Journal des débats de la Commission des transports et de l'environnement
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
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Le
mercredi 20 septembre 2023
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Vol. 47 N° 17
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 22, Loi concernant l’expropriation
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Intervenants par tranches d'heure
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Jacques, François
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Guilbault, Geneviève
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Guilbault, Geneviève
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Jacques, François
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Lemay, Mathieu
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Morin, André Albert
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Grandmont, Etienne
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Jacques, François
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Guilbault, Geneviève
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Gendron, Marie-Belle
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Jacques, François
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Morin, André Albert
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Grandmont, Etienne
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Jacques, François
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Grondin, Agnès
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Jacques, François
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Jacques, François
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Gendron, Marie-Belle
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Grondin, Agnès
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Lemay, Mathieu
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Morin, André Albert
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Nichols, Marie-Claude
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Jacques, François
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Guilbault, Geneviève
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Guilbault, Geneviève
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Jacques, François
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Grondin, Agnès
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Morin, André Albert
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Grandmont, Etienne
11 h (version révisée)
(Onze heures seize minutes)
Le Président (M. Jacques) : Bonjour
à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des
transports et de l'environnement ouverte.
La commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 22, Loi concernant l'expropriation.
Mme la secrétaire, y a-t-il des <remplacements...
Le Président (M. Jacques) :
Mme
la secrétaire, y a-t-il des >remplacements?
La Secrétaire : Non, M. le
Président.
Auditions (suite)
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Nous entendrons ce matin les organismes suivants : la ville de
Mascouche ainsi que L'Institut de développement urbain du Québec.
Je souhaite la bienvenue aux représentants
de la ville de Mascouche. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer
votre exposé.
Ville de Mascouche
M. Tremblay (Guillaume) : Merci
beaucoup, M. le Président. Donc, Mme la vice-première ministre et ministre des
Transports, Mmes et MM. les membres de la commission, vous me permettrez de
saluer particulièrement mon député, donc, M. le député de Masson. Je vous
remercie de nous donner l'occasion aujourd'hui de vous faire part de nos
commentaires sur cet important projet de loi, qui était tant attendu,
ardemment, par le milieu municipal, dont, bien sûr, la ville de Mascouche.
Je suis accompagné aujourd'hui par
M. Yohann Champagne, le directeur général adjoint et urbaniste de
formation, ainsi que Me Charles Turcot, assistant-greffier, avocat de
formation, qui cumule également 12 ans d'expérience en pratique privée en
droit municipal.
M. Turcot (Charles) : Bonjour.
M. Tremblay (Guillaume) : La
réforme de la Loi sur l'expropriation était souhaitée depuis un bon moment par
la ville de Mascouche, si bien que nous appuyons ce projet de loi qui, à notre
avis, permettra de rétablir un meilleur équilibre entre l'expropriant et
l'exproprié. Nous sommes d'avis que l'intérêt collectif doit parfois primer sur
les intérêts privés, notamment lorsqu'il est question de protection de
l'environnement et du patrimoine de même que pour le développement de logements
sociaux et communautaires.
Soyons clairs ici, il ne s'agit pas de
décider d'aller faire de l'acquisition de terrains à rabais, il s'agit d'avoir
des balises permettant l'acquisition d'immeubles à juste prix, au bénéfice de
la collectivité, tout en permettant une compensation équitable et raisonnable aux
propriétaires expropriés.
Le manque de précision de la loi
actuellement en vigueur a fait en sorte que les tribunaux ont accordé des
indemnités sur des éléments purement spéculatifs, faisant fi des pouvoirs
discrétionnaires du conseil quant au développement du territoire. Dans ce
contexte, il y avait lieu de revoir la législation puisqu'en vertu de la loi
actuelle les tribunaux ont souvent écarté le zonage en vigueur pour retenir un
usage pourtant prohibé afin de fixer la valeur potentielle future.
En ce sens, le projet de loi n° 22
constitue une approche équilibrée se fondant sur une... la juste valeur
marchande au lieu de la valeur au propriétaire à titre d'indemnité principale.
Ainsi, le projet de loi n° 22 devrait permettre aux municipalités d'avoir
une certaine prévisibilité quant à l'indemnité totale qui devra être versée à
l'occasion d'une expropriation. Cette prévisibilité, elle est essentielle à la
saine gestion des finances publiques.
Bien que nous soyons en accord avec
l'essence du projet de loi, nous sommes d'avis que certains amendements
devraient être apportés afin de poursuivre le travail de modernisation de
celle-ci. Mais, pour cela, vous me permettrez de céder la parole à deux experts
à mes côtés, donc, tout d'abord, à M. Champagne et, par la suite, à
M. Turcot.
M. Champagne (Yohann) : Merci.
Donc, effectivement, le projet de mémoire de la ville de Mascouche appuie
spécifiquement deux éléments-phares du projet de loi et également vient
formuler cinq recommandations dans le cadre de la bonification souhaitée du
projet de loi.
Le premier élément central qu'on désire
appuyer fortement, c'est évidemment le concept de fixation de l'indemnité en
fonction de la juste valeur marchande et non pas d'une valeur au propriétaire.
Les responsabilités au niveau environnemental notamment... (panne de son) ...font
en sorte qu'actuellement, sur la base de la valeur des propriétaires... de la
valeur au propriétaire, c'est extrêmement difficile... (panne de son) ...d'être
capable de rencontrer des objectifs de conservation, préservation des espaces
verts au niveau de la ville. Et également le tribunal, actuellement, ne
reconnaît pas ou vient... vient écarter, en fait, vient faire fi de l'usage qui
est actuellement exercé sur un terrain et même des usages qui pourraient être
conformes au niveau du zonage.
Donc, il y a un volet extrêmement
spéculatif pour nous et hypothétique dans le cadre de l'établissement de la... du
concept de valeur au propriétaire, et conflictuel, et ça fait en sorte qu'il y
a des indemnités qui sont versées actuellement, et qui sont complètement
spéculatives, et qui ne représentent pas le réel potentiel d'utilisation
conforme du terrain. Donc, c'est un des éléments qu'on désire appuyer
fortement.
• (11 h 20) •
M. Turcot (Charles) : Le
concept de valeur au propriétaire a également contribué à alourdir grandement
les délais devant les tribunaux et dans les dossiers judiciaires, parce que ça
exige une démonstration, une preuve complexe sur la faisabilité des projets,
sur la rentabilité des projets et sur la planification des municipalités. J'ai
vu des dossiers ayant plus de 100 jours d'auditions en matière d'expropriation.
Ce n'est vraiment pas l'idéal pour l'accès à la justice. Mais on parle beaucoup
de l'impact sur les ressources financières d'une municipalité quand il y a un
dossier d'expropriation avec peu de prévisibilité sur les indemnités pouvant
être versées, mais... en fait, oui, il y a cet
impact-là, mais il y a aussi l'impact sur les ressources humaines des
municipalités, parce qu'un <dossier...
M. Turcot (Charles) :
...oui,
il y a cet impact-là, mais il y a aussi l'impact sur les ressources humaines
des municipalités, parce qu'un >dossier qui dure plus de 100 jours, ça
demande beaucoup de travail à l'interne, du travail qu'on ne peut pas mettre
sur d'autres dossiers, qui demande beaucoup de présence devant les tribunaux et
de longs délais, parce que le 100 jours d'auditions ne se fait pas
toujours en continu, donc ça alourdit grandement les auditions devant les
tribunaux. Et on pense que le projet de loi va contribuer à rapprocher les
parties, à... ça va permettre de régler davantage de dossiers, en ramenant ça à
la juste valeur marchande et aussi en limitant aux usages probables,
réalisables et permis sur un horizon de trois ans.
Donc, cet équilibre-là entre les intérêts
collectifs et les intérêts individuels permettront de diminuer le nombre de
litiges ou d'auditions, devant le Tribunal administratif du Québec ou encore
devant la Cour supérieure, en expropriation déguisée. Il s'agit aussi d'une
approche qui va permettre de respecter davantage le pouvoir discrétionnaire des
conseils municipaux sur le développement de son territoire également car c'est
sur un horizon de trois ans qu'on doit regarder qu'est-ce qui est probable
comme usage.
Une autre recommandation qu'on fait, et
ça, c'est une précision qu'on souhaite voir le législateur adopter... À
l'article 87, il est question d'un usage probable, et non seulement possible.
On pense que cette notion-là de «probable» devrait être précisée pour exclure
spécifiquement de l'usage probable qu'est-ce qui requiert une approbation du
conseil ou une entente avec le conseil municipal pour accorder à un usage ou
des éléments de zonage plus favorables. On peut penser au règlement sur les
plans d'aménagement d'ensemble ou encore sur... le règlement sur les ententes
sur les travaux municipaux.
Donc, actuellement, avec la valeur au
propriétaire, avec des usages qui sont accordés qui ne sont pas prévus à la
réglementation, on se retrouve à prendre pour acquis que ces développements-là
seraient permis par les municipalités. Donc, on pense que c'est essentiel de
prévoir spécifiquement que, lorsque c'est un projet qui est prévu par un règlement
sur les plans d'aménagement d'ensemble, ce n'est pas un usage probable et
uniquement un usage possible qui demanderait l'autorisation du conseil
municipal. Donc, ça ne pourrait pas servir de base de réclamation dans un
projet de loi.
Évidemment, là, je ne parle pas des
règlements sur les plans... les PIIA. Dans ce cas-ci, c'est une approbation sur
un... sur des aspects esthétiques d'un projet. Donc, ce n'est pas de ce pouvoir
discrétionnaire là dont je parle, mais c'est vraiment de négocier... Oui, on
t'accorde peut-être une plus grande densité à ton projet mais selon des balises
négociées. Donc, c'est cet élément-là qu'on veut préciser, donc que ce ne soit
pas un usage probable.
Aussi, un autre point qu'on souhaite voir
au projet de loi, c'est prévoir l'immunité pour les municipalités ou un
mécanisme de compensation pour les expropriations déguisées ou... les dossiers
d'expropriation déguisée découlant d'une règle de concordance. On est d'avis
qu'il ne revient pas aux contribuables d'une municipalité locale de payer la
facture lorsqu'elle se fait poursuivre pour une expropriation déguisée à la
suite de modifications à la réglementation pour une concordance réglementaire.
On a parlé des OGAT, on en entend parler, mais, lorsqu'il s'agit d'une
orientation gouvernementale qui entraîne, en définitive, une modification à la
réglementation, la ville devrait avoir une immunité complète face aux
poursuites pour les expropriations déguisées. Mais, en même temps, on soutient
que le propriétaire a quand même droit à une compensation juste mais que ça ne
devrait pas être à la municipalité locale de le payer. On défend ce principe
puisque, comme le mentionne le gouvernement sur le site Consultation Québec,
les orientations gouvernementales constituent le véhicule des préoccupations du
gouvernement en aménagement du territoire. Les orientations gouvernementales
dépassent les intérêts purement locaux. En ce sens, le coût d'acquisition de
tels terrains devrait être assumé collectivement, et non pas localement.
M. Champagne (Yohann) : À
titre d'exemple, on peut, par exemple, donner, effectivement... (panne de son) ...un
terrain pour un centre de services scolaire, pour l'établissement d'une
nouvelle école, là. Avec, présentement, les orientations gouvernementales, bon,
qui découlent... dans le PMAD, ils sont venus fixer des seuils de densité. Donc,
à l'intérieur d'un certain secteur, pour nous, au niveau, par exemple, de la
gare de Mascouche, concrètement, c'est... évidemment, ça a eu une évaluation
augmentée, pour l'ensemble des terrains, de façon substantielle. On vient
cumuler à cet élément-là, également, l'exigence d'un choix de terrains à
l'intérieur. Bien, ça nous donne un scénario où est-ce que le centre de
services scolaire pourrait déterminer un terrain spécifique, avec une
augmentation extrêmement haute... une évaluation qui est extrêmement haute au
niveau des valeurs, alors que la ville n'a ni fait le choix des seuils de densité
et ni le choix de l'emplacement. Donc, pour nous, il y a une incohérence par
rapport au volet de concordance des orientations.
M. Turcot (Charles) : Un
autre élément du projet de loi qu'on appuie, c'est les indemnités précisées et
plafonnées. Il y a un plafonnement pour les indemnités pour troubles, ennuis et
inconvénients, il y en a aussi pour les indemnités de convenance et il y a
beaucoup de précisions qui ont été amenées sur les indemnités de fermeture
d'une entreprise. On croit que ça va aider à simplifier les dossiers parce que
beaucoup d'expropriés faisaient <preuve...
M. Turcot (Charles) :
...d'une
entreprise. On croit que ça va aider à simplifier les dossiers parce que
beaucoup d'expropriés faisaient >preuve de beaucoup d'originalité dans
le type de réclamations qu'ils formulaient, ce qui éloignait les parties d'un
règlement ou d'une entente de gré à gré et qui exigeait souvent des jours
d'auditions devant le Tribunal administratif du Québec ou encore dans des
dossiers devant la Cour supérieure. Donc, à nouveau, pour alléger les délais
devant les tribunaux, alléger les dossiers devant les tribunaux et favoriser
des... une bonne entente entre les parties, on appuie les indemnités précisées
et plafonnées.
Ensuite, une autre proposition, c'est :
on aimerait voir une présomption au bénéfice des municipalités à l'effet qu'une
relocalisation sur le territoire de la municipalité constitue une
relocalisation à proximité. Dans le projet de loi, il y a des dispositions sur
la relocalisation de la partie expropriée, mais, pour le gouvernement
provincial, ce n'est pas la même notion que pour une municipalité, la
proximité. La municipalité peut offrir des options sur son territoire, donc on
voudrait qu'il y ait une présomption irréfragable que, si on relocalise sur le
territoire, à ce moment-là c'est à proximité. Il restera toujours la
possibilité de faire le débat : Est-ce que ce terrain-là permet de
rétablir sa situation? Donc, on garde l'équilibre entre exproprié et
expropriant quand même, parce que le débat va se centrer sur : Est-ce que
ça permet de rétablir la situation?
On peut penser à un bord d'eau. Bien, sur
le territoire, il n'y en a peut-être pas énormément, de bords d'eau, mais, en
plus, si on limite la notion de proximité, ça va être encore plus difficile de relocaliser
cette personne-là. Donc, on pense que c'est de quoi qui est susceptible d'aider
à régler des dossiers, en disant : Tu es sur... Vous êtes sur le
territoire de la municipalité, c'est à proximité. Maintenant, est-ce que ça
permet de rétablir la situation? Et il restera maintenant la question des...
est-ce que le terrain a la même valeur ou non, et ça, il y a déjà des
précisions au projet de loi, qu'on appuie, qui viennent baliser une possibilité
d'indemnité selon la valeur des terrains.
Ensuite, une autre précision...
Le Président (M. Jacques) : En
terminant...
M. Turcot (Charles) : Oui,
tout à fait. À l'article 592 de la Loi sur les cités et villes,
actuellement, le ministère des Affaires municipales et de l'Habitation ne
considère pas une décision du Tribunal administratif du Québec comme étant un
jugement. La conséquence, c'est que, pour une municipalité qui n'aurait pas les
sommes requises à ses fonds courants pour payer une indemnité d'expropriation,
elle doit passer par un processus... par le processus des personnes habiles à
voter pour faire approuver son règlement d'emprunt. Donc, on croit que ce
serait bien de préciser qu'une décision du tribunal administratif en matière
d'expropriation équivaut à un jugement, ce qui permettrait de seulement aller
chercher l'autorisation du ministère des Affaires municipales et de
l'Habitation.
Sur ce, je vous remercie.
M. Tremblay (Guillaume) : Merci
beaucoup. On est prêts à répondre à vos questions, M. le Président.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Je cède maintenant la parole à Mme la ministre pour
une durée de 14 min 13 s.
Mme Guilbault :Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Merci, messieurs,
d'être avec nous aujourd'hui. Très intéressant de vous entendre. Je vais
partager mon temps, vous l'aurez deviné, avec mon collègue de Masson, qui sera
intéressé aussi de s'adresser à vous. Mais je vais quand même y aller d'emblée
avec une ou deux questions.
Mais d'abord, comme je le dis toujours,
là, vous êtes... vous êtes peut-être le cinq, six, septième groupe d'une lignée
de groupes issus du milieu municipal, pour lesquels il y a des commentaires qui
se recoupent, évidemment l'accueil favorable au projet de loi. Vous l'avez dit,
et je l'ai dit souvent depuis le début des consultations, c'est un engagement
qu'on avait pris dans le dernier pacte fiscal, qu'on a réitéré aussi depuis le
nouveau mandat. Et donc ce projet de loi là vient le concrétiser. Donc... Puis,
sans surprise, c'est ça, c'est bien accueilli, parce qu'on le sait tous, les
projets d'infrastructures qu'on essaie de livrer pour nos citoyens, tant vous
que nous, le gouvernement, que ce soit du transport, du transport collectif,
des logements, des CPE, des écoles, etc., des parcs aussi, des milieux, des
milieux de vie qu'on essaie de développer, l'accès à la nature, et tout ça,
c'est très long et compliqué, pour une foule de raisons. Mais, si, au moins, on
peut s'aider en modernisant la Loi sur l'expropriation, alors qu'on est, par
ailleurs, pris avec d'autres enjeux de coûts puis de chaînes
d'approvisionnement, etc., là... mais, au moins, ce sur quoi on peut agir, on
agit aujourd'hui. Donc, on est sur la même longueur d'onde là-dessus.
• (11 h 30) •
Vous amenez des commentaires intéressants,
des nuances, des suggestions, des recommandations. Peut-être, je vous amènerais
sur l'expropriation déguisée. Ça a été abordé par pas mal tout le monde, pas
mal tous les groupes qui sont venus nous rencontrer à date. Je note que vous
souhaiteriez une compensation en cas d'expropriation déguisée. Il y a d'autres
groupes... bien, en fait, il y a un groupe, la ville de Montréal, qui, eux,
disaient : Les articles 170, 171, qui abordent l'expropriation
déguisée, devraient être retirés du projet de loi, ça devrait être traité
autrement, aux Affaires municipales. L'ensemble des autres groupes, pour
plusieurs, disaient : On ne devrait pas pouvoir réclamer d'indemnité quand
on est... ce n'est pas tout à fait la même chose que l'expropriation déguisée,
mais, tu sais, quand on exproprie pour des <objectifs gouvernementaux...
>
11 h 30 (version révisée)
<16885
Mme Guilbault :
...ce
n'est pas tout à fait la même chose que l'expropriation déguisée, mais, tu
sais, quand on exproprie pour des >objectifs gouvernementaux, pour des
objectifs nobles d'environnement, et tout ça... Et sinon, pour ce qui est de l'expropriation
déguisée, c'est ça, la plupart des groupes disaient : On devrait peut-être
l'encadrer même encore davantage. Donc, vous, où est-ce que vous vous situez
dans ce spectre-là de possibilités?
M. Tremblay (Guillaume) : Écoutez,
clairement, nous, on est vraiment du côté de la Communauté métropolitaine de
Montréal, donc on appuie le fait qu'il faut que ça reste à l'intérieur. Mais de
l'encadrer un petit peu... un petit peu mieux, je veux dire, on serait à l'aise
avec ça. Je ne sais pas, du côté de mon avocat professionnel, si vous avez des
suggestions à aller de l'avant avec ça.
M. Turcot (Charles) : Évidemment,
la rétroactivité de la loi, on peut avoir une crainte qu'il y ait une série de
poursuites qui soient déposées avant l'entrée en vigueur de la loi. Donc, c'est
sûr que ça amène un effet intéressant, s'il y a un effet rétroactif. Encore là,
il faut le baliser à quel moment? Un dossier en cour, est-ce que ça s'applique
là? Est-ce que le dossier a été plaidé mais que le jugement n'a pas été rendu?
Il y a peut-être des précisions à amener à ce niveau-là, mais oui, on est
favorables à ce qu'il y ait une rétroactivité. Mais, par contre, la possibilité
de revenir sur notre réglementation qui a été adoptée dans le cadre d'une
OGAT... qui a débuté par une OGAT dans un concept de concordance, à ce
moment-là, bien, on n'a pas la possibilité de revenir sur notre réglementation
parce qu'on ne sera pas conformes au schéma d'aménagement.
Donc, c'est sûr, je pense qu'il faut
continuer à travailler ces dispositions-là. Il y a encore du travail à faire, puis
évidemment, on va être là si... pour collaborer, au besoin.
Mme Guilbault :D'accord. Puis peut-être une autre question, avant de céder
la parole sur... parce qu'il y a une diversité de points de vue, là,
évidemment, puis c'est normal, sur ce projet de loi là. Il y a certains... il y
a certaines personnes, la plupart... tout le monde l'accueille favorablement,
mais il y a certaines personnes qui font valoir que le fait de venir encadrer
les indemnisations, les montants, de venir encadrer, de façon générale, le
processus d'expropriation, évidemment, ça fait aussi le pari, ce projet de loi
là, d'envoyer un certain signal aux gens qui pourraient être intéressés à faire
des acquisitions avec des motifs, bon, disons, de faire de l'argent ou, en tout
cas, de rentabiliser cet investissement-là.
Donc là, c'est sûr que ça envoie un
certain message. Et donc, il y en a qui peuvent dire, tu sais : Est-ce que
ça va freiner le développement? Quelle incidence ça peut avoir sur des projets
de développement, sur des investissements? Puis on pense beaucoup au logement,
là, on est tous très, très habités par le besoin criant de logements ou la
pleine jouissance de nos... du bien, de la propriété, tout ça. Alors, qu'est-ce
que... quelles sont vos impressions là-dessus?
M. Tremblay (Guillaume) : On
en parlait justement avant la rencontre, Mme la ministre. Je vais céder aussi
la parole à Me Turcot.
M. Turcot (Charles) : Il y a
des régimes semblables qu'on retrouve dans d'autres provinces, et ça n'a pas
nui au développement. Également, je pense qu'il va y avoir peut-être moins d'acquisitions
à titre spéculatif. Donc, un promoteur, un entrepreneur qui fait l'acquisition
d'un terrain, il va être incité à développer plus rapidement son terrain au
lieu de s'asseoir en se disant : Bien, peut-être qu'éventuellement la
municipalité va en avoir besoin et, avec la valeur au propriétaire, ça va être
très rentable ou que ça va prendre de la valeur. Donc, on pense que ça peut
inciter les promoteurs à développer plus rapidement.
M. Tremblay (Guillaume) : Et,
si vous permettez aussi, Mme la ministre, je pense aussi que ça va être plus qu'intéressant
pour tout l'aspect du logement social, avec les OMH, dans nos communautés. Si
on veut faire l'acquisition d'un terrain, présentement, il n'y a pas trop de
prévisibilité. Là, on va avoir un peu plus de prévisibilité, puis je pense que,
pour le logement social, ça va vraiment donner un coup de main à l'ensemble des
villes du Québec.
Mme Guilbault :Merci beaucoup. Je vais céder la parole à votre député
de... Merci beaucoup, messieurs.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la ministre. M. le député de Masson, la parole est à vous.
M. Lemay : Merci, M. le
Président. Salutations d'usage à M. Tremblay, M. Turcot et M. Champagne.
Content de vous retrouver ici, en commission. Vous savez, les projets que vous
avez mentionnés tout à l'heure dans le mémoire, là, c'est une réalité, dans
notre territoire, bien entendu, à proximité de la gare de Mascouche, là.
Lorsque vous mentionnez les possibilités, là, vous avez fait mention pour une
école dans ce secteur-là... On sait la forte croissance démographique qu'on a
et les contraintes que nous avons avec le TOD, et, bien entendu, à proximité de
Montréal, le fait que les coûts de construction sont très élevés dans notre
secteur.
Peut-être, si vous voulez préciser sur l'exemple
qui fait du pouce sur les questions de Mme la ministre, là, un peu, c'est quoi
les impacts... Est-ce que vous pouvez le chiffrer? Est-ce que vous avez un
exemple, au niveau monétaire, de c'est quoi, la différence que ça représente
pour votre municipalité?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
écoutez, je pourrais vous donner un exemple, par exemple, d'un dossier d'un
golf, là, que vous connaissez bien. Et donc, écoutez, sans le nommer, parce que
vous savez qu'il y a une cause présentement... On est devant la cour
présentement, mais, si on fait juste comparer l'évaluation foncière du terrain
de golf de Mascouche, l'évaluation foncière, c'est public, est environ à 3 954 000 $,
et présentement, le promoteur nous poursuit pour expropriation déguisée pour 62 millions.
Vous avez un exemple assez concret.
M. Lemay : Très bien. Merci
pour cet exemple-là <aussi...
M. Lemay :
Très
bien. Merci pour cet exemple-là >aussi. On en aurait parlé ultimement,
mais bref vous l'avez abordé déjà, donc, c'est bien correct.
Vous savez, dans votre mémoire, vous
parlez, au point 5, à la page 5 de votre mémoire, là, sur la
présomption au bénéfice des municipalités à l'article 7 du projet de loi
n° 22. Puis là vous voulez avoir un petit peu plus de précisions, parce
qu'à l'article 7 on fait mention que, si l'expropriant peut acquérir de
gré à gré... ou une expropriation ou un démembrement du droit de propriété au
bénéfice de l'immeuble... Dans le fond, ce qu'on vient mentionner, c'est qu'on
peut rétablir la situation en faisant l'acquisition d'un autre lieu à proximité.
Puis, vous, votre oint, c'est de mentionner que... vous dites : le terme «proximité»
devrait être précisé davantage.
Là, je crois comprendre que vous voulez
inclure... En tout cas, si je lis le mémoire que vous nous avez remis, est-ce
que je dois comprendre que, pour vous, la «proximité» devrait être à
l'intérieur du territoire de la municipalité?
M. Turcot (Charles) : Exactement.
Il y a une présomption que, si on relocalise à l'intérieur de la municipalité,
c'est nécessairement à proximité, et restera le débat à savoir si cette
localisation-là permet de rétablir la situation de l'exproprié. Donc, ça laisse
quand même... ça permet quand même à l'exproprié de prétendre : Mais non,
ce n'est pas une situation qui permet de me rétablir. Mais, au moins, ça évite
un débat. Mais je suis à plus de deux kilomètres de mon ancien terrain, donc je
ne suis pas à proximité. Ça va simplifier les dossiers, ça va ouvrir les
possibilités pour la municipalité, dans un dossier d'expropriation, en ouvrant
les perspectives de relocalisation sur l'ensemble du territoire, peut-être des
terrains qu'on a déjà en main, ce qui va éviter une nouvelle acquisition dans
le cadre d'un dossier pour relocaliser.
M. Tremblay (Guillaume) : Puis
je pense que, pour le gouvernement, vous l'avez... vous le faites déjà, je
pense, dans la loi qui est ainsi faite. Ça fait que vous pourriez appliquer la
même mentalité pour les villes en tant que telle.
M. Lemay : OK. Sans dire que
c'est un point pour lequel c'est bon ou mauvais, là, je fais juste mentionner
que, tu sais, certains groupes nous arrivent puis nous disent, pour eux, la
définition de proximité, c'est le même quartier, en voulant dire que, si on
déracine quelqu'un de son quartier dans lequel il est présentement, tu sais, on
devient hors proximité. Ça fait que je voulais juste avoir cette précision-là
puis les explications sur votre point.
M. Turcot (Charles) : Oui,
bien, on pense que, de toute façon, une entreprise, on ne va pas la
relocaliser. On a un territoire, nous, 70 % agricole. C'est sûr que ça va
être dans le périmètre urbain. Il y a plein de réalités dans les municipalités,
mais quand même, sur le territoire de la municipalité, maintenant, il y a quand
même un... Si le terrain a une moindre valeur, il y a déjà des précisions, dans
le projet de loi, pour le considérer. Sur l'achalandage, il y a des précisions.
Donc, je pense que tout le monde est bien
protégé, mais ça va ouvrir le monde des possibilités. C'est vraiment pour
faciliter les dossiers et éviter qu'un dossier d'expropriation fasse en sorte
qu'on doive exproprier un autre terrain pour régler un premier dossier
d'expropriation, donc ça... encore ça amène une lourdeur au processus
d'expropriation. C'est ça, l'idée derrière cette précision qui est demandée au
projet de loi.
M. Tremblay (Guillaume) : Puis
là on parlait, M. le député, d'un dossier plus industriel, là, pour être bien
compris, on ne parlait pas d'une résidence privée.
