(Onze
heures quarante-deux minutes)
Le Président (M. Jacques) : Bonjour
à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des transports et de
l'environnement ouverte.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et les auditions
publiques sur le projet de loi n° 41, Loi édictant la Loi sur la performance
environnementale des bâtiments et modifiant diverses dispositions en
matière de transition énergétique.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Derraji (Nelligan) est
remplacé par M. Kelley (Jacques-Cartier) et M. Grandmont
(Taschereau), par Mme Zaga Mendez (Verdun).
Auditions (suite)
Le Président (M.
Jacques) : Merci, Mme la secrétaire. Nous entendrons ce matin les
organismes suivants : la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante et ainsi que le Centre d'études et de recherches intersectorielles en économie
circulaire, conjointement avec l'Institut AdapT.
Donc, je souhaite la
bienvenue aux représentants de la fédération de l'entreprise indépendante et je
vous demande de vous présenter et de commencer votre exposé.
Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante (FCEI)
et Conseil du patronat du Québec (CPQ)
M. Vincent
(François) : Merci beaucoup. M. le Président, M. le ministre, chers
membres de la commission, je vous remercie de nous recevoir pour entendre nos
commentaires dans le cadre du projet de loi 41. Je me nomme François
Vincent. Je suis vice-président de la Fédération canadienne de l'entreprise
indépendante.
La
FCEI, c'est 97 000 dirigeants de petites et moyennes entreprises
membres du pays, dont 21 000 au Québec.
Je suis accompagné
aujourd'hui d'un invité de marque, M. Karl Blackburn, président et chef de
la direction du Conseil du patronat du Québec.
Nous présentons
aujourd'hui les résultats d'une collaboration entre nos deux organisations sur
un projet de loi important pour l'avenir du Québec. Je tiens d'ailleurs à
remercier Benjamin Rousse et Arnaud Champalbert pour leur travail.
D'emblée,
permettez-moi de souligner les objectifs louables que vise le projet de loi
dont nous commentons aujourd'hui. La
transition énergétique vers un avenir plus durable pour notre société est une
nécessité. Les entrepreneurs du
Québec sont prêts à jouer un rôle actif dans cette évolution. Toutefois, en
dépit de notre salutation de ces objectifs, plusieurs préoccupations ont
émané de notre lecture du projet de loi, notamment les méthodes envisagées pour
les atteindre, qui peuvent apporter une augmentation du fardeau administratif
et réglementaire.
D'abord, je tiens à
aborder la question cruciale de l'énergie, un sujet intrinsèquement lié à la
performance énergétique des bâtiments au
Québec. Les tarifs d'électricité jouent un rôle central dans l'adoption de
mesures de transition énergétique. Il est essentiel de reconnaître qu'en
raison de l'interfinancement ce sont les PME qui supportent le poids le plus lourd en matière de coûts énergétiques
dans la province. Ce déséquilibre crée un environnement peu propice pour
les PME, entravant ainsi leur capacité à investir dans des alternatives
énergétiques plus durables.
De même, le faible
coût assumé par le secteur résidentiel représente un obstacle à l'amélioration
de la performance énergétique des habitations, comme c'est souligné d'ailleurs
dans l'analyse d'impact réglementaire du projet de loi à l'étude.
Ainsi, les actions
pour accélérer la transition énergétique et l'amélioration de l'efficacité
énergétique des bâtiments résident également dans d'autres actions
gouvernementales, comme par exemple de régler la question de
l'interfinancement, qui nuit à la transition énergétique des PME et de celle
des citoyens.
Ensuite,
un des enjeux les plus importants pour les entrepreneurs est le fardeau
administratif et réglementaire. Une étude de la FCEI révèle que le coût total
de conformité réglementaire de tous ordres de gouvernement confondus est
de 8,2 milliards de dollars au Québec. Les propriétaires de PME ont
estimé qu'il serait possible de réduire de l'ordre de 28 % les formalités
administratives sans nuire à l'intérêt public. C'est donc un coût de
2,3 milliards pour les entreprises
québécoises. Puis je précise que le coût de la paperasserie est inversement
proportionnel à la grandeur de l'entreprise. Il est donc stratégique pour le
gouvernement du Québec de réduire ce fardeau. Et je tiens ici à souligner le travail
du gouvernement du Québec en la matière et du ministre Skeete, qui est
responsable du dossier.
Maintenant, pour réellement assurer une
réduction totale, il faut que tous les ministères soient interpelés et que l'on
ne rajoute pas d'un côté ce que l'on tente de réduire de l'autre. Selon notre
analyse, puis M. Blackburn va aller plus en détail,
on voit que ça apporterait une lourdeur administrative et certaines confusions
par... au niveau du secteur de la construction.
Il est essentiel
aussi de reconnaître les défis considérables auxquels sont confrontées les PME
du Québec. Les années récentes ont été particulièrement difficiles, et cela se
perçoit dans le niveau de confiance des PME, qui, en 2023... À l'exception de 2020, où on a fermé l'économie pour une
bonne partie de l'année, c'est le niveau de confiance le plus bas qu'on
a depuis 15 ans de notre indicateur économique.
Donc, toute nouvelle
réglementation imposant des coûts supplémentaires risque d'aggraver encore
davantage la situation économique déjà précaire. C'est pourquoi il est
essentiel que le gouvernement prenne en compte cette réalité et assure que les objectifs du projet de loi soient atteints
sans compromettre la santé financière des PME. D'ailleurs, je porte à
votre attention la recommandation 5 de notre mémoire, qui propose un
renforcement des programmes d'efficacité énergétique.
Il était également
primordial — je
pourrais plus aller dans les détails lors de la période des questions — de veiller à ce que ces programmes puissent vraiment
bien atterrir auprès des entrepreneurs avant de garantir leur succès. Je
cède maintenant la parole à M. Blackburn.
M. Blackburn (Karl) : Alors, merci, François.
Bonjour. Je suis Karl Blackburn, président et chef de la direction du Conseil
du patronat du Québec.
D'une part,
permettez-moi de remercier François et la FCEI pour l'invitation de participer
en duo aux travaux de la commission.
D'emblée, je réitère
que nous partageons l'objectif du projet de loi 41 qui vise à réduire la
consommation énergétique des bâtiments, mais je rappelle au passage que cet
objectif ne sera atteignable qu'en prenant en compte la réalité et les enjeux
de nos entreprises, tels qu'abordés avant moi par François.
Si je résume notre
vision avant d'aller dans les détails, le projet de loi devra trouver un
équilibre entre la lourdeur réglementaire et l'atteinte des objectifs de
performance environnementale.
Vous le savez, le
contexte énergétique québécois est caractérisé par une demande plus élevée
qu'anticipée et nécessitera de nouveaux
approvisionnements en énergie dès 2027. L'objectif du projet de loi 41
s'inscrit parfaitement dans ce contexte, amenant... en mettant en place
un cadre propice à une consommation plus sobre et plus efficace de l'énergie.
Dans le cadre de
notre analyse, nous remarquons par contre que le PL 41 introduit plusieurs
modalités et obligations qui seront déterminées par règlement. De nombreux
éléments demeurent donc inconnus dans sa forme actuelle. Ceci rend relativement
difficile l'évaluation de l'impact économique de ce projet de loi. L'analyse
d'impact réglementaire du PL 41 note cet état de fait à plusieurs
endroits, et je cite : «Les mesures exactes qui seront incluses dans une
future réglementation peuvent ne pas être définies au moment de l'élaboration
d'un projet de loi. Ainsi, les impacts présentés dans cette analyse sont
mesurés sur la base d'un scénario réglementaire hypothétique et fictif qui
pourrait découler des pouvoirs conférés par le projet de loi.»
Elle ajoute :
«Et c'est plutôt révélateur que les économies et les coûts présentés dans cette
analyse sont donnés à titre d'exemple
indicatif seulement. En effet, ceux-ci sont largement tributaires des
orientations gouvernementales qui seront prises lors de l'adoption des
éventuels règlements. Malheureusement, plusieurs exemples de l'utilisation des
règlements par le gouvernement nous amènent à être plus critiques dans le
recours à cet outil qui a pourtant toute sa pertinence lorsque bien encadré.»
• (11 h 50) •
Je
me permets un exemple, mais il y en a d'autres, le PL 29 sur la
réparabilité. L'étude d'impact ne permettait pas d'évaluer ses effets sur
l'économie, puisque la grande majorité des éléments seront déterminés par
règlement.
Quelques semaines
après l'adoption, l'office de protection des consommateurs a lancé sa
consultation en vue de l'élaboration desdits règlements en pleine période des
fêtes, n'offrant que 22 jours ouvrables pour participer, alors que c'est le moment de l'année le plus important en
termes d'affaires pour la majorité des détaillants et manufacturiers,
qui sont les premiers visés par la loi.
Il est clair que
l'utilisation actuelle des règlements ne permet pas d'atteindre la
prévisibilité nécessaire aux entreprises pour commenter et se conformer. C'est
pourquoi nous formulons les deux recommandations suivantes : Déposer les
intentions réglementaires pour permettre une meilleure analyse des impacts du
PL 41; améliorer la démarche du gouvernement dans l'élaboration de la
réglementation en assurant une meilleure prévisibilité sur les règlements à
venir, en déterminant des périodes de consultation propices à la participation
et en assurant que le délai prévu assure la participation optimale des parties
prenantes.
Pour finir, je veux
aborder l'importance d'alléger et d'harmoniser la réglementation. On le sait,
le secteur de la construction au Québec est moins productif qu'en Ontario,
entre autres. La lourdeur et la complexité des règles sont les principaux
aspects qui limitent la productivité du secteur au Québec. Dans ce contexte, il
est surprenant de voir que le PL 41 propose d'enlever des pouvoirs de la Régie
du bâtiment du Québec sur la réglementation entourant l'efficacité énergétique
en créant une nouvelle structure. Je rappelle que le besoin d'harmonisation des
codes au niveau canadien fait consensus. D'ailleurs, le gouvernement du Québec
s'est engagé dans la démarche.
Je termine en
ajoutant que cette disposition va à l'encontre de l'objectif d'allègement
réglementaire de la construction adopté dans le projet de loi 17 l'automne
dernier. À cet effet, nous formulons deux recommandations : Conservons...
conserver la notion d'efficacité énergétique dans le cadre... dans le code de
construction sous la responsabilité de la Régie du bâtiment du Québec, avec l'appui du ministère, pour lui apporter
l'expertise technique en environnement et en énergie; arrimer les
exigences québécoises avec les initiatives de nos partenaires commerciaux,
autres provinces canadiennes, les États-Unis, l'Europe et utiliser des indicateurs
communs ou comparables.
En
vous remerciant pour votre attention. Nous sommes à votre disposition, Mmes et
MM. les députés, pour échanger avec la commission. Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
messieurs, pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période
d'échange avec M. le ministre, pour une période de 12 min 30 s.
M. Charette :
C'est bien gentil. Temps que je vais partager avec mes collègues.
Messieurs, à vous deux, merci d'être avec
nous ce matin. Toujours un plaisir de vous entendre et de vous entendre nous
partager votre expertise.
Dans les faits, moi,
ce sera quelques commentaires par rapport à ce que vous avez mentionné. Les
questions viendront de mon collègue, mais, si vous voulez réagir à mes
commentaires, vous êtes naturellement les bienvenus.
Très,
très content et rassuré que vous puissiez reconnaître les défis énergétiques,
là, que nous avons au Québec. Ce sont des défis qui sont réels, qui sont
fondamentaux.
Et on recevait
avant-hier, si je me souviens bien, Hydro-Québec, qui nous parlait un petit peu
de sa planification d'ici 2035, donc au cours de la prochaine décennie et un
peu plus. Et c'est quand même remarquable de voir que, dans les nouveaux
approvisionnements, il y a 75 % de ces approvisionnements-là qui seront
dédiés aux efforts de décarbonation. Donc, c'est majeur. Et on a un 25 %
qui est tout aussi important, qui, lui, sera dédié au développement économique.
Je sais qu'il y a certains groupes qui préféreraient que ce 25 % là n'existe
pas et que 100 % soit la décarbonation, mais nous croyons, au niveau du
gouvernement du Québec, que le développement économique est aussi important.
Mais dans les deux cas, ça va nécessiter des efforts colossaux, des efforts
fondamentaux. Et l'économie la plus... c'est-à-dire, l'énergie la plus
économique, c'est un vieux slogan, est celle que l'on n'utilise pas. Et
actuellement, dans le secteur du bâtiment, il y a beaucoup, beaucoup de
potentiel d'économie d'énergie, parce qu'on a des bâtiments qui n'ont pas la
résilience ou l'efficacité énergétique nécessaire. Donc, ça fait en sorte que
le projet de loi n° 41 est une nécessité et même une
obligation, et qu'on aurait aimé le présenter possiblement plus tôt, tant il
est important. Donc, ça explique le contexte.
Maintenant, vous
parlez du fardeau des entreprises et d'une AIR, d'une analyse d'impact
réglementaire, qui ne peut pas être détaillée, compte tenu que beaucoup de
réglementation est à développer, mais, même avec l'analyse d'impact réglementaire actuelle, on dénote que,
pour les entreprises, l'impact du projet de loi est positif plus que négatif.
Donc, oui, il y aura
forcément des frais d'engagés ultimement, mais les effets de ces
investissements-là seront plus importants que les... les coûts engendrés.
Et ce que j'aime
rappeler, et c'est la démarche que le gouvernement actuel a retenue, là, dans
la foulée du plan pour une économie verte, on ajoute, c'est vrai, on en est
conscients, des contraintes parce qu'on a des cibles ambitieuses à respecter,
mais l'essentiel de ces contraintes-là sont accompagnées d'aide financière.
Donc, non seulement il y a... il y a un accompagnement technique qui est fait,
mais il y a aussi un accompagnement financier. Donc, les entreprises qui
auraient des obligations à rencontrer, ultimement, pourraient vraisemblablement
bénéficier d'une expertise technique et bénéficier d'un appui financier. Et,
même si cet appui financier là n'existait pas, l'AIR actuelle démontre que
l'avantage sera plus grand que l'inconvénient. Donc, ce n'est pas... ce n'est
pas négligeable.
Et vous parlez d'une
réglementation à venir. Il faut savoir que c'est un projet de loi qui est
d'abord et avant tout habilitant. Il y a des éléments bien précis dans le
projet de loi, mais on se donne les pouvoirs d'agir. Moi, c'est difficile
d'établir une réglementation précise tant que je n'ai pas le pouvoir des
actions que je souhaiterais, comme ministre de l'Environnement, conduire. Mais,
comme à chacune des fois, c'est aussi la tradition qu'on a développée, là, ces cinq
dernières années, à chaque fois qu'il y a une réglementation qui est
conséquente, on travaille beaucoup en cocréation avec les parties prenantes,
c'est-à-dire, avant même de déposer un projet de règlement, on regarde avec les
partenaires comment faire atterrir un règlement pour s'assurer du respect de
l'objectif. Et par la suite, en plus de ce travail de cocréation là, il y a une
période de consultation en bonne et due forme pour permettre les ajustements qui sont nécessaires par la suite. Donc, je dis ça
uniquement pour vous rassurer en vous disant que la réglementation ne sera pas
élaborée derrière des portes closes et ne sera pas imposée, là, sans que les
parties prenantes ne soient impliquées.
Et je vous entends
bien concernant le code du bâtiment durable que l'on veut mettre de l'avant,
mais, là aussi, c'est une obligation de résultat. Mais, je vous rassure
également, ça se fera en collaboration avec la régie du bâtiment.
La régie du bâtiment
n'a pas les compétences et n'a pas les outils législatifs pour faire ce que
l'on souhaite et que l'on doit faire. Ce n'est pas dans ses mandats, et elle
n'a pas la possibilité de réglementer sur les questions environnementales autres que spécifiquement énergétiques. Donc, on
rapatrie le tout au ministère de l'Environnement, comme la division des
pouvoirs émanant, là, de 2022 nous le commande, mais, naturellement, ça va se
faire avec la régie du bâtiment. Et l'application de ces deux volets-là,
d'un... En fait, on peut parler de deux codes. Moi, je parle d'une vision
avec... en fait, deux codes avec une seule vision, mais l'application se fera
vraisemblablement, là, par la régie du bâtiment. Donc, c'est des petits
éléments, là, pour vous rassurer sur la suite des choses.
Comme je vous le
mentionnais, j'ai des collègues qui souhaiteraient intervenir, mais n'hésitez
pas à réagir à mon propos si vous le souhaitez. Sinon, je vais passer la parole
à mon collègue. Et déjà, étant donné que vous êtes en virtuel, je n'aurai pas
la possibilité d'aller vous serrer la pince après, donc déjà je vous remercie
pour votre présence avec nous ce matin.
Le Président (M.
Jacques) : Merci, M. le ministre.
M. Blackburn (Karl) : Si je peux me
permettre, M. le ministre, si je peux me permettre, je vais répondre
positivement ou, à tout le moins... à l'offre que nous fait le ministre pour
réagir rapidement.
J'oserais
dire, M. le ministre, que cette loi peut être une réussite totale ou un échec
majeur, car, pour faire cette révolution, ça prend de l'argent, et
malheureusement il y a beaucoup d'incertitudes dans les éléments qui sont
amenés dans le projet de loi. Il y a
beaucoup d'hypothèses également qui sont mises en place par rapport à certaines
économies énergétiques.
Et, comme François l'a mentionné, la majeure
partie de la hausse tarifaire, qui va malheureusement affecter des
consommateurs électriques, va être entre les mains des entreprises. Et les
citoyens, d'une certaine façon, sont protégés par la décision du gouvernement
de plafonner à un certain niveau l'augmentation annuelle. Alors, vous le voyez,
là, qu'il y a là des lumières jaunes, j'oserais dire, qui nous incitent à la
prudence.
Le principe de l'allègement réglementaire d'un
pour un est saluable. Malheureusement, ce qu'on constate dans les faits
également, c'est que, lorsqu'on retire un règlement qui est en place pour
justement rencontrer l'objectif que l'allègement réglementaire poursuit, les
nouveaux règlements sont souvent beaucoup plus exigeants et beaucoup plus
lourds en termes d'administration, et ça, c'est encore une fois sur la
responsabilité des entreprises.
• (12 heures) •
Alors, je veux être vraiment certain que le gouvernement
a cette sensibilité-là toujours en tête, parce qu'il en va de la productivité, de la rentabilité de nos entreprises. Et des fois
les mesures estimées, en termes d'impact économique, sont souvent beaucoup moindres que la réalité en
termes de conséquences. Et dans ce contexte-là votre... votre grande ouverture,
elle est essentielle pour arriver à bien amener cet ambitieux projet.
M. Vincent (François) : Puis je
vais faire du pouce sur ce que M. Blackburn vient de dire, le un pour un.
Moi, ça fait cinq ans que je suis vice-président de la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante, je copréside le comité de l'allègement réglementaire
avec le ministre Skeete, puis je n'ai jamais vu de suivi quant au un pour un. Il y a eu des modifications quant à la politique
pour que ce soit fait en amont, mais encore faut-il que l'analyse d'impact
réglementaire soit capable de bien calculer ces coûts.
Vous avez raison, l'analyse d'impact réglementaire
arrive avec le fait que ça va faire des économies. Mais si ça évalue 20 %
parce que 80 % vont être définis par la réglementation, comment on peut
vraiment bien s'assurer qu'il va y avoir un allègement réglementaire? Si on
donne un nouveau pouvoir habilitant d'une déclaration, d'une cote de
performance, de normes, de normes particulières, d'obligations pour obtenir un
rapport, de registres, bien, ça, c'est tous des éléments qui peuvent ajouter au
poids, au temps et aux coûts pour les entrepreneurs.
Vous avez parlé d'une loi habilitante, et je...
on comprend, mais j'ai de la misère à comprendre que le ministère ne s'est pas
déjà défini sur le plan d'action par rapport à ces règlements. Ils doivent
l'être. Ça s'est fait dans le passé qu'il y ait des intentions réglementaires
qui soient dépassées, puis le CPQ et la FCEI croient que dans ce cadre-là, puis
pour les parlementaires, ça aiderait aux... aux travaux.
Juste finir sur une note positive, la
cocréation, je suis vraiment content d'entendre ça. J'ai été, avant d'être à la
FCEI, à un moment, au niveau de l'industrie de la construction puis j'ai
participé à la cocréation quand il y a eu la grande réforme de la Loi sur la
qualité de l'environnement. Donc, si c'est une volonté du ministère de
travailler en cocréation sur les règlements, ça, c'est une bonne nouvelle, je
pense, qui est envoyée au milieu économique.
M. Charette : Et très
rapidement, pour vous rassurer, chaque règlement sera une occasion de
concertation et de consultation. Et vous dites : Les charges que peuvent
représenter les modalités du projet de loi. Moi, je vous dirais, chacun de ces
éléments-là est une raison de plus pour rendre le bâtiment plus résilient,
parce que ce sera une occasion de réaliser
des économies. Et, si vous êtes convaincus, et je suis certain que vous l'êtes,
des défis énergétiques, si vous êtes
convaincus, et je suis convaincu que vous l'êtes, de l'importance de lutter
contre les changements climatiques, il faut s'attaquer au domaine du
bâtiment, qui est un de nos principaux... un de nos... en fait, c'est un de
nos... un de nos... nos éléments d'émissions parmi les plus importants au
Québec. Donc, c'est incontournable de s'y attaquer.
Là, j'ai déjà pris trop de temps pour mon
collègue. Je lui laisse la parole. Et encore une fois je vous remercie pour
votre présence aujourd'hui.
Le
Président (M. Jacques) : Merci, M. le ministre. Et je cède maintenant la
parole à M. le député de René-Lévesque
pour deux minutes.
M. Montigny : Alors, bonjour,
messieurs. C'est dommage que vous êtes en visio, j'aurais aimé ça prendre un
café avec vous, mais on va le faire à distance.
Ceci dit, j'aimerais revenir sur des éléments
que mon collègue... que mon collègue ministre a pris le temps d'amener, entre
autres, puis vous avez ramené, vous aussi, ces éléments-là, entre autres, sur
la consultation pour la réglementation, la cocréation. Vous avez mis dans
votre... dans votre conclusion aussi de votre mémoire un élément important sur
nos deux organisations qui sont disposées à poursuivre le dialogue pour
pouvoir... pour promouvoir une transition énergétique qui soit sensible au
contexte et aux capacités des entrepreneurs québécois.
Alors, je vous laisse continuer là-dessus, parce
qu'on vous tend la main. Il y a beaucoup d'ouverture pour travailler ensemble,
pour consulter pour la réglementation, cocréer, puis je vois ça dans votre
conclusion. Ça fait que j'ai envie de vous entendre davantage là-dessus, parce
que c'est un peu ce qu'on dit, là, on fait une loi, mais on veut travailler
en... en cocréation puis en consultation pour... pour les règlements.
M. Vincent (François) : Bien,
vous pouvez adopter les cinq recommandations qu'on a dans notre mémoire, ça
fait que ça, ça commencerait vraiment du bon côté, puis vraiment vous
assurer... pas de rajouter des éléments sur le code de la
construction. Puis je pense qu'il y a d'autres groupes qui sont venus avant
nous ici, il y a l'APCHQ qui a parlé que le code de la construction, c'était
une bible. Puis dans... Puis, même dans le plan d'action d'allègement
réglementaire, il y avait une orientation 24 qui voulait aller vers un
allègement réglementaire en harmonisant les codes pour... au niveau canadien.
Puis on le sait, que les codes, dans le reste du Canada, sont déjà plus restrictifs
au niveau de l'efficacité énergétique. Ça fait que voilà, donc, une bonne... un
bon... deux bons premiers pas à franchir. Je peux laisser Karl rajouter.
M. Blackburn
(Karl) : Si je peux me permettre d'ajouter un complément à François...
Merci. D'abord, le café semble très populaire ce matin à l'Assemblée nationale,
alors ça nous fera plaisir d'y aller, M. le député, mais...
Le Président
(M. Jacques) : ...M. Blackburn, ça met fin à l'échange avec
la partie gouvernementale. Je comprends que c'est court un peu. Mais je cède
maintenant la parole à l'opposition officielle et au député de Jacques-Cartier.
M. Kelley :
Merci, M. le Président. Bonjour, M. Vincent, et bonjour,
M. Blackburn. On vient juste de parler de vous, M. Blackburn, pendant
la période des questions. Le premier ministre du Québec a suggéré que notre
chef prenne un café avec vous. Bien, je ne
suis pas le chef de notre formation, mais j'ai quand même un café avec moi, puis
c'est toujours un plaisir de discuter avec vous autour d'un café.
Mais je veux
commencer avec une question concernant les tarifs, parce que c'est écrit dans
votre mémoire. Le déséquilibre qui existe présentement, M. Vincent, c'est
aussi un débat qu'on a eu pendant les dernières couples de journées ici, les
impacts des tarifs d'Hydro-Québec sur les PME. Et je sais que vous avez eu la
chance de discuter avec le ministre des Finances, de mémoire, la semaine
dernière, dans les consultations prébudgétaires, puis vous avez souligné que
les tarifs d'électricité présentement sont un enjeu pour nos PME.
Alors, je ne sais pas
si vous voulez juste expliquer pourquoi vous avez pensé que c'était important
de souligner ça dans votre mémoire, et si vous avez des autres choses à ajouter
à cette discussion, et, quand même, pour vous aussi, M. Blackburn, pour votre
organisation, pourquoi les tarifs... pourquoi il faut discuter des tarifs dans
ce projet de loi.
M. Vincent
(François) : Bien, sur les tarifs d'électricité, on a déposé un
mémoire, la FCEI, dans le cadre des consultations
sur l'énergie, puis un de nos postulats, c'était que, parce qu'il y a
l'interfinancement, c'est-à-dire que les PME paient 18 % à 28 % plus
cher leur électricité, bien, c'est un désincitatif à investir dans la
transition énergétique.
Puis quelque chose
qui m'a marqué en lisant l'analyse d'impact réglementaire, c'est qu'un des
éléments majeurs qui fait en sorte que nos bâtiments puis les bâtiments
résidentiels sont moins efficaces énergétiquement, bien, c'est parce que le
tarif est trop bas. Mais le tarif est trop bas parce que le tarif de la PME est
trop élevé. Ça fait qu'il faut avoir une action concertée gouvernementale. Puis,
si on ne s'attaque pas à l'interfinancement, bien, on va faire par la porte
d'en arrière ce qu'on fait par la porte d'en avant, c'est-à-dire qu'on va
obliger, par règlement, le fait que les gens adaptent leurs bâtiments pour
améliorer l'efficacité énergétique au lieu de s'attaquer aux sources du
problème quant à la tarification de l'électricité puis au fait que les PME
paient trop actuellement.
M. Blackburn
(Karl) : Si je peux me permettre d'ajouter. M. le député, d'abord,
merci beaucoup pour l'invitation pour le café. Ça me fera plaisir également.
Mais je suis content de constater qu'entre autres les recommandations et les
propos du Conseil du patronat du Québec peuvent influencer d'une certaine façon
le gouvernement du Québec dans ses prises de décisions, toujours dans le but de
s'assurer d'avoir les meilleures conditions possible pour que le Québec, les
entreprises du Québec, les employeurs du Québec puissent faire ce qu'ils savent
faire de mieux, c'est-à-dire créer de la richesse, créer de la croissance,
créer de la prospérité économique.
Malheureusement, dans
certains cas, on ne voit pas cette croissance et cette prospérité économique
parce que, dans une certaine mesure, il y a vraiment une lourdeur
réglementaire, une incapacité pour les entreprises, dans certains cas, d'être compétitives vis-à-vis leurs
marchés voisins. On pense beaucoup à l'Ontario ou aux autres provinces
canadiennes, mais également à l'ensemble de l'Amérique, et éventuellement à
l'Europe, et même à tout ce que peut représenter la francophonie économique.
Les tarifs
électriques, mon collègue François vient de vous le démontrer très rapidement
et surtout très facilement, malheureusement, la facture électrique qui est
assumée par les entreprises ne reflète pas la réalité, en termes du coût de
production ainsi que du coût de transport de cette énergie, de par la décision
du gouvernement de geler les tarifs électriques pour les citoyens du Québec.
Alors, tant qu'il y a cet élément qui vient, en quelque sorte, fragiliser ou
diminuer la compétitivité des entreprises québécoises, bien, on va demeurer
toujours fragiles par rapport à cette compétition qui est de plus en plus
internationale et de plus en plus féroce, surtout dans un contexte de
ralentissement économique et d'incertitude économique devant nous.
