(Onze heures dix-sept minutes)
Le Président (M.
Provençal)
: À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de la santé et des services sociaux ouverte. Je souhaite la bienvenue,
particulièrement au groupe du cégep — de
Thetford Mines? — de
Thetford Mines qui sont ici présents dans la salle. Et je demande à toutes
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
La
commission est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et
auditions publiques sur le projet de loi n° 37, Loi sur le
commissaire au bien-être et aux droits des enfants.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. Alors, M. Chassin (Saint-Jérôme) est remplacé par Mme Picard (Soulanges); Mme Caron (La Pinière) est
remplacée par Mme Garceau (Robert-Baldwin); M. Fortin (Pontiac) est
remplacé par Mme Prass (D'Arcy-McGee); et M. Marissal
(Rosemont) est remplacé par M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Ce matin,
nous entendrons les témoins suivants : l'Assemblée des Premières
Nations Québec-Labrador et la Société Makivik.
Maintenant,
je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador. Alors, on m'a informé que ce serait
M. Ghislain Picard qui va faire son exposé de 10 minutes, et, par la
suite, nous procéderons à la période d'échange. Alors, M. Picard, je vous cède
la parole immédiatement.
Assemblée des Premières
Nations du Québec et du Labrador (APNQL)
M.
Picard (Ghislain) : (S'exprime dans une
langue autochtone). «Kwe», bonjour et «good morning to all». Tout d'abord, je
tiens à reconnaître le territoire non cédé où nous nous trouvons aujourd'hui.
Donc, M. le Président, M. le ministre Carmant, Mmes et MM. les députés et
membres de la commission, les personnes qui sont ici présentes aujourd'hui et celles qui nous écoutent
virtuellement, nous vous remercions pour cette invitation à présenter notre
position et notre réflexion par rapport au projet de loi n° 37. Il est
d'autant plus important pour nous de vous faire part de nos préoccupations, car
il concerne ce que nous avons de plus précieux, nos enfants. Je suis accompagné
de représentants de la Commission de la santé et des services sociaux des
Premières Nations, Québec-Labrador : Marjolaine Sioui, directrice
générale; Michel Deschênes, analyste des politiques; et Richard Gray,
gestionnaire des services sociaux.
D'entrée
de jeu, je tiens à réitérer que les Premières
Nations sont les mieux placées pour
décider de leur avenir et prendre soin de leurs enfants. Cette position
a été exprimée à maintes reprises lors de nombreuses commissions d'enquête et
réitérée dans le cadre de la Commission spéciale sur les droits des enfants et
la protection de la jeunesse, la commission Laurent.
• (11 h 20) •
Quoique nous
comprenons l'importance pour votre gouvernement de mettre en oeuvre la
recommandation numéro un du rapport Laurent,
soit d'instituer un commissaire au bien-être et aux droits des enfants, nous
nous permettrons aujourd'hui d'être très critiques envers la création
d'un commissaire associé dédié au bien-être et aux droits des enfants autochtones dans sa forme actuelle. Les
fonctions prévues pour la nomination, par votre gouvernement, de ce...
de ce commissaire associé, pardon, se limiteront
à assister et à conseiller le commissaire duquel il relèvera. La
commission Laurent a pourtant été très
claire, et je cite : «Le gouvernement doit donner une voix aux enfants
autochtones en nommant un commissaire
adjoint destiné aux enfants et aux jeunes autochtones, et qui serait nommé
selon les mêmes modalités que le commissaire, suite aux suggestions des
autorités autochtones.» Fin de la citation.
Le
rapport va même plus loin en réitérant l'importance de supporter le droit à
l'autodétermination et à l'autonomie gouvernementale des Premières
Nations en matière de protection de la jeunesse. La commissaire Laurent n'a pas
recommandé l'approche proposée par votre
gouvernement d'adopter une loi se voulant applicable aux Premières Nations et aux Inuit sans obtenir leur consentement. Elle a, au contraire,
suggéré de mettre sur pied un commissaire
au bien-être et aux droits des enfants, incluant les enfants
autochtones, jusqu'à ce que les communautés qui le souhaitent puissent se
prévaloir d'un commissaire autonome.
Dans
l'attente imminente de la décision de la Cour suprême du Canada dans le
renvoi relatif à la Loi concernant les
enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des
Métis, il est déplorable de constater l'acharnement de ce gouvernement à
débattre qu'il est le seul à pouvoir exercer dans ce champ de compétence, alors
que la Cour d'appel a confirmé à l'unanimité
le droit inhérent et générique à l'autonomie gouvernementale des Premières
Nations dans le domaine des services à l'enfance et à la famille.
Un premier geste à poser
est de mettre en oeuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des
peuples autochtones pour que les Premières Nations assurent librement leur
développement, notamment en matière sociale et culturelle, ainsi qu'à maintenir et renforcer leurs propres institutions
politiques, juridiques, sociales et culturelles distinctes, incluant une
institution comme un commissaire au bien-être de leurs enfants.
En ce sens, j'ai eu l'occasion d'entendre le
témoignage du Protecteur du citoyen hier. Je salue ses propos et j'en appelle à
votre gouvernement d'en faire bon usage. Sa définition de la coconstruction me
pousse à rectifier une information émise par M. le ministre Carmant concernant
la coconstruction du règlement sur l'adoption et la tutelle coutumières. Il est
important que l'Assemblée sache que la coconstruction de ce règlement s'est
faite à l'époque avec le gouvernement... le parti qui vous précédait au
gouvernement, le Parti libéral, et que ce sont plutôt les Premières Nations et
Inuits qui ont attendu cinq ans pour que ce règlement soit adopté.
Les Premières Nations au Québec ont collectivement adopté la Déclaration sur les droits des
enfants des Premières Nations. Le
respect et la promotion des droits sont la responsabilité des parents, mais
aussi des communautés, des nations et des chefs des Premières Nations.
Je tiens à réitérer que les Premières Nations n'ont jamais cédé leurs droits ou
délégué au gouvernement du Québec l'exercice de leurs droits et elles n'ont
jamais consenti à ce que celui-ci adopte une institution non indépendante pour
prendre en charge à leur place le mieux-être de leurs enfants.
Let me be clear about our
position today. First Nations are determined to stand for our inherent rights,
and we will keep working hard on trying to minimize the negative impacts of
colonial laws on our children, youth, and families. We will keep encouraging
communities to exercise their full jurisdiction in child and family services.
Once again, the proposed bill does not
recognize the autonomy and jurisdiction of First Nations, nor does it reflect
what was recommended at the Laurent
Commission. It was in a spirit of collaboration that we accepted to participate
in the work of the working group
coordinated by the Ministry of Health and Social Services, which resulted in
more disappointments rather than the acceptance of our recommendations.
Dans un environnement où
les projets de loi, les mémoires et des poursuites judiciaires s'accumulent et
se succèdent, que ce soit pour le dossier des langues ancestrales, de la langue
anglaise, de la sécurité publique, de la sécurisation culturelle et des
services sociaux, nous doutons d'une réelle volonté à reconnaître nos droits
inhérents et à opérer les changements qui s'imposent.
En
conclusion, nous sommes d'avis que la reconnaissance du droit générique
implique que les Premières
Nations doivent jouer un rôle prépondérant dans la nomination du commissaire
dédié aux enfants des Premières Nations, dans la définition de ses
responsabilités et dans la surveillance de l'accomplissement de son mandat. Le
commissaire dédié au mieux-être et aux
droits des enfants autochtones se doit d'être indépendant du commissaire du
fait des droits particuliers dont jouissent les enfants des Premières
Nations. En effet, les tribunaux canadiens, l'ONU et nos propres instruments
juridiques reconnaissent aux enfants des Premières Nations des droits
particuliers, tels que le droit de connaître leur culture, leur histoire, leur
langue et leurs traditions.
Les Premières Nations ont des visions distinctes du mieux-être et de l'intérêt de l'enfant.
Le commissaire dédié au mieux-être et aux droits des enfants autochtones
doit jouir de toute l'indépendance requise et être investi de pouvoirs et de responsabilités sérieuses pour
promouvoir adéquatement le mieux-être et le respect des droits
particuliers des enfants des Premières Nations et veiller à la protection de
leur intérêt. Une loi québécoise qui touche directement à nos droits inhérents et qui ne tient pas compte que la... et qui ne
tient compte que de la perspective occidentale des droits, du mieux-être et de l'intérêt de l'enfant est
inacceptable. Le gouvernement du Québec doit sans équivoque accepter que
les perspectives des Premières Nations soient reflétées dans toute loi qui
touche à nos droits, à nos intérêts et à nos enfants. (S'exprime dans une
langue autochtone). Merci pour votre écoute.
Le
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, chef Picard, pour votre
présentation. Nous allons maintenant initier cette période d'échange
avec M. le ministre. Alors, M. le ministre, je vous cède la parole.
M.
Carmant : Merci beaucoup, M. Picard. Merci à vous, nos
invités. Premièrement, tu sais, je tiens à dire que, dans la modification de la Loi de la protection de
la jeunesse, moi-même, j'avais mis dans le préambule que les Premières
Nations et Inuits sont les mieux placés pour prendre soin de leurs enfants. Ça,
il n'y a pas d'enjeu là-dessus. Vous savez qu'il y a un enjeu fédéral puis
provincial, là, puis c'est ce qui cause certaines considérations. On devrait
avoir des réponses bientôt.
Une chose qui est importante pour moi, je pense
que j'ai entendu M. Picard dire qu'il ne veut pas que le commissaire
adjoint relève nécessairement du commissaire, mais je pense que, tu sais, on
peut... on peut s'entendre, parce que le but
n'était pas nécessairement qu'il relève, là, comme, absolument du commissaire.
Mais, en fait, comme on a créé une entité indépendante votée par
l'Assemblée nationale, il fallait qu'on crée un commissaire et plutôt... Si on
avait fait la même chose pour les Premières Nations, on aurait fait deux
institutions distinctes.
Donc, je me
demande si on peut rephraser les choses disant que, pour les enfants
autochtones... pour les enfants Premières Nations et Inuits, le
commissaire va pouvoir jouer un rôle autonome. Ça, je pense que c'est... Est-ce
que ça pourrait être une piste de solution, selon vous?
M. Picard
(Ghislain) : Bien, écoutez, je l'indiquais dans ma présentation, les Premières
Nations, dans notre cas, puisque les Inuits
jouissent de leurs propres entités tant politiques qu'administratives, nous
avons toujours été disposés à collaborer avec une démarche qui est
proposée par votre gouvernement, et c'est ce qu'on a fait dans le cadre de...
du processus menant à une reconnaissance et au respect du principe d'adoption
coutumière. Ça a pris du temps, hein, ça a pris 10 ans, mais je crois que
tout réside dans l'ouverture qui nous est proposée. Et malheureusement, et je
citais l'adoption
coutumière à titre d'exemple, ça a été extrêmement fastidieux et frustrant, de
notre côté, de devoir toujours être en position d'attente avant que les
choses se manifestent, et, pour moi, c'est très clair qu'on est prêt à
envisager toutes sortes de possibilités comme celles que vous évoquez.
Mais ceci étant dit,
je pense que c'est important pour nous de vraiment prendre en compte tous les
détails de quelques propositions que ce soit
qui viennent de votre gouvernement. Peut-être ajouter... demander à mes
collègues qui sont en présence avec vous aujourd'hui d'ajouter à mon
commentaire. Je ne sais pas si c'est Marjolaine ou Richard...
Mme
Sioui (Marjolaine) : Richard va
compléter...
M.
Gray (Richard) :
Thank you, Regional
Chief Picard. So, just to add some supplemental information, when we were discussing the projects of having a commissioner put
in place, we were adamant that we wanted our own independent commissioner for
First Nations, not someone who would fall under the commissioner that's
mentioned in the law here.
So, our position stands the same. We
want someone who's independent. Why would this deputy
commissioner be appointed by Government
whereas the other one would be appointed by the National Assembly? Another
question that's very preoccupying for us. So, the question of independence is
very important in that aspect.
• (11 h 30) •
M. Carmant :
OK. But it was just because we didn't want to
create two distinct institutions. But if, for you, it's
non... it has to be two distinct institutions, like, we would have to
duplicate.
M.
Gray (Richard) :
We wanted our own independent commissioner.
M. Carmant :
OK. That's very clear. Chef Picard, tu sais, vous mentionnez que, par
exemple, justement, il y avait ce... ces négociations, là, pour
l'adoption, tutelle pendant cinq ans. Dites-moi qu'est ce qu'il y a de si
difficile dans la communication puis... ça a
l'air, entre guillemets, pénible. Expliquez-moi qu'est-ce qu'on peut faire pour
faciliter les choses.
M.
Picard (Ghislain) : Bien, écoutez, M. le
ministre, merci pour votre question. Et le chantier s'est étendu sur une dizaine d'années avant qu'on puisse
arriver avec des propositions claires pour changer les règlements et le
Code civil, hein, et ça s'est fait sous l'égide du gouvernement qui vous a
précédé. Et pour nous, bon, on est finalement arrivés à bon port, avec quelque
chose qui satisfaisait les Premières Nations et même les Inuits, parce que
c'était un processus qui allait au-delà de la géopolitique, hein, conventionnée
versus non conventionnée, et c'est... c'est la mise en application, finalement,
du règlement qui a tardé.
Et on a eu une
rencontre, vous et moi, très tôt au début de votre mandat précédent, et c'est
quelque chose qu'on a mis sur votre table à vous comme ministre responsable.
Et, écoutez, je pense que la question devrait plutôt être posée du côté de
votre ministère, parce que nous, on est en attente. C'est une attente qui a
duré cinq ans. Donc, je pense qu'il y a des
mises au point à faire sur... je vais dire, peut-être le rôle de la
bureaucratie ici, et c'est extrêmement éprouvant de notre côté d'être
toujours finalement mis dans une situation où on se doit, nous aussi, d'être
imputables à nos propres autorités. Et lorsque les réponses ne sont pas
satisfaisantes selon nous, bien, c'est difficile de faire rapport à ce
moment-là.
M. Carmant : D'accord.
Bien, soyez assurés que les questions seront posées.
Justement, le Protecteur
du citoyen, and Mr. Gray as well proposaient d'ajouter un règlement sur la...
pour pouvoir retarder la mise en oeuvre du commissaire, et qui nous permettrait
peut-être d'entamer ces processus de discussion pour améliorer le... pour
améliorer le statut, pour le rendre plus convenable à vos yeux. Est-ce que ce
serait quelque chose envers lequel vous seriez favorable?
M. Picard (Ghislain) :
Richard, I'll ask you to add on, but... Mais ce que je dirais, peut-être, à ce moment-ci,
M. le ministre, je pense qu'il faudrait, avant tout et d'abord, convenir de ce
qu'on entend par coconstruction, hein? Le Protecteur du citoyen l'a avancé comme principe hier, c'est une...
c'est un élément important dans le rapport qu'il a remis à l'automne dernier, en 2023. C'est
d'ailleurs une conclusion que nous avons entièrement appuyée, nous,
comme Assemblée des Premières Nations. Donc,
je... sans vous retourner la question, je vais quand même relever
l'importance de bien s'entendre sur la
définition des processus qui pourraient permettre, sans doute, cette
collaboration, la notion de coconstruction,
à quel moment elle prend effet, à quel moment elle prend fin. Ça, c'est des
aspects, je pense, à mes yeux, qui sont extrêmement importants. Richard?
M.
Gray (Richard) : Yes, just to add supplemental
information to what Chief Picard has, you know, expressed... Minister Carmant, based on our experience in terms of
consultation, the consulting process that you put in place to create
this law, if we are going to call that a codevelopment process, that's not
something, I don't think, we are interested in pursuing again. We really have
to talk about a process where we sit down as equal partners and we talk about
the real issues and matters that are addressed in terms of First Nations,
concerns and needs.
M. Carmant : And what would you ask me to put in
place to make sure that this process occurs? I mean, I
am totally in favor of coconstruction.
M. Gray (Richard) :
Well, we have your leadership with our leadership, discuss the mandate about
creating this... codeveloping this process. And, from there, we start talking
about processes that we agree on together.
M.
Carmant :
OK.
Absolutely. We will be in touch, absolutely.
Vous
savez, maître... chef Picard, j'ai toujours un peu... qu'est-ce... l'enjeu que
je discutais hier, c'était peut-être parmi les 11 nations puis les cas
de la quarantaine de communautés. Est-ce qu'on arriverait à avoir un consensus
sur une personne dédiée pour les Premières Nations? Est-ce que c'est quelque
chose qui, pour vous, serait un enjeu ou est-ce que la représentativité
régionale... Est-ce qu'il y aurait quelque chose à travailler là-dessus, ou
vous pensez que c'est quelque chose qui serait facile à régler?
M.
Picard (Ghislain) : Bien, il y a... au
départ, la volonté politique est au rendez-vous. Je pense que ça, il faut le savoir, et au-delà de la géopolitique à
laquelle je référais un peu plus tôt... Et, encore une fois, pour ne pas
insister sur l'exemple, mais revenir sur
l'exemple, parce qu'il a été extrêmement probant, là, pour une situation, un
dossier qui s'avérait très, très
important pour l'ensemble de nos communautés ou de l'ordre de la diversité
Premières Nations et Inuits, c'est
cette collaboration qui a existé entre nos nations et nos communautés pour
permettre de proposer des changements au Code civil et à la LPJ et
vraiment trouver des conclusions qui soient satisfaisantes pour les principaux
intéressés.
Donc,
à votre question, oui, c'est tout à fait possible et, pour moi, je pense que
le... finalement, la zone de confort que
nous recherchons, et M. Gray l'a évoqué, c'est vraiment cette volonté de
vraiment... une volonté qui, dans certains cas, malheureusement,
s'exprime mal ou tarde à s'exprimer. Et je pense que ça, c'est important de
vraiment jeter des balises solides, des bases solides pour qu'un vrai, un
véritable processus de coconstruction puisse se concrétiser.
Donc, je pense que
les communautés, malgré l'urgence, ne sont pas nécessairement... ne se
considèrent pas nécessairement, je dirais, victimes ou sujettes, là, à un
processus qui soit interminable, mais, en même temps, il faut prendre le temps
parce qu'on est devant des situations qui sont très complexes. Je pense que la
preuve n'est plus à faire que nos communautés sont les premières victimes d'une
loi qu'elles n'ont pas elles-mêmes développée. Donc, je pense que les
communautés sont très, très au fait des situations qui prévalent à ce
moment-ci.
M. Carmant : D'accord.
Puis une autre chose que je tiens à clarifier aussi, c'est que le comité
consultatif des jeunes des Premières Nations
allait travailler avec le commissaire
adjoint des Premières Nations. Donc, il semblait y avoir une inquiétude
sur la sélection de ces jeunes-là et à qui ils allaient parler, mais nous,
on... je tiens à vous rassurer, là, que c'était avec le commissaire des
Premières Nations. Je veux que ce soit clair entre nous, là.
M.
Picard (Ghislain) : Bien, si je peux me permettre, M. le
ministre, je voulais juste ajouter un élément extrêmement important à ce que
vous nous partagez. Je vous en remercie, mais, pour nous, il est extrêmement
important qu'il y ait une assurance que le filet ou les filets de sécurité sont
au rendez-vous. Ça, c'est quelque chose, à mes yeux, qui devrait être
incontournable. Je pense qu'encore une fois, pour ne pas les isoler... nos
jeunes ont quand même un passé qui contient des traumatismes importants et qui
n'est pas le propre des jeunes Québécois. Je le dis en tout respect et, à ce moment-ci,
je pense que c'est important également de prendre ça en considération, et c'est
quelque chose que nous n'avons pas senti jusqu'à maintenant.
• (11 h 40) •
M. Carmant : Et qu'est-ce que je pourrais faire ou qu'est-ce...
comment on pourrait s'assurer que ce filet-là soit inclus dans le texte?
Qu'est-ce que vous suggéreriez?
M.
Picard (Ghislain) : Je vais me tourner du côté... je vais me
tourner du côté de mes collègues, Marjolaine ou Richard.
Mme Sioui (Marjolaine) : Je vais débuter, puis si mes collègues veulent ajouter... Là-dessus,
bien, c'est sûr que lors des travaux, on avait fait une proposition,
hein? La raison pour laquelle... puis, je pense, tout à l'heure... ça vient
rejoindre un peu les propos du chef Picard, où est-ce que lorsqu'il arrive des
décisions qui ont été prises, on se mobilise ensemble, tout le monde, et, à
travers le comité, c'est ce que les gens ont fait pour proposer, plutôt,
d'avoir un comité aviseur.
La
raison, c'est qu'on veut, comme chef Picard l'a mentionné, mettre les filets de
sécurité pour les enfants, et tout. Et je pense que c'est bien exprimé
aussi, on en fait mention dans notre mémoire, au niveau des droits des enfants,
de par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones,
mais aussi par la déclaration que les chefs ont adoptée sur les droits des
enfants. Donc, on reconnaît les droits des enfants à pouvoir... dont celui de s'exprimer. Et, de par tout l'historique qu'on a
vécu en tant que Premières Nations et Inuits, on veut s'assurer que ces
modes-là, de consultation et tout, vont être faits et décidés par les Premières
Nations.
Donc, en
complémentarité à ça, ce qui avait été recommandé, c'était de mettre un comité
aviseur qui, lui, serait formé de l'ensemble
de représentations de chacune des nations et des Inuits et qui pourrait,
justement, donner ou aussi aviser le commissaire au niveau des droits
des enfants des Premières Nations et Inuits et l'autre commissaire, par la même
occasion. Et, avec ça, c'est que nous, de notre côté, on mettrait les
mécanismes, avec le commissaire, de consultation appropriés pour assurer toute
la sécurité culturelle de ces enfants-là au niveau de leur droit d'expression.
M. Carmant : D'accord.
Moi, ça me semble tout à fait raisonnable. Mr. Gray?
M. Gray (Richard) :
I don't have anything more to add. In general, there was... I think, in
our brief, we explained really well our concerns and preoccupations. And this notion, this was
proposed again, in the supposedly codeveloped process, you know, to have some advisory committee. I think Commissioner
Laurent was waiting to hear explanations around that. I hope she's
listening and I hope she understands our preoccupations around it. So, voilà.
M.
Carmant :
OK. One last thing, I just want to... Oh! excusez-moi. J'aimerais juste vous dire que,
tu sais, vous le savez, je suis bien conscient des enjeux et puis aussi
de la façon dont vous prenez... vous avez organisé le système. D'ailleurs,
monsieur... chef Picard le sait, on est... nous, on déploie le programme Ma
famille, ma communauté, qui est grandement
basé sur ce que font les Atikamekws. Donc, je pense qu'il y a beaucoup de
choses qu'on veut... qu'on aimerait
coconstruire avec vous pour que, partout au Québec, on prenne le mieux possible
soin de nos enfants. Et je vous remercie d'avoir pris le temps d'étudier
et d'écrire ce mémoire qui est très élaboré, puis on va travailler là-dessus,
puis on va vous revenir. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, M. le ministre. Maintenant, je
vais céder la parole à la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup, M. le
Président. Merci, chef Picard et les gens qui vous accompagnent. Votre mémoire, je l'ai lu attentivement. Je vous
remercie de votre présence. Il est très clair, vos recommandations sont très claires. Et j'ai beaucoup aimé le titre de
votre mémoire qui représente vraiment, je crois, le coeur de vos
inquiétudes et aussi l'objectif, le
mieux-être, le mieux-être de nos enfants au coeur du droit à l'autodétermination
des Premières Nations.
Et j'aimerais
commencer, tout d'abord, avec... Vous avez parlé, chef Picard, de l'acharnement
du gouvernement, manque de volonté. On va aller au coeur du sujet, parce
que je sens la grande frustration et je la partage avec vous, parce que je ne
comprends pas comment se fait-il que, dans ce projet de loi, nous n'avons pas
respecté toutes les recommandations dans la
commission Laurent, dont vous avez... je sais, vous avez fait des
représentations, il y a eu des mémoires et, de plus, il y a eu une
consultation avec le ministre, préalablement au dépôt du projet. Donc, je
présume que vos recommandations, lesquelles
vous avez faites devant la commission Laurent, ont été réitérées et de
l'importance de respecter les droits inhérents des Premières Nations et aussi
votre droit en ce qui a trait à la protection de vos enfants, que vous êtes les
mieux placés pour répondre à leurs besoins et aussi à leurs droits.
Et donc
j'aimerais comprendre qu'est-ce qui s'est passé. Qu'est-ce qui s'est passé
entre les... vos recommandations, les témoignages devant la commission
Laurent, la rencontre que vous avez eue préalablement, et le fait qu'on ne
retrouve pas, dans ce projet de loi, exactement vos recommandations et celles
qui ont été faites par la commission Laurent, chef Picard?
M.
Picard (Ghislain) : Merci pour votre commentaire et votre question.
J'ai envie de dire que ce n'est peut-être pas à moi de répondre à votre
question, mais... je vais quand même y aller, je dirais, peut-être, beaucoup
plus, d'une observation. Et si, en quelque
processus que ce soit, les balises ont été prédéterminées et fixées par quelque
partie que ce soit, il est clair que le terrain de jeu est extrêmement
limité. Et je me permets un parallèle, puisque vous y faisiez référence, la commission Laurent, présidée par
Mme Laurent, on a senti que... on a senti qu'il y avait, au rendez-vous,
la zone de confort qui nous était nécessaire, de pouvoir décrire une situation
que nous décrivons. Et je vous ramène, je pense que nos premières
représentations devant une commission parlementaire remontent à 2005, et, à ce
moment-là, on avait... c'est sans doute un
titre que vous allez aussi apprécier, le premier mémoire que nous avons déposé
s'intitulait Décrire les choses... Dire les choses telles qu'elles
sont. Et, pour moi, c'est extrêmement important de rappeler aux membres de
votre commission, aujourd'hui, ces éléments-là puisque ça fait partie d'une
histoire récente qui nous interpelle toutes et tous.
Donc, pour
moi, c'est... pour revenir à la commission Laurent, on nous a... on a reçu
l'écoute sans d'idée préconçue, hein, sans de... de limites, et pour
avancer nos positions, nos constats d'abord, nos positions par rapport à cette
réforme de la Loi sur la protection de la jeunesse. Donc, je pense que c'est
vraiment un aspect, là, qui, à mes yeux, là, mérite d'être bien compris.
Mme
Garceau : Donc, je crois que Mme Laurent vous a très
bien compris et les commissaires de la commission également. Il se passe
quelque chose au niveau du ministère, et ça, il faut le corriger. Et donc, moi,
j'aimerais savoir, aujourd'hui, dans ce projet de loi, s'il est amendé avec
toutes vos recommandations, toutes vos recommandations à la lettre, incluant le processus de nomination
d'un commissaire dédié aux enfants autochtones... et je sais qu'on
changerait la terminologie, indépendant, avec tous les pouvoirs, les fonctions
du Commissaire au bien-être, jusqu'au moment où certaines nations veulent se doter
de leurs propres institutions. Ça, c'est au coeur de la recommandation, le
respect de vos droits. C'est ça que vous recherchez aujourd'hui, n'est-ce pas?
M. Picard (Ghislain) : Écoutez, madame, la réponse la plus simple et la plus brève
là-dessus, c'est... ça a toujours été l'esprit des démarches dans lesquelles
nous avons été impliqués et qui interpelle le gouvernement du Québec et ses institutions, c'est-à-dire trouver
une façon pour que l'État s'harmonise avec la réalité identitaire,
culturelle de... et sociétale de nos communautés.
• (11 h 50) •
Mme Garceau :
J'aimerais revenir sur quelque chose que le ministre Carmant avait
mentionné hier, que vous vous... vous ne vouliez pas avoir un comité
consultatif d'enfants autochtones. Et j'ai lu votre mémoire à ce sujet là. Je crois, la question ici, c'est : Vous ne voulez
pas que le Commissaire du bien-être québécois choisisse les enfants, vous
aimeriez que votre commissaire choisisse les enfants autochtones qui feraient
partie de ce comité consultatif qui serait, évidemment, en lien avec le
commissaire dédié aux enfants autochtones. Je voulais juste avoir votre
confirmation à ce sujet là.
M. Picard (Ghislain) : Bien, je vais sans doute demander à un de mes collègues de poursuivre,
mais, première réaction à votre
question, c'est vraiment d'assurer que l'environnement de nos jeunes, qui est
déjà extrêmement fragile, qu'on ne puisse pas le fragiliser davantage.
Donc, il y a un contexte social, culturel propre à... d'abord, à nos nations,
nos communautés et, en particulier, les jeunes qui... où la démographie
confirme que ce sera bientôt une majorité au sein de nos nations, de nos
communautés.
Donc,
il faut être extrêmement prudent dans l'approche et dans les mesures qui visent
à, finalement, leur procurer... leur assurer leur mieux-être. Je peux
demander à, peut-être, Marjolaine ou Richard de compléter.
Mme
Sioui (Marjolaine) : Merci. En fait, je
reviens sur les propos d'un petit peu plus tôt. Ce qu'on propose, c'était la mise en place d'un comité aviseur formé
de représentants de toutes les nations qui, lui, va pouvoir conseiller
le commissaire des Premières Nations et Inuits, commissaire associé ou
commissaire autonome maintenant. C'est pour qu'ils
puissent savoir comment on doit consulter avec les jeunes des Premières
Nations. Donc, en fait, c'est qu'on conseille la façon... la meilleure
façon de sécuriser pour que les jeunes soient consultés d'une façon
culturellement adaptée.
Mme Garceau :
Donc, si je pousse ça un petit peu plus loin, votre idée... parce que j'ai
retrouvé, dans votre mémoire, ce comité consultatif
en lien avec le commissaire dédié aux enfants autochtones... pourrait décider,
pourrait choisir les enfants qui feraient partie, peut-être, de ce comité
consultatif d'enfants. Ce serait votre approche selon votre processus?
Mme Sioui (Marjolaine) : Bien, encore une fois, c'est de déterminer les processus adéquats. Donc,
qui de mieux placés que les représentants des différentes nations pour
pouvoir conseiller puis de déterminer, avec leur processus... parce que, vous
le savez, c'est différent d'une communauté à l'autre. On a tous des cultures
différentes et tout, mais on en vient avec un consensus sur la façon dont on va
mettre les mesures en place pour assurer cette consultation en bonne et due
forme.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors maintenant, je vais céder la
parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M.
Cliche-Rivard : D'abord, merci beaucoup pour vos présentations à tous
et à toutes. Merci d'être là.
Je reviens un petit
peu sur la question de ma collègue. Bon, d'abord, il y a le rapport Laurent qui
fait des recommandations très claires. Ensuite, il y a vos discussions
préalables, à l'été 2023, si je comprends bien, pour le projet de loi. Vous faites des demandes, vous
faites des recommandations, les orientations, puis finalement le projet
de loi sort, et je vais vous citer, là, vous dites : «Nous avons constaté
avec regret que le projet de loi a été rédigé sans tenir compte de la majeure
partie des préoccupations émises par les différents groupes. Nous peinons à
nous expliquer la raison de ces refus, souvent communiqués sans justification.»
Et
là aujourd'hui, du côté ministériel, on semble surpris. C'est comme si on ne
s'attendait pas à ce que vous alliez nous
communiquer... alors que c'est bien évidemment... c'est bien évident que, si
l'ensemble de vos recommandations ne sont pas suivies, que le projet de
loi ne fera pas votre affaire. Ça me semble la base, ça me semble évident. Ce
que j'essaie de comprendre, c'est... qu'est-ce qui se passe pour qu'on en
arrive là, où finalement, vous nous présentez ça aujourd'hui, puis ce qui semble l'évidence, là, que finalement vous
n'êtes pas écoutés et que de l'autre côté, là, aujourd'hui, on semble
avoir une ouverture. Où est-ce que la... où est-ce que la ligne se brise? J'ai
beaucoup de misère à comprendre ça parce que ça me semble une évidence même,
là.
M. Picard (Ghislain) : J'ai envie de nous retourner, à tous et à toutes, la question. Je pense
qu'elle s'applique à tout le monde.
Pas pour dire que toutes les réponses sont bonnes, mais essentiellement...
Écoutez, je suis... on est devant votre
commission aujourd'hui et, écoutez, on fait presque systématiquement l'effort
d'avancer des positions devant toutes les commissions qui, à nos yeux,
interpellent et ont un impact potentiel sur les communautés que nous
représentons. Puis les processus nous
engagent toujours avec une bonne foi qui est au rendez-vous de notre part, mais
si... écoutez, si, à travers, puis je lance un chiffre en l'air, une
dizaine de recommandations, il y en a une sur 10 qui est retenue, puis qu'elle
est tout à fait accessoire, et qu'elle n'impacte pas le coeur même d'un projet
de loi, vous comprendrez qu'il est difficile pour nous d'aller, finalement,
confirmer, d'aller plutôt... de confirmer une satisfaction au niveau des gens
envers lesquels nous sommes imputables, les chefs et les membres de nos
communautés. Donc...
M.
Cliche-Rivard : J'ai 30 secondes, je me permets, là... pardon. Je
veux juste savoir, si le ministre fait les modifications, finalement, que vous
demandez, est-ce que ça, c'est suffisant dans un processus de coconstruction ou
si, finalement, il faut plutôt revenir à la planche à dessin parce que...
Autrement dit, est-ce qu'on contribue vraiment au processus de réparation, si
on vous fait arracher des gains comme ça, à la dernière minute, après le projet
de loi déposé, ou si vraiment, il faut revoir la façon complète de réfléchir,
là?
M. Picard (Ghislain) : Notre
position claire et précise est contenue dans les représentations que nous avons
faites à la commission Laurent. C'est le point de départ.
M.
Cliche-Rivard : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors, on va compléter cet échange
avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Merci, M. le Président. Merci,
chef Picard. Merci à votre équipe également. Je pense que votre message
est très clair, votre mémoire, très complet également.
Donc,
moi, j'aurais besoin d'un éclairage sur la façon dont on pourrait, si la
commission... le ministre accepte votre proposition de créer une
instance indépendante, si... parce que vous touchez que les articles du
chapitre III sur la nomination puis ses
grands mandats, mais pour ce qui est de l'organisation... Puisqu'on crée une
nouvelle institution, lorsqu'on parle du commissaire, on parle
évidemment d'une équipe autour du commissaire, est-ce que, dans votre proposition, vous créez une institution distincte,
avec des équipes distinctes, des budgets distincts, des... et, en fait,
c'est tout le reste du projet de loi que vous n'abordez pas. Est-ce que ça veut
dire qu'il doit être modifié en conséquence des modifications aux
articles 14 à 18?
M. Picard (Ghislain) : Bien, écoutez, je sais qu'on est... on a très peu de temps. Je vais inviter mes collègues, peut-être, à réagir à
votre question.
Mme
Sioui (Marjolaine) : Bien, écoutez, on
n'est pas allés plus loin dans le mémoire, parce que ce qu'on souhaite, au départ, c'était la structure indépendante.
Puis, encore une fois, bien, avec les processus de consultation qu'on
doit avoir en place, c'est quelque chose qui devra être discuté avec, bien sûr,
les nations pour... Puis on le dit bien dans notre mémoire aussi, c'est
jusqu'au moment où les Premières Nations qui le souhaitent pourront se créer
une autre institution de par leur propre façon. Donc, on le voit comme une
mesure, là, présente, mais le souhait, dans tout ça, c'est d'avoir nos propres
institutions.
M.
