(Onze heures seize minutes)
Le
Président (M. Jacques) : Bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission
des transports et de l'environnement ouverte.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 22, Loi concernant l'expropriation.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Non, M. le
Président.
Auditions (suite)
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Nous entendrons ce matin les organismes suivants : la ville de
Mascouche ainsi que L'Institut de développement urbain du Québec.
Je souhaite la bienvenue aux représentants de la
ville de Mascouche. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé.
Ville de Mascouche
M. Tremblay (Guillaume) : Merci
beaucoup, M. le Président. Donc, Mme la vice-première ministre et ministre des Transports, Mmes et MM. les membres
de la commission, vous me permettrez de saluer particulièrement mon
député, donc, M. le député de Masson. Je vous remercie de nous donner
l'occasion aujourd'hui de vous faire part de nos commentaires sur cet important
projet de loi, qui était tant attendu, ardemment, par le milieu municipal,
dont, bien sûr, la ville de Mascouche.
Je suis accompagné aujourd'hui par
M. Yohann Champagne, le directeur général adjoint et urbaniste de formation, ainsi que Me Charles Turcot,
assistant-greffier, avocat de formation, qui cumule également 12 ans
d'expérience en pratique privée en droit municipal.
M. Turcot (Charles) : Bonjour.
M. Tremblay (Guillaume) : La réforme
de la Loi sur l'expropriation était souhaitée depuis un bon moment par la ville de Mascouche, si bien que nous
appuyons ce projet de loi qui, à notre avis, permettra de rétablir un meilleur
équilibre entre l'expropriant et l'exproprié. Nous sommes d'avis que l'intérêt
collectif doit parfois primer sur les intérêts
privés, notamment lorsqu'il est question de protection de l'environnement et du
patrimoine de même que pour le développement de logements sociaux et communautaires.
Soyons clairs ici, il ne s'agit pas de décider
d'aller faire de l'acquisition de terrains à rabais, il s'agit d'avoir des
balises permettant l'acquisition d'immeubles à juste prix, au bénéfice de la
collectivité, tout en permettant une compensation équitable et raisonnable aux
propriétaires expropriés.
Le manque de précision de la loi actuellement en
vigueur a fait en sorte que les tribunaux ont accordé des indemnités sur des
éléments purement spéculatifs, faisant fi des pouvoirs discrétionnaires du
conseil quant au développement du territoire. Dans ce contexte, il y avait lieu
de revoir la législation puisqu'en vertu de la loi actuelle les tribunaux ont
souvent écarté le zonage en vigueur pour retenir un usage pourtant prohibé afin
de fixer la valeur potentielle future.
En ce sens,
le projet de loi n° 22 constitue une approche équilibrée se fondant sur
une... la juste valeur marchande au lieu de la valeur au propriétaire à titre
d'indemnité principale. Ainsi, le projet de loi n° 22 devrait permettre
aux municipalités d'avoir une certaine prévisibilité quant à l'indemnité totale
qui devra être versée à l'occasion d'une expropriation. Cette prévisibilité,
elle est essentielle à la saine gestion des finances publiques.
Bien que nous
soyons en accord avec l'essence du projet de loi, nous sommes d'avis que
certains amendements devraient être apportés afin de poursuivre le travail de
modernisation de celle-ci. Mais, pour cela, vous me permettrez de céder
la parole à deux experts à mes côtés, donc, tout d'abord, à M. Champagne
et, par la suite, à M. Turcot.
M.
Champagne (Yohann) : Merci. Donc, effectivement, le projet de mémoire
de la ville de Mascouche appuie spécifiquement deux éléments-phares du
projet de loi et également vient formuler cinq recommandations dans le cadre de
la bonification souhaitée du projet de loi.
Le premier
élément central qu'on désire appuyer fortement, c'est évidemment le concept de
fixation de l'indemnité en fonction de la juste valeur marchande et non
pas d'une valeur au propriétaire. Les responsabilités au niveau environnemental
notamment... (panne de son) ...font en sorte qu'actuellement, sur la base de la
valeur des propriétaires... de la valeur au propriétaire, c'est
extrêmement difficile... (panne de son) ...d'être capable de rencontrer des
objectifs de conservation, préservation des espaces verts au niveau de la
ville. Et également le tribunal, actuellement, ne reconnaît pas ou vient...
vient écarter, en fait, vient faire fi de l'usage qui est actuellement exercé sur
un terrain et même des usages qui pourraient être conformes au niveau du
zonage.
Donc, il y a un volet extrêmement spéculatif
pour nous et hypothétique dans le cadre de l'établissement de la... du concept
de valeur au propriétaire, et conflictuel, et ça fait en sorte qu'il y a des
indemnités qui sont versées actuellement, et qui sont complètement
spéculatives, et qui ne représentent pas le réel potentiel d'utilisation
conforme du terrain. Donc, c'est un des éléments qu'on désire appuyer
fortement.
• (11 h 20) •
M. Turcot (Charles) : Le concept de
valeur au propriétaire a également contribué à alourdir grandement les délais
devant les tribunaux et dans les dossiers judiciaires, parce que ça exige une
démonstration, une preuve complexe sur la faisabilité des projets, sur la
rentabilité des projets et sur la planification des municipalités. J'ai vu des dossiers ayant plus de 100 jours d'auditions
en matière d'expropriation. Ce n'est vraiment pas l'idéal pour l'accès à
la justice. Mais on parle beaucoup de l'impact sur les ressources financières
d'une municipalité quand il y a un dossier d'expropriation avec peu de
prévisibilité sur les indemnités pouvant être versées, mais... en fait, oui, il y a cet impact-là, mais il y a aussi l'impact sur
les ressources humaines des municipalités, parce qu'un dossier qui dure
plus de 100 jours, ça demande beaucoup de travail à l'interne, du travail qu'on
ne peut pas mettre sur d'autres dossiers, qui demande beaucoup de présence
devant les tribunaux et de longs délais, parce que le 100 jours
d'auditions ne se fait pas toujours en continu, donc ça alourdit grandement les
auditions devant les tribunaux. Et on pense que le projet de loi va contribuer
à rapprocher les parties, à... ça va permettre de régler davantage de dossiers,
en ramenant ça à la juste valeur marchande et aussi en limitant aux usages
probables, réalisables et permis sur un horizon de trois ans.
Donc, cet équilibre-là entre les intérêts
collectifs et les intérêts individuels permettront de diminuer le nombre de litiges
ou d'auditions, devant le Tribunal administratif du Québec ou encore devant la
Cour supérieure, en expropriation déguisée.
Il s'agit aussi d'une approche qui va permettre de respecter davantage le
pouvoir discrétionnaire des conseils municipaux sur le développement de
son territoire également car c'est sur un horizon de trois ans qu'on doit
regarder qu'est-ce qui est probable comme usage.
Une autre recommandation qu'on fait, et ça,
c'est une précision qu'on souhaite voir le législateur adopter... À l'article 87, il est question d'un usage
probable, et non seulement possible. On pense que cette notion-là de «probable»
devrait être précisée pour exclure spécifiquement de l'usage probable qu'est-ce
qui requiert une approbation du conseil ou
une entente avec le conseil municipal pour accorder à un usage ou des éléments
de zonage plus favorables. On peut penser au règlement sur les plans
d'aménagement d'ensemble ou encore sur... le règlement sur les ententes sur les
travaux municipaux.
Donc,
actuellement, avec la valeur au propriétaire, avec des usages qui sont accordés
qui ne sont pas prévus à la réglementation, on se retrouve à prendre pour
acquis que ces développements-là seraient permis par les municipalités. Donc,
on pense que c'est essentiel de prévoir spécifiquement que, lorsque c'est un
projet qui est prévu par un règlement sur les plans d'aménagement d'ensemble,
ce n'est pas un usage probable et uniquement un usage possible qui demanderait
l'autorisation du conseil municipal. Donc, ça ne pourrait pas servir de base de
réclamation dans un projet de loi.
Évidemment, là, je ne parle pas des règlements
sur les plans... les PIIA. Dans ce cas-ci, c'est une approbation sur un... sur
des aspects esthétiques d'un projet. Donc, ce n'est pas de ce pouvoir discrétionnaire
là dont je parle, mais c'est vraiment de négocier... Oui, on t'accorde
peut-être une plus grande densité à ton projet mais selon des balises
négociées. Donc, c'est cet élément-là qu'on veut préciser, donc que ce ne soit
pas un usage probable.
Aussi, un autre point qu'on souhaite voir au
projet de loi, c'est prévoir l'immunité pour les municipalités ou un mécanisme de compensation pour les
expropriations déguisées ou... les dossiers d'expropriation déguisée découlant
d'une règle de concordance. On est d'avis qu'il ne revient pas aux
contribuables d'une municipalité locale de payer la facture lorsqu'elle se
fait poursuivre pour une expropriation déguisée à la suite de modifications à
la réglementation pour une concordance réglementaire. On a parlé des OGAT, on
en entend parler, mais, lorsqu'il s'agit d'une orientation gouvernementale qui
entraîne, en définitive, une modification à la réglementation, la ville devrait
avoir une immunité complète face aux poursuites pour les expropriations
déguisées. Mais, en même temps, on soutient que le propriétaire a quand même
droit à une compensation juste mais que ça ne devrait pas être à la
municipalité locale de le payer. On défend ce principe puisque, comme le
mentionne le gouvernement sur le site Consultation Québec, les orientations
gouvernementales constituent le véhicule des préoccupations du gouvernement en
aménagement du territoire. Les orientations gouvernementales dépassent les
intérêts purement locaux. En ce sens, le coût d'acquisition de tels terrains
devrait être assumé collectivement, et non pas localement.
M.
Champagne (Yohann) : À titre d'exemple, on peut, par exemple, donner,
effectivement... (panne de son) ...un terrain pour un centre de services
scolaire, pour l'établissement d'une nouvelle école, là. Avec, présentement,
les orientations gouvernementales, bon, qui découlent... dans le PMAD, ils sont
venus fixer des seuils de densité. Donc, à l'intérieur d'un certain secteur,
pour nous, au niveau, par exemple, de la gare de Mascouche, concrètement,
c'est... évidemment, ça a eu une évaluation augmentée, pour l'ensemble des
terrains, de façon substantielle. On vient cumuler à cet élément-là, également,
l'exigence d'un choix de terrains à l'intérieur. Bien, ça nous donne un
scénario où est-ce que le centre de services scolaire pourrait déterminer un
terrain spécifique, avec une augmentation extrêmement haute... une évaluation
qui est extrêmement haute au niveau des valeurs, alors que la ville n'a ni fait
le choix des seuils de densité et ni le choix de
l'emplacement. Donc, pour nous, il y a une incohérence par rapport au volet de
concordance des orientations.
M. Turcot (Charles) : Un autre
élément du projet de loi qu'on appuie, c'est les indemnités précisées et
plafonnées. Il y a un plafonnement pour les indemnités pour troubles, ennuis et
inconvénients, il y en a aussi pour les indemnités de convenance et il y a
beaucoup de précisions qui ont été amenées sur les indemnités de fermeture
d'une entreprise. On croit que ça va aider à simplifier les dossiers parce que
beaucoup d'expropriés faisaient preuve de beaucoup d'originalité dans le type
de réclamations qu'ils formulaient, ce qui éloignait les parties d'un règlement
ou d'une entente de gré à gré et qui exigeait souvent des jours d'auditions
devant le Tribunal administratif du Québec ou encore
dans des dossiers devant la Cour supérieure. Donc, à nouveau, pour alléger les
délais devant les tribunaux, alléger les dossiers devant les tribunaux
et favoriser des... une bonne entente entre les parties, on appuie les
indemnités précisées et plafonnées.
Ensuite, une autre proposition, c'est : on
aimerait voir une présomption au bénéfice des municipalités à l'effet qu'une
relocalisation sur le territoire de la municipalité constitue une
relocalisation à proximité. Dans le projet de loi, il y a des dispositions sur
la relocalisation de la partie expropriée, mais, pour le gouvernement
provincial, ce n'est pas la même notion que pour une municipalité, la
proximité. La municipalité peut offrir des options sur son territoire, donc on
voudrait qu'il y ait une présomption irréfragable que, si on relocalise sur le
territoire, à ce moment-là c'est à proximité. Il restera toujours la
possibilité de faire le débat : Est-ce que ce terrain-là permet de
rétablir sa situation? Donc, on garde l'équilibre entre exproprié et
expropriant quand même, parce que le débat va se centrer sur : Est-ce que
ça permet de rétablir la situation?
On peut penser à un bord d'eau. Bien, sur le
territoire, il n'y en a peut-être pas énormément, de bords d'eau, mais, en
plus, si on limite la notion de proximité, ça va être encore plus difficile de
relocaliser cette personne-là. Donc, on pense que c'est de quoi qui est
susceptible d'aider à régler des dossiers, en disant : Tu es sur... Vous
êtes sur le territoire de la municipalité, c'est à proximité. Maintenant,
est-ce que ça permet de rétablir la situation? Et il restera maintenant la
question des... est-ce que le terrain a la même valeur ou non, et ça, il y a
déjà des précisions au projet de loi, qu'on appuie, qui viennent baliser une
possibilité d'indemnité selon la valeur des terrains.
Ensuite, une autre précision...
Le Président (M. Jacques) : En
terminant...
M. Turcot (Charles) : Oui, tout à
fait. À l'article 592 de la Loi sur les cités et villes, actuellement, le
ministère des Affaires municipales et de l'Habitation ne considère pas une
décision du Tribunal administratif du Québec comme étant un jugement. La
conséquence, c'est que, pour une municipalité qui n'aurait pas les sommes
requises à ses fonds courants pour payer une indemnité d'expropriation, elle
doit passer par un processus... par le processus des personnes habiles à voter
pour faire approuver son règlement d'emprunt. Donc, on croit que ce serait bien
de préciser qu'une décision du tribunal administratif en matière
d'expropriation équivaut à un jugement, ce qui permettrait de seulement aller
chercher l'autorisation du ministère des Affaires municipales et de
l'Habitation.
Sur ce, je vous remercie.
M. Tremblay (Guillaume) : Merci
beaucoup. On est prêts à répondre à vos questions, M. le Président.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre exposé. Je cède
maintenant la parole à Mme la ministre pour une durée de
14 min 13 s.
Mme Guilbault : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Merci, messieurs,
d'être avec nous aujourd'hui. Très intéressant de vous entendre. Je vais
partager mon temps, vous l'aurez deviné, avec mon collègue de Masson, qui sera
intéressé aussi de s'adresser à vous. Mais je vais quand même y aller d'emblée
avec une ou deux questions.
Mais d'abord, comme je le dis toujours, là, vous
êtes... vous êtes peut-être le cinq, six, septième groupe d'une lignée de
groupes issus du milieu municipal, pour lesquels il y a des commentaires qui se
recoupent, évidemment l'accueil favorable au projet de loi. Vous l'avez dit, et
je l'ai dit souvent depuis le début des consultations, c'est un engagement
qu'on avait pris dans le dernier pacte fiscal, qu'on a réitéré aussi depuis le
nouveau mandat. Et donc ce projet de loi là vient le concrétiser. Donc... Puis,
sans surprise, c'est ça, c'est bien accueilli, parce qu'on le sait tous, les
projets d'infrastructures qu'on essaie de livrer pour nos citoyens, tant vous
que nous, le gouvernement, que ce soit du transport, du transport collectif,
des logements, des CPE, des écoles, etc., des parcs aussi, des milieux, des
milieux de vie qu'on essaie de développer, l'accès à la nature, et tout ça,
c'est très long et compliqué, pour une foule de raisons. Mais, si, au moins, on
peut s'aider en modernisant la Loi sur l'expropriation, alors qu'on est, par
ailleurs, pris avec d'autres enjeux de coûts puis de chaînes
d'approvisionnement, etc., là... mais, au moins, ce sur quoi on peut agir, on
agit aujourd'hui. Donc, on est sur la même longueur d'onde là-dessus.
• (11 h 30) •
Vous amenez des commentaires intéressants, des
nuances, des suggestions, des recommandations. Peut-être, je vous amènerais sur
l'expropriation déguisée. Ça a été abordé par pas mal tout le monde, pas mal
tous les groupes qui sont venus nous
rencontrer à date. Je note que vous souhaiteriez une compensation en cas
d'expropriation déguisée. Il y a d'autres groupes... bien, en fait, il y
a un groupe, la ville de Montréal, qui, eux, disaient : Les articles 170,
171, qui abordent l'expropriation déguisée, devraient être retirés du projet de
loi, ça devrait être traité autrement, aux Affaires
municipales. L'ensemble des autres groupes, pour plusieurs, disaient : On
ne devrait pas pouvoir réclamer d'indemnité quand on est... ce n'est pas tout à
fait la même chose que l'expropriation déguisée, mais, tu sais, quand on
exproprie pour des objectifs gouvernementaux, pour des objectifs nobles
d'environnement, et tout ça... Et sinon, pour ce qui est de l'expropriation
déguisée, c'est ça, la plupart des groupes disaient : On devrait peut-être
l'encadrer même encore davantage. Donc, vous, où est-ce que vous vous situez
dans ce spectre-là de possibilités?
M. Tremblay
(Guillaume) : Écoutez, clairement, nous, on est vraiment du côté de la
Communauté métropolitaine de Montréal, donc on appuie le fait qu'il faut que ça
reste à l'intérieur. Mais de l'encadrer un petit peu... un petit peu mieux, je
veux dire, on serait à l'aise avec ça. Je ne sais pas, du côté de mon avocat
professionnel, si vous avez des suggestions à aller de l'avant avec ça.
M. Turcot
(Charles) : Évidemment, la rétroactivité de la loi, on peut avoir une
crainte qu'il y ait une série de poursuites
qui soient déposées avant l'entrée en vigueur de la loi. Donc, c'est sûr que ça
amène un effet intéressant, s'il y a un effet rétroactif. Encore là, il
faut le baliser à quel moment? Un dossier en cour, est-ce que ça s'applique là?
Est-ce que le dossier a été plaidé mais que le jugement n'a pas été rendu? Il y
a peut-être des précisions à amener à ce niveau-là, mais oui, on est favorables
à ce qu'il y ait une rétroactivité. Mais, par contre, la possibilité de revenir
sur notre réglementation qui a été adoptée dans le cadre d'une OGAT... qui a
débuté par une OGAT dans un concept de concordance, à ce moment-là, bien, on
n'a pas la possibilité de revenir sur notre réglementation parce qu'on ne sera
pas conformes au schéma d'aménagement.
Donc, c'est sûr, je
pense qu'il faut continuer à travailler ces dispositions-là. Il y a encore du
travail à faire, puis évidemment, on va être là si... pour collaborer, au
besoin.
Mme
Guilbault : D'accord. Puis peut-être une
autre question, avant de céder la parole sur... parce qu'il y a une diversité
de points de vue, là, évidemment, puis c'est normal, sur ce projet de loi là.
Il y a certains... il y a certaines personnes, la plupart... tout le monde
l'accueille favorablement, mais il y a certaines personnes qui font valoir que le fait de venir encadrer les
indemnisations, les montants, de venir encadrer, de façon générale, le processus
d'expropriation, évidemment, ça fait aussi le pari, ce projet de loi là,
d'envoyer un certain signal aux gens qui pourraient être intéressés à faire des
acquisitions avec des motifs, bon, disons, de faire de l'argent ou, en tout
cas, de rentabiliser cet investissement-là.
Donc
là, c'est sûr que ça envoie un certain message. Et donc, il y en a qui peuvent
dire, tu sais : Est-ce que ça va freiner le développement? Quelle
incidence ça peut avoir sur des projets de développement, sur des investissements?
Puis on pense beaucoup au logement, là, on est tous très, très habités par le
besoin criant de logements ou la pleine jouissance de nos... du bien, de la
propriété, tout ça. Alors, qu'est-ce que... quelles sont vos impressions
là-dessus?
M. Tremblay
(Guillaume) : On en parlait justement avant la rencontre, Mme la ministre.
Je vais céder aussi la parole à Me Turcot.
M. Turcot
(Charles) : Il y a des régimes semblables qu'on retrouve dans d'autres
provinces, et ça n'a pas nui au développement. Également, je pense qu'il va y
avoir peut-être moins d'acquisitions à titre spéculatif. Donc, un promoteur, un
entrepreneur qui fait l'acquisition d'un terrain, il va être incité à
développer plus rapidement son terrain au lieu de s'asseoir en se disant :
Bien, peut-être qu'éventuellement la municipalité va en avoir besoin et, avec
la valeur au propriétaire, ça va être très rentable ou que ça va prendre de la
valeur. Donc, on pense que ça peut inciter les promoteurs à développer plus
rapidement.
M. Tremblay
(Guillaume) : Et, si vous permettez aussi, Mme la ministre, je pense
aussi que ça va être plus qu'intéressant pour tout l'aspect du logement social,
avec les OMH, dans nos communautés. Si on veut faire l'acquisition d'un
terrain, présentement, il n'y a pas trop de prévisibilité. Là, on va avoir un
peu plus de prévisibilité, puis je pense
que, pour le logement social, ça va vraiment donner un coup de main à
l'ensemble des villes du Québec.
Mme
Guilbault : Merci beaucoup. Je vais céder
la parole à votre député de... Merci beaucoup, messieurs.
Le Président (M. Jacques) :
Merci, Mme la ministre. M. le député de Masson, la parole est à vous.
M. Lemay : Merci,
M. le Président. Salutations d'usage à M. Tremblay, M. Turcot et M. Champagne.
Content de vous retrouver ici, en commission. Vous savez, les projets que vous
avez mentionnés tout à l'heure dans le mémoire, là, c'est une réalité, dans
notre territoire, bien entendu, à proximité de la gare de Mascouche, là.
Lorsque vous mentionnez les possibilités, là, vous avez fait mention pour une
école dans ce secteur-là... On sait la forte croissance démographique qu'on a
et les contraintes que nous avons avec le TOD, et, bien entendu, à proximité de
Montréal, le fait que les coûts de construction sont très élevés dans notre
secteur.
Peut-être, si vous
voulez préciser sur l'exemple qui fait du pouce sur les questions de Mme la
ministre, là, un peu, c'est quoi les
impacts... Est-ce que vous pouvez le chiffrer? Est-ce que vous avez un exemple,
au niveau monétaire, de c'est quoi, la différence que ça représente pour
votre municipalité?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
écoutez, je pourrais vous donner un exemple, par exemple, d'un dossier d'un
golf, là, que vous connaissez bien. Et donc, écoutez, sans le nommer, parce que
vous savez qu'il y a une cause présentement... On est
devant la cour présentement, mais, si on fait juste comparer l'évaluation
foncière du terrain de golf de Mascouche, l'évaluation foncière, c'est public,
est environ à 3 954 000 $, et présentement, le promoteur nous
poursuit pour expropriation déguisée pour 62 millions. Vous avez un
exemple assez concret.
M. Lemay : Très
bien. Merci pour cet exemple-là aussi. On en aurait parlé ultimement, mais bref
vous l'avez abordé déjà, donc, c'est bien correct.
Vous
savez, dans votre mémoire, vous parlez, au point 5, à la page 5 de
votre mémoire, là, sur la présomption au bénéfice des municipalités à
l'article 7 du projet de loi n° 22. Puis là vous voulez avoir un
petit peu plus de précisions, parce qu'à
l'article 7 on fait mention que, si l'expropriant peut acquérir de gré à
gré... ou une expropriation ou un démembrement du droit de propriété au
bénéfice de l'immeuble... Dans le fond, ce qu'on vient mentionner, c'est qu'on
peut rétablir la situation en faisant l'acquisition d'un autre lieu à
proximité. Puis, vous, votre oint, c'est de mentionner que... vous dites :
le terme «proximité» devrait être précisé davantage.
Là, je crois
comprendre que vous voulez inclure... En tout cas, si je lis le mémoire que
vous nous avez remis, est-ce que je dois
comprendre que, pour vous, la «proximité» devrait être à l'intérieur du
territoire de la municipalité?
M. Turcot (Charles) : Exactement. Il y a une
présomption que, si on relocalise à l'intérieur de la municipalité,
c'est nécessairement à proximité, et restera le débat à savoir si cette
localisation-là permet de rétablir la situation de l'exproprié. Donc, ça laisse
quand même... ça permet quand même à l'exproprié de prétendre : Mais non,
ce n'est pas une situation qui permet de me rétablir. Mais, au moins, ça évite
un débat. Mais je suis à plus de deux kilomètres de mon ancien terrain, donc je
ne suis pas à proximité. Ça va simplifier les dossiers, ça va ouvrir les
possibilités pour la municipalité, dans un
dossier d'expropriation, en ouvrant les perspectives de relocalisation sur
l'ensemble du territoire, peut-être des terrains qu'on a déjà en main, ce qui
va éviter une nouvelle acquisition dans le cadre d'un dossier pour
relocaliser.
M. Tremblay (Guillaume) : Puis je pense que, pour
le gouvernement, vous l'avez... vous le faites déjà, je pense, dans la loi qui
est ainsi faite. Ça fait que vous pourriez appliquer la même mentalité pour les
villes en tant que telle.
M. Lemay : OK.
Sans dire que c'est un point pour lequel c'est bon ou mauvais, là, je fais
juste mentionner que, tu sais, certains
groupes nous arrivent puis nous disent, pour eux, la définition de proximité,
c'est le même quartier, en voulant dire que, si on déracine quelqu'un de
son quartier dans lequel il est présentement, tu sais, on devient hors
proximité. Ça fait que je voulais juste avoir cette précision-là puis les
explications sur votre point.
M. Turcot
(Charles) : Oui, bien, on pense que, de toute façon, une entreprise,
on ne va pas la relocaliser. On a un territoire, nous, 70 % agricole.
C'est sûr que ça va être dans le périmètre urbain. Il y a plein de réalités
dans les municipalités, mais quand même, sur
le territoire de la municipalité, maintenant, il y a quand même un... Si le
terrain a une moindre valeur, il y a
déjà des précisions, dans le projet de loi, pour le considérer. Sur
l'achalandage, il y a des précisions.
Donc,
je pense que tout le monde est bien protégé, mais ça va ouvrir le monde des
possibilités. C'est vraiment pour
faciliter les dossiers et éviter qu'un dossier d'expropriation fasse en sorte
qu'on doive exproprier un autre terrain pour régler un premier dossier d'expropriation, donc ça... encore ça
amène une lourdeur au processus d'expropriation. C'est ça, l'idée
derrière cette précision qui est demandée au projet de loi.
M. Tremblay (Guillaume) : Puis là on parlait, M. le
député, d'un dossier plus industriel, là, pour être bien compris, on ne parlait
pas d'une résidence privée.
M. Turcot
(Charles) : Une résidence privée, le débat se situe sur la possibilité
de rétablir la... sa situation. Donc, on peut penser aux... Est-ce que l'enfant
va pouvoir poursuivre ses études à la même école? Donc, c'est sûr qu'il y a
quand même une considération pour la situation de l'exproprié. On ne l'exclut
pas, mais ça ouvre le monde des possibilités quand même. Une municipalité, si
elle délocalise totalement une partie expropriée d'une résidence familiale, bien,
évidemment, on va considérer le quartier, parce que sinon, ça ne permettra pas
de rétablir la situation. Donc, c'est quand même... c'est une décision qui
serait importante, mais ça n'enlève... ça n'évacue pas totalement le débat de
rétablir la situation.
• (11 h 40) •
M. Lemay : OK.
Merci pour les précisions. Puis M. Turcot, tout à l'heure, vous mentionniez, à
l'article 592 de la Loi sur les cités et villes, puis ça fait partie
de votre mémoire, là, votre item 6, là, à la page 5 de votre mémoire... puis
vous mentionnez que ça serait bien d'avoir un amendement, si on veut, une
modification à l'alinéa 2 de l'article 592 sur la Loi sur les cités
et villes. Et là moi, je ne suis pas juriste, là, mais j'aimerais juste avoir
un petit peu plus de précisions parce que je comprends, au niveau des
règlements d'emprunt, qu'il y a des enjeux. Mais qu'est-ce que ça viendrait
faire concrètement pour vous, si on faisait cette modification? Ça vous
permettrait d'avoir quel type d'agilité supplémentaire?