M. Turcot (Charles) : Une
résidence privée, le débat se situe sur la possibilité de rétablir la... sa
situation. Donc, on peut penser aux... Est-ce que l'enfant va pouvoir
poursuivre ses études à la même école? Donc, c'est sûr qu'il y a quand même une
considération pour la situation de l'exproprié. On ne l'exclut pas, mais ça
ouvre le monde des possibilités quand même. Une municipalité, si elle
délocalise totalement une partie expropriée d'une résidence familiale, bien,
évidemment, on va considérer le quartier, parce que sinon, ça ne permettra pas
de rétablir la situation. Donc, c'est quand même... c'est une décision qui
serait importante, mais ça n'enlève... ça n'évacue pas totalement le débat de
rétablir la situation.
• (11 h 40) •
M. Lemay : OK. Merci pour les
précisions. Puis M. Turcot, tout à l'heure, vous mentionniez, à
l'article 592 de la Loi sur les cités et villes, puis ça fait partie
de votre mémoire, là, votre item 6, là, à la page 5 de votre mémoire... puis
vous mentionnez que ça serait bien d'avoir un amendement, si on veut, une
modification à l'alinéa 2 de l'article 592 sur la Loi sur les cités
et villes. Et là moi, je ne suis pas juriste, là, mais j'aimerais juste avoir
un petit peu plus de précisions parce que je comprends, au niveau des
règlements d'emprunt, qu'il y a des enjeux. Mais qu'est-ce que ça viendrait
faire concrètement pour vous, si on faisait cette modification? Ça vous
permettrait d'avoir quel type d'agilité supplémentaire?
M. Turcot (Charles) : En
fait, on n'a jamais eu un cas problématique, mais il n'y a jamais de problème
tant qu'il n'y en a pas un. Donc, les indemnités d'expropriation, c'est souvent
des montants importants. Et, si on ne l'a pas aux fonds courants, il faut
procéder par règlement à l'emprunt, et les personnes habiles à voter peuvent
signer un registre pour demander la tenue d'un scrutin référendaire. Et, en matière
d'expropriation, si on a un règlement d'emprunt, on est obligés de passer par
ce processus-là.
Donc, le jour que des citoyens signeraient
le registre, il faudrait faire un scrutin référendaire, ce qui va retarder le
paiement d'une indemnité d'expropriation qui a pourtant été déterminée par le Tribunal
administratif du Québec. Donc, c'est juste une précision qui permettrait de <faciliter...
M. Turcot (Charles):
...administratif
du Québec. Donc, c'est juste une précision qui permettrait de >faciliter,
en allant voir au ministère des Affaires municipales et de l'Habitation, en
demandant : Voici, j'ai un règlement d'emprunt, pouvez-vous l'approuver, on
a eu un... une décision qui a été rendue par le Tribunal administratif du
Québec? Ce qui est un... ce qui est déjà prévu pour un jugement de la Cour
supérieure ou de la Cour du Québec dans la loi, mais pas pour une décision du
Tribunal administratif du Québec. C'est une interprétation au ministère des
Affaires municipales et de l'Habitation. En venant baliser le tout dans la loi,
bien, il n'y aura plus de doute sur l'interprétation, et on pourrait passer
directement à l'approbation du ministère.
M. Lemay : Merci, M. Turcot,
pour ces précisions. J'aimerais ça revenir maintenant sur le golf de Mascouche,
là, si vous pouvez en parler ou pas. Bien, en fait, on a d'autres groupes qui
vont venir nous rencontrer, au courant de la journée et demain aussi, sur les
associations de golf, puis ils mentionnent, eux, dans leurs mémoires, que leur
inquiétude, ce serait qu'une municipalité pourrait décider d'exproprier en
partie le terrain, et là, dans le fond, ce qui ferait en sorte qu'il y aurait
une partie du terrain de golf qui ne serait pas exproprié, mais une autre
partie qui le serait.
Est-ce que vous avez pris connaissance de
cette information-là ou est-ce que vous avez une réaction face à cette
possibilité-là?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
écoutez, moi, tant et aussi longtemps que ça... Dans le mémoire, je pense que
de la manière qu'il est expliqué, c'est tant et aussi longtemps que ça
correspond à un objectif, par exemple, des OGAT, donc tant que ça reste pour un
objectif public, que... Là, je ne vous parlerai pas de l'exemple de Mascouche,
mais je pourrais parler d'un autre exemple d'un autre golf dans une autre
municipalité. Si une ville décide de conserver une grande portion puis, sur une
petite portion, par exemple, de mettre une école, bien, je veux dire, on
s'entend que c'est toujours dans un objectif public. Je pense que, de ce
côté-là, c'est important de toujours avoir la notion d'une priorité en lien
avec les OGAT ou dans une propriété d'une communauté et non pour faire, par exemple,
un parc d'affaires ou... On est vraiment dans un souci, là, de préservation.
Et, quand on parle de préservation de milieux humides, je pense que ça fait
l'unanimité au Québec, là, qu'il faut de plus en plus faire attention à
l'environnement.
M. Lemay : Oui, merci
beaucoup. C'est tout le temps qu'on avait ensemble, mais je vous salue puis au
plaisir de vous recroiser à Mascouche.
M. Tremblay (Guillaume) : Merci,
M. le député de Masson.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le député. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle, le
porte-parole, M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci. Merci, M.
le Président. Alors, bonjour, merci d'être là avec nous. Merci également pour
votre mémoire.
D'emblée, j'aimerais aborder un élément
que vous soulevez dans votre mémoire, et il n'y a à peu près personne qui a
soulevé ça jusqu'à maintenant, c'est à la page 4... 3 en haut, quand vous
prévoyez une immunité aux municipalités ou un mécanisme de compensation. Et
donc est-ce que je comprends bien en disant que vous souhaitez la création d'un
fonds gouvernemental pour les municipalités locales qui seraient obligées de
verser, par exemple, une indemnité d'expropriation plus élevée ou qui dépasse
leur budget? Est-ce que je comprends bien?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
nous, ce qu'on dit, c'est que, lorsque c'est pour correspondre à une
orientation gouvernementale... puis, tu sais, on va laisser aux législateurs trouver
la meilleure solution possible. Mais clairement, pour nous, ce qui est
important, c'est que, quand ça vient d'une orientation, puis que la ville est
obligée de faire un changement, puis là, après ça, on se fait poursuivre pour
expropriation déguisée, bien, il y a clairement... Vous comprenez que ce n'est
pas juste à une petite ville, puis là, Mascouche, je peux dire... je pense
qu'au Québec on est pareil une ville de grande importance, mais imaginez-vous,
au Québec, des plus petites villes qui arriveraient avec une obligation de
préserver tel, tel terrain dans le cadre d'un plan métropolitain ou d'un
objectif, puis là la ville se fait poursuivre pour expropriation déguisée. Il y
a clairement là un enjeu important, oui, pour Mascouche mais pour l'ensemble
des villes du Québec.
Donc, ce qu'on invite aux législateurs,
c'est de réfléchir à ça puis de mettre de l'avant peut-être un mécanisme
financier pour accompagner les villes quand c'est pour une demande en lien avec
des orientations gouvernementales ou des institutions qui sont au-dessus des
villes, disons.
M. Turcot (Charles) : C'est
ça, c'est un enjeu national et non pas local, alors que cet enjeu national là,
c'est la localité qui doit en assumer la facture actuellement. C'est le point
qu'on veut faire valoir. Donc, on va... on ne peut pas dire aux législateurs de
quelle façon baliser ça, mais on veut soumettre ce souci-là, que cet enjeu
national là, bien, ce soit à la collectivité, globalement, d'assumer les coûts.
M. Morin : Écoutez, c'est un
point... c'est un point très intéressant que vous soulevez, parce que je
comprends que, tout dépendant de l'aménagement du territoire, des lois en
vigueur, notamment pour la protection de l'environnement, il y a... vous avez
des obligations, et donc, si vous voulez consacrer une partie importante de votre
ville, par exemple, à des espaces verts, bien, vous allez peut-être devoir
faire face... vous allez devoir exproprier des gens, et ça, vous êtes obligés
de le faire parce que la réglementation vous oblige à le <faire...
19 253
M. Morin :
...et ça, vous êtes obligés de le faire parce que la réglementation
vous oblige à le >faire.
Donc, ce n'est pas, finalement, votre
décision, et vous vous ramassez dans une situation où le propriétaire, lui,
légitime, peut dire : Bien, écoutez, expropriez-moi, mais moi, je ne veux
pas perdre d'argent non plus. J'ai un droit de propriété valable. Donc, au
fond, ce que vous dites, c'est que le gouvernement devrait créer un fonds pour
ces cas-là, parce que, vous, vous êtes obligé d'agir. L'exproprié va devoir perdre
son droit de propriété, mais vous ne voulez pas être obligé d'en faire les
frais compte tenu que c'est une obligation que la loi du gouvernement vous
impose. Donc, c'est... Oui?
M. Tremblay (Guillaume) : C'est
exactement ça, M. le député. Si, mettons... Je vais vous donner un exemple plus
que concret, là, mais quand vous regardez dans la CMM qui a des objectifs de
conserver de plus en plus d'espaces verts... vous savez, la réalité de Montréal
versus ses banlieues, c'est souvent dans les banlieues qu'on retrouve... Moi,
chez nous, j'ai la chance d'être à la tête d'une ville qui a 34 %
d'espaces boisés. Beaucoup de Montréalais, beaucoup de gens du Grand Montréal
viennent s'amuser chez nous, puis c'est même notre carte d'entrée, puis on en
est fiers. Mais si on veut garder des espaces boisés de grande importance à
travers la grande région de Montréal, ce n'est pas juste à la ville qui a des
espaces boisés d'assumer à 100 % les coûts lorsque ça va venir d'une
directive, par exemple, du Plan métropolitain d'aménagement et de développement
de la CMM.
C'est un exemple que je vous donne au
niveau du boisé, mais ça pourrait être la même chose avec les milieux hydriques
et les milieux humides, là. Vous savez, on met tous à jour nos plages et nos
milieux hydriques, là, présentement, et il va y avoir des impacts importants.
Puis je pense, comme tout le monde, collectivement... pas parce qu'une ville
s'est développée à vitesse grand V puis qu'une autre ville a décidé de
préserver plus d'espaces boisés qu'il faut qu'elle soit pénalisée à terme,
parce que, cette ville-là, elle a pris ses responsabilités de conserver des
espaces verts.
19 253
M. Morin :
C'est ça, alors, puis c'est un excellent... c'est un excellent élément que
vous soulevez. Effectivement, si une ville est diligente et qu'elle croit
véritablement à la conservation d'espaces verts et donc qu'elle agit, bien,
elle ne voudrait pas être pénalisée. Et cette idée-là, je la trouve très
créative, parce qu'au fond, tout dépendant du fonds et de la façon dont il est
géré, ça pourrait permettre à l'exproprié d'avoir une valeur qui va lui
permettre de se relocaliser, donc de ne pas perdre, parce qu'évidemment, on ne
veut pas nécessairement que les gens perdent. Mais ça permettrait aussi à la
ville de mieux gérer, évidemment, son budget parce que, vous, vous êtes obligés
d'agir.
Donc, je voulais juste vous souligner,
très peu, très peu de villes ont souligné ça, ont demandé ça ou ont eu une
réflexion là-dessus, et je trouve ça particulièrement créatif. Alors, merci
pour cette suggestion-là.
Une voix : Merci.
19 253
M. Morin :
Je vous en prie. Maintenant, dans votre expérience... parce qu'évidemment
la loi donne des balises, on parle de la juste valeur marchande avec d'autres
types d'indemnités bien définies, mais ça, c'est quand, évidemment, il n'y a
pas... il n'y a pas nécessairement d'entente. Dans votre expérience, c'est quoi
le pourcentage de dossiers d'expropriation qui se règlent de gré à gré?
M. Turcot (Charles) : À
Mascouche, est-ce qu'on a une idée?
M. Tremblay (Guillaume) : Honnêtement,
on pourrait même vous revenir à la commission avec la réponse exacte.
M. Champagne (Yohann) : Je ne
pourrais pas dire.
M. Tremblay (Guillaume) : Mais
l'objectif ultime, là, moi, je pense que ça, c'est important de le dire, c'est
toujours de faire du gré à gré. On n'est vraiment pas dans... Tu sais,
l'expropriation, ce n'est pas quelque chose qu'on utilise très, très souvent.
Malgré, tu sais, qu'à un moment donné, si on veut être assis dans le siège, un
peu, du chauffeur pour avoir une négociation plus juste et plus équitable, on
pense que cette modification-là est plus qu'importante. Mais on pourrait vous
revenir avec la donnée, si vous voulez, le nombre de fois qu'on a été de gré à
gré versus... Ça nous fera plaisir de le partager avec les membres de la
commission.
• (11 h 50) •
M. Turcot (Charles) : C'est
sûr que, quand c'est une parcelle de terrain, souvent, ça se règle plus
facilement que quand c'est un terrain qui a... où la personne prétend qu'elle
va pouvoir faire un développement éventuellement. Mais quand j'étais au privé,
en fait, souvent, le dossier se retrouvait sur notre bureau parce que ça ne
s'était pas réglé de gré à gré. Donc, j'aurais un peu une opinion déformée du pourcentage
qui peuvent se régler, mais c'est au moins nous donner... par les nouvelles
précisions au projet de loi, ça va nous donner beaucoup plus de rapprochements.
Par exemple, si on parle de la valeur de convenance, c'est maximum
20 000 $. Bien, si c'est ça qui sépare les parties, je pense qu'on va
tous être conscients que d'aller devant le Tribunal administratif du Québec, le
20 000 $, il va fondre comme neige au soleil.
19 253
M. Morin :
Très bien.
M. Tremblay (Guillaume) : Et
c'est un avocat qui dit ça.
19 253
M. Morin :
Oui. Non, je vous... Je vous remercie. Très, très intéressant.
Bon, on a... Mme la ministre en a parlé,
on a parlé beaucoup des articles 170, 171. Il y a des villes qui demandent
une immunité, d'autres qui demandent une présomption. Toute la question de
l'expropriation déguisée, vous, dans votre réalité, est-ce que ça pose un gros
enjeu pour votre <ville...
M. Morin :
...déguisée,
vous, dans votre réalité, est-ce que ça pose un gros enjeu pour votre >ville?
Puis vous demandez quoi, une immunité, une présomption? C'est quoi, votre
position là-dessus? Puis, dans votre expérience, est-ce que ça entraîne des difficultés
particulières chez vous, à Mascouche?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
il faut comprendre, là... tantôt, je vous donnais un exemple concret, avec un
terrain de golf, que, présentement, on est poursuivis pour expropriation
déguisée. C'est des données qui sont publiques, là, c'est pour ça que je peux
les donner. Je vais faire attention dans mes... Ça, on est poursuivis pour
62 millions versus un terrain qui, selon l'évaluation foncière, en vaut
3,9 millions. Donc, vous allez comprendre que, pour nous, c'est une
donnée, dans le projet de loi, qui est plus qu'importante, de là nous nous
collons très grandement sur la position de la Communauté métropolitaine de
Montréal. Pour nous, c'est plus qu'important.
M. Morin : OK. Je vous
remercie. Autre question, vous avez souligné, et corrigez-moi si je fais
erreur, que, pour vous, à l'article 7, quand on parle, évidemment, de la
possibilité d'être relocalisé à proximité, vous voulez que ça soit précisé «à
l'intérieur de la même ville». Est-ce que je vous comprends bien ou si vous
voulez donner... vous voulez quand même laisser une certaine... en fait, une
certaine discrétion ou marge de manœuvre, comme c'est écrit à l'article 7?
M. Turcot (Charles) : Le
concept «à proximité», ce serait spécifiquement pour les municipalités locales,
ce serait sur le territoire de la municipalité. C'est présumé être à proximité,
et là il resterait à faire le débat à savoir si ça permet de rétablir la
situation pour l'exproprié. Donc, c'est juste pour ouvrir la possibilité, pour
éviter que ce soit un débat d'un kilomètre, deux kilomètres, là. Est-ce que
c'est à proximité ou non? Sur le territoire, ce le serait.
M. Tremblay (Guillaume) : Si
vous permettez, M. le député.
M. Morin : Oui.
M. Tremblay (Guillaume) : Aussi,
on pourrait y aller avec l'usage. Je pense que notre message qu'on lance
aujourd'hui... si, par exemple, une industrie se doit d'être relocalisée, vous
allez comprendre, comme mon collègue disait tantôt, ça ne serait pas dans un
parc... ça ne serait pas dans une terre agricole, ça serait dans un autre parc
industriel. Mais je peux comprendre... Puis tantôt c'est venu me chercher,
l'exemple qu'on donnait avec un citoyen, dans un quartier, qui va à l'école.
Moi, je peux comprendre que, quand on parle de résidences privées, on est dans
un autre débat. Mais nous, ici, notre message, c'est surtout pour le
commercial, pour l'industriel. Quand on dit «commercial, industriel» dans la
même localité, dans la même ville, on pense que ce n'est pas là l'impact majeur,
si tu restes dans la même communauté, là.
M. Morin : OK. Donc, en fait,
il faudrait spécifier davantage et réserver votre demande à un usage commercial,
parce qu'évidemment, moi, l'exemple...
M. Tremblay (Guillaume) : Et
industriel.
M. Morin : Et industriel.
M. Tremblay (Guillaume) : Et
industriel.
M. Morin : Parce que
l'exemple que j'allais vous donner, tout dépendant, évidemment, de la grandeur
de la ville, de la municipalité... Mais, si vous prenez, par exemple, une ville
comme Québec ou Montréal puis que vous restez, je ne sais pas, moi, dans un
arrondissement de la ville dans l'est puis vous vous ramassez complètement dans
l'ouest, donc, non seulement vous changez d'école, vous changez de centre de
services scolaire, vous vous ramassez dans un autre milieu de vie. Puis je
comprends que votre demande ne vise pas ça, mais que vous la limitez à un usage
commercial ou industriel.
M. Tremblay (Guillaume) : Tout
à fait.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie.
M. Tremblay (Guillaume) : Parce
que dans les villes... dans les municipalités, là, avec toutes les
possibilités, des fois, de... comment qu'on appelle ça, tu sais, quand tu
prends un secteur, tu le...
M. Champagne (Yohann) : Gentrification,
le changement.
M. Tremblay (Guillaume) : Donc,
quand on fait des changements, c'est facile pour nous puis ça pourrait nous
permettre justement de... c'est ça, d'avancer.
M. Morin : Très bien. Autre
chose, dans votre mémoire, vous avez piqué ma curiosité à la page 5. Vous
en avez parlé récemment, mais je veux juste m'assurer de bien comprendre. Vous
soulignez que le «MAMH ne considère pas les décisions du TAQ comme un
jugement», puis il me semble qu'un jugement du TAQ, c'est un jugement. Donc, je
voudrais juste essayer de comprendre.
M. Turcot (Charles) : Le
ministère considère que... Vu que ça provient d'un choix discrétionnaire de la
ville d'aller en expropriation, il ne considère pas que c'est un jugement en
tant que tel qui entraîne l'application de l'article 592 de la Loi sur les
cités et villes pour éviter le processus référendaire pour une indemnité
d'expropriation.
Nous croyons, à la ville de Mascouche,
effectivement qu'une décision du Tribunal administratif du Québec devrait être
considérée comme un jugement pour éviter ce processus-là. Comme je le
mentionne, on n'a pas eu de problématique particulière à la ville de Mascouche,
mais on profite de l'occasion de discuter du projet de loi pour... qui a aussi
un but de faciliter les débats et faciliter aussi... accélérer le processus. Eh
bien, là, c'est pour accélérer le processus d'indemnisation, si on peut juste
aller chercher l'approbation du ministère comme pour un autre jugement, on
croit que ce serait un amendement profitable au projet de loi.
M. Morin : Parfait.
M. Tremblay (Guillaume) : Si
vous me permettez, M. le député, j'ai rapidement un exemple, une ville...
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup, <ça...
Le Président (M. Jacques) :
Merci
beaucoup, >ça... Merci beaucoup, ça termine l'intervention avec l'opposition
officielle. Je cède maintenant la parole au deuxième groupe d'opposition, en
l'occurrence au... à M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : J'ai combien
de temps, M. le Président?
Le Président (M. Jacques) : Pour
quatre minutes.
M. Grandmont : Merci
beaucoup. Donc, on a quatre minutes. Merci, M. le Président.
M. Chabot, M. Champagne, M. le maire
Tremblay, content de vous retrouver. Merci pour votre présentation, votre
mémoire, c'est très important, évidemment. Je vous amènerais peut-être sur deux
éléments. Le premier concerne un élément, là, que la CMM nous a proposé, le
fait de pouvoir exproprier... donner les pouvoirs expropriants à une ville pour
aller récupérer une terre agricole qui n'aurait pas été exploitée dans les
trois dernières années. Il y a un territoire agricole assez important, là, dans
votre... dans votre ville, évidemment. Donc, je voulais savoir est-ce que vous
êtes d'accord avec cette proposition-là proposée par la CMQ... la CMM, pardon.
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
honnêtement... La CMM, écoutez, on ne s'est pas arrêtés là-dessus, mais, je
veux dire, ça pourrait être quelque chose d'intéressant à évaluer. Tu sais,
cependant, il faut comprendre tout le personnel puis le temps qu'on aurait... Puis
je comprends l'objectif derrière. Maintenant, c'est le... comme on dit, le jus
de bras qu'il faudrait avoir pour nous accompagner, mais, si on veut manger...
continuer à manger local, clairement, il faut s'assurer que nos terres
agricoles sont en exploitation. Donc, sur le principe, on est d'accord.
Maintenant, c'est sur le comment qu'on pourrait y arriver. Clairement, on
aurait besoin d'aide, là, mais on n'est pas nécessairement en désaccord.
M. Grandmont : Parfait. Merci
pour votre réponse.
L'autre chose que je voulais aborder avec
vous aussi touche, là, les articles 170, 171, les expropriations
déguisées. Je pense que, dans le fond, c'est peut-être une question de
clarification que j'ai besoin, là... une clarification que j'ai besoin de votre
part. Si, d'un côté, vous demandez l'immunité pour toute action qui serait
posée par la ville de Mascouche en concordance avec les orientations
gouvernementales puis le schéma... puis le PMAD puis le schéma... PMAD, oui,
c'est ça, PMAD, puis le schéma, est-ce que...
Donc, vous voulez l'immunité mais, de
l'autre côté, un fonds qui permettrait de dédommager les expropriés, en fait,
pour ces mêmes actions là pour lesquelles vous avez une immunité. Ça fait que
j'ai de la misère à comprendre la mécanique entre les deux. Si on a une
immunité, en quoi on a besoin d'un fonds pour dédommager?
M. Turcot (Charles) : En
fait, c'est notre position qu'on veut quand même que l'exproprié puisse avoir
une juste valeur pour sa propriété et, de l'autre côté, on mentionne que ce
n'est pas à la municipalité de payer. Donc, l'immunité éviterait de recevoir
des poursuites, mais quand même cet exproprié-là pourrait se tourner vers un
fonds, parce que, lui, qu'est-ce qu'il va prétendre, c'est que la
réglementation a un effet équivalent à l'expropriation, donc ne pourrait pas
poursuivre la ville mais pourrait quand même se tourner vers un fonds pour être
indemnisé selon la juste valeur marchande de son terrain. Donc, c'est la
position de la ville à ce niveau-là.
On n'a pas été en profondeur sur la
rétroactivité de la loi, on n'a pas soumis un point particulier à ce niveau-là
parce qu'on voyait qu'il y avait des positions divergentes et on n'était pas en
mesure de se positionner exactement qu'est-ce qu'on pensait sur la rétroactivité,
mais on croyait que c'était quand même une bonne idée sur l'indemnité. Mais on
pense important de penser à la personne expropriée quand même, qui doit
recevoir une juste valeur marchande, de là l'idée du fonds.
M. Grandmont : D'accord.
Est-ce que vous... est-ce que vous avez envisagé également, dans vos
réflexions, là... je comprends qu'il n'y a rien d'arrêté précisément, mais que
ce fonds-là aussi ait une valeur rétroactive?
M. Tremblay (Guillaume) : Écoutez,
il va falloir clairement, avec tous les dossiers qui sont en cours
présentement... Tu sais, si vous faites juste regarder les dossiers des golfs à
travers le Québec, là, même le gouvernement du Québec est mis en cause, c'est à
peu près pour 500 millions de dollars, présentement, qu'on est
poursuivis pour expropriation déguisée. Donc, il y a une réalité, et il va
falloir... parce que sinon, là, c'est collectivement... Comment qu'on va y
arriver?
M. Grandmont : OK. Parfait.
Bien, je vous remercie pour ces précisions-là. Je vous remercie encore pour
votre mémoire, c'est très éclairant. Et puis, bien, au plaisir.
M. Tremblay (Guillaume) :
Merci à vous.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup de... pour votre participation à la commission.
On va suspendre quelques instants pour
faire place au prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 heures)
12 h (version révisée)
(Reprise à 12 h 06)
Le Président (M. Jacques) : Je
souhaite la bienvenue maintenant à L'Institut de développement urbain du
Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour faire votre
exposé avant de débuter les échanges avec les membres <de la commission...
Le Président (M. Jacques) :
...disposez
de 10 minutes pour faire votre exposé avant de débuter les échanges avec
les membres >de la commission.
L'Institut de développement urbain du Québec
(IDU-Québec)
Mme Melançon (Isabelle) : Alors,
merci, M. le Président. Mme la vice-première ministre, ministre des Transports
et de la Mobilité durable, MM, Mmes les députés, je suis très heureuse d'être
parmi vous aujourd'hui pour cette commission parlementaire.
Avant d'entrer dans le vif du sujet,
j'aimerais d'abord vous présenter les personnes qui m'accompagnent, donc, Me
Adina Georgescu, qui est associée au cabinet d'avocats Miller Thomson; et Me Luc
Gratton, également avocat chez Miller Thomson. Je tiens à les remercier
particulièrement d'avoir accepté d'être à mes côtés aujourd'hui et je tiens
également à souligner le travail exceptionnel qu'ils ont fait dans l'analyse du
projet de loi n° 22. Comme je le mentionnais, la ministre, dans ses
remarques préliminaires, en début de cette consultation particulière... le
projet de loi n° 22 répond aux demandes répétées des instances municipales
qui souhaitent essentiellement réduire les coûts d'expropriation, mais la
ministre a aussi mentionné vouloir chercher l'équilibre entre expropriants et
expropriés avec cette réforme.
Je tiens à la rassurer, nous aussi, nous
souhaitons que soit respecté l'équilibre entre les droits et obligations de
l'expropriant et ceux de l'exproprié. Malheureusement, non seulement le projet
de loi n° 22 ne préserve pas cet équilibre fondé sur plus de 100 ans
de jurisprudence, il fait exactement le contraire. Si le projet de loi devait
être adopté tel quel, cela se traduirait en un déséquilibre important à
l'avantage de l'expropriant qui deviendrait, en quelque sorte, juge et partie.
Nous sommes donc ici pour exprimer le point de vue de la partie expropriée,
qui, je le souligne au passage, n'a jamais été consultée au moment de
l'élaboration de ce projet de loi. En effet, seuls les représentants de la
partie expropriante ont été consultés.
Ce qui devait initialement être un
exercice visant à uniformiser la procédure d'expropriation, pour en réduire les
délais, se conclut avec un projet de loi qui propose de nouvelles règles en
matière d'indemnisation des expropriés. Uniformiser la procédure d'expropriation
était souhaité et faisait consensus, faire table rase sur plus de 100 ans
de jurisprudence en modifiant les règles d'indemnisation, certainement pas.
Nous sommes d'avis que toute réforme de la loi devrait respecter l'équilibre
entre les droits et les obligations de l'expropriant et ceux de l'exproprié
tant à l'égard de la procédure d'expropriation qu'à l'égard de l'indemnisation.
Nous avons donc pris le soin d'analyser le projet de loi article par article
afin de formuler des recommandations qui visent à rétablir cet équilibre et
ainsi s'assurer que les réformes puissent se faire tout en respect des droits
de l'exproprié.
Mme la ministre, saviez-vous que plus de
90 % des dossiers d'expropriation au Québec se règlent hors cour, preuve
que le mécanisme actuel fonctionne? Est-ce qu'il est perfectible? Absolument.
Mais pour solutionner des cas d'exception, est-ce vraiment nécessaire de créer
un déséquilibre à l'avantage unique de l'expropriant en enlevant des droits aux
expropriés? Certainement pas. Dans les faits, l'expropriation constitue déjà
l'atteinte la plus radicale au droit de propriété. Il s'agit d'un pouvoir
extraordinaire, un pouvoir d'exception dans une démocratie. Sa contrepartie
doit être le paiement d'une juste indemnité qui tient compte du préjudice
infligé. Exproprier, c'est d'abord confisquer. Le citoyen exproprié est
dépouillé de son bien contre son gré. Un exproprié, c'est un propriétaire qui
ne demande pas à vendre, mais que l'on achète malgré lui. Alors, ce n'est pas
un prix, c'est une indemnité qui lui est due.