Picard (Ghislain) : Si je peux me
permettre, peut-être, d'ajouter, là, à la réponse de Marjolaine, en fait, le
mot-clé ici, c'est harmonisation, hein, comment on peut trouver une façon
d'harmoniser le cadre législatif québécois avec la réalité de nos communautés
jusqu'au moment où les communautés décideront autrement. Et ça, cette
capacité-là, elle existe, pour nous. Et pour nous, même, lorsqu'on arrivera à
cette étape-là, il n'est pas question de...
je veux dire, de changer la face du monde, là. Je pense que les communautés ont
toujours été très, très coopératives pour assurer que leurs processus
soient également harmonisés avec ce qui existe déjà.
• (12 heures ) •
M. Arseneau :
Oui, je comprends. En fait, moi,
j'essaie juste de voir en prospective sur le travail du législateur,
est-ce qu'on peut arriver à nos fins et répondre à vos demandes dans le cadre
du projet de loi actuel ou est-ce qu'on aurait besoin d'un deuxième projet de
loi pour créer un commissaire qui ait une fonction spécifique en lien avec les
enfants des Premières Nations et des Inuits. Moi, c'est ça, un peu, la question
qui me turlupine actuellement, mais elle est ouverte, et mon temps est fermé.
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Provençal)
: Alors,
je tiens à remercier les représentants de l'Assemblée des Premières Nations
Québec-Labrador pour leur participation, leur présence à nos travaux. Et merci
beaucoup d'avoir rédigé un mémoire comme vous l'avez fait, très étoffé.
Alors,
sur ce, je vais suspendre les travaux pour permettre au prochain groupe de
prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
12 h 01)
(Reprise à 12 h 07)
Le Président (M.
Provençal)
: Avant de
souhaiter la bienvenue au prochain groupe, je vais avoir besoin de votre
consentement pour qu'on ait un cinq minutes additionnel pour pouvoir respecter
le temps qui est alloué aux échanges. Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci.
Je souhaite la bienvenue aux représentants de la Société Makivik. Vous disposez
de 10 minutes pour cette... pour votre présentation, et, par la suite,
nous allons procéder à l'échange. Alors, je vous invite immédiatement à
procéder.
Société Makivik
M. Arteau
(Jean-François) : Merci beaucoup, M. le Président. Merci aux membres
de la commission, aussi, de nous accueillir
ce matin. Alors, vous avez, devant vous, les représentants de la Société Makivik. On vous expliquera un petit peu dans le
détail ce qu'est Makivik. On a aussi la directrice générale de la Régie
régionale de la santé et des services
sociaux du Nunavik, Jennifer Munick-Watkins, et on a en ligne, avec nous, la
directrice générale de Nunavimmi Ilagiit
Papatauvinga, qui est NIP — c'est
plus facile à prononcer, NIP — et
qui est une organisation, justement, qui oeuvre en matière de protection de la jeunesse. Son nom, c'est Mina Beaulne.
Alors, Fabien Pernet, aussi, nous accompagne. Fabien est à la Société
Makivik, tout comme moi. Il est conseiller stratégique au président, alors que
je suis avocat et conseiller spécial au président de Makivik, qui est Pita
Aatami, qui vous envoie, incidemment, ses salutations.
Alors, rapidement,
vous présenter... je ne crois pas qu'on va prendre 10 minutes, M. le
Président, pour vous présenter notre
mémoire. Vous l'avez lu, bien évidemment. Donc, vous... peut-être faire un
survol ensemble de ce qu'on couvre dans le mémoire.
Pour
l'essentiel, d'abord, Makivik... Qui est Makivik? Bon, Makivik s'est créée en
1978, donc, après la Convention de la Baie James. Souvent, les gens
pensent que Makivik a négocié la Convention de la Baie James. Non, c'était une
association précédente, qui s'appelait l'association des Inuit du Nord-du-Québec,
NQIA, qu'on appelait à l'époque.
Donc,
Makivik est née aussi, d'une façon un peu curieuse, d'une loi refondue du
Québec. C'est étonnant quand même, parce que Makivik est un organisme à
but non lucratif, bien sûr, mais qui est créé, non pas en vertu de la
partie III de la Loi sur les compagnies, comme à peu près tous les OBNL,
mais en vertu d'une loi refondue adoptée par l'Assemblée nationale du Québec.
Donc, Makivik, son
rôle, bien sûr, principal, c'est un rôle de représentation politique au nom des
Inuits du Nunavik, qui sont au nombre d'à peu près 14 000, qui vivent,
bien sûr, à forte majorité dans les 14 villages nordiques du Nunavik. Mais
quand même, de plus en plus, à peu près un millier vivent à Montréal, dans la
région de Montréal.
Makivik
a aussi un rôle en développement économique. Makivik, c'est une force
économique canadienne. C'est assez méconnu, mais Makivik est
propriétaire de Canadian North, par exemple, qui est une compagnie d'aviation importante, est propriétaire d'Air Inuit,
propriétaire de compagnies de transport maritime, propriétaire de diverses
compagnies comme de la géomatique, de la création de mode... bon, de la
géomatique, justement... Makivik est un moteur économique extrêmement
important.
• (12 h 10) •
On a pris, bien sûr,
connaissance du projet de loi n° 37. On a participé, bien sûr, aux
consultations, qui ont eu lieu précédemment au dépôt du projet de loi. On a
fait des représentations à ce moment-là et, un peu comme le chef régional
Picard vous le mentionnait auparavant, on n'a pas l'impression d'avoir été
entendus beaucoup non plus.
Bon,
en fait, l'élément principal qu'on veut soulever avec vous ce matin, c'est que,
ce commissaire aux enfants autochtones, pour nous, ça n'a pas de
signification particulière, parce qu'on ne s'identifie pas comme autochtones, c'est-à-dire que, de la même façon que nous, on ne
s'identifie pas comme des nord-américains... mais on va s'identifier
comme Algonquins, comme Cris, par exemple, comme Inuits, comme Attikameks, mais
pas comme autochtones.
La réalité
autochtone, si on veut l'appeler comme ça, est extrêmement explosée. Marjolaine
Sioui en parlait juste avant, la réalité des Inuits du Nunavik n'est pas la
même que la réalité des Inuits du Nunavut, par exemple. La réalité d'un village
du Nunavik de... d'Akulivik n'est très certainement pas la même que celui de
la... du village de Salluit ou de Kuujjuaq.
Donc, tout ça est
tellement éclaté qu'on comprend assez mal comment une personne pourrait exercer
ces fonctions-là pour l'ensemble des autochtones des 11 nations du Québec.
En fait, on pense, pour l'essentiel, que c'est impossible. Alors, si cette personne devait avoir une connaissance
sommaire, relative, même une expérience dans une des communautés, c'est
une des exigences de la loi, c'est bien, mais ça ne sera pas suffisant.
Pourquoi? Parce qu'il n'y a personne de mieux que les Inuits pour savoir ce qui
est bien pour les Inuits, et les Inuits le disent de plus en plus. Depuis 50 ans, pour l'essentiel, hein... La
Convention de la Baie James, quand on y pense, ça fait déjà 50 ans, quand
même, qu'elle est signée. Il y a bien des chapitres qui ne sont pas encore mis
en oeuvre, malheureusement, mais on y arrive.
Tout n'est pas gris,
tout n'est pas noir, bien sûr. Des choses avancent, à un point tel où les
Inuits, dans des aspirations de gouvernement autonome, d'autodétermination, ou
d'autres diraient de décolonisation, bien, ils font les efforts nécessaires
pour se prendre en main. Et se prendre en main, ça veut aussi
dire respecter la connaissance que les Inuits ont des enfants qui vivent
sur le territoire et des difficultés majeures qui sont vécues sur le
territoire. On ne prétend pas que tout est rose, bien au contraire, des choses
ne sont pas roses. Les choses doivent s'améliorer, et c'est entre autres pour
ça que les Inuits eux-mêmes ont décidé de créer NIP, Nunavimmi Ilagiit
Papatauvinga, qui est dirigée par Mina Beaulne, qui est avec nous ce matin.
Donc, il y a des
efforts importants qui sont faits, et on comprend mal comment un commissaire associé
aux enfants autochtones pourrait nous aider là-dedans, sinon qu'en produisant
encore une fois, puis ce n'est pas pour rien que je dis encore une fois, des
rapports, des données, des notes, des pochettes. Ça fait 50 ans qu'on a
des notes puis des pochettes. Là, on est à l'étape de l'action, et les Inuits
sont prêts pour faire ça.
Donc, ce qu'on vous
recommande, pour l'essentiel, puis je vais laisser mon collègue Fabien
poursuivre, c'est une création... la création d'une entité indépendante, qui
pourrait être sous le chapeau de Makivik ou pas, ça n'a pas vraiment
d'importance, mais une structure inuite, en tout cas, décidée par les Inuits,
gérée par les Inuits et pour les Inuits. Des
Inuits sont, depuis à peu près toujours, l'objet de recherche. Il y a des
centaines... et ce n'est pas une blague, il y a des centaines de
chercheurs qui viennent au Nunavik tous les ans, beaucoup en matière de santé,
en matière d'éducation, en matière de services policiers, par exemple, et qui
sont... donc, les Inuits, des objets de recherche. Et trop peu souvent, on a
les résultats de cette recherche-là.
Alors,
le temps des recherches est révolu. C'est maintenant le temps de l'action, et
il n'y a pas de meilleure façon que de confier aux Inuits eux-mêmes leur
propre destinée.
C'est
le message principal qu'on voulait vous transmettre ce matin, puis je vais
laisser Fabien parler des autres éléments qu'on retrouve au mémoire.
Merci.
M. Pernet (Fabien) : Merci beaucoup.
Alors, dans le cadre de ce que Jean-François vient de mentionner, on voulait identifier quelques éléments qui
pourraient quand même être susceptibles de bonifier le projet de loi, puis
c'est des éléments qu'on a mentionnés de manière répétée durant les
consultations qui ont eu lieu cet été. Jean-François a mentionné qu'on n'avait pas eu le sentiment d'avoir été écoutés, et
effectivement, l'ensemble de nos recommandations n'ont pas été
entendues. Alors, on les ramène aujourd'hui, on vous les explique, on vous les
propose.
Les éléments des données, par exemple, la
question de l'identification de l'identité inuite, dans les données, c'est un élément qui va être essentiel. Le
commissaire, le commissaire associé, parmi leurs mandats, envoient un
rapport. Alors, un rapport sur les enfants
autochtones, ça ne nous intéresse pas, pour les raisons que Jean-François a
mentionnées. Par contre, des données
amalgamées sur les services que reçoivent les enfants inuits, ça peut avoir un
intérêt. C'est ce qui existe au Nunavut.
Le Nunavut a une institution similaire et, chaque année,
produit un rapport qui donne des statistiques sur les services en
matière de santé, de protection de la jeunesse, de services de garde,
d'éducation que reçoivent les enfants... Très intéressant.
Comment faire ça dans le cadre de cette loi? Ça
prend une identification correcte des enfants inuits, où qu'ils reçoivent leurs
services, c'est-à-dire que, des enfants inuits reçoivent un grand nombre de
services à Montréal, mais ils sont noyés dans les données, leur identité n'est
pas identifiée. Alors, comment, dans ce contexte-là, on peut être capable de
savoir quel est le niveau de service, quelle est la discrimination systémique
dont pourraient souffrir les enfants inuits? On n'est pas capable.
Alors, c'est dans ce contexte-là, qu'une
identification inuite des... de l'identité inuite dans les données nous paraît
absolument essentielle pour assurer un tel mandat. Puis on souhaite le faire
dans un cadre de souveraineté inuite sur les
données. Alors, ça aussi, c'est un... des mots, peut-être, avec lesquels vous
n'êtes pas familiers, mais c'est très
simple. La souveraineté inuite sur les données, on parle de données qui
concernent des enfants inuits. Les données devraient appartenir aux
Inuits. Et c'est la même chose pour le Québec. Lorsque le fédéral lui demande
des données, est-ce que le Québec partage ses données ou l'intégralité de ses
données sur les services avec le fédéral? Bien, pas toujours ou, en tout cas,
celles qui l'intéressent. La souveraineté inuite sur les données, c'est la même
chose. Alors, ça, c'est un élément, la question des données.
Deuxième élément qu'on... sur lequel on souhaite
insister, c'est la question du pouvoir d'enquête. En matière de lésion de droit en protection de la jeunesse,
c'est important pour nous... C'était la recommandation de la commission
Laurent, mais c'est important pour nous que ce pouvoir d'enquête soit transféré
au commissaire associé ou à une institution indépendante, encore mieux, à ce
sujet-là. Puis une des raisons pour lesquelles c'est important, c'est que — Jean-François
aime parler de la Convention de la Baie James — il y a des droits spécifiques
pour les Inuits qui viennent avec la
Convention de la Baie James. Dans un contexte où un commissaire doit protéger
les droits des enfants inuits, il faut absolument tenir compte de ces
droits spécifiques pour exercer ce mandat, et on considère qu'un commissaire
qui tiendrait compte de ces droits spécifiques, pourrait remplir ce mandat
d'une manière beaucoup plus pertinente pour les enfants inuits, que la CDPDJ,
qui ne tient pas compte nécessairement de ces droits spécifiques à l'heure
actuelle. Alors, ça, c'est deuxième... le deuxième élément.
Puis
finalement, la question de l'indépendance du commissaire, on y revient.
Évidemment, on nous a toujours présenté l'indépendance du commissaire,
nommé par l'Assemblée nationale. Quand on regarde le texte du projet de loi, il
semblerait que le commissaire associé soit nommé par le gouvernement. Ce n'est
pas tout à fait ce qu'on avait entendu
jusqu'à maintenant. Oui, le commissaire associé serait nommé par l'Assemblée,
mais il y a peut-être une petite nuance
ici. Puis, en termes d'apparence, on se demande pourquoi est-ce que, pour les
autochtones, pour les Premières Nations, les Inuits, ce serait le gouvernement plutôt que
l'Assemblée nationale? Je pense qu'on peut se poser cette question.
Mais, plus
largement, on considère que, s'il y a un mandat à l'égard des enfants inuits,
il y a une responsabilité de ce commissaire à l'égard des Inuits qui
doit vraiment être mise de l'avant. Et donc on demande à ce sujet-là que, les
Inuits, par l'intermédiaire de Makivik notamment, qui est l'institution chargée
de faire la représentation politique, soient
capables de faire le même type de questionnement que l'Assemblée nationale
serait capable de faire, pour s'assurer que les services qui sont
rendus, les questionnements, les rapports, les interprétations, même, des
données soient conformes à la réalité du Nunavik.
Alors, je
m'arrêterais là. Je pense que ça décrit l'essentiel de ce qu'on demande dans
notre rapport. Vous avez vu les recommandations, mais voilà, on
souhaitait vous les présenter et vous les expliquer.
Le
Président (M. Provençal)
: Merci pour cette présentation. Alors, nous allons
débuter l'échange avec M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Carmant : Oui, merci beaucoup. Merci à vous trois... à vous
quatre d'être présents aujourd'hui. Vous savez, on a travaillé ensemble
sur des projets... par exemple, Agir tôt. On a amené un modèle, et vous l'avez
adapté à la réalité du Nunavik. Ça a été un grand succès, puis j'en... ça, j'en
suis très fier, de la collaboration qu'on a eue avec vous. Puis, tu sais,
j'aimerais qu'on ait ce même type de collaboration.
Quand vous parlez de... d'un commissaire
indépendant, l'enjeu que l'on craignait, bien, que l'on prévoyait, c'est
justement : Est-ce qu'il va falloir nommer 14 ou 12, 13 commissaires
indépendants? Nous, on s'est beaucoup mis
sur le modèle du Protecteur du
citoyen, et, dans le Protecteur du citoyen, c'est des vice-présidents qui sont nommés
par le gouvernement.
Donc, peut-être me dire s'il y a un
moyen d'arriver à un tel... tu sais, ne serait-ce qu'en leur donnant quand
même une certaine autonomie, ça, je suis tout à fait d'accord. Mais est-ce
qu'il y a quand même une certaine ouverture? Parce que, s'il faut créer
13 institutions différentes, vous savez, ça va... c'est complexe, là.
• (12 h 20) •
M. Arteau (Jean-François) : Évidemment,
c'est un bon point que vous soulevez, M. le ministre, et on y a pensé aussi. Ce serait un peu ridicule que de nommer
14 personnes ou 11 personnes par l'Assemblée nationale. Et
généralement, c'est le plus haut dirigeant d'une organisation qui est nommé par
l'Assemblée nationale. Ses collaborateurs, des vice-présidents, par exemple,
sont nommés par le gouvernement. Ça, c'est correct.
Maintenant,
évidemment que c'est un élément d'importance pour nous, mais ce qui est encore
plus important, c'est la connaissance que
cette personne-là doit avoir des Inuits, alors que le commissaire ou la
commissaire principale travaille en collaboration avec la structure
indépendante qui serait créée au Nunavik. C'est tout à fait normal puis c'est
tout à fait souhaitable. Nous aussi, on veut collaborer, puis vous soulevez
Agir tôt, c'est vrai que ça s'est très bien
passé puis c'est vu chez nous comme étant un modèle de réussite. Donc, il y a
moyen de très bien faire. Maintenant, en nommant quelqu'un qui est responsable
des autochtones, on n'y arrivera pas. On n'arrivera pas à nos fins, parce que
cette personne-là, toute bonne soit-elle, ne pourra pas avoir une connaissance
fine des Inuits du Nunavik, et des Attikameks d'Obedjiwan, ou de Manawan, par
exemple, et des Cris de Waswanipi, ou je ne sais trop où. C'est trop difficile.
Donc, une connaissance partielle, ça rend des résultats partiels.
Fabien en a parlé, la
Convention de la Baie James, c'est quelque chose de particulier quand même. Ce
n'est pas une entente comme ça, ce n'est pas un document comme ça. C'est un
traité qui concerne, pour la Convention de la Baie James et du Nord-du-Québec,
que les Cris et les Inuits. Les Naskapis aussi... un autre traité, qui
s'appelle la Convention du Nord-Est
québécois. Ces droits-là, qui sont protégés par la Constitution canadienne, sont extrêmement importants, et
malheureusement, les Attikameks, pour revenir à l'exemple des Attikameks, ne
bénéficient pas de ces mêmes droits là.
Alors, un commissaire associé qui aurait une connaissance assez fine pour bien
faire les distinctions, à savoir que
les droits sont protégés par l'article 35 de la Constitution, puis je vous
rassure, je ne vous donnerai pas un cours de droit constitutionnel ce
matin, là, bon, qui sont protégés par la Constitution et qui sont au même
niveau, dans la hiérarchie des lois, qu'une loi fédérale, par exemple, que la
Constitution canadienne, ça me paraît très peu probable.
Alors, nous, on se
dit : On est prêts à collaborer, on est prêts à travailler avec le Québec,
comme Makivik, et la région, et la régie l'a
démontrée plusieurs, plusieurs fois, mais entendez-nous. Laissez-nous vous
instruire, en quelque sorte, et laissez-nous apprécier la situation, et
laissez-nous vous proposer des recommandations qui vont avoir un effet véritable chez nous, plutôt que d'avoir un
rapport sur les autochtones en général du Québec. Certains vivent en
milieu urbain, d'autres... Bon, ce n'est pas à vous que je vais enseigner ça,
là, mais...
Donc, les réalités sont complètement différentes.
C'est pour ça que c'est important d'avoir un ancrage au Nunavik.
M. Carmant : Et
comment vous verriez la nomination de ce commissaire? Tu sais, où le
placeriez-vous dans l'organigramme? Parce que, tu sais, c'est ça que j'ai
besoin de comprendre, dans votre vision à vous.
M. Arteau (Jean-François) : Bien,
je... Il faut que ce soit une organisation ethnique. Donc, il faut que ça
représente les Inuits du Nunavik,
comme un peu NIP, avec Mina Beaulne, c'est une organisation ethnique. Elle
parle, Mina, au nom des Inuits du Nunavik.
Donc, est-ce que ça
doit être placé sous Makivik? Moi, je pense que oui. Moi, je pense que ce
serait un endroit approprié pour ça, parce que Makivik, c'est une organisation
qui existe depuis longtemps, qui bénéficie de budgets
importants, qui a une organisation bureaucratique solide, forte. Oui, en
procurant par contre, à cette personne-là,
toute l'indépendance nécessaire, parce que Makivik, c'est un corps politique.
Il y a des élections à Makivik à tous les trois ans. Ça vient vite, M.
le ministre, à tous les trois ans, là. Bon, on vient de sortir d'une élection à
la présidence, des fois, c'est compliqué, bon.
Donc, ça prendrait
une indépendance, mais elle devrait, cette structure-là, relever de Makivik
pour s'inscrire, justement, dans une démarche ethnique, pour que tout ça soit
consolidé. Makivik a une vue générale sur l'ensemble des services qui sont offerts aux Inuits, que ce soit en santé, en
éducation, en affaires municipales, alors que l'ARK, qui est, par
exemple, l'Administration régionale Kativik, qu'on peut assimiler à une MRC,
est non ethnique. L'ARK ne parle pas au nom des Inuits du Nunavik, elle parle
au nom de la population du Nunavik, et ce n'est pas qu'une vue de l'esprit, là. Il y a véritablement une perspective
qui est différente quand on est une organisation publique, que lorsqu'on
est une organisation ethnique, comme Makivik.
M. Carmant : Et quel serait le lien avec votre réseau de la
santé local dans... si ce poste-là est situé au niveau de Makivik?
M. Arteau
(Jean-François) : Bien, c'est sûr qu'un poste, tu sais, comme celui-là,
ne peut pas travailler de façon isolée. Il va devoir travailler avec la régie
de la santé, il va devoir travailler avec NIP, il va devoir travailler avec les
établissements, les hopitaux Inuulitsivik, Tulattavik, ça, c'est sûr. Il va
devoir travailler avec les protections de la jeunesse qui sont déjà en place.
Mais quand même, justement, parce qu'elle ne sera pas, cette structure-là, dans
le réseau de la santé, ne serait-ce que pour ça, ça va lui procurer une
certaine indépendance. Et il ne s'agit pas de juger, là, on n'est pas dans...
on n'est pas dans une démarche de blâme ou de punition, là, pas du tout. On est
dans une démarche de création d'un monde meilleur.
Donc, il faut arriver avec
des solutions qui sont pratiques, qu'on peut mettre en oeuvre rapidement. Il ne
s'agit pas de savoir c'est la faute à qui. C'est la faute à tout le monde, et
tout le monde peut participer à la solution. Et une structure comme celle-là
devrait proposer des solutions plutôt que de lancer des blâmes. Lancer des
blâmes, ça ne fait pas avancer une société beaucoup, beaucoup, là.
M.
Carmant : OK. Et seriez-vous d'accord avec ce que ce
commissaire-là ait une vue globale sur tous les facteurs de prévention
associés au développement des enfants?
M. Arteau (Jean-François) : Absolument,
et il ne travaillera pas en silo non plus par rapport au gouvernement du Québec. Une telle structure, une
telle personne va devoir aussi être alignée sur les grandes orientations
du Québec, c'est bien entendu, mais quand même avec une saveur très
particulière. Et je pense que c'est l'ensemble du système de la protection de
la jeunesse qui va en profiter, si on arrivait à une telle solution.
M.
Carmant : D'accord. Parlant de... au niveau de la
protection, comment se déroulent les choses actuellement au Nunavik?
M. Arteau (Jean-François) : Peut-être
que... Maybe, Jennifer, you can answer that one...
Mme
Munick-Watkins (Jennifer) : OK. I'm just going to
speak to Mina, quickly.
Mina... (S'exprime dans
une langue autochtone).
OK. Good. Thank you very much.
I'll speak in English. I'm the executive director of the regional health board
in Nunavik. Thank you for the invite.
Currently,
we have two directors of youth protection on the Hudson coast with Inuulitsivik
and on the Ungava coast with the Ungava Tulattavik
Health Center in Kuujjuaq. And
we have Mina, my colleague here, who will be speaking right after me to answer
your question, Minister.
It's been quite a rough
post-COVID, as you're aware. I've been meeting with your colleagues at the MSSS
quite often. But all to say it's the number of cases with children being placed
under the DYP has evolved more from putting out fires than from emergency cases
to trying to get more social workers on site.
It's always been a problem, and
post-COVID didn't help the situation in our region. Our biggest problem right now with the DYP are daycare spaces for
children that are placed under the youth protection. We did lobby with
the regional government who oversees the daycare spaces in the region, and we
will be meeting again next week with Makivik Corporation who lobby on behalf of
Inuit and who will be hopefully meeting with the regional government in regards
to this growing problem that we have for the DYP.
Our recruitment is always an
issue as well because of the lack of infrastructure we have. As you're aware,
we're quite backlogged with housing within the health network, so that didn't
help the situation as well. We're somewhat
two to three years behind. And hopefully, in the next 2023, 2024, 2025 phases,
that we'll have more housing for staffs that work under the two
establishments that review the DYP.
And we do have the two youth
protections, and Mina, who do work with the MSSS regularly in regards of recruitment, if we need more staff that need to be
recruited across our 14 communities in Nunavik. All to say I have...
we have a good working relationship with the three, including with Mina, that
try to ensure that we have a good staffing in all communities. But, like
I said, it was more of a struggle on the Hudson coast, with Inuulitsivik, with
the crisis of social workers and nurses and physicians, but it really depends.
In the winter, it was a lot harder, summertime as well, because the recruitment, with holidays, people, the turnover...
but we manage to have a good working relationship between the two
establishments and the health board.
M. Carmant : Does Isuarsivik make a difference with the family process that you
are installing? Has that been very helpful?
Mme Munick-Watkins
(Jennifer) : Well, Isuarsivik, the whole
family process is new, as you know. That treatment
center's new facility only opened less than a year ago and they do have quite a
backlog of clientele that want to attend as a family. But I look forward
and I am very hopeful for the future of Isuarsivik. That may help evolve our
region to become healthier. Healthier communities, safer communities for our
children.
But as I speak to you, I
visit... I visited last week with the MSSS to Inuulitsivik on the Hudson coast,
and they were very straightforward with...
ascend the team that they want a recovery center as well on their coast in the
future. But I'm very hopeful for Isuarsivik.
M. Carmant :
OK, so maybe we can talk about that.
Mme Munick-Watkins
(Jennifer) : Sure.
M. Carmant : Un autre point qui est
important, alors, dans le processus, on crée un commissaire, le comité consultatif des enfants. Est-ce que... des jeunes
et enfants. Est-ce que vous le créeriez également avec le même, un peu,
processus de consultation qu'on nous a proposé au niveau des Premières Nations?
• (12 h 30) •
M.
Arteau (Jean-François) : Absolument, oui. On trouve que c'est un modèle
intéressant. On consulterait, bien sûr,
Qarjuit, qui est une association qui représente les jeunes du Nunavik. Donc,
Qarjuit se joindrait à la consultation, mais on trouve que c'est une
approche intéressante et on créerait, oui, une structure semblable à celle que
vous proposez.
M. Carmant : OK. Et vous seriez
capable d'avoir un groupe, là, qui sort des... je pense, les 14 villages
sur les deux côtes?
M. Arteau
(Jean-François) : Oui, parce qu'encore une fois, chacun vit des
réalités différentes. Alors, on essaierait d'avoir des gens de l'ensemble du Nunavik, peut-être même à Chisasibi,
parce qu'il y a plusieurs Inuits à Chisasibi aussi.
M. Carmant : OK, d'accord. Est-ce
qu'il y avait... mais il y aurait quand même des enjeux de déplacement. Comment
vous...
M. Arteau
(Jean-François) : Oui, mais Internet, ça va mieux, quand même, au Nunavik,
avec le programme que le gouvernement
a lancé, d'ailleurs, avec StarLink, et tout ça. Bon, c'est beaucoup plus fiable
que c'était. Il y a la fibre optique
qui s'installe de temps à autre. Donc, ce n'est pas... ce n'est pas rare,
maintenant, qu'on a des rencontres de façon virtuelle. Donc, ça
fonctionne beaucoup mieux que ça fonctionnait, et probablement qu'une structure
comme celle-là pourrait fonctionner, dans une certaine mesure, virtuellement.
M.
Carmant : D'accord. Est-ce que vous pensez que le
commissaire pourrait faire partie, ou avoir à organiser des rencontres,
quand même, avec les différents commissaires, et peut-être pas partager toutes
les données, comme vous mentionnez, mais, tu sais, c'est... quand même avoir
une certaine collaboration entre les divers commissaires?
M. Arteau (Jean-François) : Certainement.
Ah oui! on est tout à fait disposés à collaborer et à partager les données. Ça,
ce n'est pas un problème. Ce qu'on veut éviter, c'est une méconnaissance de la
réalité du Nunavik qui mènerait à des recommandations qu'on ne pourrait pas
mettre en oeuvre au Nunavik. On l'a vécu quelques fois, par les années passées,
et ça, c'est... Malheureusement, c'est du temps perdu.
Alors, encore
une fois, comme les Inuits sont les meilleurs pour connaître leur réalité et
les solutions qu'on peut apporter à la situation, qui est difficile, il
faut le dire, bien, c'est pour ça qu'on propose une structure indépendante au
Nord. Mais en ce qui concerne la collaboration, le partage des données,
évidemment qu'on est très ouverts à ça.
M. Carmant : D'accord.
Donc, si on met un règlement retardant l'entrée en vigueur des différents
commissaires, est-ce que ce serait une possibilité pour vous dans le projet de
loi actuel?
M. Arteau (Jean-François) : Certainement.
Ça nous donnerait le temps d'être mieux consultés. Ça nous donnerait le temps
aussi de vous transmettre, de façon plus précise, peut-être, ce qu'on voudrait
voir arriver.
M. Carmant : D'accord. Bien, merci
beaucoup.
M. Arteau (Jean-François) : Merci.
M. Carmant : Oui. Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup de
votre présence aujourd'hui et de vos représentations fort importantes. Je
voulais... En lisant votre rapport, je sais que vous avez mentionné des
consultations préliminaires avec le ministre, avant
le dépôt du projet de loi, et j'ai été quand même frappée par votre constat de
cette rencontre-là... et que vous avez mentionné que vous ne vous
sentiez pas écoutés. Il y avait une absence de considération des perspectives
inuites et il y avait un manque de
légitimité. Et dans votre... Et je voulais avoir plus de détails à ce sujet-là,
concernant cette rencontre et qu'est-ce que vous avez exprimé comme
souhaits concernant ce projet de loi.
M. Arteau (Jean-François) : Parfait.
Merci de votre question. Évidemment, pour le contenu plus précis, je vais laisser mon collègue Fabien y répondre, mais
peut-être deux ou trois éléments de contexte. Consultation, ça a toutes
sortes de sens, là. Bon, chez nous, la consultation, on l'entend par une
écoute. On veut être écouté. Évidemment, on ne
prétend pas avoir un droit de veto, là. Quand les gens nous consultent, c'est
normal que ça arrive que les recommandations qu'on fasse ne soient pas
retenues. Ça, c'est correct, ça fait partie de la game, comme on dit.
Maintenant, ce qui n'est pas normal, c'est de ne pas comprendre ce qu'on
représente et de volontairement ignorer un certain nombre de choses.
Je reviens encore à la Convention de la Baie
James. Il y a une tendance naturelle à standardiser les choses. Ce serait donc
plus simple, si tout le monde était pareil, mais ce n'est pas ça la vraie vie.
Donc, la Convention de la Baie James, au Nunavik, elle est particulière, elle a
un sens particulier, et la méconnaissance dont on fait preuve, ces années-ci, à
l'égard de la Convention de la Baie James est absolument ahurissante. C'est
comme si ça n'existait pas. On s'en est longtemps targué parce qu'on disait que
c'était le premier traité de revendications territoriales moderne et tout ça. Juste pour que vous sachiez, ce n'est même pas
un traité qui avait été négocié à l'époque, c'est une entente hors cour pour le
développement d'Hydro-Québec.
Bon, on a beaucoup évolué de plus, mais...
depuis, mais la méconnaissance qu'on a de ça a fait en sorte que l'écoute qu'on
nous porte est souvent fausse. Et je ne veux pas prêter de mauvaises intentions
aux gens qui mènent la consultation, ce n'est pas ça du tout, là. Ce n'est pas
des gens qui ont des intentions malicieuses ou malveillantes, ce n'est pas ça du tout. C'est une méconnaissance, et
cette méconnaissance là, bien, évidemment que ça a des répercussions sur, par exemple, le fait de bien entendre et de
bien comprendre ce qu'on recommande et de parfois de juger un peu de haut en disant : Bien, ça ne marchera pas,
puis comment ça qu'avec eux autres, c'est toujours compliqué, puis ce
n'est jamais pareil, puis ils ne veulent pas remplir tel truc, puis les
données, c'est donc compliqué, tout ça est éparpillé partout? C'est juste
normal que ce soit comme ça, puis je vais laisser Fabien, peut-être, compléter
ma réponse.
M. Pernet (Fabien) : Oui. Bien,
merci. Je pense que je vais rebondir sur la question de la méconnaissance. Je
pense que c'est quelque chose qui a... qui a marqué, en fait, les consultations
qu'on a eues. Bon, il y a eu les délais,
c'était très court. On a fait des rencontres à très brève échéance pendant...
en réalité, en ayant assez peu d'information au début. On a pris le
temps avec la régie régionale, avec NIP, de créer une première position, des
premiers éléments de position et de
recommandations qu'on a portées. On en avait une liste, une dizaine, bon, puis,
pour la dizaine, lorsqu'on nous a présenté ce qu'allait devenir,
finalement, une partie du projet de loi, des éléments qui allaient construire
le projet de loi, on a bien vu que les éléments qu'on a proposés n'étaient pas
retenus. Donc, on a fait le constat que ce qu'on proposait ne figurait pas
parmi les priorités qui souhaitaient être incluses au projet de loi.
Et pourquoi la méconnaissance? C'est parce que,
dans bien des cas, ce qu'on vous a présenté, c'était ce qu'on voulait
développer pour le commissaire, et on a cherché à adapter, à tirer un petit peu
ça. Qu'est-ce que ça pourrait vouloir dire
du côté du commissaire associé? Et là il y avait un écart majeur, parce que
nous, ce qu'on souhaite, c'est qu'on parte de notre réalité, la réalité
inuite, de la réalité du Nunavik, et qu'on construise, à partir de ça, ce que
serait cette institution. Et ce n'est pas ça qu'on a eu comme impression. Il y
avait des paramètres, il y avait un commissaire,
puis, à côté, on a créé quelque chose d'autre qui... et le résultat, c'est que
ça ne correspond pas vraiment à ce qu'on demande. Alors, en quelques
mots, ce serait ça l'impression.
Mme Garceau : OK. On sait très bien
que le ministère n'a pas repris les recommandations de la commission Laurent concernant le commissaire dédié aux
affaires autochtones. Je comprends ce que vous avez mentionné
concernant... que, pour vous, il faudrait changer, évidemment, la terminologie
pour que ça représente votre culture, vos droits.
