Journal des débats (Hansard) of the Committee on Health and Social Services
Version préliminaire
43rd Legislature, 3rd Session
(May 5, 2026 au August 27, 2026)
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Tuesday, June 9, 2026
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Vol. 49 N° 9
Special consultations and public hearings on Bill 9, An Act to prevent the harmful effects of energy drinks on the health of young people
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9 h (version non révisée)
(Neuf heures deux minutes)
Le Président (M. Provençal)
:Ayant constaté le quorum, je déclare
la séance de la Commission de la santé et des services sociaux ouverte.
La commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 9,
Loi visant à prévenir les effets nocifs de la boisson énergisante sur la santé
des jeunes.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire
: Oui, M.
le Président. Mme Abou-Khalil (Fabre) est remplacée par Mme Tremblay
(Hull); Mme Bogemans (Iberville) est remplacée par Mme Jeannotte
(Labelle); Mme Schmaltz (Vimont) est remplacée par M. Lemieux
(Saint-Jean); Mme Caron (La Pinière) est remplacée par M. Ciccone
(Marquette); et M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne) est remplacé
par Mme Zaga Mendez (Verdun).
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Nous débuterons ce
matin par les remarques préliminaires pour... puis nous entendrons les témoins
suivants : l'Institut national de santé publique du Québec, l'Association canadienne
des boissons, l'Ordre des pharmaciens du Québec et l'Association des
cardiologues du Québec.
Maintenant, avant de débuter, est-ce qu'il
y a consentement afin de permettre à la députée de Rimouski de faire des
remarques préliminaires? Consentement. Merci beaucoup.
J'invite maintenant la ministre de la
Santé à faire ses remarques préliminaires. Mme la ministre, vous disposez de
six minutes.
Mme Bélanger : Oui. Alors, bonjour,
M. le Président. Bonjour, chers collègues, les intervenants qui nous
accompagnent et donc les partenaires qui viennent... qui viendront faire
différentes présentations, les groupes qui viendront faire différentes
présentations ce matin. Alors donc, je suis accompagnée de Dre Caroline Quach-Thanh
aussi. Merci d'être avec moi.
Alors, ces consultations vont nous
permettre d'entendre plusieurs experts et groupes qui présenteront leur point
de vue sur le projet de loi visant à interdire la vente de boissons
énergisantes aux personnes âgées de moins de 16 ans. Rappelons qu'à l'heure
actuelle, les boissons énergisantes sont faciles d'accès, disponibles dans de
nombreux points de vente aux côtés des boissons sucrées conventionnelles avec
lesquelles elles peuvent être confondues. La banalisation de leur consommation
et la promotion de ce type de produit auprès des jeunes favorisent leur
consommation.
Alors, le projet de loi repose sur trois
mesures phares, d'abord interdire la vente de boissons énergisantes aux
personnes âgées de moins de 16 ans, interdire la vente de boissons
énergisantes à une personne âgée de 16 ans ou plus, sachant que celle-ci
en achète pour une personne âgée de moins de 16 ans, interdire aux
personnes âgées de moins de 16 ans l'achat pour elles-mêmes ou pour autrui
de boissons énergisantes.
Ce projet de loi découle des travaux et
des recommandations d'un comité consultatif mandaté en 2019 par la ministre de
la Santé et des Services sociaux de l'époque. En plus de restreindre l'accès
des boissons énergisantes auprès des jeunes, le projet de loi aura aussi pour
effet de sensibiliser l'ensemble de la population aux risques pour la santé de
la consommation de boissons énergisantes, notamment auprès des personnes de 18
à 34 ans, qui sont les plus grands consommateurs de ce type de produits.
Alors, nous avons fait des travaux, nous avons travaillé avec la Direction
nationale de santé publique, nous avons étudié le mémoire, nous avons eu l'occasion
de rencontrer différents groupes. Certains reviennent ce matin. Et puis je veux
quand même mentionner qu'on le fait pour protéger la santé de nos jeunes.
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme la ministre.
Alors, j'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle et député
de Nelligan à faire ses remarques préliminaires pour une durée de trois minutes
36 secondes.
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Premièrement, permettez-moi de remercier Mme la ministre ainsi que
les équipes qui travaillent avec Mme la ministre, surtout dans le cadre de ce
projet de loi, de leur disponibilité et la façon avec laquelle ils nous ont
informés tout au long de ce processus. Et permettez-moi aussi, M. le Président,
de mentionner la présence de mon collègue le député de Marquette, qui est notre
porte-parole en saines habitudes de vie, avec qui je partage ce dossier depuis
le début et qui n'arrête pas de nous sensibiliser pas uniquement par rapport à
l'utilisation des boissons énergisantes, mais aussi d'autres aspects liés aux
saines habitudes de vie...
M. Derraji : …écoutez, M. le
Président, aujourd'hui, c'est une… c'est une très bonne journée pour avoir des
discussions avec les scientifiques, que ce soient les représentants de l'INSPQ,
mais aussi c'est un message envoyé à la population. C'est le début d'une
réflexion. S'il y a des gens qui pensent que l'interdiction va régler tout, je
pense qu'on ne peut pas aujourd'hui affirmer d'une manière sine qua non que
l'interdiction va aider qui que ce soit. C'est un début. Ça prend un pas, un
panier de mesures. Et je pense qu'aujourd'hui c'est un… c'est un départ, c'est
un début. Notons aussi que le décès de Zachary était un début d'une réflexion
collective. C'est vrai, Mme la ministre vient de le mentionner, qu'il y avait
un comité d'experts qui s'est réuni. Il y avait un rapport qui a été rédigé par
la suite. Il y avait une commande de revues de littérature et scientifique
envoyée aux autorités compétentes. Nous avons eu des rencontres aussi ensemble
avec les parties concernées. Et je pense que le projet de loi, au-delà de la
sensibilisation des jeunes entre 18 et 34 ans, qui sont les plus grands
consommateurs, utilise le principe de précaution, un principe qui est très cher
aux gens de la santé publique. Et j'espère que ce premier pas, on va au-delà du
message qu'on envoie aux jeunes, mais cette banalisation par rapport à
l'utilisation des boissons énergisantes au niveau des jeunes, qui n'est pas
sans enjeu.
Donc, M. le Président, très heureux de
participer à ces consultations qui, je tiens à le rappeler, faisaient partie de
nos échanges avec Mme la ministre au début, au tout début, où nous avons eu des
discussions sur ce projet de loi, et bien hâte à entendre l'ensemble des
groupes qui vont venir nous partager leurs préoccupations par rapport à
l'utilisation de ces boissons, pas uniquement pour l'industrie, mais aussi
l'aspect médical, l'aspect sécuritaire. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
:
Merci beaucoup, M. le député.
J'invite maintenant le député des Îles-de-la-Madeleine à faire ses remarques
préliminaires. Vous avez une minute 12.
M. Arseneau : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci à tous d'être présents. Je remercie les groupes d'avoir
répondu à l'invitation avec une un préavis aussi court. C'est important qu'on
fasse le travail de consultation, le travail législatif également. Je pense
qu'on est tous conscients qu'il est important d'inculquer à nos jeunes les
habitudes de vie et d'alimentation, les plus saines possibles, agir avec le
principe de précaution… maximiser la prévention, c'est important, je pense
qu'on a un sujet ou un thème extrêmement important aujourd'hui pour… pour le
faire. De toute façon, depuis qu'on en débat depuis quelques semaines, je pense
que ça a été un exercice aussi de sensibilisation assez extraordinaire, puisque
les médias et l'ensemble de la société civile et politique s'est rallié autour
d'un projet comme celui-là. Évidemment, on aurait pu agir avant. Le rapport qui
est à la base de nos travaux date de 2023 quand même, là. Donc, ce n'est pas
une habitude à prendre de repousser les travaux en fin de mandat comme
celui-là. Néanmoins, je sens qu'il y a un consensus extrêmement fort et nous
allons collaborer de façon assidue à l'adoption de ce projet de loi d'ici les
prochaines heures. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
:
Merci beaucoup, M. le député.
J'invite maintenant la députée de Rimouski à faire ses remarques préliminaires.
Une minute.
Mme Blanchette Vézina : Merci,
je joins ma voix aux autres parlementaires, là, pour remercier l'ensemble des
personnes qui sont présentes puis qui se déplacent aujourd'hui, à si courte
échéance. Merci aussi d'avoir répondu à l'appel du Parti conservateur, d'avoir
des consultations. Je sais que c'est une question qui est importante, on le
disait la semaine dernière, et je pense que d'entendre… de prendre le temps
d'écouter les experts, les professionnels, ça permet aussi, comme le disait le
député des Îles-de-la-Madeleine, de faire une sensibilisation qui est
nécessaire dans ce dossier-là, qui est au cœur aussi du problème.
• (9 h 10) •
On a déposé un mémoire, le Parti
conservateur, qui va détailler notre position. On croit, et, je le répète, qui
est légitime d'encadrer l'accès aux boissons énergisantes pour les jeunes. Toutefois,
on ne pense pas que l'interdiction, c'est la panacée. On veut aussi s'assurer
qu'il y ait de la sensibilisation, de l'éducation, de la prévention. Et je
pense que les consultations d'aujourd'hui vont aussi nous permettre d'entendre
ce que les professionnels ont à dire, ce que les partenaires, les groupes ont à
dire sur le projet de loi en tant que tel, parce que notre rôle, comme
parlementaires, rappelons-le, c'est d'adopter aussi des bonnes politiques
publiques applicables et de ne pas faire ça à la va-vite. Je pense que ça nous
aide à bien faire notre travail. Donc, on va, encore une fois, comme je le
mentionnais, collaborer aux travaux pour pouvoir s'assurer de protéger nos
jeunes, mais…
Mme Blanchette Vézina : …s'assurer
aussi de faire une bonne éducation et de bonnes politiques publiques. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme la députée. Y
a-t-il d'autres députés qui voudraient réaliser des remarques préliminaires?
Alors, nous allons maintenant débuter les
auditions. Je souhaite la bienvenue à l'Institut national de santé publique du
Québec. Sont présents M. Jean-Bernard Gamache, directeur scientifique de
la Direction de la santé environnementale au travail et de la toxicologie, Dr
Stéphane Perron, médecin spécialiste à la Direction de la santé
environnementale au travail et de la toxicologie, et Mme Marie-Claude
Paquette, conseillère scientifique spécialisée à la Direction du développement
et des individus des communautés. Alors, merci de votre présence. Vous avez 10
minutes maintenant pour votre présentation et nous procéderons aux échanges par
la suite. À vous la parole.
M. Gamache (Jean-Bernard) : Très
bien. Bonjour, Mme la ministre de la Santé, M. le Président, chers membres de
la commission. Mon nom est Jean-Bernard Gamache. Je suis pharmacien et
directeur scientifique à la Direction de la santé environnementale au travail
et de la toxicologie de l'Institut national de santé publique du Québec. Nous
sommes honorés par votre invitation. Vous faites un travail important et nous
sommes heureux de pouvoir y contribuer.
Je suis accompagné de deux collègues qui
pourront aussi répondre à vos questions dans quelques minutes. Je vous présente
Dr Stéphane Perron, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive,
membre du conseil de discipline du Collège des médecins du Québec, Dr Perron
œuvre au sein de ma direction et à l'Institut depuis 2018.
Mme Marie-Claude Paquette, Ph. D., nutritionniste et conseillère
scientifique spécialisée au sein de l'unité scientifique Milieu de vie
inclusive, saine et sécuritaire de la Direction du développement des individus
et des communautés. Mme Paquette travaille depuis 2005 à l'Institut et
coordonne l'équipe alimentation, activité physique et sédentarité. Leurs travaux
ont alimenté les réflexions du Comité consultatif d'experts, dont les 10
membres sont issus du milieu académique et d'organisations non
gouvernementales, et qui a été mis sur pied en 2020 pour soutenir les autorités
gouvernementales dans l'encadrement des boissons énergisantes.
D'abord, quelques mots sur la mission de
l'Institut. Principal centre d'expertise et de référence en santé publique au
Québec, sa loi constitutive, adoptée originellement en 1998, lui donne pour
mission de soutenir le ministre de la Santé et des Services sociaux et les
autorités de santé publique dans l'exercice de leur mission. Un de nos rôles
essentiels consiste à informer la population sur son état de santé et de
bien-être, sur les problèmes en émergence ainsi que sur les déterminants de la
santé humaine. L'Institut se doit aussi d'éclairer le gouvernement quant à
l'impact potentiel des politiques publiques sur l'état de santé de la
population québécoise, en s'appuyant sur les meilleures données disponibles.
D'entrée de jeu, soulignons que l'INSPQ salue les objectifs de prévention et de
protection de la santé des jeunes poursuivis par le gouvernement. Si le risque
zéro n'existe pas, les tragédies humaines, comme celle qui est à l'origine de
la présente consultation, ne devraient pas arriver.
En santé publique, nous avons à cœur de
réduire les impacts sociaux sanitaires liés à l'usage de différentes
substances. Si les risques toxicologiques liés aux boissons énergisantes sont
grandement tributaires de facteurs de risque individuels, ces produits ne sont
pas pour autant sans conséquences pour la santé de l'ensemble de la population.
Les effets indésirables sur la santé des boissons énergisantes sont
principalement liés à la caféine. Ils comprennent notamment l'agitation,
l'insomnie, l'irritabilité, les maux de tête, l'augmentation du rythme
cardiaque. Ces effets indésirables sont proportionnels à la dose ingérée, mais
peuvent aussi dépendre de la sensibilité d'une personne aux substances
contenues dans la boisson énergisante consommée. Aujourd'hui, nous avons trois
objectifs. D'abord, faire valoir qu'il n'existe aucun bénéfice à consommer ces
boissons énergisantes. Dans le discours populaire, on accole…
M. Gamache (Jean-Bernard) : …souvent
à tort des qualificatifs à connotation positive à ces boissons, boisson de
performance, énergisante, boisson de réhydratation, j'en passe. Or, soyons
clairs, d'un point de vue de santé publique, il n'existe aucun bénéfice à
consommer ces boissons. En fait, et c'est là notre deuxième objectif, il
importe de rappeler que plusieurs boissons énergisantes sont avant tout des
boissons à forte teneur en sucre. Les boissons sucrées sont la première source
de sucre dans l'alimentation des Québécois et des Québécoises. On leur attribue
le quart du sucre consommé au Québec. Étant donné leur association directe avec
plusieurs maladies chroniques, telles que les maladies du cœur, les cancers, le
diabète, la carie dentaire et l'obésité, le sucre et les boissons sucrées sont
à l'origine d'un fardeau significatif de maladies évitables dans la population.
Or, les boissons énergisantes sont aussi généralement des boissons sucrées. Il
existe bien entendu une gamme de ces produits non sucrés, mais elle n'accapare
pas la même part de marché.
Les boissons énergisantes sont facilement
accessibles au Québec et leurs marketings les rendent attrayantes pour les
jeunes. La promotion des boissons énergisantes est aussi différente de celle
des autres boissons contenant de la caféine, comme les boissons gazeuses ou le
café. Elle fait appel à des stratégies qui s'inscrivent dans la culture des
jeunes et qui promeuvent un certain mode de vie. Bien qu'elle comporte des
conditions d'usage et des mises en garde particulières en raison de leur teneur
élevée en caféine, pensons par exemple au fait qu'elle soit déconseillée aux
enfants de moins de 14 ans, les boissons énergisantes sont généralement
mises en marché dans les mêmes rayons que d'autres boissons sucrées, notamment
les boissons gazeuses et les boissons aux fruits. Notre troisième objectif est
relatif à l'application de cette mesure et des outils complémentaires dont on
pourrait se doter pour réduire l'accès et l'attrait de ces produits.
Peu de juridictions interdisent la vente
selon l'âge, et très peu de ces mesures ont été évaluées. Au Canada, aucune
province ni territoire ne régit la vente des boissons énergisantes selon l'âge.
Il s'agit là d'une occasion intéressante à saisir pour documenter les impacts
d'une telle interdiction et ses effets sur la santé de différents groupes de la
population. Il serait donc intéressant de réfléchir au déploiement d'un
mécanisme de suivi des mesures proposées par le projet de loi neuf. D'autre
part, pour gagner en cohérence et dans une approche intégrée de la réduction de
la consommation des boissons sucrées, d'autres interventions pourraient être
explorées : restriction de la publicité et des lieux de vente, mesures
visant la reformulation de la composition, taxation de ces boissons, par
exemple. Ces mesures complémentaires pourraient contribuer à réduire la
consommation, particulièrement chez les jeunes, de produits qui peuvent avoir
des conséquences sur leur santé.
Il nous fera maintenant plaisir de
répondre à vos questions. Nous vous remercions encore une fois, Mme la
ministre, M. le Président, de l'invitation à participer aux travaux de la
commission.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre exposé. Alors, on va débuter
immédiatement avec Mme la ministre. Mme la ministre, vous avez 16 minutes
30 secondes.
Mme Bélanger : Oui.
Alors, merci beaucoup, M. le Président. Alors, merci, M. Gamache, pour
votre exposé, M. Perron, Mme Paquette. Alors, vous avez dit beaucoup
de choses intéressantes du point de vue santé publique, notamment un rappel
important que le risque zéro n'existe pas. Et ça, je pense que c'est… c'est
important, là, d'entrée de jeu, d'être bien conscient que… de cela. Vous avez
donc indiqué que ces produits ont des conséquences, des effets secondaires,
notamment l'augmentation du rythme cardiaque, les maux de tête notamment. J'ai
même vu dans certaines nomenclatures, de l'agitation, etc.
• (9 h 20) •
Et puis, naturellement, il y a les
caractéristiques individuelles des personnes qui… qui, ça, très souvent, notamment
des sensibilités cardiaques ou d'autres sensibilités souvent, ne sont pas
connues quand on a 14 ans, 15 ans notamment, puis même souvent quand
on est jeune adulte. Alors, je pense que c'est important de voir que, dans le
fond, ce que vous nous dites, c'est que ces produits…
Mme Bélanger : …ne sont pas
sans conséquence, qu'il y a quand même, donc, des… des manifestations, puis
mélangées à des caractéristiques individuelles, bien, ça peut amener, bien, à
des tragédies. Le mot n'est pas… n'est pas trop fort. Vous avez aussi mentionné
qu'il n'existait aucun bénéfice, et puis, d'un point de vue toujours
scientifique, là, à consommer ces boissons. J'aimerais vous entendre un petit
peu plus sur cet élément-là, qu'il n'y a aucun bénéfice. Puis quelles sont, au
contraire, les… les complications ou les risques associés à ça à court ou moyen
terme, en termes de consommation?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Merci
beaucoup pour votre question. Puis effectivement, on insiste là-dessus parce
que… puis on est toujours d'un point de vue purement de santé publique, là,
puis d'effet d'un point de vue santé, puis mes deux collègues vont pouvoir vous
donner des éléments de réponse de façon complémentaire, là, en commençant par…
Dr Perron peut vous donner quelques… quelques éléments supplémentaires sur
les effets… les effets à la santé plus directs de la caféine.
M. Perron (Stéphane) : Mme la
ministre a quand même parlé des effets aigus que tout le monde peuvent
ressentir si on prend trop de café, puis il y a quand même une sensibilité à
chacun. La caféine, les boissons sucrées, en fait, comme on l'a dit, il n'y a
aucun bénéfice dans la combinaison des deux. Puis ce qu'on peut voir, juste
pour rajouter par rapport à ce que vous avez fait, une des raisons pourquoi on
est plus inquiets pour des personnes plus jeunes, c'est que la question d'effet
sur la santé ou d'effet sur… l'effet bioactif est en fonction de la dose. Mais
plus on est petit, plus la dose est petite aussi. C'est pour ça que, pour une
même quantité chez des personnes plus jeunes, on est plus inquiets. Puis les
personnes très jeunes, on est plus inquiets aussi que les gens vont ressentir
des symptômes. Un autre enjeu qui nous inquiète aussi par rapport à ça, c'est
que, souvent il y a une combinaison avec les… avec d'autres substances qui, en
interaction, ne font pas une bonne combinaison, comme l'alcool, entre autres,
et la caféine. On ressent moins les effets de l'alcool, on consomme plus quand…
quand on prend des boissons caféinées.
L'autre enjeu, c'est qu'il y a des
interactions médicamenteuses… avec la caféine. Il y a beaucoup, beaucoup de
médicaments qui rentrent en interaction avec la caféine. Et vous l'avez
mentionné, vous l'avez mentionné très bien, il y a des conditions
sous-jacentes, certaines diagnostiquées, certaines non, qui nous mettent plus à
risque. Ça fait que, pour une population en général, pour une population qui
n'a pas de problème de santé, qui ne prend pas de médicaments, qui n'a pas de
condition sous-jacente, on estime, puis ça, vous l'avez tous probablement vu,
qu'à peu près à 200 milligrammes par jour de boisson ou 400 milligrammes
au total, ce n'est pas un enjeu. Mais ça, ça s'applique pour les adultes. Pour
les adolescents, ce n'est pas tout à fait la même chose. L'absence de bénéfices,
c'est qu'on vend souvent ces produits-là en disant que, justement, il y a
toutes sortes de propriétés, mais, dans le fond, c'est des boissons sucrées
avec de la caféine et les boissons sucrées, vous avez en parlé, des effets à
court, moyen, long terme sont très importants quand même pour la santé. Puis
ça, c'est… c'est… on évoque beaucoup, à raison, le principe de précaution pour
beaucoup d'enjeux, mais là, on n'est pas dans la précaution, on est vraiment
dans la prévention, parce qu'on le sait, les effets, on peut les documenter.
Donc, à ce niveau-là, toute consommation dans une population de ce type de
boisson là, de façon répétée et de façon continue, ça va juste… d'un point de
vue juste purement santé, on parle vraiment de la santé, parce que les gens
prennent… les gens peuvent prendre d'autres produits pour toutes sortes de
raisons, mais si on se tient juste à la santé puis on ne regarde pas les autres
considérations, il n'y a pas d'avantages, il n'y a pas de plus-value à prendre
des boissons énergisantes, au contraire. Ça fait que c'est vraiment dans ce
contexte-là qu'on met la posture que pour la santé, ce n'est pas une bonne
idée. Les gens, c'est sûr qu'ils le prennent pour d'autres raisons, mais pour
la santé, ça, ce n'est pas… ça, ce n'est vraiment pas une bonne idée.
Mme Bélanger : Peut-être,
question d'aller un petit peu plus loin, je ne sais pas si vous êtes en mesure
de répondre, on aura plus tard l'Ordre des pharmaciens qui sera avec nous.
Est-ce que vous avez réfléchi, dans vos analyses, à… parce qu'on parle de
prévention, d'information, de sensibilisation, mais avez-vous réfléchi à
l'interaction spécifique avec certains médicaments que les jeunes prennent,
notamment en lien avec le TDAH?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien,
non, dans la mesure où ça sortait… ça a sorti du cadre de nos… des analyses
qu'on a faites. Mais je peux… puis effectivement, je pourrais… je vais laisser
l'Ordre des pharmaciens du Québec vous donner leur opinion là-dessus, mais moi,
je suis pharmacien aussi, puis je peux vous dire que c'est une… c'est une
interaction en clinique qu'on… avec laquelle on navigue avec beaucoup de
vigilance, je vous dirais, autant… bien, entre certains médicaments pour le
trouble de déficit d'attention et la caféine, là, il faut porter une très forte
vigilance à cette interaction-là. Je vais laisser mes collègues…
M. Gamache (Jean-Bernard) : …compléter
plus tard.
Mme Bélanger : OK.
Alors, merci bien. M. le Président, je laisserais la Dre Caroline Quach-Thanh
poser une question dans mon bloc, s'il vous plaît.
Le Président (M. Provençal)
:Allez-y, madame.
Mme Quach-Thanh (Caroline) :
Est-ce qu'il faut que je me nomme?
Mme Bélanger : C'est correct.
Mme Quach-Thanh (Caroline) :
Merci. Merci beaucoup pour votre présentation. En fait, j'aurais voulu vous
entendre sur la différence entre la caféine… en fait, dans le contexte qui
entoure la consommation ou la disponibilité des boissons énergisantes, parce
que c'est sûr que, de la caféine, il y en a ailleurs et dans certaines
boissons, là, dans votre mémoire, tu sais, on voyait qu'il y avait quand même,
en matière de milligrammes par litre, des concentrations importantes. Donc,
j'aurais voulu vous entendre sur le contexte de santé publique, d'environnement
qui entoure, encadre les enjeux des boissons énergisantes. Je ne sais pas si je
me… je ne sais pas si je suis claire.
M. Gamache (Jean-Bernard) : Oui,
oui, c'est très clair.
Mme Quach-Thanh (Caroline) :
Merci.
M. Gamache (Jean-Bernard) : Merci.Puis je vous ai dit quelques informations, là, dans mon allocution
introductive, mais Mme Paquette va pouvoir vous donner quelques
informations supplémentaires.
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Dans le fond… Merci pour la question. Dans le fond, on se demande qu'est-ce
qui est si différent des boissons énergisantes de d'autres sources de caféine
dans notre alimentation?
Bien, une des choses, notamment, c'est que ce sont des boissons qui sont
sucrées, donc qui sont… qui sont intéressantes pour les jeunes qui aiment le
sucré. Ce sont des boissons aussi qui sont quand même largement accessibles,
comme on l'a mentionné tantôt, au même titre que toutes sortes d'autres
boissons sucrées sont accessibles dans notre environnement. Mais surtout, ils
font un marketing intensif de ces produits-là comme étant la potion magique,
comme étant des substances qui vont amener les jeunes à être plus que qu'est-ce
qu'ils veulent dans une période où ils sont vulnérables justement, dans leur
développement d'identité peut-être, ou alors que c'est des… ce sont des
produits qui sont éminemment désirables pour ces jeunes-là. Donc on fait
vraiment la promotion d'un produit pour des effets qui ne sont probablement,
comme on l'a dit tantôt, pas positifs du tout, mais le marketing qui entoure
ces produits-là est très différent du marketing qui entoure le café, qui
entoure d'autres boissons sucrées. On… la commandite d'événements sportifs
extrêmes, le skate, le motocross, le… je ne veux pas, alors le patinage de vitesse,
donc, alors, la commandite d'influenceurs, d'athlètes. Alors, tout ça, c'est
très attirant pour les jeunes. Et c'est ça qui fait que, dans le fond, ce
produit-là n'est pas considéré comme un autre produit qui contient de la
caféine.
