, mais il
faudrait, au minimum, je crois, une dizaine d'années d'expérience sur le
terrain, à mon humble avis. Je pense aussi qu'une personne issue du milieu du
droit pourrait être une personne intéressante, considérant qu'on est dans les
enjeux de droits, donc il y a une importance de bien interpréter la loi. Après,
ça n'exclut pas, là, évidemment, que des gens, là, qui ont de l'expérience
terrain, pourraient aussi être compétents, là, évidemment, mais, tu sais, je
pense à des gens qui ont déjà été Protecteur du citoyen, Protecteur de l'élève,
ont déjà une expertise dans les enquêtes, dans la promotion, bref.
Après, ça dépend vraiment aussi, là, parce
qu'hier, à force d'écouter les audiences, je comprends que vous allez vraiment
dans une optique de prévention puis un peu moins de défense de droits, là,
c'est plus une promotion des droits, plutôt qu'une défense de droits, donc, il
y a peut-être ici, là, des questions à avoir.
Mais une chose qui est importante, qu'on
souligne ici, c'est que, nous, on n'est pas en accord, en fait, que ce soit
nommé par le premier ministre, ça, je crois que c'est une chose qui est
importante à souligner. Et, si on se compare encore une fois avec l'Alberta,
ils ont mis sur pied un comité d'analyse de sélection des candidatures. Donc,
on demande, là, en fait... un peu comme le commissaire adjoint, il y a eu des
discussions, là, à savoir, il faut que vous alliez rencontrer les différentes
communautés autochtones et inuites pour pouvoir choisir qui va être nommé,
bien, on demande, en fait, la même chose, là, demandez à des... aux gens de la
société civile de créer, vraiment, un comité, là, d'analyse des sélections des
candidatures, qui soit <transpartisan...
Mme Côté-Guimond (Jessica)T :
...de
créer, vraiment, un comité, là, d'analyse des sélections des candidatures, qui
soit transpartisan> et qui soit impartial. Pour nous, c'est vraiment
quelque chose qui serait une avancée, puis qui serait en meilleure cohérence
avec les nécessités d'avoir un poste qui est... qui est impartial.
Mme Blouin : Merci.
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Oui.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Bonsoir à
vous trois, merci d'être là. Vous avez commencé un petit peu... Je me demandais...
comme le Collectif d'ex-placé, c'est quoi votre rôle et votre collaboration?
Vous avez commencé un petit peu avec le ministre, là, d'expliquer, mais où... où vous vous voyez, là-dedans, avec le Commissaire,
au niveau de la collaboration, puis votre rôle comme Collectif, là?
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien,
en tant que Collectif, nous, c'est sûr, comme je le disais, on aimerait bien
avoir des gens représentants de notre Collectif qui soient impliqués dans ces
comités... consultatifs jeunesse, mais d'avoir, là, aussi, comme je disais, une
possibilité pour nous d'être des mentors pour des jeunes qui ont peut-être
moins d'expérience, parce qu'on parle souvent de la socialisation et la
participation, c'est très important. Donc, c'est aussi l'argument pourquoi je
dis qu'il ne faut pas arrêter à 25 ans. D'avoir des jeunes qui ont plus
d'expérience, plus de recul sur leur vécu, permet aussi d'amener une autre
vision puis de soutenir ces jeunes-là, peut-être de les accompagner en dyade,
un mentor, un junior, pour vraiment les aider, là, à mieux se préparer, mieux
prendre en compte leur point de vue aussi, pour des jeunes qui ont, peut-être,
plus de difficultés à s'exprimer. Nous, au Collectif, on a des jeunes qui ont
des troubles de langage, par exemple, donc ça demande beaucoup plus de
préparation en amont, des rencontres aussi. C'est des choses qui sont très
importantes à prendre en compte, donc, nous, on croit qu'on pourrait
contribuer, là, aux travaux.