• (12 h 10) •
M. Kelley :
Merci beaucoup pour votre réponse. On a aussi discuté plusieurs fois avec
des différents groupes l'idée que ça va prendre des programmes structurants qui
existent pour aider, si c'est des municipalités ou quand même des entreprises,
de faire la transition énergétique. Je sais que j'ai rencontré PME
Ouest-de-l'Île, puis on a discuté de la transition énergétique, puis tout le
monde a dit : Bien, qu'est-ce qui existe présentement, des fois encore, c'est peut-être trop de paperasse ou,
quand même, ça prend trop de temps d'avoir une réponse. Alors, ils mettent
ça à côté puis ils juste continuent avec la structure qui existe. Alors, la
suggestion, c'est comme... ça va vraiment prendre un programme qui est très simple
et efficace.
Mais, quand même, le
fardeau ne peut pas toujours être sur le dos des entreprises et des
entrepreneurs de faire les efforts. Ça prend l'assistance du gouvernement et
des investissements massifs. Alors, je sais... je ne sais pas si vous avez
réfléchi un petit peu sur c'est quoi, la meilleure façon, si c'est, quand même,
d'avoir plus de... changer des fenêtres
comme dans une entreprise. Il y a plein des choses, comment on doit mieux aider
nos entrepreneurs à être plus
efficaces. Mais je ne sais pas si vous avez des suggestions pour le
gouvernement sur comment il peut faire ça mieux.
M. Vincent (François) : Bien,
moi, je dirais : Simple, efficace, avec aussi un engagement des différents
ministères et organismes pour pousser l'information. On a dévoilé, la FCEI, en
début d'année, un rapport de recherche qui démontre que les crédits d'impôt
sont peu connus par les dirigeants d'entreprise. C'est 30 % des PME, OK,
c'est... ce n'est pas les grandes entreprises, 30 %, puis plus l'entreprise
est... qui sont... qui connaissent les programmes et aides financières. Plus tu
es petit, moins tu es au courant. Puis c'est 50 % des dirigeants de PME
qui vont faire la recherche, le travail puis le dépôt desdits crédits d'impôt.
Puis là on se retrouve dans une situation de pénurie de main-d'oeuvre qui
frappe particulièrement le Québec, puis la conséquence numéro un, c'est que le
dirigeant d'entreprise va faire plus d'heures, donc il éteint des planchers...
il éteint des feux sur le plancher. Donc, la situation actuelle fait en sorte
que c'est plus difficile pour les dirigeants d'entreprise d'avoir accès à ces
crédits d'impôt là. Donc, simplifier, moins de paperasse puis avoir une bonne
façon de rentrer en contact avec les entreprises qui pourraient bénéficier de certains
programmes.
M. Blackburn (Karl) : Si je
peux me permettre d'ajouter un élément, nous avons effectivement, nous
également, au Conseil du patronat du Québec, sondé la réalité par rapport aux
entreprises québécoises, et, en 2022, lorsque nous avons dévoilé notre livre
vert concernant l'environnement et les changements climatiques... D'une part,
les entreprises sont très largement en faveur et conscientes de ces changements
de société dans lesquels on s'inscrit, elles veulent le faire, et elles ont commencé
à le faire, et elles assurent, je dirais même, un leadership international à
cet égard-là. Malheureusement, la méconnaissance des mesures, la méconnaissance
des programmes existants pouvant les... leur permettre, justement, de faire
cette transition est vraiment un frein majeur à cette espèce de transition
possible pour nous.
Et, si je peux me permettre un commentaire, il
serait intéressant d'avoir autour de la table des gens qui ne cherchent pas
simplement le fait de dire que non, ce n'est pas possible de le faire de telle
ou telle façon, mais ce serait davantage avantageux d'avoir des gens autour de
la table qui diraient : Vous avez un problème, on va tenter de vous
accompagner pour le régler, parce qu'il en va, je dirais, de la survie de vos
organisations, de la... de la crédibilité de notre politique ou de nos
politiques, mais surtout de réels effets concernant la lutte aux changements
climatiques. Alors, dans ce contexte-là, je pense qu'on aurait tous intérêt à
travailler dans le même sens et dans le même objectif.
M. Kelley : Merci beaucoup. Une
question sur un différent sujet, c'est concernant l'autoproduction. Puis je
parle vraiment comme... On parle de mettre les panneaux solaires sur le toit
d'une entreprise ou, quand même, dans un parc industriel. On a entendu encore
hier les municipalités, qui ont parlé des projets existant avec Hydro-Québec,
qui sont très intéressants pour eux autres. Mais est-ce que, dans ce projet de
loi, on doit regarder cet aspect qu'il y a des règles qui sont différentes
d'une municipalité à l'autre? Est-ce qu'il faut, dans un sens, permettre
certaines entreprises de produire leur propre électricité ou est-ce que c'est
mieux de garder ça pour un autre projet de loi? Je ne sais pas si vous avez
réfléchi un petit peu cet enjeu de l'autoproduction, mais pas juste ça, l'idée
des microréseaux, qui peut être une solution à notre «crunch» énergétique.
M. Vincent (François) : Bien,
tu sais, je laisserais le CPQ parler pour le CPQ. Moi, c'est peut-être une
réflexion qui pourrait bien venir dans le cadre de toute la réflexion sur
l'énergie puis le projet de loi qui va être... qui va être déposé que dans un
projet de loi sur les modifications de normes des bâtiments.
M. Blackburn (Karl) : Pour ma
part, bien évidemment, la réponse est oui. L'autoproduction, la capacité de
produire de l'énergie sur un mode particulier, sur des projets spécifiques,
peut être une clé pour nous aider à passer à travers la situation de la crise
énergétique dans laquelle on semble se diriger, malheureusement, avec les
besoins qui sont grandissants au Québec, mais, malheureusement, la capacité de
rencontrer ces besoins. Alors, d'une part, pour nous, il est clair
qu'Hydro-Québec est notre vaisseau amiral. Hydro-Québec doit continuer de jouer
un rôle de leadership au Québec, en Amérique et dans le monde. Mais que les
entreprises puissent avoir accès à des sources d'énergie qui proviennent
d'autres producteurs, pour des besoins spécifiques, est certainement une avenue
intéressante à envisager. On aime souvent répéter : D'être capable
d'utiliser la bonne énergie au bon endroit fait partie également de ces
éléments de collaboration ou de permettre, justement, d'atteindre ces
objectifs.
On a plusieurs, aussi, municipalités ou même
organisations régionales qui ont eu la capacité de créer des... des
minicentrales, entre autres, puis des productions d'énergie avec des éoliennes,
ou autres, qui permettent d'avoir des retombées directes dans les communautés,
mais également qui permettent, justement, de faire en sorte que ces retombées
puissent servir la création, le développement de ces communautés. Donc, il y a
là vraiment une utilisation gagnant-gagnant entre le grand producteur
énergétique au Québec qui est Hydro-Québec, mais également la capacité d'avoir
accès à d'autres sources, d'autres producteurs pour maximiser l'objectif commun
d'avoir l'énergie nécessaire pour développer l'ensemble des entreprises au
Québec et leur permettre de décarboner également leur production. Parce que ce
qu'on rend compte actuellement, c'est que des grandes entreprises au Québec qui
ont les capacités financières, qui ont les projets réels
entre les mains pour décarboner leur production se heurtent malheureusement à une réponse de non-disponibilité de l'énergie, ce
qui nuit, d'une certaine façon, à l'atteinte de l'objectif du gouvernement
du Québec de décarboner notre production d'ici 2050 et même avant, d'ici 2030,
mais en même temps qui risque de mettre... de fragiliser nos entreprises, qui,
elles, font face à une compétition internationale. Et les producteurs
internationaux sont de plus en plus agressifs dans leurs offres pour attirer
des entreprises sur leurs territoires.
M. Kelley : Merci beaucoup. Et
pour vous autres, pour vos membres, est-ce que les discussions autour de
l'énergie, c'est une préoccupation à ce que... il y a certaines entreprises
présentement qui regardent la situation ou a quand même peut-être reçu un
message ou une réponse d'Hydro-Québec qu'il va y avoir un délai pour leurs
projets? Est-ce que ça, c'est quelque chose qui arrive présentement sur le
terrain, qui arrive présentement à vos membres?
M. Blackburn (Karl) : Oui, la
réponse est oui. Malheureusement, il y a des projets actuellement qui sont mis
sur pause, des projets de décarbonation, parce que, malheureusement, l'énergie
n'est pas disponible pour les aider ou, à tout le moins, le gouvernement ne
choisit pas de rendre cette énergie disponible pour les aider à faire cette
décarbonation. Et, bien évidemment, nous aurons l'occasion, lorsque le projet
de loi du gouvernement sur l'avenir énergétique du Québec sera déposé, nous
aurons l'occasion d'aller faire également des présentations ou des propositions
qui correspondront, d'une part, à la réalité économique du Québec,
deuxièmement, aux besoins des entreprises du Québec, mais, troisièmement, à la
capacité de leader qu'a le Québec de maintenir cette avance sur les marchés
internationaux et les marchés nord-américains en termes de producteur d'énergie
verte et renouvelable.
Le Président (M. Jacques) :
Merci, M. Blackburn et M. Vincent, pour votre contribution à nos
travaux.
Nous allons suspendre quelques instants afin
d'accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 12 h 18)
(Reprise à 12 h 19)
Le
Président (M. Jacques) :
Nous reprenons nos travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentantes du Centre d'études et de recherches intersectorielles en
économie circulaire, conjointement avec l'Institut AdapT. Je vous rappelle que
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi nous procéderons
à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à
vous présenter et à débuter votre exposé.
Centre d'études et de
recherches intersectorielles en
économie circulaire (CERIEC) et Institut AdapT
Mme Duval
(Karla) : M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les
députés, membres de la commission, je me présente, Karla Duval. Je suis
la directrice exécutive de l'Institut AdapT. Et je suis accompagnée aujourd'hui
de ma collègue Hortense Montoux, chargée de projet au CERIEC et coresponsable
du laboratoire d'accélération en économie
circulaire, secteur de la construction. Nous vous remercions pour cette
invitation à participer aux consultations sur le projet de loi
n° 41.
• (12 h 20) •
Avant de plonger dans le vif du sujet et de vous
partager nos observations et recommandations sur le projet de loi,
permettez-moi de vous faire un bref survol du CERIEC et de l'Institut AdapT.
Le CERIEC, le Centre d'études et de recherches
intersectorielles en économie circulaire, a été mis sur pied en septembre 2020.
Le CERIEC a pour mission de contribuer au déploiement de l'économie circulaire
et à en maximiser les retombées pour les acteurs économiques, les gouvernements
et la société civile. Parmi ses activités, le CERIEC anime depuis 2021 le
laboratoire d'accélération en économie circulaire pour le secteur de la
construction, un dispositif rassemblant plus de 300 acteurs du milieu et
des chercheurs.
L'Institut AdapT a quant à lui vu le jour en
2022. Il a pour mission de développer des solutions et pratiques innovantes
pour la conception et la construction d'infrastructures circulaires et
résilientes aux changements climatiques. Il s'est donné le mandat d'agir comme
un guichet unique et de regrouper les forces vives académiques, scientifiques
et industrielles afin d'accélérer l'adaptation de notre environnement bâti. Les
deux organisations font partie de l'École de technologie supérieure.
D'emblée, nous souhaitons saluer l'initiative du
gouvernement avec le projet de loi n° 41. La reconnaissance de
l'importance cruciale de mesurer et publiciser certaines données
environnementales des bâtiments est une avancée importante. À travers notre
analyse, nous avons identifié certaines opportunités qui pourraient renforcer
la portée du projet de loi, notamment en incluant les notions d'économie
circulaire et d'adaptation aux changements climatiques. Ces éléments sont
essentiels dans la conception de bâtiments résilients et durables pour les
générations futures.
Grand consommateur de ressources, le secteur de
la construction au sens large est parmi ceux qui émettent le plus de gaz à
effet de serre et génèrent le plus de matières résiduelles. L'économie
circulaire, en réduisant la consommation de ressources, en prolongeant la durée
de vie des produits et en favorisant la réutilisation des matériaux, offre une
réponse concrète aux enjeux actuels. Elle représente à la fois une opportunité
économique et une façon de minimiser la pression sur nos écosystèmes naturels.
Nos
efforts doivent se déployer sur plusieurs fronts. Il ne suffit pas de réduire
nos émissions et limiter le réchauffement. Il faut, en parallèle, se préparer
aux événements climatiques extrêmes de plus en plus fréquents, en d'autres mots, adapter nos façons de faire à la
réalité des changements climatiques. Nos universités regorgent d'experts qui
travaillent au quotidien pour développer des technologies et des pratiques
novatrices et des matériaux résilients et circulaires.
Une collaboration accrue entre les gouvernements, les entreprises et le monde
de la recherche est incontournable.
Je vais maintenant
céder la parole à ma collègue, qui pourra vous détailler davantage nos
recommandations afin de bonifier le projet de loi. Merci.
Mme Montoux
(Hortense) : Comme l'a indiqué ma collègue Karla, nous saluons
l'existence de ce projet de loi et avons proposé trois recommandations dans
notre mémoire pour lui donner une portée plus ambitieuse et plus cohérente avec
les objectifs climatiques. Avant de vous exposer ces recommandations, nous
aimerions souligner qu'il nous semble qu'une grande partie de l'impact réel du
projet de loi n° 41 dépendra de la rédaction des règlements d'application
qui suivront son adoption. En effet, selon les seuils proposés pour la cote de
performance et les méthodes de calcul applicables, le gouvernement enverra un
message plus ou moins clair aux propriétaires de bâtiment envers ces attentes.
Nous vous encourageons donc à avoir une approche ambitieuse lors de
l'établissement de ces seuils.
Ceci dit, et pour
revenir plus directement au projet de loi dans sa forme actuelle, il nous
semble essentiel d'avoir une vision plus complète de la notion de performance
environnementale. En effet, jusqu'à présent, on a considéré le plus souvent le
carbone opérationnel, et c'est ce qu'on croit lire aussi dans ce projet de loi,
c'est-à-dire la quantité d'émissions de gaz à effet de serre libérés pendant la
phase opérationnelle ou d'utilisation d'un bâtiment, généralement le chauffage,
l'éclairage, la climatisation. C'est la partie la plus visible et la plus
facile à calculer. Mais nous avons, au Québec, la chance d'avoir une
électricité fortement décarbonée, et des efforts sont déployés en ce moment
autour de l'efficacité énergétique des bâtiments, ce qu'on salue. On peut donc
prévoir que la part des gaz à effet de serre liés à ce carbone opérationnel va
être amenée à diminuer.
Mais ces efforts-là
ne sont pas suffisants. Pour continuer à avancer vers une véritable réduction
significative des émissions, il faut plutôt s'intéresser à la notion de carbone
dit intrinsèque. Le carbone intrinsèque fait référence aux émissions associées
à la fabrication, à la mise en place et à l'utilisation des matériaux de
construction sur l'ensemble du cycle de vie, depuis l'extraction des matières
premières jusqu'à leur fin de vie, qui est le plus souvent l'enfouissement. Une
fois le bâtiment construit ou rénové, autrement dit, une fois les choix faits
en ce qui concerne les matériaux, leur provenance, le mode de transport pour
les acheminer, les approches de conception et le mode de construction, on ne
peut plus revenir en arrière. Ce carbone-là est émis une fois pour toutes. Et,
quand on sait que les bâtiments qu'on construit aujourd'hui seront, pour la
grande majorité, encore debout en 2050 et que nous devons avoir atteint la
carboneutralité d'ici là, on comprend alors l'importance de travailler
explicitement et dès maintenant sur le carbone intrinsèque.
Cette approche plus
complète permet un calcul, donc, de performance environnementale plus exhaustif
des bâtiments, et c'est essentiel, mais cette approche permet aussi de
développer de nouveaux réflexes, une vision et un mode de pensée systémique
dont nous avons vraiment besoin pour résoudre nos défis actuels qui sont eux
aussi complexes. C'est ce que nous essayons de développer, par exemple, au sein
du laboratoire d'accélération en économie circulaire pour le secteur
construction, qui encourage vraiment les acteurs à prendre conscience qu'un
choix fait au moment de la commande ou la conception d'un bâtiment a des
impacts plus loin dans la chaîne de valeur ou dans l'opération du bâtiment, de
sa déconstruction ou de la gestion des résidus, par exemple.
Le lab a ainsi mené
19 projets d'expérimentation pour tester des solutions de circularité.
Ainsi, l'un des projets de ce lab a pu explorer les stratégies de conception
qui permettent de rendre un bâtiment adaptable et démontable par rapport au
mode de conception actuel. Un autre a démontré comment déconstruire des bâtiments
en vue du réemploi à un coût équivalent à celui de la démolition. Un autre
s'est penché sur la manière d'intégrer les éléments issus du réemploi dans un
projet de rénovation typique résidentielle. Encore un autre projet a regardé
comment la construction modulaire, qui va être amenée à se développer beaucoup
dans les prochaines années, pourrait être compatible avec la déconstruction. Et
chacun de ces exemples démontre que c'est bien cette articulation entre les
maillons de la chaîne qui détermine si un bâtiment est durable, circulaire ou
résilient ou, au contraire, jetable, intensif en consommation de matières
vierges et non adapté aux réalités climatiques actuelles et futures. C'est
vraiment en adoptant cette logique-là, qui est véritablement basée sur le cycle
de vie du bâtiment, que les choix les plus intelligents deviennent alors une
évidence.
Si on est contraints
de réduire l'impact global du bâtiment, on doit se tourner vers des matériaux
locaux biosourcés à fort contenu recyclé ou réemployé. On va être amenés à
travailler avec des fournisseurs industriels qui sont eux-mêmes engagés dans
des réductions d'impact, etc. Donc, on voit vraiment l'effet d'entraînement sur
l'ensemble du secteur que cette approche systémique peut avoir. Et c'est de cette
manière qu'on peut faire une réelle différence quant à l'impact carbone du
bâtiment.
Nous avons mentionné
dans notre mémoire l'exemple de la France, qu'il serait intéressant de suivre
de près, car le déploiement de sa réglementation environnementale, la RE2020,
est en cours, et on y trouve un lien clair et très explicite entre les
objectifs de réduction des gaz à effet de serre du secteur et des plafonds
d'équivalents CO2 par mètre carré
construit. Pour chaque mètre carré construit, on doit donc avoir cette logique
d'optimisation de la ressource et de réduction de l'impact
environnemental. Nous vous invitons donc à suivre le développement en cours de
cette loi et les leçons qu'il faudra en tirer pour pouvoir en adapter certains
éléments à notre contexte québécois.
Notre deuxième recommandation va dans le même
sens. Le carbone intrinsèque, dont on vient de parler, c'est un indicateur
essentiel aussi lorsqu'on se place dans une logique de circularité et
d'adaptation aux changements climatiques. Requestionner le besoin d'un bâtiment neuf, réduire la
quantité de ressources utilisées, envisager des usages multiples ou
alternatifs pour retarder la fin de vie, favoriser le réemploi, concevoir un
bâtiment avec des mesures de résistance des
matériaux ou de confort d'été, d'hiver, intégrées dès la conception, tous ces
exemples sont des stratégies pour réduire les émissions sur l'ensemble de la
vie d'un bâtiment et peuvent bien sûr se cumuler. Notre mémoire propose
une liste non exhaustive de stratégies de circularité et d'adaptation aux
changements climatiques, ce qui démontre qu'il y a vraiment des cadres
existants, des stratégies concrètes, des projets pilotes qui existent et qui
peuvent vraiment soutenir les acteurs dans leurs choix.
Par ailleurs,
l'intégration systémique de ces objectifs de circularité et d'adaptation dans
la loi n° 41 et aussi, graduellement, dans tout le
corpus législatif permettrait de renforcer la cohérence des politiques
environnementales et d'envoyer des messages clairs aux acteurs dans les milieux
économiques. Il nous semble important désormais de souligner que toute action,
toute politique environnementale devrait clairement viser plus de circularité
et plus de résilience face aux changements climatiques pour le Québec. Comme
indiqué dans notre mémoire, ce modèle semble le seul qui permettra de résoudre
les enjeux et l'urgence à laquelle nous sommes confrontés.
Enfin, notre dernière
recommandation vise à reconnaître que pour se donner les moyens d'une approche
systémique, ambitieuse, qui tient compte du carbone intrinsèque dans une
logique de circularité et de résilience, il reste du travail à faire. On le
sait, il reste de la donnée à générer et à structurer, des méthodes et des
outils à développer autour de l'analyse du cycle de vie, par exemple, il reste
des acteurs à mobiliser dans cette transition. On peut citer, comme exemple
d'outil concret, les lignes directrices très parlantes de la ville de Vancouver
pour la prise en compte du carbone intrinsèque, par exemple. La recherche, la cocréation
de solutions innovantes avec les acteurs du secteur de la construction, la
préparation de la mise en oeuvre avec un agenda progressif et annoncé sont
autant de leviers qu'il faudrait activer pour poursuivre le travail entamé par
le CERIEC, par l'Institut AdapT, mais aussi par d'autres acteurs majeurs sur
l'ensemble de ces stratégies.
Nous vous remercions
pour votre attention et sommes disponibles pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole à M. le ministre pour une période
d'échange de 12 min 30 s.
• (12 h 30) •
M. Charette :
Merci, M. le Président. Temps que je vais partager avec un de mes
collègues. Mesdames, merci d'être avec nous ce matin. Très intéressant. Je vais
y aller, comme je le fais pour plusieurs groupes, certains commentaires pour
peut-être donner suite à votre propos. N'hésitez pas à réagir à ces
commentaires si vous le souhaitez. Et c'est
mon collègue qui va prendre la relève pour davantage les questions, là, qui
vous seraient adressées.
Sinon, vous avez
parlé du carbone intrinsèque. C'est un concept qui a été évoqué, là, par
quelques-uns des groupes que nous avons entendus depuis le début de la
consultation. Et, je peux vous rassurer, lorsqu'il est question, dans le projet
de loi, des travaux de construction, c'est réellement l'ensemble du cycle qui
est visé, donc la... la construction, l'entretien et ultimement la démolition.
Je vais déjà aborder
un élément, là, qui est en dehors du cadre du projet de loi, mais sur lequel on
travaille. Une fois arrivés à la fin du cycle de vie, les fameux CRD, les... la
matière résiduelle, là, qui relève de la construction, de la rénovation et de
la démolition, se retrouvent à l'heure actuelle essentiellement à l'enfouissement.
On a fait des grosses avancées au cours des dernières années sur plusieurs
aspects de la gestion de notre matière résiduelle, qu'elle soit organique, que
ce soit à travers la consigne, que ce soit à travers la collecte sélective,
mais, au niveau des CRD, on a encore beaucoup, beaucoup de travail à faire. Et
c'est la raison avec... pour laquelle, avec le CETEQ, avec RECYC-QUÉBEC, on
travaille à implanter de la réglementation à ce niveau-là et des obligations.
Donc, au cours des prochains mois, on va souhaiter faire des avancées à ce
niveau-là, au même titre qu'on en a fait, là, dans les autres aspects de la
gestion de la matière résiduelle. Mais sinon, vous rassurer, lorsqu'il est
question de travaux de construction dans le projet de loi, c'est réellement l'ensemble
du cycle qui est... qui est pris en compte.
Sinon, au niveau...
Vous avez évoqué l'importance de la... de l'ambition de la réglementation à
venir. Je ne peux pas être plus d'accord avec vous. C'est une réglementation
qui va toucher différents aspects, différents fronts, oserais-je dire. Mais ce
que je répète à peu près à chacun des groupes, c'est que cette
réglementation-là sera établie et travaillée avec les partenaires. C'est un
projet de loi qui est d'abord et avant tout habilitant, donc qui nous donne la
possibilité, qui nous donne les pouvoirs pour mettre en place cette
réglementation-là, mais, sans ces pouvoirs-là, c'est difficile de développer la
réglementation. Donc, on a une bonne idée où on souhaite aller. Et vous serez
interpelés aux prochaines étapes, là, pour justement y ajouter votre point de
vue et votre expertise au moment, là, des démarches qui vont suivre l'adoption
du projet de loi, s'il devait être adopté.
Donc, c'est les deux
éléments sur lesquels je voulais... je voulais revenir. N'hésitez pas à les
commenter. Sinon, je vais céder la parole à mon collègue avant de vous...
Avant, je veux vous remercier encore une fois d'être avec nous ce matin, là.
C'est très apprécié.
Mme Montoux
(Hortense) : Merci. En réaction, j'ajouterais juste, bien, que je suis
heureuse d'entendre le... notamment le... l'approche collaborative que vous
mettez de l'avant, puis qu'on sera bien évidemment disponibles pour collaborer sur... sur l'ensemble des
prochaines étapes, et notamment avec les chercheurs aussi de nos deux
instituts, qui ont, évidemment, une expertise très poussée sur ces
sujets-là.
Le Président (M.
Jacques) : Merci. M. le député de Masson...
M. Lemay : Merci, M. le Président.
Le
Président (M. Jacques) : ...pour neuf minutes.
M. Lemay : Aucun
souci. Merci, M. le Président. Donc, Mme Montoux et Mme Duval, très heureux de
vous voir aujourd'hui. Félicitations pour vos travaux que vous effectuez, pour
vos collaborations respectives. Et aussi, en même temps, l'ETS, là, c'est quand
même leur 50e anniversaire cette année. Donc, si possible, on se croisera
lors de cet événement festif en mars prochain.
Alors, dites-moi,
bien, vous l'avez mentionné dans votre mémoire à la page 5, là, justement, là,
chaque dollar investi, là, en adaptation aux changements climatiques nous
rapportera 15 $ d'économies dans le futur. Donc, c'est quand même
important d'y penser aujourd'hui si on veut avoir ces économies futures et
si...
Je prendrais les
propos du ministre et de revenir un peu sur ce qu'il venait de mentionner. Vous
le mentionnez aussi à la page 6 de votre mémoire, là. Vous avez, justement, le
Lab construction du CERIEC, là, où... dans lequel que vous... vous faites, si on
veut, certaines expérimentations, justement, pour réduire les GES sur le cycle
de vie. Est-ce que vous voulez nous parler un petit peu plus du Lab
construction du CERIEC?
Mme Montoux
(Hortense) : Oui, avec plaisir. C'est un dispositif qui a été mis en place
début 2021 puis c'est le premier lab d'accélération. Puis on est en train
d'en déployer plusieurs sur le même dispositif. C'est vraiment basé sur deux
piliers qui sont la cocréation et l'expérimentation. On est persuadés que
travailler avec plusieurs acteurs, c'est vraiment cette intelligence collective
là qui va concrètement faire avancer les choses. On le voit bien, on l'a... on
a fait tout un travail sur une vision d'un secteur de la construction plus
circulaire. Puis des freins... puis on voit dans les freins qu'il y a beaucoup
de freins qui sont, évidemment, de toutes natures. On a identifié des freins
économiques, réglementaires, mais il y a aussi beaucoup de freins qui sont liés
aux pratiques, aux cultures, aux manières de
faire, qui se travaillent sur le temps plus long, mais qui nécessitent vraiment
une collaboration de l'ensemble des acteurs pour pouvoir faire bouger un
petit peu les curseurs.
Donc, on a eu un
dispositif vraiment de cocréation sur ces trois grandes étapes : vision,
freins, solutions. Et puis ces solutions-là
ont ensuite été rendues concrètes sous forme de 19 projets
d'expérimentation qui sont présentement en train de se terminer. On entre progressivement, là, dans les
prochains mois, dans la phase de transfert des connaissances. On a
vraiment à coeur de partager avec un cercle encore plus large que les
300 personnes qui ont contribué à ce dispositif l'ensemble de ces
résultats. Il y a vraiment des choses très diverses et très concrètes. On a
vraiment des...
Par exemple, sur la
question de l'analyse de cycle de vie, on a un groupe qui a travaillé à
réfléchir comment on peut faire évoluer les méthodologies d'analyse de cycle de
vie pour mieux, justement, prendre en compte les stratégies d'économie
circulaire. Tout ça est d'intérêt pour les gens qui font de l'ACV. Puis on
comprend aussi qu'il va y en avoir de plus en plus et que ça va potentiellement
devenir des choses obligatoires avec ce qui s'en vient. Donc, il y a vraiment
un enjeu à avoir une vision la plus large possible grâce à l'ACV puis au...
d'inclure vraiment les stratégies d'économie circulaire.
Et ce qui est
intéressant, c'est qu'on a aussi des outils très clés en main pour les acteurs.