M. Turcot
(Charles) : En fait, on n'a jamais eu un cas problématique, mais il
n'y a jamais de problème tant qu'il n'y en a pas un. Donc, les indemnités
d'expropriation, c'est souvent des montants importants. Et, si on ne l'a pas
aux fonds courants, il faut procéder par règlement à l'emprunt, et les
personnes habiles à voter peuvent signer un registre pour demander la tenue
d'un scrutin référendaire. Et, en matière d'expropriation, si on a un règlement
d'emprunt, on est obligés de passer par ce processus-là.
Donc, le jour que des
citoyens signeraient le registre, il faudrait faire un scrutin référendaire, ce
qui va retarder le paiement d'une indemnité d'expropriation qui a pourtant été
déterminée par le Tribunal administratif du Québec.
Donc, c'est juste une précision qui permettrait de faciliter, en allant voir au
ministère des Affaires municipales et de l'Habitation, en demandant :
Voici, j'ai un règlement d'emprunt, pouvez-vous l'approuver, on a eu un... une
décision qui a été rendue par le Tribunal administratif du Québec? Ce qui est
un... ce qui est déjà prévu pour un jugement de la Cour supérieure ou de la
Cour du Québec dans la loi, mais pas pour une décision du Tribunal
administratif du Québec. C'est une interprétation au ministère des Affaires
municipales et de l'Habitation. En venant baliser le tout dans la loi, bien, il
n'y aura plus de doute sur l'interprétation, et on pourrait passer directement
à l'approbation du ministère.
M.
Lemay : Merci, M. Turcot, pour ces précisions. J'aimerais
ça revenir maintenant sur le golf de Mascouche, là, si vous pouvez en
parler ou pas. Bien, en fait, on a d'autres groupes qui vont venir nous
rencontrer, au courant de la journée et demain aussi, sur les associations de
golf, puis ils mentionnent, eux, dans leurs mémoires, que leur inquiétude, ce
serait qu'une municipalité pourrait décider d'exproprier en partie le terrain,
et là, dans le fond, ce qui ferait en sorte
qu'il y aurait une partie du terrain de golf qui ne serait pas exproprié, mais
une autre partie qui le serait.
Est-ce que vous avez pris connaissance de cette
information-là ou est-ce que vous avez une réaction face à cette
possibilité-là?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
écoutez, moi, tant et aussi longtemps que ça... Dans le mémoire, je pense que de la manière qu'il est expliqué, c'est tant
et aussi longtemps que ça correspond à un objectif, par exemple, des OGAT,
donc tant que ça reste pour un objectif public, que... Là, je ne vous parlerai pas
de l'exemple de Mascouche, mais je pourrais parler d'un autre exemple d'un
autre golf dans une autre municipalité. Si une ville décide de conserver une
grande portion puis, sur une petite portion, par exemple, de mettre une école,
bien, je veux dire, on s'entend que c'est toujours dans un objectif public. Je
pense que, de ce côté-là, c'est important de toujours avoir la notion d'une
priorité en lien avec les OGAT ou dans une propriété d'une communauté et non
pour faire, par exemple, un parc d'affaires ou... On est vraiment dans un
souci, là, de préservation. Et, quand on parle de préservation de milieux
humides, je pense que ça fait l'unanimité au Québec, là, qu'il faut de plus en
plus faire attention à l'environnement.
M.
Lemay : Oui, merci beaucoup. C'est tout le temps qu'on
avait ensemble, mais je vous salue puis au plaisir de vous recroiser à
Mascouche.
M. Tremblay (Guillaume) : Merci, M.
le député de Masson.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le député. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle, le
porte-parole, M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. Alors, bonjour, merci d'être là avec nous. Merci également pour
votre mémoire.
D'emblée, j'aimerais aborder un élément que vous
soulevez dans votre mémoire, et il n'y a à peu près personne qui a soulevé ça
jusqu'à maintenant, c'est à la page 4... 3 en haut, quand vous prévoyez
une immunité aux municipalités ou un mécanisme de compensation. Et donc est-ce
que je comprends bien en disant que vous souhaitez la création d'un fonds
gouvernemental pour les municipalités locales qui seraient obligées de verser,
par exemple, une indemnité d'expropriation plus élevée ou qui dépasse leur budget?
Est-ce que je comprends bien?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
nous, ce qu'on dit, c'est que, lorsque c'est pour correspondre à une
orientation gouvernementale... puis, tu sais, on va laisser aux législateurs
trouver la meilleure solution possible. Mais clairement, pour nous, ce qui est
important, c'est que, quand ça vient d'une orientation, puis que la ville est
obligée de faire un changement, puis là, après ça, on se fait poursuivre pour
expropriation déguisée, bien, il y a clairement... Vous comprenez que ce n'est
pas juste à une petite ville, puis là, Mascouche, je peux dire... je pense
qu'au Québec on est pareil une ville de
grande importance, mais imaginez-vous, au Québec, des plus petites villes qui
arriveraient avec une obligation de préserver tel, tel terrain dans le
cadre d'un plan métropolitain ou d'un objectif, puis là la ville se fait
poursuivre pour expropriation déguisée. Il y a clairement là un enjeu
important, oui, pour Mascouche mais pour l'ensemble des villes du Québec.
Donc, ce
qu'on invite aux législateurs, c'est de réfléchir à ça puis de mettre de
l'avant peut-être un mécanisme financier pour accompagner les villes
quand c'est pour une demande en lien avec des orientations gouvernementales ou
des institutions qui sont au-dessus des villes, disons.
M. Turcot (Charles) : C'est ça,
c'est un enjeu national et non pas local, alors que cet enjeu national là,
c'est la localité qui doit en assumer la facture actuellement. C'est le point
qu'on veut faire valoir. Donc, on va... on ne peut pas dire aux législateurs de quelle façon baliser ça, mais on veut
soumettre ce souci-là, que cet enjeu national là, bien, ce soit à la
collectivité, globalement, d'assumer les coûts.
M.
Morin : Écoutez, c'est un point... c'est un point très
intéressant que vous soulevez, parce que je comprends que, tout dépendant de l'aménagement du
territoire, des lois en vigueur, notamment pour la protection de
l'environnement, il y a... vous avez des
obligations, et donc, si vous voulez consacrer une partie importante de votre
ville, par exemple, à des espaces verts, bien, vous allez peut-être devoir
faire face... vous allez devoir exproprier des gens, et ça, vous êtes obligés
de le faire parce que la réglementation vous oblige à le faire.
Donc, ce n'est pas, finalement, votre décision,
et vous vous ramassez dans une situation où le propriétaire, lui, légitime,
peut dire : Bien, écoutez, expropriez-moi, mais moi, je ne veux pas perdre
d'argent non plus. J'ai un droit de propriété valable. Donc, au fond, ce que
vous dites, c'est que le gouvernement devrait créer un fonds pour ces cas-là,
parce que, vous, vous êtes obligé d'agir. L'exproprié va devoir perdre son
droit de propriété, mais vous ne voulez pas être obligé d'en faire les frais
compte tenu que c'est une obligation que la loi du gouvernement vous impose.
Donc, c'est... Oui?
M. Tremblay (Guillaume) : C'est
exactement ça, M. le député. Si, mettons... Je vais vous donner un exemple plus
que concret, là, mais quand vous regardez dans la CMM qui a des objectifs de
conserver de plus en plus d'espaces verts... vous savez, la réalité de Montréal
versus ses banlieues, c'est souvent dans les banlieues qu'on retrouve... Moi,
chez nous, j'ai la chance d'être à la tête d'une ville qui a 34 %
d'espaces boisés. Beaucoup de Montréalais,
beaucoup de gens du Grand Montréal viennent s'amuser chez nous, puis c'est même
notre carte d'entrée, puis on en est fiers. Mais si on veut garder des
espaces boisés de grande importance à travers la grande région de Montréal, ce
n'est pas juste à la ville qui a des espaces boisés d'assumer à 100 % les
coûts lorsque ça va venir d'une directive, par exemple, du Plan métropolitain
d'aménagement et de développement de la CMM.
C'est un exemple que je vous donne au niveau du
boisé, mais ça pourrait être la même chose avec les milieux hydriques et les
milieux humides, là. Vous savez, on met tous à jour nos plages et nos milieux
hydriques, là, présentement, et il va y avoir des impacts importants. Puis je
pense, comme tout le monde, collectivement... pas parce qu'une ville s'est
développée à vitesse grand V puis qu'une autre ville a décidé de préserver plus
d'espaces boisés qu'il faut qu'elle soit
pénalisée à terme, parce que, cette ville-là, elle a pris ses responsabilités
de conserver des espaces verts.
19 253
M. Morin : C'est
ça, alors, puis c'est un excellent... c'est un excellent élément que vous
soulevez. Effectivement, si une ville est diligente et qu'elle croit
véritablement à la conservation d'espaces verts et donc qu'elle agit, bien, elle
ne voudrait pas être pénalisée. Et cette idée-là, je la trouve très créative,
parce qu'au fond, tout dépendant du fonds et de
la façon dont il est géré, ça pourrait permettre à l'exproprié d'avoir une
valeur qui va lui permettre de se relocaliser, donc de ne pas perdre, parce qu'évidemment, on ne veut pas
nécessairement que les gens perdent. Mais ça permettrait aussi à la
ville de mieux gérer, évidemment, son budget parce que, vous, vous êtes obligés
d'agir.
Donc, je voulais juste vous souligner, très peu,
très peu de villes ont souligné ça, ont demandé ça ou ont eu une réflexion
là-dessus, et je trouve ça particulièrement créatif. Alors, merci pour cette
suggestion-là.
Une voix : Merci.
19 253
M. Morin :
Je vous en prie. Maintenant, dans votre expérience... parce qu'évidemment
la loi donne des balises, on parle de la juste valeur marchande avec d'autres
types d'indemnités bien définies, mais ça, c'est quand, évidemment, il n'y a
pas... il n'y a pas nécessairement d'entente. Dans votre expérience, c'est quoi
le pourcentage de dossiers d'expropriation qui se règlent de gré à gré?
M. Turcot (Charles) : À
Mascouche, est-ce qu'on a une idée?
M. Tremblay
(Guillaume) : Honnêtement, on pourrait même vous revenir à la
commission avec la réponse exacte.
M. Champagne (Yohann) : Je ne
pourrais pas dire.
M. Tremblay (Guillaume) : Mais
l'objectif ultime, là, moi, je pense que ça, c'est important de le dire, c'est
toujours de faire du gré à gré. On n'est vraiment pas dans... Tu sais,
l'expropriation, ce n'est pas quelque chose qu'on utilise très, très souvent.
Malgré, tu sais, qu'à un moment donné, si on veut être assis dans le siège, un
peu, du chauffeur pour avoir une négociation
plus juste et plus équitable, on pense que cette modification-là est plus
qu'importante. Mais on pourrait vous revenir
avec la donnée, si vous voulez, le nombre de fois qu'on a été de gré à gré versus...
Ça nous fera plaisir de le partager avec les membres de la commission.
• (11 h 50) •
M. Turcot (Charles) : C'est sûr
que, quand c'est une parcelle de terrain, souvent, ça se règle plus facilement
que quand c'est un terrain qui a... où la personne prétend qu'elle va pouvoir
faire un développement éventuellement. Mais quand j'étais au privé, en fait,
souvent, le dossier se retrouvait sur notre bureau parce que ça ne s'était pas
réglé de gré à gré. Donc, j'aurais un peu une opinion déformée du pourcentage
qui peuvent se régler, mais c'est au moins nous donner... par les nouvelles
précisions au projet de loi, ça va nous donner beaucoup plus de rapprochements.
Par exemple, si on parle de la valeur de
convenance, c'est maximum 20 000 $. Bien, si c'est ça qui sépare les
parties, je pense qu'on va tous être conscients que d'aller devant le
Tribunal administratif du Québec, le 20 000 $, il va fondre comme
neige au soleil.
19 253
M. Morin :
Très bien.
M. Tremblay
(Guillaume) : Et c'est un avocat qui dit ça.
19 253
M. Morin :
Oui. Non, je vous... Je vous remercie. Très, très intéressant.
Bon, on a... Mme la ministre en a parlé, on a
parlé beaucoup des articles 170, 171. Il y a des villes qui demandent une
immunité, d'autres qui demandent une présomption. Toute la question de
l'expropriation déguisée, vous, dans votre réalité, est-ce que ça pose un gros
enjeu pour votre ville? Puis vous demandez quoi, une immunité, une présomption?
C'est quoi, votre position là-dessus? Puis, dans votre expérience, est-ce que
ça entraîne des difficultés particulières chez vous, à Mascouche?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien, il
faut comprendre, là... tantôt, je vous donnais un exemple concret, avec un
terrain de golf, que, présentement, on est poursuivis pour expropriation
déguisée. C'est des données qui sont publiques,
là, c'est pour ça que je peux les donner. Je vais faire attention dans mes...
Ça, on est poursuivis pour 62 millions versus un terrain qui, selon
l'évaluation foncière, en vaut 3,9 millions. Donc, vous allez comprendre
que, pour nous, c'est une donnée, dans le projet de loi, qui est plus
qu'importante, de là nous nous collons très grandement sur la position de la
Communauté métropolitaine de Montréal. Pour nous, c'est plus qu'important.
M. Morin : OK. Je vous remercie.
Autre question, vous avez souligné, et corrigez-moi si je fais erreur, que,
pour vous, à l'article 7, quand on parle, évidemment, de la possibilité
d'être relocalisé à proximité, vous voulez que ça soit précisé «à l'intérieur
de la même ville». Est-ce que je vous comprends bien ou si vous voulez
donner... vous voulez quand même laisser une certaine... en fait, une certaine
discrétion ou marge de manoeuvre, comme c'est écrit à l'article 7?
M. Turcot (Charles) : Le concept «à
proximité», ce serait spécifiquement pour les municipalités locales, ce serait
sur le territoire de la municipalité. C'est présumé être à proximité, et là il
resterait à faire le débat à savoir si ça permet de rétablir la situation pour
l'exproprié. Donc, c'est juste pour ouvrir la possibilité, pour éviter que ce
soit un débat d'un kilomètre, deux kilomètres, là. Est-ce que c'est à proximité
ou non? Sur le territoire, ce le serait.
M. Tremblay (Guillaume) : Si vous
permettez, M. le député.
M. Morin : Oui.
M. Tremblay (Guillaume) : Aussi, on
pourrait y aller avec l'usage. Je pense que notre message qu'on lance
aujourd'hui... si, par exemple, une industrie se doit d'être relocalisée, vous
allez comprendre, comme mon collègue disait tantôt, ça ne serait pas dans un
parc... ça ne serait pas dans une terre agricole, ça serait dans un autre parc
industriel. Mais je peux comprendre... Puis tantôt c'est venu me chercher,
l'exemple qu'on donnait avec un citoyen, dans un quartier, qui va à l'école.
Moi, je peux comprendre que, quand on parle de résidences privées, on est dans
un autre débat. Mais nous, ici, notre
message, c'est surtout pour le commercial, pour l'industriel. Quand on dit
«commercial, industriel» dans la même localité, dans la même ville, on
pense que ce n'est pas là l'impact majeur, si tu restes dans la même
communauté, là.
M.
Morin : OK. Donc, en fait, il faudrait spécifier davantage
et réserver votre demande à un usage commercial, parce qu'évidemment,
moi, l'exemple...
M. Tremblay (Guillaume) : Et
industriel.
M. Morin : Et industriel.
M. Tremblay (Guillaume) : Et
industriel.
M. Morin : Parce que l'exemple que
j'allais vous donner, tout dépendant, évidemment, de la grandeur de la ville,
de la municipalité... Mais, si vous prenez, par exemple, une ville comme Québec
ou Montréal puis que vous restez, je ne sais pas, moi, dans un arrondissement
de la ville dans l'est puis vous vous ramassez complètement dans l'ouest, donc,
non seulement vous changez d'école, vous changez de centre de services
scolaire, vous vous ramassez dans un autre milieu de vie. Puis je comprends que
votre demande ne vise pas ça, mais que vous la limitez à un usage commercial ou
industriel.
M. Tremblay (Guillaume) : Tout à
fait.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie.
M.
Tremblay (Guillaume) : Parce que dans les villes... dans les
municipalités, là, avec toutes les possibilités, des fois, de... comment
qu'on appelle ça, tu sais, quand tu prends un secteur, tu le...
M. Champagne (Yohann) : Gentrification,
le changement.
M. Tremblay
(Guillaume) : Donc, quand on fait des changements, c'est facile pour
nous puis ça pourrait nous permettre justement de... c'est ça, d'avancer.
M. Morin : Très bien. Autre chose,
dans votre mémoire, vous avez piqué ma curiosité à la page 5. Vous en avez parlé récemment, mais je veux juste m'assurer
de bien comprendre. Vous soulignez que le «MAMH ne considère pas les décisions
du TAQ comme un jugement», puis il me semble qu'un jugement du TAQ, c'est un
jugement. Donc, je voudrais juste essayer de comprendre.
M. Turcot (Charles) : Le ministère
considère que... Vu que ça provient d'un choix discrétionnaire de la ville
d'aller en expropriation, il ne considère pas que c'est un jugement en tant que
tel qui entraîne l'application de l'article 592 de la Loi sur les cités et
villes pour éviter le processus référendaire pour une indemnité
d'expropriation.
Nous croyons, à la ville de Mascouche,
effectivement qu'une décision du Tribunal administratif du Québec devrait être
considérée comme un jugement pour éviter ce processus-là. Comme je le
mentionne, on n'a pas eu de problématique particulière à la ville de Mascouche,
mais on profite de l'occasion de discuter du projet de loi pour... qui a aussi
un but de faciliter les débats et faciliter aussi... accélérer le processus. Eh
bien, là, c'est pour accélérer le processus d'indemnisation, si on peut juste
aller chercher l'approbation du ministère comme pour un autre jugement, on
croit que ce serait un amendement profitable au projet de loi.
M. Morin : Parfait.
M. Tremblay (Guillaume) : Si vous me
permettez, M. le député, j'ai rapidement un exemple, une ville...
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup, ça... Merci beaucoup, ça termine
l'intervention avec l'opposition officielle.
Je cède maintenant la parole au deuxième groupe d'opposition, en l'occurrence
au... à M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : J'ai combien de
temps, M. le Président?
Le Président (M. Jacques) : Pour
quatre minutes.
M. Grandmont : Merci beaucoup. Donc,
on a quatre minutes. Merci, M. le Président.
M. Chabot, M. Champagne, M. le maire Tremblay,
content de vous retrouver. Merci pour votre présentation, votre mémoire, c'est très important, évidemment.
Je vous amènerais peut-être sur deux éléments. Le premier concerne un
élément, là, que la CMM nous a proposé, le fait de pouvoir exproprier... donner
les pouvoirs expropriants à une ville pour
aller récupérer une terre agricole qui n'aurait pas été exploitée dans les
trois dernières années. Il y a un territoire agricole assez important,
là, dans votre... dans votre ville, évidemment. Donc, je voulais savoir est-ce
que vous êtes d'accord avec cette proposition-là proposée par la CMQ... la CMM,
pardon.
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
honnêtement... La CMM, écoutez, on ne s'est pas arrêtés là-dessus, mais, je
veux dire, ça pourrait être quelque chose d'intéressant à évaluer. Tu sais,
cependant, il faut comprendre tout le personnel puis le temps qu'on aurait...
Puis je comprends l'objectif derrière. Maintenant, c'est le... comme on dit, le
jus de bras qu'il faudrait avoir pour nous
accompagner, mais, si on veut manger... continuer à manger local, clairement,
il faut s'assurer que nos terres agricoles sont en exploitation. Donc, sur le
principe, on est d'accord. Maintenant, c'est sur le comment qu'on pourrait y
arriver. Clairement, on aurait besoin d'aide, là, mais on n'est pas
nécessairement en désaccord.
M. Grandmont : Parfait. Merci pour
votre réponse.
L'autre chose que je voulais aborder avec vous
aussi touche, là, les articles 170, 171, les expropriations déguisées. Je
pense que, dans le fond, c'est peut-être une question de clarification que j'ai
besoin, là... une clarification que j'ai besoin de votre part. Si, d'un côté,
vous demandez l'immunité pour toute action qui serait posée par la ville de
Mascouche en concordance avec les orientations gouvernementales puis le
schéma... puis le PMAD puis le schéma... PMAD, oui, c'est ça, PMAD, puis le
schéma, est-ce que...
Donc, vous voulez l'immunité mais, de l'autre
côté, un fonds qui permettrait de dédommager les expropriés, en fait, pour ces mêmes actions là pour lesquelles
vous avez une immunité. Ça fait que j'ai de la misère à comprendre la mécanique
entre les deux. Si on a une immunité, en quoi on a besoin d'un fonds pour
dédommager?
M. Turcot (Charles) : En fait, c'est
notre position qu'on veut quand même que l'exproprié puisse avoir une juste
valeur pour sa propriété et, de l'autre côté, on mentionne que ce n'est pas à
la municipalité de payer. Donc, l'immunité éviterait de recevoir des
poursuites, mais quand même cet exproprié-là pourrait se tourner vers un fonds,
parce que, lui, qu'est-ce qu'il va prétendre, c'est que la réglementation a un
effet équivalent à l'expropriation, donc ne pourrait pas poursuivre la ville
mais pourrait quand même se tourner vers un fonds pour être indemnisé selon la
juste valeur marchande de son terrain. Donc, c'est la position de la ville à ce
niveau-là.
On n'a pas
été en profondeur sur la rétroactivité de la loi, on n'a pas soumis un point
particulier à ce niveau-là parce qu'on voyait qu'il y avait des
positions divergentes et on n'était pas en mesure de se positionner exactement
qu'est-ce qu'on pensait sur la rétroactivité, mais on croyait que c'était quand
même une bonne idée sur l'indemnité. Mais on pense important de penser à la personne
expropriée quand même, qui doit recevoir une juste valeur marchande, de
là l'idée du fonds.
M.
Grandmont : D'accord. Est-ce que vous... est-ce que vous avez envisagé
également, dans vos réflexions, là... je comprends qu'il n'y a rien d'arrêté
précisément, mais que ce fonds-là aussi ait une valeur rétroactive?
M. Tremblay
(Guillaume) : Écoutez, il va falloir clairement, avec tous les
dossiers qui sont en cours présentement...
Tu sais, si vous faites juste regarder les dossiers des golfs à travers le
Québec, là, même le gouvernement du Québec est mis en cause, c'est à peu
près pour 500 millions de dollars, présentement, qu'on est poursuivis
pour expropriation déguisée. Donc, il y a une réalité, et il va falloir...
parce que sinon, là, c'est collectivement... Comment qu'on va y arriver?
M.
Grandmont : OK. Parfait. Bien, je vous remercie pour ces
précisions-là. Je vous remercie encore pour votre mémoire, c'est très
éclairant. Et puis, bien, au plaisir.
M. Tremblay
(Guillaume) : Merci à vous.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup de... pour votre participation à la
commission.
On va suspendre
quelques instants pour faire place au prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
12 heures)
(Reprise à 12 h 06)
Le Président (M.
Jacques) : Je souhaite la bienvenue maintenant à L'Institut de
développement urbain du Québec. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour faire votre exposé avant de
débuter les échanges avec les membres de la commission.
L'Institut de développement urbain du Québec (IDU-Québec)
Mme Melançon
(Isabelle) : Alors, merci, M. le Président. Mme la vice-première
ministre, ministre des Transports et de la
Mobilité durable, MM, Mmes les députés, je suis très heureuse d'être parmi vous
aujourd'hui pour cette commission parlementaire.
Avant d'entrer dans
le vif du sujet, j'aimerais d'abord vous présenter les personnes qui
m'accompagnent, donc, Me Adina Georgescu,
qui est associée au cabinet d'avocats Miller Thomson; et Me Luc Gratton,
également avocat chez Miller Thomson. Je tiens à les remercier
particulièrement d'avoir accepté d'être à mes côtés aujourd'hui et je tiens
également à souligner le travail exceptionnel qu'ils ont fait dans l'analyse du
projet de loi n° 22. Comme je le mentionnais, la ministre, dans ses
remarques préliminaires, en début de cette consultation particulière... le
projet de loi n° 22 répond aux demandes répétées des instances municipales
qui souhaitent essentiellement réduire les coûts d'expropriation, mais la
ministre a aussi mentionné vouloir chercher l'équilibre entre expropriants et
expropriés avec cette réforme.
Je tiens à la
rassurer, nous aussi, nous souhaitons que soit respecté l'équilibre entre les
droits et obligations de l'expropriant et ceux de l'exproprié. Malheureusement,
non seulement le projet de loi n° 22 ne préserve pas cet équilibre fondé
sur plus de 100 ans de jurisprudence, il fait exactement le contraire. Si
le projet de loi devait être adopté tel
quel, cela se traduirait en un déséquilibre important à l'avantage de
l'expropriant qui deviendrait, en quelque sorte, juge et partie. Nous
sommes donc ici pour exprimer le point de vue de la partie expropriée, qui, je
le souligne au passage, n'a jamais été consultée au moment de l'élaboration de
ce projet de loi. En effet, seuls les représentants de la partie expropriante
ont été consultés.
Ce qui devait
initialement être un exercice visant à uniformiser la procédure
d'expropriation, pour en réduire les délais,
se conclut avec un projet de loi qui propose de nouvelles règles en matière
d'indemnisation des expropriés. Uniformiser la procédure d'expropriation
était souhaité et faisait consensus, faire table rase sur plus de 100 ans
de jurisprudence en modifiant les règles d'indemnisation, certainement pas.
Nous sommes d'avis que toute réforme de la loi devrait respecter l'équilibre
entre les droits et les obligations de l'expropriant et ceux de l'exproprié
tant à l'égard de la procédure d'expropriation qu'à l'égard de l'indemnisation.
Nous avons donc pris le soin d'analyser le projet
de loi article par article afin de formuler des recommandations qui visent à
rétablir cet équilibre et ainsi s'assurer que les réformes puissent se
faire tout en respect des droits de l'exproprié.
Mme la ministre,
saviez-vous que plus de 90 % des dossiers d'expropriation au Québec se
règlent hors cour, preuve que le mécanisme actuel fonctionne? Est-ce qu'il est
perfectible? Absolument. Mais pour solutionner des cas d'exception, est-ce
vraiment nécessaire de créer un déséquilibre à l'avantage unique de
l'expropriant en enlevant des droits aux expropriés? Certainement pas. Dans les
faits, l'expropriation constitue déjà l'atteinte la plus radicale au droit de
propriété. Il s'agit d'un pouvoir extraordinaire, un pouvoir d'exception dans
une démocratie. Sa contrepartie doit être le
paiement d'une juste indemnité qui tient compte du préjudice infligé.
Exproprier, c'est d'abord confisquer. Le citoyen
exproprié est dépouillé de son bien contre son gré. Un exproprié, c'est un
propriétaire qui ne demande pas à vendre, mais que l'on achète malgré lui.
Alors, ce n'est pas un prix, c'est une indemnité qui lui est due.
• (12 h 10) •
La loi actuelle
définit l'indemnité en termes simples et courts : «L'indemnité est fixée
d'après la valeur du bien exproprié et du préjudice directement causé par
l'expropriation.» En clair, une indemnité doit permettre au citoyen frappé par
l'expropriation de se procurer une chose absolument semblable. Le projet de loi
n° 22 retire des droits à l'exproprié. Il va à l'encontre de la règle
fondamentale d'une juste indemnité énoncée à l'article 952 du Code civil du Québec et balaie, du même coup, près
de 100 ans de jurisprudence des tribunaux canadiens et québécois. En
retirant des droits à l'exproprié, le projet de loi n° 22 marque un
recul historique du droit de propriété.