• (12 h 10) •
La loi actuelle définit l'indemnité en
termes simples et courts : «L'indemnité est fixée d'après la valeur du
bien exproprié et du préjudice directement causé par l'expropriation.» En
clair, une indemnité doit permettre au citoyen frappé par l'expropriation de se
procurer une chose absolument semblable. Le projet de loi n° 22 retire des
droits à l'exproprié. Il va à l'encontre de la règle fondamentale d'une juste
indemnité énoncée à l'article 952 du Code civil du Québec et balaie, du
même coup, près de 100 ans de jurisprudence des tribunaux canadiens et
québécois. En retirant des droits à l'exproprié, le projet de loi n° 22
marque un recul historique du droit de propriété.
J'aimerais, à présent, dire quelques mots
sur l'argumentation développée par certains groupes de la partie expropriante
lors de leur passage devant cette commission. En laissant entendre que les
entrepreneurs immobiliers s'enrichissent en faisant... en se faisant déposséder
de leurs biens, ils leur font subir un procès d'intention. Mme la ministre, les
membres de L'Institut du développement urbain, que je représente aujourd'hui,
sont des femmes et des hommes qui ont la fibre entrepreneuriale, qui
développent des projets, qui bâtissent des quartiers, des milieux de vie, <des
habitations...
Mme Melançon (Isabelle) :
...quartiers,
des milieux de vie, >des habitations, dont nous avons besoin plus que
jamais. Ils ne sont pas de méchants spéculateurs sans scrupule, comme
voudraient nous faire croire certains groupes d'expropriants. Et j'ajouterais
qu'avec ce genre de logique certains expropriants remettent également en doute
l'impartialité des juges car, lorsqu'il y a litige, c'est le rôle du tribunal
de fixer une juste indemnité permettant à l'exproprié de reconstituer son
patrimoine, comme il l'était avant de se faire confisquer, sans être appauvri
ni injustement enrichi aux dépens des fonds publics.
Dans sa version actuelle, le projet de loi
n° 22... du projet de loi n° 22, Québec se trouve à faire cavalier
seul et deviendrait l'endroit le plus restrictif au Canada. C'est un mauvais
signal qu'on envoie aux investisseurs d'ici et d'ailleurs. Dans notre mémoire,
on démontre de façon claire que, contrairement à ce qu'avancent certains
groupes expropriants pour justifier la modification des règles entourant
l'indemnisation, les lois des autres provinces n'ont pas tenté de modifier le
concept de l'usage le meilleur et le plus profitable. Il demeure toujours le
principe fondamental en... en matière, dis-je, d'indemnisation, principe qui
est confirmé par la jurisprudence de ces provinces.
Donc, ne pas accorder une juste et pleine
indemnisation au propriétaire serait non seulement injuste et abusif, mais cela
porterait également atteinte à l'attractivité économique du Québec. Pourquoi un
propriétaire voudrait-il investir au Québec s'il risque de ne pas être
pleinement indemnisé en cas d'expropriation? En pleine crise du logement,
l'objectif devrait être de sécuriser les investissements privés, notamment dans
le contexte où la SCHL estime que le Québec a besoin de
860 000 logements de plus, d'ici 2030, pour rétablir l'équilibre et
l'abordabilité, ce qui veut dire qu'il faudrait construire plus de
120 000 logements de plus par année. Le problème, c'est qu'en même
temps plusieurs facteurs conjoncturels haussent.
Donc, on vit actuellement des facteurs
conjoncturels autres, notamment la hausse du taux directeur, les coûts de
construction, des conditions de prêt. Tout ça a plombé la construction résidentielle.
Cette année, elle connaît ses pires résultats en plus de 20 ans avec une
baisse des mises en chantier d'autour de 50 %. Le résultat? Seulement
35 000 logements auront été construits en 2023. On s'éloigne donc
dangereusement de la cible qui vise à rétablir l'équilibre et l'abordabilité.
Devant une telle situation, le gouvernement devrait mettre en place urgemment
des incitatifs permettant la construction d'unités dans les plus brefs délais
plutôt que de débattre de la dépossession rapide et à rabais des biens des
entrepreneurs immobiliers.
Maintenant, j'aimerais entretenir la
commission des changements proposés dans les règles procédurales. Si l'un des
objectifs du projet de loi est d'accélérer l'expropriation pour permettre de
réaliser plus rapidement des projets publics, l'IDU soumet respectueusement que
la réforme des règles d'expropriation proposée ici ne permettrait pas
d'atteindre ce but. Au contraire, ces nouvelles règles auraient pour effet de
rendre le processus substantiellement plus lourd et rigide, multipliant les
étapes procédurales et allongeant, par le fait même, les délais. Cela aurait
pour conséquence d'ajouter une pression supplémentaire sur les tribunaux, déjà
débordés. Et, je le rappelle, 90 % des dossiers d'expropriation actuellement
se règlent hors cour. Plusieurs dispositions du projet de loi font en sorte
d'accorder un pouvoir extraordinaire à l'expropriant.
Le premier élément sur lequel je veux
insister est la fixation d'un délai de trois ans aux fins d'établir l'usage le
meilleur et le plus profitable à l'article 87. Ce délai est arbitraire et
inapproprié quand on sait que les autorités expropriantes, les gouvernements
supérieurs et les municipalités sont largement responsables des délais pour
autoriser des projets immobiliers, délais d'ailleurs qui ne cessent de
s'allonger depuis quelques années. Avec le projet de loi n° 22, on place
notamment les municipalités dans une situation privilégiée puisque ce sont
elles qui autorisent au préalable toute modification de zonage et qui octroient
les différents permis nécessaires à la réalisation de projets immobiliers,
situation dans laquelle une ville se trouverait à être ainsi juge et partie. Le
projet de loi autoriserait dorénavant les villes qui souhaitent exproprier un
propriétaire de modifier le zonage du terrain au préalable, de sorte <à
en diminuer...
Mme Melançon (Isabelle) :
...et
partie. Le projet de loi autoriserait dorénavant les villes qui souhaitent
exproprier un propriétaire de modifier le zonage du terrain au préalable, de
sorte >à en diminuer la valeur aux fins du calcul de l'indemnité due aux
propriétaires expropriés.
Le deuxième élément concerne les dépenses
d'un exproprié... qu'un exproprié peut engager. À l'article 74 du projet
de loi, l'expropriant se voit octroyer un droit de regard, un droit de
désaccord, ainsi qu'un droit de s'adresser au TAQ à l'égard des dépenses que
souhaite engager l'exproprié et qui sont liées à une indemnité que celui-ci
entend réclamer.
Alors, je serai tout à fait disponible
pour répondre à vos questions, M. le Président. Je vois que le temps manque,
mais, en définitive, le projet de loi n° 22 donne la capacité aux villes
de devenir juge et partie. Merci. Je suis prête à répondre à vos questions.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre présentation. Je cède maintenant la parole à Mme la
ministre pour une période de 15 min 40 s.
Mme Guilbault :Oui, merci beaucoup, M. le Président. Merci, Mme Melançon
et les personnes qui vous accompagnent. Merci d'être ici. Je ne sais pas si les
personnes en arrière vous accompagnent aussi, mais donc tous les membres de
l'institut présents... Merci beaucoup d'être avec nous et d'apporter ce point
de vue là, parce que vous l'avez dit, là, et on a eu beaucoup de représentants
issus du milieu municipal, et on a eu l'UPA, on a eu divers groupes, et ils
étaient tous favorables au projet de loi, sauf peut être l'Ordre des
évaluateurs agréés, quoiqu'il se disait favorable, mais avec plusieurs bémols.
Mais bref, tout ça pour dire que vous
amenez un point de vue... un point de vue différent, donc c'est très intéressant.
Et vous avez raison de dire que, mon souci, puis je crois qu'il est partagé par
tout le monde autour de la table, sans vouloir leur mettre de mots dans la
bouche, c'est la recherche de l'équilibre entre l'expropriant, l'exproprié. Et
le principe de l'expropriation dit qu'on ne devrait ni s'enrichir ni
s'appauvrir lors d'une expropriation. Donc, c'est ce qu'on se propose de faire
avec le projet de loi, et notre sensibilité... Évidemment, nous, on est au
gouvernement, donc, un peu comme les villes d'ailleurs, on a cette pression de
pouvoir livrer des projets pour nos citoyens dans des délais et des coûts qui
sont les plus raisonnables possible. C'est vraiment ce qu'on a. C'est la
principale préoccupation qui est derrière ce projet de loi là.
Et vous le savez, ayant été vous-même une
élue qui attendait après des projets dans votre circonscription dans le passé,
vous savez que notamment les expropriations, pas seulement ça... Et vous avez
dit à juste titre, là, les paramètres conjoncturels sont à la hausse. Il y a
toutes sortes de paramètres conjoncturels qui sont complexes pour plein de
raisons dans le monde en ce moment, mais il reste que l'expropriation, c'est
une loi qui relève du gouvernement, sur laquelle on a une emprise, et beaucoup
de délais actuellement, et beaucoup de coûts. Une partie importante des coûts,
dans les projets d'infrastructure, sont liés aux procédures d'expropriation qui
sont lourdes, qui sont longues et qui ouvrent la porte à des coûts. Et là on
regardait, là, on a plusieurs exemples de projets où les coûts ont explosé,
notamment à cause des expropriations. Puis là, dernièrement, il y avait un
article à Sherbrooke, le pont Grandes-Fourches, où on évaluait les coûts
d'expropriation à 3 millions, qui sont rendus à 14 millions au moment
où on se parle. Alors...
Et je sais que vous dites que les
propriétaires sont là pour faire du développement, sont là pour la bonne cause,
pour faire des projets pour nos citoyens, ils ne sont pas là pour s'enrichir,
et tout ça, mais... Et je vous donne un autre exemple, la CMM qui est venue la
semaine dernière, qui nous disait : Nous, en ce moment... Puis vous savez
aussi que les villes sont prises avec... bien, prises, c'est-à-dire... sont
partenaires dans l'atteinte d'objectifs environnementaux, 30 % d'aires
protégées, et tout ça. Alors, ils disaient : Nous, la CMM, en ce moment,
on a un lot de terrains qu'on évalue, nous, à 68 millions, et les
propriétaires l'évaluent à 504 ou 508 millions. Alors, déjà là, il y a un
delta qui est de la plus grande importance, à la plus grande incidence
financière. Donc, je pourrais vous donner toutes sortes d'exemples comme ça.
• (12 h 20) •
Mais donc, comment est-ce qu'on concilie
votre point de vue sur la chose avec la réalité du fait que, dans la vraie vie,
les projets coûtent cher? Et la STM était ici hier, on est en plein
prolongement de la ligne bleue après tant d'années, puis une des choses qui
fait que c'est si long, c'est justement les procédures d'expropriation, entre
autres, et eux estiment à 13 % du coût du projet lié aux expropriations.
Donc, sur un projet évalué actuellement à 6,4 milliards, c'est
832 millions en expropriation. Une partie de ça continuerait d'être
déboursée même avec la nouvelle loi. C'est ce que je dis toujours, les chiffres
ne tomberont pas à zéro, mais on peut penser que ça serait moindre. Donc,
comment est-ce que vous conciliez le point de vue que vous amenez avec la
réalité du fait que, dans plein de projets d'infrastructure, ça fait exploser
les coûts et les délais?
Mme Melançon (Isabelle) : Bien,
je vais le répéter, parce que je pense que c'était important qu'on se le dise
ici, là, 90 %, même 93 %, j'ai lu chez les évaluateurs, des cas
d'expropriation se règlent de gré à gré. Je ne pense pas que ce soit... puis
tout à l'heure, vous disiez avec justesse, Mme la ministre, que les
entrepreneurs immobiliers sont là <pour faire du développement...
Mme Melançon (Isabelle) :
...entrepreneurs
immobiliers sont là >pour faire du développement. Quand on dit :
Ils ne sont pas là pour s'enrichir, ils sont là pour s'enrichir, bien sûr, on
est dans un modèle capitaliste, mais ils ne sont pas là pour s'enrichir sur le
dos des contribuables. Ce n'est pas en faisant de l'expropriation qu'ils
s'enrichissent, c'est en faisant des projets.
Donc, ce qu'on entend, là, actuellement,
puis c'est ce qui est très difficile pour les membres de L'IDU, bien entendu,
c'est de croire que les expropriés, donc les propriétaires actuellement, sont
assis puis ils attendent la parade pour faire de l'argent. Je veux juste vous
dire, les promoteurs, ils font des sous quand ils font des projets, pas quand
ils attendent pour être expropriés. Ça, c'est totalement faux de croire ça.
Est-ce que les promoteurs, actuellement, veulent voir du développement, du
développement, par exemple, pour du transport en commun? La réponse, c'est oui.
La réponse, c'est oui. Tout le monde est pour la vertu, là, honnêtement, tout
le monde veut avoir des projets. Est-ce que cela va diminuer les coûts? Vous
parliez de 13 % tout à l'heure. Est-ce qu'on va tomber à moins de
13 %? Et je vous le rappelle, là, vous êtes en train de faire un projet de
loi pour 7 % de cas d'exception qui se retrouvent devant les tribunaux
actuellement.
Alors, nous, ce qu'on veut principalement,
c'est que ça ne se fasse pas sur le dos des propriétaires. L'équilibre dont
vous parliez tout à l'heure, Mme la ministre, là, avec lequel je suis tout à
fait d'accord, on ne le retrouve pas versus le projet de loi, versus la loi de
1973, dans lequel il y avait des droits pour les expropriés. Ces droits-là, on
ne les retrouve plus à l'intérieur du projet de loi n° 22
et, à un moment donné, nous, on veut surtout faire valoir qu'on a un besoin
d'équilibre, mais on a aussi un besoin de stabilité. Parce qu'actuellement vous
parliez avec justesse de la crise du logement qui sévit, honnêtement, au Canada...
au Canada, le Québec va être le plus restrictif, et ça, ça va faire fuir
certains investisseurs. Qu'ils soient du Canada, qu'ils soient du Québec, ça va
faire... il va y avoir une fuite, malheureusement, dans nos capitaux qui vont
se faire, alors que c'est maintenant qu'on a besoin d'argent, c'est maintenant
qu'on doit sortir du logement de terre.
Mais à partir du moment où il y a des
propriétaires qui vont regarder ça puis qui vont dire : Là, attends un
petit peu, là, au Québec, c'est là où c'est le plus dangereux, où on peut se
faire exproprier avec une perte de droits, bien, c'est certain qu'il va y avoir
une fuite de capitaux. Est-ce que vous aviez d'autres choses à ajouter, Me
Gratton?
M. Gratton (Luc) : Je veux
juste juste dire la chose suivante : ce n'est pas en faisant l'économie de
payer la juste indemnité à des propriétaires de façon à ce que des projets coûtent
moins cher que l'on va atteindre l'objectif désiré. Il y a un principe qui est
celui de la valeur à l'exproprié, qui veut que l'exproprié soit replacé dans la
même situation au terme de... en vertu... par l'indemnité qu'il l'était avant
d'être exproprié. Ce principe-là, il est attaqué de plusieurs façons dans le
projet de loi, et ces attaques-là visent à réduire les coûts. Mais ce n'est pas
en réduisant les coûts que l'on atteint la justice, et on va avoir toutes
sortes d'effets pervers qui vont résulter de cette situation-là.
Je reprends votre exemple. Je ne connais
pas l'exemple du pont de Grandes-Fourches. Je ne sais pas si le
3 millions, c'est une mauvaise estimation de départ. Ce que je sais, c'est
que, si ça coûte 14 millions, selon les règles que l'on a actuellement,
bien, c'est parce que ça vaut 14 millions. Et, si on veut réaliser le
projet, bien, ça va être 14 millions, de la même façon que, si les coûts
de construction augmentent sur le marché, on peut bien trouver ça déplorable,
mais ce sont les coûts sur le marché et on doit vivre en fonction de ça.
Dans la loi sur l'expropriation, il y a
une notion de justice qui est fondamentale, la règle de la valeur à
l'exproprié. Le but, l'objectif de le mettre dans la même situation où il était,
s'il n'avait pas été exproprié, ce but-là est fondamental, et il existe depuis
plus de 100 ans, et on ne devrait pas le supprimer juste pour faire des
économies. Il y a une question de justice et d'équité fondamentale entre les
corps publics expropriants et les expropriés. Et ce ne sont pas que les
développeurs dont on doit parler, ce sont tous les expropriés, tous les
expropriés, et malheureusement, il y a beaucoup de gens qui ne sont pas
représentés par des organisations... vont être dans cette situation-là.
Et, comme dit Mme Melançon, en
pratique, il va y avoir... ça va avoir des impacts sur le marché immobilier,
parce que sachant que, si vous risquez d'être exproprié, vous n'allez pas être
payé le montant que ça prend pour vous replacer dans la même situation, bien, <c'est
bien sûr...
M. Gratton (Luc) :
...même
situation, bien, >c'est bien sûr qu'il y a des investissements qui ne se
feront pas. Voilà.
Mme Georgescu (Adina-Christina) :
Si je peux juste rajouter peut-être un point. Si on se compare aux autres
juridictions, justement, en parlant de l'attractivité du Québec, pour les
investissements, les autres juridictions canadiennes, pour la plupart, à titre
d'exemple, l'Ontario et la Colombie-Britannique ont un régime de compensation
d'indemnisation de l'exproprié qui ressemble à ce qui est actuellement en place
au Québec, donc, une valeur à l'exproprié pour l'indemniser entièrement du
préjudice subi en raison de l'expropriation. Donc, certainement, les investisseurs
qui se trouvent dans une situation à devoir choisir entre une juridiction comme
le Québec, avec un projet de loi qui est beaucoup plus restrictif, versus
l'Ontario, la Colombie-Britannique ou une autre juridiction canadienne, le
choix ne sera pas très, très, très difficile à faire.
Mme Guilbault :Oui, merci. J'aurais eu d'autres questions, mais je vais
laisser le reste de mon temps à ma collègue de Châteauguay. Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la ministre. Donc, je cède la parole à la députée de Châteauguay pour 5 min 40 s.
Mme Gendron : Merci beaucoup.
Bonjour, Mme Melançon, Me Gratton, Me Adina. Bienvenue chez vous, Mme
Melançon. En fait, j'ai bien entendu ce que vous avez parlé, et puis vous
parlez beaucoup de logement, oui, ça a une importance capitale. Par contre, on
a eu plusieurs groupes qui nous ont confirmé que c'est certain qu'ils préfèrent
faire des ententes gré à gré avec les expropriés. Vous l'avez même confirmé en
disant qu'il y a 93 % des gens qui font... la majorité des expropriations
se font hors cour. Donc, il resterait... bon, hors cour, de gré à gré, il
resterait comme un 7 %.
Moi, j'aimerais savoir, dans des... on
parle de logement, mais, dans des situations comme, mettons, le corridor vers
Châteauguay-Léry, qu'est-ce que vous répondez aux municipalités ou aux groupes
environnementaux qui veulent protéger ces lieux de biodiversité et ces terrains
verts là? Qu'est-ce que vous leur répondez à ces groupes-là?
Mme Melançon (Isabelle) : Bien,
il y a deux cas, puis je connais un peu le projet dont vous parlez.
Actuellement, là, ça ne peut pas... tout ne peut pas se faire sur le dos des
propriétaires. Tout ne peut pas se faire sur le dos des propriétaires. Quand on
parle d'un projet collectif, bien, je pense que c'est collectif. À partir du
moment où il y a des ententes qui peuvent être faites... puis vous avez raison
de rappeler que c'est 93 % des ententes qui se font de gré à gré, l'autre
7 %, il se règle où? Il se règle devant le Tribunal administratif, et ce
n'est pas l'exproprié qui règle, qui donne... qui fait un boulier, là, puis qui
sort les chiffres. C'est un juge qui prend une décision quant à la valeur.
Alors, honnêtement, au moment où on se
parle, actuellement, s'il y a 7 % des cas qui se retrouvent devant les
tribunaux, il faut faire confiance aux juges qui actuellement regardent la loi,
font les évaluations. Me Gratton, je pense que, sur les 7 %, ce n'est
pas toujours en gain de cause pour les expropriés, n'est-ce pas?
• (12 h 30) •
M. Gratton (Luc) : Bien, pas
du tout, parce que le tribunal, puis la jurisprudence, le principe de base, de
remettre l'exproprié à la même situation, on dit bien, dans la jurisprudence, «sans
l'appauvrir ni l'enrichir injustement». Alors, on cherche justement à lui
donner le juste montant qui va le compenser, mais qui ne le compensera pas
d'une façon qui est excessive.
Les tribunaux sont extrêmement préoccupés
par la question de la double indemnisation par la question de la spéculation.
Ne pensez pas qu'ils sont là pour récompenser la spéculation. Les principes qui
sont élaborés par la jurisprudence, depuis 100 ans, ne visent pas à
encourager la spéculation, ils visent à engager une juste indemnité. Et la
juste indemnité, c'est celle qui récompense l'exproprié du plein potentiel de
son immeuble, mais d'un potentiel qui est réalisable, qui est probable, d'un
préjudice qui a vraiment été causé par l'expropriation, sans l'enrichir. Et
donc il y a une préoccupation pour le coût collectif, et ça existe depuis
100 ans, et c'est ça, notre jurisprudence.
Mme Melançon (Isabelle) : Et
si je peux simplement ajouter, il y a toute la procédure aussi qui... dans le
projet de loi n° 22 qu'on va devoir revoir. Donc, je dirais aux citoyens
là-bas : Ça va être encore plus long avec le projet de loi n° 22, parce
que, savez-vous quoi, le 7 %, actuellement, qui se retrouve devant les
tribunaux, bien, le chiffre ne va pas gonfler, là, il va exploser. Me
Georgescu, probablement que vous pourriez... vous pourrez donner plus de
détails à Mme la députée.
Mme Georgescu (Adina-Christina) :
Absolument, je peux le faire tout de suite. Effectivement, à travers certaines
des nouvelles règles qui sont introduites, du point de vue procédural, dans le
nouveau projet de loi, on pense faire <accélérer le processus...
>
12 h 30 (version révisée)
< Mme Georgescu (Adina-Christina) :
...procédural dans le nouveau projet de loi, on pense faire >accélérer
le processus. Et, quand je parle du processus, je parle du processus de l'instance
d'expropriation, donc devant les tribunaux. Mais, contrairement à cet objectif
que l'on essaie d'atteindre, je pense qu'on réussit à faire exactement le
contraire.
Quelques exemples concrets. En vertu de l'article 108
du projet de loi, on permet au tribunal administratif de traiter des questions
incidentes qui sont essentielles pour la détermination de la... de l'indemnité
définitive à laquelle l'exproprié aura droit. Ce que ça veut dire en pratique,
c'est que le tribunal administratif pourra être saisi, pendant l'instance d'expropriation,
de certaines questions fondamentales, comme, par exemple, la détermination de l'usage
le meilleur et le plus profitable, qui sert à déterminer la valeur marchande de
la propriété qui est expropriée, et d'autres sujets qui sont d'aussi grande
importance : déterminer la valeur marchande elle-même, déterminer les
chefs de réclamation de chaque type d'indemnités, selon le cas, qui sera
applicable.
Et, en ayant ce type de petits procès à l'intérieur
de l'instance d'expropriation, on est en train de créer des débats additionnels
qui vont, d'une part, lier les parties rendues au procès au fonds pour l'indemnité
définitive, alors que le tribunal n'a pas entre les mains, au moment de rendre
sa décision interlocutoire incidente, toute la preuve nécessaire, et d'autre
part, à cause des délais d'appel, on pourrait se retrouver à être devant les
tribunaux, des instances supérieures également, pendant plusieurs, plusieurs
années.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci termine la période d'échange avec la partie gouvernementale. Je cède
maintenant la parole au député d'Acadie pour 12 min 23 s.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. Alors, bonjour. Merci. Merci d'être là. Merci de nous éclairer et
merci pour votre mémoire. Merci de nous donner, finalement, un éclairage différent,
parce que ce qu'on a entendu jusque maintenant, c'était quand même assez
unanime.
Je trouve les considérations que vous
apportez particulièrement intéressantes. En fait, il y a l'Ordre des
évaluateurs agréés du Québec qui, eux aussi, bon, enfin, ont mis un peu en
garde le législateur. Ils ont dit par ailleurs que le projet de loi n'était pas
mauvais, mais qu'il pouvait être... il était perfectible. Puis évidemment,
bien, vous le savez, c'est ça, le rôle d'un législateur, c'est-à-dire de s'assurer
qu'un projet de loi va être juste, qu'il va y avoir un équilibre. Puis c'est
particulièrement vrai, je vous dirais, pour l'opposition officielle parce que
ça nous permet d'inviter le gouvernement à regarder différents aspects d'un
projet de loi.
La question que j'ai pour vous... parce qu'évidemment
moi aussi, je recherche l'équilibre, mais on veut que personne ne s'enrichisse
indûment puis on ne veut pas que les gens s'appauvrissent non plus. Il est très
probable que, compte tenu de la majorité gouvernementale, ce projet de loi soit
adopté. Ça, je pense que ce n'est pas une grosse vérité que je viens de sortir
là. Là, d'après vous, quel est le point le plus critique qui devrait être
modifié, amendé, avec le projet de loi, pour qu'on soit capables de rétablir un
équilibre? Parce que ce que vous nous dites, au fond, c'est que ça crée un
déséquilibre.
Mme Melançon (Isabelle) : Bien,
merci. Merci pour cette question. J'attirerais votre attention, si vous me
permettez, M. le député, sur deux articles.
Article 87. L'article 87, dans
le fond, permet dorénavant à un expropriant de modifier un zonage au préalable
pour diminuer la valeur pour le calcul de l'indemnité. Ça, honnêtement, ça s'appelle,
le «planning blight», ce qui est interdit actuellement. Dans l'actuel projet de
loi, ça va donner, donc... ça va permettre, puis on va le dire, là, aux
municipalités de changer des zonages pour être sûres de pouvoir payer moins
cher une indemnité. Donc, l'article 87... puis je vais laisser les avocats
peut-être aller un peu plus loin.
L'article 74. L'article 74,
c'est sur les dépenses autorisées pour... par l'expropriant pour l'exproprié.
Honnêtement, là, on parle non <seulement...
Mme Melançon (Isabelle) :
Honnêtement,
là, on parle non >seulement d'un recul quant au droit de propriété, mais
en plus de ça, on parle d'un recul pour les droits de... d'un propriétaire
d'avoir des avis de professionnels pour pouvoir... parce qu'on va se le dire,
là, ma mère qui se fait exproprier demain matin, là, elle, elle ne connaît pas
la loi, elle va avoir besoin d'avoir des professionnels autour d'elle, mais
elle va devoir demander la permission à l'expropriant avant de pouvoir décider
de donner un contrat à un professionnel qui va pouvoir l'accompagner. Ça, honnêtement,
c'est du jamais-vu.
Donc, sur l'article 87, sur
l'article 74, je vous dirais que c'est les deux points de déséquilibre
majeurs. Il y en a plusieurs autres, là, je vais vous laisser le soin de bien
éplucher le mémoire qu'on vous dépose, mais assurément, à cause de ça, la
finalité, c'est qu'il va y avoir un recul quant à l'attractivité économique du
Québec. Et ça, c'est important. Ça, honnêtement, on ne peut pas perdre ça de
vue actuellement, là. Quand on sait que le Québec va devenir, donc, le plus exigeant
en matière de processus d'expropriation, à un moment donné, ça, il y a des gens
qui vont se gratter la tête puis qui vont dire : Bien, des
investissements, on va peut-être les faire ailleurs qu'au Québec, alors qu'on
est dans une crise du logement, alors qu'on a besoin de montants importants
actuellement pour pouvoir permettre de lever des logements un peu partout,
parce que la crise du logement n'est pas uniquement à Montréal, n'est pas
uniquement à Québec, est dans toutes les régions du Québec. Me Georgescu.
Mme Georgescu (Adina-Christina) :
Si je peux me permettre, relativement au «planning blight» auquel Mme
Melançon vient de faire référence, je veux juste faire une... un comparatif
avec d'autres juridictions.
La Colombie-Britannique, dans sa loi sur
l'expropriation, exclut expressément, à l'article 33, la possibilité pour
le tribunal de tenir compte, dans la fixation de l'indemnité à l'exproprié, des
démarches du corps expropriant pour changer les usages, changer le zonage,
changer les règles en place afin de notamment réduire la valeur de la propriété
en vue de l'expropriation. Le «planning blight» est textuellement et expressément
interdit par la législation de la Colombie-Britannique.