On a des fichiers Excel de calcul de flux de matières, de suivi de données
autour du réemploi, etc., puis des livrables aussi plus axés sur la recherche,
mais il y a vraiment une grande diversité de contenu qui a été générée. On
compte bien poursuivre ce travail-là. On se rend compte que, sur certains
freins, on a seulement commencé à l'éclairer, à le rendre visible et puis qu'il
faut encore beaucoup de travail.
Puis c'est aussi le
sens de ma dernière recommandation, c'est qu'il y a encore beaucoup de choses à
affiner dans tout ça. Il y a encore de la donnée à générer, des outils à créer
pour soutenir cette transition-là qui est essentielle et qui doit se faire avec
l'ensemble des acteurs. Donc, nous, on croit vraiment dans ce modèle de
cocréation et de recherche basée sur l'expérimentation, avec de vrais terrains.
Puis on constate des
freins vraiment très concrets. On a un projet de rénovation résidentielle qui
vise à utiliser des fenêtres issues du réemploi. Bien, jusqu'à ce que le permis
soit déposé puis obtenu, on n'était pas certains que ça allait fonctionner. Il
y a encore des blocages de... très, très pragmatiques, très terrain qu'il faut
aller regarder, qu'il faut... pour lesquels il faut pousser le test de la vraie
vie pour voir ce qui... ce qu'il en ressort et qu'est-ce qu'on peut activer
comme levier.
M. Lemay : Merci,
Mme Montoux, pour cette explication. J'aimerais vous emmener maintenant à
la page 7 de votre mémoire, là. Justement, le ministre en parlait aussi,
là, puis vous en avez fait une présentation dans votre exposé initial, sur le
carbone intrinsèque versus le carbone opérationnel. Puis j'aimerais savoir, au
niveau des outils qui sont mis à la
disposition pour justement estimer les GES, là, en lien avec le carbone
intrinsèque, là... Il y a un outil qui a été financé en partie par le
gouvernement du Québec, là, Gestimat. Donc, j'imagine que vous... c'est un
outil que vous utilisez. Peut-être nous en
parler. Est-ce qu'il y a d'autres outils d'estimation que vous faites dans
votre... dans vos chaires de recherche ou c'est vraiment... l'outil
dédié, c'est Gestimat?
Mme Montoux
(Hortense) : Non, il y a plusieurs outils qui existent, qui se
côtoient puis qui sont aussi en cours de
développement. Justement, dans le projet dont je parlais à l'instant, sur
l'équipe qui a travaillé sur l'intégration des stratégies de circularité
dans l'analyse de cycle de vie, il y a aussi... ils ont fait, justement, une
analyse des outils existants sur le marché. Donc, il y a Gestimat puis il y en
a trois... trois autres, de mémoire, One Click LCA, Tally, puis le troisième
m'échappe, mais je pourrais vous le transmettre. Ce document est... est déjà
public, de toute façon, cette note sur l'ensemble des outils existants dans le
marché.
Donc,
il y a des outils existants. On est confrontés au fait qu'ils sont basés sur
des bases de données qui ne sont pas toujours paramétrables. Donc, quand on
veut ajouter des stratégies de circularité là-dedans, de prendre en compte un réemploi d'un matériau qui se trouve
dans un autre système, bien, ce n'est pas toujours évident. Donc, il y a encore
du travail, de l'ajustement à faire.
Gestimat
a contribué aussi à... l'équipe, en tout cas, derrière... derrière Gestimat,
qui sont les gens de Cecobois, ils ont contribué à nos discussions
autour de cette réflexion-là. Puis ça soulève aussi un enjeu qu'on retrouve
dans pas mal de ces... de ces sujets-là autour de la circularité, c'est qu'il
n'y a pas encore de standardisation. Donc, il y a plusieurs outils qui se
côtoient, qui fonctionnent ensemble. Il y aurait sûrement de l'intérêt à aller
vers plus de standardisation.
Puis c'est un peu le
débat qu'ouvre ce projet-là et ses livrables aussi, de dire : Il y a
plusieurs manières de faire des analyses de cycle de vie, il y a plusieurs
manières de considérer des bases de données, pourrait-on réfléchir à une manière
intelligente de travailler un petit peu tous ensemble de la même manière pour
avoir des résultats comparables entre deux ACV, ce qui n'est pas toujours le
cas, malheureusement, en date d'aujourd'hui? Mais ça reflète qu'il y a
encore... encore du travail à faire, c'est vraiment un domaine qui est en
effervescence, puis qu'il y a probablement des discussions à poursuivre au sein
des acteurs pour... pour avancer vers une relative standardisation des
pratiques là-dedans.
• (12 h 40) •
M. Lemay : Donc,
en résumé, ce que je comprends, c'est qu'il pourrait y avoir de l'optimisation.
Il pourrait y avoir un forum ou un groupe de travail, là, pour justement
standardiser les mesures d'estimation. C'est ce que je comprends.
Mme Montoux
(Hortense) : Oui, tout à fait. Puis je pense que ce qui serait
pertinent aussi, c'est un arrimage avec les travaux qui se font au fédéral en
ce moment là-dessus. Il y a un... une plateforme sur la décarbonation des
bâtiments qui a des réflexions aussi autour de ces sujets-là. Je pense qu'il y
avait l'idée de développer une base de données nationale aussi. Je ne suis pas
certaine si les travaux sont encore en cours, parce que ça semble peut-être
être mis sur la glace, mais, en tout cas, il y a aussi des réflexions de ce côté-là.
Puis, avec le code national de bâtiment qui s'en vient en 2030, qui doit
prendre en compte l'adaptation aux changements climatiques, il faudrait que le
Québec soit aussi dans ces... dans ces conversations-là pour pouvoir avoir des
arrimages intelligents autour de tout ça.
M. Lemay : OK.
Donc, je note, là, que vous suggérez des amendements aux articles 1 et 6,
là, pour qu'on puisse mieux spécifier le carbone intrinsèque, là. Je ne suis
pas juriste, là, ça fait que je n'ai pas la vision de comment ça devrait être
rédigé, mais j'imagine que ce sera tenu en considération au besoin.
Vous faites aussi
d'autres recommandations, à la page 8 de votre mémoire, là, justement,
d'avoir des modifications aux articles 4 et 14, au niveau de la notion
d'économie circulaire, pour vraiment que ce soit bien mentionné puis inclus au
projet de loi. À l'article 14, là, on parle, là, notamment, dans le projet
de loi, là, de... du programme correcteur, justement. Je regardais ça un petit
peu tout à l'heure. Tu sais, peut-être que vous n'avez pas le projet de loi
devant vous, mais est-ce que vous voulez nous parler un petit peu plus de votre
recommandation que vous faites à la page 8, là? Puis comment vous voyez
l'intégration qu'on pourrait faire, ce que vous suggérez aux articles 4 et
14, là, de la loi édictée par le projet de loi?
Mme Montoux (Hortense) : Bien, c'est qu'on... Les
notions de circularité, d'adaptation, on voudrait qu'elles soient
vraiment explicitées, puis c'est un peu la même idée avec le carbone intrinsèque.
Puis ce qui est intéressant dans la circularité, dans les stratégies
d'adaptation, c'est que... puis c'est un peu ce que je disais, c'est qu'on a
des choses concrètes qui existent déjà. Donc, si on a... on est face à un
bâtiment qui n'a pas une bonne performance, d'avoir, notamment, dans les
programmes correcteurs, dans le... dans ce qui encadre le programme correcteur,
la liste des stratégies de circularité, des stratégies d'adaptation, ça vient
soutenir les acteurs à venir piocher dans cette liste-là de stratégies, de
dire : Pour améliorer la performance de votre bâtiment, voici l'ensemble
des choses que vous pourriez faire.
Puis, comme je le
disais, nous, par exemple, dans le cas du Lab construction, on est en train de
développer une plateforme de transfert de connaissances. Donc, il y a, pour
certaines stratégies de circularité, déjà des outils très, très concrets
auxquels on pourrait référer les acteurs pour pouvoir se lancer dans ces
stratégies-là...
Le Président (M.
Jacques) : ...
Mme Montoux
(Hortense) : ...et ainsi contribuer à venir améliorer leur
performance, pardon.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour ces échanges avec... avec la partie
gouvernementale. Je demanderais le consentement de la commission pour continuer
nos travaux jusqu'à 12 h 53. Est-ce qu'il y a consentement?
Consentement. Merci. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle, à
Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Oui.
Merci. Merci, Mme... Mmes Duval et Montoux, pour la présentation. C'est un
sujet qu'on a peu abordé, l'économie circulaire, alors merci d'amener... amener
ce sujet sur la table.
Vous avez beaucoup parlé, là, des... de la
circularité des matériaux. Est-ce que... Est-ce qu'il y a... est-ce qu'actuellement on sait... des matériaux qui sont
plus recyclables que l'autre... que d'autres? Est-ce qu'il existe des guides,
par exemple, qui peuvent accompagner les développeurs pour ça, pour...
Une voix : ...
Mme Dufour : C'est ça, tu sais, dans
le fond, parce que l'objectif, c'est que les matériaux qui vont être utilisés
dans la construction vont pouvoir servir, un coup déconstruits, là. Donc, je
voudrais vous entendre là-dessus, s'il vous plaît.
Mme Montoux (Hortense) : Oui, tout à
fait. Bien, on identifie déjà deux types de stratégie, là, pour la fin de vie.
Ça peut être, en effet, le réemploi immédiat suite à la déconstruction. Donc,
on a certains des projets du Lab construction qui ont fait cette
démonstration-là. Évidemment, les matériaux qu'on retrouve le plus là-dedans,
c'est le bois, le métal, qui sont relativement réutilisables, avec encore des
enjeux qu'on souhaiterait continuer à travailler autour de l'assurance, par
exemple, comment on fait pour assurer un bâtiment qui contient des matériaux issus
du réemploi, mais, en tout cas, la faisabilité technique de ce réemploi-là est
relativement bien démontrée.
Et puis, sur les voies de recyclage, l'enjeu
qu'on... il y a... on a... on a mené... il y a plusieurs projets du Lab
construction qui touchent à ça puis il y a aussi l'APCHQ qui a mené un gros
projet pilote de tri sur chantier, notamment, dont ils ont peut-être mentionné
l'existence, et puis là on se rend compte qu'évidemment, là, il y a des
logiques territoriales qui sont très différentes. On n'est pas... On n'a pas
les capacités de recyclage des mêmes matières selon les différents territoires,
ce qui... ce qui est normal, mais qui complexifie un petit peu, justement, la
mise en place de lignes directrices, puisqu'il faudrait les ajuster à chaque
réalité territoriale.
Mais, globalement, ce qu'on retrouve, en tout
cas, dans les données plus générales, c'est la même chose, c'est-à-dire que le
bois se recycle bien, les matériaux type métal, aluminium aussi. Et puis on
identifie aussi de manière très récurrente des matériaux qui sont encore
problématiques pour le recyclage, le gypse, par exemple. Il y a eu quelques
expérimentations, quelques projets pilotes. Ce n'est pas évident avec la
réglementation actuelle puis avec l'écosystème d'acteurs qu'on a aujourd'hui.
C'est encore un peu un maillon manquant de ce point de vue là, et puis les
agrégats, qui sont aussi pourtant techniquement relativement recyclables, mais
qui sont dans des grandes quantités, donc pas toujours absorbables non plus
par... par les acteurs locaux.
Mais il y a vraiment cette spécificité
territoriale qui... Puis c'est des réflexions qui ont lieu aussi dans d'autres
comités, de se dire : Bien, est-ce qu'on peut faire une sorte de portrait
territorial de ce qui est disponible pour pouvoir dire simplement aux
acteurs : Vous, dans le territoire dans lequel vous vous trouvez, le bois
est recyclable à telle place, le métal à telle autre, pour le gypse, il
faudrait vous rendre plus loin ou il n'y a pas de solution, mais d'essayer de
donner un portrait régionalisé, finalement, des possibilités, ce qui donnerait
plus de transparence puis plus de...
permettrait aussi d'identifier, justement, sur... dans quelles zones on a des
manques? Il y a encore des zones au Québec qui n'ont aucun lieu de tri pour les
CRD. Donc, évidemment, ces gens-là, il faut peut-être qu'ils aient des
pratiques plus développées en chantier et envoyer directement vers les
recycleurs, versus les zones où il y a des centres de tri efficaces,
transparents, qui fonctionnent bien sur le tri des CRD, plutôt rediriger vers
eux.
Donc, il y a une sorte d'approche différenciée à
avoir qui est nécessaire, qui est... qui n'est pas simple, mais on n'a pas le
choix de passer par ça si on veut une gestion efficace sur l'ensemble du territoire.
Mme
Dufour : Oui, tout à fait. Vous faites état, là, que...
dans votre mémoire, en page 4, que... que l'économie ne serait
circulaire qu'à 3,5 %, alors que mondialement on est plutôt dans l'ordre
du 7,2 %. Donc, on... on n'a pas un bon bilan, là, je comprends. Et,
particulièrement pour les matériaux de construction, il y a un potentiel
économique, j'imagine, assez grand. Est-ce que vous l'avez estimé si... si le
taux, là, augmentait? Parce que c'est des intrants qui seraient peut-être moins chers à ce moment-là pour... pour ceux qui les
prendraient. Donc, je ne sais pas si ça a été estimé.
Mme Montoux (Hortense) : À ma
connaissance, ça n'a pas été estimé sur le plan économique, en tout cas, pas à l'échelle du Québec. On voit évidemment le
potentiel énorme que ça représente. Le chiffre mondial, c'est 7,2 %, mais
il y a des pays dans le monde... Les Pays-Bas, de mémoire, ils sont autour de
23 %, 24 %. Donc, on a une marge de progression qui est
vraiment majeure.
Évidemment, notre chiffre bas, il s'explique
aussi par des réalités territoriales. On a plus d'espace et plus de ressources
que d'autres pays, notamment en Europe. Ça nous a moins poussés, disons, à
circulariser les matières, mais aujourd'hui c'est le temps de le faire,
évidemment.
Et il y a un potentiel économique et certain. Je
pense que la FTQ a... en tout cas, certains organismes de la construction ont estimé du côté des emplois. Je
pense que la Fondation Ellen MacArthur aussi a des travaux là-dessus du
potentiel d'emplois que peut générer l'économie circulaire. Mais, à ma
connaissance, il n'y a pas de travail de potentiel économique pour l'ensemble
du secteur que représenterait une plus grande circularité. Ce serait un travail
passionnant à faire, puis je pense qu'il y a vraiment une expertise aussi à
développer de ce côté-là.
Au Québec, on a, nous, dans certains de nos
projets du Lab construction, ajouté un volet économique. On a quelques chercheurs qui travaillent là-dessus, que
ce soit sur le plan de la déconstruction. En Gaspésie, le projet pilote
a démontré que le coût était identique, déconstruction versus démolition, ce
qui est déjà un argument très fort sur des... On
a fait une analyse économique aussi de l'économie de fonctionnalité dans des
équipements énergétiques de... Bien, là aussi, les coûts sont
potentiellement plus avantageux sur le plan économique.
On n'a pas encore cette vision globale du
potentiel économique de la circularité, mais ce serait vraiment à mettre dans les... dans les prochains... prochains
travaux de nos instituts puis en collaboration avec d'autres acteurs, parce
que c'est... ce serait, en effet, un argument vraiment majeur qu'on pourrait
développer pour plus de circularité.
Mme
Dufour : Tout à fait, parce qu'actuellement une des contraintes du
fait que le... c'est si faible, là, le taux...
En fait, une des contraintes à recycler les matériaux de construction, vous
disiez : Il y a peu... il y a des endroits où il n'y a pas de site. Pour avoir piloté le projet d'écocentre à la
ville de Laval, je peux vous dire que c'est coûteux pour ceux qui
mettent ça en place, donc... Et il y avait même... Des fois, il y a la
philosophie de dire : Bien, si c'est une entreprise,
bien, ils vont payer pour venir à l'écocentre, et donc, parfois, ça ne revient
pas nécessairement plus avantageux, quand
il y a des coûts, là, surtout quand c'est à la tonne, là, pour les
entrepreneurs. Et les villes doivent mettre les sommes pour les opérer,
parce que c'est... ça vient avec des contrats. Ça fait que tout ça fait que ça
coûte... que c'est coûteux.
• (12 h 50) •
Je
voudrais peut-être vous amener sur le carbone intrinsèque, que vous avez parlé
d'ailleurs avec le collègue de Masson. Je serais curieuse de savoir s'il existe
une méthodologie, là, comme... convenue dans la... Est-ce que... est-ce
qu'il y a comme des groupes qui ont... qui ont établi : Bien, voici
comment calculer le carbone intrinsèque? Parce qu'il y a quand même plusieurs groupes qui nous en ont parlé. Vous avez
mis une définition : «Les émissions associées à la fabrication et installation des composantes
du bâtiment», mais d'autres groupes qui nous ont dit : Bien, il faudrait
peut-être aussi inclure les milieux humides qui sont retirés. Ça aussi, ça
génère du carbone. Alors, ça ne se limiterait pas,
à ce moment-là, seulement aux composants du bâtiment. Donc, je serais curieuse
de savoir qu'est-ce... qu'est-ce qui existe, là, et qui est reconnu dans
la littérature ou dans le marché.
Mme Montoux
(Hortense) : Oui. Bien, je pense que c'est un peu comme avec l'analyse
de cycle de vie, c'est-à-dire qu'il n'y a pas un consensus absolu puis une
méthode béton, si je peux dire, pour... en tout cas, qui fait l'unanimité pour
ces calculs-là. Il y a beaucoup d'interprétations dans ce qui est fait.
Ceci dit, on... il y
a quand même un vrai mouvement de fond sur la prise en compte du carbone
intrinsèque, et le plus normé qu'on... que je connais, en tout cas, qui me
vient en tête à l'instant, c'est le... la norme bâtiment carbone zéro, qui, là,
est vraiment une norme. Et eux ont pris la peine, donc, d'identifier l'ensemble
des critères qui rentrent là-dedans. Évidemment, ce serait discutable. Et je ne
peux pas vous dire si les milieux humides sont inclus là-dedans ou pas, je dirais, probablement pas, mais voilà. Il y a la
ville de Vancouver aussi qui a établi des lignes directrices assez
concrètes sur tout ça.
Il n'y a pas de
consensus, mais il y a des outils qui existent. Donc, peut-être qu'à un moment
ça prend une coalition d'acteurs, un gouvernement qui disent : Voici la
méthode qu'on devrait tous utiliser, travaillons sur cette base pour pouvoir comparer les choses entre elles.
Mais, en tout cas, il y a des travaux, il y a des outils qui existent, donc,
qui... Même si ça ne fait pas consensus, il y a vraiment une base scientifique
qui est assez forte et qui est en train de se renforcer.
Je mentionnais aussi
tantôt la plateforme fédérale pour la décarbonation des bâtiments. Ma
compréhension est qu'ils veulent aussi entamer des travaux là-dessus. Donc, je
pense qu'il y aurait matière, qu'on est dans un timing propice à une forme d'harmonisation, de standardisation de ces
pratiques-là, pour pouvoir aussi faciliter la mobilisation des acteurs
en disant... en les allégeant du fardeau de devoir choisir une méthode.
Mme Dufour : En
terminant, juste savoir si la circularité de l'énergie fait partie aussi de
votre réflexion.
Mme Montoux
(Hortense) : Bien, dans la construction, on n'a pas... on a un projet
sur l'économie de fonctionnalité en énergie, mais on n'a pas eu de travaux
spécifiquement sur les sources d'énergie dans les bâtiments, qui sont aussi...
qui font aussi partie de ce débat. Mais on a des chercheurs à...
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Merci beaucoup. Ça termine l'intervention du... de l'opposition
officielle. Je cède maintenant la parole au deuxième groupe de l'opposition et
à Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci, M. le Président.
Merci, Mme Montoux, pour la présentation puis pour la réponse aux
différentes questions.
En
fait, c'est... mes questions portaient un peu, justement, sur le dernier thème,
c'est-à-dire les types d'énergie qui sont utilisés. Parce que vous
parlez de stratégie de circularité et d'adaptation aux changements climatiques
et aussi du carbone intrinsèque. Donc, je voulais vous entendre un peu, de
votre côté, dans ce type de calcul du carbone intrinsèque, comment vous voyez
le rôle des énergies fossiles qui demeurent dans nos bâtiments, comme le gaz naturel. Est-ce que... Dans les projets
d'écoquartiers ou dans des nouveaux développements qui se veulent verts, selon
vous, quel devrait être le rôle du gaz fossile?
Mme Montoux
(Hortense) : Bien, merci pour la question. Pour être totalement
honnête, ce n'est pas des projets sur lesquels nous, on a travaillé, donc je ne
m'engagerai pas sur une réponse qui ne serait pas basée sur une rigueur scientifique là-dessus. Mais, comme dit,
on a... bien, on voit l'émergence de boucles énergétiques, par exemple,
qui sont des projets intéressants dans les écoquartiers, qui mériteraient
d'être... d'être regardés. Et puis, comme dit, on a vraiment tout un ensemble
de chercheurs qui travaillent sur ces sujets-là, avec lesquels on pourrait
creuser cette question, si... si nécessaire.
Mme Zaga
Mendez : Oui. Si jamais vous voulez bonifier votre mémoire... ou je
serais même curieuse, puis je pense aussi les membres de la commission, pour
avoir un peu plus sur votre avis là-dessus comme scientifiques.
Et il me reste peut-être une minute et quelques.
Je vous cède la minute, s'il y a des choses que vous... sur lesquelles vous
voulez ajouter ou que vous voulez nous... conclure ou rappeler à la commission.
Mme Montoux
(Hortense) : Bien, si ma collègue n'a pas d'ajout à faire, je prendrais
ce temps-là pour revenir sur la discussion qu'on a eue précédemment, sur l'idée
que ça coûte cher de mettre en place cette... ces infrastructures-là, par
exemple, sur le tri. Oui, bien sûr, évidemment, puis c'est aussi le sens de
notre dernière recommandation, qu'il faut soutenir les acteurs dans... dans la
mise en oeuvre de ces... de ces pratiques.
On voit aussi
qu'en économie circulaire, il y a certaines des pratiques qui sont... ou, en
tout cas, des résistances au
changement qui sont liées à une... à des pratiques qui ont toujours été faites
de même et qui sont plus des changements de pratiques qui, eux, ne
nécessitent pas forcément d'investissement important. Il y a des choix
esthétiques dans nos bâtiments à faire. Je pense au paradigme de la construction
humide. On finit tout en gypse, en uréthane, en colle parce qu'on veut des finis lisses dans nos maisons. Peut-être qu'il y a
d'autres... Et il y a d'autres techniques, en fait, de construction
sèche avec des joints en vis, en clous, sans liant liquide, qui facilitent
grandement la déconstruction. C'est un exemple qui permet de dire qu'on a du
changement de pratiques à faire qui ne nécessite pas forcément d'investissement
massif.
Il y a beaucoup de réflexions autour de la
manière dont on conçoit nos bâtiments, puis on... je pense qu'on a un devoir
aujourd'hui, au vu des enjeux actuels, de vraiment concevoir nos bâtiments
différemment, en ayant ces préoccupations-là de circularité et de résilience
aux changements climatiques. Je pense qu'en fait on n'a plus vraiment le choix.
Le Président (M. Jacques) : Bien,
merci, Mmes Duval et Montoux, pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Je suspends les travaux de la commission jusqu'à
14 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 56)
(Reprise à 14 h 01)
Le Président (M. Jacques) : Bonjour
à tous. La Commission des transports et de l'environnement reprend ses travaux.
Nous poursuivons les consultations particulières
et les auditions publiques sur le projet de loi n° 41, loi édictant la loi
sur les performances environnementales des bâtiments et modifiant diverses
dispositions en matière de transition énergétique.
Cet
après-midi, nous entendons les personnes et organismes suivants :
M. Jean-Pierre Finet, analyste en régulation économique de
l'énergie, le Centre québécois du droit de l'environnement et l'organisme Vivre
en Ville.
Je vous souhaite la bienvenue, M. Finet, et
je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Par la
suite, les... il y aura des échanges avec les membres de la commission. Merci
de vous présenter et de commencer votre exposé.
M. Jean-Pierre Finet
M. Finet (Jean-Pierre) : Merci
beaucoup de m'accueillir. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, les membres de
la commission. Écoutez, si vous pourriez, M.
le Président, quand il va me rester une minute à la fin, juste me faire signe,
je vais couper court à mes ajouts, s'il y a quelque chose. Mais ça va bien
aller.
Écoutez, j'ai
déposé un mémoire hier. Je pense que... Je prends pour acquis que vous en avez
pris connaissance ou, en tout cas,
j'espère que vous en avez pris connaissance, que vous avez eu le temps, parce
que c'est... tout va très vite.
Écoutez, je suis Jean-Pierre Finet. Je suis
analyste pour le ROEE depuis une dizaine d'années, je sais que ce n'est pas le
nom le plus facile à prononcer, le Regroupement des organismes environnementaux
en énergie. Il y a neuf membres, dont Nature
Québec, Fondation Rivières, l'Association québécoise des médecins pour
l'environnement... bon, en tout cas. Donc, ils sont tous là.
Et on intervient surtout devant la Régie de
l'énergie. Ça fait 25 ans que ça existe, là, le ROEE. Moi, ça fait
10 ans que je les représente comme analyste et porte-parole. On intervient
dans les causes d'Hydro-Québec. Ça fait... Ça
doit faire quatre plans en approvisionnement que... d'Hydro que je fais
moi-même, les causes tarifaires d'Énergir aussi, plans d'appro, les
dossiers conjoints comme la biénergie, tout ça. Et donc, c'est ça, j'ai...
D'ailleurs, j'étais avec quelques-uns de vos
représentants, il y a... le 26 janvier, il n'y a pas longtemps, avec un
événement organisé par l'Institut de l'énergie Trottier sur la gestion de la
pointe électrique dans un contexte de décarbonation où il y avait une vingtaine
d'acteurs stratégiques qui étaient invités seulement à cet événement-là. Mais,
bon, encore ce matin, j'ai... aujourd'hui, on a une... un dossier à la régie,
là, pour une ordonnance à sauvegarde dans le
cadre d'un projet de GNR avec Sainte-Sophie et papier Rolland, dont je pourrai
vous parler plus tard, si vous voulez.
Donc, on va... on va y aller... Bien, c'est ça,
on intervient aussi, là, devant les commissions parlementaires. J'étais ici au PL 34, au PL 2 aussi,
devant les BAPE. On a été au BAPE à Sainte-Sophie il y a quelques semaines, en
2015 aussi avec le redémarrage de Bécancour en pointe.
Donc... Et aussi, là, je suis assez au fait, là,
des problématiques de gestion de la pointe, donc, puis les quelque
10 000 mégawatts que prendrait la conversion du gaz vers
l'électricité. Donc...
On a un
problème avec votre collègue. Non, c'est parce que j'ai écouté les vidéos, puis
j'ai vu que c'est arrivé l'autre fois. C'était... Je trouvais ça
cocasse.
Écoutez,
j'ai analysé ça un peu comme un dossier à la Régie de l'énergie, c'est-à-dire,
j'ai commencé par l'analyse d'impact réglementaire. Et, bon, je vais y aller
point par point. Puis il y a des choses qui ont déjà été prononcées, là. J'ai
essayé de regarder plusieurs comparutions. J'ai lu quelques mémoires qui ont été
déposés aussi.
Je
vois que vous ciblez surtout les bâtiments de 25 logements et plus, le
commercial, institutionnel, industriel. Je vois aussi dans l'analyse d'impact
réglementaire que c'est un peu les mêmes choses que Vancouver et New York
ont faites. Je comprends, donc, de commencer par ces plus gros là, mais je vois
que vous vous êtes gardé aussi le pouvoir habilitant d'éventuellement couvrir
l'ensemble des bâtiments. Et, compte tenu des avantages que ça a pour les gros
bâtiments et que ça pourrait amener aussi des avantages pour les plus petits
bâtiments, et compte tenu aussi qu'il y a 15 000 mégawatts de
puissance dans les petits bâtiments, et qui... donc, il y a beaucoup... un gros
potentiel de réduction de la demande en puissance juste là, je pense que ça
pourrait être avantageux de le considérer dans votre... la préparation de votre
règlement.
En ce qui a trait à
la réduction des... au coût de la réduction des gaz à effet de serre, moi, je
voulais simplement souligner qu'il faut... ce serait... il y aurait peut-être
lieu de prendre en compte le coût que représente la compensation des pertes de
revenus d'Énergir, qui... qu'on appelle une compensation pour les réductions de
GES, que nous, on a calculé, à peu près, au coût de 178 $ équivalent...
