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Version préliminaire

43e législature, 3e session
(5 mai 2026 au 27 août 2026)

Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.

Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions

Le mardi 9 juin 2026 - Vol. 49 N° 9

Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 9, Loi visant à prévenir les effets nocifs de la boisson énergisante sur la santé des jeunes


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Journal des débats

9 h (version non révisée)

(Neuf heures deux minutes)

Le Président (M. Provençal) :Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la santé et des services sociaux ouverte.

La commission est réunie afin de procéder aux consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 9, Loi visant à prévenir les effets nocifs de la boisson énergisante sur la santé des jeunes.

Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?

La Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Abou-Khalil (Fabre) est remplacée par Mme Tremblay (Hull); Mme Bogemans (Iberville) est remplacée par Mme Jeannotte (Labelle); Mme Schmaltz (Vimont) est remplacée par M. Lemieux (Saint-Jean); Mme Caron (La Pinière) est remplacée par M. Ciccone (Marquette); et M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne) est remplacé par Mme Zaga Mendez (Verdun).

Le Président (M. Provençal) :Merci beaucoup. Nous débuterons ce matin par les remarques préliminaires pour... puis nous entendrons les témoins suivants : l'Institut national de santé publique du Québec, l'Association canadienne des boissons, l'Ordre des pharmaciens du Québec et l'Association des cardiologues du Québec.

Maintenant, avant de débuter, est-ce qu'il y a consentement afin de permettre à la députée de Rimouski de faire des remarques préliminaires? Consentement. Merci beaucoup.

J'invite maintenant la ministre de la Santé à faire ses remarques préliminaires. Mme la ministre, vous disposez de six minutes.

Mme Bélanger : Oui. Alors, bonjour, M. le Président. Bonjour, chers collègues, les intervenants qui nous accompagnent et donc les partenaires qui viennent... qui viendront faire différentes présentations, les groupes qui viendront faire différentes présentations ce matin. Alors donc, je suis accompagnée de Dre Caroline Quach-Thanh aussi. Merci d'être avec moi.

Alors, ces consultations vont nous permettre d'entendre plusieurs experts et groupes qui présenteront leur point de vue sur le projet de loi visant à interdire la vente de boissons énergisantes aux personnes âgées de moins de 16 ans. Rappelons qu'à l'heure actuelle, les boissons énergisantes sont faciles d'accès, disponibles dans de nombreux points de vente aux côtés des boissons sucrées conventionnelles avec lesquelles elles peuvent être confondues. La banalisation de leur consommation et la promotion de ce type de produit auprès des jeunes favorisent leur consommation.

Alors, le projet de loi repose sur trois mesures phares, d'abord interdire la vente de boissons énergisantes aux personnes âgées de moins de 16 ans, interdire la vente de boissons énergisantes à une personne âgée de 16 ans ou plus, sachant que celle-ci en achète pour une personne âgée de moins de 16 ans, interdire aux personnes âgées de moins de 16 ans l'achat pour elles-mêmes ou pour autrui de boissons énergisantes.

Ce projet de loi découle des travaux et des recommandations d'un comité consultatif mandaté en 2019 par la ministre de la Santé et des Services sociaux de l'époque. En plus de restreindre l'accès des boissons énergisantes auprès des jeunes, le projet de loi aura aussi pour effet de sensibiliser l'ensemble de la population aux risques pour la santé de la consommation de boissons énergisantes, notamment auprès des personnes de 18 à 34 ans, qui sont les plus grands consommateurs de ce type de produits. Alors, nous avons fait des travaux, nous avons travaillé avec la Direction nationale de santé publique, nous avons étudié le mémoire, nous avons eu l'occasion de rencontrer différents groupes. Certains reviennent ce matin. Et puis je veux quand même mentionner qu'on le fait pour protéger la santé de nos jeunes. Merci, M. le Président.

Le Président (M. Provençal) :Merci beaucoup, Mme la ministre. Alors, j'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle et député de Nelligan à faire ses remarques préliminaires pour une durée de trois minutes 36 secondes.

M. Derraji : Merci, M. le Président. Premièrement, permettez-moi de remercier Mme la ministre ainsi que les équipes qui travaillent avec Mme la ministre, surtout dans le cadre de ce projet de loi, de leur disponibilité et la façon avec laquelle ils nous ont informés tout au long de ce processus. Et permettez-moi aussi, M. le Président, de mentionner la présence de mon collègue le député de Marquette, qui est notre porte-parole en saines habitudes de vie, avec qui je partage ce dossier depuis le début et qui n'arrête pas de nous sensibiliser pas uniquement par rapport à l'utilisation des boissons énergisantes, mais aussi d'autres aspects liés aux saines habitudes de vie...

M. Derraji : …écoutez, M. le Président, aujourd'hui, c'est une… c'est une très bonne journée pour avoir des discussions avec les scientifiques, que ce soient les représentants de l'INSPQ, mais aussi c'est un message envoyé à la population. C'est le début d'une réflexion. S'il y a des gens qui pensent que l'interdiction va régler tout, je pense qu'on ne peut pas aujourd'hui affirmer d'une manière sine qua non que l'interdiction va aider qui que ce soit. C'est un début. Ça prend un pas, un panier de mesures. Et je pense qu'aujourd'hui c'est un… c'est un départ, c'est un début. Notons aussi que le décès de Zachary était un début d'une réflexion collective. C'est vrai, Mme la ministre vient de le mentionner, qu'il y avait un comité d'experts qui s'est réuni. Il y avait un rapport qui a été rédigé par la suite. Il y avait une commande de revues de littérature et scientifique envoyée aux autorités compétentes. Nous avons eu des rencontres aussi ensemble avec les parties concernées. Et je pense que le projet de loi, au-delà de la sensibilisation des jeunes entre 18 et 34 ans, qui sont les plus grands consommateurs, utilise le principe de précaution, un principe qui est très cher aux gens de la santé publique. Et j'espère que ce premier pas, on va au-delà du message qu'on envoie aux jeunes, mais cette banalisation par rapport à l'utilisation des boissons énergisantes au niveau des jeunes, qui n'est pas sans enjeu.

Donc, M. le Président, très heureux de participer à ces consultations qui, je tiens à le rappeler, faisaient partie de nos échanges avec Mme la ministre au début, au tout début, où nous avons eu des discussions sur ce projet de loi, et bien hâte à entendre l'ensemble des groupes qui vont venir nous partager leurs préoccupations par rapport à l'utilisation de ces boissons, pas uniquement pour l'industrie, mais aussi l'aspect médical, l'aspect sécuritaire. Merci, M. le Président.

Le Président (M. Provençal) : Merci beaucoup, M. le député. J'invite maintenant le député des Îles-de-la-Madeleine à faire ses remarques préliminaires. Vous avez une minute 12.

M. Arseneau : Merci beaucoup, M. le Président. Merci à tous d'être présents. Je remercie les groupes d'avoir répondu à l'invitation avec une un préavis aussi court. C'est important qu'on fasse le travail de consultation, le travail législatif également. Je pense qu'on est tous conscients qu'il est important d'inculquer à nos jeunes les habitudes de vie et d'alimentation, les plus saines possibles, agir avec le principe de précaution… maximiser la prévention, c'est important, je pense qu'on a un sujet ou un thème extrêmement important aujourd'hui pour… pour le faire. De toute façon, depuis qu'on en débat depuis quelques semaines, je pense que ça a été un exercice aussi de sensibilisation assez extraordinaire, puisque les médias et l'ensemble de la société civile et politique s'est rallié autour d'un projet comme celui-là. Évidemment, on aurait pu agir avant. Le rapport qui est à la base de nos travaux date de 2023 quand même, là. Donc, ce n'est pas une habitude à prendre de repousser les travaux en fin de mandat comme celui-là. Néanmoins, je sens qu'il y a un consensus extrêmement fort et nous allons collaborer de façon assidue à l'adoption de ce projet de loi d'ici les prochaines heures. Merci, M. le Président.

Le Président (M. Provençal) : Merci beaucoup, M. le député. J'invite maintenant la députée de Rimouski à faire ses remarques préliminaires. Une minute.

Mme Blanchette Vézina : Merci, je joins ma voix aux autres parlementaires, là, pour remercier l'ensemble des personnes qui sont présentes puis qui se déplacent aujourd'hui, à si courte échéance. Merci aussi d'avoir répondu à l'appel du Parti conservateur, d'avoir des consultations. Je sais que c'est une question qui est importante, on le disait la semaine dernière, et je pense que d'entendre… de prendre le temps d'écouter les experts, les professionnels, ça permet aussi, comme le disait le député des Îles-de-la-Madeleine, de faire une sensibilisation qui est nécessaire dans ce dossier-là, qui est au cœur aussi du problème.

• (9 h 10) •

On a déposé un mémoire, le Parti conservateur, qui va détailler notre position. On croit, et, je le répète, qui est légitime d'encadrer l'accès aux boissons énergisantes pour les jeunes. Toutefois, on ne pense pas que l'interdiction, c'est la panacée. On veut aussi s'assurer qu'il y ait de la sensibilisation, de l'éducation, de la prévention. Et je pense que les consultations d'aujourd'hui vont aussi nous permettre d'entendre ce que les professionnels ont à dire, ce que les partenaires, les groupes ont à dire sur le projet de loi en tant que tel, parce que notre rôle, comme parlementaires, rappelons-le, c'est d'adopter aussi des bonnes politiques publiques applicables et de ne pas faire ça à la va-vite. Je pense que ça nous aide à bien faire notre travail. Donc, on va, encore une fois, comme je le mentionnais, collaborer aux travaux pour pouvoir s'assurer de protéger nos jeunes, mais…

Mme Blanchette Vézina : …s'assurer aussi de faire une bonne éducation et de bonnes politiques publiques. Merci.

Le Président (M. Provençal) :Merci beaucoup, Mme la députée. Y a-t-il d'autres députés qui voudraient réaliser des remarques préliminaires?

Alors, nous allons maintenant débuter les auditions. Je souhaite la bienvenue à l'Institut national de santé publique du Québec. Sont présents M. Jean-Bernard Gamache, directeur scientifique de la Direction de la santé environnementale au travail et de la toxicologie, Dr Stéphane Perron, médecin spécialiste à la Direction de la santé environnementale au travail et de la toxicologie, et Mme Marie-Claude Paquette, conseillère scientifique spécialisée à la Direction du développement et des individus des communautés. Alors, merci de votre présence. Vous avez 10 minutes maintenant pour votre présentation et nous procéderons aux échanges par la suite. À vous la parole.

M. Gamache (Jean-Bernard) : Très bien. Bonjour, Mme la ministre de la Santé, M. le Président, chers membres de la commission. Mon nom est Jean-Bernard Gamache. Je suis pharmacien et directeur scientifique à la Direction de la santé environnementale au travail et de la toxicologie de l'Institut national de santé publique du Québec. Nous sommes honorés par votre invitation. Vous faites un travail important et nous sommes heureux de pouvoir y contribuer.

Je suis accompagné de deux collègues qui pourront aussi répondre à vos questions dans quelques minutes. Je vous présente Dr Stéphane Perron, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive, membre du conseil de discipline du Collège des médecins du Québec, Dr Perron œuvre au sein de ma direction et à l'Institut depuis 2018. Mme Marie-Claude Paquette, Ph. D., nutritionniste et conseillère scientifique spécialisée au sein de l'unité scientifique Milieu de vie inclusive, saine et sécuritaire de la Direction du développement des individus et des communautés. Mme Paquette travaille depuis 2005 à l'Institut et coordonne l'équipe alimentation, activité physique et sédentarité. Leurs travaux ont alimenté les réflexions du Comité consultatif d'experts, dont les 10 membres sont issus du milieu académique et d'organisations non gouvernementales, et qui a été mis sur pied en 2020 pour soutenir les autorités gouvernementales dans l'encadrement des boissons énergisantes.

D'abord, quelques mots sur la mission de l'Institut. Principal centre d'expertise et de référence en santé publique au Québec, sa loi constitutive, adoptée originellement en 1998, lui donne pour mission de soutenir le ministre de la Santé et des Services sociaux et les autorités de santé publique dans l'exercice de leur mission. Un de nos rôles essentiels consiste à informer la population sur son état de santé et de bien-être, sur les problèmes en émergence ainsi que sur les déterminants de la santé humaine. L'Institut se doit aussi d'éclairer le gouvernement quant à l'impact potentiel des politiques publiques sur l'état de santé de la population québécoise, en s'appuyant sur les meilleures données disponibles. D'entrée de jeu, soulignons que l'INSPQ salue les objectifs de prévention et de protection de la santé des jeunes poursuivis par le gouvernement. Si le risque zéro n'existe pas, les tragédies humaines, comme celle qui est à l'origine de la présente consultation, ne devraient pas arriver.

En santé publique, nous avons à cœur de réduire les impacts sociaux sanitaires liés à l'usage de différentes substances. Si les risques toxicologiques liés aux boissons énergisantes sont grandement tributaires de facteurs de risque individuels, ces produits ne sont pas pour autant sans conséquences pour la santé de l'ensemble de la population. Les effets indésirables sur la santé des boissons énergisantes sont principalement liés à la caféine. Ils comprennent notamment l'agitation, l'insomnie, l'irritabilité, les maux de tête, l'augmentation du rythme cardiaque. Ces effets indésirables sont proportionnels à la dose ingérée, mais peuvent aussi dépendre de la sensibilité d'une personne aux substances contenues dans la boisson énergisante consommée. Aujourd'hui, nous avons trois objectifs. D'abord, faire valoir qu'il n'existe aucun bénéfice à consommer ces boissons énergisantes. Dans le discours populaire, on accole…

M. Gamache (Jean-Bernard) : …souvent à tort des qualificatifs à connotation positive à ces boissons, boisson de performance, énergisante, boisson de réhydratation, j'en passe. Or, soyons clairs, d'un point de vue de santé publique, il n'existe aucun bénéfice à consommer ces boissons. En fait, et c'est là notre deuxième objectif, il importe de rappeler que plusieurs boissons énergisantes sont avant tout des boissons à forte teneur en sucre. Les boissons sucrées sont la première source de sucre dans l'alimentation des Québécois et des Québécoises. On leur attribue le quart du sucre consommé au Québec. Étant donné leur association directe avec plusieurs maladies chroniques, telles que les maladies du cœur, les cancers, le diabète, la carie dentaire et l'obésité, le sucre et les boissons sucrées sont à l'origine d'un fardeau significatif de maladies évitables dans la population. Or, les boissons énergisantes sont aussi généralement des boissons sucrées. Il existe bien entendu une gamme de ces produits non sucrés, mais elle n'accapare pas la même part de marché.

Les boissons énergisantes sont facilement accessibles au Québec et leurs marketings les rendent attrayantes pour les jeunes. La promotion des boissons énergisantes est aussi différente de celle des autres boissons contenant de la caféine, comme les boissons gazeuses ou le café. Elle fait appel à des stratégies qui s'inscrivent dans la culture des jeunes et qui promeuvent un certain mode de vie. Bien qu'elle comporte des conditions d'usage et des mises en garde particulières en raison de leur teneur élevée en caféine, pensons par exemple au fait qu'elle soit déconseillée aux enfants de moins de 14 ans, les boissons énergisantes sont généralement mises en marché dans les mêmes rayons que d'autres boissons sucrées, notamment les boissons gazeuses et les boissons aux fruits. Notre troisième objectif est relatif à l'application de cette mesure et des outils complémentaires dont on pourrait se doter pour réduire l'accès et l'attrait de ces produits.

Peu de juridictions interdisent la vente selon l'âge, et très peu de ces mesures ont été évaluées. Au Canada, aucune province ni territoire ne régit la vente des boissons énergisantes selon l'âge. Il s'agit là d'une occasion intéressante à saisir pour documenter les impacts d'une telle interdiction et ses effets sur la santé de différents groupes de la population. Il serait donc intéressant de réfléchir au déploiement d'un mécanisme de suivi des mesures proposées par le projet de loi neuf. D'autre part, pour gagner en cohérence et dans une approche intégrée de la réduction de la consommation des boissons sucrées, d'autres interventions pourraient être explorées : restriction de la publicité et des lieux de vente, mesures visant la reformulation de la composition, taxation de ces boissons, par exemple. Ces mesures complémentaires pourraient contribuer à réduire la consommation, particulièrement chez les jeunes, de produits qui peuvent avoir des conséquences sur leur santé.

Il nous fera maintenant plaisir de répondre à vos questions. Nous vous remercions encore une fois, Mme la ministre, M. le Président, de l'invitation à participer aux travaux de la commission.

Le Président (M. Provençal) : Merci beaucoup pour votre exposé. Alors, on va débuter immédiatement avec Mme la ministre. Mme la ministre, vous avez 16 minutes 30 secondes.

Mme Bélanger : Oui. Alors, merci beaucoup, M. le Président. Alors, merci, M. Gamache, pour votre exposé, M. Perron, Mme Paquette. Alors, vous avez dit beaucoup de choses intéressantes du point de vue santé publique, notamment un rappel important que le risque zéro n'existe pas. Et ça, je pense que c'est… c'est important, là, d'entrée de jeu, d'être bien conscient que… de cela. Vous avez donc indiqué que ces produits ont des conséquences, des effets secondaires, notamment l'augmentation du rythme cardiaque, les maux de tête notamment. J'ai même vu dans certaines nomenclatures, de l'agitation, etc.

• (9 h 20) •

Et puis, naturellement, il y a les caractéristiques individuelles des personnes qui… qui, ça, très souvent, notamment des sensibilités cardiaques ou d'autres sensibilités souvent, ne sont pas connues quand on a 14 ans, 15 ans notamment, puis même souvent quand on est jeune adulte. Alors, je pense que c'est important de voir que, dans le fond, ce que vous nous dites, c'est que ces produits…

Mme Bélanger : …ne sont pas sans conséquence, qu'il y a quand même, donc, des… des manifestations, puis mélangées à des caractéristiques individuelles, bien, ça peut amener, bien, à des tragédies. Le mot n'est pas… n'est pas trop fort. Vous avez aussi mentionné qu'il n'existait aucun bénéfice, et puis, d'un point de vue toujours scientifique, là, à consommer ces boissons. J'aimerais vous entendre un petit peu plus sur cet élément-là, qu'il n'y a aucun bénéfice. Puis quelles sont, au contraire, les… les complications ou les risques associés à ça à court ou moyen terme, en termes de consommation?

M. Gamache (Jean-Bernard) : Merci beaucoup pour votre question. Puis effectivement, on insiste là-dessus parce que… puis on est toujours d'un point de vue purement de santé publique, là, puis d'effet d'un point de vue santé, puis mes deux collègues vont pouvoir vous donner des éléments de réponse de façon complémentaire, là, en commençant par… Dr Perron peut vous donner quelques… quelques éléments supplémentaires sur les effets… les effets à la santé plus directs de la caféine.

M. Perron (Stéphane) : Mme la ministre a quand même parlé des effets aigus que tout le monde peuvent ressentir si on prend trop de café, puis il y a quand même une sensibilité à chacun. La caféine, les boissons sucrées, en fait, comme on l'a dit, il n'y a aucun bénéfice dans la combinaison des deux. Puis ce qu'on peut voir, juste pour rajouter par rapport à ce que vous avez fait, une des raisons pourquoi on est plus inquiets pour des personnes plus jeunes, c'est que la question d'effet sur la santé ou d'effet sur… l'effet bioactif est en fonction de la dose. Mais plus on est petit, plus la dose est petite aussi. C'est pour ça que, pour une même quantité chez des personnes plus jeunes, on est plus inquiets. Puis les personnes très jeunes, on est plus inquiets aussi que les gens vont ressentir des symptômes. Un autre enjeu qui nous inquiète aussi par rapport à ça, c'est que, souvent il y a une combinaison avec les… avec d'autres substances qui, en interaction, ne font pas une bonne combinaison, comme l'alcool, entre autres, et la caféine. On ressent moins les effets de l'alcool, on consomme plus quand… quand on prend des boissons caféinées.

L'autre enjeu, c'est qu'il y a des interactions médicamenteuses… avec la caféine. Il y a beaucoup, beaucoup de médicaments qui rentrent en interaction avec la caféine. Et vous l'avez mentionné, vous l'avez mentionné très bien, il y a des conditions sous-jacentes, certaines diagnostiquées, certaines non, qui nous mettent plus à risque. Ça fait que, pour une population en général, pour une population qui n'a pas de problème de santé, qui ne prend pas de médicaments, qui n'a pas de condition sous-jacente, on estime, puis ça, vous l'avez tous probablement vu, qu'à peu près à 200 milligrammes par jour de boisson ou 400 milligrammes au total, ce n'est pas un enjeu. Mais ça, ça s'applique pour les adultes. Pour les adolescents, ce n'est pas tout à fait la même chose. L'absence de bénéfices, c'est qu'on vend souvent ces produits-là en disant que, justement, il y a toutes sortes de propriétés, mais, dans le fond, c'est des boissons sucrées avec de la caféine et les boissons sucrées, vous avez en parlé, des effets à court, moyen, long terme sont très importants quand même pour la santé. Puis ça, c'est… c'est… on évoque beaucoup, à raison, le principe de précaution pour beaucoup d'enjeux, mais là, on n'est pas dans la précaution, on est vraiment dans la prévention, parce qu'on le sait, les effets, on peut les documenter. Donc, à ce niveau-là, toute consommation dans une population de ce type de boisson là, de façon répétée et de façon continue, ça va juste… d'un point de vue juste purement santé, on parle vraiment de la santé, parce que les gens prennent… les gens peuvent prendre d'autres produits pour toutes sortes de raisons, mais si on se tient juste à la santé puis on ne regarde pas les autres considérations, il n'y a pas d'avantages, il n'y a pas de plus-value à prendre des boissons énergisantes, au contraire. Ça fait que c'est vraiment dans ce contexte-là qu'on met la posture que pour la santé, ce n'est pas une bonne idée. Les gens, c'est sûr qu'ils le prennent pour d'autres raisons, mais pour la santé, ça, ce n'est pas… ça, ce n'est vraiment pas une bonne idée.

Mme Bélanger : Peut-être, question d'aller un petit peu plus loin, je ne sais pas si vous êtes en mesure de répondre, on aura plus tard l'Ordre des pharmaciens qui sera avec nous. Est-ce que vous avez réfléchi, dans vos analyses, à… parce qu'on parle de prévention, d'information, de sensibilisation, mais avez-vous réfléchi à l'interaction spécifique avec certains médicaments que les jeunes prennent, notamment en lien avec le TDAH?

M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien, non, dans la mesure où ça sortait… ça a sorti du cadre de nos… des analyses qu'on a faites. Mais je peux… puis effectivement, je pourrais… je vais laisser l'Ordre des pharmaciens du Québec vous donner leur opinion là-dessus, mais moi, je suis pharmacien aussi, puis je peux vous dire que c'est une… c'est une interaction en clinique qu'on… avec laquelle on navigue avec beaucoup de vigilance, je vous dirais, autant… bien, entre certains médicaments pour le trouble de déficit d'attention et la caféine, là, il faut porter une très forte vigilance à cette interaction-là. Je vais laisser mes collègues…

M. Gamache (Jean-Bernard) : …compléter plus tard.

Mme Bélanger : OK. Alors, merci bien. M. le Président, je laisserais la Dre Caroline Quach-Thanh poser une question dans mon bloc, s'il vous plaît.

Le Président (M. Provençal) :Allez-y, madame.

Mme Quach-Thanh (Caroline) : Est-ce qu'il faut que je me nomme?

Mme Bélanger : C'est correct.

Mme Quach-Thanh (Caroline) : Merci. Merci beaucoup pour votre présentation. En fait, j'aurais voulu vous entendre sur la différence entre la caféine… en fait, dans le contexte qui entoure la consommation ou la disponibilité des boissons énergisantes, parce que c'est sûr que, de la caféine, il y en a ailleurs et dans certaines boissons, là, dans votre mémoire, tu sais, on voyait qu'il y avait quand même, en matière de milligrammes par litre, des concentrations importantes. Donc, j'aurais voulu vous entendre sur le contexte de santé publique, d'environnement qui entoure, encadre les enjeux des boissons énergisantes. Je ne sais pas si je me… je ne sais pas si je suis claire.

M. Gamache (Jean-Bernard) : Oui, oui, c'est très clair.

Mme Quach-Thanh (Caroline) : Merci.

M. Gamache (Jean-Bernard) : Merci.Puis je vous ai dit quelques informations, là, dans mon allocution introductive, mais Mme Paquette va pouvoir vous donner quelques informations supplémentaires.

Mme Paquette (Marie-Claude) : Dans le fond… Merci pour la question. Dans le fond, on se demande qu'est-ce qui est si différent des boissons énergisantes de d'autres sources de caféine dans notre alimentation? Bien, une des choses, notamment, c'est que ce sont des boissons qui sont sucrées, donc qui sont… qui sont intéressantes pour les jeunes qui aiment le sucré. Ce sont des boissons aussi qui sont quand même largement accessibles, comme on l'a mentionné tantôt, au même titre que toutes sortes d'autres boissons sucrées sont accessibles dans notre environnement. Mais surtout, ils font un marketing intensif de ces produits-là comme étant la potion magique, comme étant des substances qui vont amener les jeunes à être plus que qu'est-ce qu'ils veulent dans une période où ils sont vulnérables justement, dans leur développement d'identité peut-être, ou alors que c'est des… ce sont des produits qui sont éminemment désirables pour ces jeunes-là. Donc on fait vraiment la promotion d'un produit pour des effets qui ne sont probablement, comme on l'a dit tantôt, pas positifs du tout, mais le marketing qui entoure ces produits-là est très différent du marketing qui entoure le café, qui entoure d'autres boissons sucrées. On… la commandite d'événements sportifs extrêmes, le skate, le motocross, le… je ne veux pas, alors le patinage de vitesse, donc, alors, la commandite d'influenceurs, d'athlètes. Alors, tout ça, c'est très attirant pour les jeunes. Et c'est ça qui fait que, dans le fond, ce produit-là n'est pas considéré comme un autre produit qui contient de la caféine.