J'aimerais, à
présent, dire quelques mots sur l'argumentation développée par certains groupes
de la partie expropriante lors de leur passage devant cette commission. En
laissant entendre que les entrepreneurs immobiliers s'enrichissent en faisant...
en se faisant déposséder de leurs biens, ils leur font subir un procès
d'intention. Mme la ministre, les membres de L'Institut du développement
urbain, que je représente aujourd'hui, sont des femmes et des hommes qui ont la
fibre entrepreneuriale, qui développent des projets, qui bâtissent des
quartiers, des milieux de vie, des habitations, dont nous avons besoin plus que
jamais. Ils ne sont pas de méchants spéculateurs sans scrupule, comme voudraient nous faire croire certains
groupes d'expropriants. Et j'ajouterais qu'avec ce genre de logique certains
expropriants remettent également en doute l'impartialité des juges car,
lorsqu'il y a litige, c'est le rôle du tribunal de fixer une juste indemnité permettant à l'exproprié de reconstituer son patrimoine,
comme il l'était avant de se faire confisquer, sans être appauvri ni
injustement enrichi aux dépens des fonds publics.
Dans sa version
actuelle, le projet de loi n° 22... du projet de loi n° 22, Québec se
trouve à faire cavalier seul et deviendrait l'endroit le plus restrictif au
Canada. C'est un mauvais signal qu'on envoie aux investisseurs d'ici et
d'ailleurs. Dans notre mémoire, on démontre de façon claire que, contrairement
à ce qu'avancent certains groupes expropriants pour justifier la modification
des règles entourant l'indemnisation, les lois des autres provinces n'ont pas tenté de modifier le concept de l'usage le
meilleur et le plus profitable. Il demeure toujours le principe fondamental
en... en matière, dis-je, d'indemnisation, principe qui est confirmé par la
jurisprudence de ces provinces.
Donc, ne pas accorder
une juste et pleine indemnisation au propriétaire serait non seulement injuste
et abusif, mais cela porterait également atteinte à l'attractivité économique
du Québec. Pourquoi un propriétaire voudrait-il investir au Québec s'il risque de ne pas être pleinement indemnisé en
cas d'expropriation? En pleine crise du logement, l'objectif devrait
être de sécuriser les investissements privés, notamment dans le contexte où la
SCHL estime que le Québec a besoin de 860 000 logements de plus,
d'ici 2030, pour rétablir l'équilibre et l'abordabilité, ce qui veut dire qu'il faudrait construire plus de
120 000 logements de plus par année. Le problème, c'est qu'en même
temps plusieurs facteurs conjoncturels haussent.
Donc, on vit
actuellement des facteurs conjoncturels autres, notamment la hausse du taux
directeur, les coûts de construction, des conditions de prêt. Tout ça a plombé
la construction résidentielle. Cette année, elle connaît ses pires résultats en
plus de 20 ans avec une baisse des mises en chantier d'autour de
50 %. Le résultat? Seulement 35 000 logements auront été
construits en 2023. On s'éloigne donc dangereusement de la cible qui vise à
rétablir l'équilibre et l'abordabilité. Devant une telle situation, le
gouvernement devrait mettre en place urgemment des incitatifs permettant la construction d'unités dans les plus brefs
délais plutôt que de débattre de la dépossession rapide et à rabais des
biens des entrepreneurs immobiliers.
Maintenant,
j'aimerais entretenir la commission des changements proposés dans les règles
procédurales. Si l'un des objectifs du projet de loi est d'accélérer
l'expropriation pour permettre de réaliser plus rapidement des projets publics,
l'IDU soumet respectueusement que la réforme des règles d'expropriation
proposée ici ne permettrait pas d'atteindre ce but. Au contraire, ces nouvelles
règles auraient pour effet de rendre le processus substantiellement plus lourd
et rigide, multipliant les étapes procédurales et allongeant, par le fait même,
les délais. Cela aurait pour conséquence
d'ajouter une pression supplémentaire sur les tribunaux, déjà débordés. Et, je
le rappelle, 90 % des dossiers d'expropriation actuellement se
règlent hors cour. Plusieurs dispositions du projet de loi font en sorte
d'accorder un pouvoir extraordinaire à l'expropriant.
Le premier élément
sur lequel je veux insister est la fixation d'un délai de trois ans aux fins
d'établir l'usage le meilleur et le plus profitable à l'article 87. Ce
délai est arbitraire et inapproprié quand on sait que les autorités expropriantes, les gouvernements supérieurs et les
municipalités sont largement responsables des délais pour autoriser des projets immobiliers, délais d'ailleurs qui ne
cessent de s'allonger depuis quelques années. Avec le projet de loi n° 22,
on place notamment les municipalités dans une situation privilégiée puisque ce
sont elles qui autorisent au préalable toute modification de zonage et qui
octroient les différents permis nécessaires à la réalisation de projets
immobiliers, situation dans laquelle une ville se trouverait à être ainsi juge
et partie. Le projet de loi autoriserait dorénavant les villes qui souhaitent
exproprier un propriétaire de modifier le zonage du terrain au préalable, de
sorte à en diminuer la valeur aux fins du calcul de l'indemnité due aux
propriétaires expropriés.
Le deuxième élément
concerne les dépenses d'un exproprié... qu'un exproprié peut engager. À
l'article 74 du projet de loi,
l'expropriant se voit octroyer un droit de regard, un droit de désaccord, ainsi
qu'un droit de s'adresser au TAQ à l'égard des dépenses que souhaite
engager l'exproprié et qui sont liées à une indemnité que celui-ci entend
réclamer.
Alors, je serai tout
à fait disponible pour répondre à vos questions, M. le Président. Je vois que
le temps manque, mais, en définitive, le
projet de loi n° 22 donne la capacité aux villes de devenir juge et
partie. Merci. Je suis prête à répondre à vos questions.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre présentation. Je cède
maintenant la parole à Mme la ministre pour une période de
15 min 40 s.
Mme Guilbault : Oui,
merci beaucoup, M. le Président. Merci, Mme Melançon et les personnes qui
vous accompagnent. Merci d'être ici. Je ne sais pas si les personnes en arrière
vous accompagnent aussi, mais donc tous les membres de l'institut présents...
Merci beaucoup d'être avec nous et d'apporter ce point de vue là, parce que
vous l'avez dit, là, et on a eu beaucoup de
représentants issus du milieu municipal, et on a eu l'UPA, on a eu divers
groupes, et ils étaient tous favorables au projet de loi, sauf peut être
l'Ordre des évaluateurs agréés, quoiqu'il se disait favorable, mais avec
plusieurs bémols.
Mais bref, tout ça
pour dire que vous amenez un point de vue... un point de vue différent, donc
c'est très intéressant. Et vous avez raison de dire que, mon souci, puis je
crois qu'il est partagé par tout le monde autour de la table, sans vouloir leur mettre de mots dans la bouche, c'est la
recherche de l'équilibre entre l'expropriant, l'exproprié. Et le
principe de l'expropriation dit qu'on ne devrait ni s'enrichir ni s'appauvrir
lors d'une expropriation. Donc, c'est ce qu'on se propose de faire avec le
projet de loi, et notre sensibilité... Évidemment, nous, on est au
gouvernement, donc, un peu comme les villes d'ailleurs, on a cette pression de
pouvoir livrer des projets pour nos citoyens dans des délais et des coûts qui sont les plus raisonnables possible. C'est
vraiment ce qu'on a. C'est la principale préoccupation qui est derrière
ce projet de loi là.
Et vous le savez,
ayant été vous-même une élue qui attendait après des projets dans votre
circonscription dans le passé, vous savez que notamment les expropriations, pas
seulement ça... Et vous avez dit à juste titre, là, les paramètres
conjoncturels sont à la hausse. Il y a toutes sortes de paramètres
conjoncturels qui sont complexes pour plein
de raisons dans le monde en ce moment, mais il reste que l'expropriation, c'est
une loi qui relève du gouvernement, sur laquelle on a une emprise, et
beaucoup de délais actuellement, et beaucoup de coûts. Une partie importante
des coûts, dans les projets d'infrastructure, sont liés aux procédures
d'expropriation qui sont lourdes, qui sont longues et qui ouvrent la porte à
des coûts. Et là on regardait, là, on a plusieurs exemples de projets où les
coûts ont explosé, notamment à cause des
expropriations. Puis là, dernièrement, il y avait un article à Sherbrooke, le
pont Grandes-Fourches, où on évaluait les coûts d'expropriation à
3 millions, qui sont rendus à 14 millions au moment où on se parle.
Alors...
Et je sais que vous
dites que les propriétaires sont là pour faire du développement, sont là pour
la bonne cause, pour faire des projets pour nos citoyens, ils ne sont pas là
pour s'enrichir, et tout ça, mais... Et je vous donne un autre exemple, la CMM
qui est venue la semaine dernière, qui nous disait : Nous, en ce moment...
Puis vous savez aussi que les villes sont prises avec... bien, prises, c'est-à-dire...
sont partenaires dans l'atteinte d'objectifs environnementaux, 30 %
d'aires protégées, et tout ça. Alors, ils disaient : Nous, la CMM, en ce
moment, on a un lot de terrains qu'on
évalue, nous, à 68 millions, et les propriétaires l'évaluent à 504 ou
508 millions. Alors, déjà là, il y a un delta qui est de la plus grande importance, à la plus grande
incidence financière. Donc, je pourrais vous donner toutes sortes
d'exemples comme ça.
• (12 h 20) •
Mais donc, comment
est-ce qu'on concilie votre point de vue sur la chose avec la réalité du fait
que, dans la vraie vie, les projets coûtent cher? Et la STM était ici hier, on
est en plein prolongement de la ligne bleue après tant d'années, puis une des choses qui fait que c'est si long, c'est
justement les procédures d'expropriation, entre autres, et eux estiment à
13 % du coût du projet lié aux expropriations. Donc, sur un projet évalué
actuellement à 6,4 milliards, c'est 832 millions en
expropriation. Une partie de ça continuerait d'être déboursée même avec la
nouvelle loi. C'est ce que je dis toujours, les chiffres ne tomberont pas à
zéro, mais on peut penser que ça serait moindre. Donc, comment est-ce que vous conciliez le point de vue que vous
amenez avec la réalité du fait que, dans plein de projets d'infrastructure, ça
fait exploser les coûts et les délais?
Mme Melançon
(Isabelle) : Bien, je vais le répéter, parce que je pense que c'était
important qu'on se le dise ici, là, 90 %, même 93 %, j'ai lu chez les
évaluateurs, des cas d'expropriation se règlent de gré à gré. Je ne pense pas
que ce soit... puis tout à l'heure, vous disiez avec justesse, Mme la ministre,
que les entrepreneurs immobiliers sont là
pour faire du développement. Quand on dit : Ils ne sont pas là pour
s'enrichir, ils sont là pour s'enrichir, bien sûr, on est dans un modèle
capitaliste, mais ils ne sont pas là pour s'enrichir sur le dos des
contribuables. Ce n'est pas en faisant de l'expropriation qu'ils
s'enrichissent, c'est en faisant des projets.
Donc,
ce qu'on entend, là, actuellement, puis c'est ce qui est très difficile pour
les membres de L'IDU, bien entendu, c'est de croire que les expropriés,
donc les propriétaires actuellement, sont assis puis ils attendent la parade
pour faire de l'argent. Je veux juste vous
dire, les promoteurs, ils font des sous quand ils font des projets, pas quand
ils attendent pour être expropriés. Ça, c'est totalement faux de croire
ça. Est-ce que les promoteurs, actuellement, veulent voir du développement, du
développement, par exemple, pour du transport en commun? La réponse, c'est oui.
La réponse, c'est oui. Tout le monde est pour la vertu, là, honnêtement, tout
le monde veut avoir des projets. Est-ce que cela va diminuer les coûts? Vous
parliez de 13 % tout à l'heure. Est-ce qu'on va tomber à moins de
13 %? Et je vous le rappelle, là, vous êtes en train de faire un projet de
loi pour 7 % de cas d'exception qui se retrouvent devant les tribunaux
actuellement.
Alors,
nous, ce qu'on veut principalement, c'est que ça ne se fasse pas sur le dos des
propriétaires. L'équilibre dont vous parliez tout à l'heure, Mme la
ministre, là, avec lequel je suis tout à fait d'accord, on ne le retrouve pas
versus le projet de loi, versus la loi de 1973, dans lequel il y avait des
droits pour les expropriés. Ces droits-là, on ne les retrouve plus à
l'intérieur du projet de loi n° 22 et, à un moment
donné, nous, on veut surtout faire valoir qu'on a un besoin d'équilibre, mais on a aussi un besoin de stabilité. Parce qu'actuellement
vous parliez avec justesse de la crise du logement qui sévit,
honnêtement, au Canada... au Canada, le Québec va être le plus restrictif, et
ça, ça va faire fuir certains investisseurs. Qu'ils soient du Canada, qu'ils
soient du Québec, ça va faire... il va y avoir une fuite, malheureusement, dans nos capitaux qui vont se
faire, alors que c'est maintenant qu'on a besoin d'argent, c'est maintenant qu'on
doit sortir du logement de terre.
Mais
à partir du moment où il y a des propriétaires qui vont regarder ça puis qui
vont dire : Là, attends un petit peu,
là, au Québec, c'est là où c'est le plus dangereux, où on peut se faire
exproprier avec une perte de droits, bien, c'est certain qu'il va y
avoir une fuite de capitaux. Est-ce que vous aviez d'autres choses à ajouter,
Me Gratton?
M. Gratton
(Luc) : Je veux juste juste dire la chose suivante : ce n'est pas
en faisant l'économie de payer la juste indemnité à des propriétaires de façon
à ce que des projets coûtent moins cher que l'on va atteindre l'objectif désiré. Il y a un principe qui est celui de la
valeur à l'exproprié, qui veut que l'exproprié soit replacé dans la même
situation au terme de... en vertu... par l'indemnité qu'il l'était avant
d'être exproprié. Ce principe-là, il est attaqué de plusieurs façons dans le projet de loi, et ces attaques-là
visent à réduire les coûts. Mais ce n'est pas en réduisant les coûts que l'on
atteint la justice, et on va avoir toutes sortes d'effets pervers qui vont
résulter de cette situation-là.
Je reprends votre
exemple. Je ne connais pas l'exemple du pont de Grandes-Fourches. Je ne sais
pas si le 3 millions, c'est une mauvaise estimation de départ. Ce que je
sais, c'est que, si ça coûte 14 millions, selon les règles que l'on a
actuellement, bien, c'est parce que ça vaut 14 millions. Et, si on veut
réaliser le projet, bien, ça va être 14 millions, de la même façon que, si
les coûts de construction augmentent sur le marché, on peut bien trouver ça
déplorable, mais ce sont les coûts sur le marché et on doit vivre en fonction
de ça.
Dans la loi sur
l'expropriation, il y a une notion de justice qui est fondamentale, la règle de
la valeur à l'exproprié. Le but, l'objectif de le mettre dans la même situation
où il était, s'il n'avait pas été exproprié, ce but-là est fondamental, et il
existe depuis plus de 100 ans, et on ne devrait pas le supprimer juste
pour faire des économies. Il y a une
question de justice et d'équité fondamentale entre les corps publics
expropriants et les expropriés. Et ce ne sont pas que les développeurs
dont on doit parler, ce sont tous les expropriés, tous les expropriés, et
malheureusement, il y a beaucoup de gens qui ne sont pas représentés par des
organisations... vont être dans cette situation-là.
Et, comme dit
Mme Melançon, en pratique, il va y avoir... ça va avoir des impacts sur le
marché immobilier, parce que sachant que, si vous risquez d'être exproprié,
vous n'allez pas être payé le montant que ça prend pour vous replacer dans la
même situation, bien, c'est bien sûr qu'il y a des investissements qui ne se
feront pas. Voilà.
Mme Georgescu
(Adina-Christina) : Si je peux juste rajouter peut-être un point. Si
on se compare aux autres juridictions, justement, en parlant de l'attractivité
du Québec, pour les investissements, les autres juridictions canadiennes, pour
la plupart, à titre d'exemple, l'Ontario et la Colombie-Britannique ont un
régime de compensation d'indemnisation de l'exproprié qui ressemble à ce qui
est actuellement en place au Québec, donc, une valeur à l'exproprié pour
l'indemniser entièrement du préjudice subi en raison de l'expropriation. Donc,
certainement, les investisseurs qui se trouvent dans une situation à devoir
choisir entre une juridiction comme le Québec, avec un projet de loi qui est beaucoup plus restrictif, versus l'Ontario, la
Colombie-Britannique ou une autre juridiction canadienne, le choix ne
sera pas très, très, très difficile à faire.
Mme
Guilbault : Oui, merci. J'aurais eu
d'autres questions, mais je vais laisser le reste de mon temps à ma collègue de
Châteauguay. Merci.
Le Président (M.
Jacques) : Merci, Mme la ministre. Donc, je cède la parole à la
députée de Châteauguay pour 5 min 40 s.
Mme Gendron :
Merci beaucoup. Bonjour, Mme Melançon, Me Gratton, Me Adina.
Bienvenue chez vous, Mme Melançon. En fait,
j'ai bien entendu ce que vous avez parlé, et puis vous parlez beaucoup de
logement, oui, ça a une importance capitale. Par contre, on a eu
plusieurs groupes qui nous ont confirmé que c'est certain qu'ils préfèrent faire des ententes gré à gré avec les expropriés.
Vous l'avez même confirmé en disant qu'il y a 93 % des gens qui font... la
majorité des expropriations se font hors cour. Donc, il resterait... bon, hors
cour, de gré à gré, il resterait comme un 7 %.
Moi,
j'aimerais savoir, dans des... on parle de logement, mais, dans des situations
comme, mettons, le corridor vers Châteauguay-Léry, qu'est-ce que vous
répondez aux municipalités ou aux groupes environnementaux qui veulent protéger
ces lieux de biodiversité et ces terrains verts là? Qu'est-ce que vous leur
répondez à ces groupes-là?
Mme Melançon
(Isabelle) : Bien, il y a deux cas, puis je connais un peu le projet
dont vous parlez. Actuellement, là, ça ne peut pas... tout ne peut pas se faire
sur le dos des propriétaires. Tout ne peut pas se faire sur le dos des
propriétaires. Quand on parle d'un projet collectif, bien, je pense que c'est
collectif. À partir du moment où il y a des ententes qui peuvent être faites...
puis vous avez raison de rappeler que c'est 93 % des ententes qui se font
de gré à gré, l'autre 7 %, il se règle où? Il se règle devant le Tribunal
administratif, et ce n'est pas l'exproprié qui règle, qui donne... qui fait un
boulier, là, puis qui sort les chiffres. C'est un juge qui prend une décision
quant à la valeur.
Alors, honnêtement,
au moment où on se parle, actuellement, s'il y a 7 % des cas qui se
retrouvent devant les tribunaux, il faut
faire confiance aux juges qui actuellement regardent la loi, font les
évaluations. Me Gratton, je pense que, sur les 7 %, ce n'est
pas toujours en gain de cause pour les expropriés, n'est-ce pas?
• (12 h 30) •
M. Gratton (Luc) : Bien, pas du tout, parce
que le tribunal, puis la jurisprudence, le principe de base, de remettre
l'exproprié à la même situation, on dit bien, dans la jurisprudence, «sans
l'appauvrir ni l'enrichir injustement». Alors, on cherche justement à lui donner le juste montant
qui va le compenser, mais qui ne le compensera pas d'une façon qui est excessive.
Les tribunaux sont extrêmement préoccupés par la
question de la double indemnisation par la question de la spéculation. Ne pensez pas qu'ils sont là pour
récompenser la spéculation. Les principes qui sont élaborés par la jurisprudence, depuis 100 ans, ne visent pas à
encourager la spéculation, ils visent à engager une juste indemnité. Et la
juste indemnité, c'est celle qui récompense l'exproprié du plein potentiel de
son immeuble, mais d'un potentiel qui est
réalisable, qui est probable, d'un préjudice qui a vraiment été causé par
l'expropriation, sans l'enrichir. Et donc il y a une préoccupation pour
le coût collectif, et ça existe depuis 100 ans, et c'est ça, notre
jurisprudence.
Mme Melançon (Isabelle) : Et si je
peux simplement ajouter, il y a toute la procédure aussi qui... dans le projet de loi n° 22 qu'on va devoir revoir.
Donc, je dirais aux citoyens là-bas : Ça va être encore plus long avec le
projet de loi n° 22, parce que, savez-vous quoi, le 7 %, actuellement,
qui se retrouve devant les tribunaux, bien, le chiffre ne va pas
gonfler, là, il va exploser. Me Georgescu, probablement que vous pourriez...
vous pourrez donner plus de détails à Mme la députée.
Mme Georgescu (Adina-Christina) : Absolument,
je peux le faire tout de suite. Effectivement, à travers certaines des nouvelles règles qui sont
introduites, du point de vue procédural, dans le nouveau projet de loi, on pense faire accélérer le processus. Et, quand je parle du
processus, je parle du processus de l'instance d'expropriation, donc
devant les tribunaux. Mais, contrairement à cet objectif que l'on essaie
d'atteindre, je pense qu'on réussit à faire exactement le contraire.
Quelques exemples concrets. En vertu de
l'article 108 du projet de loi, on permet au tribunal administratif de
traiter des questions incidentes qui sont essentielles pour la détermination de
la... de l'indemnité définitive à laquelle l'exproprié aura droit. Ce que ça
veut dire en pratique, c'est que le tribunal administratif pourra être saisi,
pendant l'instance d'expropriation, de certaines questions fondamentales,
comme, par exemple, la détermination de l'usage le meilleur et le plus profitable, qui sert à déterminer la valeur
marchande de la propriété qui est expropriée, et d'autres sujets qui
sont d'aussi grande importance : déterminer la valeur marchande elle-même,
déterminer les chefs de réclamation de chaque type d'indemnités, selon le cas,
qui sera applicable.
Et, en ayant ce type de petits procès à
l'intérieur de l'instance d'expropriation, on est en train de créer des débats
additionnels qui vont, d'une part, lier les parties rendues au procès au fonds
pour l'indemnité définitive, alors que le
tribunal n'a pas entre les mains, au moment de rendre sa décision interlocutoire
incidente, toute la preuve nécessaire, et
d'autre part, à cause des délais d'appel, on pourrait se retrouver à être
devant les tribunaux, des instances supérieures également, pendant
plusieurs, plusieurs années.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup. Ceci termine la période d'échange
avec la partie gouvernementale. Je cède maintenant la parole au député
d'Acadie pour 12 min 23 s.
M.
Morin : Merci. Merci, M. le Président. Alors, bonjour.
Merci. Merci d'être là. Merci de nous éclairer et merci pour votre
mémoire. Merci de nous donner, finalement, un éclairage différent, parce que ce
qu'on a entendu jusque maintenant, c'était quand même assez unanime.
Je trouve les considérations que vous apportez
particulièrement intéressantes. En fait, il y a l'Ordre des évaluateurs agréés
du Québec qui, eux aussi, bon, enfin, ont mis un peu en garde le législateur.
Ils ont dit par ailleurs que le projet de loi n'était pas mauvais, mais qu'il
pouvait être... il était perfectible. Puis évidemment, bien, vous le savez, c'est ça, le rôle d'un législateur,
c'est-à-dire de s'assurer qu'un projet de loi va être juste, qu'il va y avoir
un équilibre. Puis c'est particulièrement vrai, je vous dirais, pour
l'opposition officielle parce que ça nous permet d'inviter le gouvernement à
regarder différents aspects d'un projet de loi.
La question que j'ai pour vous... parce
qu'évidemment moi aussi, je recherche l'équilibre, mais on veut que personne ne
s'enrichisse indûment puis on ne veut pas que les gens s'appauvrissent non
plus. Il est très probable que, compte tenu
de la majorité gouvernementale, ce projet de loi soit adopté. Ça, je pense que
ce n'est pas une grosse vérité que je viens de sortir là. Là, d'après
vous, quel est le point le plus critique qui devrait être modifié, amendé, avec
le projet de loi, pour qu'on soit capables
de rétablir un équilibre? Parce que ce que vous nous dites, au fond, c'est que
ça crée un déséquilibre.
Mme Melançon (Isabelle) : Bien,
merci. Merci pour cette question. J'attirerais votre attention, si vous me
permettez, M. le député, sur deux articles.
Article 87. L'article 87, dans le
fond, permet dorénavant à un expropriant de modifier un zonage au préalable
pour diminuer la valeur pour le calcul de l'indemnité. Ça, honnêtement, ça
s'appelle, le «planning blight», ce qui est interdit actuellement. Dans
l'actuel projet de loi, ça va donner, donc... ça va permettre, puis on va le
dire, là, aux municipalités de changer des
zonages pour être sûres de pouvoir payer moins cher une indemnité. Donc,
l'article 87... puis je vais laisser les avocats peut-être aller un
peu plus loin.
L'article 74.
L'article 74, c'est sur les dépenses autorisées pour... par l'expropriant
pour l'exproprié. Honnêtement, là, on
parle non seulement d'un recul quant au droit de propriété, mais en plus de ça,
on parle d'un recul pour les droits de...
d'un propriétaire d'avoir des avis de professionnels pour pouvoir... parce
qu'on va se le dire, là, ma mère qui se fait exproprier demain matin,
là, elle, elle ne connaît pas la loi, elle va avoir besoin d'avoir des
professionnels autour d'elle, mais elle va devoir demander la permission à
l'expropriant avant de pouvoir décider de donner un contrat à un professionnel
qui va pouvoir l'accompagner. Ça, honnêtement, c'est du jamais-vu.
Donc,
sur l'article 87, sur l'article 74, je vous dirais que c'est les deux
points de déséquilibre majeurs. Il y en a plusieurs autres, là, je vais
vous laisser le soin de bien éplucher le mémoire qu'on vous dépose, mais
assurément, à cause de ça, la finalité,
c'est qu'il va y avoir un recul quant à l'attractivité économique du Québec. Et
ça, c'est important. Ça, honnêtement, on ne peut
pas perdre ça de vue actuellement, là. Quand on sait que le Québec va devenir,
donc, le plus exigeant en matière de processus d'expropriation, à un moment
donné, ça, il y a des gens qui vont se gratter la tête puis qui vont dire : Bien, des investissements, on va
peut-être les faire ailleurs qu'au Québec, alors qu'on est dans une
crise du logement, alors qu'on a besoin de montants importants actuellement
pour pouvoir permettre de lever des logements un peu partout, parce que la
crise du logement n'est pas uniquement à Montréal, n'est pas uniquement à
Québec, est dans toutes les régions du Québec. Me Georgescu.
Mme Georgescu
(Adina-Christina) : Si je peux me permettre, relativement au «planning
blight» auquel Mme Melançon vient de faire référence, je veux juste faire
une... un comparatif avec d'autres juridictions.
La Colombie-Britannique,
dans sa loi sur l'expropriation, exclut expressément, à l'article 33, la
possibilité pour le tribunal de tenir compte, dans la fixation de l'indemnité à
l'exproprié, des démarches du corps expropriant pour changer les usages, changer le zonage, changer les règles en place
afin de notamment réduire la valeur de la propriété en vue de
l'expropriation. Le «planning blight» est textuellement et expressément
interdit par la législation de la Colombie-Britannique.
En Ontario, la
situation est très similaire, quoique pas aussi expresse dans la loi. Les
tribunaux, depuis des années, des dizaines
d'années, sont au même effet : le «planning blight» est une pratique qui
est interdite. Et on ne tient pas
compte des démarches antérieures à l'expropriation prises par le corps expropriant
pour changer les règles, changer les usages autorisés afin d'essayer de
réduire la valeur lors de la fixation de l'indemnité définitive à l'exproprié.
Donc, je vous dirais,
si on compare avec les autres juridictions, le Québec serait, avec ce nouveau
projet de loi, le plus restrictif.