L'APNQL, qui
est derrière vous, a fait une proposition concernant qu'un... que le
commissaire... parce que là on prend l'élément d'indépendance, hein? On
se comprend, là, c'est ça qui est au coeur de vos revendications, c'est que ce
soit un commissaire qui va respecter les droits des Premières Nations et des
Inuits. Et donc, la recommandation de l'APNQL,
c'était d'avoir un commissaire indépendant dédié aux enfants de Premières Nations et d'Inuits avec un comité consultatif qui serait représenté de
différents membres des nations pour venir appuyer, conseiller ce commissaire
qui aurait tous les pouvoirs, toutes les fonctions. Tout serait transféré de la
commission des droits de la personne et de la jeunesse à ce commissaire. Qu'en
pensez-vous? Je voulais avoir votre point de vue à ce sujet-là.
M. Arteau (Jean-François) : Bien,
aux premiers abords... au premier abord, comme ça, c'est une bonne idée. C'est une meilleure idée, en tout cas, que
ce qui est proposé dans le projet de loi, sans l'ombre d'un doute. Mais,
quant au transfert des pouvoirs de la Commission des droits de la personne et
des droits de la jeunesse, nous aussi, on est
100 % derrière ça. Il faut qu'il y ait un transfert véritable qui soit
opéré. Autrement, le commissaire associé, si on veut garder cette
terminologie-là, n'aurait pas suffisamment de pouvoir, là. Bon, il aurait un
pouvoir de recommandation, de... comme je le disais tantôt, de faire des notes,
des rapports, ce qui n'est pas mauvais, là, je ne veux pas dénigrer ça, mais ce
qui n'est pas ce qu'on recherche, pour l'essentiel.
Bon,
maintenant, avoir un commissaire indépendant aux autochtones, bien là, on tombe
dans la même dynamique, c'est-à-dire
que les Inuits sont tellement différents, et pas que géographiquement, là, ils
sont différents dans leurs droits, dans
leur... dans leur histoire. Bon, ça, on dit ça, de bien des points de vue, que
ça va demeurer difficile d'avoir quelqu'un, tout indépendant soit-il,
qui représente l'ensemble des autochtones. Nous, en tout cas, les Inuits, on se
distingue toujours de ça, en disant : On
a une réalité différente, on a... on vit dans un endroit différent, on ne vit
pas dans des communautés autochtones en vertu de la Loi sur les Indiens,
on vit dans des villages nordiques, qui sont des municipalités, comme Lévis,
Terrebonne ou n'importe où, avec un maire, six conseillers municipaux.
Donc, la
réalité est complètement différente, et c'est la Convention de la Baie-James
qui a changé ça. Donc, à cause de ça,
bien, généralement, au plan national... au plan fédéral, je devrais dire,
plutôt, on demande à ce que les Premières Nations soient ensemble, les
Inuits ensemble, les métis ensemble. Bien, au Québec, la résonance de ça, c'est
que les Inuits soient aussi distincts des autres, c'est-à-dire qu'ils aient
leur propre structure, leur propre façon de fonctionner, en collaboration, bien
sûr, avec les Premières Nations et avec le Québec.
Mme Garceau : Donc, deux
commissaires?
M. Arteau (Jean-François) : Donc,
deux commissaires, oui.
Mme Garceau : Ça, vous seriez
d'accord avec ça?
• (12 h 40) •
M. Arteau (Jean-François) :
Ça, on serait partants pour ça. Oui, exact.
Mme
Garceau : OK. Avec quel genre de processus, en termes de
nomination, et dans quel délai? J'aimerais vous entendre là-dessus, en termes... parce qu'il y a eu des discussions de
peut-être reporter ce chapitre III de la nomination du commissaire,
donc, associé, là. Mais si on allait de l'avant, moi, j'aimerais vous entendre
là-dessus, au niveau du processus de la nomination et dans un délai de combien
de temps.
M. Arteau
(Jean-François) : Bien, c'est une bonne question que vous posez,
parce qu'en fait on ne veut pas rater le train, là. Le train passe, le
projet de loi arrive, donc ce serait un peu dommage, je pense, de faire fi de
la réalité autochtone parce que les autochtones des Premières Nations et les
Inuits ont des visions différentes. Je pense qu'on doit quand même procéder
rondement, parce que ça ne va pas bien, la protection de la jeunesse, là, il y
a des enjeux majeurs, là. Il y a des enfants
par centaines qui sont signalés par année, qui sont placés dans des familles
inuites, non inuites, sur le
territoire, à l'extérieur du territoire. Le portrait n'est pas jojo, là, donc
je ne pense pas qu'on ait le luxe d'attendre très, très longtemps.
Ceci dit, la réglementation pourrait faire en
sorte que les Inuits soient consultés correctement, Makivik, la régie de la santé, NIP ... bon, pour proposer la
nomination de quelqu'un comme commissaire aux enfants inuits, tiens, appelons-le comme ça. Mais on parle de quelques
mois, là, on ne parle pas de plusieurs années, là. On ne voudrait pas, encore une fois, retarder tout le processus sous
prétexte d'un élément procédurier, là, qui est la consultation. Chez
les... on n'est pas nombreux, hein, on est 14 000... chez les Inuits, la
consultation se fait rapidement, tout le monde connaît tout le monde, les
organisations se connaissent bien. Donc, quant à l'appréciation à l'interne, au
Nunavik, d'un tel élément, ça peut se faire assez rondement, là, assez rapidement.
Mme Garceau : OK. J'aimerais vous
entendre concernant les enjeux liés à la protection de la jeunesse, les
difficultés, si vous pourriez nous donner des détails à ce sujet.
M. Arteau
(Jean-François) : Oui. Les enjeux sont nombreux. Comme le disait
Jennifer tout à l'heure, Jennifer Munick-Watkins, le recrutement, c'est
un enjeu primordial. C'est difficile, de façon générale, de recruter au Québec,
alors imaginez-vous, quand c'est difficile
de recruter à Montréal, ce que c'est à Akulivik. C'est extrêmement
difficile. Donc, les gens qu'on est capables
de recruter sont des gens remplis de bonne volonté, remplis d'enthousiasme, et
tout ça, qui ont bien souvent peu ou pas d'expérience, et qui vont passer, et
ça, c'est un peu un drame, parce que le taux de roulement est tellement élevé
que c'est impossible d'installer une mémoire corporative. Donc, quelqu'un
arrive, c'est nouveau, il y a très peu de
ressources autour de lui, malheureusement, il est souvent laissé à lui-même. Je
vous parle, dans un village, là,
Kuujjuaq, c'est différent, mais... bien, Kuujjuaq, c'est un village aussi, mais
c'est la capitale, si on veut. Dans les plus petits villages, la réalité
est différente.
Et il y a
aussi l'élément de la langue. Évidemment, les gens qu'on recrute sont souvent
des francophones, qui vont parler anglophone, mais qui, à peu près
jamais, ne vont parler inuktitut. Donc, pour intervenir dans des sujets aussi sensibles que ceux-là... et de ne pas parler la
langue maternelle des Inuits, de ne pas parler inuktitut, c'est
extrêmement difficile. C'est pour ça, entre
autres, qu'on a créé NIP. NIP intervient auprès des familles, en inuktitut,
«the Inuit way», comme on dit, à la façon des Inuits, en respectant
leurs valeurs. Puis ce n'est pas une question de respect, c'est une question d'intégration. Je veux dire, ce sont des
Inuits qui interviennent auprès d'Inuits. Il n'y a pas de meilleure
solution que celle-là. Alors, Chantale ou Mario qui vient nous aider, elle est
remplie de bonne volonté, cette personne-là, mais malheureusement, elle ne
restera pas longtemps.
Et cette idée qu'on avait, pendant un bout de
temps, que le Grand Nord, c'était le Klondike, qu'on allait faire beaucoup d'argent puis qu'on allait être donc
privilégié, ça ne s'avère pas, ça. C'est-à-dire, on ne vient pas au nord
pour devenir riche, on vient au nord pour aider, et malheureusement, c'est
difficile, ces années-ci, de recruter des gens.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup.
Mme Garceau : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je vais céder la parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M.
Cliche-Rivard : D'abord, merci beaucoup pour votre présentation.
Merci d'être ici. J'ai lu votre mémoire avec attention puis je voudrais
y revenir parce que les mots sont importants. Puis vous êtes parmi...
probablement le mémoire où les mots sont peut-être les plus percutants. Et je
pense que c'est important que la commission les ait en tête : «Tel que le
projet de loi est présenté, nous sommes d'avis que cette institution est
inutile et que le commissaire associé ne possède tout simplement pas la
légitimité d'exercer son mandat auprès des enfants inuits.»
Vous parlez d'une timidité déconcertante lorsque
l'on replace dans le contexte la défavorisation de l'enfance au Nunavik, quand
même. Et vous dites que, finalement, il n'y a absolument... vous dites que le
mandat est vidé de sa pertinence. Donc, quand même, ce sont des mots très
forts. Finalement, le message que vous envoyez aujourd'hui, c'est que vous
n'avez pas du tout été entendus sur ce que vous recommandiez, non?
M. Arteau
(Jean-François) : Exactement, c'est-à-dire, on n'a pas suffisamment
été entendus et on nous a vraiment mal
compris, de deux choses l'une. Et les éléments qu'on a portés à l'attention du
gouvernement du Québec étaient, je pense, tout à fait fondés. Il aurait été bien de les écouter
davantage, mais, comme le disait Fabien tout à l'heure, quand on essaie d'adapter un système auquel on
tient beaucoup, beaucoup pour satisfaire d'autres personnes, c'est bien
différent que de partir de leurs préoccupations à eux puis de bâtir une
solution avec eux. Et ce n'est pas le sentiment qu'on avait, ce n'est pas du
tout le sentiment qu'on avait.
Alors, quand on dit
qu'il n'y a pas de légitimité, qu'il est vidé de son sens, tout ça, c'est tout
à fait vrai à cause de la méconnaissance dont j'ai fait état tout à l'heure.
Alors, une personne... Les Inuits sont un peu tannés, là, je vais vous le dire un peu bêtement, d'être
regardé un peu de haut en se disant : Bien, vous auriez dû faire ça ou il
y avait tel programme de disponible pour vous. Pourquoi vous n'avez pas
fait ça? Ça, là, ça fait 45 ans qu'on essaie de faire ça, ça ne marche
pas. Bien, ce serait le fun qu'on comprenne qu'à un moment donné les Inuits,
qui ont survécu pendant des millénaires dans
des conditions absolument effroyables, doivent bien avoir deux ou trois
solutions intéressantes à proposer. Mais si on ne les écoute pas
suffisamment et si on ne leur donne pas les moyens et les ressources
financières nécessaires pour se prendre en main, on en reste au niveau du
discours.
M. Cliche-Rivard : Qu'est-ce qu'il dirait,
un éventuel commissaire, de la façon de fonctionner du gouvernement
aujourd'hui?
M. Arteau
(Jean-François) : Un commissaire inuit?
M.
Cliche-Rivard : Oui.
M. Arteau
(Jean-François) : Il dirait que ça ne correspond pas à la réalité
inuite. Il dirait que les Inuits, ce n'est pas comme ça qu'ils fonctionnent, ce
n'est pas... comme je le disais tantôt, ce n'est pas «the Inuit way». «The Inuit way», c'est bien, bien différent de ça. On
discute avec les gens, il y a toute une structure familiale qui est
différente de celle que toi... vous et moi, on connaît, bon. Il n'y a rien de
pareil. Évidemment qu'on habite le même territoire, évidemment qu'on partage
des valeurs, il y a des valeurs qui sont universelles, mais la façon de les
exprimer, la façon de les intégrer, ces
valeurs-là, sont différentes. Et dans un domaine aussi sensible que la
protection de la jeunesse, on ne peut pas intervenir efficacement si on
n'est pas Inuk.
M. Cliche-Rivard :
Et vous étiez là dès le début, de A à Z. Vous en parlez dans votre mémoire,
vous avez collaboré, vous avez été disponible, vous avez rendu des
recommandations.
M. Arteau
(Jean-François) : Absolument, tous ensemble d'ailleurs, dans un effort
collectif, oui.
M.
Cliche-Rivard : Et là vous dites : On est un peu tannés, là.
M. Arteau
(Jean-François) : Ça serait le fun qu'on passe à autre chose, oui.
M. Cliche-Rivard : Parce que ce refrain-là,
vous l'avez depuis... on ne nommera pas l'année, là, je pense, ça
fait...
M. Arteau
(Jean-François) : Depuis plusieurs, plusieurs... trop d'années, on va
dire ça comme ça.
M.
Cliche-Rivard : Bien, un énorme merci pour votre travail.
M. Arteau
(Jean-François) : Merci à vous.
M. Cliche-Rivard : Je pense que ce n'est pas
tombé dans l'oreille d'un sourd, même si je n'aime pas beaucoup
l'expression, là, mais on va y faire suite. Merci.
M. Arteau
(Jean-François) : Merci. Merci grandement.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. On va
conclure cet échange avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Merci, M. le Président. Merci beaucoup pour votre présentation. J'avais
noté la même phrase que mon collègue ici
concernant le fait que vous jugez la nouvelle institution inutile pour vous,
évidemment, pour vos communautés, et que vos commentaires et
propositions n'avaient pas été entendus ni considérés, d'autant plus qu'ils
avaient été présentés, là, dans des délais peu... très serrés et peu
respectueux, dites-vous.
Maintenant,
j'apprécie le fait que vous soyez constructif, dans la mesure où vous
dites : Bon, c'est... ça ne fait pas
notre affaire, mais on va quand même commenter le projet de loi puis... Mais je
voudrais quand même voir plus précisément sur vos attentes ou vos
besoins, concernant, par exemple, l'idée... si on devait aller de l'avant avec
un commissaire inuit. Vous parlez d'avoir
tous les pouvoirs de façon indépendante et les pouvoirs d'enquête
nécessaires.
Dans le projet de loi
actuel, le commissaire, ma compréhension, c'est qu'il doit d'abord et avant
tout avoir pour fonction de promouvoir le bien-être des enfants, le respect des
enfants, ses droits, et tout ça... et les pouvoirs d'enquête, à l'heure
actuelle, ne sont pas là. Vous semblez dire que les pouvoirs d'enquête, c'est
essentiel. J'aimerais que vous nous... vous puissiez nous
illustrer pourquoi c'est si important pour vous. Et puis est-ce que, quand on
parle des pouvoirs d'enquête, c'est ajouté aux autres pouvoirs et devoirs, là,
sur la promotion, et tout ça?
M. Pernet (Fabien) : Bien, je vais
peut-être apporter un premier élément de contexte, là, pour comprendre
l'importance des pouvoirs d'enquête. De notre point de vue, c'est beaucoup la
commission Viens, là, qui a établi cet élément-là,
la discrimination systémique dans les services publics. Alors, parce qu'elle
est là, parce qu'elle a été établie, les pouvoirs d'enquête sont, en
réalité, un moyen d'intervenir vis-à-vis de cette discrimination systémique,
soit avec des enquêtes systémiques, justement, en tant que telles, de quelle
manière on peut travailler le système pour s'assurer qu'on évite cette
discrimination systémique dans les services qui sont offerts aux enfants
inuits. Ça, c'est un élément.
Puis le deuxième élément, c'est... on parlait de
la défavorisation, de facteurs de défavorisation. Tout n'est pas noir, là, au Nunavik, pour l'enfant, ce n'est pas
là, mais quand on parlait des signalements en protection de la
jeunesse... tu as dit «des centaines», au
final, c'est des milliers. Des milliers sur 14 000 personnes, une
population de 14 000, c'est absolument
énorme. Puis les conséquences que ça a, de cette intervention du système, c'est
qu'on a des enfants qui partent au Sud, qui vont à Montréal dans des
familles non inuites, toutes très bien intentionnées pour offrir un milieu de
vie à ces enfants-là, mais la continuité culturelle, elle n'est pas là.
Alors, il y a un système qui vient intervenir,
puis on sait aussi les conséquences. Oui, on va protéger l'enfant en protection
de la jeunesse, mais la judiciarisation dans les parcours de vie, elle est là,
elle est connue... ça peut être l'itinérance, ça peut être d'autres sortes de
problématiques comme celle-là. Alors, c'est ce genre de choses qui nous font
dire que ça prend aussi des pouvoirs d'enquête individuels, puis qu'il soit
fait d'une manière qui ressemble beaucoup
plus à la prise en compte des droits spécifiques. La CDPDJ, elle le fait avec
son cadre, sa charte, puis on ne dit pas que c'est mauvais, là, mais on
dit que c'est insuffisant par rapport... et que ça ne tient pas suffisamment
compte des droits des Inuits. Alors, ça aussi, c'est un élément qui nous semble
important pour contrer cette défavorisation.
• (12 h 50) •
M. Arseneau : Merci. C'est très
clair.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors, je remercie
les représentants de la Société Makivik pour votre présence, votre
collaboration et votre contribution.
Je vais suspendre les travaux jusqu'à
15 heures. Et on se revoit cet après-midi. Merci beaucoup. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 51)
(Reprise à 15 heures)
Le Président (M. Provençal)
: Rebonjour à tous. La Commission de la
santé et des services sociaux reprend ses travaux. Je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 37, Loi sur le commissaire
au bien-être et aux droits des enfants. Cet après-midi, nous entendrons les
témoins suivants : l'Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du
Québec; le Barreau du Québec; Mme Mélanie Gagnon, présidente par intérim de la
Fédération des familles d'accueil et ressources intermédiaires du Québec; et le
collectif ex DPJ.
Maintenant, je vais souhaiter la bienvenue aux
représentants de l'Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec.
Alors, je vous rappelle, vous aurez 10 minutes pour votre exposé, et, par
la suite, nous allons procéder avec... aux échanges avec les membres de la
commission. Je vous cède immédiatement la parole.
Ordre des
psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec (OPPQ)
M. L.
Soucis (Félix-David) : M. le
Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés membres de la
commission, bonjour.
Je me présente, Félix-David Soucis, je suis
président de l'Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec. Mon
expérience professionnelle se caractérise par une pratique auprès de
différentes clientèles issues de la petite enfance allant jusqu'à l'âge adulte.
Je suis accompagné de Nathalie Lacombe, psychoéducatrice et coordonnatrice aux affaires professionnelles et au
soutien à la pratique et détenant également plusieurs années
d'expérience dans le réseau scolaire, et de Rose St-Gérard, psychoéducatrice et
coordonnatrice à l'admission par équivalence et au soutien à la pratique à
l'ordre. Elle détient, pour sa part, plusieurs années d'expérience dans le réseau
de la santé et des services sociaux, dont plusieurs années auprès des Premières
Nations et Inuits.
Nous remercions la commission pour cette
invitation. Il nous fait plaisir de vous présenter aujourd'hui les réflexions
et les recommandations de l'ordre concernant le projet de loi n° 37, Loi
sur le commissaire au bien-être et aux droits des enfants.
Avant d'aller de l'avant avec nos
recommandations, laissez-moi d'abord vous parler de la psychoéducation. Les
psychoéducatrices et les psychoéducateurs sont issus d'une formation de
deuxième cycle et interviennent auprès des personnes de tous âges aux prises avec
des difficultés d'adaptation psychosociale ou susceptibles d'en vivre, de la
petite enfance aux personnes aînées. Ils préconisent une approche systémique en
travaillant de manière à poser un regard tant sur la personne en difficulté,
sur son environnement, incluant sa famille, et ses interactions avec les divers
milieux qu'ils
fréquentent. Les psychoéducatrices et les psychoéducateurs sont présents dans
le réseau de l'éducation, celui de la santé et des services sociaux,
notamment en protection de la jeunesse, dans le réseau communautaire, dans les
services de la petite enfance ainsi qu'en cabinet privé. Par leurs compétences,
ils font notamment partie des professionnels autorisés pour évaluer une
personne dans le cadre d'une décision du directeur de la protection de la
jeunesse ou du tribunal en application de la Loi sur la protection de la
jeunesse, ce qui justifie d'autant plus notre présence ici aujourd'hui.
La profession est intégrée au système
professionnel depuis près de 25 ans. L'ordre compte présentement près de 6 000 membres et leur nombre est en
constante croissance depuis sa création. De ce nombre, plus de 50 %
oeuvrent auprès des enfants et des jeunes
adultes. En tant qu'ordre professionnel, notre mandat est d'assurer le plus
haut niveau de qualité de l'exercice
de ses membres, toujours dans le but de protéger le public. L'ordre prend
également position pour que les personnes vulnérables aux prises avec
des difficultés d'adaptation ou susceptibles d'en vivre reçoivent des services
de qualité adaptés à leurs besoins.
L'ordre accueille favorablement ce projet de loi
n° 37 qui prévoit la nomination du Commissaire au bien-être et aux droits des
enfants. La protection des enfants constitue une valeur fondamentale en
psychoéducation. Il s'agit d'un sujet d'une très grande importance pour
l'ordre, motivant son désir de contribuer à la bonification de ce projet de
loi. Nous le faisons aujourd'hui en partageant ses recommandations issues de
l'expertise de ses membres qui exercent auprès des enfants et des jeunes
adultes.
L'ordre émet trois grandes
recommandations : la première, la création d'une charte des droits des
enfants; la deuxième, donner un pouvoir
d'action au commissaire; la troisième, faire de la prévention une priorité pour
la société québécoise pour le bien-être des enfants et leurs familles.
Premièrement, la création d'une charte des
droits des enfants. Actuellement, plusieurs lois permettent de prendre en compte les droits des enfants, mais
aucune ne permet de les valoriser spécifiquement. L'élaboration de cette
charte viendrait notamment réaffirmer comme
priorité le bien-être de nos enfants pour la société québécoise.
L'intérêt des enfants devrait être
omniprésent dans l'ensemble des décisions politiques et gouvernementales.
Actuellement, la référence commune que nous utilisons à tort pour
aborder le bien-être des enfants est la Loi sur la protection de la jeunesse,
qui, rappelons-le, devrait être une référence de dernier recours. La société
québécoise devrait se doter d'une référence sociétale
positive visant à déterminer ce que nous devons préserver pour leur bien-être
plutôt que négative qui définit ce que nous devons éviter à tout prix.
De plus, cette charte permettrait à l'ensemble des parties prenantes d'utiliser
un langage clair et commun autour des droits des enfants.
Deuxièmement,
donner plus de pouvoirs d'action au commissaire. L'ordre constate que le mandat
du commissaire n'inclut pas de pouvoir d'action au suivi des
recommandations qu'il émettra. Il y a donc lieu de s'interroger quant aux
retombées concrètes de celles-ci. Il est donc nécessaire que le commissaire
puisse être muni d'un pouvoir d'action qui
lui permet... lui permettant d'agir promptement lorsque les intérêts des
enfants ou des jeunes sont lésés. Pour effectuer une différence
significative dans la société, la création du poste de commissaire doit
dépasser celui d'un porte-voix. Il ne faut
pas tout simplement reproduire les mécanismes déjà en place. Le commissaire
doit pouvoir agir de façon tangible pour protéger les droits et le
bien-être des enfants et des jeunes.
Troisièmement, faire de la prévention une
priorité pour la société québécoise pour le bien-être des enfants et leurs
familles. Pour être en phase avec les termes utilisés dans le rapport de la
Commission spéciale sur les droits des enfants
et la protection de la jeunesse, construire une société bienveillante envers
ses enfants implique d'agir en prévention d'abord et avant tout. Il est primordial que la protection de la
jeunesse redevienne une instance de dernier recours. À cet effet, tous
les acteurs de notre société doivent être en mesure de s'ajuster aux besoins
inhérents du développement de l'ensemble des enfants qu'ils côtoient. Pour ce
faire, le commissaire devra s'assurer que toutes les parties prenantes se
sentent concernées et que les recommandations du commissaire puissent être
modulées en fonction des réalités de chacune
des instances. Que ce soit un parent, un voisin, une école, un CLSC ou encore
un centre de réadaptation, nous avons tous un rôle à jouer face aux
enjeux développementaux que peuvent vivre les enfants. C'est en développant une
meilleure cohésion sociale autour de ceux-ci que nous parviendrons à mieux les
soutenir.
Finalement, malgré ces grandes recommandations,
nous croyons qu'un commissaire au bien-être et aux droits des enfants jouerait un
rôle déterminant sur le développement de ceux-ci. Le succès de ce dernier sera
tributaire de sa capacité à entretenir un lien de confiance avec toutes les
parties prenantes. C'est par sa capacité à mettre de l'avant les meilleures
pratiques préventives, en bénéficiant de réels pouvoirs d'action, que ce
dernier parviendra à renforcir notre filet social et permettre à notre société
bienveillante de fleurir comme il se doit.
Je tiens à vous informer que l'ordre se portera
à la disposition de la commission pour tout soutien ultérieur en marge de ce
projet de loi. Un grand merci pour votre attention. M. le Président, nous
sommes maintenant disposés à répondre à l'ensemble de vos questions.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. M. le ministre.
M. Carmant : Oui, merci, M. le
Président. Merci à vous trois pour la présentation. Je connais bien les psychoéducateurs, évidemment, de par mon parcours
professionnel avant la politique. Sachez que nos deux sous-ministres
adjointes et associées sont des psychoéducatrices, donc on aime beaucoup les
psychoéducateurs.
Je vais commencer un
petit peu par aller ailleurs. On a reçu... puis, tu sais, là, je veux parler de
prévention, là. On a reçu les Premières Nations et Inuits ce matin. Puis moi,
je vous dirais que vous êtes probablement notre ordre qui est le plus agile,
là, dans l'innovation. Une des choses qu'on aimerait mettre sur pied, c'est
faciliter, parce qu'ils ont beaucoup de problèmes de recrutement, qu'ils nous
ont mentionné... Une des meilleures façons de les équiper, c'est de leur permettre de développer les
professionnels à partir de leur population. Qu'est-ce qu'on pourrait faire
pour les aider à développer des professionnels, reconnaître leur expertise?
Parce que le recrutement du Sud, ça, ce n'est pas la solution à long terme, là.
Il faut... Qu'est-ce... Comment vous voyez ça? Puis comment on pourrait
installer quelque chose qui pourrait être partagé avec les autres ordres?
• (15 h 10) •
M. L. Soucis (Félix-David) : Bien, en 2016, M. le ministre, l'Office des
professions soulevait déjà, hein, faisait déjà ces constats-là, que, justement, la venue d'activités réservées
dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines avait
limité l'accessibilité des Premières Nations et Inuits aux intervenants issus,
là, de celles-ci, ce qui amenait aussi, là,
notamment, là, une certaine... en fait, une difficulté à pourvoir les postes en
protection de la jeunesse, mais aussi pour assurer la continuité culturelle
qui peut... qui pouvait... qui était nécessaire, là, pour les différentes
communautés. À l'époque...
M. Carmant : Qui
entraîne des signalements.
M. L. Soucis
(Félix-David) : Exactement.
M. Carmant : Et
surtout en première ligne, et, ensuite, ça fait des signalements.
M. L. Soucis
(Félix-David) : Exactement. Donc, on avait mis, à l'époque... en fait,
on a mis de l'avant, pas nous, mais je parle
en collaboration, plutôt, avec le Secrétariat
aux affaires autochtones, un projet
qui venait, là, justement, travailler
sur... qui permettait d'autoriser les membres des premiers peuples à l'exercice
de ces activités en compagnie, notamment,
là, de l'Ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux
du Québec, donc, depuis déjà 2016.
Donc, cette
participation-là a aussi accru, là, notamment, là, vraiment, notre... bien, en
fait, notre sensibilité aux peuples
autochtones qui voulaient, là, en fait... dans lesquels on voulait justement
développer certaines formations puis,
en fait, pouvoir aider à développer certaines compétences. Je regarde Rose
parce que Rose a contribué grandement à la venue de ce projet-là. Elle pourra compléter pour parvenir à
différentes... différentes informations, là, que vous désiriez avoir, mais justement, là, il était convenu qu'on
puisse avoir les formations, leur permettre, justement, d'intervenir
dans un contexte légal reconnu également,
puis pour lequel, pour le moment, on est toujours en attente, là, de
différentes approches.
Donc, l'ordre a
toujours été très, très attenant à ce niveau-là, mais on est simplement
partenaires et non pas porteurs du dossier, là, par rapport à ça.
M. Carmant : Et
la balle est dans le camp du gouvernement?
M. L. Soucis
(Félix-David) : Absolument.
M. Carmant : OK, bon à savoir. Merci. Toujours en parlant de
première ligne, parce que moi... tu sais, vous avez nommé trois priorités, d'accord avec vous, mais
moi, la première, c'est clairement la première ligne, tu sais, puis,
moi, j'ai besoin d'un défenseur de la
première ligne, là, puis c'est comme ça qu'on va arrêter les signalements
excessifs, là.
Une des grandes
causes de signalement, c'est les troubles du comportement. Vous êtes
probablement l'ordre professionnel qui nous
aide le plus là-dedans. Un des enjeux qu'on a, c'est que nos professionnels
dans le réseau, ils passent beaucoup trop de temps à écrire des rapports
et pas assez de temps à voir des usagers. Qu'est-ce qu'on peut faire pour
améliorer ça? Quelles sont les pistes de solution, surtout en
interdisciplinaire, là? Des fois, on voit les usagers en interdisciplinaire
puis on a comme cinq rapports de 10 pages différentes de chacune des
professions. J'ai essayé d'aborder ça avec le... je pense que c'était votre
prédécesseur qui était là, celui qui était président du regroupement, là, mais
il n'y a rien qui bouge, puis ça, je sais que ce n'est plus dans notre cour.
Moi, j'ai mis la balle au jeu puis je n'ai jamais eu de retour là-dessus.
M. L. Soucis (Félix-David) : Vous voulez parler d'une meilleure... en fait,
d'une meilleure cohésion pour avoir accès...
peut-être juste préciser la question, sur quoi vous voulez avoir de
l'information. Si vous voulez avoir davantage...
M. Carmant : C'est moins de... c'est pourquoi... L'enjeu, c'est
que nos professionnels ne peuvent pas répondre à une question clinique
de façon abrégée. Ils doivent toujours faire des rapports complets, ce qui
entraîne une perte de performance importante, là, puis ce qui entraîne des
délais d'accès importants aussi aux services de première ligne.
M. L. Soucis
(Félix-David) : Tout à fait. Bien, écoutez, je pourrai toujours
regarder ça, là, notamment, parce que je...
c'est la première fois, là, que j'en entends parler aussi, je n'en avais pas
reçu nécessairement l'information, mais certainement c'est quelque chose
qui devrait être abordé, notamment, là, avec les autres ordres, mais aussi de
voir comment qu'on pourra développer un... en fait, des modèles d'évaluation
qu'ils vont pouvoir suivre puis qu'ils vont pouvoir, justement, répondre aux
besoins, notamment, oui, de notre code de déontologie, ça, c'est très
important, mais, en même temps, de répondre aux besoins de la population, tout
à fait.
M. Carmant : OK. Ça fait que je vous relance là-dessus. Bon, pour
votre rapport, la charte des droits, j'ai lu votre intérêt là-dessus.
Pouvez-vous m'en dire plus? Pourquoi c'est votre première... vous mettez ça en
haut de la liste?
M.
L. Soucis (Félix-David) : Bien,
en fait, comme je le disais dans mon mot préalable, trop souvent... puis
je dirais, sur le terrain, M. le ministre, une des choses qui est très
présente, c'est que... surtout, lorsqu'on a à intervenir auprès d'une famille,
la première chose à laquelle on pense, c'est souvent la Loi sur la protection
de la jeunesse, qui est très importante. En
passant, je ne suis en train de dire je ne suis pas en train de dire qu'elle
n'est pas importante, au contraire, elle est très importante, mais elle
est formulée à la négative. Souvent, qu'est-ce qu'on a comme réflexion, qu'est-ce qu'on a comme réflexe relativement à
cette loi-là? C'est une loi qui vient cibler les motifs de compromission
du développement de l'enfant. On parle de négligence, on parle d'abus
physiques, abus sexuels, etc.
La volonté d'avoir une charte, c'est d'avoir, en
fait, une assise légale qui viendrait nous permettre d'établir nos valeurs
fondamentales comme société québécoise puis mettre en place aussi les principes
de base d'une société qui valoriserait
l'intérêt de l'enfant. Donc, il y a... oui, il y a une connotation peut-être
plus légale d'un certain point, mais aussi une connotation qui devrait
être, comment je pourrais dire ça, pédagogique à la fois. Je pense à
l'intervenant que... le psychoéducateur que
je suis maintenant, si j'arrive dans... si j'interviens auprès d'une famille
puis que je suis en mesure
d'orienter, d'accompagner la famille avec une forme de... d'un document qui est
très fort, très puissant, qui est une charte, bien, en fait, je vais
être capable d'apporter la famille à un autre... vers quelque chose qui est
plus positif, alors que... plutôt de dire : Bien, je suis ici pour le
motif de compromission qui est un tel.
L'autre chose, ça peut être également un outil
pédagogique très important pour les enfants, qu'ils puissent connaître... en
fait, c'est surtout ça qui est important, c'est qu'ils puissent connaître leurs
droits, qu'ils savent... qu'ils sachent où
se référer, et également pour les familles, les autres institutions, pour
s'assurer que tout le monde est à la même page puis qu'on sache vers où
tendre dans une perspective préventive de la société. Donc, il faut avoir ce
langage commun là, il faut que ce soit fort, il faut que ça soit clair. Puis on
trouve... Bien, en fait, ce qu'on trouvait, c'est que la Loi sur la protection de la
jeunesse, bien qu'elle est très
importante, elle devrait vraiment être une référence de dernier recours
en cas de compromission du développement.
M. Carmant : Oui, puis c'est pour ça
que je vous parlais, d'entrée de jeu, là, de la première ligne qui... dont
la... tu sais, dont la faiblesse entraîne beaucoup de ces... des signalements
de négligence. OK. Qu'est-ce ce que... qu'est-ce que vous pensez, là, du...
Vous insistez sur le rôle d'intervention du commissaire, mais, en fait, on a
déjà plusieurs institutions qui sont là pour intervenir. Donc, tu sais, vous
dites : Il ne faut pas dédoubler, mais, en fait, on dédouble si on lui
donne, d'abord et avant tout, un rôle d'intervention.
M. L.
Soucis (Félix-David) : Bien,
quand que je parle d'intervention, M. le ministre, c'est surtout dans...
quand on parle de... En psychoéducation, il
faut comprendre, hein, quand on éduque, quand on informe, c'est une
intervention en soi. Donc, quand on est dans une perspective préventive, c'est
important... l'information et l'éducation en est une. Donc, c'est dans ce
sens-là qu'on parle d'intervention. Donc, c'était vraiment dans cette
perspective-là.
Comment on voit le rôle du commissaire à ce
niveau-là, c'est... puis je vais vous le détailler pour que vous compreniez, c'est l'importance de pouvoir avoir
accès à l'ensemble des différents partenaires, aux différentes instances
qui sont en relation avec l'ensemble des
enfants, pour avoir une information qui est complète. Quand je parle de ça, je
parle des enfants, bien sûr, mais je parle
aussi des familles, des parents. Je parle aussi des écoles, des établissements
scolaires, des ministères également, dans
lesquels on pourrait aller chercher de l'information qui va être colligée. Puis
l'information doit être aussi colligée sur
le plan régional, parce qu'on s'entend, la situation à Montréal versus la
situation à Val-d'Or, aux Îles-de-la-Madeleine,
est complètement différente d'un endroit à l'autre.
Donc, je sais que pour, après ça, pouvoir
analyser ces données-là, la santé publique ou les autres instances, par
exemple, l'INESSS... va pouvoir avoir cette analyse-là, bien définir quels sont
les enjeux selon l'ensemble des parties prenantes et, par la suite, pouvoir
donner des recommandations, de l'information, de l'éducation dans une
perspective préventive pour s'assurer que chacune des parties prenantes... Puis
quand on dit ça, c'est qu'il faut que l'intervention soit spécifique également.