Mme Quach-Thanh (Caroline) :
Merci.
Le Président (M. Provençal)
:...Dre Quach pose une question, je
m'excuse auprès des collègues, j'avais oublié de vous demander votre
consentement pour lui permettre de poser une question. Alors, j'ai présumé que
j'aurais eu le consentement. Est-ce que c'est le cas? Merci. Mme la ministre.
Mme Bélanger : Oui,
merci beaucoup. En fait, peut-être une petite question. Est-ce que noir sur
blanc, vous estimez que le projet de loi aura un impact vraiment chez les moins
de 16 ans?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien,
en fait, on a fait la recension de plusieurs initiatives qui ont été mises en
application dans différentes juridictions, puis Mme Paquette va être en
mesure de vous en parler davantage. Ces initiatives-là ont été relativement
peu… en fait, ont été relativement peu évaluées. Et, comme je vous disais dans
ma… dans mon allocution introductive, c'est là où on a un intérêt de faire un
suivi, puis une évaluation de cette politique publique là pour s'assurer qu'on
puisse fixer des cibles, puis les atteindre d'un point de vue de réduction de
consommation et de réduction des effets indésirables qui pourraient être
attribués. Je pourrais laisser Mme Paquette vous donner des informations
sur ces… sur ces cas-là.
• (9 h 30) •
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Oui, dans le fond, il existe relativement peu d'expériences étrangères qui
interdisent la vente de boissons énergisantes. Il y en a dans quatre, cinq
pays. Notamment en Pologne, on interdit les boissons énergisantes chez les
moins de 18 ans. Et c'est le seul… la seule initiative où on a trouvé une
évaluation de la mesure, alors, cette étude-là, une seule étude. Alors, cette
étude-là montrait que chez les jeunes de 11 à 14 ans qui étaient
physiquement actifs, donc des jeunes qui consommaient quand même déjà des boissons
énergisantes, puis qui les confondaient peut-être avec des boissons de
réhydratation… Parce que ça, c'est un autre enjeu. Parfois, la boisson de
réhydratation, qui ne contient pas nécessairement de la caféine, est confondue.
Donc, c'était une des… une des motivations de la Pologne à mettre sur pied leur
interdiction de vente aux moins de 18 ans. Donc, dans cette étude-là, chez
les jeunes de 11 à 14 ans, on a vu une diminution de la consommation de
boissons énergisantes un an après la mise en…
9 h 30 (version non révisée)
Mme Paquette (Marie-Claude) :
…œuvre de l'interdiction, mais évidemment, une étude n'est pas concluante,
on ne peut pas conclure de façon ferme et certaine avec juste les résultats d'une
étude sur un échantillon relativement petit de jeunes aussi. Donc, comme le
disait mon collègue M. Gamache, ça justifie vraiment la mise sur pied d'un
mécanisme de suivi de qu'est-ce qui va se passer ici, au Québec, parce que,
justement, nous, on va pouvoir contribuer à cette… à cette littérature-là qui
est… qui est essentielle pour pouvoir avancer dans les politiques publiques de
l'efficacité des mesures.
M. Gamache (Jean-Bernard) : Et
je réitérerais, si vous le permettez, que à l'Institut national de santé
publique du Québec, on est en mesure de soutenir l'Autorité de santé publique
dans les suivis, puis l'évaluation de ce genre de politiques publiques là.
Mme Bélanger : OK. Et… Bien,
par contre, on a d'autres expériences au Québec avec d'autres produits qu'on a
légiféré après avoir fait des décennies de prévention puis de campagnes de
sensibilisation, notamment le tabac pour ne nommer que ça, le port de la
ceinture de sécurité, etc. On a eu différentes stratégies pour améliorer,
réduire les risques, puis finalement c'est la loi qui a finalement amené… a
fait une différence. Alors donc, j'aimerais ça peut-être vous entendre sur ce
parallèle-là, là, que je vous amène par rapport au tabac, par rapport à toutes
ces politiques publiques pour lesquelles on a fait des choses, puis qu'à un
moment donné on a, comme société, décidé de légiférer, et ça a eu un impact.
M. Gamache (Jean-Bernard) : Effectivement,
c'est un… les mesures, les mesures législatives ont montré leur efficacité dans
différents… dans différents types de domaines. Puis on ne veut surtout pas… on
ne veut surtout pas prôner le fait que les expériences étrangères n'ont pas été
évaluées, là. L'idée, c'est… c'est qu'on doit prendre les… on doit prendre
absolument les… des mesures législatives pour s'assurer d'être responsables
face à ce type de situation là. Puis, comme on dit, ce n'est pas parce qu'il n'y
a pas d'évaluation ou des… pas d'évaluation sérieuse qui n'a été faite ailleurs
que ça ne vaut pas la peine de mettre des mesures en place et de les documenter
pour… pour avoir une approche novatrice. Puis ça, d'ailleurs, en sciences, on
est tous… nous trois, on est tous des scientifiques, là, puis on aime beaucoup
ça lancer des idées novatrices, puis être capables d'en faire le suivi, puis d'en
documenter l'efficacité à terme. Puis c'est ça qui a été fait aussi dans d'autres…
d'autres domaines que vous avez notamment évoqués, où, bien, on prend des
mesures législatives par mesure de responsabilité, puis on les suit en… Puis,
effectivement, ça a fini par démontrer l'efficacité.
Docteur Perron pourrait vous donner
quelques informations supplémentaires.
M. Perron (Stéphane) : Le
tabac, ce qui est intéressant, c'est… puis c'est un peu ce qui a été évoqué au
début ici aussi, c'est que c'est une panoplie de mesures qui a fait changer les
choses, ce n'était pas juste une mesure. Il y a des mesures qui, en théorie, on
se demande si ça a un impact, mais tout ensemble, ça a un impact, par exemple l'emballage,
par exemple quand on a décidé que, pour protéger les travailleurs, il n'y
aurait plus de personnes qui fument dans les milieux intérieurs, quand on a
encouragé les gens à fumer à l'extérieur, quand on a mis à disposition des
mécanismes de cessation. Pour la ceinture de sécurité, juste la loi comme telle,
peut-être qu'elle aurait été efficace ou non, mais l'implantation des mesures
de contrôle pour s'assurer, c'est ça qui faisait… Ça fait qu'encore une fois, c'est
une panoplie de mesures. Puis c'est clair que, comme toute intervention de
santé publique, ce n'est jamais une mesure, mais c'est un ensemble de mesures
qui vont faire une différence.
Mme Bélanger : Il me
reste peu de temps. Je voudrais terminer sur la stratégie nationale en
prévention, que nous avons donc lancée il y a quelques semaines. Alors, on
parle de la loi ici. Vous avez vu que c'est quand même avec quelques articles
assez restreints, mais en lien avec la prévention, peut-être vous entendre
là-dessus comme mot de la fin.
M. Gamache (Jean-Bernard) :
Marie-Claude
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Bien, dans le fond, la… l'interdiction de… l'enjeu des boissons
énergisantes, c'en est un de la caféine, mais aussi c'en est un du sucre. Donc
c'est sûr que de diminuer la consommation de boissons sucrées, c'est ça qui va
avoir un impact populationnel le plus important dans notre… dans notre société.
Si on considère une boisson énergisante de 473 millilitres, par exemple,
ça contient la quantité de sucre qu'on devrait consommer dans une journée.
Alors, c'est quand même des quantités de sucre très importantes. Donc, c'est le
sucre qui est vraiment l'enjeu à long terme pour la santé de la population. Et
les boissons sucrées sont beaucoup plus consommées que les boissons
énergisantes. Mais l'interdiction de boissons énergisantes chez les… peut
amener une sensibilisation, comme vous l'avez dit, et aussi ouvrir la porte à d'autres…
à d'autres mesures qui pourraient justement réduire la consommation de boissons
sucrées, qui est vraiment très préoccupante chez les jeunes.
Mme Bélanger : Je vous
remercie.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme la ministre.
Alors, je vais maintenant céder la parole au député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M.
le Président. Merci à vous trois d'être…
M. Derraji : …là. Première
question, très courte. On essaie… on essaie, sur la place publique, de dire que
c'est la même chose que le café, comparé à une tasse de café, je viens de
demander, je pense que c'est un café filtre. Et un café filtre, ça se situe
entre 446 et 267, ça dépend de la grandeur du… de la tasse. Et les boissons
énergisantes, c'est aux alentours de 170. Vous répondez quoi à l'argument que
c'est la même chose que le café, la caféine qu'on a dans une boisson
énergisante, versus le café qu'on trouve un peu partout?
M. Gamache (Jean-Bernard) :
Bien…
M. Derraji : La caféine,
plutôt, désolé, la caféine.
M. Gamache (Jean-Bernard) :
Oui, d'un point de vue purement toxicologique, c'est la même caféine. Puis, je
vais… je vais repasser la parole à Mme Paquette, là, qui pourra vous
donner des messages complémentaires, là, sur le… encore sur le marketing.
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Dans le fond, la boisson énergisante, elle est caféinée, parfois moins
qu'un café, mais elle n'est pas consommée de la même façon, dans le même
contexte par les mêmes personnes que le café. Alors… Comme je vous dis, le
marketing intensif…
M. Derraji : Mais je
veux rester vraiment sur la caféine. Je ne veux pas qu'on aille sur le
marketing. Je veux qu'on reste sur le café si ça ne vous dérange pas.
On parle de la même caféine à une
concentration de l'ordre de 170. C'est ce que je vois. Et un café filtre,
parfois c'est le double d'une boisson énergisante. Est-ce qu'on peut affirmer
ça aujourd'hui?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien,
vous l'avez dit, ça dépend de la taille de votre tasse de café, là. Mais, d'un
point de vue purement toxicologique, un milligramme de caféine contenu dans une
boisson énergisante a le même effet physiologique qu'un milligramme de caféine
dans un café.
M. Derraji : C'est
parfait, c'est parfait. Maintenant, sur la place publique, le fait de dire que
prendre un café ou une boisson énergisante, là, c'est là où votre argument
marketing revient sur la place publique, c'est qu'il y a d'autres ingrédients,
et parmi les ingrédients il y a le guarana et il y a la taurine, guarana, c'est
de la caféine additionnelle et parfois non déclarée, ça dépend de quelle… de
quelle boisson, mais aussi le sucre. Le sucre, c'est 38 grammes par
canette, c'est ce que j'ai vu.
Donc, aujourd'hui, quand on vous pose la
question sur les autres ingrédients, à part le café, est-ce qu'on peut conclure
que, quand on compare le café avec les boissons énergisantes, c'est juste, de
dire qu'on se compare uniquement à la caféine, ou bien on inclut les autres
ingrédients pour avoir un portrait juste de l'analyse boisson énergisante
versus café que je suis en train de prendre?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Très
bien. Bien, Docteur Perron, vous pouvez peut-être donner quelques informations
sur les ginseng, guarana et tous les autres ingrédients.
M. Perron (Stéphane) : Les
autres ingrédients qui sont rajoutés, généralement, tu sais, puis c'est un peu
pour ça que ma collègue, Mme Paquette parlait de la potion magique, c'est
des ingrédients qui sont généralement… Il y a eu plusieurs agences qui ont… qui
ont regardé c'est quoi, les effets, puis, aux doses qui sont dans les boissons,
ce n'est pas clair qu'il y a des effets physiologiques encore, ce n'est pas
comme… ce n'est pas l'ingrédient bioactif, ce n'est pas lui qui va donner les
effets. Ça fait que… ça fait que de notre perspective, les autres ingrédients
ajoutés, y compris la guarana maintenant qui, depuis peu, est légiférée au
Canada aussi au niveau total de la caféine. On n'est pas en mesure
scientifiquement de dire : OK, ça va agir de telle façon, ça va avoir
telle interaction. Généralement, c'est des produits qui sont métabolisés
facilement, uriner facilement, mais ça rajoute à l'idée que c'est une potion
magique aussi. Ça fait qu'on se rapproche encore une fois beaucoup de l'aspect
marketing. Il reste que c'est un mécanisme pour faire en sorte que les gens… il
y a tous les enjeux reliés quand même chez les jeunes avec la caféine qui
restent. Et ça, c'est… le marketing est vraiment envers les jeunes. Puis c'est
des populations qui sont plus à risque pour toutes sortes de raisons, souvent
on ne connait pas les vulnérabilités justement. Et l'autre aspect, on revient à
la charge, c'est quand même un conduit pour du sucre en grande quantité aussi.
• (9 h 40) •
M. Derraji : Oui. Un des
arguments pas mal utilisés, que Santé Canada encadre effectivement la caféine.
La limite, c'est, si ma mémoire, elle est bonne, 680 milligrammes par
canette. La question que je me pose, est-ce que cette limite protège contre la
consommation cumulative, et, dans le cas qui nous concerne, le triste décès
parce qu'il y a une interaction avec un autre médicament? Donc oui, Santé Canada encadre effectivement la
caféine, mais est-ce que sur la consommation cumulative et les effets combinés
avec les médicaments… on parle beaucoup de sport…
M. Derraji : …et déshydratation.
Est-ce que c'est quelque chose que… vous partagez?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien,
en fait..Oui, dans la mesure où… là, quand on parle de… vous… vous évoquez les
médicaments, on parle de psychostimulants, bien, c'est des stimulants en
général qui ont aussi… qui sont aussi' des stimulants sur le système
cardiovasculaire. La caféine, c'est un stimulant du système central nerveux,
puis du système cardiovasculaire. Donc, c'est sûr que lorsqu'on combine ces
deux substances-là, ou ces deux produits-là… bien, on vient cumuler ou ça vient
conditionner les effets indésirables respectifs de ces médicaments-là, qui sont
sur les systèmes cardiovasculaires, les systèmes nerveux centraux. Donc, on les
a nommés tout à l'heure, on peut vous les réciter encore, là, mais la hausse
de… la hausse de la tension artérielle, la hausse du rythme cardiaque, la
nervosité, l'agitation, l'insomnie, etc. Donc, c'est des… c'est deux… c'est
deux substances qui vont être contributives aux mêmes effets indésirables.
M. Derraji : Donc, vous
êtes d'accord que l'effet cumulatif, on n'en parle pas beaucoup. C'est parce
que le fait de dire qu'on encadre la limite à 180 milligrammes par
cannette, on s'entend que le jeune va prendre une canette. Mais l'effet
cumulatif a un effet aussi. Si jamais on prend… Abstraction faite à ce qu'on
prend des psychostimulants, je veux mettre de côté le cas avec un
psychostimulant. Je veux juste une consommation normale, 180 milligrammes
par canette, l'effet cumulatif existe oui ou non?
L'effet aussi combiné en pratique de sport, déshydratation. On oublie les
médicaments, parce qu'on a tendance à associer d'une manière directe parce
qu'on a vu l'effet avec les psychostimulants, mais juste l'effet… une personne
normale, l'effet cumulatif, sucre, caféine.
M. Gamache (Jean-Bernard) : Vous
voulez dire… Excusez-moi, je vais vous demander de clarifier là. L'effet cumulatif,
vous voulez dire si la personne prend plus qu'une canette.
M. Derraji : Oui
M. Gamache (Jean-Bernard) :
OK. Bien oui, effectivement, les effets sont dose-dépendants, c'est linéaire.
Donc, plus on en prend, plus on s'expose à des effets indésirables. Donc, ça,
c'est… ça, c'est très clair, puis très bien documenté. Docteur Perron pourrait
vous en donner davantage sur les effets indésirables qu'on peut… qu'on peut
expérimenter quand on consomme ça pendant qu'on fait du sport.
M. Perron (Stéphane) : Mais
c'est… c'est d'ailleurs pour ça que, quand on regarde les recommandations au
niveau des agences internationales sur la caféine, on parle souvent de pour une
boisson, c'est 200 milligrammes max, mais c'est… pour toute consommation
de caféine dans une journée, c'est 400 milligrammes. Ce que les agences
disent aussi, c'est qu'à 400 milligrammes, 200, pour des personnes qui n'ont
pas de problème de santé, qui n'ont pas de conditions sous-jacentes, qui n'ont
pas de problèmes cardiaques, donc quand même une grosse catégorie de personnes,
mais, pour les autres personnes, ça devrait être sécuritaire. Ceci dit, chacun
a une vulnérabilité, chacun ses vulnérabilités. Certaines personnes vont
prendre très peu de café, vont réagir rapidement, d'autres vont en prendre
plus, vont réagir… vont réagir moins. Mais peu importe, à un moment donné, plus
on en prend, plus les effets vont se faire ressentir et plus la panoplie
d'effets… d'effets secondaires, là, que je pourrais dire, là, vont être
importants avec la hausse de consommation. Ça fait que oui, c'est une
consommation totale, et oui, les effets vont être plus importants, plus on en
prend… plus on prend de caféine.
M. Ciccone :Merci. Question rapide, je sais, il ne me reste pas
beaucoup de temps. Là, c'est sûr que l'industrie va vous dire : Oui, mais
là vous parlez beaucoup du sucre avec la caféine, mais on a des canettes, nous,
qui n'a pas de sucre, il y en a qui sont sans sucre. Est-ce que ça, c'est sans
effet ou c'est correct?
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Dans le fond, il n'existe aucun bénéfice à la consommation de ces
boissons-là, qu'elles soient sucrées ou sans sucre, parce que souvent les sans sucre
vont contenir des édulcorants de synthèse, et les édulcorants de synthèse, il y
a des données épidémiologiques qui ne sont pas complètement concluantes, mais
ce n'est pas un produit qu'on veut nécessairement… qui est sans effet sur la
santé non plus. Ils ont aussi des effets potentiellement négatifs sur la santé.
Je peux… Peut-être que je peux me
permettre d'ajouter aussi que Santé Canada légifère des mises en garde sur les
boissons énergisantes, dont le nombre de portions maximales qui devraient être
consommées à chaque jour. Donc, ces mises en garde là sont obligatoires sur la
boisson énergisante. Alors, c'est un autre… En plus des limites qui sont… qui
sont imposées, il y a aussi ces mises en garde là que ce n'est pas recommandé
pour les enfants de 14 ans et moins qui…
M. Derraji : Désolé. Les
mises en garde par rapport à quoi?
Parce que vous avez des mises en garde maximales par rapport à la caféine…
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Oui, c'est ça. Par rapport au nombre de portions maximal qui peut être
consommé pour chaque produit. Donc, la mise en garde dit : Ne pas
consommer plus que x portions par jour.
M. Derraji : OK
M. Ciccone :Merci beaucoup.
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Santé Canada régit cette mise en garde.
• (9 h 50) •
Le Président (M. Provençal)
:Dernière question, M. le député de
Marquette?
Une voix : …
M. Derraji : ...c'est
par rapport à cette portion. Mais là ça revient à la question de Mme la
ministre tout à l'heure et Dre Quach, les jeunes, avec… avec tout cela, surtout
la dose maximale à utiliser, on n'est pas à l'abri qu'il y ait une
surconsommation, suite à l'effet marketing que vous avez mentionné…
M. Derraji : …comment on
se protège de ça?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien,
on met… Bien, je vous ai évoqué tout à l'heure une série de mesures
complémentaires. Là, aujourd'hui, on discute d'une mesure législative, mais il
y a… bon, il y a l'étiquetage qui existe déjà. On parle aussi… on peut parler
de messages de sensibilisation. Les travaux qu'on fait aujourd'hui, ça
constitue une forme de sensibilisation aussi, puis un message qui est envoyé à
la population quant à l'usage de ces produits-là. Mais évidemment, il y a
d'autres mesures à mettre en place, là, de façon complémentaire pour s'assurer
d'arriver à nos cibles, puis on le réitère, là, c'est pour ça que c'est
important de faire un suivi de cette politique publique là, puis de l'évaluer.
Mme Paquette (Marie-Claude) :
On peut restreindre l'accès à ces produits-là dans différents lieux, par
exemple qu'il n'y ait pas d'accès dans… dans des lieux particuliers. On peut
jouer sur le prix, on peut jouer sur la composition des produits aussi. Alors,
ce sont tous des éléments qui pourraient contribuer à diminuer la possibilité
qu'il y ait surconsommation.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup.
M. Perron (Stéphane) : …on
avait vu, avec le tabac, ce qui avait vraiment baissé la consommation, c'était
l'augmentation des taxes sur le tabac aussi. C'est une décision qui avait été
prise par le Parlement aussi.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Je vais céder maintenant la parole au député des
Îles-de-la-Madeleine pour trois minutes 35.
M. Arseneau : Merci, M.
le Président. Merci à vous d'être là. J'ai peu de temps. Je vois… Dans votre
conclusion, vous dites que la consommation des boissons énergisantes chez les
jeunes Québécois demeure globalement faible. Mais ce qu'on comprend, c'est que
ça… c'est quand même en augmentation depuis cinq ans environ. Et je comprends
que, si vous êtes favorables à la mesure, c'est parce que vous craignez qu'avec
le marketing actuel… que ça aille toujours en augmentant.
M. Gamache (Jean-Bernard) : Vous
avez bien lu nos conclusions. Je vais laisser Mme Paquette...
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Oui, en effet, il y a une légère augmentation. Ce n'est pas… c'est une
légère augmentation. On voit aussi qu'il y a une augmentation dans la taille
des boissons énergisantes qui sont proposées. Au début, la petite fameuse
canette qu'on connaît tous est 250 millilitres. Maintenant, on est rendu à
des formats qui sont le double de ça. Donc, c'est pour ça qu'il y a… il y a une
préoccupation et qu'on doit surveiller ces produits-là.
M. Arseneau : Vous dites
qu'il y a évidemment la caféine et le sucre, mais le sucre, ce n'est pas si
différent que ça, la quantité de sucre dans les boissons énergisantes caféinées
que dans les boissons sucrées en général. Pourtant, on ne s'apprête pas à
interdire la vente de boissons sucrées. Donc, la différence, c'est la caféine?
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Oui, on ne…
M. Arseneau : Vous nous
dites que…
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Mais, la boisson énergisante, vous allez l'interdire parce que c'est une
boisson énergisante, mais les enjeux de santé associés à cette boisson-là, ils
sont aussi associés au sucre.
M. Arseneau : C'est… Exactement,
mais c'est les mêmes… essentiellement les mêmes, quand on parle de maladies
chroniques, de diabète et ainsi de suite. Elles peuvent être liées autant aux
boissons énergisantes qu'aux boissons sucrées, tout simplement. C'est ça. Donc,
la différence étant la caféine et l'interaction possible avec des
psychostimulants.
M. Gamache (Jean-Bernard) :
Oui. Puis c'est ce qu'on appelle, en santé publique, un cobénéfice, c'est que,
là, on s'intéresse aux boissons énergisantes, puis, en ciblant les boissons
énergisantes, bien, on est… on est également capable de cibler leur teneur en
sucre puis pour réduire cette consommation-là chez les jeunes. Donc, on parle
d'un cobénéfice, ici.
M. Arseneau : Vous avez
parlé des possibles effets non désirés ou non recherchés, par exemple, qu'il y
ait une boisson ou un produit de substitution, ou encore, peut-être que
j'interprète, là, mais que l'on trouve une façon de contourner la loi,
évidemment aussi, peut-être l'attrait de ce qui est prohibé chez les jeunes.
Quelles sont les mesures qu'on pourrait mettre en place? Est-ce que vous avez des idées à nous proposer
pour le… dans le cadre du projet de loi pour tenter de devancer ces possibles
effets non désirés?
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Je pense que la première chose, c'est de surveiller justement comment
l'industrie va réagir à l'interdiction de mise en vente aux moins de
16 ans. Il y a actuellement des boissons sucrées. Alors, on sait que la
boisson… la définition de la boisson énergisante de Santé Canada, c'est qu'elle
doit être… elle doit contenir de la caféine au delà de 150 milligrammes
par litre. Alors, il y a des boissons sucrées non énergisantes sur le marché en
ce moment qui sont à 145 milligrammes par litre, donc qui sont très
proches, qui frôlent le seuil de la boisson énergisante. Donc, on doit
surveiller ce type de boisson là, leur évolution dans le temps et leur
consommation, évidemment, chez les jeunes.
M. Arseneau : …question
en terminant. Vous avez beaucoup parlé du marketing, puis de l'attrait, la
potion magique, tout ça. Est-ce qu'on a les outils actuellement, là, en place
pour prévenir justement cet effet-là?
Parce que le marketing, il va continuer, même s'il y a une interdiction pour
les moins de 16 ans. Est-ce que la Loi sur la protection des consommateurs
visant, par exemple, les jeunes, ça a un effet ou on devrait aussi regarder de
ce côté-là?
Mme Paquette (Marie-Claude) :
…on n'a pas regardé cet enjeu-là. Mais, en effet, une restriction du
marketing alimentaire ou du marketing de ces produits-là pourrait être quelque
chose à étudier davantage.
M. Arseneau : Et puis,
pour les données probantes, vous dites qu'il en manque. Est-ce que vous
continuez les recherches là-dessus au-delà de l'adoption d'un projet de loi
comme celui-ci?