Mme Quach-Thanh (Caroline) : Merci.

Le Président (M. Provençal) :...Dre Quach pose une question, je m'excuse auprès des collègues, j'avais oublié de vous demander votre consentement pour lui permettre de poser une question. Alors, j'ai présumé que j'aurais eu le consentement. Est-ce que c'est le cas? Merci. Mme la ministre.

Mme Bélanger : Oui, merci beaucoup. En fait, peut-être une petite question. Est-ce que noir sur blanc, vous estimez que le projet de loi aura un impact vraiment chez les moins de 16 ans?

M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien, en fait, on a fait la recension de plusieurs initiatives qui ont été mises en application dans différentes juridictions, puis Mme Paquette va être en mesure de vous en parler davantage. Ces initiatives-là ont été relativement peu… en fait, ont été relativement peu évaluées. Et, comme je vous disais dans ma… dans mon allocution introductive, c'est là où on a un intérêt de faire un suivi, puis une évaluation de cette politique publique là pour s'assurer qu'on puisse fixer des cibles, puis les atteindre d'un point de vue de réduction de consommation et de réduction des effets indésirables qui pourraient être attribués. Je pourrais laisser Mme Paquette vous donner des informations sur ces… sur ces cas-là.

• (9 h 30) •

Mme Paquette (Marie-Claude) : Oui, dans le fond, il existe relativement peu d'expériences étrangères qui interdisent la vente de boissons énergisantes. Il y en a dans quatre, cinq pays. Notamment en Pologne, on interdit les boissons énergisantes chez les moins de 18 ans. Et c'est le seul… la seule initiative où on a trouvé une évaluation de la mesure, alors, cette étude-là, une seule étude. Alors, cette étude-là montrait que chez les jeunes de 11 à 14 ans qui étaient physiquement actifs, donc des jeunes qui consommaient quand même déjà des boissons énergisantes, puis qui les confondaient peut-être avec des boissons de réhydratation… Parce que ça, c'est un autre enjeu. Parfois, la boisson de réhydratation, qui ne contient pas nécessairement de la caféine, est confondue. Donc, c'était une des… une des motivations de la Pologne à mettre sur pied leur interdiction de vente aux moins de 18 ans. Donc, dans cette étude-là, chez les jeunes de 11 à 14 ans, on a vu une diminution de la consommation de boissons énergisantes un an après la mise en…


 
 

9 h 30 (version non révisée)

Mme Paquette (Marie-Claude) : …œuvre de l'interdiction, mais évidemment, une étude n'est pas concluante, on ne peut pas conclure de façon ferme et certaine avec juste les résultats d'une étude sur un échantillon relativement petit de jeunes aussi. Donc, comme le disait mon collègue M. Gamache, ça justifie vraiment la mise sur pied d'un mécanisme de suivi de qu'est-ce qui va se passer ici, au Québec, parce que, justement, nous, on va pouvoir contribuer à cette… à cette littérature-là qui est… qui est essentielle pour pouvoir avancer dans les politiques publiques de l'efficacité des mesures.

M. Gamache (Jean-Bernard) : Et je réitérerais, si vous le permettez, que à l'Institut national de santé publique du Québec, on est en mesure de soutenir l'Autorité de santé publique dans les suivis, puis l'évaluation de ce genre de politiques publiques là.

Mme Bélanger : OK. Et… Bien, par contre, on a d'autres expériences au Québec avec d'autres produits qu'on a légiféré après avoir fait des décennies de prévention puis de campagnes de sensibilisation, notamment le tabac pour ne nommer que ça, le port de la ceinture de sécurité, etc. On a eu différentes stratégies pour améliorer, réduire les risques, puis finalement c'est la loi qui a finalement amené… a fait une différence. Alors donc, j'aimerais ça peut-être vous entendre sur ce parallèle-là, là, que je vous amène par rapport au tabac, par rapport à toutes ces politiques publiques pour lesquelles on a fait des choses, puis qu'à un moment donné on a, comme société, décidé de légiférer, et ça a eu un impact.

M. Gamache (Jean-Bernard) : Effectivement, c'est un… les mesures, les mesures législatives ont montré leur efficacité dans différents… dans différents types de domaines. Puis on ne veut surtout pas… on ne veut surtout pas prôner le fait que les expériences étrangères n'ont pas été évaluées, là. L'idée, c'est… c'est qu'on doit prendre les… on doit prendre absolument les… des mesures législatives pour s'assurer d'être responsables face à ce type de situation là. Puis, comme on dit, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'évaluation ou des… pas d'évaluation sérieuse qui n'a été faite ailleurs que ça ne vaut pas la peine de mettre des mesures en place et de les documenter pour… pour avoir une approche novatrice. Puis ça, d'ailleurs, en sciences, on est tous… nous trois, on est tous des scientifiques, là, puis on aime beaucoup ça lancer des idées novatrices, puis être capables d'en faire le suivi, puis d'en documenter l'efficacité à terme. Puis c'est ça qui a été fait aussi dans d'autres… d'autres domaines que vous avez notamment évoqués, où, bien, on prend des mesures législatives par mesure de responsabilité, puis on les suit en… Puis, effectivement, ça a fini par démontrer l'efficacité.

Docteur Perron pourrait vous donner quelques informations supplémentaires.

M. Perron (Stéphane) : Le tabac, ce qui est intéressant, c'est… puis c'est un peu ce qui a été évoqué au début ici aussi, c'est que c'est une panoplie de mesures qui a fait changer les choses, ce n'était pas juste une mesure. Il y a des mesures qui, en théorie, on se demande si ça a un impact, mais tout ensemble, ça a un impact, par exemple l'emballage, par exemple quand on a décidé que, pour protéger les travailleurs, il n'y aurait plus de personnes qui fument dans les milieux intérieurs, quand on a encouragé les gens à fumer à l'extérieur, quand on a mis à disposition des mécanismes de cessation. Pour la ceinture de sécurité, juste la loi comme telle, peut-être qu'elle aurait été efficace ou non, mais l'implantation des mesures de contrôle pour s'assurer, c'est ça qui faisait… Ça fait qu'encore une fois, c'est une panoplie de mesures. Puis c'est clair que, comme toute intervention de santé publique, ce n'est jamais une mesure, mais c'est un ensemble de mesures qui vont faire une différence.

Mme Bélanger : Il me reste peu de temps. Je voudrais terminer sur la stratégie nationale en prévention, que nous avons donc lancée il y a quelques semaines. Alors, on parle de la loi ici. Vous avez vu que c'est quand même avec quelques articles assez restreints, mais en lien avec la prévention, peut-être vous entendre là-dessus comme mot de la fin.

M. Gamache (Jean-Bernard) : Marie-Claude

Mme Paquette (Marie-Claude) : Bien, dans le fond, la… l'interdiction de… l'enjeu des boissons énergisantes, c'en est un de la caféine, mais aussi c'en est un du sucre. Donc c'est sûr que de diminuer la consommation de boissons sucrées, c'est ça qui va avoir un impact populationnel le plus important dans notre… dans notre société. Si on considère une boisson énergisante de 473 millilitres, par exemple, ça contient la quantité de sucre qu'on devrait consommer dans une journée. Alors, c'est quand même des quantités de sucre très importantes. Donc, c'est le sucre qui est vraiment l'enjeu à long terme pour la santé de la population. Et les boissons sucrées sont beaucoup plus consommées que les boissons énergisantes. Mais l'interdiction de boissons énergisantes chez les… peut amener une sensibilisation, comme vous l'avez dit, et aussi ouvrir la porte à d'autres… à d'autres mesures qui pourraient justement réduire la consommation de boissons sucrées, qui est vraiment très préoccupante chez les jeunes.

Mme Bélanger : Je vous remercie.

Le Président (M. Provençal) :Merci beaucoup, Mme la ministre. Alors, je vais maintenant céder la parole au député de Nelligan.

M. Derraji : Merci, M. le Président. Merci à vous trois d'être…

M. Derraji : …là. Première question, très courte. On essaie… on essaie, sur la place publique, de dire que c'est la même chose que le café, comparé à  une tasse de café, je viens de demander, je pense que c'est un café filtre. Et un café filtre, ça se situe entre 446 et 267, ça dépend de la grandeur du… de la tasse. Et les boissons énergisantes, c'est aux alentours de 170. Vous répondez quoi à l'argument que c'est la même chose que le café, la caféine qu'on a dans une boisson énergisante, versus le café qu'on trouve un peu partout?

M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien…

M. Derraji : La caféine, plutôt, désolé, la caféine.

M. Gamache (Jean-Bernard) : Oui, d'un point de vue purement toxicologique, c'est la même caféine. Puis, je vais… je vais repasser la parole à Mme Paquette, là, qui pourra vous donner des messages complémentaires, là, sur le… encore sur le marketing.

Mme Paquette (Marie-Claude) : Dans le fond, la boisson énergisante, elle est caféinée, parfois moins qu'un café, mais elle n'est pas consommée de la même façon, dans le même contexte par les mêmes personnes que le café. Alors… Comme je vous dis, le marketing intensif…

M. Derraji : Mais je veux rester vraiment sur la caféine. Je ne veux pas qu'on aille sur le marketing. Je veux qu'on reste sur le café si ça ne vous dérange pas.

On parle de la même caféine à une concentration de l'ordre de 170. C'est ce que je vois. Et un café filtre, parfois c'est le double d'une boisson énergisante. Est-ce qu'on peut affirmer ça aujourd'hui?

M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien, vous l'avez dit, ça dépend de la taille de votre tasse de café, là. Mais, d'un point de vue purement toxicologique, un milligramme de caféine contenu dans une boisson énergisante a le même effet physiologique qu'un milligramme de caféine dans un café.

M. Derraji : C'est parfait, c'est parfait. Maintenant, sur la place publique, le fait de dire que prendre un café ou une boisson énergisante, là, c'est là où votre argument marketing revient sur la place publique, c'est qu'il y a d'autres ingrédients, et parmi les ingrédients il y a le guarana et il y a la taurine, guarana, c'est de la caféine additionnelle et parfois non déclarée, ça dépend de quelle… de quelle boisson, mais aussi le sucre. Le sucre, c'est 38 grammes par canette, c'est ce que j'ai vu.

Donc, aujourd'hui, quand on vous pose la question sur les autres ingrédients, à part le café, est-ce qu'on peut conclure que, quand on compare le café avec les boissons énergisantes, c'est juste, de dire qu'on se compare uniquement à la caféine, ou bien on inclut les autres ingrédients pour avoir un portrait juste de l'analyse boisson énergisante versus café que je suis en train de prendre?

M. Gamache (Jean-Bernard) : Très bien. Bien, Docteur Perron, vous pouvez peut-être donner quelques informations sur les ginseng, guarana et tous les autres ingrédients.

M. Perron (Stéphane) : Les autres ingrédients qui sont rajoutés, généralement, tu sais, puis c'est un peu pour ça que ma collègue, Mme Paquette parlait de la potion magique, c'est des ingrédients qui sont généralement… Il y a eu plusieurs agences qui ont… qui ont regardé c'est quoi, les effets, puis, aux doses qui sont dans les boissons, ce n'est pas clair qu'il y a des effets physiologiques encore, ce n'est pas comme… ce n'est pas l'ingrédient bioactif, ce n'est pas lui qui va donner les effets. Ça fait que… ça fait que de notre perspective, les autres ingrédients ajoutés, y compris la guarana maintenant qui, depuis peu, est légiférée au Canada aussi au niveau total de la caféine. On n'est pas en mesure scientifiquement de dire : OK, ça va agir de telle façon, ça va avoir telle interaction. Généralement, c'est des produits qui sont métabolisés facilement, uriner facilement, mais ça rajoute à l'idée que c'est une potion magique aussi. Ça fait qu'on se rapproche encore une fois beaucoup de l'aspect marketing. Il reste que c'est un mécanisme pour faire en sorte que les gens… il y a tous les enjeux reliés quand même chez les jeunes avec la caféine qui restent. Et ça, c'est… le marketing est vraiment envers les jeunes. Puis c'est des populations qui sont plus à risque pour toutes sortes de raisons, souvent on ne connait pas les vulnérabilités justement. Et l'autre aspect, on revient à la charge, c'est quand même un conduit pour du sucre en grande quantité aussi.

• (9 h 40) •

M. Derraji : Oui. Un des arguments pas mal utilisés, que Santé Canada encadre effectivement la caféine. La limite, c'est, si ma mémoire, elle est bonne, 680 milligrammes par canette. La question que je me pose, est-ce que cette limite protège contre la consommation cumulative, et, dans le cas qui nous concerne, le triste décès parce qu'il y a une interaction avec un autre médicament? Donc oui, Santé Canada encadre effectivement la caféine, mais est-ce que sur la consommation cumulative et les effets combinés avec les médicaments… on parle beaucoup de sport…

M. Derraji : …et déshydratation. Est-ce que c'est quelque chose que… vous partagez?

M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien, en fait..Oui, dans la mesure où… là, quand on parle de… vous… vous évoquez les médicaments, on parle de psychostimulants, bien, c'est des stimulants en général qui ont aussi… qui sont aussi' des stimulants sur le système cardiovasculaire. La caféine, c'est un stimulant du système central nerveux, puis du système cardiovasculaire. Donc, c'est sûr que lorsqu'on combine ces deux substances-là, ou ces deux produits-là… bien, on vient cumuler ou ça vient conditionner les effets indésirables respectifs de ces médicaments-là, qui sont sur les systèmes cardiovasculaires, les systèmes nerveux centraux. Donc, on les a nommés tout à l'heure, on peut vous les réciter encore, là, mais la hausse de… la hausse de la tension artérielle, la hausse du rythme cardiaque, la nervosité, l'agitation, l'insomnie, etc. Donc, c'est des… c'est deux… c'est deux substances qui vont être contributives aux mêmes effets indésirables.

M. Derraji : Donc, vous êtes d'accord que l'effet cumulatif, on n'en parle pas beaucoup. C'est parce que le fait de dire qu'on encadre la limite à 180 milligrammes par cannette, on s'entend que le jeune va prendre une canette. Mais l'effet cumulatif a un effet aussi. Si jamais on prend… Abstraction faite à ce qu'on prend des psychostimulants, je veux mettre de côté le cas avec un psychostimulant. Je veux juste une consommation normale, 180 milligrammes par canette, l'effet cumulatif existe oui ou non? L'effet aussi combiné en pratique de sport, déshydratation. On oublie les médicaments, parce qu'on a tendance à associer d'une manière directe parce qu'on a vu l'effet avec les psychostimulants, mais juste l'effet… une personne normale, l'effet cumulatif, sucre, caféine.

M. Gamache (Jean-Bernard) : Vous voulez dire… Excusez-moi, je vais vous demander de clarifier là. L'effet cumulatif, vous voulez dire si la personne prend plus qu'une canette.

M. Derraji : Oui

M. Gamache (Jean-Bernard) : OK. Bien oui, effectivement, les effets sont dose-dépendants, c'est linéaire. Donc, plus on en prend, plus on s'expose à des effets indésirables. Donc, ça, c'est… ça, c'est très clair, puis très bien documenté. Docteur Perron pourrait vous en donner davantage sur les effets indésirables qu'on peut… qu'on peut expérimenter quand on consomme ça pendant qu'on fait du sport.

M. Perron (Stéphane) : Mais c'est… c'est d'ailleurs pour ça que, quand on regarde les recommandations au niveau des agences internationales sur la caféine, on parle souvent de pour une boisson, c'est 200 milligrammes max, mais c'est… pour toute consommation de caféine dans une journée, c'est 400 milligrammes. Ce que les agences disent aussi, c'est qu'à 400 milligrammes, 200, pour des personnes qui n'ont pas de problème de santé, qui n'ont pas de conditions sous-jacentes, qui n'ont pas de problèmes cardiaques, donc quand même une grosse catégorie de personnes, mais, pour les autres personnes, ça devrait être sécuritaire. Ceci dit, chacun a une vulnérabilité, chacun ses vulnérabilités. Certaines personnes vont prendre très peu de café, vont réagir rapidement, d'autres vont en prendre plus, vont réagir… vont réagir moins. Mais peu importe, à un moment donné, plus on en prend, plus les effets vont se faire ressentir et plus la panoplie d'effets… d'effets secondaires, là, que je pourrais dire, là, vont être importants avec la hausse de consommation. Ça fait que oui, c'est une consommation totale, et oui, les effets vont être plus importants, plus on en prend… plus on prend de caféine.

M. Ciccone :Merci. Question rapide, je sais, il ne me reste pas beaucoup de temps. Là, c'est sûr que l'industrie va vous dire : Oui, mais là vous parlez beaucoup du sucre avec la caféine, mais on a des canettes, nous, qui n'a pas de sucre, il y en a qui sont sans sucre. Est-ce que ça, c'est sans effet ou c'est correct?

Mme Paquette (Marie-Claude) : Dans le fond, il n'existe aucun bénéfice à la consommation de ces boissons-là, qu'elles soient sucrées ou sans sucre, parce que souvent les sans sucre vont contenir des édulcorants de synthèse, et les édulcorants de synthèse, il y a des données épidémiologiques qui ne sont pas complètement concluantes, mais ce n'est pas un produit qu'on veut nécessairement… qui est sans effet sur la santé non plus. Ils ont aussi des effets potentiellement négatifs sur la santé.

Je peux… Peut-être que je peux me permettre d'ajouter aussi que Santé Canada légifère des mises en garde sur les boissons énergisantes, dont le nombre de portions maximales qui devraient être consommées à chaque jour. Donc, ces mises en garde là sont obligatoires sur la boisson énergisante. Alors, c'est un autre… En plus des limites qui sont… qui sont imposées, il y a aussi ces mises en garde là que ce n'est pas recommandé pour les enfants de 14 ans et moins qui…

M. Derraji : Désolé. Les mises en garde par rapport à quoi? Parce que vous avez des mises en garde maximales par rapport à la caféine…

Mme Paquette (Marie-Claude) : Oui, c'est ça. Par rapport au nombre de portions maximal qui peut être consommé pour chaque produit. Donc, la mise en garde dit : Ne pas consommer plus que x portions par jour.

M. Derraji : OK

M. Ciccone :Merci beaucoup.

Mme Paquette (Marie-Claude) : Santé Canada régit cette mise en garde.

• (9 h 50) •

Le Président (M. Provençal) :Dernière question, M. le député de Marquette?

Une voix :

M. Derraji : ...c'est par rapport à cette portion. Mais là ça revient à la question de Mme la ministre tout à l'heure et Dre Quach, les jeunes, avec… avec tout cela, surtout la dose maximale à utiliser, on n'est pas à l'abri qu'il y ait une surconsommation, suite à l'effet marketing que vous avez mentionné…

M. Derraji : …comment on se protège de ça?

M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien, on met… Bien, je vous ai évoqué tout à l'heure une série de mesures complémentaires. Là, aujourd'hui, on discute d'une mesure législative, mais il y a… bon, il y a l'étiquetage qui existe déjà. On parle aussi… on peut parler de messages de sensibilisation. Les travaux qu'on fait aujourd'hui, ça constitue une forme de sensibilisation aussi, puis un message qui est envoyé à la population quant à l'usage de ces produits-là. Mais évidemment, il y a d'autres mesures à mettre en place, là, de façon complémentaire pour s'assurer d'arriver à nos cibles, puis on le réitère, là, c'est pour ça que c'est important de faire un suivi de cette politique publique là, puis de l'évaluer.

Mme Paquette (Marie-Claude) : On peut restreindre l'accès à ces produits-là dans différents lieux, par exemple qu'il n'y ait pas d'accès dans… dans des lieux particuliers. On peut jouer sur le prix, on peut jouer sur la composition des produits aussi. Alors, ce sont tous des éléments qui pourraient contribuer à diminuer la possibilité qu'il y ait surconsommation.

Le Président (M. Provençal) :Merci beaucoup.

M. Perron (Stéphane) : …on avait vu, avec le tabac, ce qui avait vraiment baissé la consommation, c'était l'augmentation des taxes sur le tabac aussi. C'est une décision qui avait été prise par le Parlement aussi.

Le Président (M. Provençal) : Merci. Je vais céder maintenant la parole au député des Îles-de-la-Madeleine pour trois minutes 35.

M. Arseneau : Merci, M. le Président. Merci à vous d'être là. J'ai peu de temps. Je vois… Dans votre conclusion, vous dites que la consommation des boissons énergisantes chez les jeunes Québécois demeure globalement faible. Mais ce qu'on comprend, c'est que ça… c'est quand même en augmentation depuis cinq ans environ. Et je comprends que, si vous êtes favorables à la mesure, c'est parce que vous craignez qu'avec le marketing actuel… que ça aille toujours en augmentant.

M. Gamache (Jean-Bernard) : Vous avez bien lu nos conclusions. Je vais laisser Mme Paquette...

Mme Paquette (Marie-Claude) : Oui, en effet, il y a une légère augmentation. Ce n'est pas… c'est une légère augmentation. On voit aussi qu'il y a une augmentation dans la taille des boissons énergisantes qui sont proposées. Au début, la petite fameuse canette qu'on connaît tous est 250 millilitres. Maintenant, on est rendu à des formats qui sont le double de ça. Donc, c'est pour ça qu'il y a… il y a une préoccupation et qu'on doit surveiller ces produits-là.

M. Arseneau : Vous dites qu'il y a évidemment la caféine et le sucre, mais le sucre, ce n'est pas si différent que ça, la quantité de sucre dans les boissons énergisantes caféinées que dans les boissons sucrées en général. Pourtant, on ne s'apprête pas à interdire la vente de boissons sucrées. Donc, la différence, c'est la caféine?

Mme Paquette (Marie-Claude) : Oui, on ne…

M. Arseneau : Vous nous dites que…

Mme Paquette (Marie-Claude) : Mais, la boisson énergisante, vous allez l'interdire parce que c'est une boisson énergisante, mais les enjeux de santé associés à cette boisson-là, ils sont aussi associés au sucre.

M. Arseneau : C'est… Exactement, mais c'est les mêmes… essentiellement les mêmes, quand on parle de maladies chroniques, de diabète et ainsi de suite. Elles peuvent être liées autant aux boissons énergisantes qu'aux boissons sucrées, tout simplement. C'est ça. Donc, la différence étant la caféine et l'interaction possible avec des psychostimulants.

M. Gamache (Jean-Bernard) : Oui. Puis c'est ce qu'on appelle, en santé publique, un cobénéfice, c'est que, là, on s'intéresse aux boissons énergisantes, puis, en ciblant les boissons énergisantes, bien, on est… on est également capable de cibler leur teneur en sucre puis pour réduire cette consommation-là chez les jeunes. Donc, on parle d'un cobénéfice, ici.

M. Arseneau : Vous avez parlé des possibles effets non désirés ou non recherchés, par exemple, qu'il y ait une boisson ou un produit de substitution, ou encore, peut-être que j'interprète, là, mais que l'on trouve une façon de contourner la loi, évidemment aussi, peut-être l'attrait de ce qui est prohibé chez les jeunes. Quelles sont les mesures qu'on pourrait mettre en place? Est-ce que vous avez des idées à nous proposer pour le… dans le cadre du projet de loi pour tenter de devancer ces possibles effets non désirés?

Mme Paquette (Marie-Claude) : Je pense que la première chose, c'est de surveiller justement comment l'industrie va réagir à l'interdiction de mise en vente aux moins de 16 ans. Il y a actuellement des boissons sucrées. Alors, on sait que la boisson… la définition de la boisson énergisante de Santé Canada, c'est qu'elle doit être… elle doit contenir de la caféine au delà de 150 milligrammes par litre. Alors, il y a des boissons sucrées non énergisantes sur le marché en ce moment qui sont à 145 milligrammes par litre, donc qui sont très proches, qui frôlent le seuil de la boisson énergisante. Donc, on doit surveiller ce type de boisson là, leur évolution dans le temps et leur consommation, évidemment, chez les jeunes.

M. Arseneau : …question en terminant. Vous avez beaucoup parlé du marketing, puis de l'attrait, la potion magique, tout ça. Est-ce qu'on a les outils actuellement, là, en place pour prévenir justement cet effet-là? Parce que le marketing, il va continuer, même s'il y a une interdiction pour les moins de 16 ans. Est-ce que la Loi sur la protection des consommateurs visant, par exemple, les jeunes, ça a un effet ou on devrait aussi regarder de ce côté-là?

Mme Paquette (Marie-Claude) : …on n'a pas regardé cet enjeu-là. Mais, en effet, une restriction du marketing alimentaire ou du marketing de ces produits-là pourrait être quelque chose à étudier davantage.