Elle ne doit pas seulement être : Voici ce qu'il faut faire pour la
prévention. Elle doit être ciblée pour
chacune des parties prenantes. L'implication de l'école, par exemple, au niveau
d'un plan de lutte, hein, d'un plan de lutte à la violence et de
l'intimidation, l'école n'aura pas le même rôle que le parent à travers ça. La
sensibilisation ne sera pas la même pour le parent ou pour l'école, et même
pour l'enfant, et même pour l'enseignant, je dirais. Donc, c'est important de
pouvoir moduler, d'avoir des interventions, puis, encore une fois, je parle d'information et d'éducation, pour que
chacune des parties prenantes se sente concernée, puisse comprendre
c'est quoi leur rôle et, par la suite, les mettre de l'avant de façon claire et
tangible.
M. Carmant : Merci. C'est beaucoup
plus clair pour moi. Merci. M. le Président...
Le Président (M. Provençal)
: ...députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Bonjour à vous, à
vous tous, et rebonjour. Je suis contente de vous voir aujourd'hui, cet
après-midi.
Moi, j'avais une question sur votre proposition n° 4. Dans l'article 10, vous demandez de modifier...
Pour nous, c'est vraiment clair que c'est
nécessaire qu'une personne soit vouée exclusivement au bien-être... et du
respect des droits des enfants. Donc,
dans l'article 10, vous dites : pourrait être modifié en précisant
que le commissaire peut faire des recommandations au ministre lorsqu'il
enquête sur la mise en oeuvre des programmes et la prestation des services qui
sont destinés aux enfants et qui relèvent des organismes publics. Vous parlez
de quoi au juste? Vous parlez que...
• (15 h 20) •
M. L. Soucis
(Félix-David) : Bien, je ne crois pas que c'est de nous. Je ne pense
pas que c'est nous, Mme la députée.
Mme Dorismond : Non?
M. L. Soucis (Félix-David) : Non.
Mme Dorismond : Je me suis trompée.
M. L. Soucis (Félix-David) : Ça ne
me dit rien, cette recommandation-là. Donc, c'est possible que... soit que j'ai
erré, là...
Le Président (M. Provençal)
: On va aller tout de suite à la
députée de Bonaventure, le temps...
Mme Dorismond : Je me suis trompée
de mémoire. Désolée. Je vais revenir.
Le Président (M. Provençal)
: Bon, Mme la députée de Bonaventure.
Mme Blouin : Oui. Merci, M. le
Président. On a beaucoup de mémoires, donc on pardonne la collègue.
M. L. Soucis (Félix-David) : Je
comprends.
Mme Blouin : Bonjour à vous.
Le Président (M. Provençal)
: Et là on a eu une perte de mémoire.
Mme Blouin : D'abord, bonjour. Merci
de prendre ce temps-là avec nous aujourd'hui.
Moi, en fait... On entend parler depuis hier,
vous l'avez effleuré aussi, on dit que c'est important d'être sur le terrain.
Le ministre parle de l'importance, aussi, capitale de la première ligne. Et
moi, j'aimerais un peu avoir votre vision
concrète, si on veut, du rôle du commissaire, en fait. Ça devrait ressembler à
quoi, son quotidien? Ça devrait être quoi,
par exemple, la proportion de sa tâche qui devrait être réalisée sur le
terrain, si on veut? Donc, j'aimerais vous entendre un peu là-dessus, à savoir, si c'était vous qui
avais à faire sa description de tâches, qu'est-ce qu'on y retrouverait en
priorité?
M. L. Soucis (Félix-David) : En
fait, c'est une très bonne question. Merci beaucoup, Mme la députée. C'est une très bonne question, puis un des aspects qu'on
soulève dans notre mémoire, c'est l'importance d'avoir les ressources,
hein, les ressources nécessaires à sa disposition pour être en mesure d'exercer
son plein potentiel. Parce que si ce n'était rien que de moi, il serait
partout, tout en même temps. Vous me suivez?
Donc, c'est
important qu'il soit en mesure de bien comprendre l'ensemble des réalités
régionales, comme je le disais un peu
plus tôt à M. le ministre, mais également de pouvoir... comment je pourrais
dire ça, pour bien comprendre ce qui se trouve sur le terrain,
comprendre le pouls de l'ensemble des parties prenantes, encore une fois, quand
je parle, donc, des familles, bien entendu, mais je parle aussi des organismes
communautaires, qu'il comprenne c'est quoi les enjeux en lien avec une
problématique pour qu'ensuite il puisse avoir... consulter également, puis
comprendre, puis réussir à avoir des recommandations qui lui sont propres.
Pour ça, il va falloir réellement réfléchir à...
comment je pourrais dire ça, comment on va réussir d'une part à y avoir accès aussi, comment les enfants vont
pouvoir y avoir accès. Est-ce qu'on parle de réseaux sociaux? Mais pour
ceux qui ont un statut socioéconomique précaire, qui n'ont pas accès aux
réseaux sociaux, est-ce que c'est un pignon sur rue? Est-ce que c'est un numéro
de téléphone? Est-ce que c'est un intervenant dans l'école? Donc, comme vous
voyez, les possibilités sont multiples, puis ça va dépendre vraiment des
ambitions qu'on va avoir pour ce dernier.
Donc, si c'était de moi, je crois qu'il va
falloir avoir vraiment une perspective qui est beaucoup plus large, beaucoup plus de terrain, mais qu'en même temps
qui... On s'entend très bien, il ne pourra pas sillonner le Québec
partout, là, en même temps, mais il va devoir nécessairement avoir un oeil sur
l'ensemble des parties prenantes relativement aux différents enjeux.
Donc, je ne sais pas si ça répond à votre
question, mais voilà, c'est un peu notre perspective d'avoir vraiment une vision de l'ensemble des choses... de
l'ensemble des réalités qui sont sur le terrain au Québec, mais pour aussi
être en mesure de les analyser et d'arriver avec des recommandations qui sont
très, très probantes en lien avec les données qui le sont également.
Mme Blouin : Oui, ça répond bien à
ma question. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Laporte.
Mme Poulet : Oui. Merci, M. le
Président. Merci à vous trois de votre présence. Dans votre mémoire, à la page 7, vous mentionnez... vous faites
référence au Rapport de synthèse de l'étude mondiale sur les institutions
indépendantes de défense des droits de l'enfant, qui soutient que les
enfants évoluent au sein de différents systèmes et que les politiques gouvernementales entraînent
des répercussions sur leur bien-être. Est-ce que vous pouvez davantage
développer sur ce rapport et les constats qui ont été faits?
M. L. Soucis (Félix-David) : Bien,
en fait, ce qu'on comprend, c'est... Par rapport à cet article-là, ce qu'il
faut comprendre, c'est, comme je le disais tout à l'heure, ça va... ça dépend
vraiment... l'enfant va être vraiment tributaire,
en fait, de ce qu'on décide pour lui, hein? Il va vraiment être tributaire de
ce qu'on décide pour lui puis de ce qui
va réussir à tomber sur le terrain par la suite. Donc, quand il est en mesure
de... Plus que les décisions sont éloignées, bien, plus qu'elles
doivent, justement, réussir à tomber sur le... réussir à retomber sur le
terrain de façon concrète et également, là,
de façon ajustée en fonction des difficultés. Donc, c'est pour ça que, quand on
parle du commissaire, on doit être en mesure, oui, d'avoir ces
mesures-là, ces décisions-là qui sont... mais qui font sens au niveau de
l'intérêt de l'enfant sur le terrain. Donc, c'est dans cette perspective-là,
là, qu'on avait cité, là, cette...
Mme Poulet : OK. Merci.
Le
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Mme la députée. Nous en sommes
maintenant à l'étape où la députée de Robert-Baldwin va prendre la
relève.
Mme Garceau : Bonjour. Merci
beaucoup pour votre présence virtuelle et votre mémoire. J'ai bien apprécié
votre mémoire parce que vous êtes des gens de terrain, et on est là-dedans. On
est en train d'évaluer, évidemment, comment
mieux rencontrer les besoins des enfants sur le terrain, la défense de leurs
droits sur le terrain et, évidemment, de
veiller à leurs meilleurs intérêts. Et je voulais voir... parce que vous venez
de parler des pouvoirs du commissaire et, à la page 2, vous parlez précisément : «Dans un autre ordre
d'idées, des préoccupations sont émises quant au réel pouvoir d'action
du commissaire.»
Donc, pour vous, vous envisagez quoi? Un
commissaire aurait quel genre de pouvoirs à faire... d'avoir un impact réel sur
le terrain pour nos enfants et des familles?
M. L. Soucis (Félix-David) : Oui,
bien, comment vous avez pu le voir, là... hier, surtout, là, il y a différentes
instances qui sont similaires, hein, quand on parle de la CDPDJ, le Protecteur
du citoyen, le Protecteur national de l'élève également, qui ont des fonctions
similaires, bien que quelque peu différentes au travers de ça.
Donc, ce
qu'on vient dire dans le cadre de notre mémoire, c'est que, pour instaurer...
Dans le fond, c'est qu'il faut que ce
commissaire-là soit... je crois que c'est Mme Laurent qui disait qu'il faut
qu'il soit au-dessus de la mêlée. Bien, il faut qu'il ait aussi une
vision d'ensemble, mais il faut qu'il ait aussi une logique de reddition de
comptes envers les recommandations qu'il va pousser. Je veux dire, il faut que
ce soit davantage qu'un porte-voix, il faut qu'on soit... il faut qu'il soit en mesure d'avoir les ressources
nécessaires pour aller au-delà de ses recommandations. Quand je parle de
ressources nécessaires, c'est autant des ressources légales, telles que le projet
de loi, que les ressources humaines, en fait,
pour pouvoir faire ces suivis-là en lien avec les recommandations pour
s'assurer qu'une fois qu'elles sont faites auprès de différentes
instances, qu'elles soient publiques, privées, ou peu importe, qu'elles soient
mises de l'avant puis qu'elles soient réellement appliquées ou du moins qu'on
puisse en recevoir un suivi.
Mme Garceau : Avez-vous des
recommandations particulières à ce niveau-là, au niveau du... de suivi, en ce
qui a trait aux recommandations qu'un commissaire pourrait faire?
M. L. Soucis (Félix-David) : Bien,
on sait que la Loi sur les coroners a changé, puis, tu sais, je ne suis pas juriste, là, on s'entend, là, on... c'est juste
qu'on a une relation, nous, comme ordre professionnel avec le coroner qui
nous demande, notamment, de... en fait, là, suite au changement de novembre
2022 de la loi sur le coroner de... justement, là, de l'informer qu'on a pris
connaissance des recommandations, mais aussi de l'informer des mesures qu'on
entend prendre pour corriger la situation.
Donc, est-ce
qu'une forme de mesure pourrait... est-ce que cette forme de mesure pourrait
convenir à ce présent projet de loi? Je laisserais peut-être, là, à la
commission d'en juger, mais je crois qu'on doit vraiment aller plus loin que ça pour justement maintenir cette confiance-là
puis de s'assurer que ce ne soit pas qu'une conférence de presse avec un
rapport, puis qu'on tourne la page par la suite, puis qu'on passe à autre
chose. Il faut s'assurer qu'il y ait un réel suivi, un réel pouvoir d'action
qui va amener des découlants qui sont concrets sur le terrain.
Mme Garceau : Un processus de mise
en oeuvre des recommandations du commissaire, que ce...
M. L. Soucis (Félix-David) : Complètement.
Mme Garceau : ...que ce soit prévu
dans le projet de loi de façon spécifique.
M. L.
Soucis (Félix-David) :
Exactement. Oui, bien, en fait, on parlait... On parle beaucoup de leadership,
hein, je pense qu'on a parlé beaucoup de leadership dans le cadre des
différentes rencontres hier, mais j'irais davantage sur une autorité. J'irais
jusque-là, d'avoir cette autorité-là de devoir... d'avoir une reddition de
comptes, un devoir de reddition de comptes envers le commissaire pour s'assurer
qu'on puisse avoir des suivis qui sont à la hauteur de l'importance de son
mandat.
Mme Garceau : Vous
mentionnez, à la page 9, et je voulais avoir plus de précisons à ce
sujet-là, parce que vous avez ces
interactions directes avec les enfants et les familles qui sont en difficulté,
qui sont dans des situations vulnérables. Et je cite, là : «En
fait, il est aisé de trouver plusieurs institutions, organismes, des personnes
qui doutent et décrivent quotidiennement les difficultés que vivent les enfants
et les jeunes adultes au Québec. C'est pour cette raison que l'ordre affirme que, pour effectuer une différence
significative dans la société, la création du poste de commissaire doit
dépasser celui d'un porte-voix.»
Pourriez-vous juste
préciser votre pensée à ce sujet-là? C'est quoi, les difficultés? Et est-ce
qu'il y a une lacune, en ce moment, dans notre système, une lacune, en termes
d'inaction de certaines institutions, qui fait en sorte qu'on a besoin d'avoir
un commissaire pour gérer le tout?
• (15 h 30) •
M. L. Soucis
(Félix-David) : Bien, il y a deux choses. Il y a deux choses
là-dedans. Il y a la capacité de faire ces recommandations-là, en fait, de
pouvoir les faire et de faire un suivi, mais il y a aussi la capacité d'y
répondre à ces recommandations-là.
On
a vu, il y a un article qui est paru le 4 janvier dernier dans La
Presse à cet effet-là, où le coroner... différentes instances
publiques tardaient à répondre au coroner des recommandations qui pouvaient
s'ensuivre. Je ne suis pas en train de faire un procès, là, aux instances
publiques. Ce n'est pas ça du tout. Mais la question qu'on devrait se poser,
c'est pourquoi on n'est pas en mesure de donner suivi? Est-ce que c'est un
manque de ressources? Est-ce que c'est un manque de capacité, donc, de capacité
de données ou un manque de capacité de suivi? Vous comprenez?
Donc, il y a
plusieurs, par exemple, autres commissaires... autres commissaires ou Protecteur
du citoyen qui peuvent faire ces
recommandations-là, mais nous, ce qu'on veut rajouter par rapport à ce
commissaire-là, le commissaire aux droits et au bien-être de... au
bien-être et aux droits des enfants, c'est de s'assurer qu'il ait ce pouvoir-là
d'aller chercher... puis qu'il ait les ressources nécessaires, autant au niveau
de... au niveau du côté où on reçoit les recommandations, mais aussi au niveau
de pouvoir en faire le suivi. Donc, c'est sur deux niveaux qu'il va falloir
réfléchir au niveau de cette recommandation.
Mme Garceau :
Vous référez à quoi, de façon spécifique, quand vous parlez des difficultés
que vivent les enfants et les jeunes adultes au Québec? Qu'est-ce que vous, en
termes de psychoéducateurs et éducatrices, qu'est-ce que vous avez témoigné, en
termes de difficulté?
M. L. Soucis
(Félix-David) : Bien, en fait, il y en a plusieurs. Il y en a a
beaucoup. En fait, il y a beaucoup de fers de lance sur lesquels on essaie
d'aller, mais celui qui est primordial, c'est réellement celui de la
prévention. Puis le mot phare que... tu sais, puis ce qu'on dit, puis ce qu'on
répète, c'est qu'on veut tout faire, puis la raison pour laquelle... ce qui
nous motive le plus à se présenter aujourd'hui, c'est vraiment que la
protection de la jeunesse devienne une référence de dernier recours. On doit
vraiment tout faire en sorte... puis ça, c'est notre responsabilité collective.
Puis quand on parle de prévention puis, tu sais... Il n'y a pas un rôle sociétal...
comme ordre qui... bien, en fait, qui est dans le domaine de la santé mentale
et des relations humaines, puis je pourrais dire que l'ensemble de mes
homologues seraient d'accord à dire que la prévention, c'est le fer de lance
d'une société en santé. Si on est capable de réussir à combiner l'ensemble de
nos... de notre effort collectif à l'endroit de la prévention, je crois qu'on
peut arriver à quelque chose. Il s'agit juste de nous donner les moyens et les
ressources pour y parvenir. Donc, je vous dirais que la prévention, vraiment,
c'est notre plus grand fer de lance, à ce moment-ci.
Mme Garceau :
Je voulais, juste un instant, à la page 10, vous parler d'un projet,
c'est un projet de... regroupe diverses... d'instances gouvernementales avec
des partenariats avec les autochtones représentant la région régionale de la santé et services sociaux du Nunavut,
les conseils de Cris. Comment ça fonctionne, ce regroupement-là?
M. L. Soucis
(Félix-David) : C'est un... En fait, c'est un comité sur lequel on
travaille depuis quand même plusieurs années, sur lequel on a vraiment... on a
collaboré avec l'ensemble des partenaires ici présents... bien, ici présents,
ici présents dans le document que je vais dire, sur la... dans notre mémoire,
mais qui servait justement à se concerter autour de comment on pouvait faire
pour favoriser, dans le système allochtone, bien entendu, hein, dans notre
système allochtone, comment qu'on pouvait favoriser, autoriser des intervenants
autochtones à pratiquer les activités réservées.
Donc,
dans le cadre de ce chantier-là, il était question d'aborder... oui, au niveau
de la formation, au niveau de l'ensemble,
en fait, pour favoriser, justement, le travail des personnes... en fait, des Premières Nations et Inuits à travers leurs communautés, pour ensuite, justement,
qu'ils soient en mesure d'assurer la sécurisation culturelle, par la suite, de
leur peuple.
Mme Garceau :
OK, merci. J'ai-tu encore du temps?
Le Président (M.
Provençal)
: Il
reste...
Mme Garceau :
Une minute. Je voulais juste voir avec vous, vous avez parlé d'un processus
de sélection du commissaire, vous voulez que ce processus-là soit transparent
en termes de la nomination. Est-ce que vous avez un processus en tête?
M. L. Soucis
(Félix-David) : Oui, bien, en fait, on ne l'a pas mis en
recommandation parce qu'on fait entièrement confiance, là, en... au Parlement,
là, pour justement avoir un processus qui est transparent et tout ça.
C'est plus un point de vigilance, hein? Quand on
parle de processus neutre et objectif, c'est s'assurer de la confiance que ce commissaire-là va pouvoir... en
fait, que la confiance qu'on va pouvoir lui donner... C'est de s'assurer
que la population sache que la façon dont il a été nommé n'est pas de façon
partisane, par exemple. On s'entend? Puis je
ne suis pas en train de dire qu'il va y avoir une nomination partisane. C'est
juste d'avoir cette sensibilité-là, de s'assurer qu'il n'y ait pas
d'apparence de conflit d'intérêts dans le processus de nomination du
commissaire.
Donc, quand
on parle de processus neutre, hein, on parle de quelque chose qui doit être neutre,
qui est exempt de partisanerie, mais aussi, au niveau objectif, qu'on
sache quels sont les critères qui l'ont mené... quels sont les critères qui
mènent cette personne-là à être la bonne personne pour être le commissaire.
Donc, c'est vraiment plus une vigie pour s'assurer qu'on ait l'adhésion de la
population puis qu'ultimement il soit en mesure de bien... comment je pourrais
dire ça, avoir la confiance qu'il mérite pour exercer son mandat.
Le
Président (M. Provençal)
:
Merci beaucoup. Ça va être
maintenant au tour du député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup à tous et à toutes pour votre présentation très intéressante. Merci
pour le mémoire aussi, les recommandations sont claires.
J'ai une question sur quelque chose qui n'est
pas là, notamment sur la question des pouvoirs et de la CDPDJ. Je me demandais
si vous, vous aviez pris une position ou si vous aviez une position, là,
suivant ce que Mme Laurent dit dans son mémoire. Où est-ce que vous en
êtes, vous, là-dessus, sur le transfert au commissaire? Oui ou non?
M. L. Soucis (Félix-David) : Il
faut que ce soit clair. Peu importe s'il lui donne ou non, je crois que ça va être important d'informer la population, hein,
d'informer la population sur quels sont les mandats qu'on lui donne, au
commissaire, pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'imbroglio non plus entre les
différentes parties. Donc, est-ce qu'il doit être séparé, est-ce qu'il doit
être... est-ce que les pouvoirs doivent lui être délégués ou non, on ne s'est
pas prononcés là-dessus, mais l'importance qu'on transmet puis ce qui est
important pour, surtout, la population, pour les enfants, c'est que son rôle
soit bien communiqué à l'ensemble de la population pour qu'on sache pouvoir
lui... se référer à ce dernier, là, de bonne... de la bonne façon.
M. Cliche-Rivard : Puis
à votre avis, actuellement, est-ce que le rôle qu'on donne à la CDPDJ, il est
pleinement rempli ou si les faits ou ce que Mme Laurent indique nous
amèneraient à plutôt transférer ces pouvoirs-là vers un autre acteur, selon
vous?
M. L. Soucis (Félix-David) : Je
ne pourrais pas me prononcer sur le... je veux dire, je ne pourrais pas me
prononcer sur cette question-là par rapport à la CDPDJ. Ce n'est pas notre
mandat nécessairement, bien qu'on peut... on
peut avoir certains troncs communs, si on veut, au niveau de la protection de
la... les intérêts des enfants, notamment, mais je ne pourrais pas me
prononcer nécessairement, là. On ne s'est pas penchés sur la question.
M. Cliche-Rivard : Parfait.
Je comprends tout à fait. Question... il y a des belles recommandations, comme,
par exemple, de faire de la prévention une priorité. Ça, je vous entends. Dans
un projet de loi, comment on inscrit ça ou comment on s'assure que la loi soit
limpide à l'effet que cette priorité-là soit vraiment enchâssée dans le texte?
Comment on peut faire ça?
M. L. Soucis (Félix-David) : L'idée
avec laquelle on s'est posé... en fait, l'idée avec laquelle on a réfléchi cette question-là, c'est toujours dans une
perspective psychoéducative, hein? Quand on parle de prévention, c'est :
Comment qu'on réussit à l'enchâsser? Maintenant, on n'est pas juristes, on ne
pourra pas nécessairement bien le définir. C'est vraiment l'idée avec laquelle
vous, la commission, allez pouvoir réfléchir aux alentours de cette importance
de la prévention là. Donc, est-ce qu'on parle de réellement avoir des pouvoirs
d'action, comme on le soulève, de la façon dont ça va pouvoir être modulé?
Est-ce que ces rôles vont pouvoir être clarifiés? Est-ce qu'on va être en
mesure de bien comprendre comment il va pouvoir intervenir avec les parents,
qui ne sont pas nécessairement présents dans le projet de loi également? Donc,
comment qu'on réussit à rassembler l'ensemble des parties prenantes?
Il y a une partie, également, dans le projet de
loi, qui parle, dans la section II, des pouvoirs, hein? On parle beaucoup que le commissaire peut notamment... à
notre avis, l'importance... il devrait, en fait... il doit, notamment,
donc, il doit consulter l'ensemble des
parties prenantes pour réellement avoir un pouvoir préventif avec l'ensemble
des parties prenantes qui sont présentes... qui seront présentes, en
fait, tout dépendamment des enjeux qui seront soulevés.
M. Cliche-Rivard : Puis
vous lui dites, en même temps, d'avoir un rôle très tangible de suivi de
recommandations puis de s'assurer que ça, ça
soit mis en place. Donc, ce que vous cherchez, c'est quand même un équilibre
entre les deux, là, ce n'est pas seulement préventif. Vous, vous voulez
donner un mordant supplémentaire pour la mise en oeuvre des recommandations.
M. L. Soucis (Félix-David) : Oui,
c'est un bon résumé, là, je pourrais dire. Bien, on veut s'assurer que les
recommandations puissent être appliquées. Mais attention, comme je disais un
peu plus tôt, il faut s'assurer aussi que les personnes qui reçoivent les
recommandations aient les ressources pour s'assurer de les remplir. Donc, c'est
un équilibre qui n'est pas évident, mais auquel il va
falloir réfléchir, aussi, à comment que... si on parle, par exemple, des enjeux
d'accès aux services, si les services sont inexistants, c'est très dur donner
des services à une population. Vous me suivez? Donc, c'est vraiment de
s'assurer de ça.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci.
Le
Président (M. Provençal)
:
Merci, M. le député. Nous allons
poursuivre avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci à vous pour votre présentation. Puis c'est intéressant de voir
que près de la moitié de vos membres travaillent auprès des enfants, des jeunes
adultes. Donc, c'est du concret, c'est du terrain. Donc, votre participation
est appréciée.
Je vais continuer sur la question de la
prévention. Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion d'entendre les autres
témoins hier, dont M. Bouchard, qui disait : Il faut non seulement
parler de prévention, mais prévention de la maltraitance
et en faire une obsession. Quel est votre point de vue sur, justement, l'état
de situation de la... des jeunes et de la maltraitance, en particulier,
puis du lien que M. Bouchard faisait avec un problème, un enjeu de santé
publique?
M. L.
Soucis (Félix-David) : Bien,
ça revient encore une fois... puis, tu sais, si je peux me permettre de
revenir un peu sur notre perspective, hein,
qui est davantage avec l'écosystème dans lequel on vit nécessairement en
protection de la jeunesse... Quand on regarde le niveau de signalements, quand
on regarde l'importance des signalements, l'importance de la prévention, elle
est là. Donc, elle est là, ici.
Donc, je suis totalement d'accord avec les
propos de M. Bouchard, dans l'optique où il faut vraiment réussir à mobiliser l'ensemble des parties prenantes
autour de ça, que ce soit, oui, certainement, au niveau de la
maltraitance, mais pour l'ensemble des problématiques également. Donc, il y en
a plusieurs, puis on... je pourrais vous en donner plusieurs, mais il y a plusieurs enjeux qui méritent des actions de
prévention, dont la maltraitance, qui est tout à fait très importante, parce qu'on s'entend, la maltraitance
vient à... justement, des signalements et vient, justement, surcharger
cette instance-là qui devrait réellement être une mesure de dernier recours.
Donc, pour ce qui est de l'ensemble des
problématiques, je pense qu'elles méritent toutes d'être abordées, mais oui, la
maltraitance est tout aussi importante que l'ensemble des cas.
• (15 h 40) •
M. Arseneau : Oui.
Mais vous, vous êtes... ou, en tout cas, vos membres sont sur le terrain.
Est-ce que vous estimez qu'on est
dans une crise de santé publique eu égard à la maltraitance envers les enfants,
là, et qu'il faut intervenir en amont?
M. L.
Soucis (Félix-David) : Bien,
je n'irais pas jusque-là. Je n'ai pas... on n'a pas colligé ces informations-là.
Je ne pourrais pas vous dire. On sait que c'est un important problème, là, on
n'a pas... Je veux dire, on sait que c'est un important problème, la hausse des
signalements. Mais pour vous dire exactement, si on parle d'une crise et tout
ça, on ne peut pas nécessairement s'avancer
là-dessus, mais on sait que c'est un réel problème pour lequel il faut
réellement adresser les... des mesures préventives. Ça, on est tout à fait
d'accord.
M. Arseneau : Oui, je
comprends. Je veux aussi revenir sur la recommandation 6.
Vous dites qu'il faut prévoir et offrir un accompagnement approprié répondant
aux besoins particuliers des enfants et des jeunes pour la transition à la vie
adulte, et je trouve ça fort intéressant. Est-ce que vous pourriez élaborer un
peu? Quels sont les, justement, les services ou les besoins auxquels il faut
répondre à cet égard?
M. L.
Soucis (Félix-David) : J'ai
eu une discussion, il n'y a pas plus tard que voilà deux semaines,
justement, sur le sujet, où je présentais à
certains intervenants de la protection de la jeunesse le projet de loi pour
lequel j'abordais quels sont les services pour cette transition vers la
vie adulte. Je vous dirais que je n'ai pas reçu beaucoup de choses. J'ai reçu,
en fait, certaines interactions où on me disait que, bien que la loi sur... la
Loi la protection de la jeunesse, il y a eu
des modifications qui sont venues, justement, favoriser la préparation des
enfants vers la vie autonome. Le problème, c'est que pour les jeunes qui présentent des difficultés au niveau... bien,
en fait, qui fréquentent les centres de réadaptation, qui fréquentent
les services de la protection de la jeunesse, après 18 ans... à
18 ans moins un jour, oui, ils ont des services, mais à 18 ans et un
jour, il n'y a plus rien et des poussières. En fait, il y a des poussières,
peut-être, ou certains accompagnements jusqu'à un certain temps.
M. Arseneau : On les laisse
tomber.
M. L. Soucis (Félix-David) : Bien,
est-ce qu'on peut dire qu'on les laisse tomber ou il n'y a pas de service?
Bref, il y a nécessairement un trou de services, selon les dires des
professionnels.
M. Arseneau : Bien, c'est que
vous, vous parlez de besoins spécifiques et criants pour ces jeunes adultes. Il
doit y avoir mieux à faire, disons.
M. L. Soucis
(Félix-David) : Tout à fait. Tout à fait, puis il y aurait une
réflexion... puis, tu sais, on pourrait penser aussi à d'autres centres de
réadaptation, notamment les centres de réadaptation physique, qui ont des
offres de services de 0-100 ans. Je ne suis pas en train de dire qu'il
faudrait avoir une offre de services 0-100 ans, mais on s'entend
que la transition vers la vie autonome en appartement ou encore la vie
socioprofessionnelle est un enjeu excessivement important pour des enfants qui,
on pourrait dire, ont un certain handicap socioémotionnel. On peut se le dire
comme ça. Donc, c'est important de pouvoir les accompagner de... avec les
services spécifiques pour pouvoir les soutenir réellement à favoriser une vie
autonome, mais pleine et entière également.
M. Arseneau :
Merci beaucoup.
M. L. Soucis
(Félix-David) : Ça fait plaisir.
Le Président
(M. Provençal)
: Alors,
je tiens à remercier Mmes Lacombe, Saint-Gérard et M. Soucis pour
leur contribution et leur participation à nos travaux.
Sur ce, je vais
suspendre les travaux pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci
beaucoup à vous trois pour votre contribution. Bonne fin de journée.
(Suspension de la séance à
15 h 44)
(Reprise à 15 h 47)
Le Président
(M. Provençal)
: Nous
reprenons nos travaux. Nous allons maintenant recevoir
Me Catherine Claveau, Me Martin et Me Pelletier du Barreau du Québec. Vous avez
10 minutes pour votre présentation, et, par la suite, nous aurons un
échange. Merci.
Barreau du Québec
Mme Claveau (Catherine) : M.
le Président, M. le ministre responsable des services sociaux, Mmes et MM. les députés, je suis
Me Catherine Claveau, bâtonnière du Québec. Je suis accompagnée
aujourd'hui de Me Anne Martin, membre de
notre groupe d'experts en droit de la jeunesse et de Me Fanie Pelletier, du
Secrétariat de l'Ordre et affaires juridiques
du Barreau du Québec. Nous vous remercions d'avoir invité le Barreau du Québec
à participer aux consultations entourant le projet de loi n° 37, qui
prévoit la nomination, par l'Assemblée nationale, d'un commissaire au bien-être
et aux droits des enfants.
Depuis
plusieurs années, le Barreau du Québec a soulevé, à maintes occasions, les
importants enjeux provoqués par
l'insuffisance, voire l'absence des ressources de première et de deuxième ligne
en protection de la jeunesse. Nous avons
également insisté sur le fait que cette situation est amplifiée par des
disparités régionales importantes, de même que par la situation
particulière en milieu autochtone. De plus, animé par sa mission de protection
du public ainsi que de celle reliée à l'accès à la justice, le Barreau du
Québec demeure grandement préoccupé par les trop longs délais de traitement des signalements, tant à l'égard de
ceux qui doivent être judiciarisés que ceux qui méritent toute autre
attention immédiate de la part de la direction de la protection de la jeunesse .
C'est pourquoi nous saluons le dépôt de ce projet de loi qui s'attarde sur ces
difficultés et cherche à venir en aide aux enfants les plus vulnérables. Nous
comparaissons devant vous aujourd'hui afin de mettre en lumière certaines
perspectives de bonification du texte et de vous offrir d'autres outils pour
garantir la protection des enfants.
Premièrement, le
Barreau du Québec rappelle que la Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse, la CDPDJ, a d'ores et déjà le mandat de veiller au
respect des droits garantis par la Charte des droits et libertés de la personne
pour les enfants et les jeunes adultes. Elle dispose également d'un pouvoir
d'intervention en matière de protection de
la jeunesse. De ce fait, nous nous interrogeons sur le modèle proposé dans le
projet de loi visant à permettre tant au Commissaire au bien-être et aux
droits des enfants qu'à la CDPDJ de soutenir les enfants dans l'exercice de
leurs droits et de mener des enquêtes sur les services offerts aux enfants par
des établissements ou des organismes publics.
En effet, nous
craignons qu'en pratique, l'ajout d'un autre organisme fasse en sorte qu'il y
ait deux enquêtes parallèles pour la même situation, et ce, même si le
commissaire devra respecter les champs de compétence de la CDPDJ. Nous estimons également que, dans le
contexte actuel de pénurie de main-d'oeuvre et les objectifs de saine
gestion des finances publiques, il apparaît
judicieux d'éviter de dupliquer les mandats octroyés à de tels organismes. Le
Barreau du Québec est donc d'avis qu'un seul organisme devrait avoir comme
fonction de s'occuper de tous les enfants.
• (15 h 50) •
Le
projet de loi prévoit, en outre, que le commissaire pourra, d'office ou à la
demande de l'Assemblée nationale, faire enquête dans l'exercice de ses
fonctions et produire un rapport à cette fin. Nous sommes d'avis que le projet
de loi pourrait être bonifié par l'ajout de
la possibilité, pour le commissaire, de faire des recommandations au ministre
lorsqu'il enquête sur la mise en oeuvre des programmes et sur la prestation de
services qui sont destinés aux enfants et qui relèvent des organismes publics.
Le
Barreau du Québec tient également à porter à votre attention une situation
particulière qui mérite réflexion. Il s'agit du besoin de protection du
patrimoine des enfants, particulièrement des enfants dont la situation est
prise en charge par la DPJ. Vous devez
savoir que, plusieurs fois par année, les avocats sont consultés sur le rôle de
la DPJ dans les situations d'enfants dont un parent décède, alors que
l'autre parent ou le tuteur n'est pas suffisamment impliqué pour s'assurer de la protection des intérêts patrimoniaux
de leur progéniture. Ainsi, nous proposons que le commissaire puisse se
voir confier ce rôle d'assister les enfants se retrouvant dans cette situation.
Vous me permettrez
maintenant de poursuivre sur le thème du commissaire associé dédié au bien-être
et aux droits des enfants autochtones. Le projet de loi prévoit la nomination
et les responsabilités d'un commissaire associé dédié au bien-être et aux droits des enfants autochtones. Celui-ci
relèverait du commissaire et l'assisterait dans l'exercice de ses
fonctions afin que les intérêts des enfants et des jeunes adultes autochtones
soient pris en considération.
Rappelons que la
commission Laurent avait recommandé la création d'un poste de commissaire
adjoint au bien-être et aux droits des enfants
autochtones. Il appert cependant que la commission préconisait l'indépendance
de ce commissaire adjoint par rapport au Commissaire au bien-être et aux
droits des enfants, alors que l'article 15 du projet de loi prévoit plutôt
un assujettissement du commissaire associé au commissaire.