Puis, on demande aussi à ce que le comité
de jeunes soit impliqué dans toutes les fonctions, là, pas uniquement, là, à
certaines fonctions. Il faut vraiment qu'on soit dans un système de soins
apprenants, là, ou appelons ça comme on voudra, mais que les jeunes puissent
être là pour venir sur le terrain prendre la parole des jeunes, contribuer aux
recherches. Nous, on est des co-chercheurs pairs, on travaille comme chercheurs
pairs avec d'autres chercheurs, on peut faire plusieurs choses. De pouvoir vous
émettre directement des recommandations, que les comités jeunesse puissent
déposer un rapport à l'Assemblée nationale, pourquoi pas? Qu'ils puissent venir
même vous le présenter. Ça serait un peu comme les parlementaires jeunesse, tu
sais. Je pense qu'il y a vraiment des choses à faire pour développer la
participation citoyenne de nos jeunes, puis nous, on peut y contribuer par
notre expérience.
Mme Dorismond : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, on va poursuivre avec Mme la
députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup, mesdames, d'être ici. Non seulement... est-ce que
votre rapport est très, très clair, vous avez des recommandations fort
intéressantes, mais vos représentations sont vraiment très intéressantes,
également. Et je dois vous remercier, parce que vous êtes vraiment... vous
portez la voix non seulement des ex-placés, mais des jeunes, en ce moment, qui...
qui sont dans le système de la protection de la jeunesse. Oui, il y a des
lésions de droits, et je peux vous assurer que nous prenons à cœur la défense
des droits des enfants et qu'ils soient protégés. Et donc, je voulais... Parce
que j'ai vu, dans votre mémoire, on... vous en avez discuté, là, au niveau de
la CDPDJ... et le transfert, là, des pouvoirs et des responsabilités au Commissaire.
C'était une recommandation dans le rapport de la commission Laurent, mais vous
l'avez citée dans votre rapport et vous justifiez vous-même ce transfert qui
est lié à un changement profond de culture et une meilleure priorisation des
dossiers. Et je voulais vous entendre plus à ce sujet là, parce que ça vous
amène, là, à recommander ce transfert.
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien,
je tiens quand même à nuancer. Tu sais, on a voulu vraiment ramener la recommandation
de la commission Laurent, parce qu'on se rend compte vraiment que les jeunes
qui sont présentement placés ne sont pas suffisamment défendus. Ce qu'on dit,
c'est que le constat qui est fait par la commission Laurent, c'est que ça vient
aussi des coupures qu'on a faites en 1995. Donc, nous, ce qu'on demande,
c'est... on serait à l'aise à ce que la CDPDJ maintienne ses fonctions à la
seule et unique condition qu'on augmente leurs budgets, qu'on s'assure qu'ils
ont une équipe qui n'est pas uniquement de 17 personnes dans l'équipe jeunesse.
Je veux dire, ce n'est nettement pas suffisant. Il faudrait des <bureaux...
Mme Côté-Guimond (Jessica)T :
...qu'on
s'assure qu'ils ont une équipe qui n'est pas uniquement de 17 personnes dans
l'équipe jeunesse. Je veux dire, ce n'est nettement pas suffisant. Il faudrait
des bureaux> d'enquête, peut-être, dans chacune des régions. Il y a
vraiment des enjeux au niveau du manque de ressources, à la CDPDJ. On pourrait
même aussi penser, vraiment, à un comité jeunesse à la CDPDJ, pas juste une Table
de concertation jeunesse. Il y a beaucoup de choses qu'on peut faire. Je pense
que c'est une instance qui est nécessaire et importante au Québec, mais que,
présentement, elle n'a vraiment pas assez de mordant pour défendre nos droits.
La loi est bien écrite, Mme Leblanc le disait hier, mais la CDPDJ, à notre
avis, ne prend pas suffisamment les moyens légaux qui lui est octroyé pour
mettre fin à des situations de compromission. On l'a vu avec le Protecteur du
citoyen qui est sorti avec le cas de Trois-Rivières, là, je ne vous répéterai
pas ce qu'ils vous ont dit hier non plus, mais je crois que c'est vraiment
important, peu importe qui va avoir la défense des droits des jeunes, qu'on
s'assure d'avoir les moyens financiers et humains.