En Ontario, la situation est très
similaire, quoique pas aussi expresse dans la loi. Les tribunaux, depuis des
années, des dizaines d'années, sont au même effet : le «planning blight»
est une pratique qui est interdite. Et on ne tient pas compte des démarches
antérieures à l'expropriation prises par le corps expropriant pour changer les
règles, changer les usages autorisés afin d'essayer de réduire la valeur lors
de la fixation de l'indemnité définitive à l'exproprié.
Donc, je vous dirais, si on compare avec
les autres juridictions, le Québec serait, avec ce nouveau projet de loi, le
plus restrictif.
M. Morin : Dans la loi... enfin,
le projet de loi, on parle de la «juste valeur marchande», mais avec ça, bien
là, il arrive un cadre qui va venir baliser les indemnités. Est-ce que je me
trompe, si, dans d'autres juridictions au Canada, notamment en Ontario, en
Colombie-Britannique, on parle aussi de la «juste valeur marchande»?
• (12 h 40) •
Mme Georgescu (Adina-Christina) :
Je peux y aller. Tout à fait, on parle de la «juste valeur marchande» dans
ces autres juridictions également. Mais la juste valeur marchande est toujours
calculée sur la base du même principe, l'usage le meilleur et le plus
profitable, selon l'interprétation qui en est faite aujourd'hui au Québec par
nos propres tribunaux. C'est un principe de base fondamental qui est applicable
à travers le Canada et depuis des... une centaine... plus d'une centaine
d'années, comme le mentionnait Me Gratton tout à l'heure et Mme Melançon dans
ses mots introductifs. Ce n'est pas quelque chose qui est hors de l'ordinaire.
Même si on utilise le terme «valeur marchande», la valeur marchande est basée
sur des principes d'évaluation foncière, d'évaluation...
Quand on parle de l'ordre des évaluateurs
du Québec, c'est à eux qu'on fait référence. C'est un principe d'évaluation qui
est utilisé pour fonder cette valeur marchande là et c'est le même principe qui
est utilisé partout. Il n'y a aucune distinction. On parle au Québec, de façon
plus particulière, de ce qu'on appelle la valeur à l'exproprié, qui est une
particularité, mais ce n'est pas parce qu'on utilise ce terme-là que ça veut
dire nécessairement que les autres juridictions ne font pas l'exercice de la
même manière. C'est juste qu'ils l'appellent différemment. Dans les autres
juridictions, ça s'appelle... je m'excuse, je n'ai pas le terme... le terme ne
me revient pas, je n'arrête pas de l'oublier, mais je vais vous le donner dans un
instant. Il y a un terme en anglais, le «special economic advantage», qui tient
compte... On peut le traduire au Québec, dans le nouveau projet de loi, comme
étant l'indemnité de convenance. Le «special economic advantage» est la valeur
particulière que l'on peut donner à un bien par rapport au <propriétaire...
Mme Georgescu (Adina-Christina) :
...valeur particulière que l'on peut donner à un bien par rapport au
>propriétaire qui, lui, en bénéficie d'une manière très spéciale, d'une
manière dont un autre propriétaire, qui serait propriétaire de la même
propriété, ne bénéficierait pas. Dans toutes les autres juridictions
canadiennes, cette portion de l'indemnité bénéficie à tous les types
d'expropriés. Avec le nouveau projet de loi n° 22, on limite, au Québec,
l'indemnité de convenance strictement au secteur résidentiel, donc seulement si
quelqu'un se fait exproprier de sa résidence principale.
M. Morin : Je vous remercie.
Il y a plusieurs municipalités... puis vous avez peut-être regardé les
audiences de la commission, là, ça fait plusieurs jours qu'on siège. Il y a
plusieurs municipalités qui nous ont dit : Écoutez, c'est un bon projet de
loi, il faut faire quelque chose, parce que nous, on a des obligations en vertu
de la loi, on est obligées de refaire nos zones d'urbanisme, on est obligées de
protéger des zones éventuellement pour protéger l'environnement, on a des zones
hydriques. Donc, nous, on n'a pas le choix, là, on est obligées d'adopter des
règlements, et là, bien, évidemment, après ça, ça fait en sorte qu'il y a des
gens qui vont être expropriés, mais on ne voudrait pas qu'on ait à payer pour
ça ou qu'on plaide de l'expropriation déguisée, parce que, finalement, on n'a
pas le choix de faire ça.
Qu'est-ce que vous répondez à ces
villes-là qui disent : Écoutez, nous, on est coincées, là, on n'a pas le
choix, là?
M. Gratton (Luc) : Je comprends
qu'effectivement, en vertu de... du cadre d'aménagement, elles peuvent ne pas
avoir le choix, mais il faut bien comprendre que ça ne va pas résulter
nécessairement dans des situations qui ne pourront pas se régler conformément
aux règles actuelles.
D'abord, ce n'est pas parce que, je veux dire,
vous êtes obligés d'exproprier un milieu humide que ça va vous coûter une
fortune. Si le milieu humide, il était déjà zoné depuis 40 ans comme un
milieu naturel, la personne qui l'a acquis il y a 20 ans, elle ne sera pas
indemnisée d'une façon indue. Elle a un bien qui est déjà zoné milieu humide,
et sa valeur, c'est celle d'un milieu humide déjà zoné comme tel.
Si, par contre, elle a un zonage
résidentiel à l'égard d'un milieu que tout à coup on découvre qu'il est humide,
et sur ce milieu... dans ce milieu résidentiel, elle a posé divers gestes, par
exemple, adopté un zonage résidentiel, négocié des ententes sur la desserte des
terrains en cause, signé des protocoles de développement du terrain, et qu'elle
change son fusil d'épaule, parce qu'elle se sent contrainte par ce cadre-là, et
qu'elle le zone conservation en application de ce nouveau cadre là, et qu'elle
l'exproprie, bien, c'est bien malheureux, mais, en vertu de nos règles, elle va
devoir indemniser le propriétaire pour le potentiel qu'il avait à l'égard de ce
logement-là.
Alors, il va y avoir différentes
situations, et c'est ça, notre jurisprudence, comme je vous dis. Il y a des
règles qui font en sorte qu'on doit considérer la situation concrète devant
laquelle on fait face, et probablement que ça va être plus difficile dans cette
situation-là, mais ce n'est pas une raison pour priver le propriétaire de ce à
quoi il a droit, de ses investissements, de ce qu'il a payé en termes de taxes
pendant les années passées, des efforts qu'il a faits, des frais professionnels
qu'il a engagés puis de lui dire : Bien, écoute, nous, collectivité, on a
besoin de ton terrain, puis c'est bien dommage, c'est le cadre dans lequel on
doit agir, puis on ne paiera pas ce que ça vaut, point à la ligne. Ce n'est pas
la réponse acceptable.
J'ai entendu parler, tantôt, de fonds qui
pouvaient être mis à la disposition des municipalités. Si on leur impose des
obligations qu'en vertu du cadre actuel et dans une perspective de... d'indemniser
justement l'exproprié, si on a besoin de fonds, bien, il va falloir dégager des
fonds autrement. Mais on ne peut pas demander au propriétaire d'être celui qui
va, dans le fond, donner son terrain à la communauté pour exécuter ce... pour
entrer dans ce nouveau cadre là. Voilà.
M. Morin : Merci. Il me reste
encore une minute, deux minutes?
Le Président (M. Jacques) : Trois
secondes.
M. Morin : Trois secondes.
Oh! Qu'est-ce que vous pensez d'un protocole d'instance pour faciliter la
procédure devant le TAQ?
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci met fin à la période d'échange. Je cède maintenant la parole au
député de Taschereau pour 4 min 8 s.
M. Grandmont : Oui, merci, M.
le Président. Me Gratton, Me Georgescu, Mme Melançon, merci
d'être là aujourd'hui.
J'aimerais d'abord aller sur le 93 %
versus 7 % que vous avez beaucoup évoqué, 93 % des cas qui se règlent
de gré à gré. On comprend que sur l'ensemble de ce qui se passe au Québec,
j'imagine qu'il y en a <beaucoup...
M. Grandmont :
...j'imagine
qu'il y en a >beaucoup, là. J'ai beaucoup suivi le dossier du tramway. Évidemment,
des fois, c'est des petites... on appelle ça des lichettes de terrain. Donc,
des cas, il doit y en avoir énormément au Québec. Je peux comprendre que le
7 % représente peut-être plus des cas qui sont coûteux, complexes, dans
des projets, des grands ensembles, ligne bleue et autres projets de cette... de
ce type-là. Le 7 %, là, sur la valeur totale des expropriations au Québec,
là, des montants qui sont versés en indemnisation, là, ça représente combien,
ce 7 % là, de l'ensemble?
M. Gratton (Luc) : On n'a
pas... On ne peut pas vous donner de réponse. Ça doit varier... Ça doit varier
avec les années, là. Écoutez, c'est comme dans le domaine civil. On a des règles,
dans le Code civil, qui aménagent les droits de... les droits et obligations
des gens entre eux. Comme avocats, nous autres, l'expérience que l'on a, c'est
que 90 % des dossiers litigieux vont se régler hors cour. Mais, je veux
dire, d'une année à l'autre, le montant qui va se régler, je n'en ai pas
connaissance et je ne pense pas...
M. Grandmont : On peut
soupçonner que ça... On peut soupçonner que ça va être un montant quand même
plus important que 7 %.
M. Gratton (Luc) : Ah! ça,
c'est évident. C'est évident.
M. Grandmont : Parfait. Vous
avez parlé aussi de la crise du logement. Je m'interroge, quand même, parce que
depuis... la crise du logement, elle existe... ce n'est pas un phénomène
récent, elle existe depuis au moins... moi, j'ai commencé à travailler dans des
comités de citoyens il y a longtemps, en 2005, puis déjà on parlait de la crise
du logement, qui avait débuté en 2000. On est... On joue dans des règles, le PL
n° 22 n'est pas encore adopté, sanctionné, il y a une crise du logement. En
quoi le contexte actuel n'a pas permis de régler cette crise du logement là?
Donc, vous soupçonnez que le PL n° 22 l'empêcherait, empêcherait de
régler cette crise du logement là, alors qu'elle existe depuis déjà 20... 20, 23
ans, cette crise-là. Alors, il est où, le risque? Elle est où, la crainte,
finalement, là?
Mme Melançon (Isabelle) : ...dans
le fond, ça va être un nouveau cadre juridique qui sera exclusif au Québec, ssi
on adopte le projet de loi n° 22 dans sa mouture actuelle, là,
contrairement à tout ce qui est fait ailleurs dans le Canada. Je pense que Me Georgescu
vous l'a bien élaboré tout à l'heure. La problématique, c'est
qu'actuellement... puis là je vais mettre vraiment mon chapeau IDU, là, actuellement,
il y a... on a un problème conjoncturel avec les taux d'intérêt, avec tout ce
qui se passe, là. Vous le savez mieux que quiconque, là, on a cette
problématique-là, mais il vient s'ajouter des couches, à chaque fois, sur le
dos des entrepreneurs immobiliers.
Par exemple, là, on a décidé, du côté
d'Ottawa, d'enlever la TPS. Du côté de l'Ontario, on a décidé d'enlever la taxe
provinciale, chose qu'on n'a pas décidé de faire du côté du Québec. Savez-vous
que les investisseurs vont se dire : Il y a un problème, actuellement,
avec le projet de loi n° 22 au Québec, il n'y a plus de TVQ... il n'y a
plus de TVO, donc la taxe de vente de l'Ontario, il y a plus de... on va s'en
aller en Ontario, on va aller investir, on va aller mettre des capitaux en
Ontario. Ils vont faire la même chose avec la Colombie-Britannique, qui ont
aussi fait des choix autres. Donc, c'est les... les choix qui sont faits
aujourd'hui mettent une pression supplémentaire, alors que je veux juste vous
dire, là, les promoteurs ont besoin de tout sauf d'une pression supplémentaire,
actuellement, pour faire du logement.
M. Grandmont : Il y a des
groupes... Il y a des groupes qui sont venus nous voir puis ils nous ont dit :
Ce que les promoteurs ont besoin, c'est de la prévisibilité. Puis ils nous ont
dit qu'à l'intérieur du PL n° 22, de la façon dont il est écrit, il y a
même de la matière à lutter contre la crise du logement, au contraire, tout à
fait au contraire de ce que vous dites actuellement, là.
Mme Melançon (Isabelle) : Bien,
moi, je peux vous dire que je représente quand même la très, très grande partie
des entrepreneurs immobiliers, puis il n'y a pas personne qui est venu me dire
qu'à l'intérieur du projet de loi n° 22, tel qu'il est rédigé
actuellement, avec le déséquilibre que ça va créer, ça va permettre de sortir
du logement de terre.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci termine la période d'échange avec les membres de la commission.
Je vous remercie pour votre participation.
Et la commission suspend ses travaux
jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 50)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 02)
Le Président (M. Jacques) : Bonjour
à tous. La Commission des transports et de l'environnement reprend ses travaux.
Nous poursuivons les consultations
particulières et les auditions publiques sur le projet de loi n° 22, Loi concernant
l'expropriation.
Cet après-midi, nous entendrons les
organismes suivants : Vivre en ville, l'Association nationale des
propriétaires de terrains de golf du Canada et le Centre québécois du droit de
l'environnement.
Je souhaite la bienvenue aux représentants
de Vivre en ville. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
faire votre exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à débuter
votre exposé.
Vivre en ville
M. Savard (Christian) : Bonjour
à tous. D'abord, merci à la commission pour l'invitation pour venir commenter
cet important projet de loi. Mon nom est Christian Savard, je suis directeur
général de Vivre en ville. Je suis accompagné de Samuel Pagé-Plouffe, directeur
affaires publiques, chez Vivre en ville, également.
Donc, d'entrée de jeu, on tient à saluer l'intention
du gouvernement de moderniser le régime d'expropriation québécois. On sait que
le Québec s'est donné des objectifs importants en matière environnementale,
notamment en protection du territoire. On sait que, lors de la COP15 de l'année
dernière, on a décidé de viser une protection de 30 % de notre territoire.
On sait également qu'on a des enjeux en matière de logement, et une des clés, c'est
le contrôle du foncier pour les villes. Si on veut construire plus de
logements, que ce soit privé ou public, il faut que les villes aient davantage
d'outils pour avoir un certain contrôle du foncier, particulièrement pour le
logement social, où est-ce qu'avoir des terrains est très difficile.
Considérant aussi que le gouvernement a
pris des engagements de construire de grands projets de transport public, ayant
vu, dans les dernières années, des projets de transport public menacés en
matière de coûts en raison du régime actuel d'expropriation, et considérant
également que le Québec s'est doté d'une politique nationale d'architecture et
d'aménagement du territoire qui marque un certain virage dans l'importance qu'on
donne à comment on aménage nos villes... et qui vont demander aux différents
paliers de gouvernement, que ce soit le gouvernement du Québec ou les villes,
davantage d'outils pour atteindre les objectifs, on ne peut qu'encourager le
gouvernement à aller le plus loin possible dans la modernisation de cette
loi-là afin de faciliter les processus et de diminuer les coûts pour les
pouvoirs publics.
Nous avons... On n'a pas... on ne croit
pas avoir la finesse sur les technicalités juridiques. Toutefois, sur la portée
du projet de loi, on croit qu'on a quelques recommandations dans notre mémoire,
qu'on vous a transmis, qui pourraient le bonifier et l'amener, là, un peu plus
loin. Donc, je laisse maintenant mon collègue vous présenter quelques-unes de
ces recommandations.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Merci.
Merci, Christian. Bonjour, tout le monde. Je commencerais rapidement par une
statistique : en 1980, 75 % des enfants québécois allaient à l'école
à pied. Aujourd'hui, c'est moins de 25 % des enfants qui peuvent le faire.
Et ça, la raison pour laquelle c'est le cas, c'est que les écoles, comme d'autres
services publics, se sont beaucoup éloignées, hein, notamment en raison de l'étalement
urbain, donc, les services du quotidien se sont éloignés. Et là je veux juste
vous dire, on ne prétend pas que l'expropriation, le régime d'expropriation, à
lui seul, est responsable de cette statistique-là, bien sûr que non. Par
contre, il est vrai que comme il est souvent plus cher et plus compliqué
d'aller chercher un terrain qui est bien <situé...
M. Pagé-Plouffe (Samuel) :
...que comme il est souvent plus cher et plus compliqué d'aller
chercher un terrain qui est bien >situé, qui est sous-utilisé mais qui
se trouve à proximité des services, ça a comme conséquence, effectivement, que
les services sont souvent moins bien localisés. Et on a encore, tout récemment,
un exemple d'école qui se retrouve, là, en périphérie, sur le bord d'une
autoroute, à un endroit où, même, la qualité de l'air est néfaste pour les
enfants.
Et ce que l'on se dit, c'est : Avec
un régime de l'expropriation renouvelé, c'est vrai pour les écoles, mais ce
sera vrai pour les autres services publics, ce sera vrai même pour le
développement de la mobilité durable, ce sera vrai pour l'habitation. Il sera
possible d'en faire plus pour moins cher.
Alors, notre mémoire, là, s'appelle Pour
un régime d'expropriation au service de l'intérêt public. On trouve que
cette idée-là d'intérêt public est vraiment fondamentale dans la discussion
qu'on a à avoir. Intérêt public, certes, pour ce que ça coûte aux contribuables
québécois de développer des infrastructures, mais intérêt public aussi pour une
qualité de vie collective, là. On passe beaucoup plus de temps... je donnais
l'exemple, là, avec les écoles, beaucoup plus de temps dans la congestion parce
que... parce qu'on a un développement qui est très étalé, parce que les
terrains les plus intéressants, souvent, sont trop chers.
Alors, je passe rapidement à nos
principales recommandations. La première recommandation : élargir la
portée du projet de loi pour habiliter les pouvoirs publics à utiliser
l'expropriation pour accélérer et encadrer le développement des terrains autour
des infrastructures de transport en commun. Je ne crois pas être le... je crois
que Vivre en ville, on n'est pas les seuls à avoir fait cette proposition-là
devant cette commission. Je sais que la STM, notamment, en a fait part. On a
regardé un peu ce qui se passe, là, en Colombie-Britannique, puis effectivement,
on trouve que c'est un modèle qui est inspirant. Donc, c'est notre première
recommandation.
Ensuite, peut-être notre recommandation la
plus originale : exiger que toute expropriation soit réalisée en cohérence
avec les finalités de la planification territoriale. Donc, les finalités de la
planification territoriale, c'est un article qui se retrouve dans la LAU, la Loi
sur l'aménagement et l'urbanisme, qui a été modifiée, là, tout récemment, donc,
au mois de juin dernier. Et on a ajouté, donc, une série d'objectifs, de
pourquoi on fait de la planification territoriale. Et, pour nous, c'est un
petit peu un garde-fou parce que ces objectifs-là, vous pourriez aller les
consulter, ce sont tous des objectifs qui vont dans le sens de l'intérêt
public.
Alors, comme disait Christian tout à
l'heure, on a une nouvelle politique d'aménagement du territoire, et,
définitivement, le renouvellement du régime d'expropriation, ça peut être un
puissant outil pour l'aménagement durable du territoire. Et pourquoi pas... puis
là on a même une proposition de libellé sur comment on pourrait le faire, là,
mais pourquoi pas, donc, avoir les finalités de la planification territoriale
pour guider, finalement, pour guider le législateur qui décide d'exproprier ou...
enfin, les pouvoirs publics?
Recommandation 3 : inclure la lutte
contre les changements climatiques et la protection de la biodiversité comme
motif d'utilité publique ou de fins municipales. Là, ce que je dirais là-dessus...
notamment pour guider les tribunaux dans leur interprétation et peut-être une
interprétation qui pourrait être évolutive en fonction de l'évolution de la
science. Et concrètement, demain matin, comment cette recommandation-là
transformerait l'interprétation des tribunaux, je ne le sais pas, mais je pense
que, justement, les tribunaux seraient invités à, justement, se fier davantage
à la science climatique.
• (15 h 10) •
Recommandation 4 : consacrer la
valeur marchande comme base de la fixation de l'indemnité d'expropriation,
comme le propose le projet de loi, et baliser davantage ce concept. Donc, pour
l'essentiel, comme le disait Christian tout à l'heure, nous, à Vivre en ville,
on reçoit bien le projet de loi. On le voit d'un bon oeil et on appuie, là, la
décision d'y aller avec la valeur marchande pour déterminer les montants
d'expropriation. On constate qu'il y a différents partenaires, notamment de la
CMQ, qui ont souhaité qu'il y ait un balisage un peu resserré de la manière
dont on détermine l'indemnisation qui doit être fournie, mais somme toute,
cette recommandation-là, le message que l'on veut passer, c'est que l'on appuie
l'orientation générale du projet de loi.
On a deux propositions aussi où, là,
franchement, on a une grande humilité, là. On propose d'étudier la possibilité
d'indemnités réduites pour décourager la négligence et l'abandon d'immeubles et
pour encourager la construction résidentielle. Donc, par exemple, un terrain
qui est vague ou qui est sous-utilisé depuis très longtemps, est-ce qu'il ne
pourrait pas y avoir une certaine, disons, pénalité dans le <montant...
M. Pagé-Plouffe (Samuel) :
...terrain
qui est vague ou qui est sous-utilisé depuis très longtemps, est-ce qu'il ne
pourrait pas y avoir une certaine, disons, pénalité dans le >montant de
l'indemnisation, justement, pour encourager la construction résidentielle, pour
faire face à la crise de l'habitation? C'est une question qu'on pose, puis
peut-être que ce serait un régime transitoire, mais on propose aux décideurs, à
tout le moins, d'y réfléchir. J'ai essayé de consulter, là, l'analyse d'impact
réglementaire du projet de loi. J'ai trouvé une version préliminaire, mais je
n'ai pas trouvé, donc, tous les détails, je ne sais pas si ça a été considéré.
Recommandation 7 : adopter les
articles sur l'expropriation déguisée inscrits dans le projet de loi. Et
recommandation 8, il faut vraiment les lire ensemble : lors d'une
prochaine intervention législative du ministère des Affaires municipales, donc,
codifier le principe et essentiellement, donc, protéger les pouvoirs des municipalités
en matière d'urbanisme, de zonage, tout ça parce qu'on ne croit pas qu'à
travers 22 on va régler la question de l'expropriation déguisée. C'est une
question qui est particulièrement, disons, urgente depuis les deux dernières
années, depuis les décisions récentes des tribunaux. Le ministère des Affaires
municipales aura à fournir, je crois, une solution législative pour clarifier
les choses, mais je ne crois pas qu'on y arrivera à ce moment-ci.
Donc, ce sera tout pour ce qui est de nos
recommandations spécifiques, et on est, évidemment, disposés à prendre
l'ensemble de vos questions.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre présentation. J'invite maintenant la députée d'Argenteuil à
débuter les échanges.
Mme Grondin : Merci, M. le
Président. M. Savard, M. Pagé-Plouffe, peut-être, avant tout, excuser la
ministre, qui est absente. Elle est au salon bleu en motion du mercredi. Elle
aurait bien aimé être avec vous.
Donc, je vais tenter d'être aussi
éloquente qu'elle. On sait que, bon, le dépôt de projet de loi, vous l'avez
bien vu, c'était une demande depuis des années, à maintes reprises, par le
milieu municipal et d'autres acteurs de la société. On voit que la loi actuelle
a d'importants impacts sur la hausse des outils... des coûts des projets
d'infrastructure, des infrastructures, notamment, ou des projets structurants,
et sur les délais de livraison. Et, depuis le début de la consultation, il y a
une majorité, là, d'intervenants, à ce jour, qui sont en faveur du projet de
loi.
En novembre 2021, vous aviez co-signé
une lettre, notamment M. Savard, où vous souhaitiez que... la réforme
devait avoir pour objectif une meilleure localisation, un meilleur contrôle des
coûts des équipements publics et une réalisation plus efficace des projets.
Malgré ce que vous nous avez partagé, est-ce que vous considérez que l'objectif
est atteint?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien,
pour l'essentiel, je crois que l'objectif est atteint. On devra, je crois,
mesurer l'atteinte de cet objectif-là au moment de la mise en œuvre de la
nouvelle loi.
J'ai essayé de me faire une tête, combien
on va économiser avec ça, et c'est difficile parce que ce que le projet de loi
vient faire, c'est limiter la spéculation, et la spéculation, bien, parfois, un
projet de loi... excusez-moi, une expropriation... Par exemple, pour la ligne
bleue, certains terrains ont coûté quatre fois plus cher que l'estimation du
départ. Est-ce que ce sera le cas pour l'ensemble des expropriations? Est-ce
que les indemnisations vont être réduites de manière faramineuse à chaque fois?
C'est évident que la réponse est non.
Et on sera bien intéressés de voir à quel
point ça contribue à améliorer, à diminuer les coûts, dans certains cas, et
aussi à améliorer la rapidité de la livraison, mais ce que j'ai à dire
là-dessus, c'est que, je crois, ce que le gouvernement a fait, c'est de
répondre positivement à la demande qui a été faite, beaucoup par le milieu
municipal, mais vraiment pas que par le milieu municipal. Vous avez nommé la
lettre ouverte que l'on avait signée. Donc, il n'y a pas de surprise pour nous,
la demande qui était faite, c'était effectivement d'y aller sur la valeur
marchande. Et donc, oui, somme toute, le projet de loi va dans le bon sens, je
spécifie, quand même, sur la question de l'expropriation, hein? Expropriation <déguisée...
M. Pagé-Plouffe (Samuel) :
...je
spécifie, quand même, sur la question de l'expropriation, hein?
Expropriation
>déguisée, c'est un tout autre sujet.
Mme Grondin : J'aurai évidemment
des questions à ce sujet, mais avant d'embarquer dans cet aspect-là du projet
de loi, et surtout sur toute la question de la protection des milieux naturels,
c'est mon dada, donc on pourra en parler si nous avons le temps, on a eu
quelques intervenants, là, qui sont venus pour nous expliquer, en fait, que ce
projet de loi aurait des impacts sur le développement d'habitations, par
exemple, ou qu'il viendrait réduire l'attraction des investissements.
J'aimerais vous entendre sur ce sujet-là.
M. Savard (Christian) : ...difficulté
à comprendre pourquoi ça ferait ça. On l'a entendu puis on n'est pas... on ne
comprend pas. Il n'y aurait... il n'y aurait personne qui va perdre sa chemise,
c'est... Il n'y a pas de remise en question du droit de propriété. On n'est pas
en train de saisir des terres, on est en train de moderniser une vieille loi
qui, de par son évolution, avec le temps, a montré ses limites de manière
flagrante.
On l'a vu, il y a un paquet d'intervenants
qui sont venus nous dire : Vous voyez, on n'a pas pu faire ça à cause de
ça ou ça nous a coûté des dizaines de millions de plus à cause de ça. Et je
crois... je ne crois pas que les propriétaires vont être floués dans
l'expropriation. Il ne faut pas oublier non plus que, tu sais, il y a une
limite à ce que les pouvoirs publics vont pouvoir exproprier, là. Tu sais, tu
ne le fais pas pour le faire, tu le fais parce que tu as des très bonnes
raisons d'intérêt public. Et je pense que les défis auxquels font face... qu'on
fait face nécessitent ce genre d'intervention là.
On se rend compte qu'à travers le monde
les sociétés qui réussissent, là, à relever un certain nombre des défis
environnementaux, sociaux qu'on a, très souvent les pouvoirs publics ont plus
accès à du foncier. Bien, il y a différentes manières de... des fois, ils
possèdent d'avance, mais parfois il faut pouvoir acheter, et le régime actuel
ne fonctionne pas, est, en quelque sorte, brisé. Je pense qu'il n'y a personne
qui... Nous, on n'a pas cette interprétation-là que les gens... puis il ne faut
pas oublier que le régime québécois... Il y en a d'autres ailleurs, des régimes
d'expropriation, qui sont souvent mieux calibrés, et je ne pense pas qu'on
quitte ces juridictions-là pour ça, là. Donc, probablement que le régime
québécois, actuellement, est trop généreux.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Peut-être...
Mme Grondin : Oui, allez-y.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : ...un
petit élément complémentaire. Si on réussit à construire plus efficacement et à
moindre coût des projets de transport collectif, bien, forcément, on pourra
déjà en construire plus parce qu'on en aura plus pour notre argent. Et je nous
invite à penser au développement immobilier qui se fait tout autour, là, du
REM. On voit ce que ça a comme conséquences, quand on lance des projets de
mobilité, de mobilité durable. Ça propulse, en fait, le développement de
l'habitation.
Après, bien, c'est vrai qu'il faut avoir
les capacités d'offrir de l'habitation qui répond aux différents besoins. Et je
sais que les gens en habitation, notamment logement social, tout ça, ont des
revendications pour le projet de loi. Je crois que c'est important de les
entendre, mais, somme toute, on voit d'un bon oeil, à la fois pour le transport
et pour l'habitation, ce qui se trouve dans le projet de loi.