En cohérence avec ses
propositions antérieures quant au soutien et à la promotion de
l'autodétermination des peuples autochtones, le Barreau du Québec préconise lui
aussi de prévoir un poste indépendant de commissaire dédié au bien-être et aux droits des enfants
autochtones. De plus, en vertu de ce principe d'autodétermination, il
conviendrait de prévoir un processus de nomination autodéterminé par les
communautés autochtones elles-mêmes, par le biais, par exemple, des organisations
ou des entités de gouvernance autochtones.
Précisons
qu'à ce sujet, le projet de loi ne contient aucun mécanisme de soutien dédié
aux communautés souhaitant établir
leur propre commissaire autochtone. La commission Laurent prévoyait pourtant le
devoir, pour le commissaire, de soutenir
les communautés et... les communautés et les nations autochtones qui
souhaiteraient se doter d'une institution dédiée au bien-être et aux droits des enfants autochtones. Le Barreau du
Québec propose donc aux législateurs d'ajouter au projet de loi, après
consultation auprès des interlocuteurs autochtones, des modalités de nomination
éventuelle d'un ou de plusieurs commissaires autochtones, accompagnées d'une
garantie de soutien, notamment financier, pour les communautés ou les
regroupements souhaitant se prévaloir de cette option.
Forts de ces
propositions, nous estimons enfin que le préambule proposé par le projet de loi
pourrait être revu afin de refléter
adéquatement l'intention du législateur de promouvoir le bien-être et le
respect des droits de tous les enfants et de veiller à la protection de
leurs intérêts. En terminant, le Barreau tient à réitérer qu'il salue le dépôt
de ce projet de loi. Par la même occasion, nous offrons toute notre
collaboration au ministre et à cette commission afin que les modifications
nécessaires au projet de loi soient apportées pour qu'il atteigne pleinement
ses objectifs. D'autres commentaires se trouvent dans notre mémoire, et il nous
fera plaisir d'en discuter avec vous. Nous vous remercions, encore une fois,
pour cette invitation à comparaître et sommes maintenant disposés à répondre à
vos questions.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Me
Claveau. Alors, M. le ministre, je vous cède immédiatement la
parole.
M. Carmant : Merci, M. le Président.
Bonjour, Me Claveau, Me Martin, Me Pelletier. Merci d'être avec nous.
Deux fois en une semaine, Me Claveau.
Bien,
je suis un peu surpris par votre première... premier commentaire, parce que la
CDPDJ a accueilli, quand même, très
positivement le projet et voit une belle complémentarité entre son rôle et
celui du commissaire. Est-ce que vous
nous suggérez de mettre le commissaire à l'intérieur de la CDPDJ ou... comment
vous voyez ça, ce... Vous dites que vous voulez... vous trouvez ça
particulier de créer une deuxième instance. Pouvez-vous élaborer?
Mme Claveau (Catherine) : Disons
que, tu sais, l'important, c'est de clarifier les pouvoirs de chacun, et
l'option, effectivement, d'ajouter des
pouvoirs à la CDPDJ existante serait effectivement une option, c'est-à-dire on
aurait un seul organisme qui
intégrerait, à l'intérieur de cet organisme-là, le poste de commissaire et les
responsabilités du commissaire.
L'important, pour
nous, c'est vraiment que l'objectif de ce projet de loi là soit atteint,
c'est-à-dire que tous les enfants soient protégés, que tous les enfants sachent
à qui s'adresser, et faire attention, justement, là, que les rôles de chacun
soient bien précis et, pourquoi pas, faire... Et effectivement, là, le fait de
rapatrier ces responsabilités à la CDPDJ pourrait être une option.
M. Carmant :
D'accord. Puis une autre chose aussi, vous avez mentionné que le projet de
loi ne comporte aucune obligation de rendre accessible le commissaire à tous
les enfants. Ça me semblait une évidence. Comment pourrions-nous le clarifier?
Mme Claveau
(Catherine) : Je vais laisser la parole à Me Martin, qui pourrait
peut-être pouvoir répondre à cette question-là.
Mme Martin (Anne) : En fait, c'est... comme
le dit Me Claveau, en fait, ce qu'on souhaite, tout dépendamment de la
structure qui sera envisagée, c'est vraiment de clarifier quel rôle appartient
à quel organisme, puisque lorsqu'on regarde les différentes lois déjà
existantes, par exemple, la Charte des droits et libertés. Par exemple, à
l'article 75 de la loi, on a des... une
responsabilité pour la commission de promouvoir les droits de l'enfant, et on a
un peu la même chose qu'on retrouve dans le projet de loi du
commissaire... pour le commissaire.
Alors, c'est sûr que
ce qu'on souhaite vraiment, ce n'est pas tant... ce n'est pas tant de choisir
la structure que le Barreau souhaite, mais
de s'assurer que ce soit accessible. Et la commission Laurent avait bien
précisé, dans son rapport... avait analysé la structure unique, en fait,
et souhaitait vraiment que ce soit accessible à l'ensemble des enfants, et ça, c'était très clair.
D'ailleurs, on le retrouve dans le préambule. Et c'était dans cette optique-là,
pour eux, que c'était évident que ça devait être une seule entité. Et,
dans la mesure où, dans le projet de loi actuel, on regarde, on va vers... en respect
de d'autres entités, comme la CDPDJ, le Protecteur du citoyen et le Protecteur
national de l'élève, on se rend compte qu'il y a plusieurs, quand même,
responsabilités qui peuvent être partagées par chacune d'elles.
Alors, le souhait du
Barreau, c'est vraiment, étant donné qu'on veut porter la voix des enfants...
on veut que cet organisme-là soit accessible
à l'ensemble des enfants, et, pour porter leur voix, bien, il faut avoir un
contact direct avec eux. Donc, c'est... on veut... On croit que c'est
accessible aux enfants, mais dans la structure actuelle, on croit aussi qu'il
faut s'assurer de clarifier les rôles et responsabilités de chacun pour que,
dans les faits, que sur le terrain, ce soit vraiment accessible à l'ensemble
des enfants, notamment à ceux de la protection de la jeunesse, qui ont une
vulnérabilité supplémentaire.
M. Carmant :
Merci. Donc, si je prends les modifications «considérant» que vous avez
noté, ça répondrait à votre demande. Parce que moi, je les trouvais tous très raisonnables,
là. C'est un oui?
Mme Martin
(Anne) : Me Claveau, est-ce que vous voulez que j'y aille?
Mme Claveau
(Catherine) : Oui.
Mme Martin
(Anne) : Oui. Alors, évidemment, bien, les ajouts qu'on a fait à notre
mémoire, oui, on croit qu'ils sont tout à fait pertinents, mais on vous invite
également, là, à se questionner, à regarder les structures de chacun. Puis ce que je retiens aussi, hier, du
protecteur de l'élève... et à quelques occasions, dans son allocution, il a
parlé aussi de certaines... clarifié certaines confusions, s'assurer que ce
soit accessible et clair pour la population. Et c'est ça qu'on retient, le
Barreau, entre autres, s'assurer que ce soit vraiment accessible dans la
structure qui est proposée et non la structure qui est... qui avait été
proposée par Mme Laurent.
M. Carmant :
D'accord.
Mme Claveau
(Catherine) : Si vous me permettez de compléter, M. le ministre...
M. Carmant :
Oui.
Mme Claveau
(Catherine) : Il est vraiment important, nous estimons, dans le projet
de loi, de préciser où les enfants pourront se diriger lorsqu'ils vont avoir
besoin... qu'ils ne soient pas pris dans un dédale d'organismes, qu'ils sachent vraiment... qu'il y ait une
première ligne claire et qu'on le guide bien vers les ressources pour le
protéger.
M. Carmant :
Oui, je vous suis, tout à fait. Puis, en soit, je pense que c'est le défi
pour nous aussi, là, ce... dans l'étude détaillée.
Pour le commissaire
associé, je pense que ce qu'on voulait, c'est vraiment... Vous avez utilisé le
mot «assujetti», là, puis ce n'était pas notre intention, mais, d'un autre
côté, nous, ce qu'on voulait éviter, c'est d'avoir deux structures totalement
indépendantes. Puis même les Inuits nous ont demandé une troisième structure
totalement indépendante votée par l'Assemblée nationale. Ça devient un peu
complexe, tout ça, mais nous, on veut l'autonomie et l'écosystème des Premières
Nations avec les enfants puis avec les... leurs populations. Ça fait que ça, je
pense qu'on peut le clarifier.
Est-ce
que c'est dans ce sens-là que vous faisiez vos commentaires, par rapport à
l'indépendance? Vous voudriez... Vous aussi, vous parlez d'une structure
votée à l'Assemblée nationale, qui... pour chacun de ces commissaires-là, là.
Et là on en a trois, peut-être qu'on va en avoir 13, si on écoute les demandes
de tout le monde.
• (16 heures) •
Mme Pelletier (Fanie) : Oui,
en effet, M. le ministre. En fait, l'indépendance que l'on préconise, c'est
toujours dans l'optique du droit à l'autodétermination des peuples autochtones.
Alors, maintenant... Puis, même au niveau du mode de nomination, vous voyez, on
préconise que même le mode de nomination du ou des éventuels, appelons-les commissaires autochtones aux Premières nations et
Inuits, soit... même que le processus de nomination soit déterminé par
les communautés elles-mêmes.
Donc,
est-ce qu'il serait nommé par l'Assemblée nationale, là, on n'allait pas
jusque-là. On préconise vraiment que ce soient les communautés ou,
disons, les corps dirigeants, pour utiliser l'expression, là, de
M. Picard, qui décident à la fois du mode de nomination et de la structure
éventuelle.
M. Carmant :
D'accord. Hier, on a reçu Me Leblanc, je pense, que vous connaissez, là, que...
Je voyais les membres de votre comité-conseil, et Mme Audet, puis elles
nous ont parlé de... que parfois, les enfants qui allaient en cour, là,
n'avaient pas l'occasion de rencontrer leur avocat. Comment on explique cette
situation-là puis comment on la corrige?
Mme Claveau
(Catherine) : C'est une situation pour laquelle... n'a pas été portée
à notre attention, M. le ministre. Ce sont peut-être des cas d'espèce. Je pense
qu'il ne faut pas généraliser. Nous, c'est important, tous nos avocats sont tenus aux mêmes obligations déontologiques,
c'est-à-dire que, s'ils décident de faire du droit de la jeunesse et
représenter des enfants, ils ont une obligation déontologique de les rencontrer
et de bien les représenter.
Donc, pour nous, de
ce que... ce qui a été dit hier à la commission n'a pas été mis à notre
attention et n'a pas... et on ne supporte
pas cette prétention-là non plus. Et vraiment, pour nous, ce qui est
important... Puis nous offrons d'ailleurs
plusieurs formations en droit de la jeunesse, puis nous nous montrons,
d'ailleurs, disponibles pour améliorer l'offre de formation, pour faire
en sorte que nos membres puissent bien améliorer l'accompagnement, le cas
échéant. Mais, à notre connaissance, on ne peut pas faire une généralité de ce
qui a été dit en commission à ce sujet-là.
M. Carmant :
Bien, je suis quand même surpris, parce que Me Leblanc est sur ce que vous
appelez votre groupe d'experts en droit de la
jeunesse, là. C'est un peu particulier qu'elle ne vous l'ait jamais soulevée,
cette problématique-là.
Mme Claveau
(Catherine) : Disons que ça peut être une surprise de notre part
également, mais Me Leblanc est une de nos
expertes sur le comité, cet enjeu-là n'a pas été soulevé lors des discussions.
Mais Me Leblanc, je... ce qu'on comprend, ce qu'elle est... elle a été
impliquée dans d'autres instances et elle accompagne d'autres personnes, mais
c'est... Nous ne supportons pas la déclaration qu'elle a faite sous un autre
chapeau que celui de faire partie de notre comité d'experts, ici, au Barreau du
Québec.
M. Carmant :
D'accord. Et, si c'est le cas, est-ce qu'il y a quelque chose que l'on peut
faire pour corriger la situation?
Mme Claveau (Catherine) : Bien, encore une fois,
comme je vous dis, moi... nous, c'est... ce qui est... ce qu'il faut
faire, c'est accompagner nos membres, donc, bien les former, leur rappeler
leurs obligations déontologiques. On ne peut pas s'improviser procureur à
l'enfant, si on ne s'en occupe pas bien. Et moi, j'ai bien confiance que nos
membres ont ça derrière la... la majorité de nos membres ont conscience de ça
et sont conscients de cette obligation déontologique
là. Et nous sommes, encore une fois, très volontaires pour les accompagner,
pour améliorer leur formation, ou
même du coaching, ou quoi que ce soit. C'est une situation... si vraiment elle
est réelle, nous, on offre notre collaboration pour l'améliorer. C'est
certainement le cas.
M. Carmant : Bien, je vous remercie beaucoup, puis on va faire
un suivi. Une autre chose qu'on aimerait, c'est... hier, on parlait d'une formation particulière pour
ceux qui... en droit de la famille, qui sont les représentants des
enfants. On m'a dit que l'idée avait déjà été soulevée. Moi, je serais prêt à
vous accompagner, à aller vers ça, là. Pouvez-vous me donner plus de détails?
Mme Claveau (Catherine) : Bien, effectivement,
c'est quelque chose... Bien, je pense, effectivement, ça provient d'une
recommandation de la commission Laurent, à laquelle nous adhérons également.
Malheureusement, elle n'a pas encore été concrétisée, mais c'est quelque chose
qu'on a encore sur notre table à dessin. Donc, nous, l'offre de formation, on ne souhaite que l'améliorer. Donc,
je répète que c'est important pour nous d'accompagner nos membres pour
qu'ils soient le plus compétents possible. Alors, l'idée de créer une formation
adaptée à ces situations-là, qui pourrait contenir du légal et du psychosocial,
c'est quelque chose qui est tout à fait réalisable pour nous et, avec plaisir,
on pourrait accompagner le ministère, s'il y a... On peut réfléchir à une
formation complète, là, pour les procureurs en droit de la jeunesse.
M. Carmant : OK. Puis ça se serait sous quel format? Selon
vous, ça nécessiterait quel type... tu sais, au niveau universitaire
ou...
Mme Claveau
(Catherine) : Bien, écoutez, il faudrait...
M. Carmant : ...ou
formation continue ou...
Mme Claveau (Catherine) :
Bien, nous, dans le plan de notre formation continue, vous savez, les
membres du Barreau sont tenus de suivre au moins 30 heures de formation
obligatoire en... dans deux années pratiques, puis évidemment, leur obligation professionnelle fait en sorte qu'ils doivent
suivre des formations dans leur... dans les domaines où est-ce qu'ils
exercent. Donc, dans le cadre de cette obligation de formation obligatoire là,
on pourrait offrir des formations aux avocats.
M. Carmant : D'accord.
Juste pour revenir, peut-être, avec le... Comment vous voyez la collaboration
entre le commissaire, la CDPDJ, et votre
organisme, et le Barreau? Comment vous... est-ce que vous pouvez me... Quelle
serait la collaboration idéale entre ce trio-là?
Mme Claveau (Catherine) :
À quel niveau, M. le ministre?
M. Carmant : Bien,
au niveau de la prise en charge de nos... des dossiers puis l'évaluation.
Mme
Claveau (Catherine) : Bien, écoutez, c'est... bien, écoutez, nous, on
offre toujours notre collaboration, mais par
rapport à, entre autres, bien, l'aspect formation... Maintenant, si vous avez
besoin de nos conseils pour la... pour voir
comment on peut bonifier ce projet de loi là pour améliorer les choses, on
offre notre collaboration, évidemment, mais
on verra à quel niveau on peut... Il faut quand même que ça rentre dans notre
champ d'expertise, je dirais, qui est... et dans notre mission, qui est
la protection du public puis d'améliorer l'accès à la justice.
M. Carmant : Mais,
tu sais, j'aimerais faire de vous une partie de ce trio de représentation des
enfants, là. Jusqu'à quel point seriez-vous volontaires?
Mme Claveau
(Catherine) : ...je pense que nous le sommes déjà, M. le ministre, des
parties prenantes comme procureur à
l'enfant, surtout pour les plus démunis qui ne peuvent pas s'exprimer. On est
là pour les représenter. Donc, je pense que c'est quelque chose qui est
déjà en cours, mais si on peut contribuer à améliorer la protection des enfants
en jouant notre rôle de procureur à l'enfant ou procureur aux parents ou aux
familles, faisons-le.
M. Carmant : D'accord. Sinon, je vous demanderais également
quelle est votre vision, vous, de la collaboration du commissaire avec
les autres partenaires que l'on a rencontrés jusqu'à présent, là, le Protecteur
de l'élève, le Protecteur du citoyen, etc. Pouvez-vous me partager votre
vision?
Mme Claveau
(Catherine) : Bien, écoutez, je pense que, dans notre mémoire, les
grands principes y sont. L'important, pour
nous, je le répète, c'est important que les rôles de chacun soient clarifiés
pour que l'ensemble des besoins de tous nos enfants soient répondus et
qu'ils sachent... les enfants qui ont des besoins sachent à quelle porte cogner
lorsqu'ils ont un besoin à répondre. Donc, clarifier les rôles de chacun, pour
nous, ça nous paraît très important.
M. Carmant : Ainsi
que pour les familles, je suppose.
Mme Claveau
(Catherine) : Effectivement.
M. Carmant : OK.
Et est-ce que vous avez des conseils ou des suggestions quant aux moyens pour
faire ce... pour, justement, faire connaître
ces différents rôles, principalement pour le commissaire, évidemment, qui va
être un nouveau joueur? Mais je pense qu'il y a encore pas mal de discussions
avec le rôle de la RCDPDJ, puis comme... comment vous voyez qu'on peut
améliorer?
Mme Claveau
(Catherine) : Bien, c'est sûr que la première chose, c'est qu'il faut
les clarifier. Il faut voir aussi, par exemple, comme la... au niveau de la
CDPDJ, il y a des lois qui restreignent leurs pouvoirs. Par exemple, il y a
l'article 23b qui limite son pouvoir d'intervention en cas de lésion lorsque le
tribunal en est saisi.
Alors ça, c'est... tu
sais, ça pourrait passer par l'élargissement des pouvoirs, donc changer les
textes de loi à la base. Puis une fois que ça, c'est fait, lorsqu'on aura bien
défini qui fait quoi, bien, je pense que ça... on a une responsabilité, de votre côté, de faire une campagne de promotion, de
faire en sorte que toutes les parties prenantes, puis aussi les enfants
du Québec, sachent, encore une fois, à quelle porte cogner lorsqu'ils ont des
besoins et des demandes.
• (16 h 10) •
M. Carmant : Merci.
Bien, justement, j'allais... justement, ma prochaine question, c'était ça. 23b
semble avoir vraiment un grand flou, là,
même entre les avocats et la CDPDJ, à propos de cet article de loi. Pouvez-vous
me... voir, me dire c'est quoi, votre interprétation de 23b, puis si la CDPDJ
peut ou ne peut pas agir, à ce moment-là?
Mme Claveau (Catherine) : OK. Écoutez, ça, nous...
nous avons, nous aussi, là, écouté la commission, et c'est par vos
questions, là, que nous avons revu cet article-là. Ce n'est pas quelque chose
qui a été analysé par nos experts, à la
base, en vue de cette commission-ci. Donc, nous serions bien mal placés, là,
pour vous donner une opinion comme ça,
très, très carrée et directe, là, en pleine commission. Mais je pense que ça
mérite, effectivement, d'être revu, peut-être voir, effectivement, s'il y a un conflit d'interprétation qui empêche
une meilleure protection des enfants. Il y a peut-être... et ça serait
peut-être opportun de la revoir puis de voir si on ne pourrait pas élargir,
justement, les pouvoirs de la CDPDJ en modifiant cet article-là.
M. Carmant : Vous
faites mon bonheur. Merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci,
M. le ministre. Alors, nous allons poursuivre avec Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau :
Merci. Bonjour, Me Claveau, Me Martin et Me Pelletier. Merci d'être ici.
Merci également pour votre mémoire, et vos recommandations, et des
éclaircissements concernant certains sujets.
Si vous me permettez,
Me Martin, parce que je vois que vous faites partie, là, du comité d'experts,
ce comité interne concernant la protection de la jeunesse, dites-moi, de votre
expérience, à combien de reprises est-ce que vous avez constaté la présence de
la CDPDJ devant les tribunaux?
Mme
Martin (Anne) : En fait, de mon côté, depuis 20 ans que je
pratique en Chambre de la jeunesse, je vous dirais, de mon côté, dans mes
dossiers à moi, je ne les ai jamais vus dans la salle de cour. Et je sais par
contre que, bon, en lien avec l'article 23b,
justement, l'interprétation qui peut peut-être porter à confusion, à savoir
qu'à partir du moment où le tribunal fait une enquête, une audience sur
une question de lésion de droits, à ce moment là, ça retire, si on veut, le pouvoir d'enquête du CDPDJ sur
cette question-là, pour éviter, justement, d'avoir peut-être deux
conclusions différentes, ce qu'on a nommé, dans notre rapport, comme enquêtes
en parallèle.
Donc, ils sont
présents à certains égards, parce qu'on leur transmet... on a l'obligation, en
fait, de leur transmettre, de leur notifier les demandes, toute demande en lésion
de droits suivant l'article 76 de la loi. Et ils ont accès aussi, là, à obtenir une copie du jugement
pour pouvoir en faire une analyse de l'ensemble des situations pour
lequel le tribunal a déclaré les droits d'un enfant lésés. Donc, ils ont ce
pouvoir d'enquête là, là, outre le fait qu'ils n'ont pas le pouvoir d'enquêter
sur la même question qui est soumise au tribunal. Mais la question que vous me
posez, moi, je ne les ai jamais vus dans mes dossiers au quotidien.
Je vous dirais que je
pratique depuis 21 ans environ en chambre de la jeunesse. Les 18 premières
années, je vous dirais, de ma carrière, les
demandes en lésion de droits étaient très, très, très rares. Ces demandes en
lésion de droits là, je vous dirais
qu'on en a davantage, et c'est différent d'une région à l'autre, depuis les
cinq... quatre, cinq dernières années. Donc, je pense qu'il y a un
ajustement, là. Et effectivement, là, quant aux... à l'article 23 et aux
nuances qui y apparaissent, je pense qu'il y aurait matière à aller clarifier
pour s'assurer que les enfants puissent se faire entendre de par leurs avocats aussi, puisque les avocats
n'ont pas tous des mandats conventionnels, beaucoup de mandats légaux,
dans leur travail.
Donc, la réponse,
c'est que moi, je ne les ai jamais vus. J'ai eu connaissance qu'ils sont venus,
je vous dirais, peut-être, à quelques occasions, dans la salle de cour, deux
occasions.
Mme Garceau :
Mais la CDPDJ, en termes de leurs pouvoirs, via... par l'entremise des
dispositions législatives, a aussi le pouvoir d'intervenir, là, pour la défense
des droits des enfants dans ce genre... pas juste lésion de droits, là, dans
d'autres aspects, quelle est votre expérience? Et même, je ne sais pas, en
termes de votre comité, est-ce qu'il y a eu des discussions à ce sujet-là?
Mme Claveau (Catherine) : Bien, si vous me
permettez, avant de laisser la parole à Me Martin, Me Marceau... cette question-là,
évidemment, elle n'a pas fait... on n'a pas fait... on n'a pas répertorié, là,
les dossiers qui allaient à la CDPDJ. Ce n'était pas l'essence de ce projet de
loi ci, donc c'est difficile pour nous de répondre. Me Martin, effectivement, a
une bonne connaissance terrain, mais ça reste en Estrie. Donc, je pense que
c'est difficile, pour nous, de donner vraiment une réponse précise, là, par
rapport à cette question-ci.
Mme Garceau :
Mais je sais, Me Claveau, je crois que c'était au mois de juillet 2023,
votre cri du coeur concernant, là, qu'il y avait matière d'agir de façon
urgente en matière de protection de la jeunesse. Et un de vos points liés à la protection de la jeunesse,
c'était ça, lésion de droits, c'était... il y avait une augmentation de lésions
de droits, il y avait aussi les délais indus, en termes des tribunaux,
et c'est pour ça que je posais la question.
Mme Claveau (Catherine) : Oui, c'est ça. Je pense
que... Me Martin y a répondu tout à l'heure, effectivement, tous
les enjeux reliés à la situation de... en protection de la jeunesse font... tu
sais, il y a une situation qui était et qui demeure, malheureusement, en crise.
Et ça a fait en sorte que ça... que dans les dernières années, il y a eu de plus
en plus de recours en lésion, ce qu'on ne
voyait pas avant. Ça a tout un lien avec le fait que malheureusement, les
droits des enfants, là, sont encore plus mis à mal ces années-ci qu'il y
a plusieurs années.
Mme Garceau :
Vous avez mentionné, puis c'est également dans votre mémoire, qu'on devrait
avoir une seule entité. Ça reprend vraiment l'esprit des recommandations dans
le rapport de la commission Laurent, d'avoir... qu'une entité porte la voix des
enfants. Et dans le rapport, il y avait une recommandation, qui n'est pas
reflétée dans le projet de loi, là... à l'article 6, c'est autre chose, en
termes de... La recommandation de la commission Laurent est à l'effet de transférer tous les pouvoirs et
responsabilités de la CDPDJ au commissaire. Quelle est votre position à ce
sujet?
Mme Claveau (Catherine) : On n'a pas pris... On ne
prend pas position sur ce sujet-là, puis vous me corrigez si je me
trompe, mais il me semble que la commission... que la commissaire Laurent, lors
de l'audition, a exprimé que ce n'était pas quelque chose qui était souhaitable
maintenant, mais que peut-être on commencerait par, justement, la nomination
d'un commissaire, puis éventuellement on pourrait voir si, effectivement, il y
aurait lieu, là, de rapatrier les pouvoirs
de la CDPDJ au commissaire. Mais nous, notre point est que l'important, c'est
que les enfants sachent... et tous les enfants, qu'ils soient protection
ou hors protection, aient une personne, un commissaire, qui s'occupe d'eux. Et,
comme il y a déjà des instances qui existent, Protecteur de l'élève, protecteur
de... à la CDPDJ, c'est important de clarifier les rôles.
Puis
une façon, justement, de faire en sorte qu'il n'y ait pas trop d'instances, ça
pourrait... de faire en sorte d'ajouter des pouvoirs à la CDPDJ, qui a déjà, quand même, une certaine structure,
il pourrait y avoir des économies d'échelle. On est aussi dans une
situation de pénurie de main-d'oeuvre, alors je pense qu'il faut quand même
avoir tout ça en tête lorsqu'on crée des nouveaux organismes, voir si,
effectivement, on peut atteindre notre objectif qui, je nous le rappelle, est
de protéger tous les enfants du Québec.
Mme
Garceau : Oui, parce que, comme vous avez mentionné dans votre
rapport, puis c'est quand même préoccupant, puisque vous êtes la bâtonnière du
Barreau, et donc, vous recevez les plaintes concernant toutes sortes d'enjeux liés à la protection de la jeunesse...
parce que vous avez dit que, depuis le rapport de la commission Laurent,
la situation ne s'est pas améliorée.
Mme Claveau
(Catherine) : Non. Malheureusement, non.
Mme Garceau :
C'est quand même préoccupant, Me Claveau.
Mme Claveau
(Catherine) : Effectivement. Notre préoccupation demeure, mais, tu
sais, ce qu'on... là, on est vraiment rendu
à une étape où est-ce qu'on... on n'a pas le choix, il faut travailler de
concert avec toutes les parties prenantes, dont les ministères, le
ministère... Santé et Services sociaux, ministère de la Justice, pour trouver
des solutions pour améliorer la situation. On n'a pas le choix.
Mme Garceau :
OK. Merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Il vous
reste deux minutes.
Mme Garceau :
Je n'ai rien d'autre. Ça va.
Le Président (M.
Provençal)
: Ça va?
OK. Alors, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci à toutes pour votre
présentation. Je reviens sur un élément qu'on...
vous avez mentionné, mais dont on n'a pas beaucoup parlé, l'élément additionnel
sur les recommandations que pourrait faire le commissaire au ministre,
relatif à un programme, donc, de... comme un rôle de conseil.
Je me demande si
on... où est-ce qu'on doit tracer la ligne, là, sur le rôle indépendant du
commissaire versus son rôle de conseil auprès d'un organisme ou d'un ministère
sur la prestation de services. Est-ce qu'on a une ligne qu'on risquerait de
franchir en lui donnant ce rôle-là?
• (16 h 20) •
Mme Claveau
(Catherine) : Vous référez à quelle partie de notre mémoire?
M.
Cliche-Rivard : Je l'ai noté tout à l'heure, là, vous ajoutez, à
2.3, Recommandations... donc, daire des recommandations au ministre
lorsqu'il enquête sur la mise en oeuvre de programmes.
Mme Claveau
(Catherine) : Oui. Me Martin, est-ce que vous êtes en mesure de répondre?
Mme Martin
(Anne) : Bien, en fait, ce qu'on souhaitait, par l'ajout à
l'article 10, c'est de prévoir que, dans le
cadre du pouvoir d'enquête du commissaire... c'est qu'il puisse être en mesure,
et qu'il, à l'intérieur de son rapport, puisse être en mesure de faire des recommandations, et que...
évidemment, qu'il y ait un suivi à ces recommandations-là, donc, parce qu'il y a certaines nuances à la
rédaction de l'article 5, je crois, alinéa deux, paragraphe neuf, si je ne
m'abuse.
Donc, ce qu'on souhaite
vraiment, c'est qu'il y ait une possibilité que ce commissaire-là puisse faire
des recommandations avec les constats qu'il
fera. Par rapport à votre question, c'est sûr que, lorsqu'on parle de pouvoirs
d'enquête prévus à l'article 9, et ça rejoint nos propos
qu'on a, un peu, depuis le début de l'allocution, c'est le fait que... et on
les a entendus, les autres organismes qui ont été devant vous hier, ils
ont des pouvoirs d'enquête eux aussi, la CDPDJ a des pouvoirs d'enquête.
Donc, effectivement, il y a matière à se
questionner sur la structure, parce que vous avez posé la question hier :
Est-ce que le commissaire pourrait
enquêter sur vos façons d'enquêter? C'est vous qui avez posé cette question-là,
question qui était quand même très
intéressante, pour voir... Alors, c'est là... est-ce qu'on a un commissaire qui
a une vision horizontale de ce qui se
fait à l'intérieur des autres organismes ou il a un certain regard sur... en
respectant le pouvoir d'enquête des autres organismes, comme le Protecteur
national de l'élève, Protecteur du citoyen, qui peut se retrouver à enquêter dans les mêmes matières
que le CDPDJ? Et on l'a vu en décembre dernier et en février dernier, donc, on
doit se poser ces... on doit se poser ces questions-là, parce qu'aussi,
pour les établissements, on se retrouve avec multiples demandes d'accès pour
les mêmes enquêtes.
M.
Cliche-Rivard : Sur 23b, est-ce que c'est vraiment un problème
d'interprétation, selon vous? Là, c'est votre expertise ou si la commission ne
joue pas le rôle qu'elle devrait jouer?
Mme Claveau (Catherine) : Alors, c'est une question
à laquelle on ne peut pas répondre, M. le député. Comme je vous ai dis, nous, on s'est vraiment concentré
sur ce projet de loi là, qui est par nomination d'un commissaire. Leur pouvoir, maintenant, quant à la suffisance du rôle
de la CDPDJ, ce n'est pas une question sur laquelle on s'est penché. Ça
fait qu'il ne fait pas partie, là, non plus, là, de notre position... laquelle
on s'est penché.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup à vous toutes.
Le
Président (M. Provençal)
: ...M.
le député. Alors, nous allons terminer cet échange avec le député des
Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Merci, M. le Président. Merci à
vous toutes pour le mémoire, pour les explications que vous avez données
jusqu'à présent. Je veux revenir, quand même, sur la question de la confusion
possible, du chevauchement des rôles des différents organismes. Vous venez de
mentionner que vous avez écouté les propos tenus par les gens qui ont comparu
hier. Visiblement, ça ne vous a pas rassuré, parce qu'à peu près tous ceux
qu'on a entendus, que ce soit la... CDPDJ ou
les autres, nous ont dit : Bien, on va harmoniser ça, il s'agit de savoir
les rôles des uns et des autres puis tout va bien aller. Vous maintenez
vos craintes, si je comprends bien.
Mme Claveau
(Catherine) : Bien, je pense qu'à ce moment-ci, si on regarde le
projet de loi tel qu'il est, on a émis nos craintes. Maintenant, je pense qu'il
y a place pour précisions, améliorer les précisions quant aux rôles de chacun,
donc, si c'est clarifié ou si... Tu sais, il y a des options, on clarifie les
rôles ou on centre les pouvoirs à un seul... à un organisme plutôt que deux.
Donc, je pense qu'il y a différentes options, lesquelles ont... ça mérite de se
pencher, peut-être, pour améliorer le projet de loi puis, encore une fois,
toujours en gardant en tête l'objectif de la loi, là. C'est de permettre à tous
les enfants du Québec d'avoir une porte à laquelle cogner pour... lorsqu'on
doit respecter leurs droits.
M. Arseneau :
D'accord. Je vais aller à d'autres recommandations de d'autres
organisations, parce que vous êtes du
Barreau, vous avez peut-être une opinion là-dessus. Sinon, dites-moi-le. Mais,
quand on parle de l'accréditation des
avocats, hier, il en a été quand même abondamment question, là, qui représente
les enfants incapables de donner un
mandat. Est-ce que vous auriez une opinion là-dessus, sur l'idée d'instituer un
mécanisme?
Mme Claveau
(Catherine) : Moi, c'est un peu comme j'ai expliqué au ministre, là,
tout à l'heure... nous, on croit vraiment
que, de toute façon, tu sais, on a des obligations déontologiques de base qui
font en sorte qu'on ne peut pas agir
pour un client, si on n'est pas à l'aise avec toutes les notions de droit de
base et les notions même sociojudiciaires qui font en sorte qu'on
représente bien cette personne-là.
Donc,
nous, c'est vraiment un effort peut-être plus d'accroître la formation
continue, de s'assurer que les... ceux qui
acceptent ce mandat-là suivent les bonnes formations. Mais on n'irait pas
jusqu'à faire une accréditation, parce qu'en fin de compte, il faudrait
faire des accréditations dans tous les domaines de droit, ce qui n'est pas
nécessairement... Ce n'est pas une panacée non plus, tu sais. On accrédite les
médiateurs, les arbitres, par exemple, parce que c'est des créneaux différents,
mais pas par domaines de droit, c'est...
Pour nous, ce qui
serait pertinent, c'est vraiment de... peut-être d'améliorer l'offre de
formation, d'offrir une formation de base à
tous ceux, tous les jeunes avocats, par exemple, qui... faire du droit de la
jeunesse, leur recommander, leur faire un guide des meilleures
pratiques, comme on le fait beaucoup, donc les accompagner et de... Puis, comme
je le répète, de toute façon, ils ont des obligations déontologiques à
respecter, et de faire une accréditation, pour nous, ce ne serait pas
nécessaire d'aller jusque là.
M. Arseneau :
D'accord. Est-ce que vous avez
une opinion sur la question de reconnaître, par un considérant, là, les
enfants comme un sujet de droit?