M. Arseneau : Et puis, pour les données probantes, vous dites qu'il en manque. Est-ce que vous continuez les recherches là-dessus au-delà de l'adoption d'un projet de loi comme celui-ci?

M. Gamache (Jean-Bernard) : …ici, on représente deux directions scientifiques de l'Institut national de santé publique…

M. Gamache (Jean-Bernard) : …du Québec, là. On veut avoir une approche globale, là, dans le suivi de cette… de cette thématique-là, bien entendu, puis on suit la littérature, on publie de longue date sur cette… sur cette question, puis on suit l'évolution des connaissances scientifiques de façon assez scrupuleuse. Donc… Puis on est ouverts aussi à contribuer à la suite, là. On sait qu'il y a la question de suivi, puis de l'évaluation du… de la politique publique, puis on… Puis, pour faire écho à votre question de tout à l'heure, le projet de loi est monté de sorte où on a la possibilité d'ouvrir… de réouvrir la définition, puis de l'élargir davantage par voie réglementaire. Donc, si c'est… si c'est des dispositions qui sont prises, l'Institut va être… en fait, ça va nous faire plaisir de pouvoir participer à ces travaux-là éventuellement.

M. Arseneau : Merci beaucoup.

Le Président (M. Provençal) :Alors, je vais… On va compléter cet échange avec Mme la députée de Rimouski. Vous avez deux minutes 12, madame.

Mme Blanchette Vézina : Merci. Merci à vous trois. Très éclairant, là. Si j'ai bien compris, dans le fond, c'est la combinaison sucre caféine qui est un enjeu pour la santé publique, là, si je vois, avec l'interaction potentielle de certains médicaments, mais les données probantes sont limitées, c'est ça?

M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien, en fait, c'est le… tout ça, même tous ces facteurs-là, d'un point de vue individuel, sont tous des enjeux de santé publique en ce qui nous concerne. Donc, le sucre contenu là-dedans, ce n'est pas bon. La consommation importante de caféine chez les jeunes, pour nous, ce n'est pas bon. Puis l'image de marque qui est promue au travers de ces boissons-là aussi, ce n'est pas considéré comme quelque chose qui est positif à notre égard. Donc, c'est ces trois… ces trois éléments-là.

Mme Blanchette Vézina : Puis, à lire le rapport, en fait, votre mémoire, je comprends qu'il y a de la concentration de caféine plus élevée dans certaines boissons en milligrammes par litre. Pourquoi on n'interviendrait pas sur ces… sur ces… Par exemple, là, je regarde votre tableau, là, Tim Hortons, cappuccino glacé, 482 milligrammes par litre, c'est ça? En tout cas, c'est dans votre mémoire. Je me demande juste, dans le fond, pourquoi on s'attaque aujourd'hui aux boissons énergisantes si d'autres boissons contiennent à la fois de la caféine, du sucre, là. L'interdiction devrait être plus large, selon vous?

M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien, en fait, là, c'est sûr qu'on a… on a sous la main un projet de loi, puis on est interpelés sur ce projet de loi là de façon plus spécifique, puis on en a fait l'analyse. Bon, ma collègue pourrait vous en dire un petit peu plus, puis on voulait le mentionner, là, avec les éléments d'image de marque qui est promue. Mais non, nous autres, on a fait…

Mme Blanchette Vézina : …symbole, aujourd'hui, on essaie puis on teste quelque chose. Parce que, vous dites, il y a peu de données sur l'interdiction, les effets positifs d'une interdiction. Est-ce que ça va… l'objectif, c'est d'élargir plus tard à quelque chose de plus grand, donc qui va toucher des boissons sucrées caféinées?

M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien, on n'est pas dans… on n'est pas dans l'intention du projet de loi, on n'est pas… on n'a pas participé à…

Mme Blanchette Vézina : Non, bien, je veux… d'un point de vue de santé publique, ma question est plus pour la santé publique.

Mme Paquette (Marie-Claude) : Bien, je pense que, comme on le dit, le mécanisme de suivi de cette première mesure-là va être… va-nous… pouvoir nous informer sur quel est vraiment l'enjeu prioritaire. Est-ce qu'on devrait élargir notre définition pour inclure ce type de boisson là ou pas? Mais c'est un premier pas. Et puis on se… on se base sur une définition existante, déjà, là, qui est très semblable à celle de Santé Canada. Donc, l'encadrement de ce produit-là est plus facile, si on peut dire, c'est un premier pas. Avec un suivi, un mécanisme de suivi bien, bien en place, on va être en mesure de savoir est-ce qu'on réussit à toucher justement, les produits qui sont le plus caféinés, est-ce qu'on réussit à toucher et à suivre l'évolution de ces produits-là pour ensuite s'ajuster dans un futur règlement.

Mme Blanchette Vézina : Dans votre conclusion, là, il est mentionné que la mise en place de l'interdiction, là, pourrait aussi entraîner des effets non recherchés, comme la substitution par d'autres stimulants ou boissons sucrées, l'émergence d'un marché illicite. Ça fait que j'imagine que ce ne sera pas l'effet nécessairement escompté. Il faut… il faut agir sur autre chose, c'est ça? Sur le marketing, c'est ce que je comprends?

Mme Paquette (Marie-Claude) : Toute politique publique, comme on le disait tantôt, est une… Les politiques publiques efficaces sont un ensemble de mesures. Ici, on a une mesure qui est relativement ciblée. Ce serait bien si elle était accompagnée d'autres mesures pour contrôler le marketing, pour contrôler l'accès, le prix.

Mme Blanchette Vézina : Pourquoi 16 et pas 18, selon vous?

Le Président (M. Provençal) :...le temps est déjà écoulé, Mme la députée. Alors, je remercie les représentants de l'Institut national de santé publique du Québec pour leur participation, leur contribution et les réponses qu'ils ont données au cours des échanges.

Je suspends les travaux pour permettre à la prochaine… au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.

(Suspension de la séance à 9 h 56)

(Reprise à 10 h 01)

Le Président (M. Provençal) :À l'ordre, s'il vous plaît. Les travaux se poursuivent et nous recevons maintenant l'Association canadienne des boissons. Et c'est Mme Carole Grenier, directrice principale Affaires publiques Québec, qui va nous faire une présentation de 10 minutes, et, par la suite, nous aurons nos échanges. Alors, madame, je vous invite à faire votre présentation.

• (10 heures) •

Mme Grenier (Carole) : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme la ministre, M. le Président, chers membres du comité, parties prenantes. Je vous remercie de l'occasion qui m'est offerte d'être parmi vous aujourd'hui. Je me présente : Carole Grenier, directrice Affaires publiques pour le Québec…


 
 

10 h (version non révisée)

Mme Grenier (Carole) : ...à l'Association canadienne des boissons. L'ACB représente plus de 60 marques de boissons non alcoolisées, notamment les boissons gazeuses, les jus, l'eau embouteillée ainsi que les cafés, thés, prêts-à-boire et bien entendu, les boissons énergisantes. Au Québec, le secteur des boissons non alcoolisées génère plus de 3000 emplois directs et a rapporté en 2024, 449 millions de dollars de recettes fiscales au gouvernement. Et dans un délai très court, l'ACB a examiné le projet de loi 9, et nous comprenons que le dépôt de ce projet vise à répondre à des questionnements et des préoccupations au sujet de la consommation de boissons énergisantes et de caféine chez les adolescents.

Et avant d'aller plus loin, je tiens, au nom de l'association et ses membres, à exprimer nos plus sincères condoléances aux parents de Zachary Miron. Perdre un enfant est une tragédie indescriptible et nous avons été très touchés par cette histoire... évidemment.

Je crois important aussi de préciser que l'ACB partage l'objectif d'assurer la sécurité de nos jeunes, qu'ils soient bien informés et... et qu'ils prennent le temps de lire les étiquettes qui apparaissent sur les... sur chaque portion. Et justement, en plus, nous avons un code marketing de l'industrie qui interdit, depuis plus d'une décennie, la publicité directement adressée aux enfants, la vente de boissons énergisantes dans les écoles secondaires et, bien sûr, il est interdit également d'offrir des échantillons gratuits ou toutes formes de dégustation de produits à proximité des établissements scolaires.

Au cours des dernières semaines, nous avons vu une mobilisation citoyenne pour faire en sorte qu'une telle tragédie ne se reproduise pas. Les faits démontrent que la situation est plus complexe qu'il n'y paraît. Et à l'ACB, nous ne croyons pas que la solution soit une interdiction de vente aux moins de 16 ans. La véritable question est de savoir comment, comme société, nous pouvons mieux prévenir les risques, mieux informer les jeunes, les sensibiliser ainsi que leurs parents et l'ensemble des consommateurs afin de contribuer à l'achat de produits et prendre des décisions éclairées quant à leur consommation.

D'ailleurs, nous en profitons pour saluer l'initiative de l'Ordre des pharmaciens du Québec de travailler avec ses membres pour veiller à mieux informer les patients jeunes et moins jeunes et à les sensibiliser à l'égard des interactions et risques associés à la prise de médication, notamment contre le TDAH, comme dans l'histoire qui nous interpelle.

Depuis 2022, Santé Canada a établi un cadre réglementaire à l'égard des aliments supplémentés et les boissons énergisantes en font partie. Il y a une obligation d'apposer une mise en garde visible sur la cannette, la portion, et d'indiquer que les boissons énergisantes ne sont pas destinées à être consommées par les personnes sensibles à la caféine, aux enfants de moins de 14 ans et qu'elles contiennent une forte teneur en caféine. Les consommateurs sont invités à lire les étiquettes. Il y a une information claire et visible qui est encadrée, qui leur permettrait de faire des choix éclairés et de consommer ces produits de manière responsable.

Permettez-moi maintenant de revenir sur certains éléments factuels qui, nous l'espérons, pourront contribuer à la réflexion que vous faites à la commission et à l'identification de solutions les plus efficaces, et défaire certains mythes qui ne contribuent pas positivement à cette discussion ou à ce débat pour en faire de meilleures politiques publiques à adopter.    Premièrement, les boissons énergisantes sont sécuritaires. Conformément à la réglementation de Santé Canada, elles peuvent contenir un maximum de 180 milligrammes par portion. C'est inférieur à la quantité de caféine présente dans un petit café filtre du commerce du coin. De plus, la sécurité des boissons énergisantes et de leurs principaux ingrédients a été évaluée et confirmée à maintes reprises par plusieurs autorités de santé chargées de surveillance de ces produits, notamment Santé Canada, le Food Standard Australia New Zealand et l'Autorité européenne de sécurité des aliments. Les évaluations scientifiques de ces autorités ont permis de conclure qu'une consommation modérée de boissons énergisantes est sans danger pour les adultes et les adolescents en bonne santé. C'est pourquoi ces agences confirment qu'aucune restriction d'âge sur la vente de boissons énergisantes ne se justifie. Les boissons énergisantes peuvent contenir de la caféine, des acides...

Mme Grenier (Carole) : …comme la taurine et des vitamines. Ces ingrédients sont courants dans de nombreux aliments et autres boissons. Par exemple, on trouve de la taurine dans les fruits de mer, la volaille et les préparations pour bébé. Et, contrairement à la croyance populaire, la taurine n'est pas un stimulant, il ne renforce pas les effets de la caféine ni n'interagit avec le produit. Le tout a été confirmé encore une fois par les autorités qui réglementent ces produits, dont Santé Canada. De plus, on dit parfois que les boissons énergisantes sont bues plus rapidement et donc plus rapidement absorbées par l'organisme. Toutefois, des essais cliniques ont également confirmé que l'assimilation et l'exposition à la caféine sont similaires entre les boissons énergisantes et les cafés. Alors, que la caféine soit consommée chaude en café, ou froide en boisson énergisante, rapidement ou lentement, les taux de caféine dans le sang sont identiques, et c'est la même quantité de caféine qui est consommée.

J'aimerais maintenant aborder la question de la consommation de boissons énergisantes par les adolescents. Plusieurs études se sont penchées sur ce sujet et indiquent une faible consommation chez les adolescents québécois. Une enquête québécoise sur la santé des élèves du secondaire indique que seulement 1 % des élèves du secondaire consomme des boissons énergisantes quotidiennement. L'étude révèle également que trois fois plus de jeunes consomment quotidiennement des cafés aromatisés et des thés glacés et toute autre boisson sucrée. Finalement, un sondage Ipsos a aussi révélé que seulement 27 % des adolescents avaient consommé une boisson énergisante au cours des trois derniers mois, alors qu'environ la moitié de ces jeunes avaient consommé un café. Les habitudes de consommation changent vite chez les jeunes. Il y a constamment de nouveaux produits tout aussi attirants sur le marché. Ça concorde d'ailleurs avec une étude provenant des États-Unis, qui a révélé que seulement 11 % de la consommation totale de caféine chez… chez les adolescents, pardon, provient des boissons énergisantes. 11 %. C'est donc dire qu'il reste un 89 % qui se consomme avec d'autres sources de caféine.

En résumé, la consommation de boisson énergisante par les adolescents québécois n'est pas problématique, d'autant plus qu'il s'agit de produits sécuritaires et, rappelons-le, réglementés par Santé Canada. Les mesures de santé publique qui doivent nous guider doivent se baser sur des preuves scientifiques, des données solides et réelles. Dans le cas présent, les données probantes disponibles ne démontrent pas qu'une restriction de vente fondée sur l'âge constituerait une mesure efficace pour atteindre l'objectif recherché. Le projet de loi 9 s'écarte du cadre réglementaire fondé sur des données scientifiques qui régit les boissons énergisantes au Canada. Vous me permettez? Merci.

Le projet de loi proposé pourrait également avoir des conséquences imprévues importantes pour les adultes sur la vente au détail de ces produits via le commerce électronique et s'écarte de façon problématique du cadre de Santé Canada. Nous estimons donc que le projet de loi 9 devrait être tout simplement retiré. Si l'objectif est de s'attaquer à la consommation de caféine chez les adolescents, cibler une seule catégorie de produits qui n'est pas la principale source de caféine consommée par les adolescents, ne permet pas d'atteindre l'objectif visé. L'éducation, la prévention, la sensibilisation sont les outils ou les mesures les plus efficaces dont dispose le gouvernement pour engager les adolescents et la société civile dans un dialogue constructif sur la caféine et ses effets.

• (10 h 10) •

L'Association canadienne des boissons et ses membres sont intéressés à collaborer activement avec le gouvernement du Québec sur de telles mesures. Mais avant tout il nous apparaît judicieux de mettre en place une… une consultation approfondie et élargie auprès de toutes les parties prenantes, dont les experts scientifiques, pharmaciens, médecins, détaillants en alimentation, les fabricants et d'autres parties intéressées afin d'obtenir une vision globale sur la question de la caféine consommée chez les jeunes. Nous souhaitons également et respectueusement recommander au gouvernement du Québec de consulter ou de rencontrer les gens de Santé Canada pour comprendre comment cette réglementation sur les boissons énergisantes a été élaborée dans le cadre des aliments supplémentés et comment cette réglementation protège les adolescents, quelles sont les exigences en matière de définition et de limite de caféine pour chaque portion. Voilà, je vous remercie encore une fois de m'avoir donné…

Mme Grenier (Carole) : …l'occasion de partager le point de vue de l'Association canadienne des boissons. Je suis à votre disposition pour répondre aux questions.

Le Président (M. Provençal) :Merci, Mme Grenier, pour votre exposé. Mme la ministre.

Mme Bélanger : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Merci pour votre présentation.

Peut-être, d'entrée de jeu, est-ce que vous croyez que votre association, qui est une association, donc qui fait la promotion aussi des produits, est mieux placée que le comité scientifique qui a été mandaté en 2019-2020, qui nous a rendu un rapport? Première question.

Mme Grenier (Carole) : Écoutez, c'est une très bonne question. On ne peut… c'est un comité d'experts, alors, je comprends, je conçois très bien. Ce que je peux amener par rapport à ça, c'est que la demande avait été faite en 2019, et le rapport a été rendu en 2023. Et depuis 2022, les boissons énergisantes sont réglementées par Santé Canada, donc le produit est maintenant jugé sécuritaire. Donc, entre temps, il y a eu… il y a eu un changement au niveau réglementaire. Donc, il est difficile pour moi de me… de me commettre ou de… ou d'indiquer qu'on est mieux placé sur… Mais ce que je peux dire, c'est que les faits sont parlants aussi.

Mme Bélanger : Quelle est la part de marché pour la vente aux moins de 16 ans? Selon les statistiques que vous avez.

Mme Grenier (Carole) : Vous savez, ces chiffres-là font partie... en fait, on représente différents membres. Alors, ça fait partie de leurs chiffres, et qui sont… qu'ils doivent garder confidentiellement et...

Mme Bélanger : D'accord. D'accord. Mais on parle de données scientifiques, de données privées non disponibles. OK. Moi, j'aimerais qu'on continue là-dessus, là, parce que vous avez mentionné que… une étude qui n'avait aucun danger pour la santé, pris en dose modérée. Ça veut dire quoi, une dose modérée?

Mme Grenier (Carole) : C'est les doses qui sont recommandées par portion. Donc, vous savez, si vous prenez une petite canne de… une petite canette de boisson énergisante, alors c'est 80 milligrammes de café, donc c'est en deçà de ce qui est recommandé par Santé Canada, pour une limite quotidienne de 400 milligrammes.

Mme Bélanger : Vous avez parlé de faire de la prévention de la promotion. Est ce que vous en faites comme association canadienne, la prévention et la promotion auprès des différents publics cibles?

Mme Grenier (Carole) : Oui, on en fait de plus en plus. Et il y a même le mois de mars qui devient le mois de la prévention à la caféine. Alors...

Mme Bélanger : À la caféine?

Mme Grenier (Carole) : Oui, exactement, la consommation à la caféine.

Mme Bélanger : OK. D'accord. Est-ce que c'est en lien avec tous les autres produits que vous avez aussi? Parce qu'il y a plus d'une… plus d'une centaine de produits-là, que vous représentez en termes de…

Mme Grenier (Carole) : Exactement, c'est de façon générale.

Mme Bélanger : De façon générale, est-ce que c'est de façon précise par rapport aux boissons énergisantes chez les jeunes?

Mme Grenier (Carole) : Dans la dernière année, je ne peux pas vous préciser, je ne peux pas vous confirmer que ça a été précisément pour les boissons énergisantes entièrement, mais il y a eu... on a fait affaire… on a eu une vidéo avec une diététiste qui parlait, justement, des boissons énergisantes et de la façon de consommer ces produits.

Mme Bélanger : Alors, je comprends que vous avez une approche générale de la chose et non pas une approche ciblée. On parle aujourd'hui d'un projet de loi qui est spécifique, qui est un projet de loi pour interdire la vente aux mineurs de moins de 16 ans. Vous me répondez avec des phrases très générales sur l'ensemble de la population. J'aurais aimé que vous nous donniez de l'information sur le sujet du projet de loi qui vise, pas la population générale à ce stade-ci, mais qui vise les moins de 16 ans. Est ce que vous avez de l'information sur les moins de 16 ans dans vos grandes campagnes de communication ou vos stratégies marketing? Est ce que c'est adapté à différents publics?

Mme Grenier (Carole) : Je ne peux avancer sur les campagnes publicitaires ciblées à cet égard-là. Par contre, ce que je peux dire, c'est que les… ce qu'on comprend de nos données, c'est que les jeunes de 16 ans ne consomment pas… consomment de la caféine sous toutes sortes de formes, et ça ne… ça ne comporte pas que les boissons énergisantes, il y a aussi une grande quantité…

        Mme Grenier (Carole) : ...une grande partie de la caféine qui est consommée avec différentes sources de café... caféine, pardon.

Mme Bélanger : Est ce que... J'aimerais revenir sur la prévention, parce que c'est un élément tellement important. Est-ce que vous vendez des Red Bull pendant le mois de la prévention, en mars?

Mme Grenier (Carole) : Ce n'est pas nous, ce n'est pas... ce n'est pas l'association qui vend ou qui va dicter les règles d'affaires de nos membres...

Mme Bélanger : D'accord.

Mme Grenier (Carole) : ...mais de la sensibilisation, c'est vraiment pour expliquer comment lire l'étiquette ou de prendre connaissance de l'étiquette sur un contenant, avec la mise en garde qui est adressée, qui est adressée à tous, tout consommateur intéressé, et indiquer également que ces produits-là sont réglementés par Santé Canada. Donc, encore une fois, ce sont des produits qui sont avérés sécuritaires pour une personne en santé.

Mme Bélanger : D'accord. Pour une personne en santé. L'objectif, on parle des moins de 16 ans, aujourd'hui.

Mme Grenier (Carole) : Un jeune adolescent.

Mme Bélanger : Un jeune aussi. Donc, selon vous, c'est sécuritaire pour les moins de 16 ans en santé?

Mme Grenier (Carole) : Selon Santé Canada.

Mme Bélanger : Selon Santé Canada.

Mme Grenier (Carole) : Oui.

Mme Bélanger : D'accord. Alors, vous soulignez que les boissons énergisantes représentent une faible part de la consommation quotidienne de caféine des jeunes. Donc, vous avez des études pour affirmer ça? C'est quand même important comme affirmation. Puis, pourtant, les données de l'INSPQ montrent le contraire. Ce qu'on démontre, c'est qu'il y a une hausse de l'attractivité chez les adolescents pour ces boissons. Alors, je reviens avec ma question : Est-ce que vos affirmations sont basées sur des données qui sont accessibles au public?

Mme Grenier (Carole) : Absolument. Ces données-là sont... sont mêmes dans le mémoire qu'on vous a soumis. Et, s'il y a une augmentation de la consommation des boissons énergisantes, il y a... cette tendance-là l'emporte également avec l'augmentation de la consommation de café aromatisé qu'on voit chez les grandes bannières ou dans les cafés du coin. 

Mme Bélanger : D'accord. Vous avez parlé des... de prévention, beaucoup, mais je ne vois pas concrètement les grandes stratégies de prévention que vous avez, mais c'est correct. Je voudrais revenir sur les écoles, la proximité des commerces près des écoles, les professeurs qui nous ont dit que les jeunes, sur l'heure du dîner, vont s'acheter des boissons énergisantes au dépanneur du coin, reviennent en classe et que les professeurs ont de la difficulté à gérer leur classe après le dîner. Est-ce que... Ça vous dit quoi, ça?

Mme Grenier (Carole) : Mais ça nous dit que, justement, il faut faire davantage de prévention et de sensibilisation. Et merci de me poser cette question-là. Vous savez, Mme la ministre, nous, ce qu'on souhaite, c'est de prendre part à une grande consultation et un échange pour justement mettre de l'avant une campagne plus ciblée, plus grande, sociétale à l'égard de la consommation.

Mme Bélanger : Alors, vous êtes une association canadienne, pourquoi vous ne le suggérez pas à Santé Canada?

Mme Grenier (Carole) : C'est que, voyez-vous, je suis pour le Québec, mon poste est pour le Québec, donc. Alors, c'est pour ça... Et là, aujourd'hui, ce qui nous interpelle, c'est le projet de loi québécois, et c'est avec vous qu'on tend la main.

Mme Bélanger : Est-ce que, comme vous représentez le Québec, vous l'avez suggéré au niveau de vos collègues qui représentent d'autres provinces, de faire cette grande conversation nationale?

Mme Grenier (Carole) : Bien, j'en prends bonne note et je vais leur suggérer, puisque vous m'interpeller sur le sujet, avec grand plaisir.

Mme Bélanger : Alors donc, J'aimerais quand même revenir, là. Vous dites quoi aux parents québécois qui ont des jeunes de moins de 16 ans? Vous leur dites que, si les jeunes en prennent avec modération, c'est correct? Je veux vous entendre là-dessus, parce que c'est ça, l'essence de notre projet de loi.

• (10 h 20) •

Mme Grenier (Carole) : Oui. Eh bien, oui, c'est ce que je vais dire, tout comme... Je n'ai pas d'enfant, donc c'est difficile pour moi de dire : Voici, avec mon enfant, qu'est-ce que j'ai... qu'est-ce que j'ai eu comme discussion. Alors, je ne peux pas dire ça. Par contre, ce que je dirais à d'autres parents... ou je les écouterais pour savoir quels sont vos échanges, quelles sont vos discussions avec vos enfants. Et évidemment je les rassurerais à l'effet que c'est un produit réglementé par Santé Canada, qui est sécuritaire, qui est vendu depuis 20 ans...

Mme Grenier (Carole) : …au Canada et qu'il faut… qu'il faut, justement, en discuter et comprendre l'impact de la caféine. Trop boire de boisson énergisante, c'est la même chose que trop boire de café, et vice versa. Si un matin on prend trois cafés et habituellement on en prend deux, bien on peut avoir d'autres effets. Donc, de là l'importance de l'échange, de la communication, de la sensibilisation, donc, c'est ce que je dirais aux parents sur ce sujet-là.

Mme Bélanger : Est-ce que vous comprenez qu'on ne consomme pas une boisson énergisante comme un café? C'est rare qu'on va caler un café, là, un café filtre, surtout. Les boissons énergisantes, c'est souvent dans un autre contexte, ce n'est pas nécessairement dans le contexte du petit déjeuner. Alors, je comprends votre… vos commentaires, mais aujourd'hui on parle des moins de 16 ans et j'aurais aimé vous entendre sur les moins de 16 ans qui ont des… des comportements différents, qui fréquentent les milieux scolaires, qui fréquentent des milieux sportifs, qui sont en plein développement de leur personnalité. J'aurais aimé vous entendre là-dessus, dans le fond. C'est comme le café, dans le fond, c'est ce que j'entends.