• (15 h 20) •
Mme Grondin : M. le
Président, il me reste combien de temps pour que... parce que j'ai beaucoup de
questions.
Le Président (M. Jacques) : 9 min 31 s.
Mme Grondin : Ah! Si on va du
côté de la protection des milieux naturels, si on prend l'aspect, par exemple,
d'expropriation déguisée, il y a eu, au cours de la présente consultation,
différentes propositions. Vous soulignez le fait qu'il est probablement très
important d'enchâsser le principe... en fait, je le résume comme ça, mais
n'hésitez pas à me corriger, le principe qui reconnaît les devoirs du milieu
municipal, des devoirs qui sont sans équivoque, en matière de protection de la
biodiversité. Vous en parlez notamment à la page 17 de votre mémoire.
Est-ce que je comprends bien, dans le
fond, qu'il y a peut-être un autre véhicule que le projet de loi n° 22 qui
viendrait enchâsser ce principe-là?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Oui,
absolument. Donc, ce que le projet de loi fait, c'est de débuter une certaine
codification de la question de l'expropriation déguisée. Ceci dit, on est loin <d'avoir...
M. Pagé-Plouffe (Samuel) :
...de
débuter une certaine codification de la question de l'expropriation déguisée.
Ceci dit, on est loin >d'avoir une clarification et une protection des
pouvoirs des municipalités en matière de zonage, d'urbanisme, de
réglementation. Et donc, bon, nous, on est à l'aise, là, à ce que le
gouvernement adopte les articles qui concernent l'expropriation déguisée dans le
projet de loi.
Ceci dit, on est convaincus qu'il sera
nécessaire d'y avoir une seconde intervention législative, celle-ci du
ministère des Affaires municipales et de l'Habitation, spécifiquement pour
protéger les pouvoirs des municipalités en matière de protection du territoire,
protection des milieux naturels. Et essentiellement ce sont des pouvoirs de
zonage, hein, et, à cet égard-là, bien, quand les municipalités utilisent ces
pouvoirs-là, il ne faut pas que ça donne lieu à des indemnités.
Et l'expropriation déguisée, c'est un
concept qui a été interprété par les tribunaux, et là, maintenant qu'on
constate, là... On avait fait partie, à Vivre en ville, même, d'un recours à la
Cour suprême, on y réfère dans notre mémoire, et, bon, la Cour suprême a refusé
de l'entendre, et donc, maintenant, la balle est complètement dans le camp du
législateur.
Et moi, une chose qui me rassurerait
beaucoup, en fait, c'est qu'il y ait un engagement, peut-être de Mme la
ministre ou, enfin, du gouvernement, que, dans un deuxième temps, on y
revienne, à la question de l'expropriation déguisée, peu importe lequel
véhicule, peut-être dans un omnibus municipal, donc, pour donner de la clarté,
de la prévisibilité aux municipalités qui ont des obligations très importantes
en matière de protection du territoire puis qui vont devenir de plus en plus
importantes. Christian parlait tout à l'heure de la politique d'aménagement du
territoire. Dans les nouvelles orientations gouvernementales, on va exiger
d'identifier, de protéger, par exemple, les corridors écologiques, tout ça, mais
on se retrouve, en ce moment, dans une espèce de flou ou de vide... pas de vide
juridique, en fait, je dirais dans une incertitude qui limite, définitivement,
la capacité des municipalités à le faire.
Mme Grondin : Bien, en fait,
peut-être, pour vous rassurer d'emblée, je sais que la ministre discute
actuellement avec la ministre des Affaires municipales et le ministre de
l'Environnement. Donc, effectivement, là, ils sont en train de regarder de
quelle façon et si c'est possible d'intervenir à ce niveau-là.
Vous avez parlé... En fait, il y a
certains intervenants qui suggèrent de définir ce que c'est, une expropriation
déguisée. Est-ce que vous considérez que c'est un élément qui est essentiel?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Pas
à ce moment-ci.
Mme Grondin : Parfait.
Peut-être une autre petite question. Je vous ramène à la recommandation n° 2,
en fait : exiger que toute expropriation soit réalisée en cohérence avec
les finalités de la planification territoriale. Vous en avez parlé.
En fait, j'aimerais bien saisir, parce que
je vous avoue que, d'emblée, je suis un peu préoccupée. La connaissance du
territoire, au sein des MRC, elle n'est pas pareille partout au Québec, puis il
y a encore beaucoup de connaissances à acquérir. Il y a des enjeux qu'on va
découvrir, notamment avec les changements climatiques ou l'adaptation aux
changements climatiques. Il y a des... Donc, est-ce que ce n'est pas un peu
comme encarcaner la loi sur l'expropriation, si on le met dans un outil de
planification territoriale qui n'est pas révisé quotidiennement,
nécessairement?
M. Savard (Christian) : J'aurais
tendance à dire que... puis je comprends pourquoi on pose la question. J'aurais
tendance à dire qu'à notre lecture c'est le contraire. Elle renforce la loi
parce que les finalités sont relativement larges, hein, et concernent notamment
l'adaptation aux changements climatiques. Et c'est aussi une manière de
lancer... de renforcer le message de la bonne planification et que ce n'est pas
qu'un caprice, par exemple, d'un gouvernement, de faire de l'expropriation. C'est
parce que ça s'inscrit à travers les orientations qu'il y a inscrit dans une...
dans sa loi qui concerne le territoire, donc la LAU.
Donc, pour nous, ça vient, au contraire,
embrasser un peu plus large et donner plus de force aux motifs d'expropriation.
Donc, c'est un enjeu de cohérence et de renforcer, je dirais, tout le régime
d'aménagement du <Québec...
M. Savard (Christian) :
...c'est
un enjeu de cohérence et de renforcer, je dirais, tout le régime d'aménagement
du >Québec en faisant ça. Donc, c'est comme ça que... c'est dans...
c'est le sens de notre proposition.
Mme Grondin : ...en
désaccord, mais peut-être, pour le commun des mortels, peut-être... c'est
peut-être le terme «finalité», en fait, qui, selon moi, n'est peut-être pas
assez concret. Qu'est-ce que ça veut dire, vraiment, là? Est-ce que vous
êtes... vous seriez en mesure de me donner un exemple, par exemple, pour la
protection de la biodiversité? Ce serait ça, le grand... la grande finalité,
même si on ne connaît pas les endroits où il faudrait conserver sur un
territoire, par exemple?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Absolument.
En fait, les finalités... c'est un terme, effectivement, qui est assez
technique, les finalités de la planification territoriale. c'est tout
simplement un article auquel on réfère, qui se trouve dans la nouvelle Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme. Et donc il y a une série d'objectifs communs
qu'on se donne sur la planification territoriale. Et l'objectif 9 se lit ainsi :
«La conservation et la mise en valeur des milieux naturels, de la biodiversité
ainsi que l'accessibilité à la nature.» Donc, effectivement, ce à quoi vous
référiez se trouverait directement, disons, impacté, ou on aurait le réflexe,
finalement, quand on fait des expropriations, de s'assurer de respecter cette
finalité-là, de protection de la biodiversité.
Peut-être un dernier élément. La bonne
planification nous permet aussi d'aller plus vite. Parce que, justement, quand
on se rend compte sur le tard que le choix du terrain qui a été fait pour une
école ou pour x service public se retrouve à être contesté par la population
parce qu'il est loin des services, parce que... comme on disait tout à l'heure,
parce que la qualité de l'air est mauvaise, bien là, il faut revenir à la
planche à dessin puis il faut revenir en arrière. Donc, la planification a
cette vertu-là, la bonne planification, quand on se donne un plan de match,
d'arriver à mettre en œuvre plus rapidement nos projets.
Mme Grondin : Donc, c'est
comme un argument de plus en termes de prévisibilité?
M. Savard (Christian) : Oui,
c'est un argument de plus, en termes de prévisibilité et de légitimité des opérations
d'expropriation, c'est comme ça qu'on l'a pensé, mais de... et, de manière
générale, on parle de prévisibilité. C'est pour ça que nous... je conclurais
peut-être votre... en disant : On dit, à la fin, que le projet de loi
devrait être... entrer en vigueur, le nouveau régime, lors de l'adoption du
projet de loi, donc ne pas attendre six mois, mais également prendre tout de
suite les recommandations sur l'expropriation déguisée, parce qu'il y a comme
une urgence d'agir dans tellement de domaines que... et on a... qu'il faut agir
le plus vite possible et ne pas attendre au projet parfait, et ne pas faire des
délais. Je pense que c'est un outil qui est essentiel. Je voulais préciser ça.
Mme Grondin : C'est
malheureusement fini.
M. Savard (Christian) : Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre intervention, Mme la députée. Je cède maintenant la parole
au porte-parole de l'opposition officielle, M. le député d'Acadie, pour
16 min 31 s.
• (15 h 30) •
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour, bon après-midi. Merci d'être là avec nous. Merci
pour votre mémoire.
J'ai quelques questions pour vous.
Notamment, à la recommandation 4 de votre mémoire, à la page 5, donc, vous
suggérez de «consacrer la valeur marchande comme base de fixation de
l'indemnité d'expropriation, comme le propose le projet de loi, et de baliser
davantage ce concept». J'aimerais ça que vous puissiez nous parler davantage. Qu'est-ce
que vous entendez par «baliser davantage ce concept»? Parce que, quand on
regarde le projet de loi, la valeur marchande du droit exproprié est, au fond,
la valeur que le législateur retient, puis, après ça, quand on va voir aux
articles, entre autres, 75, 84, 87, 88 et suivants, le législateur, dans son
projet de loi, nous propose déjà des formules pour calculer les indemnités.
Donc, qu'est-ce qu'on pourrait baliser davantage?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien,
c'est le concept, là, de l'usage possible et l'usage probable, en fait. Comme
la CMQ l'a dit dans son mémoire, on a l'impression que des précisions
pourraient être apportées sur les éléments de preuve qu'une personne expropriée
doit présenter pour démontrer, là, la probabilité, par exemple, de la
concrétisation d'un usage qui pourrait être fait par le <terrain. Encore
une fois...
>
15 h 30 (version révisée)
< M. Pagé-Plouffe (Samuel) :
...par
exemple, de la concrétisation d'un usage qui pourrait être fait par le >terrain.
Encore une fois, on a une certaine humilité aussi. Peut-être que le projet de
loi va assez loin, mais on entend différents intervenants nous dire : Là-dessus,
là, sur l'usage possible, l'usage probable, il y a un flou qui gagnerait à être
précisé. Et, à cet égard-là, je serais bien même curieux d'entendre ce que...
tu sais, ce que le gouvernement a à dire sur le risque d'interprétation que les
tribunaux pourraient faire de ce concept-là et... bien, la CMQ y a référé, la FQM
aussi. Donc, on fait écho à cette préoccupation-là, mais avec une certaine
humilité.
M. Morin : Donc, en fait,
vous, vous référez, au fond, plus spécifiquement à l'article 87 du projet
de loi, si je ne me trompe pas, où... quand le législateur dit dans son projet
de loi : «L'usage le meilleur et le plus profitable d'un droit est celui
qui confère au droit la valeur la plus élevée en argent.» Puis, après ça, bien,
en 4°, on dit : «Il est probable, et non seulement possible, que cet usage
se concrétise dans les trois ans qui suivent la date de l'expropriation.» Donc,
c'est de ça dont vous parlez?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : ...de
ça dont on parle.
M. Morin : OK. Parfait. Donc,
vous voudriez, au fond, que le législateur précise davantage c'est quoi,
«probable».
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Clarifie
l'usage le meilleur et l'usage probable, effectivement, et peut-être que c'est
à travers des clarifications au cours de la commission que ça se fera. Est-ce
que, nécessairement, c'est par un amendement au projet de loi? On n'en est pas
certains. On sait que les tribunaux vont souvent se référer aux discussions qui
ont lieu lors de l'adoption des articles, mais oui, clarifier les choses nous
semblerait, dans ce cas-là, utile.
M. Morin : OK. Dans ce même
paragraphe là, 4°, le législateur propose une période de trois ans suivant la
date de l'expropriation pour, évidemment, l'usage probable qui va se
concrétiser. Il y a des groupes qui nous ont dit que trois ans, ce n'était
peut-être pas assez long parce que, dans bien des cas, pour obtenir différentes
autorisations, permis, des différents paliers de gouvernement, ça prend
beaucoup de temps. Est-ce que vous pensez que le trois ans, c'est suffisant?
Est-ce que ça devrait être plus long que trois ans?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : On
n'a pas commenté sur le trois ans dans notre mémoire, et je pense qu'on n'a
même pas échangé entre nous là-dessus. À ma lecture et à la lecture de collèges
qui ont travaillé sur le mémoire, c'était un temps qui était justifié. C'est
certain que nous, dans la balance entre intérêt public et l'intérêt de l'exproprié,
bien, on penche du côté de l'intérêt public. Donc, rajouter des années, je
pense qu'on le verrait avec suspicion, mais on n'a pas davantage une position
là-dessus.
M. Savard (Christian) : De
manière générale, il y a... rajouter des années pourrait nous faire glisser
dans une nouvelle série d'interprétations et qui nous mènerait à des possibles
dérives du régime actuel. A priori, là, pour répondre à votre question à chaud,
ce serait inquiétant d'aller plus loin, et puis, même, c'est l'élément qui nous
chicote, là, de dire : Cet aspect-là du projet de loi peut-tu ouvrir la
porte à... dans le fond, on ait encore des indemnités trop élevées puis qu'on
ne réduit pas... à réduire les coûts des expropriations?
Donc, comme on le disait, c'est avec une
certaine humilité... Donc, c'est pour ça qu'on croit qu'il faut s'attarder à
cet aspect-là pour être sûrs qu'on fasse tout ça pour que ça ait le résultat
voulu en ce qui concerne l'accélération des projets et la réduction des coûts.
M. Morin : Il est clair, à la
lecture de votre mémoire... et vous n'êtes pas le seul groupe, mais là vous
venez de souligner spécifiquement qu'évidemment vous accordez une attention et
une importance particulière, au fond, au droit de l'expropriant, mais évidemment,
c'est important, puis d'autres groupes nous ont dit qu'il fallait rechercher un
équilibre. Donc, que faites-vous du droit de l'exproprié?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien,
dans l'estimation de l'indemnisation, déjà, il y a quand même une approche cas
par cas. Alors, il y aura certainement certains cas où des parties expropriées
se retrouveront avec une indemnisation moindre qu'espérée, mais il demeure qu'il
y a encore la prise en compte du préjudice. Donc, au-delà de <l'unique
valeur...
M. Pagé-Plouffe (Samuel) :
...la
prise en compte du préjudice. Donc, au-delà de >l'unique valeur
marchande, ces éléments-là sont encore pris en compte, et moi, la lecture que
je fais des articles du projet de loi, c'est qu'effectivement il y a une
approche au cas par cas. Donc, on n'est pas dans une rigidité absolue qui
empêche de prendre en compte la situation des parties expropriées. Donc, voilà,
a priori, on est assez rassurés, en fait, du respect du droit de propriété. On
est plutôt, à l'inverse, inquiets des coûts très, très, très importants, qui
s'emballent souvent pour de nombreux projets d'infrastructure.
M. Morin :
OK, merci. Toujours dans votre
mémoire, vous faites une référence, à la page 11, en haut, au régime qui
est utilisé en Colombie-Britannique et vous suggérez qu'au fond le législateur
s'inspire de ce qui se fait en Colombie-Britannique, dans le cadre de projets
de loi qui ont été adoptés... à la Loi sur les transports, pour du développement
de transport durable et collectif, avec les nouveaux pouvoirs d'expropriation,
en lien avec leur système TOD, le «transit-oriented development».
Avez-vous fait une analyse ou est-ce que
vous savez si le processus d'expropriation en Colombie-Britannique est
comparable à celui du Québec ou... parce que, là, vous voulez des pouvoirs
accrus pour l'expropriant. Est-ce que vous savez comment ils compensent
l'exproprié?
M. Savard (Christian) : C'est
une très bonne question qu'on pourrait fouiller. C'est un pouvoir relativement
nouveau en Colombie-Britannique. Ils font face à des enjeux encore plus criants
que nous en matière d'habitation, en matière de développement d'unités
d'habitation, et donc, afin d'accélérer le redéveloppement autour du transport
en commun, ils se sont dotés de cet outil-là, un peu à la manière, là, que... Je
pense... j'ai cru comprendre que la Société de transport de Montréal le
proposait également. Ils se sont dotés de cet outil-là pour accélérer, et donc
le but étant de faire en sorte de fournir plus rapidement des unités
d'habitation construites aux abords du transport en commun, parce que ça peut
arriver, des fois, que, bien...
Tu sais, la plupart du temps, ce que les
pouvoirs publics vont préférer, c'est que... bon, bien, si ça se redéveloppe,
parce qu'il y a un propriétaire qui a acheté les terrains et que ça va vite,
les pouvoirs publics n'utiliseront pas l'expropriation, là. Ça coûte de
l'argent. Il ne faut pas oublier que c'est un régime d'exception, là. Ce n'est
pas... Le but n'est pas... On n'aura pas l'argent pour acheter le Québec, donc...
mais le but étant, bien, s'il y a un terrain très stratégiquement situé et qui
ne bouge pas parce qu'il y a des propriétaires que ça ne les intéresse pas, qui
sont assis sur leur terrain, que... pour plein de raisons, bien, qu'ils aient
cet outil-là pour dire : Écoutez, là-dessus, on pourrait construire deux
belles unités d'habitation situées à 800 mètres du transport en commun. Ça
serait du toit pour du monde. Bien, donnons-nous cette possibilité-là de
pouvoir... que les pouvoirs publics puissent exproprier pour cette fin-là à
proximité du transport en commun, mais votre question est bonne.
Pour revenir très précisément, on n'est
pas des spécialistes du droit, de la question des expropriations, mais aller
fouiller un peu serait intéressant. On va peut-être essayer de le faire. On
essaie de le faire, mais c'est... On pourra vous revenir même, éventuellement,
si on trouve des choses.
• (15 h 40) •
M. Morin : Non, mais
j'apprécierais parce que, tu sais, je reconnais votre expertise puis toute la
pertinence de vos propos puis de ce que vous voulez faire comme groupe, comme
association, sauf qu'un peu plus tôt ce matin... Puis, je ne sais pas, vous
avez peut-être écouté le témoignage de L'Institut de développement urbain du
Québec, mais, entre autres, il nous mentionnait qu'en Colombie-Britannique, par
exemple, les tribunaux, bien, comprenaient comme base la valeur marchande,
avaient beaucoup plus de discrétion que ce que le projet de loi au Québec veut
faire, et donc, souvent, on utilisait, par exemple, la valeur au propriétaire
pour compenser les expropriés.
Donc, ce que je comprends... puis c'est
pour ça, si vous pouvez, évidemment, vérifier puis nous revenir, j'apprécierais
grandement, parce que ce que je comprends, c'est que <l'autorité
expropriante a peut-être plus de pouvoirs...
M. Morin :
...ce que
je comprends, c'est que >l'autorité expropriante a peut-être plus de
pouvoirs pour agir rapidement, mais, par ailleurs, l'exproprié, lui, perdrait
probablement moins qu'avec les balises qui sont suggérées dans la loi ou dans
le projet de loi actuel du Québec. Donc, on retrouverait cet équilibre qu'on
risquerait peut-être de perdre si le projet de loi était adopté tel qu'il est.
M. Savard (Christian) : Personnellement,
de notre côté, on trouve que l'équilibre, actuellement, n'est pas le bon et que
d'élargir certains pouvoirs, notamment pour du développement autour du
transport en commun, dans la lignée du projet de loi, est le meilleur des
mondes pour l'intérêt public, selon nous, mais... que d'autres tiennent une
position différente, là, mais il ne faut pas... Comme je le dis, il n'y a pas
de remise en question du droit de propriété, et tout le monde sera indemnisé,
personne ne va perdre de l'argent, de l'argent potentiel, éventuellement,
peut-être, mais c'est ça qui nous a menés à la situation actuelle, qui a fait
en sorte que... je pense, la ligne bleue est un bel exemple, mais que les
villes aussi ne peuvent pas agir pour protéger le territoire, pour protéger la
biodiversité. Donc, en ce sens-là, je pense que... Vas-y.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien,
quand on parle de l'intérêt public, là, il y a la question pécuniaire, là, donc,
que les sommes des expropriations, pour les contribuables, soient raisonnables,
mais loger le monde, développer suffisamment d'unités d'habitation, ça nous
semble être d'autant plus fondamental. Et, à cet égard-là, bien, comme l'a dit
Christian, ça nous fera plaisir d'analyser et d'approfondir la réflexion sur le
modèle de la Colombie-Britannique.
M. Morin : Puis je suis tout
à fait d'accord avec vous que se loger, un logement, pour quelqu'un, c'est
quelque chose qui est vraiment fondamental. D'ailleurs, le projet de loi ici
parle d'une forme d'indemnité pour les locataires. Est-ce que vous trouvez que
c'est suffisant? Parce qu'évidemment un locataire... Puis vous l'avez dit, là,
on le vit avec une crise du logement présentement, un locataire qui resterait
dans un appartement depuis 10 ou 12 ans, donc, qui a un loyer évidemment
qui augmente, mais qui est probablement moindre que des loyers qu'il paierait
dans le même quartier, là, aujourd'hui, est-ce que vous pensez que le projet de
loi le protège suffisamment, qu'il pourrait se relocaliser ou s'il va être
obligé d'aller véritablement ailleurs?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Encore
une fois, ma compréhension, c'est qu'il y a... il demeure qu'il y a une
approche au cas par cas. Est-ce que, dans la pratique, ce sera suffisant? La
question est bonne parce que les prix de l'immobilier évoluent tellement
rapidement qu'il faudrait quasiment une mise à jour en continu de la manière
dont on détermine les indemnités, là. Donc, c'est le genre de chose qu'il
faudra, je pense, apprécier dans la pratique. Ceci dit, une chose qui est
certaine, si on exproprie et qu'on construit 10 fois, 15 fois, 20 fois
plus de logements dans le secteur, c'est certain que, pour l'ensemble de la
population, on se retrouve avec des meilleures conditions, là, d'abordabilité.
M. Savard (Christian) : ...intéressant
d'aborder la question des locataires et de prévoir quelque chose dans le projet
de loi. Ce n'est pas quelque chose que j'ai regardé en particulier, mais de... on
aurait pu juste regarder l'intérêt du propriétaire seul, tu sais, et d'ouvrir
la porte est intéressant.
M. Morin : Parce
qu'évidemment la question des locataires m'interpelle aussi, puis je comprends
que, si, dans un projet collectif, un promoteur construit plusieurs logements,
bon, après quelques années, ça va être mieux pour l'ensemble de la collectivité,
mais, entre-temps, les locataires et propriétaires qui ont été expropriés, eux,
doivent se reloger maintenant. Donc, très bien, écoutez, je vous remercie.
Dernière question parce qu'il me reste à
peu près une minute, M. le Président, à peine, la ville de Mascouche, ce matin,
nous disait que, dans certains cas, ils n'ont pas le choix de procéder à des
expropriations parce qu'ils doivent se conformer à des règlements, que ce soit
de communautés métropolitaines ou des règlements du gouvernement en matière,
par exemple, de protection de milieux humides, protection de l'environnement,
et que, là, ils sont obligés d'agir, puis, des fois, que ça leur coûte cher, et
ils prévoyaient ou ils suggéraient un fonds que le gouvernement pourrait mettre
à la disposition des municipalités pour compenser les sommes qu'ils auraient à
payer. Est-ce que c'est quelque chose sur lequel vous avez réfléchi? Est-ce que
ça vous apparaît une option utile pour aider les villes ou pas?
Le Président (M. Jacques) : Trois
secondes.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien,
la priorité doit être du côté de la clarification de l'expropriation déguisée,
donc, davantage que de miser sur l'expropriation pour protéger les milieux
naturels.
Le Président (M. Jacques) :
Merci beaucoup à vous <deux pour votre participation aux travaux de la
commission...
Le Président (M. Jacques) :
Merci
beaucoup à vous >deux pour votre participation aux travaux de la
commission.
Donc, nous suspendons quelques instants
pour faire place au prochain groupe.
(Suspension de la séance à 15 h 46)
(Reprise à 15 h 53)
Le Président (M. Jacques) : Je
souhaite maintenant la bienvenue à l'Association nationale des propriétaires de
terrains de golf du Canada. Je vous invite à vous présenter et à faire votre
allocution de 10 minutes. Après coup, les membres de la commission vous
interpelleront et discuteront avec vous. Merci.
Association nationale des propriétaires de terrains
de golf du Canada (ANPTG du Canada)
M. Pilon (Daniel) : M. le
Président, je vais changer un petit peu mon discours puisque Mme la ministre
n'est pas là. Donc, bonjour à vous, députés et députées membres de la
commission. Merci de nous recevoir aujourd'hui pour discuter de la loi n° 22. Nous sommes très heureux d'être ici présents.
Donc, je m'appelle Daniel Pilon,
propriétaire de troisième génération du terrain de golf à Saint-Zotique. Je
suis actuellement le président du conseil d'administration national de
l'Association nationale des propriétaires de terrains de golf du Canada. Je
suis accompagné ici de Mme Lucie Charlebois, que vous devez tous connaître, Mme
Charlebois qui connaît aussi l'industrie du golf, étant elle-même de la famille
du golf, sa fille étant la troisième génération du club de golf familial. Aussi,
avec moi, j'ai M. David Bérubé, directeur régional; Mme Carole Bergeron,
vice-présidente; ainsi que Nathalie Lavallée, directrice des opérations au bureau
chef à Ottawa. L'association existe depuis plus de 30 ans, et nous offrons
à nos 1 500 membres canadiens et 130 membres québécois une
grande variété de services, allant du marketing jusqu'à la défense des droits
et des intérêts.
D'entrée de jeu, j'aimerais spécifier que
l'association n'est pas ici aujourd'hui pour démontrer une contrepartie de la
loi, mais bien pour travailler ensemble pour faire évoluer la loi pour que tout
le monde puisse en être gagnant. Aujourd'hui, l'ANPTG est présente devant vous
pour établir nos préoccupations face à cette nouvelle loi et les règlements
encadrant le droit d'expropriation au Québec. Nous croyons que cette loi, dans
le contexte politique actuel, pourrait rapidement faire reculer... même voir
disparaître une portion considérable de l'industrie du golf dans la province.
Vous savez, le golf est bien plus qu'un
simple sport. C'est une tradition profondément ancrée dans notre province.
C'est une portion unique de notre tissu social des banlieues, villes, villages
et régions du Québec. Ce sont aussi des liens familiaux qui se tissent à
travers des générations. Combien de jeunes enfants jouent avec leurs
grands-parents? Donc, c'est des souvenirs d'été, c'est des emplois d'été pour
nos jeunes et c'est aussi des emplois d'été pour nos semi-retraités. Ce sont
aussi des entreprises locales, des petites PME qui contribuent à notre économie
et qui motivent les adeptes à visiter des endroits de toutes les communautés partout
au Québec.
Rappelons-nous que le golf a été un moyen
de détendre les Québécois de tous les âges et niveaux sociaux, de relâcher leur
stress pendant la pandémie, étant la seule activité qui a été permise aux
Québécois <et Québécoises en mai 2020...
M. Pilon (Daniel) :
...la
pandémie, étant la seule activité qui a été permise aux Québécois >et
Québécoises en mai 2020. Soulignons que la majorité d'entre eux,
d'ailleurs, ont continué sur le merveilleux sport qu'est le golf. C'est sûr
qu'on ne peut pas passer sous silence le merveilleux travail des «frontliners»,
des gens de la première ligne, pendant la pandémie, mais, lorsqu'on a eu
l'autorisation d'ouvrir nos terrains de golf le 20 mai 2020, bien, ce
sont nos employés qui étaient là pour accueillir les golfeurs, pour leur...
déstresser, leur faire prendre le plein air, prendre une bonne marche dans un
club de golf.
De plus, le golf a un impact important sur
la santé physique, la santé mentale. D'ailleurs, plusieurs études démontrent
les bienfaits du golf, tels que la diminution des risques cardiovasculaires,
réduction du cholestérol nocif. Le golf permet aussi de travailler le souffle,
tonifie le corps, réduit le stress. Il permet de profiter du plein air et
favorise la détente. Le golf inculque aussi la patience, la concentration ainsi
que la persévérance. D'ailleurs, combien de jeunes enfants sont dans des camps
de jour dans les clubs de golf du Québec pour justement apprendre ces belles
valeurs là que le golf peut inculper?