178 $ équivalent de la tonne de CO2.
En ce qui a trait à
l'amélioration de l'efficacité énergétique, bien, l'analyse d'impact
réglementaire... bien, c'est-à-dire, le projet de loi vise deux choses, les
économies d'énergie, mais surtout la gestion de la demande en puissance. On voit que le projet de loi pourrait,
selon l'analyse d'impact, réduire de 0,6 térawattheure, à
l'horizon 2030, les GES, mais il n'y a rien en ce qui a trait à la
réduction des polluants atmosphériques, et qui sont associés à la combustion
d'énergies fossiles. Et moi, je pense que dans... puisque différentes mesures
peuvent amener des réductions de GES, ça
aurait été intéressant de voir, là, quelle... quelle serait la proportion, là,
de pollution atmosphérique réduite,
versus, par exemple, je pense, mettons, la biénergie au gaz naturel, même
renouvelable, versus une amélioration d'enveloppe de bâtiments.
Par rapport à ça, il
y a... bien, j'ai constaté qu'il y a 12 millions alloués à l'accumulation
de chaleur, ce que je trouve intéressant. Dans le PMO, d'ailleurs, pour la
première fois, on parle d'accumulation de chaleur, Et moi, je suis un fervent
partisan de l'accumulation de chaleur, mais je constate aussi qu'il y a
266 millions pour la biénergie. Et, à
cet effet, M. le ministre, je voulais vous... vous informer qu'on a des... on a
fait faire une étude par Polytechnique sur... parce qu'on en a fait faire une
avec la... que vous... enfin, vous avez parlé aux gens d'Écohabitation, on en a
fait faire une sur la comparaison entre la biénergie et l'accumulation de
chaleur dans le résidentiel, puis ça démontre une supériorité économique, la
solution accumulation de chaleur. Mais, dans le secteur commercial,
institutionnel, c'est différent, parce que les structures tarifaires sont
différentes. La structure tarifaire d'énergie est dégressive. Celle
d'Hydro-Québec pénalise l'appel en puissance, et donc... Mais on a fait faire
quand même une étude pour voir l'avantage de l'accumulation de chaleur dans les
petits et moyens bâtiments.
Je suis d'accord avec
vous, là, décarboner, premièrement, tout d'un coup, il n'y a pas personne qui
demande ça. Mais les plus grands bâtiments... Plus c'est gros, plus c'est
difficile à décarboner, mais il faut quand même avoir de l'ambition, puis une
planification, puis se dire : On va y arriver, là, et on va essayer
d'électrifier tout ce qu'on peut électrifier. Et c'est plutôt un enjeu d'ordre
tarifaire qui est le problème dans ce qui est l'accumulation de chaleur dans
les petits et moyens bâtiments. Mais ça, on pourra en parler par après.
Point de vue de
l'environnement, donc, bien, c'est ça, on parle beaucoup de réduction de gaz à
effet de serre, mais on ne parle pas, c'est
ça, de réduction d'émissions de... on ne quantifie pas les émissions de polluants
atmosphériques. Et donc, bien, vous n'êtes pas sans savoir que, les
maires, c'est une de leurs préoccupations, la qualité de l'air, et donc les
polluants atmosphériques, et je pense, donc, que ça vaut la peine d'être...
Donc, c'est des lacunes que j'ai été... moi,
selon moi, sont apparentes dans l'analyse d'impact. Mais ce n'est pas
catastrophique, là. Ce serait quand même intéressant dans la mesure où
le projet de loi vise ça en particulier.
J'ai
rajouté une section sur le GSR ou... le GNR ou GSR, là, juste un peu pour
démystifier quelques aspects, là. Ce n'est pas... peut-être pas la
panacée dont on pense. C'est certain que le GNR a un rôle à jouer, puis, nous,
on n'est pas contre le GNR, on est en faveur
du GNR, mais, comme tout le monde vous dit, la bonne énergie à la bonne place,
au bon endroit, je pense que... Donc, c'est ça, il faut prendre ça en
considération.
Donc, je regarde ça,
il me reste deux minutes, j'imagine, deux, trois minutes?
Le Président (M.
Jacques) : Trois minutes. Mais vous pouvez continuer.
M. Finet
(Jean-Pierre) : C'est beau. Bien, le gaz fossile, c'est
68 grammes de CO2 équivalent par... Tu sais, le gaz naturel
renouvelable, au niveau de la combustion, je suis d'accord, c'est carboneutre,
mais, au niveau de l'intensité carbone, de
son... l'analyse de son cycle de vie, ce n'est pas le cas. Je vous ai mis un
tableau qui démontre que les achats d'Énergir, c'est, en grosse
quantité, du gaz qui est de moins bonne qualité, c'est-à-dire avec une
intensité carbone à peine meilleure que celle du gaz fossile, parce qu'il est
plus disponible, il est moins cher que... puis ça coûte plus cher aussi,
produire du gaz... du GNR à partir de lisier de porc, par exemple, mais il est
beaucoup meilleur en termes d'intensité carbone.
L'autre
chose que j'ai voulu vous parler aussi à propos de ça, c'est qu'à Énergir, ces
temps-ci, pour diminuer... Parce que le surcoût du gaz naturel
renouvelable, en ce moment, bon, on vous l'a dit, c'est neuf fois le prix de la
molécule, parce qu'on donne pratiquement le
gaz fossile, ces temps-ci, à 0,09 $, là, et donc... Mais Énergir, pour
diminuer le prix du gaz de source
renouvelable, de sorte qu'il y ait plus de monde qui en achète, bien, voudrait
retirer, justement, l'intensité carbone de ce gaz-là et de la conformer en unités de
conformité pour vendre ça aux fournisseurs principaux, des genres de
Suncor de ce monde dans le cadre du règlement sur les combustibles propres au
fédéral.
• (14 h 10) •
Donc, ça, oui, avec
les recettes de ça, ils pourraient diminuer le prix du GSR, sauf que
l'Association des consommateurs industriels de gaz et nous croyons qu'il
pourrait y avoir double comptage. Dans la mesure où on enlève l'intensité carbone, les attributs environnementaux d'un gaz de
sources renouvelables, bien, quant à nous, il devient au même niveau que du gaz fossile. Et les
industriels ne sont pas intéressés à acheter du gaz naturel renouvelable qui a
été dépourvu de son intensité carbone.
Je vous ai mis aussi
deux tableaux pour vous démontrer que, malgré le beau discours d'Énergir par
rapport à son optimisme à atteindre la carboneutralité, si vous regardez les
quatre dernières années puis les quatre années qui s'en viennent, bien, c'est pas mal une ligne plate en termes de GES,
entre autres parce qu'Énergir continue d'ajouter du gaz fossile dans son réseau, entre autres pour
fabriquer des batteries qu'on dit vertes et qui va ajouter 50 000 tonnes
de CO2 juste à Bécancour.
Par rapport à la
résilience énergétique, je vous ai entendus aussi, là, on a en entendu parler,
bien, c'est vrai que le gaz, ça ne peut pas
fonctionner sans les électricités. Je sais qu'Énergir compte, à un moment
donné, installer des batteries avec... favoriser l'installation de
batteries avec les systèmes. Tant mieux, mais je voudrais dire que c'est... il ne faut pas compenser non plus pour le manque
d'entretien du réseau d'Hydro-Québec. Le réseau d'Hydro-Québec a été fortement
négligé ces dernières années, et il va falloir quand même améliorer cette
gestion du réseau là.
En ce qui a trait
à... les articles 29 et 30, bien, j'ai fait du chemin aussi, puis ce que
je voulais vous dire... Bien, en conclusion
de tout ça, là, je me suis fait une tête puis je me dis : C'est... la
raison pour laquelle on est rendus là, dans cette situation-là
aujourd'hui, où il y a Saint-Bruno, entre autres, aussi qui voudrait essayer de
décarboner, Prévost, etc., il nous manque, au
Québec, un plan intégré des ressources énergétiques, un peu comme en Colombie-Britannique,
au Manitoba puis en Nouvelle-Écosse. Il en a été question dans la consultation
l'été passé avec le ministre
Fitzgibbon, que le Québec se donne un plan intégré des ressources énergétiques.
Et c'est, quant à moi, primordial. Il faut savoir, d'ici les 20,
25 prochaines années, comment on va procéder à cette décarbonation-là. Et
je pense que l'arbitrage que vous essayez de faire s'inscrit dans ce
mouvement-là qui est beaucoup plus gros, là. Je pense qu'on a un besoin criant,
justement, de savoir où on s'en va.
J'ai d'autres
affaires à vous raconter à propos des tarifs, et tout ça. J'essaie de juste
voir, de ne pas... de ne pas en passer, de ne pas en oublier. Puis je pense
aussi que... Puis je suis content de voir que vous avez maintenant une... je ne sais pas comment on peut dire ça,
mais vous allez avoir une influence accrue auprès de la Régie du bâtiment.
L'une des façons
aussi, je pense, que... de réduire l'hémorragie, ce n'est peut-être pas
d'installer de la biénergie et des accumulateurs à tour de bras. Si on réduit
le... Si on améliore l'isolation et l'étanchéité des bâtiments en partant...
Puis je pense qu'il y a... il y a un Novoclimat 2.0, entre autres, qui, d'après
moi, pourrait être mûr pour implanter, là, bientôt. Donc, il y a plein... il y
a... Tu sais, c'est... la solution... les solutions sont multiples.
Et je vous inviterais
simplement... Puis je pense que je vous comprends, là, avec votre perspective
d'essayer de trouver quelque chose qui est... un cadre d'intervention pour les
municipalités qui fait en sorte qu'on n'ait pas, là, une mosaïque un peu partout, mais, plutôt que d'imposer une solution,
moi, je pense que je vous suggérerais d'encadrer ça en disant :
Bien, voici, là, il y a différentes façons que vous pouvez... — puis
là on parlerait de la nouvelle construction, là — différentes façons
dont vous pourriez intervenir, soit, justement, en favorisant l'accumulation de
chaleur... Puis je sais que vous avez parlé à un groupe, un groupe qui... par
rapport à le fait que les municipalités bannissaient le gaz, mais ne rendaient pas
obligatoire un tel ou un tel système. J'ai parlé avec des procureurs aussi
récemment et... à savoir s'ils auraient le droit puis je pense que, peut-être,
ils auraient le droit. Mais, de toute façon, si vous l'encadrez puis vous
dites : Bien, que ce soit parce que... Des maires pourraient privilégier
une solution qui n'a pas de polluant
atmosphérique, mais il y en a d'autres qui pourraient dire aussi : Bien,
moi, la biénergie, ça fait mon affaire. Mais il pourrait y avoir aussi des
réseaux de chaleur, et tout ça. Il pourrait y avoir, même, des microréseaux
qui pourraient être permis, là, pour être certain de pas affecter la pointe.
Une chose, par
contre, majeure que je n'ai pas... que je ne vous ai pas parlé, mais qui risque
de sortir dans les journaux prochainement, mais qui a... qui est en train
d'arriver en Ontario puis en BC, entre autres, mais en Ontario récemment, je ne
sais pas si vous avez été informés de ça, il y a quelques semaines, il y a la
régie de l'Ontario qui a rendu une décision sur les extensions de réseau
d'Enbridge... excusez, et parce qu'il y a des craintes de coûts échoués,
d'actifs échoués dans le temps. La Régie de l'énergie du Canada a demandé aux
pipeliniers de ne plus amortir sur 40 ans leur extension de réseau, mais
sur 32 ans. L'Ontario ont pris une approche différente. OEB a dit :
Bien, plutôt que d'amortir ça sur 40 ans, nous, on vous demande de le
charger «upfront» au client, à peu près 4 500 $ la porte, et donc...
pour éviter, justement, cette problématique-là à cause de la décarbonation à
venir. Et donc, là, le ministre Smith, je pense, en Ontario, en a appelé de
cette décision-là et donc... Mais il reste que c'est quelque chose qui est
partout, qui inquiète aussi les industriels, parce que, si jamais, bien, ces
tuyaux-là deviennent moins utilisés, bien, ça va, justement, se transformer en
actifs échoués qui vont avoir une répercussion sur les tarifs des autres
usagers. Donc, c'est pour ça que les industriels aussi s'inquiètent de ça puis
même veulent favoriser, justement, une gestion saine des extensions de réseau.
Puis...
Le Président (M.
Jacques) : Merci, M. Finet. Si on veut laisser un peu de temps
à...
M. Finet
(Jean-Pierre) : Oui. Allez-y, allez-y.
Le Président (M. Jacques) : ...à la
partie gouvernementale à prendre...
M. Finet
(Jean-Pierre) : Moi, je pourrais vous en parler longtemps, mais je
suis bien d'accord.
Le Président (M. Jacques) : ...à
vous poser quelques questions... Mais merci beaucoup pour votre exposé. M. le
ministre, pour 12 min 30 s.
M. Charette : Merci, M. le
Président. On sent votre enthousiasme, qui est rafraîchissant. Merci d'être
avec nous cet après-midi. Vous avez suivi un petit peu le déroulement, là, ce
matin, entre autres. J'aime bien fonctionner... Quelques commentaires sur les
propos que vous avez tenus. Je me suis laissé quelques notes. Vous avez
naturellement la possibilité d'y répondre. Et je sais que j'ai des collègues
qui souhaiteront intervenir et je sais qu'on va manquer de temps, donc je vais
essayer d'être assez bref pour chacun des points.
Vous avez dit comprendre pourquoi on commençait
vers le 25 logements et plus et par les plus gros bâtiments. C'est vrai,
c'est l'intention, mais, je vous rassure, à terme, on veut couvrir l'ensemble
du parc. Mais il faut commencer quelque part, et on veut surtout éviter... Et
j'avais cet échange-là avec M. Pineau hier ou avant-hier, je ne me
souviens plus. On perd la notion du temps. En France, ils ont vu très, très,
très grand, mais ont vite réalisé qu'il y avait des problèmes d'application.
Ils ne pouvaient pas faire tout en même temps, et ça les amène encore ces
jours-ci à faire certains reculs. C'est ce qu'on veut éviter. Mais, à terme, on
veut tout couvrir. Mais, oui, on commencerait par le plus gros... par les plus
gros bâtiments.
Vous parlez des contaminants atmosphériques.
C'est un élément important. Et c'est la raison pour laquelle... vous avez vu et
vous y avez fait référence en partie, la raison pour laquelle on veut
rapatrier, à travers le code du bâtiment durable du Québec, certains pouvoirs
qui sont à la Régie du bâtiment actuellement, mais surtout se donner d'autres
pouvoirs. C'est que la régie n'a pas cette capacité-là réglementaire de
procéder. Nous l'avons, et on compte l'utiliser.
Je ne dis pas que ça va être le premier règlement déposé qui va tenir compte
des contaminants atmosphériques, mais, en parlant de la construction de
bâtiments et autres, on se donne les pouvoirs de pouvoir... de réglementer ces
questions-là. Et, à terme, c'est dans nos intentions.
Vous dites : Le GNR, ce n'est pas une
panacée. Entièrement d'accord avec vous, mais, en même temps, c'est une
ressource. Au ministère de l'Environnement, on a quand même quelques défis, je
le dirai comme ça, mais autant c'est la lutte aux changements climatiques,
autant c'est la gestion, par exemple, de la matière résiduelle, et moi, je dois
trouver le moyen de valoriser chacun des aspects, par exemple, de la matière
résiduelle, notamment la matière organique. Donc, si je ne la valorise pas, il
y a des émissions de gaz à effet de serre importantes qui se font, alors que, si je la valorise, oui, au moment de la
combustion, ce gaz naturel renouvelable là va émettre, mais je suis gagnant
au final sur la quantité totale des émissions. Donc, ce n'est pas une panacée,
mais, oui, le gaz naturel renouvelable fait
partie d'un paquet de mesures qui, au final, vont venir nous aider, et,
d'accord avec vous, il faut l'utiliser au bon endroit.
Vous avez parlé... J'essaie d'aller vite,
rapidement, et je n'ai pas l'habitude de parler vite. On me le rappelle souvent. Le réseau d'entretien d'Hydro-Québec,
grand déficit d'entretien. La bonne nouvelle, c'est qu'Hydro-Québec le
reconnaît d'emblée. C'est dans son plan d'action que d'investir de façon
massive d'ici 2035. Mais c'est vrai... bien,
je ne peux pas parler de négligence, mais disons que ce n'était pas une
préoccupation, alors que ça devait en être une. C'en est une maintenant, parce qu'on aura besoin d'Hydro-Québec
plus que jamais au cours des prochaines années. Donc, c'est important
que son immobilisation, que l'entretien de ses équipements se fasse de façon
adéquate.
On a parlé un petit peu de Saint-Bruno à travers
la commission. Vous en avez parlé aussi. On en a parlé avec les représentants
des municipalités, mais on en a parlé avec Hydro-Québec aussi. Ce
qu'Hydro-Québec est venue nous dire, ils ont
l'énergie nécessaire pour alimenter Saint-Bruno. Ce n'est pas un enjeu.
L'enjeu, c'est de voir comment on peut accompagner Saint-Bruno pour être
sûrs qu'ils retiennent les bons procédés et les bonnes façons de faire pour
être certains que c'est optimal comme système.
• (14 h 20) •
Et c'est un petit peu le type d'entente qu'on a
convenue avec l'UMQ et la FQM. On va préparer ensemble une réglementation avec
les fournisseurs d'énergie, notamment Hydro-Québec, pour s'assurer que les
municipalités soient encadrées, qu'elles ne puissent pas aller dans toutes les
directions sans tenir compte des impacts de leurs décisions. Donc, le milieu
municipal est avec nous à ce niveau-là. Et ce sera une grande avancée, parce
qu'au final ce que l'on souhaite, c'est
recourir de moins en moins au gaz naturel. Et, à ce niveau-là, vous l'avez
évoqué aussi, les municipalités, jusqu'à maintenant, ont voulu agir, on
salue cette ambition-là, mais elles n'ont pas pour autant, dans la
réglementation qu'elles planifiaient, imposé des mesures de mitigation. Et
c'est ça, dans les discussions... Bien sûr.
M. Finet (Jean-Pierre) : Si je peux
me permettre, M. le ministre, là-dessus, juste là-dessus... Parce qu'on ne
pensait pas nécessairement pouvoir l'obliger, mais, à tout le moins, je vous
donne des exemples, comme Prévost subventionne
la biénergie, l'accumulation de chaleur et Hilo. Varennes subventionne Hilo,
hein? Donc, les municipalités sont
très conscientes et sont... et nous, on les accompagne. Moi, j'ai accompagné
Prévost, Candiac, etc., là. Je m'implique beaucoup. Puis donc on essaie.
Mais, écoutez, moi, j'accueille favorablement
votre cadre d'intervention, dans la mesure où ça donne de la marge de manoeuvre
à l'autonomie municipale aussi, puis que ça donne un paquet d'outils, puis
qu'ils ne sont pas pris avec juste le gaz naturel renouvelable en pointe en
biénergie, point, là.
M. Charette : Donc, cet appui à des
mesures de mitigation est à saluer, mais il faut voir dans quelle mesure on peut l'obliger, ce recours aux mesures de
mitigation. Et c'est pourquoi Hydro-Québec veut faire partie des discussions
lorsque vient le temps de développer une nouvelle politique municipale ou sinon
accompagner une municipalité comme Saint-Bruno qui aurait
un projet, sur papier, qui est emballant et qui va vraisemblablement, et je le
souhaite, se réaliser, mais avec peut-être, justement, des propositions qui
deviendraient des standards, oui, à Hilo, et autres, pour s'assurer, là, qu'on maximise, justement, l'énergie qui sera
déployée sur ce territoire-là. Bien, je l'évoque, en même temps, par
rapport aux municipalités. Il faut le travailler avec elles, ce défi-là, et
s'assurer que la réglementation nous permet d'aller chercher les gains les plus
importants.
Juste un dernier
petit élément, parce que je veux vous permettre, un, de répondre et, deux,
permettre à ma collègue de prendre le relais, au niveau de la Régie du bâtiment.
Vous l'avez peut-être entendu, c'est un des éléments qui est questionné, je ne
dis pas qu'il est complètement reçu négativement, mais, par les constructeurs,
notamment, il est questionné, alors que c'est fondamental. Le ministère de
l'Environnement doit avoir la possibilité d'accompagner la Régie du bâtiment,
parce qu'elle n'a pas la compétence dans ce secteur-là. Et, en même temps, on
sait que les bâtiments, pour nous, sont... sans dire que c'est une passoire
énergétique dans tous les cas, mais c'est un potentiel de récupération
d'énergie qui est fondamental si on veut arriver à atteindre nos autres
objectifs, autant au niveau de la décarbonation
de notre environnement qu'au niveau de la disponibilité énergétique. Donc, ça
inquiète certains acteurs. On veut
faire les choses intelligemment, mais le ministère de l'Environnement a
clairement un rôle à jouer à ce niveau-là, et la Régie du bâtiment
collaborera, là, après l'adoption du projet de loi, s'il devait être adopté.
Donc, j'y suis allé
en rafale, vous pouvez commenter, mais, je vous le dis d'emblée, par la suite,
c'est ma collègue qui prend le relais pour ce qui est des questions.
M. Finet
(Jean-Pierre) : Bien, je vais y aller rapidement, parce que je vais
laisser votre collègue aussi parler, mais je voulais juste... Par rapport à la
France, je n'ai pas... je n'ai pas eu... je n'ai pas été capable, là... Puis,
ce matin aussi, c'est ça, j'avais des audiences à la régie, mais j'ai ouï dire
que mon collègue Pierre-Olivier Pineau avait parlé, justement, de l'expérience
en France.
Moi, j'étais là, en
France. J'ai habité quelques années en France dans les années 2008 à 2012
à peu près et j'étais là pendant qu'ils implantaient, justement, le système.
Puis il y a eu des critiques, bien oui, puis il n'y avait pas d'uniformité
nécessairement dans les analyses énergétiques. Tant mieux, on va pouvoir
apprendre de leurs erreurs et on... Pas obligé de les répéter, mais ce n'est
pas parce que ce n'est pas parfait qu'il ne faut pas y aller de l'avant, quant
à moi, puis... C'est ça, je suis d'accord avec vous. Je pense qu'on s'entend
bien là-dessus, là.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole à M. le député de René-Lévesque.
M. Montigny :
Merci beaucoup. Combien j'ai de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Jacques) : 3 min 58 s.
M. Montigny :
Parfait. Je vais y aller rapidement. Je vais essayer d'avoir de vous des
réponses courtes aussi. D'abord, je veux
vous entendre sur la biénergie. Moi, j'ai été maire d'une municipalité pendant
six ans à Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, sans gaz naturel, parce
que le réseau ne s'y rend pas. Vous le savez probablement très bien. Je veux
vous entendre sur la capacité de stocker de l'énergie dans ce contexte-là pour
être capable d'éviter les pointes dans les grands bâtiments...
M. Finet
(Jean-Pierre) : J'adore votre question. Écoutez...
M. Montigny :
OK. Mais rapidement, parce que j'ai une sous-question. Elle est vraiment
importante.
M. Finet
(Jean-Pierre) : Oui, oui, oui, je vais faire ça très vite.
L'accumulation de chaleur, là... Bien, vous avez
vu les systèmes centraux, là, qu'Hydro-Québec subventionne ces temps-ci à coups
de 15 000 $. Finalement, c'est un gros grille-pain avec des
briques dedans. Il en existe locaux aussi. Il y a des centaines d'écoles qui
sont équipées d'accumulateurs thermiques locaux.
M. Montigny :
Je parle de plus grands bâtiments. C'est une région industrielle, la
Côte-Nord. Je veux vous entendre dans des grands, grands bâtiments, notamment
dans des gros bâtiments industriels, etc. Parce qu'on veut éviter les pointes,
parce que c'est dans la puissance qu'on manque d'énergie actuellement au
Québec. Ça fait que j'aimerais ça vous
entendre. Comment on fait pour stocker de l'énergie... Comment on fait pour
stocker de l'énergie pour être capable de faire face à la pointe dans des
secteurs où il n'y a pas de gaz puis dans des secteurs à grande industrie?
M. Finet
(Jean-Pierre) : Oui. Bien, un peu comme vous a dit Énergir... Et c'est
drôle, parce qu'ils disaient que déplacer de
l'électricité à la pointe dans le bâtiment, c'est plus intéressant en termes de
gestion de pointe que dans l'industriel. Et donc, c'est ça, dans
l'industriel, souvent, c'est les procédés. Il n'y a pas vraiment d'utilisation
de chaleur pour chauffer les bâtiments.
Donc, c'est moins, je pense, valable, là, de regarder l'accumulation de chaleur
dans les grosses, grosses, grosses industries.
Mais il reste que,
bien, pour tous les autres types de bâtiments, il y a de plus en plus d'options
qui arrivent. Même Hydro-Québec a un projet, qui s'appelle Nova 35, où ils
testent des genres de convecteurs sur pied pour mettre dans les logements. Et ça, on verra ça très bien dans les
logements, avec une thermopompe dehors, sur la galerie, sur le balcon.
Mais il y a un paquet d'immeubles multirésidentiels qu'on pourrait convertir,
de problèmes de pointe en gestion de pointe.
M.
Montigny : Je veux rester dans les plus grands bâtiments. Je
suis désolé, mais je n'ai pas beaucoup de temps.
M. Finet (Jean-Pierre) : Plus c'est
grand, plus c'est difficile.
M. Montigny : Puis tantôt vous avez
parlé d'Hilo, vous avez parlé de stockage d'énergie, vous avez parlé de batteries. Vous avez dit aussi que, pour une
industrie qui produit des batteries, il faut utiliser du gaz naturel puis que
ça, ça ne vous plaisait pas. Mais vous ne pensez pas que c'est mieux
d'avoir les outils pour stocker de l'énergie, particulièrement en région, en
milieu isolé, notamment au nord du Québec, au nord du 50e parallèle, pour être capable de stocker de l'énergie? Alors, j'aimerais
vous entendre là-dessus, parce que, dans une région comme la mienne, où
il y a des gens en milieu isolé, bien, ils utilisent du pétrole.
M. Finet (Jean-Pierre) : Oui,
mais, bon, tu sais, il y a... Bien, dépendamment de la grosseur du bâtiment...
Mais, comme je vous dis, si c'est du stockage thermique ou électrochimique, si
c'est électrochimique, il y a EVLO, qui est une filiale d'Hydro-Québec, où ils ont
des énormes batteries, là, des containers, là, qu'il y a 1,2 mégawatt, tout
ça, puis ça, ça peut aider aussi à gérer la pointe sur le réseau. Donc, il y a du stockage de réseau, il y a du stockage dans les bâtiments aussi. Il y a différentes formes de stockage. Il y en a avec des «flywheels». Il y a
un paquet de différentes formes, avec différents avantages et inconvénients,
puis ça, c'est... Oui, il y a différents...
M. Montigny : On met en place un
système de cotes. Ça fait que j'aimerais ça vous entendre là-dessus, parce
qu'on pense que c'est important d'amener un système de cotes pour permettre d'amener
des comparaisons. Tu sais, quand on se compare à soi-même, des fois, on voit la
cote. Ça fait que j'aimerais ça vous entendre là-dessus.
M. Finet (Jean-Pierre) : Ah! bien,
je suis parfaitement d'accord. J'ai participé d'ailleurs aux audiences de la ville
de Montréal, justement, sur l'implantation de leur système. Et, si vous
regardez leur feuille de route aussi, il y a un paquet de choses là-dessus qui
touchent, entre autres, l'accumulation thermique. Donc, oui, je pense que c'est
primordial. D'ailleurs, moi, ça fait longtemps que je souhaite que ça arrive.
Puis je suis très content. Je l'accueille très favorablement. Je pense que,
premièrement, de savoir... d'avoir un mécanisme de divulgation, c'est
essentiel, d'affichage, et ensuite de rehausser progressivement les seuils,
c'est la façon de faire de façon respectueuse, et progressive, et ordonnée.
M. Montigny : Je reviens sur la
notion progressive, parce que...
Le Président (M. Jacques) : ...M. le
député de René-Lévesque. Ceci met un terme à la période d'échange avec la partie gouvernementale. Je cède maintenant
la parole à l'opposition officielle et à Mme la députée de Mille-Îles.
Mme
Dufour : Merci, M. le Président. Alors, d'abord, merci,
M. Finet, pour votre exposé. C'est fort intéressant, quand même
assez technique.