M. Gamache (Jean-Bernard) :
…ici, on représente deux directions scientifiques de l'Institut national de
santé publique…
M. Gamache (Jean-Bernard) : …du
Québec, là. On veut avoir une approche globale, là, dans le suivi de cette… de
cette thématique-là, bien entendu, puis on suit la littérature, on publie de
longue date sur cette… sur cette question, puis on suit l'évolution des
connaissances scientifiques de façon assez scrupuleuse. Donc… Puis on est
ouverts aussi à contribuer à la suite, là. On sait qu'il y a la question de
suivi, puis de l'évaluation du… de la politique publique, puis on… Puis, pour
faire écho à votre question de tout à l'heure, le projet de loi est monté de
sorte où on a la possibilité d'ouvrir… de réouvrir la définition, puis de
l'élargir davantage par voie réglementaire. Donc, si c'est… si c'est des
dispositions qui sont prises, l'Institut va être… en fait, ça va nous faire
plaisir de pouvoir participer à ces travaux-là éventuellement.
M. Arseneau
:
Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je vais… On va compléter cet
échange avec Mme la députée de Rimouski. Vous avez deux minutes 12, madame.
Mme Blanchette Vézina : Merci.
Merci à vous trois. Très éclairant, là. Si j'ai bien compris, dans le fond,
c'est la combinaison sucre caféine qui est un enjeu pour la santé publique, là,
si je vois, avec l'interaction potentielle de certains médicaments, mais les
données probantes sont limitées, c'est ça?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien,
en fait, c'est le… tout ça, même tous ces facteurs-là, d'un point de vue
individuel, sont tous des enjeux de santé publique en ce qui nous concerne.
Donc, le sucre contenu là-dedans, ce n'est pas bon. La consommation importante
de caféine chez les jeunes, pour nous, ce n'est pas bon. Puis l'image de marque
qui est promue au travers de ces boissons-là aussi, ce n'est pas considéré
comme quelque chose qui est positif à notre égard. Donc, c'est ces trois… ces
trois éléments-là.
Mme Blanchette Vézina : Puis,
à lire le rapport, en fait, votre mémoire, je comprends qu'il y a de la
concentration de caféine plus élevée dans certaines boissons en milligrammes
par litre. Pourquoi on n'interviendrait pas sur ces… sur ces… Par exemple, là,
je regarde votre tableau, là, Tim Hortons, cappuccino glacé,
482 milligrammes par litre, c'est ça?
En tout cas, c'est dans votre mémoire. Je me demande juste, dans le fond,
pourquoi on s'attaque aujourd'hui aux boissons énergisantes si d'autres
boissons contiennent à la fois de la caféine, du sucre, là. L'interdiction
devrait être plus large, selon vous?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien,
en fait, là, c'est sûr qu'on a… on a sous la main un projet de loi, puis on est
interpelés sur ce projet de loi là de façon plus spécifique, puis on en a fait
l'analyse. Bon, ma collègue pourrait vous en dire un petit peu plus, puis on
voulait le mentionner, là, avec les éléments d'image de marque qui est promue.
Mais non, nous autres, on a fait…
Mme Blanchette Vézina : …symbole,
aujourd'hui, on essaie puis on teste quelque chose. Parce que, vous dites, il y
a peu de données sur l'interdiction, les effets positifs d'une interdiction.
Est-ce que ça va… l'objectif, c'est d'élargir plus tard à quelque chose de plus
grand, donc qui va toucher des boissons sucrées caféinées?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien,
on n'est pas dans… on n'est pas dans l'intention du projet de loi, on n'est
pas… on n'a pas participé à…
Mme Blanchette Vézina :
Non, bien, je veux… d'un point de vue de santé publique, ma question est plus
pour la santé publique.
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Bien, je pense que, comme on le dit, le mécanisme de suivi de cette
première mesure-là va être… va-nous… pouvoir nous informer sur quel est
vraiment l'enjeu prioritaire. Est-ce qu'on devrait élargir notre définition
pour inclure ce type de boisson là ou pas?
Mais c'est un premier pas. Et puis on se… on se base sur une définition
existante, déjà, là, qui est très semblable à celle de Santé Canada. Donc,
l'encadrement de ce produit-là est plus facile, si on peut dire, c'est un
premier pas. Avec un suivi, un mécanisme de suivi bien, bien en place, on va
être en mesure de savoir est-ce qu'on réussit à toucher justement, les produits
qui sont le plus caféinés, est-ce qu'on réussit à toucher et à suivre
l'évolution de ces produits-là pour ensuite s'ajuster dans un futur règlement.
Mme Blanchette Vézina : Dans
votre conclusion, là, il est mentionné que la mise en place de l'interdiction,
là, pourrait aussi entraîner des effets non recherchés, comme la substitution
par d'autres stimulants ou boissons sucrées, l'émergence d'un marché illicite.
Ça fait que j'imagine que ce ne sera pas l'effet nécessairement escompté. Il
faut… il faut agir sur autre chose, c'est ça?
Sur le marketing, c'est ce que je comprends?
Mme Paquette (Marie-Claude) :
Toute politique publique, comme on le disait tantôt, est une… Les
politiques publiques efficaces sont un ensemble de mesures. Ici, on a une
mesure qui est relativement ciblée. Ce serait bien si elle était accompagnée
d'autres mesures pour contrôler le marketing, pour contrôler l'accès, le prix.
Mme Blanchette Vézina : Pourquoi
16 et pas 18, selon vous?
Le Président (M. Provençal)
:...le temps est déjà écoulé, Mme la
députée. Alors, je remercie les représentants de l'Institut national de santé
publique du Québec pour leur participation, leur contribution et les réponses
qu'ils ont données au cours des échanges.
Je suspends les travaux pour permettre à
la prochaine… au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 9 h 56)
(Reprise à 10 h 01)
Le Président (M. Provençal)
:À l'ordre, s'il vous plaît. Les
travaux se poursuivent et nous recevons maintenant l'Association canadienne des
boissons. Et c'est Mme Carole Grenier, directrice principale Affaires
publiques Québec, qui va nous faire une présentation de 10 minutes, et, par la
suite, nous aurons nos échanges. Alors, madame, je vous invite à faire votre
présentation.
• (10 heures) •
Mme Grenier (Carole) : Merci,
M. le Président. Bonjour, Mme la ministre, M. le Président, chers membres du
comité, parties prenantes. Je vous remercie de l'occasion qui m'est offerte
d'être parmi vous aujourd'hui. Je me présente : Carole Grenier, directrice
Affaires publiques pour le Québec…
10 h (version non révisée)
Mme Grenier (Carole) : ...à
l'Association canadienne des boissons. L'ACB représente plus de 60 marques de
boissons non alcoolisées, notamment les boissons gazeuses, les jus, l'eau
embouteillée ainsi que les cafés, thés, prêts-à-boire et bien entendu, les
boissons énergisantes. Au Québec, le secteur des boissons non alcoolisées
génère plus de 3000 emplois directs et a rapporté en 2024, 449 millions de
dollars de recettes fiscales au gouvernement. Et dans un délai très court, l'ACB
a examiné le projet de loi 9, et nous comprenons que le dépôt de ce projet vise
à répondre à des questionnements et des préoccupations au sujet de la
consommation de boissons énergisantes et de caféine chez les adolescents.
Et avant d'aller plus loin, je tiens, au
nom de l'association et ses membres, à exprimer nos plus sincères condoléances
aux parents de Zachary Miron. Perdre un enfant est une tragédie indescriptible
et nous avons été très touchés par cette histoire... évidemment.
Je crois important aussi de préciser que l'ACB
partage l'objectif d'assurer la sécurité de nos jeunes, qu'ils soient bien
informés et... et qu'ils prennent le temps de lire les étiquettes qui
apparaissent sur les... sur chaque portion. Et justement, en plus, nous avons
un code marketing de l'industrie qui interdit, depuis plus d'une décennie, la
publicité directement adressée aux enfants, la vente de boissons énergisantes
dans les écoles secondaires et, bien sûr, il est interdit également d'offrir
des échantillons gratuits ou toutes formes de dégustation de produits à
proximité des établissements scolaires.
Au cours des dernières semaines, nous
avons vu une mobilisation citoyenne pour faire en sorte qu'une telle tragédie
ne se reproduise pas. Les faits démontrent que la situation est plus complexe
qu'il n'y paraît. Et à l'ACB, nous ne croyons pas que la solution soit une
interdiction de vente aux moins de 16 ans. La véritable question est de savoir
comment, comme société, nous pouvons mieux prévenir les risques, mieux informer
les jeunes, les sensibiliser ainsi que leurs parents et l'ensemble des
consommateurs afin de contribuer à l'achat de produits et prendre des décisions
éclairées quant à leur consommation.
D'ailleurs, nous en profitons pour saluer
l'initiative de l'Ordre des pharmaciens du Québec de travailler avec ses
membres pour veiller à mieux informer les patients jeunes et moins jeunes et à
les sensibiliser à l'égard des interactions et risques associés à la prise de
médication, notamment contre le TDAH, comme dans l'histoire qui nous interpelle.
Depuis 2022, Santé Canada a établi un
cadre réglementaire à l'égard des aliments supplémentés et les boissons
énergisantes en font partie. Il y a une obligation d'apposer une mise en garde
visible sur la cannette, la portion, et d'indiquer que les boissons
énergisantes ne sont pas destinées à être consommées par les personnes
sensibles à la caféine, aux enfants de moins de 14 ans et qu'elles contiennent
une forte teneur en caféine. Les consommateurs sont invités à lire les
étiquettes. Il y a une information claire et visible qui est encadrée, qui leur
permettrait de faire des choix éclairés et de consommer ces produits de manière
responsable.
Permettez-moi maintenant de revenir sur
certains éléments factuels qui, nous l'espérons, pourront contribuer à la
réflexion que vous faites à la commission et à l'identification de solutions
les plus efficaces, et défaire certains mythes qui ne contribuent pas
positivement à cette discussion ou à ce débat pour en faire de meilleures
politiques publiques à adopter. Premièrement, les boissons énergisantes sont
sécuritaires. Conformément à la réglementation de Santé Canada, elles peuvent
contenir un maximum de 180 milligrammes par portion. C'est inférieur à la
quantité de caféine présente dans un petit café filtre du commerce du coin. De
plus, la sécurité des boissons énergisantes et de leurs principaux ingrédients
a été évaluée et confirmée à maintes reprises par plusieurs autorités de santé
chargées de surveillance de ces produits, notamment Santé Canada, le Food
Standard Australia New Zealand et l'Autorité européenne de sécurité des
aliments. Les évaluations scientifiques de ces autorités ont permis de conclure
qu'une consommation modérée de boissons énergisantes est sans danger pour les
adultes et les adolescents en bonne santé. C'est pourquoi ces agences
confirment qu'aucune restriction d'âge sur la vente de boissons énergisantes ne
se justifie. Les boissons énergisantes peuvent contenir de la caféine, des
acides...
Mme Grenier (Carole) : …comme
la taurine et des vitamines. Ces ingrédients sont courants dans de nombreux
aliments et autres boissons. Par exemple, on trouve de la taurine dans les
fruits de mer, la volaille et les préparations pour bébé. Et, contrairement à
la croyance populaire, la taurine n'est pas un stimulant, il ne renforce pas
les effets de la caféine ni n'interagit avec le produit. Le tout a été confirmé
encore une fois par les autorités qui réglementent ces produits, dont Santé
Canada. De plus, on dit parfois que les boissons énergisantes sont bues plus
rapidement et donc plus rapidement absorbées par l'organisme. Toutefois, des
essais cliniques ont également confirmé que l'assimilation et l'exposition à la
caféine sont similaires entre les boissons énergisantes et les cafés. Alors,
que la caféine soit consommée chaude en café, ou froide en boisson énergisante,
rapidement ou lentement, les taux de caféine dans le sang sont identiques, et
c'est la même quantité de caféine qui est consommée.
J'aimerais maintenant aborder la question
de la consommation de boissons énergisantes par les adolescents. Plusieurs
études se sont penchées sur ce sujet et indiquent une faible consommation chez
les adolescents québécois. Une enquête québécoise sur la santé des élèves du
secondaire indique que seulement 1 % des élèves du secondaire consomme des
boissons énergisantes quotidiennement. L'étude révèle également que trois fois
plus de jeunes consomment quotidiennement des cafés aromatisés et des thés
glacés et toute autre boisson sucrée. Finalement, un sondage Ipsos a aussi
révélé que seulement 27 % des adolescents avaient consommé une boisson
énergisante au cours des trois derniers mois, alors qu'environ la moitié de ces
jeunes avaient consommé un café. Les habitudes de consommation changent vite
chez les jeunes. Il y a constamment de nouveaux produits tout aussi attirants
sur le marché. Ça concorde d'ailleurs avec une étude provenant des États-Unis,
qui a révélé que seulement 11 % de la consommation totale de caféine chez…
chez les adolescents, pardon, provient des boissons énergisantes. 11 %.
C'est donc dire qu'il reste un 89 % qui se consomme avec d'autres sources
de caféine.
En résumé, la consommation de boisson
énergisante par les adolescents québécois n'est pas problématique, d'autant
plus qu'il s'agit de produits sécuritaires et, rappelons-le, réglementés par
Santé Canada. Les mesures de santé publique qui doivent nous guider doivent se
baser sur des preuves scientifiques, des données solides et réelles. Dans le
cas présent, les données probantes disponibles ne démontrent pas qu'une
restriction de vente fondée sur l'âge constituerait une mesure efficace pour
atteindre l'objectif recherché. Le projet de loi 9 s'écarte du cadre
réglementaire fondé sur des données scientifiques qui régit les boissons
énergisantes au Canada. Vous me permettez? Merci.
Le projet de loi proposé pourrait
également avoir des conséquences imprévues importantes pour les adultes sur la
vente au détail de ces produits via le commerce électronique et s'écarte de
façon problématique du cadre de Santé Canada. Nous estimons donc que le projet
de loi 9 devrait être tout simplement retiré. Si l'objectif est de s'attaquer à
la consommation de caféine chez les adolescents, cibler une seule catégorie de
produits qui n'est pas la principale source de caféine consommée par les
adolescents, ne permet pas d'atteindre l'objectif visé. L'éducation, la
prévention, la sensibilisation sont les outils ou les mesures les plus
efficaces dont dispose le gouvernement pour engager les adolescents et la
société civile dans un dialogue constructif sur la caféine et ses effets.
• (10 h 10) •
L'Association canadienne des boissons et
ses membres sont intéressés à collaborer activement avec le gouvernement du
Québec sur de telles mesures. Mais avant tout il nous apparaît judicieux de
mettre en place une… une consultation approfondie et élargie auprès de toutes
les parties prenantes, dont les experts scientifiques, pharmaciens, médecins,
détaillants en alimentation, les fabricants et d'autres parties intéressées
afin d'obtenir une vision globale sur la question de la caféine consommée chez
les jeunes. Nous souhaitons également et respectueusement recommander au
gouvernement du Québec de consulter ou de rencontrer les gens de Santé Canada
pour comprendre comment cette réglementation sur les boissons énergisantes a
été élaborée dans le cadre des aliments supplémentés et comment cette
réglementation protège les adolescents, quelles sont les exigences en matière
de définition et de limite de caféine pour chaque portion. Voilà, je vous
remercie encore une fois de m'avoir donné…
Mme Grenier (Carole) : …l'occasion
de partager le point de vue de l'Association canadienne des boissons. Je suis à
votre disposition pour répondre aux questions.
Le Président (M. Provençal)
:Merci, Mme Grenier, pour votre
exposé. Mme la ministre.
Mme Bélanger : Oui.
Merci beaucoup, M. le Président. Merci pour votre présentation.
Peut-être, d'entrée de jeu, est-ce que
vous croyez que votre association, qui est une association, donc qui fait la
promotion aussi des produits, est mieux placée que le comité scientifique qui a
été mandaté en 2019-2020, qui nous a rendu un rapport? Première question.
Mme Grenier (Carole) : Écoutez,
c'est une très bonne question. On ne peut… c'est un comité d'experts, alors, je
comprends, je conçois très bien. Ce que je peux amener par rapport à ça, c'est
que la demande avait été faite en 2019, et le rapport a été rendu en 2023. Et
depuis 2022, les boissons énergisantes sont réglementées par Santé Canada, donc
le produit est maintenant jugé sécuritaire. Donc, entre temps, il y a eu… il y
a eu un changement au niveau réglementaire. Donc, il est difficile pour moi de
me… de me commettre ou de… ou d'indiquer qu'on est mieux placé sur… Mais ce que
je peux dire, c'est que les faits sont parlants aussi.
Mme Bélanger : Quelle est la
part de marché pour la vente aux moins de 16 ans? Selon les statistiques que vous avez.
Mme Grenier (Carole) : Vous
savez, ces chiffres-là font partie... en fait, on représente différents
membres. Alors, ça fait partie de leurs chiffres, et qui sont… qu'ils doivent
garder confidentiellement et...
Mme Bélanger : D'accord.
D'accord. Mais on parle de données scientifiques, de données privées non disponibles.
OK. Moi, j'aimerais qu'on continue là-dessus, là, parce que vous avez mentionné
que… une étude qui n'avait aucun danger pour la santé, pris en dose modérée. Ça
veut dire quoi, une dose modérée?
Mme Grenier (Carole) : C'est
les doses qui sont recommandées par portion. Donc, vous savez, si vous prenez
une petite canne de… une petite canette de boisson énergisante, alors c'est
80 milligrammes de café, donc c'est en deçà de ce qui est recommandé par
Santé Canada, pour une limite quotidienne de 400 milligrammes.
Mme Bélanger : Vous avez
parlé de faire de la prévention de la promotion. Est ce que vous en faites
comme association canadienne, la prévention et la promotion auprès des
différents publics cibles?
Mme Grenier (Carole) : Oui,
on en fait de plus en plus. Et il y a même le mois de mars qui devient le mois
de la prévention à la caféine. Alors...
Mme Bélanger : À la
caféine?
Mme Grenier (Carole) : Oui,
exactement, la consommation à la caféine.
Mme Bélanger : OK. D'accord.
Est-ce que c'est en lien avec tous les autres produits que vous avez aussi? Parce qu'il y a plus d'une…
plus d'une centaine de produits-là, que vous représentez en termes de…
Mme Grenier (Carole) : Exactement,
c'est de façon générale.
Mme Bélanger : De façon
générale, est-ce que c'est de façon précise par rapport aux boissons
énergisantes chez les jeunes?
Mme Grenier (Carole) : Dans
la dernière année, je ne peux pas vous préciser, je ne peux pas vous confirmer
que ça a été précisément pour les boissons énergisantes entièrement, mais il y
a eu... on a fait affaire… on a eu une vidéo avec une diététiste qui parlait,
justement, des boissons énergisantes et de la façon de consommer ces produits.
Mme Bélanger : Alors, je
comprends que vous avez une approche générale de la chose et non pas une
approche ciblée. On parle aujourd'hui d'un projet de loi qui est spécifique,
qui est un projet de loi pour interdire la vente aux mineurs de moins de
16 ans. Vous me répondez avec des phrases très générales sur l'ensemble de
la population. J'aurais aimé que vous nous donniez de l'information sur le
sujet du projet de loi qui vise, pas la population générale à ce stade-ci, mais
qui vise les moins de 16 ans. Est ce que vous avez de l'information sur
les moins de 16 ans dans vos grandes campagnes de communication ou vos
stratégies marketing? Est
ce que c'est adapté à différents publics?
Mme Grenier (Carole) :
Je ne peux avancer sur les campagnes publicitaires ciblées à cet égard-là.
Par contre, ce que je peux dire, c'est que les… ce qu'on comprend de nos
données, c'est que les jeunes de 16 ans ne consomment pas… consomment de
la caféine sous toutes sortes de formes, et ça ne… ça ne comporte pas que les
boissons énergisantes, il y a aussi une grande quantité…
Mme
Grenier (Carole) : ...une grande partie de la caféine qui est
consommée avec différentes sources de café... caféine, pardon.
Mme Bélanger : Est ce que...
J'aimerais revenir sur la prévention, parce que c'est un élément tellement
important. Est-ce que vous vendez des Red Bull pendant le mois de la prévention,
en mars?
Mme Grenier (Carole) : Ce
n'est pas nous, ce n'est pas... ce n'est pas l'association qui vend ou qui va
dicter les règles d'affaires de nos membres...
Mme Bélanger : D'accord.
Mme Grenier (Carole) :
...mais de la sensibilisation, c'est vraiment pour expliquer comment lire
l'étiquette ou de prendre connaissance de l'étiquette sur un contenant, avec la
mise en garde qui est adressée, qui est adressée à tous, tout consommateur
intéressé, et indiquer également que ces produits-là sont réglementés par Santé
Canada. Donc, encore une fois, ce sont des produits qui sont avérés
sécuritaires pour une personne en santé.
Mme Bélanger : D'accord. Pour
une personne en santé. L'objectif, on parle des moins de 16 ans,
aujourd'hui.
Mme Grenier (Carole) : Un
jeune adolescent.
Mme Bélanger : Un jeune aussi.
Donc, selon vous, c'est sécuritaire pour les moins de 16 ans en santé?
Mme Grenier (Carole) : Selon
Santé Canada.
Mme Bélanger : Selon Santé
Canada.
Mme Grenier (Carole) : Oui.
Mme Bélanger : D'accord.
Alors, vous soulignez que les boissons énergisantes représentent une faible
part de la consommation quotidienne de caféine des jeunes. Donc, vous avez des
études pour affirmer ça? C'est quand même important comme affirmation. Puis,
pourtant, les données de l'INSPQ montrent le contraire. Ce qu'on démontre,
c'est qu'il y a une hausse de l'attractivité chez les adolescents pour ces
boissons. Alors, je reviens avec ma question : Est-ce que vos affirmations
sont basées sur des données qui sont accessibles au public?
Mme Grenier (Carole) :
Absolument. Ces données-là sont... sont mêmes dans le mémoire qu'on vous a
soumis. Et, s'il y a une augmentation de la consommation des boissons
énergisantes, il y a... cette tendance-là l'emporte également avec
l'augmentation de la consommation de café aromatisé qu'on voit chez les grandes
bannières ou dans les cafés du coin.
Mme Bélanger : D'accord. Vous
avez parlé des... de prévention, beaucoup, mais je ne vois pas concrètement les
grandes stratégies de prévention que vous avez, mais c'est correct. Je voudrais
revenir sur les écoles, la proximité des commerces près des écoles, les
professeurs qui nous ont dit que les jeunes, sur l'heure du dîner, vont
s'acheter des boissons énergisantes au dépanneur du coin, reviennent en classe
et que les professeurs ont de la difficulté à gérer leur classe après le dîner.
Est-ce que... Ça vous dit quoi, ça?
Mme Grenier (Carole) : Mais ça
nous dit que, justement, il faut faire davantage de prévention et de
sensibilisation. Et merci de me poser cette question-là. Vous savez, Mme la
ministre, nous, ce qu'on souhaite, c'est de prendre part à une grande
consultation et un échange pour justement mettre de l'avant une campagne plus
ciblée, plus grande, sociétale à l'égard de la consommation.
Mme Bélanger : Alors, vous
êtes une association canadienne, pourquoi vous ne le suggérez pas à Santé
Canada?
Mme Grenier (Carole) : C'est
que, voyez-vous, je suis pour le Québec, mon poste est pour le Québec, donc.
Alors, c'est pour ça... Et là, aujourd'hui, ce qui nous interpelle, c'est le
projet de loi québécois, et c'est avec vous qu'on tend la main.
Mme Bélanger : Est-ce que,
comme vous représentez le Québec, vous l'avez suggéré au niveau de vos
collègues qui représentent d'autres provinces, de faire cette grande
conversation nationale?
Mme Grenier (Carole) : Bien,
j'en prends bonne note et je vais leur suggérer, puisque vous m'interpeller sur
le sujet, avec grand plaisir.
Mme Bélanger : Alors donc,
J'aimerais quand même revenir, là. Vous dites quoi aux parents québécois qui
ont des jeunes de moins de 16 ans? Vous leur dites que, si les jeunes en
prennent avec modération, c'est correct? Je veux vous entendre là-dessus, parce
que c'est ça, l'essence de notre projet de loi.
• (10 h 20) •
Mme Grenier (Carole) : Oui. Eh
bien, oui, c'est ce que je vais dire, tout comme... Je n'ai pas d'enfant, donc
c'est difficile pour moi de dire : Voici, avec mon enfant, qu'est-ce que
j'ai... qu'est-ce que j'ai eu comme discussion. Alors, je ne peux pas dire ça.
Par contre, ce que je dirais à d'autres parents... ou je les écouterais pour
savoir quels sont vos échanges, quelles sont vos discussions avec vos enfants.
Et évidemment je les rassurerais à l'effet que c'est un produit réglementé par
Santé Canada, qui est sécuritaire, qui est vendu depuis 20 ans...
Mme Grenier (Carole) : …au
Canada et qu'il faut… qu'il faut, justement, en discuter et comprendre l'impact
de la caféine. Trop boire de boisson énergisante, c'est la même chose que trop
boire de café, et vice versa. Si un matin on prend trois cafés et
habituellement on en prend deux, bien on peut avoir d'autres effets. Donc, de
là l'importance de l'échange, de la communication, de la sensibilisation, donc,
c'est ce que je dirais aux parents sur ce sujet-là.
Mme Bélanger : Est-ce que
vous comprenez qu'on ne consomme pas une boisson énergisante comme un café?
C'est rare qu'on va caler un café, là, un café filtre, surtout. Les boissons
énergisantes, c'est souvent dans un autre contexte, ce n'est pas nécessairement
dans le contexte du petit déjeuner. Alors, je comprends votre… vos
commentaires, mais aujourd'hui on parle des moins de 16 ans et j'aurais aimé
vous entendre sur les moins de 16 ans qui ont des… des comportements
différents, qui fréquentent les milieux scolaires, qui fréquentent des milieux
sportifs, qui sont en plein développement de leur personnalité. J'aurais aimé
vous entendre là-dessus, dans le fond. C'est comme le café, dans le fond, c'est
ce que j'entends.