D'après l'étude d'impact économique du
golf au Canada, faite en 2019 par l'Alliance nationale des associations de
golf, NAGA, le golf a injecté près de 3,2 milliards dans le PIB du Québec.
C'est un pilier sur lequel reposent de nombreuses familles, surtout dans les
régions. On parle ici de plus de 27 000 emplois directement reliés au
golf, 18 000 emplois indirects, pour un total de
45 000 emplois qui est relié au golf. Donc, on parle d'un revenu des
ménages de 1,9 milliard, ça, si on parle de 2019. La prochaine étude va
être effective au mois d'avril 2024.
Donc, ce projet de loi, même basé sur une
volonté légitime de moderniser le processus d'expropriation, pourrait avoir des
conséquences dévastatrices pour les terrains de golf de la province. Il ouvre
alors la porte à des expropriations à moindre coût pour les municipalités,
mettant ainsi en danger des entreprises familiales qui sont le cœur même de
notre communauté. Les expropriations sont déjà un cauchemar pour les
propriétaires, mais cette loi rend la relocalisation pratiquement impossible en
dissociant l'indemnisation de la réalité du marché.
Par exemple, un propriétaire de terrain de
golf se fait exproprier et veut se relocaliser. Il va devoir discuter avec un
autre propriétaire pour acheter un 5, 6 millions de pieds carrés à la
valeur du marché et ainsi... et la valeur de l'activité économique, dans toute
sa potentialité, où est le bon zonage. De plus, il faut se rappeler qu'il y
aura des délais pour l'obtention des permis, des autorisations en fonction des
problématiques, tel que respect des zones humides. Ensuite, nous devons rajouter
les délais sur la construction du parcours, les installations, construction du
pavillon principal. Donc, la loi n° 22 décourage
aussi les investissements dans l'industrie du golf en amplifiant
considérablement le risque d'expropriation et en diminuant les montants
d'indemnisation.
Un autre exemple, je n'irai pas investir
un 2 millions de dollars sur un système d'irrigation et un système de
drainage si j'ai, au-dessus de ma tête, une épée de Damoclès qui peut faire
comme : Excusez, M. Pilon, on vous exproprie votre terrain de golf.
Je ne récupérerai pas mes investissements. Ça peut aussi faire fuir les gens
qui veulent investir pour bâtir un nouveau parcours. Ça peut faire fuir aussi
les investisseurs d'une autre province, d'un autre pays qui veulent acheter un
club de golf au Québec pour peut-être juste l'amener dans un niveau
international, amener un tournoi de la PGA. Donc, c'est toutes ces choses-là
qui peuvent être vraiment, côté investissement...
• (16 heures) •
Une réduction progressive du nombre de
terrains de golf signifiera moins de nouveaux parcours, moins de possibilités
d'emploi pour nos jeunes et nos jeunes retraités, moins de dynamisme
touristique et moins de revenus pour nos communautés aussi. S'ajoute à tout ça
le drame, un drame trop souvent oublié dans les articles traitant de ce projet
de loi, des familles expropriées qui ont consacré leur vie, et parfois
plusieurs générations, à faire prospérer leur entreprise.
Parfois, ces entreprises familiales
opéraient à perte pour une année ou deux, comme... un été comme cette année, où
est-ce qu'il a plu beaucoup, c'est difficile pour les golfs. Ce sont des
propriétaires qui ont travaillé sans compter les heures, qui ont manqué des
parties de soccer de leurs enfants, des parties de baseball, qui ont sacrifié
leur santé pour le bienfait de leur entreprise car c'était leur bébé. C'était à
eux. Il y avait la pression des générations aussi, auparavant, qui fait qu'on
continue la business, mais ils savaient qu'ils avaient devant eux une valeur
sûre avec leurs investissements, que leurs terrains gagnaient en valeur au même
titre qu'un multiplex, qu'une maison ou simplement des REER.
Vous savez, mon père, il me disait souvent :
Dan, du pied carré, ça ne perd pas de valeur, achète-toi une terre, une terre
agricole ne peut pas perdre de valeur, un terrain de golf, c'est du pied carré,
ça ne perd pas de valeur. Bien, aujourd'hui, une menace plane au-dessus de leurs
têtes, la menace qu'ils peuvent perdre leurs investissements de plusieurs générations.
Je ne connais aucun Québécois qui <aimerait et accepterait...
>
16 h (version révisée)
< M. Pilon (Daniel) :
...de
leur tête la menace qu'ils peuvent perdre leurs investissements de plusieurs
générations. Je ne connais aucun Québécois qui >aimerait et accepterait
sans se défendre que leurs investissements d'une vie, un patrimoine familial, soit
amputé de 20 %, 30 %, voire même 40 % pour une expropriation.
L'ANPTG est consciente que, derrière cette
loi, l'intention du ministère n'est pas de provoquer plus d'expropriations,
mais bien de moderniser et de clarifier le processus. Par contre, en pratique,
l'indemnisation financière a toujours été le principal frein limitant les
villes et gouvernements. Il s'agissait alors d'un pensez-y-bien, un
pensez-y-bien important. En changeant les modalités de ce pensez-y-bien en
faveur des corps expropriants, cet équilibre fragile est déstabilisé et met à
risque l'ensemble des propriétaires de terrains de golf du Québec.
Nous connaissons tous l'impact
communautaire dévastateur qu'ont eu les expropriations requises pour le
développement de l'aéroport de Mirabel ainsi que du parc Forillon. Mon but ici
n'est pas de vous faire une comparaison, mais plutôt de rappeler au
gouvernement concerné d'être prudent et de faire preuve de beaucoup de
vigilance dans le déploiement de cette nouvelle loi.
Premièrement, il est nécessaire d'offrir
au public plus de détails et de nuances sur les indemnisations reçues suite à
une expropriation. L'indemnisation financière est le contrepoids légal à ce
pouvoir exorbitant, et les Québécois méritent d'obtenir plus d'informations
intelligibles pour tout sur les implications de cette loi. Avant le déploiement
du projet de loi n° 22, il est impératif que le gouvernement présente,
détaille et discute de l'analyse d'impact réglementaire menée par le ministère
des Transports avec les industries potentiellement affectées par une
augmentation des expropriations.
En conclusion, nous vous invitons à
prendre en considération les enjeux que nous soulevons aujourd'hui et envisager
les amendements au projet de loi n° 22. L'ANPTG ne conteste pas la
nécessité d'équilibrer les intérêts des municipalités ou des propriétaires,
mais nous plaidons en faveur d'une réforme qui protège l'industrie du golf au
Québec et les autres industries dépendantes d'un grand terrain. Vous
comprendrez que l'industrie du golf ne se limite pas à un sport, elle est un
moteur économique, touristique, social pour les jeunes comme pour les moins
jeunes dans les quatre coins de la province. Si nous ne protégeons pas nos
terrains de golf, les Québécois risquent de perdre bien plus que des fairways
et des greens, nous risquons de perdre des emplois, des entreprises familiales,
des traditions et une partie de notre identité touristique.
Messieurs dames, je vous remercie
énormément de votre écoute. Je suis à votre entière disposition pour répondre à
vos questions.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de
Châteauguay pour une intervention de 16 min 20 s.
Mme Gendron : Merci, M.
le Président. Bonjour. Bienvenue chez vous. Mme Charlebois, M. Pilon,
un grand merci d'être là aujourd'hui. Je ne doute aucunement que ça doit avoir
un certain défi de venir aujourd'hui, pour vous. Je tiens également à souligner
la présence de votre équipe, mais également vous féliciter pour... Je sais c'est
quoi, une entreprise familiale, je sais à quel point on peut s'investir puis
je... On le constate tous ici aujourd'hui, là. Je pense qu'en fait vous êtes un
passionné, là, ça s'entend puis ça se voit. Donc, un gros, gros merci. Je
reconnais, là, votre présence ici puis surtout, aussi, j'entends bien vos
inquiétudes, mais je dois aussi vous remercier pour votre ouverture. C'est très
apprécié.
En fait, moi, si je me permets, je veux
juste remettre quelque chose en contexte. Mme Charlebois, vous avez une
grande expérience politique, puis, si on se remet dans le contexte d'un dossier
que vous connaissiez très bien et que vous connaissez très bien encore, vous
savez la lourdeur, en ce moment, des démarches d'expropriation en lien avec,
justement, le financement, et tout ça. Est-ce que certains projets de nature,
bien, publique, en fait, tels que l'Hôpital de Vaudreuil-Soulanges... le
processus, bon, on avance tranquillement, il n'est même pas terminé encore aujourd'hui.
Vous ne croirez pas... Est-ce que vous pensez que des choses importantes comme
un hôpital n'auraient pas pu être rendues possibles plus rapidement, si on
avait bénéficié d'un projet de loi comme celui-ci?
Mme Charlebois (Lucie) : Bien,
merci de me poser la question. Vous me faites extrêmement plaisir de vous
parler de l'Hôpital Vaudreuil-Soulanges, parce qu'on l'a initié, Yvon Marcoux
et moi, puis je l'ai fini avec Mme la députée de Vaudreuil. Je n'ai pas perdu
mon langage parlementaire, vous voyez, je ne l'appelle même pas par son nom.
Mais c'est un projet qui me tient encore à cœur et que je vois que le
gouvernement poursuit. Je tiens à saluer la poursuite de la chose. Mais ceci
étant dit, oui, ça aurait été plus facile, effectivement, si...
Puis <on n'est pas...
Mme Charlebois (Lucie) :
...étant
dit, oui, ça aurait été plus facile, effectivement, si...
Puis >on n'est pas contre, là, ce
que M. Pilon vous a dit. On n'est pas contre la modernisation de la loi
puis on n'est pas contre la réduction des délais. On n'est pas contre la
modernisation de cette loi-là, là. Ce qu'on dit, c'est : Soyons prudents
pour ne pas... Tu sais, s'il y avait eu un choix comme d'aller, exemple,
construire l'hôpital sur son terrain de golf ou le terrain de golf de ma fille,
pas sûre que ça aurait été une bonne idée. Il aurait fallu faire des recherches
plus approfondies. Puis je me souviens, à cette époque, comment on a fait de
recherches, puis même qu'après toutes les recherches, puis, mon Dieu qu'il y en
a eu de faites, on le mettait dans la forêt, on le remettait sur le terrain où
il est actuellement, on l'a mis à plusieurs endroits, l'hôpital. Mais quand
vous êtes arrivés au pouvoir, la première chose que vous avez faite, c'est
remettre ce processus décisionnel là en question, ça fait que ça a tardé. Mais
effectivement est-ce qu'on aurait pu faire plus vite? Oui, je vous l'accorde,
bien oui, parce que, si la loi avait été modernisée, ça aurait été plus rapide,
vous avez raison. Parce que, là, il y a eu une question d'expropriation avec
les gens qui étaient là, puis ça a tardé, puis pourtant, le terrain ne servait
pas à grand-chose. Vous avez tout à fait raison.
Mais ce qu'on vous dit... Puis là je vais
laisser la parole à M. Pilon parce que c'est lui qui est le représentant
pour les terrains de golf; moi, je suis ici seulement pour l'appuyer avec ma
petite expérience politique. Et ce que je veux vous dire, c'est qu'on est ici
pour vous parler spécifiquement des terrains de golf et de dire : Faites
attention pour ne pas qu'on perde cette expertise-là. Parce que, comme il vous
le disait, si on relocalise un terrain de golf qui a une valeur x puis qu'on le
met ailleurs, premièrement, il faut tenir en compte est-ce qu'on aura la
meilleure... le même environnement économique, un. Deux, est-ce qu'on aura le
même... parce qu'il faut faire des affaires, hein? Ça fait que, si tu as moins
de monde où tu t'en vas, c'est bien moins payant, à la fin. Puis deux, est-ce
qu'on aura la même enveloppe pour reconstruire? Parce que, si le terrain de
golf vaut, je ne sais pas, moi, je vous donne un chiffre, 10 millions,
bien, ça me prend 10 millions pour reconstruire, et même plus, parce qu'il
y a des équipements qui ne fonctionneront plus. M. Pilon peut poursuivre
là-dessus.
M. Pilon (Daniel) : Non,
effectivement, Lucie, vous avez... tu as entièrement raison. Donc, nous, on est
vraiment là pour... Effectivement, il faut que le processus soit accéléré,
parce qu'il est déjà très long, on le sait. Mais nous, côté golf, ce qu'on
veut, c'est... on ne veut pas que chaque expropriation arrive à la fermeture
d'un club de golf, à la perte de 70, 80, 100 emplois dans une petite
communauté, des fois, de 2 500, 3 000 habitants. On parle
souvent, tu sais, des grosses usines qui ferment puis qui... on parle de
ceux-là, mais là on parle vraiment d'une industrie qui engage des étudiants,
des semi-retraités. C'est des emplois d'été, effectivement, mais c'est
vraiment... c'est 70 à 100 personnes par terrain de golf exproprié, qui
vont perdre leur emploi, tout simplement.
Mme Gendron : Je
comprends. Puis dans une optique où est-ce que, dans... en tout cas,
semble-t-il que les chiffres, c'est autour de 93 % des ententes... sont en...
faites hors cour, donc de gré à gré, puis, tu sais, que les deux parties sont
satisfaites d'une entente, vous ne pensez pas que la nouvelle loi, justement,
elle pourrait être plus prévisible, puis laisser plus de latitude, justement,
puis favoriser le gré à gré, mais également auprès des terrains de golf tels
que le vôtre, là?
M. Pilon (Daniel) : Bien,
comme Mme Melançon disait ce matin, c'est 93 % des expropriations qui
sont réglées au gré à gré. Si ça continue encore comme ça, ça va être
merveilleux, ça va être bien. Mais moi, par la suite, je ne peux pas répondre,
je ne peux pas mettre des mots dans la bouche d'un propriétaire ou d'un
exploitant d'un terrain de golf de comment est-ce qu'il peut s'entendre avec la
municipalité ou le gouvernement pour établir son indemnité. Moi, je suis ici
pour dire qu'en ce moment, où est-ce que ça s'en va, bien, les risques sont que
c'est des clubs de... c'est la perte d'une industrie, peut-être, là. Donc,
c'est là-dessus qu'on s'en va.
• (16 h 10) •
Mme Gendron : Oui,
j'entends vraiment ce que vous dites.
Mme Charlebois (Lucie) : ...qui
nous inquiète, là.
Mme Gendron : Oui, je
comprends.
M. Pilon (Daniel) : Puis
c'est surtout... Tu sais, je vais vouloir reprendre un petit peu une phrase que
j'ai prise. C'est surtout, si un club de golf est exproprié... puis on parle
d'un terrain de 5 à 6 millions de pieds carrés et dans... J'essaie de
trouver le bon terme, là, que quelqu'un a utilisé aujourd'hui, là. On doit être
capables de relocaliser ce terrain de golf là, OK, dans une condition... la
même, si on veut, dans une même région économique. Donc, il faut acheter un
autre terrain de golf.
Moi, j'aime beaucoup prendre mon exemple,
moi, à Saint-Zotique, une petite municipalité puis... parce que je connais mon
dossier puis je connais ma municipalité. J'ai un terrain de 5 millions de
pieds carrés en plein centre du village. Demain matin, la municipalité décide
de m'exproprier pour des raisons x, y, z, qui sont pour le bien de la
communauté, je le comprends, bien, je dois être en mesure d'être capable de me
relocaliser aussi. Parce que moi, je suis troisième génération de mon
entreprise familiale, j'ai un petit gars de six ans qui s'en vient puis
j'aimerais ça qu'il reprenne la business. Bien, si je me fais exproprier puis
je ne peux pas me rebâtir un terrain de golf, si je n'ai même pas les moyens de
m'acheter un terrain pour me rebâtir un terrain de golf, c'est juste terminé,
on tourne la page, puis, tu sais, <c'est tout, là...
M. Pilon (Daniel) :
...rebâtir
un terrain de golf, c'est juste terminé, on tourne la page, puis, tu sais, >c'est
tout, là.
Mme Gendron : ...mais je
crois que je vais passer la parole à ma collègue la députée d'Argenteuil.
Mme Grondin : Maintenant,
oui?
Mme Gendron : Bien, oui. Je
n'irai pas à mon autre question. Je vous laisse aller.
Le Président (M. Jacques) : Merci.
Mais le droit de parole, c'est au président à le donner, donc... Je vous ai
laissés faire depuis deux jours, là, mais là ça devient un peu trop fort. Donc,
Mme la députée d'Argenteuil, à vous la parole.
Mme Grondin : Merci, M. le
Président, de nous remettre à l'ordre. M. Pilon, Mme Charlebois, je
trouve ça beau, vous rendez un très bel hommage, là, à la pratique du golf au
Québec. Vous savez, chez moi, on vient de fêter le 100e anniversaire du
club de golf de Lachute. Donc, je comprends très bien. Puis je comprends aussi,
là, qu'un terrain de golf peut être un moteur économique ou de vitalité dans un
milieu, dans une communauté. Par contre... puis je suis contente, à l'instar de
ma collègue, ici, que j'entends une certaine ouverture. Vous avez dit que vous
n'êtes pas contre le projet de loi, contre sa modernisation. J'entends aussi
certaines de vos préoccupations.
Mais moi, j'ai une question. Tu sais, il y
a des exemples très concrets de golfs, au Québec, tu sais, je pense à Beloeil,
à Candiac, à Lorraine puis même chez moi, peut-être, où le golf n'est plus
rentable, les propriétaires ont de lourdes pertes... de dettes, et là leur
volonté, c'est de transformer cet usage-là, qui est honorable, en condos. Là,
on est ailleurs. Et donc j'aimerais ça vous entendre sur cet aspect-là que, là,
on n'a pas abordé encore, mais c'est l'une des raisons pour laquelle, tu sais,
on amène ce projet de loi là. Parce que, là, on est dans... on est ailleurs, là.
On n'est pas dans ce que vous décrivez de façon honorable, là.
M. Pilon (Daniel) : Vous avez
entièrement raison, mais je ne suis pas là pour débattre les intérêts des
promoteurs immobiliers. Ce que vous me parlez, c'est vraiment une poignée de
terrains de golf dans la région de Montréal. Vous me parlez de Belœil, qui est
un club de golf qui est encore en opération, puis je ne veux pas tomber dans
les détails, mais eux, ils ne demandent pas grand-chose, ils demandent juste
une petite partie de terrain pour être capables de continuer leurs opérations
par la suite, qui est le champ de pratique. En ce moment, avec la RCI, tu sais,
ils sont bloqués dans leurs projets. La RCI, c'est un peu le début d'une
expropriation, on va s'entendre. Il y a d'autres terrains de golf, dans la
région métropolitaine, qu'il y a un RCI qui est implanté puis que ça fait que
ça gèle leur valeur propriétaire. Donc, c'est un peu encore un début d'une
expropriation, un RCI.
Ce que je veux dire, c'est... Vous me
parlez de quelques terrains de golf, on peut les nommer, là : Rosemère,
Mascouche ce matin, la ville de Mascouche, La Prairie, Candiac, c'est tous des
terrains de golf qui ont été vendus voilà plusieurs années, il y a quelques
années. Mais moi, je ne suis pas là pour défendre les intérêts de ces
personnes-là. Moi, je suis là pour défendre les intérêts du Club de golf
Lachute, du club de golf Léry, qui est juste à côté, Club de golf Summerlea,
Atlantide, Île-Perrot, Saint-Zotique, Rivière-Rouge. Je suis là pour défendre
les intérêts de ces clubs de golf là qui se passent de génération en génération
pour être capables de continuer la pérennité de l'industrie du golf au Québec.
Donc, les quelques clubs de golf qui ont été vendus pour des condos, ça, L'IDU
peut s'en occuper, là. Est-ce que ça répond à la question?
Mme Grondin : C'est très
clair. Merci. M. le Président, j'ai fini.
Le Président (M. Jacques) : M.
le député de Masson, à votre tour.
M. Lemay : Merci beaucoup, M.
le Président. Vous savez, dans vos recommandations que vous avez apportées dans
votre mémoire, votre quatrième recommandation, ça parle d'un mécanisme pour...
si jamais il y avait une expropriation partielle. Puis là j'aimerais vous
entendre davantage sur c'est quoi vous voyez comme mécanisme, dans le fond.
Parce que je comprends, tu sais, vous, vous voyez ça... Un mécanisme pour un
golf qui est actuellement ouvert et en opération, tu sais, c'est différent de,
si, exemple, le golf a fermé, c'était un golf, puis là il y a quelqu'un qui
détient les titres de propriété pour un éventuel projet, là. Ça fait que ça,
vous parlez pour un golf en opération?
M. Pilon (Daniel) : Oui.
M. Lemay : Parfait. Puis
avez-vous des détails ou des exemples de comment vous voyez ce mécanisme-là?
M. Pilon (Daniel) : C'est sûr
qu'il y a plusieurs manières de voir les choses. Puis il faut vraiment, après
ça, s'asseoir tous ensemble, puis vraiment plus négocier, puis regarder ça ensemble.
Mais on comprend <que, si un club de golf...
M. Pilon (Daniel) :
Mais
on comprend >que, si un club de golf se fait exproprier, je ne sais pas...
il y a un beau site sur le bord du fleuve Saint-Laurent, par exemple, puis la
municipalité décide que ce serait un beau parc pour les citoyens, d'avoir
quatre trous, prendre les quatre trous qu'il y a sur le terrain de golf puis
faire un beau parc sur le bord du fleuve, comme ça, ils vont avoir... les gens
vont avoir accès à l'eau...
M. Lemay : ...on peut vous en
donner, des exemples. Ça pourrait être une école, ça pourrait être une maison
des aînés, ça pourrait être n'importe quoi. Mais, tu sais, si, exemple, une
ville ou une instance décidait de, justement, faire cette expropriation-là partielle
parce qu'ils veulent juste un petit bout, comme vous dites, c'est quoi, le
mécanisme que vous voyez, vous?
M. Pilon (Daniel) : Bien,
c'est que, là, en expropriant quatre trous, le terrain de golf vient de perdre
toute sa valeur.
M. Lemay : Mais ça, on le
comprend, là.
M. Pilon (Daniel) : On le
comprend. C'est quoi, le... Mais est-ce que c'est un changement de zonage pour
être capable de faire d'autres choses par la suite? Tu sais, il faut aussi que
la municipalité soit ouverte à dire : Regarde, oui, on va prendre quatre
trous, on s'excuse, il vous en reste 14... Mais un terrain de golf à 14 trous,
je ne sais pas si vous jouez au golf, là...
M. Lemay : Non, on s'entend
que...
M. Pilon (Daniel) : ...mais ce
n'est pas intéressant, là, on va dire la vérité. Mais, tu sais, après ça,
est-ce que la municipalité peut dire : Regardez, nous, on va faire tel
projet, on peut faire telle chose avec, on peut acheter le terrain pour...
Mme Charlebois (Lucie) : ...racheter
le terrain.
M. Pilon (Daniel) : ...carrément
tout racheter le terrain ou carrément juste changer le zonage pour...
M. Lemay : Ça fait que, si je
reformule, dans le fond, votre idée, c'est que, pour vous, un mécanisme, ce
serait... si on fait un usage collectif partiel, ce serait de pouvoir permettre
un autre usage sur la balance du reste du terrain?
M. Pilon (Daniel) : Ou la
revente totale. Ça reste que, tu sais, c'est un sport qui requiert 18 trous,
donc, en enlever quatre, ce n'est même plus considéré comme du golf.
Excusez-moi, ça, c'est une opinion personnelle.
M. Lemay : Non, non, je
comprends.
Mme Charlebois (Lucie) : Puis
la valeur marchande, là, il faut faire attention, parce que la valeur
marchande, ce n'est pas la valeur aux taxes, ce n'est pas la valeur... C'est un
genre d'entreprise où il y a le chiffre d'affaires, il y a la valeur du
terrain, il y a la valeur de l'entièreté de l'entreprise, comment elle est
équipée, tout ça. Ça fait que c'est tout ça à voir, là. Puis, dépendamment où
elle est située, l'entreprise, elle vaut plus cher ou moins cher. Tu sais, en
Gaspésie, ça ne vaut pas le même prix qu'à Saint-Zotique. Puis je n'ai rien
contre la Gaspésie, là, je suis allée à Fort-Prével, c'est un beau terrain,
tout ça, mais ce n'est pas la même valeur, n'est-ce pas? Voilà.
M. Lemay : ...pour les
éclaircissements, c'est très apprécié.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Donc, ça termine l'intervention de la partie gouvernementale. Je cède
maintenant la parole à l'opposition officielle, M. le député d'Acadie, pour 14 min 18 s.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Bonjour, bon après-midi. Merci, merci d'être là. Ça apporte un
éclairage particulier, vraiment différent, sur ce projet de loi. Votre témoignage
est intéressant, parce que, jusqu'à maintenant, on a entendu beaucoup, beaucoup
d'organisations municipales, villes, sociétés de transport, mais très, très peu
d'associations, par exemple, qui... sauf peut-être pour l'UPA, dans le domaine
agricole, avec les agriculteurs, mais peu d'associations qui représentaient,
par exemple, des propriétaires qui ont une corporation ou une compagnie
quelconque, là. Donc, j'imagine qu'un terrain de golf, ce n'est pas toujours un
organisme à but non lucratif, là, donc le montage, sa capacité juridique est
sûrement différente.
• (16 h 20) •
Donc, c'est superintéressant, parce qu'au
fond, ce que je comprends de votre témoignage, c'est que vous n'êtes pas contre
le projet de loi. Vous voulez que ça aille plus vite, mais, au fond, vous
recherchez un équilibre entre le droit des expropriants et le droit des
expropriés. Et est-ce que je me trompe si... Parce que, tu sais, on a entendu
plusieurs histoires, là, de golfs ou même de terrains de golf qui avaient été
vendus, puis là le promoteur... ou bien il y a un changement de zonage, ou il
ne peut développer, ou là il poursuit la ville. Mais ça, ce n'est plus vraiment
une expropriation. Je comprends que le terrain a été vendu, puis là, bien,
c'est quelqu'un d'autre.
Vous, les gens que vous représentez, là,
ils ont des terrains de golf, puis les gens veulent continuer de jouer au golf,
puis c'est des terrains de golf qui fonctionnent, mais évidemment vous êtes un
peu inquiets des dispositions du projet de loi actuel. Je résume bien... je
résume bien l'affaire?
Aussi, vous avez parlé, à un moment donné,
que vous avez peut-être peur... puis, si j'exagère, rappelez-moi à l'ordre,
mais vous avez peut-être parlé que vous aviez peur, même, que l'industrie
disparaisse à un moment donné. Il y a combien... Avez-vous une idée, il y a
combien d'employés qui travaillent, au Québec, dans des terrains de golf
présentement?
M. Pilon (Daniel) : Notre
ancienne étude, qu'on a faite en 2019, parlait de 25 000... 27 000
employés, excusez-moi, qui travaillaient dans <l'industrie du golf...
M. Pilon (Daniel) :
...
en 2019, parlait de 25 000... 27 000 employés, excusez-moi, qui
travaillaient dans >l'industrie du golf. Comme je mentionnais un peu
plus tôt, on est en train de refaire la nouvelle étude économique au Canada,
donc elle va être remise au mois d'avril 2024, mais c'est
27 000 emplois directs et 18 000 emplois indirects, donc,
pour un total de 45 000 emplois, qui est relié au golf.
M. Morin : 45 000 emplois
reliés au golf au Québec, présentement. OK. Merci. Et donc je comprends que,
dans le projet de loi, le gouvernement parle beaucoup de la valeur marchande. Donc,
ça, évidemment, ce n'est pas la valeur qu'il y a sur l'évaluation municipale, là,
on s'entend. Puis l'article... la loi définit un peu comment est évaluée la
valeur marchande, mais la loi impose aussi plusieurs paramètres en ce qui a
trait aux indemnités pour le Tribunal administratif du Québec. Parmi ces
paramètres-là, d'abord, est-ce que vous êtes d'accord ou pas avec le prix de la
valeur marchande? Parce qu'il y a des paramètres... des indemnités qui sont
trop restrictives, donc qui feraient en sorte qu'un exproprié se ramasserait
véritablement désavantagé. Puis est-ce qu'il y a des... vous avez des solutions
à apporter qui feraient en sorte que l'équilibre pourrait être respecté?
M. Pilon (Daniel) : C'est sûr
que nous, notre idéal, c'est vraiment... on veut être capables de reprendre le
golf puis de le mettre ailleurs, c'est... notre priorité numéro un, c'est ça.
Et avec les limites d'indemnités qui sont établies, en ce moment, par le projet
de loi, c'est carrément impossible, c'est... ça tient du miracle, si on est
capables d'être capables de faire ça, là.