Mais je voudrais vous amener tout de suite sur
le tableau de la page 11 que vous avez, qui est le résultat... de
votre mémoire, là, le résultat de l'appel d'offres lancé en novembre 2021. Ça,
c'est pour le GSR, là, c'est ce que je comprends bien, d'Énergir. Et là on
voit, là, dans ce tableau-là, que, visiblement, c'est les sites d'enfouissement
qui en produisent le plus. L'agricole, c'est faible, et le municipal vient
peut-être en deuxième. Donc là, on pourrait comprendre... Par le municipal,
c'est... Non, en fait, l'agricole vient en deuxième, puis par la suite le
municipal. On comprendrait, j'imagine, que, le municipal, ici, on fait
référence à la biométhanisation, là, que certains groupes municipaux ont
partie.
M. Finet (Jean-Pierre) : C'est
peut-être plus les eaux usées, là, mais, en tout cas...
Mme Dufour : Oui, mais la
biométhanisation qui vient des eaux usées, j'imagine, parce que...
M. Finet (Jean-Pierre) : Oui, c'est
ça, oui, différentes sources de matières premières, oui.
Mme Dufour : Oui, exactement. Parce
que je ne pense pas que ça ferait un bon mélange dans les tuyaux d'Énergir. Et là, dans le fond, ce que je voudrais
savoir, c'est que... Là, c'est en novembre 2021. C'est un appel d'offres. Est-ce
que... le potentiel du Québec, il serait quoi si on regardait un tableau
similaire, mais en termes de potentiel, considérant qu'en 2021 il y a quand
même plusieurs usines de biométhanisation qui n'étaient pas entamées, puis là
il y a de l'agricole, il y a des projets de biométhanisation agricole qui s'en
viennent? Donc, je voudrais juste vous entendre là-dessus.
• (14 h 30) •
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien là, on
parle de première, deuxième et troisième génération. Première génération, c'est
ce qu'il y a en ce moment, là, avec le fumier, les enfouissements techniques,
et tout ça. Deuxième génération, c'est la biomasse. Et troisième génération,
c'est un peu ce qui s'était produit à Shawinigan avec TES, si jamais ça
fonctionnait puis c'était légal, dans la mesure où eux, ils vont prendre quatre
atomes d'hydrogène puis le matcher avec un
atome de carbone pour en fabriquer du méthane artificiel. Donc... Mais ça, ça
va coûter excessivement cher. Mais, encore là, ça
pourrait valoir aussi excessivement cher en termes de crédits, d'unités de
conformité à vendre sur le marché. Donc, deuxième génération, ça n'existe pas
encore à partir de biomasse. C'est dommage, mais ça n'existe pas encore. Donc, ce
n'est même pas techniquement commercialement réalisable. Et l'autre, bien,
c'est encore plus loin puis ça va coûter encore plus cher.
Donc, c'est très
restreint. Il y a un déséquilibre offre, demande... entre l'offre et la demande
de GNR, et c'est pour ça que ça vient surtout des États-Unis. Puis ce qu'on
achète, c'est ce qui ne trouve pas nécessairement preneur sur le marché
américain parce que la qualité n'est pas assez bonne pour rencontrer les normes
du Low Carbon Fuel Standard, je pense, en Californie.
Mme Dufour : Mais je vais répéter ma question : Le
potentiel actuellement au Québec, il serait quoi, environ, par rapport à
ce que... à ce que... c'est ça, ce que le Québec peut faire...
M. Finet
(Jean-Pierre) : Si je me souviens bien, l'étude, il me semble que
c'était WSP à l'époque, parlait de deux
tiers, mais, encore là, c'était, technicoéconomique, à... supposément, à
15 $ du gigajoule, si je ne m'abuse, là, donc... Mais on n'est plus
là. Cette étude-là, il faudrait qu'elle soit reprise. Puis, en plus, comme je
vous dis, c'est comme les petits réacteurs modulaires, ça n'existe pas encore,
tu sais, donc, c'est sur papier.
Mme Dufour : OK.
Donc, on ne le connaît pas encore, le potentiel.
M. Finet (Jean-Pierre) :
C'est ça.
Mme Dufour : OK.
Parfait. Je vais passer la parole au collègue député de Jacques-Cartier. Merci.
Le Président (M.
Jacques) : M. le député de Jacques-Cartier.
M. Kelley : Merci
beaucoup. Rebienvenue. Ce n'est pas la première fois qu'on s'est vus en
commission. Et merci beaucoup pour votre présentation. Je sais que vous suivez
nos échanges de près. Puis j'ai bien aimé quand, dans votre mémoire, vous avez parlé de... que Québec doit avoir un plus
grand intérêt dans l'autoproduction de l'énergie solaire. Vous savez que je suis un gros fan des microréseaux. Dans votre
présentation, vous avez mentionné les microréseaux.
Alors, peut-être,
vous pouvez juste expliquer un petit peu comment ça peut être utile pour le
Québec d'aller plus loin, de développer plus
des microréseaux, laisser des citoyens et peut-être quand même des bâtiments
résidentiels d'avoir leur production. Hier, on a entendu Bâtiment
durable Québec qui a dit que, présentement, l'autoproduction d'énergie
renouvelable, et particulièrement pour les résidents, est bloquée par les
règles existantes. Alors, comment on peut
déréglementer ça ou, quand même, présenter peut-être certains amendements pour
s'assurer que les gens peuvent produire leur propre électricité, mais
quand même faciliter les microréseaux ou encourager les microréseaux?
M. Finet
(Jean-Pierre) : Il y a différentes façons, mais, une des choses
primordiales, moi, je pense que, pour avoir un réseau intelligent, un «smart
grid», il faut être connecté. Et là, en ce moment, le problème, c'est que Hilo
est une filiale dont le premier but est de faire des profits. Et pourtant Hilo
ne fonctionnerait pas s'il n'y avait pas les compteurs communicants que
l'ensemble de la clientèle a payés. Et, à mon avis, l'ensemble des Québécois
devraient être reliés à Hilo, et ça devrait être une activité réglementée, et
on devrait... Le défi de la décarbonation, là, c'est qu'on ajoute de
l'électricité variable sur des besoins souvent fixes aussi et variables. Et
donc il va falloir améliorer notre gestion
du réseau, la gestion de la demande. Et, quant à moi, que ça passe par un
microréseau ou que ça passe par... justement, par le contrôle des charges via
Hilo, c'est quelque chose qu'il va falloir améliorer. Ça fait partie des
outils, là.
M. Kelley : Excellent.
Puis, quand même, développer peut-être un secteur solaire ici, au Québec. On a
des entreprises comme Boralex. Ils ont l'expertise. Alors, pourquoi pas? Il y a
un potentiel pour le Québec.
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien, Hydro-Québec, je
pense, a des plans, là, d'installer 125 000 panneaux solaires
sur les toits. Mais, encore là, c'est des questions qui sont beaucoup
tarifaires. Le problème qu'Hydro-Québec... Puis la raison pour laquelle il n'y
en a pas plus en ce moment, c'est qu'ils font... ils compensent du un pour un,
là. Si tu rajoutes un kilowattheure sur le réseau, ils vont te le créditer,
mais ils disent : Moi, là, ce kilowattheure-là, je dois le transporter
puis le distribuer, donc je devrais te payer seulement la valeur de la
fourniture. Je pense qu'il ne faut pas regarder seulement ça sur une question
de fourniture d'électricité, mais plutôt il faut favoriser l'autoproduction,
mais avec du stockage chez les gens, pour en profiter pour améliorer la gestion
de la demande en puissance, mais aussi la résilience énergétique de la
clientèle.
M. Kelley : Parfait. Merci beaucoup. Puis on peut trouver le
temps pour discuter ça en plus de détails peut-être dans un autre
moment, prendre un café ensemble. Mais je veux vous entendre, parce que j'ai
trouvé la partie de votre mémoire qu'on parle que ça va prendre un plus grand
rôle de l'État pour le financement des différentes technologies, c'est sur la
page n° 8, où vous parlez de le budget pour la
mise en place, le PEV, puis ce n'est pas suffisant nécessairement, les sommes qui sont allouées présentement dans ce plan
pour aider les gens d'avoir des thermopompes ou, quand même, des autres types... des autres types de... si c'est des
panneaux solaires ou on peut penser à des fenêtres. Mais, bref, juste
vous entendre. Ça va prendre combien d'argent pour s'assurer que ça marche
bien, notre plan d'efficacité énergétique? Ce n'est pas juste par règlement. Ça
va prendre des programmes, j'imagine, aussi ou...
M.
Finet (Jean-Pierre) : Bien, c'est déjà un bon début que le ministre
ait inclus dans le PMO de l'argent, les provisions pour l'accumulation de
chaleur. Puis ça peut grossir, quant à moi. Puis, en plus, on pourra partager
avec vous, si vous voulez, là, les résultats
de cette étude-là, donc, qu'on a fait faire, là, pour les petits et moyens
bâtiments. Et donc c'est ça. Puis je pense que les budgets vont croître
au fur et à mesure qu'on va faire appel davantage au déplacement des charges
plutôt qu'à l'effacement des charges.
Par rapport à ça,
justement, en biénergie, le tarif d'été, tu sais, on dit souvent : La Loi
sur la Régie de l'énergie est vieille, il faut la changer, elle a 25 ans.
Écoutez, le tarif d'été a 40 ans. C'est juste s'il ne fonctionne pas avec un boulier. Il fonctionne avec une sonde de
température à l'extérieur puis il efface 573 heures en moyenne par année. Notre
pointe est de moins de 100 heures. Donc, on efface même, par exemple, la
nuit... Quand il fait moins 20° un samedi, il a beau faire moins 20°, il n'y a
pas de pointe pour autant, là, donc, puis on va... on va polluer inutilement.
La solution serait de «tweaker», justement, et de contrôler ces charges-là à
distance, et de minimiser, justement, l'utilisation, le recours au gaz naturel
en pointe sur ce qu'on a de besoin, et Hydro-Québec est capable de le faire
grâce aux compteurs communicants. Et donc on pourrait garder encore la
biénergie, si vous voulez, puis ça, c'est une autre façon.
D'ailleurs, la ville
de Montréal, dans les recommandations, disait : Nous, 30 % de gaz en
pointe, nous, on le fait avec nos propres bâtiments. Avec 15 % de gaz en
pointe, y a-tu moyen de? Et ça, je veux dire, je pense que vous allez être
ouverts aussi à cette solution-là. Tu sais, il y a beaucoup d'améliorations à
faire avec les outils existants, même, puis, des fois, c'est des questions
tarifaires. Ce n'est pas juste technologique.
M. Kelley : Merci
beaucoup. Puis je n'ai pas beaucoup de temps qui reste. Et, si c'est possible,
est-ce que vous pouvez déposer l'étude au secrétariat? Alors, on peut tous
avoir accès. C'est juste... si c'est possible.
Le Président (M. Jacques) : ...pouvez
transmettre ces documents par courriel à la commission, au secrétariat?
M. Finet (Jean-Pierre) : Je pourrais vous déposer
les... une présentation qu'on a faite à Hydro-Québec là-dessus. On s'est rencontrés, d'ailleurs, Hydro-Québec,
pour essayer de trouver des solutions, de sorte à favoriser l'accumulation
de chaleur dans les petits et moyens bâtiments. Moi, ça va me faire plaisir de
vous partager cette... ces résultats-là.
M. Kelley : Parfait.
Le Président (M.
Jacques) : Donc, vous allez faire...
M. Kelley : Et,
juste rapidement, sur la page n° 7, vous parlez
des pertes de revenus d'Énergir qui atteindra 2,4 milliards de
dollars en 2050. C'est juste de bien comprendre pourquoi vous avez trouvé que
c'était important de noter que... Pour la suite des choses, pour Énergir, ça va
être difficile, si je comprends bien, pour les prochaines...
M. Finet
(Jean-Pierre) : Non, non, c'est parce que c'est les clients d'Hydro
qui compensent les pertes de revenus d'Énergir pour ne pas que les tarifs
augmentent trop, parce que, quand Énergir vend moins de gaz, bien, ça met une
pression à la hausse sur les tarifs. Donc, si Énergir participe au deal de
biénergie, bien, il va faire moins de ventes, donc ça met une pression à la
hausse sur les tarifs. Nous, on faisait juste dire qu'il faudrait prendre ça en
compte dans les... le coût de l'opération, parce que ça fait partie de la
mesure, la biénergie, un peu comme le recours au gaz naturel renouvelable a un
coût supérieur qui n'a pas été, quant à moi, pris en compte dans l'analyse
d'impact réglementaire. Et ça devrait, quant à moi, être pris en compte, parce
que c'est un coût qui va être récurrent, que les opérateurs de bâtiment, pour
réduire leurs gaz à effet de serre, vont devoir assumer de façon récurrente.
M. Kelley : Parfait.
Et peut-être juste de complémenter la question de mon collègue de Côte-Nord sur
le stockage pour les grosses entreprises,
peut-être, ou des usines qui sont éloignées. Je pense que vous n'avez pas
terminé votre pensée sur les options
de stockage et quand même... quand même juste, en général, le stockage pour les
entreprises. J'imagine, la technologie va juste continuer d'être plus en
plus efficace sur les prochaines années.
M. Finet (Jean-Pierre) : Oui. Écoutez... Bien, il
y a une technologie qui a été développée par Hydro-Québec, qui est un
peu l'accumulateur de chaleur dont on parle dans le résidentiel avec des
briques puis de l'air chaud, mais ça a été fait avec de l'hydronique. Donc,
c'est... c'est de l'eau chaude qui passe à travers les briques. Ça s'appelle
ThermElect. C'est un brevet d'Hydro-Québec et ça a été... Et ces systèmes-là
sont installés au Québec dans moult grands
bâtiments, puis on peut les aligner en fonction de la grosseur du bâtiment — plus
ton bâtiment est gros, plus tu installes
de systèmes — ou
on peut installer des atténuateurs thermiques locaux pour chauffer certaines...
certaines pièces en particulier, certaines... C'est ça.
M. Kelley : Parfait.
Combien de temps?
Le Président (M.
Jacques) : Une minute.
M. Kelley : Une
minute. Bien, merci beaucoup encore pour votre présentation.
M. Finet (Jean-Pierre) : Merci.
M.
Kelley : C'est toujours très, très intéressant.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
messieurs, pour vos échanges, et Mme la députée de Mille-Îles. Je reconnais maintenant
la députée de Verdun pour 4 min 8 s.
• (14 h 40) •
Mme Zaga
Mendez : Merci, M. le Président. Merci, M. Finet, pour votre
présentation. Tout à l'heure, vous nous parliez des cas de Prévost, de Candiac,
des villes que vous avez accompagnées. J'ai une question par rapport à la
réglementation qui est en place : Est-ce que, selon vous, cette
réglementation-là cause une certaine insécurité énergétique, de la façon qu'elle est écrite maintenant, que ce soit
Prévost, mais on a aussi le cas de Montréal qu'on interdit de nouveaux
branchements?
M. Finet
(Jean-Pierre) : Non, je ne pense pas, je ne pense pas. Sinon, on
n'aurait pas de Northvolt, et autres. Je
pense qu'en plus la volonté des villes, ce n'est justement pas de contribuer au
problème. Et ils sont très conscients, justement, de la problématique
énergétique de... du fait que le bilan offre... le bilan en puissance est
restreint, et c'est pour ça qu'ils veulent participer aussi, contribuer à la
solution. Mais eux, ils ont des objectifs aussi de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Donc, je
pense... Non, les villes sont tout à fait conscientes et sont tout à fait
ouvertes à faire partie de la solution, et puis ce n'est pas un problème
du tout.
Même, vous avez vu,
Candiac a même des... a même fait des normes pour améliorer l'isolation puis
l'étanchéité du bâtiment, de sorte à ce que, bien, ces bâtiments-là, lors des
pannes, justement, en termes de résilience énergétique, soient capables de
durer longtemps, plus longtemps sans que ça devienne un problème. Donc, les
villes ont un désir de contribuer, puis je pense que le ministère de
l'Environnement doit les soutenir et promouvoir leur enthousiasme.
Mme Zaga
Mendez : Dans ce sens-là, vous avez parlé d'autres options qui sont
disponibles, par exemple, si on le fait par réglementation. Parce que
l'impression que ça donne, c'est que, si on fait un règlement sur le même objet, avec l'article 29, bien, on va niveler
vers le bas. Bien, vous êtes en train de nous suggérer d'autres choses. Vous
parliez d'autres types de réglementation qu'on pourrait mettre en place pour
soutenir les villes.
M. Finet
(Jean-Pierre) : Bien, c'est-à-dire que 29 et 30, ça dépend comment on
l'interprète. Le ministre dit qu'il pourrait l'approuver quand même, là. Ce
n'est pas dit qu'il va scraper tous les règlements municipaux le lendemain de
l'adoption du règlement. Je pense qu'il y a peut-être des clauses grand-père ou
autres, là. Mais il reste qu'il y a peut-être de l'inspiration là-dedans.
Mais l'affaire
intéressante avec Prévost, c'est que, pour les bâtiments existants, l'entente
avec Énergir, puis ça, c'est vraiment... puis je pense que le ministre devrait
être content aussi de ça, c'est que c'est... Puis ils sont avant-gardistes. Dans la mesure où les clients existants
vont être amenés à... justement, comme les nouveaux raccordements, à
adopter la biénergie, ou le 100 % gaz naturel renouvelable, ou avec la
biénergie au gaz... avec un appoint au gaz naturel renouvelable... Et ça, c'est
pour le marché existant. Je pense qu'on devrait en prendre bonne note, parce
que c'est une façon aussi d'y aller progressivement dans le marché existant et
de décarboner le marché existant. Parce qu'on a beau arrêter l'hémorragie dans
la nouvelle construction, il reste qu'il faut quand même s'occuper du marché
existant.
Mme Zaga
Mendez : Bien sûr. Et sentez-vous, par exemple, si d'autres villes au
Québec continuent cet exemple-là, que ce
soit Prévost, Montréal ou Saint-Hilaire, on arriverait, c'est-à-dire on...
Est-ce qu'on crée ou pas une insécurité énergétique si les villes
continuent dans le sens, par exemple, d'interdire les nouveaux branchements?
M. Finet (Jean-Pierre) : Au contraire, moi, je
pense... Comme je vous disais tout à l'heure, là, si on installait des
accumulateurs de chaleur sur pied, par exemple, là, les genres de Convectair,
dans les appartements multirésidentiels de 25 et de 100 appartements, si
vous voulez, de 100 étages, et tout, là, je pense qu'on pourrait non
seulement... pas ajouter au problème, mais on pourrait même réduire les... Tu
sais, on a... en ce moment, là, je disais, on
a 15 000... le résidentiel représente à peu près
15 000 mégawatts d'impact en puissance, mais ça, on peut le réduire,
là. On... Ce n'est pas une fatalité, là.
Donc, c'est peut-être... Les municipalités peuvent peut-être même contribuer à
renverser la vapeur.
Mme Zaga Mendez : Bien, je vous remercie.
Est-ce qu'il y a d'autres choses que vous aimeriez ajouter? Il nous
reste 20 secondes.
M. Finet
(Jean-Pierre) : Bien, je voudrais juste revenir sur la question des
extensions de réseau...
Le Président (M.
Jacques) : Rapidement, 10 secondes.
M. Finet
(Jean-Pierre) : Oui, en 10 secondes. Dans votre prise de
décision, M. le ministre, il faut vraiment tenir
compte de ça, des coûts éventuellement échoués des actifs d'Énergir dans le
temps. Et, c'est ça, il faudrait y aller peut-être plus, justement, dans
les gros bâtiments que dans les... qui sont plus difficilement électrifiables.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup, M. Finet. Ceci met un terme à nos échanges.
Merci pour votre participation à la commission.
Nous suspendons quelques instants pour se
préparer pour le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 14 h 44)
(Reprise à 14 h 48)
Le Président (M. Jacques) : La
commission... Bien, nous reprenons nos travaux, en fait, avec le Centre québécois du droit de l'environnement, et j'invite
Me Cloutier à commencer son exposé, pour une période de 10 minutes.
Par la suite, les échanges avec les membres de la commission se poursuivront.
Merci.
Centre québécois du
droit de l'environnement (CQDE)
Mme Cloutier (Camille) : Bonjour.
Merci. Donc, M. le ministre, la commission, d'abord, je vous remercie de nous permettre
de commenter le projet de loi 41 et de peut-être l'éclairer dans votre
analyse.
Je m'appelle Camille Cloutier. Je suis avocate
au Centre québécois du droit de l'environnement, le CQDE.
Le CQDE, créé en 1989, est le seul organisme
sans but lucratif à mettre au service de la population une expertise juridique indépendante en droit de
l'environnement. Pour accomplir cette mission, entre autres, on intervient à
l'occasion devant les tribunaux, on fournit gratuitement de l'information
juridique accessible à la population et on participe
à des consultations sur des réformes législatives ou réglementaires comme
celle-ci. Lorsqu'on intervient dans des
consultations parlementaires, notre objectif, c'est de fournir à l'Assemblée
nationale un éclairage sur des questions juridiques relatives à la
protection de l'environnement afin que nos lois et règlements soient ambitieux
et cohérents.
Donc, on félicite d'abord le gouvernement du
Québec pour sa volonté, avec le projet de loi 41, d'accélérer la
transition, de mettre en place des mesures qui ont le potentiel de transformer
le parc de bâtiments et de réduire leurs émissions de GES. On salue aussi la
volonté du gouvernement d'établir des normes minimales. C'est le terme qui est
employé un peu partout dans l'analyse d'impact réglementaire.
• (14 h 50) •
Pourtant, le projet de loi, dans sa version
actuelle, n'établit pas seulement des normes minimales, en fait, n'établit pas
des normes minimales, mais plutôt des normes aussi maximales, donc, pas
seulement un plancher, mais également un plafond. Puis on est d'avis, au CQDE,
que la volonté de rendre le système plus efficace ne doit pas signifier se priver d'alliés précieux dans la
transition, dont les gouvernements de proximité que sont les municipalités.
L'apport des municipalités pour la protection de l'environnement et la
décarbonation est essentiel. On a eu, dans les derniers jours, entre autres hier avec le témoignage de l'UMQ, plusieurs
exemples concrets d'initiatives réglementaires municipales qui
contribuent définitivement à la transition écologique et énergétique pas
seulement en matière de décarbonation, mais sur plusieurs aspects des bâtiments
et de la construction.
L'intervention du CQDE aujourd'hui s'inscrit
vraiment dans la même ligne que plusieurs intervenants qui m'ont précédée.
C'est ce qu'on a constaté dans les derniers jours. C'est ce qui arrive quand on
passe à la fin de la période de consultations. Donc, je vais, en quelque sorte,
récapituler puis ajouter la voix de notre organisme, qui est davantage juridique, à la demande de modifier le
projet de loi pour permettre la contribution des municipalités. En fait, j'aimerais
préciser qu'on a beaucoup parlé, au cours des derniers jours, d'autonomie ou
d'indépendance des municipalités, mais j'aime beaucoup utiliser le terme
«contribution», parce que c'est ce qu'on souhaite promouvoir vraiment, c'est la
participation des municipalités à la transition écologique et énergétique.
Les recommandations du CQDE sont plutôt simples,
mais concernent des éléments importants du projet de loi. Vous l'aurez peut-être constaté à la lecture du mémoire. Donc, il
s'agit de retirer les articles 29 et 30 de la Loi sur la
performance environnementale des bâtiments, qui est introduite par
l'article 1 du projet de loi, et de s'attaquer par la même occasion à
l'article 118.3.3 de la LQE de la même façon. Vous le savez, le projet de
loi 41 réutilise le même mécanisme que cet article. Puis, dans les deux
cas, c'est vraiment dans le but de permettre aux municipalités d'adopter des
régimes qui sont plus ambitieux pour complémenter le régime provincial. Dans
les deux cas, les dispositions, tant de la nouvelle loi que de la LQE,
empêchent les municipalités d'adopter un règlement sur le même objet que la loi
ou un règlement de la province, et ce, peu importe lequel est le plus sévère et
peu importe lequel a été adopté en premier. Et ce n'est pas nouveau que plusieurs
acteurs du milieu municipal, entre autres la FQM et l'UMQ, critiquent cet
article 118.3.3 de la LQE parce qu'il constitue un frein à l'action
municipale.
Pour comprendre qu'est-ce que ça implique, nos
recommandations, c'est pertinent de comprendre le régime juridique qui encadre
les pouvoirs des municipalités, qui prévaudrait en l'absence de
l'article 29, 30 de la loi... de la nouvelle loi et en l'absence de
118.3.3 de la LQE. Il s'agit principalement de l'article 193 de la Loi sur
le bâtiment — plusieurs
en ont parlé aussi dans les derniers jours — et de l'article3 de la
Loi sur les compétences municipales. Donc, en ce moment, avec le régime actuel
avant le projet de loi, lorsqu'une municipalité souhaite adopter un règlement
de construction, elle peut réglementer sur les mêmes matières que la Régie du
bâtiment, à condition de le faire de manière plus stricte que le contenu du
code de construction établi par la régie. Donc, ce code de construction, c'est
vraiment une source de normes minimales.
Puis ensuite, tant
pour les règlements de construction que les règlements d'urbanisme ou d'autres
plus largement en lien avec l'environnement des municipalités, la contrainte
fondamentale, c'est celle d'être conciliables avec les
lois et règlements de la province. C'est un terme qui est important. C'est
quoi, être conciliable? Bien, les tribunaux ont souvent eu à interpréter cet
article de loi dans les 20 dernières années, puis la réponse est assez simple, je vous dirais. Pour que deux textes de loi soient
inconciliables, il doit être impossible de se conformer aux deux à la fois.
Puis les tribunaux ont aussi confirmé que pour être conciliable, un règlement
ne peut pas permettre quelque chose qui
est... un règlement municipal ne peut pas permettre quelque chose qui est
prohibé par la province. Sinon, ce serait aussi une source de caractère
inconciliable.
Donc,
je rappelle aussi que, quand l'article 3 de la Loi sur les compétences
municipales... pardon, municipales,
donc, cette règle de base a été
adoptée en 2004, l'intention, c'était, et je cite quelques
passages, là, de jugements et du projet de loi initial, «d'accorder aux
municipalités de la marge de manoeuvre, d'exercer efficacement la plénitude de
leurs compétences et même de pouvoir répondre aux besoins évolutifs de leur
population sans devoir faire appel constamment à l'intervention du gouvernement
provincial».
Donc,
en bref, si on retire 118.3.3 de la LQE et si on retire 29 et 30 de la Loi sur
la performance environnementale des bâtiments, on revient au cadre
initial où les municipalités peuvent complémenter les mesures qui sont mises en
place par la province. C'est, selon nous, ce qui serait souhaitable pour
permettre aux municipalités d'aller plus loin que
ce que peut ou veut faire le gouvernement du Québec, en considérant, notamment,
qu'à l'échelle locale les municipalités
peuvent bénéficier d'un appui particulier de leur population locale. Au CQDE,
d'ailleurs, on est témoins, là, au
quotidien d'initiatives innovantes puis de mobilisation des citoyens, mais
aussi des élus municipaux pour s'attaquer à la crise climatique.
Bien sûr, la
concertation entre tous les niveaux de gouvernement, c'est essentiel. On en a
parlé beaucoup dans les dernières heures et
derniers jours. Il faut tenir compte des réalités énergétiques, agir de manière
cohérente, mais la solution n'est pas d'empêcher l'innovation régionale,
municipale, et de freiner les municipalités dans l'ensemble de leurs
initiatives. Les articles 29 et 30 de la nouvelle loi sont problématiques
parce qu'ils ne permettent pas cette complémentarité et cette innovation, puis
ils sont surtout problématiques parce que non seulement ils empêcheraient ou, du moins, freineraient l'adoption de nouveaux
règlements municipaux, mais ils risquent aussi de rendre inopérants ou,
du moins, de remettre en question des règlements qui existent déjà, qui
fonctionnent et qui sont respectés dans plusieurs municipalités du Québec. Je
souligne que, si une municipalité considère qu'elle doit aller plus loin qu'une
norme provinciale, c'est souvent parce que la norme provinciale est
insuffisante. Puis ce que je veux dire par là, c'est que, si les règlements qui
sont adoptés en vertu de la nouvelle loi dont on discute aujourd'hui sont
ambitieux, permettent de répondre à la crise climatique et atteindre les cibles
de réduction de GES, bien, les municipalités ne devraient pas avoir à se rendre
jusqu'à adopter des règlements différents et à porter le fardeau administratif
et même parfois judiciaire qui vient avec.