Mme Claveau (Catherine) : Bien, ça, là-dessus, je
vous dirais qu'on... ça n'est pas une de nos recommandations, parce qu'à
l'instar du Pr Goubau, pour nous, c'était déjà acquis, la... C'est reconnu,
déjà, dans notre Charte des droits et libertés, donc on n'a pas besoin de le
réitérer dans un préambule ou quoi que ce soit dans ce projet de loi là. Pour
nous, c'est déjà clair, donc ce n'est pas quelque chose qu'on juge nécessaire
d'ajouter.
M. Arseneau :
Merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Alors,
je tiens à remercier Me Claveau, Me Martin et Me Pelletier pour votre
contribution à nos travaux.
Je vais suspendre ces
derniers pour permettre au prochain groupe de prendre place. Alors, merci
beaucoup, mesdames, de votre participation. Bonne fin d'après-midi.
(Suspension de la séance à
16 h 27)
(Reprise à 16 h 31)
Le Président (M. Provençal)
: Nous reprenons nos
travaux. Je souhaite la bienvenue à Mme Mélanie Gagnon, et Mme Gagnon
est la présidente par intérim de la Fédération des
familles d'accueil et ressources intermédiaires du Québec. Elle est accompagnée de M. Éric Martineau. Alors, vous aurez
10 minutes pour votre exposé, et, par la suite, nous allons
procéder à l'échange. Alors, je vous cède immédiatement la parole.
Fédération des familles
d'accueil et ressources
intermédiaires du Québec (FFARIQ)
Mme Gagnon
(Mélanie) : Merci, M. le Président. Bonjour, je me présente,
Mélanie Gagnon, je suis présidente de la fédération... par intérim, de
la Fédération des familles d'accueil et des ressources intermédiaires du
Québec, connue sous le nom de la FFARIQ. Je suis accompagnée de Me Martineau,
qui est un de nos avocats à la FFARIQ. La
FFARIQ tient à remercier les membres du... de la commission de lui permettre de
s'exprimer, les... d'exprimer ses commentaires et les demandes des
familles d'accueil dans le cadre de l'étude du projet de loi n° 37.
Dans ce contexte, la FFARIQ fait valoir la
position de ses membres, mais aussi celle de l'intérêt de l'enfant. Depuis maintenant 50 ans, nous sommes le seul
regroupement exclusivement dédié à la défense et au soutien des familles
d'accueil à l'enfance au Québec, et, bien sûr, au bien-être et à la stabilité
des enfants. La FFARIQ représente près de 3 000 familles
d'accueil, mais surtout, représente environ 5 000 enfants partout au
Québec. Je suis moi-même famille d'accueil depuis 22 ans. J'ai
accueilli chez moi, hier, mon 106e petit coco et, venant de la Côte-Nord,
j'ai...
Des voix : ...
Mme Gagnon
(Mélanie) : Merci. Venant de la Côte-Nord, j'ai également eu
la chance d'avoir un... des enfants autochtones. Je suis également
présidente de la Côte-Nord, depuis maintenant 10 ans, à la fédération,
présidente en Gaspésie depuis trois ans et vice-présidente, depuis cinq ans, à
la fédération, au niveau provincial. Donc, le pouls des familles d'accueil, je
baigne dedans à tous les jours.
C'est portés par nos familles d'accueil
inspirantes et bienveillantes que nous constatons que le projet de loi répond
partiellement à la première recommandation du rapport de la commission Laurent,
que l'ensemble des propos et mandats de la CDPDJ soient transférés à un nouvel
organisme ou à une nouvelle entité pouvant se consacrer entièrement et
exclusivement à la défense des droits de ces enfants. Dans la forme actuelle,
le projet de loi laisse... pardon, le projet
de loi actuel ne respecte pas la recommandation. La FFARIQ appuie la création
d'un poste de commissaire au bien-être
et aux droits des enfants du Québec. C'est une fonction essentielle pour lutter
contre toute forme de maltraitance,
discrimination, malveillance envers les enfants du Québec. Nous réclamons
depuis longtemps la nomination d'un protecteur à l'enfant.
Actuellement, la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse, la CDPDJ, possède tous les pouvoirs
généraux pour veiller au respect des principes et des droits de tous les
enfants du Québec. Cependant, un manque d'organisation caractérise la CDPDJ
depuis plusieurs années. La redondance dans ses enquêtes et le manque de
transparence ne contribuent pas à l'identification des solutions tangibles et
efficaces pour les enfants de la DPJ.
Le but de ces consultations étant de bonifier le
projet de loi, la FFARIQ propose que le commissaire au bien-être des droits des
enfants et l'ensemble des pouvoirs en matière de protection de la jeunesse...
en termes clairs, l'ensemble des pouvoirs et des mandats de la CDPDJ doit lui
être transféré. La mission du commissaire doit être dédiée entièrement et
exclusivement aux enfants. Le commissaire doit être autonome, indépendant et
impliqué, avoir son propre budget et détenir de réels pouvoirs. Il doit
avoir... Il doit agir comme protecteur bienveillant et intervenir rapidement.
Il ne doit pas être la police de la DPJ, mais la voix de ces enfants. Il lui
faudra donc, à sa disposition, tous les leviers et tous les outils nécessaires
à l'exercice de cette mission. Sa fonction devra être la promotion des droits
de l'enfant, et faire une enquête, et faire toutes les recommandations aux
ministères requis.
Je vous donne un petit exemple. Vous savez qu'il
existe des PFAP, des familles d'accueil de proximité. Les familles d'accueil,
quand elles sont PFAP, la fédération peut remarquer que les enfants ont des
lésions de droits. Ils n'ont pas le droit aux circulaires. Ils n'ont pas droit
aux 5 $ d'allocation. Et pour nous, ça, ces enfants-là... On devrait avoir
le droit aussi à ces montants-là. Pour nous, c'est vraiment une discrimination
à l'enfant.
Qu'est-ce que le commissaire viendrait faire?
Bien, il viendrait nous donner un levier pour qu'on puisse dénoncer ces choses-là, parce que les familles
d'accueil, malheureusement, on n'est pas entendues... on n'a pas
beaucoup de place où se faire entendre, et c'est aujourd'hui un privilège qu'on
a de pouvoir venir vous dire ces choses-là ici. Ces petits cocos là ont des
besoins aussi très importants, et souvent, un grand-papa, une grand-maman, un
mononcle, une matante se ramassent avec peu de moyens pour combler tout ça.
Pour accomplir cela, le commissaire devrait
avoir aussi des ressources financières et humaines nécessaires. Il ne faut cependant pas créer de nouvelle structure.
Cela n'engendrerait que de la confusion et des coûts sociaux inutiles.
Il faut un organisme centralisé et en plein pouvoir pour faire respecter les
droits des enfants.
La FFARIQ souligne que la nomination d'un
commissaire par l'Assemblée nationale est importante puisque cela fera en sorte qu'il y aura... une reddition
de comptes devra être faite à l'Assemblée des élus et, par le fait même,
à la population québécoise. La FFARIQ se réjouit aussi qu'un commissaire dédié
aux enfants autochtones soit également prévu dans le projet de loi devant nous.
La création
du poste de commissaire au bien-être et aux droits des enfants remet de l'avant
l'importance d'adopter la charte des droits des enfants. La FFARIQ
demande aux législateurs québécois de proposer et d'adopter rapidement cette charte. La commission Laurent a d'ailleurs
une recommandation sur ce sujet. La FFARIQ est d'avis que la charte devra affirmer expressément le caractère
fondamental de certains de ces droits et de consacrer par la voie législative
certains principes qui s'en découlent. Elle devra aussi reconnaître que les
enfants ont le droit d'évoluer dans une famille et un environnement bienveillant.
Le projet de loi
n° 37 offre un espace pour réaffirmer clairement le droit des enfants.
Comme vous le savez, les besoins sont grands et d'autant plus grands pour les
enfants en protection de la jeunesse, en famille d'accueil. Les enfants de la DPJ
représentent d'énormes défis pour nos familles d'accueil. Nos enfants arrivent,
si petits soient-ils, avec une si lourde valise à porter, et c'est avec
nos familles d'accueil qu'ils portent ces valises-là, ces familles d'accueil,
qui sont essentiellement vitales pour ces petits êtres qui arrivent, souvent,
bien écorchés.
Les intervenants de
la DPJ priorisent le contrôle des familles d'accueil et non l'intérêt de
l'enfant. Il n'est pas rare de voir des familles d'accueil sans intervenant
pendant de très longues périodes. Depuis l'adoption de la loi sur la
représentation des ressources, la LRR, les membres de la FFARIQ sont laissés à
eux-mêmes. Le manque de communication et des
pistes de solutions pour recadrer les moyens utilisés par les familles
d'accueil auprès des enfants créent une grande source de mécontentement.
La FFARIQ rappelle
aujourd'hui que les familles d'accueil ont un rôle central à jouer, et c'est
précisément pourquoi elles souhaitent que les familles d'accueil soient
reconnues et incluses dans les différents changements juridiques, administratifs, organisationnels et culturels à venir. Les
familles d'accueil doivent pouvoir avoir tous les outils nécessaires
entre les mains pour... pour veiller, pardon, au bien-être et à la protection
des enfants qu'elles accueillent.
L'arrimage
entre les acteurs doit être fait pour une meilleure compréhension de la
situation des enfants québécois. Un filet social tissé serré doit être
aussi mis en place pour soutenir et faire grandir les enfants les plus vulnérables,
vivant des situations difficiles. Il est
donc indispensable que les acteurs concernés et les réseaux soient responsables
et travaillent de façon concertée afin d'impliquer des solutions personnalisées
à chacun des besoins de ces enfants. Les consultations
sur le projet de loi n° 37 permettent à la FFARIQ de réitérer que c'est un
devoir de répondre positivement et proactivement
aux besoins des enfants les plus vulnérables au Québec. Il est maintenant temps
de mettre de l'avant l'intérêt de l'enfant avec des modifications
importantes et réelles, porteuses pour l'ensemble des personnes qui prennent
soin des enfants, sans oublier qu'il s'agit toutefois d'une responsabilité
commune.
Le
projet de loi n° 37 doit permettre la nomination d'un commissaire au
bien-être et aux droits des enfants, avec des pouvoirs d'action réels,
des ressources humaines et budgétaires à la hauteur des besoins des enfants de
la DPJ. Le réel chien de garde du bien-être et du respect des droits des
enfants doit être plus puissant, proactif et complet possible pour l'intérêt supérieur de tous les enfants du Québec. Ne pas
légiférer dans ce sens fera de nos enfants les perdants. Ces enfants
sont l'avenir de notre société, à qui nous... et nous avons la responsabilité
de garantir leur bien-être et leurs droits. Comme le dit un proverbe africain,
et cela est plus vrai que jamais, il faut tout un village pour élever un
enfant. Merci de votre écoute.
• (16 h 40) •
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors, M. le ministre, on va
débuter cette période d'échange.
M. Carmant : Oui, merci beaucoup, Mme Gagnon. Encore une fois
aussi, je tiens à vous remercier, là, personnellement pour ce que vous
faites puis le dévouement envers les enfants. Des familles d'accueil, on en a
besoin partout au Québec puis on sait que c'est un grand don de soi et,
vraiment, de la bientraitance. Là, on parlait de bienveillance... et même, plus
loin, la bientraitance. Bien, ce que vous faites, c'est exactement ça.
J'aimerais
comprendre c'est quoi, votre interaction entre... c'est quoi, l'interaction
entre les familles d'accueil et la CDPDJ. Quand est-ce que vous avez à
travailler avec eux, exactement?
Mme Gagnon
(Mélanie) : On va travailler avec eux surtout quand on veut déclarer
des lésions de droits des enfants, si on va vers des lésions de droits de soins
ou des choses qu'on peut se rendre compte. Quand un coco nous raconte des choses,
on pourrait aller là. Mais je dois vous dire, malheureusement, que, dans les
dernières années, ce n'est pas répondu très présent à nos demandes, quand on
demande quelque chose.
M. Carmant : C'est-à-dire
vous appelez puis...
Mme Gagnon (Mélanie) :
On a des réponses défavorables à un arrêt de dossier.
M. Carmant : Pouvez-vous
élaborer? Comme, ils vous disent non puis ils raccrochent...
Mme Gagnon (Mélanie) : Bien, ils disent que la
DPJ s'occupe du dossier, qu'ils ont pris en compte les choses, et ça
s'arrête là. Ça ne va pas plus loin.
M. Carmant : Est-ce
qu'ils font des vérifications, au moins, avec la DPJ ou... comment ça
fonctionne?
Mme Gagnon
(Mélanie) : Je ne suis pas à la CDPDJ.
M. Carmant : OK.
Vous n'avez pas le... comment ça se passe exactement.
Mme Gagnon
(Mélanie) : Non.
M. Carmant :
OK. Puis qu'est-ce... comment vous verriez une différence si on transférait la
CDPDJ ou les ressources de la CDPDJ vers le commissaire? Qu'est-ce que ça
changerait dans les faits?
Mme Gagnon
(Mélanie) : Ils auraient juste ça à s'occuper. C'est à l'enfance...
Ils se réajustent à veiller au bien-être des enfants. Ils seraient... Ce ne
serait que son champ d'action, donc, une priorité. Ce serait une importance
pour lui.
M. Carmant : Et vous pensez que
c'est un enjeu budgétaire, de ressources humaines?
Mme Gagnon (Mélanie) : Moi, je
crois vraiment à la nouvelle commission et nommer vraiment quelqu'un... que ça
répondrait vraiment aux besoins des enfants québécois.
M. Carmant :
Donc, ce serait un manque d'intérêt de la CDPDJ?
Mme Gagnon (Mélanie) : Je
ne me prononcerai pas sur ça, en ne connaissant pas tous les... l'aspect de ce
dossier.
M. Carmant : OK. Vous avez parlé d'un
enjeu, d'une iniquité entre... avec les familles d'accueil de proximité.
Pouvez-vous m'expliquer, voir si je peux mieux comprendre puis peut-être vous
aider?
Mme Gagnon (Mélanie) : Oui,
parfaitement. Oui, c'est que, quand on place un coco chez une personne
significative, elles deviennent PFAP. Les établissements ont un certain temps
pour les évaluer, et, pendant ce temps, le jeune ne reçoit pas les mêmes
services qu'un enfant qui viendrait chez moi, que je n'ai pas de lien
significatif, c'est-à-dire, budgétairement, ils ne recevront pas les
circulaires ministérielles pour les vêtements, pour le sport et des choses comme ça. Il ne reçoit pas non plus le
5 $ par jour, l'ADP. Donc, c'est à la charge de la personne
significative. Il y a certains
établissements qui vont rembourser, mais c'est tellement différent d'un
établissement à l'autre qu'on ne peut pas... on ne peut pas comparer.
Je vous dirais que
c'est vraiment... Tu sais, le coco est lésé parce qu'il n'a pas les mêmes
soins. Et je vais même jusqu'à vous dire que
ça pourrait arriver qu'on ait des enfants qui arrivent avec des grands
problèmes, on va dire dentaires, et
que, là, il n'y a personne qui s'en occupe, c'est souvent le grand-parent ou
quoi que ce soit, qui va engendrer des coûts phénoménaux. Et c'est
impensable... Je trouve ça impensable de voir que cet enfant-là n'a pas le
droit à avoir une qualité de vie comme tous les autres enfants au Québec.
M. Carmant :
Donc, la famille d'accueil de proximité n'est pas reconnue. C'est ça?
Mme Gagnon (Mélanie) : La
PFA, tant qu'elle n'est pas reconnue. Quand elle tombe reconnue, elle devient
FAP.
M. Carmant :
OK, «postulant». OK, c'est ça, le «P». Je me demandais c'était quoi, le
premier.
Mme Gagnon
(Mélanie) : Oui, c'est ça. Oui, c'est ça.
M. Carmant :
D'accord. Puis...
M. Martineau
(Éric) : Peut-être... Excusez-moi, juste un élément, là. D'ailleurs,
au niveau des communautés autochtones, c'est le même problème, là, je tiens à
le souligner. Pour avoir intervenu, c'est la même chose, là. Il y a des gens
qui appellent les milieux de garde, qui sont dans les mêmes situations. Je
tenais à le dire, parce qu'il y a eu quand même... j'ai vu, tu sais, des Premières
Nations qui sont venues. Depuis deux jours, on en a parlé, mais ce n'est pas
exclusif aux familles d'accueil. Sous le joug, si on veut, des CIUSSS, là, ça
existe... le même phénomène se produit actuellement.
M. Carmant :
Avec les Premières Nations?
M. Martineau
(Éric) : Oui.
M. Carmant :
Qu'est-ce qui se passe?
M. Martineau
(Éric) : C'est exactement la même chose, là, c'est-à-dire que ce n'est
pas nécessairement... tu ne seras pas
nécessairement reconnu comme famille d'accueil, de proximité. Je vous dirais
même, les critères sont un petit peu plus serrés, selon l'interprétation
qu'ils peuvent en faire, donc, ce qui laisse quand même un pan important de
jeunes autochtones qui ont la même... qu'il y a un montant qui va être donné
aux familles d'accueil de base, là, tout simplement.
Donc, c'est des
choses qui mériteraient d'être dénoncées. Et je pense que c'est là... le
commissaire aux droits de l'enfant... le peu
de visibilité que, tu sais... On réussit, en parlant en commission
parlementaire, oui, faire des sorties au niveau médiatique, on essaie de
le mentionner, par exemple, à nos vis-à-vis, dans des... divers comités, là,
avec les avis du ministère, mais évidemment, souvent, on va nous sortir
l'argument que c'est du clinique, ça ne nous regarde pas. Ça fait que c'est sûr
que, pour nous, le commissaire aux droits de l'enfant devient quelqu'un qui
pourrait être la courroie de transmission de ces choses-là, là. C'est là, à ce
moment-là, que ça devient fondamental pour nous, là.
M. Carmant : D'accord.
Ça, j'apprécie. Puis vous avez mentionné également la charte comme étant
quelque chose d'important. Quels droits vous incluriez dans la charte
par rapport à, tu sais, le... votre rôle de famille d'accueil?
Mme Gagnon
(Mélanie) : Je vais laisser la parole à mon avocat.
M. Martineau
(Éric) : Oui, bien... Oui, c'est ça, bien, écoutez, à ce niveau-là, je
vous dirais oui, peut-être réaffirmer
l'ensemble des droits qui sont prévus à la charte québécoise, mais je pense que
l'idée derrière ça, c'est plutôt de venir
réaffirmer. On a tendance à oublier que la charte s'applique aux enfants, aux
jeunes. Ça fait que je pense que c'est plus symbolique. Oui, il y a des
choses à réaffirmer, mais le problème, on le vit, là, c'est comme si ça
n'existait pas.
Tantôt,
on parlait de la commission... la CDPDJ, mais je pense que c'est un petit peu
ça, souvent, peut-être que la population québécoise, je ne le sais pas,
c'est comme, on va tout faire tourner autour des adultes, des mineurs, mais on
oublie ces gens-là, que ça s'applique également à ces jeunes-là. Puis, pour la
plupart... puis il y en a beaucoup, hein, en
bas de six ans, cinq ans et compagnie, ils ne sont pas capables d'affirmer
leurs droits, là. Donc, c'est là, je pense, qu'il faut que ce soit réaffirmé, que ça rentre dans l'esprit populaire,
également. Moi, c'est de cette façon-là que je le vois.
M. Carmant : OK. Moi, j'ai un peu une inquiétude que, si on
donne à la... au commissaire tous les, tu sais, les rôles de la CDPDJ, avec les lésions de droits,
etc., que tout son côté prévention puis organisation des services en
amont, là, tu sais, il n'y aura pas le temps de faire les deux. Vous, comment
vous voyez ça, ce double rôle, là? C'est...
• (16 h 50) •
Mme Gagnon
(Mélanie) : Moi, je pense que, quand quelque chose est bien préparé,
on peut y arriver. On peut y arriver. On
peut faire de la prévention et agir aussi, c'est... on est capable. Je vous le
dis, on est capable de faire ça.
M. Carmant : Ça
fait longtemps qu'on essaie.
Mme Gagnon (Mélanie) : Bien, je vous le dis, on
est capable. C'est d'avoir... Bien, moi, je crois au commissaire et je
crois qu'avec une équipe bien, bien bâtie, avec des bonnes... comme on disait
tantôt, une équipe humaine qui va voir l'ampleur du travail, on est capable.
Rien n'est impossible, dans la vie, tout est possible.
M. Carmant : Vous
ne pensez... Vous ne pensez pas que l'urgent a tendance à noyer l'important?
Mme Gagnon
(Mélanie) : C'est... Oui, tu peux y aller.
M. Martineau
(Éric) : Oui... non, mais je n'ai pas bien entendu ce que vous avez
dit.
M. Carmant : Vous
ne pensez pas que l'urgent a tendance à noyer l'important? Dans toutes les
sphères de notre vie, là...
M. Martineau
(Éric) : Veux-tu y aller ou...
Mme Gagnon (Mélanie) : Moi, je te laisse y
aller. Bien, écoutez, pour moi, l'urgent et l'important... l'important,
c'est urgent, pour moi.
M. Martineau
(Éric) : Moi, ce que j'entends, depuis deux jours... on va parler
beaucoup de prévention dans l'amont, en
aval. On regarde ça, le projet de loi, comme étant surélevé, qu'il va un peu
avoir un regard sur l'ensemble des organismes. Puis c'est bien, la
prévention, tu sais, on l'entend, par exemple, au niveau du tabagisme, hein,
puis ces choses-là, mais ça reste que le tabagisme n'a pas disparu
complètement.
Où je veux en venir,
à quelque part, c'est que le moment pratique sera toujours là. On a beau se
leurrer, dire qu'on va faire de la
prévention, mais le gros des enjeux demeurera toujours, au jour le jour, pour
les avocats qui pratiquent en jeunesse. Je comprends que le commissaire
aura un ensemble sur... un ensemble des éléments pour les jeunes du Québec, je
comprends, mais ce n'est pas vrai que tous les jeunes vont mal au Québec, là,
hein? Puis l'ensemble des problèmes, il est référé où? Il est référé du côté de
la protection de la jeunesse, puis les besoins sont là. Ça fait que c'est
évident qu'il y a des éléments de prévention à faire, mais il restera quand
même qu'au jour le jour, là, il y a des besoins criants de ces enfants-là qui
sont dans des difficultés particulières, puis le gros du problème est là.
Ça fait que c'est évident que, pour nous, de
mettre ça de côté... Je pense que ça prend quelqu'un de spécialisé puis qui est
capable d'intervenir, d'être à l'affût de ces choses-là. Puis on l'a dit,
Mélanie l'a dit tout à l'heure, Mme Gagnon,
c'est... au niveau de la police, ce n'est pas l'objectif. Je pense que c'est
d'être une espèce de contrepouvoir, parce
que la DPJ, ça va être... tu sais, tout descend. Je pense que c'est un
organisme qui a beaucoup de pouvoirs, mais, avec ces pouvoirs-là, des fois,
ça peut amener certains excès. Et c'est là, peut-être, que le commissaire aux
droits de l'enfant peut être une espèce
de... tu sais, pour éviter les débordements. Puis moi, je pense, quelqu'un qui
est à l'affût, qui est aiguisé à ça, puis spécialisé là-dedans, puis pas
mêlé avec d'autres types de problèmes... puis sans rien enlever à la CDPDJ, qui
fait de belles choses, là. Ce n'est pas ça, l'objectif, là, mais il faut quand
même garder ça en tête. Ça demeure quand même les enfants... ça devrait être une
priorité au Québec. Je pense qu'avant toute priorité... moi, je pense que c'est
la première des choses. Puis, pour moi, s'il y a quelque chose qui est
fondamental, puis pour la fédération des familles
d'accueil, c'est ça. Puis je pense, de mettre quelqu'un qui va être gardien un
peu, en quelque sorte... Si ça peut répondre à votre question, c'est de même
que j'y répondrais.
M. Carmant : D'accord. M. le
Président, je passerais la parole à...
Le Président (M. Provençal)
: Oui, à Mme la députée de Laporte.
Mme Poulet : Oui, merci, M. le
Président. Merci à vous deux. C'est très intéressant, très percutant. Ça me...
Bravo pour qu'est-ce que vous faites.
Dans votre mémoire, à la page 6, vous
mentionnez d'appliquer des programmes d'information et d'éducation destinés à renseigner les enfants eux-mêmes sur
leurs droits. Ce serait pour qui exactement? Pour les familles
d'accueil, les intervenants et les
établissements? Est-ce que ce serait possible d'élaborer un peu plus à ce
niveau-là, s'il vous plaît?
Mme Gagnon (Mélanie) : Bien, moi, je
vous dirais que c'est pour l'ensemble de la population. Le rôle de famille d'accueil a... est méconnu au Québec. Ce
n'est pas connu, c'est... on est un peu des extraterrestres quand on est
vus. Quand je sors avec mes 11 enfants, je suis regardée comme si j'étais
sortie de nulle part et c'est... Le premier renseignement, c'est de vraiment
dire c'est quoi le rôle des familles d'accueil, c'est quoi notre travail.
Pour ce qui
est des familles d'accueil, nous, à la fédération, on a la chance que notre
équipe a bâti notre plateforme de formation, des formations adaptées aux
besoins des enfants qu'on garde, qu'on s'occupe. Donc, chaque enfant... on peut
avoir une formation, là, sur différents problèmes. Pour ce qui est des
intervenants et des établissements, je vous
dirais qu'ils ont besoin de formations sur notre rôle aussi de famille
d'accueil. Souvent, même les intervenants ne savent pas c'est quoi, le
rôle de la famille d'accueil. C'est un peu des prestataires de services, et tu
t'en occupes, tu es une garderie... et ce
n'est pas ça. Les familles d'accueil ouvrent leur coeur grand pour aimer des
enfants écorchés de la vie, des enfants qui ont des graves blessures, et
qu'il faut aider, et ce n'est pas toujours facile, là. Ce n'est pas... la vie
n'est pas toujours rose. Il faut que les gens comprennent.
Moi, je dis toujours : Être famille
d'accueil, c'est la plus belle chose de ma vie que j'ai pu faire. Mais
malheureusement aussi, c'est la pire quand on voit des enfants... ne reçoivent
pas les services dont ils ont besoin. Ça, c'est... à mon sens à moi, ça n'a pas
d'allure. Quand on voit un coco qui n'est pas bien et que... quand on crie à
l'aide à la DPJ et qu'on n'en a pas d'aide, on est désabusés, et c'est l'enfant
qui n'a pas d'aide.
Cette
semaine, j'avais quelqu'un qui m'a appelé. Le petit coco a mis le feu dans sa
chambre, délibérément, par un mal
d'être. Aidons ces enfants-là. Moi, je pense que le commissaire, en ce sens-là,
pourra épauler nos familles d'accueil et les aideront. Des petits, des
enfants qui n'ont pas d'identité à neuf mois de naissance, ne sont pas inscrits
au registre, n'ont pas de carte d'assurance maladie. La famille d'accueil n'a
aucun pouvoir autre que de dire aux centres jeunesse : Pouvez-vous le
faire, s'il vous plaît? Si on avait un commissaire, on irait là. Ces droits de
ces enfants-là ne sont pas respectés. Donc, en informant la population, en
formant tout le monde, en informant nos familles d'accueil aussi de leurs
droits, de qu'est-ce qu'ils peuvent faire.
Je vous dirais, pour ce qui est des avocats, on
ne les voit pas. On ne les voit pas, les avocats de nos cocos, ou très
rarement. Ils ne nous appellent pas pour savoir. Un enfant de trois ans ne peut
pas aller témoigner de... quand il revient à la maison, c'est des crises sans
finir parce qu'il ne va pas bien. C'est... qui peut témoigner de ça? C'est la
famille d'accueil. On ne l'appelle pas, on ne la considère pas, et c'est ça
qu'on veut faire entendre. Et on veut être aidé pour dire qu'on doit être la
voix de ces enfants-là et on doit être capable de leur nommer les choses. Pour
ce qui est des formations auprès des avocats, je demanderais peut-être à Me
Martineau de pouvoir en rajouter.
M. Martineau (Éric) : Ce que je peux
peut-être vous dire à ce niveau-là, là, tu sais, pour l'avoir vécu personnellement, je suis un avocat qui est arrivé
sur le tard puis j'ai eu, dans le cadre de mon stage, à faire un petit
peu de droits de la jeunesse. Puis ce que j'ai
observé... tu sais, mon premier réflexe, j'avais une crainte à dire :
Câline, c'est lourd à porter, hein, d'aller représenter des gens sur
des... des jeunes sur des mandats légals. D'un autre côté, je voyais des
avocats, peut-être venir de d'autres secteurs d'activité, puis je ne suis pas
certain qu'ils étaient nécessairement... il faut
que je fasse attention à ce que je vais dire, là, mais qui étaient... comment
on pourrait le dire? J'essaie de trouver les mots, on dirait que je ne trouve pas le bon mot pour ménager les choses.
Mais je vous dirais que ce qui serait important, c'est que ces jeunes-là
soient rencontrés. Parce que, des fois, la DPJ peut prendre une décision qui va
avoir un impact fondamental, on va tirer
des... On a parlé des PFAP puis des FAP, mais il y a un phénomène grandissant
actuellement, où qu'il y a des jeunes qui
sont retirés, le DPJ va les retirer, mais ces gens-là sont... ces jeunes-là
sont retournés en famille d'accueil par les juges, mais, plus souvent
qu'autrement, il y a de l'obstruction qui est faite. Puis ces jeunes-là
pourraient être entendus, mais, quand l'avocat s'implique et amène la
situation, il est capable de venir faire ressortir le volet de l'enfant puis ce qu'il veut, puis rester dans cette
famille-là. Mais quand l'avocat ne va pas rencontrer ces gens-là, les
familles d'accueil ne vont pas entendre ce point de vue là. Puis il va juste se
présenter puis dire : Bien, moi, je me fie à ce que le DPJ a fait. Je
prends la position du DPJ, ça devient un petit peu plus compliqué.
• (17 heures) •
Puis des
histoires, j'en ai des dizaines et des dizaines, depuis une dizaine d'années,
comme ça, qui sont problématiques puis qui mériteraient d'être dénoncées puis être
fouillées, parce qu'il y a réellement une problématique, là, actuellement, à ce niveau-là, là. Beaucoup de jeunes que les
juges retournent, mais il y a l'obstruction qui se fait, et, des fois, la CDPDJ est intervenue, et, dans les dernières années, il y a
eu des retraits. Puis actuellement, c'est là qu'eux, ils avaient un rôle
important pour ramener les choses, parce que les familles d'accueil ne peuvent
pas d'office... ne sont pas partie au dossier.
Donc,
de quelle façon qu'on ramène ça? Si les avocats des enfants, en plus, ne
s'impliquent pas toujours, parce qu'ils ne
comprennent pas la réalité, ils ne comprennent pas ce qu'un petit enfant de
trois ans, de deux ans peut avoir, le lien que ça va avoir s'il est
déplacé, qui va parler pour eux? Puis quand nous, on le dénonce, puis on nous
dit : Bien, écoutez, c'est du clinique... Je vais dans les médias, Mélanie
va... tu sais, la fédération va aller dans les médias, on le dénonce, mais
personne ne s'y intéresse.
Moi,
je veux quelqu'un qui s'intéresse à ça, je pense. La fédération veut ça, puis
je suis convaincu que Mme Gagnon veut la même chose. On est tous là, là,
ça fait que je pense que c'est là qu'il faut qu'il y ait une formation, au niveau des avocats, pour comprendre,
là, que... quand il y a des jeunes, même s'ils ne peuvent pas exprimer,
il y a des notions de base que tu dois être en mesure de comprendre.
Le Président (M.
Provençal)
: Mme la
députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau :
Oh! bonjour à vous deux. Merci beaucoup d'être ici.
Mme Gagnon, vous avez
mentionné, c'était dans votre rapport aussi, que ça prend un village pour
élever un enfant, mais c'est sûr et certain
que, si on n'avait pas des femmes comme vous et des familles d'accueil, je ne
sais pas qu'est-ce qui se passerait
avec beaucoup de nos enfants au Québec. Donc, merci pour tout ce que vous
faites et les familles d'accueil, si vous pouvez transmettre le message,
je crois, de nous tous, parce que vous faites un travail incroyable. C'est vital pour le bien-être de ces
enfants-là, surtout, lorsqu'on fait face... Et on le sait, là, on en a déjà
parlé, c'est dans les médias, il y a un système défaillant concernant la
DPJ, vous en avez parlé.
Je sais que toute
cette question de... c'est dans votre mémoire, c'est une des premières
recommandations. Le transfert de pouvoirs,
responsabilités au commissaire, vous l'avez à coeur, là, on le ressent avec
beaucoup de passion, de conviction. J'ai vu que vous parlez que la CDPDJ
a tous les outils, tous les pouvoirs d'être le chien de garde. Donc, est-ce que
vous nous dites aujourd'hui qu'il a manqué à son devoir d'être le chien de
garde?
Mme Gagnon
(Mélanie) : Je vous dirais que je dois répondre à la... dire que, oui,
il a manqué et que certains dossiers auraient pu être épaulés par la CDPDJ.
Mme Garceau :
Et en termes de... parce que je sais que vous avez mentionné, à la page...
c'est la mise en contexte, qui est quand
même assez préoccupante. Et donc j'aimerais beaucoup vous entendre là-dessus.
Il y a deux sujets. «L'absence d'application ou la mauvaise priorisation
de la mise en oeuvre de ses recommandations — on parle de la commission
Laurent — cause
actuellement un tort immense aux enfants.» Qu'est-ce que vous voulez dire par
ça?
Mme Gagnon (Mélanie) : Bien, on a des enfants,
comme je vous parlais tout à l'heure... les enfants en PFAP, ils sont
lésés dans leurs droits, des listes... on le sait, les signalements à la
protection de la jeunesse, c'est quand même assez
phénoménal. Et des enfants qui... des lésions de droits, à tous les jours... je
vous dirais qu'à la fédération, on a souvent des appels, puis on
accompagne nos familles d'accueil dans... pour essayer que les droits de ces
enfants-là soient respectés. On le sait que, la fédération, on représente des
ressources, mais on a à coeur les enfants qui sont dans ces ressources-là.
Donc, c'est vraiment là-dessus, là, que je vous dirais...
Mme Garceau :
OK. Et vous parlez aussi de... «la fonction de la directrice nationale de
la protection de la jeunesse ne répond pas aux nombreux besoins et fait
ressortir l'importance, plus que jamais, de nommer un commissaire au bien-être
et aux droits des enfants.» J'aimerais vous entendre là-dessus également.
Mme Gagnon
(Mélanie) : Bien, écoutez, la directrice, je vous dirais que je n'en
entends pas souvent parler. Il faudrait qu'elle soit avant-plan, debout, hein,
pour protéger nos enfants, pour les défendre. Il me semble que c'est comme un
peu absent.
Mme Garceau :
Est-ce que vous avez... Oui?
M. Martineau
(Éric) : Juste à ce niveau-là, juste pour vous dire, pour avoir...
pour participer à différents comités, j'ai vu son nom apparaître sur un
organigramme en novembre dernier... en novembre dernier. C'est ce que je sais
qui existe à date.
Mme Garceau :
Il n'y a pas eu aucune communication avec les familles d'accueil au niveau
de... compte tenu des lacunes dans le système, les besoins criants des enfants
en... liés à la protection de la jeunesse?
M. Martineau
(Éric) : Il n'y a eu aucune prise de contact avec la fédération ou, du
moins... au moins juste pour se présenter, là.