Mme Grenier (Carole) : Bien
en fait, les adolescents ont plusieurs questions, ils se cherchent. Alors là,
on n'ira pas faire un exposé là-dessus, je comprends bien. Mais alors, un
enfant de 16 ans essaie et, entre amis, il essaie différentes choses. Mais mon
point… j'aimerais revenir au fait que Santé Canada a bel et bien… a pris comme
âge de référence 14 ans pour dire : À 14 ans et plus, c'est sécuritaire
lorsque c'est consommé de façon modérée. Alors, je m'en remets à eux avec leurs
recommandations. Et c'est un… ce n'est pas un âge aléatoire, c'est qu'ils se
sont justement fiés sur des études scientifiques significatives. Donc pour…
pour établir cette référence-là et préciser que la boisson était sécuritaire.
Mme Bélanger : Pourtant, il y
a peu d'études significatives en lien avec l'âge et la consommation. Mais bref,
on parlera à Santé Canada un jour, peut-être. Alors, je laisserais Docteure
Caroline Quach-Thanh, s'il vous plaît.
Le Président (M. Provençal)
: Allez-y, docteure.
Mme Quach-Thanh (Caroline) : Merci.
Merci, Mme Grenier. J'aurais aimé ça… j'ai posé la question tout à l'heure à
l'INSPQ, je pense que vous l'avez entendu. J'aimerais vous entendre aussi sur
le contexte de consommation des boissons énergisantes et en quoi ça diffère de
la consommation d'autres produits caféinés. Et, dans ce contexte-là, compte
tenu que votre association a déjà mis des mesures de sensibilisation en place,
que recommanderiez-vous comme mesures supplémentaires pour encore mieux
encadrer les risques pour les plus jeunes, s'il vous plaît?
Mme Grenier (Carole) : Oui,
le contexte actuel de consommation, bien écoutez, alors, nous, ce qu'on sait,
c'est qu'il n'est pas si élevé au Québec et qu'il y a plus de consommation de
café que de boissons énergisantes.
Mme Quach-Thanh (Caroline) : Oui,
mais le… mais quand vous consommez… la consommation de café ne se prend pas au
même moment, habituellement, que les boissons énergisantes. C'est vraiment
là-dessus que j'aurais aimé vous entendre. Parce qu'en théorie, votre
association a ces données-là pour leur campagne et autres.
Mme Grenier (Carole) : Alors,
si vous le permettez, je vais… je n'ai pas ces données-là. Je vais donc faire
une demande et vous revenir là-dessus parce que je… je préfère être
transparente en ce qui a trait au contexte de consommation. Voilà. Qu'est-ce
que nous recommandons comme… comme mesures supplémentaires? Bien, encore une
fois, plus d'information et de sensibilisation et oser en parler. Et quand
j'entends que des jeunes vont en acheter près des écoles, bien, il y a sûrement
aussi des cafés qui sont achetés près des écoles et tout autre produit
intéressant. Donc, alors, c'est un gros… c'est complexe comme situation et
c'est difficile de voir à régler tout ça. Mais nous, ce qu'on peut dire, c'est
qu'on souhaite à nouveau… on souhaite vous dire qu'on veut participer à
l'effort de prévention et de sensibilisation et à faire davantage de… de
campagnes ciblées. On va le faire.
Mme Quach-Thanh (Caroline) : Mais,
en matière… en matière de marketing, on a quand même l'impression que les… toutes
les campagnes des boissons énergisantes visent les plus jeunes dans des
contextes de sports extrêmes où on a l'air cool…
Mme Quach-Thanh (Caroline) : ...et
donc comment... Que dites-vous à un jeune qui fait face à ces campagnes-là,
alors que tout ce qu'il veut, lui, c'est fitter, là?
Mme Grenier (Carole) : Oui,
c'est une très bonne question que... C'est une très bonne question. Écoutez,
j'aimerais revenir sur le fait que nos membres ont... ont adopté un code
marketing qui fait en sorte qu'on ne s'adresse pas aux jeunes, aux plus jeunes,
j'entends. Les publicités qui ont lieu sont d'ordre général, pour le public en
général. Mais oui, ça peut être interpellant, ça peut être accrocheur, mais là,
il en va de...
Le Président (M. Provençal)
:Allez-y.
Mme Grenier (Carole) : …de
leur intention.
Mme Bélanger : ...dernière
question dans... dans mon cas. Le rôle des commerçants, vous savez, il y a déjà
tout un mouvement, là, qui est parti ici, au Québec, là. Les commerçants,
notamment du côté de Saguenay, là, une dame, puis ça a fait les manchettes ici,
qui opère un dépanneur puis qui a décidé qu'elle, elle cartait les jeunes,
avant même qu'on... on ait avancé sur un projet de loi, qui a décidé qu'elle
changeait donc l'entrée de son magasin pour mettre les produits ailleurs.
Alors, vous dites quoi aux commerçants, là? C'est peut-être que dans vos
membres, je ne sais pas, mais...
Mme Grenier (Carole) : Les
commerçants ne sont pas nos membres, ils sont des partenaires. Écoutez, on ne
peut pas aller lui dicter quoi faire dans son dépanneur, donc...
Mme Bélanger : OK. Ça va.
Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, M. le député
de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M.
le Président. Bonjour, Mme Grenier, merci pour le mémoire et merci pour
votre présence. Je vais aller avec une question très directe. Vous représentez
l'industrie, que répondez-vous aux gens qui vous disent que vous êtes là juste
pour protéger le chiffre d'affaires des vendeurs de boisson énergisante?
Mme Grenier (Carole) : Et
bien, je leur dis que c'est mal connaître les tâches que j'ai à faire,
puisqu'on a des membres québécois au Québec qui offrent... qui offrent d'autres
produits et dont il faut tenir compte selon différents enjeux. Donc, ce n'est
pas... Et ces membres-là, mettent sur le marché des produits que vous
consommez, que vous aimez consommer à différentes occasions.
Donc, on fait tous partie d'une chaîne de
cette société civile qui consomme, qui achète, qui choisit, qui... qui
s'informe et voilà. Donc, je fais partie de cette chaîne-là, j'ai un tout petit
rôle.
M. Derraji : J'ai une
autre question. Pensez-vous qu'après l'adoption du projet de loi, vos membres
vont avoir un impact sur leur chiffre d'affaires de vente ou il n'y a pas
d'impact? Donc on adopte ou on n'adopte pas le projet de loi, est-ce que oui ou
non, vos membres vont avoir un impact sur le chiffre d'affaires des boissons
énergisantes vendues au Québec?
Mme Grenier (Carole) : Alors,
nous, on maintient notre... notre approche, notre compréhension que les jeunes
ne consomment pas tant de boissons énergisantes.
M. Derraji : Ce n'est
pas ça, ma question, Mme Grenier.
Mme Grenier (Carole) :
Oui.
M. Derraji : Je veux
juste, parce qu'on est dans une... dans une discussion, on veut comprendre que
ce soit d'un point de vue scientifique et vous m'avez vu tout à l'heure, j'ai
posé la question à l'INSPQ, que ce qui m'intéresse avec l'INSPQ, ce n'est pas
l'effet marketing. Ce qui m'intéresse, c'est la science et les études.
Vous représentez l'industrie et nous, nous
sommes en train de prendre une décision. Les élus vont... vont légiférer et
cet... ce qu'on va légiférer va avoir un impact. S'il n'y a pas d'impact, j'en
suis sûr et certain, probablement, vous ne seriez pas là. Mais je veux qu'on le
sache tous, c'est que les Québécois qui nous écoutent et nous suivent le
comprennent.
La question est très directe, est-ce que
oui ou non, si on vote, il va y avoir un impact sur le chiffre d'affaires des
bannières que vous représentez?
Mme Grenier (Carole) : Je
présume que oui.
M. Derraji : OK. Donc,
c'est très bien. Donc, votre crainte aujourd'hui, c'est que les élus légifèrent
sur un projet de loi qui va avoir un impact sur un chiffre d'affaires des
bannières que vous représentez.
Mme Grenier (Carole) : À
cela, je réponds respectueusement, non. Ce n'est pas ça ma crainte ou notre
crainte, j'entends. Pour nous, ce projet de loi là est davantage punitif que...
que préventif.
M. Derraji : Mais
punitif pour qui?
• (10 h 30) •
Mme Grenier (Carole) :
Notamment les détaillants en alimentation et leurs...
10 h 30 (version non révisée)
Mme Grenier (Carole) : ...les
employés qui auront...
M. Derraji : Mais vous représentez
les détaillants, vous venez de répondre à Mme la ministre, vous leur
répondez... Mais j'essaie de vous suivre, Mme Grenier, parce que je veux
comprendre vos arguments. Parlez-moi des gens que vous représentez, parce que,
les détaillants, je viens de l'entendre, à Mme la ministre, vous avez
dit : Bien, moi, je n'ai pas les détaillants. Vous parlez au nom de vos
membres, ce qui est très louable, c'est votre rôle, et vous le faites très bien.
Vos membres, quel impact ils vont avoir? Parce que, si on veut légiférer, on
veut que tout le monde soit au courant de l'impact de ce qu'on est en train de
faire.
Mme Grenier (Carole) : Bien,
nous, on croit qu'avant de légiférer il est important de comprendre de quoi on
parle, et en ne ciblant qu'un seul produit on omet une grande quantité de
produits caféinés qui sont... qui sont exclus et qui vont demeurer accessibles.
M. Derraji : Oui, mais je ne
veux pas dire que j'ai de la misère à vous suivre, en tout respect, Mme Grenier.
Vous savez, étude contre étude, on peut passer toute la journée à critiquer les
études scientifiques. Moi, je veux absolument qu'on comprenne aujourd'hui, est-ce
que, en tant que représentante de l'industrie, vous avez mesuré l'impact
économique de le fait de légiférer. On ne l'a pas fait, parce qu'on n'a pas eu
le temps, mais vous, vous avez des chiffres, si c'est sensible que ça, le fait
de légiférer sur les 16 ans et moins. À ma connaissance, et vous pouvez me
dire : M. le député, vous êtes dans le champ, il y a un impact économique.
Et d'ailleurs on a... d'ailleurs, moi le premier qui critique le gouvernement,
je n'ai pas d'étude économique, je n'ai pas d'étude d'impact réglementaire.
Mais vous, vous êtes une représentante de l'industrie. Est-ce que vous avez
chiffré l'impact économique d'une telle... d'un tel projet de loi? Si c'est
oui, il est de combien?
Mme Grenier (Carole) : Ça n'a
pas été chiffré, à ma connaissance, ça n'a pas été chiffré.
M. Derraji : OK, donc, ça n'a
pas été chiffré. Ça veut dire, selon vous, ce n'est pas si problématique que
ça, parce que, si c'est problématique, je pense que tous les représentants de l'industrie,
vous allez recevoir beaucoup d'appels pour vous dire : Là, ça, c'est une
menace pour notre industrie, et on risque de perdre une bonne part de marché.
Mme Grenier (Carole) : Non,
pas du tout.
M. Derraji : Donc, il n'y a
pas d'impact économique, il n'y a pas d'impact de vente, il n'y a pas d'impact
sur le chiffre d'affaires.
Mme Grenier (Carole) : C'est
que, là, en fait, nous, là, ce n'est pas une question financière, c'est
vraiment une question d'équité et de bonne politique de santé publique.
M. Derraji : Bien, parfait, on
avance. Donc, santé publique. Il n'y a pas d'impact financier, il n'y a pas d'impact
économique. Donc, au bout de la ligne, on vote aujourd'hui pour moins de 16 ans,
cette semaine, à partir de vendredi, vos membres, ils n'auront pas d'impact
financier ni économique.
Mme Grenier (Carole) : Non,
mais il reste quand même un aspect d'équité à l'égard de l'ensemble des autres
produits qui sont vendus et accessibles.
M. Derraji : Non, mais
l'équité, mais l'équité par rapport...
Mme Grenier (Carole) : On
cible, on cible les boissons énergisantes.
M. Derraji : Oui. Mais, OK,
parce que... De quelles boissons vous parlez? Les boissons énergisantes, ça
veut dire que vous dites que le législateur oublie les autres boissons sucrées,
par exemple. Mais, moi...
Mme Grenier (Carole) : Non, en
fait, non, non, ce que je veux dire, c'est qu'il y a d'autres boissons caféinées.
On parle de consommation de caféine ce matin. Les gens de l'INSPQ l'indiquaient
bien que la caféine, peu importe sa source, reste de la caféine. Mais, en
terminant, peut-être, sur cette question, c'est vraiment ça que nous
souhaitions vous dire, c'est que les... Santé Canada a réglementé le produit et
l'âge de référence, c'est 14 ans.
M. Derraji : Merci, madame.
Merci, Mme Grenier. J'ai mon collègue qui veut poser une question aussi.
Mme Grenier (Carole) : Oui, certainement.
M. Ciccone :Mme Grenier, je vous écoute... Bonjour, Mme Grenier.
Mme Grenier (Carole) :
Bonjour.
M. Ciccone :
Je dirais simplement ceci, je vous trouve très, très, très courageuse, ce
matin. Merci de votre présence. Vous savez qu'à chaque année, là, il y a des
associations qui rencontrent tous les députés, puis ils veulent nous rencontrer,
puis ils font du lobbying. Puis moi, à chaque année, comme représentant des
saines habitudes de vie, l'association des boissons... canadienne des boissons veulent
me rencontrer. Puis ils arrivent dans mon bureau. M. le Président, ils sont six,
des fois, ils sont sept, puis là ils me... ils me donnent tous les bienfaits de
leurs produits, puis qu'est-ce qu'ils font, puis, tout ça. Puis, aujourd'hui,
ce que je trouve particulier, c'est qu'on vous envoie seule, on vous envoie
seule. Puis je trouve ça quand même assez remarquable qu'on envoie une personne
comme ça dans un moment très sensible, très particulier, où il y a eu mort d'un
jeune, puis on vous envoie seule vous débattre devant des parlementaires.
Alors, M. le Président, je sais qu'il ne
me reste plus de temps, là. Il e reste combien de temps? Oui. Je trouve ça
quand même particulier qu'on vous envoie seule, mais je vais juste vous poser
une question là-dessus, c'est un éditorial que j'ai fait. Tantôt, vous avez
cité le 14 ans de Santé Canada, OK, est-ce que vous seriez d'accord pour
empêcher les jeunes de 14 ans...
M. Ciccone :...de boire vos produits? Est-ce que vous seriez d'accord
pour qu'on légifère pour les 14 ans et moins, de ne pas avoir de produit?
Mme Grenier (Carole) : Ça
pourrait être une option qu'on pourrait discuter...
M. Ciccone :Non, seriez-vous d'accord? Pas une option, seriez-vous
d'accord?
Mme Grenier (Carole) : Bien,
je ne peux...
M. Ciccone :
Parce que vous citez Santé Canada.
Mme Grenier (Carole) : Oui.
M. Ciccone :
Vous dites, c'est 14 ans, 14 ans, en haut... en bas de 14 ans,
c'est dangereux. Ça fait que, 14 ans, vous seriez d'accord pour légiférer
à l'effet qu'on empêche tous les jeunes de 14 ans de boire les produits
néfastes que vous vendez.
Mme Grenier (Carole) : En
fait, je ne peux pas répondre à cette question-là au nom de tous les membres,
mais on pourrait vous revenir rapidement, certainement.
M. Ciccone :Dernière petite question. Seriez-vous capable de m'énumérer
les éléments dans les boissons énergisantes, notamment, là, des bienfaits sur
les saines habitudes de vie? Qu'est-ce qui est bon pour l'être humain dans ces
produits-là?
Mme Grenier (Carole) : Bien,
en fait, une dose de caféine, une portion peut ne pas... peut être bonne pour
nous maintenir. Il y en a qui prennent une boisson énergisante avant de faire
la route. Alors, au lieu de prendre un café, ils se prennent une boisson
énergisante. Ça, on l'entend.
M. Ciccone :Oui, mais je parle des bienfaits, des bienfaits, pas ce que
ça fait sur l'être humain.
Mme Grenier (Carole) :
Oui, je comprends. Oui, oui.
M. Ciccone :
Des bienfaits pour les saines habitudes de vie puis la santé des gens.
Mme Grenier (Carole) : Je
comprends.
M. Ciccone :
OK.
Mme Grenier (Carole) : Sans
vouloir citer les gens qui m'ont précédée, de l'INSPQ, tous les produits ne
sont... voyons, je l'avais noté... il n'y a pas toujours des bénéfices dans
les...
Une voix : ...
Mme Grenier (Carole) : C'est
ça, merci. Alors... Alors, voilà. Alors...
M. Ciccone :Merci. Bien, merci, je n'ai plus de temps, mais je salue
votre courage, je salue votre courage. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Donc, juste... Merci pour votre présence. Juste pour affirmer, donc, vous êtes
d'accord avec l'affirmation qu'il n'existe aucun bénéfice à consommer des
boissons énergisantes?
Mme Grenier (Carole) : Je...
Aucun bénéfice au niveau de la santé, au niveau des saines habitudes de vie,
pour continuer... Alors, oui. Je suis d'accord.
Mme Zaga Mendez : OK. Donc,
vous êtes d'accord avec l'INSPQ. Bien, je vais juste aller dans le même sens que...
que mon collègue tout à l'heure. Vous êtes enregistrée au registre des
lobbyistes, n'est-ce pas, Mme Grenier? Est-ce qu'il y a d'autres personnes
comme vous qui sont enregistrées pour votre association? Combien de personnes
sont enregistrées?
Mme Grenier (Carole) : Bien,
il y a ma présidente. I ll y a aussi des
consultants.
Mme Zaga Mendez : Donc,
autour de quatre, cinq personnes ou on est plus de 10?
Mme Grenier (Carole) : Non,
autour de quatre.
Mme Zaga Mendez : Plus
en bas de cinq personnes. Et j'ai vu que, dans le registre des lobbyistes, il y
a un mandat spécifique depuis le mois de mai, avril, mai, qui porte sur les
boissons énergisantes. Ça fait que vous vous êtes dit, là, lon parle... on
parle de légiférer, avez-vous rencontré des parlementaires, dans les dernières
semaines, concernant vos préoccupations?
Mme Grenier (Carole) : J'ai
envoyé des lettres à plusieurs parlementaires. J'ai... j'ai eu des discussions
avec du personnel politique également, oui.
Mme Zaga Mendez : De
quelle formation politique? Avec qui... Qui vous avez rencontré?
Mme Grenier (Carole) : M.
le Président, est-ce que je dois répondre à ça?
Le Président (M. Provençal)
:...
Mme Grenier (Carole) :
Oui? D'accord.
Mme Zaga Mendez : C'est
une question d'ordre public.
Mme Grenier (Carole) : Oui,
oui, d'accord. Oui, oui, c'est beau. C'est que, c'est une première aussi, hein,
pour moi, donc. Qui j'ai... Oui, alors, on a rencontré... on a rencontré...
J'ai rencontré le personnel et discuté avec le personnel de Mme la ministre de
la Santé, notamment, oui. J'ai d'autres discussions avec d'autres parties
aussi.
Mme Zaga Mendez : OK.
Donc, vous... vous êtes une lobbyiste et vous représentez des intérêts d'un
groupe en particulier.
Mme Grenier (Carole) :
Absolument.
Mme Zaga Mendez : Et vous...
vous avez fait, depuis le mois de mai, une campagne ou de... de l'approche,
justement, pour nous parler de... des enjeux de boissons énergisantes, parce
que vous voyez qu'il y avait des... il y allait avoir des conséquences pour vos
membres. N'est-ce pas?
Mme Grenier (Carole) : En
fait, ce n'est pas tant pour les... En fait, on voyait que ce dossier-là se
précisait, donc je voulais être conforme, m'assurer d'être conforme à la Loi
sur le lobbyisme et être, en toute transparence, partie prenante à ce dossier.
Mme Zaga Mendez : Je vais
avancer... Il y a quelque chose que vous avez dit au tout début de votre
présentation, que la responsabilité, en fait, c'est aux jeunes de bien lire les
étiquettes. Vous avez dit que... moi, ce que je retiens de votre présentation,
que la responsabilité repose sur des jeunes mineurs de bien lire les étiquettes
et de comprendre les effets. Est-ce que c'est ça la vision, en termes de santé
publique, de votre association?
• (10 h 40) •
Mme Grenier (Carole) : Non,
en fait, dans le contexte, je disais que nous, on souhaite davantage
sensibiliser et faire de l'information, parce que c'est aux jeunes et aux moins
jeunes à lire...
Mme Grenier (Carole) : …étiquettes
et… et faire le choix du bon produit, tout simplement. Les étiquettes sont là,
elles sont là pour être lues et comprises. C'est dans ce sens-là.
Mme Zaga Mendez : Ça fait
qu'un jeune de 12, 13 ans, c'est à lui de bien lire les étiquettes, puis
faire un bon choix, et nous, on n'a aucun rôle à jouer.
Mme Grenier (Carole) : L'un
n'exclut pas l'autre.
Mme Zaga Mendez : Donc, on
fait… ce qu'on fait aujourd'hui de légiférer pour les protéger, c'est… c'est la
chose à faire. Vous êtes d'accord, même avec l'expression de l'INSPQ sur les
bénéfices.
Mme Grenier (Carole) : Bien,
c'est que, on pourrait… c'est que, là, la question est très large, donc, la
question est très large. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Rimouski.
Mme Blanchette Vézina : Oui.
En fait, ce que je vois de votre mémoire, là, c'est qu'il y a différentes
mesures qui ont été mises en place, là, en matière de réglementation avec Santé
Canada. J'aimerais que vous nous les rappeliez, parce que je pense que vous en
nommiez quelques-unes au début. Puis j'aimerais comprendre, un peu comme le
député de Nelligan, l'effet de légiférer au Québec versus le reste du Canada,
cette disparité-là, l'impact réglementaire que ça peut avoir pour vos membres.
Là, tu sais, j'entends et je comprends que c'est plus que les boissons
énergisantes, mais l'effet… l'effet du projet de loi, disons, sur vote… sur
votre association, les membres de votre association.
Mme Grenier (Carole) : Oui,
merci. Merci beaucoup pour votre question. Donc, en fait, donc, depuis 2022,
Santé Canada a réglementé les produits et les boissons énergisantes. Alors,
c'est un cadre réglementaire sur les aliments supplémentés. Et, voyez-vous, ça
a été un processus collaboratif, donc, nos membres ont échangé, ils ont offert
plusieurs données, tout ça, puis les décisions finales et les études
scientifiques, également de Santé Canada, ont fait en sorte qu'ils ont ciblé et
encadré ces produits-là avec… avec des restrictions, en combinant avec des
restrictions de limite sur chaque portion.
En ce qui a trait à l'âge de 14 ans,
d'ailleurs, c'est ça, donc, il y a eu une mise en garde pour les moins de 14 ans.
C'est suite à une… je vais le lire ici… suite à une évaluation actualisée des
risques pour la santé liée aux boissons énergisantes caféinées. Cette
évaluation concluait que la consommation de deux portions typiques de boisson
énergisante caféinée était considérée sécuritaire pour les adolescents.
Mme Blanchette Vézina : Une
question avant que vous terminiez, parce qu'on a peu de temps ensemble, mais
entre 14 et 16, est-ce que ça veut dire que les gens qui vendent ces
boissons-là vont devoir faire de l'affichage distinctif pour le Québec? Est-ce
qu'il y a déjà un affichage distinctif pour le Québec et le reste du Canada?
Mme Grenier (Carole) : Non,
c'est la… c'est le même affichage, puisque c'est vraiment Santé Canada, donc
c'est Canadien, à travers le Canada. Donc, est-ce qu'il y aura un affichage
différent? Certainement, et d'autres campagnes de sensibilisation aussi, parce
qu'il faudra justement informer dans certains dépanneurs précisément :
Interdit aux jeunes, ou quoi que ce soit, et c'est sans compter aussi nos… nos
échanges avec les marchands.
Mme Blanchette Vézina : Donc,
si je comprends bien, bien que ce n'est pas chiffré, il y aura un impact
économique certain par rapport, bien que ce ne soit pas nécessairement sur la
consommation qui aura un impact économique, mais pour l'affichage et d'autres…
d'autres éléments qui vont devoir faire que le Québec est distinctif. Il y aura
encore un coût supplémentaire. Est-ce que ça pourrait être refilé aux
consommateurs potentiellement, j'imagine?
Mme Grenier (Carole) : Là, on
est rendu loin, mais potentiellement, effectivement, c'est…
Mme Blanchette Vézina : Bien,
moi, je me concentre quand même, quand on voit des politiques comme celle-là,
comme le député de Nelligan mentionnait : Quel est le coût associé à ça?
Puis bien qu'on comprend qu'il y a un effet sur… sur les jeunes aussi, qui est
souhaité, je pense aussi qu'on doit regarder, lorsqu'on fait des politiques
comme celle-là, l'impact réglementaire et l'impact sur la consommation… sur
l'affichage et les effets que ça peut avoir réellement d'un point de vue
économique. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme la députée. Merci
beaucoup, Mme Grenier. Je suis d'accord avec le député de Marquette, ça a pris
beaucoup de courage pour venir ce matin. Je tiens à vous féliciter puis à vous
remercier aussi.
Alors, ceci étant dit, on va suspendre nos
travaux pour permettre au prochain groupe qui sera en visioconférence de
prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 46)
(Reprise à 10 h 50)
Le Président (M. Provençal)
: Alors, on reprend nos travaux, excusez-moi, avec la... l'Ordre
des pharmaciens du Québec, en visioconférence. Nous avons M. Jean-François
Desgagnés, président, et M. Patrick Boudreault, directeur général. Alors,
messieurs, je vous cède la parole pour votre exposé et on procédera à
l'échange. Alors, vous pouvez y aller.