Dans les derniers jours,
évidemment, on a beaucoup parlé de décarbonation de gaz naturel. C'est un enjeu
majeur. Mais, comme l'ont souligné d'autres
avant moi, la performance environnementale des bâtiments, ça ne concerne
pas uniquement le type d'énergie utilisée,
mais aussi toutes sortes d'autres caractéristiques. On peut penser à des normes
de construction écologique que certaines
municipalités à travers le Québec ont adoptées, là, parfois il y a plus de
10 ans qui pourraient être remises en question.
Plus précisément, je termine
là-dessus, sur le mécanisme d'approbation par le ministre, qui est l'exception
à l'interdiction, bien, on considère que ce n'est pas une solution qui va
vraiment venir mitiger les effets négatifs de l'article 29 parce que,
d'abord, c'est un fardeau administratif, pour tous les acteurs impliqués, qui
va s'appliquer aussi à des règlements déjà adoptés depuis longtemps. Puis
l'information qu'on a jusqu'à maintenant, le retour d'expérience sur l'article
analogue qui est à la LQE, c'est que non seulement c'est lourd pour les
municipalités et le ministère, mais ça a également un faible taux de succès et
un effet dissuasif sur l'ambition municipale.
Donc, pour conclure,
ce qu'on recommande, c'est que le gouvernement établisse des normes minimales,
et on vous invite, évidemment, à être ambitieux sur ce point-là, sur le choix
des normes minimales. Merci pour votre écoute. Je vais être prête pour vos
questions.
Le Président (M.
Jacques) : Merci, Me Cloutier, pour votre exposé. Nous allons
commencer les échanges avec la partie gouvernementale. M. le ministre, la
parole est à vous.
M. Charette :
Merci, M. le Président. Merci d'être avec nous cet après-midi. C'est
toujours un plaisir d'entendre le point de vue du Centre québécois du droit en
environnement. Peut-être vous mentionner, j'ai plusieurs collègues déjà qui
m'ont partagé leur souhait d'échanger aussi avec vous. Donc, je vais y aller
d'un commentaire dans un premier temps. Vous aurez naturellement la possibilité
d'y répondre par la suite.
Concernant le
plafonnement de l'ambition, c'est l'expression que vous avez retenue en
introduction, bien, peut-être vous mentionner que ce n'est nullement notre
intention de plafonner l'ambition. Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de
suivre l'échange avec l'UMQ et la FQM sur cette question-là. Il y a une crainte
légitime par rapport à la formulation actuelle dans le projet de loi, et on
s'est déjà entendus, avec l'UMQ et la FQM, qu'au moment de l'étude article par
article on va vraisemblablement apporter des modifications pour s'assurer qu'il
n'y ait pas d'ambiguïté. On ne veut pas plafonner l'ambition des municipalités,
bien au contraire, encore moins comme ministre de l'Environnement. L'élément
que l'on veut baliser, et, encore là, l'UMQ et la FQM est d'accord, c'est tout
ce qui est en lien avec l'approvisionnement énergétique et la sécurité
énergétique. Donc, il y aura vraisemblablement des amendements de proposés à ce
moment-là.
• (15 heures) •
Donc, tous les autres
champs pour lesquels les municipalités souhaitent agir, on nous parlait, là, de
d'autres exemples qui n'étaient pas en lien du tout avec le bâtiment, le projet
de loi actuel ne freinera pas cet élan-là, mais, pour le volet énergétique, c'est un réel, réel
enjeu. Et les municipalités reconnaissaient elles-mêmes qu'elles n'avaient
pas l'expertise pour prendre la mesure de l'impact de ce qu'elles
souhaiteraient mettre en place dans certains cas. Hydro-Québec est venue nous
dire, avant ou après, je ne me souviens plus quelle était la séquence, mais
que, dans le cas qui a été médiatisé ces
derniers jours, celui de Saint-Bruno, par exemple, Hydro-Québec a la capacité
de répondre à ce projet-là. Ils souhaitent même collaborer avec la
municipalité. Ce qu'Hydro-Québec dit, par contre, il faudrait que la
municipalité, dans son projet d'écoquartier, inclue telle, telle, telle mesure
pour nous aider à maximiser le potentiel énergétique ou sinon réduire le
recours à l'énergie.
Donc, c'est dans ce
sens-là qu'il y aura dorénavant une plus grande collaboration entre les villes,
le gouvernement du Québec, Hydro-Québec aussi, les fournisseurs d'énergie, pour
s'assurer qu'on opte pour le scénario...
bien, optimal, et certainement pas plafonner l'ambition. Donc, c'est la petite
mise au point que je souhaitais réitérer auprès de vous. Vous avez la
possibilité de commenter. Sinon, j'ai effectivement plusieurs collègues qui
souhaiteraient interagir avec vous. Et, si on... on devait s'arrêter là, encore
une fois, merci pour votre présence cet après-midi.
Mme Cloutier
(Camille) : ...
M. Charette :
Votre micro.
Mme Cloutier
(Camille) : Oui, bien sûr. Merci, M. le ministre. Je voulais rajouter
un petit quelque chose, là, mais je prendrai les autres questions avec plaisir.
D'abord, sur la question de sécurité énergétique, bon, on n'est pas certains de
la causalité nécessairement entre chaque action municipale et cet enjeu-là de
précarité énergétique. On a entendu tout plein d'experts dans les derniers
jours. Entre autres, M. Finet, tout récemment, a dit que ce n'était pas
une fatalité, là, cet enjeu de sécurité énergétique, et que les municipalités
pouvaient faire, au contraire, partie de la solution. Mais je suis tout à fait
d'accord avec vous que la concertation est essentielle puis que... On est
contents d'entendre que les municipalités et le gouvernement vont être en
discussion pour des amendements à adopter au projet de loi... aux
articles 29 et 30. Donc, on est contents de l'entendre. On souhaite
s'assurer toutefois que ça va vraiment
laisser place à certaines innovations dans toutes les matières de performance
environnementale du bâtiment, y compris la décarbonation.
M. Charette :
Juste une petite minute avant de céder la parole. Vous dites... Vous n'êtes
pas certaine de la finalité, mais vous devez comprendre que, comme
gouvernement, nous, on doit être certains de la finalité avant... C'est la
raison pour laquelle cet espace de collaboration là devient nécessaire. Et, si
vous avez écouté l'échange avec M. Finet, et je pense que c'était Sortons
le gaz!, hier, ou un autre groupe, je ne me souviens plus, les villes, dans
certains cas, voulaient effectivement restreindre le recours au gaz. Et, a
priori, on n'est certainement pas contre, mais ce qu'Hydro-Québec souhaite, et
c'est notamment le cas avec l'exemple de Saint-Bruno, c'est qu'il y ait aussi
des conditions de mitigation qui soient... qui soient ajoutées, que ce soit à
travers accumulateur de chaleur, M. Finet parlait de système Hilo qui
était financé par Prévost, ou autres. Donc, sortir le gaz, on y est, mais, si
on est 100 % hydroélectrique ou énergie verte, ce qui est le souhait,
ultimement, on peut rendre la démarche encore plus optimale s'il y a des
mesures de mitigation pour la pointe, notamment, et qui aident à maximiser le
potentiel énergétique. C'est la position, là, qui est la nôtre et qui semble
partagée, là, avec les municipalités également.
Donc, pour ne pas me
faire reprocher de prendre trop de temps auprès de mes collègues, cette
fois-ci, c'est vrai, je leur laisse la parole. Et, encore une fois, merci pour
votre présence.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée d'Iberville.
Mme
Bogemans : Merci beaucoup. Bonjour, Mme Cloutier.
Mme Cloutier
(Camille) : Bonjour.
Mme
Bogemans : Concernant le rôle des municipalités, parce que j'ai lu
dans votre mémoire que vous voyez vraiment le rôle du ministère de
l'Environnement et du ministre lui-même comme chef d'orchestre de la lutte climatique, comment vous arrimez ça avec la
volonté que chaque municipalité puisse réglementer de manière différente
à ce sujet-là, au niveau de la performance des bâtiments, plus
particulièrement?
Mme Cloutier
(Camille) : Oui. Bien, c'est sûr qu'il y a toute une préoccupation
pour une certaine simplicité ou cohérence dans tout ça, mais on est d'avis
qu'il faut favoriser l'émergence de solutions un petit peu plus innovantes
quand la population locale est prête à ça. On peut penser à l'exemple du
chauffage au bois. C'est normal qu'une ville comme Montréal soit prête à aller
plus loin plutôt qu'un village de région éloignée, par exemple. Donc, il faut
permettre cette modulation-là de la mise en place de nouvelles mesures.
Puis le rôle du
gouvernement du Québec et du ministère de l'Environnement, bien, c'est d'aller
fixer des normes minimales. Puis évidemment
le gouvernement du Québec a cette vision d'ensemble, cette compréhension de la
situation énergétique qui lui permet d'aller fixer un plancher. C'est comme ça
qu'on le voit.
Mme Bogemans : Super. Puis je vous
amène de l'autre côté du spectre. Pour les municipalités, justement, qui ne voient pas la lutte aux changements
climatiques comme étant quelque chose de leur ressort ou qui ne le considèrent
pas comme une
priorité, quel genre de mesures vous pensez qu'on devrait mettre... de l'argent
pour les emmener avec nous dans cette marche-là?
Mme Cloutier
(Camille) : Oui. Bien, c'est sûr qu'au niveau du choix des mesures
techniques, lesquelles mettre en premier, combien ça va coûter, ce n'est
vraiment pas notre expertise. Puis j'ai entendu tout plein d'intervenants, au
cours des derniers jours, qui ont amené des très bonnes idées puis je suis sûre
qu'il y en a aussi au sein du ministère. Cela dit, l'établissement de normes
minimales par la province va nous assurer d'aussi tirer vers le haut ou tirer vers l'avant les municipalités
qui... qui considèrent moins que c'est leur priorité, là, d'agir dans la lutte
aux changements climatiques. Donc, c'est pour ça qu'on salue de base,
là, l'initiative d'avoir ce projet de loi là puis de venir réglementer sur le
sujet, tout à fait.
Mme
Bogemans : Parfait. Avez-vous des suggestions pour nous, par exemple,
pour les entrepreneurs qui ont affaire avec
deux municipalités d'un... Parce que, parfois, ils sont voisins, puis c'est
littéralement d'un opposé à l'autre, là. Comment bien, dans le fond, respecter
leur droit de travailler puis les standards qu'ils doivent mettre de l'avant?
Mme Cloutier
(Camille) : Je ne sais pas si la réponse va vous satisfaire en mesure
de... en matière de considération de la réalité concrète sur le terrain, mais,
objectivement, avec un pas de recul, tant mieux si on favorise des entrepreneurs, des entreprises, des industries
qui vont respecter les plus hauts standards, donc, qui va respecter les
standards de la municipalité avec les standards les plus élevés. C'est ce qui
est souhaitable, d'après nous.
Mme
Bogemans : Donc, dans le fond, l'entrepreneur devrait toujours suivre
les standards les plus élevés. Comme ça, il n'y aurait pas de problème. C'est
ça, la suggestion, finalement, si je comprends bien.
Mme Cloutier (Camille) : C'est ce qui serait...
C'est ce qui aurait l'impact le plus positif pour tout le monde, là.
Mais c'est sûr qu'il y a des nuances sur le terrain. Je comprends bien.
Mme Bogemans :
Puis, en termes de technologies
qu'on peut mettre de l'avant pour arriver à avoir une empreinte la moins élevée possible, avez-vous certaines
actions, certaines technologies, justement, à mettre de l'avant en priorité?
Mme Cloutier
(Camille) : On n'a pas... On n'a pas ce rôle-là. On considère vraiment
qu'il y a tout plein d'autres organismes, d'autres experts qui vont venir
vraiment proposer des solutions plus concrètes en termes des énergies à
prioriser. Il reste que la sortie du gaz naturel, l'élimination des combustibles
fossiles, il n'y a pas... il n'y a pas de débat là-dessus. Il faut s'en sortir,
s'en sevrer à terme, là. Après ça, le débat, c'est plus sur la vitesse, quelle
étape prendre en premier. Mais, on l'a bien vu dans l'analyse d'impact
réglementaire, les cibles de réduction de GES du plan pour une économie verte
ne sont pas en voie d'être rencontrées. Puis, même avec le projet de loi, c'est
un scénario hypothétique qui fait qu'on ne sait pas s'ils vont être rencontrés.
Ça fait que c'est pour ça qu'il faut vraiment favoriser, là, toutes ces
idées-là nouvelles. Nous, notre rôle, c'est de suggérer le cadre, mais pas de
suggérer les technologies en particulier.
Mais il y en a plusieurs. On en a entendu plusieurs dans les derniers jours. Ça
fait que, ça, on n'en doute pas.
Mme
Bogemans : Puis d'abord, dans la démocratisation de ces
technologies-là, avez-vous des idées ou des suggestions à nous faire, pas
nécessairement quant à la technologie à utiliser, mais pour que le plus de
personnes possible y aient accès? Est-ce que vous avez des idées?
Mme Cloutier
(Camille) : C'est une bonne question. C'est sûr qu'au CQDE, une de nos
priorités, ça reste la participation du public dans les décisions qui vont
avoir un impact sur l'avenir, là, sur, entre autres, la transition énergétique. Ça fait que, dès que les
municipalités peuvent mettre en place des consultations publiques, on parle, à
l'échelle municipale, mais à toutes les échelles, de permettre vraiment
à la population de participer aux décisions, c'est vraiment un facteur important. On peut même voir ça à beaucoup plus
grande échelle, de réfléchir à l'avenir énergétique du Québec en faisant
participer la population, en permettant des forums où tous pourront venir
s'exprimer, là, parce qu'il y aura tout plein de décisions à prendre dans les
prochaines années, ça, c'est sûr.
Mme
Bogemans : Parfait. Puis, en même temps, au niveau de la population,
vous avez bien répondu à la question, mais, pour les faire participer puis pour
mobiliser aussi les propriétaires résidentiels, pour être capables de faire une masse critique, avez-vous une idée de
quelles seraient, justement, les plateformes où ils pourraient s'exprimer
puis auxquelles on pourrait les faire s'exprimer? Parce qu'une commission
parlementaire comme aujourd'hui, c'est un petit peu ça, l'objectif.
• (15 h 10) •
Mme Cloutier
(Camille) : Je vous dirais qu'il y a tout plein de choses qui sont
déjà en place, qu'on pourra exploiter davantage, des coalitions citoyennes, des
réseaux. Il y a vraiment... Puis, au CQDE, vous avez raison de me poser la
question, dans le sens qu'on est bien placés pour avoir un lien avec le milieu
citoyen, avec les organismes environnementaux,
avec les municipalités. Puis on sait qu'il y a tout plein, déjà, d'échanges
entre eux. Ça fait qu'il y a vraiment moyen d'utiliser ces canaux-là et
de propager de l'information, de les encourager à participer.
On a vu,
entre autres, l'été dernier, une forte mobilisation citoyenne sur un sujet qui
avait l'air supertechnique, le projet de loi n° 22
sur l'expropriation, et pourtant il y a des citoyens, citoyennes qui se sont
sentis interpelés par la question, qui ont compris les
enjeux environnementaux, juridiques et qui se sont impliqués. Ça fait que c'est
possible de le faire, là, quand on laisse vraiment une porte ouverte pour la
participation du public.
Mme Bogemans : Parfait. Puis
ensuite, dans le mémoire sur le projet de loi n° 44,
vous disiez que la CQDE a souligné l'importance de responsabiliser le
gouvernement dans les actions face à la crise climatique, puis je voulais
savoir si la cote qu'on met de l'avant pour le bâtiment répond à vos attentes
concernant ce point-là.
Mme Cloutier (Camille) : L'idée de
mettre une cote nous paraît être une option intéressante. Après ça, pour tous
les aspects plus techniques, là, ce n'est vraiment pas... ce n'est vraiment pas
quelque chose sur lequel on va se prononcer. Je suis désolée de ne pas pouvoir
répondre à toutes vos questions, là. J'aimerais être aussi experte en énergie,
mais ce n'est pas le cas.
Mme Bogemans : Bien, il n'y a pas de
problème. Et, si on continue juste un peu sur la cote, parce qu'on parle de
domaines, dans le fond, qui doivent finalement être cotés, ultimement, là,
trouvez-vous que les domaines qu'on met de l'avant font du sens? Est-ce que
vous mettriez ça plus large, par exemple?
Mme Cloutier (Camille) : Peut-être
que ça me prendrait une deuxième analyse du projet de loi, mais ce que j'ai
particulièrement apprécié à ma lecture de la version actuelle, c'est que l'article 1
qui définit la performance environnementale va vraiment ratisser large. Je sais
que l'OIQ, entre autres, dans son mémoire, parlait de considérer le cycle de
vie des matériaux. Il y a toutes sortes d'éléments qui pourraient être intégrés
dans la réflexion, mais la définition qui
est à l'article 1 est superlarge puis permet vraiment au gouvernement ou
au ministre, là, d'aller encadrer de nombreux aspects du bâtiment.
Mais c'est pour ça qu'on était justement
inquiets. Vu que la définition est si large, bien, ça risque beaucoup
d'interagir avec les règlements des municipalités qui, justement, couvrent un
peu tous ces aspects-là. C'est pour ça que
c'est... C'est vraiment cet élément-là qui nous a appelés à intervenir, là,
pour s'assurer qu'on va de l'avant. Voilà. Ce serait ce que j'ai à dire
pour l'instant.
Mme Bogemans : Bien, pensez-vous, en
termes de mobilisation citoyenne, puis d'échanges, finalement, puis de
participation, là, des gens par rapport à la responsabilisation aussi citoyenne
face à nos bâtiments, trouvez-vous que la cote est un moyen de susciter de
l'intérêt?
Mme
Cloutier (Camille) : Je l'ignore, mais je pense que, dès qu'on va
toucher les propriétaires de bâtiments, ça reste que ça va interpeler les gens.
Ils vont se sentir concernés par le projet de loi. Ça fait que, oui, il y a
moyen d'aller interpeler les citoyens et citoyennes qui, peut-être, ne
l'auraient pas été autrement.
Après ça, comment la cote va être mise en
oeuvre, comment ça va être... À quel bâtiment ça va s'appliquer aussi, là?
C'est sûr que, si on vise les grands bâtiments en premier, ça risque peut-être
moins de toucher la population générale, ça
fait que... Est-ce qu'on veut aller réglementer la performance
environnementale, la cote, mais aussi d'autres... d'autres façons? Là,
on parle de normes de performance. Plus on va vite vers les petits bâtiments,
les bâtiments résidentiels, plus vite on va
toucher à tous les types de bâtiments, plus vite la population va se sentir
interpelée, là, je pense.
Mme Bogemans : Donc, ça fait... ça
fait bien du sens. Il me reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Jacques) : ...précisément.
Mme Bogemans : Une minute, tout
simplement. Donc, ce sera simple, mais je voulais savoir, au niveau du plafond
que vous disiez qu'on instaurait, est-ce qu'il y a une mesure particulière où
vous aimeriez nous voir agir pour être capables de le rehausser ou répondre à
vos attentes?
Mme Cloutier (Camille) : Oui. Bien,
en fait, j'ai eu quand même l'impression que le ministre réagissait, là, sur ce
point-là en termes de modification des articles 29 et 30 de la loi qui est
instaurée par l'article 1 du projet de loi.
Ce qu'on propose, c'est de ne pas fixer un plafond, finalement, c'est de fixer
un plancher plutôt qu'un plafond. Donc, en modifiant ou en retirant ces
articles-là, on va vraiment permettre aux municipalités de devoir se conformer
aux normes, mais de pouvoir proposer quelque chose de plus ambitieux.
Mme Bogemans : Merci beaucoup.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup. Ceci termine les échanges avec la
partie gouvernementale. Je cède maintenant la parole à Mme la
députée de Mille-Îles.
Mme
Dufour : Merci, M. le
Président. Et merci, Me Cloutier, pour votre présentation et le mémoire.
C'était fort intéressant.
J'aimerais d'abord peut-être continuer un peu
sur la conversation que vous aviez juste précédemment concernant la large
définition de «performance environnementale», là. Vous en faites état... Je
crois que c'est à la page 12 du
mémoire, si je ne me trompe pas. Et là... Et vous avez dit, dans le fond,
que... Tout à l'heure, là, verbalement, vous avez
dit que ça peut laisser la place, donc, au gouvernement de légiférer sur bien
des choses dans le cadre du PL bâtiments,
mais ça pourrait aussi laisser la place à légiférer peu de choses parce que ce
n'est pas précisé. Tout se ferait par règlement. Donc, je voulais le
souligner.
Mais j'aurais aimé vous entendre sur... sur la
définition que d'autres groupes nous ont parlé. Ils nous ont fait état que
«performance environnementale», souvent, ça va beaucoup plus large que ce qu'on
semble vouloir... l'esprit de la loi qu'ici on regarde, qui semble plutôt
parler de performance énergétique et plutôt que... La performance
environnementale, qui pourrait couvrir la gestion des eaux, par exemple, est
beaucoup plus large. Donc, j'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme
Cloutier (Camille) : Oui. Bien, c'est un sujet superintéressant, parce
que tout ce qui va être adopté en vertu de la loi découle un peu de
cette définition-là.
D'abord, l'aspect positif de la définition,
comme je l'ai dit, c'est qu'elle ne restreint pas la performance
environnementale à l'efficacité énergétique, même si c'est ce qu'on en comprend
un petit peu. On dit vraiment, dans l'article, là, je l'ai devant les
yeux : «La performance environnementale s'entend de caractéristiques d'un
bâtiment qui ont un impact sur l'environnement, notamment son empreinte
carbone, l'énergie qui est utilisée», puis on va jusqu'à dire «les équipements
favorisant la mobilité durable». Ça fait qu'on se permet vraiment d'aller loin,
ce qui est positif puis qui démontre une
considération de la lutte aux changements climatiques et de l'action environnementale
plus large que seulement énergétique.
Par contre, c'est toujours souhaitable d'avoir
des articles de loi précis qui vont venir établir des obligations claires ou un cadre clair pour la suite. Donc,
s'il y a une définition qui correspond plus clairement à ce que le ministre...
pardon, l'Assemblée nationale souhaite légiférer, c'est... ça pourrait être
positif aussi. Par contre, je trouve ça... on trouve ça positif, là, qu'il y
ait une certaine considération plus large de tous les impacts environnementaux
que peut avoir un bâtiment, dans la mesure où on laisse les municipalités
aussi, là, continuer d'innover là-dessus.
Mme Dufour : Effectivement. Par
contre, quand on regarde les articles du projet de loi par la suite, on a peu
de références à autre chose que l'énergie, je le souligne, et peut-être les
GES.
Mais le fait que ce soit, justement, par
règlement plutôt que dans la loi, pratiquement tout, là, passerait par
règlement, est-ce que ça, c'est quelque chose qui vous préoccupe ou vous êtes à
l'aise avec cette façon de faire là?
Mme Cloutier (Camille) : Disons que
ce n'est pas la première fois qu'on voit des lois qui vont s'appuyer sur
plusieurs règlements. C'est sûr qu'il y a une certaine préoccupation par
rapport à ça, parce qu'on ne peut pas s'en tenir seulement à l'intention
actuellement. Parfois, on va voir des très longs délais avant que le règlement
soit adopté, particulièrement quand la loi n'établit pas un échéancier clair.
L'intention, aussi louable soit-elle, qu'on va retrouver dans un projet de loi adopté par l'Assemblée
nationale n'a qu'une valeur de principe tant qu'on ne la met pas en oeuvre.
Puis je me permets de faire un lien avec un
autre dossier qui nous préoccupe beaucoup au CQDE, celle du registre
d'information environnementale. Donc, ça avait été adopté dans le projet de loi
il y a six ans et même plus maintenant, puis pourtant il n'y a pas eu de mise
en oeuvre de règlement, de... Donc, évidemment, là, ce serait souhaitable qu'on
voie un échéancier plus clair, des étapes plus définies pour vraiment assurer
que ça... c'est mis en oeuvre rapidement.
Mme
Dufour : Donc, vous avez dit... le registre environnemental,
vous avez dit, il a été... ça a été passé il y a six ans. C'est ça que
vous avez dit?
Mme Cloutier (Camille) : Oui, en
mars 2018, si je... si je ne me trompe pas.
Mme Dufour : Parfait. On va faire
des petites vérifications, parce que je suis nouvellement porte-parole des dossiers en environnement, donc je prends
connaissance. Et le fait qu'il n'y ait pas de cible non plus dans le projet de
loi, est-ce que c'est quelque chose
que... que vous auriez souhaité voir ou est-ce que c'est quelque chose qui se
fait ailleurs aussi?
Mme Cloutier (Camille) : Oui, on
aurait souhaité voir des cibles. Et on parle, entre autres, dans l'analyse
d'impact réglementaire, des cibles du Plan pour une économie verte. Donc, je
pense que c'est un peu ça qui est en trame
de fond. Mais on serait très favorables à l'idée que des cibles de réduction de
GES ou des cibles de performance environnementale des bâtiments soient
fixées dès maintenant, pour autant qu'elles soient ambitieuses, là.
• (15 h 20) •
Mme Dufour : Parfait. Merci.
Peut-être que j'aimerais vous entendre maintenant sur un élément que vous avez
effleuré, là, c'est la page 13 de votre mémoire, mais plusieurs autres
groupes nous en ont parlé plus en détail, c'est le fait qu'on retire, dans le
fond, l'efficacité énergétique de la Régie du bâtiment du Québec, en fait,
qui... du code de construction et que ce
serait plutôt transféré vers un code du bâtiment durable qui, lui, serait sous
la responsabilité du ministère de l'Environnement. Plusieurs groupes
nous ont fait part du risque qu'ils entrevoient, là, qu'il y ait certaines
incohérences entre les deux, du fait qu'ils sont habitués de travailler avec
une bible, qu'ils ne veuillent pas avoir deux bibles, que, si... que... C'est
ça. Le fait qu'il pourrait y avoir des incohérences, je pense que c'était ce
qui préoccupait le plus, là. Ce n'était pas
juste de les mettre les deux dans le même cartable, mais vraiment qu'il y ait,
comme, connexion. Donc, je voudrais peut-être vous entendre. Vous l'avez
effleuré, mais vous n'en avez pas parlé. Mais comment vous le voyez, vous, cet
aspect-là? Est-ce que c'est quelque chose qui vous préoccupe ou pas?
Mme
Cloutier (Camille) : Bien, je vous avouerais qu'au CQDE on est peu
habitués de travailler avec la Loi sur le bâtiment. Ce n'est pas une loi... Et
la Régie du bâtiment, ce n'est pas une institution avec laquelle on est très
familiers. Donc, c'est sûr que, tout ce que les autres groupes qui sont familiers
avec cette institution-là vous ont dit, on va les écouter avec attention. C'est
certain que l'ajout d'une autre bible, là, si on veut l'appeler comme ça, le
fait d'avoir un dédoublement d'un code de construction, règlement de
construction municipal, code de performance des bâtiments ou code du bâtiment
durable, peu importe comment on l'appelle, ça peut venir complexifier
davantage.
Après, il y a
peut-être des mesures à prendre pour une certaine cohérence. Puis, je dirais,
j'évoque juste un doute, là, par rapport à la modification qui est proposée à
l'article 173. On propose de retirer le paragraphe 6°, là, concernant l'efficacité énergétique. Puis je sais
que le ministre n'a pas la même interprétation que ça, mais je soulève que ça
pourrait être interprété comme un...
OK. Je recommence,
là. Il y a un groupe, ce matin ou dans les derniers jours, qui a évoqué l'idée
que la compétence de la Régie du bâtiment par rapport au contenu du code de
construction était très largement exprimée dans l'article 173, donc, que le
retrait du paragraphe 6° ne changeait pas le fait qu'elle pourrait peut-être
réglementer sur l'efficacité énergétique. Je comprends que c'est une
interprétation qui pourrait être discutée, là, mais ça... quand même, ça... ça
peut être mis en doute. Puis, même si le paragraphe 6° est retiré et qu'on ne
parle plus expressément d'efficacité énergétique, ça reste qu'il y a plusieurs
normes de construction partout à travers le code de construction qui peuvent
indirectement toucher à la transition énergétique, là.
Mme Dufour : Oui,
bien, c'est exactement ça que des groupes nous mentionnaient. Mais, comme
avocat... comme avocate, si vous aviez à regarder, puis à plaider, puis voir
des normes dans deux codes distincts qui viennent se... dans le fond, être un peu en compétition, est-ce que ça ne vient
pas, là, laisser un certain flou qui... qui peut, disons, amener la
jurisprudence un peu n'importe où?