• (18 heures) •
Ma préoccupation première est que si on
injecte tout l'argent dans un commissaire, puis qu'on ne bonifie pas le budget
de la CDPDJ, c'est là, le problème. Il faut absolument bonifier si... Ils
veulent garder leurs fonctions, moi, je suis à l'aise, mais il faut bonifier
puis s'assurer qu'ils ont une équipe compétente, dédiée, qu'ils font vraiment
leur job, qu'il y ait des posters dans tous les milieux de vie, qu'il y ait
vraiment de quoi partout, tu sais, puis que... je veux dire...
Une voix : ...
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Pas
juste des posters, mais, tu sais, puis... peut-être juste en parallèle, là, je
trouve que c'est vraiment important de vous citer, aussi, ce que Mme Costanzo
et Paré ont dit concernant les communications, puis je vous la cite ici, elle
dit : «Il n'y a pas de continuité dans les communications entre le
tribunal et la CDPDJ. En ce sens, il semble exister un circuit incomplet entre
les institutions chargées d'intervenir en matière de lésion de droit.droits.
Il n'y a pas de suivi assuré entre la CDPDJ et le tribunal. Il n'est pas
possible de savoir ce qui est advenu de la lésion de droits. Donc, si la CDPDJ
se veut le chien de garde du respect et de la promotion des droits, bien, il
paraît étonnant que l'effort concerté des instances de surveillance n'assure
pas de suivi dans les causes où il y a lésion de droits ni de mesure pour agir
en prévention.» Et ça, c'est un article qui vient d'Érudit, qui est des
rapports de professeurs-chercheurs qui se basent sur des données probantes.
Donc, en même temps, ça veut tout dire.
Puis le Protecteur du citoyen, hier, vous
rappelait l'importance d'avoir des ententes avec les partenaires, parce que la
DPJ va tout garder secret sous le... le motif de confidentialité des dossiers.
Mais, si on regarde un peu plus loin, aussi, dans le rapport de Mme Costanzo,
bien, on va voir, aussi, des lésions de droits importantes... au niveau, là, par
exemple, ici, une cause : Le tribunal a blâmé la DPJ d'avoir lésé les
droits des jeunes au motif qu'il a été maintenu dans un centre d'hébergement où
il a subi une agression sexuelle et que la DPJ a failli à son besoin... à son
devoir de transparence en cachant des faits au tribunal et en défendant
strictement une position institutionnelle.
On est aussi dans de l'ingérence
criminelle liée à des abus sexuels, et ce que nous, on dénonce et qu'on
demande, c'est qu'il y ait des enquêtes systémiques qui soient faites sur le
recours ou le non-recours aux ententes multisectorielles, aussi. C'est très
problématique que la DPJ cache des faits aux tribunaux, puis qu'il y a des
jeunes qui viennent nous témoigner qu'ils ont été victimes... que ça soit en
famille d'accueil, en centre jeunesse, qui ont été victimes d'abus entre jeunes
ou avec des familles, des adultes, puis que la DPJ cache ça. Je veux dire,
c'est très, très, très grave, là.
Mme Garceau : Ou ferme le
dossier, parce qu'il y en a eu aussi, des jeunes de 12, 13 ans...
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien,
il y a des jeunes qui sont décédés.
Mme Garceau : ...victimes
d'agression sexuelle, puis on a fermé le dossier, disant : Il n'y aura pas
de conséquences pour cette jeune dame ou jeune fille. Donc, ça, je le comprends
très bien, mais... Parce que vous avez utilisé des mots assez importants dans
votre mémoire, parce que vous avez parlé de changement profond de culture, puis
ça, c'est quelque chose que le ministre avait soulevé au mois de septembre
dernier, un changement de culture, mais c'est... c'est ça que je voulais vous
entendre, quand vous utilisez ça, le changement profond, vous voulez dire quoi,
exactement?
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien,
de... de vraiment octroyer les sommes nécessaires et une équipe dédiée
uniquement... Je veux dire, là, ils sont une équipe, en CDPDJ, charte et
jeunesse...