M. Desgagné
(Jean-François) : M. le Président, membres de la Commission, bonjour.
Je me présente, je suis Jean-François Desgagné, président de l'Ordre des
pharmaciens du Québec. Je suis accompagné aujourd'hui par M. Patrick
Boudreault, pharmacien, juriste et notre directeur général. Je vous remercie
sincèrement de nous donner l'occasion de contribuer à cette réflexion
collective.
L'Ordre des pharmaciens du Québec régit la
pratique de la pharmacie dans la province. Notre mission est d'assurer la protection
du public en maintenant les plus hauts standards de qualité de pratique
pharmaceutique. Nos 10 500 pharmaciens et pharmaciennes exercent, au quotidien,
principalement en pharmacie communautaire et en établissements de santé.
Nous sommes ici aujourd'hui parce que la
protection de la santé publique nous interpelle profondément. Nous connaissons
tous désormais l'histoire du jeune Zachary Miron. Il avait 15 ans, il
prenait du Biphentin pour traiter son trouble déficitaire de l'attention. En 2024,
il est décédé subitement après avoir consommé une seule cannette de boisson
énergisante. La combinaison des deux produits aurait provoqué une arythmie
cardiaque fatale.
Ses parents, David Miron et Veronica
Martinez, ont transformé leur douleur en combat. Ils nous ont interpellés, nous
les professionnels de la santé, pour que nous fassions mieux, pour que les
pharmaciens et pharmaciennes informent mieux leurs patients des risques
d'interactions entre les boissons énergisantes et les psychostimulants...
M. Desgagné (Jean-François) : ...nous
les avons entendus, cet appel nous a touchés et il a accéléré une réflexion que
nous avions déjà menée.
Il y a un mois, l'Ordre des pharmaciens du
Québec a recommandé aux pharmaciens propriétaires, ainsi qu'aux chaînes et
bannières, de retirer ces boissons des commerces adjacents ou pharmacies. Il
faut comprendre qu'au Québec, il y a les pharmacies, que nous légiférons comme
Ordre et les... et les commerces adjacents, soit les endroits où nous
retrouvons les produits de consommation courants sur lesquels nous n'avons pas
d'emprise.
Les pharmaciens propriétaires affiliés à
la bannière Familiprix ont répondu à cet appel dès le lendemain, en retirant
ces produits de leurs 455 succursales à travers la province. D'autres
pharmaciens ont pris la décision individuellement, nous les saluons. Mais notre
intervention ne s'est pas limitée à cette recommandation, nous avons agi sur
trois fronts.
Premièrement, la pratique professionnelle.
Nous avons demandé à nos membres d'améliorer la qualité de l'information
transmise aux patients, particulièrement aux jeunes qui se voient prescrire des
psychostimulants. C'est notre rôle, notre expertise, notre responsabilité.
Deuxième front, les outils cliniques. Nous
nous sommes assurés que les outils d'aide à la décision en pharmacie, notamment
les questionnaires que le personnel remplit avec les patients pour alimenter
leur dossier pharmaceutique, posent des questions spécifiques sur la consommation
de caféine et de boissons énergisantes. Cette information, couplée à l'aviseur
thérapeutique, permettra de détecter l'interaction. Ceci permettra aux
pharmaciens de mieux conseiller et de mieux surveiller la pharmacothérapie des
patients.
Troisièmement, la sensibilisation. Un
document destiné aux patients pour les informer des risques d'interactions sera
mis à la disposition des pharmaciens à partir de la semaine prochaine et les
fiches-conseils sur les psychostimulants ont été revues.
Il est vrai que la littérature documentant
l'interaction entre les psychostimulants et la caféine demeure limitée et est
davantage associée à des rapports de cas. Toutefois, en santé publique, le
principe de précaution s'applique. C'est un principe fondamental, lorsqu'un
risque grave pour la santé est identifié, l'absence de certitude scientifique
ne doit pas servir de prétexte pour retarder des mesures de protection. Le
principe de précaution ne signifie pas d'agir de façon excessive et sans
discernement, il implique plutôt une analyse proportionnée du risque et une
réévaluation continue à mesure que les connaissances évoluent.
Les médicaments pour le traitement du TDAH
augmentent le risque d'effets secondaires cardiovasculaires et ce risque est
bien documenté dans les monographies. Les effets indésirables mortels sont
rares, heureusement, mais possibles. Les données dont nous disposons sont
suffisamment préoccupantes pour agir. Au Québec, près de 24 % des
adolescents et 16 % des adolescentes de 10... de 12 à 17 ans se
voient prescrire ces médicaments, les chiffres les plus élevés au Canada. Le
risque est statistiquement faible, mais nous ne sommes jamais à l'abri d'une
anomalie cardiaque non détectée. Et lorsqu'on peut agir pour protéger la
population, nous avons le devoir de le faire.
Le projet de loi 9 constitue une avancée
importante, car il établit clairement que la société québécoise refuse
d'exposer ses jeunes à des risques évitables. D'autres juridictions comme la
Lettonie, la Norvège, la Pologne et bientôt l'Angleterre, le Royaume-Uni, l'ont
fait. Nous disposons... pardon, nous appuyons cette mesure sans réserve.
Toutefois, nous souhaitons qu'elle aille
un peu plus loin et qu'il intègre une disposition interdisant explicitement la
vente des boissons énergisantes dans les commerces adjacents aux pharmacies.
Cette mesure s'inspirerait directement de ce qui a été fait dans la Loi
concernant la lutte contre le tabagisme, qui interdit la vente de produits du
tabac dans ces commerces. La logique est la même.
Nous sommes conscients que ce projet de
loi suit un cheminement accéléré. S'il s'avérait difficile d'y intégrer dès
maintenant une telle disposition, nous proposons qu'une habilitation
réglementaire soit prévue par l'ajout, à la fin de l'article 1, d'un troisième
paragraphe permettant de restreindre les lieux de vente de ces boissons.
Une pharmacie est avant tout un milieu de
santé. C'est un lieu où les gens viennent chercher des soins, des conseils, des
médicaments. Il est incohérent de vendre à proximité des produits qui peuvent
interagir dangereusement...
M. Desgagné (Jean-François) :
...avec les médicaments. Notre position s'inscrit dans un large consensus
social. Selon un sondage de la firme Léger, mené en mai dernier pour le compte
de l'Association de la santé publique du Québec, 79 % des Québécois sont
favorables à l'interdiction de la vente de boissons énergisantes dans les
commerces adjacents aux pharmacies. Du côté des pharmaciens, à la suite d'un
sondage maison, ce sont plus de 80 % d'entre eux qui sont d'accord avec
cette recommandation. Le projet de loi 9 est pertinent, et nous
l'appuyons, mais, à lui seul, il ne réglera pas tout. Si nous voulons
réellement protéger la santé de la population, nous ne devons pas perdre de vue
l'importance de la prévention et de la promotion de saines habitudes de vie.
Bien souvent, les boissons énergisantes servent à compenser un manque de
sommeil, de la fatigue accumulée, un rythme de vie effréné ou de mauvaises
habitudes de vie. Autrement dit, elles sont parfois le symptôme d'un problème
plus large.
C'est pourquoi nous croyons que l'action
législative devrait s'accompagner d'efforts de sensibilisation et de prévention
à l'échelle populationnelle. Il faut mieux informer la population sur les
effets de ces produits, sur les risques qu'ils représentent et sur l'importance
du sommeil, d'une bonne hygiène de vie et d'une consommation éclairée. L'État a
un rôle à jouer ici. Des campagnes de prévention bien ciblées peuvent
contribuer à changer les comportements. Cette démarche s'inscrit bien dans la
politique gouvernementale de prévention en santé, que nous appuyons
entièrement. Pour que la population puisse être outillée à faire des choix de
santé, nous gagnons tous collectivement à mettre davantage d'efforts en prévention.
En conclusion, la pharmacie est plus qu'un
commerce, c'est un milieu de soins de santé. Les pharmaciens sont des
professionnels accessibles, de confiance, présents dans toutes les régions du
Québec. Ils sont en première ligne pour détecter les risques, prévenir les...
les erreurs et protéger leurs patients. C'est dans cet esprit que nous appuyons
cette loi et que nous avons pris position. Aujourd'hui, nous pensons à
Zacharie, nous pensons à sa famille et nous pensons à tous les Québécois qui
méritent que les professionnels qui s'occupent d'eux agissent avec rigueur,
cohérence et courage. Le projet de loi 9 est un pas dans la bonne
direction. Nous vous demandons d'envisager d'aller un peu plus loin. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup pour votre exposé. Mme
la ministre, je vous invite à débuter les échanges.
Mme Bélanger : Oui. Donc, M.
Desgagné. M. Boudreau, merci beaucoup de votre... de votre intervention puis de
votre posture dans ce dossier-là. J'ai été vraiment très contente de voir qu'il
y a eu une recommandation aux pharmaciens propriétaires de retirer
volontairement les boissons énergisantes de leur commerce. Plusieurs ont déjà
commencé à le faire. Je n'ai pas été... je n'ai pas de rapport là-dessus, mais je
peux vous dire que, dans ma circonscription, je peux voir déjà que c'est en
train de se faire auprès de certaines bannières. Alors, on voit, là, il y a un
momentum actuellement qui est important. On le sait, notre projet de loi vise à
protéger les jeunes. C'est important. Et je veux aussi souligner les échanges
que nous avons eus, puis notamment les échanges que vous avez eus, en début
d'année, avec mon cabinet. Ça nous a permis de mieux comprendre, de voir aussi,
en fonction de votre science, comment vous vous voyez les choses. Vous nous
avez donc expliqué beaucoup d'éléments, et je vous en remercie.
Ma question est : Dans quelle mesure
le projet de loi 9 va venir faciliter la démarche que vous avez initiée,
que ce soit au niveau des recommandations cliniques, de l'accompagnement des
personnes, au niveau du champ de pratique pour les pharmaciens, mais
spécifiquement en lien avec l'utilisation des médicaments, donc, en lien avec
le TDH, comment notre projet de loi va... s'inscrire à l'intérieur de ça, là?
• (11 heures) •
M. Desgagné (Jean-François) :
C'est clair que la démarche que nous avions... que nous avons entamée, qui a
amené notamment la prise de position, c'est-à-dire la demande qu'on avait fait
à nos membres, c'est certain que le projet de loi va beaucoup faciliter. Vous
êtes conscients, comme on l'a dit dans notre discours, que notre rôle,
malheureusement, comme ordre des professionnels, ordres professionnels, se
limite à la partie professionnelle dans une pharmacie, tout ce qui est partie
commerciale, tout ce qui est le commerce adjacent. On n'a pas d'action, là, et
c'est à cet endroit-là que se retrouvent les boissons énergisantes. Pour nous,
notre prise de position, c'était une question de cohérence.
11 h (version non révisée)
M. Desgagné (Jean-François) :
...on a eu l'occasion de le dire dans notre discours, c'est incohérent d'un
côté... d'un côté de l'espace, de donner des conseils, des recommandations, de
mettre en garde des gens sur des interactions ou, de l'autre bout, de vendre
des produits qui peuvent être problématiques.
Donc, pour nous, c'était une question de
cohérence. C'est clair que, vous savez, nous, on a fait plusieurs
recommandations, plusieurs... On a eu plusieurs discussions en amont de notre
prise de position avec l'ensemble des chaînes, des bannières. On est conscients
que, pour certains, ils ont des enjeux qui sont peut-être incohérents ou qui ne
sont pas en lien avec notre recommandation. Puis c'est pour ça qu'il y en a qui
ont décidé de ne pas agir à ce moment-ci. Est-ce que leur réflexion n'est pas
terminée? Je ne le sais pas. Mais c'est clair que le projet de loi qui est
présenté ce matin, dans notre cas, au niveau des pharmacies, ça va très, très,
très... Je pense que, pour plusieurs chaînes et bannières, ça va accélérer leur
processus de réflexion, ça va les amener à prendre la décision qui est dans le
sens de notre recommandation.
Mme Bélanger : OK. Vous avez
souligné qu'en 2021, 72 % des Québécois... appuyaient l'interdiction de la
vente de boissons énergisantes en pharmacie. Puis, avec tout l'appui public qu'on
a vu pour l'interdiction de la vente des boissons énergisantes, on peut s'entendre
que, probablement, depuis 2021, on est peut-être encore plus élevé que ça en
termes de pourcentage, donc, de personnes qui sont en faveur d'interdire dans
les pharmacies. Alors, comment vous interprétez ce signal-phare de la
population déjà, en 2021?
M. Desgagné (Jean-François) :
Je pense qu'on est tous conscients, et on le voit sur la consommation, justement,
de ces produits-là chez les jeunes. On voit également tout ce qui est publicité,
marketing qui est dirigé vers les jeunes. Je pense qu'il y a un inconfort par
rapport à ça. Je pense que les gens, collectivement, sont conscients que c'est
un produit... Vous savez, la Société canadienne de pédiatrie qualifie les
boissons énergisantes comme, au mieux, inutiles, au pire, dangereux. Donc, les
gens comprennent que ce sont des produits avec une valeur nutritive ou un
intérêt vraiment nul. Et justement la balance entre... justement, c'est des
produits qui sont, bon, on on va dire, dangereux ou inutiles, comme la société
de pédiatrie, et, d'un autre côté, toute l'ampleur de la... de la publicité, je
pense que les gens, collectivement, sont prêts à ce qu'on prenne des mesures.
La population est consciente qu'on doit
mettre en place des éléments pour protéger les gens. C'est notre responsabilité
collectivement, puis c'est ce qu'on s'attend d'une législation, d'une
législature et de nos députés, des gens qui nous représentent, de mettre en
place des éléments justement pour encadrer les choses et protéger la
population.
Mme Bélanger : Vous avez
mentionné que... Vous parliez, en fait, d'une perspective de précaution et qu'il
ne faut pas attendre que toutes les preuves soient clairement établies. J'aimerais
ça que vous reveniez là-dessus, peut-être expliquer un peu plus votre pensée
par rapport à ça.
M. Desgagné (Jean-François) :
Patrick, veux-tu répondre?
M. Boudreault (Patrick) : Oui,
je vais y aller. Il faut comprendre que Santé Canada parle d'abord de certaines
doses limites quotidiennes au niveau de la caféine. On sait que la caféine, à 2,5 milligrammes
par kilo, est à peu près la dose maximum. Et quand on prend un jeune d'à peu
près 64 kilos, disons qu'on arrive pas mal à une dose journalière qui
ressemble à la caféine qu'on retrouve dans une portion. Et nos jeunes boivent
ça de manière rapide. Deuxième chose, on sait qu'individuellement, nos
psychostimulants peuvent augmenter... peuvent augmenter la tension artérielle,
peuvent amener certains... certains problèmes au niveau de la conduction
cardiaque, et les boissons énergisantes aussi le font. Et c'est de manière...
et c'est de manière additive que ça peut... que ça peut... que ça peut se faire.
Maintenant, ce qu'on veut, c'est que la la
littérature, pour démontrer un effet secondaire qui est très rare, le fait d'avoir
des études de cas ou qu'on... qu'on accumule, au fil du temps, une quantité de
cas, n'est pas une méthodologie à passer du revers de la main. À un moment
donné... Puis, lorsqu'on a, dans des situations d'effets secondaires rares,
mais tragiques, comme on a eu dans ce cas-là, des rapports de cas qui s'accumulent,
permet aux scientifiques de prendre un pas de recul et de dire : Je crois
qu'avec ce qu'on a en main, nous pouvons agir dès maintenant, tout en
poursuivant les observations, en poursuivant les études.
Alors, à un moment donné, on n'aura jamais
une étude de 10 000 patients pour lesquels on va les exposer là-dessus.
Donc, ce devis-là, il n'est pas possible, il ne serait pas éthique. Alors, je
pense que... et nous pensons qu'avec...
M. Boudreault (Patrick) : …les
rapporte de cas qu'on a accumulés au fil des temps… au fil du temps, et on est
rendu maintenant à pratiquement 10 à 15 ans. On a même vu les cardiologues
discuter qu'ils voient même sur une prise chronique des cardiomyopathies qui
mènent à de l'insuffisance cardiaque. Je pense que, d'un côté, on a un
médicament, on a des psychostimulants qui ont leur place dans la thérapie
médicamenteuse et, de l'autre côté, on a des produits qui n'ont aucun impact,
aucun bénéfice pour la société. Alors, face à cela, face au nombre de cas qui
s'accumulent, je pense qu'on a tout ce qui est en main pour prendre une décision
aujourd'hui.
Ce que vous proposez dans votre projet de
loi est tout à fait, pour nous, adéquat et poursuivons ensuite les études,
poursuivons l'observation… les études observationnelles chez la population, et
espérons qu'on aura beaucoup moins de consommation. Et, dans un principe de
précaution tel que le prône la santé publique, on pourra mieux protéger nos
jeunes de ces produits-là et on aura des jeunes qui arriveront vers l'âge
adulte en bonne santé.
M. Desgagné (Jean-François) :
Si vous me permettez, Mme la ministre, je voudrais juste faire un parallèle
avec quelque chose que, peut-être, les gens vont être… vont mieux comprendre.
On voit la… on voit la même chose avec les médicaments et la grossesse. Vous
savez, on ne fait pas exprès pour exposer un fœtus… c'est-à-dire, donner un
médicament à une femme enceinte pour voir l'effet que ce produit-là à avoir
chez son fœtus. La connaissance qu'on accumule, ce sont des cas qui sont
rapportés suite à des expositions fortuites d'une femme enceinte à un médicament.
Et ça, ça nous amène à prendre des décisions, comme professionnels,
c'est-à-dire, par exemple, de… de ne pas recommander ou d'interdire
l'utilisation de certains médicaments chez une femme enceinte ou de mieux
monitorer.
Donc, c'est le même principe de précaution
qu'on voit aujourd'hui dans l'utilisation et dans... c'est-à-dire la
recommandation sur les boissons énergisantes par rapport aux psychostimulants.
Donc, c'est des… c'est une recommandation qui… qui s'appuie sur des cas
rapportés, qui sont de plus en plus nombreux et qui peuvent nous amener à avoir
justement ce principe de précaution.
Mme Bélanger : OK,
merci. C'est très clair comme explication. Peut-être un mot sur la
monographie des produits au niveau des psychostimulants. Est-ce qu'il y a lieu,
tu sais, éventuellement, que l'industrie puisse mettre davantage l'accent sur
les risques liés aux boissons énergisantes, à la caféine ou à d'autres
substances? Est-ce que
les monographies sont assez claires?
Puis, tu sais, est-ce que… est-ce que les la population lit les monographies,
tu sais?
M. Desgagné (Jean-François) :
Non, la… la population, malheureusement, ne lit pas les monographies. C'est
pour ça qu'on a des professionnels qui sont là pour les aider à mieux
comprendre et à mieux comprendre les risques. Et c'est pour ça, justement,
qu'on a décidé d'intervenir auprès de nos professionnels. Ce n'est pas la
première fois, on est déjà intervenu auprès des professionnels, par des
infolettres, par des mises en garde, en disant vous avez des populations
particulières qui sont plus à risque, faites attention à ça. On le fait pour…
dans plusieurs situations. Ce n'est pas uniquement sur la caféine, les
psychostimulants, les boissons énergisantes. Mais dans le cas où nous sommes interpelés
aujourd'hui, je peux vous assurer qu'on… on est intervenu et on va continuer
d'intervenir de façon importante pour mieux outiller les pharmaciens, notamment
avec les outils d'aide à la décision, où il va y avoir littéralement des avis,
des fenêtres émergentes, là.
Je veux juste… vous savez, quand, je
m'excuse de l'anglicisme, mais quelque chose qui poppe dans le système
informatique des gens en disant : Écoutez,
suite à votre cueillette de données et des informations que vous avez inscrites
au dossier, faites attention à cet élément-là. Donc, également de l'information
écrite, des étiquettes autocollantes qui vont pouvoir être appliquées sur les
vials de médicaments psychostimulants, tout ça pour sensibiliser les gens.
On a une situation, et je pense que, quand
on peut prévenir une situation tragique comme on a vu là, on doit tout mettre
en place pour le faire.
M. Boudreault (Patrick) : Si
tu me permets, Jean-François, on va aller… on va travailler avec nos
professionnels pour aller chercher la discussion avec la population, nos
jeunes, nos adultes sur l'utilisation spécifique de boissons énergisantes.
Parfois, comme professionnels, on a peut-être mis ça sur un grand chapeau de
caféine et pour, peut-être, certaines personnes, lorsqu'on discute… s'il y a
une prise de caféine, les gens ne pensent pas de manière automatique à boissons
énergisantes. Donc, c'est quelque chose qu'on va aller chercher de manière
spécifique, ce qui va nous amener aussi à, peut-être, entrer en relation un peu
mieux avec nos jeunes, avec nos ados.
• (11 h 10) •
Et il faut comprendre aussi que, parfois,
la prise de psychostimulants débute, peut-être, à sept, huit ans. Il n'y a pas
toujours lieu de parler à ce moment précis de boissons énergisantes, mais les
habitudes de consommation changent rendu à l'adolescence et ce qu'on demande à
nos… à nos pharmaciens, c'est de revenir et de mettre à jour, justement, ces
éléments d'habitude là, mais d'éclater ce parapluie de café…
M. Boudreault (Patrick) :
...pour aller chercher des discussions sur des produits plus spécifiques, dont
les boissons énergisantes.
Mme Bélanger : OK. Merci, M.
le Président. Ma collègue pourrait continuer.
Le Président (M. Provençal)
: Oui. Mme la députée de Labelle.
Mme Jeannotte : Oui, merci, M.
le Président. Bonjour, messieurs. Merci pour votre présentation. Je me
demandais si vous aviez eu des discussions avec l'Association canadienne des
boissons, là, qu'on a entendue ce matin, pour les...
M. Desgagné (Jean-François) :
Non, malheureusement, non, pas du tout. En fait, on sait que, lorsque nous
sommes intervenus, moi, j'ai... Suite à notre prise de position, vous n'êtes
pas sans savoir que j'ai eu beaucoup de présence médiatique, j'ai eu
l'occasion. Souvent, on était mis en opposition où leur... ils avaient eu
l'occasion de présenter leur position. J'ai eu l'occasion également d'entendre
la déposition que Mme a faite juste avant nous, mais on n'a pas été en lien avec
les gens de l'association des boissons.
Mme Jeannotte : Et puis qu'en
est-il pour les médecins, les médecins omnipraticiens? Est-ce que vous avez
l'intention de... Est-ce que vous avez déjà entamé des discussions avec eux?
M. Desgagné (Jean-François) :
Bien, vous savez que, suite à notre prise de position, il y a une longue série
de groupes de professionnels qui ont appuyé notre prise de position, notamment
le Collège des médecins qui sont intervenus auprès de leurs membres,
l'association de la FMOQ, la FMSQ, différents groupes de professionnels qui ont
appuyé notre prise de position. Puis on est constamment en lien avec,
notamment, avec le Collège des médecins. On est constamment en lien lorsqu'on
discute de ces choses-là, c'est clair qu'on ne fonctionne pas en vase clos, là.
Nos liens sont quotidiens... bien, pas quotidiens, mais ils sont de grande
proximité.
Mme Jeannotte : OK.
Mme Bélanger : Oui, peut-être
en lien avec les autres provinces canadiennes, les équivalents ordres
professionnels réagissent comment à votre positionnement ici, au Québec?
M. Desgagné (Jean-François) :
C'est drôle, parce que la journée où on a publié notre prise de position, M.
Boudreault et moi, nous étions à Ottawa pour l'assemblée annuelle des ordres de
pharmaciens du Canada, et je peux vous dire que la discussion a rapidement
bifurqué vers notre prise de position. Nos collègues nous ont trouvé très
courageux de l'avoir fait. Depuis ce temps-là, on est en lien avec, notamment,
l'Ordre des pharmaciens du Nouveau-Brunswick qui, la semaine dernière ou la
semaine précédente, ont fait une demande au gouvernement d'aller avec un projet
de loi justement pour limiter l'âge. Je sais qu'il y a des discussions ont été
également avec l'ordre de l'Ontario. Et, la semaine dernière, j'ai fait une
entrevue à Radio Canada, au Manitoba, pour parler de notre prise de position,
parce que, justement, les journalistes là-bas avaient été en lien avec l'Ordre
des pharmaciens du Manitoba, qui voulait aller avec une proposition comme la
nôtre.
Donc, on est contents et très heureux de
voir que notre prise de position est en train de... j'allais dire «percoler»,
mais ça fait caféine un peu, mais de diffuser un petit peu ailleurs au Canada.
M. Boudreault (Patrick) : Et
les collègues de... les pharmaciens, les pharmaciens propriétaires, les
pharmaciens affiliés à la chaîne de Familiprix, il ne faut pas oublier qu'ils
ont aussi des pharmacies du côté du Nouveau-Brunswick. Et l'action qu'ils ont
posée au Québec, ils l'ont posée également au Nouveau-Brunswick.
Mme Bélanger : Mais, d'abord,
écoutez, un grand merci pour le leadership que vous assumez. Puis, au Québec,
on est capable d'être chef de file et d'assumer un leadership quand il s'agit
de la protection et notamment de la protection de nos jeunes. Alors, merci. Je
veux saluer votre professionnalisme, votre courage et votre énergie. Un grand
merci à vous deux.
M. Desgagné (Jean-François) :
Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, Mme la ministre. Avant de poursuivre, j'ai besoin
de votre consentement pour permettre au député de Matane-Matapédia de remplacer
le député des Îles-de-la-Madeleine. Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Maintenant, je cède la parole au député de
Marquette.