M. Morin : Dans la loi... enfin, le projet de loi, on parle
de la «juste valeur marchande», mais avec ça, bien là, il arrive un
cadre qui va venir baliser les indemnités. Est-ce que je me trompe, si, dans
d'autres juridictions au Canada, notamment en Ontario, en Colombie-Britannique,
on parle aussi de la «juste valeur marchande»?
• (12 h 40) •
Mme Georgescu
(Adina-Christina) : Je peux y aller. Tout à fait, on parle de la
«juste valeur marchande» dans ces autres juridictions également. Mais la juste
valeur marchande est toujours calculée sur la base du même principe, l'usage le
meilleur et le plus profitable, selon l'interprétation qui en est faite
aujourd'hui au Québec par nos propres tribunaux. C'est un principe de base
fondamental qui est applicable à travers le Canada et depuis des... une
centaine... plus d'une centaine d'années, comme le mentionnait Me Gratton
tout à l'heure et Mme Melançon dans ses mots introductifs. Ce n'est pas quelque
chose qui est hors de l'ordinaire. Même si on utilise le terme «valeur
marchande», la valeur marchande est basée sur des principes d'évaluation
foncière, d'évaluation...
Quand on parle de
l'ordre des évaluateurs du Québec, c'est à eux qu'on fait référence. C'est un
principe d'évaluation qui est utilisé pour fonder cette valeur marchande là et
c'est le même principe qui est utilisé partout. Il n'y a aucune distinction. On
parle au Québec, de façon plus particulière, de ce qu'on appelle la valeur à
l'exproprié, qui est une particularité, mais ce n'est pas parce qu'on utilise
ce terme-là que ça veut dire nécessairement que les autres juridictions ne font
pas l'exercice de la même manière. C'est juste qu'ils l'appellent différemment.
Dans les autres juridictions, ça s'appelle... je m'excuse, je n'ai pas le
terme... le terme ne me revient pas, je n'arrête pas de l'oublier, mais je vais vous le donner dans un instant. Il y a un terme
en anglais, le «special economic advantage», qui tient compte... On peut
le traduire au Québec, dans le nouveau projet de loi, comme étant l'indemnité
de convenance. Le «special economic advantage» est la valeur particulière que
l'on peut donner à un bien par rapport au propriétaire qui, lui, en bénéficie
d'une manière très spéciale, d'une manière dont un autre propriétaire, qui
serait propriétaire de la même propriété, ne bénéficierait pas. Dans toutes les
autres juridictions canadiennes, cette portion de l'indemnité bénéficie à tous
les types d'expropriés. Avec le nouveau projet de loi n° 22, on limite, au
Québec, l'indemnité de convenance
strictement au secteur résidentiel, donc seulement si quelqu'un se fait
exproprier de sa résidence principale.
M. Morin : Je
vous remercie. Il y a plusieurs municipalités... puis vous avez peut-être
regardé les audiences de la commission, là,
ça fait plusieurs jours qu'on siège. Il y a plusieurs municipalités qui nous
ont dit : Écoutez, c'est un bon projet de loi, il faut faire
quelque chose, parce que nous, on a des obligations en vertu de la loi, on est
obligées de refaire nos zones d'urbanisme, on est obligées de protéger des
zones éventuellement pour protéger l'environnement, on a des zones hydriques.
Donc, nous, on n'a pas le choix, là, on est obligées d'adopter des règlements,
et là, bien, évidemment, après ça, ça fait en sorte qu'il y a des gens qui vont
être expropriés, mais on ne voudrait pas qu'on ait à payer pour ça ou qu'on
plaide de l'expropriation déguisée, parce que, finalement, on n'a pas le choix
de faire ça.
Qu'est-ce
que vous répondez à ces villes-là qui disent : Écoutez, nous, on est
coincées, là, on n'a pas le choix, là?
M. Gratton
(Luc) : Je comprends qu'effectivement, en vertu de... du cadre
d'aménagement, elles peuvent ne pas avoir le choix, mais il faut bien
comprendre que ça ne va pas résulter nécessairement dans des situations qui ne
pourront pas se régler conformément aux règles actuelles.
D'abord, ce n'est pas
parce que, je veux dire, vous êtes obligés d'exproprier un milieu humide que ça
va vous coûter une fortune. Si le milieu humide, il était déjà zoné depuis
40 ans comme un milieu naturel, la personne qui l'a acquis il y a
20 ans, elle ne sera pas indemnisée d'une façon indue. Elle a un bien qui
est déjà zoné milieu humide, et sa valeur, c'est celle d'un milieu humide déjà
zoné comme tel.
Si,
par contre, elle a un zonage résidentiel à l'égard d'un milieu que tout à coup
on découvre qu'il est humide, et sur ce milieu... dans ce milieu
résidentiel, elle a posé divers gestes, par exemple, adopté un zonage
résidentiel, négocié des ententes sur la desserte des terrains en cause, signé
des protocoles de développement du terrain, et qu'elle change son fusil
d'épaule, parce qu'elle se sent contrainte par ce cadre-là, et qu'elle le zone
conservation en application de ce nouveau cadre là, et qu'elle l'exproprie,
bien, c'est bien malheureux, mais, en vertu de nos règles, elle va devoir
indemniser le propriétaire pour le potentiel qu'il avait à l'égard de ce
logement-là.
Alors, il va y avoir différentes situations, et
c'est ça, notre jurisprudence, comme je vous dis. Il y a des règles qui font en
sorte qu'on doit considérer la situation concrète devant laquelle on fait face,
et probablement que ça va être plus difficile dans cette situation-là, mais ce
n'est pas une raison pour priver le propriétaire de ce à quoi il a droit, de ses investissements, de ce qu'il a payé
en termes de taxes pendant les années passées, des efforts qu'il a faits,
des frais professionnels qu'il a engagés puis de lui dire : Bien, écoute,
nous, collectivité, on a besoin de ton terrain, puis c'est bien dommage, c'est
le cadre dans lequel on doit agir, puis on ne paiera pas ce que ça vaut, point
à la ligne. Ce n'est pas la réponse acceptable.
J'ai entendu parler, tantôt, de fonds qui
pouvaient être mis à la disposition des municipalités. Si on leur impose des
obligations qu'en vertu du cadre actuel et dans une perspective de...
d'indemniser justement l'exproprié, si on a besoin de fonds, bien, il va
falloir dégager des fonds autrement. Mais on ne peut pas demander au
propriétaire d'être celui qui va, dans le fond, donner son terrain à la
communauté pour exécuter ce... pour entrer dans ce nouveau cadre là. Voilà.
M. Morin : Merci. Il me reste encore
une minute, deux minutes?
Le Président (M. Jacques) : Trois
secondes.
M.
Morin : Trois secondes. Oh! Qu'est-ce que vous pensez d'un
protocole d'instance pour faciliter la procédure devant le TAQ?
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci met fin à la période d'échange. Je cède maintenant la parole au
député de Taschereau pour 4 min 8 s.
M. Grandmont : Oui, merci, M. le
Président. Me Gratton, Me Georgescu, Mme Melançon, merci d'être
là aujourd'hui.
J'aimerais d'abord aller sur le 93 % versus
7 % que vous avez beaucoup évoqué, 93 % des cas qui se règlent de gré
à gré. On comprend que sur l'ensemble de ce qui se passe au Québec, j'imagine
qu'il y en a beaucoup, là. J'ai beaucoup suivi le dossier du tramway.
Évidemment, des fois, c'est des petites... on appelle ça des lichettes de
terrain. Donc, des cas, il doit y en avoir énormément au Québec. Je peux
comprendre que le 7 % représente peut-être plus des cas qui sont coûteux, complexes, dans des projets, des grands
ensembles, ligne bleue et autres projets de cette... de ce type-là. Le 7 %, là, sur la valeur totale
des expropriations au Québec, là, des montants qui sont versés en
indemnisation, là, ça représente combien, ce 7 % là, de l'ensemble?
M. Gratton (Luc) : On n'a pas... On
ne peut pas vous donner de réponse. Ça doit varier... Ça doit varier avec les
années, là. Écoutez, c'est comme dans le domaine civil. On a des règles, dans
le Code civil, qui aménagent les droits de... les droits et obligations des
gens entre eux. Comme avocats, nous autres, l'expérience que l'on a, c'est que
90 % des dossiers litigieux vont se régler hors cour. Mais, je veux dire,
d'une année à l'autre, le montant qui va se régler, je n'en ai pas connaissance
et je ne pense pas...
M. Grandmont : On peut soupçonner
que ça... On peut soupçonner que ça va être un montant quand même plus
important que 7 %.
M. Gratton (Luc) : Ah! ça, c'est
évident. C'est évident.
M. Grandmont : Parfait. Vous avez
parlé aussi de la crise du logement. Je m'interroge, quand même, parce que
depuis... la crise du logement, elle existe... ce n'est pas un phénomène
récent, elle existe depuis au moins... moi, j'ai commencé à travailler dans des
comités de citoyens il y a longtemps, en 2005, puis déjà on parlait de la crise
du logement, qui avait débuté en 2000. On
est... On joue dans des règles, le PL n° 22 n'est pas encore adopté,
sanctionné, il y a une crise du logement. En quoi le contexte actuel n'a
pas permis de régler cette crise du logement là? Donc, vous soupçonnez que le
PL n° 22 l'empêcherait, empêcherait de régler cette crise du logement
là, alors qu'elle existe depuis déjà 20... 20, 23 ans, cette crise-là. Alors,
il est où, le risque? Elle est où, la crainte, finalement, là?
Mme Melançon (Isabelle) : ...dans le
fond, ça va être un nouveau cadre juridique qui sera exclusif au Québec, ssi on
adopte le projet de loi n° 22 dans sa mouture actuelle, là, contrairement
à tout ce qui est fait ailleurs dans le
Canada. Je pense que Me Georgescu vous l'a bien élaboré tout à
l'heure. La problématique, c'est qu'actuellement... puis là je vais
mettre vraiment mon chapeau IDU, là, actuellement, il y a... on a un problème
conjoncturel avec les taux d'intérêt, avec tout ce qui se passe, là. Vous le
savez mieux que quiconque, là, on a cette problématique-là, mais il vient
s'ajouter des couches, à chaque fois, sur le dos des entrepreneurs immobiliers.
Par exemple, là, on a
décidé, du côté d'Ottawa, d'enlever la TPS. Du côté de l'Ontario, on a décidé
d'enlever la taxe provinciale, chose qu'on n'a pas décidé de faire du côté du
Québec. Savez-vous que les investisseurs vont se dire : Il y a un
problème, actuellement, avec le projet de loi n° 22 au Québec, il n'y a plus
de TVQ... il n'y a plus de TVO, donc la taxe de vente de l'Ontario, il y a plus
de... on va s'en aller en Ontario, on va aller investir, on va aller mettre des
capitaux en Ontario. Ils vont faire la même chose avec la Colombie-Britannique,
qui ont aussi fait des choix autres. Donc, c'est les... les choix qui sont
faits aujourd'hui mettent une pression supplémentaire, alors que je veux juste
vous dire, là, les promoteurs ont besoin de tout sauf d'une pression
supplémentaire, actuellement, pour faire du logement.
M. Grandmont : Il y a des groupes...
Il y a des groupes qui sont venus nous voir puis ils nous ont dit : Ce que
les promoteurs ont besoin, c'est de la prévisibilité. Puis ils nous ont dit
qu'à l'intérieur du PL n° 22, de la façon dont il est écrit, il y a même de la matière à lutter contre la crise du
logement, au contraire, tout à fait au contraire de ce que vous dites
actuellement, là.
Mme Melançon (Isabelle) : Bien, moi,
je peux vous dire que je représente quand même la très, très grande partie des entrepreneurs immobiliers, puis il n'y
a pas personne qui est venu me dire qu'à l'intérieur du projet de loi
n° 22, tel qu'il est rédigé actuellement, avec le déséquilibre que
ça va créer, ça va permettre de sortir du logement de terre.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup. Ceci termine la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous remercie pour votre
participation.
Et la commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 50)
(Reprise à 15 h 02)
Le Président (M. Jacques) : Bonjour
à tous. La Commission des transports et de l'environnement reprend ses travaux.
Nous poursuivons les consultations particulières
et les auditions publiques sur le projet de loi n° 22, Loi concernant
l'expropriation.
Cet
après-midi, nous entendrons les organismes suivants : Vivre en ville,
l'Association nationale des propriétaires de terrains de golf du Canada
et le Centre québécois du droit de l'environnement.
Je souhaite
la bienvenue aux représentants de Vivre en ville. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour faire votre exposé, après quoi nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et à débuter votre exposé.
Vivre en ville
M. Savard (Christian) : Bonjour à
tous. D'abord, merci à la commission pour l'invitation pour venir commenter cet important projet de loi. Mon nom est
Christian Savard, je suis directeur général de Vivre en ville. Je suis
accompagné de Samuel Pagé-Plouffe, directeur affaires publiques, chez Vivre en
ville, également.
Donc, d'entrée de jeu, on tient à saluer
l'intention du gouvernement de moderniser le régime d'expropriation québécois.
On sait que le Québec s'est donné des objectifs importants en matière
environnementale, notamment en protection du territoire. On sait que, lors de
la COP15 de l'année dernière, on a décidé de viser une protection de 30 %
de notre territoire. On sait également qu'on a des enjeux en matière de logement,
et une des clés, c'est le contrôle du foncier pour les villes. Si on veut
construire plus de logements, que ce soit privé ou public, il faut que les
villes aient davantage d'outils pour avoir un certain contrôle du foncier,
particulièrement pour le logement social, où est-ce qu'avoir des terrains est
très difficile.
Considérant aussi que le gouvernement a pris des
engagements de construire de grands projets de transport public, ayant vu, dans
les dernières années, des projets de transport public menacés en matière de
coûts en raison du régime actuel
d'expropriation, et considérant également que le Québec s'est doté d'une
politique nationale d'architecture et d'aménagement du territoire qui
marque un certain virage dans l'importance qu'on donne à comment on aménage nos
villes... et qui vont demander aux différents paliers de gouvernement, que ce
soit le gouvernement du Québec ou les villes, davantage d'outils pour atteindre
les objectifs, on ne peut qu'encourager le gouvernement à aller le plus loin
possible dans la modernisation de cette loi-là afin de faciliter les processus
et de diminuer les coûts pour les pouvoirs publics.
Nous avons... On n'a pas... on ne croit pas
avoir la finesse sur les technicalités juridiques. Toutefois, sur la portée du
projet de loi, on croit qu'on a quelques recommandations dans notre mémoire,
qu'on vous a transmis, qui pourraient le bonifier et l'amener, là, un peu plus
loin. Donc, je laisse maintenant mon collègue vous présenter quelques-unes de
ces recommandations.
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Merci. Merci, Christian. Bonjour, tout le monde. Je
commencerais rapidement par une statistique : en 1980, 75 % des
enfants québécois allaient à l'école à pied. Aujourd'hui, c'est moins de
25 % des enfants qui peuvent le faire. Et ça, la
raison pour laquelle c'est le cas, c'est que les écoles, comme d'autres
services publics, se sont beaucoup éloignées, hein, notamment en raison de
l'étalement urbain, donc, les services du quotidien
se sont éloignés. Et là je veux juste vous dire, on ne prétend pas que
l'expropriation, le régime d'expropriation, à lui seul, est responsable
de cette statistique-là, bien sûr que non. Par contre, il est vrai que comme il
est souvent plus cher et plus compliqué
d'aller chercher un terrain qui est bien situé, qui est sous-utilisé mais qui
se trouve à proximité des services, ça a comme conséquence,
effectivement, que les services sont souvent moins bien localisés. Et on a encore, tout récemment, un exemple d'école qui se
retrouve, là, en périphérie, sur le bord d'une autoroute, à un endroit
où, même, la qualité de l'air est néfaste pour les enfants.
Et ce que l'on se
dit, c'est : Avec un régime de l'expropriation renouvelé, c'est vrai pour
les écoles, mais ce sera vrai pour les autres services publics, ce sera vrai
même pour le développement de la mobilité durable, ce sera vrai pour
l'habitation. Il sera possible d'en faire plus pour moins cher.
Alors, notre mémoire,
là, s'appelle Pour un régime d'expropriation au service de l'intérêt public.
On trouve que cette idée-là d'intérêt public est vraiment fondamentale dans la
discussion qu'on a à avoir. Intérêt public, certes, pour ce que ça coûte aux contribuables québécois de développer des
infrastructures, mais intérêt public aussi pour une qualité de vie
collective, là. On passe beaucoup plus de temps... je donnais l'exemple, là,
avec les écoles, beaucoup plus de temps dans
la congestion parce que... parce qu'on a un développement qui est très étalé,
parce que les terrains les plus intéressants, souvent, sont trop chers.
Alors,
je passe rapidement à nos principales recommandations. La première
recommandation : élargir la portée du projet de loi pour habiliter
les pouvoirs publics à utiliser l'expropriation pour accélérer et encadrer le
développement des terrains autour des infrastructures de transport en commun.
Je ne crois pas être le... je crois que Vivre en ville, on n'est pas les seuls à avoir fait cette
proposition-là devant cette commission. Je sais que la STM, notamment, en a
fait part. On a regardé un peu ce qui se passe, là, en Colombie-Britannique,
puis effectivement, on trouve que c'est un modèle qui est inspirant.
Donc, c'est notre première recommandation.
Ensuite, peut-être
notre recommandation la plus originale : exiger que toute expropriation
soit réalisée en cohérence avec les finalités de la planification territoriale.
Donc, les finalités de la planification territoriale, c'est un article qui se
retrouve dans la LAU, la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, qui a été
modifiée, là, tout récemment, donc, au mois
de juin dernier. Et on a ajouté, donc, une série d'objectifs, de pourquoi on
fait de la planification territoriale. Et,
pour nous, c'est un petit peu un garde-fou parce que ces objectifs-là, vous
pourriez aller les consulter, ce sont tous des objectifs qui vont dans
le sens de l'intérêt public.
Alors, comme disait
Christian tout à l'heure, on a une nouvelle politique d'aménagement du
territoire, et, définitivement, le
renouvellement du régime d'expropriation, ça peut être un puissant outil pour
l'aménagement durable du territoire. Et pourquoi pas... puis là on a
même une proposition de libellé sur comment on pourrait le faire, là, mais
pourquoi pas, donc, avoir les finalités de la planification territoriale pour
guider, finalement, pour guider le législateur qui décide d'exproprier ou...
enfin, les pouvoirs publics?
Recommandation
3 : inclure la lutte contre les changements climatiques et la protection
de la biodiversité comme motif d'utilité publique ou de fins municipales. Là,
ce que je dirais là-dessus... notamment pour guider les tribunaux dans leur
interprétation et peut-être une interprétation qui pourrait être évolutive en
fonction de l'évolution de la science. Et concrètement, demain matin, comment
cette recommandation-là transformerait l'interprétation des tribunaux, je ne le
sais pas, mais je pense que, justement, les tribunaux seraient invités à,
justement, se fier davantage à la science climatique.
• (15 h 10) •
Recommandation
4 : consacrer la valeur marchande comme base de la fixation de l'indemnité
d'expropriation, comme le propose le projet de loi, et baliser davantage
ce concept. Donc, pour l'essentiel, comme le disait Christian tout à l'heure,
nous, à Vivre en ville, on reçoit bien le projet de loi. On le voit d'un bon
oeil et on appuie, là, la décision d'y aller avec la valeur marchande pour
déterminer les montants d'expropriation. On constate qu'il y a différents
partenaires, notamment de la CMQ, qui ont souhaité qu'il y ait un balisage un
peu resserré de la manière dont on détermine l'indemnisation qui doit être
fournie, mais somme toute, cette recommandation-là, le message que l'on veut
passer, c'est que l'on appuie l'orientation générale du projet de loi.
On a deux
propositions aussi où, là, franchement, on a une grande humilité, là. On
propose d'étudier la possibilité d'indemnités réduites pour décourager la
négligence et l'abandon d'immeubles et pour encourager la construction
résidentielle. Donc, par exemple, un terrain qui est vague ou qui est
sous-utilisé depuis très longtemps, est-ce qu'il ne pourrait pas y avoir une
certaine, disons, pénalité dans le montant de l'indemnisation, justement, pour
encourager la construction résidentielle, pour faire face à la crise de
l'habitation? C'est une question qu'on pose, puis peut-être que ce serait un
régime transitoire, mais on propose aux décideurs, à tout le moins, d'y
réfléchir. J'ai essayé de consulter, là,
l'analyse d'impact réglementaire du projet de loi. J'ai trouvé une version
préliminaire, mais je n'ai pas trouvé, donc, tous les détails, je ne
sais pas si ça a été considéré.
Recommandation
7 : adopter les articles sur l'expropriation déguisée inscrits dans le
projet de loi. Et recommandation 8, il faut vraiment les lire ensemble : lors
d'une prochaine intervention législative du ministère des Affaires municipales,
donc, codifier le principe et essentiellement, donc, protéger les pouvoirs des
municipalités en matière d'urbanisme, de
zonage, tout ça parce qu'on ne croit pas qu'à travers 22 on va régler la
question de l'expropriation déguisée. C'est une question qui est
particulièrement, disons, urgente depuis les deux dernières années, depuis les
décisions récentes des tribunaux. Le
ministère des Affaires municipales aura à fournir, je crois, une solution
législative pour clarifier les choses, mais je ne crois pas qu'on y
arrivera à ce moment-ci.
Donc, ce sera tout pour ce qui est de nos
recommandations spécifiques, et on est, évidemment, disposés à prendre
l'ensemble de vos questions.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre présentation. J'invite
maintenant la députée d'Argenteuil à débuter les échanges.
Mme
Grondin : Merci, M. le Président. M. Savard, M.
Pagé-Plouffe, peut-être, avant tout, excuser la ministre, qui est
absente. Elle est au salon bleu en motion du mercredi. Elle aurait bien aimé
être avec vous.
Donc, je vais tenter d'être aussi éloquente
qu'elle. On sait que, bon, le dépôt de projet de loi, vous l'avez bien vu,
c'était une demande depuis des années, à maintes reprises, par le milieu
municipal et d'autres acteurs de la société.
On voit que la loi actuelle a d'importants impacts sur la hausse des outils...
des coûts des projets d'infrastructure, des infrastructures, notamment,
ou des projets structurants, et sur les délais de livraison. Et, depuis le
début de la consultation, il y a une majorité, là, d'intervenants, à ce jour,
qui sont en faveur du projet de loi.
En novembre 2021, vous aviez co-signé une
lettre, notamment M. Savard, où vous souhaitiez que... la réforme devait
avoir pour objectif une meilleure localisation, un meilleur contrôle des coûts
des équipements publics et une réalisation plus efficace des projets. Malgré ce
que vous nous avez partagé, est-ce que vous considérez que l'objectif est
atteint?
M.
Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien, pour l'essentiel, je crois que l'objectif
est atteint. On devra, je crois, mesurer l'atteinte de cet objectif-là
au moment de la mise en oeuvre de la nouvelle loi.
J'ai essayé de me faire une tête, combien on va
économiser avec ça, et c'est difficile parce que ce que le projet de loi vient
faire, c'est limiter la spéculation, et la spéculation, bien, parfois, un
projet de loi... excusez-moi, une
expropriation... Par exemple, pour la ligne bleue, certains terrains ont coûté
quatre fois plus cher que l'estimation du départ. Est-ce que ce sera le cas pour l'ensemble des expropriations?
Est-ce que les indemnisations vont être réduites de manière faramineuse
à chaque fois? C'est évident que la réponse est non.
Et on sera
bien intéressés de voir à quel point ça contribue à améliorer, à diminuer les
coûts, dans certains cas, et aussi à
améliorer la rapidité de la livraison, mais ce que j'ai à dire là-dessus, c'est
que, je crois, ce que le gouvernement a fait, c'est de répondre
positivement à la demande qui a été faite, beaucoup par le milieu municipal,
mais vraiment pas que par le milieu
municipal. Vous avez nommé la lettre ouverte que l'on avait signée. Donc, il
n'y a pas de surprise pour nous, la
demande qui était faite, c'était effectivement d'y aller sur la valeur
marchande. Et donc, oui, somme toute, le projet de loi va dans le bon
sens, je spécifie, quand même, sur la question de l'expropriation, hein? Expropriation
déguisée, c'est un tout autre sujet.
Mme Grondin : J'aurai évidemment des
questions à ce sujet, mais avant d'embarquer dans cet aspect-là du projet de
loi, et surtout sur toute la question de la protection des milieux naturels,
c'est mon dada, donc on pourra en parler si
nous avons le temps, on a eu quelques intervenants, là, qui sont venus pour
nous expliquer, en fait, que ce projet de loi aurait des impacts sur le
développement d'habitations, par exemple, ou qu'il viendrait réduire
l'attraction des investissements. J'aimerais vous entendre sur ce sujet-là.
M. Savard (Christian) : ...difficulté
à comprendre pourquoi ça ferait ça. On l'a entendu puis on n'est pas... on ne
comprend pas. Il n'y aurait... il n'y aurait personne qui va perdre sa chemise,
c'est... Il n'y a pas de remise en question du droit de propriété. On n'est pas
en train de saisir des terres, on est en train de moderniser une vieille loi
qui, de par son évolution, avec le temps, a montré ses limites de manière
flagrante.
On l'a vu, il
y a un paquet d'intervenants qui sont venus nous dire : Vous voyez, on n'a
pas pu faire ça à cause de ça ou ça nous a coûté des dizaines de millions de
plus à cause de ça. Et je crois... je ne crois pas que les propriétaires
vont être floués dans l'expropriation. Il ne
faut pas oublier non plus que, tu sais, il y a une limite à ce que les pouvoirs
publics vont pouvoir exproprier, là. Tu sais, tu ne le fais pas pour le faire,
tu le fais parce que tu as des très bonnes raisons d'intérêt public. Et je pense que les défis auxquels font
face... qu'on fait face nécessitent ce genre d'intervention là.
On se rend
compte qu'à travers le monde les sociétés qui réussissent, là, à relever un
certain nombre des défis environnementaux,
sociaux qu'on a, très souvent les pouvoirs publics ont plus accès à du foncier.
Bien, il y a différentes manières de... des fois, ils possèdent
d'avance, mais parfois il faut pouvoir acheter, et le régime actuel ne
fonctionne pas, est, en quelque sorte,
brisé. Je pense qu'il n'y a personne qui... Nous, on n'a pas cette
interprétation-là que les gens... puis il ne faut pas oublier que le
régime québécois... Il y en a d'autres ailleurs, des régimes d'expropriation,
qui sont souvent mieux calibrés, et je ne pense pas qu'on quitte ces
juridictions-là pour ça, là. Donc, probablement que le régime québécois,
actuellement, est trop généreux.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Peut-être...
Mme Grondin : Oui, allez-y.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : ...un
petit élément complémentaire. Si on réussit à construire plus efficacement et à
moindre coût des projets de transport collectif, bien, forcément, on pourra
déjà en construire plus parce qu'on en aura plus pour notre argent. Et je nous
invite à penser au développement immobilier qui se fait tout autour, là, du
REM. On voit ce que ça a comme conséquences, quand on lance des projets de
mobilité, de mobilité durable. Ça propulse, en fait, le développement de
l'habitation.
Après, bien, c'est vrai qu'il faut avoir les
capacités d'offrir de l'habitation qui répond aux différents besoins. Et je
sais que les gens en habitation, notamment logement social, tout ça, ont des
revendications pour le projet de loi. Je crois que c'est
important de les entendre, mais, somme toute, on voit d'un bon oeil, à la fois
pour le transport et pour l'habitation, ce qui se trouve dans le projet de loi.
• (15 h 20) •
Mme Grondin :
M. le Président, il me reste
combien de temps pour que... parce que j'ai beaucoup de questions.
Le Président (M.
Jacques) : 9 min 31 s.