Puis... excusez-moi... OK, excusez. Puis
l'intérêt public aussi... Tu sais, le projet de loi, pour l'intérêt public,
c'est une bonne chose, mais il ne faut pas oublier que le golf, tu sais, a
aussi l'intérêt public en tête, avec la santé physique, la santé mentale des
jeunes Québécois, des plus vieux, l'économie. On parle de 1,9 milliard sur
les revenus familiaux, au Québec, ça, c'est encore l'étude de 2019, ainsi que
3,2 milliards sur le PIB. Ça fait partie, ça aussi, de l'intérêt public.
C'est le tourisme, l'environnement, tu sais, la TVQ, les... On peut en nommer,
en nommer, en nommer, là. Mais, tu sais, le golf, l'industrie, a aussi
l'intérêt du public en tête. C'est pour ça qu'on demande d'être capables de se
replacer à une autre place et non pas juste offrir le tiers de la valeur pour
une construction.
Mme Charlebois (Lucie) : ...de
payer le vrai montant qui... ça coûterait une relocalisation à ceux qui ont
investi toute leur vie là-dedans. Moi, je pense à son grand-père, je pense à
son père, à lui, tu sais, c'est toute une vie qui a été investie, trois
générations en ligne. La valeur du terrain, elle a changé au fil des années.
Alors, moi, s'il n'est pas capable de se relocaliser, il faut qu'il ait la même
valeur que s'il se relocalisait, à mon sens, parce que c'est comme leur fonds
de pension qu'ils se sont transmis de génération en génération. Qui voudrait se
voir amputer son fonds de pension? Personne ici, je pense, mais pas plus les
terrains de golf. Parce que, comme l'a dit madame tantôt, il y a des terrains
qui ont des années déficitaires, mais, sur une moyenne, ils arrivent, là. Mais
ce n'est pas... tu sais, ce n'est pas nécessairement la panacée pour tout le
monde, sauf qu'ils misent sur leur fonds de pension, mais, s'ils se le font
enlever... Moi, je pense qu'il y a un pouvoir excessif pour les municipalités,
en ce moment. Ça, c'est mon avis. Excusez, M. le Président.
M. Morin : Avec le projet...
avec le projet de loi actuel. Au projet de loi, parce que vous en parlez dans
votre mémoire, les articles 104 et 106, la perte de valeur de convenance,
dans le projet actuel, ne peut excéder 20 000 $. Je comprends que,
dans votre cas, ce serait nettement insuffisant.
M. Pilon (Daniel) : ...même
pas le déménagement des meubles d'une place à l'autre.
M. Morin : Et puis,
évidemment, on fixe, à 106, l'indemnité pour les troubles, les ennuis, les
inconvénients, ça ne peut pas excéder 5 000 $. Donc, j'imagine que ça
non plus...
M. Pilon (Daniel) : Il faut
enlever les limites dans... ces deux articles de loi là, il faut les enlever
parce que... Il faut enlever ces limites-là. Et je crois que ces deux articles
de loi là, ces deux articles, ils sont basés beaucoup sur une maison familiale.
Ils ne prennent pas en considération les commerces en général ou même ceux...
les propriétaires terriens comme les golfs ou les industries, là.
M. Morin : Bien, est-ce que
vous avez pensé à d'autres fourchettes? Est-ce que vous avez des statistiques
sur ce que ça <pourrait être, pour aider...
M. Morin :
...statistiques
sur ce que ça >pourrait être, pour aider le législateur, ou si vous
préférez laisser ça au tribunal, suite, par exemple, à une évaluation qui
serait faite au cas par cas?
M. Pilon (Daniel) : C'est
tout du cas par cas, parce que, comme j'expliquais tout à l'heure, un terrain
situé, comme Lucie a dit, à Saint-Prime, racheter un terrain de 5 millions
de pieds carrés à Saint-Prime, c'est une valeur, mais racheter un terrain de 6
millions, 5 millions de pieds carrés à Laval, ce n'est pas du tout la même
chose, là, tu sais. Donc, c'est... Tout est du cas par cas, mais il faut
vraiment prendre en considération tous ces tenants et aboutissants-là, là.
M. Morin : OK. Parfait. Ce
matin, L'Institut de développement urbain du Québec nous soulignait qu'après
avoir parlé avec l'Ordre des évaluateurs agréés, finalement, ils trouvaient que
la valeur au propriétaire était probablement une valeur qui serait plus juste,
dans certains cas, pour les expropriés. Est-ce que c'est quelque chose que vous
partagez?
M. Pilon (Daniel) : Valeur
propriétaire... Oui. Ça dépend jusqu'où ça va. Je crois, tu sais... Je crois
que la valeur propriétaire a été établie à 10 ans, je crois, dans le
nouveau projet de loi. Est-ce que je me trompe ou... Donc, si on revient,
mettons, au principe où est-ce qu'on est exproprié en partie, donc quelques
trous, la valeur propriétaire sur 10 ans n'est pas la même valeur que si
on est exproprié au complet, à 100 %, ou juste pas exproprié du tout, là.
M. Morin : Dans votre
recommandation 2, vous dites qu'il est impératif que le gouvernement
présente, et détaille, et discute de l'analyse d'impact réglementaire menée par
le ministère des Transports avec les industries potentiellement affectées par
une augmentation des expropriations. Donc, cette analyse-là d'impact, est-ce que
vous l'avez demandée? Est-ce que vous avez essayé de... Vous l'avez? OK.
M. Pilon (Daniel) : ...puis tout
est à zéro. C'est ce que... Tu sais, je regarde puis j'en parlais avec nos
professionnels, puis même eux sont... Bien, il manque des choses, ce n'est pas
complété. Les périodes d'implantation sont toutes à 0 $, tous les chiffres,
dans l'analyse des impacts réglementaires du 11 mai 2023, sont à zéro, partout,
partout.
Donc, on veut juste avoir une meilleure...
Assurément, elle a été faite dans les règles de l'art, je suis persuadé, mais
il nous manque des chiffres. Il nous manque des statistiques pour être capables
de faire une thèse par la suite, pour dire : OK, oui, c'est correct ou ce
n'est pas correct. Mais, pour le moment, il nous manque des spécifications.
M. Morin : OK. Je vous
remercie. Parfait, je n'ai pas d'autre question, M. le Président.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le député. Et j'invite maintenant... je donne la parole à Mme la députée de
Vaudreuil pour une intervention de 2 min 12 s.
Mme Nichols : C'est trop
gentil, M. le Président. J'apprécie vraiment beaucoup, merci. Bien, merci,
merci d'être parmi nous. Je n'ai pas beaucoup de temps, ça fait que je vais
essayer de faire ça vite. Je pense que vous avez compris d'emblée que vous
n'avez pas à convaincre les gens autour de la table. Il doit y avoir une couple
de golfeurs autour de la table... Ah! peut-être même la ministre, qui est une
golfeuse... un golfeur, oui, le président aussi est un golfeur. Donc, il y
avait vraiment de l'intérêt, là, pour les clubs de golf, ça, je pense que
c'était clair, on peut le cocher.
Bien, dans le fond, moi, ce que je
comprends de votre intervention, là, c'est que, tu sais, vous avez peur...
bien, je comprends, là, qu'il y a une peur, là, en arrière de tout ça puis je
comprends, là, la volonté puis l'esprit familial aussi, là, derrière tout ça. Mais
vous avez peur d'être les premiers visés par les municipalités, dans le cas
d'une expropriation. Est-ce que c'est ça que je comprends?
• (16 h 30) •
M. Pilon (Daniel) : Bien oui,
c'est facile... Puis je vais en profiter pour le mentionner à Mme la ministre
que, tu sais, d'entrée de jeu, on est favorables à la loi. Mais, quand on
regarde tous les groupes qui sont passés ici cette semaine, lundi, mardi,
mercredi, c'est tous le même discours, tout le monde parle des golfs, c'est la
cible, c'est les golfs. Toutes les commissions parlementaires que j'ai écoutées,
depuis la semaine dernière, il y a au moins quelqu'un à quelque part qui parle
du «target» des golfs et d'économies substantielles. C'est les trois mots qui
font que, bien, on va s'ouvrir les yeux puis on va se dire : C'est ça qui
est inquiétant puis c'est nous qui est la cible.
Mme Nichols : Oui, c'est inquiétant,
c'est sûr. Les golfs, c'est des zones vertes, aussi, dans les municipalités.
Mais je comprends que vous, vous avez peur d'être ciblés en premier, suite...
particulièrement suite à ce que vous avez entendu cette semaine, là, dans le
cadre de cette commission-là. On a compris aussi qu'il y avait une ouverture peut-être
pour une certaine <mixité, hein, peut-être les golfs qui
fonctionnent moins bien...
>
16 h 30 (version révisée)
<15439
Mme Nichols :
...de cette commission-là. On a compris aussi qu'il y avait une
ouverture, peut-être pour une certaine >mixité, hein, peut-être les
golfs qui fonctionnent moins bien, qu'il faudrait vendre un neuf trous ou
fonctionner à un autre neuf trous.
Donc, est-ce que vous pensez que ça... ou
je le suggère, là, qu'une possibilité de développer, là, des balises ou des
critères dans le cas que la ville ciblerait particulièrement...
particulièrement un club de golf. Est-ce qu'on pourrait mettre des règles, en
particulier, dès que le club de golf est visé? Je le sais que c'est une
expropriation, puis absolument... Une expropriation, c'est rare que... quand on
se fait dire tu es exproprié, c'est rare qu'on dit : Heille! Youpi! C'est
donc bien le fun. Tu sais, c'est plutôt rare, là. Mais est-ce que vous voudriez
qu'on mette en place certains critères dans les cas particuliers où un golf est
visé?
M. Pilon (Daniel) : ...si
c'est possible, s'il y a d'autres consultations, puis si le ministère en place
veut écouter les groupes qui sont dans la partie expropriée, on est prêt à s'asseoir,
nous puis l'équipe, pour peut-être travailler ces balises-là pour arriver à une
balance, un balancier où est-ce que tout le monde va être heureux là-dedans.
Donc, je suis vraiment ouvert à discuter par la suite, là, dans les prochains
mois, là.
Le Président (M. Jacques) : Merci.
Merci pour votre intervention. Merci de votre présence en commission. J'ai
laissé un peu de latitude à Mme la députée de Vaudreuil.
Donc, nous allons suspendre quelques
instants pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 16 h 33)
(Reprise à 16 h 39)
Le Président (M. Jacques) : Je
souhaite maintenant la bienvenue à M. Voghel, du Centre québécois du droit
de l'environnement. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les membres
de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à débuter votre
exposé.
Centre québécois du droit de l'environnement (CQDE)
M. Voghel (Merlin) : Merci,
M. le Président. Donc, bonjour, Mme la ministre. Bonjour, Mmes, MM. les
parlementaires. Mon nom est Merlin Voghel. Je suis avocat au Centre québécois
du droit de l'environnement, qui vous remercie de l'occasion qui lui est
offerte de venir s'exprimer devant vous au sujet du projet de loi n° 22, qui est d'une importance fondamentale pour la
transition écologique. En fait, c'est le vecteur par lequel le Québec se dotera
ou non de la capacité de mener à bien cette transition écologique.
• (16 h 40) •
Le phénomène de l'expropriation déguisée,
tout autant que de l'indemnisation pour expropriation d'ailleurs, met en péril
notre capacité à conserver notre territoire au bénéfice de l'environnement pour
lui-même, mais aussi au bénéfice de notre économie et de nos collectivités. Nos
collectivités n'ont pas les moyens de protéger le territoire selon un coût
imprévisible dicté par la spéculation foncière ou par les projets futurs d'un
entrepreneur.
Dans ce contexte-là, à la présentation du
projet de loi n° 22, le CQDE saluait l'initiative annoncée du gouvernement
de s'attaquer à ces problématiques. Suivant la lecture et une analyse détaillée
du projet de loi n° 22, ce sont davantage les mots prononcés par la juge
en chef du Québec, l'honorable Manon Savard, lors de la rentrée judiciaire, en
septembre, qui me viennent à l'esprit. Elle comparait alors deux des grands
défis de notre temps, l'accès à la justice et la crise climatique. Elle
disait : «Nous connaissons les causes de la précarité de notre situation. Nous
savons ce qui doit être fait pour y remédier, mais il y a encore des acteurs
qui ne sont pas habités par le sentiment d'urgence que requiert la situation».
Avec égards et malgré toute prétention contraire, le projet de loi n° 22 échoue,
selon nous au CQDE, à offrir des réponses qui sont <adaptées à l'urgence...
M. Voghel (Merlin) :
...échoue,
selon nous au CQDE, à offrir des réponses qui sont >adaptées à l'urgence
que représentent les changements climatiques et la perte de la biodiversité.
Avant la présente allocution, le CQDE a eu
l'occasion de prendre connaissance de plusieurs des interventions devant la
commission et de plusieurs des mémoires qui ont été déposés. Je tiens à le
dire, notre organisme n'a pas l'habitude de crier au loup pour le plaisir de le
faire ou pour faire sensation. Nous avons cependant l'avantage d'être parfaitement
indépendants et de bénéficier d'une expertise juridique qui est exempte de tout
intérêt quant aux dynamiques de l'expropriation, si ce n'est notre intérêt pour
la protection de l'environnement. Et, pour le projet de loi n° 22, nous
persistons et nous signons, nous sommes plus qu'inquiets des effets du projet
de loi, s'il était adopté sous sa forme actuelle.
D'emblée, malgré les notes explicatives
qui apparaissent au projet de loi et son désir allégué de répondre au phénomène
de l'expropriation déguisée, le projet de loi n'encadre pas ce qui est ou ce
qui n'est pas de l'expropriation déguisée. Il n'encadre pas les critères de
l'utilisation raisonnable qui est employée par les tribunaux pour déterminer si
les contraintes imposées à un propriétaire ont un effet de dépossession. Il
laisse encore ce poids reposer sur le corps judiciaire avec toute
l'imprévisibilité que l'exercice comporte en l'absence de balises légales
claires. Le projet de loi, il n'instaure aucune prévisibilité non plus pour les
instances provinciales ou municipales qui sont désireuses d'user de leurs
pouvoirs de conservation sans verser dans l'expropriation. Il témoigne tout au
plus d'une tentative d'encadrer la réparation qui serait applicable en cas
d'expropriation déguisée, et encore, le projet de loi n° 22 ne le fait que
pour les pouvoirs municipaux en oubliant les pouvoirs provinciaux de
conservation.
Dans ce contexte, notre constat est à
l'effet que, le projet de loi, il ne diminue absolument pas le risque de
poursuite judiciaire en expropriation déguisée avec tous les frais et
honoraires que cela comporte, mais il accentue ces risques en vertu des
articles... par les articles, pardon, 170 et 171. Et s'il y a une chose que
j'aimerais voir retenue de la présente allocution, c'est que les
articles 170 et 171 ne doivent pas, selon nous, être adoptés sous leur
forme actuelle. J'ai entendu certains des acteurs qui se sont présentés devant
la commission alléguer le caractère essentiel de ces dispositions-là que sont
les dispositions... en fait, les articles 170 et 171, et le CQDE est loin
d'être de cet avis.
En fait, l'article 170, il élargit la
possibilité d'alléguer une expropriation déguisée en raison de l'effet de
dépossession d'un droit plutôt qu'en raison d'une contrainte de céder la
propriété. Sans verser dans le jargon juridique, ce que je souhaite porter à
votre attention, c'est qu'un droit, selon les termes mêmes du projet de loi
n° 22, donc, à son article 2 et selon le sens juridique du terme
entendu par le Code civil, ça comprend aussi des démembrements du droit de
propriété qui sont des droits réels.
En vertu du projet de loi, dès qu'un usage
sera restreint ou limité, c'est donc dire qu'il sera possible de se pourvoir
devant les tribunaux, d'alléguer une dépossession sur un droit et de demander
une indemnisation pour expropriation déguisée. C'est un des dangers que tient à
porter à votre attention le CQDE et qui ne semble avoir été souligné par aucun
des acteurs qui s'est présenté devant la commission. Or, par essence, lorsqu'on
parle de conservation des milieux naturels, ces pouvoirs-là, ils ont toujours
pour effet de venir limiter les usages sur un terrain et constituent donc un
démembrement ou une modalité du droit de propriété. Ce qu'on constate, c'est
donc un élargissement considérable du spectre de l'expropriation déguisée qui
est présente dans le projet de loi n° 22 et pas une limitation de
l'expropriation déguisée. Et je vous épargne ici les autres problématiques
qu'on constate aux articles 170 et 171.
Une autre approche qui existe, outre celle
qu'adopte le projet de loi n° 22, c'est d'accorder une immunité aux
instances municipales pour les pouvoirs exercés en vertu de la Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme ou pour se conformer aux OGAT notamment. On l'a
entendu à quelques reprises. En matière de protection de l'environnement, le
CQDE n'est pas fermé à cette avenue. Cependant, il faut garder certains
éléments à l'esprit, notamment qu'une immunité de la nature de celle qui est
demandée, juridiquement, elle n'empêche pas les recours judiciaires, elle n'empêche
pas de recourir aux tribunaux pour alléguer une expropriation de fait. Il y a
des recours présentement pendants malgré une immunité de cette nature-là, et
ces recours durent depuis fort longtemps. Je pourrais vous en reparler, s'il y
a des questions à cet égard-là.
Mais il y a plus que ça. C'est que les
pouvoirs pour lesquels sont demandées des immunités par les instances
municipales ne concernent pas que la conservation, ils visent en fait toutes
les fins municipales prévues notamment aux articles 113, 115 de la Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme. Et il faut se rappeler que l'adoption d'immunité
revient à légaliser le fait que, dans certains cas, il y aura un acte ou un
règlement qui aura effectivement pour effet d'entraîner un état de
dépossession, une expropriation déguisée ou de fait, comme on <préfère
l'appeler...
M. Voghel (Merlin) :
...état
de dépossession, une expropriation déguisée ou de fait, comme on >préfère
l'appeler, et donc qui constituera une expropriation sans indemnisation.
Juridiquement, l'Assemblée nationale, elle dispose du pouvoir d'adopter des
mesures qui prévoient une expropriation sans indemnisation. C'est, à notre
avis, incontestable. La question ici est plus de se demander si vraiment, en
l'occurrence, dans une loi d'application générale, c'est l'approche qui est souhaitable.
Notre recommandation, au CQDE, elle
constitue une solution mitoyenne. En fait, ce qu'on vous recommande, vous le
trouvez majoritairement à l'annexe I de notre mémoire assez, assez étoffé, qui
a été déposé, et à l'annexe I, ce qu'on vous recommande, c'est de définir
concrètement ce qui est et ce qui n'est pas une expropriation dans un contexte
de conservation. C'est aussi d'écarter la possibilité de recourir aux tribunaux
lorsque les recours sont dénués de chance de succès raisonnable, donc selon un
mécanisme d'autorisation préalable. Et finalement, dans les cas où nous serions
face à une expropriation de fait, donc dans les rares cas où nous serions face
à une expropriation déguisée ou de droit en contexte de conservation, alors le
CQDE considère qu'il y a aussi lieu de rétablir l'équilibre souhaitable en
s'attaquant à l'indemnisation.
Selon plusieurs acteurs qui se sont
présentés devant vous, et en tout respect, ce qu'on entend, c'est que la valeur
au propriétaire, elle aurait été écartée par le projet de loi n° 22. Il y
en a plusieurs qui allèguent que c'est une avancée majeure que propose le
projet de loi. Or, la valeur au propriétaire, c'est ce qui était anciennement
prévu par l'article 58 de la Loi sur l'expropriation, qui prévoit une
indemnisation pour la valeur marchande d'un bien, selon l'UMEPP, l'utilisation
la meilleure et la plus profitable, ainsi qu'une indemnisation des préjudices
qui sont subis en raison de l'expropriation, ce qui forme le tout de
l'indemnisation. Or, c'est, à toutes fins pratiques, ce que prévoit le projet
de loi n° 22, qui n'écarte pas la valeur au propriétaire, mais qui plutôt
la concrétise et la cristallise dans un projet de loi, en déterminant
différents pôles d'indemnisation ou en s'en remettant largement à la notion de
l'UMEPP.
La seule distinction notable au projet de
loi, c'est le retrait des indemnités lorsqu'on s'en remet à une valeur selon
l'utilisation la meilleure et la plus profitable. On voit ça à
l'article 96, alinéa trois du projet de loi. Or, dans un contexte de
conservation des milieux naturels, ce ne sont pas et ça n'a jamais été les
indemnités accessoires qui sont problématiques, c'est bel et bien l'UMEPP.
C'est l'UMEPP qui entraîne des indemnités qui sont prohibitives et c'est le
caractère imprévisible de l'UMEPP qui entraîne aussi des débats qui sont
interminables, des débats d'experts devant les tribunaux qui se produisent aux
frais de la collectivité. Les recommandations du CQDE visent justement à
endiguer ces deux problématiques-là.
Dans un contexte «adversarial», bien,
c'est aussi l'UMEPP qui déporte sur les évaluateurs agréés un fardeau qui... au
contour qui est flou et qui met à risque, je le dis avec tout respect, la
crédibilité de la profession, dans une certaine mesure. Pour le CQDE, lorsque
s'impose une indemnisation pour expropriation aux fins de conservation, l'État
n'a pas à garantir les aspirations aux profits, et il est temps de se donner
les moyens de protéger notre territoire tout en maintenant la justice sociale.
• (16 h 50) •
Selon nous, il doit y avoir des avancées
majeures qui sont réalisées avec des impacts concrets sur les coûts
d'indemnisation et non pas uniquement sur les questions d'indemnités qui n'ont
qu'une incidence peu significative en matière d'indemnisation pour
expropriation lorsqu'on se situe en contexte de conservation ou d'exercice de
pouvoir de conservation. C'est pourquoi ce que nous proposons, c'est une
solution encore ici mitoyenne, raisonnable, à savoir de se fonder davantage sur
une indemnisation fondée sur la valeur de l'évaluation municipale, l'évaluation
foncière, tout en accordant à l'exproprié des indemnités qui sont prévues au
projet de loi pour éviter les injustices, tout ça afin de fixer l'évaluation
dans le temps, la valeur évaluée dans le temps, afin de mettre fin aussi aux
débats d'experts devant les tribunaux, de désengorger les tribunaux au
bénéfice, bien entendu, de l'environnement, mais tout en assurant aussi une protection
adéquate aux propriétaires.
Ça complète mon allocution. Je vous
remercie, M. le Président. Je pense que je suis dans les temps.
Le Président (M. Jacques) : Un
petit peu, une minute de plus, mais on vous a... on l'a prise sur le temps du gouvernement.
Je vous remercie pour votre exposé.
M. Voghel (Merlin) : Merci.
Le Président (M. Jacques) : Je
voulais vous souligner aussi que vos documents ont été remis par greffier aux
membres de la commission.
Donc, je cède maintenant la parole à Mme
la ministre pour une intervention de 15 min 30 s.
Mme Guilbault :Oui, merci beaucoup. Merci beaucoup, M. le Président. Merci
à vous pour l'exposé très, très intéressant, très enrichissant. On commence
à... Vous êtes... Je pense qu'on est, quoi, peut-être à notre 18e groupe.
Donc, on commence à avoir une bonne idée, un peu, de divers points de vue puis
de gens qui amènent des angles nouveaux. On a eu beaucoup de gens issus du
milieu municipal qui avaient des <points de vue sensiblement similaires...
Mme Guilbault :
...du milieu municipal qui avaient des >points
de vue sensiblement similaires, mais après, on a eu aussi d'autres intervenants,
et vous faites partie des intervenants qui ont leur propre angle. Alors, on
trouve ça toujours très intéressant, nous, ici. D'ailleurs, j'aurai ma collègue
d'Argenteuil qui aura des questions aussi sans doute pour vous.
Donc, je vais commencer par un élément que
vous n'avez pas abordé, sauf erreur, là, mais j'aimerais juste savoir ce que
vous en pensez, parce que vous êtes vous-même juriste et j'aurai aussi une
autre question. Bien, en fait, c'est ça, j'aurai au moins deux, trois
questions, mais il y a des gens qui ont dit, et je pense qu'on aura le Barreau
du Québec normalement demain, je crois... demain, c'est ça, demain, mais ça a
été... ça a été nommé, le fait que ce projet de loi là aurait pour effet de... puis,
en fait, vous le dites quelque part, il y a une citation à quelque part en
exergue, dans votre mémoire, où vous dites qu'on augmente le risque de
poursuites judiciaires et que... et que c'est ça, finalement, on liait la
protection des milieux naturels... je ne sais pas, je paraphrase, là, mais
bref, sur la partie poursuites judiciaires et le... je dirais, l'opinion
générale selon laquelle, avec ce projet de loi là...
Parce que nous, évidemment, le pari qu'on
fait avec le projet de loi, c'est de deux ordres. Premièrement, on vient
encadrer toutes sortes de notions qui actuellement ne le sont pas, à la faveur
de coûts d'expropriation moins élevés, donc de coûts de projets moins élevés.
C'est sûr que nous, comme gouvernement, on paie ça avec l'argent des contribuables,
alors, puis là avec le coût de la vie, l'inflation, et tout ça, des choses dont
vous êtes conscients aussi, sans doute, alors, tu sais, on veut que les projets
coûtent moins cher... et, ensuite de ça, les délais.
Donc, pour nous, le signal que le projet
de loi envoie... puis le fait de moderniser la loi après 40 ans va faire
en sorte que chacun va savoir davantage à quoi s'en tenir et que tout va
prendre moins de temps, finalement. Parce qu'à la fois dans la procédure
d'expropriation comme telle et justement dans le risque de poursuites, parce
que les gens... ça va être tellement plus encadré, ça va être suffisamment plus
encadré pour que, peut-être, ça dissuade des gens d'aller au tribunal. Bref, il
y a quand même, c'est ça, certains points de vue à l'effet que ça pourrait
avoir pour effet l'effet inverse, finalement, puis qu'on embourbe encore
davantage le réseau de la justice parce que, et mon collègue l'avait déjà
évoqué, mon collègue d'Acadie, ici, qui est juriste aussi, on a derrière aussi
ce souci-là du fait qu'il y a beaucoup déjà de cas dans nos tribunaux. Puis
bon, les délais en justice, c'est un... complètement autre chose, là, mais ça
touche ça. Alors, bref, vous, qu'en pensez-vous? Pensez-vous qu'on atteint
l'objectif de désembourber?
M. Voghel (Merlin) : Bien,
d'abord, je tiens à dire que j'espère que vous aurez deux, trois questions pour
moi. C'est le but de ma présence, et je tiens à dire que je suis conscient que
c'est un sujet qui est extrêmement complexe, l'expropriation, hein? Lorsqu'on
s'y plonge, il y a un degré de réponse qui pourrait être adopté par le
gouvernement, et ce n'est pas... par l'Assemblée nationale, pardon, mais ce
n'est pas facile de déterminer lequel rétablit réellement l'équilibre, donc
d'où la disparité des points de vue, j'en conviens.
Assurément, le CQDE, on ne dit pas que le
projet va venir nuire à la protection des milieux naturels. Ce qu'on réitère,
par contre, c'est qu'effectivement il risque d'encourager les recours.
Pourquoi? Parce que, comme je viens de le dire, en vertu de l'article 170,
on élargit le spectre de l'expropriation déguisée. Donc, je vous donne un
exemple, un propriétaire qui, sur son terrain, ne peut plus utiliser une partie
de son terrain qu'il n'a jamais utilisé, qui est un boisé, qui soudainement est
conservé... ne perd pas l'usage qui a toujours eu cours sur sa propriété, mais
se voit plutôt dépouillé de l'usage qu'il peut faire sur une partie de la
propriété, ce qui peut être considéré comme un démembrement en vertu de
l'article 70 et donc appeler à un recours en expropriation déguisée et en
indemnité. C'est là qu'on voit un élargissement important du spectre de
l'expropriation déguisée, donc un potentiel accroissement des recours devant
les tribunaux.
Au niveau temporel, maintenant, si vous me
permettez de répondre en deux volets, au niveau temporel, le projet de loi, ce
qu'il prévoit, de mémoire, à l'article 240, c'est une sanction, une entrée
en vigueur six mois après la sanction du projet de loi. Selon le CQDE, ça
risque d'engendrer une course contre la montre pour se prévaloir de recours qui
sont sous un régime plus favorable, notamment, en fait, d'indemnisations. Parce
qu'on ne nie pas que le projet de loi n° 22 va avoir un certain effet dans
la réduction des coûts, ce qu'on... des coûts d'indemnisation. Ce qu'on vous
dit, par contre, c'est que cette diminution-là, elle n'est pas suffisante pour
permettre non seulement au gouvernement et à l'État, des instances municipales,
de s'acquitter de leur devoir de conservation, mais d'un même souffle,
reconnaître aussi la responsabilité des propriétaires dans cet effort de
conservation là qui n'incombe pas uniquement à l'État, mais aussi aux
individus, selon nous.