18 h (version révisée)
Mme Côté-Guimond (Jessica) : ...le
ratio, il n'est pas... il n'est pas là du tout. Si on se compare avec l'Alberta,
là, hier, il y a des gens qui nous disaient qu'il fallait une équipe d'environ
une centaine de personnes au Québec pour... au niveau, là, du pourcentage d'habitants,
avoir une équipe d'une centaine de personnes pour défendre les droits des
enfants au Québec. Pourquoi qu'on a juste 17 personnes aux enquêtes et une
seule personne dédiée vraiment à l'éducation des droits de la jeunesse? Une personne
pour tout le Québec en éducation des droits de la jeunesse... on va faire juste
30 formations en 2022-2023. C'est un problème.
Mme Garceau : Donc... OK...
Excusez... Allez-y.
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Non,
non. Vous pouvez y aller.
Mme Garceau : Donc, pour
vous, si on augmente le budget, si on augmente le nombre de personnes, ça va
régler le problème de culture.
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien,
ça peut grandement contribuer, en fait, moi, je pense que oui, puis c'est aussi
ce que je crois que la CDPDJ eux aussi demandent. Ils ne l'ont peut-être pas
dit directement hier, mais je crois que c'est des choses qu'ils ont déjà
demandées, entre autres choses.
Mme Garceau : OK. Je voulais
aussi... la formation obligatoire dont vous... si vous pourriez peut-être
élaborer là-dessus au niveau... Oui : «Tous les intervenants sur les
droits des usagers afin de prévenir les lésions de droits.», mais aussi en
termes des avocats. Les deux volets, je trouve que c'est très, très important.
Mme Chénier-Richard (Karolane) : Oui.
Bien, en fait, pour nous, en fait, c'est vraiment important que les
intervenants soient informés des droits des jeunes. Tu sais, moi je suis
technicienne en travail social aussi, et, durant mes études, en fait, je n'ai
pas eu de formation, en fait, sur les droits... tu sais, précisément, sur les
droits des jeunes, en fait. Tu sais, j'ai pu apprendre c'est quoi, des motifs
de compromission, mais ça finit un peu là. Donc, je pense qu'il y a une
importance de dire, tu sais, comment on veut agir de façon diligente, comment
on veut agir dans la... dans... en toute connaissance de cause quand on n'a pas
de formation, on ne sait pas c'est quoi, les droits, tu sais, exactement, des
jeunes. Ça fait qu'il y a une importance, tu sais, on envoie des gens sur le
terrain, tu sais, des jeunes intervenants qui vont acquérir, tu sais, de l'expérience,
puis tu sais, tout ça, mais on les garroche un peu, puis ils ne le savent pas,
tu sais. Puis je veux dire, ce n'est pas par manque de volonté ou par... tu
sais, qu'ils n'ont pas de... de... Bien, il y a juste la méconnaissance.
Ça fait qu'en fait de, justement, mettre
de l'avant des formations, tu sais, plus poussées, plus visées aussi, parce
que, tu sais, un placement en vertu d'une loi d'exception, c'est quand même
beaucoup dans la vie d'un enfant, donc, il faut prendre aussi en compte les
droits des enfants.
Mme Laliberté (Emily) : Moi,
quelque chose qui m'a vraiment, personnellement, choquée dans toutes les
activités de défense de droits, de réflexions de droits que j'ai fait avec les
jeunes, au niveau de la formation des intervenants, c'est quand on regarde la
DPJ comme employeur. Donc, quelqu'un qui va avoir une formation en
psychoéducation, en travail social, la statistique, là, il faudrait que je la
retrouve, mais c'était environ, genre, 50 % qui ont fait ces cheminements
scolaires là, qui se retrouvent, un jour, à occuper une fonction dans la
direction de la protection de la jeunesse. Comment ça se fait qu'il n'y
a pas de cours obligatoires? Tu sais, moi, je me pose vraiment la question. Comment
tu peux aller pratiquer... Vous parliez tout à l'heure de votre code d'éthique
comme avocate, mais comment on peut aller travailler en disant : Moi je
travaille dans l'intérêt supérieur de l'enfant, sans avoir avoir lu les... celle-là,
c'est 270 pages, hein? Parce que là je la mélange avec l'autre, mais les
270 pages de la loi, ou 88, là, selon l'ordre, je les mélange, les deux...
sans l'avoir lu d'un couvert à l'autre, puis s'y être intéressé. Puis nous, ça
fait un an qu'on le fait, puis c'est quand même... c'est complexe. Donc...