Mme Grenier (Carole) : Bien en fait, les adolescents ont plusieurs questions, ils se cherchent. Alors là, on n'ira pas faire un exposé là-dessus, je comprends bien. Mais alors, un enfant de 16 ans essaie et, entre amis, il essaie différentes choses. Mais mon point… j'aimerais revenir au fait que Santé Canada a bel et bien… a pris comme âge de référence 14 ans pour dire : À 14 ans et plus, c'est sécuritaire lorsque c'est consommé de façon modérée. Alors, je m'en remets à eux avec leurs recommandations. Et c'est un… ce n'est pas un âge aléatoire, c'est qu'ils se sont justement fiés sur des études scientifiques significatives. Donc pour… pour établir cette référence-là et préciser que la boisson était sécuritaire.

Mme Bélanger : Pourtant, il y a peu d'études significatives en lien avec l'âge et la consommation. Mais bref, on parlera à Santé Canada un jour, peut-être. Alors, je laisserais Docteure Caroline Quach-Thanh, s'il vous plaît.

Le Président (M. Provençal) : Allez-y, docteure.

Mme Quach-Thanh (Caroline) : Merci. Merci, Mme Grenier. J'aurais aimé ça… j'ai posé la question tout à l'heure à l'INSPQ, je pense que vous l'avez entendu. J'aimerais vous entendre aussi sur le contexte de consommation des boissons énergisantes et en quoi ça diffère de la consommation d'autres produits caféinés. Et, dans ce contexte-là, compte tenu que votre association a déjà mis des mesures de sensibilisation en place, que recommanderiez-vous comme mesures supplémentaires pour encore mieux encadrer les risques pour les plus jeunes, s'il vous plaît?

Mme Grenier (Carole) : Oui, le contexte actuel de consommation, bien écoutez, alors, nous, ce qu'on sait, c'est qu'il n'est pas si élevé au Québec et qu'il y a plus de consommation de café que de boissons énergisantes.

Mme Quach-Thanh (Caroline) : Oui, mais le… mais quand vous consommez… la consommation de café ne se prend pas au même moment, habituellement, que les boissons énergisantes. C'est vraiment là-dessus que j'aurais aimé vous entendre. Parce qu'en théorie, votre association a ces données-là pour leur campagne et autres.

Mme Grenier (Carole) : Alors, si vous le permettez, je vais… je n'ai pas ces données-là. Je vais donc faire une demande et vous revenir là-dessus parce que je… je préfère être transparente en ce qui a trait au contexte de consommation. Voilà. Qu'est-ce que nous recommandons comme… comme mesures supplémentaires? Bien, encore une fois, plus d'information et de sensibilisation et oser en parler. Et quand j'entends que des jeunes vont en acheter près des écoles, bien, il y a sûrement aussi des cafés qui sont achetés près des écoles et tout autre produit intéressant. Donc, alors, c'est un gros… c'est complexe comme situation et c'est difficile de voir à régler tout ça. Mais nous, ce qu'on peut dire, c'est qu'on souhaite à nouveau… on souhaite vous dire qu'on veut participer à l'effort de prévention et de sensibilisation et à faire davantage de… de campagnes ciblées. On va le faire.

Mme Quach-Thanh (Caroline) : Mais, en matière… en matière de marketing, on a quand même l'impression que les… toutes les campagnes des boissons énergisantes visent les plus jeunes dans des contextes de sports extrêmes où on a l'air cool…

Mme Quach-Thanh (Caroline) : ...et donc comment... Que dites-vous à un jeune qui fait face à ces campagnes-là, alors que tout ce qu'il veut, lui, c'est fitter, là?

Mme Grenier (Carole) : Oui, c'est une très bonne question que... C'est une très bonne question. Écoutez, j'aimerais revenir sur le fait que nos membres ont... ont adopté un code marketing qui fait en sorte qu'on ne s'adresse pas aux jeunes, aux plus jeunes, j'entends. Les publicités qui ont lieu sont d'ordre général, pour le public en général. Mais oui, ça peut être interpellant, ça peut être accrocheur, mais là, il en va de...

Le Président (M. Provençal) :Allez-y.

Mme Grenier (Carole) : …de leur intention.

Mme Bélanger : ...dernière question dans... dans mon cas. Le rôle des commerçants, vous savez, il y a déjà tout un mouvement, là, qui est parti ici, au Québec, là. Les commerçants, notamment du côté de Saguenay, là, une dame, puis ça a fait les manchettes ici, qui opère un dépanneur puis qui a décidé qu'elle, elle cartait les jeunes, avant même qu'on... on ait avancé sur un projet de loi, qui a décidé qu'elle changeait donc l'entrée de son magasin pour mettre les produits ailleurs. Alors, vous dites quoi aux commerçants, là? C'est peut-être que dans vos membres, je ne sais pas, mais...

Mme Grenier (Carole) : Les commerçants ne sont pas nos membres, ils sont des partenaires. Écoutez, on ne peut pas aller lui dicter quoi faire dans son dépanneur, donc...

Mme Bélanger : OK. Ça va. Merci.

Le Président (M. Provençal) :Merci beaucoup. Alors, M. le député de Nelligan.

M. Derraji : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Grenier, merci pour le mémoire et merci pour votre présence. Je vais aller avec une question très directe. Vous représentez l'industrie, que répondez-vous aux gens qui vous disent que vous êtes là juste pour protéger le chiffre d'affaires des vendeurs de boisson énergisante?

Mme Grenier (Carole) : Et bien, je leur dis que c'est mal connaître les tâches que j'ai à faire, puisqu'on a des membres québécois au Québec qui offrent... qui offrent d'autres produits et dont il faut tenir compte selon différents enjeux. Donc, ce n'est pas... Et ces membres-là, mettent sur le marché des produits que vous consommez, que vous aimez consommer à différentes occasions.

Donc, on fait tous partie d'une chaîne de cette société civile qui consomme, qui achète, qui choisit, qui... qui s'informe et voilà. Donc, je fais partie de cette chaîne-là, j'ai un tout petit rôle.

M. Derraji : J'ai une autre question. Pensez-vous qu'après l'adoption du projet de loi, vos membres vont avoir un impact sur leur chiffre d'affaires de vente ou il n'y a pas d'impact? Donc on adopte ou on n'adopte pas le projet de loi, est-ce que oui ou non, vos membres vont avoir un impact sur le chiffre d'affaires des boissons énergisantes vendues au Québec?

Mme Grenier (Carole) : Alors, nous, on maintient notre... notre approche, notre compréhension que les jeunes ne consomment pas tant de boissons énergisantes.

M. Derraji : Ce n'est pas ça, ma question, Mme Grenier.

Mme Grenier (Carole) : Oui.

M. Derraji : Je veux juste, parce qu'on est dans une... dans une discussion, on veut comprendre que ce soit d'un point de vue scientifique et vous m'avez vu tout à l'heure, j'ai posé la question à l'INSPQ, que ce qui m'intéresse avec l'INSPQ, ce n'est pas l'effet marketing. Ce qui m'intéresse, c'est la science et les études.

Vous représentez l'industrie et nous, nous sommes en train de prendre une décision. Les élus vont... vont légiférer et cet... ce qu'on va légiférer va avoir un impact. S'il n'y a pas d'impact, j'en suis sûr et certain, probablement, vous ne seriez pas là. Mais je veux qu'on le sache tous, c'est que les Québécois qui nous écoutent et nous suivent le comprennent.

La question est très directe, est-ce que oui ou non, si on vote, il va y avoir un impact sur le chiffre d'affaires des bannières que vous représentez?

Mme Grenier (Carole) : Je présume que oui.

M. Derraji : OK. Donc, c'est très bien. Donc, votre crainte aujourd'hui, c'est que les élus légifèrent sur un projet de loi qui va avoir un impact sur un chiffre d'affaires des bannières que vous représentez.

Mme Grenier (Carole) : À cela, je réponds respectueusement, non. Ce n'est pas ça ma crainte ou notre crainte, j'entends. Pour nous, ce projet de loi là est davantage punitif que... que préventif.

M. Derraji : Mais punitif pour qui?

• (10 h 30) •

Mme Grenier (Carole) : Notamment les détaillants en alimentation et leurs...


 
 

10 h 30 (version non révisée)

Mme Grenier (Carole) : ...les employés qui auront...

M. Derraji : Mais vous représentez les détaillants, vous venez de répondre à Mme la ministre, vous leur répondez... Mais j'essaie de vous suivre, Mme Grenier, parce que je veux comprendre vos arguments. Parlez-moi des gens que vous représentez, parce que, les détaillants, je viens de l'entendre, à Mme la ministre, vous avez dit : Bien, moi, je n'ai pas les détaillants. Vous parlez au nom de vos membres, ce qui est très louable, c'est votre rôle, et vous le faites très bien. Vos membres, quel impact ils vont avoir? Parce que, si on veut légiférer, on veut que tout le monde soit au courant de l'impact de ce qu'on est en train de faire.

Mme Grenier (Carole) : Bien, nous, on croit qu'avant de légiférer il est important de comprendre de quoi on parle, et en ne ciblant qu'un seul produit on omet une grande quantité de produits caféinés qui sont... qui sont exclus et qui vont demeurer accessibles.

M. Derraji : Oui, mais je ne veux pas dire que j'ai de la misère à vous suivre, en tout respect, Mme Grenier. Vous savez, étude contre étude, on peut passer toute la journée à critiquer les études scientifiques. Moi, je veux absolument qu'on comprenne aujourd'hui, est-ce que, en tant que représentante de l'industrie, vous avez mesuré l'impact économique de le fait de légiférer. On ne l'a pas fait, parce qu'on n'a pas eu le temps, mais vous, vous avez des chiffres, si c'est sensible que ça, le fait de légiférer sur les 16 ans et moins. À ma connaissance, et vous pouvez me dire : M. le député, vous êtes dans le champ, il y a un impact économique. Et d'ailleurs on a... d'ailleurs, moi le premier qui critique le gouvernement, je n'ai pas d'étude économique, je n'ai pas d'étude d'impact réglementaire. Mais vous, vous êtes une représentante de l'industrie. Est-ce que vous avez chiffré l'impact économique d'une telle... d'un tel projet de loi? Si c'est oui, il est de combien?

Mme Grenier (Carole) : Ça n'a pas été chiffré, à ma connaissance, ça n'a pas été chiffré.

M. Derraji : OK, donc, ça n'a pas été chiffré. Ça veut dire, selon vous, ce n'est pas si problématique que ça, parce que, si c'est problématique, je pense que tous les représentants de l'industrie, vous allez recevoir beaucoup d'appels pour vous dire : Là, ça, c'est une menace pour notre industrie, et on risque de perdre une bonne part de marché.

Mme Grenier (Carole) : Non, pas du tout.

M. Derraji : Donc, il n'y a pas d'impact économique, il n'y a pas d'impact de vente, il n'y a pas d'impact sur le chiffre d'affaires.

Mme Grenier (Carole) : C'est que, là, en fait, nous, là, ce n'est pas une question financière, c'est vraiment une question d'équité et de bonne politique de santé publique.

M. Derraji : Bien, parfait, on avance. Donc, santé publique. Il n'y a pas d'impact financier, il n'y a pas d'impact économique. Donc, au bout de la ligne, on vote aujourd'hui pour moins de 16 ans, cette semaine, à partir de vendredi, vos membres, ils n'auront pas d'impact financier ni économique.

Mme Grenier (Carole) : Non, mais il reste quand même un aspect d'équité à l'égard de l'ensemble des autres produits qui sont vendus et accessibles.

M. Derraji : Non, mais l'équité, mais l'équité par rapport...

Mme Grenier (Carole) : On cible, on cible les boissons énergisantes.

M. Derraji : Oui. Mais, OK, parce que... De quelles boissons vous parlez? Les boissons énergisantes, ça veut dire que vous dites que le législateur oublie les autres boissons sucrées, par exemple. Mais, moi...

Mme Grenier (Carole) : Non, en fait, non, non, ce que je veux dire, c'est qu'il y a d'autres boissons caféinées. On parle de consommation de caféine ce matin. Les gens de l'INSPQ l'indiquaient bien que la caféine, peu importe sa source, reste de la caféine. Mais, en terminant, peut-être, sur cette question, c'est vraiment ça que nous souhaitions vous dire, c'est que les... Santé Canada a réglementé le produit et l'âge de référence, c'est 14 ans.

M. Derraji : Merci, madame. Merci, Mme Grenier. J'ai mon collègue qui veut poser une question aussi.

Mme Grenier (Carole) : Oui, certainement.

M. Ciccone :Mme Grenier, je vous écoute... Bonjour, Mme Grenier.

Mme Grenier (Carole) : Bonjour.

M. Ciccone : Je dirais simplement ceci, je vous trouve très, très, très courageuse, ce matin. Merci de votre présence. Vous savez qu'à chaque année, là, il y a des associations qui rencontrent tous les députés, puis ils veulent nous rencontrer, puis ils font du lobbying. Puis moi, à chaque année, comme représentant des saines habitudes de vie, l'association des boissons... canadienne des boissons veulent me rencontrer. Puis ils arrivent dans mon bureau. M. le Président, ils sont six, des fois, ils sont sept, puis là ils me... ils me donnent tous les bienfaits de leurs produits, puis qu'est-ce qu'ils font, puis, tout ça. Puis, aujourd'hui, ce que je trouve particulier, c'est qu'on vous envoie seule, on vous envoie seule. Puis je trouve ça quand même assez remarquable qu'on envoie une personne comme ça dans un moment très sensible, très particulier, où il y a eu mort d'un jeune, puis on vous envoie seule vous débattre devant des parlementaires.

Alors, M. le Président, je sais qu'il ne me reste plus de temps, là. Il e reste combien de temps? Oui. Je trouve ça quand même particulier qu'on vous envoie seule, mais je vais juste vous poser une question là-dessus, c'est un éditorial que j'ai fait. Tantôt, vous avez cité le 14 ans de Santé Canada, OK, est-ce que vous seriez d'accord pour empêcher les jeunes de 14 ans...

M. Ciccone :...de boire vos produits? Est-ce que vous seriez d'accord pour qu'on légifère pour les 14 ans et moins, de ne pas avoir de produit?

Mme Grenier (Carole) : Ça pourrait être une option qu'on pourrait discuter...

M. Ciccone :Non, seriez-vous d'accord? Pas une option, seriez-vous d'accord?

Mme Grenier (Carole) : Bien, je ne peux...

M. Ciccone : Parce que vous citez Santé Canada.

Mme Grenier (Carole) : Oui.

M. Ciccone : Vous dites, c'est 14 ans, 14 ans, en haut... en bas de 14 ans, c'est dangereux. Ça fait que, 14 ans, vous seriez d'accord pour légiférer à l'effet qu'on empêche tous les jeunes de 14 ans de boire les produits néfastes que vous vendez.

Mme Grenier (Carole) : En fait, je ne peux pas répondre à cette question-là au nom de tous les membres, mais on pourrait vous revenir rapidement, certainement.

M. Ciccone :Dernière petite question. Seriez-vous capable de m'énumérer les éléments dans les boissons énergisantes, notamment, là, des bienfaits sur les saines habitudes de vie? Qu'est-ce qui est bon pour l'être humain dans ces produits-là?

Mme Grenier (Carole) : Bien, en fait, une dose de caféine, une portion peut ne pas... peut être bonne pour nous maintenir. Il y en a qui prennent une boisson énergisante avant de faire la route. Alors, au lieu de prendre un café, ils se prennent une boisson énergisante. Ça, on l'entend.

M. Ciccone :Oui, mais je parle des bienfaits, des bienfaits, pas ce que ça fait sur l'être humain.

Mme Grenier (Carole) : Oui, je comprends. Oui, oui.

M. Ciccone : Des bienfaits pour les saines habitudes de vie puis la santé des gens.

Mme Grenier (Carole) : Je comprends.

M. Ciccone : OK.

Mme Grenier (Carole) : Sans vouloir citer les gens qui m'ont précédée, de l'INSPQ, tous les produits ne sont... voyons, je l'avais noté... il n'y a pas toujours des bénéfices dans les...

Une voix : ...

Mme Grenier (Carole) : C'est ça, merci. Alors... Alors, voilà. Alors...

M. Ciccone :Merci. Bien, merci, je n'ai plus de temps, mais je salue votre courage, je salue votre courage. Merci beaucoup.

Le Président (M. Provençal) : Merci. Mme la députée de Verdun.

Mme Zaga Mendez : Merci. Donc, juste... Merci pour votre présence. Juste pour affirmer, donc, vous êtes d'accord avec l'affirmation qu'il n'existe aucun bénéfice à consommer des boissons énergisantes?

Mme Grenier (Carole) : Je... Aucun bénéfice au niveau de la santé, au niveau des saines habitudes de vie, pour continuer... Alors, oui. Je suis d'accord.

Mme Zaga Mendez : OK. Donc, vous êtes d'accord avec l'INSPQ. Bien, je vais juste aller dans le même sens que... que mon collègue tout à l'heure. Vous êtes enregistrée au registre des lobbyistes, n'est-ce pas, Mme Grenier? Est-ce qu'il y a d'autres personnes comme vous qui sont enregistrées pour votre association? Combien de personnes sont enregistrées?

Mme Grenier (Carole) : Bien, il y a ma présidente.  I ll y a aussi des consultants.

Mme Zaga Mendez : Donc, autour de quatre, cinq personnes ou on est plus de 10?

Mme Grenier (Carole) : Non, autour de quatre.

Mme Zaga Mendez : Plus en bas de cinq personnes. Et j'ai vu que, dans le registre des lobbyistes, il y a un mandat spécifique depuis le mois de mai, avril, mai, qui porte sur les boissons énergisantes. Ça fait que vous vous êtes dit, là, lon parle... on parle de légiférer, avez-vous rencontré des parlementaires, dans les dernières semaines, concernant vos préoccupations?

Mme Grenier (Carole) : J'ai envoyé des lettres à plusieurs parlementaires. J'ai... j'ai eu des discussions avec du personnel politique également, oui.

Mme Zaga Mendez : De quelle formation politique? Avec qui... Qui vous avez rencontré?

Mme Grenier (Carole) : M. le Président, est-ce que je dois répondre à ça?

Le Président (M. Provençal) :...

Mme Grenier (Carole) : Oui? D'accord.

Mme Zaga Mendez : C'est une question d'ordre public.

Mme Grenier (Carole) : Oui, oui, d'accord. Oui, oui, c'est beau. C'est que, c'est une première aussi, hein, pour moi, donc. Qui j'ai... Oui, alors, on a rencontré... on a rencontré... J'ai rencontré le personnel et discuté avec le personnel de Mme la ministre de la Santé, notamment, oui. J'ai d'autres discussions avec d'autres parties aussi.

Mme Zaga Mendez : OK. Donc, vous... vous êtes une lobbyiste et vous représentez des intérêts d'un groupe en particulier.

Mme Grenier (Carole) : Absolument.

Mme Zaga Mendez : Et vous... vous avez fait, depuis le mois de mai, une campagne ou de... de l'approche, justement, pour nous parler de... des enjeux de boissons énergisantes, parce que vous voyez qu'il y avait des... il y allait avoir des conséquences pour vos membres. N'est-ce pas?

Mme Grenier (Carole) : En fait, ce n'est pas tant pour les... En fait, on voyait que ce dossier-là se précisait, donc je voulais être conforme, m'assurer d'être conforme à la Loi sur le lobbyisme et être, en toute transparence, partie prenante à ce dossier.

Mme Zaga Mendez : Je vais avancer... Il y a quelque chose que vous avez dit au tout début de votre présentation, que la responsabilité, en fait, c'est aux jeunes de bien lire les étiquettes. Vous avez dit que... moi, ce que je retiens de votre présentation, que la responsabilité repose sur des jeunes mineurs de bien lire les étiquettes et de comprendre les effets. Est-ce que c'est ça la vision, en termes de santé publique, de votre association?

• (10 h 40) •

Mme Grenier (Carole) : Non, en fait, dans le contexte, je disais que nous, on souhaite davantage sensibiliser et faire de l'information, parce que c'est aux jeunes et aux moins jeunes à lire...

Mme Grenier (Carole) : …étiquettes et… et faire le choix du bon produit, tout simplement. Les étiquettes sont là, elles sont là pour être lues et comprises. C'est dans ce sens-là.

Mme Zaga Mendez : Ça fait qu'un jeune de 12, 13 ans, c'est à lui de bien lire les étiquettes, puis faire un bon choix, et nous, on n'a aucun rôle à jouer.

Mme Grenier (Carole) : L'un n'exclut pas l'autre.

Mme Zaga Mendez : Donc, on fait… ce qu'on fait aujourd'hui de légiférer pour les protéger, c'est… c'est la chose à faire. Vous êtes d'accord, même avec l'expression de l'INSPQ sur les bénéfices.

Mme Grenier (Carole) : Bien, c'est que, on pourrait… c'est que, là, la question est très large, donc, la question est très large. Merci.

Le Président (M. Provençal) :Mme la députée de Rimouski.

Mme Blanchette Vézina : Oui. En fait, ce que je vois de votre mémoire, là, c'est qu'il y a différentes mesures qui ont été mises en place, là, en matière de réglementation avec Santé Canada. J'aimerais que vous nous les rappeliez, parce que je pense que vous en nommiez quelques-unes au début. Puis j'aimerais comprendre, un peu comme le député de Nelligan, l'effet de légiférer au Québec versus le reste du Canada, cette disparité-là, l'impact réglementaire que ça peut avoir pour vos membres. Là, tu sais, j'entends et je comprends que c'est plus que les boissons énergisantes, mais l'effet… l'effet du projet de loi, disons, sur vote… sur votre association, les membres de votre association.

Mme Grenier (Carole) : Oui, merci. Merci beaucoup pour votre question. Donc, en fait, donc, depuis 2022, Santé Canada a réglementé les produits et les boissons énergisantes. Alors, c'est un cadre réglementaire sur les aliments supplémentés. Et, voyez-vous, ça a été un processus collaboratif, donc, nos membres ont échangé, ils ont offert plusieurs données, tout ça, puis les décisions finales et les études scientifiques, également de Santé Canada, ont fait en sorte qu'ils ont ciblé et encadré ces produits-là avec… avec des restrictions, en combinant avec des restrictions de limite sur chaque portion.

En ce qui a trait à l'âge de 14 ans, d'ailleurs, c'est ça, donc, il y a eu une mise en garde pour les moins de 14 ans. C'est suite à une… je vais le lire ici… suite à une évaluation actualisée des risques pour la santé liée aux boissons énergisantes caféinées. Cette évaluation concluait que la consommation de deux portions typiques de boisson énergisante caféinée était considérée sécuritaire pour les adolescents.

Mme Blanchette Vézina : Une question avant que vous terminiez, parce qu'on a peu de temps ensemble, mais entre 14 et 16, est-ce que ça veut dire que les gens qui vendent ces boissons-là vont devoir faire de l'affichage distinctif pour le Québec? Est-ce qu'il y a déjà un affichage distinctif pour le Québec et le reste du Canada?

Mme Grenier (Carole) : Non, c'est la… c'est le même affichage, puisque c'est vraiment Santé Canada, donc c'est Canadien, à travers le Canada. Donc, est-ce qu'il y aura un affichage différent? Certainement, et d'autres campagnes de sensibilisation aussi, parce qu'il faudra justement informer dans certains dépanneurs précisément : Interdit aux jeunes, ou quoi que ce soit, et c'est sans compter aussi nos… nos échanges avec les marchands.

Mme Blanchette Vézina : Donc, si je comprends bien, bien que ce n'est pas chiffré, il y aura un impact économique certain par rapport, bien que ce ne soit pas nécessairement sur la consommation qui aura un impact économique, mais pour l'affichage et d'autres… d'autres éléments qui vont devoir faire que le Québec est distinctif. Il y aura encore un coût supplémentaire. Est-ce que ça pourrait être refilé aux consommateurs potentiellement, j'imagine?

Mme Grenier (Carole) : Là, on est rendu loin, mais potentiellement, effectivement, c'est…

Mme Blanchette Vézina : Bien, moi, je me concentre quand même, quand on voit des politiques comme celle-là, comme le député de Nelligan mentionnait : Quel est le coût associé à ça? Puis bien qu'on comprend qu'il y a un effet sur… sur les jeunes aussi, qui est souhaité, je pense aussi qu'on doit regarder, lorsqu'on fait des politiques comme celle-là, l'impact réglementaire et l'impact sur la consommation… sur l'affichage et les effets que ça peut avoir réellement d'un point de vue économique. Merci.

Le Président (M. Provençal) :Merci beaucoup, Mme la députée. Merci beaucoup, Mme Grenier. Je suis d'accord avec le député de Marquette, ça a pris beaucoup de courage pour venir ce matin. Je tiens à vous féliciter puis à vous remercier aussi.

Alors, ceci étant dit, on va suspendre nos travaux pour permettre au prochain groupe qui sera en visioconférence de prendre place. Merci.

(Suspension de la séance à 10 h 46)

(Reprise à 10 h 50)

Le Président (M. Provençal) : Alors, on reprend nos travaux, excusez-moi, avec la... l'Ordre des pharmaciens du Québec, en visioconférence. Nous avons M. Jean-François Desgagnés, président, et M. Patrick Boudreault, directeur général. Alors, messieurs, je vous cède la parole pour votre exposé et on procédera à l'échange. Alors, vous pouvez y aller.