M. Ciccone :
Merci beaucoup. Bonjour, M. Desgagné. Bonjour, M. Boudreault. Merci
d'être avec nous aujourd'hui. Et j'aimerais réitérer également, moi aussi,
notre formation politique, des félicitations sur votre recommandation de
retirer les boissons énergisantes des pharmacies. J'aimerais également
féliciter la bannière Familiprix, entre autres, et plusieurs succursales
affiliées, et des Jean Coutu aussi, qui ont pris la même... la même posture.
Sur ce, M., je vous ai écouté tantôt et
vous avez dit, là d'interdire autour des pharmacies. Je veux vous entendre
là-dessus, mais aussi... mais est-ce que... Pourquoi, mettons, autour des
pharmacies puis pas aller plus loin, par exemple, dans des arénas? Pourquoi on
ne va pas là aussi?
M. Desgagné (Jean-François) :
Bien, c'est clair que... Je suis content que vous me posiez la question. En
fait, notre recommandation, la demande que nous faisons, comme je vous disais,
une pharmacie, un espace, l'espace... Quand vous entrez dans votre pharmacie,
il y a... des fois, c'est un peu difficile à comprendre, mais il y a deux
parties, il y a la partie professionnelle, vous avez les ordonnances, les
médicaments, et le commerce adjacent. Moi, je n'ai pas de pouvoir réglementaire
ou les...
M. Desgagné (Jean-François) :
…législatif sur le commerce adjacent, ce qui a amené notamment dans la Loi
sur le tabagisme, sur la… a amené l'interdiction de vente de tabac dans les
commerces adjacents. Donc, c'est ce qu'on aimerait qu'il se passe dans le projet
de loi n° 9, qu'on ajoute cette… cette disposition-là pour interdire, dans le
commerce adjacent à une pharmacie, la vente de boissons énergisantes. Mais
c'est certain qu'éventuellement, s'il y avait une conversation qu'on initiait
sur notamment mieux encadrer la publicité, limiter les endroits où on peut
vendre, notamment, vous avez cité les arénas, les centres où on fait du sport,
on parle dans le projet de loi et on l'appuie, c'est-à-dire, on trouve ça
intéressant, les machines distributrices. Moi, j'ai fait beaucoup de présence
dans les universités, puis il y en a dans toutes les machines distributrices
des universités. Bon, c'est tout à fait questionnable, mais c'est clair qu'on
ferait partie de cette discussion-là et que c'est quelque chose qui pourra être
évalué, donc de limiter, dans certains endroits, la vente. Mais nous, en ce qui
nous concerne, c'est vraiment les commerces adjacents aux pharmacies,
c'est-à-dire la partie commerciale des pharmacies.
M. Ciccone :OK, je comprends, là. Là, c'est plus clair. Ça fait que ce
n'est pas à l'extérieur, c'est, par exemple, sans les nommer, un Maxi… un Maxi,
par exemple.
M. Desgagné (Jean-François) :
Non, non, non. C'est dans le commerce adjacent.
M. Ciccone :OK, comme un Maxi, par exemple. OK, je comprends, sans les
nommer, là. OK, parfait.
Dernière petite question. Quand on regarde
puis on… Vous aviez une question… vous vouliez ajouter?
M. Boudreault (Patrick) : Oui.
Toutefois, si… nous, ce qu'on voudrait, c'est d'avoir la disposition de la Loi
sur… sur le tabac qui parle spécifiquement des pharmacies… dans des commerces
adjacents à une pharmacie. Toutefois, ce qu'on pourrait faire également, c'est
d'ajouter infini de l'article un, un troisième paragraphe qui viendrait
permettre une habilitation réglementaire, qui permettrait justement d'interdire
la vente dans certains lieux. Et là, on pourrait élargir le débat de manière
ultérieure, mais par pouvoir réglementaire, par exemple. C'est l'alternative
qu'on… qu'on propose également.
M. Ciccone :OK, merci beaucoup. Dernière petite question avant de céder
la parole aux vrais spécialistes de notre formation en santé publique. Vous… tu
sais, vous avez une responsabilité à mettre… vous parlez d'étiquette puis de
bien informer l'usager qui va vous voir, justement, que certains produits,
qu'ils sont néfastes avec les produits… avec les boissons énergisantes.
Mais de l'autre côté aussi, l'industrie,
parce que, là, moi j'ai… on a une canette, qu'on ne mettra… on ne vous montrera
pas, là, mais on regarde toutes les mises en garde en anglais, «caution», après
ça, il y a les mises en garde dans les deux langues, mais lire ça, là, essayez
de lire ça, là, OK, c'est peut-être plus difficile pour un gars de 56 ans comme
moi de le lire, mais c'est vraiment écrit, là… on respecte la loi, mais c'est
vraiment écrit de façon… c'est bien trop petit, tu sais, je veux dire. Est-ce
qu'il y aurait… est-ce qu'on devrait s'améliorer là-dessus aussi, puis
s'assurer que les gens sont capables de lire, là, ce qui est… ce qui est sur la
canette, sans prendre une loupe?
M. Desgagné (Jean-François) :
M. Ciccone, vous savez, on l'a fait pour les paquets de cigarettes.
C'est une décision qu'on a juste à faire. Si on veut le faire, on peut le
faire. Puis moi, je pense que votre proposition, elle est très intéressante.
Vous savez, quand il y a des… aux États-Unis, sur certains médicaments, ils ont
développé ce qu'on appelle… puis ici on le voit, parce qu'il y a des emballages
qui sont identiques, on parle de «black box». C'est-à-dire quand il y a
vraiment des enjeux très importants, notamment certains médicaments qu'on
utilise pour l'acné qui est complètement contre-indiqué chez les femmes
enceintes, on a un «black box», c'est clairement indiqué dessus, c'est plus
gros que le nom du médicament, là. Ça fait que ça, c'est des dispositions qui
peuvent être très utiles. Est-ce que les gens le lisent? Ça c'est une autre
question. Mais au moins on a… on a l'obligation de le mettre. Vous savez, on
n'a pas… malheureusement, on n'a pas l'obligation de résultat ou une obligation
de moyens. Ça fait qu'il faut mettre les moyens en place pour que les gens
puissent obtenir l'information.
M. Ciccone :Merci.
Le Président (M. Provençal)
: …la parole au député de Nelligan.
M. Derraji : Oui. Merci,
M. le Président. Bonjour à vous deux. Moi, je vais vous ramener sur un autre
angle. Quel est le rôle d'un pharmacien dans la mise en garde par rapport aux
interactions? Et là, je veux qu'on parle spécifiquement des psychostimulants et
les TDH. Le pharmacien a une responsabilité avant de donner un médicament. Les
interactions avec la caféine sont connues. Ma question à vous aujourd'hui :
Quelle est la part de responsabilité d'un pharmacien qui donne un
psychostimulant ou un médicament contre le TDH, sachant tout ce qu'on sait dans
la littérature en termes d'interaction, d'impact, de décès, que c'est un
cocktail Molotov? Qu'est-ce que vous faites concrètement?
• (11 h 20) •
M. Desgagné (Jean-François) :
On a eu l'occasion de le dire dans notre discours, mais je vais quand même
le répéter. L'utilisation judicieuse et sécuritaire des médicaments, notamment
par la gestion et par l'information sur les effets indésirables, la gestion des
interactions médicamenteuses, je vais y revenir là-dessus, et la surveillance
de la thérapie, c'est le cœur de notre profession. Puis, quand je dis la
surveillance de la thérapie, le rôle du pharmacien ne se…
M. Desgagné (Jean-François) :
...limite pas à la dispensation, elle est continue tant que le traitement
suit son cours. Donc, on doit intervenir, on doit conseiller, on doit
requestionner. Les habitudes peuvent changer, donc, tout ça.
M. Derraji : Oui
M. Desgagné (Jean-François) :
Je vous amène sur l'élément de l'interaction médicamenteuse. La gestion des
interactions médicamenteuses, elle est très importante. Il y en a plusieurs,
que ce soit avec d'autres médicaments, avec des suppléments naturels ou même
des aliments. On a parlé récemment du pamplemousse, c'en est un qu'on connaît
et qu'on peut gérer. Il y a des situations où on peut le gérer, c'est-à-dire,
on va dire aux gens : écoutez, faites attention à ça, distancez… et
notamment les produits laitiers qui contiennent du calcium avec certains
médicaments.
M. Derraji : Désolé, M.
Desgagné...
M. Desgagné (Jean-François) :
Dans le cas… dans le cas, oui des psychostimulants et de la caféine, c'est un
interaction que nous connaissons.
M. Derraji : Oui, mais
M. Desgagné
M. Desgagné (Jean-François) :
Notre objectif, c'est de… Oui?
M. Derraji : Désolé de
vous interrompre, parce qu'il ne me reste pas beaucoup de temps. Je veux
revenir absolument au cas que nous avons devant nous, parce que le cas... décès
de Zacharie nous a tous touchés, mais je veux revenir à la responsabilité du
pharmacien, parce que, là, on a eu l'industrie, on a posé nos questions, mais,
je veux revenir à la base. La personne qui donne le médicament, c'est le
pharmacien. La personne qui a le lien avec la famille ou avec l'individu qui
prend le médicament, c'est le pharmacien. Aujourd'hui, vous nous confirmez que
ce genre de discussion… vous avez ce genre de discussion avec la personne qui
vient auprès de vos membres, j'imagine, et ces discussions sur la caféine et
sur l'utilisation des boissons énergisantes fait partie de discours que … que
vos membres ont avec ces patients.
M. Desgagné (Jean-François) :
Oui. Oui. Et oui. Et on va… on intervient auprès de nos membres pour que ça
soit encore plus clair. Et on intervient auprès de nos membres pour mieux les
outiller, pour mieux intervenir auprès de patients qui sont dans cette
situation-là.
M. Derraji : Oui.Donc,
la sensibilisation, elle est déjà faite au niveau de la pharmacie, par rapport
à l'effet de prendre une boisson énergisante avec un médicament contre le TDAH,
par exemple.
M. Desgagné (Jean-François) :
Absolument. Et on va continuer d'intervenir auprès de nos membres et on va
continuer de les outiller.
M. Derraji : Je vais
écouter…
M. Boudreault (Patrick) : Et
autrement, et autrement, M. Derraji aussi, là, donc, des patients qui viennent
nous voir pour des problèmes d'insomnie ou des problèmes d'anxiété, c'est
quelque chose que les pharmaciens vont vouloir aller rechercher. Donc, la prise
de caféine, la prise de boisson énergisante...
M. Derraji : Oui.
M. Boudreault (Patrick) :
...pour travailler les habitudes de vie, il y a l'interaction, mais il y a tout
autre chose.
M. Derraji : Oui.Je
suis curieux parce que j'ai cru comprendre… par rapport à la vente et que vous
avez un espace professionnel qu'on connaît très bien, un espace de vente géré
dans plusieurs bannières. Le problème avec les boissons énergisantes, ce n'est
pas uniquement le caféine, c'est le sucre. Est-ce qu'on est d'accord?
M. Boudreault (Patrick) :
Oui.
M. Derraji : Pensez-vous
que vos membres aussi, si, demain, le législateur pense à aller plus loin aussi
avec les boissons gazeuses avec haut taux de sucre, parce que si on prend une
boisson énergisante 38 milligrammes de sucre, j'ai des boissons non
énergisantes à presque 38-40 milligrammes de sucre, même plus parfois.
Est-ce qu'il y a cette ouverture d'aller à ne plus vendre aussi les boissons
sucrées ou sodas dans les pharmacies?
Le Président (M. Provençal)
: Une réponse rapide, s'il vous plaît
M. Desgagné (Jean-François) :
Si on avait… s'il y avait un jour… Oui, si un jour, si un jour on avait une
discussion sur la malbouffe, la présence de la malbouffe dans notre société,
notamment dans les pharmacies. C'est certain qu'on va tout autour de la table.
M. Derraji : Donc, les
bannières sont...
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup …
M. Derraji : ...sont
ouvertes à ne pas vendre les boissons.
M. Desgagné (Jean-François) :
Donc, on verra pour eux. Je ne peux pas répondre pour eux. Mais nous, on
serait autour de la table.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci,
M. le Président. Merci beaucoup à l'ordre d'être là avec nous aujourd'hui.
J'ai deux questions. La première, c'est
juste pour… en continuation de ce qu'on a dit tout à l'heure. Vous avez… Vous
nous l'avez partagé, là, ça fait déjà partie de vos pratiques, de faire des
avertissements-là lorsque c'est le temps des interactions avec les boisons
énergissantes. Certains vont nous dire que cette pratique, elle est suffisante
en soi. Qu'est-ce que vous répondez à ces personnes-là?
M. Desgagné (Jean-François) :
Bien, comme je vous disais tout à l'heure le.... Pour ce qui est du rôle du
pharmacien, la surveillance de la thérapie, elle est importante, c'est-à-dire
vous savez, un traitement de santé, ce n'est pas ponctuel, tu ne vois pas ton
pharmacien, puis tu le revois un mois plus tard. Il y a tout un processus, il y
a toute une disponibilité, il y a tout un suivi que le pharmacien doit faire.
Lorsqu'on vient renouveler un médicament. Ce n'est pas ça comme aller remplir
une bouteille d'eau à l'abreuvoir. Il y a un processus là-dedans, il y a une
démarche professionnelle, il y a un questionnement qui doit être fait sur le
principe de, est-ce que vos médicaments sont efficaces? Est-ce que vos médicaments, vous les tolérez
bien? Est ce que vous
avez changé des aliments, des habitudes de vie?
Parfois, les gens sont un peu inconfortables ou se questionnent pourquoi qu'on
pose ces questions-là, ça les dérange un…
M. Desgagné
(Jean-François) : ...mais le pharmacien doit intervenir. Donc, on doit
faire une intervention au début, mais ces rappels-là doivent être faits
périodiquement. C'est pour ça d'ailleurs qu'on va mieux outiller nos
pharmaciens, qu'on va plus les sensibiliser sur ces éléments-là. Et donc là
vous comprenez le principe du continuum de soins, un avertissement unique,
ponctuel, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant.
Mme Zaga Mendez : Exact.
Donc, ce n'est pas suffisant. Vous le faites déjà dans votre pratique avec des
suivis, mais, de façon plus générale, au niveau de la... de la préoccupation
sociétale, ça ne doit pas reposer seulement sur les bonnes pratiques d'un
pharmacien, mais nous avons ici l'obligation de légiférer et donc protéger nos
jeunes.
M. Boudreault (Patrick) :
Oui, ça fait partie du principe de précaution. Donc, on a notre rôle à jouer
comme professionnels de la santé. On choisit d'avoir une pièce législative. On
n'interdit pas de A à Z, mais on l'interdit pour une frange de la population
qui est plus vulnérable. Mais on croit qu'on doit ajouter à cela des campagnes
de promotion des saines habitudes de vie. On doit faire en sorte de mieux
conseiller, mieux outiller la population pour qu'elle puisse faire de meilleurs
choix de santé, qu'elle... Donc, on doit amener une panoplie d'éléments qui
sont complémentaires entre eux, mais nous, on a notre rôle à jouer. Le projet
de loi est un élément, mais, pour nous, il manque... il faut qu'on ajoute le
volet populationnel, le volet prévention, campagne publique, promotion de
saines habitudes de vie.
Mme Zaga Mendez : À cet
égard, dans le volet populationnel, vous parlez aussi d'un autre ajout à
l'article 3. Tout à l'heure, vous parlez des la vente dans certains lieux.
Je ne sais pas si vous voulez développer un peu plus, parce que vous nous dites
de faire soit un amendement ou un changement facile à faire pour l'encadrer de
façon réglementaire. Je ne sais pas si vous voulez nous en dire plus et comment
on peut le faire. Vous comprenez que nous voulons... Il y a une grande volonté
d'adopter ce projet de loi d'ici la fin de la session, mais on veut quand même
rester ouvert à des recommandations, de le faire de la façon la plus simple
possible.
Le Président (M. Provençal)
: Rapidement, s'il vous plaît.
M. Boudreault (Patrick) :
Oui. Bien, rapidement, c'est que, pour nous, c'est de dire, on... Le premier
choix, c'est qu'on prend les libellés textuellement de la Loi sur sur le tabac,
qui viendrait être mis dans... dans ce projet de loi pour justement interdire
la vente de ces boissons énergisantes là dans les commerces adjacents aux
pharmacies. C'est déjà textuellement prévu dans la Loi sur le tabac.
Maintenant, si ce n'est pas possible de le changer dans la loi,
l'alternative... Et, comme on parlait avec M. Ciccone, si on voulait éventuellement
ouvrir à d'autres lieux que les parties adjacentes des pharmacies, se donner ce
pouvoir réglementaire là dans la loi, permettant que, de manière réglementaire,
nous puissions interdire dans des lieux, mais par règlement. Donc, on vous a donné
notre solution A, mais la solution B. Oui.
Mme Zaga Mendez : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, je vais céder
la parole au député de Matane-Matapédia.
M.
Bérubé
:
Bonjour, tout le monde. Merci, M. le Président, chers collègues. Merci à vous
deux pour vos éclaircissements sur votre position. Alors, je représente le
Parti québécois. On est en faveur de ce projet de loi, je veux le dire d'entrée
de jeu. Et je veux ajouter à l'échange que, pas plus tard que samedi dernier,
dans une grande boutique d'appareils électroniques d'un grand centre commercial
de Québec, il y avait tout un comptoir de Red Bull. Alors, j'ai vu ça. Alors,
c'est dans bien des endroits. Alors, c'est très étendu. Donc, si ce n'est pas
en pharmacie, c'est ailleurs dans bien des cas, je voulais le dire.
Vous avez parlé des changements dans vos
façons de faire quant à vos recommandations cliniques et votre accompagnement
des patients. Donc, vous les sensibiliser à la prise de caféine, en général,
avec certains médicaments, ça se fait déjà?
M. Desgagné (Jean-François) :
Oui, tout à fait, c'est que... Bien, comme je vous dis, là, l'enjeu de la
caféine et l'effet sur certains médicaments, soit des interactions ou certaines
conditions de santé, il est bien connu, c'est connu par les pharmaciens. Notre
intervention, auprès de nos membres, va vraiment être de spécifier pour
clarifier la situation en disant : Parler de la caféine, c'est bien, mais
spécifier le principe des boissons énergisantes. Si vous voulez parler
également des cafés glacés ou d'autres endroits où on peut retrouver de la
caféine, où parfois on ne les soupçonne pas, tant mieux pour vous. Mais poser
la question spécifiquement sur les boissons énergisantes, parce qu'il y a une
partie de la population qui ne font pas nécessairement le lien entre le contenu
de ces boissons-là et l'effet que ça peut avoir sur leur santé ou leurs
médicaments. Donc, on a mieux sensibilisé nos membres et on voit mieux les
outiller pour intervenir sur ce point-là spécifique des boissons énergisantes.
• (11 h 30) •
M. Boudreault (Patrick) :
Et en discutant avec les collègues dans les derniers jours, il faut comprendre
que la caféine, c'est un élément qui est recherché et c'est quelque chose qui
est discuté avec les patients. Encore une fois, un patient qui vient discuter
avec le pharmacien pour un problème d'insomnie ou un problème d'anxiété, le
pharmacien, dans sa collecte de données, va vouloir aller chercher la prise de
caféine, qu'elle soit par des boissons sucrées, par café ou par boisson
énergisante. Et le pharmacien va vouloir, oui...
11 h 30 (version non révisée)
M. Boudreault (Patrick) : ...on
veut bien avoir une thérapie médicamenteuse pour l'insomnie ou l'anxiété, mais
il va vouloir travailler avec son patient aussi les mesures non
pharmacologiques dans les habitudes de vie. Donc, c'est des éléments dont les
pharmaciens sont habitués de travailler… au quotidien.
M. Bérubé : Très bien. Vous
avez cité un groupe tout à l'heure et j'espère le dire correctement. Vous avez
dit que les boissons énergisantes sont au mieux inutiles, au pire dangereuses.
Donc, vous êtes d'accord avec les retombées positives du projet de loi, de
façon générale?
M. Desgagné (Jean-François) : Tout
à fait. On appuie de façon très importante le projet de loi, c'est la Société
canadienne de pédiatrie.
M. Bérubé : Très bien, j'ajoute
ça. Ensuite, bien évidemment, il y a des gens qui pensent que le projet de loi
n'est pas nécessaire, car d'autres boissons caféinées ou sucrées demeurent
malgré le projet de loi, vous l'avez évoqué. Votre sensibilisation auprès des
patients couvre tous ces produits, pas seulement ceux qui seront interdits.
Plusieurs ont parlé du besoin de sensibilisation en plus du projet de loi. Mais
vous… Pouvez-vous nous donner un exemple de, comment vous contribuez déjà à cet
effort-là? Quelle forme
ça peut prendre, par exemple, quelqu'un qui vient vous voir puis... Je ne sais pas si vous comprenez.
M. Desgagné (Jean-François) : C'est
certain que les gens, les gens viennent nous voir souvent quand ils ont un
problème, quand ils ont un problème de santé. Donc, c'est souvent ce qui va
déclencher. C'est le principe d'aller voir un médecin. C'est le même principe pour
un dentiste, tu vas voir un dentiste quand tu as mal aux dents. C'est clair qu'on
a un rôle de protection du public; on a un rôle également… et notre
organisation veut avoir une position… plus de position de santé publique qui ne
sont pas nécessairement toujours en lien avec les médicaments. On ne se
détachera pas de notre rôle associé aux médicaments. Mais c'est clair que l'Ordre
des pharmaciens, on veut être présents plus sur les enjeux de santé publique,
notamment la prévention, on veut agir plus en prévention.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup.
M. Desgagné (Jean-François) :
Donc, nous, c'est clair que nos membres... Voilà.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. Alors, je cède maintenant la
parole à la députée de Laporte.
Mme Poulet : Oui, merci, M.
le Président. J'ai combien de temps?
Le Président (M. Provençal)
:Deux minutes?
Mme Poulet : Deux minutes?
OK. Merci de votre présence à vous deux. On a déjà… les enjeux ont déjà été
soulevés tantôt, mais je vais revenir sur les substitutions. Selon vous,
quelles sont les principales différences sur le plan pharmacologique et des
risques de la santé entre les boissons énergisantes prêts à boire, les poudres
énergisantes à diluer les boissons caféinées comme les cappuccinos glacés?
M. Desgagné (Jean-François) : Bien,
ce qu'on voit souvent, ce qui est rapporté dans plusieurs... dans beaucoup de
littérature, c'est notamment le rythme de consommation de ces produits-là, c'est-à-dire
la façon que les gens vont le boire très très rapidement, comparativement... On
fait souvent la comparaison en disant il n'y a pas plus de caféine dans une
canette de boisson énergisante que dans un grand café qu'on achète chez
Starbucks, sauf qu'un grand café, en raison de l'amertume, en raison du fait
que les boissons énergisantes sont aromatisées, sont sucrées, bien, les gens
vont les prendre rapidement. Puis là, on ne parle même pas des associations
avec l'alcool qui ont… Ça, c'est un autre problème, là. Donc, je vous dis,
quand on mélange des boissons énergisantes avec l'alcool, donc, c'est un
cocktail assez problématique. Donc, c'est la différence… c'est notamment la
rapidité avec laquelle des gens vont les consommer et ils peuvent avoir un
impact.
Mme Poulet : Etle
projet de loi interdit les boissons énergisantes. Et comment évaluez-vous le
risque de substitution?
Qu'est-ce qu'on peut faire pour… vous avez parlé de prévention, mais quand il y
a une interdiction, c'est plus… on trouve tout le temps une façon de s'approvisionner
dans des situations, dans des boissons comme ça. Comment qu'on peut évaluer…
comment… qu'est-ce qu'on peut faire pour éviter ou pour protéger mieux nos
jeunes au niveau de la substitution?
M. Desgagné (Jean-François) : Faire
de la sensibilisation, je suis d'accord avec vous, mais je vous avoue que, moi,
ce principe-là, je ne suis pas certain que très important, parce que le
marketing de ces produits-là, est clairement destiné vers les jeunes. C'est
clairement destiné, avec l'association, avec des grands sportifs, avec des
compétitions de sports extrêmes. Donc, en limitant la vente de ces produits-là
aux moins de 16 ans, je pense qu'on va aller chercher la très grande
majorité de l'impact qu'on recherche. Donc, notamment parce que… en raison de
la publicité, comment les gens vont… est ce que les gens vont dire : bien
moi, je ne peux plus prendre ça, je vais aller me chercher un cappuccino glacé
pour aller chercher la même caféine?
Les gens vont les jeunes vont rechercher ce produit-là parce que c'est associé
à la vitalité, à la performance. C'est associé à des sportifs, à des
compétitions qu'ils écoutent. Je pense que… au niveau de la substitution, on
pourra peut-être en reparler, on pourra peut-être voir les effets, mais je
pense qu'on va aller chercher beaucoup avec ce projet de loi là.
M. Boudreault (Patrick) : Mais
ne sous-estimons pas l'éducation populationnelle et les campagnes pour,
justement, faire en sorte que les jeunes, les gens qui utilisent ces produits
là fassent des choix santé et des choix pour leur santé. Il ne faut pas
banaliser l'impact que peuvent avoir des campagnes. On l'a vu pour les STSS, on
l'a vu dans plein d'autres sphères de santé publique. Et ça, ça…
M. Boudreault (Patrick) : …très
très, très important, et, pour nous, ça doit accompagner le projet de loi.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. Mme la députée, votre temps
est terminé. Alors, je remercie les deux représentants de l'Ordre des
pharmaciens du Québec pour leur participation, leur contribution, mais je tiens
à vous féliciter personnellement pour le travail en amont que vous faites
concernant la prévention et, bien entendu, l'ensemble des explications que vous
donnez aux patients qui vont vous consulter.