Mme Chénier-Richard (Karolane) : Tu
sais, je pense qu'il y a aussi le... le truc central là-dedans, c'est l'intérêt
de l'enfant, tu sais, puis je... on doit prendre en considération que ça va
être les adultes de demain, ça fait qu'il y a toute l'importance d'en prendre
soin, de favoriser leur bien-être, favoriser aussi la défense de leurs droits.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Je vais céder
maintenant la parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup, M. le Président. D'abord, merci à vous toutes, excellent exposé puis
excellent mémoire, puis merci pour votre travail à tous les jours. Je voudrais
aller sur les points qu'on n'a pas nommés pour essayer de compléter sur votre
mémoire, notamment, vous voulez élargir la veille des décès, là, bien au-delà de
ce qui est en vertu de la Loi sur les coroners. Je vous laisserais <peut-être...
M. Cliche-Rivard :
...bien
au-delà de ce qui est en vertu de la Loi sur les coroners. Je vous laisserais >peut-être
nous l'expliquer.
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Absolument.
Présentement, nous, ce qu'on demande, c'est qu'il y ait vraiment une vigie
particulière qui soit faite auprès des jeunes qui sont placés aussi en
protection de la jeunesse, là. Il y a quand même un haut taux très préoccupant
de suicides en centre jeunesse aussi. Mais on croit que, considérant les enjeux
de la transition à la vie adulte, là, c'est quand même 33 % de nos jeunes
qui sortent de la DPJ qui vont connaître un jour ou l'autre une période
d'itinérance avant l'âge de 21 ans. Il y a des enjeux énormes au niveau
des surdoses, au niveau des enjeux en itinérance. Il y a beaucoup de décès aussi
qui vont se produire dans les rues. Donc, c'est très important pour nous qu'il
y ait un suivi sur les décès des jeunes, là, jusqu'à au moins minimum 25,
30 ans, là — ça dépend de la définition de la jeunesse — qui
soit fait.
Mais, tu sais, si on... vous regardez à la
page 14 également, là, je demande aussi qu'il y ait des enquêtes et des
vigies plus particulières aussi qui soient faites, notamment, là, comme je le
disais, les taux de décès des jeunes suivis en protection de la jeunesse, aussi
au niveau des contentions, des isolements, au niveau aussi des suivis et des
pratiques en pédopsychiatrie. Nous, on a des témoignages de jeunes qui nous
parlent de contentions à plusieurs reprises dans une journée comme étant la
pratique courante à Pinel, qu'on met des jeunes en isolement puis qu'on les
maintienne en camisole de force. On juge que ce n'est pas du tout des pratiques
adéquates. Puis aussi, là, comme je le disais, là, des enquêtes plus
spécifiques au niveau des lieux propices à l'hébergement, parce que si on en
arrive à se suicider, c'est peut-être parce qu'on n'est pas bien puis qu'on n'a
pas eu les services.
• (18 h 10) •
M. Cliche-Rivard : En effet.
Vous dites donc 18-25 ans, puis vous dites aussi de porter une attention
particulière à ceux qui étaient sous la DPJ dans les deux dernières années, je
pense, c'est ce que vous dites dans le mémoire. Vous parlez aussi d'élargir le
mandat du commissaire ou la responsabilité du commissaire aussi au ministre de
la Justice, pas seulement au ministre des... responsable des services sociaux.
Est-ce qu'on peut vous entendre là-dessus?