M. Desgagné (Jean-François) : M. le Président, membres de la Commission, bonjour. Je me présente, je suis Jean-François Desgagné, président de l'Ordre des pharmaciens du Québec. Je suis accompagné aujourd'hui par M. Patrick Boudreault, pharmacien, juriste et notre directeur général. Je vous remercie sincèrement de nous donner l'occasion de contribuer à cette réflexion collective.

L'Ordre des pharmaciens du Québec régit la pratique de la pharmacie dans la province. Notre mission est d'assurer la protection du public en maintenant les plus hauts standards de qualité de pratique pharmaceutique. Nos 10 500 pharmaciens et pharmaciennes exercent, au quotidien, principalement en pharmacie communautaire et en établissements de santé.

Nous sommes ici aujourd'hui parce que la protection de la santé publique nous interpelle profondément. Nous connaissons tous désormais l'histoire du jeune Zachary Miron. Il avait 15 ans, il prenait du Biphentin pour traiter son trouble déficitaire de l'attention. En 2024, il est décédé subitement après avoir consommé une seule cannette de boisson énergisante. La combinaison des deux produits aurait provoqué une arythmie cardiaque fatale.

Ses parents, David Miron et Veronica Martinez, ont transformé leur douleur en combat. Ils nous ont interpellés, nous les professionnels de la santé, pour que nous fassions mieux, pour que les pharmaciens et pharmaciennes informent mieux leurs patients des risques d'interactions entre les boissons énergisantes et les psychostimulants...

M. Desgagné (Jean-François) : ...nous les avons entendus, cet appel nous a touchés et il a accéléré une réflexion que nous avions déjà menée.

Il y a un mois, l'Ordre des pharmaciens du Québec a recommandé aux pharmaciens propriétaires, ainsi qu'aux chaînes et bannières, de retirer ces boissons des commerces adjacents ou pharmacies. Il faut comprendre qu'au Québec, il y a les pharmacies, que nous légiférons comme Ordre et les... et les commerces adjacents, soit les endroits où nous retrouvons les produits de consommation courants sur lesquels nous n'avons pas d'emprise.

Les pharmaciens propriétaires affiliés à la bannière Familiprix ont répondu à cet appel dès le lendemain, en retirant ces produits de leurs 455 succursales à travers la province. D'autres pharmaciens ont pris la décision individuellement, nous les saluons. Mais notre intervention ne s'est pas limitée à cette recommandation, nous avons agi sur trois fronts.

Premièrement, la pratique professionnelle. Nous avons demandé à nos membres d'améliorer la qualité de l'information transmise aux patients, particulièrement aux jeunes qui se voient prescrire des psychostimulants. C'est notre rôle, notre expertise, notre responsabilité.

Deuxième front, les outils cliniques. Nous nous sommes assurés que les outils d'aide à la décision en pharmacie, notamment les questionnaires que le personnel remplit avec les patients pour alimenter leur dossier pharmaceutique, posent des questions spécifiques sur la consommation de caféine et de boissons énergisantes. Cette information, couplée à l'aviseur thérapeutique, permettra de détecter l'interaction. Ceci permettra aux pharmaciens de mieux conseiller et de mieux surveiller la pharmacothérapie des patients.

Troisièmement, la sensibilisation. Un document destiné aux patients pour les informer des risques d'interactions sera mis à la disposition des pharmaciens à partir de la semaine prochaine et les fiches-conseils sur les psychostimulants ont été revues.

Il est vrai que la littérature documentant l'interaction entre les psychostimulants et la caféine demeure limitée et est davantage associée à des rapports de cas. Toutefois, en santé publique, le principe de précaution s'applique. C'est un principe fondamental, lorsqu'un risque grave pour la santé est identifié, l'absence de certitude scientifique ne doit pas servir de prétexte pour retarder des mesures de protection. Le principe de précaution ne signifie pas d'agir de façon excessive et sans discernement, il implique plutôt une analyse proportionnée du risque et une réévaluation continue à mesure que les connaissances évoluent.

Les médicaments pour le traitement du TDAH augmentent le risque d'effets secondaires cardiovasculaires et ce risque est bien documenté dans les monographies. Les effets indésirables mortels sont rares, heureusement, mais possibles. Les données dont nous disposons sont suffisamment préoccupantes pour agir. Au Québec, près de 24 % des adolescents et 16 % des adolescentes de 10... de 12 à 17 ans se voient prescrire ces médicaments, les chiffres les plus élevés au Canada. Le risque est statistiquement faible, mais nous ne sommes jamais à l'abri d'une anomalie cardiaque non détectée. Et lorsqu'on peut agir pour protéger la population, nous avons le devoir de le faire.

Le projet de loi 9 constitue une avancée importante, car il établit clairement que la société québécoise refuse d'exposer ses jeunes à des risques évitables. D'autres juridictions comme la Lettonie, la Norvège, la Pologne et bientôt l'Angleterre, le Royaume-Uni, l'ont fait. Nous disposons... pardon, nous appuyons cette mesure sans réserve.

Toutefois, nous souhaitons qu'elle aille un peu plus loin et qu'il intègre une disposition interdisant explicitement la vente des boissons énergisantes dans les commerces adjacents aux pharmacies. Cette mesure s'inspirerait directement de ce qui a été fait dans la Loi concernant la lutte contre le tabagisme, qui interdit la vente de produits du tabac dans ces commerces. La logique est la même.

Nous sommes conscients que ce projet de loi suit un cheminement accéléré. S'il s'avérait difficile d'y intégrer dès maintenant une telle disposition, nous proposons qu'une habilitation réglementaire soit prévue par l'ajout, à la fin de l'article 1, d'un troisième paragraphe permettant de restreindre les lieux de vente de ces boissons.

Une pharmacie est avant tout un milieu de santé. C'est un lieu où les gens viennent chercher des soins, des conseils, des médicaments. Il est incohérent de vendre à proximité des produits qui peuvent interagir dangereusement...

M. Desgagné (Jean-François) : ...avec les médicaments. Notre position s'inscrit dans un large consensus social. Selon un sondage de la firme Léger, mené en mai dernier pour le compte de l'Association de la santé publique du Québec, 79 % des Québécois sont favorables à l'interdiction de la vente de boissons énergisantes dans les commerces adjacents aux pharmacies. Du côté des pharmaciens, à la suite d'un sondage maison, ce sont plus de 80 % d'entre eux qui sont d'accord avec cette recommandation. Le projet de loi 9 est pertinent, et nous l'appuyons, mais, à lui seul, il ne réglera pas tout. Si nous voulons réellement protéger la santé de la population, nous ne devons pas perdre de vue l'importance de la prévention et de la promotion de saines habitudes de vie. Bien souvent, les boissons énergisantes servent à compenser un manque de sommeil, de la fatigue accumulée, un rythme de vie effréné ou de mauvaises habitudes de vie. Autrement dit, elles sont parfois le symptôme d'un problème plus large.

C'est pourquoi nous croyons que l'action législative devrait s'accompagner d'efforts de sensibilisation et de prévention à l'échelle populationnelle. Il faut mieux informer la population sur les effets de ces produits, sur les risques qu'ils représentent et sur l'importance du sommeil, d'une bonne hygiène de vie et d'une consommation éclairée. L'État a un rôle à jouer ici. Des campagnes de prévention bien ciblées peuvent contribuer à changer les comportements. Cette démarche s'inscrit bien dans la politique gouvernementale de prévention en santé, que nous appuyons entièrement. Pour que la population puisse être outillée à faire des choix de santé, nous gagnons tous collectivement à mettre davantage d'efforts en prévention.

En conclusion, la pharmacie est plus qu'un commerce, c'est un milieu de soins de santé. Les pharmaciens sont des professionnels accessibles, de confiance, présents dans toutes les régions du Québec. Ils sont en première ligne pour détecter les risques, prévenir les... les erreurs et protéger leurs patients. C'est dans cet esprit que nous appuyons cette loi et que nous avons pris position. Aujourd'hui, nous pensons à Zacharie, nous pensons à sa famille et nous pensons à tous les Québécois qui méritent que les professionnels qui s'occupent d'eux agissent avec rigueur, cohérence et courage. Le projet de loi 9 est un pas dans la bonne direction. Nous vous demandons d'envisager d'aller un peu plus loin. Merci beaucoup.

Le Président (M. Provençal) :Merci beaucoup pour votre exposé. Mme la ministre, je vous invite à débuter les échanges.

Mme Bélanger : Oui. Donc, M. Desgagné. M. Boudreau, merci beaucoup de votre... de votre intervention puis de votre posture dans ce dossier-là. J'ai été vraiment très contente de voir qu'il y a eu une recommandation aux pharmaciens propriétaires de retirer volontairement les boissons énergisantes de leur commerce. Plusieurs ont déjà commencé à le faire. Je n'ai pas été... je n'ai pas de rapport là-dessus, mais je peux vous dire que, dans ma circonscription, je peux voir déjà que c'est en train de se faire auprès de certaines bannières. Alors, on voit, là, il y a un momentum actuellement qui est important. On le sait, notre projet de loi vise à protéger les jeunes. C'est important. Et je veux aussi souligner les échanges que nous avons eus, puis notamment les échanges que vous avez eus, en début d'année, avec mon cabinet. Ça nous a permis de mieux comprendre, de voir aussi, en fonction de votre science, comment vous vous voyez les choses. Vous nous avez donc expliqué beaucoup d'éléments, et je vous en remercie.

Ma question est : Dans quelle mesure le projet de loi 9 va venir faciliter la démarche que vous avez initiée, que ce soit au niveau des recommandations cliniques, de l'accompagnement des personnes, au niveau du champ de pratique pour les pharmaciens, mais spécifiquement en lien avec l'utilisation des médicaments, donc, en lien avec le TDH, comment notre projet de loi va... s'inscrire à l'intérieur de ça, là?

• (11 heures) •

M. Desgagné (Jean-François) : C'est clair que la démarche que nous avions... que nous avons entamée, qui a amené notamment la prise de position, c'est-à-dire la demande qu'on avait fait à nos membres, c'est certain que le projet de loi va beaucoup faciliter. Vous êtes conscients, comme on l'a dit dans notre discours, que notre rôle, malheureusement, comme ordre des professionnels, ordres professionnels, se limite à la partie professionnelle dans une pharmacie, tout ce qui est partie commerciale, tout ce qui est le commerce adjacent. On n'a pas d'action, là, et c'est à cet endroit-là que se retrouvent les boissons énergisantes. Pour nous, notre prise de position, c'était une question de cohérence.


 
 

11 h (version non révisée)

M. Desgagné (Jean-François) : ...on a eu l'occasion de le dire dans notre discours, c'est incohérent d'un côté... d'un côté de l'espace, de donner des conseils, des recommandations, de mettre en garde des gens sur des interactions ou, de l'autre bout, de vendre des produits qui peuvent être problématiques.

Donc, pour nous, c'était une question de cohérence. C'est clair que, vous savez, nous, on a fait plusieurs recommandations, plusieurs... On a eu plusieurs discussions en amont de notre prise de position avec l'ensemble des chaînes, des bannières. On est conscients que, pour certains, ils ont des enjeux qui sont peut-être incohérents ou qui ne sont pas en lien avec notre recommandation. Puis c'est pour ça qu'il y en a qui ont décidé de ne pas agir à ce moment-ci. Est-ce que leur réflexion n'est pas terminée? Je ne le sais pas. Mais c'est clair que le projet de loi qui est présenté ce matin, dans notre cas, au niveau des pharmacies, ça va très, très, très... Je pense que, pour plusieurs chaînes et bannières, ça va accélérer leur processus de réflexion, ça va les amener à prendre la décision qui est dans le sens de notre recommandation.

Mme Bélanger : OK. Vous avez souligné qu'en 2021, 72 % des Québécois... appuyaient l'interdiction de la vente de boissons énergisantes en pharmacie. Puis, avec tout l'appui public qu'on a vu pour l'interdiction de la vente des boissons énergisantes, on peut s'entendre que, probablement, depuis 2021, on est peut-être encore plus élevé que ça en termes de pourcentage, donc, de personnes qui sont en faveur d'interdire dans les pharmacies. Alors, comment vous interprétez ce signal-phare de la population déjà, en 2021?

M. Desgagné (Jean-François) : Je pense qu'on est tous conscients, et on le voit sur la consommation, justement, de ces produits-là chez les jeunes. On voit également tout ce qui est publicité, marketing qui est dirigé vers les jeunes. Je pense qu'il y a un inconfort par rapport à ça. Je pense que les gens, collectivement, sont conscients que c'est un produit... Vous savez, la Société canadienne de pédiatrie qualifie les boissons énergisantes comme, au mieux, inutiles, au pire, dangereux. Donc, les gens comprennent que ce sont des produits avec une valeur nutritive ou un intérêt vraiment nul. Et justement la balance entre... justement, c'est des produits qui sont, bon, on on va dire, dangereux ou inutiles, comme la société de pédiatrie, et, d'un autre côté, toute l'ampleur de la... de la publicité, je pense que les gens, collectivement, sont prêts à ce qu'on prenne des mesures.

La population est consciente qu'on doit mettre en place des éléments pour protéger les gens. C'est notre responsabilité collectivement, puis c'est ce qu'on s'attend d'une législation, d'une législature et de nos députés, des gens qui nous représentent, de mettre en place des éléments justement pour encadrer les choses et protéger la population.

Mme Bélanger : Vous avez mentionné que... Vous parliez, en fait, d'une perspective de précaution et qu'il ne faut pas attendre que toutes les preuves soient clairement établies. J'aimerais ça que vous reveniez là-dessus, peut-être expliquer un peu plus votre pensée par rapport à ça.

M. Desgagné (Jean-François) : Patrick, veux-tu répondre?

M. Boudreault (Patrick) : Oui, je vais y aller. Il faut comprendre que Santé Canada parle d'abord de certaines doses limites quotidiennes au niveau de la caféine. On sait que la caféine, à 2,5 milligrammes par kilo, est à peu près la dose maximum. Et quand on prend un jeune d'à peu près 64 kilos, disons qu'on arrive pas mal à une dose journalière qui ressemble à la caféine qu'on retrouve dans une portion. Et nos jeunes boivent ça de manière rapide. Deuxième chose, on sait qu'individuellement, nos psychostimulants peuvent augmenter... peuvent augmenter la tension artérielle, peuvent amener certains... certains problèmes au niveau de la conduction cardiaque, et les boissons énergisantes aussi le font. Et c'est de manière... et c'est de manière additive que ça peut... que ça peut... que ça peut se faire.

Maintenant, ce qu'on veut, c'est que la la littérature, pour démontrer un effet secondaire qui est très rare, le fait d'avoir des études de cas ou qu'on... qu'on accumule, au fil du temps, une quantité de cas, n'est pas une méthodologie à passer du revers de la main. À un moment donné... Puis, lorsqu'on a, dans des situations d'effets secondaires rares, mais tragiques, comme on a eu dans ce cas-là, des rapports de cas qui s'accumulent, permet aux scientifiques de prendre un pas de recul et de dire : Je crois qu'avec ce qu'on a en main, nous pouvons agir dès maintenant, tout en poursuivant les observations, en poursuivant les études.

Alors, à un moment donné, on n'aura jamais une étude de 10 000 patients pour lesquels on va les exposer là-dessus. Donc, ce devis-là, il n'est pas possible, il ne serait pas éthique. Alors, je pense que... et nous pensons qu'avec...

M. Boudreault (Patrick) : …les rapporte de cas qu'on a accumulés au fil des temps… au fil du temps, et on est rendu maintenant à pratiquement 10 à 15 ans. On a même vu les cardiologues discuter qu'ils voient même sur une prise chronique des cardiomyopathies qui mènent à de l'insuffisance cardiaque. Je pense que, d'un côté, on a un médicament, on a des psychostimulants qui ont leur place dans la thérapie médicamenteuse et, de l'autre côté, on a des produits qui n'ont aucun impact, aucun bénéfice pour la société. Alors, face à cela, face au nombre de cas qui s'accumulent, je pense qu'on a tout ce qui est en main pour prendre une décision aujourd'hui.

Ce que vous proposez dans votre projet de loi est tout à fait, pour nous, adéquat et poursuivons ensuite les études, poursuivons l'observation… les études observationnelles chez la population, et espérons qu'on aura beaucoup moins de consommation. Et, dans un principe de précaution tel que le prône la santé publique, on pourra mieux protéger nos jeunes de ces produits-là et on aura des jeunes qui arriveront vers l'âge adulte en bonne santé.

M. Desgagné (Jean-François) : Si vous me permettez, Mme la ministre, je voudrais juste faire un parallèle avec quelque chose que, peut-être, les gens vont être… vont mieux comprendre. On voit la… on voit la même chose avec les médicaments et la grossesse. Vous savez, on ne fait pas exprès pour exposer un fœtus… c'est-à-dire, donner un médicament à une femme enceinte pour voir l'effet que ce produit-là à avoir chez son fœtus. La connaissance qu'on accumule, ce sont des cas qui sont rapportés suite à des expositions fortuites d'une femme enceinte à un médicament. Et ça, ça nous amène à prendre des décisions, comme professionnels, c'est-à-dire, par exemple, de… de ne pas recommander ou d'interdire l'utilisation de certains médicaments chez une femme enceinte ou de mieux monitorer.

Donc, c'est le même principe de précaution qu'on voit aujourd'hui dans l'utilisation et dans... c'est-à-dire la recommandation sur les boissons énergisantes par rapport aux psychostimulants. Donc, c'est des… c'est une recommandation qui… qui s'appuie sur des cas rapportés, qui sont de plus en plus nombreux et qui peuvent nous amener à avoir justement ce principe de précaution.

Mme Bélanger : OK, merci. C'est très clair comme explication.       Peut-être un mot sur la monographie des produits au niveau des psychostimulants. Est-ce qu'il y a lieu, tu sais, éventuellement, que l'industrie puisse mettre davantage l'accent sur les risques liés aux boissons énergisantes, à la caféine ou à d'autres substances? Est-ce que les monographies sont assez claires? Puis, tu sais, est-ce que… est-ce que les la population lit les monographies, tu sais?

M. Desgagné (Jean-François) : Non, la… la population, malheureusement, ne lit pas les monographies. C'est pour ça qu'on a des professionnels qui sont là pour les aider à mieux comprendre et à mieux comprendre les risques. Et c'est pour ça, justement, qu'on a décidé d'intervenir auprès de nos professionnels. Ce n'est pas la première fois, on est déjà intervenu auprès des professionnels, par des infolettres, par des mises en garde, en disant vous avez des populations particulières qui sont plus à risque, faites attention à ça. On le fait pour… dans plusieurs situations. Ce n'est pas uniquement sur la caféine, les psychostimulants, les boissons énergisantes. Mais dans le cas où nous sommes interpelés aujourd'hui, je peux vous assurer qu'on… on est intervenu et on va continuer d'intervenir de façon importante pour mieux outiller les pharmaciens, notamment avec les outils d'aide à la décision, où il va y avoir littéralement des avis, des fenêtres émergentes, là.

Je veux juste… vous savez, quand, je m'excuse de l'anglicisme, mais quelque chose qui poppe dans le système informatique des gens en disant : Écoutez, suite à votre cueillette de données et des informations que vous avez inscrites au dossier, faites attention à cet élément-là. Donc, également de l'information écrite, des étiquettes autocollantes qui vont pouvoir être appliquées sur les vials de médicaments psychostimulants, tout ça pour sensibiliser les gens.

On a une situation, et je pense que, quand on peut prévenir une situation tragique comme on a vu là, on doit tout mettre en place pour le faire.

M. Boudreault (Patrick) : Si tu me permets, Jean-François, on va aller… on va travailler avec nos professionnels pour aller chercher la discussion avec la population, nos jeunes, nos adultes sur l'utilisation spécifique de boissons énergisantes. Parfois, comme professionnels, on a peut-être mis ça sur un grand chapeau de caféine et pour, peut-être, certaines personnes, lorsqu'on discute… s'il y a une prise de caféine, les gens ne pensent pas de manière automatique à boissons énergisantes. Donc, c'est quelque chose qu'on va aller chercher de manière spécifique, ce qui va nous amener aussi à, peut-être, entrer en relation un peu mieux avec nos jeunes, avec nos ados.

• (11 h 10) •

Et il faut comprendre aussi que, parfois, la prise de psychostimulants débute, peut-être, à sept, huit ans. Il n'y a pas toujours lieu de parler à ce moment précis de boissons énergisantes, mais les habitudes de consommation changent rendu à l'adolescence et ce qu'on demande à nos… à nos pharmaciens, c'est de revenir et de mettre à jour, justement, ces éléments d'habitude là, mais d'éclater ce parapluie de café…

M. Boudreault (Patrick) : ...pour aller chercher des discussions sur des produits plus spécifiques, dont les boissons énergisantes.

Mme Bélanger : OK. Merci, M. le Président. Ma collègue pourrait continuer. 

Le Président (M. Provençal) : Oui. Mme la députée de Labelle.

Mme Jeannotte : Oui, merci, M. le Président. Bonjour, messieurs. Merci pour votre présentation. Je me demandais si vous aviez eu des discussions avec l'Association canadienne des boissons, là, qu'on a entendue ce matin, pour les...

M. Desgagné (Jean-François) : Non, malheureusement, non, pas du tout. En fait, on sait que, lorsque nous sommes intervenus, moi, j'ai... Suite à notre prise de position, vous n'êtes pas sans savoir que j'ai eu beaucoup de présence médiatique, j'ai eu l'occasion. Souvent, on était mis en opposition où leur... ils avaient eu l'occasion de présenter leur position. J'ai eu l'occasion également d'entendre la déposition que Mme a faite juste avant nous, mais on n'a pas été en lien avec les gens de l'association des boissons.

Mme Jeannotte : Et puis qu'en est-il pour les médecins, les médecins omnipraticiens? Est-ce que vous avez l'intention de... Est-ce que vous avez déjà entamé des discussions avec eux?

M. Desgagné (Jean-François) : Bien, vous savez que, suite à notre prise de position, il y a une longue série de groupes de professionnels qui ont appuyé notre prise de position, notamment le Collège des médecins qui sont intervenus auprès de leurs membres, l'association de la FMOQ, la FMSQ, différents groupes de professionnels qui ont appuyé notre prise de position. Puis on est constamment en lien avec, notamment, avec le Collège des médecins. On est constamment en lien lorsqu'on discute de ces choses-là, c'est clair qu'on ne fonctionne pas en vase clos, là. Nos liens sont quotidiens... bien, pas quotidiens, mais ils sont de grande proximité.

Mme Jeannotte : OK.

Mme Bélanger : Oui, peut-être en lien avec les autres provinces canadiennes, les équivalents ordres professionnels réagissent comment à votre positionnement ici, au Québec?

M. Desgagné (Jean-François) : C'est drôle, parce que la journée où on a publié notre prise de position, M. Boudreault et moi, nous étions à Ottawa pour l'assemblée annuelle des ordres de pharmaciens du Canada, et je peux vous dire que la discussion a rapidement bifurqué vers notre prise de position. Nos collègues nous ont trouvé très courageux de l'avoir fait. Depuis ce temps-là, on est en lien avec, notamment, l'Ordre des pharmaciens du Nouveau-Brunswick qui, la semaine dernière ou la semaine précédente, ont fait une demande au gouvernement d'aller avec un projet de loi justement pour limiter l'âge. Je sais qu'il y a des discussions ont été également avec l'ordre de l'Ontario. Et, la semaine dernière, j'ai fait une entrevue à Radio Canada, au Manitoba, pour parler de notre prise de position, parce que, justement, les journalistes là-bas avaient été en lien avec l'Ordre des pharmaciens du Manitoba, qui voulait aller avec une proposition comme la nôtre.

Donc, on est contents et très heureux de voir que notre prise de position est en train de... j'allais dire «percoler», mais ça fait caféine un peu, mais de diffuser un petit peu ailleurs au Canada.

M. Boudreault (Patrick) : Et les collègues de... les pharmaciens, les pharmaciens propriétaires, les pharmaciens affiliés à la chaîne de Familiprix, il ne faut pas oublier qu'ils ont aussi des pharmacies du côté du Nouveau-Brunswick. Et l'action qu'ils ont posée au Québec, ils l'ont posée également au Nouveau-Brunswick.

Mme Bélanger : Mais, d'abord, écoutez, un grand merci pour le leadership que vous assumez. Puis, au Québec, on est capable d'être chef de file et d'assumer un leadership quand il s'agit de la protection et notamment de la protection de nos jeunes. Alors, merci. Je veux saluer votre professionnalisme, votre courage et votre énergie. Un grand merci à vous deux.

M. Desgagné (Jean-François) : Merci beaucoup.

Le Président (M. Provençal) : Merci, Mme la ministre. Avant de poursuivre, j'ai besoin de votre consentement pour permettre au député de Matane-Matapédia de remplacer le député des Îles-de-la-Madeleine. Consentement?

Des voix : Consentement.

Le Président (M. Provençal) : Merci beaucoup. Maintenant, je cède la parole au député de Marquette.