Mme Cloutier
(Camille) : C'est certain qu'on est favorables à une plus grande
cohérence, à regrouper le plus possible les normes puis à éviter de se perdre
dans différents textes de loi, différents règlements. En étant avocate dans le
domaine... bien, dans le droit de l'environnement, je vous dirais que c'est un
problème qu'on retrouve dans tout plein de domaines, là, le fait que c'est très
complexe, ça se retrouve un peu partout. On a même déjà évoqué l'idée de créer
un code du droit de l'environnement pour éviter que, justement, ça se
reproduise comme ça. Donc, si on peut éviter
d'augmenter la complexité, tant mieux. Oui, c'est sûr. Mais je ne dirais pas...
Bon, c'est pour ça qu'on n'a pas formulé de recommandations vraiment
définies, là, sur ce point-là, parce qu'on était moins familiers avec le
fonctionnement de la régie et son expertise, mais elle a certainement une
expertise, là, dans le domaine de la construction qui devra être développée au
sein du ministère pour pouvoir réglementer sur le domaine... sur le sujet.
Mme Dufour : Merci.
Je voudrais peut-être, maintenant, vous amener... Pages 13, 14 de votre
mémoire, vous parlez, là, de... on en a parlé tout à l'heure, là, mais du
pouvoir municipal. Mais j'ai trouvé ça intéressant que vous parliez, justement,
de l'article 118.3.3 de la LQE, la Loi sur la qualité de l'environnement. Et là
vous disiez... bien, vous citez un analyste
du ministère qui était chargé de donner des approbations en vertu de cette
disposition, qui témoignait, et il le dit, je le cite : «Ce n'est
pas nécessairement facile pour une municipalité d'utiliser ce mécanisme, qui est
très exigeant.»
Et donc je voudrais
peut-être vous entendre davantage là-dessus, parce que c'est vrai que... Bien,
en tout cas, il y a eu une... Moi, dans le passé, j'étais au municipal, puis on
avait voulu interdire, là, par exemple, les plastiques à usage unique. Il a
fallu avoir un avis juridique. Bon, c'était... c'était correct, parce que ce
n'était pas quelque chose qui était couvert à l'époque, là, dans une loi
supérieure, mais, à chaque fois, les villes marchent sur des oeufs. Puis les petites municipalités, bien, on
s'entendra, ont peut-être un peu moins de moyens, là, pour... pour faire
ces démarches-là. Donc, qu'est-ce que
vous voyez qui serait... comme potentiel qu'on pourrait avoir comme gain si on
retirait cet article-là, comme vous le proposez?
Mme Cloutier
(Camille) : Je dirais que la même réflexion que pour les
articles 29, 30 de la Loi sur la performance environnementale des
bâtiments, là, le même... le même raisonnement s'applique à
l'article 118.3.3. Est-ce qu'il y a
d'autres mesures qui seront nécessaires pour venir s'assurer de la cohérence,
puis tout ça? Peut-être, là, mais il faudrait vraiment permettre aux
municipalités d'aller plus loin, comme vous parlez des municipalités qui
souhaitent réglementer vraiment dans... en faveur de l'intérêt collectif de la
protection de l'environnement.
Le... J'en parle,
justement, puis j'en ai parlé un peu tout à l'heure, le retrait de
l'article 118.3.3 ne permet pas à une municipalité d'adopter un règlement
plus permissif que la province, ne permet pas non plus à la municipalité
d'adopter quelque chose de... un... mettons, un deuxième régime d'autorisation
qui viendrait vraiment rendre ça un labyrinthe,
là. Ça pourrait peut-être être considéré inconciliable. Bref, le fait de devoir
être conciliable avec la province permet quand même un certain... un
certain encadrement des pouvoirs municipaux.
Puis pour revenir sur
les propos du fonctionnaire, là, c'était dans le cadre de débats
parlementaires, puis ce qu'on en... ce qu'on en conclut, ce qui en ressort,
c'est vraiment un effet dissuasif pour les municipalités de se rendre jusqu'à
demander l'approbation du ministère de l'Environnement. Puis, même avant ça,
vous l'avez nommé, là, le fait d'avoir
l'article 118.3.3 qui est toujours là au-dessus de leurs têtes, ça... ça
peut être un effet dissuasif à la volonté de réglementer en
environnement, point, là. Donc, pour nous, c'est vraiment un frein, puis les
acteurs du milieu municipal l'ont dit aussi.
Le
Président (M. Jacques) : Merci.
Mme Dufour : Merci.
Le Président (M.
Jacques) : Ceci termine le bloc d'échange avec l'opposition
officielle. Je cède maintenant la parole au deuxième groupe d'opposition, à Mme
la députée de Verdun, pour 4 min 8 s.
Mme Zaga
Mendez : Super. Merci, M. le Président. Merci, Me Cloutier, pour
votre exposé et mémoire, qui sont très, très clairs.
Je ne vais pas vous
faire répéter votre positionnement sur l'article 29, 30. Tout à l'heure,
on a eu aussi une explication sur 118.3.3.
J'aimerais avoir votre avis sur des effets puis tout le processus de
réglementation municipale. J'imagine, lorsqu'une municipalité s'épanche
sur une question, que ce soit l'efficacité énergétique ou que ce soit
l'approvisionnement en gaz, ils font tout un processus d'étude avant de passer
à un règlement. Pouvez-vous nous en dire plus?
Mme Cloutier
(Camille) : Oui. Bien, c'est sûr que ça va dépendre des municipalités,
des moyens dont ils disposent, de l'objet qu'ils veulent réglementer, mais, si
on prend un pas de recul, peut-être, puis on s'intéresse à toutes les contraintes de... des pouvoirs
municipaux, il y en a plusieurs, là, mais, si on réfléchit à... au domaine de
l'environnement, il y a, évidemment, des contraintes constitutionnelles, là,
donc, de ne pas réglementer un domaine qui va être fédéral. Puis ça a
l'air simple, là, mais, juste ça, on ne peut pas toucher à la navigation. Donc,
dès que ça touche aux plans d'eau, ça devient complexe. Ensuite, on va se
demander si on est conciliables avec les lois, les règlements de la province.
Donc, tout ça, ça demande quand même un examen de ce qui existe déjà au niveau
provincial.
Puis ensuite, bien,
dès que ça touche l'environnement, il faut s'assurer qu'on ne touche pas le
même objet qu'un règlement ou une loi de... bien, un règlement ou la LQE, donc,
la LQE ou un de ses règlements. Puis cet exercice-là n'est pas simple, parce
qu'il n'y a pas un guide qui dit : Voici l'objet exact qui est visé par
chaque règlement, chaque... puis chaque article de la LQE. Donc, il y a
toujours une certaine notion d'interprétation. Il y a de la jurisprudence sur cet article-là qui dit... qui va venir examiner
c'est quoi, l'objet de telle loi, de tel règlement. Donc, les
municipalités sont toujours dans l'incertitude de : Est-ce que j'ai
vraiment le droit de faire ça? Est-ce que je vais me faire poursuivre? Est-ce
que... Donc, c'est un... oui, tu sais, ce n'est pas souhaitable.
Mme Zaga
Mendez : Donc, j'imagine que le fait d'arriver après qu'une
réglementation qui a fait tout le cheminement dont vous avez décrit et après
une autre réglementation qui s'ajoute... Quelles sont les conséquences? Bon, on le sait, là, légalement, vous l'avez
expliqué, là, ça rend le règlement inopérant, mais est-ce que la municipalité
a des recours ou c'est juste... simplement,
on vient de mettre à la poubelle un travail énorme en termes de réglementation?
Mme Cloutier
(Camille) : Je veux juste être certaine de comprendre votre question.
Mme Zaga
Mendez : Lorsqu'un...
Mme Cloutier
(Camille) : Quand vous dites : Il y a un autre règlement qui
arrive, à quoi vous référez?
• (15 h 30) •
Mme Zaga
Mendez : Qui s'ajoute, par exemple, dans le cas qui nous concerne, là,
qu'il va y avoir des règlements, suivant
l'article 29, 30, qui viennent réglementer, que ce soit l'efficacité
énergétique ou l'approvisionnement d'une source énergétique. Quelles
sont les conséquences pour cette municipalité, autres que le fait que... Bon,
le règlement est inopérant, mais ce que
j'imagine, c'est que ça vient mettre de côté tout un travail
réglementaire que vous venez de décrire.
Mme Cloutier
(Camille) : Oui, surtout si le règlement est déjà adopté, là. Par
exemple, j'imagine, c'est un peu la situation à laquelle vous faites référence,
donc, un règlement qui a passé par tout ce processus-là, qui a été adopté, par
exemple, l'année dernière, et là qui va être remis en question, c'est certain
qu'on vient mettre de côté non seulement tout le travail qui a été accompli,
mais aussi une... une adaptation de la population locale, de l'industrie, des
propriétaires, qui peut-être déjà depuis deux ans se conforment, là, à cette
réglementation-là.
Mme Zaga
Mendez : Merci. Je ne sais pas si vous avez quelque chose d'autre à
ajouter avec les quelques secondes, voire minutes qu'il me reste.
Mme Cloutier
(Camille) : Ça fait le tour pour moi. Mais merci beaucoup pour votre
écoute.
Mme Zaga
Mendez : Merci.
Le Président
(M. Jacques) : Merci beaucoup. Et merci, Me Cloutier, pour
votre contribution aux travaux de la commission.
Nous allons suspendre
quelques instants pour faire place à la prochaine présentation.
(Suspension de la séance à 15 h 31)
(Reprise à 15 h 37)
Le Président (M. Jacques) : Nous
sommes de retour. Je souhaite la bienvenue aux représentants de Vivre en Ville.
Je sais que vous êtes des habitués. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, après quoi nous procéderons à une
période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite à vous
présenter et commencer votre exposé.
Vivre en Ville
M. Savard (Christian) : Merci. Merci
beaucoup. Merci à la commission de l'invitation. J'imagine que j'ai atteint un
objectif de carrière de me faire dire que je suis un habitué, ou pas.
Donc, je me
présente, Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville. Je suis
accompagné par Élise Ménard, ingénieure et conseillère en bâtiment
durable chez nous, et de Samuel Pagé-Plouffe, directeur aux affaires publiques.
Donc, on vient vous présenter, de manière
générale, notre mémoire et l'esprit de notre mémoire, parce que, bon, on réussit toujours à avoir beaucoup de
choses à dire chez nous. Donc, c'est un mémoire de 35 pages. On ne pourra pas
passer au travers, mais on va dire certaines lignes, certaines lignes de force.
D'abord, de manière générale, on accueille
favorablement le projet de loi. C'est très intéressant de voir le système de
cotation, et les objectifs aussi, et les moyens qu'on se donne pour s'attaquer
au secteur du bâtiment. On dit toujours, en matière de lutte contre les gaz à
effet de serre, qu'il y a des choses plus difficiles puis qu'il y a des choses
plus faciles, les fameux fruits mûrs, «low-hanging fruit». Le bâtiment en est
un. C'est un des secteurs qui bouscule le moins la population et où le Québec
est très... est vraiment très bien positionné pour en faire plus et atteindre nos objectifs, surtout que, bien, le
cadre légal actuel est à adapter, justement, pour pouvoir cueillir ce fruit-là,
ce fruit mûr là.
Le constat du ministère est particulièrement
clair, là, le cadre légal actuel ne permet tout simplement pas d'atteindre les
cibles pour le secteur du bâtiment. On a fait certains efforts en matière de
programmes, il y a eu des programmes, je
pense à ÉcoPerformance, mais là le Québec est rendu plus loin que les
incitatifs, est rendu plus loin que les
programmes. On doit passer à l'étape légale pour accélérer la transformation du
secteur, parce que le secteur est prêt.
Et un élément qui est très, très important pour
nous et, j'espère, qui transparaît dans le mémoire, et on a vu qu'il y a aussi
des intentions gouvernementales dans ce sens-là, c'est qu'il faut être
particulièrement... il faut être particulièrement, je dirais, exigeants et
mettre la barre au bon endroit pour le bâtiment neuf. On comprend que réduire les gaz à effet de serre dans les
bâtiments existants, avec des... avec des systèmes qui sont déjà en place, y
arriver rapidement peut être plus
difficile, mais, dans le bâtiment neuf, toutes les technologies, que ce soit en
matière d'efficacité énergétique, de systèmes mécaniques, sont présentes
pour pouvoir faire des bâtiments qui ne nécessitent pas de gaz, qui ne nécessitent pas d'être raccordés au réseau
gazier, et donc qui va nous permettre de dégager de la marge de manoeuvre
dans d'autres secteurs.
• (15 h 40) •
Donc, un
message qu'on voulait passer, c'est : Attention au verrouillage carbone.
L'importance de l'exemplarité dans le
bâtiment neuf nous apparaît particulièrement importante. Il ne faut pas rater
notre coup pour ça. Et, pour les autres secteurs du bâtiment, bien, il
nous faudra une feuille de route. On en parlera un petit peu plus tard.
Merci. Je passe la parole maintenant à ma
collègue.
Mme Ménard
(Élise) : Oui. Merci, Christian. Je vais prendre le temps de
vous présenter quelques recommandations plus spécifiques de notre
mémoire.
Donc, comme Christian l'a dit, on accueille
favorablement tant les volets, en fait, de divulgation, de cotation,
d'affichage et aussi d'établissement de normes de performance environnementale.
On a pris état du calendrier qui était proposé
dans l'analyse, l'analyse de risques présentée avec le... avec le projet de
loi... risques réglementaires, pardon. On accueille favorablement les dates qui
sont présentées puis l'ambition de ce
calendrier-là, mais, d'entrée de jeu, on souhaite tout de suite préciser qu'on
aimerait qu'un... qu'il soit prévu un calendrier pour élargir la cotation
à l'ensemble des bâtiments et non seulement les grands bâtiments.
Ensuite, une autre recommandation dont
j'aimerais vous parler, c'est la 14. On réfléchit à quand les... en fait,
lesdits règlements vont être...
En fait, bien, je reviens à... je reviens sur
mes pas. Je suis désolée. On est conscients que c'est un projet de loi
habilitant. Donc, le ministre se donne de nouvelles responsabilités pour faire
des choses ensuite. Mais, avant... avant, tout
de même, en fait, de rentrer dans ces détails-là, non seulement le calendrier,
c'est un enjeu, mais aussi, lesdites normes puis le dysfonctionnement du
système de cotation, on croit que c'est important que ce soit coconstruit avec
des acteurs du milieu pour que ce soit à la
fois cohérent et ambitieux, puis on pense qu'au moment de ces réflexions-là il
faudrait que soient présentés une mise à jour puis un plan détaillé des
émissions de GES liées aux mesures qui vont être adoptées par la réglementation
à venir.
J'aimerais aussi... À
la page 14, on propose... c'est un peu pour englober tout ce qui vient
dans la suite du mémoire, mais une modification à l'article 1, en fait,
l'article où la performance environnementale est définie, elle est posée. Je vais vous lire en précisant les
ajouts, là, donc : «Au sens de la présente loi, la performance
environnementale s'entend de caractéristiques d'un bâtiment qui ont un
impact sur l'environnement, notamment son empreinte carbone...» On a ajouté
«sur l'ensemble de son cycle de vie», considérant que ce n'est pas que les
émissions durant l'opération du bâtiment qui
sont à prendre en compte. Ensuite, je continue : «L'énergie qui est
utilisée par ce bâtiment et le moment auquel elle
est utilisée, l'énergie produite par ce bâtiment ainsi que les équipements», et
là on a ajouté «et le choix d'un site favorisant la mobilité durable de ses
occupants», référence à l'aménagement du territoire, qui est... Ce n'est pas seulement les équipements du
bâtiment, mais c'est plus... Nous, on le voit de façon plus large. Puis on a aussi,
finalement, ajouté que la performance environnementale inclut également la
résilience aux aléas climatiques.
Pour
revenir sur le point des nouveaux bâtiments, on pense qu'il est... c'est
incongru aujourd'hui de construire des bâtiments qui seraient, oui, performants
énergétiquement, mais qui n'auraient pas... qui ne seraient pas capables
de résister à ce qu'on s'attend pour le climat dans les prochaines années. Sur
ce, Samuel...
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Merci.
Merci, Élise. Je commencerais par vous parler un peu des articles 29 et
30. Vous en avez certainement entendu parler beaucoup lors des
consultations parlementaires.
On
s'appelle Vivre en Ville, donc les pouvoirs des municipalités, ça nous
intéresse, évidemment. On comprend, d'une part, la crainte du gouvernement que
se... que se crée un genre de mosaïque, là, réglementaire sur le... sur
le territoire et on pense aussi... bien
qu'on a appuyé les... de nombreuses municipalités qui ont... qui ont
réglementé, on pense aussi qu'il est souhaitable que le gouvernement
se... encadre, en fait, la sortie du gaz naturel du bâtiment.
Cela dit, on partage
aussi franchement les inquiétudes, notamment de l'Union des municipalités du
Québec et du milieu municipal en général, quant à l'exercice des pouvoirs municipaux
en matière d'urbanisme, en matière d'environnement.
Donc, clairement, pour nous, il y a, dans la formulation actuelle des deux...
des deux... des deux articles, quelque
chose à modifier, en tout cas, pour clarifier l'intention gouvernementale, et,
bon, la proposition qui est faite, là, de s'inspirer du récent mécanisme
créé dans la Loi sur le bâtiment, là, l'article 193, la proposition de
l'UMQ, on la trouve... on la trouve bonne.
Cela dit, pour Vivre
en Ville, on insiste sur l'importance d'encourager, même, les initiatives...
les initiatives locales, de continuer à les encourager, et, à cet égard-là, une
idée, par exemple, on peut regarder la ville de Candiac, qui a simultanément mis en place, avec sa
stratégie de décarbonation des bâtiments, des normes d'efficacité énergétique.
Donc, ce serait, par exemple, une stratégie
qui permettrait à des municipalités d'aller plus loin tout en... tout en exerçant
leur pouvoir... leur pouvoir réglementaire.
Merci, Christian.
J'avais perdu mon chronomètre. J'apprécie beaucoup.
Le second point que
je voulais aborder, bon, concernant tout l'enjeu de... disons, de l'habitation,
du développement immobilier puis du fait d'ajouter des normes de transition
énergétique, là, est-ce que ça pourrait, par exemple, avoir comme conséquence
de réduire les mises en chantier? On comprend qu'il y a cette... qu'il y a
cette préoccupation-là.
Cela dit, nous, ce
qu'on... ce qu'on pense, c'est que la transition énergétique, la transition
écologique et la crise de l'habitation doivent être pensées ensemble, il y a
des synergies à faire, et même qu'assurer une prévisibilité au marché
immobilier, comme vous allez le faire avec le projet de loi, c'est une manière,
en fait, de contribuer à ce que les mises en chantier se fassent... se fassent
promptement, et qu'il y a tout un bouquet de mesures, là, puis là on ne peut pas vous entretenir de ça ici dans le
cadre du projet de loi 41, qui doivent absolument être mises en place pour
accélérer les mises en chantier. Et, à cet égard-là, bien, on a plein de
propositions sur les questions d'aménagement, de
zonage, puis le gouvernement pourrait aller beaucoup plus loin, mais ce n'est
pas exactement l'objet du projet de loi.
Pour terminer,
effectivement, un petit point sur la question de l'aménagement du territoire.
Vous savez, nous, à Vivre en Ville, on a beaucoup d'exemples de cas où l'efficacité énergétique d'un
bâtiment est utilisée pour faire un petit peu du... de l'écoblanchiment,
hein? On dit : Le bâtiment, il est génial, donc on oublie qu'il est
peut-être construit sur un milieu naturel, une terre agricole, un mauvais
endroit. Donc, il faut vraiment réfléchir à comment le bâtiment fait partie
d'un environnement puis comment l'aménagement du territoire participe aussi à
l'efficacité énergétique des bâtiments, des
bâtiments qui sont mitoyens par exemple, qui ont peu de parois, qui ont des
contacts avec l'extérieur, sont beaucoup plus efficaces énergétiquement.
Donc, pour réussir
les objectifs du projet de loi, il faut intégrer toutes les préoccupations
d'aménagement du territoire.
Je
vois qu'on est pas mal à 10 minutes. Ce serait tout pour notre
présentation. On vous remercie de votre écoute.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour votre présentation. Je cède donc la
parole à la partie gouvernementale et à M. le ministre.
M. Charette :
Merci, M. le Président. C'est vrai que vous êtes des habitués. C'est un
plaisir à chacune des fois. Donc, merci d'être avec nous cet après-midi.
Je ne sais pas si
vous avez suivi un petit peu le déroulement des travaux. J'aime bien y aller de
commentaires et de réponses à vos éléments,
ce qui vous permet par la suite d'y répondre. Et peut-être que ça me donne
l'idée d'y aller d'une question ou deux supplémentaires, mais le but,
c'est de partager le temps. Et on sait déjà qu'il va en manquer, parce que je
sais que mes collègues veulent intervenir, donc je ne retarderai pas trop de
mon côté.
Donc, vous avez
commencé d'entrée de jeu en parlant d'élargir la cotation à l'ensemble des
bâtiments. C'est vrai, dans un premier temps, on veut y aller avec le plus
grand bâtiment, pour ce qui est du résidentiel, 25 logements et plus, mais
vous confirmer que c'est notre intention, à terme, de couvrir l'ensemble du
bâtiment, mais il faut commencer quelque part. Et on a eu plusieurs échanges
intéressants sur des expériences étrangères. On parle beaucoup, depuis quelques
mois, de l'expérience française. On a eu l'occasion, avec autant monsieur...
avec M. Pineau, hier, et, tout à
l'heure, M. Finet, d'échanger là-dessus. On ne veut pas reculer. On veut
faire des avancées. Mais, pour éviter de reculer, à terme, il faut y
aller de façon méthodique. Mais je vous confirme qu'on vise, à terme, les différents
types de bâtiments.
Au
niveau des pouvoirs habilitants du projet de loi, c'est vrai que ça peut être
confondant. Et on se taquine à l'occasion entre collègues. Lorsqu'on est dans
l'opposition, on veut le détail dans le projet de loi, puis, lorsqu'on est au
gouvernement, on veut le détail dans la réglementation. J'ai fait la même chose
quand j'étais dans l'opposition. Et je comprends aujourd'hui que c'est
nécessaire de d'abord se donner des pouvoirs habilitants pour produire la
réglementation par la suite. Et la réglementation nous permet ensuite d'agir
avec plus d'agilité qu'un projet de loi. Mais, je vous rassure, les pouvoirs
habilitants, ils sont nombreux.
Vous parliez de
souhait qu'il y ait de la coconstruction pour préparer cette réglementation.
Depuis cinq ans, c'est l'approche que je
retiens, comme titulaire du ministère. Donc, oui, il y aura de la
réglementation et, oui, il y aura de la coconstruction avec les
organismes partenaires dont... vous en faites partie, naturellement, pour
s'assurer que la balle, lorsqu'elle sera mise au jeu, ait déjà une base
intéressante. Et, ensuite, ça devient une consultation publique en bonne et due
forme.
Et peut-être vous
confirmer ce que vous savez sans doute déjà, mais chaque projet de règlement
aurait... aura aussi son analyse d'impact réglementaire pour voir quelle est la
portée qu'on souhaite lui donner.
• (15 h 50) •
Vous parliez de
l'importance d'évaluer la performance énergétique d'un bâtiment sur l'ensemble
de son cycle de vie. Il y a des groupes avant vous qui parlaient nommément, là,
de carbone intrinsèque. C'est aussi l'objectif qui est le nôtre. Vous allez
avoir des références sur la construction du bâtiment, puis on aura l'occasion
sans doute d'en parler au moment de l'étude
article par article, mais, pour nous, c'est sa construction, c'est son
entretien et ultimement c'est son cycle entier, là, jusqu'à la fin de
vie du bâtiment.
Hier, je pense que
c'est le conseil en environnement, le Conseil patronal en environnement du
Québec, ou un autre groupe, qui se
questionnait : Pourquoi il y a même une question de mobilité durable dans
le... dans le projet de loi? C'est qu'on veut, à terme, à travers notre
réglementation, même, prévoir, lorsqu'on parle de cycle de vie entier... Un bâtiment avec tant de logements et plus, c'est un
non-sens, en 2024, par exemple, qu'il n'y a pas d'obligation qu'il y ait de
bornes de recharge. Si on sait que le bâtiment est là pour minimalement
50 ans, prévoir qu'un bâtiment puisse, à quelques années de la fin de la
vente de véhicules thermiques, ne pas avoir de bornes de recharge, c'est un
non-sens. Et, en milieu plus urbain, on peut
se dire la même chose pour une infrastructure, par exemple, de support de vélos
pour favoriser le transport actif. Donc, c'est le type de pouvoirs qu'on
veut se donner à travers le projet de loi.
Sinon, vous avez
évoqué la possibilité, même en termes d'adaptation, des normes régionales en
climat futur. On se donne le pouvoir, à travers le projet de loi, d'aller dans
cette... dans cette direction-là.
Et non pas un débat,
mais une question qui est revenue de façon récurrente, la fameuse préséance de
la réglementation. Vous avez vu les témoignages, autant UMQ, FQM. On parle
d'une même voix, essentiellement. Et, oui, il y a eu des cas de poursuite
malheureux qui ont mis de la pression sur des municipalités qui ne souhaitaient
que bien faire, mais, en même temps, les
municipalités réalisent que l'expertise n'est pas chez elles pour déterminer
l'impact de leurs propres réglementations sur la disponibilité
énergétique.
Donc, l'engagement
qu'on a pris, autant auprès d'Hydro-Québec qu'auprès des municipalités
elles-mêmes, c'est qu'on va la travailler ensemble, cette réglementation-là. Et
ce n'est pas pour freiner l'élan des municipalités, parce qu'à travers ça on veut réduire le recours au gaz. Et ce sera
majeur et ce sera une suite logique aux engagements qu'on a déjà pris,
mais ça doit se faire de façon concertée pour être sûrs qu'on arrive à nos
objectifs.
Et ce qu'on a réalisé
auprès de... à travers l'expérience des municipalités, les municipalités qui,
par exemple, voulaient réglementer l'interdiction, exemple, du... du recours au
gaz, souvent, dans leur interdiction, il n'y avait pas d'ajout d'obligation de mesures de mitigation, par exemple, pour faire
face à la pointe, que ce soient des accumulateurs d'énergie, et autres. Donc, c'est le type
d'élément, là, que l'on pourra discuter avec les municipalités, avec Hydro-Québec également.
Donc, c'est les
quelques commentaires que je souhaitais apporter. Vous pouvez commenter à votre
guise. Et, par la suite, ce seront mes collègues qui vont prendre la relève.
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Vous nous avez dit beaucoup de choses intéressantes, M. le
ministre. Merci. J'en ai noté quelques-unes, puis mes collègues pourront...
pourront compléter.
Bien, à différents
égards, ma... notre réaction, c'est : Tant mieux, tant mieux que
l'ensemble des bâtiments seront à terme
concernés par... par tout le système et les normes qui seront mises en place. À
cet égard-là, on demande dans notre mémoire un échéancier. On ne prétend
pas avoir la réponse. Je ne crois pas que vous nous ayez donné de réponse à cet
égard-là précise sur à quel moment l'ensemble des bâtiments serait... serait
concerné. Peut-être que ce sera plutôt dans
un... dans une prochaine itération du plan pour une économie verte, mais, dans
tous les cas, on pense que c'est absolument nécessaire que l'ensemble
des bâtiments soit... soit concerné. Et de spécifier quand même une intention,
là, ça nous semble nécessaire.
Vous avez mentionné
aussi qu'il y aura une consultation en amont pour la mise en place du système
puis des normes. Bon, on sait, là, que, quand des règlements sont publiés à la Gazette
officielle, il y a une consultation obligatoire, là, de 45 jours. Ce
qu'on espère, c'est quand même une consultation un peu plus approfondie, là,
avec la société civile et les experts indépendants. J'entendais que ça allait
dans... dans cette perspective-là. Si vous pouvez préciser, ce serait apprécié.
Que chaque règlement
soit soumis à une analyse d'impact réglementaire, bien, ça va de soi. Ce que
l'on souhaite, à ce moment-là, nous, c'est
comme vous l'avez... comme ça a été fait, puis c'est très intéressant, dans l'analyse
d'impact réglementaire, c'est qu'il y ait des prévisions précises de réduction
de gaz à effet de serre pour chacun des règlements qui seront... qui sont
déposés, parce que, quand même, là, pour l'instant, ce qu'on a, c'est assez
large et relativement peu précis.