Mme Grondin :
Ah! Si on va du côté de la
protection des milieux naturels, si on prend l'aspect, par exemple, d'expropriation
déguisée, il y a eu, au cours de la présente consultation, différentes
propositions. Vous soulignez le fait qu'il est probablement très important
d'enchâsser le principe... en fait, je le résume comme ça, mais n'hésitez pas à me corriger, le principe qui reconnaît les
devoirs du milieu municipal, des devoirs qui sont sans équivoque, en matière
de protection de la biodiversité. Vous en parlez notamment à la page 17 de
votre mémoire.
Est-ce que je
comprends bien, dans le fond, qu'il y a peut-être un autre véhicule que le
projet de loi n° 22 qui viendrait enchâsser ce principe-là?
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Oui, absolument. Donc, ce que le projet de loi fait, c'est
de débuter une certaine codification de la question de l'expropriation
déguisée. Ceci dit, on est loin d'avoir une clarification et une protection des
pouvoirs des municipalités en matière de zonage, d'urbanisme, de
réglementation. Et donc, bon, nous, on est à l'aise, là, à ce que le
gouvernement adopte les articles qui concernent l'expropriation déguisée dans
le projet de loi.
Ceci dit, on est
convaincus qu'il sera nécessaire d'y avoir une seconde intervention
législative, celle-ci du ministère des Affaires municipales et de l'Habitation,
spécifiquement pour protéger les pouvoirs des municipalités en matière de protection du territoire, protection
des milieux naturels. Et essentiellement ce sont des pouvoirs de zonage,
hein, et, à cet égard-là, bien, quand les municipalités utilisent ces
pouvoirs-là, il ne faut pas que ça donne lieu à des indemnités.
Et l'expropriation
déguisée, c'est un concept qui a été interprété par les tribunaux, et là,
maintenant qu'on constate, là... On avait
fait partie, à Vivre en ville, même, d'un recours à la Cour suprême, on y
réfère dans notre mémoire, et, bon,
la Cour suprême a refusé de l'entendre, et donc, maintenant, la balle est
complètement dans le camp du législateur.
Et
moi, une chose qui me rassurerait beaucoup, en fait, c'est qu'il y ait un
engagement, peut-être de Mme la ministre ou, enfin, du gouvernement,
que, dans un deuxième temps, on y revienne, à la question de l'expropriation
déguisée, peu importe lequel véhicule, peut-être dans un omnibus municipal,
donc, pour donner de la clarté, de la prévisibilité aux municipalités qui ont
des obligations très importantes en matière de protection du territoire puis
qui vont devenir de plus en plus importantes. Christian parlait tout à l'heure
de la politique d'aménagement du territoire. Dans les nouvelles orientations gouvernementales, on va exiger d'identifier, de
protéger, par exemple, les corridors écologiques, tout ça, mais on se
retrouve, en ce moment, dans une espèce de flou ou de vide... pas de vide
juridique, en fait, je dirais dans une incertitude qui limite, définitivement,
la capacité des municipalités à le faire.
Mme Grondin :
Bien, en fait, peut-être, pour
vous rassurer d'emblée, je sais que la ministre discute actuellement avec la ministre des Affaires municipales et le
ministre de l'Environnement. Donc, effectivement, là, ils sont en train de
regarder de quelle façon et si c'est possible d'intervenir à ce niveau-là.
Vous avez parlé... En
fait, il y a certains intervenants qui suggèrent de définir ce que c'est, une
expropriation déguisée. Est-ce que vous considérez que c'est un élément qui est
essentiel?
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Pas à ce moment-ci.
Mme Grondin :
Parfait. Peut-être une autre
petite question. Je vous ramène à la recommandation n° 2,
en fait : exiger que toute expropriation soit réalisée en cohérence
avec les finalités de la planification territoriale. Vous en avez parlé.
En fait, j'aimerais
bien saisir, parce que je vous avoue que, d'emblée, je suis un peu préoccupée.
La connaissance du territoire, au sein des MRC, elle n'est pas pareille partout
au Québec, puis il y a encore beaucoup de connaissances à acquérir. Il y a des
enjeux qu'on va découvrir, notamment avec les changements climatiques ou
l'adaptation aux changements climatiques. Il y a des... Donc, est-ce que ce
n'est pas un peu comme encarcaner la loi sur l'expropriation, si on le met dans
un outil de planification territoriale qui n'est pas révisé quotidiennement,
nécessairement?
M. Savard
(Christian) : J'aurais tendance à dire que... puis je comprends
pourquoi on pose la question. J'aurais
tendance à dire qu'à notre lecture c'est le contraire. Elle renforce la loi
parce que les finalités sont relativement larges, hein, et concernent
notamment l'adaptation aux changements climatiques. Et c'est aussi une manière
de lancer... de renforcer le message de la
bonne planification et que ce n'est pas qu'un caprice, par exemple, d'un gouvernement, de faire de l'expropriation. C'est
parce que ça s'inscrit à travers les orientations qu'il y a inscrit dans une...
dans sa loi qui concerne le territoire, donc la LAU.
Donc, pour nous, ça
vient, au contraire, embrasser un peu plus large et donner plus de force aux
motifs d'expropriation. Donc, c'est un enjeu de cohérence et de renforcer, je
dirais, tout le régime d'aménagement du Québec en faisant ça. Donc, c'est comme
ça que... c'est dans... c'est le sens de notre proposition.
Mme Grondin : ...en
désaccord, mais peut-être, pour le commun des mortels, peut-être... c'est
peut-être le terme «finalité», en fait, qui, selon moi, n'est peut-être pas
assez concret. Qu'est-ce que ça veut dire, vraiment, là? Est-ce que vous êtes... vous seriez en mesure de
me donner un exemple, par exemple, pour la protection de la biodiversité?
Ce serait ça, le grand... la grande finalité, même si on ne connaît pas les
endroits où il faudrait conserver sur un territoire, par exemple?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Absolument.
En fait, les finalités... c'est un terme, effectivement, qui est assez
technique, les finalités de la planification territoriale. c'est tout
simplement un article auquel on réfère, qui se trouve dans la nouvelle Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme. Et donc il y a une série d'objectifs communs
qu'on se donne sur la planification territoriale. Et l'objectif 9 se lit
ainsi : «La conservation et la mise en valeur des milieux naturels, de la biodiversité ainsi que l'accessibilité à la
nature.» Donc, effectivement, ce à quoi vous référiez se trouverait directement,
disons, impacté, ou on aurait le réflexe, finalement, quand on fait des
expropriations, de s'assurer de respecter cette finalité-là, de protection de
la biodiversité.
Peut-être un dernier élément. La bonne
planification nous permet aussi d'aller plus vite. Parce que, justement, quand
on se rend compte sur le tard que le choix du terrain qui a été fait pour une
école ou pour x service public se retrouve à être contesté par la population
parce qu'il est loin des services, parce que... comme on disait tout à l'heure,
parce que la qualité de l'air est mauvaise, bien là, il faut revenir à la
planche à dessin puis il faut revenir en arrière. Donc, la planification a
cette vertu-là, la bonne planification, quand on se donne un plan de match,
d'arriver à mettre en oeuvre plus rapidement nos projets.
Mme Grondin : Donc, c'est comme un
argument de plus en termes de prévisibilité?
M. Savard (Christian) : Oui, c'est
un argument de plus, en termes de prévisibilité et de légitimité des opérations d'expropriation, c'est comme ça qu'on
l'a pensé, mais de... et, de manière générale, on parle de prévisibilité.
C'est pour ça que nous... je conclurais peut-être votre... en disant : On
dit, à la fin, que le projet de loi devrait être... entrer en vigueur, le nouveau régime, lors de l'adoption du projet de
loi, donc ne pas attendre six mois, mais également prendre tout de suite
les recommandations sur l'expropriation déguisée, parce qu'il y a comme une
urgence d'agir dans tellement de domaines que... et on a... qu'il faut agir le
plus vite possible et ne pas attendre au projet parfait, et ne pas faire des
délais. Je pense que c'est un outil qui est essentiel. Je voulais préciser ça.
Mme Grondin : C'est malheureusement
fini.
M. Savard (Christian) : Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre intervention, Mme la députée. Je cède maintenant la parole
au porte-parole de l'opposition officielle, M. le député d'Acadie, pour
16 min 31 s.
• (15 h 30) •
M. Morin : Merci, M. le Président.
Alors, bonjour, bon après-midi. Merci d'être là avec nous. Merci pour votre
mémoire.
J'ai quelques questions pour vous. Notamment, à
la recommandation 4 de votre mémoire, à la page 5, donc, vous suggérez de
«consacrer la valeur marchande comme base de fixation de l'indemnité
d'expropriation, comme le propose le projet de loi, et de baliser davantage ce
concept». J'aimerais ça que vous puissiez nous parler davantage. Qu'est-ce que
vous entendez par «baliser davantage ce concept»? Parce que, quand on regarde
le projet de loi, la valeur marchande du
droit exproprié est, au fond, la valeur que le législateur retient, puis, après
ça, quand on va voir aux articles, entre autres, 75, 84, 87, 88 et
suivants, le législateur, dans son projet de loi, nous propose déjà des
formules pour calculer les indemnités. Donc, qu'est-ce qu'on pourrait baliser
davantage?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien,
c'est le concept, là, de l'usage possible et l'usage probable, en fait. Comme
la CMQ l'a dit dans son mémoire, on a l'impression que des précisions
pourraient être apportées sur les éléments de preuve qu'une personne expropriée
doit présenter pour démontrer, là, la probabilité, par exemple, de la concrétisation d'un usage qui pourrait être fait
par le terrain. Encore une fois, on a une certaine humilité aussi. Peut-être
que le projet de loi va assez loin, mais on entend différents intervenants nous
dire : Là-dessus, là, sur l'usage possible, l'usage probable, il y
a un flou qui gagnerait à être précisé. Et, à cet égard-là, je serais bien même
curieux d'entendre ce que... tu sais, ce que le gouvernement a à dire sur le
risque d'interprétation que les tribunaux pourraient faire de ce concept-là
et... bien, la CMQ y a référé, la FQM aussi. Donc, on fait écho à cette
préoccupation-là, mais avec une certaine humilité.
M. Morin : Donc, en fait, vous, vous
référez, au fond, plus spécifiquement à l'article 87 du projet de loi, si
je ne me trompe pas, où... quand le
législateur dit dans son projet de loi : «L'usage le meilleur et le plus
profitable d'un droit est celui qui confère au droit la valeur la plus élevée
en argent.» Puis, après ça, bien, en 4°, on dit : «Il est probable,
et non seulement possible, que cet usage se concrétise dans les trois ans qui
suivent la date de l'expropriation.» Donc, c'est de ça dont vous parlez?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : ...de ça
dont on parle.
M.
Morin : OK. Parfait. Donc, vous voudriez, au fond, que le législateur
précise davantage c'est quoi, «probable».
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Clarifie
l'usage le meilleur et l'usage probable, effectivement, et peut-être que c'est
à travers des clarifications au cours de la commission que ça se fera. Est-ce
que, nécessairement, c'est par un amendement au projet de loi? On n'en est pas
certains. On sait que les tribunaux vont souvent se référer aux discussions qui ont lieu lors de l'adoption des
articles, mais oui, clarifier les choses nous semblerait, dans ce cas-là,
utile.
M. Morin : OK. Dans ce même
paragraphe là, 4°, le législateur propose une période de trois ans suivant la
date de l'expropriation pour, évidemment, l'usage probable qui va se
concrétiser. Il y a des groupes qui nous ont dit que trois ans, ce n'était
peut-être pas assez long parce que, dans bien des cas, pour obtenir différentes
autorisations, permis, des différents paliers de gouvernement, ça prend
beaucoup de temps. Est-ce que vous pensez que le trois ans, c'est suffisant?
Est-ce que ça devrait être plus long que trois ans?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : On n'a
pas commenté sur le trois ans dans notre mémoire, et je pense qu'on n'a même
pas échangé entre nous là-dessus. À ma lecture et à la lecture de collèges qui
ont travaillé sur le mémoire, c'était un
temps qui était justifié. C'est certain que nous, dans la balance entre intérêt
public et l'intérêt de l'exproprié, bien, on penche du côté de l'intérêt
public. Donc, rajouter des années, je pense qu'on le verrait avec suspicion,
mais on n'a pas davantage une position là-dessus.
M. Savard (Christian) : De manière
générale, il y a... rajouter des années pourrait nous faire glisser dans une
nouvelle série d'interprétations et qui nous mènerait à des possibles dérives
du régime actuel. A priori, là, pour répondre à votre question à chaud, ce
serait inquiétant d'aller plus loin, et puis, même, c'est l'élément qui nous chicote, là, de dire : Cet aspect-là du
projet de loi peut-tu ouvrir la porte à... dans le fond, on ait encore des
indemnités trop élevées puis qu'on ne réduit pas... à réduire les coûts
des expropriations?
Donc, comme on le disait, c'est avec une
certaine humilité... Donc, c'est pour ça qu'on croit qu'il faut s'attarder à
cet aspect-là pour être sûrs qu'on fasse tout ça pour que ça ait le résultat
voulu en ce qui concerne l'accélération des projets et la réduction des coûts.
M. Morin : Il est clair, à la
lecture de votre mémoire... et vous n'êtes pas le seul groupe, mais là vous
venez de souligner spécifiquement qu'évidemment vous accordez une attention et
une importance particulière, au fond, au droit
de l'expropriant, mais évidemment, c'est important, puis d'autres groupes nous
ont dit qu'il fallait rechercher un équilibre. Donc, que faites-vous du
droit de l'exproprié?
M.
Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien, dans l'estimation de l'indemnisation, déjà,
il y a quand même une approche cas par cas. Alors, il y aura certainement
certains cas où des parties expropriées se retrouveront avec une indemnisation moindre
qu'espérée, mais il demeure qu'il y a encore la prise en compte du préjudice.
Donc, au-delà de l'unique valeur marchande, ces éléments-là sont encore pris en
compte, et moi, la lecture que je fais des articles du projet de loi, c'est
qu'effectivement il y a une approche au cas par cas. Donc, on n'est pas dans
une rigidité absolue qui empêche de prendre en compte la situation des parties
expropriées. Donc, voilà, a priori, on est assez rassurés, en fait, du respect
du droit de propriété. On est plutôt, à l'inverse, inquiets des coûts très,
très, très importants, qui s'emballent souvent pour de nombreux projets
d'infrastructure.
M. Morin : OK, merci. Toujours dans
votre mémoire, vous faites une référence, à la page 11, en haut, au régime
qui est utilisé en Colombie-Britannique et vous suggérez qu'au fond le
législateur s'inspire de ce qui se fait en Colombie-Britannique, dans le cadre
de projets de loi qui ont été adoptés... à la Loi sur les transports, pour du
développement de transport durable et collectif, avec les nouveaux pouvoirs
d'expropriation, en lien avec leur système TOD, le «transit-oriented
development».
Avez-vous
fait une analyse ou est-ce que vous savez si le processus d'expropriation en
Colombie-Britannique est comparable à celui du Québec ou... parce que,
là, vous voulez des pouvoirs accrus pour l'expropriant. Est-ce que vous savez
comment ils compensent l'exproprié?
M. Savard (Christian) : C'est une
très bonne question qu'on pourrait fouiller. C'est un pouvoir relativement
nouveau en Colombie-Britannique. Ils font face à des enjeux encore plus criants
que nous en matière d'habitation, en matière de développement d'unités
d'habitation, et donc, afin d'accélérer le redéveloppement autour du transport
en commun, ils se sont dotés de cet outil-là, un peu à la manière, là, que...
Je pense... j'ai cru comprendre que la Société de transport de Montréal le
proposait également. Ils se sont dotés de cet outil-là pour accélérer, et donc
le but étant de faire en sorte de fournir plus rapidement des unités
d'habitation construites aux abords du transport en commun, parce que ça peut
arriver, des fois, que, bien...
Tu sais, la plupart du temps, ce que les
pouvoirs publics vont préférer, c'est que... bon, bien, si ça se redéveloppe, parce qu'il y a un propriétaire qui a
acheté les terrains et que ça va vite, les pouvoirs publics n'utiliseront
pas l'expropriation, là. Ça coûte de l'argent. Il ne faut pas oublier que c'est
un régime d'exception, là. Ce n'est pas... Le but n'est pas... On n'aura pas
l'argent pour acheter le Québec, donc... mais le but étant, bien, s'il y a un
terrain très stratégiquement situé et qui ne bouge pas parce qu'il y a des
propriétaires que ça ne les intéresse pas, qui sont assis sur leur terrain,
que... pour plein de raisons, bien, qu'ils aient cet outil-là pour dire :
Écoutez, là-dessus, on pourrait construire deux belles
unités d'habitation situées à 800 mètres du transport en commun. Ça serait
du toit pour du monde. Bien, donnons-nous cette possibilité-là de pouvoir...
que les pouvoirs publics puissent exproprier pour cette fin-là à proximité du
transport en commun, mais votre question est bonne.
Pour revenir très
précisément, on n'est pas des spécialistes du droit, de la question des
expropriations, mais aller fouiller un peu serait intéressant. On va peut-être
essayer de le faire. On essaie de le faire, mais c'est... On pourra vous
revenir même, éventuellement, si on trouve des choses.
• (15 h 40) •
M. Morin : Non,
mais j'apprécierais parce que, tu sais, je reconnais votre expertise puis toute
la pertinence de vos propos puis de ce que vous voulez faire comme groupe,
comme association, sauf qu'un peu plus tôt ce matin...
Puis, je ne sais pas, vous avez peut-être écouté le témoignage de L'Institut de
développement urbain du Québec, mais, entre
autres, il nous mentionnait qu'en Colombie-Britannique, par exemple, les
tribunaux, bien, comprenaient comme base la valeur marchande, avaient
beaucoup plus de discrétion que ce que le projet de loi au Québec veut faire,
et donc, souvent, on utilisait, par exemple, la valeur au propriétaire pour
compenser les expropriés.
Donc, ce que je
comprends... puis c'est pour ça, si vous pouvez, évidemment, vérifier puis nous
revenir, j'apprécierais grandement, parce que ce que je comprends, c'est que
l'autorité expropriante a peut-être plus de pouvoirs pour agir rapidement,
mais, par ailleurs, l'exproprié, lui, perdrait probablement moins qu'avec les
balises qui sont suggérées dans la loi ou dans le projet de loi actuel du
Québec. Donc, on retrouverait cet équilibre qu'on risquerait peut-être de
perdre si le projet de loi était adopté tel qu'il est.
M. Savard
(Christian) : Personnellement, de notre côté, on trouve que
l'équilibre, actuellement, n'est pas le bon et que d'élargir certains pouvoirs,
notamment pour du développement autour du transport en commun, dans la lignée
du projet de loi, est le meilleur des mondes pour l'intérêt public, selon nous,
mais... que d'autres tiennent une position différente, là, mais il ne faut
pas... Comme je le dis, il n'y a pas de remise en question du droit de
propriété, et tout le monde sera indemnisé, personne ne va perdre de l'argent,
de l'argent potentiel, éventuellement, peut-être, mais c'est ça qui nous a menés à la situation actuelle, qui a fait en
sorte que... je pense, la ligne bleue est un bel exemple, mais que les
villes aussi ne peuvent pas agir pour protéger le territoire, pour protéger la
biodiversité. Donc, en ce sens-là, je pense que... Vas-y.
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Bien, quand on parle de l'intérêt public, là, il y a la
question pécuniaire, là, donc, que les
sommes des expropriations, pour les contribuables, soient raisonnables, mais
loger le monde, développer suffisamment d'unités d'habitation, ça nous
semble être d'autant plus fondamental. Et, à cet égard-là, bien, comme l'a dit Christian, ça nous fera plaisir d'analyser
et d'approfondir la réflexion sur le modèle de la Colombie-Britannique.
M. Morin : Puis
je suis tout à fait d'accord avec vous que se loger, un logement, pour
quelqu'un, c'est quelque chose qui est vraiment fondamental. D'ailleurs, le
projet de loi ici parle d'une forme d'indemnité pour les locataires. Est-ce que
vous trouvez que c'est suffisant? Parce qu'évidemment un locataire... Puis vous
l'avez dit, là, on le vit avec une crise du
logement présentement, un locataire qui resterait dans un appartement depuis 10
ou 12 ans, donc, qui a un loyer évidemment qui augmente, mais qui
est probablement moindre que des loyers qu'il paierait dans le même quartier,
là, aujourd'hui, est-ce que vous pensez que le projet de loi le protège
suffisamment, qu'il pourrait se relocaliser ou s'il va être obligé d'aller
véritablement ailleurs?
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Encore une fois, ma compréhension, c'est qu'il y a... il
demeure qu'il y a une approche au cas par cas. Est-ce que, dans la pratique, ce
sera suffisant? La question est bonne parce que les prix de l'immobilier
évoluent tellement rapidement qu'il faudrait quasiment une mise à jour en
continu de la manière dont on détermine les indemnités, là. Donc, c'est le
genre de chose qu'il faudra, je pense, apprécier dans la pratique. Ceci dit, une chose qui est certaine, si on exproprie
et qu'on construit 10 fois, 15 fois, 20 fois plus de logements
dans le secteur, c'est certain que, pour l'ensemble de la population, on
se retrouve avec des meilleures conditions, là, d'abordabilité.
M. Savard
(Christian) : ...intéressant d'aborder la question des locataires et
de prévoir quelque chose dans le projet de loi. Ce n'est pas quelque chose que
j'ai regardé en particulier, mais de... on aurait pu juste regarder l'intérêt
du propriétaire seul, tu sais, et d'ouvrir la porte est intéressant.
M. Morin : Parce
qu'évidemment la question des locataires m'interpelle aussi, puis je comprends
que, si, dans un projet collectif, un
promoteur construit plusieurs logements, bon, après quelques années, ça va être
mieux pour l'ensemble de la collectivité, mais, entre-temps, les
locataires et propriétaires qui ont été expropriés, eux, doivent se reloger
maintenant. Donc, très bien, écoutez, je vous remercie.
Dernière question
parce qu'il me reste à peu près une minute, M. le Président, à peine, la ville
de Mascouche, ce matin, nous disait que,
dans certains cas, ils n'ont pas le choix de procéder à des expropriations
parce qu'ils doivent se conformer à des règlements, que ce soit de
communautés métropolitaines ou des règlements du gouvernement en matière, par
exemple, de protection de milieux humides, protection de l'environnement, et
que, là, ils sont obligés d'agir, puis, des fois, que ça leur coûte cher, et
ils prévoyaient ou ils suggéraient un fonds que le gouvernement pourrait mettre à la disposition des municipalités
pour compenser les sommes qu'ils auraient à payer. Est-ce que c'est quelque
chose sur lequel vous avez réfléchi? Est-ce que ça vous apparaît une option
utile pour aider les villes ou pas?
Le Président (M. Jacques) : Trois
secondes.
M.
Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien, la priorité doit être du côté de la
clarification de l'expropriation déguisée, donc, davantage que de miser sur
l'expropriation pour protéger les milieux naturels.
Le Président (M. Jacques) : Merci beaucoup à vous deux pour votre
participation aux travaux de la commission.
Donc, nous suspendons
quelques instants pour faire place au prochain groupe.
(Suspension de la séance à
15 h 46)
(Reprise à 15 h 53)
Le Président (M. Jacques) :
Je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association nationale des
propriétaires de terrains de golf du Canada. Je vous invite à vous présenter et
à faire votre allocution de 10 minutes. Après coup, les membres de la
commission vous interpelleront et discuteront avec vous. Merci.
Association nationale des propriétaires de terrains
de golf du Canada (ANPTG du Canada)
M. Pilon
(Daniel) : M. le Président, je vais changer un petit peu mon discours
puisque Mme la ministre n'est pas là. Donc, bonjour à vous, députés et députées
membres de la commission. Merci de nous recevoir aujourd'hui pour discuter de
la loi n° 22. Nous sommes très heureux d'être
ici présents.
Donc, je m'appelle
Daniel Pilon, propriétaire de troisième génération du terrain de golf à
Saint-Zotique. Je suis actuellement le
président du conseil d'administration national de l'Association nationale des
propriétaires de terrains de golf du
Canada. Je suis accompagné ici de Mme Lucie Charlebois, que vous devez tous
connaître, Mme Charlebois qui connaît aussi l'industrie du golf, étant
elle-même de la famille du golf, sa fille étant la troisième génération du club
de golf familial. Aussi, avec moi, j'ai M. David Bérubé, directeur
régional; Mme Carole Bergeron, vice-présidente; ainsi que Nathalie Lavallée,
directrice des opérations au bureau chef à Ottawa. L'association existe depuis
plus de 30 ans, et nous offrons à nos
1 500 membres canadiens et 130 membres québécois une grande
variété de services, allant du marketing jusqu'à la défense des droits
et des intérêts.
D'entrée
de jeu, j'aimerais spécifier que l'association n'est pas ici aujourd'hui pour
démontrer une contrepartie de la loi, mais bien pour travailler ensemble pour
faire évoluer la loi pour que tout le monde puisse en être gagnant.
Aujourd'hui, l'ANPTG est présente devant vous pour établir nos préoccupations
face à cette nouvelle loi et les règlements
encadrant le droit d'expropriation au Québec. Nous croyons que cette loi, dans
le contexte politique actuel, pourrait
rapidement faire reculer... même voir disparaître une portion considérable de
l'industrie du golf dans la province.
Vous savez, le golf
est bien plus qu'un simple sport. C'est une tradition profondément ancrée dans
notre province. C'est une portion unique de notre tissu social des banlieues,
villes, villages et régions du Québec. Ce sont aussi des liens familiaux qui se tissent à travers des générations.
Combien de jeunes enfants jouent avec leurs grands-parents? Donc, c'est
des souvenirs d'été, c'est des emplois d'été pour nos jeunes et c'est aussi des
emplois d'été pour nos semi-retraités. Ce
sont aussi des entreprises locales, des petites PME qui contribuent à notre
économie et qui motivent les adeptes à visiter des endroits de toutes
les communautés partout au Québec.
Rappelons-nous que le
golf a été un moyen de détendre les Québécois de tous les âges et niveaux
sociaux, de relâcher leur stress pendant la pandémie, étant la seule activité
qui a été permise aux Québécois et Québécoises en mai 2020. Soulignons que
la majorité d'entre eux, d'ailleurs, ont continué sur le merveilleux sport
qu'est le golf. C'est sûr qu'on ne peut pas passer sous silence le merveilleux
travail des «frontliners», des gens de la première ligne, pendant la pandémie,
mais, lorsqu'on a eu l'autorisation d'ouvrir nos terrains de golf le
20 mai 2020, bien, ce sont nos employés qui étaient là pour
accueillir les golfeurs, pour leur... déstresser, leur faire prendre le plein
air, prendre une bonne marche dans un club de golf.
De plus, le golf a un
impact important sur la santé physique, la santé mentale. D'ailleurs, plusieurs
études démontrent les bienfaits du golf, tels que la diminution des risques
cardiovasculaires, réduction du cholestérol nocif. Le golf permet aussi de
travailler le souffle, tonifie le corps, réduit le stress. Il permet de
profiter du plein air et favorise la détente. Le golf inculque aussi la
patience, la concentration ainsi que la persévérance. D'ailleurs, combien de
jeunes enfants sont dans des camps de jour dans les clubs de golf du Québec
pour justement apprendre ces belles valeurs là que le golf peut inculper?
D'après l'étude
d'impact économique du golf au Canada, faite en 2019 par l'Alliance nationale
des associations de golf, NAGA, le golf a injecté près de 3,2 milliards dans
le PIB du Québec. C'est un pilier sur lequel reposent de nombreuses familles,
surtout dans les régions. On parle ici de plus de 27 000 emplois
directement reliés au golf, 18 000 emplois indirects, pour un total
de 45 000 emplois qui est relié au golf. Donc, on parle d'un revenu
des ménages de 1,9 milliard, ça, si on parle de 2019. La prochaine étude
va être effective au mois d'avril 2024.