M. Ciccone : Merci beaucoup. Bonjour, M. Desgagné. Bonjour, M. Boudreault. Merci d'être avec nous aujourd'hui. Et j'aimerais réitérer également, moi aussi, notre formation politique, des félicitations sur votre recommandation de retirer les boissons énergisantes des pharmacies. J'aimerais également féliciter la bannière Familiprix, entre autres, et plusieurs succursales affiliées, et des Jean Coutu aussi, qui ont pris la même... la même posture.

Sur ce, M., je vous ai écouté tantôt et vous avez dit, là d'interdire autour des pharmacies. Je veux vous entendre là-dessus, mais aussi... mais est-ce que... Pourquoi, mettons, autour des pharmacies puis pas aller plus loin, par exemple, dans des arénas? Pourquoi on ne va pas là aussi?

M. Desgagné (Jean-François) : Bien, c'est clair que... Je suis content que vous me posiez la question. En fait, notre recommandation, la demande que nous faisons, comme je vous disais, une pharmacie, un espace, l'espace... Quand vous entrez dans votre pharmacie, il y a... des fois, c'est un peu difficile à comprendre, mais il y a deux parties, il y a la partie professionnelle, vous avez les ordonnances, les médicaments, et le commerce adjacent. Moi, je n'ai pas de pouvoir réglementaire ou les...

M. Desgagné (Jean-François) : …législatif sur le commerce adjacent, ce qui a amené notamment dans la Loi sur le tabagisme, sur la… a amené l'interdiction de vente de tabac dans les commerces adjacents. Donc, c'est ce qu'on aimerait qu'il se passe dans le projet de loi n° 9, qu'on ajoute cette… cette disposition-là pour interdire, dans le commerce adjacent à une pharmacie, la vente de boissons énergisantes. Mais c'est certain qu'éventuellement, s'il y avait une conversation qu'on initiait sur notamment mieux encadrer la publicité, limiter les endroits où on peut vendre, notamment, vous avez cité les arénas, les centres où on fait du sport, on parle dans le projet de loi et on l'appuie, c'est-à-dire, on trouve ça intéressant, les machines distributrices. Moi, j'ai fait beaucoup de présence dans les universités, puis il y en a dans toutes les machines distributrices des universités. Bon, c'est tout à fait questionnable, mais c'est clair qu'on ferait partie de cette discussion-là et que c'est quelque chose qui pourra être évalué, donc de limiter, dans certains endroits, la vente. Mais nous, en ce qui nous concerne, c'est vraiment les commerces adjacents aux pharmacies, c'est-à-dire la partie commerciale des pharmacies.

M. Ciccone :OK, je comprends, là. Là, c'est plus clair. Ça fait que ce n'est pas à l'extérieur, c'est, par exemple, sans les nommer, un Maxi… un Maxi, par exemple.

M. Desgagné (Jean-François) : Non, non, non. C'est dans le commerce adjacent.

M. Ciccone :OK, comme un Maxi, par exemple. OK, je comprends, sans les nommer, là. OK, parfait.

Dernière petite question. Quand on regarde puis on… Vous aviez une question… vous vouliez ajouter?

M. Boudreault (Patrick) : Oui. Toutefois, si… nous, ce qu'on voudrait, c'est d'avoir la disposition de la Loi sur… sur le tabac qui parle spécifiquement des pharmacies… dans des commerces adjacents à une pharmacie. Toutefois, ce qu'on pourrait faire également, c'est d'ajouter infini de l'article un, un troisième paragraphe qui viendrait permettre une habilitation réglementaire, qui permettrait justement d'interdire la vente dans certains lieux. Et là, on pourrait élargir le débat de manière ultérieure, mais par pouvoir réglementaire, par exemple. C'est l'alternative qu'on… qu'on propose également.

M. Ciccone :OK, merci beaucoup. Dernière petite question avant de céder la parole aux vrais spécialistes de notre formation en santé publique. Vous… tu sais, vous avez une responsabilité à mettre… vous parlez d'étiquette puis de bien informer l'usager qui va vous voir, justement, que certains produits, qu'ils sont néfastes avec les produits… avec les boissons énergisantes.

Mais de l'autre côté aussi, l'industrie, parce que, là, moi j'ai… on a une canette, qu'on ne mettra… on ne vous montrera pas, là, mais on regarde toutes les mises en garde en anglais, «caution», après ça, il y a les mises en garde dans les deux langues, mais lire ça, là, essayez de lire ça, là, OK, c'est peut-être plus difficile pour un gars de 56 ans comme moi de le lire, mais c'est vraiment écrit, là… on respecte la loi, mais c'est vraiment écrit de façon… c'est bien trop petit, tu sais, je veux dire. Est-ce qu'il y aurait… est-ce qu'on devrait s'améliorer là-dessus aussi, puis s'assurer que les gens sont capables de lire, là, ce qui est… ce qui est sur la canette, sans prendre une loupe?

M. Desgagné (Jean-François) : M. Ciccone, vous savez, on l'a fait pour les paquets de cigarettes. C'est une décision qu'on a juste à faire. Si on veut le faire, on peut le faire. Puis moi, je pense que votre proposition, elle est très intéressante. Vous savez, quand il y a des… aux États-Unis, sur certains médicaments, ils ont développé ce qu'on appelle… puis ici on le voit, parce qu'il y a des emballages qui sont identiques, on parle de «black box». C'est-à-dire quand il y a vraiment des enjeux très importants, notamment certains médicaments qu'on utilise pour l'acné qui est complètement contre-indiqué chez les femmes enceintes, on a un «black box», c'est clairement indiqué dessus, c'est plus gros que le nom du médicament, là. Ça fait que ça, c'est des dispositions qui peuvent être très utiles. Est-ce que les gens le lisent? Ça c'est une autre question. Mais au moins on a… on a l'obligation de le mettre. Vous savez, on n'a pas… malheureusement, on n'a pas l'obligation de résultat ou une obligation de moyens. Ça fait qu'il faut mettre les moyens en place pour que les gens puissent obtenir l'information.

M. Ciccone :Merci.

Le Président (M. Provençal) : …la parole au député de Nelligan.

M. Derraji : Oui. Merci, M. le Président. Bonjour à vous deux. Moi, je vais vous ramener sur un autre angle. Quel est le rôle d'un pharmacien dans la mise en garde par rapport aux interactions? Et là, je veux qu'on parle spécifiquement des psychostimulants et les TDH. Le pharmacien a une responsabilité avant de donner un médicament. Les interactions avec la caféine sont connues. Ma question à vous aujourd'hui : Quelle est la part de responsabilité d'un pharmacien qui donne un psychostimulant ou un médicament contre le TDH, sachant tout ce qu'on sait dans la littérature en termes d'interaction, d'impact, de décès, que c'est un cocktail Molotov? Qu'est-ce que vous faites concrètement?

• (11 h 20) •

M. Desgagné (Jean-François) : On a eu l'occasion de le dire dans notre discours, mais je vais quand même le répéter. L'utilisation judicieuse et sécuritaire des médicaments, notamment par la gestion et par l'information sur les effets indésirables, la gestion des interactions médicamenteuses, je vais y revenir là-dessus, et la surveillance de la thérapie, c'est le cœur de notre profession. Puis, quand je dis la surveillance de la thérapie, le rôle du pharmacien ne se…

M. Desgagné (Jean-François) : ...limite pas à la dispensation, elle est continue tant que le traitement suit son cours. Donc, on doit intervenir, on doit conseiller, on doit requestionner. Les habitudes peuvent changer, donc, tout ça.

M. Derraji : Oui

  M. Desgagné (Jean-François) : Je vous amène sur l'élément de l'interaction médicamenteuse. La gestion des interactions médicamenteuses, elle est très importante. Il y en a plusieurs, que ce soit avec d'autres médicaments, avec des suppléments naturels ou même des aliments. On a parlé récemment du pamplemousse, c'en est un qu'on connaît et qu'on peut gérer. Il y a des situations où on peut le gérer, c'est-à-dire, on va dire aux gens : écoutez, faites attention à ça, distancez… et notamment les produits laitiers qui contiennent du calcium avec certains médicaments.

M. Derraji : Désolé, M. Desgagné...

M. Desgagné (Jean-François) : Dans le cas… dans le cas, oui des psychostimulants et de la caféine, c'est un interaction que nous connaissons.

M. Derraji : Oui, mais M. Desgagné

M. Desgagné (Jean-François) : Notre objectif, c'est de… Oui?

M. Derraji : Désolé de vous interrompre, parce qu'il ne me reste pas beaucoup de temps. Je veux revenir absolument au cas que nous avons devant nous, parce que le cas... décès de Zacharie nous a tous touchés, mais je veux revenir à la responsabilité du pharmacien, parce que, là, on a eu l'industrie, on a posé nos questions, mais, je veux revenir à la base. La personne qui donne le médicament, c'est le pharmacien. La personne qui a le lien avec la famille ou avec l'individu qui prend le médicament, c'est le pharmacien. Aujourd'hui, vous nous confirmez que ce genre de discussion… vous avez ce genre de discussion avec la personne qui vient auprès de vos membres, j'imagine, et ces discussions sur la caféine et sur l'utilisation des boissons énergisantes fait partie de discours que … que vos membres ont avec ces patients.

M. Desgagné (Jean-François) : Oui. Oui. Et oui. Et on va… on intervient auprès de nos membres pour que ça soit encore plus clair. Et on intervient auprès de nos membres pour mieux les outiller, pour mieux intervenir auprès de patients qui sont dans cette situation-là.

M. Derraji : Oui.Donc, la sensibilisation, elle est déjà faite au niveau de la pharmacie, par rapport à l'effet de prendre une boisson énergisante avec un médicament contre le TDAH, par exemple.

M. Desgagné (Jean-François) : Absolument. Et on va continuer d'intervenir auprès de nos membres et on va continuer de les outiller.

M. Derraji : Je vais écouter…

M. Boudreault (Patrick) : Et autrement, et autrement, M. Derraji aussi, là, donc, des patients qui viennent nous voir pour des problèmes d'insomnie ou des problèmes d'anxiété, c'est quelque chose que les pharmaciens vont vouloir aller rechercher. Donc, la prise de caféine, la prise de boisson énergisante...

M. Derraji : Oui.

M. Boudreault (Patrick) : ...pour travailler les habitudes de vie, il y a l'interaction, mais il y a tout autre chose.

M. Derraji : Oui.Je suis curieux parce que j'ai cru comprendre… par rapport à la vente et que vous avez un espace professionnel qu'on connaît très bien, un espace de vente géré dans plusieurs bannières. Le problème avec les boissons énergisantes, ce n'est pas uniquement le caféine, c'est le sucre. Est-ce qu'on est d'accord?

M. Boudreault (Patrick) : Oui.

M. Derraji : Pensez-vous que vos membres aussi, si, demain, le législateur pense à aller plus loin aussi avec les boissons gazeuses avec haut taux de sucre, parce que si on prend une boisson énergisante 38 milligrammes de sucre, j'ai des boissons non énergisantes à presque 38-40 milligrammes de sucre, même plus parfois. Est-ce qu'il y a cette ouverture d'aller à ne plus vendre aussi les boissons sucrées ou sodas dans les pharmacies?

Le Président (M. Provençal) : Une réponse rapide, s'il vous plaît

M. Desgagné (Jean-François) : Si on avait… s'il y avait un jour… Oui, si un jour, si un jour on avait une discussion sur la malbouffe, la présence de la malbouffe dans notre société, notamment dans les pharmacies. C'est certain qu'on va tout autour de la table.

M. Derraji : Donc, les bannières sont...

Le Président (M. Provençal) : Merci beaucoup …

M. Derraji : ...sont ouvertes à ne pas vendre les boissons.

M. Desgagné (Jean-François) : Donc, on verra pour eux. Je ne peux pas répondre pour eux. Mais nous, on serait autour de la table.

Le Président (M. Provençal) : Mme la députée de Verdun.

Mme Zaga Mendez : Merci, M. le Président. Merci beaucoup à l'ordre d'être là avec nous aujourd'hui.

J'ai deux questions. La première, c'est juste pour… en continuation de ce qu'on a dit tout à l'heure. Vous avez… Vous nous l'avez partagé, là, ça fait déjà partie de vos pratiques, de faire des avertissements-là lorsque c'est le temps des interactions avec les boisons énergissantes. Certains vont nous dire que cette pratique, elle est suffisante en soi. Qu'est-ce que vous répondez à ces personnes-là?

M. Desgagné (Jean-François) : Bien, comme je vous disais tout à l'heure le.... Pour ce qui est du rôle du pharmacien, la surveillance de la thérapie, elle est importante, c'est-à-dire vous savez, un traitement de santé, ce n'est pas ponctuel, tu ne vois pas ton pharmacien, puis tu le revois un mois plus tard. Il y a tout un processus, il y a toute une disponibilité, il y a tout un suivi que le pharmacien doit faire. Lorsqu'on vient renouveler un médicament. Ce n'est pas ça comme aller remplir une bouteille d'eau à l'abreuvoir. Il y a un processus là-dedans, il y a une démarche professionnelle, il y a un questionnement qui doit être fait sur le principe de, est-ce que vos médicaments sont efficaces? Est-ce que vos médicaments, vous les tolérez bien? Est ce que vous avez changé des aliments, des habitudes de vie? Parfois, les gens sont un peu inconfortables ou se questionnent pourquoi qu'on pose ces questions-là, ça les dérange un…

  M. Desgagné (Jean-François) : ...mais le pharmacien doit intervenir. Donc, on doit faire une intervention au début, mais ces rappels-là doivent être faits périodiquement. C'est pour ça d'ailleurs qu'on va mieux outiller nos pharmaciens, qu'on va plus les sensibiliser sur ces éléments-là. Et donc là vous comprenez le principe du continuum de soins, un avertissement unique, ponctuel, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant.

Mme Zaga Mendez : Exact. Donc, ce n'est pas suffisant. Vous le faites déjà dans votre pratique avec des suivis, mais, de façon plus générale, au niveau de la... de la préoccupation sociétale, ça ne doit pas reposer seulement sur les bonnes pratiques d'un pharmacien, mais nous avons ici l'obligation de légiférer et donc protéger nos jeunes.

M. Boudreault (Patrick) : Oui, ça fait partie du principe de précaution. Donc, on a notre rôle à jouer comme professionnels de la santé. On choisit d'avoir une pièce législative. On n'interdit pas de A à Z, mais on l'interdit pour une frange de la population qui est plus vulnérable. Mais on croit qu'on doit ajouter à cela des campagnes de promotion des saines habitudes de vie. On doit faire en sorte de mieux conseiller, mieux outiller la population pour qu'elle puisse faire de meilleurs choix de santé, qu'elle... Donc, on doit amener une panoplie d'éléments qui sont complémentaires entre eux, mais nous, on a notre rôle à jouer. Le projet de loi est un élément, mais, pour nous, il manque... il faut qu'on ajoute le volet populationnel, le volet prévention, campagne publique, promotion de saines habitudes de vie.

Mme Zaga Mendez : À cet égard, dans le volet populationnel, vous parlez aussi d'un autre ajout à l'article 3. Tout à l'heure, vous parlez des la vente dans certains lieux. Je ne sais pas si vous voulez développer un peu plus, parce que vous nous dites de faire soit un amendement ou un changement facile à faire pour l'encadrer de façon réglementaire. Je ne sais pas si vous voulez nous en dire plus et comment on peut le faire. Vous comprenez que nous voulons... Il y a une grande volonté d'adopter ce projet de loi d'ici la fin de la session, mais on veut quand même rester ouvert à des recommandations, de le faire de la façon la plus simple possible.

Le Président (M. Provençal) : Rapidement, s'il vous plaît. 

M. Boudreault (Patrick) : Oui. Bien, rapidement, c'est que, pour nous, c'est de dire, on... Le premier choix, c'est qu'on prend les libellés textuellement de la Loi sur sur le tabac, qui viendrait être mis dans... dans ce projet de loi pour justement interdire la vente de ces boissons énergisantes là dans les commerces adjacents aux pharmacies. C'est déjà textuellement prévu dans la Loi sur le tabac. Maintenant, si ce n'est pas possible de le changer dans la loi, l'alternative... Et, comme on parlait avec M. Ciccone, si on voulait éventuellement ouvrir à d'autres lieux que les parties adjacentes des pharmacies, se donner ce pouvoir réglementaire là dans la loi, permettant que, de manière réglementaire, nous puissions interdire dans des lieux, mais par règlement. Donc, on vous a donné notre solution A, mais la solution B. Oui.

Mme Zaga Mendez : Merci beaucoup. 

Le Président (M. Provençal) :Merci beaucoup. Alors, je vais céder la parole au député de Matane-Matapédia.

M. Bérubé : Bonjour, tout le monde. Merci, M. le Président, chers collègues. Merci à vous deux pour vos éclaircissements sur votre position. Alors, je représente le Parti québécois. On est en faveur de ce projet de loi, je veux le dire d'entrée de jeu. Et je veux ajouter à l'échange que, pas plus tard que samedi dernier, dans une grande boutique d'appareils électroniques d'un grand centre commercial de Québec, il y avait tout un comptoir de Red Bull. Alors, j'ai vu ça. Alors, c'est dans bien des endroits. Alors, c'est très étendu. Donc, si ce n'est pas en pharmacie, c'est ailleurs dans bien des cas, je voulais le dire.

Vous avez parlé des changements dans vos façons de faire quant à vos recommandations cliniques et votre accompagnement des patients. Donc, vous les sensibiliser à la prise de caféine, en général, avec certains médicaments, ça se fait déjà?

M. Desgagné (Jean-François) : Oui, tout à fait, c'est que... Bien, comme je vous dis, là, l'enjeu de la caféine et l'effet sur certains médicaments, soit des interactions ou certaines conditions de santé, il est bien connu, c'est connu par les pharmaciens. Notre intervention, auprès de nos membres, va vraiment être de spécifier pour clarifier la situation en disant : Parler de la caféine, c'est bien, mais spécifier le principe des boissons énergisantes. Si vous voulez parler également des cafés glacés ou d'autres endroits où on peut retrouver de la caféine, où parfois on ne les soupçonne pas, tant mieux pour vous. Mais poser la question spécifiquement sur les boissons énergisantes, parce qu'il y a une partie de la population qui ne font pas nécessairement le lien entre le contenu de ces boissons-là et l'effet que ça peut avoir sur leur santé ou leurs médicaments. Donc, on a mieux sensibilisé nos membres et on voit mieux les outiller pour intervenir sur ce point-là spécifique des boissons énergisantes.

• (11 h 30) •

M. Boudreault (Patrick) : Et en discutant avec les collègues dans les derniers jours, il faut comprendre que la caféine, c'est un élément qui est recherché et c'est quelque chose qui est discuté avec les patients. Encore une fois, un patient qui vient discuter avec le pharmacien pour un problème d'insomnie ou un problème d'anxiété, le pharmacien, dans sa collecte de données, va vouloir aller chercher la prise de caféine, qu'elle soit par des boissons sucrées, par café ou par boisson énergisante. Et le pharmacien va vouloir, oui...


 
 

11 h 30 (version non révisée)

M. Boudreault (Patrick) : ...on veut bien avoir une thérapie médicamenteuse pour l'insomnie ou l'anxiété, mais il va vouloir travailler avec son patient aussi les mesures non pharmacologiques dans les habitudes de vie. Donc, c'est des éléments dont les pharmaciens sont habitués de travailler… au quotidien.

M. Bérubé : Très bien. Vous avez cité un groupe tout à l'heure et j'espère le dire correctement. Vous avez dit que les boissons énergisantes sont au mieux inutiles, au pire dangereuses. Donc, vous êtes d'accord avec les retombées positives du projet de loi, de façon générale?

M. Desgagné (Jean-François) : Tout à fait. On appuie de façon très importante le projet de loi, c'est la Société canadienne de pédiatrie.

M. Bérubé : Très bien, j'ajoute ça. Ensuite, bien évidemment, il y a des gens qui pensent que le projet de loi n'est pas nécessaire, car d'autres boissons caféinées ou sucrées demeurent malgré le projet de loi, vous l'avez évoqué. Votre sensibilisation auprès des patients couvre tous ces produits, pas seulement ceux qui seront interdits. Plusieurs ont parlé du besoin de sensibilisation en plus du projet de loi. Mais vous… Pouvez-vous nous donner un exemple de, comment vous contribuez déjà à cet effort-là? Quelle forme ça peut prendre, par exemple, quelqu'un qui vient vous voir puis... Je ne sais pas si vous comprenez.

M. Desgagné (Jean-François) : C'est certain que les gens, les gens viennent nous voir souvent quand ils ont un problème, quand ils ont un problème de santé. Donc, c'est souvent ce qui va déclencher. C'est le principe d'aller voir un médecin. C'est le même principe pour un dentiste, tu vas voir un dentiste quand tu as mal aux dents. C'est clair qu'on a un rôle de protection du public; on a un rôle également… et notre organisation veut avoir une position… plus de position de santé publique qui ne sont pas nécessairement toujours en lien avec les médicaments. On ne se détachera pas de notre rôle associé aux médicaments. Mais c'est clair que l'Ordre des pharmaciens, on veut être présents plus sur les enjeux de santé publique, notamment la prévention, on veut agir plus en prévention.

Le Président (M. Provençal) :Merci beaucoup.

M. Desgagné (Jean-François) : Donc, nous, c'est clair que nos membres... Voilà.

Le Président (M. Provençal) :Merci. Alors, je cède maintenant la parole à la députée de Laporte.

Mme Poulet : Oui, merci, M. le Président. J'ai combien de temps?

Le Président (M. Provençal) :Deux minutes?

Mme Poulet : Deux minutes? OK. Merci de votre présence à vous deux. On a déjà… les enjeux ont déjà été soulevés tantôt, mais je vais revenir sur les substitutions. Selon vous, quelles sont les principales différences sur le plan pharmacologique et des risques de la santé entre les boissons énergisantes prêts à boire, les poudres énergisantes à diluer les boissons caféinées comme les cappuccinos glacés?

M. Desgagné (Jean-François) : Bien, ce qu'on voit souvent, ce qui est rapporté dans plusieurs... dans beaucoup de littérature, c'est notamment le rythme de consommation de ces produits-là, c'est-à-dire la façon que les gens vont le boire très très rapidement, comparativement... On fait souvent la comparaison en disant il n'y a pas plus de caféine dans une canette de boisson énergisante que dans un grand café qu'on achète chez Starbucks, sauf qu'un grand café, en raison de l'amertume, en raison du fait que les boissons énergisantes sont aromatisées, sont sucrées, bien, les gens vont les prendre rapidement. Puis là, on ne parle même pas des associations avec l'alcool qui ont… Ça, c'est un autre problème, là. Donc, je vous dis, quand on mélange des boissons énergisantes avec l'alcool, donc, c'est un cocktail assez problématique. Donc, c'est la différence… c'est notamment la rapidité avec laquelle des gens vont les consommer et ils peuvent avoir un impact.

Mme Poulet : Etle projet de loi interdit les boissons énergisantes. Et comment évaluez-vous le risque de substitution? Qu'est-ce qu'on peut faire pour… vous avez parlé de prévention, mais quand il y a une interdiction, c'est plus… on trouve tout le temps une façon de s'approvisionner dans des situations, dans des boissons comme ça. Comment qu'on peut évaluer… comment… qu'est-ce qu'on peut faire pour éviter ou pour protéger mieux nos jeunes au niveau de la substitution?

M. Desgagné (Jean-François) : Faire de la sensibilisation, je suis d'accord avec vous, mais je vous avoue que, moi, ce principe-là, je ne suis pas certain que très important, parce que le marketing de ces produits-là, est clairement destiné vers les jeunes. C'est clairement destiné, avec l'association, avec des grands sportifs, avec des compétitions de sports extrêmes. Donc, en limitant la vente de ces produits-là aux moins de 16 ans, je pense qu'on va aller chercher la très grande majorité de l'impact qu'on recherche. Donc, notamment parce que… en raison de la publicité, comment les gens vont… est ce que les gens vont dire : bien moi, je ne peux plus prendre ça, je vais aller me chercher un cappuccino glacé pour aller chercher la même caféine? Les gens vont les jeunes vont rechercher ce produit-là parce que c'est associé à la vitalité, à la performance. C'est associé à des sportifs, à des compétitions qu'ils écoutent. Je pense que… au niveau de la substitution, on pourra peut-être en reparler, on pourra peut-être voir les effets, mais je pense qu'on va aller chercher beaucoup avec ce projet de loi là.

M. Boudreault (Patrick) : Mais ne sous-estimons pas l'éducation populationnelle et les campagnes pour, justement, faire en sorte que les jeunes, les gens qui utilisent ces produits là fassent des choix santé et des choix pour leur santé. Il ne faut pas banaliser l'impact que peuvent avoir des campagnes. On l'a vu pour les STSS, on l'a vu dans plein d'autres sphères de santé publique. Et ça, ça…

M. Boudreault (Patrick) : …très très, très important, et, pour nous, ça doit accompagner le projet de loi.

Le Président (M. Provençal) :Merci. Mme la députée, votre temps est terminé. Alors, je remercie les deux représentants de l'Ordre des pharmaciens du Québec pour leur participation, leur contribution, mais je tiens à vous féliciter personnellement pour le travail en amont que vous faites concernant la prévention et, bien entendu, l'ensemble des explications que vous donnez aux patients qui vont vous consulter.

Alors, ceci étant dit, je suspends les travaux pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.