Mme Garceau : Cette question de
représentation, la défense des droits des enfants devant les tribunaux et aussi
la représentation... Et je vous remercie, Me Martineau, pour vos
représentations à cet égard. Parce qu'on vient d'entendre Me Claveau, la
bâtonnière du Barreau du Québec, et on a posé les questions concernant est-ce
que les avocats qui représentent les enfants devraient suivre une formation,
est-ce qu'ils devraient avoir une accréditation spéciale,
tel que recommandé par la commission Laurent, surtout pour les enfants en bas
âge qui sont incapables de donner un mandat. Mais ce que vous avez souligné
aujourd'hui est quand même assez préoccupant. On l'a entendu également de
d'autres personnes lors de cette commission, que les enfants ne sont pas
représentés par leurs avocats, ils ne sont pas rencontrés. Leur voix n'est
pas... On ne les entend pas.
Donc, qu'est-ce qu'on fait pour corriger cette
situation? En soi, c'est des lésions de droit, qu'un enfant n'est pas
représenté devant les instances judiciaires.
M. Martineau (Éric) : Écoutez,
comprenez-moi bien, là, il y a quand même un pourcentage significatif aussi qui
s'y intéresse, hein? J'ai des consoeurs, des confrères qui pratiquent, là,
puis, mon Dieu, s'ils étaient tous comme ça, ça serait extraordinaire, là. Ils
sont dévoués en maudit, là, excusez-moi l'expression. Mais ce n'est pas tout le
monde, OK?
Le système, je dois vous avouer, je n'y ai pas
nécessairement pensé, là. J'aurais... Je n'ai pas réfléchi à la question puis j'hésite à me prononcer à ce
niveau-là, là. Nécessairement, une formation de base, ça, c'est certain
pour comprendre, parce qu'il y a un volet tellement clinique qui doit être
compris et maîtrisé. Sur le processus, je vous dirais, je n'ai pas nécessairement de réponse à vous donner. Je suis
convaincu, je pense, qu'il y a des gens qui pourraient proposer des
solutions à ce niveau-là, là, puis je ne veux pas non plus trop m'avancer
là-dessus... mais quand même, une formation
minimale, que ce soit dans... au niveau universitaire, des cours obligatoires.
Quand on pense qu'on s'en va, par exemple, notaire, il y a des cours qui
vont être obligatoires avant de passer à la maîtrise, est-ce qu'il y aurait la
même chose qui devrait être faite? Est-ce qu'il y aurait une espèce de
filtration? Parce qu'on va nous dire souvent : Au Barreau, vous devez maîtriser à peu près toutes les formes de droit.
Bon. Mais quand tu joues avec la vie d'un être humain versus un capital-actions, on n'est pas à la même place, tu sais.
Donc, aller faire de la représentation en jeunesse sans comprendre
nécessairement les enjeux, bien, assurément, ça ne serait pas de trop qu'il y
ait une barrière. Parce que, moi-même, je me l'ai mise intentionnellement en me
disant : Ça n'a pas de bon sens, mais ça devrait se faire. Comment? Je
n'ai pas la réponse pour vous, là.
Mme
Garceau : Mais juste pour prendre quelques paroles de Me
Claveau à ce sujet-là... parce qu'évidemment, je suis avocate, là, de 30 ans, donc le programme formation
continue, je continue à faire ces formations-là, mais il y a aussi le
code d'éthique, le code d'éthique qui fait en sorte qu'on doit rencontrer nos
clients afin de les représenter. Et donc, il y a tout le côté du code
d'éthique, mais semble-t-il que ça, ce n'est pas suffisant, s'il y a encore des
avocats qui représentent des enfants qui ne rencontrent pas les enfants afin de
bien les représenter devant les...
Donc, il y avait cette recommandation de la
commission Laurent concernant un programme, et ce serait le commissaire qui
pourrait comme élaborer, superviser, d'assurer que des avocats qui veulent
pratiquer, oeuvrer dans le domaine de la protection de la jeunesse pour
représentation des enfants seraient accrédités. Est-ce que vous seriez en
faveur de ce genre de proposition?
Mme Gagnon (Mélanie) : Moi, je pense
qu'il faut qu'il soit en connaissance de cause. Quand on doit parler à un
enfant de quatre ans qui n'est plus avec maman et plus avec papa, il y a...
c'est déjà lourd. Il faut qu'il y ait un minimum de formation pour être capable
de se mettre à la hauteur de cet enfant-là et de comprendre ses peurs. L'avocat
va le voir peut-être deux jours avant de passer au tribunal. C'est beau de voir
l'enfant, mais je vais vous ramener à dire qu'il faut qu'il voie la famille
d'accueil aussi. C'est voir l'enfant et la famille d'accueil en même temps...
Ces enfants-là, ils prennent... je vais vous dire qu'ils s'enracinent dans nos
familles d'accueil, ils prennent confiance en nous. Et, s'il y a un grand
monsieur à cravate qui arrive, assurément qu'ils ne voudront pas parler. Ils ont besoin de quelqu'un à côté d'eux pour les
rassurer. Et de dire que la famille d'accueil va être entendue avec
coco... On s'entend qu'un enfant de
10 mois, là, je ne m'attends pas à ce qu'un avocat va aller le voir, ça ne
donnera pas grand-chose, mais ma famille d'accueil, par exemple, en
aurait probablement long à dire.
• (17 h 10) •
Mme
Garceau : Bien, c'est surtout, compte tenu que vous aviez
mentionné tout à l'heure, le fait qu'il y a des intervenantes, des
intervenants de la DPJ qui ne sont pas vraiment au courant du travail que vous
faites. C'est un sérieux problème. Il
y a un manque de formation. Parce que, là, ce que vous êtes en train de dire
également, que, lors d'évaluation d'une situation d'un enfant, vous
n'êtes pas interpelé, on ne vous questionne pas, vous n'allez pas comme témoin
à la cour.
Mme Gagnon (Mélanie) : Oui, on peut
aller comme témoin à la cour, là, quand il y a déplacement. On peut aller à la cour, mais où... ce que je veux dire,
où est-ce qu'on est moins consulté... je vous dirais moins écouté,
c'est...
Je vous donne un exemple. J'ai déjà vécu... une
jeune fille de 13 ans qui nomme ne plus vouloir aller chez son parent, là. Elle le nomme : Je ne veux
plus y aller, je ne suis pas bien, j'ai peur, je ne veux plus y aller. Et qu'on
a des intervenants qui persistent à vouloir faire une preuve, et persistent, et
persistent. Et la famille d'accueil dit : Heille! ça ne marche pas,
allumez, quelqu'un, cet enfant-là est en train de développer des problèmes, il
faut que quelqu'un l'entende. Et son avocat, s'il ne l'appelle pas, il ne le
saura pas. Il faut que la famille d'accueil soit capable de lever un drapeau
rouge à quelque part et dire : Elle ne veut plus y aller, pouvons-nous la
respecter? Puis là je parle d'un enfant de
12 ans, mais il y en a, des enfants qui sont petits et qui le nomment. Et
pour qu'un enfant ne veuille plus voir son parent, là, il faut qu'il y
en ait fait quand même beaucoup. Parce que, même des enfants bien écorchés
accourent dans les bras des parents, parce que ton parent reste ton parent.
Le Président (M.
Provençal)
: M. le
député, on va faire la suite, s'il vous plaît.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Je pense que je dois le dire, la même
chose que mes collègues, là, pour ce que vous faites, tous les deux, mais quand
même, particulièrement pour les enfants, merci, fondamentalement.
Je reviens peut-être
du côté juridique, parce que vous avez quand même été très clairs, là, sur
certains aspects. J'aimerais ça qu'on
revienne sur la charte des droits des enfants. Qu'est-ce que ça change, de
manière substantive, qu'on l'ait ou qu'on ne l'ait pas, cette charte-là?
Demain matin, là, on l'adopte. Qu'est-ce que ça va changer?
Mme Gagnon
(Mélanie) : Bien, j'ose espérer qu'elle va être appliquée et respectée
en belle et due forme. C'est ça que ça va changer.
M. Cliche-Rivard : En ce moment, ça
ne l'est pas. Les droits qui sont consentis ne sont pas respectés.
Mme Gagnon
(Mélanie) : Je vous dirais que certains... certaines fois,
probablement.
M.
Cliche-Rivard : OK. C'est une question de message, c'est une question
que... vous espérez qu'une fois qu'on adopte ça...
Mme Gagnon (Mélanie) : Bien, comme Me Martineau
l'a dit, réaffirmer... Le peuple québécois, en majorité... il faudrait
que ce soit placardé haut et fort, c'est quoi, les droits des enfants. Ça
serait une bonne affaire, qu'ils le comprennent et qu'ils le sachent.
M. Cliche-Rivard : Puis que vous, vous avez de la misère à comprendre qu'une
recommandation aussi claire de Mme Laurent n'est pas dans ce projet
de loi là, c'est difficile à comprendre.
Mme Gagnon
(Mélanie) : Oui, parce que, pour nous, le droit des enfants est
fondamental.
M. Cliche-Rivard : Avez-vous la même
position sur la Convention internationale des droits de l'enfant? Que le
Québec ne l'ait pas intégré, ça, dans son...
que ce ne soit pas applicable officiellement, est-ce que c'est le même
problème?
M. Martineau
(Éric) : ...je ne me souviens pas le numéro du décret, là, mais il est
dans le préambule de la Loi sur la protection de la jeunesse, là. Je ne veux
pas nécessairement...
M. Cliche-Rivard : Moi, ce qu'on m'explique,
c'est qu'on s'est déclaré lié, mais qu'on n'a jamais, finalement, fini
le travail de ratifier puis de l'intégrer dans notre droit interne québécois.
Il y a un professeur, qui est venu hier, qui nous en a parlé, que c'était
probablement un problème puis qu'on pouvait le régler aujourd'hui dans ce
projet de loi là. Avez-vous une position là-dessus?
M. Martineau (Éric) : Si c'est un professeur qui
le dit, j'aurais tendance à vous dire qu'il faudrait le réaffirmer
clairement.
M.
Cliche-Rivard : Mais, du même côté, ça viendrait rajouter un cadre
supplémentaire pour réaffirmer le droit des enfants.
M. Martineau (Éric) : Bien, ça
l'uniformiserait... ça va l'universaliser dans le sens qu'en le mettant dans
une charte qui a une valeur supralégislative versus le mettre dans une loi
particulière, qui est la LPJ, à mon avis, ça aurait une plus grande force, là, effectivement. C'est clair que ça viendrait
l'encadrer, parce que, même dans des débats autres, qui sont en lien,
par exemple...
Je ne veux pas partir
sur des grandes histoires, mais il y a des... il y a des débats actuellement
qu'on vit, dans le cadre de la LRR actuellement,
puis qu'on a eu à débattre, justement, l'intérêt de l'enfant sur les
modifications, puis évidemment, c'est clair... ou des débats
administratifs en lien avec les PFAP, qu'on veut faire reconnaître, bien, c'est
évident que ces choses-là, en étant en droit interne, ça faciliterait les
choses, pour tout vous dire.
Bien,
oui, on présume... Je ne veux pas rentrer dans le débat juridique, mais qui est
présumé intégrer dans le droit interne,
dans l'interprétation. Donc, si on vient le réaffirmer, ça clarifierait les
choses. Ça mettrait, à mon avis, la charte au coeur des décisions... pas
la charte, mais la convention relative aux droits des enfants, puis ça
forcerait effectivement les décisions des tribunaux à non seulement ne pas
juste s'en servir au niveau interprétatif, mais vraiment venir dire : Non,
c'est du droit interne, puis on affirmerait avec force... Oui, ça renforcerait.
Ça fait qu'à cet égard je dirais oui, de le mettre dans la charte relative aux
droits de l'enfant, absolument, là.
M. Cliche-Rivard : La charte relative aux
droits de l'enfant, vous voulez qu'elle ait un statut quasi
constitutionnel, là. Ce n'est pas juste une loi comme une autre. Il faut
qu'elle ait un volet supralégislatif quand même.
M. Martineau
(Éric) : Bien, je pense que, par la charte québécoise, le problème,
c'est un petit peu... c'est de mettre le
regard sur... oui, supralégislatif. Je pense que, par la force des choses...
Mais vous comprenez qu'on est dans l'interprétation puis on est obligés
de faire cet exercice-là, mais, pour le commun des mortels, ce n'est pas le
cas. Moi, je pense qu'il faut le faire puis
peut-être l'élargir, absolument. Puis en intégrant la convention relative aux
droits de l'enfant, mon Dieu, je pense que ça... ça serait extraordinaire, là.
Le
Président (M. Provençal)
: Merci
beaucoup. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Merci, M. le Président.
Me Martineau, Mme Gagnon, merci beaucoup de votre témoignage,
votre mémoire, et, Mme Gagnon, votre
engagement non seulement, là, avec tous les enfants dont vous avez pris la
responsabilité, mais également tous les
comités sur lesquels vous siégez depuis des années, là, dans notre région de l'Est-du-Québec, la Côte-Nord,
la Gaspésie. Bravo! Parce que je ne sais pas comment vous faites. D'ailleurs,
vous avez parlé de 11 enfants. Quand vous sortez avec 11 enfants, là, en
même temps, là, vous êtes... vous avez la charge de 11 enfants, c'est bien
ça?
Mme Gagnon
(Mélanie) : À une certaine époque, oui.
M.
Arseneau : À une certaine
époque, d'accord. Dites-moi, on comprend bien aussi, là, votre appel à
l'action puis votre espèce de cri d'alarme pour que... pour qu'on agisse et que
les pouvoirs de la CDPDJ soient transférés au commissaire. Qu'est-ce qui vous
fait penser que, si on n'a pas réussi avec la CDPDJ, qu'on va réussir avec le commissaire? Parce qu'on a parlé, tout à l'heure,
de pénurie de main-d'oeuvre. On imagine bien que, si on transfère les pouvoirs de l'un à l'autre, bien, il y a
probablement des transferts d'employés aussi. Je ne sais pas... Est-ce qu'il
est mieux de transférer les pouvoirs ou... en fait, c'est la question
que je me pose... ou transformer la façon de faire actuelle?
Mme Gagnon (Mélanie) : Écoutez, moi, je crois...
Je vous l'ai dit dans mon mémoire, c'est écrit de transférer les
pouvoirs. Je suis convaincue car ils vont être dédiés que seulement à
l'enfance. C'est vraiment là, à la jeunesse. C'est vraiment... C'est de
faire... J'avais une discussion avec une collègue, puis, tu sais, on parlait
qu'il y a bien des années la CDPDJ a eu le droit à l'enfance et qu'on avait
peur, justement, que les enfants soient laissés, voilà 30 ans, là. Hier,
j'écoutais Me Mylène Leblanc, qu'elle disait : Il y a 30 ans, on
avait peur que nos enfants soient laissés de côté avec cette loi-là, à la
CDPDJ. Et malheureusement, aujourd'hui, 30 ans plus tard, on est devant le
fait.
Est-ce... Comme Me
Martineau disait, on n'attendra pas encore 30 ans. C'est assez, là. Ces
enfants-là ont des droits, c'est... l'avenir
de demain, c'est les enfants. Puis oui, en tant que de la fédération, je vous
parle des enfants de la protection de
la jeunesse. C'est souvent eux qui ont de besoin, parce que l'enfant qui vit
dans une famille bienveillante, est tout bien, n'aura pas besoin du
commissaire. Ça va être vraiment les enfants de la DPJ. Je pense qu'ils ont
assez payé longtemps. C'est maintenant le temps d'être en action, je pense,
pour ces enfants.
M. Arseneau :
Oui, c'est ça. Donc, vous tirez un trait sur le rôle de la CDPDJ et puis
vous souhaitez autre chose, j'ai bien compris ça.
Maintenant,
j'aimerais parler un petit peu... Vous avez... Brièvement, il me reste quelques
secondes, vous avez parlé de la prévention, puis ce que j'ai compris,
c'est que c'est bien beau la prévention, mais on est dans une situation de crise puis... Bon, oui, la
prévention, mais il y a des actions beaucoup plus importantes, rapides,
concrètes, présentes à mener. C'est ça? Vous n'êtes pas contre la prévention,
évidemment, mais l'urgence, c'est...
• (17 h 20) •
Mme Gagnon
(Mélanie) : La prévention est toujours bien, mais, pour le moment, on
est dans une... dans la crise d'agir pour
ces enfants-là. Je vous l'ai dit, ça fait 30 ans qu'ils attendent. Ce
serait le temps qu'ils arrêtent d'attendre.
M. Martineau
(Éric) : La prévention devra toujours être là, là, qu'importe, mais je
pense que la globalité des choses, c'est dans le pratique, dans l'action. Il y
aura toujours du roulement au niveau d'enfants qui sont placés par la DPJ, puis
le gros du problème est là. Ça fait que c'est un petit peu dans ce sens-là.
M. Arseneau :
En termes de priorités, c'est là que vous voyez les efforts à mettre.
M. Martineau
(Éric) : Une priorité, mais de constance. Ça demeurera quand même,
malgré la prévention.
M. Arseneau :
Merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Alors,
merci beaucoup, M. le député. Je tiens à remercier Mme Gagnon et M. Martineau pour, entre autres, des témoignages
que vous nous avez donnés et pour votre collaboration à nos travaux,
pour qu'on puisse livrer un meilleur produit fini. Merci beaucoup. Je vous
souhaite une bonne fin de journée.
Je suspends les
travaux pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à
17 h 21)
(Reprise à 17 h 26)
Le Président (M.
Provençal)
: Alors,
nous allons poursuivre nos travaux avec...
Des voix : ...
Le Président (M.
Provençal)
: Il n'y a
pas de problème. Je pense que les travaux débutent avec le Collectif ex-placé
DPJ. Alors, je veux vous dire, là, soyons calmes, parce que je sens une
certaine nervosité puis je veux que vous soyez très à
l'aise. Dites vous que vous êtes juste les trois puis vous échangez ensemble.
Alors, ça... tout va bien se dérouler. Prenez votre temps. Il n'y a pas de
problème. Par contre, je suis obligé de vous dire que vous avez 10 minutes
pour votre présentation d'abord.
Des voix : ...
Le Président (M.
Provençal)
: Mais
compte tenu que c'est moi qui gère le temps, on verra. Alors, je vous cède la
parole.
Collectif ex-placé DPJ
Mme Côté-Guimond
(Jessica) : Alors, merci de nous accueillir. Je me présente, Jessica
Côté-Guimond, je suis ex-placée et directrice du collectif et aussi
co-fondatrice.
Donc, le Collectif
ex-placé DPJ a été initié par d'anciens jeunes placés. Fondé le
13 septembre 2022, le collectif est un
groupe formé de jeunes et d'adultes ayant reçu des services de la protection de
la jeunesse ainsi que de leurs
alliés. Sa mission première est de mettre en lumière et de rendre publics les
enjeux criants rencontrés par les enfants suivis par la DPJ et les jeunes suivis sur le système de justice pénale
pour adolescents. Le collectif répond aux besoins des jeunes qui sont ou ont été suivis en protection de
la jeunesse. Il facilite la prise de parole et la mobilisation des ex-placés
en offrant aussi différentes activités de
prévention, d'éducation, de soutien et d'accompagnement aux jeunes
majoritairement de 14 à 35 ans.
Les services offerts par le collectif sont largement inspirés des modèles
d'associations d'entraide existant en France, tels que les Repairs! ou
les ADEPAPE, ainsi que les autres provinces canadiennes.
Le
collectif tient aujourd'hui à intervenir dans le cadre de la commission
parlementaire sur le projet de loi n° 37
concernant la création du poste de Commissaire au bien-être et aux droits des
enfants. Nous sommes évidemment heureux de
voir que le gouvernement a mis de l'avant une des recommandations de la
commission Laurent. D'ailleurs, ce sont
des ex-placés membres du collectif qui ont ouvert les audiences publiques de
cette commission et l'instauration d'un commissaire au bien-être et aux
droits était une de nos principales demandes. Donc, nous pouvons vous
remercier.
Bien que le projet de
loi soit un pas dans la bonne direction, nous souhaitons tout de même affirmer
qu'il y a certaines modifications qui
doivent être nécessaires. Nous croyons que certaines clarifications
permettraient d'adopter une loi qui répondra réellement à son but
premier, soit de promouvoir le bien-être des enfants et surtout le respect de
leurs droits, veiller évidemment à l'intérêt supérieur des enfants.
Dans les échanges
avec nos membres concernés, trois enjeux principaux ont été soulevés, lesquels
mes collègues discuteront avec vous
également. Le premier est en lien avec les rôles et fonctions de la CDPDJ, la
deuxième étant en lien avec les rôles et fonctions de ce futur commissaire et,
enfin, des liens en préoccupation, là, avec la participation des jeunes au sein
de ces comités que vous appelez consultatifs.
• (17 h 30) •
Nous sommes préoccupés
par le fait que la Commission des droits de la personne, la CDPDJ, maintienne
les mêmes fonctions et pouvoirs. Nous croyons qu'un profond changement de
culture et une meilleure priorisation des dossiers doivent être visés, et ce,
peu importe la répartition des rôles et des pouvoirs.
D'ailleurs, je tiens
à souligner qu'il y a une étude, on vous a amené une copie, si vous voulez la
consulter, de Mme Valérie Costanzo et
Mme Mona Paré qui conclut, et je cite : «Les recours en lésion de
droits ne fait pas le poids pour rééquilibrer les rapports de force
inégaux entre les familles et la DPJ et qu'ils ne pallient pas les problèmes
d'ordre structurels du système de protection de la jeunesse.» Nous devons
souligner que peu importe l'instance qui aura
la responsabilité de défendre et faire respecter les droits des enfants, nous
devons nous assurer d'octroyer le budget conséquent pour lui permettre
d'accomplir réellement ses fonctions, les moyens financiers et humains pour
faire une promotion, une sensibilisation et une vraie défense de droits. Nous
devons également nous assurer d'une formation obligatoire et systématiquement
offerte à tous les intervenants concernant les droits des usagers afin de
prévenir des lésions de droits.
Nous
rappelons tout de même que la recommandation de la commission Laurent est de
transférer aux commissaires les pouvoirs et responsabilités de la CDPDJ
ainsi que les ressources afférentes. Si la CDPDJ souhaite maintenir ses
fonctions actuelles, nous sommes d'avis que la CDPDJ doit davantage prendre les
moyens légaux pour que soient corrigées les
situations où les droits des enfants sont actuellement lésés et ordonner des
mesures, entre autres, de paiement en dommages et intérêts quand il y a
des enjeux de lésion de droits. Aussi, nous croyons que la CDPDJ devrait offrir
des services juridiques et de médiation aux jeunes qui reçoivent des services
en vertu de la LPJ ou de la LSJPA. En comparaison, le défenseur de l'Alberta a
le mandat, lui, d'offrir des services juridiques aux jeunes recevant de ses
services. Nous sommes également d'avis qu'elle devrait offrir la formation
obligatoire sur les droits de la jeunesse auprès des futurs intervenants et
professionnels, incluant évidemment les avocats.
Je cède la parole à
ma collègue pour la suite.
Mme Chénier-Richard (Karolane) : Bien,
je m'appelle Karolane Chénier-Richard, je suis une ex-placée, j'ai été placée en Abitibi-Témiscamingue en famille
d'accueil et je suis coordonnatrice du Collectif des ex-placés de la
DPJ.
Donc, tout d'abord,
il y a une préoccupation énorme, là, sur la priorisation des dossiers puisque
le mandat du commissaire est trop large. La commission Laurent stipule qu'il
faut accorder une priorité aux jeunes en contexte de vulnérabilité. Cette préoccupation
est liée à son rôle de vigie. Bien qu'il soit important d'analyser l'état du
bien-être des jeunes dans l'ensemble du Québec, il y a une importance qu'on
surveille l'état des enfants, des jeunes et des jeunes
adultes en contexte de vulnérabilité. Par exemple, il y a une différence entre
l'anxiété de performance dans les écoles privées ou le suicide dans les centres
jeunesse.
Les jeunes placés
sont victimes de l'intersectionnalité de plusieurs facteurs de risque qui se...
et qui cumulent plusieurs facteurs de
vulnérabilité. Il est important d'évaluer les services offerts pour... afin
d'apporter des recommandations. Le commissaire doit avoir le pouvoir et
être imputable d'apporter des correctifs législatifs. Un mécanisme de reddition
de comptes doit être mis en place pour assurer un suivi de recommandations qui
permet d'agir en amont pour les jeunes en contexte de vulnérabilité.
Il
y a un enjeu concernant le possible chevauchement des fonctions du commissaire
avec les autres institutions telles que la commission des droits de la
personne et de la jeunesse ou ceux qui s'occupent des lésions de droits. Nous croyons qu'il serait judicieux de préciser
les rôles des instances existantes qui vont collaborer avec le
commissaire pour... afin de réduire la confusion sur les pouvoirs de chacun des
acteurs. Il est également important de mettre en place des ententes claires entre les partenaires pour... afin d'assurer
que la divulgation de renseignements confidentiels, la transmission
d'informations, est essentielle pour défendre adéquatement les droits des
jeunes.
Il y a une
préoccupation par rapport aux moyens pour favoriser l'accès aux ressources.
Selon la commission Laurent, l'accessibilité
aux ressources est très difficile puisqu'ils sont rarement connus des jeunes et
des familles. Il y a des enjeux d'être en mesure de s'orienter dans les
différentes instances, vu la complexité des processus, pour avoir accès à ces
ressources. Il y a aussi une préoccupation que le commissaire puisse assurer
ses rôles avec toutes les ressources nécessaires et assurer un accès équitable
partout au Québec. Je vais céder la parole à ma collègue.
Mme Laliberté
(Emily) : Bonjour. Je me présente,Emily Laliberté, idéatrice et
coordonnatrice des projets Porte-voix et Droit de cité, deux initiatives à
caractère social visant l'inclusion, la pleine participation, la défense des droits et le rayonnement des voix des jeunes placés
en protection de la jeunesse sous la Loi sur le système de justice
pénale pour adolescents, ainsi que les jeunes adultes ayant une expérience de
placement, comme les membres du Collectif ex-placé DPJ que j'ai le privilège
d'accompagner aujourd'hui.
Depuis 2012, je
développe des stratégies de médiation favorisant le développement de la pensée
critique et le renforcement du pouvoir
d'agir de communautés hautement marginalisées. Par l'animation d'activités de
libre expression, d'analyse sociale, la création d'oeuvres percutantes,
j'ai accompagné la prise de parole de plus de 200 jeunes issus des
services de la DPJ. C'est pourquoi je souhaite m'exprimer sur la place qui est
faite à leur participation dans ce projet de
loi. Je vais me concentrer sur la composition du comité consultatif et les
facteurs de réussite soutenant la pleine participation des jeunes les
plus vulnérabilisés dans ce type de démarche.
Bien que le projet de
loi indique que le commissaire devra recueillir les préoccupations et les
opinions des enfants, celui-ci ne priorise
malheureusement pas actuellement les enfants les plus vulnérables de notre
société, tel que le préconise le
rapport de la commission Laurent et celui du Comité des droits de l'enfant de
l'ONU au sujet d'instances similaires. Je cite : «Ce type de
commissaire devra adopter une démarche proactive pour rejoindre
particulièrement les enfants de groupes en situation de vulnérabilité,
notamment les jeunes placés en protection de la jeunesse, les communautés
ethnoculturelles et autochtones», ce à quoi nous ajoutons également la prise en
compte d'autres facteurs de discrimination,
tels que la classe sociale, la diversité capacitaire, l'orientation sexuelle et
l'identité de genre dans la
composition du ou des comités consultatifs qui seront créés afin de bien
visibiliser... l'intersectionnalité, pardon, des problématiques vécues.
Considérant
que la Loi sur la protection de la
jeunesse reconnaît déjà à l'enfant le
droit d'être informé, consulté et entendu, mais que des facteurs structurels
nuisent à cette participation, comment pouvons-nous nous assurer qu'il en sera
autrement pour le comité consultatif? Comme nous avons pu le voir dans certains
comités jeunesse récemment, il y a un risque important d'instrumentalisation,
si les conditions optimales à la participation ne sont pas réunies, des
conditions opérationnelles, telles qu'un budget prenant en compte la
rémunération des jeunes, le remboursement de leurs frais de transport, de
repas, les outils numériques adaptés à cette participation-là, et des
conditions humaines soutenant leur réussite,
telles que des espaces sécuritaires de partage et un accompagnement adapté à
toutes les étapes, incluant la
socialisation à la participation, l'information vulgarisée et le partage des
expertises requises, ce qui implique, notamment, que les enfants et les
jeunes soient informés sur les enjeux, en mesure de croiser les informations
afin de développer leur propre opinion, d'émettre des recommandations éclairées
et que celles-ci soient sérieusement prises en compte par le commissaire.
Actuellement,
la défense et la promotion... la promotion et le renforcement des droits de la
jeunesse se trouvent principalement dans les mains d'adultes concernés
plutôt qu'entre les leurs, ce qui a une influence majeure sur leur développement, le sentiment de contrôle sur leur
vie ainsi que sur leur pleine participation à la vie démocratique par la
suite. À notre sens, le soutien adéquat à
leur participation au sein du ou des comités consultatifs, ainsi qu'une
véritable prise en compte de leur expertise, contribuera en lui même au
bien-être des enfants, des jeunes et de leurs familles ainsi qu'à un plus grand
respect de leurs droits.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors,
sur ce, M. le ministre, je vous invite à faire la première intervention.
M. Carmant : Oui,
merci beaucoup, M. le Président. Merci pour cet exposé, qui était très clair, à
vous trois.
La première question qui se pose, c'est : Comment le
commissaire va rejoindre les jeunes, particulièrement les plus vulnérables?
Comment vous voyez ça?
Mme Chénier-Richard
(Karolane) : Bien, en fait, c'est que, selon nous, tu sais, comment
ils vont permettre ça, en fait, c'est qu'il
va pouvoir aussi assurer une certaine accessibilité au niveau des services,
puisque, tu sais, comme je l'ai mentionné... en fait, c'est que les
services ne sont pas connus, en fait. Donc, un des rôles du commissaire, c'est de permettre une certaine accessibilité. Ça fait
que... en fait, c'est de justement aussi faire en sorte que les jeunes
puissent être informés de leurs droits, être informés des recours qui existent,
parce qu'en fait, ce n'est pas quelque chose qui est fait dans les... en fait,
même à ce jour, il y a plein de jeunes qu'on a rencontrés qui ne savent même
pas qu'ils ont le droit à être informés, à être accompagnés. Puis ça, je crois
que c'est très problématique.
Donc, je
crois qu'un commissaire qui va être principalement juste pour les jeunes, les
enfants, tout ça, même les jeunes adultes, va permettre de, justement,
se concentrer sur cet enjeu-là puis pouvoir les accompagner de façon plus
adéquate, parce que je crois qu'on a failli un peu à cette responsabilité-là
qu'on avait envers nos enfants, les enfants du Québec. Ça fait que je crois que
ça va permettre ça.
• (17 h 40) •
M. Carmant : Mais vraiment,
pratico-pratique, sur le terrain, est-ce que vous avez réfléchi à ça?
Mme
Côté-Guimond (Jessica) : En fait, si je peux aller en complément, là, je
pense qu'il y a des défis, effectivement, au niveau géographique, de s'assurer vraiment d'avoir des bureaux de
commissaire dans chacune des régions et
de mettre en place des comités, non pas consultatifs... je trouve que c'est
très important. Le mot «consultatif jeunesse» est un peu problématique
pour nous. Si on veut faire de la réelle participation citoyenne, il ne faut
pas tomber dans de la unique consultation. On parle de participation, donc il y
a une échelle, hein, de participation. C'est important de prendre les bons
termes.
Donc, le fait
d'avoir des comités jeunesse dans chacune des régions va aussi permettre de
faire connaître ces... les services qui sont offerts aux enfants. Ça
peut être de différentes façons, là, je veux dire, avec les médias sociaux
d'aujourd'hui, avec des affiches. J'entendais, hier, là, le protecteur de
l'élève dire qu'il a mis des affiches dans toutes les écoles du Québec. Peut-être qu'on peut nuancer les choses. J'ai deux
enfants, ils n'ont jamais eu connaissance de ce protecteur-là, mais, tu sais, je pense que c'est effectivement très
important de les faire connaître. Mais le sous-financement de la
CDPDJ... en 1995, il est venu amener ces enjeux-là, importants, au niveau
géographique, là. C'est écrit dans la commission Laurent que de réduire leurs
budgets a eu des impacts sur les services en région.
Donc, c'est
très, très important, là, pour nous, qu'on rende ça accessible et puis... par
tous les moyens nécessaires aussi, parce qu'on parle de fracture
numérique, en centres jeunesse, des jeunes qui n'ont parfois même pas accès à
un téléphone ou que leurs intervenants leur
empêchent d'appeler ou vérifient le numéro qu'ils appellent. Donc, il y a des
enjeux au niveau de la confidentialité des communications, le droit à des
communications confidentielles avec la CDPDJ, qui sont un droit qui est énormément lésé en protection de
la jeunesse. Donc, pour faire connaître, il faudrait différents moyens,
là, entre autres, pour que ça soit accessible, mais une ligne directe, ça
serait une base, tu sais, un numéro direct.
Mme
Laliberté (Emily) : Moi, je pense, de mon humble avis et de la place
dont je parle de... c'est la seule... le seul endroit d'où je peux
parler, moi, ce que j'ai vu sur le terrain, c'est vraiment des enjeux
d'opérationnalisation. Parce qu'en ce moment, on fait un projet qui s'appelle
Droit de cité. Avec ce projet-là, en fait, on a, nous, reçu de la formation de
la CDPDJ, on s'est informés sur nos droits, on a discuté, on a échangé, puis
les histoires qui nous sont partagées, ce ne sont que des histoires de lésions
de droits. Donc, les jeunes, quand qu'ils apprennent qu'ils ont ces droits-là,
constatent qu'ils ont eu des lésions de droits dramatiques qui ont eu des
impacts sur leur vie au quotidien.
Donc, moi, je m'explique mal, alors que, dans la
loi.. moi, là, personnellement, le texte législatif, là, de la Loi sur la protection de la jeunesse, il me convient. C'est qu'on ne l'applique pas.
Donc, il y a... pour moi, il y a un noeud quelque part au niveau de
l'opérationnalisation, au niveau des budgets, au niveau des ressources
humaines, au niveau des ressources numériques, justement. Remettre une fiche à
un enfant avec trois, quatre dépliants dedans, quand qu'il vient de sortir d'une situation traumatisante dans
son environnement, ce n'est pas une manière d'informer. Tu sais, pour moi, la responsabilité de l'information, c'est que
l'enfant, il doit comprendre qu'est-ce qui se passe, puis comprendre, ça
veut dire, bien, de comprendre les
modalités, les codes. Juste pour nous, venir ici, aujourd'hui, tu sais, c'est
quand même... il y a des codes, il y
a un décorum. Tu sais, la participation, ça implique qu'on se mette au niveau
de la personne, qu'on soit à l'écoute de ses besoins, qu'on lui donne
les informations puis les moyens de prendre des décisions éclairées.
M. Carmant : Oui. Puis j'aime
beaucoup le concept, là, de comités consultatifs ou... ça, on verra le nom, là,
régionaux, parce que je me disais : Tu sais, à un moment donné, c'est
quoi, la taille idéale? Tu sais, pour bien travailler,
ce serait... Tu sais, vous, est-ce que vous avez une petite idée, dans votre
expérience, là, tu sais, de la taille du groupe? Surtout si on inclut des gens plus vulnérables qui sont moins,
peut-être, portés à aller de l'avant, tu sais, comme... Comment vous
voyez ça, vous?