Peut-être,
dernier commentaire, là, sur tout l'encadrement qui a été annoncé pour la
question de... du gaz naturel puis en particulier pour le nouveau bâtiment. À
cet égard-là, vous avez nommé que le milieu municipal sera consulté et les distributeurs d'énergie. Nous, on
verrait d'un bon oeil qu'une expertise indépendante soit aussi... soit aussi
impliquée. On a bien vu, là, au départ de
la... au départ des consultations sur le projet de loi, que ça a été annoncé
par voie de communiqué. On aurait probablement des idées à vous
soumettre. On en a souvent.
Je crois que mes
collègues auraient probablement des éléments. Ça va? Voilà.
M. Charette :
Bien, pour le volet cocréation,
il y a la consultation d'office, mais c'est certain qu'avant de déposer un
projet de règlement on aura l'occasion, là, d'échanger là-dessus.
Mais je veux réellement protéger le temps de
parole de mes collègues. Donc, encore une fois, merci. Et je vais céder
le reste du temps de parole à mes... à mes collègues.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole à Mme la députée d'Argenteuil.
Une voix :
...
Le Président (M.
Jacques) : Il reste 7 min 30 s.
Une voix : ...
Le Président (M.
Jacques) : 7 min 30 s.
Mme Grondin :
7 min 30 s. Bonjour, Mme Ménard, messieurs. Petite
question, en fait, puis je vais laisser aussi
mon collègue, qui a aussi des belles questions. Ce qui me préoccupe... Vous
êtes des habitués des... mais aussi en termes de thématiques qui sont
couvertes en termes de réflexion au niveau de l'environnement. La grande
question ici, là, après avoir entendu plusieurs organisations, dont moi, je me
pose, puis je suis intéressée à connaître un peu votre réflexion sur ça,
c'est : Comment réussir à conjuguer, OK, une volonté, je pense qu'on
l'entend tous ici, là, la volonté de réaliser des objectifs ambitieux de
performance environnementale?
Tu sais, on a
entendu, à travers les organisations, on pourrait y intégrer les... le carbone intrinsèque,
on pourrait parler de résilience aux aléas
climatiques, il y en a qui ont rajouté la pollution atmosphérique, il y en a
d'autres qui se sont dit : Mais, en termes d'aménagement du
territoire, la localisation du bâtiment, que ce soit sur une terre agricole, un milieu humide... Donc, vous, vous
proposez peut-être plus la mobilité durable. Donc, tu sais, ça s'arrête où?
Dans le sens où tout ça est superintéressant, je suis une des premières à
porter ces genres de messages là, mais on a des défis qui sont
emballants.
On en a parlé, tu
sais, on veut élargir à des bâtiments existants, des bâtiments plus petits. On
parle des défis qui sont au niveau de la formation, l'expertise,
l'accompagnement, qui n'est pas encore tout là. On a entendu des organisations
qui nous ont dit : Il faut que la cotation soit crédible, elle doit faire
son... son travail d'être éprouvée, ce n'est
pas... Donc, il y a tout un arrimage aussi entre les différents codes. On a des
municipalités qui souhaitent... qui sont novatrices, mais il y a toute
une question de s'assurer que cette mosaïque-là se tient, est intégrée et
cohérente. Donc, je vous rajoute plein de défis comme ça.
Ma
question... Puis là on n'a même pas parlé... parce que là on parle de bâtiments
existants, de bâtiments neufs, mais on n'a pas du tout parlé de la
question de la rénovation, ça fait que... Puis on le sait, que, des changements
de comportement puis des changements de pratiques, un des nerfs de la guerre,
c'est d'être réaliste et simple, puis on l'a entendu par diverses
organisations, l'importance de la simplicité.
Ça fait que comment
on conjugue ça, nos grandes ambitions versus il faut que les gens embarquent?
M. Savard (Christian) : Si je peux me permettre,
sur la dernière intervention, malheureusement, pour certains intervenants,
simplicité veut dire statu quo. C'est souvent ça qu'on entend : Il ne faut
pas que ce soit compliqué. La meilleure
chose qu'on peut faire, c'est fort probablement la prévisibilité, et une
certaine coconstruction, et de préparer le milieu.
• (16 heures) •
Je vous amènerais à
l'expérience que Vivre en Ville a menée, notamment en collaboration... dans la
région de Montréal. On est coordonnateurs du groupe de travail du Partenariat
Climat Montréal. Donc, on a autour de la table des promoteurs immobiliers, des
ingénieurs, des universitaires. Puis on a travaillé, on a été... on a été un
peu le «focus group» de la ville de Montréal
à travers son règlement, qui a certains bouts, hein, je pense, qui... Montréal,
le système de cotation risque d'arriver un peu plus vite. Donc, il y a
ça aussi, hein, Montréal va un peu peut-être se casser les dents sur certains
des écueils, et on pourra après ça le généraliser à l'ensemble du Québec.
Et ce qui est le plus
important, c'est avoir de la prévisibilité sur les dates. Et vous avez nommé de
nombreux défis. Et la dernière
recommandation de ce groupe de travail là, là, on a émis un rapport, j'aurais
peut-être dû l'amener, là, et la principale recommandation, c'est avoir une
feuille de route. Vous l'avez nommé, plein d'éléments. Bien, ça, il faut
faire ça en telle année, on va prendre cette bouchée-là et, à la prochaine
année, on prendra cette bouchée-là dans une...
dans... et de manière relativement prévisible. Vous le faites un peu avec le
calendrier, calendrier qu'on appuie et qu'on ne veut pas voir retardé,
notamment.
Donc, je pense qu'avoir de la prévisibilité à
travers une feuille de route sur le bâtiment ferait en sorte qu'on pourrait
prendre toutes ces bouchées... Tout cet éléphant-là, là, on le mangerait
morceau par morceau, de manière séquencée. C'est
vraiment... c'est vraiment ce que... Et c'est un secteur qui est plus mûr qu'on
le pense. Je vous dirais, là, qu'au groupe
de travail, au début, ça... ça brassait un peu, puis, à la fin, là, c'est passé
à... relativement facilement, puis il y a eu peu d'opposition au
règlement de la ville de Montréal, là.
Donc, effectivement,
ce qu'on vient vous parler, c'est beaucoup dans le neuf. Et, moi, c'est un
message que je passe, parce que, si on veut faire la transition et qu'on n'est
pas capables, justement, de ne pas avoir besoin de gaz, même du GNR, dans le
neuf, je ne sais pas si on va y arriver. Donc, c'est pour ça qu'il faut oser
mettre la barre haute pour le neuf. Mais, vous avez raison, le défi reste... le
défi demeure très important, pas entier, on progresse dans la rénovation, mais c'est pour ça qu'il faut avoir
une approche probablement un peu plus progressive dans la rénovation,
parce que c'est un peu plus complexe.
Mme Grondin :
...je vais laisser, M. le Président.
Le Président (M.
Jacques) : ...M. le député de Masson, pour 1 min 46 s.
M. Lemay : Merci,
M. le Président. Mme... M. Savard, Mme Ménard, M. Pagé-Plouffe,
bienvenue à ces travaux. Je vais vous
emmener tout de suite sur votre recommandation 12, que vous avez à la
page 16 de votre mémoire, quand vous parlez, puis le ministre en
a... a abordé tout à l'heure un peu, là, de «prévoir un calendrier pour définir
les normes minimales de performance
environnementale de tous les bâtiments». Donc, j'imagine que, si vous voulez
avoir... Vous saluez que c'est un calendrier ambitieux. J'imagine que
vous voulez sûrement qu'on relève progressivement ces normes, minimalement, là,
et donc qu'on ait mieux que les... le minimum. Avez-vous des propositions
aussi? Qu'est-ce qui serait un souhait de...
Après qu'on ait fixé un minimum, quel... quel serait votre souhait? Vers où
devrait... on devrait se diriger?
M. Savard
(Christian) : Bien, vous savez, nous, une chose qu'on sait un peu et
que... qui coince, là, c'est vraiment le fait d'utiliser le GNR au bon endroit
le plus possible et ne pas... que ça ne devienne pas le fameux verrouillage
carbone, là, de faire en sorte que, bien, on branche... on branche des
bâtiments pour mettre du GNR, mais, dans le fond, ça... ça ne tient peut-être
pas la route puis c'est... dans le fond, c'est... c'est une manière que, ah! on n'en aura pas assez, finalement, ou ça va être
trop compliqué, ça va être trop cher, puis on va mettre du gaz. Donc,
pour nous, dans... Si je peux... je peux mettre une barre, là, qui est très
importante pour nous, c'est ne pas faire... et ça, c'est un bout qui nous
inquiète, c'est ne pas faire en sorte que le... que le branchement devienne de
facto, là. Puis on sent qu'en ce moment ça... ça coince même dans le neuf. On
comprend la biénergie dans le... dans dans l'actuel, là, dans le bâtiment
existant...
Le Président (M.
Jacques) : Merci, M. Savard.
M. Savard
(Christian) : Merci.
Le Président (M.
Jacques) : C'est ce qui termine les discussions avec la partie
gouvernementale. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci,
M. le Président. Je... j'ai combien de temps?
Le Président (M.
Jacques) : ...
Mme Dufour : 12 min 20 s.
C'est trop court. J'ai tellement de questions. Je ne sais pas trop par où
commencer tellement j'en ai, mais je vais peut-être vous amener... Bien, je
vais amener... vous amener sur votre deuxième recommandation. Dans le fond, je
vais y aller en ordre, là.
Vous souhaitez, là,
que... que «soit mis en place un système de déclaration obligatoire et de
cotation de la performance environnementale». Moi, j'avais l'impression, en
lisant le projet de loi, que c'était un peu l'objectif. Ce n'est pas ce que...
Ce n'était pas votre perception, à ce moment-là, pour que vous demandiez ça,
vous fassiez ça comme recommandation.
Mme Ménard
(Élise) : Oui, c'est un des objectifs du projet de loi, mais, nous,
c'était surtout sur... on veut que ce soit élargi à plus de... à plus de types
de bâtiment. On veut aussi... Bien, ça revient à ce qu'on a discuté plus tôt,
là, mais c'est qu'on salue l'idée, là, on salue l'intention, mais on demande...
on demande, en fait, que ce soit élargi à
plus puis qu'on... que ce soit rapide. On voulait aussi le rappeler, qu'on ne
veut pas un système de divulgation et de cotation dans cinq ans. On le
veut très rapidement.
Mme Dufour : Très rapidement. Mais... mais, quand on le lit, ça
semble couvrir tous les bâtiments éventuellement. En tout cas, le projet
de loi ouvre la voie. Il ne le limite pas aux grands bâtiments. C'était...
Mme Ménard (Élise) : Oui, mais l'analyse qui
était mise avec, elle, spécifiait les grands bâtiments. On suppose que
c'est les intentions gouvernementales et on aimerait que ce soit plus
ambitieux. Voilà.
Mme Dufour : Ça fait que vous
voudriez que ce soit plus précisé aussi.
Mme Ménard
(Élise) : Plus précisé, définitivement.
Mme Dufour :
Parce qu'actuellement, c'est par règlement que ça va se faire. Donc, OK.
Mme Ménard
(Élise) : Exactement. Puis on a vu qu'il y a des différences, que
le... Ça a... ça a évolué entre le plan de
mise en oeuvre puis ce qui a été présenté ici. On voit des différences puis on
aimerait que ça, ce soit explicité et dit clairement que c'est
l'intention gouvernementale.
Mme Dufour :
Parfait. Bien, je vais aller sur le calendrier. Vous en avez parlé. Vous
voulez... Là, il y a deux... deux moments où vous parlez de calendrier, là,
pour élargir la cotation, donc, à tous les bâtiments, puis aussi pour les
normes minimales environnementales. Est-ce que vous avez une suggestion à nous
faire sur l'échéancier que vous aimeriez voir pour que ce soient tous les
bâtiments? Parce qu'un calendrier peut... On peut faire un calendrier, mais il
peut être très, très vaste dans le temps, donc...
Mme Ménard
(Élise) : Bien là, je nous renvoie aussi à notre... notre demande de
coconstruire puis de spécifier. On comprend la logique de commencer par les
grands bâtiments, là, on veut le spécifier, c'est... c'est cohérent, puis aussi
on salue que les bâtiments publics sont une année en amont des bâtiments privés,
là, c'est... c'est très cohérent, mais il
faudrait, dès que... Tu sais, un système de divulgation, cotation, je ne veux
pas simplifier la chose, mais c'est... si on s'en tient à des critères
précis, ce n'est somme toute pas aussi compliqué. Ce n'est pas... On ne demande pas la lune non plus. Puis, une fois qu'on
l'a fait pour les grands bâtiments, on pense que c'est réplicable très...
bien, beaucoup plus facilement pour les plus
petits puis l'ensemble. Donc, ça devrait suivre immédiatement, à notre avis.
Mme Dufour :
Il y a un groupe qui est venu, BOMA, qui représente... et ils nous ont
parlé qu'en Ontario ça avait pris cinq ans, obtenir les données pour les
bâtiments de 25 000 pieds carrés et plus. Vous avez regardé d'autres
juridictions, d'autres systèmes de cotation. C'est quoi, le délai, disons,
commun qu'on voit pour aller vraiment chercher
l'information pour l'ensemble des bâtiments, peut-être des plus grands
bâtiments, puis qu'après ça on puisse penser à aller dans les plus
petits bâtiments?
Mme Ménard
(Élise) : Bien, sans peut-être aller dans les autres juridictions,
peut-être y aller directement avec des
solutions. En fait, nous, on croit... c'est une de nos recommandations, mais
que les données, en fait, existent. Elles sont... Il y en a beaucoup qui
existent déjà. Elles sont là. C'est une question de les obtenir. On a vu dans
le projet de loi qu'en fait les distributeurs d'énergie ont l'obligation de
donner toutes les données aux propriétaires de bâtiments, qui, eux, ensuite,
ont l'obligation de le déclarer au ministre. Et on pense qu'il y aurait
probablement un raccourci à faire, puisque les données existent déjà, elles
ont... les distributeurs d'énergie les possèdent. Puis, pour établir les
balises du système de cotation, on pourrait... Si on avait... On pourrait déjà
utiliser ces données-là, en fait, en théorie, dès demain pour commencer à poser
les balises de qu'est-ce qui serait le système de cotation. Donc, oui, c'est
long, mais on voit déjà des accélérations possibles.
M. Savard (Christian) :
...on devrait pouvoir bénéficier des... de l'expérience pour aller plus
vite ici un peu.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : ...vous
l'avez certainement vu, un encadré spécifiquement là-dessus à la page 12,
là, d'expériences... d'expériences étrangères. Et on est bien disposés à
continuer à en discuter avec vous, là.
Mme Dufour :
OK. Excellent. Bien, je prends... je prends l'invitation avec plaisir. Je
veux peut-être vous entendre parler d'utiliser le critère de localisation dans
la cotation. Je sais, et j'ai... vous avez un outil, là, déployé par Vivre en Ville, mais c'est quand même un défi de mettre ça dans un registre, là.
Comment... comment vous voyez ça?
M. Savard
(Christian) : ...c'est effectivement un défi, mais c'est un défi qu'à
un moment donné il va falloir oser... oser
aborder, parce que c'est aussi pour éviter de... éventuellement, une espèce
d'écoblanchiment. Il y a... Ce n'est pas tout... ce n'est pas toutes les
localisations qui vont... qui vont donner, sur le cycle de vie, les mêmes
résultats, que ce soit sur... où est-ce qu'on construit, sur les impacts sur la
nature ou, après ça, sur les distances à parcourir pour rejoindre... pour
rejoindre ce bâtiment-là. Donc, avoir ça... avoir ça... Tu sais, le savoir,
qu'est-ce que ça veut dire, et en faire un
enjeu. Et je peux comprendre qu'à court terme mettre où est-ce que ça passe ou
ça ne passe pas... Mais juste le savoir. Et c'est relativement facile, là. En
tout cas, il existe des outils pour faire ça. Ça, c'est une de nos spécialités,
véritablement.
Mme Dufour :
Oui, effectivement.
M. Savard
(Christian) : Donc... donc, voilà.
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : ...c'est évoqué dans le projet de loi, la question de la
localisation. Et, nous, ce qu'on dit, ça devrait être en particulier une
obsession, puis de le faire comme il faut pour le bâtiment neuf, parce que, quand
on développe de nouveaux bâtiments, bien, il y a une menace, par exemple, pour
des milieux naturels.
Mme Dufour :
Bien, parlons-en. Vous en parlez à la recommandation 7. Vous parlez
d'écoblanchiment. J'aime beaucoup votre... votre exemple. Un bâtiment
performant énergétiquement pourrait obtenir une bonne cote, et ce, même s'il est construit sur une terre
inondable, un milieu naturel ou encore un milieu agricole. Ça m'a fait penser à
Northvolt. Voilà, juste un petit commentaire éditorial.
• (16 h 10) •
M. Savard
(Christian) : ...de choses qui s'appellent des écoquartiers puis qui,
dans le fond... C'est ça.
Mme Dufour :
Oui, tout à fait, tout à fait. Bien, on va parler de milieux humides,
parlant... On va faire... On va parler de Northvolt. On va venir aux milieux
humides. Votre recommandation 4, vous parlez de modifier, là, l'article 1 sur la loi de la performance
environnementale des bâtiments. Vous suggérez une modification de définition. Vous
ne parlez pas de milieux humides, justement, là-dedans, mais vous parlez, là...
«le choix d'un site favorisant la mobilité durable de ses occupants ou ses
utilisateurs».
Il y a d'autres
groupes qui sont venus nous parler de juste le choix du site et de... Tu sais,
si ça a requis, justement, de retirer des milieux humides, bien, ça crée des
émissions de carbone, parce que les milieux humides, c'est des capteurs de GES.
Donc, est-ce que... est-ce que ça pourrait s'agrandir, cette définition-là, à
ce que vous avez suggéré?
M. Savard
(Christian) : Je dirais que oui. Puis, dans l'idée de cycle de vie
également, c'est ça qu'on a, là, cycle de vie étant, justement, la... On peut
considérer beaucoup de choses lorsqu'on l'aborde, là. Donc, c'est le genre de
choses qu'on aurait derrière la tête, effectivement.
Mme Dufour : Oui,
c'est ça. Puis... puis j'ai posé la question à un autre groupe s'il y avait une
définition, tu sais, par rapport... justement, cycle de vie, performance
environnementale, est-ce qu'il y a... puis on ne semble pas avoir de consensus
actuellement de qu'est-ce que ça devrait inclure. Est-ce que vous, vous avez
travaillé sur quelque chose qui pourrait nous orienter?
M. Savard
(Christian) : Il y a beaucoup de... il y a beaucoup de choses sur ça,
il y a beaucoup d'approches. Effectivement, il n'y a pas, actuellement, de
consensus. Ce serait bien de construire un consensus québécois, je dirais, mais
je pense que c'est... On est à un moment où il faut arrêter de voir les choses
en silo. Et c'est pour ça que l'analyse par cycle de vie est intéressante,
parce qu'elle nous empêche de faire... de faire une chose très positive, de
l'autre... mais très négative de l'autre côté. Donc, ça... Oui, c'est très...
très important, et c'est une des obsessions de Vivre en Ville, et c'est quelque chose qu'on aimerait travailler, mais
on a mis... on a fait au législateur des propositions en ce sens-là, là.
Mme Dufour : Parfait.
Merci. Je vais peut-être aller sur le registre. Je pense qu'il y en a deux que
vous recommandez. Je vais vous parler de celui qu'on n'a pas parlé dans l'autre
projet de loi, donc, le registre en matière de performance environnementale des
bâtiments. Selon... selon vous, qui devrait maintenir ça? Qui devrait l'opérer?
Puis comment ça se passe ailleurs, dans les législations que vous avez
regardées?
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : En toute humilité, pour les autres juridictions, on n'a pas
regardé ça. Je pense que l'État devrait être en mesure d'opérer un tel
registre. Cela dit, on note avec intérêt, effectivement, qu'opérer un tel
registre, ce sera quand même un défi, là. Puis on a de l'expérience sur ces
questions-là, vous avez raison, on y a réfléchi par le passé, mais... mais ce
que l'on pense, c'est que c'est nécessaire de le faire. Et, pour ce qui est des
autres juridictions, désolé, on n'a pas de réponse.
Mme Dufour : C'est
bon. Merci. Je vais aller dans la recommandation 18. Là, vous parlez de
permettre aux municipalités... Non, ce n'est pas celle-là. C'est plutôt la 19.
Vous parlez de prévoir des... un soutien technique, financier aux
municipalités. Ça va de soi, mais nulle part je n'ai vu de mesure destinée à
ceux qui auront à modifier leurs bâtiments
et j'aurais aimé vous entendre là-dessus, les privés, là, entreprises, mais
aussi M., Mme Tout-le-monde qui pourrait être touché un jour, là, par le
projet de loi.
Mme Ménard
(Élise) : Oui, bien, c'est évident que c'est... que c'est à prévoir.
C'est encore une fois dans le sens d'une feuille de route, mais c'est qu'on
considère aussi que ce projet de loi là puis les nouveaux... nouvelles
responsabilités accordées au ministre seraient aussi une chance de faire, entre
guillemets, un ménage ou de gérer la confusion dans l'ensemble des programmes
qui existent, qui sont... qui relèvent, des fois, des distributeurs d'énergie,
des fois, du ministère, puis de... qu'avec... Si le ministère a les moyens de
ses ambitions, il a aussi l'opportunité de faire un grand ménage et d'aider à
la fois les particuliers et tout autre type de bâtiment.
M. Savard
(Christian) : ...éventuellement, ce qu'on proposait, c'est...
notamment, dans la feuille de route de l'autre rapport qu'on a fait pour le
groupe de travail, c'est qu'il existe un guichet unique, parce que tu parles
aux gens, puis, qu'est-ce qui est disponible pour eux, pour les appuyer ou pas,
c'est... il y a une certaine confusion éventuellement, donc, qu'il y ait
quelque chose comme un guichet unique où est-ce que les gens qui veulent
rénover... particulièrement en rénovation, qui est... qui est une couche de
complexité additionnelle.
Mme Dufour : Parfait. Mais est-ce
que vous pensez que des aides financières sont à envisager?
M. Savard
(Christian) : Oui.
Mme Dufour : Parfait.
M.
Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien sûr. Il reste que, quand même... Et il y a
déjà des programmes qui existent, là. On...
C'est nommé dans l'analyse d'impact réglementaire, là. Il y a des incitatifs
financiers. Il reste que, quand même, on
ne peut pas rendre la transition énergétique absolument conditionnelle à
l'existence systématiquement de subventions, d'autant plus qu'on parle,
dans le cas du bâtiment, souvent, des fruits... des fruits mûrs, là, des
réductions de gaz à effet de serre les moins
chères, normalement. Donc, c'est un peu le mécanisme aussi qu'on a quand on a
une tarification du carbone. Ça doit se passer par incitatif, pas
uniquement par... le bâton, pas uniquement par la carotte.
Mme Dufour : Bien, ce commentaire-là
que vous faites, je voudrais juste savoir si ça s'applique, selon vous, à tous
les bâtiments ou seulement quand on arrive avec des bâtiments neufs. Parce
qu'il y a toute une série de bâtiments qui
ont été construits dans le passé qui sont probablement ceux qui ont le plus de
travaux à faire. Est-ce que votre opinion est la même pour ceux-là?
M. Savard
(Christian) : ...effectivement, il faut concentrer les efforts
là où le coût de la tonne est le moins élevé, là où est-ce qu'il peut
même y avoir un impact social le plus... le plus fort, hein? On... Les
passoires, tu sais, la précarité énergétique existe, et de prioriser ces
endroits-là, le parc immobilier plus vieux, nous apparaît prioritaire.
Mme Dufour : Je pense que mon temps
est écoulé. Alors, merci beaucoup pour votre... vos réponses.
Le Président (M. Jacques) : Merci
pour cet échange avec l'opposition officielle. Je cède maintenant la parole à
la deuxième opposition. Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci, M. le
Président. Merci, M. Savard, M. Pagé-Plouffe et Mme... Désolée, je n'ai
pas retenu...
Des voix : ...
Mme Zaga Mendez : Ménard.
Excusez-moi, je n'ai pas retenu le nom de famille.
J'aimerais ça vous amener sur votre
recommandation 27. Je pense que vous n'avez pas eu la chance d'en... d'en
parler davantage, d'avoir, bien sûr, la... améliorer la performance
environnementale des bâtiments, mais en ayant un regard en ce qui concerne la
justice sociale et climatique. J'aimerais ça vous entendre un peu plus
là-dessus.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Merci
pour la question. Ça fait parfaitement le lien, en plus, avec ce sur quoi on discutait
à l'instant. Effectivement, la... On propose d'ajouter, puis on a fait une
proposition, là, encore une fois, bien humblement, de libellé d'article, donc,
d'ajouter un article qui dirait que le ministre doit évaluer les conséquences
socioéconomiques de la transition énergétique — je dis «conséquences»,
peut-être, «impacts», là, serait plus... serait plus approprié — et,
bon, de mettre en place des mesures pour éviter que ça altère les conditions
d'accès au logement pour les populations les plus vulnérables.
En fait, les impacts socioéconomiques de la
transition, ils peuvent être parfois des périls, mais ils sont des opportunités
aussi. On sait que, par exemple, le gaz naturel pose des risques importants sur
la santé. Le fait de... le fait de le sortir du bâtiment, bien, ça doit être
considéré dans la... dans la prise de décision. C'est un des impacts
socioéconomiques qui doivent être considérés. Et c'est vrai aussi qu'en
situation de précarité... précarité énergétique, la transition en tant que
telle peut mener, par exemple, à ce que des ménages se voient expulsés de
leurs... de leurs logements. Donc, de demander au gouvernement d'évaluer les
conséquences socioéconomiques, ça nous semble être la moindre des choses.
Mme Zaga
Mendez : Merci. C'est très clair. J'aimerais ça revenir sur
votre... un peu votre recommandation 20, mais jumelée avec 24 et
25, c'est-à-dire sur se donner un plan, un plafond de volume de gaz naturel.
Tout à l'heure, vous parliez, justement, de différencier entre les nouvelles
constructions, les constructions qui sont déjà en place, le résidentiel,
l'industriel. Donc, j'aimerais ça un peu plus vous entendre sur comment établir
cette cible de réduction de la demande énergétique, parce qu'en fin de compte
c'est la priorisation qui rentre en jeu.
M. Savard (Christian) : Bien, on
pense que... De manière plus globale, sur la demande énergétique, on voit
l'ensemble des sujets qui sont dans l'actualité, que ce soit la production
d'électricité de toutes sortes, on voit beaucoup de choses sur la place
publique, là, dans... qu'on parle de sobriété. Là, on est dans le bâtiment. On
pense que, pour toutes ces questions-là, on est dus pour un débat de société
qui va un peu plus en profondeur. Et, même si on apprécie énormément être en
commission aujourd'hui avec vous, on pense que ça ne peut pas se jouer à la
pièce. On pense que le Québec a besoin d'une
grande... d'un grand débat, quelque chose comme les états généraux de
l'énergie.
On est en train de faire ça en agriculture, une
consultation sur un an, qu'on salue, d'ailleurs. On y participe. C'est... On prend le temps de regarder les choses,
de lever toutes les pierres. Je pense qu'en matière d'énergie, pour éviter, justement,
qu'on fasse des petits bouts à gauche et à droite, puis ça concerne beaucoup de
ministères, on est dus pour quelque chose comme des états
généraux de l'énergie, pour qu'on... qu'après ça... le Québec est capable de
ces grands dialogues là, puis qu'après on parte tout le monde dans la même
direction plutôt que... Il y a une certaine confusion actuellement. Puis les
démarches d'aujourd'hui s'inscriraient positivement là-dedans, là. Mais, pour
nous, ce serait important de faire ça pour justement avoir ce genre de débat là
sur quel volume. C'est des débats très larges qui ne peuvent pas juste se faire
à travers le projet de loi actuel, là.
• (16 h 20) •
Mme Zaga Mendez : Il reste quelques
secondes. Est-ce que vous voulez ajouter quelque chose?
M. Savard (Christian) : Non, ça va.
J'ai réussi à placer ma recommandation numéro un. Je suis content. Merci.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre contribution à nos travaux.
Mémoires déposés
Avant de terminer, je dépose les mémoires des
personnes et des organismes qui n'ont pas été entendus dans le cadre des
auditions publiques.
La
commission, ayant accompli son mandat, ajourne ses travaux au mardi
6 février, à 9 h 45, où elle entamera un nouveau mandat.
(Fin de la séance à 16 h 21)