(Suspension de la séance à 11 h 37)

(Reprise à 11 h 42)

Le Président (M. Provençal) :Alors, nous allons terminer notre consultation particulière en recevant l'Association des cardiologues du Québec, et ils sont représentés par le docteur Bernard Cantin, président. Alors, docteur, je vous remercie beaucoup de… de la disponibilité que vous avez pour participer à nos travaux. Je vous donne 10 minutes pour votre exposé et, par la suite, nous procéderons aux échanges. Merci beaucoup.

M. Cantin (Bernard) : Bon, je vous… je vous remercie, ça me fait plaisir d'être là.

e n'ai pas d'exposé, dans le fond, j'ai reçu dimanche soir une convocation en ce sens que vous vouliez nous parler, à l'Association des cardiologues du Québec, donc on a fait des réaménagements d'horaire, mais ce n'est pas quelque chose qu'on avait sollicité. Donc, je n'ai pas, comme tel, un exposé pour vous.

Cependant, j'imagine qu'il y a certains aspects du projet de loi dont vous vouliez discuter par rapport à la cardiologie. Donc, si vous voulez juste me dire c'était quoi spécifiquement qui vous intéresse par rapport à la cardiologie, je peux certainement débuter comme ça.

Le Président (M. Provençal) :Je… je vous suggère qu'n procède directement aux questions des…

M. Cantin (Bernard) : Oui, ça revient au même.

Le Président (M. Provençal) :…et de cette façon-là, je suis sûr qu'on va couvrir les aspects qu'on…

M. Cantin (Bernard) : Que vous voulez.

Le Président (M. Provençal) : ...où on veut vraiment avoir votre… vos connaissances. Ça va?

M. Cantin (Bernard) : Exact. Parfait, ça me fait… Avec plaisir.

Le Président (M. Provençal) :Alors, Mme la ministre.

Mme Bélanger : Oui. Alors, bonjour, Dr Cantin. On aime ça aussi, de temps en temps, avoir des échanges directs et ne pas avoir nécessairement de mémoire, ça fait que ne vous sentez pas coupable de ça. Surtout qu'on… ça a été vraiment dernière, dernière minute, hein, en plus.

M. Cantin (Bernard) : Oui.

Mme Bélanger : Mais on va avoir une bonne période de questions. Alors, écoutez, merci vraiment d'être là à titre de cardiologue. Vous le savez qu'on est en train de… Dans le fond, on a déposé un projet de loi en lien avec les boissons énergisantes…

M. Cantin (Bernard) : Oui, je l'ai lu.

Mme Bélanger : …qui grosso… qui grosso modo vise à interdire la vente aux moins de 16 ans. Alors donc, c'est… c'est extrêmement important, malgré toutes les actions de prévention, de promotion de la santé, d'éducation qui ont été faites par la Santé publique du Québec, il reste qu'on voit que c'est un phénomène qui est en augmentation, qui est extrêmement préoccupant. Et c'est pour ça qu'on veut agir pour protéger les jeunes.

On a eu un rapport qui a été produit en 2023 par l'INSPQ, à la demande de la ministre de la Santé de l'époque, juste au moment, là, avant la pandémie. La ministre Danielle McCann avait demandé qu'un comité se penche pour nous aider à mieux comprendre la situation au lieu du… en lien avec le phénomène des boissons énergisantes et leur augmentation, puis surtout l'impact chez les jeunes.

Alors, ce comité-là a siégé et, en 2023, on a eu un rapport. Et quand je suis arrivée comme ministre de la Santé, avec Dr Caroline Quach-Thanh, on a regardé ce rapport-là ensemble, puis on a décidé d'aller de l'avant puis de travailler, donc à déposer un projet de loi qu'on a travaillé de façon transpartisane. Alors, extrêmement important de le mentionner.

Alors, vous savez qu'il y a eu le… un décès aussi en 2024, qui a été médiatisé. Puis ça a été un peu aussi l'élément déclencheur, pour nous, de nous aider à vraiment travailler, comme parlementaires, à développer ce projet de loi. Zachary Miron, 14 ans, qui… un garçon en santé, qui faisait du sport et qui aussi prenait des médicaments en lien avec le TDAH. Et lors d'une sortie scolaire dans un centre de ski, il est… il est allé à la cafétéria, comme beaucoup de jeunes font quand ils vont dans un centre de ski, il s'est acheté une boisson énergisante, il l'a calée, il a embarqué dans les chaises et puis, bien, il est décédé. Le coroner…

M. Cantin (Bernard) : Oui, j'ai vu le rapport du coroner, j'ai lu…

Mme Bélanger : Vous avez vu le rapport du coroner.

M. Cantin (Bernard) : Je l'ai lu, oui.

Mme Bélanger : D'accord.

M. Cantin (Bernard) : Quand j'ai su qu'on allait se parler, j'ai quand même fait sortir le rapport du coroner, puis au rapport… par rapport au comité d'experts dont vous parlez, ça, je n'ai pas été capable de le trouver, mais j'ai vu le résumé que Dre Quach a fait qui me paraissait très bien puis très juste aussi au niveau de la… de la cardiologie, dans le résumé qu'elle avait fait.

Mme Bélanger : Alors, moi, dans le fond… Bien, vous savez, j'aimerais vous entendre, tu sais, comme cardiologue, d'abord, sur les effets de la boisson énergisante, qu'est-ce que vous voyez dans votre pratique. Et puis donc, c'est ça, alors, vous entendre vraiment là-dessus pour commencer.

M. Cantin (Bernard) : OK. La portion…

M. Cantin (Bernard) : …qui va affecter à court terme au niveau cardiaque dans les boissons énergisantes, c'est certainement, majoritairement de la caféine qu'ils contiennent. Alors, qu'est-ce qu'on sait de la caféine lorsqu'elle est ingérée? Elle va augmenter la fréquence cardiaque. Elle… va aussi augmenter les tensions artérielles. Les études nous montrent quand même que c'est un phénomène qui va être là… du temps que la caféine va être présente dans le sang, la fréquence cardiaque et les pressions artérielles vont redescendre lorsque la caféine sera éliminée. Ce qu'on sait aussi, c'est que pendant que quelqu'un fait un sport un peu plus intense, bien, ça va faire aller un peu plus vite le cœur, puis ça peut avoir une certaine propension à causer des problèmes, on parle de problèmes d'infarctus. C'est un peu ça-là.

Dans le cas de Zachary Miron, dont vous avez parlé… dans tous les phénomènes de mort subite, parce que dans le fond, c'est ce que c'était, c'est une mort subite. À la définition d'une mort subite, une mort qui arrive subitement et qui, la plupart du temps, va être d'origine arythmique. Dans la population générale, on va dire qu'il y a dix morts subites par 100 mille de population. Puis dans la population pédiatrique, où est ce que le jeune Myron se situait? On parle de peu près de 1,5 par 100 mille de population. Donc c'est un phénomène qui est relativement rare chez les enfants, mais ça, tout le monde le sait. On sait que les enfants en dix jours sont… santé, puis c'est très rare qu'ils ont un accident de cette nature-là. Chez les enfants, on voit souvent des problèmes cardiaques sous-jacents, des anomalies congénitales au niveau du cœur qui n'avaient pas nécessairement été décelées. Et dans… les rapports disent à peu près 40 % de toutes ces morts subites là sont… ont été causées par le problème structurel au niveau cardiaque sous-jacent.… C'est un peu ça… les deux sujets dont vous aviez parlé.

Mais les effets majeurs, tant au niveau du ritalin,parce que le long.... le nom long, j'ai de la misère à m'en rappeler, que le ritalin, le biphentin, c'est la même chose, c'est le même médicament, c'est aussi une tachycardie, donc un cœur qui va avoir tendance à aller plus vite, faire peut-être plus de battements supplémentaires. Ça fait que…donc caféine, puis les stimulants utilisés… pour traiter le TDAH, mais dans les deux cas, c'est surtout une accélération des fréquences cardiaques. Quand on les voit chez les enfants, c'est ce qu'on voit majoritairement, c'est ça. Mais si, après ça, il y a quelque chose de sous-jacent au niveau cardiaque qui va le rendre susceptible de développer une arythmie maligne, bien on peut les démasquer à ce moment-là. Dans le rapport d'autopsie, le corollaire, le pathologiste, pardon, nous dit que le cœur était structurellement normal et que les voies de conduction du cœur étaient anatomiquement normales. Donc, ça, de prime abord, on va se dire : Wow, OK, c'est correct, c'est bien. Toutefois, s'il y avait des vaisseaux... Et des fois, il y a des connexions entre les oreillettes et les ventricules qui sont aberrantes, qui sont malades, mais ce n'est pas quelque chose que le pathologiste aurait pu voir lors de l'autopsie. Pour déceler ces voies de conviction là, qui sont anormales et potentiellement dangereuses, bien, il faut faire ce qu'on appelle une étude électrophysiologique, il faut avoir un cœur qui bat, il faut voir l'électricité du cœur, comment elle se… comment elle se déplace, si on veut, dans le cœur, et identifier ces voies-là qui sont sont malignes. Puis, après ça, on va aller intervenir de ce côté-là. Alors, ça peut facilement être quelque chose du genre qui est arrivé, un battement mal placé, puis un phénomène cardiaque sous-jacent qui arrive là, par la suite.

Est-ce que les boissons énergisantes puis les médicaments de TDAH peuvent causer ça? Oui, de par ce que je vous disais, en augmentant les fréquences cardiaques, en augmentant l'ectopie cardiaque, qu'on dit, donc les battements supplémentaires, les battements qui sont placés au mauvais moment, oui. Cependant, il y a, comme une étude qui a été faite il y a plusieurs années pour regarder avec les médicaments de TDAH s'il y avait plus de morts subites ici. Dans le fond, c'est un phénomène qui survenait plus souvent. Et puis, encore une fois, en pédiatrie, on n'a pas vu de différence en incidence de mort subite chez les enfants qui étaient traités, puis les enfants qui n'étaient pas traiés…

M. Cantin (Bernard) : …c'est un phénomène qui est rare, donc ce n'est pas toujours facile de dire : Oui, cause à effet. Parce qu'il n'y en a pas beaucoup de ces événements-là, Dieu merci. Mais ils peuvent survenir, puis c'est plus difficile dans ces temps-là d'identifier des causes. Ça fait que, c'est un peu ça, les deux aspects dont vous m'aviez parlé. Je ne sais pas si ça répond à votre question?

Mme Bélanger : Oui, bien, écoutez, merci, mais peut-être juste revenir, en fait, là, quand vous parlez de voie ou de faisceau anormal qui pourrait induire une conduction, puis, bon, créer des arythmies. Tu sais, à moins que je me trompe, en fait, souvent quelqu'un qui est en bonne santé ne se rendra pas compte de ça jusqu'au jour où il va faire une arythmie, puis c'est comme ça qu'il va être investigué. Tu sais, ça fait qu'on pourrait avoir ces faisceaux-là, puis on ne le sait pas quand on les a, hein? Parce que…

M. Cantin (Bernard) : Exact. Exact.

Mme Bélanger : Alors donc, tout ça fait en sorte que, oui, il peut y avoir des prédispositions, dans le fond, personnel, mais quand, à l'âge de l'adolescence, très souvent, on ne sait pas ça parce qu'il n'y a peut-être pas eu de manifestations, là, durant la petite enfance.

Moi, j'aimerais peut-être vous entendre… est-ce que, dans votre rôle, votre point de vue de cardiologue, est-ce que vous avez entendu parlé par certains collègues qui ont été… qui ont vu des cas ou des situations où des jeunes en bonne santé ont surconsommé des boissons énergisantes et qui ont dû consulter un cardiologue? Ou peut-être pas juste seulement les mineurs, mais des jeunes adultes qui prendraient ça en général? Est-ce que vous vous parlez de ça dans vos rencontres?

M. Cantin (Bernard) : Oui, bien, on a… Oui, écoutez, on en voit, on en voit quand même. Ils vont se présenter à l'urgence, surtout dans un phénomène de palpitations, dans un état qui est peut-être un petit peu plus anxieux aussi. Mais c'est vraiment le phénomène de palpitations, des palpitations soutenues qu'on va voir chez des gens qui, comme vous dites, ont fait la surconsommation de ces substances-là. Tu sais, à la limite, on le verrait aussi dans les surconsommations de caféine via du café ou via un autre… un autre phénomène. Donc oui, ça arrive à l'occasion, puis oui, ça nous est arrivé d'avoir des décès dans ces contextes-là autant chez les… chez les adolescents que chez les adultes. Mais encore une fois, au moins, ce n'est pas un phénomène, là, qui est très, très fréquent.

Mme Bélanger : Dr Cantin, aussi, on parle de cardiomyopathies qui peuvent être causées par la consommation de ces boissons-là. Peut-être juste brièvement parce que mes collègues vont avoir d'autres questions par la suite.

M. Cantin (Bernard) : Oui, ça, c'est un aspect qui est quand même important, puis c'est un aspect qui est aussi très, très intéressant. On sait très bien, nous, qu'on dit… quand on dit cardiomyopathie… on réfère ici au chapitre de l'insuffisance cardiaque, là. On sait… on sait très bien que… on sait… Donnez-moi une seconde, je vais gérer ça. Non, je ne peux pas. OK. Donc, on sait… on sait très bien que, lorsqu'il y a… il y a des phénomènes où est-ce que le cœur va aller plus vite, le cœur va se fatiguer et on pourra faire de l'insuffisance cardiaque. On a un phénomène qu'on appelle la fibrillation auriculaire. Lorsqu'il est très très rapide, ça peut arriver qu'on voit le cœur s'écraser et causer l'insuffisance cardiaque. Donc les… toutes les substances qui vont favoriser la tachycardie, qui vont causer une tachycardie qui va être soutenue, à la limite, ils sont capables de nous causer cette insuffisance cardiaque là, cette tachycardiomyopathie-là. Je vous dirais que la fibrillation auriculaire, c'est un bon exemple de ça. Mais les amphétamines aussi, pour nous, sont un excellent exemple de ça, puis on comprend que les médicaments de TDH, c'est des dérivés, là, des amphétamines. Mais les patients et les gens qui consomment des amphétamines de façon régulière et de façon importante peuvent en effet écraser leur cœur, causer une efficience cardiaque. Encore une fois, ce n'est pas tous les gens chez qui ça arrive, mais c'est un phénomène qui est quand même assez connu, et je vous dirais malheureusement assez fréquent, du moins chez les consommateurs d'amphétamines. Les boissons énergisantes, la caféine qui vont causer ces… ces fréquences cardiaques plus élevées, bien, ils vont… peuvent arriver à la même chose. Encore une fois, c'est un phénomène qui est rare, cependant.

Mme Bélanger : Merci beaucoup, Docteur Cantin.

Le Président (M. Provençal) :M. le député de Saint-Jean.

M. Lemieux : Il reste combien de temps, M. le Président?

Le Président (M. Provençal) : Un trois minutes étiré.

M. Lemieux : Oui, comme si c'était beaucoup. Merci, M. le Président…

M. Lemieux : ...Dr Cantin, c'est passionnant ce que vous venez dire, parce que... Et tout ce qu'on a entendu ce matin, là, l'Institut, l'INSPQ, en passant même par les vendeurs, c'est passionnant puis c'est intrigant puis c'est presque épeurant aussi. Parce que, là, on... on travaille dans un projet de loi pour une tranche d'âge d'interdiction, mais en vous écoutant, ce n'est pas le genre de produit qu'on... qu'on veut recommander à un ami, là. Tu sais, puis l'INSPQ avec la... avec le sucre, c'est la même chose. Un quart de la consommation de sucre des Québécois passe par les boissons, pas juste énergisantes, là, les boissons gazeuses et le reste. Ça fait peur.

M. Cantin (Bernard) : C'est impressionnant, hein?

M. Lemieux : Merci.

M. Cantin (Bernard) : C'est impressionnant.

M. Lemieux : ...non mais, ça fait peur. Merci de nous faire peur, parce que c'est ça le...

M. Cantin (Bernard) : Ça fait plaisir.

M. Lemieux : ...mais c'est ça, le nerf de la guerre. C'est... c'est dans la capacité... Parce que la loi, là, c'est tout petit, là, c'est les... c'est les 16 ans et moins, mettons, là. 16 ans et moins, moi, à 15 ans, je me trouvais de la bière si j'en voulais, là, tu sais. Ça fait que, boissons gazeuses, boissons énergisantes, ça ne peut pas être un gros problème à trouver non plus, là, on ne mettra pas ça dans des coffres-forts. Alors, là où je veux en venir, c'est... c'est la tranche d'âge. Vous, là, vous n'êtes pas pédiatre, là, vous êtes cardiologue.

M. Cantin (Bernard) : Non, exact.

M. Lemieux : Bon. Mais... mais quand même, vous vivez dans la même société que moi, là. Les jeunes vieillissent vite, comme disait ma blonde l'autre jour au sujet de sa fille, là. Est-ce que... est-ce qu'on devrait se piler sur les pieds pour choisir un âge? Tu sais, comme pour... pour la marijuana, on était allé à 21 parce qu'au Québec on se disait : Non, non, les autres c'est 18, nous autres, c'est 21 parce qu'on y croit, parce que, bon. Dans ce cas-ci, là, ça commence, ça peut s'ajuster un jour pour un autre âge, mais, vous, avez-vous une opinion là-dessus?

M. Cantin (Bernard) : Bien, je pense que vous avez tout à fait raison que les effets ignorent complètement l'âge. Et puis, probablement que plus on avance en âge, le cœur va être plus susceptible, il va avoir plus de problèmes qu'on... qu'on va causer avec ces boissons ou différentes choses. Et je vais vous donner un autre exemple, la cigarette. On l'interdit aux mineurs, mais elle n'est pas meilleure chez les adultes, elle n'a pas beaucoup plus de bénéfices pour les adultes. Alors, je veux dire si... Moi, si vous voulez interdire à tout le monde, ça c'est votre prérogative, faire ce que vous voulez. Mais si vous le faites pour ça, faites-le donc pour la cigarette aussi, parce que ça, ça va nous aider beaucoup.

M. Lemieux : Alors, vous ne me faites pas juste peur, vous me faites de la peine, parce qu'effectivement... Puis c'est... c'est ça que l'INSPQ nous... nous disait ce matin, c'est que, dans le fond, ce n'est pas bon pour personne. Là, on parle juste des jeunes, mais ce n'est pas bon pour personne.

M. Cantin (Bernard) : Écoutez, je pense que l'INSPQ et la Santé publique ont fait le tour du dossier. Moi, je respecte beaucoup leurs... leurs conclusions, je vais certainement m'enligner avec leurs conclusions. Malheureusement, ce matin, j'étais occupé à d'autres choses, comme je disais un petit peu plus tôt, ça m'est un peu tombé dessus à la dernière minute.

Et puis je n'ai pas pu suivre, mais j'ai quand même vu le compte-rendu que... de ce que l'INSPQ avait dit. Puis nous autres, on a aucune raison d'aller contre ce que l'INSPQ dit. Je veux dire, si vous me parlez de l'aspect cardiaque, c'est ce que je veux essayer de vous... de vous dire.

Mais oui, en effet, le sucre, on n'aime pas bien ça parce que ça cause des problèmes de diabète puis en bout de ligne, beaucoup plus d'autres problèmes avec un diabète qui n'est pas contrôlé. Alors, c'est sûr.

M. Lemieux : Merci, docteur. Je suis obligé de vous laisser aux mains de l'opposition. Merci, M. le Président.

Le Président (M. Provençal) :Alors, M. le député de Nelligan.

M. Derraji : Merci, M. le président. Bonjour, Dr Cantin. Merci d'avoir pris le temps d'échanger avec nous. En tant que cardiologue, vous avez mentionné tout à l'heure que vous voyez des cas, et là, on parle de cas de jeunes, de moins jeunes. Et, spécifiez...

M. Cantin (Bernard) : Oui.

M. Derraji : ...en cas d'urgence, est-ce que c'est au niveau des urgences, au niveau de jeunes adultes qui ne viennent pas en urgence, mais ils se ramassent à vous consulter parce que vous êtes cardiologue?

M. Cantin (Bernard) : C'est un peu les deux. Lorsque Mme la ministre parlait, là, d'un effet de la surconsommation ou d'une consommation un peu plus, plus importante, ces patients-là, on a tendance à les voir à l'urgence, parce que, là, ils ont des symptômes à ce moment-là.

Après ça, on va en avoir qui vont nous être référés en clinique externe par leur médecin de famille en disant, le patient a beaucoup de palpitations. Tu parles avec, puis il dit, oui, bien, je consomme telle, telle, telle affaire. Bien, probablement que ça explique ça, les palpitations et le fait que vous venez nous voir.

C'est certain que lorsqu'on est dans les... dans les formes un peu plus dramatiques d'expression, d'exposition à ces médicaments et aux boissons énergisantes, bien, les formes les plus dramatiques, on les voit toutes à l'urgence, ça, c'est certain.

M. Derraji : Oui.

M. Cantin (Bernard) : Les morts subites, les infarctus...


 
 

12 h (version non révisée)

M. Cantin (Bernard) : …l'insuffisance cardiaque, souvent, on va la voir via l'urgence parce que le patient arrive, puis il a de la misère à respirer, puis… le fait qu'il s'en va à l'urgence.

M. Derraji : Oui. Mais, Dr Cantin, je vais vous poser une question, mais, juste pour répondre à plusieurs préoccupations que les gens ont. L'INSPQ n'a pas démontré qu'il y a une surconsommation, à moins si je me trompe, vous n'étiez pas, Dre Quach...

Une voix :

M. Derraji : Non, non, mais, ce n'est pas… je valide avec Dre Quach, ils n'ont pas… OK, il n'y a pas une surconsommation.

J'ai le goût de vous poser la question suivante. Peu importe l'utilisation, ou non des boissons énergisantes, l'état de ces patients, qui se… qui viennent chez vous en urgence avec des cardiomyopathies ou avec des tachycardies ou autres, des maladies liées au cœur, ils vont de toute façon se ramasser en urgence parce que le… leur état de santé est prédisposé à avoir des maladies du cœur, est-ce que j'ai raison de le dire, avec ou sans utilisation, avec ou sans utilisation de boisson énergisante?

M. Cantin (Bernard) : En effet, on a l'impression que… là, vous parlez de cardiomyopathie, vous parlez de… de patients qui arrivent avec une insuffisance cardiaque. En effet, souvent, on a un substrat génétique qui cause une certaine prédisposition chez un jeune patient, là, dans la vingtaine, qui vient à l'esprit, qui faisait une consommation de toute sorte de drogue, et puis, dans sa famille, il y a un gène qui favorise l'insuffisance cardiaque.

Maintenant, chez beaucoup de patients, on n'identifie pas de tels gènes. Il y a les deux possibilités, soit que c'est que le gène ne… ils n'ont pas une susceptibilité génétique ou simplement c'est qu'on n'a pas encore identifié le gène dont il est question. Mais vous avez raison qu'il y a une bonne proportion de ces patients-là, avec l'insuffisance cardiaque, qui vont nous arriver, qui ont une certaine propension génétique à avoir un problème. Ceci étant dit, on n'est pas toujours capable de l'identifier.

M. Derraji : Mais… mais vous avez raison, Dr Cantin. Et c'est pour cela que je voulais vous poser la question, parce que j'avais l'impression, et corrigez-moi si je me trompe, que vous avez fait un lien de causalité, en quelque sorte, entre la consommation, la… je ne veux pas dire la surconsommation, la consommation des boissons énergisantes et l'état clinique de certains patients qui peuvent se ramasser en urgences ou en clinique généraliste, ou chez vous, en tant que spécialiste, est ce que j'ai mal compris?

M. Cantin (Bernard) : Non. Non, vous avez bien compris.

En effet, lorsque les patients nous arrivent à l'urgence, comme je le dis encore une fois, c'est majoritairement de la palpitation, puis aussi des manifestations dramatiques. Mais la plupart du temps, c'est une question de surconsommation de ces substances-là.

M. Derraji : OK. Et ces… la consommation de ces substances, est-ce que ce sont des patients que vous avez vus qui sont sous amphétamines? Est-ce que c'est des patients qui… qui sont sous l'utilisation de psychostimulants, ou il s'agit de patients avec TDAH? Ou bien c'est une population qui est prédisposée à la consommation, je ne veux pas stigmatiser, de toutes sortes de drogues, et on arrive avec un cocktail Molotov, et le clinicien, il est en face de ça, et il se ramasse à traiter, ce que vous faites très bien?

Mais, Dr Cantin, je vais mettre cartes sur table. Je veux vous interpeler pour… et je vais vous dire pourquoi. Je veux… Est-ce qu'on n'est pas en train de mélanger les gens qui utilisent ça, toutes sortes de drogues, avec les gens qui prennent des psychostimulants parce qu'ils ont un TDAH, à qui on n'a pas probablement expliqué les dangers de l'utilisation de ces boissons énergisantes, surtout qu'ils sont… qu'ils sont médicamentés?

M. Cantin (Bernard) : Je vous dirais qu'on voit souvent ce que vous décrivez. On voit souvent de la poly… on appelle ça de la polytoxicomanie. Dans le fond, l'utilisation de… de différentes substances qui, on le sait, peuvent devenir délétères. C'est un phénomène qu'on voit souvent. Mais là, si… vous me parlez de mon opinion, de ce que moi je vois à l'urgence, l'impression que j'ai. Cependant, il faut toujours regarder de façon scientifique si… l'impression qu'on a à l'urgence… est vraiment véridique, puis si elle se confirme. Mais, oui, ce que vous décrivez, c'est un phénomène qu'on voit quand même régulièrement. Il y a rarement uniquement un item, il y a souvent deux ou trois systèmes de consommation. C'est un peu pour ça que je parlais tantôt des amphétamines, puis des boissons… C'est ça.