Donc, d'où notre suggestion d'agir sur
l'indemnisation en fixant la valeur dans le temps. Mais j'aurais tendance à
vous dire, pour éviter un engorgement des tribunaux, en raison de la portée
temporelle du projet de loi n° 22, ce qu'on vous... ce qu'on vous suggère,
c'est d'agir rétroactivement. L'Assemblée nationale, elle a le pouvoir de le
faire, elle a le pouvoir d'intervenir pour modifier, y compris l'interprétation
de la loi alors qu'un recours est déjà pendant. Les tribunaux se sont déjà <prononcés
sur cet aspect-là, dont la Cour suprême...
M. Voghel (Merlin) :
Les
tribunaux se sont déjà >prononcés sur cet aspect-là, dont la Cour
suprême. Il est possible de venir modifier l'interprétation de la loi. Et si
vous regardez notre mémoire, à notre dernière recommandation, ce que nous
suggérons, c'est de mandater le procureur général afin qu'il intervienne, fasse
suspendre les instances jusqu'à ce que le projet de loi soit sanctionné pour
s'assurer qu'on répande... réponde réellement au cri d'alarme qui a été lancé
par les municipalités. J'écoutais notamment la CMM qui reconnaissait faire face
à plus de 1 milliard de dollars en indemnisations demandées dans le cadre
de recours. Reconnaître qu'on veut agir sur l'expropriation déguisée, selon
nous, c'est vouloir se donner les moyens d'agir pour endiguer un transfert
massif de fonds publics vers des intérêts privés, notamment dans le cadre des
recours pendants, mais aussi immédiatement dès la sanction.
Mme Guilbault :Puis pour les notions, justement, je disais qu'on venait
encadrer certaines notions qui actuellement ne le sont pas. Donc, bien, d'abord
remplacer la valeur du propriétaire par la valeur marchande, venir encadrer l'UMPP...
Vous avez abordé l'UMPP... l'UMEPP, je pense que vous l'appelez?
M. Voghel (Merlin) : L'UMEPP.
Mme Guilbault :L'UMEPP, parfait. Je vais appeler ça comme ça maintenant.
Donc, l'UMEPP et donc... et même l'expropriation déguisée, les
articles 170, 171, quoique certainement imparfaits, on vient quand même
ajouter des balises, tu sais, le trois ans. On vient ajouter aussi, pour les
municipalités, une possibilité de se retirer. Donc, ces notions-là qu'on vient
baliser, est-ce qu'à tout le moins vous considérez que c'est un gain ou une
avancée ou est-ce que, selon vous, ça n'atteint pas l'objectif, toujours
d'avoir de la prévisibilité puis...
M. Voghel (Merlin) : En
tout respect...
Mme Guilbault :Oui, allez-y.
M. Voghel (Merlin) : Ça
accroît la prévisibilité. Je pense que personne ne peut le nier. En toute
franchise, ça accroît la prévisibilité. Cependant, est-ce que ça fait
suffisamment le travail? Est-ce que ça répond suffisamment aux problématiques?
En tout respect, la réponse, elle est non.
Je reviens aux articles 170, 171. Ce
qu'on voit, c'est qu'elle permet le retrait d'un acte qui aurait un effet de
dépossession uniquement lorsqu'il découle notamment de la Loi sur l'aménagement
et l'urbanisme ou de la Loi sur le patrimoine culturel. Ces deux dispositions-là
ne couvrent même pas la compétence des municipalités en matière
environnementale qui sont prévues à la Loi sur les compétences municipales.
Donc, on occulte le plan réglementation environnementale qui est la sphère de
prédilection de l'expropriation déguisée.
Donc, dans sa portée et dans leur portée,
les articles 170, 171 ne s'intéressent même pas à la compétence
environnementale municipale. Les pouvoirs provinciaux ne bénéficieraient pas...
Je ne veux pas prendre trop de temps non plus, là, je... Donc, les pouvoirs
municipaux ne...
Mme Guilbault :Le partage du temps, c'est toujours complexe.
M. Voghel (Merlin) : Oui,
ça, c'est... Je n'ai aucun doute. Mais les pouvoirs provinciaux ne
bénéficieraient même pas de cette mesure-là. Il faut toujours garder à l'esprit
aussi que donner l'opportunité à une municipalité de retirer un acte,
généralement, elle ne pourra pas le faire. Pourquoi? Bien, parce que cet
acte-là, qui a un effet de dépossession, un effet expropriant, bien, il découle
d'obligations qui proviennent du gouvernement provincial. Donc, on offre
finalement la possibilité aux municipalités de retirer ce que, dans la plupart
des cas, elles ne pourront pas retirer. Et encore, lorsqu'elles le pourront, on
le fait au détriment de l'environnement. Ce qu'on dit, c'est finalement... payez
ou retirez ce qui vous coûtera trop cher pour vous acquitter de vos obligations
en matière de protection environnementale. C'est une approche qui est assez
inquiétante.
Je reviens sur l'UMEPP, sur les
indemnités. Je vous ai fait transmettre une feuille en soutien à l'allocution
que je vous présente aujourd'hui. Je ne sais pas si vous l'avez sous la main,
Mme la ministre, mais j'attire votre attention sur la deuxième page, donc
l'endos, ça a été imprimé recto verso. J'y ai recensé trois cas que j'ai pris
au hasard en matière de conservation. J'ai tenté de regarder quand même des
décisions du Tribunal administratif du Québec relativement récentes en matière
d'expropriation, et le projet de loi n° 22 prévoit
entre autres que, lorsqu'on s'en remet à l'UMEPP pour calculer l'indemnité, il
n'y a pas d'indemnité accessoire en préjudice pour convenance, troubles,
ennuis, inconvénients.
• (17 heures) •
Si vous regardez les chiffres dans la
colonne de droite, dans le tableau que je vous ai fourni, ce que vous allez
constater, c'est que les montants pour ces indemnités accessoires là, ils sont
d'une incidence très faible par rapport à l'indemnité immobilière qui est
accordée selon l'UMEPP. L'UMEPP, pour le CQDE, elle est problématique sous
diverses dimensions, notamment temporelles. Je ne veux pas vous embourber dans
les détails, mais on élabore beaucoup sur cet aspect-là dans notre mémoire,
mais l'UMEPP, elle est aussi problématique en termes d'imprévisibilité. Lorsque
vous regardez le document, vous ne l'avez peut-être pas sous les yeux, mais ce
qu'on voit, c'est que les débats d'experts devant les tribunaux, en matière de
détermination de l'UMEPP, ça entraîne des disparités importantes des montants.
La première affaire, Sintra, c'est une
affaire qui a été tranchée en 2023, en juin 2023, si ma mémoire est juste.
L'expert évaluateur de l'expropriante mentionnait un coût, selon l'UMEPP, de
894 000 $. Je suis dans la colonne au centre, le <premier carré...
>
17 h (version révisée)
< M. Voghel (Merlin) :
...au
centre, le >premier carré au centre, dans la colonne du centre, selon l'exproprié,
l'expert de l'exproprié, cette évaluation-là, elle était de 2,6 millions de
dollars. On a une disparité de près de 2 millions, et l'indemnité finalement
accordée par le tribunal, elle est de 2 millions. Lorsqu'on regarde les
indemnités accessoires accordées, on parle de 5 000 $. Entre vous et
moi, en termes de fonds publics, 5 000 $ versus près de 2 millions de
dollars pour une indemnité immobilière, ce n'est pas en contournant les
indemnités accessoires qu'on réalise des gains intéressants en termes d'équilibre
souhaitable entre l'intérêt collectif et individuel en matière d'indemnisation
pour expropriation.
Même chose, si je regarde la décision tout
de suite en dessous, Terrebonne, c'était pour la création d'un corridor de
biodiversité, ce qu'on constate, c'est... pour l'expropriante, la valeur, selon
l'UMEPP, était de 11,4 millions et, selon les expropriés, donc un évaluateur
agréé et mandaté par les expropriés, on était à 140,6 millions de
dollars de valeur. Donc, lorsqu'on dit que l'UMEPP est un barème prévisible, en
tout respect, ça me semble assez erroné et c'est surtout un barème qui ne
semble pas suffisamment fiable pour permettre aux tribunaux d'éviter des débats
d'experts qui sont extrêmement lourds. Et surtout, au risque de me répéter, le
fait d'agir sur les indemnités ne s'attaque pas au réel problème des indemnités
prohibitives, qui découle davantage de l'application de l'UMEPP.
Le projet de loi, à son article 87,
effectue certaines codifications de ce qu'est l'UMEPP. Il reprend cependant
presque précisément mot pour mot les normes actuelles de pratique des
évaluateurs agréés. C'est une codification de ce qu'on voit déjà dans la
jurisprudence de ce qui est déjà appliqué par les évaluateurs. Et, selon nous,
le fait de codifier n'aura pas pour effet d'endiguer les problématiques qu'on
constate en termes d'indemnisation.
Mme Guilbault :Parfait. Merci beaucoup. Je vais céder la parole à ma
collègue d'Argenteuil pour le reste de notre temps. Merci beaucoup. Très
intéressant.
M. Voghel (Merlin) : Ça fait
plaisir. Merci à vous.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la ministre.
Mme Grondin : Vous me donnez
la parole, M. le Président?
Le Président (M. Jacques) : Oui,
Mme la députée d'Argenteuil.
Mme Grondin : Merci. Me
Voghel, merci beaucoup. En fait, je constate que vous avez dédié, évidemment,
votre mémoire sur toute la question de la protection des milieux naturels, la
conservation, mais il reste que le projet de loi actuel a aussi probablement
des effets intéressants sur d'autres projets structurants d'utilité publique,
si on pense au transport en commun, ou au logement abordable, ou tout autre
enjeu que l'on vit comme société.
Est-ce que... si on met de côté la partie
conservation, est-ce que vous considérez, d'une part, qu'il y a comme un juste
équilibre que l'on retrouve entre l'exproprié et l'expropriant? Et est-ce que
vous trouvez que ce projet de loi là répond à certains objectifs, qui sont une
meilleure localisation, un meilleur contrôle des coûts pour les équipements
publics et peut-être une réalisation plus efficace des projets structurants
publics?
M. Voghel (Merlin) : Assurément,
notre organisme ne s'intéresse qu'à la conservation environnementale. Notre
mission, c'est la protection de l'environnement. Donc, lorsque vient le temps
de s'intéresser aux autres dynamiques, c'est un choix conscient de notre part de
cibler notre mémoire et notre analyse uniquement sur les... que sur les
pouvoirs de conservation.
Je vous explique pourquoi brièvement. C'est
qu'actuellement on fait face à une crise. La Cour suprême, en 2021, nous le
disait, les changements climatiques, c'est un défi existentiel qui met en péril
la survie, bon, de notre espèce, de nos collectivités, pas uniquement au Canada,
mais à l'échelle planétaire. C'est reconnu par le plus haut tribunal au pays.
Cette urgence-là, elle nous impose des efforts dans un laps de temps très
réduit, et des efforts très importants dans un laps de temps réduit, ce qui
emporte donc une pression importante sur les finances publiques dans un laps de
temps réduit.
En bons Québécois, les actions qu'on veut
poser pour lutter contre les changements climatiques, il faut les poser
maintenant par des actions concrètes, sérieuses et de grande ampleur. Est-ce
que l'État, avec les fonds dont elle dispose, elle a les fonds pour s'acquitter
de cette mission-là? Selon nous, elle a besoin de bénéficier d'un certain
apport qui découle notamment des propriétaires, tout en respectant leurs
droits. On doit s'assurer que l'État peut répondre et se dote des moyens de
répondre à l'urgence climatique.
Quant aux autres projets structurants, j'en
reviens à votre question, Mme la députée d'Argenteuil, les <autres...
M. Voghel (Merlin) :
...aux
autres projets structurants, j'en reviens à votre question, Mme la députée
d'Argenteuil, les >autres projets, ils sont généralement vitaux pour les
collectivités, personne ne peut le nier, s'exercent toujours à des fins
publiques. L'expropriation doit s'exercer à des fins publiques, c'est un
concept légal. Malgré tout, dans certains cas, il y a de ces projets
d'infrastructure là...
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci...
M. Voghel (Merlin) : ...qui
peuvent être reportés.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci termine le temps du gouvernement. Donc, je cède maintenant la
parole à M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci. Merci, M.
le Président. Merci, Me Voghel. Merci pour votre mémoire, en fait, très, très
fouillé, avec un nombre important de décisions jurisprudentielles à l'appui.
Je comprends qu'évidemment, compte tenu de
votre organisme, vous vous intéressez en matière de conservation, protection de
l'environnement, et c'est vraiment votre expertise. Maintenant, j'aimerais... parce
qu'on essaie de rechercher un équilibre. Je comprends ce que vous dites
également, qu'il y a urgence d'agir, là, puis vous citez la Cour suprême pour appuyer
votre énoncé, mais, en termes d'équilibre entre l'expropriant puis l'exproprié...
parce qu'évidemment la personne qui va perdre un bien, forcément, va devoir se
relocaliser ailleurs. Ça peut être une entreprise, ça peut être un particulier
avec sa résidence, ça peut être des locataires, et donc, dans cet équilibre-là,
il faut qu'il y ait une indemnité qui soit donnée à un moment donné.
Je comprends que vous, vous craignez, au
fond, que le projet de loi n° 22 n'aille pas assez loin en termes de
pouvoirs qui pourraient être donnés à des organismes expropriants. Est-ce que
je vous comprends bien?
M. Voghel (Merlin) : En fait,
ce n'est pas... notre position n'est pas à l'effet que le projet de loi ne
donne pas suffisamment de pouvoirs. C'est plutôt qu'il n'encadre pas un
phénomène qui se produit déjà devant les tribunaux, l'expropriation de fait. On
se remémore que l'expropriation de fait, ça découle d'allégations comme quoi un
acte ou un règlement qui n'est pas un règlement d'expropriation, un pouvoir
d'expropriation, a un effet de dépossession sur le propriétaire. Donc, le
projet de loi devrait encadrer pour réduire la possibilité d'alléguer une
expropriation de fait, donc devrait créer des balises légales claires qui permettent
de résorber ce phénomène-là. Le projet de loi, à notre sens, ne met pas en
cause les pouvoirs d'expropriation qui sont déjà prévus dans la loi.
Je me permets d'aborder ce que vous
disiez...
M. Morin : Donc là, vous
faites référence aux articles 170, 171, notamment.
M. Voghel (Merlin) : En fait,
170 et 171 abordent la réparation en cas d'expropriation, de conclusion d'un
tribunal comme quoi il y a expropriation déguisée. Donc, ce qu'on dit, c'est...
à ce moment-là, la chance sera donnée à l'instance municipale de retirer l'acte
ou de faire le choix de payer l'indemnité qui aura été déterminée par les
tribunaux. Donc, on parle de la réparation, mais on ne vient pas encadrer ce
qu'est ou ce qui n'est pas de l'expropriation déguisée.
M. Morin : Et, à ce
moment-là, est-ce que, selon vous, inclure dans le projet de loi une définition
de ce que c'est que l'expropriation déguisée pourrait augmenter, finalement, la
portée ou l'utilité du projet de loi?
• (17 h 10) •
M. Voghel (Merlin) : Certainement.
En fait, c'est même une recommandation directe que fait le CQDE dans le cadre
de son mémoire. Vous allez le trouver à l'annexe 1 de notre mémoire. Je
vais vous donner la disposition précise. Donc, vous en verrez un exemple à
l'article 176, qui est proposé en page 60 de notre mémoire, et, bien
entendu, nous y réfléchissons uniquement en termes de conservation. Pourquoi?
Bien, parce que l'urgence de la situation appelle à encadrer strictement ce qui
est et ce qui n'est pas de l'expropriation de fait.
Le fait d'adopter une disposition telle qui
vous est suggérée à l'article 176 de notre mémoire permettrait aux
instances municipales et provinciales de venir se coller sur les critères
légaux qui seraient élaborés lorsqu'elles exercent des pouvoirs qui ne sont pas
des pouvoirs d'expropriation. Donc, autrement dit, en s'assurant de respecter
les critères qui sont là, nos instances publiques n'auraient pas à s'inquiéter
d'un recours en expropriation de fait, éviteraient donc les frais d'honoraires,
les frais judiciaires et l'engorgement des tribunaux.
En fait, le corpus qu'on vous a soumis en
annexe 1 reflète l'ensemble de nos recommandations. S'il est intégré tel
quel au projet de loi n° 22, le CQDE n'aurait pas d'inquiétude en matière
d'expropriation de fait lorsqu'on est en contexte de conservation. Pourquoi?
Bien, parce qu'on viendrait donner les coudées franches à l'ensemble des
autorités publiques pour agir en matière de protection de <l'environnement...
M. Voghel (Merlin) :
...les
coudées franches à l'ensemble des autorités publiques pour agir en matière de
protection de >l'environnement tout en assurant l'équilibre envers le
propriétaire, une protection qui est suffisante.
Vous me posiez la question, à savoir il
faut lui donner une indemnité à ce propriétaire-là, qui fait l'objet d'une
expropriation. Certainement qu'il faut le faire. C'est une question, à notre
sens, de justice sociale. Mais encore faut-il que cette indemnité ne verse pas
non plus dans le profit ou dans la spéculation.
C'est la raison pour laquelle on se remet
à une évaluation municipale, qui parfois pourra être moindre qu'un UMEPP,
parfois pourra être plus qu'un UMEPP. On le reconnaît, il peut y avoir certains
glissements. Là où on atteint des garanties suffisantes, c'est en combinant une
indemnité selon l'évaluation municipale à d'autres pôles d'indemnisation,
notamment préjudice, valeur de convenance, troubles, ennuis, inconvénients, y
compris, selon ce que projette le projet de loi n° 22,
des indemnités en réaménagement aussi.
Donc, la valeur municipale, on vous le
soumet, il ne faut pas la démoniser parce qu'elle est complétée par d'autres
indemnités que prévoit déjà le projet de loi et qui permettent donc aux
propriétaires d'en sortir la tête haute sans subir un préjudice, tout en
réinstaurant un équilibre pour la société aussi, qui doit agir en matière de
conservation.
M. Morin : On a écouté, cet
après-midi, une association des propriétaires de terrains de golf, qui, eux,
évidemment, ont des craintes parce que, justement, ils disent : Si jamais
on est expropriés ou si on est expropriés partiellement, ça pourrait être pour
des fins de conservation, même si un terrain de golf en soi, c'est un espace
vert, qui finalement... ils ne pourront jamais se relocaliser, donc, avec le
projet de loi actuel et donc continuer, évidemment, cette activité-là, sportive
et commerciale. Vous en pensez quoi?
M. Voghel (Merlin) : Ce
pouvoir, il existe déjà, hein, projet de loi n° 22 ou
non. Les propriétaires de terrains de golf sont déjà à risque de se faire
exproprier, comme tout citoyen, d'ailleurs, lorsqu'un citoyen a sur son terrain
des espaces verts. Les pouvoirs d'expropriation, ils existent. Ils ne sont pas
nouveaux. En fait, Mme la ministre le soulignait tout à l'heure, ça va être la
première refonte de la loi depuis près de 40 ans. Ça ne change pas la
donne en termes de pouvoirs, mais alors pas du tout.
Là où on veut voir la donne changer, c'est
en termes d'indemnisation. Et encore, bien, si un terrain de golf ne peut pas
se relocaliser, peut-être en va-t-il d'un choix de société aussi. Peut-être que
les valeurs sociales ont évolué et appellent à des mesures qui sont autres. Il
faut le considérer, ça aussi, en tout respect pour les propriétaires de golf,
qui est une activité parfaitement sensationnelle. Je le dis avec un sourire. Mais
malheureusement, il y a cette réalité dans la difficulté de se retrouver un
endroit où habiter pour tout le monde, et c'est peut-être un autre enjeu social.
Quand on pense aux logements sociaux aussi, il y a d'autres dimensions qui
doivent être considérées. On ne parle pas uniquement d'expropriation, mais
d'une myriade de dimensions collectives, là, de dimensions sociales.
M. Morin : Et je comprends de
vos propos, en fait, quand on réfère aux articles 170, 171, qu'au fond
permettre à une municipalité de se retirer plutôt que de payer un montant,
bien, dans bien des cas, la municipalité ne peut pas parce que le règlement
l'oblige à faire ce qu'elle fait. Donc, au fond, c'est deux articles qui ne
sont peut-être pas très, très utiles pour les municipalités. En tout cas, ça
n'ajoute pas beaucoup de mécanismes utiles pour eux parce qu'ils sont obligés
d'adopter certaines réglementations, ils ne pourraient pas se retirer de toute
façon. Donc, je comprends que là-dessus, le projet de loi, selon vous, fait
fausse route.
M. Voghel (Merlin) : Oui,
tout à fait. Et fausse route notamment par l'élargissement de la possibilité de
plaider l'expropriation déguisée.
M. Morin : OK. Parfait. J'ai
une dernière question. Le projet de loi permet aussi des types d'indemnités
pour les locataires. C'est aussi quelque chose, évidemment, moi, qui m'habite.
Quelqu'un qui resterait dans un logement... parce que, des fois, il y a des
expropriés qui sont de grands propriétaires, il y en a, des fois, c'est des
petits propriétaires, il y a des locataires. Quelqu'un qui vit dans son
logement depuis 10, 12 ans, on a une crise du logement, pensez-vous que le
projet de loi est suffisant pour que ces gens-là puissent se relocaliser et
trouver un logement ailleurs ou s'il faudrait bonifier le projet de loi en ce
sens-là quant aux indemnités?
M. Voghel (Merlin) : Avec
égard, ce qu'il faudrait peut-être bonifier, c'est la disponibilité des
logements sur le marché locatif. Lorsqu'on réfléchit, au CQDE, à la question de
l'expropriation, c'est sûr qu'on y réfléchit beaucoup en termes d'expropriation
de fait, parce que c'est ce qui affecte beaucoup les pouvoirs de conservation.
Lorsqu'on vient protéger des milieux, ce sont généralement des milieux qui ne
sont pas développés, des milieux naturels non développés qu'on souhaite
conserver. Dans ce contexte-là, la mise en jeu des droits des locataires est
beaucoup moins fréquente, beaucoup moins importante. Un locataire n'est pas un
propriétaire et ne peut donc pas alléguer une <expropriation...
M. Voghel (Merlin) :
...importante.
Un locataire n'est pas un propriétaire et ne peut donc pas alléguer une >expropriation
déguisée. Donc, c'est la raison pour laquelle le CQDE ne s'intéresse pas à ces
dimensions-là dans le cadre de son mémoire. Je ne voudrais pas me prononcer sur
quelque chose qui n'a pas été creusé, là, je ne voudrais pas vous induire en
erreur.
M. Morin : Parfait. Je vous remercie.
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le député d'Acadie. Je cède maintenant la parole à M. le député de
Taschereau.
M. Grandmont : Merci
beaucoup. Merci, Me Vogel, pour votre intervention, votre mémoire aussi, très
étayé, très complet. Merci de votre participation. Écoutez, j'ai envie de vous
entendre d'abord sur les... ce que vous proposez, en fait, là, à la page 53,
là. Vous parlez d'un régime particulier d'indemnisation pour les expropriations
à fin de conservation. Est-ce que ça veut dire que, pour le reste du PL
n° 22, on est à la bonne place pour les expropriations qui sont d'autres
finalités? Est-ce qu'on va assez loin? Parce que vous semblez vous concentrer
vraiment sur les fins de conservation. Est-ce que le reste, dans le fond, le PL
est correct, est assez solide?
M. Voghel (Merlin) : J'aimerais
beaucoup pouvoir vous répondre. Encore une fois, en tout respect, je ne veux
pas le faire pour ne pas vous induire en erreur et pour respecter la mission de
l'organisme que je représente. Notre mission se concentre exclusivement sur la
conservation, sur la protection des milieux naturels. C'est la raison pour
laquelle on vous soumet un régime qui est distinct. Pourquoi? Encore une fois,
j'y reviens, urgence d'agir. Par contre, pour ce qui est des autres dimensions,
ce n'est pas notre mission d'avancer là-dedans, ce n'est pas notre mission de
se pencher sur ces sujets-là.
M. Grandmont : Parfait. Excellent.
En tout cas, c'est une idée qu'on va retenir, qui est intéressante.
Sinon, pour l'article 170, vous
mentionnez que ça ne couvre même pas les pouvoirs de zonage régulier des
municipalités ni les expropriations effectuées par le gouvernement. Est-ce que
vous pouvez élaborer un petit peu là-dessus, s'il vous plaît?
M. Voghel (Merlin) : Oui,
certainement. En fait, c'est que l'expropriation, ce n'est pas l'apanage
uniquement, là, des municipalités, c'est l'apanage aussi du gouvernement
provincial, des autorités provinciales, ministères, organismes de l'État, à
proprement parler. Donc, le provincial, si vous me permettez ce langage, ne
s'octroie aucune réparation, donc même imparfaite, en tout respect, selon ce
qu'on constate aux articles 170 et 171. Les autorités publiques provinciales ne
bénéficieront même pas de ce régime-là.
Mais plus encore, lorsqu'on regarde le
libellé même de l'article 170 — je ne sais pas si vous avez le projet
de loi sous les yeux, j'y vais dans un petit instant — ce qu'on peut
y lire, c'est que, bon, «le recours d'un titulaire d'un droit portant sur un
immeuble, devant la Cour supérieure, en réparation du préjudice subi en raison
de l'effet de dépossession de son droit ou de suppression de tout usage
raisonnable qui résulte d'un acte municipal», donc on exclut les instances
provinciales, «pris en vertu de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme ou en
vertu [du chapitre...] de la section III du chapitre IV de la Loi sur le
patrimoine culturel». Or, la compétence des municipalités en matière
d'environnement, elle est à la Loi sur les compétences municipales.
Donc, je vous donne un exemple. Une
municipalité qui, aujourd'hui, adopterait un règlement, en vertu de ses
compétences environnementales, pour venir encadrer les usages, par exemple, en
milieu forestier, aux fins de protection de l'environnement, ne bénéficierait
même pas du mécanisme qui est prévu à 170 et, dans un cas où elle adopterait
une telle réglementation, en réponse à une obligation qui découle d'une loi
provinciale ou d'OGAT, orientations gouvernementales en matière d'aménagement
du territoire, ne pourrait même pas, non plus, bénéficier ici de ce pouvoir-là.
• (17 h 20) •
Donc, on est face à un silence de la loi, à
un grand vide, où finalement on tente d'offrir un plan B aux municipalités, un
plan B qui est dangereux parce qu'il accroît le phénomène de l'expropriation
déguisée, mais qui, en plus, omet la compétence principale des municipalités en
matière environnementale.
M. Grandmont : Parfait. Merci.
C'est très éclairant. J'ai vu des yeux s'écarquiller quand vous parliez.
Peut-être une dernière chose, rapidement.
Il y a la CMM qui nous a proposé, là, un élément intéressant. Elle disait... Elle
demandait des pouvoirs d'expropriation pour les municipalités sur des terres
agricoles non exploitées depuis trois ans. Est-ce que vous pensez que c'est un
élément qui peut être intéressant à ajouter au PL?
M. Voghel (Merlin) : J'ai
tendance à vous dire : Je n'ai pas exploré cette voie-là. Ce n'est pas
quelque chose qu'on a envisagé parce qu'on se situe davantage dans encadrer, du
côté du CQDE, encadrer ce qui est ou ce qui n'est pas de l'expropriation, et, à
notre sens, ça, ça suffit. Ensuite de ça, les pouvoirs d'expropriation, ils
sont déjà prévus dans des lois particulières. Les municipalités, elles ont déjà
des pouvoirs d'expropriation qui sont prévus au Code municipal, qui sont prévus
aussi à la Loi sur les cités et villes, dépendamment de quelle instance
municipale on parle. Donc, le pouvoir d'expropriation, il existe déjà.
Ensuite, c'est une question éminemment
juridique. Pourquoi? Bien, parce que le zonage agricole, il est de la
compétence de <la...
M. Voghel (Merlin) :
...c'est
une question éminemment juridique. Pourquoi? Mais parce que le zonage agricole,
il est de la compétence de >la CPTAQ, avec une compétence exclusive
accordée à la CPTAQ.
M. Grandmont : Merci beaucoup
pour vos propos éclairants. Au revoir.
M. Voghel (Merlin) : Merci à
vous.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup, M. le député. Je vous remercie aussi, M. Voghel, pour la contribution
à nos travaux.
Compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux à jeudi 21 septembre 2023, à 7 h 30, où elle
se réunira en séance de travail.
(Fin de la séance à 17 h 22)