Donc, ce projet de
loi, même basé sur une volonté légitime de moderniser le processus
d'expropriation, pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour les
terrains de golf de la province. Il ouvre alors la porte à des expropriations à
moindre coût pour les municipalités, mettant ainsi en danger des entreprises
familiales qui sont le coeur même de notre communauté. Les expropriations sont
déjà un cauchemar pour les propriétaires, mais cette loi rend la relocalisation
pratiquement impossible en dissociant l'indemnisation de la réalité du marché.
Par exemple, un propriétaire de terrain de golf
se fait exproprier et veut se relocaliser. Il va devoir discuter avec un autre
propriétaire pour acheter un 5, 6 millions de pieds carrés à la valeur du
marché et ainsi... et la valeur de l'activité économique,
dans toute sa potentialité, où est le bon zonage. De plus, il faut se rappeler
qu'il y aura des délais pour l'obtention des
permis, des autorisations en fonction des problématiques, tel que respect des
zones humides. Ensuite, nous devons
rajouter les délais sur la construction du parcours, les installations,
construction du pavillon principal. Donc,
la loi n° 22 décourage aussi les investissements dans
l'industrie du golf en amplifiant considérablement le risque
d'expropriation et en diminuant les montants d'indemnisation.
Un autre exemple, je n'irai pas investir un
2 millions de dollars sur un système d'irrigation et un système de
drainage si j'ai, au-dessus de ma tête, une épée de Damoclès qui peut faire
comme : Excusez, M. Pilon, on vous exproprie
votre terrain de golf. Je ne récupérerai pas mes investissements. Ça peut aussi
faire fuir les gens qui veulent investir pour bâtir un nouveau parcours.
Ça peut faire fuir aussi les investisseurs d'une autre province, d'un autre pays qui veulent acheter un club de golf au Québec
pour peut-être juste l'amener dans un niveau international, amener un
tournoi de la PGA. Donc, c'est toutes ces choses-là qui peuvent être vraiment,
côté investissement...
• (16 heures) •
Une réduction progressive du nombre de terrains
de golf signifiera moins de nouveaux parcours, moins de possibilités d'emploi
pour nos jeunes et nos jeunes retraités, moins de dynamisme touristique et
moins de revenus pour nos communautés aussi. S'ajoute à tout ça le drame, un
drame trop souvent oublié dans les articles traitant de ce projet de loi, des
familles expropriées qui ont consacré leur vie, et parfois plusieurs
générations, à faire prospérer leur entreprise.
Parfois, ces entreprises familiales opéraient à
perte pour une année ou deux, comme... un été comme cette année, où est-ce qu'il a plu beaucoup, c'est
difficile pour les golfs. Ce sont des propriétaires qui ont travaillé sans
compter les heures, qui ont manqué des parties de soccer de leurs
enfants, des parties de baseball, qui ont sacrifié leur santé pour le bienfait
de leur entreprise car c'était leur bébé. C'était à eux. Il y avait la pression
des générations aussi, auparavant, qui fait qu'on continue la business, mais
ils savaient qu'ils avaient devant eux une valeur sûre avec leurs
investissements, que leurs terrains gagnaient en valeur au même titre qu'un
multiplex, qu'une maison ou simplement des REER.
Vous savez, mon père, il me disait
souvent : Dan, du pied carré, ça ne perd pas de valeur, achète-toi une
terre, une terre agricole ne peut pas perdre de valeur, un terrain de golf,
c'est du pied carré, ça ne perd pas de valeur. Bien, aujourd'hui, une menace plane au-dessus de leurs têtes, la menace
qu'ils peuvent perdre leurs investissements de plusieurs générations.
Je ne connais aucun Québécois qui aimerait
et accepterait sans se défendre que leurs investissements d'une vie, un
patrimoine familial, soit amputé de 20 %, 30 %, voire même 40 %
pour une expropriation.
L'ANPTG est
consciente que, derrière cette loi, l'intention du ministère n'est pas de
provoquer plus d'expropriations, mais
bien de moderniser et de clarifier le processus. Par contre, en pratique,
l'indemnisation financière a toujours
été le principal frein limitant les villes et gouvernements. Il s'agissait
alors d'un pensez-y-bien, un pensez-y-bien important. En changeant les
modalités de ce pensez-y-bien en faveur des corps expropriants, cet équilibre
fragile est déstabilisé et met à risque l'ensemble des propriétaires de
terrains de golf du Québec.
Nous connaissons tous l'impact communautaire
dévastateur qu'ont eu les expropriations requises pour le développement de
l'aéroport de Mirabel ainsi que du parc Forillon. Mon but ici n'est pas de vous
faire une comparaison, mais plutôt de
rappeler au gouvernement concerné d'être prudent et de faire preuve de beaucoup
de vigilance dans le déploiement de cette nouvelle loi.
Premièrement, il est nécessaire d'offrir au
public plus de détails et de nuances sur les indemnisations reçues suite à une expropriation. L'indemnisation
financière est le contrepoids légal à ce pouvoir exorbitant, et les Québécois méritent
d'obtenir plus d'informations intelligibles pour tout sur les implications de
cette loi. Avant le déploiement du projet de
loi n° 22, il est impératif que le gouvernement présente, détaille et
discute de l'analyse d'impact réglementaire menée par le ministère des Transports avec les industries
potentiellement affectées par une augmentation des expropriations.
En conclusion, nous vous invitons à prendre en
considération les enjeux que nous soulevons aujourd'hui et envisager les
amendements au projet de loi n° 22. L'ANPTG ne conteste pas la nécessité
d'équilibrer les intérêts des municipalités ou des propriétaires, mais nous
plaidons en faveur d'une réforme qui protège l'industrie du golf au Québec et
les autres industries dépendantes d'un grand terrain. Vous comprendrez que
l'industrie du golf ne se limite pas à un sport, elle est un moteur économique,
touristique, social pour les jeunes comme pour les moins jeunes dans les quatre coins de la province. Si nous ne
protégeons pas nos terrains de golf, les Québécois risquent de perdre bien plus
que des fairways et des greens, nous risquons de perdre des emplois, des
entreprises familiales, des traditions et une partie de notre identité
touristique.
Messieurs
dames, je vous remercie énormément de votre écoute. Je suis à votre entière
disposition pour répondre à vos questions.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre exposé. Je cède
maintenant la parole à Mme la députée de Châteauguay pour une
intervention de 16 min 20 s.
Mme Gendron : Merci, M. le
Président. Bonjour. Bienvenue chez vous. Mme Charlebois, M. Pilon, un
grand merci d'être là aujourd'hui. Je ne
doute aucunement que ça doit avoir un certain défi de venir aujourd'hui, pour
vous. Je tiens également à souligner la
présence de votre équipe, mais également vous féliciter pour... Je sais c'est
quoi, une entreprise familiale, je sais à quel point on peut s'investir puis
je... On le constate tous ici aujourd'hui, là. Je pense qu'en fait vous
êtes un passionné, là, ça s'entend puis ça se voit. Donc, un gros, gros merci.
Je reconnais, là, votre présence ici puis
surtout, aussi, j'entends bien vos inquiétudes, mais je dois aussi vous
remercier pour votre ouverture. C'est très apprécié.
En fait, moi, si je me
permets, je veux juste remettre quelque chose en contexte. Mme Charlebois,
vous avez une grande expérience politique, puis, si on se remet dans le
contexte d'un dossier que vous connaissiez très bien et que vous connaissez très bien encore, vous savez la lourdeur, en ce
moment, des démarches d'expropriation en lien avec, justement, le financement, et tout ça. Est-ce que
certains projets de nature, bien, publique, en fait, tels que l'Hôpital de
Vaudreuil-Soulanges... le processus, bon, on avance tranquillement, il
n'est même pas terminé encore aujourd'hui. Vous ne croirez pas... Est-ce que
vous pensez que des choses importantes comme un hôpital n'auraient pas pu être
rendues possibles plus rapidement, si on avait bénéficié d'un projet de loi
comme celui-ci?
Mme Charlebois (Lucie) : Bien,
merci de me poser la question. Vous me faites extrêmement plaisir de vous
parler de l'Hôpital Vaudreuil-Soulanges, parce qu'on l'a initié, Yvon Marcoux
et moi, puis je l'ai fini avec Mme la députée
de Vaudreuil. Je n'ai pas perdu mon langage parlementaire, vous voyez, je ne
l'appelle même pas par son nom. Mais
c'est un projet qui me tient encore à coeur et que je vois que le gouvernement
poursuit. Je tiens à saluer la poursuite de la chose. Mais ceci étant
dit, oui, ça aurait été plus facile, effectivement, si...
Puis on n'est pas contre, là, ce que
M. Pilon vous a dit. On n'est pas contre la modernisation de la loi puis
on n'est pas contre la réduction des délais. On n'est pas contre la
modernisation de cette loi-là, là. Ce qu'on dit, c'est : Soyons prudents
pour ne pas... Tu sais, s'il y avait eu un choix comme d'aller, exemple,
construire l'hôpital sur son terrain de golf ou le terrain de golf de ma fille,
pas sûre que ça aurait été une bonne idée. Il aurait fallu faire des recherches
plus approfondies. Puis je me souviens, à cette époque, comment on a fait de
recherches, puis même qu'après toutes les recherches, puis, mon Dieu qu'il y en
a eu de faites, on le mettait dans la forêt, on le remettait sur le terrain où
il est actuellement, on l'a mis à plusieurs endroits, l'hôpital. Mais quand
vous êtes arrivés au pouvoir, la première chose que vous avez faite, c'est
remettre ce processus décisionnel là en question, ça fait que ça a tardé. Mais
effectivement est-ce qu'on aurait pu faire plus vite? Oui, je vous l'accorde,
bien oui, parce que, si la loi avait été modernisée, ça aurait été plus rapide,
vous avez raison. Parce que, là, il y a eu une question d'expropriation avec les gens qui étaient là, puis ça a tardé, puis
pourtant, le terrain ne servait pas à grand-chose. Vous avez tout à fait
raison.
Mais ce qu'on vous dit... Puis là je vais
laisser la parole à M. Pilon parce que c'est lui qui est le représentant
pour les terrains de golf; moi, je suis ici seulement pour l'appuyer avec ma
petite expérience politique. Et ce que je veux vous dire, c'est qu'on est ici
pour vous parler spécifiquement des terrains de golf et de dire : Faites
attention pour ne pas qu'on perde cette expertise-là. Parce que, comme il vous
le disait, si on relocalise un terrain de golf qui a une valeur x puis qu'on le met ailleurs, premièrement, il faut tenir en
compte est-ce qu'on aura la meilleure... le même environnement
économique, un. Deux, est-ce qu'on aura le même... parce qu'il faut faire des
affaires, hein? Ça fait que, si tu as moins de monde où tu t'en vas, c'est bien
moins payant, à la fin. Puis deux, est-ce qu'on aura la même enveloppe pour
reconstruire? Parce que, si le terrain de golf vaut, je ne sais pas, moi, je vous
donne un chiffre, 10 millions, bien, ça me prend 10 millions pour
reconstruire, et même plus, parce qu'il y a des équipements qui ne
fonctionneront plus. M. Pilon peut poursuivre là-dessus.
M. Pilon (Daniel) : Non,
effectivement, Lucie, vous avez... tu as entièrement raison. Donc, nous, on est
vraiment là pour... Effectivement, il faut que le processus soit accéléré,
parce qu'il est déjà très long, on le sait. Mais nous, côté golf, ce qu'on
veut, c'est... on ne veut pas que chaque expropriation arrive à la fermeture
d'un club de golf, à la perte de 70, 80,
100 emplois dans une petite communauté, des fois, de 2 500,
3 000 habitants. On parle souvent, tu sais, des grosses usines qui
ferment puis qui... on parle de ceux-là, mais là on parle vraiment d'une industrie
qui engage des étudiants, des semi-retraités. C'est des emplois d'été,
effectivement, mais c'est vraiment... c'est 70 à 100 personnes par
terrain de golf exproprié, qui vont perdre leur emploi, tout simplement.
Mme Gendron : Je comprends. Puis
dans une optique où est-ce que, dans... en tout cas, semble-t-il que les chiffres, c'est autour de 93 % des
ententes... sont en... faites hors cour, donc de gré à gré, puis, tu sais, que
les deux parties sont satisfaites d'une entente, vous ne pensez pas que
la nouvelle loi, justement, elle pourrait être plus prévisible, puis laisser
plus de latitude, justement, puis favoriser le gré à gré, mais également auprès
des terrains de golf tels que le vôtre, là?
M. Pilon (Daniel) : Bien, comme
Mme Melançon disait ce matin, c'est 93 % des expropriations qui sont
réglées au gré à gré. Si ça continue encore comme ça, ça va être merveilleux,
ça va être bien. Mais moi, par la suite, je
ne peux pas répondre, je ne peux pas mettre des mots dans la bouche d'un propriétaire
ou d'un exploitant d'un terrain de golf de comment est-ce qu'il peut
s'entendre avec la municipalité ou le gouvernement pour établir son indemnité. Moi, je suis ici pour dire qu'en ce moment, où
est-ce que ça s'en va, bien, les risques sont que c'est des clubs de... c'est la
perte d'une industrie, peut-être, là. Donc, c'est là-dessus qu'on s'en va.
• (16 h 10) •
Mme Gendron : Oui, j'entends
vraiment ce que vous dites.
Mme Charlebois (Lucie) : ...qui
nous inquiète, là.
Mme Gendron : Oui, je
comprends.
M. Pilon
(Daniel) : Puis c'est surtout... Tu sais, je vais vouloir
reprendre un petit peu une phrase que j'ai prise. C'est surtout, si un
club de golf est exproprié... puis on parle d'un terrain de 5 à 6 millions
de pieds carrés et dans... J'essaie de trouver le bon terme, là, que quelqu'un a utilisé
aujourd'hui, là. On doit être capables de relocaliser ce terrain de golf là, OK, dans une condition... la même, si
on veut, dans une même région économique. Donc, il faut acheter un autre
terrain de golf.
Moi, j'aime beaucoup
prendre mon exemple, moi, à Saint-Zotique, une petite municipalité puis...
parce que je connais mon dossier puis je connais ma municipalité. J'ai un
terrain de 5 millions de pieds carrés en plein centre du village. Demain
matin, la municipalité décide de m'exproprier pour des raisons x, y, z, qui
sont pour le bien de la communauté, je le comprends, bien, je dois être en
mesure d'être capable de me relocaliser aussi. Parce que moi, je suis troisième
génération de mon entreprise familiale, j'ai un petit gars de six ans qui s'en
vient puis j'aimerais ça qu'il reprenne la business. Bien, si je me fais exproprier
puis je ne peux pas me rebâtir un terrain de golf, si je n'ai même pas les moyens de m'acheter un terrain pour
me rebâtir un terrain de golf, c'est juste terminé, on tourne la page,
puis, tu sais, c'est tout, là.
Mme Gendron :
...mais je crois que je vais passer la parole à ma collègue la députée
d'Argenteuil.
Mme Grondin :
Maintenant, oui?
Mme Gendron :
Bien, oui. Je n'irai pas à mon autre question. Je vous laisse aller.
Le Président (M. Jacques) : Merci.
Mais le droit de parole, c'est au président à le donner, donc... Je vous ai
laissés faire depuis deux jours, là, mais là ça devient un peu trop
fort. Donc, Mme la députée d'Argenteuil, à vous la parole.
Mme Grondin :
Merci, M. le Président, de nous remettre à l'ordre. M. Pilon,
Mme Charlebois, je trouve ça beau, vous rendez un très bel hommage, là, à
la pratique du golf au Québec. Vous savez, chez moi, on vient de fêter le 100e anniversaire du club de golf de Lachute. Donc, je comprends très bien. Puis je comprends
aussi, là, qu'un terrain de golf peut
être un moteur économique ou de vitalité dans un milieu, dans une communauté.
Par contre... puis je suis contente,
à l'instar de ma collègue, ici, que j'entends une certaine ouverture. Vous avez
dit que vous n'êtes pas contre le projet de loi, contre sa
modernisation. J'entends aussi certaines de vos préoccupations.
Mais moi, j'ai une
question. Tu sais, il y a des exemples très concrets de golfs, au Québec, tu
sais, je pense à Beloeil, à Candiac, à Lorraine puis même chez moi, peut-être,
où le golf n'est plus rentable, les propriétaires ont de lourdes pertes... de
dettes, et là leur volonté, c'est de transformer cet usage-là, qui est
honorable, en condos. Là, on est ailleurs.
Et donc j'aimerais ça vous entendre sur cet aspect-là que, là, on n'a pas
abordé encore, mais c'est l'une des raisons pour laquelle, tu sais, on
amène ce projet de loi là. Parce que, là, on est dans... on est ailleurs, là.
On n'est pas dans ce que vous décrivez de façon honorable, là.
M. Pilon (Daniel) : Vous avez entièrement
raison, mais je ne suis pas là pour débattre les intérêts des promoteurs
immobiliers. Ce que vous me parlez, c'est vraiment une poignée de terrains de
golf dans la région de Montréal. Vous me parlez de Beloeil, qui est un club de
golf qui est encore en opération, puis je ne veux pas tomber dans les détails,
mais eux, ils ne demandent pas grand-chose, ils demandent juste une petite
partie de terrain pour être capables de continuer leurs opérations par la
suite, qui est le champ de pratique. En ce moment, avec la RCI, tu sais, ils
sont bloqués dans leurs projets. La RCI, c'est un peu le début d'une
expropriation, on va s'entendre. Il y a d'autres terrains de golf, dans la région métropolitaine, qu'il y a un RCI qui
est implanté puis que ça fait que ça gèle leur valeur propriétaire.
Donc, c'est un peu encore un début d'une expropriation, un RCI.
Ce que je veux dire,
c'est... Vous me parlez de quelques terrains de golf, on peut les nommer,
là : Rosemère, Mascouche ce matin, la ville de Mascouche, La Prairie,
Candiac, c'est tous des terrains de golf qui ont été vendus voilà plusieurs années, il y a quelques années.
Mais moi, je ne suis pas là pour défendre les intérêts de ces personnes-là.
Moi, je suis là pour défendre les intérêts du Club de golf Lachute, du club de
golf Léry, qui est juste à côté, Club de golf Summerlea, Atlantide, Île-Perrot,
Saint-Zotique, Rivière-Rouge. Je suis là pour défendre les intérêts de ces
clubs de golf là qui se passent de génération en génération pour être capables
de continuer la pérennité de l'industrie du golf
au Québec. Donc, les quelques clubs de golf qui ont été vendus pour des condos,
ça, L'IDU peut s'en occuper, là. Est-ce que ça répond à la question?
Mme Grondin :
C'est très clair. Merci. M. le Président, j'ai fini.
Le Président (M.
Jacques) : M. le député de Masson, à votre tour.
M. Lemay : Merci
beaucoup, M. le Président. Vous savez, dans vos recommandations que vous avez
apportées dans votre mémoire, votre quatrième recommandation, ça parle d'un
mécanisme pour... si jamais il y avait une expropriation partielle. Puis là j'aimerais
vous entendre davantage sur c'est quoi vous voyez comme mécanisme, dans le
fond. Parce que je comprends, tu sais, vous, vous voyez ça... Un mécanisme pour
un golf qui est actuellement ouvert et en opération, tu sais, c'est différent
de, si, exemple, le golf a fermé, c'était un golf, puis là il y a quelqu'un qui
détient les titres de propriété pour un éventuel projet, là. Ça fait que ça,
vous parlez pour un golf en opération?
M. Pilon
(Daniel) : Oui.
M. Lemay : Parfait. Puis avez-vous
des détails ou des exemples de comment vous voyez ce mécanisme-là?
M.
Pilon (Daniel) : C'est sûr qu'il y a plusieurs manières de voir les
choses. Puis il faut vraiment, après ça, s'asseoir tous ensemble, puis vraiment
plus négocier, puis regarder ça ensemble. Mais on comprend que, si un club de
golf se fait exproprier, je ne sais pas... il y a un beau site sur le bord du
fleuve Saint-Laurent, par exemple, puis la municipalité
décide que ce serait un beau parc pour les citoyens, d'avoir quatre trous,
prendre les quatre trous qu'il y a sur le terrain de golf puis faire un
beau parc sur le bord du fleuve, comme ça, ils vont avoir... les gens vont
avoir accès à l'eau...
M. Lemay : ...on
peut vous en donner, des exemples. Ça pourrait être une école, ça pourrait être
une maison des aînés, ça pourrait être n'importe quoi. Mais, tu sais, si,
exemple, une ville ou une instance décidait de, justement, faire cette expropriation-là partielle parce
qu'ils veulent juste un petit bout, comme vous dites, c'est quoi, le mécanisme
que vous voyez, vous?
M. Pilon (Daniel) : Bien, c'est que, là, en
expropriant quatre trous, le terrain de golf vient de perdre toute sa valeur.
M. Lemay : Mais
ça, on le comprend, là.
M. Pilon
(Daniel) : On le comprend. C'est quoi, le... Mais est-ce que c'est un
changement de zonage pour être capable de
faire d'autres choses par la suite? Tu sais, il faut aussi que la municipalité
soit ouverte à dire : Regarde, oui,
on va prendre quatre trous, on s'excuse, il vous en reste 14... Mais un terrain
de golf à 14 trous, je ne sais pas si vous jouez au golf, là...
M. Lemay :
Non, on s'entend que...
M. Pilon
(Daniel) : ...mais ce n'est pas intéressant, là, on va dire la vérité.
Mais, tu sais, après ça, est-ce que la municipalité peut dire : Regardez,
nous, on va faire tel projet, on peut faire telle chose avec, on peut acheter
le terrain pour...
Mme Charlebois
(Lucie) : ...racheter le terrain.
M. Pilon
(Daniel) : ...carrément tout racheter le terrain ou carrément juste
changer le zonage pour...
M. Lemay : Ça fait que, si je reformule, dans le fond, votre
idée, c'est que, pour vous, un mécanisme, ce serait... si on fait un
usage collectif partiel, ce serait de pouvoir permettre un autre usage sur la
balance du reste du terrain?
M. Pilon
(Daniel) : Ou la revente totale. Ça reste que, tu sais, c'est un sport
qui requiert 18 trous, donc, en enlever quatre, ce n'est même plus
considéré comme du golf. Excusez-moi, ça, c'est une opinion personnelle.
M. Lemay : Non,
non, je comprends.
Mme Charlebois
(Lucie) : Puis la valeur marchande, là, il faut faire attention, parce
que la valeur marchande, ce n'est pas la valeur aux taxes, ce n'est pas la
valeur... C'est un genre d'entreprise où il y a le chiffre d'affaires, il y a
la valeur du terrain, il y a la valeur de l'entièreté de l'entreprise, comment
elle est équipée, tout ça. Ça fait que c'est tout ça à voir, là. Puis,
dépendamment où elle est située, l'entreprise, elle vaut plus cher ou moins cher. Tu sais, en Gaspésie, ça ne vaut pas le même
prix qu'à Saint-Zotique. Puis je n'ai rien contre la Gaspésie, là, je suis allée
à Fort-Prével, c'est un beau terrain, tout ça, mais ce n'est pas la même
valeur, n'est-ce pas? Voilà.
M. Lemay : ...pour
les éclaircissements, c'est très apprécié.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup. Donc, ça termine l'intervention de la
partie gouvernementale. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle,
M. le député d'Acadie, pour 14 min 18 s.
M. Morin : Merci,
M. le Président. Bonjour, bon après-midi. Merci, merci d'être là. Ça apporte un
éclairage particulier, vraiment différent,
sur ce projet de loi. Votre témoignage est intéressant, parce que, jusqu'à
maintenant, on a entendu beaucoup, beaucoup d'organisations
municipales, villes, sociétés de transport, mais très, très peu d'associations,
par exemple, qui... sauf peut-être
pour l'UPA, dans le domaine agricole, avec les agriculteurs, mais peu
d'associations qui représentaient, par exemple, des propriétaires qui
ont une corporation ou une compagnie quelconque, là. Donc, j'imagine qu'un terrain de golf, ce n'est pas
toujours un organisme à but non lucratif, là, donc le montage, sa capacité juridique
est sûrement différente.
• (16 h 20) •
Donc, c'est
superintéressant, parce qu'au fond, ce que je comprends de votre témoignage,
c'est que vous n'êtes pas contre le projet de loi. Vous voulez que ça aille
plus vite, mais, au fond, vous recherchez un équilibre entre le droit des expropriants
et le droit des expropriés. Et est-ce que je me trompe si... Parce que, tu
sais, on a entendu plusieurs histoires, là,
de golfs ou même de terrains de golf qui avaient été vendus, puis là le
promoteur... ou bien il y a un changement de zonage, ou il ne peut
développer, ou là il poursuit la ville. Mais ça, ce n'est plus vraiment une
expropriation. Je comprends que le terrain a été vendu, puis là, bien, c'est
quelqu'un d'autre.
Vous, les gens que vous
représentez, là, ils ont des terrains de golf, puis les gens veulent continuer
de jouer au golf, puis c'est des terrains de golf qui fonctionnent, mais
évidemment vous êtes un peu inquiets des dispositions du projet de loi actuel.
Je résume bien... je résume bien l'affaire?
Aussi, vous avez parlé, à un moment donné, que
vous avez peut-être peur... puis, si j'exagère, rappelez-moi à l'ordre, mais vous avez peut-être parlé que vous
aviez peur, même, que l'industrie disparaisse à un moment donné. Il y a combien... Avez-vous une idée, il y a combien
d'employés qui travaillent, au Québec, dans des terrains de golf présentement?
M. Pilon (Daniel) : Notre ancienne
étude, qu'on a faite en 2019, parlait de 25 000... 27 000 employés, excusez-moi, qui travaillaient dans l'industrie du
golf. Comme je mentionnais un peu plus tôt, on est en train de refaire la
nouvelle étude économique au Canada, donc elle va être remise au mois d'avril
2024, mais c'est 27 000 emplois directs et
18 000 emplois indirects, donc, pour un total de
45 000 emplois, qui est relié au golf.
M. Morin : 45 000 emplois
reliés au golf au Québec, présentement. OK. Merci. Et donc je comprends que,
dans le projet de loi, le gouvernement parle beaucoup de la valeur marchande.
Donc, ça, évidemment, ce n'est pas la valeur qu'il y a sur l'évaluation municipale,
là, on s'entend. Puis l'article... la loi définit un peu comment est évaluée la
valeur marchande, mais la loi impose aussi plusieurs paramètres en ce qui a
trait aux indemnités pour le Tribunal administratif du Québec. Parmi ces
paramètres-là, d'abord, est-ce que vous êtes d'accord ou pas avec le prix de la
valeur marchande? Parce qu'il y a des
paramètres... des indemnités qui sont trop restrictives, donc qui feraient en
sorte qu'un exproprié se ramasserait
véritablement désavantagé. Puis est-ce qu'il y a des... vous avez des solutions
à apporter qui feraient en sorte que l'équilibre pourrait être respecté?
M. Pilon (Daniel) : C'est sûr que
nous, notre idéal, c'est vraiment... on veut être capables de reprendre le golf puis de le mettre ailleurs, c'est... notre
priorité numéro un, c'est ça. Et avec les limites d'indemnités qui sont
établies, en ce moment, par le projet de loi, c'est carrément
impossible, c'est... ça tient du miracle, si on est capables d'être capables de
faire ça, là.
Puis... excusez-moi... OK, excusez. Puis
l'intérêt public aussi... Tu sais, le projet de loi, pour l'intérêt public,
c'est une bonne chose, mais il ne faut pas oublier que le golf, tu sais, a
aussi l'intérêt public en tête, avec la santé physique, la santé mentale des
jeunes Québécois, des plus vieux, l'économie. On parle de 1,9 milliard sur
les revenus familiaux, au Québec, ça, c'est encore l'étude de 2019, ainsi que
3,2 milliards sur le PIB. Ça fait partie, ça aussi, de l'intérêt public. C'est le tourisme,
l'environnement, tu sais, la TVQ, les... On peut en nommer, en nommer, en
nommer, là. Mais, tu sais, le golf, l'industrie, a aussi l'intérêt du
public en tête. C'est pour ça qu'on demande d'être capables de se replacer à
une autre place et non pas juste offrir le tiers de la valeur pour une
construction.