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien,
en fait, c'est qu'on n'est pas vraiment habilités, là, à savoir qu'est-ce que
vraiment la fonction, là... on voyait dans votre projet de loi qu'il y a un
ministre responsable de l'application de la loi, là. On n'est peut-être pas les
meilleures placées pour parler de ça. On ne maîtrise pas tous ces éléments-là.
Mais on se demande justement, au niveau du positionnement, est-ce que ce ne
serait pas mieux, un peu comme la CDPDJ, qu'il soit sous la responsabilité du
ministre de la Justice ou peut-être au positionnement, là, du Protecteur du citoyen?
C'est juste des questions qu'on a, là.
M. Cliche-Rivard : Je
comprends. OK. Vous dites aussi sept ans au lieu de cinq. Pourquoi c'est
important pour vous, le mandat de sept ans?
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Ça
vient de la commission Laurent, ça. La commission Laurent a demandé un sept ans
aussi à ce niveau-là. Je pense que c'est... ça permet d'avoir un meilleur suivi
des dossiers, surtout si on est dans des enquêtes, dans des études. Ça peut
prendre plus de temps également.
M. Cliche-Rivard : Un grand,
grand merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, on va terminer
cet échange-là avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci à vous trois pour votre éloquence, votre connaissance et le
partage que vous en faites, là, des différents éléments du dossier. Ça finit
bien la journée, là, vraiment. Je pense qu'il y a quelque chose là qui est
extrêmement pertinent à toutes nos discussions. Puis j'apprécie aussi, là,
votre pragmatisme. Il faut trouver des solutions. Vous arrivez en disant :
Il faut s'organiser, là, pour défendre véritablement les droits. Puis vous
avez, je pense, proposé que l'on transfère... Vous, vous êtes favorables au
transfert des pouvoirs, mais... de la CDPDJ vers le commissaire, mais si ça ne
se fait pas, vous avez d'autres solutions. Alors, ça, je trouve ça fort, fort
intéressant.
Mais je veux revenir aussi sur la question
du changement de culture, parce que, moi, au début, quand vous avez parlé de
ça, j'avais l'impression que c'était davantage que la question des ressources
ou... des ressources financières ou humaines... mais l'approche. Est-ce que
c'est ça aussi? Ou c'est moi qui a interprété, là, que peut-être qu'il n'y
avait pas cette espèce d'esprit, là, de, justement, d'actions, de suivis,
d'information, d'éducation, de... Je ne sais pas, je voyais d'autres choses
dans la culture, mais je ne veux pas vous prêter des intentions ou des mots.
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien,
c'est sûr que, dans la culture, il y a tout l'aspect de l'opérationnalisation,
de comment qu'on déploie les moyens et les ressources nécessaires. Mais quand
on parle aussi de formation, une formation va vraiment pouvoir aider à changer
cette culture-là également, tu sais. Si on forme vraiment les intervenants...
Nous, on donne des conférences auprès des gestionnaires, des intervenants de la
DPJ. On leur pose la question : Avez-vous eu des formations sur les droits
en protection de la jeunesse? La plupart nous répondent non. Et même en lien
avec les modifications du PL n° 15 de l'an dernier,
il y a plein d'acteurs terrain qui ne sont pas encore aujourd'hui formés et
informés des modifications. Donc, nous, on les sensibilise énormément sur la
transition à la vie adulte, mais sur le terrain, les gens ont des formations à
la va-vite, il n'y a pas d'échange avec des ex-placés comme <nous...
Mme Côté-Guimond (Jessica) :
...sensibilise
énormément sur la transition à la vie adulte, mais sur le terrain, les gens ont
des formations à la va-vite, il n'y a pas d'échange avec des ex-placés comme >nous
pour mieux comprendre les enjeux, les rouages. Ce n'est pas juste des formations
théoriques, académiques qu'on parle. On parle de formations expérientielles
aussi, qu'on met de nos connaissances à profit, également, dans ça. Donc, si on
parle de formations, on parle d'implication de nous, les premiers concernés,
qui va aider à changer cette culture-là.