M. Derraji : Et on se comprend, Dr Cantin. Ceux et celles qui utilisent les amphétamines, ils ont d'autres addictions à d'autres drogues. Sans aller plus loin dans le profil des patients que vous voyez au niveau des urgences en clinique, le cas qui nous préoccupe ici, en tant que législateurs ou en commission parlementaire, c'est les patients qui utilisent les psychostimulants pour traiter le TDAH et qui prennent des boissons…

M. Cantin (Bernard) : Le TDAH?

M. Derraji : …oui, et ils prennent les boissons gazeuses.

M. Cantin (Bernard) : OK…

M. Cantin (Bernard) : ...si on regarde, là, les médicaments psychostimulants pour traiter le TDH... Quand même, c'est un phénomène qui nous est référé souvent en cardiologie par des psychiatres, par des médecins de famille. Est-ce qu'avec sa condition cardiaque je peux lui donner ça? Ou... La réalité, un petit peu comme je vous le disais tantôt, si on regarde chez les enfants, le taux de mort subite ne semble pas plus élevé chez ceux qui ont des médicaments de TDH par rapport aux enfants qui n'ont pas ces médicaments-là. Chez les adultes, on ne voit pas ça non plus.

Encore une fois, ça ne veut pas dire qu'il n'y a rien qui est lié à ces médicaments-là, mais on ne semble pas avoir un excès, là, qu'on est capable de démontrer, là, du moins, là, actuellement. Puis, encore une fois, comme je vous le dis, par rapport aux enfants, l'incidence de mort subite est tellement faible que ce n'est pas toujours facile d'arriver à voici le dénominateur commun de toutes ces morts-là qu'on n'a pas expliquées par une anomalie cardiaque préalable ou sous-jacente.

M. Derraji : Oui, c'est très, très éclairant. Docteur Cantin, vous avez raison. Vous savez pourquoi je voulais vous interpeler? Parce que je ne veux juste pas qu'on rate l'occasion de voir... de faire le 360 de cette question. Parce que quand vous avez parlé de l'amphétamine tout à l'heure, je ne veux pas qu'on soit un peu plus loin du cas réel qui nous préoccupe, qui est l'utilisation d'un médicament destiné au TDH avec une combinaison d'un Red Bull qui a malheureusement causé la mort du jeune Zachary. Mais là, ce que vous ramenez, votre pratique... Voilà, je vous laisse parce que je vois que vous avez aussi une interprétation par rapport à ça. J'essaie de faire le lien.

M. Cantin (Bernard) : Bien, en fait, je...

M. Derraji : Non, non, vas-y, vas-y, vas-y.

M. Cantin (Bernard) : ...je n'ai jamais dit que la... j'ai jamais dit que son médicament TDH puis la consommation du Red Bull a causé son décès. Je n'ai jamais dit ça.

M. Derraji : Non, non, non. Vous avez raison.

M. Cantin (Bernard) : ...d'ailleurs, même le cardio, même... Si vous regardez le résumé de Dre Quach, elle l'a bien écrit, elle l'a très bien écrit dans son résumé puis je trouve qu'elle l'a bien résumé, c'est... c'est une belle phrase qui est prudente et qui ne fait pas nécessairement un raccourci. C'est un raccourci qu'il ne faut pas faire. Ça ne veut pas dire que ce n'est pas ça qui est arrivé, là, mais c'est un raccourci qu'il ne faut pas faire, c'est... C'est hyper difficile à prouver. La cause d'une mort arythmique, ça ne laisse pas de traces. Puis, tant que le cœur ne bat pas, on n'est pas capable d'identifier le source... la source du problème. Donc...

M. Derraji : Mais, Docteur...

M. Cantin (Bernard) : ...je comprends...

M. Derraji : ...mais Docteur Cantin...

M. Cantin (Bernard) : Oui.

M. Derraji : ...vous avez raison et c'est pour cela, je voulais absolument vider cette question avec vous. Et d'ailleurs, je remercie l'équipe du docteure Quach parce que vous avez raison, ils ont utilisé... Bravo. En votre nom, je les salue, ils sont juste en face de moi. Ils ont bien utilisé le mot parce que c'est très difficile faire un lien de causalité, et c'est ça qui me préoccupe depuis le début. Et ce que j'aime avec votre intervention, que je n'aie pas entendu pas mal sur la place publique, c'est la place des amphétamines avec les boissons énergisantes qui, aussi, ça représente un cocktail Molotov, sans rentrer dans le détail de ceux et celles qui utilisent les amphétamines.

M. Cantin (Bernard) : Oui.

M. Derraji : C'est... c'est bon?

Le Président (M. Provençal) : Oui. Est-ce que... est-ce que le député de... Ça va? Une dernière question.

M. Derraji : Oui, si vous permettez. Mais là, j'ai le goût de vous poser une question en tant que cardiologue. Vous voyez l'impact des boissons énergisantes, mais aussi le sucre. Moi, s'il y a une question où je suis très, très sensible... Le dénominateur en commun, c'est le sucre qu'on voit partout, hein. On ne voit pas... Malheureusement, on n'a pas une commission de parler sur l'impact du sucre. Mais en tant que cardiologue, quand on vient vous dire : c'est juste de la caféine, hein, mais on oublie le sucre... Est-ce que ça vous pousse à avoir de l'urticaire?

M. Cantin (Bernard) : Bien, je ne pense pas que la santé publique a oublié le sucre, là, fait que ça me rassure.

M. Derraji : Non, non, c'est vous...

M. Cantin (Bernard) : Mais, du point de vue cardiaque, du point de vue cardiaque, c'est certain que la consommation de sucre, on le sait, ça, c'est une propension pour le diabète et réaliser le diabète, là, ici, à l'hôpital... Ici, à l'hôpital Laval, ici, à Québec, là, on fait des... On fait quoi, 50 opérations cardiaques, des pontages par semaine, là, 30 % des gens sont diabétiques chez qui on fait ça.

• (12 h 10) •

Les infarctus, c'est la même affaire. On a 30, 35 % des gens qui sont diabétiques. Alors, n'importe quoi qui va favoriser le diabète ou va causer une propension à avoir du diabète. On le sait que les conséquences du diabète sont affreuses, affreuses, mais pas seulement au niveau cardiaque, hein, si on regarde au niveau des yeux, on regarde au niveau des reins, on regarde au niveau des... vasculaire périphérique. Alors, le... nous autres, on a toujours dit que la dialyse nous a permis de découvrir des complications du diabète qu'on ne savait pas qui existaient. Alors le diabète, c'est...

M. Cantin (Bernard) : ...un de nos plus grands ennemis. Donc, naturellement qu'on sera... Je veux dire, tout ce qui va causer le diabète, on ne peut pas... on ne peut pas être pour ça, là. Je veux dire, c'est... c'est impossible, c'est... On se bat contre le diabète comme vous ne pouvez pas vous imaginer. C'est... c'est fréquent, puis malheureusement, il y a très, très peu de médicaments en cardiologie, médicaments de diabète...

M. Derraji : Oui, qui existent.

M. Cantin (Bernard) : ...qui, en cardiologie, ont diminué les événements cardiaques. En fait, il y en a, il y a deux classes, les inhibiteurs de SGLT2. Et puis, plus récemment, le sémaglutide qui nous a montré que chez les diabétiques, on diminuait l'incidence de maladie coronarienne lorsqu'on leur donnait ça comme traitement, chez quelqu'un qui avait déjà eu un problème.       Donc, il y a très, très peu de médicaments, ça fait qu'on est toujours en palliatif ou en cardiologie par rapport au diabète. On est juste en train de courir après les patients, toujours en train de rattraper. Ça fait que oui, le sucre, pour un cardiologue, est quelque chose qui est quand même très important. L'aspect sucre est quelque chose qui nous... nous inquiète toujours de façon importante. Je vous le dis, là...

Le Président (M. Provençal) : Merci beaucoup.

M. Cantin (Bernard) : ...notre plus grand ennemi, c'est... c'est le diabète.

Le Président (M. Provençal) : Je vais céder la parole à une autre personne.

M. Cantin (Bernard) : Puis il y a la cigarette aussi, que j'ai mentionnée tantôt, là, mais tu sais, les deux, c'est... ce n'est pas nos amis, ça, c'est certain.

M. Derraji : Merci, Dr Cantin.

Le Président (M. Provençal) :On saisit bien votre passion. Mme la députée de Verdun.

Mme Zaga Mendez : Merci beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup, Dr Cantin, pour votre présence. Déjà, vous avez couvert pas mal de questions que je pense qu'on avait comme... comme commission. Je me permets quand même une question de relance. Tout à l'heure, vous parliez des différents cas que vous voyez, que ce... vous, personnellement, ou d'autres collègues...

M. Cantin (Bernard) : Oui, oui.

Mme Zaga Mendez : ...de l'Association des cardiologues à l'urgence et autres. Est-ce que vous avez répertorié les nombres des cas ou les cas types que vous voyez dans... que ce soit aux urgences ou dans votre pratique, des... des effets ou des enjeux cardiaques suite à la consommation des boissons énergisantes?

M. Cantin (Bernard) : Non, on n'a pas fait... on n'a pas fait de registre ou quoi que ce soit. Il pourrait y avoir des... des cardiologues intéressés à ça qui le font actuellement, que les cardiologues-pédiatres le font aussi actuellement, je ne... je ne serais pas capable de vous le dire.

Dans le sens que ça, c'est un aspect qui est... qui est scientifique, que l'Association des cardiologues, ce n'est pas... on n'a pas nécessairement une mission de recherche, hein. On a une mission de représentation de nos membres auprès du gouvernement, mais on a aussi une mission d'éducation médicale continue. Donc... Mais tous ces aspects-là de recherche, là, je ne serais pas capable de vous dire, là, si quelqu'un les a répertoriés ou pas.

Mme Zaga Mendez : Il n'y a pas de problème.

M. Cantin (Bernard) : Encore une fois, on... les médecins, dans un hôpital, on va souvent se parler d'un cas qu'on aurait, j'ai eu tel cas, c'était le fun, c'était ci. Mais ça ne nous donne pas... Ce n'est pas le fun pour les autres, mais nous autres, on trouve ça intéressant.

Mme Zaga Mendez : Non,mais, je comprends, tu sais, c'est... ça vient piquer votre curiosité de comprendre ceci.

M. Cantin (Bernard) : Oui.

Mme Zaga Mendez : Mais vous, comme association, je veux dire, vous voyez quand même des tendances. Est-ce que vous regardez en termes de tendances, des cas que... que vous avez auprès des gens?

M. Cantin (Bernard) : Mais, encore une fois, je veux dire, comme... comme association, on n'a pas les mécanismes, là, pour voir...

Mme Zaga Mendez : OK, je comprends.

M. Cantin (Bernard) : ...tout ça, ces tendances-là. Bien, je peux vous dire, quand on est à l'urgence, ils passent à travers, comme nous autres, ici, de façon typique, à l'urgence, le cardiologue peut voir 15, 20 cas dans sa journée, là. Je regardais tantôt, là, mon collègue qui commençait à l'urgence, commençait sa journée avec 15 cas qui l'attendaient à l'urgence. Donc, on n'a pas vraiment le temps de répertorier, parce qu'on doit toujours passer à autre chose.

C'est pour ça que je vous dis, si vous voulez un répertoire de ça, il faudrait... Je ne peux pas vous dire s'il y a des cardiologues qui le font ou pas. Mais encore un de mes collègues, tantôt, il me disait, ce matin... vu le cas à l'urgence, là, mais les gens ne le savent pas parce que je ne l'ai pas dit, je n'ai pas fait. Donc, il y en a, là, mais j'ai de la... j'ai de la difficulté à vous dire...

Mme Zaga Mendez : Bien, j'entends. Il n'y a pas de... Mais déjà, vous faites... Merci d'être là, là, mais ce que j'entends aussi, qu'il y aurait peut-être un intérêt à bien... bien répertorier puis continuer à faire un suivi, là.

M. Cantin (Bernard) : Oui.

Mme Zaga Mendez : J'imagine, ce n'est pas de votre côté, mais peut-être plus de nos...

M. Cantin (Bernard) : Non, mais...

Mme Zaga Mendez : ...de la part de nos...

M. Cantin (Bernard) : ...mais... mais vous avez tout à fait raison.

Mme Zaga Mendez : ...de nos... nos organisations en santé, oui.

M. Cantin (Bernard) : Oui c'est ça, vous avez tout à fait raison. Parce qu'encore une fois, je veux réitérer que le phénomène, heureusement, n'est pas fréquent. Donc, c'est sûr que si on peut mettre les ressources ensemble de tout le monde, bien, on... on va probablement être capables de... d'arriver avec certaines réponses puis certaines recommandations un petit peu plus fermes.

Mme Zaga Mendez : Puis pour finir, vous savez, on va faire quand même l'adoption de ce projet de loi, on le souhaite, que tout soit conclu d'ici vendredi. Si vous avez un message à adresser à la commission en disant... Bien, ça arrive qu'on fait ce type de projet de loi un peu plus vite. Pour vous, quel est le sentiment d'urgence et d'importance de ce qu'on fait?

M. Cantin (Bernard) : Moi, je suis président de l'Association des cardiologues du Québec, j'en ai vécu un...

M. Cantin (Bernard) : ...projet de loi n° 8, l'autre fois, on n'a pas aimé ça. Alors, c'est comme... Je pense que c'est bien que tout soit fait selon un processus, là. Je pense que les aspects... Moi, honnêtement, je suis là pour vous...

Mme Zaga Mendez : Nous outiller, oui, je comprends...

M. Cantin (Bernard) : ...éclairer, pour répondre à vos questions...

Mme Zaga Mendez : ...il n'y a pas de problème.

M. Cantin (Bernard) : ...laisser le... votre processus aller comme vous le faites habituellement, puis refait pas... refait plus comme l'autre fois.

Mme Zaga Mendez : Non, bien, c'est ça, dans ce cas-là, on va peut-être aller un peu plus vite, mais je voulais entendre, en fait, plus sur l'urgence d'agir, là où je sens quand même votre préoccupation qui est important d'agir.

M. Cantin (Bernard) : Bien, c'est... Je pense que oui, c'est important d'agir. Et, encore une fois, les phénomènes ne sont pas fréquents. Puis, est-ce que c'est urgent demain matin? Probablement pas, là, mais c'est parce que j'écoute la description de Mme la ministre qui dit que le processus a commencé en 2019. On est sept ans plus tard, là. Ça commence à être long.

Mme Zaga Mendez : OK. J'entends, fait que ça fait sept ans qu'on endette. Merci.

Le Président (M. Provençal) :Merci beaucoup. Alors, je passe la parole au député de Matane-Matapédia.

M. Bérubé : Bonjour, Docteur Cantin. Je représente le Parti québécois. On est en faveur du projet de loi, je veux le dire d'entrée de jeu. Vous avez parlé de la rareté des situations où la prise de ces boissons mène à des décès. C'est vrai, mais vous avez aussi parlé des impacts négatifs de ces boissons, de la difficulté d'évaluer la présence d'enjeux cardiaques sous-jacents chez les jeunes, des causes d'urgence suite à des palpitations, des insuffisances et j'en passe. À la lumière de votre expertise médicale, voyez-vous... voyez-vous des enjeux quelconques à l'interdiction proposée?

M. Cantin (Bernard) : Non.

M. Bérubé : C'est ce qu'on pense.

M. Cantin (Bernard) : Je ne vois pas... Je ne vois pas d'enjeu. Comme je dis encore une fois, ça me fait plaisir de vous expliquer un petit peu les tenants et aboutissants de tout ça. Je ne vois absolument pas d'enjeu. Je pense que la position de la santé publique dit qu'il n'y a aucun bénéfice...

M. Bérubé : OK.

M. Cantin (Bernard) : ...on peut... Je pense qu'on peut y souscrire, là, du côté de l'Association des cardiologues du Québec, oui.

M. Bérubé : L'Ordre des pharmaciens nous a parlé d'une réception très positive de ce projet de loi auprès de leurs collègues ailleurs au Canada. Est-ce que vous considérez que le Québec fait preuve de leadership en santé publique en légiférant sur cette question?

M. Cantin (Bernard) : Bien, c'est sûr que si on est les premiers, ça fait leadership, là. Je veux dire... Je pense que c'est bien de s'en préoccuper puis d'arriver à quelque chose. Écoutez, je suis... Tant mieux, c'est toujours bien si on peut être les leaders, je n'ai pas de... je n'ai pas d'autres choses à vous dire là-dessus. Encore une fois, c'est un phénomène qui existe. Puis, oui, toutes les vies sont importantes. Tous les... tous les patients sont importants. Donc, oui, tant mieux.

M. Bérubé : Est-ce qu'il y a des éléments que vous n'avez pas eu la chance d'exposer à la commission que vous aimeriez ajouter? Des observations que vous avez faites, peut-être, à la lumière d'échanges avec vos collègues sur ce phénomène-là qui est relativement nouveau dans les dernières années? Quelque chose à ajouter?

M. Cantin (Bernard) : Bien, encore une fois, les phénomènes qu'on voit, c'est l'insuffisance cardiaque et puis surtout des palpitations. Il y a... il y a tout un éventail, hein des effets. On parle de palpitations, là, puis on va dire : bien, écoute, slaque les boissons, puis à un moment donné, tu vas en avoir moins de palpitations. Vous avez l'insuffisance cardiaque, le décès, tu sais, les arythmies malignes causées par les palpitations qui passent juste au mauvais moment, juste, juste, juste au mauvais moment.

Alors c'est... un petit peu ça qui est... C'est difficile, parce que comme je vous le dis, l'éventail est grand. Heureusement, il n'y a pas beaucoup de complications qui sont mortelles, mais il y en a. Il y en a. Je suis... Bien, c'est ça, je n'ai pas grand-chose à rajouter par rapport à ce que je disais depuis tout à l'heure. Je pense qu'on a fait le tour de ce qui m'apparaissent les points, là, importants.

M. Bérubé : C'est notre perception aussi. Merci, Docteur Cantin.

Le Président (M. Provençal) :Merci, M. le député, alors...

M. Cantin (Bernard) : Plaisir.

Le Président (M. Provençal) : Maintenant, ce sera la députée de Rimouski.

Mme Blanchette Vézina : Merci. Merci, Docteur Cantin, d'être là à si brève échéance, là. Je comprends qu'on...

M. Cantin (Bernard) : Oui.

Mme Blanchette Vézina : ...on vous a demandé rapidement de prendre position sur un enjeu qui est important. Vous avez dit plusieurs choses, là, puis je ne veux pas non plus vous faire répéter, mais je pense que, tu sais, question de bien comprendre. C'est 1.5 chance sur 100 000, une situation comme la mort subite.

• (12 h 20) •

M. Cantin (Bernard) : La mort subite, c'est tout... c'est tout calculé, là, par x personnes. Donc, mettons que vous prenez 100 000 adultes, là, puis il y en a 10, mettons, qui vont faire la mort subite dans... au cours de l'année.

Mme Blanchette Vézina : OK...

M. Cantin (Bernard) : …si vous prenez des enfants, il y en a le 1.5 sur le même 100 000 qui va faire une mort subite au cours-là de l'année. Donc, phénomène beaucoup moins fréquent chez les enfants.

Mme Blanchette Vézina : OK. Et qu'est-ce…ce serait quoi la différence entre un cœur à 16 ans, à 18 ans? Qu'est-ce qui ferait qu'on légifère à 16 plutôt qu'à 18? Est-ce qu'il y a un effet… il y aurait un effet bénéfique plus grand d'augmenter à 18? Est ce que le cœur est plus mature? Pouvez-vous nous expliquer où même à 60 ans, il y a tu une distinction d'un point de vue de cardiologie à agir pour protéger un enfant de 16 ans versus un autre de 18 ans?

M. Cantin (Bernard) : Comme je disais tantôt, quand on parle de mort subite, dans 40 % des cas chez les enfants, donc on touche les enfants, on va trouver… une condition cardiaque sous-jacente. Alors, cette condition cardiaque là va être présente depuis la naissance et n'en sera jamais partie. Tantôt, quand je parlais des faisceaux accessoires, là, des voix un peu plus malignes au niveau des circuits de conduction du cœur, c'est là dès la naissance, puis ça ne manifeste peut-être pas…, autant chez les jeunes que chez les plus vieux., parce que dans tous ces problèmes arythmiques là, souvent c'est un battement supplémentaire qui vient foutre le bordel et partir le... alors, les battements supplémentaires, on en fait de plus en plus… je vais vous appeler ça les extrasystoles, mais si je le décris, c'est que votre cœur… boum boum boum boum boum boum et là boum boum boum… boum boum boum boum, donc un battement plus rapide. Alors bien mal classé, ça peut avoir bien des conséquences.

Mme Blanchette Vézina : Mais est-ce que… excusez-moi qui va interrompre? Je veux juste être sûre. Oui, je veux juste être sûre de comprendre. Si je comprends bien… une personne qui a cette anomalie là, que l'interne… que ça vienne des boissons énergisantes ou d'un autre problème, cette particularité-là va causer des problèmes. Ça fait que, en interdisant, par exemple, des boissons énergisantes...

M. Cantin (Bernard) : Exact, e, , exact.

Mme Blanchette Vézina : On ne vient pas... Puis là, c'est triste, ce qui est arrivé au jeune Zachary, mais on ne viendrait pas empêcher une situation comme… un problème ou une mort subite par un jeune comme celui de Zachary, parce que ce serait arrivé par un autre cas, c'est ce que je comprends?

M. Cantin (Bernard) : Ça pourrait arriver. Alors, bon. Alors donc, le phénomène est là, ce que je voulais… et les extrasystoles, on en a de plus en plus, plus on avance en âge. Donc on va le démasquer un petit peu plus, un petit peu plus âgé. Cependant, les boissons énergisantes, ce qui est clair, c'est qu'il faut plus de ces… de ces phénomènes-là, donc vont augmenter la probabilité que, un battement mal placé survienne, dans le sens que… mettons qu'il y en avait un… patient en avait fait un par jour, puis là, bien, on en fait maintenant 20, 100, là, pendant la période qu'il la prenne. Donc, on est plus susceptible d'avoir quelque chose. Mais, de base, la proportion du cœur à ce phénomène-là ne changera pas pour le phénomène qui est arythmique par la suite.

Mme Blanchette Vézina : Donc, c'est la même chose pour la caféine, ça aurait pu être le café, par exemple, qui cause cette situation-là?

M. Cantin (Bernard) : Oui, oui,le café peut causer la même chose, puis on peut s'imaginer que la combinaison des deux va faire encore un peu plus de...la combinaison de la caféine, puis des médicaments va pouvoir causer un peu plus de ces phénomènes là. Mais oui, donc propension qui était déjà présente. Puis, peut-être… c'est ça… tel phénomène démasqué parce qu'on augmente le nombre d extrasystoles, donc le nombre de battements supplémentaires. Et plus tard, en âge, on a différents autres problèmes au niveau du cœur… qui peuvent apparaître, mais la plupart, la plupart du temps, quand on parle des phénomènes qu'on voit chez les jeunes pédiatriques-là, c'est, soit des malformations du muscle cardiaque, malformations des valves cardiaques ou anomalies du circuit électrique du cœur. Et ça, c'est des choses qui vont être là pas mal dès la naissance. Puis pourquoi est ce qu'on dit des fois, il y a plus de morts subites avec… mettons, une insuffisance cardiaque, la cardiomyopathie dont on parlait tantôt, ce qu'on sait, c'est que, quand le cœur de l'insuffisance cardiaque, il fait beaucoup plus de ces battements supplémentaires là, et ça peut causer ces arythmies malignes. Ce qui fait que chez les personnes plus âgées, quand on a un patient qui a eu un infarctus, puis la force du cœur est diminuée de moitié. Mais on va aller implanter un défibrillateur pour prévenir une mort subite causée par ça. Parce qu'on sait que le cœur va faire plus de ces battements-là, puis, à un moment donné, il va y en avoir un qui va être mal placé, puis là le... va pogner au niveau du cœur, mais le défibrillateur va être là pour pour intervenir. Don, comme je vous dis, à la base, c'est vraiment un battement mal placé chez quelqu'un qui a une susceptibilité.

Le Président (M. Provençal) Merci beaucoup. Alors, l'association des cardiologues, qui était représentée par le docteur Bernard Cantin, merci beaucoup. Je remercie tout le monde pour leur contribution.

Avant de conclure des auditions, je procède au dépôt des mémoires des personnes et des organismes qui n'ont pas été entendus lors des auditions publiques. Je vous remercie de votre contribution à nos travaux. La commission ajourne ses travaux sine die…

Le Président (M. Provençal) :…merci beaucoup, docteur, d'avoir eu cette disponibilité.

M. Cantin (Bernard) : Ça me fait plaisir.

Le Président (M. Provençal) : Bonjour à vous.

M. Cantin (Bernard) : Bonne chance pour la suite.

Le Président (M. Provençal) : Bonne journée.

(Suspension de la séance à 12 h 27)


 
 

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