Alors, ceci étant dit, je suspends les
travaux pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 37)
(Reprise à 11 h 42)
Le Président (M. Provençal)
:Alors, nous allons terminer notre
consultation particulière en recevant l'Association des cardiologues du Québec,
et ils sont représentés par le docteur Bernard Cantin, président. Alors,
docteur, je vous remercie beaucoup de… de la disponibilité que vous avez pour
participer à nos travaux. Je vous donne 10 minutes pour votre exposé et,
par la suite, nous procéderons aux échanges. Merci beaucoup.
M. Cantin (Bernard) : Bon,
je vous… je vous remercie, ça me fait plaisir d'être là.
e n'ai pas d'exposé, dans le fond, j'ai
reçu dimanche soir une convocation en ce sens que vous vouliez nous parler, à l'Association
des cardiologues du Québec, donc on a fait des réaménagements d'horaire, mais
ce n'est pas quelque chose qu'on avait sollicité. Donc, je n'ai pas, comme tel,
un exposé pour vous.
Cependant, j'imagine qu'il y a certains
aspects du projet de loi dont vous vouliez discuter par rapport à la
cardiologie. Donc, si vous voulez juste me dire c'était quoi spécifiquement qui
vous intéresse par rapport à la cardiologie, je peux certainement débuter comme
ça.
Le Président (M. Provençal)
:Je… je vous suggère qu'n procède
directement aux questions des…
M. Cantin (Bernard) : Oui,
ça revient au même.
Le Président (M. Provençal)
:…et de cette façon-là, je suis sûr qu'on
va couvrir les aspects qu'on…
M. Cantin (Bernard) : Que
vous voulez.
Le Président (M. Provençal)
: ...où on veut vraiment avoir votre…
vos connaissances. Ça va?
M. Cantin (Bernard) : Exact.
Parfait, ça me fait… Avec plaisir.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, Mme la ministre.
Mme Bélanger : Oui.
Alors, bonjour, Dr Cantin. On aime ça aussi, de temps en temps, avoir des
échanges directs et ne pas avoir nécessairement de mémoire, ça fait que ne vous
sentez pas coupable de ça. Surtout qu'on… ça a été vraiment dernière, dernière
minute, hein, en plus.
M. Cantin (Bernard) :
Oui.
Mme Bélanger : Mais on va
avoir une bonne période de questions. Alors, écoutez, merci vraiment d'être là
à titre de cardiologue. Vous le savez qu'on est en train de… Dans le fond, on a
déposé un projet de loi en lien avec les boissons énergisantes…
M. Cantin (Bernard) :
Oui, je l'ai lu.
Mme Bélanger : …qui
grosso… qui grosso modo vise à interdire la vente aux moins de 16 ans.
Alors donc, c'est… c'est extrêmement important, malgré toutes les actions de
prévention, de promotion de la santé, d'éducation qui ont été faites par la
Santé publique du Québec, il reste qu'on voit que c'est un phénomène qui est en
augmentation, qui est extrêmement préoccupant. Et c'est pour ça qu'on veut agir
pour protéger les jeunes.
On a eu un rapport qui a été produit en
2023 par l'INSPQ, à la demande de la ministre de la Santé de l'époque, juste au
moment, là, avant la pandémie. La ministre Danielle McCann avait demandé qu'un
comité se penche pour nous aider à mieux comprendre la situation au lieu du… en
lien avec le phénomène des boissons énergisantes et leur augmentation, puis
surtout l'impact chez les jeunes.
Alors, ce comité-là a siégé et, en 2023,
on a eu un rapport. Et quand je suis arrivée comme ministre de la Santé, avec
Dr Caroline Quach-Thanh, on a regardé ce rapport-là ensemble, puis on a décidé
d'aller de l'avant puis de travailler, donc à déposer un projet de loi qu'on a
travaillé de façon transpartisane. Alors, extrêmement important de le
mentionner.
Alors, vous savez qu'il y a eu le… un
décès aussi en 2024, qui a été médiatisé. Puis ça a été un peu aussi l'élément
déclencheur, pour nous, de nous aider à vraiment travailler, comme
parlementaires, à développer ce projet de loi. Zachary Miron, 14 ans, qui…
un garçon en santé, qui faisait du sport et qui aussi prenait des médicaments
en lien avec le TDAH. Et lors d'une sortie scolaire dans un centre de ski, il
est… il est allé à la cafétéria, comme beaucoup de jeunes font quand ils vont
dans un centre de ski, il s'est acheté une boisson énergisante, il l'a calée,
il a embarqué dans les chaises et puis, bien, il est décédé. Le coroner…
M. Cantin (Bernard) : Oui,
j'ai vu le rapport du coroner, j'ai lu…
Mme Bélanger : Vous avez
vu le rapport du coroner.
M. Cantin (Bernard) : Je
l'ai lu, oui.
Mme Bélanger : D'accord.
M. Cantin (Bernard) :
Quand j'ai su qu'on allait se parler, j'ai quand même fait sortir le rapport du
coroner, puis au rapport… par rapport au comité d'experts dont vous parlez, ça,
je n'ai pas été capable de le trouver, mais j'ai vu le résumé que Dre Quach a
fait qui me paraissait très bien puis très juste aussi au niveau de la… de la
cardiologie, dans le résumé qu'elle avait fait.
Mme Bélanger : Alors,
moi, dans le fond… Bien, vous savez, j'aimerais vous entendre, tu sais, comme
cardiologue, d'abord, sur les effets de la boisson énergisante, qu'est-ce que
vous voyez dans votre pratique. Et puis donc, c'est ça, alors, vous entendre
vraiment là-dessus pour commencer.
M. Cantin (Bernard) : OK.
La portion…
M. Cantin (Bernard) : …qui va
affecter à court terme au niveau cardiaque dans les boissons énergisantes, c'est
certainement, majoritairement de la caféine qu'ils contiennent. Alors, qu'est-ce
qu'on sait de la caféine lorsqu'elle est ingérée?
Elle va augmenter la fréquence cardiaque. Elle… va aussi augmenter les tensions
artérielles. Les études nous montrent quand même que c'est un phénomène qui va
être là… du temps que la caféine va être présente dans le sang, la fréquence
cardiaque et les pressions artérielles vont redescendre lorsque la caféine sera
éliminée. Ce qu'on sait aussi, c'est que pendant que quelqu'un fait un sport un
peu plus intense, bien, ça va faire aller un peu plus vite le cœur, puis ça
peut avoir une certaine propension à causer des problèmes, on parle de
problèmes d'infarctus. C'est un peu ça-là.
Dans le cas de Zachary Miron, dont vous
avez parlé… dans tous les phénomènes de mort subite, parce que dans le fond, c'est
ce que c'était, c'est une mort subite. À la définition d'une mort subite, une mort
qui arrive subitement et qui, la plupart du temps, va être d'origine
arythmique. Dans la population générale, on va dire qu'il y a dix morts subites
par 100 mille de population. Puis dans la population pédiatrique, où est ce que
le jeune Myron se situait?
On parle de peu près de 1,5 par 100 mille de population. Donc c'est un
phénomène qui est relativement rare chez les enfants, mais ça, tout le monde le
sait. On sait que les enfants en dix jours sont… santé, puis c'est très rare qu'ils
ont un accident de cette nature-là. Chez les enfants, on voit souvent des
problèmes cardiaques sous-jacents, des anomalies congénitales au niveau du cœur
qui n'avaient pas nécessairement été décelées. Et dans… les rapports disent à
peu près 40 % de toutes ces morts subites là sont… ont été causées par le
problème structurel au niveau cardiaque sous-jacent.… C'est un peu ça… les deux
sujets dont vous aviez parlé.
Mais les effets majeurs, tant au niveau du
ritalin,parce que le long.... le nom long, j'ai de la misère à m'en
rappeler, que le ritalin, le biphentin, c'est la même chose, c'est le même
médicament, c'est aussi une tachycardie, donc un cœur qui va avoir tendance à
aller plus vite, faire peut-être plus de battements supplémentaires. Ça fait
que…donc caféine, puis les stimulants utilisés… pour traiter le TDAH, mais dans
les deux cas, c'est surtout une accélération des fréquences cardiaques. Quand
on les voit chez les enfants, c'est ce qu'on voit majoritairement, c'est ça.
Mais si, après ça, il y a quelque chose de sous-jacent au niveau cardiaque qui
va le rendre susceptible de développer une arythmie maligne, bien on peut les
démasquer à ce moment-là. Dans le rapport d'autopsie, le corollaire, le
pathologiste, pardon, nous dit que le cœur était structurellement normal et que
les voies de conduction du cœur étaient anatomiquement normales. Donc, ça, de
prime abord, on va se dire : Wow, OK, c'est correct, c'est bien.
Toutefois, s'il y avait des vaisseaux... Et des fois, il y a des connexions
entre les oreillettes et les ventricules qui sont aberrantes, qui sont malades,
mais ce n'est pas quelque chose que le pathologiste aurait pu voir lors de l'autopsie.
Pour déceler ces voies de conviction là, qui sont anormales et potentiellement
dangereuses, bien, il faut faire ce qu'on appelle une étude
électrophysiologique, il faut avoir un cœur qui bat, il faut voir l'électricité
du cœur, comment elle se… comment elle se déplace, si on veut, dans le cœur, et
identifier ces voies-là qui sont sont malignes. Puis, après ça, on va aller
intervenir de ce côté-là. Alors, ça peut facilement être quelque chose du genre
qui est arrivé, un battement mal placé, puis un phénomène cardiaque sous-jacent
qui arrive là, par la suite.
Est-ce que les boissons énergisantes puis
les médicaments de TDAH peuvent causer ça?
Oui, de par ce que je vous disais, en augmentant les fréquences cardiaques, en
augmentant l'ectopie cardiaque, qu'on dit, donc les battements supplémentaires,
les battements qui sont placés au mauvais moment, oui. Cependant, il y a, comme
une étude qui a été faite il y a plusieurs années pour regarder avec les
médicaments de TDAH s'il y avait plus de morts subites ici. Dans le fond, c'est
un phénomène qui survenait plus souvent. Et puis, encore une fois, en
pédiatrie, on n'a pas vu de différence en incidence de mort subite chez les
enfants qui étaient traités, puis les enfants qui n'étaient pas traiés…
M. Cantin (Bernard) : …c'est
un phénomène qui est rare, donc ce n'est pas toujours facile de dire :
Oui, cause à effet. Parce qu'il n'y en a pas beaucoup de ces événements-là,
Dieu merci. Mais ils peuvent survenir, puis c'est plus difficile dans ces
temps-là d'identifier des causes. Ça fait que, c'est un peu ça, les deux
aspects dont vous m'aviez parlé. Je ne sais pas si ça répond à votre question?
Mme Bélanger : Oui, bien,
écoutez, merci, mais peut-être juste revenir, en fait, là, quand vous parlez de
voie ou de faisceau anormal qui pourrait induire une conduction, puis, bon,
créer des arythmies. Tu sais, à moins que je me trompe, en fait, souvent quelqu'un
qui est en bonne santé ne se rendra pas compte de ça jusqu'au jour où il va
faire une arythmie, puis c'est comme ça qu'il va être investigué. Tu sais, ça
fait qu'on pourrait avoir ces faisceaux-là, puis on ne le sait pas quand on les
a, hein? Parce que…
M. Cantin (Bernard) : Exact.
Exact.
Mme Bélanger : Alors donc,
tout ça fait en sorte que, oui, il peut y avoir des prédispositions, dans le
fond, personnel, mais quand, à l'âge de l'adolescence, très souvent, on ne sait
pas ça parce qu'il n'y a peut-être pas eu de manifestations, là, durant la
petite enfance.
Moi, j'aimerais peut-être vous entendre…
est-ce que, dans votre rôle, votre point de vue de cardiologue, est-ce que vous
avez entendu parlé par certains collègues qui ont été… qui ont vu des cas ou
des situations où des jeunes en bonne santé ont surconsommé des boissons
énergisantes et qui ont dû consulter un cardiologue? Ou peut-être pas juste
seulement les mineurs, mais des jeunes adultes qui prendraient ça en général?
Est-ce que vous vous parlez de ça dans vos rencontres?
M. Cantin (Bernard) : Oui,
bien, on a… Oui, écoutez, on en voit, on en voit quand même. Ils vont se
présenter à l'urgence, surtout dans un phénomène de palpitations, dans un état
qui est peut-être un petit peu plus anxieux aussi. Mais c'est vraiment le
phénomène de palpitations, des palpitations soutenues qu'on va voir chez des
gens qui, comme vous dites, ont fait la surconsommation de ces substances-là.
Tu sais, à la limite, on le verrait aussi dans les surconsommations de caféine
via du café ou via un autre… un autre phénomène. Donc oui, ça arrive à l'occasion,
puis oui, ça nous est arrivé d'avoir des décès dans ces contextes-là autant
chez les… chez les adolescents que chez les adultes. Mais encore une fois, au
moins, ce n'est pas un phénomène, là, qui est très, très fréquent.
Mme Bélanger : Dr Cantin,
aussi, on parle de cardiomyopathies qui peuvent être causées par la
consommation de ces boissons-là. Peut-être juste brièvement parce que mes
collègues vont avoir d'autres questions par la suite.
M. Cantin (Bernard) : Oui,
ça, c'est un aspect qui est quand même important, puis c'est un aspect qui est
aussi très, très intéressant. On sait très bien, nous, qu'on dit… quand on dit
cardiomyopathie… on réfère ici au chapitre de l'insuffisance cardiaque, là. On
sait… on sait très bien que… on sait… Donnez-moi une seconde, je vais gérer ça.
Non, je ne peux pas. OK. Donc, on sait… on sait très bien que, lorsqu'il y a…
il y a des phénomènes où est-ce que le cœur va aller plus vite, le cœur va se
fatiguer et on pourra faire de l'insuffisance cardiaque. On a un phénomène qu'on
appelle la fibrillation auriculaire. Lorsqu'il est très très rapide, ça peut
arriver qu'on voit le cœur s'écraser et causer l'insuffisance cardiaque. Donc
les… toutes les substances qui vont favoriser la tachycardie, qui vont causer
une tachycardie qui va être soutenue, à la limite, ils sont capables de nous
causer cette insuffisance cardiaque là, cette tachycardiomyopathie-là. Je vous
dirais que la fibrillation auriculaire, c'est un bon exemple de ça. Mais les
amphétamines aussi, pour nous, sont un excellent exemple de ça, puis on
comprend que les médicaments de TDH, c'est des dérivés, là, des amphétamines.
Mais les patients et les gens qui consomment des amphétamines de façon
régulière et de façon importante peuvent en effet écraser leur cœur, causer une
efficience cardiaque. Encore une fois, ce n'est pas tous les gens chez qui ça
arrive, mais c'est un phénomène qui est quand même assez connu, et je vous
dirais malheureusement assez fréquent, du moins chez les consommateurs d'amphétamines.
Les boissons énergisantes, la caféine qui vont causer ces… ces fréquences
cardiaques plus élevées, bien, ils vont… peuvent arriver à la même chose.
Encore une fois, c'est un phénomène qui est rare, cependant.
Mme Bélanger : Merci
beaucoup, Docteur Cantin.
Le Président (M. Provençal)
:M. le député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Il reste combien
de temps, M. le Président?
Le Président (M. Provençal)
: Un trois minutes étiré.
M. Lemieux : Oui, comme si c'était
beaucoup. Merci, M. le Président…
M. Lemieux : ...Dr
Cantin, c'est passionnant ce que vous venez dire, parce que... Et tout ce qu'on
a entendu ce matin, là, l'Institut, l'INSPQ, en passant même par les vendeurs,
c'est passionnant puis c'est intrigant puis c'est presque épeurant aussi. Parce
que, là, on... on travaille dans un projet de loi pour une tranche d'âge d'interdiction,
mais en vous écoutant, ce n'est pas le genre de produit qu'on... qu'on veut
recommander à un ami, là. Tu sais, puis l'INSPQ avec la... avec le sucre, c'est
la même chose. Un quart de la consommation de sucre des Québécois passe par les
boissons, pas juste énergisantes, là, les boissons gazeuses et le reste. Ça
fait peur.
M. Cantin (Bernard) : C'est
impressionnant, hein?
M. Lemieux : Merci.
M. Cantin (Bernard) : C'est
impressionnant.
M. Lemieux : ...non mais,
ça fait peur. Merci de nous faire peur, parce que c'est ça le...
M. Cantin (Bernard) : Ça
fait plaisir.
M. Lemieux : ...mais c'est
ça, le nerf de la guerre. C'est... c'est dans la capacité... Parce que la loi,
là, c'est tout petit, là, c'est les... c'est les 16 ans et moins, mettons,
là. 16 ans et moins, moi, à 15 ans, je me trouvais de la bière si j'en
voulais, là, tu sais. Ça fait que, boissons gazeuses, boissons énergisantes, ça
ne peut pas être un gros problème à trouver non plus, là, on ne mettra pas ça
dans des coffres-forts. Alors, là où je veux en venir, c'est... c'est la
tranche d'âge. Vous, là, vous n'êtes pas pédiatre, là, vous êtes cardiologue.
M. Cantin (Bernard) : Non,
exact.
M. Lemieux : Bon.
Mais... mais quand même, vous vivez dans la même société que moi, là. Les
jeunes vieillissent vite, comme disait ma blonde l'autre jour au sujet de sa
fille, là. Est-ce que... est-ce qu'on devrait se piler sur les pieds pour
choisir un âge? Tu sais, comme pour... pour la marijuana, on était allé à 21
parce qu'au Québec on se disait : Non, non, les autres c'est 18, nous
autres, c'est 21 parce qu'on y croit, parce que, bon. Dans ce cas-ci, là, ça
commence, ça peut s'ajuster un jour pour un autre âge, mais, vous, avez-vous
une opinion là-dessus?
M. Cantin (Bernard) : Bien,
je pense que vous avez tout à fait raison que les effets ignorent complètement
l'âge. Et puis, probablement que plus on avance en âge, le cœur va être plus
susceptible, il va avoir plus de problèmes qu'on... qu'on va causer avec ces
boissons ou différentes choses. Et je vais vous donner un autre exemple, la
cigarette. On l'interdit aux mineurs, mais elle n'est pas meilleure chez les
adultes, elle n'a pas beaucoup plus de bénéfices pour les adultes. Alors, je
veux dire si... Moi, si vous voulez interdire à tout le monde, ça c'est votre
prérogative, faire ce que vous voulez. Mais si vous le faites pour ça,
faites-le donc pour la cigarette aussi, parce que ça, ça va nous aider
beaucoup.
M. Lemieux : Alors, vous
ne me faites pas juste peur, vous me faites de la peine, parce qu'effectivement...
Puis c'est... c'est ça que l'INSPQ nous... nous disait ce matin, c'est que,
dans le fond, ce n'est pas bon pour personne. Là, on parle juste des jeunes,
mais ce n'est pas bon pour personne.
M. Cantin (Bernard) : Écoutez,
je pense que l'INSPQ et la Santé publique ont fait le tour du dossier. Moi, je
respecte beaucoup leurs... leurs conclusions, je vais certainement m'enligner
avec leurs conclusions. Malheureusement, ce matin, j'étais occupé à d'autres
choses, comme je disais un petit peu plus tôt, ça m'est un peu tombé dessus à
la dernière minute.
Et puis je n'ai pas pu suivre, mais j'ai
quand même vu le compte-rendu que... de ce que l'INSPQ avait dit. Puis nous
autres, on a aucune raison d'aller contre ce que l'INSPQ dit. Je veux dire, si
vous me parlez de l'aspect cardiaque, c'est ce que je veux essayer de vous...
de vous dire.
Mais oui, en effet, le sucre, on n'aime
pas bien ça parce que ça cause des problèmes de diabète puis en bout de ligne,
beaucoup plus d'autres problèmes avec un diabète qui n'est pas contrôlé. Alors,
c'est sûr.
M. Lemieux : Merci,
docteur. Je suis obligé de vous laisser aux mains de l'opposition. Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, M. le député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M.
le président. Bonjour, Dr Cantin. Merci d'avoir pris le temps d'échanger avec
nous. En tant que cardiologue, vous avez mentionné tout à l'heure que vous
voyez des cas, et là, on parle de cas de jeunes, de moins jeunes. Et,
spécifiez...
M. Cantin (Bernard) :
Oui.
M. Derraji : ...en cas d'urgence,
est-ce que c'est au niveau des urgences, au niveau de jeunes adultes qui ne
viennent pas en urgence, mais ils se ramassent à vous consulter parce que vous
êtes cardiologue?
M. Cantin (Bernard) : C'est
un peu les deux. Lorsque Mme la ministre parlait, là, d'un effet de la
surconsommation ou d'une consommation un peu plus, plus importante, ces
patients-là, on a tendance à les voir à l'urgence, parce que, là, ils ont des
symptômes à ce moment-là.
Après ça, on va en avoir qui vont nous
être référés en clinique externe par leur médecin de famille en disant, le
patient a beaucoup de palpitations. Tu parles avec, puis il dit, oui, bien, je
consomme telle, telle, telle affaire. Bien, probablement que ça explique ça,
les palpitations et le fait que vous venez nous voir.
C'est certain que lorsqu'on est dans
les... dans les formes un peu plus dramatiques d'expression, d'exposition à ces
médicaments et aux boissons énergisantes, bien, les formes les plus
dramatiques, on les voit toutes à l'urgence, ça, c'est certain.
M. Derraji : Oui.
M. Cantin (Bernard) : Les
morts subites, les infarctus...
12 h (version non révisée)
M. Cantin (Bernard) : …l'insuffisance
cardiaque, souvent, on va la voir via l'urgence parce que le patient arrive, puis
il a de la misère à respirer, puis… le fait qu'il s'en va à l'urgence.
M. Derraji : Oui. Mais, Dr
Cantin, je vais vous poser une question, mais, juste pour répondre à plusieurs
préoccupations que les gens ont. L'INSPQ n'a pas démontré qu'il y a une
surconsommation, à moins si je me trompe, vous n'étiez pas, Dre Quach...
Une voix : …
M. Derraji : Non, non, mais,
ce n'est pas… je valide avec Dre Quach, ils n'ont pas… OK, il n'y a pas
une surconsommation.
J'ai le goût de vous poser la question
suivante. Peu importe l'utilisation, ou non des boissons énergisantes, l'état
de ces patients, qui se… qui viennent chez vous en urgence avec des
cardiomyopathies ou avec des tachycardies ou autres, des maladies liées au
cœur, ils vont de toute façon se ramasser en urgence parce que le… leur état de
santé est prédisposé à avoir des maladies du cœur, est-ce que j'ai raison de le
dire, avec ou sans utilisation, avec ou sans utilisation de boisson énergisante?
M. Cantin (Bernard) : En
effet, on a l'impression que… là, vous parlez de cardiomyopathie, vous parlez
de… de patients qui arrivent avec une insuffisance cardiaque. En effet, souvent,
on a un substrat génétique qui cause une certaine prédisposition chez un jeune patient,
là, dans la vingtaine, qui vient à l'esprit, qui faisait une consommation de
toute sorte de drogue, et puis, dans sa famille, il y a un gène qui favorise l'insuffisance
cardiaque.
Maintenant, chez beaucoup de patients, on n'identifie
pas de tels gènes. Il y a les deux possibilités, soit que c'est que le gène ne…
ils n'ont pas une susceptibilité génétique ou simplement c'est qu'on n'a pas
encore identifié le gène dont il est question. Mais vous avez raison qu'il y a
une bonne proportion de ces patients-là, avec l'insuffisance cardiaque, qui
vont nous arriver, qui ont une certaine propension génétique à avoir un problème.
Ceci étant dit, on n'est pas toujours capable de l'identifier.
M. Derraji : Mais… mais
vous avez raison, Dr Cantin. Et c'est pour cela que je voulais vous poser la
question, parce que j'avais l'impression, et corrigez-moi si je me trompe, que
vous avez fait un lien de causalité, en quelque sorte, entre la consommation,
la… je ne veux pas dire la surconsommation, la consommation des boissons
énergisantes et l'état clinique de certains patients qui peuvent se ramasser en
urgences ou en clinique généraliste, ou chez vous, en tant que spécialiste, est
ce que j'ai mal compris?
M. Cantin (Bernard) : Non.
Non, vous avez bien compris.
En effet, lorsque les patients nous
arrivent à l'urgence, comme je le dis encore une fois, c'est majoritairement de
la palpitation, puis aussi des manifestations dramatiques. Mais la plupart du
temps, c'est une question de surconsommation de ces substances-là.
M. Derraji : OK. Et ces…
la consommation de ces substances, est-ce que ce sont des patients que vous
avez vus qui sont sous amphétamines?
Est-ce que c'est des patients qui… qui sont sous l'utilisation de
psychostimulants, ou il s'agit de patients avec TDAH? Ou bien c'est une population qui est prédisposée
à la consommation, je ne veux pas stigmatiser, de toutes sortes de drogues, et
on arrive avec un cocktail Molotov, et le clinicien, il est en face de ça, et
il se ramasse à traiter, ce que vous faites très bien?
Mais, Dr Cantin, je vais mettre cartes sur
table. Je veux vous interpeler pour… et je vais vous dire pourquoi. Je veux… Est-ce
qu'on n'est pas en train de mélanger les gens qui utilisent ça, toutes sortes
de drogues, avec les gens qui prennent des psychostimulants parce qu'ils ont un
TDAH, à qui on n'a pas probablement expliqué les dangers de l'utilisation de
ces boissons énergisantes, surtout qu'ils sont… qu'ils sont médicamentés?
M. Cantin (Bernard) : Je
vous dirais qu'on voit souvent ce que vous décrivez. On voit souvent de la poly…
on appelle ça de la polytoxicomanie. Dans le fond, l'utilisation de… de
différentes substances qui, on le sait, peuvent devenir délétères. C'est un
phénomène qu'on voit souvent. Mais là, si… vous me parlez de mon opinion, de ce
que moi je vois à l'urgence, l'impression que j'ai. Cependant, il faut toujours
regarder de façon scientifique si… l'impression qu'on a à l'urgence… est
vraiment véridique, puis si elle se confirme. Mais, oui, ce que vous décrivez,
c'est un phénomène qu'on voit quand même régulièrement. Il y a rarement
uniquement un item, il y a souvent deux ou trois systèmes de consommation. C'est
un peu pour ça que je parlais tantôt des amphétamines, puis des boissons… C'est
ça.