Mme Charlebois (Lucie) : ...de payer
le vrai montant qui... ça coûterait une relocalisation à ceux qui ont investi
toute leur vie là-dedans. Moi, je pense à son grand-père, je pense à son père,
à lui, tu sais, c'est toute une vie qui a été investie, trois générations en
ligne. La valeur du terrain, elle a changé au fil des années. Alors, moi, s'il
n'est pas capable de se relocaliser, il faut qu'il ait la même valeur que s'il
se relocalisait, à mon sens, parce que c'est comme leur fonds de pension qu'ils
se sont transmis de génération en génération. Qui voudrait se voir amputer son
fonds de pension? Personne ici, je pense, mais pas plus les terrains de golf.
Parce que, comme l'a dit madame tantôt, il y a des terrains qui ont des années
déficitaires, mais, sur une moyenne, ils arrivent, là. Mais ce n'est pas... tu
sais, ce n'est pas nécessairement la panacée pour tout le monde, sauf qu'ils
misent sur leur fonds de pension, mais, s'ils se le font enlever... Moi, je
pense qu'il y a un pouvoir excessif pour les municipalités, en ce moment. Ça,
c'est mon avis. Excusez, M. le Président.
M. Morin : Avec le projet... avec le
projet de loi actuel. Au projet de loi, parce que vous en parlez dans votre
mémoire, les articles 104 et 106, la perte de valeur de convenance, dans
le projet actuel, ne peut excéder 20 000 $. Je comprends que, dans
votre cas, ce serait nettement insuffisant.
M. Pilon (Daniel) : ...même pas le
déménagement des meubles d'une place à l'autre.
M. Morin : Et puis, évidemment, on
fixe, à 106, l'indemnité pour les troubles, les ennuis, les inconvénients, ça
ne peut pas excéder 5 000 $. Donc, j'imagine que ça non plus...
M. Pilon (Daniel) : Il faut enlever
les limites dans... ces deux articles de loi là, il faut les enlever parce
que... Il faut enlever ces limites-là. Et je crois que ces deux articles de loi
là, ces deux articles, ils sont basés beaucoup sur une maison familiale. Ils ne prennent pas en considération les commerces
en général ou même ceux... les propriétaires terriens comme les golfs ou
les industries, là.
M. Morin : Bien, est-ce que vous
avez pensé à d'autres fourchettes? Est-ce que vous avez des statistiques sur ce
que ça pourrait être, pour aider le législateur, ou si vous préférez laisser ça
au tribunal, suite, par exemple, à une évaluation qui serait faite au cas par
cas?
M. Pilon (Daniel) : C'est tout du
cas par cas, parce que, comme j'expliquais tout à l'heure, un terrain situé,
comme Lucie a dit, à Saint-Prime, racheter un terrain de 5 millions de
pieds carrés à Saint-Prime, c'est une valeur, mais racheter un terrain de 6 millions, 5 millions
de pieds carrés à Laval, ce n'est pas du tout la même chose, là, tu sais.
Donc, c'est... Tout est du cas par cas, mais
il faut vraiment prendre en considération tous ces tenants et aboutissants-là,
là.
M. Morin : OK.
Parfait. Ce matin, L'Institut de développement urbain du Québec nous soulignait
qu'après avoir parlé avec l'Ordre des
évaluateurs agréés, finalement, ils trouvaient que la valeur au propriétaire
était probablement une valeur qui
serait plus juste, dans certains cas, pour les expropriés. Est-ce que c'est
quelque chose que vous partagez?
M. Pilon
(Daniel) : Valeur propriétaire... Oui. Ça dépend jusqu'où ça va. Je
crois, tu sais... Je crois que la valeur propriétaire a été établie à
10 ans, je crois, dans le nouveau projet de loi. Est-ce que je me trompe
ou... Donc, si on revient, mettons, au principe où est-ce qu'on est exproprié
en partie, donc quelques trous, la valeur propriétaire sur 10 ans n'est
pas la même valeur que si on est exproprié au complet, à 100 %, ou juste
pas exproprié du tout, là.
M. Morin : Dans
votre recommandation 2, vous dites qu'il est impératif que le gouvernement
présente, et détaille, et discute de l'analyse d'impact réglementaire menée par
le ministère des Transports avec les industries potentiellement affectées par
une augmentation des expropriations. Donc, cette analyse-là d'impact, est-ce
que vous l'avez demandée? Est-ce que vous avez essayé de... Vous l'avez? OK.
M. Pilon
(Daniel) : ...puis tout est à zéro. C'est ce que... Tu sais, je
regarde puis j'en parlais avec nos professionnels, puis même eux sont... Bien,
il manque des choses, ce n'est pas complété. Les périodes d'implantation sont toutes à 0 $, tous les chiffres, dans
l'analyse des impacts réglementaires du 11 mai 2023, sont à zéro, partout,
partout.
Donc,
on veut juste avoir une meilleure... Assurément, elle a été faite dans les
règles de l'art, je suis persuadé, mais il nous manque des chiffres. Il nous
manque des statistiques pour être capables de faire une thèse par la suite,
pour dire : OK, oui, c'est correct ou ce n'est pas correct. Mais, pour le
moment, il nous manque des spécifications.
M. Morin : OK.
Je vous remercie. Parfait, je n'ai pas d'autre question, M. le Président.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le député. Et j'invite maintenant... je donne la parole à Mme la députée de
Vaudreuil pour une intervention de 2 min 12 s.
Mme Nichols :
C'est trop gentil, M. le Président. J'apprécie vraiment beaucoup, merci.
Bien, merci, merci d'être parmi nous. Je n'ai pas beaucoup de temps, ça fait
que je vais essayer de faire ça vite. Je pense que vous avez compris d'emblée
que vous n'avez pas à convaincre les gens autour de la table. Il doit y avoir
une couple de golfeurs autour de la table... Ah! peut-être même la ministre,
qui est une golfeuse... un golfeur, oui, le président aussi est un golfeur. Donc, il y avait vraiment de l'intérêt,
là, pour les clubs de golf, ça, je pense que c'était clair, on peut le
cocher.
Bien, dans le fond,
moi, ce que je comprends de votre intervention, là, c'est que, tu sais, vous
avez peur... bien, je comprends, là, qu'il y
a une peur, là, en arrière de tout ça puis je comprends, là, la volonté puis
l'esprit familial aussi, là, derrière tout ça. Mais vous avez peur
d'être les premiers visés par les municipalités, dans le cas d'une
expropriation. Est-ce que c'est ça que je comprends?
• (16 h 30) •
M. Pilon
(Daniel) : Bien oui, c'est facile... Puis je vais en profiter pour le
mentionner à Mme la ministre que, tu sais, d'entrée de jeu, on est favorables à
la loi. Mais, quand on regarde tous les groupes qui sont passés ici cette
semaine, lundi, mardi, mercredi, c'est tous le même discours, tout le monde
parle des golfs, c'est la cible, c'est les golfs.
Toutes les commissions parlementaires que j'ai écoutées, depuis la semaine
dernière, il y a au moins quelqu'un à quelque part qui parle du «target»
des golfs et d'économies substantielles. C'est les trois mots qui font que,
bien, on va s'ouvrir les yeux puis on va se dire : C'est ça qui est
inquiétant puis c'est nous qui est la cible.
Mme Nichols :
Oui, c'est inquiétant, c'est sûr.
Les golfs, c'est des zones vertes, aussi, dans les municipalités. Mais
je comprends que vous, vous avez peur d'être ciblés en premier, suite...
particulièrement suite à ce que vous avez entendu cette semaine, là, dans le
cadre de cette commission-là. On a compris aussi qu'il y avait une ouverture peut-être
pour une certaine mixité, hein, peut-être les golfs qui fonctionnent moins
bien, qu'il faudrait vendre un neuf trous ou fonctionner à un autre neuf trous.
Donc, est-ce que vous
pensez que ça... ou je le suggère, là, qu'une possibilité de développer, là,
des balises ou des critères dans le cas que la ville ciblerait
particulièrement... particulièrement un club de golf. Est-ce qu'on pourrait
mettre des règles, en particulier, dès que le club de golf est visé? Je le sais
que c'est une expropriation, puis absolument...
Une expropriation, c'est rare que... quand on se fait dire tu es exproprié,
c'est rare qu'on dit : Heille! Youpi! C'est donc bien le fun. Tu sais, c'est plutôt rare, là. Mais est-ce que
vous voudriez qu'on mette en place certains critères dans les cas
particuliers où un golf est visé?
M. Pilon
(Daniel) : ...si c'est possible, s'il y a d'autres consultations, puis
si le ministère en place veut écouter les groupes qui sont dans la partie
expropriée, on est prêt à s'asseoir, nous puis l'équipe, pour peut-être
travailler ces balises-là pour arriver à une
balance, un balancier où est-ce que tout le monde va être heureux là-dedans.
Donc, je suis vraiment ouvert à discuter par la suite, là, dans les prochains
mois, là.
Le Président
(M. Jacques) : Merci. Merci pour votre intervention. Merci de
votre présence en commission. J'ai laissé un peu de latitude à Mme la députée
de Vaudreuil.
Donc, nous allons suspendre quelques instants
pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 16 h 33)
(Reprise à 16 h 39)
Le
Président (M. Jacques) : Je souhaite maintenant la bienvenue à
M. Voghel, du Centre québécois du droit de l'environnement. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi
nous procéderons à la période d'échange avec
les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à débuter
votre exposé.
Centre québécois du
droit de l'environnement (CQDE)
M. Voghel (Merlin) : Merci, M.
le Président. Donc, bonjour, Mme la ministre. Bonjour, Mmes, MM. les
parlementaires. Mon nom est Merlin Voghel. Je suis avocat au Centre québécois
du droit de l'environnement, qui vous remercie de l'occasion qui lui est
offerte de venir s'exprimer devant vous au sujet du projet de loi n° 22, qui est d'une importance fondamentale pour la
transition écologique. En fait, c'est le vecteur par lequel le Québec se dotera
ou non de la capacité de mener à bien cette transition écologique.
• (16 h 40) •
Le phénomène de l'expropriation déguisée, tout
autant que de l'indemnisation pour expropriation d'ailleurs, met en péril notre
capacité à conserver notre territoire au bénéfice de l'environnement pour
lui-même, mais aussi au bénéfice de notre économie et de nos collectivités. Nos
collectivités n'ont pas les moyens de protéger le territoire selon un coût
imprévisible dicté par la spéculation foncière ou par les projets futurs d'un
entrepreneur.
Dans ce contexte-là, à la présentation du projet
de loi n° 22, le CQDE saluait l'initiative annoncée du gouvernement de
s'attaquer à ces problématiques. Suivant la lecture et une analyse détaillée du
projet de loi n° 22, ce sont davantage
les mots prononcés par la juge en chef du Québec, l'honorable Manon Savard,
lors de la rentrée judiciaire, en septembre, qui me viennent à l'esprit.
Elle comparait alors deux des grands défis de notre temps, l'accès à la justice et la crise climatique. Elle disait :
«Nous connaissons les causes de la précarité de notre situation. Nous savons
ce qui doit être fait pour y remédier, mais il y a encore des acteurs qui ne
sont pas habités par le sentiment d'urgence que requiert la situation». Avec
égards et malgré toute prétention contraire, le projet de loi n° 22
échoue, selon nous au CQDE, à offrir des
réponses qui sont adaptées à l'urgence que représentent les changements
climatiques et la perte de la biodiversité.
Avant la présente allocution, le CQDE a eu
l'occasion de prendre connaissance de plusieurs des interventions devant la
commission et de plusieurs des mémoires qui ont été déposés. Je tiens à le
dire, notre organisme n'a pas l'habitude de crier au loup pour le plaisir de le
faire ou pour faire sensation. Nous avons cependant l'avantage d'être
parfaitement indépendants et de bénéficier d'une expertise juridique qui est
exempte de tout intérêt quant aux dynamiques de l'expropriation, si ce n'est
notre intérêt pour la protection de l'environnement. Et, pour le projet de loi
n° 22, nous persistons et nous signons, nous sommes plus qu'inquiets des
effets du projet de loi, s'il était adopté sous sa forme actuelle.
D'emblée, malgré les notes explicatives qui
apparaissent au projet de loi et son désir allégué de répondre au phénomène de l'expropriation déguisée, le projet
de loi n'encadre pas ce qui est ou ce qui n'est pas de l'expropriation
déguisée. Il n'encadre pas les critères de l'utilisation raisonnable qui est
employée par les tribunaux pour déterminer si les contraintes imposées à un
propriétaire ont un effet de dépossession. Il laisse encore ce poids reposer
sur le corps judiciaire avec toute l'imprévisibilité que l'exercice comporte en
l'absence de balises légales claires. Le projet de loi, il n'instaure aucune
prévisibilité non plus pour les instances provinciales ou municipales qui sont
désireuses d'user de leurs pouvoirs de conservation sans verser dans
l'expropriation. Il témoigne tout au plus d'une tentative d'encadrer la
réparation qui serait applicable en cas d'expropriation déguisée, et encore, le
projet de loi n° 22 ne le fait que pour les pouvoirs municipaux en
oubliant les pouvoirs provinciaux de conservation.
Dans ce contexte, notre constat est à l'effet
que, le projet de loi, il ne diminue absolument pas le risque de poursuite
judiciaire en expropriation déguisée avec tous les frais et honoraires que cela
comporte, mais il accentue ces risques en vertu des articles... par les
articles, pardon, 170 et 171. Et s'il y a une chose que j'aimerais voir retenue
de la présente allocution, c'est que les articles 170 et 171 ne doivent
pas, selon nous, être adoptés sous leur forme actuelle. J'ai entendu certains
des acteurs qui se sont présentés devant la commission alléguer le caractère
essentiel de ces dispositions-là que sont les dispositions... en fait, les
articles 170 et 171, et le CQDE est loin d'être de cet avis.
En fait, l'article 170, il élargit la
possibilité d'alléguer une expropriation déguisée en raison de l'effet de
dépossession d'un droit plutôt qu'en raison d'une contrainte de céder la
propriété. Sans verser dans le jargon juridique,
ce que je souhaite porter à votre attention, c'est qu'un droit, selon les
termes mêmes du projet de loi n° 22, donc, à son article 2 et
selon le sens juridique du terme entendu par le Code civil, ça comprend aussi
des démembrements du droit de propriété qui sont des droits réels.
En vertu du projet de loi, dès qu'un usage sera
restreint ou limité, c'est donc dire qu'il sera possible de se pourvoir devant
les tribunaux, d'alléguer une dépossession sur un droit et de demander une
indemnisation pour expropriation déguisée. C'est un des dangers que tient à
porter à votre attention le CQDE et qui ne semble avoir été souligné par aucun des acteurs qui s'est présenté
devant la commission. Or, par essence, lorsqu'on parle de conservation des milieux naturels, ces pouvoirs-là, ils ont
toujours pour effet de venir limiter les usages sur un terrain et constituent
donc un démembrement ou une modalité du
droit de propriété. Ce qu'on constate, c'est donc un élargissement considérable
du spectre de l'expropriation déguisée qui
est présente dans le projet de loi n° 22 et pas une limitation de
l'expropriation déguisée. Et je vous épargne ici les autres
problématiques qu'on constate aux articles 170 et 171.
Une autre approche qui existe, outre celle
qu'adopte le projet de loi n° 22, c'est d'accorder une immunité aux instances municipales pour les pouvoirs exercés en
vertu de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme ou pour se conformer
aux OGAT notamment. On l'a entendu à quelques reprises. En matière de protection
de l'environnement, le CQDE n'est pas fermé à cette avenue. Cependant, il faut
garder certains éléments à l'esprit, notamment qu'une immunité de la nature de
celle qui est demandée, juridiquement, elle n'empêche pas les recours
judiciaires, elle n'empêche pas de recourir aux tribunaux pour alléguer une
expropriation de fait. Il y a des recours présentement pendants malgré une
immunité de cette nature-là, et ces recours durent depuis fort longtemps. Je
pourrais vous en reparler, s'il y a des questions à cet égard-là.
Mais il y a plus que ça. C'est que les pouvoirs
pour lesquels sont demandées des immunités par les instances municipales ne
concernent pas que la conservation, ils visent en fait toutes les fins
municipales prévues notamment aux articles 113, 115 de la Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme. Et il faut se rappeler que l'adoption d'immunité
revient à légaliser le fait que, dans certains cas, il y aura un acte ou un
règlement qui aura effectivement pour effet d'entraîner un état de dépossession,
une expropriation déguisée ou de fait, comme on préfère l'appeler, et donc qui
constituera une expropriation sans indemnisation. Juridiquement, l'Assemblée
nationale, elle dispose du pouvoir d'adopter
des mesures qui prévoient une expropriation sans indemnisation. C'est, à notre
avis, incontestable. La question ici
est plus de se demander si vraiment, en l'occurrence, dans une loi
d'application générale, c'est l'approche qui est souhaitable.
Notre
recommandation, au CQDE, elle constitue une solution mitoyenne. En fait, ce
qu'on vous recommande, vous le trouvez majoritairement à l'annexe I de notre
mémoire assez, assez étoffé, qui a été déposé, et à l'annexe I, ce qu'on vous
recommande, c'est de définir concrètement ce qui est et ce qui n'est pas une expropriation
dans un contexte de conservation. C'est
aussi d'écarter la possibilité de recourir aux tribunaux lorsque les recours
sont dénués de chance de succès raisonnable, donc selon un mécanisme
d'autorisation préalable. Et finalement, dans les cas où nous serions face à une expropriation de fait, donc dans les
rares cas où nous serions face à une expropriation déguisée ou de droit en
contexte de conservation, alors le CQDE considère qu'il y a aussi lieu de
rétablir l'équilibre souhaitable en s'attaquant à l'indemnisation.
Selon plusieurs acteurs qui se sont présentés
devant vous, et en tout respect, ce qu'on entend, c'est que la valeur au
propriétaire, elle aurait été écartée par le projet de loi n° 22. Il y en
a plusieurs qui allèguent que c'est une avancée majeure que propose le projet
de loi. Or, la valeur au propriétaire, c'est ce qui était anciennement prévu
par l'article 58 de la Loi sur l'expropriation, qui prévoit une
indemnisation pour la valeur marchande d'un bien, selon l'UMEPP, l'utilisation
la meilleure et la plus profitable, ainsi qu'une indemnisation des préjudices
qui sont subis en raison de l'expropriation, ce qui forme le tout de
l'indemnisation. Or, c'est, à toutes fins pratiques, ce que prévoit le projet de loi n° 22, qui n'écarte pas la
valeur au propriétaire, mais qui plutôt la concrétise et la cristallise dans un
projet de loi, en déterminant différents pôles d'indemnisation ou en
s'en remettant largement à la notion de l'UMEPP.
La seule distinction notable au projet de loi,
c'est le retrait des indemnités lorsqu'on s'en remet à une valeur selon
l'utilisation la meilleure et la plus profitable. On voit ça à
l'article 96, alinéa trois du projet de loi. Or, dans un contexte de
conservation des milieux naturels, ce ne sont pas et ça n'a jamais été les
indemnités accessoires qui sont problématiques, c'est bel et bien l'UMEPP.
C'est l'UMEPP qui entraîne des indemnités qui sont prohibitives et c'est le caractère imprévisible de l'UMEPP qui entraîne
aussi des débats qui sont interminables, des débats d'experts devant les
tribunaux qui se produisent aux frais de la collectivité. Les recommandations
du CQDE visent justement à endiguer ces deux problématiques-là.
Dans un contexte «adversarial», bien, c'est
aussi l'UMEPP qui déporte sur les évaluateurs agréés un fardeau qui... au
contour qui est flou et qui met à risque, je le dis avec tout respect, la
crédibilité de la profession, dans une certaine
mesure. Pour le CQDE, lorsque s'impose une indemnisation pour expropriation aux
fins de conservation, l'État n'a pas à garantir les aspirations aux
profits, et il est temps de se donner les moyens de protéger notre territoire
tout en maintenant la justice sociale.
• (16 h 50) •
Selon nous, il doit y avoir des avancées
majeures qui sont réalisées avec des impacts concrets sur les coûts
d'indemnisation et non pas uniquement sur les questions d'indemnités qui n'ont
qu'une incidence peu significative en
matière d'indemnisation pour expropriation lorsqu'on se situe en contexte de
conservation ou d'exercice de pouvoir de
conservation. C'est pourquoi ce que nous proposons, c'est une solution encore
ici mitoyenne, raisonnable, à savoir de se fonder davantage sur une
indemnisation fondée sur la valeur de l'évaluation municipale, l'évaluation
foncière, tout en accordant à l'exproprié des indemnités qui sont prévues au
projet de loi pour éviter les injustices, tout ça afin de fixer l'évaluation dans le temps, la valeur évaluée dans le temps, afin
de mettre fin aussi aux débats d'experts devant les tribunaux, de désengorger les tribunaux au bénéfice, bien entendu,
de l'environnement, mais tout en assurant aussi une protection adéquate
aux propriétaires.
Ça complète mon allocution. Je vous remercie, M.
le Président. Je pense que je suis dans les temps.
Le Président (M. Jacques) : Un
petit peu, une minute de plus, mais on vous a... on l'a prise sur le temps du
gouvernement. Je vous remercie pour votre exposé.
M. Voghel
(Merlin) : Merci.
Le Président (M. Jacques) : Je
voulais vous souligner aussi que vos documents ont été remis par greffier aux
membres de la commission.
Donc, je cède maintenant la parole à Mme la
ministre pour une intervention de 15 min 30 s.
Mme Guilbault : Oui, merci beaucoup. Merci beaucoup, M. le Président. Merci
à vous pour l'exposé très, très intéressant,
très enrichissant. On commence à... Vous êtes... Je pense qu'on est, quoi,
peut-être à notre 18e groupe. Donc,
on commence à avoir une bonne idée, un peu, de divers points de vue puis de
gens qui amènent des angles nouveaux. On
a eu beaucoup de gens issus du milieu municipal qui avaient des points de vue
sensiblement similaires, mais après, on a eu aussi d'autres
intervenants, et vous faites partie des intervenants qui ont leur propre angle.
Alors, on trouve ça toujours très intéressant, nous, ici. D'ailleurs, j'aurai
ma collègue d'Argenteuil qui aura des questions aussi sans doute pour vous.
Donc, je vais commencer par un élément que vous
n'avez pas abordé, sauf erreur, là, mais j'aimerais juste savoir ce que vous en
pensez, parce que vous êtes vous-même juriste et j'aurai aussi une autre
question. Bien, en fait, c'est ça, j'aurai au moins deux, trois questions, mais
il y a des gens qui ont dit, et je pense qu'on aura le Barreau du Québec normalement demain, je crois... demain,
c'est ça, demain, mais ça a été... ça a été nommé, le fait que ce projet de
loi là aurait pour effet de... puis, en fait, vous le dites quelque part, il y
a une citation à quelque part en exergue, dans
votre mémoire, où vous dites qu'on augmente le risque de poursuites judiciaires
et que... et que c'est ça, finalement, on liait la protection des milieux
naturels... je ne sais pas, je paraphrase, là, mais bref, sur la partie poursuites
judiciaires et le... je dirais, l'opinion générale selon laquelle, avec ce
projet de loi là...
Parce que nous, évidemment, le pari qu'on fait
avec le projet de loi, c'est de deux ordres. Premièrement, on vient encadrer
toutes sortes de notions qui actuellement ne le sont pas, à la faveur de coûts
d'expropriation moins élevés, donc de coûts de projets moins élevés. C'est sûr
que nous, comme gouvernement, on paie ça avec l'argent des contribuables, alors, puis là avec le coût de la vie, l'inflation,
et tout ça, des choses dont vous êtes conscients aussi, sans doute,
alors, tu sais, on veut que les projets coûtent moins cher... et, ensuite de
ça, les délais.
Donc, pour nous, le signal que le projet de loi
envoie... puis le fait de moderniser la loi après 40 ans va faire en sorte
que chacun va savoir davantage à quoi s'en tenir et que tout va prendre moins
de temps, finalement. Parce qu'à la fois dans la procédure d'expropriation
comme telle et justement dans le risque de poursuites, parce que les gens... ça
va être tellement plus encadré, ça va être suffisamment plus encadré pour que,
peut-être, ça dissuade des gens d'aller au tribunal. Bref, il y a quand même,
c'est ça, certains points de vue à l'effet que ça pourrait avoir pour effet
l'effet inverse, finalement, puis qu'on embourbe encore davantage le réseau de
la justice parce que, et mon collègue l'avait déjà évoqué, mon collègue
d'Acadie, ici, qui est juriste aussi, on a derrière aussi ce souci-là du fait qu'il y a beaucoup déjà de cas dans nos tribunaux.
Puis bon, les délais en justice, c'est un... complètement autre chose, là,
mais ça touche ça. Alors, bref, vous, qu'en pensez-vous? Pensez-vous qu'on
atteint l'objectif de désembourber?
M. Voghel (Merlin) : Bien,
d'abord, je tiens à dire que j'espère que vous aurez deux, trois questions pour
moi. C'est le but de ma présence, et je
tiens à dire que je suis conscient que c'est un sujet qui est extrêmement complexe,
l'expropriation, hein? Lorsqu'on s'y plonge, il y a un degré de réponse
qui pourrait être adopté par le gouvernement, et ce n'est pas... par
l'Assemblée nationale, pardon, mais ce n'est pas facile de déterminer lequel
rétablit réellement l'équilibre, donc d'où la disparité des points de vue, j'en
conviens.
Assurément, le CQDE, on ne dit pas que le projet
va venir nuire à la protection des milieux naturels. Ce qu'on réitère, par
contre, c'est qu'effectivement il risque d'encourager les recours. Pourquoi?
Parce que, comme je viens de le dire, en vertu de l'article 170, on
élargit le spectre de l'expropriation déguisée. Donc, je vous donne un exemple,
un propriétaire qui, sur son terrain, ne peut plus utiliser une partie de son
terrain qu'il n'a jamais utilisé, qui est un boisé, qui soudainement est
conservé... ne perd pas l'usage qui a toujours eu cours sur sa propriété, mais
se voit plutôt dépouillé de l'usage qu'il peut faire sur une partie de la
propriété, ce qui peut être considéré comme un démembrement en vertu de
l'article 70 et donc appeler à un recours en expropriation déguisée et en
indemnité. C'est là qu'on voit un élargissement important du spectre de
l'expropriation déguisée, donc un potentiel accroissement des recours devant
les tribunaux.
Au niveau temporel, maintenant, si vous me
permettez de répondre en deux volets, au niveau temporel, le projet de loi, ce
qu'il prévoit, de mémoire, à l'article 240, c'est une sanction, une entrée
en vigueur six mois après la sanction du projet de loi. Selon le CQDE, ça
risque d'engendrer une course contre la montre pour se prévaloir de recours qui
sont sous un régime plus favorable, notamment, en fait, d'indemnisations. Parce
qu'on ne nie pas que le projet de loi n° 22 va avoir un certain effet dans
la réduction des coûts, ce qu'on... des coûts d'indemnisation. Ce qu'on vous
dit, par contre, c'est que cette diminution-là, elle n'est pas suffisante pour
permettre non seulement au gouvernement et à l'État, des instances municipales,
de s'acquitter de leur devoir de conservation, mais d'un même souffle,
reconnaître aussi la responsabilité des propriétaires dans cet effort de
conservation là qui n'incombe pas uniquement à l'État, mais aussi aux
individus, selon nous.