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien,
si je peux me permettre, vous complémenterez, là...
Mme Laliberté (Emily) : Vas-y,
vas-y.
Mme Côté-Guimond (Jessica) : En fait,
je crois que c'est important d'avoir des groupes, comme je disais, régionaux
puis que le... au niveau provincial, ce soient des représentants des
différentes régions qui siègent au niveau provincial pour permettre les
échanges, de permettre aussi d'avoir des jeunes un peu plus âgés, hein,
aussi... qui doivent siéger sur ces comités-là, parce que, là, on le voit dans
la loi, ici, vous arrêtez à 25 ans.
C'est quoi, la jeunesse,
la définition de la jeunesse, au Québec? Je ne suis pas certaine que vous arrêtez
à 25 ans dans votre définition. On fait juste regarder avec le Secrétariat
à la jeunesse, on va jusqu'à 30; au fédéral, 35 ans. Il faudrait qu'on se
pose tout de suite cette question-là. Je ne crois pas que d'arrêter à
25 ans, c'est une bonne chose. Mais les comités... des comités jeunesse,
là... vous êtes en train de me déformer, mais les comités jeunesse, qui ne
seront pas juste de la consultation, justement, nécessitent une préparation en
amont, nécessitent des outils, nécessitent une reconnaissance, une adaptation
aussi, parce que c'est souvent des rencontres qui vont avoir lieu en soirée. Si on a des rencontres, par exemple, sur
Zoom, est-ce que les jeunes ont accès à de l'équipement technologique?
On le voit un peu avec le nouveau comité que
vous avez instauré, là, avec Mme Lemay, il y a des enjeux importants. Les jeunes de nos comités qui sont sur
ce comité-là nous disent : On se sent instrumentalisés, on a
l'impression que c'est qu'uniquement de la consultation. Par exemple, là, on
leur a présenté le projet de loi n° 37 le soir, et le lendemain matin, on le déposait à l'Assemblée nationale. Donc, à quel
point leur voix, leur parole, leur prise de parole est prise en considération? Ils se sont sentis juste consultés,
et, encore là, c'était pratiquement juste de l'information. Donc, c'est très
important, là, qu'on se penche vraiment sur les modalités de participation et
puis d'avoir des techniques, comme Emily nous a amenées, des techniques de médiation en utilisant l'art, en
utilisant différents médiums pour faciliter l'expression.
Quand on va chez les tout-petits, par exemple,
je vous citerais les travaux de Mme Vicky Lafantaisie, qui a développé toute
une boîte d'outils pour faciliter la participation des tout-petits. Il y a des
gens, des chercheurs, qui se spécialisent
sur la participation jeunesse. C'est important, là, de les mobiliser.
D'ailleurs, ils sont très mobilisés autour des projets d'aires ouvertes,
entre autres choses. Donc, il y a toute une communauté qui est là, qui est
existante, qu'on peut mobiliser aussi pour mieux faire les choses.
Mme Laliberté (Emily) : ...vous
parliez... je veux juste compléter. Vous parliez de taille du comité, là. Moi,
ça fait 15 ans que je fais ça, là, puis, mettons qu'avec toute
l'intersectionnalité des enjeux, là, au lieu... au-delà de 15 jeunes
autour d'une même table, il faut vraiment être très compétent pour arriver à
faire ça. Mais le bout qu'on ne parle pas...
on parle de nombre, mais j'aimerais ça quand même souligner au niveau de la
composition, parce que le projet de
loi, actuellement, là, il est extrêmement large, hein? On a entendu plein de
gens parler, hier, des enjeux, par exemple, du temps d'écran qui... je ne dis pas que ce n'est pas un enjeu, mais,
quand on pense qu'il y a des enfants qui ont... qui vivent des lésions
de droits actuellement, tu sais, pour moi, la balance, là, elle est facile à
faire en termes de priorité.
Donc, d'avoir
les voix des personnes, les jeunes, les plus marginalisées autour des tables
sur les enjeux qui les concernent, pour moi, c'est absolument essentiel.
Puis ça, ça veut dire qu'il ne peut pas y avoir un comité qui va être composé
d'une personne autochtone, d'une personne racisée, d'une personne LGBTQ+, qui
va avoir toute la charge de porter le nom de toute sa communauté. Ce n'est pas
ça. Il va falloir avoir des espaces de véritables prises de parole,
informations, discussions pour arriver à des... voyons, j'ai de la...
Une voix : ...
Mme Laliberté (Emily) : Consensus,
merci, communs pour être capable, par la suite, que, par groupes, elles expriment des recommandations qui soient vraiment
prises en compte. Puis moi, c'est mon ajout personnel, j'aimerais bien
qu'on documente ça, donc, qu'on documente si les recommandations des jeunes,
des enfants, puis leurs prises de parole, vraiment, fait une différence, puis
qu'on ne fait pas ça juste dans un projet de loi, de manière cosmétique.
M. Carmant : Peux-tu élaborer un peu
plus sur la représentativité? Je ne suis pas sûr que j'aie bien compris.
Mme Chénier-Richard (Karolane) : Bien,
en fait, c'est de prendre plusieurs groupes de personnes, que ce soient des personnes, tu sais, justement,
autochtones, racisées ou personnes LGBTQ+ ou autres, puis, en fait,
d'assurer un lieu d'échange, tu sais, que ce ne soit pas juste, tu sais, de la
consultation, mais qu'on prenne réellement en compte ce qu'ils... qu'est-ce
qu'ils ont à dire, tu sais.
Je veux dire, de ma part, je pense, tu sais,
d'avoir justement eu la chance, peut-être, dans le passé, d'avoir participé à
ce genre d'échange là aurait fait en sorte que j'aurais pu me sentir mieux
écoutée. J'aurais pu aussi penser que j'ai quelque chose à apporter, j'ai
quelque chose à... tu sais, j'ai un pouvoir, puis, en fait, ce pouvoir-là, on
ne me l'a pas laissé. Donc, c'est sûr que je crois que c'est une priorité de
laisser la place aux jeunes dans ces comités-là.
• (17 h 50) •
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Rapidement,
en complément, là, peut-être, tu sais, par exemple, le collectif est un organisme communautaire, il pourrait y
avoir un représentant du collectif pour porter la voix des ex-placés
dans ce comité national là. Il pourrait y
avoir aussi des jeunes issus du Mouvement Jeunes et santé mentale. Je veux
dire, il y a déjà beaucoup d'organisations communautaires qui existent,
le Regroupement des Auberges du coeur, la Coalition Interjeunes, bref, je ne
vais pas toutes les nommer ici, mais on collabore avec eux. Il y a des grandes
consultations jeunesse qui sont faites par la Coalition Interjeunes.
D'ailleurs, on a souvent sollicité des députés pour venir à ces grandes
consultations là, et la réponse n'est pas très élevée non plus.
Donc, tu
sais, c'est de voir aussi quelles sont les instances, les groupes qui existent
déjà, qui ont une préparation en amont, qui peuvent échanger de manière
collective sur leurs enjeux propres, pour, après ça, aller porter la voix de
leurs groupes, là. Donc, c'est un petit peu ça qu'on voit, en fait.
Mme Laliberté (Emily) : Ce qu'on
dit, c'est que les personnes concernées... en une seconde, c'est que les
personnes concernées sont les meilleurs experts, expertes de leur condition,
c'est ça qu'on dit, sur tous les plans. Donc, c'est de mettre des groupes de gens qui se
ressemblent, qui vont vivre... comme on le fait, là, avec Porte-voix ou
comme on l'a fait avec Droit de cité, rassembler ensemble des personnes qui
vivent des enjeux communs puis leur faire trouver des pistes de solution.
L'analyser ensemble, c'est extrêmement porteur.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Bonaventure.
M. Carmant : Je passe la parole,
oui. Merci beaucoup, hein, je pourrais continuer.
Mme
Blouin : Merci. Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour à
vous trois. Merci d'être avec nous aujourd'hui.
Une fois
qu'on va adopter ce projet de loi là, l'Assemblée nationale va procéder à la
nomination du nouveau ou de la
nouvelle Commissaire au bien-être et aux droits des enfants, et je me
demandais, en fonction de votre expérience, ce seraient quoi, les
aptitudes, la formation ou encore les compétences que devrait avoir cette
personne-là, le profil recherché, dans le fond, pour une fonction si importante
pour nos enfants?
Mme
Côté-Guimond (Jessica) : Bien, dans notre mémoire, là, à la page 4, vous
avez quelques recommandations, là. Je pense qu'on... je pense qu'on
pense, ça... On pense des choses, mais il faudrait, au minimum, je crois, une dizaine d'années d'expérience sur le terrain, à
mon humble avis. Je pense aussi qu'une personne issue du milieu du droit
pourrait être une personne intéressante, considérant qu'on est dans les enjeux
de droits, donc il y a une importance de bien interpréter la loi. Après, ça
n'exclut pas, là, évidemment, que des gens, là, qui ont de l'expérience terrain
pourraient aussi être compétents, là, évidemment, mais, tu sais, je pense à des
gens qui ont déjà été Protecteur du citoyen, protecteur de l'élève, ont déjà
une expertise dans les enquêtes, dans la promotion, bref.
Après, ça dépend vraiment aussi, là... parce
qu'hier, à force d'écouter les audiences, je comprends que vous allez vraiment
dans une optique de prévention puis un peu moins de défense de droits, là.
C'est plus une promotion des droits, plutôt qu'une défense de droits, donc, il
y a peut-être ici, là, des questions à avoir.
Mais une chose qui est importante, qu'on
souligne ici, c'est que nous, on n'est pas en accord, en fait, que ce soit nommé par le premier ministre. Ça, je crois
que c'est une chose qui est importante à souligner. Et, si on se compare
encore une fois avec l'Alberta, ils ont mis sur pied un comité d'analyse de
sélection des candidatures. Donc, on demande,
là, en fait... un peu comme le commissaire adjoint, il y a eu des discussions,
là, à savoir, il faut que vous alliez rencontrer les différentes
communautés autochtones et inuites pour pouvoir choisir qui va être nommé,
bien, on demande, en fait, la même chose,
là. Demandez à des... aux gens de la société civile de créer, vraiment, un
comité, là, d'analyse des sélections
des candidatures, qui soit transpartisan et qui soit impartial. Pour nous,
c'est vraiment quelque chose qui
serait une avancée puis qui serait en meilleure cohérence avec les nécessités
d'avoir un poste qui est impartial, oui.
Mme Blouin : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Marie-Victorin.
Mme
Dorismond : Bonsoir à vous trois. Merci d'être là. Vous avez
commencé un petit peu... Je me demandais, comme... le Collectif
d'ex-placé, c'est quoi votre rôle et votre collaboration? Vous avez commencé un
petit peu avec le ministre, là, d'expliquer, mais où vous vous voyez,
là-dedans, avec le commissaire, au niveau de la collaboration, puis votre rôle
comme collectif, là?
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien,
en tant que collectif, nous, c'est sûr, comme je le disais, on aimerait bien
avoir des gens représentants de notre collectif qui soient impliqués dans ces
comités consultatifs jeunesse, mais d'avoir, là, aussi, comme je disais, une
possibilité pour nous d'être des mentors pour des jeunes qui ont peut-être
moins d'expérience, parce qu'on parle souvent de la socialisation et la
participation, c'est très important. Donc, c'est aussi l'argument pourquoi je
dis qu'il ne faut pas arrêter à 25 ans. D'avoir des jeunes qui ont plus
d'expérience, plus de recul sur leur vécu permet aussi d'amener une autre
vision puis de soutenir ces jeunes-là, peut-être de les accompagner en dyade,
un mentor, un junior, pour vraiment les aider, là, à mieux se préparer, mieux
prendre en compte leur point de vue aussi, pour des jeunes qui ont peut-être
plus de difficulté à s'exprimer. Nous, au collectif, on a des jeunes qui ont des troubles de langage, par exemple, donc ça
demande beaucoup plus de préparation en amont, des rencontres aussi. C'est des choses qui sont très importantes à
prendre en compte, donc, nous, on croit qu'on pourrait contribuer, là,
aux travaux.
Puis on
demande aussi à ce que le comité de jeunes soit impliqué dans toutes les
fonctions, là, pas uniquement, là, à certaines fonctions. Il faut
vraiment qu'on soit dans un système de soins apprenants, là, ou appelons ça
comme on voudra, mais que les jeunes puissent être là pour venir sur le terrain
prendre la parole des jeunes, contribuer aux recherches. Nous, on est des
cochercheurs pairs, on travaille comme chercheurs pairs avec d'autres
chercheurs, on peut faire plusieurs choses. De pouvoir vous émettre directement
des recommandations, que les comités jeunesse puissent
déposer un rapport à l'Assemblée nationale, pourquoi pas? Qu'ils puissent venir
même vous le présenter... Ça serait
un peu comme les parlementaires jeunesse, tu sais. Je pense qu'il y a vraiment
des choses à faire pour développer la participation citoyenne de nos
jeunes, puis nous, on peut y contribuer par notre expérience.
Mme Dorismond : Merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Alors,
on va poursuivre avec Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme
Garceau : Merci, M. le Président. Merci beaucoup, mesdames,
d'être ici. Non seulement... est-ce que votre rapport est très, très
clair, vous avez des recommandations fort intéressantes, mais vos
représentations sont vraiment très intéressantes, également. Et je dois vous
remercier, parce que vous êtes vraiment... vous portez la voix non seulement
des ex-placés, mais des jeunes, en ce moment, qui sont dans le système de la
protection de la jeunesse.
Oui, il y a
des lésions de droits, et je peux vous assurer que nous prenons à coeur la
défense des droits des enfants et qu'ils soient protégés. Et donc, je
voulais... parce que j'ai vu, dans votre mémoire, on... vous en avez discuté,
là, au niveau de la CDPDJ... et le
transfert, là, des pouvoirs et des responsabilités au commissaire. C'était une
recommandation dans le rapport de la commission Laurent, mais vous l'avez citée
dans votre rapport et vous justifiez vous-même ce transfert qui est lié à un
changement profond de culture et une meilleure priorisation des dossiers. Et je
voulais vous entendre plus à ce sujet-là, parce que ça vous amène, là, à
recommander ce transfert.
Mme
Côté-Guimond (Jessica) : Bien, je tiens quand même à nuancer. Tu sais, on a
voulu vraiment ramener la recommandation
de la commission Laurent, parce qu'on se rend compte vraiment que les jeunes
qui sont présentement placés ne sont pas suffisamment défendus. Ce qu'on
dit, c'est que le constat qui est fait par la commission Laurent, c'est que ça
vient aussi des coupures qu'on a faites en 1995.
Donc, nous, ce qu'on demande, c'est... on serait
à l'aise à ce que la CDPDJ maintienne ses fonctions à la seule et unique condition qu'on augmente leurs
budgets, qu'on s'assure qu'ils ont une équipe qui n'est pas uniquement
de 17 personnes dans l'équipe jeunesse. Je veux dire, ce n'est nettement pas
suffisant. Il faudrait des bureaux d'enquête, peut-être, dans chacune des
régions. Il y a vraiment des enjeux au niveau du manque de ressources à la
CDPDJ. On pourrait même aussi penser, vraiment, à un comité jeunesse à la CDPDJ,
pas juste une table de concertation jeunesse. Il y a beaucoup de choses qu'on
peut faire. Je pense que c'est une instance qui est nécessaire et importante au
Québec, mais que, présentement, elle n'a vraiment pas assez de mordant pour
défendre nos droits.
La loi est bien écrite, Mme Leblanc le disait
hier, mais la CDPDJ, à notre avis, ne prend pas suffisamment les moyens légaux
qui lui est octroyé pour mettre fin à des situations de compromission. On l'a
vu avec le Protecteur du citoyen qui est sorti avec le cas de Trois-Rivières,
là, je ne vous répéterai pas ce qu'ils vous ont dit hier non plus, mais je crois que c'est vraiment important, peu
importe qui va avoir la défense des droits des jeunes, qu'on s'assure
d'avoir les moyens financiers et humains.
Ma préoccupation première est que, si on injecte
tout l'argent dans un commissaire puis qu'on ne bonifie pas le budget de la
CDPDJ, c'est là le problème. Il faut absolument bonifier si... Ils veulent
garder leurs fonctions, moi, je suis à
l'aise, mais il faut bonifier puis s'assurer qu'ils ont une équipe compétente,
dédiée, qu'ils font vraiment leur job, qu'il
y ait des posters dans tous les milieux de vie, qu'il y ait vraiment de quoi
partout, tu sais, puis que... je veux dire...
• (18 heures) •
Une voix : ...
Mme
Côté-Guimond (Jessica) : Pas juste des posters, mais, tu sais, puis...
peut-être juste en parallèle, là, je trouve que c'est vraiment important de vous citer aussi ce que Mme Costanzo et Paré ont
dit concernant les communications. Puis je vous la cite ici, elle
dit : «Il n'y a pas de continuité dans les communications entre le
tribunal et la CDPDJ. En ce sens, il semble
exister un circuit incomplet entre les institutions chargées d'intervenir en
matière de lésion de droits. Il n'y a
pas de suivi assuré entre la CDPDJ et le tribunal. Il n'est pas possible de
savoir ce qui est advenu de la lésion de droits. Donc, si la CDPDJ se
veut le chien de garde du respect et de la promotion des droits, bien, il
paraît étonnant que l'effort concerté des instances
de surveillance n'assure pas de suivi dans les causes où il y a lésion de
droits ni de mesure pour agir en prévention.» Et ça, c'est un article qui vient
d'Érudit, qui est des rapports de professeurs-chercheurs qui se basent sur des
données probantes. Donc, en même temps, ça veut tout dire.
Puis le Protecteur du citoyen, hier, vous
rappelait l'importance d'avoir des ententes avec les partenaires, parce que la DPJ va tout garder secret sous le
motif de confidentialité des dossiers. Mais, si on regarde un peu plus
loin aussi, dans le rapport de Mme Costanzo, bien, on va voir aussi des lésions
de droits importantes au niveau, là... par exemple,
ici, une cause, le tribunal a blâmé la DPJ d'avoir lésé les droits des jeunes
au motif qu'il a été maintenu dans un centre
d'hébergement où il a subi une agression sexuelle et que la DPJ a failli à son
besoin... à son devoir de transparence en cachant des faits au tribunal
et en défendant strictement une position institutionnelle.
On est aussi dans de l'ingérence criminelle liée
à des abus sexuels, et ce que nous, on dénonce et qu'on demande, c'est qu'il y
ait des enquêtes systémiques qui soient faites sur le recours ou le non-recours
aux ententes multisectorielles aussi. C'est très problématique que la DPJ cache
des faits aux tribunaux puis qu'il y a des jeunes qui viennent nous témoigner
qu'ils ont été victimes... que ça soit en famille d'accueil, en centre
jeunesse, qui ont été victimes d'abus entre jeunes ou avec des familles, des
adultes, puis que la DPJ cache ça. Je veux dire, c'est très, très, très grave,
là.
Mme Garceau : Ou ferme le dossier,
parce qu'il y en a eu aussi, des jeunes de 12, 13 ans...
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien,
il y a des jeunes qui sont décédés.
Mme
Garceau : ...victimes d'agression sexuelle, puis on a fermé
le dossier, disant : Il n'y aura pas de conséquence pour cette jeune dame ou jeune fille. Donc, ça, je
le comprends très bien, mais... parce que vous avez utilisé des mots
assez importants dans votre mémoire, parce que vous avez
parlé de changement profond de culture, puis ça, c'est quelque chose que le
ministre avait soulevé au mois de septembre dernier, un changement de culture,
mais c'est... c'est ça que je voulais vous entendre. Quand vous utilisez ça, le
changement profond, vous voulez dire quoi, exactement?
Mme Côté-Guimond
(Jessica) : Bien, de vraiment octroyer les sommes nécessaires et une
équipe dédiée uniquement... Je veux dire,
là, ils sont une équipe, en CDPDJ, charte et jeunesse... le ratio, il n'est pas
là du tout. Si on se compare avec l'Alberta, là, hier, il y a des gens
qui nous disaient qu'il fallait une équipe d'environ une centaine de personnes au Québec pour... au niveau, là, du
pourcentage d'habitants, avoir une équipe d'une centaine de personnes
pour défendre les droits des enfants au
Québec. Pourquoi qu'on a juste 17 personnes aux enquêtes et une seule
personne dédiée vraiment à
l'éducation des droits de la jeunesse? Une personne pour tout le Québec en
éducation des droits de la jeunesse... on va faire juste
30 formations en 2022‑2023. C'est un problème.
Mme Garceau :
Donc, OK... Excusez, allez-y.
Mme Côté-Guimond
(Jessica) : Non, non. Vous pouvez y aller.
Mme Garceau :
Donc, pour vous, si on augmente le budget, si on augmente le nombre de
personnes, ça va régler le problème de culture.
Mme Côté-Guimond
(Jessica) : Bien, ça peut grandement contribuer... en fait, moi, je
pense que oui, puis c'est aussi ce que je crois que la CDPDJ, eux aussi,
demandent. Ils ne l'ont peut-être pas dit directement hier, mais je crois que
c'est des choses qu'ils ont déjà demandées, entre autres choses.
Mme Garceau :
OK. Je voulais aussi... la
formation obligatoire dont vous... si vous pourriez peut-être élaborer
là-dessus au niveau... oui, tous les intervenants sur les droits des usagers
afin de prévenir les lésions de droits, mais aussi en termes des avocats. Les
deux volets, je trouve que c'est très, très important.
Mme
Chénier-Richard (Karolane) : Oui. Bien, en fait, pour nous, en fait,
c'est vraiment important que les intervenants soient informés des droits des
jeunes. Tu sais, moi je suis technicienne en travail social aussi et, durant mes études, en fait, je n'ai pas eu de formation,
en fait, sur les droits... tu sais, précisément, sur les droits des jeunes,
en fait. Tu sais, j'ai pu apprendre c'est quoi, des motifs de compromission,
mais ça finit un peu là.
Donc, je pense qu'il
y a une importance de dire, tu sais, comment on veut agir de façon diligente,
comment on veut agir dans la... en toute
connaissance de cause. Quand on n'a pas de formation, on ne sait pas c'est
quoi, les droits, tu sais, exactement, des jeunes. Ça fait qu'il y a une
importance... tu sais, on envoie des gens sur le terrain, tu sais, des jeunes
intervenants qui vont acquérir, tu sais, de l'expérience, puis, tu sais, tout
ça, mais on les garroche un peu, puis ils ne le savent pas, tu sais. Puis je
veux dire, ce n'est pas par manque de volonté ou par... tu sais, qu'ils n'ont pas
de... Bien, il y a juste la méconnaissance.
Ça
fait qu'en fait de, justement, mettre de l'avant des formations, tu sais, plus
poussées, plus visées aussi... parce que, tu sais, un placement en vertu
d'une loi d'exception, c'est quand même beaucoup, dans la vie d'un enfant.
Donc, il faut prendre aussi en compte les droits des enfants.
Mme Laliberté
(Emily) : Moi, quelque chose qui m'a vraiment, personnellement,
choquée dans toutes les activités de défense
de droits, de réflexions de droits que j'ai fait avec les jeunes, au niveau de
la formation des intervenants, c'est
quand on regarde la DPJ comme employeur. Donc, quelqu'un qui va avoir une
formation en psychoéducation, en travail
social, la statistique, là, il faudrait que je la retrouve, mais c'était
environ, genre, 50 % qui ont fait ces cheminements scolaires là,
qui se retrouvent, un jour, à occuper une fonction dans la direction de la
protection de la jeunesse.
Comment
ça se fait qu'il n'y a pas de cours obligatoires? Tu sais, moi, je me pose vraiment
la question. Comment tu peux aller
pratiquer... Vous parliez, tout à l'heure, de votre code d'éthique comme
avocate, mais comment on peut aller travailler
en disant : Moi je travaille dans l'intérêt supérieur de l'enfant, sans
avoir avoir lu les... celle-là, c'est 270 pages, hein? Parce
que, là, je la mélange avec l'autre, mais les 270 pages de la loi... ou
88, là, selon l'ordre, je les mélange, les deux... sans l'avoir lu d'un couvert
à l'autre, puis s'y être intéressé. Puis nous, ça fait un an qu'on le fait,
puis c'est quand même... c'est complexe. Donc...
Mme
Chénier-Richard (Karolane) : Tu sais, je pense qu'il y a aussi le...
le truc central là-dedans, c'est l'intérêt de l'enfant, tu sais, puis je... on
doit prendre en considération que ça va être les adultes de demain. Ça fait
qu'il y a toute l'importance d'en prendre soin, de favoriser leur bien-être,
favoriser aussi la défense de leurs droits.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Je vais céder maintenant la parole
au député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup, M. le Président. D'abord, merci à vous
toutes, excellent exposé puis excellent mémoire, puis merci pour votre travail
à tous les jours.
Je voudrais aller sur
les points qu'on n'a pas nommés pour essayer de compléter sur votre mémoire.
Notamment, vous voulez élargir la veille des décès, là, bien au-delà de ce qui
est en vertu de la Loi sur les coroners. Je vous laisserais peut-être nous l'expliquer.
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Absolument.
Présentement, nous, ce qu'on demande, c'est qu'il y ait vraiment une vigie particulière qui soit faite auprès des
jeunes qui sont placés aussi en protection de la jeunesse, là. Il y a
quand même un haut taux, très préoccupant, de suicides en centre jeunesse
aussi. Mais on croit que, considérant les enjeux de la transition à la vie
adulte, là... c'est quand même 33 % de nos jeunes qui sortent de la DPJ
qui vont connaître un jour ou l'autre une période d'itinérance avant l'âge de
21 ans. Il y a des enjeux énormes au niveau des surdoses, au niveau des
enjeux en itinérance. Il y a beaucoup de décès aussi qui vont se produire dans
les rues. Donc, c'est très important pour nous qu'il y ait un suivi sur les
décès des jeunes, là, jusqu'à au moins minimum 25, 30 ans, là — ça
dépend de la définition de la jeunesse — qui soit fait.
Mais, tu sais, si
on... vous regardez à la page 14 également, là, je demande aussi qu'il y
ait des enquêtes et des vigies plus particulières aussi qui soient faites,
notamment, là, comme je le disais, les taux de décès des jeunes suivis en
protection de la jeunesse, aussi au niveau des contentions, des isolements, au
niveau aussi des suivis et des pratiques en pédopsychiatrie. Nous, on a des
témoignages de jeunes qui nous parlent de contentions à plusieurs reprises dans
une journée, comme étant la pratique courante à Pinel, qu'on met des jeunes en
isolement puis qu'on les maintienne en camisole de force. On juge que ce n'est
pas du tout des pratiques adéquates. Puis aussi, là, comme je le disais, là,
des enquêtes plus spécifiques au niveau des lieux propices à l'hébergement,
parce que, si on en arrive à se suicider, c'est peut-être parce qu'on n'est pas
bien puis qu'on n'a pas eu les services.
• (18 h 10) •
M. Cliche-Rivard : En effet. Vous dites donc
18-25 ans puis vous dites aussi de porter une attention
particulière à ceux qui étaient sous la DPJ dans les deux dernières années, je
pense, c'est ce que vous dites dans le mémoire. Vous parlez aussi d'élargir le mandat du commissaire ou la
responsabilité du commissaire aussi au ministre de la Justice, pas
seulement au ministre des... responsable des services sociaux. Est-ce qu'on
peut vous entendre là-dessus?
Mme Côté-Guimond
(Jessica) : Bien, en fait, c'est qu'on n'est pas vraiment habilités,
là, à savoir qu'est-ce que vraiment la fonction, là... on voyait dans votre
projet de loi qu'il y a un ministre responsable de l'application de la loi, là. On n'est peut-être pas les meilleures placées
pour parler de ça. On ne maîtrise pas tous ces éléments-là, mais on se
demande, justement, au niveau du positionnement, est-ce que ce ne serait pas
mieux, un peu comme la CDPDJ, qu'il soit sous la responsabilité du ministre de
la Justice ou peut-être au positionnement, là, du Protecteur du citoyen? C'est
juste des questions qu'on a, là.
M.
Cliche-Rivard : Je comprends. OK. Vous dites aussi sept ans au lieu de
cinq. Pourquoi c'est important, pour vous, le mandat de sept ans?
Mme Côté-Guimond
(Jessica) : Ça vient de la commission Laurent, ça. La commission
Laurent a demandé un sept ans aussi à ce
niveau-là. Je pense que c'est... ça permet d'avoir un meilleur suivi des
dossiers, surtout si on est dans des enquêtes, dans des études. Ça peut
prendre plus de temps également.
M.
Cliche-Rivard : Un grand, grand merci.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci
beaucoup. Alors, on va terminer cet échange-là avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Merci, M. le Président. Merci à vous trois pour votre éloquence, votre
connaissance et le partage que vous en faites, là, des différents éléments du
dossier. Ça finit bien la journée, là, vraiment. Je pense qu'il y a quelque chose là qui est extrêmement pertinent
à toutes nos discussions. Puis j'apprécie aussi, là, votre pragmatisme. Il faut trouver des solutions. Vous arrivez en
disant : Il faut s'organiser, là, pour défendre véritablement les droits.
Puis vous avez, je pense, proposé que l'on
transfère... Vous, vous êtes favorables au transfert des pouvoirs, mais... de
la CDPDJ vers le commissaire, mais,
si ça ne se fait pas, vous avez d'autres solutions. Alors, ça, je trouve ça
fort, fort intéressant.
Mais je veux revenir
aussi sur la question du changement de culture, parce que moi, au début, quand
vous avez parlé de ça, j'avais l'impression
que c'était davantage que la question des ressources ou... des ressources
financières ou humaines... mais l'approche.
Est-ce que c'est ça aussi ou c'est moi qui a interprété, là, que peut-être
qu'il n'y avait pas cette espèce d'esprit, là, de, justement, d'actions,
de suivis, d'information, d'éducation, de... Je ne sais pas, je voyais d'autres
choses dans la culture, mais je ne veux pas vous prêter des intentions ou des
mots.
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Bien,
c'est sûr que, dans la culture, il y a tout l'aspect de
l'opérationnalisation, de comment qu'on déploie les moyens et les ressources
nécessaires. Mais quand on parle aussi de formation, une formation va vraiment pouvoir aider à changer
cette culture-là également, tu sais. Si on forme vraiment les
intervenants...
Nous, on donne des
conférences auprès des gestionnaires, des intervenants de la DPJ. On leur pose
la question : Avez-vous eu des formations sur les droits en protection de
la jeunesse? La plupart nous répondent non. Et même en lien avec les
modifications du PL n° 15 de l'an dernier, il y a
plein d'acteurs terrain qui ne sont pas encore aujourd'hui formés et informés
des modifications. Donc, nous, on les sensibilise énormément sur la transition
à la vie adulte, mais sur le terrain, les gens ont des formations à la va-vite.
Il n'y a pas d'échange avec des ex-placés comme
nous pour mieux comprendre les enjeux, les rouages. Ce n'est pas juste des
formations théoriques, académiques qu'on parle. On parle de formations
expérientielles aussi, qu'on met de nos connaissances à profit, également, dans
ça. Donc, si on parle de formations, on parle d'implication de nous, les
premiers concernés, qui va aider à changer cette culture-là.
M. Arseneau : Et
c'est le deuxième volet que je voulais aborder, c'est mettre à profit les
savoirs expérientiels. C'est ce que
vous proposez. Il me reste une minute, mais j'aimerais quand même que vous
puissiez nous clarifier, parce que, pour moi, ce n'est pas clair encore,
là, quand vous parlez de comité qui serait davantage participatif, puis ce
n'est pas juste une personne, comment on arrive à faire en sorte que ces
rencontres-là donnent véritablement des résultats, puis que le point de vue
soit entendu, là, une dernière fois, peut-être.
Mme Laliberté (Emily) : Bien, c'est
une grande question, là, parce qu'on parle de l'ensemble du territoire du Québec, donc, on parle de représentation
régionale, donc, d'enjeux spécifiques à certaines régions, en plus. Puis
nous, on parle par rapport aux anciens placés, mais le mandat du commissaire
est encore plus large que ça, hein? C'est tous les enfants du Québec.
Ça fait que de quelle façon ça va
s'opérationnaliser sur le terrain? Nous, on est là, en fait, pour souligner
l'importance puis la nécessité que les voix des personnes les plus vulnérables,
et, dans les personnes les plus vulnérables, celles qui, de manière
intersectionnelle, le sont encore plus, soient prises en compte dans l'ensemble
des décisions, des recommandations. Puis ce qu'on voit, c'est que la loi,
actuellement, la Loi de la protection de la jeunesse,
garantit le droit à la participation, hein, c'est écrit, le droit d'être
informé, entendu, mais dans l'opérationnalisation de la chose, ce n'est
pas ça qui se passe sur le terrain.
Ça fait que moi, personnellement, je ne suis pas
convaincue que c'est un enjeu législatif, mais bien plus qui va venir aux
parlementaires, finalement, aux personnes qui vont voter les budgets, qui vont
mettre le tout en place, d'avoir en tête qu'on doit avoir les personnes
concernées au coeur de chacune des décisions qui les concernent.
Mme Chénier-Richard (Karolane) : Puis,
tu sais, c'est aussi que ça va permettre, tu sais, justement, une accessibilité
des services, tu sais, avoir un meilleur budget, d'avoir des ressources
humaines, matérielles, tout ça. Tu sais, je pense qu'on se doit aussi de
favoriser l'égalité des chances, tu sais, d'avoir des services pour, justement,
favoriser leur bien-être à ces enfants-là, puis que c'est aussi qu'ils ont la
chance, comme tout le monde, d'exploiter leur potentiel puis de le développer.
Puis, tu sais, il faut aussi prendre, tu sais, en considération, tu sais,
certains facteurs de risque ou certaines
barrières, tu sais, qui font en sorte que, des fois, certains groupes d'enfants
auront moins de chance de se développer pleinement. Ça fait que, je
pense, d'avoir un budget nécessaire pour le faire, c'est...
Le Président (M. Provençal)
: Oui, allez-y.
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Très,
très rapidement, là. À la page 9, vous allez voir aussi, là, qu'on demande vraiment à ce que ce soit précisé, dans le
projet de loi, le rôle et les fonctions du comité jeunesse aussi, chose
qui n'est pas mentionnée présentement. Et puis vous avez la liste, là, de tout
ce qu'on demande, et donc, peut-être vous inspirer un peu de ça pour bonifier
la loi, s'il vous plaît. On vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
: C'est moi qui vous remercie, puis je
dois vous dire que vous avez très bien surmonté votre stress initial. Et
finalement, vous avez fait mention d'un document à quelques reprises, alors Mme
la secrétaire va vous donner une adresse
pour nous le faire... pour qu'on puisse le recevoir et le partager avec les
membres de la commission.
Mme Laliberté (Emily) : Je l'ai en
papier, si vous voulez. Sinon...
Mme Côté-Guimond (Jessica) : Vous
pouvez l'envoyer par courriel, là...
Le Président (M. Provençal)
: On va aller vous voir.
Et finalement, j'ajourne les travaux au
jeudi 8 février, après les avis touchant les travaux de la
commission, vers 11 h 15. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 18 h 18)