M. Derraji : Et on se
comprend, Dr Cantin. Ceux et celles qui utilisent les amphétamines, ils ont d'autres
addictions à d'autres drogues. Sans aller plus loin dans le profil des patients
que vous voyez au niveau des urgences en clinique, le cas qui nous préoccupe
ici, en tant que législateurs ou en commission parlementaire, c'est les
patients qui utilisent les psychostimulants pour traiter le TDAH et qui
prennent des boissons…
M. Cantin (Bernard) : Le
TDAH?
M. Derraji : …oui, et ils
prennent les boissons gazeuses.
M. Cantin (Bernard) : OK…
M. Cantin (Bernard) : ...si
on regarde, là, les médicaments psychostimulants pour traiter le TDH... Quand
même, c'est un phénomène qui nous est référé souvent en cardiologie par des
psychiatres, par des médecins de famille. Est-ce qu'avec sa condition cardiaque
je peux lui donner ça? Ou... La réalité, un petit peu comme je vous le disais
tantôt, si on regarde chez les enfants, le taux de mort subite ne semble pas
plus élevé chez ceux qui ont des médicaments de TDH par rapport aux enfants qui
n'ont pas ces médicaments-là. Chez les adultes, on ne voit pas ça non plus.
Encore une fois, ça ne veut pas dire qu'il
n'y a rien qui est lié à ces médicaments-là, mais on ne semble pas avoir un
excès, là, qu'on est capable de démontrer, là, du moins, là, actuellement.
Puis, encore une fois, comme je vous le dis, par rapport aux enfants,
l'incidence de mort subite est tellement faible que ce n'est pas toujours
facile d'arriver à voici le dénominateur commun de toutes ces morts-là qu'on
n'a pas expliquées par une anomalie cardiaque préalable ou sous-jacente.
M. Derraji : Oui, c'est très,
très éclairant. Docteur Cantin, vous avez raison. Vous savez pourquoi je
voulais vous interpeler? Parce que je ne veux juste pas qu'on rate l'occasion
de voir... de faire le 360 de cette question. Parce que quand vous avez parlé
de l'amphétamine tout à l'heure, je ne veux pas qu'on soit un peu plus loin du
cas réel qui nous préoccupe, qui est l'utilisation d'un médicament destiné au
TDH avec une combinaison d'un Red Bull qui a malheureusement causé la mort du
jeune Zachary. Mais là, ce que vous ramenez, votre pratique... Voilà, je vous
laisse parce que je vois que vous avez aussi une interprétation par rapport à
ça. J'essaie de faire le lien.
M. Cantin (Bernard) : Bien, en
fait, je...
M. Derraji : Non, non, vas-y,
vas-y, vas-y.
M. Cantin (Bernard) : ...je
n'ai jamais dit que la... j'ai jamais dit que son médicament TDH puis la
consommation du Red Bull a causé son décès. Je n'ai jamais dit ça.
M. Derraji : Non, non, non.
Vous avez raison.
M. Cantin (Bernard) :
...d'ailleurs, même le cardio, même... Si vous regardez le résumé de Dre Quach,
elle l'a bien écrit, elle l'a très bien écrit dans son résumé puis je trouve
qu'elle l'a bien résumé, c'est... c'est une belle phrase qui est prudente et
qui ne fait pas nécessairement un raccourci. C'est un raccourci qu'il ne faut
pas faire. Ça ne veut pas dire que ce n'est pas ça qui est arrivé, là, mais
c'est un raccourci qu'il ne faut pas faire, c'est... C'est hyper difficile à
prouver. La cause d'une mort arythmique, ça ne laisse pas de traces. Puis, tant
que le cœur ne bat pas, on n'est pas capable d'identifier le source... la source
du problème. Donc...
M. Derraji : Mais, Docteur...
M. Cantin (Bernard) : ...je
comprends...
M. Derraji : ...mais Docteur
Cantin...
M. Cantin (Bernard) : Oui.
M. Derraji : ...vous avez
raison et c'est pour cela, je voulais absolument vider cette question avec
vous. Et d'ailleurs, je remercie l'équipe du docteure Quach parce que vous avez
raison, ils ont utilisé... Bravo. En votre nom, je les salue, ils sont juste en
face de moi. Ils ont bien utilisé le mot parce que c'est très difficile faire
un lien de causalité, et c'est ça qui me préoccupe depuis le début. Et ce que
j'aime avec votre intervention, que je n'aie pas entendu pas mal sur la place
publique, c'est la place des amphétamines avec les boissons énergisantes qui, aussi,
ça représente un cocktail Molotov, sans rentrer dans le détail de ceux et
celles qui utilisent les amphétamines.
M. Cantin (Bernard) : Oui.
M. Derraji : C'est... c'est
bon?
Le Président (M. Provençal)
: Oui. Est-ce que... est-ce que le député de... Ça va? Une
dernière question.
M. Derraji : Oui, si vous
permettez. Mais là, j'ai le goût de vous poser une question en tant que
cardiologue. Vous voyez l'impact des boissons énergisantes, mais aussi le
sucre. Moi, s'il y a une question où je suis très, très sensible... Le
dénominateur en commun, c'est le sucre qu'on voit partout, hein. On ne voit
pas... Malheureusement, on n'a pas une commission de parler sur l'impact du
sucre. Mais en tant que cardiologue, quand on vient vous dire : c'est
juste de la caféine, hein, mais on oublie le sucre... Est-ce que ça vous pousse
à avoir de l'urticaire?
M. Cantin (Bernard) : Bien,
je ne pense pas que la santé publique a oublié le sucre, là, fait que ça me
rassure.
M. Derraji : Non, non, c'est
vous...
M. Cantin (Bernard) : Mais, du
point de vue cardiaque, du point de vue cardiaque, c'est certain que la
consommation de sucre, on le sait, ça, c'est une propension pour le diabète et
réaliser le diabète, là, ici, à l'hôpital... Ici, à l'hôpital Laval, ici, à
Québec, là, on fait des... On fait quoi, 50 opérations cardiaques, des pontages
par semaine, là, 30 % des gens sont diabétiques chez qui on fait ça.
• (12 h 10) •
Les infarctus, c'est la même affaire. On a
30, 35 % des gens qui sont diabétiques. Alors, n'importe quoi qui va
favoriser le diabète ou va causer une propension à avoir du diabète. On le sait
que les conséquences du diabète sont affreuses, affreuses, mais pas seulement
au niveau cardiaque, hein, si on regarde au niveau des yeux, on regarde au
niveau des reins, on regarde au niveau des... vasculaire périphérique. Alors,
le... nous autres, on a toujours dit que la dialyse nous a permis de découvrir
des complications du diabète qu'on ne savait pas qui existaient. Alors le
diabète, c'est...
M. Cantin (Bernard) : ...un
de nos plus grands ennemis. Donc, naturellement qu'on sera... Je veux dire,
tout ce qui va causer le diabète, on ne peut pas... on ne peut pas être pour
ça, là. Je veux dire, c'est... c'est impossible, c'est... On se bat contre le
diabète comme vous ne pouvez pas vous imaginer. C'est... c'est fréquent, puis
malheureusement, il y a très, très peu de médicaments en cardiologie, médicaments
de diabète...
M. Derraji : Oui, qui existent.
M. Cantin (Bernard) : ...qui,
en cardiologie, ont diminué les événements cardiaques. En fait, il y en a, il y
a deux classes, les inhibiteurs de SGLT2. Et puis, plus récemment, le
sémaglutide qui nous a montré que chez les diabétiques, on diminuait
l'incidence de maladie coronarienne lorsqu'on leur donnait ça comme traitement,
chez quelqu'un qui avait déjà eu un problème. Donc, il y a très, très peu
de médicaments, ça fait qu'on est toujours en palliatif ou en cardiologie par
rapport au diabète. On est juste en train de courir après les patients,
toujours en train de rattraper. Ça fait que oui, le sucre, pour un cardiologue,
est quelque chose qui est quand même très important. L'aspect sucre est quelque
chose qui nous... nous inquiète toujours de façon importante. Je vous le dis,
là...
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup.
M. Cantin (Bernard) :
...notre plus grand ennemi, c'est... c'est le diabète.
Le Président (M. Provençal)
: Je vais céder la parole à une autre personne.
M. Cantin (Bernard) :
Puis il y a la cigarette aussi, que j'ai mentionnée tantôt, là, mais tu sais,
les deux, c'est... ce n'est pas nos amis, ça, c'est certain.
M. Derraji : Merci, Dr
Cantin.
Le Président (M. Provençal)
:On saisit bien votre passion. Mme la
députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup, Dr Cantin, pour votre présence.
Déjà, vous avez couvert pas mal de questions que je pense qu'on avait comme...
comme commission. Je me permets quand même une question de relance. Tout à
l'heure, vous parliez des différents cas que vous voyez, que ce... vous,
personnellement, ou d'autres collègues...
M. Cantin (Bernard) :
Oui, oui.
Mme Zaga Mendez : ...de
l'Association des cardiologues à l'urgence et autres. Est-ce que vous avez
répertorié les nombres des cas ou les cas types que vous voyez dans... que ce
soit aux urgences ou dans votre pratique, des... des effets ou des enjeux
cardiaques suite à la consommation des boissons énergisantes?
M. Cantin (Bernard) : Non,
on n'a pas fait... on n'a pas fait de registre ou quoi que ce soit. Il pourrait
y avoir des... des cardiologues intéressés à ça qui le font actuellement, que
les cardiologues-pédiatres le font aussi actuellement, je ne... je ne serais
pas capable de vous le dire.
Dans le sens que ça, c'est un aspect qui
est... qui est scientifique, que l'Association des cardiologues, ce n'est
pas... on n'a pas nécessairement une mission de recherche, hein. On a une
mission de représentation de nos membres auprès du gouvernement, mais on a
aussi une mission d'éducation médicale continue. Donc... Mais tous ces
aspects-là de recherche, là, je ne serais pas capable de vous dire, là, si
quelqu'un les a répertoriés ou pas.
Mme Zaga Mendez : Il n'y
a pas de problème.
M. Cantin (Bernard) :
Encore une fois, on... les médecins, dans un hôpital, on va souvent se parler
d'un cas qu'on aurait, j'ai eu tel cas, c'était le fun, c'était ci. Mais ça ne
nous donne pas... Ce n'est pas le fun pour les autres, mais nous autres, on
trouve ça intéressant.
Mme Zaga Mendez : Non,mais, je comprends, tu sais, c'est... ça vient piquer votre curiosité de
comprendre ceci.
M. Cantin (Bernard) :
Oui.
Mme Zaga Mendez : Mais
vous, comme association, je veux dire, vous voyez quand même des tendances.
Est-ce que vous regardez en termes de tendances, des cas que... que vous avez
auprès des gens?
M. Cantin (Bernard) : Mais,
encore une fois, je veux dire, comme... comme association, on n'a pas les
mécanismes, là, pour voir...
Mme Zaga Mendez : OK, je
comprends.
M. Cantin (Bernard) :
...tout ça, ces tendances-là. Bien, je peux vous dire, quand on est à
l'urgence, ils passent à travers, comme nous autres, ici, de façon typique, à
l'urgence, le cardiologue peut voir 15, 20 cas dans sa journée, là. Je
regardais tantôt, là, mon collègue qui commençait à l'urgence, commençait sa
journée avec 15 cas qui l'attendaient à l'urgence. Donc, on n'a pas
vraiment le temps de répertorier, parce qu'on doit toujours passer à autre
chose.
C'est pour ça que je vous dis, si vous
voulez un répertoire de ça, il faudrait... Je ne peux pas vous dire s'il y a
des cardiologues qui le font ou pas. Mais encore un de mes collègues, tantôt,
il me disait, ce matin... vu le cas à l'urgence, là, mais les gens ne le savent
pas parce que je ne l'ai pas dit, je n'ai pas fait. Donc, il y en a, là, mais
j'ai de la... j'ai de la difficulté à vous dire...
Mme Zaga Mendez : Bien,
j'entends. Il n'y a pas de... Mais déjà, vous faites... Merci d'être là, là,
mais ce que j'entends aussi, qu'il y aurait peut-être un intérêt à bien... bien
répertorier puis continuer à faire un suivi, là.
M. Cantin (Bernard) :
Oui.
Mme Zaga Mendez :
J'imagine, ce n'est pas de votre côté, mais peut-être plus de nos...
M. Cantin (Bernard) :
Non, mais...
Mme Zaga Mendez : ...de
la part de nos...
M. Cantin (Bernard) :
...mais... mais vous avez tout à fait raison.
Mme Zaga Mendez : ...de
nos... nos organisations en santé, oui.
M. Cantin (Bernard) : Oui
c'est ça, vous avez tout à fait raison. Parce qu'encore une fois, je veux
réitérer que le phénomène, heureusement, n'est pas fréquent. Donc, c'est sûr
que si on peut mettre les ressources ensemble de tout le monde, bien, on... on
va probablement être capables de... d'arriver avec certaines réponses puis
certaines recommandations un petit peu plus fermes.
Mme Zaga Mendez : Puis
pour finir, vous savez, on va faire quand même l'adoption de ce projet de loi,
on le souhaite, que tout soit conclu d'ici vendredi. Si vous avez un message à
adresser à la commission en disant... Bien, ça arrive qu'on fait ce type de
projet de loi un peu plus vite. Pour vous, quel est le sentiment d'urgence et
d'importance de ce qu'on fait?
M. Cantin (Bernard) : Moi,
je suis président de l'Association des cardiologues du Québec, j'en ai vécu
un...
M. Cantin (Bernard) :
...projet de loi n° 8, l'autre fois, on n'a pas aimé
ça. Alors, c'est comme... Je pense que c'est bien que tout soit fait selon un processus,
là. Je pense que les aspects... Moi, honnêtement, je suis là pour vous...
Mme Zaga Mendez : Nous
outiller, oui, je comprends...
M. Cantin (Bernard) :
...éclairer, pour répondre à vos questions...
Mme Zaga Mendez : ...il n'y a
pas de problème.
M. Cantin (Bernard) :
...laisser le... votre processus aller comme vous le faites habituellement,
puis refait pas... refait plus comme l'autre fois.
Mme Zaga Mendez : Non, bien,
c'est ça, dans ce cas-là, on va peut-être aller un peu plus vite, mais je
voulais entendre, en fait, plus sur l'urgence d'agir, là où je sens quand même
votre préoccupation qui est important d'agir.
M. Cantin (Bernard) : Bien,
c'est... Je pense que oui, c'est important d'agir. Et, encore une fois, les
phénomènes ne sont pas fréquents. Puis, est-ce que c'est urgent demain matin?
Probablement pas, là, mais c'est parce que j'écoute la description de Mme la
ministre qui dit que le processus a commencé en 2019. On est sept ans plus
tard, là. Ça commence à être long.
Mme Zaga Mendez : OK.
J'entends, fait que ça fait sept ans qu'on endette. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, je passe la
parole au député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Bonjour, Docteur
Cantin. Je représente le Parti québécois. On est en faveur du projet de loi, je
veux le dire d'entrée de jeu. Vous avez parlé de la rareté des situations où la
prise de ces boissons mène à des décès. C'est vrai, mais vous avez aussi parlé
des impacts négatifs de ces boissons, de la difficulté d'évaluer la présence
d'enjeux cardiaques sous-jacents chez les jeunes, des causes d'urgence suite à
des palpitations, des insuffisances et j'en passe. À la lumière de votre
expertise médicale, voyez-vous... voyez-vous des enjeux quelconques à
l'interdiction proposée?
M. Cantin (Bernard) : Non.
M.
Bérubé
:
C'est ce qu'on pense.
M. Cantin (Bernard) : Je ne
vois pas... Je ne vois pas d'enjeu. Comme je dis encore une fois, ça me fait
plaisir de vous expliquer un petit peu les tenants et aboutissants de tout ça.
Je ne vois absolument pas d'enjeu. Je pense que la position de la santé
publique dit qu'il n'y a aucun bénéfice...
M.
Bérubé
: OK.
M. Cantin (Bernard) : ...on
peut... Je pense qu'on peut y souscrire, là, du côté de l'Association des
cardiologues du Québec, oui.
M. Bérubé : L'Ordre des
pharmaciens nous a parlé d'une réception très positive de ce projet de loi
auprès de leurs collègues ailleurs au Canada. Est-ce que vous considérez que le
Québec fait preuve de leadership en santé publique en légiférant sur cette
question?
M. Cantin (Bernard) : Bien,
c'est sûr que si on est les premiers, ça fait leadership, là. Je veux dire...
Je pense que c'est bien de s'en préoccuper puis d'arriver à quelque chose.
Écoutez, je suis... Tant mieux, c'est toujours bien si on peut être les
leaders, je n'ai pas de... je n'ai pas d'autres choses à vous dire là-dessus.
Encore une fois, c'est un phénomène qui existe. Puis, oui, toutes les vies sont
importantes. Tous les... tous les patients sont importants. Donc, oui, tant
mieux.
M. Bérubé : Est-ce qu'il y a
des éléments que vous n'avez pas eu la chance d'exposer à la commission que
vous aimeriez ajouter? Des observations que vous avez faites, peut-être, à la
lumière d'échanges avec vos collègues sur ce phénomène-là qui est relativement
nouveau dans les dernières années? Quelque chose à ajouter?
M. Cantin (Bernard) : Bien,
encore une fois, les phénomènes qu'on voit, c'est l'insuffisance cardiaque et
puis surtout des palpitations. Il y a... il y a tout un éventail, hein des
effets. On parle de palpitations, là, puis on va dire : bien, écoute,
slaque les boissons, puis à un moment donné, tu vas en avoir moins de
palpitations. Vous avez l'insuffisance cardiaque, le décès, tu sais, les
arythmies malignes causées par les palpitations qui passent juste au mauvais
moment, juste, juste, juste au mauvais moment.
Alors c'est... un petit peu ça qui est...
C'est difficile, parce que comme je vous le dis, l'éventail est grand.
Heureusement, il n'y a pas beaucoup de complications qui sont mortelles, mais
il y en a. Il y en a. Je suis... Bien, c'est ça, je n'ai pas grand-chose à
rajouter par rapport à ce que je disais depuis tout à l'heure. Je pense qu'on a
fait le tour de ce qui m'apparaissent les points, là, importants.
M. Bérubé : C'est notre
perception aussi. Merci, Docteur Cantin.
Le Président (M. Provençal)
:Merci, M. le député, alors...
M. Cantin (Bernard) : Plaisir.
Le Président (M. Provençal)
: Maintenant, ce sera la députée de Rimouski.
Mme Blanchette Vézina : Merci.
Merci, Docteur Cantin, d'être là à si brève échéance, là. Je comprends qu'on...
M. Cantin (Bernard) : Oui.
Mme Blanchette Vézina : ...on
vous a demandé rapidement de prendre position sur un enjeu qui est important.
Vous avez dit plusieurs choses, là, puis je ne veux pas non plus vous faire
répéter, mais je pense que, tu sais, question de bien comprendre. C'est 1.5
chance sur 100 000, une situation comme la mort subite.
• (12 h 20) •
M. Cantin (Bernard) : La mort
subite, c'est tout... c'est tout calculé, là, par x personnes. Donc, mettons
que vous prenez 100 000 adultes, là, puis il y en a 10, mettons, qui vont
faire la mort subite dans... au cours de l'année.
Mme Blanchette Vézina : OK...
M. Cantin (Bernard) : …si vous
prenez des enfants, il y en a le 1.5 sur le même 100 000 qui va faire une
mort subite au cours-là de l'année. Donc, phénomène beaucoup moins fréquent
chez les enfants.
Mme Blanchette Vézina : OK. Et
qu'est-ce…ce serait quoi la différence entre un cœur à 16 ans, à
18 ans? Qu'est-ce
qui ferait qu'on légifère à 16 plutôt qu'à 18?
Est-ce qu'il y a un effet… il y aurait un effet bénéfique plus grand
d'augmenter à 18? Est ce
que le cœur est plus mature?
Pouvez-vous nous expliquer où même à 60 ans, il y a tu une distinction
d'un point de vue de cardiologie à agir pour protéger un enfant de 16 ans
versus un autre de 18 ans?
M. Cantin (Bernard) : Comme je
disais tantôt, quand on parle de mort subite, dans 40 % des cas chez les
enfants, donc on touche les enfants, on va trouver… une condition cardiaque
sous-jacente. Alors, cette condition cardiaque là va être présente depuis la
naissance et n'en sera jamais partie. Tantôt, quand je parlais des faisceaux
accessoires, là, des voix un peu plus malignes au niveau des circuits de
conduction du cœur, c'est là dès la naissance, puis ça ne manifeste peut-être
pas…, autant chez les jeunes que chez les plus vieux., parce que dans tous ces
problèmes arythmiques là, souvent c'est un battement supplémentaire qui vient
foutre le bordel et partir le... alors, les battements supplémentaires, on en
fait de plus en plus… je vais vous appeler ça les extrasystoles, mais si je le
décris, c'est que votre cœur… boum boum boum boum boum boum et là boum boum boum…
boum boum boum boum, donc un battement plus rapide. Alors bien mal classé, ça
peut avoir bien des conséquences.
Mme Blanchette Vézina : Mais
est-ce que… excusez-moi qui va interrompre?
Je veux juste être sûre. Oui, je veux juste être sûre de comprendre. Si je
comprends bien… une personne qui a cette anomalie là, que l'interne… que ça
vienne des boissons énergisantes ou d'un autre problème, cette particularité-là
va causer des problèmes. Ça fait que, en interdisant, par exemple, des boissons
énergisantes...
M. Cantin (Bernard) : Exact, e, , exact.
Mme Blanchette Vézina : On ne
vient pas... Puis là, c'est triste, ce qui est arrivé au jeune Zachary, mais on
ne viendrait pas empêcher une situation comme… un problème ou une mort subite
par un jeune comme celui de Zachary, parce que ce serait arrivé par un autre
cas, c'est ce que je comprends?
M. Cantin (Bernard) : Ça
pourrait arriver. Alors, bon. Alors donc, le phénomène est là, ce que je
voulais… et les extrasystoles, on en a de plus en plus, plus on avance en âge.
Donc on va le démasquer un petit peu plus, un petit peu plus âgé. Cependant,
les boissons énergisantes, ce qui est clair, c'est qu'il faut plus de ces… de
ces phénomènes-là, donc vont augmenter la probabilité que, un battement mal
placé survienne, dans le sens que… mettons qu'il y en avait un… patient en
avait fait un par jour, puis là, bien, on en fait maintenant 20, 100, là,
pendant la période qu'il la prenne. Donc, on est plus susceptible d'avoir
quelque chose. Mais, de base, la proportion du cœur à ce phénomène-là ne
changera pas pour le phénomène qui est arythmique par la suite.
Mme Blanchette Vézina : Donc,
c'est la même chose pour la caféine, ça aurait pu être le café, par exemple,
qui cause cette situation-là?
M. Cantin (Bernard) : Oui,
oui,le café peut causer la même chose, puis on peut s'imaginer que la
combinaison des deux va faire encore un peu plus de...la combinaison de la
caféine, puis des médicaments va pouvoir causer un peu plus de ces phénomènes
là. Mais oui, donc propension qui était déjà présente. Puis, peut-être… c'est
ça… tel phénomène démasqué parce qu'on augmente le nombre d extrasystoles, donc
le nombre de battements supplémentaires. Et plus tard, en âge, on a différents
autres problèmes au niveau du cœur… qui peuvent apparaître, mais la plupart, la
plupart du temps, quand on parle des phénomènes qu'on voit chez les jeunes
pédiatriques-là, c'est, soit des malformations du muscle cardiaque,
malformations des valves cardiaques ou anomalies du circuit électrique du cœur.
Et ça, c'est des choses qui vont être là pas mal dès la naissance. Puis
pourquoi est ce qu'on dit des fois, il y a plus de morts subites avec… mettons,
une insuffisance cardiaque, la cardiomyopathie dont on parlait tantôt, ce qu'on
sait, c'est que, quand le cœur de l'insuffisance cardiaque, il fait beaucoup
plus de ces battements supplémentaires là, et ça peut causer ces arythmies
malignes. Ce qui fait que chez les personnes plus âgées, quand on a un patient
qui a eu un infarctus, puis la force du cœur est diminuée de moitié. Mais on va
aller implanter un défibrillateur pour prévenir une mort subite causée par ça.
Parce qu'on sait que le cœur va faire plus de ces battements-là, puis, à un
moment donné, il va y en avoir un qui va être mal placé, puis là le... va
pogner au niveau du cœur, mais le défibrillateur va être là pour pour
intervenir. Don, comme je vous dis, à la base, c'est vraiment un battement mal
placé chez quelqu'un qui a une susceptibilité.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors, l'association des cardiologues,
qui était représentée par le docteur Bernard Cantin, merci beaucoup. Je
remercie tout le monde pour leur contribution.
Avant de conclure des auditions, je
procède au dépôt des mémoires des personnes et des organismes qui n'ont pas été
entendus lors des auditions publiques. Je vous remercie de votre contribution à
nos travaux. La commission ajourne ses travaux sine die…
Le Président (M. Provençal)
:…merci beaucoup, docteur, d'avoir eu
cette disponibilité.
M. Cantin (Bernard) : Ça me
fait plaisir.
Le Président (M. Provençal)
: Bonjour à vous.
M. Cantin (Bernard) : Bonne
chance pour la suite.
Le Président (M. Provençal)
: Bonne journée.
(Suspension de la séance à 12 h 27)