M. Arseneau : Et c'est le
deuxième volet que je voulais aborder, c'est mettre à profit les savoirs
expérientiels. C'est ce que vous proposez. Je... Il me reste une minute, mais
j'aimerais quand même que vous puissiez nous clarifier, parce que, pour moi, ce
n'est pas clair encore, là, quand vous parlez de comité qui serait davantage
participatif, puis ce n'est pas juste une personne, comment on arrive à faire
en sorte que ces rencontres-là donnent véritablement des résultats, puis que le
point de vue soit entendu, là, une dernière fois, peut-être?
Mme Laliberté (Emily) : Bien,
c'est une grande question, là, parce qu'on parle de l'ensemble du territoire du
Québec, donc, on parle de représentation régionale, donc, d'enjeux spécifiques
à certaines régions, en plus. Puis nous, on parle par rapport aux anciens
placés, mais le mandat du commissaire est encore plus large que ça, hein? C'est
tous les enfants du Québec. Ça fait que de quelle façon ça va
s'opérationnaliser sur le terrain? Nous, on est là en fait, pour souligner
l'importance puis la nécessité que les voix des personnes les plus vulnérables,
et, dans les personnes les plus vulnérables, celles qui, de manière
intersectionnelle, le sont encore plus, soient prises en compte dans l'ensemble
des décisions, des recommandations. Puis ce qu'on voit, c'est que la loi,
actuellement, la loi de la protection de la jeunesse, garantit le droit à la
participation, hein, c'est écrit, le droit d'être informé, entendu, mais dans
l'opérationnalisation de la chose, ce n'est pas ça qui se passe sur le terrain.
Ça fait que moi, personnellement, je ne
suis pas convaincue que c'est un enjeu législatif, mais bien plus qui va venir
aux parlementaires, finalement, aux personnes qui vont voter les budgets, qui
vont mettre le tout en place, d'avoir en tête qu'on doit avoir les personnes
concernées au coeur de chacune des décisions qui les concernent.
Mme Chénier-Richard (Karolane) : Puis,
tu sais, c'est aussi que ça va permettre, tu sais, justement, une accessibilité
des services, tu sais, avoir un meilleur budget, d'avoir des ressources
humaines, matérielles, tout ça. Tu sais, je pense qu'on se doit aussi de
favoriser l'égalité des chances, tu sais, d'avoir des services pour, justement,
favoriser leur bien-être, à ces enfants-là, puis que c'est aussi qu'ils ont la
chance, comme tout le monde, d'exploiter leur potentiel puis de le développer.
Puis, tu sais, il faut aussi prendre, tu sais, en considération, tu sais,
certains facteurs de risque ou certaines barrières, tu sais, qui font en sorte
que, des fois, certains groupes d'enfants auront moins de chance de se
développer pleinement. Ça fait que je pense d'avoir un budget nécessaire pour
le faire, c'est...
Le Président (M. Provençal)
:Oui, allez-y.
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Très,
très rapidement, là. À la page 9, vous allez voir aussi, là, qu'on demande
vraiment à ce que ce soit précisé, dans le projet de loi, le rôle et les
fonctions du comité jeunesse aussi, chose qui n'est pas mentionnée
présentement. Et puis vous avez la liste, là, de tout ce qu'on demande, et
donc, peut-être vous inspirer un peu de ça pour bonifier la loi, s'il vous
plaît. On vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
:C'est moi qui vous remercie, puis je
dois vous dire que vous avez très bien surmonté votre stress initial. Et,
finalement, vous avez fait mention d'un document à quelques reprises, alors Mme
la secrétaire va vous donner une adresse pour nous le faire... pour qu'on
puisse le recevoir et le partager avec les membres de la commission.
Des voix : ...
Mme Laliberté (Emily) : Je
l'ai en papier, si vous voulez. Sinon...
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Vous
pouvez l'envoyer par courriel, là...
Le Président (M. Provençal)
:On va aller vous voir.
Et, finalement, j'ajourne les travaux au
jeudi 8 février, après les avis touchant les travaux de la
commission, vers 11 h 15. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 18 h 18)