Donc, d'où notre suggestion d'agir sur l'indemnisation
en fixant la valeur dans le temps. Mais j'aurais tendance à vous dire, pour éviter un engorgement des tribunaux, en
raison de la portée temporelle du projet de loi n° 22, ce qu'on
vous... ce qu'on vous suggère, c'est d'agir rétroactivement. L'Assemblée
nationale, elle a le pouvoir de le faire,
elle a le pouvoir d'intervenir pour modifier, y compris l'interprétation de la
loi alors qu'un recours est déjà pendant. Les tribunaux se sont déjà
prononcés sur cet aspect-là, dont la Cour suprême. Il est possible de venir
modifier l'interprétation
de la loi. Et si vous regardez notre mémoire, à notre dernière recommandation,
ce que nous suggérons, c'est de mandater le procureur général afin qu'il
intervienne, fasse suspendre les instances jusqu'à ce que le projet de loi soit
sanctionné pour s'assurer qu'on répande... réponde réellement au cri d'alarme
qui a été lancé par les municipalités.
J'écoutais notamment la CMM qui reconnaissait faire face à plus de
1 milliard de dollars en indemnisations demandées dans le cadre de
recours. Reconnaître qu'on veut agir sur l'expropriation déguisée, selon nous,
c'est vouloir se donner les moyens d'agir pour endiguer un transfert massif de
fonds publics vers des intérêts privés, notamment dans le cadre des recours
pendants, mais aussi immédiatement dès la sanction.
Mme Guilbault : Puis pour les notions, justement, je disais qu'on venait
encadrer certaines notions qui actuellement ne le sont pas. Donc, bien, d'abord
remplacer la valeur du propriétaire par la valeur marchande, venir encadrer
l'UMPP... Vous avez abordé l'UMPP... l'UMEPP, je pense que vous l'appelez?
M. Voghel (Merlin) : L'UMEPP.
Mme Guilbault : L'UMEPP, parfait. Je vais appeler ça comme ça maintenant.
Donc, l'UMEPP et donc... et même l'expropriation déguisée, les
articles 170, 171, quoique certainement imparfaits, on vient quand même
ajouter des balises, tu sais, le trois ans. On vient ajouter aussi, pour les
municipalités, une possibilité de se retirer. Donc, ces notions-là qu'on vient
baliser, est-ce qu'à tout le moins vous considérez que c'est un gain ou une
avancée ou est-ce que, selon vous, ça n'atteint pas l'objectif, toujours
d'avoir de la prévisibilité puis...
M. Voghel (Merlin) : En tout
respect...
Mme Guilbault : Oui, allez-y.
M. Voghel (Merlin) : Ça accroît
la prévisibilité. Je pense que personne ne peut le nier. En toute franchise, ça
accroît la prévisibilité. Cependant, est-ce que ça fait suffisamment le
travail? Est-ce que ça répond suffisamment aux problématiques? En tout respect,
la réponse, elle est non.
Je reviens aux articles 170, 171. Ce qu'on
voit, c'est qu'elle permet le retrait d'un acte qui aurait un effet de
dépossession uniquement lorsqu'il découle notamment de la Loi sur l'aménagement
et l'urbanisme ou de la Loi sur le patrimoine culturel. Ces deux
dispositions-là ne couvrent même pas la compétence des municipalités en matière
environnementale qui sont prévues à la Loi sur les compétences municipales.
Donc, on occulte le plan réglementation environnementale qui est la sphère de
prédilection de l'expropriation déguisée.
Donc, dans sa portée et dans leur portée, les
articles 170, 171 ne s'intéressent même pas à la compétence
environnementale municipale. Les pouvoirs provinciaux ne bénéficieraient pas...
Je ne veux pas prendre trop de temps non plus, là, je... Donc, les pouvoirs
municipaux ne...
Mme Guilbault : Le partage du temps, c'est toujours complexe.
M. Voghel (Merlin) : Oui, ça,
c'est... Je n'ai aucun doute. Mais les pouvoirs provinciaux ne bénéficieraient
même pas de cette mesure-là. Il faut toujours garder à l'esprit aussi que
donner l'opportunité à une municipalité de retirer un acte, généralement, elle
ne pourra pas le faire. Pourquoi? Bien, parce que cet acte-là, qui a un effet
de dépossession, un effet expropriant, bien, il découle d'obligations qui
proviennent du gouvernement provincial. Donc, on
offre finalement la possibilité aux municipalités de retirer ce que, dans la
plupart des cas, elles ne pourront pas retirer. Et encore, lorsqu'elles le
pourront, on le fait au détriment de l'environnement. Ce qu'on dit, c'est
finalement... payez ou retirez ce qui
vous coûtera trop cher pour vous acquitter de vos obligations en matière de
protection environnementale. C'est une approche qui est assez
inquiétante.
Je reviens sur l'UMEPP, sur les indemnités. Je
vous ai fait transmettre une feuille en soutien à l'allocution que je vous présente aujourd'hui. Je ne sais pas
si vous l'avez sous la main, Mme la ministre, mais j'attire votre attention sur
la deuxième page, donc l'endos, ça a été imprimé recto verso. J'y ai recensé
trois cas que j'ai pris au hasard en matière de conservation. J'ai tenté
de regarder quand même des décisions du Tribunal administratif du Québec
relativement récentes en matière
d'expropriation, et le projet de loi n° 22 prévoit entre
autres que, lorsqu'on s'en remet à l'UMEPP pour calculer l'indemnité, il n'y a pas d'indemnité accessoire en
préjudice pour convenance, troubles, ennuis, inconvénients.
• (17 heures) •
Si vous regardez les chiffres dans la colonne de
droite, dans le tableau que je vous ai fourni, ce que vous allez constater,
c'est que les montants pour ces indemnités accessoires là, ils sont d'une
incidence très faible par rapport à
l'indemnité immobilière qui est accordée selon l'UMEPP. L'UMEPP, pour le CQDE,
elle est problématique sous diverses dimensions, notamment temporelles.
Je ne veux pas vous embourber dans les détails, mais on élabore beaucoup sur cet aspect-là dans notre mémoire,
mais l'UMEPP, elle est aussi problématique en termes d'imprévisibilité.
Lorsque vous regardez le document, vous ne l'avez peut-être pas sous les yeux,
mais ce qu'on voit, c'est que les débats
d'experts devant les tribunaux, en matière de détermination de l'UMEPP, ça
entraîne des disparités importantes des montants.
La première affaire,
Sintra, c'est une affaire qui a été tranchée en 2023, en juin 2023, si ma
mémoire est juste. L'expert évaluateur de
l'expropriante mentionnait un coût, selon l'UMEPP, de 894 000 $. Je
suis dans la colonne au centre, le premier carré au centre, dans la
colonne du centre, selon l'exproprié, l'expert de l'exproprié, cette évaluation-là, elle était de 2,6 millions de
dollars. On a une disparité de près de 2 millions, et l'indemnité
finalement accordée par le tribunal, elle est de 2 millions. Lorsqu'on
regarde les indemnités accessoires accordées, on parle de 5 000 $. Entre vous et moi, en termes de
fonds publics, 5 000 $ versus près de 2 millions de dollars
pour une indemnité immobilière, ce n'est pas en contournant les
indemnités accessoires qu'on réalise des gains intéressants en termes
d'équilibre souhaitable entre l'intérêt collectif et individuel en matière
d'indemnisation pour expropriation.
Même chose, si je
regarde la décision tout de suite en dessous, Terrebonne, c'était pour la
création d'un corridor de biodiversité, ce
qu'on constate, c'est... pour l'expropriante, la valeur, selon l'UMEPP, était
de 11,4 millions et, selon les expropriés, donc un évaluateur agréé
et mandaté par les expropriés, on était à 140,6 millions de dollars
de valeur. Donc, lorsqu'on dit que l'UMEPP est un barème prévisible, en tout
respect, ça me semble assez erroné et c'est surtout un barème qui ne semble pas
suffisamment fiable pour permettre aux tribunaux d'éviter des débats d'experts
qui sont extrêmement lourds. Et surtout, au risque de me répéter, le fait
d'agir sur les indemnités ne s'attaque pas au réel problème des indemnités
prohibitives, qui découle davantage de l'application de l'UMEPP.
Le projet de loi, à
son article 87, effectue certaines codifications de ce qu'est l'UMEPP. Il
reprend cependant presque précisément mot pour mot les normes actuelles de
pratique des évaluateurs agréés. C'est une codification de ce qu'on voit déjà
dans la jurisprudence de ce qui est déjà appliqué par les évaluateurs. Et,
selon nous, le fait de codifier n'aura pas pour effet d'endiguer les
problématiques qu'on constate en termes d'indemnisation.
Mme
Guilbault : Parfait. Merci beaucoup. Je
vais céder la parole à ma collègue d'Argenteuil pour le reste de notre temps.
Merci beaucoup. Très intéressant.
M. Voghel
(Merlin) : Ça fait plaisir. Merci à vous.
Le Président (M.
Jacques) : Merci, Mme la ministre.
Mme Grondin :
Vous me donnez la parole, M. le Président?
Le Président (M.
Jacques) : Oui, Mme la députée d'Argenteuil.
Mme Grondin :
Merci. Me Voghel, merci beaucoup. En fait, je constate que vous avez dédié,
évidemment, votre mémoire sur toute la question de la protection des milieux
naturels, la conservation, mais il reste que le projet de loi actuel a aussi
probablement des effets intéressants sur d'autres projets structurants
d'utilité publique, si on pense au transport en commun, ou au logement
abordable, ou tout autre enjeu que l'on vit comme société.
Est-ce que... si on
met de côté la partie conservation, est-ce que vous considérez, d'une part,
qu'il y a comme un juste équilibre que l'on
retrouve entre l'exproprié et l'expropriant? Et est-ce que vous trouvez que ce
projet de loi là répond à certains objectifs, qui sont une meilleure
localisation, un meilleur contrôle des coûts pour les équipements publics et
peut-être une réalisation plus efficace des projets structurants publics?
M. Voghel
(Merlin) : Assurément, notre organisme ne s'intéresse qu'à la
conservation environnementale. Notre mission, c'est la protection de
l'environnement. Donc, lorsque vient le temps de s'intéresser aux autres
dynamiques, c'est un choix conscient de notre part de cibler notre mémoire et
notre analyse uniquement sur les... que sur les pouvoirs de conservation.
Je vous explique
pourquoi brièvement. C'est qu'actuellement on fait face à une crise. La Cour
suprême, en 2021, nous le disait, les changements climatiques, c'est un défi
existentiel qui met en péril la survie, bon, de notre espèce, de nos
collectivités, pas uniquement au Canada, mais à l'échelle planétaire. C'est
reconnu par le plus haut tribunal au pays. Cette urgence-là, elle nous impose
des efforts dans un laps de temps très réduit, et des efforts très importants
dans un laps de temps réduit, ce qui emporte donc une pression importante sur
les finances publiques dans un laps de temps réduit.
En bons Québécois,
les actions qu'on veut poser pour lutter contre les changements climatiques, il
faut les poser maintenant par des actions concrètes, sérieuses et de grande
ampleur. Est-ce que l'État, avec les fonds dont elle dispose, elle a les fonds
pour s'acquitter de cette mission-là? Selon nous, elle a besoin de bénéficier
d'un certain apport qui découle notamment des propriétaires, tout en respectant
leurs droits. On doit s'assurer que l'État peut répondre et se dote des moyens
de répondre à l'urgence climatique.
Quant aux autres
projets structurants, j'en reviens à votre question, Mme la députée
d'Argenteuil, les autres projets, ils sont généralement vitaux pour les
collectivités, personne ne peut le nier, s'exercent toujours à des fins
publiques. L'expropriation doit s'exercer à des fins publiques, c'est un
concept légal. Malgré tout, dans certains cas, il y a de ces projets
d'infrastructure là...
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup. Ceci...
M. Voghel
(Merlin) : ...qui peuvent être reportés.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci termine le temps du gouvernement. Donc, je cède maintenant
la parole à M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci.
Merci, M. le Président. Merci, Me Voghel. Merci pour votre mémoire, en fait,
très, très fouillé, avec un nombre important de décisions jurisprudentielles à
l'appui.
Je comprends qu'évidemment,
compte tenu de votre organisme, vous vous intéressez en matière de conservation,
protection de l'environnement, et c'est vraiment votre expertise. Maintenant,
j'aimerais... parce qu'on essaie de rechercher un équilibre. Je comprends ce
que vous dites également, qu'il y a urgence d'agir, là, puis vous citez la Cour
suprême pour appuyer votre énoncé, mais, en termes d'équilibre entre
l'expropriant puis l'exproprié... parce qu'évidemment la personne qui va perdre
un bien, forcément, va devoir se relocaliser ailleurs. Ça peut être une entreprise, ça peut être un particulier avec sa
résidence, ça peut être des locataires, et donc, dans cet équilibre-là, il faut
qu'il y ait une indemnité qui soit donnée à un moment donné.
Je comprends que vous, vous craignez, au fond,
que le projet de loi n° 22 n'aille pas assez loin en termes de pouvoirs
qui pourraient être donnés à des organismes expropriants. Est-ce que je vous
comprends bien?
M. Voghel (Merlin) : En fait, ce
n'est pas... notre position n'est pas à l'effet que le projet de loi ne donne pas suffisamment de pouvoirs. C'est plutôt qu'il
n'encadre pas un phénomène qui se produit déjà devant les tribunaux,
l'expropriation de fait. On se remémore que l'expropriation de fait, ça découle
d'allégations comme quoi un acte ou un règlement qui n'est pas un
règlement d'expropriation, un pouvoir d'expropriation, a un effet de
dépossession sur le propriétaire. Donc, le projet de loi devrait encadrer pour
réduire la possibilité d'alléguer une expropriation de fait, donc devrait créer
des balises légales claires qui permettent de résorber ce phénomène-là. Le
projet de loi, à notre sens, ne met pas en cause les pouvoirs d'expropriation
qui sont déjà prévus dans la loi.
Je me permets d'aborder ce que vous disiez...
M. Morin : Donc là, vous faites
référence aux articles 170, 171, notamment.
M. Voghel (Merlin) : En fait, 170 et
171 abordent la réparation en cas d'expropriation, de conclusion d'un tribunal
comme quoi il y a expropriation déguisée. Donc, ce qu'on dit, c'est... à ce
moment-là, la chance sera donnée à l'instance municipale de retirer l'acte ou
de faire le choix de payer l'indemnité qui aura été déterminée par les tribunaux. Donc, on parle de la réparation, mais
on ne vient pas encadrer ce qu'est ou ce qui n'est pas de l'expropriation
déguisée.
M. Morin : Et, à ce moment-là,
est-ce que, selon vous, inclure dans le projet de loi une définition de ce que
c'est que l'expropriation déguisée pourrait augmenter, finalement, la portée ou
l'utilité du projet de loi?
• (17 h 10) •
M. Voghel (Merlin) : Certainement.
En fait, c'est même une recommandation directe que fait le CQDE dans le cadre
de son mémoire. Vous allez le trouver à l'annexe 1 de notre mémoire. Je
vais vous donner la disposition précise. Donc, vous en verrez un exemple à
l'article 176, qui est proposé en page 60 de notre mémoire, et, bien entendu,
nous y réfléchissons uniquement en termes de conservation. Pourquoi? Bien,
parce que l'urgence de la situation appelle à encadrer strictement ce qui est
et ce qui n'est pas de l'expropriation de fait.
Le fait d'adopter une disposition telle qui vous
est suggérée à l'article 176 de notre mémoire permettrait aux instances
municipales et provinciales de venir se coller sur les critères légaux qui
seraient élaborés lorsqu'elles exercent des pouvoirs qui ne sont pas des
pouvoirs d'expropriation. Donc, autrement dit, en s'assurant de respecter les
critères qui sont là, nos instances publiques n'auraient pas à s'inquiéter d'un
recours en expropriation de fait, éviteraient donc les frais d'honoraires, les
frais judiciaires et l'engorgement des tribunaux.
En fait, le corpus qu'on vous a soumis en
annexe 1 reflète l'ensemble de nos recommandations. S'il est intégré tel
quel au projet de loi n° 22, le CQDE n'aurait pas d'inquiétude en matière
d'expropriation de fait lorsqu'on est en contexte de conservation. Pourquoi?
Bien, parce qu'on viendrait donner les coudées franches à l'ensemble des
autorités publiques pour agir en matière de protection de l'environnement tout
en assurant l'équilibre envers le propriétaire, une protection qui est
suffisante.
Vous me posiez la question, à savoir il faut lui
donner une indemnité à ce propriétaire-là, qui fait l'objet d'une
expropriation. Certainement qu'il faut le faire. C'est une question, à notre
sens, de justice sociale. Mais encore faut-il que cette indemnité ne verse pas
non plus dans le profit ou dans la spéculation.
C'est la raison pour laquelle on se remet à une
évaluation municipale, qui parfois pourra être moindre qu'un UMEPP, parfois
pourra être plus qu'un UMEPP. On le reconnaît, il peut y avoir certains glissements.
Là où on atteint des garanties suffisantes, c'est en combinant une indemnité
selon l'évaluation municipale à d'autres pôles d'indemnisation, notamment préjudice, valeur de convenance, troubles,
ennuis, inconvénients, y compris, selon ce que projette le projet de loi
n° 22, des indemnités en réaménagement aussi.
Donc, la valeur municipale, on vous le soumet,
il ne faut pas la démoniser parce qu'elle est complétée par d'autres indemnités
que prévoit déjà le projet de loi et qui permettent donc aux propriétaires d'en
sortir la tête haute sans subir un
préjudice, tout en réinstaurant un équilibre pour la société aussi, qui doit
agir en matière de conservation.
M.
Morin : On a écouté, cet après-midi, une association des
propriétaires de terrains de golf, qui, eux, évidemment, ont des craintes parce
que, justement, ils disent : Si jamais on est expropriés ou si on est
expropriés partiellement, ça pourrait être pour des fins de
conservation, même si un terrain de golf en soi, c'est un espace vert, qui
finalement... ils ne pourront jamais se relocaliser, donc, avec le projet de
loi actuel et donc continuer, évidemment, cette activité-là, sportive et
commerciale. Vous en pensez quoi?
M.
Voghel (Merlin) : Ce pouvoir, il existe déjà, hein, projet de loi n° 22 ou non. Les propriétaires de terrains de golf sont
déjà à risque de se faire exproprier, comme tout citoyen, d'ailleurs, lorsqu'un
citoyen a sur son terrain des espaces verts. Les pouvoirs d'expropriation, ils
existent. Ils ne sont pas nouveaux. En fait, Mme la ministre le soulignait tout
à l'heure, ça va être la première refonte de la loi depuis près de 40 ans.
Ça ne change pas la donne en termes de pouvoirs, mais alors pas du tout.
Là où on veut voir la
donne changer, c'est en termes d'indemnisation. Et encore, bien, si un terrain
de golf ne peut pas se relocaliser, peut-être en va-t-il d'un choix de société
aussi. Peut-être que les valeurs sociales ont évolué et appellent à des mesures
qui sont autres. Il faut le considérer, ça aussi, en tout respect pour les
propriétaires de golf, qui est une activité parfaitement sensationnelle. Je le
dis avec un sourire. Mais malheureusement, il y a cette réalité dans la
difficulté de se retrouver un endroit où habiter pour tout le monde, et c'est
peut-être un autre enjeu social. Quand on pense aux logements sociaux aussi, il
y a d'autres dimensions qui doivent être considérées. On ne parle pas
uniquement d'expropriation, mais d'une myriade de dimensions collectives, là,
de dimensions sociales.
M. Morin : Et
je comprends de vos propos, en fait, quand on réfère aux articles 170, 171,
qu'au fond permettre à une municipalité de se retirer plutôt que de payer un
montant, bien, dans bien des cas, la municipalité ne peut pas parce que le
règlement l'oblige à faire ce qu'elle fait. Donc, au fond, c'est deux articles
qui ne sont peut-être pas très, très utiles pour les municipalités. En tout
cas, ça n'ajoute pas beaucoup de mécanismes utiles pour eux parce qu'ils sont obligés d'adopter certaines
réglementations, ils ne pourraient pas se retirer de toute façon. Donc, je
comprends que là-dessus, le projet de loi, selon vous, fait fausse
route.
M. Voghel (Merlin) : Oui, tout à fait. Et
fausse route notamment par l'élargissement de la possibilité de plaider l'expropriation
déguisée.
M. Morin : OK.
Parfait. J'ai une dernière question. Le projet de loi permet aussi des types
d'indemnités pour les locataires. C'est aussi quelque chose, évidemment, moi,
qui m'habite. Quelqu'un qui resterait dans un logement... parce que, des fois, il y a des expropriés qui
sont de grands propriétaires, il y en a, des fois, c'est des petits
propriétaires, il y a des locataires. Quelqu'un qui vit dans son
logement depuis 10, 12 ans, on a une crise du logement, pensez-vous que le projet de loi est suffisant pour que ces
gens-là puissent se relocaliser et trouver un logement ailleurs ou s'il
faudrait bonifier le projet de loi en ce sens-là quant aux indemnités?
M. Voghel
(Merlin) : Avec égard, ce qu'il faudrait peut-être bonifier, c'est la
disponibilité des logements sur le marché locatif. Lorsqu'on réfléchit, au
CQDE, à la question de l'expropriation, c'est sûr qu'on y réfléchit beaucoup en
termes d'expropriation de fait, parce que c'est ce qui affecte beaucoup les pouvoirs
de conservation. Lorsqu'on vient protéger des milieux, ce sont généralement des
milieux qui ne sont pas développés, des milieux naturels non développés qu'on
souhaite conserver. Dans ce contexte-là, la mise en jeu des droits des
locataires est beaucoup moins fréquente, beaucoup moins importante. Un
locataire n'est pas un propriétaire et ne peut donc pas alléguer une expropriation déguisée. Donc, c'est la raison pour laquelle
le CQDE ne s'intéresse pas à ces dimensions-là dans le cadre de son mémoire. Je
ne voudrais pas me prononcer sur quelque chose qui n'a pas été creusé, là, je
ne voudrais pas vous induire en erreur.
M. Morin : Parfait.
Je vous remercie. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Jacques) : Merci, M. le député d'Acadie. Je cède maintenant la parole
à M. le député de Taschereau.
M.
Grandmont : Merci beaucoup. Merci, Me Vogel, pour votre intervention,
votre mémoire aussi, très étayé, très complet. Merci de votre participation.
Écoutez, j'ai envie de vous entendre d'abord sur les... ce que vous proposez,
en fait, là, à la page 53, là. Vous parlez d'un régime particulier
d'indemnisation pour les expropriations à fin
de conservation. Est-ce que ça veut dire que, pour le reste du PL n° 22,
on est à la bonne place pour les expropriations qui sont d'autres finalités? Est-ce qu'on va assez loin? Parce que vous
semblez vous concentrer vraiment sur les fins de conservation. Est-ce
que le reste, dans le fond, le PL est correct, est assez solide?
M. Voghel
(Merlin) : J'aimerais beaucoup pouvoir vous répondre. Encore une fois,
en tout respect, je ne veux pas le faire pour ne pas vous induire en erreur et
pour respecter la mission de l'organisme que je représente. Notre mission se
concentre exclusivement sur la conservation, sur la protection des milieux
naturels. C'est la raison pour laquelle on vous soumet un régime qui est
distinct. Pourquoi? Encore une fois, j'y reviens, urgence d'agir. Par contre, pour ce qui est des autres dimensions, ce
n'est pas notre mission d'avancer là-dedans, ce n'est pas notre mission
de se pencher sur ces sujets-là.
M.
Grandmont : Parfait. Excellent. En tout cas, c'est une idée qu'on va
retenir, qui est intéressante.
Sinon, pour
l'article 170, vous mentionnez que ça ne couvre même pas les pouvoirs de
zonage régulier des municipalités ni les
expropriations effectuées par le gouvernement. Est-ce que vous pouvez élaborer
un petit peu là-dessus, s'il vous plaît?
M.
Voghel (Merlin) : Oui, certainement. En fait, c'est que
l'expropriation, ce n'est pas l'apanage uniquement, là, des municipalités, c'est l'apanage aussi du
gouvernement provincial, des autorités provinciales, ministères, organismes de
l'État, à proprement parler. Donc, le provincial, si vous me permettez ce
langage, ne s'octroie aucune réparation, donc même imparfaite, en tout respect,
selon ce qu'on constate aux articles 170 et 171. Les autorités publiques
provinciales ne bénéficieront même pas de ce régime-là.
Mais plus encore, lorsqu'on regarde le libellé
même de l'article 170 — je
ne sais pas si vous avez le projet de loi sous les yeux, j'y vais dans un petit
instant — ce
qu'on peut y lire, c'est que, bon, «le recours d'un titulaire d'un droit
portant sur un immeuble, devant la Cour supérieure, en réparation du préjudice
subi en raison de l'effet de dépossession de son droit ou de suppression de
tout usage raisonnable qui résulte d'un acte municipal», donc on exclut les
instances provinciales, «pris en vertu de la Loi sur l'aménagement et
l'urbanisme ou en vertu [du chapitre...] de
la section III du chapitre IV de la Loi sur le patrimoine culturel». Or, la
compétence des municipalités en matière d'environnement, elle est à la
Loi sur les compétences municipales.
Donc, je vous donne un exemple. Une municipalité
qui, aujourd'hui, adopterait un règlement, en vertu de ses compétences environnementales, pour venir encadrer
les usages, par exemple, en milieu forestier, aux fins de protection de
l'environnement, ne bénéficierait même pas du mécanisme qui est prévu à 170 et,
dans un cas où elle adopterait une telle
réglementation, en réponse à une obligation qui découle d'une loi provinciale
ou d'OGAT, orientations gouvernementales en matière d'aménagement du
territoire, ne pourrait même pas, non plus, bénéficier ici de ce pouvoir-là.
• (17 h 20) •
Donc, on est face à un silence de la loi, à un
grand vide, où finalement on tente d'offrir un plan B aux municipalités, un
plan B qui est dangereux parce qu'il accroît le phénomène de l'expropriation
déguisée, mais qui, en plus, omet la compétence principale des municipalités en
matière environnementale.
M. Grandmont : Parfait. Merci. C'est
très éclairant. J'ai vu des yeux s'écarquiller quand vous parliez.
Peut-être une dernière chose, rapidement. Il y a
la CMM qui nous a proposé, là, un élément intéressant. Elle disait... Elle
demandait des pouvoirs d'expropriation pour les municipalités sur des terres
agricoles non exploitées depuis trois ans. Est-ce que vous pensez que c'est un
élément qui peut être intéressant à ajouter au PL?
M. Voghel (Merlin) : J'ai tendance à
vous dire : Je n'ai pas exploré cette voie-là. Ce n'est pas quelque chose
qu'on a envisagé parce qu'on se situe davantage dans encadrer, du côté du CQDE,
encadrer ce qui est ou ce qui n'est pas de l'expropriation, et, à notre sens,
ça, ça suffit. Ensuite de ça, les pouvoirs d'expropriation, ils sont déjà
prévus dans des lois particulières. Les municipalités, elles ont déjà des
pouvoirs d'expropriation qui sont prévus au Code municipal, qui sont prévus
aussi à la Loi sur les cités et villes, dépendamment de quelle instance
municipale on parle. Donc, le pouvoir d'expropriation, il existe déjà.
Ensuite, c'est une question éminemment
juridique. Pourquoi? Bien, parce que le zonage agricole, il est de la
compétence de la CPTAQ, avec une compétence exclusive accordée à la CPTAQ.
M. Grandmont : Merci beaucoup pour
vos propos éclairants. Au revoir.
M. Voghel (Merlin) : Merci à vous.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup, M. le député. Je vous remercie
aussi, M. Voghel, pour la contribution à nos travaux.
Compte tenu
de l'heure, la commission ajourne ses travaux à jeudi 21 septembre 2023, à
7 h 30, où elle se réunira en séance de travail.
(Fin de la séance à 17 h 22)